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CAMPAGNES ET TRAVAUX

LA LÉGION ETRANGERE,
DEPUIS 1831

SB B8PABBB ET SB A&QBRIBi

H. Delevtngne-
w UNIVERSITEITSBM

9000000c.
CAMPAGNES ET TRAVAUX

LÉGION ETRANGERE.

.
CAMPAGNES ET TRAVAUX

DEPUIS 1851,

EN ESPAGNE ET EN ALGÉRIE,

ru

§. ÏMeotngtu.

BRUXELLES,
A MARRÉ, IMPRIMEUR-ÉDITEUR,
lll'ASSE DES POISSOKRIEHS, 3.

1855.
S'
UL i cLfciucc^ ^Joela-c».

C'est dans le but d'être utile à mes compatriotes


de l'armée que j'ai écrit les relations suivantes.
Combien parmi vous, chaque année, ont la fu
neste idée de déserter nos drapeaux pour servir
ceux de l'étranger , croyant y trouver une position
toute faite; détrompez-vous! car ce rêve n'existe
que dans votre imagination. L'épaulette ou la
croix, n'est qu'illusion, hors votre patrie; et tout
ce que vous avez à atiendre en Algérie où la fatalité
vous pousse, est actuellement une paire de galons
de sous-officier, si votre bonne fortune vous favo
rise parmi des milliers qui attendent ce bàlon de
maréchal. Mais avant d'en arriver à ce point, c'est-
à-dire aux modestes galons de sous-officier, réca
pitulons les souffrances et les misères auxquelles
vous ne sauriez échapper.
y
VI

La Légion Étrangère toujours aux avant-postes,


n'a ordinairement que la dure terre pour lit, avec
un morceau de toile pour abri ; une nourriture
malsaine, rarement de l'eau bonne à boire; les tra
vaux forcés des routes, fortifications ou autres,
^ous un soleil brûlant, y engendrent des maladies
qui souvent causent la mort, sans compter les
maladies pestilentielles, qui y déciment un grand
nombre de soldats.
En colonne expéditionnaire, le soldat est chargé
comme un mulet de bât; il porte sa demi-tente,
sa couverture, son bâton de tente, ses piquets, son
équipement de linge et chaussure, ses provisions
pour s'approprier, ses vivres pour six ou huit jours,
une grande marmite ou gamelle de campement et
ses munitions de guerre. Souvent on l'oblige, s'il
y a manque de bois au bivouac du soir ou du len
demain, d'en prendre un fagot pour la cuisson de
ses aliments; voilà pour la charge. L'eau, pendant
les marches est rare à trouver, surtout en été,
lorsque la plupart des rivières et des sources sont
taries par l'ardente chaleur du soleil. Heureux
alors, si vous rencontrez une mare d'eau croupie
et dégouttante pour vous désaltérer, et qui sou
vent empoisonne celui qui en boit, par les maladies
qu'elle engendre. Combien de soldats ne se suici
dent-ils pas annuellement faute d'eau pour étan-
cher leur soif! sans compter ceux, qui, harassés
VII

de fatigue, par les marches forcées qu'on y exécute


et ne pouvant aller plus loin, mettent un terme à
cette misérable existence.
Les soldats blessés ont aussi leurs inconvénients
à souffrir ; portés à dos de mulet sur une chaise en
fer à lanières de cuir, et qu'on appelle commu
nément Cacollet, dans laquelle ils sont cahotés,
secoués, brisés, en moins d'une heure, par les dif
ficultés sans nombre qu'offrent les chemins arabes,
heureux s'ils échappent à ce martyre continuel de
ballottement; encore heureux, si le mulet ne les
verse pas, soit dans un ravin, soit dans des brous
sailles, ce qui arrive très souvent.
Passons aux travaux ; le soldat en Algérie, ap
prend à manier la pioche, la pelle, la truelle, la
hache, ou tout autre outil, car, l'expédition finie,
il devient de gré ou de force, bûcheron, maçon,
manœuvre, terrassier, carrier, mineur, faucheur
et même porie-faix ; le choix est supprimé. Sitôt
désigné pour un ouvrage, il faut l'exécuter et sans
aucune observation. Combien de soldats fatigués
de celte vie, se portent malades, rentrent aux hô
pitaux, pour n'en sortir que totalement guéris de
toute maladie passée, présente et future. Que de
fois n'entend-on pas, par des soldats endurcis aux
fatigues et privations inséparables de cette guerre,
maudire et l'Algérie et la Légion Étrangère en par
ticulier; que de fois font-ils une récapitulation de
VIII

ce qui les attend à leur retour dans la pairie, si


la Providence ne les fait succomber par famine,
soif, maladies pestilentielles, blessures, etc....
Alors le conseil de guerre, dont leur désertion est
la conséquence ; puis la prison qui en est la suite
inévitable; leur temps de milice à recommencer.
Usés et hors d'âge à occuper une place lorsqu'ils
obtiendront leur congé, leur avenir est brisé, et
ils auront pour leurs rêves dorés d'épaulettes et
de croix ;

UN DÉPÔT DE MENDICITÉ.

Voilà l'avenir que vous réserve la Légion


Étrangère d'Afrique. L'on dira peut-être qu'il y a
de l'exagération dans ce que j'écris ; mais quicon
que a été en Algérie et a vu de près celte Légion
Étrangère, peut témoigner de la vérité des rela
tions suivantes.

H.D.
CAMPAGNES ET TRAVAUX

LEGION ETRANGERE.

La création de la Légion Étrangère date de 1851 ;


elle eût pour noyau un bataillon Polonais aux ordres
du commandant Horain, et fut d'abord employée à
Bougie, à la formation d'un camp destiné à maintenir
les Kabyles. Ce bataillon se grossit de quelques Prus
siens, français d'origine, qui désertèrent leurs dra
peaux après les événements de 1830, dans la pensée
qu'ils allaient être appelés à combattre pour la défense
de leur ancienne patrie.
— 10 —
Dans le cours des quatre années suivantes, la Lé
gion, qui s'était élevée jusqu'à sept bataillons, fut
employée de la manière la plus active dans deux pro
vinces de l'Algérie. Ce fut un de ces bataillons qui
forma la première garnison de la Maison Carrée, poste
pestilentiel de la Metidja, où, après un court séjour,
il ne lui resta plus que le dixième de son effectif.
Dans la province d'Oran, elle concourut à toutes les
expéditions faites contre Abd-el-Kader ; elle prit part,
sous les ordres du général Trésel, à l'affaire malheu
reuse de la Mackta, au combat de Mouley-Ismaël, à la
prise d'Arzew , à celle de Mostaganem, etc.
L'ordonnance du 20 juin 1855, qui prononça le li
cenciement de la Légion et précéda de peu son départ
pour l'Espagne, fut une mesure que nous ne qualifie
rons pas ici, mais dont l'histoire fera justice. Lorsque
le gouvernement Français, qui avait soumis la ques
tion d'intervention en Espagne au cabinet Anglais,
connut la désapprobation de ce dernier, il voulut
faire aussi quelque chose pour le trône constitution
nel d'Isabelle, et il lui céda la Légion Étrangère, forte
de six bataillons, donnant un effectif de 6000 hommes,
par la convention du 18 juin 1835. Cette cession of
frait une grande difficulté, celle de faire passer à un
service étranger des officiers français entièrement li
bres, et des officiers et soldats, étrangers, il est vrai,
mais qui avaient contracté un engagement pour ser
vir la France; quelques officiers se retirèrent et fu
rent renvoyés sans solde ; on remplit les cadres avec
les autres, qu'on stimula par de l'avancement et des
— 11 —
promesses, et on se servit de leur influence pour en
traîner les soldats.
Quant aux officiers étrangers,croyant que la France
allait s'interposer dans la guerre civile qui éclatait
dans la Péninsule, i\& ne firent aucune difficulté de
passer au service d'Espagne, dans la pensée qu'ils al
laient y former l'avant garde de l'armée Française, et
qu'ils n'échangeaient temporairement de cocarde que
pour mieux assurer les vues du gouvernement de leur
patrie adoptive ; combattre en Espagne pour des prin
cipes protégés par la France, c'était encore, dans leur
pensée, combattre pour elle et ils partirent.
La cession de la Légion à l'Espagne ne fut pas moins
une violation manifeste de toute équité ; car, quand
on sert un pays comme la France, et qu'on ne démé
rite pas par des actes d'insubordination, d'indiscipline
ou de lâcheté, le licenciement ne saurait avoir lieu
sans dédommagement, et nous verrons plus tard en
quoi consista ce dédommagement.
La Légion débarquée à Tarragone du 17 au 19 août
1835, sous les ordres du général Bernelle, se trouva
tout-à-coup transporté sur un sol brûlant ; c'était l'é
poque des mouvements insurrectionnels de la Cata
logne et de l'Aragon contre le gouvernement régulier;
mais ce cojps, si remarquable par sa-discipline, sa te
nue, son ensemble, resta fidèle à l'ordre et ne se mêla
pas aux troubles qui l'entouraient.
Plusieurs combats partiels, ceux de Pons, d'Artesa,
de Tarrega, et le siège du château-fort de Guimera,
par l'intrépide Ferrary qui y fit mettre bas les armes
— 12 —
à 300 Carlistes, signalèrent ses premiers pas en Espa
gne. Elle devait se rallier à l'armée du Nord en pas
sant à Sarragosse ; mais les événements politiques la
retinrent en Catalogne, où, par la maladresse des gé
néraux espagnols, elle fût disséminée de manière à
perdre tout l'avantage qu'on pouvait tirer d'elle.
Elle s'avança en Catalogne et en Arragon, en chas
sant devant elle les troupes Carlistes ; les combats de
la Pobla et celui d'Anguès donnèrent lieu à nombre
d'actions d'éclats ; et lui ouvrirent le chemin de Sar
ragosse, où elle reçut un brillant accueil, et le 4 jan
vier 1836, elle était réunie à Vittoria au corps d'ar
mée du général Cordova.
Ici commence la brillante période des opérations de
la Légion en Alava et en Navarre contre les Carlistes
de Zumala Carreguy, et tout d'abord la rupture des
lignes d'Arlaban, dont les positions, enlevées à la
bayonnette; coûtèrent à la Légion 400 hommes et un
quart de ses officiers hors de combat, mais lui valu
rent cette citation dans le bulletin du général en chef
espagnol au ministre :
Un bataillon de la Légion auxiliaire Française
s'y est couvert de gloire.
Le 17 janvier, un retour offensif des Carlistes vers
Arlaban, donnait encore au général Cordova l'occa
sion de faire d'elle cet éloge flatteur :
La Légion est une troupe admirable, et le général
Bernelle un chef digne de la commander.
Le 9 fevrier, la Légion sortait de Pampelune, et ses
six bataillons furent pendant un an, de février 1836
— 13 —
à mars 1837, chargés d'occuper et de retrancher une
ligne de onze lieues, qui s'étendait de Pampelune à
Valcarlos, afin de conserver des communications avec
la France. Cette ligne, si étendue et si souvent atta
quée, fut défendue avec une constance et une fermeté
au-dessus de tout éloge, notamment le 23 mars à Zu-
biri et le 26 avril à Tirapeguy, près l'Arrassogna ; le
dernier combat fut l'un des plus brillants de la cam
pagne, car pendant une mêlée de six heures, la Lé
gion y lutta contre des forces quintuples des siennes.
Le 3 juillet 1836 elle se rapprocha de Pampelune,
occupa jusqu'à la fin du mois les environs de Puente-
de-la-Reyna, et, le 1 août dix-huit bataillons Navarrair
ayant fait une tentative sur les hauteurs de Lisoin, en
furent culbutés après huit heures d'un combat terrible,
à la suite duquel ils laissèrent sur le terrain 1 000 morts
et beaucoup de prisonniers. Dans cette affaire quinze
bataillons Carlistes furent tenus en échec par quatre
de la Légion, pendant sept heures, et battus par eux
aussitôt qu'ils eurent reçu un renfort de quatre autres
bataillons.
Après cette brillante affaire, et au moment où le
général Bernelle, pour rentrer en France, cédait le
commandement de la Légion au général Lebeau, de
graves événements se passaient à Madrid : le renver
sement du ministère Isluritz, la révolution dans l'An
dalousie, Valence, l'Aragon, la Catalogne, etc.... cir
constances qui amenèrent le licenciement de la 2e Lé
gion auxiliaire Française, qui était à la veille de fran
chir la frontière.
— 14 —
Le brigadier Conrad revint prendre le commande
ment de l'infanterie de la Légion, sous les ordres du
général Lebeau, amenant avec lui un bataillon de
nouvelle organisation et qui prit le numéro 7.
Mais à partir de ce moment, après la chute du mi
nistère Thiers, la Légion, entièrement abandonnée par
le gouvernement Français, qui, jusque-là avait pourvu
à son entretien et à sa solde, fut livrée à l'administra
tion Espagnole et tomba bientôt au dernier degré de
misère et de souffrance.
Affaiblie par les combats, décimée par les maladies,
elle ne recevait plus de solde : le service des subsistan
ces ne se faisait qu'à demi*; l'habillement, le linge et
la chaussure, qui n'avaient pas été renouvelés depuis
ueux ans, tombaient en lambeaux; les hommes, mou
rants de faim et de froid, et couverts de vermine,
étaient en proie à toutes les souffrances, et il leur fal
lut un courage surhumain pour les supporter. Pour
tant, l'ardeur de la Légion devant l'ennemi ne faiblit
pas, et le combat d'Arronitz où elle enfonça la gauche
de l'ennemi fort de vingt bataillons, en fut la meilleure
preuve. Après cette affaire le 7' bataillon fut versé
dans les six premiers.
Le commandement en chef de l'armée du Nord ve
nait d'être conféré à Espartero, et sous ses ordres, le
corps d'opération de Navarre se mit en mouvement, le
5 novembre ; le 8, il se porta sur Estella, et la Légion
ayant emporté le village de Villa-Huerta, l'armée con
stitutionnelle pût s'établir sur les hauteurs d'Estella.
Un ordre du jour du général en chef signala alors à
— 15 —
l'attention du ministre, la conduite de la Légion, qui,
dans ces deux affaires, avait eu 150 hommes tués et
5 officiers.
Le 21 du même mois, elle fût attaquée par un en
nemi très supérieur en nombre, et eut au combat
d'Allo 60 hommes et plusieurs officiers hors de combat;
ses lanciers s'y couvrirent de gloire, et quatre de ses
bataillons, formés en carré, y reçurent le choc de
toute la cavalerie Carliste , soutenue par huit ba
taillons.
Pendant les deux premiers mois de la campagne de
1 837, elle subit avec la plus noble résignation, les plus
grandes souffrances; sans solde, sans abri, à peine vê
tus, souvent sans pain, ces braves soldats appelaient
de tous leurs vœux de nouveaux combats, qui seuls
pouvaient apporter quelque amélioration à leur misé
rable existence.
La Légion considérablement diminuée, fut alors ré
duite à trois bataillons, et ainsi réorganisée, prit part,
le 21 mars, au combat de Larainzar qui lui fit beau
coup d'honneur, mais lui coûta encore 150 hommes
tués ou blessés dont 7 officiers, tant devant Larainzar
que pendant la retraite sur Pampelune.
Rentrée dans cette place au nombre de 1200 hom
mes, elle fut réduite à deux bataillons et un escadron,
et fit partie du corps d'irrabaren, qui poursuivit les
bandes Navarraises en Catalogne. Le 24 mai, Espar-
terb ayant voulu disputer au Prétendant l'occupation
de Huesca, les deux partis se rencontrèrent devant
cette ville et un engagement inopiné eut lieu sous ses

f~
— 16 —
murs. La Légion formait le centre ; elle avança brave
ment sur un terrain fangeux, les deux bataillons en
colonne serrée, son artillerie en avant, son escadron
derrière. Les Carlistes, à cette attaque redoutable,
massèrent devant la Légion huit bataillons, et lorsque,
par suite de la mort de Diego Léon et d'Irrabaren, les
deux ailes de l'armée Constitutionnelle se debandè
rent, débordée de toutes parts, la Légion demeura
seule pour supporter les efforts de dix bataillons, et
combattit pendant deux heures à l'arme blanche.
L'artillerie Légionnaire se montra digne de sa renom
mée à Huesca et contribua puissamment à empêcher
que ses bataillons fussent entamés ; aussi la retraite
s'effectua en bon ordre, mais avec une perte de 4(>0
hommes et de 28 officiers.
Le Moniteur français du 1 juin 1837, contient une
dépêche du général Harispe au Gouvernement, ainsi
conçue :
Le départ des Carlistes de Huesca est certain ; l'af
faire du 24 a été sérieuse; le général Irrabaren a été
tué; le colonel Conrad blessé ; la Légion y a eu la part
la plus glorieuse.
Enfin le Moniteur du 9 juin contient l'article sui
vant, écrit de Madrid à la date du 51 mai :
Sans la Légion Algérienne, nos pertes eussent été
bien plus grandes encore; mais ces intrépides Légion
naires ont épouvanté les Carlistes par leur impétuo
sité.
Le 2 juin, à Barbastro, réJuite à un seul bataillon,
la_Légion formait l'extrême guche de la Ligne ; lors
— 17 —
que le centre et la droite eurent abandonné le champ
de bataille, Conrad déjà blessé à Huesca, voulut réta
blir le combat avec les bataillons Espagnols de sa di
vision, et fut tué à la tête de ses troupes. La mort de
ce chef adoré des soldats de la Légion, leur fut cachée
jusqu'à la nuit, et quoique l'ennemi leur mit encore
200 hommes hors de combat, ils réussirent à se main
tenir dans leur position.
Les héroïques débris de ce corps, formant 300 hom
mes sous les ordres d'un capitaine, tous les officiers
supérieurs ayant été tués ou blessés, rentrèrent à Pam-
pelunele 13 juin.
La mission de la Légion étant terminée par sa des
truction, plusieurs officiers sollicitèrent des deux gou
vernements, l'autorisation de rentrer en France et le
lieutenant colonel Ferrary, rétabli de ses blessures
prit le commandement du petit nombre d'hommes qui
survivaient encore.
Le Moniteur du 6 septembre contient la relation des
événements qui survinrent dans ce temps à Pampe-
lune, et on y voit figurer l'article suivant; écrit de
Madrid, sur la conduite de la Légion dans ces circon
stances difficiles :
En présence des événements qui se passent encore à
Pampelune, il importe de signaler la belle attitude des
débris de la Légion Étrangère, actuellement comman
dée par le lieutenant-colonel Ferrary. Quel exemple
et quel contraste offre à l'Europe la conduite de cette
Légion qui fidèle à l'honneur et à ses serments ne sait
que VAINCRE, OBÉIR et MOURIR, tandis 'que des
— 18 —
troupes nationales, en présence même de l'ennemi,
osent assassiner leurs chefs, parce qu'elles éprouvent
de légères privations ! Pourquoi ne pas imiter le dé
vouement de ces vaillants auxiliaires et leur intrépi
dité sur les cjiamps de bataille? Pourquoi enfin ne pas
apprendre comme eux à supporter avec cowage et
résignation les privations inséparables de la guerre ?
Malgré les souffrances de chaque jour, la Légion est
restée calme aux milieu des cris de mort et de désor
dre; elle a rendu un nouveau service au pays, et est
demeuré fidèle jusqu'au bout aux devoirs que sa mis
sion lui a imposés.
Cependant, la situation du colonel Ferrary, au mi
lieu d'une ville insurgée, devenait chaque jour plus
difficile, et il conçut et exécuta, avec autant de bon
heur que d'audace, le projet de se transporter à Jaca,
en passant à travers des lignes ennemies avec son
matériel, pour y attendre la décision des deux gou
vernements.
A peine entré dans Jaca, il apprend des autorités
qu'une révolte va éclater dans la citadelle; il rassem
ble à la hâte la compagnie sacrée, composée entière
ment d'officiers portant giberne et mousquet, adjoint
à cette troupe d'élite 80 sous-officiers et soldats, pénè
tre dans la citadelle, fait arrêter les mutins, les dés
arme, étouffe la sédition et sauve Jaca.
Alors le gouvernement Espagnol envoya à la Légion
un à compte de 125,000 francs sur les 798,000 qui
étaient dus à ce corps, lui intimant l'ordre de se trans
porter à Sarragosse; 800 hommes valides s'y rallièrent
— 19 —
et ne quittèrent celte ville que pour rentrer enFrance.
C'est tout ce qui survécut des 6,000 hommes qui
étaient débarqués deux ans auparavant à Tarragone,
et qui, pendant ces deux années, avaient si noblement
fait respecter l'honneur français qu'ils représentaient
en Espagne.
Toutefois, après ces événements, et quoique la Lé
gion fut anéantie, ce qui restait de l'infanterie étant
rentré en France, les débris de la cavalerie et de l'ar
tillerie furent par l'ordre du gouvernement versés
dans le corps d'armée d'Espartero, contribuèrent avec
les troupes nationales vers la fin de 1837, à toutes les
opérations entamées dans FAragon et la NouvelJe-
Castille contre Cabrera, notamment au déblocus de
Madrid, et suivirent encore la fortune de ce général
en 1858 dans l'Alava, en Biscaye et en Navarre.
En janvier 1839, la campagne étant presque termi
née, le gouvernement Espagnol, dans une pensée de
rénumération pour les services que la Légion avait-
rendus au pays, fit offrir aux officiers qui restaient
encore dans la batterie et l'escadron Légionnaires, la
conservation de leurs grades dans l'armée Espagnole ;
mais tous, Français par le cœur, déclinèrent cet hon
neur et préférèrent rentrer enFrance où un mécompte
cruel les attendait; car le gouvernement, tout en con
sentant à leur rendre les grades qu'ils avaient avant
d'entrer en Espagne, ne leur tint aucun compte des
années de service qu'ils avaient si laborieusement
passées dans ce pays, et ne conserva à aucun d'eux
les grades qu'ils avaient si bien gagnés.

'f
— 20 —
Il n'en fut pas de même pour les officiers Français
qui déjà étaient rentrés en France. A la vérité on ne
leur conserva point leurs grades qu'ils avaient acquis
sur les champs de bataille, mais au moins on leur tint
compte de leur ancienneté, et ils furent portés d'office
aux tableaux d'avancement qui devaient leur donner
le grade supérieur ; tandis que les officiers étrangers
perdirent à la fois les grades qu'ils avaient conquis à
la pointe de l'épée et l'ancienneté de ceux dont ils
étaient titulaires avant leur entrée en Espagne. Ainsi
Ton Gt usage de poids et de mesures différents pour
récompenser des services de même nature, et la Lé
gion après avoir soutenu pendant deux ans l'honneur
du nom Français dans la Péninsule, reniée par le ca
binet qui l'avait sacrifiée, reçut pour toute récompense
l'ordre de rallier en Afrique le bataillon qui, peu de
mois auparavant, avait été formé de l'autre côté des
Pyrénées pour la renforcer.
En octobre 1836, la nouvelle Légion, organisée à
Pau, et n'ayant encore qu'un bataillon sous les ordres
du commandant Bedeau, fut dirigé sur Toulon pour
l'Afrique où elle débarqua à Alger le 15 janvier 1857.
Le 13 octobre de la même année, elle assistait à la
prise de Constantine et y eût 5 officiers et 60 hommes
hors de combat.
Pendant l'intervalle de repos qui eût lien de 1837
à 1839, pour toutes les troupes de l'armée d'Afrique,
la Légioh Etrangère occupa Bougie, la Maison Carrée,
le Fondouk, et y exécuta des canaux, des routes, des
casernes, ainsi que des travaux d'assainissement qui
— 21 —
coûtèrent la vie à un grand nombre d'hommes.
En 1839, un bataillon de la Légion, qui en comptait
déjà trois à cette époque s'empara de Djigelly, sous la
conduite du colonel de Salles, et paya cette conquête
du sang du brave Horain, après y avoir déjà eu 50
hommes et 3 officiers tués et blessés, parmi lesquels
le chef de bataillon Houveaux.
Dans le même temps, une sortie executee de Bougie
avec 600 hommes de la Légion, par le lieutenant-co
lonel Bedeau, pour opérer dans les montagnes du voi
sinage une diversion utile au succès de l'opération sur
Djigelly, lui coûta encore 17 hommes tués et blessés.
A la reprise des hostilités en 1840, la Légion Étran
gère, forte alors de quatre bataillons, prit part à toutes
les expéditions, notamment à celles du Tenya, de
Mouzaya et du Bois des Oliviers, aux différents com
bats sous Cherchell, où elle perdit le chef de bataillon
Gautrin, à celui deTakedempt, ainsi qu'aux nombreu
ses actions qui eurent lieu dans le massif de montagnes
entre Médéah et Milianah. Dans cette serie d'affaires,
elleeutencoreUO soldats tués etblessésdont 3 officiers.
La Légion, de concert avec un bataillon du 5" Léger,
forma la première garnison de Milianah et y perdit la
moitié de son monde par la famine et le feu de l'en
nemi. Un ordre du jour du maréchal Valée, en date
du 50 juillet, signale à l'armée la vigueur avec la
quelle un bataillon de la Légion, sous les ordres du
colonel de Hulsen, repoussa dans la Metidja 6 à 800
cavaliers qui avaient tenté de pénétrer dans le Sahel
par le pont de PArach.
y-
— 22 —

En septembre, octobre et novembre, la Légion oc


cupa pour la troisième fois le Fondouk et bloquée dans
ce poste pestilentiel où elle eut à combattre à la fois
contre des fièvres terribles et contre les nombreux
Kabyles du voisinage, elle y perdit, en moins de cin -
quante jours, le colonel de Hulsen, 2 officiers et 125
sous -officiers et soldats.
Le 15 fevrier 1841, une attaque des Kabyles contre
les avant-postes de Djigelly, donnait à un de ses ba
taillons, commandé par le lieutenant-colonel Picou-
leau, l'occasion de se signaler. Après un combat de
nuit ou, pendant plusieurs heures, on lutta corps à
corps, l'ennemi se retira, laissant plus de 1 50 cadavres
sur le terrain.
En avril on forma le 2' Régiment de la Légion
Etrangère en lui donnant pour noyau le i° bataillon
du 1" Régiment. Ce nouveau corps devait être com
posé d'hommes du Midi et de Levantins, car on croyait
alors que l'émigration Espagnole et Italienne serait
plus considérable qu'elle ne l'a été ; mais on ne tarda
pas à s'apercevoir que ce mode de recrutement était
insuSisant, et le ministre décida que le nouveau Régi
ment serait recruté avec les mêmes éléments que son
aîné.
A partir de cette époque, l'historique de la Légion se
divise en deux pages distinctes mais non moins inté
ressantes, et les deux Régiments, séparés l'un de l'au
tre ont suivi constamment aux deux extrémités de
l'Algérie les phases de la guerre d'Afrique.
En mai et juin 1841, deux bataillons du 1er Régi
— 23 —
ment prenaient part à la lointaine expédition de Thasa
et de Boghar, tandis que le 3' signalait sa présence à
Koiéah sous les ordres du commandant Poerio, par les
rudes coups qu'il portait au* Adjoutes, pour venger la
mort du capitaine Mul'.er et de ses 44 hommes, mas
sacrés les 1 mai près de la redoute d'Ouled-Fayet.
Au mois de septembre de la même année, un de
ses bataillons assista aux deux ravitaillements de Mé-
déah et de Milianah, opérés par le général Baraguay-
d'Hilliers, et eut, dans différents engagements, 1 capi
taine tué, et 12 hommes tués et blessés.
En décembre le Régiment passa de la province
d'Alger dans celle d'Oran ou l'attendaient de nouveaux
travaux, et sous les ordres des généraux Bedeau,
d'Arbouville, Gentil et Bourjolly, fut successivement
employée à toutes les opérations qui eurent lieu aux
environs de Mostaganem et de Mascara, dans le Dahra
et chez les Flittah.
A la même époque un de ses bataillons, détaché à
El-Esnam (Orléans-villê) fit partie de la brigade du
général Cavaignac lors colonel aux Zouaves, qui l'em
ploya alternativement à des expéditions militaires et à
des travaux de routes et de fortification.
Le 1" Régiment fut aussi de la grande expédition du
général Bugeaud dans la vallée du Chéliff, de laquelle
résulta la soumission des tribus importantes que l'émir
(Abd-el-Kader) dans sa toute puissance, n'avait jamais
pu assujettir.
En 1843, il ne devait pas se rendre moins utile que
l'année précédente. Après avoir pris part à de nou
— 24 —

velles expéditions chez les Flittali , qui coulèrent la


vie à un officier et mirent 15 hommes hors de combat,
un de ses bataillons partit en juin de Mostaganem sous
les ordres du commandant de Caprcz, avec la colonne
du général Bourjolly, qui devait, avec celle du maré
chal Bugeaud, investir l'Ouaiensenis. Ce bataillon
forma, une journée entière, l'arrière garde de la co
lonne et eut 1 officier et 15 hommes tués et blessés.
Au mois d'août et de septembre, deux bataillons
prirent part sous les ordres du colonel Mouret, à une
nouvelle expédition contre les Flittah. En décembre,
un bataillon fut détaché de Mostaganem à Orléans-
ville sous les ordres du colonel Saint-Àrnauld, et,
pendant toute l'année, ce bataillon tint la campagne,
soit avec la colonne de celte subdivision, soit avec
celle de Tenez, pour la compression des soulèvements
du Dahra, excités par le shériff, (dit Bou-Maza).
En février et mars 1844 les compagnies d'élite de
ce bataillon se distinguèrent pendant la brillante ex
pédition de la Kabylie avec là colonne du maréchal
Bugeaud.
En janvier 1845, un bataillon parti de Mascara sous
les ordres du commandant Charras fut assailli par la
neige et bloquée par elle pendant 27 jours sur les
hauteurs de Tiaret; la plupart des hommes eurent les
pieds gelés.
Au mois de septembre 1845, le 5e bataillon de ce
Régiment, commandé par le commandant Manselon,
eût une affaire très chaude à Ben-Atia des Beni-Mcsse-
lem.
- 25 —
De 1845 à 1846, deux compagnies furent bloquées
dans la redoute de Daya pendant cinq mois, ou après
avoir soutenu plusieurs attaques dans lesquelles ils
ne perdirent que 3 des leurs, ils passèrent tous les
dégrés de privations et lorsqu'enfin ils reçurent des
secours, ils n'avaient plus que des biscuits et de l'eau
pour toute nourriture.
En juin 1846, le 1er Régiment eût le triste honneur
de participer à l'expédition dans les Chotts sous les or
dres de ce colonel dont l'inexpérience coûta si cher
à la colonne qu'il commandait (1), et prit part à tou
tes celles qui amenèrent la pacification des Fliltah, des
Eeni-Ouracs, de l'Ouarensenis et du Dahra.
En 1847, il fit l'expédition du Ksour du Desert sous
la conduite du gérerai Cavaignac, qui le distingua
pour sa patience, son énergie dans les fatigues et sa
valeur en face de l'ennemi.
Durant l'année de 1848, le 2e bataillon, occupant
sur la frontière du Maroc, l'Alla-Maghrinia le poste le
plus insalubre de l'Algérie, fut détaché pour faire par
tie, avec la colonne de Tlemcen aux ordres du géné
ral de Mac-Manon de l'expédition contre les Beni Se-
nousset ce bataillon, diminué de moitié parles mor
talités causées par la fièvre, rentra à Sidi-bel-Abess
pour être employé avec le reste du Régiment, à la
formation de la ville qu'on fonde sur ce point. Enfin

(l)Dms cette colonne, beaucoup d'Inmmc-s se suicidèrent, d'au


tres mâchaient du plomb, des pierres- et la généralité y but du sang
de mouton, pour apaiser la soif qui les tourmentait.
— 26 —

les six compagnies d'élite du 1" Régiment sous les


ordres du colonel Mellinet, commandant la colonne
d'observation d'El-Aricha, prirent part à l'expédition
du Sud chez les Heumyau, en avril, mai et juin 1849.
De son côté le 2e Régiment rivalisa avec le 1" de
dévouement et de valeur. Organisé à Bône, par le
colonel de Senilhes il occupa tour à tour les postes de
Guelma et de la Calle, et toutes les stations intermé
diaires. Son premier bataillon fort de 900 hommes
fût en 1842 détaché à Djigelly où la fièvre à cette
époque, exerçait tant de ravages, qu'on fut obligé en
moins de quinze mois de le renouveler entièrement,
et que l'inspecteur général Négrier ne trouva sous les
armes que 56 hommes, le reste étant mort ou dans
les hôpitaux.
Ce bataillon, renouvelé en partie, rentra à Bône,
comptant dans ses rangs 500 hommes ou plutôt 500
invalides. Le deuxième bataillon fut envoyé à Bougie,
et eût à souffrir aussi cruellement que le premier des
influences morbides.
En 1843, une notable portion du 2e Régiment prit
part avec la colonne dite de Bône, sous les ordres du
général Baraguay d'Hilliers, à une campagne des plus
longues et des plus pénibles.
En octobre et novembre de cette année, le 2* Régi
ment fit partie d'un camp établi sur la frontière de
Tunis pour procéder à la délimitation du pays, et tan
dis que le troisième bataillon pénétrait dans le pays
des Zerdega, tribu insoumise et sur laquelle la domi
nation Turque n'avait jamais pu s'étendre, les deux
— 27 —

premiers bataillons, détachés à Djigelly et à Bougie,


avaient de sérieux combats à soutenir contre les Ka
byles; plusieurs ordres du jour du gouverneur géné
ral signalent à l'armée leur bravoure et leur discipline.
Durant la période de 1841 à 184-i, les loisirs mili
taires du Régiment avaient été utilisés par le tracé et
la construction d'une route carrossable dans les mon
tagnes abruptes et inaccessibles de l'Edough.
En mai et juin 1845, le troisième bataillon, suivit
l'expédition qui fut dirigée par le général Bedeau, dans
la région montagneuse de l'Aurès, et se distingua à la
prise de Tamza.
Après avoir battu en tout sens le pays insoumis des
Hanneucha, les deux autres bataillons allèrent ouvrir
la route de Philippe-ville à Constanline.
Le 2 juin 1846, une colonne aux ordres du général
Randon et qui comptait la Légion dans ses rangs, en
leva d'assaut la position formidable de Ras-Sotha, et,
après soixante-douze jours d'expédition sous un soleil
brûlant, rentra à Bône aux acclamations de la popu
lation.
En 1847, un bataillon de ce Régiment prit part à
l'expédition contre les Nemencha sur les confins du
Désert, et supporta des fatigues et des privations
inouies avec une constance et une fermeté dont le gé
néral de Senilhes se plait à rendre témoignage.
Pendant les mois d'août, septembre, octobre et
novembre 1846, février et mars 1847, tout ce qui
restait de disponible du Régiment, fut employé à tra
cer un village au Ruisseau d'Or, entre Bône ctGuelma,
"~
— 28 —

et à continuer une route déjà commencée- entre ces


deux points. Plus tard, le 2< Régiment fut envoyé à
Bathna et à Biskra (sud de Constantine, au milieu
d'un désert bien et dûment appelé Mer de Sable,
jusqu'à ce que les troubles survenus dans le sud de
Biskra lui aient fait échanger la pioche contre le
mousquet.
Le 16 juillet 1849, ce Régiment mit le sceau à la
la réputation de la Légion Étrangère pendant l'expé
dition de Biskra au Désert devant le kzar de Zaatcha
qu'on trouva fortifié et crénelé. Sous les ordres du
commandant de Saint-Germain, la Légion forma la
deuxième colonne d'attaque, et il ne dépendit ni de
son ardeur ni de son élan que les murailles défendues
par un ennemi nombreux et fanatisé ne fussent em
portés; les boulets y faisaient des trous sans les ébran
ler, et les colonnes qui étaient restées près de deux
heures sous le feu le plus meurtrier, au pied des murs
d'un fort construit au centre du village (la Maison
Crénelée), sans pouvoir y pénétrer, durent se rétirer
emportant avec elles nombre de morts et de blessés.
Quelques mois plus tard, elle y retourna, sous la con
duite du général d'Herbillon qui assiégea et prit la
place passant à la bayonnette tout ce qui survivait ;
la Légion y eut encore bon nombre d'hommes tués et
blessés et plusieurs emportés par une inaladiepesti -
lentielle qui se déclara par l'infection des cadavres
qu'on n'avait guère le temps d'enlever et que l'ardeur
du soleil putréfiait.
En résumé l'on peut avancer, sans crainte d'être dé
— 29 —
menti, que depuis sa formation, elle n'a pas eu un
seul jour de repos ; à peine avait-elle formé ses fais
ceaux que saisissant la pelle, la pioche ou la truelle,
elle travaillait aux routes, fortifications et édilices mi
litaires.
Rivés, à cette terre d'Afrique, ces malheureux
étrangers et compatriotes, doivent compter 30 ans de
services effectifs, pour avoir droit à la retraite en
France, or, nul ne peut se flatter, qu'à de très rares
exceptions, d'y vivre plus de quinze ans, et il faut se
garder d'accepter comme exemple du contraire, les
officiers supérieurs et surtout les officiers généraux
qui ont résisté aux fatigues et triomphé des dangers
du climat, car seuls ils peuvent les surmonter, parce
qu'ilsjouissent le plus souvent d'habitations salubres et
commodes d'une nourriture saine et abondante, et qu'ils
exécutent les marches à cheval; à ces conditions seule
ment on pourrait conserver l'espoir de servir trente
ans en Algérie et encore serait-ce un espoir téméraire.
Véritables pionniers de la civilisation française en
Algérie, on les rencontre constamment aux avant-
postes, prêts à combattre à construire et à défricher.
Tels sont les services rendus par la Légion, service*
qui ne sont appréciés que par les généraux d'Afrique
parce que généralement ils sont peu connus en France,
quoiqu'ils lui aient coûté en dix-neuf ans, c'est-à-dire
jusqu'en 1849 ou j'arrête ma relation, tant en Espa
gne qu'en Algérie, 160 officiers et 15,000 hommes
morts au champ d'Honneur et par suite des fatigues
de la guerre.
— 50 —
Telle est cette Légion, dont les titres ne sont ni
contestables ni contestés et qui aurait le droit d'arbo
rer sur ses drapeaux, comme dévise, la désolante lé
gende que le Dante place à la porte de lenfer :

VOI CHE INTRATE, LASCIATE OGN1 SPERANZAÎ

• ■
CAMPAGNES ET TRAVAUX

u ils [p»fê>AMfïOT

DEP11S 1851,

EN ESPAGNE ET EU ALGÉRIE,

C). ÏDcUoutgne.

50 centimes.

La publication de cette brochure est utile à l'ar


mée, et aux jeunes gens, en ce qu'elle leur démon
tre d'une manière nette et précise, que la Légion
Étrangère, n'est pas ce que leur imagination en
fante et qu'il vaut mieux servir sa patrie que l'é
tranger. Elle est encore utile à ceux-]/» mêmes qui
y ont servi en ce qu'elle leur donne l'historique de
leurs corps comme pièce de conviction à l'appui de
leurs campagnes et travaux soit en Espagne, soit
en Algérie, avec le rélevé des morts et blessés
par les combats soutenus par ce corps, ainsi que
le nombre de ceux que les maladies pestilentielles
qui régnent en ces contrées ont fait succomber.
Véritables pionniers de la civilisation Française en
Algérie, on les rencontre constamment aux avant-
postes, prêts à combattre, à construire et à défri
cher.

A. llurré, imprimeur-éditeur, impasse des l'oissoaiuers, 3, à Brun-Iles.