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Le magazine du jazz N° 682 - avriL 2016

Oscar
Peterson
Les
années
Du swing à l’électro MPS

La saga NUMERO
SPECIAL

des pionniers
du clavier

Bojan Z & Julien Lourau À deux c’est mieux


Duke Ellington Quand il découvrait Dollar Brand
Manu Katché Le batteur des stars

F : 6.00€ - DOM : 7 € - BEL/LUX : 7 € - D : 7.50 € - CH : 12 FS - CAN : 10.99 $CA - ESP/GR/ITA/PORT CONT : 7 € - MAR : 70 DH - TOM : 1790 XPF
JEUDI 5 MAI
• David Sanborn « Electric Band » (USA)
• Charles Lloyd - Jason Moran duo (USA)
• Nguyên Lê « Dark Side Nine » (F)
• Erik Truffaz 4tet (F/Suisse)
• Edward Perraud Synaesthetic Trip (F)
• Romengo & MÓnika Lakatos (Hongrie)
• Hyphen (F) CRÉATION
• Ray Lema « Nzimbu » (RD Congo)
• Mbongwana Star (RD Congo)
• Red Line Crossers (F)
• Laurent Courthaliac trio + Luigi Grasso (F)
• Dj Balafon « Super Afro Party » (F)

VENDREDI 6 MAI
• Airelle Besson - Daniel Herskedal trio (F/Norvège)
• Henri Texier «  Sky Dancers  » 6 (F) CRÉATION
• Sébastien Texier « Dreamers » 4tet (F)
• Belmondo Big Band « Around Coltrane » + Archie Shepp (F+USA)
• Michael Wollny trio (D)
• The N.E.Q (Corée du Sud)
• Fabrice Devienne « Dipenda » (F)
SAMEDI 30 AVRIL • Laurent Coulondre trio (F)
• Airelle Besson & L’Orchestre Régional de Normandie +Youn Sun Nah • Julien Lourau « Groove Retrievers » (F)
(F/Corée du Sud) CRÉATION • Pat Thomas & Kwashibu Area Band (Ghana)
• Aram Lee - Joce Mienniel trio (F/Corée du sud) • Jef Neve solo (B)
• Géraldine Laurent «At Work» 4tet (F) • Leyla McCalla trio + Raphaël Imbert et Pascal Danae (USA/F)
• Chris Potter 4tet (USA) • Big Band Cosmique (F)
• Eric Bibb & Habib Koité (USA/ Mali) • Samba de la Muerte Dj Set (F)
• David Georgelet – Yoni Zelnik – François Chesnel trio (F)
• Riot Jazz Brass Band (GB) SAMEDI 7 MAI
• Scratchophone Orchestra (F) • Sarah McKenzie « We Could Be Lovers » + Stéphane Belmondo (Australie/
USA/F)
DIMANCHE 1ER MAI • Brotherhood Heritage (F/GB) CRÉATION
• Ping Pang 4tet (F) • « 1,2,3 Piano ! » avec Thomas Enhco solo (F) / Bojan Z & Julien Lourau
• Céline Bonacina trio & le Megapulse Orchestra (F) CRÉATION duo (F) / René Urtreger trio (F)
• Bande à pied Follow Jah (Haïti) • Ana Carla Maza (Cuba)
• Riot Jazz Brass Band (GB) • Schwab Soro (F)
• Pomelé (F) • Edouard Ferlet - Violaine Cochard « Bach Plucked Unplucked » (F)
• Haïdouti Orkestar (F/Balkans) • Black String (Corée du Sud)
• Chico Trujillo (Chili) • United Vibrations (GB)
• Cie Dodeka + Airelle Besson « Boris Vian ! Un cabaret » (F) CRÉATION • Baraji + Nguyen Lê (Corée du Sud/F)
• Osaka Monaurail (Japon)
• Rodolphe Lauretta 5tet (F)
MARDI 3 MAI • Phuncky Doyen (F)
• Bettye LaVette (USA)
• Taj Mahal (USA)
Programmés dans le cadre de l’année
• Vincent Peirani 5tet « Visions of Living Being » (F)  France-Corée 2015-2016
• Reverend Shine Snake Oil Co (USA)
• [su:m] (Corée du sud)
• Les Tontons souffleurs (F) Billetterie en ligne sur www.jazzsouslespommiers.com
• Hélène Vouhé – Bastien Ferrez «  Charlot festival  » (F) à partir du 26 mars pour les abonnements,
• La Cie Silence & Songe « Linon » (F)
à partir du 9 avril pour la billetterie hors abonnement.
MERCREDI 4 MAI
• Dee Dee Bridgewater - Irvin Mayfield & The New Orleans 7 (USA) Points de vente habituels : E. Leclerc, Auchan, Cultura, Cora,
• Hugh Coltman (GB) www.ticketmaster.fr
• Christian Scott aTunde Adjuah « Stretch Music » (USA) à partir du 9 avril
• Tiganá Santana (Brésil/Sénégal)
• Blick Bassy (Cameroun/F)
• Carte blanche à Vincent Tortiller 5tet (F)
• DJ Fweep (F)
Visuel : Loïc Gosset

EXPLOITANT DE LIEU n° 1 - 1015372 - 1015373 - 1015355 - 1042574 / n ° 2 – 1015370 / n° 3 – 1015371


édito Frédéric Goaty
directeur de la rédaction

Touches de folie Sommaire


Confessions d’un dévoreur de Moog doublé d’un Le magazine du jazz N° 682 - AVRIL 2016

poignardeur d’orgue Hammond : « La nuit d’avant, je Oscar


Peterson
Les
n’avais pas dormi. J’étais en panique totale. Je me Du swing à l’électro années
MPS
La saga NUMERO

souviens qu’à un moment, dans ma loge, j’ai vraiment


SPECIAL

des pionniers
du clavier
songé à me sauver du studio. Je n’ai jamais eu autant
le trac de ma vie » Qui pouvait impressionner à ce point
feu Keith Emerson en 1976 ? Oscar Peterson bien Julien Lourau & Bojan Z À deux c’est mieux

sûr, qui l’avait invité à participer au show télé qui portait


Duke Ellington Quand il découvrait Dollar Brand
Manu Katché Le batteur des stars

F : 6.00€ - DOM : 7 € - BEL/LUX : 7 € - D : 7.50 € - CH : 12 FS - CAN : 10.99 $CA - ESP/GR/ITA/PORT CONT : 7 € - MAR : 70 DH - TOM : 1790 XPF

son nom, l’Oscar Peterson’s Piano Party. Le face à face À la une, oscar Peterson
entre le keyboard hero du rock symphonique et le géant photographié par Giuseppe Pino.
Illustration : PrinceofLove/
canadien du piano tourna rapidement à la leçon Shutterstock
de swing, donnée par un virtuose débonnaire sûr de
son art à un “fou des claviers” certes en surchauffe,
mais sans doute ravi de pouvoir rencontrer son idole. N° 682
avril 2016
Avec une passion pas moins contagieuse que
celle d’Antoine Hervé pour Oscar Peterson (lire p. 16), 8 Passe à Table
Bojan Z & Julien Lourau
SyLvAIN GRIPoIx

d’autres fous des claviers et leurs drôles de machines


12 Story
sont racontés dans notre dossier du mois par Oscar Peterson
l’un de nos plus fidèles “consultants”, Laurent de Wilde 20 Dossier
(lire p. 20), qui vient par ailleurs de publier un livre Les fous des claviers
par Laurent de Wilde
absolument essentiel dont on n’a certainement
38 Le Jour J
pas fini de parler (lire p. 45). Duke Ellington & Dollar
Brand
Et pendant ce temps-là, un autre musicien français, 39 Le Guide
Nouveautés,
et non des moindres, peaufine le sommaire du prochain Rééditions,
Jazz Magazine, dont il sera le rédacteur en chef invité. Téléchargement,
Livres, dvd
71 Le Live
Ce numéro est dédié à la mémoire de Jacques Mahieux, Clubs, concerts,
Léon Francioli et Nana Vasconcelos. radio, internet, télévision

Jazz Magazine Jazzman N° 682 – AVRIL 2016 Imprimé en France. ce numéro comporte :
est édité par Jazz & Cie, Prix de vente au numéro : 6,00 € Imprimeries Léonce Déprez, - un dépliant « Jazz sous
15, rue Duphot, 75001 Paris Jazz Magazine Jazzman est une Z. I. Le Moulin, 62620 RUITZ. les Pommiers » dans
Principaux associés publication mensuelle Jazz & Cie les exemplaires destinés
Pierre Bastid, Laurent SAS au capital de 350 000 euros à la diffusion kiosques France
Guillemain, Christophe Gouju, R. C. S. Paris B 802 298 588. et dans les exemplaires
Edouard Rencker, ML Sylvain Représentant légal : Edouard Rencker destinés aux abonnés France.
Administration Dépôt légal : 2e trimestre 2016 - un cd « cinq pionniers
Fatima Drut Jasic Diffusion MLP de l’électro » dans les
Tél. : 01 56 88 17 62 N° de commission paritaire : exemplaires destinés aux
1116 K 90618 abonnés avec option cd.
N° ISSN : 2425-7869
© 2016 Jazz & Cie

Renseignements, réclamations, changement d’adresse LE PRochAIN


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et commande d’anciens numéros LE 29 AVRIL
TéL. : 01 60 71 55 86 – Email : anne-claude.venet@lva.fr
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Avril 2016 Numéro 682 Jazz Magazine 3


signatures
la rédaction les pigistes les photographes

Directeur
de la publication
Ils en parlent
Edouard Rencker
Directeur
de la rédaction
Frédéric Goaty
(fredericgoaty
@jazzmagazine.com)
Rédacteur
SyLvAIN GRIPoIx

en chef
Franck Bergerot
(franckbergerot

x/DR
@jazzmagazine.com)
Laurent Antoine
Publicité,
partenariats, de Wilde Hervé
événements Pianiste Pianiste
Tristan Bastid
(01 56 88 16 69, J’aime le jazz, j’aime l’électricité, j’aime le Oscar Peterson, mon premier maître par le
tristan.bastid son, j’aime l’électronique, j’aime la musique biais de ses enregistrements. Une synthèse
@jazzmagazine.com)
sous tous ses aspects, sous forme d’onde parfaite à l’époque de tout ce qui pouvait
Directrice sonore ou de neuvième augmentée. C’est me séduire au piano et dans le jazz. Puis il
artistique grave, docteur ? Difficile à dire. En tout y en eut beaucoup d’autres, mais lui, ce fut
Claude Gentiletti
cas, j’ai le sentiment de ne pas être le seul, le premier et il compta vraiment pour moi
Responsable et j’espère que mon dossier spécial saura comme un initiateur, un père musical. Je lui
diffusion kiosques vous en convaincre. Inventeurs, musiciens, suis redevable à jamais de m’avoir ouvert
Maureen Richy-Dureteste programmeurs, tous y sont obsédés par cette les portes d’un monde magnifique, d’une
(01 60 71 55 12,
maureen.boisguerin@lva.fr)
matière unique, fuyante, précieuse, aussi richesse stupéfiante. Son swing transporte la
mystérieuse qu’évidente, par cet océan fertile vie et recèle une énergie inépuisable. L’amour
Best man dans lequel nous baignons : le son. procède de la musique de Oscar Peterson.
Philippe Carles
Pervulgateur
inamovible
Frank Ténot
Chairman
emeritus
Daniel Filipacchi

Ils ont contribué


à ce numéro
Jacques Aboucaya, Annie-
GIL CoRRE

Claire Alvoët, Pascal Anquetil,


Noadya Arnoux, Philippe
x/DR

Bas-Rabérin, Bertrand
Bouard, Peter Cato, Pierre de David Noadya
Chocqueuse, Vincent Cotro,
David Cristol, Lionel Eskenazi, Cristol Arnoux
Julien Ferté, Ludovic
Florin, Jonathan Glusman,
Pigiste Pigiste
Christophe Geudin, Giuseppe
Pino Sylvain Gripoix,
Cinéphile autant que jazzophile, j’ai le plaisir J’ai beau écouter en boucle Lou Tavano,
Antoine Hervé, Jean-Louis de voir ces deux passions réunies dans les Jameszoo et Jaimeo Brown, les grands
Lemarchand, Félix Marciano, pages de votre journal préféré via la rubrique anciens ne me quittent jamais (cf. la
François Marinot, Philippe Jazz au ciné, à laquelle je participe pour la photo de mon arrière-grand-mère en lieu
Méziat, Jean-Baptiste Millot,
Jean-François Mondot,
première fois. Apparus à l’orée du XXe siècle, et place de la mienne, qu’on pardonne
Stéphane Ollivier, Thierry le jazz et le cinéma ont grandi ensemble et ma pudeur). Alan Shorter par exemple,
Quénum, Christian Rose, entretenu des relations parfois heureuses, feu le grand frère de Wayne, trompettiste
Pascal Rozat, François-René souvent compliquées. Outre les concerts et les maudit dont l’“Orgasm” fait partie de
Simon, Alfred Sordoillet,
Katia Touré, Philippe Vincent,
disques, aborder le jazz à travers sa présence mes innombrables “Disques à moi” (lire
Jean-Pierre Vidal, dans les films de fiction permet de découvrir p. 61). Rien que pour partager avec vous
Laurent de Wilde. des aspects surprenants ou méconnus de son ce disque de chair et de sens, je suis
histoire… heureuse de pouvoir m’exprimer dans les
pages de ce précieux magazine.

La rédaction n’est pas responsable des textes, illustrations, photos et dessins publiés qui engagent la seule responsabilité de leurs auteurs. Les documents reçus
ne sont pas rendus et leur envoi implique l’accord de l’auteur pour leur libre publication. Les prix peuvent être soumis à de légères variations. Les indications
de marque et les adresses qui figurent dans les pages rédactionnelles de ce numéro sont données à titre d’information. La reproduction des textes, photographies
et dessins publiés est interdite. Ils sont la propriété exclusive de Jazz Magazine qui se réserve tous droits de reproduction et de traduction dans le monde entier.

4 Jazz Magazine Numéro 682 Avril 2016


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invité sur l’album avec Italie-France-Suède : un présence de deux jeunes le vif en Allemagne. Au
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émouvant, sans frontières foisonnant de vie et de fougue, mystère et
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Les CD Collection sont des compilations thématiques réalisées par la rédaction. (2) Tarif kiosque. accéder aux informations vous concernant, les rectifier et vous opposer à leur transmission éventuelle en nous écrivant.
passe à table
texte Pascal Anquetil photos Jean-Baptiste Millot

BOjAN Z & jULIEN LOURAU

“On a eu la chance
de se rencontrer très
tôt et très jeunes”
Depuis vingt-cinq ans, Bojan Z et Julien Lourau partagent plus qu’une
complicité générationnelle : une amitié ouverte et joyeuse fondée sur de
multiples aventures. Débriefing d’un long compagnonnage musical dans un
restaurant japonais, avant leur concert très attendu à Jazz Sous Les Pommiers.

C
x/DR

repères Comment vous êtes-vous C’est en 1990 qu’en même temps que le Bojan Z Quartet, vous
connus ? vous lancez avec Erick Borelva, Christophe Minck, Daniel Casi-
Bojan Zulfikarpašić Julien Lourau Notre première rencontre a eu mir et Dom Farkas dans l’aventure free funk de Trash Corporation…
1968 Naissance le 2 lieu au Sunset à l’automne 1989. J’avais 18 J.L. Avec comme modèle celui de l’improvisation collective “harmolo-
février à Belgrade. ans, Bojan 21. C’était une époque où nous dique”, Trash Corporation a été pour nous une expérience de catharsis
1988 S’installe à travaillions beaucoup les standards. En ce qui quelque peu schizophrène. Toutes nos connaissances de jazzman orthodoxe
Paris. me concerne, au sein du quartette de Marc ont été bousculées par une pratique sauvage de “gai savoir”. Après une pé-
Buronfosse avec Pierre Christophe et Fran- riode d’apprentissage du jazz et de son langage, nous avions tous besoin de
1990 1er prix de
soliste au Concours çois Merville par exemple, mais aussi avec désapprendre et de nous retrouver à jouer ensemble une musique généra-
de la Défense et Noël Akchoté au Baragouin, à Rambouillet, tionnelle sans limites ni œillères. On a finalement beaucoup plus répété que
création du Bojan Z où j’habitais alors. Noël nous avait rédigé un joué sur scène. Trois répétitions par semaine ! Des cassettes démo de notre
Quartet. mini Real Book de relevés de compositions musique ont alors vite circulé par la bande, je ne sais trop comment. C’est
1994 “Bojan Z écrites par des musiciens français – Daniel ainsi qu’on s’est retrouvé au New Morning devant cinq cents personnes qui,
Quartet” (Label Bleu). Humair, François Jeanneau, Henri Texier – à notre grande surprise, connaissaient par cœur tous nos morceaux. Selon la
2001 “Solobsession” mais aussi par Steve Swallow, Don Cherry, théorie de mon père, le sociologue René Lourau, pour rester une avant-garde,
(Label Bleu) Paul et Carla Bley. Quand Bojan a débarqué tout collectif est condamné à s’auto-dissoudre. C’est ce que nous avons
au Sunset, c’était ce répertoire que je jouais choisi de faire à la suite de dissensions au sein du groupe pour savoir s’il
2002 Prix Django
Reinhardt de sur scène avec Noël… fallait enregistrer pour un label indépendant ou une major. On a procédé à un
l’Académie du jazz. Bojan Zulfikarpašić Je me souviens d’avoir vote qui a donné la majorité à ceux qui souhaitaient attendre les propositions
2005 Lauréat du joué The Peacocks de Jimmy Rowles avec d’une major. Du coup, Trash Corporation a implosé en vol sans enregistrer
Prix Hans Koller Julien ce soir-là, lors de la jam finale. J’ai le moindre disque.
(meilleur artiste été tout de suite impressionné par sa sono-
européen de jazz). rité pleine et généreuse. Par hasard, en juin Comment avez-vous rencontré Henri Texier ? Il a joué un rôle
2007 Victoires 1990, j’ai participé au Concours de jazz de important dans votre initiation au jazz et à son monde ?
du jazz avec la Défense pour remplacer Pierre Christophe J.L. Il était venu nous entendre au Sunset alors que nous jouions avec
“Xenophonia » dans le quartette de Marc Buronfosse. Coup Noël Akchoté. Il avait été très étonné que des jeunes gens jouent sa
(Label Bleu). de chance, je gagne le premier prix de soliste musique comme celle de ses amis. Henri nous a alors proposé des séances
et, en prime, un concert offert par André Fran- de travail chez Noël. Ces cours particuliers furent une expérience très enri-
cis à Radio France. Cela nous a encouragés, chissante. Il y a dans le jazz quelque chose d’essentiel qu’il faut à tout prix
Julien et moi, à travailler un nouveau réper- préserver : sa dimension africaine, à savoir la transmission orale.
toire. C’est ainsi que, tout naturellement, le C’est aussi grâce à Henri qu’après le succès de son disque “An In-
B.Z.
quartette de Marc Buronfosse est devenu à dian’s Week”, auquel j’avais participé, que j’ai osé appeler Michel Orier
l’occasion de ce concert de la Maison de la pour savoir si cela l’intéressait d’enregistrer notre quartette avec Julien chez
Radio le Bojan Z Quartet. Label Bleu. Il a accepté. Nous avons choisi d’enregistrer l’album à New York

8 Jazz Magazine Numéro 682 Avril 2016


Julien Lourau et Bojan Z

‘‘
Le choix du crowdfunding est un test
grandeur nature pour vérifier s’il y avait,
au-delà de la crise du disque, une crise
de confiance entre nous et notre public.”

dans le studio de David Baker. Souffrant, Michel Orier a délégué ses pouvoirs de directeur artistique pagnonnage, je ne retrouve rien, ni le goût ni l’obligation,
à Dave Liebman, qui a supervisé toute la séance avec beaucoup de bienveillance et de profession- qui pourrait ressembler à une relation de couple comme
nalisme. On a beaucoup appris à son contact. A la fin, il nous a dit : « Je crois que nous tenons là j’ai pu le lire. Il n’y a qu’une amitié forte, libre et complice.
un great album. » C’est déjà quelque chose d’extraordinaire. Il faut
B.Z.
dire qu’on a eu la chance de se rencontrer très
En 1995, après l’enregistrement de “Yopla !”, tôt et très jeunes. Cela aide à sceller une amitié solide
vos routes se séparent… et solidaire.
C’est l’année où je crée le Groove Gang… Avec Bojan, nous nous retrouverons pour l’enregis-
J.L.
trement de “Koreni”, dans lequel nous avons signé notre première plage en duo, Gradino Kolo. C’est pourquoi, dans l’exercice si fragile du
Mais notre premier duo “officiel” aura lieu en 1997 de façon impromptue, au Pannonica de Nantes. duo, vous n’êtes jamais dans la lutte d’ego,
mais dans l’entraide. Votre tête-à-tête musical est
En 2001, Julien, vous invitez Bojan pour jouer dans “The Rise”, puis en 2005 dans un corps à corps intense qui ne trouve sa pleine
le diptyque “Fire & Forget”… expression que sur scène…
L’inversion s’est faite naturellement, sans préméditation. Dans les années 1990, c’est Julien Quand on répète chez nous, sans pression, on
B.Z. qui jouait dans mes groupes. Dans les années 2000, c’est moi qui le rejoignais dans ses J.L.
ne sait jamais si on joue pour soi ou pour l’autre.
nouvelles aventures. C’est important qu’il y ait une libre circulation des rôles. II n’y a jamais eu entre C’est d’ailleurs pourquoi les essais en studio pour l’en-
nous de relation de leader. C’est là qu’intervient le fait que nous sommes de la même génération. registrement de notre duo n’ont pas été concluants. Il
Voilà des années qu’on partage beaucoup de moments ensemble. Julien aime à dire que le point nous manquait un autre récepteur. On a donc décidé de
fort de notre relation est qu’on sait tous les deux ce que l’on ne veut pas faire. l’enregistrer live au Triton, le club des Lilas. Dès qu’il y a
C’est vrai, je passais souvent chez Bojan – ou lui chez moi – pour écouter en sa compa- un public en face de nous, il y a plein de questions qui
J.L.
gnie toutes sortes de musiques. Je n’avais jamais connu auparavant une telle complicité ne se posent plus. La scène, c’est quand même notre
d’écoute. Ce sont des moments fondateurs dans notre relation. Précision : dans notre long com- meilleure manière de “fonctionner” ensemble depuis

Avril 2016 Numéro 682 Jazz Magazine 9


passe à table Bojan Z & Julien Lourau

me documenter sur place. J’ai bossé comme

‘‘
un malade. Avec le magnétophone de Bojan,
on enregistrait à double vitesse. En ralentis-
sant, on descendait tout d’une octave. C’est
de cette manière que j’écoutais le clarinettiste
bulgare Ivo Papasov pour essayer de lui pi-
La musique quer ses “trucs” quand il jouait des trilles infer-
peut donner nales. Tout cet apprentissage m’a ouvert de
nouvelles portes sur le saxophone dans son
aux gens approche rythmique. Ce qui explique qu’on
l’impression ait pu développer avec le temps un langage
que tout est commun qui nous permet de réagir au quart
de tour à chaque proposition de l’un ou de
possible.” l’autre. Ensemble, on n’a vraiment plus besoin
de batteur ni de bassiste.
B.Z. Avec Julien, on pense tous les deux de
la même façon rythmiquement. Cela
explique qu’il nous a été facile de dialoguer,
parce qu’on connaît et qu’on entend ensemble
les lignes de basse et les motifs de batterie.
des années, avec toujours en tête le désir de tout y donner. On est alors
obligé de faire équipe pour emmener le public le plus loin possible, voire le Vous êtes tous deux des grands
x/DR

bluffer, si l’on peut. Je me souviens d’un concert à Quimper devant mille voyageurs. Comment réagissez-
personnes. Ces mille personnes, on les a retournées à nous deux, comme si vous aujourd’hui à cette vague de peur
repères
on nous étions six, dix, cent. Un grand moment de bonheur partagé ! de l’étranger qui déferle un peu partout ?
Julien Lourau J’ai toujours beaucoup voyagé. Même
J.L.
Est-ce en raison de cette relation forte avec votre public que à Paris. Quand j’ai monté le Groove
1970 Naissance
le 2 mars à Paris. vous avez choisi pour l’enregistrement de votre duo de mon- Gang, j’habitais Belleville, un quartier multico-
ter, avec l’aide de Jeff Sharel, le label 2Birds1Stone sur le mode du lore où je pouvais rencontrer des musiciens
1989 Rencontre financement participatif ? qui venaient de tous les coins du monde. Cela
avec Bojan lors d’un
bœuf au Sunset. Le choix du crowdfunding est le fruit d’un souhait commun : celui de m’a nourri et fasciné. Je sais, rien n’est perma-
J.L.
pouvoir redéfinir la relation qui nous lie à notre public en l’incluant dans nent. Il faut que ça change. Mais ça bouge au-
1990 Création avec le processus de création de cet album, et sûrement de beaucoup d’autres jourd’hui dans un sens qui est plutôt flippant.
Bojan Z et Noël
Akchoté de Trash à venir. C’est un test grandeur nature pour vérifier s’il y avait, au-delà de la Cela fait vingt-sept ans que je vis en
B.Z.
Corporation. crise du disque, une crise de confiance entre nous et notre public. A notre France. Un pays que j’aime et que j’ai
grande surprise, en trente jours, on avait dépassé la barre des 8 500 euros ! choisi. Mon envie de venir y vivre a été nourri
1992 1er prix de
soliste au Concours Cela fait chaud au cœur ! par une idée d’excellence, le désir de donner à
de la Défense Il faut aussi dire que, depuis nos débuts, Julien et moi, chacun de mon existence une dimension qui me pousse
B.Z.
notre côté, on a toujours fait, en aval comme en amont, tout le travail toujours vers le haut. Ce qui me chagrine
1994 Création du
julien Lourau Groove de préparation, production et promotion pour la réalisation de nos disques. aujourd’hui, c’est l’impression que la médio-
Gang On n’en a eu marre que ce soient toujours les agents ou les producteurs qui crité gagne partout du terrain, surtout à la télé.
récupèrent au bout du compte le fruit de cet investissement. Il était temps Cette médiocrité commercialisée va de pair
1994 Enregistre
avec Abbey Lincoln de prendre notre indépendance. avec une vulgarité galopante. Comment s’en
(“A Turtle’s Dream”). protéger ? Je ne vois que la culture comme
2000 “Gambit” En vingt-cinq ans de fréquentation musicale, qu’avez-vous rempart. Donc aussi la musique. A l’issue de
avec jeff Sharel : appris l’un et l’autre en jouant ensemble ? nos concerts, je ne peux que constater cette
début d’une longue J.L. Beaucoup de choses. Moi qui suis un amoureux du piano, j’aime soif d’ailleurs, ce besoin d’horizons nouveaux
collaboration que Bojan cherche à chaque instant à trouver la couleur juste au que manifestent toutes les personnes venues
2009 “Quartet niveau harmonique. Cela correspondant au sens dans lequel je veux moi- nous entendre. À la fin, ils nous disent « merci »
Saïgon” (Naïve) même aller. Et puis, bien sûr, rythmiquement, Bojan m’a beaucoup apporté. pour les avoir, le temps d’un concert, fait voya-
Quand j’allais chez lui dans les années 1990, il me donnait à déchiffrer des ger. Ce n’est pas anodin. Cela prouve que la
partitions pleine de trilles et de mordants. Quand il a fallu les jouer avec mon musique peut donner aux gens l’impression
sax, j’avais l’impression d’apprendre un nouvel instrument. Cette découverte que tout est possible. •
CD “Duo” (2Birds1bird des rythmes asymétriques des Balkans m’a tout de suite donné envie de
/ fr.ulule.com/le-duo,
Choc Jazz Magazine).
Concerts Le 4 avril
à Lille (Aéronef), le 14 à
Cully Jazz (Suisse), le 7
mai à Coutances (Jazz Bojan Zulfikarpašić, Julien Lourau et Pascal Anquetil ont déjeuné au restaurant japonais Bizan (56 rue Sainte
Sous Les Pommiers),
le 18 à Nantes (Salle Anne, 75002 Paris – 01 42 96 6 76). Au menu, le “Bento Bizan” : tempura de crevettes et légumes, lieu noir aux
Paul Faure). légumes, petit udon et blanc-manger en dessert, le tout accompagné, bien sûr, de saké.

10 Jazz Magazine Numéro 682 Avril 2016


Crédit photo : Christophe Abramowitz / RF
mède
musical
elsa boubl
il
vous avez dit classique
?
16 : 00 - 17 :
00
Story
textes Ludovic Florin, Jean-François Mondot,
Antoine Hervé et Laurent de Wilde

Le label allemand MPS vient de


rééditer en coffret l’intégralité des
enregistrements d’Oscar Peterson
supervisés par Hans Georg
Brunner-Schwer dans les années
1960. En plein cœur de la Forêt
Noire, le pianiste était au sommet
de son art. La preuve en 8 cd.

Oscar Peterson

Comme
à la
maison
Ed Thigpen, Ray Brown
et oscar Peterson
dans le salon de hans
Georg Brunner-Schwer.

12 Jazz Magazine Numéro 682 Avril 2016


JoSEF WERKMEISTER

Avril 2016 Numéro 682 Jazz Magazine 13


story Oscar Peterson

E
En cette fin de soirée de mars 1963, le trio d’Oscar
Peterson éprouve un petit frisson de plaisir incrédule
à la vue du rutilant carrosse qui leur est destiné : une
limousine… Ils venaient de donner un concert à Zürich
et devaient se rendre à Villingen, à quelques kilomètres
de là, pour un petit extra bien rémunéré. Une invitation
qu’on ne refuse pas puisqu’elle émanait d’un allemand
richissime au nom aussi long que sa limousine : Hans
Georg Brunner-Schwer. Peterson ne savait pas que
cette invitation ponctuelle allait se transformer en pierre
blanche dans sa triomphale carrière. Pendant six ans, il
revint à Villingen. Il y donna des prestations enregistrées
qui comptent parmi les plus ébouriffantes de sa carrière.

Pourtant, en 1963, Peterson peut s’enorgueillir de très


beaux disques. Après son irruption fracassante sur la
scène du jazz en 1949, lorsque Norman Granz l’invita à
participer aux tournées du JATP, il s’est installé au firma-
ment des jazzmen. Ses trios, avec guitare (Barney Kes-
sel, Herb Ellis), puis avec batterie, l’ont imposé comme
le pianiste le plus doué de sa génération. Certaines de
ses performances live (“On The Town With The Oscar
Peterson trio de 1958), plusieurs de ses disques Verve
ont récolté les suffrages du public et de la critique (“Night
Train” de 1962, “We Get Requests” en 1964).
Mais Peterson n’était pas satisfait de son œuvre en-
registrée. En studio, Norman Granz insistait pour que
les titres ne dépassent pas les six minutes. Peterson
estimait que cela bridait son talent d’improvisateur. Et
dans ses enregistrements live, il constatait, navré, que
les moments les plus sublimes étaient souillés par un
tintement de verre, un éclat de rire inopportun voire une

‘‘
caisse enregistreuse.

En ce mois de mars 1963, Peterson ne sait pas encore


que son invitation dans le châlet de Hans Georg Brunner-
Schwer va résoudre ce dilemme. Le concert est prévu
“Exclusively For My Friends” permet
dans le salon du millionnaire. Il a rassemblé quelques de sa forme, et dans la meilleure capta
proches, tous amateurs de musique. Ils forment un techniques de l’époque.”
cocon familial et chaleureux rappelant l’atmosphère des
clubs. Les enfants du couple Brunner-Schwer, Andreas
et Matthias sont présents. Exceptionnellement autorisés

14 Jazz Magazine Numéro 682 Avril 2016


à veiller si tard, ils se demandent si c’est Noël qui recom-
mence.
En plus de public d’amateurs aussi attentif que respec-
tueux, l’enregistrement est réalisé dans des conditions
hyper-professionnelles. Le Steinway est une merveille,

JoSEF WERKMEISTER
les micros Neumann du dernier cri. Depuis son home
studio du troisième étage, Brunner-Schwer est relié au
salon par un circuit de télévision interne. Tout cela frappe
Peterson. Mais il est surtout sensible à l’accueil qui lui est hans Georg Brunner-
fait. À une époque où les musiciens noirs, notamment Schwer et son héros
quand ils voyagent dans le sud des États-Unis, ne savent oscar en train de
peaufiner le mixage
pas s’ils vont trouver un hôtel pour les recevoir, voici que d’un 33-tours MPS.
ce millionnaire allemand et sa femme Marlies les traitent
à la fois en princes et en frères. Avec le temps une amitié
profonde s’établira entre Peterson et le futur producteur
du label MPS. Pourtant, Peterson ne parle pas l’allemand
ni Brunner-Schwer l’anglais. Mais les deux hommes se
retrouvent sur l’amour du piano, de la famille, de la nature
(le chalet de Villingen se trouve dans la somptueuse Forêt
Noire) et mille choses imperceptibles qui construisent
une amitié. Bref, ils ne se comprennent pas, mais parlent
la même langue. Toute cette alchimie humaine explique dans les ballades. Le coffret fait bien entendre la facette
l’incroyable qualité de la musique réalisée dans ce petit tendre et mélancolique du géant canadien. Sa version
chalet de bois perdu dans la Forêt Noire. bouleversante de Little Girl Blue est un des sommets de
Cette musique nous est donc restituée aujourd’hui sous cette série de disques.
forme d’un coffret de huit CD (dont deux d’inédits, écar- Deuxième constatation  : Peterson est l’héritier direct
tés parce que Peterson venait juste d’enregistrer ces de toute l’histoire du piano jazz. Il en a assimilé tous les
mêmes titres pour Verve). “Exclusively For My Friends” styles : le ragtime, le stride furieux de Willie “The Lion”
permet d’écouter Peterson au sommet de sa forme, et Smith, le boogie-woogie, Erroll Garner, le bop le plus vif
dans la meilleure captation possible compte tenu des argent, Ahmad Jamal et Red Garland (cf. Stella By Star-
techniques de l’époque. On a l’impression d’être à côté light sur “The Lost Tapes 1”), jusqu’à Bill Evans et Herbie
de lui, sur le tabouret de son piano. La réédition de ces Hancock. À partir de tous ces éléments, Oscar Peterson
albums miraculeux fournit l’occasion idéale de faire le a forgé une synthèse très personnelle où ancien et mo-
point sur le pianiste canadien décédé en 2007.  derne trouvent un équilibre idéal. Tout ceci est porté par
une qualité en voie d’extinction : une irrésistible jubilation
Première constatation  : Oscar Peterson est un show- (le meilleur exemple en étant peut-être l’extraordinaire
man. Héritier de la grande tradition du jazz, il sait l’art Walking Is Hip dans le CD volume III) qui vise à faire vivre
de l’entertainment. C’est d’ailleurs ce qui le différencie au public une extase musicale au sens fort du terme.
fondamentalement de Bill Evans. Cependant, comme ce
dernier, Oscar Peterson souffre souvent d’une écoute Troisième constatation : comme tout jazzman digne de
superficielle de son art. Car sous le clinquant d’une ce nom, dans ses interprétations (pas uniquement au
bonne humeur perpétuelle se développe une maîtrise moment de l’improvisation) Peterson s’avère un narra-
ChRISTIAN RoSE

incomparable de tous les paramètres musicaux. Elle lui teur hors pair. Dans ce cadre, il a affûté des stratégies et
permet d’atteindre une rare profondeur d’expression des outils d’une efficacité à toute épreuve. Mille surprises
attendent l’auditeur à chacune de ses interprétations.
Celle par exemple des contrastes extrêmes et subits
(l’enchaînement de Waltzing Is Hip à Satin Doll dans le
CD volume III), passant en un quart de seconde de la ru-
desse la plus mâle à la plus extrême délicatesse (voir par
d’écouter Peterson au sommet exemple l’introduction solo à Love Is Here To Stay, tou-
jours dans le CD volume III). Bien qu’il ne semble pas né-
tion possible compte tenu des cessaire de s’attarder sur sa virtuosité digitale légendaire,
il faut pourtant signaler la technique d’attaque d’accords
répétée (double ou triple), à la manière des saxophones
ou des trompettes (Three O’Clock In The Morning sur
“The Lost Tapes 1”), ou l’art après lui indépassable des

Avril 2016 Numéro 682 Jazz Magazine 15


story Oscar Peterson

block chords sur les tempos les plus élevés (en double Le coffret
time sur le fantastique Sandy’s Blues). Signalons pour les
plus experts de nos lecteurs, la technique de pédale de chOc
résonance grâce à laquelle il fait ressortir telle ou telle voix magazine

ou de l’harmonie. Moins visible, son art de la réharmoni-


sation relève d’une virtuosité plus conceptuelle. Ce coffret
nous donne ainsi à l’entendre expérimenter, par exemple
sur I’m In The Mood For Love (dans le cd volume II), ou
à multiplier à l’infini les éclairages harmoniques (Tenderly,
dans “The Lost Tapes 1”).

Si cela chante tout le temps, y compris lors des pyro- “Exclusively For My

Antoine Hervé
Friends” (1 coffret
technies les plus folles, cela est dû autant au fait que 8 CD MPS / Harmonia
Peterson est un vocaliste plus qu’honorable (proche de Mundi). [CHOC]
Nat King Cole) qu’au tapis déployé par ses partenaires Volume I “Action” (trio)

“Un
au swing et au drive parfaits. Si Ray Brown est à la hau- Volume II “Girl Talk” (trio)
teur de sa grandeur sur ces enregistrements-ci, dans le Volume III “The Way I
Really Play” (trio)
jeu extrêmement ferme de Sam Jones (présent sur deux
Volume IV “My Favorite
volumes) Oscar Peterson avait trouvé une contrebasse Instrument” (solo)

Oscar
à même de le pousser dans ses avant-derniers retran- Volume V “Mellow Mood”
chements ! Pour preuve le duo qu’il forme au début de (trio)
In A Mellotone (dans le cd volume V). Quant au batteur Volume VI “Travelin’
On” (trio)
Bob Durham, il ressort grandi de cette série de disques.
Enregistré entre 1963

pour
Il faut entendre comment son tic-tac brûlant et inlassable
et 1968 à Villingen
porte Peterson à ébullition sur Never Say Yes (dans le cd (Allemagne) chez Hans
volume VII). Au total, avec ses blues, ses ballades, ses Georg Brunner-Schwer.

Oscar”
cavalcades vertigineuses, ses morceaux latins, le coffret “The Lost Tapes 1 –
offre une belle vision satellitaire de la planète Oscar Peter- Exclusively
son. Neuf ans après sa mort, elle brille toujours d’un éclat For My Friends”
incomparable. • “The Lost Tapes 2 –
A Lovely Way
To Spend An Evening”
Idem, novembre
1963-juillet 1971.
Avec Oscar Peterson (p), L’auteur des “Leçons de jazz”,
Ray Brown ou Sam Jones dont l’une des plus spectaculaires
(b), Ed Thigpen ou Bob
Durham (dm). est consacrée à Oscar Peterson,
NB : “Exclusively a lui aussi écouté le coffret MPS,
For My Friends” a et redécouvert les faces à l’origine
également paru en coffret
de sa vocation. Il jubile comme

L
six vinyles l’an dernier,
sans les “Lost Tapes”. son maître, et nous dit pourquoi.

La joie déborde. Reconnu enfin à sa juste valeur,


Oscar Peterson jubile, mais n’est-ce pas chez lui
un état naturel ? Affranchi des limites de durée et
de toutes contraintes commerciales, son génie for-
mel peut enfin s’exprimer et c’est un architecte sans
pareil qui se révèle. Je suis sidéré par son incroyable
faculté d’anticipation, qui lui permet le recul néces-
saire à des mises en forme de ses improvisations
selon un déroulé de la plus parfaite logique. Il utilise
pour ça toutes les ressources musicales et tech-
niques à sa disposition : la virtuosité bien sûr (écou-
tez l’incroyable intro de Someone To Watch Over
GIUSEPPE PINo

Me dans le Volume IV, “My Favorite Instrument”), la

16 Jazz Magazine Numéro 682 Avril 2016


Mais notre Canadien est aussi un vrai crooner
qui chante fort bien et, du coup, il fait chanter
son piano : il ne “lâche” jamais sa mélodie et
y porte une attention constante, ce qui est la
marque des grands. Ses mélodies d’accords
ont une forme progressive, non-répétitive. Elles
sont en devenir permanent et ne semblent ja-
mais avoir de fin. Il nous embarque alors dans
une douce rêverie romantique puis, avant que
l’on ait eu le temps de réaliser ce qu’il se passe,
il opère une rupture radicale de dynamique
comme dans Easy Walker (Volume I, “Action”)
ou encore Medley 1 (Volume II). Cette soudai-
x/DR

neté force l’attention de l’auditeur, et c’est bien


là sa force de conviction : on ne s’ennuie jamais
car il y a toujours quelque chose de nouveau,
densité (il dose très précisément le nombres de d’inattendu. Il appelle constamment le public à Le mot pyrotechnie s’impose très vite, c’est un
notes utilisées dans ses accords en fonction du rester avec lui, attentif, proche de sa musique, show absolu. « Mesdames messieurs, vous en
moment), mais également le toucher (avec une de son univers complexe. Un univers pianis- aurez pour votre argent  !  » Et pour les ama-
dynamique extrême qui va du pianississimo au tique fait de double notes dans des phrasés teurs de beau piano, de swing et de sensations
fortississimo), le perfect time et le goût. blues et gospel, d’arrangements de grands fortes, c’est un pur bonheur. • Antoine Hervé
accords qui sonnent comme des transcrip-
Les Leçons de jazz d’Antoine Hervé
A l’intérieur de ces formes parfaitement maî- tions de big band avec sections de cuivres et Bill Evans le 8 avril à Champigny-sur-Marne (Centre
trisées, ses développements relèvent d’une d’anches en question-réponse, de glissando Olivier Messiaen), Count Basie (leçon avec big band)
science de l’improvisation époustouflante. bling-bling, d’unissons virtuoses à deux mains le 9 à L’Haÿ-les-Roses (Espace culturel Dispan
de Floran), Oscar Peterson le 13 mai à Dignes-les-
Ecoutez When Lights Are Low  (dans le Volume distantes de deux octaves (Tin Tin Deo – Vo- Bains (Centre culturel René Char), le 21 mai
VI, “Travelin’ On”). Pratiquant l’art de la varia- lume I), d’un jeu brillantissime en block chords à Saint-Omer (La Comédie de l’Aa), Keith Jarrett
le 28 mai à Aix-en-Provence (Théâtre).
tion à son sommet, diversifiant ses idées autour (Sandy’s Blues – Volume III  ; Sax No End –
d’un style toujours repérable, il sait comme per- Volume VI), d’utilisation des registres extrêmes DVD “Oscar Peterson, le swing et la virtuosité”
Harmonia Mundi
sonne faire le maximum avec le minimum de du piano, d’une maîtrise absolue du tempo, du
matériaux. C’est bien là la marque des génies drive… le tout sans fausses notes et dans la NET Le style d’Oscar Peterson (VOD et pdf)
dans la boutique d’antoinehervé.com.
et je serais tenté de le rapprocher de Miles bonne humeur !
Davis. Tout comme lui, il connaît l’art de racon-
ter une histoire sans jamais perdre le fil, ainsi
que celui de faire danser son public, deux qua-
lités inhérentes au jazz – sans doute un héritage
lointain de l’Afrique – qui le placent au sommet
de la grande famille des jazzmen.

Peterson me surprend toujours par une inventi-


vité harmonique et un art de la dissonance à la
pointe de la modernité. Doté d’une main gigan-
tesque, il joue souvent, lors de ses introductions
rhapsodiques, des grands accords à huit notes
ou plus, mais pianissimo avec des attaques
très feutrées, comme dans I Got A Crush On
You (Volume I, “Action”). Il évolue parfois dans
un contexte harmonique au paroxysme de la
saturation tonale. Ecoutez l’intro de I’m in The
Mood For Love (Volume II, “Girl Talk”) ou Satin
x/DR (ARChIvES JAZZ MAGAZINE

Doll (Volume III, “The Way I Really Play”). Mais


tout comme McCoy Tyner, il ne dépassera pas
ces bornes et ne versera jamais dans l’atonalité
radicale. Cela ne l’empêche pas de naviguer en
haute mer et de prendre tous les risques.

Avril 2016 Numéro 682 Jazz Magazine 17


story Oscar Peterson

repères
1925 Naissance à paraissent à partir de
Montréal le 15 août de 1968 sur MPS, avec le

x/DR
parents émigrés des trio ou Bobby Durham
Antilles. remplace Louis Hayes
1931 La tuberculose,
à laquelle succombe
(“Action”, 1963 ; “Girl
Talk”, 1966-68, etc.), PETERSoN,
en solo (“My Favorite
BIEN BRANché

x/DR (ARChIvES JAZZ MAGAZINE


son frère Fred,
le contraint à Instrument”, 1968),
abandonner la avec Claus Ogerman Aussi suprenant que cela
trompette et à se (“Motions & Emotions”, puisse paraître, oscar
concentrer sur l’étude Ed Thigpen, Ray Brown et le dos 1969) en quartette Peterson vouait un vif intérêt
du piano classique majeur de leur patron canadien. avec Herb Ellis (“Hello aux claviers électroniques,
dont il suivait avec attention
sous la direction d’un Herbie”, 1969). l’évolution. Laurent de Wilde
musicien hongrois, vous dit tout.
élève d’un proche label de Norman modèle des 25 cm des 1970-1971 “The
disciple de Franz Liszt. Granz, en duo avec années 1952-1953. Great Connection”,
Ray Brown ou Major dernier disque MPS et Non content de jouer de l’orgue
1940 Résultat d’un Holley. L’influence de 1961-1962 Norman Hammond dans un disque Pablo
premier disque avec
travail acharné sur Nat King Cole tempère Granz ayant quitté
Verve, c’est jim Nils-Henning Ørsted- de 1974 en duo avec Roy Eldridge,
l’instrument et d’un progressivement celle Pedersen Oscar Peterson récidiva en 1979
intérêt croissant d’Art Tatum. Davis qui relance
la discographie avec un album, “Night Child”, dans
pour le jazz (« J’ai 1972-1988
1951-1954 Trio avec de Peterson lequel, aux côtés Joe Pass, Louie
découvert que j’étais Enregistrements live
plus un musicien Barney Kessel et (“Something Warm”, et studio par Norman Bellson et NHØP, il joue du Fender
qu’un interprète »), il Ray Brown, tournées “West Side Story”, Rhodes sur quasiment tous les
Granz publiés à partir
remporte un concours incessantes avec le “Affinity”,“Night Train”, titres. Il ira même jusqu’à produire
jATP et faces avec en trio ; “Very Tall” de 1974 sous label
national à la radio Pablo, en une multitude et enregistrer pour le label Music
canadienne et devient Billie Holiday, Lester avec Milt jackson ; of the Loons un album dans lequel
Young, Roy Eldridge, “Bursting Out” arrangé de formules avec les
professionnel. artistes de l’écurie il joue du synthétiseur, notamment
Lionel Hampton, Dizzy par Ernie Wilkins),
Gillespie et Stan Getz. mais c’est Norman Granz (Dizzy Gillespie, dans sa Uranus Suite.
En 1953, Herb Ellis Granz, toujours Count Basie, Roy Pianiste prolifique et éminemment
remplace Kessel, le manager du pianiste, Eldridge, Harry Edison, connu, il fut approché par de
trio étant complèté qui supervise “Night Clark Terry, jon Faddis, nombreux fabricants d’instruments
occasionnellement par Train”. Freddie Hubbard, électroniques désireux d’accoler
Louie Bellson, puis Ella Fitzgerald, Sarah le prestige de son nom à leurs
1963 Impressionné
Buddy Rich. Vaughan… et surtout produits. Il eut cependant une
par l’enregistrement
joe Pass et NHOP).
ChRISTIAN RoSE

1955-1957 Les faces d’un concert privé en relation privilégiée avec Ikutaro
Clef commencent à 1961 chez l’ingénieur L’arthrite qui affecte Kakehashi, le fondateur de Roland,
Avec Norman Granz être regroupées en du son Hans Georg Oscar Peterson depuis pour qui il posa au début des
albums 30cm sous Brunner-Schwer son plus jeune âge années 1980 sur des publicités
le nouveau label à Villingen (Forêt devient un handicap vantant les mérites du PianoPlus,
1945 Professionnel
depuis 1940, il Verve. Le trio donne le noire) et par son croissant. ainsi que de la boîte à rythme TB
enregistre ses meilleur de lui-même Bösendorfer, Peterson 606 et le séquenceur de basse TB
y entame une série de 1990 “Live au Blue
premiers disques dans la spontanéité 303, dont les sons allaient bientôt
des enregistrements concerts périodiques. Note” avec Herb Ellis,
en trio pour Victor Ray Brown et Bobby envahir les dance floors !
au Canada qui “live” tels “At The
1964 “Oscar Peterson Durham, premier Dans son studio personnel,
font deviner une Shakespearean
Trio + One” avec Clark disque pour Telarc. il possédait de nombreux
fascination pour Art Festival” ou “At The
Terry, “The Canadian claviers, ainsi qu’un équipement
Tatum encore mal Concertgebouw”. Suite”, “We Get 1993 Accident
Albums avec Stan d’enregistrement professionnel.
assumée. Requests” paraissent vasculaire cérébral
Getz, Harry Edison, Après son décès, une association
sous label Mercury (AVC).
1949 Remarquée dès Coleman Hawkins, de charité canadienne obtint de
et ses sous-marques
1945 par Coleman Ben Webster, Sonny 1995 Retour sur mettre aux enchères ses dernières
Limelight et Verve.
Hawkins, sa technique Stitt, Louis Armstrong, scène handicapé de possessions électroniques, au
exceptionnelle attire Ella Fitzgerald, Anita 1965-1966 Ed la main gauche. Il ne nombre desquelles figurait un
Norman Granz qui le O’Day… Thigpen, puis Ray tournera plus qu’un magnifique Korg Oasys, dont les
fait venir à New York Brown sont remplacés
1958 – 1959 mois par an, avec Ulf superbes échantillons de piano
pour se produire au respectivement par
Carnegie Hall avec le Installation en Wakenius ou Lorne côtoyaient des sons de nappes
Sam jones et Louis
jATP dont il devient Californie et adoption Hayes. Hommage Lofstky, NHOP ou envoûtantes... • LAurent de WiLde
l’un des membres du trio piano- chanté à Nat King Cole David Young et Martin
réguliers. Il y est basse-batterie avec en trio ou arrangé par Drew ou Alvin Queen
enregistré en duo avec Ray Brown et Ed Manny Albam (“With (“A Summer Night In
Ray Brown. Thigpen. Réengistre Respect to Nat”, 1965) Munich”, 1998 ; “A
les “Songbooks” Night in Vienna”, 2003)
1950 Installation à consacrés aux grands 1967-1970 Les
New York, premières compositeurs de disques enregistrés 2007 Décès le
faces pour Clef, le standards sur le depuis 1963 23 décembre.

18 Jazz Magazine Numéro 682 Avril 2016


GERMAN hASENFRATZ (MPS)

Avril 2016 Numéro 682 Jazz Magazine 19


dossier

Alors que Laurent de Wilde publie ces jours-ci Les Fous du son,
déjà considéré comme une bible de la lutherie électronique, de sa genèse
à ses nouveaux testaments (lire aussi p. 45), nous lui avons confié les clés
d’un dossier faisant écho à son fabuleux récit. De l’orgue Hammond
à l’échantillonneur en passant par le Fender Rhodes, le Minimoog,
le Prophet 5, le DX7 et la boîte à rythmes TR 808, ces grands inventeurs
et leurs drôles de machines ont non seulement changé le son du jazz,
mais aussi son langage. Invités spéciaux : jason Miles, qui œuvra
à l’ombre de Miles Davis et de Marcus Miller dans les années 1980,
et deux instrumentistes résolument “branchés”, le saxophoniste

Les fous
Guillaume Perret et le cornettiste Médéric Collignon. Musique !

claviers
20 Jazz Magazine Numéro 682 Avril 2016
sommaire

P. 22 L’orgue
Hammond :
l’inusable ancêtre

P. 24 Et le Fender
Rhodes devint star…

P. 26 La folle histoire


des synthétiseurs

des
P. 28 La guerre
des boutons

P. 29 Les électrons


libres de l’électro

P. 30 Médéric
Collignon et
Guillaume Perret
Ils chantent le corps
électrique

P. 34 Jason Miles


L’homme qui murmure
à l’oreille des synthés

ZIGA CETRTIC ShUTTERSToCK

Avril 2016 Numéro 682 Jazz Magazine 21


dossier Les fous des claviers

I. L’orgue Hammond, l’inusable ancêtre


Le premier ancêtre du synthétiseur qui fit – et fait toujours – fureur, c’est l’orgue Hammond, monstre électromécanique
mugissant. Souvent imité, jamais surpassé.

L
’orgue va chercher ses racines très loin dans le passé : dès le IIIe siècle n’est pas musicien, ni particulièrement
avant Jésus Christ, le mécanicien Ktesibios invente un système pour mélomane, mais il lui faut trouver quelque
alimenter en air comprimé des auloï (l’aulos était un instrument à anche chose d’ingénieux, sinon il met sa centaine
double de l’Antiquité très difficile à jouer) plantés verticalement dans une d’employés sur le trottoir. C’est ainsi qu’il
seule pièce de bois (le sommier de nos orgues à tuyaux), et dont on pouvait s’intéresse à l’idée d’un orgue électrique qui
contrôler le son avec des clapets actionnés par des tirettes (l’ancêtre du clavier reproduirait le son de l’original, mais sans les
moderne). Considéré comme profane par les premiers chrétiens, l’instrument tuyaux. Il s’appuie pour ça sur une invention
s’exila en Asie pendant quelques siècles avant de revenir sous forme d’un de Thaddeus Cahill – dont le gigantesque
cadeau de l’Empereur Constantin à Pépin le Bref en 757. Redécouvrant cet Telharmonium présenté en 1902 avait le
instrument magnifique, l’Église ne tarda pas à adopter l’orgue pour ses céré- défaut d’avoir été conçu trop tôt pour son
monies et, à partir du XIIIe siècle, il s’installa un peu partout en Europe. Après temps – reposant sur le principe de la roue
avoir connu une période étincelante au XVIIIe siècle, il tomba en désuétude au phonique*. En faisant tourner la tranche
profit du piano et de l’orchestre symphonique, pour renaître une nouvelle fois dentelée d’une roue d’horlogerie devant un
de ses cendres au XXe avec l’apparition du cinéma. micro de guitare, il est possible de créer un
x/DR

courant électrique dont la fréquence* est


De fait, l’orgue représentait une alternative économique à un orchestre complet relative au nombre de dents qui défilent à
Quatre-vingts ans et toutes pour accompagner les films muets, et c’est ainsi qu’il quitta le répertoire sacré toute allure. Le son produit ainsi est promet-
ses dents : toujours aussi pour entrer goulument dans le profane. Au début, ce sont des orgues à tuyaux teur, mais assez plat, il faut l’épaissir avec
rutilant l’hammond B-3 ! comme à l’église, mais agrémentés de toutes sortes d’imitations percussives ou d’autres notes superposées (les harmo-
d’effets sonores les adaptant avec succès à leur nouvelle fonction. Le modèle niques*) pour qu’il soit plaisant à l’oreille
le plus populaire fut sans doute le Mighty Wurlitzer, véritable vaisseau spatial à et riche en timbre. L’inventeur conçoit alors
quatre claviers et pédalier dont les sonorités inouïes ont enchanté des géné- un système de clavier qui avec une seule
rations de cinéphiles. touche déclenche sept notes superposées
Du cinéma, on passe logiquement au studio avec des instruments plus réduits, dont la première est la plus forte : c’est la
et c’est comme ça que Fats Waller enregistre dès 1926 des pistes d’orgue jazz, naissance de l’orgue Hammond.
x/DR

suivi par Count Basie et quelques autres pointures de l’époque. Mais l’instru-
Laurens hammond
et son bel organ. ment conserve un gros défaut : comme il fonctionne à l’air soufflé, le son est Pendant vingt ans, celui-ci s’imposera
dépourvu d’attaque, et pour le swing, il pose un problème. C’est là qu’intervient comme un modèle indispensable dans les
Laurens Hammond. églises ou les théâtres qui n’ont pas les
moyens ou la place de s’offrir un modèle à
Son premier orgue sort en 1935. Il s’agit là d’un effort désespéré pour sauver tuyaux. La ressemblance avec le son origi-
sa société d’horlogerie, très secouée par la crise de 1929. Laurens Hammond nal est très réussie, on dirait un vrai. Mais

‘‘L’orgue
Hammond
B-3 attire
immédiatement
les jazzmen
qui se Jimmy Smith, le
premier à avoir
précipitent sur exploité « toutes
ce nouveau les finesses, tous
les grondements,
terrain de jeu.” tout le swing qui,
dans ce meuble de
deux cents kilos,
attendaient qu’on
x/DR

vienne les réveiller ».

22 Jazz Magazine Numéro 682 Avril 2016


*
Ray Manzarek sur son Vox Continental.
Rapidement, d’autres marques telles que
Crumar, Lowrey, Contempo, Farfisa, puis
glossaire
Korg, Roland ou Yamaha allaient proposer
des modèles d’imitation pour remplir cette Fréquence
nouvelle fonction et paveraient la voie vers Mesure de la
périodicité d’un
les nouveaux claviers que sont les synthé- signal. Elle s’applique
tiseurs modernes. notamment au courant
électrique, aux ondes
La tradition du jazz au B-3 se porte tou- électromagnétiques, ainsi
jours bien et, en France, l’ancienne géné- qu’aux ondes sonores,
ChRISTIAN RoSE

ration, portée par le regretté Eddy Louiss, dont la hauteur perçue


lui est proportionnelle.
Emmanuel Bex ou Benoît Sourisse, voit Elle s’exprime en Herz
Lou Bennett, l’un des organistes les plus populaires des sixties. poindre une jeunesse fort prometteuse (Hz), 1 Hz représentant
avec, par exemple, un musicien comme un cycle d’une seconde.
La fréquence est à
Laurent Coulondre. Aux Etats-Unis, le trio l’électronique ce que le
en 1955, il décide de perfectionner son instrument en lui donnant la possibilité de jazz traditionnel est incarné aujourd’hui tempo est à la musique.
d’avoir de l’attaque sur les notes qu’on choisit, une sorte d’effet spécial appelé par l’époustouflant Joey De Francesco ou Harmonique
“percussion” qui ajoute un petit plus si on le désire. Et là, c’est l’explosion. Cette le très subtil Larry Goldings, mais il reste un Fréquence multiple de la
invention change complètement la donne. ancien qui connaît les mille et une facettes fréquence fondamentale
d’un son musical. Une
de cet instrument comme nul autre et qui, note d’une fréquence de
Avec cette option supplémentaire, le Hammond B-3 attire immédiatement les malgré ses 70 ans passés, en fait brûler les 110 Hz (correspondant
jazzmen qui se précipitent sur ce nouveau terrain de jeu. Le premier à faire parler circuits à chaque soir : Dr. Lonnie Smith – à à un la grave) aura pour
harmoniques naturels
de lui est Jimmy Smith : il en exploite toutes les finesses, tous les grondements, voir absolument quand il passe en ville ! • 220 Hz (le la une octave
tout le swing qui, dans ce meuble de deux cents kilos, attendaient qu’on vienne LAurent de WiLde au-dessus), 330 Hz (un
mi plus haut), 440 Hz (le
les réveiller. Derrière lui s’engouffrent des centaines d’artistes dont les plus connus la d’au-dessus), 550 Hz
se nomment Jack “Brother” McDuff, Lou Bennett, Rhoda Scott, Jimmy McGriff, La bande-son orgue (un do dièse encore
Melvin Rhyne... Un nouveau genre musical est inventé, le format orgue – guitare – 20 disques essentiels plus haut), etc. Une
combinaison particulière
batterie s’impose (la basse n’est plus nécessaire puisque l’organiste peut la jouer Fats Waller : “Fats At The Organ” d’harmoniques présents
au pédalier ou à la main gauche), toute la musique noire s’en empare, des temples (ASV) Années 1920 dans l’expression
baptistes aux salles de concert, et pendant vingt ans il figurera sur une infinité de Wild Bill Davis : “At Birdland” continue d’un son
(Columbia) 1951 constitue son timbre.
productions musicales, en soliste ou en accompagnement. Jimmy Smith : “At The Organ, Vol. 2”
(Blue Note) 1957 Roue phonique
Wes Montgomery (avec Melvin Rhyne) Élément d’un
Notons que quinze ans auparavant, un jeune ingénieur était venu voir Hammond “Boss Guitar” (Riverside) 1963 dispositif de création
pour lui proposer le design d’une cabine d’amplification selon lui plus adaptée Larry Young : “Unity” (Blue Note) 1965 électromécanique du
que les speakers fournis par la maison Hammond. Son système consistait Richard “Groove” Holmes : “Soul Message” son. En forme de roue
(Prestige) 1965 dentée, sa tranche
à faire tourner sur lui-même l’un des haut-parleurs, créant un effet Doppler Big John Patton : “Let ’Em Roll” (Blue Note) 1965 tourne devant un
saisissant de richesse et de vie. Mais Hammond, piqué au vif par ce freluquet Jimmy Smith : “The Boss” (Verve) 1968 électro-aimant, générant
qui prétendait mieux savoir que lui ce qui convenait à ses orgues, refusa sa Reuben Wilson : “Blue Mode” (Blue Note) 1969 un courant électrique
Tony Williams Lifetime (avec Larry Young) : dont la fréquence est
proposition et la refusera jusqu’à sa retraite. Dommage, car la cabine Leslie, du “Emergency” (Polydor) 1969 proportionnelle au
nom de son ingénieux inventeur, allait devenir malgré tout le complément naturel Lonnie Smith : “Drives” (Blue Note) 1970 nombre de ses dents.
Brian Auger And The Trinity : “Befour” Elle constitue la base
du B-3, et le restera jusqu’à nos jours. Le fait est que Laurens Hammond tirait (RCA Victor) 1970 des systèmes
une grande fierté d’avoir réussi à reproduire électroniquement le son d’un orgue Brother Jack McDuff : “Moon Rappin’” instrumentaux
acoustique, qu’il ne goûtait guère les dérives que lui faisaient subir la cabine (Blue Note) 1970 inventés par Cahill
Stan Getz (avec Eddy Louiss) : “Dynasty” et Hammond.
Leslie ou le jazz en général, et encore moins les utilisations qu’en feraient plus (Verve) 1971
tard l’extraordinaire Larry Young dans le Lifetime de Tony Williams, Keith Emer- Ronnie Foster : “Two Headed Freap” NB : Les définitions
son (qui éventrait le sien au couteau tous les soirs devant un public en transe) (Blue Note) 1972 de ce glossaire sont extraites
John Abercrombie (avec Jan Hammer) : des Fous du son de Laurent
avec Emerson, Lake & Palmer, Gregg Rolie au sein de Santana, Jon Lord chez “Timeless” (ECM) 1974 de Wilde (Ed. Grasset).
Deep Purple ou Ken Hensley chez Uriah Heep. Medeski Martin & Wood : “Combustication”
(Blue Note) 1998
BFG (avec Emmanuel Bex) : “Now Or Never”
L’introduction du Hammond dans la musique populaire – contraire aux as- (Naïve) 2001
pirations d’Hammond pour son invention – eut néanmoins une importance Trio Beyond (Jack DeJohnette Larry Goldings
John Scofield) : “Saudades” (ECM) 2006
considérable, car elle généralisa le son de l’orgue dans toutes les productions Benoît Sourisse : “Mutiquarium”
qui allaient suivre, comme dans l’inoubliable Light My Fire des Doors avec (Gemini Records) 2013

Avril 2016 Numéro 682 Jazz Magazine 23


dossier Les fous des claviers

II. Et le Fender Rhodes devint star...


de tout ceux qui célébrèrent les noces du piano et de l’électricité, partant de bricolages tous plus ingénieux les uns que les
autres, c’est Harold rhodes qui, avec son piano électrique, aboutit au mariage le plus durable et le plus fécond.

du cadre, du meuble... Il s’inspire alors de


l’harmonium et de l’accordéon, dont le son
est produit par des petites lamelles métal-
liques qui vibrent à l’air pulsé : il se demande
ce qui se passerait si on frappait ces lamelles
avec un petit marteau au lieu de souffler des-
sus. Il tâtonne quelque temps pour trouver
les bonnes longueur et épaisseur des
lamelles, l’endroit où elles vibrent le mieux
pour les capter avec ses micros, et enfin le
rêve devient réalité : le piano électrique était
inventé. Peu soucieux de voir son nom figu-
rer sur l’instrument, il en vend le brevet à la
maison Wurlitzer qui, en 1954, sort son EP
100, familièrement renommé le “Wurly”, et
ChRISTIAN RoSE

dont Ray Charles s’empare rapidement pour


graver son inoubliable What’d I Say, premier
Paris 1969 : tandis d’une longue série d’artistes à enregistrer
que Miles davis rôde, des tubes avec : Mercy, Mercy, Mercy de
chick corea affine

L
Joe Zawinul, I Heard It Through The Grape-
son style au Fender
e piano électrique est un rêve aussi vieux que l’électricité elle-même. Dès vine avec Marvin Gaye, jusqu’à Supertramp
Rhodes.
l’apparition du courant, une foule d’inventeurs se précipite pour trouver et leur Logical Song, ou Steely Dan sur Do
un moyen de transformer ce meuble de bois en vaisseau pour le futur. It Again.
Un homme se distingue, dont le nom demeure inconnu du grand public
et qui jouera cependant un rôle décisif dans la naissance de cet instrument : Avec dix ans de retard, un autre inventeur,
Benjamin Miessner. Inventeur précoce, il assemble à 22 ans un Electric Dog, allemand cette fois, suivait la même piste,
robot à quatre roues qui, grâce à ses capteurs photoélectriques, se dirige tout et, pour la marque Hohner, Ernst Zacharias
seul vers une source de lumière. Nous sommes en 1912, et l’armée américaine perfectionne le système. Quand on appuie

‘‘
ne tarde pas à appliquer cet ingénieux système à un guidage de torpilles sous- sur la touche de son Pianet, l’extrémité
marines, mais c’est une bascule vers le haut,
autre histoire. Benjamin et
son frère Otto, qui devien-
On peut faire tout un “aspirant” un instant la
lamelle qui est légère-
dra un chef d’orchestre concert avec seulement un ment collée en dessous
et pédagogue très connu
aux Etats-Unis, sont pas-
Rhodes, surtout quand on le pour la relâcher tout
de suite après. C’est
sionnés de musique, et relie à des pédales d’effets.” une façon originale de
Benjamin se lance dans contourner le problème
l’ingénierie sonore. Il passe les années 1920 à travailler sur la radio, dépose de de l’attaque du son avec un marteau, qui
multiples brevets dans ce domaine, s’installe officiellement comme inventeur et constitue le moment délicat de l’opération
se penche alors sérieusement sur son rêve : fabriquer un piano électrique qu’on d’amplification. Deux ans après la sortie du
peut transporter sous le bras et même jouer au casque – c’est dire si l’idée du Pianet (qu’on peut notamment entendre sur
Clavinova traînait depuis longtemps. I Am The Walrus des Beatles), Hohner met
sur le marché en 1964 la dernière trouvaille
Son intuition de départ consiste à poser un micro devant chaque corde. Pour de Zacharias : le Clavinet. Cette fois-ci, le
cela, il invente un système génial : une petite bobine de fil de cuivre au centre son est produit en écrasant la corde sur une
de laquelle se trouve un aimant. Les vibrations de la corde métallique devant tablette, exactement comme le fait un gui-
ce dispositif permettent en effet de créer un courant électrique qui retranscrit tariste lorsqu’il joue une note uniquement
fidèlement les mouvements et le son de la corde – il venait tout simplement avec sa main gauche sur le manche. Le
d’inventer le micro de guitare tel qu’il est utilisé encore aujourd’hui ! résultat est un son électrique proche du
C’était un pas décisif, mais ça ne réglait pas le problème du poids des cordes, clavecin (dont le système de pincement
de cordes avait été imité sur le Cembalet,
mais avec moins de succès), qui trouvera
quelques années plus tard ses années de

24 Jazz Magazine Numéro 682 Avril 2016


un concert avec seulement un Rhodes, sur-
tout quand on le relie à des pédales d’effets.
Herbie Hancock jouera d’ailleurs un rôle très
important dans le développement de l’ins-
trument en donnant régulièrement à Harold
son point de vue de musicien sur ses possi-
bilités de perfectionnement, il en fera même
son instrument fétiche – on peut l’entendre
sur quasiment toutes ses productions élec-
triques des années 1970 et 1980. Mais
Harold fut contraint de céder son nom en
1987 à la marque japonaise Roland, qui n’en
fit rien, le contraignant à le racheter dix ans
plus tard, avant de mourir ruiné en 2000,
peu avant son 90e anniversaire. Les inven-
FRED SELIGo

teurs de clavier n’ont hélas pas souvent une


Avant Weather Report, le génial Autrichien Joe Zawinul faisait déjà la pluie et le fin heureuse... • LAurent de WiLde
beau temps sur les claviers électriques.
La bande-son

x/DR
branchée Rhodes
gloire avec la musique funk et psychédélique : Have A Cigar des Pink Floyd, 20 disques essentiels
Superstition de Stevie Wonder, Mothership Connection de Parliament, tous les Miles Davis (avec Herbie Hancock,
groupes dignes de ce nom le font figurer sur des enregistrements mythiques. Joe Zawinul et Chick Corea) :
“In A Silent Way” (Columbia) 1969
Joe Henderson (avec Herbie Hancock) :
Mais celui qui éclipsera tous les autres est sans conteste le Rhodes. Du nom de “Power To The People” (Milestone) 1969
son inventeur, cet instrument a mis du temps à percer puisque ce n’est qu’en The Cannonball Adderley Quintet

x/DR
(avec Joe Zawinul) : “Country Preacher”
1969 avec son Mark I que les premiers modèles commencent à trouver leur (Capitol Records) 1969
clientèle. Une année auparavant, Miles Davis avait enregistré Stuff avec Herbie The Jean-Luc Ponty Experience :
Hancock sur ce clavier, c’était la première incursion de l’électricité dans le réper- “With The George Duke Trio”
(Word Pacific Jazz) 1969
toire du trompettiste, et elle ne passa pas inaperçue. De fait, quelques années Woody Shaw (avec George Cables) :
plus tard, tout le monde en avait un. Harold Rhodes était sur le coup depuis plus “Blackstone Legacy” (Contemporary
Records) 1970
de vingt ans, mais il s’en était passé des choses !

x/DR
Bayeté (Todd Cochran) : “Worlds Around The Sun”
Il y avait eu les débuts pendant la deuxième guerre mondiale où il conçut (Prestige / Omnivore Recordings) 1972 harold Rhodes et son joujou
pour les blessés de l’US Air Force un petit piano à monter et à jouer sur son lit Chick Corea And Return To Forever : extra, Benjamin Miessner
“Light As A Feather” (Polydor) 1972 et son Electric dog, sans sa
d’hôpital, la tentative ratée de commercialiser le modèle après la guerre, une Les McCann : “Talk To The People” laisse.
littérale traversée du désert (comme vendeur de tracteurs dans le Texas), un (Atlantic) 1972
retour à Los Angeles où il rencontra Leo Fender, l’inventeur de guitares dont il Lonnie Liston Smith : “Astral Traveling”
(Flying Dutchman) 1973
devint l’ami et l’associé, donnant ainsi naissance à la marque Fender Rhodes, The Crusaders (avec Joe Sample) :
il y eut ensuite en 1965 le rachat de la boîte par CBS et enfin la reconnaissance “Unsung Heroes” (MCA) 1973
The Tony Williams New Lifetime
dans les années 1970... (avec Alan Pasqua) : “Believe It” (Columbia) 1975
Passport (avec Kristian Schultze) :
Les raisons de ce succès ? Outre son obstination, le mode de production du “Cross-Collateral” (Atlantic) 1975
Brand X (avec Robin Lumley) : “Unorthodox
son. Sa solution à lui repose sur le principe d’un diapason dont on ne frapperait Behaviour” (Charisma) 1976
qu’une branche. Celle-ci est très fine et vibre beaucoup, comme une corde, Tom Grant : “Mystified” (Timeless) 1976
on peut donc l’enregistrer facilement, mais elle est solidaire d’un résonateur Stuff (avec Richard Tee) : “Stuff”
(Warner Bros.) 1976
plus épais qui donne du corps à la note jouée. Couplé à une mécanique de Bill Evans : “New Conversations”
piano merveilleusement simplifiée, ce système permet d’avoir une maîtrise et une (Warner Bros.) 1978
Marc Cary : “Rhodes Ahead” (Jazzeteria) 1999
finesse d’expression au clavier qui est infiniment plus grande que ses concurrents Chris Potter (avec Craig Taborn) :
le Pianet et le Wurly. De plus, le son métallique est plaisant sur tous les registres “Underground” (ArtistShare) 2009
et le hisse au rang des instruments parfaitement autonomes : on peut faire tout Médéric Collignon Jus de Bocse
(avec Frank Woeste) : “Shangri Tunkashi La”
(Plus Loin Music) 2009
Vincent Peirani (avec Tony Paeleman) :
“Living Being” (ACT) 2015

Avril 2016 Numéro 682 Jazz Magazine 25


dossier Les fous des claviers

III. La folle histoire des synthétiseurs


La synthèse du son commence par une lente préhistoire, le temps de lui trouver un usage musical et surtout une maniabilité.
Mais lorsque les musiciens des seventies adoptent le Minimoog, l’histoire du synthétiseur prend l’allure d’un train fou.

*glossaire

Dynamique
Niveau relatif d’intensité
sonore produite par un
B
ien que le mot n’ait été utilisé qu’à partir de la fin des années 1950, le
synthétiseur voit sans doute sa naissance avec l’invention du Termenvox
par Leon Theremin (ou Lev Termen). Ingénieur russe affecté par son
armée pendant la première guerre mondiale aux nouvelles techniques
de la radio fraîchement découverte, il constate que les interférences produites
par le corps devant un poste récepteur peuvent être contrôlées pour exprimer
Pendant une petite décennie et malgré de
nombreux déboires personnels, il y plantera
les graines qui, en germant, feront plus tard
de l’Amérique un laboratoire passionnant
pour la synthèse du son.
instrument. Importante, elle
comprendra une grande des notes continues : en 1922, lorsqu’il présente à Lénine son premier proto- Avec cinq ans d’écart, le Français Maurice
différence entre les niveaux type, c’est la première fois qu’un son entièrement électronique est produit puis Martenot concevait un instrument analogue,
inférieur et supérieur
possibles : du pianissimo maîtrisé par l’homme pour en faire de la musique. Pas de pièces mécaniques mais dont l’évolution allait le conduire à une
au fortissimo. qui vibrent ou qui tournent, que de l’électricité, donc des fréquences, donc du solution de jeu assis au clavier, lui conférant,
son. L’instrument, totalement futuriste, se présente sous la forme d’un lutrin de sous le nom d’Ondes Martenot, les hon-
Lampe
Dénomination courante bois dont sortent deux antennes. Celle de droite, verticale, détermine la hauteur neurs de nombreux compositeurs (Honeg-
du tube électronique du son produit lorsqu’on en approche la main. Celle de gauche, horizontale ger, Messiaen, Varèse...) et instrumentistes
ayant l’aspect d’une

‘‘
ampoule. Ayant des à hauteur de la hanche, contrôle le volume. Si la main est posée sur cette (Pierre Boulez débutera sa carrière comme
fonctions d’amplification, antenne, aucun son n’est ondiste pour la Com-
de redressement ou
produit. Plus on l’en éloigne, pagnie Renaud-Bar-
d’interruption d’un signal
électrique, elle sera plus le volume augmente, Les sons sont nouveaux, rault !). Ce fut alors
remplacée par le transistor. permettant ainsi d’articuler épais, excitants, l’instrument des deux côtés de
Microprocesseur
Composant électronique
les notes d’une mélodie et
de lui donner une vraie vie.
est compact, idéal pour les l’Atlantique le début
d’une recherche
comportant de
multiples processeurs Le son qui s’en échappe tournées.” qu’un nombre crois-
miniaturisés, permettant ressemble à celui d’une scie sant d’inventeurs
l’accomplissement de musicale et permet d’interpréter toutes sortes d’airs connus, à condition qu’ils reprirent sans tarder à leur compte. La
tâches logiques complexes.
ne soient pas trop rapides. Mais c’est la position de jeu qui est révolutionnaire, borne suivante est posée par la maison
Midi car le musicien joue de l’air ! La main droite pincée comme s’il tenait une Hammond, dont l’ingénieur John Hanert
Acronyme de Musical
Instrument Digital baguette de chef d’orchestre, la main gauche en coupelle qui monte et descend conçoit le stupéfiant Novachord en 1939,
Interface. Langage comme pour contrôler les dynamiques* d’une section de cordes, le geste un synthétiseur à lampes polyphonique*
informatique universel créatif du thereministe est à la fois familier et novateur, car il fait chanter non (c’est-à-dire pouvant jouer plusieurs notes
permettant de relier entre
eux plusieurs instruments des instruments mais l’éther lui-même... À la fin des années 1920, après une en même temps, en l’occurrence soixante-
électroniques et d’en tournée triomphale en URSS, puis en Europe, il s’embarque pour les Etats-Unis. douze) dont on peut modifier l’attaque et
mutualiser les ressources.
la longueur de chaque note jouée : c’est
Module le début de la synthèse moderne du son.
Unité de production ou de Malgré son aspect novateur, l’instrument,
traitement du son.
sorti au mauvais moment et aussi volu-
Molette mineux qu’un orgue, ne trouvera pas son
Contrôleur en forme de
roue utilisée sur certains public. Il inspirera cependant de nombreux
synthétiseurs pour autres inventeurs dans les années 1940, tel
moduler un paramètre
du son émis : hauteur,
Constant Martin (père de Denis-Constant
enveloppe, filtre, etc. Martin de Jazz Magazine) avec son déli-
cieux Clavioline. Viennent les années 1950,
Polyphonique
Qui exprime plusieurs qui consacrent l’avènement de l’orgue dont
notes en même temps. on prédit qu’on en trouvera bientôt un dans
On désigne par “voix” le
nombre de notes jouables tous les foyers, installant de façon irréver-
simultanément : une sible la présence d’un instrument électrique
polyphonie à deux voix, à la maison. Les grandes heures du syn-
quatre voix, etc.
Avec Jean-Luc thétiseur ne sont pas encore arrivées, mais
Transistor Ponty, cannonball
l’invention puis la généralisation du transis-
Contraction de transfer Adderley, Frank
resistor, il remplace le Zappa et Stanley tor* facilite beaucoup la tâche, lorsqu’on
tube, ou lampe, sous clarke, entre le compare aux fragiles et encombrantes
forme d’un petit dispositif autres, George lampes* à tube.
composé d’éléments semi- duke a donné
ChRISTIAN RoSE

conducteurs pouvant tenir le sourire à


en grand nombre sur un Vers le milieu des années 1960, les choses
toutes sortes de
circuit imprimé.
synthétiseurs... s’accélèrent : Don Buchla sur la côte Ouest

26 Jazz Magazine Numéro 682 Avril 2016


et Bob Moog sur la côte Est inventent à peu
près en même temps des boîtiers électro-
niques qu’ils appellent des modules*, et
dont chacun accomplit une fonction précise
dans la complexe fabrication d’une onde
sonore : un oscillateur pour générer électro-
niquement une fréquence, un amplificateur
pour l’amplifier, un filtre pour sélectionner un

ChRISTIAN RoSE
type de fréquences désiré, une enveloppe
pour donner au son une attaque, une tenue
et un relâchement qui lui font raconter une
histoire... On commence à connecter les herbie hancock : prince du piano acoustique dans les sixties, roi des synthés dans les seventies.
uns aux autres dans tous les sens et c’est
parti pour la synthèse modulaire telle qu’elle
se pratique encore aujourd’hui. Un incon- de la profession, ce qui, conséquence non négligeable, permettra de développer
vénient cependant : ces premiers modules un langage commun à tous les instruments électroniques reliés entre eux selon ce
prennent de la place, il ont la taille d’une qu’on appelle depuis 1983 le protocole MIDI. En faisant figurer cette option dans
armoire une fois montés et connectés en- ses circuits (et en utilisant une méthode de synthèse très originale), le Yamaha

x/DR
semble - en fait ils sont conçus comme des DX 7 sera le premier synthé portable à se vendre à grande échelle : plus de deux
outils de recherche de studio, pas du tout cent mille exemplaires ! C’est également le signe de l’introduction définitive du
comme de possibles instruments de scène. Japon dans l’arène de la lutherie électronique mondiale, avec bien sûr Yamaha,
C’est Bob Moog – prononcez “Mogue”, mais aussi Roland, Korg ou Akai, dont les produits de qualité se plient à merveille Le Minimoog, maxi-pratique.
merci pour lui –, grand admirateur de The- aux nouvelles exigences de leurs utilisateurs.
remin, qui franchira ce dernier obstacle. En À la fin des années 1980, la digitalisation du son arrive à un degré de sophis-
1970, il lance son légendaire Minimoog qui tication suffisant pour basculer dans l’ordinateur, les synthés proposés depuis
assemble de façon compacte et ludique ne faisant que combiner les découvertes des trente années passées. Mais

x/DR
ses modules, remplace les fastidieux câ- leurs inventeurs sont toujours vivants et continuent de fabriquer des instru- Le révolutionnaire Prophet 5.
blages à la main par d’élégants boutons ments merveilleux. La plupart habitent en Californie, ils s’appellent Dave Rossum
et propose à gauche de son clavier deux (fondateur d’E-mu), Tom Oberheim, Don Buchla, Dave Smith (fondateur de
molettes*, dont l’une permet de tordre la Sequential Circuits) ou Roger Linn (MPC) et continuent de vivre au quotidien
justesse des notes comme il n’avait jamais leur émerveillement : faire sortir un son d’une petite boîte avec de l’électricité. •
été possible avant pour un pianiste. Les LAurent de WiLde
sons qui en sortent sont nouveaux, épais,
excitants, l’instrument est étonnamment
compact, idéal pour les tournées. Les pia- Bande-son 100 % Hubert Eaves : “Esoteric Funk”
(East Wind) 1977
nistes se ruent dessus, Jan Hammer avec le synthétique Sun Ra : “Lanquidity”
Mahavishnu Orchestra, George Duke chez 20 disques essentiels (Evidence) 1978
David Sancious : “Just As I Thought”
Frank Zappa, Chick Corea dans Return The Mahavishnu Orchestra With (Arista) 1979
To Forever... Mais Moog n’est pas seul en John McLaughlin (avec Jan Hammer) : Azymuth (avec José Roberto
course, loin de là, et peu de temps après il “The Inner Mounting Flame” Bertrami) : “Light As A Feather”
(Columbia) 1971 (Fantasy) 1979
voit naître son concurrent direct, l’Odyssey Herbie Hancock : “Head Hunters” The Jeff Lorber Fusion : Avec Le Mahavishnu orchestra,
de la marque ARP dont les modèles suc- (Columbia) 1973 “Water Sign” (Arista) 1979 Billy cobham, Jeff Beck, Stanley
cessifs vont régner sur la décennie. Billy Cobham (avec Jan Hammer) : Pat Metheny & Lyle Mays : clarke et Tony Williams, entre
“Spectrum” (Atlantic) 1973 “As Falls Wichita Falls, So Falls
Celle-ci s’achève sur une nouvelle révolution Wichita Falls” (ECM) 1981 autres, Jan hammer a donné au
Bob James : “One” (CTI) 1974
Herbie Hancock : “Dedication” Yellowjackets (avec Russell Ferrante) : Moog ses lettres de noblesse...
lorsqu’en 1978 sort le Prophet 5 de Sequen-
(Sony Records) 1974 “Yellowjackets” (Warner Bros.) 1981
tial Circuits, le premier à intégrer un micro- George Duke : “The Aura Mitchel Forman : “Train Of Thought”
processeur* sur un synthé grand public. Will Prevail” (MPS) 1975 (Windham Hill Records) 1985
Cette incursion du digital dans le monde Patrice Rushen : “Before The Chick Corea Elektric Band :
The Dawn” (Prestige) 1975 “The Chick Corea Elektric
exclusivement analogique de la synthèse so- Cannonball Adderley (avec George Band” (GRP) 1986
nore sera rapidement suivie par l’ensemble Duke) : “Phenix” (Fantasy) 1975 Brad Mehldau & Mark Guiliana /
Jan Hammer Group : “Oh, Yeah ?” Mehliana : “Taming The Dragon”
(Columbia) 1976 (Nonesuch) 2013
Return To Forever : “Romantic
Warrior” (Columbia) 1976

Avril 2016 Numéro 682 Jazz Magazine 27


dossier Les fous des claviers

IV. La guerre des boutons


Produire des sons électroniquement, les enregistrer, les manipuler, toutes ces fonctions ont suscité une multitude d’accessoires,
de boîtes à effets, de machines, d’automates et de programmes informatiques qui ont révolutionné le geste musical.

L
eux grands réservoirs d’eau, une pompe, un dédale de tuyaux, des ou Milton Babbitt à l’Université de Colum-
valves, des tirettes à clapet, ce complexe et volumineux ensemble bia progressent dans la connaissance grâce
paraît plus conçu pour envoyer de la mitraille dans le camp adverse à d’énormes ordinateurs – c’est l’époque
que pour produire des sons harmonieux, et pourtant : contemporain fertile où, dans son coin, la machine pense
d’Archimède, c’est l’orgue hydraulique de Ktesibios, la première machine à le son. Pendant ce temps, Peter Zinovieff,
La Linn drum de Roger Linn. faire de la musique. Depuis, c’est une obsession constante pour l’homme que compositeur britannique passionné de
d’inventer des mécanismes complexes ayant pour but de produire des sons. musique contemporaine, finance ses re-
S’associant dès le moyen-âge au clavier qui naissait à peine, ces machines cherches en fondant à Londres la société
très vite frappent des cordes (comme avec le piano), les pincent (le clavecin), EMS qui se met à vendre des petits bijoux

*
les frottent (la vielle à roue), tapent sur des lames (le célesta) ou des cloches (le d’électronique, dont on entendra vite les
carillon)... Ce sont les précurseurs des pianos électriques, orgues ou synthés splendides couleurs dans les disques de
que nous connaissons aujourd’hui. Pink Floyd ou de Brian Eno. Ce ne sont
Mais cette obsession des machines connut un nouvelle forme lorsqu’à la fin pas des synthétiseurs classiques, ils n’ont
glossaire
de la seconde guerre mondiale, le monde ébahi s’empara d’une invention alle- pas de clavier, ce sont plutôt des machines
Echantillonnage / mande qui allait tout changer : le magnétophone. Alors qu’auparavant il fallait se à créer de nouvelles sonorités. Mais Zino-
sampler contenter des phonographes qui gravaient un disque une fois pour toutes, on vieff s’intéresse aussi à la numérisation du
Instrument permettant de pouvait désormais enregistrer ce qu’on voulait sur une bande, le couper, le recol- son, c’est-a-dire à la passerelle entre son
rejouer des échantillons.
Son utilisation massive ler ou l’effacer comme on le désirait, et accomplir enfin ce rêve inespéré : tenir lit- expression analogique (des vibrations dans

‘‘
en hip-hop puis en rap a téralement le son entre ses doigts. L’autre conséquence de cette découverte fut l’air) et digitale (sa traduction en bits).
généralisé l’utilisation de
boucles rythmiques ou
que cette même bande Après maintes aventures,
instrumentales. magnétique arrivait fort toutes ces recherches vont
Pad
opportunément au tout C’est une obsession aboutir à la fin des années
Petite surface sensible,
habituellement
début de l’informatique,
à un moment où celle-
constante pour l’homme que 1970 à une technique maî-
trisée de l’échantillonnage,
rectangulaire, servant de
contrôleur MIDI alternatif
ci cherchait un support d’inventer des mécanismes jetant du même coup un
au clavier. Il est utilisé
notamment sur les drum
fiable pour graver et
stocker des distances
complexes ayant pour but de nouvel instrument sur la
scène musicale : le sampler*,
machines pour composer
des rythmes complexes.
interminables de don- produire des sons. qui permet de s’approprier
Il se joue au doigt ou à la nées numériques. Ces n’importe quel son pour le
baguette, ce qui en fait une deux utilisations (n’ayant rien à voir avec l’usage initial, qui était de retransmettre soumettre à son imagination musicale. Il va
interface particulièrement
appréciée des batteurs. des discours d’Adolf Hitler) donneront naissance à deux écoles qui auront une trouver son usage immédiat en fusionnant
Le touch pad est une importance déterminante dans la musique du XXe siècle. avec cette autre machine qui mijotait depuis
application spécialisée de une bonne décennie : la boîte à rythme.
ce contrôleur permettant
de moduler, avec le L’une sera celle de la Tape Music, que l’on connaît mieux en France sous le Pressentie très tôt par Ikutaro Kakehashi, le
mouvement ou la pression nom de musique concrète, souvent associée aux noms de Pierre Schaeffer et futur fondateur de Roland, et Tsutomu Katoh
du doigt sur le dispositif,
deux ou trois paramètres
Pierre Henry co-fondateurs du Groupe de Recherche de Musique Concrète en de Korg, cette merveilleuse invention avait eu
de traitement du son 1951, rebaptisé en 1958 Groupe de Recherches Musicales, le GRM. En tripa- toutes les années 1970 pour évoluer d’un
simultanément. touillant les bandes magnétiques, ils montraient qu’on pouvait composer de la simple gadget répétant à l’envi les mêmes
Rack musique de façon originale, fabriquer des boucles, des effets d’écho vertigineux, présélections à un instrument de composi-
Assemblage sous une inventer des machines pour piloter tout ça. C’était une approche très créative tion rythmique moderne et passionnant. Et
forme rectangulaire dont l’un des effets les plus inattendus fut sans doute, en 1968, la conception c’est en 1980 que sortent simultanément
standard de différents
modules de production des Shadoks au sein du Service de Recherche de la RTF. L’autre école, plus deux drum machines historiques : la Roland
ou de traitement du son. scientifique, va poursuivre deux pistes : contrôler intégralement grâce à un ordi- TR 808 et la Linn LM1 Drum Computer. La
Grâce à la connectique
MIDI, ce format s’est
nateur des modules de synthèse analogiques (c’est le début des séquenceurs) première produit des sons percussifs électro-
étendu à un très grand et, plus ardu, créer ou imiter un son de façon exclusivement digitale, juste avec niques originaux qui peuvent se programmer
nombre d’instruments des 1 et des 0. Ces communautés échangent souvent entre elles, ce sont des en temps réel, se mémoriser et se monter
électroniques. Un
synthétiseur peut ainsi musiciens bricoleurs et des scientifiques mélomanes, mais ils sont beaucoup les uns aux autres pour faire une piste de
exister sous forme de plus préoccupés par la recherche fondamentale que par les groupes pop, rock batterie complète sur tout un morceau. C’est
clavier intégré ou «en rack» ou psychédéliques qui vont pourtant en devenir les utilisateurs à grande échelle. un succès immédiat et l’instrument devien-
et sera alors commandé
par un clavier distant. Aux Etats-Unis durant les années 1960, Max Mathews aux Laboratoires Bell dra l’outil favori de la génération techno. La
seconde est l’œuvre d’un jeune guitariste ca-
lifornien, Roger Linn, qui propose les mêmes
fonctions, mais avec un plus : au lieu des

28 Jazz Magazine Numéro 682 Avril 2016


Les électrons libres de l’électro
dans son recours à
l’électronique, la free music
s’est tenue à distance des
usages popularisés par le jazz-
ChRISTIAN RoSE

rock en privilégiant l’abstraction


sonore. un isolement qui s’est
Jon hassell, un poète de la trompette fasciné par la prose des machines. estompé avec le temps.
dès le milieu des années 1960,
des improvisateurs d’un genre
sons électroniques, ce sont des échantillons nouveau sortirent les machines
de vrais instruments qu’on peut déclencher

ChRISTIAN RoSE
musicales des laboratoires de
d’une simple pression du doigt. Le premier composition “acousmatique”
modèle est cher, mais Prince en tapisse ses afin de les faire improviser en Richard Teitelbaum
fameux albums “1999” et “Purple Rain” et, public. c’est ainsi qu’à Rome
en 1966, dans le sillage du des plus rudimentaires aux plus
les prix baissant au fil du temps, c’est le hip- Gruppo di improvvisazione
hop qui va s’en emparer définitivement pour sophistiqués, ces outils furent
Nuova consonanza de Franco complétés au fil des années
la quasi-totalité de ses productions. Evangelisti, Egisto Macchi et par le sequencer puis par le
En s’associant avec la marque Akaï, le Ennio Morricone, inspiré tout à la sampling. Ainsi, passé l’âge des
même Linn sort en 1988 la MPC 60 qui fois du free jazz et des musiques pionniers, à l’écoute de l’électro
standardise l’apparence définitive de la La bande-son dites “contemporaines”, surgit
Musica Elettronica Viva (MEV)
et du hip-hop, la souplesse
plupart des drum machines : rectangulaire, qui fait de l’effet regroupant Frederic Rzewski,
d’utilisation du numérique
moderne et la virtuosité acquise
seize pads* carrés sensibles à la pres- 20 disques Alvin curran, Richard Teitelbaum sur l’analogique vintage, voire
sion, un écran pour se promener dans les essentiels et Steve Lacy. Pouvait-on sur les platines, ainsi que la
menus informatiques, des petits contac- qualifier de jazz ces expériences capacité à combiner les usages
Herbie Hancock :
teurs qu’on active avec le gras du doigt “Future Schock” (Columbia) 1983 de live electronic music qui ou à les transposer sur les
et enfin quelques curseurs et gros bou- Steps Ahead : “Modern Times” fleurissaient au même moment instruments acoustiques,
(Elektra Musician) 1984 en Angleterre et aux Etats- ont rendu très perméables
tons multifonctions à pousser ou tourner. Joe Zawinul : “Dialects” unis ? Pas exactement. La raison les frontières esthétiques
Ce nouvel instrument va progressivement (Columbia) 1986 de recourir à l’électronique
s’imposer sur scène, et aujourd’hui il fait Peter Erskine : “Transition” qui tenaient à distance
(Denon) 1987
n’était pas d’orchestrer avec la live electronic music. •
partie intégrante d’un très grand nombre Jon Hassell And Bluescreen : de nouvelles couleurs des FrAnCk Bergerot
d’orchestres. Notons qu’il est la seule alter- “Dressing For Pleasure” fonctions et des vocabulaires
native au clavier qui se soit imposée dans la (Warner Bros.) 1994 anciens, mais d’émanciper À éCOUTER
David Torn : “What Means Solid, l’improvisation des rigidités du Musica Elettronica Viva :
lutherie électronique moderne. Traveller ?” (CMP Records) 1996 clavier. Reléguant le paramètre “The Sound Pool”
Qu’entend-on alors par “machine” dans ce Dj Shadow : “Entroducing…”
mélodique à la dimension (The Sound Pool) 1969
(Mo Wax) 1996 Evan Parker / Paul Lytton : “Two
qu’on peut voir aujourd’hui ? Pour aller vite, Nils Petter Molvær : “Khmer” décorative, elle s’affranchissait Octobers, 1972-1975” (Emanem)
tout instrument électronique concertant qui (ECM) 1997 des conventions harmoniques Richard Teitelbaum / Anthony Braxton :
produit un son sans l’interface d’un clavier de DJ Logic : “Project Logic” et rythmiques. ouvrant de “Time Zones” (Freedom) 1976
(Ropeadope Records) 1999 nouvelles perspectives aux Evan Parker Electro-Acoustic
type piano. Cela comprend la drum machine Laurent de Wilde : “Time 4
musiques bruitistes, aléatoires Ensemble : “Drawn Inward”
bien sûr, mais aussi l’ordinateur, dont la place Change” (Warner Music) 2000 (ECM) 1998
Yvinek : “Recycling The Future” et répétitives, elles en offraient
sur scène et dans les studios est devenue Supersilent : “4”
(RCA Victor / BMG) 2000 aussi au free jazz et aux (Runne Grammofon) 1998
prépondérante, les pédales d’effets, d’une Herbie Hancock : “Future 2 nouvelles musiques improvisées Benoît Delbecq 5 : “Pursuit”
sophistication remarquable aujourd’hui et qui Future” (Transparent Music) 2001 qui en découlèrent dans les (Songlines) 1999
Laurent de Wilde : Wolfgang Reisinger (avec Wolfgang
se présentent souvent en forme de rack*, “Organics” (Gazebo) 2004
années 1970, notamment à
travers les collaborations de Mitterer) : “Refusion”
sans oublier l’unité de mixage pour centrali- Marc Moulin : “Entertainment” (Universal Austria) 2004
ser tout ça. Ainsi a-t-on vu récemment émer- (Blue Note) 2005 Richard Teitelbaum avec Anthony Craig Taborn : “Junk Magic”
ger un nouveau membre dans la grande
Monk Hughes & The Outer Braxton et George Lewis, qui (Thirsty Ear) 2004
Realm (Madlib) : “A Tribute fut un des premiers jazzmen à Magic Malik / Octurn (avec Gilbert
famille orchestrale : le machiniste, qui joue To Brother Weldon” (Stones pousser la porte de l’Ircam. Nouno) : “XPs [Live]”
des machines. Ses gestes ? Toucher des Throw Records) 2004 (octurn.com) 2007
Michel Benita : “Drastic” Flying Lotus : “You’re Dead !”
pads, tourner des boutons, monter et des- (Disques Deluxe) 2005 Parallèlement au principe (Warp Records)2014
cendre des curseurs, cliquer sur une sou- J Dilla : “Donuts” (Stones de génération sonore
Throw Records) 2005 purement électronique, la free
ris, ce sont maintenant les réflexes de notre Jozef Dumoulin & The Red Hill
temps – qui sait lesquels nous aurons dans music réinventa le principe
Orchestra : “Trust” (Yolk) 2014
Eivind Aarset : “Dream d’improvisation interactive en
vingt ans ? • LAurent de WiLde
Logic” (ECM) 2012 recourant au traitement des
Jaimeo Brown : “Transcendence - sonorités acoustiques par le
Work Song” (Motéma) 2016 synthé, mais aussi par les effets.

Avril 2016 Numéro 682 Jazz Magazine 29


dossier Les fous des claviers

rencontre
Médéric Collignon, Laurent de Wilde et Guillaume Perret
Ils chantent le corps électrique
Pour eux, les effets n’ont pas de secret et Guillaume Perret Et en troisième je mettrai Eddie Qu’est-ce que vous utilisez comme interface
Fée electricité est leur amie. réunis par Harris, que j’ai découvert super tard. Quand j’ai pour contrôler vos effets ?
commencé à mettre des effets sur le sax, je ne Médéric Collignon J’ai juste besoin d’un clavier.
Laurent de Wilde, le trompettiste Médéric me suis pas préoccupé de qui faisait quoi, je Comme ça, j’ai le vocoder. Si j’y relie mon micro
Collignon et le saxophoniste guillaume galérais dans mon coin avec mes deux pédales : (et que j’accorde le clavier en si bémol, sinon j’ai
Perret incarnent ces instrumentistes d’un ma Whammy et ma wah-wah… Et quand j’ai la tête qui explose), je peux jouer des phrases qui
nouveau genre qui n’ont pas peur de découvert les trucs qu’il faisait, il chante dans son d’un coup sont doublées à la quinte par exemple,
mettre les doigts dans la prise. bec avec une wah-wah, on dirait Billie Holiday, j’ai ou à des endroits où je suis susceptible de me
halluciné ! Ses effets sont super vivants, j’adore planter, de glisser…
J’étais très impatient de discuter en profondeur ça. Je l’explique souvent quand je fais des mas- Guillaume Perret Moi je joue les deux mains
avec Médéric Colignon et Guillaume Perret, deux terclasses : quand on joue avec un octaveur, on sur le sax, et j’en utilise déjà une pour mixer mes
immenses musiciens qui pratiquent l’électronique ne peut pas jouer comme un saxophoniste, avec deux micros sur le corps de mon instrument, c’est
au quotidien. Dix ans les séparent, et autant pour les phrases habituelles. C’est un autre instrument, vraiment le nœud vital de mon expression. Sinon,
Médéric le jazz-rock évoque Miles Davis et “Bitches un autre rôle, une autre démarche… Tu dois j’ai toujours voulu que mes effets soient efficaces.
Brew”, autant pour Guillaume il signifie souvent la t’écouter, tu dois écouter ce qui sort de ton putain Lorsque j’arrive, je me branche en deux secondes
virtuosité parfois gratuite dans laquelle cette mu- d’ampli pour jouer avec, sinon il ne se passe rien. et il faut que ça marche, que le système soit silen-
sique allait basculer une décennie plus tard. Au Médéric Collignon Moi, j’ai toujours gardé mon cieux, qu’il n’y ait pas de buzz. Le fait de devoir se
cours de cet entretien croisé, j’ai découvert un premier effet, c’est un Zoom Superplayer 80. Le baisser tout le temps, ça casse l’énergie, alors je
cornettiste aimant chercher dans l’électricité des nom est horrible mais c’est une boîte géniale, m’arrange avec les pieds. J’ai certaines pédales
couleurs et des sensations magnifiées par leur ça fait vingt ans que j’en ai. C’est quand même qui commandent d’autres pédales, et j’ai vraiment
aspect fragile ou aléatoire, et un saxophoniste solide : combien de fois j’étais debout dessus travaillé le jeu de pied comme un organiste, sur
déterminé à en dompter la délicate puissance pour faire des reggae, un pied sur chaque pédale ! les effets où les boutons ne sont pas trop petits,
pour mieux la chevaucher dans sa musique. Mais à force de le piétiner comme ça, les axes de je les ajuste du bout du pied en live. J’arrive à
Passionnant. pédales se voilaient progressivement et ça faisait être vraiment précis ! Ce n’est pas la perfection,
des effets non répertoriés extrêmement intéres- mais j’aime bien avoir des contraintes physiques,
Laurent de Wilde Qui sont vos idoles élec- sants. Du coup, tu as une partie de ton cerveau plutôt qu’un ordi où tout est possible au risque
triques ? Allez, trois… qui essaie de maîtriser l’effet, et le reste, c’est… de se trouver paralysé. C’est aussi pour ça que je
Médéric Collignon George Duke, je ne sais pas aléatoire ! J’adore me faire violer par les effets. Il n’aime pas trop les multi-effets où tout est intégré,
pourquoi. C’est le premier qui me vient à l’esprit. La faut absolument que je sois en mesure de réagir paramétré, avec des menus. Je trouve plus inté-
façon de jouer de la molette au synthé, de rendre sur l’instant, parce que je vais mourir demain, il ne ressant d’avoir quelques effets, d’apprivoiser leur
l’électrique aussi sensuel… C’est un des maîtres. faut pas que j’aie une habitude, il faut que l’effet interaction, d’apprendre à jouer avec…
Zawinul aussi j’aime beaucoup, tout son travail. me surprenne, et qu’on puisse entrer dedans. Et Médéric Collignon Je suis comme toi, mais j’uti-
Il avait fait une masterclass à Nancy, il racontait effectivement à ce moment-là, ce n’est plus du lise aussi un multi-effet que je tripote en temps
comment c’était d’avoir vingt ans et de jouer avec tout le même instrument, et ton cerveau n’est plus réel. Je ne veux pas être aux commandes d’une
les frères Adderley, comment il jouait des phrases le même non plus. Quand grâce à un octaveur je usine à gaz, mais pour moi c’est un effet comme
répétées, qu’il concevait déjà comme des boucles. suis bassiste, je ne suis plus cornettiste. un autre, tant qu’il y a des potards… Vieux potard
En fait, en acoustique ou en électrique, il était tou-
jours au même endroit…

‘‘
Guillaume Perret Sans réfléchir, il y a Jimi Hendrix
qui m’a sauté à la gueule, tout simplement parce
que c’est super basique, super essentiel. Et puis
Mike Patton, un chanteur incroyable…
George Duke… Sa façon de jouer
Médéric Collignon Il est génial, c’est un pote ! de la molette au synthé, de rendre
Il a fait des groupes avec John Zorn notamment, l’électrique aussi sensuel… C’est un
mais ses propres groupes, Mister Bungle, Fanto-
mas, c’est monstrueux !
des maîtres.”

30 Jazz Magazine Numéro 682 Avril 2016


Médéric colignon,
Laurent de Wilde et
Guillaume Perret :
un entretien mené
au doigt et à l’œil.

dans l’avion, je calcule vraiment ça au millimètre.


Après il y a les pannes, chaque câble, chaque élé-
ment est susceptible un jour d’être fatigué, torsions,
voyages, vibrations, et du coup il faut apprendre
à aller de plus en plus vite dans la détection de
la panne. Le problème c’est qu’il y en a toujours
une nouvelle. J’ai beaucoup travaillé sur mon self-
control. Pendant la balance il faut être super calme,
prendre le temps de faire une soudure si nécessaire.

LDW Vous vous êtes déjà pris des gros râteaux


électroniques en concert ?
Médéric Collignon Grave. A la Cigale. En première
partie d’Erik Truffaz. Les gens n’étaient pas venus
pour moi, ils n’en avaient rien à foutre, mais pas
de problème. J’étais en solo, et je commence le
SyLvAIN GRIPoIx

premier morceau avec des effets de dingue, le deu-


xième pareil, mais je sentais que le public n’était
pas dedans. Alors là j’ai sorti mon petit cornet de
poche, j’ai retiré l’embouchure et j’ai chanté dedans
comme une flûte, et là tout le monde a fait « Ouah,
que jamais ! Et puis tu peux tout assigner au Que vous apporte l’électricité dans la musique ? c’est génial ». Et puis c’était fini, il y avait Truffaz
pied. Mais l’ordi, je n’y arriverais pas. Il faudrait Médéric Collignon Une autre forme de naïveté. Et qui arrivait après. J’ai adoré ce moment. J’avais
que je fasse l’effort de chercher les contrôleurs puis des couleurs… préparé mon truc pendant trois jours et là, c’était
qui me conviennent, tout recommencer à zéro. Guillaume Perret La possibilité d’augmenter les pas une panne de matos, mais il était devenu tout
Or je suis content avec ce que j’ai. capacités de mon instrument. De pouvoir changer simplement inopérant dans le contexte…
son rôle, et ça c’est génial. Parce que quand on y Guillaume Perret Pour moi, jamais vraiment de
Qu’utilisez-vous pour écrire de la mu- réfléchit, le sax c’est un peu chiant. catastrophe, car il y a toujours une façon de rebon-
sique ? dir... On bricole un truc en direct. Et quand il se
Médéric Collignon Finale, Sibelius et une Avez-vous eu des moments où rien ne marche, passe quelque chose comme ça et que ça repart,
application sur mon téléphone, Passaglia, pour où tout est compliqué, et vous vous dites : pour- les gens deviennent fous. Une fois, on a eu une
écrire quand je suis en voyage. quoi je ne me contente pas d’utiliser mon ins- panne de sono, mais on a monté les amplis, on a
trument en acoustique ? trouvé un autre son, on s’est donné à fond et ç’a
Pas de logiciel de son ? Médéric Collignon Non, pas vraiment. Une fois je été un très beau concert.
Médéric Collignon Non, je fais tout comme l’ai fait… parce qu’il y avait une panne d’électricité !
ça, ou à la main. Les idées me viennent tout Avec Louis Sclavis, j’avais les multi-pads, les multi- Est-ce que vous regardez le nom de l’ingénieur
de suite, c’est un truc que je ne lâcherai pas, effets, le cornet, le bugle, un synthé, j’en avais pour du son sur les pochettes ?
ça marche ! J’ai composé une intro pour mon trente kilos. Mais j’ai pris une valise à quatre roues Guillaume Perret Je commence seulement à me
album sur Fripp avec Finale, et ce sont les sons au lieu de deux et je la tirais avec deux doigts, c’était rendre compte du pouvoir qu’il a…
d’usine qu’on entend ! Les sons finaux devrais- très pratique… Donc je ne regrette pas, et puis il faut Médéric Collignon C’est Teo Macero qui m’a fait
je dire, voire finauds, ha ha ha ! savoir ce qu’on veut, non ? découvrir ça. Avant, c’était Rudy Van Gelder, le son
Et toi Guillaume ? Guillaume Perret Ce qui est fatigant, c’est de trou- qu’il donnait au label Blue Note. Je suis sûr qu’au-
Sibelius et Ableton Live. Parfois j’écris les par- ver une configuration qui fonctionne bien, sans buzz, jourd’hui beaucoup de choses viennent de lui…
toches sur Sibelius, j’exporte en MIDI dans Live et ça peut prendre du temps ! Après, pour trimbaler
et je travaille dessus. mon matos, c’est un peu Tétris : si tu veux tant d’ef-
fets, il faut que ça tienne dans la valise règlementaire
qui passe sous les tourniquets du métro, qui passe

Avril 2016 Numéro 682 Jazz Magazine 31


dossier Les fous des claviers

rencontre

‘‘
Pendant
la balance
il faut être
super calme,
prendre le
temps de
Quelle est la prochaine pièce de matos que
vous allez acheter ?
Guillaume Perret Des ear monitors [des écou-
teurs intra auriculaires diffusant le mix général
comme le font habituellement les retours sur
faire une scène, NDR]. Pour mon projet en solo, c’est hyper
soudure si agréable.

SyLvAIN GRIPoIx
Médéric Collignon Moi, je veux acheter un truc
nécessaire.” que tu tapes avec le pied, c’est fait pour les gui-
taristes de country, un genre de morceau en bois,
tu fous un jack dedans et ça fait poum poum,
comme une grosse caisse. Assigné à des effets,
Vous souvenez-vous du moment où vous avez compte qu’il y avait beaucoup à apprendre. Mais je suis très curieux de voir ce que ça fait !
compris l’importance du son dans vos pro- c’est vraiment quand j’ai enregistré mon premier
ductions ? disque que j’ai mis les mains dans le moteur. J’ai C’est quoi pour vous l’instrument électro-
Médéric Collignon Quand j’ai réalisé que j’étais passé neuf mois à faire des édits, à réaffecter des nique parfait ?
mauvais. J’avais une vingtaine d’années, je sau- effets qui n’étaient pas sur la piste, etc. En ce qui Médéric Collignon Celui où il y aura une véri-
tais du classique au jazz et à l’impro, au funk, au concerne le son de groupe, au début, je me préoc- table alliance avec le corps. Il y a des gars qui se
reggae et j’avais un mauvais son. Je me sentais cupais surtout de l’interaction musicale, mais main- mettent des puces partout pour commander du
un peu comme une tache sur une feuille. Donc, tenant je fais attention au son de chaque musicien son dans l’espace. Ça j’aimerais bien, je trouverais
à un moment, j’ai commencé à donner plus d’im- ça parfait si, en surimpression avec le reste, je me
portance au micro et j’ai pu lui demander, vas-y, Est-ce que vous avez envie d’enregistrer un mettais à danser et que ça fasse de la musique…
transforme-moi en loup-garou, ha ha ha ! Tout le disque acoustique ? Guillaume Perret Moi, je verrais bien un instru-
monde triche, pourquoi pas moi ? Mais trouver le Médéric Collignon Oh ouais ! Ce ne serait pas ment flexible, que tu peux tordre dans plusieurs
son, c’est bien entendu à l’intérieur du groupe, avec le Jus de Bocse. Plus dans une direction or- positions. J’imagine forcément un sax, puisque
même si ça dépend au départ du micro et du son chestre de chambre, avec des bois, flûte traversière j’ai grandi avec ça, mais que je pourrais vraiment
qu’on envoie dedans. alto, plein de timbres. Le même plaisir qu’on a avec tordre pour changer le son, ou utiliser les doigts
Guillaume Perret En ce qui me concerne, c’est l’électronique, parce que c’est l’alliage, l’alchimie pour d’autres choses, bref un instrument plus…
quand j’ai commencé à utiliser des effets que j’ai des éléments qui me touche. En fait, je sais que organique.
été sensibilisé à la question. Il y a des équalisations, si je reviens à l’acoustique, je resterai toujours le Un genre de grosse limace électronique ?
des gains à régler sur chaque pédale. J’ai un ampli même. Guillaume Perret Exactement ! [Rires.] •
basse. C’est jamais deux fois le même en concert, Guillaume Perret Pour reprendre ta question de
donc je suis obligé de retrouver à chaque fois un tout à l’heure à propos du fardeau qu’on doit trim- CD Médéric Collignon Jus de Bocse : “MoOvies”
(Just Looking Productions / Harmonia Mundi,
son qui me convienne. J’ai mis vraiment longtemps baler en électro, je ne l’ai jamais regretté une seule [CHOC] Jazz Magazine). Guillaume Perret & The Electric
à apprendre à me servir d’une EQ. Mais je dois dire seconde. Mais à chaque fois que je me retrouve Epic : “Open Me” (Kakoum ! Records / Harmonia Mundi,
que la question avait commencé à se poser un peu en acoustique, quel bonheur, quelle liberté… Des [CHOC] Jazz Magazine).
avant, quand je jouais encore en acoustique et que, possibilités partout, tout le temps, l’air, la gestion de CONCERTS Guillaume Perret le 1er avril à Voiron (Voiron
Jazz festival), le 2 à Massy (Centre Paul Braillart), le 14
d’un concert à l’autre, j’avais des sons très diffé- la distance avec le micro, tout le contrôle du son, ça à Montpellier (Zénith), le 20 à Rennes (Le Liberté), le 21
rents. Parfois je devais encadrer un ingénieur du restera toujours dix mille fois plus fin et plus vivant à Saint-Herblain (Zénith Nantes), le 22 à Saint-Nazaire
son qui n’était pas bon. Quand je tombais sur un qu’avec des pédales. C’est magnifique ! Donc si (Le VIP), le 29 à Villefranche-Sur-Saône (Théâtre) et le 30
à Yverdon-Les-Bains (L’Amalgrame). Médéric Collignon
bon, je lui demandais des conseils, je me rendais j’enregistrais un disque acoustique, je serais instinc- avec Yvan Robillard le 13 mai à Aix-En-Provence (Petit Duc)
tivement tenté par l’écrin classique, piano, basse, et le 26 à Thourote.
batterie. Mais, en réalité, je pense que j’irais chercher
de la proximité avec des instruments comme le oud
ou les percussions, quelque chose de très intime.

32 Jazz Magazine Numéro 682 Avril 2016


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Avril 2016 Numéro 682 Jazz Magazine 33


dossier Les fous des claviers

entretien

Jason Miles
L’homme qui Laurent de Wilde Où et quand es-tu né ?
Jason Miles À Brooklyn, New York, en 1951. Une

murmure à l’oreille
époque très intéressante pour y grandir. Mon voisin,
devenu l’un de mes meilleurs amis, était Bob Berg.

des synthés
Tu te souviens de quand et comment tu as dé-
couvert la musique ?
Comme beaucoup de familles de cette génération,
mes parents ont acheté une chaîne hi-fi. Et plein de
Sans lui, de nombreux instrumentistes n’auraient peut-être pas su tirer 33-tours. Jackie Gleason chantant des standards,
Terry Gibbs et son vibraphone… Mon père avait un
le meilleur de leurs synthétiseurs. dans l’ombre des studios, il a fait
album, je l’ai encore, où il n’y a que des versions
le son de “tutu”, parmi tant d’autres. Laurent de Wilde a rencontré ce très différentes de Lullaby Of Birdland…
demandé programmateur.

34 Jazz Magazine Numéro 682 Avril 2016


‘‘
Le Minimoog que je possède appartenait
à Michael Brecker. Il me l’a vendu parce
qu’il ne marchait pas avec son Ewi.”
Comment as-tu commencé comme clavié- découvert les notes de pochette, le nom des musi- du Prophet 5, mais à l’époque il était comme tout
riste ? ciens… “Bitches Brew”, ç’a été la claque. J’aimais le monde : il n’y comprenait rien ! Et c’est comme
Avec l’accordéon, à sept ans. Je voulais jouer surtout le son de tous ces nouveaux claviers mis ça que mon numéro de téléphone a commencé à
de la batterie, mais dans ma famille il n’en était ensemble, le Rhodes, le Wurlitzer, le Hammond. circuler. En troisième, je prendrais le Roland D-50,
pas question. Je voulais aussi jouer de la guitare, Tous ces sons me semblaient tellement frais. un synthé qui n’a pas eu la reconnaissance qu’il
parce que j’avais vu Elvis Presley en jouer à la télé. J’adorais Bill Evans ou Thelonious Monk, c’étaient mérite. Il venait en rack avec un programmeur et
Mais ça faisait des ampoules aux doigts et pour des musiciens extraordinaires, mais c’était toujours je me suis vraiment beaucoup amusé avec lui. En
un gamin juif de Brooklyn, ça ne le faisait pas. Mes du piano, alors que là, les sons étaient entièrement particulier dans “Amandla” de Miles, j’en ai mis
parents m’ont finalement offert un accordéon. J’ai nouveaux. Celui qui m’a fait comprendre ça en partout ! Les effets intégrés qui coloraient le son
commencé à prendre des cours, et je suis devenu profondeur, c’est Joe Zawinul avec son Mercy étaient exceptionnels, c’était un instrument très
assez bon. À la même époque j’ai commencé à Mercy Mercy. Ses riffs étaient tellement funky, on bien pensé. En quatrième, je dirais l’Emulator 2,
écouter des organistes : Melvin Rhyne, Richard n’avait jamais entendu personne jouer comme ça parce qu’il m’a ouvert une nouvelle porte dans la
“Groove” Holmes. Et quand Got My Mojo Wor- auparavant ! Ramsey Lewis définit à mes yeux le musique : l’échantillonnage. Ce fut le début des
king de Jimmy Smith est sorti chez Verve, je suis mot funky : chaud, généreux, groovy... Et Zawinul banques de samples sur CD-Rom, etc. Et pour
tombé dedans ! Mais j’adorais “Groove” Holmes, atteint sans conteste ce degré d’ébullition sur le finir, bien sûr, le Minimoog, celui avec lequel tout
il était plus... crade. Et pour Rhyne, le premier Wurlitzer de Mercy Mercy Mercy. a commencé. Je ne peux pas te dire combien
album que j’ai acheté, c’était “Boss Guitar” de Mais il y avait aussi les groupes de rock, qui utili- j’ai fait d’albums avec les basses du Minimoog,
Wes Montgomery, que j’ai usé jusqu’à la corde. saient des effets sur les claviers, comme les Doors. il y en a eu tellement… Toutes les sessions avec
J’aimais beaucoup la façon dont Rhyne n’utili- Leur orgue sur Light My Fire est tellement péné- Marcus Miller pour commencer. Celui que je pos-
sait pas la pédale Leslie – tu vois ce que je veux trant ! Tu sais, j’ai vraiment vécu les tout débuts sède appartenait à Michael Brecker. Il me l’a vendu
dire ? C’est là que j’ai commencé à prendre des de l’utilisation des synthétiseurs dans la musique parce qu’il ne marchait pas avec son Ewi, et c’est
cours d’orgue avec un gars qui s’appelait Rector populaire. En 1972, Bob Moog est venu faire une le plus gros son qui existe !
Bailey. Il m’a montré des trucs d’harmonie, com- conférence à l’Université de l’Indiana, où j’étudiais,
ment les voix bougeaient, tout ça… Le gars était pour présenter son Minimoog et il m’a laissé en Qu’est-ce que tu aimes dans un synthé ?
vraiment un génie dans sa façon de l’expliquer, jouer un peu. C’était… WOW ! « À quoi ça sert, Un bon filtre. Et une bonne sensation sur la mo-
c’était lumineux. cette petite roue sur le côté ? – C’est un pitch lette [pitch wheel qui permet le pitch bend, voir
bend, tu peux tordre la justesse de la note que tu plus haut, NDR]. Je n’aime pas les claviers lourds
JEAN-BAPTISTE MILLoT

Comment s’est passée ton adolescence ? es en train de jouer. – Quoi ? Mais c’est pas pos- comme on fait maintenant, je préfère l’élasticité
Grandir à New York était vraiment un privilège. sible sur un clavier ! » Bref, c’était ça le vrai début originale : quand on joue un son de Clavinet par
Les groupes de doo-wap de Brooklyn, le jazz, pour moi. Tout le monde a commencé à en jouer exemple, ça n’a aucun sens d’avoir l’impression
puis tous les clubs de rock des années 1960… à ce moment-là. Et plus rien n’était pareil après. de jouer du piano ! Et un système de program-
Comme apprenti musicien, on croulait sous les mation qui soit inspirant, parce que c’est ça toute
opportunités, il y avait des fêtes sans arrêt, et S’il y a une inondation dans ton studio et si la question : trouver l’inspiration pour atteindre ce
puis ce qu’on entendait dans les clubs était ab- tu as le temps de sauver cinq synthés de ton son qui n’existe pas encore… Quand je travaillais
solument phénoménal. J’en reviens toujours pas incroyable collection : lesquels choisis-tu ? avec Marcus, j’avais rapidement huit synthés qui
d’avoir vu ça. Ma copine de l’époque – qui est de- Facile. Le Matrix 12 d’Oberheim en premier, sans jouaient en même temps, et il fallait que chacun ait
venue ma femme – travaillait chez Columbia. Tous hésiter. C’est l’un des plus beaux synthés jamais sa personnalité distincte, aboutie. C’est à ce mo-
les mois, il y avait des ventes de disques pour le conçus, incroyablement en avance sur son temps. ment-là qu’on a besoin d’être inspiré, et que la pro-
personnel, un dollar pièce. C’est comme ça que Ensuite, le Prophet 5, parce qu’il a changé ma vie. grammation doit être la plus intuitive possible. Et
j’ai commencé ma collection : “In A Silent Way”, Quand il est sorti, tout le monde en voulait dans je ne parle pas des sons uniques qui sont produits
“Kind Of Blue” et “Miles Smiles” de Miles Davis, ses productions. Il y avait tellement de bons pia- par un empilement de synthés différents, comme
les albums de Stanley Turrentine chez CTI… nistes à New York que je n’imaginais même pas ce que j’ai fait avec Luther Vandross. Pour son
J’en achetais tous les mois une vingtaine, que je travailler dans les studios. Mais soudain, il a fallu
passais des heures à écouter. C’est ainsi que j’ai d’urgence des gars pour le programmer, et moi
j’adorais ça. Mon premier job de programmeur
était, je pense, en 1979 avec Kenny Kirkland, pour
un label japonais. Ils lui avaient demandé de jouer

Avril 2016 Numéro 682 Jazz Magazine 35


dossier Les fous des claviers

entretien
‘‘Il faut
vraiment du
temps avant
d’être capable
de faire
d’un simple
enregistrement
JEAN-BAPTISTE MILLoT

un véritable
album.”

Power Of Love, il avait besoin de grosses nappes gio Moroder, mais surtout Creed Taylor, le fondateur Que dirais-tu à ceux qui objectent que le jazz
de son sur lesquelles il se sentait à l’aise pour chan- du label CTI : il avait réussi à créer une ambiance électrique n’est pas du jazz ?
ter. Je lui ai concocté quelque chose avec neuf syn- particulière au label qui était très réussie. Trevor Horn Je leur réponds que sans “Bitches Brew”, et je
thés les uns par dessus les autres, et il m’a dit : aussi, avec Art Of Noise, savait vraiment utiliser le suis très ferme sur ce point, le jazz serait mort.
« Comment ça se fait que lorsqu’on écoute ça, on son du studio. Et ça commence toujours par un bon Cet album a réveillé toute une génération qui s’est
a l’impression que tous les autres synthés sonnent enregistrement au départ, ce qui est capital. mise à l’unisson de cette atmosphère créative.
comme des accordéons géants ? ». Weather Report, Mahavishnu Orchestra, Return To
Qu’est-ce qui est le plus important dans l’en- Forever, les Jazz Crusaders, les Meters, Jan Ham-
Quel est ton rapport aux bopites à rythmes et registrement d’un disque de jazz acoustique ? mer, Bob James, c’est parti dans tous les sens. Et
aux séquenceurs ? Le piano. Il faut que l’instrument sonne bien. Il y pour moi c’est ça le jazz : plein d’ambiances et de
J’en fais beaucoup moins qu’avant, et je n’aime aussi le son de la pièce, l’emplacement des micros. musiques très différentes, chacune exprimant une
pas trop ce qui en est fait aujourd’hui. Mais j’ai Et puis ça dépend de la musique. Mais avant tout personnalité, une expérience. Mais maintenant les
beaucoup utilisé la MPC 60 de Akaï, qui pour moi il faut faire entendre l’espace de la pièce. La façon choses vont beaucoup plus vite, on n’a plus le
fut la première pure réussite dans le domaine. Mais dont Manfred Eicher a inventé un espace à lui pour temps d’apprendre, tout est disponible en boîte
je crois beaucoup à l’avenir des synthés virtuels, son label ECM en est la parfaite illustration. Du immédiatement. C’est dommage, je trouve qu’il
entièrement digitalisés dans l’ordinateur. coup, la musique s’adapte à ce son et ça donne manque un truc. •
tous ces albums merveilleux avec John Abercrom-
Que recherches-tu dans un Rhodes ? bie, les solos de Keith Jarrett… Chick Corea est je * Le coin des geeks : voici la chaîne d’effets qu’utilisait Zawinul
sur son Rhodes et qui explique, selon Jason Miles, son succès :
Une bonne mécanique, l’égalité du son, il faut que pense le seul qui ait réussi à mettre un instrument Wah-wah – Mutron Phase Shifter – Ring Modulator – Echoplex
le clavier ne soit ni trop lourd ni trop léger, qu’on électronique sur un de ses albums chez lui !
puisse avoir une vraie sensation de dynamique
repères
quand on le joue. Pour moi, les deux qui en font Est-ce que tu vois émerger dans la nouvelle
ressortir le meilleur sont Richard Tee et Joe Zawinul*. génération des producteurs qui te semblent 1952 Naissance le 30 juin
Mais le son de George Duke, c’était de la dynamite innovants ? à Brooklyn, New York.
aussi, et j’adore le Rhodes de Jan Hammer, surtout Hum… Tout le monde a maintenant la culture in 1972 Etudes à l’Université
quand il est saturé… the box, on enregistre tout dans l’ordi, et on a un d’Indiana. Rencontre avec
peu oublié comment faire pour avoir un bon son Bob Moog.
Est-ce que, plus jeune, tu avais des idoles en en studio. Ça ne s’apprend pas en deux minutes. 1979 Premiers jobs de
matière de production ? Il faut vraiment du temps avant d’être capable de programmateur.
Non, je ne savais pas très bien à quoi ça res- faire d’un simple enregistrement un véritable album,
1986 Travaille avec Miles
semblait comme métier. Mais je voyais des noms qui ait un son d’ensemble, dans une vraie pièce. Et Davis et Marcus Miller sur
revenir régulièrement sur les pochettes de ce que j’ai l’impression que c’est une expérience qui est en “Tutu”.
j’aimais : Orrin Keepnews, Teo Macero... J’étais très train de se perdre. En Europe c’est différent, mais
1990 Enregistre avec Michael
impressionné par George Martin et ce qu’il a fait pour la pop aux Etats-Unis, je pense que cette Brecker (“Now You See It,
avec les Beatles, surtout dans “Sgt. Pepper’s Lonely expérience va disparaître avec nous. Quincy Jones, Now You Don’t”, GRP).
Hearts Club Band”. Mais en grandissant, j’ai décou- quand on lui demandait les raisons du succès de 2008 Forme le groupe Global
vert David Rubenstein avec Herbie Hancock, Gior- “Thriller”, a répondu : « C’est la rencontre de la Noize avec Dj Logic.
jeunesse et de l’expérience. » Et c’est absolument
vrai ! Il faut les deux pour que ça marche ! Une
bonne musique, un bon son, c’est ça la clé !

36 Jazz Magazine Numéro 682 Avril 2016


EUROPAJAZZ AU LYCÉE ET AU CFA du 8 au 25 mars The Sassy Swingers 11 concerts et 12 ateliers dans les lycées de Château-
du Loir, Le Mans, Saint-Saturnin, La Flèche, Alençon, Rouillon, Angers, Sainte-Luce-sur-Loire, Château-Gontier, Ruillé-sur-Loir, Mayenne,
La Ferté-Bernard EUROPAJAZZ AU COLLÈGE du 26 au 29 avril Five 38 4 concerts-rencontres dans les collèges de Sillé-le-Guillaume,
Le Grand Lucé, Le Mans, Vibraye CONCERT JEUNE PUBLIC Journal Intime le 19 avril au Mans EUROPAJAZZ IN TOUR de mars
à mai atelier BD/concert - rencontre Bernard Lubat maison d’arrêt, Les Croisettes, Coulaines EUROPAJAZZ TÊTES BLANCHES TOUR
du 18 au 23 avril Karine Jarry/Loïc Da Silva 6 concerts dans 6 EHPAD de la Sarthe AFTERWORK The Sassy Swingers Restaurant
le Capitole, le 10 mars au Mans REGARDS CROISÉS L’émotion dans la création et les relations professionnelles, le 28 avril à Créapolis,
Le Mans L’ESPACE EUROPAJAZZ du 11 au 23 avril et du 17 au 21 mai Centre Jacobins, Le Mans EUROPAJAZZ REGIONAL TOUR
Bernard Lubat dans tous ses états 9 concerts, le 15 mars à la Roche-sur-Yon, le 16 mars au Mans (Université), le 18 mars à Flers,
le 19 mars à Bessé-sur-Braye, le 22 mars à La Flèche, le 23 mars à Saint-Saturnin, le 25 mars à Trélazé, le 28 avril à La Ferté-Bernard,
le 29 avril à Saint-Berthevin LES RENDEZ-VOUS DU PRINTEMPS > Francesco Bearzatti Quartet le 24 mars à Château-Gontier >
12e NUIT DE LA SASLA avec Barbaro Fines y su Mayimbe le 16 avril au Mans > Trio Barolo le 21 avril à Beaumont-Pied-de-Boeuf > 4e NUIT
DU JAZZ MANOUCHE avec Boulou et Elios Ferré le 22 avril à Yvré-l’-Êvêque > 6e NUIT DES FANFARES avec Le Snob, L’Esperance
de St-Coin, Kermesz à l’Est le 23 avril à Arnage > Michel Portal/Emile Parisien Duo le 29 avril à Parigné-l-Êvêque > Stacey Kent le 30 avril
au Mans > 18e Europajazz en Balade « A la rencontre des îles... » le 7 mai au Mans > Céline Bonacina et le Mégapulse Orchestra création
le 7 mai au Mans > Josse de Pauw/Kris Defoort Trio le 17 mai au Mans L’EUROPAJAZZ FINAL du 18 au 22 mai au Mans
(La Collégiale Saint-Pierre-la-Cour, La Fonderie, l’Abbaye de l’Epau) > Swing of France > Lulu and the Fat Dogs > Un Poco Loco > Deep
Whole Paul Dunmall/Paul Rogers/Mark Sanders > François Ripoche Trio invite Ray Anderson création > Avishai Cohen Trio > Ray Anderson
Solo > Eric Vloeimans Trio Olivier’s Cinema > Emile Parisien/Joachim Kühn Quintet Transmeeting > Gary Peacock Trio > Dominique Pifarély/
Vincent Courtois Duo > Regis Huby Quartet Equal Crossing > Le Grand Orchestre du Tricot tribute to Lucienne Boyer > Steven Bernstein Sex
Mob Plays Fellini > Théo Ceccaldi/Roberto Negro Danse de Salon > Michel Godard/Günter Sommer Duo > Alexandre Gosse Quintet Pareidolie
création > Stephan Oliva/Sebastien Boisseau/Tom Rainey Trio création > Brotherhood Heritage création > Le Swing Time ! Grande fête du swing

Avril 2016 Numéro 682 Jazz Magazine 37


le jour

j 19
texte Franck Bergerot

février À ce
moment-là
1963 dans
le monde
ANNIE-CLAIRE ABoUET

Le jour où Duke Ellington


rencontra Dollar Brand
En 1961, la nouvelle République d’Afrique du Sud inscrit l’apar-
En ce jour jazz, découvrant le pianiste Dollar
theid dans sa constitution. Pour Dollar Brand, qui ne s’appelle pas
Brand à l’africana de Zürich, Duke Ellington encore Abdullah Ibrahim, et sa compagne la chanteuse Sathima
remarqua aussi la voix de la jeune femme qui Bea Benjamin, l’heure a sonné de quitter leur pays. Ils ont été pré-
l’y avait entraîné. Si les faces qu’il fit enregistrer sentés l’un à l’autre en 1959, lors de l’un des concerts caritatifs
trois jours plus tard à Sathima Bea Benjamin organisés par Paul Meyer, jazzfan suisse résidant à Cape Town.
restèrent longtemps inédites, pour son C’est chez lui qu’ils sont accueillis à Zürich en février 1962. Après
quelques mois de galère, Dollar Brand décroche un contrat à l’Afri-
compagnon commençait une grande carrière. cana Club et persuade le patron de faire venir de son pays natal sa
rythmique habituelle, le contrebassiste Johnny Gertze et le batteur
Makaya Ntshoko. Le 18 novembre, John Coltrane passe les écou-
ter et les encourage chaleureusement. Le 19 février 1963, Sathima,
qui s’ajoute chaque soir au trio le temps de quelques chansons,

38 Jazz Magazine Numéro 682 Avril 2016


GoodByE
MR. PRESIdENT... LITTLE STEVIE
Le 22 novembre, lors de sa visite déJÀ GRANd
à Dallas (Texas) dans le cadre de “Little” Stevie Wonder
la campagne pour sa réélection obtient son premier hit
à la présidence des Etats-Unis, coMME À (LA MAISoN dE) LA RAdIo single à l’âge de 13 ans
John Fitzgerald Kennedy est Inauguration de la Maison de la Radio le 14 décembre. Ce lieu avec Fingertips (Tamla
assassiné. Arrêté le jour même, unique rassemble trente-neuf sites auparavant disséminés dans Motown), enregistré
le tireur présumé sera assassiné Paris. Jacqueline Baudrier, rédactrice en chef des journaux parlés live devant un pubic

PhoToS : x/DR
à son tour et les mobiles de de l’oRFtF, deviendra en 1975 la première PDG de Radio France. enthousiaste. Il chante,
l’assassinat ne seront élucidés. joue de l’harmonica
et des bongos.

‘‘
Duke Ellington sort de la cabine :
“Ce sont mes morceaux, c’est à moi
d’accompagner.”

apprend que le Duke Ellington Orchestra joue au Palais des Congrès, et s’y introduit par
l’entrée des artistes. L’ayant remarquée, le chef l’accueille dans sa loge, écoute son histoire,
puis lui fait installer une chaise dans les coulisses pour écouter le concert. Après quoi, il lui
offre son bras et se laisse entraîner vers l’Africana Club. En kiosque
N° 91 février 1963
À leur arrivée, le patron est sur le point de fermer,
mais il autorise le trio à donner un nouveau set. Pen-
Johnny parle sans organisation,
dant qu’ils jouent, Duke demande à la jeune femme de Sonny ça ne m’accroche
de chanter, ce qu’elle fait en interprétant I’m Glad Dans une longue pas. Et je n’ai jamais
There Is You. Puis le Duke prend congé en les invi- interview recueillie par entendu Cecil Taylor
tant à lui rendre visite le lendemain matin à son hôtel. Jean-Louis Ginibre et swinguer – Ornette
Jean Wagner, Johnny swingue, lui… – Oui,
Là, il leur apprend qu’il est directeur artistique pour incontestablement,
Griffin est interrogé sur
Reprise Records, le label de Frank Sinatra, et leur Sonny Rollins : « La c’est ce qui manque
donne rendez-vous à Paris, au studio Hoche d’Eddie dernière fois que je tant dans la musique
Barclay, où il les retrouve le dimanche 24 février ac- l’ai entendu, je n’y ai de Cecil Taylor. Il joue
rien compris. J’aimais comme un pianiste
compagné de Billy Strayhorn et du violoniste danois classique qui viendrait
énormément ce qu’il
Svend Asmussen. faisait juste après son de découvrir le jazz. »
retour. Il y a deux mois,
C’est à Sathima que revient l’honneur de commen- il a joué devant des Palmes
cer d’enregistrer, accompagnée par un contrechant peintures : il avait l’air académiques
très sérieux. On en a Dans la rubrique de
de violon pizzicati de Svend Asmussen et le trio de Jean-Louis Ginibre,
parlé. J’ai l’impression
Dollar Brand. Lorsque la chanteuse attaque I Got It qu’il devient “Sonny Jazz Informations, on
Bad et Solitude, Duke Ellington sort de la cabine : Rollins”. Il a peut- découvre le palmarès
« Ce sont mes morceaux. C’est à moi d’accompa- être été infecté par de l’Académie du
cet altiste, comment jazz proclamé le 14
gner. » Puis Billy Strayhorn accompagne à son tour décembre 1962 au
s’appelle-t-il déjà ? Ah,
ses propres compositions, Your Love Has Faded et oui, c’est ça, Ornette Club Saint-Germain.
A Nightingale Sang In Berkley Square. Huit autres Coleman. » oscar : “John Coltrane
chansons sont gravées avec le Dollar Brand Trio et At The village
chantées de cette douce voix de contralto voilée. Taylor, pas vanguard” (devant
assez riche ? “Jazz à Gaveau” de
Mais Reprise Records décide cependant de ne pas Martial Solal et “Piano
Interrogé à New york
les sortir... Ce n’est que trente-quatre ans plus tard, en 1997, que le label Enja les publiera, par le contrebassiste In The Background” de
après que Sathima Bea Benjamin ait retrouvé les bandes entre les mains du biographe de Benoît Quersin, Duke Ellington). Prix
Billy Strayhorn, David Hajdu, qui les tenait de l’ingénieur du studio Hoche, Gehard Lehner. George Russell dit Fats Waller : la réédition
en substance de en deux 45-tours RCA
Cecil Taylor : « Il a le de “Rex Stewart And
Si Duke Ellington témoigne dans cet épisode de son attrait pour “l’éternel féminin”, il ne The Ellingtonians”.
droit de jouer selon
manqua pas d’être séduit par les instrumentaux du trio de Dollar Brand. L’influence de ses idées… mais je Prix Django Reinhardt :
Thelonious Monk, à qui il avait chaleureusement cédé le piano de son big band lors du pré- n’en suis pas fan. Pierre Michelot.
cédent Newport Jazz Festival, n’était pas pour lui déplaire. Mais le compositeur de Fleurette Ce qu’il fait n’est
Africaine fut plus encore interpellé par l’autre influence ici dominante, celle du Continent noir, pas particulièrement
nouveau. Cette idée
annonciatrice d’une œuvre dont il parraina les vrais débuts en faisant publier à la fin de l’été de liberté totale, cette
1963 “Duke Ellington Presents Dollar Brand”. Entre temps, Dollar Brand et sa compagne façon de jouer tout
s’étaient fait connaître du public d’Antibes-Juan-les-Pins... • ce que vous voulez

Avril 2016 Numéro 682 Jazz Magazine 39


LA BOUTIQUE

ine
gaz
ma
Portez sur vous les couleurs
de Jazz Magazine
1 N° 1 - Décembre 1954 Lionel Hampton
2 N° 78 - Janvier 1962 John Coltrane
3 N° 119 - Juin 1965 Avant-Garde
4 N° 486 - Novembre 1998 Miles Davis

1 2 3

LE POLO

LE TEE-SHIRT
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par email de la part de Jazz & Cie
accéder aux informations vous concernant, les rectifier et vous opposer à leur transmission éventuelle en nous écrivant. et ses partenaires
Crise du disque connaît pas : le 29 avril, Frédéric Maurin et
sa Ping Machine reviennent avec deux nouveaux cd, “Ubik”
et “Easy Listening” (Neuklang). On applaudit !

le guide

SyLvAIN GRIPoIx
nouveautés rééditions téléchargement livres dvd

Et revint Miles Ahead,


Evans
Plus de 90 minutes d’inédits
de Bill Evans avec Eddie
chOc ça avance
Au moment où nous
écrivons ces lignes,
Gomez et Jack DeJohnette toujours pas de date de
enregistrés le 20 juin 1968 magazine sortie annoncée pour
dans les studios MPS le biopic de Miles Davis
par Hans Georg Brunner- coécrit, interprété et
Schwer, vous en rêviez ? Page 14 réalisé par Don Cheadle.
Nous aussi ! Le double Oscar Peterson Exclusively Mais sa BO n’attend
cd publié par Resonance For My Friends pas : elle sera dans les
Records sera dans les bacs bacs le 1er avril (Columbia
en avril. Page 52 Legacy / Sony Music). Au
Vijay Iyer / Wadada Leo Smith programme : Miles Davis
A Cosmic Rhythm with Each Stroke bien sûr, mais aussi Robert
Glasper, Herbie Hancock,
Lars Gullin Complete 1951-1955
Thelonious sur le dance floor Studio
Wayne Shorter, Esperanza
Spalding… (Plus sur www.
Dans le quatrième volume de la série “Road Shows” de Sonny Joëlle Léandre No Comment muziq.fr.)
Rollins, “Holding The Stage”, qui sortira le 8 avril sur Okeh
(Sony Music), l’un des dix inédits live, enregistré en 1979, est The Dave Liebman Trio Lieb
Plays The Beatles
un hommage plutôt dansant à son ami Thelonious Monk intitulé
Disco Monk. Gato Barbieri Last Tango In Paris -
Expanded Original MGM Motion
Picture Soundtrack
Patrick Molard Ceol Mor Light
& Shade
Michael Formanek Ensemble
les abréviations utilisées dans Le Guide Kolossus The Distance
acc accordéon cor cor prog programmation
afl flûte alto
arr arrangements
dir direction
dm batterie
ss saxophone soprano
ssn saxophone
Page 66
as saxophone alto elb basse électrique sopranino Christophe Monniot / Bruno
b contrebasse elg guitare électrique tb trombone Chevillon / Franck Vaillant
bars saxophone baryton elp piano électrique tp trompette Freestyles
bcl clarinette basse elec effets électroniques ts saxophone ténor
bjo banjo fl flûte tu tuba Ralph Alessi Quiver
bs saxophone basse g guitare vib vibraphone
bsn basson htb hautbois vln violon Phronesis Parallax
btb trombone basse hca harmonica voc chant
bu bugle hp harpe vtb trombone à pistons
cello violoncelle mar marimba Coronado Au pire, un bien
cl clarinette org orgue
cla claviers, p piano
synthétiseurs perc percussions
cnt cornet plt platines
comp composition prod production

Avril 2016 Numéro 682 Jazz Magazine 41


le guide sur la platine
le disque événement

Thad Jones /
Mel Lewis Orchestra
All My Yesterdays
L’actualité du jazz ne va pas sans son flot de nouveautés
discographiques. Mais il est aussi des labels qui
continuent d’entretenir la mémoire de cette musique de
façon remarquable. Resonance en fait partie, qui publie
ce mois-ci un formidable doube cd d’inédits enregistrés
au Village Vanguard en 1966 par un orchestre dont
l’importance historique n’est plus à démontrer.

Astiquez soigneusement vos magique initiale entrer en ébullition. Car new-yorkais et donc idéal pour réunir
zygomatiques : croyez-moi, ils vont qu’ont réalisé Thad Jones et Mel les meilleurs –, c’est le jeu de Hank
être à la besogne ! Car penser pouvoir Lewis à part rassembler une cohorte Jones qui suscite nos éloges, lui qui n’a
écouter ces deux CD inédits sans de tueurs patibulaires capables de jamais enregistré en big band ! C’est
arborer un large sourire d’une oreille manier le swing le plus pulpeux et de Richard Davis dont nous admirons
jusqu’à l’autre, c’est être un grand dégainer les solos les plus affûtés ? la sonorité charnue et le walking
rêveur, voire un mythomane. On est en Les deux compères ont, dans leur majestueux, nous qui avions peut-
effet ici au cœur de la quintessence du laboratoire secret, réalisé la synthèse être oublié qu’il avait tenu le poste de
big band moderne. Que dis-je ? Dans le du bon vieux blues à la Count Basie contrebasse de cet orchestre six ans
(pour lequel Jones a naguère travaillé durant – après ou avant de brèves
creuset d’icelui, au sein de sa matrice,
comme souffleur et comme arrangeur), incursions chez Bruce Springsteen,
dans le chaudron qui vit la potion
d’une pincée de délire mingusien aux Pierre Boulez ou Eric Dolphy. Et nous
harmonies abruptes, et d’un art à la savourons la densité moelleuse de cette
fois rugueux et subtil de la mise en rythmique menée par l’impeccable
commun des sons qui n’appartient qu’à Mel Lewis, dont chaque batteur de big
Thad Jones. Qu’on ne s’étonne pas si, band d’aujourd’hui devrait connaître la
quelques lustres plus tard, ce même discographie par cœur… au risque d’y
orchestre voyait se côtoyer sur ses perdre son âme.
bancs Steve Coleman et Bob Mintzer
en culottes courtes. Mais vous voulez un peu de détails,
j’imagine. Vous êtes vorace, insatiable !
En cette fin d’hiver 1966, alors que Eh bien ça commence par le blues.
l’orchestre fait ses débuts au Village Ce bon vieux blues tempo médium
Vanguard – inaugurant dès lors la et tellurique qui ne semble jamais
x/DR

dans les années 1970, Thad et Mel étaient


grande tradition du big band du lundi, vouloir nous quitter. C’est l’alto de
toujours aussi complices... jour de relâche pour les musiciens Jerry Dodgion qui l’entonne, tout juste

42 Jazz Magazine Numéro 682 Avril 2016


playlist 10 morceaux qui tournent
sur les platines de la rédaction

Ego System La Bicyclette


un groupe vocal “jazz mais pas que” (featuring Loïs Le Van et Manu “Raven”
domergue) qui revisite des standards de la chanson française (Noir désir, Rita
Mitsouko, William Sheller…). avec eux, À Bicyclette ne manque pas de sel(le).
où ça ? “tombés du ciel” (eMP Musique)
xDR
All My Yesterdays Airelle Besson La Galactée
2 CD Resonance Records / Socadisc Pour son premier disque sous son nom, la trompettiste a tissé des liens inouïs avec la chanteuse
thad Jones (tp, bu, arr, cond), Isabel Sörling. Les claviers de Benjamin Moussay et la batterie de Fabrice Moreau ne sont pas en
Jimmy nottingham, Snooky reste.
Young, Jimmy owens, Bill où ça ? “radio one” (naïve / naïve, sortie le 29/4)
Berry (tp), Bob Brookmeyer,
garnett Brown, Cliff Heater,
John Hébert alfie
Jack rains (tb), Jerome Le fameux thème de Burt Bacharach chanté par Jen Shyu dans l’état de torpeur et d’oubli où la
richardson, Jerry dodgion plonge la neige sonore répandue par Andy Milne, John hébert et Billy drummond.
(as, cl, fl), Joe Farrell (ts, cl, où ça ? “rambling Confessions” (Sunnyside / naïve)
fl), eddie daniels (ts, cl), Marv
“doc” Holladay (bs), Sam
João Gilberto / Stan Getz É Preciso Perdoar
Herman (elg, perc), Hank L’année où columbia publie l’album des retrouvailles entre le troubadour brésilien et le doux
Jones (p), richard davis (b), génie du ténor (“The Best of Two Worlds”), le Keystone Korner de San Francisco programme le
Mel Lewis (dm). new York, duo magique. un cd, treize inédits et deux versions à couper le souffle de É Preciso Perdoar.
village vanguard, 7 février où ça ? “getz / gilberto ’76” (resonance records / Socadisc)
1966.
Fred Hersch Enfant
idem, sauf Pepper Adams (bs, Fin 1986, dans son home studio new-yorkais, Fred hersch conviait la révélation Joey Baron et le
remplace Holladay), danny grand frère charlie haden, qui distillait sa chaleureuse magie dans cette adaptation d’un thème
Stiles (tp, remplace Berry) et d’ornette coleman.
tom Mcintosh (tb, remplace où ça ? “Sarabande” (Sunnyside / naïve)
rains). idem, 21 mars 1966.
Ping Machine Kodama
Le premier morceau de deux nouveaux disques livrés simultanément…
Maturité de l’écriture de Fred Maurin, maturité de l’orchestre, maturité
soutenu par les « yeah ! » et les des solistes, ici le ténor Julien Soro dans un admirable “récit” de quatre
claquements de mains de ses minutes sur un continuum orchestral fascinant.
comparses. Quand l’orchestre où ça ? “easy Listening” (neu klang / Harmonia Mundi, sortie le 29/4)
au grand complet le rejoint, on Roxinelle La Nomenklatura
frissonne de plaisir devant cette Guitare électrique mordante, orgue hammond granuleux, batterie
vague sonore à la fois puissante tellurique : esprit du Tony Williams Lifetime, es-tu là ?
et ductile. Puis, de solo en solo où ça ? “Claude Barthélemy Antonin rayon Philippe gleizes” (Le Maxiphone Collectif / Socadisc)
(qui surgissent chacun avec une Labtrio Low Fat
évidence imparable), de bribe on a découvert ce trio belge en 2011 au Tremplin Jazz d’Avignon : Bram de Looze (p, elp),
d’arrangement (la plume de Thad Anneleen Boehme (b), Lander Gyselinck (dm). Et avec ce disque où il s’augmente d’un saxophone
Jones peut être d’une légèreté !) et d’un violoncelle, il ne nous déçoit pas et les entêtantes ritournelles qui nouent ce Low Fat nous
enchantent même.
en bout de riff accueilli d’un
où ça ? “the Howls Are not What they Seem” (out note / outhere)
joyeux éclat de rire, on passe
plus de treize minutes de plaisir Karin Krog
sans mélange, à cheminer sur les What a Little Moonlight Can Do
épaules des géants qui sillonnaient Peut-on emprunter cette bluette à Billie holiday ? Karin Krog
alors les grandes plaines du s’y autorise avec toute la légèreté, l’élan, l’humour nécessaire
pour nous faire oublier le jour, l’heure et le lieu. À ses côtés,
Nouveau Continent. Et ça continue Scott hamilton jubile : ce n’est que du jazz, mais voyez-vous,
ainsi pendant plus d’un CD, tous c’est ça que je sais faire. Et voyez comme il y est chez lui.
deux enregistrés à l’époque par où ça ? “the Best things in Life” (Stunt / uvM, sortie le 22 avril)
un fan adolescent et aujourd’hui
Daniel Freedman Determined Soul
xDR

exhumés, restaurés, complétés


Les ponts jetés entre jazz et afrobeat sont légion, mais on a vraiment envie de danser sur celui-
d’un livret de presque cent pages là, imaginé par un batteur new-yorkais qui sait décidément s’entourer : Lionel Loueke, Jason
truffé de photos. Franchement, Lindner, omer Avital...
qui d’entre nous mérite vraiment où ça ? “imagine that” (Anzic records / naïve)
tout ça ? • tHierrY QuénuM

Avril 2016 Numéro


Avril 2016 Numéro 682
682 Jazz
Jazz Magazine
Magazine 43
le guide

hoRS
PISTE

SyLvAIN GRIPoIx
magazine

James Blake
par Anne Paceo
Les jazzmen n’écoutent pas que du jazz ! Ce
Anakronic mois-ci, la batteuse Anne Paceo nous présente Omer Avital Jon Balke
David Krakauer “Overgrown” du chanteur James Blake. Abutbul Music Warp
Anakronic / krakauer 1 CD ou LP Jazz village / harmonia Mundi 1 CD ECM / Universal
1 CD Caramba / L’Autre Distribution ✪✪✪✪ ✪✪✪✪
✪✪✪✪
« À l’époque où cet Nouveauté. Né en Israël d’un Nouveauté. Cofondateur de
Nouveauté. voilà plus de vingt album est sorti, père marocain et d’une mère Masqualero (Arild Andersen, Jon
ans que David Krakauer fait sortir j’étais en tournée yéménite, omer Avital s’est Christensen, Nils Peter Molvaer,
avec brio le klezmer de son carcan avec la chanteuse installé à New york il y a plus Tore Brunborg), le pianiste
originel pour le mettre au goût du Mélissa Laveaux et de vingt ans. Rien d’étonnant norvégien poursuit, avec ce faux
jour en le confrontant aux musiques à ce que les deux influences solo de piano, un partenariat plus
j’ai découvert plein
actuelles, notamment le jazz, le majeures de la musique de ce que tridécennal avec ECM (oslo
rock, le funk et l’électro. C’est de musique à cette
occasion. James contrebassiste se partagent 13 et Magnetic North orchestra).
au cours d’une de ces multiples
James Blake Blake a été une entre sa terre natale et son Les seize pièces dont les titres ne
expériences combinatoires qu’il a
rencontré, au milieu des années “overgrown” révélation pour moi. pays d’accueil. D’un côté les nous sont révélés qu’à l’intérieur
2013, Atlas/A&M/ senteurs orientales parfument du livret (souvent en contradiction
2000, le jeune multi-instrumentiste Polydor Au-delà des mélodies,
toulousain Mikaël Charry, fondateur qui me touchent, il chacune de ses compositions avec le contenu musical, comme
du collectif electro Anakronic avec s’agit d’un disque et, de l’autre, la pulsation du Bucolic ou Bolid), sont unifiées
son complice Ludovic Kierasinski. particulièrement intéressant du point de vue jazz est présente d’un bout à par le principe d’un arrière-plan
Après de multiples collaborations, des arrangements. c’est très électro, avec un l’autre de cet album qui doit être changeant d’où se détache la
ces défricheurs nous livrent un vrai travail sur le son : le choix de mettre telle le dixième qu’il signe comme voix d’un piano cristallin. La
album explosif et jouissif qui réverbération sur tel morceau, tel autre type leader. L’intention d’omer Avital déformation (warp) se traduit par
les entraîne vers des territoires n’est pas de proposer une world de subtils traitements du piano
de traitement ailleurs… J’adore cette manière
résolument festifs où leurs univers music plus ou moins jazzifiée comme des sons enregistrés à
se mêlent dans une féérie sonore. de sculpter la matière sonore. Les rythmiques
électroniques sont assez simples, mais mais d’exprimer dans le langage l’extérieur (éléments naturels,
Clarinette, guitare, basse, batterie, du jazz une culture mélodique et voix) ou de nappes synthétiques
synthés et effets électroniques de l’ajout de différentes parties de claviers et de
synthétiseurs crée tout un petit monde autour, harmonique qui vient d’un autre variées. Ainsi dans Heliolatry,
toutes sortes, et même accordéon monde, et l’on sait combien est un fin déphasage est entretenu
– dont celui, lumineux, de vincent avec la voix qui vole par-dessus l’ensemble.
grande la capacité de la musique entre les deux mains, et l’arrière-
Peirani – fusionnent ainsi dans un c’est comme un tableau, avec différents plans.
afro-américaine à intégrer ce qui plan grouille d’une mystérieuse
magma organique et dynamique À chaque réécoute, on découvre de nouvelles
qui respire à la fois les grooves vient d’ailleurs. Le contrebassiste et bruissante activité. Deux
choses, on se pose de nouvelles questions.
urbains et les tourneries folkloriques, n’a aucun problème à gagner ce mondes inégaux par leur
c’est incroyable d’être à la fois aussi jeune
englobant mélodies ancestrales, pari fusionnel vu son parcours aux présence semblent tantôt évoluer
et aussi visionnaire [James Blake a 27 ans,
rythmiques hip-hop et textures côtés de l’ancienne génération séparément, tantôt chercher
NDR], je suis vraiment très curieuse de voir (Roy haynes, Nat Adderley, Al à s’unir. Ici ça crépite en fond
techno. Curieusement, l’écriture n’a ce qu’il va faire par la suite. Pour moi, c’est
rien de fondamentalement neuf, les Foster) comme à ceux de la sonore comme une flambée ou un
pièces s’articulant de façon presque
un artiste du même calibre que Jeff Buckley nouvelle (Mark Turner, Brad vieux vinyle, là semble se préparer
classique : c’est “l’assaisonnement” ou Björk, de ceux qui changent la musique : Mehldau, Joshua Redman). la tempête. Des voix apparaissent,
qui fait toute la magie de l’ensemble. ce rapport entre cette voix très organique Les rythmiques sont pleines de assourdies en écho, jeux
on retrouve bien des thèmes – dont et la manière dont il traite le son avec ses groove, le son du quintette à d’enfants ou véritables chants.
certains traditionnels réarrangés –, machines, je pense que ça va influencer tout deux saxophones est puissant Dans Slow Spin, le contraste et
des ponts et des chorus, mais avec une génération. » • Au MiCro : PASCAL roZAt (et magnifié par la prise de son le mixage sont très réussis entre
un “habillage” fourmillant d’idées de Philippe Tessier du Cros) nappes cotonneuses (clavier/voix)
et de trouvailles, le tout dans une DERNIER ALBUM Anne Paceo, “Circles” et la durée des morceaux (7 et jaillissement d’une main droite
ambiance “positive” qui s’appuie (Laborie Jazz / Socadisc [CHOC] Jazz Magazine)
à 8 minutes pour la plupart) tristanienne. Le silence apparent
sur les traits communs à de
CONCERTS Anne Paceo Circle le 3 avril à Ris-Orangis laisse aux solistes la place pour derrière le piano de Dragoman
nombreuses musiques populaires :
(Le Plan), le 8 avril à Rosny-sous-Bois (Conservatoire) et s’exprimer. Une musique tonique est trahi par les résonances
la danse et la transe. Et c’est toute le 15 mai à Colmar (Festival Musiques Métisses).
l’intelligence d’Anakronic et de et ensoleillée que ne renieraient harmoniques en filigrane. Cette
Krakauer de parvenir à marier ni Art Blakey ni Coltrane, à écologie du sonore nous invite à la
tradition et modernité en maintenant découvrir live à yseure, La Ferté- perception du détail, du silence, et
un discours lisible et accessible. Une Saint-Aubin, Paris (New Morning), prône une relation nouvelle entre
belle réussite ! • FéLix MArCiAno La Rochelle et Nice (voir notre la musique et son environnement.
david krakauer (cl, voc), Mikaël agenda). • PHiLiPPe vinCent • vinCent Cotro
Charry (elg, cla, elec, prog), Asaf Yuria (ts, ss), Alexander Levin Jon Balke (p, sound images,
Ludovic kierasinski (elb, elg, (ts), Yonathan Avishai (p), omer enregistrements de terrain). oslo,
elec), Pierre Bertrand du Chazaud
(cl, elec), ghislain rivera (dm) + Avital (b), ofri nehemya (dm). rainbow Studio, septembre 2014.
vincent Peirani, Simon Barbe (acc), villetaneuse, Studios Midlive, Lugano, rSi Studio, septembre
taron Benson (voc). date et lieu novembre 2015. 2015.
d’enregistrement non précisés.

44 Jazz Magazine Numéro 682 Avril 2016


livre mais présenté ici en 2013
lors de sa création publique
Les fous du son en quadriphonie, cette œuvre
en quatre mouvements est
Par Laurent de Wilde signée d’un duo constitué
Grasset, 560 pages, 22,90 €
de Patrick Defossez et Anne-
Gabriel Debaecker, tous deux
Il fallait être soi-même un peu fou pour raconter manipulateurs de claviers,
par le détail comment on imagina de transformer d’électronique et d’informatique
électricité et informatique en musique. Avec
céline Bonacina musicale, aux passés chargés
une passion, un humour, un goût de l’écriture, crystal Quartet d’expériences les plus diverses
de la métaphore et du récit évoquant tout à Crystal rain de la musique contemporaine au
la fois les chroniques scientifiques d’Etienne 1 CD Cristal Record / harmonia Mundi
jazz. Si l’on croit deviner dans
Klein et le Piccolo et Saxo de Jean Broussolle, leurs gestes sonores une part
✪✪✪✪ d’improvisation qui tramerait
Laurent de Wilde révèle une féérie musicale,
Nouveauté. C’est entourée leurs partitions, voire une trace
scientifique, affairiste et sentimentale. car ces passagère de swing, l’objet
d’une équipe superlative de
fous d’inventeurs, qu’ils soient hommes d’affaires avisés ou éternels de leur duo est d’ouvrir leurs
résidents anglais et parisiens
bricoleurs de rêves dérobés, sont tout à la fois les acteurs et les jouets que Céline Bonacina nous offre dédales sonores préconçus aux
de la folle spirale du progrès. Géographie politique des Etats-unis au aujourd’hui cette perle cristalline, improvisateurs de tous bords,
Japon. Montée du capitalisme avec gagnants et perdants, brevets et magnifiquement enregistrée, où ici Benny Sluchin, disciple
escroqueries. découvertes technologiques éclairant les villes et les reliant l’énergie le dispute à la brillance et de vinko Globokar qui a son
par la télégraphie, la téléphonie, puis l’informatique, mais fournissant à la variété des climats et couleurs. rond de serviette à l’Ensemble
aussi de nouvelles sources sonores aux inventeurs de nouvelles formes Artiste attitré du label allemand intercontemporain depuis 1976,
et de nouveaux langages musicaux... ACT, l’Anglais Gwilym Simcock se mais qui aurait su croiser la
déplace avec aisance du classique coulisse avec Paul Rutherford ;
Mais aussi histoires d’hommes et de femmes, d’amitié, d’adversité et de (Bach) au jazz. Il donne également et Daniel Erdmann dont le
trahison, de foyers déchirés par la monomanie, la ruine ou le succès. Et deux belles compositions, et prend lyrisme improvisé donne tout son
si l’on perd pied dans tel ou tel passage technique sur l’onde en dents quelques solos lumineux, articulés sens à ces ondoyantes forêts
de façon transparente. on connaît électro-acoustiques. Il y trouve
de scie ou le microprocesseur, et si le spécialiste de tel ou tel sujet
bien le Canadien Chris Jennings en retour un espace d’expression
regrette au contraire quelques approximations, on passe, transporté qui vit à Paris depuis plus de lui inspirant des envolées qui
par ce puissant courant narratif peuplé d’espèces merveilleuses : dix ans et que nous avions déjà méritent d’avoir leur place dans
Tehlharmonium, Theremin, hammond B3, ondioline, Trautonium, Fender entendu à son avantage avec Airelle sa belle discographie. •
Rhodes, clavinet, Mini Moog, odyssey, Marimba Lumina… L’avènement Besson en... 2002 au Tremplin FrAnçoiS MArinot
du synthétiseur s’accompagnant d’une telle explosion que l’on ne baptise d’Avignon. Ses lignes de basse Patrick defossez (p, elp, perc,
plus ces sympathiques monstres que d’abréviations alphanumériques aériennes se doublent parfois d’un informatique), Anne-gabriel
telles que Vc3, ARP2600, TR808 ou dX7. « Entrez sous mon chapiteau et “drive” impressionnant (Trails In debaecker (elp, elec, bols), Benny
The Sky). Quant à l’Israélien Asaf Sluchin (tb, duplex-euphonium,
voyez ces drôles de fauves sonores », semble dire Laurent de Wilde tout perc), daniel erdmann (ss, ts,
sourire entre ses épaulettes de dompteur, nous invitant à le suivre sur Sirkis, il est exactement le batteur bars, perc). reims, Césaré,
laurentdewilde.com pour compléter la lecture de son livre et visualiser et percussionniste qui convient à 25 octobre 2013.
ces créatures ! • FrAnCk Bergerot cette session, par une présence
ne laissant rien au hasard et des
ponctuations (Crossing Flow par
exemple) qui relancent et décuplent
les énergies déjà fulminantes de
l’ensemble ! Une musique qui
sollicite en même temps la danse
et le corps, mais aussi une sorte de
volonté de vivre et d’affirmer tout à
fait bienvenue. • PHiLiPPe MéZiAt
Céline Bonacina (bs, ss), gwilym
Peter Erskine
Simcock (p), Chris Jennings (b), dr. um
Asaf Sirkis (dm, perc). Studio de
1 CD Fuzzy Music / petererskine.com
Meudon, 25-27 août 2015.
✪✪✪✪
New york, 1995 : Laurent
Nouveauté. Il y avait des lustres
de Wilde surpris en flagrant
délit de remake non- que Peter Erskine n’avait pas
autorisé du clip de Rockit trempé ses baguettes dans le
d’herbie hancock. Mais que grand bain de la fusion. Dès
fait la Brigade du Swing ?! le premier morceau, signé par
son claviériste John Beasley, on
songe aux grands défricheurs,
herbie hancock et Joe Zawinul.
Duo autre voix Mais ce qui fait la singularité
de piano de “Dr. Um”, c’est la force
Quatre = onze == [7] suggestive du jeu d’Erskine,
dont le swing subtil et puissant
ChRISTIAN RoSE

1 CD Neos Music / Socadisc


a marqué l’histoire de Weather
Nouveauté. Entendu au Report et de Steps Ahead. Son
Reims Jazz Festival en 2014, « fusion and R&B drumming »

Avril 2016 Numéro 682 Jazz Magazine 45


le guide
GRoS PLAN

céline Bonacina
(je le cite) donne à son jazz soft
et cool un feeling unique. Mais
soyons honnête : ce sont avant
climat bienvenu, c’est finalement
lorsqu’il ose laisser davantage
d’espace que Fernandes convainc
Baryton sur ton
tout les aficionados des groupes vraiment, comme dans la section
et des défricheurs cités plus haut finale de Snakes and Lizards ou
qui risquent de succomber aux
dans un Abarat qui respire de
charmes de “Dr. Um”. Borges
Buenos Aires est une composition belle manière. • PASCAL roZAt
inédite de Zawinul, Speechless André Fernandes (elg), Perico
le remake d’un morceau de Sambeat (as, ss, fl), Alexi
Weather Report (vo dans l’album tuomarila (p), demian Cabaud (b),
iago Fernandez (dm). Lisbonne, 6
éponyme du groupe paru en et 7 mai 2015.
1982), Northern Cross le seul
morceau composé par Erskine
dans le premier album de Steps
Ahead paru en 1983... Quant
à Okraphilia, et plus encore
Little Fun K, les oreilles les plus
affûtées devraient y déceler un
petit quelque chose de Stuff, le
légendaire combo new-yorkais.
Mais “Dr. Um” n’est pas pour
autant un disque à l’ancienne, car
ceux qui l’ont enregistré parlent
Anat Fort
sans nostalgie le langage de la Gianluigi Trovesi
fusion en 2016. Chapeau bas Birdwatching
Docteur Um. • JuLien Ferté
NAThALIE-LADy MILLIoNS

1 CD ECM / Universal
Peter erskine (dm, perc), John
Beasley (cla), Janek gwizdala (elb) Nouuveauté. Pour ce troisième
+ Bob Sheppard (ts), Jeff Parker, enregistrement chez ECM, la
Larry koonse (elg), Aaron Serfaty
(perc), Jack Fletcher (voc). pianiste israélienne Anat Fort
a choisi de compléter son trio
en invitant le clarinettiste italien
Gianluigi Trovesi. Tous deux
se sont produits ensemble à
toujours aussi audacieuse au baryton, Céline Bonacina mêle
plusieurs reprises, mais cela fougue et énergie à un éventail de compositions qui donnent une
suffit-il pour forger un univers nouvelle direction à sa musique. en témoigne son nouvel album,
commun ? Surtout quand Trovesi
n’intervient que sur quelques
“Crystal rain”.
titres. Ici, ce qui manque le plus
André Fernandes c’est l’improvisation et le lâcher- dans “crystal Rain”, céline s’offre le pianiste Gwilym Simcock.
dream keeper prise dont on sait que le souffleur Bonacina change donc de dimension Suit la fureur de Cyclone, avant
1 CD Edition Records / harmonia Mundi est capable. Et quand cela stylistique. Le groove électrisant l’accalmie de Child’s Mood, une
survient (vers le milieu du disque), a toujours été son fort. Ses deux composition rêveuse, délicate et
Nouveauté. Le compliment de
David Binney figurant dans le la musique confine effectivement précédents albums, “Way of Life” allègre. « Smiles For Serious People
dossier de presse témoigne que à la magie. Pour le reste, les et “open heart”, en témoignaient est un peu le pont que je construis
le Lisboète André Fernandes compositions de la pianiste, largement. Elle ne met pas un entre mon précédent album et
doit davantage à une certaine souvent proches de la joliesse sur holà définitif à cette empreinte celui-ci, explique céline Bonacina.
scène new-yorkaise qu’à un le plan mélodique, sont servies jazzistique mais, avec son crystal Le cyclone arrive ensuite pour tout
quelconque “jazz portugais”. par un beau toucher et un sens Quartet, la saxophoniste opère ravager afin que la reconstruction
Aussi ne sera-t-on pas surpris des contrastes remarquable, mais une émouvante mutation vers une s’opère avec du neuf. La quiétude
d’apprendre que ce guitariste insouciance et une légèreté presque devient donc possible avec child’s
elles semblent trop souvent viser,
qu’on pourrait situer dans la enfantine. « Un jour, un musicien m’a Mood qui apporte un éclairage
lignée de Kurt Rosenwinkel a fait par des harmonies convenues,
une perfection éloignée du qualifiée de saxophoniste fusion, nouveau. » un remarquable triptyque
ses armes au Berklee College
of Music à la fin des années 90. “son de la surprise”. Anat Fort s’amuse-t-elle. Les étiquettes sont introductif pour une narration
Entouré d’un quintette où figurent a un monde à elle, c’est une légion… Avec “Crystal Rain”, je autour de l’idée de transition,
notamment le saxophoniste et évidence – pas très éloigné du choisis justement de décoller les à laquelle la saxophoniste est
flûtiste espagnol Perico Sambeat Keith Jarrett le plus accrocheur, étiquettes en cherchant une sorte farouchement attachée. Les titres
(doyen du groupe) et le pianiste d’ailleurs –, mais pour y entrer il d’apaisement. » des morceaux n’ont d’ailleurs pas
finlandais Alexi Tuomarila, il place faut en quelque sorte renoncer à été choisis au hasard. « Je voulais
d’emblée la barre très haut en quelques-uns des éléments qui Le processus est d’une évidence véritablement raconter une histoire,
proposant une musique fluide, folle et tient de l’architecture exprimer un passage, une ouverture
font la force et la dynamique du
dense et sophistiquée, où manque
jazz. • tHierrY QuénuM poétique. Sur le premier titre, Smiles sur quelque chose de serein et
néanmoins parfois ce petit rien
qui accroche l’oreille, malgré de Anat Fort (p), gary Wang (b), For Serious People, la saxophoniste d’harmonieux », insiste-t-elle. d’où
belles idées mélodiques dans les roland Schneider (dm). embouche tour à tour alto, soprano le caractère lumineux du disque.
thèmes (Rabbit Hole). Si l’énergie Lugano, Auditorio Stelio Molo, et baryton pour une envolée presque comme le cristal de roche, cette
5 au 7 novembre 2013. “bigbandesque” accentuée par pierre transparente qui réfracte la
rock de Jack ou de Dream Keeper
apporte un changement de les embardées percussives que lumière et véhicule des énergies

46 Jazz Magazine Numéro 682 Avril 2016


Annonce SONNY ROLLINS Jazz Magazine 92x252_- 02/03/16 12:23 Page1

SONNY
ROLLINS
Holding The Stage
ROAD SHOWS VOL. 4

Sortie le 8 avril
NOUVEL OPUS LIVE
DE LA LEGENDE
DU SAXOPHONE TENOR

salvatrices. un matériau nous étions censés répéter.


qui nourrit l’imaginaire de Nous nous sommes chacun
la saxophoniste. Le titre inspiré de la musique de
Crystal Rain évoque, à bien l’autre et avons mêlé nos deux
des égards, les bienfaits du univers de compositions », se
cristal de roche. Il démarre souvient-elle. on notera qu’au
d’ailleurs avec des sonorités baryton, céline Bonacina
expérimentales et des reste égale à elle-même : la
respirations à caractère musicienne expérimente avec
méditatif : « Ce titre m’est sagacité. « Quand je me suis
venu comme une apparition, il mise au baryton en 1996,
représente quelque chose de j’ai très vite voulu l’explorer
très particulier pour moi ». en tant que soliste même si
je jouais en big band ». Elle
ce nouvel album marque considère que le baryton Quatrième album consacré
aussi la naissance d’un permet d’explorer un spectre aux concerts de “Saxophone Colossus”
quartette. une véritable harmonique et des modes de
jeu qui ne sont pas palpables
captés entre 1979 et 2012
alchimie s’est créée entre
les quatre instrumentistes. avec les autres saxophones. lors de ses tournées en Angleterre,
de quoi inspirer à la Et puis il permet de mettre aux Etats-Unis, en Finlande,
contrebassiste le morceau en valeur les choses que l’on
Crossing Flow, « dédié à retrouve dans la musique en République Tchèque et en France.
l’énergie foisonnante d’un contemporaine, ajoute-t-elle.
Sonny Rollins saxophone tenor - Clifton Anderson
quartette cosmopolite ». de quoi séduire un large
c’est que le pianiste (et public car, pour elle, le partage trombone - Mark Soskin, Stephen Scott piano -
quel pianiste !) Gwilym l’emporte sur la technique. Jerome Harris, Bob Cranshaw basse - Bobby
Simcock est britannique, • kAtiA touré Broom, Peter Bernstein, Saul Rubin guitare - Perry
chris Jennings canadien et le CD “Crystal Rain” (Cristal Records/ Wilson, Jerome Jennings, Harold Summey Jr.,
batteur Asaf Sirkis israélien. Harmonia Mundi) Kobie Watkins, Al Foster batterie - Victor See Yuen,
céline Bonacina est très Kimati Dinizulu, Sammy Figueroa percussions
CONCERTS Voir nos pages “Le Live”
proche de Gwilym Simcock.
« Nous avons composé le
morceau Two Sides ensemble
de façon complètement
spontanée, un soir, alors que

Avril 2016 Numéro 682 Jazz Magazine 47


le guide

FocuS

Snarky Puppy
devine qui vient dîner...
PhILIPPE LEvy-STAB

tandis que ses deux claviéristes, Cory Henry et Bill


Laurance, publient leur album solo, Snarky Puppy revient
avec le second volume de “Family dinner”.
Snarky Puppy est de plus qui éprouvait le besoin d’entendre
en plus souvent cité comme de la vraie musique jouée par des
modèle dans les dossiers de vrais musiciens.
presse accompagnant les cd de “Family Dinner Volume Two” (1),
jeunes formations françaises. avec ses ouvertures world music
En quelques années, ce groupe façon Nature & découvertes et sa crosby (au passage, nous vous de Brooklyn, ses improvisations
emmené par l’hyperactif foultitude de vocalistes invités
conseillons de regarder en priorité spirituelles et groovy ne peuvent
Michael League s’est fait une ne comblera pas forcément les
le dvd pour mieux “entrer” dans laisser indifférent, même si l’on
place au soleil. Leurs concerts fans de la première heure (qui
ce disque). aurait bien échangé NaaNaaNaa
affichent souvent complet devraient l’être avec le prochain
Quant aux deux claviéristes contre une autre reprise de Stevie
– même à L’olympia – et sont cd “tout instru” du groupe, prévu
majoritairement fréquentés par juste avant leur concert annoncé “maison”, cory henry et Wonder ou de John coltrane
un public dont la jeunesse n’a à Jazz à La Villette 2016), mais Bill Laurance, ils continuent – All In Love Is Fair et Giant Steps
d’égal que l’enthousiasme. Qu’on on connait somme toute peu de parallèlement de tracer leur donnent envie d’en entendre
aime ou non leur musique qui ne groupes capables d’être aussi sillon personnel. Le premier, en plus… Le second est entouré d’un
doit pas qu’au jazz, loin de là, “les à l’aise avec un prodige comme prêcheur-organiste, excelle à arsenal de claviers nettement
Snarky” ont réussi à (re)donner Jacob collier – notez bien ce l’orgue hammond B-3 dans le plus étoffé (on croirait lire la
le goût du playing – du jouage si nom – qu’avec une légende cd/dVd “The Revival” [✪✪✪✪] pochette d’un 33-tours d’herbie
vous préférez – à une génération vivante du folk comme David (2). captées live dans une église hancock de 1978 !) et livre avec

48 Jazz Magazine Numéro 682 Avril 2016


cory henry

pianiste affectionne les phrases


chargées de notes jouées
rubato, les tempos fluctuants,
les rythmes des mélodies
abordées se voyant ralentis ou
accélérés selon le ressenti de
chacun. Le batteur pratique
une polyrythmie intensive, un
foisonnement sonore proche de
Don Friedman Trio l’abstraction. Multipliant clins Grand Pianoramax
nite Lites d’œil et citations (dans O’s Time Soundwave
1 CD Fresh Sound Records / Socadisc notamment, seule composition 1 CD Mental Groove Records / La Baleine
Nouveauté. Plus tout jeune, Don du pianiste, un thème ancien, Nouveauté. Créé il y a une
Friedman (80 ans) se rappelle point de départ de nouvelles dizaine d’années par le pianiste-
à nous par cet enregistrement variations), les trois hommes claviériste suisse Téo Tardin,
en trio dans lequel il retrouve réinventent constamment le
Grand Pianoramax peut se targuer
harvey S. (harvie Swartz) avec matériel thématique qu’ils
d’avoir trouvé la recette du succès
qui il a déjà travaillé et dont la approchent. Moonglazed de
sur la scène internationale, avec
Walter Norris, Wildflower de
x/DR

contrebasse installe fréquemment quatre albums et deux vinyles


une seconde voix mélodique. Wayne Shorter, Like Sonny de
à son actif, plus une présence
Bill Laurance Klemens Marktl, le batteur, John Coltrane, héritent ainsi
scénique internationale. Une
nous est moins familier. Prenant d’improvisations aussi denses
“formule magique“ qui repose
des libertés avec les rythmes, que musclées, le trio, sur la corde
sur la combinaison des claviers
il impose parfois les siens, se raide, se mettant constamment
électriques et électroniques de
montre trop présent dans une en danger. Pris sur un tempo
son fondateur et l’interaction avec
version un peu brouillonne et rapide et chargé de dissonances,
Smile de Charlie Chaplin bénéficie ses deux acolytes, le batteur Dom
hésitante de All or Nothing at Burkhalte et le rappeur-slameur
All. Conservant une bonne d’un lifting pour le moins radical.
Loin de rester une bluette, Our Black Cracker. Autoproclamé
maîtrise de son piano, Friedman
Waltz de David Rose subit un ”supergroup”, le trio propose un
tricote de longues phrases aux
traitement énergique qui le rend cocktail au parfum résolument
notes serrées et, malgré un jeu
méconnaissable. Âmes sensibles urbain, essentiellement à base
quelque peu mécanique, séduit
s’abstenir. • Pierre de CHoCQueuSe d’électro, de pop et de hip-
par son approche lyrique de la
hop, relevé ici et là de touches
musique. Construit sur la structure Hal galper (p), Jeff Johnson (b),
harmonique de Stella By Starlight, John Bishop (dm). Seattle, ice bluesy, funky et jazzy. Entre les
l’introduction de Nite-Lites évoque Station Zebra, 13 mars 2014. mélodies légères, les ostinatos
Bach. hommages à Maurice Ravel
et Frédéric Chopin, Un-Ravel-ed
et Chopinesque traduisent le goût
du pianiste pour les compositeurs
classiques chez qui il puise
souvent son inspiration, Bill Evans, NEWS
x/DR

dont il reprend Turn Out the Stars,


restant le modèle incontournable.
Le bopper qu’il est aussi a encore déjà dans les bacs : “Mes Révérences…” (Such /
les doigts vifs. En témoigne sa harmonia Mundi) de la chanteuse Berline, à laquelle
belle version de Daahoud. • Louis Winsberg a prêté main forte (guitare, mandoline,
Pierre de CHoCQueuSe basse, percussions…) • Le saxophoniste Émile Parisien
don Friedman (p), Harvey S. (b), enregistrera au printemps son nouvel album pour Act,
klemens Marktl (dm). Paramus à paraître en novembre. Autour de lui : Joachim Kühn
“Aftersun” (3) un opus aux (new Jersey), tedesco Studios, 10
avril 2015. au piano, Manu codjia à la guitare, Simon Tailleu à la contrebasse et
tentations nettement plus funky Mario costa à la batterie, avec lesquels il devrait tourner cet été. Parmi
que ses disques précédents. les invités : Vincent Peirani (acc) et Michel Portal (bcl, ss) • Les Vikings
Mais passé le premier morceau, de La Guadeloupe viennent de jouer à Banlieues Bleues : retrouvez
très réussi, son electro-jazz, les dans la compilation “Enkor On Ti Tou (1966-2016)” publiée par
pourtant propulsé par le duo Heavenly Sweetness • “Tocororo”, le nouvel album du pianiste Alfredo
Michael League / Robert “Sput” Rodriguez, coproduit avec Quincy Jones, sortira début avril (Mack
Searight, finit par manquer de Avenue / Harmonia Mundi) • Rarement vus en CD, trois albums de Gary
chaleur et relief – la gentille Burton seront réédités (dans un double cd) début mai par BGo Records :
brigade des hardcore fanatics “Something’s coming” (1964), “The Groovy Sound Of Music” (1965) et
des Snarky me souffle que son hal Galper Trio “The Time Machine” (1966) • “Escape Velocity”, le troisième album du
récent concert au New Morning o’s time trompettiste Theo croker (son second pour le label okeh, distribué par
était très réussi. Je veux bien le Sony Music), sera dans les bacs le 6 mai • À paraître le
1 CD origin Records / Socadisc
croire. • FrédériC goAtY 5 avril sur hot casa Records (Musicast) : “Lost Myself”
Nouveauté. hal Galper, Jeff
de la chanteuse Shola Adisa-Farrar, accompagnée par
1. GroundUP Music / Universal Johnson et John Bishop jouent
(1 CD + 1 DvD) 2. Decca Records / et enregistrent ensemble depuis
le Florian Pellissier Quintet • “Take Me To The Alley”,
Universal (1 CD + 1 DvD) plus de dix ans et se permettent le quatrième album de Gregory Porter, sera dans les
3. GroundUP Music / Universal. bacs le 6 mai (Blue Note / Universal) •
bien des audaces, tant sur le plan
de l’harmonie que du rythme. Le

Avril 2016 Numéro 682 Jazz Magazine 49


le guide

obsédants et les envolées de


piano néoromantiques de Tardin,
le groove prononcé et la frappe
puissante de Burkhalte, et le flow
poétique de Cracker, l’ensemble Pierre Perchaud,
saura trouver son auditoire. Reste Nicolas Moreaux
que Grand Pianoramax n’a qu’un et Jorge Rossy
rapport lointain avec le jazz hormis
une vague attraction-tentation
dans quelques passages plus
“sauvages” où les doigts de Tardin
se lâchent “un peu” sur le piano,
au prix de quelques facilités. Mais
il manque ne serait-ce qu’un
soupçon de pulsation ternaire,
de friction et lâcher prise pour
revendiquer cette parenté. • GRoS PLAN

Fox
FéLix MArCiAno
Léo tardin (elp, cla), dom
Burkhalte (dm), Black Cracker
(voc), date et lieu d’enregistrement
non précisés.

Question d’affinités
Pierre Perchaud, nicolas Moreaux et Jorge rossy, alias Fox :
ils étaient faits pour s’entendre et ils nous ont parlé, tandis
ERIC GARAULT

que leur premier disque en trio vient de paraître.


Barry Guy
time Passing… 
1 CD Maya Records/ orkhêstra Voilà un trio dont l’histoire faculté d’écoute du batteur et complexes, afin de privilégier le
✪✪✪✪ commence par celle d’un duo son côté “musicien total” – il a plaisir de jouer avec un maxi-
Nouveauté. Ce mini-opéra informel constitué de deux amis joué de la trompette, a publié mum d’interaction. » choix qui
conclut une trilogie de musiciens complices de longue trois disques en tant que pianiste s’avéra payant pendant la séance
musiques croisées qui a vu le date : Pierre Perchaud, guitariste et s’apprête à sortir un album d’enregistrement. un studio
contrebassiste-improvisateur- révélé au sein de l’onj de daniel au vibraphone entouré d’une sympa près de Poitiers et un ami
compositeur dialoguer yvinec, et le contrebassiste belle brochette de jazzmen, dont musicien à la console – le cla-
avec la violoniste baroque Nicolas Moreaux, ancien élève Al Foster –, il était la troisième viériste Tony Paeleman – contri-
Maya homburger (“Tales of de dennis Irwin et de Ben Street, composante idéale du trio. « J’ai buèrent à installer une ambiance
Enchantment”), puis l’entourer repéré aux côtés de Jeff Ballard, rencontré Pierre et Nicolas il y a sans pression. La fraîcheur et
d’un ensemble d’improvisateurs Batiste Trotignon, Rick Margitza une douzaine d’années à Paris, la spontanéité ne se sont pas
(“Amphi”, Choc de notre numéro ou Tigran hamasyan. Souvent quand je jouais avec Brad Mehl- diluées dans de multiples prises,
661). Cette fois-ci, l’échange occupés par leurs gigs de side- dau. A l’époque, j’essayais de la décontraction et la liberté de
fonctionne à plusieurs niveaux : men, tous deux avaient l’intention trouver un piano pour m’entrainer jeu ont présidé aux débats. Les
un livret qui associe des extraits
depuis un bon moment de monter partout où je passais, et ils m’ont trois musiciens partagent le
de textes de trois écrivains
(Kerry hardie, Samuel Beckett un projet commun. « Au départ, emmené chez un copain à eux. même sens de l’espace, la même
et Edwin Morgan), trois voix face nous avions pensé à un quartette On a joué ensemble et toujours attention délicate au son, et la
à un ensemble de cordes, deux avec Chris Cheek au saxophone. gardé le contact. J’ai revu Nicolas musique s’épanouit en douceur
improvisateurs (Savina yannatou Puis, le temps faisant son œuvre, à Barcelone lorsqu’il est venu y et en souplesse. Grand fan des
et Barry Guy) confrontés à deux Nicolas a eu l’idée du trio, qui vivre en 2007, et j’ai adoré son Beatles, Pierre Perchaud était tout
voix lyriques sur une partition de mettrait plus en valeur Jorge disque “Waterfalls”. Et il y a deux heureux de pouvoir reprendre une
cordes extrêmement élaborée Rossy… » ce même Jorge Rossy ans, j’ai eu le plaisir de jouer avec de leurs premières chansons, And
qui semble mêler une écriture qui, en quinze ans de collabo- Pierre au festival Respire Jazz au I Love Her. Quelques années plus
conventionnelle (des pages ration et une dizaine d’albums, sein du quintette de Chris Cheek, tôt, dans la chambre d’un hôtel de
carrément baroques et d’autre a contribué à façonner “l’art du et j’ai beaucoup aimé son jeu. » Barcelone, c’était Jorge Rossy qui
très contemporaines) à ce trio” de Brad Mehldau. Jorge avait demandé à Nicolas Moreaux
système de consignes écrites Rossy qui, avant sa rencontre Restait la question du réper- de reprendre ce thème. Voilà des
que Guy développa avec les
avec le pianiste, jouait régu- toire. « Compte tenu du nouveau affinités qui ne s’inventent pas ! •
improvisateurs du London Jazz
Composers orchestra. Si ce lièrement avec Mark Turner et rôle qui allait incomber à Pierre PHiLiPPe vinCent

n’est pas le cas, Guy en donne Joshua Redman. Autant dire que comme soliste essentiel, précise CD “Fox” (Jazz & People / Harmonia
l’illusion, illustrant la maîtrise le batteur d’origine catalane était Nicolas Moreaux, nous avons Mundi, 4 étoiles Jazz Magazine)
et la cohérence de son langage emblématique de la génération composé des thèmes assez
de musiciens qu’admirent Pierre simples et très mélodiques. CONCERTS Les 29 et 30 mars à Paris
orchestral. De même, la façon (Duc des Lombards), le 2 avril à
dont l’élan de l’improvisation et la Perchaud et Nicolas Moreaux. On ne voulait pas passer trop Bruxelles (Club Bravo) le 3 au festival Au
préméditation de l’écriture Suite page 54 Si l’on ajoute l’extraordinaire de temps sur des structures Sud du Nord (Essonne).

50 Jazz Magazine Numéro 682 Avril 2016


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magazine

Vijay Iyer Lars Gullin Joëlle Léandre The Dave


Wadada Complete 1951-1955
Studio
no Comment Liebman Trio
Leo Smith 4 CD Fresh Sound / Socadisc
1 CD Fou Records / fou.records.free.fr

Réédition. En rééditant cet album paru


Lieb Plays the Beatles
A Cosmic rhythm with Réédition. Paraphrasant Stendhal à à l’origine sur le label montréalais
1 CD Challenge Records / Socadisc

each Stroke propos de la littérature, le jazz est une Red Toucan, Jean-Marc Foussat nous Nouveauté. Le répertoire comme
donne à nouveau accès à l’un des corps et substance de la musique :
1 CD ECM / Universal drôle de loterie dont le gros lot est
albums solo les plus accomplis de la c’est ainsi que dave Liebman
d’être écouté trente ans après la mort
Nouveauté. Plus qu’un dialogue contrebassiste Joëlle Léandre. définit ce que l’on nomme plus
du musicien. Le baryton suédois fait
intergénérationnel ou une relation de communément standards, et c’est
partie des heureux gagnants.
mentor à disciple, ce duo traduit une Composé de neuf improvisations extraites l’inusable songbook des Beatles
authentique rencontre entre deux de deux concerts enregistrés au Canada que le saxophoniste explore ici avec
Ce précieux coffret qui balise avec
des personnalités les plus créatives et en Italie, “No Comment” synthétise passion…
toutes ses master takes son parcours
du jazz d’aujourd’hui. phonographique de décembre 1951 (il en effet de manière saisissante toutes
les dimensions du génie langagier si … et qui lui donne l’occasion de
avait 23 ans) à juin 1955 en est la preuve
voilà une décennie, Wadada Leo Smith particulier de cette musicienne majeure poursuivre sa quête de renouvellement,
éclatante. heureux ? L’adjectif est sans
invitait vijay Iyer – de trente ans son qui aura voué sa vie à répéter sans à la tête d’un trio inédit que l’on pourrait
doute abusif tant sa vie fut gangrénée
cadet – à rejoindre son Golden Quartet. cesse ce grand saut dans le vide qu’est ponctuellement sous-titrer “duo + 2”, tant
par la drogue. Il mourut à 48 ans dans
Une expérience fondatrice pour le l’improvisation totale et auto-générative. la remarquable présence du saxophoniste
la dèche, empêché de jouer par ses
pianiste indo-américain : « La musique Toute en éveil des sens, elle est branchée invité John Ruocco y est importante et
problèmes dentaires. Souvenons-nous :
que nous faisions était traversée de à l’esprit des lieux. Engagée, corps, décisive. Chacun se répartit et double
dans les années 1950, les musiciens
différentes identités (…) : elle pouvait âme et intelligence connectés, dans le les vents, flute soprano et ténor sax pour
de jazz européens voulaient presque
être fondée sur une pulsation ou bien geste qui soudain fera surgir la musique Liebman, ténor sax et clarinettes pour
tous sonner comme leurs idoles d’outre-
sur un mouvement d’un autre ordre, elle du néant, Joëlle Léandre éblouit par Ruocco. L’album s’oriente en partie sur
Atlantique. Le public réclamait d’ailleurs
pouvait être très libre ou au contraire l’extrême diversité des stratégies mises des compositions de George harrison
d’eux l’imitation la plus fidèle tout en
très ordonnée, mais toujours dans une en œuvre dans cette série de pièces dont Liebman apprécie particulièrement
leur reprochant de ne pas égaler leurs
approche compositionnelle. » Une citation denses, afin de tirer de cette impulsion la touchante profondeur harmonique
modèles, au risque d’asphyxier la
qui pourrait parfaitement s’appliquer à initiale un discours toujours surprenant et l’ingénuité émotionnelle. Chaque
personnalité de beaucoup de jazzmen de
ces retrouvailles en duo, où chaque son, et inventif. Sa science de l’archet donne interprétation nous donne à découvrir
l’époque. Ce ne fut pas le cas pour Lars
chaque note semblent répondre à une parfois à ses improvisations des accents une passionnante « recherche de la
Gullin qui sut très tôt imprimer à son jeu
impérieuse nécessité musicale, dont la de rêveries métaphysiques évoquant note juste » comme Liebman le décrit
une profonde originalité en développant
logique s’impose à l’auditeur sans qu’il quelques “leçons de ténèbres” échappées dans les liner notes. Nos deux soufflants
son idée de Fabodjazz – contraction de
en saisisse tout à fait les ressorts. Au du Grand Siècle tandis qu’un grand rire s’adonnent alors à un dialogue improvisé
folklore suédois et jazz – associant la
fil d’une longue suite dédiée à l’artiste orgiaque et barbare s’exprime sans en chant, contrechant, unisson et
mélancolie scandinave au raffinement
indienne Nasreen Mohamedi (1937- retenue par une poussée irrésistible du décalages raffinés, laissant libre cours
du jazz cool. Chet Baker avec qui il joua
1990) – précédée d’un prologue et corps à travers la voix. Joëlle Léandre au rayonnement de chacun. Chaque
à Paris en octobre 1955 avait été frappé
conclue d’un épilogue – Wadada Leo atteint là un équilibre miraculeux entre thème est exposé puis exploré, tout
d’emblée par l’originalité de son phrasé :
Smith déploie un lyrisme rauque et félin rigueur formelle, sens de l’éphémère, en retenue et sobriété, sans jamais en
« Quand j’ai entendu Lars la première
qui n’appartient qu’à lui, se détachant humour pataphysicien et lyrisme pur. • perdre la trame mélodique, en particulier
fois, je me suis dit : Jésus ! Voilà une
sur les paysages ondulants brossés par StéPHAne oLLivier un Within You Without You marqué d’une
autre façon de jouer du baryton, d’une
le piano et le Fender Rhodes, subtilement Joëlle Léandre (b). vancouver Jazz rythmique aux faux airs de All Blues.
manière très fluide et mélodique, avec
rehaussés ici et là de discrètes touches Festival, juin 1995. ibleo Jazz festival, Sur deux thèmes, Liebman délaisse ses
beaucoup plus d’autorité et de flamme octobre 1994.
d’électronique. Magnifiée par une prise saxes pour le piano, en trio (magnifique
que Gerry. » Avec qui on a eu trop
de son qui laisse s’exprimer à plein les version de Fool On The Hill) et solo, où sa
tendance à le comparer, alors que c’est
dynamiques, cette musique chambriste remarquable sensibilité nous subjugue.
du côté de Zoot Sims et Stan Getz qu’il
semble à la fois toujours égale à elle- L’album s’écoute sans lassitude grâce
faut chercher ses principales influences.
même et constamment en mouvement. aussi à une variété d’arrangements et
A preuve, cette sonorité pulpeuse avec
Une certaine idée de l’éternité ? • de tempos qui surprend constamment.
ce merveilleux duvet de pêche. Une
Un très beau disque qui prouve combien
PASCAL roZAt sonorité ronde et cotonneuse qui ne
Wadada Leo Smith (tp), vijay iyer (p, elp,
l’inspiration de Liebman reste fraîche et
cesse de s’alléger de toute gravité au
électronique). new York, Avatar Studios, sa curiosité intacte. • JeAn-Pierre vidAL
fil des plages et des enregistrements. •
du 17 au 19 octobre 2015. dave Liebman (ts, ss, fl, p), John ruocco
PASCAL AnQuetiL
(ts, cl, bcl), Marius Beets (b), eric ineke
Lars gullin (bars, as, bcl, p) + personnel (dm). Zeist (Pays-Bas), Studio de Smederij,
varié, précisé dans le livret. avril 2012.

52 Jazz MagazineNuméro
JazzMagazine Numéro682
682 Avril
Avril2016
2016
Patrick Molard Michael
ceol Mor Formanek
Light & Shade
1 CD Innacor / L’Autre Distribution Ensemble
Nouveauté. un disque de cornemuse
a-t-il sa place dans Jazz Magazine ?
Kolossus
Ni plus ni moins qu’un disque de the distance
Magma. La comparaison ne me vient 1 CD ECM / Universal

Gato Barbieri
pas seulement parce que Simon
Goubert, batteur de ce disque, n’est Nouveauté. Entouré des fidèles
pas tout à fait étranger à la galaxie soufflants de son quartette, Formanek
Last tango in Paris - expanded original Magma… étend son groupe à la taille d’un big
MgM Motion Picture Soundtrack band. craig Taborn est remplacé
Mais il y a ici quelque chose de sauvage par Kris davis ? on ne perd pas au
2 CD Quartet Records / quartetrecords.com
et grandiose qui m’y invite, même si change !
Réédition. du dernier Tango à Paris, on se souvient surtout je ne retrouve ici pas le kitsch qui me
du scandale qu’il fit à sa sortie, en 1972. La musique de Gato tient à distance du célèbre groupe, mais En prélude à une suite en huit parties,
Barbieri, elle, n’a rien perdu de son pouvoir de séduction. à l’inverse une qualité du geste chez corps de l’album titrée Exoskeleton, le
Goubert que je n’entends pas chez contrebassiste ouvre en douceur, avec
« Gato et sa femme Michelle étaient des amis. Mon film s’appelait Christian vander. Au fait ! Spécialiste du une mélodie à l’atmosphère ambiguë,
Le Dernier Tango à Paris, Gato était argentin, mais pour moi il était biniou, le Breton Patrick Molard est aussi ni tout à fait mélancolique, ni vraiment
avant tout un musicien free jazz, le seul saxophoniste ténor blanc spécialiste du bagpipe et du pibroch apaisée. Il semble qu’un équilibre
avec un son noir », confie Bernardo Bertolucci à Tim Greiving dans écossais, également appelé ceol mor à plusieurs niveaux soit la quête de
les liner notes. La nature improvisée et sexuellement incorrecte (ce qui signifie grande musique). Un art Michael Formanek. Contemporaine
– pour l’époque – de son film poussa donc le réalisateur italien à séculaire d’une âpreté qui n’a d’égal que dans son expression, elle n’oublie pas
faire appel à son ami saxophoniste, avec l’espoir, cependant, qu’il le rude climat des highlands, mais qui par la grande tradition du swing (Part II,
puisse imaginer « la plus belle mélodie ». Bingo : celle du Dernier l’agencement de ses mouvements et son Beneath The Shell, proche de l’esprit du
Tango à Paris est d’une rare beauté. Sensuelle et plaintive, elle art de la variation (certes plus corseté par dernier Ellington). Si les partitions sont
souligne le caractère à la fois romantique et torride du film. Cette une codification tyrannique et minimaliste) conséquentes, elles disséminent de
nouvelle réédition propose pour la première fois l’intégralité de évoque le raga indien. Le frère de Patrick belle manière, comme en filigrane, des
la musique que l’on entend dans le long-métrage (quarante-neuf Molard, Jacky le violoniste, s’en est empreintes d’improvisations libertaires.
variations sur le même thème, ou presque, des plus orchestrales emparé, non pour en édulcorer le propos, L’énergie des big bands est mise à profit
aux plus intimistes, des plus jazz aux plus “stravinskiennes”), mais pour interroger son actualité, tout (Part I) sans verser dans les facilités
couplée à celle que Gato Barbieri avait ré-enregistrée pour le en respectant l’essence, voire la lettre. unanimistes du genre. S’agit-il alors
33-tours. Dans les deux cas, oliver Nelson est l’arrangeur, et son Car tant les Parisiens invités, Eric Daniel d’une tiède succession d’émotions
savoir-faire est nourri par le feu intérieur qui anime chaque phrase et Simon Goubert, que leurs hôtes consensuelles se neutralisant l’une
jouée par Barbieri. Mais plus encore que le 33-tours original, ce bretons – yannick Jory, déjà armé d’une l’autre ? Au contraire ! Les ingrédients
sont les cinquante-sept minutes enfin révélées de la Bo qui font connaissance approfondie du genre et assemblés exhaussent continûment le
surgir des images sur l’écran noir de nos nuits blanches. • hélène Labarrière – ont accepté de se goût du tout : délices de la forme, du
noAdYA Arnoux soumettre à l’examen de cet exigeant son et du groove satisfaisant tout à la
gato Barbieri (ts, fl, voc), Franco goldani, Wolmer Beltrani (acc), vocabulaire et de cette austère syntaxe fois le corps et l’esprit comme un grand
Franco d’Andrea (p), Jean-François Jenny-Clark, giovanni tommaso avant d’y introduire leurs logiques de plat s’adresse autant aux papilles qu’ à
(b), Piero Munari (dm), Alfonso vieira (perc), oliver nelson (arr, cond). jazzmen et de soumettre en retour cet l’imaginaire. Cette musique ne saurait se
rome, 20-25 novembre 1972. satisfaire d’une écoute distraite : qui pour
art de la boucle et de l’infime à leurs
contrepoints improvisés ou arrangés et à dire que c’est un défaut ? • LudoviC FLorin
leur élan rythmique. Ce qui en fait l’une dave Ballou, ralph Alessi, Shane endsley,
kirk knuffle (tp, cnt), Alan Ferber, Jacob
des plus exemplaires rencontres du jazz garchick, Ben gerstein, Jeff nelson
avec les musiques dites “du monde”. Sur (tb), Loren Stillman, oscar noriega,
scène à Rennes le 26 avril. •  Chris Speed, Brian Settles, tim Berne
FrAnCk Bergerot (bois), Patricia Brennan (marimba), Mary
Halvorson (g), kris davis (p), Michael
Patrick Molard (cornemuse), Jacky Molard Formanek (b), tomas Fujiwara (dm),
(vln, arr), Yannick Jory (saxes), eric daniel Mark Helias (dir). Brooklyn, Systems two,
(elg), Hélène Labarrière (b), Simon goubert décembre 2015.
(dm). Langonet, grande Boutique,
octobre 2015.
Avril 2016 Numéro 682 Jazz Magazine 53
le guide

FocuS

Suite de la page 50
se confondent devrait transporter
ceux de nos lecteurs qui
Le Collectif du Lion
considèrent encore Barry Guy La parution d’un ouvrage consacré à l’histoire du Collectif du
comme l’un des nôtres. • 
FrAnCk Bergerot Lion et son berceau liégeois s’accompagne de la publication de
Barry guy (b, dir), Savina Yannatou
(voc), Anja Pöche (voc soprano),
deux Cd d’orchestres qui en sont issus, rêve d’éléphant et le
Matthew Brook (voc baryton), trio grande.
cordes de la Camerata Zürich.
Huddersfield Contemporary Music
Festival, 17 novembre 2013.
Jazz At Berlin
notamment au sein du collectif du Philharmonic V
Lion. c’est cette « Aventure plus que Lost Hero – tears for esbjörn
musicale » que raconte le n° 5 de 1 CD Act / harmonia Mundi
la revue Les Voies de la création
Nouveauté. Le 14 juin 2008,
culturelle intitulé Sur la Piste du Esbjörn Svensson disparaissait
Collectif du Lion, ouvrage collectif dans un accident de plongée,
comme seul le monde du jazz belge laissant orphelins ses deux
sait en concevoir, kaléidoscope aux amis du trio EST avec lequel il
vertus surréalistes d’une multitude avait renouvelé le jazz européen
Stéphane “Stuch” de textes et coupures illustrée d’une au point de lui offrir un succès
huchard iconographie foisonnante. Au cœur international auprès du grand
tranches de tronches de cette galaxie, le saltimbanque- public. Mais l’empreinte du
1 CD Such / harmonia Mundi
batteur Michel debrulle figure pianiste suédois s’étendait au-
également au centre des deux delà du cercle des proches, et
Nouveauté. Depuis que le disques qui nous sont nombreux sont les musiciens
jazz existe, les musiciens ont et mélomanes du monde entier
envoyés avec cet
souvent voulu, un jour ou l’autre, à pleurer encore sa disparition
être chanteur. Nouvelle carrière ouvrage. Le premier
est l’“Odyssey 14” et à prolonger son héritage
pour certains, comme Nat King musical. C’est notamment le
Cole, expérience plus ou moins Liège, capitale européenne du jazz ? du bien nommé
de cette réalité, il reste une maison Rêve d’éléphant, cas du pianiste finlandais Iiro
anecdotique pour d’autres (oscar Rantala qui lui rend ici hommage
Peterson, Buddy Rich...). À son de mémoire, La Maison du jazz, et septette à trois
en concert aux côtés, entre
tour, Stéphane huchard cède à le souvenir d’une ville où naquirent percussionnistes créé
autres, de la chanteuse viktoria
l’envie, lui qui a fait sonner ses Bobby Jaspar et René Thomas, où par debrulle et qui doit beaucoup
Tolstoy – que Svensson avait prise
toms et ses cymbales derrière le domicile de Jacques Pelzer fut à deux autres historiques du Lion sous son aile – et du guitariste
des grands noms de la chanson un carrefour pour les Américains s’envoile, le flûtiste Pierre Bernard Ulf Wakenius. hormis Imagine
française (Jonasz, Maurane, en tournée et où, sous la direction et le tubiste-tromboniste Michel de Lennon et Tears for Esbjörn,
Sanseverino). Mais loin de du compositeur henri Pousseur Massot. Rejoint, dans une sorte de de Rantala, le répertoire se
confesser un talent caché de et au retour de la Berklee School cabaret pop-folk décalé, par deux compose de thèmes de Svensson
crooner, c’est aux textes que de Steve houben, le conservatoire chanteurs-récitants d’après des
“Stuch” accorde la priorité dans et d’EST, tous (ré)interprétés
accueillit un séminaire de jazz à textes littéraires (Shakespeare, avec une grande douceur. Car,
cette aventure. Passionné de
cinéma, c’est en pensant à
partir de 1979. Puis une classe Rimbaud, Picasso…) et musicaux on s’en doute, c’est avant tout
certains dialogues de Michel permanente, où enseignèrent Michel (Marin Marais) remontant au XIVe le recueillement et l’émotion qui
Audiard que lui est venue l’idée herr, Serge Lazarévitch, Jean-Louis siècle, l’iconoclasme du groupe dominent ici, avec des passages
de ces “Tranches de tronches”, Rassinfosse… plus les Américains qui a pu nous séduire par le passé délicats, tout en retenue, mais
autant de portraits que son Bill Frisell, dennis Luxion, Kermit nous laisse ici intéressés, mais sans aussi des moments plus intenses,
imagination a croqués à partir discoll, Alan Silva, Steve Lacy, Butch argument. “hold The Line !” [✪✪ quand Tolstoy donne de la voix
d’un quotidien où le loufoque n’est Morris et Garrett ✪✪] nous fait entendre la version ou que Wakenius s’envole avec
jamais loin. La musique est venue List, qui en prit la élargie du Trio Grande qui s’intitula un joli phrasé sur une rythmique
ensuite se poser sur les textes et direction en 1980. Sur Trio Bravo du temps ou Fabrizio énergique. Rien de bien nouveau
l’interprète fut vite trouvé. on ne les bancs, une scène cassol en était le saxophoniste et dans le fond, certes, mais un
connaissait pas chez huchard cet témoignage sincère et sensible
belge émergeante fut rebaptisé lorsque Laurent dehors
amour des mots dont il aime faire qui prouve que l’esprit d’EST
portant les noms de remplaça ce dernier auprès de
danser le sens et le son, souvent soufflera longtemps encore sur le
Pierre Vaiana, Michel debrulle et Massot depuis quelque jazz. • FéLix MArCiAno
avec humour, laissant avec debrulle, Pierre temps rejoint par l’Anglais Matthew
humilité la poésie à Baudelaire iiro rantala (p), viktoria tolstoy
Bernard, Fabrizio cassol, Michel Bourne (p, voc). Iconoclasme (voc), ulf Wakenius (elg), Lars
dont il met superbement en
musique L’homme et la mer. Une Massot, Kris defoort… qui élirent facétieux, où insolence voisine avec danielsson (b), Morten Lund (dm).
domicile au cabaret Le cirque divers tendresse pour un projet incisif et Concert à la Berlin Philharmonie,
jolie surprise réalisée avec la 1er octobre 2015.
complicité d’une dizaine de ses et au jazz club du Lion s’envoile. ensorcelant, où l’orphéon populaire
amis musiciens invités au fil des Leur fermeture en 1999 signera et l’onirisme doux-amer aux accents
plages. • PHiLiPPe vinCent le déclin de la scène liégeoise, chambristes laissent le champ libre
Stéphane Huchard (voc, dm), trop étroite pour contenir pareille à de belles échappées polyphoniques
Laurent Coulondre (p, cla), Laurent créativité appelée à s’épanouir ou solistes. • FrAnCk Bergerot
vernerey (b), edouard Coquard plus largement mais à laquelle
(perc, back voc) + Sylvain gontard 1 livre Pac / pac-g.be, 189 p., 25 €. 2 CD De
(tp), Stéphane guillaume (sax, fl), survécurent mille complicités, Werf / dewerf.be
Louis Winsberg (g), noé Huchard
(cla, p), Marian Badoi (acc). Studio
de Meudon.

54 Jazz Magazine Numéro 682 Avril 2016


solo a commencé, en 2005,
Katché enregistre des disques
de jazz instrumental, mais il ne
s’est jamais éloigné du format
chanson. Ses quatre albums
studio pour ECM en témoignaient,
et “Unstatic” est de la même eau.
Chez Manu Katché, quand on
improvise, c’est un peu comme
Manu Katché si on chantait un couplet. Le fil
unstatic de la conversation – avec ses
1 CD Anteprima Productions / Musicast partenaires, mais plus encore
avec l’auditeur – ne doit jamais
✪✪✪✪
être rompu. L’autosatisfaction
Nouveauté. En 1991, dans est prohibée. Encore faut-il que
son premier album, Manu les compositions soient à la
Katché s’était piqué de jouer au hauteur... Bonne nouvelle : Manu
singer songwriter, sans doute Katché signe quelques-unes
inspiré par les Peter Gabriel, des meilleures chansons sans
Sting, Joni Mitchell et autres paroles de sa carrière. Unstatic,
Robbie Robertson, dont il avait Flame&co, Rolling, Out Of Sight
fait vibrer les pop songs avec et Ride Me Up portent ainsi sa
sa pulsation singulière et son “patte” mélodico-rythmique :
élégante et, encore une fois,
phrasé volontiers chantant – de
chantante. • FrédériC goAtY
Phil Collins à omar hakim en
Manu katché (dm, voc), Luca
passant par vinnie Colaiuta et Aquino (tp), tore Brunborg (ts), Jim
Terry Bozzio, ses prestigieux (James) Watson (p, cla), elle Andea
employeurs avaient pourtant déjà Wang (b, voc) + nils Landgren (tb),
fait appel à de sacrés clients. Abraham rodriguez Mansfaroll,
Joel Hierrezuelo Balart, inor
Depuis que sa véritable carrière esteban Sotolongo Zapat (perc).

livre
Arrivals / Departures :
New horizons in Jazz
Stuart Broomer, Brian Morton & Bill
Shoemaker
Ed. Gulbenkian Musica, 240 p, 20 € (en anglais)

cet ouvrage illustre les directions prises


par le jazz contemporain de 1960 à
nos jours, à travers les portraits de
cinquante musiciens. de Muhal Richard
Abrams à John Zorn en passant par Mats
Gustafsson et Irène Schweizer, les cinquante personnalités
sélectionnées ont en commun de s’être produites, en une ou
plusieurs occasions, au festival Jazz em Agosto, sur le site
de la Fondation Gulbenkian à Lisbonne [donc tendance plutôt
“free music” / “musiques improvisées – NDLR]. Les éléments
biographiques et discographiques sont énoncés avec clarté.
une parité Europe/Etats-unis est respectée (on y croise aussi
le Japonais otomo yoshihide), et la différence de statut –
jazzmen ? improvisateurs ? compositeurs ? – de certains
artistes selon le continent qu’ils arpentent est abordée. Pour
les nouveaux venus sur ces chemins de la création comme
pour les lecteurs déjà versés dans ce champ musical, ce
mélange de sobriété et d’érudition sera un complément idéal
au “dictionnaire du jazz” de la collection Bouquins, et plus
accessible que le parfois nébuleux “Perpetual Frontier” de
Joe Morris. cette réunion en un seul volume de notices bien
rédigées sur les meilleurs ambassadeurs des esthétiques du
dernier demi-siècle est donc à recommander, d’autant que
l’aspect graphique en rend la consultation agréable : mise
en page aérée, sélection pertinente de photos et pochettes,
qualité de l’impression et du papier. • dAvid CriStoL

Avril 2016 Numéro 682 Jazz Magazine 55


le guide

FocuS

Komeda pour être chantée par rapprochés de ceux de Géraldine


Mia Farrow… Et tout cela grâce Laurent. Et si l’on cherche un
à la palette exceptionnellement ancêtre commun à nos deux
riche du pianiste-compositeur, saxophonistes alto, on devrait
en expansion constante au gré se tourner, toujours à mon sens,
d’un parcours superbement du côté d’Anthony ortega qui
idiosyncrasique plutôt que faisait entendre, dès le milieu
couillonnement “éclectique”. des années 50, une manière
Le titre, la mélodie d’ornette qui se distinguait à la fois du
Joachim Kühn Coleman en exergue de l’album parkérisme pur, mais aussi de sa
New Trio et le visage en gros plan de reprise décalée par les altistes
Beauty & truth l’artiste (photographié par de la côte ouest. Il n’est que
Steven haberland) encadrent d’écouter Just One Of Those
CD Act / harmonia Mundi
et soulignent ce sentiment Things (1956) de l’ancien voisin
✪✪✪✪ oxymorique de puissance élégante de pupitre de Clifford Brown chez
Nouveauté. Un message de et dense vivacité qui traverse hampton, pour s’en convaincre :
l’ermite d’Ibiza (enregistré l’œuvre de Joachim Kühn. • déboulés inattendus, phrases plus
celui-ci l’été dernier lors d’une PHiLiPPe CArLeS que capricantes, et surtout une
pause wurtembergeoise) est Joachim kühn (p), Chris drôle de manière de bousculer
toujours source de bonheurs
Jennings (b), eric Schaefer (dm). les phrases et les idées, comme
Ludwigsburg (Allemagne), Bauer si le trop-plein de ces dernières
et de surprises, qu’il s’agisse Studios, 7-8 juillet 2015.
de redessiner la sauvagerie obligeait à commencer à exprimer
quelque chose avant d’avoir fini
féline de Jim Morrison (The
le “dire” précédent, sans que

Parco della
End) ou d’enfourcher la lourde
jamais cela prête à confusion. Au
rythmique (Eric Schaefer), presque
contraire, l’excitation est alors
walkyrienne, des Riders On The
portée à son comble ! La musique
Storm des mêmes Doors, des

Musica
d’Angelika, élaborée aussi par son
exquises arabesques judéo-
pianiste Florian Weber, est quant à
andalouses de Because Of
elle d’une lumineuse beauté, avec
Mouloud, ou, tout simplement
un allant affirmé et une vibration
(?), d’oser effleurer et caresser
Angelika Niescier

ici rome
dont Ralph Alessi sait s’emparer.
encore l’irrésistible palimpseste
qu’est devenue la complainte Florian Weber Ce jazz nerveux, impatient et vif,
vous prend tout de suite au corps
de Summertime au fil de nYC Five
et ne vous lâche plus. •
huit décennies de reprises et 1 CD Intakt / harmonia Mundi PHiLiPPe MéZiAt
relectures par des improvisateurs
de tous bords, sans parler de
✪✪✪✪ ralph Alessi (tp), Angelika niescier
(as), Florian Weber (p),
equivalent à rome de notre Cité
l’angoissante berceuse Sleep Nouveauté. Par plus d’un trait, Christopher tordini (b), tyshawn
Sorey (dm). Brooklyn, Systems
de la musique, Parco della Musica
Safe And Warm, ciselée par le à mon sens, le son et le style
regretté (1931-1969) Krzysztof d’Angelika Niescier peuvent être two, 6 janvier 2014. est aussi le nom d’un label qui
se veut le reflet de ses activités
musicales. Paolo damiani, roberto
livre gatto, Francesco Bearzatti et Franco
Music Is My Mistress d’Andrea en sont les représentants.
Par duke ellington
Slatkine & Cie, 589 p., 25 € “Seven Sketches Of Music” de Paolo
Publiée en 1973, un an avant la mort de son auteur, Damiani est, comme souvent, un “projet ”,
l’autobiographie de duke Ellington n’avait jamais été traduite c’est à dire plus pensé que senti. L’idée :
en français ! Voilà qui est enfin chose faite, par les bons soins rendre hommage à des œuvres de l’archi-
de clément Bosqué et Françoise Jackson, avec la participation tecte Renzo Piano et travailler le thème du
de christian Bonnet et donc avec la bénédiction de la Maison du double (d’où deux anches et deux basses,
duke. ceux qui fréquentaient déjà le texte original, le picorant que soudent les percussions). on pourrait
plutôt que de s’y livrer à une lecture intégrale continue, y trouvèrent toujours leur se demander ce que fait ici Rosario Guiliani,
bonheur tout en s’interrogeant sur son caractère discontinu. dans une préface mais c’est lui qui apporte – par la fluidité
inédite, claude carrière en compare la rédaction aux méthodes de composition du vivace de son jeu – la légèreté manquant
duke, idées jetées au cours des tournées sur le support à disposition (jusqu’à la à cet ensemble… qu’il ne sauve pas de sa
manche de chemise d’un compagnon de voyage !) puis assemblées sur le mode de pesanteur intrinsèque.
la suite plutôt que du développement. Mais derrière la spontanéité de ces bribes Il y a, chez Roberto Gatto une claire volonté
mises en forme par son ami journaliste Stanley dance, on retrouve l’observation de devenir leader. Volonté légitime après
perspicace des “portraits”, des “tone parallels” et autres “meditations”, où le tant d’années à jouer les sidemen de luxe.
quotidien du musicien voisine avec la réflexion, à l’ombre du souvenir qui, en cette Mais entre vouloir et pouvoir… d’une part,
année 1973, englobe la quasi-totalité de la vie et de l’œuvre, même si la mémoire du Gatto a tendance à passer d’un quintette en
duke est sélective, parce qu’humaine. d’une humanité qui rend ce texte si précieux. hommage à Shelly Manne (voici quelques
Les annexes originales ont été conservées en l’état, dont un inventaire chronologique années) à un quartette ornettien, ce dont té-
des compositions. L’iconographie a disparu, mais on se réjouira de l’apparition d’un moigne “Sixth Sense” avec Avishai cohen
index. À quand une réédition du Duke Ellington de Stanley Dance ? • FrAnCk Bergerot (tp), Francesco Bearzatti (ts, cl) et doug

56 Jazz Magazine Numéro 682 Avril 2016


Annonce MILES DAVIS Ahead Jazz Magazine 92x252_- 04/03/16 15:07 Page1

Weiss (dm). A comparer ce groupe


mi-américain mi-italien (donc appelé
à rester occasionnel) avec le quar-
tette de Billy hart (où officie le même
Avishai cohen), la balance penche
bien sûr en faveur de hart. d’autre
part, avec un répertoire très éclec-
tique – au point de défier toute clas-
sification (Ellington, Mingus, Brubeck, Red Star Orchestra
Silver…) –, on peut se demander si Featuring Thomas
Gatto possède une vision artistique
claire ou s’il se contente de se “rêver”
de Pourquery
Broadways
en batteur-leader.
Francesco Bearzatti a trop souvent 1 CD Label Bleu / L’Autre Distribution

à mon goût tendance à mettre ses RéVéLATIoN !


anches mercenaires au service de Nouveauté. Broadway ou
musiciens qui n’ont pas toujours Broadways ? Le titre de l’album
son talent. Mais il faut bien vivre et joue sur l’ambiguïté polysémique.
quand, sur ce “Live in France ” daté Sans s, c’est un hommage à la
de 2006 et étrangement sorti il y a Mecque de la comédie musicale
peu, le souffleur transalpin revient à où ont été presque tous créés
son bercail personnel, on lui pardonne les standards que ce disque
presque tout. Ici, le souffleur se range classieux célèbre avec élégance
(dans la formule, inusitée pour lui, du sans jamais tomber ni dans la
trio) sous la bannière de Sonny Rol- parodie, ni dans le pastiche, ni
dans le classicisme mimétique.
lins. certes, Bearzatti en fait souvent Avec un s, comme pour mieux
des tonnes mais l’hommage est sin- accentuer le caractère pluriel et
cère, la sonorité puissante, le phrasé ouvert du projet et l’amplitude de
rugueux… une bonne cuvée ! l’aventure orchestrale, ce sont
un triple cd de Franco d’Andrea : “les voies larges” qu’a choisi
“Three concerts Live At The Audito- d’emprunter librement Johane
rium Parco della Musica” [✪✪✪✪] en Myran, le directeur et l’arrangeur
solo, en trio et en sextette. Voilà qui du Red Star orchestra. Avec,
nous rappellera à quel point le pia- dans le rôle du chanteur, un invité
niste vétéran est ignoré de ce côté-ci surprise : Thomas le crooner ou
des Alpes. En trio atypique avec han de Pourquery in satin. Ce choix
Bennink et dave douglas, d’Andrea n’étonnera que ceux qui n’ont
jamais entendu la douce voix de
n’est pas à son sommet, sans doute baryton dont jouit le saxophoniste.
parce que le trompettiste semble peu Une voix juste et moelleuse qui
motivé par cette configuration trop trouve dans My Funny Valentine
européenne, ou par un répertoire sa plus belle expression. Une voix
faisant la part belle au jazz historique chaude, tout à la fois ambrée et
revisité, de Tristano à charlie Shavers lustrée, suave et fauve, soyeuse
en passant par Gordon Jenkins et… et rageuse, juste quand il le
d’Andrea. Entouré de son sextette faut. Sans tenter de jouer au
habituel, sur un répertoire essentielle- “Sinatra destroy” comme j’ai pu
ment consacré à Monk, le pianiste se le lire, Thomas de Pourquery,
retrouve par contre en terrain familier, au contraire, se glisse ici avec
aisance, grâce et souplesse
sans rien céder sur la créativité. Qui La bande originale du film permet de redécouvrir
dans le costume du chanteur
programme ce sextette hors d’Italie ?
La familiarité non dénuée d’humour
de charme. Et ça marche parce quelques chefs-d’œuvre interprété par Miles lui-même
qu’il y croit de bout en bout, en
du pianiste et de ses comparses toute sincérité et générosité. et extraits des albums “Blue Haze”, “Kind Of Blue”,
avec l’œuvre du moine harlémite est Il faut écouter “Broadways”, “Sketches Of Spain”, “Seven Steps To Heaven”,
pourtant des plus réjouissantes ! En disque astucieusement décalé et
solo enfin, d’Andrea est un virevoltant orchestré avec brio, comme si on
“Nefertiti”, “Filles de Kilimanjaro”, “A Tribute To
recycleur de la mémoire du jazz, de regardait un film en cinémascope Jack Johnson”, “On The Corner”, “Agartha” et “The
Jelly Roll Morton à lui-même : un qui passerait, le plus naturellement Man With The Horn”. C’est Robert Glasper qui a
maître du toucher contrasté, de l’har- du monde, du technicolor au noir
et blanc, du thriller à la comédie admirablement assuré la musique additionnelle avec,
monie et du rythme qu’on ne se lasse
jamais d’écouter. • tHierrY QuénuM dramatique. Bravo à toute l’équipe sur un des titres, la participation d’Herbie Hancock,
du Red Star et à son capitaine pour de Wayne Shorter et de Esperanza Spaulding.
Parco della Musica / Orkhêstra cette performance convaincante et
réussie. • PASCAL AnQuetiL
red Star orchestra avec thomas
de Pourquery (voc), Johane Myran
(dir, arr). détail des pupitres dans
le livret. Amiens, Studio gil evans,
février 2015.

Avril 2016 Numéro 682 Jazz Magazine 57


le guide

déjà à son actif près de dix


FocuS albums en leader, co-leader ou
sideman (notamment auprès du
trompettiste verneri Pohjola). La

Phil Woods
musique provient ici de la bande
sonore d’un film d’animation, d’où
peut-être son évidente qualité

naissance
visuelle. Même en éloignant
les clichés – pas toujours
herlin Riley infondés – sur le jazz d’Europe
new direction du Nord, on est pris d’emblée

d’un style
1 CD MacAvenue / harmonia Mundi par une sensation, sinon de
✪✪✪✪ froideur, du moins de contrôle
rigoureux. Le déroulement d’une
Nouveauté. A l’actif d’herlin Riley, mécanique de précision (Pulsar)
des collaborations prestigieuses, est souligné par la netteté des
avec Wynton Marsalis, avec Ahmad entre 1954 et 1957, d’abord typiquement bop sur ses contours mélodiques, et nourri
Jamal, entre autres. Elles lui ont
valu une réputation justifiée, celle premiers disques sous son nom, l’altiste Phil Woods de techniques minimalistes
ou répétitives (Paysages pas
de figurer parmi les tout meilleurs s’éloigne du nid du Bird, son père musical, aux côtés sages). Dans For Rainbows, les
batteurs de La Nouvelle-orléans,
si ce n’est le meilleur. Ce qui aurait de Jim Chapin et george Wallington. contrastes de climat ne masquent
pas le travail d’un motif principal
pu être une confortable rente de et de ses multiples reflets et
situation, sans le goût du risque comme Sonny Stitt ou Jackie McLean, auquel rebonds. La deuxième moitié de
et la curiosité qui le caractérisent. il succéda d’ailleurs chez George Wallington, l’album infléchit sensiblement
Car cet explorateur s’aventure, bien le saxophoniste Phil Woods eut droit aux cette direction esthétique. Plus
au-delà du style “traditionnel”, en mehldien par l’inspiration,
comparaisons avec charlie Parker au début
des contrées où les rythmes latins Signettes est de facture aussi
voisinent avec une polyrythmie
des années 1950, avant de se démarquer
progressivement de ce pesant héritage. Si, dans délicate que l’étonnant For
digne d’un Elvin Jones. Il se révèle, Jimmy Giuffre, mais la pièce
de surcroît, compositeur inspiré, “New Jazz Quintet & Quartet, 1954-55”, ses
premières faces en leader s’appuient encore sur éponyme réaffirme en un long
nourri à diverses sources. C’est dire crescendo final la temporalité des
si cet album porte bien son titre. Il un idiome typiquement bop, quoique étonnamment “chantant”
premières pièces. on écoutera
y est entouré de jeunes musiciens dans les morceaux plus funky en quartette, voire en trio (l’album l’ensemble sans déplaisir et on
dont la plupart n’ont pas encore original “Woodlore” réédité sur le même volume), les formations lira l’intéressante réflexion de
atteint la trentaine, à l’exception de étendues du batteur Jim chapin (“Sextet & Octet Featuring Phil Rissanen dans les liner notes,
l’excellent Mark Whitfield, invité sur le Woods”) lui offrent à la même époque quelques alternatives, sur la difficulté opposée par
morceau éponyme, et du trompettiste notamment grâce aux complexes structures rythmiques notre époque à toute espèce de
newyorkais Bruce harris, élève de proposées par le meneur et aux arrangements contrapuntiques focalisation sur une esthétique
Jon Faddis et membre du Lincoln du tromboniste Billy Byers ou, plus “old school”, particulière. • vinCent Cotro
Center. La plupart des pièces, dues
au leader, exploitent des rythmes
du saxophoniste Bob Wilber. Mais c’est bien aux Aki rissanen (p), Antti Lötjönen (b),
côtés du pianiste George Wallington (“complete teppo Mäkynen (dm). Järvenpää
et des ambiances contrastés, de (Finlande), kallio-kunninkala
A Spring Fantasy, au parfum latin, 1956-57”) qu’il va réellement affirmer son style, Studios, 29-30 juin 2015.
jusqu’au Tootie Ma de Danny son inventivité, en tirant profit d’une stimulante
Barker, caractérisé par les cadences complicité avec donald Byrd, évidente sur les
second line de La Nouvelle-orléans contrepoints de Together We Wail et les chases de
et où Riley fait valoir ses talents But George, mais également sur des compositions
de vocaliste. Ces croisements et moins strictes, comme ces blues mineurs (Dis Mornin’) ou ces
successions de couleurs sonores, thèmes vaguement orientaux (In Salah) si chers aux premiers
sensibles, notamment, dans hard boppers. Bien entendu, cela ne l’empêchait pas de revenir
Connection To Congo Square ou aux fondamentaux, à travers une série de classiques bop, dans le
The Crossbar, pimentent un album bien nommé “52nd Street” inclus dans ce double cd. • 
chatoyant, captivant de bout en bout.
• JACQueS ABouCAYA
JonAtHAn gLuSMAn Roswell Rudd
Fresh Sound / Socadisc.
Strength & Power
Bruce Harris (tp), godwin Louis (as,
ss), Mark Whitfield (g), ernest Cohen 1 CD RareNoiseRecords / rarenoiserecords.com
(p), russell Hall (b), Herlin riley (dm, ✪✪✪✪
voc), Pedrito Martinez (conga). new
York, Avatar Studio, 2016.
ERRATuM Nouveauté. Si on a eu peur de
voir (d’entendre) Roswell Rudd
Aki Rissanen En lisant “un Américain à Paris”, l’article de Jean
tomber dans la guimauve avec
son précédent album (“Trombone
Amorandom
Levin consacré à Larry Young dans notre précédent for Lovers”), celui-ci est des
1 CD Edition Records / harmonia Mundi numéro (p. 58), nos lecteurs auront sans doute plus rassurants. Le récemment
Nouveauté. Le pianiste finlandais, rectifié d’eux-mêmes : ce n’est évidemment pas le octogénaire va bien. Et sa
ancien élève saxophoniste ténor Sam Rivers qui avait remplacé soixantaine d’années de carrière
d’hervé Sellin au Nathan davis dans l’album “unity” (Blue Note, 1965) l’a poussé au gré de mille et une
CNSMP (primé de l’organiste, mais bien son confrère Joe henderson – Sam Rivers courses diverses, du dixieland
au festival de a enregistré avec Larry young, mais un an plus tôt, dans “Into au free jusqu’à ce “Strength &
La Défense Power” dont le titre dit tout. Je
Somethin’” (Blue Note, 1964). Merci à l’attentif Philippe G. •
en 2006), a pourrais donc m’arrêter là, mais

58 Jazz Magazine Numéro 682 Avril 2016


FRANCK ROGER
Présente
QUARTET
SPECTACLE JEUNE PUBLIC
LE JAZZ ET SON
HISTOIRE
DUO BLONDY
LE QUAN
AKA MOON
vous voulez en savoir davantage,
naturellement. Eh bien écoutez OLIVIER ROBIN
Jamie Salt : « Toute la musique QUINTET
a été complètement improvisée
en studio. Aucune composition L’ÖRCHESTRASON
prédéterminée. Pas de signaux
de la main, rien d’écrit. Rien que PIERRE
la confiance, la plus profonde DE BETHMANN
intuition, et le respect mutuel. » Lisa Simone TRIO
on pourrait ajouter un sacré My World
sens de l’écoute multiple et une 1 CD Sound Surveyor Music / L’Autre Distribution FOX TRIO
capacité à répondre collectivement
au moindre stimulus, qu’il vienne
✪✪✪✪ LE FESTIVAL 12e PERCHAUD/MOREAUX
PAGANOTTI
Nouveauté. Pour son nouvel
de l’un ou d’un autre. Résultat :
une cohérence allègre qui album, la chanteuse et DU JAZZ Édition
compositrice Lisa Simone a THE WORKSHOP
imprègne les six morceaux de
l’album, où l’énergie le dispute à
conservé l’excellent quartette ET DES MUSIQUES DE STEPHANE PAYEN
de son précédent disque, avec
la sérénité. Je mettrai en avant
les moins connus de ce quartette
l’ajout d’un quatuor à cordes
ou d’une section de cuivres
IMPROVISÉES SALLE DES FÊTES JEAN-JAURÈS
(en espérant qu’il ne disparaîtra sur quelques titres. C’est ce
pas sitôt qu’apparu) : Salt et ses même groupe, homogène et À MALAKOFF 4 AU 8 MAI 2016 11 av Jules Ferry 92240 Malakoff
MALAKOFF-PLATEAU DE VANVES
plongées sous le capot de son alchimique, qui l’accompagne sur www.fabrica-son.org
Steinway, ses accords largement scène, emmené par le guitariste
ouverts ; Dunn et ses accents hervé Samb, responsable des
bien déplacés, sa sonorité grave ; arrangements des nouvelles
Pandi et son soutien attentif, son compositions. Des chansons
swing qui a du poids. Avec un petit pop (My World), soul (Tragic
mot pour Roswell et son éternelle Beauty), afro (Unconditionally),
jeunesse dixie ! • gospel (I Pray), ou blues-rock
(Hold On), transcendées par
FrAnçoiS-rené SiMon
une voix exceptionnelle et une
roswell rudd (tb), Jamie Salt (p), cohérente sonorité de groupe.
trevor dunn (b), Balazs Pandi (dm).
new York, uSA, kerhonkson, on espère que ces titres d’une
juillet 2014. durée formatée pour la radio

livre

Zazous
Par gérard de Cortanze
Albin Michel, 534 p., 22,50 €,
+ Coffret de 2 CD EPM Musique (www.epmmusique.fr), 15 €. « Pour tous ceux qui souffrent
des tympans, qui sont en quête
un coup de projecteur sur la période de musique et de création, qui
sentent l’aridité auditive, Jazz oïl,
noire de l’occupation allemande, tel que son nom l’indique,
huilera et comblera tout ce vide,
subie par beaucoup de Parisiens avec avec des rythmes mélangés
résignation, tandis que d’autres rivalisaient entre Jazz et Fusion qui vous
emportent loin, très loin ! »
d’ingéniosité et d’audace. Tels les zazous,
tunisiescoop.com : le 10/03/2009
jeunes gens rebelles, insolents, épris de liberté autant que de
swing. Lequel leur sera signe de ralliement, avec une tenue
vestimentaire provocante inspirée de cab calloway (dont ils
reprirent aussi l’onomatopée zaz-zuh-zaz). Issus de tous les SORTIE D’ALBUM LE
milieux sociaux, ils vont peu à peu passer de leur insouciance 25 MARS 2016
d’adolescents farceurs à une prise de conscience plus politique
qui fera d’eux des adultes. Gérard de cortanze brosse une
fresque de ces héros du quotidien à travers les aventures
d’une bande de copains férus de danse, de bière et de jazz.
CONCERT LE
Mais plus encore que l’intrigue romanesque assez convenue, 14 AVRIL 2016 AU STUDIO DE
ce qui retient ici demeure l’évocation magistrale de Paris sous
la botte où la musique, omniprésente, sert de soupape de L’ERMITAGE
sécurité. Popularisés par les chanteurs et musiciens français,
charles Trenet, Ray Ventura, Jo Bouillon, Alix combelle ou HTTP://WWW.STUDIO-ERMITAGE.COM
django Reinhardt, les rythmes venus d’Amérique se mêlent HTTP://WWW.JAZZOIL.FR
à d’autres tombés dans l’oubli mais qui eurent leur heure de
gloire, dans une “bande son” de l’ouvrage. un coffret de deux
CD paru chez EPM s’en fait le reflet sonore. • JACQueS ABouCAYA

Avril 2016 Numéro 682 Jazz Magazine 59


le guide

rencontreront le succès, car il y a Jacques Brel, Traffic, mais aussi


dans cet album un fort potentiel de Joni Mitchell (à qui il consacra
tubes en puissance. Le travail de tout un disque) ou Mel Tormé se
composition et d’arrangement est côtoient ici sans heurts grâce
extrêmement soigné, au service de au talent du chanteur qui signe
morceaux accrocheurs très bien également trois compositions de
structurés qui nous trottent dans belle facture. Après plus d’une
l’oreille et que l’on aura plaisir douzaine d’albums, il serait temps
à entendre sur scène. on sait de découvrir Ian Shaw de ce côté
que la plupart de ces chansons du Channel ! • PHiLiPPe vinCent
s’épanouiront plus longuement en ian Shaw (voc, p), Barry green (p), Mick
concert grâce aux couleurs jazz Hutton (b), dave ohm (dm). Londres,
et africaines que Samb, Reggie Snap! Studios, juillet-août 2015.
Washington et Sonny Troupé ne
manqueront pas d’apporter. Lisa
Simone a l’intelligence de ne pas
confondre le disque et la scène, en
proposant un album court et efficace,
qui décevra peut-être les amateurs
de longs développements musicaux,
mais qui, par sa production soignée
et son large éventail de styles LES IMPoRTS GIBERT JoSEPh
x/DR

totalement assumé, propulse Lisa


Simone dans la cour restreinte des Sun Ra Arkestra
chanteuses importantes sachant Sunrise in different Jazz Magazine aime les rayons jazz et soul de Gibert Joseph.
marier le talent et la réussite. dimensions Retrouvez les disques coups de cœur de la rédaction, en vente du
• LioneL eSkenAZi 2 LP hat hut Records lundi au samedi de 10 à 20 h, 26 boulevard Saint-Michel, 75005
Lisa Simone (voc, comp), Hervé
Samb (g, arr), reggie Washington ✪✪✪✪ Paris, ou sur gibertjoseph.com.
(elb), Sonny troupé (dm, perc) + Réédition. En 1980, le Sun Ra
sur quelques titres : irving Acao Arkestra se produit au Festival de une fois n’est pas coutume, Quoique renfermant neuf cd, le
(ts), Sylvain gontard (tp), karen
Jeauffreau, Jacques gantard, raphaël jazz de Willisau, en Suisse, pour quittons le rayon jazz de Gibert second coffret qui nous fait de
Aubry (vln), Florence Hennequin un concert en deux sets. Le live Joseph et dirigeons-nous au sous- l’œil est moins onéreux, parce que
(cello), Lisa Spada (voc), Adrianno “Sunrise In Different Dimensions” sol du magasin voisin, au rayon distribué en France et souvent
tenorino dd (perc). décembre 2015. est le témoignage d’une certaine soul-funk, où nous attendent trois réédité. Revoici donc, dans une
dualité chez Sun Ra. on l’y retrouve rééditions essentielles. version budget mais pas cheap
original, excentrique et impétueux, cela faisait huit ans que l’on pour autant “The complete Stax
mais aussi purement jazzistique,
attendait une suite au coffret “Take Volt Singles 1959-1968”, qui
sans trop de distorsions, ni d’éclats
chaotiques. L’ensemble reprend
Me To The River – A Southern Soul retrace comme son titre l’indique
aussi bien les compositions Story” (Kent Soul). La voilà enfin, la saga du plus célèbre label soul
furieuses et enivrantes du que les as d’Ace Records, la maison de l’histoire – avec Motown – en
musicien (Light From A Hidden mère de Kent Soul, ont logiquement près de deux-cent cinquante 45-
Sun, Silhouettes Of The Shadow nommée “Back To The River – tours, des plus célèbres aux plus
More Southern Soul Stories 1961- obscurs, d’otis Redding à carla
Ian Shaw World, Love In Outer Space, etc.)
que des standards de jazz signés 1978” . Trois cd et soixante-quinze Thomas en passant par Eddie Floyd,
the theory of Joy Duke Ellington (Lightnin’), Jelly chansons qui réflètent l’incroyable Booket T. & The MGs et Sam & dave,
1 CD ou LP Jazz village / harmonia Mundi Roll Morton (King Porter Stomp) et richesse musicale d’un genre mais aussi The Tonettes, Wendy
Nouveauté. S’il n’est pas très même le Round Midnight de Monk musical on ne peut plus américain, Rene ou Sir Mack Rice. Les tubes
connu en France, Ian Shaw est (à retenir !). on retrouve aussi Lady trésor national aussi précieux que de votre jeunesse n’y sont pas
presque une gloire nationale en Bird (Tadd Dameron) pertinemment le jazz. Il y a celles et ceux qu’on forcément tous (d’autres compiles
Grande-Bretagne. Comédien et juxtaposé à Half Nelson (Miles connaît déjà et qu’on (re)découvre Stax remplissent ce rôle), mais tout
animateur radio, ce Gallois qui est Davis). on passe ainsi de à travers des faces peu connues ce qui fait la profonde sensualité
d’abord pianiste et chanteur (il fut célébrations organiques exaltantes
– Betty(e) LaVette, Eddie Floyd, du son Stax est magnifié. certes
primé à deux reprises aux BBC Jazz et danses rituelles cuivrées à la
relecture de thèmes sur lesquels le
Esther Phillips, Fontella Bass... –, copieux (84 pages), le livret est
Awards) a depuis longtemps fait
du jazz son champ d’investigation Sun Ra Arkestra joue les big bands et les autres, grands oubliés, moins agréable à lire que celui du
et d’expression, loin des crooners classiques nourri de blues new soundalikes (trop proches de leurs coffret Kent Soul, mais tous les
sirupeux et des vedettes de shows orléanesque et de be-bop. Aussi, ça modèles) ou one hit wonders (un détails discographiques sont là.
télé. Ses enregistrements sur le label swing autant que ça déconcerte. Un tube et puis s’en va). Ils peuplent
Milestones et ses collaborations live provocateur et transcendant, à tous ce coffret dont le superble Les dirigeants du label anglais BBR
avec Cedar Walton, Lew Soloff ou ne pas oublier parmi la pléthore de livret de 64 pages fleure bon la Records continuent d’accorder
Mark Murphy (dont son style se disques de Sun Ra. • kAtiA touré culture musicale et discographique. beaucoup d’importance à l’objet-
rapproche) ont montré au fil des Michael ray (tp, bugle), Marshall Indis(sur dix)pensable. disque, et leurs rééditions de
disques son attachement à une Allen (as, fl), John gilmore (ts,
musique qui lui a fait rencontrer cl, fl), noël Scott (as, bs, fl),
kenneth Williams (ts, bs, fl), danny
une partie du gotha du jazz. Et pour thompson (bars, fl), Sun ra (p,
l’accompagner, c’est à la formation org), Chris Henderson, eric Walker
de base piano-basse-batterie qu’il (dm), June tyson (voc). Willisau
revient pour ce nouvel album au (Suisse), concert au gasthof
répertoire très varié. David Bowie, Mohren, 24 février 1980.

60 Jazz Magazine Numéro 682 Avril 2016


MoN
déroutant à première écoute, par ce
trop-plein de directions abordées. dISQuE
Inutile de chercher à catégoriser A MoI
cet album. Ses moments les plus
brillants nous font voyager tout au magazine
long d’évanescentes et mélancoliques
pièces folk/post-rock où le piano
de Martin hederos pose une Chaque mois, un membre de
empreinte minimaliste et harmonique, la rédaction choisit dans sa
Sébastien Texier qu’entrelace la guitare fluide de Johan discothèque un grand classique,
Quartet Lindström, tout en échos et arpèges
un trésor oublié ou un disque
dreamers atmosphériques. Tonbruket nous
offre ainsi une palette de thèmes injustement méconnu.
1 CD Cristal Records / harmonia Mundi
aux mélodies simples et soignées,
✪✪✪✪
Alan Shorter
saupoudrées de synthés bruitistes
Nouveauté. Le goût des mélodies aux horizons cinématiques. on peut
aura toujours été au cœur de être plus réservé, à vous de juger,
Sébastien Texier. Le saxophoniste-
clarinettiste en donne une nouvelle
sur les tentatives plus explosives
de Tarantella et Linton, sortes de
Orgasm
fois l’illustration dans “Dreamers” boogie-rock éclatés et mutants Verve - 1968
dont il signe la quasi-totalité des aux entournures binaires. Des
compositions. Pour cette invitation ouvertures qui ne brouillent pourtant « Il surprenait,
au rêve, le quadragénaire a formé un nullement une partition d’ensemble il inquiétait, il
groupe au format inusuel : guitare convaincante. • JeAn-Pierre vidAL dérangeait...
électrique (planant Pierre Durand), Martin Hederos (p, synth), Johan Quand il parlait,
batterie (sobre Guillaume Dommartin) Lindström (g, keys), dan Berglund quand il jouait,
(b), Andreas Werliin (dm) + Ane
et orgue hammond B3 (généreux Brun (voc), Per texas Johansson son phrasé était
olivier Caudron). Sébastien Texier (bcl), Anna Höberg (bars), Martin à la fois “timide”
peut ainsi se livrer sans contraintes Holm (ts). Hambourg, Clous Hill et staccato,
avec ce trio qui partage ses recordings, août 2015.
classiques certifiés et/ou oubliés des plein de chuchotements et d’éclats,
aspirations dans une atmosphère de zigzags et de silences », écrivait
années 1970 et 1980 font référence. sereine et chaleureuse. Deux titres
on se réjouit donc de retrouver “What Philippe carles en 2004 à propos du
émergent, l’hommage (écrit par
cha’ Gonna Do For Me” de chaka frère disparu de Wayne Shorter, Alan,
Sébastien Texier) à ornette Coleman
Khan remasterisé, augmenté de trois Dreaming With Ornette et une valse
Alan l’oublié, Alan l’incompris, Alan
bonus tracks (dont deux faces b de d’olivier Caudron, Cape Cod. Un l’indomptable qui disait de lui-même,
45-tours rares de grande qualité). En album qui apporte à chaque écoute dans le n° 219 de Jazz Magazine : « Je
1981, la diva soul au phrasé et à la son lot supplémentaire de bonheur. • trouve que le terme Musique de Jazz
technique dignes de ses consœurs JeAn-LouiS LeMArCHAnd Noire ne suffit pas à la faim de ma
jazz avait survécu au tsunami disco Sébastien texier (as, cl), olivier chucho Valdes curiosité personnelle. J’ai orienté ma
et réussi à se renouveler en tant Caudron (org), Pierre durand (elg), tribute to irakere (Live in vision non vers le Jazz Noir, puisque
guillaume dommartin (dm). rochefort, je suis déjà Noir, mais vers la musique
qu’artiste solo – elle avait débuté huit Studio Alhambra Colbert. 2015. Marciac)
ans plus tôt au sein du groupe Rufus. Transcendante et Universelle, c’est à
1 CD / DvD Jazz village / harmonia Mundi
Tout cela sous l’égide du grand dire la musique de mon être inspiré par
Nouveauté. Davantage qu’une Dieu. »
producteur Arif Mardin, qui avait boucle qui se referme, c’est la
réuni un casting d’exception autour prolongation d’une ligne essentielle
d’elle – Michael Brecker, Richard Tee, “orgasm” est l’idéal remède à
de sa carrière qu’effectue ici le
Anthony Jackson, Steve Ferrone... – pianiste cubain Chucho valdès, 74 faire écouter – de gré ou de force,
et veillé avec autant d’attention à la ans. La découverte d’anciennes débrouillez-vous – à ceux qui,
qualité du songwriting. Résultat : un partitions de son groupe Irakere lui a pensant aimer le jazz, écartent d’un
modèle d’équilibre entre soul, funk, donné l’envie de revisiter les grandes méprisant revers de la main « le free ».
pop et jazz. “What cha’ Gonna do Tonbruket heures de cet ensemble charnière du cette musique spirituelle, habitée,
For Me” est un disque jubilatoire où Forevergreens jazz cubain, qui modernisa celui-ci méditative, convulsive et d’une étrange
les classiques ne manquent pas : la dans les années 70 en puisant dans et rageuse douceur, est jouée par un
1 CD Act / harmonia Mundi
le funk, la musique classique, les trompettiste lunaire et un saxophoniste
chanson-titre, We Got Each Other, Nouveauté. Déjà le quatrième album big bands, l’ensemble des musiques
I Know You I Live You, Fate... Sans incendiaire (Gato Barbieri, au souffle
pour Tonbruket toujours mené par latines, autant qu’il le connecta à la absolument déchirant) taillant à vif
oublier la reprise décoiffante de le contrebassiste Dan Berglund, spiritualité de la santeria. L’écoute de
Night In Tunisia (renommé And The dans le silence. deux morceaux – mes
l’ancien compagnon du regretté ce répertoire, composé à l’époque
Melody Still Lingers On), featuring Esbjörn Svensson au sein du trio EST.
préférés – sont propulsés par charlie
par valdès, et complété de morceaux
dizzy Gillespie et herbie hancock, Depuis leur triptyque initial, chacun récents dans le même esprit, tel
haden (b) et Muhammad Ali (dm).
qui termine son solo de clavitar à des musiciens de Tonbruket s’est l’épique Afro-Comanche (17’56 mn), Quatre autres – dont l’époustouflant
l’unisson avec un sample de... charlie octroyé une liberté d’explorations permet d’évaluer l’influence d’Irakere Straits Of Blagellan – par Reggie
Parker (le fameux alto break du 28 musicales (rock, musique de film…) sur les générations successives Johnson et Rashied Ali. Les liner notes
mars 1946). Si Quincy Jones avait toujours plus diversifiées, confirmée de musiciens cubains, notamment sont passionnantes. Elles sont écrites
produit “What cha’ Gonna do For par la présence d’invités comme la pianistes : d’omar Sosa à Roberto par Amiri Baraka, qui avait pris le
Me”, il n’aurait pas fait mieux. c’est chanteuse Ane Brun et le saxophoniste Fonseca, nombreux sont ceux soin d’interviewer Wayne Shorter. Et
Martin holm. Dans cet esprit de à s’être inspirés du syncrétisme Rashied Ali aussi témoignait de son
dire. • FrédériC goAtY
surprise qu’affectionne le groupe, et des innovations formelles du admiration pour l’aîné des Shorter. •
“Forevergreens” est sensiblement groupe. Moins révolutionnaires, par noAdYA Arnoux

Avril 2016 Numéro 682 Jazz Magazine 61


le guide

5 QuESTIoNS À

Manu Katché
Star people
il y a onze ans, dans Muziq, Manu katché se souvenait de
ses débuts en studio et des nombreuses stars qui avaient
fait appel à lui. Le 7 avril, à L’olympia, c’est lui qui, cette
ETIENNE DE vILLARS

fois, invitera quelques prestigieux “Friends”.

Vous rappelez-vous votre première séance d’enregistrement ? de venir en Angleterre pour participer aux séances de
Manu Katché Non. ce dont je me souviens, c’est du “métier”. J’arrivais en studio “So”. on s’est retrouvés dans une vieille grange – c’était
sans savoir pour qui j’allais jouer, j’installais ma batterie et je déchiffrais les avant qu’il crée le studio Real World –, son producteur
partitions. Il fallait que ça aille vite, trois titres en trois heures. Je sortais du daniel Lanois était là aussi. Le premier morceau sur
conservatoire, j’avais besoin de gagner ma vie, et “faire le métier” m’a permis de me lequel j’ai joué, c’était Don Give Up. J’ai tout de suite été
constituer un bon carnet d’adresses. Plus tard, j’ai joué avec Zao, un groupe qui a à l’aise avec sa musique, parce qu’elle avait beaucoup de
connu son heure de gloire en pleine vague jazz-rock. on a commencé à m’appeler de consonances africaines.
plus en plus souvent. À la fin des années 1970, André ceccarelli occupait largement
le terrain, et j’étais le petit jeune qui montait. J’avais aussi un groupe avec Francis c’est à cette époque que votre carrière a pris une autre
Lockwood, Sylvin Marc et Jean-Michel Kadjan. on a fait pas mal de séances dimension...
J’ai fait deux tournées mondiales avec Peter Gabriel, puis
ensemble, pour Michel Jonasz notamment. c’est lors d’une séance avec catherine
j’ai enchaîné avec Robbie Robertson, Joni Mitchell, Tracy
Lara que j’ai rencontré le bassiste Tony Levin, qui m’a confié que Peter Gabriel
chapman, les Bee Gees et plein d’autres. Je ne suis pas
cherchait un nouveau batteur. Plus tard, j’étais aux sports d’hiver avec des potes et
calculateur, ni ce qu’on appelle un “requin de studio”. Si
j’ai reçu un coup de téléphone de... Peter Gabriel ! on était en pleine montagne, j’ai j’avais vraiment été hypnotisé par l’argent et que j’avais
cru que c’était une blague : j’ai raccroché. Mais c’était vraiment lui ! Il m’a proposé accepté toutes les propositions qu’on me faisait à cette

62 Jazz Magazine Numéro 682 Avril 2016


Annonce JAZZ CONNOISSEUR Jazz Magazine 92x252_- 04/03/16 16:29 Page

présente

époque, je n’aurais plus besoin de bosser aujourd’hui ! Lors


de la première tournée Amnesty, j’avais rencontré le batteur
Steve Jordan. Il était tellement fan de mon jeu qu’il m’avait
proposé de me passer toutes les séances auxquelles il ne
pouvait pas participer... En fait, je crois que ma façon de
Une nouvelle collection
jouer a surpris les Américains, ils n’avaient jamais entendu
ça chez eux.
pour retrouver en version originale
quelques pépites des catalogues
En 1988, vous avez enregistré avec Joni Mitchell.
comment l’aviez-vous rencontrée ? COLUMBIA, EPIC et RCA VICTOR
Au studio Real World, quand je jouais avec Peter Gabriel.
J’étais très pote avec le bassiste Larry Klein, qui avait De CHET BAKER à SONNY ROLLINS en passant
remplacé Tony Levin dans le groupe de Peter pour une
tournée, et qui était le compagnon de Joni Mitchell. Larry par STAN GETZ et DUKE ELLINGTON,
était au studio pour travailler sur la production d’un disque
pop. Il était aussi question que Joni enregistre une musique
retrouvez 25 albums qui ont fait l’histoire du jazz
de film. Je lui ai suggéré de commencer à travailler au
studio Real World, ce qu’elle a fait. Puis elle m’a demandé
de jouer sur quelques titres. Joni aime bien expliquer les
thèmes de ses chansons aux musiciens, elle fait toujours
ça avant de les enregistrer. dans le cas de My Secret Place,
par exemple, elle m’a dit que ça devait illustrer un couple
d’adolescents en train de faire de la Jeep sur des dunes. Elle
voulait que je suggère le roulis de la voiture... c’est donc
ce que j’ai essayé de faire... et ça lui a plu ! Finalement, le
projet de musique de film est tombé à l’eau et Larry [Klein]
m’a dit qu’elle allait enregistrer son nouvel album [“Chalk
Mark In A Rain Storm”, Geffen, 1988] à Los Angeles, où je
les ai rejoints. une limousine m’attendait à l’aéroport, on
m’a conduit directement au studio, où je me suis retrouvé à
faire les chœurs entre david crosby et Joni, qui trouvait mon
petit accent français charmant. J’aurais dû participer à son
disque suivant, mais j’étais à New york pour les répétitions
de “The Soul cages” de Sting. Impossible pour moi d’aller
à Los Angeles. Quand je lui ai demandé pourquoi elle ne
pouvait pas venir à New york, Joni m’a répondu que c’était
parce qu’on ne pouvait pas fumer dans les avions...

Dans un autre registre, que souvenir gardez-vous de votre


rencontre avec Jeff Beck ? Vous jouez sur son album
“Who Else !”...
de ses séances, il ne reste qu’un titre avec moi, alors que
j’avais participé à tout un album ! comme à son habitude,
Jeff Beck a tout refait au dernier moment. Il y avait Tony
hymas aux claviers, Pino Palladino à la basse, et le guitariste DAVE BAILEY One Foot in the Gutter • CHET BAKER Chet Is Back! • RAY
Steve Lukather était le producteur. on avait vraiment BRYANT Little Susie • GARY BURTON A Genuine Tong Funeral • JOHNNY
enregistré un disque sublime... Quel dommage. Juste avant, COLES The Warm Sound • PAUL DESMOND Easy Living • LES DOUBLE SIX
il avait fait le même coup à Terry Bozzio ! Jeff est un garçon Les Double Six • DUKE ELLINGTON Far East Suite • GIL EVANS Plays
très spécial. on s’est retrouvé dans sa maison moyenâgeuse,
il faisait froid, c’était très troublant... The Music Of Jimmy Hendrix • STAN GETZ featuring JOAO GILBERTO
The Best Of Two Worlds • DAVE GRUSIN Kaleidoscope • LEE KONITZ
Quels sont les musiciens avec lesquel vous aimeriez Stereokonitz • JEANNE LEE with RAN BLAKE The Newest Sound
enregistrer ? Around • LOU LEVY A Most Musical Fella • HELEN MERRILL Parole e
Il y aurait eu Miles davis, évidemment. James Taylor, musica • CHARLES MINGUS Tijuana Moods • PHINEAS NEWBORN
j’aimerais bien, ç’a d’ailleurs presque failli se faire. Keith Fabulous Phineas • THE DAVE PIKE QUARTET Pike’s Peak • PONY
Jarrett ? Il en a été question... Manfred Eicher, le producteur
de EcM, avait le projet de nous faire jouer en duo, mais
POINDEXTER Pony's Express • THE BUD POWELL Strictly Powell •
Jarrett est un quelqu’un de si compliqué que j’ai abandonné SONNY ROLLINS What's New? • CHARLIE ROUSE Yeah! • THE SEXTET OF
cette idée. • Au MiCro : FrédériC goAtY et JérôMe PLASSerAud (extrait d’une ORCHESTRA USA Mack The Knife • GEORGE RUSSELL The RCA Victor
interview parue dans le n° 2 de Muziq, mars 2005) Workshop • MARTIAL SOLAL At Newport ‘63
cd “unstatic” (Anteprima Productions / Musicast).
coNcERT Le 7 avril à Paris (L’olympia) avec Sting,
Richard Bona, Noa...

Avril 2016 Numéro 682 Jazz Magazine 63


le guide

lunettes colorées, jupettes


estudiantines – et une suite de
chansons enregistrées live au
cours de l’été 2015. clin d’œil :
l’album a été et coproduit par
Tony Visconti, déjà témoin des
métamorphoses discographiques
de david Bowie. « Good Lava,
le premier titre d’“Emily D +
Evolution“, évoque une éruption
volcanique, le besoin d’exploser.
La lave peut être destructrice,
mais elle peut aussi être
purificatrice et créative, elle peut
créer des îles. Emily est comme
une éruption
de tout ce qui
sommeillait en
moi depuis des
années… Dans
la vie, lorsqu’on
veut faire face à
GRoS PLAN sa propre identité,
rien n’est prévu
à l’avance. Ça
me fait penser
aux travestis

Esperanza
qui sortent dans
la rue pour la première fois
après avoir adopté leur nouvelle

Spalding
apparence. Ils ne vous envoient
pas un faire-part la veille en
vous disant : “Au fait, demain je
vais sortir de chez moi habillée

emily folie ?
en homme !” » [Rires.]

À l’intersection de la poésie, du
théâtre, de l’improvisation et
de la performance live, “Emily
Avec “emily d + evolution”, d + Evolution“ sonde avec
audace les facettes immergées
la bassiste-chanteuse remise sa d’une créativité hirsute. une
sophistication jazz au profit d’un prise de risques assumée,
concept-album transgenres à forte mais l’émancipation artistique
d’Esperanza Spalding ne risque-
teneur autobiographique. une prise de t-elle pas de l’éloigner de la
risque assumée, quitte à froisser les famille jazz qui l’a vu éclore ?
« Non, car je fais toujours partie
aficionados de la première heure. de cette famille. Imaginons
x/DR

que je sois juive : si j’épouse


un non-juif, je reste juive quoi
qu’il arrive. Je n’ai jamais
« What ?! » Esperanza Spalding album studio, s’écarte pourtant je joue avec Wayne Shorter et promis d’être une musicienne
manque de recracher son quart de l’esthétique classico-jazz un orchestre symphonique, je de jazz à vie, ni que je jouerais
Vittel lorsque l’envoyé de Jazz d’“Esperanza“ (2008) et “chamber suis tout aussi sincère, mais ces éternellement des standards.
Magazine lui déclare avoir Music Society” (2010). « J’aurais chansons, cette musique et ces Quand Brian Blade joue “Mama
entendu de la pop, du rock et bien du mal à qualifier le genre histoires sont si proches de mon Rosa”, il est toujours un des
du reggae lors de son concert de ces nouvelles chansons », cœur que ça m’effraie parfois. » meilleurs motherfuckers à la
donné la veille au soir, à La cigale reconnait la chanteuse et bassiste. batterie. Il dit la vérité quand il
de Paris. Quelque part entre les « Elles m’ont totalement prise dans “Emily d + Evolution”, joue de la batterie : je fais juste
introspections electro-acoustiques par surprise au moment où je les Esperanza Spalding se glisse dans la même chose avec ma basse et
de Joni Mitchell et l’excentricité ai écrites. Tout ce je peux dire, la peau d’Emily (son deuxième ma voix. » • Christophe Geudin
lyrique de Kate Bush, “Emily D + c’est que ces chansons sont prénom), alter ego défini par sa CD “Emily D + Evolution“ (Concord
Evolution” [✪✪✪✪], son cinquième éminemment sincères. Quand nouvelle apparence – dreadlocks, Records / Universal).

64 Jazz Magazine Numéro 682 Avril 2016


JAZZ
Au cINé
conséquent, qu’à leur apparition, bousculées qui occupent la
ces morceaux n’en demeurent pas majeure partie de l’album, son
moins modernes, pertinents, portés alacrité semble contrariée par des
par les excellents musiciens actuels ballades lui imposant de respecter
de valdès (lui-même étincelant), une écriture en conflit avec ses
dont le bouillant Ariel Bringuez. Un propres inclinations. Rare entorse
regret, subjectif : la récurrence de à la coutume zornienne, l’album
passages percussifs et chantés, au recèle deux prises d’un même
détriment du lyrisme des envolées morceau (Talmai). • dAvid CriStoL
instrumentales. Le souffle de Craig taborn (p), Christian
l’hommage – la réappropriation McBride (b), tyshawn Sorey (dm).
plutôt – reste indéniable. • new York, Second Story Sound,
25 novembre 2015.
BertrAnd BouArd
Manuel Machado, reinaldo Melian,
Carlos Sarduy (tp), rafael Aguila
(as), Ariel Bringuez (ts), Chucho
valdès (p), gaston Joya (b, voc),
rodeny Barreto (dm, voc), Yaroldy
Abreu robles, dreiser durruthy
Bombalé (perc, voc). Concert à
Jazz in Marciac, 3 août 2015
ExTRAITS DU DvD LE GLAIvE ET LA BALANCE

haïti Vodou :
Ritual Music
From The First
Black Republic
Folk trance Posession
(1937 - 1962)
John Zorn
Flaga Plays Masada Book two
1 CD Tzadik / orkhêstra
3 CD Frémeaux & Associés / Socadisc
✪✪✪✪
Nouveauté. Nous voilà plongés
Le glaive et la balance
✪✪✪✪ en haïti, à une époque où Le jazz à l’écran n’est pas toujours là où on l’attend. exemple :
Nouveauté. Après avoir mis en l’esprit d’une Afrique de l’ouest quand Anthony Perkins avoue sa passion pour Lou Bennett
ancestrale, du Bénin au Sénégal
lumière divers big bands (The
Spike orchestra, Klezmerson, Zion en passant par le Nigeria ou dans Le glaive et la Balance (1963) d’André Cayatte.
80), Zorn suscite un trio inédit le Ghana, est encore le point
pour ce 27e volume de la série. d’orgue de la culture vaudou. Générique : le Lou Bennett & Kenny méfaits d’une jeunesse délinquante,
Si Tyshawn Sorey compte parmi Cette compilation réunit cantiques, clarke Jazz combo, filmé dans le feu le film déroule des dialogues d’une
les collaborateurs réguliers du prières et chansons cultuelles de l’action et dont le swing ardent crudité étonnante pour l’époque.
compositeur, et si Craig Taborn sur des rythmes tribaux aux contribue à installer l’ambiance Sur fond de dolce vita sur la côte
n’est pas sans liens avec la “famille religions animistes africaines caniculaire du film. on rencontre d’Azur, les turpitudes des uns le
Tzadik”, la présence de Christian qui ont parcouru l’Atlantique ensuite un peintre incarné par disputent au mal-être des autres.
McBride peut surprendre, mais elle au cours de la traite négrière. Anthony Perkins, Jean-claude
Anthony Perkins, tardivement alité
fait sens. En effet, la raison d’être de D’abord une centaine de rythmes Brialy et Renato Salvatori sont
vaudou parmi les rites aux trois après une soirée arrosée. « Qu’as-tu
la session est que cette musique, encore fait hier soir ? » demande sa soupçonnés de l’enlèvement et du
inscrite dans la généalogie d’une tambours, la musique de l’haïti
Danse orchestra, le carnaval, ou compagne, qui entre dans la chambre meurtre d’un enfant de la jet set,
culture juive aux racines revivifiées, mais ont pour alibi d’avoir passé
les chants de possession, parfois et le réveille. « Je suis allé entendre
soit interprétée par des artistes – la soirée au club le Tam-Tam. Il est
certes plus ou moins modernistes surprenants, dans les années Lou Bennett », répond-il en roulant
40 et 50. Puis, au début des hors du lit. « Fantastique ! Toute la établi que deux sont coupables
selon le cas – ancrés dans la
années 60, place au chorégraphe, salle hurlait. J’étais dans un tel état et que le troisième est innocent.
tradition afro-américaine. C’est cette
collision des héritages qui intéresse danseur et musicien mais aussi que je suis rentré tout de suite, pour Mais lequel ? L’intrigue tourne
Zorn, amateur de déséquilibres journaliste, feu Jean-Léon Destiné, ne pas perdre le tempo. » Plus tard, autour de cette énigme. chantage,
constructifs devant l’Eternel. Le gardien des danses haïtiennes se frayant un chemin à travers une prostitution, arnaques, jalousies,
matériau thématique entretient donc aux Etats-Unis. En créole haïtien, violences, racisme : derrière la fête
Destiné donne à entendre, avec
assemblée cosmopolite d’adolescents
avec “le jazz” un rapport dialectique avachis sous l’emprise de quelque permanente, les travers et les vices
et offre – dans la continuité du son orchestre, des invocations par de chacun se dévoilent à mesure
un chœur d’hommes, avec flûte et ivresse, l’inspecteur chargé de
quartette Masada créé en 1993 l’enquête grommelle, les dents que l’enquête progresse. Entre
percussions. L’exploration continue
– une combinatoire opérationnelle
serrées, un désapprobateur : épicurisme mondain, détestation
de leitmotivs aux accents levantins avec la voix ensorcelante de la
intergénérationnelle et citoyens
et de rythmes impairs férocement chanteuse et danseuse Emerante « Celui qui a inventé le jazz... »
de Pradines, membre d’une prompts à lyncher leur prochain,
swingués. McBride, magistral à le film s’achemine vers un procès
l’archet sur Harbonah, fend les flots dynastie d’artistes émérites parmi En ce temps-là, écouter du jazz
lesquels son père, le chanteur Ti tendu. Et dire que l’on se plaint que
avec une aisance prodigieuse ; le pouvait mener au pire, et vous
Candio. Soit un admirable travail les jeunes n’écoutent plus de jazz de
bassiste n’a pas volé son Grammy transformer en coupable idéal aux
de recherche signé Bruno Blum. nos jours ! • dAvid CriStoL
Award obtenu au titre de « meilleur yeux de la bonne société. Moulé dans
solo improvisé de l’année ». Si Transcendant ! • kAtiA touré DVD Le Glaive et la Balance (Gaumont).
une tradition cinématographique
Taborn fait son miel des pièces Plus de détails dans le livret
utilisant le jazz comme bande-son aux

Avril 2016 Numéro 682 Jazz Magazine 65


les ch cs chOc
magazine

christophe Phronesis
Monniot Parallax
Bruno chevillon 1 CD Edition Records / harmonia Mundi

Franck Vaillant Nouveauté. Très demandé dans toute


l’Europe, sauf curieusement en France,
ce combo anglo-scandinave s’inscrit
Freestyles dans la grande famille de ce qu’on a
1 CD Le Triton / letriton.com appelé un temps les “nouveaux trios”,
tout en restant fidèle aux valeurs
Nouveauté. L’origine de ce trio est
doublement accidentelle, Vaillant,
qui remplace daniel humair, et Monniot,
Ralph Alessi cardinales du jazz : goût du risque, du jeu
et de l’improvisation.
qui remplace Michel Portal – s’étant Quiver
Après leur précédent album live, le très
retrouvés un beau jour aux côtés du 1 CD ECM / Universal
ébouriffant “Life To Everything” (2014),
contrebassiste.
Nouveauté. deux ans pile (à une semaine près) après on aurait pu craindre que le retour au
“Baïda”, tel un coucou suisse passé de New york à oslo, le studio entraîne avec lui une musique
D’où, comme le remarquait Franck Bergerot
quartette de Ralph Alessi entre en studio pour enregistrer moins spontanée, plus cadrée. Il n’en est
sur jazzmagazine.com à l’issue du concert,
son second disque pour EcM. Rituel ? compulsion de heureusement rien. Avec Phronesis, ni grooves
un esprit d’impromptu et de “première
répétition ? oh que non !  raides comme des piquets, de joliesses
fois” auquel ils sont restés fidèles. Sans jeu
autosatisfaites, ni d’effets superflus (non,
de mots (humair s’était cassé l’humérus),
Le pianiste a changé (et que ceux qui croyaient l’excellent Jason non, je ne vise aucun trio en particulier…).
on évoquerait volontiers une culture de la
Moran irremplaçable écoutent bien Gary versace, ici présent – et Leur musique 100% acoustique semble
brisure et une sorte de démesure joyeuse
comment !). Pour le reste, la consistance du quartette s’est encore au contraire couler de source, tel un fluide
chère à Monniot, démesure qui passe par
accrue sur de superbes compositions du leader. voici quelqu’un qui circulant librement d’un musicien à l’autre :
une polyphonisation généralisée, grâce à
sait ce que veut dire composer/arranger pour un quartette : point écoute constante, interaction au quart de tour,
des effets électroniques renforçant le multi-
de complaisance, foin de clichés, au diable les facilités mélodiques réactivité au quart de poil. En un mot : ça
instrumentisme du saxophoniste qui ajoute
ou harmoniques… Pas non plus d’aridité cérébrale. Par contre un joue ! Le contrebassiste Jasper høiby – dont le
le piano à sa palette. on est capté d’emblée
sens du son, de l’espace et du phrasé frissonnants, des nuances “ø” évoque forcément de manière subliminale
par son éloquence, son art du balayage
à vous donner la chair de poule (quiver  = trembler, en anglais), un un certain NhØP, son compatriote danois –
sonore, aylerien en diable dans Free For Two.
art de raconter des histoires… Plus question ici de parler d’ “Alessi impressionne par sa virtuosité virevoltante et
Des séquences moins pulsées font proliférer
l’intello”. Car c’est aussi la chair même de sa trompette que le sa sonorité riche et pleine ; à la batterie, le
des atmosphères colorées, hypnotiques
souffleur semble avoir fondue dans le creuset du quartette pour Suédois Anton Eger fait danser les grooves
(Free Ambiant), d’autres explorent librement
concocter un disque sensuel, riche, vibrant d’interaction, que l’on les plus complexes en les parant d’un swing
le registre de la ballade (Free Ballad). Ce
n’hésitera pas à qualifier de remarquable. • tHierrY QuénuM aérien ; le pianiste britannique Ivo Neame
“Freestyles” peut s’entendre comme un
ralph Alessi (tp), gary versace (p), drew gress (b), nasheet Waits complète le tout avec un jeu au goût très sûr,
vibrant hommage à ornette Coleman, coiffé
(dm). oslo, rainbow Studio, 29 et 30 septembre 2014. ne sombrant dans aucun des clichés auxquels
par le vaste diptyque central Free Man /
cèdent tant de ses collègues. Imaginez le trio
Lonely Woman, irrésistible ascension collective
d’Avishai Cohen, certaines facilités en moins,
achevée dans le suraigu du sopranino.
et vous aurez une bonne idée du son de
Chevillon brille par l’omniprésence fluide dont
cette formation, qui mêle avec bonheur jazz,
il nourrit l’édifice commun, mais aussi par ses
grooves contemporains et influences latines
contributions étonnantes à la toile sonore (Free
dégraissées de toute forme d’exotisme. •
Hymn). La puissance de vaillant, parfaitement
PASCAL roZAt
à son aise, se déploie avec un parfait dosage
de l’énergie jusqu’aux sommets les plus ivo neame (p), Jasper Høiby (b), Anton eger
(dm). Londres, Abbey road Studio 2,
incandescents (Free Noisy). Un dosage jouissif 18 octobre 2015.
dans les citations qui fusent, comme dans
l’aisance à “s’approfreeier” tous les matériaux
(Free Thing – Mackie Messer). • 
vinCent Cotro
Christophe Monniot (saxes, p, elec), Bruno
Chevillon (b, elec), Franck vaillant (dm, elec).
Les Lilas, concert au triton, 20 décembre 2014.

66 Jazz Magazine Numéro


Jazz Magazine Numéro681
682Mars
Avril2016
2016
GRoS PLAN
chanson. Sa voix patinée revêt une force
saisissante aussi bien qu’une vulnérabilité
dont l’expression relève des plus grands
styles du genre.

Née Betty haskins en 1946 dans


une famille catholique de Muskegon
(Michigan), cette future orchidée de la
soul n’apprend pas le chant à l’église
baptiste ou pentecôtiste mais chez ses
parents, où le blues et la country sont
en odeur de sainteté. Elle grandit dans
le même quartier de detroit qu’Aretha
Franklin et Smokey Robinson, mais le
gospel n’est pas son école, elle sera plutôt

Bettye
attirée par l’atmosphère des night-clubs.
A 16 ans, on lui fait graver un single (My
Man – He’s A Lovin’ Man) distribué par
coronado
Lavette
Atlantic et qui figurera dans les meilleures
ventes R&B.
Au pire, un bien Les labels se succèdent (calla, Silver Fox,
1 CD Label La Buissonne / harmonia Mundi SSS, Atco, Epic, Motown...) en produisant

La longue
Nouveauté. Tout commence par un çà et là un titre-fétiche : le lancinant He
crescendo de plus de cinq minutes Made A Woman Out Of Me, la ballade
Let Me Down Easy ou, plus grave, un

marche
basé sur une idée unique. une
concision où résident sans doute succès disco. Mais les ratages sont
la force de Gilles coronado, et la dus tantôt à une partie, tantôt à l’autre.
raison d’être du groupe qui porte Lavette quitte une première fois Atlantic
son nom. parce que les compositeurs Jerry Leiber
Grâce à l’énergie et l’excellence du
Attendue le 3 mai à Jazz Sous et Mike Stoller s’en vont ailleurs, alors
qu’on lui offre les services du jeune Burt
son d’ensemble, l’intérêt ne faiblit Les Pommiers, elle a tenu son Bacharach. En 1973, Atlantic/Atco enterre
à aucun moment. L’attitude est très
rock : choix de la pièce d’ouverture (La
art à bout de voix durant quatre un album que tirera de l’oubli – en 2000
Traque), présence de Franck vaillant décennies où abondèrent les – le collectionneur français Gilles Pétard.
Motown tentera de lui faire endosser la
et de Matthieu Metzger, acteur central rendez-vous manqués, avant de toilette musicale de diana Ross... Pendant
du très métal Killing Spree. Cette
quête d’efficacité n’exclue nullement s’inscrire au premier rang des six ans, Lavette participe à un grand
le raffinement, et la première partie de artistes soul de sa génération. spectacle de Broadway, apprend les
la plage suivante (Des bas débits des claquettes et côtoie cab calloway. Son
eaux) rappelle que Gilles Coronado, Bettye Lavette est un phénomène vocal jeu de scène d’aujourd’hui en est parfois
membre fondateur du collectif hask, l’écho.
dont le métier s’est forgé en un temps
a souvent fréquenté des territoires où
l’élaboration musicale était aussi intense où l’industrie du disque ne misait pas
assez sur elle pour que sa carrière prenne une autre carrière s’ouvre à elle en 2003
qu’approfondie. Chacun, ici, apporte sa avec “A Woman Like Me”, qui confirme
pierre à l’édifice. Matthieu Metzger est une forme arrêtée. Elle a dû changer de
siècle et dépasser la soixantaine pour que que l’on a aussi affaire à une voix du
un saxophoniste “augmenté”, des effets
s’ajoutant souvent à son souffle ; Franck ses aficionados aillent se fondre dans blues. Le vrai tournant survient en 2005
vaillant possède un drive implacable une audience internationale et que ses avec l’entrée de Lavette dans la maison
et un sens de la rupture fort à propos ; enregistrements se mettent enfin à lui Anti – et “I’ve Got My own hell To Raise”,
quant à Antonin Rayon, apparemment ressembler. dont le producteur Joe henry donne une
discret – il prend peu de solos –, il est Mais la lenteur du processus lui a fait empreinte onirique aux enregistrements
en fait la clé de voûte de l’ensemble, le développer des qualités toutes personnelles à teneur traditionnelle. Suivront des
liant de ce groupe qui se distingue par et une liberté artistique que seul peut-être réussites comme “Thankful N’Thoughtful”
sa singulière alchimie sonore. • (2012) et “Worthy” (2015).
ce début de 21e siècle pouvait couronner.
LudoviC FLorin
« Je chantais du R&B en 1962, quand vous Aucune chanteuse n’a eu d’influence
Matthieu Metzger (as, effets), gilles réelle sur Bettye Lavette, dont les
Coronado (g), Antonin rayon (Hammond n’étiez pas nés », lance-t-elle en 2007
B3, claviers), Franck vaillant (dm). dans Before The Money Came (The Battle inspirateurs furent Ray charles, Bobby
Pernes-les-Fontaines, Studios La Of Bettye Lavette). « J’ai gardé mon style Bland, Frank Sinatra... Elle rappelle que
Buissonne, 9-11 mars 2015. son ancien manager Jim Lewis, qui avait
toutes ces années sans changer de bord, il
m’a donc fallu attendre… pour que l’argent été musicien de big band, l’initia aux
vienne. » dans le domaine de la soul, meilleurs vocalistes du jazz en lui faisant
plusieurs chanteuses de sa classe d’âge pratiquer Sophisticated Lady ou Lush
ont refait surface après une éclipse ou un Life. Mais son identité ne fait aucun doute :
détour par le gospel, Betty harris et candi « Si je chantais un aria, ce serait celui d’une
Staton entre autres. Lavette, elle, est allée soul singer. » • PHiLiPPe BAS-rABérin
de demi-succès en sévères échecs tout en CD “Worthy” (Cherry Red Records).
cultivant une manière unique de traduire les
CONCERT Le 3 mai à Coutances (Jazz Sous Les
émotions. on aurait peine à citer une autre Pommiers).
soul woman qui allie autant de conviction à
la faculté de s’approprier entièrement une

Avril 2016 Numéro 682 Jazz Magazine 67


le guide

Antonin Rayon,
Gilles coronado,
Franck Vaillant et
Matthieu Metzger
kronik express

117 Elements Larry Browne Pierre Fenichel God Save Bob James christophe
Dark Flow Leap Year Trio The Swing ! Nathan East Laborde Quartet
117elements. Black & Blue / Socadisc Breitenfeld The Biggest Little The New cool heart Of Things
bandcamp.com on avait déjà remarqué Label Durance / Orkhêstra Band In The Flat 1 cD concord Records / VLF Production /
Dix-huit mois après ce chanteur (également En compagnie d’Alain Land Socadisc L’Autre Distribution
leur revigorant premier trompettiste) dans les Soler (g) et Cedrick Bec Autoproduction / Ça commence bien : Dès les premières
cd, “Flash Memory”, voice Messengers (dm), le contrebassiste godsavetheswing James au piano, East phrases, la cohésion
le groupe codirigé par de Thierry Lalo. Cet Pierre Fenichel (entendu Transposant au Plat à la contrebasse. Ça est manifeste entre le
l’omniprésent claviériste “Américain à Paris” récemment dans, entre Pays la définition de change. Ça ne swingue leader-compositeur
Tony Paeleman et installé dans la capitale autres, divers “projets” l’orchestre de John Kirby pas des masses, mais Christophe Laborde, et
le bassiste Julien depuis plus d’une de Raphaël Imbert) (“The Biggest Little Big c’est effectivement cool, ses trois comparses,
herné revient avec un quinzaine d’années propose une relecture Band In The Land”), sinon new. hélas, ça se Giovanni Mirabassi
mini-album (quatre présente ici son trio inspirée de thèmes de Jean-Paul Estiévenart gâte assez vite, la faute (p), Mauro Gargano
titres et 17:26 au habituel (yves Brouqui à Dave Brubeck et de Paul (tp), Edouard Wallyn à des arrangements de (b) et Louis Moutin
compteur) uniquement la guitare et Jack Gregg Desmond (Breitenfeld de (tb), Kenny Jeanney (ss, cordes façon Les feux (dm). L’album ne vaut
disponible en vinyle ou à la basse) auquel vient son vrai nom). Au fil des ts, ts), Matteo Carola de l’amour qui cassent pas seulement par les
en téléchargement – se joindre l’excellent morceaux savamment (g), victor Foulon (b) l’ambiance. Ce n’est qualités intrinsèques
soyons modernes ! Leur batteur Mourad choisis (les “tubes” ont et Armando Luongo pas avec ce genre de de son initiateur qui
mélange savamment Benhammou. Standards été écartés au profit de (dm) s’approprient avec disque que ces deux domine avec maestria le
dosé de grooves et swing au programme pièces moins connues une séduisante unité remarquables musiciens saxophone soprano dont
pop, d’arabesques et... étonnamment, et connotées), le trio de ton les partitions vont faire oublier – en une belle prise de son
électroniques et de l’un des deux titres explore avec bonheur la de Charlie Shavers France – leur réputation donne à entendre toutes
culture jazz séduira instrumentaux est signé complexité et la richesse et John Kirby, Manny de smooth jazzeux. les couleurs. Chacun
toujours autant les ornette Coleman (The d’une musique qui parut Albam, Benny Goodman Dommage ! • de ses partenaires,
aficionados de Kneebody Blessing). • souvent si “facile”... • et Lionel hampton, Al FrédériC goAtY interprètes aguerris s’il
et de Mehliana. • PHiLiPPe vinCent PHiLiPPe vinCent Cohn et Ernie Wilkins. Et en est, se montre à son
JuLien Ferté même si Luongo n’est avantage, bénéficiant
pas o’Neil Spencer, d’une réelle liberté
je remercie le hasard d’expression. •
qui a fait atterrir cette JeAn-LouiS LeMArCHAnd
autoproduction dans
ma poche. •
ALFred SordoiLLet

Jean-Philippe Stéphane Watchdog Brand X Simone Prattico Things Gonna


o’Neill Tsapis Trio You’re Welcome Live From Stockholm Brooklyn Sessions Get Better
Willie’ O Border Lines Label Pince Oreilles / Gonzo Multimedia / That’s It / Street Funk And
Black & Blue/Socadisc cristal Records / label.collectif Import Angleterre L’Autre Distribution Jazz Grooves 1970-
Réunis sous la houlette harmonia Mundi pinceoreilles.com Quatrième cd des Enregistré comme son 1977
d’un batteur dont Avec Marc Buronfosse Révélation. original dans “official Bootleg Series”, titre l’indique dans BGP Records /
l’expérience s’est (b) et Arnaud Biscay sa structure, le duo enregistré cette fois le la Grosse Pomme en Import Angleterre
nourrie sur les scènes (dm), le pianiste formé par Anne Quillier 30 mars 1978 au Club février 2014 avec le BGP Records, label
parisienne et new- Stéphane Tsapis se (p, elp, cla) et Pierre Karen par l’une des pianiste Klaus Mueller anglais spécialisé dans
yorkaise, ses partenaires penche ici sur ses horckmans (cl, bcl) l’est incarnations “bis” de ce et le contrebassiste les rééditions, a pour
Ronald Baker (tp, racines grecques. aussi, et surtout, dans groupe majeur du jazz- Brandi Disterheft, voici habitude de publier
voc), Philippe Petit Morceaux traditionnels son approche. Les six rock made in England : le premier disque sous d’excellentes rééditions
(p) et Peter Giron (b) de Macédoine et d’Asie courtes pièces de ce Peter Robinson (cla), son nom d’un excellent dédiées aux Grandes
forment un quartette Mineure, chansons premier album étonnent Mike Miller (elg), Percy batteur italien qui a fait Musiques Noires.
homogène. Il conjugue, populaires de différentes ainsi par leur variété, Jones (elb), Chuck ses classes à Paris. Celle-ci retrace en
sur un héritage régions, de différentes passant du sombre au Burgi (dm) et Morris La personnalité de ses vingt titres comment le
commun marqué par époques, et quelques léger en multipliant les Pert (perc). Prise de sidemen n’est peut-être jazz et le funk étaient
le bop, des influences compositions originales textures sonores et les son tout à fait correcte, pas aussi affirmée que la intimement mêlés à
plus contemporaines. servent de matériel figures rythmiques et en mais for fans only, sienne, les compositions cette époque, entre
Chacun apporte sa thématique aux intriquant intelligemment comme on dit outre- manquent un peu de les dures réalités du
pierre à l’édification improvisations, le jazz écriture et improvisation, Manche. Les néophytes relief, mais tout cela post-mouvement des
d’un album plaisant, qui s’accommodant tant le tout sans s’encombrer commenceront plutôt s’écoute avec certain droits civiques et certain
rend pleine justice au bien que mal d’une de barrières stylistiques, par “Livestock” et les plaisir. Belle reprise de “afro-mysticisme”. Avec,
talent de chacun des musique folklorique mais sans perdre en premiers albums studio. Maiden Voyage d’herbie entre autres raretés,
protagonistes.• qui lui est étrangère. • cohérence. Surprenant, • JuLien Ferté Hancock. • oliver Nelson, Pretty
JACQueS ABouCAYA Pierre de CHoCQueuSe rafraîchissant et très noAdYA Arnoux Purdie, Fatback, Idris
attachant. • Muhammad, vernon
FéLix MArCiAno Garrett... • Peter CAto

68 Jazz Magazine Numéro 682 Avril 2016


FocuS

Les tribulations
christophe
Lampidecchia
Douce Joie
Florence Melnotte
Whynotmelnotte
Unit Records /
Nadja
Sextet de clarinettes
basses
du Tricollectif
Marianne Mélodie /
Disques Dom
unitrecords.com Arbre canapas /
arbre-canapas.com
Les musiciens du tricollectif figurent parmi les
Remarquée voici plus de
Christophe dix ans à la Défense, elle À l’ombre littérairement plus actifs de la nouvelle scène jazz hexagonale.
Lampidecchia (acc), nous revient, son piano incontestable et lyrique
Diego Imbert (b) et entouré de drôles de d’André Breton, et en témoignent les nouveaux disques de théo et
Minino Garay (perc)
s’entendent à donner
machines : “keyboard”
lambda qu’elle fait
convaincus que La
beauté sera convulsive
valentin Ceccaldi et de roberto negro.
une version nerveuse et drôlement sonner et ou ne sera pas, six
affranchie de la valse Kaossilator, petit écran clarinettistes basse s’en Le violoniste Théo ceccaldi est
swing, ici incarnée par dont on joue en en donnent à cœur joie. A
quelques-unes des caressant la surface. coups de langue et de probablement le plus en vue de
plus belles partitions de La profondeur de sons filés, Jean-Paul la bande, qui en plus de l’oNJ
Gus viseur (Jeannette, l’attaque et l’économie Autin, Samuel Chagnard, d’olivier Benoit, du Quatuor
Flambée, Ombrages, de geste sur le piano Clément Gibert, Michel IXI ou du tentette de Joëlle
etc., sans oublier la évoquent Paul Bley, Mandel, Sylvain Nallet
troublante Douce Joie) plus une sorte d’ironie et Emmanuelle Saby Léandre, mutiplie initiatives
sous le parrainage de et de minimalisme que nous régalent d’une et collaborations, de sa Petite
Christian Escoudé qui prolonge un recours série de pièces à la fois Moutarde à La Scala en passant par
cosigne quelques-uns iconoclaste et discontinu écrites et improvisées Toons et deux Maisons. Il apparaît
des originaux du leader à l’électronique donnant qui s’écoutent avec
émancipé du genre à chacune des courtes ravissement tout du aujourd’hui dans deux nouveaux
valsé et contribue aux pièces de son récital long, qui n’est d’ailleurs projets bien distincts d’un point de
couleurs contrastées une insolite dimension pas si long que ça ! vue esthétique mais également passionnants. En compagnie
de ce “Tribute to Gus plastique narquoise. • Bravo ! •
Viseur”. • FrAnCk Bergerot PHiLiPPe MéZiAt
de son frère Valentin (cello) d’abord, au sein du trio “In Love
ALFred SordoiLLet With” [✪✪✪✪] (1) du batteur Sylvain darrifourq, au groove sec
et abrupt, pour une musique virtuose, à la fois narrative et
abstraite, quasi cartoonesque dans
ses ruptures de ton et son sens
aigu du rythme et de la précision
formelle. Au sein du duo “Babies”
(2) ensuite avec son vieux complice
NEWS le pianiste Roberto Negro, pour
une conversation “chambriste”
Les gagnants du concours “Florian Pélisser - Les Biches Bleues”, résolument lyrique, traçant sa
Alexandre Bresson, Bruno Vesco, charlie Guillou, daniel Pensec, route sinueuse entre improvisation
Francois Quinodon, Francois Bonicel, Francois Molina, Kevin et composition pour s’aventurer
Levoivenel, olivier Le strat et Pierre Perez sont invités au concert dans des zones d’une grande
au New Morning, le 5 avril 2016. Alain claverie, dominique catiau, richesse de timbres ou animées de
Eric Le Bailly, Marc Esposito et Philippe Boudeau recevront leur frénésies rythmiques dignes des sonates de Prokofiev [✪✪✪
✪]. on retrouve enfin Negro sur “happy Meal” (3) du quintette
exemplaire dédicacé du 33-tours “cap de Bonne Espérance”.
Quant à Fabrice clairet, Jacques Guyot, christian Schott, Jean-louis italo-portugais WAS? (What About
Morin, Jean-luc Lazare, Jean Bihan, Michel Berard, Philippe Simonci, Sam ?) porté par le trompettiste
Alexis Grammatopoulos et Jacques Vidal, ils Luis Vicente, pour une musique
recevront leur exemplaire du cd “cap de Bonne qui là encore trouve l’essentiel
Espérance”. Pour le concours “Manu Katché de sa singularité dans un souci
And Friends”, Bruno Vesco, Gregoire casseleux, constant de la dramaturgie,
Jean Philippe Burgos, Thierry champré et Vincent chaque morceau développant des
Gervat sont invités à l’olympia le vendredi 7 avril solutions innovantes pour faire
2016. Félécitations à tous les vaiqnueurs! • Déjà évoluer sa forme et ses humeurs à
dans les bacs : “Gainsbourg in Jazz” (Wagram travers des interventions solistes
Music), une double compilation imaginée par souvent inspirées, le lyrisme
notre pigiste Lionel Eskenazi. Vingt-quatre chansons originales sur mélancolique et languissant du
le cd 1 (“Gainsbourg Meets Jazz”, avec, entre autres classiques saxophoniste ténor Federico Pascucci se révélant comme un
impérissables, Le Poinçonneur Des Lilas, Du Jazz Dans Le Ravin, des atouts de cette formation. • StéPHAne oLLivier
Black Trombone, Le Claqueur De Doigts...) et dix-huit reprises sur (1) BeCoq Records / becoq.bandcamp.com. (2) Le Triton / L’Autre Distribution.
le cd 2 (“Jazz Meets gainsbourg”) : Couleur Café par Musica Nuda, (3) Jacc Records / Jacc-records.com
Valse de Melody / Je T’Aime Moi Non Plus par Aldo Romano, Rémi
Vignolo et Baptiste Trotignon, Manon par le Banjamin Moussay trio,
Sorry Angel par Jef Lee Johnson (avec Nathalie Richard)... •

Avril 2016 Numéro 682 Jazz Magazine 69


le guide La discothèque idéale
10 disques essentiels

1975

Gil Evans And


Au début des années 1980, un his Orchestra
jeune bassiste nommé Marcus There comes A Time
RCA
Miller devient son producteur et
son compositeur de prédilection Woodstock, 1969 : David Sanborn
aborde timidement Jimi Hendrix
et change le son de sa musique.

David
en coulisse. Six ans plus tard, au
Sanborn commence à collectionner sein de l’orchestre d’un ses plus
les disques d’or et les Grammy grands admirateurs du Voodoo Child,
Awards, et on lui colle souvent Gil Evans, il signe un émouvant
solo dans le sublime Little Wing.
– à tort –, l’infamante étiquette
A cette époque, la musique du

Sanborn
smooth jazz. Entre 1988 et 1990, génial arrangeur est fièvreusement
il présente le show télévisé Night électrique et passionnément
Music, où jamment, souvent en sa libertaire. Dans le mémorable So
compagnie, des artistes du calibre Long en hommage à John Coltrane,
Sanborn et son alto, en état de grâce,
de Sonny Rollins, Miles Davis, rivalisent d’invention avec le ténor de
Joe Sample ou Pharoah Sanders. Billy Harper.
A l’occasion de son passage à Jazz Sous Les Pommiers
En décembre 1998, il présente le
le 5 mai, retour sur le parcours discographique du
saxophoniste à travers ses propres albums, mais aussi show David Sanborn & Friends et
ceux de Gil Evans, Mike Stern ou encore Tim Berne. fait jouer ensemble d’Angelo, Eric 1985
Clapton, Cassandra Wilson, Marcus
Miller, Steve Gadd et Don Alias...
Récemment, “Time And The River”
Depuis la mort de David Bowie, le concert du quintette d’Horace Silver, marquait ses retrouvailles avec
nom de David Sanborn a souvent en 1961, qu’il eut la révélation : Marcus Miller (c’est le répertoire de
été cité. Logique, puisqu’il joue « C’était l’époque de “Doin’ The ce disque qu’il jouera à Coutances).
magnifiquement sur “Young Thing”, qui venait de sortir sur Blue
Americans” (1975), l’un des meilleurs Note. Je jouais du sax depuis quatre Parmi ses saxophoniste favoris,
disques du chanteur anglais, alors ans environ, je n’étais qu’un petit outre ceux avec qui il a étudié (J.R.
en pleine extase soul. Dans les débutant. J’ai été assommé. La Montrose et George Coleman), harvie Swartz
seventies, David Sanborn était l’un musique était géniale, et je me suis figurent Charlie Parker, Gene Urban Earth
des saxophonistes de studio les dit que si je pouvais avoir le même Ammons, Hank Crawford, Jimmy Gramavision
plus demandés. Mais ses lucratives job que Junior Cook, ce serait Forrest, Cannonball Adderley, Où l’on retrouve Mike Stern et David
activités de session man ne l’ont fantastique. » Maceo Parker, Jackie McLean et Sanborn, mais cette fois sous la
jamais empêché de se produire Phil Woods. Citer tous les albums direction d’un contrebassiste raffiné
live avec Bowie, Stevie Wonder À 30 ans, David Sanborn enregistre auxquels il a participé est une et élégant connu pour ses duos avec
Sheila Jordan. Dès le premier titre,
et James Taylor, mais aussi avec son premier 33-tours, “Takin’ Off”, tâche quasiment insurmontable,
Sweet Walk, le son d’alto donne tout
l’orchestre de Gil Evans et, quelques tout en prenant une part active au mais Mose Allison, Paul Simon, Al son cachet à la musique, volontiers
années plus tôt, avec Albert King, groupe des Brecker Brothers. À Jarreau, James Brown, Bob James, soft et mélodique. Dans Falling,
Little Milton et le Paul Butterfield la même époque, il partage aussi Jaco Pastorius, Fontella Bass, Todd Sanborn impose tout en douceur son
Blues Band – qui lui permit de son temps entre David Bowie et Gil Rundgren, Michael Franks, Tommy phrasé chantant. Sa complicité avec
Stern fait tout le sel d’Until Tomorrow,
participer au festival de Woodstock. Evans. « Je me souviens avoir joué Bolin, Steve Khan, Esther Phillips, relevé par les subtiles épices
avec Bowie au Madison Square John McLaughlin, Eddie Palmieri, percussives de Manolo Badrena.
Né le 30 juillet 1945 à Saint-Louis, Garden, à New York. A peine le Bill LaBounty, Chaka Khan ou Claus
David Sanborn s’est toujours situé concert terminé, je prenais un vol de Ogerman savent l’irrésistible attrait
au carrefour du jazz, de la soul et nuit pour Florence, avec une escale de ce son d’alto unique. •
de la pop. C’est en assistant à un à Rome, pour jouer avec Gil... » FrédériC goAtY

70 Jazz Magazine Numéro 682 Avril 2016


1975 1977 1983 1984

The Brecker David Sanborn Mike Stern David Sanborn


Brothers heart To heart Neesh Straight To
Brecker Bros. Warner Bros. Kenwood The heart
Arista Son meilleur de l’ère “pré- Produit par Hiram Bullock, le Warner Bros.
Marcus Miller”. Le casting premier album de celui qui Ce pétillant opus jazz-funk-
Le premier album de Randy et
laisse rêveur (David Spinozza, n’allait pas tarder à devenir soul-pop gravé live in studio a
Michael Brecker sort la même
Mike Mainieri, Don Grolnick, l’ex-guitariste de Miles Davis scellé la réputation de Sanborn,
année que celui de Sanborn,
Richard Tee, Anthony Jackson, est un festival de solos bluesy mais aussi celle de Marcus
“Taking Off”. Dans l’un et
Steve Gadd...). Son alto épouse et “bop’n’roll” à souhait. Mais, Miller, grâce à la légendaire intro
l’autre, l’alchimie entre les trois
avantageusement les mélodies ô surprise, Stern est quasiment slappée de Run For Cover. Lotus
compères fait la différence. Mais
accrocheuses de Solo, Heba éclipsé par un David Sanborn Blossom (Don Grolnick au piano),
“Brecker Bros.” est porté par
et Anywhere I Wander. Grands plus inspiré que jamais, et porté Hideaway et Lisa surpassent
des compositions supérieures.
moments : le délicat Lotus par le swing musclé de Tom les versions studio. Chanté par
L’alto de Sanborn se distingue
Blossom, signé Grolnick (Michael Barney (basse électrique) et de Hamish Stuart (d’Average White
dans Sponge, Sneakin’ Up
Franks y ajoutera des paroles en Victor Lewis (batterie). Dans Band), Love And Happiness donne
Behind You, et plus encore dans
1980), et Short Visit, en grande Zee Frizz et Bruze, son phrasé l’occasion à Sanborn-le-preacher
Rocks (belle passe d’armes avec
formation, arrangé par Gil Evans sinueux et funky et sa sonorité de rivaliser vocalement avec
Michael Brecker), dont la frénésie
– fait rare : Sanborn est très fier habitée et rieuse ne peuvent son alto. À la guitare, le travail
contagieuse doit autant au bebop
de son solo. laisser indifférent. N’est-ce pas d’accompagnateur du regretté
qu’à James Brown – avec lequel
cher Pierrick Pédron ? Hiram Bullock force le respect.
il venait d’ailleurs d’enregistrer...

1991 1992 1992 1999

David Sanborn David Sanborn Tim Berne David Sanborn


Another hand Upfront Diminutive Mysteries Inside
Elektra Musician Elektra (Mostly hemphill) Elektra
Un disque passionnant et à part Son grand classique, produit par JMT / Winter + Winter Retour en terrain connu avec un
dans la discographie de l’altiste, Marcus Miller, qui redonne à la En compagnie d’Herb Robertson opus soulissime supervisé encore
produit par Hal Willner, grand musique de son compère new- (trompette), Marc Ducret (guitare), une fois par Marcus Miller, expert
spécialiste des croisements yorkais une touche organique, Hank Roberts (violoncelle), Mark ès mélodies sur mesure : Corners
stylistiques. On y retrouve Bill chaleureuse et monstrueusement Dresser (contrebasse) et Joey Baron (For Herbie), Brother Ray (en
Frisell et Marc Ribot (elg), Mulgrew funky. Miller le bassiste est en état (batterie) – excusez du peu –, hommage à devinez qui), When
Miller (p), Charlie Haden (b), Joey de grâce (son association avec le Tim Berne (sax alto et baryton) et I’m With You (chanté par la fille de
Baron et Jack DeJohnette (dm), batteur Steve Jordan fait merveille). David Sanborn (alto et sopranino) Donny Hathaway, Lalah)... Côté
mais aussi quelques habitués de Miller le compositeur aussi : les s’en donnent à cœur joie et mêlent reprises, difficile de résister au
l’univers sanbornien (Marcus Miller, futurs standards lui tombent des leurs voix pour rendre hommage à Daydreaming d’Aretha Franklin, où
Steve Jordan, Don Alias). Sanborn mains, de Snakes à Benny en leur héros, Julius Hemphill. Qui est l’alto scintillant de Sanborn flirte
imprime sa marque à First Song passant par Crossfire, Full House et qui ? Qui joue quand ? La tête nous avec la voix bleu-nuit de Cassandra
d’Haden, Monica Jane de Frisell ou Alcazar (cocomposé avec Sanborn). tourne ! Un disque inattendu, osé Wilson, et à Ain’t No Sunshine de
Jesus du Velvet Underground... Quant à la reprise de Ramblin’ (sans bornes ?) et tout en beautés Bill Withers, qui nous rappelle que
d’Ornette Coleman, elle est entrée convulsives, qui rabattit le clapet des Sting est un grand chanteur.
directement au panthéon du funk. détracteurs du natif de Saint-Louis,
plus libre, plus free que jamais.

Avril 2016 Numéro 682 Jazz Magazine 71


JEU CONCOURS

GAGNEZ
10 PLACES DE
CONCERT
présente Date
limite du
jeu
8 avril
2016

Réglement du jeu concours


Ce jeu concours Jazz Magazine-IN VIVO
gratuit sans obligation d’achat est exclusivement ouvert aux personnes
majeures, résidant en France métropolitaine (Corse non comprise).
Les dotations mises en jeu sont les suivantes :
5 places pour le concert de Lisa Simone à l’Olympia le jeudi 14 avril 2016
Valeur totale : 247,50 € TTC.
Pour participer, il suffit d’envoyer un mail à :
jeu.concours@jazzmagazine.com avec en objet le nom de l’artiste « LISA
SIMONE » et les coordonnées complètes dans le corps de message, avant la
date du tirage au sort réalisé le 8/04/2016 à 16h (de convention expresse entre
le participant et « L’organisatrice », les systèmes et fichiers informatiques
de Jazz Magazine feront seuls foi).
Tous les frais exposés postérieurement au jeu notamment pour l’entretien et
l’usage de ces lots sont entièrement à la charge du gagnant.
Le règlement complet peut être adressé gratuitement, sur simple demande par
e-mail à : jeu.concours@jazzmagazine.com

72 Jazz Magazine Numéro 682 Avril 2016


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Qui jouait du berimbau
de façon plus envoûtante
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que Nana Vasconcelos ?
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Le grand percussionniste,
chanteur et compositeur AG
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brésilien est mort le 9
mars. Il avait 72 ans. On
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se souviendra longtemps m a ri on
de ses contributions aux
ag ga l s
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disques de Don Cherry, ine e
d’Egberto Gismonti, de Pat .c .co
Metheny om m

le live
S.DELhoMME

festivals clubs concerts radio internet télévision


x/DR

Orléans pas mort !


« orléans’ Jazz est mort, vive le jazz », tel
hUNTER MCKNIGhT

est le slogan du nouveau festival Jazz or


Jazz d’orléans. Du 13 au 17 avril, une belle
alternance stylistique verra se succéder Melody

x/DR
Gardot, les Freaks de Théo Ceccaldi, Jan
Garbarek et Trilok Gurtu (photo ci-dessus), Mats Lisa live
Banlieues Bleues, Gustafson, le White Desert orchestra d’Eve
Risser, Jozef Dumoulin, Lisa Simone, le Rhoda
Lisa Simone sera à l’affiche de l’Olympia le 14 avril
entre 9.3 et 7.5 Scott Lady Quartet, l’Europa Berlin de l’onj, le
à Paris et du festival Jazz or Jazz le 16 à Orléans.
On pourra également l’entendre le 1er à Six Fours,
trio d’Alexandra Grimal, le photo-concert de
Banlieues Bleues poursuit sa route, l’Œil de l’éléphant de Guy Le Querrec avec le le 23 à Pennmarch et le 30 à Schiltigheim. Au
toujours tangentielle, entre musiques quartette Portal-Sclavis-Texier-Marguet, Kenny programme : les nouvelles chansons de “My World”,
du monde et musiques actuelles, avec Garrett… (voir p. 75.) récompensé par quatre étoiles dans ce numéro.
quelques belles incarnations des mondes
du jazz et de son actualité comme les
doubles plateaux de La Dynamo à Pantin,
le 7 avril avec le Spring Roll de Sylvaine
hélary et le tentet de Joëlle Léandre, le
9 avec les montages audio-vidéo de la La tournée de
saxophoniste chicagoane Matana Roberts Terence
(photo) et le groupe Novembre d’Antonin- De retour du festival de Carthage
Tri hoang. Le 17 avril, les Banlieues et en route pour le Gateshead
Bleues entreront dans Paris pour le Int’l Festival outre-Manche,
concert d’olivier Lété, Philippe Lemoine et l’E-Collective du trompettiste
Aymeric Avice à l’Atelier du Plateau. Terence Blanchard s’arrêtera le
14 avril au bord du Lac Léman
au Cully Jazz Festival et le 15 à
Paris (New Morning).
x/DR

Avril 2016 Numéro 682 Jazz Magazine 73


rendez-vous

Ateliers Les airs en pelote Ils en parlent


rencontres Le collectif Tricollectif relance Le 1er avril au Campus
Le 30 avril, le séduisant duo ses Soirées Tricot les 1er et 2 Clignancourt (Paris 18e), Frédéric
de la joueuse de koto Mieko avril à Strasbourg (Centre du Monino parlera, basse en mains,
Miyazaki et du saxophoniste Fossé des Treize) du 25 au 30 de Jaco Pastorius, en compagnie
Franck Wolff ouvrira le festival avril à Paris (La Générale). on de François Laizeau à la batterie
itinérant Les Ateliers Jazz de y retrouvera les personnalités et de Laurent Cugny au clavier.
Meslay-Grez en Pays de Loire, du collectif (les frères Ceccaldi, Le 3, au Sunside, Lionel Eskenazi
qui se poursuivra jusqu’au 7 mai, Roberto Negro, Guillaume commentera l’art du trio selon Bill
fidèle à son esprit de rencontres Aknine, Gabriel Lemaire…) en Evans avec le pianiste Richard
entre professionnels et jeunes une multitude de formations se Turegano, le contrebassiste
musiciens issus des différents recombinant et se décombinant Jacques vidal et le batteur Philippe
ateliers jazz de Mayenne. avec leurs sympathisants, tels Soirat. Le 28 à Avignon (Ajmi),
Émile Parisien dialoguant sur Jean-Paul Ricard consacrera sa 4e
les Métamorphoses nocturnes Jazz Story à Coleman hawkins.
de Ligeti (le 2 à Strasbourg, le
youn Sun Nah et Airelle Besson 30 à Paris), le trio In Love With Monniot joue

x/DR
de Sylvain Darrifourcq (le 1er à
Strasbourg, le 29 à à Paris) ou sa carte
JACKy LEhMANN

FESTIVAL le Grand orchestre du Tricot en Les 22 et 23 avril, dans le cadre


hommage à Lucienne Boyer (le 2 de sa carte blanche au Triton des

JSLP à Strasbourg, le 25 à Paris). Lilas, Christophe Monniot invitera


Rhoda Scott avec la complicité du
céline au fil
d’avril
commence batteur Jeff Boudreaux.

Du 5 au 7 avril, le trio de Céline


Bonacina sera en résidence à
très fort Pour ceux qui
aiment Guilhem
la Luciole d’Alençon avec les
Habituellement calé sur le Notre correspondant new-yorkais
soixante musiciens du Megapulse week-end de l’Ascension, le Guilhem Flouzat jouera des
orchestra pour préparer le plus souvent dans la seconde extraits de son disque “Portraits”
programme qu’elle y donnera moitié de mai, Jazz Sous (Choc de notre numéro de février),
le 8, et qu’elle emmènera Les Pommiers débutera ainsi que des nouvelles chansons,
ensuite à Coutances le 1er mai cette année le 30 avril par le 17 au Sunside (Paris) avec
(Jazz Sous Les Pommiers), et la chanteuse Isabel Sörling, le
une journée dense : le trio Paul Lay
xDR

le 7 au Mans (Europa Jazz). saxophoniste Christophe Panzani,


Entre temps, la saxophoniste
de François Chesnel dont le pianiste Laurent Coq et le
aura présenté l’album “Crystal le bassiste, Yoni Zelnik, Le Lay sur le feu contrebassiste Joachim Govin.
Rain” de son nouveau quartette enchaînera avec le concert du Paul Lay, on en parle, et on
le 11 avril à Paris (Petit Journal quartette de géraldine Laurent. l’entend en sideman, avec Dédé & Enrico
Montparnasse), le 19 à Rouen ensuite, on foncera écouter Géraldine Laurent (le 27 avril
Après son album “Golden Land”,
(Le 106) et le 20 à Angers (Le la création de Youn Sun nah à Brest et le 30 à Coutances), avec David El Malek, hein van
Boléro). on l’entendra également avec l’orchestre régional de avec Ping Machine (deux CD à
auprès de Nguyên Lê le 5 mai, de Geyn et Enrico Pieranunzi,
normandie, sur des partitions paraître le 29 et en concert à André Ceccarelli retrouvera le
et avec les Groove Retrievers de Radio France le 14 mai), mais
Julien Lourau le 6 à Coutances. d’Airelle Besson, et l’on sautera l’a-t-on écouté en trio ? Alors
pianiste italien les 22 et 23 avril
son dîner pour entendre le filons le 2 avril au Sunside où il
à Paris (Sunside), sous le regard
quartette de Chris Potter, perspicace du contrebassiste
Une fois dans puis le duo eric Bibb-Habib
se produira avec le contrebassiste Diego Imbert.
l’Ouest koité... et ça continue jusqu’au
Clemens van der Feen et le
batteur Dré Pallemaerts.
on en parle depuis quelques 7 mai ! Par bonheur, l’europa Watts up ?
années dans l’ouest français :
le jeune pianiste Edouard
Jazz du Mans s’est décalé en Siffler en Redécouvert grâce à Charlie
haden au sein de son Quartet
Ravelamanantsoa présentera sens inverse pour programmer travaillant
son final du 18 au 21 mai. West, le saxophoniste Ernie Watts
son premier programme solo le Programmé le 8 décembre sera à la tête de son propre
21 avril à Nantes (Pannonica), au New Morning, leur concert quartette les 29 et 30 avril à Paris
en première partie du Lucky parisien avait été annulé. (Duc des Lombards).
Dog 4tet de Fred Borey et yoann Pour fêter leur album “The
Loustalot. Whistleblowers”, David Linx, Paolo
Fresu et Diederik Wissels seront
Louéké & co au Café de la danse le 14 avril
Le guitariste béninois Lionel avec le contrebassiste Christophe
Louéké revient avec ses premiers Wallemme et le batteur helge
complices, le contrebassiste Andresa Norbakken. David Linx
Massimo Biolcati et le batteur sera également le 15 à Namur
Ferenc Nemeth, le 7 avril à Paris avec Paolo Fresu et Steve
PATRICIA WATTS

(New Morning) et le 9 à Marciac houben, le 22 à l’affiche de la nuit


(L’Astrada). du jazz du Théâtre de Caen avec
le Brussels Jazz orchestra. Ernie Watts

74 Jazz Magazine Numéro 682 Avril 2016


le live
agenda Jonathan Glusman

Tremplins FESTIVALS
Les tremplins et
concours fleurissent Logan nous JAZZ DE MARS, Eure-
et-Loir, jusqu’au 3 avril
Le 12 Ala.Ni, Meshell
Ndegeocello 4tet
LAROchEMILLAY JAZZ
FESTIVAL, Larochemillay
avec les beaux jours : épate sans Pat (jazzdemars.com)
Le 1er olivier Temime
Les 13, 14 Calypso Rose
Le 14 olivier Lété / Philippe
et environs, du 15 au
17 avril (03 86 30 43 99,
Jazz en ville (ex-Jazz Découvrant nos réserves à propos volunteered Slaves Lemoine / Aymeric Avice larochemillayjazzfestival.com)
à Vannes) du 26 au de la participation de Pat Metheny Le 3 Dixie Fellows Le 15 Roger Damawuzan Le 15 Les sourdines à l’huile,
29 juillet (candidature au disque de Logan Richardson & vaudou Game, Danialou Alipsir Trio, The White Butchers
VOIRON JAZZ FESTIVAL, Sagbohan, Batida Le 16 Pascal Borron, yez
jusqu’au 27 mai, dans le débat de notre numéro de Voiron, jusqu’au 10 avril Ensemble, Ze Tribu Brass Band,
festivaljazzenville. mars (« cela justifie-t-il d’embaucher (jazzavoiron.fr) chORUS, hauts-de-Seine, du Blended Peppers, Around Jaco
com), Tremplin Jazz Pat Metheny dès qu’on a le budget Le 1er Guillaume Perret Electric 1er au 10 avril (chorus.hauts- Le 17 yez Ensemble, Liane
adéquat ? »), des musiciens proches Epic de-seine.fr) Edwards
d’Avignon les 1er et Le 2 Le Polyswing Band, Avec entre autres :
2 août (candidature du saxophoniste se sont étonnés : Spring Trio Le 3 Robert Glasper Experiment JAZZ BAT LA cAMPAGNE,
jusqu’au 30 avril, « Mais il n’y a pas de budget… Pat Le 3 Michel Mandel / yves Le 7 Eliane Elias Parthenay, du 15 avril au 17
Metheny est venu jouer sur ce disque Gerbelot, Charlier / Sourisse Le 9 Sylvaine helary et Noémie juillet (lejazzbatlacampagne.
tremplinjazzavignon. parce qu’il le voulait ». Au Duc des European New 4tet (Perico Boutin, Raul Midon com)
fr), Jazz au phare Lombards les 8 et 9 avril, et tout au Sambeat / Massimo Cavalli) Le 15 Jazz à New Parth’, Lou
(Ile de Ré) du 15 au long de sa tournée européenne (sept Le 5 Rencontre Big Bands JAZZ OR JAZZ, orléans, Tavano 6tet
18 août (candidature Le 6 Arfi “Bobines Mélodies” du 13 au 17 avril Le 29 Geoffrey Chartre 4tet
dates de Londres à Rome), la question Le 7 Malcolm Potter Trio (02 38 62 75 30, jazzorjazz.fr)
jusqu’au 30 avril, ne se posera plus, puisque c’est Nir Le 8 Richard Galliano / Sylvain du 13 au 16 Tremplin jazz au RENcONTRES KOA JAZZ,
production@ Felder qui tiendra la guitare, auprès Luc Théâtre Montpellier, du 25 avril au
cristalprod.com). d’autres comparses réguliers (John Le 10 Raphaël Guyot 5tet Le 13 Melody Gardot, Will 08 mai (rencontreskoajazz.
Guthrie, tremplin jazz wordpress.com)
Escrett, Max Mucha et Tommy Crane). BANLIEUES BLEUES, Le 14 Théo Ceccaldi Freaks Programme non communiqué
Seine-Saint-denis, jusqu’au (Quentin Biardeau / Gianni
15 avril (01 49 22 10 10, Caseroto / valentin Ceccaldi SOIRÉES TRIcOT
L’AKBB et les kids L’Union fait la force banlieuesbleues.org) / Etienne Zienmiak), Mats voir Paris / La Générale /
L’UMJ (Union des Musiciens de Jazz), Le 1er Sorg & Napoleon Gustafsson Du 26 au 30
L’Amazing Keystone Big Band Maddox, Rayess Bek & La Mirza Le 15 Jan Garbarek Group
portée par une nouvelle équipe, a
poursuit sa conquête du jeune lancé en mars dernier un programme Le 2 David Krakauer (Trilok Gurtu / Rainer FESTIVAL ATELIERS JAZZ
public (entre fin de matinée et Le 5 Whahay (Robin Fincker Brüninghaus / yuri Daniel), Eve DE MESLAY-GREZ, Meslay-
de concerts mensuels dans ses / Paul Rogers / Fabien Risser White Desert orchestra, Du-Maine, du 30 avril au 7 mai
début de soirée, plus nocturnes locaux, aux anciens Frigos (quartier Duscombs), Norberto Lobo Jozef Dumoulin (festivaljazz-meslay.com)
pour les grands) avec son de la Grande Bibliothèque à Paris). Il And João Lobo 6tet avec Lynn Le 16 Lisa Simone (hervé Le 30 Mieko Miyazaki & Franck
Carnaval jazz des animaux le 3 se poursuivra le dimanche 17 avril à Cassiers Samb / Reggie Washington / Wolf
avril à Paris (Théâtre des Champs Le 6 King Biscuit & Matthias Sonny Troupé), Rhoda Scott
17h30 avec le trio du pianiste Rémy Lehmann, Francesco Bearzatti Lady 4tet (sophie Alour / JAZZ SOUS LES POMMIERS,
Elysées), du 7 au 9 à Blagnac Toulon. Tinissima 4et avec Giovanni Lisa Cat-Berro / Julie Saury), coutances, du 30 avril au 7
(odysud où est également Falzone olivier Benoît oNJ “Europa mai (jazzsouslespommiers.com)
annoncée sa version de West
Side Story) et du 21 au 23 à
Bel équilibre dans Le 7 Spring Roll (Sylvaine
hélary / hugues Mayot /
Berlin”, Alexandra Grimal
Kanku Trio (Sylvain Daniel / Eric
Le 30 David Georgelet / yoni
Zelnik / François Chesnel,
Lorient (Théâtre). À vitrolles, le bocage Antonin Rayon / Sylvain
Lemêtre), Joëlle Léandre 10tet
Echampard), Luis Lopes, The
Magic Shookheads
Géraldine Laurent 4tet (Paul
Lay / yoni Zelnik / Donald
le 29 (salle Guy obino), c’est Le 29 avril, c’est le sextette de la Le 8 Tiganá Santana, Chucho Le 17 Guy Le Querrec “L’Œil Kontomanou), Aram Lee / Joce
l’adaptation de Pierre et le Loup pianiste Anne Quillier et le Melquiades valdés big band de l’éléphant” (Louis Sclavis Mienniel, Airelle Besson / youn
Quartet qui ouvriront Jazz Dans Le Le 9 Matana Roberts Solo, / Michel Portal / henri Texier Sun Nah / l’orchestre Régional
qui sera donnée en soirée. Novembre (Antonin-Tri hoang / / Christophe Marguet), Kenny de Normandie, Chris Potter
Bocage, festival itinérant dans quatre 4tet (Pablo held / Joe Martin
Romain Clerc-Renaud / Thibault Garrett 5t (vernell Brown /
communes, à mi-chemin entre
Out of the cool Montluçon et Moulins. Bel équilibre,
Cellier / Elie Duris)
Le 10 Fred Pallem Sacre du
Corcoran holt / McClenty
hunter / Rudy Bird), Kaja
/ Marcus Gilmore), Eric Bibb
/ habib Koité, Riot Jazz Brass
Le 2 avril, le Gil Evans Paris jusqu’au 7 mai, entre découvertes et Tympan 5tet “Cartoons” Draksler Band, Scratchophone orchestra
Workshop de Laurent Cugny sera confirmations : Grégory Privat & Sonny
à l’affiche du programme Jazz à Troupé, Magic Malik, Eric Truffaz…
Sorano de l’Espace Jazz à Sorano PARIS
de vincennes. La musique du Laurent unplugged
grand arrangeur sera revivifiée, Il aime les claviers électroniques VENDREDI 1ER Gérard Naulet and Friends duc des Lombards
relue et prolongée par l’un des (voir notre dossier dans ce numéro), Atelier du Plateau Les Renaissance Sean Gourley Lou Tavano 6tet
grands spécialistes de son œuvre Cachalots (comédiens Group Petit Journal Montparnasse
mais il n’en dédaigne pas pour improvisateurs + Leïla Martial Sunset Lew Tabackin Trio Millésime Big Band
et la fine fleur du jazz français autant le vieux piano en bois, fonte / Guillaume Roy / Pierre (Raphaël Dever / Mourad Petit Journal Saint-Michel
(Quentin Ghomari, olivier Laisney, et ivoire : Laurent de Wilde jouera en Tereygeol / François Merville) Benhammou) Les Rois du Fox Trot de Nicolas
Bastien Ballaz, Antonin-Tri hoang, trio avec Bruno Rousselet et Donald Baiser Salé Tangorra 5tet Sunside Charlie Sourisse 4tet Montier
Adrien Sanchez, Joachim Govin, Kontomanou le 8 avril à Paris au avec Annick Tangorra et Mario (Perico Sambeat / Massimo Sunset Lew Tabackin Trio
Canonge Cavalli) (Raphaël Dever / Mourad
Gautier Garrigue…). Sunside. café universel Alma viva campus clignancourt Benhammou) / Alain Jean-
avec Cecilia Recchia Conférence “Jaco Pastorius : Marie
cave du 38 Riv’ Sarah Wassef Grooves et Tourbillons” avec Sunside Faby Médina 6tet
Trio Frédéric Monino, François avec Irving Acao et Leonardo
caveau de la huchette Laizeau et Laurent Cugny Montana, Paul Lay Trio
Al Copley Trio (Clemens van der Feen /
caveau des oubliettes SAMEDI 2 Dré Pallemaerts)
Tribute To The Meters avec Baiser Salé Meddy Gerville /
Julien herné Michel Alibo / Damien Schmitt DIMANchE 3
cépage Montmartrois café universel Monica Shaka caveau de la huchette
Georges Locatelli / Pablo Trio Al Copley Trio
Campos / Dominique Lemerle / cave du 38 Riv’ Juliana olm caveau des oubliettes
Umberto Pagnini & Sambarilo’’w Trio Jam Session animée par Phil
LEo ANDRES

duc des Lombards Lou caveau de la huchette “Big Dez” Fernandez


Tavano 6tet Formule Bop Sunside Les Concerts
L’Entrepôt Célia Wa caveau des oubliettes Thématiques de Jacques vidal
Le Gil Evans Paris Workshop de Laurent cugny Petit Journal Saint-Michel voir au 1er présentés par Lionel Eskenazi

Avril 2016 Numéro 682 Jazz Magazine 75


le live

“hommage à Bill Evans, l’art 4tet (Giovanni Mirabassi / Trio (hugues Rousé / Sébastien
du trio” Mauro Gagano / Louis Moutin) Dochy) PARIS, LES ADRESSES, LES SITES…
Théâtre des champs- Sunside Eyot 4tet
élysées The Amazing Keystone MERcREDI 6 Théâtre du Châtelet Dhafer ATELIER chARoNNE cAFé uNIVERSEL GoEThE INSTITuT LA REINE BLANchE
Big Band Baiser Salé Mario Canonge youssef 21, rue Charonne (11e) 267, rue Saint Jacques (5e) 17, avenue de Iéna (16e) (ThEATRE)
Sunside Bill Evans et l’art / Michel Zenino, Anthony 01 40 21 83 35 01 43 25 74 20 01 44 43 92 30 2b, passage Ruelle (18e)
du trio présenté par Lionel Jambon Group VENDREDI 8 ateliercharonne.com cafe-universel.com goethe.de 01 40 05 06 96
reineblanche.com
Eskenazi avec Richard café universel Anne Baiser Salé Elle & Elles, Mario ATELIERS du cARREAu du TEMPLE LA JAVA
Turegano / Jacques vidal / Straquartz 4tet Canonge & Michel Zenino 5tet chAudRoN 4, rue Eugène Spuller (3e) 105, rue du faubourg du RENAISSANcE
Philippe Soirat caveau de la huchette Ellen (Josiah Woodson / Ricardo 31, passage de 01 83 81 93 30 Temple (10e) (hÔTEL PARIS VENdÔME)
Birath Band Izquierdo / Arnaud Dolmen) Ménilmontant (11e) carreaudutemple.eu 01 42 02 20 52 4, rue du Mont Tabor (1er)
café universel Jean Tucoulat 01 43 61 17 17 la-java.fr 01 40 20 20 00
LUNDI 4 duc des Lombards Daniel ateliersduchaudron.free.fr cAVEAu
caveau de la huchette Jean- humair Trio (vincent Lê Quang / Trio dE LA huchETTE MARcouNET (PéNIchE) SoRBoNNE (cAMPuS
Paul Amouroux Boogie Woogie Stéphane Kerecki) cave du 38 Riv’ Pierre Marcus L’ATELIER du PLATEAu 5, rue de la huchette (5e) Quai de l’hôtel de ville (4e) cLIGNANcouRT)
Machine olympia Marcus Miller 4tet (Irving Acao / Karim Blal / 5, rue du Plateau (19e) 01 43 26 65 05 06 60 47 38 52 2, rue Francis de Groisset
Giorgos Klountos) 01 42 41 28 22 caveaudelahuchette.fr peniche-marcounet.fr (18e)
duc des Lombards Charenee Petit Journal Montparnasse atelierduplateau.free.fr 01 40 46 22 11
Wade 4tet Ronald Tulle caveau de la huchette Ellen cAVEAu dES LéGENdES NEW MoRNING
New Morning omer Avital Petit Journal Saint-Michel 3 Birath Band AuTouR dE MIdI 22, rue Jacob (6e) 7, rue des Petites STudIo dE L’ERMITAGE
(yonathan Avishai / Asaf yuria / For Swing caveau des oubliettes 11, rue Lepic (18e) 01 43 26 36 26 Ecuries (10e) 8, rue de l’Ermitage (20e)
Alexander Levin / ofri Nehemya) Sunset Plumes 4tet Jonathan Chabbey / Boris 01 55 79 16 48 caveaudeslegendes.fr newmorning.com 01 44 62 02 86
Trouchaud / Clément Brajtman autourdemidi.fr studio-ermitage.com
Petit Journal Saint-Michel Sunside Laura David 4tet cAVEAu dES oLyMPIA
Pierre-yves Plat (Laurent Coulondre / Jérémy / Rémi Jeanin AuX PETITS JouEuRS ouBLIETTES 28, bd des Capucines (9e) SuNSET/SuNSIdE
Bruyère / Artur Alard) cinéma Le Balzac projection 59, rue Mouzaïa (19e) 52, rue Galande (5e) 08 92 68 33 68 60, rue des Lombards
MARDI 5 du concert de Duke Ellington 01 42 41 23 80 01 46 34 23 09 olympiahall.com (1er)
Baiser Salé Cynthia Abraham JEUDI 7 en 1958 à la Salle Pleyel et auxpetitsjoueurs.com caveaudesoubliettes.com 01 40 26 46 60/21 65
concert de l’Ellington Small PETIT JouRNAL sunset-sunside.com
Project, vincent verger 5tet Baiser Salé Noé huchard Trio, BAB ILo cAVE du 38 RIV’ MoNTPARNASSE
Band du CNSM dirigé par ThéÂTRE dES
avec Leonardo Montana Laurent Maur 4tet (Laurent 9, rue du baigneur (18e) 38, rue de Rivoli (4e) 13, rue du Cmdt
Pascal Mabit 01 42 23 99 19 01 48 87 56 30 Mouchotte (14e) chAMPS-éLySéES
cave du 38 Riv’ Parc x Trio Maur / Tiss Rodriguez / Felipe duc des Lombards Logan babilo.lautre.net 38riv.com 01 43 21 56 70 15, avenue de Montaigne
caveau de la huchette olivier Cabrera) Richardson 5tet (Nir Felder / petitjournalmontparnasse. 01 53 23 99 19
Defays invite Leslie Lewis café universel Universel John Escreet / Max Mucha / LE BAISER SALé LE céPAGE com theatrechampselysees.fr
caveau des oubliettes Connection voices Tommy Crane) 58, rue des Lombards (1er) MoNTMARTRoIS
Bassam caveau de la huchette Ellen 01 42 33 37 71 65, rue Caulaincourt (18e) PETIT JouRNAL SAINT- ThéÂTRE du chÂTELET
New Morning Cyrille Aimée lebaisersale.com 01 46 06 95 15 MIchEL 1, Place du Châtelet (1er)
New Morning Florian Pellissier Birath Band 5tet avec Adrien Moignard cepagemontmartrois.fr 71, bd Saint Michel (5e) 01 40 28 28 00
5tet (yoni Zelnik / David duc des Lombards Daniel Petit Journal Saint-Michel LE BALZAc (cINéMA) 01 43 26 28 59 chatelet-theatre.com
Georgelet / Christophe Panzani humair Trio (voir au 6) Paris Washboard 1 rue Balzac (8e) duc dES LoMBARdS claude.philips.
/ yoann Loustalot + Guests) New Morning Lionel Loueke 01 45 61 10 60 42, rue des Lombards (1er) pagesperso-orange.fr LES TRoIS ARTS
Renaissance Sterelle / Daniel cinemabalzac.com 01 42 33 22 88 21, rue des Rigoles (20e)
olympia Marcus Miller Trio (Massimo Biolcati / Ferenc Pines ducdeslombards.fr PhILARMoNIE 01 43 49 36 27
Petit Journal Montparnasse Nemeth) Sunset Rodolphe Raffalli Trio cAFé dE LA dANSE Parc de la villette (19e) les3arts.free.fr
Babysound olympia Manu Katché And (David Gastine / Sébastien 5, passage Louis-Philippe L’ENTREPÔT 01 44 84 44 84
Petit Journal Saint-Michel Friends avec Sting, Stephan Gastine) (11e) 7, rue Francis de philharmoniedeparis.fr uMJ
olivier Franc 4tet Eicher, Richard Bona, Raul 01 47 00 57 59 Pressensé (14e) 19, rue des Frigos (13e)
Sunside David.C Trio Jazz, cafedeladanse.com 01 45 40 07 50 RAdIo FRANcE 01 45 83 22 71
Studio de l’Ermitage Midon, Noa Laurent de Wilde Monk Trio lentrepot.fr 116, av. du Président umj-asso.com
Coronado (Matthieu Metzger / Petit Journal Montparnasse (Bruno Rousselet / Donald cAFé LAuRENT Kennedy (16e)
Antonin Rayon / Gilles Coronado yvan Le Bolloc’h Kontomanou) 33, rue Dauphine (6e) LA GéNéRALE 01 56 40 15 16
/ Franck vaillant) Petit Journal Saint-Michel 01 43 29 43 43 14, av. Parmentier (11e) radio-france.fr
cafe-laurent.com lagenerale.fr
Sunset Lydia Martinico 5tet Didier Burgaud Swing orchestra
Sunside Christophe Laborde Sunset Bertrand Renaudin New

Arrivederci Léon. À l’heure où ces pages partent à l’imprimerie, nous apprenons


la mort du contrebassiste suisse Léon Francioli, le 9 mars. Complice de Michel Portal
(Châteauvallon, 1972 et 1976) et de Pierre Favre (“Le Bruit court” en duo, 1967 ; “Arrivederci
Le Chouartse”, en trio avec Michel Portal 1980), il fit ensuite équipe avec Le saxophoniste
daniel Bourquin au sein du quartettte BBFC (avec Jean-François Bovard et olivier Clerc), puis
sous le nom des nouveaux Monstres.

BBR C 1518
Double vinyle
et CD inclus Concert de sortie d’album
En vente sur le lundi 11 Avril au New Morning
Amazon.
Direction musicale, arrangements et saxophone alto :
Jean-Marc Fritz
Avec, par ordre d’apparition :
Gilles Naturel, contrebasse, Armel Amiot, guitare et
vocal, Jean-Michel Proust, saxophone baryton, François
Laudet, batterie, Philippe Laudet, bugle et trompette, Pierre
Christophe, piano, Guy Figlionlos, trombone, René Gervat,
clarinette, Vincent Cordelette, percussions, Philippe Chagne,
saxophone ténor, Lionel Segui, tuba et Patricia Bonner, vocal.

76 Jazz Magazine Numéro 682 Avril 2016


SAMEDI 9 Petit Journal Saint-Michel Petit Journal Saint-Michel San
Baiser Salé K’koustic hommage à Claude Luter Francisco Jazz Band
café universel Quintara 5tet Sunset Adrien And The Small Sunset yacine Boulares Ajoyo 6tet
caveau de la huchette Ellen Players Sunside Giovanni Mirabassi Trio
Birath Band Sunside Julien Marga 4tet (Gianluca Renzi / Lukmil Perez)
caveau des oubliettes Trois Arts Sylvain Beuf Workshop
voir au 8 MERcREDI 13 4tet (vincent Bourgeyx / Bruno
cave du 38 Riv’ Pingo de choro Baiser Salé Mario Canonge / Rousselet / Karl Jannuska)
duc des Lombards Logan Michel Zenino, Rick Margitza
Richardson (voir au 8) 4tet (Manuel Rocheman / Peter SAMEDI 16
Petit Journal Saint-Michel Giron / Jeff Boudreaux) Atelier du Plateau Jean-Brice
Jacques Benhamou 5tet café universel Soirée Arpej Godet / Sylvain Darrifourcq
Radio France Stéphane Tsapis cave du 38 Riv’ Little Songs Baiser Salé Tricia Evy / Pierre
Trio (Marc Buronfosse / Arnaud caveau de la huchette Blue Boussaguet
Biscay), Guillaume de Chassy Note 4tet café universel Dikando 4tet
/ Andy Sheppard / Christophe duc des Lombards Dan cave du 38 Riv’ Laura Buenrostro
Marguet “Shakespeare Songs” Berglund Tonbruket 4tet 4tet
Sunset Abyale 7tet New Morning Chihiro caveau de la huchette old
Sunside Florent Richard 5tet yamanaka Electric Female Trio Fashion Jazz Band
avec Sébastien Llado, Grégory (Dana Roth / Karen Teperberg) caveau des oubliettes Ich Bin
Privat Trio (Linley Marthe / Tito Petit Journal Saint-Michel Wallou
Bertholo) Flore Papaz Petit Journal Montparnasse
Studio de l’Ermitage Claude Les vinyls
DIMANchE 10 Tchamitchian 6tet Petit Journal Saint-Michel Super
café universel Eddy voice Sunset Marie Mifsud 4tet Swing Project
Atelier Jazz vocal Sunside Benjamin Faugloire Philharmonie de Paris Trumpet
caveau de la huchette Trio Summit avec Baptiste Trotignon
Megaswing / Greg hutchinson / Joe Sanders
New Morning Nathalie JEUDI 14 / Tom harrell / Airelle Besson /
Blanc /Philippe Petrucciani Atelier du Plateau Ion Stéphane Belmondo / Flavio Boltro /
“Remember Petrucciani” (Aymeric Avice / Philippe Avishai Cohen...
avec Lucky Peterson, André Lemoine / olivier Lété) Sunset Jon Irabagon / Mark helias
Ceccarelli, Didier Lockwood, café de la danse Diederick / Barry Altschul
Dominique Di Piazza, Nicolas Wissels / David Linx / Paolo Sunside Giovanni Mirabassi Trio
Folmer, Sylvain Beuf, Michel Fresu (voir au 15)
Zenino etc. café universel Isabelle
olympia Melody Gardot Gueldry Trio DIMANchE 17
Sunset Jazz & Goûter carreau du Temple Sylvain caveau de la huchette Pablo
fête Michael Jackson avec Daniel “Palimpseste” (Laurent Campos Trio / David Blenkhorn
Margeaux Lampley Bardainne / Manuel Peskine UMJ Remi Toulon Trio (Jean-Luc
Sunside vincent Morla 5tet / Mathieu Penot / Laurent Aramy / vincent Frade)
Simonini) Sunset Luigi & Pasquale Grasso
LUNDI 11 caveau de la huchette Blue 4tet
caveau de la huchette 3 For Note 4tet Sunside Guilhem Flouzat 4tet avec
Swing + one duc des Lombards Agathe Laurent Coq
duc des Lombards Charnett Jazz 4tet avec Leonardo Théâtre de la Reine Blanche
Moffet NeTTwork (Stanley Montana Ciné-Concert “Les larmes du
Jordan / Rémi vignolo) L’Entrepôt Colette And The clown” avec Gaël Mevel / Jacques
Java François Tusques avec Strings Band Di Donato / Thierry Waziniak
Noel McGhie / Pablo Cueco / olympia Lisa Simone
Mita Pozzi et Isabel Juanpera / Petit Journal Montparnasse LUNDI 18
Itaru oki / Claude Parle Claude Bolling Big Band caveau de la huchette Pablo
New Morning Jean-Marc Petit Journal Saint-Michel Campos Trio / David Blenkhorn
Fritz “More & More Friends” Jose Caparos duc des Lombards Kris Bowers
(Philippe Laudet / Guy Figlionlos Studio de l’Ermitage Jazz oil Petit Journal Saint-Michel Alexis
/ René Gervat / Philippe Chagne Sunset Jochen Rueckert 4tet Lograda
/ Jean-Michel Proust / Pierre (Mark Turner / Mike Moreno / Studio de l’Ermitage Festen
Christophe / Gilles Naturel / orlando Lefleming) (Damien Fleau / Jean Kapsa / oliver
Pierre Christophe… Sunside Benjamin Faugloire Trio Degabriele / Maxime Fleau)
olympia Melody Gardot
Marcounet Sylvain Beuf VENDREDI 15 MARDI 19
Petit Journal Montparnasse Atelier du Plateau Soleil Baiser Salé Chromatik, Robin
Céline Bonacina Crystal 4tet Rouge (Sylvain Kassap / Didier Mansanti Trio (Dexter Goldberg /
(Gwylim Simcock / Chris Petit / Philippe Foch) Jean Bardy)
Jennings / Asaf Sirkis) Baiser Salé Pop In vintage cave du 38 Riv’ Géraud Portal
Petit Journal Saint-Michel Project, Simon Chivallon Trio / / César Poirier 5tet avec Quentin
Alain Marquet Boris Blanchet / Baptiste herbin Ghomari
Radio France Fadhel café universel Nathalie 4tet caveau de la huchette Pablo
Messaoudi, Michel Doneda cave du 38 Riv’ Stephen Campos Trio / David Blenkhorn
/ Tetsu Saitoh / Frédéric Binet Trio caveau des oubliettes Nenad
Blondy, classes d’improvisation caveau de la huchette Blue Gagjin Trioi (Nanan Gajin / Laurent
générative d’Alexandos Note 4tet David / Maxime Zampieri)
Markeas et vincent Lê Quang caveau des oubliettes Ich duc des Lombards Gonzalo
au CNSM Bin Wallou Bergara 4tet
Sunside Shalosh Trio cépage Montmartrois Laure New Morning Alfredo Rodriguez
Poasevara / Gilles Réa / (Reinier Elizarde / Michael olivera)
MARDI 12 Stéphane Lébé / Etienne Le Petit Journal Montparnasse
Baiser Salé Theo Philippe Mauf heavy Blues Band
Group duc des Lombards Agathe Petit Journal Saint-Michel
cave du 38 Riv’ Di Falco 4tet Jazz 4tet (voir au 14) Jacques Montebruno Trio
caveau de la huchette 3 For New Morning Terence Sunset haylen
Swing + one Blanchard E-Collective (Charles Sunside Mario Stantchev / Lionel
caveau des oubliettes Shake Altura / Fabian Almazan / Martin “Autour de Louis Moreau
New Morning Joey De Donald Ramsey / oscar Seaton) Gottschalk”
Francesco (Dan Wilson / Jason Petit Journal Montparnasse
Brown) Big Band Jazzissy

Avril 2016 Numéro 682 Jazz Magazine 77


le live

MERcREDI 20 duc des Lombards Bernd Petit Journal Montparnasse


çA JAMME À PARIS Baiser Salé Mario Canonge /
Michel Zenino
Reiter Ny All Stars avec harold
Mabern et Eric Alexander
JBM Jazz Band
Petit Journal Saint-Michel
café universel Andrea Gomez La Générale Soirées Tricot : Pierre Kellner Jazz 4tet
Dimanche café universel Eddy voice (atelier jazz vocal) avec Laura Littardi, Thierry Trio Sophie Agnel / Gabriel Lemaire Sunset Julien Lourau & Electric
Peala et Laurence Saltiel le 10 caveau des oubliettes Blues autour de Phil “Big Dez” cave du 38 Riv’ Joran Cariou / Eric-Maria Couturier, Roue Biddle
Fernandes Bab-Ilo A 18h30, brésilien avec Sorriso et Murillo. Baiser Salé A 21h30, la Trio libre, orchestre du Trio “Tribute Sunside Sulaiman hakim 4tet
jeune génération (le 3 autour de Meddy Gerville “Q-Tip Tribute”, le 17 autour de vincent caveau de la huchette to Lucienne Boyer”
Tortiller “Tribute to Roy hargrove) Sunside A 20h30, le 24 hommage à Frank Sinatra Chase Garrett Boogie Band Petit Journal Saint-Michel VENDREDI 29
avec Marvin Parks duc des Lombards Gonzalo Fabrice Eulry Baiser Salé Tricia Evy / Felipe
Lundi Baiser salé A 21h30 autour de François Constantin (répertoire John Scofield avec Bergara 4tet Cabrera
Fred Nardin / Gustave Reichet / Tiss Rodriguez le 4) Marcounet D’Addario Jam Session New Morning Malted Milk & MARDI 26
café universel David
le 11 avec Normand-Pinot 4tet / Sylvain Beuf Sunset A 21h, le 4 hommage à Wayne Toni Green café universel Robin
Petit Journal Montparnasse Mansanti 4tet Rechtman Jann 5tet
Shorter avec la vandojam de Michael Chéret, le 11 hommage à oscar Peterson autour de
Florenc Gac / Nicola Sabato et Germain Cornet, le 18 hommage à Fats Waller autour du Maria Moreno Trio caveau de la huchette Paul cave du 38 riv’ Alex Monfort
Laurent Couthaliac Trio, le 25 hommage à herbie hancock autour de Karim Blal / Géraud Petit Journal Saint-Michel San Martin Boogie Trio Trio / Julien Dubois / Rémy
Portal / Donald Kontomanou Les Dixieland Seniors caveau des oubliettes Béesau
Mardi café universel Autour du Caroline Porta 4tet les 5 et 19, autour du Robin Sunset Irina R Electroplugg #11 (xavier caveau de la huchette Rive
Masanti 4tet les 12 et 26 Sunset Le 26 jam en fin de concert des étudiants du CNSM Sunside olivier hutman Trio Tribolet / Julien herné / Damien Droite Rive Gauche Swing Band
Mercredi Bab-Ilo A 21h, concert-jam. caveau des oubliettes Soul-groove autour de (Marc Bertaux / Tony Rabeson) Schmitt) caveau des oubliettes
Rachid Guissous. La Générale Soirées Tricot : Romain Labaye 4tet (Benjamin
Jeudi caveau des oubliettes Jazz fusion-funk autour de François Faure JEUDI 21 Akosh S. / Théo Ceccaldi Petit / Jerry Léonide / Archibald
Les bœufs de la cave du 38 Riv’. Le lundi à 18h30, amateurs ; à 20h30, expérimentés café universel Christophe / Benjamin Duboc / yann Ligonnière)
et pros avec Julien Coriatt Trio. Le Jeudi à 18h30, débutants ; à 20h30, acoustique avec Dunglas Trio Joussein, Romain Baudoin, duc des Lombards Ernie
Benoît Martin Trio. Le vendredi à 23h30. Le samedi à 22h30, brésilien. caveau de la huchette Kimono Watts 4tet
Chase Garrett Boogie Band New Morning Marcus La Générale Soirées Tricot :
duc des Lombards Gauthier Strickland’s Twi-life (Mitch Quentin Biardeau / Joachim
Toux Trio henry / Kyle Miles / Charles Florent, Sylvain Darrifourcq “In
New Morning Biréli Lagrene haynes) Love With”, Tripes
cINéMA / Antonio Faraò / Gary Willis /
Lenny White
Petit Journal Montparnasse
Manu Dibango Soul Makossa
New Morning The Skatalites
Petit Journal Montparnasse
Petit Journal Montparnasse Gang Michele hendricks
Mariannick Saint-Ceran Petit Journal Saint-Michel Petit Journal Saint-Michel
Petit Journal Saint-Michel Marcel Zanini Didier Desbois Swing 4tet
Marc Laferrière 5tet Sunset Soirée CNSMDP Sunset Rotem Sivan Trio
Sunset Laurent Rochelle Sunside vintage orchestra
Sunside Christian vander
“okidoki” 4tet
Sunside Loïc Le Caër 4tet MERcREDI 27 4tet (Jean-Michel Couchet /
Laurent Fickelson / Thomas
MARC ShARRAT (ARChIvES JAZZ MAGAZINE)

Atelier du Plateau Wood


VENDREDI 22 & Steel avec Joce Mienniel / Grimmonprez)
Baiser Salé Elle & Elles Aram Lee
café universel Marvin Parks Baiser Salé Mario Canonge / SAMEDI 30
Trio Michel Zenino, Karaïb Son’ Baiser Salé Chris Combette,
caveau de la huchette café universel Liv Monaghan velvet Club
Chase Garrett Boogie Band Trio café universel Cabbagetown
caveau des oubliettes cave du 38 Riv’ Filippo Mystery
Thomas Puybasset / Laurent vignato / Pascal Mabit / Mark caveau de la huchette Rive
David / Maxime Zampieri Pringle / Rosa Brunello / Droite Rive Gauche Swing Band
Petit Journal Montparnasse Philippe Maniez caveau des oubliettes voir
Soul Power caveau de la huchette Paul au 29
Petit Journal Saint-Michel San Martin Boogie Trio duc des Lombards Ernie
Le Duke honoré au Balzac Eric Luter duc des Lombards Tin Men &
The Telephone
Watts 4tet
Studio de l’Ermitage Akalé La Générale Soirées Tricot :
Le 8 avril, le cinéma parisien Le Balzac présentera le film du Wubé La Générale Soirées Tricot : valentin Ceccaldi / Luis Lopes /
concert de duke Ellington à la Salle Pleyel en 1958, l’année du Sunside Enrico Pieranunzi / Jean-Luc Cappozzo / Roberto olivier Benoît, Emile Parisien /
fameux “Newport 1958”, trop souvent – et injustement – éclipsé André Ceccarelli / Diego Imbert Negro / Guillaume Roy, ya So Roberto Negro “Les Métanuits”,
Sunset Around King Crimson Ma, Quelle sauce ? Théo Ceccaldi “Freaks”, Messe
par son équivalent de 1956. A l’issue de la projection, l’une des New Morning Take 6 de minuit, Les Chiens huilés
figures des classes montantes du cNSM, Pascal Mabit, dirigera la SAMEDI 23 Petit Journal Montparnasse
Petit Journal Montparnasse
musique du duke des années 1920. Baiser Salé Tricia Evy / Bruno Shayna Steele
Petit Journal Saint-Michel Aurore voilqué / Rhoda Scott
Rousselet
café universel Ting Ting Classic Mood 6tet Petit Journal Saint-Michel
hou 4tet Studio de l’Ermitage Roland Jean-Loup Longnon / Sophie
caveau de la huchette Brival Alour 6tet
Chase Garrett Boogie Band Sunset Maxime Perrin / Sunside Christian vander 4tet
caveau des oubliettes Jonathan Mauch, Les Frères Jack (voir au 29)
voir au 22 Sunside Le Grand Rateau
L’Entrepôt Cynthia Queenton Big Band
Petit Journal Montparnasse
Five o’clock Jazz Group JEUDI 28
Sunset Romain Pilon Trio (yoni Baiser Salé viviane Ginapé
Zelnik / Fred Pasqua) café universel Dexter
Sunside Enrico Pieranunzi / Goldberg
André Ceccarelli / Diego Imbert caveau de la huchette Paul
San Martin Boogie Trio
DIMANchE 24 La Générale Soirées Tricot :
caveau de la huchette Guillaume Aknine / Romain
Megaswing Baudoin / Adrien Chennebault
Philharmonie de Paris Kenny / Florian Satche, Chamber 4,
Garrett 5tet (vernell Brown Lynn Cassiers / Jozef Dumoulin
/ Corcoran holt / McClenty “Lily Joel”
hunter / Rudy Bird) Goethe Institut Michael
Wollny Trio (avec Eric Schaefer
LUNDI 25 / Christian Weber)
caveau de la huchette Paul New Morning Ceux qui
San Martin Boogie Trio marchent debout

78 Jazz Magazine Numéro 682 Avril 2016


îLE-DE-FRANCE
AuVERS-SuR-oISE, Maison LE PEcQ, Salle des Fêtes MoNTREuIL, Instants
de l’Île (06 48 17 66 89, (ville-lepecq.fr) Chavirés (01 42 87 25 91,
auversjazz.com) Le 2 Nuit de la Guitare avec instantschavires.com)
Le 9 Jean-Philippe viret Trio Biréli Lagrène 4tet (Franck du 4 au 8 Toma Gouband /
(Edouard Ferlet / Fabrice Wolf / hono Winterstein / Diego Christophe havard
Moreau) Imbert), Nicolas Barreau Trio Le 20 Maîtres Fous, Bromp
Treb, Curse Purse
chEVILLy-LARuE, Maison Léo LES LILAS, Le Triton Le 30 Michel Doneda
Ferré (ville-chevilly-larue.fr) (01 49 72 83 13, letriton.com)
Le 29 Michel Bonnet 4tet Les 1er, 2 Sandra Nkake / Ji Dru RochEFoRT-EN-yVELINES,
(avec Gilles Rea / Enzo Mucci / Le 7 Raphaële Atlan 4tet Salle des fêtes
Patricia Lebeugle) (Romain Pilon / Zacharie (jazzatouteheure.com)
Abraham / Nicolas Charlier), Le 10 Lucy Dixon
couRTRy, L’Écoutille himiko /Emmanuel Borghi
(06 10 83 87 51, lecoutille.com) Le 8 Clara Ponty Trio SAINT-ARNouLT-EN-
Le 5 Avril 4tet, Jam Session Le 9 Kamilya Jubran / Sarah yVELINES, Maison Triolet
Le 9 Lou Tavano 6tet Murcia Aragon (jazzatouteheure.com)
Le 30 olivier hestin Trio Le 15 Marion Cousin / Gaspar Le 8 Robyn Bennett
Claus, Élise Caron / Las
FoNTENAy-SouS-BoIS, Le Malenas SAINT-GERMAIN-EN-LAyE,
La Clef (01 39 21 54 90, laclef.
Comptoir (01 48 75 64 31, Le 16 Laurence Malherbe /
asso.fr)
musiquesaucomptoir.fr) Michèle Pondepeyre, Élise
Le 1er Fred Pallem et le Sacre
Les 3 et 17 David Gastine Trio Caron / Las Malenas du Tympan joue François de
Le 8 yankele / Bruno Girard Le 21 Le Pont des Artistes Roubaix
Le 10 Poésie par Norig et d’Isabelle Dhordain en direct
Anahita Gohari avec Stéphane sur la télé-web du Triton avec VINcENNES, Espace
Tsapsis Trio Julien Lourau et Bojan Z Sorano (01 43 74 73 74,
Le 15 Trio Roxinelle Les 22, 23 Rhoda Scott / espacesorano.com)
Christophe Monniot / Jeff Le 2 Gil Evans Paris Workshop
ISSy-LES-MouLINEAuX, Boudreaux de Laurent Cugny
River Café (01 40 93 50 20, Le 23 Jean-Philippe viret
rivercafe.fr) “Supplément d’âme”
Le 1er Christian Morin 5tet (Sébastien Surel / David
Le 15 Soul Serenade Gaillard / Eric-Maria Couturier)

RéGION

AIX-EN-PRoVENcE, Le Le 14 Jazz’n Cook BLAGNAc, odyssud


Petit Duc (04 42 27 37 39, Le 15 Jochen Rueckert 4tet (05 61 71 75 15, odyssud.com)
lepetitduc.net) (Mark Turner / Mike Moreno / Les 7, 8, 9 The Amazing
Le 29 Perrine Mansuy Trio orlando Le Fleming) Keystone Big Band
(Eric Longsworth / Jean-Luc Le 20 Dominique Pifarély
Di Fraya) 4tet (Antonin Rayon / Bruno BLAINVILLE-SuR-MER, La Cale
Chevillon / François Merville) Le 2 Nicolas Leneveu / Priscilia
ALENçoN, La Luciole Le 28 Jazz Story #4 : Coleman valdazo / Culot
(02 33 32 83 33, laluciole.org) hawkins
Le 8 Cécile Bonacina Trio et le Le 30 Le Bal des Faux Frères, Jam BoISSEuL, Espace culturel
Megapulse orchestra Le 9 Marcus Miller
AVoRIAZ, Avoriaz Jazz Up
ANGERS, Le Boléro (avoriaz.com) BoRdEAuX, Le Caillou du
(02 41 88 61 19, lebolero.yllw.fr) Le 1er Paco Andreo 4tet, Alice Jardin Botanique (06 85 99 32 42,
Le 18 Jazz Before Jazz Martinez 4tet lecaillou-bordeaux.com)
Le 19 Michel Benita “Ethics” Le 2 China Moses Le 6 Pack x Trio
(Matthieu Michel / Mieko Le 3 hommage à Marc Thomas Le 7 Napkings Blues Band
Miyazaki / Eivin Aarset / Le 14 Le Classique en Jazz
Philippe Garcia), Laura Perrudin BEAuMoNT-PIEd-dE-BŒuF, avec Cédric Jenneaud Trio
Le 20 Céline Bonacina 4tet Église (02 43 23 66 38, Le 15 youpi 4tet
(Gwylim Simcock / Chris europajzz.fr) Les 20, 21 Rick Margitza Trio
Jennings / Asaf Sirkis) Le 21 Trio Barolo Le 22 Akoda 4tet
Le 23 Lina Modika
ARNAGE, L’éolienne BELFoRT, Le Granit Le 29 Edmond Bilal Band
(02 43 23 66 38, europajzz.fr) (03 84 58 67 67, legranit.org)
Le 22 Nuit des fanfares Le 7 olinka Mitroshina / Fred BouLoGNE-SuR-MER,
d’Europajazz Borey la Faiencerie
Le 3 Marcus Miller
AuBAGNE, Théâtre Comoedia BESANçoN, La Rodia
(04 42 18 19 88) (03 81 87 86 00, larodia.com) BREST, Le Quartz
Le 23 Julien Lallier / La Le 7 Erik Truffaz 4tet (02 98 33 95 00, lequartz.com)
Escucha Interior Les 19, 20 Erwan Keravec
BEThoNcouRT, L’Arche de “Sonneurs”
AuXERRE, Le Silex Bethoncourt (03 81 30 78 30,
(03 86 40 95 40, lesilex.fr) lemoloco.com) cABouRG, Bistrot des Arts
Le 22 oNJ “Europa Berlin” Le 9 Sylvain Rifflet “A Le 16 Emmanuel Duprey /
Celebration of Moondog” Rénald Fleury / Culot
AVIGNoN, Ajmi (04 90 86 08 61,
jazzalajmi.com) BéZIERS, Théâtre Sortie ouest cAEN, La Poterne
Le 6 Tom Rainey Trio (Mary (04 67 28 37 32, sortieouest.fr) Le 7 Betty Jardin 4tet avec
halvorson / Ingrid Laubrock) Les 8, 9 Dmitry Baevsky Trio Gaudin / Chesnel / Culot

Avril 2016 Numéro 682 Jazz Magazine 79


le live

GRoS PLAN

Le 14 Emmanuel Duprey / Le 2 Erwan Keravec / Saeid Les 28, 30 Dhafer youssef


Rénald Fleury / Culot Shanbehzadeh / Bachir
Temtaoui LyoN, Le Périscope (04 78 38
cAEN, El Camino 89 29, periscope-lyon.com)
Le 13 Emmanuel Duprey / GRENoBLE, La Bobine Le 15 M&t@L Trio
Rénald Fleury / Culot (detoursdebabel.fr) Le 21 April Fishes
Le 2 Magnetic “Taasu” Le 22 Dominique Pifarély
cAEN, Théâtre (02 31 30 48 00, Ensemble 4tet (Antonin Rayon / Bruno
theatre.caen.fr) Chevillon / François Merville)
Le 22 Nuit du Jazz avec David GRENoBLE, Musée Dauphinois Le 28 Rémy Kaprielan Windmill
Linx, Brussels Jazz orchestra, (detoursdebabel.fr) (David Lewis / Romain Dugelay
Jacques Schwarz-Bart, Laurent Le 3 Erwan Keravec / Saeid / Didier havet)
Coulondre Trio Shanbehzadeh / Bachir Le 29 Andreas Schaerer /
Temtaoui Lucas Niggli
cAEN, Le yoota
Le 30 Normandie 5tet GRENoBLE, Église Saint-Louis MÂcoN, Crescent Jazz Club

x/DR
(detoursdebabel.fr) (03 85 39 08 45, lecrescent.
chALoN-SuR-SAÔNE, Le 7 Andy Emler / Laurent wix.com/crescent)

Follow Jah L’Arrosoir (03 85 48 86 88,


arrosoir.org)
Le 1er hubert Dupont “Golan”
Dehors

GuéRIGNy, Théâtre des Forges


Le 9 Birds of Paradise (olivier
Py / Franck vaillant / Jean-

Bande à pied, bande à part !


Philippe Morel)
(Naissam Jalal / Matthieu Royales (03 86 57 63 23,
Donarier / Ahamad Al Khatib / theatredesforgesroyales.com) MARSEILLE, U-percut
Zied Zouari) Le 29 Trio Barolo (u-percut.fr)
Le 26 Andy Emler / Thomas de Le 16 house of Echo (Marc
Follow Jah débarque en normandie ! Cette multicolore fanfare Pourquery GuIdEL, L’Estran Antoine Perrio / Enzo Carniel /
venue de Haïti pour “débouler” à Jazz Sous Les Pommiers est (02 97 02 97 40, lestran.net) Simon Tailleu / Ariel Tessier)
chALoN-SuR-SAÔNE, Espace Le 29 Alban Darche orphicube
un drôle de marching band, ou plutôt, comme on dit là-bas, des Arts (03 85 42 52 12, MARSEILLE, Le Cri du Port
une “bande à pied” très spéciale. espace-des-arts.com) hEM, Le Zephyr (04 91 50 51 41, criduport.fr)
Le 8 Erik Truffaz 4tet (03 28 04 77 68) Le 15 Meshell Ndegeocello
Follow Jah a été créée en 2001 et se compose, selon les Le 30 Sandra hall Le 25 otis Taylor Band
circonstances, de neuf à dix-sept musiciens. Pour avoir pu la chÂLoNS-EN-chAMPAGNE, Le 29 Julien Lourau Electric
Printemps du Jazz, Place Foch hoNFLEuR, Le vintage Biddle
découvrir sur place, en janvier dernier lors du festival de jazz de (chalonsenchampagne.fr) Le 15 Emmanuel Duprey /
Port-au-Prince, je peux témoigner de son exubérante originalité. Le 23 Dimitry Baevsky, Didier Rénald Fleury / Jean-Benoît MEILLERS, jazzdanslebocage.
La musique de Follow Jah vient du rara, qualifié par l’unesco et Francis Lockwood Culot com
Le 24 Dimitry Baevsky Le 30 Escarmouche
de “première tradition native d’haïti”. Il est apparu dans les ISTRES, Le Magic Mirrors
campagnes dès l’époque coloniale quand les esclaves noirs, à la chENÔVE, Le Cèdre (03 80 51 (06 79 07 42 77) MEyZIEu, Espace Jean
suite du marronnage, ont rencontré dans les montagnes les indiens 56 25, ville-chenove.fr) Le 28 Kristin Marion 4tet Poperen (04 78 04 07 33)
Le 2 Marcus Miller Le 3 Médéric Collignon
Arawaks avant que ces derniers ne soient totalement exterminés. Le 26 Robin McKelle Flytones L’ISLE-d’ABEAu, Théâtre du “Majolan’s Project”
Quelques-uns de leurs chants sacrés ont ainsi pu être absorbés et vellein (04 74 80 71 85)
recyclés dans la musique rituelle vaudou. En raison de l’exode rural, coSNE-couRS-SuR-LoIRE, Le 7 Chucho valdés Big Band MILLAu, Théâtre de la Maison
Salle des Fêtes (mairie- du Peuple
le rara des champs s’est depuis cinquante ans fortement urbanisé cosnesurloire.fr) LA RochEFoucAuLd, Théâtre Le 15 Didier Labbé 4tet
et modernisé. curieux hybride né du croisement entre la musique Le 4 Bertrand Renaudin Les Carmes
vaudou, le méringue de carnaval, le konpa (sorte de zouk haïtien) et Compagnie Le 30 Didier Labbé Nasruddin MoNTBRISoN, Théâtre des
le jazz néo-orléanais, le rara des villes que délivre aujourd’hui Folllow Circum Pénitents (04 77 96 39 16)
doLE, La Commanderie Le 5 Alex Tassel
Jah soulève sur son passage une musique bariolée, lancinante, (03 63 36 70 00, LE hAVRE, Le Tetris Le 8 Baptiste Trotignon /
obsédante, répétitive. une joyeuse polyphonie portée par un rythme scenesdujura.com) (02 35 19 00 38, letetris.fr) Minino Garay
hallucinatoire qui ondule en un lent crescendo. Le 8 Guillaume Perret Electric Épic Le 22 Fred et le Sacre du
Tympan jouent François de MoNTPELLIER, Jam
Le son énorme, hypnotisant et grave que produit en déambulant la éPINAL, Lavoir-Théâtre Roubaix (04 67 58 30 30, lejam.com)
bande à pied s’explique par les instruments utilisés. A savoir toute (03 29 31 04 85) Le 14 Philippe Lejeune 4tet
Le 1er Agathe Jazz 4tet LE MANS, Les Saulnières
une lutherie urbaine de récupération : les “vaccines” ou longues (02 43 23 66 38, europajzz.fr) NANcy, Manu Jazz Club,
trompes en bambou, aujourd’hui en PVc, dans lesquelles le musicien LA FERTé-BERNARd, Salle Le 16 Barbaro Fines y Su Théâtre de la Manufacture
s’époumone tout en les frappant avec de petites baguettes. Puis les Athéna (02 43 71 46 46) Mayimbe (nancyjazzpulsations.com)
Le 28 Compagnie Lubat Le 7 Andy Sheppard / Guillaume
“konets” ou cornets de zinc, de différentes tailles selon leur tonalité, LE MANS, Palais des Congrès De Chassy / Christophe Marguet
souvent embouchés en double ou triple par le même musicien. Enfin FoNTAINE, La Source (02 43 43 59 59, europajazz.fr) “Shakespeare Songs”
toute une quincaillerie de percussions, tambours, cymbales, caisses (04 76 28 76 76, Le 30 Stacey Kent
lasource-fontaine.eu) NANTES, Pannonica
à deux peaux de cabri, hochets, shakers et autre “graj ” (racloir Le 28 Le Sacre du Tympan et LoMME, Maison Folie Beaulieu (02 51 72 10 10, pannonica.com)
métallique). Il est important de préciser qu’en haïti la fonction d’une Fred Pallem jouent François de (03 28 04 77 68) Le 1er Coronado (Gilles
bande à pied n’est pas uniquement musicale et ludique. Encadrée Roubaix Le 26 Aka Moon Coronado / Matthieu Metzger /
aujourd’hui par l’association caracoli et dirigée par Pascal Joseph, Antonin Rayon / Franck vaillant)
FouRMIES, Théâtre Municipal LoRIENT, Théâtre Le 2 Le BBU invite Chloé
la fanfare Follow Jah qui est basée à Berthé, un quartier de Pétion (03 27 39 95 60) (02 97 83 01 01, Cailleton
Ville dans la périphérie de Port-au-Prince, joue là-bas un rôle social Le 30 Danzas avec Jean-Marie letheatredelorient.fr) Le 6 Robert Glasper Experiment
moteur auprès des jeunes en les aidant à trouver un métier, mais Machado Les 21, 22, 23 The Amazing (Casey Bejamin / Derrick hodge
Keystone Big Band / Mark Colenburg)
exerce aussi une action éducative en les initiant au rara traditionnel. FRANcoNVILLE, Théâtre Jean Le 21 Fred Borey / yoann
• PASCAL AnQuetiL Cocteau (ville-franconville.fr) LouVIGNy, Le Camion Jazz Loustalot Lucky Dog 4tet (yoni
Le 15 Didier Lockwood (Les (02 31 97 03 21, Zelnik / Fred Pasqua), Edouard
coNcERTS À voir, écouter et surtout suivre en cortège et en dansant comme violons Barbares et Guo Gan) camionjazz.com) Ravelamanantsoa
Le 15 Pasquale Grasso Le 27 Alexandre Gosse
le font en haïti ses supporteurs ou “fanatiques” tout au long de leurs GAcé, La Grenouille Le 23 Mora “Paréidolie” (Sylvain Kassap /
“déboulés” le 1er mai à coutances (Jazz Sous Les Pommiers, dans le cadre Le 1er Patrick Martin / Rénald Le 28 Amandine Angella 4tet olivier Thémines / Alexandre
du “dimanche des fanfares”), le 13 à dunkerque, le 21 à Lyon (Musée des Fleury / Jean-Benoît Culot Gosse / Claude Tchamitchian)
confluences), le 23 à Saint-denis et les 3 et 4 juin à chambéry. LyoN, Musée des Le 28 (chez l’habitant) Toma
GRENoBLE, Le Déclic Claix Confluences (04 28 38 11 90, Gouband / Sylvain Kassap
(detoursdebabel.fr) museedesconfluences.fr)

80 Jazz Magazine Numéro 682 Avril 2016


NANTES, Mélocotton QuIMPER, Le Terrain Blanc SAINT-JEAN-dE-VédAS,
(02 28 09 72 77) (02 98 55 05 55, victoire 2 (victoire2.com)
Le 6 Manu Adnot / Joachim mptpenhars.org) Le 27 oNJ “Europa Berlin”
Florent Le 3 Alex Stuart 5tet
NANTES, Salle Paul Fort SAINT-PRIEST, Théâtre Théo
(02 51 72 10 10) REIMS, Lieu Secret Argence (04 81 92 22 30)
Le 20 Alban Darche / Jean- Le 21 Jazz Social Club #2 Le 7 Stacey Kent
Christophe Cholet / Matthias
Ruegg / La Diagonale du RENNES, Le Ty Anna Tavern SAINTE-AdRESSE, Espace
Cube onztet “Le Tombeau de (02 99 79 05 64) Sarah Bernhardt
Poulenc” Le 1er, 2 Soultime (02 35 46 31 99)
Le 3 Dominique carré Le 21 Double Mixte (Betty
oRLéANS, Scène Nationale Jardin / Clémence Gaudin
(02 38 62 75 30) RoMANS-SuR-ISÈRE, La / Jean-Benoît Culot / Pierre
du 5 au 10 Roberto Negro Cordonnerie (detoursdebabel.fr) Touquet)
Trio (Jérôme Arrighi / Adrien Le 8 Magnetic “Taasu”
Chennebault / Christophe Ensemble SAINTES, Relais du Bois Saint-
Monniot) Georges (05 46 93 50 99)
RouEN, Le 106 (02 32 10 88 Le 8 Leslie Lewis 4tet (Gérard
oRLéANS, Théâtre (ojazz.fr) 60, le106.com) hagen / Bruno Rousselet /
Le 9 The Maze 5tet Le 19 Céline Bonacina Crystal Mourad Benhamou)
4tet (Gwylim Simcock / Chris
PARIGNé-L’éVÊQuE, Église Jennings / Asaf Sirkis) SALoN-dE-PRoVENcE, IMFP
(02 43 23 66 38, europajzz.fr) (imfp.fr)
Le 29 Michel Portal / Emile RouEN, hangar 23 Le 19 house of Echo (Marc
Parisien (02 32 76 23 23, hangar23.fr) Antoine Perrio / Enzo Carniel /
Le 22 Anouar Brahem 4tet Simon Tailleu / Ariel Tessier)
PENMARch, Cap Cavl (François Couturier / Klaus
Le 23 Lisa Simone Gesing / Björn Meyer) SAoÛ, L’oiseau sur sa
Le 26 Sonia Wieder-Atherton Branche (04 75 76 02 03,
PoITIERS, Lieu Multiple lunepleinedejazz.weebly.com)
(05 49 50 33 00, lieumultiple.org) SAINT-AMANd-LES-EAuX, Le 22 Mathilde Toussaint /
du 4 au 8 Sophie Agnel / Théâtre (03 28 04 77 68) Sergi Sirvent
Lionel Palun Le 1er Biréli Lagrène 4tet
(Franck Wolf / hono SchILTIGhEIM, Cheval Blanc
PoITIERS, Tap (05 49 39 29 29, Winterstein / Diego Imbert) (03 88 81 53 20)
tap-poitiers.com) Le 5 Stéphane Belmondo “Love
Le 7 Erwan Keravec, Gaëlle SAINT-céRé, Théâtre de For Chet”
Bourges l’Usine (05 65 38 28 08)
Le 9 Didier Labbé 4tet SchILTIGhEIM, Salle des Fêtes
PoITIERS, CRR (ville-schiltigheim.fr)
(05 49 30 20 22) SAINT-éTIENNE, Le Fil Le 30 Lisa Simone

AVRIL
Le 28 Meshes of Times (04 77 34 46 40, le-fil.com)
Le 24 Kevin Seddiki / Bijan SEIGNoSSE, Salle des CES CONCERTS SE DÉROULENT DANS LE CADRE DU
PoNTchARRA, Le Coléo Chamirani, Ewerton oliveira / Bourdaines
(ville-pontcharra.fr) Le 10 Marcus Miller 33E FESTIVAL BANLIEUES BLEUES
Zaza Desiderio JAZZ EN SEINE-SAINT-DENIS 18 MARS - 15 AVRIL
Le 8 Bastien Maupomé /
Roberto Negro “Mots paumés” SAINT-huGuES-dE- LA SEyNE-SuR-MER, Fort
chARTREuSE, Musée Napoleon (04 94 09 47 18) LUN 04 I 20H30_TARIF UNIQUE 3€*
PRESLES, Auberge de Presles, d’Art Sacré Contemporain Le 15 house of Echo 4tet
Chez Ezio’ (04 76 36 04 75, (detoursdebabel.fr) (Marc-Antoine Perrio / Enzo LYCÉENS À LA DYNAMO 4e édition
auberge-presles.com) Le 3 Joëlle Léandre / vincent Carniel / Simon Tailleu / Ariel
Le 9 honey Jungle Trio Courtois Tessier) MAR 05 I 20H30_16€ I 12€ I 10€
Le 16 Jean-François Baez / Le 22 Romain Thivolle 6tet
Stracho Temelkovski WHAHAY Tribute to an Imaginary Folk Band
+ OBA LOBA
JEU 07 I 20H30_16€ I 12€ I 10€
hoMMAGE DANS LA NEF À 20H15: Folk imaginary workshop
band-direction Whahay. En partenariat avec le Maad93
Batteur, chanteur, Jacques Mahieux fit son SPRING ROLL Big Apple’s Flavor
apparition en 1970 sur le premier disque + JOËLLE LÉANDRE TENTET Can You Hear Me
du dharma Quintet, “Mr. Robinson”. Puis il
s’imposa auprès de claude Barthélemy, henri SAM 09 I 20H30_16€ I 12€ I 10€
Texier, Philippe deschepper, Sylvain Kassap… MATANA ROBERTS Coin Coin Chapter 3
chez cet admirateur de Pete LaRoca, Roy + NOVEMBRE Ornette/Apparitions
haynes et Paul Motian, on appréciait le drive,
le toucher, la musicalité, mais aussi le bon DIM 10 I 16H_10€ I 8€ I 5€ (ABONNÉS)_3€* À PARTIR DE 6 ANS
camarade à l’humour un rien désespéré. Son LE SACRE DU TYMPAN Cartoons
jeu de batterie fit merveille sur “Paris Musette”,
où il chantait aussi L’homme à l’accordéon. Il 10€
JoEL GELyS

01 49 22 10 10 I www.banlieuesbleues.org
revint au micro en 1991, mêlant ses chansons à avec le
celles de Kevin coyne, Randy Newman et Nick CONCERTS DE 10€ À 16€ I * EXCEPTÉ LES 4 ET 10 AVRIL Dynamo*
Pass
INFOS ET RÉSAS 9, RUE GABRIELLE JOSSERAND 93500 PANTIN
drake. Attaché au Nord-Pas-de-calais qui l’avait vu grandir, il avait BUS 170-249-330 / RER E PANTIN • M LIGNE 7 AUBERVILLIERS - PANTIN -
QUATRE CHEMINS • VÉLIB’ STATION RUE GABRIELLE JOSSERAND
passé le relais à son fils Nicolas, contrebassiste, en 1999 sur l’album
“Franche Musique”. “Mahieux Family Life Quartet”, en 2011, prouva qu’il
BelleVille 2016

n’avait rien perdu. Mais ce cœur qu’il avait si grand l’a lâché le 10 mars.
Il aurait eu 70 ans le 24 juin prochain (lire aussi l’hommage de Franck
Bergerot sur jazzmagazine.com).

Avril 2016 Numéro 682 Jazz Magazine 81


le live

SIX-FouRS, Centre André ThoNoN, Théâtre Maurice VALENcE, Auditorium de Jav


Malraux Novarina (04 50 71 39 47, (04 75 78 50 86) RADIO
Le 1er Lisa Simone mal-thonon.org) Le 8 Louis Winsberg
Le 26 Michel Edelin
SouILLAc, Cinéma Le Paris VAREILLES, Le Maquis 24 hEURES SUR 24 Rayon / Sylvain Lemêtre) 21h05 Charles Tolliver Music
(05 65 38 28 08) TouLouSE, hôtel Mercure (lemaquisdevareilles.fr) Le 23 Fadhel Messaoudi Inc 1971, Maison de la Radio
Le 8 Didier Labbé 4tet Les 2, 3 Blue Roots Trio invite Les 22, 23 Michel Edelin / TSF Jazz (89.9 Paris / 99.8 Le 30 Joëlle Léandre Tentet 1971, réalisé Marc Pavaux
Drew Davies Jacques Di Donato Amiens / 98.5 Bourg-en-Bresse 21h35 Charles Tolliver Music
STRASBouRG, Centre / 98.1 Cannes / 91.4 Chambéry JAZZ CLUB, le vendredi de Inc, Banlieues Bleues 2014, par
TouLouSE, Espace Croix- / 97.7 Laval / 90.2 Nevers / 22h30 à minuit, par yvan Amar Guillaume Dero
Socioculturel du Fossé des VILLEFRANchE-SuR-SAÔNE,
Treize (jazzdor.com) baragnon (05 62 27 60 60) 98.1 Nice / 106.7 orléans / 22h35 Strata East All Stars,
Théâtre (04 74 68 02 89)
96.6 Poitiers / 89.5 valence) LES MERCREDIS DU JAZZ, le Banlieues Bleues 2015, réalisé
Le 1er Les Soirées Tricot Le 28 vrak Trio Le 5 Chucho valdés Big Band
(tsfjazz.com) mercredi de 20h à 22h30, par Guillaume Dero
avec In Love With (Sylvain
Jérôme Badini
Darrifourcq / Théo Ceccaldi TouLouSE, La Grainerie VILLENEuVE-d’AScQ FLERS, LES MATINS JAZZ, du lundi au Le 13 Giovanni Mirabassi 4tet, Le 21 SUN RA
/ valentin Ceccaldi), Toons (05 61 24 33 91) La Ferme d’En haut (03 20 61 vendredi, de 6h à 9h30, par Stéphane Kerecki “Nouvelle 20h30 Sun Ra Arkestra, Maison
(valentin Ceccaldi / Guillaume Les 29, 30 Surnatural 01 46, villeneuvedascq.fr) Etienne de villars & Mathieu vague” de la Radio 1972, par Bernard
Aknine / Théo Ceccaldi / orchestra Le 3 Jeremie Ternoy Trio, Beaudou Le 20 Stéphane Tsapis Trio, Lion
Gabriel Lemaire / Florian Thomas Gonzales Trio Le 17h-20h, du lundi au Guillaume de Chassy / Andy 21h05 The Sun Ra Centennial
Satche) TouRS, Le Petit Faucheux vendredi, par Sébastien vidal Sheppard / Christophe Marguet Arkestra, Banlieues Bleues
Le 2 Les Soirées Tricot avec (02 47 38 67 62, petitfaucheux.fr) VITRoLLES JAZZLIvE, du lundi au vendredi Le 27 30 ans de Label Bleu 2015, par Jacques Goldstein
Jeanne Barbieri / Robin Le 22 Dumoulington orchestra Le 2 Bruno Angelini 4tet (Régis de 20h à 00h, par Jean- avec henri Texier 22h05 Supersonic “A Tribute
Mercier, Les Métanuits / André villéger huby / Claude Tchamitchian / Charles Doukhan to Sun Ra”, Banlieues Bleues
(Roberto Negro / Émile Le 26 Noëmi Waysfeld / Edward Perraud) LES LUNDIS DU DUC, le lundi oN NE PEUT PAS ToUT 2012, par Rémy vinet
Parisien), Grand orchestre du Guillaume De Chassy Dominique Pifarély 4tet (Antonin de 19h à 20h, en direct du Duc SAvoIR, le samedi de 15h à
Tricot “Tribute To Lucienne Le 28 Ensemble Ibériades Rayon / Bruno Chevillon / des Lombards, par Sébastien 16h, par Arnaud Merlin Le 28 DAvID MURRAy
Boyer” François Merville) vidal et Laurent Sapir 21h05 David Murray Infinity
TouRS, Le vinci Le 29 Amazing Keystone Big JAMIE CULLUM ShoW, le oPEN JAZZ, du lundi au Quartet, Banlieues Bleues
TAIN-L’hERMITAGE, Le 1er Marcus Miller Band (Pierre et le loup) mardi de 19h à 20h, par Jamie vendredi de 18h à 19h, par 2015, par Samuel Thiebaut
Tournon-Tain (06 80 11 00 Cullum Alex Dutilh 22h David Murray Big Band,
52, ohtt.fr) TRoNGET, jazzdanslebocage. yVRé-L’éVÊQuE, Salle PoRTRAIT IN JAZZ, le jeudi de Thad Jones-Mel Lewis (le 1er), JazzTM Festival 2013, par
Les 9, 10 Laurent Dehors Trio com Georges-Brassens (02 43 23 19h à 20h, par Laure Albernhe Sébastien Texier (le 4), Jazz at Emmanuel Pampuri
(Gaby Gosse, François Merville) Le 29 Anne Quillier 6tet, 66 38, europajzz.fr) BoN TEMPS RoULER, le the Philharmonic (le 5), Miles
avec l’orchestre d’harmonie de Melquiades 4tet Le 22 Boulou & Elios Ferré samedi de 19h à 20h, par Davis (le 6), Sonny Rollins (le MEZZo LIVE hd (les temps
Tournon-Tain Jean-Jacques Milteau 7), Bill Charlap (le 8), yana Bibb forts du mois, programmes
(le 11), Natalia M. King (le 12), complets sur mezzo.tv)
SWING FM (101.2 Limoges / John Zorn avec Craig Taborn,
éTRANGER swingfm.asso.fr) Christian McBride et Tyshawn Le 6 NANCy JAZZ PULSATIoNS
Sorey (le 13), Fox (le 14), 20h30 Billy Cobham, 2011, par
BELGIQUE Preisig & Stefan Rusconi, Le 15 Stefano Saccon Group JAZZ RAdIo (97.3 Lyon / Tom harrell (le 15), Rosemary Samuel Petit
Bernhoft, Grand Pianoramax xIII avec vinzy vonlanthen et jazzradio.fr) Standley (le 18), yom (le 19), 21h30 Laurent Coulondre,
BRuGES, De Werf Le 10 Dianne Reeves, Akku Alfio origlio Jan Ludbom (le 20), Michel 2015, par Sylvain Pierrel
(+32 (0)50 33 05 29) 5tet, Chassol “Big Sun” Le 16 Théo Duboule Trio (Bänz RADIOS NATIONALES Petrucciani (le 21), direct de 22h30 Galactic, 2013, par
Le 8 Sander De Winne Le 11 Kenny Garrett 5tet oester / Marton Kiss) Jazzahead de Brême (le 22), Samuel Petit
Trækfugle avec Iki (vernel Brown / Corcoran holt Le 22 Gerald Clayton Trio FRANcE INFo Mathilde (le 25), Charlier-
Le 15 U’duet / McClenty hunter / Rudy Bird), (harish Raghavan / henry Cole) TENDANCES JAZZ, le dimanche Sourisse (le 26), Diego Imbert Le 13 CULLy JAZZ FESTIvAL
yaron herman / Ziv Ravitz Le 23 Ibra Galissa / Marc plusieurs fois par jour, par Anne (le 27), Camille Bertaut (le 28), par Eric Michaud
BRuXELLES, Jazz Station Le 12 Paolo Fresu / Richard Liebeskind 4tet (François Gallix Chépeau Autour de Chet (le 29). 20h30 Marc Ribot Ceramic
(+32 (0)2 733 13 78) Galliano / Jan Lundgren, / Stéphane Foucher) Dog, Cully Jazz Festival 2014
Le 6 Nonetum Pop orchestra Richard Galliano et L’hemu du 25 au 28 Nduduzo FIP RFI 21h30 Medeski, Martin & Wood
Le 13 David Thomaere Trio Jazz orchestra, Kris Bowers, Makhathini / Fabien Iannone / CLUB JAZZAFIP, tous les jours L’ÉPoPÉE DES MUSIQUES + Nels Cline, en 2014
Bachar Mar-khalifé Dominic Egli de 19h à 21h NoIRES, le dimanche à 16h30, 22h45 Carla Bley Trio, 2012,
GANd, Gent Jazz Club Le 13 Erik Truffaz 4tet (Benoît Le 29 Collectif Lebocal invite 22h10 et 3h30, par Joe Farmer par Eric Michaud
Le 11 Sylvie Courvoisier Trio Corboz / Marcello Giuliani / ole Jørn Myklebust FRANcE INTER RTL
(Drew Gress / Kenny Wollesen) Arthur hnatek), Mark Guiliana Le 30 François Lindemann voUS AvEZ DIT CLASSIQUE ?, Le 20 FESTIvAL BLUE NoTE
Jazz 4tet (Shai Maestro / Chris “Nu-Bass 4tet” (Thibaud Soulas du lundi au vendredi de 16h à L’hEURE DU JAZZ, le dimanche 20h30 Blue Note 75th
GANd, handelsbeurs Morrissey / Jason Rigby), Gilles / Ivor Malherbe / Sangoma 17h, par Elsa Boublil de 23h à minuit, par Jean-yves Anniversary All-star, Gaité
(+32 (0)9 265 91 65) Peterson Presents: Daymé Everett) Tous les vendredis consacrés Chaperon Lyrique 2014, par David
Le 14 Rabih Abou-khalil Arocena, Aly Keïta / Jan Galega au jazz Ctiborsky
GENÈVE, Théâtre de 21h30 Robert Glasper et Jason
(Gavino Murgia / Luciano
Biondini / Michl Godard / Jarrod
Brönnimann / Lucas Niggli
Le 14 Terence Blanchard l’Alhambra FRANcE MuSIQuE TV Moran, Gaité Lyrique 2014, par
Cagwin) E-collective (Charles Altura Les 21, 22 Fanfareduloup À L’IMPRovISTE, le samedi David Ctiborsky
/ Fabian Almazan / Donald orchestra de 23h à minuit, par Anne MEZZo (les temps forts du 22h35 Gregory Porter, olympia
LouVAIN, het Depot Ramsey / oscar Seaton), Montaron mois, programmes complets 2014, par David Ctiborsky
(+32 (0)16 22 06 03) hidden orchestra, Bojan Z / LAuSANNE, Chorus Le 2 Benjamin De La Fuente sur mezzo.tv)
Le 7 Marcus Miller Julien Lourau (chorus.ch) Le 9 L’Ensemble Le 27 JAZZ À vIENNE
Le 15 Wayne Shorter 4tet Le 1er Siga volando Intercontemporain avec Pierre Le 7 ChARLES ToLLIvER 20h30 Quincy Jones New
NAMuR, Maison de la Culture (Danilo Perez / John Patitucci Le 2 Pierrick Pedron / hervé Strauch et Atsushi Sakaï 20h30 Charles Tolliver Quartet, Generation, 2014
de Namur / Terri Lyne Carrington), Sellin 4tet Le 16 Sylvaine hélary “Spring Maison de la Radio 1974, par 22h30 Bitches Brew Beyond,
(+32 (0)81/77 67 73) Gauthier Toux Trio, vincent Roll” (hugues Mayot / Antonin Marc Pavaux 2011, par Patrick Savey
Le 15 houben’s Factory + Peirani 5tet (Emile Parisien /
Guest, Joachim Iannello Trio, Tony Paeleman / Julien herné
David Linx / Paolo Fresu / / yoan Serra) David helbock’s
Diederick Wissels Random/Control Pour le meilleur et RAdIo
SUISSE
Le 16 Ibrahim Maalouf “Red
& Black Light”, Florian Favre pour Shakespeare
Trio, José James, Gonzalo
cuLLy JAZZ FESTIVAL, Cully, Rubalcaba donnés en public le 9 avril au studio 105 de la
du 8 au 16 avril (+41 21 799 Maison de la radio dans le cadre de Jazz sur le vif,
99 00, cullyjazz.ch) GENÈVE, AMR (amr-geneve.ch) les “Shakespeare Songs” de Guillaume de chassy,
Jazz et musiques actuelles avec Le 9 Sylvie Courvoisier Trio christophe Marguet et Andy Sheppard – avec des
entre autres : (Drew Gress / Kenny Wollesen) lectures de delphine Lanson – seront retransmis le
Le 8 Kaleidoscope String 4tet Le 10 Jim Black Trio (Elias
Le 9 Chucho valdés Big Band, Stemeseder / Thomas Morgan) 20 dans les Mercredis du jazz de France Musique. En
Marguet, Sheppard, de chassy première partie : le trio de Stéphane Tsapis.
x/DR

Laurent Coulondre Trio, Tobias du 11 au 14 Maurice Magnoni

82 Jazz Magazine Numéro 682 Avril 2016


JAZZ EN SEINE-SAINT-DENIS 33E FESTIVAL

18 MARS
15 AVRIL
2016
AVRIL
1er | LA COURNEUVE 8 | MONTREUIL
SORG & TIGANÁ SANTANA**
NAPOLEON
FRANCE, ÉTATS-UNIS
MADDOX + CHUCHO VALDÉS
BRÉSIL, CUBA, SUÈDE

+ RAYESS BEK TRIBUTE TO IRAKERE


& LA MIRZA CUBA

LOVE AND REVENGE 9 | PANTIN


FRANCE, LIBAN, ALGÉRIE
MATANA ROBERTS
2 | GONESSE COIN COIN CHAPTER 3**
DAVID KRAKAUER ÉTATS-UNIS

THE BIG PICTURE ** + NOVEMBRE


ÉTATS-UNIS ORNETTE/
4 | PANTIN APPARITIONS*
FRANCE

LYCÉENS 10 | PANTIN
À LA DYNAMO LE SACRE
5 | PANTIN DU TYMPAN
WHAHAY TRIBUTE CARTOONS
FRANCE / POUR PETITS ET GRANDS
TO AN IMAGINARY
FOLK BAND* 12 | SAINT-OUEN
FRANCE, GRANDE-BRETAGNE
ALA.NI
+ OBA LOBA** GRANDE-BRETAGNE
BELLEVILLE 2016 – ILLUSTRATION BLUTCH

PORTUGAL, BELGIQUE, ITALIE


+ MESHELL
6 | TREMBLAY-EN-FRANCE NDEGEOCELLO
ÉTATS-UNIS
KING BISCUIT &
MATTHIAS LEHMANN 13 | CLICHY-SOUS-BOIS
14 | ÉPINAY-SUR-SEINE
SUR LA ROUTE
AVEC ALAN LOMAX CALYPSO ROSE*
TRINIDAD & TOBAGO, FRANCE
FRANCE / BD CONCERT

+ FRANCESCO 14 | PARIS
BEARZATTI TINISSIMA - ION
QUARTET FRANCE

THIS MACHINE 15 | AUBERVILLIERS


KILLS FASCISTS AFRO-FUNK & VOODOO BEATS
ITALIE
ROGER DAMAWUZAN
7 | PANTIN & VAUDOU GAME*
TOGO, FRANCE
SPRING ROLL + DANIALOU
BIG APPLE’S FLAVOR SAGBOHAN **
FRANCE *
BÉNIN
+ JOËLLE LÉANDRE + BATIDA**
TENTET ANGOLA, PORTUGAL

CAN YOU HEAR ME * **


FRANCE CRÉATION INÉDIT

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Sortie le 18 mars Sortie le 25 mars

Nik Bärtsch’s Mobile Ferenc Snétberger


Continuum In Concert
Nik Bärtsch piano Ferenc Snétberger guitare
Sha clarinette basse et contrebasse ECM 473 2221
Kaspar Rast batterie, percussions
Nicolas Stocker batterie,
percussions préparées
Etienne Abelin violon
Ola Sendecki violon
Concerts
David Schnee alto
Solme Hong violoncelle Jan Garbarek Group
Ambrosius Huber violoncelle 15 avril · Orléans
ECM 475 9368 (CD) / 476 4790 (2LP)
Avishai Cohen Quartet
En concert 16 avril · Paris · Philharmonie
21 mai · Paris «Into The Silence»
Festival Saint-Germain-des-Près
Anouar Brahem Quartet
avec Couturier, Gesing et Meyer
22 avril · Rouen
23 avril · Calais
«Souvenance»

Kayhan Kalhor et Erdal Erzican


28 avril · Cenon

Tim Berne ‘Snakeoil’


avec Noriega, Smith et Mitchell
04 mai · Tours
«You´ve Been Watching Me»

Gary Peacock Trio


avec Marc Copland et Joey Baron
Vijay Iyer 15 mai · Marly
Wadada Leo Smith 19 mai · Le Mans
a cosmic rhythm «Now This»
with each stroke
Wadada Leo Smith trompette
Vijay Iyer piano, fender rhodes,
dispositif électronique
Design Alain Frappier dm16

ECM 476 9956

En concert
13 mai · Strasbourg
(Vijay Iyer Trio)

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