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Royaume du Maroc

Méthodes de Confortement
des
Pentes Instables
(Recettes de Prédimensionnement dans le Cadre d’une Mission G12 ou G52)

Jamal BENBOUZIYANE
Ing. , M.Sc.A. , Ph.D

- Version 2016 -
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Méthodes de Confortement des Pentes Instables

PREAMBULE

L’auteur capitalise dans ce support et dans son exposé


une modeste expérience qu’il a acquise en menant le projet de
développement "Talus du Rif" financé par le CRDI du Canada, et qui
a été couronné par un séminaire international tenu à l’Ecole
Hassania des Travaux Publics à Casablanca en 1995.

La rencontre d’experts en la matière lors de cette


manifestation a permis, par la suite, de dynamiser la formation
continue au sein de cette école sur différentes thématiques
relevant de la Géotechnique. On citera en particulier les
coopérations avec l’ENTPE de Lyon, avec le LCPC de Paris et avec
"Hydrogéo" de Drancy. On trouvera dans ce rapport les empreintes
de ces différentes écoles de Géotechnique.

En y ajoutant l’expérience du terrain, la recherche de


l’adaptation au contexte marocaine, conduira l’auteur à dégager
des recettes de prédimensionnement pour les besoins d’une mission
G12, et pour répondre à un besoin largement exprimé par les
différents laboratoires dont les cadres ingénieurs constituent le
principal du public participant à cette conférence.

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Méthodes de Confortement des Pentes Instables

I- METHODOLOGIE D’ETUDE DE STABILITE

I-1 La reconnaissance

Dans une première étape, il est nécessaire d’établir une


carte topographique du site et une carte géologique aussi précise
que possible et particulièrement orientée vers l’observation de
tous les signes de mouvements antérieurs. La reconnaissance
hydrogéologique est évidemment aussi importante.

Dans une deuxième étape, une campagne de reconnaissance


par sondages doit être menée sur la base de l’étude précédente et
qui doit viser la réalisation des coupes en travers du terrain, la
précision de l’hydrogéologie en disposant éventuellement des
piézomètres dans les trous de sondages, et en fin le prélèvement
d’échantillons intacts pour essais.

Dans une dernière étape, et s’il est jugé nécessaire, on


cherchera à parfaire la connaissance géologique et hydrogéologique
à l’aide d’essais in situ. La reconnaissance est alors achevée par
des essais au laboratoire sur les prélèvements de sols effectués
(essais d’identification et essais mécaniques).

I-2 Les calculs de stabilité

Si la surface de glissement est parfaitement définie, les


calculs sont conduits en n’utilisant que cette surface. Sinon une
recherche du coefficient de sécurité minimum est faite sur la base
de plusieurs surfaces hypothétiques.
Dans le cas d’un glissement déjà déclenché dont on
connaît la surface de rupture, on fait ce que l’on appelle une
analyse à rebours en posant le coefficient de sécurité Fs égal à

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l’unité. Les valeurs des paramètres de résistance déduites de


cette analyse sont alors comparées à celles déterminées par les
essais mécaniques.

Lorsqu’il s’agit de versants naturels instables,


l’inférence générale de l’expérience avec ce type de pentes, est
que la base du mouvement se situe souvent au contact manteau
d’altération - rocher. La géométrie de celui-ci joue alors un
rôle fondamental. Les types de rupture à adopter pour l’analyse de
stabilité devraient donc être alignés sur le substratum. Cette
approche est préférée à une recherche automatique des surfaces
potentielles de glissement, puisqu’une telle recherche pourrait
converger vers des surfaces critiques superficielles sans aucun
intérêt, du moment que tout le matériau de couverture est supposé
glisser sur le rocher.

I-3 La confortation

Pour différentes méthodes de stabilisation, des calculs


de stabilité sont conduits pour chiffrer le gain de stabilité Fs
que l’on peut espérer avec chaque méthode. Le gain de sécurité
théorique ainsi déterminé doit être comparé avec la marge qu’il
est nécessaire d’atteindre en pratique pour stabiliser le
glissement et s’affranchir de désordres ultérieurs. Le résultat
des calculs de stabilité permet donc de classer les actions
confortatives par ordre d’efficacité et de faire un choix sur la
base de ce classement et, bien entendu, des considérations
économiques.

Dans le cas du glissement représenté sur la figure-1-,


les solutions acceptables dans l’emprise du chantier routier
(déchargement du remblai, drainage, clouage par pieux,
soutènement) s’avèrent, après calcul, inopérantes ou irréalistes.

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L’étude a montré que c’est la butée de pied qui offre la meilleure


amélioration de sécurité ; cette solution a finalement été
retenue, malgré les problèmes d’emprise qui en résultent.

Des actions de stabilisation acceptables sur la seule


base des calculs de stabilité peuvent être éliminées du fait de
certaines particularités du glissement. Par exemple :

Figure-1- Recherche d’une méthode de stabilisation

- la stabilisation des glissements très étendus ne peut


généralement pas être assurée par une structure ponctuelle ( mur,
rangée de pieux, etc.) ;
- les glissements très actifs s’accommodent mal de techniques qui
utilisent des éléments fragiles (drains subhorizontaux, tirants,
etc.) ;
- dans le cas de glissements de terrains à très faible module, les
structures (pieux, par exemple) ne peuvent généralement pas
empêcher la masse en mouvement de s’écouler.

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II- METHODES DE CONFORTEMENT

Deux possibilités se présentent face à un problème de


stabilité. La première solution consiste à s’affranchir des
mouvements du glissement sans les empêcher en déplaçant l’ouvrage
endommagé en dehors de la zone en mouvement. La deuxième solution
couramment employée, consiste à stabiliser le versant par l’emploi
de diverses techniques que ce chapitre se propose de présenter.
L’ordre dans lequel elles doivent être envisagées est :
terrassement, drainage et puis renforcement.

II-1 Terrassement

La stabilité dépendant directement de la géométrie du


versant, le terrassement reste le moyen d’action le plus naturel.
On peut distinguer trois groupes de méthodes de stabilisation par
terrassement :

- chargement en pied ;

- déchargement en tête ;

- adoucissement de la pente.

II-1-1 Remblai de pied

Le chargement en pied d’un glissement est la technique


de terrassement la plus utilisée et généralement efficace.
L’ouvrage, également appelé butée ou banquette, agit par contre -
balancement des forces motrices. Pour qu’il soit efficace, il faut
réaliser un ancrage dans les formations en place sous la surface

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de rupture (figure-2-). En pratique, c’est la stabilité le long


de la surface de rupture du glissement déclaré qui conditionne les
dimensions de l’ouvrage. Mais l’analyse de stabilité doit tenir
compte des reprises des mouvements en amont et en aval. En fin il

Figure-2- Dimensionnement d’un remblai de pied

Figure-3- Allégement en tête et adoucissement de la pente


est souhaitable d’utiliser un matériau drainant pour la
construction du remblai.

La seule exigence de redans comme garantie d’accrochage


du remblai sur un sol support en pente assez raide ne fait pas

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l’unanimité. Le seuil de 15 %, imposé par certains, est reconnu


comme devant être modulé suivant les sols rencontrés et
l’exécution de redans n’est sans doute pas la seule disposition à
prendre pour les différents cas rencontrés. Certains pensent, par
exemple, que le drainage efficace de l’interface remblai-sol
support est une précaution nettement plus importante que la seule
exécution de redans systématique. En cas d’intercalation d’un
géotextile, on devra vérifier qu’il ne constitue pas un plan de
glissement privilégié si les caractéristiques de frottement de
contact ne sont pas satisfaisantes.

II-1-2 Allégement en tête

L’allégement en tête de glissement consiste à venir


terrasser dans la partie supérieure du glissement pour diminuer le
poids moteur. La méthode de dimensionnement consiste en un calcul
de stabilité le long de la surface de rupture déclarée en prenant
en compte la modification de géométrie en tête (figure-3-).
L’allégement en tête peut aussi se faire par utilisation de
matériaux légers de substitution, qui peuvent être soit:

- La pouzzolane ;
- Le polystyrène expansé;
- ou les granulats légers d’argile expansée.

La densité du polystyrène (EPS) est de 20 kg/m3. Sous


des charges permanentes normales (poids de la dalle en béton et
couche de revêtement de la chaussée), les remblais d’EPS
subissent, après application de ces charges, des déformations
permanentes de l’ordre de 1 % de la hauteur du remblai.
La résistance à la compression est de 100kN/m2 pour les
remblais courants. Si l’épaisseur du matériau de la plate-forme au
dessus de l’EPS est de l’ordre de 0.5 à 0.8 m, les blocs d’EPS

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sont soumis à des charges permanentes de l’ordre de 10 à 20% de la


résistance à la compression.
S’il est recouvert, il n’y a pas beaucoup de risque de
décomposition. S’il est sollicité à moins de 80 % de sa résistance
maximale, il n’y a pratiquement pas de fatigue sous chargements
cycliques.
Les granulats légers en argile expansée ont une densité
de 400kg/m3 et une granularité de 0/20 ou 0/32 mm. La résistance
des nodules est de 200kN/m2. L’angle de frottement φ’ est de 35°.
La densité de la pouzzolane est inférieure à 1 t/m3.
Elle s’utilise habituellement en succession de couches et de lits
de pose en grave 0/31.5mm. La granularité est de 20/70mm.

II-1-3 Reprofilage

Comme la stabilité d’un talus dépend directement de sa


géométrie, on peut assez simplement augmenter la stabilité par
adoucissement de la pente du terrain naturel. Le procédé
s’apparente à l’allégement en tête. Ce type de traitement est
couramment utilisé pour les talus de déblai (figure-3-).
L’exécution de risbermes ou banquettes présente les avantages
d’améliorer la stabilité et de créer des voies d’accès pour
l’entretien ou des travaux complémentaires. Cependant
l’adoucissement de la pente est en général mal adapté aux versants
naturels instables car il met en jeu des volumes très importants.

Les techniques de terrassement s’accompagnent


fréquemment de purges du matériau glissé. Cette solution est
généralement limitée aux glissements de taille modeste. On peut
dans certains cas, purger l’ensemble du matériau glissé à
condition que la surface mise à nu soit stable comme cela est
souvent le cas de glissements superficiels dans la frange
d’altération d’un massif rocheux.

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II-2 Drainage

L’eau joue un rôle moteur déterminant dans les


phénomènes de glissements. Aussi utilise-t-on couramment les
techniques de drainage, qui ont pour but de réduire les pressions
interstitielles, au niveau de la surface de rupture. C’est donc en
termes de diminution de pression interstitielle, et non de débit
d’exhaure, qu’il faut évaluer l’efficacité d’un dispositif de
drainage. Il est intéressant de noter aussi qu’une diminution de
l’efficacité d’un système de drains ne se traduit pas
nécessairement par une baisse du débit, mais qu’il faut plutôt
comparer l’évolution des débits avec les niveaux de nappe et la
pluviométrie. Les différentes techniques qui peuvent être mises en
œuvre pour atteindre cet objectif relèvent de deux options
fondamentales :

- éviter l’alimentation en eau du site,

- expulser l’eau présente dans le massif instable.

Le dimensionnement et l’efficacité d’un système de drainage


dépendent des éléments suivants :

- la nature et l’hétérogénéité des terrains,


- la géométrie des couches aquifères,
- la perméabilité et l’anisotropie des sols,
- les alimentations et les exutoires.

Compte tenu des difficultés pour déterminer ces points,


le dimensionnent d’un système de drainage est fait en demandant un
coefficient de sécurité plus élevé que pour d’autres techniques
(terrassements, renforcement).

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II-2-1 Collecte et canalisation des eaux de surface

Cette technique a pour objectif de limiter les


infiltrations dans le massif en mouvement. Les eaux peuvent
provenir de sources, d’un défaut d’étanchéité sur un réseau
d’adduction d’eau sur un bassin de stockage à l’amont, ou plus
simplement de l’impluvium et des eaux de ruissellement. En effet,
les eaux de surface ont tendance à s’infiltrer dans les fissures,
à stagner dans les zones de faible pente et aggravent ainsi une
instabilité amorcée. Aussi les ouvrages de collecte des eaux
(fossés, caniveaux, cunettes) doivent être réalisés de première
urgence dans de nombreux cas de glissements.

L’hydrologue chargé de rétablir les écoulements naturels


utilise couramment des coefficients de ruissellement c de 0.1 à
0.3. Cela signifie qu’il sous-entend que 70 à 90 % de l’eau de
pluie qui tombe sur un bassin versant s’infiltre.

Cette eau infiltrée va être partiellement absorbée par


la tranche de sol désaturée en fonction de son niveau hydrique et
va, pour partie, alimenter les aquifères (tranche de sol où existe
de l’eau libre).

D’un autre côté, La quantité d’eau maximale qui peut


s’infiltrer sur un bassin versant est donnée par :

q = k S
q : débit ou quantité d'eau qui s'infiltre, k : perméabilité du
sol, S : surface offerte à l’infiltration comptée
perpendiculairement aux lignes d’eau infiltrées.

II-2-2 Tranchées drainantes

La tranchée drainante (figure-4-) a pour but de rabattre


le niveau de la nappe, donc de diminuer les pressions

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interstitielles. Elle est disposée sur le site de façon à venir


recouper les filets d’eau.
En coupe, elle est constituée de matériau drainant et
d’un drain collecteur ( 100 mm par exemple) en PVC ou en béton
perforé. L’adjonction d’un géotextile tapissant les parois permet
d’éviter la contamination du matériau drainant, donc la pérennité
de l’ouvrage.
Ses caractéristiques géométriques sont limitées par
celles des engins de terrassement (pelles hydrauliques) et par les
conditions de stabilité à court terme des parois verticales. On
admet généralement une profondeur maximale de l’ordre de 4 à 5 m
(au-delà il faut mettre en place un blindage important) et une
largeur de 0.75 à 1 m.

La tranchée drainante a l’avantage de convenir aux talus


de grande hauteur (H >10 m), puisqu’on peut en réaliser un nombre
a priori quelconque en parallèle (figure-5-).L’espacement dans les
terrains argileux par exemple est de 10 à 20 mètres. Ses
inconvénients sont :

- son exécution peut mettre en péril la stabilité précaire du


site ;

- L’amorce des glissements risquent de créer des points bas dans


la continuité des tranchées, qui peuvent devenir des points
d’alimentation en eau du sol et empirer par la suite le glissement
déclaré ;

- elle risque de se colmater si le matériau drainant n’est pas de


bonne qualité. Un système de drainage qui ne joue plus son rôle
peut avoir des conséquences importantes, voire dramatiques, ayant
donné une sécurité qui brusquement s’évanouit.

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Dans le cadre d’une mission G12, et pour les besoins


d’un prédimensionnement, on peut avoir recours au calcul
approximatif suivant : un drainage induit dans la masse en
mouvement, une force stabilisatrice de l’ordre de : E1 =
S.γw.tan Φ ’, la force motrice négative de l’ordre de : E2 =
S. γw.sin α , avec S surface de la section drainée dans le plan du
cavalier et α pente moyenne de la courbe de glissement supposée
parallèle à la surface libre moyenne de l’écoulement. Si le
coefficient de sécurité peut s’écrire F1 = Erésist / Emot avant
drainage, il devient F2 = ( Erésist + E1 ) / ( Emot - E2). La section
S correspondant à la marge de sécurité recherchée permet de
décider des profondeurs des tranchées, voire de leur espacement.

Figure-4- Coupe type d’une tranchée drainante

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Figure-5- Tranchées drainantes longitudinales

II-2-3 Masques drainants

Le masque drainant est un volume de matériau drainant,


en parement de talus, qui n’est pas soumis aux pressions
interstitielles. Il peut être, soit intégré au profil du talus -
ce qui est le cas le plus fréquent- soit hors profil- ce qui est
le cas en particulier lorsqu’on conforte un glissement par
rechargement en pied (figure-6-). Cette technique s’adapte surtout
aux talus de déblai. A retenir que la différence hydraulique entre
les deux variantes de masque, est que la variante intégrée rabat
la nappe, et pas la variante hors profil.

Pour être efficace (Fs / Fs > 30%), le masque doit


avoir une largeur moyenne supérieure à la moitié de la hauteur du
talus.
D’un point de vue pratique, le masque peut être, soit
entièrement en matériau drainant (20-250 mm par exemple), soit en
matériau moins noble, à condition qu’il soit, d’une part

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autostable sans pressions interstitielles et que, d’autre part,


l’eau soit drainée à l’amont par un filtre (soit en matériau
drainant, soit en non tissé).

L’avantage du masque drainant est que son efficacité est


généralement très bonne s’il est bien dimensionné et qu’elle est
pérenne.

II-2-4 Eperons drainants

La solution  éperons drainants  consiste à faire des


saignées perpendiculaires à l’axe du talus et remplies de matériau
drainant. Le matériau concassé ou l’anguleux est préférable au
matériau roulé (figure-7-). Ils permettent notamment le drainage
de zones de suintement.

Pour être efficaces, ces éperons doivent entamer très


profondément le talus et ne pas être trop espacés ( 4 à 10
mètres ). L’inclinaison de l’éperon à l’air ne doit dépasser ½ du
Φ de son matériau.

L’avantage d’un tel système est de pouvoir être réalisé


sans mettre en cause la stabilité du talus et de limiter en
extension d’éventuels désordres. Le matériau de remplissage
permet, en plus, d’améliorer les caractéristiques mécaniques du
sol vis-à-vis du cisaillement. De là, les éperons drainants sont
préférés aux tranchées drainantes.

Cependant, lorsque la perméabilité du terrain à drainer


est inférieure à 10-6m/s, on risque d’avoir un manque d’interaction
entre les éperons (effet d’appel). Dans une telle situation, on
tendra vers les masques.

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Figure-6- Coupes de masques drainants

Figure-7- Schéma d’éperons drainants

Une idée de la valeur du débit qui transite par mètre


linéaire dans la pente est donnée par :

Q = k * i * H (H : hauteur de l’aquifère)

L’espacement entre éperons se raisonne comme celui


d’une série de puits équivalents. Cette hypothèse est d’autant
plus acceptable que la profondeur en tête est importante et
compatible avec la stabilité de la fouille pour avoir l’effet
puits le plus affirmé.

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Dans le cadre d’une mission G12, on pourrait, par


exemple, figer un espacement et imposer un rabattement, qui est
plus ou moins la hauteur de l’éperon puisque, généralement, celui-
ci est supposé repousser la surface d’un suintement vers le bas.
Un puits équivalent se déduit alors du débit censé transiter dans
chaque éperon (Hypothèse de Dupuit pour une alimentation linéaire
unique). Avec les données : rabattement entre puits équivalents,
nature du sol, distance à la source d’alimentation, on est supposé
pouvoir déduire l’espacement correspondant (formule de
Schneebeli), à comparer à celui supposé au départ, et qui doit
être du même ordre de grandeur. Puisque l’éperon est incliné de ½
Φ, sa longueur se déduit alors de sa hauteur, laquelle est plus ou
moins assimilée au rabattement. Un tel dimensionnement est à
affiner au niveau de la mission G22.

II-2-5 Drains subhorizontaux

On peut choisir de drainer le massif instable par drains


subhorizontaux lorsque, par exemple, les conditions d’accès au
site sont trop difficiles pour réaliser une tranchée. Ils
permettent de décharger localement des aquifères (figure-8-).
La technique consiste à réaliser de nombreux forages avec une
faible pente sur l’horizontale (2° à 5°) et y placer des tubes
crépinés : les drains. Un dispositif de captage des eaux
recueillies dans les drains avec un exutoire adapté complète
l’ensemble.

Plus la longueur est importante et plus il est difficile


de garantir la rectitude du fil d’eau. L’espacement horizontal
entre drains est en général de l’ordre de 3 à 10m. Il est
recommandé de garder un pas dans les deux directions en deçà de 5
m.

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Figure-8-Drainage subhorizontal

Le rayon d’action des drains est très faible (quelques


centimètres) dans les milieux cohérents, aussi faut-il en réserver
l’usage au cas spécifique de nappes piégées dans des milieux
perméable.

II-2-6 Arcades Chinoises

Le principe de la solution consiste à protéger les talus


par des squelettes en arcs en béton armé qui ont pour objectif
de :

 Casser les vitesses du courant d’eau.


 Subdiviser le talus en surfaces élémentaires réduisant ainsi
le phénomène d’érosion qui s’accentue avec la longueur du
talus (profondeur des ravinements s’accentue du haut vers le
bas du talus).
 Eventuellement d’améliorer les traitements de surface et
cultures si on envisage des plantations.

Le principe de la solution consiste à commencer le


traitement par les pieds et à suivre l’ordre suivant :

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Figure-9- : Vue en plan d’une arcade

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Figure-10- : Exemple de tracé en plan des arcades

II-3 Renforcement du massif instable

Les techniques de renforcement ne traitent pas la cause


des mouvements mais réduisent les déformations. On les emploie
dans les cas où des solutions curatives (terrassement et drainage)
ne peuvent pas être mise en œuvre. Il s’agit de :

- tirants d’ancrage et de murs,


- clouage par des barres, des micropieux,
- rangées de pieux, de barrettes ou de profilés métalliques
d’inerties diverses, etc.

On peut également introduire des éléments résistants à


titre préventif, de façon à éviter les déplacements, dont une
conséquence serait de diminuer la résistance au cisaillement.

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II-3-1 Ouvrages de soutènement

On peut distinguer deux types d’ouvrages de soutènement : les


ouvrages rigides et les ouvrages souples.

Figure-11- Inefficacité d’un Figure-12- files de soutènements


soutènement en site instable rigides

II-3-1-1 Ouvrages rigides

Il est extrêmement difficile de stabiliser un versant au


moyen de soutènements classiques. En particulier les ouvrages
rigides ne sont pas les mieux adaptés à la stabilisation des
glissements de terrain.

On pourrait toujours prétendre régler le problème de la


précarité de l’assise d’un mur de soutènement fondé sur un manteau
d’altération qui est censé glisser sur toute son épaisseur ( telle
est l’inférence générale de la littérature), en ancrant la
fondation dans le rocher à l’aide de pieux par exemple ( et ça
existe). Mais « la nature n’aime pas les points durs ». L’effort
qui va se développer derrière un tel écran est un effort de butée
puisque le sol vient s’écraser de lui-même sur ce point fixe. La

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butée étant 10 fois plus forte que la poussée, on conçoit


facilement l’ampleur de l’investissement (figure-11-).

En faisant fi du déboursé, il restera le problème du


déversement du sol par-dessus l’ouvrage, et donc la charge de
l’entretien quand des aménagements en aval sont prévus (figure-11-
).
Avec cette variante, il faut alors envisager plusieurs
niveaux d’ouvrages, afin de découper le versant en zones dont la
longueur soit suffisamment faible pour éviter le développement de
coin de butée (figure-12-). Les coûts de réalisation deviennent
alors substantiels.

II-3-1-2 Gabions

Les variantes souples, supportant des déformations de


sol, sont plus couramment utilisées. Le gabionnage, par exemple,
est une solution économique très employée. Cette alternative reste
cependant limitée aux faibles hauteurs à cause surtout de la
stabilité interne des nappes (figure-13-).

II-3-1-3 Terre armée et massifs en sol renforcé par armatures extensibles

Il s’agit de remblai renforcé par des armatures


(géotextiles, armatures métalliques ou synthétiques, etc).
Ces ouvrages fonctionnent comme des massifs poids. On les
dimensionne en vérifiant la sécurité vis-à-vis de deux mécanismes
de rupture : rupture interne et rupture externe (figure-14-).

II-3-2 Tirants d’ancrages actifs

Cette solution consiste à ancrer des tirants dans le


terrain stable sous la surface de rupture et à appliquer en tête
un effort de traction réparti sur la surface du terrain par

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Figure-13- Gabions

Figure-14-Terre armée

l’intermédiaire de plaques de réaction. En général, on combine les


tirants à un mur ou à des longrines de béton armé.

Bien que cette technique ne soit pas une première


alternative, le but de tels tirants est donc d’augmenter l’effort

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normal, donc la résistance au cisaillement, le long d’une surface


de rupture potentielle, tout en diminuant le moment moteur du
talus.

Il est prudent de prévoir de venir reprendre la tension


dans les tirants, aussi bien en cas d’augmentation que de
diminution de celle-ci. Aussi un suivi des déformations du terrain
doit être réalisé.

II-3-3 Renforcement par inclusions

Le clouage est une technique relativement aisée et


rapide à mettre en œuvre. De plus cette technique n’affecte pas la
géométrie du site. On distingue habituellement deux catégories
d’inclusions, en fonction de l’inertie des armatures utilisées :

- les clous et micropieux, constitués d’une armature de faible


inertie et d’un coulis d’injection, placés obliquement ou
verticalement ;

- les pieux et barrettes qui sont des éléments de grande rigidité,


mis en place verticalement.

La stabilisation d’un glissement de terrain par clouage


repose sur le principe suivant : la partie supérieure du massif en
mouvement engendre une déformation des clous ; les efforts qui en
résultent sont transmis par les clous au substratum et s’opposent
au mouvement. Le clouage agit sur le glissement par goujonnage du
bloc mobile sur le substratum fixe (figure-15-).
De ce fait, on ne peut pas par cette technique stabiliser
des glissements de grande ampleur qui nécessiteraient
l’introduction d’efforts considérables.

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Figure-15- Principe du clouage d’un glissement de terrain

L’efficacité du clouage réside dans la mobilisation


d’efforts de traction et de cisaillement dans le clou. Pour que
ces efforts stabilisateurs soient mobilisés, il est nécessaire que
se produisent des déplacements relatifs sol / clou. Le clouage a
donc un effet progressif et des mouvements résiduels se produisent
encore après le clouage.
Le dimensionnement d’un ouvrage de confortement par
clouage se fera en justifiant une sécurité suffisante vis-à-vis
des risques de rupture :

- dans le clou (barre ou tube d’acier) par traction et/ou


cisaillement : résistance de la barre ;
- au contact sol/clou, dans la partie d’ancrage (arrachement du
clou) : interaction de frottement sol-barre;
- dans le sol, lorsque les efforts stabilisateurs apportés sont
insuffisants : résistance au cisaillement du sol ;
- interaction de pression normale sol-barre.

Le clouage de glissement par des pieux ou des barrettes


procède du même principe que précédemment. Mais, compte tenu de
leur inertie importante, les pieux travaillent principalement en

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flexion/cisaillement quand les clous de faible inertie


travaillent en traction/ cisaillement. Généralement on met en
place deux ou trois rangées de pieux (tubes métalliques ou pieux
en béton armé) dans le tiers central de la partie instable.

Dans le cas où les mouvements relatifs entre inclusions


et sols en place peuvent être considérés comme faibles, et pour
les besoins d’un prédimensionnement dans le cadre de la mission
G12, les hypothèses sur les sols équivalents sont justifiées.

Leurs caractéristiques, friction et cohésion, sont


obtenues par les relations suivantes:

tan φ= (tan φ1 x S1 + tan φ2 x S2)/(S1+S2)

C= (C1 x S1 + C2 x S2)/(S1+S2)
Avec,
φ1, C1 et S1 les caractéristiques et la surface du sol encaissant
le plus défavorable.
φ2, C2 et S2 les caractéristiques des inclusions en béton.

Concernant les caractéristiques des inclusions en béton,


elles sont données par les relations :

C=0.5 x ( Rc x Rt)O.5

tan φ = ( Rc-Rt)/(Rc+Rt)

Avec Rc et Rt, résistance du béton à la compression et à la


traction.

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27

Méthodes de Confortement des Pentes Instables

III- MARGES DE SECURITE

Principe de Moyens Méthode de F


Contraintes d’utilisation
stabilisation techniques dimensionnement final
- accès et emprise nécessaires
1,20
Rééquilibrage des Calcul de la stabilité avec la - présence d’un horizon résistant à
Butée de pied Remblai à
masses géométrie modifiée faible profondeur
1,30
- assurer la stabilité en aval.
Allègement en Rééquilibrage des Calcul de la stabilité avec la - accès et emprise nécessaires
Déblai 1,20
tête masses géométrie modifiée - assurer la stabilité en amont
- s’applique à de petits volumes
Le massif est stable Calcul de la stabilité avec la
Purge total Déblai 1,50 - protection à la surface mise à nue
après la purge géométrie modifiée
- assurer la stabilité en amont
Adoucissement de la Calcul de la stabilité avec la - accès et emprise nécessaires
Reprofilage Déblai 1,20
pente géométrie modifiée - terrassement important
Apport de matériau Calcul de la stabilité avec les - terrassement important
Déblai,
Substitution total de meilleure caractéristiques du matériau de 1,50 - ancrer sous la surface de rupture
remblai
résistance substitution - travail par plots
Substitution
Apport de matériau Calcul de la stabilité avec les - ancrer sous la surface de rupture
partielle : bêche, Déblai,
de meilleure caractéristiques du matériau 1,20 - travail par plots
contrefort, éperon, remblai
résistance initial de celui de substitution - gérer le drainage
masque
Déblai,
Substitution en Calcul de la stabilité avec les - Terrassements réduits
Diminution du polystyrène
tête, matériau caractéristiques de poids du 1,20 - Protection du matériau allégé
moment moteur matériau
allégé matériau allégé - gérer les circulations d’eau
alvéolaire
Calcul de la stabilité avec le
Collecte et Cunettes, - implique une surface supérieure à
Limiter les pressions champ de pressions
canalisation des drains 1,30 celle de glissement
interstitielles interstitielles estimé après
eaux de surface agricoles - entretien indispensable
drainage
Calcul de la stabilité avec le
Diminuer les Trancheuses, - connaissance préliminaire du réseau
Tranchées champ de pressions
pressions haveuse, 1,30 d’écoulement
drainantes interstitielles estimé après
interstitielles pelle - entretien indispensable
drainage
- connaissance préliminaire du réseau
Drains Calcul de la stabilité avec le
Diminuer les d’écoulement
Drains plastiques, champ de pressions
pressions 1,30 - vérification de rabattement
subhorizontaux moyens de interstitielles estimé après
interstitielles - entretien indispensable
forage drainage

Diminuer les Drains Calcul de la stabilité avec le - connaissance préliminaire du réseau


Drainages
pressions verticaux champ de pressions inter- 1,30 d’écoulement
profonds
interstitielles puits, galeries stitielles estimé après drainage - entretien indispensable

Ouvrages - ancrer l’ouvrage sous le niveau de la


Apporter un effort Murs fixes 1,50
fixes rupture
Soutènements stabilisateur
Ouvrages - gérer la circulation des eaux derrière
horizontal Murs souples 1,20
souples l’ouvrage
Calcul de la stabilité en
Apporter un effort - problème des déplacements de sol
Torons, introduisant les efforts
Tirants d’encrage stabilisateur 1,20 (phase de chantier et en service)
barres stabilisateurs, calcul à la
horizontal - associer un bon drainage
rupture des tirants (F= 1,5)
Apporter un effort Calcul de la stabilité en - technicité importante
1,20
stabilisateur per- Barres, tubes, introduisant les efforts - estimation correcte des interactions
Clous à
pendiculaire à la micropieux stabilisateurs, calcul à la sol/inclusions
1,30
surface de rupture rupture des clous (F= 1,5) - associer un bon drainage
Calcul de la stabilité en - technicité importante
Apporter un effort Pieux bétons, 1,10
introduisant les efforts - estimation correcte des interactions
Pieux stabilisateur Profilés H, à
stabilisateurs, calcul à la sol/inclusions
horizontal Palplanches 1,20
rupture des pieux (F= 1,5) - associer un bon drainage

Jamal BEN BOUZIYANE


28

Méthodes de Confortement des Pentes Instables

CONCLUSION

Perspectives pour le contexte marocain

Les glissements de terrain nécessitent des réparations


répétées, rapides et surtout chères. Au Maroc, La Direction des
Routes et de la Circulation Routière (DRCR) évalue les frais
qu’ils engendrent dans le nord du pays par exemple, à plus de 50%
du budget alloué aux directions provinciales de l’équipement (DPE)
de la région septentrionale.

Chaque glissement présente sa propre spécificité ; son


confortement nécessite un soin particulier. L’ingénieur se trouve
confronté à des dossiers non répétitifs et non courants, devant
lesquels il doit prendre les glissements cas par cas et tenter de
trouver des solutions confortatives adaptées à chaque cas.

L’infrastructure routière étant la plus prédisposée à ce


phénomène, elle se trouve exposée dans les zones réputées
instables à des désordres allant des affaissements mineurs de la
chaussée à la coupure carrément de la circulation. L’ingénieur
routier est, sans nul doute, l’aménageur des TP le plus sollicité
en matière de stabilité des pentes. Pressé par des considérations
sociales, économiques et politiques, il est amené à intervenir le
plus rapidement possible, eu égard à toutes les difficultés déjà
mentionnées.

La brigade d’intervention de la DRCR doit se munir d’un outil


efficace et rapide qui permettra de l’assister dans sa tâche, et
de l’aider à la prise de décisions appropriées. Il s’agirait d’un

Jamal BEN BOUZIYANE


29

Méthodes de Confortement des Pentes Instables

système expert qui tiendrait compte de la pratique marocaine et de


son état d’avancement.

Pour des profils de pentes de géomorphologie, de lithologie


et d’hydrogéologie quelconques, et pour différentes méthodes de
stabilisation, des calculs de stabilité seront conduits, avec des
surfaces hypothétiques de glissement de formes quelconques, pour
chiffrer le gain de sécurité que l’on peut espérer avec chaque
méthode. Le gain de sécurité ainsi déterminé sera alors comparé
avec la marge qu’il est nécessaire d’atteindre pour s’affranchir
de désordres ultérieurs. Le résultat des calculs de stabilité
permettra donc de classer les actions confortatives par ordre
d’efficacité et de faire un choix scientifique sur la base de ce
classement et, bien entendu, des considérations économiques.

Donc l’idée de fond du système est d’écarter l’approche de


« l’à peu près » qui, malheureusement, s’impose souvent en
considération de toutes les contraintes déjà citées, et de la
remplacer par une approche rationnelle et assurée.

Jamal BEN BOUZIYANE