LA JOLIE ROUSSE

Me voici devant tous un homme plein de sens Connaissant la vie et de la mort ce qu'un vivant peut connaître Ayant éprouvé les douleurs et les joies de l'amour Ayant su quelquefois imposer ses idées Connaissant plusieurs langages Ayant pas mal voyagé Ayant vu la guerre dans l'Artillerie et l'Infanterie Blessé à la tête trépané sous le chloroforme Ayant perdu ses meilleurs amis dans l'effroyable lutte Je sais d'ancien et de nouveau autant qu'un homme seul pourrait des deux savoir Et sans m'inquiéter aujourd'hui de cette guerre Entre nous et pour nous mes amis Je juge cette longue querelle de la tradition et de l'invention De l'Ordre de l'Aventure Vous dont la bouche est faite à l'image de celle de Dieu Bouche qui est l'ordre même Soyez indulgents quand vous nous comparez A ceux qui furent la perfection de l'ordre Nous qui quêtons partout l'aventure Nous ne sommes pas vos ennemis Nous voulons nous donner de vastes et d'étranges domaines Où le mystère en fleurs s'offre à qui veut le cueillir Il y a là des feux nouveaux des couleurs jamais vues Mille phantasmes impondérables Auxquels il faut donner de la réalité Nous voulons explorer la bonté contrée énorme où tout se tait Il y a aussi le temps qu'on peut chasser ou faire revenir Pitié pour nous qui combattons toujours aux frontières De l'illimité et de l'avenir Pitié pour nos erreurs pitié pour nos péchés Voici que vient l'été la saison violente Et ma jeunesse est morte ainsi que le printemps O Soleil c'est le temps de la raison ardente Et j'attends Pour la suivre toujours la forme noble et douce Qu'elle prend afin que je l'aime seulement Elle vient et m'attire ainsi qu'un fer l'aimant Elle a l'aspect charmant D'une adorable rousse Ses cheveux sont d'or on dirait Un bel éclair qui durerait Ou ces flammes qui se pavanent Dans les roses-thé qui se fanent Mais riez de moi Hommes de partout surtout gens d'ici Car il y a tant de choses que je n'ose vous dire Tant de choses que vous ne me laisseriez pas dire Ayez pitié de moi Guillaume Apollinaire, Poèmes retrouvés, Poésie-Gallimard

ENIVREZ-VOUS Il faut être toujours ivre, tout est là ; c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve. Mais de quoi? De vin, de poésie, ou de vertu à votre guise, mais enivrez-vous! Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge; à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est. Et le vent, la vague, l'étoile, l'oiseau, l'horloge, vous répondront, il est l'heure de s'enivrer ; pour ne pas être les esclaves martyrisés du temps, enivrez-vous, enivrez-vous sans cesse de vin, de poésie, de vertu, à votre guise. Charles Baudelaire, Les petits poèmes en prose A la Mystérieuse J'ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité. Est-il encore temps d'atteindre ce corps vivant et de baiser sur cette bouche la naissance de la voix qui m'est chère? J'ai tant rêvé de toi que mes bras habitués en étreignant ton ombre à se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas au contour de ton corps, peut-être. Et que, devant l'apparence réelle de ce qui me hante et me gouverne depuis des jours et des années, je deviendrais une ombre sans doute.O balances sentimentales. J'ai tant rêvé de toi qu'il n'est plus temps sans doute que je m'éveille. Je dors debout, le corps exposé à toutes les apparences de la vie et de l'amour et toi, la seule qui compte aujourd' hui pour moi, je pourrais moins toucher ton front et tes lèvres que les premières lèvres et le premier front venu. J'ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé, couché avec ton fantôme qu'il ne me reste plus peut-être, et pourtant, qu'à être fantôme parmi les fantômes et plus ombre cent fois que l'ombre qui se promène et se promènera allégrement sur le cadran solaire de ta vie. Robert Desnos

Partir. Comme il y a des hommes-hyènes et des hommespanthères, je serais un homme-juif un homme-cafre un homme-hindou-de-Calcutta un homme-de-Harlem-qui-ne-vote-pas l'homme-famine, l'homme-insulte, l'homme-torture on pouvait à n'importe quel moment le saisir le rouer de coups, le tuer - parfaitement le tuer - sans avoir de compte à rendre à personne sans avoir d'excuses à présenter à personne un homme-juif un homme-pogrom un chiot un mendigot mais est-ce qu'on tue le Remords, beau comme la face de stupeur d'une dame anglaise qui trouverait dans sa soupière un crâne de Hottentot? Je retrouverais le secret des grandes communications et des grandes combustions. Je dirais orage. Je dirais fleuve. Je dirais tornade. Je dirais feuille. Je dirais arbre. Je serais mouillé de toutes les pluies, humecté de toutes les rosées. Je roulerais comme du sang frénétique sur le courant lent de l'oeil des mots en chevaux fous en enfants frais en caillots en couvre-feu en vestiges de temple en pierres précieuses assez loin pour décourager les mineurs. Qui ne me comprendrait pas ne comprendrait pas davantage le rugissement du tigre. Et vous fantômes montez bleus de chimie d'une forêt de bêtes traquées de machines tordues d'un jujubier de chairs pourries d'un panier d'huîtres d'yeux d'un lacis de lanières découpées dans le beau sisal d'une peau d'homme j'aurais des mots assez vastes pour vous contenir et toi terre tendue terre saoule terre grand sexe levé vers le soleil terre grand délire de la mentule de Dieu terre sauvage montée des resserres de la mer avec dans la bouche une touffe de cécropies terre dont je ne puis comparer la face houleuse qu'à la forêt vierge et folle que je souhaiterais pouvoir en guise de visage montrer aux yeux indéchiffreurs des hommes Il me suffirait d'une gorgée de ton lait jiculi pour qu'en toi je découvre toujours à même distance de mirage - mille fois plus natale et dorée d'un soleil que n'entame nul prisme - la terre où tout est libre et fraternel, ma terre. Partir. Mon coeur bruissait de générosités emphatiques. Partir... j'arriverais lisse et jeune dans ce pays mien et je dirais à ce pays dont le limon entre dans la composition de ma chair : « J'ai longtemps erré et je reviens vers la hideur désertée de vos plaies ». Je viendrais à ce pays mien et je lui dirais: Embrassez-moi sans crainte... Et si je ne sais que parler, c'est pour vous que je parlerai». Et je lui dirais encore : « Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n'ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s'affaissent au cachot du désespoir. » Et venant je me dirais à moi-même : « Et surtout mon corps aussi bien que mon âme, gardez-vous de vous croiser les bras en l'attitude stérile du spectateur, car la vie n'est pas un spectacle, car une mer de douleurs n'est pas un proscenium, car un homme qui crie n'est pas un ours qui danse... »

AIMÉ CÉSAIRE

Les mains d'Elsa
Donne-moi tes mains pour l'inquiétude Donne-moi tes mains dont j'ai tant rêvé Dont j'ai tant rêvé dans ma solitude Donne-moi te mains que je sois sauvé Lorsque je les prends à mon pauvre piège De paume et de peur de hâte et d'émoi Lorsque je les prends comme une eau de neige Qui fond de partout dans mes main à moi Sauras-tu jamais ce qui me traverse Ce qui me bouleverse et qui m'envahit Sauras-tu jamais ce qui me transperce Ce que j'ai trahi quand j'ai tresailli Ce que dit ainsi le profond langage Ce parler muet de sens animaux Sans bouche et sans yeux miroir sans image Ce frémir d'aimer qui n'a pas de mots Sauras-tu jamais ce que les doigts pensent D'une proie entre eux un instant tenue Sauras-tu jamais ce que leur silence Un éclair aura connu d'inconnu Donne-moi tes mains que mon coeur s'y forme S'y taise le monde au moins un moment Donne-moi tes mains que mon âme y dorme Que mon âme y dorme éternellement.

Louis Aragon, Extrait du "Fou d'Elsa", Édition Gallimard (collection Blanche)

Sachez qu'hier, de ma lucarne, J'ai vu, j'ai couvert de clins d'yeux, Une fille qui dans la Marne Lavait des torchons radieux Je pris un air incendiaire Je m'adossais contre un pilier Puis je lui dis "O Lavandière" Blanchisseuse étant familier La blanchisseuse gaie et tendre Sourit et, dans la hameau noir Au loin, sa mère cessa d'entendre Le bruit vertueux du battoir. Je m'arrête. L'idylle est douce Mais ne veux pas, je vous le dis, Qu'au delà du baiser on pousse La peinture du paradis.

Victor Hugo

Ce soir, Si j'écrivais un poème pour la postérité? fichtre la belle idée je me sens sûr de moi j'y vas et à la postérité j'y dis merde et remerde et reremerde drôlement feintée la postérité qui attendait son poème ah mais
Raymond Quenaeau, Extrait de "L'Art Poétique", Poésie/Gallimard

A L C H I M I E   D U    V E R B E
À moi. L'histoire d'une de mes folies.

Depuis longtemps je me vantais de posséder tous les paysages possibles, et trouvais dérisoires les célébrités de la peinture et de la poésie moderne. J'aimais les peintures idiotes, dessus de portes, décors, toiles de saltimbanques, enseignes, enluminures populaires; la littérature démodée, latin d'église, livres érotiques sans orthographe, romans de nos aïeules, contes de fées, petits livres de l'enfance, opéras vieux, refrains niais, rhythmes naïfs. Je rêvais croisades, voyages de découvertes dont on n'a pas de relations, républiques sans histoires, guerres de religion étouffées, révolutions de moeurs, déplacements de races et de continents: je croyais à tous les enchantements. J'inventai la couleur des voyelles! - A noir, E blanc, I rouge, O bleu, U vert. -Je réglai la forme et le mouvement de chaque consonne, et, avec des rhythmes instinctifs, je me flattai d'inventer un verbe poétique accessible, un jour ou l'autre, à tous les sens. Je réservais la traduction. Ce fut d'abord une étude. J'écrivais des silences, des nuits, je notais l'inexprimable. Je fixais des vertiges.

RIMBAUD, UNE SAISON EN ENFER

Monsieur Prud'homme
Il est grave, il est maire et père de famille, Son faux-col engloutit son oreille, ses yeux Dans un rêve sans fin flottent insoucieux Et le printemps en fleurs sur ses pantoufles brille Que lui fait l'astre d'or, que lui fait la charmille Où l'oiseau chante à l'ombre et que lui font les cieux Et les prés verts et les gazons silencieux. Monsieur Prud'Homme songe à marier sa fille, Avec Monsieur Machin, un jeune homme cossu, Il est juste milieu, botaniste et pansu Quant aux faiseurs de vers, ces vauriens, ces maroufles, Ces fainéants barbus mal peignés, il les a Plus en horreur que son éternel coryza Et le printemps en fleurs brille sur ses pantoufles. Paul VERLAINE

Les pas Tes pas, enfants de mon silence, Saintement, lentement placés, Vers le lit de ma vigilance Procèdent muets et glacés. Personne pure, ombre divine, Qu'ils sont doux, tes pas retenus ! Dieux !... tous les dons que je devine Viennent à moi sur ces pieds nus ! Si, de tes lèvres avancées, Tu prépares pour l'apaiser, A l'habitant de mes pensées La nourriture d'un baiser, Ne hâte pas cet acte tendre, Douceur d'être et de n'être pas, Car j'ai vécu de vous attendre, Et mon coeur n'était que vos pas.

Paul Valéry, Extrait de Poésies - Charmes, éd. Poésie/Gallimard

Quand on a tout usé Le vin. quand on se sent seul Claquons nous la gueule entre amis! Quand elle a foutu l'camp En emportant l'argent Et la machine à coudre En vous laissant l'évier Plein de vaisselle pas lavée Et l'sel dans l'sucre en poudre Quand vot'meilleur copain Téléphone le lend'main En disant : "Viens la r'prendre!" On ricane et on pense "Attends un peu Hortense Qu'est-ce que tu vas prendre!" Une bonne paire de claques dans la gueule Un bon coup d'savate dans les fesses Un marron sur les mandibules ça te r'f'ra une deuxième jeunesse Une bonne paire de claque dans la gueule Un direct au creux d'lestomac Les orteils coincés sous une meules Un coup d'pompe en plein tagada Tu t'ennuyais dans ma p'tite chambre Tu voulais voir du nouveau Chaque matin de janvier à décembre Tu pourras t'offrir a gogo Une bonne paire de claques dans la gueule Et çà me consolera ma chérie Des soirées où tu manoeuvrais Le rouleau à patisserie Tiens! Salope! Boris Vian . l'amour. la drogue et l'aspirine Les épinards. les cartes Quand on a perdu l'vice Des bisques d'écrevisse Des rillettes de la Sarthe Quand la vue d'un strip-tease Vous fait dire: "Qué Bêtise ! Vont-y trouver aut' chose" Il reste encore un truc Qui n'est jamais caduque Pour voir la vie en rose Une bonne paire de claques dans la gueule Un bon coup d'savate dans les fesses Un marron sur les mandibules ça vous r'f'ra une deuxième jeunesse Une bonne paire de claques dans la gueule Un direct au creux d'l'estomac Les orteils coincés sous une meules Un coup d'pompe en plein tagada ça enterre tout. la Schnouff et la Badoit C'est bien plus bath que l'foie gras en terrine Car c'est moins cher et ça n'alourdit pas Une bonne paire de claques dans la gueule Et la vie reprend tout son prix Chaque matin.UNE BONNE PAIRE DE CLAQUES DANS LA GUEULE Quand on est tout blasé.

devenons cendre et poudre. Excusez-nous. Elle est piéça dévorée et pourrie. À son plaisir sans cesser nous charrie. Nous préservant de l'infernale foudre.L'épitaphe Frères humains qui après nous vivez. pas n'en devez Avoir dédain. Garde qu'Enfer n'ait de nous seigneurie : À lui n'ayons que faire ni que soudre. Et arraché la barbe et les sourcils. corbeaux. Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre ! Si frères vous clamons. De notre mal personne ne s'en rie . Plus becquetés d'oiseaux que dés à coudre. Jamais nul temps nous ne sommes assis . quoique fûmes occis Par justice. Envers le fils de la Vierge Marie. puis là. Que sa grâce ne soit pour nous tarie. ici n'a point de moquerie . comme le vent varie. les os. Hommes. que trop avons nourrie. Nous sommes morts. Pies. Puis çà. nous ont les yeux cavés. Ne soyez donc de notre confrérie . Toutefois vous savez Que tous hommes n'ont pas bon sens rassis . Et nous. si pitié de nous pauvres avez. Car. Vous nous voyez ci attachés cinq. Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre ! Prince Jésus. N'ayez les coeurs contre nous endurcis. Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre ! François Villon . Et le soleil desséchés et noircis . six : Quant à la chair. qui sur tous a maistrie. Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre ! La pluie nous a débués et lavés. Dieu en aura plus tôt de vous mercis. puisque sommes transis. âme ne nous harie.

de qui l'âme incertaine      A comme l'Océan son flux et son reflux :      Pensez de vous résoudre à soulager ma peine. Quand je pense être au point que cela s'accomplisse. d'un lit grand comme une sacristie. vous perdez votre gloire        De me l'avoir promis et vous rire de moi. mon beau souci.      S'il arrive autrement ce sera votre faute     De faire des serments et ne les tenir pas. François de Malherbe .        S'il ne vous en souvient vous manquez de mémoire.      Et qui peuvent beaucoup dessus ma liberté :      Mais pour me retenir.        Et s'il vous en souvient vous n'avez point de foi.      De ne m'en séparer qu'avecque le trépas.      Ou je me vais résoudre à ne la souffrir plus. Il voit sur la pendule un couple antique et fol Et qu'il n'a pas sommeil et que sans modestie Sa jambe sous le drap frôle une jambe au vol Un niais met sous lui sa femme froide et sèche Contre son bonnet blanc frotte son casque à mèches Et travaille en soufflant inexorablement Et de ce qu'une nuit sans rage et sans tempête Ces deux êtres se sont accouplés en dormant O Shakespeare.      Il leur faut de l'amour autant que de beauté.      Dont l'ouvrage du soir au matin se défait. Vos yeux ont des appas que j'aime et que je prise. songez-y.      Quelque excuse toujours en empêche l'effet :      C'est la toile sans fin de la femme d'Ulysse. Madame. s'ils font cas de ma prise. et toi Dante ! il peut naître un poète Stéphane Mallarmé DESSEIN DE QUITTER UNE FEMME Qui ne le contentait que de promesses Beauté. J'avais toujours fait compte. aimant chose si haute.Parce que de la viande était à point rôtie Parce que le journal détaillait un viol Parce que sur sa gorge ignoble et mal bâtie La servante oublia de boutonner son col Parce que.

L'autre n'eut pas la patience. celui de la partie. enfin toute la bande. Elle représenta l'énormité du cas. qui peut-être est un bien J'en fais juge un amant. à ma manière. Comment l'aveugle que voici (C'est un dieu). Et les Juges d'Enfer. Femme et mère. moi qui me laissais dire Que mon sourire était si doux. Jean de La Fontaine . dis-je. et ne décide rien. Le résultat enfin de la suprême cour Fut de condamner la Folie A servir de guide à l'Amour. Ses flèches. Et que le monde n'est que souci? Vous qui croyez qu'une amour délaissée De la pensée s'enfuit ainsi. Qu'il en perd la clarté des cieux. il suffit pour juger de ses cris: Les Dieux en furent étourdis. Alfred de Musset L'Amour et la Folie Tout est mystère dans l'Amour. Une dispute vint : l'Amour veut qu'on assemble Là-dessus le conseil des Dieux. Vénus en demande vengeance. son enfance: Ce n'est pas l'ouvrage d'un jour Que d'épuiser cette science. son carquois. il perdit la lumière. Hélas! hélas! chercheurs de renommée. Votre fumée s'envole aussi. ne pouvait faire un pas: Nulle peine n'était pour ce crime assez grande: Le dommage devait être aussi réparé. comment. sans un bâton.Chanson de Barberine Beau chevalier qui partez pour la guerre. Et Jupiter. Quelle suite eut ce mal. Je ne prétends donc point tout expliquer ici: Mon but est seulement de dire. Son fils. Elle lui donne un coup si furieux. La Folie et l'Amour jouaient un jour ensemble: Celui-ci n'était pas encor privé des yeux. Beau chevalier qui partez pour la guerre. son flambeau. Quand on eut bien considéré L'intérêt du public. et Némésis. Qu'allez-vous faire si loin d'ici? Voyez-vous pas que la nuit est profonde. Qu'allez-vous faire si loin de nous? J'en vais pleurer.

Poésie/Gallimard. mais non regrettable. Or. L'AMOUREUSE Elle est debout sur mes paupières Et ses cheveux sont dans les miens. Au Coeur du Monde". Poésie/Gallimard . Elle a toujours les yeux ouverts Et ne me laisse pas dormir. Elle s'engloutit dans mon ombre Comme une pierre sur le ciel. Poésie/Gallimard Tu m'as dit si tu m'écris Ne tape pas tout à la machine Ajoute une ligne de ta main Un mot un rien oh pas grand chose Oui oui oui oui oui oui oui oui Ma Remington est belle pourtant Je l'aime beaucoup et travaille bien Mon écriture est nette est claire On voit très bien que c'est moi qui l'ai tapée Il y a des blancs que je suis seul à savoir faire Vois donc l'oeil qu'à ma page Pourtant. il est remarquable qu'il n'eut pas été remarqué: remarquable. au moment où celle-ci. couleur terre-cuite. ce qui eût été regrettable. Le Cornet à dés.GENRE BIOGRAPHIQUE Déjà. ce n'était ce passe-boule. Parler sans avoir rien à dire. Elle a la forme de mes mains. Le poulet du passe-boule était une oie. Blaise Cendrars. les yeux pleins de larmes. pleurer et rire. Extrait "Du Monde entier. car s'il avait été remarqué. Max Jacob. il aurait été arrêté dans sa carrière. qu'un passe-temps. pour te faire plaisir j'ajoute à l'encre Deux trois mots Et une grosse tache d'encre Pour que tu ne puisses pas les lire. Le poulet projetait un cou platonique. En somme. il ne serait pas devenu remarquable. Extrait de "Capital de la Douleur". à l'âge de trois ans. Il est remarquable qu'il eût été regretté et regrettable qu'il eût été remarqué. Elle a la couleur de mes yeux. Paul Eluard. l'auteur de ces lignes était remarquable : il avait fait le portrait de sa concierge en passe-boule. plumait un poulet. Ses rêves en pleine lumière Font s'évaporer les soleils Me font rire.

En veston. en manteau de fourrure. Les cinq doigts de la main sont la plus mirobolante giroflée à cinq feuilles qui ait jamais brodé les parterres de la noble cité de Harlem. Non.LES DOIGTS DE LA MAIN. André Frédérique . virago sèche comme une merluche. ou me cacher dans la pièce voisine. à l'enseigne de la double bière de mars. je dois partir en voyage. et caresse la bouteille dont elle est amoureuse. leste et agaçante Zerbine qui vend des dentelles aux dames et ne vend pas ses sourires aux cavaliers. enfouie sous les draps. Dès le matin. compagnon dégrossi à la hache. Je reviens. qui serait soldat s'il n'était brasseur. Elle. Après. Je me glisse. une lettre la prévient de ma visite possible pour le lendemain soir. Il me faut revenir en arrière. Et le doigt de l'oreille est le Benjamin de la famille. revêtu d'un lourd par-dessus beige. Le doigt de l'anneau est leur fille. qui toujours se trimballa à la ceinture de sa mère comme un petit enfant pendu au croc d'une ogresse. L'index est sa femme. je dois imaginer mille raisons pour le quitter : la chaleur ou qu'il est trempé. qui dès le matin soufflette sa servante dont elle est jalouse. J'entre. Je prends mille précautions pour ne pas choquer ma femme. pour ce que l'on y pose. Ensuite. marmot pleureur. je ne puis éviter que sa rougeur ne soit extrême. Mais la gêne persiste pendant des mois entre nous deux. m'excusant. et qui serait cheval s'il n'était homme. m'entourer de rideau. a repris sa contenance. qui fume sur sa porte. ALOYSIUS BERTRAND Pudeur Elle rougit si l'on parle de chaise. d'humeur goguenarde et grivoise. comme quelqu'un qui se tromperait. Le doigt du milieu est leur fils. ce n'est pas commode. Le pouce est ce gras cabaretier flamand.

André Breton Extrait de "Le révolver à cheveux blanc" Poésie/Gallimard. je désespère de la cigarette des condamnés. Le reste. Je connais le désespoir dans ses grandes lignes. Le désespoir n'a pas de coeur. Une forme très petite. le soir. délimitée par un bijou de cheveux. il ne se tient pas nécessairement à une table desservie sur une terrasse. Et les annonces de journal. si nous commençons. Ce n'est pas la mousse sur une pierre ou le verre à boire. . C'est une corvée d'arbres qui va encore faire une forêt. au bord de la mer. le désespoir de la fierté. Tas de sable.. Je me lève chaque jour comme tout le monde et je détends les bras sur un papier à fleurs. Je connais le désespoir dans ses grandes lignes. C'est un bateau criblé de neige.Le Verbe Être Je connais le désespoir dans ses grandes lignes. C'est le désespoir. et c'est toujours avec désespoir que je découvre les beaux arbres déracinés de la nuit. Je connais le désespoir dans ses grandes lignes. nous n'en parlons pas. espèce de tas de sable! Dans ses grandes lignes le désespoir n'a pas d'importance. Moi je désespère de l'abat-jour vers quatre heures. la main reste toujours au désespoir hors d'haleine. et les réclames lumineuses le long du canal. Le désespoir n'a pas d'ailes. Je vis de ce désespoir qui m'enchante. au désespoir dont les glaces ne nous disent jamais s'il est mort. je ne me souviens de rien.. Nous n'avons pas fini de deséspérer. comme les oiseaux qui tombent et leur sang n'a pas la moindre épaisseur. L'air de la chambre est beau comme des baguettes de tambour. J'aime cette mouche bleue qui v ole dans le ciel à l'heure où les étoiles chantonnent. Je connais dans ses grandes lignes le désespoir aux longs étonnements grêles. c'est une corvée de jours de moins qui va encore faire ma vie. Un collier de perles pour lequel on ne saurait trouver de fermoir et dont l'existence ne tient pas même à un fil. A-t-on idée d'un désespoir pareil! Au feu! Ah! ils vont encore venir. je désespère de l'éventail vers minuit. C'est le désespoir et ce n'est pas le retour d'une quantité de petits faits comme des graines qui quittent à la nuit tombante un sillon pour un autre. C'est comme le vent du rideau qui me tend la perche. c'est une corvée d'étoiles qui va encore faire un jour de moins. Il fait un temps de temps. voilà le désespoir. le désespoir de la colère. si vous voulez.

on pouvait être un arbre qui marche et boit du rhum. il traversait au galop Jacmel il hennissait et invitait les gens à venir gambader avec lui dans la rue. Si on voulait on pouvait se changer en n'importe quoi. Quand il reprit sa forme de garçon il avait les flancs ensanglantés. il avait très mal au cuir chevelu. elle était en chemise de nuit et souriait à l'adolescent-cheval. Mais portes et fenêtres restaient fermées. Au petit matin ils allèrent à la mer où ils se rafraîchirent longuement. il avait d'atroces douleurs aux épaules. un lion qui rend cocus tous les notaires de la ville. Il galopa galopa dans la nuit avec l'étoile de Jacmel sur son dos. un boeuf qui joue de l'orgue le dimanche à l'église. il resta deux semaines au lit à regarder s'éloigner son adolescence avec la plus belle fille de sa vie !   René Depestre . Lui. ensuite ils allèrent à la rivière pour se quitter le sel du corps. il galopa galopa dans la nuit avec les baisers et tous les rêves de Jacmel sur son dos. Il sentait Hadriana toute nue sur son dos comme le ciel nocturne sent les étoffes ou comme la terre sent l'herbe au matin il sentait sa saveur de jeune fille.A la poursuite du cheval Quand il était adolescent il vivait dans une ville qui était une légende au bord de la mer caraïbe. un soir de son adolescence il était devenu un cheval de course. avec la joie de la ville et toute la douleur de la ville sur son dos  Avec ses peurs et ses haines sur son dos. Plus tard il la déposa chez elle sous les arbres éberlués de la place. Quand il arriva auprès d'elle la jeune fille quitta sa chemise et sauta sur son dos : il galopa galopa sans fin dans la nuit en faisant plusieurs fois le tour de Jacmel. Soudain une jeune fille est sortie d'une maison de la place d'Armes : c'était l'un des trésors de la ville.

Malgré le chant du coq. dans la mesure de mon organisation. près de moi. contre mon cou . Leurs organes paraissent faits d'une matière plus fragile mais plus sonore que le reste de l'argile humaine. aveugle. Les coups que la douleur y frappe y résonnent et propagent leurs vibrations dans l'âme des autres. Loin de moi. La nuit. Quoi. Ceux qui sentent plus. Et dont l'ange chargé de construire ma voie Allège mon destin. La vie du vulgaire est un vague et sourd murmure du coeur. expriment plus aussi. Où règne une autre loi. allée en d'autres mondes. tu vivras et c'est ce qui m'éveille! Est-il une autre peur? Un jour ne plus entendre auprès de mon oreille Ton haleine et ton coeur. J'ai participé à ces excès d'impressions. Je mourrai.PLAIN-CHANT Je n'aime pas dormir quand ta figure habite. ou poètes. Extrait de "Plain-Chant". gardant ton profil sur ma gorge. Nous endormir beaucoup. Léger. Ils sont éloquents. Poésie/Gallimard   Les hommes doués d'une sensibilité excessive. muette. je suis léger sous cette tête lourde Qui semble de mon bloc. Alphone de Lamartine . Car je pense à la mort laquelle vient trop vite. Et reste en mon abri. Plongeant dans le sommeil des racines profondes. La vie des hommes sensibles est un cri. Jean Cocteau. La vie du poète est un chant. sourde. jouissent plus et souffrent plus que les natures moyennes et modérées. Ah ! je voudrais. Cette tête coupée. ce timide oiseau replié par le songe Déserterait son nid ! Son nid d'où notre corps à deux têtes s'allonge Par quatre pieds fini. Par ta bouche qui dort Entendre de tes seins la délicate forge Souffler jusqu'à ma mort. Puisse durer toujours une si grande joie Qui cesse le matin.

Pierre cria soudain :" Maître. Point trop à dédaigner dans ce matin si blême. Pardonne ces hautes façons. Voyez-là !" A ma femme endormie. à quelque chose. Le Seigneur et le Saint (on était en hiver) Firent halte en un bois. je suis mal coté. ce bois valait mieux. Tel. Mais si je dérange parfois La sérénité des cieux froids. Moi je veille et je fais ces vers Qui laisseront tout l'univers Sans désastre et sans incendie . Et toi. rêvait. Cependant que Jésus. Et Pierre. Ayant oublié le souci De tout travail. ôtant son auréole d'or Pour n'être pas trahi par ses feux. Beauté des vers. Beauté des pays et des femmes. Un jour. Ils dorment sans rêver à rien. Qu'importe ! J'aime la beauté. s'en vient un peu voyager sur la Terre Télémaque divin. Dans le nuage aérien Des cheveux sur leurs fines têtes . Son Père Et blond. au soleil montant Tu souriras en écoutant Cette tranquille mélodie. Et puis tu m'aimeras toujours. beauté des flammes. pas bien chaud. son père. vibrent dans mes chansons. et ne sentant ni fatigue. je vis la vie à côté. Timidement vermeil. près d'eux. Jésus. que comme un vieux Mentor. accompagne. Saint Pierre eût bien voulu s'asseoir au coin d'un âtre Et chauffer ses vieux doigts. J'allume du feu dans l'été. tu dors aussi. ses mains Et les dégourdissait dans sa lumière rose. Que dans ta vie a fait leur père. S'étant assis. Tu dors en croyant que mes vers Vont encombrer tout l'Univers De désastres et d'incendies . Des roses. J'ai trop étudié les choses . Quitte en secret le firmament du Dieu. dont le feuillage verre N'était plus sur le sol que de l'humus rougeâtre. Elle veut ramasser du Soleil. Regardez ! Regardez cette femme ! N'est-elle pas stupide ou folle ? Sur mon âme. Le Bon saint Pierre. Éternelles sont les amours Dont ma mémoire est le repaire Nos enfants seront de fiers gas Qui répareront les dégats. Edmond Rostand Moi. ayant battu longuement la campagne. tout fourbu d'aller par les chemins. ni froid. des roses ! Charles Cros Charles Cros . Elles sont si rares pourtant Mes chansons au soleil couchant Et mes lointaines mélodies. beauté du mal. Et demain. Le temps marche d'un pas normal. Beauté du bien. des roses. Donc. D'autant que le Soleil y donnait. mais la seule maison Qui leva le chapeau de chaume à l'horizon Ne penchait pas au vent la plume de fumée Qui fait rêver bon gîte et soupe parfumée. tendait vers ce Soleil. fils de mon Roi. Debout. C'est que je me hâte de vivre. Pour les pitres je fais la quête. Dans l'usine je suis poète . c'est vrai. Les gens disent : Comme il est bête! En somme. de toutes dettes.Un soleil. Mais tout de même. Si des sons d'acier et de cuivre Ou d'or. reprend parfois son jeune front mortel. Pleurant alors que c'est la fête.La Brouette Tel un prince héritier qui se déguise et rôde Afin de démasquer l'injustice et la fraude Dans les états du Roi.

sous les cieux déserts. Et naïve. Quand ils boivent la bonne lune sur la lande Ou les vents tristes qui dévalent des Hauts-Lieux. comme un prince. Annonce-moi comme un prophète. Tu la trouveras baignant ses pieds sous les rouches. L'énigme d'un regard de pure transparence Et qui brille parfois du fascinant éclair Des grands initiés aux jeux de connaissance Et des couleurs du large. Dis-lui que les parfums inondent mes provinces Et que les Hauts-Pays ne souffrent pas l'hiver. là-bas. Près de cet obscur marais de Foulc. De grands fouillis de fleurs sont toujours répandus. tenant une main sur la bouche.LÉGENDE Va dire à ma chère Ile. Comme le ciel que l'on découvre dans ses yeux. Dis-lui que j'ai passé des aubes merveilleuses A guetter les oiseaux qui revenaient du nord. tout là-bas. Si près d'elle. les yeux clos à demi. Dis-lui que nous voici vers la fin de septembre. Que les hivers sont durs dans ces pays perdus. Comme le fils d'un roi d'au-delà de la mer. Que devant la croisée ouverte de ma chambre. Patrice de La Tour du Pin . Car les marais sont tout embués de légende. Pour ne pas réveiller les oiseaux endormis.. Les cheveux dénoués. Mais que je voudrais voir dans ses yeux assombris Le sauvage secret qui se meurt sur ses lèvres. Qu'au lever de la lune elle entendra mon pas. étendue à mes pieds et frileuse Comme une petite sauvagine qui dort. qu'elle attende. Qu'elle se baignera dans les étangs sans fièvre.. dans la lande. Que je viendrai vers elle ce soir. Dis-lui que les balcons ici seront fleuris.

Ils pensent qu'ils ne m'ont fait aucun tort Et ils sont partis louer le Seigneur. Ils m'ont vêtu d'habits de deuil.-L.Ils sont tous deux partis jusqu'à l'église pour prier. Je remplis de ton nom les antres et les bois.. et son prêtre et son roi Qui édifient un paradis de notre misère. des armes et des lois. Entre les loups cruels j'erre parmi la plaine.. amoneur. Ils m'ont appris à chanter en me plaignant. mère des arts. sinon écho. mère des arts... ni la froidure : Si ne suis-je pourtant le pire du troupeau. réponds à ma triste querelle : Mais nul. ô cruelle ? France.. Si tu m'as pour enfant avoué quelquefois. France. Ils ne craignent le loup. Parce que j'étais joyeux sur la lande Et que je souriais dans la neige de l'hiver. William Blake (1757-1827) . (Les Regrets) Joachim du Bellay ( 1525-1560) Le ramoneur Une petite chose noire sur la neige Criant" amoneur." avec des accents plaintifs ! "Où sont ton père et ta mère. comme un agneau qui sa nourrice appelle. Tu m'as nourri longtemps du lait de ta mamelle: Ores. dis?. .France." (Chants d'innocence et d'expérience) Traduit de l'anglais par M. Que ne me réponds-tu maintenant. France. le vent. et Philippe Soupault. de qui la froide haleine D'une tremblante horreur fait hérisser ma peau. Je sens venir l'hiver. Las ! tes autres agneaux n'ont faute de pâture . ne réponds à ma voix. Et parce que je suis heureux et que je danse et que je chante..

Il faut que j'écrive mon dernier voyage J'avais le pied enflé La barbe toute brûlée de cheveux gris Le soleil pâlissait devant mes yeux Assommés par l'ivresse mon cœur était près d'éclater Tous ceux que j'avais laissé souillons Étaient maintenant pleins d'arrogance Ils avaient appris à commander. Si Mohand (1845-1906) Amour du prochain Qui a vu le crapaud traverser une rue? c'est un tout petit homme : une poupée n'est pas plus minuscule. i' t'ont donné trente jours? -Ben oui. Seigneur! -Eh ben. pauvre clown. maintenant les enfants se moquent de mon étoile jaune. Personne n'a remarqué ce crapaud dans la rue. Anonyme écrit entre 1961-1964 .IL faut que j'écrive.? Non ! il est rhumatisant. tu tiendras tête au juge? -Ben oui. sombre rivière.. (Fleuve profond. Yourcenar.. tu veux bien r'commencer? -Ben oui. Jadis. Seigneur! -Eh ben. Seigneur. t'as purgé ta peine? -Ben oui. il la ramène ! où va-t-il ainsi ? il sort de l'égout. Heureux crapaud ! tu n'as pas d'étoile jaune. Seigneur! -Eh ben... (Isefra) Traduit du kabyle par Mouloud Mamerri. Seigneur! -Eh ben. on dirait...Les negro spirituals) Traduit de l'américain par M. (Derniers Poèmes en vers et en prose) Max Jacob (1876-1944) -Eh ben. tu t'battras pour la cause? -Ben oui. une jambe reste en arrière. Il se traîne sur les genoux : il a honte. Seigneur! -Eh ben. personne ne me remarquait dans la rue. t'as été en prison -Ben oui.

La bouche d'une fille . on ne sait rien. Le miel sauvage sent la liberté. André Platard a quitté la rue Saint-Martin. 1942 ( État de veille) Robert Desnos (1900-1945) . Il a disparu un matin. Je n'aime plus la rue Saint-Martin. Et vain aussi la reine d'Écosse Frottait ses paumes étroites Pour effacer les gouttes rouges Dans la pénombre étouffante De la maison royale. Le temps passe. Nous partagions la chambre et le pain. Pas la peine d'implorer les saints. Je n'aime plus la rue Saint-Martin.Le miel sauvage sent la liberté. Je n'aime plus la rue Saint-Martin Depuis qu'André Platard l'a quittée. c'est mon copain. Mais nous savons maintenant Que seul le sang a l'odeur du sang. Anna Akhmatova (1889-1996) Couplets de la rue Saint-Martin Je n'aime plus la rue Saint-Martin Depuis qu'André Platard l'a quittée. c'est mon copain. Je n'aime plus rien. pas même le vin. C'est mon ami. Et l'or ne sent rien.. La poussière sent le rayon de soleil. On ne l'a plus revu dans la rue Saint-Martin.. Le réséda sent l'eau. 1943 (L'Ombre) Traduit du russe par Jeanne Rude. Saints Merri.la violette. Pas même Valérien qui se cache sur la colline. Et c'est en vain que le gouverneur romain Se lavait les mains devant la foule Sous les cris lugubres de la plèbe. on ne sait plus rien. C'est mon ami. Jacques. L'amour sent la pomme. Ils l'ont emmené. Gervais et Martin.

en quatre il se divise. un vermisseau qui sort D'en dessous. Joachim Du Bellay . puis trois. Mais si j'avais pitoyables les Dieux. Je cherche dans la terre un peu de réconfort. en trois. Et ma pelle le coupe -et. moins qu'un ver? Ghetto de Vilno. Roc. Un espoir raffermit mon bras. De ma douleur la seule médecine. Sonnet 77 de "L'Olive" .1550. Ou comme vous. palpitant . merveille. comme on l'ordonne. un coup. Puisque le ciel de mon bien vous honore. qui as sur ton rivage De mon amer la tant douce racine. Je creuse encore.le cœur tremble plus fort. Encore un coup. homme. Et de ma soif le désiré breuvage! O roc feutré d'un vert tapis sauvage! O de mes vers la source caballine! O belles fleurs! O liqueur cristalline! Plaisirs de l'oeil qui me tient en servage." O fleuve heureux. fleur et ruisselet encore. 1942 (Où gîtent les étoiles) Traduit du yiddish par Charles Dozynski. Avrom Sutzkever (né en 1913) "Je serais fleuve et rive. source. je vois Chaque morceau coupé qui devient deux. trempe ma chair.. Je ne suis pas sur votre aise envieux. Si même un ver refuse de céder à la lame Es-tu donc. Ai-je vraiment créé de mes mains tant de vies? Et le soleil revient au plus noir de mon âme..Exécution Creusant ma fosse comme il faut. Vous sentiriez aussi ma flamme vive. je serais fleuve et rive.

A propos de l'homme L'homme sait comment entre les deux jambes allongées droites de la femme printemps été automne hiver .la fleur comment la faire épanouir en chaque saison l'homme à la façon d'un voyou/voyeur le proclame crûment à grosse voix pour faire rougir la femme jusqu'au crâne L'homme souhaite voir mourir tôt la femme aimée et pour se persuader que la femme est sa chose à lui un jour d'hiver au beau ciel dégagé arrivant par derrière il ordonne: "Trépasse en vitesse. Masako Takiguchi (né en 1918) . hein! "Parce que c'est moi qui vais porter le cercueil sur l'épaule." L'homme est pressé l'abricot vert: "Faisons-le rougir!" le bouton de rose: " Ouvrons-le de force!" quand sa propre paume s'agite la femme mûrie tombe et sûr de soi comme le dieu Jéhovah l'homme a toujours la paume moite de pommade Traduit du japonais par Jeanne Sigée.

le troisième. "Les Amours" . Puisqu'une telle fleur ne dure Que du matin jusques au soir! Donc. Samih Al Qassim (né en 1939) Ode à Cassandre Mignonne. elle a dessus la place Las! Las! Ses beautés laissé choir! Ô vraiment marâtre Nature. cueillez votre jeunesse. n'est pas un sonnet. ou celui qui figure sur mon nouveau passeport? -Ton âge? -Deux morts printanières une nuit me cachant une autre ou bien le jour -Ta première profession? -Jeune chanteur. astrologue tué feu épuisé du chanteur charmant assassin -Ton passe-temps? -Mourir entre rire et larmes -Ta dernière volonté? -Que vous sachiez mon nom intégral unique et sans équivoque peut-être aussi que vous me rendiez ma liberté! (Je t'aime au gré de la mort) Traduit de l'arabe par A.Dans la salle des interrogatoires -Ton nom? -Lequel veux-tu le premier. sel tombant sur une blessure -Ta profession actuelle? -Tué en colère.1552. allons voir si la rose Qui ce matin avait déclose Sa robe de pourpre au Soleil. mignonne. bien sûr. Las! Voyez comme en peu d'espace. Comme à cette fleur la vieillesse Fera ternir votre beauté. Pierre De Ronsard NB: ceci. Tandis que votre âge fleuronne En sa plus verte nouveauté. Cueillez. Mignonne. si vous me croyez. Laabi. A point perdu cette vesprée Les plis de sa robe pourprée Et son teint au vôtre pareil. .

j'écris à l'aventure. Cet honnête désir de l'immortalité.1558. Sonnet 1 . Et cette honnête flamme au peuple non commune? Où sont ces doux plaisirs. Joachim Du Bellay . De la postérité je n'ai plus de souci. s'enfuient. Et les Muses de moi. qui soulait être maître de soi."Les Regrets" . Je me plains à mes vers. Je ne veux point sonder les abîmes couverts. Sonnet 6 . Est serf de mille maux et regrets qui m'ennuient. Comme étant de mon coeur les plus surs secrétaires. je leur dis mon secret. si j'ai quelque regret: Je me ris avec eux. qu'au soir sous la nuit brune Les Muses me donnaient. Aussi ne veux-je tant les pigner et friser. Je ne veux point chercher l'esprit de l'univers.1558. Soit de bien."J'écris à l'aventure" Je ne veux point fouiller au sein de la nature. Joachim Du Bellay Le poète sans les muses Las. Et de plus braves noms ne les veux déguiser Que de papiers journaux ou bien de commentaires. Et mon coeur. Cette divine ardeur. où est maintenant ce mépris de Fortune? Où est ce coeur vainqueur de toute adversité. Je ne peins mes tableaux de si riche peinture. Ni desseigner du ciel la belle architecture. soit de mal. Et si hauts arguments ne recherche à mes vers: Mais suivant de ce lieu les accidents divers. alors qu'en liberté Dessus le vert tapis d'un rivage écarté Je les menais danser aux rayons de la Lune? Maintenant la Fortune est maîtresse de moi. je ne l'ai plus aussi. comme étranges."Les Regrets" .

d'un sinistre présage."Je me blessai le pied. Joachim Du Bellay "Heureux qui.. Vraiment d'un bon oiseau guidé je ne fus point. le jour. l'heure et le point. a fait beau voyage. Sonnet 31 . Et puis est retourné." Heureux qui.. Cent fois le bon avis lors m'en voulut distraire. que le mont Palatin. Et plus que l'air marin la doulceur angevine." Malheureux l'an. N'était-ce pas assez pour rompre mon voyage. et beaucoup davantage? Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux. Et mon coeur me donnait assez de signifiance Que le ciel était plein de mauvaise influence."Les Regrets" . comme Ulysse. et mon Anjou.. plein d'usage et raison. Joachim Du Bellay . Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine: Plus mon Loire gaulois. Ou comme cestuy-là qui conduit la toison. le mois. Je me blessai le pied sortant de ma maison? Sonnet 25 .1558. Quand pour venir ici j'abandonnai la France: La France. que le Tibre latin. Que des palais Romains le front audacieux."Les Regrets" .. et en quelle saison Reverrai-je le clos de ma pauvre maison.1558. Vivre entre ses parents le reste de son âge! Quand reverrai-je. Et que Mars était lors à Saturne conjoint. Quand sur le seuil de l'huis. Qui m'est une province. Mais toujours le destin me tirait au contraire: Et si mon désir n'eût aveuglé ma raison. Plus mon petit Liré. dont le désir me point. hélas. de mon petit village Fumer la cheminée. comme Ulysse. Et malheureuse soit la flatteuse espérance.

fueille à fueille declose. Je n'escris de sçavoir. entre les gens d'Eglise.Sur la mort de Marie. Ce vase plein de laict. La grace dans sa fueille. et cendre tu reposes. ne trouvant que feintise. n'ayant belle maîtresse. Sonnet 79 . me trouvant douloureux: Je n'escris de bon heur. estant loing de mon Prince. Je n'escris de l'honneur. ne voyant ma Princesse. Languissante elle meurt. Quand l'aube de ses pleurs au poinct du jour l'arrose. Ainsi en ta première et jeune nouveauté. Joachim Du Bellay "Comme on voit sur la branche. Rendre le ciel jaloux de sa vive couleur. n'esprouvant que rudesse. en estrange province..." Je n'escris point d'amour. et l'amour se repose. Pour obseques reçoy mes larmes et mes pleurs."Les Regrets" . Mais battue ou de pluye. me trouvant malheureux.fueille=pétale .."Je n'escris point d'amour. Je n'escris de douceur. n'ayant point de richesse. 4 . Je n'escris de beauté. Pierre De Ronsard Orthographe non modernisée . Je n'escris de tresors. n'en trouvant point aussi. ou d'excessive ardeur.. en sa première fleur. Quand la Terre et le Ciel honoraient ta beauté. n'estant point amoureux. n'en voyant point icy: Je n'escris d'amitié. En sa belle jeunesse. Afin que vif ou mort ton corps ne soit que roses.1558. Embasmant les jardins et les arbres d'odeur. ce panier plein de fleurs." Comme on voit sur la branche au mois de may la rose. Je n'escris de santé. Je n'escris de faveur. Je n'escris de plaisir. La Parque t'a tuée. Je n'escris de vertu.1578. Je n'escris de la France. "Second Livre des Amours" . me sentant langoureux: Je n'escris de la Court.

Sonnet I . et fantôme sans os Par les ombres myrteux je prendrai mon repos. Decharné.1578. au soir à la chandelle. Que le trait de la mort sans pardon a frappé. Pierre De Ronsard "Je n'ay plus que les os. Vivez. Je serai sous la terre. dévidant et filant. adieu mes chers amis." Lors vous n'aurez servante oyant telle nouvelle. En essuiant mes yeux par la mort endormis? Adieu chers compaignons. Ne me sçauroient guérir."Quand vous serez bien vieille. deux grans maistres ensemble. mon oeil est estoupé. 24 . Adieu plaisant soleil.1586 (édition posthume). Regrettant mon amour et votre fier dédain. Je m'en vay le premier pour preparer la place." Je n'ay plus que les os. Direz chantant mes vers. Qui au bruit de Ronsard ne s'aille réveillant. Assise auprès du feu. Apollon et son filz.II. Pierre De Ronsard Orthographe non modernisée .. Déjà sous le labeur à demi sommeillant.. un Schelette je semble. Vous serez au foyer une vieille accroupie. Quel amy me voyant en ce point despouillé Ne remporte au logis un oeil triste et mouillé. en vous émerveillant: "Ronsard me célébrait du temps que j'étais belle. denervé. Me consolant au lict et me baisant la face. Mon corps s'en va descendre où tout se desassemble." Quand vous serez bien vieille.. depoulpé. n'attendez à demain: Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie. "Derniers Vers" . si m'en croyez. Bénissant votre nom de louange immortelle. demusclé. "Sonnets pour Hélène" .. Je n'ose voir mes bras que de peur je ne tremble. leur mestier m'a trompé.

Vous avez le fatal pouvoir De nous jeter par un sourire Dans l'ivresse ou le désespoir.Voici une des "Stances à Marquise" . J'aime encor mieux notre torture Que votre métier de bourreau. à mon faible coeur: N'est-ce point assez d'aimer sa maîtresse? Et ne vois-tu pas que changer sans cesse. Rien n'égale votre puissance. quoi qu'on puisse dire. Car. C'est perdre en désirs le temps du bonheur? Il m'a répondu: Ce n'est point assez. Quoiqu'un grison fasse effroi. Sinon votre fragilité. Cependant j'ai quelques charmes Qui sont assez éclatants Pour n'avoir pas trop d'alarmes De ces ravages du temps. votre orgueil doit être immense. deux mots. Quel que soit le mal qu'il endure.1658 : Une gaieté triste J'ai dit à mon coeur. Et ne vois-tu pas que changer sans cesse Nous rend doux et chers les chagrins passés? "Poésies" . grâce à notre lâcheté... le silence même. Oui. Ce n'est point assez de tant de tristesse. "Poésies" .1830-1840. Mais toute puissance sur terre Meurt quand l'abus en est trop grand. Peuvent donner à qui vous aime Un coup de poignard dans le coeur. Chez cette race nouvelle. Il vaut bien qu'on le courtise Quand il est fait comme moi." Marquise. si mon visage. Pierre Corneille . Ils pourront sauver la gloire Des yeux qui me semblent doux. Et dans mille ans faire croire Ce qu'il me plaira de vous. Où j'aurai quelque crédit. Alfred De Musset "Marquise. Pensez-y. Le temps aux plus belles choses Se plaît à faire un affront: Il saura faner vos roses Comme il a ridé mon front. belle Marquise. Un regard distrait ou moqueur. Souvenez-vous qu'à mon âge Vous ne vaudrez guère mieux. Vous ne passerez pour belle Qu'autant que je l'aurai dit. Et qui sait souffrir et se taire S'éloigne de vous en pleurant. femmes. Le même cours des planètes Règle nos jours et nos nuits: On m'a vu ce que vous êtes. si mon visage A quelques traits un peu vieux. à mon faible coeur: N'est-ce point assez de tant de tristesse? Et ne vois-tu pas que changer sans cesse.1830-1840. Vous en avez qu'on adore. C'est à chaque pas trouver la douleur? Il m'a répondu: Ce n'est point assez. Son triste rôle est le plus beau. Et ne vois-tu pas que changer sans cesse Nous rend doux et chers les plaisirs passés? J'ai dit à mon coeur. Ce n'est point assez d'aimer sa maîtresse. Vous serez ce que je suis. Oui. Mais ceux que vous méprisez Pourraient bien durer encore Quand ceux-là seront usés. Alfred De Musset A Mademoiselle Oui.

C'est la toile sans fin de la femme d'Ulysse. vous perdez votre gloire De me l'avoir promis. Il leur faut de l'amour autant que de beauté. comme l'Océan. mon beau souci.. vous n'avez point de foi. mon beau souci. Pensez de vous résoudre à soulager ma peine. Dont l'ouvrage du soir au matin se défait. J'avais toujours fait compte. vous manquez de mémoire. aimant chose si haute. De ne m'en séparer qu'avecque le trépas."Beauté. de qui l'âme incertaine A." Beauté. Et qui peuvent beaucoup dessus ma liberté. "Oeuvres" . ce sera votre faute De faire des serments et ne les tenir pas.1630(éd. son flux et son reflux. avisez-y. Mais pour me retenir. Ou je me vais résoudre à ne le souffrir plus. Quand je pense être au point que cela s'accomplisse Quelque excuse toujours en empêche l'effet. posthume). S'il arrive autrement.. Vos yeux ont des appas que j'aime et que je prise. Madame. S'il ne vous en souvient. François De Malherbe . s'ils font cas de ma prise. Et s'il vous en souvient. et vous rire de moi.

Ont-ils rendu l'esprit. D'arbitres de la paix. Et tombent avec eux d'une chute commune Tous ceux que leur fortune Faisait leurs serviteurs. aux promesses du monde: Sa lumière est un verre.Paraphrase du Psaume CXLV N'espérons plus . François De Malherbe . Et meurent comme nous. pour satisfaire à nos lâches envies. Nous passons près des rois tout le temps de nos vies A souffrir des mépris et ployer les genoux: Ce qu'ils peuvent n'est rien. de foudres de la guerre. ils n'ont plus de flatteurs. lassons-nous de les suivre. ils sont comme nous sommes.1630(éd. et sa faveur une onde Que toujours quelque vent empêche de calmer. mon âme. Et dans ces grands tombeaux où leurs âmes hautaines Font encore les vaines. Ils ont mangés des vers. En vain. "Oeuvres" . ce n'est plus que poussière Que cette majesté si pompeuse et si fière Dont l'éclat orgueilleux étonne l'univers. Là se perdent ces noms de maîtres de la terre. posthume). C'est Dieu qu'il faut aimer. Comme ils n'ont plus de sceptre. Véritablement hommes. Quittons ses vanités. C'est Dieu qui nous fait vivre.

Charles Baudelaire . Et promène ses yeux sur les visions blanches Qui montent dans l'azur comme des floraisons. en un soir chaud d'automne. "Les Fleurs du mal" . Et la met dans son coeur loin des yeux du soleil. Un poète pieux. les deux yeux fermés. Je respire l'odeur de ton sein chaleureux. Se mêle dans mon âme au chant des mariniers. elle se livre aux longues pâmoisons.Parfum exotique Quand. Mourante. Dans le creux de sa main prend cette larme pâle. Je vois un port rempli de voiles et de mâts Encor tout fatigués par la vague marine. Guidé par ton odeur vers de charmants climats. Aux reflets irisés comme un fragment d'opale. Charles Baudelaire Tristesses de la lune Ce soir. Elle laisse filer une larme furtive. la lune rêve avec plus de paresse . Une île paresseuse où la nature donne Des arbres singuliers et des fruits savoureux . Sur le dos satiné des molles avalanches. Et des femmes dont l'oeil par sa franchise étonne. "Les Fleurs du mal" . Quand parfois sur ce globe.1857. Des hommes dont le corps est mince et vigoureux. Qui d'une main distraite et légère caresse Avant de s'endormir le contour de ses seins. en sa langueur oisive. Je vois se dérouler des rivages heureux Qu'éblouissent les feux d'un soleil monotone . sur de nombreux coussins. Qui circule dans l'air et m'enfle la narine. Ainsi qu'une beauté.1857. ennemi du sommeil. Pendant que le parfum des verts tamariniers.

comme il est gauche et veule ! Lui. les hommes d'équipage Prennent des albatros. Qui suivent. Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches Comme des avirons traîner à côté d'eux. Ses ailes de géant l'empêchent de marcher. naguère si beau. À peine les ont-ils déposés sur les planches.1857. Le navire glissant sur les gouffres amers. Un soir fait de rose et de bleu mystique. Charles Baudelaire . Que ces rois de l'azur. Charles Baudelaire L'albatros Souvent pour s'amuser. ces miroirs jumeaux. Qui réfléchiront leurs doubles lumières Dans nos deux esprits. L'autre mime. qu'il est comique et laid ! L'un agace son bec avec un brûle-gueule. Viendra ranimer. en boitant. Ce voyageur ailé. "Les Fleurs du mal" .1857. entr'ouvrant les portes. vastes oiseaux des mers. Des divans profonds comme des tombeaux. "Les Fleurs du mal" . Nos deux coeurs seront deux vastes flambeaux. maladroits et honteux.La Mort des amants Nous aurons des lits pleins d'odeurs légères. Écloses pour nous sous des cieux plus beaux. Comme un long sanglot. fidèle et joyeux. l'infirme qui volait ! Le poète est semblable au prince des nuées Qui hante la tempête et se rit de l'archer . Nous échangerons un éclair unique. indolents compagnons de voyage. Et d'étranges fleurs sur des étagères. Exilé sur le sol au milieu des huées. Les miroirs ternis et les flammes mortes. tout chargé d'adieux . Usant à l'envi leurs chaleurs dernières. Et plus tard un Ange.

Seul.. Puisque j'ai vu tomber dans l'onde de ma vie Une feuille de rose arrachée à tes jours.. Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps." Puisque j'ai mis ma lèvre à ta coupe encor pleine. Puisque j'ai dans tes mains posé mon front pâli.. parfum dans l'ombre enseveli. Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur. les mains croisées. inconnu. Puisque j'ai vu pleurer. Je puis maintenant dire aux rapides années: -Passez! passez toujours! je n'ai plus à vieillir. Puisque j'ai respiré parfois la douce haleine De ton âme. Mon âme a plus de feu que vous n'avez de cendre! Mon coeur a plus d'amour que vous n'avez d'oubli! "Les Chants du crépuscule" . je mettrai sur ta tombe Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.1835. "Les Comtemplations" . Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées. Et quand j'arriverai. j'irai par la montagne. Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe. je sais que tu m'attends. Puisqu'il me fut donné de t'entendre me dire Les mots où se répand le coeur mystérieux."Mon âme a plus de feu. dès l'aube. Puisque j'ai vu briller sur ma tête ravie Un rayon de ton astre." Demain. Je partirai. Victor Hugo "Demain. et le jour pour moi sera comme la nuit. J'ai dans l'âme une fleur que nul ne peut cueillir! Votre aile en le heurtant ne fera rien répandre Du vase où je m'abreuve et que j'ai bien rempli. Triste. sans entendre aucun bruit. Allez-vous-en avec vos fleurs toutes fanées. Vois-tu. le dos courbé. Sans rien voir au-dehors. puisque j'ai vu sourire Ta bouche sur ma bouche et tes yeux sur mes yeux.1856.. Victor Hugo . à l'heure où blanchit la campagne. hélas! voilé toujours. J'irai par la forêt. dès l'aube.

Un souffle fraternel sortait du lys vermeil. Chair de la femme! argile idéale! ô merveille! Ô pénétration sublime de l'esprit Dans le limon que l'Etre ineffable pétrit! Matière où l'âme brille à travers son suaire! Boue où l'on voit les doigts du divin statuaire! Fange auguste appelant le baiser et le coeur. les roses Cherchaient ses pieds avec leurs lèvres demi-closes. Et.. sous les verts palmiers à la haute stature. ayant toutes une âme. Si cette volupté n'est pas une pensée.1859. Eve blonde admirait l'aube."Eteindre la beauté. tant l'amour est vainqueur. sa soeur vermeille.." Eve offrait au ciel bleu la sainte nudité. au-dessus de sa tête. l'oeillet Semblait songer. Et qu'on ne peut. à l'heure où les sens sont en feu. "La Légende des Siècles" . Victor Hugo . Comme si ces fleurs. Eteindre la beauté sans croire embrasser Dieu! Eve laissait errer ses yeux sur la nature. Comme si ce doux être eût été leur pareil. La plus belle s'était épanouie en femme. Le frais myosotis se souvenait. Si sainte qu'on ne sait. Tant l'âme est vers ce lit mystérieux poussée. Autour d'Eve. le bleu lotus se recueillait.

Le flot fut attentif. Au moins le souvenir! Qu'il soit dans ton repos. Que les parfums légers de ton air embaumé. ce temps qui les efface. néant. Suspendez votre cours! Laissez-nous savourer les rapides délices Des plus beaux de nos jours! "Assez de malheureux ici-bas vous implorent: Coulez. Tout à coup des accents inconnus à la terre Du rivage charmé frappèrent les échos. Que tout ce qu'on entend. On n'entendait au loin. jouissons! L'homme n'a point de port. aimons donc! de l'heure fugitive. Gardez de cette nuit. qu'il soit dans tes orages. Et dans ces noirs sapins. Où l'amour à longs flots nous verse le bonheur. suspends ton vol! et vous. S'envolent loin de nous de la même vitesse Que les jours de malheur? Hé quoi! n'en pourrons-nous fixer au moins la trace? Quoi! passés pour jamais? quoi! tout entiers perdus? Ce temps qui les donna. Hâtons-nous. l'on voit ou l'on respire. et l'aurore Va dissiper la nuit. Le temps m'échappe et fuit. et la voix qui m'est chère Laissa tomber ces mots: "O temps. Que faites-vous des jours que vous engloutissez? Parlez: nous rendrez-vous ces extases sublimes Que vous nous ravissez? O lac! rochers muets! grottes! forêt obscure! Vous. Je dis à cette nuit: "Sois plus lente". t'en souvient-il? nous voguions en silence. passé. se peut-il que ces moments d'ivresse. sur l'onde et sous les cieux. Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés. le roseau qui soupire. sombres abîmes. Alphonse De Lamartine .Le Lac Un soir. coulez pour eux. heures propices. Dans l'astre au front d'argent qui blanchit ta surface De ses molles clartés! Que le vent qui gémit. Beau lac. gardez. "Mais je demande en vain quelques moments encore. et nous passons!" Temps jaloux. Tout dise: "Ils ont aimé!" "Médiations poétiques" . belle nature. Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence Tes flots harmonieux.1820. le temps n'a point de rive. Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent. et dans l'aspect de tes riants coteaux. que le temps épargne ou qu'il peut rajeunir. Oubliez les heureux. "Aimons donc. et dans ces rocs sauvages Qui pendent sur tes eaux! Qu'il soit dans le zéphyr qui frémit et qui passe. Il coule. Ne nous les rendra plus? Eternité.

Mais non l'horreur du sol où le plumage est pris."Le vierge. Stéphane Mallarmé "Ses purs ongles très haut. (Car le Maître est allé puiser des pleurs au Styx Avec ce seul objet dont le Néant s'honore). défunte nue en le miroir. "Poésies" . dans l'oubli fermé par le cadre.. "Poésies" . au salon vide: nul ptyx. ptyx = tablette ou feuillet pour écrire. Mais proche la croisée au nord vacante. Aboli bibelot d'inanité sonore. le vivace et le bel aujourd'hui Va-t-il nous déchirer avec un coup d'aile ivre Ce lac dur oublié que hante sous le givre Le transparent glacier des vols qui n'ont pas fui! Un cygne d'autrefois se souvient que c'est lui Magnifique mais qui sans espoir se délivre Pour n'avoir pas chanté la région où vivre Quand du stérile hiver a resplendi l'ennui. Sur les crédences. nixe = génie ou nymphe des eaux . le vivace. lampadophore = qui porte des flambeaux. ce minuit. encor Que. un or Agonise selon peut-être le décor Des licornes ruant du feu contre une nixe.1870-1898.1870-1898. lampadophore. se fixe De scintillations sitôt le septuor." Le vierge. L'Angoisse. Elle.." Ses purs ongles très haut dédiant leur onyx. Fantôme qu'à ce lieu son pur éclat assigne. Tout son col secouera cette blanche agonie Par l'espace infligée à l'oiseau qui le nie. Maint rêve vespéral brûlé par le Phoénix Que ne recueille pas de cinéraire amphore. soutient. Il s'immobilise au songe froid de mépris Que vêt parmi l'exil inutile le Cygne. Stéphane Mallarmé onyx = variété d'agate...

Arthur Rimbaud . La mer a perlé rousse à tes mammes vermeilles Et l'Homme saigné noir à ton flanc souverain.H. on sourit. dans ce bas monde." L'Etoile a pleuré rose au coeur de tes oreilles. On se brouille. dire beaucoup d'adieux. Et l'effet qui s'en va nous découvre les causes.V. On s'approche. et qu'hier c'est demain. l'Océan. Les femmes. après tout. Les bonbons. Qu'un hasard nous rassemble.1871. l'azur des cieux. De ces biens passagers que l'on goûte à demi. Alfred De Musset "L'Etoile a pleuré rose.A M. Et nous nous souvenons que nous marchions ensemble. Il faut rouler aux pieds des fleurs à peine écloses. Il faut beaucoup pleurer. on se fuit. les lauriers et les roses.1830-1840. L'infini roulé blanc de ta nuque à tes reins.. Le meilleur qui nous reste est un ancien ami. "Poésies" . Il faut. la main touche la main. Que l'âme est immortelle.. ce qu'on aime le mieux. Pour savoir. les chevaux. le jeu. aimer beaucoup de choses. Puis le coeur s'aperçoit qu'il est devenu vieux. "Poésies" .

.. dans la clarté d'un pâle réverbère. on se sent aux lèvres un baiser Qui palpite là. Des cafés tapageurs aux lustres éclatants! . .. Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin! L'air est parfois si doux. Nuit de juin! Dix-sept ans! . .Puis l'adorée. Sous l'ombre du faux-col effrayant de son père. un soir.. alerte et d'un mouvement vif. .On se laisse griser. . comme elle vous trouve immensément naïf Tout en faisant trotter ses petites bottines.On n'est pas sérieux.. Vous êtes amoureux. Le vent chargé de bruits.vous rentrez aux cafés éclatants. . comme une petite bête. a daigné vous écrire!. Et.Le Bateau Ivre On n'est pas sérieux.. quand on a dix-sept ans Et qu'on a des tilleuls verts sur la promenade. quand on dix-sept ans. qu'on ferme la paupière.Ce soir-là...Lorsque.Un beau soir..la ville n'est pas loin.1871..... foin des bocks et de la limonade. qui se fond Avec de doux frissons.Voilà qu'on aperçoit un tout petit chiffon D'azur sombre. . Vous demandez des bocks ou de la limonade. petite et toute blanche. Tous vos amis s'en vont... Passe une demoiselle aux petits airs charmants. Piqué d'une mauvaise étoile. vous êtes mauvais goût.. A des parfums de vigne et des parfums de bière.Sur vos lèvres alors meurent les cavatines... Loué jusqu'au mois d'août. Arthur Rimbaud . encadré d'une petite branche... Vous êtes amoureux. On divague. "Poésies" . Elle se tourne. .. La sève est du champagne et vous monte à la tête. .Vos sonnets La font rire.. Le coeur fou Robinsonne à travers les romans. .On va sous les tilleuls verts de la promenade.

à l'encens. Et se réveille. il fait un somme: Nature. . Luit: c'est un petit val qui mousse de rayons. .1871. berce-le chaudement: il a froid.Le Mal Tandis que les crachats rouges de la mitraille Sifflent tout le jour par l'infini du ciel bleu. Qui dans le bercement des hosannah s'endort. Tandis qu'une folie épouvantable broie Et fait de cent milliers d'hommes un tas fumant. bouche ouverte. dans ta joie. Qu'écarlates ou verts. Arthur Rimbaud Le Dormeur du Val C'est un trou de verdure où chante une rivière Accrochant follement aux herbes des haillons D'argent. ramassées Dans l'angoisse. Souriant comme Sourirait un enfant malade.. Croulent les bataillons en masse dans le feu. il dort. quand des mères. près du Roi qui les raille. Il dort dans le soleil. Il a deux trous rouges au côté droit. Les pieds dans les glaïeuls. Les parfums ne font pas frissonner sa narine. Un soldat jeune. et pleurant sous leur vieux bonnet noir. dans l'herbe. Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu. aux grands calices d'or. sous la nue. la main sur sa poitrine Tranquille. où le soleil.. Arthur Rimbaud .Pauvres morts! dans l'été. qui rit aux nappes damassées Des autels. Lui donne un gros sou lié dans leur mouchoir! "Poésies" . de la montagne fière. tête nue. Dort.1871. Pâle dans son lit vert où la lumière pleut. il est étendu dans l'herbe.Il est un Dieu. Nature! ô toi qui fis ces hommes saintement!. "Poésies" .

O. Comme des lyres. Oh! là là! que d'amours splendides j'ai rêvées! Mon unique culotte avait un large trou. U vert. pourpres. rimant au milieu des ombres fantastiques. . Où. O bleu: voyelles.Petit-Poucet rêveur. I rouge. E blanc. Mon auberge était à la Grande-Ourse. Silences traversés des Mondes et des Anges: .1871. j'égrenais dans ma course Des rimes. assis au bord des routes. un pied près de mon coeur! "Poésies" . Golfes d'ombre. rayon violet de ses Yeux! "Poésies" . comme un vin de vigueur. cycles.O l'Oméga. les poings dans mes poches crevées.1871. Mon paletot aussi devenait idéal. Paix des pâtis semés d'animaux. . paix des rides Que l'alchimie imprime aux grands fronts studieux. I.Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou Et je les écoutais. U. J'allais sous le ciel. Arthur Rimbaud Voyelles A noir. Je dirai quelque jour vos naissances latentes: A. sang craché.Ma Bohème Je m'en allais. Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes De rosée à mon front. candeurs des vapeurs et des tentes. Muse! et j'étais ton féal. rire des lèvres belles Dans la colère ou les ivresses pénitentes. vibrements divins des mers virides. Lances des glaciers fiers. suprême Clairon pleine des strideurs étranges. rois blancs. je tirais les élastiques De mes souliers blessés. Arthur Rimbaud . noir corset velu des mouches éclatantes Qui bombinent autour des puanteurs cruelles. frisson d'ombelles. E.

fumant. des arbres tordus. confiture exquise aux bons poètes. Illuminant de longs figements violets. infusé d'astres. Et l'éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs! J'ai suivi. nasses Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan! Des écroulements d'eaux au milieu des bonaces. L'Aube exaltée ainsi qu'un peuple de colombes. et lactescent. je me suis baigné dans le Poème De la Mer. Des lichens de soleil et des morves d'azur. Moi. O que ma quille éclate! O que j'aille à la mer! Si je désire une eau d'Europe. Million d'oiseaux d'or. Je courus! Et les Péninsules démarrées N'ont subi tohu-bohus plus triomphants. monté de brumes violettes. ô lames. avec de noirs parfums! J'aurais voulu montrer aux enfants ces dorades Du flot bleu. plus vastes que nos lyres. Baiser montant aux yeux des mers avec lenteurs. vrai. Dans les clapotements furieux des marées. Dix nuits. Et dès lors. Où. L'eau verte pénétra ma coque de sapin Et des taches de vins bleus et des vomissures Me lava. Quand les juillets faisaient crouler à coups de triques Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs. cieux de braises! Echouages hideux au fond des golfes bruns Où les serpents géants dévorés des punaises Choient. PLanche folle. Libre. Porteur de blés flamands ou de cotons anglais. à de glauques troupeaux! J'ai vu fermenter les marais énormes. c'est la flache Noire et froide où vers le crépuscule embaumé Un enfant accroupi plein de tristesses. Enlever leur sillage aux porteurs de cotons. Sans songer que les pieds lumineux des Maries Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs! J'ai heurté. La tempête a béni mes éveils maritimes. Et j'ai vu quelquefois ce que l'homme a cru voir! J'ai vu le soleil bas. taché d'horreurs mystiques. teignant tout à coup les bleuités. ballotant sur mes bords les querelles Et les fientes d'oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds. Ni nager sous les yeux horribles des pontons. ô future Vigueur? Mais. Je ne puis plus. baigné de vos langueurs. à reculons! Or moi. l'autre hiver. sentant geindre à cinquante lieues Le rut des Béhémots et les Maelstroms épais. Je regrette l'Europe aux anciens parapets! J'ai vu des archipels sidéraux! et des îles Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur: . sans regretter l'oeil niais des falots! Plus douce qu'aux enfants la chair des pommes sûres. délires Et rythmes lents sous les rutilements du jour.. Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses N'auraient pas repêché la carcasse ivre d'eau. martyr lassé des pôles et des zones. Presque île. Fileur éternel des immobilités bleues. la houle à l'assaut des récifs. flots nacreux. Arthur Rimbaud . taché de lunules électriques. Parfois. Pareils à des acteurs de drames très antiques Les flots roulant au loin leurs frissons de volets! J'ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies. Moi qui tremblais.Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades Et d'ineffables vents m'ont ailé par instants. et les trombes Et les ressacs et les courants: je sais le soir. Plus fortes que l'alcool. Je ne me sentis plus guidé par les haleurs: Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs. Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages Les Fleuves m'ont laissé descendre où je voulais. Toute lune est atroce et tout soleil amer: L'âcre amour m'a gonflé de torpeurs enivrantes. pareille aux vacheries Hystériques. un noyé pensif parfois descend. j'ai trop pleuré! Les Aubes sont navrantes. Dévorant les azurs verts. savez-vous. d'incroyables Florides Mêlant aux fleurs des yeux de panthères à peaux D'hommes! Des arcs-en-ciel tendus comme des brides Sous l'horizon des mers. lâche Un bateau frêle comme un papillon de mai. Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur Qui porte. La circulation des sèves inouïes. escorté des hippocampes noirs. soleils d'argent. . La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux Montait vers moi ses fleurs d'ombre aux ventouses jaunes Et je restais. flottaison blème Et ravie. où. J'étais insoucieux de tous les équipages. Fermentent les rousseurs amères de l'amour! Je sais les cieux crevant en éclairs.. Jeté par l'ouragan dans l'éther sans oiseau. Plus léger qu'un bouchon j'ai dansé sur les flots Qu'on appelle rouleurs éternels de victimes. des mois pleins. Ni traverser l'orgueil des drapeaux et des flammes.Le Bateau Ivre Comme je descendais des Fleuves impassibles. losqu'à travers mes liens frêles Des noyés descendaient dormir. Qui courais. ainsi qu'une femme à genoux. Et je voguais. bateau perdu sous les cheveux des anses. ces poissons chantants. ces poissons d'or. plus sourd que des cerveaux d'enfants.Est-ce en ces nuits sans fond que tu dors et t'exiles. dispersant gouvernail et grappin. Et les lointains vers les gouffres cataractant! Glaciers.

lointaine. et grave. Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.1866. transparent Pour elle seule. il est étendu dans l'herbe.Je l'ignore. Est-elle brune. Souriant comme Sourirait un enfant malade. pour sa voix. et mon coeur. "Poèmes saturniens" . Elle seule les sait rafraîchir. la main sur sa poitrine. tête nue. Un soldat jeune. Paul Verlaine Le dormeur du val C'est un trou de verdure où chante une rivière. de la montagne fière. Pareil à la Feuille morte. où le soleil. Et. en pleurant. Son regard est pareil au regard des statues. chaque fois. et que j'aime. blonde ou rousse? . Les pieds dans les glaïeuls. Car elle me comprend. et calme. Tranquille. "Poèmes saturniens" . hélas! cesse d'être un problème Pour elle seule. et qui m'aime. Je me souviens Des jours anciens Et je pleure. ni tout à fait la même Ni tout à fait une autre.Mon rêve familier Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant D'une femme inconnue. Les parfums ne font pas frissonner sa narine . Et je m'en vais Au vent mauvais Qui m'emporte Deçà. Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons. Tout suffocant Et blême. delà. il dort.1866. il fait un somme : Nature. Il a deux trous rouges au côté droit. Il dort dans le soleil. Accrochant follement aux herbes des haillons D'argent . Paul Verlaine Chanson d'automne Les sanglots longs Des violons De l'automne Blessent mon coeur D'une langueur Monotone. bouche ouverte. sous la nue. Dort . et m'aime et me comprend. Arthur RIMBAUD   (1854-1891) . Son nom? Je me souviens qu'il est doux et sonore Comme ceux des aimés que la Vie exila. quand Sonne l'heure. Et qui n'est. Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu. berce-le chaudement : il a froid. et les moiteurs de mon front blême. elle a L'inflexion des voix chères qui se sont tues.

et quasi Tristes sous leurs déguisements fantasques. Les grands jets d'eau sveltes parmi les marbres. "Fêtes galantes" . J'arrive tout couvert encore de rosée Que le vent du matin vient glacer à mon front. Laissez-la s'apaiser de la bonne tempête. Jouant du luth. Souffrez que ma fatigue à vos pieds reposée Rêve des chers instants qui la délasseront. Tout en chantant sur le mode mineur L'amour vainqueur et la vie opportune. Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches Et qu'à vos yeux si beaux l'humble présent soit doux.1874. Qui fait rêver les oiseaux dans les arbres Et sangloter d'extase les jets d'eau. "Romances sans paroles" . Ils n'ont pas l'air de croire à leur bonheur Et leur chanson se mêle au clair de lune. Paul Verlaine . et dansant. Et que je dorme un peu puisque vous reposez.Clair de lune Votre âme est un paysage choisi Que vont charmant masques et bergamasques. des fleurs. Sur votre jeune sein laissez rouler ma tête Toute sonore encor de vos derniers baisers.1869. Au calme clair de lune triste et beau. des feuilles et des branches Et puis voici mon coeur qui ne bat que pour vous. Paul Verlaine Green Voici des fruits.

Guillaume Apollinaire .La Chanson Du Mal-Aimé Le pont Mirabeau Sous le pont Mirabeau coule la Seine Et nos amours Faut-il qu'il m'en souvienne La joie venait toujours après la peine Vienne la nuit sonne l'heure Les jours s'en vont je demeure Les mains dans les mains restons face à face Tandis que sous Le pont de nos bras passe Des éternels regards l'onde si lasse Vienne la nuit sonne l'heure Les jours s'en vont je demeure L'amour s'en va comme cette eau courante L'amour s'en va Comme la vie est lente Et comme l'Espérance est violente Vienne la nuit sonne l'heure Les jours s'en vont je demeure Passent les jours et passent les semaines Ni temps passé Ni les amours reviennent Sous le pont Mirabeau coule la Seine Vienne la nuit sonne l'heure Les jours s'en vont je demeure "Alcools" .1913.

Guillaume Apollinaire .1913.Marie Vous y dansiez petite fille Y danserez-vous mère-grand C'est la maclotte qui sautille Toute les cloches sonneront Quand donc reviendrez-vous Marie Les masques sont silencieux Et la musique est si lointaine Qu'elle semble venir des cieux Oui je veux vous aimer mais vous aimer à peine Et mon mal est délicieux Les brebis s'en vont dans la neige Flocons de laine et ceux d'argent Des soldats passent et que n'ai-je Un coeur à moi ce coeur changeant Changeant et puis encor que sais-je Sais-je où s'en iront tes cheveux Crépus comme mer qui moutonne Sais-je où s'en iront tes cheveux Et tes mains feuilles de l'automne Que jonchent aussi nos aveux Je passais au bord de la Seine Un livre ancien sous le bras Le fleuve est pareil à ma peine Il s'écoule et ne tarit pas Quand donc finira la semaine "Alcools" .

Nuit rhénane Mon verre est plein d'un vin trembleur comme une flamme Écoutez la chanson lente d'un batelier Qui raconte avoir vu sous la lune sept femmes Tordre leurs cheveux verts et longs jusqu'à leurs pieds Debout chantez plus haut en dansant une ronde Que je n'entende plus le chant du batelier Et mettez près de moi toutes les filles blondes Au regard immobile aux nattes repliées Le Rhin le Rhin est ivre où les vignes se mirent Tout l'or des nuits tombe en tremblant s'y refléter La voix chante toujours à en râle-mourir Ces fées aux cheveux verts qui incantent l'été Mon verre s'est brisé comme un éclat de rire "Alcools" . Guillaume Apollinaire .1913. Guillaume Apollinaire Mai Le mai le joli mai en barque sur le Rhin Des dames regardaient du haut de la montagne Vous êtes si jolies mais la barque s'éloigne Qui donc a fait pleurer les saules riverains Or des vergers fleuris se figeaient en arrière Les pétales tombés des cerisiers de mai Sont les ongles de celle que j'ai tant aimée Les pétales flétris sont comme ses paupières Sur le chemin du bord du fleuve lentement Un ours un singe un chien menés par des tziganes Suivaient une roulotte traînée par un âne Tandis que s'éloignait dans les vignes rhénanes Sur un fifre lointain un air de régiment Le mai le joli mai a paré les ruines De lierre de vigne vierge et de rosiers Le vent du Rhin secoue sur le bord les osiers Et les roseaux jaseurs et les fleurs nues des vignes "Alcools" .1913.

tant aimée.. Patrice Guirao L'ANGE DECHU Je jette une orange Vers l'astre mort Quand s'éveille l'ange Dans mon pauvre corps J'arrache les pierres Aux murs épais Du tombeau de terre Où tu m'as jeté Je monte à grand peine Par les chemins Que prennent les reines Les assassins Dans cet univers de cendres Où aimer n'existe pas Parfois je prie mon ange Eh ne m'oublie pas Chaque jour les nostalgies Nous rongent Sans amour nous dérivons Privés de tout retour Je crains tant le souffle Du temps sur moi J'ai connu sa bouche Dans l'au-delà Fais de mon âme une branche De mon corps un talus Mais Dieu apaise l'ange L'ange déchu. Jean-Louis Murat ..LES PARFUMS DE SA VIE C'est vrai que dans ses draps fourbus Jusqu'aux aurores... tant aimée Que mon corps est pétri Des parfums de sa vie Moi je l'ai adorée Adorée Que mon corps est pétri Des parfums de sa vie C'est vrai qu'elle a donné souvent Des nuits. Moi je l'ai tant aimée Tant aimée. tant aimée Que mon corps est pétri Des parfums de sa vie Moi je l'ai adorée Adorée Que mon corps est pétri Des parfums de sa vie C'est vrai qu'au bord de ses écarts Ses yeux froissés sont en retard Quand sonne l'heure de leur départ Ou d'un sourire ou d'un regard Elle a le corps ouvert aux rives des adultères A la caresse amère des amours passagères Moi je l'ai tant aimée Tant aimée. à l'inconnu Elle a roulé à demi-nue Son corps de bras en bras tendus C'est vrai qu'au vent de ses cheveux A ses parfums de safran bleu Elle a brûlé à petit feu Sa liberté. des rêves éblouissants. manière de jeu Elle a dans son regard Un reste d'étendard L'ombre d'un corbillard Que poussent des pillards Moi je l'ai tant aimée Tant aimée.

Mais ce visage dont j'ignore Les plus troublantes expressions. Maria Bugenia Celso ( brésil ) Nous tisserons la fleur ombilicale Nous tisserons la fleur ombilicale Contre les jours de sang Nous tisserons le soleil nu Face à la terre nue Et nous ferons l'amour Avec l'écriture du vent Sur nos corps pluriels Et nous ferons l'amour Avec l'écriture du feu Sur nos lèvres gercées Avec les cicatrices du temps L'eau les phrases immortelles La parole seule gravée de soleil Poeme de Paul Dakeyo (Cameroun ) . L'accent trop égal de ta voix.Le visage entre les visages Je n'ai de toi que ton visage Qui jamais ne fut tout à moi. Malgré toi j'en possède encore D'insaisissables abandons. Je n'ai de toi que ta figure Dont tu donnes à tous les regards. Ton sourire qui se Partage. Et ces mots dont je suis bien sûre De n'avoir qu'à moitié ma part.

j'aurais voulu être avec toi. dans ton adolescence. à ta première joie. J'aurais voulu être avec toi la première fois que tu as divisé les formes. Je voudrais être avec toi à l'instant du départ de ton âme. Quand ta mère t'a conçu et nourri de sa vie. Avec toi dans ton enfance.J'aurais voulu être avec toi J'aurais voulu être avec toi quand tu étais dans la pensée de Dieu. de ta bouche et de ton sexe. Dans ta première pudeur. comme dans ta première caresse. poeme d'adalgisa nery (brésil) La mer tranquille La mer tranquille la mer houleuse au vent calé s'en va lointaine comme un immense tapis de nacre bordant le ciel à I'horizon là-bas tout là-bas Un jour le jour naîtra qui verra le jour dans I'aurore enchanteresse de ses cuisses Je suis l'arme avant qui fend le brouillard matinal afin que perce le soleil La nuit a été longue Elle me colle encore à la paupière brûlante comme les mille feux de I'amour La nuit a été habile Elle me reste accrochée au sein droit poeme de pierre makombo bambote ( Republique centre africaine ) . De la décomposition de ta chaire de ton cerveau. A ta première larme. suivant de près les changements de ton physique. Afin que je puisse continuer avec toi dans le Monde sans Espace et sans Temps. les couleurs et les sons.

le feu de l'enfer dans ses cheveux. errant en des endroits tranquilles. une obscure planète Où se cache la Muse au démon créateur ? Alors que. Au chant mystérieux. ll y a tant de morts que les visages eux-mêmes. poeme de cecilia meireles POURQUOI? Pourquoi m'avez-vous fait une telle cervelle Ouverte à tous les vents qui tourmentent l'esprit? Où la science et l'art sont une citadelle Qu'une étoile illumine et qu'une ombre envahit ? Pourquoi m'est-elle un monde.Guerre Il y a tant de sang que les fleuves se détournent de leur rythme. un cerveau de fauvette Eût été plus léger et plus apte au bonheur. dans mon crâne. côte à côte. effroyable. qu'en ma poitrine une âme de poupée Eût été moins complexe et m'eût fait moins mal. l'océan délire et repousse son écume rouge..   Cécile Chabot . II y a tant de morts que les âmes seules formeraient des colonnes. Il y a tant de sang que la lune elle-même se lève. au souffle d'idéal ? Alors.. et atteindraient les étoiles.   Et pour quelle raison m'avoir donné cette âme Dont je ne puis sonder l'étrange profondeur? Où je sens un enfer de désir et de flamme Côtoyer tout un ciel de paix et de candeur? Une âme que torture un rêve d'épopée. somnambule aux halos rouges. ne se reconnaissent pas et les morceaux des corps sont là comme des épaves sans emploi. les dégagées.

Le feu clair qui remplit les espaces limpides. Qui plane sur la vie. Des montagnes. Vers les cieux le matin prennent un libre essor. Et bois. tu te meus avec agilité. Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides : Va te purifier dans l'air supérieur. comme un bon nageur qui se pâme dans l'onde. comme une pure et divine liqueur. des bois. Mon esprit. Par-delà le soleil. Et. Celui dont les pensers. par-delà les éthers.des étangs. Derrière les ennuis et les vastes chagrins Qui chargent de leur poids l'existence brumeuse. et comprend sans effort Le langage des fleurs et des choses muettes ! Charles Baudelaire Ne me quitte pas Il faut oublier Tout peut s'oublier Qui s'enfuit déjà Oublier le temps Des malentendus Et le temps perdu A savoir comment Oublier ces heures Qui tuaient parfois A coups de pourquoi Le cœur du bonheur Refrain Ne me quitte pas Ne me quitte pas Ne me quitte pas Ne me quitte pas Moi je t'offrirai Des perles de pluie . Tu sillonnes gaiement l'immensité profonde Avec une indicible et mâle volupté. Par-delà les confins des sphères étoilées.Elévations Au-dessus. au-dessus des vallées. des nuages. comme des alouettes. Heureux celui peut d'une aile vigoureuse S'élancer vers les champs lumineux et sereins. des mers.

Venues de pays Où il ne pleut pas Je creuserai la terre Jusqu'après ma mort Pour couvrir ton corps D'or et de lumière Je ferai un domaine Où l'amour sera roi Où l'amour sera loi Où tu seras reine Refrain Ne me quitte pas Ne me quitte pas Ne me quitte pas Ne me quitte pas Ne me quitte pas Je t'inventerai Des mots insensés Que tu comprendras Je te parlerai De ces amants-là Qui ont vu deux fois Leurs cœurs s'embraser Je te raconterai L'histoire de ce roi Mort de n'avoir pas Pu te rencontrer Refrain Ne me quitte pas Ne me quitte pas Ne me quitte pas Ne me quitte pas On a vu souvent Rejaillir le feu De l'ancien volcan Qu'on croyait trop vieux Il est paraît-il Des terres brûlées Donnant plus de blé Qu'un meilleur avril Et quand vient le soir Pour qu'un ciel flamboie .

Le rouge et le noir Ne s'épousent-ils pas Refrain Ne me quitte pas Ne me quitte pas Ne me quitte pas Ne me quitte pas Ne me quitte pas Je ne vais plus pleurer Je ne vais plus parler Je me cacherai là A te regarder Danser et sourire Et à t'écouter Chanter et puis rire Laisse-moi devenir L'ombre de ton ombre L'ombre de ta main L'ombre de ton chien Refrain Ne me quitte pas Ne me quitte pas Ne me quitte pas Ne me quitte pas Jacques Brel Quand on a que l'amour   Quand on a que l'amour A s'offrir en partage Au jour du grand voyage Qu'est notre grand amour Quand on a que l'amour Mon amour toi et moi Pour qu'éclatent de joie Chaque heure et chaque jour Quand on a que l'amour Pour vivre nos promesses Sans nulle autre richesse Que d'y croire toujours .

Amis le monde entier Jacques Brel L'oiseau et L'enfant .Quand on a que l'amour Pour meubler de merveilles Et couvrir de soleil La laideur des faubourgs Quand on a que l'amour Pour unique raison Pour unique chanson Et unique secours Quand on a que l'amour Pour habiller matin Pauvres et malandrins De manteaux de velours Quand on a que l'amour A offrir en prière Pour les maux de la terre En simple troubadour Quand on n'a que l'amour A offrir à ceux-là Dont l'unique combat Est de chercher le jour Quand on a que l'amour Pour tracer un chemin Et forcer le destin A chaque carrefour Quand on a que l'amour Pour parler aux canons Et rien qu'une chanson Pour convaincre un tambour Alors sans avoir rien Que la force d'aimer Nous aurons dans nos mains.

dansant sur les vagues Ivre de vie. l'enfant c'est moi Marie Myriam .Refrain Comme un enfant aux yeux de lumière Qui voit passer au loin les oiseaux Comme l'oiseau bleu survolant la terre Vois comme le monde. invente l'amour Pour que la vie s'habille de fête Et que la nuit se change en jour Jour d'une vie où l'aube se lève Pour réveiller la ville aux yeux lourds Où les matins effeuillent les rêves Pour nous donner un monde d'amour L'amour c'est toi. le monde est beau Beau le bateau. les hommes et la guerre Qui croient tenir les rênes du temps Pays d'amour n'a pas de frontière Pour ceux qui ont un cœur d'enfant Refrain Comme un enfant aux yeux de lumière Qui voit passer au loin les oiseaux Comme l'oiseau bleu survolant la terre Nous trouverons ce monde d'amour L'amour c'est toi.l'amour c'est moi L'oiseau c'est toi. l'enfant c'est moi Moi je ne suis qu'une fille de l'ombre Qui voit briller l'étoile du soir Toi mon étoile qui tisse ma ronde Viens allumer mon soleil noir Noire la misère. d'amour et de vent Belle la chanson naissante des vagues Abandonnée au sable blanc Blanc l'innocent. l'enfant c'est moi L'oiseau c'est toi. le sang du poète Qui en chantant. l'amour c'est moi L'oiseau c'est toi.

tu blémis à présent qu'a sonné l'heure des adieux à jamais oui je suis au regret d'te dir'que je m'en vais oui je t'aimais. tu gémis à présent qu'a sonné l'heure des adieux à jamais oui je suis au regret d'te dir'que je m'en vais car tu m'en as trop fait. mais. mais.Je suis venu te dire que je m'en vais Je suis venu te dir'que je m'en vais et tes larmes n'y pourront rien changer comm'dit si bien Verlaine "au vent mauvais" je suis venu te dir'que je m'en vais tu t'souviens des jours anciens et tu pleures tu suffoques. tu gémis à présent qu'a sonné l'heure des adieux à jamais oui je suis au regret d'te dir'que je m'en vais car tu m'en as trop fait Serge Gainsbourg Aux armes et caetera Allons enfants de la patrie Le jour de gloire est arrivé .je suis venu te dir'que je m'en vais tes sanglots longs n'y pourront rien changer comm'dit si bien Verlaine "au vent mauvais" je suis venu d'te dir'que je m'en vais tu t'souviens des jours heureux et tu pleures tu sanglotes.je suis venu te dir'que je m'en vais et tes larmes n'y pourront rien changer comm'dit si bien Verlaine "au vent mauvais" tu t'souviens des jours anciens et tu pleures tu suffoques. oui. oui. tu blémis à présent qu'a sonné l'heure des adieux à jamais oui je suis au regret d'te dir'que je m'en vais oui je t'aimais.je suis venu te dir'que je m'en vais tes sanglots longs n'y pourront rien changer comm'dit si bien Verlaine "au vent mauvais" je suis venu d'te dir'que je m'en vais tu t'souviens des jours heureux et tu pleures tu sanglotes.

Contre nous de la tyrannie L'étendard sanglant est levé Aux armes et caetera Entendez-vous dans les campagnes Mugir ces féroces soldats ? Ils viennent jusque dans nos bras Egorger nos fils. nos compagnes Aux armes et caetera Amour sacré de la patrie Conduis. soutiens nos bras vengeurs Liberté liberté chérie Combats avec tes défenseurs Aux armes et caetera Nous entrerons dans la carrière Quand nos aînés n'y seront plus Nous y trouverons leur poussière Et la trace de leurs vertus Aux armes et caetera Serge Gainsbourg La chanson de Prévert Oh je voudrais tant que tu te souviennes Cette chanson était la tienne C'était ta préférée Je crois Qu'elle est de Prévert et Kosma Et chaque fois les feuilles mortes Te rappellent à mon souvenir Jour après jour Les amours mortes N'en finissent pas de mourir Avec d'autres bien sûr je m'abandonne Mais leur chanson est monotone Et peu à peu je m' indiffère A cela il n'est rien .

dans les bras d'une femme Qu'on garde au fond de soi comme on garde un mystère Des armes. des brillantes Des qu'il faut nettoyer souvent pour le plaisir Et qu'il faut caresser comme pour le plaisir L'autre. dans le cœur. dans le ciel et puis dans l'écriture Des qui vous font rêver très tard dans les lectures Et qui mettent la poésie dans les discours Des armes.A faire Car chaque fois les feuilles mortes Te rappellent à mon souvenir Jour après jour Les amours mortes N'en finissent pas de mourir Peut-on jamais savoir par où commence Et quand finit l'indifférence Passe l'automne vienne L'hiver Et que la chanson de Prévert Cette chanson Les Feuilles Mortes S'efface de mon souvenir Et ce jour là Mes amours mortes En auront fini de mourir Serge Gainsbourg Des armes Des armes. des chouettes. des armes Et des poètes de service à la gâchette Pour mettre le feu aux dernières cigarettes Au bout d'un vers français brillant comme une larme . celui qui fait rêver les communiantes Des armes bleues comme la terre Des qu'il faut se garder au chaud au fond de l'âme Dans les yeux. au secret des jours Sous l'herbe. des armes.

Vous prend par hasard L'orchestre s'est tu L'arène est déçue Je suis heureux Perdu dans tes yeux Arthur H En cloque Elle a mis sur l' mur Au dessus du berceau Une photo d'Arthur Rimbaud Avec ses cheveux en brosse Elle trouve qu'il est beau Dans la chambre du gosse Bravo Déjà les p'tits anges Sur le papier peint J' trouvais ça étrange . petite reine Un taureau dans le ventre Et le sourire aux lèvres Des paillettes et du sang Joli rêve Un toréador dans l'arène Viens je t'emmène. petite reine Sous les hourras et les crachats de la foule Loin d'ici en des pays extrêmes La vie. c'est bizarre. c'est bien court Quand on court après l'amour Ai-je assez serré Le bonheur contre mon cœur T'ai-je assez serrée dans mes bras ? La mort.Noir Désir Petite reine Un toréador dans l'arène C'est ça l'amour.

J' dis rien Elle me font marrer Ses idées loufoques Depuis qu'elle est En cloque Elle s' réveille la nuit Veut bouffer des fraises Elle a des envies Balaises Moi. j' suis aux p'tits soins J' me défonces en huit Pour qu'elle manque de rien Ma p'tite C'est comme si j' pissais Dans un violoncelle Comme si j'existais Plus pour elle Je m' retrouve planté Tout seul dans mon froc Depuis qu'elle est En cloque Le soir elle tricote En buvant d' la verveine Moi j' démêle ses pelotes De laine Elle use les miroirs A s' regarder dedans A s' trouver bizarre Tout le temps J' lui dit qu'elle est belle Comme un fruit trop mûr Elle croit qu' je m' fous d'elle C'est sûr Faut bien dire s' qu'y est Moi aussi j' débloque Depuis qu'elle est En cloque Faut qu' j' retire mes grolles Quand j' rentre dans la chambre Du p'tit rossignol Qu'elle couve C'est qu' son p'tit bonhomme Qu'arrive en Décembre .

un ruisseau" Alors elle devient Toute rouge Parfois c' qu'y m' désole C' qu'y fait du chagrin Quand j' regarde son ventre Puis l' mien C'est qu' même si j' devenais Pédé comme un phoque Moi j' serai jamais En cloque Renaud Morgane de toi Y a un mariolle.Elle le protège comme Une louve Même le chat pépère Elle en dit du mal Sous prétexte qu'il perd Ses poils Elle veut plus l' voir traîner Autour du paddock Depuis qu'elle est En cloque Quand j' promène mes mains D' l'autre côté d' son dos J' sens comme des coups de poings Ça bouge J' lui dis "t'es un jardin" "Une fleur. il a au moins quatre ans Y veut t' piquer ta pelle et ton seau Ta couche culotte avec tes bonbecs dedans Lolita. fous-y un coup d' râteau dans l' dos Attend un peu avant de t' faire emmerder Par ces p'tits machos qui pensent qu'à une chose Jouer au docteur non conventionné J'y ai joué aussi. que j' te regarde et que j' t'aime . défend-toi. je sais de quoi j' cause J' les connais bien les play-boys des bacs à sable J' draguais leurs mères avant d' connaître la tienne Si tu les écoutes y t' feront porter leurs cartables 'Reusement qu' j' suis là.

si jamais t'y vas {Refrain} Qu'est-ce qu' tu m' racontes tu veux un p'tit frangin Tu veux qu' j' t'achète un ami Pierrot Eh les bébés ça s' trouve pas dans les magasins Puis j' crois pas que ta mère voudra qu' j' lui fasse un p'tit dans l' dos Ben quoi Lola on est pas bien ensemble Tu crois pas qu'on est déjà bien assez nombreux T'entends pas c' bruit. j' t'embarque dans ma galère Dans mon arche y a d' la place pour tous les marmots Avant qu' ce monde devienne un grand cimetière Faut profiter un peu du vent qu'on a dans l' dos {Refrain} Renaud Mistral gagnant A m'asseoir sur un banc cinq minutes avec toi Et regarder les gens tant qu'y en a Te parler du bon temps qu'est mort ou qui r'viendra En serrant dans ma main tes p'tits doigts Pis donner à bouffer à des pigeons idiots .{Refrain:} Lola J' suis qu'un fantôme quand tu vas où j' suis pas Tu sais ma môme Que j' suis morgane de toi Comme j'en ai marre de m' faire tatouer des machins Qui m' font comme une bande dessinée sur la peau J'ai écrit ton nom avec des clous dorés Un par un. plantés dans le cuir de mon blouson dans l' dos T'es la seule gonzesse que j' peux tenir dans mes bras Sans m' démettre une épaule. Lolita t'envole pas Avec tes miches de rat qu'on dirait des noisettes Et ta peau plus sucrée qu'un pain au chocolat Tu risques de donner faim a un tas de p'tits mecs Quand t'iras à l'école. c'est le monde qui tremble Sous les cris des enfants qui sont malheureux Allez viens avec moi. sans plier sous ton poids Tu pèses moins lourd qu'un moineau qui mange pas Déploie jamais tes ailes.

r'partir en arrière Te raconter surtout les carambars d'antan et les cocos bohères Et les vrais roudoudous qui nous coupaient les lèvres Et nous niquaient les dents Et les mistrals gagnants A m'asseoir sur un banc cinq minutes avec toi Et regarder le soleil qui s'en va Te parler du bon temps qu'est mort et je m'en fou Te dire que les méchants c'est pas nous Que si moi je suis barge.Leur filer des coups d' pieds pour de faux Et entendre ton rire qui lézarde les murs Qui sait surtout guérir mes blessures Te raconter un peu comment j'étais mino Les bonbecs fabuleux qu'on piquait chez l' marchand Car-en-sac et Minto. caramel à un franc Et les mistrals gagnants A r'marcher sous la pluie cinq minutes avec toi Et regarder la vie tant qu'y en a Te raconter la Terre en te bouffant des yeux Te parler de ta mère un p'tit peu Et sauter dans les flaques pour la faire râler Bousiller nos godasses et s' marrer Et entendre ton rire comme on entend la mer S'arrêter. ce n'est que de tes yeux Car ils ont l'avantage d'être deux Et entendre ton rire s'envoler aussi haut Que s'envolent les cris des oiseaux Te raconter enfin qu'il faut aimer la vie Et l'aimer même si le temps est assassin Et emporte avec lui les rires des enfants Et les mistrals gagnants Et les mistrals gagnants Renaud Le déserteur Monsieur le Président Je vous fais une lettre Que vous lirez peut-être Si vous avez le temps Je viens de recevoir Mes papiers militaires Pour partir à la guerre .

Avant mercredi soir Monsieur le Président Je ne veux pas la faire Je ne suis pas sur terre Pour tuer des pauvres gens C'est pas pour vous fâcher Il faut que je vous dise Ma décision est prise Je m'en vais déserter Depuis que je suis né J'ai vu mourir mon père J'ai vu partir mes frères Et pleurer mes enfants Ma mère a tant souffert Elle est dedans sa tombe Et se moque des bombes Et se moque des vers Quand j'étais prisonnier On m'a volé ma femme On m'a volé mon âme Et tout mon cher passé Demain de bon matin Je fermerai ma porte Au nez des années mortes J'irai sur les chemins Je mendierai ma vie Sur les routes de France De Bretagne en Provence Et je dirai aux gens: Refusez d'obéir Refusez de la faire N'allez pas à la guerre Refusez de partir S'il faut donner son sang Allez donner le vôtre Vous êtes bon apôtre Monsieur le Président Si vous me poursuivez Prévenez vos gendarmes Que je n'aurai pas d'armes Et qu'ils pourront tirer Boris Vian .

et que je sais tirer . Les feuilles mortes se ramassent à la pelle. je n'ai pas oublié. la vie était plus belle Et le soleil plus brûlant qu'aujourd'hui Tu étais ma plus douce amie Mais je n'ai que faire des regrets Et la chanson que tu chantais Toujours.   C'est une chanson qui nous ressemble   Toi." Boris Vian a accepté la modification de son ami Mouloudji pour conserver le côté pacifiste de la chanson ! LES FEUILLES MORTES Oh! je voudrais tant que tu te souviennes Des jours heureux où nous étions amis En ce temps-là la vie était plus belle. moi qui t'aimais   Mais la vie sépare ceux qui s'aiment   Tout doucement. Et le soleil plus brûlant qu'aujourd'hui Les feuilles mortes se ramassent à la pelle Tu vois. Les souvenirs et les regrets aussi Mais mon amour silencieux et fidèle Sourit toujours et remercie la vie Je t'aimais tant. tu étais si jolie.. Tu vois. toujours je l'entendrai!   C'est une chanson qui nous ressemble   Toi..Nota: La version initiale des 2 derniers vers était: "que je tiendrai une arme . Comment veux-tu que je t'oublie? En ce temps-là. Les souvenirs et les regrets aussi Et le vent du nord les emporte Dans la nuit froide de l'oubli... tu m'aimais et je t'aimais . Les feuilles mortes se ramassent à la pelle. je n'ai pas oublié La chanson que tu me chantais. sans faire de bruit   Et la mer efface sur le sable   Les pas des amants désunis. tu m'aimais et je t'aimais   Et nous vivions tous deux ensemble   Toi qui m'aimais.

Jacques Prévert JE SUIS COMME JE SUIS Je suis comme je suis Je suis faite comme ça Quand j'ai envie de rire Oui je ris aux éclats J'aime celui qui m'aime Est-ce ma faute à moi Si ce n'est pas le même Que j'aime chaque fois Je suis comme je suis Je suis faite comme ça Que voulez-vous de plus Que voulez-vous de moi Je suis faite pour plaire Et n'y puis rien changer .  Et nous vivions tous deux ensemble   Toi qui m'aimais. moi qui t'aimais   Mais la vie sépare ceux qui s'aiment   Tout doucement. il entre sans frapper et pour se réchauffer s’assoit sur le poêle rouge et d’un coup disparaît. le voilà rassuré. Dans une petite maison. Il arrive au village. ne laissant que sa pipe et puis son vieux chapeau. Jacques Prévert Chanson pour les enfants l’hiver Dans la nuit de l’hiver galope un grand homme blanc. ne laissant que sa pipe au milieu d’une flaque d’eau. Voyant de la lumière.. C’est un bonhomme de neige avec une pipe en bois.. sans faire de bruit   Et la mer efface sur le sable   Les pas des amants désunis. un grand bonhomme de neige poursuivi par le froid.

pour tes pleins. je te hais Tout oublier Viens. Pourquoi me questionner Je suis là pour vous plaire Et n'y puis rien changer. pour ce que j'ai donné Pour des lanternes attardées Pour tes pavés que j'ai usés Viens.. pour tes mèches alourdies Pour mes rêves inutiles.Mes talons sont trop hauts Ma taille trop cambrée  Mes seins beaucoup trop durs Et mes yeux trop cernés Et puis après Qu'est-ce que ça peut vous faire Je suis comme je suis Je plais à qui je plais Qu'est-ce que ça peut vous faire Ce qui m'est arrivé Oui j'ai aimé quelqu'un Oui quelqu'un m'a aimée Comme les enfants qui s'aiment Simplement savent aimer Aimer aimer. pour une aurore Pour tes palais de sel et d'or Tout oublier pour s'en aller Tout reconstruire ou s'enliser Viens. tes déliés Pour ce que je t'ai pris. pour ta bouche étourdie Pour tes embruns. je te hais Pour l'ombre de tes cils. je te hais Pour tes bas en résille Pour tes talons aiguille Viens. je te hais Tout oublier pour s'en aller Tout reconstruire ou s'enliser Viens.   Jacques Prévert VIENS JE TE HAIS Pour ta nuque endormie. je te hais ..

je te hais Et je parle aux cailloux Des griffures de la mer Les pieds sur les falaises Un nuage autour du cou Et je parle aux noyés Je leur parle de nous Mais je sais que je mens Que tout ça c'est du vent Qu'il n'y a que de l'eau Sous les culs des bateaux Où ricoche mon château Patrice Guirao OU TROUVER LES VIOLONS A provoquer le temps.Pour tes moiteurs cachées Pour ta voix caressée Viens. vers le vent du grand large Où trouver les violons perdus le long des plages Et l'éclat des chansons. des barrières de corail Comment courir. décrocher des nuages A briser les miroirs au galop de l'été A jeter sur le soir des galets fatigués Comment coucher. vers le vent du grand large Où trouver les violons perdus le long des plages Et l'éclat des chansons. à bâtir des galères A déchirer le vent. sur le lit des rivières Comment redevenir le flambeau des batailles A l'horieon des désirs. décrocher des nuages Comment courir encore vers le vent du grand large Fouler le long des plages les jardins de l'aurore Et quand revient le soir renouer son mouchoir . vers le vent du grand large A nouer son mouchoir pour penser à aimer Le dénouer le soir pour ne pas s'oublier Comment courir. à retenir la mer Comment courir.

Et pour ne plus se voir éclater les miroirs Où trouver les violons perdus le long des plages Et l'éclat des chansons.. un quai sanglant . décrocher des nuages Comment courir encore vers le vent du grand large Couler le long des plages les jardins de l'aurore Et quand revient le soir renouer son mouchoir Et pour ne plus se voir éclater les miroirs Comment.. Patrice Guirao COTE COUR C'est une blessure qui va mentir Du bout des lèvres qui va grandir C'est cet amant qui ne t'aime plus Le coeur serré d'un chien perdu Un mot d'adieu comme un couteau L'ouragan d'un coeur en lambeaux C'est sur le fil du désespoir L'éclat cassé de ton miroir Se trouver seul un jour le rideau côté cour Se trouver sans amour Et crier au secours Et crier au secours C'est sur un banc l'enfant qui pleure C'est ce vieil homme devant sa peur C'est quand revient un soir l'envie De cet amour qu'on a maudit C'est sur les vagues de l'océan Le vol inquiet du goêland De voir partir tout loin devant Un corps blessé.

. Patrice Guirao LE TROUPEAU D'avoir mené les chevaux D'avoir traversé les glaces Pour me bâtir mon troupeau N'apaise pas mon angoisse Pourtant le soleil est haut Dans l'azur pas de menaces Je rêve parmi les chevaux D'horizon mauve et d'espace Je voulais donner mon sang Ma vigueur et mon audace Mais sans passion à présent Dieu que cette vie me lasse Tous les gens de Durango De Catane à Minor Track Trouvent trop bon le Très-Haut De m'avoir sauvé des glaces Va je déteste la vie De ces bâtisseurs d'empires .Se trouver seul un jour le rideau côté cour Se trouver sans amour Et crier au secours Et crier au secours Je veux enchaîner ma mémoire Tout seul au mât de mon radeau Je veux enchaîner ma mémoire Tout seul aux pierres de mon tombeau Se trouver seul un jour le rideau côté cour Me trouver sans amour Et crier au secours..

. Que l'amour est loin....... . Jean-Louis Murat ..De ces voleurs de prairie Où tu trouveras ta place Je partirai cette nuit Sous un ciel peuplé d'étoiles Je ne connais qu'une envie Je veux retrouver mon âme D'avoir mené les chevaux D'avoir traversé les glaces Pour me bâtir mon troupeau N'apaise pas mon angoisse Jean-Louis Murat CHEYENNE AUTUMN Viens doux soleil Que tes rayons Agitent autour de moi Ce monde d'abeilles Qui palpitent Impatient au fond des fois Sors du long sommeil Les loutres endormies Près des torrents Où luttent sans bruit Des poissons amoureux Dans le courant Ton amour s'en va Ton amour revient Ton amour. nostalghia.

TE GARDER PRES DE MOI Nos amours se défont Tout s'efface Pressé par le temps qui passe Quand monte au loin Dans une rumeur Le chant du très vieil indien "Fous d'aventure Respectez le destin" Je veux te garder près de moi Corps épris Voyageur Ton esprit Joue comme un derviche tourneur Les amants ébouriffés par la danse Du sacré tourment Chantent au matin Prisonniers du destin Je veux te garder près de moi Souvenirs Lourds secrets .

Vos mumures s'insinuent Dans nos armures Veux-tu bien jeter à nouveau Tes jambes autour de mes reins Je te le jure Je me fous du destin Je veux te garder près de moi Jean-Louis Murat LE GARCON QUI MAUDIT LES FILLES Je me suis assomé contre les grilles Qui hautes entourent ta maison J'ai longtemps attendu la nuit Couché ventre nu sur la gazon De quel chagrin pleurent les filles Quel noeud serré étreint les garçons Bientôt pris dans les filets de la vie Humides comme deux poissons A l'heure de céder à l'envie Le diable dessous ton jupon T'a dit vois tu n'es plus de ton ami l'amie Regarde il porte un caleçon Je déteste pour toujours les familles Plus tard je donnerai mes raisons Aujourd'hui je suis un garçon Qui maudit les filles Et n'en tire que des chansons Goûtez de l'enfant dont elles rient Que l'on a vendu aux cochons Qui trouve dans le ventre des filles .

Les hautes grilles d'une maison Quel noeud serré défait la fille De quel chagrin pleure le garçon Ce temps perdu que mes chansons l'essuient Mon coeur aimait plus que de raison Jean-Louis Murat SI JE DEVAIS MANQUER DE TOI Si je devais manquer de toi Mon vague à l'âme mon poisson-chat Ma tendre espionne ma passion Toi l'encolure de mes chansons Garde-moi si tu m'aimes Mais si tu doutes oublie-moi Des profondeurs de l'océan Comme un matador un tyran Guidé par l'odeur des chevaux Je viens me glisser sous ta peau Garde-moi si tu m'aimes Mais si tu doutes oublie-moi Si je devais manquer de toi Autant me priver pour toujours Des bords de Loire au point du jour De la douceur de ton amour Ton plus beau nom est portugais Hongrois brésilien puis français Par chaque bouche passe ta voix .

Jean-Louis Murat LA BELLE SAISON À jeun perdue glacée Toute seule sans un sou Une fille de seize ans Immobile debout Place de la Concorde À midi le Quinze Août     Jacques Prévert LE CANCRE Il dit non avec la tête mais il dit oui avec le coeur il dit oui à ce qu'il aime il dit non au professeur il est debout on le questionne et tous les problèmes sont posés soudain le fou rire le prend et il efface tout les chiffres et les mots ..En bouche à bouche parle-moi Et garde-moi si tu m'aimes Mais si tu doutes oublie-moi Si je devais manquer de toi..

  Jacques Prévert LE DROIT CHEMIN À chaque kilomètre chaque année des vieillards au front borné indiquent aux enfants la route d'un geste de ciment armé   Jacques Prévert LE JARDIN .   Jacques Prévert LA CÈNE Ils sont à table Ils ne mangent pas Ils ne sont pas dans leur assiette Et leur assiette se tient toute droite Verticalement derrière leur tête.les dates et les noms les phrases et les pièges et malgré les menaces du maître sous les huées des enfants prodiges avec des craies de toutes les couleurs sur le tableau noir du malheur il dessine le visage du bonheur   Jacques Prévert L'AMIRAL L'amiral Larima Larima quoi la rime à rien l'amiral Larima l'amiral rien.

Jacques Prévert LES BELLES FAMILLES Louis I Louis II Louis III Louis IV Louis V Louis VI Louis VII Louis VIII Louis IX Louis X (dit le Hutin) Louis XI Louis XII Louis XIII Louis XIV Louis XV Louis XVI Louis XVII Louis XVIII et puis plus personne plus rien… Qu’est-ce que ces gens-là qui ne sont pas foutus de compter jusqu’à vingt ?   Jacques Prévert LA BROUETTE OU LES GRANDES INVENTIONS .Des milliers et des milliers d'années Ne sauraient suffire Pour dire  La petite seconde d'éternité Où tu m'as embrassé Où je t'ai embrassée Un matin dans la lumière de l'hiver Au parc Montsouris à Paris À Paris  Sur la terre  La terre qui est un astre.

etc..Le paon fait la roue le hasard fait le reste Dieu s'assoit dedans et l'homme le pousse.   Jacques Prévert PATER NOSTER Notre père qui êtes aux cieux Restez-y Et nous nous resterons sur la terre Qui est quelquefois si jolie Avec ses mystères de New York Et puis ses mystères de Paris Qui valent bien celui de la Trinité Avec son petit canal de l'Ourcq Sa grande muraille de Chine Sa rivière de Morlaix Ses bêtises de Cambrai Avec son océan Pacifique Et ses deux bassins aux Tuileries Avec ses bons enfants et ses mauvais sujets Avec toutes les merveilles du monde Qui sont là Simplement sur la terre Offertes à tout le monde Éparpillées Émerveillées elles-mêmes d'être de telles merveilles Et qui n'osent se l'avouer Comme une jolie fille nue qui n'ose se montrer Avec les épouvantables malheurs du monde Qui sont légion Avec leurs légionnaires Avec leurs tortionnaires Avec les maîtres de ce monde Les maîtres avec leurs prêtres leurs traîtres et leurs Reîtres Avec les saisons Avec les années Avec les jolies filles et avec les vieux cons Avec la paille de la misère pourrissant dans l'acier des canons .... Les Paris Stupides Un certain Blaise Pascal etc.

Jacques Prévert CHASSE À L' ENFANT Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan ! Au-dessus de l'île on voit des oiseaux Tout autour de l'île il y a de l'eau Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan ! Qu'est-ce que c'est que ces hurlements Bandit ! Voyou ! Voyou ! Chenapan ! C'est la meute des honnêtes gens Qui fait la chasse à l'enfant Il avait dit j'en ai assez de la maison de redressement Et les gardiens à coup de clefs lui avaient brisé les dents Et puis ils l'avaient laissé étendu sur le ciment Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan ! Maintenant il s'est sauvé Et comme une bête traquée Il galope dans la nuit Et tous galopent après lui Les gendarmes les touristes les rentiers les artistes Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan ! C'est la meute des honnêtes gens Qui fait la chasse à l'enfant Pourchasser l'enfant. pas besoin de permis Tous le braves gens s'y sont mis Qu'est-ce qui nage dans la nuit Quels sont ces éclairs ces bruits C'est un enfant qui s'enfuit On tire sur lui à coups de fusil Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan ! .

  Jacques Prévert POUR TOI MON AMOUR  Je suis allé au marché aux oiseaux  Et j'ai acheté des oiseaux  Pour toi  mon amour  Je suis allé au marché aux fleurs  Et j'ai acheté des fleurs  Pour toi  mon amour  Je suis allé au marché à la ferraille  Et j'ai acheté des chaînes  De lourdes chaînes  Pour toi  mon amour  Et puis je suis allé au marché aux esclaves  Et je t'ai cherchée  Mais je ne t'ai pas trouvée  mon amour   Jacques Prévert SABLE MOUVANT Démons et merveilles Vents et marées Au loin déjà la mer s'est retirée Et toi Comme une algue doucement caressée par le vent Dans les sables du lit tu remues en rêvant Démons et merveilles Vents et marées Au loin déjà la mer s'est retirée .Tous ces messieurs sur le rivage Sont bredouilles et verts de rage Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan ! Rejoindras-tu le continent rejoindras-tu le continent!   Au-dessus de l'île on voit des oiseaux Tout autour de l'île il y a de l'eau.

LE CHEVAL ROUGE  Dans les manèges du mensonge  Le cheval rouge de ton sourire  Tourne  Et je suis là debout planté  Avec le triste fouet de la réalité  Et je n'ai rien à dire  Ton sourire est aussi vrai  Que mes quatre vérités.   DIMANCHE Entre les rangées d'arbres de l'avenue des Gobelins  Une statue de marbre me conduit par la main  Aujourd'hui c'est dimanche les cinémas sont pleins  .   LE MIROIR BRISÉ Le petit homme qui chantait sans cesse  le petit homme qui dansait dans ma tête  le petit homme de la jeunesse  a cassé son lacet de soulier  et toutes les baraques de la fête  tout d'un coup se sont écroulées  et dans le silence de cette fête  j'ai entendu ta voix heureuse  ta voix déchirée et fragile  enfantine et désolée  venant de loin et qui m'appelait  et j'ai mis ma main sur mon coeur  où remuaient  ensanglantés  les sept  éclats de glace de ton rire étoilé.   L'AUTOMNE Un cheval s'écroule au milieu d'une allée  Les feuilles tombent sur lui  Notre amour frissonne  Et le soleil aussi.Mais dans tes yeux entr'ouverts Deux petites vagues sont restées Démons et merveilles Vents et marées Deux petites vagues pour me noyer.

Les oiseaux dans les branches regardent les humains  Et la statue m'embrasse mais personne ne nous voit  Sauf un enfant aveugle qui nous montre du doigt.   CHANSON DU GEÔLIER  Où vas-tu beau geôlier  Avec cette clé tachée de sang  Je vais délivrer celle que j'aime  S'il en est encore temps  Et que j'ai enfermée  Tendrement cruellement  Au plus secret de mon désir  Au plus profond de mon tourment  Dans les mensonges de l'avenir  Dans les bêtises des serments  Je veux la délivrer  Je veux qu'elle soit libre  Et même de m'oublier  Et même de s'en aller  Et même de revenir  Et encore de m'aimer  Ou d'en aimer un autre  Si un autre lui plaît  Et si je reste seul  Et elle en allée  Je garderai seulement  Je garderai toujours  Dans mes deux mains en creux  Jusqu'à la fin des jours  La douceur de ses seins modelés par l'amour.    IMMENSE ET ROUGE Immense et rouge  Au-dessus du Grand Palais  Le soleil d'hiver apparaît  Et disparaît  Comme lui mon coeur va disparaître  Et tout mon sang va s'en aller  S'en aller à ta recherche  Mon amour  Ma beauté  Et te trouver  Là où tu es.

PRESQUE À Fontainebleau  Devant l'hôtel de l'Aigle Noir  Il y a un taureau sculpté par Rosa Bonheur  Un peu plus loin tout autour  Il y a la forêt  Et un peu plus loin encore  Joli corps  Il y a encore la forêt  Et le malheur  Et tout à côté le bonheur  Le bonheur avec les yeux cernés  Le bonheur avec des aiguilles de pin dans le dos  Le bonheur qui ne pense à rien  Le bonheur comme le taureau  Sculpté par Rosa Bonheur  Et puis le malheur  Le malheur avec une montre en or  Avec un train à prendre  Le malheur qui pense à tout ...  À tout  À tout ... à tout ... à tout ...  Et à tout  Et qui gagne "presque" à tous les coups  Presque.   L'ÉCOLE DES BEAUX-ARTS Dans une boîte de paille tressée  Le père choisit une petite boule de papier  Et il la jette  Dans la cuvette  Devant ses enfants intrigués  Surgit alors  Multicolore  La grande fleur japonaise  Le nénuphar instantané  Et les enfants se taisent  Émerveillés  Jamais plus tard dans leur souvenir  Cette fleur ne pourra se faner  Cette fleur subite  Faite pour eux  A la minute  Devant eux.

   PROMENADE DE PICASSO  Sur une assiette bien ronde en porcelaine réelle  une pomme pose  Face à face avec elle  un peintre de la réalité  essaie vainement de peindre  la pomme telle qu'elle est  mais  elle ne se laisse pas faire  la pomme  elle a son mot à dire  et plusieurs tours dans son sac de pomme  la pomme  et la voilà qui tourne  dans une assiette réelle  sournoisement sur elle-même  doucement sans bouger  et comme un duc de Guise qui se déguise en bec de gaz  parce qu'on veut malgré lui lui tirer le portrait  la pomme se déguise en beau bruit déguisé  et c'est alors  que le peintre de la réalité  commence à réaliser  que toutes les apparences de la pomme sont contre lui  et  comme le malheureux indigent  comme le pauvre nécessiteux qui se trouve soudain à la merci de n'importe quelle association bienfaisante et charitable et redoutable de bienfaisance de charité et de redoutabilité  le malheureux peintre de la réalité  se trouve soudain alors être la triste proie  d'une innombrable foule d'associations d'idées  Et la pomme en tournant évoque le pommier  le Paradis terrestre et Ève et puis Adam  l'arrosoir l'espalier Parmentier l'escalier  le Canada les Hespérides la Normandie la Reinette et l'Api  le serpent du Jeu de Paume le serment du Jus de Pomme  et le péché originel  et les origines de l'art  et la Suisse avec Guillaume Tell  et même Isaac Newton  plusieurs fois primé à l'Exposition de la Gravitation Universelle  et le peintre étourdi perd de vue son modèle  et s'endort  C'est alors que Picasso 

  LE CHAT ET L'OISEAU  Un village écoute désolé  Le chant d'un oiseau blessé  C'est le seul oiseau du village  Et c'est le seul chat du village  Qui l'a à moitié dévoré  Et l'oiseau cesse de chanter  Le chat cesse de ronronner  Et de se lécher le museau  Et le village fait à l'oiseau  De merveilleuses funérailles  Et le chat qui est invité  .qui passait par là comme il passe partout  chaque jour comme chez lui  voit la pomme et l'assiette et le peintre endormi  Quelle idée de peindre une pomme  dit Picasso  et Picasso mange la pomme  et la pomme lui dit Merci  et Picasso casse l'assiette  et s'en va en souriant  et le peintre arraché à ses songes  comme une dent  se retrouve tout seul devant sa toile inachevée  avec au beau milieu de sa vaisselle brisée  les terrifiants pépins de la réalité.   CHANSON DE L' OISELEUR L'oiseau qui vole si doucement  L'oiseau rouge et tiède comme le sang  L'oiseau si tendre l'oiseau moqueur  L'oiseau qui soudain prend peur  L'oiseau qui soudain se cogne  L'oiseau qui voudrait s'enfuir  L'oiseau seul et affolé  L'oiseau qui voudrait vivre  L'oiseau qui voudrait chanter  L'oiseau qui voudrait crier  L'oiseau rouge et tiède comme le sang  L'oiseau qui vole si doucement  C'est ton coeur jolie enfant  Ton coeur qui bat de l'aile si tristement  Contre ton sein si dur si blanc.

Marche derrière le petit cercueil de paille  Où l'oiseau mort est allongé  Porté par une petite fille  Qui n'arrête pas de pleurer  Si j'avais su que cela te fasse tant de peine  Lui dit le chat  Je l'aurais mangé tout entier  Et puis je t'aurais raconté  Que je l'avais vu s'envoler  S'envoler jusqu'au bout du monde  Là-bas où c'est tellement loin  Que jamais on en revient  Tu aurais eu moins de chagrin  Simplement de la tristesse et des regrets  Il ne faut jamais faire les choses à moitié. y'en avait pas Z'étaient tous morts à la guerre Passés de vie à trépas J'suis tombé sur une belle Qui fleurissait un peu là J'ai voulu greffer sur elle Mon amour pour les lilas J'ai marqué d'une croix blanche Le jour où l'on s'envola Accrochés à une branche Une branche de lilas . en quelque sorte Amoureux de ces fleurs-là Je suis entré par la porte Par la porte des Lilas Des lilas. Jacques Prévert Les Lilas Quand je vais chez la fleuriste Je n'achèt' que des lilas Si ma chanson chante triste C'est que l'amour n'est plus là Comm' j'étais. y'en avait guère Des lilas.

ce n'était pas le radeau De la Méduse.Pauvre amour. ce bateau Qu'on se le dise au fond des ports Dise au fond des ports Il naviguait en pèr' peinard Sur la grand-mare des canards Et s'app'lait les Copains d'abord Les Copains d'abord Ses fluctuat nec mergitur C'était pas d'la litterature N'en déplaise aux jeteurs de sort Aux jeteurs de sort Son capitaine et ses mat'lots N'étaient pas des enfants d'salauds . tiens bon la barre Le temps va passer par là Et le temps est un barbare Dans le genre d'Attila Aux cœurs où son cheval passe L'amour ne repousse pas Aux quatre coins de l'espace Il fait le désert sous ses pas Alors. nos amours sont mortes Envolées dans l'au-delà Laissant la clé sous la porte Sous la porte des Lilas La fauvette des dimanches Cell' qui me donnait le la S'est perchée sur d'autres branches D'autres branches de lilas Quand je vais chez la fleuriste Je n'achèt' que des lilas Si ma chanson chante triste C'est que l'amour n'est plus là Georges Brassens Les Copains D'abord Non.

S. mais jamais. coquin de sort Il manquait encore Des bateaux j'en ai pris beaucoup Mais le seul qu'ait tenu le coup Qui n'ai jamais viré de bord Mais viré de bord Naviguait en père peinard Sur la grand-mare des canards Et s'app'lait les Copains d'abord . Paul et compagnie C'était leur seule litanie Leur Credo. ils l'avaient pas lu Mais ils s'aimaient tout's voil's dehors Tout's voil's dehors Jean. au grand jamais Son trou dans l'eau n'se refermait Cent ans après. On aurait dit les sémaphores Les copains d'abord Au rendez-vous des bons copains Y avait pas souvent de lapins Quand l'un d'entre eux manquait a bord C'est qu'il était mort Oui.O.Mais des amis franco de port Des copains d'abord C'étaient pas des amis de luxe Des petits Castor et Pollux Des gens de Sodome et Gomorrhe Sodome et Gomorrhe C'étaient pas des amis choisis Par Montaigne et La Boetie Sur le ventre ils se tapaient fort Les copains d'abord C'étaient pas des anges non plus L'Évangile. Pierre. leur Confiteor Aux copains d'abord Au moindre coup de Trafalgar C'est l'amitié qui prenait l'quart C'est elle qui leur montrait le nord Leur montrait le nord Et quand ils étaient en détresse Qu'leurs bras lancaient des S.

c'était un lapin Qui s'appelait J. à Ménilmontant ! Le dimanche au lieu de travailler Ils nous montent au poulailler Voir jouer le drame ou bien le vaudeville À Belleville Le soir. ils font leurs épates Ils étalent leur trébuchant Minces des genoux et larges des pattes À Ménilmontant. Chopin Et qu'avait son domicile À Belleville. à Ménilmontant ! Ma soeur est avec Eloi. Le soir sur le boulevard y me refile À Belleville C'est comme ça qu'il gagne sa braise Et son frère en gagne autant En refilant ma soeur Thérèse À Ménilmontant.B. à Ménilmontant ! Il buvait si peu qu'un soir On l'a retrouvé sur le trottoir L'était crevé bien tranquille À Belleville ! On l'a mis dans la terre glaise Pour un prix exorbitant Tout en haut du Père-Lachaise À Ménilmontant. Le soir avec sa petite famille Il s'en allait en chantant Des hauteurs de la Courtille À Ménilmontant. Dont le frère est avec moi. à Ménilmontant! .Les Copains d'abord Georges Brassens Belleville-ménilmontant Papa.

Mais les brav's gens n'aiment pas que L'on suive une autre route qu'eux. Je ne fais pourtant de tort à personne. à Ménilmontant ! Georges Brassens La Mauvaise Réputation Au village. Ils grandissent sans se faire de bile À Belleville ! Ils crient "Vive l'Indépendance" Y z'ont le coeur bath et content Et barbotent dans l'abondance À Ménilmontant. ça va de soi. Poursuivi par un cul-terreux. Le jour du Quatorze Juillet Je reste dans mon lit douillet. La musique qui marche au pas. J'ai mauvaise réputation. En n'écoutant pas le clairon qui sonne. Mais les brav's gens n'aiment pas que L'on suive une autre route qu'eux. Cela ne me regarde pas. Tout le monde me montre du doigt Sauf les manchots. Quand j'croise un voleur malchanceux. J'lance la patte et pourquoi le taire. sans prétention. Non les brav's gens n'aiment pas que L'on suive une autre route qu'eux. Qu'je m'démène ou qu'je reste coi Je pass' pour un je-ne-sais-quoi! Je ne fait pourtant de tort à personne En suivant mon chemin de petit bonhomme. ça va de soi. Tout le monde médit de moi. Le cul-terreux s'retrouv' par terre .C'est comme ça que c'est le vrai moyen De faire un bon citoyen. Sauf les muets. Non les brav's gens n'aiment pas que L'on suive une autre route qu'eux.

Je ne fait pourtant de tort à personne. En laissant courir les voleurs de pommes. ça va de soi. Non les brav's gens n'aiment pas que L'on suive une autre route qu'eux. Sauf les aveugles. Pour d'viner l'sort qui m'est promis. Je ne fait pourtant de tort à personne. Mais les brav's gens n'aiment pas que L'on suive une autre route qu'eux. Non les brav's gens n'aiment pas que L'on suive une autre route qu'eux. Tout le monde se rue sur moi. S'ils trouv'nt une corde à leur goût. Tout l'mond' viendra me voir pendu. bancs publics En s'fouttant pas mal du regard oblique Des passants honnêtes Les amoureux qui s'bécott'nt sur les bancs publics Bancs publics. Ils me la passeront au cou. Sauf les culs-de-jatte. En suivant les ch'mins qui n'mènent pas à Rome. bien entendu. bancs publics En s'disant des "Je t'aime" pathétiques Ont des p'tit's gueul' bien sympatiques Ils se tiennent par la main . Georges Brassens Les amoureux des bancs publics Les gens qui voient de travers Pensent que les bancs verts Qu'on voit sur les trottoirs Sont faits pour les impotents ou les ventripotents Mais c'est une absurdité Car à la vérité Ils sont là c'est notoire Pour accueillir quelque temps les amours débutants Les amoureux qui s'bécott'nt sur les bancs publics Bancs publics. Mais les brav's gens n'aiment pas que L'on suive une autre route qu'eux. Pas besoin d'être Jérémie.

le Saint Esprit Voudrait bien de temps en temps pouvoir s'conduir' comme eux Les amoureux qui s'bécott'nt sur les bancs publics Bancs publics. bancs publics En s'fouttant pas mal du regard oblique Des passants honnêtes Les amoureux qui s'bécott'nt sur les bancs publics Bancs publics. bancs publics . la fille Le fils. la mèr'. bancs publics En s'disant des "Je t'aime" pathétiques Ont des p'tit's gueul' bien sympatiques Quand les mois auront passé Quand seront apaisés Leurs beaux rêves flambants Quand leur ciel se couvrira de gros nuages lourds Ils s'apercevront émus Qu' c'est au hasard des rues Sur un d'ces fameux bancs Qu'ils ont vécu le meilleur morceau de leur amour Les amoureux qui s'bécott'nt sur les bancs publics Bancs publics. lui fumant Dans un bien-être sûr Et choisissent les prénoms de leur premier bébé Les amoureux qui s'bécott'nt sur les bancs publics Bancs publics.Parlent du lendemain Du papier bleu d'azur Que revêtiront les murs de leur chambre à coucher Ils se voient déjà doucement Ell' cousant. bancs publics En s'fouttant pas mal du regard oblique Des passants honnêtes Les amoureux qui s'bécott'nt sur les bancs publics Bancs publics. bancs publics En s'disant des "Je t'aime" pathétiques Ont des p'tit's gueul' bien sympatiques Quand la saint' famill' machin Croise sur son chemin Deux de ces malappris Ell' leur décoche hardiment des propos venimeux N'empêch' que tout' la famille Le pèr'.

. Quand le vétérinaire." Mais. Il engagea Stewball Par un beau dimanche Au grand prix de St-Paul. Pour acheter ce pur sang. j'avais dix ans.En s'fouttant pas mal du regard oblique Des passants honnêtes Les amoureux qui s'bécott'nt sur les bancs publics Bancs publics. j'avais dix ans. après la rivière. Il était mon idole Et moi. Il s'appelait Stewball. Avait mis dans l'affaire Jusqu'à son dernier franc. Il avait dans la tête D'en faire un grand champion Pour liquider nos dettes Et payer la maison Et croyait à sa chance. C'était un cheval blanc. D'un seul coup. Il était mon idole Et moi. bancs publics En s'disant des "Je t'aime" pathétiques Ont des p'tit's gueul' bien sympatiques Georges Brassens Stewball Il s'appelait Stewball. Notre pauvre père. "Je sais. C'était un cheval blanc. l'acheva. Stewball est tombé. Que Stewball va gagner. dit mon père. J'ai vu pleurer mon père Pour la première fois.

Dis moi. non. Céline. non. non. . Tu as. ne rougis pas. non. non. ne rougis pas. ne rougis pas. Pourquoi n'as tu jamais pensé à te marier ? De tout' mes sœurs qui vivaient ici. non. Tu aurais pu rendre un homme heureux. Toi qui fus notre mèr'. Dis moi. ne pleure pas. non. tu as toujours de beaux yeux. non. Non. Tu es la seule sans mari. Ne rougis pas. Céline. Céline. Tu as toujours les yeux d'autrefois. Nous sommes les enfants que tu n'as jamais eus. les années ont passé. ne rougis pas. Tu as. Tu aurais pu rendre un homme heureux. ne rougis pas.Hugues Aufray Céline Dis moi. toi qui es notre aînée. ne pleure pas. qu'est il donc devenu Ce gentil fiancé qu'on n'a jamais revu ? Est c' pour ne pas nous abandonner Que tu l'as laissée s'en aller ? Non. Mais non. tu as toujours de beaux yeux. {parlé:} Ne pleure pas. Ne rougis pas. Ne pleure pas. Nous resterons toujours près de toi. tu as toujours de beaux yeux. non. Céline. non. ne rougis pas. Ne rougis pas. Tu aurais pu rendre un homme heureux. ta vie n'est pas perdue. non. Il y a longtemps que je le savais Et je ne l'oublierai jamais. non. ne rougis pas. N'as tu vécu pour nous autrefois Que sans jamais penser à toi ? Non. ne rougis pas. non. toi qui l'as remplacée. ne rougis pas. Tu as. non.

Hugues Aufray Le lac Majeur Il neige sur le lac Majeur Les oiseaux-lyre sont en pleurs Et le pauvre vin italien S'est habillé de paille pour rien .. Voilà de nouveaux gladiateurs Et on dit que le cirque meurt Et le pauvre sang italien Coule beaucoup et pour rien.Nous resterons toujours près de toi.. On vous souhaite tout le bonheur du monde Pour aujourd'hui comme pour demain Que votre soleil éclaircisse l'ombre . Il neige sur le lac Majeur Les oiseaux-lyre sont en pleurs J'entends comme un moteur C'est le bateau de cinq heures J'ai tout oublié du bonheur Il neige sur le lac Majeur J'ai tout oublié du bonheur Il neige sur le lac Majeur.. Mort Shuman Tout le bonheur du monde {Refrain:} On vous souhaite tout le bonheur du monde Et que quelqu'un vous tende la main Que votre chemin évite les bombes Qu'il mène vers de calmes jardins.. Des enfants crient de bonheur Et ils répandent la terreur En glissades et bombardements C'est de leur âge et de leur temps J'ai tout oublié du bonheur Il neige sur le lac Majeur J'ai tout oublié du bonheur Il neige sur le lac Majeur.

Qu'il brille d'amour au quotidien. de pâtre grec Et mes cheveux aux quatre vents Avec mes yeux tout délavés Qui me donnent l'air de rêver Moi qui ne rêve plus souvent Avec mes mains de maraudeur De musicien et de rôdeur . {au Refrain} Chais pas quel monde on vous laissera On fait d'notre mieux. Puisque l'avenir vous appartient Puisqu'on n'contrôle pas votre destin Que votre envol est pour demain Comme tout c'qu'on a à vous offrir Ne saurait toujours vous suffire Dans cette liberté à venir Puisqu'on sera pas toujours là Comme on le fut aux premiers pas. J'ose espérer que c'la suffira Pas à sauver votre insouciance Mais à apaiser notre conscience Aurais-je le droit de vous faire confiance ? {au Refrain} Sinsemilia Le métèque Avec ma gueule de métèque De Juif errant. seulement parfois. {au Refrain} Toute une vie s'offre devant vous Tant de rêves à vivre jusqu'au bout Sûrement plein de joie au rendez-vous Libres de faire vos propres choix De choisir quelle sera votre voie Et où celle-ci vous emmènera J'espère juste que vous prendrez le temps De profiter de chaque instant.

de pâtre grec De voleur et de vagabond Avec ma peau qui s'est frottée Au soleil de tous les étés Et tout ce qui portait jupon Avec mon cœur qui a su faire Souffrir autant qu'il a souffert Sans pour cela faire d'histoires Avec mon âme qui n'a plus La moindre chance de salut Pour éviter le purgatoire Avec ma gueule de métèque De Juif errant. le monde est beau Beau le bateau. dansant sur les vagues .Qui ont pillé tant de jardins Avec ma bouche qui a bu Qui a embrassé et mordu Sans jamais assouvir sa faim Avec ma gueule de métèque De Juif errant. ma douce captive Mon âme sœur. ma source vive Je viendrai boire tes vingt ans Et je serai prince de sang Rêveur ou bien adolescent Comme il te plaira de choisir Et nous ferons de chaque jour Toute une éternité d'amour Que nous vivrons à en mourir Et nous ferons de chaque jour Toute une éternité d'amour Que nous vivrons à en mourir Georges Moustaki L'oiseau et l'enfant Comme un enfant aux yeux de lumière Qui voit passer au loin les oiseaux Comme l'oiseau bleu survolant la Terre Vois comme le monde. de pâtre grec Et mes cheveux aux quatre vents Je viendrai.

l'amour c'est moi L'oiseau c'est toi. le sang du poète Qui en chantant. ou peut-être une nuit. Et venant de nulle part. l'enfant c'est moi Marie Myriam L'aigle noir Un beau jour. les hommes et la guerre Qui croient tenir les rênes du temps Pays d'amour n'a pas de frontière Pour ceux qui ont un cœur d'enfant Comme un enfant aux yeux de lumière Qui voit passer au loin les oiseaux Comme l'oiseau bleu survolant la Terre Nous trouverons ce monde d'amour L'amour c'est toi. invente l'amour Pour que la vie s'habille de fête Et que la nuit se change en jour Jour d'une vie où l'aube se lève Pour réveiller la ville aux yeux lourds Où les matins effeuillent les rêves Pour nous donner un monde d'amour L'amour c'est toi. Lentement. les ailes déployées. Près d'un lac je m'étais endormie.Ivre de vie. Surgit un aigle noir. d'amour et de vent Belle la chanson naissante des vagues Abandonnée au sable blanc Blanc l'innocent. l'enfant c'est moi Moi qui ne suis qu'une fille de l'ombre Qui voit briller l'étoile du soir Toi mon étoile qui tisse ma ronde Viens allumer mon soleil noir Noire la misère. . Quand soudain. semblant crever le ciel. l'enfant c'est moi L'oiseau c'est toi.

Comme tombé du ciel. L'oiseau roi couronné. Quatre plumes couleur de la nuit Une larme ou peut-être un rubis J'avais froid. Et des plumes couleur de la nuit. des étoiles. dans mes rêves d'enfant. Des étoiles. dans mes rêves d'enfant. emmène-moi. ô dis. une nuit. Retournons au pays d'autrefois. . je m'étais endormie. Et faire des merveilles. L'oiseau vint se poser. De son bec il a touché ma joue. je le vis tournoyer. Prit son vol pour regagner le ciel. A son front brillant de mille feux. Près d'un lac. Dis l'oiseau. Surgissant du passé. Près de moi. Comme avant. Un beau jour. Quand soudain. Comme avant. ou peut-être une nuit. Pour cueillir en tremblant. Et venant de nulle part. Etre faiseur de pluie. Il m'était revenu. il ne me restait rien L'oiseau m'avait laissée Seule avec mon chagrin Un beau jour. C'est alors que je l'ai reconnu. endormie. allumer le soleil. Près d'un lac. dans un bruissement d'ailes. Dans ma main il a glissé son cou. Portait un diamant bleu. sur un nuage blanc. semblant crever le ciel. Il avait les yeux couleur rubis. Surgit un aigle noir. Comme avant. L'aigle noir dans un bruissement d'ailes. Comme avant.Lentement.

l'aigle noir. choisir un train La vie ne m'apprend rien J'aimerais tellement m'accrocher. choisir un train La vie ne m'apprend rien J'aimerais tellement m'accrocher. prendre un chemin Prendre un chemin ! Mais je n'peux pas. je n'sais pas Et je reste planté là . je n'sais pas Et je reste planté là Les lois ne font plus les hommes Mais quelques hommes font la loi Et je n'peux pas. je n'sais pas Et je reste planté là A ceux qui croient que mon argent endort ma tête Je dis qu'il ne suffit pas d'être pauvre pour être honnête Ils croient peut-être que la liberté s'achète Que reste-t-il des idéaux sous la mitraille ? Quand les prêcheurs sont à l'abri de la bataille La vie des morts n'est plus sauvée par des médailles La vie ne m'apprend rien Je voulais juste un peu parler. Il venait de nulle part. Il surgit.Quand soudain. Barbara La vie ne m'apprend rien Qui ose dire qu'il peut m'apprendre les sentiments Ou me montrer ce qu'il faut faire pour être grand ? Qui peut changer ce que je porte dans mon sang ? Qui a le droit de m'interdire d'être vivant ? De quel côté se trouvent les bons ou les méchants ? Leurs évangiles ont fait de moi un non-croyant La vie ne m'apprend rien Je voulais juste un peu parler... prendre un chemin Prendre un chemin ! Mais je n'peux pas.

c'est vrai. je sais qu'on est capables Tout est possible. la peur ne sont que des mirages Laissez tomber les malheurs pour une fois Allez. venez. reprenez avec moi {au Refrain 1} Je sais. venez et entrez dans la danse Allez. ma chanson est naïve Même un peu bête et bien inoffensive Et même si elle ne change pas le monde . la force et le courage Le froid. laissez faire l'insouciance À deux. c'est notre jour de chance Avec l'envie. je n'sais pas Et je reste planté là Les lois ne font plus les hommes Mais quelques hommes font la loi Et je n'peux pas. tout est réalisable On peut s'enfuir bien plus haut que nos rêves On peut partir bien plus loin que la grève {Refrain 2:} Toi plus moi plus eux plus tous ceux qui le veulent Plus lui plus elle plus tous ceux qui sont seuls Allez. je n'sais pas Et je reste planté là Je n'peux pas.Les lois ne font plus les hommes Mais quelques hommes font la loi Et je n'peux pas. venez et entrez dans la danse Allez. à mille. je n'sais pas Et je reste planté là La vie ne m'apprend rien ! Daniel Balavoine Toi + moi {Refrain 1:} Toi plus moi plus eux plus tous ceux qui le veulent Plus lui plus elle et tous ceux qui sont seuls Allez. venez. venez.

toi plus moi plus tous ceux qui le veulent Plus lui plus elle et tous ceux qui sont seuls Allez. venez et entrez dans la danse Allez. mon coeur. venez et entrez dans la danse Grégoire . mes épaules et mon dos Je veux te voir des étoiles dans les yeux Je veux nous voir insoumis et heureux {au Refrain 1} {au Refrain 2} Oh.Elle vous invite à entrer dans la ronde {au Refrain 2} L'espoir. l'ardeur pour tout ce qu'il te faut Mes bras.