You are on page 1of 24

LA

REVUE MUSICALE

N° 8 (quatrième année) 15 Avril


1904.

TAMBERLICK

R. M.
16
202

ENRICO TAMBERLICK

LA CARRIÈRE D UN TÉNOR ITALIEN (1820-1889).

Mémoire couronné au concours ouvert la Revue Musicale sur le sujet suivant :


par

Biographie d'un chanteur célèbre du xix


e
siècle.

Au début de l'année ténors illustres partageaient l'attention


1839, quatre se

du public.
Rubini (1795-1854), alors
âgé de
44 ans, après avoir brillé en Italie et à Paris,

faisait les délices de la société fashionable de Londres.

Duprez (1806-1896) avait succédé en 1836 à Nourrit l'emploi de fort


pour

ténor à l'Opéra de Paris.

Mario (1810-1883), qui avait débuté dans Robert le Diable à l'Opéra,


en 1838

devait, en 1840, passer à l'Opéra Italien.

Enfin, Nourrit (1802-1839), volontairement exilé de France, achevait à Naples


carrière qui devait terminer d'une façon aussi dramatique.
une se
prématurée que

Nourrit parut pour la dernière fois dans la soirée du 7 mars


1839. H f ut acclamé

une salle frémissante.


par

L'insensé donnait à ces bravos un sens


ironique, et dans la nuit qui suivit il

donna la du haut de la maison où il habitait.


se mort en se
jetant

Parmi les de cette représentation mémorable, tout jeune


spectateurs un

homme se faisait remarquer un


enthousiasme enflammé. 11 s'appelait Enrico
par

Tamberlick

Voici Tamberlick rappelle drame ( 1)


en quels termes ce :

(( l'ai eu la bonne fortune d'entendre Nourrit, qui était un grand chanteur,

(( d'une école toute différente de celle d'aujourd'hui, et qui cependant (( poussait

« au son » autant et plus peut-être que Duprez

(( La dernière fois je l'entendis, c'était à Naples, la veille du jour où il se


que

suicida. Il chantait Giuramento de Mercadante. l'écoutai la plus


((
Je avec
pro-

fonde attention l'intensité du


ie et je fus vivement impressionné par son qu'il

(( obtenait Le public napolitain lui fît une ovation à chaque acte, comme s'il

« voulait faire oublier au grand artiste le chagrin profond qui minait sa raison.

Nourrit était certainement de Il phrasait


« encore en
possession ses moyens.

(( délicieusement, et faisait le plus grand plaisir à entendre. Cependant, sa voix,

« un peu blanche et gutturale, prenait à la


gorge.
Il fatiguait, et je crois
que

(( cela l'impressionnait au moins autant les succès de Duprez. Si Nourrit


que

(( n'obtenait les effets dramatiques avec la même intensité ce dernier


pas que

chanteur, dont la voix avait certainement plus de c'est qu'en dehors


« puissance,

du timbre de la voix, Duprez accentuait plus d'énergie, de


(1 avec et surtout plus
«
justesse, la parole chantée.

L'ancienne école recherchait dire exclusivement la beauté du


e pour ainsi son,

(( le phrasé élégant, le brio. Duprez a ajouté aux qualités maîtresses du chanteur

l'accentuation vraie des leur donne leur valeur


(<
mots, qui réelle, qui met au

point la déclamation lyrique, et conduit pathétique le seul


« au
par moyen qui

(1) Le manuscrit de étude avait été adressé à M. Périvier, rédacteur chef du


cette en Figaro,
qui avait demandé à Tamberlick des souvenirs sur sa carrière artistique.
TAMBERLICK 203

« ne faillisse pas, que la voix soit belle ou médiocre. Bien émettre le son, bien

« dire, tout l'art du chant est là. On


pourrait avancer que Duprez a intro-
presque

« duit le réalisme dans le chant.

(( Nourrit avait-il compris que son éducation était à refaire, Duprez était
que

dans le il lui fallait devenir l'émule du continuer


((
vrai, et
qu nouveau venu, ou

« à le drapeau de l'ancienne Ecole ? Il était bien tard commencer


porter pour

(( de nouvelles études. Quoi qu'il en fût, le grand artiste ne se consoler d'a-


put

(( voir perdu le premier le chagrin l'envahit au point de ne lui montrer


rang,

(( d'autre issue à sa situation la mort elle-même, et le lendemain de cette


que

belle oû il avait, ainsi dire, été enseveli les fleurs,


(( représentation, pour sous

(( oû il m'avait si fort impressionné je n'en dormir de la nuit, le lende-


que pus

(( main de cette
suprême leçon de chant Nourrit me donna, et je n'ai
que que pas

« oubliée, j'appris avec une émotion indescriptible, d'un qui stationnait


groupe

(( à la porte de son hôtel, qu'il s'était suicidé quelques heures


auparavant.

(( L'idée de revoir ses traits, de contempler une dernière fois le maître chan-

vint dans le
épouvante. Je m'en fus
« teur ne me même mon vers j'errai
pas port,

les le ramené le soir la dans


(( sur grèves tout jour, par faim, ayant toujours

(( l'oreille les accents du maître


qui n'était plus. ))

Il nous a intéressant au seuil de cette étude sur Tamberlick de lui


paru

cette
emprunter page.

Enrico Tamberlick naquit à Rome, le 16 mars 1820. Son père, Raphaël Tam-

berlick, était officier dans l'armée pontificale (1). Il le grade


mourut en
1850, avec

de lieutenant-colonel. Sa vie présente si


ne aucune
particularité intéressante, ce

n'est qu'il séjourna dix ans, prisonnier, en Autriche. Lorsqu'il revint à Rome, où

l'on n'avait de nouvelles depuis cinq années, il femme


pas reçu ses
apprit que sa

était sur le point de se remarier. Fort heureusement, la nouvelle union demeura

à l'état de projet...
Enrico fut l'aîné des six enfants de Raphaël Tamberlick.

Charles ( 1823) suivit la carrière de Il mourut alors qu'il était


son
père. jeune,

déjà dans l'armée pontificale.


promu capitaine
Achille ( 1827) fut avocat. Mais il négligea le barreau Enrico
pour accompagner

dans ses tournées. Il fit, en Amérique, une grande découverte, celle de la Patti

(1859). Il mourut en
1870.

Emilia (1822) ne s'occupa point de musique ; elle


épousa un médecin de Rome,

le docteur Mazotti, qui fut un socialiste militant.

Elle s'éteignit récemment, en


1903.

Amalia (1826) fut une musicienne hors ligne.

Lolla (1829) mourut jeune

Enrico Tamberlick, que ses parents destinaient à la carrière ecclésiastique, fit


ses études à Montefiascone, sorte de séminaire aux environs de Rome (2). Une

irrésistible vocation théâtrale le à brûler sa soutanelle aux feux de la


poussa

rampe.

(1) 11 n'était pas employéau Trésor, comme on l'a dit.

(2) Enrico Tamberlick n'étudia le droit à ainsi le prétendent certains bio-


pas Bologne, que

graphes, qui, sans doute, ont pris Achille pour son frère.
TAMBERLICK
204

Il travailla le chant pendant deux ans avec Guglielmi, ancien ténor, et


reçut

des leçons de Borgni.


également

Il débuta à Naples, en mars 1841, au théâtre del Fondo, dans I Capuletti ou

Giulietta e Romeo) de Bellini.

Son père n'ayant pas approuvé ses tendances artistiques, Tamberlick chanta

au début sous le nom de Danieli, qui était celui de sa mère.

Sa voix n'était pas très étendue. C'est à peine s'il atteignait le la aigu. Il chanta

au théâtre del Fondo les rôles de ténor dans les opéras bouffes. Travaillant
pa-

tiemment exercices de soin extrême,


chaque jour, et apportant aux son organe un

il à voix dans le fatiguer le larynx.


parvint développer sa registre aigu, sans

Son répertoire de Tancredi Béatrice (Bellini ), La Casa


se
composait (Rossini),

disabitata Ricci), Otello (Rossini), Li due Savoyardi (?), Norma (Bellini),

Gemma di Vergi (Donizetti).


En 1842, il passa au théâtre San Carlo.

Son répertoire s'accrut des pièces suivantes (1) :

L accidente délia Villa (?), la Casa de Verdore(NL\b'\\ot\.\),Luigi grando (Condo-


Semiramide
vetti), I Quindici (Bordega), VAvaro (Savi), (Rossini), Maria Padilla

(Do nizetti).

C'est en 1842 que Tamberlick se maria.

Voici le titre des pièces qu'il étudia et joua en 1843 :

Prova degli Artisti (Pauvo), Adolfo (Niccolini), I Fidanzati (Pacini), Chi la dura

vince (Ricci), Anna la Prie (Battista), Cenerentola (RossinF, Mattia Vlnvalida (?),
Osteria d'Andujar (?), VAlbergo incantato (?), Fenicia (?), Lucia (Donizetti)...
Il fut remarqué Riporto. l'imprésario du théâtre San Carlo de Lisbonne,
par

lui fit traité


qui signer un
avantageux.

Il le Portugal fut accueilli enthousiasme


quitta Naples pour en
1843, et avec

dans Norma et Gemma di Vergi (de Donizetti).


Son physique était sympathique. Sa belle prestance lui attirait tout de suite

la faveur du public.
Sa voix enfin étendue, beauté. De ténor « serio
gagnait en en
puissance et en »,

il devenait ténor « sfogato ».

En 1845, il est à Madrid, et débute théâtre du Cirque le juin,


engagé au
17

dans Parisina d'Esté (Donizetti). Il chante ensuite I due Foscari, Lucrezia Bor-

gia, Torquato Tasso, Maria di Rohan et Roberto.

Au des années il Anna la


cours suivantes, compléta ce répertoire par Prie,

Marino Faliero (Donizetti) et Médèa (opéra de Pacini donné à Palerme en 1843).


Aux débuts de l'année 1846, il fut fortement question de faire venir Tamber-

lick à Paris.

Il hésita, et finit à venir. Le ténor Bettini fut entendu à


par renoncer sa
place.
En il fut attaché théâtre Santa-Cruz à Barcelone.
1849, au

Les succès qu'il ne cessait de remporter avaient fini par


calmer la colère de

son père. Il aimait d'ailleurs beaucoup la vie de famille, et avait fait venir auprès

de lui son frère Achille, et ses sœurs Amalia et Lolla.

Le baryton Bartolini épousa à Barcelone Amalia Tamberlick et continua sa

carrière aux côtés de son beau-frère.

(i) Cette énumération, comme celle qui précède, est empruntée à carnet de notes
un
ayant

appartenu à Tamberlick, et qui est aujourd'hui la propriété de M me Galezowska.


TAMBERLICK
205

xM. de était consul de France Barcelone. Il manifesta


Lesseps à cette époque à

à 1 égard de Tamberlick des sentiments d'amitié devaient


qui ne
jamais se

démentir, et qui contribuèrent peut-être à développer dans le cœur du chanteur

le devait à la France.
profond amour qu'il vouer

Les principales œuvres qu'il créa à Barcelone sont : Torquato Tcisso, Yltaliana

in Algeri et le Siège de Corinthe.

D'Espagne, Tamberlick s'en fut en Angleterre.

C'était commencement du printemps de début de la


au
1850, au « season ».

Les deux compagnies lyriques de Londres luttaient de toutes leurs forces pour

capter la faveur du public.

Une annonce dans le de l'Opéra Royal Italien de Covent


parue programme

Garden fit savoir le


signor Tamberlick, du théâtre San Carlo de Naples et
que

du Grand de Barcelone, ferait débuts le 4 avril.


Opéra ses

Le public savait rien des succès avoir le


ne
que pouvait remportés nouveau

ténor en Italie ou dans l'autre péninsule. La seule investiture qui comptait pour

Londres était celle de Paris, où Tamberlick était tout à fait inconnu.

En il avait à ce moment à Londres des ténors déjà célèbres.


outre, y

A Covent Garden, Mario, qui était en pleine possession de sa voix et de son

talent, tenait tous les grands rôles du répertoire. Il était doublé par Maralti, un

fort ténor ; il avait encore Luigi Mei, Soldi et Lavia.


y

Au théâtre concurrent Her Majesty's Opéra se trouvaient engagés Cal-

zolari et Sims Reeves en pleine maturité de leur talent, Beucarde, etc.

On très bien le besoin d'un ténor


ne
voyait pas en quoi nouveau pouvait se

faire sentir.

Aussi ne monta-t-on pas une nouvelle œuvre en son honneur. On ne le chargea

même de remplacer dans l'un de ses rôles un ténor en vogue.


pas

On reprit avait chanté l'année


simplement Masaniello [la Muette), que Mario

précédente.
Les rôles furent distribués un à la diable, à l'exception de ceux d'Elvire et
peu

de chantaient baryton Massol.


rae

Pietro, que M Castillan et l'excellent

Enfin, au lieu de choisir les débuts du nouveau ténor une représentation


pour

hors série, ainsi qu'on le faisait toujours lorsqu'un artiste de talent paraissait
la première fois, la direction le produisit un soir d'abonnement. On était
pour

de Pâques, le grand monde s'abstint. La salle n'était qu'à moitié


aux approches

pleine.

Tamberlick, appréhendait de débuter dans des conditions aussi


un peu énervé,

défavorables.

Mais l'étendue et l'éclat de sa voix magnifique, sa puissance, son égalité par-

faite le diction étonnante, jeu


depuis grave jusqu'au registre aigu, sa son ex-

le public.
pressif, toutes ces qualités étonnèrent, puis transportèrent

Il chanta avec un tel charme la barcarolle du 2


e

acte, le public, électrisé,


que

la lui redemanda. Son duo Pietro fut bissé. Enfin la berceuse de


avec également
l'acte IV déchaîna un enthousiasme formidable.

le baisser du rideau, fut Tamberlick venait


Après il rappelé plusieurs fois. de

succès
remporter un sans précédent.
Un critique, qui s'était égaré dans la salle le jour de ces débuts subreptices,

parlant de Tamberlick: Son remarquablement puissant,


écrivait, en ((
organeest

d'une égalité il des de jus-


(( parfaite, et se sert avec grand effet notes poitrine
206 TAMBERLICK

dans les de médium parfaitement


(( qu'à Yut. Sa voix notes est ronde, pleine et

timbre est splendide. C'est artiste de ordre. Il


(( souple. Son un tout premier
chantera mieux les vrais italiens qu'une adaptation même ita-
(( encore opéras

« lienne d'un opéra français. Comme acteur, Tamberlick nous a rappelé la

(( fougue et l'énergie de Roger. lia été applaudi à et il être à


outrance, peut

« juste titre fier de l'accueil qu'on lui fit. ))

Le mardi 16 avril suivant, Tamberlick se faisait entendre dans un véritable

italien : Norma.
opéra

Il parut entre M
me
Grisi et Cari Formes.

Le rôle de Pollion avait été dédaigné par


tous les ténors qui avaient succédé

à Rubini. Tamberlick démontra était à même de déployer


l'accepta, et qu'il une

intensité d'expression égale à son illustre partenaire.

Dans le grand air du premier acte, son


énergie et sa
passion déchaînèrent

l'auditoire. Dans les duos, Tamberlick les honneurs du succès avec


partagea

l'idéale Norma qu'était M me


Grisi.

Le même soir, il chanta dans Masaniello donnant ainsi la d'une


, preuve

endurance extraordinaire.

Le jeudi suivant, 18 avril 1850, grande soirée de gala.


mes
Don Juan devait être chanté M Grisi, Castellan, et Mario, Tambu-
par par

rini, Formes, etc.

Au dernier moment, Mario fit annoncer qu'il était souffrant. Personne ne se

les de cette indisposition.


méprit sur causes

Tamberlick chanta à le rôle de Don Ottavio. Chacun sait dans la


sa
place que,

de Mozart, le de Don Ottavio des effacés. Il


partition personnage est un plus a

toutefois un morceau sublime à chanter : « Il mio tesoro ».

Lorsqu'on fut arrivé à cette scène, tout cessa dans les loges. Les
papotage au-

diteurs demandaient intérêt de quelle façon Tamberlick allait


se avec
interpréter

leur air favori, après Mario.

Dès les la était gagnée, et


premières mesures, cause
lorsque l'aria fut terminée,
la salle entière leva salua Tamberlick d'une immense ovation.
se et Rempli d'une

orgueilleuse émotion, Tamberlick recommença le morceau.

Le 23 avril, nouveau succès dans Zora. C'est sous ce titre se donnait à


que

Londres le Moïse de Rossini. Mais, pour ne


pas froisser les sentiments religieux

des Anglais (1), on remplaçait l'Egypte par l'Assyrie...

Le surlendemain, on donna la Donna


delLago (Rossini) ; Mario faisait le roi

Jacques et Tamberlick chantait Roderick. Ce dernier rôle avait été écrit


pour

fort ténor, mais, comme on n'avait trouvé d'interprète capable de le chanter,


pas

il avait été baryton. Tamberlick le chanta dans le ton


transposé pour original,

et son grand air lui valut une ovation.

des
A la suite de cet
opéra, Tamberlick chanta encore fragments de Masa-

niello.

Le 18 mai, Nabuco (.Nabucodonosor de Verdi) lui valut un nouveau succès.

Le mai, eut lieu une représentation de Robert le Diable où se fixa définitive-


23

la de Tamberlick.
ment réputation

(1) On sait qu'en raison de la difficulté qu'on éprouve à monter en Angleterre une pièce bibli-

que, Samson et Dalila n'a encore été joué dans un où pourtant l'auteur d'Henry VIII est
pas pays

persona grata...
TAMBERLICK
207

l'oeuvre de Meyerbeer n'avait


Jamais réuni une pareille interprétation :

Alice, M me
Grisi.

Isabella, M me Castellan.

lle
Elena, M Taglioni.

Robert, MM. Tamberlick.

Rambaldo, Mario.

L abbé, Tagliafico.
Hérald, Massol.

Bertram, Cari Formes.

Tamberlick connut ce soir-là les joies du triomphe.


La dura pas moins de cinq heures.
représentation ne

Jamais on n'avait vu mise en scène plus riche ni décors plus beaux.


Cette représentation fut considérée à cette comme événement mé-
époque un

morable.

Dès l'hiver 1850-51, Tamberlick chanta à Pétersbourg, où il devait revenir

régulièrement pendant dix-huit années consécutives.

Nous n'avons rien trouvé de de débuts Russie, mais,


précis au sujet ses en

me
grâce à l'obligeance de M Galezowska, fille de l'illustre chanteur, nous avons

pu prendre copie de son


premier engagement.

Nous en donnons le texte complet à la suite de cette étude.

La allemande était familière Tamberlick. Les dilet-


musique classique peu à

tantes anglais plus heureux que les amateurs l'an de grâce


parisiens en

1904,

l'on montait le Freyschut £, pouvaient demander comment il


pour qui se interpré-

terait Weber.

C est mai admirable chef-d'œuvre fut donné à Covent Garden


que cet
en
1851
mes
Tamberlick Formes (Gaspard), M Castellan (Agathe), Bertrandi
avec
(Max),
(Annette). Le succès fut énorme. Tamberlick sentit toute la beauté de cette mu-

la rendit artiste. L'air du fut bissé.


sique et en
premier acte

Un mois plus tard, c'était le tour de Beethoven. Après le FreyschutFidelio.


Tamberlick eut dans Florestan un succès d'enthousiasme (1).

II

En octobre Tamberlick fut définitivement attaché à la troupe d'opéra


1852,
italien à Pétersbourg.

Cette troupe n était très brillante. La partie féminine laiss.ait particulière-


pas

à désirer. On le de Mario relever le niveau


ment comptait sur retour pour en

artistique.

En attendant Mario, les Russes acclamèrent Tamberlick.

(i) La XV e Soirée de Vorchestre (*) est extrêmement courte.

Voici comment elle débute.

(( On joue le Fidelio de Beethoven,

Personne l'orchestre. Les de les artistes étincellent, ceux des simples


« ne parle à yeux tous

<( musiciens restent ouverts, ceux des imbéciles se ferment de temps en temps.

Tamberlick, le directeur de notre théâtre, chante


«
engagé pour quelques représentations par

(( Florestan. Il révolutionne la salle dans son air de la prison. »

1853.
(*) Les Soirées de l'orchestre , par
Hector Berlioz, à Paris, chez Michel Lévy,
208 TAMBERLICK

zèle ardent le
Ce chanteur joignait à une
organisation exceptionnelle un qui
la voie du Dans Otello il souleva
poussa toujours sur
progrès. ,
une tempête

d'enthousiasme, Yut qu'il tt de la force de dans le


et poussa toute sa
poitrine

duo mit Pétersbourg à pieds.


avec lago ses

de
Cependant Mario avait fait sa rentrée dans les premiers jours 1853. La

de Tamberlick n'en souffrit dans Carlo il Temerario (titre


gloire aucunement, et

lequel donnait Guillaume il succès formidable.


sous on Te 11...) remporta un

Il reparut à Covent Garden dans Masaniello (la Muette), dans Norma.


puis

le rôle de Pollion n'avait si magnifiquement interprété depuis


Jamais été

Donzelli.

Après Guillaume Tell il chanta Maria di Rohan.

Le rôle de Chalais était inférieur à son talent, mais il l'interpréta avec rési-

gnation.

Sa vogue était telle qu'il fut d'ores et déjà engagé l'année suivante.
pour

L'Alboni, qui venait de faire une tournée triomphale en Amérique, arriva à

l'improviste à Londres, et son étoile fît un pâlir celle des chanteurs qui l'en-
peu

touraient : Tamberlick, Belleti et Ronconi.

Le la direction de
27 juin 1853, fut donnée, sous Berlioz, une représentation

de Benvenuto Cellini.

La reine Victoria, le prince Albert, le roi et la reine de Hanovre occupaient

la loge royale de Covent Garden.

Le duo du e
acte fut chanté telle M
me
Tam-
3 avec une passion par Julienne et

berlick qu'une voix cria : Encore ! et cela malgré la


présence des augustes

spectateurs.

En juillet, Tamberlick chanta le succédant à Mario dans le rôle de


Prophète ,

Jean de Leyde.
dans rôle le er
C'est ce qu'il fit sa rentrée l octobre à Pétersbourg. Sa voix

était d'une puissance et d'une étendue extraordinaires, et la salle fut enthou-

siasmée.

Peu
après, il chanta Robert le Diable avec un même succès.

Les deux opéras de Meyerbeer alternaient sur l'affiche avec 1 Martiri et

Otello. Seulement à Pétersbourg le s'appelait Scènes du de


Prophète :
siège
Gand !...

En avril 1854, Tamberlick revint à Londres et


y chanta le même répertoire

que précédemment.
Le 18 juillet de cette année-là, il devait chanter dans un concert où l'on

donnait le Stabat Mater de Rossini. Par suite d'un changement dans le


pro-

la sallè devint houleuse.


gramme, un peu

Tamberlick, qui était d'un caractère vif, leva, jeta retira...


se sa musique et se

En septembre il succès dans Ernani


remporte un nouveau
; puis, voyageur

infatigable, il Pétersbourg, où il dans Otello le


repart pour reparaît ,
Prophète
et Poliuto.

Le 8/20 février lieu représentation à bénéfice. On donnait


1855, eut une son

Rigoletto. Tamberlick avait à lutter contre le profond souvenir laissé


par

Mario. Il réussit complètement, de chaleureux lui


et applaudissements prou-

vèrent combien son beau talent était apprécié à Pétersbourg.


Le 22 avril, ouverture de la saison italienne à Londres. Tamberlick chante

dans Eideho dans Ernani, il Trovatore, etc.


,
TAMBERLICK
209

Cette saison fut l'exode de la


coupée par troupe du Théâtre-Italien de

Londres, pour inaugurer à Pétersbourg le nouveau théâtre. La pièce d'ouverture

était la dernière œuvre de Meyerbeer : VÉtoile du Nord


qui fut
, pour Tamberlick
l'occasion d'un nouveau succès.

De Angleterre, il à
retour en
prend part un concert à Manchester.

Mais octobre la saison italienne reprend à


en
Pétersbourg. Nouveau voyage

en Russie. Tamberlick se ressent de la


un
peu fatigue provoquée par ces

déplacements fréquents. Quelques critiques remarquent qu'il entremêle son

chant de notes un forcées, qu'il fait vibrer à outrance. Ce d'ailleurs


peu sont

notes le public prend des


ces que pour accents passionnés et qu'il applaudit le

plus...
La réouverture s'est effectuée Tamberlick forcé bisser
avec Rigoletto. est de

la cavatine du dernier acte, et la salle redemande


également le fameux
quatuor.
1 lle
Dans Lombardi Tamberlick partage son succès avec M Loti délia Santa.
,

Mais Tamberlick est las de faire la Londres


navette entre et Pétersbourg.
11 veut de de
contempler nouveaux horizons, et contracte un
engagement 13 mois

pour Rio de
Janeiro, à raison de
25.000 francs.

Avant départ l'Amérique, il chante à Londres


son pour encore au Lyceum, où

il reprend les rôles de son répertoire.

Il prend contact avec les Brésiliens août éclatant succès


en
1856 et remporte un

dans Otello.

Mais le théâtre de Rio marche et commencement de l'année


ne pas, au
1857,

Tamberlick fait ses adieux au public brésilien.

Il inaugure le théâtre de Buenos-Ayres.

Il est demandé à Montevideo et chante la Traviata pour l'inauguration du


y

théâtre.

Pendant son séjour en Amérique, il avait signé un nouvel


engagement pour

Pétersbourg, et, avant de s'y rendre, il rentre à Londres, séjourne à Paris, et

achète deux maisons dans le plus beau quartier de Bruxelles, où il se propose

de venir dès Pétersbourg l'aura rendu libre.


se
reposer que son engagement à

départ le Brésil, Tamberlick avait été


Avant son pour pressentipar Meyerbeer,

voulait le faire entrer à l'Opéra de Paris chanter


qui pour y son répertoire.

On a
dit qu'un engagement de 144.000 francs par an avait été offert au célèbre

ténor, et qu'effrayé de chanter dans une langue qui ne lui était familière, il
pas

avait craint un échec et avait refusé.

Tamberlick tenait pourtant beaucoup à obtenir à Paris la consécration de ses

des
succès, et, lors de son retour d'Amérique, négociations furent engagées avec

M. Cazaldo, directeur du Théâtre-Italien.

Il accomplit toutefois son engagement à Pétersbourg (hiver 1857-1858), où il

chanta Don Giovanni succès Il succès dans


avec un prodigieux. eut un grand

Fra Diavolo et chanta Otello bénéfice.


triomphalement pour son

Son engagement fut renouvelé trois ans...


pour

A cette il fut également pressenti aller faire tournée dans


époque, pour une

l'Amérique du Nord l'engagement fut même signé, mais il n'eut de suite.


; pas

Il lui fallait Paris d'abord.

Au mois d'août suivant, on donnait


Sapho de Gounod, avec M mfs
Viardot, Cas-

tellan, MM. Tamberlick, Tamburini, Marcelti et Stigelti.

Cette œuvre n'eut plus de succès qu'en France.


pas
210 A CORDES DE M. RAVEL
LE QUATUOR

Les journaux disent que Tamberlick fît des prodiges pour réchauffer le rôle de

Phaon.

Cette année-là, Tamberlick chanta encore 0/c//o, la Juive avec M me Viardot


,

Garcia.

Tamberlick n'avait encore créé de rôle dans une œuvre nouvelle.


pas

avoir fait de mauvais allemands Allemagne, s'en


Meyerbeer, après opéras en

fut en Italie confectionner de médiocres opéras italiens, et devint à Paris bon

compositeur français... Il ne fit rien l'Angleterre.


pour

En moins de six mois, Rossini avait gagné une fortune à Londres (1823k

Depuis, il s'était installé à Paris, avait donné Guillaume Tell (1829) et s'était

astreint à ne plus composer.

En musicien français, Louis-Antoine avait été s'établir


1838, un Julien, en

Angleterre.

Né à Sisteron en 1812, Julien avait réussi à entrer au Conservatoire, où il fut

élève d'llalévy. Il aimait bien la musique légère, mais le seul mot de contrepoint

lui faisait dresser les cheveux sur la tête. Ne pouvant poursuivre dans ces con-

ditions de sérieuses études musicales, Julien dut quitter le Conservatoire.

Il devint chef d'orchestre du Jardin turc de la de danse, fit


, composa musique

des les et certain quadrille sur les


arrangements sur opéras en vogue, perpétra

Huguenots qui fit danser toute une


génération.

Criblé de dettes, Paris et s'en fut à Londres. Il


Julien quitta y recruta un or-

maison
chestre, organisa des concerts-promenades qui firent fureur, monta une

d'édition, ce
qui était une excellente combinaison pour faire paraître ses œuvres.

Ses tournées en Angleterre furent fructueuses, et il fit fortune.

Mais le malheureux avait


composé un
opéra : Pietro il Grande. Aucun théâtre

ne voulant le monter, il résolut de le mettre en scène lui-même, et c'est ainsi

qu'en il donna, à frais, la de


1852 ses première représentation son œuvre, avec

Tamberlick dans le rôle.


principal
Cet était maladroitement il avait des défauts mais n'é-
opéra écrit, énormes,

tait pas dénué de toute inspiration.

Quoi qu'il en soit, Pietro il Grande tomba.

Cette chute coûta 16.000 livres à Julien.


Après avoir reconstitué sa fortune, Julien la perdit de nouveau. Harcelé par

les il finit par 1860.


créanciers, se
tuer, en

(A suivre.) HENRI BRODY.

Le Quatuor à cordes en «fa» majeur de M. Maurice Ravel.

La nouvelle du très remarquable qu'est M. Maurice


œuvre compositeur

Ravel vient de remporter, à la Société Nationale, un vif succès. L'auteur a fait


y

non seulement de ces qualités de délicatesse et d'originalité déce-


preuve, que

laient antérieures, mais d'un remarquable sentiment


ses compositions encore

de la de la de l'équilibre architectural.
pureté ligne et

Il forme heureuse du
a adopté, pour ce quatuor, une cyclique assez libre, très

reste, le la courte analyse qui suit. Mais


comme montrera ce que l'analyse ne
LE QUATUOR A CORDES DE M. RAVEL
211

saurait montrer, c'est la liberté d'invention, le


style souple et expressif, l'ingé-
nieuse variété du La
tout. publication très prochaine de la partition permettra
d'ailleurs de mieux apprécier l'œuvre, et les indications n'ont
présentes d'autre

but de montrer, le plus simplement possible, la filiation le


que et développement
des motifs sur lesquels celle-ci est construite.

Le thème initial du
premier mouvement ( Modéré, très
doux) a une allure pai-

sible et gracieuse. En voici le dessin caractéristique :

Ce dessin devient (mesure 9 et suivantes) plus expressif :

et donne, bientôt après, naissance à une forme dérivée, plus fiévreuse :


A CORDES DE M. RAVEL
212 LE QUATUOR

de C, A légèrement
Après un court développement reparaît sous un aspect

modifié, qui sera désormais le plus usuel :

Le calme revient bientôt et, après quelques échos de plus en plus affaiblis du

thème A (toujours sous sa forme nouvelle dont le triolet caractéristique finit

le deuxième thème
par persister seul), se présente :

Il est le le violon double l'alto à


énoncé, comme on voit, par premier que

deux octaves le second violon fait entendre trémolo brisé entre ces
au grave ; un

deux
parties chantantes, et le violoncelle ne fait qu'indiquer, de place en place,
l'harmonie de ré mineur (mode éolien, avec ut p).

Le second violon reprend thème, le développement.


ce
après quoi commence

Le deuxième thème est traité seul d'abord, puis le premier vient s'y associer en

renversable très libre. Après revient le dessin B, fa majeur, à


contrepoint en

l'alto, puis /a b mineur violon double, à deux le


en au
premier que octaves,

violoncelle. Le deuxième thème


reparaît ensuite, sous un aspect mélodique assez

modifié, violoncelle, à la
au puis monte progressivement, en
prenant peu peu

forme du dessin A bis auquel le triolet caractéristique l'apparentait déjà. La fin

de ce crescendo ramène le premier thème, assez déformé d'abord, puis sous son

primitif A de fa majeur. Cette continue,


aspect et nouveau en
réexposition se

avec des modulations différentes, mais dans l'ordre le plus régulier. Quand le

thème D il harmonisé plus ré mineur, mais


reparaît, est non en en fa majeur

(le violoncelle fait entendre ut-fa lieu de la-ré). La


pizzicato ,
au
réexposition

suivie d'une coda bâtie des fragments du


est avec développement précédent
Le Scherzo est d'une forme assez spéciale, l'on pourrait
que comparer par

exemple à celle du Scherzo du Quintette (op. 34) de Brahms. Les deux éléments en

sont
exposés consécutivement et se développent l'un à côté de l'autre. Il est à

les thèmes cycliques nulle part dans


remarquer que ne se présentent ce mouve-

ment.

Le premier thème est exposé en pizzicati (la mineur) :


LE QUATUOR A CORDES DE M. RAVEL
213

Le deuxième, au contraire, est très chanté :

On remarquera l'amusant parti pris de superposition des rythmes binaire et

ternaire.

Le trio, lent, est construit sur une large phrase très expressive qu'exposent
successivement les divers dans de leur
instruments, toujours l'aigu registre.

F intervient, de très loin le retour du dont le thème E s'es-


préparant
à à la basse, bientôt s'associer thème du trio. Le
quisse peu peu pour au retour

du Scherzo ne comporte aucune remarque particulière.

L 'Andante [sol majeur) affecte la forme ordinaire du lied. Le thème en est

très classique d'inspiration de De revient écho


comme coupe. place en
place, un

paisible du principal thème (forme A


cyclique bis).
Le Finale débute en ré mineur et finit en fa majeur. Un nouveau thème
y

intervient d'abord :
LA PASSION SELON SAINT JEAN
214

et se développe, tandis que le violoncelle marque, en énergiques un

fort curieux dont le rôle des plus importants dans la coda


large rythme, et sera

terminale. Vient ensuite, à 5/4, une préparation du thème cyclique A, qui peu

rentre si majeur, sous une forme écourtée et modifiée (à 3/4) qui


après en rap-

le dessin C, et s'associe à dessin à D, formant ainsi


pelle assez un
apparenté une

de deux membres constitue le deuxième thème du


période nouvelle, distincts, qui

Finale. Suit un développement de G, au cours duquel revient, fragmenté, le

deuxième thème du Finale. Plus loin le thème cyclique D le retour de


prépare ce

deuxième thème, au complet, en fa majeur. Après une nouvelle réapparition de

D au premier violon doublé, comme à la première présentation, par l'alto,

commence une longue coda construite sur G. L'alto rappelle, au cours de cette

coda, le thème de l'Andante la


; les dernières mesures, très agitées, contiennent

figure rythmique du violoncelle plus haut signalée, qui donne à la conclusion une

très grande puissance.


M.-D. CALVOCORESSI.

J.-S. Bach : La Passion selon saint Jean,

AU CONSERVATOIRE.

LA PASSION de la Société des Concerts du


SELON SAINT
JEAN, J.-S. Bach, que

Conservatoire a fait entendre le vendredi i


er
avril, a été exécutée la
nous pour

première fois, selon toute vraisemblance, le


7
avril C'est une œuvre qui
1724.

contrarie de idées modernes, et qu'il très difficile de juger


quelques-unes nos est

équitablement. On n'en saisit pas bien l'unité ; et le plan d'après lequel les formes

musicales sont réparties sur les paroles ne laisse pas d'étonner un peu. La situa-

tion du était évidemment difficile il avait à texte qui


compositeur :
respecter un

n'était pas fait pour la musique et auquel il ne pouvait cependant rien changer

d'essentiel; l'usage lui certaines formes (récitatif, chœur,


en outre, imposait air)
dans des cas déterminés ; mais pourquoi écrit-il des chœurs si nombreux, si

étendus, si formidables, sur certaines paroles qui parfois ne les justifient nulle-

ment? Il de génie faire chanter le rendre ridicule;


a eu assez pour Jésus et ne
pas

mais de la Passion de la de saint les


et mort
Jésus (que Jean, parmi quatre

évangélistes, le moins bien nousdonne-t-il sentiment suffisant?


a
exprimées), un

De cette œuvre énorme, faite cependant de morceaux détachés qui rappellent


l'oratorio italien, se dégage-t-il toute la force dramatique, toute la tendresse et

la ? Ph. Spitta faisait des réserves,


toute poésie que comporte un pareil sujet que

je lui ai entendu formuler de vive voix, et dont on trouve un


écho discret dans

l'étude considérable qu'il a consacrée à la Passion selon saint Jean (au tome II de

de suiv.) Il faut pas oublier, dit-il,


sa grande Biographie Bach, p. 348 et : « ne

de la voulait
que c'est Ce que
musique d'église ». Spitta ne point reconnaître et ce

dit c'est bien les voix. Il était souvent


que Bach n'écrit
qu'il ne amené
pas, pas pour

à les là où moderne userait de l'orchestre seul, mais


employer un compositeur

il les traitées complète indifférence


a
presque toujours avec
mépris, ou avec une

leur charme II leur fait franchir à instant des intervalles


pour spécial chaque

bizarres, les mène rudement leur les mêmes dessins mélodiques qu'au
et impose

n° le exactement que viennent de dire les


quatuor; au
13, soprano répète ce

flûtes :
LA PASSION SELON SAINT JEAN 215

Ailleurs, Bach a l'idée singulière d'employer la voix du ténor pour un effet qui

eût été mieux à sa place dans I orchestre :

M. Marty et son orchestre ont montré, dans l'exécution de cette grande œuvre,

leurs habituelles. 11 certaines subordinations de valeurs,


qualités y a cependant
dans la sonorité des divers m'ont bien observées. J'en
groupes, qui ne
pas paru

citerai un exemple caractéristique. Dans l'introduction et presque tout le premier

dessin obstiné du le suivant


morceau, règne un quatuor qui est :

Il évident ce dessin du quatuor est une teinte de fond


me
paraît que comme

dans tableau, jusqu'à indication contraire formelle du


un et
que,
et compositeur,

il doit tenir dans la laisser ressortir le hautbois la flûte.


se pénombre, pour et

MM. les violonistes du Conservatoire le considèrent comme une valeur de


pre-

mier plan, et, en cela, ils me paraissent faire un vrai contre sens. En plusieurs
autres ils ne s'effacent assez. Les voix sont couvertes ; de la loge
passages pas

où j'étais, on n'entendait un mot des paroles, tout était brouillé dans une
pas

tempête de contrepoint. Je suis convaincu que la partition a besoin d'être étu-

diée en vue d'une mise au point définitive Le rôle du chef d'orchestre est de

l'œuvre du grand compositeur et de la voir dCensemble après avoir déter-


repenser

miné la valeur relative de C'est fait admirablement


toutes ses parties. ce que

M. il de Berlioz, faire
Weingartner quand dirige une symphonie et ce
qu'on peut
aussi l'exécute (à l'église serait aussi
pour Bach, quand on au concert ce ne
pas

nécessaire).

Une difficulté, qui celle des d


autre ne me
paraît pas résolue, est points orgue.

On sait certain nombre de chœurs à la fin de chaque membre de


qu'un ont,

phrase, d Quelle durée faut-il accorder à chacun d'eux ? est-ce


un point orgue.
L'ENSEIGNEMENT DU CHANT DANS LES LYCÉES
216

valeur
une durée ad libitum ? M. Marty se borne à ajouter un
temps de plus à la

crois faudrait et
réelle de la note. Je (avec Westphal) qu'il ajouter un
temps

demi valeur fût divisible l'unité de


, pour obtenir une qui ne pas exactement par

dans la mesure. C'est ce les anciens, dans leur théorie du


temps employée que

irrationnel interprétation, l'é-


rythme, appelaient un rapport ((
»; et, sans cette

criture Bach serait incompréhensible.


employée par

terminer adresser des compliments à M. Laffite,


Je ne veux pas ces notes sans

M me la belle voix de contralto le style


àM. Daraux et à Georges Marty, dont et

excellent la meilleure le difficile public du


produisent toujours impression sur

Conservatoire.

JULES COMBARIEU.

du chant dans les lycées.


L'enseignement

FRANZ WULLNER : Méthode élé-

mentaire de Chant choral (traduit


e

d'après la 25 édition par G. Hum-

bert, professeur au Conservatoire

de Genève. Munich, Ackermann).

Cette méthode se
présente
comme (( élémentaire ». Qu'exige
l'auteur de l'élève ? « Un de
peu
de
voix, un
peu d'oreille, un
peu

connaissance des notes ».


Je ne

crois cependant qu'un tel livre


pas

puisse être comprispar les enfants .

Dès la
première page, on trouve

les définitions suivantes : (( Une

mélodie est une série de sons dont

l'élévation et la durée sont logique-


ment ordonnées. Un rythme est

une série de durées logiquement

ordonnées. » Enfin (même page) :

(( La mélodie est un rythme dont les

durées sont
occupées par une suc-

cession logique de sons. » Ces défi-

nitions contestables en elles-

mêmes nulle-
ne nous
paraissent

ment à la portée des commençants, qui n'ont, tout bagage, qu' « de


pour unpeu
connaissance des notes ». En outre, il ne faut débuter, dans l'enseignement du
pas

Faire d'abord chanter l'élève, du maître


chant, par des abstractions. par imitation ;

second lieu, lui montrer, tableau, qu'il des de


en au
y a
signes permettant repré-
senter l'air il vient de chanter des formes de àun
qu ,
et notes qui correspondent

mouvement deux fois plus rapide deux fois lent dans l'exécution de l'air
ou plus
chanté troisième et dernier donner des définitions telle être
; en lieu, : nous paraît
la meilleure marche à suivre.
PUBLICATIONS NOUVELLES
217

Ce que nous louerions certainement dans un


ouvrage destiné au grand public
musicien aussi M.
par un
éprouvé que Franz Wiillner nous paraît constituer,

quand on s adresse aux enfants, une méthode franchement mauvaise. C.

Publications nouvelles.

GASTOUÉ (AMÉDÉE). Cours théorique


et de
pratique plain-chantromain
rien
d'après les travaux les récents.
, plus
Paris, 1904, in-B°. xiv+22l En
p.

vente au Bureau d'Edition de la Schola

Cantorum, 269, rue


Saint-Jacques. Prix :

8 fr.

Le Cours
théorique et
pratique de
plain-
chant romain grégorien M. Amédée
que

Gastoué vient de
publier au Bureau d'E-

dition de la Schola Cantorum est bien une

des œuvres les meilleures dont soit


se

dans derniers
ces
temps enrichie la littérature musicologique. Nous dirons tout

de suite que ce qui fait à notre point de vue l'exceptionnel mérite de ce livre,
c'est la fusion de deux tendances opposées qui se rencontrent chez l'auteur

et qui eussent pu, moins habilement équilibrées dans la mise en œuvre du pré-
sent travail, se nuire l'une à l'autre M. Gastoué est véritable
un savant dans

toutes les questions de musique grégorienne, il n'est


et point de haute difficulté

qu'il ne puisse aborder et résoudre. D'autre


part, le sens
pédagogique, qu'il
possède au
suprême degré, fait de M. Gastoué un très estimé professeur de chant
dont la Schola
grégorien, l'enseignement à est justement célèbre. Bref,

on aurait avoir ou bien un manuel élémentaire bien


pu trop ou un traité trop
savant. Nous avons à la fois un manuel élémentaire et traité
un très savant.

C'est là la caractéristique de volume et banale.


ce une
qualité peu

Le livre premier, qui a comme sous-titre : « solfège et exécution


», est à la portée

de ceux qui ne savent encore rien. On peut être « un honnête homme », au sens que
le siècle attachait à du chant
grand ce terme, et ignorer tout
liturgique. On
peut
même être excellent musicien du monde
un au jugement et n'en savoir
pas
da-

vantage. L'auteur suppose donc son public à l'état de table et c'est de ce


,

le
point de départ qu'il va
mener, de notions nouvelles en d'autres notions nou-

velles, après lui avoir


enseigné la notation, la modalité (ah ! que voilà un
exposé
bien fait de la modalité
ecclésiastique !) jusqu'aux plus délicates spéculations de
la rythmique grégorienne.
Il est entendu d'une
que lorsqu'on parle création, d'une chose nouvelle,
quelle
qu'elle soit, il convient de dire comble
qu'elle une lacune ou répond à un besoin.

Nous ne à cette tradition d'une


manquerons pas critique bien faite. Il n'est

que trop vrai, hélas ! qu'un livre comme le livre de M. Gastoué n'existait
pas
encore. Qu'importe? nous avons attendu, nous l'avons.
Je sais bon nombre de

grégorianisants qui vont avec lui recommencer leui s classes.


J'en sais d'autres

ou de prétendus tels qui pourraient bien les commencer, tout


simplement.

P. A.

R. M.
l 7
PUBI ICATI ON S NOUVELLES
218

F. VIGOUROUX, prêtre de Saint-Sulpice : Psautier polyglotte. Paris, Roger et

Chernoviz, in-8°, 375 p.

Les Psaumes, comme l'indique leur nom hébreu ( mizmôr ), sont des composi-

l'on chantait d'instruments de


tions rythmiques que avec
accompagnement

ils titre d'au-


musique. Sauf 34 (sur 150), ont tous un qui, avec plus ou moins

fait connaître leur auteur, la circonstance à ils


thenticité, nous laquelle se rap-

la façon dont ils devaient être exécutés. Le plus ancien de tous


portent ou

e
) de Moïse ; les plus récents sont du temps d'Esdras (5
e
siècle
(psaume Lxxxix est

Le du les domine.
avant Jésus-Christ). grand nom roi-poète David Dans leur

ils des plus beaux monuments de poésie connais-


ensemble, sont un que nous

sions. Les Psaumes furent traduits d'abord en grec (vers le milieu du second

l'ère chrétienne), à moment où les avaient perdu l'usage


siècle avant un
Juifs

époque difficile
mais anté-
courant de la langue hébraïque ; puis, à une à préciser,

rieure à saint
e

siècle) doit être celle des du chris-


Jérôme (qv et qui commencements

ils furent traduits latin. Plusieurs siècles les tra-


tianisme, en après, apparaissent

moine de Normandie fit


ductions françaises. Vers l'an 1100, un une double version

des Psaumes sur deux textes latins différents, et c'est de là


que sont dérivées toutes

e
les traductions françaises jusqu'au xvi siècle. Malheureusement, quand il
passe

successivement des formes aussi différentes, le langage écrit altère la


par pensée

le langage oral quand il perpétue certaines traditions


plus encore que ; et, par

surcroît, d'inévitables inexactitudes furent pour ainsi dire sanctionnées


par l'auto-

rité La traduction la plus ancienne de laissait beau-


religieuse. en
grec, toutes,

désirer la traduction faite la


coup
à sur plusieurs points ; latine, sur précédente,

l'original, participe à imperfections les


et non sur ces et aggrave : cependant

l'Église, attentive seulement à la doctrine, au dogme, à la morale et non à la

beauté littéraire ou esthétique, accepta (( comme authentique )) une traduction

qui n'était que 1 ombre déformée d'une autre ombre. Aussi le livre de M. F. Vigou-
intéressant les
roux est-il particulièrement et précieux parce qu'on y trouve

à la fois en hébreu, en
grec, en latin, en français, et qu'on
psaumes peut y

ressaisir seulement la mais la forme même employée parles grands


non pensée,

d'lsraël. On bien odieux numérotage des


poètes lyriques y
trouve encore cet

de la Renaissance imagina pouvoir


phrases qu'un imprimeur pour comparer

facilement les diverses mais voir des des


plus traductions, on
peut y vers et

qu'une mauvaise latine. Par


strophes imprimés autrement prose ses travaux

antérieurs, 1 auteur avait montré que nul n était plus compétent que lui pour un

travail. Au des Psaumes il joint Appendice, très substantiel


pareil texte a un

et orné de jolies figures, sur les instruments de musique usités chez les Hébreux:

instruments à percussion ( tôf ,


ou tambourin; selselhn ,
ou cymbales ; mena'ane'îm,

instruments (trompette, diverses formes hâblil, nehilôt,


ou sistre) ; à vent et ses ;

instruments à cordes ( kinnôr, nébel...). Dans les références


ou flûte) ; très

nombreuses qui sont au bas des pages, je relève quelques lapsus ; c'est dans

Y Ecclésiastique xxxn, (et non 5), se trouve ce joli trait d'imagination orien-
9 7 que

tale : (( un concert de musiciens dans un festin où l'on boit du vin est comme

l'escarboucle enchâssée dans l'or Les de la de la


». notes 14 page 356 et 5 page

361 (sur les Psaumes) contiennent aussi des inexactitudes. Ceci soit dit
pour

montrer à M. l'abbé Vigouroux je ne parle de son livre sans l'avoir


que pas

examiné ! Ailleurs, je ne sais quelle confusion, les notes renvoient à des


par

pages qui n'existent dans le volume. Quant dessins enchâssés et là


pas aux çà
LES CONCERTS
219

-
dans le texte, ils sont agréables et
instructifs, mais un (< arrangés )) (fort
peu
honnêtement d ailleurs), dire
je veux
dépourvus de cette exactitude bon
que
aime à trouver aujourd hui dans des de
publications ce
genre. Ainsi, le dessin

si net qui illustre le


psaume xcvn (p. 235) reproduit dune façon bien
peu fidèle

le Louvre de
monument qui est au (mission Sarzec) et lequel est
sur
peut-être

reproduit le plus ancien instrument de


musique connu.

JULES COMBARIEU.

Les Concerts.

CONCERTS COLONNE. mars —La


—27

Symphonie héroïque est rendue avec


gran-

deur simplicité croire


et ; je persiste à

qu'il ne faut pas faire ressortir le chant des

violoncelles sous le motif des bois, à

e
l'exposition de la idée (1) ; mais je n'ai
3

des éloges à faire tout le reste,


que pour

surtout le scherzo, dont le


pour rythme

continu est parfaitement compris. M. Van

Dyck chante avec puissance le Chant de la

de
Forge Siegfried ,
avec un peu d'indiffé-

rence le Chant d"amour de Siegmund, que

l'orchestre accompagne en toute douceur. Le duo du Crépuscule des Dieux n'ap-

partient l'affirme le mais prologue.


pas au
premier acte, comme programme, au

Le Prélude et la Mort d'Y seul t (M


me
Litvinne) sont toujours admirables. Comme

œuvre nouvelle, nous avions trois sonnets de Heredia ( Antoine et Cléopâtre ), mis

en
musique M. Torre Alfina : j'y des détails charmants, entre
par remarque

autres le début du er
et du
e
mais cela ne se soutient pas, et le chant
i
3 morceau ;

est assez insignifiant : comment d'ailleurs mettreen musique des vers aussi denses

serrés? Ne valait-il à de M Debussy


et
pas mieux, l'exemple commentant

ïAprès-Midi d'un Faune de Mallarmé, s'inspirer des mots sans les traduire en

( Soir de Bataille ), il laisse


e
notes ? Quant au 2 morceau me indifférent, malgré ses

Ah ! délivrera orchestres de tumultes


trompettes et ses grondements. qui nos ces

inutiles, de de batailles de Quand donc nos


ces orages, ces et ces
tempêtes?

musiciens ne prendront-ils plus jamais devise le Fen de brut d Excourbaniès ?


pour

10 avril. Triomphale exécution de la Damnation de Faust. Nous y


revien-

drons.

CONCERTS CHEVILLARD —La e de Brahms, choisie


—27
mars.
4 Symphonie
avis la belle effet, je dire
par M.
entre toutes Chevillard, est à mon plus en veux

me
la plus émue. Elle est bien rendue dans l'ensemble. M Mysz-Gmeiner a une

voix étendue, il bien donné d'en


souple et fraîche, comme nous est rarement

entendre. Elle chante Y Amour d'une Femme de Schumann avec une délicatesse et

une intensité d'émotion extrêmes à reprendre cette tendance à


; je ne trouve que

exagérer les oppositions, qui est l'écueil de tous les chanteurs bien doués.

(1) Voir la Revue du décembre (compte rendu du Concert Chevillard


31 1902, p. 534 .
220 LES CONCERTS

10 avril .
Le Poème pour violon principal et orchestre de M. Henri Lutz

mérite rendu détaillé. Grand succès M me Kaschowska et


un compte pour pour

l'orchestre dans la Mort d'Yseult.

CONCERTS LE REY. — 10 avril. Dans décor salon


un
représentant un
rouge

d'un côté, de l'autre, la phalange dirigée M. F. Le


jaune tour à tour par Rey et

M. Carolus Duran théâtre le de


par poursuit, au Victor-Hugo, cycle ses très

éclectiques séances. Deux symphonies figuraient au du concert


programme

auquel nous avons assisté : i°la Pastorale exécutée d'une façon


, peu respectueuse

la mémoire de Beethoven (suppression des dans


pour reprises, aucune nuance

le 2/4 du scherzo, etc.) ; 0

piano orchestre, de M. Destenay.


2 une Symphonie , pour et

Cette œuvre n'a d'une symphonie le nom. C'est une suite de trois
que morceaux,

l'on entend continuellement le d'une orches-



presque piano. L'allégro, pâte
trale bruyante et cuivrée, est d'un rythme à la Weber. L'andante contient une

sonorité curieuse de bois le la


soutenus
par piano et harpe. Le presto est fran-

chement trivial. M. Hertz fort lu


a correctement sa
partie.

Nous avons eu une compensation agréable avec les œuvres de M. Ricardo

Castro.

La marche, extraite de l'opéra Atzimba, qui a été


représenté en Amérique, est

bâtie thème mexicain ancien M. Castro d'une


sur un
que a développé façon tout

à fait ingénieuse, et dont il tiré des effets très curieux. M. White


a a joué une

Romance violon, l'orchestre eût dû mieux Les


pour que accompagner. cors

principalement été inexorables Un Menuet instruments à


ont pour cordes,

d'une préciosité fine et spirituelle, complétait cette sélection d'œuvres de M. Cas-

tro. H. B.

SOCIÉTÉ NATIONALE. Nous reviendrons sur le Concert un étrange


peu

donné la S. N., le salle Pleyel. Enregistrons dès aujourd'hui le très bon


par 9,

accueil fait au quatuor de M. Paul Lacombe.

SALLE ERARD. avril. QUATUOR SECHIARI (Houdret, Monteux, Mar-


9

neff). Exécution très fine de l'admirable Quatuor de Debussy. Si le scherzo,


délicat et mystérieux, dégage toute dans la trop grande salle,
ne pas sa
poésie

en revanche, bandante a sonné délicieusement. Romance en sol de Beethoven

Sechiari : quelque froideur peut-être mais quelle largeur, quelle pureté,


par ;

quelle noblesse ! Danse macabre avec accompagnement de quatuor, chantée


,

de de
par Lassalle c'est le l'œuvre Saint-S Pour
: squelette lëns. terminer, un

quintette de Mozart aux grâces fanées, aux rythmes surannés, mais très amu-

sant.

LA TROMPETTE. mars. Le Quatuor de Debussy est rendu àla perfec-


25

tion MM. Hayot, Touche, Denayer et Salmon : excellentes sonorités, débit


par

expressif et surtout naturel, aucun effort apparent pour faire ressortir les mélo-

dies cependant détachent admirablement, baignées d'air et de


qui se toutes

lumière. M me Mysz-Gmeiner, déjà nommée, interprète avec un égal bonheur

différentes mélodies de Beethoven, Schubert et Schumann, les unes d'un senti-

ment profond et douloureux, les autres d'une gaieté printanière (Der Kuss, das

le
Lied im Grùn) faible dernières. M Selva fois de
; j'ai un pour ces montre une

plus sa grande intelligence dans la Toccata et fugue en ré


majeur de
J.-S. Bach,
INFORMATIONS 221

ainsi dans le Prélude, Choral et Fugue de Cés. Franck, où je désirerais


que un

peu plus d'onction.

SCHOLA CANTORUM. — 25 mars. Concert de musique moderne, donné


par
me
M C. K oarrier. Je nai
pu entendre le Quatuor de Debussy, jouaient
que
lle de la entendu
au début MM. Lavello, Sandré, Bally et M Bouglise. Mais j'ai
celle-ci dans le Lied violoncelle de V. belle
pour d'indy, et j'ai reconnu cette

qualité de son et cette ampleur de style je louais au dernier concours du


que
lle
Conservatoire. M Selva est sans rivale dans le Poème des Montagnes de
o

V. d'indy. Quant à M me C. Fourrier, c'est grande artiste la délica-


une
qui, par

tesse du sentiment, la profondeur de l'émotion, la finesse de sa diction et la

souplesse de ravi la salle entière. aimé le Madrigal de


sa voix, a Jai surtout

V. d'indy deux chansons mélancoliques de :le Son du Cor


et ces Debussy et

me
Y Echelonnement des Haies, unanimement redemandé. M C. Fourrier est lin-

terprète-née du lied moderne. L. L.

VENDREDI SAINT. Le Conservatoire nous donne la Passion selon saint Jean

de M. Colonne le de la de
J.-S. Bach, et Requiem Berlioz et scène religieuse

Parsifal . Quant à M. Chevillard, il n'a rien trouvé de plus religieux à nous offrir

la de Beethoven, des fragments de la Walkyrie des


que Symphonie héroïque et et

Maîtres Chanteurs avec M. Delmas. Sans doute ce n'est pas plus mau-
, programme

vais qu'un autre, encore le besoin de réentendre tout cela ne se fît pas impé-
que

rieusement sentir. Mais pourquoi dater du Vendredi Saint un concert aussi inso-

lemment profane ? Ne valait-il mieux l'intituler, tout simplement, Concert


pas

du i
er
avril ? L. L.

Actes officiels, Informations et Correspondances.

GRAND PRIX DE ROME. Concours d'essai au Palais de Compiègne.

Entrée loge samedi à h. du matin.


7 mai,
en : 10

Sortie : vendredi
13 mai, à 10 h. du matin.

samedi à h. du matin.
Jugement (au Conservatoire) :
14 mai, 9

Concours définitif Palais de


au Compiègne.

Entrée loge samedi à h. du matin.


en : 21 mai, 10

Sortie :
lundi 20 juin, à 10 h. du matin.

vendredi er
à midi.
Jugement préparatoire (au Conservatoire) : i juillet,

définitif (à l'lnstitut* samedi juillet, à midi.


Jugement : 2

Les candidats devront se faire inscrire au Bureau des Théâtres, 3, rue de Valois,
er
de 11 heures du matin à heures du soir, avant le dimanche i mai, et déposer
4

même les suivantes : i° leur de naissance 2° un certificat


en temps pièces acte ;

délivré parleur professeur ou par un artiste connu attestant qu'ils sont capables

de prendre part au concours ;


3
0
une déclaration de non-mariage. Les concurrents,

de rendre à devront munir de taies d'oreillers et


avant se Compiègne, se draps,

linge de toilette pour leur séjour en loge.

Terme de rigueur le Conservatoire des de cantates


pour dépôt au poèmes :

mardi 17
mai inclus.
222 INFORMATIONS

CONSERVATOIRE. MM. les professeurs du Conservatoire national se sont

réunis assemblée la présidence de M. Th. Dubois, à l'occasion


en générale, sous

fixant les limites d'âge d'admission la


du projet de loi à retraite, qui doit être

le bureau
déposé prochainement parle Ministre des Finances sur de la Chambre

des députés.

Les ils avaient à étaient les suivantes


questions auxquelles répondre :

i° Convient-il de demander au Ministre des Finances de faire fixer, d'une

manière générale, voie législative, la limite d'âge du personnel enseignant à


par

tant les professeurs actuellement en fonctions ceux qui


70 ans, pour que pour

seraient ultérieurement nommés }

0
contraire, de restreindre limite d'âge seuls profes-
2 Convient-il, au cette aux

seurs en fonctions ?

0
En les professeurs, c'est-à-dire qui seraient
3 ce qui concerne nouveaux ceux

ultérieurement nommés, ne pourrait-on décider qu'une simple indemnité non


pas

soumise civiles leur serait accordée ?


aux retenues pour pensions

4
0
Quels sont les professeurs en fonctions qui demandent à rester placés sous

le de la loi du ?
régime 9 juin 1853

demandent à plus subir


0
Quels sont ceux qui ne aucune retenue ?
5

La salle du Conservatoire national mise à la du


grande sera disposition
Comité de l'Association des Artistes musiciens le lundi 16 mai
pour y tenir, pro-

chain, l'assemblée générale des membres de cette Société.

Aux de cahier des le Directeur du Théâtre national de


termes son charges,

l'Opéra-Comique de mettre soir (dimanches, de fête de


est tenu chaque jours et

premières représentations exceptés) une loge à la disposition du Directeur du

Conservatoire national les élèves de cet établissement.


pour

M. Th. désir lui M. Carré,


Dubois, pour répondre au
que a exprimé renoncera

à l'exercice de ce droit les lundis (jours de représentation populaire), les 24 et

décembre, le mardi et le jour de la Mi-Carême.


31 gras

En échange, 6 entrées seront mises chaque dimanche soir à la disposition des

élèves.

LILLE : CONCERTS POPULAIRES. M. Gédalge, inspecteur de l'Enseignement

musical, le dernier, à la 6 e
séance de l'abonnement donnée
a
assisté, 27 mars
par-

la Société des Concerts Populaires à Lille. MM. Van Waefelghen(viole d'amour)


de leur à
et Jules Mouquet, compositeur, grand prix Rome, prêtaient concours

M. Ratez, le directeur de Société, exécuté de leur


cette et ont plusieurs œuvres

composition. Un chœur de jeunes filles, élèves de la succursale du Conservatoire

national, air de Caligula Gabriel F'auré. M. Gédalge été


a
interprété un
,
par a

heureux de constater avec quel soin et quel souci artistique ont été choisis et

exécutés les inscrits de


tous morceaux au
programme cette journée.

MOULINS. M. Belin, professeur de violon à l'École nationale de musique

de Moulins, est nommé directeur de ladite École, en remplacement de M. Marius

Boullard, décédé.

ARMENTIÈRES. La municipalité d'Armentières se de demander


proposant

prochainement la transformation de son École de


musique en École Nationale,

M. Gédalge, inspecteur de l'Enseignement musical, se rendra bientôt dans cette


INFORMATIONS
223

ville examiner en détail le fonctionnement de l'École du niveau


pour y et juger
des études dans les différentes classes.

ANS DE THÉÂTRE. Une grande matinée lieu le avril courant,


30 aura jeudi 21

dans la salle des fêtes du bénéfice de la de


grande Trocadéro, au caisse secours

de l'œuvre française des Ans de Théâtre.


30

MIMI PINSON. Dimanche 15 mai prochain, dans la soirée, la grande salle

des fêtes du Palais du Trocadéro mise à la de M. Gustave


sera disposition

Charpentier pour organiser un grand concert au bénéfice de l'œuvre de


y

Mimi Pinson, dont il est fondateur.

SUBVENTIONS. M. le Ministre des Beaux-Arts vient de signer un arrêté attri-

buant des subventions aux sociétés musicales ci-après désignées :

i° Société des Compositeurs de Musique, M. Samuel Rous-


présidée par

seau :
500 fr. ;

0
2 Association artistique des Concerts classiques de Marseille, présidée par

M. Gouirand, fr.
5000 ;

0
Société Sainte-Cécile de fr.
3 Bordeaux, présidée par M. Dolhassary, 3000 ;

4
Société Haydn-Mozart-Beethoven, présidée M. E. Calliat, 600 fr.
par

MÉDAILLES. Une médaille de vermeil et deux médailles d'argent (grand

module) sont accordées être décernées au nom du Ministre des Beaux-Arts


pour

à l'une des sociétés qui prendront part aux concours de musique organisés dans

les villes ci-après :

Angoulême, les et août


14 15 1904 ;

Meudon (Seine-et-Oise), les 12 et 13 juin 1904 ;

Corbie (Somme), le 12
juin 1904.

ECOLES MUSIQUE. —Il les écoles nationales de Musique


DE est acquis pour

des départements exemplaires de Y Histoire de la musique (îles Britanniques,


30

i
er
volume) M. Albert Soubies.
par

TROCADÉRO. M. Guilmant, professeur au Conservatoire, continuera, comme

les années précédentes, à donner aux élèves de cet établissement des séances

dans la salle des fêtes du Palais du Trocadéro,


historiques d'orgue grande que

l'administration des Beaux-Arts a mise gracieusement à sa disposition. Ces au-

ditions lieu tous les lundis à heures (à l'exception du


privées et gratuites auront
4

23 mai), à du avril jusqu'au juillet inclusivement.


partir 2s 11

Le mercredi Miss Isadora de Berlin, dans la


27 avril, Duncan, organisera

grande salle des fêtes du Palais du Trocadéro des soirées de danse avec orchestre

de Beethoven.
et musique

OPÉRA-COMIQUE. Une de gala donnée le 26 mai


grande représentation sera

prochain à la présidence d'honneur de M. le Ministre de


l'Opéra-Comique, sous

l'lnstruction des Beaux-Arts. Le produit de cette matinée, la-


publique et pour

versé entre les mains


quelle M. Carré a été autorisé à fixer un tarif spécial, sera

du comité s'est constitué d'élever monument à la mémoire du


qui en vue un

des Beaux-Arts, Gustave Larroumet.


regretté secrétaire perpétuel de l'Académie

VILLE PARIS. Concours musical Le du musical de la


DE . jury concours

Ville de Paris lauréat M. auteur de l'œuvre le


a désigné comme Tournemire,
INFORMATIONS
224

de la Sirène composition symphonique, qui sera exécutée l'un des


Sang ,
par

orchestres M. Tournemire reçoit, outre, de


grands parisiens. en une
prime

10.000 francs. M. Gabriel Pierné a été classé second avec la Croisade des Enfants.

Une prime de 3.000 francs lui est allouée.

ELBERFELD. Kocinga , opéra en


3 actes, un prologue et un épilogue. Texte
de C. F. Keary, traduit
par
M me
Delius. Musique de Fr. Delius (30 mars
1904).
FTéd. Delius est né à Bradford (Angleterre) de parents allemands ; son enfance

s'est Floride, il a fait études musicales à Leipzig, et depuis douze


passée en ses

ans il vit de préférence à Paris. Déjà connu d'importantes œuvres de concert


par

Ronde de la Vie la Chanson de Minuit d'après Xarathustra, etc.) de fort


(la , ,
et

belles mélodies, il nous donne aujourd hui une œuvre dramatique où se peint
l'âme diverse des races sa vie errante lui a
donné occasion de connaître. La
que

scène est dans une plantation américaine, où un vieux nègre raconte aux filles

des maîtres c'est le


une
antique légende : prologue; cette légende nous est repré-

sentée dans les


3 actes qui suivent. Les amours contrariées de Koanga, prince
réduit à l'esclavage, de Palmyra, mulâtresse chrétienne, le
et et en sont sujet;

persécuté son indomptable fierté, le héros noir s'enfuit dans la forêt, mais
pour

l'amour le ramène, et, comme il tue son rival, le surveillant Perez, il est battu

de à mort et traîné tout sanglant, agonisant, devant Palmyra, comme


verges

Matho devant Salammbô. Avec lui de liberté le peuple


meurt tout espoir pour

esclave dont il fut un instant le chef. Sur cette sombre histoire, Fr. Delius a

écrit extrêmement vivante et d'une richesse mélo-


une
partition colorée, grande

dique, et d'un style hardiment exotique, qui rappelle les meilleurs jours de

Gauguin la de (II
e
acte) celle du sacrifice dans la forêt e
: scène noces et (III acte)

sont particulièrement saisissantes. Les rôles de Koanga et de Palmyra sont fort

beaux; l'émotion croissant d'acte le succès été très


va en acte, et a grand et

mérité. Il faut les articles


parus dans le Berliner
signaler très élogieux Tagehlatt,
le Hamburger Fremdenblatt et la Kolnische Zeitung. S.
<> O

—ÉCOLE DES HAUTES ETUDES SOCIALES. Je terminerai le 18 et le

avril, à
4 h., mes conférences sur la musique moderne {de Schumann à
25

Debussy ) les auteurs étudiés seront Liszt, Cés. Franck, Moussorgsky, Cl. De-
;

lle
bussy. M Kikina et M. Édouard Bernard exécuteront diverses mélodies et

pièces piano de ces auteurs. Le 29, à9h. du soir, concert de musique


pour
lle
moderne. Cl. Debussy interprété M Blanche Marot, créa les
sera
par qui

Chansons de Bilitis àla Société Nationale et la Damoiselle Elue en et


1900,

M. R. Vines. L. L.

Le Gérant :
A. REBECQ.

Poitiers. -
Société française d'lmprimerie et de Librairie.