40 ÉTÉ 2018 - #08 ` ` - Partie I

Collection d'ete

LAURENT BERGER
À PAS FEUTRÉS
propos recueillis par Nicolas Brulebois

A l’occasion de la sortie de son sa stature imposante contraste avec rythme, placide et déterminé 
cinquième album, L’âme des cette voix étrangement douce, dotée déroule sa réflexion tranquillement
maraudeurs, merveille de finesse de ce petit accent indéfinissable mais sûrement, laissant entrevoir un
dont il assume pour la première – d’aucuns disent nasal, voire tempérament plus imposant que ne
fois la direction musicale, on croise métallique – qui le singularise. Au le suggère son air de gendre poétique
Laurent Berger dans un lieu tout départ, on craint que le brouhaha idéal. Sous les textes raffinés aux
ce qu’il y a de plus prosa que : un nuise à l’enregistrement, que ce musiques caressantes, un homme fort
bruyant café de Seine-Saint-Denis. timbre délicat s’avère inaudible à et sensible, raisonneur amoureux des
Moins éthéré que prévu, beaucoup la réécoute. Peur in ondée : non résonances, artisan de la nuance, qui
plus costaud qu’en photo, mâchoire seulement il tient tête au bruit théorise son art en toute discrétion
carrée et housse de guitare maousse, alentour, mais impose son propre mais sans fausse modestie.
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Hexagone : C effaçant, cumulant des pistes. Puis, on a T
retravaillé avec Michel Sanlaville, joué un entre-temps, pour que tu l’assumes
Laurent Berger : Très bien. Alors que peu en live. Il a posé la contrebasse, moi les
je ne suis pas le plus à l’aise dans ce genre guitares de base ou décoratives, j’ai refait Laurent : Je me suis toujours considéré
d’exercice… À mes tout débuts, j’avais la voix. L’idée était d’avoir beaucoup de comme guitariste accompagnateur.  a
fait quelques séances posées, c’était temps pour travailler ça. restait simple, mais mon jeu avait une
douloureux, compliqué. C’est une chose que personnalité. Il y a cinq-six ans, la guitare
j’ai fuie ensuite pendant des années. Sur mes Hexagone : Est-ce que ce luxe qui m’accompagnait depuis une quinzaine
premiers albums, j’avais envie d’abstraction : de temps n’incite pas à refaire d’années était fatiguée, il fallait en changer :
je suis assez fan des pochettes d’albums de je me suis alors aperçu qu’elle avait un son,
Supertramp, Pink Floyd… Je ne voyais pas Laurent : J’en avais besoin. Sur les disques qu’il contribuait à mon accompagnement –
l’intérêt d’afficher la photo d’un gars, même précédents, m’accompagnant peu, je peut-être même à mes compos. Alors que
si c’était moi. Chaque fois, on m’a dit que n’avais pas cette pression d’avoir un jeu la plupart des guitares folk sont brillantes,
c’était dommage, que mettre la gueule du précis. Là, comme je prends une responsa- celle-ci était assez feutrée, et mon jeu
chanteur personnalisait le disque. Sur scène bilité musicale, je voulais avoir le temps de également. Il fallait changer d’instrument
tu as quelque chose pour te projeter, des chercher, faire évoluer. Je
intentions assez simples. En photo, c’est n’ai pas l’efficacité d’un « Cette nouvelle guitare
difficile de créer ou de retrouver ça. J’appri- instrumentiste profes-
voise tranquillement. Avec David, on a pris sionnel. Et c’est vrai qu’en m’a aidé à conscientiser
le de temps de discuter avant – maison,
bricolage, histoires, etc. Le travail pour la
travaillant beaucoup
les maquettes tu peux
l’envie de mettre l’instrument
pochette du nouveau disque, avec Valeria perdre en vitalité, relief, au premier plan. »
Pacella, s’est fait dans le même esprit. spontanéité. Alors je me
suis inventé ma propre méthode. C’était ça, sans bousculer ça. J’ai cherché plus d’un an.
Hexagone : Cinq ans après le luxe : faire une plage de deux heures sur un Un corps avec une certaine résonance, qui
le piano-voix avec Nathalie Fortin, morceau, puis l’oublier, y revenir la semaine donne du grain aux nuances que j’avais en
te voici en guitare-contrebasse d’après, en parler avec le réalisateur. tête, et la taille de manche adéquate : j’ai de
avec Michel Sanlaville… bonnes mains, j’aime bien appuyer, même
Laurent : Je voulais faire quelque chose Hexagone : A si la droite joue doucement. J’ai finalement
autour de la guitare. J’aime beaucoup le la limite du duo, la texture sonore rencontré cette nouvelle guitare, qui m’a
folk : Dylan, Cohen, Paul Simon. Quelqu’un aidé à conscientiser l’envie de mettre l’ins-
qui prend sa guitare et chante, ça me Laurent : Quand je compose, il m’arrive trument au premier plan.
Photo © David Desreumaux

touche. En français d’autant plus. J’ai d’avoir des idées de climats, lignes de
toujours eu le fantasme d’une chanson contrebasse, moments de percussions, Hexagone : Guitare-contrebasse,
folk  : Tous les amours, sur ce disque, a contre-chants… En travaillant avec d’autres ça renvoie à Brassens. Mais tu cites
une grille très simple qui lorgne vers ça. musiciens, tu t’ouvres à ce qu’eux-mêmes plus volontiers Brel.
Certains autres morceaux existaient déjà peuvent t’apporter. Là, j’ai voulu aller le Laurent : Brel m’a beaucoup parlé.
depuis un moment, notamment Fantaisie, plus possible vers ce que j’entendais. On Humainement, personnellement, avec la
qui m’excitait assez pour que j’en arrive a enregistré dans mon bureau, où je me force et la densité de ses images. Il m’a fait
à me dire : «  l faut ue e b tisse autour sens bien. La pièce n’est pas neutre, assez évoluer dans l’écriture, comprendre des
de cette guitare là.  » Le travail se passait chargée – d’étagères, de bouquins, qui choses – qu’il fallait que j’essaie, me batte
chez moi, le réalisateur Philippe Picon m’a cassent les résonances. Mais le son était pour ça. Au début, je me projetais dans
aidé à m’installer. J’ai fait des maquettes, beau quand même, ce n’était pas gênant. une forme d’interprétation proche de la
en utilisant des sons synthétiques pour sienne. N’ayant pas son énergie, ça donnait
poser les structures, guitares, voix, etc. Hexagone : Sur les trois premiers quelque chose de faux – sincère, pas
Beaucoup répété avec moi-même en disques, il y avait quelques chansons à malhonnête, mais qui n’était pas moi.
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J’ai fini par me trouver. Brassens a plus été propre vécu fait que tu as des disponibilités ironiquement «  lounge bar  » – qui génère
une influence au fil du temps. Son accom- pour une forme ou l’autre  ; une histoire quelque chose de plus tendre, en effet, d’o
pagnement contrebasse-guitare a encore personnelle qui tend vers moins d’imagi- la drôlerie ressort moins.
quelque chose à dire aujourd’hui. naire, plus de ressenti. Et puis, quand on
a déjà beaucoup imaginé, peut-être qu’on Hexagone : Lamantine –
Hexagone : Le disque fait plus que n’en a plus besoin ? Je ne sais pas. Je prendrai
du recul plus tard. Je laisse à d’autres le soin du lamantin… – est avant tout
Laurent : J’ai toujours aimé dire, depuis le d’analyser.
début. C’est lié à ma méthode d’écriture : Laurent : Cette image vient d’un conte
quand j’écris, je dis déjà le texte à haute Hexagone : Un jeu de mot – Un vers du Nord  : une amoureuse perdue en mer
voix. Sur l’album Au pas pressé, dans inachevé – ou une expression qui, vague après vague, se change en
mon évolution personnelle, j’ai essayé (« et mon cul sur la commode ») peut sirène. Je me suis borné à retranscrire. La
de plus chanter, de tenir des notes. Avec sirène fait partie des chimères et utopies
le recul, j’ai pris conscience que ma voix Laurent : Les points de suspension, c’est auxquelles je suis fidèle. On dit que c’est
dans les graves faisait mieux passer les une de mes petites lubies… J’ai toujours une créature mythique née de l’observation
choses, l’histoire que je racontais. Je m’en pensé qu’une chanson n’était finie que des baleines et lamantins par les marins,
quand quelqu’un au temps des grandes explorations. J’ai
« J’aimerais que le spectacle l’écoutait  : «  ien n est d’abord eu l’histoire, le découpage ; le titre
plus beau u un vers est venu après. «  Lamantin  » m’évoque
soit un déroulé, inac evé », j’avais ça dans la lamentation, on y entend «  amant  ».
qu’on ne sache pas mes tiroirs. Le jeu de mot « Lamantine », ça sonne très joliment. C’est
«  tiens, tu n as pas ni devenu une évidence.
où finit le chanteur, ton vers  » m’a permis de
où commence le diseur. » concrétiser, dérouler le
fil de cette idée. Le «  cul
Hexagone : Transhumance est

suis privé un temps, parce que j’avais un sur la co ode », je m’apprêtais à prendre
peu peur de m’y complaire. Je cherchais, un train vers Poitiers  lorsque j’ai entendu Laurent : Elle parle du décès de Matthieu
essayais autre chose – alors qu’en fait ça cette expression – que je connaissais mais Côte. Je l’ai écrite après coup. On s’était
me vient naturellement : je peux débrayer à laquelle je n’avais jamais prêté attention. croisé, mais certains de mes amis le
n’importe quand, passer du parler au Durant le trajet, l’histoire s’est faite. En connaissaient bien mieux que moi. J’étais
chanté. Sur scène, j’aimerais que le arrivant, j’ai imprimé le texte  et l’ai dit en touché par sa disparition, mais plus
spectacle soit un déroulé, qu’on ne sache scène. J’aime me faire interpeler par des encore par le chagrin des copains C’est
pas o finit le chanteur, o commence le choses comme ça. quelque chose que j’ai ressenti à nouveau
diseur. Que le fil conducteur reste le texte, à la mort de Barbara Weldens. La chanson
la voix qui le sert. Les musiques sont là Hexagone : Sur scène, Ton cul sur était écrite depuis un moment  ; je me
pour donner du relief, un mouvement. la commode suis décidé à l’enregistrer parce qu’elle
Sur disque, moins drôle, plus tendre. semblait avoir une résonance plus large
Hexagone : T Laurent : Je ne crois pas qu’on puisse que son point de départ. Le peuple des
ce disque tend à être de plus rendre sur disque la même chose qu’en chanteurs est une cour des miracles, une
scène. L’auditeur n’est pas dans la même confrérie. On se suit les uns les autres  ;
Laurent : J’ai toujours séparé les chansons disponibilité. Le sourire au spectacle peut une disparition, même de quelqu’un
que j’appellerais impressionnistes – j’allais aussi naître d’un silence, d’un petit temps qu’on connaît peu, nous concerne tous.
dire existentielles, mais elles le sont toutes de décalage. Dès l’instant où je mets une
un peu – et celles plus narratives. Je suis musique dessus, ça fixe les choses, je ne Hexagone : Nuits ouvrières :
d’accord qu’il y a cette fois moins de choses peux pas jouer dans le même registre. Il ton rapport au monde du travail,
narratives. Je n’analyse qu’après coup. Ton y a cette mélodie – que j’appelle un peu
Laurent Berger - Entretien 43

© David Desreumaux

Laurent : Un rapport d’intérêt et d’histoire, C à l’individu, son intériorité, l’existentia-
de lectures aussi. Et de sensibilité. J’ai te positionnes-tu vis-à-vis de lisme : ne pas considérer les gens comme
fait un service d’objecteur de conscience, un groupe, un ensemble, une masse, une
deux-trois ans, quand je ne savais pas encore Laurent : J’apprécie. Après, est-ce que la catégorie. Je me bats pour ça. J’ai aussi une
si je pourrais vivre de mes chansons. J’ai mienne l’est ? Je crois ne pas être considéré écriture amorale : mes chansons ne posent
effectué des missions de plusieurs semaines comme chanteur engagé. Pourtant, Au pas pas la question amoureuse, sexuelle en
à plusieurs mois, les trois-huit en chaîne de pressé, Fantaisie, quelques autres… J’écris termes de morale. a me semble une
production. Dans le texte, j’évoque cette avec un idéal en tête, quelque chose de forme d’engagement, à ma façon.
heure particulière, 5 heures du matin, où superbe qui n’est pas dogmatique  : plus
tout le monde lâche la machine après avoir libertaire que communiste ou socialiste. Hexagone : Comment t’est venue
lutté contre la nuit. C’est incroyable que des Cette histoire m’intéresse, mais je ne fais Paludier
hommes utilisent leur énergie à ça. Ils ont pas ces cloisonnements, et ne voudrais Laurent : On parlait de chanson engagée :
construit le jour, mais n’en profitent pas, on pas que mes chansons les fassent. Nuits beaucoup de choses transparaissent dans
le leur prend. Cette fatigue dépasse même ouvrières, je préfère évoquer ce que je ce texte. Le sel est une notion historique
les différends politiques  : les hommes, t’ai dit, avec ce que ça suggère sur la importante  ; un besoin humain aussi  :
à cette heure, effacent leurs ardoises, condition humaine, plutôt que d’en tirer dans le domaine alimentaire, économique.
quelle que soit même leur position  : chef un propos politique. a ne m’empêche pas Symbolique : la Marche du sel de Gandhi.
d’équipe, syndicaliste, étranger. Ils ont juste d’apprécier des paroles plus directement Et puis, le geste du paludier, c’est une
leur fatigue. Je trouve ça fort. On en tire politisées, de m’y reconnaître. Ferrat, caresse. Pour récupérer la fleur de sel,
les conclusions qu’on veut. Francesca Solleville, Rémo Gary sont des il passe la lousse – le râteau. Je trouve
gens qui me parlent fortement. Je ne sais fabuleux tout ce qu’il met en œuvre au
Hexagone : Tout le monde semble pas écrire ça. Mais ma façon de faire de long de l’année pour aboutir à ça. Il doit
la chanson est engagée. Mon attention épouser les éléments, eau, soleil,
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vent, se conformer à ce que la nature lui cirage. C’est pensé pour interpeler, laisser voulais pas conduire des moutons,
offre, juste pour réussir à faire ce geste et des respirations, créer des micro-événe-
obtenir cette denrée essentielle. Et puis, il y ments. L’idée du disque était d’utiliser tous Laurent : C’est peut-être pour cette raison
a la sensualité, bien sûr, le sel sur la peau… les ressorts des deux instruments. Avec des que je ne fais pas une chanson engagée
moyens réduits, s’autoriser ces choses. Il y a plus directement  : j’ai des gens à toucher,
Hexagone : Tu compares ça à aussi un petit frotté dans Après l a our ou pas à convaincre ni à mener. Et puis, c’est
Que deviennent nos chimères, des bricolages un métier où tu as quand même un certain
Laurent : Je le vis un peu comme ça  : qui contribuent à poser un climat. pouvoir, une certaine force, avec la sono, les
semer des choses – des chansons – sans lumières, des gens qui te regardent, prêts
savoir ce que ça devient, laisser les gens Hexagone : Le cirage B à t’applaudir… Je suis assez défiant par
partir avec, avoir parfois la chance que Dimey. En concert, tu jouais aussi rapport à ça. Par contre, maintenir la petite
quelqu’un l’intègre à sa propre histoire. Le un autre texte de lui, Les oiseaux étoile, l’illusion, l’envie, le truc qui te guide
point commun c’est la caresse. Je propose migrateurs. C'est surprenant un peu… ça me tient à cœur. Ne pas se désil-
un truc, les gens sont susceptibles de le lusionner complètement.
prendre ou pas. Mais s’ils le prennent, il Laurent : Les deux sont des textes assez
faut que ça leur fasse du bien. Si je suis rares que j’ai trouvés il y a cinq-six ans dans Hexagone : A
dans la douceur, autant dans l’écriture Bernard i e tou ours présent…, un petit scène, tu es aguerri. Qu’est-ce qui
recueil paru au moment où
« J’ai des gens à toucher, les éditions Raoul Breton
ont repris le catalogue de
Laurent : L’idée, c’est justement de ne
pas trop jouer en confiance, sinon tu n’as
pas à convaincre ni à mener. » Michel Célie. J’ai maquetté plus rien à découvrir, plus peur de rien. Il
l’autre chanson, mais pas faut se mettre en fragilité. C’est peut-être
que le son et la voix, c’est pour cette trouvé la bonne façon de l’enregistrer. Je de ça – le fait d’être « aguerri » – dont il
raison  : je veux que ça nous enveloppe. vais continuer à la travailler, peut-être faut que je me méfie. Aujourd’hui, je suis
On se laisse d’autant mieux faire par une pour un prochain disque. plus à l’écoute de ce qui se passe avec
caresse. S’il faut un jour envisager un le public. Je ne demande pas de taper
autre métier, ce pourrait être paludier  : Hexagone : L’album s’intitule L’âme des mains, de reprendre en chœur, etc.
c’est un fantasme auquel j’aimerais bien des maraudeurs. Maraude au sens – mais je sens l’attention, le sourire,
me frotter. Pour la solitude, la dureté… Je O l’émotion, la retenue. Je suis disponible.
trouve que c’est un métier noble. Laurent : Je crois que les deux conviennent. A mes débuts, je n’aimais pas la scène
Dans la chanson, tu pars d’éléments perçus mais j’avais ma petite vérité à balancer  ;
Hexagone : Fantaisie a une dimension chez les gens, une émotion, une image, ça créait une distance. Certains retours
très rythmique, percussive. Ailleurs, un visage. Il y a aussi les influences. J’ai allaient à l’encontre de ce que je croyais
dans Transhumance, tu arrêtes de l’impression d’emprunter des choses – ce projeter : on me trouvait dur, froid, raide.
jouer pour juste tapoter la caisse de sont vraiment de menus larcins… – et en Et puis un jour, dans un lieu à taille
: même temps de passer, tourner, regarder, humaine où tu vois les gens, un gars qui
marauder. J’ai mis du temps à trouver ce m’avait quasiment tourné le dos tout le
Laurent : Fantaisie, j’aime ce côté assez titre. En fin de compte, ce bout de texte de concert – j’ai cru qu’il s’ennuyait ou qu’il
impulsif, ce petit crachat, ce premier jet  : Tous les amours m’apparaît représentatif dormait (tant mieux pour lui) – est venu
«  e appelle fantaisie. » C’est un morceau de ma démarche. C’est drôle quand un me voir à la fin pour raconter le trajet qu’il
un peu original dans ma production, pas mot pressenti  fonctionne au-delà de tes avait fait dans ma musique, quelle image
évident à placer – en tête de disque, ça espoirs. Comme Lamantine : tu peux tirer l’avait saisi à tel moment. a m’a sidéré.
aurait été une fausse piste ; mais j’aime bien sur tous les fils, ça me plaît. J’ai réalisé que je n’avais pas à présumer
l’élan qu’il donne après Tous les amours. La de ce que les gens peuvent percevoir. Je
percu est faite à la contrebasse ; à la guitare Hexagone : Parlant un jour de ton dois simplement me mettre au service de
dans Transhumance ; à l’électrique dans Le nom, Berger, tu as dit que tu ne la beauté que je veux défendre. Me laisser
Laurent Berger - Entretien 45

faire par ça. Ne pas devenir mécanique.
Être encore un peu neuf au moment
d’entrer en scène.

Hexagone : Ton physique – grand, fort,
viril – contraste avec ta musique à la
C

Laurent : Je ne me définis pas. Parce que
je n’aimerais pas que la sensibilité soit
seulement féminine. On peut être fort,
paraître fort, et avoir cette sensibilité. C’est
une des chances que j’ai dans ce métier  :
pouvoir entretenir cette sensibilité, la
défendre et même la revendiquer, quand
d’autres gens sont censés la masquer. On
adopte tous un rôle, une posture. Le rôle
d’un artiste est de faire émerger ce qui est
derrière. Les femmes ont leur force, leur
sensibilité, et je crois qu’humainement
on se ressemble beaucoup. C’est ce que
je recherche  : montrer qu’intimement, si
on se regarde en face, on est proche. a
m’intéresse d’être fort pour survivre…
mais fort par rapport à quelqu’un, non. Le
rapport de forces est tout ce que je fuis. La
sensibilité – qui n’est pas la faiblesse – est la
seule façon d’être vrai et honnête. "

t À écouter
s L'âme des
photo © David Desreumaux

maraudeurs
(tohu bohu)
Album - 12 titres - 2018
 c roni ué p.

t Sur la toile
www.laurentberger.com