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CONFERENCE DE PRESSE DE

LA NOUVELLE TRIBUNE

THEME: Suspension répétitive et sine die du
Journal La Nouvelle Tribune : La Haac hors la loi

TOUT SUR L’AFFAIRE

Cotonou - Chant d’oiseau - 02 Août 2018
Déclaration du Directeur de la Publication
L’ITERATIVE SANCTION SINE DIE DU JOURNAL « LA NOUVELLE
TRIBUNE » : LA HAAC HORS LA LOI.
Mesdames et Messieurs, chers confrères, chers invités en vos rangs et grades !

L’heure est grave! Depuis l’avènement du régime de la rupture, la presse nationale vit une situation
particulière jamais observée sous le Renouveau démocratique qui rappelle les années de plomb du
Prpb : la caporalisation. Depuis le 23 mai 2018, date de la suspension de notre journal,« La Nouvelle
Tribune », cette volonté des autorités politiques d’éliminer toute voix discordante dans les médias
paraît encore plus évidente. Au plan de la liberté d’expression et de la liberté d’opinion, la
démocratie béninoise est frappée par le biais d’une HAAC dont le président et certains conseillers
"activistes" ont jeté définitivement etpiteusement le masque.

Sinon, pourquoi cette déferlante sur un organe de la presse écrite, votre quotidien d’information et
d’analyse, qui est resté dans sa ligne éditoriale de l’information plurielle, du refus de
l’embrigadement financier et du rejet de la communication politique ?

Pourquoi, sans une plainte du Président Talon, Monsieur Adam Boni Tessi et plusieurs conseillers de
la HAAC,avec autant de rage et de ruse, et en dehors de toute norme républicaine en vigueur dans
notre pays, s’autosaisissent d’un imaginaire délit d’atteinte à la vie privée du chef de l’Etat ? Ainsi
qu’il sera démontré dans ces lignes, les réponses se trouvent simplement dans l’exécution d’un plan
de démantèlement du modèle béninois de démocratie, dans son volet liberté de presse. Tout le reste
n’est que futiles prétextes pour faire taire définitivement un organe qui gêne par son engagement
pour une presse écrite debout, responsable et jalouse de sa liberté pour informer sainement en
assurant, autant que faire se peut, la veille citoyenne dans un Etat de droit, de démocratie et de
liberté.

Il est utile de rappeler, ici, que la HAAC, dans l’épisode « La Nouvelle Tribune » a purement et
simplement pris le relais du service public des impôts, dont le professionnalisme et le grand esprit de
responsabilité des autorités et cadres ont fini par agacer les exécutants du projet politicien de
fermerture de l’entreprise de presse par son asphyxie financière, projet qui tardait à se réaliser.

L’actualité de ces derniers jours vient de lever toute équivoque sur le plan de liquidation définitive du
journal « La Nouvelle Tribune » qu’exécute sans pudeur l’institution de régulation par sa énième
inique interdiction de parution du quotidien jusqu’à nouvel ordre.

Pour entrer dans le vif du sujet nous allons, au cours du présent exercice, parler essentiellement de
la HAAC, de son rôle dans le paysage politico-médiatique du Bénin et de la fausse vision qu’elle
véhicule dans l’opinion, et singulièrement dans le monde médiatique. Nous allons le faire au travers
des trois décisions prises à l’encontre de notre quotidien :

1 - La décision N° 18-24/HAAC, du 23 mai 2018, portant mesure conservatoire contre le quotidien
« La Nouvelle Tribune » ;

2 -La décision N°18033/HAAC, du 26 juillet 2018, portant levée de mesure
conservatoire prise par le président ;

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3 -la décision N° 18034/HAAC, du 26 Juillet 2018 portant interdiction de parution du
journal « La Nouvelle Tribune ».

I/- La décision N° 18-24/HAAC, du 23 mai 2018, portant
mesure conservatoire contre le quotidien « La Nouvelle
Tribune »
De son caractère arbitraire, nous avons tout dit dès le premier jour parce qu’elle repose sur une
mauvaise interprétation de l’article 55 de la loi organique qui dispose : « En cas d’urgence et de
manquement aux obligations de la présente loi, le président de la Haute Autorité de l’Audiovisuel
et de la Communication peut ordonner à la personne qui en est responsable de se conformer à ces
dispositions, de mettre fin à l’irrégularité ou d’en supprimer les effets. Sa décision est
immédiatement exécutoire. Il peut prendre même d’office toute mesure conservatoire. » Nous
n’avons jamais cessé, depuis que la mesure nous a été brutalement et injustement imposée, de
dénoncer son usage, pour deux raisons :

a) elle ne concerne que la presse audiovisuelle ;
b) de pratique constante, avant l’avènement de cette mandature singulière de la HAAC, elle n’a
été appliquée qu’aux médias électroniques, jamais à la presse écrite : exemple des décisions
contre LC2, Golfe FM et CAPP FM. Depuis cette mandature elle a été appliquée trois fois,
sauf oubli de ma part : une première fois contre « Le Matinal »(et notre journal l’avait
dénoncé à l’époque), une autre fois contre « Audace Info » et, depuis le 23 mai courant,
contre notre journal. Les conseillers de la présente mandature ne se sont pas trompés sur le
caractère scélérat de la mesure conservatoire contre un journal : dans la foulée de sa
décision contre le quotidien « Le Matinal », ils avaient pris, à la date du 26 février 2016, une
décision capitale qui est restée cachée à l’ensemble des acteurs des médias, parce qu’elle ne
sert visiblement plus les intérêts des initiateurs de ladite décision. Il est important de
rappeler que, en février 2016,nous étions sous l’ancien gouvernement et à l’avant-veille de
l’avènement du gouvernement de la rupture.

Mais, que dit cette décision restée volontairement cachée?
Elle stipule qu’« en cas de prise de mesure conservatoire, le président de la HAAC dispose de cinq
jours pour en informer la plénière ». (voir annexe 1)Si cette décision, connue des responsables
des associations professionnelles avait été respectée, la plénière des conseillers aurait été réunie
dès le 28 mai, cinq jours après la prise de la mesure conservatoire et non plus d’un mois après
De toute évidence, le président Tessi et les conseillers acquis à sa cause ont décidé en toute
illégalité d’attendre plus de deux mois pour organiserl’audition inquisitoire afin de mieux
frapper l’opinion et justifier la gravité supposée de l’infraction imputée à « La Nouvelle
Tribune » ?

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II/- Les deux décisions, N°18-033/ et 18-03/HAAC, du 26 juillet 2018
Il va sans dire que ces nouvelles décisions, analysées sous toutes les coutures, sont sans base légale
et méritent d’être classées purement et simplement dans le registre des décisions scélérates
résultant essentiellement d’une volonté à peine voilée de nuire, juste pour rendre service et faire
plaisir à un commanditaire occulte dans une posture de Ponce Pilate.

De prime abord, il est notoire que cette décision ne vise dans son fondement aucune loi ni
disposition législative ou réglementaire. Il en résulte que, contrairement à la mesure conservatoire
pour laquelle l’article 55 de la Loi organique fut visé, tout à fait à tort d’ailleurs, la décision
d’interdiction prise aussitôt après la levée de suspension conservatoire prolongée ne repose sur
aucune disposition de la Loi.Il ne pouvait en être autrement, puisque nous sommes dans le registre
de l’arbitraire et de la voie de fait, sur fond de règlement de compte par l’instrumentalisation d’une
institution républicaine au seind’un espace pourtant « de droit ». De la sorte, la décision du 26 juillet,
portant interdiction de notre journal en « imprimé ou en ligne jusqu’à nouvel ordre », n’a aucun
fondement juridique puisqu’elle ne repose sur aucun texte. Et, aujourd’hui, les médias béninois
disposent d’une jurisprudence de taille.

III/- La jurisprudence du ‘’Béninois libéré’’portant fin de la mesure
d’interdiction du Béninois libéré
Depuis cette décision dont la HAAC a reçu notification et qui a permis à notre confrère de reprendre
ses parutions, à la grande joie et à la satisfaction de ses lecteurs, plus rien ne devrait être comme
avant et les Hauts Conseillers de la HAAC le savent. Dans le dernier considérant de son ordonnance ,
la Cour suprême estime en effet, « Qu’il y a par conséquent, au regard de tout ce qui précède, un
doute sérieux sur la légalité des sanctions prononcées par la HAAC contre les requérants ;Qu’il
convient de suspendre les effets de telles décisions »La cour suprême a estimé en effet qu’ en l’état
actuel du corpus de textes qui fondent son existence et son fonctionnement, la Haac ne dispose
d’aucun texte pour sanctionner un organe de presse écrite.Dans le titre VI de la loi organique
relative à la discipline et aux sanctions, l’article 40 donne compétence à la HAAC pour siéger en tant
que conseil de discipline. Cependant, l’article 43 (et non pas 42) dans l’ordonnance de la Cour
Suprême, précise que « les sanctions applicables ainsi que la procédure en matière disciplinaire
sont fixées par la loi ». A ce jour, aucune des mandatures de la HAAC n’a été capable de présenter
une proposition de loi dans ce sens. Toutes les mandatures ont profité du flou artistique entretenu
jusqu’alors et, lorsque la pratique des auditions publiques a été instaurée sous la HAAC du tandem
des feusZato et Houénontin, on est allé d’escalade en escalade et de décisions arbitraires en
décisions arbitraires sous le couvert de la lutte contre l’impunité en matière de dérives dans la
presse.

.Il ressort de ce qui précède qu’en matière de délit de presse la HAAC n’a d’autre choix que de saisir
la justice, selon les dispositions pertinentes du titre VII de la loi organique en son article 58 : « la
Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication saisit le procureur de la République de
toutes les infractions aux dispositions de la présente loi ». C’est donc à tort que la HAAC depuis
quelques années, dans une indifférence quasi générale, prend des sanctions de longue durée contre
les organes de presse écrite. Aux termes de la loi 60 -12, du 30 juin 1960, régissant la seule presse

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écrite avant l’avènement de l’audio-visuel, seul le juge peut suspendre un journal pour une période
n’excédant pas trois mois.Cette disposition a été reconduite textuellement dans le code de
l’information promulgué en 2015 et qui régit l’ensemble des médias. Il faut donc cesser
d’instrumentaliser la HAAC et de la prendre à tort pour ce qu’elle ne doit pas être, une sorte de père
fouettard que l’exécutif peut mettre en branle à sa guise pour des condamnations extra-judiciaires
dans le but de contourner les instances judiciaires dont on connaît l’extrême lourdeur. Or nous
sommes dans un Etat de droit et, dans un tel Etat, c’est la force du droit qui s’impose et non pas le
droit de celui qui dispose de la force brutale et aveugle.

Pour conclure
Ce qu’il convient de retenir, c’est que la plénière, sur le même motif et dans les mêmes
circonstances de temps et de lieu, a jugé et s’est déjugée. Il en va ainsi de la levée de la suspension
conservatoire et de la décision d’interdiction. De fait, mais jamais de droit, il se déduit le maintien
ignoble de la mesure de suspension conservatoire alors que plusieurs emplois sont mis en péril. De
la même façon, le droit à l’information des abonnés et des citoyens se trouve durablement violé,
dans un mépris total des normes démocratiques en vigueur dans les Etats civilisés à l’époque où
nous vivons.

Dans ces conditionsl’interdiction renouvelée, de quelle mesure conservatoire participe-t-elle, et
pour quel fait à prévenir d’urgence ? Les prédateurs des libertés auront du mal à convaincre les
esprits sains et les citoyens de notre pays de la pertinence et de la justesse de cette mesure
itérative. Il est clair que la machine broyeuse de toute résistance à la construction pernicieuse de la
pensée unique, notamment à travers l’infantilisation et la crétinisation des hommes et des femmes
des médias, d’une part, et du bâillonnement de la presse libre, d’autre part, est en marche sous la
furie du président et de quelques conseillers de la HAAC. Le constater ainsi et le dire avec conviction
et verve n’est pas faire outrage à une autorité ou à une personne, tant s’en faut.

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ANNEXE I

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ANNEXE II
N°001/CA du Répertoire N° 2016-170/CA2 du greffe ordonnance du 31 mai 2017

Affaire : Aboubakar Takou et Eric Tchiakpè C/ Haute Autorité de l’Audiovisuel
et de la Communication (Haac)

République du bénin au nom du peuple Béninois

Cour Suprême Chambre Administrative, la Cour,

Vu la requête en date à Cotonou du 20 décembre 2016,enregistrée au Greffe
de la Cour le 22 décembre 2016 sous len°0800/GCS, par laquelle le conseil des
requérants Aboubakar Takou et Eric Tchiakpè, maître Alfred Bocovo, avocat à la Cour, demeurant
et domicilié à Cotonou, carré n°3475 « D » Agla zone A immeuble Nansi de doutin, 02 BP : 911,
téléphone 21-30-32-83, sollicite du juge des référés qu’il soit ordonné la suspension de la
décision n°11-063/Haac du 08 décembre 2011 par laquelle la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la
Communication (Haac) a ordonné, d’une part, l’interdiction définitive de parution en République
du Bénin, du quotidien " Le Béninois Libéré ", la saisie conservatoire de tout écrit ou imprimé
et la mise sous scellé dudit journal et d’autre part, l’interdiction de l’exercice de la
profession de journaliste au Bénin et de création d’un organe de presse par les requérants,
jusqu’à nouvel ordre ;

Vu le mémoire en défense de la Haute Autorité de l’audiovisuel et de la
Communication enregistré au Greffe de la Cour le 20 janvier 2017;

Vu le mémoire en réplique de maître Alfred Bocovo enregistré au Greffe de la Cour
le 07 avril 2017 ; Vu la Loi organique n°92-021 du 21 août 1992 relative à la Haute Autorité de
l’Audiovisuel et de la Communication;

Vu les dispositions des articles 38 et 39 de la loi n° 2004-07 du23 octobre 2007 portant
composition, organisation, fonctionnement et attributions de la Cour Suprême ;Vu les dispositions
des articles 838 et 839 de la loi n° 2008-07du 28 février 2011 portant code de procédures civile,
commerciale, sociale, administrative et des comptes ; Vu l’avis du Parquet général près la
Cour suprême après communication du dossier ; Après avoir entendu à l’audience, les requérants
et leur conseil maître Alfred Bocovo ainsi que le représentant de la Haute Autorité de
l’Audiovisuel et de la Communication (Haac) ; Après en avoir délibéré conformément à la loi ;

En la forme

Sur la recevabilité

Considérant que les requérants, par l’organe de leur conseil, évoquent, à l’appui de leur
recours en référé suspension, l’urgence qu’il y a à paralyser les effets liés à la décision n°11-
063/HAAC du08 décembre 2011 qui porte gravement préjudice à leurs intérêt juridiquement

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protégés par la loi sur la liberté de la presse au Bénin ;Qu’ils soutiennent que l’institution de
régulation de la presse écrite et de l’audiovisuel est reprochable de :- détournement de pouvoir
et violation de l’indépendance de l’institution en ce que, pour que les Conseillers de la
Haac prennent la décision, il a fallu que le Président de la République du Benin l’ait suscitée en leur
faisant des promesses ;- violation des droits de la défense parce que les conseillers de la Haac ont
rejeté leur demande consistant à leur accorder du temps pour organiser leur défense, étant
donné que c’est à une séance d’audition qu’ils ont été informés des faits qui leur sont
reprochés;- inexactitude des faits, erreur de droit et de qualification juridique des faits en raison
d’une part, du fait qu’au moment de la prise de la sanction de sa radiation, Aboubakar Takou
n’était que le promoteur du journal et qu’au regard de l’article 40 de la loi n°60-12du 30 juin 1960
sur la liberté de presse visée par la Haac dans sa décision, il n’avait commis et ne pouvait
commettre une faute à caractère déontologique et d’autre part, qu’à supposer que les faits
incriminés constituaient une faute déontologique, ils ne sauraient justifier la sanction
disproportionnée de radiation de la profession de journaliste et d’interdiction de création
d’organe de presse non enfermée dans un délai ;

Considérant que les requérants soutiennent en outre que leur recours mérite d’être accueilli
favorablement parce que remplissant les conditions de fond et de forme du référé-suspension
;Considérant que la Haac, par les écritures de son président, soutient que c’est en vertu de son
pouvoir de régulation des médias et conformément à l’article 99 de son règlement intérieur qu’elle a
décidé des mesures prises contre le journal " Le Béninois Libéré" et les responsables de cet
organe de presse écrite dont les écrits contenus dans un

« titre ronflant » du journal paru sous le n° 1433 le6 décembre 2011, ont un caractère « injurieux,
offensant, susceptible de porter atteinte aux relations diplomatiques entre les pays du
Conseil de l’Entente» ;

Considérant que la Loi n° 2004-07 du 23 octobre 2007 a prévu en ses articles 38 et 39
la procédure de référé et de constat d’urgence ; Considérant par ailleurs que conformément
aux dispositions de l’article 839 de la loi n° 2008-07 du 28 février 2011 portant Code de procédure
civile, commerciale, sociale, administrative et des comptes, le juge des référés en
matière administrative, peut, sur simple requête, ordonner toutes mesures utiles relatives
à des questions de fait telles qu’une instruction, un constat ou une mesure conservatoire
provisoire;

Considérant que pour être recevable, le recours en référé-suspension doit se
rapporter à une décision administrative, être distinct et avoir un caractère accessoire à un
recours principal lui-même recevable ;

Considérant que les requérants en la présente cause ont saisi le juge administratif d’un
recours en référé-suspension de la décision°11-063/Haac du 08 décembre 2011 prise par la
HAAC sous forme de sanctions à eux infligées ;

Considérant que cette décision prise par la Haac, institution constitutionnelle de la
République doit s’analyser comme une décision administrative même si elle est prise
par un organisme administratif à caractère juridictionnel ;

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Considérant que les requérants, avant la saisine de la Cour de leur recours en référé-
suspension, ont introduit devant la Haute juridiction, une requête en annulation de la décision
querellée ;

Que cette requête en date à Cotonou du 26 janvier 2012 a été enregistrée au greffe de la
Cour le 08 février 2012 sous le numéro153/GCS et a donné lieu à l’ouverture de la procédure
n°2012-15/CA1 encore en cours d’instruction à la Haute juridiction ;

Considérant qu’au regard des pièces versées audit dossier, il y a à préjuger de la recevabilité
du recours en annulation introduit par les requérants ;

Considérant que des observations versées au dossier du recours en suspension aussi bien par
les requérants que par la Haac, il se dégage comme une constance, que la décision dont la
suspension est sollicitée, a été prise par la Haac à l’issue de la séance d’audition à laquelle les
requérants ont été conviés ;

Considérant que la question se pose de savoir si une telle séance d’audition, au
regard des textes régissant la Haac peut s’ériger en conseil de discipline pour prononcer des
sanctions contre des journalistes présumés coupables de dérives professionnelles ;Considérant que
cette situation de fait jette un doute sérieux sur la légalité des sanctions prononcées contre les
requérants ;Qu’il y a lieu par conséquent, au regard de tout ce qui précède, de déclarer recevable la
requête en référé-suspension introduite parles requérants ;

Au fond

Sur l’urgence à statuer en la présente cause,

Considérant que la suspension d’une décision administrative est subordonnée notamment à
une condition d’urgence ; Que l’urgence justifie la suspension de l’exécution d’une décision
administrative lorsque celle-ci porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate, à
un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre; Qu’il appartient
au juge des référés d’apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le
requérant, si les effets de la décision contestée sont de nature à caractériser une urgence justifiant
que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l’exécution de la décision soit
suspendue; Qu’il découle de ce qui précède que l’urgence doit être appréciée
objectivement et compte tenu de l’ensemble des circonstances de l’affaire;

Considérant que dans le cas d’espèce, la condition de l’urgence doit s’apprécier de façon
pragmatique et concrète en fonction des données ayant rapport aux intérêts des requérants qui ont
vu non seulement leur organe de presse, le quotidien " Le Béninois Libéré», interdit de parution,
de façon formelle et définitive mais également, ordonner la saisie conservatoire de tout écrit ou
imprimé et la mise sous scellé du journal ;

Considérant en outre que la Haac, en dehors des mesures prises contre l’organe, en tant
que structure de presse, a décidé sur l’exercice de la fonction des requérants en ce que
qu’ils sont désormais, jusqu’à nouvel ordre, interdits de la profession de journaliste au

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Bénin et de création d’un organe de presse ; Considérant que tout ceci suffit à convenir de l’urgence
qu’il ya à voir le juge des référés prendre des mesures provisoires ;Qu’en effet, depuis le 08
décembre 2011 jusqu’à la saisine de la Cour en référé-suspension, les mesures prises à
l’encontre des requérants à titre personnel et celles découlant de la fermeture formelle
et définitive ainsi que celle de saisie conservatoire et du scellé de l’organe de presse, continuent de
courir et de produire leurs effets jusqu’à ce jour, créant ainsi des préjudices suffisamment
graves aux requérants ; Que la condition de l’urgence se trouve donc réalisée ;Sur le doute
sérieux quant à la légalité de la décision querellée Considérant que la décision querellée a
été prise par la Haac à l’issue d’une " audience publique " tenue le 08 décembre 2011 ;Mais
considérant que si la Haac, organe de régulation de la presse écrite de service public et du secteur
privé de même que des médias audiovisuels peut, dans le respect de la loi organique la
régissant, mettre en place un dispositif administratif d’accomplissement de sa mission
constitutionnelle, il n’en demeure pas moins vrai que la question se pose de savoir si une telle
instance peut s’ériger en conseil de discipline pour prononcer des sanctions d’une telle gravité à
l’encontre des requérants ;Considérant que ni dans ses observation écrites, ni à l’audience de la
Chambre administrative, le 31 mai 2017, la Haac n’a pu indiquer les compétences de cette
instance (audience publique) en matière disciplinaire ;

Qu’elle soutient plutôt, en accord du reste avec les requérants, que les dispositions de
l’article 42 de la loi organique relative à la Haac qui précisent que les sanctions applicables
ainsi que la procédure en matière disciplinaire feront l’objet d’une loi, n’ont pas été mises en
œuvre puisque cette loi prévue par la loi organique, n’a pas été adoptée à ce jour ;

Considérant que dans ces conditions, le juge devra s’interroger également sur l’existence
d’échelle de sanctions applicables aux acteurs de la presse reprochables de fautes
professionnelles ou disciplinaires ;

Qu’il y a lieu de se demander la base sur laquelle les fautes reprochées aux requérants, si
importantes et avérées soient-elles, ont été sanctionnées par des peines aussi lourdes et
graves allant de l’interdiction formelle et définitive de parution du journal "Le Béninois
Libéré" à l’interdiction d’exercice par les requérants de profession de journaliste ;

Que la base légale de telles sanctions n’a pu se révéler au cours des débats menés à
l’audience de ce jour ;

Qu’il y a par conséquent, au regard de tout ce qui précède, un doute sérieux sur la légalité
des sanctions prononcées par la HAAC contre les requérants ; Qu’il convient de suspendre les effets
de telles décisions ;

Par ces motifs,

Ordonne :

Article 1er : La requête en référé suspension en date à Cotonou du 20 décembre 2016 de
Aboubakar Takou et Eric Tchiakpè assistés de maître Alfred Bocovo tendant à voir le juge des référés
ordonner la suspension de la décision n° 11-063/Haac du 08 décembre 2011, est
recevable.

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Article 2 : La décision n°11-063/HAAC du 08 décembre 2011 prise par la Haute Autorité de
gggggggggggg est suspendue avec toutes les conséquences de droit
l’Audiovisuel et de la Communication(HAAC)
jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur le recours en annulation pour excès de pouvoir introduit par
les requérants.

Article 3 : Les dépens sont réservés.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à messieurs Aboubakar Takou et Eric
Tchiakpè, à maître Alfred Bocovo, au Président de la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de
la Communication (Haac) et au Procureur général près la Cour Suprême. Ainsi fait et
délibéré par la Cour suprême (Chambre administrative statuant en matière des référés)
composée de : Victor D. Adossou, Président de la Chambre administrative ; Président ;
Etienne Fifatin et Conseillers ; Rémy Kodo Et prononcé à l’audience publique du mercredi trente et
un mai deux mille dix-sept, la Cour étant composée comme il est dit ci-dessus en présence
de : Nicolas Pierre Biao, Ministère Public ; Dénis Togodo, Greffier ; Et ont signé :

Le président-rapporteur, Le greffier. Victor D. Adossou, Dénis Togodo.

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