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EPAULE

(Suite de la page 1) ou probabilités a posteriori, Lésion
développées par Bayes permet Signe clinique Positive Négative
1 de répondre à ces questions. Positif Vrai positif Faux-positif
Négatif Faux négatif Vrai négatif

LES SIGNES D’APPEL Méthode de calcul Commentaires
Sensibilité Vrai positif C’est la capacité d’un test à
vrai positif + faux négatif dépister une lésion quand elle
La douleur est le symptôme le est présente.
plus fréquent, l'impotence fonc- Un signe est d’autant plus
tionnelle étant souvent associée sensible qu’il est souvent présent
dans la pathologie
(Apoil and Dautry, 1978)
Spécificité Vrai négatif C’est la proportion de patients
(Brems, 1988) (Hawkins and vrai négatif + faux positif ayant un test négatif et pas de
Hobeika, 1983) (Post, 1987). La lésions. La spécificité estime la
douleur est pratiquement isolée probabilité de l’absence du signe
dans les tendinites ou les petites en l’absence de pathologie
ruptures et la limitation de
ligament acromio-coracoïdien histologique qui seront probable- mobilité apparaît dès que deux Méthode de calcul Commentaires
(Apoil and Dautry, 1978) (Post et ment les voies du traitement tendons sont atteints. La pseu- Valeur prédictive Vrai positif Probabilité de la lésion chez
al., 1983) (fig. 2) ainsi que l'arti- futur. do-paralysie n’est rencontrée positive vrai positif + faux positif les patients dont le test clinique
que dans les ruptures étendues est positif
culation acromio-claviculaire en
Dans les lésions « conflictuelles » (plus de 2 tendons) (Norwood et Valeur prédictive Vrai négatif La proportion de patients n’ayant
particulier par ses ostéophytes sous acromiales, on distingue négative vrai négatif + faux négatif pas de lésions parmi ceux dont le
inférieurs (fig. 3) (Petersson and al., 1989) (Gschwend et al., test est négatif
les tendinites et les ruptures de 1988). Cependant une grande
Gentz, 1983). L’hypothèse d’une coiffe, qui en serait l'aboutisse- Précision Vrai positif + vrai négatif Mesure le pourcentage de sujets
souffrance vasculaire proposée rupture de la coiffe peut être (fiabilité) Vp + fp + vn + fn bien classés par le test utilisé
ment. Les ruptures sont, elles- totalement asymptomatique et diagnostique
dès 1939 [Lindbolm] est égale- mêmes, séparées en petites rup-
ment évoquée. L’insuffisance se révéler brutalement au
tures (accessibles facilement à Tableau 1, 2 et 3 : Méthodes de calcul utilisées pour apprécier la sensibilité, et la
vasculaire peut être secondaire à décours d’un traumatisme spécificité et la valeur prédictive.
la réparation ou ne déstabilisant mineur, alors qu'une simple ten-
un effet de tension sur la coiffe pas la tête humérale) et en
lors des mouvements qui empê- dinite peut être extrêmement mais également parce qu’il va tion (Dumontier, 1992) (Jobe
grandes ruptures (plus de deux douloureuse et invalidante. La permettre de jauger le patient, and Jobe, 1983) (Norwood et
cherait la circulation du flux vas- tendons habituellement) qui
culaire près de l’insertion humé- fréquence réelle des ruptures d’apprécier sa gêne réelle, sa al., 1989) et chez les travailleurs
s’accompagnent d’une excen- asymptomatiques est très diver- demande fonctionnelle. Il va manuels lourds. Dans une série
rale (Rathbun and Macnab, tration de la tête et aboutissent à
1970). Elle pourrait également sement appréciée. Les travaux également permettre de « briser d’hommes adultes, la prévalen-
terme à une arthrose excentrée plus anciens, notamment ceux la glace » et un patient détendu
être liée à l’augmentation de la ce des tendinopathies était de
(Noel et al., 1989). de Welfling et De Sèze retrou- est toujours plus facile à exami-
pression dans l’espace sous-acro- près de 20%, plus élevée chez
mial lors des mouvements d’élé- Il est classique de dire qu’il exis- vaient jusqu'à 50 % et plus de ner. La plainte du patient, son les manuels ayant à faire des
vation (la pression de repos de 8 te une discordance anatomo-cli- ruptures après cinquante ans. âge, le mode de début, l’ancien- mouvements de force « sta-
mm Hg dans la bourse s’élève à nique et que toutes les lésions Neer ne retrouvait lui que 5 % neté des troubles et leur évolu- tiques » que chez les travailleurs
56 mm Hg quand le bras est flé- peuvent répondre au même de ruptures complètes sur 500 tion oriente déjà le diagnostic. manuels dont le travail était plus
chi à 45° en tenant un poids d’un tableau clinique, car il n'existe- cadavres, toujours âgés de plus La profession, le sport ou les dynamique (Herberts et al.,
Kg dans la main) (Sigholm et al., rait pas ou peu de signes spéci- de 40 ans (Apoil and Dautry, activités de loisirs pratiquées, la 1984). Le risque d’atteinte de la
1988). Si le terme de conflit, fiques (Litaker et al., 2000) 1978) (Post et al., 1983) (Neer, dominance et le côté atteint, les coiffe est 9 fois moins important
popularisé par Neer et facile à (Murrell and Walton, 2001). 1972). Il existe une augmenta- traitements déjà instituées et chez les employés de bureau
faire admettre aux patients, est C’est en partie vrai, et l’examen tion importante de la fréquence leur efficacité apportent des (Herberts et al., 1984).
largement répandu, la physiopa- clinique ne peut pas tout mon- des ruptures avec l’âge des informations complémentaires.
trer. Le travail de Yamaguchi et patients comme en témoigne le Les ruptures de la coiffe sur- Les antécédents, en particulier
thologie exacte des lésions de la
al. a montré que les lésions les travail de Yamaguchi et al. qui viennent plus volontiers sur le douloureux et les circonstances
coiffe reste mal connue (Fu et al.,
plus larges sont souvent les plus retrouvent, sur une série de 588 membre dominant de sujet mas- déclenchantes (hyperutilisa-
1991). En plus des travaux pré-
symptomatiques (Yamaguchi et échographies consécutives 212 culin vers la cinquantaine tion, chute, un début brutal ou
cités, les recherches actuelles
montrent une prédisposition al., 2006). Avec de la rigueur, coiffes intactes, 199 lésions uni- (Szalay and Rockwood, 1984) progressif...) sont très évoca-
génétique (Harvie et al., 2004) et cet examen clinique apporte des latérales et 177 bilatérales (Rolf et al., 2006), travaillant teurs. La notion de traumatis-
des anomalies biochimiques et arguments solides pour envisa- (Yamaguchi et al., 2006). À par- avec le bras au-dessus du plan me déclenchant se rencontre
ger avec une bonne certitude et tir de cette série, ils estiment à horizontal de l'épaule (déména- essentiellement dans les rup-
l’existence d’une lésion anato- 50% le pourcentage de patients geurs, livreurs, maçons, peintres tures étendues (2 tendons et
2
mique et son étendue. Nous ayant une rupture de coiffe après ,...). Les tendinopathies se ren- plus) (Norwood et al., 1989).
insisterons donc beaucoup sur la 66 ans. Dans une série clinique, contrent chez des sportifs de la Cependant, en raison de l’allon-
fiabilité des signes d’examen la fréquence des ruptures passe trentaine pratiquants des sports gement de la durée de vie, les
donnant, quand elles sont de 33% chez les quadragénaires de lancer, le tennis ou la nata- douleurs de coiffe s’observent
connues la sensibilité, la spécifi- à 55% chez les quinquagénaires
cité, la valeur prédictive positive (Murrell and Walton, 2001). DIAGNOSTIC DIFFERENTIEL
et négative, et la précision dia- Dans une autre série, après 70
gnostique (Tableau 1, 2 et 3). ans, plus de 50% des patients Les principales autres douleurs de l’épaule qui ne sont pas des
présentent une rupture de la pathologies de la coiffe sont l’atteinte acromio-claviculaire, la
Sensibilité et spécificité ne per- compression du nerf suprascapulaire, l’arthrose gléno-humérale,
coiffe, et cette fréquente monte
mettent cependant pas de la capsulite rétractile et les pathologies du rachis. Plus rarement
à 80% chez les octogénaires
répondre à la question suivante : il s’agit de pathologies pleuro-pulmonaires, cardiaques, abdomi-
Si le résultat d’un test est patho- (Milgrom et al., 1995). Seuls les
patients âgés et porteurs d’une nales ou laryngées. La plupart seront dépistées par l’examen cli-
logique, quelle est la probabilité nique et des examens complémentaires simples. La principale dif-
que le patient ait une lésion ? À fracture de la tête humérale ont
une fréquence très basse (5%) ficulté tient à l’intrication fréquente de douleurs de la coiffe à des
l’opposé, si le test est négatif, douleurs d’origine rachidienne. Environ 500,000 cas de névral-
quelles sont les chances que le de lésions associés de la coiffe
(Parsch and Wittner, 2000). gie cervicobrachiale sont diagnostiqués chaque année aux USA.
patient n’ait pas de lésion ? Le La douleur cervicale se projette le plus souvent dans la région
calcul des valeurs prédictives, Le bilan clinique sera toujours inter-scapulo-vertébrale au bord interne de la scapula. Elle irra-
associé à des radiographies stan- die à la face postérieure de l’épaule le plus souvent et se poursuit
3 dards, afin d'éliminer d'autres sur le membre supérieur au bord externe (C5-C6), sur la face
pathologies régionales (Apoil postérieure (C7) ou au bord interne du membre (C8-T1). Elle
and Dautry, 1978) (Post et al., s’accompagne de paresthésies dans la forme typique. La douleur
1983). est volontiers calmée par l’élévation du bras et augmentée par
les mouvements, les efforts, la toux et le décubitus qui favorisent
la congestion veineuse cervicale. A l’examen le rachis est dou-
L’INTERROGATOIRE loureux à la mobilisation, l’épaule étant indolore. Le mouvement
le moins bien toléré est la rétro-flexion active et passive du
rachis associée à une latéro-flexion. La manœuvre de Spürling
Il représente un moment impor- (pression axiale et prolongée sur le vertex) et celle de Roger et
tant de la consultation. Non seu- Bilikas (Lasègue du membre supérieur associant abduction, rétro
lement parce qu’il permet très pulsion et rotation externe du bras et supination de l’avant-bras)
sont assez spécifiques de la NCB.
souvent d’orienter le diagnostic,
18 MAITRISE ORTHOPÉDIQUE
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fréquemment chez des femmes and Hobeika, 1983) (fig. 4). Il (Hawkins and Bokor, 1998). On 4
sédentaires. faut regarder le patient se désha- étudie l'aspect global du patient,
biller (et se rhabiller) pour le balancement des bras à la
La sensation de déchirure bruta-
apprécier sa gêne fonctionnelle marche si le lieu s’y prête.
le lors d’un port de charge ou
(Yocum, 1983). Les patients L'attitude antalgique est parfois
d’un effort inhabituel est parti-
sont souvent incapables de reti- évocatrice : une attitude bras
culièrement évocatrice d’une
rer leurs vêtements par le haut et pendants cherchant à dégager
rupture de coiffe dégénérative.
doivent les faire glisser le long l'espace sous-acromial évoque
On précisera ensuite les carac- du bras atteint. L’examen se fait un conflit supéro-externe
tères de la douleur : son type, de face et de dos, debout, comme l’avait noté Codman
son siège et son horaire. La patient relâché. (Shankwiler and Burkhead,
douleur siège habituellement au 1996). On recherche une attitude
niveau de la région deltoïdienne L’inspection va apprécier l’atti- antalgique du rachis cervical. La
antérieure et latérale et irradie tude spontanée du patient, distance entre l’acromion et la
dans le bras sans dépasser le l’aspect des muscles, l’existence base du cou est diminuée dans
coude (Gerber et al., 1998). Elle de déformations, d’un œdème et les « contractures » antalgiques
est plutôt diffuse, profonde. Les les modifications de la peau du trapèze, augmentée lorsque
douleurs de la région trapézien- (Clarnette and Miniaci, 1998) existe une amyotrophie ou une
ne et des rhomboïdes se voient
plutôt dans les pathologies
rachidiennes, la fibromyalgie
ou sont des douleurs projetées
abdominales ou thoraciques.
Les douleurs de la partie supé-
rieure de l’épaule peuvent être
secondaires à une atteinte de
l’acromio-claviculaire, ou à une
compression du nerf ulnaire
(Shankwiler and Burkhead,
1996). Les douleurs posté-
rieures de la scapulo-humérale
sont plus souvent d’origine
arthrosique ou rachidiennes.
L’intensité de la douleur est très
variable allant de la crise hyper-
algique de certaines tendinopa-
thies calcifiantes à la simple
douleur provoquée lors de
l’examen clinique. Son intensi-
té peut être évaluée sur l’échel-
le visuelle analogique de
Huskinsson (ou plus simple-
ment verbale). Il s’agit habi-
tuellement d’une douleur de
type mécanique, diurne, aug-
mentée par les mouvements,
surtout en élévation et calmée
par le repos. Les douleurs noc-
turnes, lors du changement de
position au début, sont égale-
ment très évocatrices et très
souvent le patient est incapable
de dormir sur le côté atteint.
Les crises douloureuses hyper-
algiques sont rencontrées dans
les tendinopathies calcifiantes.
C’est au cours de l’interrogatoi-
re qu’on va également apprécier
l’importance de la gêne fonc-
tionnelle professionnelle et dans
les activités quotidiennes. Cette
gêne est également chiffrée, sur
une échelle analogique ou en
pourcentage (voir infra la fiche
de Constant). Cette évaluation
des besoins du patient est indis-
pensable à la décision thérapeu-
tique. En effet, les lésions éten-
dues de la coiffe chez les per-
sonnes âgées imposent une
sérieuse mise en balance des
avantages et des inconvénients
d’une option chirurgicale.

L’INSPECTION
Le sujet doit être examiné nu
jusqu'à la ceinture (sauf les
femmes chez qui on respectera
l’intimité en les examinant en
soutien-gorge ou, comme les
Américains avec une chemisette
qui découvre les épaules), et
l'examen des épaules sera symé-
trique et comparatif (Hawkins
MAITRISE ORTHOPÉDIQUE 19
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atteinte du nerf accessoire (nerf 5a 5b conflictuelle à la palpation du
du trapèze) (Brems, 1988). ligament acromio-coracoïdien
est sensibilisée en associant des
On examine le patient d’abord
mouvements de rotation du bras
de dos à la recherche d’une
à la palpation du ligament. Le
éventuelle amyotrophie du
subscapularis est palpé en rota-
supraspinatus et/ou du supraspi-
tion externe, juste en dehors de
natus et de l'infraspinatus très
la coracoïde. Le supraspinatus
évocateur d'une rupture étendue
est palpé en extension de
et ancienne de la coiffe. L’atro-
l’épaule, juste en regard du bord
phie est d’autant plus marquée
antéro-externe de l’acromion.
que la rupture touche l’infraspi-
L’infraspinatus est palpé au
natus (Shimizu et al., 2002).
bord postéro-externe de l’acro-
Cette atrophie est plus facile à
mion quand on porte le bras en
voir à jour frisant, et plus évi-
6a 6b flexion légère et rotation interne
dente pour l’infraspinatus dont
(Clarnette and Miniaci, 1998).
l’atrophie fait « saillir » l’épine
de la scapula (Hawkins and En palpant le trochiter, il est par-
Bokor, 1998) (fig. 5). Pour le fois possible de palper un crépi-
supraspinatus, l’atrophie est tement, témoin de l'épaississe-
souvent masquée par le relief ment de la bourse séreuse sous-
du trapèze et elle est surtout acromio-deltoïdienne. La palpa-
« palpable », par comparaison tion d’une rupture de coiffe a été
au côté opposé. On recherche initialement décrite par Codman
également une amyotrophie du en 1911 sous la forme d’une
deltoïde, plus visible quand on dépression perçue à travers le
est face au patient (fig. 6). deltoïde (Codman, 1990) (fig.
11). On palpe à travers le deltoï-
On recherche également les
de, en avant de l’acromion d’une
cicatrices antérieures, l’existen- 7 8
main, pendant que l’autre main
ce d’un épanchement rencon-
tient le coude (fléchi) du patient
trée dans la polyarthrite rhuma-
pour mobiliser l’épaule en rota-
toïde ou dans les ruptures mas-
tion pendant que le bras est porté
sives de coiffe (épaule sénile
en extension. L’examinateur
hémorragique) (fig. 7).
palpe une « proéminence » qui
Le plus souvent cependant, en correspond à la partie supérieure
dehors de la constatation d’une du trochiter en cas de rupture
amyotrophie dans les lésions complète, et une « dépression »
étendues, l’inspection est peu qui correspond à la rupture. Dans
contributive. la série de 109 patients de Wolf,
la sensibilité d’un tel test est de
95,7% ; la spécificité de 96,8%,
la valeur prédictive positive de
PALPATION 9 raît en rotation externe et supi-
nation. Si la douleur se situe sur 95,7%, la valeur prédictive néga-
le haut de l'épaule, il s'agira tive de 96,8% et la précision dia-
Elle recherche des points dou- plus probablement d'une patho- gnostique de 96,3%. Pour
loureux sur le trochiter, la poin- logie acromio-claviculaire alors d’autres auteurs, à partir de 42
te de l'acromion, la coracoïde, le que si la douleur se situe dans patients, la sensibilité (91%), la
ligament acromio-coracoïdien et l'épaule, il s'agit plutôt d'une spécificité (75%), la VPP (94%),
l'articulation acromio-clavicu- pathologie du bourrelet. Au la VPN (66%) et la précision
laire (Post, 1987) (Brems, total ces examens sont assez diagnostique (88%) étaient assez
1988). Nous nous plaçons habi- sensibles mais peu spécifiques proches (Lyons and Tomlinson,
tuellement dos au patient et, de (Walton et al., 2004). 1992). Cependant, comme le fait
façon comparative, nous pal- remarquer Wolf, l’examen est
La palpation de la coracoïde
pons les sterno-claviculaires, plus difficile chez les sujets les
n’est pas très informative car
puis la clavicule pour arriver sur plus corpulents (graisse ou
antérieure qui réveillera les dou- ment en adduction (15°) et en elle est très souvent sensible, y
l’acromio-claviculaire (fig. 8). muscles), et il insiste sur la
leurs en cas de pathologie acro- rotation interne (pouce en bas) compris chez les sujets sains.
L’acromio-claviculaire est sou- nécessité de palper au bord anté-
mio-claviculaire. Le test puis externe (pouce en l’air) de Le trochiter est plus facile-
vent masquée par la graisse rieur de l’acromion chez un
d’O’Brien consiste à demander résister à une pression supéro- ment palpé en extension et
sous-cutanée et n’est visible que patient bien détendu. Si nous
à un patient dont le bras, coude inférieure. Le test est positif si rotation externe ce qui dégage
chez les sujets les plus maigres. palpons parfois les ruptures de
en extension, est porté en éléva- une douleur apparaît en rotation l’insertion du supraspinatus.
La palpation permet de recher- coiffe (ou avons l’impression de
tion antérieure à 90°, légère- interne et pronation puis dispa- La recherche d’une douleur
cher une sensibilité à la pression les palper), nous ne prétendons
signe de souffrance. Chez les pas être capable de façon fiable
10 11
sujets enrobés, l’articulation est d’identifier le bord interne de la
parfois difficile à palper et il coiffe, ou de différencier par la
faut s’aider des repères de palpation une rupture complète
Neviaser. L’articulation acro- d’une rupture partielle ou d’une
tendinite calcifiante comme le
mio-claviculaire est immédiate-
propose Wolf !
ment antérieure à la dépression
palpable entre la clavicule en La gouttière bicipitale est pal-
avant, l’acromion en dehors, pée environ 3 à 5 cm en des-
l’épine de la scapula en arrière sous de l’acromion, elle est
(fig. 9). La douleur acromio-cla- antérieure lorsque le bras est en
viculaire irradie latéralement rotation interne de 10°. Il est
dans le cou, dans la région du plus facile de la sentir rouler
trapèze et dans la région du del- sous les doigts en faisant des
toïde (Gerber et al., 1998). Elle petits mouvements de rotation,
est augmentée quand on porte en prenant garde de ne pas
passivement le bras en adduc- confondre le relief palpé avec le
tion horizontale, c'est-à-dire bord antérieur du deltoïde. Le
quand on croise le bras à l’hori- test de De Anquin consiste à
zontale devant le tronc (c’est le réveiller la douleur lorsque le
cross-body adduction test) (fig. biceps passe sous le doigt de
10). Le test de Paxinos consiste l’examinateur pendant que le
à placer son pouce sur l’acro- bras du patient est porté en rota-
mion en arrière, l’index étant tion. Lippman réveillait la dou-
sur la clavicule en avant et à leur en plaçant ses doigts en
exercer une poussée postéro- crochet et en tirant sur le tendon
20 MAITRISE ORTHOPÉDIQUE
EPAULE
du biceps. Etant donné la diffi- quelle que soit l’origine de la
culté anatomique à palper le capsulite ; d’une part parce que
tendon, ce test n’a probable- les autres tests d’examen sont
ment aucune valeur (Shankwiler faussés par la raideur ; d’autre
and Burkhead, 1996). part parce qu’une épaule souple
Enfin il ne faut pas oublier de est un préalable à tous les traite-
palper en passant le creux sus- ments, hormis la rééducation.
claviculaire et l’aisselle, à la Si l’épaule est souple en passif,
recherche notamment de gan- il faut ensuite porter le bras en
glions. abduction et tester la rotation
Au total, ce que la palpation interne passive en comparant au
retrouve le plus souvent dans les côté opposé ; la rétraction cap-
lésions de la coiffe, c’est une sulaire postérieure est rare, elle 12 13
douleur à la pression de la partie se voit plutôt chez des sujets
antérieure de l’acromion ou du sportifs et la douleur est plutôt
ligament acromio-coracoïdien. postérieure, sur l’interligne.

ETUDE
DES MOBILITES
PASSIVES
C’est le temps qui précède obli-
gatoirement tous les tests de
mobilisation active ou les test
provocateurs. On commence par
apprécier la mobilité de la
gléno-humérale en abduction et
en rotation externe. Cet examen
doit être comparatif car si il
n'existe pas de références abso-
lues de la mobilité de l'épaule,
les mobilités sont symétriques
chez un individu donné. L’exa-
men est plus facilement fait en
se plaçant dans le dos du patient.
La rotation externe est appréciée
en maintenant le coude fléchi le
long du corps du patient et en
faisant tourner ses avant-bras
(fig. 12). Une augmentation de
la rotation externe passive doit
faire évoquer la rupture du sub-
scapularis. L’apparition de dou-
leurs en rotation externe passive
forcée serait, pour Hertel, indi-
catif de lésions (partielles) de
l’intervalle des rotateurs.
L’abduction scapulo-humérale
passive est appréciée en portant
le bras en abduction et en main-
tenant la pointe de la scapula
avec l’autre main (fig. 13). Chez
les patients très douloureux, il
faut pouvoir distinguer la fausse
raideur antalgique de la raideur
par rétraction des parties molles.
On peut apprécier la mobilité
passive en demandant au patient
de se pencher vers l’avant, bras
ballants, comme l’avait proposé
Codman. Lorsque le patient est
en flexion du tronc de 90° et
que le membre supérieur ballant
est vertical, cela implique une
antépulsion passive d’au moins
90°. Dans ces cas, s’il souhaite
démontrer l’absence de raideur,
l’examinateur soutient alors le
bras pendant et demande au
patient de se redresser. La possi-
bilité de porter ainsi le bras
en l’air confirme la liberté cap-
sulaire.
L’existence d’une réelle limita-
tion de la mobilité passive signe
la capsulite rétractile (en
l’absence d’anomalies ostéo-
articulaires) qu'il faudra tou-
jours traiter avant une quel-
conque lésion de la coiffe
(Dumontier, 1992). En pratique,
en cas de raideur, l’examen cli-
nique de la coiffe s’arrête ici,
MAITRISE ORTHOPÉDIQUE 21
EPAULE
Au terme de cet examen des 14 interne est mesurée en fonction • Une diminution de la force en
mobilités passives, il faut pou- de la région atteinte par le pouce rotation interne testée coude au
voir juger de l’existence ou en extension (fig. 17). C’est le corps par rapport au côté opposé,
non d’une raideur ainsi que son premier secteur de mobilité moins spécifique de la rupture :
secteur. atteint dans la pathologie de elle traduit surtout une souffran-
l’épaule et le dernier à récupérer. ce du sous-scapulaire. Pour cer-
Deux récentes études criti- tains le subscapularis est mieux
testé en rotation interne maxima-
ETUDE quent la mesure de la rotation
le (Kelly et al., 1996), pour
interne par la position de la
DES MOBILITES main dans le dos. (Ginn et al. d’autres sa force est mieux
appréciée en testant la rotation
ACTIVES 2006) constatent que dans les
épaules douloureuses cette interne à partir d’une position
méthode n’est pas du tout d’abduction 90° dans le plan de
précise. Wakabayashi et al. la scapula (Jenp et al., 1996).
On mesure ensuite, debout et
couché (dans l’idéal), la mobilité (Wakabayashi et al., 2006) • Un lift-off test de Gerber
en élévation antérieure et en élé- concluent que 66% de la RI est positif (Gerber and Krushell,
vation latérale dans le plan de obtenue lorsque la main est au 1991). Ce test n’est réalisable
l'omoplate. Il faut préciser pour sacrum ; qu’au dessus c’est que lorsque le patient est
chaque mouvement l'existence surtout la flexion du coude qui capable de développer une
d'une zone douloureuse (arc est sollicitée et qu’au dessus rotation interne suffisante pour
douloureux) en montée et à la de D12 la RI ne varie pas de mettre la main dans le dos (fig.
descente, ainsi que la possibilité façon significative. 18). C’est dans cette position
de freiner la descente. En abduc- que le muscle subscapularis est
tion, un arc douloureux entre 60 le mieux testé et que les mou-
et 120° évoque plutôt une patho- TESTING ACTIF vements syncinésiques sont les
plus faibles (Kelly et al.,
logie de la coiffe, alors qu'un arc
au-delà de 120° évoque plutôt COMPARATIF 1996). Normalement, le patient
une pathologie de l'acromio-cla- peut écarter la main du plan du
viculaire (fig. 14). Cet arc dou- dos ; en cas de rupture, la main
loureux ou « painful arc sign » Après l’étude des mobilités reste « collée » aux lombes.
L’analyse du rythme scapulo- distance scapula-ligne des épi- actives, on va étudier la force Sensibilité et spécificité
n’a cependant aucune valeur
huméral, lors de l’élévation est neuses augmente. Si c’est le ser- de chacun des muscles de la seraient de 100% dans les rup-
localisatrice (Kessel and
un moment important, sur ratus qui est déficitaire, le bord coiffe, en commençant par les tures complètes, mais ce test ne
Watson, 1977). Si le patient est
lequel insistait déjà Codman interne de l’omoplate se soulève muscles les moins douloureux. permet pas de dépister une rup-
limité par la douleur en abduc-
(Codman, 1990) (fig. 15). et glisse vers la ligne des épi- Comme c'est la rotation interne ture partielle (Gerber and
tion, il faut lui demander de
Schématiquement, l’abduction neuses (scapula alata) (fig. 16). qui a été appréciée la dernière, Krushell, 1991).
refaire le mouvement en rotation
complète dépend pour un-tiers L’atteinte des rhomboides peut on commence naturellement par
externe ; si la mobilité est amé- • Ce test a été modifié par
de la scapulo-thoracique et pour également être responsable le muscle subscapularis.
liorée, ou moins douloureuse, ce Hertel et col (1996) sous la
les deux autres tiers de la scapu- d’anomalies posturales de la sca-
signe est très évocateur d’une Subscapularis dénomination de « internal rota-
lo-humérale et les muscles les pula (Dumontier et al., 2004).
lésion de la coiffe des rotateurs. tion lag sign » (signe du rappel
Avec l’expérience, l’utilisation plus importants sont le trapèze, La rotation externe est appréciée L’atteinte du subscapularis peut automatique en RI). Il se fait en
d’un goniomètre est optionnelle, le serratus anterior, le deltoïde et d’une part coude au corps (en être appréciée par : plaçant la main du patient à dis-
la littérature montrant que le supraspinatus. L’abduction au- degrés) et il faut comparer la • Une augmentation de la rota- tance des lombes, coude fléchi
l’appréciation visuelle de la delà de 100° nécessite également rotation externe active à la rota- tion externe passive coude au et en demandant au patient de
mobilité, chez un examinateur une rotation externe. Si le trapè- tion externe passive. Il faut éga- corps (RE1) par rapport au côté tenir la position. Un franc retour
entraîné, est bien corrélée à la ze est affaibli, la scapula, mal lement mesurer la rotation exter- opposé en cas de rupture com- de la main signe une rupture
mesure goniométrique (Marx et tenue glisse vers l’avant, son ne « fonctionnelle » comme le plète ou incomplète du muscle complète, un retour limité de la
al., 1999). bord interne devient saillant et la propose Constant. La rotation sous-scapulaire. main indiquerait une rupture de

15 16a 16b 17

18a 18b

19a 19b la portion supérieure du subsca-
pularis. Ainsi modifié, ce test
serait plus sensible et sa préci-
sion diagnostique serait plus
élevée, mais sa spécificité serait
identique (Hertel et al., 1996).
Si la valeur prédictive positive
de ces deux tests est proche de
100%, la valeur prédictive néga-
tive serait de 96% pour le test
modifié et de 69% pour le lift
off test initial (Hertel et al.,
1996). Cette modification per-
mettrait de mieux dépister les
lésions partielles.
• Le Belly-press test (appelé
aussi test de Napoléon par beau-
coup d'auteurs) a été proposé par
22 MAITRISE ORTHOPÉDIQUE
EPAULE
Gerber pour tester le subscapu- Kelly, le muscle est testé « fléchi à 90°, le bras en rotation test est positif quand le sujet est • Signe du battant de cloche ou
laris chez les patients dont la presque isolément » à partir de la neutre et l’examinateur incapable de tenir cette position, du portillon. Coude au corps,
rotation interne est limitée. On position coude au corps, le bras applique une poussée interne et que l’avant-bras revient massi- l’avant-bras à 90°, l’examina-
demande au patient dont la main étant en rotation interne de 45° sur l’avant bras et demande au vement à sa position initiale (fig. teur demande au sujet de faire
est posée sur le ventre, poignet (Kelly et al., 1996). Pour Jenp, patient de résister. Le test est 23). Ce test a une sensibilité et une rotation interne forcée
en rectitude et le coude décollé c’est au contraire à partir de positif si le patient cède par fai- une spécificité de 100% pour contre résistance à partir d'une
du thorax, d’appuyer fortement l’élévation de 90° dans le plan de blesse ou douleur (fig. 22). l’atteinte de l’infraspinatus avec position de rotation neutre, puis
sur le ventre avec la main en la scapula et à partir d’une rota- dégénérescence graisseuse lâche soudainement la résistan-
• Le test de rappel automatique
gardant l’avant-bras dans l’axe tion externe modérée qu’on peut (Walch et al., 1998). Ce test est ce. Le signe est positif quand le
en rotation interne ou dropping-
de la main et le coude décollé. mieux tester isolément l’infraspi- simple à réaliser, non doulou- sujet ne peut freiner son mou-
sign décrit par Neer (Neer, 1990)
Le test est positif et traduit une natus (Jenp et al., 1996). reux, et très précis. Il n’est vement, et sa main et vient
et appelé « external rotation lag
rupture du subscapularis lorsque cependant positif que dans les frapper brutalement son ventre.
Coude au corps, plusieurs tests sign » par Hertel (1996). Après
le patient qui essaie d’appuyer lésions graves de l’infraspinatus.
permettent d’apprécier la qua- avoir mis passivement le bras en L’infraspinatus est alors testé
sur son ventre, ne peut mainte- Hertel affirme avec insistance
rotation externe maximum moins
nir son coude en avant et qu’il lité de l’infraspinatus. en élévation
5°, l’épaule en légère abduction que « l’internal rotation lag sign
n’exerce de pression abdominale
• L’évaluation de la force de de 20°, il est demandé au sujet » témoigne aussi d’une atteinte • Le test de Patte (1988)
que par une rétro pulsion du bras
l’infrasupinatus : le coude est de maintenir cette position. Le du suprasupinatus. consiste à examiner de manière
et une flexion du poignet (fig.
19). Laurent Lafosse (Lafosse et
al., 2007) apporte une modifica-
tion intéressante au Belly-press
en faisant réaliser au patient la
manœuvre des deux côtés simul-
tanément et faisant exercer par
l’examinateur une poussée sur
les coudes (fig. 20). De cette
façon l’évaluation est comparati-
ve et permet de « quantifier » la
faiblesse musculaire.
• Le Bear-hug test (étreinte de
l’ours) est le dernier-né des tests
d’évaluation du sous scapulaire.
Le patient appui sa main (du
côté à tester) à plat sur son
épaule contro-latérale tout en
maintenant le coude levé.
L’examinateur essaie de décol-
ler la main de l’épaule en tirant
sur le poignet (fig. 21). Le test
est positif si le patient est inca-
pable de maintenir la main sur
l’épaule lors de la traction de
l’examinateur. D’après J. Barth
et col. (2006) ce test est le plus
sensible pour le dépistage de
lésion du sous scapulaire. Ces
auteurs ont évalué ces quatre
test : Bear-hug, Lift off test,
Belly press test et Napoleon
chez 68 patients et ont vérifié
arthroscopiquement l’atteinte du
sous scapulaire. Ils constatent :
- que dans 40% des cas aucun
des tests ne décèlent l’atteinte
du sous scapulaire.
- que le “lift-off” teste la por-
tion inférieure du subscapu-
laris
- que le “belly-press” et le
“bear-hug” testent la portion
supérieure du muscle
- que le “lift-off” test n’était
positif que pour des atteintes
de plus de 75 % du subscapu-
laris
- que le “belly-press” et le
“bear-hug” n’étaient positifs
que pour des atteintes d’au
moins 30%
- Les 4 tests étaient spécifiques,
mais la sensibilité était très
variable allant de 17.6 % pour
le « lift-off » à 60% pour le «
bear-hug »
Infraspinatus et teres
minor
On apprécie ensuite la qualité
des rotateurs externes, infraspi-
natus et teres minor. En plus de
l’amyotrophie, très évocatrice
d’une rupture étendue et
ancienne, on apprécie :
• La force en rotation externe
coude au corps, toujours dimi-
nuée dans les ruptures. Pour
MAITRISE ORTHOPÉDIQUE 23
EPAULE
20 21a 21b

22 23a 23b

24 25

comparative la force de rotation tion externe (Colachis and • La perte de force du supraspi- ter. Il faut donc prévenir le • La manœuvre de Jobe est par-
externe. L'examinateur soutient Strohm, 1971) (Neer, 1990). natus, appréciée par la tenue patient que le test est douloureux ticulièrement fiable puisque
le bras examiné en abduction de d’un objet dans la main, est mais qu’il doit résister le plus après 227 cas de confrontation
• Le « drop sign » est une
90°, dans le plan de la scapula, évocatrice d’une rupture du possible. Si lors de la réalisation radioclinique (Noel et al.,
coude fléchi à 90°, et s'oppose à variante du clairon qui consiste
supraspinatus (75% de préci- de ce test, la tête se subluxe en 1989), il existe 14 % de faux
la rotation externe demandé au à porter le bras en abduction
sion diagnostique), la douleur haut et en avant, il faut suspecter positifs et 15 % de faux néga-
sujet (fig. 24). Le test est positif 90° et en rotation externe maxi- une rupture associée du supraspi- tifs. Dans l’étude de Hertel, le
seule étant de peu de valeur
quand il dévoile un déficit de mum. On demande au patient (Itoi et al., 1999). natus et du subscapularis. test de Jobe était plus sensible
la force musculaire. de maintenir la position. Une
impossibilité signe la rupture de • Le « drop-arm sign » consis-
• Signe du clairon (Walch et 26
l’infraspinatus (Hertel et al., te à porter le bras en élévation
al., 1998). Il est demandé au 1996). Ce signe avait également de 90° et à le lâcher brusque-
sujet de mettre sa main à la été décrit par Patte (Patte and ment en demandant au patient
bouche. Le signe est positif Goutallier, 1988). de tenir (Magee, 1987). La
quand le sujet est obligé de chute du bras traduit une souf-
lever son coude plus haut que Suprasupinatus france du sus-épineux. La sen-
la main ou lorsque le patient est L’atteinte du supraspinatus est sibilité de ce test est élevée
incapable de porter le bras en (98%) mais sa spécificité est
suspectée sur l’amyotrophie de
rotation externe à partir de la faible (10%) (Murrell and
la fosse supra spinale et sur la
position d’élévation (Walch et Walton, 2001) (Calis et al.,
perte de force au testing du
al., 1998) (fig. 25). Ce signe a 2000).
une sensibilité de 100% et une muscle. Les études électromyo-
spécificité de 93% pour le dia- graphies sont un peu discor- • En pratique clinique, on utilise
gnostic de lésion du teres dantes avec la clinique puisque volontiers la méthode décrite par
minor avec dégénérescence le muscle n’est soit pas indivi- Jobe (Jobe and Jobe, 1983). À
graisseuse de stade 3 ou 4 selon dualisable (Jenp et al., 1996), partir de la position d’élévation
la classification de Goutallier et soit testé préférentiellement en de 90° dans le plan de la scapula,
Bernageau (1994). Le rôle abduction 90° dans le plan de la le bras en rotation interne, on
exact du teres minor est mal scapula et rotation externe teste la force du muscle en
connu, puisque Neer ne lui (Kelly et al., 1996). Quelles que demandant au patient de résister
attribue que 10% de la force de soient les techniques utilisées, il à la pression exercée par l’exa-
rotation externe, alors que y a toujours une participation minateur (fig. 26). Le testing est
d’autres auteurs lui attribuent du deltoïde moyen lors du tes- ininterprétable si c'est la douleur
jusqu’à 45% de la force de rota- ting du supraspinatus. qui empêche le patient de résis-
24 MAITRISE ORTHOPÉDIQUE
EPAULE
que l’External Rotation Lag des conflits. Calis retrouve une déjà décrite pour tester la force sible (82 %) (Calis et al., 2000). dans les lésions du sujet jeune
Sign, lui-même plus sensible sensibilité de 92,1 % (Calis et du suprasupinatus. Le test est Il n’a d’ailleurs pas été décrit chez qui on suspecte soit une
que le drop sign pour les rup- al., 2000). positif si le sujet ne peut pas comme cela par Yocum qui le instabilité, soit un conflit posté-
tures postéro-supérieures de la résister, ce qui se traduit par un décrit plus comme le test dit de ro-supérieur décrit par Walch
Ces deux derniers tests étant les
coiffe (Hertel et al., 1996). Par phénomène d’ « échappement » Gerber (voir infra). (Walch et al., 1991).
plus connus sont souvent étudiés
contre l’External Rotation Lag très douloureux.
ensemble et plusieurs études • Test d’abduction rotation • Test de Gerber : Douleur pro-
Sign était aussi spécifique que
retrouvent des résultats à peu • Test de Yocum (Yocum, externe. Le bras du patient est voquée par la mise en abduc-
le drop sign et plus spécifique
près similaires (Tableau 4 et 5). 1983): la main posée sur porté en rotation externe maxi- tion 90° et rotation interne du
que le test de Jobe (Hertel et al.,
l’épaule saine. L’examinateur male et on mobilise le bras en bras. Il témoignerait d’un
1996). La valeur Prédictive D’autres études retrouvent une
demande au sujet de soulever le abduction entre 90 et 150° conflit antéro-interne.
positive du signe de Jobe était sensibilité moindre (Neer, 46%
coude fléchi et provoque la (Walch et al., 1991). La dou-
de 84%, alors que External et Hawkins, 62%) dans les ten- • Le cross body adduction test
douleur par conflit d’abord leur est en faveur d’une patho-
Rotation Lag Sign et drop sign dinites de stade 2 chez 45 que nous avons déjà évoqué est
entre trochiter et ligament acro- logie de la coiffe, l’appréhen-
avaient une valeur prédictive patients avec contrôle arthro- peu sensible dans les conflits
mio-coracoïdien, puis avec sion d’une instabilité. Il est très
positive de 100%. La valeur scopique (Ure cité par Calis). sous acromiaux et c’est surtout
l’articulation acromio-clavicu- souvent associé aux autres
prédictive négative était de 58% • Le test de Jobe (Jobe and laire en résistant à l’élévation signes d’instabilité et/ou de la un test de souffrance acromio-
pour le Jobe, de 56% pour Jobe, 1983). C’est la manœuvre du coude. Ce test est très sen- coiffe. Ce test n’est utile que claviculaire
l’External rotation lag sign et
de 32% pour le drop sign.

LES MANŒUVRES DE
MISE EN EVIDENCE
D’UN CONFLIT
SOUS-ACROMIAL
De très nombreux tests, dits spé-
cifiques, ont été décrits. Leur but
commun est le réveil d'une dou-
leur par des manoeuvres créant
un contact et un frottement entre
la voûte et la coiffe ou par la
mise en tension élective du ten-
don par une mobilisation active
contrariée. Douloureux, ils doi-
vent être réalisés en fin d'examen
et n’ont d’intérêt, en pratique,
que de confirmer l’implication
de la coiffe dans la symptomato-
logie du patient.
L’impingement
• Signe et test d’impingement
de Neer et Welsh (1972) (Post,
1987) : l’examinateur bloque
l’omoplate pour éviter sa rota-
tion pendant qu’il élève vers
l’avant avec force (fig. 27) le
bras porté en rotation interne
maximale ce qui réveille la
douleur. La sédation de la dou-
leur lors de l’élévation du bras
par l’injection de 10 cc de
Xylocaïne® à 1% dans la bour-
se sous-acromiale confirme le
diagnostic. Anatomiquement, le
trochiter coince la coiffe sous le
bord externe de l’acromion et
sous son bord médial lors de
cette manœuvre, mais égale-
ment contre le bord supérieur
de la glène (Valadie et al.,
2000). D’autres travaux confir-
ment que la coiffe est surtout
comprimée au bord antérieur de
l’acromion, comme l’avait sug-
géré Neer. La sensibilité de ce
test est très bonne : 88,7 %
(Calis et al., 2000).
• Test de Hawkins (Hawkins
and Kennedy, 1980) : bras en
élévation antérieure à 90°, coude
fléchi. La mise en rotation inter-
ne réveille une douleur en cas de
conflit antéro-supérieur ou anté-
ro-interne (fig. 28). Les études
anatomiques montrent que la
coiffe est comprimée sous le
ligament acromio-coracoïdien
lors de cette manœuvre, mais
également au bord antéro-supé-
rieur de la glène dans son versant
endo-articulaire (Valadie et al.,
2000).Ce test semble être le plus
sensible des tests d’évaluation
MAITRISE ORTHOPÉDIQUE 25
EPAULE
27 pas sans lésion de la poulie bici- 29
pitale ou du muscle subscapula-
ris. On estime que 20% des rup-
tures de coiffe ont une instabilité
du chef long du biceps.
La douleur est antérieure, dans la
gouttière bicipitale et descend le
long du bras. Elle est réveillée
par la mise en extension et la
rotation interne et lors de prati-
quement toutes les manœuvres
conflictuelles. La palpation dou-
loureuse de la gouttière est le
meilleur signe clinique, plus
facile à faire en rotation interne
de 10° (et surtout en faisant tour-
ner le bras). Cette douleur est à
différencier de la douleur d’une
bursite qui reste fixe dans les
mouvements de rotation
- Le tendon du long biceps
peut être testé par plusieurs
manœuvres, mais très peu sont à
la fois sensibles et spécifiques,
elles sont surtout indicatives
d’une probable participation du très rigoureuse sur la précision
28
biceps aux douleurs du patient : des manœuvres de mise en évi-
Conclusions
• Le test de Speed a été décrit dence d’un conflit sous acro-
par J. Spencer Speed qui se mial sur une population de près L’examen clinique, si il représen-
plaignait personnellement d’un millier de patients. Huit te un moment important de la
d’une douleur d ‘épaule lors- manœuvres ont été évaluées: Le consultation initiale n’a pas seu-
qu‘il réalisait une manœuvre de « Neer », le « Hawkins », l’arc lement pour objet de « prendre
Lasègue (bras en rotation exter- douloureux, le « Jobe », le « contact » avec un patient et/ou
ne, coude en extension et Speed », l’adduction horizonta- de faire un diagnostic sans
avant-bras en supination) (cité le, le drop-arm et la force du s’aider d’examens complémen-
par (Crenshaw and Kilgore, sous épineux coude au corps. taires. Rigoureux, méthodique, il
1966) (Magee, 1987). Ce test Les diagnostics de bursite, de apporte des arguments forts. Il ne
est aussi appelé le test de rupture partielle et d’une ruptu- faut cependant pas oublier de
Gilcreest (1939). On réalise une re complète ont été posés par comparer son examen clinique
flexion du bras contre résistan- arthroscopie. La valeur dia- avec les résultats des examens
ce, coude en extension et en gnostique de chacun des tests complémentaires dont on oublie
supination ce qui entraîne une figure sur le tableau 6. Au trop souvent le caractère impar-
douleur à la face antérieure de terme d’une analyse très fait. Une discordance entre
l’épaule, au niveau de la gout- détaillée les auteurs concluent l’imagerie et l’examen clinique
tière bicipitale (fig. 29). Ce test que pour le diagnostic de doit attirer l’attention. Le plan
serait le plus performant dans conflit sous acromial quelque que nous avons suivi est person-
l’examen du biceps. Sa sensibi- soit le type, la plus grande certi- nel et repose sur une logique
lité est élevée (90%) mais sa tude résidait dans la positivité anatomique, notre expérience
spécificité est faible (13,8%), associée de trois tests : mais aussi sur les conseils et
sa VPP est de 23% et sa VPN Hawkins, arc douloureux et test enseignements de nombreux col-
de 83% (Bennett, 1998). C’est- du sous épineux. Pour le dia- lègues que nous remercions pour
Sensibilité Spécificité VPP VPN à-dire que le test est positif leur contribution, notamment
Neer 75 47,5 36 82,9
gnostic de rupture complète de
dans de nombreuses patholo- André Apoil et Gilles Walch.
coiffe, la combinaison de tests
Hawkins 91,7 44,3 39,3 93,1 gies de l’épaule sans atteinte du
positifs la plus performante Merci également à Abdou Sbihi
Neer OU Hawkins 95,8 41 39 96 biceps. Par contre, quand il est
négatif, il est probable que le était l’arc douloureux, le drop pour son aide dans la rédaction
Neer ET Hawkins 70,8 50,8 36,2 81,6
biceps soit sain. arm et le test du sous épineux- initiale du manuscript. ■
Tableau 4 : Valeur des tests de Neer et Hawkins sur 24 patients pour le diagnostic (Tableau 7). Ces conclusions ne
de bursite sans rupture de coiffe (d’après (MacDonald et al., 2000)). Probabilité • Test de Yergason (1931) concernent pas les populations
pré-test de 28,2% La bibliographie de cet article est disponible
(Magee, 1987) (Post, 1987): d’athlètes. sur le site : www.maitrise-orthop.com
Sensibilité Spécificité VPP VPN coude fléchi à 90°, et stabilisé
Neer 87,5 42,6 37,5 89,7 contre le thorax, l’avant bras en Sensibilité Spécificité Valeur Valeur Fiabilité Probabilité
Hawkins 83,3 50,8 40 88,6
pronation. Le patient réalise une (%) (%) prédictive prédictive Globale (%) Post-test
supination contre résistance. La positive (%) négative(%)
Neer OU Hawkins 87,5 37,7 35,6 88,5
douleur signerait la tendinite. Ce Neer 68.0 68.7 80.4 53.2 68.3 0.80
Neer ET Hawkins 83,3 55,7 42,6 55,7
test a une très bonne spécificité Hawkins 71.5 66.3 79.7 55.7 69.7 0.80
Tableau 5 : Valeur des tests de Neer et Hawkins sur 24 patients pour le diagnostic de (86,1 %) (Calis et al., 2000). Arc douloureux 73.5 81.1 88.2 61.5 76.1 0.88
lésion de la coiffe (d’après (MacDonald et al., 2000)). Probabilité pré-test de 28,2%
• Test de Heuter (Post, 1987) Jobe 44.1 89.5 88.4 46.8 60.2 0.89
Le tendon de la longue bord supérieur de la glène et des (Shankwiler and Burkhead, Speed 38.3 83.3 80.5 42.9 54.4 0.81
parties adjacentes antérieures et 1996): la flexion forcée du coude Adduction
portion du biceps à partir d’un avant bras en prona- horizontale 22.5 82.0 69.3 36.9 47.8 0.70
postérieures du bourrelet glénoï-
La pathologie de la portion dien réalise la lésion dite SLAP tion entraîne toujours une supi- Drop arm 26.9 88.4 81.0 39.7 48.6 0.81
intra-articulaire du tendon du (Superior Labral lesion Anterior nation. En cas de rupture, le Force du
sous épineux 41.6 90.1 90.6 45.8 58.7 0.89
long chef du biceps (LPB) est en to Posterior) (Snyder et al., biceps ne se contracte pas, ou il
général associée à celle de la 1990). Toutefois, les ruptures n’y a pas de supination. De plus, Tableau 6 : Valeur diagnostique globale de 8 tests cliniques de recherche de conflit
coiffe des rotateurs. Chez le intra-articulaires du LPB sont la flexion est alors plus puissante sous acromial sans préjugé de l’importance des lésions (d’après (Park et al., 2005))
sportif qui utilise ses membres en pronation qu’en supination.
rares sans pathologie associée
supérieurs de façon prépondé- Peu spécifique. Lésion Test clinique Valeur
de la coiffe des rotateurs.
rante, la surcharge fonctionnelle • D’autres tests ont également Bursite Neer <0.0001
Estimées à 25% par Neer, elles
(lors de la phase de décéléra- n’ont été que de 2,2 % dans une été décrits pour rechercher une Rupture partielle Neer 0.007
tion) provoque des microtrau- série de 74 patients contrôlés instabilité du tendon. Ils ne sont Rupture complète Arc douloureux <0.0001
pas utilisés en pratique. Drop arm 0.024
matismes répétés du tendon et par arthroscopie (Gleyze and Test du sous épineux 0.006
peut induire une tendinite Habermeyer, 1996). Sur une
(Farron and Gerber, 1994)
Synthèse des Conflit sous acromial en général Hawkins <0.0001
série de 438 ruptures de coiffe Arc douloureux <0.0001
(Biasca and Gerber, 1996). Dans opérées, le biceps était atteint manoeuvres Test du sous épineux <0.0001
les cas plus graves, un arrache- dans 45% des cas. La luxation En 2005, HB Park et Col. Tableau 7: Analyse des tests cliniques en fonction des stades pathologique selon
ment partiel de l’insertion au ou l’instabilité du LPB n’existe (2005), ont publié une étude la méthode de régression logistique multiple ((Park et al., 2005))

26 MAITRISE ORTHOPÉDIQUE