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PARLEMENT EUROPEEN-MARDI 11 SEPTEMBRE 2018 

APPEL À L’EUROPE- 

Europe, regarde-nous
nous sommes là,
nous sommes venus te voir,
nous les raconteurs d’histoires,
nous qui te faisons rêver, rire, frémir, réfléchir,
qui pouvons te bousculer, t’agacer
comme t’émouvoir jusqu’aux larmes.
 
Nous sommes venus te parler de ces Ogres numériques,
les grandes plateformes Internet.
Nous les avons tant aimés quand elles sont nées.
Mais, en dix ans, elles ont tellement changé.
Ces Ogres sont devenus puissants parce que nous les avons faits dieux de nos quotidiens
Ils se nourrissent de nos œuvres
sans jamais s’en rassasier.
Ils les diffusent sans les respecter.
 
Les Ogres parient sur notre peur à dénoncer ces pratiques,
notre peur à venir les contester.
Combien d’entre nous restent muets par peur des représailles ?
Les Ogres numériques misent sur notre dispersion et sur nos intérêts particuliers.
Mais regarde-nous, nous sommes tous là,
gens de la musique, du livre du théâtre, de la presse, du cinéma
Unis dans une même détermination à défendre une création libre et indépendante.
 
Europe, nous avons besoin de toi.
 
Souviens-toi de nos amis allemands qui en 2013 ont voulu obtenir une rémunération des
titres de presse sur Google actualité. 
La réponse Google a été simple. 
Les journaux allemands n’ont plus été indexés sur ce service.
 
Souviens-toi de nos amis espagnols qui en 2014 ont à leur tour demandé une rémunération
pour les articles de presse présentés sur Google actualité.
La réponse de Google? 
Fermer son service dans toute l’Espagne.
 
Souviens-toi de nos amis éditeurs européens quand Amazon a voulu leur imposer en 2014
un prix unique du livre
Celui qui a tenu tête à Amazon a vu ses livres retirés de la vente en ligne du grand
Commerçant, jusqu’à ce qu’une pétition des écrivains dans le monde entier le fasse reculer.
 
C’est comme cela que se comportent les Ogres.
Ils dictent leurs règles, celles du plus fort,
ils n’aiment pas qu’on leur en impose,
ils ne payent pas les impôts sur nos terres,
ni le travail des créateurs qui font leur valeur
Ils ne veulent pas non plus de contre-pouvoir à leur domination.
 
Europe, aujourd’hui, nous avons besoin de ton soutien.
Individuellement, nous ne sommes rien, ou si peu,
mais rassemblés sous ta bannière, nous sommes forts.
Nous avons besoin de ta voix et de ton autorité pour nous défendre.
 
On parle de machines qui censureraient les contenus si le texte était voté.
Le mot nous fait frémir, nous, Européens,
qui avons connu les pires violences et les vraies censures.
Mais comment pouvons-nous accepter que soit détourné à ce point le sens des mots !
Aucune personne ne va être empêchée de prendre la parole en ligne.
Ah certaines œuvres ne seront pas utilisées sur Internet si les grandes Plateformes refusent
de payer pour l’audience qu’elles suscitent ?
Mais ce n’est pas alors de la censure, c’est simplement de l’avarice.
Voilà notre débat.
Le refus de payer pour les bénéfices tirés de la diffusion des œuvres sur Internet, n’est pas
la défense de la liberté d’expression, mais la défense de la liberté d’exploitation.
Tout le monde vit de son travail,
Il n’y a pas de gratuité quand il faut manger et se loger.
 
Et qu’on ne vienne pas nous dire que les citoyens du monde
ne pourrons plus créer des GIF ou d’autres jeux à partir de nos œuvres !
Ce n’est pas sérieux !
L'humour continuera évidemment d’exister, le droit est même là pour le protéger.
Gardons le sens de l’histoire et de la mesure.
Nous voulons que l’art vive sur Internet,
qu’il soit diffusé, écouté,
et même moqué ou réutilisé.
 
Europe, toi qui bientôt te présentera devant les électeurs pour raconter ton action,
regarde-nous!
Nous serons là pour voter aux élections, nous. Pas les Géants de l'Internet.
Tu nous représentes, tu n’es pas là pour défendre les Ogres contre tes enfants.
Nous sommes venus remettre notre sort entre tes mains
parce que nous avons foi en toi.

Si la directive Copyright n’est pas votée demain,
dans combien de temps aurons-nous la possibilité
d’avoir un outil pour discuter avec les grandes plateformes de l’Internet ?
Dans trois ans ? Dans 10 ans ? Jamais ? Il y a des occasions historiques qui ne se ratent
pas. 
 
Europe, soutiens tes enfants,
créateurs de ta belle et grande Union !
Donne-nous les moyens de négocier nos droits
avec les grosses machines qui se prennent pour des dieux,
alors que ce ne sont que des routes.
 
C’est l’appel des citoyens, des créateurs, des européens,
c’est notre appel à toi, Europe.

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