CARTE DU NON-OU : naviguer dans l'Indissidence

LE GUIDE DES INVISIBLES

n°∞

Karma police arrest this man he talks in maths he buzzles LikeAfridge hes like a detuned radio
Thom Yorke/Radiohead, Karma police La Carte du Non-Où – Guide des Invisibles

CONTREVUE collective. Contributeurs : TROPiNKA http://thierryjolif.hautetfort.com Lancelot VLAD http://agedefer.blogspot.com OLIVIER Cappaert www.bizarrecity.fr Death To The world www.deathtotheworld.com Les textes de L. Vlad sont, pour l'heure, inédits. Ils seront ultérieurement mis en ligne dans des versions plus longues et complètes sur le blog Les Délices de l'Age de Fer, http://agedefer.blogspot.com Le texte d'Olivier CAPPAERT est, bien qu'écrit spécifiquement pour cette occurrence, disponible sur le site Bizarre City. Le texte « Meta-Punk manifesto » est extrait du n°3 du fanzine américain Death to the world, 1994. Les textes de T. Jolif sont inédits et le demeureront, seul une partie du texte Le Maître et les chiens, est disponible dans une autre version sur TROPiNKA ... où devraient, toutefois, apparaître leurs prolongements ... un jour. Contrefaçon de revue. Livre – contrefait –

CONTRECARTE –
META-punk Manifesto ... Le Maître et les chiens ... JAMAIS nuit ne fut plus noire pour l'intelligence... Comme UNE vague de l'océan ... Parmi les VIVANTS cadavres ... Gullo-Gullo, ésoterrorisme ... 7 comme parachèvement et cecitelos ... Dttw T. Jolif L. Vlad O. Cappaert T. Jolif L.Vlad T.Jolif

PENETRONS DANS L'IMPENETRABLE DESIRONS L'INDESIRABLE

« Et l'affirmation de l'existence de Dieu, de Jésus, du Diable, de la Sorcellerie sont des emblèmes de la liberté, comme l'affirmation de l'amour tristanien, dans le monde étouffant et carcéral de la police secrète, des asiles de fou, et du langage convenu . N'est ce pas assez drôle, que ce « nous pouvons en parler tout à fait librement »? Car ce dont le Système nous laisse vraiment parler librement, c'est tout ce qui ne contrarie pas son entéléchie, soit par indifférence, comme nos préférences de couleurs ou de matière sur un vêtement, nos orientations sexuelles, etc, soit par service, comme la « lutte contre les discriminations », le féminisme, etc . Ceci pour replacer le « tout à fait librement » de notre monde, analogue au Moscou de la Iejovchtchina. » L. VLAD, Lettre ouverte à J-C. Michéa, le sort éternel de Kant dévoilé. « La trace de l'écrivain se trouve seulement dans la singularité de son absence, il lui revient le rôle du mort dans le jeu de l'écriture. » M. Foucault

META-PUNK MANIFESTO 1. D'OU NOUS VENONS On nous a TOUT donné : Assez et plus qu'assez de ce dont nous avons besoin pour la survie physique et le confort dans ce monde .. PLUS un supplément illimité de divertissements clinquants, hypnotiques, high-tech, produis par une archi-multi-millardaire industrie médiatique dans laquelle chaque compagnie se lie aux autres pour pomper leur plus lucrative cible : les adolescents On ne nous a RIEN donné DU TOUT : Pas de Vérité, pas d'explication à propos de notre existence sur cette terre, pas de Dieu. Pas de compréhension de ce qui se tient au-delà de ce monde, ainsi tout ce que nous faisons dans ce monde semble uniquement temporaire, sans visée ultime. Pas de parents, ou seulement un parent, ou deux parents sans réponses. Pas d'amour. Car l'amour sans Dieu est seulement pour la chair (ceci inclut l'amour parental). Rien pour nous garder ensemble lorsque nous croyons avoir trouvé l'amour. Et, finalement, nous trouvons seulement que nous sommes tous seuls. Pas de vie. Seulement l'énergie, rageuse, nerveuse ... Une liste de « fais » et « ne fais pas », sans aucune raison ultime concernant le POURQUOI nous devrions faire l'un ou l'autre. Mais, surtout, par-dessus tout, PAS DE LIMITES. « Sans Dieu, sans immortalité, tout est permis. » DOSTOIEVSKI 2. OU NOUS ETIONS : RAMPANT sous les décombres du mouvement hippie qui devait changer le monde en utopie, mais qui trébucha sur ses t-shirts à noeuds coulants et s'écrasa, tout gras, sur sa face. Le mouvement hippie fut la dernière tentative de la contreculture pour créer le paradis sur terre. Lorsqu'il échoua nous vîmes qu'il n'y avait plus d'espoir, et, ainsi aucune raison d'essayer encore ... VIVANT dans le désespoir. Recherchant même la douleur, car la douleur était la seule chose réelle, nous le savions, dans ce monde d'hypocrisie. GORIFIES dans notre pauvreté et notre crasse. Dans une société qui adore la jeunesse, la beauté et la santé, nous cachions notre jeunesse et défigurions notre beauté, et vivions pauvres-et-sales, en rébellion contre les valeurs superficielles de ce monde. PLONGEANT dans la crasse. Cherchant dans les égouts quelque chose de vrai. Puisque les grattes-ciel et les usines et les supermarchés et les chaines de magasins et de restaurants sont des temples de la mort, peut-être que des « détritus » (de ceux qui ne collent pas avec la société) pourrions-nous entendre une parole de vérité... EXPERIMENTANT avec l'insanité. Car ce que notre société considère actuellement comme sain est en réalité insane. Alors, peut-être que l'insanité aurait pu nous conduire vers un éclat des choses telles qu'elles sont. ESSAYANT absolument tout pour ne pas nous vendre. Mais jamais nous n'aurions pu trouver seuls qui nous sommes réellement car nous n'avions pas appris par qui que ce soit que nous pouvions être plus que des animaux aux cerveaux ultra développés. Car personne autour de nous ne s'était élevé au-dessus de cet état.

... OU NOUS SOMMES : NOUS sommes tous ce que nous étions, mais tout est changé. NOUS essayons toujours d'être honnêtes, d'être nous-mêmes ... NOUS sommes toujours considérés comme insanes par ce monde, qui ne peut comprendre notre santé. NOUS refusons de devenir esclaves de l'histoire, de la mode ou de l'opinion publique ou des institutions mondaines. NOUS savons maintenant que nous sommes plus que des animaux, que nous avons été créé pour l'éternité. NOUS avons la preuve de notre immortalité lorsque nous donnons ou recevons l'amour, un amour qui n'est pas seulement humain mais qui est au-dessus de la nature et provient de l'autre monde, et NOUS savons que la mort ne l'effacera pas. Dans cet amour est une intense PEINE DU COEUR, connue dans le silence, et que ce monde ne peut comprendre. OU NOUS ALLONS Aux Cieux, mais non sans sueur et sang ... Nous souvenant toujours que : « Le Royaume des Cieux est pris par la violence, et les violents le prennent par la force. »

« L'expulsion du Paradis est éternelle dans sa partie principale : ainsi l'expulsion du Paradis est définitive, la vie en ce monde inéluctable ... Mais l'éternité de l'événement (ou, pour parler temporellement la répétition éternelle de l'événement) rend néanmoins possible, non seulement que nous puissions demeurer perpétuellement dans le Paradis, mais encore que nous y soyons en fait. Peu importe que nous le sachions ou l'ignorions ici. » Franz Kafka, Journal intime.

LE MAÎTRE ET LES CHIENS, sur Mikhail Boulgakov, Introduction à l'INDISSIDENCE ! Il ne fait aucun doute que c'est la littérature qui a tué la Russie. Vassili Rozanov Les livres, les vrais, sont fait pour que leurs auteurs, parlent à ceux qui les lisent, par-delà la mort. L'écriture, je l'ai déjà écrit ailleurs, est un processus thanatologique. L'écriture est liée à la mort et à son au-delà. Il n'y a pas de littérature, ce n'est qu'un piège, une « machine ». Il y a les livres, c'est-à-dire, des liens ontologiques, celui qui écrit, celui qui lit, et par-delà la tombe celui qui a écrit et celui qui le lit, encore ! En redécouvrant, à travers une excellente série télévisée russe, le roman de Boulgakov, « Le Maître et Marguerite » je me suis aperçu que les arguments exposés par Michel Onfray contre le christianisme et la foi, sont ceux-là même du littérateur Berlioz. Cette réfraction chronologique m'a conduit à feuilleter quelques ouvrages du Misosophe. Il faut bien, en effet, se décider à appeler ainsi celui qui veut philosopher sans amour et sans sagesse. « Sans amour », pourquoi ? Il n'est que de parcourir son pamphlet gratuitement haineux sur l'athéisme. Rien que ce titre « Traité d'athéologie », comment, avec un tant soit peu de bon sens, mêler le « logos » à cette diatribe logorrhéique , précisément, à ce réquisitoire logomachique ? Le ton et les arguments sont ceux-là mêmes qu'employèrent les zélés littératueurs du système soviétique contre le génie igné de Boulgakov. Ce même ton, cette même pensée qui fit déclarer à celui que certains veulent encore voir comme la fierté des lettres françaises : « Tout anti-commnuniste est un chien. » « Sans sagesse » ? quelle sagesse préside au projet philosophique de M. Onfray ? Et bien, là encore, nous assistons, médusés, à une nouvelle réfraction chronologique. Ce projet humanisteépicurien est, sous quelques habiles camouflages philosophico-philantropiques, ni plus ni moins que celui du socialisme révolutionnaire, celui-là même que Dostoïevski avait prophétiquement décelé, celuilà même dont Boulgakov a mystiquement et brillamment analysé le fond-sans fond. Il faut bien, un jour, redéfinir clairement certains axes, tout ceci ressort de la cacophilia, ou plus exactement encore de la cacodoxie ! M. Onfray et ses suiveurs sont, sans doute, peut-être, « rebelles » au système, ils ne soupirent, néanmoins, qu'après un autre système ! Ils sont l'inversion fausse de la dissidence ! « Mais, faire des reproches n'est pas le principal : c'est très facile et à la portée du premier venu; tandis qu'opposer à l'erreur son propre sentiment, c'est faire preuve de piété et d'intelligence. » saint Grégoire de Nazianze. Alors, suivons le sage conseil de ce théologien très sûr : oui, les livres authentiques sont les vecteurs d'un langage partagé entre vivants et morts. Ils sont les processeurs des énergies du Logos. Ils sont un maillage de mots, un carrefour vibratoire de la mémoire vivante. Mémoire vivante dont les « mémoires vives » de nos computer ne sont que les inversions néantisées. Les livres sont des corps livrés à la mort et appelés à la « re-suscitation » (Cf Religion of Resusciative-Resurrection, Philosophy of the Common Task of N. F. Fedorov, par Nicolas Berdiaev) par chaque lecture. Les livres sont les instrumentsorganes (organon) qui transforment l'ombreuse opacité de leur matière en la lumière énergétique irréfragable et noétique. Les livres authentiques sont servis par les puissances angéliques et les servent. Les livres sont des fenêtres qui peuvent s'ouvrir sur la dimension de ces « lumières noétiques secondes » (saint Jean Damascène). « D'abord Il a pensé les puissances angéliques et célestes, et penser était leur fonction. »

saint Grégoire de Nazianze. Non, les vrais écrivains ne sont pas les « mécaniciens des âmes », mais les miroirs des lumières noétiques, non pas des miroirs-objets, passifs et inanimés, mais des miroirs-vie, personnels et réflexifs. Ils ne sont ces mécaniciens que dans le système clos que la littérature comme mécanisme veut leur assigner pour ultime demeure. L'invention technique que fut l'imprimerie n'a, d'ailleurs, jamais eu d'autre entéléchie que cette demeure forclose ! Les artisans, les authentiques écrivains, sont ceux qui tissent les fils de lumières tombés du ciel et qui nous forment une carte bien utile pour regagner la maison du Père. « Désormais je n'oublierais plus jamais rien » s'écrie le Maître alors qu'il est déjà passé de « l'autre côté » et Ivan, le poète qui avait écrit, sur commande, une vie de Jésus frelatée est convaincu de ne plus écrire de mauvaise poésie, s'adressant au Maître, mort mais debout devant lui, s'adressant à son double, mort, mais plus vif que lui « C'est autre chose qui m'intéresse, maintenant j'écrirais autre chose. » Et, en n'écrivant plus de signes extérieurs il écrivit pourtant, sa vie durant, entrant en dissidence intérieure, d'une autre et non-visible écriture. Le Maître, ressuscite Gogol, le mystérieux maître des lettres russes, tout autant qu'il symbolise (et « venge ») Boulgakov et tous les écrivains qui savent se situer dans cette chaîne invisible et imprescriptible, ainsi en est-il d'Ivan, qu'il ressuscite vivant. Le Maître quitte ce monde, mort mais en vie, mort en apparence pour le monde mais vraiment vivant. Il abandonne au monde son manuscrit car il n'en a plus, selon ses termes, besoin, car il l'a intégralement intégré en lui, intégration et incarnation réciproque, c'est corporellement et charnellement qu'il mettra, non de sa plume mais par sa personne un terme à son histoire qui ne fut jamais la sienne propre et qui, dans sa conclusion devient proprement sienne. Le manuscrit ne brûle pas, ce sont, en vérité ses ombres qui se consument, les livres objets qui eux brûlent et c'est le désir de ce livre-objet qui trahi, inévitablement, sa matrice et son créateur, que le Maître abandonne. Le Maître abandonne le désir vain pour l'amour authentique ! Le Maître indésirable abandonne l'indésiré... Dans ce maître-livre, c'est le diable lui-même, nous dira-t-on qui opère ce passage ! Oui, et alors, répondrons-nous ! Pouvait-il en être autrement dans cette période, sous cette ère machiniquement glaciaire ? Voilà comment la personne échappe à la littérature-système machinique. Voilà la véritable dissidence, la dissidence en Vérité, la dissidence intérieure c'est-à-dire l'écriture intérieure, dont les livres, l'extériorité, sont les vecteurs transparents de communication, vecteurs transparents, vecteur de trahison, qui peuvent s'effacer, qui doivent s 'effacer, mais dont l'apparente absence ne peut plus dissoudre le lien établit : l'écriture internelle, l'indissidence ! Existent : l'écrivain qui doit se dire inscrivain, et le littérateur que nous disons littératueur, qui par la lettre tue en pétrifiant et en liquéfiant ... « le littérateur seul connait le bien et le mal » Zinoviev, Les Hauteurs béantes. « Pour vous convaincre que Dostoïevski est un écrivain, faudrait-il que vous lui demandiez un certificat ? » M. Boulgakov, Le Maître et Marguerite .

JAMAIS NUIT NE FUT PLUS NOIRE POUR L'INTELLIGENCE Tiqqun : essai d'interprétation. La dissidence nous est paradoxe . Le Système se rêve comme sans séparation possible puisqu'il autorise en lui toutes les séparations légitimes . Par sa structure paradoxale il est proprement totalitaire . Est totalitaire le système social sans sortie de secours . Le Système n'est pas seulement fait des clôtures réelles, des lois qui garantissent à chacun sa liberté et son bonheur, de la moraline qui quadrille tout cerveau moyen . La clôture a d'abord lieu dans la représentation du possible, dans l'ontologie : la sortie ne peut être, et donc ne peut être pensée . Le Système s'étend sur le monde, mais se rend invisible . Ce totalitarisme moderne floute et organise la domination archaïque d'une ploutocratie, une organisation coloniale dépourvue de métropole physique . La métropole de l'Empire, c'est la structure de domination . Les colonies de l'Empire, c'est tout le reste . Le Système est en guerre, étendue à tout ce qu'il peut arraisonner . Guerre de pillage et d'exploitation à l'échelle planétaire, nommée mondialisation . Mais cette guerre totale est plus secrète que les guerres coloniales, qui portaient le nom d'évènements . Plus secrète car décousue en fragments spectaculaires, terrorisme, développement, crise, délocalisation, etc...que rien ne vient recoudre pour en dessiner la figure générale . « Sous les grimaces hypnotiques de la pacification se livre une guerre . Une guerre dont on ne peut plus dire qu'elle soit d'ordre simplement économique, ni même sociale ou humanitaire, à force d'être totale . » (THBL,p 1 ). Tiqqun est une pensée de gauche qui se sépare de son camp au moment où celui-ci se rallie au Système .« Mais pour les autres, pour nous, chaque geste, chaque désir, chaque affect rencontre à quelque distance la nécessité d'anéantir l'Empire et ses citoyens. Affaire de respiration et d'amplitude des passions.» THJF, p 9 . Tiqqun entraîne une série de percées historiales dans la pensée radicale, dont les conséquences sont irréversibles . Tiqqun replace le travail idéologique là où il doit être, comme priorité du travail révolutionnaire . Cependant la pensée n'est pas produit sur un marché, mais vie, et appel . « l'homme du nihilisme accompli », (celui qui ) «a consenti, au moins négativement, (…au Système ) fait objectivement partie de la domination, et son innocence est elle-même la plus parfaite culpabilité (...) »THBL p 126 . (...)« L'expérimentation pratique de la liberté, pratique du désœuvrement(...) » THBL, p136 « Ce qui fonde l'accusation de terrorisme, nous concernant, c'est le soupçon de la coïncidence d'une pensée et d'une vie; ce qui fait l'association de malfaiteurs, c'est le soupçon que cette coïncidence ne serait pas laissée à l'héroïsme individuel, mais serait l'objet d'une attention commune . »(Julien Coupat au Monde) . Pour se diffuser la pensée doit couler dans les veines du Système comme son propre sang . C'est la stratégie virale dont se réclame la théorie du Bloom . « contre toute apparence, il ne s'agit pas d'un livre mais d'un virus éditorial » . Le virus se pare des codes immunitaires de l'organisme qu'il infeste, pour l'envahir de codes inassimilables, avant de se déclarer comme fièvre, comme avis de décès . Dans la forme, la métaphysique sera revues branchées, livrets ironiques ou subversifs, au risque du contresens . La diffusion anonyme et ouverte est affirmée : « le Livre, en tant qu'il se tenait face à son lecteur dans la même feinte complétude, dans la même suffisance close que le Sujet classique devant ses semblables, est, non moins que la figure classique de l'« Homme », une forme morte » . Le « droit d'auteur » est un dispositif de la structure de domination . Cette position est historialement celle où le web perd sa révérence au livre, pour s'affirmer comme media de référence autonome, et lieu décisif de la recomposition révolutionnaire . Ainsi un jour l'imprimé cessa d'imiter le manuscrit et affirma ses déterminations propres . Tiqqun constitue le Système total comme objet grâce à la référence à l'imaginaire, principe d'une extériorité radicale . « C'EST UNE FICTION QUI A RENDU RÉELLE LA RÉALITÉ » THBL,

p135 . La pensée rigoureuse de l'imaginaire comme être, pour ANÉANTIR LE NÉANT, (Tiqqun 1, p1) figure de l'imaginaire constituée par l'idéologie racine, pose la question cruciale du rôle de l'ontologie comme principale et première clôture du Système . « L'enjeu de ce que nous écrivons, de ce que nous faisons, est de déplacer le plan de la phénoménalité politique, le plan de ce qui est collectivement admis comme fait à partir de quoi quelque chose de décisif peut advenir (...)» THBL, partie datée de 2004, p 144-145 . Tiqqun s'appuie sur l'imaginaire pour constituer une figure de la révolte . La révolte devient non pas le produit d'un rapport de classe, d'une situation matérielle, mais une situation existentielle que la croissance économique et le partage des fruits de la croissance ne peut acheter, une citadelle inexpugnable . La dissidence est « en rupture d'abord intérieure avec le monde » THBL, p 134 . Tiqqun rejette l'individualisme, le positivisme, le matérialisme . Lutter est s'enraciner dans une communauté . Plus même, la lutte contre le Système vomit le politiquement correct : « A ceux qui jusqu'hier étaient tenus en minorité, et qui étaient de ce fait les plus étrangers, les plus spontanément hostiles à la société marchande, n'ayant pas été pliés aux normes d'intégration dominante, celle-ci pourra se donner des airs d'émancipation »THJF, p 12. Voilà pour les derniers vestiges, consternants, de la chute du féminisme . Devient sensible une recomposition générale de la dissidence dont les conséquences sont à peine pensées . « Tout doit être posé . Reposé . Nous nous situons au début d'un processus de recomposition révolutionnaire qui prendra peut être une génération, mais qui sera plus riche que tout ce qui l'aura précédé, parce que c'est la totalité des problèmes laissés en suspens pendant si longtemps qui exigent maintenant d'être affrontés . » THBL, texte de 2004 . THBL : Théorie du Bloom THJF : Théorie de la Jeune Fille

COMME UNE VAGUE DE L’OCEAN Face à la mer, plusieurs scénarios cérébraux viennent coloniser la pensée fragile, non concentrée de l’intellect humain: se laisser emporter par les douleurs énigmatiques du désespoir, ne point maîtriser l'intelligence indécise qui annihile, celle-ci perdue au loin dans ses ténèbres ignorant l’essentiel… fixer le cobalt de l’eau ! L’âme glissante dans sa mélancolie peut encore désirer posséder souvenirs des terres infinies dont le rêveur tardif n’aura jamais l’occasion de fouler, voire encore la possibilité de plonger dans l’océan afin de fuir quelques responsabilités terrestres. Le regard fuyant il désire plus que tout exercer ce retour sur soi, pour être enfin l’un deux et assassiner une dernière fois cet humain auquel on a toujours désiré ressembler ; cet autre que l’on ne sera jamais. Le contemplateur des mers, le rêveur assis sur le sable face au grand bleu mondial aspire à l’audace de ses icônes, de rejoindre d’un ultime plongeon l’étendue infinie du large, faire partie de ces âmes rares qui n’appartiendront jamais au monde. Le but pour eux étant de quitter le globe ravagé par l’esprit du mal, incendies multiples dépourvus de canadairs comme ces êtres qui gaspillent le temps de la vie à nier leur part d’ombre, néanmoins nécessaire pour mieux combattre le pyromane machiavélique. La mer, les vagues, le vent. Elle surfe, elles s’adaptent et ne négligent nullement la rotative immuable de l’écume qui s’échoue sur le sable ; le vent tonifie la fureur du bleu, se mélangeant à l’océan afin de frapper comme un missile précis et faire le maximum de dégâts, en résultante de sa colère exterminatrice naturelle, puis se retirer comme si de rien n’était laissant le vertébré décérébré dans la béatitude du chaos. La mer, la douceur, le désordre. L’océan est comparable - du moins la puissance qui s’en dégage - aux œuvres fondatrices de l’humanité, aux personnages ayant marqué l’histoire au moyen de leur art, leur engagement ; romanciers, dissidents, écrivains politiques, futuristes, astronautes, musiciens, inventeurs, mystiques, martyrs et cetera. C’est ainsi que depuis toujours face à la masse statique des êtres lobotomisés, certains se dressent en ayant auparavant pris soin de s’abaisser comme jamais, de se briser entièrement pour s’élever, faire naître en eux ce kérygme dont l’apprentissage embrase toute une vie. Une poignée d’irréductibles n’a pas choisi, il a simplement été naturel pour eux d’emprunter le chemin le moins fréquenté, le plus isolé, d’être totalement soumis pour connaître la liberté. Descendre puis remonter… protocole fait de Glock et autres Sig Sauer, de katanas et sol-sol intérieurs, pensées devenant matières pour détruire le grand diviseur, armée de l’ombre œuvrant dans l’acte et non le dire, délaissant le suicidé et ses rêveries stoïciennes face à la majesté de l’océan. « Cet écrivain que vous voyez devant vous, c’est le prisonnier qui l’a créé. » Kislovodsk est une ville et une station thermale du kraï de Stavropol, en Russie. Kislovodsk littéralement « eaux aigres » est ainsi nommée en raison de la présence de ressources minérales abondant autour de la ville. Kislovodsk a toujours eu cette particularité d’être une sorte de ville frontière – c’est à la fois la Russie et le Caucase. Sa fonction a donc été double : ville thermale et forteresse. Elle se situe dans la région caucasienne du nord de la Russie, entre la mer Noire et la mer Caspienne. L’eau une fois de plus entoure, cajole, arme, alimente, conditionne, baptise déjà l’homme à venir. Kislovodsk, Russie, le 11 Décembre 1918, Taisia Chtcherbak perd les eaux et met au monde une vague de l’océan. Un tremblement dans l’univers ambivalent, extrême, rare, sans concession. L’armelarme se nomme Alexandre Soljenitsyne. Isaakiy Soljenitsyne son père a pris un coup de fusil de chasse fatal, la foudre retentit, l’âme paternelle embrasa l’enfant, elle le suivra à jamais. Kislovodsk. Soljenitsyne. Mauvaise journée pour le diable. La vie quelquefois est faite de victoires, de victoires humaines. Descente :

Après que sa mère lui eut transmis son penchant pour la littérature et les études scientifiques, celle-ci mourut en 1940. Alexandre, larme-arme océanique étudie la littérature, les mathématiques et la doctrine communiste derrière laquelle il se range à l’époque. La lame de fond putride nazie envahie la terre du jeune Soljenitsyne en 1941. Il revêtira le vêtement de guerre de l’armée rouge, le rouge politique du siècle passé. Quitte à être communiste, il fut nécessaire voire vital de revêtir le couvre-chef à l’étoile. La Russie d’aujourd’hui a exécuté son turnover, le propre des grandes nations à agir, transformer, à trans-muter l’état en adéquation avec son temps. La France grande gueule et avide de commentaires détournés de son anus - alors qu’il lui faudrait un bon protocole thérapeutique pour enclencher-, demeure statique et n’y arrive plus, végétant parmi ses idiomes parasites de la place du Colonel Fabien ou de la rue de Solferino. Back in the Ocean. La descente s’opère, Alexandre entreprend son Kérygme, tout du moins le début de ce processus théologique qui fait qu’un homme n’est pas et ne sera jamais figé sur une condition psychologique, spirituelle particulière. In Christo, le verbe en lui déjà s’électrocute, psaumes de David le conduisant à la barre, coupable d’activités contre-révolutionnaires. L’océan a soulevé chez cet homme l’interrogation primale, ce doute enchaîné à la foi qui dirige l’humain vers une non-paix jusqu’à la fin. C’est ainsi. Soljenitsyne sera désormais en guerre permanente. Le tsunami se déclenche à l’intérieur de son être. Il ne peut se contenir, secoué des balbutiements de l’orthodoxie sacrée ancrée dans ses gênes dont les fleurs épanouissent son intellect. Alors, il paiera pour une correspondance critique à l’égard de la politique de Staline et ses compétences guerrières. Il sera condamné comme traître. Le verdict est de huit ans. L’océan peut demeurer stable, se faire oublier, panser les plaies de celui que l’on tente de briser avant de cracher ses grandes marées. Un destin est un destin. Lorsqu’il sort du camp en 1953, quelques semaines avant la mort de Staline, les autorités en remettent une couche et envoient ce témoin trinitaire en exil perpétuel au Kazakhstan. En exil perpétuel… « Cet écrivain que vous voyez devant vous, c’est le prisonnier qui l’a créé. » Personne en Occident n’oserait prétendre aujourd’hui à telle sentence, personne ne pourrait endurer cette aisance du regard sur la liberté de l’eau, la douceur du bleu ainsi que sa violence contenue dans la marée noire de la dictature humaine : étude du fascisme, du nazisme, de toutes ces merdes alors que de nos jours, personne n’est jamais vraiment libre! Soit ! les balbutiements de l’eau s’adapteront à cette condamnation irrégulière prise au fond d’un bureau comme tout acte barbare. Les gestations du baptême, en l’occurrence de la vraie révolution viendront cogner Alexandre, mais toujours dans une lente progression interrogative comme pour expliquer, synthétiser la pensée qui décide avec justesse en harmonie, avec fureur et sans trembler. L’océan, la vague, la larme, l’eau, le baptême, parfait schéma du processus de conversion quand rien ne pourra dorénavant arrêter cette voix de la paix réelle et véritable, de ce fait en guerre. Le combat s’opère : Goulag et orthodoxie, coups de sang et réflexion théologique. Si vis pacem para bellum. Soljenitsyne est réhabilité en 1956 et s’installe à Riazan, à 200km au sud de Moscou, où il enseigne les sciences physiques. C’est Une journée d’Ivan Denissovitch, publié en 1962 dans la revue soviétique Novy Mir grâce à l’autorisation de Nikita Khrouchtchev en personne qui lui acquiert une renommée dans son pays ainsi qu’internationale. Ce sont des moments de répits précaires dans sa vie d’engagé, d’auteur en exil, d’auteur controversé qui font que n’importe quel bloc se rétracte et frémit face à un personnage polyvalent de talents, se faufilant comme le courant d’une rivière entre les pierres. On l’épit, le surveille, on le laisse respirer pour remettre la corde dès la reprise des hostilités. La confiance c’est bien, le contrôle c’est mieux. Ainsi va le monde et c’est sous cette forme irrégulière que l’existence de Soljenitsyne ne sera jamais un long fleuve tranquille. Quel est le but, le sens d’une vie

calme et paisible lorsque la promesse du glaive claque à l’intérieur d’un être ? Les pressions envers Soljenitsyne ne cesseront jamais entre le début des années 60 jusqu’aux années 80. Elles sont perfides et sans pitié, le principe de cette guerre étant de le déstabiliser, de poser une bombe nucléaire psychologique sur sa façon d’être, de se mouvoir à l’intérieur de sa trinité qui le consume. Il est un « ZEK », un détenu, un condamné surveillé à perpétuité. La pression du KGB sera insoutenable ; témoignages compromettants de l’ex-femme de Soljenitsyne ainsi que de son ancien éditeur, filtrage, écoutes, pressions, etc. Tout cela peut sembler hallucinant à la superposition de nos textes de loi actuels, dociles envers ces ordures qu’on laisse errer sur la peau de nos enfants, sous couvert d’une liberté démocratique conditionnelle certifiée d’un certificat médical, et qui en dit long sur le monde libre du modèle Européen. Montée : L’océan ne fait pas dans la demi-mesure lorsque celui-ci se donne entièrement à la terre, laissant derrière lui dégâts et larmes d’interrogations de millions de pourquoi sans réponses. Dernièrement, certains personnages du star-système politique nous ont laminé - en prenant soin de dissimuler l’avis de scientifiques les plus avisés sur la question - un pape catholique terroriste, fasciste, antisémite, assassin et j’en passe. Les mêmes qui vénèrent le nouveau Président des Etats-Unis, le même Président qui enverra milliers de Gi’s supplémentaires en Afghanistan contredisant la doctrine des hurleurs anticatholiques, mais des excités se couchant devant un Soljenitsyne orthodoxe car estampillé dissident. Soljenitsyne pourtant qualifié en son temps de tous les termes médiatiquement esthétiques dont on afflige le pape aujourd’hui. Un Soljenitsyne aussi, qui approuva à l’époque l’élection de Vladimir Poutine, les excités bobos pro-tibet détestant ce dernier, mais dont l’Alexandre qu’ils honorent, royaliste Orthodoxe dénué de tout angélisme vit d’un bon œil le changement de locataire au Kremlin. « Cet écrivain que vous voyez devant vous, c’est le prisonnier qui l’a créé. » Le « ZEK » matérialise la rédaction de l’Archipel du Goulag, rédigé sur de minuscules feuilles de papier entre 1958 et 1967, enterrées une à une dans des jardins d’amis. Une copie de la version finale est envoyée en Occident pour échapper à la censure. Quelques vagues plus tard, il échappe in extremis à un attentat en 1971 et commence à vivre dans une conspiration totale. Sur des minuscules feuilles de papier… Dans l’océan, parmi les abysses du liquide marin, se trouve le noir, l’invisible, l’indicible, l’impénétrable renvoyant à son antinomique qu’est la lumière incréée. L’homme oeuvrant en extérieur au lieu de se désépaissir afin d’ouvrir la brèche de cette persévérance immatérielle, puis laisser se faufiler le rai phosphorescent du jour salvateur ; au lieu de se rogner et de fournir à sa vie l’épaisseur du sens, au lieu de se dépouiller et de doter son charisme, de rébellion coordonnée. Du jour nouveau, de l’homme nouveau, s’extirperont les chaînes et les totalitarismes névrotiques empêchant l’être humain de cheminer courageusement lors de son pèlerinage terrestre, pour remonter, revenir à sa genèse spirituelle. Soljenitsyne passera son temps à s’adapter, se mouvoir, se renouveler et se mettre en croix, s’opposer aux marchands du temple, tout en conservant une dose de contradictions fondamentales dont peut-être lui-même ne put jamais en résoudre l’énigme. Alors il décide la publication de l’Archipel du Goulag après qu’une de ses aides est retrouvée pendue, cette dernière aurait avoué au KGB la cachette où se trouvait un exemplaire de l’œuvre, suicide sous la menace tel un cétacé rejeté par l’Océan, renvoyant celui-ci crever sur une plage Australienne malgré son appartenance au milieu aquatique. Action de l’édition entraînant une réaction politique immédiate de la part de l’Union Soviétique en février 1974, valant à Soljenitsyne d’être déchu de sa nationalité, arrêté puis expulsé de son pays. L’exil connaît bien des rebondissements géographiques certes, mais ils sont moindres que les blessures laissées à l’intérieur de la psyché, faisant résonner le manque, le vide, le « home-sick » de tout citoyen dénudé éloigné loin, très loin de sa terre natale. Malgré les sourires de rigueur, on sait très bien

au fond de soi que le bannissement et non le départ élargissant le visage d’une banane radieuse et souriante vacancière, que le temps de l’éloignement prolongé est tout autre. Il peut cependant révéler à l’homme en quête d’un inconnu qu’il n’arrive pas à débloquer dû à cette peur quasi systémique à franchir le pas, la paix d’une découverte intérieure stipulant que finalement on est de ce monde et non d’une nation. Synthèse bien entendue analysée une fois l’exode accompli. Parfois, le cas de force majeure oblige l’adaptation et l’éveil permanents de tous les sens en alerte ; paradoxe extrême variant de temps à autre lorsque l’opposé recrée l’appartenance à cette même nation ne nous désirant pas ou plus, une fois la terre étrangère foulée, puis refoulée. Il est effectivement des sourires qui en disent long, cependant de façades, car au loin dans un bar, un pub, on fixe la ville, les montagnes, le village, le Caucase russe d’où l’on a été rejeté qui plus est par sa propre nation. « Cet écrivain que vous voyez devant vous, c’est le prisonnier qui l’a créé. » Ce peut-être la fuite vers l’Union Jack, d’autres rives, l’Irlande, le Canada, la France et chacun sait que même avec détestation de telles situations, qu’aigreur et rumination à travers et envers un certain déclin de son pays, une appartenance ainsi qu’un lien léger demeurent, malgré la condition éblouissante dont l’ADN d’être un « global native » produit à l’intérieur de son encéphale bousculé d’immigré. « The culture shock » invite au voyage, au témoignage et fait partie intégrante de la trinité suivant pas à pas les tumultes de l’humanité comme elle suivit Soljenitsyne au Goulag. Nul n’est prophète en son pays. Alexandre Soljenitsyne ira en Suisse puis une fois l’anti-thèse russe digérée se dirigera vers les Etats-Unis d’Amérique où il sera invité à de multiples conférences sur la situation géopolitique mondiale et donnera même l’une d’elles au Sénat Américain. L’occident et ses tendances libertaires découvrent avec stupeur un homme orthodoxe, conservateur et profondément slavophile. L’océan reste l’océan, les vagues s’écoulent encore et toujours sur le sable fin, les galets aux couleurs multiples, les plages glacées de Russie, alors que lui demeure chez l’ennemi rejeté des siens. Son intelligence d’exilé, invite au musée de la découverte les sous-philosophes abrutis omettant de penser avant de l’ouvrir. Soljenitsyne fut et restera à jamais l’anti-thèse d’une gauche française et autres spécimens de la parole ruminante. Ces mêmes gyrophares du nullissime ayant encensé des années durant Soljenitsyne alors que Medvedev lui rendait un hommage national devant son cercueil. Les métèques bobos renvoyés à l’époque vers la tiédeur de leur copie sur la façon de contester l’icône tout en lui rendant hommage, le mieux étant d’attendre les funérailles et la fermer, passer sous silence leur médiocrité ramollie, à des années lumières de l’engagement révolutionnaire donc Christique d’un Soljenitsyne. Face à l’océan, il est des personnages que l’on a mâchés et ressassés dans son intellect, chacun ayant ses mirages personnels, ses proximités spirituelles avec tel auteur, tel homme politique, tel écrivain. Soljenitsyne fit parler de lui pour de multiples raisons littéraires, honorés des prix les plus grands, des plus utiles et inutiles. L’écrivain est avant tout un homme comme le menuisier est un cortex avant de raboter, de vernir. Face à l’océan, il est agréable parfois de laisser son esprit rêver non pas sur l’œuvre, bien que ce soit celle-ci qui demeure mais sur l’homme et la complexité de l’être dont certains idéalisent quelquefois une mauvaise et douce folie, dans une assimilation qui sauve certains contemporains de la noyade mentale. Face à l’océan, les vagues brillent, se fâchent et se rebellent nous remettant le visage, les actes de l’homme ou la femme dont on a méticuleusement observé chaque pas, chaque souffle, l’imaginaire volant à la rencontre de ce lettré préféré, ses livres bien calés dans les bibliothèques mondiales. Alexandre Soljenitsyne rentrera en Russie en mai 1994 où il résidera jusqu’à sa mort. Il conservera une activité sociale intense jusqu’à ce que la maladie le retire du monde, près de Moscou. Le 12 Juin 2007, Vladimir Poutine rend hommage à Soljenitsyne en lui décernant le prestigieux Prix d’Etat. Vladimir Poutine, le détesté des droits de l’hommiste français décorant le référent de la résistance totalitaire, qui agrandit encore plus le fossé séparants l’intellect des brailleurs à toute forme de bon sens et d’analyse faite avec calme et recul. Eux sont restés dans les schémas scolaires, niant l’homme et sa part d’ombre, dénigrant la leur, scotchés sur une planète inconnue dont ils nous livrent la pollution depuis maintenant plus de trois décennies.

Résurrection : Soljenitsyne meurt à son domicile à 89 ans dans la nuit du 3 au 4 août 2008. Comme une vague de l’océan qui s’abat sur le sable avant de recréer ce processus sempiternel du cosmos cheminant vers sa vérité, je me scénarise l’âme réunifiée en son créateur. Les yeux fermés, je médite sur sa dépouille enterrée au cimetière du monastère de Donskoï, ayant délaissé les livres de l’auteur pour me consacrer à l’essentiel de l’âme rebelle dont la paix bien méritée a peut-être retrouvé Taisia et Isaakiy. Comme une vague de l’océan, la qualité des larmes ne se trouve pas dans la peine mais dans la force du mystère de l’œil à discerner les fabuleux personnages, que le siècle passé délivra malgré son extraordinaire noirceur. Les hommes sont des rêveurs, mais combien d’entre eux sont sous écrous, - plus qu’un Soljenitsyne ne le fut durant toute son existence - incapables de s’échapper d’une prison mentale dont ils ont euxmêmes mécaniquement érigé les miradors. Combien subissent cette prison intérieure où le rêve est broyé par la peur, la névrose de l’abandon, celle qui ramène à sa propre mort. Le matériel n’est rien, sachant que le temple se couchera et seule la parole, le verbe demeurera, et qu’un jour encore, ayant trouvé cette fente lumineuse qui jaillit au fond des gouffres de l’univers, un autre Alexandre Issaïevitch Soljenitsyne peut-être encore naîtra. Face à l’océan, je revois l’homme parler de sa voix de sabre. Je l’entends et le dévisage, le salin de la mer vient le greffer dans mon intellect, puis je me laisse aller, porté par le bruit des vagues en visualisant cette façon qu’il avait de méditer et se réaliser, de vivre en permanence avec la mort afin de nous éduquer que c’est la condition humaine qui établit la fonction. « Cet écrivain que vous voyez devant vous, c’est le prisonnier qui l’a créé. »

« Le roman métaphysique est l'arme la plus haute, l'outil répétitif le plus efficace donc l'intellect individuel dispose contre le social à la fois pour tisser des liens linéaires dans la société et pour les y détruire, il est l'instrument de l'alliance des hommes pour dominer l'entropie de la matière par l'entropie de l'esprit, c'est-à-dire incarner l'esprit, l'enfoncer aux enfers de l'uniformité. » Raymond Abellio

PARMI LES VIVANTS CADAVRES Iouri Mamleïev Amusant. Amusant, les faux hasards, les heureuses coïncidences, pas aussi amusant pour sûr que les plaisanteries en rafales de nos actuels comiques troupiers fonctionnarisés. « Troupiers » ? oui, car ils accompagnent, comme un cortège haïtien, de leur humour épais, la marche des masses de cadavres sur pieds composées de l'immense majorité des humains. Cadavres qui s'ignorent tout comme ils ignorent que le monde de chacun d'eux et que, majoritairement, ils « partagent », ce monde pourrait bien n'être, en définitive, qu'une image, projection inversée du Goulag, des Camps, du processus concentrationnaire. Jacques Ellul avait bien raison en affirmant qu'au final, notre moderne occidentalité avait totalement intégrée, admise, reprise l'idéologie scrofuleuse des « nationaux-socialistes » ! Idéologie reprise en creux, c'est-à-dire en se niant elle-même, en inversant certaines de ses options, la violence en pacifisme autoritaire, la terreur et la propagande en sur-législation et en communication hyper-soft , par exemple ! Ellul vit-il par contre que le même processus eut lieu avec l'idéologie communiste ? Iouri Mamléïev, écrivain russe né en 1936 n'a pas pu, lui, manquer cette réalité. Publiant dès 1956, sa prose heurte immédiatement les autorités, « trop éloignée du réalisme socialiste » dit-on encore à l'heure actuelle, heure tellement encline encore à l'euphémisation. Trop éloignée du « réalisme rationaliste et scientiste » serait plus éloquent tant nous partageons, occidentaux enculturés, ce goût du réalisme et du naturalisme creux et sec. Les ouvrages de notre auteur auront donc le bonheur d'être publiés en samizdat jusqu'en 1974, date de son « exil volontaire » profitant d'une de ces brèches surréelles, comme seuls savent en pondre les totalitarismes, qui permettait, à la faveur d'une loi d'exception, aux dissidents de profiter, au même titre que les Juifs, d'un droit à l'émigration. Dissidents politiques, bien sûr, mais aussi « dissidents de l'art », tous ceux qui pensaient autrement, tous ceux qui, en définitive osaient encore « penser plus loin et plus large ». En France nous disposons, à ma connaissance, de trois romans et d'un recueil de nouvelles. En France il semble que l'auteur soit peu lu, assez peu commenté ... Son oeuvre curieuse, ambiguë, monstrueuse, décalée, il semble assez difficile aux professionnels de la profession d'en « rendre compte » ! Et puis, quand bien même il lui était impossible de publier « légalement », Mamleïev n'a pas « connu les camps » personnellement (son père, lui, y décèdera). D'ailleurs il n'est que de lire les quatrième de couverture des traductions françaises ! Elles sont particulièrement « ésotériques ». On se demande si elle ne sont pas rédigées dans le but express d'orienter le lecteur dans sa lecture : « Délirant, drolissime, absurde ... », en bref on va se taper sur les cuisses, histoire de ne pas voir et entendre l'abysse métaphysique que le livre expose, exsude à pleines pages ? Le lecteur français préfèrera voir dans l'absurde spirituel de Mamleïev une sorte de paroxystique « Monty Python show » à la russe. Mais, Mamleïev n'est pas de ces littératueurs qui pensent qu'on peut faire mumuse avec l'énergie contenue dans le langage, avec l'énergie métaphysique que le langage « contient » dans tous les sens du terme et spécialement dans celui qui évoque une barrière protégeant d'un cataclysme terrible ! D'un cataclysme d'autant plus terrible qu'il n'aurait rien de ces catastrophes « naturelles », qui ne serait pas rationnalisable parce qu'appartenant à une autre dimension ! Non ! On ne fait pas mumuse avec cela pour le bon (?) plaisir du scribe ou du décodeur « vivant » à qui l'on s'adresse ! L'écriture de Mamleïev est une vrille qui ouvre une brèche dans la grotesque perception contemporaine de la mort, de l'au-delà, de l'outre-tombe ! Aucun réalisme, en effet, ni socialiste, ni « social-démocrate » pleurnichard ! Aucun réalisme s'il ne débouche sur le transcendant, mais un transcendant terrible, horrifique, terrifique ! D'autant plus effroyable que son point d'appui se loge dans un quotidien non pas « réaliste-naturaliste » mais vil, sale, effroyablement « populaire » ! En fait de quotidien on y trouve des scènes de manger et de boire, de boire surtout, souvent, et encore et encore ... Les personnages de ces histoires sont-ils seulement sobres ? Une fois, au moins, réellement ? Difficile à dire ! Ce sont, en

définitive, des contemplatifs, mêmes les tueurs sadiques, sanguinaires, même les affreux, déviants, pervers ... Ils contemplent tout autant qu'ils sont contemplés, par l'abîme ! L'abîme métaphysique qu'ils veulent tous, à leur manière habiller et dévêtir d'oripeaux divers et variés mais toujours absolument terrifiants ou, à tout le moins, fort dérangeants ! Le « grotesque contemporain », voilà donc le genre dont Mamleiev serait l'un des maîtres ! Soit, à la suite de Gogol et de quelques autres, ben voyons ! Imagine-t-on le même « grotesque », soit disant « désopilant » ici, en Europe de l'Ouest ? Non ! Ah ! Nous voici rassurés. L'auteur dresse, bien sûr, derrière ces personnages déboussolés l'image d'une Russie « qui ne sait plus qui elle est ni où elle va ». Ben tiens ! Et la façon dont Mamleïev traite la durée, le temps, le Monde ça ne serait pas typiquement russe ? Oui, on pourrait le dire si on acceptait de voir un peu plus loin que le bout de son nez, beaucoup plus loin si on ne refusait pas, par ici, toute expression de réalité à la méta-histoire ! En Russie le passé creuse le présent et le dépasse en le projetant vers un futur (un futur pas un a-venir) qui absorbe tous les passés; leur expansion conjointe autant que disjointe ajoutant encore à la vitesse des « événements » ! Il y a, dans les romans de Mamleïev, une volonté d'individus groupés à avancer vers les lointains métaphysiques et méta-historiques qui n'est pas sans rappeler les lignes d'Abellio sur la caste européenne des prêtres du futur ! C'est dès 1917 que le tsarisme rouge transforme, c'est-à-dire, conjoint ET disjoint, l'un des points terrestres-célestes du tsarisme blanc en futur. Le monastère des Solovki devient la base de lancement, le point de réfraction intensifiant, l'archétype réellement spectral de la toile concentrationnaire ! Mais, ceci était méta-historiquement connu; en Russie. Leontiev l'avait ressenti et écrit, Dostoievski avait vécu et écrit « La maison des morts », les hommes du souterrain, il avait vu et écrit « Les Possédés », les usines à faire du cadavre vivant1 étaient prêtes dans l'esprit malade d'hommes malades depuis des lustres. Ils attendaient la bonne « fenêtre de tir », la bonne heure pour offrir au monde leur remède à eux ! L'Archipel des Solovki devient l'Archipel du Goulag ! Mamleïev situe les histoires de son roman « Chatouny » (le premier traduit en français) en 196. ! 1960 décès du « père » du camp expérimental des Solovki ! 1953, décès de Staline et de Prokofiev, Iouri Mamleïev tient là la vision du Monde que trimballeront ses personnages et se dit que s'il réussit à traduire cela dans des livres alors il sera un écrivain ! Apprenez donc à lire ! Tant les livres que la méta-histoire qu'ils révèlent et recèlent ! Ce ne sont pas les personnages de Mamleïev qui déraisonnent, c'est le Monde qui fond, qui « perd les pédales » : « Tout n'est que ténèbres alentour mais pour vous, crétins, il fait jour » (Le Monde et le rire) Quoi de raisonnable dans l'hyper-rationalité affichée du Monde et de ses explications ? « Le bourrage de crâne imbécile et morbide de notre enfance, comme quoi il n'y a rien après la mort . » (Chatouny) Quoi de raisonnable dans le Monde comme camp et tous ces modes d'emplois traduits en « langues » et accessibles démocratiquement à tous ? Quoi donc, dans ce Monde qui techniquement, scientiquement a absorbé la moelle des camps, leur essence technicienne ? « Tout ce que dit le genre humain fera figure, à un moment ou un autre de pure délire » (Le Monde et le
1 Plusieurs personnages de Mamleïev se vivent comme « cadavre » vivant, ou comme vivant avec, en eux, un cadavre. Le mot lui-même est souvent disserté par les divers métaphysiciens expérimentaux de ses romans. Dans « Les Couloirs du temps », l'histoire débute avec un groupe d'intellectuels déchus par le « système » et qui vivent regroupés dans une cave, à la fois caverne de Platon et « souterrain » de Dostoievski, l'un de ses habitants se nomme Sémion le cadavre ... Par ailleurs, notons que, comme le personnage d'Aliocha, le chrétien « baptiste » « D'une journée d'Ivan Denissovitch » répond à l'Aliocha des « Frères Karamozov », dans « Chatouny » le seul chrétien de la sinistre équipe s'appelle Aliocha Christophorov ... Il terminera le roman en ascète « sauvage » au coeur de la forêt russe ! Les lignes de force d'une vraie littérature !

rire) La quête sans réponses « exactes » possibles d'une réalité indépassable apparaît dès lors comme absurde à l'absurdité du camp. « Le monde tourne en dépit du bon sens. » (Le Monde et le rire), c'est là l'essence de la logique du Monde comme camp. Les personnages de Mamleïev sont en mouvements, toujours, leurs « pauses », leurs arrêts dans les « nids » qu'ils se font entre eux ne sont que conjonctions/disjonctions de leur mouvement continuel. Ils se dispersent, puis se retrouvent pour repartir ensuite qui solitaire qui en petits groupes pour retrouver d'autres routes mais tout tourne toujours autour de Moscou, on en est jamais loin, on y revient toujours et on en repart souvent. Et, tous ces chemins sont comme autant d'allées entre les bâtiments du camp. Ainsi la dissidence se poursuit, dans le camp qui absurdement est ET n'est plus un camp. Dissidence au Monde qui tourne, « en dépit du bon sens », dissidence aussi et surtout à tous ceux qui pensent savoir comment le remettre en « ordre » ... Paradoxalement; ou pas, en fait, le communisme soviétique aura ouvert, infiniment, le monde russe. En le cloisonnant dans sa « russité » tout en le coupant de sa religiosité, il aura creusé une béance. L'usine à faire des cadavres qui marchent, en réussissant trop bien à faire oublier l'au-delà lui a ouvert un brèche immense ! Mamleïev est son « porte-parole » !

GULLO GULLO; ESOTERRORISME Qui est Miodrag Bulatovic? Un serbe de Bosnie, cet homme aux cheveux de corbeau et au regard intense, l'auteur né en 1930 de romans écrits entre les années 50 et les années 80 . « Traduit en 29 langues ». Cas examiné, et rejeté par le jury du prix Nobel de littérature. Et l'auteur de Gullo Gullo,publié en 1983, en 1985 par Belfond. « Synthèse de ses oeuvres antérieures, et son dernier écrit ». On rencontre parfois un livre comme on rencontre un amour, une balle perdue . En juin 1990, je cherchais cet ouvrage étrange, intensité, extase et folie. Cette œuvre inconnue dont mon âme avait soif comme j'avais soif de chair, de la chair blanche d'une jeune femme brune, si éthérée alors, qui s'appelait Sonia, que j'avais aimé, follement, et que j'avais perdue. Le livre était sous plastique. Gullo Gullo est le nom du glouton, être polaire, animal d'enfance préféré, féroce, rusé, sans peur. Le récit semblait vide : « l'animal féroce sert d'emblème à un groupe de terroristes. Leur victime d'élection, un richissime industriel autrichien, Kurt Bodo Nossak, colosse inquiétant, se laisse convertir à leur nihilisme exterminateur et revient prêcher leur doctrine dans l'univers concentrationnaire des multinationales .(…) Le diable, présent dans tous les livres de Bulatovic, devient ici le maître d'œuvre (…) ». Suivait l'avis d'un membre du jury Nobel : « Gullo Gullo est un livre très particulier, scandaleux, d'une effroyable cruauté. L'imagination de Bulatovic passe toutes les limites concevables ». C'est le diable qui m'a décidé. J'ai acheté ce livre . J'ai ouvert Gullo Gullo et je ne l'ai jamais oublié, portant le soleil noir de son baiser partout dans mes chemins. Je l'ai récité à Naples, dans le quartier de la Gare, fief de la Camorra ; je l'ai récité sur un navire déglingué dans l'Adriatique, en me lavant les dents avec du Whisky tiède, au lever du soleil. Je l'ai lu dans les trains turcs, sur des terrasses, en même temps que des classiques élégiaques grecs, sur les ruines de Smyrne. Je ne l'ai jamais fini. Je l'ai lu entièrement, par bribes, mais sans en comprendre l'ensemble . Et à la relecture, hier, j'ai compris. Ce texte c'est nous, ici et maintenant . Ce monde était voilé en 1983, encore en 1990. Notre monde est bien très particulier, scandaleux, d'une effroyable cruauté . Chacun a accès au savoir de ce scandale : Ce temps est en lui-même un crime: voilà le premier sujet de Gullo Gullo. « Que les hommes de ce temps participent également au crime qu'il constitue sans retour (…) il(le Système) refuse de le reconnaître comme un fait métaphysique (...) ». (Tiqqun) . Nous avons « de l'explosif dans chaque vaisseau sanguin ». Ce livre n'est pas une imagination qui passe les limites, il est la prémonition de notre guerre civile. L'ouverture est une description du monde moderne à partir d'un journal, entre fureur, destruction et nostalgie. « Le proche Orient recommence ses tours de cochon avec son pétrole (…) les cheiks noirs et blancs des clichés ont l'air menaçant et les Européens qui s'inclinent autour d'eux ressemblent à des putes du siècle dernier (…) les prix du plomb, de l'aluminium du cuivre montent à une vitesse vertigineuse (…) Grèves, ô snobisme ! Dans la corne de l'Afrique, on continue de s'égorger, de se tailler en pièces (…) Les hauts plateaux d'Abyssinie et d'Érythrée baignent littéralement dans le sang, l'urine et les excréments, et les vents venus du Soudan et du Kenya emportent les sanglots des noirs vers la mer rouge et les rives de l'océan Indien.(...) » La confusion règne : « A Lund, en Suède, le professeur portugais Lima de Faria était parvenu à croiser une cellule humaine et une cellule végétale, et on s'attendait à voir apparaître un monstre humain . (…) L'hybride humano-végétal était crée, reste à voir si c'est du sang ou de la lymphe qui coulera dans ses veines .(...) « Quelle terreur va inspirer cette sorte d'homme ? Ce ne sera plus le temps de la terreur politique et pathologique que nous connaissons aujourd'hui, ce sera le temps de la terreur générale, et , ce qui est pire, naturelle. Aux caresses du clair de la une, de la femme s'ajouteront celles de la pierre, de

la ronce, du serpent . (…) les propos humains prendront un autre sens, si toutefois ils ont encore un sens .(...) Tout le monde baisera, mais sans y trouver de plaisir (…) Les cheiks des pages du Kurier et leurs clients blancs iront ensemble brouter de l'herbe, siroter du sable, manger de la merde et vomir du pétrole. On parlera du péché, du remords, du repentir, comme de sentiments appartenant à un lointain passé. Il n'y aura ni égoïsme, ni haine, ni jalousie... » Caractère typique de Gullo Gullo, l'alliance d'un avant gardisme littéraire frénétique et d'un imaginaire abyssal. Hommes avides de parfum et de cruauté, Nossack comme les terroristes de Gullo Gullo sont des esthètes des formes naturelles, de l'odeur mêlée du sang et des roses : « Pour ne pas penser à l'écroulement de l'économie mondiale (...) Nossack porta son regard vers (...) la roseraie . Il aimait (…) la rose Lido de Rome, dont les pétales étaient parfumés, tendres et charnus comme les lèvres de Brunhild l'année où ils s'étaient connus à Salzburg (...).Mais (…) Nossack préférait les roses violettes, Blue Parfum, Mainzer Fastnacht (…) couleur de la mort et de la décomposition... » Les Gullo Gullo comme Nossack s'observent et se comprennent, vont expérimenter l'amitié avant même de se parler : « Dans la lunette de son fusil, le kidnappeur numéro un regardait Nossack fouiller dans le jardin alpin de ses bras longs comme ceux d'un singe. Tout comme il savait que son vrai nom n'était pas Luther, le kidnappeur numéro un savait que ce qui tourmentait Kurt Bodo Nossack, c'étaient, plus que tout, les mensonges, la falsification, la conscience que tout ce qui, hier encore, était naturel et unique était maintenant devenu hybride (...) Le kidnappeur numéro deux, l'Italien, visait . (…) Il ne faisait qu'un avec son fusil, qui établissait comme un pont entre lui et sa victime . (…) lui-même, l'Italien, le fusil et Nossack n'étaient plus qu'un seul corps, qu'une seule âme, et nulle pensée n'aurait pu les séparer .(...) » Livre visionnaire s'il en fut, Gullo Gullo ignore la guerre froide, mais prédit l'orgie exterminatrice de la purification ethnique. Le groupe Gullo Gullo lit les tracts de groupes terroristes : Grec : « Si tu es un vrai fils d'Hellas(...) tue tous les Grecs qui répondent au salut d'un Turc... » Basque, Breton, Palestinien : « Au nom de la fraternité musulmane (…) renverser tous les rois (…) leur trancher la tête devant le peuple assemblé(...) brûler toutes les ambassades, toutes les légations , toutes les compagnies aériennes où un juif ou un chrétien on put mettre le pieds, toutes les institutions (...) »Allemand, Italien : « nous rendrons à la couleur noire son éclat et sa gloire ou nous périrons jusqu'au dernier »Espagnol,.Arméniens : « Nous tuerons des turcs partout où nous pouvons, (…) pendant les mille ans à venir » Juif dissident : « Nous sommes prêt à inonder Tel Aviv de sang, sans l'aide des (…) Arabes. Nous ferons un massacre inouï . (…) Serbe : « Nous, les Serbes, (…) nous combattons avec acharnement le communisme, l'Islam, le catholicisme(...)Croate : « Le loup est l'animal mythologique croate. Le temps de son retour est venu. Le temps est venu du loup croate qui défendra sa tanière croate. Le temps est venu du bond du loup, pour qui il n'y a ni pitié, ni hésitation, ni discussion. ».. Le temps de la danse macabre est venu, de l'orgie démoniaque de la mort et de la destruction : telle est l'évidence du livre. Mais ce temps est toujours déjà présent . Il est l'essence du monde capitaliste, que Bulatovic ne distingue absolument pas du nazisme . Dans ce monde l'homme et l'animal sont des émigrés, qui assistent à de telles horreurs que l'accès à leur parole, à leur âme est tranché dans une blessure inguérissable. Gullo Gullo s'est adjoint les services d'un émigré des Sudètes, le Dr Ott . Cet homme étrange livre des clefs de ces temps étranges et difficiles : « Ott avait déclaré n'avoir jamais trouvé de représentation satisfaisante des mondes parallèles, et surtout du Démon . Hanaff et Luther (du Groupe Gullo Gullo)avaient demandé quel aspect de Satan n'était pas suffisamment mis en évidence : « Le côté politique, Herren ! » Avait-il répondu, en précisant que seule l'émigration (…) de l'Est pourrait dessiner et expliquer le Démon . (…) disant qu'il était content,

dans le désert de ce monde suspendu au dessus de l'Abîme, rencontré des âmes soeurs (…) . A ce mot (…) Hanaff avait rougi, ce qui avait plu au docteur . » Hanaff lui demande de parler des oiseaux : « (…) personne ne concrétise simultanément comme les oiseaux la mort et la liberté, le mysticisme et la beauté, l'Ange et le Diable, l'agonie et le désert au dessus de l'abîme... -La liberté qui vous tient à cœur, Herr Ott ! -Ah oui, elle me tient à cœur, cette liberté qui a y regarder de plus prêt, diminue de jour en jour...(...) ce que nous nommons le ciel, les hauteurs, la seule chose qui nous appartienne après tout... » Nossack, le milliardaire, est un ancien déporté, tatoué, devenu impitoyable . Il vend tout, il vend son âme. Avec ses amis et invités Turcs et Indiens il vend des armes, des explosifs, des infirmes pour leurs organes . Ainsi lors d'une bacchanales dont nous avons des exemples contemporains, un Indien retrouve la mémoire . « Ce jour là Tataroglu avait livré (…) des infirmes européens. A pleins camions ! Des enfants (…) certains étaient dans les petites voitures dans lesquelles on les avait emmené à la pension paneuropéenne au bord de la mer du Nord où on les avait laissés avec des poupées des baisers des jouets dans les bras, avec des prières la forêt la mer et les vagues (…). Radjah Pantt avait l'impression que les enfants savaient pourquoi on les avait emmenés là. (…) ils versaient des larmes humaines(...). Il faut croire que Radjah Pantt s'est soudain rappelé la mer rouge, les horribles commerçants, les fous, les épileptiques, les vautours aux ailes puantes qui survolaient la marchandise, les enfants qui en bredouillant gémissant pleurant faisaient leurs adieux aux falaises rocheuses et à la vie, il faut croire que Radjah Pantt a revu tout cela, car à la surprise de ses amis, il a caché ses parties sexuelles avec ses mains. Il faut croire qu'il a eu honte de vivre une époque sans justice et sans tribunaux, sur une terre d'où les hommes, les pluies et les vents n'ont pas encore chassé la crasse, la maladie et le mal . Il faut croire que Radjah Pantt s'est souvenu de son père et de sa mère qui alors qu'ils mendiaient dans les rues de Bombay, lui disaient que l'homme ne s'élève que lorsqu'il pense aux malheureux, à ceux qui ont faim et soif... » Nossack n'a plus accès à son âme, et rapporte ainsi sa conversation avec Gullo Gullo venu l'enlever, et auquel il a temporairement échappé : « Les choses se sont gâtées entre eux et moi lorsque j'ai déclaré, brutalement il est vrai, que je ne croyais pas à la psychologie, à l'âme, à toutes ces conneries de professeurs et de curés . Il n'y a que l'homme, le physique de l'homme, (…) et le comportement de ce physique . Et ce comportement ne dépend pas de ce qu'ils appellent l'âme, ou le cœur, il dépend du nombre de cylindres, pour ne pas dire du nombre de chevaux, du physique de l'homme . Ils ont dû se vexer, car ils établissent un rapport entre les mots âme, cœur, et souffrance(...) » Ce monde de ténèbres assimile la poésie au terrorisme. La description de Bulatovic est proche, si proche de Tiqqun. Trois points de convergence :

La guerre est là, et déclarée depuis longtemps . La rupture avec le monde est existentielle avant d'être matérielle .
Dialogue de Gullo Gullo avec Nossack : « Mettez vous dans la tête que la guerre n'a pas été déclarée, mais qu'elle est commencée depuis longtemps et qu'il faudra bien qu'elle finisse.(...) Il y a bien dans ce pays de l'ordre, une morale et enfin une police. Nous vous exterminerons comme des chiens enragés ! Il ne restera rien de vous, rien qu'une fiche de police (…) -Herr Nossack, calmez vous. En réponse à ce que vous dites de (…) la traque dont nous sommes l'objet, écoutez les vers du Danois Vagn Steen : « Tu as beau attraper l'oiseau, tu n'attrapera pas son vol, Tu peux bien dessiner la rose, tu ne peindra pas son parfum .

En bref le danois dit que quelque soit votre nombre, vous ne pouvez rien contre nous. (...) vous tous qui pensez ainsi, vous serez vaincus par la philosophie et la poésie, vaincus par la martre... -Vermine communiste, comment osez vous faire un rapprochement entre la poésie et l'histoire, entre la vie et des vers de ce genre ! » Plus tard, Nossack s'est rallié . « -Herr Nossack (...) Nous n'avons aucun lien concret avec le peuple, à moins d'entendre par ce mot la pire espèce de bétail, celle qui n'a pas de queue (…) Notre orientation est différente, peut être est-elle même théologique. Les terroristes rouges sont l'expression d'un moment de révolte (...)fait pour les indigents de corps et d'esprit(...)nous, nous procédons d'une insatisfaction qui est aussi vieille que l'humanité. -Alors, on entendra parler de nous... » « -Professeur, qu'avez vous fait de moi? Je ne veux pas parler de la pilule que je viens de prendre, je veux dire en général. Il m'est arrivé quelque chose. Tout ce qui m'entoure est calme, indifférent, vide de sens. La vie n'est tout de même pas ainsi ? -La véritable vie est paix, Herr Nossack. La vie du citoyen devrait être entièrement dépourvue de rêves. Il ne devrait pas y avoir place en elle pour des souvenirs de tatouage, de chair humaine, d'os humains carbonisés, de savon fait avec de la substance humaine. Un vrai citoyen du monde doit être un bébé sans mémoire politique... -Je refuse une telle vie, professeur. » « Je me dois à beaucoup et beaucoup se doivent à moi. Combien de mes vies passées parlent par ma bouche (…) je souffre de ne pouvoir vivre en même temps toutes les vies, toutes les réalités . La vie de l'oiseau, du serpent, de la pierre, de l'étoile (...) Ce n'est pas la mort qui me fait peur, mais mon incapacité à vivre la vie de tous. Sur mon lit de mort, je ne regretterais pas tant de n'avoir pas possédé toutes les femmes actuellement vivantes que de n'avoir pas eu celle qui ont vécu autrefois et celles qui ne sont pas encore nées. Ce qui me tourmente, ce sont les limites du temps et de l'espace... (...)le possible est la source de toute souffrance(...) »

Le combat terroriste est existentiel et poétique avant d'être militaire . Les terroristes de Gullo Gullo sont des cathares, des purs .
« Nous ne sommes pas une école(...) La force de notre mouvement, c'est qu'il a des tâches à remplir, mais que personne ne les impose, elles vont de soi. Vous leur montrerez(...) que seuls les lâches, les cons, les désespéré »s se mêlent de pendre, d'égorger et en général de tuer : ce n'est pas là notre affaire, nous sommes des moralistes, des visionnaires, des interprètes (...)il doivent comprendre que les vrais révoltés, les terroristes de l'avenir sont arrivés... » Les tâches vont de soi parce qu'elles reposent sur l'être même, qu'elles sont liés à l'essence de l'existence humaine, qui est d'exister ; les tâches sont nécessitées par une situation existentielle . « Hanaff, reste toujours jeune, pure et astrale dans ce monde souillé et injuste... » « Tous les maux de la terre ne résultent pas d'une injuste répartition des biens, des produits, comme l'affirme Marx, dont vous me prêtez les idées, mais d'une injuste répartition de l'amour...La poétisation ! La restauration des significations primitives, la réalisation des mythes interdits, la rationalisation des mondes parallèles ! -Herr Nossack, combien cela coûtera-t-il? Tout ne se mesure pas en marks...(...) je refuse d'admettre que c'est le travail, et lui seul, qui a fait l'homme . Car alors où sont les principes? Où est la justice? » « Macha, il y a toujours un roi, vivant ou mort, peu importe . L'important, c'est qu'il y ait un roi quelque

part . Sans roi, il n'y a ni royaume ni philosophie. Ni poésie. Ni hiérarchie! -Alors, qui est le Roi ? -L'homme (...) dont la tristesse est immense . (…) Le roi est un être véritable, un état d'âme, le seul être, qui a notre époque, s'exprime par une métaphore. Le roi est la dialectique ! ». Là encore, la formidable puissance métaphysique de Bulatovic est éclatante, quand il déclare un état d'âme être véritable et roi. Car l'eschaton fait de ce qui est faible et exténué dans ce monde injuste ce qui est appelé à la puissance.

La logique même du Système est exterminatrice, et il s'anéantira de lui-même.
« Les hommes par leur injustice et leur égoïsme, se sont crées un mal concret, le terrorisme, qui menace d'engloutir le monde. On aurait pu éviter ça, Herr Nossack ! L'homme a trahi les principes fondamentaux, ceux qui l'ont crée. Maintenant il paie ! » « Herr Nossack...comment...en quoi...en quels termes saluez vous les millions de téléspectateurs...cette humanité de consommateurs, comme vous avez joliment dit dans un entretien radiodiffusé...demandait (...) le reporter d'Eurovision. -Mon jeune ami..je salue seulement la partie de l'humanité qui ne consomme pas...celle qui pourra changer...en voyant quelles fautes ont commises les délégués de cette humanité de consommateurs...au cours de l'histoire, depuis des temps immémoriaux jusqu'à l'époque actuelle...aux autres, pourquoi le taire...je souhaite de se réformer, de se corriger ou d'être anéantis... -Anéantis comment, Herr Nossack ? -Anéantis par eux-mêmes, mon cher jeune homme... « Vous, culs et cons de l'Ouest, du Sud et du Nord citoyens dont les fichiers théologico-policiers, les zoologies et autres saloperies de manuels sont pleins de contre-vérités (…) grâce à notre violence et à notre terrorisme une erreur historique va être réparée et la poésie satisfaite(...)Citoyens et petits bourgeois du monde, gens de gauche et de droite, liquidateurs de tout ce qui est honnête, juste et substantiel, vous qui nous étouffez avec l'idéologie des pâtes, du fromage et du chocolat, avec la religion de vos propres excréments, rappelez vous ceci : Gullo Gullo aura votre tête et vos tripes...(...) vous (l')avez porté disparu pour en faire l'être le plus sanguinaire, le plus impitoyable, le plus vengeur d l'histoire (...) » Ce dernier texte montre aussi, omniprésent dans tout le livre, l'aspect moqueur, et même bouffon de Bulatovic : il ne respecte rien de ce monde, et ne cesse de pratiquer un humour surréaliste qui accentue le sentiment d'étrange monolithe que procure ce livre . Un exemple caractéristique est le récit complet de l'histoire du monde fait par Gullo Gullo, qui crée des expressions comme « le camarade pharaon Khéphren » . Résumer le récit ne peut se faire dans un article destiné à faire découvrir un livre . Pour ceux qui savent, le récit est structurellement sur une structure gnostique de dévoilement . il pointe la source d'énonciation du discours moral comme origine même du mal . Et ce non pas comme dénonciation de la pureté, mais dans le mouvement même de l'exigence de la pureté . Gullo Gullo est un livre que les temps rendent progressivement compréhensible : un classique du XXIème siècle .

7 COMME PARACHEVEMENT ET CECITELOS Pénétrons l'impénétrable – Désirons l'indésirable
«Le processus qui mène au langage obsessionnel, c'està-dire en fin de compte à la suppression du sens des mots, a quelque chose de fascinant, d'ensorcelant : dans ce surgissement d'un non-langage, il y a comme la promesse d'une nouvelle façon d'être, laquelle, tel le vide, attire et fait chuter […].» Armand Robin Nous en sommes là, cher Armand, nous en sommes là... Extatiques ou pas, nous attendons, nous soupirons après cette promesse : « nouvelle façon d'être », qui, enfin, surgirait toute armée de ce nonlangage qui se creuse, qui creuse le vide pré-nuptial des mots. Mais le vide a fini, cher Armand d'attirer, sa force d'attraction est désormais invertie puissamment en stagnation, en puissance centrifuge. Pour tout chrétien conséquent, le monde, depuis la révélation, à toujours été à la fois une dissidence, une coupure ontologique, une rébellion ET un camp, un champ concentrationnaire. En conséquence il ne peut être qu'un dissident de la dissidence, ni du côté de l'ordre ni du camp de la révolution. Bien que refusant d'être chrétien, cher Armand, vous fûtes, une parfaite image de cela, et sans doute vous le fûtes, précisément, par ce refus même. Indésirable parce que le monde est indésiré, vous le disiez de vos poèmes et de leur poète. Le monde indésiré, celui qui se contorsionne par pur désir de dévier de la trajectoire divine est, déjà, une « nouvelle façon d'être » qui « tel le vide, attire et fait chuter ». Le monde n'en finit plus de révolutionner, c'est là son souhait, son désir unique d'ailleurs ... Il a su intégrer toute contestation. Il est lui-même contestation, et enfin, aujourd'hui il a reconnu son essence. En particulier toute contestation écrite, langagière, par le biais du livre-objet est absorbée et inframorphosée, elle vient, et en vient à désirer même, se coller, s'agglutiner, se surajouter à la structure néantisante de la Technique-Monde. Ainsi se fond et se forge le General Universal Langage signalé par Zinoviev dans Les Hauteurs-Béantes. Il ne s'agit pas d'un nouveau langage submergeant les anciens, ni même, en fait, une langue unifiée née-non-née de et par extinction des autres, non, il s'agit d'un souslangage, d'une contre-langue, d'un camouflage, d'une machine, c'est-à-dire un piège, une technique, vous en avez, cher Armand, généré le contre-pôle actif, par votre incarnative plongée dans les langues humaines ... Pour de nombreux kabbalistes ADAM-HUMANITE en cédant à la volonté impérieuse de vouloir faire du savoir SON destin, SA puissance propre et spécifique, isole connaissance et langage : la Schekhina (soit la forme créée la plus accomplie de la révélation manifestante de Dieu) des autres Sephiroth.
Dans cette condition d'exil la Schekhina perd sa puissance positive et devient maléfique ... C'est en ce sens que l'isolement de la Schekhina exprime la condition de notre époque... Dans la société du spectacle, où l'isolement de la Schekhina atteint [...] sa phase extrême, non seulement le langage se constitue en une sphère autonome, mais il ne peut plus rien révéler – ou mieux il révèle le rien de toutes choses. G. Agamben

Soljenitsyne, dans sa période de dissidence intérieure écrivait en caractères minuscules sur de minuscules bout de papier, par la suite, ses manuscrits étaient toujours divisés et éparpillés, lui-même ne les possédant jamais en leur intégralité. La miniature verbifiée, la matière divisée par le Verbe pouvait, alors, encore, faire exploser le système rigidifié à l'extrême. Amolli dans sa tout-puissance même, sa toute-puissance se fondant sur ce caractère mou, le met, aujourd'hui presque hors d'atteinte. Lui donner d'autre nom, le nommer, aujourd'hui revient à le repousser encore plus, à l'amollir, à le favoriser dans cet amollissement qui fait sa force. La prochaine étape ne peut être que le silence, la page blanche est l'ultime puissance de la bombe théognosique. Ce que Franz Kafka avait bien pressenti, qui aimait,

lorsqu'il le pouvait, à remplacer les mots par des gestes dans ses conversations. La loi est en train de devenir cet ultime paradoxe qui caractérise le monde du Procès, croissance exponentielle de son champs et délitement progressif de son caractère coercitif. Les lois se multiplient mais dans le même temps leur caractère obligatoire devient de plus en plus optionnel ... Selon Deleuze et Guattari l'homme contemporain est le schizophrène universel. Ils ont, en un sens, absolument raison, et son sens du législatif semble le confirmer jour après jour. Selon eux, encore, ce schizophrène ne pourra contre-effectuer la déterritorialisation absolue opérée par le capital, l'homogénéisation planétaire de l'opinion, qu'en retournant à la « Nature infinie » qui, selon les mêmes serait le vecteur de la liberté et du bonheur qui préludent à l'éternel... Nos deux auteurs reverront cette exigence à la baisse. Trop tard et en ayant visé trop bas ... Zinoviev dans Les Hauteurs Béantes, écrit à propos du personnage nommé le Schizophrène : « le plus désagréable dans son travail d'écrivain c'était l'absence d'une table et d'un bon stylo. » Le Schizophrène vit et « excerce » à IVANBOURG, « localité qui ne localise rien ». L'exercice concret de la pensée et de sa mise en ligne, donne tort à Deleuze. La déterittorialisation n'est pas le fait exclusif du capital : il l'est de tout économisme et de tout pouvoir qui consent à être puissance, elle est une de ses « mesure historique autonongérée » (Zinoviev). Ce qui a permis à un moment T de contre-effectuer cette déterittorialisation c'est le souffle des bombinettes inscrites, des miniatures verbifiées, et non un quelconque retour à la nature qui, sans le « dire » d'ADAM n'existe tout bonnement pas. La dissidence nous est paradoxe, il faut accepter de la non-dire, il faut accepter de rejeter la volonté de faire du savoir NOTRE destin, NOTRE puissance propre. Ceci est l'essence du gnosticisme qui gagne lorsqu'il perd, ceci est l'essence du gros ON anonyme et perpétuellement diffus et qui diffuse son vide dont la volonté négative est d'être-sans-être Technique-Monde ...
« Il faudra pousser l'audace jusqu'à affirmer que le non-être participe lui aussi au même Beau-et-Bien, car c'est chose belle et bonne que de le célébrer en Dieu par la négation de tout attribut. » saint Denys l'Aréopagyte

Il faudra bien bien accepter de contreffectuer l'action pour la rendre efficiente. La dissidence pouvait avoir un but, un telos et elle acceptait que le « Système » en ait un également, contraire, inverse ... Le telos explosif de la dissidence était l'achèvement de la fin du « Système » ... Mais, le Système déboulonné se reboulonne avec cela même qui le renversa, sorte d'Aïkido idéologique. Il ne peut plus être dit « système », être identifié à cela ce serait aussi son moyen de défense. ON ingère tout, ON digère tout, ON intègre tout. Surtout les modes-vecteurs de « défense », de « réaction », ON les assujetti, les ramène à sa dimension de bouffonnerie hypersérieuse, sectaire (qui segmente et sectionne) et moralisante.
« Karl Marx a dit profondément que les événements de l'histoire se produisaient toujours deux fois, d'abord comme tragédie, ensuite comme comédie. Cette règle est vraie d'abord en un lieu donné, par succession dans le temps, comme on le voit par exemple en Europe, où les révolutions furent jadis faites par des « incorruptibles », des Robespierre et des Cromwell, ne le sont plus aujourd'hui que par des profiteurs. Et il s'agit bien de comédie en effet, puisque la répétition est l'essence du comique, et on pourrait même compléter la formule de Karl Marx en disant que cette comédie tourne en réalité à la farce, mais à la farce sanglante, car pour boucher les extrêmes et recommencer le cycle elle ré-introduit l'essence du tragique dans celle du comique, et cela parce que, dans un monde déchu, les profiteurs qui se disent révolutionnaires se couvrent toujours de l'alibi de nouveaux « incorruptibles » naïvement mêlés aux corrompus et ne possédant pas le sens du ridicule qui s'attache aux anachronismes du sentiment. » Raymond Abellio.

Finalement, finalement : CECITELOS ; nous sommes aveuglés par la fin, et aveugles sur la fin ! Et alors ? Comme l'éthique, l'action se doit d'être énergétique non téléologique ! Energétique c'est-àdire ESCHATOLOGIQUE ! C'est l'appel silencieux à l'indissidence !
« La vérité de la vie spirituelle ne peut être accueillie par la vie naturelle. » N. Berdiaeff

INDICIBLE-DISSIDENCE

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