> Le monde

de 1945 à nos jours
Les élèves en Terminale L et ES étudient l’ensemble de la séquence. Les élèves en Terminale S étudient seulement les chapitres 2 et 4

Séquence 1-HG00

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Chapitre 1

> De la société industrielle à la société
de communication
A B C
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Les grandes phases économiques depuis 1945 De profondes transformations sociales Vers un village planétaire ?

Chapitre 2

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Les grands modèles idéologiques et la confrontation Est-Ouest jusqu’aux années 1970 41
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1ère partie : Les États-Unis et l’Union soviétique, deux modèles rivaux qui influencent le monde
A B C D E

Des systèmes politiques antinomiques Des économies et des sociétés radicalement opposées Deux modèles en compétition pour le rayonnement planétaire Blocages et contradictions internes : des modèles remis en cause Deux trajectoires différentes

2ème partie : Le monde déchiré, de 1945 à 1973
A B C D

La naissance d’un monde bipolaire : 1945-1947 Au cœur de la guerre froide : 1947-1955 La Coexistence pacifique, vers « l’équilibre de la terreur » : 1955-1962 La détente, entre dialogue et tension : 1962-1973

Sommaire séquence 1-HG00

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Chapitre 3

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A B C D

Du Tiers-Monde au Sud : Indépendances, contestations de l’ordre mondial et diversification 83
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Un contexte favorable aux décolonisations Le temps des indépendances L’échec du Tiers-Monde a pesé sur les relations internationales La fin du Tiers-Monde et l’émergence des « SUD »

Chapitre 4

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A B C

À la recherche d’un nouvel ordre mondial depuis les années 1970
Un monde destabilisé : 1973-1985 La fin du système bipolaire : 1985-1991 À la recherche d’un nouvel ordre mondial : 1991-2004

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Sommaire séquence 1-HG00

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b) Les conséquences (de la crise) Séquence 1-HG00 9 © Cned – Académie en ligne . Etudier une affiche syndicale. comprendre le phénomène de la mondialisation. à travers un organigramme explicatif. économiques depuis 1945 La croissance des « Trente Glorieuses » a) Nature et aspects Trente Glorieuses – taux de croissance – fluctuations – récession – reprise – PDEM – pays d’économie planifiée – décollage économique – secteurs – industries de biens de consommation – industries de pointe – plein emploi. Etudier un texte-analyse sur les mutations économiques. b) Les sources de la croissance c) Les limites de la croissance Observer une photographie « bidonvilles à Nanterre en 1970 » La crise a) Nature et aspects Crise – dépression – récession. A travers un produit (l’automobile). Etudier une série statistique dans un but comparatif. la stagflation. commerciale – saturation des marchés – excédents – réforme Libermann – Club de Rome – « croissance zéro » – écologie – inégalités sociales – CNUCED – NOEI. Traduire des valeurs absolues en valeurs relatives pour saisir une évolution et l’interpréter. Choc pétrolier – inflation – déficits commerciaux – contre-choc pétrolier – stagflation – spéculation – conjoncture économique – désindustrialisation – 3e révolution industrielle – toyotisme – robotisation – économies post-industrielles.ontenu du chapitre 1 De la société industrielle à la société de communication Problématique : Quels sont les principaux bouleversements économiques et sociaux intervenus dans le 2 nd XXe siècle ? Plan : traitement de la problématique A Les grandes phases Notions-Clés Repères Mémoriser à travers une chronologie les principales dates de l’histoire économique de la 2nde moitié du XXe. Comprendre un phénomène économique. Profits – planche à billets – masse monétaire – déficits de la balance des paiements. Bretton Woods – parité – plan Marshall – investissement – OECE – GATT – Round – baby boom – publicité – crédit – fordisme – état-providence – recherche-développement – taylorisation – standardisation – marketing – politiques keynésiennes – budget – redistribution. Sociétés duales – crises boursières – krach – bulle financière – mondialisation/ globalisation – révolution des transports – multimodalité – réseaux – OMC – libre échange – UE – ALENA – division internationale du travail – FMN – délocalisation – marchés financiers – TIC – paradis fiscaux.

Patrimoine – tertiarisation – mécanisation – rendements – productivité – OS – « cols blancs » – individualisme – bourgeoisie d’affaire – grandes écoles – discriminations positives. Gêne – RMN – thérapeutique – éthique – guerre froide – recherche fondamentale – satellites – opinion publique mondiale. Examiner un extrait de bande dessinée – caricature. Culture de masse – musique – cinéma – icônes – vedettes – « business » – majors – culture jeune » – modes générationnelles – uniformisation culturelle – World Culture – entertainment – relativisme. Etudier un texte journalistique sur l’état des banlieues françaises en 1995. L’uniformisation par la culture de masse Une civilisation des sciences et des techniques Un « retour du religieux » ? Repérer des évolutions à travers une chronologie. Repères d) Les politiques de lutte contre la crise B De profondes transformations sociales Les mutations du cadre de vie Urbanisation – suburbs – ZUP – grands ensembles – cités dortoirs – cités – RTT – artificialisation – risques technologiques et industriels. Produits de première nécessité – confort matériel – société de consommation – uniformisation – aliénant – « nouveaux pauvres » – SDF – obsession sécuritaire. Explosion démographique – baby boom – fécondité – natalité – mortalité – mortalité infantile – politique nataliste – transition démographique – vieillissement – espérance de vie – migrations internationales – sociétés multiculturelles – SIDA – famille – nuptialité – famille recomposée – famille monoparentale – PACS – émancipation des femmes – contraception – avortement – IVG – parité. La société de consommation « reine » Un bouleversement des hiérarchies sociales ? Etudier à travers une série statistiques l’évolution de la structure des dépenses des ménages dans plusieurs PDEM. Keynésianisme – néolibéralisme – politiques de relance – prestations sociales – fiscalité – monétarisme – déréglementation – mouvements alter-mondialistes. Comparez l’évolution d’un village (texte). 10 Séquence 1-HG00 © Cned – Académie en ligne .Plan : traitement de la problématique c) Les sources (de la crise) Notions-Clés Désordre monétaire – SME – euro – libéralisme économique – dévaluations compétitives – zones franches – Kondratiev. Des changements démographiques majeurs C Vers un « village planétaire » ? Une civilisation de l’information Mass media – audiovisuel –radio – télé – satellite – Internet – monopole d’Etat – privatisation – chaîne d’information continue – audience – info spectacle – propagande – web – sociabilité virtuelle. Sécularisation – athée – agnostique – catholicisme – Concile Vatican II – œ cuménisme – médiatisation – évangélisation – sectes – multiconfessionnel – intégrisme – islamisme – prosélyte.

ALENA (accord de libre-échange de l’Amérique du Nord = Mexique + USA + Canada). Il semble bien que nous quittions la vieille société industrielle qui a marqué l’époque 1850-1945. Crise monétaire en Asie. Création de l’OECE (Organisation européenne de coopération européenne). Pour saisir l’ampleur de ces bouleversements. CECA (Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier). tendant à être uniformisée mais aussi avec quelques éléments de différenciation ici et là. Crise du SME. Marché Unique Européen réalisé. Création du S. Contre-choc pétrolier.I. l’on s’inquiète de l’uniformisation des cultures à la sauce nord-américaine et de l’omniprésence de technologies déshumanisantes.E. A Les grandes phases économiques depuis 1945 Chronologie des temps forts de l’économie mondiale dans la 2nde moitié du XXe siècle 1944 1947 1948 1951 1957 1969 1971 1973 1974 1976 1979 1985 1986 1987 1990 1992 1993 1994 1995 1997 1999 2002 Création du F. (système monétaire européen) / 2nd choc pétrolier / Margaret Thatcher. on parle même de société de communication. (Fonds Monétaire International). Création de l’Euro. 1er ministre au Royaume-Uni. Accords terminaux du Kennedy Round lancé en 1963 dans le cadre du GATT : baisse de 35 % des droits de douane. Flottement des monnaies les unes par rapport aux autres (Conférence de la Jamaïque). dans la vie quotidienne. nous verrons successivement les grandes phases de l’histoire économique contemporaine depuis 1945 avec deux temps forts nettement identifiables et contrastés : les « Trente Glorieuses » et la crise puis. désormais l’information occupe une place centrale . 9 % de chômeurs en moyenne dans les PDEM (pays développés d’économie de marché). L’euro entre dans les porte-monnaie. L’OMC remplace le GATT (1er janvier). de la BIRD par les accords de Bretton Woods. Stagflation. Dévaluation de 10 % du dollar / 1er choc pétrolier. Création de la CEE (Communauté Economique Européenne) par le Traité de Rome.M.M. Krach boursier. enfin nous nous interrogerons sur cette nouvelle culture mondiale qui semble s’esquisser.De la société industrielle à la société de communication La seconde moitié du XXe siècle a connu des bouleversements sociaux et culturels considérables. les profondes transformations sociales qui ont affecté notre monde. Fin de la convertibilité du dollar en or / Déficit de la balance commerciale des Etats-Unis. Plan Marshall et premiers accords du GATT. 1re guerre du Golfe . construite sur l’information. incertitudes économiques. De nos jours. plus spécifiquement. Séquence 1-HG00 11 © Cned – Académie en ligne .

1 1950 .1 5. Pour les Etats-Unis.9 2. Ce qui caractérise la période 1950-1970.3 2.3 P.1970 3.7 4. à part pour le Royaume-Uni où la croissance est modérée (2. sa croissance est toujours inférieure à 3. la croissance est appréciable.8 10.7 4. le Japon avec un taux de croissance annuelle supérieur à 10 et tournant à 9. France et Italie environ 5 %.2 2. un peu comme l’Italie si ce n’était l’accident de 1955-1960 où la croissance s’envole. Questions Comparez les PNB pour les périodes 1913-1950 et 1950-1970.6 2. Léon. – un dernier groupe.3 2. la France connaît une régularité dans l’essor de sa croissance. Quels enseignements principaux en ressortent ? Classez les pays selon leur rythme de croissance de 1950 à 1970.1960 2. forte croissance alternant avec croissance soutenue . égale ou supérieure à 4.4 6.9 5.7 6.1955 Etats-Unis Royaume-Uni Japon Allemagne France Italie 4.8).6 5.1970 4.3 9.2 0.6 4.4 12.6-9.5 3.7 12. Réponses Partout.1 4. Le RoyaumeUni est à la traîne.5 4. 12 Séquence 1-HG00 © Cned – Académie en ligne . par l’économiste Jean Fourastié (en référence aux 3 glorieuses. Document 1 La croissance du PNB dans les pays industrialisés capitalistes Taux annuels moyens de croissance du PNB 1913 . les 3 journées révolutionnaires parisiennes de juillet 1830 qui ont mis fin à la monarchie absolutiste des derniers Bourbons) pour caractériser la croissance des années 1945-1973. ou plutôt un pays à part.9).4 1965 .7 pour les années les plus faibles . dans tous les cas la croissance est soutenue. les taux de croissance de 1950 à 1970 sont supérieurs à la période 1913-1950 . c’est donc une très forte croissance économique autrement dit un essor économique phénoménal.8 5.8 5.0 1.4 6.7 1. excepté au début des années 1960. les pays à croissance modérée : Royaume-Uni et Etats-Unis.8 9. Décrivez les grandes tendances de leur évolution.5 1960 .9 1.3 5.3 4.1950 Etats-Unis Royaume-Uni Japon Allemagne France Italie 1950 . en 1979. en ce cas on peut parler d’un véritable boom économique.1965 4. Elle atteint des proportions considérables au Japon (10. . environ 4. © Armand Colin. On peut distinguer 3 groupes de pays : – un 1er groupe. Histoire économique et sociale du monde. Nature et aspects La dénomination « Trente Glorieuses » a été élaborée a posteriori.3 1955 . L’économie allemande joue au yo-yo. les pays à croissance soutenue : Allemagne.La croissance des « Trente Glorieuses » a.4 sauf pour les années 1955-1960 marquées par un ralentissement de l’activité économique. – un 2nd groupe.3 4.

parfois spectaculaires. pour autant jamais les fluctuations de la croissance n’ont été jusqu’à des épisodes de récession (croissance négative) . la croissance reste forte de 1945 aux années 1960 mais elle est déséquilibrée. Dans les pays développés d’économie de marché (PDEM). Le renversement de tendance est complet. autour de 4 % l’an se retrouve dans les démocraties populaires. c’est très important car la base de départ (1950) varie d’un Etat à l’autre. un rythme de croissance décroché de celui des économies occidentales (n’oublions pas que l’URSS a largement ignoré la grande dépression des années 1930). parmi d’autres… Dans les pays en développement (PED) La croissance est mondiale. – Certains pays peinent à suivre l’emballement mondial comme le Royaume-Uni et la Belgique de plus en plus touchés par l’obsolescence de leurs industries. Ces données sont des pourcentages. c’est sans précédent.B.5 % signifie souvent un accroissement de l’activité économique supérieur à celui du Japon où pourtant la croissance dépasse les 10 % ! Une 1re caractéristique essentielle des « trente glorieuses » est donc la forte croissance. cela se traduit par une baisse de leur part dans la production mondiale. surtout le Japon. Ensuite.8 % par an pendant les Trente Glorieuses. Corée du Sud). On estime qu’entre 1945 et 1973. Dans les pays d’économie planifiée Contrairement à ce quoi on s’attendrait. Ce schéma de croissance soutenue. conçues comme un outil de propagande. il faut le construire or celui-ci est désormais moderne et à forte productivité. les biens de production au détriment des biens de consommation. vient l’essoufflement. Singapour. donc des données relatives . A travers le tableau précédent. Elle n’est jamais que le produit des plans impératifs qui privilégient encore l’industrie lourde et les équipements collectifs. En URSS. n’oublions pas que l’on sort de la Grande Dépression des années 30. Notons toutefois que les comparaisons avec les PDEM sont délicates car les statistiques soviétiques étaient falsifiées. La croissance est donc forte et régulière mais tous les pays ne connaissent pas un essor aussi spectaculaire. Leur appareil de production a été anéanti par la guerre . chaque période de ralentissement de l’activité économique étant le plus souvent compensé par une période suivante de reprise. l’Amérique Latine connaît également une appréciable croissance de ses PIB. il n’en reste pas moins que globalement leur production s’accroît fortement : + 2. – Les deux grands vaincus de la guerre : Allemagne (RFA) et Japon sont paradoxalement les pays à croissance très forte. elle est plus élevée aux Etats-Unis autrement dit une croissance de 4. Des économies commencent leur décollage comme celle des futurs NPI asiatiques (Hong Kong. même les plus élémentaires comme les produits agricoles. nous avons pu remarquer des variations dans les taux de croissance annuels des PNB. la richesse mondiale triple . du simple au double pour les Etats-Unis de 1955-1960 à 1960-1965. La forte croissance des Trente Glorieuses de 1945 à 1973 est basée sur certains secteurs porteurs : Séquence 1-HG00 13 © Cned – Académie en ligne . Même si les PED vendent surtout des matières premières non transformées et des produits énergétiques dont ils ne contrôlent pas les marchés. même le Tiers-Monde en bénéficie mais très inégalement.N. Une autre caractéristique est la régularité de cette croissance. le taux de croissance annuel moyen tourne autour de 5 %. Taiwan. la croissance est également forte et soutenue dans les pays communistes. Ce sont toujours les anciennes puissances industrielles qui progressent le plus vite mais on assiste à une recomposition de la hiérarchie des puissances économiques mondiales pendant les Trente Glorieuses : Dans les PDEM – Les Etats-Unis maintiennent leur suprématie avec une croissance soutenue mais largement inférieure aux autres PDEM. – L’Italie et la France s’assurent une belle prospérité. de la 2nde guerre mondiale et de ses pénuries. Ce constat a cependant ses limites que nous verrons ultérieurement. de la moitié au tiers. donc très compétitif à quoi il faudrait ajouter pour le Japon le boom qu’a représenté la guerre de Corée de 1950 à 1953 avec les commandes états-uniennes. surtout la production agricole.

Des secteurs « boostent » l’économie des « trente glorieuses » comme l’énergie. la production d’électricité triple aux temps forts de la croissance de 1955 à 1974. Les nouveautés sont dans l’importance clé des industries de biens de consommation (automobiles. il est utilisé dans les transports dont il permet la démocratisation et comme matière première dans l’industrie chimique (pensons aux matières plastiques).8 %. Des 3 secteurs de Colin Clark (primaire. Selon un contemporain français (1967). L’électricité. Enfin. L’agriculture n’est pas en reste. mécanisation. Alors que l’agriculture se mécanise.5 % + 259 % + 264 % (1938) + 261 % (1938) + 179 % + 135 % + 229 % + 750 % + 817 % De 1950 à 1975 : + 66 % Globalement. tertiaire). Cela se traduit par une réduction du délai entre découverte scientifique et application industrielle . J. en moyenne la richesse par habitant augmente donc fortement… mais ce n’est qu’une moyenne ! Le secteur énergétique porte la croissance. ou pour les biens de consommation : + 750 % de progression pour les voitures particulières. L’agriculture bénéficie des progrès industriels (engrais. J. 0. en France le chômage tourne autour de 1. celle du pétrole n’en est pas loin ! La production industrielle s’accroît fortement que ce soit pour les biens de productions : + 531 % pour l’acier sur toute la période. elle assure le plein emploi . elle progresse fortement mais moindrement : doublement pour le blé. l’industrie qui apporte une contribution essentielle à la croissance. on ne peut qu’être étonné par la spectaculaire progression des productions. 5 ans pour le transistor… 14 Séquence 1-HG00 © Cned – Académie en ligne .Document 2 L’augmentation de la production agricole AGRICULTURE Céréales Blé (en millions de tonnes) Riz (en millions de tonnes) Maïs (en million de tonnes) ENERGIE Charbon (en millions de tonnes) Pétrole (en millions de tonnes) Electricité (en milliards de tonnes) INDUSTRIE Acier (en million de tonnes) Automobiles (en milliers d’unités) – particulières – utilitaires Population mondiale (en milliards d’individus) + 137 % + 166 % + 531 % + 49 % + 106 % + 169 % + 38 % + 271 % + 305 % + 106 % + 665 % + 989 % 1946-1955 + 17 % + 45 % + 36 % 1955-1974 + 75 % + 147 % + 167 % 1946-1974 + 104. commerce. voire l’invention de tout nouveaux produits. le tertiaire recrute. quelques exemples : 1/2 siècle pour le téléphone. pesticides…) qui lui ont permis de fortes hausses de rendement. secondaire. dont la consommation quadruple. électronique. Servan-Schreiber : « l’innovation devient la forme moderne de la concurrence ». notamment l’acier. permet le développement industriel (aluminium) et l’amélioration du confort des ménages . n’oublions pas l’essor des services qui consolident la croissance : transport. et qui donne à cette période l’illusion du progrès : le rôle essentiel de la recherche et des améliorations techniques qui permettent un renouvellement rapide des produits. D’abord. Le pétrole a l’avantage d’être alors très bon marché . La population mondiale ne progresse que des 2/3 alors que les productions s’accroissent très fortement . aérospatiale. ce qui est là assez traditionnel. Autre effet. banque-assurances et administrations… La forte croissance a des effets immédiats. que ce soit l’électricité ou le pétrole.8 % en Allemagne (RFA) ! Plein-emploi ne signifie pas non plus embauche au rabais. si un volant de chômeurs de 5 % de la population reste endémique pendant les 30 Glorieuses aux USA. équipements domestiques divers…) et des industries de pointe (nucléaire. elle supplante le charbon sans le faire disparaître. biochimie…). c’est le 2nd. 12 ans pour la télévision.

que 20 à 30 % de la richesse des PDEM est consacrée à l’investissement pendant cette période. La rivalité américano-soviétique a été marquée par une course aux armements. plus importantes. écoles…). L’Europe a les capacités techniques et humaines pour se relever mais il lui manque les fonds. c’est aussi un rajeunissement des populations des PDEM (pays développés d’économie de marché) avec ce que cela implique comme bouleversements dans les mentalités : goût pour la nouveauté et la consommation… Il faut ensuite passer du stade de consommateur potentiel à celui de consommateur réel. En 1945. Le plan Marshall est une réponse à cette double exigence . l’AELE autour du Royaume-Uni. Il faut à la fois fournir aux enfants plus nombreux des biens de consommation individuels (logements. d’autre part par l’instauration de salaire minimum garanti dans nombre de pays comme en France en 1950. les fonds accordés à l’Europe occidentale permettent son relèvement économique. cet accord vise à favoriser la libéralisation des échanges internationaux en éliminant toute taxe. un accroissement fulgurant. garantit au moins une relative stabilité des monnaies. Le nombre des consommateurs potentiels augmente avec le baby-boom (forte natalité qui se poursuit jusqu’au milieu des années 1960). tout contingentement ou droit de douane. alimentation. le recours plus facile au crédit car les taux d’intérêt sont bas (l’inflation élevée les annule presque !) et surtout l’élévation du pouvoir d’achat des ménages. murs…. il y a des raisons de fond. C’est d’abord la mise en place d’un nouveau système monétaire international en 1944 à Bretton Woods. s’il favorise les Etats-Unis et entérine leur suprématie économique. à cela s’ajoutent les diverses prestations sociales de l’Etat providence : retraite. le contexte historique et économique de l’immédiat après-guerre est en lui-même porteur de croissance. dans celui-ci les monnaies ont une parité fixe. on l’a déjà évoqué. monnaie de référence pour évaluer les autres et celui-ci est convertible en or. Au GATT. A lui seul. C’est un élément de confiance décisif pour permettre le développement du commerce international. toujours en Europe. Un ensemble de mesures permet l’insertion dans la consommation : la généralisation de la publicité qui stimule la demande. à l’exception notoire des Etats-Unis. la guerre froide a contribué au redressement japonais. Ce système. quelque soit le support utilisé : radio. notamment. De fait. bien des découvertes technologiques ont été par la suite adaptées à la sphère civile . ils ont des capitaux mais des débouchés insuffisants qui risquent de gripper la reconversion de leur économie de temps de guerre à temps de paix. l’Europe est détruite. à coup sûr. journaux. il faut donc reconstruire. or c’est désormais possible. la relance de l’investissement et avec l’OECE ébauchent une coopération entre nations européennes mais aussi ils rendent le marché européen solvable… aux exportations américaines. Les progrès dans la voie de la libéralisation du commerce international s’opèrent dans le cadre de négociations multilatérales dont la plus célèbre est celle du Kennedy Round entre 1963 et 1967 permettant une baisse d’un 1/3 des droits de douane. C’est en 1947 qu’est signé l’accord sur le GATT (General Agreement on Tariffs and Trade : accord général sur les tarifs douaniers et le commerce) . En dernier élément de contexte historique. allocations familiales… On assiste aussi à une spectaculaire modernisation du système productif. télé. assurance maladie. C’est d’abord. à l’espace . qui à son tour permet des perfectionnements techniques donc une gamme de produits sans cesse renouvelée afin de satisfaire au mieux la clientèle. Cela se traduit par une place essentielle accordée à l’investissement quel qu’en soit la forme : création de nouvelles unités de production ou recherche-développement. mais l’on s’éloigne de l’immédiat après-guerre. Or.b. le contexte historique est insuffisant pour expliquer la croissance prodigieuse de 1945 à 1973 . l’étalon est le dollar. les Etats-Unis se trouvent dans une situation complémentaire : leurs capacités de production sont maximales. on pourrait mobiliser la guerre froide. Séquence 1-HG00 15 © Cned – Académie en ligne . Les sources de la croissance Que les trente glorieuses débutent après la 2nde guerre mondiale n’est pas le fait du hasard. L’essor du commerce international est un autre élément explicatif de cette croissance. On estime. loisirs…) et des équipements collectifs (crèches. Le pouvoir d’achat augmente d’un part en application du fordisme (faire des salariés des consommateurs). il faudrait ajouter la formation d’ensembles régionaux de libre-échange : la CEE des 6 en 1957. l’accroissement de la demande. Le baby-boom. le commerce international a quintuplé en volume pendant les Trente glorieuses. lors de la guerre de Corée.

Aux Etats-Unis. La régulation économique de l’Etat pendant les Trente Glorieuses. ciblées et diversifiées… Ces bouleversements exigent des moyens. les entreprises organisent de véritables campagnes de recrutement dans les Pays en développement. allocations familiales. les entreprises gagnent en productivité. ce qui vaut également pour les matières premières. les concentrations d’entreprises se multiplient. quand un vaste secteur public existe . on ne retrouve pas alors d’équivalent de grands secteurs publics mais l’importance des commandes militaires dans le contexte de guerre froide joue ce rôle d’aiguillon dans l’investissement. Le fordisme se généralise avec augmentation des salaires pour intéresser les travailleurs mais aussi taylorisation plus systématique c’est-à-dire multiplication du travail à la chaîne posté et minuté. la croissance y est plus faible et plus saccadée . L’Etat a été un acteur majeur de la croissance des 30 Glorieuses. les profits des entreprises baissent et/ou ne sont pas autant investis qu’autrefois. banques… Celui-ci montre alors la ligne à suivre par ses investissements. On retrouve le même phénomène pour le prix des matières premières importées du Tiers-Monde alors que les prix des produits manufacturés exportés par les PDEM sont indexés sur leur inflation. Le fordisme implique la standardisation et une production de masse à des coûts de revient réduits . Les dérèglements monétaires se font plus visibles. au moins aussi intensément et le type de société qu’elle a généré suscite nombre d’interrogations. D’abord. alors le prix constant baisse. Enfin. L’économie américaine n’a pas eu une évolution aussi positive que celle des autres PDEM. réduction de la masse monétaire pour soit accélérer l’activité économique ou soit la ralentir selon la conjoncture économique. qui le plus souvent ont un rayonnement mondial . surtout à la fin des années 60 et au début des années 70. Le prix du pétrole reste stable en données brutes mais si l’on corrige son prix de l’inflation. maîtrise du budget. en France. surtout en Europe occidentale. le travail féminin connaît un fort accroissement. Les Etats-Unis ont usé et abusé du système monétaire international qu’ils avaient fondé en 1944 à Bretton Woods.L’organisation des entreprises évolue. ce sont les firmes multinationales déjà très puissantes dans les secteurs pétroliers. sidérurgique… En 1971. des campagnes de publicités plus élaborées. L’objectif de ces politiques est économique : augmenter le nombre de consommateurs et social : réduire les inégalités. automobile. La croissance des Trente Glorieuses se révèle être très déséquilibrée. en Europe méditerranéenne : Portugais et Marocains et Algériens en France . A cette réorganisation du travail en entreprise (déjà repérable dès 1910 en Europe) s’ajoutent des modifications dans le commandement et la stratégie . L’inflation s’accélère tandis que les salaires restent soutenus . Le choc pétrolier de 1973 l’a a contrario cruellement révélé. énergie. retraites. des stocks comme des équipes attribuée désormais à des cadres spécialisés . en utilisant la planche à billets – la création de masse monétaire – pour résoudre leurs problèmes. et de fait. ce qui a relativement bien fonctionné pendant la période qui nous intéresse : 1945-1973. Des secteurs clés sont contrôlés par l’Etat : transports. L’Etat joue également un rôle de régulateur en utilisant des outils traditionnels : impôts. Elles donnent naissance parfois à de grands groupes. elles assurent déjà 20 % de la richesse des PDEM ! L’essor est tel que la main-d’œuvre traditionnelle pourtant de plus en plus qualifiée ne suffit plus. C’est l’époque de l’Etat Providence à son apogée et des politiques keynésiennes d’accompagnement de la croissance. Les Etats mettent en place l’Etat-Providence : (assurances maladie. et non des moindres : une énergie abondante et bon marché. pourtant il faut prendre garde de ne pas en faire un portrait trop optimiste. à la fin des années 16 Séquence 1-HG00 © Cned – Académie en ligne . surtout en France à la fin des années soixante. logement…) symbolisé en France par l’instauration de la Sécurité Sociale. le management à l’américaine s’impose : gestion plus rigoureuse des comptes. c. c’est la cas au Royaume-Uni. dernière source de croissance. par l’expérimentation sociale qu’il engage. L’Etat assure un double rôle. le marketing également avec de véritables études de marché pour vérifier la pertinence d’un nouveau produit. en Italie après une série de nationalisations d’après-guerre. l’Etat est producteur et entrepreneur. ce sont surtout les politiques keynésiennes de redistributions. La croissance ne profitait pas à tous. c’est pourquoi on fait massivement appel à l’immigration . Les limites de la croissance Les Trente Glorieuses sont bien synonyme d’essor économique prodigieux et sans précédent. Turcs en Allemagne… Dans certains PDEM.

60, des déficits commencent à apparaître : déficit de la balance des paiements dès 1968, déficit de la balance commerciale en 1971. En décidant de ne plus rendre le dollar convertible en or, Nixon détruit l’ordre de Bretton Woods en 1971 et admet par là l’incapacité des Etats-Unis à maîtriser la masse de dollars en circulation. Plus généralement, on observe un essoufflement de la croissance dès la fin des années 60. Le modèle fordiste qui a porté les Trente Glorieuses s’enraye, par l’inflation, on l’a vu, mais aussi par la saturation des marchés : les industriels trouvent de moins en moins de débouchés à leur production tandis que le renouvellement des gammes de produits se ralentit. Un secteur montre très bien cet essoufflement, l’agriculture, notamment européenne qui croule dès les années 60 sous les excédents ; cette surproduction est renforcée par la PAC qui garantit des prix aux producteurs. Dans l’industrie, même si c’est moins marqué, on repère l’essoufflement des secteurs traditionnels comme les mines. Le taylorisme ou parcellisation du travail est de plus en plus mal supporté pour ses aspects aliénants et ses cadences infernales ; l’absentéisme ouvrier augmente. L’exclusivité donnée au travail comme valeur sociale, travail dans lequel on se réalise pas, commence à exaspérer, ainsi le résume la rengaine : « métro, boulot, dodo ». Dans les pays d’économie planifiée, on sait que la croissance y était volontairement déséquilibrée. Dans les années 60, quand elle s’essouffle, des réformes sont entreprises. En URSS, cela correspond à la réforme Libermann de 1965 qui cherche à attribuer aux entreprises d’Etat plus d’autonomie par rapport au plan, à gagner en productivité et à mieux gérer ses équipements. Cette réforme cependant ne remet pas en cause les lignes directrices de la planification d’Etat avec ses lourdeurs et ses choix, autrement dit son impact fut très limité. De fait, l’URSS comme les autres pays d’économie planifiée entrent dans les années 60 dans une phase de croissance ralentie, puis de difficultés sérieuses dans les années 70 (pénuries, dégradations environnementales phénoménales, gabegie des ressources…). A partir de la fin des années 60, on assiste à la montée du doute et des contestations au sujet même de la croissance. La manifestation la plus spectaculaire de cette contestation est celle de la jeunesse, notamment dans les soulèvements étudiants de 1968 en France, en Allemagne, aux Etats-Unis où, outre une dénonciation verbeuse et extrémiste de la société capitaliste, des problèmes de fond sont posés : un ordre social figé dans un moralisme médiocre et bien pensant à l’école, dans la famille ou l’entreprise. Même les économistes sont de plus en plus perplexes sur les bienfaits de la croissance, ainsi en 1970 le Club de Rome, un groupe d’experts, prône la croissance zéro dans une approche malthusienne : ils craignaient l’épuisement des ressources face à une explosion démographique mais aussi la multiplication des pollutions. C’est sur ce dernier point que la critique de la société de croissance et de consommation est la plus forte, beaucoup désormais l’identifient à une société du gaspillage (toutes les ressources, notamment énergétiques et fossiles comme le pétrole, le charbon… ne sont pas renouvelables). C’est à cette époque qu’émerge une conscience plus aiguë des problèmes environnementaux qu’on appellera plus tard écologie ; nombre de catastrophes vont en ce sens comme l’échouage du pétrolier Torrey Canyon en 1967 au large de la Bretagne provoquant une marée noire et inaugurant une funeste série sans fin, le scandale de Minamata de 1959 à 1961 au Japon c’est-à-dire la pollution des eaux marines au mercure et autres rejets industriels de toute la chaîne alimentaire, des poissons… jusqu’aux hommes avec des conséquences sanitaires catastrophiques. La croissance des Trente Glorieuses fut prodigieuse mais force est de constater son inégal partage. Si la croissance existe partout, ce n’est pas le cas de la prospérité. Au sein même des PDEM, il y a des oubliés de la croissance. Ce sont certaines catégories de population ou d’actifs comme les ouvriers à la chaîne peu qualifiés, les paysans d’agriculture familiale traditionnelle, les petits commerçants (d’où le poujadisme en France), les personnes âgées aux pensions modiques… et aux Etats-Unis, les minorités surtout les Noirs qui continuent de se concentrer dans les ghettos de centre-ville tandis que la middle class blanche fuit vers les banlieues pavillonnaires à perte de vue. Ce sont aussi les immigrés qui s’entassent dans les grands ensembles construits à la hâte pour faire face à la pénurie de logement quand ce ne sont pas encore des bidonvilles comme aux portes de Paris en 1970.

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Document 3
Bidonville à Nanterre au début des années 1970.

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Malgré l’instauration de l’Etat Providence et sa politique redistributive, les inégalités sociales restent marquées, inégalités pas tant salariales que patrimoniales, très marquée en France ou en RFA, caricaturales au Royaume-Uni et aux Etats-Unis et moindres dans les pays scandinaves. Des espaces entiers ont été faiblement atteints par la croissance comme les régions d’agriculture encore traditionnelle, en Méditerranée le Mezzogiorno (sud) italien, et même dans celles qui se modernisaient comme la Bretagne. Il en a résulté des vagues d’émigration importantes, surtout des jeunes actifs vers les capitales ou les grandes villes industrielles. Cet inégal partage de la croissance se retrouve plus nettement à échelle mondiale (sur ce point, voir le chapitre 3 de la séquence 1). La situation des pays du Tiers-Monde est paradoxale : leur croissance a fortement progressé, beaucoup plus même que dans les pays développés : + de 5 % par an de croissance en moyenne des PIB or globalement ceux-ci s’enfoncent dans la pauvreté et le sous-développement. Leur dynamisme démographique (+ de 3 % par an) mange la croissance économique à quoi s’ajoute la monopolisation par quelques minorités des fruits de la croissance autrement dit les inégalités sociales restent criantes et même se renforcent. Ce sont là des explications internes au PVD. Un élément externe contribue à cet inégal partage de croissance, ce que les pays du Tiers-Monde ont dénoncé dans le cadre des CNUCED dès 1964 puis lors du sommet des non-alignés d’Alger en 1973 par la demande d’un nouvel ordre économique international (NOEI), c’est-à-dire l’échange inégal. Les matières premières, pétrole inclus jusqu’en 1973, sont achetées par les pays développés à des prix dérisoires d’où l’exigence d’une revalorisation de leurs exportations. Cet appel restera lettre morte, sauf par le coup de force de l’OPEP en 1973 avec le 1er choc pétrolier. En 1973, l’opposition Nord-Sud est déjà lisible avec les 3 pôles de la Triade monopolisant richesse et pouvoir de décision.

La crise
Nous utilisons ce terme pour évoquer les difficultés économiques de 1973 à nos jours plutôt que celui de dépression ou même de grande dépression, terme que nous réservons aux années 1930. Au sens strict, cette époque ne peut pas être une crise car une crise est un phénomène bref
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(un à deux ans) et aigu mais c’est l’appellation qui est passée dans le langage courant. Elle est contestable mais parlante. Crise ? Difficultés économiques ? En fait, le panorama du dernier quart du XXe jusqu’à nos jours est plus trouble encore dans la mesure où des phases de récession alternent avec des phases de croissance, et globalement, la croissance continue… même si elle s’est ralentie.

a. Nature et aspects
On peut parler de difficultés économiques pour la période qui va de 1973 à nos jours ; au sens strict, la crise se situe en 1974. L’événement qui fait césure dans l’histoire économique du second XXe est le choc pétrolier de 1973 c’est-à-dire la multiplication par 3 du prix du pétrole, décision prise par l’OPEP pour affaiblir les alliés d’Israël, dont les USA dans la guerre du Kippour. La hausse du prix du pétrole, brutale, alourdit la facture pétrolière pour les PDEM qui ont souvent comme 1er réflexe de la réduire, or ceci implique un ralentissement des importations, pétrolières ou autres, donc un ralentissement de leur activité économique, une baisse de croissance ; c’est le risque de s’enfermer dans un engrenage récessif. Le même phénomène, mais d’ampleur moindre se retrouve pour le prix des autres matières premières. En 1979 a lieu le 2nd choc pétrolier après la révolution iranienne – prise de pouvoir des islamistes de Khomeyni – avec un effet similaire : augmentation de 125 % du prix du pétrole (si l’on comptabilise la hausse du cours du baril jusqu’en 1982) et creusement des déficits des balances commerciales des PDEM. A partir de ce constat, on serait tenté d’y voir la principale cause de la crise ; son rôle n’est en effet pas négligeable mais non décisif. La hausse du prix du pétrole a généré une forte inflation dans la plupart des PDEM (inflation à deux chiffres, supérieure à 10 % par an), des déficits commerciaux ; pourtant certaines observations invalident le rôle décisif de la crise pétrolière dans les difficultés économiques d’après 1973. En effet, dès 1976 le commerce international reprend, la croissance repart et on peut même dire qu’elle est spectaculaire : environ 4 % pour les pays de l’OCDE dont 4,2 pour les USA et 3,5 pour la France. Après le 2nd choc pétrolier (1979-1982), on assiste en 1986 à un contrechoc pétrolier, le prix du baril baisse de 27 à 9 $, pourtant pas de reprise, le marasme continue… Les causes sont ailleurs. Nous les verrons ultérieurement. Néanmoins, les chocs pétroliers marquent le coup d’entrée dans une ère de difficultés économiques. La croissance se ralentit, elle est plus chaotique et inégale selon les grandes aires économiques mondiales (Asie, Amérique du Nord, Europe occidentale, Europe orientale, Sud). Globalement, la croissance continue. Malgré la « crise », les PDEM continuent de s’enrichir mais à un rythme atténué, moitié moins que pendant les Trente Glorieuses ; cette croissance varie selon les secteurs : tout ce qui est relatif à la production pétrolière, à sa transformation est dans un 1er temps sinistré, les vieilles industriels (sidérurgie, métallurgie, mines…) périclitent dans les PDEM. Dans les années 80, la croissance oscille entre 5 % l’an au Japon pour les meilleures années à 2 % l’an en moyenne en France ou au Royaume-Uni. On assiste donc à un net décrochage de certains espaces par rapport à d’autres : le Tiers-Monde éclate car la croissance devient négative dans nombre de pays africains tandis qu’elle est spectaculaire dans les NPI, en Chine. D’ailleurs, l’Asie, emmenée par le Japon semble beaucoup mieux s’en sortir du moins jusqu’en 1997, de même que de nos jours (2002-2003) les Etats-Unis connaissent une croissance beaucoup plus élevée que celle du Vieux Continent (France, Allemagne) à la limite de la récession. C’est là une des particularités de l’histoire économique du dernier quart du XXe, l’alternance de période de croissance molle (appréciable mais sans comparaison avec celle des Trente Glorieuses) et de période de récession. Prenons le cas de la France ces dix dernières années : elle connaît en 1993 une récession très accusée : - 1 % de son PIB puis de 1997 à 2001 une croissance appréciable, autour des 3 % puis en 2002-2003 elle frôle la récession avec une croissance inférieure à 0,5 % ! On retrouverait la même instabilité pour la plupart des PDEM mais selon des calendriers décalés. En soi, cette instabilité de la croissance n’est pas originale, on la retrouve au XIXe ; les nouveautés sont ailleurs et elles sont de taille. A la différence des années 30, les difficultés économiques sont associées à une forte inflation, supérieure à 10 %, a tout le moins jusqu’au milieu des années 80 ; inflation elle même associée à une stagnation de l’activité économique ; c’est ce que l’on appelle la stagflation. C’est une originalité, car pendant les Trente Glorieuses, il y eut bien inflation à la fin des années 60 mais l’activité économique restait soutenue.

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nous avons entrevu incidemment la manifestation la plus grave car persistante c’est-à-dire le développement massif du chômage. A travers le schéma précédent. moindre protection du travail…) par le dynamisme économique mais aussi par des particularités sociales nationales.La stagflation est une configuration originale et particulièrement grave car la volte-face des prix favorise les investissements spéculatifs (placements boursiers…) au détriment des investissements productifs. La rupture est radicale avec les Trente Glorieuses marquées du plein emploi. son importance ou sa faiblesse s’explique certes par des choix de politique économique (baisse des coûts et charges salariales. OUI AU PLEIN EMPLOI Journal l’UNION édité par l’URIF-CGT 20 Séquence 1-HG00 © Cned – Académie en ligne . elle correspond à un bref moment allant de 1974-1975 à 1984-85.5 % en 1982. Toutefois. il ne dépasse guère les 3 % de la population active. ce qui nourrit la stagnation de l’activité économique. 5 % en 1988. au Japon même s’il progresse lentement. aux Etats-Unis il est très irrégulier et lié aux variations de conjoncture économique : 8 % en 1975. par exemple au Japon on ne peut nier la sous-généralisation du travail féminin qui rend discutable toute comparaison avec l’état du chômage en France ou en Allemagne. il culmine à 9 % en moyenne de la population active en 1985 pour les pays de l’OCDE mais là aussi de fortes nuances s’imposent tant les contrastes sont marqués : il progresse de 2.5 % en 1975 à 12 % en 1994 avant de décroître au dessous de 9 % en 2000-2001 en France et de reprendre dernièrement. L’importance du chômage n’est pas une clé de lecture appropriée pour saisir l’état économique d’un Etat . Néanmoins cette persistance du chômage donne l’impression – erronée – que nous sommes en crise : Document 4 Affiche de la cgt (1997) NON AU TRAVAIL JETABLE. Le chômage est devenu une constante de la plupart des sociétés des PDEM comme des PED . 7 % en 1992 et environ 5 % aujourd’hui. 9. en effet par la suite la plupart des PDEM maîtrisent leur inflation.

Il y a. du recyclage ainsi que dans certains services et dans leurs industries spécialisées dans les énergies nouvelles. C’est une affiche de sensibilisation. autrement dit l’ossature même des économies industrielles traditionnelles – est à l’agonie. Les métallos belges. De grosses entreprises fermaient leurs portes. chômage… mais s’en tenir à ce stade serait passer à côté de tendances lourdes du dernier quart du XXe à savoir de très profondes mutations industrielles voire un basculement de civilisation. nous constatons parallèlement une croissance explosive dans les secteurs de l’électronique. faillites. le textile. Et pourtant. Et quand la récession vous touche personnellement. le plus évident : crise pétrolière. méventes. Pour saisir les aspects et la nature des difficultés économiques actuelles. de l’aérospatiale. Cela. Je comprends que les gens souffrent et que c’est toujours les plus modestes qui souffrent le plus. Mais il était rare de voir naître dans le même temps de nouvelles et puissantes industries. et un adulte plutôt jeune. certes. Aucune ! On peut s’interroger sur cette absence. liquidations. Mais se référer continuellement à la notion de récession ou de dépression ne fait que masquer la réalité des choses. d’un homme accablé qui se tient la tête et qui implicitement se demande ce qu’il va devenir. Est-ce le rôle d’un syndicat que de proposer des solutions ? Peut-être. Ce à quoi nous assistons n’est pas une récession au sens propre du terme mais bien une restructuration intégrale de la base techno-économique de la société ». Et si la « crise » n’était pas plutôt une mutation des économies ? Document 5 Une mutation technique sans précédent « La presse parle de récession. des hauts et des bas mais toutes ces branches sont d’une manière générale en expansion. © La Nouvelle Agence. Les Cartes du futur. de l’informatique. Alvin Toffler. des ordinateurs. les ouvriers du textile de la Caroline du Nord et du Japon perdent leurs emplois. les branches industrielles de base étaient en crise : licenciements. je le comprends fort bien. On braque ainsi l’attention sur les symptômes et non pas sur les causes. les travailleurs de l’automobile en Angleterre. comme un papier récupéré d’une poubelle. stagflation. Au cours des dépressions antérieures. En quoi témoigne-t-elle d’une nostalgie ? Quelles solutions proposent-elles au problème dénoncé ? Réponses Pour exprimer le travail jetable. les industries vouées à la production de masse – l’automobile. de mobilisation et de dénonciation .Questions Montrez à partir de cette affiche l’aspect humiliant et déshumanisant du chômage. de la génétique. nous n’avons retenu jusqu’ici que ce qui était le plus frappant. Aujourd’hui. l’acier. les auteurs ont représenté la photographie froissée. elle cesse brutalement d’être une « récession » pour devenir une « dépression ». on joue sur l’émotion et non la raison. L’affiche est-elle le support adéquat pour les présenter ? On peut en douter. Questions Pourquoi parle-t-on de dépression d’après l’auteur ? En quoi ce terme ainsi que celui de récession est-il incorrect et ne fait que « masquer la réalité des choses » ? Quels sont les secteurs en difficulté que l’auteur repère ? Quelles sont les voies de l’avenir ? Que veut dire Alvin Toffler par « restructuration intégrale de la base technico-économique de la société » ? Séquence 1-HG00 21 © Cned – Académie en ligne . On notera que c’est un « col blanc » et non l’ouvrier traditionnel. La nostalgie apparaît par la référence presque mythologique au « plein emploi » du temps des Trente Glorieuses. le caoutchouc.

informatique. à forte valeur ajoutée. avec ses flux tendus. – l’industrie de pointe (génétique. en effet les services sont devenus plus porteurs encore . la construction navale. Cette nouvelle organisation du travail s’impose d’autant plus que la robotisation remplace le travail ouvrier taylorisé comme l’automatisation remplace les services peu qualifiés. – les services. c’est-à-dire de ralentissement. mais nouvelle industrialisation. en effet globalement les PNB augmentent. 43 % en Allemagne. la croissance même « molle » continue. Au sens strict. Royaume-Uni. – les industries de l’information et de la communication (électronique. Pour Toffler. L’éventail des rémunérations et revenus s’est élargi ainsi au Royaume-Uni de 1979 à 1990 (tandis que le nombre de milliardaires quadruplait mais restait minuscule 20 000. ont connu un développement prodigieux ces 25 dernières années mais aussi les biotechnologies. Les industries de la 3e Révolution Industrielle basées sur l’informatique et l’électronique ne peuvent fonctionner sans contenu : informations. on a parlé d’économies post-industrielles ou tertiarisées pour celles des PDEM. Nous y reviendrons (Cf.Réponses Toffler insiste sur la subjectivité dans la perception des réalités économiques . les opérations de communication ont pris le dessus (pensons à Internet) au point que l’on qualifie aujourd’hui nos sociétés de « sociétés de communication ». on estime que le pouvoir d’achat a augmenté de 14 % aux Etats-Unis. Elle gomment les périodes d’austérité. Les sociétés contemporaines sont devenues duelles : une minorité monopolise richesse. travailleurs de l’automobile en Angleterre. – Les vieux secteurs « fordistes » de production de masse : « automobile. cette « réalité des choses » selon l’auteur. sons. le nombre de pauvres doublait pour atteindre 8 millions de personnes soit plus de 15 % de la population britannique). il y a bien en cela désindustrialisation . des technologies du numérique le prouve à l’excès. Pourtant. logiciels… Au sein des services. il y a toujours industrialisation. On a aussi parlé de désindustrialisation face au recul spectaculaire d’activités comme le textile. de 64 % au Japon ! Ce ne sont là que des moyennes. ouvriers du textile en Caroline du Nord et du Japon ». Les nouveaux secteurs porteurs : électronique. par le chômage par exemple. ses exigences de qualité et une meilleure qualification ouvrière. La désindustrialisation est un terme en partie recevable. ordinateurs). de blocage des prix et des salaires mais surtout l’inégale répartition de cette croissance molle du dernier quart du XXe. c’est-à-dire de baisse de l’activité économique ou de dépression. le vieux socle de la Révolution Industrielle périclite tandis que de nouvelles activités les remplacent. les activités de base de nos sociétés changent . sa réactivité. de 45 % en France. L’expression même de révolution industrielle est pertinente car comme pour la précédente apparaît dans les années 80 une nouvelle organisation du travail : le toyotisme. b. voir plus loin C 1. moindrement dans les pays d’Europe du Nord-Ouest et scandinaves. images. 22 Séquence 1-HG00 © Cned – Académie en ligne . en cela. c’est ce qu’on appelle la 3e révolution industrielle. très liée à la recherche-développement. la sidérurgie. Pour évoquer les mutations récentes des économies des PDEM. Une civilisation de l’information. les industries ne sont plus aussi déterminantes qu’avant 1973. le pouvoir d’achat continue de croître mais les inégalités ne cessent de se creuser. Ce constat est très accusé dans tous les pays anglo-saxons : Etats-Unis. B – De profondes transformations sociales). informatique. le nucléaire (dans une moindre mesure) . ➠ Sur ce point. Le cas britannique est transposable à la plupart des PDEM. à partir du moment où « la récession vous touche personnellement ». influence et savoir face à des contingents croissants de population pauvre. des téléphones portables. à l’innovation et à la communication. est inexact puisque comme on l’a vu plus haut. on a parlé de « 3e révolution industrielle». De nouveaux secteurs prennent le relais des vieilles industries. les activités porteuses des deux révolutions industrielles précédentes sont marginalisées. aérospatiale). Les conséquences (de la crise) Les difficultés économiques depuis 1973 ont des conséquences paradoxales. alors c’est la catastrophe : la « dépression ». Incontestablement. Canada . Entre 1973 et 1992. acier. Australie. L’essor des micro-ordinateurs. et nous allons voir en quoi. textile… » – Les secteurs à coût élevé de main-d’œuvre concurrencés par des économies émergentes : « métallos belges. parler de récession.

en vigueur depuis 1994 réunissant Canada. Des retournements spectaculaires se sont produits comme l’ouverture du 1er marché mondial à l’économie (et seulement à l’économie !). Etats-Unis et Mexique). sans le vouloir. va aux stratèges de Détroit. proximité d’un marché solvable… Les FMN génèrent d’importants flux internationaux entre leurs filiales ou avec leurs sous-traitants. Il se traduit par une interdépendance croissante des économies. 6000 environ vont à la Corée du Sud pour le travail courant et les opérations de montage. MERCOSUR en Amérique Latine. 500 à la Grande-Bretagne pour le marketing et la publicité et environ 100 à l’Irlande et aux Barbades pour le traitement des données. axes de transmission. les organisations régionales de libre-échange se sont multipliées : ALENA ou NAFTA (association de libre-échange de l’Amérique du Nord. 3500 au Japon pour les composants de pointe (moteur. L’Économie mondialisée. Il est fréquent que pour un produit . Internet pour la circulation des informations et des capitaux… – politique avec d’une part la transformation du GATT en OMC (Organisation Mondiale du Commerce) en 1995 d’après les accords de Marrakech l’année précédente c’est-à-dire l’extension du libre-échange du secteur marchand manufacturé à l’agriculture et aux services . et dont le rôle est croissant dans le commerce international. © DUNOD Éditeur Séquence 1-HG00 23 © Cned – Académie en ligne . Document 6 La mondialisation dans l’automobile « Quand un Américain achète une Pontiac Le Mans de General Motors. exonérations fiscales (pensons aux zones économiques spéciales de la Chine littorales). baisse des coûts du transport aérien. Le reste. principalement industrielles . mise en réseaux des ordinateurs. le montage ailleurs encore… Ce sont la plupart du temps les FMN ou firmes multinationales. Des 20 000 dollars payés à General Motors. d’autre part à l’imitation de la CEE devenue Union Européenne en 1993. la conception. plongeant le Japon et ses partenaires asiatiques dans la crise . Cet essor a été brusquement interrompu en 1987 avec un krach boursier spectaculaire. la gravité des crises boursières. et qui accroît le sentiment d’instabilité. A l’opposé des années 1930 aux temps de la Grande Dépression quand les économies tendaient à se replier sur leur marché national respectif. conteneurisation qui permet la multimodalité. on assiste depuis 35 ans à la mondialisation ou globalisation croissante des économies. soit moins de 800 dollars. on peut parler d’une parcellisation géographique du processus de production. le plus souvent celui de l’entreprise. qui sont actrices de ce processus. Elles profitent pour tel ou tel stade du processus de production des avantages comparatifs que lui offrent divers pays : faible coût de la main d’œuvre. Elles essaient de profiter de toutes les opportunités pour accroître leur rentabilité d’où la multiplication des délocalisations. à une transaction internationale. à des lobbyistes de Washington. il prend part. Ce phénomène irrationnel et spéculatif s’est pourtant répété depuis à 2 reprises.Autre conséquence. la Chine Populaire. dont l’ampleur n’a rien à envier au Jeudi Noir d’octobre 1929 mais dont les conséquences furent heureusement limitées. en Asie où la bulle financière a atteint des sommets avant de crever en 1997. encore dénommées transnationales. leur stratégie est donc à échelle planétaire. l’élaboration des pièces détachées en un autre. Le décloisonnement des économies est une adaptation aux difficultés économiques actuelles. aux Etats-Unis et en Europe où sous prétexte de développement de la « nouvelle économie » (essentiellement Internet) les cours se sont envolés sans rapport avec la valeur réelle des entreprises – souvent proche du zéro ! – avant de s’écrouler au début des années 2000 plongeant les marchés financiers dans un marasme persistant. électronique). » Robert REICH. le design se déroulent en un pays. à Singapour et au Japon pour les petits composants. 1500 à l’Allemagne pour le dessin de la carrosserie et les études de conception. Cette évolution a une double source : – technique avec la continuation de la révolution des transports : perfectionnement du transport maritime. 800 à Taiwan. en effet la division internationale du travail s’accentue . Les années 1980 ont connu un essor boursier phénoménal avec le développement ou le renforcement d’un actionnariat populaire. membre de l’OMC depuis 2000. à des employés d’assurance et à des membres des professions de santé dans tous les Etats-Unis et aux actionnaires de General Motors. exemple : délocalisation des entreprises textiles françaises du Nord-Pas de Calais vers la Chine ou la Tunisie. à des avocats et à des banquiers new-yorkais. dont la plupart vivent aux Etats-Unis mais dont un nombre croissant sont des étrangers.

on assiste à des remises en cause des hiérarchies économiques mondiales. souvent des micro-Etats peu regardants sur la provenance et la légalité des flux financiers qu’ils accueillent ainsi dans les Caraïbes. inflation rognant salaires et profits des entreprises. Certains facteurs sont les mêmes que ceux limitant la croissance de la fin des années 60 comme l’usure du fordisme : saturation des marchés. Le Japon s’est affirmé dans les années 1980 comme la 2e puissance économique mondiale derrière les Etats-Unis et comme la première puissance exportatrice mondiale. 24 Séquence 1-HG00 © Cned – Académie en ligne . Elles tiennent en la persistance de mentalités d’assistés. D’où dans la plupart des PDEM. Une fois le communisme disparu en 1989 pour l’Europe orientale et en 1991 pour la Russie et ses voisins de l’ancienne URSS. En effet. les FMN sont des actrices essentielles. les hypothèses priment encore sur les certitudes. la vitalité du Japon est moindre de même que celle de ses relais. essentiellement politiques… mais il ne faudrait pas sous estimer l’échec économique. c. évolution déjà fortement entamée. les difficultés sont marquées par des dérèglements criants : pénuries institutionnalisées. la perte d’influence politique des Etats. il n’empêche que cette zone reste motrice pour l’économie mondiale. l’évolution est à la différenciation .Parallèlement. toutes les places boursières et financières sont connectées entre elles. Les sources (de la crise) Quelles peuvent être les divers facteurs qui ont généré la crise de 1974 et les difficultés économiques qui en sont le résultat ? On a d’abord évoqué le choc pétrolier mais nous avons déjà vu en quoi ce n’est pas recevable. si cette logique d’internationalisation des économies se poursuit. en a témoigné le dépassement du trafic transatlantique par le trafic transpacifique au cours de ces mêmes années 1980. Même si depuis 1997. en Suisse. productivité dérisoire… Ces insuffisances nourrissent les ressentiments et les contestations politiques. pour les PECO (pays d’Europe Centrale et Orientale). et parfois même au Luxembourg. les difficultés économiques se sont localement maintenues et parfois même aggravées. en sachant bien qu’il n’existe pas d’explications unanimement retenues pour expliquer la crise . Les difficultés économiques depuis 1973 ont été fatales au modèle d’économie planifiée à la soviétique.1. ce que traduit l’explosion de leur dette depuis le début des années 1980. les Etats d’Asie du Sud-Est… et des espaces marginalisés comme l’Afrique subsaharienne… Si les pays du Sud profitent de plus en plus et quoique inégalement des délocalisations industrielles. Nous allons ici privilégier 3 facteurs. donc en concurrence et complémentarité. à la captation des richesses par des groupes mafieux. L’évolution la plus importante concerne l’Europe orientale. les PDEM conservent leur suprématie économique ce qui peut être symbolisé par la métaphore de l’archipel métropolitain mondial. le redressement semble plus rapide. Dans les « SUD ». les marchés financiers tendent à s’unifier. Viennent compléter ce dispositif les paradis fiscaux. Dernière grande conséquence des évolutions économiques depuis 1973. avec l’essor toujours soutenu de la Chine littorale. une nouvelle donne géographique mondiale. au poids encore important des dépenses militaires… Ce constat vaut surtout pour l’ex-URSS . Globalement. Bien sûr leur disparition tient à bien d’autres facteurs. dans ce CHAPITRE A. Le TiersMonde a éclaté entre des espaces plus ou moins insérés dans les échanges mondiaux : pays émergents ou déjà industrialisés comme le Mexique. le Brésil. N’oublions pas qu’avec les NTIC (nouvelles technologies de l’information et de la communication). Comme pour toute époque. Nous n’évoquerons ici que les grandes tendances et assez rapidement. Plus encore qu’en Occident. sur ce point voir le CHAPITRE 3. Le grand gagnant de cette période de « crise » est l’espace Asie-Pacifique et surtout le Japon. les 3 pôles de la Triade connectés entre eux. on assistera à une minoration systématique du politique et du social par les pouvoirs économiques et financiers. ➠ Nous vous y renvoyons. ils n’ont pas réussi à instaurer le Nouvel Ordre Economique Mondial qu’ils revendiquaient en 1973. Là encore.

de 25 ans environ. en Angleterre de 1974 à 1979… Séquence 1-HG00 25 © Cned – Académie en ligne . soit elles théorisent la crise… La difficulté même de cerner les causes de la « crise-dépression » depuis 1973 explique peut-être l’incapacité des politiques à y répondre efficacement. la victoire de ce dernier. Chaque cycle serait divisé en 2 phases opposées : – une phase A de croissance. beaucoup moins rentables à court terme. Dès lors. l’instauration de l’€ en 1999 comme monnaie unique achève cette évolution et atténue pour l’UE les risques de l’instabilité monétaire mondiale et au moins éradique radicalement en interne cette éventualité ! Le désordre monétaire résulte surtout des désordres comptables états-uniens : spectaculaire hausse du dollar dans les années 80 (déficits records. instauration de zones franches. Au début de la crise. soit elles précisent le contexte. au final. Chirac. taux d’intérêts élevés). Ce réflexe est compréhensible car cette réponse a fonctionné pour la grande dépression des années 1930 et pendant les Trente Glorieuses. système vite fragilisé par les crises financières des années 1980 et du début des années 1990 . Mauroy comme 1er ministre également. favorisent les mouvements spéculatifs. à dire vrai. Sa théorie a longtemps été populaire et reconnue dans les milieux économiques mais on peut la contester sur 2 points au moins : sa durée des cycles est arbitraire et ne correspond pas au rythme de l’économie du 2nd XXe. les années 74-1980. de paradis fiscaux. aucune des explications traditionnellement avancées pour expliquer les difficultés économiques de 1973 à nos jours ne sont convaincantes. d. le schéma des cycles de Kondratiev ne fonctionne bien que pour la Grande Dépression des années 30. 2e élément Une compétition forcenée des économies entre elles Plus nettement qu’avant 1973. 1er ministre puis en 1981-1982 avec P. la conférence de la Jamaïque en 1976 confirme cette évolution. sa représentation graphique en phase B descendante laisse supposer une récession sur toute la phase B. en France en 1975-76 avec J. Ce type de politique fut appliqué aux Etats-Unis de 1976 à 1980 sous la présidence de Carter. la finance au détriment des investissement. L’Europe a bien tenté d’y réagir en instaurant en 1979 le SME (Système Monétaire Européen) encadrant les variations des monnaies qui le composent. rien n’est plus faux de 1974 à nos jours . on perçoit un aiguisement des rivalités économiques entre nations . avec. C’est une course au « moins-disant social ». de pavillons de complaisance… Ces dispositions ont pour objectif de redonner à ceux qui les décident compétitivité mais elles remettent en cause les législations sociales des PDEM et empêchent leur instauration dans les PED. ascendante. – une phase B d’égale durée de dépression et descendante. se multiplient les dispositions dérogatoires : dévaluations compétitives (dollar en 1973. Les politiques de lutte contre la crise Deux grands types de politique économique se sont succédé : le keynésianisme et le néolibéralisme. ce n’est jamais que l’application du libéralisme économique à l’échelle internationale. forte baisse en 2002-2003 face à l’euro. Ces variations gênent les échanges internationaux. Face à la montée de la mondialisation.1er élément Le désordre monétaire depuis 1971 La décision de Nixon en 1971 de ne plus rendre le dollar convertible en or et de laisser flotter les monnaies les unes par rapport aux autres a détruit l’ordre économique né à Bretton Woods . l’histoire économique mondiale serait marquée par une série successive de cycles de 50 ans environ. un contexte d’instabilité monétaire et financière s’installe durablement et contribue à perpétuer les difficultés économiques sans pour autant les créer. 3e élément La théorie des cycles Selon un économiste Kondratiev qui publia en 1925 « Les Grands cycles de la conjoncture ». les réponses furent surtout keynésiennes. franc français en 1981-82…). Il s’agit de politiques de relance de la croissance par la consommation. Au final.

la réalité de leur application est plus complexe. La mondialisation a rendu obsolète les principes keynésiens quand ceux-ci sont appliqués localement et sans concertation . il cherche par là à stimuler l’activité économique . voire contradictoire… A ce monétarisme s’ajoute une reprise des credo traditionnels du libéralisme : concurrence entre entreprises privées. Il privilégie 2 outils : – la solidité de la monnaie. mais c’était là aussi sans compter sur la mondialisation et les délocalisations… Les politiques libérales sont devenues la norme dans les PDEM à partir des années 1980. des politiques marquées à la fois par une déréglementation du travail. Le néolibéralisme remet en cause l’Etat-Providence par son choix de baisser le niveau de la fiscalité . rôle réduit de l’Etat. ce dernier a généré des administrations pléthoriques. les entreprises comme les travailleurs dynamiques seront récompensés de leurs efforts. en augmentant les prestations sociales. Celle-ci est originale et à bien des égards décevante. Elles ont été incarnées dans les années 1980 par Ronald Reagan aux Etats-Unis et Margaret Thatcher au Royaume-Uni. car contrairement aux années 1930 où l’on a innové. une forte baisse des impôts. soit l’inverse du keynésianisme. les systèmes de surveillance (pensons à l’affaire de la « vache folle » au Royaume-Uni dans les années 1990 consécutive à une recherche forcenée du profit au point de faire des bovidés des carnivores ! et au démantèlement des services publics vétérinaires) et tout simplement la sécu26 Séquence 1-HG00 © Cned – Académie en ligne . des démocrates sous Clinton aux Etats-Unis de 1992 à 2000. La relance a surtout profité aux économies concurrentielles. du SPD de Schröder en Allemagne depuis 1996 succédant à la conservatrice CDU d’Helmut Kohl. Les politiques libérales sont monétaristes c’est-à-dire qu’elles essaient de garantir la valeur de la monnaie. l’Etat joue un rôle moteur comme dynamisant l’économie en relançant l’activité : il intervient en soutenant financièrement les entreprises en difficulté pour qu’elles investissent. elles fragilisent la cohésion sociale. les lignes directrices du néolibéralisme ne sont plus remises en cause . Ce sont là des principes. Face à l’échec du keynésianisme. des socialistes en France dès 1983. Pour cela. dans les années 1990. de créer des emplois. Elles eurent leurs limites et leurs mérites. ils investiront en retour. les politiques libérales ont leurs limites : – elles accroissent les inégalités sociales. finances. en créant des emplois stables de fonctionnaires pour lutter contre le chômage. travail…). Le schéma libéral cherche également à restaurer la croissance économique. Pourtant. – elles favorisent les marchés financiers au détriment des investissements productifs. ces politiques se sont imposées partout et quelques soient les formations politiques ainsi du New Labour de Tony Blair au Royaume-Uni à partir de 1997. à la relance de l’activité économique par l’accroissement du commerce international. sans rien proposer de concret il est vrai. des privatisations (au Royaume-Uni). Malgré des nuances.Dans cette politique. très antisyndicale. l’inflation a continué d’augmenter. Elles ont révélé l’épuisement de l’Etat-Providence et la nécessité de le réformer en effet les prélèvements obligatoires pour faire fonctionner de vastes systèmes de santé. théoriquement. des mentalités consommatrices de droits sans que les usagers ne veuillent les payer à leur juste valeur… Les politiques libérales d’austérité ont contribué à la maîtrise de l’inflation au début des années 1980. d’où cette dénomination de néolibéralisme. cet unanimisme permet de comprendre l’émergence des mouvements altermondialistes dans les PDEM comme au Sud qui seuls remettent en cause cette hégémonie libérale. de retraite et d’éducation publics ont fini par atteindre des niveaux tels qu’ils asphyxiaient l’activité économique. – en déréglementant l’activité ou en « cassant » les services publics. il faut lutter contre l’inflation notamment en restreignant la masse monétaire et surtout en veillant à l’équilibre des budgets publics. Ce pari n’a plus fonctionné (autrefois l’Etat récupérait son avance par les impôts et taxes sur l’activité qu’il avait suscitée) . les déficits et la dette publique se sont creusés. Par la suite. les monnaies ont dû être dévaluées. – la baisse de la fiscalité. ce qui contribuera à relancer l’activité et la production et donc permettrait. exemple : la France en 1981-1982. il a fallu trouver une autre réponse. L’Etat choisit délibérément le déficit budgétaire afin de soutenir la croissance. déréglementation des activités (transports. là on renoue avec l’idéologie économique la plus traditionnelle qui soit dans l’histoire du capitalisme : le libéralisme.

La société entre 1945 et l’aube du XXIe siècle a probablement plus changé qu’en deux millénaires. comme en France avec la création des ZUP (Zones à urbaniser en priorité). mutations toujours en cours et à court terme sans perspective de stabilisation… B De profondes transformations sociales Dans ce portrait. Cela a fonctionné au Royaume-Uni et aux Etats-Unis mais au prix d’une précarisation généralisée du travail (baisse des salaires ou pression maximale à la productivité…) mais reste en suspens en France et en Allemagne. mais il s’amplifie jusqu’à atteindre son apogée. discriminées et non intégrées. selon le vocabulaire qu’on voudra. Toutefois. d’immeubles-barres mais aussi de lotissements pavillonnaires. Le bilan des politiques libérales est donc plutôt contrasté. devinrent parfois des espaces à problème. le non-entretien. Il est vrai cependant que la plupart de ces quartiers souffraient dès le départ d’une carence. D’où un mouvement inverse de destruction ou d’aération du tissu urbain des cités par le dynamitage des grandes tours pour créer un habitat urbain à dimension humaine. les politiques économiques de lutte contre la crise n’agissent que partiellement ce qui laisse à penser. on assiste à la multiplication des suburbs pour classe moyenne c’est-à-dire de gigantesques lotissements pavillonnaires. cela ne remet pas en cause le primat de l’urbanisation. ce processus n’est pas nouveau depuis l’avènement de l’ère industrielle. la population urbaine serait passée de 28 % de la population en 1950 à 40 % en 1990 . dans les PDEM dès 1975 plus des 3/4 des habitants sont des citadins. nous allons privilégier les sociétés des PDEM car elles constituent un modèle. Ces sociétés urbaines ont imposé un remodelage des paysages citadins : grandes artères routières voire autoroutières en Amérique du Nord. un accès au confort notamment avec les salles de bains. aux temps forts de la crise dans les années 1980-1990 avec la massification du chômage. – elles jugulent incomplètement le chômage. celle d’être des cités-dortoirs : les emplois se trouvant en centre-ville ou dans les zones industrielles. construction des « nouveaux temples » de la consommation près des échangeurs avec l’essor de la grande distribution : supermarchés dans les années 1960. L’explosion urbaine en Occident s’explique par un important exode rural pendant les Trente Glorieuses et par le dynamisme démographique des citadins. comme le quartier de la Paillade pour Montpellier. Vénissieux dans l’agglomération lyonnaise ou grignotent la campagne en proximité des noyaux urbains. multiplication des accidents ferroviaires meurtriers au Royaume-Uni). c’est à de profondes mutations auxquelles nous faisons face. Aux Etats-Unis. vénéré ou détesté. la facture sociale est plutôt élevée. En somme. dès les années 50. A échelle mondiale. De nouveaux types de constructions se généralisent : les grands ensembles composés de tours. C’est oublier qu’il a répondu à une demande pressante des ménages et qu’il constitua une amélioration considérable du logement avec une superficie habitable plus grande. Ce n’est que plus tard que ces cités. une nouvelle société urbaine. 27 Séquence 1-HG00 © Cned – Académie en ligne . En Europe.rité par le non entretien des infrastructures privatisées (cf. Cette urbanisation revêt des formes diverses selon les pays. hypermarchés dans les années 70-80 puis vastes centres commerciaux aujourd’hui. Il est de bon ton aujourd’hui de dénoncer cet urbanisme gigantesque et déshumanisant. Ces nouveaux quartiers urbains se développent en banlieues comme Sarcelles au nord de Paris. par le reste du monde. Les mutations du cadre de vie L’urbanisation est un trait dominant des sociétés du 2nd XXe. que plus qu’une crise ou une dépression. c’est pourquoi les pouvoirs publics vont guider l’urbanisation. ainsi les appela-t-on désormais. vieillissante. l’absence d’activités sur place et la concentration en ces lieux de populations immigrées défavorisées. La superficie des villes s’accroît considérablement. il faut au sortir de la guerre faire face à une pénurie de logements. et individualiste s’érige en norme.

Les modes de vie et de produire du 2nd XXe se révèlent destructeurs des cadres de vie. – Les variations entre Etats s’expliquent par les dates proposées : 1950-1962 . celle de l’artificialisation croissante des cadres de vie.5 points en France. + 6 points en Allemagne. les revers d’une telle artificialisation ont commencé de faire sentir leurs effets au point que depuis 25 ans on peut parler de cadres de vie littoraux. un doublement en France et au Royaume-Uni.13% au Japon pour la même période.33 % en Allemagne de 1950 à 1992. par la « chimisation » des sols agricoles pour augmenter les rendements… Les dégradations environnementales sont désormais manifestes et peut-être irréversibles. par l’accroissement des postes de dépenses comme le logement : + 2 points aux Etats-Unis entre 1950 et 1962. la gauche socialiste sous L. en cela il illustre une autre tendance majeure. Si la prise de conscience de ces problèmes par les populations est ancienne. + 4 points au Royaume-Uni et aux Etats-Unis. télévision. Ces deux dernières dépenses montrent qu’un surplus est dégagé pour prendre soin de soi. L’artificialisation s’est traduite par un bétonnage des littoraux pour accueillir des touristes toujours plus nombreux. montagnards en crise. téléphone. Avec la crise. les sociétés contemporaines ont transformé les milieux pour les rendre plus productifs. . En France. + 1. Le cadre de vie du 2nd XXe est celui des cités de verre. Le confort matériel se manifeste par la multiplication des objets.15 % aux Etats-Unis et . urbains. par la mise en place d’infrastructures routières tentaculaires pour absorber un trafic toujours croissant. Jospin de 1997 à 2002 a pensé que le partage du temps de travail par une réduction de sa durée hebdomadaire à 35 heures permettrait un recul du chômage ce qui a fonctionné en partie mais c’était sans compter sur le coût d’une telle réforme pour les entreprises. ruraux. le toyotisme ayant remplacé le fordisme et ses emplois peu qualifiés d’OS (Ouvriers Spécialisés).nables dans ce tableau se sont vérifiées jusqu’à nos jours. ce que les « 20 et + calamiteuses » n’ont finalement pas démenti . celle des politiques est récente : sommet de la Terre à Rio en 1992. En mobilisant leurs science. on est au cœur des Trente Glorieuses mais les fortes croissances sont encore à venir en France et en Allemagne. . retraites à 60-65 ans même si le seuil d’entrée en retraite risque de s’élever.5 points en France. La durée du temps de travail a fini par devenir un enjeu politique dans la mesure où le plein-emploi des Trente Glorieuses a définitivement disparu. ou les transports (surtout l’achat d’une automobile) : + 3. avec un temps de plus grand laissé au repos et aux loisirs. années 1960-70. Néanmoins. aujourd’hui un certain confort matériel s’est démocratisé dans les sociétés des PDEM. la découverte du trou dans la couche d’ozone. . techniques et technologies.Il semble aussi qu’une nouvelle relation au travail se soit instituée. La société de consommation reine ? Les Trente Glorieuses ont globalement apporté la prospérité. Cette artificialisation révèle aussi une plus grande vulnérabilité de nos sociétés à l’égard des risques technologiques et industriels comme l’explosion d’un réacteur de la centrale nucléaire de Tchernobyl en 1986 ou l’explosion de l’usine AZF à Toulouse en septembre 2001. habillement) : de 37 % en 1950 à 31 % en 1962 pour les dépenses en nourriture en France. et surtout l’accroissement des dépenses de loisirs et de santé . les évolutions discer.20 % en France de 1950 jusqu’à l’arrivée des 35 heures à partir de 1998-1999. Cette abondance peut se mesurer au travers des modifications dans la structure des dépenses des ménages : – L’entrée dans une société d’abondance se mesure par le poids décroissant des dépenses de 1re nécessité (alimentation.5 point en RFA. l’émission par les automobiles et l’industrie des gaz à effet de serre avec comme conséquence une élévation des températures et des dérèglements climatiques. les salariés (blocage des salaires) et la collectivité et surtout sur le manque de main d’œuvre disponible et qualifiée. un quasi doublement aux Etats-Unis pour la santé. ce sont les pluies acides en Europe centrale. d’acier et de béton . La réduction du temps de travail se vérifie dans tous les PDEM : . puis conférence de Kyoto en 1997 sur l’émission des gaz à effets de serre… Concrètement. des « choses » à disposition des ménages : appareil électroménagers. On entre de plus en plus tard sur le marché du travail car les études sont plus longues et l’on en sort plus rapidement : pré-retraites.2 points pour les dépenses d’habillement toujours en France. et surtout au Japon (années 60-70) très en retard à cette époque. réfrigérateur… des inventions 28 Séquence 1-HG00 © Cned – Académie en ligne . + 3.

ce statut concerne désormais plus de 80 % des actifs. or de 1945 à nos jours les populations actives des PDEM ont considérablement évolué. de « cathédrale gothique » par Roland Barthes. être propriétaire de son logement. encore vérifié depuis 1973 : jeux vidéo. s’amorce un net recul de l’emploi primaire : 11. travailleurs précaires ou à temps partiel qui vivotent. mais aussi ses revers. On lui reproche son « matérialisme » (qualification erronée car c’est tout autre chose que l’attachement à ce qui est matériel) c’est-à-dire de placer le sens de l’existence dans la possession des objets. La structure des populations actives des PDEM présente de profondes modifications. essentiellement l’agriculture contre 34. tension parfois comblée par des comportements violents et délictueux. ordinateurs. a contrario les activités traditionnelles indépendantes déclinent sans toutefois disparaître. Pour 1950. Les individus deviennent interchangeables.7 pour les services. très variable cependant selon les Etats. vacances. incontestables. l’uniformisation des modes de vie qu’elle implique. sa médiocrité. Le 1er changement majeur consiste en l’essor remarquable du salariat . L’obtention du permis de conduire marque souvent l’entrée dans l’âge adulte. En 1973. en fait la DS. de véritables fabriques à frustrés. Les sociétés des PDEM. de l’obsession sécuritaire qui saisit certaines des sociétés vieillissantes des PDEM : étatsunienne avec la multiplication des lotissements aisés barricadés avec leurs propres services de sécurité . d’évasion… Elle est devenue un fétiche par lequel on affiche sa réussite sociale. autrement dit le ressort de son fonctionnement est la frustration. de s’alimenter (généralisation des fast-foods à partir des années 80 sur le modèle nord-américain). française. pensons à la campagne présidentielle de 2002 et le glissement exemplaire qu’elle a opéré sur la précédente dont le mot d’ordre était … la fracture sociale. au contraire… Un bouleversement des hiérarchies sociales ? Les hiérarchies sociales continuent de se construire sur les patrimoines et de plus en plus sur le travail. d’employées dans le tertiaire mais. de se reposer (séjour en station balnéaire ou de ski…). C’est ici la frange la plus visible des exclus de la société de consommation car elle est en réalité plus large : jeunes des cités européennes ou des ghettos étatsuniens. par leur qualification professionnelle croissante. Notons toutefois que la société de consommation n’est pas remise en cause par l’exclusion ni même par les comportements délinquants. l’OCDE estime qu’en moyenne 27. téléphones mobiles … La société de consommation a donc ses bienfaits. effective… ou fantasmée. le contexte économique a changé . Pour fonctionner. Il en résulte pour eux une tension entre l’impossibilité de consommer et la volonté de satisfaire aux normes consuméristes. Nous avons là une des sources. formatés et partout au sein des PDEM tendent à s’imposer les mêmes manières de se vêtir (jeans dans les années 50-60-70). Consommer devient un rite d’inclusion à la société. C’est le cas du monde des petits commerçants de plus en plus inadapté face à la multiplication des grandes surfaces. En effet les biens de consommation (au sens le plus large) se sont standardisés. si possible une maison individuelle. la société de consommation a besoin de populations solvables et décidées à consommer. d’où le rôle essentiel des phénomènes de mode et de la publicité . l’auto est synonyme d’indépendance. est la généralisation du travail féminin. depuis. de liberté.8 pour le secondaire et 37. 80 % des Français avaient déjà un téléviseur .4 % en 1970. Or depuis 1973. Les femmes occupent alors préférentiellement des postes d’ouvrières. Un 2nd changement. mais aussi des artisans et petits industriels confrontés aux mouvements de concentration et à leur plus faible productivité. ce qui change c’est sa massification à la fin des années 1960. et en cela on peut qualifier cette société d’aliénante. l’idéal de consommation se profile : avoir une ou deux automobiles.5 % des actifs travaillent dans le secteur primaire. à l’exception des sociétés scandinaves sont devenues duelles avec leurs exclus qu’on qualifia de « nouveaux pauvres » ou de SDF (les « sans domicile fixe » pour ne pas dire qu’ils n’en ont pas !) dans les années 1980. un essor confirmé mais mesuré Séquence 1-HG00 29 © Cned – Académie en ligne . Pendant les Trente Glorieuses.qui améliorent le quotidien et modifient les relations au sein des familles. Un objet plus que tout autre symbolise cette société : l’automobile qualifiée. nos sociétés sont devenues plus inégalitaires. non la seule. Ce n’est pas une nouveauté. un alignement progressif se réalise sur les professions plutôt occupées par les hommes.

en moyenne. recours aux engrais chimiques. insertion croissante dans l’agri-business… Progressivement le paysan devient un entrepreneur agricole plus performant et plus rare. Sur les 243 foyers de Cessac.-C. respectivement en 1946 et 1975. et sont dans un état médiocre. des rendements. Les dépenses de loisirs sont très faibles . à peine plus d’un actif sur quatre tandis que les 2/3 des actifs travaillent actuellement dans les services. aux lavabos. plus de la moitié des calories absorbées. 180 machines à laver le linge. C’est là une approche globale. ces derniers évoluent irrémédiablement pendant les Trente Glorieuses et plus encore dans les années 1980-1990. or les campagnes jusqu’à 1945-55 restaient un conservatoire des traditions. Le reste de la consommation personnelle est vestimentaire pour plus de sa moitié. ni les jeunes ni les adolescents ne reçoivent d’argent de poche. L’alimentation forme les trois quarts de la consommation. augmentations des superficies d’exploitation. 110 téléphones pour 670 habitants à Cessac contre 5 pour 534 à Madère . la part de l’emploi industriel reste plus marquée au Japon et en Allemagne mais partout se vérifie la tertiarisation croissante des économies des PDEM au point qu’il est parfaitement recevable de les nommer sociétés post-industrialisées. est la soupe de pain et de légumes. En dehors du service militaire et de la guerre. La base de l’alimentation. on « fume » la terre avec le fumier […].). l’emploi industriel a amorcé un recul assez prononcé. 50 des 212 maisons de Cessac ont été construites depuis 20 ans et toutes les maisons anciennes oint été rénovées. on achète et on consomme de la viande de boucherie […]. Document 7 Les mutations d’un village français au temps des Trente Glorieuses Sous les noms de Madère et Cessac. l’engrais chimique est très peu utilisé . à la graisse de porc. il nous faut affiner l’analyse pour voir la traduction sociale concrète de ces phénomènes. la vigne.du secteur secondaire : 38 % et enfin un accroissement très marqué de l’emploi tertiaire : 1 actif sur 2 vers 1970 ! Cette évolution s’est nuancée depuis 1973 . la part des actifs agricoles a poursuivi sa chute. les rendements à l’hectare vont du triple au quadruple de ceux de Madère . est décrit en réalité le même village du Lot. [A Cessac]. 280 automobiles à Cessac contre 5 à Madère […]. la productivité du travail agricole à Cessac est de l’ordre de douze fois plus forte qu’à Madère […]. le blé rend 7 à 8 fois la semence (12 quintaux bruts à l’hectare) . Questions Quels sont les critères qui font de Madère un village traditionnel ? Quels sont les signes qui marquent l’irruption de la modernité à Cessac ? 30 Séquence 1-HG00 © Cned – Académie en ligne . La production par travailleur agricole et par hectare cultivé ne peut dans ces conditions qu’être très faible. etc. aux W. sélection des espèces animales et végétales. à peine 5 % d’actifs pour tous les PDEM en 1995 d’où l’expression de « fin des paysans » . C’est là une révolution sociale silencieuse majeure car les assises campagnardes des sociétés occidentales disparaissent. [A Madère]. 25 hectolitres […]. spécialisation des production. Douelle. © Librairie Arthème Fayard 1979. Alors que 150 des 163 maisons de Madère ont plus de 50 ans d’âge. En année moyenne. croyances et modes de vie anciens . la grande majorité des habitants de Madère n’a fait que son voyage de noces et quelques pèlerinages. Elle est cependant pour sa moitié composée de pain et de pommes de terre […] Une seule fois par semaine. des campagnes qui se vident… Le nombre des agriculteurs diminue en raison de la modernisation agricole : mécanisation. 1er constat. plus de 230 ont le « confort moderne » . 50 congélateurs. allant de la cuisine parfaitement équipée (210 réfrigérateurs. et comme le nombre des travailleurs à l’hectare est près de 4 fois plus faible. « Les Trente Glorieuses » de Jean Fourastié. intérieurs à chasse d’eau. Elle l’est en effet : à peine supérieure aux chiffres du XIXe siècle. à la salle de bain à eau courante chaude et froide . Des nuances s’imposent.

fonctionnaires. trop d’entrepreneurs agricoles d’aujourd’hui sont endettés. ce serait leurs valeurs : une forte adhésion et participation à la société de consommation. Le monde ouvrier d’aujourd’hui apparaît globalement plus qualifié et plus diversifié. ingénieurs. médecins… ce sont les « cols blancs ».5 milliards en 1950 à 6 milliards en 1999. grandes universités américaines…). et ce depuis 1973. recherche du prestige social… A s’en tenir à ces évolutions. Afrique subsaharienne) de fécondités élevées. des évolutions moins marquées sont perceptibles. les nouvelles classes moyennes. certains métiers traditionnels comme mineurs.Réponses – une faible productivité et des rendements tout aussi faibles : « à peine supérieure aux chiffres du XIXe » – le poids écrasant des dépenses de 1re nécessité : « l’alimentation forme les 3/4 de la consommation… le reste… est vestimentaire » – la pauvreté du régime alimentaire : peu de viande. techniciens. la grande majorité des habitants de Madère n’a fait que son voyage de noces et quelques pèlerinages ». sidérurgistes se raréfient. La figure de l’OS comme emblème de l’ouvrier s’atténue avec le robotisme et le toyotisme des années de crise . volonté de promotion pour soi et ses descendants. Cette évolution correspond à l’émergence de nouveaux statuts professionnels de travailleurs qualifiés : cadres. politique largement abandonnée depuis en faveur des minorités ethniques. Ce qui les unifie. son apogée se situent dans les années 60. le taux de natalité dépasse les 18 ‰. L’histoire démographique des PDEM est celle d’un bouleversement complet. de la soupe… – l’impression d’enclavement : « En dehors du service militaire et de la guerre. la natalité baisse. Il semble que le maximum de l’accroissement démographique de la population mondiale soit désormais derrière nous. l’augmentation des rendements par 3 ou 4 l’augmentation de la productivité par 12 ! l’insertion dans la société de consommation : « confort moderne » … l’amélioration de l’habitat : « 50 des 212 maisons de Cessac ont été construites depuis 20 ans » Cette modernisation des campagnes a ses limites. bourgeoisie très puissante et influente. d’abord un rattrapage des temps de guerre maintenu par la croissance des Trente Glorieuses. On le voit. De 1945 à 197072 (jusqu’au milieu des années 1960 pour les Etats-Unis) a lieu le baby-boom. une natalité élevée. la majorité des classes moyennes. on constate qu’ils viennent quasi exclusivement de milieux sociaux très favorisés. On peut partir du cas français. principal groupe sociale de nos sociétés. oui il y a eu un profond bouleversement des hiérarchies sociales mais notre réponse positive doit être plus que nuancée si l’on porte le regard sur les positions de commandement. ENA. Cette envolée de la fécondité Séquence 1-HG00 31 © Cned – Académie en ligne . assez représentatif des autres PDEM : la moyenne du nombre d’enfants par famille est de 2. sont très hétérogènes notamment par leurs revenus. A l’ancienne bourgeoisie familiale industrielle se substitue partiellement une bourgeoisie d’affaires formée dans les grandes écoles (HEC. des modes de vie similaires. des principes communs hérités de la bourgeoisie : individualisme. et ce serait notre 2nd constat. leurs revenus n’ont pas cru avec la même ampleur que les autres activités d’où l’impression d’être des laissés pour compte de la croissance… Au sein du monde ouvrier.42 en 1960. Il faut bien évidemment distinguer les PDEM des PED où malgré des situations contrastées et la persistance localement (Moyen Orient. L’essentiel reste l’essor prodigieux des services. Ils forment aujourd’hui. le nombre d’humains est passé de 2. London School of Economics. plus nombreuses. et timidement en France au début des années 2000 mais là sans base légale… Des changements démographiques majeurs Nous avons assisté à une véritable explosion démographique dans la 2nde moitié du XXe siècle. Or ce renouvellement n’est en réalité que superficiel car si l’on examine le recrutement social des élèves des grandes écoles. D’où la tentation d’ériger des discriminations positives comme aux Etats-Unis dans les années 1980.

les exigences propres aux modes de vie contemporains urbains… Parallèlement. asiatiques aux Etats-Unis . Dans les années 60-70 la mortalité avait baissé grâce aux campagnes de vaccination notamment de l’UNICEF. – l’émancipation de la femme. Noirs Africains en France…). cela signifie de nécessaires redéfinitions dans leur politique d’intégration car les descendants d’immigrés sont désormais une des composantes des populations des PDEM et réclament l’égalité des droits. sécurité sociale…) pourtant elle se vérifie également dans des pays qui n’ont pas mené des politiques natalistes aussi élaborées comme au Royaume-Uni. Ce retournement. Indiens. les pays du Nord ont les moyens d’enrayer sinon l’épidémie du moins la mortalité par un accès aux traitements… La cellule démographique élémentaire. Près d’un habitant sur 4 a aujourd’hui plus de 60 ans dans les PDEM contre à peine 16-17% pendant les Trente Glorieuses. Les migrations internationales sont une sorte de régulation spontanée entre le trop plein démographique du Sud et les « vides » du Nord. Le gain le plus spectaculaire se fait sur la mortalité infantile qui passe de 77 ‰ en 1946 en France à environ 6 ‰ de nos jours. une épidémie est devenue hors de contrôle : le SIDA. Plusieurs facteurs pourraient expliquer la faible natalité dans les PDEM : – la maîtrise de la fécondité. l’on admet qu’entre économie et démographie. – Surtout. Sur les 42 millions de séropositifs (estimés par ONUSIDA en 2003). en cours en Italie. – la moindre influence des doctrines religieuses natalistes. Pour les sociétés des PDEM. En effet. Avec cette situation. – plus globalement. 9 ‰ actuellement. Cette rupture est d’autant plus surprenante qu’elle n’a rien d’une fatalité. très accusés depuis les années 1990 : – Une élévation de l’espérance de vie. la mortalité ne cesse de baisser de 1945 à nos jours mais selon des rythmes variables. « la » famille se diversifie. plus ou moins légalement. Nos sociétés sont devenues multiculturelles. les migrants viennent de PED avec d’autres cultures et tendent à se concentrer préférentiellement dans les grandes métropoles ou dans les régions industrielles (Mexicains et Hispaniques. Espagne. mortalité et natalité sont faibles et stables. Les taux de mortalité plafonnent assez vite autour de 11 ‰ dans les années 1960. cette évolution est paradoxale car au Sud. le retournement est spectaculaire. Pakistanais au Royaume-Uni. retraites…) et fragilise le dynamisme économique des PDEM. il y a des liens de corrélation non de causalités. la tentation est grande. et atténué en France et aux Etats-Unis. – la crise économique et des revenus qu’on estime insuffisants pour assurer convenablement l’avenir de ses enfants. la fécondité baisse fortement et la natalité se stabilise autour de 14 ‰ depuis 1975. un vieillissement spectaculaire. Replacée à échelle mondiale. Parallèlement. active et de moins en moins réduite à son ventre et à un statut réducteur de reproductrice. De plus en plus. appel de main d’œuvre bon marché et peu qualifiée en Europe occidentale…) et continuent depuis 1974. – un bon encadrement sanitaire de nos sociétés. un fort accroissement démographique même ralenti se poursuit d’où d’inévitables phénomènes migratoires. il en résulte 2 phénomènes majeurs et complémentaires. Européens méditerranéens puis Turcs en Allemagne.peut s’expliquer par les multiples aides de l’état-providence (allocations diverses. Or depuis 20 ans environ se dessine une évolution inédite dans certains pays du sud : la baisse de l’espérance de vie. les 2/3 se trouvent en Afrique subsaharienne. nord-africains. de là à relier les deux phénomènes. l’homme travaillant à l’exté- 32 Séquence 1-HG00 © Cned – Académie en ligne . Le recul de la mortalité a lui aussi de multiples causes : – c’est une traduction de la prospérité de nos sociétés. au delà des 80 ans. Nos sociétés ont terminé leur transition démographique. perceptible dans tous les PDEM correspond au retournement de la conjoncture économique. C’est une rupture majeure dans l’histoire démographique mondiale. C’est le cas de nombre d’Etats d’Afrique subsaharienne et notamment d’Afrique australe. Dans tout l’Occident jusqu’au milieu des années 1960 a régné un moralisme familialiste qui figeait le modèle familial en la famille nucléaire type avec homme et femme mariés plus les enfants. le nombre de jeunes de moins de 20 ans ne cesse de baisser pour égaler ceux des plus de 60 ans ! Cette évolution remet en cause les équilibres des comptes des systèmes sociaux (maladie. Pourtant. A partir des années 1970. Les migrations internationales se sont fortement accélérées dans les années 60 (réouverture des Etats-Unis sous Kennedy. très marqué en Allemagne et au Japon.

Fin XXe. Le 2nd XXe est celui d’une longue marche des femmes vers leur émancipation. mariage aux Pays-Bas ou au Danemark… Ces changements ne sauraient se comprendre sans référence à d’autres bouleversements : la destruction des modèles paternalistes d’autorité. cela s’est encore traduit par le primat des journaux quotidiens et revues dans Séquence 1-HG00 33 © Cned – Académie en ligne . en 1967 en France par la loi Neuwirth. pourtant bien des inégalités subsistent : sous-représentation politique (d’où l’adoption de la loi sur la parité en France en 1998). elle s’est traduite partout depuis 1975 par : une augmentation des divorces. L’autorisation de la contraception. Simone de Beauvoir inaugure un long combat de libération des femmes. la multiplication des familles recomposées et des familles monoparentales. un souci enfin plus effectif d’égalité des droits entre personnes.rieur et la femme restant de préférence au foyer. pour la 1re fois l’humanité se rend maîtresse de sa descendance. une baisse de la nuptialité. est effective dans la plupart des PDEM (sauf dans la très catholique république irlandaise) dès la fin des années 1960. C’est là une révolution majeure dans l’histoire humaine et dont on n’a pas encore assez mesuré la portée. notamment en France obtenu seulement en 1975 par la loi VEIL. loi qui entérinait l’existence d’avortements clandestins et illégaux où la vie des femmes était en danger tandis que les plus riches se faisaient avorter à l’étranger. une forte augmentation des naissances hors-mariage. marche non achevée à ce jour. Leurs droits politiques sont reconnus depuis 1918-1920 dans la plupart des PDEM sauf en France où elles acquièrent le droit de vote en 1944. surtout de la pilule. Cette conquête. c’est une révolution aussi importante qu’en leur époque les inventions de l’outil de pierre. Cela passe par deux évolutions législatives majeures : la maîtrise de la fécondité et l’autorisation de l’avortement pour les grossesses non désirées. Ce modèle reste la norme dominante mais de nouvelles formes de conjugalité sont apparues ou ont été reconnues. Avec la publication du « Deuxième Sexe » en 1949. nous sommes au courant quasi instantanément de ce qui se passe à l’autre bout de la planète. à partir des années 1960. Elle et ses disciples cherchent à détruire le mythe de l’éternel féminin (la femme « féminisée » pour n’être que l’objet du désir masculin) et la réduction de la femme à la « femelle ». On peut sur ce point évoquer une véritable « révolution des mœurs » née dans les années 1960. On l’a vu. L’outil traditionnel en Occident utilisé pour véhiculer informations et savoirs restait le livre et l’écrit depuis la Renaissance. l’émancipation des femmes ne semble plus à l’ordre du jour. la gamme des familles s’est enrichie par la reconnaissance plus ou moins explicite des couples homosexuels : PACS en France en 1999. leurs goûts. et surtout l’émancipation des femmes. acquérant ainsi les moyens matériels de leur indépendance. ils ont développé des outils très variés… Une civilisation de l’information Si l’on utilise de plus en plus la métaphore du village planétaire. de l’agriculture ou de l’écriture… L’autorisation de l’IVG fut plus laborieuse. Aujourd’hui. elles entrent massivement sur le marché du travail. une hausse du concubinage. Les rapports entre génération sont moins marqués par l’obéissance et la dette due aux personnes plus âgées. cela tient notamment au recours systématique de nos contemporains aux mass media . Le féminisme d’abord marginal accroît progressivement son écho et porte son attention sur la maîtrise du corps féminin par les femmes elles-mêmes. Pour cela. sous-représentation dans les professions d’encadrement et de commandement… C Vers une culture planétaire ? L’évolution du 2nd XXe donne l’impression que les PDEM imposent au reste du globe leurs normes. leurs manières de vivre. plus précoce dans les pays anglo-saxons (années 60) est toujours menacée par l’activisme des lobbies religieux fondamentalistes et les pressions des milieux politiques conservateurs.

la pop music dans les années 60 (BEATLES. l’ORTF en France. à l’exception notable des Etats-Unis. les publicitaires d’où la tentation de travestir l’information en spectacle pour la rendre agréable . AL DJEZIRA qui retransmet systématiquement en 2002-2003 les messages d’Ousama BEN LADEN pour flatter des opinions publiques anti-américaines. la distance critique à l’égard des flux d’informations disponibles est quasi nulle… L’uniformisation par la culture de masse La 1re moitié du XIXe a vu se développer aux Etats-Unis une culture populaire de masse . ces outils se diffusent plus lentement avec cependant un décalage chronologique qui ne cesse de se réduire plus l’on s’approche de la fin XXe. 1981 autorisation des radio libres. Bush. exemples de ces évolutions les débats télévisés de l’entre-deux tours des présidentielles en France. la diffusion de l’information par les mass media reste un monopole d’Etat avec des organisations publiques puissantes comme la RAI en Italie. C. plus récemment la relation de la 1re guerre du Golfe en 1991. c’est la radio qui domine puis de 1945 aux années 1960 la télévision noir et blanc puis en couleur. la transmission de la marche d’Armstrong sur la Lune en 1969. celle-ci s’est ensuite généralisée aux PDEM dans les années 1950-1060 pour atteindre la planète tout entière fin XXe. ex : FOX TV qui a relayé en 2002-2003 la politique étrangère belliciste de G. A partir de 1945. L’irruption d’Internet intervient donc au moment où les mass media traditionnels ont usé leur crédibilité. la donne change progressivement avec la succession de nouveaux media plus performants et perfectionnés. Cette culture s’est inscrite dans des formes d’arts privilégiées : – la MUSIQUE avec le rock’n’roll dans les années 1950 (PRESLEY. W. la BBC au Royaume-Uni. et succédant aux Etats. Les nouveaux mass media du 2nd XXe sont audiovisuels et larguent l’écrit à des fonctions annexes : savoirs spécialisés. en effet en 1945 dans la plupart des PDEM. d’abord par la diversité et la quantité des informations disponibles. 1986 privatisation de la 1re chaîne en audience TF1… L’offre s’élargit avec l’utilisation du satellite au point qu’aujourd’hui un foyer peut recevoir les principales chaînes mondiales. Ces évolutions posent des problèmes implicites quant au statut de l’information et quant à l’utilisation qu’on peut en faire. C’est une nouveauté. BERRY…). plus essentiel. 1984 création de la 1re chaîne privée mais cryptée Canal +. la campagne électorale d’A. les grandes chaînes de télévision françaises en 2002 qui ont entretenu l’obsession sécuritaire par une incessante litanie de faits divers. où l’on peut repérer différents cycles dans la diffusion des outils audiovisuels. AL DJEZIRA au Qatar pour le monde arabe… avec des chaînes d’informations en continu. dont certaines sont très sérieuses : la fiabilité des informations transmises est parfois douteuse.la 1re moitié du XXe pour l’accès à l’information. sociabilité virtuelle par les « chats »… Ce nouveau media est appelé à un grand essor mais il a aussi ses limites. Cette situation de monopole est remise en cause dans les années 1980 dans la cadre d’une grande vague de néolibéralisme économique . puis par la liberté que le web permet : choix des adresses à visiter. Enfin à partir des années 1990. se sont affirmées de véritables multinationales de l’information : CNN et FOX TV aux Etats-Unis. la micro-informatique et Internet complètent la gamme. Jusqu’à 1945. la vulnérabilité technique est encore grande avec les attaques des virus informatiques. la New Wave et le reggae 34 Séquence 1-HG00 © Cned – Académie en ligne . exemple : en France. En Europe. contraintes par leurs financeurs. la disco dans les années 1970. l’audience est aujourd’hui l’objectif cardinal recherché par les firmes télévisuelles. En effet. on peut en retenir quelques symboles forts comme la diffusion en eurovision en 1952 du couronnement d’Elisabeth II. Ces mass media ont eu et gardent un rôle essentiel par la conscience qu’ils donnent de vivre dans un monde unique et interdépendant . Schwarzeneger en 2003 pour le poste de gouverneur de Californie… Les mass media peuvent être aussi de véritables outils de propagande pour des téléspectateurs captifs . A partir des années 1980. ROLLING STONES…). Progressivement. Les évolutions technologiques des mass media ont eu des répercussions sur leur nature . les attaques en direct contre les deux tours du World Trade Center à New York en septembre 2001 ou dernièrement l’invasion états-unienne de l’Irak en 2003. professionnels… L’impulsion vient des Etats-Unis. l’utilisation du satellite permet une diversification de l’offre.

ce fut le cas de la contre-culture des années 1960-1970 avec les refrains de Bob DYLAN et de John LENNON contre la guerre du Vietnam. aux vidéastes. c’est la « World Culture » (ex : modes du Raï. concerts classiques ou opéras dans des stades… Ces rapprochements. D’où la critique communément avancée contre cette culture marchande d’appauvrir la diversité mondiale. Sony. Tiger WOODS pour le sport… La puissance de cette culture est due à sa créativité mais aussi à sa nature. Alain DELON pour le cinéma par exemple… Mickaël JACKSON. Tout autant qu’une culture. confusion dans la mesure où la « grande culture » ou culture d’establishment emprunte de plus en plus les rites de la culture populaire : expositions annoncées à grands coups de publicité. Tout est alors culturel. elle propose ses icônes : stars ou vedettes à vénérer : James DEAN. c’est sa raison d’être . Beverly Hills. des majors du disque : Universal. En plus de ses produits culturels. ex : les Français aux XVIIe et XVIIIe siècles. de plus en plus marketée et formatée. la techno. en même temps. – divertir. on pourrait lui en attribuer 4 majeurs : – questionner. MARLEY) dans les années 80. à la musique contemporaine) comprise ou appréciée de quelques infimes minorités. Elvis PRESLEY. – affirmer son appartenance à une classe d’âge particulière. le rap (EMINEM) et le R’n’B… – le CINEMA avec les westerns dans les années 50-60. interpeller . reproche doublement contestable : d’une part la culture de masse n’est pas figée et empreinte de plus en plus aux cultures minoritaires par souci d’exotisme (et de renouvellement de marché). tout cela contribue à la création d’un « village planétaire ». Marylin MONROE. ainsi. C’est ce que pensent certains des intellectuels contemporains… De fait. abêtir. Ce ne sont là cependant que des manifestations secondaires qu’un phénomène plus ample rend possible : la multiplication des découvertes et inventions scientifiques et techniques. cette culture perd ses aspects originels contestataires. d’initiés (pensons aux arts picturaux. Séquence 1-HG00 35 © Cned – Académie en ligne . Disney… Cette culture a ses publics cibles : les jeunes au point qu’on a parlé de « culture jeune » pour qualifier l’émergence de cette culture de masse dans les années 1960 . MADONNA pour la chanson. Dynasty. on assiste à une distorsion entre divers registres culturels et paradoxalement. X Files… Cette culture s’est élargie aux loisirs. et notamment aux sports-spectacle (basket. cette culture fonctionne toujours sur le processus d’identification. on l’appelle aussi aux Etats-Unis « entertainment ». football…) aux jeux télévisés (télé-réalité). de mêmes informations. Distorsion entre « culture de masse » très accessible et culture d’avant-garde. Zinedine ZIDANE. d’ailleurs dans les pays anglo-saxons on parle de « business » et jamais d’art . les Anglais au XIXe… Ce phénomène n’est en rien original. à une certaine confusion. se vaut… et se consomme… Une civilisation des sciences et techniques Une même culture populaire. Lukas ou au « Seigneur des anneaux »). De moins en moins spontanée. Largement dominée par le monde anglo-saxon et surtout les Etats-Unis. la culture de masse reprend les usages des anciennes cultures populaires d’avant les révolutions industrielles avec leurs fêtes de jeunesse. Quelque soit le support utilisé. En ce sens.(B. les comédies ou mélos (« Titanic ») … – la PEINTURE avec le pop art dans les années 1960 d’Andy Warhol notamment. des musiques celtiques…). le « graphiti art » dans les années 1980 de Keith Haring. Comme industrie. elle contribue donc à l’uniformisation culturelle de la planète dans une version américanisée. entretiennent un certain relativisme qui consiste à étalonner également les cultures populaires et savantes entre elles. EMI… du cinéma : Universal. elle assure le renouvellement de ses marchés par les phénomènes de modes générationnelles. c’est une industrie entre les mains de quelques puissantes multinationales. dans la forme seulement. elle diffuse les normes et valeurs occidentales à la surface du globe. – les FEUILLETONS ou SERIES TELEVISEES : Dallas. la culture de masse exprime les inégalités de développement et de puissance dans le monde. Aujourd’hui. cette fonction s’est quasiment éteinte. Les fonctions de la culture de masse sont diverses. – aliéner. d’autre part c’est oublier qu’à toute époque les principales puissances ont diffusé sinon imposé leur culture . le fantastique et la science-fiction (pensons à la « Guerre des étoiles » de G.

« mères porteuses »). Elles ont leur revers à savoir le coup de plus en plus exorbitant de ces machines et appareils médicaux et la nécessaire spécialisation et qualification accrue des personnels de santé qui en restreignent l’accessibilité. 1er micro-ordinateurs APPLE 1er vol de la fusée ARIANNE Lancement de la 1re navette spatiale COLUMBIA Commercialisation des CD Audio Découverte du prion Découverte du virus du SIDA. permettant un meilleur encadrement sanitaire. calculateur intégré. de cellules.V. clonage…) Document 8 Principales inventions et découvertes du second XXe Date 1946 1952 1953 1953 1953 1955 1956 1957 1958 1961 1961 1962 1964 1967 1968 1968 1969 1969 1975 1977 1977 1978 1979 1979 1980 1982 1982 1983 1985 1990 1996 Provenance Etats-Unis Etats-Unis Etats-Unis Royaume-Uni Etats-Unis Etats-Unis France URSS Etats-Unis URSS Etats-Unis – Japon Afrique du Sud Etats-Unis Etats-Unis Royaume-Uni et France Etats-Unis Etats-Unis – Europe Royaume-Uni Etats-Unis Europe Etats-Unis – – France Etats-Unis Etats-Unis Royaume-Uni Domaine Informatique Militaire Informatique Biologie Médecine Biologie Energie Aérospatiale Physique Aérospatiale Informatique Aérospatiale Transport Médecine Informatique Biologie Aéronautique Aérospatiale Biologie Audiovisuel Aérospatiale Biologie-médecine Informatique Aérospatiale Aérospatiale Audiovisuel Biologie Médecine Informatique Informatique Biologie Nature 1er calculateur électronique bombe à hydrogène 1er ordinateur découverte de l’ADN vaccin contre la poliomyélite pilule contraceptive 1re centrale nucléaire à Marcoule 1er satellite artificiel de la planète Terre Mise au point du laser 1er homme dans l’espace. Son impact sur notre vie quotidienne est considérable : télécommunication.I. Internet…) ainsi que la culture de masse (inventions du CD audio. un recul de la mortalité et de nouvelles pistes thérapeutiques (génique…). satellite.La chronologie ci-dessous nous montre 3 grands domaines de découvertes et d’inventions : La biologie et la médecine Le corps humain est devenu « transparent » dans la mesure où on le connaît mieux. puis DVD…). cartes à puce… avec 36 Séquence 1-HG00 © Cned – Académie en ligne . la RMN. le SHINKANSEN 1re greffe cardiaque 1re mise en réseau d’ordinateurs début du déchiffrement des gènes dans l’ADN 1er vol de l’avion supersonique Concorde 1er homme sur la Lune Début du séquençage des gènes Lancement des magnétoscopes Lancement du satellite METEOSAT 1re naissance d’un bébé éprouvette : les F. magnétoscope. elle a permis la réalisation de notre civilisation de l’information et de la communication (transistor. résonance magnétique nucléaire. Ces découvertes débouchent sur de redoutables problèmes éthiques : – le corps humain peut-il être l’objet de transaction ? (dons d’organes. le VIH par l’Institut Pasteur Mise au point du CD ROM Développement du réseau INTERNET Clonage de la 1re brebis par une équipe d’Edimbourg L’électronique La « révolution électronique » est à l’origine de l’avènement de l’informatique . Ces découvertes ont révolutionné la médecine. Youri GAGARINE 1er circuit intégré 1er satellite de télécommunication 1er train à grande vitesse. – les découvertes doivent-elles toutes être brevetées comme par exemple les gènes ? – a-t-on le droit de modifier la reproduction humaine ? (FIV. de l’infinitésimal (le gène) à l’ensemble : visionnage du fonctionnement des organes par l’échographie. ordinateur.

celle-ci est impulsée par la 2nde guerre mondiale (fusées V1 et V2) et la guerre froide. Or cette vision est trop simpliste et caricaturale. au temple. de l’IVG. de plus c’est réduire ce phénomène à des rites (assistance à la messe. supposer la fin du religieux implique une vision européocentriste – aux Etats-Unis dans les pays du Sud. de 30 à 40 % des populations européennes du Nord-Ouest seraient athées ou agnostiques. elle est particulièrement ambiguë car elle suppose une relative disparition du religieux. Jean Paul II et l’Eglise catholique ont été l’instrument majeur de libération de l’Europe orientale. localisables et consultables par un regard extérieur… Autre manière d’être transparent. L’aérospatiale est cependant plus qu’un gadget pour superpuissance tant les retombées sur la vie quotidienne sont majeures : (télé)communications par satellites. les USA. leur audience cumulée reste assez confidentielle. L’expression « retour du religieux » prend son sens avec la « reconquête laborieuse des âmes » par l’Eglise orthodoxe en Russie. L’élection de Jean Paul II. De là à affirmer un irrémédiable déclin du christianisme européen depuis les années 1960. le 1er homme dans l’espace : GAGARINE en 1961 . la conciliation réussie entre évangélisation et médiatisation (le pape devient une star…). protestantisme… la pratique baisse. de l’homosexualité…). la plupart d’origine américaines. du communisme soviétique. pollution… « Le retour du religieux » ? Cette expression est couramment utilisée depuis 25 ans pour dire le poids important des doctrines et pratiques religieuses dans notre société contemporaine . Il est exact que la 2nde moitié du XXe amplifie dans l’Occident européen une tendance déjà esquissée depuis le XIXe à la sécularisation et à une moindre pratique religieuse. pris de court. à la synagogue ou à la mosquée). surtout de la Pologne. prévisions météorologiques désormais possibles… Les satellites nous donnent une image globale de la Terre . et de nouvelles religions se sont répandues depuis environ 35 ans : Témoins de Jéhovah. les ordinations de prêtres ou de pasteurs se raréfient… Le cas du catholicisme est intéressant par son essai d’adaptation au monde moderne et à la fois par son refus d’ouverture. Entre 1962 et 1965 eut lieu le concile de Vatican II. il n’y a qu’un pas qui a largement été franchi. la liberté de conscience est reconnue. L’aérospatiale La conquête des airs et de l’espace contribue à abolir les distances et à unifier la planète . pensons à la Pologne !). Mormons. l’aggiornamento ou mise à jour du catholicisme : les rites en latin sont abandonnées au profit des langues vernaculaires. leur utilisation a contribué à forger une opinion publique mondiale consciente de problèmes à échelle planétaire : déforestation. l’appartenance religieuse n’a jamais cessé d’être massive – et même une vision d’européen occidental (c’est faire fi de l’Europe orientale. envoient une équipe sur la lune en 1969… L’aventure spatiale avec les navettes américaines. Scientologues. La conquête de l’espace devient le théâtre des rivalités Est-Ouest. en même temps Jean Paul II incarne la crispation sur une morale sexuelle intransigeante et intolérante (condamnation de la contraception. la perte d’influence des religions anciennement « établies » : catholicisme. et par l’intérêt crois- Séquence 1-HG00 37 © Cned – Académie en ligne . Face à la perte d’influence des anciennes religions. On estime qu’à peine 10 % des catholiques sont pratiquants (c’est-à-dire vont à la messe au moins une fois par mois) aujourd’hui en France . les Soyouz soviétiques… Même si la recherche fondamentale n’est pas étrangère à ce mouvement. le polonais Karol Wojtyla à la papauté en 1978 est un tournant qui marque le retour du catholicisme dans la scène politique et médiatique : par leur résistance corrosive. l’œcuménisme favorisé… Si l’audience et l’image en Europe occidentale du catholicisme n’évoluent guère. D’abord. anciennement soviétique et farouchement athée. on conviendra que c’est pour le moins réducteur.un revers : pratiquement toutes nos actions et propos sont archivables. il n’empêche que la révolution est considérable. Toutefois. trou dans la couche d’ozone. les sectes. ce sont d’abord des motivations politiques qui expliquent la conquête de l’espace. bouddhisme aujourd’hui. l’URSS envoyant un premier satellite artificiel SPOUTNIK en 1957. Hare Krishna… un attrait plus grand se manifeste pour les religions et sagesses orientales : hindouisme dans les années 60-70. Difficilement contestable.

les sociétés des PDEM devenues multiconfessionnelles sont confrontées à la difficile cohabitation des communautés avec leurs bouffées régulières d’intolérance. les religions restent donc toujours un profond élément de différenciation. Algérie a suscité attention. en Europe occidentale du moins. d’intégrisme. sur ce point. de la culture de masse. combattive et meurtrière d’un certain Islam et d’une profonde crise d’adaptation à la modernité. 38 Séquence 1-HG00 © Cned – Académie en ligne . Arabie. Le développement spectaculaire de l’islamisme (voir chapitres 2 et 3 de la séquence 1) en Iran. de racisme.sant des opinions publiques pour les phénomènes religieux . le « village planétaire » demeure encore empli de bruits et de fureur. A l’inverse des sciences et techniques. interrogations et inquiétudes en ce qu’il témoigne à la fois d’une vigueur prosélyte. une fracture au sein de la population mondiale . crise réglée radicalement… par le refus de toute modernité ! Reste qu’aujourd’hui le sentiment d’appartenance religieuse est beaucoup plus associé à des valeurs plutôt qu’à des rites ou a des croyances. Afghanistan.

Lire un rapport policier : extraire l’information essentielle. Sclérose et décalage du modèle soviétique Une Amérique qui cesse de faire rêver Pénurie – Corruption – immobilisme politique – dissidence.ontenu du chapitre 2 Les grands modèles idéologiques et la confrontation Est-Ouest jusqu’aux années 1970 Problématique : Comment la confrontation des modèles idéologiques américain et soviétique influence t-elle fortement les relations internationales de 1945 à 1973 ? Plan : traitement de la problématique Introduction 1re partie : Les Etats-Unis et l’Union soviétique. Puritanisme – « self made man » – melting-pot – salad bowl. deux modèles rivaux qui influencent le monde A Des systèmes politiques antinomiques Notions-Clés Modèle idéologique – guerre froide Repères Chronologie synoptique L’URSS : un modèle totalitaire Marxisme-léninisme – parti unique – culte de la personnalité – secrétaire général – centralisme démocratique – apparatchiks. Lire une affiche de propagande politique : trouver son message et cerner les méthodes utilisées. Radio free Europe – brain drain – société de consommation – modèle culturel. LES ETATS-UNIS : des institutions profondément démocratiques Etudier des organigrammes politiques : saisir les relations entre les différentes institutions. B Des économies et des sociétés radicalement opposées Une économie et une société soviétiques sous haute surveillance Le triomphe de l’«American Dream » C Deux modèles en compétition pour le rayonnement planétaire Plans quinquennaux – « société sans classes » – nomenklatura – KGB – Goulag. une référence dominante D Blocages et contradictions internes : des modèles remis en cause « Patrie du socialisme » – « compagnon de route ». La spectaculaire expansion du modèle soviétique L’American Way of Life. Amendement – fédéralisme – président – Congrès – Cour suprême – bipartisme – républicain – démocrate – « quatrième pouvoir » – lobbies – Maccarthysme. Ségrégation – Civil Rights Act – affirmative action – « contre-culture » – scandale du Watergate. Séquence 1-HG00 39 © Cned – Académie en ligne .

entre dialogue et tension : 1962 -1973 Déstalinisation – révolte hongroise. Exploiter une carte géopolitique : comprendre la logique et l’organisation d’un système d’alliances militaires. Guerre du Vietnam – offensive du « Têt » – non convertibilité du dollar en or – schisme sino-soviétique – « printemps de Prague » Proche-Orient – Plan de partage – Etat d’Israël – guerres israélo-arabes – OLP – territoires occupés Utiliser une carte en histoire pour comprendre les phases d’une guerre conventionnelle. Etudier un discours politique : saisir le contexte et la portée d’un événement historique. Lire la géostratégie d’une crise : appréhender le fonctionnement d’un nouveau type de guerre. vers « l’équilibre de la terreur » : 19551962 Containment – Kominform – monde bipolaire – Plan Marshall – CAEM – OTAN – Pacte de Varsovie. Blocus de Berlin – RFA – RDA – République Populaire de Chine – guerre de Corée. Conférences de Yalta et de Postdam. L’évolution contrastée des blocs Les limites de la coexistence pacifique D La Détente. Bretton Woods – FMI –Bird – ONU – Assemblée générale – Conseil de sécurité – Secrétaire général. Saisir un discours idéologique : souligner l’objectif et les arguments utilisés par l’auteur.Plan : traitement de la problématique E Deux trajectoires différentes Notions-Clés Repères L’éclatement de l’empire soviétique « America is back » : vers l’affirmation d’un modèle unique ? 2e partie : Le monde déchiré. de 1945 à 1973 A La naissance d’un monde Glasnost – Perestroïka – Gorbatchev – Eltsine. La mise en place de blocs rivaux Les conflits « chauds » de la guerre froide C La Coexistence pacifique. La « poudrière » du Proche-Orient ou l’inextricable conflit Saisir la complexité d’une guerre à enjeu territorial. Société inégalitaire – violence – moralisme. la fin des illusions B Au cœur de la guerre froide : 1947-1955 Année « zéro » – procès de Nuremberg – crime contre l’Humanité. Equilibre de la terreur – Spoutnik – Mur de Berlin – blocus de Cuba. Discours de Fulton – « rideau de fer ». 40 Séquence 1-HG00 © Cned – Académie en ligne . bipolaire : 1945-1947 Le monde en 1945 La paix des vainqueurs Les bases d’un nouvel ordre international L’éclatement de la Grande Alliance. L’emprise croissante du duopole américano-soviétique sur le monde Des fissures dans les blocs Course à l’armement –SALT 1 – Ostpolitik – conférence d’Helsinki.

Avant d’être rivaux. Cette opposition irréductible d’un type nouveau donne naissance à un monde bipolaire qui pèse sur les relations internationales pendant près de 45 ans. Les Etats-Unis et l’Union soviétique. Autrement dit pas d’affrontement direct entre Américains et Soviétiques qui détiennent chacun l’arme nucléaire mais des conflits par alliés interposés. l’organisation économique. C’en est fini de la suprématie européenne déjà entamée en 1918. Ces deux grandes puissances se fondent sur une mission universaliste. de la subversion. Comment la confrontation des modèles idéologiques américain et soviétique influence t-elle si fortement les relations internationales ? Séquence 1-HG00 41 © Cned – Académie en ligne .Les grands modèles idéologiques et la confrontation Est-Ouest jusqu’aux années 1970 En ce début de vingt-et-unième siècle. Elles pensent que le reste du monde doit suivre leur exemple et que s’il le faut elles doivent le libérer. Par MODELE IDEOLOGIQUE nous entendrons un Etat construit sur un ensemble cohérent d’idées. Il se caractérise par un régime politique à parti unique et par une économie dirigée au nom d’une société communiste théoriquement sans riches ni pauvres. la vision de la société et les pratiques culturelles de tous ceux qui s’en réclament. Le leadership américain s’est imposé à presque toute la planète à partir du début des années 1990 lorsque disparaît l’URSS qui fut le grand rival pendant près d’un demi-siècle. les deux grands vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale. Ils deviennent des modèles pour la plupart des pays du monde. Elle prend le nom de GUERRE FROIDE Le journaliste français André Fontaine la définit ainsi : « un conflit dans lequel les parties s’abstiennent de recourir aux armes l’une contre l’autre. Leur confrontation remonte en effet à 1945. Les belligérants cherchent à marquer le maximum de points en employant toutes les ressources de l’intimidation. s’affirment alors comme les seules puissances mondiales. Seule superpuissance. Le modèle américain repose sur des institutions démocratiques anciennes datant de 1787. de valeurs et de principes qui façonne le système politique. Ces modèles idéologiques s’imposent à d’autres Etats par la séduction et/ou par la contrainte. L’alliance ne dure pas et dès 1947 ils s’affrontent avec chacun leur zone d’influence et leur idéologie. C’est un modèle dictatorial qui a pris ses traits majeurs dans l’entre-deux-guerres. Né en 1917 le modèle soviétique se présente d’emblée comme une alternative au modèle capitaliste libéral symbolisé par les Etats-Unis. de la propagande. En 1945 ce sont elles qui « règnent » sur la planète. Ils semblent les maîtres de la politique internationale alors que paradoxalement l’opinion américaine manifeste un faible intérêt pour ce qui se passe à l’étranger. Six années de guerre ont confirmé le déclin de l’Europe. voire de la guerre locale ». les Etats-Unis d’Amérique bénéficient d’un prestige considérable. une durable aisance économique et le primat accordé à la liberté surtout individuelle. les Américains et les Soviétiques se sont alliés contre l’ennemi nazi. ils savent médiatiser et diffuser leur modèle dans le monde entier.

assassinat de Kennedy 1964. STALINE 1950 52 53 KHROUCHTCHEV 1955 1953. Elections présidentielles litigieuses entre le candidat démocrate Al Gore et le candidat républicain G. Reagan et Gorbatchev annoncent officiellement la fin de la guerre froide 1980-88. rupture diplomatique 1961. Gagarine l’homme avec la Chine dans l’espace 1961. le Spoutnik 1er satellite dans l’espace 1960. renouvelant les cadres du parti. plan Marshall pour l’Europe 1950-53. 27e amendement contre la disrimination sexuelle 1974.Civil Rights Act des troupes américaines au 1965-68. politique de réformes de Gorbatchev rénovant l’économie.. Khrouchtchev dénonce Coexistence Pacifique 1956. Accords de Paris mettant fin à la guerre du Vietnam …de la non convertibilité du dollar en or en 1971 1972. guerre d’Afghanistan 2003. flambée du Maccarthysme : chasse aux sorcières contre les fonctionnaires et les artistes communistes ou supposés comme tels (époux Rosenberg exécutés pour espionnage au profit de l’URSS) 1955-63. crise de Cuba EISENHOWER KENNEDY JOHNSON NIXON 63 64 1965 68 1970 BREJNEV 1970. adoucissant la censure. chute du Mur de Berlin et fin des démocraties populaires 1991. pour la peine de mort et homophobe 1980 82 REAGAN 88 BUSH 1978. libérant les dissidents 1985.Le modèle américain Evénements Extérieurs Intérieurs Le modèle soviétique Evénements Intérieurs Extérieurs SECONDE 1947. « Nouvelle Frontière » 1962. création de l’ALENA 1990 92 91 1985-91. victoire US de la « guerre du Golfe » 1992. sommet du culte de la personnalité de Brejnev 1960 Le système de Bretton Woods éclate à la suite. Gorbatchev et Reagan annoncent officiellement la fin de la guerre froide 1989. méfiante à l’égard de l’Etat fédéral. « révolution libérale » de Reagan. scandale du « Monica Gate » 2000. anti-avortement. émeutes noires Vietnam dans les grandes villes TRUMAN GUERRE 1945 MONDIALE 1947. guerre d’Irak 2004 42 Séquence 1-HG00 © Cned – Académie en ligne . Apparition du « Politically correct » 1991. affaire des otages de l’ambassade US de Téhéran 1985. blocus de Berlin. construction du Mur de Berlin 1962. mort de Staline 1955. la Russie s’oppose à l’intervention américaine… … en Irak sans l’Onu 2001. 1973. Staline cède. Guerre de Tchétchénie CLINTON 1995 ELTSINE 1997-98. apogée du Goulag (4 millions de prisonniers) 1948-49. Bush 2000 BUSH JR POUTINE 2003. mouvement noir non violent contre la ségrégation et les discriminations dirigé par Martin Luther King 1960. affirmation d’une nouvelle droite républicaine. attentats de New York et de Washington 2002. blocus de Berlin 1948-52. crise de Cuba de Kennedy 1963. création du Kominform 1948. intervention en les crimes de Staline Hongrie 1957. Nixon démissionne 74 1975 76 FORD CARTER 1980. début de graves difficultés économiques 1979-88.. guerre de Corée 1947-53.W. Truman définit le « Containment » 1948-49. début de l’intervention 1964. Khrouchtchev lance la 1956. épilogue du Watergate. guerre d’Afghanistan qui peu à peu entraîne la condamnation de l’opinion internationale TCHERBNENKO ANDROPOV GORBATCHEV 1985 1990. EFFONDREMENT DE Réconciliation avec la Chine L’URSS ET FIN DU MODELE SOVIETIQUE 1994.

le système politique. – la suppression des moyens de production privés. Comment deux modèles idéologiques si différents l’un de l’autre ont-ils pu fasciner et influencer le monde si durablement ? A Des systèmes politiques antinomiques L’URSS : un modèle totalitaire Au cours de son histoire l’URSS se présente comme une démocratie seule capable de garantir l’égalité et les libertés des citoyens soviétiques. La réalité est toute autre. fédération. Lénine (1870-1924) qui a dirigé la Russie communiste de 1917 à 1924 ajoute trois points : – le parti unique « avant-garde du prolétariat » guide les masses. – il implique donc l’emploi d’un esprit critique et distancié dans vos appréciations personnelles. Staline au pouvoir de 1924 à 1953 accentue l’aspect totalitaire du régime dans deux directions : – une collectivisation totale et forcée de l’économie à partir de 1928. Les « libertés formelles » sont des illusions de l’ordre bourgeois comme les libertés d’expression. Les « libertés réelles » n’existent que dans un système où le capitalisme a disparu. Il est depuis la Constitution de 1977 la « force qui oriente et dirige la société soviétique ». la religion. A sa tête. La référence idéologique est le marxisme-léninisme. le matérialisme dialectique qui affirme que tous les actes humains (individuels et collectifs) sont dictés par les conditions matérielles de production (propriété du capital. congrès et comité central. Le parti est monolithique et fonctionne selon le principe du centralisme démocratique qui interdit depuis 1921 l’existence de tendances à l’intérieur du parti. la « dictature du prolétariat » que Marx n’a jamais concrètement définie. Dans la pratique du pouvoir soviétique le parti communiste est tout-puissant. Mais c’est le Secrétaire général définit la ligne officielle et nulle opinion différente n’est acceptable. le Secrétaire général est le véritable maître du pouvoir. conditions de travail) comme les lois. A cet échafaudage théorique.1re partie Les Etats-Unis et l’Union soviétique. – une dictature personnelle avec un culte de la personnalité. section. deux modèles rivaux qui influencent le monde L e concept de modèle idéologique permet de mieux appréhender la complexité du monde contemporain mais il nécessite quelques mises en garde : – il faut absolument éviter d’opposer un bon modèle à un mauvais modèle (même si le modèle soviétique fut difficilement défendable). l’opposition entre « libertés formelles » et « libertés réelles ». Séquence 1-HG00 43 © Cned – Académie en ligne . de réunion ou de vote. des sociétés idéalisées s’imposant naturellement aux autres nations. d’opinion. – le parti communiste établit la dictature et élimine les opposants. – il ne faut pas en faire des exemples d’organisation humaine. Il définit les grandes orientations lors des réunions en congrès du Parti. Il contrôle le Bureau Politique ou Politburo (composé de douze membres) et le Comité central (constitué de 481 membres réunis deux fois par an). Le modèle soviétique cherche à appliquer les idées de Karl Marx (1818-1883) qu’on peut résumer caricaturalement en quatre points : la lutte des classes selon laquelle l’opposition bourgeoisie-prolétariat conduit inévitablement à la révolution et à la prise du pouvoir par le prolétariat. l’éducation. Une hiérarchie précise se décompose en cinq degrés qui sont autant d’étapes de décision : cellule.

Questions Montrer que l’Etat et le Parti sont étroitement imbriqués ? En quoi ce système politique est-il en apparence démocratique ? Qui détient la réalité du pouvoir ? Réponses Tous les échelons de l’Etat sont calqués sur ceux du Parti de la base (dans les villes et les villages les Soviets locaux sont calqués sur les Comités locaux du Parti) au sommet (le Soviet de l’Union et le Soviet des nationalités sont les répliques du Congrès du Parti). Il dispose en théorie du pouvoir législatif (élaboration des lois). le Soviet des nationalités qui représente les quinze Républiques fédérées. villages) Membres du PCUS PEUPLE SOVIÉTIQUE . Il désigne un praesidium de 37 membres dont le président exerce en principe les fonctions de chef de l’Etat (depuis Staline le Secrétaire général est souvent. Moscou dirige tout. En fait le Soviet suprême est un décor sans pouvoir réel. villages Comités locaux du Parti (villes. le chef de l’Etat). En apparence l’Etat est fédéral et une large autonomie semble laissée aux républiques mais dans la réalité la russification entamée au temps des tsars s’accélère. mais pas systématiquement. Il se réunit deux fois par an et le vote s’y fait à main levée. Le suffrage universel est vidé de toute signification par le procédé de la liste ou candidature unique (un communiste reconnu par le pouvoir).Document 1 Organigramme des institutions soviétiques Le fonctionnement des institutions soviétiques : une pyramide de Soviets L'ÉTAT Soviet suprême Pouvoir législatif Soviet de l'Union Soviet des nationalités Congrès Secrétariat de chaque République Comités régionaux Républiques fédérées Comité central Institutions fédérales LE PARTI Pouvoir exécutif Secrétariat Politburo Soviet suprême de chaque République Soviets régionaux Soviets locaux : villes. composé de 1600 membres répartis en deux chambres : le Soviet de l’Union élu proportionnellement au nombre d’habitants. 44 Séquence 1-HG00 © Cned – Académie en ligne . Le Soviet suprême nomme aussi le Conseil des ministres aux compétences très limitées. C’est le peuple soviétique qui élit ses représentants au Soviet suprême.

Ainsi les dix premiers amendements de 1791 garantissent les libertés de parole. il est indispensable de se pencher sur les institutions. Dans l’esprit des rédacteurs. Séquence 1-HG00 45 © Cned – Académie en ligne . Il est à la tête de la pyramide. La Constitution américaine accorde une importance majeure à la liberté et aux droits individuels. Les cadres du parti (les « apparatchiks ») dirigent les entreprises d’Etat. Ce sont des textes votés par au moins les deux tiers du Congrès et ratifiés par les trois quarts des Etats fédérés qui permettent de modifier la Constitution. d’association et de manifestation… et aussi le droit de porter une arme. de réunion. Elle date de 1787. Autres modifications significatives : en 1865 un amendement interdit l’esclavage. Avant d’étudier la vie politique américaine. Il faut dans le cas présent se méfier du terme République : il n’est pas synonyme de démocratie puisque un parti unique contrôle tous les pouvoirs. il appartiendra aux générations suivantes de l’adapter à leurs besoins et à leurs idéaux par la procédure des amendements. On peut donc parler d’un parti-Etat car c’est le parti qui contrôle l’Etat. les ministères et les forces armées. en 1920 un autre accorde le droit de vote aux femmes et en 1971 le 26e amendement abaisse le droit de vote à 18 ans. Les Etats-Unis : des institutions profondément démocratiques La Constitution américaine est la plus ancienne constitution écrite du monde. celles des membres du Politburo et celles des membres du Comité central. d’opinion.Ce sont les dirigeants du Parti et surtout le Secrétaire général qui cumulent les pouvoirs. Celui-ci contrôle les nominations des chefs du parti. Elle est demeurée quasi inchangée depuis.

Document 2 Organigramme des institutions américaines NIVEAU FÉDÉRAL PRÉSIDENT élu pour 4 ans rééligible 1 fois véto suspensif C O N G R È S SÉNAT CHAMBRE DES REPRÉSENTANTS 435 députés élus pour 2 ans. arbitres pour les différents entre l'État fédéral. 46 Séquence 1-HG00 © Cned – Académie en ligne . 100 sénateurs élus pour 6 ans (2 par État). nombre proportionnel à la population des États. les États et les citoyens. propositions de lois Secrétaires d'État COUR SUPRÊME 9 juges nommés à vie chargés du respect de la Constitution. Grands électeurs NIVEAU LOCAL (50 États) GOUVERNEURS 1 par État élus pour 2 ou 4 ans COUR SUPRÊME D'ÉTAT ASSEMBLÉES 2 par État. renouvelables par tiers tous les deux ans. élections tous les 2 ans. S U F F R A G E suffrage universel direct suffrage universel indirect U N I V E R S E L nomination sont responsables pouvoir exécutif pouvoir législatif pouvoir judiciaire .

catholiques. Seul le Sénat peut valider les traités contractés avec d’autres Etats. Or les Américains participent faiblement à ces élections (depuis les années 1970 entre 50 et 55 % des inscrits votent). Les divisions au sein des partis sont considérables mais on peut retenir quelques tendances : LEGISLATIF JUDICIAIRE Les démocrates prônent une certaine intervention de l’Etat dans l’économie. Les deux partis présentent des programmes trop proches. Ils sont contre le libéralisme « pur et dur » mais ils ne remettent jamais en cause le capitalisme ni la loi du marché. Ils sont souvent soutenus par les minorités ethniques ou religieuses (Noirs. Cette chambre haute est renouvelable par tiers tous les deux ans. Les institutions américaines sont fédérales c’est-à-dire qu’une large autonomie est laissée aux 50 Etats fédérés. il s’agit avant tout de « machines électorales » qui se mobilisent pour élire leur candidat à la présidence. et les démocrates représentés par un âne. – en cas de décès ou de démission. – de la Chambre des Représentants constituée de 435 membres élus pour deux ans (le nombre des députés est proportionnel au nombre d’habitants de l’Etat). Ils conservent des pouvoirs judiciaires (la peine de mort est une affaire locale en vigueur dans les trois quarts des Etats) et des compétences en matière scolaire. Ils arbitrent les conflits de compétence entre pouvoir fédéral et pouvoirs des Etats. – il représente le pays et élabore la politique étrangère . des mécanismes institutionnels que la plupart des Américains ne comprennent pas. Hispaniques. Expliquer à l’aide de l’organigramme le fonctionnement du fédéralisme états-unien. le vice-président le remplace (Johnson en 1963 après l’assassinat de Kennedy et Ford en 1974 à la suite de la démission de Nixon). Et puis quand la prospérité est là. un électorat qui ne croit pas en la possibilité de changements politiques et sociaux et qui se méfie du pouvoir. Le bipartisme caractérise la vie politique aux Etats-Unis : les Républicains. Le président peut néanmoins bloquer l’application d’une loi qu’il refuse par un veto suspensif. juifs…). Séquence 1-HG00 47 © Cned – Académie en ligne . Il siège à la Maison Blanche à Washington . vote les lois et le budget (d’où des conflits avec le président quand il n’est pas de la même couleur politique comme Clinton et les républicains dans les années 1990). Elle se compose de neuf juges inamovibles qui jouent un rôle fondamental dans les institutions américaines. Plus que de partis idéologiques. Le Congrès peut également engager une procédure d’« impeachment » contre le président pour haute trahison (ce sera le cas de Nixon à la suite du scandale du Watergate). Ils ont leur propre assemblée et leur exécutif est incarné par un gouverneur. Le Congrès a l’initiative des lois. Le président est donc à la fois chef de l’Etat et du gouvernement. de police… La vie politique états-unienne est organisée autour de l’élection présidentielle. Il se compose : – du Sénat comprenant 100 sénateurs (deux par Etat).Questions Montrer que les institutions américaines sont démocratiques. Comment expliquer cet absentéisme massif ? plusieurs raisons se conjuguent : des élections nombreuses. symbolisés par un éléphant. Réponses EXECUTIF Les institutions américaines sont fondées sur la séparation et l’équilibre des pouvoirs : Le président (élu au suffrage universel indirect) a des pouvoirs considérables : – il est élu pour quatre ans et n’est rééligible qu’une fois (depuis 1951) . Les juges veillent au respect de la Constitution et forment une cour de justice de dernier appel. La Cour Suprême exerce le pouvoir judiciaire fédéral. à quoi bon se rendre aux urnes ? Par contre ils votent davantage quand l’heure est grave comme l’a montré le procès en impeachment de Clinton en 1998. Le Congrès est bicaméral (il est constitué de deux chambres) et dispose de pouvoirs très importants. – il nomme les Secrétaires d’Etat (équivalents de nos ministres ils forment le gouvernement) lesquels sont responsables devant lui mais doivent recevoir l’investiture du Congrès. Ils sont également favorables au poids fort de la présidence.

des minorités… Toutefois sur ce bel édifice il faut émettre quelques réserves. Leur vie privée devient un facteur primordial de leur carrière comme l’atteste la position d’H. Ils ont une image de marque et ils utilisent leur famille pour la valoriser. 48 Séquence 1-HG00 © Cned – Académie en ligne . participent à l’élaboration des programmes politiques. alertent l’opinion publique. Certains membres de l’actuelle équipe Bush ont exercé de hautes responsabilités dans les grands groupes pétroliers (le vice président Dick Cheney est l’ancien patron d’Halliburton. Ils sont très liés aux milieux d’affaires. Cette distinction fondamentale se retrouve dans la vie quotidienne des habitants de ces deux sociétés. proposent des textes de lois. Clinton dans le « Monica Gate » en 1998. Le développement des milices armées locales obsédées par la prétendue toute-puissance de l’Etat fédéral. Cette « chasse aux sorcières » entraîna 2000 démissions et 200 révocations de fonctionnaires. Il ne s’agit pas de partis rigides. La démocratie américaine n’est pas à l’abri de dérives : Le Maccarthysme (du nom de McCarthy sénateur qui déclencha une gigantesque campagne d’opinion contre les « rouges ») qui sévit de 1947 à 1954 est une virulente attaque contre les intellectuels. Les lobbies sont autorisés par la loi.Les républicains (dont le parti est surnommé le « Grand Old Party ») sont les représentants du vieux socle WASP (White Anglo-saxon Protestant) favorable au libéralisme économique. Ils contribuent en toute clarté au financement des activités politiques. Ils interviennent dans la préservation de l’environnement. B Des économies et des sociétés radicalement opposées Dans le système soviétique l’Etat prime sur les individus qui doivent sacrifier leurs égoïsmes personnels dans l’intérêt du groupe. – les lobbies (de l’anglais lobby signifiant couloir) sont des groupes de pression défendant des intérêts particuliers auprès des élus dans les couloirs du Congrès (la National Rifle Association compte trois millions de membres luttant contre toute limitation à la détention d’armes à feu). Les campagnes électorales coûtent de plus en plus cher (sondages. société d’ingénierie pétrolière). La discipline de parti est relativement faible d’où le rôle essentiel d’intervenants extérieurs : – la presse et les médias (télévision essentiellement) forment le « quatrième pouvoir » avec une influence essentielle par l’utilisation des sondages qui relaient croient-il l’opinion publique (en fait ils la fabriquent). L’exemple le plus frappant fut l’attentat d’Oklahoma City en 1995 contre un immeuble fédéral faisant 169 morts. les fonctionnaires et les artistes de gauche ou supposés communistes. Le brouillage entre vie publique et vie privée des hommes politiques. les petites villes et les suburbs (vastes banlieues pavillonnaires). la protection des enfants. Ils illustrent le fonctionnement d’une démocratie de participation (tout lobby fait naître un contre-lobby). Leur liberté d’expression et d’investigation est presque complète comme l’a illustré le Washington Post dans l’affaire du Watergate. Il faut relativiser leur puissance démesurée. Chez les Américains l’individu existe avant l’Etat et l’Etat n’existe que pour servir le bonheur de l’individu. publicités à la télévision…). L’importance grandissante de l’argent dans la politique. L’intégrisme d’ordre moral des « ultras républicains » comme le procureur Starr contre Clinton en 1997-1998 ou plus récemment des sectes protestantes gravitant autour de Bush. Leur électorat se recrute plutôt dans les campagnes.

Les autorités soviétiques cachent l’essentiel à savoir que la vie quotidienne des Soviétiques reste médiocre (pénurie de logements. des exécutions de masses. L’univers concentrationnaire concerne des millions de personnes essentiellement déportées en Sibérie et dans le Grand Nord. des purges systématiques (il n’y a plus une seule exécution politique). Sont déportés les minorités ethniques (Tatars. La mortalité dans les camps est comparable aux camps de concentration nazis. Si la Terreur a été constitutive du système soviétique sous Staline. Cette élite du Parti. C’est la fin des condamnations pour crimes contre-révolutionnaires. Tchétchènes. la police politique. Ce n’est que sous Gorbatchev à la fin des années 1980 que ce type d’emprisonnement prendra fin. Le triomphe de l’idéologie de l’« American dream » L’« American dream » c’est d’abord une anthropologie (une conception de l’homme) originale. Le Secrétaire général et le Gosplan (« Commission gouvernementale du plan ») fixent les objectifs. Ce n’est pas la peine. On insiste sur les avancées sociales (réelles pour certaines) comme la gratuité de l’enseignement et de la médecine. Parallèlement la société est remodelée selon une propagande intense qui promet une « société sans classes » et « des lendemains qui chantent ». il suffit de condamner tous ceux qui ont une pensée « déviante » (les dissidents) à des peines de camps de trois ou sept ans ou d’hôpital psychiatrique. les soldats de l’Armée rouge entrés en contact avec des Occidentaux.Une économie et une société soviétiques sous haute surveillance L’économie soviétique repose sur la propriété étatique des moyens de production. arrestations et interrogatoires) . après sa mort en 1953 les choses changent. l’art « réaliste soviétique » n’existe que pour endoctriner . Ce choix explique le contraste si frappant entre les modes de vie des Soviétiques et des Américains. la censure est de règle et le contrôle idéologique des esprits est sévère . Ce constat a plusieurs sources : Séquence 1-HG00 49 © Cned – Académie en ligne . Les plans quinquennaux sont impératifs (comprenez obligatoires) et rythment l’évolution de l’économie. les opposants politiques et les criminels de droit commun. des déportations. des magasins spéciaux. La société américaine est profondément individualiste. Il n’existe plus de résistance de la société à cet Etat policier et les grands projets volontaristes de transformation de la société cessent. est omniprésente (surveillances. ravitaillement difficile des villes. Allemands de la Volga. Il permet au régime de valoriser un front pionnier grâce à une main-d’œuvre servile. de l’armée et de la bureaucratie regroupe quelques millions de privilégiés bénéficiant d’avantages multiples tels des logements et des résidences secondaires. Jusqu’à la fin des années 1960. l’abondance des installations sportives et culturelles ou l’absence de chômage. Pire le mythe de la « société sans classes » est contredit par une évolution originale : l’apparition de la nomenklatura. le Goulag (sigle de la Direction d’Etat des camps) connaît son apogée. le prolétariat a perdu ses droits de grève et le syndicat est là pour le surveiller . surtout sous Staline. L’aspect totalitaire de l’URSS se perçoit nettement par l’absence de libertés dans la société soviétique : le parti unique organise le culte du chef . le KGB. Baltes). la priorité est accordée aux industries lourdes et militaires tandis que les industries de consommation sont négligées. des primes et avantages fiscaux… Ainsi une « bourgeoisie » se constitue. manque cruel de biens de consommation…). Jusqu’à Gorbatchev au milieu des années 1980 cela reste une règle incontestée et incontestable (la seule concession a été faite en 1935 avec l’allocation aux kolkhoziens d’un lopin individuel dont ils pouvaient commercialiser librement les produits).

une confusion entre le publique et le privé et un patriotisme très vif. des langues différentes. On parle désormais de salad-bowl pour désigner une société américaine multiculturelle avec la coexistence de minorités aux cultures différentes mais qui ne s’assimilent pas. Boeing-McDouglas). Sont citées en exemple les réussites de ceux qui sont partis de rien pour parvenir en haut du sommet (Marilyn Monroe. gay… Les valeurs économiques sont simples et n’ont guère varié. S’il réussit dans l’imaginaire des futurs Américains (les Etats-Unis attirent plus que jamais les immigrants du monde entier au rythme d’un million d’entrées légales par an !). L’ensemble est cimenté par une culture civique et un « amour » de la nation. On y trouve pêle-mêle une éthique du travail. avec un indestructible optimisme. On cite les cultures afro-américaine. L’Etat intervient le moins possible si ce n’est pour réguler le marché (par exemple les lois anti-trust). La valeur sociale fondamentale est celle du melting pot. Les aides sociales (1965 Medicare pour les personnes âgées et handicapées. L’« American dream » c’est aussi une conception socio-économique libérale pour « classes moyennes ». wasp. Beaucoup d’enfants n’ont accès qu’à la médecine des salles d‘urgence. dans la réalité ce mythe encore invoqué a volé en éclats : la société américaine est fragmentée. il favorise les intérêts privés du complexe militaro-industriel. hispanique. D’où le recours à des assurances privées très onéreuses. 1967 avec Medicaid établissant la gratuité des soins pour les nécessiteux) sont réduites. C’est l’invocation aux fondateurs protestants : les « Pères Pèlerins » descendants du Mayflower (1620) ayant fui les persécutions religieuses en Occident.RELIGIEUSE avec le puritanisme et une référence quotidienne à la religion même dans la vie publique (on jure sur la Bible). plus récemment Bill Gates et Mickaël Jordan). espérer une meilleure profession que celles de leurs parents. Le mythe fondateur est celui du « self made man » : tout homme peut réussir même s’il n’est pas un héritier à condition de faire preuve de dynamisme. Aujourd’hui près de 40 millions d’Américains (soit un Américain sur sept !) se retrouvent sans couverture médicale. Le citoyen américain serait né de la fusion entre des populations. de volonté et de courage. un moralisme dans la vie politique. Cette pensée a une conséquence sociale majeure : le darwinisme social c’est-à-dire la compétition entre individus. Les Américains se pensent comme un peuple de conquérants capables de fixer de nouveaux objectifs à chaque génération. Il s’agit de la référence libérale à la libre entreprise. la réalité dément là encore cette construction mentale toute faite : aux Etats-Unis l’Etat intervient dans l’économie par ses commandes militaires ou pour la NASA. Il subventionne son agriculture et laisse se construire des géants industriels (Microsoft. Le « Welfare State » ou Etat-Providence encore très présent dans les années 1950 et 1960 se réduit car on craint qu’il n’assiste ou ne déresponsabilise ses bénéficiaires. avec la figure emblématique du pionnier (référence à la conquête de l’Ouest) et le mythe de la frontière sans cesse à repousser. Toutefois. une forte autosatisfaction (« la société américaine est la meilleure possible ») et la croyance dans le progrès (« la technique est la réponse à tout »). des coutumes. avec l’héritage des Lumières et du libéralisme du XVIIIe siècle selon lequel le peuple choisit ses représentants. à la libre concurrence autrement dite à la libre initiative. PHILOSOPHIQUE PSYCHOLOGIQUE HISTORIQUE 50 Séquence 1-HG00 © Cned – Académie en ligne . Pour cela il ne faut pas hésiter à déménager. Cela sous-entend l’idée essentielle d’une société mobile : socialement tous peuvent s’enrichir.

L’URSS incarne alors la « patrie du socialisme ». Ce n’est qu’après 1970 que le modèle soviétique deviendra réellement répulsif. la société soviétique est censée être plus juste. la Yougoslavie. Pour cela ils créent en 1948 l’Office of Educationnal Exchange et en 1953 l’US Information Agency. Les Américains accordent une grande importance à la diffusion de leur idéologie. Le camp socialiste s’élargit ensuite à l’Asie avec : – la Chine en 1949 et la victoire du communiste Mao Tsé Toung . Son prestige est relayé en Occident par les puissants partis communistes de France et d’Italie qui possèdent d’efficaces organes de presse et d’édition. la Tchécoslovaquie. Pour les ouvriers. de ses institutions et de sa culture. sans toujours y adhérer. l’Albanie.C Deux modèles en compétition pour le rayonnement planétaire Les Etats-Unis et l’Union soviétique ont tous les deux vocation à diriger le monde. Dans l’après-guerre le communisme se diffuse d’abord dans les régions voisines de la puissance soviétique. c’est le paradis des travailleurs. Elle incarne des valeurs universelles positives : libération des opprimés. la Hongrie. Les craquements sont perceptibles en 1968 lorsque les chars soviétiques matent le « Printemps de Prague » et surtout quand en Occident seront publiés les témoignages précis et accablants des dissidents (Soljenitsyne avec « Une journée d’Ivan Denissovitch » en 1962 et surtout l’« Archipel du Goulag »). celle des Américains relève plus de la théorie du soft power selon laquelle l’Amérique ne règne pas principalement par ses armes mais par le prestige de ses valeurs. refus de l’exploitation de l’homme par l’homme. sont « compagnons de route » du Parti (Jean Paul Sartre en France) et font de l’URSS l’archétype de l’anti-fascisme. La spectaculaire expansion du modèle soviétique Avant la Seconde Guerre mondiale le communisme s’étend seulement sur deux Etats : l’URSS et la Mongolie mais il couvre près de 24 millions de km2.2). ni la répression de la révolte de Hongrie de 1956. L’American Way of Life : la référence dominante De 1945 à 1960 les Etats-Unis construisent une référence : l’American way of life. En Séquence 1-HG00 51 © Cned – Académie en ligne . l’Allemagne orientale (RDA). C’est leur réussite économique qui doit donner envie à de nombreux Etats de suivre leur modèle. D’abord en Europe de l’Est où en quelques années la Pologne. Il se précise. – la Corée du Nord confirmée dans le camp socialiste en 1953 à l’issue de la guerre de Corée . A cette date un homme sur trois «dépend » du bloc communiste dont la masse territoriale atteint 60 % des terres émergées ! Le modèle soviétique est à l’apogée de son prestige dans les années 1950-1960 : sur tous les continents naissent des guérillas marxistes qui parfois s’emparent du pouvoir comme à Cuba en 1962. C’est en partie la guerre froide qui fige les idéologies et leurs représentations faisant des Américains les leaders de l’Occident et du monde libre. de l’anti-colonialisme. l’anticommunisme est une maladie honteuse. Si l’influence soviétique passe essentiellement par une domination territoriale. la Bulgarie et la Roumanie deviennent des Etats communistes (voir séquence 4 chapitre 2 partie A. Beaucoup d’intellectuels. Pour la plupart des penseurs de l’époque. espérance d’une société sans classes… La fascination du communisme en Occident sera longue et la dénonciation par Khrouchtchev des crimes de Staline n’y changera pas grand-chose. Le modèle américain cesse d’être isolationniste. – le Nord Vietnam qui obtient son indépendance en 1954.

Membre le plus prestigieux du Conseil de sécurité. Ils fixent les règles du jeu à leur avantage : – ils sont au centre du nouveau système monétaire avec un dollar à la fois monnaie d’échange et monnaie de réserve . 52 Séquence 1-HG00 © Cned – Académie en ligne . M. – c’est une croissance phénoménale : plus 25 % de 1953 à 1963 ! – c’est une attractivité renouvelée avec depuis 1965 la réouverture des frontières par le regroupement familial (donc très sélectif) et la relance du « brain drain » : 110 000 ingénieurs. Faulkner… Simultanément une culture de masse se définit d’une indéniable qualité dans le domaine du cinéma. Elles livrent à Radio Moscou une guerre psychologique qui se concentre surtout sur l’Europe. L’objectif est d’interdire le dumping. Les modes de vie à l’étranger se transforment en fonction du modèle américain avec l’uniformisation des habitudes alimentaires (fast-food) et vestimentaires (blue jean et blouson noir dans la jeunesse). Se développe alors de grandes multinationales de la culture populaire : les studios Hollywood. Ses symboles sont la maison individuelle de banlieue. Le meilleur exemple est le général MacArthur qui de 1945 à 1951 impose dans le Japon occupé son pouvoir avec une nouvelle constitution démocratique. la télévision. – c’est une productivité quatre fois plus forte que celle de l’Europe avec une supériorité technologique écrasante (des produits nouveaux comme les antibiotiques. – ils diffusent leur mode de production (taylorisme et fordisme) et la consommation de masse dans l’Europe en reconstruction . ils ont l’auréole du pays arsenal de la Grande Alliance. machine à laver. des réformes agraire. l’automobile etc. réfrigérateur. Cette organisation regroupe 23 pays et totalise 80 % du commerce mondial. Les icônes sont M. C’est surtout un modèle culturel avec New York comme capitale mondiale où se crée le nouvel art contemporain comme le pop art d’Andy Warhol ou de Roy Liechtenstein. – enfin ils sont la puissance politique majeure de l’Onu. Il s’agit de faciliter l’écoulement des produits de l’industrie américaine dans le monde entier . médecins et chercheurs s’installent aux Etats-Unis de 1949 à 1970 ! Quels sont les aspects de la domination américaine ? Les Etats-Unis ne deviennent-ils pas un idéal à imiter parce qu’ils sont alors un exemple de terre de prospérité ? C’est d’abord un modèle de la société de consommation. Le confort américain est envié des Européens et des Japonais qui connaissent encore des pénuries jusqu’au milieu des années 1950. celui de « champion de la liberté ». – c’est le pays des grands conglomérats naissants : avec dans le pétrole le groupe Exxon et dans l’agroalimentaire des investissements directs à l’étranger (notamment en Amérique centrale) . les contingentements et les subventions à l’exportation. Les Etats-Unis n’hésitent pas à s’ingérer dans les affaires intérieures des Etats. Les séries télévisées (« la 4e dimension »…) et la musique jazz. lave vaisselle…). scolaire… Quels sont les instruments de la domination des Etats-Unis ? Les Américains sont incontournables. Walt Disney et ses parcs. Monroe. Hemingway. leur économie est florissante : – c’est le principal producteur mondial de matières premières et de produits énergétiques . Dean. Cette culture n’est pas innocente car elle véhicule les stéréotypes et les normes américaines. les ordinateurs…) . La littérature américaine est alors la plus réputée avec des auteurs tels que Steinbeck. Brando et J. Jusqu’au milieu des années 1960.matière de radiophonie c’est la création de Voice of America en 1942 (elle émet en 50 langues) et de Radio Free Europe en 1950. les avions à réaction. pop (malgré la concurrence anglaise) enfin rap sont des manifestations de ce rayonnement culturel. la cuisine avec ses appareils électroménagers (four. A l’époque les Etats-Unis sont l’unique exemple d’une société d’abondance avec des multinationales puissantes qui diffusent les produits américains. les textiles synthétiques. – ils jouent un rôle moteur dans les négociations du GATT en 1947. les plastiques. rock (Presley).

Tout étant planifié rigidement. jeunes…). La collectivisation s’avère vite un naufrage et la pénurie agricole sera une constante de l’histoire soviétique. la productivité est très faible. Ce n’est pas une rupture dans l’histoire soviétique car il rend Staline seul responsable. A partir des années 1950. sociaux et politiques. commerces et services) étant propriété de l’Etat. La paralysie politique empêche tout changement. C’est un énorme paradoxe car l’URSS est richissime en ressources énergétiques. usines. une croissance démographique ralentie. Ni la mise en valeur des terres (Kazakhstan en 1956). la contestation américaine vient essentiellement de certains groupes sociaux (Noirs. minières et agricoles. Toutefois il faut noter sous Khrouchtchev (1956-1964) une libéralisation partielle du régime avec la libération de nombreux détenus du Goulag et l’assouplissement de la censure. Toutes les ressources nationales (terres. les taux de croissance soviétiques s’essoufflent et le pays commence à prendre du retard sur l’Occident notamment sur le plan technique. ni l’augmentation des crédits à l’agriculture ne change la situation. une corruption qui connaît son « âge d’or » sous Brejnev. les gaspillages sont colossaux : la marchandise pourrit sur place faute de carburants pour les transports ! Les travailleurs sont sans motivation (aucune initiative privée ou personnelle n’étant permise par le Gosplan). L’essentiel de ses ressources va aux industries de l’armement. Le modèle soviétique s’écroule lentement de l’intérieur même si les Soviétiques ne contestent guère. ni le parti unique. toute amélioration. Ces réformes inquiètent d’ailleurs les communistes conservateurs qui profitent de la débâcle de Khrouchtchev face à Kennedy en 1962 (crise des fusées à Cuba) pour le débarquer deux ans plus tard. donc sous le contrôle de ses représentants. Les problèmes sociaux de la Russie actuelle naissent alors : un exode rural intense vide les campagnes où ne restent que les personnes âgées . Une fois ces quotas dépassés ils touchent une prime et avec les ressources excédentaires ils peuvent se procurer des équipements ou des matières premières. le règne de la bureaucratie Séquence 1-HG00 53 © Cned – Académie en ligne . un fort absentéisme des travailleurs davantage soucieux de se procurer le nécessaire par le marché parallèle (conséquence de l’économie planifiée et de la pénurie chronique) ou le travail au noir . Il ne remet en cause ni le système. La corruption est un « sport national » pratiqué de la base au sommet (la famille Brejnev elle-même sera impliquée dans un trafic de diamants). transports. la qualité des produits est médiocre. Il dénonce les crimes de Staline. Il veut régénérer le communisme.D Blocages et contradictions internes : des modèles remis en cause Les difficultés internes des deux puissances sont de nature et d’intensité différentes. Commence alors une longue ère brejnévienne de 1964 à 1982 (que l’on peut étendre à 1983-1985 avec Andropov et Tchernenko) marquée par l’immobilisme politique. ni la planification. l’absence de tout contre-pouvoir ne peut que favoriser la corruption. ni la collectivisation. Le mal vient de la confusion entre le politique et l’économique. Les blocages économiques sont les plus aigus. Khrouchtchev lance en février 1956 la déstalinisation lors du XXe Congrès du PCUS (Parti Communiste d’Union Soviétique). Sclérose et décalage du modèle soviétique Pour l’URSS les bocages internes sont de trois ordres : économiques. Alors que pour le plus grand nombre de Soviétiques la vie quotidienne n’est que source de difficultés et d’insatisfactions. un alcoolisme en essor (sauf dans les républiques musulmanes) réduisant l’espérance de vie et une inquiétante augmentation de la mortalité infantile. L’URSS doit importer des céréales et cela ne suffit pas à régler la question de l’approvisionnement. La technique la plus courante consiste de la part des administrateurs locaux à se faire imposer les quotas de production les plus bas possibles.

L’audience des intellectuels en désaccord avec l’Etat soviétique est finalement assez limitée et n’incite pas la population à une résistance active. Mickaël Jordan… Si les Noirs sont surreprésentés dans la pauvreté.) se généralise « l’affirmative action ». Dans le Sud existe encore dans les années 1950 une véritable ségrégation (une séparation stricte entre « Noirs » et « Blancs ») dans les transports en commun. Aujourd’hui les Noirs sont toujours plus touchés que les autres catégories par la pauvreté. le chômage. Une Amérique qui cesse de faire rêver Aux Etats-Unis les vingt années qui s’écoulent de 1960 à 1980 marquent le temps des contestations. il obtient enfin une écoute attentive. L’heure est à la revendication violente : les émeutes urbaines se multiplient (en 1965 dans le quartier de Watts à Los Angeles. Avec Kennedy. La lutte pour la reconnaissance des droits des Noirs s’incarne en Martin Luther King. la délinquance et la prison (sur deux millions de détenus dans les prisons américaines. l’affirmative action a été abandonnée.des apparatchiks et un vieillissement spectaculaire des cadres. Le KGB par son énorme pouvoir de contrôle et de répression est la clé de la dictature soviétique. le culte de la personnalité est réactivé. Ce leader noir progressiste entame à partir de 1955 une longue lutte non violente. King n’obtient qu’en partie satisfaction car il lutte également contre la pauvreté qui touche les Noirs. Et sur ce point il est peu écouté. L. Elle prend de l’ampleur au début des années 1970 avec le physicien Andreï Sakharov et l’écrivain Aleksandr Soljenitsyne mais l’expulsion de ce dernier en 1974. Néanmoins on ne peut pas nier l’émergence d’une bourgeoisie noire avec aussi des héros américains noirs comme Mickaël Jackson. Cette lutte aboutit en 1964 avec le vote du Civil Rights Act accordant l’égalité des droits aux Noirs. la moitié est Noire. Elles s’articulent autour de trois crises majeures : la « question noire ». La « question noire » est en suspens depuis presque un siècle. Toutefois M. dans l’habitat… Dès 1954. la Cour Suprême interdit la ségrégation à l’école. Les Américains défendent le principe de l’égalité des chances et non pas celui de l’égalité sociale. M. les jeunes et la critique de la guerre du Vietnam et l’affaiblissement de la présidence. Il s’agit d’une discrimination positive (par exemple sous la forme d’emplois réservés) en faveur des minorités sous représentées. 54 Séquence 1-HG00 © Cned – Académie en ligne . A partir de 1965 pour assurer l’égalité des chances (dans l’éducation. La société civile est étroitement surveillée par le KGB. King est assassiné brisant son rêve… En 1996 par référendum en Californie. L. les deux tiers appartiennent aux classes moyennes et les deux tiers des pauvres sont Blancs. en 1967 à Detroit et Newark…) accélérant le départ des Blancs vers les banlieues. à l’école. le « Black Power » avec cette image qui a fait le tour du monde des athlètes noirs Smith et Carlos brandissant leur bras sur le podium aux jeux olympiques de Mexico en 1968. Son combat culmine le 28 août 1963 dans une marche des droits civils à Washington où il prononce son célèbre discours « I have a dream » (« Je fais un rêve »). Cette police politique créée en 1954 est chargée des missions de protection politique de l’Etat soviétique à l’intérieur (lutte contre les « dissidents » et les espions) et à l’extérieur (renseignements et protection des frontières). et en 1965 celui du Voting Rights Act garantissant le droit de vote aux populations noires. l’administration. la mise en résidence surveillée de Sakharov à Gorki et les arrestations opérées par le KGB affaiblissent la portée de la dissidence. En 1980 la moyenne d’âge au Bureau politique est de 71 ans ! Toute libéralisation économique ou politique est exclue. Pire en 1968. or ils ne représentent que 12 % de la population !). Il organise le boycott des bus de Montgomery (en Alabama) qui pratiquent la ségrégation et multiplie les marches pour faire pression sur le gouvernement. Se développent aussi dans la communauté noire des groupes extrémistes comme les « Black Muslims » de Malcom X (assassiné en 1965). la censure est rétablie et pire.

Ils appartiennent au comité de réélection de Nixon et c’est la CIA qui leur a fourni la technique de cambriolage. – le mouvement gay à San Francisco et à New York (révolte de Stonewall en 1969). La télévision américaine accélère le rejet de cette « sale guerre » en filmant les atrocités commises au Vietnam (enfants mutilés. Sous son mandat l’Amérique est humiliée par la prise d’otages de l’ambassade américaine à Téhéran en 1979-1980.2) par les jeunes est aussi une critique virulente du modèle national. Elles gagnent l’égalité en 1972 et le droit à l’avortement en 1973. E Deux trajectoires différentes A la surprise générale l’URSS disparaît brutalement de la scène internationale en 1991. Le principe même de l’utopie à gauche sombre avec l’écroulement du communisme et laisse le champ libre aux valeurs de compétition du modèle libéral. Il ment. Entre 1968 et 1972 des millions d’Américains manifestent et le mouvement de paix s’enfle sur les campus. Il a alors 54 ans et sa jeuSéquence 1-HG00 55 © Cned – Académie en ligne . Lors de la campagne électorale aux présidentielles de 1972 la police arrête cinq hommes posant des micros dans l’immeuble du Watergate (siège du parti démocrate). de pop. Son successeur Gerald Ford lui accordera le pardon présidentiel qui mettra fin à cette mise en accusation. Ce cambriolage raté devient une affaire d’Etat. mélange de rock. John Lennon (dont le titre « Give peace a chance » devient le refrain d’une génération en 1969) sont les chantres de la pacification. L’implosion du modèle soviétique. Nixon refuse d’admettre qu’il est au courant de l’affaire et nie avoir couvert ces agissements. Nixon va même jusqu’à demander au directeur du FBI de mettre fin à son enquête. Bob Dylan.La contestation de la guerre du Vietnam (voir 2e partie D. civils tués. Depuis 1964 les Etats-Unis ont massivement engagé des troupes au Vietnam et les pertes se multiplient (16 500 morts en 1968). cadavres des soldats américains transportés dans les sinistres sacs de toile…). En effet chez les jeunes se développe une « contre-culture ». De cette contestation il ne reste aujourd’hui qu’une culture populaire brillante mais concrètement la crise a tout emporté. Rien n’est dissimulé. Les intellectuels. un cri de ralliement pour tous ceux qui veulent changer la société américaine. Mis en cause par des journalistes. de libération sexuelle et de retour à la nature. les journalistes et les chanteurs relayent cette opposition. L’affaiblissement de la présidence marque profondément les Américains. Le mouvement hippie rêve alors d’une vie communautaire. Joan Baez. C’est le scandale du Watergate entre 1972 et 1974 dont Nixon est le grand responsable. bonzes qui se donnent la mort par le feu. de consommation de drogues douces (le « joint ») et dures (LSD. il est inefficace à enrayer cette crise. héroïne). Des insoumis brûlent en public leurs livrets militaires ou s’enfuient au Canada. Dès lors la présidence ne cesse de voir son prestige s’écrouler avec le président démocrate Carter (1976-1980). La bataille contre la guerre du Vietnam est le signe d’une profonde division culturelle du pays. Tout pétri de moralisme. Cette tentative d’obstruction à la justice accélère sa perte. de littérature contestatrice (Allen Ginsberg). Au conformisme des années 1950 succède le bouillonnement des années 1960. 1985-1991 La disparition de l’Union soviétique a été déclenchée par la Perestroïka et l’échec des réformes de Mikhaël Gorbatchev élu au poste de Secrétaire général du parti en 1985. Ces images créent l’indignation et la guerre devient vite impopulaire chez les « jeunes » qui ne comprennent pas ce conflit. Des bouleversements majeurs apparaissent alors : – l’émancipation des femmes avec le « Women’s Liberation ». d’un mode de vie de bohème. Ces rêves sont morts sauf ceux d’une transformation sociale. Le président n’est-il pas le garant des lois de ce pays ? La procédure d’impeachment est engagée contre Nixon qui préfère démissionner en 1974. Dans les universités américaines notamment Berkeley à San Francisco la contestation est générale.

je mets fin à mes fonctions de Président de l’URSS. de nos préjugés. Ils veulent un passage à l’économie de marché et un authentique pluralisme politique. L’ancien système s’est écroulé avant que le nouveau ait pu se mettre en marche. la PERESTROIKA Document 3 La démission de Gorbatchev « Chers compatriotes. (ou restructuration) prône la participation des citoyens dans l’économie et engage la lutte contre la corruption. la liberté de la presse. sans compter l’intelligence et les talents que Dieu ne nous a pas comptés. En 1988 il autorise la location de terres aux paysans et rend possible la création de sociétés mixtes avec des capitaux étrangers.nesse tranche avec ses prédécesseurs. sur un fond d’opposition croissante des forces du passé moribond et réactionnaire. Tout ceci crée un climat nouveau de liberté et favorise simultanément une crise de confiance. Les élections libres. condamné à servir l’idéologie et à porter le terrible fardeau de la militarisation à outrance. les libertés religieuses. Et pourtant nous vivons bien plus mal que dans les pays développé. de notre psychologie de nivellement et parasitaire. par les conservateurs et la Nomenklatura (les 40 000 membres du PCUS qui détiennent les postes de direction de toutes sortes) qui l’accusent de conduire le pays à l’anarchie. (…) Le putsch d’août a poussé la crise générale jusqu’à ses limites extrêmes. Ils se sont heurtés à notre intolérance. concitoyens. En 1988 il établit les libertés d’expression et de religion et réhabilite les victimes du stalinisme. En août 1991 certains d’entre eux tentent un coup d’Etat qui échoue devant la résistance de Boris Eltsine et des moscovites. 25 décembre 1991. Il veut réformer le communisme c’est-à-dire en garder les valeurs tout en changeant son fonctionnement. 56 Séquence 1-HG00 © Cned – Académie en ligne . (…) Il fallait tout changer radicalement. Et la crise de la société s’est encore aggravée. Ils se sont produits dans des conditions de lutte féroce. (…) Tous ces changements ont provoqué une énorme tension. La décomposition de l’URSS s’accélère et toutes les républiques proclament leur indépendance en quelques mois. le gaz. Tout ici est en abondance : la terre. » Extrait de l’allocution télévisée de Mikhaïl Gorbatchev. La raison en était déjà clair – la société étouffait dans le carcan du système de commandement administratif. En raison de la situation qui s’est créée avec la formation de la Communauté des Etats indépendants. des organes de pouvoir représentatifs et le multipartisme sont de devenus une réalité. d’autres richesses naturelles. (…) Le destin a voulu qu’au moment où j’accédais aux plus hautes fonctions de l’Etat. des anciennes structures du Parti et d’Etat et de l’appareil économique. le charbon. les métaux précieux. Une œuvre d’une importance historique a été accomplie : – Une percée a été effectuée sur la voie des transformations démocratiques. En 1986 les entreprises individuelles sont autorisées. il était clair que le pays allait mal. Voilà pourquoi nous avons perdu beaucoup de temps. A l’intérieur Gorbatchev est doublement critiqué : par les réformateurs comme Boris Eltsine élu président de la République de Russie en juin 1991. au faible niveau de notre culture politique et à la crainte des changements. nous prenons toujours plus de retard par rapports à eux. le pétrole. En 1989 déjà de grandes grèves éclatent dans les mines d’Ukraine et de Sibérie. Gorbatchev est rapidement détesté pour sa lutte contre l’alcoolisme et son incapacité à freiner l’inflation qui grignote les revenus. Ainsi en 1987 il supprime la censure et libère les dissidents dont Sakharov. Pour autant sur le terrain la situation s’aggrave et les pénuries persistent. ainsi que de nos habitudes. – La marche vers une économie multiforme a commencé. Le pire dans cette crise est l’effondrement de l’Etat. l’égalité de toutes les formes de propriété s’établit. Il oriente son programme selon deux idées : la GLASNOST (ou transparence) vise à libéraliser la vie publique.

Une fois ce credo réfuté le système était tellement mou qu’il s’est rapidement disloqué. selon lui. « Une percée a été effectuée sur la voie des transformations démocratiques » : il est nécessaire de les citer en faisant remarquer que ces transformations sont obtenues sous la pression de l’opinion publique. Les rares exceptions sont Cuba surtout par antiaméricanisme. à des obstacles humains « nos habitudes ». planification autoritaire. Dans le Tiers Monde les régimes communistes s’effondrent à leur tour privés du soutien du « Grand frère » soviétique : au Cambodge. Expliquer quels sont les résultats positifs obtenus selon l’auteur. s’est opposée à toute réforme de système) et idéologiques « notre psychologie de nivellement et parasitaire ». « la crainte ». Le régime reposait sur la croyance que l’idéologie était une vraie science. la Nomenklatura. le « pays allait mal ». Réponses C’est une allocution publique retransmise par la télévision à tous les Soviétiques (nature) de Mikhaïl Gorbatchev. le Vietnam et la Chine mais ils ouvrent leur économie et l’inquiétante dictature de Corée du Nord qui se radicalise encore. Gorbatchev annonce sa démission aux Soviétiques et rappelle les réformes engagées depuis quelques années (idée générale). à savoir étatique et privée. « l’ancien système ». En ce qui concerne « l’économie multiforme ». en Afrique (Angola. Le 25 décembre 1991 Gorbatchev démissionne de la présidence d’un Etat qui n’existe plus. Il est bon de rappeler que Khrouchtchev s’est attaqué partiellement au système mais que le parti unique (PCUS) continue d’exercer le pouvoir et que le régime reste policier et fidèle à l’idéologie communiste. a été liquidé. peu de choses sont réalisées en 1991. de l’Etat et de l’Armée. omniprésence de la bureaucratie) et de montrer les dysfonctionnements de ce système (pénuries. La Russie passe brutalement au libéralisme déstabilisant encore un peu plus son économie. les raisons de son échec.Questions Présenter le document. Jusqu’aux années 1960 cette thématique était crédible mais le lent déclin de l’économie dans les années 1970 a fait réaliser aux dirigeants soviétiques que le socialisme n’est pas compétitif. Quinze nouveaux Etats naissent cette année là. Le vrai déclencheur reste l’échec du système car le but du communisme était de faire mieux que le capitalisme. selon Gorbatchev. Il convient de rappeler les fondements du modèle économique soviétique (étatisation. En fait Gorbatchev n’a plus de pouvoir face au Président élu de la république de Russie. Pour Gorbatchev. Ethiopie). Le but de l’exercice est d’expliquer la signification de ces phrases. Ses réformes se sont heurtées. agriculture et biens de consommation sacrifiés pour les industries d’armement…). « la société étouffait dans le carcan administratif de commande ». Ainsi en mars 1991 le référendum sur le maintien d’une « Union rénovée » remporte l’adhésion mais dans seulement neuf républiques sur quinze. Les partis communistes disparaissent pour se transformer en partis socialistes ou partis réformateurs (sauf en France). secrétaire général du PCUS depuis 1985 et président de l’Union soviétique depuis 1990 (auteur). Comment les Etats-Unis vivent-ils l’effondrement soudain de son grand rival mondial ? En tirent-ils avantage ? Séquence 1-HG00 57 © Cned – Académie en ligne . Selon Gorbatchev. des obstacles structurels « Parti et d’Etat et de l’appareil économique » (il est exact que la caste des privilégiés formés des cadres du Parti. L’échec de la promesse communiste a détruit le système en anéantissant la conviction de ses dirigeants. Mozambique. Boris Eltsine. faible productivité. Préciser quelles sont. Mais l’auteur oublie de parler du réveil des nationalités qui ont joué un rôle essentiel dans la désagrégation de l’URSS. Le modèle soviétique s’écroule. qui s’est opposé victorieusement au coup d’Etat d’août 1991 à Moscou (date et contexte de l’événement). Relever et expliquer les raisons des réformes engagées.

les exportations américaines sont gênées et une bulle financière (sur cotation des actions) éclate lors du Krack boursier de 1987 . Alors pourquoi cette démocratie continue t-elle de séduire tant d’hommes et de femmes ? Elle reste un exemple et non un modèle. le rôle de la Cour suprême… 58 Séquence 1-HG00 © Cned – Académie en ligne . plus d’un enfant sur cinq est à l’écart d’une scolarisation normale. s’ignorent ou pire s’affrontent . le chômage recule mais il s’agit surtout de « petits boulots » . – les minorités se côtoient. Elle attaque les cliniques où se réalisent les avortements et cherche à imposer la prière à l’école. – les Américains ne sont pas égaux devant la justice : un bon avocat coûte 400 $ l’heure ! – la question des ghettos (délinquance. le poids de l’opinion publique. à l’issue politique encore incertaine. Elle parle du sida pour les homosexuels comme d’une « punition de Dieu » (d’où l’absence complète de politique sanitaire pour lutter contre l’épidémie). les pouvoirs et les contre-pouvoirs qui équilibrent la vie politique. « grand communicateur ». Les années 1990 et le début du XXIe siècle marquent le rayonnement mondial des Etats-Unis : – la promenade militaire de la première guerre du Golfe de 1991 illustre ce leadership incontestable des Américains dans le monde . coupe dans les budgets sociaux (il dénonce ceux qu’il appelle les « parasites sociaux ») et multiplie les dépenses militaires. A cette époque une nouvelle droite républicaine ultra réactionnaire se développe. – le moralisme de la vie publique états-unienne ridiculise le pays à l’échelle mondiale. ancien acteur. Elle est de surcroît violemment anticommuniste. la responsabilité des élus à leurs mandants. Ses points forts sont la défense des libertés individuelles. – la protection sociale (santé. En 2003 le modèle américain est quasiment le modèle unique cependant il est fragile et traversé par de graves contradictions internes : – la société américaine est très inégalitaire : 5 % de riches reçoivent 25 % du revenu national . – ils redeviennent un modèle culturel crédible comme en témoignent la sucess story de Bill Gates. Il sait redonner aux Américains confiance en eux et réveiller leur patriotisme. Reagan est élu président surtout parce que les Américains veulent un changement et qu’il incarne un chef énergique. Il mène une politique économique libérale avec des résultats indéniables : la croissance revient. – le système scolaire est très onéreux surtout les universités (entre 7 000 et 25 000 dollars par an) . Mais cette politique a un revers : un déficit budgétaire colossal (150 milliards de dollars en 1988 soit deux fois plus qu’en 1980) et des taux d’intérêts élevés (le dollar monte jusqu’à 10 francs !) . les inégalités sociales se creusent dangereusement : les Noirs et les Latinos sont toujours exclus. Il baisse les impôts. L’école privée est hors de portée (10 000 $ par an par élève) et les écoles publiques de qualité sont inaccessibles aux classes modestes . violence et drogue) n’est pas réglée . la séparation des Eglises et de l’Etat.« America is back » : vers l’affirmation d’un modèle unique ? Les années Reagan de 1981 à 1988 marquent un retour de l’Amérique sur le premier plan de la scène internationale : « America is back ». – avec Clinton le succès économique est de retour mais il est plus harmonieux que sous Reagan (en 1997 le chômage touche 5 % de la population active et le déficit budgétaire est quasi nul) . l’invention d’Internet et la maîtrise des informations . – son successeur Georges Walter Bush au pouvoir depuis 2000 remporte des victoires militaires éclatantes contre les dictatures en Afghanistan et en Irak. l’influence souvent heureuse des médias. – la société américaine est très violente (plusieurs milliers de morts par armes à feu chaque année) . retraite) est coûteuse et beaucoup en sont exclus . est aussi un président populaire. Si le rêve d’une nouvelle chance persiste c’est qu’il touche une aspiration profonde de chaque individu. dérégule l’économie. Reagan.

Caen. Les deux tiers sont des civils et l’on compte 35 millions d’Européens parmi les victimes. Les destructions matérielles sont massives : – des villes entières sont rayées de la carte : Hiroshima. Etat-nation. en rivalité…).2e partie Le monde déchiré. Certains pays sont davantage touchés que d’autres par cette hécatombe humaine : l’URSS perd plus de 15 % de sa population et la Pologne plus de 18 % ! L’importance des pertes civiles est due à la Shoah (extermination des juifs) et à la généralisation des bombardements aériens sur les villes (celui de Dresde en février 1945 fait 135 000 morts). obligées ou non. Près de sept millions de Japonais rentrent dans leur archipel quittant la Corée. sur les types de ces relations (bonnes ou mauvaises. blocs. non-alignement…). Les pays les plus touchés sont l’Allemagne. colonisation. Coventry. neutralité. – il faudra réinvestir les notions vues en classe de première telles que nationalisme.) amène quelques remarques : – il s’agit d’étudier les relations entre les Etats ou entre les groupes d’Etats. aux épidémies de tuberculose. Saint Malo… L’Europe est un vaste champ de ruine. Berlin. idéologies… P A La naissance d’un monde bipolaire : 1945-1947 L’entente entre les Alliés contre l’ennemi nazi commun n’a pas survécu longtemps aux difficultés de l’après-guerre. Varsovie. impérialisme. des relations diplomatiques. Le monde est ruiné. Séquence 1-HG00 59 © Cned – Académie en ligne . Les idéologies comme les intérêts divergent trop. routes défoncées. – les communications sont désorganisées : voies ferrées détruites. ports bombardés (Anvers est l’exception) . On se penchera sur la nature de ces relations (coalitions. ponts anéantis. pactes. diplomates…) donc il sera nécessaire de connaître sommairement certaines biographies . – il faut tenir compte du contexte économique. sur les moyens de ces relations (diplomatie. Tokyo. l’URSS. conflits. – ce sujet fera appel à des cartes qu’il faudra mettre en relation avec des chronologies et des faits . conférences. 1945 c’est l’année « zéro » pour l’Europe. Ainsi dix millions d’Allemands ont fui l’avance de l’Armée rouge. Le monde en 1945 Après six ans de guerre totale vient le temps des bilans. militaires. des échanges commerciaux etc. économique et moral sont désastreux. de 1945 à 1973 réambule : cette étude des relations internationales. organisations internationales…) . l’île de Formose et la Mandchourie. Les bilans humain. des évolutions sociales. culturelles et religieuses et du poids grandissant des moyens de communication et d’échanges (voir le chapitre 1 de cette séquence) . la France et les Pays-Bas . Sur le plan démographique on note deux conséquences : une lourde perte des jeunes actifs et un déséquilibre des sexes au profit des femmes. On peut ajouter la mortalité consécutive à la sous-alimentation. c’est-à-dire des rapports de force complexes et multiples entre Etats (au travers des guerres. des alliances militaires. Le Havre. A la fin de la guerre 30 millions de personnes ont été déplacées. Ce conflit est le plus meurtrier de l’histoire : plus de 50 millions de morts (contre 13 millions pour la Première Guerre mondiale). alliances. organisées en parité. en domination. – elles sont le fait des hommes (dirigeants politiques. armes de dissuasion.

Le traumatisme moral vient surtout de la découverte par les Alliés de la Shoah et de ses cinq millions de victimes. l’industrie et les technologies. Ils sont aussi les seuls à posséder des forces navales sur les deux grands océans. Leur Produit National Brut a même augmenté de 82 % de 1939 à 1945 : à eux seuls ils disposent d’autant de richesses que l’ensemble de la planète ! Les pertes humaines sont moindre que les autres belligérants : 400 000 hommes morts au combat. D’où une inflation galopante et l’effondrement des monnaies européennes. Les Soviétiques ont libéré Auschwitz par hasard . En 1945 le pays semble dramatiquement épuisé. Ils n’ont rien fait. 23 des principaux chefs nazis sont jugés avec 11 exécutions au total. libre-échange. G. L’organisation de la paix est difficile à mettre en place. C’en est fini du mythe du progrès . Mais l’URSS présente de grandes faiblesses : une armée dispersée sur ses conquêtes. Ils possèdent les deux tiers des stocks d’or mondiaux et n’ont subi aucune destruction sur leur territoire. A Nuremberg. Chacun essaie d’arracher quelque chose à l’autre mais il ne s’agit pas d’un partage du monde en zone 60 Séquence 1-HG00 © Cned – Académie en ligne . Par exemple en URSS 70 000 villages n’existent plus et un tiers du cheptel est décimé.– les productions industrielles et agricoles s’effondrent car l’appareil de production est détruit. même la science moderne (expérimentations douteuses de Mengele à Auschwitz. La conférence de Yalta en Crimée (février 1945) réunit Roosevelt. l’agriculture. Staline et Churchill. Outre leur monopole atomique. On craint que cette arme redoutable ne détruise l’humanité toute entière. le Royaume-Uni et la France voient leur puissance coloniale de plus en plus contestée (les émeutes de Sétif en Algérie sont réprimées dans le sang par la France). Surtout et c’est l’essentiel contrairement à 1919. La paix des vainqueurs Deux superpuissances émergent en 1945 : Les Etats-Unis dominent outrageusement le monde. La pénurie des temps de guerre continue voire même s’aggrave. Sont mis en place deux tribunaux internationaux pour punir les coupables : à Nuremberg du 20 novembre 1945 au 30 septembre 1946 et à Tokyo entre mai 1946 et novembre 1948. ils affichent une supériorité écrasante dans la finance. Mais l’Armée rouge a fait preuve de son efficacité. Porteur d’espoir. Ils sont la première puissance économique et militaire du monde. En même temps on a l’impression que l’Europe « n’existe plus ». Les gouvernements européens sortent endettés du conflit. Ce crime contre l’humanité est déclaré imprescriptible (on peut poursuivre les auteurs tant qu’ils sont vivants) à la différence des crimes de guerre (violation des lois de la guerre…). les Angloaméricains connaissaient l’existence des camps d’extermination dès 1943. une industrie cumulant les retards (excepté dans la recherche nucléaire). les Etats-Unis refusent l’isolationnisme et entendent assurer leur rang pour faire progresser leurs valeurs (démocratie. mise au point du Zyklon B par les chimistes d’I. un territoire et une agriculture partiellement ravagés par les combats. Farben) a servi à commettre des crimes. L’Italie et l’Allemagne sont bannis pour un certain temps. de la planification systématique des tueries et des camps de concentration. C’est aussi le début de l’angoisse atomique avec Hiroshima. anticolonialisme…). Ce procès est très important car y est défini le crime contre l’humanité (pour punir la Shoah) c’est-à-dire l’élimination programmée d’un peuple ou d’un groupe de population pour le seul fait qu’il existe. elle est multipliée par dix en Allemagne. Le communisme bénéficie après-guerre d’un immense prestige pour avoir été antifasciste depuis le début. En face d’eux l’URSS est à l’apogée de sa puissance. On ne peut taire l’hypocrisie des Alliés. La dette triple au Royaume-Uni et en France. de générosité et de justice sociale il séduit de nombreux intellectuels occidentaux qui « oublient » le pacte de non agression signé entre Hitler et Staline en août 1939.

Des points de frictions apparaissent dans les mois qui suivent : – la nouvelle frontière germano-polonaise sur l’Oder-Neisse est considérée comme provisoire . Cette rencontre au « sommet » a lieu alors que la guerre n’est pas terminée. Premier ministre britannique. Le président américain. tchèques et roumains) . Cette réflexion débouche. fortement influencés par les Américains. de la Carélie finlandaise et de territoires polonais. Chaque pays membre paye une quote-part et peut en retour lui emprunter en cas de nécessité. décident que chaque monnaie aura une valeur définie en or ou en dollar. – l’Allemagne doit payer des réparations de guerre (dont la moitié devait revenir à l’URSS mais cela ne se fera pas) . L’alliance à Yalta est encore solide. démocratique et en paix. Ils font face à « uncle Joe » (Staline). La conférence de Potsdam (banlieue de Berlin) en juillet-août 1945 a de nouveaux acteurs : Truman président américain remplace Roosevelt décédé en avril 1945 et Attlee.d’influence. – l’URSS gagne des territoires à l’ouest (annexion des pays Baltes. L’Armée rouge a rapidement progressé tandis que les Alliés peinent à entrer en territoire allemand. – le Japon est occupé par les Américains et perd les îles Kouriles et la moitié sud de celle de Sakhaline au profit de l’URSS . bien que malade. n’a pas cédé face à Staline pour l’essentiel. – la Corée est indépendante mais elle est occupée au nord par les Soviétiques et au sud par les Américains. On veut éviter le retour aux erreurs économiques des années 1930 (dévaluations sauvages. consacre la supériorité économique du dollar et des Etats-Unis. les quatre zones d’occupation en Allemagne et à Berlin sont délimitées. sur les accords de Bretton Woods et sur la création des Nations unies. remplace Churchill battu aux élections. protections douanières…). Les bases d’un nouvel ordre international C’est pendant la guerre que les Anglo-américains imaginent comment construire après la guerre un nouveau monde prospère. URSS. – l’URSS s’engage à déclarer la guerre au Japon et à organiser des élections libres dans les zones occupées en Europe orientale par l’Armée rouge. La naissance des Nations unies aurait dû comme le voulait Roosevelt devenir le « directoire des grandes puissances ». Royaume-Uni et France à la demande de Churchill) . Elle craque à Postdam. alors que les combats continuent. Pour veiller au respect de ces règles est crée le FMI (Fonds Monétaire International). le montant des réparations allemandes est fixé à 20 milliards de dollars. Enfin la BIRD (Banque Mondiale pour la Reconstruction et le Développement) fonctionne comme une banque mondiale : elle accorde des prêts à long terme pour financer les grands programmes d’investissements. Le contexte est très différent puisque l’Allemagne a capitulé et que les Etats-Unis disposent de la bombe atomique (Truman sera plus intraitable face à Staline). Les 1 000 délégués présents. Les parités seront fixes avec des variations de plus ou moins 1 %. C’est la mise en place du Gold Exchange Standard. Les résultats sont maigres : l’Allemagne sera démilitarisée et dénazifiée. non signé par l’URSS. Finalement Potsdam accouche d’un monde bicéphale. Séquence 1-HG00 61 © Cned – Académie en ligne . A Yalta est décidé que : – l’Allemagne et l’Autriche seront divisées en quatre zones d’occupation (Etats-Unis. L’esprit de Yalta était trop lié à la personne de Roosevelt. L’URSS entre dans une phase défensive contrairement à ce que l’on a souvent cru en Occident : ce qu’elle veut. – l’Allemagne perd toutes ses acquisitions d’après 1938 et la Prusse Orientale . Cet accord. c’est conserver ses acquis territoriaux et non poursuivre son expansion. Aussi le 24 juillet 1944 lors de la conférence de Bretton Woods (New Hampshire) est signé un accord entre 45 pays pour créer un nouveau système monétaire international.

Pour cela elle dispose d’une force armée. – le Secrétaire général élu pour cinq ans par l’Assemblée générale gère l’administration de l’Onu. Or les « Cinq grands » avec leur droit de veto paralyseront vite cette institution. Ce sont les organisations internationales de l’Onu qui fonctionnent le mieux en faveur du développement. Le climat de méfiance se précise en 1946 : L’Europe est le premier théâtre d’affrontement : – à l’Est. Cette organisation a deux buts essentiels : – maintenir la paix et la sécurité internationale. Il concentre l’essentiel des pouvoirs mais ses décisions doivent être prises à l’unanimité des cinq permanents. Ceux-ci pratiquent la politique de la chaise vide . le Conseil de sécurité onusien est bloqué à cause de la méfiance entre Américains et Soviétiques. dont les soldats sont fournis par les Etats membres.L’Onu remplace la défunte Société des Nations. – faire respecter le droit international et les droits de l’Homme d’où la rédaction de la Déclaration Universelle des droits de l’Homme votée le 10 décembre 1948. France et Chine). l’URSS effectue des prélèvements considérables en Allemagne orientale notamment par le transfert d’usines. la FAO. – à l’Ouest les ETATS-UNIS remettent en place les gouvernements élus et refusent de reconnaître officiellement la ligne Oder-Neisse comme nouvelle frontière germano-polonaise. L’ONU comprend trois grandes institutions : – l’Assemblée générale ne fait que des recommandations à la majorité des deux tiers en raison d’une voix par Etat. URSS. Elle se réunit annuellement . Le siège de l’Onu s’établira définitivement à New York en 1950. Ces institutions spécialisées onusiennes interviennent dans plusieurs domaines : économique surtout avec l’OIT. Il sera choisi dans des « petites » nations. culturel avec l’UNESCO . L’éclatement de la Grande Alliance Bien vite de nombreuses rivalités apparaissent entre Américains et Soviétiques qui se disputent durement des zones d’influence. social avec l’UNICEF . Royaume-Uni. Dans la réalité dès 1946. A Yalta on décide sa création : elle se réalise le 25 juin 1945 à San Francisco avec 51 pays signataires. les Casques bleus. Les élections libres ne viennent pas au contraire elles sont le plus souvent truquées par les communistes. la BIRD. 62 Séquence 1-HG00 © Cned – Académie en ligne . Il coordonne les organes de coopération internationale. – le Conseil de sécurité est composé de 11 membres (ramené plus tard à 15) dont cinq permanents à savoir les cinq vainqueurs de la guerre (Etats-Unis. le GATT. Elle est en gestation dans la Charte de l’Atlantique du 14 août 1941 signée entre Churchill et Roosevelt. sanitaire avec l’OMS. le FMI . Le document essentiel reste la Charte de 111 articles qui s’affirme comme le fondement de l’Onu. C’est le directoire des grandes puissances dont rêvait Roosevelt pour assurer la police dans le monde. A l’automne 1944 lors de la conférence de Dumbarton Oaks (Etats-Unis) ses structures sont définies.

à Moscou. Les Britanniques soupçonnent les Soviétiques d’entretenir la guerre civile qui vient d’éclater en Grèce en appuyant les partisans communistes. L’orateur présente une Europe où l’influence soviétique ne cesse de s’étendre. Prague. à connaître nos amis et alliés russes. dans la Baltique. les prémices de la liberté et de la démocratie. Celui-ci est persuadé que Séquence 1-HG00 63 © Cned – Académie en ligne . mais encore au contrôle très étendu et constamment croissant de Moscou. et je suis convaincu qu’il n’y a rien au monde qu’ils admirent autant que la force. ainsi qu’à sa rencontre avec Staline en octobre 1944. toutes ces nations. (…) J’ai appris. qui étaient faibles dans tous ces pays de l’Est européen. Face à la menace communiste. Etats-Unis en tête. (…) Je ne crois pas que la Russie désire la guerre. Or la Grèce est une zone d’influence traditionnelle de la Grande-Bretagne. Budapest. de vraie démocratie. Sofia. dans sa gloire immortelle. Toutes ces villes célèbres. » Discours de W. aussi rapidement que possible. Belgrade. Derrière cette ligne se trouve les capitales de tous les pays de l’Europe orientales : Varsovie. des zones d’influence dans les Balkans (or les Balkans étaient déjà perdus pour les Anglais). Churchill prononcé à l’université de Fulton (Missouri) le 7 mars 1946. non seulement à l’influence soviétique. dans un grand nombre de pays éloignés des frontières russes. à réagir en défendant sans faiblesse le système libéral et en opposant à l’Union soviétique la plus grande fermeté. Grande-Bretagne et Etats-Unis se seraient selon lui partagés. selon lui. Bucarest. Ce qu’elle désire. alors qu’il en est encore temps. un rideau de fer est descendu à travers le continent. A ce moment il n’exerce plus de charge officielle et il effectue un voyage privé aux Etats-Unis. Ce discours a eu un grand retentissement. est libre de décider de son avenir par des élections auxquelles assisteront des observateurs britanniques. Athènes seule. Il se réfère aussi à la grande alliance. pendant la guerre. Vienne. il invite l’Occident. Il préfigure le ton de la guerre froide et il a conforté Truman (encore plus anticommuniste que Churchill) dans la nécessité absolue d’endiguer le communisme. à Trieste. dans l’Adriatique. Questions Présentez le document (nature. Il évoque la menace soviétique que Staline fait peser sur l’Europe orientale en constituant un glacis défensif autour de l’URSS. où le communisme connaît pourtant un grand succès (idée générale). (…) Les communistes. il n’existe pas. Berlin. Il est également conforté dans cet état d’esprit par les rapports de l’ambassadeur américain à Moscou George Kennan. Churchill fait allusion à la « civilisation chrétienne » : ne pas oublier l’importance de la religion dans la société américaine. américains. contexte). se trouvent dans la sphère soviétique. au cours de laquelle URSS. français. ont été investis de pouvoirs qui ne correspondent nullement à leur importance numérique. auteur. et toutes sont soumises. autant à l’ouest qu’à l’Est. Sauf en Tchécoslovaquie. les cinquièmes colonnes communistes s’installent et travaillent dans une unité complète avec une obéissance absolue aux directives du centre communiste. et rien qu’ils ne respectent moins que la faiblesse militaire. ce sont les fruits de la guerre et une expansion illimitée de sa puissance et de sa doctrine.Document 4 Le discours de Churchill à Fulton en 1946 « De Stettin. et d’établir dans tous les pays. Mais ce que nous devons examiner ici aujourd’hui. et à travers le monde entier. Il assiste à une fête organisée à Fulton dans l’université où Truman a fait ses études (contexte de l’événement). sur l’invitation du président Harry Truman. mais ne fait aucune allusion à l’Asie. sous une forme ou sous une autre. Quelle analyse l’auteur fait-il de la situation de l’Europe en 1946 ? Quelles solutions préconise t-il pour y faire face ? Quelle a été la portée de ce discours ? Réponses Ce discours (nature) est prononcé par Winston Churchill (auteur) l’un des grands vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale (en tant que Premier ministre britannique. et cherchent partout à s’emparer d’un contrôle totalitaire. dans cette partie de l’Europe. il a su donner à son peuple un courage et une détermination exceptionnels). c’est le moyen d’empêcher la guerre de façon permanente. (…) Cependant.

l’une et l’autre menacée de tomber sous la domination des communistes ou des Soviétiques. Ce discours a surpris le monde entier par sa grande fermeté de ton et l’expression « rideau de fer » est passée à la postérité. L’URSS de son côté en profite pour occuper les territoires de la Mandchourie. les Etats-Unis placent autoritairement le pays sous leur tutelle. avant qu’il ne soit trop tard. de l’autre l’Europe orientale soumise à la domination soviétique. en mars 1947. ils font des prélèvements au titre des réparations et démantèlent l’armée. l’Europe occidentale sous influence américaine. C’est autant la carte de la guerre en 1945 que la dégradation des rapports américano-soviétiques ont conduit à la rupture. Après la guerre ils sont encore tentés par ce repli mais devenus la nation la plus puissante de la planète ils décident de se lancer dans les affaires du monde : l’heure des responsabilités internationales est arrivée ! La mise en place de deux blocs rivaux En quelques mois l’Europe se divise en deux camps ennemis : d’un côté. L’entente entre Alliés est encore plus précaire en Extrême-Orient (l’URSS n’est en guerre contre le Japon que quelques jours). SUR LE PLAN IDEOLOGIQUE Au printemps 1947 deux faits peuvent être considérés comme le point de départ de la guerre froide proprement dite : la proclamation de la « doctrine Truman » et l’annonce du « plan Marshall ». l’impérialisme soviétique. L’Asie est un autre terrain de confrontation. Dans un discours au Congrès. Il annonce une aide américaine à tout gouvernement qui manifesterait son intention de lutter contre le communisme et son expansion : c’est le Containment (endiguement). A la suite de la capitulation du Japon le 2 septembre 1945. Chaque puissance bâtit ainsi son propre bloc qu’il soude autour d’une doctrine. 64 Séquence 1-HG00 © Cned – Académie en ligne . politique et militaire. Il amorce un tournant en permettant à Truman de faire partager à l’opinion publique américaine ses propres certitudes. Les Etats-Unis par tradition isolationniste ont toujours évité jusqu’alors de s’engager hors de leur continent. Tous ces aspects de la lutte sont étroitement liés. économique. Ainsi dès le mois de mai 1947 le Congrès débloque 400 millions de crédits pour aider les monarchistes en Grèce.Moscou a des visées expansionnistes et que les Etats-Unis ont intérêt à endiguer dès maintenant. Les autres principes de la nouvelle politique étrangère sont relativement simples : maintenir la paix. S’engage donc entre les deux Grands une violente compétition idéologique. diffuser la prospérité et étendre leur modèle. L’objectif est de limiter l’expansion de l’adversaire (pour Staline une terre acquise c’est un marché de moins pour l’Occident) par la constitution progressive d’un système d’alliance militaire et d’aide économique. Il déclare au Congrès que « le moment est venu de ranger les Etats-Unis d’Amérique dans le camp et à la tête du monde libre ». B Au cœur de la guerre froide : 1947-1955 L’année 1947 marque une coupure essentielle dans l’histoire des relations internationales. Mais la nouvelle constitution qu’ils établissent conserve l’empereur au sein d’une démocratie. des îles Kouriles… Surtout la guerre civile reprend en Chine (elle avait cessé en 1937 avec l’invasion nipponne) entre les 500 000 communistes menés par Mao Tsé-Toung (aidés par l’URSS) et les nationalistes du Kuo-mintang de Tchang Kaï-Chek (soutenus eux par les Américains). le président Truman demande qu’une aide financière de 400 millions de dollars soit accordée à la Grèce et à la Turquie. Ils y suppriment les grands groupes industriels jugés en partie responsable de la guerre .

sous forme de prêts et surtout de dons en nature qui sont injectés dans l’économie européenne. L’objectif est de favoriser les relations commerciales entre ses membres. Le délégué soviétique Andreï Jdanov (secrétaire du PCUS chargé des problèmes de propagande et du secteur culturel. Son programme est ambitieux : augmenter et moderniser la production. Il leur faut aussi des machines pour remettre sur pied leur industrie. Le plan Marshall accélère la coupure de l’Europe et permet à l’Europe occidentale de prendre forme. Il leur faut de la nourriture. Il n’a jamais bien fonctionné. SUR LE PLAN ECONOMIQUE Ce sont les Américains qui prennent l’initiative car selon eux c’est la misère qui favorise le développement du communisme. Créés de manière presque symétrique. chaque bloc répond à une initiative de l’autre bloc. Séquence 1-HG00 65 © Cned – Académie en ligne . SUR LE PLAN POLITIQUE ET MILITAIRE Persuadés que les Soviétiques représentent un défi mortel pour le monde libre. Là joue encore la peur de l’Autre. les communistes se lancent dans une violente critique de ce plan (notamment la CGT en France). L’OECE deviendra en 1961 l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Economique). dans une allocution à Harvard. Il n’y a que les Etats-Unis qui peuvent leur en procurer à condition d’avoir des quantités énormes de dollars. la Pologne. il fait office d’idéologue du Parti) énonce alors la théorie des deux camps : le monde est divisé entre « le camp impérialiste et antidémocratique » dirigé par les Etats-Unis (il n’amène que la violence et le malheur) et le camp « le camp anti-impérialiste et démocratique » communiste mené par l’URSS (il apporte au contraire la paix et le bonheur). Ils estiment que leur sécurité nationale passe désormais par les pactes. des engrais pour assurer la survie de leur population. développer les échanges. Mais en 1951 il dépasse celui de 1938 d’un bon tiers tandis que de nouvelles technologies (matériels de travaux publics. les Américains voudraient réarmer l’Europe. sur les instructions de Staline. Le Plan Marshall a t-il sauvé les économies européennes ? la question fait encore débat. ce sont ainsi treize milliards de dollars. En 1945 seul l’appareil productif américain est intact. De 1948 à 1952. trains de laminage…) et des méthodes américaines d’organisation du travail sont introduites en Europe. Là encore l’URSS voit le plan Marshall comme une manifestation de l’impérialisme américain en vue de dominer le Vieux monde. C’est la naissance de la première institution de l’Europe. un plan d’aide financière pour quatre ans à l’Europe. Le problème est urgent : l’Europe a faim et a froid ! Le 5 juin 1947 le secrétaire d’Etat Georges Marshall (équivalent du ministre des Affaires étrangères) propose. Reste à consolider le tout par des alliances militaires défensives. la Bulgarie et la Roumanie à suivre son exemple (les conseillers de Marshall avaient prévu ce refus et heureusement car ils n’auraient pas pu financer la reconstruction de l’URSS). la Hongrie. par l’un et par l’autre bloc. Dans ces conditions la guerre froide conduit à un système bipolaire (deux pôles dirigent les relations internationales) : être neutre est considéré. Les Européens sont demandeurs d’une protection car ils sont incapables de le faire. Les Etats-Unis opèrent alors une révolution dans leur politique étrangère en signant des alliances en temps de paix (ce qu’ils ne faisaient jusqu’ici qu’en temps de guerre). Le développement continue à se faire dans un cadre national : chaque Etat a tendance à se spécialiser dans les productions définies par Moscou. voire hostile. Au final seuls seize Etats d’Europe de l’Ouest acceptent et signent le 16 avril 1948 l’Organisation Européenne de Coopération Economique (OECE) chargée de répartir l’aide américaine. assainir les finances intérieures et rechercher le plein emploi. comme suspect.La riposte soviétique ne tarde pas. En fait quatre pays (RoyaumeUni. Italie et Allemagne de l’Ouest) concentrent 65 % de cette aide. En fait Staline s’en servira pour leur donner ses instructions. Le niveau de production industrielle d’avant-guerre est retrouvé en décembre 1947 avant que les fonds américains ne soient débloqués. créer une union douanière. En septembre 1947 se tient secrètement la conférence de Szlarska Poreba en Pologne réunissant les partis communistes européens (ceux de l’Est plus la France et l’Italie) avec pour objectif de créer le Kominform c’est-à-dire le bureau d’information communiste chargé de coordonner l’action entre ces partis. Les Soviétiques répliquent donc à l’OECE et regroupent en janvier 1949 les Etats d’Europe orientale (excepté la Yougoslavie) dans un Conseil d’Assistance Economique Mutuelle (CAEM plus connu sous le sigle anglais de COMECON). France. Tous les autres pays sont dans le besoin. Staline refuse le 2 juillet le plan Marshall (on sait maintenant que c’est après beaucoup d’hésitations) et oblige la Tchécoslovaquie. Partout en Europe. stabiliser les monnaies.

Irak. France. Nouvelle-Zélande. Pays-Bas. États-Unis CHINE VIÊT-NAM THAÏLANDE DU NORD TAIWAN VIÊT-NAM DU SUD PHILIPPINES Traités bilatéraux conclus avec les États-Unis AUSTRALIE ANZUS (1951) Autralie.Document 5 Le monde partagé : pactes et alliances au milieu des années 1950 OEA (1948) Organisation des États-Américains ARGENTINE BRÉSIL OTAN Organisation du traité de l’Atlantique Nord 1949 : États-Unis. Belgique. Philippines. Nouvelle-Zélande. Islande. Pakistan. Turquie 1955 : RFA 1982 : Espagne CUBA (OEA jusqu’en 62) MEXIQUE Territoires dépendant d’un allié des États-Unis Démocraties populaires d’Europe de l’Est ISLANDE NORVÈGE ALBANIE GRÈCE TURQUIE IRAK IRAN URSS AFGHANISTAN BLOC COMMUNISTE MONGOLIE ÉTATS-UNIS CANADA Pacte de Bagdad (1955) Turquie. Portugal. Royaume-Uni 1952 : Grèce. États-Unis NOUVELLE-ZÉLANDE 66 Séquence 1-HG00 © Cned – Académie en ligne . Thaïlande. Luxembourg. Royaume-Uni. Danemark. Norvège. Royaume-Uni. Pakistan PAKISTAN OCCIDENTAL CORÉE DU NORD CORÉE DU SUD J JAPON PAKISTAN ORIENTAL OTASE (1954) Organisation du traité de l’Asie du Sud-Est Australie. Canada.

L’Allemagne est le premier théâtre de la guerre froide. Cet instrument est en réalité aux mains de l’URSS. Les conflits « chauds » de la guerre froide Deux crises majeures voient s’affronter indirectement les Etats-Unis et l’Union soviétique pour la première fois de leur histoire : le blocus de Berlin (1948-1949) et la guerre de Corée (1950-1953).Questions Quelles alliances militaires les Etats-Unis mettent-ils en place ? Quel est le but des Américains ? Quelle est la réplique de l’Union soviétique ? Réponses Les Etats-Unis se trouvent rapidement au centre d’un réseau d’alliances : – Le 4 avril 1949 les représentants de douze Etats de l’Europe occidentale signent à Washington le Pacte Atlantique. L’Europe occidentale est désormais sous la protection états-unienne et c’est le général Eisenhower qui devient le commandant suprême des forces de l’Otan en 1950. Mais celui qui compte est le suivant. Elle regroupe autour des Etats-Unis la France. Ce dispositif est renforcé par l’installation d’une série impressionnante de bases militaires qui encerclent l’« ennemi » en Europe. qu’est créé le Pacte de Varsovie quasiment calqué sur l’OTAN. D’une certaine façon l’Europe abdique en renonçant à créer sa propre défense. la Nouvelle-zélande. Il s’agit pour eux de conclure des alliances avec le maximum de pays situés autour de l’URSS pour contrer la « théorie des dominos » en Asie (lorsqu’un pays devient communiste ses voisins risquent à leur tour par contamination de devenir communiste). les Philippines. l’Australie. Il regroupe la Turquie. la Grande-Bretagne. Dans un premier temps. L’intégration en matière d’organisation et d’armement y est quasi-totale ce qui facilite beaucoup la fabrication et la maintenance du matériel. à la suite de l’admission de la République Fédérale d’Allemagne dans l’OTAN. Les deux blocs se font face dès 1947 mais ce sont les crises de Berlin et de Corée qui ont radicalisé cette opposition frontale. en Irak et au Japon. le Pakistan et la Thaïlande. Nouvelle-Zélande et United States). le Royaume-Uni autour des Américains qui n’y adhèrent pas mais lui donne une caution. le bloc oriental n’a d’autre choix que de s’aligner sur le « Grand frère ». Séquence 1-HG00 67 © Cned – Académie en ligne . L’alliance fonctionne sur le même principe que l’OTAN. L’Organisation du Traité Nord Atlantique (Otan ou NATO en anglais) est une alliance militaire souple et défensive (initialement prévue pour vingt ans). C’est seulement le 14 mai 1955. en Turquie. La guerre se poursuit dans l’imaginaire collectif pour plusieurs années. Trois pactes sont conclus en trois ans et demi : – en septembre 1951 ils signent un traité avec l’Australie et la Nouvelle-Zélande : l’ANZUS (Australie. Chaque pays conserve son armée et son commandement. Une attaque armée contre l’un de ses membres équivaudrait à une agression du territoire de tous. puis avec la République Populaire de Chine en février 1950. toujours obsédés par la contagion du communisme les Américains se lancent dans une véritable pactomanie. ils signent en 1948 et 1949 plusieurs pactes militaires bilatéraux avec leurs voisins d’Europe de l’Est. le Pacte de Bagdad est conclu en février 1955. – au Moyen-Orient. l’Irak. le Pakistan. Depuis 1945 ce pays est devenu l’un des principaux enjeux des relations internationales. Il s’agit d’une alliance militaire défensive qui regroupe sous un commandement soviétique toutes les forces armées des pays de l’Europe de l’Est (sauf la Yougoslavie). – le 8 septembre 1954 l’OTASE est créée à Manille (Organisation du Traité de l’Asie du Sud-Est). Britanniques et Français et de l’autre côté les Soviétiques. Isolé du monde occidental. Fin 1947 c’est l’impasse totale entre d’un côté Américains. l’Iran. Pour les Soviétiques l’OTAN est un pacte agressif dirigé contre eux et les pactes qui suivront seront perçus à juste titre comme une tentative d’encerclement. Les Américains veulent créer un cordon protecteur aux frontières méridionales de l’Union soviétique. Au début des années 1950. Dans chaque camp une psychose et une paranoïa s’installent.

Elle donne à la guerre froide une dimension mondiale. C’est la naissance d’un autre nœud de tension de la guerre froide qui empoisonnera les relations internationales pendant 25 ans. la péninsule coréenne a été annexée en 1910 par le Japon qui l’occupe jusqu’à l’été 1945. bien plus encore que la crise de Berlin. Elle apporte au camp socialiste la masse de ses 600 millions d’hommes. Le chef du pouvoir exécutif est le chancelier (Conrad Adenauer. Les Russes n’acceptent pas cette dernière mesure et mettent aussitôt en place un total blocus terrestre de Berlin en coupant toutes les routes et les voies ferrées. Ils emprunteront chacun les méthodes et les objectifs de leur camp : capitalisme à l’Ouest et communisme à l’Est. Finalement on ne peut parler de guerre froide qu’en 1950 lorsque l’affrontement se militarise. En octobre 1948.Ils ne s’entendent ni sur la dénazification. Si la RDA devient vite un satellite fidèle de l’URSS. Le 1er octobre 1949 Mao proclame la République Populaire de Chine (RPC). Le scénario « allemand ». La ville devient un symbole du combat pour la liberté. le 7 octobre 1949 l’URSS crée à son tour dans la partie orientale qu’elle occupe la République Démocratique Allemande (RDA) avec un pouvoir centralisé. L’épreuve de force commence. Alors que les Occidentaux souhaitent une République fédérale de douze Länder. par sa dimension idéologique. les Soviétiques désirent un Etat fortement centralisé. Le statut de Berlin est la pomme de discorde des anciens alliés. La seconde crise a lieu en Asie orientale. organisent des élections à une assemblée constituante et créent une monnaie le Deutsche Mark. Cette crise confirme la partition de l’Allemagne : le 23 mai 1949 la République Fédérale d’Allemagne (RFA) est créée dans la partie ouest de l’Allemagne. maire de Cologne est ainsi le premier chef de gouvernement de la RFA). Puis elle est à nouveau occupée militairement par les Soviétiques au nord du 38e parallèle et par les Américains au sud de cette ligne imaginaire. ni sur les réparations.5 millions de tonnes de marchandises ! C’est la première manifestation éclatante de ce dont est désormais capable l’aviation de transport. Pour les Soviétiques la ville doit faire partie de l’Allemagne de l’Est. L’été 1947 est le tournant de la guerre civile en Chine. sa cousine par contre s’affirme comme un acteur essentiel de l’Europe occidentale. En 318 jours 195 000 vols permettent d’acheminer plus de 2. L’affaire coréenne. Longtemps placée dans l’orbite de la Chine. celui d’une division patronnée par les deux grandes puissances se reproduit : 68 Séquence 1-HG00 © Cned – Académie en ligne . Les forces nationalistes de Tchang KaïChek s’effondrent un peu partout malgré l’aide américaine. Staline est contraint à céder. matières premières et vivres). Faut-il reconnaître la Chine communiste ? Les Britanniques et les Soviétiques le font mais à l’Onu la Chine nationaliste occupera longtemps le siège de membre permanent du Conseil de sécurité grâce à l’appui américain. En juin 1949 il fait lever le blocus de Berlin. ni sur les frontières orientales de l’Allemagne. C’est bien d’une lutte entre les deux Grands qu’il s’agit. La guerre de Corée est assurément un moment fort de la guerre froide par l’implication des grandes puissances de l’Est et de l’Ouest (même si les Soviétiques ne sont pas officiellement engagés dans la bataille). Les Etats-Unis répliquent immédiatement en organisant un gigantesque pont aérien pour ravitailler Berlin-Ouest (en énergie. Les nationalistes se réfugient dans l’île de Formose (future Taiwan) et abandonnent le combat. Elle est composée de onze Länder dotés chacun de leur propre constitution. L’expansion du communisme en Extrême-Orient a pesé dans ce conflit. est la prise de conscience d’un réel danger. d’une guerre générale imminente. Mais après la guerre la question de la Corée n’est pas résolue. par l’âpreté des combats et par le nombre des victimes. Les deux Grands évacuent la péninsule mais établissent une tutelle sur leur zone respective. Ces deux Etats issus de la guerre froide en resteront l’enjeu jusque 1989. les communistes de Mao Tsé-toung occupent tout le nord de la Chine et entrent à Shanghai en mai 1949. En juin 1948 les Occidentaux unifient leur zone d’occupation.

deviennent des alliés sûrs. – Economiquement. région la plus industrialisée du pays. La mort de Staline en mars 1953 ne met pas seulement fin à un quart de siècle de dictature personnelle en URSS. de blessés et de disparus dont plusieurs centaines de milliers de civils) prend fin sans qu’il y ait. à condition d’être très nombreuse et de ne pas regarder aux pertes.5 millions de morts. L’absence de délégué soviétique au Conseil de sécurité de l’Onu (boycott dû à la non reconnaissance de la Chine communiste) permet aux Etats-Unis d’obtenir de celui-ci une résolution de soutien à la Corée du Sud. elle entraîne de la part de la nouvelle équipe au pouvoir (Khrouchtchev et Malenkov) une volonté de dégel des relations avec l’Ouest. La pression des Soviétiques la pousse à s’engager massivement fin novembre dans le conflit. Les enseignements du premier conflit classique de l’âge nucléaire sont multiples : – Politiquement il a renforcé le bloc occidental. – les forces américaines lancent fin janvier 1951 une vaste contre-offensive qui grâce à leur supériorité aérienne leur fait atteindre à la mi-mars le 38e parallèle. Le président Truman ne peut tolérer cette agression (une abstention américaine aurait eu des effets déplorables en Asie et en Europe). Mais aux Etats-Unis les dépenses militaires ont connu une hausse vertigineuse. Après deux ans de négociations un armistice est signé à Panmunjom le 27 juillet 1953. A partir de janvier 1950 les escarmouches deviennent continuelles sur la ligne de démarcation jusqu’à ce que le 25 juin 1950 les Nord-coréens (soutenus par Staline) attaquent le Sud et s’emparent de Séoul trois jours plus tard. Sous la bannière de l’Onu. sur le terrain. elle démontre qu’une armée « pauvre ». Dès lors le front se stabilise et à partir de l’été 1952 les opérations militaires cessent quasiment. Autre conséquence de cette guerre : le gel durable des relations entre les Etats-Unis et la Chine ce qui n’est pas sans déplaire aux Soviétiques. Il reconnaît deux Etats indépendants de part et d’autre d’une frontière très proche de celle de 1950. Le régime prend vite l’aspect d’une dictature. la guerre de Corée se divise en quatre phases distinctes : – de juin à début septembre 1950. souvent symboliques. Il franchit début octobre le 38e parallèle et obtient de l’Onu l’autorisation de franchir la ligne de démarcation pour préparer la réunification coréenne. Deux Etats antagonistes continuent de s’opposer. L’Allemagne et le Japon (qui fut une excellente base arrière pendant la guerre). l’offensive nord-coréenne se déroule favorablement grâce à un excellent armement soviétique . Les deux Grands ont tout fait pour éviter un choc frontal qui aurait pu dégénérer en guerre nucléaire (Truman a remplacé Mc Arthur qui réclamait l’utilisation de l’arme atomique contre la Chine et Staline n’a pas engagé son armée dans le conflit). Surtout que le matériel de combat soviétique (chars. elle a stimulé la production de matières premières des pays industriels européens et a permis le décollage de l’économie japonaise.au Nord la République démocratique et populaire de Corée dirigée par l’autoritaire Kim Il Song est reconnue par l’Union soviétique et ses satellites . – Militairement. l’autre ultra stalinien. au Sud la République de Corée dirigée par S. ni vainqueur ni vaincu. Ce conflit qui fut l’un des plus meurtriers de l’histoire (2. Chacun des deux Etats coréens prétend représenter l’ensemble du pays. Rhee est proclamée en 1948 . sous les ordres du général McArthur. l’un ultra capitaliste. mortiers et surtout avions à réaction MIG 15) a fait jeu égal avec celui des Américains. S’agissant des opérations militaires. pays vaincus et occupés. – pour la Chine la menace (imaginaire) pèse sur la Mandchourie. La Chine y envoie « 700 000 volontaires » (ce qui laisse officiellement le gouvernement chinois hors de la bataille) qui sont en fait des unités de l’armée régulière. Cette nouvelle diplomatie soviétique repose sur la notion de « coexistence pacifique » élaborée par Khrouchtchev en février 1956. – à partir de la mi-septembre le général MacArthur opère une brillante contre-attaque. Séquence 1-HG00 69 © Cned – Académie en ligne . Ses troupes atteignent à la fin du mois le fleuve Yalou qui délimite l’essentiel de la frontière sino-coréenne . seize pays acceptent de placer leurs forces. elle est reconnue par les Etats-Unis et les pays occidentaux. pouvait tenir tête à une armée moderne et sophistiquée. Leur mobilité et leur endurance au froid leur permettent de reprendre Séoul en janvier 1951 .

A l’Ouest les Etats-Unis s’affirment comme les gendarmes de leur camp avec une nuance de taille : ils ont renoncé à constituer un empire ressemblant au bloc soviétique. Pendant quatre heures il dresse l’étendue des crimes de Staline.3). A l’Est les principales secousses sont la déstalinisation et la crise hongroise. les incompétences militaires du chef de guerre sont critiquées.C La coexistence pacifique. C’est en partie l’arrivée sur la scène internationale de nouveaux Etats indépendants d’Asie et d’Afrique qui change la donne. 70 Séquence 1-HG00 © Cned – Académie en ligne . Le réquisitoire du premier secrétaire est clair. On sait maintenant que les dirigeants soviétiques auraient souhaité donné à la crise hongroise une solution politique mais certains d’entre eux craignent que les Etats-Unis en profitent pour attirer la Hongrie vers le pacte Atlantique créant ainsi un précédent dangereux. Ce soutien a ses limites : Eisenhower refuse que l’aviation américaine porte secours aux assiégés de Dien Bien Phu. emprisonnements…) sont dénoncés. Des manifestations surviennent en octobre 1956 et tournent à l’insurrection générale et nationale. Cette coexistence pacifique répond selon André Fontaine au « désir de ne pas se laisser entraîner dans une confrontation militaire ». De 1950 à 1954 leur aide passe d’un million de dollars à un milliard de dollars. Staline fut un tyran. Si les circonstances de cette lecture à huis clos restent peu éclaircies. Ils financent ainsi les trois quarts des dépenses de guerre de la France. un communiste nuisible coupé du peuple. C’est une nouvelle version de la diplomatie par l’argent (« dollar diplomacy »). Khrouchtchev le nouvel homme fort du régime lance la déstalinisation. – il contribue à la « démission » du colonel Arbenz au Guatemala en juin 1954 accusé de communisme pour sa réforme agraire qui remet en cause les intérêts agricoles américains (United Fruit contrôle la production locale de bananes). un affameur et un assassin…Mais le Parti n’est pas remis en cause et les instruments de la dictature restent intacts. les crimes de Staline (déportations. les conséquences sont elles déterminantes : le Kominform est dissous et surtout on laisse espérer aux populations d’Europe centrale plus de libertés. Ce « Troisième monde » proclame haut et fort sa volonté de rester neutre en ne rentrant dans aucun des deux camps. le crédit d’un milliard de dollars qu’il négocie avec Washington lui sera refusé. Au XXe Congrès du PCUS qui se tient du 14 au 25 février 1956. Ils se livrent également à des « opérations de police » à l’intérieur de leur camp. Sur fond de crise économique l’agitation politique s’accentue en Hongrie à partir du printemps 1956. Dans la réalité il est difficile d’échapper à la logique des blocs. Les délégués sont abasourdis. Le nouveau président américain Eisenhower utilise la CIA pour intervenir dans tous les pays où ses intérêts sont menacés : – il favorise ainsi en août 1953 le renversement du gouvernement nationaliste de Mossadegh en Iran qui menaçait les intérêts pétroliers américains dans le pays. Elles sont durement réprimées par Moscou (voir séquence 4 chapitre 2 partie B. un incapable. vers « l’équilibre de la terreur» : 1955-1962 Le milieu des années 1950 annonce un nouveau mode de relations Est-Ouest sans pour autant mettre fin au monde bipolaire. Ils exercent des pressions sur leurs alliés européens. Le culte de la personnalité est condamné. Dans la nuit du 24 au 25 février. L’évolution contrastée des Blocs Première application de ces nouveaux rapports : chaque camp reconnaît les positions acquises par l’adversaire et lui laisse faire sa police sans intervenir (du moins directement). un mégalomane. Ainsi en 1956 l’expédition militaire francoanglaise de Suez contre l’Egypte reçoit un coup décisif quand le gouvernement britannique est averti que. purges. il lit un « rapport secret » devant 1436 apparatchiks à qui il est interdit de prendre des notes. Parallèlement ils soutiennent la France dans sa guerre contre le Viêt-minh communiste en Indochine. s’il poursuit sur cette voie.

Les Etats-Unis ne supportent pas cette atteinte à la doctrine Monroe qui depuis les années 1820 considère l’Amérique Latine comme leur « chasse gardée ».Les limites de la « coexistence pacifique » En 1954 Américains et Soviétiques disposent de la bombe à hydrogène. Mais située à 150 kilomètres de la Floride elle vivait en fait sous la tutelle américaine. dans la baie des cochons (voir carte ci-dessous) se solde par un échec lamentable. Cela a des effets opposés sur les relations internationales : – la volonté d’entente aboutit notamment à une visite historique de Khrouchtchev qui est le premier dirigeant de l’URSS à mettre le pied sur le sol américain en septembre 1959 . La limite entre les secteurs est et ouest est hermétiquement barrée par un barrage de fils barbelés et un mur de béton (les 83 voies d’accès sont ramenées à 13 entrées). – la compétition se reporte sur la course aux armements et sur la conquête de l’espace qui sont étroitement liées. Malgré la déclaration médiatique du président américain Kennedy à Berlin en 1963 « Ich bin in Berliner » (« Je suis berlinois ») la réaction américaine est très modérée. C’est une crise sérieuse car la question est de savoir si les Américains accepteront un engagement nucléaire pour défendre le petit territoire lointain mais symbolique de Berlin. L’hémorragie humaine est stoppée mais le pris politique du « Mur de la honte » est considérable. La crise de Cuba est finalement le premier bras de fer entre les deux superpuissances. Pour la première fois de son histoire l’URSS s’engage politiquement et militairement dans une région lointaine. C’est la confirmation qu’on est entré dans l’ère de l’équilibre de la Terreur : les deux superpuissances se neutralisent. La tension redevient très forte entre les deux Grands au début des années 1960 lorsqu’ils frôlent l’affrontement nucléaire. C’est pour eux une remise en question permanente de leur sphère d’influence. les tensions réapparaissent jusqu’à ce que dans la nuit du 12 au 13 août 1961 les autorités est-allemandes construisent le « mur de Berlin ». Séquence 1-HG00 71 © Cned – Académie en ligne . était depuis 1898 indépendante politiquement. L’enjeu berlinois demeure. Les Soviétiques vivent mal le maintien de la présence occidentale à Berlin. Le régime castriste se durcit et obtient des armes de l’URSS. En septembre 1960 ils suspendent toute aide financière et rompent les liens diplomatiques avec La Havane. soutenus par les services spéciaux américains. Deux crises captent l’attention de l’opinion internationale : Berlin et Cuba. En novembre 1958 Khrouchtchev menace à nouveau de rattacher Berlin-Ouest à la RDA. L’île de Cuba. Le 17 avril le débarquement de 1 500 Cubains anticastristes.3) quand ils attaquent leur allié égyptien. Le ton monte. – les Soviétiques brandissent la menace nucléaire contre la France et l’Angleterre lors de la crise de Suez (voir D. Après tout le mur ne compromet pas la liberté d’accès des occidentaux à Berlin-Ouest. Depuis 1952 un jeune avocat Fidel Castro mène une guérilla marxiste contre le dictateur Batista. il s’empare du pouvoir et installe un régime collectiviste. Après l’échec d’une conférence à Paris entre les quatre puissances en 1960. Le premier vol dans l’espace du soviétique Youri Gagarine en 1961 semble prouver que les Russes possèdent des fusées à longue portée pouvant atteindre le territoire américain. Le lancement du premier satellite artificiel de la Terre le Spoutnik par les Soviétiques le 4 octobre 1957 impressionne fortement les Occidentaux. Les EtatsUnis y possédaient des intérêts commerciaux considérables (80 % du sucre était exporté vers eux). Le 31 décembre 1958. ancienne possession espagnole. Entre temps Castro a nationalisé les plantations de sucre détenues par des Américains. La fuite des habitants d’Allemagne de l’Est vers l’Ouest n’a jamais cessé : de 1946 à 1961 trois millions d’Allemands émigrent ainsi en profitant du statut de Berlin. Rapidement Castro affirme l’indépendance de Cuba et noue des liens étroits avec l’URSS.

Finalement ils négocient vite : Khrouchtchev accepte de retirer ses fusées et le 26 octobre 1962 la flotte soviétique fait demi-tour.Document 6 La crise des fusées à Cuba en octobre 1962 1000 km (équateur) Nord 600 mi (equator) Canada ÉTATS-UNIS New York Washington OCÉAN ATLANTIQUE Nouvelle-Orléans 1) Situation en 1961 Miami Ile de Cuba Bases militaires étasuniennes Débarquement anticastriste dans la baie des Cochons Mexique CUBA Porto Rico Guatemala OCÉAN PACIFIQUE Panama Fond de carte : © Daniel Dalet /d-maps. une au Guatemala.com Réalisation : J. Cet ultimatum fait craindre une guerre nucléaire. De son côté Kennedy promet de ne pas renverser Castro et de retirer à son tour ses fusées installées en Turquie en 1958. C’est la stratégie « anti-cités » consistant à envoyer des têtes nucléaires sur les grandes villes du camp adverse . Deux avions-espions stratosphériques américains photographient trois rampes de fusées de fabrication soviétique (pouvant être dotées de charges nucléaires). Les Américains se sentent directement menacés car le tout quart sud-est du territoire peut être touché par une fusée dont la portée est de 1800 km. Les fusées suivantes doivent pouvoir atteindre l’ensemble du pays. Il organise le blocus de Cuba (des cargos soviétiques sont sur le point d’apporter des fusées et des bombes) empêchant tout navire de rentrer dans les eaux territoriales cubaines. La crise se noue au mois d’août 1962. L’ensemble encercle totalement l’île de Cuba. Les grandes métropoles (Miami. la peur de la catastrophe humaine doit être dissuasive. Musereau 2) Stratégie de l'URSS à Cuba en 1962 Bases de lancement de fusées soviétiques Limite de portée de 1800 km des fusées en cours d'installation 3) Stratégie des États-Unis en 1962 Blocus maritime de Cuba Colombie Vénézuela Zone du blocus Questions Quelles sont les forces en présence ? Pourquoi les Etats-Unis se sentent-ils directement menacés ? Comment réagissent-ils ? Réponses Les Américains possèdent de nombreuses bases militaires dans cette région du monde : la base navale de Guantanamo à l’est de Cuba est indiquée (concédée en 1903). une au Panama et une à Porto Rico. celles de Floride. Les services secrets américains apprendront 30 ans plus tard qu’en réalité se trouvaient sur l’île un arsenal redoutable de 162 ogives nucléaires et de 90 bombes nucléaires tactiques. Durant quatre jours le monde est au bord du précipice. 72 Séquence 1-HG00 © Cned – Académie en ligne . La Nouvelle-Orléans et même la capitale Washington) peuvent ainsi être rayées de la carte. Elles sont installées à l’ouest et au centre de l’île. Le 14 octobre 1962 Kennedy apprend que ces armes sont offensives et le 22 octobre il exige le retrait de ces fusées.

des accords SALT 1 (Strategic Arms Limitation Talks). dans l’espace et dans la mer. En fait l’écart se creuse dans le domaine technologique. après 2 ans de négociations. les Etats-Unis se lancent dans un considérable effort pour les rattraper : entre 1961 à 1966 le nombre de fusées intercontinentales sol-sol (lancées de bases terrestres) passe d’une soixantaine à plus d’un millier et celui de fusées mer-sol (lancées de sous-marins) passe d’une centaine à plus de 600. Ils prévoient un gel pour cinq ans Séquence 1-HG00 73 © Cned – Académie en ligne . Ils se lancent à leur tour dans la fabrication de fusées. Les Soviétiques fabriquent tellement de missiles qu’au début des années 1970 ils en possèdent sans doute plus que les Américains. – cette crise vérifie la théorie de la dissuasion avec escalade nucléaire aboutissant à un règlement pacifique. Il faut dire que les armes en question sont de plus en plus perfectionnées (les MIRV. les présidences de Lyndon Johnson (1963-1968) et de Richard Nixon (1968-1974) correspondent au sommet de la force économique et stratégique américaine. en fait un télétype (envoi de textes). L’emprise croissante du duopole américano-soviétique sur le monde Les deux Grands coopèrent et se rapprochent : aux Etats-Unis. Leur objectif est d’égaler puis de dépasser les Etats-Unis. entre dialogue et tension : 1962-1973 Une évolution mondiale est sensible pendant cette dizaine d’années. En 1973 les Etats-Unis mettent au point le premier laboratoire spatial. – les deux Grands sont convaincus de la nécessité d’une détente qui sera symbolisée par la création d’une liaison permanente entre Moscou et Washington : le «téléphone rouge». plus de 100 pays (exceptés la France et la Chine) signent à Moscou un traité interdisant les expériences nucléaires dans l’atmosphère. Croyant être en retard sur les Soviétiques. La détente correspond paradoxalement à une forte augmentation des arsenaux des 2 superpuissances. missiles à têtes multiples. les deux Grands signent un traité de non prolifération des armes atomiques. l’URSS de Brejnev pénètre avec succès dans le Tiers-monde et maintient la pression sur les « pays frères » en ayant si besoin recours à l’armée. peuvent atteindre plusieurs cibles) et donc de plus en plus coûteuses. Les deux Grands ne sont pas prêts à désarmer mais de 1969 à 1973 une réelle volonté de détente les encourage à placer ensemble des limites au surarmement. Le monde devient plus complexe mais reste bipolaire. En réalité l’URSS accuse un lourd retard en matière de missiles et à la fin des années 1950 ils ne sont pas en mesure d’atteindre avec des armes nucléaires le territoire de leur adversaire. En août 1963. D La détente. Le 21 juillet 1969 le premier homme à marcher sur la Lune est Américain. Les Etats-Unis et l’URSS rencontrent de nombreuses difficultés internes et renoncent à leur stratégie d’affrontement. Cet apaisement des relations internationales n’empêche pas la course à l’armement de s’accélérer. La grande date reste le 26 mai 1972 avec la signature à Moscou. La parité dans l’armement nucléaire entre les deux grands intervient en 1968 pour les fusées mer-sol et en 1970 pour les fusées intercontinentales sol-sol. Ce changement de politique qui n’exclut pas le maintien de conflits périphériques favorise l’émergence de nouveaux acteurs de la vie internationale. En juillet 1968.1962 est une date importante dans l’histoire des relations internationales : – chaque pays peut mesurer les limites de la protection offerte par l’Union soviétique.

Surtout en décembre 1972 les deux Allemagne se reconnaissent. En 1970 la RFA signe un traité avec l’URSS puis avec la Pologne acceptant la frontière germano-polonaise de la ligne Oder-Neisse. Une sorte de complicité naît entre les deux Grands qui évitent soigneusement tout affrontement direct. Ceux-ci refusent. L’impact des accords d’Helsinki est considérable dans les démocraties populaires d’Europe de l’Est (voir séquence 2 chapitre 4 partie C. – la non ingérence dans les affaires intérieures d’un autre Etat. Le Royaume-Uni accepte. Ce rapprochement sino-américain marque une révolution dans les relations internationales. L’heure est incontestablement à la décrispation des relations internationales. Enfin Américains et Soviétiques promettent de ne plus construire de rampes de lancement terrestres. la France rejette ce projet. Des fissures dans les blocs Les deux blocs affaiblis doivent faire face aux ambitions européennes et à l’émergence du Tiers Monde. De Gaulle au pouvoir depuis 1958 affirme une politique d’indépendance pour la France. – l’inviolabilité des frontières européennes. 74 Séquence 1-HG00 © Cned – Académie en ligne . produits chimiques…). Ils favorisent ainsi l’entrée de la Chine communiste au Conseil de sécurité de l’Onu en octobre 1971 à la place de Taiwan. tout en soutenant le Nord-Vietnam. Ainsi. échangent des diplomates et l’année suivante entrent à l’Onu. Elle garantit dans son Acte final signé en 1975 : – l’égalité des Etats. Les neuf bases américaines et canadiennes (avec 20 000 soldats et 80 000 tonnes de matériel) établies sur le territoire français sont évacuées. ordinateurs. Le règlement du problème allemand est permis par le chancelier ouest-allemand Willy Brandt qui amorce à partir de 1969 une politique de rapprochement avec le bloc communiste : c’est l’Ostpolitik (politique vers l’est). aux pires moments de la guerre que les Américains mènent contre les communistes nord-vietnamiens Moscou renforce ses rapports avec Washington. C’est l’aspect militaire de cette suprématie qui est le plus contesté. A partir de 1965 les Américains vendent à l’Est davantage de produits agricoles (notamment du blé) et industriels (usines. pièces automobiles. En 1962 c’est Kennedy qui propose un « partnership » à ses alliés européens : il veut transformer l’Otan en une nouvelle puissance nucléaire pensant absorber les petites forces atomiques britannique et française. En Asie la détente est aussi symbolique. En 1972 Nixon se rend à Pékin où il est triomphalement reçu par Mao Tsé Toung. Il propose aux Américains un directoire à trois pour l’Otan. – l’autodétermination des peuples. Le 21 février 1966 la France annonce son retrait de l’organisation intégrée de l’Otan mais elle reste dans l’alliance atlantique. Le second axe de coopération est celui du développement des échanges commerciaux. Le conseil de l’Otan est transféré de Paris à Bruxelles. La fronde vient surtout de l’allié français. La crise dans le bloc occidental est une remise en cause de la domination américaine. De 1971 à 1979 le commerce américano-soviétique passe de 200 millions à plus de 3 milliards de roubles ! La détente a des répercussions Europe avec deux décisions importantes.des armes stratégiques et des limitations sont fixées pour certains missiles comme les ABM (Antibalistic missile) capables de stopper en plein vol des missiles ennemis.2). – la renonciation à la guerre pour régler les conflits – les droits de l’Homme et en particulier la libre circulation des personnes et des idées. La conférence d’Helsinki est le point d’orgue de cette détente. Le président Nixon et son conseiller Henry Kissinger (dont l’influence sur la politique étrangère américaine est considérable de 1968 à 1977) inaugurent une politique de « diplomatie triangulaire » jouant sur les rivalités entre Moscou et Pékin. En 1960 la France entre dans le club très fermé des puissances nucléaires. Les Etats-Unis et l’Union soviétique y participent aux côtés de 32 Etats européens. Elle s’ouvre en 1973 et porte sur la sécurité et la coopération en Europe.

Quand les Américains demandent à ce qu’une partie des frais de l’Otan soit à la charge des Européens, c’est la levée de boucliers. La France, encore elle propose à ses voisins le projet « Eurêka » pour moins dépendre de la technologie états-unienne. C’est la guerre du Vietnam (1964-1973) qui entraîne la plus forte poussée du sentiment antiaméricain dans le monde. C’est le conflit le plus long de l’histoire militaire américaine. Un peu partout dans le monde des comités de soutien au Vietnam dénoncent la « République impériale » américaine aux cris de « US go home ». Pétitions, manifestations, démonstrations d’hostilité témoignent du malaise, provoqué ou réel, qu’entraîne l’agression d’un puissant contre un très petit.

Document 7
La guerre du Vietnam
CHINE

HANOI

HAIPHONG

LAOS

NORDVIET-NAM

VIENTIANE
le e 17 parallè
HuÍ

Udon Thani

THAÏLANDE
Muang Ubon Korat Qui Nhon Bangkok Da Nang

CAMBODGE

Nha Trang

PHNOM PENH

Bièn Hoa

SUDVIET-NAM

SAIGON
Zone sous contrôle viêtcong en 1973 État allié des États-Unis Cal Ngai État neutre Réalisation : J. Musereau

200 km 150 mi

Offensives américaines
Bombardements des B52 à partir de 1965 Bombardements par la VIIe flotte en 1972 Principales bases américaines

Offensives nord-viÍtnamiennes
Piste HÔ Chi Minh Offensive du Têt en 1968 Offensive nord-vietnamienne en 1972

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Questions

Quelle est la situation politique du Vietnam depuis 1954 ? Pourquoi les Etats-Unis interviennent-ils au Vietnam ? Comment les Américains utilisent-ils leur supériorité technique ? Pourquoi la situation américaine est-elle intenable au début des années 1970 ?

Réponses

Depuis la paix de Genève conclue entre la France et le Vietnam en 1954 deux Etats vietnamiens se font face (selon une configuration déjà vue en Corée) de part et d’autre du 17e parallèle : – le Nord Vietnam indépendant communiste et prosoviétique avec pour capitale Hanoi, – le Sud Vietnam proaméricain dirigé par un régime corrompu installé à Saigon. Dès 1954 des unités nord-vietnamiennes, les Viêt-congs, s’infiltrent au sud déclenchant l’engrenage de l’intervention américaine. Selon les conseillers du président Eisenhower l’Asie du sud-est ne doit pas devenir communiste. C’est l’obsession de l’endiguement : si la Chine et l’URSS ont les mains libres au Vietnam, bientôt le Laos, le Cambodge, la Thaïlande, la Malaisie, les Philippines et le Japon tomberont à leur tour comme une « rangée de dominos ». Les Etats-Unis envoient d’abord du matériel et des conseillers militaires (en 1963 sont ainsi présents 16 000 instructeurs). Les Etats-Unis interviennent massivement au Vietnam (500 000 combattants en 1968). Ils entrent en guerre en août 1964 à la suite d’un incident, plus ou moins fabriqué, qui éclate dans le golfe du Tonkin. Des vedettes lance-torpilles nord-vietnamiennes attaquent un destroyer américain (on apprendra sept ans plus tard grâce à la presse américaine que dès février 1964 la CIA mène au nord Vietnam des opérations de sabotage et chapote des bombardements côtiers à partir des bases du Laos). Les Américains détiennent la maîtrise absolue du ciel. Les B52, forteresses volantes, lâchent leurs cargaisons de bombes au napalm et à billes sur le Nord Vietnam dès août 1964. La région d’Hanoi est pilonnée par la flotte américaine en 1972 (notamment le port d’Haiphong dans lequel les cargos soviétiques débarquent le matériel et les munitions). De 1967 à 1972 les Américains y déversent sept millions de tonnes de bombes soit près de 2,5 fois plus que la totalité des bombardements de la Seconde Guerre mondiale ! Les Etats-Unis frappent fort pour économiser la vie de leurs hommes. En face plus qu’un camp c’est une société qui les combat : les communistes pauvres, réduits à des moyens archaïques mais habitués à la guerre subversive depuis une vingtaine d’années sont prêts à tout supporter par conviction ou par contrainte. Ils sont inlassablement ravitaillés et équipés par la Chine et l’Union soviétique, experts dans l’art de la propagande. Ils se montrent impitoyables contre ceux qui ne leur obéissent pas (40 000 instituteurs, administrateurs et paysans sont ainsi exécutés). La plus forte armée du monde se rend bientôt compte qu’elle ne pourra pas remporter la victoire. L’offensive dite du « Têt » (nouvel an vietnamien) de janvier 1968 voit plus de 100 villes (dont Saigon) et bases américaines attaquées en même temps par les Viêt-congs. Ils sont repoussés mais on ne peut plus croire qu’ils sont prêts de la défaite. La guerre s’étend aux pays voisins (Laos et Cambodge) bombardés à partir de 1968 car y passe la piste Ho Chi Minh axe central d’approvisionnement des troupes et du matériel communistes. Surtout à la différence de la guerre de Corée, c’est une guerre sans fronts et sans batailles entre les grandes unités. L’infanterie américaine qui n’a pas reçu l’ordre d’envahir le Nord a pour mission d’empêcher les Viêt-congs de reprendre les villages du Sud Vietnam. C’est une guerre de subversion à laquelle on n’a pas préparé les Gi’s. Ils affrontent un ennemi invisible dissimilé au sein des populations civiles ou enterré dans un extraordinaire réseau de tunnels. Kissinger analyse avec lucidité la situation « la guérilla gagne si elle ne perd pas ; l’armée conventionnelle perd si elle ne gagne pas ». Les négociations débutent en mai 1968 date à laquelle les troupes américaines commencent à se retirer (300 000 soldats en 1971). En janvier 1973 est signé un accord de cessez-le-feu et la conférence de Paris met officiellement fin au conflit en mars 1973. Le bilan est lourd pour les Américains : 57 000 tués et 300 000 blessés. Près de trois millions d’Américains sont passés par le Vietnam : une génération a vécu une expérience infernale.

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Le Viêt-nam victorieux sort affaibli du conflit : un million de morts et des centaines de milliers de blessés, un pays est ruiné, une société accablée par la misère et la corruption, un genre de vie est détruit par la guerre. L’Amérique sort traumatisée de ce conflit qui a terni son prestige. C’est la plus grande défaite militaire de son histoire.

La fin du Gold Exchange Standard est une autre manifestation de la fragilité américaine. A la fin des années 1960 les Etats-Unis accusent un lourd déficit budgétaire (la guerre du Vietnam coûte très cher : 35 milliards de dollars par an soit le tiers du budget national en 1967, 1968 et 1969). Trop de dollars circulent dans le monde et la réserve d’or américaine diminue sensiblement. Déjà depuis 1968 les Etats-Unis n’autorisent la convertibilité du dollar en or qu’aux seules banques centrales étrangères. Cette mesure ne suffit pas (en 1971 la balance commerciale est déficitaire pour la première fois depuis 1893 !). Nixon n’a pas le choix : le 15 août 1971 il suspend toute convertibilité du dollar en or. La décision unilatérale a un impact désastreux sur les finances mondiales : la valeur du dollar flotte et l’inflation galope. Une crise économique généralisée pointe. Le monde communiste est également dans l’impasse. Dans les années 1960 l’activité économique de l’URSS ralentit. Brejnev refuse de libéraliser le régime accentuant les contestations de ses alliés. Le schisme (rupture idéologique) avec la Chine est un divorce retentissant dans la famille communiste. Le contentieux remonte aux années 1950 : les deux puissances veulent chacune diriger le monde communiste. Mao conteste la prééminence du Parti Communiste d’Union Soviétique sur les autres partis communistes de la planète. En 1958 il se rapproche des éléments les plus révolutionnaires du Tiers Monde. Khrouchtchev n’accepte pas cette provocation et fait rapatrier des milliers d’experts de Chine. Il suspend son aide économique et technique. En 1962 Moscou soutient même l’Inde dans le conflit qui l’oppose à la Chine à propos du Tibet. En 1963 vient s’ajouter un litige territorial : Pékin réclame à Moscou des territoires et des îles sur les fleuves Amour et Oussouri qui lui appartenaient au XIXe siècle. En 1969 on est au bord de l’affrontement avec un risque de dérapage nucléaire (depuis 1964 la Chine détient l’arme atomique). Des combats ont lieu sur l’Oussouri…sans suite. La contestation vient également d’Europe orientale. La Roumanie affiche son autonomie au sein des démocraties populaires. Elle accueille Nixon en 1964 et prend ses libertés dans le COMECON. Moscou tolère ces initiatives. Par contre l’URSS mate la révolution tchécoslovaque du « printemps de Prague » en 1968 et montre à nouveau qu’elle veut rester à la tête de l’Europe orientale (voir séquence 4 chapitre 2 partie B.4). Finalement la fin de la détente ne viendra pas des blocs mais d’une autre région du monde qui apparaît de plus en plus comme la « poudrière » de la planète : le Proche-Orient.

La « poudrière » du Proche-Orient ou l’inextricable conflit israélo-arabe
Le Proche-Orient désigne depuis la fin du XIXe siècle ce que l’on appelait autrefois le Levant, c’est-àdire un ensemble de petits Etats riverains de la Méditerranée orientale (Turquie, Liban, Syrie, Jordanie, Israël et Egypte). Un bref historique s’impose pour comprendre les multiples enjeux géopolitiques de cette région qui prennent essentiellement source dans la naissance de l’Etat hébreu d’Israël en 1948. A la fin du XIXe siècle, le peuple juif commence à revenir en Palestine pour échapper en partie à l’antisémitisme qui sévit en Europe. Pendant la Première Guerre mondiale, la Grande-Bretagne lui reconnaît le droit d’y installer un « foyer national ». Durant l’entre-deux-guerres la Palestine, ancienne
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Américains et Soviétiques reconnaissent ce nouvel Etat contrairement aux voisins arabes (peuplés de 50 millions de musulmans) qui le considèrent d’emblée comme un ennemi. Ce plan ne sera jamais appliqué mais il reste la référence pour les Palestiniens qui réclameront la restitution de ces territoires. et pour que « ça » ne se reproduise plus jamais il faut aux Juifs un Etat. Un cycle d’affrontements militaires à répétition rythme la vie de la région pendant un quart de siècle. 78 Séquence 1-HG00 © Cned – Académie en ligne . Naît l’un des problèmes les plus épineux des relations internationales. La confrontation totale entre Israël et ses voisins arabes prendra fin dans les années 1990. Commencent alors les affrontements intercommunautaires entre Juifs et Palestiniens. passe sous mandat britannique. L’Onu adopte en 1947 un plan de partage de la Palestine prévoyant la création d’un Etat hébreu et d’un Etat arabe. Le 14 mai 1948 Israël se proclame indépendant. Document 8 Le conflit israélo-arabe de 1947 à 1967 1947 Mer Méditerranée LIBAN SYRIE Lac de Tibériade 1949 Mer Méditerranée LIBAN SYRIE 1967 GOLAN annexé en 1981 LIBAN SYRIE Haïfa Nazareth Bande de Gaza annexée par l'Égypte Mer Méditerranée Naplouse Tel-Aviv Gaza CISJORDANIE Jérusalem Jérusalem annexée par la Jordanie Tel-Aviv Ramallah Jérusalem Gaza Hébron CISJORDANIE Jéricho Bethléem PALESTINE Mer Morte ISRAËL JORDANIE ISRAËL JORDANIE JORDANIE ÉGYPTE 0 50 km ÉGYPTE 0 50 km ÉGYPTE 0 50 km Le plan de partage de l'ONU Palestine britannique État juif État arabe Zone internationale Pays arabes Après la guerre d'indépendance 1948/49 État d'Israël États arabes Jérusalem partagé entre Israël et Jordanie Après la guerre des Six-Jours Israël (frontières de 1948) Territoires occupés ou annexés par Israël États arabes Territoires occupés puis restitués en 1974 et 1982 Questions Que prévoit le plan de partage de l’Onu ? Quelles sont les conséquences spatiales de la première guerre israélo-arabe ? Comment la guerre des « Six Jours » modifie-t-elle les données du règlement du conflit ? Réponses La création en Palestine de deux Etats étroitement imbriqués l’un dans l’autre : un Etat arabe palestinien en trois morceaux (45 % des terres) et un Etat juif (55 % des terres). Jérusalem et le territoire qui l’entoure sont décrétés zone internationale. Il faut la guerre.province de l’empire ottoman. l’antisémitisme nazi et la menace d’extinction physique du peuple juif pour qu’un virage s’opère en 1942 : il ne faut pas que « ça » se reproduise. Les Palestiniens (Arabes installés en Palestine) présents depuis plus de 12 siècles réagissent violemment quand ils se voient déposséder de leurs terres rachetées par le Fonds National juif. Se succèdent quatre guerres israélo-arabes qui modifient la donne régionale et compliquent l’insoluble question israélo-palestinienne. Les juifs continuent d’y affluer (250 000 en 1939).

En 1973 le président égyptien Sadate estime que la guerre est propice. Nombre de Palestiniens se réfugient au Liban. (La Jordanie s’empare du reste de la Cisjordanie tandis que l’Egypte annexe la bande de Gaza). Leur objectif est de prendre Israël en tenaille. la bande de Gaza et la péninsule du Sinaï aux Egyptiens. En six jours Israël se trouve à la tête d’un formidable glacis stratégique : il prend la Cisjordanie aux Jordaniens. La quatrième guerre israélo-arabe dite du Kippour est déclenchée par les Arabes en 1973. une partie de la Cisjordanie – territoire situé sur la rive gauche du Jourdain – et une partie du sud longeant le désert du Néguev).La première guerre israélo-arabe (1948-1949) éclate quand Israël est attaqué par tous ses voisins arabes (Syrie. Jérusalem. Israël récupère également une capitale réunifiée. Cette guerre envenime la situation. Le geste ressenti comme une provocation par la France et la Grande-Bretagne. Le refus américain de financer la construction du barrage d’Assouan pousse le dirigeant nationaliste égyptien Nasser à défier l’Occident en nationalisant la Compagnie du Canal de Suez en juillet 1956. Ils utilisent cette base pour multiplier les attaques terroristes en territoire israélien. Liban. Jérusalem est partagée entre Israël et la Jordanie. Les territoires qui devaient revenir aux Palestiniens sont partagés : – entre Israël (Galilée. Une armée israélienne improvisée dotée d’un armement hétéroclite parvient à repousser l’offensive arabe gênée par le manque de coordination entre les différentes armées. La guerre d’indépendance reste la plus longue et la plus meurtrière des guerres d’Israël. Dès le départ les frontières israéliennes ne sont pas des frontières de droit reconnues par les pays limitrophes. bien que victorieuse militairement. les Egyptiens progressent dans le Sinaï sur un front de 180 km tandis que les chars syriens envahissent le Golan. La déroute arabe est totale. Le territoire israélien passe de 20 300 km2 à 102 400 km2. – que faire des Palestiniens ? Depuis 1964 existe l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) qui refuse la création de l’Etat d’Israël. Transjordanie. Il veut amener Israël à négocier en ayant rétabli l’honneur perdu des armées arabes. Ces terres prennent le statut de territoires occupés. Le 6 octobre 1973 les Egyptiens et les Syriens déclenchent une offensive le jour même du Kippour (fête juive du jour de l’expiation). L’Etat hébreu est seul car il refuse de rendre les territoires conquis en 1967. Et parfois ils n’hésitent pas à frapper à l’étranger comme en septembre 1972 aux Jeux Olympiques de Munich où un commando palestinien attaque l’équipe d’Israël. Les armistices ne mettent pas fin à l’état de guerre (plus de 700 000 Palestiniens deviennent des réfugiés ce qui fournit à la haine arabe un formidable instrument de propagande). Israël s’y associe pensant pouvoir mettre un terme aux opérations des fedayins (combattants de la Foi. elle doit évacuer la péninsule du Sinaï. le plateau du Golan aux Syriens. Quant à l’armée israélienne. Une seconde guerre israélo-arabe a lieu en octobre 1956. Le parti de la guerre l’emporte et le 5 juin Israël (avec l’appui tacite des Américains) attaque par surprise ses voisins arabes. La guerre des six jours ajoute donc la dimension classique d’un conflit territorial. La troisième guerre israélo-arabe dite des « six jours » a pour origine la décision en mai 1967 de Nasser d’interdire le golfe d’Aqaba aux navires israéliens les privant ainsi de leur seul débouché sur la Mer Rouge. Egypte et Irak) et ce dès le lendemain de la proclamation de l’Etat d’Israël. Le monde arabe a retrouvé une certaine unité et est armé par les Soviétiques. En s’emparant de Gaza et de la Cisjordanie (où s’était réfugiée la plupart des Palestiniens depuis 1948) Israël se trouve directement en lutte avec le nationalisme palestinien de plus en plus écouté dans le monde arabe. Il ne pourra pas résister longtemps. Cette éclatante victoire pose plusieurs problèmes : – que faire de ces terres ? Les Arabes humiliés entendent bien les récupérer. Mais dès le 12 octobre la contre-offensive israélienne débute (possible grâce à un gigantesque Séquence 1-HG00 79 © Cned – Académie en ligne . les « hommes du sacrifice ») palestiniens menant des attaques en Israël à partir des pays voisins. Cette guerre n’a fait qu’accroître la suspicion entre Israël et les Etats arabes voisins. Syrie). La surprise est totale. les conduit à engager des hostilités militaires contre l’Egypte. Israël n’a plus que les Etats-Unis comme allié et se trouve isolé dans un Proche-Orient passé sous influence soviétique à la fin des années 1960 (Egypte. – et ses voisins arabes. Arrêtés en octobre 1956 par les Etats-Unis les franco-britanniques sont discrédités au Moyen-Orient.

Mais ce sont les Soviétiques qui ont le plus profité de cette décennie en faisant reconnaître le statu quo en Europe et en plaçant leurs pions en Asie et au Proche-Orient. 80 Séquence 1-HG00 © Cned – Académie en ligne . Cette guerre a été la plus internationalisée des quatre et a impliqué un engagement massif des deux superpuissances. Se confirme une récession de l’économie mondiale qui change radicalement le contexte international. Ensemble par l’intermédiaire du Conseil de sécurité de l’Onu ils mettent en œuvre un cessez-le-feu le 11 novembre sans rien changer à la situation. la paix revient au Vietnam et les deux Grands limitent leur course à l’armement. la Chine populaire est entrée dans le concert des grandes nations. Elle met fin à la fragile détente.pont aérien établi par les Américains). En dix jours la situation se renverse : l’armée israélienne est à 30 km de Damas et à 70 km du Caire ! Le revers militaire arabe incite l’URSS à se concerter avec les Etats-Unis. Les Etats producteurs de pétrole du golfe Persique en profitent pour quadrupler les prix du pétrole en quelques mois. Les deux Grands ont moins de prise sur les affaires mondiales et la déstabilisation gagne peu à peu. Le bilan de la détente reste globalement positif : la question allemande paraît réglée.

. Gold Coast – Nkrumah – rébellion tribale – protectorats – résidents – cycle répressif – autonomie interne – TOM – Loi-cadre Deferre – Communauté française – Congo – Katanga – ethnies – paternalisme – Lumumba – Mobutu. janvier 1944. A travers un tableau-bilan chiffré. Le renforcement des contestations Des adaptations insuffisantes (des métropoles) B Le temps des indépendances Deux vagues successives . La guerre d’Indochine . L’Afrique Se repérer dans l’espace et dans le temps à travers 2 cartes de décolonisation. Colonie de peuplement – arabe – berbère – Sétif – MLTD – FLN – Toussaint 1954 – ALN – « événement d’Algérie » – opération de pacification – attentats – appelés du contingent – « pouvoirs spéciaux » – torture – harkis – Pieds Noirs – 13 mai 1958 – GPRA – autodétermination – Putsch de 1961 – OAS – accords d’Evian. Commonwealth – Indirect Rule – decolonisation négociée – conference de Brazzaville – blocage – insurrection – Union Française – opinion publique. en ASIE et en AFRIQUE. Leaders – « culture coloniale » – désobéissance civile – négritude – internationalisme – Parti du Congrès – Neo Destour-Istiqlal – Vietminh – Ligue arabe – panarabisme – panafricanisme. Une véritable guerre coloniale : les « événements d’Algérie » : 1954-1962 Etude d’une proclamation manifeste du FLN de 1954. apprécier l’impact humain varié d’une guerre coloniale. Séquence 1-HG00 81 © Cned – Académie en ligne .ontenu du chapitre 3 Du Tiers-Monde au Sud : Indépendances. Indochine et Algérie. Etudier une proclamation manifeste du parti de l’Istiqlal (Maroc). L’Asie Empire des Indes – « quit India » – Ligue Musulmane – Ali Jinnah – Plan de partition – Union Indienne – Pakistan(s) occidental et oriental – Soekarno – impasse diplomatique. deux déchirures coloniales . Déclaration d’indépendance du Vietnam – corps expéditionnaire – accords Ho Chi MinhSainteny – guérilla – engagés – conflit de décolonisation et conflit de guerre froide – containment – Dien Bien Phu – accords de Genève – 17e parallèle. contestations de l’ordre mondial et diversification Problématique : Comment expliquer la place subordonnée des Pays En Développement (PED) sur la scène internationale de nos jours ? Plan : traitement de la problématique Introduction A Un contexte favorable aux décolonisations Notions-Clés Repères Commenter un planisphère : « Les décolonisations » Le choc de la guerre Rapports internationaux – propagande japonaise – valeurs – Charte de l’atlantique – buts de guerre – anti-colonialisme – doctrine Jdanov – anti-impérialisme – ONU – Charte de l’ONU.

Fracture Nord-Sud – NPI – « Tigres » – OMC – MERCOSUR – Banque mondiale – FMI – PMA – politique de coopération – aide au développement – néo-colonialisme.Plan : traitement de la problématique Les indépendances tardives Notions-Clés Dictature de Salazar – assimilationniste – Angola : MPLA et UNITA – Mozambique : FRELIMO – « révolution des œillets » – Afrique australe – apartheid – Mugabe – campagnes de boycott – ANC – Mandela – Namibie : SWAPO – URSS : « prison des peuples ». des intérêts différents Choc pétrolier de 1973 – cycle de la dette – corruption – échec de Cancun – accords CEE-ACP – OUA – OCAMM – Groupe de Casablanca – ASEAN. Bandung – Nehru – Soekarno – Nasser – Zhou Enlaï – afro-asiatisme – « coup de Suez en 1956 » – OPEP – arme économique. Repères C L’échec du Tiers-Monde a pesé sur les relations internationales SAUVY – Tiers Monde – tiers-mondisme. Un essai d’organisation Les pays du Tiers-Monde : acteur ou plutôt enjeu des Relations Internationales ? D La fin du Tiers-Monde et l’émergence des « SUD » Une unité factice. Etude du texte fondateur du concept de TiersMonde (1952). les obstacles communs du mal développement Une inégale insertion au processus de mondialisation 82 Séquence 1-HG00 © Cned – Académie en ligne . Des « SUD ». Troisième voie diplomatique – neutralisme – « mouvement des non-alignés » – « néo-colonialisme » – PVD – PED – dégradation des termes de l’échange – CNUCED – groupe des 77 – NOEI – mouvements révolutionnaires – Che Guevara. Etat – frontière – intangibilité des frontières – Biafra – Erythrée – instabilité politique – ethnicisme – Rwanda 1994 – islamisme – course aux armements – coups d’Etat – démocratisation – corruption – pandémies – endettement – explosion démographique – migration – crise urbaine – atteintes à l’environnement. Etudier un tableau de statistiques sur « l’évolution du développement humain de quelques pays du Tiers-Monde ».

Pourtant. il est tentant de soupçonner l’existence d’un lien entre le processus colonisation/décolonisation et les rapports actuels de domination entre Nord et Sud. Pour sinon le vérifier. du moins commencer de le percevoir. en développement plus ou moins avancé. on évoque de plus en plus la métaphore d’un « village planétaire » : chaque espace de la Terre serait connecté au reste du monde. contestations de l’ordre mondial et diversification vec l’accélération de la mondialisation depuis 1945. Dès lors. on parle aussi. A Document 1 Légende Séquence 1-HG00 83 © Cned – Académie en ligne . voyons la carte intitulée « les décolonisations » page suivante.Du Tiers-Monde au Sud : Indépendances. les brassages humains et culturels iraient croissants. Or la division Nord/Sud recoupe assez étrangement la disposition entre anciens colonisateurs et colonisés. c’est-à-dire d’une opposition de plus en plus marquée entre les pays développés post-industriels et le reste. et c’est contradictoire de l’affirmation précédente de césure Nord/Sud.

84 Séquence 1-HG00 © Cned – Académie en ligne .

Non seulement les métropoles coloniales sont fragilisées mais encore deux superpuissances s’affirment : USA et URSS. Pays-Bas. Nasser avait besoin de capitaux et pensait les prélever sur le canal qu’il estimait être le bien des Egyptiens qui avaient payé le prix du sang pour sa réalisation. un nouvel organisme. Elle symbolise l’émergence d’un nouvel acteur sur la scène internationale : les pays du Tiers .Monde. –… A Un contexte favorable aux décolonisations Le choc de la guerre La 2nde guerre mondiale bouleverse les rapports internationaux et ce n’est pas sans répercussions sur les empires coloniaux. le Surinam… 1956 est un événement symbolique dans la mesure où un Etat anciennement colonisé par les Britanniques. Dans leur effort de guerre. les Japonais ont balayé toute autorité coloniale européenne pendant près de 5 ans parfois… Enfin. Ce document reste incomplet car il ne dit rien de : – l’Amérique Latine. Les populations colonisées savent désormais que les métropoles ne sont pas invincibles même si en 45 par un retournement spectaculaire et ambigu. – la 2nde entre 55 et 70 touche la plupart des pays africains. jadis encore accordé aux métropoles. c’est-à-dire l’Europe occidentale. Les nationalistes réclament l’application de ces promesses. – des organisations régionales au sein du Tiers-Monde comme la Ligue Arabe. En Asie. l’Egypte de Nasser réussit à imposer sa décision de nationaliser le canal de Suez en profitant du nouvel état des relations internationales. A l’exception du Royaume-Uni. – enfin. la France est comptée parmi les vainqueurs. la France comme le Royaume Uni ont mobilisé des troupes issues des colonies en échange de vagues promesses d’autonomie. est ruiné.Questions Après une observation attentive et minutieuse du planisphère. Pour réaliser la modernisation de l’Egypte. la menace de recourir à l’arme atomique contre la France et le Royaume-Uni de l’URSS transforme cet échec en victoire diplomatique. est le grand perdant du 2nd conflit mondial. l’OUA. 2 grandes puissances s’affirment désormais. la Papouasie. Bien que vaincu militairement. décolonisée depuis le XIXe pour ce qui est de la domination européenne. – des troubles internes au pays décolonisés (Afrique. La décolonisation s’est opérée en vagues successives : – la 1re entre 45 et 55 touche essentiellement l’Asie et notamment l’empire des Indes. l’ONU a été mis en place en 1945 avec comme fondement : « le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ». Inde…). Séquence 1-HG00 85 © Cned – Académie en ligne . répondez aux 4 questions suivantes : Quels sont les éléments nouveaux de l’après-guerre qui ont rendu possible la décolonisation ? Présentez les grands traits de la décolonisation. l’essentiel des puissances coloniales européennes ont été balayées par la botte nazie : France. Belgique. Qu’apprend-t-on sur son déroulement par la carte ? En quoi Suez 1956 est-il un événement symbolique ? Quels sont les silences de ce document ? Réponses Quelques éléments de réponse : Les puissances coloniales. reste une dernière vague de décolonisations tardives concernant des territoires de l’Afrique australe. toutes les deux anti-colonialistes : les Etats-Unis et l’URSS. Le crédit. toutes deux anti-colonialistes.

par exemple. La défaite du Japon en septembre 45 signifie pour cet espace une double libération : des colonisateurs et de l’envahisseur japonais.par une résolution. Une fois leur indépendance acquise. ici idéologique. subissant des traitements dégradants. L’occupation japonaise est particulièrement humiliante pour les colonisateurs européens. Dans sa Charte fondatrice est stipulé « le droit des peuples à disposer d’eux mêmes ». et ce n’est pas par hasard. retrouve son ancien statut de colonie française ». C’est ce mythe historique qui motive pour une bonne partie l’anti-colonialisme américain. Attention. La revendication à l’indépendance s’impose fort logiquement. il n’en reste pas moins à la tête d’un empire colonial. les Etats-Unis accordent l’indépendance aux Philippines. Dès sa fondation. ainsi Ho Chi Minh proclame-t-il l’indépendance du Vietnam le 2 septembre 45. trente millions de gens dont le sort est pire maintenant… ». Cette clause s’adressait aux nations captives des forces de l’Axe. les Alliés américains et britanniques ont mobilisé des valeurs dans le cadre de l’effort de guerre . Les victoires éclairs nippones contribuent à accentuer la faiblesse des métropoles européennes. Par fidélité à la doctrine marxiste et à Lénine. la position américaine ne manque pas d’être ambiguë . l’URSS dénonce l’impérialisme. secrétaire d’Etat. contre les Britanniques en Birmanie ou en Malaisie. définissant ainsi quelques-uns de leurs buts de guerre (même si officiellement les USA ne sont pas encore en guerre à cette date). Facile dès lors de montrer les contradictions entre les valeurs émancipatrices proclamées par les métropoles et la réalité de la sujétion coloniale. En 1960. l’URSS. l’ONU réitère sa position anti-coloniale car la colonisation est une entreprise contraire aux droits humains. On le voit. Cette position anti-colonialiste est réaffirmée en 1947. les Japonais comptaient se substituer comme puissance tutélaire aux métropoles européennes.C’est en Asie qu’a débuté la décolonisation. en pleine guerre froide (c’en est désormais l’un des enjeux) par la doctrine Jdanov dans laquelle l’URSS se place comme modèle de l’Etat anti-impérialiste : « la crise du système colonial… se manifeste par le puissant essor du mouvement de libération nationale dans les colonies et les pays dépendants… les arrières du système capitaliste se trouvent menacés ». Staline s’oppose à ce « les Alliés versent leur sang pour que l’Indochine. 1953). Les Etats-Unis se placent aussi contre la colonisation avec comme justification le fait d’avoir été autrefois une colonie (les Treize Colonies) et d’avoir réussi à arracher leur indépendance. Les deux Grands vainqueurs de la guerre. lors de la conférence de Téhéran. les impératifs de la guerre froide autorisent de la ralentir : « Nous savons distinguer les cas où la possibilité d’invoquer la menace communiste est susceptible de justifier des délais et les cas où il n’existe pas de raison valable d’attendre » (John Foster Dulles. dans les territoires qu’il a conquis. le Japon. Il y a presque cent ans que la France exerce son empire sur ce pays. le 3e est assez explicite : « ils respectent le droit de tous les peuples de choisir la forme de gouvernement sous laquelle ils veulent vivre . en 1944 il s’exprime ainsi à propos de la colonisation française en Indochine : « l’Indochine… devrait être mise sous tutelle d’une commission internationale. Comme pour l’URSS. détenus en camps. l’un d’entre eux. contre les Français en Indochine. si Staline déclare en 1945 : « notre premier devoir est de donner l’indépendance aux peuples des anciens empires coloniaux ». l’ONU est utilisée comme tribune par les anti-colonialistes. les anciennes colonies font connaître à l’ONU leurs revendications. 86 Séquence 1-HG00 © Cned – Académie en ligne . ils souhaitent voir rétablir les droits souverains et le gouvernement autonome des nations qui en ont été dépouillées par la force ». Déjà. contre les Néerlandais en Indonésie. D’ailleurs. longtemps passé inaperçu parce que les populations dominées étaient situées en continuité territoriale avec la mère Russie. l’URSS est anti-colonialiste car c’est un moyen pour elle d’affaiblir les pays occidentaux . il ne s’agit pas là d’une action anti-coloniale. dès 1946. mais les nationalistes des peuples colonisés ont fait leur cette revendication. en novembre 43. par la déclaration sur « l’octroi de l’indépendance aux pays coloniaux ». En effet. d’ailleurs elle soutient prioritairement les mouvements nationalistes d’inspiration communiste. Pendant la guerre. le président Roosevelt n’a cessé de réaffirmer son hostilité à la colonisation . génératrice de conflits et plus généralement contraire aux libertés. Roosevelt et Churchill signaient la Charte de l’Atlantique. en effet. De la même manière que les Japonais ont joué sur le nationalisme asiatique. C’est oublier que les Américains étaient des colons qui se séparèrent de leur métropole. En août 41. Qu’on ne s’y trompe pas pour autant. l’ONU condamne l’irrespect du droit des peuples à disposer d’eux mêmes et réclame que l’on favorise l’accession aux indépendances par consultation démocratique des populations concernées. Le sud-est asiatique a vécu la guerre débarrassé de l’occupant européen. Dès 1952. Etats-Unis et URSS sont opposés à la colonisation pour des motifs différents : L’URSS est anti-colonialiste par idéologie. si les USA perçoivent la décolonisation comme souhaitable et inéluctable. a développé une intense propagande contre les colonisateurs européens .

cela va de soi ! . ne peuvent à eux-seuls renverser le processus colonial. 1945 marque un tournant car les mouvements nationaux se radicalisent. et sur l’internationalisme révolutionnaire du communisme pour justifier sa lutte anti-coloniale et sa prise des armes. même cela n’a pas suffi et le moyen le plus efficace. Senghor retourne contre les Français les valeurs d’égalité et de liberté. le Vietminh. Des hommes isolés. Tout d’abord. désormais réutilisée contre les Français. dénonce le racisme colonial et réclame des actes plutôt que de « bonnes paroles ». Avec Gandhi. écrivain sénégalais. leader du Parti Communiste vietnamien en lutte contre la France qui s’appuie à la fois sur les valeurs fondatrices de la République : Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen et le triptyque « liberté. – Jomo KENYATTA (pour le Kenya) qui voulait emprunter à la culture européenne les principes qui lui convenait afin de mettre fin à « l’esclavagisme colonial ». qui reçoit l’appui américain dès 1943. le parti de l’Istiqlal au Maroc fondé en 1934. des leaders nationalistes par leur charisme se font les porte-parole des mouvements d’émancipation. aussi talentueux qu’ils puissent être. A échelle internationale. – HO CHI MINH. boycott. chantre de la négritude qui cherche à redonner aux Noirs la fierté d’eux-mêmes : « Le Bon Nègre est mort . Des mouvements nationaux anti-coloniaux s’organisent. – Léopold Sédar SENGHOR. chacun. Ils représentent les élites locales et aspirent à prendre en charge l’avenir de leur pays. on retrouve cette même coopération entre mouvements. négociations) dont il faut reconnaître à la fois la force morale mais aussi l’efficacité politique limitée. Kenyans. fraternité ». se structurent pour être le lieu privilégié de la contestation. bien que le plus coûteux. ou la réunion du 5e Congrès panafricain à Manchester en 1945 avec comme slogan : « Peuples coloniaux et assujettis du monde. Autres exemples. avec par exemple la création de la Ligue Arabe dès 1945 qui prône le panarabisme c’est-à-dire la réunion idéale de toutes les populations arabes musulmanes en un seul et même Etat. Si le nouveau contexte international né de la guerre y a grandement contribué. égalité. Dès le départ. l’action contestatrice des colonisés ne fut pas moins importante. unissez-vous ! ». « la grande âme » en Inde qui dès les années 30 avait développé de vastes campagnes de désobéissance civile et prônait une résistance non-violente face à l’occupant britannique pour le discréditer moralement. dès 41 avait créé une branche armée contre les Japonais. Algériens. un système de valeurs original pour dénoncer la colonisation. Autre moyen. Pensons au Parti du Congrès en Inde fondé dès 1885. c’est une résistance singulière (désobéissance civile. le Neo Destour en 1934 en Tunisie dirigé par Habib BOURGUIBA . les paternalistes doivent en faire leur deuil ». Pour certains d’entre eux. Ces personnalités sont à bien des égards des produits de la « culture coloniale » . arme « invincible » selon le congrès panafricain de Manchester… Pourtant. co-dirigé par Gandhi et Nehru et qui en 1942 par la résolution « Quit India » exige l’indépendance de l’Inde à court terme. ces mouvements se distinguent les uns des autres par les moyens qu’ils sollicitent pour parvenir à leur but. l’indépendance. ils sont plus ou moins occidentalisés et mobilisent. fut encore la rébellion armée ou localisée ce que firent à des échelles variées Vietnamiens. indépendant.Le renforcement des contestations La décolonisation n’est pas tombée comme un fruit mûr pour les peuples colonisés. Malgaches… Séquence 1-HG00 87 © Cned – Académie en ligne . leur existence est ancienne. Ces mouvements se fédèrent parfois à échelle nationale comme dès 1943 dans le « Manifeste du peuple algérien » où Ferhat ABBAS réunit toutes les organisations musulmanes algériennes d’opposition. ainsi du PC vietnamien d’Ho Chi Minh qui. Quelques noms doivent être retenus : – MOHANDAS GANDHI ou autrement appelé le « MAHATMA ». assez proche du précédent : la grève.

grève. que l’on ne nomme plus indigènes. le Royaume-Uni s’engage dans une décolonisation progressive et adapte ses relations avec ses colonies. Face à l’Indochine autoproclamée indépendante. Prenons l’exemple français. 88 Séquence 1-HG00 © Cned – Académie en ligne . certains événements confirment cruellement le blocage des autorités françaises. avec la Constitution de la IVe République est créée l’UNION FRANCAISE . des réformes. Les populations de l’Union. de Gaulle refuse « toute idée d’autonomie. qui en bon conservateur refuse tout ce qui équivaudrait à une perte de prestige et d’influence pour son pays. Le Royaume-Uni L’attitude britannique est d’abord fermée . C’est là une tendance générale qui trouvera bien des contre-exemples. Pour maintenir les liens économiques. De fait. En 1946. Il y aurait eu entre 80 000 et 120 000 morts et disparus. les colonies sont intégrées dès 1947 au Commonwealth. même limités. Les Britanniques s’engagent donc dans la voie d’une décolonisation négociée. L’attitude générale est plutôt à la fermeture. Churchill. la France enverra la troupe… La France n’a pas su quoi faire de ses colonies : les associer ou les assimiler. ils sont prêts à renoncer à leur domination politique (avec l’Indirect Rule. des droits fondamentaux leur sont reconnus : instruction. une autre insurrection éclate à Madagascar . c’est en fait l’attitude d’un homme.Des adaptations insuffisantes (des métropoles) Les métropoles coloniales ne réagissent pas toutes unanimement face aux revendications d’indépendance. elle constitue un indéniable progrès. Les Britanniques choisissent de privilégier leurs intérêts économiques sur les liens politiques . des élites locales susceptibles de prendre en main la destinée politique de leur nation avaient émergé). Dès lors. une amélioration de la situation matérielle et morale des colonisés. ont droit à une représentation politique . que ce soit sur le Congo ou la future Indonésie. sous l’égide du général de Gaulle. la Somalie la sienne après 10 années supplémentaires de tutelle italienne. Portugal et Espagne Ils ne semblent pas avoir entendu du tout les revendications anti-coloniales. Le 8 mai 1945. Sa défaite aux législatives de 1945 et la victoire d’Attlee et des travaillistes débloquent la situation. jour de victoire en métropole. Toute évolution reste impensable. La période qui va de l’après-guerre aux années 60 est aussi marquée par une profonde évolution des opinions publiques des métropoles à l’égard de la colonisation. La France est sortie affaiblie de la guerre . On conviendra que ce n’est pas là une réponse aux revendications d’indépendance. mais limité. syndicat… La loi cadre Defferre de 1956 instaure quand même des exécutifs locaux. une émeute à Sétif est impitoyablement réprimée laissant plusieurs milliers de morts côté algérien. toute possibilité d’évolution hors du bloc français de l’empire ». l’empire représente encore en 1945 un élément de grandeur et de puissance. La France La France opte pour une stratégie tout à fait différente. c’est aux Nations Unies que revient de régler le sort des colonies : la Libye acquière son indépendance dès 1951. bien plus raide qu’en France. la métropole réagit brutalement. Autres grandes métropoles coloniales L’Italie Vaincue en 1945. Il en ressort des dispositions confuses et contradictoires. élus au suffrage universel. La France s’engage à promouvoir plus de libéralisme. Ce n’est qu’après 1958 que la France s’engage plus nettement vers la décolonisation. La Belgique et les Pays-Bas Ces 2 pays s’enferment dans une attitude de refus. D’un autre côté. En mars 1947. Du 30 janvier au 8 février 1944 se réunit la conférence de Brazzaville.

les Britanniques font connaître dès février 1947 leur décision de quitter l’Inde pour juin 1948. En ces temps de reconstruction et de forte croissance économique. En Inde. elle est portée par le parti du Congrès de Gandhi et de Nehru. Les colonies coûtent beaucoup plus cher qu’elles ne rapportent : « Le colonialisme a toujours été une charge en même temps qu’un profit. multiconfessionnel et même multinational. dernier délai. ses représentants craignent de la voir noyée dans la majorité hindouiste aussi Ali Jinnah. avec la victoire des travaillistes aux législatives du Royaume-Uni. « les trente glorieuses ». en effet l’Inde est un territoire multiethnique. néanmoins on peut en extraire quelques lignes directrices. elles ne sont plus souhaitables. premier parti politique français après-guerre. Nous mettrons à part le cas de l’Indochine française . Les violences entre les communautés hindouiste et islamique se multiplient (meurtres. propose un plan de partition. à l’inverse du parti du Congrès qui refuse toute idée de partition. qui la réaffirma par la résolution « Quit India » de 1942. reste à négocier ses conditions. l’indépendance de l’Inde est acquise . attentats …) . Deux vagues successives L’Asie C’est en Asie que débute le processus de décolonisation. Séquence 1-HG00 89 © Cned – Académie en ligne . pour l’essentiel.En 1945. c’est le « joyau de la couronne britannique » c’est-à-dire l’empire des Indes. Des intellectuels dénoncent l’oppression coloniale comme Sartre. elle sera examinée ultérieurement avec l’Algérie comme exemple de déchirure coloniale (B – 2). La minorité musulmane est numériquement importante . Plus originale est le développement du cartiérisme. B Le temps des indépendances La période des indépendances est vaste. Faute de voir s’esquisser un accord. la situation de l’Inde est proche de la guerre civile. Lord Mountbatten. la colonie par excellence. En juillet 1945. Le vice-roi des Indes. les mêmes institutions qui avant-guerre se montraient réservées sur le colonialisme accentuent et systématisent leur refus . est une attitude hostile à la colonisation non par idéologie mais par pragmatisme. dès 1946 avec l’indépendance de l’archipel philippin pour se clore en 1957. En Asie. souvent une charge plus qu’un profit » . l’opinion publique française reste globalement attachée à son empire colonial . Les négociations se heurtent aux divisions des Indiens. c’est la cas des Eglises et du parti communiste. il est en effet source de grandeur. chef de la Ligue Musulmane réclame-t-il une scission de l’Inde pour que les musulmans aient leur territoire. elle correspond à toute la 2nde moitié du XXe siècle . elles représentent un boulet pour les économies européennes. Pourtant. Le cartiérisme. la revendication d’indépendance est très ancienne . du nom du journaliste Raymond Cartier.

à majorité musulmane dirigé par Ali Jinnah. La reconquête militaire des Indes néerlandaises. En juillet 1947. complété par une seconde intervention armée en 1948. Tous ces Etats. à la Birmanie en janvier 1948 mais là sous la pression des attentats. les Néerlandais reconnaissent l’indépendance d’un Etat fédéral indonésien sur Java et Sumatra en 1946. et enfin plus tardivement à la Malaisie en 1957. ils envoient un corps expéditionnaire. Les Néerlandais ont été chassé de l’archipel indonésien par les Japonais pendant la guerre. Dans la foulée. Les Relations internationales depuis 1945. Mais sous la pression de leur opinion publique et des milieux d’affaires coloniaux.Document 3 L’émancipation de l’Asie Maurice Vaïsse. Les Britanniques ont préservé leurs intérêts économiques et leur capacité d’influence. L’attitude conciliatrice des Britanniques n’est pas suivie par les Pays-Bas. La reconquête militaire débouche sur une impasse diplomatique aussi les Pays-Bas se résignent-ils à accorder l’indépendance aux Etats-Unis d’Indonésie en décembre 1949. Le 20 janvier 1948. Un contentieux indo-pakistanais se noue autour de la riche province du Cachemire (au Nord) revendiquée par les deux Etats. 12 millions de personnes. adhèrent au Commonwealth. les massacres intercommunautaires sont la règle (près d’un million de morts). Les Pays-Bas doivent faire face à une levée de boucliers quasi générale : l’ONU condamne leur intervention. 90 Séquence 1-HG00 © Cned – Académie en ligne . chef du Parti National. la Grande Bretagne et les nouveaux Etats indépendants d’Asie. Faute d’être présents sur place. ont lieu entre les 2 Etats. l’indépendance y est très douloureuse . de vastes déplacements de population. celui d’une Inde unifiée. de même que les Etats-Unis. ce meurtre illustre la fin d’un rêve. Le Pakistan est alors constitué de 2 entités séparées par près de 1 700 km. Le leader nationaliste indonésien Sukarno. en août 1945. proclame l’indépendance dès la défaite des Japonais. 2002. cette partie ayant acquises son indépendance du Pakistan en 1971). le Bengale à l’est (actuel Bangladesh. les Britanniques accordent l’indépendance à l’île voisine de Ceylan (actuelle Sri Lanka) dès décembre 1947. Gandhi est assassiné par un extrémiste hindou . les Pays-Bas tentent de reprendre le contrôle de leur ancienne colonie. Ce plan aboutit le 15 août 1947 : deux Etats indépendants naissent des décombres de l’Inde coloniale : la République ou Union Indienne à majorité hindoue derrière Nehru et le Pakistan. Malheureusement. l’Indonésie est presque effective sur le terrain. le Pendjab à l’ouest (actuel Pakistan). © Armand Colin. Le cas indonésien est exemplaire du poids écrasant du nouveau contexte international d’après-guerre. excepté la Birmanie.

U.Rio Muni b . Deux grandes puissances coloniales se partagent l’essentiel de l’Afrique : la France et le Royaume-Uni. constitutionnelles et légitimes ». L’indépendance est acquise dès mars 1957 pour le Ghana.Fernando Poo et Annobon BOSTWANA Caberones MOZ SUD-OUEST 1966 AFRICAIN RHODÉSIE AM Indépendance proclamée unilatéralement par la Rhodésie (1965) BI Q U MADAGASCAR Salisbury 1960 Tananarive Le Cap Lorenço Marques SWAZILAND 1968 LESOTHO 1968 RÉPUBLIQUE D'AFRIQUE DU SUD . A.) 1956 TUNISIE 1956 Tripoli Le Caire ALGÉRIE El Ajun 1962 SAHARA ESPAGNOL LIBYE 1951 R.) ANGOLA 5 ZAMBIE 1966 Date d'indépendance E 1964 Lusaka Séparation du Commonwealth (1961) Windhoek Conférences Territoires demeurés sous dépendance étrangère Capitales d'État Guinée équatoriale (Esp.) Indépendance en 1968 a . DÉM. leader national de la Gold Coast refuse l’idée d’une confrontation avec la métropole : « Nous préconisons… des méthodes non violentes. 8 Lagos 1960 ÉTHIOPIE 1960 CENTRAFRICAINE Biafra Monrovia Yaoundé 1960 Accra Porto Novo LIBÉRIA Bangui 1960 Abidjan 1958 2 1963 b Lomé 1960 a 7 Kampala Mogadishu KENYA RÉP. ÉGYPTE 1960 MAURITANIE 1960 Nouakchott NIGER TCHAD khartoum MALI Ér 1960 1960 y Ouagadougou 1960 16 Dakar 19 thré 1 1960 Niamey 62 e Bamako SOUDAN 15 Fort-Lamy 13 1958 1956 Hte-VOLTA 14 NIGÉRIA 9 Conakry 11 10 1960 1960 CÔTE Freetown 12 Addis-Abéba D'IVOIRE RÉP. Tome Tanganyka Dar es-Salem anglaises (Port. nouvel Etat qui entre aussitôt dans le Commonwealth. Nkrumah fut même 1er ministre dès 1952.L’Afrique Document 4 La décolonisation de l’Afrique (jusqu’en 1968) PORTUGAL ITA ESPAGNE Alger Tunis LIE INDÉPENDANCE DE L'AFRIQUE Rabat MAROC Canaries (Esp. au contraire il souhaite le maintien des liens associé à l’indépendance. La seconde vague de décolonisation touche le continent africain dans les années 60. Kwame Nkrumah. Son modèle est la décolonisation de la Gold Coast ou Côte de l’or.) Katanga Luanda 1961 belges Comores 1964 italiennes (Fr. La décolonisation de l’Afrique britannique C’est globalement une décolonisation pacifique. Cette évolution a été facilitée par l’autonomie dont disposait ce territoire dès 1951 . Séquence 1-HG00 91 © Cned – Académie en ligne . futur Ghana. 1960 6 SOMALIE DU CONGO 1960 b Nairobi Anciennes possessions : Brazzaville Libreville 3 4 Kinshasa 1960 1960 Principe françaises Zanzibar 1963 TANZANIE & S.

L’indépendance est finalement accordée en 1963. On se rapproche ici du modèle « racial » de la République d’Afrique du Sud. la Zambie (ex-Rhodésie du Nord) en 1964. L’autonomie interne de l’Etat tunisien est reconnue et proclamée sans arrière-pensée par le gouvernement français. dont le maréchal Juin. Le degré d’évolution auquel est parvenu le peuple tunisien – dont nous avons lieu de nous réjouir d’autant plus que nous y avons largement contribué – la valeur remarquable de ses élites justifient que ce peuple soit appelé à gérer lui-même ses propres affaires. Kenyatta. la métropole est prisonnière du cycle répressif qu’elle a enclenché . leader nationaliste à la tête du Neo Destour exige l’autonomie interne. . les autorités françaises décident de déposer le sultan en août 1953 et d’exiler Mohammed Ben Youssef à Madagascar. tout s’accélère en 1951 quand la Libye voisine acquiert son indépendance. les résidents. or ce sont les colons. toutes sous la domination coloniale française. C’est pourquoi nous sommes prêts à transférer à des personnes et à des institutions tunisiennes l’exercice interne de la souveraineté. ils ont gardé leur souverain et une assez large autonomie. En 1955. l’Afrique australe connaît une évolution originale. la métropole doit faire face à de puissants mouvements nationalistes et elle tergiverse. qui entend tout à la fois l’affirmer dans son principe et lui permettre dans l’action à la consécration du succès. car il contredit le processus pacifique de décolonisation. Original. c’est l’autre type de la déchirure coloniale que nous examinerons ultérieurement. Habib Bourguiba. optant finalement pour la répression. finalement classique dans un processus national de décolonisation s’ajoute la rébellion d’une tribu. les attentats se multiplient. Le 31 juillet 1954. il devient Mohammed V. la France entame des négociations permettant le retour du sultan au Maroc et sur le trône . au contraire. notamment la Rhodésie du Sud (futur Zimbabwe) qui proclame unilatéralement son indépendance en 1965 . La France répond par la répression et use de ses représentants légaux . Le Maroc et la Tunisie sont deux protectorats. Le terrorisme se multiplie. Le processus de décolonisation se débloque avec l’arrivée de Pierre Mendés France à la présidence du Conseil. Algérie et Tunisie. C’était oublier la popularité extraordinaire du sultan. La décolonisation du Kenya fut difficile. il prononce un discours à Carthage dans lequel il promet l’autonomie interne : Document 5 Discours de Carthage de Mendès France – 31 juillet 1954 Notre politique est une politique libérale conforme aux traditions de notre histoire aussi bien qu’aux aspirations profondes du peuple tunisien et aux promesses qui lui ont été faites. Dès 1945. le sultan renforcé par le parti de l’Istiqlal dénonce en 1947 dans un discours à Tanger la tutelle coloniale française. puis la Tanzanie toujours en 1961. Après les émeutes de Casablanca (décembre 1952). il se heurte au raidissement de la position française. la petite minorité blanche. saisies par des colons britanniques. Dans les 2 cas. les Mau Mau qui réclament la restitution de leurs terres. d’autres territoires suivent la même voie vers l’indépendance : le Nigeria en 1960. Dès lors. Bourguiba est arrêté en 1952 et exilé. Reste le cas original du Kenya. La France est alors en pleine impasse. elle s’accompagna de troubles. la Sierra Leone en 1961.L’exemple du Ghana sert de modèle pour la décolonisation de l’Afrique anglophone. L’Algérie ne relève pas des indépendances négociées. l’Ouganda en 1962. 92 Séquence 1-HG00 © Cned – Académie en ligne . le Maroc obtient son indépendance. qui gouvernent. Toute l’Afrique anglophone n’est pas pour autant libérée du fardeau colonial dans les années 1960 . En Tunisie. Au Maroc. Les indépendances négociées au Maghreb : Tunisie et Maroc Le Maghreb ou Afrique du Nord se compose de 3 entités territoriales : Maroc. La répression s’abat . le leader nationaliste kenyan réclame l’indépendance. A cette opposition. Le 2 mars 1956.

Seul un territoire sur les 12 colonies d’Afrique Noire française dit NON. tous les territoires africains de la Communauté demandent et accèdent à l’indépendance. elle accède aussitôt à l’indépendance. Or le pays est profondément divisé : les différentes ethnies se braquent les unes contre les autres. Un échec : la décolonisation du Congo Le Congo belge n’était pas une colonie assimilable à ses voisines françaises. les chefs nationalistes s’opposent entre-eux : Patrice Lumumba. En 1956. Après négociations. économique… garantissant l’influence française sur l’Afrique francophone. Les Casques Bleus de l’ONU interviennent. 1er ministre. Cette évolution intervient avec l’avènement de la IVe République.Par autonomie interne. c’est un territoire vaste. poursuit et amplifie cette évolution en créant la Communauté Française. en Algérie. ce qui relève de la défense. la loi-cadre Defferre étend la marge d’autonomie accordée aux TOM (chacun a son assemblée et son gouvernement). De Gaulle. Dès 1960. la Belgique y menait une politique paternaliste et autoritaire. alors que le Katanga fait sécession. chef de l’armée après un coup d’Etat en novembre 1965. Dès 1944. de retour au pouvoir en 1958. Est alors créée l’Union Française. au sud . La crise congolaise s’internationalise et le pays sombre dans la guerre civile. 2 déchirures coloniales La guerre d’Indochine Pour comprendre le cas indochinois. de la diplomatie demeurant sous tutelle métropolitaine. très riche en ressources naturelles notamment sa province du Katanga. Bourguiba revient d’exil en juin 1955. Le président Kasavubu obtient quant à lui le soutien des Etats-Unis. Chaque territoire obtient l’autonomie interne et par référendum doit se prononcer sur l’adhésion à la Communauté ou l’accession directe à l’indépendance. Le modèle retenu est assimilationniste car les habitant des TOM ont la citoyenneté française et élisent des députés à l’Assemblée Nationale. ils sauvent l’unité du pays mais n’empêchent pas l’installation d’une dictature féroce du général Mobutu. notons toutefois la spectaculaire exception malgache avec la répression sanglante de 1947. se coupant ainsi de l’appui français. on l’a vu. partisan d’un Etat congolais centralisé obtient le soutien de l’URSS… il est assassiné en 1961. de Gaulle promettait une évolution du statut des colonies. Les Japonais ont chassé sans ménagement tous les représentants français et ont encouragé les velléités d’indépendance à l’égard de la France. L’Afrique Noire n’est pas un enjeu crucial pour la métropole : trop peu de colons européens y sont installés . D’une part. la Guinée de Sékou Touré . les colonies obtiennent le statut de « territoires d’outre-mer ». c’est sans préparation et dans la précipitation que la Belgique octroie l’indépendance au Congo. La décolonisation de l’Afrique Noire française L’Afrique Noire française est organisée en 2 ensembles : – L’AOF = Afrique Occidentale française – L’AEF = Afrique Equatoriale française Le chemin vers l’indépendance est rarement conflictuel . L’Afrique noire française ayant acquis son indépendance. l’urgence est ailleurs. d’autre part. il proclame unilatéralement l’indépendance du Vietnam. il faut comprendre l’octroi d’une libre gestion et décision des Tunisiens sur les affaires courantes . elle se complète par la signature d’accords de coopération militaire. des massacres anti-européens ont lieu . il faut partir de la guerre. La décolonisation politique est réussie. Ho Chi Minh dès 1941 avait fondé le Viet-minh (Front de l’Indépendance du Vietnam) et en septembre 1945. lors de la conférence de Brazzaville. la Tunisie accède à son tour à l’indépendance le 20 mars 1956. Séquence 1-HG00 93 © Cned – Académie en ligne . Le processus de décolonisation est relancé. Indochine et Algérie.

La France tergiverse. Elle est éloignée, sans représentants et dans un 1er temps reconnaît le gouvernement provisoire du Viet-Minh. La position française est particulièrement ambiguë en effet De Gaulle fait envoyer un corps expéditionnaire commandé par le général Leclerc, qui débarque à Saïgon dès octobre 1945. Le but est atteint : la France reprend pied en Indochine en contrôlant la province du Sud la Cochinchine. Parallèlement et officiellement en mars 1946 par les accords Ho Chi Minh-Sainteny, la France reconnaît la République du Vietnam mais comme « un Etat libre au sein de l’Union Française » autant dire que l’ordre colonial est maintenu. La logique de guerre s’enclenche très tôt, par le bombardement d’Haiphong (dans la province du Tonkin, au Nord). L’engrenage actions militaires – représailles du Viet-minh démarre ; la guerre d’Indochine a commencé. Les nationalistes vietnamiens prennent le maquis pour échapper à la répression française et entame une âpre guerre de « guérilla », contrôlant les campagnes du Tonkin et de l’Annam. Pour les Français, l’ennemi est insaisissable. La guerre d’Indochine est lointaine pour l’opinion publique française qui y reste assez indifférente ; seuls des soldats engagés et des militaires de carrière y combattent. La guerre d’Indochine, en plus d’être un conflit de décolonisation est aussi, comme la guerre de Corée (1950-1953) un conflit de la guerre froide. Le Viet Minh peut compter sur le soutien soviétique en armements, et dès 1949 sur celui de la Chine communiste de Mao. De son côté, la France bénéficie du soutien militaire et financier des Etats-Unis dès 1950 dans le cadre de leur politique du containment. Rien n’y fait, les armées françaises s’enlisent. Pour dépasser ses difficultés, le haut commandement militaire français décide de concentrer des troupes à Dien Bien Phu (dans le Tonkin occidental) pour attirer le viet-minh et le vaincre. Les Français sont pris à leur propre piège : la cuvette de Dien Bien Phu tombe le 7 mai 1954 face aux assauts du général Giap : 12 000 soldats sont prisonniers ; un vrai désastre ! La fin de la guerre est officialisée en juillet 1954 par les accords de Genève. La France est vaincue en conséquence elle retire ses troupes ; le Laos, le Cambodge, le Vietnam accèdent à l‘indépendance mais le cas vietnamien n’est pas réglé définitivement. Le Vietnam est divisé en 2 Etats rivaux (à l’instar de la Corée) : au Nord la République démocratique du Vietnam, communiste d’HoChi Minh, au sud du 17e parallèle une république nationaliste pro-occidentale, soutenue par les Américains. La guerre du Vietnam est déjà en germe par ce découpage….

Une véritable guerre coloniale, les « événements d’Algérie » : 1954-1962
Dans l’empire colonial français, l’Algérie occupe une place originale, en effet elle est considérée comme partie intégrante du territoire national et non comme une colonie, ce qu’elle est pourtant. Cette position est réaffirmée par le ministre de l’intérieur en 1954, François Mitterrand : « L’Algérie, c’est la France ». L’Algérie a commencé d’être conquise en 1830. La IIIe République subdivise l’Algérie en 3 départements, c’est dire qu’on la considère comme partie du territoire national. L’Algérie, c’est aussi la seule colonie de peuplement française ; en 1954 sur 10 millions d’habitants, un million sont d’origine européenne et 9 millions d’origine arabe ou berbère. Sur le principe depuis 1947, tous les Algériens sont citoyens français quelque soit leur origine, dans les faits la réalité dément cruellement ce beau principe. Les Algériens musulmans votent dans un collège séparé des Algériens européens avec autant de sièges. En clair, ce sont des citoyens de seconde classe. De plus, les colons européens se sont souvent appropriés les meilleures terres – qu’ils ont d’ailleurs eux-mêmes mis en valeur – ; ils sont une force de blocage et de conservatisme. Dès 1945, le nationalisme algérien, très ancien, se réveille. On sait la brutalité de la réaction métropolitaine avec l’écrasement sanglant des émeutes de Sétif le 8 mai 1945. Affaiblis, les nationalistes algériens se réorganisent en attendant d’entrer en action. Dans un 1er temps, regroupés dans le MLTD (Mouvement pour Le Triomphe des Libertés démocratiques), les nationalistes s’unissent dès 1954 dans le FLN (Front de Libération Nationale), organisme au-dessus des partis.

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Le FLN se dote d’une armée : l’ALN (Armée de Libération Nationale).

Document 6
Le Manifeste du FLN
Alger, le 31 octobre 1954. Au peuple algérien, aux militants de la cause nationale. But : Indépendance nationale par La restauration de l’Etat algérien souverain, démocratique et social, dans le cadre des principes islamiques. Le respect de toutes les libertés fondamentales sans distinction de races et de confessions. Objectifs intérieurs : Objectifs extérieurs : Rassemblement et organisation de toutes les énergies saines du peuple algérien pour la liquidation du système colonial. Internationalisation du problème algérien. Réalisation de l’unité nord-africaine dans son cadre arabo-musulman […]. Pour prouver notre désir réel de paix, limiter les pertes en vies humaines et les effusions de sang, nous avançons une plate-forme honorable de discussions aux autorités française […] : A. L’ouverture de négociations avec les porte-paroles autorisés du peuple algérien sur les bases de la reconnaissance de la souveraineté algérienne, une et indivisible. B. La création d’un climat de confiance, par la libération de tous les détenus politiques et l’arrêt de toutes poursuites contre les forces combattantes. C. La reconnaissance de la nationalité algérienne par une déclaration officielle abrogeant les écrits, décrets et lois, faisant de l’Algérie une terre française en déni de l’histoire, de la géographie, de la langue, de la religion et des mœurs du peuple algérien. En contrepartie : Les intérêts français, culturels et économiques, honnêtement acquis seront respectés, ainsi que les personnes et les familles ; Les Français désirant rester en Algérie auront le choix entre leur nationalité d’origine et […] la nationalité algérienne […] ; Les liens entre la France et l’Algérie feront l’objet d’un accord entre les deux puissances.
.

Questions

Que réclame le FLN ? Montrez les contradictions sur ses principes ? Quels moyens le FLN se donne-t-il pour parvenir à son but ? Quels gages de « bonne conduite » est-il prêt à signer ? En quoi cette proclamation est-elle devenue caduque dès le lendemain ?

Réponses

L’indépendance et la « liquidation du système colonial ». Le FLN réclame l’indépendance au nom des droits de l’homme : « respect de toutes les libertés fondamentales sans distinction de races et de confessions » mais avec la limite des « principes islamiques ». Le FLN souhaite une « internationalisation du conflit » ; bien sûr utiliser la tribune de l’ONU mais aussi jouer sur la solidarité panarabe, notamment égyptienne : « unité nord-africaine dans son cadre arabo-musulmane ».

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Le FLN comme signe de bonne volonté est prêt à : – « ouvrir des négociations » à condition d’être lui-même représenté : « porte-parole autorisés du peuple algérien ». – « libération de tous les détenus politiques et arrêt de toutes les poursuites contre les forces combattantes » ; c’est plus une demande aux autorités françaises. – « les intérêts français … respectés » – « choix entre leur nationalité d’origine et… la nationalité algérienne » pour les Français d’Algérie. Cette proclamation, plutôt conciliatrice, est une entame de négociation or dès le lendemain, à la Toussaint 1954, par une série d’attentats, le FLN entre dans la voie de l’insurrection armée. Le 1er novembre 1954 débutent les « événements d’Algérie » (ainsi les qualifiaient les autorités françaises niant qu’il s’agisse d’une guerre mais plutôt d’une simple opération de pacification) ; une série d’attentats sanglants visent des particuliers « européens ». La guerre a commencé. La date a son importance, l’effet de surprise est complet… 1954, c’est aussi la fin de l’Indochine, la métropole française est affaiblie. La France réplique par la répression ; il est alors impensable de lâcher les 3 départements d’Algérie. On envoie 56 000 soldats, on fait appel aux réservistes et deux ans plus tard, c’est déjà un contingent de 400 000 qui est en Algérie, en effet le gouvernement Guy Mollet décide l’envoi des appelés du contingent en 1956. L’armée obtient des « pouvoirs spéciaux » pour traquer le FLN et ses partisans, le recours à la torture se généralise (chez le FLN aussi !). Les militaires cherchent à pacifier l’Algérie, c’est-à-dire à désolidariser la population algérienne des combattants nationalistes. Une partie des Algériens combattent aux côtés de l’armée française : les harkis. Malgré quelques opérations musclées pour détruire les réseaux du FLN comme la bataille d’Alger en 1957, les attentats continuent. C’est l’impasse et les Pieds Noirs (Européens d’Algérie nés en Algérie) craignent d’être abandonnés c’est pourquoi le 13 mai 1958, le palais du gouverneur général est investi par des manifestants, un comité de salut public se crée et l’appel à DE GAULLE est lancé. La IVe République meurt de l’affaire algérienne. De Gaulle doit faire face à une situation bien compromise : la France est régulièrement condamnée à l’ONU et par les Etats-Unis pour cette guerre et les divers forfaits qui l’ont accompagnée (bombardement du village tunisien de Sakiet Sidi Youssef en février 1958 par exemple). De Gaulle hésite (nous n’évoquerons pas ici les aspects franco-français de la guerre d’Algérie ni ses répercussions politiques – considérables – en France), apaise les Pieds-Noirs d’un subtil et obscur : « Je vous ai compris » dans son discours d’Alger en juin 1958. Dans les faits, et malgré bien des péripéties, De Gaulle s’engage sur la voie des négociations. C’est une politique réaliste, le temps n’est plus à l’aventure coloniale et de Gaulle cherche à se débarrasser du boulet algérien ; de plus le prestige international de la France est sérieusement atteint. Sur le terrain, de Gaulle poursuit l’effort militaire (plus de 800 000 soldats sont en Algérie en 1958) pour mieux négocier avec le nouveau GPRA (Gouvernement Provisoire de la République algérienne) créé au Caire fin 1958. De Gaulle suit l’évolution de l’opinion publique française : en 1959, il propose l’autodétermination pour les Algériens. Les Français d’Algérie se sentent trahis et croient pouvoir inverser le processus de décolonisation de l’Algérie : semaine des barricades à Alger en janvier 1960, putsch manqué des généraux en avril 1961, attentats de l’OAS – Organisation de l’Armée Secrète – qui créent un vrai climat de terreur. Des négociations secrètes sont entamées qui aboutissent aux accords d’Evian de mars 1962. La France obtient des garanties – qui ne seront pas respectées – et finalement l’Algérie proclame son indépendance le 3 juillet 1962. L’affaire algérienne est une déchirure coloniale exemplaire : les Européens d’Algérie fuient en masse vers la métropole (« la valise ou le cercueil » leur dit-on !) , rien n’est préparé pour les recevoir ; les harkis qui n’ont pas pu fuir sont massacrés par le FLN. Le bilan est accablant : (voir page suivante).

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7917 par accident. notamment en Afrique. c’est le FRELIMO (Front de Libération du Mozambique) qui lutte contre les Portugais. les rivalités à couteaux tirés entre mouvements de libération entretiennent le conflit dans sa longueur et sa cruauté. En 1974. 13 610 musulmans) 14 171 disparus (875 Européens. 16 378 musulmans) 21 151 blessés (7 541 Européens. ces mouvements croissent et pour survivre jouent la carte de l’internationalisation. le domaine colonial portugais se compose de 4 territoires : les îles du Cap-Vert. c’est rapidement que des solutions seront trouvées quand la métropole changera d’attitude. dont 2 400 Algériens Enlèvement de civils européens 3 018 entre le 19 mars et le 31 décembre 1962 (dont 1 245 sont libérés et 1 165 considérés comme morts) . Au Mozambique.Document 7 Le bilan des victimes Pertes globales Entre 200 000 et 300 000. 382 en 1963 (dont 41 retrouvés morts) D’après G. . octobre 1994. « le vrai bilan des victimes ». britannique. le modèle colonial est assimilationniste et nombre de Portugais partent s’installer dans les colonies. Malgré la répression sans pitié (exil. L’implacable répression coloniale. Ce blocage s’explique par des raisons politiques : le Portugal est une dictature traditionaliste depuis 1932 avec à sa tête Antonio Salazar. l’Histoire N°181. torture. Terrorisme de l’OAS (de 1961 à juin 1962) 2 700 morts. dont la lutte pour l’indépendance est antérieure à celle du FLN et qui refuse de se soumettre à celui-ci). qui obtient le soutien de l’URSS (envoi d’armes) et de Cuba (envoi de soldats) . Ces mouvements utilisent les pays voisins comme base arrière pour mener leur guérilla mais aussi les rivalités ouest-est. nombre de territoires restent à décoloniser. des territoires à civiliser . selon les estimations d’historiens Victimes chez les « forces de l’ordre » (armée française) 24 614 morts dont environ 4500 musulmans (15 583 tués au combat ou par attentat. 1114 par maladie ou suicide) 64 985 blessés (dont 35 615 par combat ou attentat et 29 370 par accident) Victimes civiles du terrorisme du FLN 19 166 morts (2 788 Européens. Pervillé. les mouvements nationalistes se développent néanmoins. Et pourtant. meurtres). et l’UNITA plutôt pro-occidentale. La fin de l’empire portugais En Afrique. la « révolution des œillets » Séquence 1-HG00 97 © Cned – Académie en ligne . Celui-ci garde une vision très XIXe des colonies : des territoires à exploiter (surtout les richesses minières). En Algérie : 6 000 tués et 14 000 blessés En France : 4 055 tués et près de 9 000 blessés. la Guinée-Bissau. 13 296 musulmans) Perte des « rebelles » (armée du FLN) 141 000 Guerre civile entre le LN et le MNA (Mouvement national algérien de Messali Hadj. l’Angola et le Mozambique. le Portugal refuse toute idée d’abandon des colonies. belge et française. Les indépendances tardives En 1970. deux partis nationalistes rivaux luttent contre l’occupant portugais : le MPLA (Mouvement Populaire pour la Libération de l’Angola) d’inspiration marxiste. Dans ce pays. A l’inverse des autres métropoles coloniales. Prenons l’exemple de l’Angola. La situation demeure verrouillée sur le sol africain. En dépit de ce blocage portugais. dès 1955.

un strict apartheid règne : la minorité blanche maintient son pouvoir et sa richesse par la force et la violence. Ouzbékistan… A bien des égards. officiellement en tout cas. des campagnes de boycott se développent dans les années 1980. Un Etat de l’Afrique australe. se faisant indirectement le porte-voix d’une jeunesse portugaise qui n’a plus envie de mourir pour garder l’empire colonial. Or. L’Afrique australe Cette partie de l’Afrique. Le 21 mars 1990. Malgré la guérilla de la SWAPO et les condamnations réitérées de l’ONU. La démocratisation de l’Afrique du Sud est aussi sa décolonisation. la Rhodésie accorde l’égalité politique entre Noirs et Blancs en 1980. emprisonné depuis 1962 et libéré en 1990. au sens où l’ordre colonial oppressif perd son ressort quand le plus ancien opposant à l’apartheid. Reste que si la décolonisation est obtenue. De 1948 à 1991. Dans cet espace de l’Afrique australe. 98 Séquence 1-HG00 © Cned – Académie en ligne . chef de la majorité noire. c’est un Etat très original car depuis 1948. cas unique dans l’histoire de la décolonisation. il s’agit là de la dernière vague de décolonisation. Moldavie . est dominée par une puissance régionale : la république d’Afrique du Sud. la Rhodésie du Sud s’était autoproclamée indépendante en 1965 sans négociation avec les Britanniques. la minorité blanche doit partager le pouvoir. la Namibie devient indépendante. leur puissance coloniale.met fin à la dictature au Portugal. A cela une raison de taille : les colons européens (5 % de la population) voulaient garder le pouvoir sur le modèle ségrégatif d’Afrique du Sud et assurer leur mainmise sur la propriété agricole. Ces deux pays sombrent dans la guerre civile. écroulement de l’URSS avant implosion). les troubles en Angola et Mozambique entre mouvements nationalistes continuent. il passe à une… dictature noire tout aussi raciste que la précédente ! L’évolution de la République d’Afrique du Sud est plus réussie. les nouvelles autorités démocratiques portugaises lâchent l’empire : la Guinée-Bissau est indépendante en 1974 puis c’est au tour des îles du Cap-Vert. dans le Caucase : Arménie. Ce modèle « racial » n’est pas sans déteindre sur les voisins. du Mozambique et de l’Angola dès l’année suivante. non reconnue par le Commonwealth et les Britanniques. président de l’URSS. Biélorussie. Les élections portent au pouvoir Robert Mugabe. C’est en bonne partie de l’incapacité à gérer ses nationalités qu’est morte l’URSS. la vraie à ses yeux en avril 1980 et rebaptise le pays en Zimbabwe. la pointe sud. Géorgie . C’est l’armée qui renverse la dictature. Ce régime officiellement raciste est alors de plus en plus unanimement condamné par la communauté internationale . d’une dictature blanche raciste. et en Asie centrale : Kazakhstan. Ukraine. ce territoire reste sous tutelle sud africaine jusqu’à ce qu’il perde tout intérêt stratégique quand la menace communiste s’évapore en Angola (départ des Cubains. le 25 décembre 1991 disparaît l’URSS. Azerbaïdjan. En 1991. Il proclame une 2nde indépendance. un dernier territoire a bénéficié de l’ouverture de l’Afrique du Sud et de la fin de l’opposition est-ouest : la Namibie annexée par l’Afrique du Sud. accède à la présidence de la République en 1994. Nelson Mandela. L’éclatement de l’URSS ou la fin de la « prison des peuples » Avec la démission de Gorbatchev. règne l’apartheid c’est-à-dire une politique d’Etat discriminatoire et de ségrégation entre communautés noires et blanches. passée inaperçue face à l’enjeu géopolitique considérable que constituait la disparition de l’URSS. De fait. le chef historique de l’ANC (African National Congress). N’empêche que les habitants du Zimbabwe sont les grands perdants de cette histoire . Des décombres de l’empire soviétique naissent de nombreux Etats en Europe orientale : Pays Baltes. Isolée.

en somme. C’est l’ensemble de ceux que l’on appelle. le plus important et. exploité. Elle créé un ensemble unique. L’Observateur. etc. veut. méprisé comme le tiers-état. être quelque chose. mais c’est un cycle de misère […]. Peut-être le monde n°1 pourrait-il. Séquence 1-HG00 99 © Cned – Académie en ligne . c’est-à-dire au troisième ordre de la société d’Ancien Régime « ignoré. et dès le départ. Moyen Orient … Cette notion eut une grande importance. Elle permit de penser l’opposition pays développés – pays en voie de développement mais elle a aussi. une planète ».C L’incapacité du Tiers-Monde à peser sur les relations internationales C’est l’économiste et démographe Alfred SAUVY qui invente la notion de Tiers-Monde en 1952 pour qualifier ces nouvelles nations indépendantes en voie de développement : Document 8 L’apparition de l’expression « tiers-monde » en 1952 Nous parlons volontiers des deux mondes en présence. 14 août 1952 © France Observateur. Ces pays ont notre mortalité de 1914 et notre natalité du XVIIIe siècle […]. « mur financier de la guerre froide ». L’unité du Tiers-Monde tient selon l’auteur à des caractéristiques communes : – « des pays sous-développés » – « en accroissement démographique » – « misère » Le Tiers-Monde est donc bien plus que les pays nouvellement décolonisés. de leur guerre possible. les pays sous-développés […]. Or. ces investissements vitaux […] se heurtent au mur financier de la guerre froide. toute l’attention va à la guerre froide et à la bipolarisation des relations internationales : « deux mondes en présence. elle sera le support aux discours « tiers-mondistes » qui expliquent assez paresseusement les rapports entre pays industrialisés et les pays du tiers-monde en terme uniquement d’exploitation (bien entendu capitaliste !). méprisé » par les deux autres ordres privilégiés. Le résultat est éloquent : le cycle millénaire de la vie et de la mort est ouvert. oubliant trop souvent qu’il en existe un troisième. ne pas rester insensible à une poussée lente et irrésistible. humble et féroce. ce tiers-monde ignoré. même en dehors de toute solidarité humaine. lui aussi. en style Nations unies. est une vue de l’esprit et cela dès 1952 . le premier dans la chronologie. Questions D’où vient l’expression « Tiers-Monde » ? A quoi Sauvy fait-il référence ? A quel écrit ? Comment explique-t-il l’oubli du Tiers-Monde ? Qu’est-ce qui fait son unité selon l’auteur ? Réponses Sauvy invente cette notion par référence au tiers-état. de leur coexistence. exploité. ses insuffisances. vers la vie. Car enfin. « Trois mondes. Sauvy pastiche Sieyès et son essai « Qu’est-ce que le Tiers-état » de 1788. On conçoit bien que cet accroissement démographique devrait être accompagnés d’importants investissements […]. qui soyons clair. il faut y inclure d’autres espaces : Amérique Latine. de leur guerre possible ». Quand il affirme « être quelque chose ». Alfred SAUVY.. Sauvy explique l’oubli du Tiers-Monde par des considérations géopolitiques .

sur le respect du droit international. c’est Bandung qui marque l’acte de naissance politique des « peuples de couleur ». On le sait. Libye. Bandung eut un écho considérable. la Libye et l’Egypte . par son charisme. sur la coopération économique. Bandung est l’ancienne capitale de l’Indonésie devenue indépendante en 1949. Il joua un rôle d’amplificateur aux revendications d’émancipation . ils mettent en avant un certain neutralisme. le Nord Vietnam. Depuis deux ans. En jouant les allées et venues entre supergrands. La conférence est l’incarnation de l’afro-asiatisme. 29 pays d’Afrique et surtout d’Asie tiennent une conférence en avril 1955. les grandes compagnies pétrolières. les pays du Tiers Monde réunis à Bandung cherchent confusément une « troisième voie ». prennent conscience qu’ils peuvent sinon influer du moins conquérir leur autonomie dans les relations internationales . courant qui met en avant la communauté de destin et d’intérêt des pays asiatiques et africains. Pour financer un vaste programme de modernisation et de développement. Un coup d’éclat Suez 56.Un essai d’organisation L’apparition du Tiers-Monde sur la scène internationale peut être datée très précisément à 1955 : les guerres de Corée et d’Indochine viennent de prendre fin. 100 Séquence 1-HG00 © Cned – Académie en ligne . Iran. A court terme. Néanmoins. il nationalise le canal de Suez. Ne profitant pas de la rente pétrolière. il eut un impact bien faible. Par l’arme économique. Le mouvement des non-alignés découle assez directement de Bandung. ce faible nombre s’explique aisément car si la décolonisation de l’Asie est largement entamée. Ils rejettent le racisme. l’URSS et les Etats européens. quant au fond. anglo-américaines. il contribua à mobiliser ces nouvelles nations pour investir l’ONU. en Indonésie. Irak. possession franco-britannique. ce n’est pas le cas en Afrique. au nom des droits de l’homme et de la Charte des Nations Unies c’est-à-dire pour l’essentiel du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ». ici l’Egypte. le Pakistan. Qatar. Dans un contexte de guerre froide. Koweït. l’orienter et s’en servir comme tribune. La création de l’OPEP en 1960 ressemble à bien des égards au « coup de Suez ». selon lequel c’est la colonisation ou son avatar le colonialisme qui explique et génère le sous-développement et les difficultés économiques des pays du Tiers-Monde. A Bandung. Quelques grands ténors du Tiers-Monde s’affirment : Nehru pour l’Inde. Même si une précédente conférence s’était tenue à New Delhi en 1947. Soekarno pour l’Indonésie. Sont présents à cette conférence seulement 29 Etats afro-asiatiques parmi lesquels l’Inde. certains pays du Tiers-Monde peuvent se faire entendre mais ce n’est là qu’une minorité et une action isolée. l’Indonésie. la Chine populaire. des Etats producteurs décident de créer en septembre 1960 l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) : Venezuela. Tout autant que les présents. Les pays présents à cette conférence réclament unanimement la fin du colonialisme. Suez redonne aux Arabes leur fierté et affaiblit les deux grandes puissances coloniales d’alors. Elle participe du même postulat tiers-mondiste. comptent les absents : les Etats-Unis. il s’impose comme le leader de la Ligue Arabe et s’illustre à Bandung. les Français et Britanniques accompagnés des Israéliens entreprennent une action militaire pour recouvrer le canal et ces 3 pays. bien que vainqueurs militairement doivent partir faute du soutien américain et face à la menace nucléaire soviétique. C’est l’occasion de chasser les deux puissances coloniales et de restaurer le nationalisme égyptien comme le panarabisme. Nasser a pris le pouvoir en Egypte . Nasser pour l’Egypte et Zhou Enlaï pour la Chine. Nous ne reviendrons pas sur le détail des faits et son impact géopolitique à échelle mondiale qui relève plus des relations internationales. recevable en partie seulement. en effet l’Afrique est toujours sous la sujétion coloniale. l’ingérence des puissances extérieures qu’elles soient européennes ou des deux supergrands. Nigeria. Arabie Saoudite puis Algérie. en 1956 succède aux discours de Bandung. C’est d’Asie que vient « le vent nouveau ». atténuée par la « coexistence pacifique ». Suez. Etats-Unis et URSS . les pays du Tiers-Monde. En août 1960. L’OPEP a un double objectif : augmenter les royalties pour les pays producteurs et nationaliser la production ainsi de l’Irak en 1972. décident de baisser le prix du pétrole.

Fort accroissement démographique. à l’inverse les Anglais et Américains refusent toute remise en cause du libéralisme économique. le neutralisme à l’égard des 2 grands. il est rongé de l’intérieur. exportations quasi exclusives de matières premières restent des caractéristiques communes aux pays du Tiers-Monde. Face à cet échange inégal. Pire. 1970 à Lusaka. Malgré ces beaux principes. son neutralisme n’est que de façade. De cette impulsion naquit le « mouvement des non-alignés ». du colonialisme ou plutôt du « néocolonialisme ». la 3e au Chili en 1972. et plus clairement Cuba ! Le mouvement des non-alignés est nettement anti-américain. Son échec politique est criant. On prévoit ensuite une périodicité de 3 ans pour les sommets des non-alignés : 1964 au Caire. Les pays du Tiers-Monde sont aussi appelés à l’époque « pays sous-développés » . Ernesto « CHE GUEVARA » en est le héros. en effet nombre de ces Etats membres ou fondateurs sont de facto dans la sphère communiste sinon soviétique : la Chine Populaire. soviétique et américain. les 77 s’unissent et portent leurs réclamations dans une conférence à Alger en 1967 : « la gravité du problème requiert d’urgence l’adoption d’une stratégie globale du développement ». c’est que ce fut là un échec. lui qui voulait semer la guérilla contre les « forces impérialistes » en Afrique. Rien de bien concret ! Les CNUCED s’institutionnalisent comme organisme permanent de l’ONU . La mort du Che en 1967 signe le glas des espérances révolutionnaires. Cette demande est relayée par une déclaration de l’assemblée générale de l’ONU en mai 1974 qui rappelle le nécessité de « rapports justes et équitables entre les prix des matières premières. Ces pays prennent conscience de la priorité des questions économiques et notamment de la dégradation des termes de l’échange (rapports entre la valeur des exportations – matières premières – et la valeur des importations – produits industriels –) : l’inflation renchérit les produits importés alors que le cours des matières premières exportées baisse.Le Tiers-Monde : acteur ou plutôt enjeu des relations internationales ? Bandung initie une troisième voie diplomatique. car ses Etats . flagrant dès le milieu des années 1960 a suscité localement l’éclosion de mouvements révolutionnaires. de révolutionnaire romantique. Rien de décisif n’en ressort. Sont réaffirmés de grands principes comme le rejet des deux blocs. tentative pour peser sur les Relations Internationales sans en être l’objet. des produits primaires… exportés par les pays en voie de développement et les prix… des biens… et matériel importés par eux ». Assez rapidement. Ces paroles resteront lettre-morte . Tito (pour la Yougoslavie). Le moins que l’on puisse en dire. a entretenu l’illusion d’une solution par la révolution aux problèmes du Tiers-Monde. la seconde se tient à New Delhi en 1968. en Bolivie … Sa figure christique. la Yougoslavie en dissidence avec la mère patrie. 1973 à Alger. Pour dépasser cet échec. la crise vient d’éclater en 1973 et ruine les espérances des PVD (Pays en voie de développement). le NOEI. le Tiers-Monde s’organise pour peser sur l’organisation du commerce international. notamment en Amérique Latine. comme celui de l’ordre économique mondial. néanmoins comme à Alger en 1973. Nasser et Nehru se réunissent pour relancer les principes du neutralisme entrevus à Bandung. déjà dans un rapport de 1 à 60 en 1964 au sujet de la richesse (proportion de l’écart entre le pays le plus riche et le pays le plus pauvre).membres se disputent parfois les mêmes territoires. la conférence s’enlise : la France propose une fixation des prix et la création d’un fonds d’aide au développement. Ce sera l’objet des CNUCED (Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le Développement). C’est à Belgrade en 1961 que naît officiellement le mouvement des non-alignés. 120 pays sont représentés dont 77 pays en voie de développement. c’est une tribune qui soulève des problèmes de fond. cette dénomination toujours « européocentriste » sinon « occidentalo-centrée » traduit néanmoins une réalité économique indéniable : le fossé entre pays développés et pays en voie de développement ne cesse pas de se renforcer. Séquence 1-HG00 101 © Cned – Académie en ligne . Dès 1956. or aucun décollage économique n’est repérable à l’horizon. 25 pays sont présents à cette conférence. L’échec des Pays du Tiers-Monde à peser sur les relations économiques internationales. dont la première se tint en 1964 à Genève. Voyons en quoi. D’où l’exigence formulée à Alger lors du sommet des « non-alignés » en 1973 de mettre en place un « nouvel ordre économique international ». le « mouvement des non-alignés » est l’exemple d’une illusion.

On pourrait trouver un seul contre-exemple à la césure économique NORD-SUD qui commence à se durcir : les accords CEE-ACP. L’utilisation de l’armé économique pour faire pression sur les EtatsUnis a fonctionné. surtout en Afrique. Or. La crise économique fait voler en éclat l’idée de solidarité entre pays du Tiers-Monde. comme le Nigeria. l’idée de Tiers-Monde perd toute efficacité et signification. Guinée. C’est le détonateur de la crise. privilégiant plutôt des dépenses improductives quand ce n’est pas la corruption qui engloutit les revenus pétroliers. disposent bien de gisements pétroliers mais ils ne réussissent guère à profiter de la manne pétrolière. Caraïbes. Ces obstacles sont d’abord politiques : Les PED ont pour la plupart hérité de la notion d’Etat. En 1975. décide les 16 et 17 novembre 1973. L’année 1973 est sur ce point l’année cruciale. ils caractérisent les pays du Sud. en témoigne le relatif échec du sommet de Cancun (Mexique) en octobre 1981 où étaient promises des négociations entre pays développés et pays en développement. ils prévoient des aides financières. le Groupe de Casablanca (réunissant des pays islamiques : Maroc. essentiellement les pays arabes producteurs de pétrole. Nombre de PED sont multiethniques. explosion du chômage. renouvelés en 2000. ainsi que de frontières. en pleine guerre israélo-arabe d’augmenter le prix du baril de pétrole par quatre. par les accords de LOME I. nombre d’entre eux sont aussi dépendants des importations énergétiques. pour s’affirmer ont rappelé l’intangibilité des frontières. à échelle mondiale. malgache et mauricienne) francophone et sa rivale. Ces accords sont renouvelés en 1979 : Lomé II. elle révèle crûment les intérêts antagonistes au sein même des pays du Tiers-Monde. la Communauté Européenne signe un accord de commerce privilégié avec 35 pays ACP (= Afrique. fréquents. Ghana. Les pays en développement – mieux vaut ainsi les dénommer – sont laissés à eux mêmes . Des « Suds » : les obstacles communs du mal développement Au-delà des divergences d’intérêts économique et politique qui nous interdisent d’utiliser désormais le vocable « tiers-monde ». un accès facilité au marché européen et un certaine stabilisation des prix des produits exportés vers l’Europe. on assiste à l’apparition en 1967 de l’ASEAN (Association des Nations d’Asie du Sud-Est) afin d’organiser l’essor économique de cette région. L’OPEP. et concernent 71 Etats ACP. pays faiblement peuplé pour certains. ainsi l’Arabie Saoudite augmente sa richesse de 2 fois et demie dans l’année qui suit le choc. Si. La notion même de Tiers-Monde perd toute signification. l’OUA (Organisation de l’Unité Africaine) dont le but était de veiller à la paix et au respect des frontières avait fait preuve de son échec aussi d’autres organisations africaines ont vu le jour : l’OCAMM (Organisation commune africaine. Les pays développés sont gravement touchés : forte inflation. avec l’OUA. Or très souvent. Le choc pétrolier enrichit les Etats pétroliers du Moyen et Proche-Orient. les pays du Tiers-monde s’enfoncent dans la crise et commence le cycle infernal de la dette. des intérêts différents Les problèmes économiques ont pris le dessus sur les aspects politiques. Ces pays. La facture pétrolière s’avère trop lourde. Certaines ethnies minoritaires ont souhaité accéder à l’indépendance.D La fin du Tiers-Monde et l’émergence des « Suds » Une unité factice. Ils continuent de nos jours. essentiellement des matières premières agricoles. En Afrique. Mali…). Mais tous les pays du Tiers-Monde ne sont pas exportateurs de pétrole. étendus à 58 pays . En Asie. il en a résulté nombre de conflits dont le plus 102 Séquence 1-HG00 © Cned – Académie en ligne . Quelques pays. n’en demeurent pas moins des tentatives d’organisation locale. on oublie un peu vite que les pays du Tiers-Monde ont également et pour certains plus durement subi la crise économique. ces frontières sont artificielles en ce sens qu’elles ne correspondent à aucune réalité ethnique ou économique. forgée par les anciens colonisateurs. Pacifique). il existe néanmoins des critères communs et bien qu’ils ne se retrouvent pas dans tous les pays en développement. parfois antérieure à 1973.

Le Sud c’est 1/4 des richesses mondiales pour 3/4 de la population mondiale. en Corée du Nord… Ce constat négatif doit cependant être nuancé. le cas du Congo-Zaïre ou Congo-Kinshasa s’en rapproche. A l’inverse. c’est autour de l’ethnicisme c’est-à-dire la volonté de domination exclusive d’une ethnie. c’est l’inverse qui se produit avec une course aux armements. Les remises de dettes partielles accordées (G7 de Lyon en 2000) n’effacent pas le problème. Séquence 1-HG00 103 © Cned – Académie en ligne . où les affrontements inter-ethniques sont monnaie courante. c’est la menace islamiste qui se précise depuis 25 ans. l’Erythrée a acquis son indépendance après une guerre de 30 ans contre l’Ethiopie en 1993 ainsi que le Timor oriental en 2002. Parti Communiste en Chine ou au Vietnam. un groupe ethnique ou un parti : Parti Baas en Irak jusqu’en 2003. Les PED tentent de s’organiser pour exiger l’ouverture des marchés des pays du Nord comme le G21 (groupe de 21 pays en développement) qui ont réussi à faire échouer les négociations de l’OMC à Cancun sur les produits agricoles en 2003 par leur opposition. les coups d’Etat sont nombreux. surtout en Afrique. sont devenues géantes comme Le Caire.célèbre est celui du Biafra. ravagé par le terrorisme. Les villes des PED. Il y a là un déséquilibre caricatural qui explique l’accroissement des migrations Sud-Nord. Depuis la décolonisation. Depuis la prise de pouvoir de Mobutu en 1965. Les troubles ne se développent pas seulement sur des querelles de frontières. Ces obstacles sont également de nature socio-économique : Les PED doivent faire face à deux grands défis : – l’endettement. alors qu’au Nord on assiste depuis la chute de l’Union Soviétique à un certain – et relatif – désarmement . En Afrique. La violence politique se trouve souvent à la tête de l’Etat. Prenons l’exemple du Congo-Kinshasa. au Pakistan (1998). démocratie établie en 1983 en Argentine. revendiqué par l’Inde et le Pakistan. De fait. au Sri Lanka où les Tamouls luttent toujours pour faire sécession. Les autorités nigérianes déclenchèrent une guerre qui dura 3 ans et permit d’écraser le mouvement sécessionniste. Mexico. à l’arme atomique. les Hutus ont massacré près de 500 000 Tutsis. Le Soudan est un autre exemple de ces guerres ethniques : le sud chrétien et animiste a subi une véritable politique d’extermination par la faim menée par le nord musulman avant qu’un droit à l’autodétermination n’intervienne en 2002. et en de plus rares cas des métropoles régionales. Bombay… Ces villes expriment tous les contrastes sociaux des PED : quartiers modernes financiers ou résidentiels aisés s’opposant à d’infinis bidonvilles. On pourra définir l’islamisme comme un projet politique totalitaire de fondamentalistes religieux musulmans dans lequel la Charia – Loi Islamique – gère toute la vie quotidienne. – l’explosion démographique . en 1985 au Brésil (à l’exception de Cuba) et en Afrique australe dans les années 90 (à l’exception du Zimbabwe). évalué à 2000 milliards de $ en 1995 qui asphyxie les économies africaines ou asiatiques. La démocratisation a spectaculairement progressé en Amérique Latine dans les années 80. très souvent elle migre vers des postes mieux rémunérés dans les pays du Nord. On a vu se multiplier les guerres civiles pour des motifs très divers. le pouvoir politique dans les PED est confisqué par les militaires. Le cas type s’est produit au Rwanda en 1994 quand d’avril à juin. Lagos. en Indonésie et surtout en Amazonie. la dictature continue. On n’oubliera pas non plus la corruption. et quand la population se qualifie. Il existe enfin des obstacles communs avec les pays développés mais particulièrement aigus dans les PED : La crise urbaine. précaires et illégaux. Ce militaire a été chassé en 1997 par Laurent Désiré Kabila. au Sud. Sao Paulo. région des Ibos chrétiens à l’Est du Nigeria – pays à dominante musulmane – qui proclama son indépendance en mai 1967. Sans encore atteindre la proportion du génocide rwandais. d’un groupe de population sur les autres composantes nationales. après que l’ONU y a envoyé une force militaire pour empêcher toute reconquête indonésienne. chef des rebelles . L’islamisme en Algérie a conduit depuis 1992 à une véritable mise à sac du pays. Des conflits persistent : au Cachemire. pays dans lequel les troubles persistent. en cours en Iran et en Corée du Nord. L’effort de scolarisation est énorme à accomplir pour une population très jeune . Dans les pays islamiques. en tout cas les capitales. en Afrique du Sud(1979). obtenue en Inde (1974). ce dernier disparaît en 2001 dans un attentat… Trop souvent. Les atteintes à l’environnement sont spectaculaires et notamment la destruction des forêts primaires au Gabon.

Le monde islamique Il présente en fait une grande diversité. Philippines) s’industrialisaient. Elle cumule presque tous les obstacles au développement vus précédemment. C’est un territoire délaissé. Les monarchies pétrolières d’Arabie côtoient des PMA comme l’Afghanistan. Indonésie. Jusqu’en 1997.Une inégale insertion au processus de mondialisation La fracture Nord-Sud balafre notre planète mais nous ne pouvons pas nous en tenir à ce constat trop simplificateur. guerre. Il est possible de faire des regroupements régionaux : L’Asie Elle donne l’impression de sortir du mal développement. La crise de 1997 a révélé la fragilité de l’essor économique pour ces derniers. culturelle … des PED de même que l’est de plus en plus la main mise sur les économies défaillantes des PED du FMI et de la Banque Mondiale dans le but. de restreindre la dette. à l’instar de l’Asie pacifique. 104 Séquence 1-HG00 © Cned – Académie en ligne . qui ne réalise qu’à peine 3% de la richesse mondiale. en Algérie depuis 1988. les PED se singularisent les uns par rapport aux autres. on pouvait parler de « prospérité économique » pour cette zone. Thaïlande. L’Afrique subsaharienne Elle donne l’impression depuis 25 ans de s’enfoncer dans le mal développement. La Chine. Taiwan. L’Amérique latine Elle s’est également insérée dans les échanges mondiaux mais les progrès ne sont pas aussi spectaculaires qu’en Asie. Les anciens NPI d’Asie : Corée du Sud. Endettement. connaît des taux de croissance sans égal par ailleurs. dans l’OMC depuis 2001. Aujourd’hui. plus que les contrastes de richesse. Singapour sont depuis près de 20 ans considérés comme des pays du Nord. On a vu les accords de Lomé entre les pays ACP et l’Union Européenne. Une tentative partielle de réponse a été proposée : les politiques de coopération ou d’aide au développement dont la France dans le cadre de la francophonie a été un leader. quand les « Tigres » (Malaisie. Depuis 1973. officiel. spectaculaire en Colombie. entretenant la dépendance. L’Asie a su s’insérer dans le commerce mondial. technique. la richesse y progresse mais les écarts sociaux sont caricaturaux. prenant le relais des 4 NPI. Des maux plus spécifiques persistent et gangrènent sinon la société du moins l ‘économie et la politique comme le trafic de drogue. pandémies… La situation de l’Afrique est très préoccupante. régulièrement reconduits depuis 1975. Cette aide au développement a été fortement critiquée comme étant « néocolonialiste ». A travers cette étude du Sud. et ce n’est pas par hasard si on y localise la plupart des Pays Les Moins Avancés (PMA) du monde. en utilisant d’abord l’abondance et le côté bon-marché de sa main d’œuvre. Les tentatives d’organisations régionales comme le MERCOSUR ne sont pas convaincantes pour l’instant . Globalement. en Iran de 1979 à nos jours. corruption. c’est le péril de l’islamisme qui pointe et pourrait être mortel à tout processus de développement : en Afghanistan de 1996 à 2002 . on perçoit bien que les difficultés économiques et sociales des PED persistent. ces pays restent très dépendants des institutions financières internationales comme le FMI et la Banque Mondiale comme l’a montrée le naufrage de l’Argentine en 2001-2002.

Vers la fin de l’affrontement Est-Ouest L’URSS s’effondre et l’Europe change de visage Un renouveau de l’Onu ? L’émergence d’un nouveau « désordre international » Traité de désarmement START. La révolution iranienne en 1979 c. Etudier une caricature : analyser la composition et interpréter le dessin et souligner la portée du document. Analyser un article de presse : repérer l’objectif du journaliste et ses arguments pour convaincre le lecteur. Exploiter une carte géopolitique : extraire et classer différents types d’informations. La « guerre fraîche » ou le retour de la tension américano-soviétique Une révolution islamique qui déstabilise les relations internationales a. Comprendre une affiche de propagande : identifier les personnages. Islamisme – Frères musulmans – chi’ites – sunnites – Irak . saisir le message et analyser les méthodes utilisées.ontenu du chapitre 4 A la recherche d’un nouvel ordre mondial depuis les années 1970 Problématique : Le nouvel ordre mondial naissant signifie-t-il la fin des conflits ou un désordre généralisé ? Plan : traitement de la problématique Introduction A Un monde déstabilisé : 1973-1985 Notions-Clés Nouvel ordre mondial Repères Un réalignement des deux Grands dans le monde Accords de Camp David – Khmers rouges – révolution castriste – invasion de l’Afghanistan. L’impact de l’islamisme sur l’équilibre géopolitique du monde musulman B La fin du système bipolaire : 1985-1991 IDS – affaire des euromissiles – guerre des Malouines – ANC. Casques bleus – ONG. Terrorisme – Intifada – première Guerre du Golfe. Comment est née la Révolution islamique ? b. Perse – Shah – mollah – SAVAK – imam – ayatollah – Khomeiny – République islamique. Panarabisme – « grand satan » – oumma – jihad – charia – wahhabisme – Arabie Saoudite – islamisation – guerre Iran-Irak. Indépendance des républiques soviétiques – CEI. Séquence 1-HG00 105 © Cned – Académie en ligne .Liban.

« purification ethnique » – guerre de Bosnie – Accords de Dayton – guerre du Kosovo – Génocide du Rwanda – FIS.Plan : traitement de la problématique C A la recherche d’un nouvel ordre mondial : 1991-2004… Notions-Clés Repères Un monde régi par la « pax americana » ? Des foyers de tension multiples : les brasiers de la planète De l’islamisme au terrorisme Les attentats du 11 septembre 2001 ont-ils changé le monde ? Guerre de Tchétchénie – « pax americana » – théorie des « 3 sphères ». Lire une carte politique : extraire et interpréter différents types d’informations. 106 Séquence 1-HG00 © Cned – Académie en ligne . World Trade Center – guerre d’Afghanistan – 2e guerre du Golfe. Réseau Al Qaida – Ben Laden.

Séquence 1-HG00 107 © Cned – Académie en ligne . Le 1er mai 1975 la télévision filme l’évacuation désordonnée des derniers Américains de Saigon. Déjà le milieu des années 1970 marque une rupture : le monde entre dans une période plus désordonnée et relativement moins structurée que la guerre froide des années 1950-1960. Un manque de confiance s’installe peu à peu entre les dirigeants des deux puissances qui ne se rencontrent même plus entre 1979 et 1985 ! Un réalignement des deux Grands dans le monde Le fait marquant reste le retrait sensible des Etats-Unis de la scène internationale. La fin de la guerre froide en 1991 laisse une forte empreinte dans les mémoires collectives mais ne signifie pas pour autant le passage mécanique d’un système bipolaire à un système unipolaire ou même multipolaire. de la crise pétrolière. Au printemps 1975 l’armée nord-vietnamienne s’empare facilement du Sud Vietnam abandonné par les Etats-Unis. Les treize dernières années avec leur cortège de conflits sanglants (une cinquantaine de guerres sont en cours dans le monde actuellement). Les Etats-Unis et l’URSS ne gèrent plus ensemble les affaires du monde. Il annonce une nouvelle ère de paix fondée sur le respect des droits des peuples et des personnes et sur la collaboration des nations libres au sein de l’Onu. Les images de leurs hélicoptères jetés dans la mer font le tour du monde. Les effets conjugués de la guerre du Kippour.À la recherche d’un nouvel ordre mondial depuis les années 1970 L e début des années 1990 représente un tournant essentiel dans les relations internationales. la carte politique de l’Europe centrale et orientale est redessinée… Ces changements géopolitiques majeurs conduisent en 1991. Ils ne veulent pas retomber dans un nouveau Vietnam (« no more Vietnam »). une nouvelle phase de tension entre les deux Grands dite la « guerre fraîche » (expression de Brejnev) nous rappelle que la logique d’affrontement est toujours présente. les critiques de plus en plus virulentes à l’égard des Etats-Unis « gendarmes » du monde et la crise de crédibilité de l’Onu semblent contredire l’existence de cet équilibre international. le communisme commence à sombrer. du désordre monétaire et du début d’une longue récession économique remettent en cause le fragile équilibre du monde. au lendemain de la victoire des forces coalisées contre l’Irak. une Asie très perturbée. Les bases sur lesquelles repose le monde depuis 1945 s’ébranlent : l’URSS s’effondre. l’existence de plus de 50 millions de réfugiés. le président américain George Bush à utiliser dans un discours l’expression de « NOUVEL ORDRE MONDIAL ». Le nouvel ordre mondial naissant signifie t-il la fin des conflits ou un désordre généralisé ? A Un monde déstabilisé : 1973-1985 Sur fond de crise économique. Le réveil de l’islamisme et des nationalismes dans les années 1980 finit de déstabiliser un monde dans lequel plus aucune région ne semble à l’abri d’une guerre. Ce repli encourage les volontés expansionnistes du monde communiste. une Europe impuissante incapable de contrebalancer l’Amérique. L’Amérique essuie une terrible humiliation. Les Etats-Unis se retirent des affaires mondiales et l’URSS en profite pour étendre son influence sur la planète. Nous sommes plutôt entrés dans un monde incertain marqué par une Amérique surpuissante et limitée dans son efficacité. une Afrique dans la détresse et Proche-Orient plus que jamais dans l’impasse. une Russie empêtrée dans ses difficultés.

Le désordre continue dans l’ex-Indochine. En 1975 toute la péninsule indochinoise bascule dans le communisme : le Pathet-Lao (mouvement nationaliste de gauche fondé en 1950) prend le pouvoir au Laos et les Khmers rouges font de même au Cambodge. révulsés par le scandale du Watergate et marqués par la fin de leur incontestable supériorité économique et stratégique. au Congo et au Sierra Leone au point de devenir la principale puissance étrangère du continent noir. Mais la théorie des dominos ne se vérifie pas. doit quitter le pouvoir (voir partie suivante). les Etats-Unis commencent à douter d’eux-mêmes. Les deux ennemis de trente ans se réconcilient par les accords de Camp David (résidence présidentielle américaine du Maryland) en mars 1978. Le 26 mars 1979 le président égyptien Sadate et le Premier ministre israélien Begin signent à Washington une paix séparée.Hantés par cet échec. C’est la première étape historique vers le règlement du conflit israélo-arabe. – sa maîtrise permettrait le contrôle de la route vitale du cap de Bonne-Espérance par où passent les supertankers transportant 60 % du pétrole européen et 30 % du pétrole américain. Quel est donc l’enjeu de ce continent ? – il commence à intéresser les pays développés car certains Etats possèdent d’immenses ressources minières. En Angola et au Mozambique. indépendants depuis 1974. 108 Séquence 1-HG00 © Cned – Académie en ligne . Sadate est immédiatement rejeté par le monde arabe qui ne lui pardonne pas cette trahison. Ils signent des traités avec les pays les plus lointains et leur apportent une aide économique et militaire. soucieux de mener une politique de défense des droits de l’Homme et de la paix. On retrouve les Cubains en Tanzanie. Il voudrait bien mettre la main sur l’ancienne Indochine française se protégeant de la sorte de son puissant voisin chinois qui a toujours eu des vues sur cette région. Le président Jimmy Carter (1976-1980). L’échec du raid américain lancé en avril 1980 pour le récupérer est perçu partout dans le monde comme le symbole de la faiblesse de la première puissance mondiale. Jusqu’au milieu des années 1970 elle est restée en grande partie à l’écart de la confrontation Est-Ouest. Les années Carter sont aussi ponctuées de graves crises. précieux allié du Moyen-Orient. Le Vietnam unifié depuis 1975 est le fidèle allié de Moscou en Asie du Sud-Est. 35 % du manganèse et 20 % de l’uranium mondial. En janvier 1979 le Shah d’Iran. l’URSS lance une offensive tous azimuts. Cet organisme de coopération économique et politique a pour règle le neutralisme. Moscou envoie des instructeurs militaires en Namibie et en Rhodésie. Profitant du recul de leur adversaire. Le retrait diplomatique est général excepté au Proche-Orient. 50 % du platine. Le nouveau maître du pays l’ayatollah Khomeiny clame haut et fort son antiaméricanisme. La nouveauté politique est donc l’arrivée des Etats communistes : l’URSS. des famines et des conflits interethniques affaiblissant les Etats (la plupart du temps l’ethnie au pouvoir qui favorise les siens doit lutter contre les rebelles d’autres ethnies). les soldats cubains équipés avec du matériel soviétique permettent au FRELIMO (Organisation armée du front de libération du Mozambique) et à l’UNITA (Union Nationale pour l’Indépendance totale de l’Angola) de triompher. En novembre 1979 le personnel de l’ambassade des Etats-Unis de Téhéran est retenu en otage.Une autre proie tentante pour les Soviétiques est l’Afrique. s’implante en Somalie (1969) et en Ethiopie (1976) après la chute de l’empereur Hailé Sélassié. 70 % de l’or et du cobalt. Les Khmers rouges communistes se livrent de 1975 à 1979 à un génocide qui fait autour de trois millions de morts soit un quart de la population totale du pays ! . La péninsule indochinoise devient entièrement communiste. Au final l’Afrique va connaître une détresse plus profonde que du temps de la colonisation. Outre l’avancée soviétique dans le monde. Cuba et la Chine. la même année que la dissolution de l’OTASE. ce sont les événements d’Iran qui ternissent le plus l’image de l’Amérique. Au total l’Afrique c’est 75 % des diamants. l’ASEAN (Association of South East Asian Nations). Le Cambodge se coupe du monde et impose une dictature sanguinaire. Les Soviétiques renforcent leur influence sur plusieurs fronts du Tiers-Monde. Ils agissent le plus souvent à couvert en utilisant des alliés communistes (le Vietnam et Cuba). joue un rôle décisif de médiateur entre Israël et son plus puissant voisin arabe l’Egypte. Elle devient dès lors victime des grandes puissances. La Thaïlande résiste et constitue en 1977.

Bahamas. Le conflit s’enlise portant un coup d’arrêt imprévu à l’expansion soviétique. L’URSS menace en fin de compte plusieurs intérêts vitaux du bloc occidental : la réserve pétrolière moyenorientale. Grenade…). Il y fait figure de héros anti-impérialiste. C’est surtout en Amérique centrale que la domination états-unienne est rejetée. En 1973 la CIA favorise le coup d’Etat qui renverse au Chili le président socialiste Salvador Allende. prétextant un soutien idéologique au pouvoir communiste en place.En quelques années l’influence soviétique a accompli des progrès considérables : l’Angola et l’Ethiopie sont membres du COMECON. Castro est plus que jamais exportateur de la révolution marxiste-léniniste dans la région des Caraïbes où les derniers Etats du continent accèdent à l’indépendance (Jamaïque. il n’en reste pas moins qu’ils constituent de solides remparts contre l’extension du communisme (synonyme en ces lieux de partage des terres). assassinat de 50 000 opposants politiques et incarcération de 90 000 personnes dans les prisons de la DINA. les richesses minérales d’Afrique australe et les grandes routes maritimes de la région. En juillet 1979 le Nicaragua tombent aux mains des révolutionnaires du Front Sandiniste (du nom de Sandino qui s’est soulevé avec succès contre une intervention américaine en 1933) qui renversent le dictateur haï Somoza. Pourtant dans son île le régime se durcit en 1975 avec un encadrement étroit de la population par la police et l’armée. Cette invasion obéit aussi à un vieux rêve de l’époque des tsars : obtenir un débouché sur une mer chaude. Cuba serait asphyxiée si l’URSS n’achetait pas chaque année son sucre très au-dessus des cours mondiaux.L’URSS enregistre également des succès en Amérique Latine. La « guerre fraîche » : le retour de la tension américano-soviétique L’opinion mondiale réagit mollement face à l’invasion de l’Afghanistan par l’Armée rouge. C’est la naissance d’un second Etat marxiste sous le nez des Etats-Unis et de surcroît proche du canal de Panama. La révolution castriste continue donc à défier le Pentagone en soutenant les révoltes des guérilleros du Guatemala. Sur le terrain la résistance afghane s’organise dans les montagnes. Pendant longtemps le Chili va être l’archétype de la dictature militaire sud-américaine. décide le 27 décembre 1979 d’envoyer en Afghanistan plusieurs dizaines de milliers de soldats et matériel de destruction militaire considérable. le Congo et le Bénin sont des places fortes tandis que de bonnes relations sont établies avec l’Algérie et la Libye. . C’est une application de la doctrine Brejnev consistant à empêcher un pays entré dans le camp socialiste d’en sortir. . A la fin des années 1970. L’industrialisation et l’agriculture sont des échecs. la police politique). A l’automne 1979 la rébellion anticommuniste se généralise dans le pays. Ce sous-continent. en Argentine et au Brésil. largement indépendant depuis les années 1820-1830. se caractérise par la faiblesse de la démocratie. l’Afghanistan est un pays « archaïque » depuis toujours tampon entre la Russie et l’Inde. Ceci explique en grande partie la multiplication des guérillas d’inspiration marxiste. L’URSS. Pourtant ils ont autoritairement repris la région en main au début des années 1970. A Kaboul des groupes communistes se succèdent pendant plusieurs mois manipulés par Moscou ou par Pékin. D’autres régimes autoritaires s’installent en Uruguay. le Mozambique. Les EtatsUnis décrètent l’embargo des ventes de céréales et des équipements de hautes technologies à l’URSS Séquence 1-HG00 109 © Cned – Académie en ligne . par l’extension du « travail obligatoire » et par la dénonciation des suspects. des écarts de richesse considérables entre les habitants et de structures économiques fragiles. Une junte militaire dirigée par le général Pinochet prend le pouvoir et lance une féroce répression (exécution de 2 000 officiers. Même si ces Etats ne sont pas soutenus par Carter. du Nicaragua et du Salvador. Barbade. Les Etats-Unis doivent à l’évidence admettre que ce n’est plus leur chasse gardée. En 1978 un coup d’Etat militaire renverse la monarchie et met en place un gouvernement prosoviétique.La guerre en Afghanistan reste l’événement le plus lourd de conséquences pour la paix mondiale.

ne sont pas ratifiés (confirmés) par le Congrès américain. Mais pris par l’affaire d’Iran ils n’interviennent pas directement. Pourtant la réaction américaine ne tarde pas à se faire sentir. En décembre 1979 les Etats-Unis décident d’implanter en Europe occidentale en dix ans 108 fusées Pershing et 464 fusées Cruise. Questions Identifier les personnages. Déjà à la fin de son mandat.et symboliquement ils refusent de participer aux Jeux Olympiques de 1980 à Moscou. proposée par les Américains en 1981. Les Etats-Unis durcissent leur politique à l’égard de l’URSS. Que veut montrer la caricature ? Réponses Ce sont les deux chefs d’Etat les plus puissants du monde en janvier 1984 : le président des Etats-Unis Ronald Reagan qui termine son premier mandat et le Secrétaire du PCUS Youri Andropov (il décédera le mois suivant) qui a succédé à Brejnev à la tête de l’Union soviétique en 1981 reconnaissable à son badge représentant la fossile et le marteau. Toute tentative de mainmise sur le golfe Persique est désormais considérée comme une atteinte contre les intérêts américains (et pour cause en 1970 les Etats-Unis importent 20 % de leur pétrole des pays arabes et en 1977 ce chiffre passe à 46 %). les fusées Pershing 2 sont installées en novembre 1983 en RFA. Première priorité Redéployer les forces militaires américaines : – les accords de SALT 2 signés à Vienne. Ils répliquent ainsi à l’installation depuis 1977 des fusées de moyenne portée SS 20 soviétiques (à 3 têtes nucléaires de 150 kilotonnes chacune) qui menacent l’Europe de l’ouest. au Royaume-Uni et aux 110 Séquence 1-HG00 © Cned – Académie en ligne . Après le refus soviétique de l’« option zéro » (aucune fusée en Europe). Document 2 La crise des Pershing © PLANTU. prolongeant les accords SALT 1 sur la limitation des rampes de lancement de missiles nucléaires. C’est l’élection de Reagan qui marque incontestablement le retour de l’Amérique sur le devant de la scène internationale. Carter modifie sa politique. Les négociations SALT 3 qui prennent en compte les missiles nucléaires installés en Europe sont quant à elles ajournées – plus grave est l’affaire des euromissiles.

Séquence 1-HG00 111 © Cned – Académie en ligne . Nous sommes en janvier 1984 et depuis quelques semaines le danger nucléaire est au cœur de l’Europe. – enfin en 1982 les Américains soutiennent les Britanniques dans la guerre des Malouines contre l’Argentine. M. L’IDS présente cependant une faiblesse de taille : il est inefficace contre les missiles de croisière volant au ras du sol et les missiles tirés des sous-marins. Les Chinois ont très mal pris la mise en tutelle de leur allié cambodgien par le Vietnam prosoviétique. Son objectif est d’asphyxier le Nicaragua. se lance dans un surarmement des moudjahiddins sans aucun contrôle qui coûte trois milliards de dollars par an. chef du gouvernement britannique. A partir de 1985 l’agence américaine. La Grande-Bretagne occupe les îles Malouines (ou Falkland) depuis 1833.Pays-Bas malgré les protestations des pacifistes. la première depuis le Vietnam. Le seul enjeu de cet archipel est stratégique : c’est le contrôle du détroit de Drake itinéraire des sous-marins soviétiques entre l’Atlantique et le Pacifique. L’ampleur du programme (26 milliards de dollars) et l’innovation technique qu’il représente remettent en question le principe de dissuasion mutuelle. L’armée chinoise a seulement voulu montrer qu’elle est fort capable de s’emparer du delta du Tonkin. marque le redressement international des Etats-Unis. En effet cette région devient le champ clos des rivalités sino-soviétiques. De leur côté les Soviétiques soutiennent le président Daniel Ortega en lui envoyant deux milliards de dollars entre 1979 à 1988. La France conserve des liens privilégiés avec certains Etats (Sénégal. Ces forces considérables infligent une rapide défaite à leur voisin et marque l’arrêt de l’expansion vietnamienne. En Afrique les réactions occidentales sont limitées. L’URSS subit une véritable alliance de revers. En Amérique Latine Reagan laisse la CIA mener la guerre : – elle finance les Contras (opposants au régime sandiniste). En février 1979 s’enclenche une étrange guerre entre Pékin et Hanoi : 300 000 soldats chinois. Le budget américain de la Défense augmente de 25 % en 3 ans et Reagan annonce en mars 1983 une nouvelle étape dans la course aux armements. y envoie toute la marine anglaise qui dès juin 1982 récupère ses possessions. En Afghanistan Brejnev pensait que Carter le laisserait faire. se rendant compte que la résistance est incapable de battre une armée soviétique de 120 000 hommes. – simultanément elle soutient la répression anticommuniste de Duarte au Salvador et multiplie les opérations clandestines au Honduras. Parallèlement elle entame un rapprochement avec l’Ouest en signant un traité de paix avec le Japon en 1978 et en se faisant reconnaître officiellement par les Etats-Unis la même année. Il faudra attendre 1989 pour que Moscou se réconcilie avec Pékin après 30 ans de discorde. Il faut dire que l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) est bien incapable de résoudre les conflits régionaux. Elle soutient les régimes en place comme le montre l’opération Kolwezi (cité minière du Zaïre menacée par les voisins Angolais en 1978). Dès janvier 1980 Carter autorise la CIA à armer les résistants moudjahiddins (ceux qui combattent dans la voie du jihad) afghans. les Etats-Unis bénéficient de l’aide d’un allié inattendu : la Chine. 1 000 chars et autant d’avions et de canons franchissent la frontière nord du Vietnam. Le projet est baptisé « guerre des étoiles » et sera opératoire en 2000. Thatcher. Contrairement à l’image angélique présentée dans la caricature Ronald Reagan est intraitable envers ce qu’il appelle l’« Empire du mal ». Après la fin de la guerre en 1988 elle coupera tout lien avec l’Afghanistan ! En Asie du Sud-est. – en 1983 Reagan fait intervenir les Gi’s sur la petite île de Grenade devenue depuis 1979 un « relais de subversion soviético-cubaine ». C’est l’IDS (Initiative de Défense Stratégique) visant à organiser un bouclier spatial pour protéger le territoire états-unien contre toute attaque nucléaire. La Chine s’affirme ainsi comme le gendarme de la région. L’Argentine les revendique depuis longtemps et en avril 1982 elle fait occuper par surprise la capitale de Port-Stanley. Les Etats-Unis soutiennent bien quelques maquis anticommunistes (Angola) ou des régimes conservateurs (Zaïre) mais c’est la France qui joue un rôle de police dans la région. Côte d’Ivoire. Seconde priorité Stopper l’expansion soviétique dans plusieurs régions. Cette opération militaire symbolique. Gabon…) et a signé des accords militaires avec presque toutes ses anciennes colonies. Elle fonctionne comme un simple cartel de chefs d’Etat.

Cet Etat fédéral indépendant depuis 1910 a mis en place dans les années 1950 une politique de séparation raciale. 112 Séquence 1-HG00 © Cned – Académie en ligne . guide de la prière (au sens spirituel) ou d’une communauté musulmane. Comment est née la Révolution islamique ? L’islamisme est un ensemble complexe de mouvements qui voient dans l’islam une idéologie politique. N’hésitez pas à vous y reporter. Dès les années 1920 les premiers théoriciens islamistes prennent en compte les concepts modernes de l’économie. pauvre et à forte croissance démographique. Leurs mouvements. Chez les chi’ites titre également donné aux 12 descendants de Mahomet pouvant lui succéder politiquement. tels les Frères Musulmans créés en Egypte en 1929. a. de l’idéologie et des institutions et abordent les problèmes contemporains (statut de la femme. Mouvement religieux. Dans le cours les (*) y renvoient. recrutent parmi les intellectuels et les hauts fonctionnaires. Religieux d’un rang subalterne s’occupant de théologie (équivalent persan d’ouléma). Partisan d’Ali dans la guerre de succession du Prophète Mahomet. Selon eux l’islamisation de la société passe par l’instauration d’un Etat islamique. pauvreté…). Et puis dernier aspect non négligeable dans ce contexte de « guerre fraîche » ce pays est un bastion de l’anticommunisme en Afrique australe. Loi islamique directement inspirée du Coran et de la pratique du Prophète touchant tous les aspectes de la vie individuelle et collective des musulmans. Le pays est progressivement mis en quarantaine par l’ensemble des pays africains et la pression internationale sur Pretoria s’accentue. Les 70 % de Noirs vivent à l’écart des Blancs et ne peuvent pas occuper plus de 13 % du sol ! Dans les années 1970 se développe le nationalisme noir anti-apartheid sous l’impulsion de l’African National Congress fondé en 1912. Nombre de ces pays vont se trouver fragilisés par une véritable onde de choc de la planète : le réveil islamique dont nous mesurons aujourd’hui l’importance. manganèse…). Ce petit lexique vous permettra de vous y retrouver. Désigne à la fois « l’Effort » sur soi-même ou collectivement et la volonté d’assurer la victoire de l’islam s’il est menacé. « Modèle ». Au final la détente ne résiste pas à la crise économique et aux déséquilibres régionaux qu’elle a engendrés. Les Etats déstabilisés appartiennent tous au Tiers-monde surendetté. Cet Etat se trouve sur la route maritime du Cap et possède de riches minerais (chrome. 1983-1984 et 1986) agressé par la Libye qui convoite le nord du pays. Reste le cas de l’Afrique du Sud. Par son ampleur et ses conséquences c’est un événement aussi important que la révolution bolchevique de 1917 ou la Révolution française de 1789. Une Révolution islamique qui déstabilise les relations internationales La révolution islamique qui naît en Iran en 1979 est l’un des faits marquants de ce dernier quart de siècle. né au XVIIIe siècle. l’Apartheid. Celui qui suit la Sunna (la tradition) du Prophète. éducation. à forte rigueur morale qui veut réformer l’islam.Elle n’hésite pas à intervenir militairement comme au Tchad à plusieurs reprises (1978-1980. Des violences éclatent dans les cités noires comme à Soweto en 1976. Ayatollah Charia Chi’ite Imam Jihad Mollah Oumma Sunnite Wahhabisme Titre honorifique donné aux principaux chefs religieux de l’islam chi’ite. C’est devenu la doctrine officielle de l’Arabie Saoudite. Pourtant les Occidentaux ont pris tardivement conscience de son importance historique. Communauté internationale de tous les croyants musulmans. Mais les occidentaux sont sensibles aux enjeux économiques et stratégiques de l’Afrique du Sud. comme souverain temporel et guide de la communauté musulmane.

Grâce aux revenus du pétrole. Mais dès 1970 la répression anti-islamique s’aggrave en Irak et c’est le Liban qui prend le relais des revendications chi’ites. Le cycle manifestation-répression s’enclenche. – la circulation de centaines de millions de dollars finançant un trafic d’armes avec l’Iran et la mise en place de camps où s’entraînent les premiers fedayins iraniens. b. La révolution iranienne en 1979 On peut décomposer l’événement en trois parties : Situation de départ Dans les années 1970 l’Iran est l’allié moyen-oriental privilégié des Etats-Unis. la justice et le notariat et qu’ils aient été dépossédés de leurs terres. La loi martiale et le couvre-feu sont décrétés. moderne. Tous les investissements sont gelés et la pénurie s’installe. Ce pays constitue une solide barrière contre l’expansionnisme soviétique vers le sud et permet de surveiller le voisin irakien protégé par Moscou. musique et cinéma américains…). Mais l’Iran à la fin des années 1970 est dans une situation explosive sur plusieurs plans : – économique : la crise. Des grèves sporadiques et des fermetures de bazars se généralisent. est alors la plus nombreuse et la plus moderne de la région. ils encouragent des soulèvements dans les principales villes. parviennent au monde entier habilement traduits dans des termes proches de ceux des droits de l’Homme. Les imams* réclament les libertés et les élections libres . Puis ce sont les administrations et le secteur pétrolier qui sont paralysés. installé depuis octobre 1979 en France. Les mollahs* n’acceptent pas qu’on leur ait retiré l’enseignement. militaire et industriel. Le 10 décembre un million de personnes défilent dans le pays. l’inflation et la montée du chômage exacerbent les inégalités sociales. Cette terre d’asile favorise la formation de réseaux islamistes grâce à : – la totale liberté d’édition permettant une propagande impressionnante . Séquence 1-HG00 113 © Cned – Académie en ligne . On y entend de plus en plus souvent cité le nom de Khomeiny dont presque personne ne connaît les idées politiques.C’est à la fin des année 1950 que des organisations chi’ites* commencent à préparer la révolution islamique en Irak et au Liban. le plus développé et le plus riche du Moyen-Orient : l’Iran. – social et culturel : la capitale Téhéran reçoit des flots de ruraux déçus par une réforme agraire qui ne fonctionne pas. Comment en quelques mois la monarchie iranienne se transforme t-elle en une dictature religieuse après 50 ans de laïcisation ? L’engrenage révolutionnaire Les mosquées deviennent les lieux obligés de la résistance car elles échappent au contrôle de la police. Les messages de Khomeiny. Le changement de régime paraît inévitable. L’armée n’intervient pas. il pense pouvoir faire de l’Iran un « nouveau Japon » attirant les capitaux étrangers et développant les industries dans de grandes villes. Le 8 septembre 1978 une manifestation se solde par plusieurs centaines de morts à Téhéran. Elle vient du pays le plus occidentalisé. anti-impérialisme militant. entièrement équipée par les Américains. L’Iran est peuplée de 40 millions de Perses (à ne pas confondre avec les Arabes) qui se réclament à 90 % de l’islam chi’ite. Cet ayatollah* exilé depuis quatorze ans refuse la monarchie parlementaire et veut créer en Iran un Etat islamique. Les oulémas prennent la tête des manifestations et le peuple découvre la force de leurs rassemblements. Les traits distinctifs du chi’isme révolutionnaire apparaissent alors : hostilité au monde occidental. – la création d’une organisation politique et militaire chi’ite (l’Amal) . – politique : l’Iran est devenue une dictature impopulaire et corrompue avec des élections parlementaires truquées. La Révolution a fermenté pendant vingt ans dans ces deux Etats : l’Irak où la communauté chi’ite est née et le Liban d’où elle allait répandre sa doctrine. Il veut un pays laïc. L’Etat est dirigé depuis 1953 par le Shah (titre royal) Mohamed Reza. une répression contre la gauche et les libéraux par la SAVAK (puissante police politique dépendant directement du Shah). L’armée iranienne. A cette époque personne ne croit vraiment en la révolution islamique. volonté d’unir chi’ites et sunnites* et activisme politique et militaire de certains jeunes religieux. L’essor de l’enseignement a créé une classe d’intellectuels critiques à l’égard du monarque et déplorant l’abandon des valeurs nationales au profit des produits d’importation (vêtements occidentaux. une interdiction des partis politiques et des syndicats.

les petites villes et les universités. Les frustrations sociales jouent un rôle essentiel. le triomphe de l’argent. Enfin la violence islamique s’ordonne autour de Khomeiny le Coran dans une main et l’autre pointant des versets coraniques. Les CAUSES de l’épanouissement islamique sont à la fois fruit des faillites des idéologies antérieures et expression des problèmes du Tiers-monde : – Echec du panarabisme. Il est dominant dans les années 1950. endoctrinement des jeunes et répression de tous les partis politiques. répriment tous les partis politiques. Quant au « Grand Satan » occidental toutes ses valeurs sont rejetées : l’Etat-nation trop répressif. ingénieurs et hommes d’affaire…) marginalisées au temps de la décolonisation par les militaires ou par les dynasties au pouvoir. Il s’est en même temps rallié les bourgeois et les intellectuels attachés à l’islam libéral (l’homme est légitimement propriétaire de ce qu’il a acquis par son effort individuel) en garantissant la propriété privée. Il veut construire l’Oumma* contre le monde occidental.La révolution islamique iranienne Le changement de régime politique a lieu en janvier 1979 : le Shah abdique et fuit en Egypte. Le « réseau des mosquées » diffuse les nouveaux slogans islamiques. féroces compétitions pour le pouvoir au sein de la Ligue entre les dirigeants et rivalités entre les pays producteurs de pétrole et les autres. Il n’exprime aucune pitié dans la mise à mort de l’ancien chef d’Etat. la corruption du pouvoir et surtout cette volonté de régir les sociétés humaines par des lois rationnelles et non divines. Le MESSAGE de l’islamisme est clair : l’islam doit conquérir le monde et s’affirmer comme la nouvelle puissance montante. la libération des mœurs. Ni Ouest » (slogan de Khomeiny) marque le rejet des deux idéologies dominantes : le monde communiste dirigé par l’Union soviétique et le monde capitaliste incarné par l’Amérique. la modernité. L’islamisme se sert des références du Coran pour attaquer les régimes en place accusés de trahison. Au début des années 1980 le nationalisme arabe est moribond. Cette forme de « guerre » proclame l’utilisation de la violence. Le 1er février Khomeiny fait une entrée triomphale à Téhéran et le 11 février 1979 c’est l’insurrection. – « Ni Est. Les DESTINATAIRES sont les « affamés et les opprimés ». La misère est le meilleur allié des dirigeants islamiques qui recrutent facilement dans les quartiers populaires. L’impact de l’islamisme sur l’équilibre géopolitique du monde musulman La révolution islamique iranienne contient en germe tous les éléments du renouveau intégriste de l’islam : les causes. c. C’est une idéologie utilisant la foi à des fins politiques à savoir la conquête du pouvoir dans tous les pays musulmans et à plus long terme la domination du monde. Mais ce projet révolutionnaire se brise rapidement au sein de la Ligue arabe (créée en 1945) pour plusieurs raisons : oppositions doctrinales entre régimes progressistes et monarchies conservatrices. Pendant les mois qui suivent les religieux reprennent les choses en main dans les campagnes. Ces violences sont représentées en haut à gauche de l’affiche : on y voit des personnes fouettées. Parallèlement les autorités lancent une cruelle épuration (entre 4 000 et 10 000 exécutions capitales). Khomeiny a faussement donné l’impression que le mouvement révolutionnaire permettrait aux opprimés d’établir un nouvel ordre social (appropriation des terres et des usines). En 24 heures toutes les casernes sont aux mains des milices et des comités révolutionnaires qui n’obéissent à aucune autorité. La « République islamique » est proclamée et s’ensuit une violente révolution morale : soumission totale des Iraniens au Coran. le Jihad* et la sanctification de celui qui se sacrifiera pour cette cause (l’un des éléments qui inquiète le plus l’Occident). d’autres pendues ou brutalisées. expulsent les juifs. Pour eux la séparation du religieux et du politique est impensable. port obligatoire du tchador pour les femmes. Il s’agit du vieux rêve de l’unité arabe né pendant la Première Guerre mondiale au Maghreb et au Proche-Orient. 114 Séquence 1-HG00 © Cned – Académie en ligne . le message et les destinataires. Le communisme est impopulaire aussi bien en Asie centrale où il s’est imposé autoritairement (Staline faisait fermer les mosquées) qu’en Algérie où l’économie socialiste a sacrifié l’agriculture pour l’industrie lourde (hydrocarbures) et a considérablement appauvri la population. Mais ils séduisent aussi les classes moyennes et la bourgeoisie (médecins.

Dans cette dernière les réseaux se heurtent à la volonté des immigrés de s’intégrer aux sociétés. En Turquie le plus laïcisé de tous les signes d’appartenance religieuse sont interdits à l’école. l’Asie centrale. – en Algérie se développent des groupes islamistes dont le plus important est le Front Islamique du Salut. La révolution islamique conserve cependant une capacité de mobilisation unique au monde.d. Il concerne surtout certains pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. En effet au cours des années 1980 l’islamisme se répand partout dans le monde musulman où il devient la référence majeure des débats sur l’avenir de la société. Il incarne une utopie d’autant plus attirante qu’elle s’oppose à des régimes précocement usés par la corruption. constitution). La révolution iranienne reste donc difficilement transposable à d’autres pays : les oulémas savent parler au peuple dans leur langue. L’islamisation concerne aussi bien les sociétés (diffusion du voile. Son objectif est le retour de la stricte pratique de l’islam par la réislamisation des populations musulmanes. dans l’administration et jusque dans certains lieux publics. – en Egypte le président Sadate est assassiné en octobre 1981 par un Frère Musulman . l’autoritarisme et la suppression des libertés publiques. Angleterre. en Turquie. Les Etats où vivent le plus de musulmans sont le Pakistan. le Moyen Orient et l’Afrique du nord principalement. banque. L’Arabie Saoudite finance dans les années 1980 tous les groupes ou partis qui sont intéressés par le wahhabisme. La contagion islamique reste marginale dans les foyers musulmans asiatiques et en Europe. Concurremment à la révolution iranienne un mouvement religieux de fond moins voyant s’y est développé dans les années 1970 : le wahhabisme*. – à l’opposé six ont « des régimes modernistes nationalistes » (entendez laïques) avec une séparation du religieux de la sphère publique. la faillite économique et morale. Sunnites et Chiites en Syrie et en Irak). Le Moyen-Orient est une expression anglaise du XIXe siècle (« Middle East ») qui désigne tout ce qui est proche du golfe Persique. La révolution iranienne est-elle transposable à d’autres pays ? Au début des années 1980 le monde musulman est peuplé de 800 millions de fidèles (contre plus d’un milliard aujourd’hui dont 200 millions d’Arabes). action humanitaire) ou le droit (code pénal. l’Irak. en Ethiopie et en Côte d’Ivoire. Pakistan. Il a une conception conservatrice des rapports sociaux. la Libye. au Yémen. Pourquoi est-ce une région si instable ? Séquence 1-HG00 115 © Cned – Académie en ligne . en Afghanistan. leur autorité s’impose à tous. développement d’écoles religieuses…) que l’économie (industrie du vêtement. RFA. Surtout l’islamisme rend le Moyen-Orient belligène : il y engendre ou favorise la guerre. – en Palestine face à l’impasse du litige territorial les fedayins se livrent à des attentats-suicides . Il s’agit de l’Arabie Saoudite. Yougoslavie). L’Arabie Saoudite est un cas à part dans le monde musulman. Soudan et Mauritanie). L’Europe compte quelques communautés musulmanes (France. le Bangladesh et l’Indonésie. – au Liban une guerre civile déchire le pays depuis 1975. En Irak les tribus chi’ites manifestent une certaine loyauté nationale mais elles sont écartées du pouvoir militaire. – trois possèdent des « régimes à façade moderniste mais appliquant la charia* ou abritant une minorité fondamentaliste déstabilisante ». Les Chi’ites ne représentent que 10 % des musulmans : largement majoritaire en Iran ils sont minoritaires en Irak. Les pays dont la population est majoritairement musulmane se situent dans un arc de cercle qui va de l’Indonésie à l’Afrique de l’Ouest en passant par l’Asie du sud. au Pakistan. l’Inde. L’islamisme parvient à contaminer et à exacerber les conflits et les tensions : – la Libye du colonel Kadhafi (au pouvoir depuis 1969) s’aligne sur l’Iran et finance plusieurs groupes terroristes . la Syrie. port de la barbe. L’audience de l’islamisme reste limité. et l’Egypte. Ce sont l’Indonésie. De même les nations du Proche et Moyen-Orient sont contraintes d’adopter le modèle occidental pour permettre aux différentes communautés de vivre ensemble (chrétiens au Liban. politique et administratif par Saddam Hussein. Aux rivalités entre chrétiens maronites (catholiques de rites syriens) et musulmans (druzes et chiites) viennent s’ajouter les interventions de la Syrie au nord et à l’est et d’Israël au sud du pays. Sur la quarantaine d’Etats où au moins la moitié de la population est musulmane : – quatre ont des « régimes fondamentalistes » ou islamiques (Iran. l’Afghanistan et l’Algérie. Sa diffusion est difficile dans les territoires où le chi’isme est faiblement implanté car chez les sunnites le clergé est traditionnellement soumis au pouvoir politique dont il dépend comme un corps de fonctionnaires.

aggravation du chômage…). le nouvel homme fort de l’Irak depuis 1979 s’appuie sur la minorité sunnite de son pays. C’est surtout la guerre Iran-Irak (1980-1988) qui bouleverse radicalement l’équilibre du Moyen-Orient. On retient surtout de ces années l’arrivée en 1985 de Gorbatchev au pouvoir en URSS et l’effondrement de son pays six ans plus tard. – par les répercussions économiques (l’enjeu est le contrôle du détroit d’Ormuz par où transite le pétrole de la région) . La pression internationale vers le désarmement joue également un rôle dans cet apaisement des relations Est-Ouest. l’Iran et l’Irak. Vers la fin de l’affrontement Est-Ouest A partir du milieu des années 1980 les deux Grands montrent l’exemple en mettant fin à l’affrontement de la « guerre fraîche ». Pourquoi ces deux pays deviennent-ils des ennemis irréductibles pendant huit ans ? L’Irak (pays indépendant depuis 1932) voit le parti Baas accéder au pouvoir en 1968. sur la diminution des forces conventionnelles (chars. C’est l’arrivée au pouvoir de Gorbatchev en URSS en 1985 qui permet de renouer le dialogue. Les deux puissances maintiennent la nucléarisation de leur territoire. laïc. Les fournisseurs d’armes sont les Américains et les Soviétiques (72 %). – la révolution islamique iranienne bouleverse le paysage politique régional. Par exemple la Syrie du veut créer une grande Syrie regroupant le Liban.– les richesses considérables tirées des revenus du pétrole ont entraîné le surarmement d’Etats comme la Syrie. B La fin du système bipolaire : 1985-1991 De 1985 à 1990 les pays industrialisés connaissent une embellie économique (progrès technologiques.5 milliards de dollars !) . L’URSS a envahi l’Afghanistan en partie par crainte de voir l’islamisme se répandre dans ses républiques d’Asie centrale. Il voudrait bien en profiter pour récupérer toutes les eaux du Chatt al-arab (là où les deux fleuves de l’Euphrate et du Tigre se jettent dans le golfe Persique). artillerie. l’Arabie Saoudite. En face on a une Iran persane. 116 Séquence 1-HG00 © Cned – Académie en ligne . Saddam Hussein. théocratique et chiite. baisse des marchés boursiers. Le 22 septembre 1980 l’armée irakienne attaque l’Iran prétextant des incidents de frontières. Sa rencontre au sommet avec Reagan en novembre 1985 n’est qu’une prise de contact. C’est à Washington le 7 décembre 1987 que pour la première fois Américains et Soviétiques aboutissent à un accord sur la destruction de tous les missiles de courte et de moyenne portée (type Pershing ou SS 20) installés en Europe. Cette première guerre du golfe arabo-persique inscrit définitivement la région dans l’actualité. sur l’interdiction des armes chimiques. explosion des échanges…) mais la première guerre du Golfe (1990-1991) les replonge dans le marasme (flambée des prix du pétrole. avions…). – par les prises de position des pays arabes (Syrie et Libye du côté iranien. Cela devient le conflit régional le plus important depuis 1945 : – par les moyens employés (coût total 2. Saddam Hussein qui croit en une guerre rapide voit ses troupes s’enliser dans les combats. les Français et les Britanniques (18 %) – tous les Etats du Proche ou du Moyen-Orient (excepté le Liban) ont des visées territoriales sur au moins un de leurs voisins. essor de l’informatique. Or sur les rives orientales sont érigées 90 % des derricks iraniens et sur les rives occidentales 50 % des champs pétrolifères irakiens. C’est un parti très engagé en faveur de l’unité arabe. la Jordanie et le futur Etat de Palestine. Arabie Saoudite du côté irakien) et des deux Grands (les Soviétiques et les Américains vendent des armes aux Irakiens et les Etats-Unis en vendent même secrètement aux Iraniens). socialiste et nationaliste. Mais cela ne concerne que 4 % des têtes atomiques. Ce territoire est divisé depuis 1975 en deux parties attribuées à chacun des riverains. Saddam Hussein s’inquiète de la déstabilisation de la région. Suivent plusieurs traités portant sur la réduction du nombre de soldats des forces du pacte de Varsovie en Europe.

– en Amérique Latine l’Argentine. Les troupes cubaines se retirent du pays mais 2 camps continuent de s’affronter : le MPLA communiste et l’UNITA proaméricaine. L’année 1988 reste celle de la paix comme le prouve les quatre traités signés à Genève qui mettent fin à des conflits régionaux meurtriers : . le 5 août 1988 entre Cuba.3 millions d’habitants sur 174 000 km2 . un cessez-le-feu au Salvador survient en 1991 mettant fin à 12 ans de guerre civile (90 000 morts). Les Contras désarment. Pour les circonstances de la disparition de l’Union soviétique vous vous reporterez au chapitre 2 de cette séquence partie E. affrontements religieux sanglants entre l’Inde et le Pakistan…).7 millions d’habitants sur 186 000 km2 . Au Liban. la Chine et les pays du Golfe.2). En janvier 1993 le traité START II signé à Moscou entre George Bush et Boris Eltsine complètera le précédent en prévoyant la diminution de deux tiers des ogives nucléaires (mais il n’est pas encore entré en vigueur). – en Asie le régime autoritaire de Marcos prend fin aux Philippines mais il demeure de nombreuses exceptions (écrasement en mai juin 1989 du mouvement estudiantin à Pékin.le 14 avril 1988 ente l’Afghanistan et l’URSS. Le nord de cette région riche en phosphates est convoité par le Maroc depuis les années 1960. le Vietnam se retire totalement du Cambodge (1989). – le 8 août 1988 un cessez-le-feu met fin à huit ans de guerre entre l’Irak et l’Iran. en 1990. Moldavie et Ukraine) rassemblant 62. Mais l’événement le plus retentissant dans cette partie du monde reste l’effondrement de l’URSS. les accords de Taef (en Arabie Saoudite) établissent un équilibre dans les institutions politiques entre chrétiens et musulmans (le pays reste sous la domination syrienne mais la paix revient au Liban). – le 30 août 1988 le Maroc et le Front Polisario acceptent un référendum d’autodétermination sur le Sahara Occidental. Arménie et Azerbaïdjan) totalisant 13. On a eu recours aux armes chimiques et le monde s’en est accommodé en armant les deux camps. En 1989 il ne restera plus un seul soldat soviétique en Afghanistan. Gorbatchev veut absolument sortir de ce bourbier. le Brésil et l’Uruguay ont des présidents élus au suffrage universel tandis qu’au Chili Pinochet quitte le pouvoir en « douceur » et qu’au Paraguay le dictateur Stroessner est renversé.7 millions d’habitants sur 845 000 km2 .Le 31 juillet 1991 le traité START (Strategic Arms Reduction Talks) signé à Moscou réduit d’un tiers l’ensemble des missiles nucléaires entre les deux Grands. l’Afrique du Sud et les Etats-Unis. La lassitude des combattants. L’URSS se compose de 15 républiques. – trois républiques caucasienne (Géorgie. Cette guerre a fait un million de morts et 400 milliards de dollars de dégâts. En trois ans l’ensemble des démocraties populaires accède à l’indépendance (voir séquence 4 chapitre 2 partie D. Au Nicaragua des élections libres (sous l’égide de l’Onu) donnent la victoire à l’Union nationale opposée aux Sandinistes. Lettonie et Lituanie) regroupant 7. l’Angola. les revers des Iraniens et la pression internationale amènent l’Irak à accepter la fin des combats.1. Séquence 1-HG00 117 © Cned – Académie en ligne . Il s’agit du plus important des accords de désarmement conclus entre eux depuis 1945. Un cessez-le-feu est accepté dans l’Angola qui n’a pas connu la paix depuis 1975. Elles constituent quatre ensembles géopolitiques distincts avec du nord-ouest au sud-ouest : – trois républiques Baltes annexées en 1940 (Estonie. – trois républiques slaves (Biélorussie. Les Moudjahiddins avec leurs missiles anti-aériens Stinger ont même fait perdre en 1987 la maîtrise du ciel aux Soviétiques. – en Afrique l’Apartheid disparaît de la République sud-africaine . L’URSS s’effondre et l’Europe change de visage En novembre 1989 c’est la chute du mur du Berlin. A la fin des années 1980 la démocratie semble progresser sur tous les continents : – en Europe le dictateur roumain Ceausescu est renversé par une révolution populaire . – D’autres conflits s’arrêtent souvent par usure : le Tchad reprend des relations normales avec la Libye. L’Armée rouge à l’armement moderne n’a pas pu venir à bout de la résistance soutenue par le Pakistan voisin et les Etats-Unis. Une page semble se tourner. Elles sont situées sur le flanc occidental de la Russie et sont le résultat des conquêtes commencées sous les tsars. la Namibie accède à l’indépendance.

Dans ces conditions seuls les petits conflits avaient une chance d’être réglés par l’Onu. est un régime semi-présidentiel fort. Tchécoslovaquie. ni graves litiges frontaliers. En politique étrangère la Russie participe à toutes les instances internationales et hérite du siège de membre permanent au Conseil de sécurité de l’Onu. de l’aide humanitaire en Somalie… – elle devient un forum universel de 185 Etats membres (sur environ près de 200 Etats répertoriés sur la planète). La Russie quant à elle est radicalement bouleversée : la référence au marxisme-léninisme n’existe plus tout comme l’idée d’une mission historique dans le monde. il leur est beaucoup plus difficile d’intervenir. Vietnam…). L’économie de marché fait son apparition dans un pays au bord du gouffre. Finalement c’est l’échec du putsch des conservateurs communistes russes du 18 août 1991 qui précipite le processus d’indépendance . ni multiplication des conflits internes. A la fin de l’année 1991. elle a lancé treize opérations soit autant qu’au cours des quarante années précédentes. Ces guerres ont été soient surveillées par les deux puissances (Corée. Croix Rouge…). En quatre ans. C’est la faiblesse de l’Onu qui explique l’influence croissante des Organisations non Gouvernementales (ONG) qui interviennent dans le domaine humanitaire. Sur les 110 conflits de la guerre froide rares sont ceux dont l’Onu a favorisé le règlement ou sanctionné l’agresseur. Afghanistan…). d’Ukraine et de Biélorussie créent une Communauté d’Etats indépendants (CEI) à laquelle d’autres Républiques adhéreront par la suite. en moins de quatre mois (du 21 août au 16 décembre 1991) les dix autres Républiques deviennent indépendantes. En fait l’implosion vient du centre : c’est Eltsine qui en proclamant la souveraineté de la Russie a vidé l’Union soviétique de son contenu. Kirghizie. Elle désire faire respecter une certaine conception du droit international. Elle reflète forcément les tensions du moment mais la tour de verre de New York est redevenue un lieu de dialogue… – longtemps impuissante à faire respecter la paix elle a progressé bénéficiant des négociations entre les deux puissances pour « éteindre tous les incendies de l’après-communisme ». marqué par la naissance historique de la démocratie. L’organisation internationale divisée par la guerre froide était considérée comme un jouet entre les mains des Etats-Unis et de l’URSS qui la paralysaient par leur usage du droit de veto. A l’intérieur certaines républiques autonomes commencent à s’agiter dont la Tchétchénie. Au début des années 1990. Ouzbékistan. l’Onu connaît toutefois un regain de crédibilité qui en fait un acteur majeur dans les relations internationales : – elle joue un rôle non négligeable dans la résolution de nombreux conflits. Jamais elle n’a été aussi sollicitée : 80 000 soldats onusiens. Cependant l’effondrement de l’URSS ne débouche pas sur un scénario-catastrophe : ni chaos institutionnel.7 millions d’habitants sur près de 4 millions de km2. Le nouveau système politique. Mais dans les conflits internes qui se multiplient. de la mise en place d’un régime stable au Cambodge.– enfin les cinq républiques musulmanes d’Asie centrale (Kazakhstan. 118 Séquence 1-HG00 © Cned – Académie en ligne . soient considérées comme des affaires intérieures ne regardant pas l’Onu (Hongrie. les casques bleus. Mais elle reste une coquille vide. C’est la fin de près de 75 ans de communisme. L’empire soviétique ainsi « épluché » passe de 22 millions à 17 millions de km2 et sa population est presque divisée par deux (150 millions d’habitants). Mais les Nations unies sont débordées. Les pays Baltes lancent le coup d’envoi en proclamant leur indépendance entre mars et août 1990. Elles ont presque toutes leur siège dans les pays développés et mènent leurs actions dans les pays en développement (Médecins sans frontières. La Russie connaît son plus grand reflux depuis le début du XVIIIe siècle (on peut parler même parler d’un mouvement de décolonisation). Dans certains conflits internationaux classiques elles peuvent jouer un rôle d’interposition. de la guerre en ex-Yougoslavie. les présidents slaves de Russie. Cette démarche enclenche une réaction en chaîne (en avril c’est au tour de la Géorgie de devenir indépendante). Tadjikistan et Turkménistan) comptant 62. Entre 35 000 et 50 000 elles agissent au-delà des frontières. de 1988 à 1992. servent sur tous les continents dans le cadre de l’indépendance de la Namibie. Un renouveau de l’Onu ? Depuis leur création les Nations unies ont beaucoup été critiquées.

Le 2 août 1990 Saddam Hussein envahit et annexe le Koweït et l’annexe. le terrorisme islamique se durcit dans les années 1980. Par la résolution 687 de l’Onu d’avril 1991 l’Irak doit accepter la fin des combats. Le soulèvement est durement réprimé par Israël mais l’OLP jusqu’alors en perte de vitesse retrouve une nouvelle vigueur. Japon (11 %). Les répercussions économiques sont graves : le prix du pétrole augmente et les marchés financiers piétinent (ce scénario se répétera lors de la seconde guerre du Golfe). Il s’attaque aux capitales européennes (Vienne en 1985. Saddam Hussein conserve le pouvoir et réprime durement les révoltes internes favorisées par les EtatsUnis : Chi’ites au sud et Kurdes eu nord. indépendant depuis 1961 (l’Irak n’a jamais reconnu son existence le considérant comme une province irakienne). Séquence 1-HG00 119 © Cned – Académie en ligne . – technique car l’Onu manque de consignes claires. En décembre 1987 se déclenche l’Intifada. Riche en pétrole c’est une proie tentante pour un Irak endetté par la guerre contre l’Iran. – l’inextricable conflit israélo-arabe. France. Les trois quarts du budget de l’Onu sont financés en 1990 par dix Etats : Etats-Unis (25 %). Ainsi en 1996 ils imposent le Ghanéen Kofi Annam comme Secrétaire général. L’armée israélienne fait le siège meurtrier de Beyrouth où se trouve le quartier général de l’OLP. Les Américains principaux contributeurs du budget exercent inévitablement des pressions sur les décisions des Nations unies. Espagne et Pays-Bas (30 %) et le Canada (3 %). au Rwanda et en Yougoslavie rend septique sur son efficacité. Italie. Face à cette violation flagrante du droit international les Etats-Unis suivis d’un certain nombre de pays installent une armée en Arabie Saoudite. La coexistence au sein des Nations unies d’Etats énormes par leur superficie (Chine. Les acteurs sont de petits groupes dont les noms ponctuent l’actualité : le Hamas et le Djihad Islamique en Palestine. parfois permanente et souvent aléatoire. Le 25 août l’Onu donne son appui total à cette initiative. Syrie et Iran). Singapour. Royaume-Uni. le FIS en Algérie… En principe autonomes. Rome et Paris en 1986). Chez les nouveaux membres la solidarité n’est plus idéologique. – politique car les Nations unies manquent surtout de pouvoir. URSS (10 %). C’est la première guerre du Golfe qui embrase toute la Région. La coalition rassemble une force impressionnante essentiellement américaine de 400 000 hommes dont 29 000 Britanniques et 12 000 Français. L’émirat du Koweït est un ancien protectorat britannique. Russie…) et de micro-Etats (Bahamas. Allemagne. vaste soulèvement de la société palestinienne dans tous les territoires occupés. En juin 1982 c’est la désastreuse intervention au Liban pour détruire les bases palestiniennes. L’émergence d’un nouveau « désordre international » De nombreux points de frictions persistent surtout au Proche-Orient et au Moyen-Orient : – endémique depuis les années 1960. le Hezbollah au Liban. elle est régionale. Le Conseil de sécurité non bloqué par le veto d’un membre permanent prend résolution sur résolution ce qui facilite grandement la tâche des Américains. ils n’hésitent pas à l’occasion à se mettre au service des Etats (Libye. le paiement des dommages de guerre et l’élimination de ses armes de destruction massives. L’effet d’éparpillement est renforcé par le principe d’égalité entre Etats (chacun dispose d’une voix). De plus l’échec des opérations en Angola. L’or noir revient dans le giron de l’Occident mais la guerre n’a pas réglé les problèmes de la région.Les limites de son action sont de plusieurs ordres : – financier car l’Onu dépense de plus en plus et manque de crédits. En 1980 les Israéliens font de Jérusalem leur capitale. L’Irak de Saddam Hussein veut s’assurer le leadership du monde arabe et posséder un vrai déboucher sur le golfe Persique (Koweït city est avec Barhein le seul port en eau profonde du Golfe). puis annexent le Golan et encouragent la colonisation en Cisjordanie. L’opération « Tempête du désert » qui dure seulement six semaines (du 17 janvier au 28 février 1991) libère le Koweït et occupe même une partie de l’Irak. L’Onu décide mais que ferait-elle si les Etats-Unis et l’OTAN ne collaborent pas avec elle ? Elle a beaucoup de mal à participer à l’élaboration d’un nouvel ordre mondial comme le montre le délicat Proche-Orient où seuls les Etats-Unis semblent pouvoir peser sur le processus de paix. Berlin. Liechtenstein…) compliquent le fonctionnement des votes. Inde. En 1985 Israël se retire du Liban à l’exception d’une bande de sécurité d’une dizaine de kilomètres.

incapable physiquement d’assumer sa fonction. Fait sans précédent. Une trêve intervient en 1997 mais les combats reprennent de plus belle en 1999 et ne cessent depuis (bombardements de Grozny et évacuations de 450 000 personnes. En décembre 1999 Boris Eltsine. Elle organise le monde en trois sphères : – la première sphère. Par ordre mondial on entend l’ensemble des principes d’organisation qui régissent les rapports entre les nations Un monde régi par la « pax americana » ? La fin du système bipolaire donne naissance à une configuration internationale inédite depuis 1945 : un monde en apparence unipolaire dominé par les Etats-Unis. en 1994 il reste moins de 100 000 militaires. Les Etats-Unis ne peuvent et ne veulent pas être partout à la fois. exécutions sommaires.C A la recherche d’un nouvel ordre mondial : 1992-2004 Les événements survenus à la charnière des XXe et XXe siècles constituent encore une histoire « chaude ». Ils demandent ainsi une participation financière à leurs alliés (Allemagne et Japon) qui n’interviennent pas directement dans la guerre du Golfe. C’est au tour de la Russie de se replier sur elle-même. L’opinion internationale exerce des pressions constantes sur Moscou mais le conflit s’enlise et les Tchétchènes réclament toujours leur indépendance. On peut quand même en dégager les grandes tendances. Elle se tourne naturellement vers le G7 (groupe des 7 pays les plus riches de la planète) qui lui fait des prêts. récession économique forte en 1997-1998. – le désordre peut se développer dans la troisième sphère et laisser les Etats-Unis « indifférents ». Une nouvelle politique étrangère se met en place par la force des choses. l’Ukraine et le Kazakhstan signent en 1993 le traité START II qui prévoit la réduction de 25 % du potentiel nucléaire. des dons et des facilités de paiement. Loin de signifier la fin du danger. Les forces américaines se redéploient au Moyen Orient lors de la première guerre du Golfe. Le recul nécessaire n’est pas suffisant pour bien saisir les évolutions du monde actuel. les Etats-Unis limitent considérablement leurs dépenses militaires car ils n’ont plus les moyens d’assurer la paix mondiale. 120 Séquence 1-HG00 © Cned – Académie en ligne . Cette opération de maintien de l’ordre intéressée (le pétrole russe passe en Tchétchénie) dégénère vite en guerre ouverte. – la deuxième sphère est constituée des pays indispensables à leur sécurité et en lesquels ils ont confiance (Arabie Saoudite. – le désengagement militaire commence en Europe : en 1988 y sont stationnés les deux tiers des soldats américains présents dans le monde soient 356 000 hommes . La « pax americana » est-elle pour autant instaurée ? La réponse est à nuancer dans le temps et dans l’espace. démissionne et désigne comme successeur Vladimir Poutine élu le 26 mars 2000 président de la fédération de Russie. Les présidences de Bill Clinton (1992-2000) marquent d’abord un retrait de la scène internationale : – la guerre froide terminée. prise d’otages spectaculaire d’un commando tchétchène en octobre 2002 dans un théâtre de Moscou…). La Russie. Mais ils ne se sont pas préparés pour assumer ce leadership non concurrencé. un seul pays assure la mission de « gendarme du monde ». l’effondrement de l’URSS suscite des interrogations : – l’épineux problème tchétchène. est le continent américain . à moins que des objectifs économiques ne surgissent (ex-Zaïre en 1997). L’effondrement du bloc communiste place en effet les Américains en position de force dans un monde devenu très instable. ou que des pressions internationales deviennent trop fortes (Bosnie en 1995). Elle se retire provisoirement de la scène internationale (elle n’a pas soutenu son allié irakien il est vrai difficilement défendable) et se concentre sur ses problèmes intérieurs : hyper-inflation. – les risques de dissémination des armes nucléaires. En 1998 178 pays reconduisent le traité de non-prolifération nucléaire établi en 1968 mais tous les pays n’ont pas signé cet acte et l’éclatement de l’URSS accroît le danger de trafic de matières fissiles ou d’exode des ingénieurs. L’armée russe intervient en 1994 dans cette république autonome musulmane pour interrompre une guerre civile. à défendre à tout prix. Royaume-Uni) .

Des foyers de tensions multiples : les brasiers de la planète Le fait le plus marquant reste le retour de la guerre en Europe après un demi-siècle de paix. Les Etats-Unis redéfinissent le rôle de l’Otan. Croatie. En 1999 ils élargissent l’alliance atlantique à la Pologne. Document 3 L’éclatement de l’ex-Yougoslavie AUTRICHE ITALIE SLOVÉNIE Ljubljana Zagreb HONGRIE CROATIE Bihac BOSNIE HERZÉGOVINE Sarajevo Gorazde Split Srebrenica Zepa V Novi oïvo din Sad e ROUMANIE Les entités bosniaques depuis 1995 (accords de Dayton) Bihac Banja Luka Belgrade SERBIE Gorazde Mostar Dubrovnik Podgorica KOSOVO Pristina Skopje Fédération croato-musulmane République serbe de Bosnie 100 km MACÉDOINE ALBANIE Frontières de le Yougoslavie en 1989 Frontières des États devenus indépendants en 1991-1992 La Serbie et le Monténégro forment depuis 1992 la «République fédérale de Yougoslavie» Frontières des régions autonomes sous souveraineté de la Serbie La guerre et ses conséquences territoriales Principales zones de guerre Villes musulmanes déclarées « zones de sécurité » par l'ONU en 1993 GRÈCE Principales nationalités en 1989 Slovènes Croates Bosniaques musulmans Macédoniens Serbes et Monténégrins Albanais Hongrois L'éclatement de la République fédérative de Yougoslavie BULGARIE Tuzla Sarajevo Srebrenica MONTÉNÉGRO Séquence 1-HG00 121 © Cned – Académie en ligne . Le cas le plus dramatique reste de très loin la Yougoslavie. Parmi les conséquences indirectes de l’effondrement du communisme soviétique figurent le réveil des nationalismes et la remise en cause des frontières de 1945. La défense est réorganisée autour de missions de contrôle (Kosovo). de partenariat de la paix et de la lutte contre le terrorisme. Du vivant de Tito les six Républiques fédérées de Yougoslavie (Slovénie. Roumanie. Hongrie. ailleurs (Pologne. Après sa mort en 1980 les nationalismes réapparaissent. En mai 1997 un accord est signé entre la Russie et l’Alliance atlantique reconnaissant l’Otan comme la seule institution de défense collective en Europe.Certains observateurs vont même jusqu’à dire que l’Amérique n’a pas d’amis mais que des intérêts. Si la République Tchèque se sépare pacifiquement de la Slovaquie en janvier 1993. BosnieHerzégovine. Il est même envisagé des opérations européennes avec les forces de l’Otan sans les Américains qui conservent cependant les commandements régionaux. Monténégro et Macédoine) et les deux provinces autonomes (Voïvodine et Kosovo) ne disaient rien. la République tchèque. la Hongrie. Géorgie. Arménie…) des tensions apparaissent. L’ennemi n’est plus soviétique. Serbie.

Les ex-républiques soviétiques ayant besoin d’argent vendent les produits de leurs industries militaires. La Bosnie reste un Etat aux frontières inchangées mais elle est divisées en deux entités autonomes : une fédération croatomusulmane sur 51 % du territoire et une république Serbe de Bosnie sur les 49 % restants. elles possèdent toutes des minorités nationales. Croates et Hongrois) et en orthodoxes (Serbes. En novembre 1995 Washington impose la paix de Dayton (dans l’Ohio). entre catholiques et orthodoxes. Les Serbes orthodoxes eux fuient vers la Croatie catholique et certains slaves se convertissent à l’islam (les Bosniaques). Des affrontements entre ethnies ont immédiatement lieu. n’acceptent pas la sécession des Slovènes et des Croates en juin 1991. Le nationaliste serbe Slobodan Milosevic président de la ligue communiste serbe déclenche une guerre de reconquête en Croatie et en Bosnie accompagnée d’une sauvage purification ethnique. 31 % de Serbes et 17 % de Croates ! Le drame se noue en mai 1991 lorsque Croates et Slovènes réclament leur souveraineté. La FORPRONU créée en 1992 est incapable d’empêcher le dramatique siège de Sarajevo en Bosnie et les exécutions sommaires commises par les Serbes. Les hommes qui n’ont pas réussi à fuir sont massacrés ou regroupés dans des camps effroyables (des images d’hommes décharnés derrière des barbelés resurgissent). Macédonien et Albanais) et de l’autre côté les musulmans (Bosniaques). Les Serbes finissent par se retirer du Kosovo qui devient une province autonome administrée par l’Onu. La conquête turque musulmane au XVIe siècle crée une seconde frontière : le territoire est partagé entre les 2 empires ottoman (turc) et Habsbourg (Autriche). soit le rattachement à l’Albanie. Finalement la république du Monténégro est la dernière à former avec la Serbie la république fédérale de Yougoslavie. Alors que le Nord désarme (ralentissement général des dépenses militaires. Les Balkans redeviennent la poudrière qu’ils ont été au début du siècle. Le Kosovo ancien berceau historique serbe reste peuplé à 90 % d’Albanais voulant soit l’indépendance. Les deux républiques franchissent le pas en juin 1991 en proclamant leur indépendance. Les femmes sont parfois tuées ou violées pour « purifier » leur descendance (les pires « théories raciales » réapparaissent). réduction de l’arsenal atomique des cinq principales puissances nucléaires. La Seconde Guerre mondiale n’arrange pas les choses. Croates et musulmans de 1992 et 1995 illustre l’impuissance de l’Onu et de l’Union européenne puisque c’est l’intervention de l’Otan (donc américaine) qui a permis le règlement de ce conflit. En 1919 les pays vainqueurs de la Première Guerre mondiale inventent un royaume des Serbes. Les Serbes. Depuis l’an 365 la ligne de séparation entre Rome et Byzance. Bosniaques et Macédoniens) et non slaves (Hongrois et Albanais) divisées en trois groupes linguistiques (slovène. qui voient la Yougoslavie comme une extension de la Serbie. Déjà l’armée fédérale (surtout serbe) intervient en Croatie. Par exemple la Bosnie-Herzégovine mêle 44 % de musulmans. abandon par les Etats-Unis de l’IDS en 1993) le Tiers-monde s’engage dans une course aux armements. L’histoire explique cette bombe à retardement. Ce conflit entre Serbes. Il s’agit de vider les territoires convoités de toute présence non serbe. Milosevic qui perd les élections en 2000 est extradé l’année suivante pour être jugé au tribunal international de La Haye pour crime contre l’humanité.Questions Montrer que la Yougoslavie est un Etat multinational. Quels sont les peuples qui s’opposent à partir de 1991 ? Par quels moyens ? Comment la communauté internationale intervient-elle ? En quoi consistent les accords de Dayton ? Réponses La Yougoslavie est le territoire le plus fragile d’Europe. serbo-croate et macédonien) et en trois religions avec d’un côté les chrétiens divisés en catholiques (Slovènes. entre Croates et Serbes coupe le territoire yougoslave en deux. Serbes. Les Serbes se livrent à nouveau à une purification ethnique contre les Kosovards. des Croates et des Slovènes. Les propriétaires de l’arme atomique 122 Séquence 1-HG00 © Cned – Académie en ligne . Croates. C’est encore l’Otan qui oblige Milosevic à céder en bombardant la Yougoslavie en mars et juin 1999. Dans la nouvelle Yougoslavie communiste d’après-guerre aucune république n’a une population homogène. Les rivalités ethniques s’exacerbent et laissent des traces comme le massacre de 100 à 300 000 Serbes par les Oustachis (nationalistes croates pronazis). C’est un mélange complexe de plusieurs nations slaves (Slovènes. En 1998 la guerre civile se rallume au Kosovo entre séparatistes albanais et forces serbes.

la Corée du Nord aux mains du dictateur Kim Jong II inquiète ses voisins par son programme nucléaire et plonge son pays dans une terrible famine. C’est une montagne constituée de trois Etats rongés par la corruption. En 1996 le FIS renonce à la lutte armée. Laurent-Désiré Kabila se proclame président de la République du Congo Démocratique (RDC). l’Inde et l’Afrique du Sud dans les années 1970 et le Pakistan en 1998. L’Asie à la fin des années 1990 est sans doute l’une des régions les plus dangereuses de la planète. Il a échoué à s’imposer et un groupe plus radical. factions rivales en Somalie) . Séquence 1-HG00 123 © Cned – Académie en ligne . Depuis que le gouvernement a supprimé la région autonome d’Ossétie du sud. Côte-d’Ivoire en 1999-2000. La situation est toujours dans l’impasse. un conflit meurtrier a lieu entre nationalistes ossètes et autorités géorgiennes. La terreur règne et les massacres se multiplient dans les villages. En janvier 2001 Kabila est assassiné et la situation est toujours aussi trouble. la Géorgie est également instable. entre la Mer Noire et la Caspienne est particulièrement complexe. Une terrible guerre civile oppose depuis 1992 le Front Islamique du Salut (FIS) à l’armée suite à la décision du gouvernement d’annuler des élections favorables au mouvement islamiste. Dans le Zaïre voisin une rébellion chasse en mai 1997 le vieux dictateur Mobutu (au pouvoir depuis 30 ans). 2003). Il l’obtiendra en 2002. Des affrontements ethniques entre Hutus et Tutsis ensanglantent le Rwanda en 1994 entraînant un génocide de plus de 500 000 personnes. L’Afrique reste le continent « malade » en proie à de fortes convulsions : – les guerres civiles se multiplient dans les pays du golfe de Guinée (Libéria 1996 et 2003. Plusieurs pays en sortent troublés : en 1996 les Talibans (religieux musulmans issus de la principale ethnie les Pachtounes) s’emparent du pouvoir en Afghanistan et installent une féroce dictature et une réislamisation de la société. Malgré quelques efforts des Occidentaux (annulation d’une partie de la dette des 35 pays africains les plus endettés) la situation reste alarmante. en 1999 une crise oppose les forces indonésiennes au Timor Oriental (minuscule territoire de 15 000km2 situé dans l’archipel de la Sonde annexé par l’Indonésie en 1976) qui réclame son indépendance. Niger en 1996. attirés par les richesses minières. occupe l’espace de la contestation. Centrafrique en 1996 et 1997. La guerre interethnique en Côte-d’Ivoire en 2003 s’explique en partie par la baisse prolongée des cours du cacao plongeant une partie de la population dans la misère. – l’Algérie est le cas de l’Afrique du Nord. Rwanda et Ouganda. par contre la guerre civile entre Ethiopiens et Erythréens s’achève en 1993 après 30 ans de lutte par l’indépendance de l’Erythrée. le Caucase est en effervescence. C’est aussi un agglomérat de 45 peuples aux revendications contradictoires : l’Arménie réclame à l’Azerbaïdjan un petit territoire de 4 400 km2 : le Haut Karabackh peuplé de 200 000 Arméniens. Sierra Leone en 1999-2000. Mais ce pays est continuellement ravagé par des rivalités ethniques et les appétits des voisins. le Groupe Islamique Armé. En 30 ans l’écart entre pays riches et pays pauvres a doublé. – des désordres ravagent la Corne de l’Afrique (affrontements entre musulmans et chrétiens au Soudan. La situation géopolitique de cette bande de terre de quelques centaines de kilomètres de large située à la limite de l’Europe et de l’Asie. La forte crise économique de 1997-1998 a considérablement affaibli ce continent. Sur les six milliards d’habitants un quart possède les trois quarts de la richesse produite sur Terre. La population est prise en otage par les groupes islamiques (parfois de simples brigands). Ces données macro-économiques pèsent lourdement sur les relations internationales.s’accroissent : outre l’Israël. il faut compter ceux qui l’ont presque mise au point (Iran et Corée du Nord). Autre fossé entre le Nord et le Sud : l’endettement du Tiers-monde s’élève en 1995 à 2 000 milliards de dollars alors que l’aide publique a atteint son niveau le plus bas depuis 1970. le Pakistan et l’Inde s’affrontent à nouveau au sujet du Cachemire (depuis 1949 cette région située à l’ouest de l’Himalaya est partagé entre ces deux Etats) en 1997 et en 1999 faisant peser le risque d’un dérapage nucléaire. L’occupation de l’Ossétie du sud par la Russie complique la situation. Au Burundi les massacres continuent entre ces 2 ethnies en 1995-1996. En outre le Proche-Orient est surarmé en engins balistiques. – la situation est encore plus grave dans la région des Grands Lacs et du Centre de l’Afrique.

Israël contrôle 90 % des territoires occupés. C’est une nébuleuse insaisissable composée de cellules qui font allégeance à leur « chef » le milliardaire saoudien Oussama Ben Laden. Indonésie. Son nom est mentionné pour la première fois durant l’été 1998 à l’occasion des attentats contre les ambassades américaines du Kenya et de Tanzanie. d’Asie du Sud-Est ces hommes surentraînés à la guérilla et habitués à vivre en milieu clos constituent une réserve de combattants endoctrinés. philosophie. Certains jeunes musulmans originaires du Moyen Orient en rupture avec leurs familles et la société se radicalisent. du Bahreïn et d’Afghanistan. Ils sont nationalistes à l’extérieur et réactionnaires à l’intérieur de leurs pays. musique. Cette rupture se fait souvent au contact de l’Occident où ils font leurs études. Un nouveau radicalisme islamique s’adressant aux déracinés de l’islam se met en place. Le détonateur de ce processus est l’invasion du Koweït par Saddam Hussein en 1990. Ils ont presque tous quitté le terrain de la violence. Seule l’intéresse l’unification d’un oumma imaginaire. littérature…).Au Proche-Orient le processus de paix israélo-palestinien est très fragile. d’Algérie. La guerre en Afghanistan dans les années 1980 a eu un rôle très important : elle est devenue la cause par excellence à laquelle s’identifient tous les « jihadistes ». 124 Séquence 1-HG00 © Cned – Académie en ligne . Les gouvernements veulent mettre en placer un nouveau pacte social avec les classes moyennes alphabétisées qui réclament plus de respect des droits de l’homme. L’élection en février 2001 du chef du Likoud (droite intransigeante) Ariel Sharon conduit à une guerre larvée (intervention au sud Liban. Cette victoire les place dans une situation d’hégémonie politique les « obligeant » à lancer en 1991 un ambitieux processus de paix entre Israël et les responsables palestiniens. en Cisjordanie et dans la bande de Gaza) et à la construction d’un mur de béton de 320 km entre Israël et la Cisjordanie Seule l’Amérique Latine a un bilan positif. avec la reconnaissance mutuelle des deux parties et le retour en cinq ans d’une portion des territoires occupés à l’Autorité palestinienne. Certes des zones de tensions subsistent (guerre civile en Colombie. Ce mouvement relève plus de problèmes existentiels que d’une logique de classe ou de conflits d’intérêts. Tchétchénie. Les partis islamiques qui plafonnent à 20 % dans les élections se banalisent et finissent par apparaître comme des mouvements conservateurs voire modérés. Elle n’a pas gêné les Américains dans la première guerre du Golfe et elle retire son aide aux chi’ites d’Irak. Cette tendance de l’islam veut imposer la seule charia à tous les comportements humains et sociaux. L’exemple le plus frappant est l’Iran qui mène une politique étrangère fondée sur ses seuls intérêts nationaux sans considération idéologique. Venant d’Egypte. Le cycle attentats palestiniens/ répression de l’armée israélienne bloque l’application de la « Feuille de route » (plan par étapes qui doit conduire en 2005 à la création d’un Etat palestinien). le parti Islah au Yémen. les téléphones. le Hamas en Palestine. L’internationalisation du mouvement est largement l’œuvre du réseau Al Qaida (la « base »). Hezbollah libanais. le Refah en Turquie…) se moulent dans le cadre national. Elle ignore les sociétés et les cultures musulmanes et rejette tout ce qui est au-delà du strictement religieux (arts plastiques. Cachemire…). révolté sécessionniste du Chiapas au Mexique) mais les priorités sont la lutte contre la corruption et les narcotrafiquants. Sur le plan intérieur se met en place en Iran. Elle n’a pas de projet politique précis : la conquête du pouvoir d’Etat et les problèmes sociaux ne l’intéressent pas. le PRI au Tadjikistan. trouvent des relais dans les groupes locaux traditionalistes et utilisent l’anglais. De l’islamisme au terrorisme Depuis le début des années 1990 les mouvements islamistes (FIS algérien. Cette vision de l’islam est très violemment opposée au christianisme. les satellites et internet. d’Arabie. Ceci débouche sur les Accords d’Oslo de 1993. Afghanistan. La menace se déplace vers les nouveaux réseaux terroristes internationaux. La guerre du Golfe a démontré la formidable puissance des Américains. incarnés par Al-Qaida. Algérie et Pakistan une forme musulmane de démocratie parlementaire. Ils prennent pour terrain de combat l’Occident ou les périphéries du Moyen Orient (Bosnie. au judaïsme et dans une certaine mesure au chi’isme.

– ils mettent en place une culture de guerre (ensemble des représentations collectives qui font entrer l’état de guerre dans la vie d’un peuple) avec ses références (hymne national chantés par les stars. Les Etats-Unis préparent soigneusement leur riposte militaire. – par les moyens utilisés combinant technologies modernes (pilotage d’avions) et sacrifice des martyrs . pour la première fois le sanctuaire américain est touché.Les attentats du 11 septembre 2001 ont-ils changé le monde ? Le mardi 11 septembre 2001 est devenu une date historique : des avions de ligne américains détournés par des commandos islamistes d’Al-Qaïda s’écrasent sur le World Trade Center à New York et sur une aile du Pentagone à Washington. la Corée du Nord. présence militaire en Arabie Saoudite terre sainte de l’islam. ses héros (les pompiers. on ferme les yeux ». Signe des temps nouveaux : si la Russie n’avait pas ouvert l’espace stratégique de l’Asie centrale. ferveur patriotique très forte. Ce terrorisme est avant tout un moyen et une méthode pour faire peur en vue d’imposer une volonté. Ces attentats introduisent-ils une nouveauté radicale dans les relations internationales ? La réponse n’est pas simple. Toutes les télévisions du monde diffusent les images effroyables de ces Américains qui se jettent des tours jumelles en feu pour échapper à une mort certaine. Ils ne se présentent plus comme les « gendarmes » du monde mais comme les « shérifs ». Il ne s’embarrasse pas de considérations morales. les policiers. drapeaux omniprésents…). les passagers du vol 93…). Une fois la victoire obtenue. La campagne militaire est un succès. Ils signifient d’abord un passage à un nouvel âge du terrorisme : – dans le choix de ses cibles. C’est l’un des événements qui avec l’assassinat de Kennedy en 1963 et le crash de la navette Challenger en 1986 a le plus marqué les Américains. l’Iran. – par le nombre des victimes (plus de 3 000 morts) visant ainsi à la destruction de masse. Mais Ben Laden n’est pas trouvé. sa commémoration des morts. ses déclarations présidentielles fracassantes « Ou vous êtes avec nous. refus également de ratifier le traité créant la Cour Pénale Internationale). se met en place pour assurer la sécurité et permettre la formation d’un gouvernement intérimaire rassemblant toutes les tribus afghanes. C’est la fin d’un « sentiment d’exceptionnalisme ». les Etats-Unis reviennent à leur unilatéralisme (construction du bouclier antimissile. ou vous êtes avec les terroristes ! »). Un seuil a été franchi. des objets symboliques (un symbole architectural du capitalisme mondial et le siège de la plus grande puissance militaire de la planète) . Phase 1 En octobre 2001 ils attaquent l’Afghanistan des Talibans où s’est réfugié Ben Laden. son imaginaire (« union sacrée » avec lien intense politique entre politique et religieux. la Russie et la Chine) pour partir à la poursuite des Etats « voyous » : l’Afghanistan. l’Irak. les forces américaines ne seraient pas intervenues si facilement en Afghanistan. Le 13 novembre Kaboul tombe et une force internationale. Or l’islamisme déteste par-dessus tout le matérialisme et l’économie de marché qu’il identifie aux Etats-Unis dont la politique est vécue comme injuste (soutien à Israël. mission universelle des Etats-Unis assurant la défense des valeurs des Lumières contre la « barbarie » terroriste). des objectifs rationnels ou irrationnels. Ce vif ressentiment est largement partagé dans le monde arabe. A court terme ces attentats entraînent des changements significatifs dans la façon qu’ont les Américains de voir le monde : – ils prennent conscience de leur vulnérabilité. sous mandat de l’Onu. bombardements de l’Irak). ses rituels (son slogan « Let’s go ». L’islamisme semble aujourd’hui actif surtout dans les pays sunnites comme l’Arabie Saoudite qui dépense dix milliards de dollars par an pour la propagande de l’islam. – ils se rapprochent de Moscou et Pékin et relativisent la défense européenne (l’Otan est marginalisé). La position des EtatsUnis à propos de ce pays est plus qu’ambiguë : « Ils ont le pétrole. les justiciers rassemblant autour d’eux une chevauchée de volontaires (les alliés occidentaux. sa médiatisation extrême. Ils augmentent leur budget militaire qui atteint en 2003 le chiffre incroyable de 40 % du budget militaire mondial ! Séquence 1-HG00 125 © Cned – Académie en ligne . Il est insaisissable. omniprésent et sans base territoriale. refus du protocole de Kyoto limitant l’émission des gaz industriels à effet de serre.

Depuis 1945 la société internationale s’est homogénéisée. Leurs décisions. La rapide victoire militaire obtenue au printemps 2003 par les Etats-Unis bouleverse le fragile équilibre du Moyen-Orient. Un an après. réseaux mondiaux de communication. C’est pour Washington une responsabilité écrasante et pour l’humanité une situation préoccupante. ■ 126 Séquence 1-HG00 © Cned – Académie en ligne . Depuis 1991. A l’automne 2002 s’engage un bras de fer entre l’Administration Bush et Saddam Hussein à propos de la prétendue détention par l’Irak d’armes de destruction massive. le pays est soumis à un sévère embargo qui ne semble pas entamer la solidité de la dictature de Saddam Hussein. problèmes d’environnement. et dans une large mesure. Malgré les protestations de la France. leurs stratégies. – les frontières longtemps jugées définitives sont remises en cause en Afrique et en Europe. des trafics et des migrations clandestines (notamment dans l’ex-Yougoslavie et l’ex-URSS). Plus inquiétant. la « nation indispensable ». D’un autre côté le monde est plus morcelé : – le modèle étatique est fragilisé par l’essor des mafias. linguistiques et religieuses (Inde. élimination des déchets. – la non-ingérence n’est plus un principe intangible lorsqu’il y a violation des droits de l’Homme. déterminent l’avenir de la planète. Depuis le printemps 2003 une Cour Pénale Internationale s’est installée à La Haye. elle juge les crimes contre l’humanité. les génocides ainsi que les crimes de guerre et les agressions. L’Irak. ils n’ont pas cette fois-ci de mandat précis de l’Onu. Aux rapports dominants/dominés qui étaient la règle avant 1939 se sont progressivement substitués des rapports théoriquement égalitaires. les Etats-Unis attaquent presque seuls l’Irak. Explosion démographique.Phase 2 C’est la deuxième guerre du Golfe lancée par les Américains contre l’Irak en 2003. il est vrai. Mexique…) et par l’affaiblissement du pouvoir (en Afrique surtout). la coalition est aux prises avec une résistance et un terrorisme importants. de l’Allemagne et de la Russie. par les diversités ethniques. Le ton monte. catastrophes naturelles (récente marée noire du Prestige) ou technologiques (accident nucléaire de Tchernobyl en 1986) pèsent sur la vie quotidienne des habitants de la planète relativisant les guerres et les crises internationales. Turquie. leurs relations avec les autres Etats sont au cœur de l’actualité. Qu’en est-il du rôle des Etats-Unis ? Ils sont depuis plus de dix ans la seule superpuissance mondiale. est un cas épineux. Le nouvel ordre mondial repose finalement sur un monde unifié et fragmenté à la fois. gaspillages des ressources vitales. Les obstacles opposés aux missions des inspecteurs onusiens chargés de vérifier le démantèlement du potentiel militaire sont un facteur de crise permanente.

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