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Extrait de la publication

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Extrait de la publication .

. © Éditions Gallimard. Ce livre a initialement paru dans la « Bibliothèque des Idées » en novembre 1963. 1963.

parce que les littéraires n'ont pas de diffir Extrait de la publication . si la couverture d'un livre traduit porte le nom de l'auteur et le nom de l'éditeur. et qui les écoute? d'autres traducteurs. Dans l'armée des écrivains. Saufen France et en Angleterre quelques hono- rables exceptions. dans le plus petit caractère possible. coincés entre l'offre et la demande. Nous vivons en circuit fermé. le misérable nom du traducteur. et coincés une deuxième fois entre la qualité et le rendement. qui traduira plus vile et plus juste que nous. Là-dessus tout le monde est d'accord. le mieux dissimulé possible. le besogneux presque anonyme. Le fléau de l'espéranto et du volapuck ne nous hante plus. mais la machine à traduire nous guette. tout en haut ou tout en bas. Il faut ajouter que nous sommes. Quelques maniaques tentent parfois de signaler des mer- veilles (il y en a) et plus souvent de crier au massacre. disent les prophètes de malheur et voici venir la traduction presse-bouton. envient les « littéraires ». et plus encore face à cette page. comme tout prolétariat. Si bien que les temps difficiles que nous vivons seraient encore un paradis. et aussi bien les critiques que les lecteurs. comme nous disons dans notre jargon. Nous ne sommes même pas sûrs de nous entendre entre nous: les « techniques ». il faut chercher à la page de litre intérieure. L'opération par laquelle un texte écrit dans une langue se trouve susceptible d'être lu dans une autre langue est sans doute un acte vaguement indécent. nous autres traducteurs nous sommes la piétaille dans le personnel de l'édition. nous sommes la doublure interchangeable. mais ces maniaques sont toujours des traducteurs. puisque la poli- tesse exige qu'on ne le remarque pas.

et Schiller. puisqu'il faut recommencer? Ils ne commettaient. et Burlon. Ces faiseurs de miracle. mais Amyot? L'élément indicible n'est pas le génie. d'améliorer notre métier. lorsque le résultat de ce travail atteint à une rigueur indiscutable (ce qui est rare). André Gide était écrivain. C'est Georges Mounin. Pour la première fois chez nous un linguiste fait aux traducteurs l'honneur de prendre leur activité au sérieux. c'est qu'entre le travail et le résultat du travail quelque chose de peut-être indicible s'est passé. On répondra qu'ils n'étaient pas écrivains. dans les cinquante dernières années. enfin d'en venir à bout. ont-ils vainement traduit Shakespeare. et Nerval. il ne viendrait à l'idée de personne de traduire. pour ne pas quitter ces deux exemples. eux. s'entourait des plus justes conseils. D'autre part. ni fautes de français. et Chapman. ni contresens. de le tourner. saint Étienne Dolet. Ses traductions de Shakespeare ne ressemblent pas à Sha- kespeare. qui n'en fit aucun. Car s'il s'agit effectivement de métier sur le plan du travail quoti- dien. pour nous encourager ou nous consoler. qui fit quel- ques contresens et saint Valery Larbaud. nous allumons un cierge devant l'effigie de nos saints patrons: saint Jérôme. qui nous donna notre première charte. après Baudelaire. et de temps en temps. lui non plus. Où est l'obstacle? Une chose est de le forcer. Daphnis et Chloé. Baudelaire avait du génie. vainement. à une permanence univer- sellement reconnue (ce qui est encore plus rare). à quoi chacun de nous tâche à l'aveugle de parvenir. Et pourquoi tant d'admirables anglicistes. Nous nous efforçons tout de même. Il n'a pas. savait honorablement l'anglais. on a relevé dans Amyot des contresens et dans Baudelaire des faux sens. parce que les techniques n'ont que des difficultés de vocabu- laire. et Galland. Les problèmes théoriques de la traduction cultés de vocabulaire. Avec la Extrait de la publication . qui nous ont prouvé l'existence du miracle. Par exemple. et les littéraires envient les techniques. de l'effacer. franchi l'obstacle. en dehors de quelques rares traducteurs. d'où il ressort que l'impar- faite connaissance de la langue que l'on entreprend de traduire n'est pas toujours un obstacle. et le bienheureux Jacques Amyot. après Amyot. Personne. une autre de le connaître. ni faux sens. nous en avons besoin. ne s'était avisé de poser le problème. les Histoires extraordinaires d'Edgar Poe. comme nous pouvons. apparem- ment. et Baudelaire.

Le français relègue le mouvement du corps à ce que l'ancienne analyse grammaticale appelait un complément circons- tanciel (à la nage). notion concrète que le verbe exprime. c'est se colleter. pioche en mains. être à la fois géomètre et bâtisseur de ponts. Jourdain. classé. Georges Mounin s'y prend comme un brave: retrous- sons nos manches. il va s'écrier « Comment. Que M. comme l'honnête matelot qui navigue à l'estime et voit arriver Extrait de la publication . d'ouvrages de linguistique pure et de linguis- tique comparée aussi bien élrangers que français. L'anglais ici commence par le mouvement du corps (he swam). puisque vous remarquez aussitôt. Dans un impressionnant monceau de documents. j'accomplis une opération linguistique? » Mais bien sûr. faisant passer le propos d'une langue dans l'autre. lorsque je traduis: He swam across the river par: il traversa la rivière à la nage. faute de contexte. construire sur les précipices. compté. Il a procédé par catégories. le lieu de ce mouvement étant con fié à une simple préposition (across). nous nous sentons tous dans la peau de M. avec des montagnes de déblais. Jourdain fait de la linguistique. l'exemple seul prouvant quelque chose. confronté points de départ et conclusions. Et voilà pour- quoi M. puis- que l'anglais nomme indistinctement du même mot river ce que nous séparons en fleuve et rivière. creuser dans le roc. et pour lui le mouvement est un dépla- cement abstrait (il traversa). Mais ici le mot qui désigne l'objet reste indécis. La linguistique vous apprend ce qu'un vieux pro fesseur d'anglais enseignait avant tout aux grands commençants. On avance avec lui dans l'émer- veillement et dans l'inquiétude. que la linguistique (même inconsciente) vous est nécessaire pour ne pas traduire en pata- gon il nagea à travers la rivière. Le point fixe et commun aux deux langues se trouve être celte fois l'objet. Préface thèse que Georges Mounin a soutenue sur Les Problèmes théoriques de la Traduction. comme disent les universitaires: en anglais la pensée ne court pas sur les mêmes rails qu'en français. monsieur Jourdain. de la pratique à la théorie. toute discussion sur des problèmes de traduction s'enlise en géné- ral dans les détails. Jourdain traducteur ouvre par hasard à la page 55 et du premier coup. Passer du détail à l'ensemble. voilà pourquoi le détail seul. Dans l'émerveillement. et trouvé moyen d'être clair dans une démarche compliquée. il a trié.

dans un registre plus modeste. fût-ce dans l'ordre seulement matériel on ne traduit pas dollar. avec description. d'une manière différente. recette de fabrication et mode Extrait de la publication . on ne traduit pas rouble parce que la chose en France et en français n'existe pas. Georges Mounin expose d'abord de quelle nature est l'obstacle proprement linguistique (ayant trait aux structures de tel langage par rapport à tel autre). Qu'on en juge. fusée. n'est pas la même dans l'analyse linguistique. Les problèmes lhéoriques de la traduction le camarade sorti des écoles. Divisant son sujet par ordre. comment faire comprendre le compor- lement du semeur. que les ethnologues appellent culture. et découpée. couronne. etc. Mais il y a plus grave. ne recouvre jamais entièrement un autre ensemble. on sait que nous sommes prêts à nous contenter d'approximations. de la dernière édition des cartes. Il s'agit donc.) Com- ment traduire désert dans la forêt subéquatoriale amazo- nienne? » Même lorsque les disparates sont moins éclatants. muni du calendrier des marées. et comment traduire en anglais ne serait-ce que trois ou quatre des cinquante mots qui désignent dans la région d'Aix en 1959 tel ou tel genre de pain (baguette. » Tant pis. Alors que faire? Mettre une note en bas de page. Que se passe-t-il lorsqu'il faut « décrire dans une langue un monde différent de celui qu'elle décrit ordinaire- ment? Comment traduire la parabole évangélique du bon grain et de l'ivraie. parce que ces magni fiques moyens démon- trent cent et mille fois que le métier de traducteur est impos- sible. l'ensemble de l'expérience pour un peuple ou pour un pays donné. opé- ration à la fois d'analyse (de quoi est fait tel ou tel obstacle) et de synthèse (quel esl l'élément que ces obstacles ont en commun). Dans l'inquiétude. fougasse. puisque le passage d'une langue à l'autre ne va pas de soi. « L'action regardée. mais où chaque graine est individuellement déposée dans un trou du sable? (. et qu'on avait raison de se méfier. et d'un sextant perfectionné. de définir en quoi consiste l'obstacle. la même dans le monde de l'expérience. quand on aura traduit le scone écos- sais et le muffin anglais par petit pain.) et dont Georges Mou- nin donne une liste à faire frémir? Inversement. on n'aura rien traduit du tout. dans une civilisation d'Indiens du désert où l'on ne sème pas à la volée. flûte. dont relève l'exemple de la rivière tra- versée à la nage: une même expérience peuf être vue.

que l'on respecte a priori. le même mol pour un vert jaunâtre et pour un brun grisâtre. mais l'anglais aurait dû nous habituer les habits rouges des soldats anglais. pièges des vocabulaires. veut ici dire rouge. Il suffit de savoir de quel vocable chaque langue le désigne. Si l'on se débarrasse des latitudes. Faute de prendre. le traducteur est rejelé de l'outrecuidance (but . lune. Entre tous ces pièges. bien sûr). « Faut-il. après tout. Mais il y a pire. Ces glissements de signification. comme dans le dictionnaire. el non je. On se croyait tranquille avec une notion aussi simple que celle des couleurs. tout le monde sait que pink. La difficulté reparaît tout de suite. comment esquiver le temps? A deux siècles près. pink. Préface d'emploi? La note en bas de page est la honte du traduc- teur. pièges des civi- lisations. ont été baplisés par certains linguistes « connotations ». ils tes appellent pink habits. me souvenir?» (moi. qui demeurent l'uni forme des cavaliers des chasses à courre. et sauf l'innocent étranger qui se fie à la logique et au bon sens. honnêtement. verglas. » On est surpris parce qu'il s'agit du grec. pluie. sou- vent infiniment plus subtils. adjectif. et non pas elle. par exemple. garde à la scansion du vers shakespearien. pink-eyed (ils sont rouges. puisqu'ils ne se préoccupent que de ce qui est suffisamment général pour être identique chez tous les hommes soleil. Erreur. Nous revoilà dans les connotations. moi. le vert est vert. terme barbare et conception confuse que Georges Mounin parvient à rendre claire. pour tous les hommes. comme les yeux du Lapin blanc d'Alice. et là au moins un terme peut exactement recouvrir l'autre. pièges des structures linguistiques. à l'intérieur d'un même lan- gage. le cceur de Cor- neille. glace. avec neige. illusion!«Le grec a le même mot pour un vert jaune et pour un rouge. comme il rend claire une concep- tion nouvelle des universaux appliquée au langage. pièges des cultures. on ne s'aper- çoit pas que le I souligné par un temps fort veut dire moi. le rouge esl rouge. et partout ailleurs rose.) tout le sent est changé. Et personne ne parle des variations qui ne se peuvent percevoir que par l'oreille. Mais les universaux ne résolvent rien. Must 1 remember? dit Hamlet dans le célèbre monologue où il évoque la mort de son père. les mêmes mots n'ont pas tou- jours le même sens l'ennui de Racine.

L'impossible. Dominique Aury. la conclusion du linguiste que la passion de traduire n'aveugle pas. » Un autre linguiste dit que « la traduction consiste à produire dans la langue d'arrivée l'équivalent naturel le plus proche du message de la langue de départ. que chaque traducteur a souvent envie de recommencer les traductions des autres. les fureurs de fidélité. à nous les approches plus ou moins accomplies. les enthousiasmes mal récompensés. ne serait-ce que parce qu'il nous délivre de l'inquié- tude muette ou criante à laquelle notre travail nous voue: ce n'est pas nécessairement notre maladresse qui est en cause. dont nous rencontrons tous les jours les pierres éparses. « La linguistique cnntemporaine. mais c'est aussi la revanche du traducteur. notre univers familier devient un nouveau monde. Nous apercevons en fin dans son entier ce mons- trueux obstacle de Babel. Le livre de Georges Mounin esf passionnant pour nous. Il faudra bien essayer de continuer. est plus nuancée. puis quant au style ». Mais la marge est minime. oui. Mais Georges Mounin remarque avec justesse que cet équivalent naturel le plus proche est rarement donné une fois pour toutes. d'abord quant à la signification. tout ce qui peut réellement se traduire sera lraduit par elles. et les machines ne nous aideront guère. Un métier qu'on fait d'instinct. A nous tout le reste. à nous l'impossible. Nous en renversons parfois quel- ques-unes. aboutit à définir la traduction comme une opération relative dans son succès. et toujours de recommencer les siennes. Extrait de la publication . c'est le désespoir. Et il est vrai qu'on n'en a jamais fini. Au terme de sa longue étude. Avec Les Problèmes théoriques de la Traduction. Les problèmes théoriques de la traduction peut se traduire) au désespoir (rien ne peut se traduire). variable dans les niveaux de la commu- nication qu'elle atteint. dit Georges Mounin. comment en avoir une vue juste? Nous ne savions rien sur les fondements de notre métier.

PREMIÈRE PARTIE Linguistique et traduction Extrait de la publication .

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dans tous les cas. Weinreich. à travers les phénomènes d'inter- férence (« et leurs effets sur les normes de chacune des 1. Selon Weinreich aussi. ou disparaître est toujours un locutear individuel.. Weinreich insiste sur ce point. bilin- guisme. pour une même personne. Languages in rnnlort. /< ibM. p. qui dit un simple soldat. « deux ou plusieurs langues peuvent être dites en contact si elles sont employées alter- nativement par les mêmes personnes1 ». ayant comme langue première le français. I Extrait de la publication . Et le fait. cet individu transférera le même concept en anglais sous la forme a simple soldier. du seul fait que deux langues sont en contact dans la pratique alternée d'un même individu. Ces écarts constituent les interférences des deux langues l'une sur l'autredans le parler de cet individu. 1. au lieu de la forme anglaise existante a private. que le lieu de contacl de langues. écarts qui se produisent en tant que conséquence de sa pratique de plus d'une langue. [>. on peut généralement relever dans le langage de cet individu des « exemples d'écart par rapport aux normes de chacune des deux langues2 ». c'est-à-dire le lieu où se réalisent des interfé- rences entre doux langues interférences qui peuvent se maintenir. Par exemple. L'observation du comportement des langues dans des situations de contact. d'employer deux langues alternati- vement est ce qu'il faut appeler. CHAPITRE PREMIER La traduction comme contact de langues i Selon Uriel Weinreich.

p. parce que c'en est un. lexicaux. Vogt H. alors. le maintien dans le texte une fois traduit de mots et de tours non-traduits. p. Weinreich. le lieu d'un contact entre deux (ou plusieurs) langues employées alternativement par le même individu. dans ce cas précis.. Admettre qu'un élément donné est simplement ajouté au système qui le reçoit. ii Pourquoi étudier la traduction comme un contact de langues? Tout d'abord.Tout enrichissement ou appauvrissement d'un système entraîne nécessairement la réorganisation de toutes les anciennes oppositions dis- tinctives du système. Ou pour vérifier. sont impéné- trables les uns aux autres de langue à langue. cit. ou parties de système. 1. III La traduction. aux calques. la tendance aux emprunts. si tels ou tels de ces systèmes. 173. aux citations non traduites en langue étrangère. syntaxiques constitués par les langues sont bien des systèmes. 35. Sans contestation possible non plus. 2. ruinerait la notion même de système ». de proche en proche. 3. Ouvr. Dans quelles conditions. les fautes et les erreurs qui se commettent de part et d'autre [. est un contact de langues. Bilingue par définition. morphologiques. et dans la traduction Partout où deux populations diffé- rentes sont en contact. ou bien des comportements linguistiques très marqués chez les traducteurs le goût des néologismes étrangers. qui. si les systèmes phonologiques. Extrait de la publication . même si le sens dans lequel il « emploie » alterna- tivement les deux langues est. l'influence de la langue qu'il traduit sur la langue dans laquelle il traduit peut être décelée par des interférences particulières. altérer tout l'ensemble2. c'est-à-dire des ensem- bles tellement solidaires en toutes leurs parties que toute modification sur un seul point [toute interférence. rejeté comme inin- 1. donc. Sémantique. sont des erreurs ou fautes de traduction s. à première vue. notamment. Pour vérifier. un peu particulier. de plus. Mais ce fait de bilinguisme très spécial pourrait être. le traducteur est bien.. Les problèmes théoriques de la traduction deux langues exposées au contact») offre une méthode originale pour étudier les structures du langage. écrit-il. sans contestation possible. p. et que nos professeurs estiment au jugé «. sans conséquences pour ce système. ici] peut. la morphologie par exemple.]sont au fond les mêmes fautes qu'on fait au collège. Bréal avait déjà bien noté cette parenté des contacts de langues dans le bilinguisme. est un fait de bilinguisme.

statistiquement très rare. La traduction. 3. cette rareté du phénomène de résistance totale aux inter- férences « Le problème linguistique fondamental qui se présente. et dans quelle mesure elles influeront l'une sur l'autre [. Cette dernière semble exiger de la part du locuteur bilingue une attention soutenue dont peu de personnes sont capables. il y a une certaine quantité d'influences réciproques. Linguistique et traduction téressant parce qu'aberrant. p. 7-9 et 10-13. II. à force de constant 1. Diffusion of language.. Meillet et A. et que la séparalion nette est l'exception. Les parties soulignées le sont par le citateur. en serait décrite comme le cas-limite celui. Martinet. pp. bien qu'étant une situation non contestable de contact de langues. A. concernant les bilingues qu'on pourrait appeler « professionnels » en général x. p. Le bilingue professionnel est un bilingue isolé dans la pratique sociale « Il apparaît que l'intégrité des deux structures a plus de chances d'être préservée quand les deux langues en contact sont égales ou comparables en fait de prestige. eu égard au bilinguisme. est de savoir jusqu'à quel point deux structures en contact peuvent être maintenues intactes. contre toute interférence ce qui restreindra considérablement la collecte de faits intéressants de ce genre dans les textes traduits. cit. où la résistance aux conséquences habituelles du bilinguisme est la plus consciente et la plus organisée. Sauvageot avaient déjà senti le besoin de distinguer du bilinguisme ordinairele bilinguisme des hommes cultivés c'est le titre de leur article double dans Conférences de l'Institut de linguistique. le cas où le locuteur bilingue lutte consciemment contre toute déviation de la norme linguistique. Martinet cependant souligne. Art. Les passages soulignés le sont par le citateur. où il met à part encore une fois le cas de « ces quelques virtuoses linguistiques qui. 2. Martinet. 7. au moins à la longue2 ». situation qui n'est pas rare dans des cas que nous pouvons appeler bilinguisme ou plurilinguisme individuels » Il revient à la même idée dans sa Préface au livre de Weinreich. Martinet oppose également par un autre caractère aber- rant ce bilinguisme « professionnel » qui inclut les traducteurs au bilinguisme courant (lequel est toujours la pratique collective d'une population). Extrait de la publication . 7.]Nous pouvons dire qu'en règle générale. 1934.

Extrait de la publication . cit. » L'étude de la traduction comme contact de langues ris- querait donc bien d'être inutile parce que pauvre en résultats. dans le même individu. Ce qui intéresse les deux linguistes.. Les problèmes lhéoriques de la traduction exercice. 7. 3. dans n'importe quelle situation. à moins que nous n'ayons affaire à quelque génie littéraire. de se placer. la même capacité que les locuteurs indigènes. ici. Weinreich. peut être psycho- logiquement tout à fait spectaculaire. poursuit-il. 369. restent à cet égard un fait digne d'étude aux yeux de Martinet « Ce serait une erreur de méthode. que d'exclure de telles situations dans un examen des pro- blèmes soulevés par la diffusion des languess ». parviennent à maintenir nettement distincts leurs deux (ou multiples) instruments linguistiques ». Diffusion of language. Ouvr. cela signifierait qu'une personne puisse employer chacune de ses deux langues. c'est d'un point de vue qui n'est pas le seul possible. Contact of languages. Martinet. Vogt H. Cette opinion se voit corroborée par celle de Hans Vogt. il est difficile de voir comment ils pourraient intéresser le linguiste. p. quelque secondaires qu'ils soient. écrit-il. les traces linguistiques permanentes d'un tel conflit seront nulles 1. « Le conflit. parce que les phénomènes d'interférence se trouveraient alors exclus par définition 2. de deux langues de semblable valeur culturelle et sociale.. Cette atténuation de son jugement sur l'intérêt des bilinguismes 1. la même correction. à cent pour cent. Notons que les bilinguismes individuels. 2. c'est que l'étude du bilinguisme outre que celui-ci est une réalité linguis- tique est un moyen particulier de vérifier l'existence et le jeu des structures dans les langues. avec la même facilité. mais. p. pp. » iv Mais si Martinet écarte et Vogt après lui l'étude de ces faits de bilinguisme individuel parce qu'ils n'offrent qu'une matière d'intérêt secondaire. et qui n'est pas celui où l'on se propose. vm et vu. Et si de tels cas existent. spécialiste lui aussi des études sur les contacts de langues « On peut aller jusqu'à se demander s'il existe un bilin- guisme total. Les passages soulignés le sont par le citateur.

N. toutefois. Vogt (art. Quand un locuteur du langage X emploie une forme d'origine étran- gère non pas comme un recours fortuit au langage Y. sont devenus habituels.Dans le langage. on peut se proposer l'inverse. p. que la traduction. fixés. importante.) . Linguistique et traduction individuels se trouve aussitôt délimitée. du point de vue descriptif. l'interférence retient uniquement l'attention comme une saisie du moment initial de ce qui deviendra un emprunt. dit H.O. et depuis 1948 par l'U.(Languages. dit Weinreich. Leur emploi ne dépend plus du bilin- guisme. p. nous trouvons des phénomènes d'interférence qui.La majorité de tels phéno- mènes d'interférence sont éphémères et individuels ». 369). portant 1.C. Mais au lieu de considérer les opérations de traduction comme un moyen d'éclairer directement certains problèmes de linguistique générale. Diffusion'of language. mais parce qu'il l'a entendue employée par d'autres 3ans des discours en langue X. augmente rapidement dans tous les domaines. structu- rale et fonctionnelle éclaire pour les traducteurs eux- mêmes les problèmes de traduction. comme étant devenu partie intégrante du langage X.. Un tel projet se justifie au moins pour trois raisons 1. ainsi qu'en témoignent les chiffres publiés. 7. Il serait paradoxal qu'une telle activité. cité. » On admettra donc.S. considérée comme un contact de langues dans des cas de bilinguisme assez spéciaux. on peut se proposer d'élaborer un traité de traduction à la lumière des acquisitions les moins contestées de la linguis- tique la plus récente. particulièrement depuis 1932 par l'Institut de coopération intellectuelle. Au lieu de récrire (toutes proportions gardées) un traité de linguistique générale à la seule lumière des faits de traduction. Surtout si l'on ne perd pas de vue que.. p. 11. alors cet élément d'emprunt peut être considéré. 2. au moins comme point de départ que la linguistique et notamment la linguistique contemporaine. n'offrirait sans doute au linguiste qu'une moisson maigre d'interférences en regard de celle que peut apporter l'observation directe de n'importe quelle population bilingue. ici.E. s'étant reproduits fréquemment dans la parole des bilingues. par l'exemple donné « Le fait que Cicéron était un bilingue latin-grec a laissé des traces indélébiles dans notre voca- bulaire moderne 1.. dans son Index Translationum annuel. activité pratique. pour les spécialistes des contacts de langues. L'activité traduisante. Martinet.

Darbelnet sont les premiers à s'être proposés d'écrire un précis de traduction se réclamant d'un statut scienti- fique. Les problèmes théoriques de la traduction sur des opérations de langage. la tra- duction comme opération linguistique distincte et comme fait linguistique sui generis est. et dès qu'on entre dans la linguistique comparée. Firth a de son côté tenté d'attirer l'attention sur l'usage et l'abus des opérations non explicites de tra- duction dans l'analyse linguistique (Linguistic analysis. A notre connaissance. Jusqu'ici l'examen de ce scandale a toujours été plus ou moins rejeté. (Linguislic aspects. jusqu'ici. n'est jamais absente de la linguistique en effet. Roman Jakobson soutient même qu'il n'y a pas de comparaison possible entre deux langues. Certes l'activité traduisante. Vinay et J. 3. on aboutit à professer que la tra- duction devrait être impossible. p. p. des morpholo- gies et des syntaxes. des opérations de traduction sont sans cesse présentes ou sous-jacentes. L'activité traduisante pose un problème théorique à la linguistique contemporaine si l'on accepte les thèses courantes sur la structure des lexiques. 2. en fait de langage). on se sert utilement de leurs pro- ductions. . ils produisent. R. ou mettre en cause la validité des théories linguistiques au nom de l'activité tradui- 1. L'utilisation des calculatrices électroniques comme possibles machines à traduire pose et va poser des pro- blèmes linguistiques liés à l'analyse de toutes les opérations de traduction considérées comme telles. continue d'être exclue d'une science du langage. sans recours de fait à des opérations constantes de traduction. 2. 234). On n'imaginait peut-être qu'une alternative ou condam- ner la possibilité théorique de l'activité traduisante au nom de la linguistique (et rejeter ainsi l'activité traduisante dans la zone des opérations approximatives. P. toujours absente de la science linguistique enregistrée dans nos grands traités de linguistique 2. J. mais. impli- citement. sous des prétextes divers. On pourrait presque dire que l'existence dé la traduction constitue le scandale de la linguistique contem- poraine. J. 134). Mais ils intitulent encore leur ouvrage Stylistique comparée du Iran- çais et de l'anglais. non scienti- fiques. et qu'elle soit maintenue au niveau de l'empirisme artisanal. dès qu'on décrit la structure d'une langue dans une autre langue. explicitement. Mais les traducteurs existent.

de partir d'un autre point qu'on ne peut pas nier ce qu'apporte la linguistique fonc- tionnelle et structurale. alors que théoriquement la linguistique tendrait à la récuser. d'autre part.]impénétrables l'un à l'autre 2. d'une part. » Examiner aussi ce que font exactement les traducteurs quand ils traduisent examiner quand. Il faut donc examiner ce que veut dire et ce que dit exacte- ment la linguistique quand elle affirme. comment et pourquoi la validité de leurs traductions n'est pas réellement mise en cause par la pratique sociale. ici. On se propose. que « les systèmes grammaticaux sont [. Extrait de la publication . Linguistique et traduction sante 1. et qu'on ne peut pas nier non plus ce que font les traducteurs. par exemple.

. Et depuis moins de vingt ans presque toutes. The work of translalion al Toledo. jusqu'à ces dernières années quiconque entre- prenait d'étudier les problèmes posés par l'opération traduisante dans leur ensemble s'apercevait d'un fait assez surprenant considérée comme un ordre de phéno- mènes particuliers. Mayence ont leurs instituts d'interprètes. la traduction restait un secteur inexploré. 55-59. dont Cary a pu même esquisser l'histoire à grands traits. 2. 1960. cependant les universités de Genève. Heidelberg. Mais ces. comme un domaine de recherches ayant un objet sui generis. de la psychologie sans doute et de la pédagogie certainement elle n'était considérée comme objet propre d'investigations par aucune de ces sciences. dana Babel. . Vienne. notamment. pp. des cours d'interprètes. comme celle de Naples a son cours d'interprètes à l'Istituto Orientale. 137-140. Dunlop D. voire ignoré. Turin. Elle souffrait de la même situation qu'un certain nombre de régions du savoir humain se trouvant à l'intersection de plusieurs sciences notam- ment de la linguistique et de la logique. il y avait depuis longtemps des apprentissages d'interprètes. 2. VI. jusqu'aux cours de l'École des Langues Orientales 2. Certes. La traduction dans le monde moderne. Cary. CHAPITRE II L'étude scientifique de l'opération traduisante doit-elle être une branche de la linguistique? i Contrairement à ce que laisserait supposer le chapitre précédent. depuis l'École de Tolède (xne siècle)et le recrutement des drogmans français près de la Sublime Porte.orga- 1. Paris. Louvain. M. pp.

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