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GÉOPHYSIQUE 37

L’apport de la géophysique
à la géotechnique : la cartographie
haute résolution des sols.
Les technologies d’acquisition de mesures géophysiques Dispositif EMP (Electromagnetic Profiling)

dites à « grand rendement » permettent d’aborder les pro-


blématiques géotechniques avec une approche renouvelée,
spatialisée, des sols et sous-sols. La géophysique, à l’origine
utilisée pour les prospections minières et pétrolières, et ap-
pliquée depuis plusieurs décennies dans le cadre d’études
ciblées, entre aujourd’hui dans une approche préalable aux
sondages, et multithématique (géotechnique, infiltration des
eaux pluviales, archéologie, risques environnementaux…).
Explications avec Pierre Collardey de Geocarta.

On compte plusieurs méthodes L’application la plus évidente tériaux de façon fiable, via les ex-
semi-automatisées d’acquisition concerne les missions G1, ou G2 pertises jointes du géophysicien
massive de données, procurant d’avant-projet, sur des projets et du géotechnicien ; ces outils
des cartes haute résolution du d’aménagement portant sur des étant non destructifs des sols et
« proche sous-sol » (jusqu’à 10 m de grandes surfaces, en extension des cultures en place, ils peuvent
profondeur) : les mesures de résis- urbaine ou en reconversion d’an- être déployés très tôt dans le pro-
tivité électrique (Automatic Resisti- ciennes zones industrielles. Elle peut jet d’aménagement, permettre de
vity Profiling - ARP® Geocarta), de aussi concerner des missions G3. mieux anticiper les risques, et servir
conductivité électromagnétique pour l’extrapolation de résultats de
(Electromagnetic Profiling – EMP), L’AVANTAGE PROCURÉ sondages sur des parcelles maîtri-
de gradient magnétique terrestre PAR LES CARTOGRAPHIES sées par l’aménageur.
(Automatic Magnetic Profiling - PAR MÉTHODES GÉOPHYSIQUES Les mesures de résistivité (ou de
AMP® Geocarta) ou géoradar mul- EST TRIPLE  conductivité, qui en est l’inverse)
ti-antennes (Ground Penetrating sont utiles pour la géotechnique et
Ces méthodes couvrent 100  % de
Radar – GPR). la gestion des eaux pluviales par
la surface permettant une meil-
Toutes mesurent des propriétés leure lecture des formations géo- infiltration. Chaque type de maté-
physiques de façon non destruc- logiques et pédologiques, sur des riau réagit de façon distincte. Lors
tive, dont les différences trahissent superficies importantes, et un re- d’une campagne de mesures, les
des hétérogénéités liées à des pérage d’anomalies fines qui ne valeurs enregistrées forment une
différences de matériaux, des re- pourraient que difficilement être « signature » des matériaux en
maniements du sous-sol. Leur pré- repérées par des sondages des- place. Les argiles sont très conduc-
cision se traduit en taille de pixel- tructifs ; les propriétés mesurées teurs, tandis que les sables, les
sol : 30 cm, 1 m, 3 m, etc. permettent de discriminer les ma- roches et à plus forte raison les ca-
© Photos DR

Projet autoroutier BREBEMI (Italie), ARP®, EMP, AMP.

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ZAC EOLE (44 hectares, MOA : SHEMA,


MOE : ADEPE). Carte de conductivité EMP
sur une profondeur de 3 m, superposition du
plan masse en phase esquisse. Sur ce projet
d’aménagement, les économies générées
à court terme par l’étude géophysique ont
été calculées par la maîtrise d’œuvre (ca-
binet ADEPE) à 80 000 € (optimisation des
sondages, réemploi des terres, maîtrise des
aléas). Les gains qualitatifs ont consisté en
l’optimisation des ouvrages de voirie
et de gestion des eaux de ruissellement,
la consolidation du dossier loi sur l’eau et
la sécurisation du maître d’ouvrage.
Source : SHEMA.

© Photos DR
vités sont, eux, très résistants. Entre les
deux extrêmes, les limons, marnes...
S’il ne permet pas d’identifier de
façon précise et a priori les ma-
tériaux en place, ce « scan » du
sous-sol permet dans un premier
temps d’orienter les sondages et
essais géotechniques, hydrogéolo-
giques. En lieu et place d’un mail-
lage « à l’aveugle », une stratégie
de sondages prenant appui sur les
mesures de résistivité/conductivité,
économe en moyens de sondages
destructifs, est mise en place. À Carte de résistivité sur le bloc
mesure que les surfaces sont impor- 3D acquis lors de la prospection
(ZAC de la Gibauderie, 25 hectares,
tantes, l’optimisation des moyens
MOA : SEP86).
destructifs s’amplifie. Ainsi, sur une
opération d’aménagement por-
tant sur plus de 200  hectares, le les massifs de fondation en béton Les campagnes de mesures  sont
nombre de sondages nécessaires armé. Idem, pour la sécurisation très rapides sur les espaces ou-
pour la caractérisation du site en de sondages au regard du risque verts (prairie, champs…). De 5 à
étude préliminaire G1/G2 AVP est pyrotechnique. 15  hectares sont balayés en une
divisé par plus de 3. journée. Des quads traînant des
L’INNOVATION capteurs parcourent le terrain en
Au-delà d’un outil de zonage de
précision métrique ou inframé- Les méthodes à grand rendement dessinant des lacets plus ou moins
trique, l’approche géophysique sont portées par l’innovation : pro- espacés. Une balise GPS de préci-
constitue parfois un préalable in- grès des appareils de mesure, des sion centimétrique permet de po-
dispensable lorsque l’on suspecte GPS, des logiciels de traitement sitionner chaque point de mesure
des anomalies géologiques fines  : des données. La société Geocar- géophysique. Sur chaque profil
conglomérats rocheux, karsts, ta a ainsi repris et prolongé des réalisé, on retrouve une succes-
poches d’argiles… Ou des traces travaux de recherche menés au sion de points très rapprochés, au
de l’occupation humaine (ves- CNRS (laboratoire Sisyphe) sur maximum de 25 cm (ARP® : 10 cm),
tiges archéologiques, galeries, l’automatisation des mesures de pour chaque couche investiguée
marnières, anciennes fondations résistivité du sol. Au milieu des an- (exemples : 0-2  m, 0-6  m). C’est
enfouies, réseaux, cuves...). L’ap- nées 2000, la précision des GPS est cette multiplicité de points qui,
plication des méthodes géophy- devenue suffisante pour produire après interpolation, dessine des
siques connaÎt ainsi un succès des cartes de précision infradéci- cartes fines, où les zonages et ano-
croissant sur les sites et sols pol- métrique. Les efforts de dévelop- malies ressortent grâce à un trai-
lués, où la recherche de l’encom- pement portent aussi bien sur la tement en couleurs ou en noir et
brement du sous-sol est un enjeu mécanique, l’électronique, que blanc.
pour la géotechnique et l’envi- sur les développements logiciels. Côté technique, en dehors de
ronnement, via les risques de libé- Ces avancées techniques, ajou- la résistivité électrique ou élec-
ration de polluants par la casse. tées au savoir-faire des ingénieurs, tromagnétique, on peut citer la
Les masses métalliques sont loca- conditionnent la qualité des carto- mesure du gradient magnétique
lisées précisément, et, parmi eux, graphies et des interprétations. terrestre, utile pour les sites et sols

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ZAC des Grands-Philambins (14 hectares, MOA : SEP86). ARP®, EMP, AMP.
En évidence : carte ARP® profondeur 2 m. Les cartes mettent notamment
en évidence un système de failles et diaclases.
DES MÉTHODES
NON INVASIVES
Le caractère non destructif des
mesures est un avantage parfois
déterminant, grâce à la possibi-
lité de travailler sur des parcelles
non acquises par l’aménageur
ou promoteur, avant acquisition
foncière, et grâce à l’économie
sur les dégâts aux cultures et sols
agricoles qui peuvent se chiffrer en
milliers d’euros par hectares.
L’avenir semble donc promis à
une intégration de plus en plus
systématique des cartographies
par méthodes géophysiques pour
l’optimisation de la connaissance
géotechnique des sites à aména-

© DR
ger, et, partant, des projets eux-
mêmes. Les connaissances de ces
pollués, le risque pyrotechnique Côté applications, les enjeux der- outils se diffusent progressivement.
et la recherche archéologique ; rière l’application de mesures Il reste néanmoins beaucoup d’ef-
le géoradar ; la microgravimé- géophysiques à haut rendement forts de pédagogie à mener pour
trie ; la tomographie électrique, dépassent la géotechnique, ce informer aussi bien les maîtres d’ou-
et sa variante 3D qui permet qui fait de ces méthodes un outil vrage, les maîtres d’œuvre que les
une modélisation du sous-sol ; intéressant pour une approche in- bureaux d’études en géotech-
la diagraphie électrique ; la tégrée des enjeux liés aux sols. Ain- nique. Espérons que cet article y
sismique... si, la géophysique haute résolution contribue.
Toutes ne sont pas capables est utilisée de façon croissante en Pierre Collardey
de produire des cartes haute archéologie, en France comme Chargé d’affaires aménagement
résolution. dans le monde. Geocarta

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