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Tribunal d’instance de Lyon – Lundi 3 décembre 2018

#LEVOTHYROX
Action collective contre MERCK

PLAIDOIRIE

Christophe Lèguevaques, avocat au barreau de Paris, docteur en droit

Romain Sintès et Quentin Guy-Favier, avocats au barreau de Toulouse

Géraldine Adrai-Lachkar, avocate au barreau de Marseille.
Texte provisoire
– seule la version prononcé fait foi –
dans l’attente des textes de Me Géraldine Adrai-Lachkar, Quentin Guy-Favier et Romain Sintès

Monsieur le Président,

C’est un dossier exceptionnel qui retient votre attention ce matin.

- EXCEPTIONNEL par son ampleur car ce n’est pas tous les jours que 4.113 demandeurs
se mettent en marche pour réclamer justice face à une puissance économique et industrielle
crainte dans les ministères et dorlotée par les agences sanitaires ;

- EXCEPTIONNEL, surtout, parce qu’il vous est posé toute une série de questions de droit
qui peuvent apparaître comme autant d’obstacles pour faire vous dévier de la route de la
justice.

Parmi les questions de droit, nous venons d’entendre les explications de mon contradicteur sur
votre prétendue incompétence.

Mon premier réflexe est de penser à ce film avec Julia Roberts, Erin BROCKOVICH, qui raconte
l’histoire d’une courageuse mère de famille, secrétaire dans un modeste cabinet d’avocats et qui
mène l’enquête contre un groupe industriel qui pollue la nappe phréatique d’un comté américain
en répandant du chrome hexavalent, particulièrement toxique.

Lors de la première audience devant le tribunal, le magistrat gronde le groupe industriel qui a fait
déposer 24 exceptions de procédure par une armada d’avocats sculptés dans le même moule, vêtus
du même costume sombre et arborant le même sourire carnassier de ceux pour qui,
incontestablement, le temps c’est de l’argent.

Eh bien nous sommes un peu dans la même situation aujourd’hui avec MERCK :

plutôt que d’affronter la réalité,

plutôt que d’apporter les informations que les malades attendent depuis si longtemps,

plutôt que d’apporter un peu de réconfort en se plaçant tout simplement à hauteur d’homme,

MERCK tente de FUIR et de GAGNER DU TEMPS en prétendant que vous seriez incompétent
car le tribunal d’instance ne peut plus être saisi des procédures en réparation du « dommage corporel ».

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Mon deuxième réflexe est de penser aux conseils que donnait le général chinois TSUN ZU au 5e
siècle avant notre ère, bien connu pour son remarquable traité sur « L’art de la guerre » : choisis le
terrain sur lequel tu veux combattre ton adversaire ; comme cela il sera sur la défensive et tu seras
maitre de l’offensive.

La tactique de mon confrère ROBERT est habile : il veut que nous abordions ce procès sur un
terrain qu’il maitrise avec un brio reconnu : celui de la responsabilité médicale.

Mais voilà Monsieur le président, nous n’avons jamais voulu nous placer sur ce terrain instable car
nous savons que le droit n’est pas favorable aux victimes.

Dans les couloirs de Bruxelles, les lobbies ont rédigé une directive sur la responsabilité du fait des
produits défectueux qui est tellement protectrice des intérêts industriels que même le
gouvernement français s’en plaint !

Dans une note adressée à la commission européenne le 7 juillet 2017, le gouvernement français
constate :

depuis les années 2000, la France a été amenée à mettre en place des dispositifs
publics d’indemnisation des victimes de produits de santé afin de pallier les
obstacles que celles-ci rencontrent pour faire valoir leurs droits notamment à
l’égard des industriels, qui se réfugient derrière le régime très
favorable de la directive de 1985 [sur les produits défectueux] ».

Alors pour faire cesser cette pratique usuelle qui consiste à privatiser les profits et à nationaliser les
pertes, de respecter les apparences du droit pour mieux asservir l’équité et aboutir à un véritable
déni de justice, nous avons dit depuis le début que, dans cette procédure, nous n’étions pas sur le
terrain de la responsabilité médicale stricto sensu : le cœur du problème ce n’est pas le
médicament mais l’information autour du médicament.

Entendez-moi bien, Monsieur le président, cela ne veut pas dire que je renonce à critiquer le produit
et sa composition, à rechercher s’il n’y a pas eu des manquements à des règles de sécurité prévues
par la loi ou à vérifier s’il n’existe pas une fraude sur les qualités substantielles du médicament.

Ces questions existent, elles sont posées, elles méritent des investigations approfondies et d’autres
juridictions auront à y répondre le moment venu.

Mais, ici et maintenant, ce n’est pas le sujet. Encore une fois, le cœur de notre propos va consister
à démontrer que MERCK a failli à ses obligations d’information des malades et que cela a engendré
des préjudices moraux.

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Dans l’affaire qui nous occupe et comme le permet le droit européen, nous sommes à titre principal
sur l’application de la responsabilité civile de droit commun pour faute et subsidiairement sur la
responsabilité du fait des produits défectueux.

Notre procédure est centrée sur la question de l’obligation d’information pesant sur un fabricant,
obligation doublement renforcée d’une part quand il se trouve en situation de monopole et d’autre
part, quand il connait les risques liés aux changements de formule de sa spécialité.

Nous démontrerons même que cette obligation d’information est complétée par une obligation de vigilance
et une obligation de mise en garde car le LEVOTHYROX est un médicament particulier.

Il appartient à la gamme des médicaments à marge thérapeutique étroite. Je reviendrai dans un
instant sur cette notion fondamentale et décisive dans l’appréhension du dossier.

Au-delà des différents manquements à ces obligations, nous avons, dès l’origine, strictement limité
l’action aux SEULS PRÉJUDICES MORAUX, à l’exclusion des dommages corporels.

Reprenez l’assignation du 24 octobre 2017, vous verrez cette question était d’ores et déjà visée.

Aujourd’hui, MERCK feint de découvrir une improbable incompétence du tribunal d’instance au
profit du tribunal de grande instance au prétexte que les préjudices moraux seraient des dommages
corporels déguisés.

Comme MERCK, je pourrais ergoter et soulever l’irrecevabilité de son argument d’incompétence
en raison de la tardiveté de la trouvaille.

Mais soyons courageux et examinons cette subtile distinction entre dommage et préjudice.

Commençons par constater que la différence entre « préjudice » et « dommage » est une distinction
avant tout doctrinale. Elle est peu pratiquée en droit positif.

Pour faire simple, on considère que le dommage est un « fait matériel » et le préjudice en traduit la
« conséquence juridique ».

Or, le seul DOMMAGE que nous visons n’est pas matériel, il est immatériel puisqu’il s’agit d’un
manque, d’une absence, d’un défaut d’information.

Le fait matériel principal réside dans l’absence de mentions sur le changement de formule, mentions
qui aurait dû apparaître sur et dans la boite de médicament.

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Le fait générateur de toute cette affaire, c’est également une absence coupable de réaction de la part
d’un industriel qui détenait tous les moyens pour agir : pour éviter d’abord, pour limiter, ensuite,
les conséquences de ses actes.

Avec un entêtement criminel, une surdité maladive – non je ne dirais pas comme un autiste car j’ai trop de
respect pour les autistes – j’aurais presque envie de vous dire avec la suffisance sordide d’un
gouvernement autoritaire qui refuse de comprendre la réalité, MERCK n’a pas entendu les cris, les
pleurs, les lamentations des malades.

Et pourtant, il suffisait de tendre l’oreille, de prendre le temps d’écouter, de lire les témoignages
bouleversants des uns et des autres.

Et à ce stade Monsieur le président, je suis obligé de briser le mur du silence.

Je ne voulais pas jouer sur l’émotion mais quand même, il faut entendre ce que nous disent ces
malades :

- J’étais d’une humeur massacrante ou j’étais une chiffe molle,

- J’étais comme une pile vide,

- Je ne pouvais plus travailler,

- Mon cœur battait la chamade,

- J’ai pris du poids,

- J’ai perdu mes cheveux,

- Je me suis mise à gonfler
,
- J’étais en dépression, c’était la première de toute ma vie, je broyais du noir,

- J’avais des crampes qui me paralysaient,

- Je n’arrivais plus à dormir,

- Tout m’angoissait

- J’étais fatiguée, épuisée

- J’ai voulu mourir

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Et derrière chacune de ces déclarations, il y a des conséquences cliniques, objectivables, constatées
le plus souvent par des médecins.

Et point important, les troubles physiques, corporels décrits correspondaient bel et bien au tableau
clinique attendu par la littérature médicale en cas de dysfonctionnement thyroïdien. Nous y
reviendrons.

Et puis,
Et puis,
Et puis,

Il faut rappeler à notre mémoire, Martine, Valérie et Elodie et tous ceux et celles dont je ne connais
pas les prénoms.

Elodie, 32 ans, mère de deux garçons de 5 et 7 ans, ne prenait aucun autre médicament mis à part
le LEVOTHYROX.

Elle était en bonne santé, vivait sainement dans un petit village de la vallée du Rhône entre vignes
et abricotiers bios, elle pratiquait du sport, avait arrêté tout contraception car elle avait le projet
d’enfanter un troisième.

Et cette vie simple, bien remplie, active plaisante, s’est arrêtée net. Elodie est décédée dans son
sommeil le 25 novembre 2017 en raison d’un arrêt cardiaque.

Un arrêt cardiaque qui correspond à un risque d’effet indésirable grave qui est documenté dans la
littérature médicale et sur lequel MERCK aimerait bien que l’on se taise, que l’on oublie.

Un peu comme pour le DISTILBENE, le MEDIATOR ou le VIOXX, les fabricants savaient et
ils ont pris le risque de commercialiser et de continuer à vendre lorsque le risque s’est réalisé, mu
par une sorte d’ivresse de toute puissance.

Bien sûr, Monsieur le président, le dossier d’Elodie ne fait pas partie des 4113 que vous devez
étudier.

Tout simplement parce que vous n’êtes pas saisi des préjudices corporels.

Encore une fois, le PRÉJUDICE qui nous occupe est d’une toute autre nature.

C’est un préjudice tout aussi immatériel ou incorporel que le dommage.

Car il s’agit d’un préjudice purement moral découlant du défaut d’information et de l’intolérable
atteinte à la dignité des malades.

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MERCK le sait bien, l’a bien compris, alors comme premier obstacle, elle préfère faire semblant de
croire qu’il y a confusion entre le préjudice moral et le dommage corporel.

C’est elle qui crée la confusion comme plus tard elle tentera de créer le doute.

Il est facile pour les avocats de MERCK de jouer sur des jurisprudences contradictoires qui
intègrent parfois un préjudice moral dans les souffrances endurées dans le cadre de dossier qui
cherche à indemniser en même temps le préjudice corporel et le préjudice moral.

Mais nous ne sommes pas dans cette hypothèse puisque nous ne cherchons pas devant vous la
réparation du préjudice corporel.

Nous avons volontairement limité notre action au seul préjudice moral.

MERCK peut se permettre de jongler avec les jurisprudences, les références, les articles de doctrine.

En effet, elle a fait le choix judicieux de prendre le meilleur avocat de France en responsabilité
médicale.

Car, on retrouve mon confrère ROBERT et son équipe de 40 juristes, un pharmacien, ainsi qu’un
médecin, un expert médico-scientifique dans tous les dossiers de santé publique du MÉDIATOR
à ESSURE, du vaccin contre l’HÉPATITE C à la DÉPAKINE.

A travers leurs réseaux de professeurs de droit et par les articles qu’ils suscitent dans les revues
juridiques, ils façonnent la doctrine et petit à petit la jurisprudence.

Cette technique d’influence en amont (dans la rédaction des textes comme la directive) et en aval
(dans l’interprétation des textes avec la jurisprudence) est celle qu’ont utilisé, en leur temps, les
fabricants de cigarettes pour préempter la science et faire douter du lien entre la fumée de cigarette
et le cancer du poumon.

Grace à ces techniques de lobbying, de manipulation de l’opinion et d’amicales pressions sur les
juridictions, BIG TOBACCO a gagné 50 ans et a pu continuer à vendre, sur le marché américain,
ses milliards de produits délétères. Chaque année, il se vend 6 000 milliards de cigarettes dans le
monde et chaque année, la cigarette tue 6 millions de consommateurs.

Je pourrais vous expliquer comment en jouant la montre et la difficulté de démontrer scientifiquement
le lien de cause à effet, les industriels du tabac sont devenus des FABRICANTS DE DOUTE.

Aujourd’hui MERCK transpose les techniques et piège de nombreux malades dans les méandres
de discussion byzantine, oubliant que les malades cherchent réparation et avant tout le retour de
leur dignité bafouée.

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Utilisant tous les ressorts du droit, les avocats des industriels arrivent à inverser la situation en
obtenant des décisions d’une extrême sévérité à l’égard des victimes.

Souvent, on exige des malades une preuve impossible, une preuve diabolique. Le fardeau de la
preuve pèse comme un couvercle qui empêche la vérité de sortir du puits.

Et si cela ne suffit pas, il reste encore la loi sur le secret des affaires qui interdit aux malades
d’accéder à certains documents, ce qui rend encore plus ardue la preuve de leurs prétentions.

Parfois, Monsieur le président, j’ai l’impression d’être l’avocat d’une femme violée à qui l’on
reproche sans cesse la longueur de sa jupe !

Mais, enfin, Monsieur le président, dans un viol, ce n’est pas la longueur de la jupe qui compte c’est
l’acte par lequel un homme a assouvi sa lubricité sans retenue, prisonnier de cette hubris dont
Homère raconte les ravages dans l’Odyssée.

Ah, l’hubris, ce péché d’orgueil, point de départ de l’errance d’Ulysse qui osa défier Polyphème, le
cyclope, fils de Poséidon.

L’hubris qui fait perdre toute mesure, l’hubris pour lequel tel un possédé, la personne morale
sacrifie le bien commun sur l’autel de l’intérêt privé.

Et bien, ici, le fanfaron, c’est MERCK qui, du haut de ses 350 ans, méprise souverainement toutes
ces femmes ; nous dit, dans un clin d’œil salace, elles exagèrent un peu, non ?, quand même ces
bonnes femmes.

Parfois, on entend des propos de corps de garde, sortant de la bouche de professeurs à blouse
blanche, vieux beaux aux cheveux gominés qui suintent une misogynie d’un autre âge !

Ici, l’hubris, la démesure, la course folle vers l’abime, c’est l’hubris de la rentabilité à tout crin, c’est
l’avidité à tous les étages, qui sert de boussole et de ligne directrice.

Alors, pour maquiller tout cela, on invente de superbes théories juridiques ou scientifiques, on tente
d’enfumer le public, de tromper la religion des magistrats et MERCK n’hésite pas à jouer

- les révisionnistes en relativisant l’étendue de la crise (on parle d’effets indésirables qui
auraient touché à peine 0,65 % des malades quand on concède que cela représente plutôt
10 % et en réalité presque le tiers).

On réduit également l’importance des souffrances des malades ou la gravité des effets
indésirables constatés.

Ce n’est pas si grave…

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- les négationnistes, en contredisant la réalité des troubles cliniques et chicanant sur les
souffrances supportées par les malades.

Rappelez vous comment avec une astuce perverse, cinq professeurs mercenaires
décrivaient la crise dans le journal LE MONDE, il y a presque un an, Ils parlaient de leur
« frustration » et leur « effarement », sans un mot de compassion pour les malades, sans
prendre le temps de la réflexion et de l’analyse critique de leur propre comportement.

Et aujourd’hui, Monsieur le président, tous les regards des malades se tournent vers vous.

Ils espèrent que vous entendrez leur souffrance et que vous prononcerez une parole forte, une
parole de réconfort, « au nom du peuple français ».

Oui, Monsieur le président, c’est ce que l’on appelle la catharsis judiciaire.

Les malades ne crient pas vengeance.

En revanche, ils veulent être respectés pour ce qu’ils sont : des personnes humaines, des sujets de
droit et non simplement des objets de consommation.

Ils en ont assez d’être considérés comme des petites souris prises entre les griffes d’un gros matou
du nom de MERCK et d’un misérable chat étique du nom d’ANSM.

Prenez garde, Messieurs les prédateurs, vous devriez, vous, savoir qu’une souris peut être plus
maline, plus résistante et plus inventive qu’un chat.

Pensez à Tom et Jerry, c’est toujours Jerry qui gagne à la fin.

Revenons à ce débat sur le dommage corporel et le préjudice moral.

Il recèle une difficulté sérieuse : comment objectiver le préjudice moral en la détachant de la
réalité sensible qu’est le dommage corporel ?

Comment démontrer l’existence d’un préjudice incorporel sans pour autant le faire découler du
ressenti des malades, du ressenti physique ou psychique des malades.

VOUS NE POUVEZ PAS FAIRE DÉCOULER le préjudice moral du dommage corporel, car
sinon cela sera nier la spécificité de ce préjudice qui est indépendant et autonome du dommage
corporel.

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En revanche, vous devez TENIR COMPTE DE LA RÉALITÉ PHYSIQUE qui existe bel et
bien.

C’est en contemplation du vécu des malades de leur souffrance que vous apprécierez le préjudice
incorporel. Pour autant, vous ne chercherez pas à mesurer les conséquences corporelles.

Pour apprécier ce vécu et ce préjudice existentiel, je laisse le soin à Me Romain SINTÈS et Me
Géraldine ADRAI-LACHKAR de les détailler :

- Me Romain SINTES vous démontrera que le PRÉJUDICE POUR DÉFAUT
D’INFORMATIONS se suffit en lui-même, comme le préjudice d’atteinte à la vie privée
car le défaut d’information organisé par MERCK a placé les malades devant une incertitude
majeure :

o que faire durant l’été 2017 face à un switch médicamenteux imposé et pour
lequel il n’existait pas, à l’époque, d’alternatives ?

o quelles seront les conséquences à long terme pour ma santé ?

o que nous cache-t-on ?

o toutes ces rumeurs sont-elles vraies ?

o suis-je un cobaye ?

- De son coté, Me Géraldine ADRAI LACHKAR viendra préciser la nature et les
caractéristiques de CE PRÉJUDICE MORAL PUR qui résulte d’une atteinte au droit
subjectif à la protection de la santé et au respect de la dignité humaine :

o pourquoi un tel manque de respect ?

o pourquoi considérer les malades comme des folles, des profiteuses ou des
affabulatrices victimes – excusez du peu – d’une hystérie collective ?

o Qui sont-ils ces beaux messieurs en blouse blanche ou costume sombre pour nier
notre souffrance, pour nous dénier tout droit à revendiquer le respect de notre
dignité bafouée ?

o Notre vie, notre qualité de vie n’est-elle pas plus importante que leur stratégie
industrielle ou les dividendes de quelques actionnaires ?

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Enfin, Me Quentin GUY-FAVIER viendra souligner les incohérences et les insuffisances de la
défense adoptée par MERCK.

Et si vous me le permettez, je reprendrai une dernière fois la parole pour conclure.

Mais avant, Monsieur le président, nous devons démontrer les fautes de MERCK. Découlant de la
violation directe de textes du code de la santé publique, de négligences ou d’imprudences coupables,
j’ai dénombré 3 fautes plus 1 :

- Faute n° 1 – la qualité de l’information des malades dans les notices n’est pas équivalente à
l’information pour des produits à base de lévothyroxine commercialisée par Merck ou ses
concurrents dans d’autres pays – il existe donc une rupture de l’égalité des malades à
l’intérieur du grand marché européen.

- Faute n° 2 – en raison des données acquises de la science et de la pratique mondiale,
européenne et même française, MERCK connaissait les conséquences de tout changement
d’excipient d’un médicament à marge thérapeutique étroite : ce sont des conséquences
néfastes sur la santé.

MERCK avait la possibilité d’anticiper et d’éviter le pire. Pourtant, elle s’est abstenue,
laissant faire, laissant passer, abandonnant les malades à leur triste sort.

Pour MERCK, les perturbations sont connues, certes, MAIS cela doit passer entre 6 et 8
semaines, donc souffrez en silence et tout se passera bien !

Quel cynisme ! Quel mépris ! Quel manque d’humanité pour les malades !

Ainsi, MERCK a refusé d’organiser une information du public proportionnée à la brutalité
du switch.

MERCK n’a pas tenu compte

o Ni des recommandations des endocrinologues,
o ni de l’impossibilité de trouver des alternatives si les malades ne supportaient pas la
nouvelle formule.

C’est un peu l’application caricaturale de cette maxime de René CHAR qui serait la devise
de grands capitaines d’industrie :

Va vers ton risque.
A te regarder, ils s’habitueront.

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Sauf qu’ici le risque n’est pas supporté par l’industriel, il est subi par des milliers de malades
qui souffrent sans comprendre que cela est dû à ce médicament dans lequel ils avaient
confiance depuis tant d’années.

- Faute n° 3 – alors qu’elle avait connaissance des problèmes rencontrés avec la nouvelle
formule, dès le mois de juin 2017, MERCK n’a pas réagi et n’a pris aucune mesure
corrective sérieuse, laissant les malades à l’abandon, sans alternatives et sans explication
pendant la période juin-octobre 2017.

Pourtant, elle aurait été en mesure de proposer la livraison de l’ancienne formule
▪ puisqu’elle a l’a fait dès novembre 2017 à la demande du ministre de la santé,
▪ elle a continué à le faire en 2018 sous les menaces judiciaires à répétition et
▪ elle vient d’annoncer qu’elle continuerait à le faire encore pour l’année 2019.

MERCK était en première ligne car elle détenait les informations pertinentes sur le
changement de formule et avait la possibilité de rassurer le public.

Elle devait agir sans attendre, chaque jour perdu, était une « matinée de printemps » perdue
pour les malades

- Faute n° 4 – Merck, à travers ses « visiteurs médicaux de luxe » que sont les grands professeurs
biberonnés par l’industrie pharmaceutique, a lancé une campagne de dénigrement à
l’encontre des malades en popularisant la notion de NOCEBO et en les culpabilisant.

En faisant cela, elle a commis une erreur car elle n’a pas compris que la source première du
NOCEBO réside dans l’absence d’information du public.

En dénigrant les malades et refusant de voir l’ampleur de la crise, MERCK a détruit encore
un petit peu plus la confiance des malades dans leur traitement.

Voila les fautes que je vais démontrer et qui justifient une sanction d’autant plus exemplaire qu’il
s’agit de fautes lucratives. Tous les agissements de MERCK sont motivés par la maximisation des
profits, au détriment du respect de la dignité des malades et de la protection de leur santé.

C’est simple, pour MERCK les malades sont

- soit des cobayes
- soit des vaches à lait !

Avant de détailler les fautes, nous allons parcourir non pas le monde mais l’état des connaissances
sur ce médicament si particulier qu’est le LEVOTHYROX.

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NARRATION

La thyroïde est une des glandes du système endocrinien qui comprend également l’hypophyse et
l’hypothalamus.

Elle fabrique deux hormones thyroïdiennes essentielles à la vie : la T3 comprenant 3 atomes d’iodes
et la T4 avec 4 atomes d’iodes. Seule la T3 est active. La thyroïde fabrique principalement de la T4
qui se transforme ensuite en T3 en perdant un atome d’iode dans le cadre d’une réaction chimique
complexe à l’intérieur du foie.

Transportée par le sang, la T3 régule des fonctions fondamentales de notre organisme :
- Production de chaleur
- Croissance des tissus
- Régulation du système digestif
- Régulation de la libido en interaction avec les hormones sexuelles
- Régulation de l’humeur.

Si la thyroïde ne produit pas assez d’hormones thyroïdiennes, le corps fonctionne au ralenti, c’est
l’hypothyroidie.
➢ Fatigue
➢ Manque d’entrain, lassitude
➢ Frilosité
➢ Manque d’appétit mais prise de poids
➢ Essouflement
➢ Crampes, raideurs musculaires
➢ Constipation
➢ dépression

S’il y a surproduction d’hormones thyroïdiennes, le corps entre en surchauffe, c’est
l’hyperthyroidie.
➢ Nervosité
➢ Troubles du sommeil
➢ Tremblements
➢ Amaigrissements
➢ Tachycardie
➢ Diarrhée
➢ Asthénie majeure
➢ Yeux globuleux

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Notons bien ces symptômes Monsieur le Président car tout à l’heure nous les retrouverons quand
nous étudierons les conséquences du dysfonctionnement thyroïdien généré par le défaut
d’information sur le changement de formule.

Nous pourrons relever que les plaintes des malades correspondent bel et bien aux maux que le
LEVOTHYROX devait éviter (pour l’hypothyroïdie) ou qu’il peut générer en cas de surdose (pour
l’hyperthyroïdie).

Il y a là une superposition parfaite qui doit permettre d’inverser la charge de la preuve : c’est à
MERCK de démontrer que sa nouvelle formule remplit l’objectif que l’on attend d’un médicament
ayant reçu une AMM : efficacité, qualité et sécurité.

Car, les malades sont suffisamment fous et folles pour être très nombreux (31 000 signalements
des centaines de milliers de malades se plaignant) pour souffrir très exactement des maladies liées
à la thyroïde

Comment savoir si sa thyroïde fonctionne bien ?

La Haute Autorité de Santé (HAS) préconise de contrôler « en première intention » la TSH (thyroid
stimulating hormone).

C’est l’hypothalamus qui fabrique la TSH, en réagissant au taux d’hormones thyroïdiennes en
circulation dans le sang.

C’est la TSH qui donne instruction à la thyroïde de produire plus ou moins d’hormones
thyroïdiennes.

Par un mécanisme de rétrocontrôle, plus le taux de TSH est haut, plus la production de T4 est
basse et vice versa.

Les médecins s’accordent pour considérer comme « normale », une TSH comprise entre 0,2 et 4
millième d'unité internationale par litre de sang (mUI/L).

Ce chiffre correspond à l’appréciation générale et moyenne, sans distinction d’âge ou de sexe ou la
prise en compte d’autres pathologies.

La difficulté provient du fait que pour chacun d’entre nous, notre TSH fluctue et chacun possède
un taux « idéal », « personnel ».

Par exemple, en ce qui me concerne, ma TSH est comprise entre 1,1 et 2,8 mUI/l. Tant que je reste
entre ces deux valeurs, tout va bien.

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Mais, si je passe en-dessous de 1 ou au-dessus de 3, alors que je reste dans la valeur normale
théorique, mon corps va mal le prendre. Et pourtant, on m’objectera : taisez vous lèguevaques !
vous êtes dans la norme !

Je suis peut-être dans la norme mais il n’empêche que mon corps, lui, ne supporte d’être en dehors
de ma zone de confort.

Comme le sait très bien MERCK puisqu’elle connait les études scientifiques et les précédents
internationaux, en cas de modification de la formule, la TSH de beaucoup de malades sera
complétement impactée.

Impactée ? Non On peut dire complétement déréglée car on a vus des analyses biologiques
postérieures au changement affichant des pointes à plus de 100 ou à moins de 0,1… pour la plus
grande perplexité des médecins traitants qui n’avaient jamais vu ça !

Et si la TSH est impactée, c’est tout le corps du malade qui entre en révolution.

Autrement dit, la concentration d’hormones thyroïdiennes est une donnée sensible et fragile.

Voilà pour le fonctionnement « normal ».

Il peut arriver que la thyroïde fonctionne mal ou qu’elle ait été retirée.

Depuis l’antiquité, notamment en présence de goitre, on utilisait des hormones thyroïdiennes de
porc. Puis, depuis 1926, on a synthétisé des hormones thyroïdiennes qui permettent d’obtenir un
dosage plus fin et plus stable.

Cette hormone synthétique s’appelle la LÉVOTHYROXINE
(c’est-à-dire la thyroxine tournée vers la gauche, lévo. D’ailleurs, si elle était tournée vers la droite, formant la dextro
thyroxine, ce ne serait pas la même molécule et ses propriétés seraient dangereuses pour la santé, ce qui explique que
la dextro-thyroxine soit interdite aux USA).

Cette hormone de lévothyroxine présente une quadruple particularité :
- une demi-vie relativement longue,
- une marge thérapeutique étroite,
- une complexité reconnue pour la fabriquer et
- des difficultés pour l’assimiler dans un organisme vivant.

• De première part, Elle possède une demie-vie de 7 jours. Cela signifie que pour éliminer
50 % du principe actif, le corps met 7 jours, 14 jours pour éliminer 75 % et 21 jours pour
87,5 %.

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Autrement dit, en cas de changement de dose ou de spécialités, l’effet du médicament n’est
pas immédiat, cela prend du temps.

Cette inertie – un peu comme un porte-avion lent à la manœuvre – explique la difficulté
pour trouver le bon dosage.

Tout déséquilibre thyroïdien peut nécessiter des tâtonnements qui peuvent durer plusieurs
mois.

C’est pour cela que le comportement de MERCK est particulièrement négligent à
l’encontre des malades lorsqu’elle affiche avec morgue : ce n’est pas grave en six semaines,
tout rentre dans l’ordre.

Non, les effets indésirables déclarés par les malades peuvent durer plusieurs mois, le temps
que l’on retrouve le bon dosage.

Pourquoi imposer ce changement à des malades qui étaient confortablement installés dans
leur routine, souvent depuis plusieurs années ?

Pourquoi briser sans le leur dire, sans les prévenir, ce fragile équilibre ?

Pourquoi mettre les malades au pied du mur ?

Pourquoi changer la formule à l’insu de leur plein gré ?

Encore une fois, MERCK démontre son mépris des malades en faisant si peu de cas de
leur consentement, loin très loin d’être éclairé puisque les malades n’ont pas été informés
de la modification de formule et de l’impact pour leur santé que ce changement pouvait
induire.

• De deuxième part, Elle est à marge thérapeutique étroite. C’est l’information cardinale,
centrale de ce dossier qui justifie que ce médicament soit traité avec soin d’un point de vue
médical comme d’un point de vue judiciaire. Cela signifie que

« toute variation de sa concentration dans l’organisme, même
légère, peut éventuellement entraîner des effets indésirables,
potentiellement graves. En effet, sa dose minimale efficace est
très proche de sa dose maximale tolérable par l’organisme ».

Autrement dit, une différence de 12,5 microgrammes (millionième de gramme) suffit pour
pouvoir voir son effet thérapeutique s’inverser et entrainer des effets nocifs.

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• De troisième part, la lévothyroxine est très difficile à fabriquer. Si l’on en croit le Dr
Zimmerman, conseiller scientifique d’un grand génériqueur allemand

La substance active en soi est très stable. Gardée au froid, elle peut être conservée
plusieurs années.

Le problème, c’est le traitement, qui peut devenir un cauchemard pour chaque
producteur : la molécule est extrêmement sensible à l’oxygène, à la lumière
et à la température ambiante.

Elle est très réactive et peut facilement se radicaliser.

La radicalisation est un phénomène physico-chimique bien connu et largement documenté.

Il suffira pour notre dossier de préciser que la radicalisation d’une molécule entraine une
double conséquence :

o D’une part, la molécule ayant été altérée, elle perd ses propriétés chimiques, et donc
la dose de Lévothyroxine n’est plus conforme à celle indiquée sur la boite.

o D’autre part, en libérant des ions dans l’organisme, le médicament devient une
source de stress oxydatif, ce qui peut à moyen long terme contribuer à l’apparition
de cancer.

On comprend bien que la sécurité et la qualité de cette molécule est essentielle car elle est
consommée tous les jours par des millions de malades, toute leur vie durant.

Il est donc légitime pour les malades de savoir où, quand et avec quels produits le
LEVOTHYROX est il fabriqué ?

Là-dessus, MERCK refuse de communiquer et préfère le doute et le soupçon se développer
à l’ombre de son silence têtu.

• Enfin de quatrième part. La lévothyroxine est difficile à assimiler par l’organisme du
destinataire.

D’abord parce que les quantités sont infinitésimales on parle en microgramme, soit en
millionième de gramme.

Ensuite parce que la molécule est fragile et ne doit pas intéragir avec d’autres produits (il
est par exemple déconseillé de boire du … lait de soja).

17
Pour la transporter, il est nécessaire d’avoir recours à des excipients qui enrobent et
normalement n’intéragissent pas avec le principe actif (mais ils peuvent interagir avec
l’organisme destinataire …)

Or, toutes les études expliquent que « le degré d’absorption dépend de l’excipient qui va accélérer ou
ralentir la diffusion de la lévothyroxine ».

Le Dr DUPAGNE, médecin, a réalisé une expérience simple : il a mesuré la durée de
dilution d’un comprimé de l’ancienne formule et de la nouvelle dans une même solution à
la même température. Il a constaté que le comprimé de la nouvelle formule mettait 2 fois
plus de temps pour se dissoudre.

Cette seule petite différence peut constituer une des explications des nombreux problèmes
rencontrés par les malades.

De plus, toujours d’après le Dr ZIMMERMAN, suivant le fabricant d’un même excipient,
le mannitol par exemple, la qualité est tellement fluctuante que cela impacte directement
sur la bonne assimilation.

D’où la question récurrente à laquelle MERCK refuse farouchement de répondre – comme
si elle avait quelque chose à cacher – d’où viennent les composés de la nouvelle formule ?
Le fabricant du mannitol est-il bien noté ? Est-il situé en Europe ou ailleurs ?

On comprend bien que ce changement d’excipient est tout sauf anodin.

Surtout qu’il permet à MERCK de déposer un nouveau BREVET et de bloquer ainsi l’accès à un
marché pour 20 ans.

Puisque l’on parle du changement d’excipient, étudions les raisons d’un tel changement, étant
précisé qu’il existe les vraies raisons et les fausses.

Commençons par les « fausses » car ce sont celles qui sont reprises en boucle par MERCK, l’ANSM
et les VRP de luxe que sont les docteurs NOCEBO.

On justifie le changement en raison de la présence de lactose et d’un problème de stabilité.

• Pour le LACTOSE, il convient de rectifier les « fake news » distribuées par MERCK pour
faire diversion et couvrir ses agissements.

o Tout d’abord, commençons par nous étonner avec le Dr William ROSTENE,
directeur de recherche à l’INSERM et président de la Société de Biologie. Le lactose
était présent dans le Lévothyrox depuis … 1980. Et personne ou presque ne s’en
plaignait…

18
o Quand on demande à l’ANSM ou à MERCK le nombre de signalements liés à la
présence de lactose … ils refusent de les communiquer ! Bel exemple de
transparence

o Quand LE PARISIEN révèle qu’en 2012, il y a eu … 24 signalements sur 24 mois,
et donc pour 24 signalements, MERCK décide de chambouler le traitement de 3
millions de malades, on cherche la proportionnalité.

On se rend bien compte que l’on se moque de nous.

o Non pas tout à fait, le comble du cynisme, je l’ai entendu dans la bouche de mon
confrère ROBERT qui avait osé plaider l’histoire de ce petit garçon mort après
avoir mangé une crêpe, en raison d’une allergie à la protéine de lait.

Car pour être précis, il faut rappeler que si une allergie à la protéine de lait peut être
mortelle, tel n’est pas le cas de l’intolérance au lactose qui se traduit par des problèmes
gastriques jamais mortels.

o Enfin, il convient de vérifier les quantités. Pour déclencher une intolérance, il faut
consommer environ 50 g de lactose soit environ 2 bols de lait. Or, dans un
comprimé, il y a exactement … 50 mg (milligramme) soit un rapport de 1 à 1000 !

Bref, l’argument du lactose est une monstrueuse truanderie.

• Venons-en à la STABILITÉ

o D’abord, commençons par une définition, pour l’OMS c’est

« l’Aptitude d’un médicament à conserver ses propriétés chimiques,
physiques, microbiologiques et biopharmaceutiques dans des limites
spécifiées pendant toute sa durée de validité ».

o On nous explique que pour atteindre cet objectif entre 1980 et 2017, la teneur en
principe actif de chaque comprimé était comprise entre 90 et 110 %.

o Pour tenir compte de la marge thérapeutique étroite, les autorités sanitaires et en
premier lieu la FDA ont exigé que cette teneur soit comprise entre 95 et 105 %.

o En 2005, dans un échange de correspondances entre MERCK et la FDA,
MERCK se vante d’être le leader mondial sur le marché des médicaments à base
de lévothyroxine.

19
o Tous les produits vendus aux USA sont fabriqués en Allemagne (comme la
lévothyroxine française) et MERCK est fière d’annoncer qu’elle respecte déjà en 2005
la norme 95-105 %

o Curieusement, 7 ans plus tard, quand l’ANSM l’interroge sur cette question, MERCK
ne produit aucune analyse de sa spécialité et prend ce prétexte pour justifier le
changement de formule… alors que les comprimés venaient, déjà, de la même usine
qui respectaient la norme américaine 95/105 % !

A l’heure où je vous parle, personne ne peut prouver que l’ancienne formule
respectait ou non la norme 95/105 %, incroyable non ?

o Et au final, on constate que l’ancienne formule offrait une stabilité de 36 mois quand
la nouvelle affiche une stabilité à… 24 mois.

Bref, les deux arguments avancés pour justifier le changement de formule ne tiennent pas la route.

Alors quelles sont les vraies raisons ?

Je laisse cette question en suspens car elle a peu d’importance dans l’affaire qui nous occupe.

En revanche, pour cerner la responsabilité d’un fabricant de médicaments, il convient de présenter
sommairement le CONTEXTE RÈGLEMENTAIRE qui s’impose à tout acteur de l’univers
pharmaceutique

En abordant 4 questions qui donneront un éclairage important sur le comportement fautif de
MERCK :

- l’AMM,
- la bioéquivalence,
- la pharmacovigilance,
- l’importance du conditionnement,

1. L’AMM – autorisation de mise sur le marché. Un médicament n’est pas un produit
comme les autres. De nombreux scandales sanitaires après la 2e guerre mondiale ont
conduit les États à prendre des réglementations nationales pour empêcher la diffusion des
produits charlatanesques ou dangereux.

La forme moderne de l’AMM résulte de la Directive 65/65/CE et de ses nombreux
aménagements depuis cinquante ans.

20
Pour pouvoir être commercialisé, un médicament doit faire l’objet d’une autorisation de
mise sur le marché délivrée par une autorité sanitaire. La procédure est longue (plusieurs
années), coûteuse (plusieurs dizaines voire centaines de millions d’€).

Cette procédure passe par plusieurs phases, notamment l’industriel doit procéder à des
TESTS CLINIQUES en double aveugle.

Le dossier est constitué par l’industriel et les autorités sanitaires n’ont pas les moyens
techniques ou humains pour vérifier le contenu scientifique d’un dossier d’AMM. Elles se
limitent à un contrôle administratif. Trois conditions sont indispensables en vue de l’obtenir

▪ L’efficacité du traitement,
▪ sa qualité,
▪ sa sécurité.

Pour apprécier ces trois critères, il convient d’établir une balance bénéfice / risque.

Sans déflorer le sujet qui sera développé par Me Quentin GUY-FAVIER, vous devez
retenir une idée claire : la balance bénéfice / risque n’est pas un critère de
proportionnalité.

Pour un médicament générique, on considère que le principe actif a déjà fait ses preuves,
n’a-t-il pas été exploité avec succès pendant 20 ans ? Cela se traduit par une procédure
allégée pour l’AMM.

L’industriel n’est pas obligé de présenter un dossier aussi lourd et complexe que pour un
nouveau médicament.

Il est notamment dispensé des tests cliniques. Les autorités de santé se contentent d’un test
de bioéquivalence.

2. Le bioéquivalence - deux principes actifs sont dits bioéquivalents lorsque, administrés à
la même concentration, ils engendrent normalement les mêmes effets.

Il y aurait beaucoup à dire sur cette technique inadaptée aux médicaments à marge
thérapeutique étroite mais ce n’est pas l’essentiel dans notre affaire.

Retenons deux idées simples :

- D’une part, le test de bioéquivalence a été réalisé sur un nombre réduit de personne
ayant gardé leur thyroïde (des volontaires « sains »), à l’exclusion des malades. Le
test n’a pas duré assez longtemps pour mettre en évidence les effets indésirables.

21
- D’autre part, les résultats ont été présentés d’une manière tronquée. Le Pr
ROSTENE dénonce l’usage d’une échelle semi logarithmique qui permet de lisser
les résultats. Exactement l’une des techniques dénoncées par le Dr Denis CLAPIN.

3. La pharmacovigilance – Comme l’AMM est obtenue après des tests réalisés sur un
nombre réduits de personnes (quelques dizaines de cobayes, quelques centaines au grand
maximum), en dehors des conséquences connues, il n’est pas possible de savoir comment
un médicament sera supporté par les milliers de consommateurs.

C’est particulièrement vrai pour le LÉVOTHYROXINE qui est pris tous les jours par près
de 3 millions de personnes en France : on multiplie les cas particuliers et les rencontres
improbables entre le médicament et des situations inédites.

C’est donc pour affiner la connaissance de l’impact du médicament hors laboratoire que les
textes européens et français imposent aux fabricants une obligation de
pharmacovigilance : cela veut dire être à l’écoute des malades et réagir
immédiatement lorsqu’ils détectent un problème.

L’article R. 5121-166 du CSP prévoit que les laboratoires doivent déclarer dans la base de
données européenne EUDRAVIGILANCE :

o tout effet indésirable grave (EIG) suspecté, dont il a connaissance, sans délai et au plus
tard dans les 15 jours suivant la réception de l'information,

o tout effet indésirable non grave suspecté, dont il a connaissance, et ce, dans les 90 jours
suivant la réception de l'information.

Jeudi 29 novembre 2018 à 3h04, Je suis allé voir sur la base de données européenne s’il
existait des déclarations émanant de MERCK relatives à la crise du LEVOTHYROX.

Je n’en ai pas trouvé.

Pour MERCK, malgré les milliers de plaintes reçues directement au siège social, cette
crise n’existe pas. Vous comprenez pourquoi je maintiens l’expression « comportement
négationniste » ?

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4. L’importance du conditionnement – là encore il s’agit d’une réglementation d’origine
européenne transposée en droit français : le conditionnement dans le cas d’espèce c’est la
boite de comprimés. Le droit européen et le droit français prévoient de très nombreuses
obligations d’information pesant sur l’industriel.

o En 2011, la revue PRESCRIRE rappelait que « la boite de médicament est le
premier support d’information ».

Au point que depuis 37 ans, la revue PRESCRIRE remet chaque année les « Pilules
d’or » pour récompenser les laboratoires qui prennent en compte cette dimension
absolument nécessaire pour informer les patients et prévenir les risques.

o Même le LEEM (le syndicat professionnel des laboratoires pharmaceutiques)
précisait dans un document à ses membres, édité en 2013, que

« Les industriels conscients de l’impact du conditionnement
sur le bon usage du médicament ont multiplié les initiatives
pour améliorer les conditionnements de leurs produits et
l’information qu’ils transmettent aux patients »

Ici, il faut s’arrêter un instant sur un OUBLI FÂCHEUX de la part de MERCK.

Pour des raisons d’économies, MERCK a décidé de suivre la procédure simplifiée pour
obtenir l’AMM de la nouvelle formule.

Cela a été possible parce que la nouvelle formule peut être considérée comme un
GENERIQUE de l’ancienne.

Sinon elle n’aurait pas pu bénéficier de la procédure allégée dont se prévaut MERCK .

Il faut choisir si la procédure est allégée et si on utilise le même n° d’AMM entre l’ancienne et la
nouvelle formule, c’est bien que la nouvelle est un générique de l’ancienne.

Mais si la nouvelle formule est un GENERIQUE, alors la mention « GE » ou GENERIQUE
aurait dû apparaître sur les boites de médicament au même titre que la DCI (la dénomination
commune internationale).

Or cette mention est complétement absente !

23
Pourtant, cette obligation de mention du générique résulte

• des articles 54 et suivants de la directive 2001/83/CE ;

• ainsi que les lignes directrices « Guideline on the readability of the label and package leaflet of
medicinal products for human use » (Rev.1, 12 janvier 2009) fixent les règles relatives à
l’étiquetage et plus particulièrement aux mentions figurant sur le conditionnement extérieur

• Au niveau national, l’article R. 5121-138 du CSP.

Ces textes ont fait l’objet de recommandations éditées par l’ANSM qui vient détailler les obligations
légales et réglementaires pesant sur le fabricant :

L’étiquetage, défini par l’article R. 5121-1 du code de la santé publique (CSP) comme « les
mentions portées sur le conditionnement extérieur ou le conditionnement primaire », joue un rôle
essentiel dans l’information des utilisateurs et des patients.

Il contribue à la sécurité d’emploi du médicament et à la prévention des erreurs
médicamenteuses.

La réglementation est particulièrement détaillée (une trentaine de pages) et pourtant MERCK s’est
affranchie de son obligation d’information en omettant la mention « GE » ou « générique ».

Encore un défaut d’information aussi manifeste qu’évident, imputable exclusivement à MERCK.

Après ce rappel très sommaire de la réglementation pharmaceutique, un premier constat s’impose :
le fabricant détient plusieurs monopoles qui lui assurent une rente de situation :

- Monopole technique par ses équipes de recherche et développement, monopole qu’il
défend bec et ongles au nom du secret des affaires ;

- Monopole d’exploitation par le brevet

- Monopole de l’information à tous les niveaux de la conception à la fabrication jusqu’au
conditionnement

Mais dans notre dossier, en plus de tous ces monopoles qui caractérisent autant D’ASYMÉTRIE
DE L’INFORMATION, il existe un dernier monopole lourd de conséquences, un monopole qui
va transmuer une obligation d’information en obligation de mise en garde.

Ce monopole c’est le monopole sur le marché des comprimés à base de levothyroxine en France.

24
Au printemps 2017, avec la disparition de la concurrence des génériques, MERCK détenait 100 %
du marché des comprimés !
(Je ne compte le micromarché des gouttes de levothyroxine (dans ce cas on passe de 100 % à 99 %).

Ce monopole sur le marché français est essentiel car les malades n’ont aucune alternative, ils
sont captifs.

Il faudra attendre l’automne 2017 pour voir arriver des alternatives en raison de la crise provoquée
par le changement de formule.

Entre mars et octobre 2017, les malades n’ont LE CHOIX QU’ENTRE MARCHE OU
CRÈVE.

Bref, le seul monopole qui manque à MERCK est celui du… cœur !

Cette situation de monopole est extrêmement dangereuse en général et dans le domaine de la santé
publique en particulier. Car MERCK se trouve dans un état d’égalité avec les autorités sanitaires,
certains vont même parler de capture du régulateur, pour mieux expliquer le caractère attentiste
pour ne pas dire suiviste de l’agence de santé.

Et l’actualité récente avec les IMPLANTS FILES vient démontrer la faiblesse systématique des
agences sanitaires face à des groupes industriels puissants dont le chiffre d’affaire est sans commune
mesure avec les ressources étiques dont dispose l’agence du médicament.

Mais MERCK tient également le monde médical. Je ne vais pas ici détailler les conflits d’intérêts.

Vous les voyez poser sur ce pupitre, ils sont nombreux les livres, revues et magazines qui dénoncent
cette sombre réalité

Il existe encore un manquement de MERCK à ses obligations.

Comme toutes les multinationales, MERCK cherche à se refaire une virginité en adoptant une
démarche RSE (responsabilité sociale de l’entreprise). Sur son site, MERCK explique

LA TRANSPARENCE EST L'UNE DES VALEURS CLÉS DE
NOTRE ENTREPRISE.

Notre engagement envers la transparence façonne nos interactions quotidiennes
avec les clients et les partenaires commerciaux ainsi que la façon dont nos employés
travaillent ensemble. L'ouverture joue un rôle central dans le secteur de la santé.

25
Nous reconnaissons spécifiquement le travail essentiel accompli par les professionnels de
la santé, leurs institutions et les organisations de patients, et comment ils contribuent à
nos activités de recherche et développement.

Nous soutenons ces parties prenantes sur la base de normes claires et
transparentes, afin de garantir que toutes les relations avec eux se déroulent de
manière éthique et transparente.

Belle pétition de principe, n’est-il pas ?

Pourtant, dans la réalité, les malades vous diront que MERCK a été absente et a tout fait pour
minimiser la crise, nier la réalité et refuser de communiquer des informations simples et complètes
qui auraient permis de rassurer les malades et d’informer réellement le monde médical …

Avant d’arriver à l’étude des fautes, j’ai encore deux sujets à aborder : d’une part les critiques
scientifiques du changement de formule en reprenant les analyses de professeur PUECH, de M.
VITTE ou du Dr ROSTENE et d’autre part, les connaissances acquises de la science.

Pour ne pas être trop long, je zappe les critiques et je vous invite à vous reporter à nos écritures
pour nous concentrer sur les données acquises de la science.

En effet, nous allons pouvoir démontrer que MERCK savait que le changement de formule allait
entrainer des conséquences cliniques néfastes et pourtant, elle a préféré s’abstenir d’en informer les
malades ou de les accompagner durant le « switch » imposé [pardon, monsieur le président, je jargonne :
le « switch » c’est le changement de formule].

Avant de rappeler les informations connues et partagées par la communauté scientifique, il est
intéressant de parcourir le dernier rapport d’activité de MERCK.

On peut y lire ceci :

MERCK se présente comme le leader mondial du marché de la lévothyroxine avec plus de 40 %
de parts du marché mondial.

Ce marché connait une croissance à deux chiffres, notamment tirés par les pays émergents qui sont
le nouvel eldorado de MERCK.

Le marché chinois comprend trois fois plus de malades que le marché européen.

Et, si le marché européen maintient une croissance douce de 2% par an, le marché asiatique offre
une croissance forte de 16 % par an.

Donc MERCK est n° 1 mondial du marché de la LÉVOTHYROXINE.

26
Et comme disait une publicité d’une compagnie d’assurance que les moins de 40 ans ne peuvent
pas connaître : n° 1 oblige !

Cette position éminente sur le marché mondial renforce sa responsabilité car elle est à l’avant-garde
de la connaissance scientifique et elle centralise toutes les bonnes pratiques ou les erreurs de ses
concurrents.

Quelles sont les DONNÉES SCIENTIFIQUES CONNUES par tous les experts de la
lévothyroxine ?

Elles sont au nombre de trois :

- Les recommandations des sociétés savantes
- Les mises en garde de l’OMS
- Les révélations de l’autorité sanitaire italienne à l’occasion d’un changement de formule.

1. Les sociétés savantes d’endocrinologie américaine et française recommandent de ne pas
changer de fournisseur de levothyroxine en cours de traitement.

Cela s’explique parce que les excipients ne sont pas les mêmes d’un industriel à un autre.

Or, toute modification d’un excipient peut avoir des conséquences sur l’assimilation de la
lévothyroxine et donc sur l’efficacité voire la dangerosité du traitement.

En 2003, l’Association Américaine des Endocrinologues Cliniques (AACE), de Société Endocrinienne
(TES), et des autres membres d’Association Américaine de Thyroïde (ATA) concluent leur
déclaration conjointe sur l’utilisation et l’interchangeabilité des produits de la thyroxine dans
les termes non équivoques suivants :

CONCLUSION:
MEILLEURES PRATIQUES MÉDICALES:

Les patients doivent être maintenus sous la même marque de
lévothyroxine. Si la marque d'un médicament à base de lévothyroxine est
changée, soit d'une marque à une autre, soit d'une marque à un produit
générique, soit d'un produit générique à un autre produit générique, les
patients devraient être testés une nouvelle fois en mesurant la TSH
sérique six semaines plus tard, et le médicament réitéré au besoin.

Puisque de petits changements dans l'administration de lévothyroxine
peuvent entraîner des changements importants dans les concentrations
sériques de TSH, un contrôle précis et exact de la TSH est nécessaire pour
éviter les effets iatrogènes indésirables potentiels.

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Ce document est très important. Car, contrairement à MERCK, les endocrinologues ne
distinguent pas entre les malades.

En cas de changement de formule, ils recommandent de tester TOUS LES PATIENTS, sans
exception.

Ainsi, en application de cette recommandation, MERCK aurait dû indiquer à TOUS LES
MALADES qu’en raison du changement de formule, il était recommandé de consulter son médecin
pour procéder à un test de TSH.

La recommandation américaine s’explique par le fait qu’il n’est pas possible de déterminer à l’avance
quelles sont les personnes qui seront le plus affectées par le changement.

Certes l’âge ou certaines pathologies peuvent influer mais le problème d’assimilation de la nouvelle
formule dépend de trop de facteurs personnels pour être déterminé à l’avance.

La seule solution pérenne et sécure consistait à informer TOUS LES MALADES.

2. En octobre 2017, l’ORGANISATION MONDIALE DE LA SANTÉ (OMS) a lancé une
alerte mondiale sur la lévothyroxine en raison d’une corrélation remarquable entre la prise
de lévothyroxine et des attaques de panique.

Compte tenu de « l’impact significatif sur le bien-être et la vie quotidienne du patient », l’OMS a pris la
décision de porter cette information à la connaissance de la communauté internationale en se
basant sur 200 cas dans le monde entier.

Il a suffi de 200 signalements au niveau mondial pour que l’OMS sonne l’alerte.

En France, face aux milliers de signalements directement reçus, MERCK reste inerte et laisse le
doute et la peur se répandre comme une trainée de poudre et … oublie d’alimenter la base de
données européennes.

Nous sommes bel et bien face à deux poids deux mesures :

o une organisation internationale publique protège d’abord la santé des malades et
tire le signal d’alarme au niveau mondial à partir de 200 signalements identifiés ;

o Une société commerciale multinationale préfère protéger la « shareholder value » en
omettant d’informer directement les malades des conséquences aussi néfastes que
connues découlant d’un changement de formule.

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3. Dans une note de l’AUTORITÉ ITALIENNE DE LA SANTÉ publiée en 2015, le Dr Laura
SPOLDI révèle les conséquences mortelles d’un changement de formule sur une femme
de 55 ans d’un poids normal et prenant depuis de nombreuses années du LEVOTHYROX
avec lactose (baptisé EUTIROX sur le marché italien).

En raison d’une intolérance au lactose et afin de réaliser des économies entre deux spécialités,
le médecin a décidé de substituer à la spécialité de MERCK celle du laboratoire TEVA pour
les mêmes doses. Après s’être plaint d'un dysfonctionnement cardiaque, confirmé par la
lecture de l'ECG, qui a noté extrasystoles supraventriculaires et des extrasystoles ventriculaires,
la patiente est décédée.

Dans son analyse, l’autorité italienne de la santé conclut :
« la substitution avec l'équivalent médicamenteux pendant le traitement
n'est pas recommandée, car l'opération de réétalonnage individuel est
difficile et peut induire des risques pour la santé du patient ».

On le voit, les données scientifiques disponibles démontrent que le changement d’un excipient
n’est pas anodin.

Un acteur mondial comme MERCK le savait nécessairement mais il a fait prendre un risque
d’autant plus considérable aux malades qu’il leur a dissimulé l’information relative au changement
de formule.

Mais à côté de ces informations scientifiques, il y a également le retour de la PRATIQUE, le retour
du terrain...

Au cours des 10 dernières années, dans le monde entier, les industriels ont constaté des effets
cliniques importants en cas de modification de la formule d’une spécialité à base de lévothyroxine.

Je retiendrai trois exemples étrangers et un précédent français qui nous permettront de conclure
que, là encore, MERCK savait que le changement de formule allait emporter nécessairement,
obligatoirement des conséquences néfastes pour un nombre considérable de malades.

Et pourtant, elle s’est bien gardée de les informer ou d’organiser une prise en charge, même
LORSQUE LE RISQUE DISSIMULE S’EST REALISE.

Exemple n° 1 – La Nouvelle Zélande

Dans cette affaire, le producteur local était lui aussi en situation de monopole. Pour des raisons
industrielles, il décide de modifier la formule sans avertir les malades : le principe actif reste
identique, seuls les excipients changent.

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L’affaire permet de mettre en évidence l’effet NOCEBO. Mais, contrairement au discours
pontifiant de MERCK et de ses VRP en blouse blanche, cet effet NOCEBO n’est pas le résultat
d’une faiblesse intellectuelle des malades mais d’une paresse de l’industriel qui se défie des malades
et décide de leur cacher la vérité.

En fait, ce que n’a pas compris MERCK c’est que l’effet NOCEBO est en quelque sorte un effet
STREISAND inversé : plus on cherche à dissimuler un événement plus, il suscite l’attention et la
suspicion.

Comment, vous ne connaissez pas l’effet STREISAND ?

En 2003, un spécialiste de l’érosion du littoral survole la sublime propriété de Barbara Streisand
surplombant le Pacifique. Les photos prises commencent à circuler sur le net. La star attaque le
photographe et le site qui les diffuse. Elle braque le projecteur sur un site confidentiel et ce qu’elle
voulait cacher, les images de son manoir face au Pacifique, attirent l’attention. En quelques
semaines, ces photos sont mondialement connues.

C’est cela l’effet Streisand : en voulant cacher, on révèle.

Eh bien ici, l’affaire de Nouvelle Zélande révèle que si le fabricant essaye de dissimuler, de nier ou
de relativiser les conséquences négatives du changement de formule, il crée un appel d’air, une
attention, un doute et une aura de mystère qui contribue au développement de l’inquiétude et
amplifie l’effet NOCEBO.

Encore une fois, le défaut d’information se traduit par un trouble qui aurait pu être évité en prenant
des précautions élémentaires et en faisant confiance aux malades et à leurs associations.

Car ne l’oubliez pas, Monsieur le Président, les malades entretiennent une relation d’intimité avec
leur médicament, une relation que détaillera Me Romain SINTES.

Exemple n° 2- Israël.

Cet exemple est très intéressant car volens nolens l’industriel a reproduit les conditions d’un test en
double aveugle. En effet, ni les médecins ni les malades ne sont informés du changement de formule.
Et puis dans les mois qui suivent le changement des troubles cliniques plus ou moins graves, les
mêmes que ceux dénoncés par les malades français, se répandent comme une trainée de poudre.

Personne ne comprend jusqu’au moment où l’industriel reconnait le changement.

Personne ne savait – même pas le personnel médical - et pourtant tous les malades ont présenté
un tableau clinique significatif, le même tableau clinique que les malades français.

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Pour ceux qui doutaient encore c’est bien la preuve qu’un changement intempestif et à contretemps
de la formule d’un médicament à base de lévothyroxine entraine des conséquences médicales
objectives.

Cela prouve également que si on prend quelques précautions élémentaires, on peut éviter une crise
sanitaire grave. C’est ce que nos amis d’outre Quiévrain ont bien compris

Exemple n° 3 – La Belgique

Tirant tous les enseignements des précédents changements, les autorités belges et l’industriel ont
eu un comportement exemplaire :

- Une information complète du personnel médical qui les met en alerte
- Une information médiatique à une date symbolique simple à mémoriser : le 1er janvier 2015,
on change de formule.
- Une information claire sur la boite et un petit carton explicatif à l’intérieur de la boite.

Arrêtons-nous un instant sur la qualité de l’information délivrée :

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Que l’on ne vienne pas nous dire qu’il était impossible de modifier les boites de comprimés !

Ce n’était pas impossible puisque MERCK l’a fait en changeant la couleur et la forme du papillon.

Il aurait suffi de préciser
« Nouvelle formule sans lactose »

Il aurait suffi d’ajouter
« Votre organisme peut prendre du temps pour s’adapter à la nouvelle formule.
C’est pourquoi nous vous conseillons de contacter votre médecin »

Encore eut-il fallu que le médecin reçoive une information adéquate comme celle que les médecins
belges reçurent.

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Exemple n° 4 – La France

Enfin, quittons les pays exotiques et lointains, comme la Belgique et rappelons qu’en France, les
autorités sanitaires et les industriels ont pu constater comment les malades réagissaient en cas de
changement de formule.

En effet en 2010, sous la pression de la sécurité sociale, une malheureuse tentative de diffusion de
génériques à base de lévothyroxine a été tentée.

A l’époque, déjà, le mannitol remplaçait le lactose. Ce fut un échec complet.

LES MALADES NE SUPPORTAIENT PAS DE PASSER DU PRINCEPS AU GÉNÉRIQUE.

Cet épisode a obligé la sécurité sociale et l’ANSM à reconnaître la spécificité des médicaments à
marge thérapeutique étroite. Dans le cadre de l’opération tiers-payant contre générique, le
LEVOTHYROX est le seul médicament (avec les anti-épileptiques) à être exempté de l’obligation
de substitution.

C’est dire s’il s’agit d’un médicament sensible, spécifique et non substituable.

Que faut-il en conclure ?

MERCK savait que LE CHANGEMENT DE FORMULE D’UN PRINCEPTS VERS UN
GENERIQUE NE SERA PAS BIEN SUPPORTÉ PAR UN NOMBRE CONSIDÉRABLE
DE MALADES.

M. Thierry HULOT, PDG de Merck France, reconnait lui-même que 10 % des malades ne
supportent pas la nouvelle formule. Ce qui représente quand même 260 à 300 000 personnes !

Et encore nous allons voir avec le remarquable travail de VIVRE SANS THYROIDE que ce
chiffre a été minoré pour mieux cacher la gravité de la crise, d’une crise sanitaire majeure.

Pour MERCK 300 000 malades qui ne supportent pas la nouvelle formule, ce n’est pas grave, ce
sont simplement des dommages collatéraux.

Ce cynisme est insupportable.

Comprenez vous à présent la colère et le désarroi des malades ? Ils ne sont rien que des numéros,
on nie leur dignité, leur singularité, ils ne sont qu’une vulgaire donnée statistique ; pire, un chiffre
dans un bilan comptable et financier.

C’est cet odieux comportement qu’il faut sanctionner et réparer

33
DISCUSSION

Vous l’avez compris, Monsieur le président, nous sommes dans le cadre d’un dossier de
responsabilité civile.

Dès lors, il importe que nous vous démontrions l’existence d’une faute, d’un préjudice et d’un lien
de causalité. Jusque-là, rien de nouveau.

Avant d’étudier ces trois questions, nous devons d’abord préciser le domaine respectif de la
responsabilité de droit commun et la responsabilité spéciale du fait des produits défectueux.

Une fois cette distinction opérée, je détaillerai les différentes obligations légales ou réglementaires
pesant sur un fabricant de médicament :

- Une obligation d’information
- Une obligation de vigilance
- Une obligation de mise en garde.

Nous verrons alors que MERCK a violé ses trois obligations.

Comme la directive sur la responsabilité du fait des produits défectueux est particulièrement
protectrice des intérêts des industriels, MERCK souhaite faire prévaloir ce texte spécial sur le droit
commun de la responsabilité.

Pourtant dans son arrêt GONZALO-SANCHEZ du 25 avril 2002, la Cour des justices de l’Union
européenne a conclu que le régime spécial de la responsabilité des produits défectueux

« n’exclut pas l’application d’autres régimes de responsabilité
contractuelle ou extracontractuelle reposant sur des fondements
différents, tels que la garantie des vices cachés ou la faute ».

Par deux arrêts du 10 décembre 2014 et du 17 mars 2016, la Cour de cassation fait sienne cette
analyse.

Il est donc tout à fait possible de se prévaloir du droit commun de la responsabilité civile en raison
des fautes spécifiques commises par MERCK dans ce dossier

Vous savez, Monsieur le président, que la jurisprudence n’est pas claire sur la nature de cette
responsabilité civile : s’agit-il d’une responsabilité contractuelle ou extra contractuelle,

Nous avons opté pour la solution qui paraissait la plus logique c’est à dire la responsabilité de droit
commun sur la base des articles 1240 et 1241 du Code civil et des textes propres du Code de la
santé publique.

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Pour tenir compte des spécificités du médicament, la jurisprudence a fait apparaitre une triple
obligation à la charge du fabricant :

- Une obligation d’information qui correspond à la base minimale : le fabricant est le seul
à connaître ses produits et leurs caractéristiques par la combinaison du droit des brevets et
de la loi sur le secret des affaires.

Il n’en demeure pas moins vrai que c’est à lui qu’il incombe d’informer le public sur le
contenu des produits, les conditions d’usage et les risques réels qu’il présente.

- Une obligation de vigilance qui équivaut à la transposition pratique du principe de
précaution. Lorsque l’industriel a connaissance de résultats scientifiques discordants ou
préoccupants, il a l’obligation de les porter à la connaissance des patients.

Cette obligation a été reconnue dans l’affaire du DISTILBENE par la Cour de cassation
dans ses arrêts du 7 mars 2006 (n° 04-16-179 et 04-16.180).

- Enfin, une obligation de mise en garde a été reconnue par la Cour de cassation dans son
arrêt du 5 janvier 1999 pris sous le visa de l’article 1382 et 1147 du Code civil. Cet arrêt de
cassation commence par l’énoncé du principe suivant :

« Le fabricant d’un produit est tenu envers l’acquéreur d’une
obligation de renseignement sur les dangers que comporte
l’utilisation du produit ».

Ainsi le responsable de la mise sur le marché d’un produit ne peut donc se contenter de
décrire la destination du produit, mais doit multiplier les mises en garde et prévoir les
mauvaises utilisations probables du produit qui peuvent présenter un danger.

C’est en raison de cette obligation de mise en garde que certains produits mentionnent
▪ « ne pas avaler »
▪ « usage unique »
▪ « ne pas laisser à la portée des enfants »

Le meilleur support de la mise en garde réside dans le conditionnement du médicament et dans la
notice.

Il est même prévu des logos pour simplifier la compréhension immédiate des dangers. Je pense
notamment au logo alertant sur le risque d’endormissement au volant ou sur les dangers pour une
femme enceinte de s’exposer à tel ou tel médicament.

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Nous allons voir qu’en connaissance des dangers résultant du changement de formule, MERCK
n’a rempli aucune de ces trois obligations d’information, de vigilance et de mise en garde.

Rassurez-vous Monsieur le président, je ne vais pas répéter les nombreux manquements que j’ai
déjà évoqués dans l’exposé des faits.

Je me contenterai d’un rappel sommaire et je renverrai pour le surplus à mes écritures. Parmi les 3
fautes plus 1 que nous reprochons à MERCK, voici une rapide synthèse :

• Faute n° 1 – Une notice incomplète.

Je ne vais pas passer en revue les différentes notices. Je veux juste insister sur un point pour
montrer que l’information de MERCK était défaillante non seulement à l’égard des malades
mais également à l’égard des médecins.

Au tout début de l’affaire, j’ai consulté un ami médecin, ancien directeur d’un SMUR. Du
haut de ces 30 ans de pratique, il m’expliquait :

« tout ça n’est pas sérieux. Il n’est pas possible que le
lévothyrox soit à l’origine de la perte des cheveux. Rien
n’apparait dans la notice et le Vidal est muet ».

Nous étions début septembre : la crise médiatique battait son plein après la sortie d’Annie
Dupérey et un été calamiteux pour les malades abandonnés qui n’avaient pas pu profiter de
leurs vacances.

À la fin du mois de septembre 2017, il me rappelle et il me dit
« c’est incroyable ! J’ai consulté les notices des médicaments à
base de lévothyroxine aux USA, au Canada ou dans d’autres
pays d’Europe et toutes les notices, je dis bien toutes,
mentionnent le fait que l’on peut perdre ses cheveux avec du
LÉVOTHYROX ».

Voila comment MERCK transmettait l’information aux malades et aux médecins : en
dissimulant une partie de l’information !

Par ailleurs, ce médecin habitué à gérer les situations de crise et d’urgence insistait sur un
point important : les symptômes décrits par les malades correspondaient exactement aux
effets d’un médicament inefficace soit qu’il ne corrigeait pas l’hypothyroïdie, soit qu’il
générait une hyperthyroïdie.

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• Faute n° 2 – Information lacunaire sur le changement de formule.

Gardez à l’esprit, Monsieur le président, que MERCK savait que le changement d’excipient
allait entrainer des déséquilibres thyroïdiens pour au moins 3 à 10 % des malades concernés.

Elle savait également, compte tenu des expériences en France et dans le monde, que tout
changement de la formule vient perturber les bonnes relations, la bonne intelligence, la
confiance entre le patient et son médicament.

Ces perturbations sont d’autant plus fortes et importantes que le LEVOTHYROX influe
sur le moral et la psyché des malades

Elle le savait tellement bien qu’elle a oublié VOLONTAIREMENT de mentionner que la
nouvelle formule était un GENERIQUE de l’ancienne.

Elle a omis de le préciser car elle connaissait les réactions fortes du public face à un
générique du LÉVOTHYROX.

Elle a également oublié de mettre en garde les malades sur les risques parfois mortels
rencontrés en cas de changement. C’est d’autant plus une faute, qu’elle disposait de tous les
moyens pour informer DIRECTEMENT le public et en premier lieu par le
conditionnement.

L’information du public était proche de zéro.

L’information des médecins et des pharmaciens était illisible, brouillonne et volontairement
inefficace.

Bref, MERCK a fait le pari que si on ne disait rien, personne ne se rendrait compte du
changement de formule.

Pari perdu, pour le plus grand malheur des malades.

• Faute n° 3 - Absence de respect de ses obligations de pharmacovigilance – Absence
de réaction pour arrêter la crise et sentiment d’abandon des malades.

Nous avons déjà vu que les textes européens et français prévoient que l’obligation de
pharmacovigilance doit s’exercer « par tout moyen ».

Ainsi, MERCK avait une obligation de surveillance du marché pour déterminer comment
le public recevait la nouvelle formule.

37
MERCK prétend d’ailleurs qu’elle surveillait les réactions, y compris sur les réseaux sociaux.

Nous avons également établi que dès le mois de juin 2017, les malades se plaignent.

Ainsi, une pétition demandant le retour de l’ancienne formule réunit plus de 10 000
signatures
(et aujourd’hui cette pétition a dépassé le cap des 300 000 signatures ! et si on dénombre toutes les pétitions
signées sur ce sujet au cours de l’année 2017/2018, on dépasse les 500 000 signatures)

A ce stade, ce n’est plus un signal faible mais un cri d’alerte, un véritable signal d’alarme.

Et si cela ne suffit pas, nous apprenons par le rapport de pharmacovigilance d’octobre 2017
que MERCK a reçu entre mai et juillet plus de 3 000 signalements directement au siège
lyonnais.

Donc en juin 2017, MERCK sait que son produit est mal accepté, mal toléré et qu’il suscite
un « nombre inédit » d’effets indésirables.

Le 2 juillet, elle reçoit une nouvelle alerte de VIVRE SANS THYROIDE.

Que se passe t-il ?

Quelle est sa réaction ?

RIEN
NADA
ZERO

Il faut attendre un tweet du … 23 août 2017 pour que MERCK dise aux malades : allez
voir sur le site de l’ANSM, allez voir là-bas si j’y suis.

Pourtant, elle aurait pu éditer comme elle l’a fait pour la SCLÉROSE EN PLAQUE (SEP)
un petit livret pédagogique expliquant une bonne hygiène de vie pour les malades devant
prendre du LÉVOTHYROX.

Elle aurait dû le faire
▪ en raison de sa situation de monopole
▪ et parce qu’il était difficile de déterminer quel malade allait être impacté par
le changement de formule. Face à cette indétermination, il fallait informer
tout le monde.

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Et pour les médecins et pharmaciens, elle aurait pu établir un document comprenant des
informations scientifiques précises et des études sérieuses pour leur montrer l’importance
de ce changement qui était tout sauf anodin.

Pas une vulgaire lettre illisible et n’insistant que sur un groupe dit à risque alors que nous
avons vu que pour les endocrinologues américains ce sont TOUS LES MALADES qui
sont exposés à un risque en cas de changement de formule.

Je pourrais multiplier tout ce que MERCK aurait pu ou du mettre en œuvre pour arrêter la
crise de l’information qu’elle avait générée, pour éteindre l’incendie qu’elle avait allumé par
sa négligence.

Mais elle n’a rien fait.

MERCK préfère se cacher derrière son petit doigt : c’est pas moi, c’est l’ANSM, c’est pas
moi, c’est la faute aux médecins, aux pharmaciens, aux malades.

Et pendant son silence, entre mai et octobre 2017, sans la possibilité de trouver une
alternative, les malades
• souffrent,
• s’inquiètent,
• ne comprennent pas,
• s’angoissent,
• désespèrent,
• se découragent,
• culpabilisent,
• sont en colère,
• sont troublés, éparpillés, anéantis, déçus, alarmés, angoissés,
anxieux .

bref ils sont dans tous leurs états, abandonnés par un groupe industriel puissant qui ne veut
pas les croire, qui les méprise superbement.

- Faute n° 4 – MERCK mène une vaste campagne de désinformation et de
dénigrement

A partir de septembre 2017, alors que les malades s’organisent en association, en collectif
ou en groupe FACEBOOK pour échanger des informations, on aurait pu attendre que
MERCK joue le jeu, calme les esprits et réponde aux questions, aux inquiétudes et aux
angoisses des malades.

Que nenni !

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MERCK n’adopte pas un « low profil ».
(Ah « low profil », oui Monsieur le président, j’emprunte ce terme au jargon des agences de communication.
A ce propos, savez qu’il existe deux familles de gestion d’une crise
o La stratégie japonaise : le grand patron se présente devant les victimes et s’incline devant les victimes
tout en présentant ses excuses. Sans faire harakiri, il va à Canossa et met en œuvre l’adage « une
faute avouée est à moitié pardonnée ».

o La stratégie teutonne ou de rupture : ne jamais s’excuser, nier, contester, relativiser, ne pas hésiter
à lancer des rumeurs, se plaindre de l’intransigeance des victimes organiser des contrefeux, à diviser
pour mieux étendre son emprise.
Alors, visiblement, MERCK a opté pour la stratégie de rupture.

MERCK se dresse tel un dragon endormi sur son magot, sort les griffes et crache le feu.

Désinformation, fake news, dénigrement, grands professeurs mercenaires, etc, tous les
moyens sont bons pour nier la crise et son ampleur, pour se moquer de la douleur des
malades, pour laisser penser que le temps effacera tout.

Peine perdue !

Une étude de VIVRE SANS THYROIDE démontrera, après analyse des chiffres de la
sécurité sociale, qu’entre janvier 2017 et janvier 2018, MERCK a perdu 1 million de
consommateurs du LEVOTHYROX en France.

Bien sûr, MERCK, comme l’ANSM et le ministère de la Santé, conteste ce chiffre, le
relativise mais au final accepte de reconnaître que ce sont au moins 500 000 malades qui se
défient de la nouvelle formule.

Alors voilà nous avons bien progressé sur le chemin de la justice.

A présent, je laisse la parole à mes confrères Romain SINTES, Géraldine ADRAI-
LACHKAR et Quentin GUY-FAVIER pour qu’ils prennent le relais et achèvent la
démonstration de la responsabilité de MERCK.

40
Introduire

ICI

les textes des autres avocats

41
CONCLUSION

Monsieur le président,

Rassurez-vous, je reprends la parole pour un court instant car tout a été dit et bien dit.

J’avais prévu une grande envolée lyrique sur le thème « J’accuse »

J’accuse MERCK

- De connaître à l’avance la gravité des conséquences d’un switch brutal et imposé ;

- De faire peu de cas du sort des malades ;

- De faire prévaloir les intérêts financiers de ses actionnaires sur la santé des malades.
Etc
Etc

Et puis je me suis dit c’est un peu trop grandiloquent.

Tu n’as pas le talent d’un DUPONT-MORETTI
(oui Monsieur le président, il m’arrive à me parler tout seul les nuits sans lune pendant lesquelles je rédige mes
plaidoiries)
tu n’as pas le talent d’un DUPONT-MORETTI pour fulminer sur commande ou feindre une
colère noire au nom des grands principes…

Alors je terminerai par quelques observations techniques teintées d’ironie.

J’ai été très surpris de voir qu’à titre subsidiaire, MERCK accepte le risque d’être condamnée mais
elle vous demande de surseoir à l’exécution provisoire car une condamnation de 41 millions
d’euros serait pour elle insupportable…

Commençons par les rassurer : en cas de condamnation, j’anticipe leur appel.

Donc le montant de la condamnation patientera sur le compte CARPA ; ce sera le plus sûr moyen
pour éviter que la procédure s’éternise…

Ce sera une incitation à la diligence et une protection contre la tentation des procédures dilatoires.

Mais quand je lis que ce montant est important … pour Merck ?

Allons un peu de sérieux, qui est MERCK ?

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La lecture du dernier rapport d’activité de MERCK sera particulièrement éclairante

Entre le 1er janvier et le 30 septembre 2018, MERCK a réalisé un chiffre d’affaires de 10,9
milliards d’euros en augmentation de 9,9 %.

En 2017, elle a réalisé un bénéfice de 2,610 milliards d’euros après impôts.

Les six principaux dirigeants peuvent se partager environ 50 millions € de rémunération fixe et
variable chaque année.

En 2017, comme chaque année, MERCK a distribué des dividendes : 162 millions pour la partie
côtée en Bourse et 515 millions pour la holding regroupant les descendants de la famille du
fondateur, soit si je sais compter, presque 700 millions de dividendes.

Pas mal !!

Donc 41 millions, cela représente à peine
- 6 % du montant des dividendes d’une année !
- 0.27 % du chiffre d’affaires.

C’est tout à fait supportable puisque le même rapport d’activité nous montre que MERCK a
supporté un risque de change de 900 millions d’euros pour la seule année 2017.

Alors Monsieur le Président, il n y a pas à hésiter : nous avons démontré qu’en droit il existait des
fautes multiples, des préjudices incorporels et un lien de causalité entre les fautes et les préjudices.

En droit, vous pouvez condamner MERCK !

Mais au-delà, au nom de l’équité, vous devez condamner MERCK pour lutter contre l’aléa moral et
la faute lucrative, pour rappeler aux lobbystes, qui dictent littéralement leur loi au Parlement
européen, qu’en France, la justice est indépendante et courageuse.

Et, en quelque sorte, vous ferez vivre la promesse du Président KENNEDY qui, en 1962, prédisait
que les consommateurs devaient se voir reconnaître quatre grands droits

- Le droit de choisir
- Le droit d’être entendu
- Le droit d’être informé
- Le droit à la sécurité.

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Aujourd’hui, nous vous demandons de consacrer ces droits par un jugement exemplaire qui sera le
point de départ d’une nouvelle jurisprudence protectrice des victimes contre les agissements des
industriels.

Bref, en entrant en voie de condamnation, vous rendrez aux malades leur dignité perdue en raison
du comportement aussi cynique que cruel d’un industriel sourd aux malheurs qu’il a provoqués.

* *
*

44