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oYeah, oYeah (2ème partie

)

Clan des camtareux, parait au décollage !!

Quelques jours de repos (et de rétablissement gastrique !) plus tard, nous voilà repartis pour de
nouvelles aventures :Tancrède, Julien, Jelena, Xavier et moi-même.

Enfin bon… L’envol est difficile, le moral est au beau fixe comme la météo d’ailleurs. Léger dans la
tête certes, mais cloués sur place par le poids de notre confort dans nos maxis sacs de highliner(2
bivouacs et l’artillerie lourde de mise en tension). Encore et encore porter. Il faut bien le dire que notre
session au Grépon nous a laissé quelques marques !

Mais là c’est différent, on part à l’Envers des Aiguilles, terrain connu et reconnu durant ce dernier
mois de montagne intensive. Cap sur :

- la brèche de Trèlaporte généreusement accessible (pour un spot de haute montagne…),

- le sommet de la Tour Rouge à l’abri des regards indiscrets (200m de dénivelé au dessus).

Ding, Dingue, Dong ! Trésor Gap nous voilà !

zoom sur 1a Brèche de Trélaporte vue du glacier

Le glacier plat, les échelles à remonter… pas plat, et nous voilà rendu ! Le pied de la brèche encore
vierge de toutes tentatives highlinesques. Aussi facile d’accès que magnifique : une belle brèche de 28
mètres de long à environ 60m de haut, extravagante avec son doigt de granite posté en plein milieu du
gap ! Ca faisait un bail qu’on la lorgnait celle-là. Tous ces bivouacs passés à
l’observer tranquillement… Les soirs d’été, on ne peut pas la manquer ! Eh oui, elle est orientée de
telle manière qu’elle récupère les dernières lueurs incandescentes du soleil qui se couche. Spectacle
stimulant, matière presque palpable.

La légende, un trésor caché quelque part dans le massif, là où le soleil ce couche…
Nous voilà donc tous réunis là haut, de part en part de la brèche. Le soir se rapproche. L’ambiance
est rythmée par les coups de marteau raisonnant sur nos tamponnoirs ; Ding ! Ding ! Ding ! Des
nuages isolés passent… Ding ! Ding ! Ding ! Voilà que le soleil commence à nous faire son show de
couleurs… Ding ! Ding ! Ding ! Le mojo monte en nous… Dingue ! Dingue ! Nous devenons
dingues !

Là et bien là, dans ces lumières intenses et diffuses si caractéristiques de là-haut, en plein cœur du
Massif du Mont-Blanc, sur ce mirador dominé par les parois de l’Envers des Aiguilles et dominant
l’immense défilé de la Mer de Glace 600m en contre bas. Nous devenons dingues! Un petit coin de
paradis loin des trashs que nous réserve parfois la montagne, confortablement installé sur ces
plateformes sommitales géantes : le dance-floor, la salle à manger, les salons, mais aussi les multiples
chambres à coucher ! Il y en a pour tous les goûts : avec vue sur la mer (de glace), et vue sur un grand
panel de faces mythiques du massif. On doit pouvoir y vivre confortablement à au moins 20
bonhommes là-haut !

Julien serein qui teste la ligne en swamy

Un seul petit hic ! pour l’eau qui se trouve en bas… Mais bon, on ne va pas en de tels endroits pour
boire des litres d’eau. Les bières dignes d’une récupération bien méritée sont ici parfaitement propices
à nos besoins vitaux…

Nous ouvrons cette ligne dans ce spectacle de carte postale, nous agissons avec une pleine conscience
de ce que nous faisons. Sentiment privilégier, le bonheur à l’instant présent.

Tout le monde teste la ligne, sauf moi trop captivé par l’envie de faire des prises de vue avec la
caméra de Tancrède qui tente désespérément de calmer mes ardeurs de caméraman en herbe… Un
bougre de petit merdeux que je faisais là !!

Xavier nous a fait le show un moment. Malgré les nuées de nuages et l’ambiance mystique
passagère, le voilà à nouveau sur le fil sans peur et sans reproche ! Ultime run et le voilà quasi de
l’autre côté(au 2 /3), presque ! Ca fera la prochaine fois. Après un petit apéro dinatoire inspiré, le voilà
reparti pour la civilisation de nuit… Pour nous autres il est temps d’aller se coucher. Ju et Jelena
choisissent de s’isoler dans leur tente (…) dans l’un des nombreux recoins herbeux en contrebas.
Tancrède, comme à son habitude se prépare une terrasse aux petits oignons, millimétrée pour être pile
à plat. Moi je reste sur la plateforme sommitale au bord du gap. Le spectacle qui s’offre alors à moi est
comme dans un rêve sauf que je ne dors pas…
Une mer de nuage est là, juste en dessous ; des Aiguilles Rouges tout là-bas au fond jusqu’à la Dent du
Géant qui domine largement. Les Périades sont presque entièrement noyées. Une lune quasi pleine
inonde ce flot de nuages immobile d’une lueur jaunâtre, et me laisse entrevoir les faces de l’Envers des
Aiguilles au dessus sur lesquels stagnent de petits nuages. Un tout propre et clair chapoté par une
voûte céleste immense et magnifique ! Je m’endors les yeux ouverts, heureux et conscient de ce
privilège de beauté qui m’est offert. Le Trésor Gap est né.

Pas de réveil prévu pour le lendemain matin. C’est Sèb Montaz notre caméraman pro et Vivian The
Ratataman qui nous réveillent encore tout transpirant de la montée express qu’ils venaient de se
coltiner. Petit déjeuner peinard au soleil, puis c’est l’heure de rider la ligne ! Les caméras sont
branchées, tout le monde s’y colle avec plus ou moins de réussite… Même Rémy qui nous aura rejoint
plus tard aura tenté sa chance. En vain… La ligne est relativement longue et aérienne et demande alors
un minimum d’expérience et de volonté. Il est difficile bien que peu risqué de griller les étapes en
Highline.

.

Il est temps de redescendre pour nos 2 visiteurs de passage.

Après une bonne sieste à se faire dorer la pilule au soleil (sauf pour Julien qui continue inlassablement
de s’envoyer des traversées !), nous décidons de plier bagage pour aller établir le campement plus bas
au pied de la Tour Rouge, deuxième objectif de notre séjour.

Etre humble, c’est bien beau…

La fatigue commence à se faire sentir chez chacun d’entre nous. On accuse le coup de ce mois
particulièrement intensif de montagnards en goguette ! L’overdose nous guette gentiment malgré tout
le plaisir que l’on doit à la highline et à l’alpinisme… Faut bien se l’avouer …

C’est que ça vous secoue les puces ces choses là !!!

La highline demande un effort sur soi particulièrement exigeant... L’instinct de survie veut
s’exprimer : la fuite, le refus de faire. L’envie profonde et sincère de faire une bonne grosse sieste des
familles dans ces moments là ! L’ego est mis à vif. La perspective de l’échec... Il n’est pas naturel de
marcher comme cela au dessus d’un précipice béant avec ce vide qui est partout, même au dessus de la
tête. La boule au ventre...quelle sensation désagréable ! Bottage de fesse rédhibitoire, le kiff intégral
quand tout fonctionne mais la déception profonde quand l’influx ne vient pas.

Savoir être humble, c’est bien beau mais c’est pas facile !!!

Bref, éprouvant tout ça.

La Tour Rouge, ma que !! Skyline pour novice !

La météo nous assure la venue d’un orage apocalyptique le lendemain dans la soirée. Nous sommes
conscients qu’aller ouvrir une autre highline au sommet de la Tour Rouge nous assurerait un retour à
pied jusqu’à Chamonix. Très très long… Sous l’orage… Perspective peu engageante ! Jelena avec
Julien calment le jeu et décident d’aller faire une voie aux Nantillons, en se fixant un horaire précis
pour s’assurer de ne pas manquer le dernier train du Montenvers.

Pour avoir vu ce gap de près, je fais la balance. La brèche est très esthétique. Elle est discrète, on ne
la voit pas du bas. Elle s’incruste parfaitement entre deux tourelles en plateforme d’aspect
particulièrement accueillant au sommet de cette Tour Rouge qui se détache significativement des
immenses parois de L’Envers. Il faut grimper pour y accéder mais sans pour autant se lancer dans une
grande entreprise (300m de dénivelé). Nous, Tancrède, Rémy et moi optons pour une dernière trash à
la Tour Rouge.

La Tour Rouge en bas à droite vue depuis le bivouac, au dessus le fameux Grépon

Le matin, nous partons tranquillement du bivouac pour rejoindre l’attaque du Marchant de Sable,
voie réputée majeure. Mais là, nous sommes coupés dans notre élan, c’est l’embouteillage ! Eh oui,
déjà 4 cordées se préparent. Il faut revoir notre stratégie car nous nous devons de ne pas traîner dans
l’ascension. Nous optons pour rejoindre le sommet en faisant le tour par l’attaque du Grépon-Mer de
Glace. L’idée est bonne mais je suis agacé. C’est la 3ème fois en 3 semaines que j’emprunte cet
itinéraire ! Je perds patience. Avec le recul je pense devoir des excuses à mes compagnons de cordée
envers lesquels je n’ai pas été très agréable ! La fatigue aidant, je n’ai pas su prendre sur moi. Quoi
qu’il en soit, il ne nous aura fallu que 2h30 pour rejoindre le petit collet d’où se détache le sommet de
la tour. Après avoir franchi une succession de gendarmes, nous y sommes…
arrivée au sommet équipement

C’est dément ! Les deux sommets sont constitués par un empilement d’immenses blocs de granite
parfaitement géométriques, et encore et toujours ces plateformes géantes profilées pour faire la sieste
sans songer au vide, le grand luxe quoi !!! Mais bon l’heure n’est pas à la sieste mais à l’équipement
du gap. Etant relativement court, l’installation est rapide et légère : 4 spits au tamponnoir, back-up sur
friends et becquets, deux trois coups de rein pour la tension et ça y est l’affaire est dans le sac ! La
ligne est courte (13m) et peu exposée mais tout de même sur fond de Mer de Glace(très loin en contre
bas !). En somme, je pense que nous avons ouvert là, la ligne parfaite pour débuter en highline alpine !
L’accès demande une légère expérience de la montagne mais aussi une légère expérience de la
highline… Un tout léger et abordable et en haute montagne !!! Les bivouacs sont 5 étoiles(certains
sont abrités !), il est donc possible de squatter le sommet le soir…

Rémy dans son enchaînement

Rémy s’y colle en premier. La tension monte. Il nous surprend Tancrède et moi. Son premier run
va jusqu’à la moitié. On l’encourage en pensant sincèrement à sa réussite imminente. Le troisième
essai sera le bon, cris de joie ! Monsieur s’octroie la première du Gap de la Tour Rouge. C’est la
deuxième highline qu’il réussit à traverser, félicitation !!! Tout le monde la passe et l’heure est à la
redescente. Malgré une météo plus que clémente un orage est annoncé, il ne faut pas traîner !
ôrage ! ô désespoir ! Que n’ai-je tant vécu pour une telle infamie !

Après une légère erreur d’itinéraire et une désescalade scabreuse, nous rejoignons enfin les rappels
suréquipés du Marchand de Sable. Quelques rappels plus tard nous voilà de retour au bivouac. On
refait les sacs fissa et on rentre ! On rebascule sous le Trésor Gap du coté Montenvers, d’où nous
constatons très concrètement que la météo ne s’était pas trompée…

Les nuages gris noirâtres arrivent et commencent à remonter contre les Drus. Ca chaaarge !!! Rien ne
sert de courir, marcher vite suffira. On est désormais sur le grand plat du glacier, nous remontons les
échelles du Montenvers. Soudain le vent se lève avec violence en tourbillonnant dans la masse de plus
en plus sombre des nuages qui désormais plafonnent l’intégralité du cirque glacière. Lorsque nous
prenons pied sur le sentier pédestre, nous voyons un nuage plus bas et plus sombre qui s’élance avec
rage contre le pied du Dru. Il s’y accroche et s’y concentre puissamment. Caaa vaaa péééteeeer !!!!!
Booooum !!! Des explosions dans tous les sens. La grêle s’abat sur nous sans pitié. Là, on court…
Comme des dératés, pour se mettre à l’abri dans la forêt. Le chemin est un véritable torrent. On
patauge sans vergogne dans la flotte. Trempé jusqu’au caleçon…

Après un nombre incalculable de pas sur cette interminable piste forestière nous arrivons enfin au
parking des camtareux. Le bonheur de mettre des vêtements secs pour aller se faire un Belouga bien
mérité…
Vive la montagne !!!!

Récit : Antoine Moineville

Photos : Rémy Demauve

ATTENTION : La highline et la haute montagne c’est dangereux, ne faites pas n’importe quoi !!!

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