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Paris, le 20 décembre 2018

Réf : 111 – 2018 D

Monsieur le ministre de l’Intérieur,

Le Syndicat des Cadres de la Sécurité Intérieure (SCSI-CFDT) et le Syndicat des Commissaires de la
Police Nationale (SCPN), seules organisations représentatives ayant réuni la majorité absolue dans les
commissions paritaires de leurs corps ont pris acte du choix du ministre de l’Intérieur de ne recevoir
que celles des gardiens de la paix et des gradés.

Nous nous réjouissons de la hausse de l’ISSP pour tous les corps et des avancées indemnitaires
consenties à nos collègues gradés et gardiens. Pourtant, les sujets abordés concernent bien
l'ensemble des policiers, tous impactés par les missions à répétition, le temps de travail, la perte de
sens, le maintien de l’ordre et d’une manière plus générale les conditions d’exercice de l'ensemble
des actions de sécurité.

Il est probable que l’urgence de la situation et l’inconfort des autorités ministérielles aient poussé
l’exécutif à agir en précipitation. Ce choix de débattre avec une seule partie de la représentation
syndicale d’axes stratégiques, de sujets décrits en outre comme étant une première étape à des
changements structurels, n’en constitue pas moins une erreur d’appréciation.

Il n’est pas concevable d’exclure les cadres d’une réflexion sur le malaise policier et les évolutions
futures de l’institution. Ce choix contribue en outre à donner du crédit à certains qui les ont
stigmatisés durant la campagne des élections professionnelles et alimente une idée fausse et
démagogique selon laquelle la police nationale serait scindée entre un front constitué des gradés et
gardiens et le reste des policiers actifs.

Il n’est pas question de contester la légitimité des revendications des gradés et gardiens par le
truchement de leurs syndicats, mais la méthode de concertation retenue est inopérante et incite
davantage encore à la division au sein d’une institution dont la souffrance manifeste justifierait que
tout soit fait pour consolider les liens entre ses personnels.

Le ministère de l’Intérieur ne saurait mésestimer le nombre de commissaires et officiers qui, à la tête
et aux côtés de leurs effectifs ont contribué, par leur engagement, au maintien de l’ordre républicain
à l’occasion notamment de la crise des gilets jaunes et qui, au quotidien, pratiquent, n’en déplaise à
certains, un vrai travail technique de police, au service des citoyens et de l’Etat.

Cette chaîne hiérarchique qui implique les commissaires, les officiers et les gradés, est par sa solidité,
garante des lois et règlements de la République et de la sécurité des français.
Nous recevons des messages d’incompréhension en nombre important, de tous nos adhérents,
quels que soient leur territoire d’activité et leur direction d’emploi.

Commissaires et officiers de police répondent de l’emploi et de la cohésion des personnels et
souhaitent apporter des solutions aux maux légitimes dénoncés par les policiers. Ils ont un intérêt
commun et demandent instamment la mise en œuvre de véritables assises de la sécurité intérieure.

Ces assises devront porter sur la situation matérielle de tous les policiers et pas seulement des
membres du corps d’encadrement et d’application, sur des thématiques majeures, comme les
avantages sociaux, les mutuelles…

Elles devront aussi s’interroger sur les structures de la Police Nationale, qui doivent se rénover.

Il s’agira d’ouvrir un chantier majeur et ambitieux, portant même sur la question de la pertinence du
maintien de deux forces de sécurité intérieure afin que la surenchère indécente devant des citoyens
témoins de comparaisons ineptes cesse définitivement, que les doublons soient une bonne fois pour
toutes balayés et que les inégalités entre gendarmes et policiers disparaissent (logement, transport,
décorations, retraite…), dans l’intérêt général, dans l’intérêt de l’Etat et des français.

Des solutions de fond réellement réformatrices doivent être trouvées, au-delà des mesures
catégorielles et partielles décidées en hâte, sous la pression. C’est tout le spectre des enjeux des
forces de l’ordre qu’il appartient au gouvernement de balayer.

Nous vous demandons, monsieur le Ministre d’associer les cadres et l’ensemble des personnels de
police aux réflexions et concertations menées dans l’urgence ces derniers jours. Entamer des
discussions cruciales avec une seule partie de la représentation syndicale représente
indubitablement un danger pour la cohérence de notre institution.

Dans l’attente de votre réponse, nous vous prions de croire, Monsieur le Ministre, en l’expression de
nos salutations les plus respectueuses.

David LE BARS Jean-Marc BAILLEUL
Secrétaire Général SCPN Secrétaire général du SCSI

MINISTÈRE DE L’INTÉRIEUR
Monsieur Christophe CASTANER
Ministre de l’Intérieur
Place BEAUVAU
75008 Paris

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