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Les « Indecency rules » de la FCC

Pascal Mbongo

Le code de législation fédérale des États-Unis (Section 1464 du Titre
18 de l’United States Code) punit traditionnellement d’une amende voire
d’un emprisonnement, toute personne qui commettrait un discours
« obscène, indécent, ou offensant par le biais d’une communication
radiodiffusée ». Ce sont donc bien trois catégories juridiques autonomes
que distingue cette disposition, les discours offensants (profanity) étant
soumis au même régime que les discours indécents. La notion de discours
offensants recouvre selon la Federal Communications Commission « tout
discours si grossièrement offensant pour le public qui l’entend ou le voit
qu’il peut être analysé comme une nuisance ». Quant aux discours et aux
images obscènes, ils font pour leur part l’objet d’une interdiction générale et
à toute heure sur les chaînes de radio et de télévision radiodiffusée. Les
critères de l’obscénité ont été définis par la Cour suprême dans Miller v.
California (1973) et Paris Adult Theatre I. v. Slaton (1973) : 1) le critère tenant
à la question de savoir si « un individu moyen, appliquant les critères
aujourd’hui en vigueur dans la communauté, trouverait que l’œuvre, prise
dans sa globalité, fait appel à l’instinct sexuel » ; 2) le critère tenant au fait
de savoir si le matériau ou l’œuvre « représente ou décrit, d’une façon
manifeste choquante, un comportement sexuel spécifiquement défini par
la loi d’État applicable » ; 3) le critère tenant au fait de savoir si le matériau
ou l’œuvre, « pris(e) dans sa globalité, est dénuée de réelle valeur littéraire
ou artistique ».
C’est en 19601 qu’une loi fédérale investit la Federal Comunications
Commission2 de la compétence et du pouvoir de garantir le respect de la

1 47 U.S.C. § 503(b)(1)(D).
2 Le magistère de la Federal Communications Commission (FCC) s’étend aujourd’hui à la
régulation sur le territoire des États-Unis des services de communication audiovisuelle
(radios et télévisions), des services de télécommunication et des services communication
en ligne. Elle comprend un collège de 5 membres nommés par le président des États-
Unis, avec l’approbation du Sénat, pour une période de 5 ans. La FCC dispose d’une
importante intendance administrative pour chacune de ses missions de régulation. La
procédure suivie par la FCC en matière d’obscénité, d’indécence ou d’offenses est
particulièrement formalisée. Ainsi, la Commission n’agit que sur la foi d’une plainte (voire
de plusieurs plaintes) qui doit caractériser précisément l’infraction alléguée. Si les
éléments fournis par la plainte ne permettent pas à la Commission de comprendre la
récrimination du plaignant au regard de ses missions (titre du programme, nom de la
chaîne, nom de la personne concernée, titre de la chanson ou du film concerné(e), lieu et
heure d’écoute), la plainte fait l’objet d’un rejet en irrecevabilité notifié à l’auteur (ou aux
auteurs) avec des précisions sur les conditions dans lesquelles le recours peut être réinitié.
La plainte est rejetée au fond lorsque la récrimination alléguée n’a pas été analysée par les
services de la Commission comme pouvant se prêter à une enquête et à une décision de
2

prescription précitée de la législation fédérale à l’égard des opérateurs de
radiodiffusion ou de télédiffusion, les radios et les télévisions par câble ou
par satellite étant ainsi exclues du champ de cette régulation1. Toutefois,
ce n’est guère qu’en 1975 que la Commission eut l’occasion d’exercer
concrètement une police de discours indécents à la télévision, dans une
affaire relative à une célèbre performance radiophonique2, diffusée par la
radio Pacifica Foundation, d’un célèbre humoriste américain, George Carlin.
Cette prestation avait consisté en une succession de « gros mots » et autres
jurons3 que la FCC avait considéré comme constituant une violation de la
législation fédérale sur les discours indécents commis sur les ondes
radiophoniques ou télévisuelles.
Afin de justifier de sa décision, la FCC s’était essayée à définir
l’indécence au sens de la législation fédérale impliquée dans le cas d’espèce.
La Commission avait alors considéré qu’un discours indécent à la radio ou
à la télévision consistait en un « langage qui décrit, dans des termes
particulièrement choquants au regard des standards communément admis
pour les émissions de radiotélévision, des activités ou organes sexuels ou
excrétoires, à un moment de la journée où il existe un risque raisonnable
que les enfants fassent partie du public »4. Cette définition de l’indécence
par la FCC était remarquable à plusieurs titres : parce qu’elle définit un
standard par d’autres standards (« risque raisonnable », « termes
particulièrement choquants ») ; parce qu’elle contient déjà cette idée que la
nature du support d’un discours (presse, radiotélévision ou cinéma), doit
être prise en compte pour l’évaluation des conditions de réception dudit
discours et donc de sa licéité ou de son illicéité ; parce qu’elle contient déjà
cette idée que, s’agissant des médias audiovisuels, le moment de l’émission
d’un discours doit être pris en compte pour l’évaluation des conditions de

la Commission. Le Collège de la Commission ne statue pas nécessairement en formation
plénière, puisque ses décisions peuvent être prises par un comité restreint de membres.
Et, la réunion plénière de la Commission peut statuer sur une décision rendue par un
comité restreint, soit à la demande d’un membre, soit à la demande de l’opérateur mis en
cause par la décision initiale du comité restreint.
1 Cette distinction statutaire entre les radios et les télévisions en fonction de leur mode

de diffusion est la conséquence d’une différence de situation technique (la rareté des
fréquences et les problèmes d’ordre public et de souveraineté induits par les ondes
hertziennes, celles-ci faisant partie du domaine public) et, s’agissant en particulier de la
télévision, d’une différence de situation relationnelle par rapport aux récepteurs puisque
les télévisions par câble présupposent une démarche active du téléspectateur pour en être
récepteur à leur domicile. Aussi un régime d’autorisation préalable a-t-il été institué :
Communications Act (1934), 48 Stat. 1064, 47 U. S. C. §151 et suiv.
2 Un sketch, dirait-on dans un langage plus contemporain.
3 Le script de cette performance est reproduit ci-après. Sur Georges Carlin, voir : J.

Sullivan, 7 Dirty Words: The Life and Crimes of George Carlin, Da Capo Press, 2010.
4 Citizen’s Complaint Against Pacifica Found. Station WBAI (FM), N.Y, N.Y., 56 F.C.C.2d

94 (1975).

« Les Indecency Rules de la Federal Communications Commission », in La régulation
des médias et ses standards juridiques, Mare et Martin, 2011, p. 63-87.
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réception dudit discours et donc de sa licéité ou de son illicéité. Autant de
« critères » qui continuent d’être éprouvés par l’autorité de régulation de la
radio et de la télévision selon des modalités renouvelées mais contestées
au regard de la liberté d’expression.

I. Consistance des Indecency rules

De quelle bienséance les Indecency rules peuvent-elles être le nom ? Au-delà
de considérations de philosophie morale, la difficulté intellectuelle à
laquelle se heurte la FCC dans la définition et l’application de cette
bienséance se rapporte à la complexité de l’économie linguistique des
expressions ordurières. Cette complexité est vérifiable dans le fait qu’en
tant qu’actes de langage, les jurons et les injures « doivent être
différenciés » : « Le juron (…) nous sert à « soulager notre cœur » et peut
ne même pas être considéré comme une énonciation lorsque, dans le cas
du juron réflexe, il ne sert pas à communiquer. L’injure, elle, ne saurait
sans doute être prise pour un « performatif explicite », comme l’est « je
jure de venir », énoncé qui contient un verbe performatif et dont
l’énonciation revient à exécuter l’acte décrit par le verbe. Toutefois,
prononcer une injure, c’est assurément accomplir un acte dit
« illocutoire », au sens où l’entend O. Ducrot c’est-à-dire « présenter ses
propres paroles comme induisant immédiatement une transformation
juridique de la situation (…) »1. Cette complexité ressort surtout de la
variété des fonctions linguistiques des expressions ordurières (« fonction
expressive », « fonction référentielle », « fonction démarcative »,
« fonction ludique »)2, une variété précisément éprouvée par George
Carlin dans le sketch qui permit à la FCC de définir sa première doctrine
de l’indécence.

A. L’instabilité de la doctrine de la Commission

La décision de la FCC à propos du sketch de George Carlin sur les
antennes de Pacifica Foundation eut un intéressant parcours judiciaire et
politique puisqu’elle commença par être invalidée par une juridiction
fédérale avant d’être validée par la Cour suprême des États-Unis d’une
manière qui aura plus ou moins contraint la FCC.
1. En effet, le tribunal fédéral du « circuit » de Washington D.C.
considéra que la sanction prononcée par la FCC violait le Premier
amendement de la Constitution des États-Unis puisqu’elle était fondée sur
une définition de l’indécence par trop vague et par trop large, au point de

1 C. Rouayrenc, Les gros mots, PUF, 1998, p. 109-110.
2 Ibid., p. 112-122.

« Les Indecency Rules de la Federal Communications Commission », in La régulation
des médias et ses standards juridiques, Mare et Martin, 2011, p. 63-87.
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pouvoir s’appliquer à de grandes œuvres littéraires ou théâtrales (au
nombre desquelles étaient susceptibles d’être rangées les pièces de
Shakespeare), voire à des passages de la Bible, toujours selon le tribunal
fédéral du « circuit » de Washington D.C1. Pour ainsi dire, la juridiction
fédérale initialement saisie considérait la « doctrine administrative » de la
FCC comme étant susceptible d’avoir un « effet réfrigérant » sur la liberté
d’expression.
L’appréciation de la Cour suprême fut quelque peu différente, lorsque
celle-ci fut amenée à statuer en 19782 puisque la Cour s’était interdit de se
prononcer sur l’un des registres choisis par les juridictions inférieures – le
défaut de clarté et de précision de la définition par la FCC de
l’incrimination créée par le code fédéral – pour ne s’intéresser qu’à la
question de savoir si, dans le cas d’espèce, la FCC avait été bien inspirée
de se formaliser du sketch de George Carlin et pour valider en définitive
la sociologie quelque peu élémentaire de la radio et de la télévision sur
laquelle s’était appuyée la FCC, soit la double idée selon laquelle les médias
audiovisuels étaient les plus répandus dans les foyers américains et avaient
un taux de pénétration et d’accessibilité auprès d’un public jeune sans
commune mesure avec celui de la presse écrite. La Cour suprême adaptait
ainsi au contexte de la télévision américaine des années 1970 le motif
justificatif de certaines immixtions publiques dans le contenu de certains
discours tiré de la protection de la jeunesse (ce motif avait déjà été éprouvé par
elle dans Ginsberg v. New York3). La Cour précisait néanmoins, en usant une
célèbre métaphore4, que ces immixtions devaient être pratiquées de
manière restrictive (ce à quoi s’était d’ailleurs engagée la FCC dans sa
défense devant la Cour) et dépourvue de tout effet réfrigérant sur les
contenus des discours, des opinions et des idées exprimées à la radio ou à
la télévision.
2. La Cour suprême « brida » donc la FCC puisque celle-ci, afin de ne
pas encourir de récriminations judiciaires, finit par ne plus sanctionner que
l’usage des sept gros mots (shit, piss, fuck, cunt, cocksucker, motherfucker, et tits)
compromis par la Cour suprême en 1978. De fait, de 1978 à 1987, il y eut
comme un âge d’or relationnel entre la FCC et les entreprises de
communication audiovisuelle aux États-Unis, puisque celles-ci ne se

1 Pacifica Found. v. FCC, 556 F.2d 9 (D.C. Cir. 1977).
2 FCC v. Pacifica Found, 438 U.S. 726 (1978).
3 390 U.S. 629.
4 “[N]uisance may be merely a right thing in the wrong place, – like a pig in the parlor instead of the

barnyard. We simply hold that when the Commission finds that a pig has entered the parlor, the exercise
of its regulatory power does not depend on proof that the pig is obscene.” (« Une contrariété peut
découler de ce qu’une bonne chose peut se trouver à une mauvaise place - comme un
porc dans un salon plutôt que dans une basse-cour. Nous tenons simplement à ce que
quand la Commission constate qu'un porc est entré dans le salon, l'exercice de son
pouvoir régulateur ne dépendant pas de la preuve que le porc est obscène »).

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des médias et ses standards juridiques, Mare et Martin, 2011, p. 63-87.
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risquaient pas à lui reprocher de pratiquer une politique de régulation
adoubée par la Cour suprême elle-même.
En 1987, la FCC prit finalement le parti de renoncer à sa doctrine des
sept gros mots prohibés, au motif que si elle offrait un standard commode
et pratique, elle pouvait néanmoins avoir des conséquences paradoxales,
par exemple en épargnant de nouvelles expressions. Elle décida donc de
réutiliser sa définition antérieure de l’indécence et de l’obscénité mais en
faisant le pari de pouvoir la faire passer dans le trou de seringue de l’arrêt
de la Cour suprême, par exemple au prix d’une exonération des
expressions métaphoriques, des expressions prononcées de manière
simple et non-répétitive, des expressions prononcées de manière
accidentelle dans des Talk shows et autres émissions de divertissement en
direct. Cette nouvelle doctrine de la Commission fut validée par la Cour
d’appel fédérale du « circuit » du district de Columbia1. Et, en 2001, la FCC
conçut même, à destination des éditeurs de services radiophoniques ou
audiovisuels, une sorte de bréviaire de sa doctrine juridique2 dans lequel
elle disait se prononcer sur les cas d’indécence au regard de la question de
savoir : d’une part si le matériau litigieux décrivait ou dépeignait des
organes ou des actes sexuels ou excrétoires ; d’autre part si la diffusion
dudit matériau est incontestablement agressive (cette agressivité ressortant
de la nature explicite du matériau autant que de l’intention du locuteur de
choquer plutôt que de « titiller » l’auditoire) compte tenu de ce qui est
communément admis à un instant T en matière de diffusion
radiophonique ou télévisuelle.
3. La Commission va néanmoins changer une nouvelle fois sa doctrine
en 2004. L’occasion lui en est donnée le 19 janvier 2003 par l’affaire Bono,
autrement dit le fait pour le célèbre chanteur du groupe U2 d’avoir commis
pendant la cérémonie des Golden Globes de 2003 des gros mots (“this is really,
really, fucking brilliant. Really, really, great”). Comme cette cérémonie était
télédiffusée par plusieurs radios et télévisions, cela fut l’occasion pour
certains auditeurs et téléspectateurs de saisir la Commission (230 plaintes).
La Direction de la FCC (Enforcement Bureau) chargée d’instruire et de
décider de ce genre de plaintes en décida le rejet au terme d’une
argumentation consistant notamment à assimiler l’interjection litigieuse à
une exclamation et à une emphase. Mais les réactions négatives
d’associations familiales et de parlementaires républicains eut cette
conséquence qu’un appel fut formé contre cette décision auprès du
Collège plénier de la Commission et que son président, Michael Powell,
parvint à convaincre ses collègues d’annuler la décision de l’Enforcement

1 Action for Children’s Television v. Federal Communications Commission (ACT I) 852 F.2d 1332,
1344 (1988).
2 Industry Guidance on the Commission’s Case Law Interpreting 18 U.S.C. § 1464, 16 F.C.C. Rcd

7999.

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Bureau par une décision contraire rendue le 18 mars 2004, laquelle
concluait à la violation de la Section 1464 du Titre 18 du code des États-
Unis mais dispensa les télévisions incriminées de peine compte tenu de ce
que leur violation de la loi était imputable à un changement
d’interprétation par la Commission.
Si la décision de sanction prononcée par la FCC à l’égard des opérateurs
concernés1 a été particulièrement remarquée et commentée, c’est
notamment parce qu’elle reposait sur une interprétation inédite (autrement
dit un changement de doctrine) et ayant consisté pour la Commission à
considérer qu’une expression grossière, même fugace (fleeting expletive),
pouvait être considérée comme indécente en elle-même ; qu’en l’occurrence,
le « mot rouge » (F-word) utilisé par le chanteur Bono était « parmi les plus
vulgaires, les plus graphiques, les plus explicitement sexuels de la langue
anglaise » alors que d’autres mots grossiers peuvent, pour leur part, se
prêter de sa part à une analyse casuiste. Un élément conjoncturel semble
avoir déterminé la Commission à cette sévérité particulière : La
Commission a statué sur les Golden Globes après le Nipplegate, soit l’affaire
du dévoilement furtif (une fraction de seconde) d’un sein de la chanteuse
Janet Jackson à l’occasion d’une prestation musicale avec le chanteur Justin
Timberlake lors du Super Bowl (1er février 2004) diffusé en soirée par CBS
et certaines de ses chaînes satellites. Or cette manifestation sportive était
retransmise par CBS, qui reçut de nombreuses plaintes de parents à la mi-
temps du match et qui fit l’objet d’une enquête de la FCC puis d’une
amende de 550000 dollars pour les différents diffuseurs. Il reste qu’autant
qu’un changement de doctrine juridique, c’est une différence de
philosophie qui a caractérisé la décision relative aux Golden Globes, une
tentation d’« ordre moral » ont fait valoir les plus vives critiques de la
décision de la Commission.

B. L’emprise de la Commission

De fait, la Commission intervient à propos des Golden Globes de 2003
ou du Super Bowl de 2004 dans un contexte marqué par un activisme
parlementaire (lequel n’est d’ailleurs pas exclusivement le fait de congressmen
républicains) contre le développement d’un certain « laxisme » moral à la
télévision. Cette « réaction » consista en des propositions législatives
tendant à étendre la compétence de la FCC à la radiotélévision par câble

1In the Matter Complaints Against Various Broadcast Licensees Regarding Their Airing of the
“Golden Globe Awards” Program, 19 F.C.C. Rcd. 4975 (2004).

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ou par satellite1 et, surtout, dans une volonté de « durcissement » du
contrôle de la Commission2.
1. Ainsi, après que la Cour d’appel fédérale du « circuit » du district de
Columbia a eu validé en 1988 la nouvelle doctrine de la Commission, le
Congrès tira profit de cette décision judiciaire pour amender le Commerce,
Justice, State FY89 Appropriations Act par une disposition demandant à la
Commission d’édicter des règles de prohibition de discours et d’images
indécents à la radiotélévision à toute heure3. La Commission s’exécuta au
travers d’une règle de prohibition générale et absolue de l’indécence4 qui
fut annulée en 1992 par la Cour d’appel fédérale du « circuit » du district
de Columbia5, qui rappela à cette occasion que sa décision de 1988 avait
clairement signifié à la Commission qu’au regard de l’objectif poursuivi à
travers les Indecency rules – la protection de la jeunesse – il devait
nécessairement y avoir une différenciation entre des plages horaires de
non-admission et des plages horaires d’admission de discours ou d’images
visés par les Indecency rules. C’est alors que le Congrès édicta le Public
Telecommunications Act de 1992. Ce texte enjoignait à la Commission
d’édicter une règle de prohibition de tout matériau indécent entre 6 heures
et minuit, avec une règle dérogatoire pour les radios et télévisions
publiques dont les programmes s’interrompent à minuit ou avant minuit,
celles-ci pouvant émettre un tel matériau à partir de 22 heures. Aussi bien
l’amendement législatif que la règle édictée en conséquence par la
Commission furent déclarés contraire à la Constitution par la Cour d’appel
fédérale du « circuit » du district de Columbia en tant qu’ils distinguaient
entre des opérateurs publics et des opérateurs privés6. La Commission fut
ainsi contrainte de circonscrire en 1995 son interdiction entre 6 heures et
22 heures (safe harbor period), ce quelque soit la nature publique ou privée
des opérateurs7.
2. L’enjeu du « durcissement » du contrôle de la Commission touche
par ailleurs à la nature des sanctions qu’elle peut édicter. Le Broadcast

1 Sur cette question, voir nos observations plus loin.
2 L’on ne s’attachera pas ici aux propositions de loi tendant à la modification des
standards de la Commission puisque ces propositions n’ont pas prospéré. Voir : Henry
Cohen, Kathleen Ann Ruane, « Regulation of Broadcast Indecency: Background and
Legal Analysis », CRS Report RL32222 (2008), p. 18-19.
3 P.L. 100-459, § 608.
4 Enforcement of Prohibitions Against Broadcast Obscenity and Indecency, 4 F.C.C. Rcd. 457 (1988).
5 Action for Children’s Television v. Federal Communications Commission (ACT II), 932 F.2d 1504

(1991), cert. denied, 503 U.S. 913 (1992).
6 Action for Children’s Television v. Federal Communications Commission (ACT III), 58 F.3d 654

(D.C. Cir. 1995), cert. denied, 516 U.S. 1043 (1996).
7 Enforcement of Prohibitions Against Broadcast Indecency in 18 U.S.C. § 1464, 10 F.C.C. Rcd.

10558 (1995); 47 C.F.R. 73.3999(b).

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Indecency Enforcement Act de 20061 porte ainsi à 32500 dollars l’amende
minimale et à 3 millions de dollars l’amende maximale susceptible d’être
infligée à un opérateur pour un manquement fautif2. Plusieurs éléments de
ce régime de sanction sont à noter : en premier lieu, et bien qu’elle
s’abstienne de le faire, la Commission est supposée pouvoir infliger à
l’auteur même du discours ou de l’image litigieux l’amende de 32500
dollars prévue par l’United States Code en cas de violation de la Section 1464
(précitée) de son titre 183 ; d’autre part, une fois que la Commission a
conclu à un manquement fautif, elle peut convenir avec l’opérateur d’une
sorte de règlement amiable (Consent decree)4 ; enfin, la FCC peut aller
jusqu’au retrait de l’autorisation de diffusion en cas de récidive.

II. Validité problématique des Indecency rules

Lorsque le Broadcast Indecency Enforcement Act fut promulgué en 2006, il
était certain que la Cour suprême des États-Unis serait nécessairement
amenée à statuer nouvellement sur les Indecency rules, sachant que depuis
FCC v. Pacifica Found, elle avait pu statuer sur des questions comparables
intéressant d’autres médias5. Elle va l’avoir fait au terme du litige qui
oppose depuis 2006 la FCC et Fox Television.

A. L’affaire Fox Television Stations

A la faveur d’une révision générale d’un certain nombre de programmes
de télévision diffusés entre le 2 février 2002 et le 8 mars 2005, la
Commission rendit le 15 mars 2006 une décision collective (Omnibus

1 Ce texte fut voté en 2005 mais promulgué par le président en 2006.
2 Telle qu’elle est prévue par l’United States Code (47 U.S.C. § 503(b)(2)(A)), cette amende
s’élève à 25000 dollars maximum par violation mais ce montant fut porté en 1996 à 32500
dollars par le Debt Collection Improvement Act, lequel modifiait le Federal Civil Monetary Penalty
Inflation Adjustment Act de 1990.
3 47 U.S.C. § 503(b)(1)(D). Voir également 47 U.S.C. § 503(b)(6)(B) et la note 24 supra.
4 Ce fut le cas en 2004 pour une filiale de Viacom, la radio Infinity Radio, qui accepta de

verser 3,5 millions de dollars au trésor américain et s’engagea à une plus grande attention
à l’égard de discours ou images indécents. Était en cause un programme (Opie et Anthony
Show) comprenant une partie sous la forme d’une épreuve (Sex for Sam) dans laquelle les
candidats, des couples, devaient se livrer à des activités sexuelles dans des lieux « risqués »
(la cathédrale Saint Patrick dans le cas d’espèce) de la ville de New-York et rapporter à
l’antenne ces expériences.
5 Sur la constitutionnalité des Indecency rules en dehors de l’audiovisuel, voir : s’agissant des

courriels : Bolger v. Youngs Drug Products Corp., 463 U.S. 60 (1983) ; s’agissant de la télévision
par câble, United States v. Playboy Entertainment Corp., 529 U.S. 803 (2000) ; s’agissant de
l’Internet, Reno v. ACLU, 521 U.S. 844 (1997).

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Order)1 à travers laquelle elle conclut à la violation par quatre programmes
de sa doctrine de 2004 sur la présomption d’indécence ou de sacrilège
attachée à certains mots tels que le F-Word ou le mot « shit » : les Billboard
Music Awards de 20022 et de 20033 (Fox Television), certains épisodes de la
série NYPD Blue (ABC)4 et par The Early Show (CBS)5. La décision de la
Commission fit l’objet d’un recours gracieux auprès de la Commission par
plusieurs opérateurs audiovisuels dont les diffuseurs des programmes par
elle incriminés. Dans une nouvelle décision rendue le 6 novembre 2006
(Remand Order)6, la Commission maintint ses récriminations à l’égard des
Billboard Music Awards ; elle relaxa The Early Show au motif que l’interview
dans le cadre de laquelle le mot grossier avait été prononcé par l’invité
avait été faite professionnellement ; elle rejeta la requête formée contre
NYPD Blue pour le motif tiré de ce que l’unique plaignant dans cette
espèce résidait dans une zone géographie (l’Est des États-Unis) où le
programme contesté était diffusé après 22 heures.
Cette nouvelle décision fut néanmoins attaquée par les opérateurs
concernés devant la cour d’appel fédérale du « second circuit » qui conclut
à la violation par la Commission de l’Administrative Procedure Act du fait du
caractère arbitraire (arbitrary) et imprévisible (capricious)7 de la doctrine de
la Commission8. La Cour fit ainsi le reproche à la Commission de n’avoir
pas su justifier son changement de doctrine en 2004, la correspondance
entre sa justification (protéger les enfants de toute expression ordurière et
de tout juron, même furtif) et sa politique étant par ailleurs compromise
par le fait pour la Commission de n’avoir pas défini une interdiction
générale de gros mots ou de jurons. Puisque l’acte litigieux (la décision
doctrinale de 2004 et, par suite, le Remand Order de 2006), la Cour d’appel
fédérale du « second circuit » n’avait pas cru devoir statuer sur les
arguments formés par les requérants sur le registre de la violation du

1 In the Matter of Complaints Regarding Various Television Broadcasts Between February 2, 2002
and March 8, 2005, FCC 06-17 (March 15, 2006)
2 A propos en particulier de “Fuck” par la chanteuse et actrice Cher lors de son

improvisation de remerciement : « People have been telling me I’m on the way out every year, right ?
So fuck‘em ».
3 A propos d’un commentaire de l’actrice et chanteuse Nicole Ritchie qui, devant remettre

un prix en compagnie de Paris Hilton, déclara à propos d’un programme de téléréalité
auquel elle avait pris part : « Why do they even call it The Simple life? Have you ever tried to get
cow shit out of a Prada purse ? It’s not so fucking simple ».
4 Pour un usage répété du mot « Bullshit » par des personnages.
5 Pour une qualification par un invité de l’un de ses concurrents dans l’émission Survivor

de « Bullshitter ».
6 In re Complaints Regarding Various Television Broadcasts Between February 2, 2002 and March 8,

2005, 21 F.C.C. Rcd. 13299 (2006).
7 5 U. S. C. §706(2)(A).
8 Fox Television Stations, Inc. v. FCC, 489 F.3d 444, 462 (2d Cir. 2007).

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des médias et ses standards juridiques, Mare et Martin, 2011, p. 63-87.
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Premier Amendement de la Constitution, même si elle suggérait que ces
arguments avaient une certaine force.
Statuant à son tour le 28 avril 2009 (FCC v. Fox Television Stations), la
Cour suprême des États-Unis s’en tint donc au registre choisi par la
juridiction inférieure celui de la violation ou non de l’Administrative
Procedure Act pour conclure par cinq voix contre 4 à l’absence de violation
de la loi par la Commission. A ses yeux, si toute agence fédérale doit
« examiner les données appropriées et énoncer une motivation
satisfaisante de son action », cette prescription ne saurait être analysée
comme obligeant une agence qui change sa politique à faire la
démonstration devant le juge de ce que la nouvelle politique est préférable
à la précédente. Il lui faut simplement : aviser les administrés de ce
changement (et tenir compte de l’antériorité des faits dont elle a à
connaître par rapport à sa nouvelle politique) ; faire la démonstration de
ce que la nouvelle politique est licite, qu’elle a pour elle de bonnes raisons
et que l’agence a la conviction de ce qu’elle est meilleure. La Cour suprême
considéra que la doctrine de la Commission n’avait pas méconnu ces
exigences puisque la FCC avait clairement et précisément dit avoir changé
de doctrine et dit les raisons pour lesquelles sa doctrine de 1984 était
préférable à sa doctrine antérieure, cette doctrine n’étant au demeurant pas
déraisonnable aux yeux de la Cour suprême, ni incompatible avec sa
propre exigence exprimée dans Pacifica Foundation d’une analyse en
fonction du contexte. La Cour suprême renvoya néanmoins l’affaire
devant la Cour d’appel fédérale du « second circuit » en vue d’un examen
des griefs d’inconstitutionnalité formés par Fox Television contre la
Commission.

B. Le test de la constitutionnalité des Indecency rules

Dans un arrêt Fox Television Stations, Inc. v. FCC rendu le 13 juillet 2010,
la cour d’appel fédérale accéda aux griefs d’inconstitutionnalité développés
contre la décision de la Commission de 2006 sur les Billboard Music Awards
et, à travers elle, à sa doctrine des Indecency rules de 2004.
1. Au-delà des récriminations de la Cour fondées sur le moyen tiré de
la violation par la doctrine de la Commission du principe juridique de
clarté et de précision des incriminations pénales ou administratives1, c’est
son argumentation sur le caractère réfrigérant (chilling effect) de la doctrine
de la Cour et de sa décision sur la liberté d’expression que la Cour suprême
devra évaluer, et dont la Commission devra tenir compte si la cour d’appel
fédérale était suivie par la Cour suprême.

1Sur le statut de ce principe en matière de liberté d’expression, voir la contribution de
Thomas Hochmann au présent ouvrage.

« Les Indecency Rules de la Federal Communications Commission », in La régulation
des médias et ses standards juridiques, Mare et Martin, 2011, p. 63-87.
11

« Sous l’empire de la politique actuelle de la Commission, les
éditeurs audiovisuels doivent choisir entre la non-diffusion ou la
censure de programmes controversés ou susceptibles de les exposer
au risque d'amendes colossales, voire à la perte de leur licence, sans
que l’on soit étonné du choix qu’ils font. En effet, il est
particulièrement évident que la politique de la FCC sur l’indécence
a un effet réfrigérant sur les discours. Par exemple, plusieurs filiales
de CBS ont refusé de diffuser 9/11, un document primé par les
Peabody Awards et contenant un audio footage – incluant
ponctuellement des jurons – de pompiers présents au World Trade
Center le 11 septembre [2001]. Bien que le documentaire ait
précédemment été diffusé à deux reprises sans faire l’objet de
plainte, les chaînes de télévision filiales ne savaient plus, après 2006,
si les jurons contenus dans le documentaire pourraient être trouvées
ou non indécents (…). Il y a un autre exemple, celui d’une station
de radio qui a annulé une lecture annoncée du roman de Tom Wolfe
I Am Charlotte Simmons, à la faveur d’une simple plainte excipant du
langage pour adultes éprouvé par le livre et compte tenu du risque
d’une intervention de la FCC. Et quand le programme fut rétabli
dans la grille de la station deux semaines plus tard, elle décida de ne
le diffuser que pendant la safe harbor period.
L'application de la politique de la FCC aux émissions en direct
crée également un effet réfrigérant encore plus prononcé. Dans le
cas des Billboard Music Awards de 2003, Fox Television avait un système
de retransmission audio différée qui était supposé lui permettre de
biper des jurons inopinés. Fox avait même épuré les textes des
animateurs de la cérémonie. Or [Nicole] Ritchie s’écarta de son texte
et usa à trois reprises de jurons dans une séquence très brève.
Pendant que la personne chargée de contrôler les mots grossiers et
de les biper en était à gommer le premier, les deux suivants étaient
prononcés. Même les précautions les plus sophistiquées ne suffisent
pas à protéger les diffuseurs contre des occurrences de cette nature.
(…) La FCC soutient que Fox Television aurait dû simplement
mettre en place un système de veille plus efficace. Toutefois, sauf à
renoncer à toute diffusion en direct de tout programme, aucun
système ne saurait être efficace à 100%. A défaut, Fox Television peut
décider de ne pas convier des personnes ayant par le passé commis
des propos indécents ou sacrilèges à remettre des trophées lors des
émissions de cette nature qu’elle organise. Néanmoins, cela
n'empêchera pas quelqu'un qui a emporté une récompense – comme
ce fut le cas avec Cher ou Bono – de prononcer des mots ou des
paroles orduriers. En fait, la seule solution qui aurait permis à Fox

« Les Indecency Rules de la Federal Communications Commission », in La régulation
des médias et ses standards juridiques, Mare et Martin, 2011, p. 63-87.
12

Television d’être assurée de ne pas encourir de sanction de la FCC
était de ne pas diffuser le programme en direct.
Cet effet réfrigérant s'étend aux informations et aux programmes
politiques. Les journalistes peuvent être enclins à ne pas convier des
invités controversés dans leurs programmes par crainte qu’une
grossièreté inopinée ne leur fasse courir le risque d’amendes. (…) ».

2. Le test de la constitutionnalité des Indecency rules comprend deux
autres paramètres. Le premier consiste en la distinction entre l’obscénité et
l’indécence au regard du Premier amendement de la Constitution des États-
Unis : autant l’obscénité n’est pas protégée au titre de la liberté
d’expression comme a pu le dire la Cour suprême dans Chaplinsky v. New
Hampshire (1947) puis dans Roth v. United States (1957), autant les polices
de l’indécence sont analysées par la Cour suprême comme des immixtions
des pouvoirs publics dans le contenu des discours, ces immixtions n’étant
admissibles que dans des cas extrêmement limités et dans des conditions
particulièrement contraignantes et exceptionnelles (strict scrutiny). La Cour
suprême a pu le soutenir à de nombreuses reprises. Ce fut le cas en 1989
dans Sable Communications of California, Inc. V. FCC à propos d’une
disposition du Communications Act de 1934 modifié qui interdisait les dial-a-
porn, autrement dit des messageries érotiques par téléphone ayant un
caractère transétatique. Ce fut encore le cas en 1997 dans Reno v. American
Civil Liberties Union (ACLU) où étaient contestées deux dispositions du
Communications Decency Act de 1996 tendant à protéger les mineurs en
incriminant l’envoi ou la mise à disposition de messages obscènes ou
indécents à quelque destinataire âgé de moins de 18 ans. Ce ne fut pas
moins le cas en 2000 dans U.S v. Playboy Entertainment à propos d’une
disposition du Telecommunications Act de 1996 qui interdisait aux opérateurs
de télévision câblée de diffuser certains programmes à contenu sexuel en
dehors de la « fenêtre de sécurité » (pour les enfants) entre 22 heures et 6
heures.
Le deuxième paramètre au regard duquel les Indecency rules doivent
hypothétiquement et contemporainement être pensées se rapporte à une
tension caractéristique de la liberté de la communication audiovisuelle.
D’un côté, la radio et la télévision sont habitués à se voir accorder, y
compris par la Cour suprême1, une certaine originalité statutaire au sein de
la liberté d’expression, qui consiste notamment en l’admissibilité d’un
régime d’autorisation préalable et en l’admissibilité d’obligations
substantielles définies par les pouvoirs publics, comme l’expression
pluraliste des courants d’expression socio-culturels (soit la Fairness doctrine

1 CBS, Inc. v. FCC, 453 U. S. 367, 395 (1981).

« Les Indecency Rules de la Federal Communications Commission », in La régulation
des médias et ses standards juridiques, Mare et Martin, 2011, p. 63-87.
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de la Commission1). De l’autre côté, l’autorité de régulation de la
bienséance à la radio et à la télévision – ainsi d’ailleurs que les juges – doit
tenir compte des changements considérables qui ont affecté le paysage
audiovisuel américain et la relation audiovisuelle depuis 1978 et la décision
Pacifica Foundation dans laquelle la Cour suprême n’avait raisonné qu’au
regard d’un nombre restreint d’opérateurs émettant par ailleurs par
radiodiffusion. Cette dernière considération a particulièrement été
soulignée en 2010 par la cour d’appel fédérale dans l’affaire Fox Televisions
v. FCC :

« (…) Les trente années écoulées [depuis Pacifica Foundation] ont
été marquées par une explosion des médias, au point que la
télévision traditionnelle [par radiodiffusion] n’est plus qu’une simple
voix dans le chœur [médiatique]. La télévision câblée a une force de
pénétration dans les ménages aussi importante que la télévision
traditionnelle – presque 87% de ménages souscrivent un
abonnement par câble ou à une offre satellitaire – et la plupart des
téléspectateurs peuvent alterner, grâce à un simple clic de leur
télécommande, entre des chaînes émises par voie de radiodiffusion
et des chaînes émises par un autre moyen. (…). Internet, aussi, est
devenu omniprésent, permettant l'accès aussi bien à des vidéos
virales qu’à des longs métrages, en passant, certes, par des
programmes de télévision (…). Et comme la FCC le reconnaît elle-
même, « les enfants vivent aujourd’hui dans un environnement médiatique
radicalement différent de celui dans lequel leurs parents et grands-parents ont
grandi il y a des décennies » (…). Au surplus, des changements
technologiques ont donné aux parents la capacité de décider
effectivement des programmes qu’ils permettront à leurs enfants de
regarder. Chaque téléviseur – 13 pouces ou au-delà – vendu aux
États-Unis depuis janvier 2000 contient une fonction [V-chip] qui
permet aux parents de bloquer des programmes en fonction d’un
système de classification standardisé (…). Au demeurant, depuis le
11 juin 2009, quand les États-Unis ont fait la transition vers la
télévision numérique, quelqu'un utilisant une boîte de conversion

1 Cette doctrine exige des opérateurs de radio et de télévision par radiodiffusion de rendre
compte loyalement des différentes opinions susceptibles de s’opposer sur des questions
d’intérêt public. La Cour suprême a validé la Fairness doctrine dans son arrêt Red Lion
Broadcasting Co. V. Federal Communications Commission (1969) en s’appuyant sur l’argument
techniciste de la rareté des fréquences de radiodiffusion (spectrum scarcity). Et, la Cour
suprême a exclu l’argument tiré du spectrum scarcity en matière de régulation de la radio et
de la télévision par câble en général (Turner Broadcasting System, Inc. v. Federal Communications
Commission) – ce qui exclut donc la Fairness doctrine pour ces médias – et en matière de
régulations dictées par la protection de l’enfance en particulier (Denver Area Educational
Telecommunications Consortium, Inc. v. FCC, 1996).

« Les Indecency Rules de la Federal Communications Commission », in La régulation
des médias et ses standards juridiques, Mare et Martin, 2011, p. 63-87.
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numérique a aussi accès à la fonction V-chip (…). Bref, il existe
désormais des moyens de bloquer des programmes susceptibles de
contenir des discours indécents d’une manière inconnue en 1978 ».

3. Enfin, le test de la constitutionnalité des Indecency rules ne saurait faire
abstraction du débat sur la pertinence et la constitutionnalité d’une
incorporation des chaînes par câble ou par satellite dans le champ
d’application de ces règles de bienséance. Cette extension est soutenue
depuis le début du câble par différents acteurs politiques au niveau fédéral
ou au niveau des États1.
C’est ainsi qu’en 1981, l’Utah adoptait une loi qui réprimait pénalement
toute diffusion par un moyen radioélectrique ou par câble d’un matériau
pornographique ou indécent. Cette disposition fut déclarée contraire à la
Constitution en 1982 par une juridiction fédérale en raison notamment de
son étendue illimitée (le texte ne faisait pas de distinction selon qu’un tel
matériau pouvait attendre ou non des enfants) et des risques qu’elle faisait
courir par exemple à du matériau ayant une valeur artistique ou littéraire2.
La législature de l’Utah répondit aux juges en adoptant en 1983 une
nouvelle loi dont le champ d’application était restreint au matériau
indécent diffusé par des chaînes de télévision à péage ou câblées. Mais
cette loi ne passa pas davantage le barrage d’une juridiction fédérale pour
le motif tiré de l’imprécision de son incrimination et de l’appropriation par
l’État fédéral de la compétence normative en matière de radios et de
télévisions câblées du fait du Cable Communications Policy Act de 19843.
Si ces décisions judiciaires mirent fin aux tentatives comparables de
différentes autres législatures d’États, elles ne bridèrent pas le Congrès
puisque plusieurs dispositions du Cable Television Consumer Protection &
Competition Act de 1992 et du Telecommunications Act de 1996 tendaient à
faire peser sur les câblo-opérateurs des obligations dictées par la lutte
contre les discours et les images indécents (faculté de ne pas diffuser de
tels programmes sur certaines chaînes à péages, obligation de ne diffuser
de tels matériaux que sur des canaux spéciaux et verrouillés, etc.). Mais si
ces dispositions ne survécurent pas au contrôle judiciaire, pour la plupart
d’entre elles, c’est sans que les arrêts afférents de la Cour suprême – Denver

1 La FCC pour sa part s’est toujours refusée à étendre d’elle-même sa compétence à ces
médias, les plaintes présentées devant elles contre ces médias étant systématiquement
rejetées pour incompétence. Ce sont certaines productions audiovisuelles (Deadwood,
Nip/Tuck, South Park, etc.) diffusées notamment par des chaînes comme HBO ou Comedy
Central qui sont ainsi visées.
2 Cour fédérale de district pour le district de l’Utah : Home Box Office, Inc. v. Wilkinson, 531

F. Supp. 9876, 997 (D. Utah 1982).
3 Cour fédérale de district pour le district de l’Utah : Community Television of Utah, Inc. v.

Wilkinson, 611 F. Supp. (D.C. Utah 1985), aff’d sub nom. Jones v. Wilkinson, 800 F.2d 989
(10th Cir. 1986), aff’d mem. 480 U.S. 926 (1987).

« Les Indecency Rules de la Federal Communications Commission », in La régulation
des médias et ses standards juridiques, Mare et Martin, 2011, p. 63-87.
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Area Educational Telecommunications Consortium, Inc. v. FCC (1996) et U.S v.
Playboy Entertainment (2000) – ne soient éclairants sur la question d’un
éventuel alignement d’autres types de radios et de télévisions sur les règles
de bienséance édictées pour les radios et les télévisions en radiodiffusion,
étant admis que les seconds sont plus intrus que les premiers.

« Les Indecency Rules de la Federal Communications Commission », in La régulation
des médias et ses standards juridiques, Mare et Martin, 2011, p. 63-87.
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George Carlin, “Filthy Words”, 30 octobre 197342

Aruba-du, ruba-tu, ruba-tu. I was thinking about the curse
words and the swear words, the cuss words and the words
that you can't say, that you're not supposed to say all the time,
['cause] words or people into words want to hear your words.
Some guys like to record your words and sell them back to
you if they can, [laughter] listen in on the telephone, write
down what words you say. A guy who used to be in
Washington knew that his phone was tapped, used to answer,
Fuck Hoover, yes, go ahead. [laughter] Okay, I was thinking
one night about the words you couldn't say on the public, ah,
airwaves, um, the ones you definitely wouldn't say, ever,
[']cause I heard a lady say bitch one night on television, and it
was cool like she was talking about, you know, ah, well, the
bitch is the first one to notice that in the litter Johnie right
[murmur] Right. And, uh, bastard you can say, and hell and
damn so I have to figure out which ones you couldn't and ever
and it came down to seven but the list is open to amendment,
and in fact, has been changed, uh, by now, ha, a lot of people
pointed things out to me, and I noticed some myself. The
original seven words were, shit, piss, fuck, cunt, cocksucker,
motherfucker, and tits. Those are the ones that will curve your
spine, grow hair on your hands and [laughter] maybe, even
bring us, God help us, peace without honor [laughter] um, and
a bourbon. [laughter] And now the first thing that we noticed
was that word fuck was really repeated in there because the
word motherfucker is a compound word and it's another form
of the word fuck. [laughter] You want to be a purist it doesn't
really -- it can't be on the list of basic words. Also, cocksucker
is a compound word and neither half of that is really dirty.
The word -- the half sucker that's merely suggestive [laughter]
and the word cock is a half-way dirty word, 50% dirty -- dirty
half the time, depending on what you mean by it. [laughter] Uh,
remember when you first heard it, like in 6th grade, you used
to giggle. And the cock crowed three times, heh [laughter] the
cock -- three times. It's in the Bible, cock in the Bible. [laughter]
And the first time you heard about a cock-fight, remember --

42 Script du monologue diffuse par Pacifica Foundation (NewYork) tel qu’il a été établi par
la FCC (http://law2.umkc.edu/faculty/projects/ftrials/conlaw/filthywords.html).

« Les Indecency Rules de la Federal Communications Commission », in La régulation
des médias et ses standards juridiques, Mare et Martin, 2011, p. 63-87.
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What? Huh? naw. It ain't that, are you stupid? man. [laughter,
clapping] It's chickens, you know, [laughter] Then you have the
four letter words from the old Anglo-Saxon fame. Uh, shit
and fuck. The word shit, uh, is an interesting kind of word in
that the middle class has never really accepted it and approved
it. They use it like, crazy but it's not really okay. It's still a rude,
dirty, old kind of gushy word. [laughter] They don't like that,
but they say it, like, they say it like, a lady now in a middle-
class home, you'll hear most of the time she says it as an
expletive, you know, it's out of her mouth before she knows.
She says, Oh shit oh shit [laughter] oh shit. If she drops
something, Oh, the shit hurt the broccoli. Shit. Thank you.
[footsteps fading away] [papers ruffling]

Read it! [from audience]

Shit! [laughter] I won the Grammy, man, for the comedy
album. Isn't that groovy? [clapping, whistling] [murmur] That's
true. Thank you. Thank you man. Yeah. [murmur] [continuous
clapping] Thank you man. Thank you. Thank you very much,
man. Thank, no, [end of continuous clapping] for that and for the
Grammy, man, [']cause [laughter] that's based on people liking
it man, yeh, that's ah, that's okay man. [laughter] Let's let that
go, man. I got my Grammy. I can let my hair hang down now,
shit. [laughter] Ha! So! Now the word shit is okay for the man.
At work you can say it like crazy. Mostly figuratively, Get that
shit out of here, will ya? I don't want to see that shit anymore.
I can't cut that shit, buddy. I've had that shit up to here. I think
you're full of shit myself. [laughter] He don't know shit from
Shinola. [laughter] you know that? [laughter] Always wondered
how the Shinola people feel about that [laughter] Hi, I'm the
new man from Shinola. [laughter] Hi, how are ya? Nice to see
ya. [laughter] How are ya? [laughter] Boy, I don't know whether
to shit or wind my watch. [laughter] Guess, I'll shit on my
watch. [laughter] Oh, the shit is going to hit de fan. [laughter]
Built like a brick shit-house. [laughter] Up, he's up shit's creek.
[laughter] He's had it. [laughter] He hit me, I'm sorry. [laughter]
Hot shit, holy shit, tough shit, eat shit, [laughter] shit-eating
grin. Uh, whoever thought of that was ill. [murmur laughter] He
had a shit-eating grin! He had a what? [laughter] Shit on a stick.
[laughter] Shit in a handbag. I always like that. He ain't worth
shit in a handbag. [laughter] Shitty. He acted real shitty.
[laughter] You know what I mean? [laughter] I got the money

« Les Indecency Rules de la Federal Communications Commission », in La régulation
des médias et ses standards juridiques, Mare et Martin, 2011, p. 63-87.
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back, but a real shitty attitude. Heh, he had a shit-fit. [laughter]
Wow! Shit-fit. Whew! Glad I wasn't there. [murmur, laughter]
All the animals -- Bull shit, horse shit, cow shit, rat shit, bat
shit. [laughter] First time I heard bat shit, I really came apart. A
guy in Oklahoma, Boggs, said it, man. Aw! Bat shit. [laughter]
Vera reminded me of that last night, ah [murmur]. Snake shit,
slicker than owl shit. [laughter] Get your shit together. Shit or
get off the pot. [laughter] I got a shit-load full of them. [laughter]
I got a shit-pot full, all right. Shit-head, shit-heel, shit in your
heart, shit for brains, [laughter] shit-face, heh [laughter]. I
always try to think how that could have originated; the first
guy that said that. Somebody got drunk and fell in some shit,
you know. [laughter] Hey, I'm shit-face. [laughter] Shitface,
today. [laughter] Anyway, enough of that shit. [laughter] The big
one, the word fuck that's the one that hangs them up the
most. [']Cause in a lot of cases that's the very act that hangs
them up the most. So, it's natural that the word would, uh,
have the same effect. It's a great word, fuck, nice word, easy
word, cute word, kind of. Easy word to say. One syllable,
short u. [laughter] Fuck. [Murmur] You know, it's easy. Starts
with a nice soft sound fuh ends with a kuh. Right? [laughter] A
little something for everyone. Fuck [laughter] Good word.
Kind of a proud word, too. Who are you? I am FUCK.
[laughter] FUCK OF THE MOUNTAIN. [laughter] Tune in
again next week to FUCK OF THE MOUNTAIN. [laughter]
It's an interesting word too, [']cause it's got a double kind of a
life -- personality -- dual, you know, whatever the right phrase
is. It leads a double life, the word fuck. First of all, it means,
sometimes, most of the time, fuck. What does it mean? It
means to make love. Right? We're going to make love, yeh,
we're going to fuck, yeh, we're going to fuck, yeh, we're going
to make love. [laughter] we're really going to fuck, yeah, we're
going to make love. Right? And it also means the beginning
of life, it's the act that begins life, so there's the word hanging
around with words like love, and life, and yet on the other
hand, it's also a word that we really use to hurt each other
with, man. It's a heavy. It's one that you have toward the end
of the argument. [laughter] Right? [laughter] You finally can't
make out. Oh, fuck you man. I said, fuck you. [laughter,
murmur] Stupid fuck. [laughter] Fuck you and everybody that
looks like you. [laughter] man. It would be nice to change the
movies that we already have and substitute the word fuck for
the word kill, wherever we could, and some of those movie

« Les Indecency Rules de la Federal Communications Commission », in La régulation
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cliches would change a little bit. Madfuckers still on the loose.
Stop me before I fuck again. Fuck the ump, fuck the ump,
fuck the ump, fuck the ump, fuck the ump. Easy on the clutch
Bill, you'll fuck that engine again. [laughter] The other shit one
was, I don't give a shit. Like it's worth something, you know?
[laughter] I don't give a shit. Hey, well, I don't take no shit,
[laughter] you know what I mean? You know why I don't take
no shit? [laughter] [']Cause I don't give a shit. [laughter] If I give
a shit, I would have to pack shit. [laughter] But I don't pack
no shit cause I don't give a shit. [laughter] You wouldn't shit
me, would you? [laughter] That's a joke when you're a kid with
a worm looking out the bird's ass. You wouldn't shit me,
would you? [laughter] It's an eight-year-old joke but a good
one. [laughter] The additions to the list. I found three more
words that had to be put on the list of words you could never
say on television, and they were fart, turd and twat, those
three. [laughter] Fart, we talked about, it's harmless It's like tits,
it's a cutie word, no problem. Turd, you can't say but who
wants to, you know? [laughter] The subject never comes up on
the panel so I'm not worried about that one. Now the word
twat is an interesting word. Twat! Yeh, right in the twat.
[laughter] Twat is an interesting word because it's the only one
I know of, the only slang word applying to the, a part of the
sexual anatomy that doesn't have another meaning to it. Like,
ah, snatch, box and pussy all have other meanings, man. Even
in a Walt Disney movie, you can say, We're going to snatch
that pussy and put him in a box and bring him on the airplane.
[murmur, laughter] Everybody loves it. The twat stands alone,
man, as it should. And two-way words. Ah, ass is okay
providing you're riding into town on a religious feast day.
[laughter] You can't say, up your ass. [laughter] You can say, stuff
it! [murmur] There are certain things you can say its weird but
you can just come so close. Before I cut, I, uh, want to, ah,
thank you for listening to my words, man, fellow, uh space
travelers. Thank you man for tonight and thank you also.
[clapping whistling]

« Les Indecency Rules de la Federal Communications Commission », in La régulation
des médias et ses standards juridiques, Mare et Martin, 2011, p. 63-87.