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Critique internationale

Detienne (Marcel). Comparer l’incomparable


Jaffrelot

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Jaffrelot. Detienne (Marcel). Comparer l’incomparable . In: Critique internationale, vol. 7. 2000. Culture populaire et
politique. p. 74;

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74 — Critique internationale n°7 - avril 2000

DETIENNE (MARCEL) des « logiques partielles de pensée ». Il


Comparer l’incomparable suit ici la voie tracée par Georges
Paris, Le Seuil, 2000, 135 pages. Dumézil à la recherche de l’indo-euro-
Ce petit livre, on l’aura déduit de son péen, mais souligne qu’aujourd’hui une
titre, est un plaidoyer pour le compara- telle entreprise ne peut plus être indivi-
tisme. Sa fougue traduit une véritable duelle : dérangeant jusqu’au bout,
irritation contre la tyrannie du national Detienne nous dit que les recherches
en sciences sociales, un mal particuliè- comparatives qui valent la peine d’être
rement profond en France où il affecte- menées ne peuvent être que collectives.
rait surtout, selon l’auteur, sa discipline : Et l’auteur d’évoquer – c’est de bonne
l’histoire. Marcel Detienne propose de guerre – sa propre équipe associant des
transcender à la fois les frontières des anthropologues de l’Afrique, des histo-
disciplines – pour d’abord marier l’his- riens de la France révolutionnaire et des
toire et l’anthropologie – et celles des hellénistes pour examiner les pratiques
« terrains » géographiques. Il dédaigne d’assemblée pouvant façonner un poli-
ici le comparatisme qui cherche à établir tique autonome. Les politistes appré-
des typologies ou à identifier des mor- cieront sans doute l’intérêt d’une telle
phologies. Sa méthode est différente : démarche, à un moment où ils s’ouvrent,
elle vise à soumettre des sociétés n’ayant souvent plus que d’autres corporations,
a priori rien en commun, ou apparte- à des disciplines « étrangères » – tout
nant à des époques éloignées, à un même en ayant tendance à rester prisonniers
questionnement pour mieux « décou- des « aires culturelles ».
vrir un aspect inaperçu » et même saisir Christophe Jaffrelot

HABERMAS (JÜRGEN) en place dans les pays européens pour


Après l’État-nation. Une nouvelle réguler l’économie et contenir les inéga-
constellation politique lités mais aussi pour protéger les indivi-
Paris, Fayard, 2000, 150 pages. dus et défendre les droits de l’homme
En examinant le déclin de l’État-nation, par la loi. Pour sauver cet acquis, l’auteur
Habermas s’intéresse en fait surtout à propose de transférer les fonctions régu-
celui d’une démocratie menacée latrices de « l’État social » à des ins-
– notamment en Europe – par l’érosion tances supra-nationales : plus précisé-
des souverainetés stato-nationales. La ment à une Union européenne qui aurait
globalisation remet effectivement en l’audace d’opter pour une formule fédé-
cause ce qu’il appelle « l’État social », raliste. Cette mutation est selon lui pos-
une construction laborieusement mise sible car les nations du Vieux Continent

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