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L'Année sociologique

(1896)
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
L'Année sociologique (1896). 1898-1927.

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H

DEUX LOIS DE L'ÉVOLUTION PÉNALE


Par M. t!:)t)).t DUHKXEtM

Dans l'état actuel des sciences sociales, on ne peut le


plus
souvent traduire en formules intelligibles que les aspects les
plus généraux de la vie collective. Sans doute, on n'arrive
ainsi qu'à des approximations parfois grossières, mais qui ne
laissent pas d'avoir leur utilité car elles sont une première
prise de l'esprit sur les choses et, si schématiques qu'eues
puissent être, elles sont la condition préalable et nécessaire
de précisions ultérieures.
C'est sous cette réserve que nous allons chercher à établir
et à expliquer deux lois qui nous paraissent dominer i'évo.
lution du système répressif. !i est bien clair que nous n'at-
teindrons ainsi que les variations les plus générâtes; mais si
nous réussissons à introduire un peu d'ordre dans cette
masse confuse de faits, si imparfaite qu'elle soit, notre entre-
prise n'aura pas été Inutile.
Les variations par lesquelles a passé la peine au cours de
l'histoire sont de deux sortes les unes quantitatives, les
autres qualitatives. Les lois des unes et des autres sont natu-
rellement différentes.

LO. DES VAH)ATt<MS OUANTtTATtVES

Elle peut se formuler ainsi:


« L'tKt<'M<<<' pe<«C est (faH<<!Kfplus ~~«Mf/C<~«' les MC~-
« f~ ~W~WtMfM~ «? type M)0/«< ~C<f et <jfMele pOM)!Ott'
« ce~<ra/.<( !<? ectractère p~tMf<~«. M
ExptiquoDS d'abord le sens de ces expressions.
La première n'a pas grand besoin d'être définie. Il est rela-
Ë. DuMttNM. – Ann~e Booiot., t9M. 5
C6 t.'AXXtiR MCMU3Ut~);E. i9M

tivement aise de veconllaitre si une espèce sociale est plus ou


moins étevee qu'une autre; il n'y a qu'a voir si elles sont pins
ou moins composées et, à degré de cumuuMition égat. si elles
sont ptus ou moins
organisées. Cette tuÈrarchie des espèces
sociales n'implique pus, d'aittem's, que lit suite des sociétés
forme une série unique et tiueaire; il est, au contraire, cer-
tain qu'elle doit être plutôt tigurée par unarbt-e aux rameaux
multiples et plus ou moitts divergents. Mais. sur cet arbre,
les sociétés sont situées ptus ou moins haut. elles se trouvent
à une distunceptns omnoius grande de ta souche commune'.
C'est à condition de les considérer sous cet aspect qu'il
est possible de parter d'une evotutiou generate dos socié-
tés.
Le second facteur que nous avons doit nous
distingué
arrêter davantage. Nous disons
du j'ouvoir~ouvernementat
qu'il est itbsotu quand il ne rencontre dans les autres îonc.
tions sociétés rien qui soit de nature & le pondérer et il le
limiter efficacement. A. vrai
dire, uue itbseuce de
comptëte
toute limitation ne se rencontre nulle part, on peut même
dire qu'elle est iueoncevabte. La tradition, les croyances reli-
gieuses servent (te (reius même aux gouvernements les .plus
forts. De ptus. il y a toujours quelques organes sociaux
secondaires qui, ft t'occasiou, sont de s'affh'mer
susceptibles
et de résister. Les (onctions subordonnées auxquelles s'ap-
plique ta {onction régulatrice suprême ne sont jamais
dépourvues de toute éuergie personnette. Mais il arrive que
cette limitation do lait u'a rien d<* juridiquement
obligatoire
pour le gouvernement qui lu subit; dans
quoiqu'il garde
l'exercice de ses prérogatives une certaine mesure, il n'y est
pas tenu par le droit écrit ou coutumier. ))ans ce cas, il dis.
pose d'un pouvoir qu'on peut appeler atj~otu. Sans doute, s'il
se laisse aller il des excès, tes forces sociates qu'il lèse
peuvent se coaliser pour reagir et p~ur te contenir même,
en prévision de cette reaction possibte et pour lit prévenir, il
peut se content)'de iui-mème. Mais cette contention, qn'ette
soit son fait ou qu'elle lui soit materiettement est
imposée,
essentiellement contingente; elle ne résulte
pas.,du fonction.
nement normal des institutions. Qua<t~ elle est due à son
initiative, elle se présente comme une concession gracieuse,
comme un abandon volontaire de droits Mgititnes; quand

(t) \'oy. nos M9<M de la AMAode sociologique, th. tv.


A. Ct'nKMEtM. – ML'X f.«t~ t)K L'KVUt.CTMX fKX.U.E 67

elle est le
produit de résistances collectives, elle a un carac-
tère franchement revoiutiututairc.
Ou petit eucore caractériser d'une autre manière le gouver-
nement absolu. L:) vie juridique gravite tout entière autour
de deux pûtes: les retatious~ui en sont ta trame sont uni-
tatérates, pu bien, nu. contraire, bitatératf's et'réciproques.
Tels sont. du moins, les deux types idéaux autour desquels
ettes oseitteut. Les premières sont constitu''es exclusivement
par des droits, attribues à t'un des termes du rapport sur
J'nutre, sans
que ce dernier jouisse d'aucun droit corrélatif à
ses obligations. Uaus ics secondes, au contraire, le lien juri-
dique résulte d'uue parfaite réciprocité entre tes dt~ts con-
fères à chacune des.deux parties. Les droits réels, et ptus spé-
cialement le droit
de propriété, repréeeutent ia forme la ptus
acttevee des relations du pretnier.geut'e le propriétaire a des
droits sur sa chose qui n'eu a pas sur lui. Le contrat, et sur-
tout le contrat ~uste, c'est â-dire celui où il y a une équi.
valence parfaite dans la valeur sociale des choses ou des
prestations échangées, est le type
réciproques. des relations
Or. plus les rapports du pouvoir suprême avec le reste de la
société ont le caractère unitater~t, en d'autres termes, plus
ils ressemblent à ceux qui unissent, la personne et la chose
possédée, plus le gouvernement est absolu. Inversement, il
l'est d'autant moins que ses relations avec les autres fonc-
tions sociales sont plus complètement biiaterates. Aussi le'
modèle le ptus. parfait de ta. souveraineté absolue est it la
pa~'M/mf~fMdes ttotnains, telle que ta définissait le vieux
droit civil, puisque le fils était assimile à une chose.
Ainsi, ce qui fait le pouvoir central
plus ou moins absolu,
c'est l'absence ptus ou moins radicale de tout contrepoids,
regutierement.organisé en vue de le modérer. On peut doute
prévoir que ce qui donne naissance à un pouvoir de ce genre,
c'est la reunion, plus ou moins complète, de toutes tes fonc-
tions directrices de la société dans une seule et même main.
En effet, à cause de tour importance vitale, elles ne peuvent
se concentrer dans une seule et même personne, sans donner
à celle-ci une.prépondérauce exceptionnelle sur tout Je reste
de ta société, et c'est cette prépondérance qui constitue l'ab-
solutisme. Le détenteur d'une telle autorité se trouve investi
d'une force qui l'affranchit de toute contrainte collective et
fait que, dans uae certaine mesure tout au moins, il ne relève
que de lui-mémo et de sou bon plaisir et peut imposer toutes
68 t'AStt~B !!OCMLOtM<)t'B. i9M

.~en 6.1.. l~l~ 1,nn'n1:n.n.¡A..nl1ll


ses volontés. Cette hypercentralisutton dégage une force
sociale <)<fMen'<! tellemeut intense .qu'etio domine toutes
les autres et se les assujétit. ~t cette prépondérance ne
s'exerce pas seulement en fait, mais en drqit, car celui qui
en a le privilège est investi d'un tel prestige qu'il semble
être d'une nature plus qu'immaine on ue conçoit donc
même pas qu'il puisse être soumis à des obligations régu-
lières, comme le commun des hommes.
Si brève et si imparfaite que soit cette analyse, elle suffira
du moins à nous prémunir contre certaines erreurs, encore
très répandues. On voit, en eflet, que, contrairement à la
confusion commise par Spencer, l'absolutisme gouverne-
mental ne varie pas comme le nombre et l'importance des
fonctions gouvernementales. Si nombreuses qu'elles soient,
quand elles ne sont pas concentrées en une seule main, le
gouvernement n'est pas absolu. C'est ce qui arrive aujourd'hui
dans nos grandes sociétés européennes et particulièrement en
France. Le champ d'action de l'État y est autrement étendu
que sous Louis XIV mais les droits qu'il a sur lu société ne
vont pas sans devoirs réciproques; ils ne ressemblent en rien
à un droit de propriété. C'est qu'en eflet non seulement les
fonctions régutatrices suprêmes sont réparties entre des
organes distincts et relativement autonomes, quoique soli-
daires, mais encore elles ne s'exercent pas sans une certaine
participation des autres fonctions sociales. Ainsi, de ce que
l'État fait sentir son action sur un plus grand nombre de
points, il ne suit pas qu'il devienne plus absolu. Il peut le
devenir, il est vrai, mais il faut pour cela de tout autres cir-
constances que la complexité plus grande des attributions
qui lui sont dévolues. Inversement, la médiocre étendue de
ses fonctions ne constitue pas un obstacle à ce qu'il prenne ce
caractère. En effet, si elles sont peu nombreuses et peu riches
d'activité, c'est que la vie sociale elle-même, dans sa géné-
ralité, est pauvre et languissante; car le développement plus
ou moins considérable de l'organe régulateur central ne fait
que refléter le développement de la vie collective en général,
comme les dimensions du système nerveux, chez l'individu,
varient suivant l'importance des échanges organiques. Les
fonctions directrices de la société ne sont donc rudimentaires
que quand les autres fonctions sociales sont de même nature
et ainsi le rapport entre les unes et les autres reste le même.
Par suite, les premiers gardent toute leur suprématie et il
BCBKMNM. OECX LOIS BB L'~VO~TtOS P&tAt.B 69

~A. f.Jr.t. '11- -II. a -1.

suffit qu'elles soient absorbées par un seul et même individu


pour le mettre hors do pair, pour l'élever inflniment au-dessus
de la société. Rien n'est plus simple que le gouvernement de
certains roitelets barbares rien n'est plus absolu.
Cette remarque nous conduit à une autre qui interesse plus
directement notre sujet c'est que le caractère plus ou moins
absolu du gouvernement n'est pas solidaire de tel ou tel type
social. 8i, en.e(ïet, il peut se rencontrer indifféremment ià où
la vie collective est d'une extrême simplicité aussi bien que
là où elle est très complexe, il n'appartient pas plus exclusi-
vement aux sociétés inférieures qu'aux autres. On pourrait
croire, il est vrai, que cette concentration des pouvoirs gou-
vernementaux accompagne toujours la concentration de la
masse sociale, soit qu'elle en résulte, soit qu'elle contribue à
la déterminer. Mais. il n'en est rien. La cité romaine, surtout
depuis la chute des rois, tut, jusqu'au dernier siècle de la
république, indemne de tout absolutisme or les divers seg-
ments ou sociétés partielles ~<'H~.<) dont elle était formée sont
parvenus, justement sous la république, & un très haut degré
de concentration et de fusion. A.u reste, en fait, on observe
des formes de gouvernementqui meritentd'étreappeiéesabso-
lues dans les types sociaux les plus différents, en France
au xvn° siècle comme à la fin de i'État, romain ou dans une
multitude de monarchies. barbares. Inversement, un même
peuple, suivant tes circonstances, peut passer d'un gouverne'
ment absolu à un autre tout dinéreut; cependant une même
société ne peut pas plus changer.de type au cours de son évo-
lution qu'un animai ne peut changer d'espèce pendant la
durée de son existence individuelle. La France du xvn" siècle
et celle du xtx°. appartiennent au même type et pourtant
l'organe régulateur suprême s'est transformé.. H est impos-
sible d'admettre que, de Napoléon t" a Louis-Phiiippo, la
société française soit passée d'une espèce sociale à une autre,
ponr subir un changement inverse de Louis-Philippe a Napo-
léon Ht. De pareilles transmutations sont contradictoires avec
la notion même. d'espèce'. l,

(t) VoitA pourqnot it nous parait peu !!<-iet)tinfj)te de classer les sociétés
d'aptes leur fMt dt civilisation, <'o))n<tc t'~nt fait Spencer et, ici toeme,
Steinnteb. Car, tton. ott. est obtijf'S 't fdtnhMe)' t)ne~«<f ft M<t'me.««-?<' 4
une ptouttitë t)'e![)'fe~. suh'Mt te! fortnet pom~ut!) qx'e~e a :ueceMi-

vement revtttuct. «M :tthant les degrés de en-ttiMtiott qu'elle t prngreMt-


veHtent parcoun):. QMO dirnit-on d'un Motnfmte (lui fragmenterait
*? t/AX~K ~CMLUUiQL'8. ~900

f~~tt~ t~~M~ ~A~t~~ AA f~t~~ttA~ «~ttH~.


Cette forme spéciale de l'organisation pottftqoe ne t!eat
douc pas & la constitution congéuitate de la société, mais à
des coadittons individuelles, transitoires, contingentes. Voilà
pourquoi ces deux facteurs de t'évotution péoate– la nature
du type social et celle de t'organe gouvernementat – doivent
être soigneusement distingués. C'est que, étant indépendants,
Us agissent indépendamment t'un de l'autre, parfois môme en
sens opposé. Par exemple, il arrive tju'ou passautd'uue espèce
inférieure à d'autres, plus élevées, on ue voit pas la peiuo
s'abaisser comme, ou pouvait s'y attendre, parce que, au tnôtne
moment, t'orgituisatiou gouvernementale les eftets ueutratise
de l'organisation sociale. Le processus est doue très complexe.
La formule de ta lui expHquee, il nous htut montrer qu'elle
est conforme aux laits. Comme il ne peut être question de
passer en revue tous les peuples, nous clroisirous ceux que
nous a))')tt!-
<'otnpurer parmi ceux où les institutions pénates
so~ t an-ht'os à uu certain degré de
développement et sont
c~ttnuHs uvec une certitine détermination. Au reste, ainsi que
nous avons essaye du le montrer aitteurs, J'essentiel dans une
démonstration suciotogique n'est pas d'entasser des faits,
mais de constituer des séries de variations régulières « dont
les se re)ient
termes les uns aux autres, par une gradation
aussi continue que possible, et qui, de plus, soient d'une suf-
fisante étendue M.
Dans un très grand nombre de sociétés anciennes, la mort
pure et simple ne constitue pas la peine suprême; elle est
aggravée, pour les crimes repûtes tes plus atroces, de sup-
plices additionnels <tui avaient pour etiet de la rendre plus
afïreuse. C'est ainsi que, chez les Égyptiens, eu dehors de la

pendaison et de la décollation, nous rencontrons le Mener,


le supplice des cendres, la mise en croix, Dans la peine du
feu, le bourreau commençait par pratiquer avec des joncs

aigus plusieurs incisions aux mains du coupable et c'est seu-

ainsi un Mimât entre phtsienrs espèces t.'ne société est puurtau), plus.
encart! fju'un «ftfonisttfc. une pctwntMtHtc définie, identi'juc à etie-)tx''me,
A t'ertnins fft~rti! d'un hoot t t'aotre de son existence par conse'fucnt,
une ctnMifieoti~n qui ox'cnnna!) eette )tt)iM f«))f)<t)nenta)e, dëHgure f{m.
vement la r<;<t)ite. On peut bien classer ainf)! des etatit sociaux, non des
sociétés t't ces états ~uciat)]: restfnt en )'ni)'. ainsi dëtMM) do :t)b<trat
pertnanent fp)i les relie les uni) nuit )mtre!t. C'est d"n'' ['nnaty~e de ce
Mustrat, et non de la vie changeante qu'il supporte, qui ~eute peut
fouruir les bases d'une classification rationnelle.
t) ) /tf9/M, et' p. tM.
ë. OfHKHBtM. DEUX MM DE t.~VOU-TtOX P~X.~f.R 1'1

~uL -II.- -t!, .L<I.I. _1.,


tentent ensuite qu'il était couché sur uu
feu d'eptues et hrùtô
vif. Le supplice des~ ceudres consistait à étouner te condamné
sous un monceau de cendres. « tt est tHômo probable, dit
Thuuissen, que les juges avaient l'habitude d'iuiliger aux
coupabtes toutes les souurances accessoires qu'ils croyaient
requises par la nature du crime ou tes exigences de l'opinion
publique'. o Les peuples d'Asie paraissent avoir poussé plus
loin la cruauté. « Chez les on jetait les coupables
Assyriens.
aux bêtes féroces ou dans une fournaise ardente; on les bro-
lait à petit feu dans une cuve d'airain on teur crevait les.
yeux. L'étrangiemet)t et la
décapitation étaient repousser
comme des mesures insuffisantes! Chez les divers de
peuples
Syrie, ou lapidait tes criminels, on tes perçait de uèches, on
les pendait, ou tes crucifiait, on leur brùtait les côtes et les
eutrailles avec des torclres, ou tes écartetait.on les précipitait
des rochers. on tes faisait écraser sous les pieds des ani-
Mtaux. etc, Le code de Manou fui tneme distingue entre la
mort simple, consistant dans
lu decuttation, exaspérée et ta mort
ou qualifiée. Cette dernière est de sept espèces le pat, le feu,
l'écrasement sous tes pieds d'un etephant. la noyade, l'huile
bouillunte versée dans tes oreilles et dans la bouche, être
déchire par des chieus sur une ptace publique, être coupé par
morceaux avec des rasoirs.
Chez ces mêmes peuples, lit mort simple était prodiguée.
Une euumeratiou de tous les cas qui ta comportaient est
impossible. Un fait montre combien ils étaient nombreux
d'après utt récit de Diodorc, un roi d Egypte, eu reiéf;naut les
condamnés à mort dans un désert, parvint à y fonder une
ville nouvelle, et un autre, en les onptoyant aux travaux
puutics. réussit à faire construire de nombreuses digues et
creuser des canaux*.
Au dessous de lit peine de mort. setruuvaienttesmutitations
expressives. Ainsi, en Egypte, tes faux monnayeurs, ceux qui
atténuent les écritures publiques avaient les deux mains.
tranchées; le viol commis sur uuo femme libre était puui par
t'ahtatiou des parties géuitates on arrachait ta langue à
l'espion, etc. Ue mente, d'après tes lois de Manou, on coupe~

~)! ~/«f/<-«M<' <M/. ~M </)'o</ ct-t'Mxt' f~ })f«p/M attc~t~, t. p. ttï.


ë; /<.«/ p. eH.
(3j Chapitre t. 6u et <?.
(t; ThoMSten. t., p. tM.
72 OM
h'ASX~KiMCMLOtMQCE.

la langue à l'homme de la dernière classe qui insulte grave-


ment les Dwtdjas;; on marque au-dessous de la hanche le
Soudra qui a l'audace de s'asseoir à côté d'uu Brahmane'.etc.
Et) dehors de ces mutilations caractéristiques, toute sorte de
châtiments corporels étaient en usage chez l'un et chez l'autre
peuple. Les peines de ce genre étaient le plus souvent fixées
arbitrairement par le juge.
Le peuple Hébreu n'appartenait certainement pas a un type
supérieur aux précédents; en effet, la concentration de la
masse sociale ne se fit qu'à une époque relativement tardive,
sous les rois. Jusque-)a, il n'y avait pas d'État Israélite, mais
seulement une juxtaposition de tribus ou de clans plus ou
moinsautonomes.et qui nese coalisaient que momentanément
pour faire face à un danger commune Cependant, la loi
mosaïque est beaucoup moins sévère que celle de Manou ou
que les livres sacrés de l'Egypte. La peine capitale n'y est plus
entourée des mêmes raffinements de cruauté, Il semble même
que, pendant longtemps, ta lapidation seule y ait été en
usage c'est seulement dans les textes rabbiniques qu'il est
question du feu, de la décapitation et de l'étranglement". La
mutilation, si largement pratiquée par les autres peuples
d'Orient, ne figure qu'une seule fois dans le Pentateuque~.
Le talion, it est vrai, quand le crime était une blessure, pou-
vait cntratuer des mutilations mais le coupable pouvait tou-
jours y échapper au moyen d'une composition pécuniaire; i
celle-ci n'était interdite que pour le meurtreg. Quant aux
autres peines corporettes, qui se réduisent à la flagellation,
elles étaient certainement appliquées à un grand nombre de
délits mais le maximum en était fixé à 40 coups et même,
dans la pratique, ce nombre se ramenait à M*. – D'où
vient cette douceur relative ? C'est que, chez le .peuple
hébreu, le gouvernement absolu n'a jamais pu s'établir
d'une manière durable. Nous avons vu que, pendant long-
temps, it y manqua môme toute organisation politique.

(t)V))jf.~).
(!) Bendoger, /M)'<BM<;A<' ~fc/~o/e. p. 292.203, p. 7t et 9 4t.
(3) V~y. BcMinger, op. c~ p. 333 ThontMpn. op.ct< H, p. M.
~~M/X.<V.t).)~.
('i;<'MtA<-M,MXV.3).
(6; C'est ce qui est expliqué dam un passage du ~<*M< xxv. <-&

(7) Jooephe, ~t)< tV, p. S38, 9M.


OUaXMRMt. BECX MK DR L'~OLUTMX P~ALK 73

Plus
1D)II0
tard, Ilil naf
tf~ltt1.
est wni mnnyw.nn.l.i.,
vrai, une monarchie
~Itv.Se
se constitua mais 1-le
pouvoir des rois resta très limité « Le sentiment a toujours
été très vivant en Israël que le roi était là pour son peuple et
non le peuple pour sou roi; il devait aider Israël, non s'en
servir dans sou intérêt propre'. M Quoiqu'il soit arrivé parfois
à certaines personnalités de conquérir, par leur prestige per-
sonne!, une autorité exceptionnelle, l'esprit du peuple resta
profondément démocratique.
Cependant, on a pu voir que ]a loi pénale ne laissait pas
d'y être encore très dure. Si, des sociétés qui précèdent, nous
passons au type de la cite qui est Incontestablement supé-
rieur, nous constatons une régression plus accusée de la
pénalité. A Athènes, quoique, dans certains cas, la peine
capitale fut renforcée, c'était, cependant, la grande excep-
tion". Elle consistait, on principe, dans la mort par la ciguë, le
glaive, l'étranglement. Les mutilations expressives ont dis-
paru. H semble bien en être de mémo des châtimeutsf corpo-
rels, sauf pour les esclaves et, peut-être, pour les personnes
de basse condition". Mais Athènes, même considérée à son
apogée, représente une forme relativement archaïque de la
cité. Jamais, en effet, l'organisation à base de clans (y<
phratries) n'y tut aussi complètement enacée qu'à Rome où,
très tôt, curies et ~M)<p<devinrent de simples souvenirs histo-
riques, dont les Romains eux-mêmes ne connaissaient plus très
bien la signification. Aussi le système des peines était-il
beaucoup plus sévère a Athènes qu'à Rofne. D'abord, le droit
athénien, ainsi que nous le disions, n'ignorait pas complè-
tement la mort exaspérée. Démosthène tait nliusion il des
coupables cloués an gibet*; Lysiascite les noms d'assassins,
de brigands et d'espions morts sous le bâton Antiphou
parle d'une empoisonneuse expirant sous la rone*. Quelque-
fois la mort était précédée de la torture De plus, le nombre
des cas où la peine de mort était prononcée était considé-
rable « La trahison, la lésion du peuple athénien, l'attentat

<t) Beoxtnger, op. o~ p. ï)8.


(2) \'oy. Ilermann, Mfc/t. J<t~ Il, f).) Ahthei).. p. iM-tSS.
(3' nemxuut.e;). cil., p. iM-)~.
(4) f..)/M«M. to: <:f. )'tat"t). /)').. Il. 3M.
(!i) C. J~o<-< St), M, (t)! et t)ëtnoi)t))cne. ttMMMM «o- t'.t<)!&fM.K!~f,
§ 137.

(6) /tcC«M<Mtt (<'e'M;Mt'M<(tteMK'Mf, SO.


C. ~~o)-ft<M,St et t'iutaf~ue, ~'Ao<t«M,Xxx<
74 t-'AXXtiE SOCMUMtQfe. <*?')

contres tnstttttti&aftpoHttqttos. Mtération du droit aatfo.

nat, les mensonges progrès à ta tribune de t'assembtée du

peuple, l'abus des touctions diplomatiques. la concussion,

t'impiété, le sacrilège, etc., etc., réclamaient iucossanunent


l'intervention du te<'ribte ministre des Onze A Rome, au
contraire, tes crimes capitaux étaient beaucoup moins nom-
breux et les lois Porcienues restreignirent t'Hpptieatiou du
dernier supplice pendant toute la durée de lit République~.
De plus, sauf des cireoustttuces tout à fait exceptiouueUes, la
mort M'était entourée d'aucune torture accessoire, d'aucune

u~gravatiou. La croix était réservée aux seuls esclaves.


D'ailleurs, tes Romains se vantaient do la douceur relative de
leur système répressif .Y«<M</f~<MM Ht</M/Mp<t(t'<«'j(.!cpo<'M«.!t,
dit Th'e-Live et Ciceron t f.f<M Mw/f:f<'w, MOM <«'c)~<~<fc

j;M~<tCt'0/'KM </</<<<«M'<'<< <<'M<<'< ~MMt tH«M<f«W esse t'O~M-


~'KMf
Mais quand, avec l'empire. le pouvoir gouveruementa)
(tendit il devenir absoiu, ta loi penate s'aggrava. D'abord, les
crimes capitaux se tnuttiptiëreut. L'aduttère, l'inceste, toute
sorte d'atteutats coutre les mœur; )n<U!! surtout ta multitude

toujours croissante des crimes. de


tese-tnajeste furent punis
de mort. Eu tneuK temps, des peines ptus sévères furent ins-
tituées. Le bucber, qui était réserva a des crimes politiques
exceptionnels, {utemptoyé coutre les incendiaires, tessacri-

lèges, les inu{;icieus, les parricides et certains auteurs de


crimes de tese-majesté ta condamnatiou «'< opx'i ~K~<f<tM
fut établie, des tnutitatioos appliquées à certains criminels
la castration dans certains attentats contre les
(par exemple,
mœurs, la main coupée pour les laux-monnayeurs, etc
Eonu, la torture lit son apparition c'est à la période de t'em-

pire que le moyeu âge l'emprunta plus tard.


Si, de la cité, nous passons aux sociétés chrétieuaes. nous

voyous la peuatité évoluer selou ta même loi.


Ce serait de juger de la lui pénale,
une erreur sous le régime
féodai, d'après ia réputation d'atrocité qu'on a faite an moyen
âge. Quand on examine tes faits, on constate qu'ette était

(t)T)tOMiMen.f'p.)UO.
(9) Watter. ~M/'<«'~ </<-
/t<cA/M<'< <<c<7e f< f/« fAe~ <'Wm<)tf< cAf: les
<Romft))M.tr.fr.M).ctHt'i)),<'f~?tMff-<'<</f/<'t'MofMf,p.
~jT~Ure.t.~X.
(tj f'<-« H«4f;'tC ~'(/«f</<«XM tfO. p. !t.
t;. OURKUEtM. – ML'X LOK DE L'ËVOU"r)M< P)5XAH! 1&

alors beaucoup plus douce que dans les sociaux anté-


types
rieurs, si du moins on les considère à la phase correspon.
duote de leur évolution. c'est-à-dire à leur période de forma-
tion et. pour ainsi dire, de première jeunesse et c'est a cette
condition seulement que la comparaison
peut avoir une
valeur démonstrative. Les crimes capitaux n'étaient pas très
nombreux. Selon Beaumanoir, les seuls faits vraiment inex-
plittiles sont le meurtre, la trahison, l'homicide, le viol Les
Établissements de saint Louis ajoutent le rapt, t'!n.
y
cendie*. C'étaient les principaux cas de haute justice.
Toutefois, quoique le brigandage ne (ut pas ainsi qualifié. il
était, lui aussi, uu crime capital. Il eu était de même de deux
délits, qui étaient considérés comme particulièrement atten-
tatoires aux droits du seigneur ce sont les méfaits de mar.
chés et les délits de chemin hrisé renversement, avec vio-
lence, des bureaux de péage)". Quant aux crimes religieux,
les seuls qui fussent
réprimés alors
par le donier supplice,
étaient Thérésie
et lit mécreantise. Les sacrilèges ne devaient
qu'une amende, ainsi que les blasphémateurs; même, saint
Louis ayant décidé, dans la première ardeur religieuse de sa
jeunesse, que ces derniers seraient marqués au front et
auraient la tangue percée, le pape Clément IV le btàma. Ce
n'est que plus tard que
déptoya contre ses ennemis
l'Église
une implacable sévérité.
Quant aux peines elles-mêmes, elles
n'avaient rien d'outré. Les seules aggravations de lit peine do
mort consistaient à être tratné sur la claie et à être brute vif.
Les mutilations étaient rares. Ou sait. d'ailieurs, combien le
système répressif de l't~tise était humain. Les peines qu'elle
employait de préférence consistaient en
pénitences et ea
mortifications. Elle
repoussait mortification la
publique, le
carcan, le pilori, quoique de pareilles peines ne lui parussent
pas excéder sa compétence. tl est vrai que. elle jugeait
nécessaire une répression simulante, elle livrait le coupable
à la justice séculière. Néanmoins, c'était un fait de la
plus
grande portée que la plus haute puissance morale du temps
témoignât ainsi de son horreur pour ces sortes de châti-
ments'.

«' <OM~MM~(<MNf«Mt'f.tftt'<,<'))[). XXX.U'


f2' </< jK«'M/toM<t. )iv. ). ch. n et «..
.!)) \'<'y. Utt ttuyi), MMct'tf f/M t/nM< <;f'<M<f«<~ '/m ~fo~M MM~'Mfx,
t, Il, l'' 231.
(}) Cette douceur rcM\'e de la pcMUtf' s'Était encore bcattt-tmp pht~
ateentucc dans les parties de t~Mcicte gouvernées (tfM)OcnttiqMetnent, à
79 t900
t/AX~E SOCMLOOtOM.

Telle tut à peu près la situation Jusque vers le xn" siècle.


A partir de ce moment, h pouvoir royal s'établit do plus en
plus solidement. A mesure qu'il se consolide, on voit la péaa.
!ité se renforcer. D'abord les crimes de iése-majesté, qui
étaient inconnus de la téodaiité, font leur apparition, et la
liste en est longue. Les crimes religieux eux-mêmes sont
qualifiés ainsi. Il eu résulte que le saeriiége devient un crime
capital. Il en est de même du simp!e commerce avec les infi-
dèles, de toute tentative « pour taire croire et arguer de
toutes choses qui sont ou seraient contraires à la sainte foi
de Notre-Seigneur '). En même temps, une plus grande
rigueur se manifeste dans i'appiicatiou des peines. Les cou-
pabies de crimes capitaux peuvent être roués (c'est alors
qu'apparaît le supplice de la roue), enfouis vifs. écarteiés,
ecorchcs tout vivants, bouillis. Dans certains cas, les enfants
du condamné partagent son supplice 1.
L'apogée de la monarchie absolue marque l'apogée de la
répression. Au xvtf siècle. les peines capitales en usage
étaient encore celles que nous venons d'énumérer. De pius,
une peine nouvelle, celle des galères, s'était constituée, peine
tellement terrible que les malheureux condamnés, pour y
échapper, se coupaient quelquefois un bras ou une main. Le
fait était même tellement fréquent qu'il fut puni de mort par
une déclaration de i677. Quant aux peines corporelles, eiies
étaient innombrables il y avait l'arrachement ou le perce-
ment de la langue, l'abscission des lèvres, l'essorillement ou
arrachement des oreilles, la marque au fer chaud, la fusti-
gation qui se donnait avec le bâton, le fouet, le carcan, etc.
Enfin, il ne faut pas oublier que la torture était souvent
employée, non pas seulement comme un moyen de procé-
dure, mais comme une pénalité. En même temps, les crimes
capitaux se multipliaient parce que les crimes de iése-majesté
étaient devenus plus nombreux g.

savoir dans les coMtmxne*libres. « Dans les villes libres, dit Du )!ny<
(t), p. MO!,comme dans les commune* proprement dites, on trouve une
tendance à changer les peMtitcs en amendes et à employerla honte plutôt
que les supplices on les peines coercitives comme moyen de rëpreMion.
Ainsi. 4 Mont-Chabrief. celui qui volait deux sois était obligé de porter
CMdeux !M))itsuopendm à son cou et de courir ainsi tout le jour et texte
la nuit et, de piu*. il lui était inHige uneamende de cinq tots. » Kt'hter
a fait ia n)6n<eremarque en ce qui concerne tes cités itaiienneit(Dav .S'<
~C/t< f/ff t'/a<te«Mf/)«) .S'M~t MM /tC. y<tA<t<M<<e<).
(t) Voy. i)tt Boys, op. <'< V, p. 29t..M7 et sulv.
f!) U)t Boyo, ')/). L-t/ v), p. 6~ t.
fS. DL'RKHBtM. –
CBL'X LOS DE t.Ot.UTtOX P);XALS TT

était la loi pénale jusqu'au milieu du xvnf siècle.


THt)aAta!t)a)ntttA..n)a!j.
Telle

C'est alors qu'eut lieu, dans toute ia protestation à


l'Europe,
laquelle Beccaria a attaché son nom. Sans doute, it s'en faut)
que le criminaliste italien ait 6t6 la cause initiale de la
réaction qui devait se poursuivre
depuis sans interruption.
Le mouvement était commencé avant lui. De nombreux
ouvrages, aujourd'hui oubliés, avaient déjà paru qui récla-
maient dne réforme du système pénal. 11est
cependant incon.
testable que c'est le ï'wM <<M<<(<< et des
peines qui porta le
coup mortel aux vieilles et odieuses routines du droit cri-
minel.
Une ordoMauce de i~ avait déjà introduit quelques
réformes, non sans importance; mais ce fut surtout avec le
Code pénal de t8!t) quêtes aspirations
uouveiiesreçurentenHn
une large satisfaction Aussi, quand il parut, fut-i) accueilli
avec une admiration sans réserve, aou pas seulement en
France, ma;s dans les principaux pays d'Europe. Il réalisait,
en eCet, d'importants progrès dans le sens de l'adoucis-
sement. Cependant, eu réaiité, il tenait encore
beaucoup trop
au passe. Aussi de nouveUes améliorations ue tardèrent-elles
pas à être réclamées. On se plaignait de ce
que la peine
de mort, si elle ne pouvait plus être aggravée comme sous l'an-
cien régime, y était encore très prodiguée. On regardait comme
inhumain d'y avoir conserve lit marque, le carcan, la muti-
lation du poing pour les parricides. C'est pour
repondre à ces
critiques qu'eut lieu la revision de t832. Celle-ci introduisit
dans notre organisation pénale une douceur beaucoup plus
grande on supprimant toutes les mutilations, en diminuant
le nombre des crimes capitaux, en donnant enfin aux juges
le moyeu d'adoucir toutes les peines,
grâce au système des
circonstances atténuantes, Il n'est pas nécessaire de montrer
que, depuis, le mouvement s'est coutinuedaus la môme direc-
tion, puisque aujourd'hui on commence à se plaindre du
régime trop confortable qui est fait aux criminels.

11

M) DES VARIATIONS QUAUTATtVËS

La loi que nous venons d'établir se


rapporte exclusivement
à la grandeur ou quantité des peines. Celle dont nous allons
nous occuper maintenant est relative & leurs modalités quali-
M t,'AS'<t!t! ittHiMMtiKtCK. taW

tatives. peut se formuter


Htte ainsi /.M ~f<MM ~«'f«~'t-M </f
la liberté < <« <<7w Sff~C, ~0«f </M Mt~t ~<' /<'<M~ )'<«'<«-
bles W<<Mt /« ~r«''t7f </< t'«t)~, yff«/t'«f (/f ~tt.< est ~M d </('<'<'<<'
ff type MOt'MM~ <<f t't~t'CMMM.
Les sociétés inférieures ignorentles presque cotnptMte-
ment. MÈme dtuis les lois MMuou, deil y a tout au plus un
verset où il semble 6h'e question de prisons. Que le t-"i, y
est-il dit, piace toutes les prisons sur ht voie publique, afin

que les crttntnets, atHiges et hideux, soient exposes aux

regards de tous*. Mucore une telle prison a-t-etie un tout


attire caractët'e que les outres elle est plutôt auatogue aa

pilori. Le coudautue est retenu prisonnier pour pouvoir être

expose et aussi parce que ta detentioH est h condition uéces-


saire des supplices qu'on lui impose mais elle ne constitue

pas la peine eite-ineote. Celle-ci consistait surtout dans la dure


existeuce qu'on faisait aux détenus. Le siten'ce de ta loi mo-

saïque est plus complet encore. Dans le Pentateuquo. il n'est

pas uue seule fois question de prison. Plus tard, dans les Chro-

niques, dans te livre de Jcronie, ou rencontre bien des passages


où il est parlé de prisou, d'entraves, de fosses humides mats,
dans ces cas, il s'agit d'arrestution
tous préventive, de lieux
de détention où l'on enfermait les accusés, les sujets suspects,
eu attendant qu'un jugement fut rendu, et où ils étaient
soumis à un régime plus ou moins sévère, suivant les cir-
constances. Ces mesures administratives, arbitraires ou non,
ne constituaient pas des peines d<'<iuies attachées à des
crimes définis. C'est seulement dans le livre d'Esdras que,
pour la première fois, t'emprisonnement est présenté comme
uue peuatite proprcmfut dite Dans le vieux droit des Slaves
et des Germains, les peines simplement privatives de la
liberté paraissent avoir été également ignorées, ït eu était de
même dans les vieux cantons suisses, jusqu'au Xtx" siecte'. l,
Dans ta cité, elles commencent à faire leur apparition.
Contrairement à ce que dit Sehœmann, il parait certain qu'à
Athènes, dans certains cas, l'emprisonnement était infligea à

(t, tX, p. M8.


(2) tt. CAw.. xn, JO, et xv)«, 89. ~'WM xjfvn, <S et ))!.
Ctj « Pour tous C(;!txqui n'observerout p<ts ta )"i de ton <))<'))et lu )')i du
rot, qn'in<'oatinont il en soit hit jt)!tice, et qo'nn les condatnne soit & la
mort, soit au banniMement. soit a t'emprisoaxemeot. ~f/<'<«, Vf*.
M).
(4J Post, B<t<M<eto< eine a<~e<H<)ne Bec/MO.. 1. p. 2)9.
– ML'X UMS us t/KVO~TMX PH~~
H. DUHKMMM. 79
t!t<*a da
titre de t\&ÎMn <tt\&ntnt~
peine spéciale.
t\At~~ntt.
MmosUtëne
.tu t~tt-.–t
dit formellement
t
que les
tribunaux ont le pouvoir de punir de la prison ou de toute
autre petne'. Socrate parle de la détention comme
perpétuelle
d'une peine qui peut iui être appliquée*. Piaton, esquissant
dans Lois le ptaa (te la cite idéale, de réprimer
propose
par l'emprisonnement ttn assez gmnd nombre d'infractions
et ou sait que son utopie est plus voisine de ta réalité histo-
rique qu'on ne t'a parfois suppose Cependant, tout !e monde
reconnatt que. à Athènes, ce ~et're de peine est reste peu
devetoppé. Le phts souvent, d:)ns tes discours des orateurs,
la prison est présentée comme un moyen la fuite
d'empêcher
des accusés ou comme nn procédé
c.om mode pour contraindre
certains débiteur!! à payer leurs dettes, ou bien encore comme
supptement de
peine, ~w~T, Quand tes juges se bor-
naient à inHiger une amende, ils avaient le droit d'y ajouter
une détention de cinq jours, avec entraves aux dans
pieds
la prison publique A Rouie, ta. station n'était pas très
diftérente. «La prison, dit Rein, n'étaitoriginairemeat
qu'un
lieu de détention préventive. Plus tard. elle devint une peine.
Cependant, elle était rarement appliquée, sauf aux esclaves,
aux sotdats, aux acteurs Il
M
C'est seulement dnns les sociétés chrétiennes a pris
qu'ette
tout sondéveloppement. L't~tise.en cflet. très tût l'habi-
prit
tude d'ordonner contre certains crimincts ta détention tem-
poraire ou à vie. dans un monastère. elle nt! (ut
D'abord,
considérée que conmonn moyen de surveillance, mais il y
eut ensuite l'incarcération ou emprisonnement
proprement
dit qui fut traite comme une peine véritable. Le maximum
en était ta détention et solitaire dans une cellule
perpétuette
que l'on murait, comme signe de t'irrevocabitité de la sen-
tence".
C'est de là que ta pratique passa dans le droit taïque. Cepen-
dant, comme l'emprisonnement même temps
étaitetnptoyéen
comme mesure administrative, ta si~niticatiotipénate eu resta
longtemps assez douteuse. C'est seulement au xYto" siècte que

()) ~<a«~ ca«~'e TooooYt/e, § )SL


(2) .)/o.p. p. 37, C.
(3; /.«M, VU), p. 8tf; )X. p. 8M, 880.
(4) Iletmann, C/fccA. /<M~ /)<-c/<~a//<-f.MMfux.t., p. tsc.
(Sj C~M<'n<f~-f<</f)'~ewff. p.9X.
(6; Du Boy), op. e'< Y. p. 88-89.
80 ~A!tS)t< <«?
MOOtOCMCB.

les criminalistes Unirent par s'entendre pour reeoonattre


reec à la
prison le caractère d'une peine dans certains cas déHnis, quand
elle était perpétuelle, quand elle avait été substituée, par
commutation, à ta peine de mort, etc., en un mot, toutes les
fois qu'elle avait été précédée d'une instruction judiciaire
Avec le droit pénal de i?9i, elle devint la base du système
répressif, qui, en dehors de la peiue de mort et du carcan, ne
comprit plus que des formes diverses de la détention. Néan.
moins, le simple emprisonnement n'était pas considéré comme
une peine suffisante mais on y ajoutait des privations d'un
autre ordre (ceinture ou chaîne que portaient les condamnés,
privations alimentaires). Le Code pénat de 18t0 laissa de coté
ces aggravations, saut pour tes travaux forcés. Les deux autres
peines privatives de la liberté ne difïéraient guère que par la
durée du temps pendant lequel le condamné était enfermé.
de
Depuis, les travaux torcés ont perdu une grande partie
leurs traits caractéristiques et tendent à devenir une simple
variété de la détention. En même temps, ta peine de mort
est devenue d'une application de plus en plus .rare; elle a
même disparu complètement de certains codes, de telle sorte
que la suppression de la liberté à temps ou à vie se trouve
occuper à peu près complètement tout le domaine de la péna-
lité,

III

EXPUCATtOS DE LA SHCONDË LO)

Après avoir déterminé la manière dont la peinea varié dans


le temps, nous allons rechercher les causes des variations
constatées, c'est-à-dire essayer d'expliquer les deux lois pré-
cédemment établies. C'est par la seconde que nous commen-
cerons.
D'après ce que nous venons de voir, la détention n'apparait
d'abord dans l'histoire que comme une mesure simplement

préventive pour prendre ensuite un caractère répressif
et devenir enfin le type mémo de la pénaiité. Pour rendre
succes-
compte de cette évolution, il nous faut donc chercher
sivement ce qui a donné naissance à la prison sous sa

d/ Uu Boyst, v). o/t. '< p. M.


DUMKEUt.– CSt'X M~M na L'ÉVOUTtOX PÉXAL6 8i
1 1 11 1
première terme – puis, ce qui a déterminé ses transtonna.
tions ultérieures.
Que la prison préventive soit absente des sociétés peu
développées, c'est ce qu'il est aisé de comprendre elle n'y
répond à aucun besoin. La responsabilité, en effet, y est col-
lective lorsqu'un crime y est commis, c.e n'est pas seulement
le coupable qui doit la peine ou la réparation, mais c'est, soU
avec lui, soit à sa place s'il fait défaut, le clau dont il fait
partie. Plus tard, quand le clan a perdu son caractère fami~
Ha), c'est un cercle. toujours assez étendu, de parents. Dans
ces conditions, il n'y a aucune raison d'arrêter et de tenir en
surveillance l'auteur présumé de l'acte car s'il manque, pour
une raison ou pour une antre, il laisse des répondants. D'ail-
leurs, l'indépendance morale et juridique, qui est alors
reconnue à chaque groupe familial s'oppose à ce qu'on puisse
lui demander de livrer ainsi un deses membressur un simple
soupçonnais à mesure que, la société se concentrant, ces
groupes élémentaires perdent leur autonomie et viennent se
fondre dans la masse totale, la responsabilité devient indivi-
duelle dès lors, des mesures sont nécessaires pour empê-
cher que la repression ne soit éludée par la fuite de celui
qu'elle doit atteindre et, comme en même temps elles cho-
quent moins la moralité établie, la prison apparaît. C'est ainsi
que nous la trouvons à Athènes, à Rome, chez les Hébreux
après l'exil. Mais elle est si bien contraire a toute la vieilleor-
ganlsatiou sociale, qu'elle se heurte audébutà des résistances
qui en restreignent étroitomont l'usage, partout du moins où
le pouvoir de l'État est soumis à quelque limitation. C'est
ainsi qu'à Athènes la détention préventive .n'était autorisée
que dans des cas particulièrement graves'. Même le meurtrier
pouvait rester en liberté jusqu'au jour de la condamnation.
A Rome, le prévenu « ne fut d'abord retenu prisonnier qu'en
cas de délit flagrant et manifeste, ou lorsqu'il y avait aveu
ordinairement, une caution suffisait' a.
U faudrait se garder d'expliquer ces restrictions apparentes
au droit d'arrestation préventive par utt sentiment de la
dignité personnelle et une sorte d'individualisme précoco que
ne connut guère la morale de la Cité. Ce qui vient ainsi limi-
ter le droit de l'État, ce n'est pas le droit de l'individu, mais

(i) Voy. MtMe Ca)'c«', (hum le Dictionn~M de StgHo.


Wa!ter, op. ct< S 856.
K. DuMHtHa. – Année BocioL, 1900. 6
81 f/AXNKKMCMMOW)!. <?

celui du clan ou de la famille, ou, du moins, ce qui en reste, j


Ce n'est pas une anticipation de notre morale moderne, mais
une survivance du passé.
Cependant, cette explication est Incomplète. Pour rendre
compte d'une institution, il ne suffit pas d'établir qu'au mo-
ment où elle parut elle. répondait a quelque fin utile car de
ce qu'elle était désirable, il ne suit pas qu'elle était possible.
Il faut voir, en outre, comment se sont constituées les condi-
tions nécessaires a la réalisation de cette Hu. Un besoin, même
intense, ue peut .p.(s créer fJK/A~o les moyens do se satis-
faire il y a donc lieu de chercher d'où Us lui sont venus.
Sans doute, au premier abord, il parait tout simple que, du
jour où la. prison se trouva être utile aux sociétés, les
hommes aient. eu l'idée de la construire. Cependant, en
réaiité. elle supposait réalisées certaines conditions sans
lesquelles elle était impossible. Elle impliquait, en effet,
l'existence d'établissements publics, suffisamment spacieux,
militairement occupés.-aménagés de UMOiere à prévenir les
communications avec te dehors, etc. De tels arrangements ne
s'improvisent pas en un instant or il n'en existe pas de traces
dans les sociétés inférieures. La vie publique, très pauvre,
très intermittente, n'a besoin alors d'aucun aménagement
spécial pour se développer, saut d'un emplacement pour 'les
réunions populaires. Les maisons sont construites eu vue de
fins exclusivement privées celles des chefs, là où il y en a de
permanents, se distinguent à peine des autres les temples
eux-mêmes sont d'origine relativement tardive; enfin les
remparts n'existent pas, ils. apparaissent seulement avec la
Cité. Dans ces conditions, l'idée d'une prison ne pouvait pas
naitre.
Mais ù mesure que l'horizon social s'étend, que la vie
collective, au lieu de se disperser en une multitude do petits
foyers où elle ne peut être que médiocre, se concentre sur un
nombre plus restreint de points, elle devient à la fois plus
intense et plus continue. Parce qu'elle prend plus d'impor.
tance, les demeures de ceux qui y sont préposés se transfor-
ment en conséquence. Elles s'étendent, s'organisent en vue
des fonctions plus étendues et plus permanentes qui leur
incombent. Plus l'autonté de ceux qui y haiMtent. grandit,
plus elles se singularisent et se distinguent du reste des habi-
tations. Elles prennent grand air, elles s'abritent derrière des
murs plus élevés, des fossés plus profonds, de manière à
Ë. PUHKUË1M. D~UX ~S M b'KVOLUTMX PÉSALS 8~

fftttat' vtaUttûtnnnt
vtsuxement m
ht ttn~a
(te
ftn
oemarcauou
~&tYttn'nntt~tt ~~t th~Mn~n
marquer ligne quf sépare
désormais les détenteurs du pouvoir et la foule de tours subm'~
donnés. Ator~ les conditions
do. ht prison sont données. Ce
qui fait supposer qu'elle il dû premu'e ainsi naissance, c'est
que, à i'orjgine, on la voit souvent apparaître à t'ombre du
pataudes rois, dans les dépendances des temples et des éta-
bttssemcnts sttnitaires.
Ainsi,& Jérusaten), noue connaissons
trois prisons à. l'époque de l'invasion desChatdéens: l'une
était a à h haute porte do Benhtmin' ",et l'on sait que les
portes étaient des lieux fortifiés; t'uutre, dans la cour du pn-
lois du roi~; lit troisième, dans Ja maison d'un iooctionnaire
royaP. A Rome, c'est dans la forteresse royale que se trou-
vaient les plus anciennes prisons'. Au moyen âge, c'est dans
te château seigneuria!, dans les tours des remparts qui
entouraient, les viites*.
Ainsi, au moment même où t'etabiissement d'un lieu de

détention deveuait.utite par suite de la disparition progrès*


de ta responsabitite collective, des monuments s'otovaien.t
sive
qui pouvaient être utilisés pour cet office. La jtrisou, il est
vrai, n'était encore que préventive. Mais une fois qu'ette fut
constituée à ce litre, elle prit vite. un caractère réprossit, au
moins partiettetneot. Hn efîet, tous ceux qui étaient ainsi
retenus prisonniers étaient des suspects; ils étaient même le
plus souvent suspectes de crimes graves. Aussi etaient-its
soumis à un.
régime sévère qui etaJt déjà presque une peine.
Tout ce que nous savons de ces prisons primitives, qui pour-
tant ne constituent pas encore des institutions proprement
pénitentiaires, les dépeint
nous sous les plus tristescouteurs.
Au Dahomey, la prison est un trou, en forme de puits, où les
condamnés croupissent dans les immondices et la vermine'.
En Judée, nom avons vu qu'elle consistait en basses fosses.
Dans l'ancien Mexique, elle était faite de cages en bois où les

prisonniers étaient attachés ils étaient à peine nourris


A Athènes, les détea.us étaient soumis au supplice infamant

(tj Jt'/t'Mtte.M.t!.
·
(2) MM.. Mxn. S.
(3) 7tM.. xx~'H. t~.
Yuy. art. C~t-e~ dcj& cité.
(5) Vo; ~chttffoth, Hete/oe/t~ d. JStfHt~c~o Me/)!Mj~)M«fM<'M. Stroo-
b!mt, Notes w le ~</cMe ~/ta< </M villes /ï<tM<M<
(6) Ai)M tAft!tte, ~e 0«/toM~, ToUM. t!t'!3. p. St.
(7j BtnMfoft, ?'/«'.Ya/t't'e Ruees o/' llee ~act/!c S<afM. n, p. ~M.
84 L'A~X)!t! SOCtOLQOtQfE. ~900

des entraves En Suisse, pour rendre l'évasion plus difucite,


on mettait aux prisonniers un collier de fer'. Au Japon, les
prisons sont appelées des eufers'. est naturel que le séjour
dans de pareils endroits ait été très tOt considéré comme un
châtiment. On réprimait ainsi les petits délits, surtout ceux
qui avaient été commis par les petites gens, tes pe~oMe
~tMt<<M,comme on disait à Rome. C'était une peine corree-
tionnette dont tes juges disposaient plus ou moins arbitraire-
ment.
Quant à la fortune juridique de cette peine nouvelle à
partir du moment où elle fut constituée, it suffit, pour en
rendre compte, de combiner les considérations qui précèdent
avec la loi relativeàt'anaiblissement progressif de lapénaiité.
En effet, cet affaiblissement a lieu du haut en bas de l'écheiie
pénale. En général, ce sont les peines les plusgraves qui sont
les premières atteintes pac ce mouvement de reçut, c'est-à-dire
qui sont les premières à s'adoucir, puis à disparaître. Ce sont
les aggravations de la peine capitale qui commencent par s'at-
ténuer, jusqu'au jour où elles sont complètement supprimées;
ce sont les cas d'application de la peine capitale qui vouten
se restreignant; les mutilations subissent la même loi. ti en
résulte que les peines les plus basses sont nécessitées a.se
développer pour remplir les vides que produitcette régression.
A mesure que les formes archaïques de la répression se reti-
rent du champ de la pénalité, les formes nouvelles envahis-
sent les espaces libres qu'elles trouvent ainsi devant elles.
Or les modalités diverses de la détention constituent tes peines
les dernières venues à l'origine, elles sont tout en bas de
t'échette pénale, puisqu'elles commencent mémo par n'être
pas des peines proprement dites, mais seulement la condition
de la répression véritable, et que, pendant longtemps, eues
gardent un caractère mixte et indécis. Pour cette raison même,
c'était à cites qu'était réservé l'avenir. Elles étaient les subs-
tituts naturels et nécessaires des autres peines qui s'en allaient.
Mais, d'un autre côté, elles devaient elles-mêmes subir la
même loi d'adoucissement. C'est pourquoi, 'tandis que, au
début, elles sont mêlées à des rigueurs auxiliaires dont, par-
fois même, elles ne sont que l'accessoire, eltess'endébarras-

()) Voy.Thonissen, op, cil., p. US.


?) achetffoth, CMcA«'A«</MB~w~cAtH ~M~MtM<t'MMM.
(3) Voy. Letoumeau, ~M<t<<ien ~'Mi~Mf, p. <(?.
MJRKHEM. – Mt!X t,M!t M t.'t~OtfTmx P~A[.B ?

sent peu à peu, pour se réduire à leur forme la plus simple,


à savoir la privation de lit ULertÈ, uo comportant d'autres
pègres que ceux qui résutteat de t'inégate durée de cette pri<
vatiou.
Ainsi les variattoos qualitatives de la peine dépendent att
partie des variations. ({uaudtatiyes qu'eUe a parallèlement
subies. Autrement dit, des deux lois que nous avons etabHes,
la première coutriijue à expliquer la seconde. Le moment est
donc veuu de l'expliquer à son tour.

IV
EXPLICATION DR LA t'aEMtÊm: M!

Pour faciliter cette explication, nous considérerons isolé.


ment tes deux facteurs que nous avons distingués; et comme
le second est celui qui joue le rote te moins important, nous
commencerons par en faire abstraction. Cherchons donc
comment it se fait que les peines s'adoucissent à mesure qu'on
'?
passe de sociétés inférieures a des sociétés plus élevées, sans
nous occuper provisoirement des perturbations qui peuvent
être dues au caractère plus ou moins absolu du pouvoir gou-
vernemental.
On pourrait être tenté d'expliquer cet adoucissement par
l'adoucissement parallèle des moeurs. Nous avons de plus en
plus horreur de la violence les peiues violentes, c'est-à-dire
cruelles doivent donc nous inspirer une répugnance crois-
sante. – Malheureusement, l'explication se tourne contre.elle-
même. Car si, d'un coté, notre plus grande humanité nous
détourne des châtiments douloureux, elle.doit aussi uous faire
paraltre plus odieux les actes inhumains que ces châtiments
répriment. Si notre altruisme plus développé répugne à l'idée
défaire soufMr autrui, pour la même raison, tes crimes qui
sout contraires à ces sentiments doivent nous sembler pius
abominables et, par suite, il est inévitable que nous tendions
à les réprimer plus sévèrement. Mémo cette tendance ne peut
être neutralisée que partiellement et faiblement par la ten-
dance opposée, quoique do même origine, qui nous porte à
faire souffrir le cbupable le moins possible. Car il est évident
que notre sympathie doit être moindre pour ce deruier que
pour sa victime. Dès lors, la délicatesse des moeurs devrait
? f/AK~E !:«Ch'L<M)t<~ft. tSOO

~a.
ptutot se traduire par une aggravation péuate, au moius pour
tous les crimes qui nuisent à autrui. Eu fait, quand ettecom-
Menee à apparaître d'uue manière marquée dans i'ttistoire,
c'est Lieu ainsi qu'elle se manifeste. Dans les sociétés infé-
rieures, los meurtres, tes vots
simpies ne sont réprimés que
foibtement, parce que les mmurs y sont grossières. A Home,
pendant longtemps. la violence ne fut pas regardée comme
de nature ù vicier les contrats, bien loin d'avoir uu caractère
C'est du. jour où les sentiments sympathiques de
pénat.
l'homme pour l'homme se sont auh'més et développés que ces
crimes ont été punis plus sévct'cmeut. Le mouvement eut
donc du contiuuer, si quelque autre cause n'ctait inter.
venue.

f Puisque )a peine resuite du crime et exprime la manière

jdont ii af!ecte la conscience pubtique, c'est dans t'evomUon


ia cause a déterminé
'du critnequ'il faut aiter chercher q6i
révolution de ia penaiite.
Sans qu'il soit nécessaire d'entrer d:)ns le détail des preu-
ves qui justifient cette distinction, on nous accordera, peu-
suns nous, sans peine que tous les actes reputes criminels par
les dinereutes sociétés connues peuvent être répartis en deux

catégories fondamentaies les uns sout diriges contre des


choses collectives ideaies ou nmteriettes, it n'importer dont
les principuies sont t autorité pubtique et ~es repruseutants,
les mœurs et tes traditions, ta religion: tes nutres n'ot!ensent

que des individus (meurtres, vols, violences et fraudes de


toutes sortes). Ces deux formes de la criminatité sont assez
distinctes pourquit y ait lieu de les désigner par des mots
dinereuts. La première pourrait étt'eappeteecrimiuatitet'eti-
gieuse parce que les ulteutuls coutre la religion en sont ia
ta ptusesscntietto et (j[ue les crimes coutre les tradi-
partie
tions ou les chets de t'Htat ont toujours, plus ou moins, lin
caractère à ta seconde, on pourrait réserver te
religieux
nom de eriminatite humaine. –Cetn posé, on sait que tes
crimes de la première espèce remplissent, presque à l'exclu.
sinn de tous les autres, le droit pena) des sociétés inférieures;
mais an contraire, à mesure qu'on avance
qu iis régressent,
dans l'évolution, taudis que les attentats contre la personne-
.humaine prennent de plus en plus toute la place. Pour les

primitifs, le crime consiste presque uniquement a ne


peuples
pas accomplir les pratiques du cuite, à violer les interdictions

rituelles, it s'écarter des mœurs des ancêtres, à désobéir à


É. tH'KKtttttM. –. ORfX MfS OR L'Avon'TttM PHS.U.E 87

l'autorité, )<) où elle est assez fortement constituée. Au cou-


traire, pour t'Européen (t'aujourd'ttui. te crime consiste essen-
tiettement dons la lésion de quelque intérêt tt.u<natu.
Or, ces deux sortes de criminatité ditterent profondément
parce que les sentiments cottectifsqu'ettes oitensent ne sont
pas de même nature. tt en résulte que lit répression ue peut
pus être la même pour l'une et pour t'attire.
Les sentiments collectifs que contredit et croisse ta crimi-
n:t)ite spécifique des sociétés inférieures sont collectifs, en
quelque sorte, il un double titre. Non seulement ils ont pour
sujet ta coitectivite et, pur conséquent, se retrouvent dans la
genei'Mtite des consciences purticuHères. mMis encore ils o~f
pot~-o~'f~ </M c/to~M co~ffttt'M. Par définition, ces choses sont
en dehors du cercle deuns intérêts prives. Les fins auxquelles
nous sommes ainsi attucltés depusseut infinintent le petit
horizon de chocun de nous Ce n'est pas nous personnelle-
ment qu'eUes concerneut, mais t'être coiieetit. Par suite, tes
actes (lui noussont commandés pour tes atteindre ne sont pus
selon ta pente de notre nature individueiie, mais lui font
plu-
tôt vioience puisqu'ils consistent en des sact'inceset des priva-
tions de toutes sortes que ) homme est tenu de s'imposer soit
pourcomptaire à son dieu. soit pour satisfaire ù la coutume.
soit pour obéir à l'autorité. Nous n'avons aucun penchant à
jeûner, a nous mortifier, à nou~ interdire telle ou tette viande,
à immoler sur l'autel nos animaux préférés, a nous gêner par
respect pour l'usage, etc. Par conséquent, de même que les
sensations qui nous viennent du monde extérieur, de tels
senlimenls sont en nous sans nous, même, dans une certaine
mesure, matgre nous. et ils nous apparaissent comme tels par
suite de la contrainte qu'ils exercent sur nous. Nous sommes
donc nécessites a les aliéner, à les rapporter a quelque force
externe comme it leur cause, ainsi que nous faisons pouroos
sensations. En outre, cette force, nous sommes obligés de la
concevoir comme une puissance, nou seulement étrangère,
mais encore supérieure à nous puisqu'elle ordonne et que
nous lui obéissons. Cette voix qui parle eu uous sur un ton
tellement qui uous enjoint
impératif, de faire viotenceà notre
nature, ne peut 'émauer que d'un être dinérent de nous, et
qui, de plus, nous domine. Sous quelque forme spéciale que
les hommes se le soient figuré (dieu, ancêtres, persouuaUtes
augustes de toute sorte), il a donc toujours par rapport eux
quelque chose de transeeadaat, de surhumain. Voità pourquoi
t.'AS'<ÉB SfM:Htf.(MW)!. MOO
88

cette partie de la morale est tout imprégnée de religiosité.


C'est que les devoirs qu'elle nous prescrit nous obligent
envers une personnoiite qui dépasse infiniment lit MÛtre c'est
la personnalité collective, que nous nous ta représentions dans
su pureté abstraite, ou, comme il arrive )e plus souvent, a
l'aide de symboles proprement religieux.
Mais alors, les crimes qui violent ces sentiments et qui cou-
sistent en des manquements à ces devoirs spéciaux, ne peu-
vent pas ne pasnous apparaître comme dirigés contre ces êtres
transcendants, puisqu'on réaiite ils tesatteignent. Il en resuito
qu'ils nous paraissent exceptionnellement odieux; car une
offense est d'autant plus révoitante que t'ofïensé est plusélevé
en nature et en dignité au-dessus de l'offenseur. Plus on est
tenu au respect, plus le manque de respect est abominable.
Le même acte qui, quand it vise un égal, est simplement bia-
mable, devient impie quand il attente à quelqu'un qui nous
est supérieur; l'horreur qu'il détermine ne peut donc être
caimée que par une répression violente. Normalement, dans
le seul but de plaire à ses dieux, d'entretenir avec eux des
relations regutiëres, le ndèje doit se soumettre à mille pri-
vations. A quelles privations ne doit-il pas être astreint,
quand il les a outragés? Alors même que la pitié qu'inspire
le coupabte serait assez vivo, elle ne saurait servir de contre-
poids efficace à l'indignation soulevée par l'acte sacrilége, ni,
par conséquent, modérer sensiblement Ja peine car les deux
sentiments sont trop inégaux. La sympathie que les hommes
éprouvent pour un de leurs semblables, surtout dégradé par
une faute, ne peut contenir les effets de ia crainte révéron-
tietteque l'on ressent pour la divinité. Au regard de cette
puissance qui te dépasse de si haut, l'individu apparalt si
petit que ses souffrances perdent de leur valeur relative et
deviennent une quantité négiigeabie. Qu'est-ce qu'une dou- (
leur individuelle quand il s'agit d'apaiser un dieu?
H en est autrement des sentiments collectifs qui ont pour
objet l'individu car chacun de nous en est un. Ce qui con-
cerne l'homme nous concerne tous car nous sommes tous des
hommes. Les sentiments protecteurs de la dignité humaine
nous tiennent donc personnellement à ccaur. Assurément, je
ne veux pas dire que nous ne respectons la vie et la propriété
de nos semblables que par un calcul utilitaire et pour obtenir
d'eux une juste réciprocité. Si nous réprouvons les actes qui
manquent à ce respect, c'est qu'ils froissent lesseutiments de
i!. OL'RKttRtM. nKCX MM M L')!VO).<;TMX P~XALR 89. ·

sympathie que nous avons pour l'homme en général, et ces


sentiments soutdésintéreMés préciitément parce qu'ils ont un
objet général. Lé est la grande différence qui sépare l'iudivt.
dualisme moral de Kant et celui des utilitaristes. L'uuet
l'autre, en un sens, fout du développement de l'individu
l'objet de la conduite morale. Mais, pour les uns, l'individu
dont il s'agit, c'est l'individu sensible, empirique, tel qu'il se
saisit dans chaque conscience particulière pourKant.au con-
traire, c'est ta personnalité humaine, c'est l'humanité en
générât et abstraction faite des formes concrètes et diverses
sous lesquelles elle se présente à l'observation. Néanmoins, si
universel qu'il soit, un tel objectif est étroitement en rapport
avec celui vers lequel nous inclinent uos penchants
égoïstes.
Entre l'homme en générai et l'homme que nous sommes, il
n'y a pas la même différence qu'entre l'homme et un dieu. La
nature de cet être idéal ne dinëre'qu'en degrés de ta nôtre il
n'est que le modèle dont nous sommes les exemplaires variés.
Les sentiments qui nous y attachent sont dune, eu partie, le
prolongement de ceux qui nous attachent à nous-mêmes.
C'est ce qu'exprime la formule courante: Ne fais pas à autrui
co que tu ne voudrais pas qu'on te fit.
Par conséquent, pour nous expliquer ces sentiments et les
actes auxquels ils nous incitent, il n'est pas nécessaire, au
même degré, de leur chercher quelque origine transcendante.
Pour nous rendre compte du respect que nous éprouvons
pour
l'humanité, il n'est pas besoin d'imaginer qu'il nous est
imposé parquelque puissance extérieure et supérieure à l'hu-
manité il nous parait déjà intelligible par cela seul que nous
nous sentons hommes nous-mêmes. Nous avons conscience
qu'il est bien plus conforme à l'inclinaison naturelle de notre
sensibilité. Les attentats qui le nient ne nous sembleront donc
pas, autant que les précédents, dirigés contre quelque être
surhumain. Nous n'y verrons pas dos actes de lèse-divinité,
mais simplement de lèse-humanité. Sans doute, il s'en faut
que cet idéal soit dépourvu de toute transcendance; il est
dans la nature de tout idéal de
dépasser le réel et de le do-
miner. Mais cette transcendance est beaucoup moins
marquée.
Si cet homme abstrait ne se confond avec aucun de
nous,
chacun de nous le réalise en partie. Si élevée
que soit cette
fin, comme elle est essentiellement humaine, elle nous est
aussi, en quelque mesure, immanente.
Par suite, les conditions de la répression ne sont plus les
90 L'AXEE SOCmMOWK. t9M

mêmes que dans fe prefnior cas. Il n'y a plus fa même dis-


tance entre i'ufïeuseur et i'oiïensé ils sont davantage de piaiu-

pied. tts le saut d'autant plus que, en chaque cas particulier, ta

persoune que le crime


humaine offense se présente sous J06

espèces d'une individualité particulière, de tous points iden-

tique à celle du euupabie. Le seaudute morul, qui constitue


f'acte criminel, a doue quelque chose de moins révoitant et,
put* conséquent, ue réclame pas une n'pt'ession aussi violente.
L'atteutat d'uu hotomo contre ua hotnme ue saurait Noufever
la tueme iddiguutiou que l'attentat d'un honnne contre un
dieu. Eu même temps, les sentiments de pitic que nous ins-

pire celui que frappe lu peine ne peuvent plus être aussi


facilement ni aussi eotnpfetetnent étoutles par iei) sentiments
qu'it M froissés et qui réagissent contre lui; car les uns et les
autres soutdemeote uature. Les premiers ne sont qu'une
variété des seconds.
Ce qui tempère collective lit coiere qui est
t'ame de ia peine, c'est ia sympathie que nous ressentons pour
tout homme qui souffre, i'hurreur que nous cause toute vio-
lence destructive; or c'est lit même sympathie et la mémo
horreur qui ullument cette ttiômo colère, Ainsi, cette fuis, la
cause tneme qui met en branie i'Mppareif répressif tend à
l'arrêter. C'esl le même état mental qui nous pousse à punir
et à modérer lit peine. Une influence atténuante
pouvait ne
donc manquer de se faire sentir, ii pouvait paraître tout
naturel d immoler sans réserve ia dignité humaine du cou- i

pabieà ia majesté divine outragée. Au coutraire, ii y a une


véritable et irremediabie contradiction à venger ia dignité
humaine offensée dans ia personne de ia victime, en ht vio-
lant dans la personne du coupabie. Le seul moyeu, non pas
de lever i'antfnumie'car elle n'est pas sotuhie à ia rigueur),
mais de t'adoucir, est d'adoucir la peine autant que possible.
Puisque donc, a mesure qu'on avance, le crime se reduitde

plus eu plus aux seuls attentats contre les personnes, taudis

que les formes religieuses de ta crimiaaiite vout eu régressant,


il est inévitahieque la pénaiité moyenne aille ou s'affaihiis-
sant. Cet affaiblissement lie vient pas de ce que ics' mœurs
s'adoucissent, mais de ce que la religiosité, dont étaient pri-
mitivement empreints et le droit pena) et les sentiments col-
lectifs qui en étaient ia base, va en diminuant. Sans doute,
les sentiments .de sympathie humaine deviennent en même

temps plus vifs; mais cette vivacité plus grande nosuiHtpas


à expliquer cette modératiou progressive des peines, puisque,
)5. ))fnt[tf)!!M. – CXUX LOft- f)t L'HVOt<t'T«~ t'HKAf.K ~1

à otteseuta.ettetendratt plutôt a nous rendre plus sévères


pour tous les crimes dont l'homme est lit victime, et à en ji
élever la répression. La vraie raison c'est que la compas-'
eioa dont le patient est l'objet n'est plus écrasée pur tes;
sentiments contraires qui ue lui permettaient pus de faire
sentir sou action.
Mais. dira-t-on, s'il en est ainsi. pomment se fait-i) que les
peines attachées aux attentats contre les personnes participent
à ta récession gener.tte?(:ar, siet)esont moins perdu que
tes autres, cependant il est certain quittes aussi sont. eu gé-
aerat, moins élevées qu'il y a deux ou trois siècles. Si, pour-
tant, il est dans lit nature de cette sorte de crimes d'apoeter
des châtimeuts moias sévères, t'efïet aurait dn se manifester
d'emblée, des que te caractère
criminel de ces actes fut for-
mettement reconnu; les peines qui les frappent auraient doue
du atteindre tout de suite et d'uu seul coup le degré de dou-
ceur qu'ils comportent, au lieu de s'adoucir progressivetneut.
Mais ce qui détermina cet adoucissement
progressit, 'est

qu'au moment où ces attentats, après avoir stationne pendant


longtemps sur le seuil du droit criminel. y pénétrèrent et y
furent définitivement ctasses, c'est lit crhninatite religieuse
qui tenait ù peu près toute lit place. Par suite de cette situa-
tion prépondérante, elle commença par entratner dans son
orbite ces délits nouveaux qui vouaient de se constituer et les

marqua de sou empreinte. Tant que, d'une manière générale,


le crime est essentiellement conco comme une otïeuse dirigée
coutre ta divinité, les crimes commis par l'homme contre
l'homme sontanssi conçus sur ce même modete. Nous croyons
qu'eux aussi nous revottent parce qu'its sont défendus par tes
dieux et, à ce titre, les outragent. Les habitudes d'esprit sont
telles qu'il ne parait même pus possible qu'un précepte morat

puisse avoir une autorité suffisamment fondée s'il ne t'em'


prunte a ce qui est alors considère comme ta source unique
de toute moralité. TcHeest t'origiue de ces théories, si répan-
dues encore aujourd'hui, d'après lesquelles la morate manque
de toute base si elle ne s'appuie sur ta religion, ou, tout au
moins, sur une theotogie rationnette, c'est-à-dire si l'impé-
ratif catégorique n'emaue pas de quelque ctre transcendant.
Mais à mesure que la criminalité humaine se développe et que
la criminalité rotigicuse recule, la première dégage de plus
en plus nettement sa physionomie propre et ses traits clistinc-
tifs, tels que nous les avons décrits. Elle se libère des
? t.'AXX)!){ sMifoLoatoC)!. <900

Influences qu'elle subissait et qui l'empêchaient d'être elle-


même. Si, aujourd'hui encore, il y a bien des esprits pour
lesquels le droit pénal et, plus généralement, toute morale
sont inséparables de l'idée de Dieu, cependant le nombre en
diminue, et ceux-là mêmes qui s'attardent à cette conception
archaïque ne lient plus ces deux idées aussi étroitemeut que
pouvait le faire un chrétien des premiers âges. La morale hu-
maine se dépouille de plus en plus de son caractère primitive-
ment confessionnel. C'estau cours de ce développement que se
produit l'évolution régressive des peines qui frappent tes man-
quements les plus graves aux prescriptions de cette morale.
Par un retour qui doit être noté, à mesure que la cri.
minalité humaine gagne du terrain, elle reagit à son tour
sur la criminalité religieuse et, pour ainsi dire, se l'assimile.
Si, aujourd'hui, ce sont les attentats contre tes personnes qui
constituent les principaux crimes, néanmoins il existe
encore des attentats contre des choses collectives(crimes con.
tre la famille, contre les mœurs, contre l'État). Seulement, ces
choses collectives elles-mêmes tendent à perdre de plus en
plus cette religiosité dont elles étaient autrefois marquées.
De divines qu'elles étaient, elles deviennent des réalités hu*
maines. Nous n'hypostasions plus la famille ou la société
sous forme d'entités transcendantes et mystiques; nous n'y
voyons plus guère que des groupes d'hommes qui concertent
leurs efforts en vue de réaliser destins humaines. Il en résulte
que tes crimes dirigés contre ces cottectivités participent aux
caractères de ceux qui lèsent directement des individus, et
les peines qui frappent les premiers vont ettes-mcmes en
s'adoucissant.
Tetteest la cause qui a déterminé l'affaiblissement progressif
des peines. On voit que ce résultat s'est produit mécanique-
ment. La manière dont les sentiments collectifs réagissent con-
r
tre le crime a changé, parce que ces sentiments ont changé.)
Des forces nouvelles sont entrées en jeu; i'efïet ne pouvait pas
rester le même. Cette grande transformation n'a donc pas eu
lieu en vue d'une fin préconçue ni sous l'empire de considé<
rations utilitaires. Mais, une fois accomplie, elle s'est trouvée
tout naturellement ajustée à des fins utiles. Par cela même
qu'elle était nécessairement résultée des conditions nouvelles
dans lesquelles se trouvaient placées les sociétés, eUe ne pou-
vait pas ne pas être en rapport et en harmonie avec ces con.
ditions. En effet, l'intensité des peines ne sert qu'à faire sen-
< MfMUtHM. – 08~'X LOM M L'~VOU~MX Pi!xAL)t 93

tir aux consciences particulières de la contrainte


l'énergie
sociale; aussi n'est-elle utile que si elle varie comme l'inten-
sité même de cette contrainte. ti convient donc qu'elle s'adou-
cissea mesure que la coercition collective s'allège, s'assouplit,
devient moins exclusive du libre examen. Or c'est là le
grand
changement qui s'est produit au cours de t'évoiution morale.
Quoique la discipline sociale, dont la morale proprementdite
n'est que l'expression la plus haute, étende de
plus en plus son
champ d'action, e))e perd de plus en ptus de sa rigueur autori-
taire. Parce qu'elle prend
quelque chose de plus humain, el le
laisse ptus de place aux spontanéités individueties;e!ie lessol-
licite même. Ellea doue moins besoin
d'et.ro violemment impo-
sée. Or, pour cela, il faut aussi que tes sanctions
qui en assurent
le respect deviennent moins de toute initiative
compressives
et de toute réflexion.

Nous pouvons maintenant revenir au second facteur de


révolution pénale, dont nous avons jusqu'ici fait abstractiou,
c'est-à-dire à la nature de l'organe gouvernemental. Les con-
sidérations qui précédent vont nous permettre
d'expliquer
aisément la manière dont il agit.
En eiïet, la constitution d'un pouvoir absolu a nécessaire-
ment pour effet d'élever celui qui le détient au-dessus du
reste
de l'humanité, d'en faire quelque chose de surhumain et cela
d'autant plus que le pouvoir dont il est armé est
plus iitimité.
En fait, partout où le gouvernement
prend cette forme, celui
qui l'exerce apparait aux hommes comme une divinité. Quand
on n'en fait pas un dieu spéciai, on voit tout au moins dans
la puissance dont il est investi une émanation de la puissance
divine. Dès lors, cette religiosité ne peut
manquer d'avoir sur
la peine ses effets ordinaires. D'une part, les attentats
dirigés
contre un être si sensiblement supérieur à tous ses offenseurs
ne seront pas considérés comme des crimes
ordinaires, mais
comme des sacrilèges et, à ce titre, violemment
réprimés. De
là vient, chez tous les peuples soumis à un
gouvernement
absolu, le rang exceptionnel que le droit pénal assigne aux
crimes de lèse-majesté. D'un autre côté, comme, dans ces
mêmes sociétés, presque toutes les lois sont censées
émaner
du souverain et exprimer ses volontés, c'est contre lui
que
paraissent dirigées les principales violations de la loi. La
réprobation que ces actes soulèvent est donc beaucoup plus
vive que si l'autorité à laquelle ils viennent se
heurterétait plus
84 t.Mt)!a SOCtOMOtQUB. <900

dispersée, partant plus modérée. Le fait qu'elle est à ce point


concentrée, en lit rendant ptus intense. lit rend aussi plus sen-
sible à toutee qui t'oH'ense, et ptus vtotento dans ses réactions.
C'est ainsi que la gravité de la plupart des crimes se trouve
surélevée de quelques degrés; par suite, l'intensité moyenne
des peines est extraordiuaironent renforcée.

CufCt.CStOt

Ainsi entendue, );) lui dont nous venons de rendre compte


prend une tout autre signification.
En effet. si l'on va au fuud des choses, on peut voir mainte-
nant qu ette n'exprime pas seulement, comme il pouvait
sembler au premier aijord, h's variations quantitatives par
tesqueties a passe la peiue, mais des variations proprement
qualitatives. Si la pénalité est plus donca aujourd'hui que
jadis, ce n'est pas parce que les anciennes institutions péni-
tentiaires, tout en restant eiies-mémes. ont peu à peu perdu
de leur rigueur; mais c'est qu'eites out étf remplacées pur
des institutions didérentes. Les mobiles qui ont déterminé
la formation des unes et des autres ne sont pas de même
nature. Ce n'est plus cette vivacité, cette soudaineté d'explo-
sion, cette stupéfaction indignée que soulève un outrage
dirigé contre un être dont lit valeur est incommensurable
avec celle det'agresscur; c'est davantage plus cette émotion
calme et plus rénéchie que provoquent des offenses qui ont
lieu entre égaux. Lebiâme n'est plus le même et n'exclut pas
la commisération par iui-meme, il appelle des tempéraments.
D'où ta nécessite de peines nouvelles qui soient en accord
avec cette ttouvette mentalité.
Par là se trouve écartée une
laquelle erreur
pourrait à
donner lieu l'observation immédiate des faits. Eu voyant
avec quelle régularité la répression paraît faiblir à mesure
qu'on avance dans l'évolution, on pourrait croire que le mou-
vement est destiné à se poursuivre sans terme; autrement dit,
que la pénalité tend vers zéro. Or. une telle conséquence
serait, en contradiction avec le sens véritable de notre loi.
En effet, la cause qui a déterminé cette régression ne saurait
produire ses effets atténuants d'une manière indéfinie. Car elle
ne consiste pas dans une sorte d'engourdissement de la