Avant-propos

Après avoir ces dernières années dressé un
tableau général de la philosophie française
depuis 1950* et rendu hommage
à Claude Lévi-Strauss, Georges Dumézil,
Georges Bataille, Simone Weil, le ministère
des A{aires étrangères et l’Association
pour la di{usion de la pensée française
souhaitent présenter quelques philosophes
dont l’œuvre, traduite en plusieurs langues,
a acquis une reconnaissance internationale
ou au contraire, sur laquelle il est nécessaire
d’appeler l’attention des lecteurs,
des traducteurs et des éditeurs étrangers.
Seront ainsi publiés livrets,
portfolios, expositions documentaires
sur Gilles Deleuze, Paul Ricœur,
Maurice Merleau-Ponty, Jean Cavaillès,
Jean-Paul Sartre (à l’occasion du centenaire
de sa naissance) ; Emmanuel Lévinas,
Raymond Aron, Michel Foucault,
Luce Irigaray, Jacques Derrida,
Jean-François Lyotard, Jean-Luc Marion,
Jean-Luc Nancy, etc.
Nous ouvrons cette série par Gilles Deleuze
dont l’œuvre désormais est traduite,
étudiée, commentée dans le monde entier.
No us remercio ns vivement
David Lapo ujade, auteur de ce livret
et de l’expo sitio n do cumentaire.
Nous exprimons aussi notre gratitude
à Mesdames Fanny Deleuze et Irène Lindon
pour leur cordiale coopération.
Yves Mabin
Chef de la division de l’écrit et des médiathèques
François Neuville
Directeur de l’association pour la di{usion
de la pensée française
*
1994 «Philosophie contemporaine en France»
livret par MM. E. Alliez, J. Benoist, C. Descamps
1998 «Cinquante ans de philosophie française»
livrets et expositions documentaires
par B. Sichère et alii.
Isbn 2-914935-13-7
∏dpf association pour la di{usion de la pensée française•
6 rue Ferrus 75014 Paris
+
ecrire@adpf.asso.fr
+
www.adpf.asso.fr
© ∏dpf ministère des A{aires étrangères/septembre 2003•
Cet ouvrage accompagne une exposition sur a|ches,
tirée à 550 exemplaires, intitulée «Gilles Deleuze».
∏dpf association pour la di{usion de la pensée française•
Ministère des A{aires étrangères
Direction générale de la coopération internationale et du développement
Direction de la coopération culturelle et du français
Division de l’écrit et des médiathèques
GILLES DELEUZE GILLES DELEUZE
❝LES NOMS PROPRES
DÉSIGNENT DES FORCES,
DES ÉVÉNEMENTS,
DES MOUVEMENTS
ET DES MOBILES,
DES VENTS, DES TYPHONS,
DES MALADIES, DES LIEUX
ET DES MOMENTS,
BIEN AVANT DE DÉSIGNER
DES PERSONNES.❞
P5 2
❝Nai ssance à Pari s, l e 18 j anvi er 1925.
Ét udes secondai res au Lycée Carnot .
1 9 4 4 -1 9 4 8 Ét udes de phi l osophi e à l a Sorbonne où i l connaît Françoi s Chât el et ,
Mi chel But or, Cl aude Lanzmann, Ol i vi er Revaul t d’Al l ones, Mi chel Tourni er.
Prof esseurs pri nci paux : Ferdi nand Al qui é, Georges Cangui l hem,
Mauri ce de Gandi l l ac, Jean Hi ppol yt e.
Fréquent e La Fort el l e, un chât eau où Mari e-Madel ei ne Davy organi sai t
des rencont res ent re i nt el l ect uel s et écri vai ns à l a Li bérat i on: l e père Fessard,
Pi erre Kl ossowski , Jacques Lacan, Lanza del Vast o, Jean Paul han.
1 9 4 8 Agrégat i on de phi l osophi e
1 9 4 8 -1 9 5 7 Prof esseur de phi l osophi e aux l ycées d’Ami ens, d’Orl éans, Loui s-l e-Grand.
1 9 5 7 -1 9 6 0 Assi st ant à l a Sorbonne, en hi st oi re de l a phi l osophi e.
1 9 6 0 -1 9 6 4 At t aché de recherche Cnr s.
1 9 6 2 Rencont re avec Mi chel Foucaul t à Cl ermont -Ferrand, chez Jul es Vui l l emi n.
1 9 6 4 -1 9 6 9 Chargé d’ensei gnement à l a Facul t é de Lyon.
1 9 6 9 Thèse pri nci pal e, Différence et répét it ion (di rect eur, Mauri ce de Gandi l l ac) ;
t hèse secondai re, Spinoza et le problème de l’ expression (di rect eur, Ferdi nand Al qui é).
1 9 6 9 Rencont re avec Fél i x Guat t ari . Proj et de t ravai l en commun.
1 9 6 9 Prof esseur à Pari s VIII-Vi ncennes dont Mi chel Foucaul t vi ent de part i r
et où i l ret rouve Françoi s Chât el et .
Après 1 9 6 9 Act i vi t és gauchi st es ordi nai res.
1 9 8 7 Prend sa ret rai t e.
Si gnes part i cul i ers : voyage peu, n’a j amai s adhéré au part i communi st e,
n’a j amai s ét é phénoménol ogue ni hei deggeri en, n’a pas renoncé à Marx,
n’a pas répudi é Mai 68.❞
Se donne la mor t à Paris le 4 novembre 1995.
GILLES DELEUZE GILLES DELEUZE
CHIENDENT
Comme l’exposit ion, ce livret est une présent at ion
de la pensée de Deleuze à par t ir de cer t ains concept s
ou not ions qui reviennent de manière insist ant e dans
son œuvre. Le choix est nécessairement arbit r aire ;
il l’est d’aut ant plus que l’œuvre de Deleuze est
d’une richesse considér able. Beaucoup d’aut res
proposit ions ét aient possibles qui n’aur aient en rien
ressemblé à celle-ci. L’arbit r aire est encore présent
d’une aut re manière : Deleuze n’a jamais écrit sous for me
d’aphorismes ou de fr agment s ; il n’aimait pas
cet t e for me pour son compt e. Or, on ne t rouver a ici
que des fr agment s ou des ext r ait s de t ext es dont on peut
just e espérer qu’ils t émoignent un peu de la profonde
cont inuit é qui t r averse son œuvre. Tous sont reliés
les uns aux aut res, de plusieurs manières. Il n’y a donc
aucun ordre défini. On peut lire l’ensemble de
ces ext r ait s à la suit e ou séparément , de manière suivie
ou discont inue, comme on veut .
Ce n’est pas que la pensée de Deleuze manque
de rigueur ; c’est plut ôt que sa rigueur s’exerce
précisément à t r avers cet t e circulat ion ouver t e
d’un concept à un aut re, pour favoriser des parcours
variés et des connexions en t ous sens, comme dans
une t aupinière. C’est ce que Deleuze appelle une pensée
«rhizomat ique » en hommage aux r adicelles de cer t ains
végét aux qui poussent par le milieu dans plusieurs
direct ions à la fois et prolifèrent sans r acine première
comme le chiendent .
Dans l’espace de l’exposit ion et du livret qui
l’accompagne, c’est ce qui a ét é const amment recherché :
non pas les moment s essent iels d’un édifice, mais
des fr agment s de «lignes », prélevés dans ce vast e réseau
de galeries qu’est la pensée de Gilles Deleuze.
N B
Le livret reprend l’ensemble des t ext es de l’exposit ion, augment é de cer t aines
«ent rées » et de cer t ains ext r ait s. Je remercie vivement Fanny Deleuze pour son aide
et son sout ien. Merci également à Jean-Jacques Lebel et Michel Tour nier pour
leur cont ribut ion.
David Lapo ujade, maît re de conférences à l’universit é
de Paris-I Pant héon-Sorbonne, qui t r availle sur la philosophie
et la lit t ér at ure anglo-américaine du xix· siècle et
sur la philosophie fr ançaise cont empor aine, a not amment édit é
les recueils des t ext es post humes de Gilles Deleuze.
ÉVÉNEMENT
1
SENTIR
2
ntituzt tr
so· ouvrt
DEVENIR
3
LIGNES
4
DÉSIR
6
CORPS
SANS
ORGANES
7
LIGNES DE
FUITE
5
VISAGE
8
ÉNONCER
9
PENSER
11
RÉSISTER
12
TERRITOIRES
10
CRÉER
13
÷
÷
❝La phi l osophi e a besoi n de compréhensi on non phi l osophi que aut ant
que de compréhensi on phi l osophi que. C’est pourquoi l a phi l osophi e
a un rapport essent i el avec l es non phi l osophes, et s’adresse aussi à eux.
Il peut même arri ver qu’i l s ai ent une compréhensi on di rect e
de l a phi l osophi e sans passer par l a compréhensi on phi l osophi que.
Le st yl e en phi l osophi e est t endu vers ces t roi s pôl es, l e concept
ou de nouvel l es mani ères de penser, l e percept ou de nouvel l es mani ères
de voi r et d’ent endre, l ’af f ect ou de nouvel l es mani ères d’éprouver.
C’est l a t ri ni t é phi l osophi que, l a phi l osophi e comme opéra:
i l f aut l es t roi s pour f ai re l e mouvement .
❝Chaque anneau ou pl at eau doi t donc
dresser une cart e de ci rconst ances,
c’est pourquoi chacun a une dat e,
une dat e fict i ve, et aussi une i l l ust rat i on,
une i mage.
P
P2 2 3 -2 2 4
P4 0
❝Je n’ai j amai s ét é t ouché par l e dépassement
de l a mét aphysi que ou l a mort de l a phi l osophi e,
et l e renoncement au Tout , à l ’Un, au suj et , j e n’en ai j amai s
f ai t un drame. Je n’ai pas rompu avec une sort e
d’empi ri sme, qui procède à une exposi t i on di rect e
des concept s. Je ne sui s pas passé par l a st ruct ure,
ni par l a l i ngui st i que ou l a psychanal yse, par l a sci ence
ou même par l ’hi st oi re, parce que j e croi s que
l a phi l osophi e a son mat éri au brut qui l ui permet d’ent rer
dans des rel at i ons ext éri eures, d’aut ant pl us nécessai res,
avec ces aut res di sci pl i nes.
P1 2 2
1
ÉVÉNEMENT
❝Je ne croi s pas que l es médi as ai ent beaucoup de ressources ou
de vocat i on pour sai si r un événement . D’abord i l s mont rent souvent l e début
ou l a fin, t andi s qu’un événement même bref, même i nst ant ané,
se cont i nue. Ensui t e i l s veul ent du spect acul ai re, t andi s que l ’événement
est i nséparabl e de t emps mort s. Ce n’est même pas qu’i l y ai t des t emps
mort s avant et après l ’événement , l e t emps mort est dans l ’événement ,
par exempl e l ’i nst ant de l ’acci dent l e pl us brut al se conf ond avec
l ’i mmensi t é du t emps vi de où on l e voi t arri ver, spect at eur de ce qui n’est
pas encore, dans un t rès l ong suspens.
❝C’est l ’art , pas l es médi as, qui peut sai si r l ’événement : par exempl e,
l e ci néma sai si t l ’événement , avec Ozu, avec Ant oni oni . Mai s, j ust ement ,
l e t emps mort n’est pas chez eux ent re deux événement s, i l est dans
l ’événement même, i l en f ai t l ’épai sseur.
❝Si l a bat ai l l e n’est pas un exempl e d’événement parmi d’aut res,
mai s l ’Événement dans son essence, c’est sans dout e parce qu’el l e
s’ef f ect ue de beaucoup de mani ères à l a f oi s, et que chaque part i ci pant
peut l a sai si r à un ni veau d’ef f ect uat i on dans son présent vari abl e…
La bat ai l l e survol e son propre champ, neut re par rapport à t out es
ses ef f ect uat i ons t emporel l es, neut re et i mpassi bl e par rapport
aux vai nqueurs et aux vai ncus, par rapport aux l âches et aux braves,
d’aut ant pl us t erri bl e pour cel a, j amai s présent e, t ouj ours encore à veni r
et déj à passée… C’est pourquoi l e sol dat se voi t f ui r quand i l f ui t ,
et bondi r quand i l bondi t , dét ermi né à consi dérer chaque ef f ect uat i on
t emporel l e du haut de l a véri t é ét ernel l e de l ’événement qui s’i ncarne
en el l e, et , hél as, dans sa propre chai r.
P2 1 7
P2 1 8
LS 1 2 2
P1 9 4
D8 1
QLP1 5 1
P4 0
D7 9
❝Dans t ous mes l i vres,
j ’ai cherché l a nat ure de
l ’événement
[…]
.
❝Fai re un événement , si pet i t soi t -i l ,
l a chose l a pl us dél i cat e du monde,
l e cont rai re de f ai re un drame,
ou de f ai re une hi st oi re.
❝Non pas voul oi r ce qui arri ve, avec
cet t e f ausse vol ont é qui se pl ai nt
et se déf end, et se perd en mi mi que,
mai s port er l a pl ai nt e et l a f ureur
au poi nt où el l es se ret ournent cont re
ce qui arri ve, pour dresser l ’événement ,
l e dégager, l ’ext rai re dans l e concept
vi vant . Deveni r di gne de l ’événement ,
l a phi l osophi e n’a pas d’aut re but
[…]
.
❝Pour nous, l e concept doi t di re
l ’événement , et non pl us l ’essence.

L’événement est t ouj ours produi t par des corps qui s’ent rechoquent ,
se coupent ou se pénèt rent , l a chai r et l ’épée; mai s cet ef f et l ui -même
n’est pas de l ’ordre des corps, bat ai l l e i mpassi bl e, i ncorporel l e,
i mpénét rabl e, qui surpl ombe son propre accompl i ssement et domi ne
son ef f ect uat i on. On n’a j amai s cessé de demander : où est l a bat ai l l e?
Où est l ’événement , en quoi consi st e un événement : chacun pose
cet t e quest i on en courant , «où est l a pri se de l a Bast i l l e?»,
t out événement est un broui l l ard de gout t es. Si l es i nfini t i f s «mouri r »,
«ai mer », «bouger », «souri re», et c., sont des événement s, c’est
parce qu’i l y a en eux une part que l eur accompl i ssement ne suf fit pas
à réal i ser, un deveni r en l ui -même qui ne cesse à l a f oi s de
nous at t endre et de nous précéder comme une t roi si ème personne
de l ’i nfini t i f, une quat ri ème personne du si ngul i er.
2
SENTIR
❝L’événement l e pl us
ordi nai re f ai t de nous
un voyant .
❝Il f aut port er chaque f acul t é au poi nt
ext rême de son dérègl ement …
Nous demandons par exempl e: qu’est -ce
qui f orce l a sensi bi l i t é à sent i r ?
et qu’est -ce qui ne peut êt re que sent i ?
et qui est l ’i nsensi bl e en même t emps ?
❝La l i t t érat ure apparaît comme une ent repri se de sant é: non pas que
l ’écri vai n ai t f orcément une grande sant é, mai s i l j oui t d’une i rrési st i bl e
pet i t e sant é qui vi ent de ce qu’i l a vu et ent endu des choses t rop grandes
pour l ui , t rop f ort es pour l ui , i rrespi rabl es, dont l e passage l ’épui se,
en l ui donnant pourt ant des deveni rs qu’une grosse sant é domi nant e
rendrai t i mpossi bl e. De ce qu’i l a vu et ent endu, l ’écri vai n revi ent l es yeux
rouges et l es t ympans percés.
P2 1 8
DR1 8 6
CC1 4
P7 4 ❝Mai nt enant supposez qu’un personnage se t rouve dans une si t uat i on,
quot i di enne ou ext raordi nai re, qui déborde t out e act i on possi bl e
ou l e l ai sse sans réact i on. C’est t rop f ort , ou t rop doul oureux, t rop beau.
Le l i en sensori -mot eur est bri sé. Il n’est pl us dans une si t uat i on sensori -
mot ri ce, mai s dans une si t uat i on opt i que et sonore pure. C’est un aut re t ype
d’i mage. Soi t l ’ét rangère dans St rombol i : el l e passe par l a pêche au t hon,
l ’agoni e du t hon, pui s l ’érupt i on du vol can. El l e n’a pas de réact i on pour
cel a, pas de réponse, c’est t rop i nt ense: «Je sui s fini e, j ’ai peur,
quel myst ère, quel l e beaut é, mon Di eu…»
[…]
C’est cel a, j e croi s, l a grande
i nvent i on du néo-réal i sme: on ne croi t pl us t el l ement aux possi bi l i t és d’agi r
sur des si t uat i ons, ou de réagi r à des si t uat i ons, et pourt ant on n’est pas
du t out passi f, on sai si t ou on révèl e quel que chose d’i nt ol érabl e,
d’i nsupport abl e, même dans l a vi e l a pl us quot i di enne. C’est un ci néma
de Voyant .
3
DEVENIR
❝On n’est pas dans
l e monde, on devi ent
avec l e monde
[…]
.
❝La j eune fil l e et l ’enf ant ne devi ennent
pas, c’est l e deveni r l ui -même qui est
enf ant ou j eune fil l e.
❝Aucun art n’est i mi t at i f, ne peut -êt re
i mi t at i f ou figurat i f : supposons
qu’un pei nt re «représent e» un oi seau;
en f ai t , c’est un deveni r-oi seau qui
ne peut se f ai re que dans l a mesure
où l ’oi seau est l ui -même en t rai n
de deveni r aut re chose, pure l i gne
et pure coul eur.
❝Qui n’a connu l a vi ol ence de ces séquences ani mal es,
qui l ’arrachent à l ’humani t é ne serai t -ce qu’un i nst ant ,
et l ui f ont grat t er son pai n comme un rongeur
ou l ui donnent l es yeux j aunes d’un f él i n? Terri bl e i nvol ut i on
qui nous appel l e vers des deveni rs i nouïs.
❝Al ors on est comme l ’herbe: on a f ai t du monde,
de t out l e monde un deveni r, parce qu’on a f ai t un monde
nécessai rement communi cant , parce qu’on a suppri mé
de soi t out ce qui nous empêchai t de nous gl i sser ent re
l es choses, de pousser au mi l i eu des choses.
QLP1 6 0
MP3 4 0
MP3 7 4
MP2 9 4
MP3 4 3 -3 4 4
D9
D8 -9
QLP1 0 5
MP3 6 7
❝Les deveni rs, c’est l e pl us
i mpercept i bl e, ce sont
des act es qui ne peuvent
êt re cont enus que dans
une vi e et expri més dans
un st yl e.
❝La guêpe et l ’orchi dée donnent l ’exempl e. L’orchi dée a l ’ai r de f ormer
une i mage de guêpe, mai s en f ai t i l y a un deveni r-guêpe de l ’orchi dée,
un deveni r-orchi dée de l a guêpe, une doubl e capt ure pui sque «ce que»
chacun devi ent ne change pas moi ns que «cel ui qui » devi ent .
La guêpe devi ent part i e de l ’apparei l de reproduct i on de l ’orchi dée,
en même t emps que l ’orchi dée devi ent organe sexuel pour l a guêpe.
❝Le penseur n’est pas acéphal e, aphasi que ou anal phabèt e, mai s l e devi ent .
Il devi ent Indi en, n’en fini t pas de deveni r, peut -êt re «pour que» l ’Indi en
qui est Indi en devi enne l ui -même aut re chose et s’arrache à son agoni e.
On pense et on écri t pour l es ani maux mêmes. On devi ent ani mal pour que
l ’ani mal aussi devi enne aut re chose. L’agoni e d’un rat ou l ’exécut i on
d’un veau rest ent présent es dans l a pensée, non par pi t i é, mai s comme
l a zone d’échange ent re l ’homme et l ’ani mal , où quel que chose de l ’un passe
dans l ’aut re. C’est l e rapport const i t ut i f de l a phi l osophi e avec l a non-
phi l osophi e.
❝Or quel l e est l ’af f ai re de l a musi que, quel est son cont enu
i ndi ssoci abl e de l ’expressi on sonore? C’est di f fici l e à di re,
mai s c’est quel que chose comme: un enf ant meurt ,
un enf ant j oue, une f emme naît , une f emme meurt , un oi seau
arri ve, un oi seau s’en va. Nous voul ons di re qu’i l n’y a pas
l à des t hèmes acci dent el s de l a musi que
[…]
quel que chose
d’essent i el . Pourquoi un enf ant , une f emme, un oi seau?
C’est parce que l ’expressi on musi cal e est i nséparabl e
d’un deveni r-f emme, d’un deveni r-enf ant , d’un deveni r-
ani mal qui const i t uent son cont enu.
4
LIGNES
❝La premi ère sort e de l i gne qui nous compose est
segment ai re, à segment ari t é dure (ou pl ut ôt i l y a déj à
beaucoup de l i gnes de cet t e sort e) ; l a f ami l l e-l a prof essi on;
l e t ravai l -l es vacances ; l a f ami l l e-et pui s l ’écol e-et pui s
l ’armée-et pui s l ’usi ne-et pui s l a ret rai t e.
[…]
Bref t out es
sort es de segment s bi en dét ermi nés qui nous découpent
en t ous sens, des paquet s de l i gnes segment ari sées.
[…]
En même t emps, nous avons des l i gnes de segment ari t é
beaucoup pl us soupl es, en quel que sort e mol écul ai res.
[…]
El l es t racent de pet i t es modi ficat i ons, el l es f ont
des dét ours, el l es esqui ssent des chut es ou des él ans.
[…]
Mai s pl ut ôt que des l i gnes mol ai res à segment s, ce sont
des flux mol écul ai res à seui l s ou quant a.
[…]
Il se passe
beaucoup de choses sur cet t e seconde sort e de l i gne,
des deveni rs, des mi cro-deveni rs, qui n’ont pas l e même
ryt hme que not re «hi st oi re».
[…]
Un mét i er, c’est un segment
dur, mai s aussi qu’est -ce qui passe l à-dessous,
quel l es connexi ons, quel l es at t i rances et répul si ons
qui ne coïnci dent pas avec l es segment s, quel l es f ol i es
secrèt es et pourt ant en rapport avec l es pui ssances
publ i ques.
[…]
En même t emps encore, i l y a comme une t roi si ème sort e
de l i gne, cel l e-l à encore pl us ét range: comme si quel que
chose nous emport ai t , à t ravers nos segment s, mai s aussi
à t ravers nos seui l s, vers une dest i nat i on i nconnue,
pas prévi si bl e, pas préexi st ant e. Cet t e l i gne est si mpl e,
abst rai t e, et pourt ant c’est l a pl us compl i quée de t out es,
l a pl us t ort ueuse: c’est l a l i gne de gravi t é ou de cél éri t é,
c’est l a l i gne de f ui t e et de pl us grande pent e.
D1 5 1 -1 5 2
D1 5 1
D8 9
D1 6 5
❝Indi vi dus ou groupes,
nous sommes f ai t s de
l i gnes, et ces l i gnes sont
de nat ure t rès di verse.
❝Tout ce qui devi ent est
une pure l i gne, qui cesse
de représent er quoi que
ce soi t .
❝Troi s l i gnes, dont l ’une
serai t comme l a l i gne
nomade, l ’aut re, mi grant e,
l ’aut re sédent ai re
[…]
.
5
LIGNES DE FUITE
❝Il y a non seul ement d’ét ranges voyages en vi l l e, mai s des voyages
sur pl ace: nous ne pensons pas aux drogués, dont l ’expéri ence est t rop
ambi guë, mai s pl ut ôt aux véri t abl es nomades. C’est à propos de
ces nomades qu’on peut di re, comme suggère Toynbee: i l s ne bougent pas.
Il s sont nomades à f orce de ne pas bouger, de ne pas mi grer, de t eni r
un espace l i sse qu’i l s ref usent de qui t t er, et qu’i l s ne qui t t ent
que pour conquéri r et mouri r. Voyage sur pl ace, c’est l e nom de t out es
l es i nt ensi t és.
MP6 0 2
MP2 5 0
D6 0
MP4 7 2 -4 7 3
D1 6 4
❝À chaque moment ,
qu’est -ce qui f ui t dans
une soci ét é?
❝La grande erreur, l a seul e erreur, serai t
de croi re qu’une l i gne de f ui t e consi st e
à f ui r l a vi e; l a f ui t e dans l ’i magi nai re,
ou dans l ’art . Mai s f ui r au cont rai re,
c’est produi re du réel , créer de l a vi e,
t rouver une arme.❞
D 6 0
❝Al ors que l e mi grant qui t t e un mi l i eu devenu amorphe
ou i ngrat , l e nomade est cel ui qui ne part pas, ne veut pas
part i r, s’accroche à cet espace l i sse où l a f orêt recul e,
où l a st eppe ou l e désert croi ssent , et i nvent e l e nomadi sme
comme réponse à ce défi. Bi en sûr, l e nomade bouge,
mai s i l est assi s, i l n’est j amai s assi s que quand i l bouge
(l e Bédoui n au gal op, à genoux sur l a sel l e, assi s
sur l a pl ant e de ses pi eds ret ournés, «prouesse
d’équi l i bre»). Le nomade sai t at t endre, et a une pat i ence
i nfini e.
❝Nous di sons pl ut ôt que, dans une soci ét é, t out f ui t , et
qu’une soci ét é se défini t par ses l i gnes de f ui t e qui af f ect ent
des masses de t out e nat ure (encore une f oi s «masse»
est une not i on mol écul ai re).
[…]
Les grandes avent ures
géographi ques de l ’hi st oi re sont des l i gnes de f ui t e,
c’est -à-di re de l ongues marches, à pi ed, à cheval
ou en bat eau: cel l e des Hébreux dans l e désert ,
cel l e de Genséri c l e Vandal e t raversant l a Médi t erranée,
cel l e des nomades à t ravers l a st eppe, l a l ongue marche
des Chi noi s – c’est t ouj ours sur une l i gne de f ui t e
qu’on crée, cert es pas parce qu’on i magi ne ou qu’on rêve,
mai s au cont rai re parce qu’on y t race du réel ,
et que l ’on y compose un pl an de consi st ance.
Fui r, mai s en f uyant chercher une arme.❞
D 1 6 4
6
DÉSIR

[…]
au l i eu de part i ci per à une ent repri se
de l i bérat i on ef f ect i ve, l a psychanal yse
prend part à l ’œuvre de répressi on
bourgeoi se l a pl us général e, cel l e
qui a consi st é à mai nt eni r l ’humani t é
européenne sous l e j oug de papa-maman,
et à ne pas en fi ni r avec ce probl ème-l à.
❝Les pauvres ou l es dépossédés
[…]
savent qu’i l s sont proches de l ’herbe,
et que l e dési r a «besoi n» de peu de choses, non pas ces choses
qu’ on l eur l ai sse, mai s ces choses mêmes dont on ne cesse de
l es déposséder
[…]
. Les révol ut i onnai res, l es art i st es et l es voyant s
se cont ent ent d’êt re obj ect i f s, ri en qu’obj ect i f s : i l s savent que l e dési r
ét rei nt l a vi e avec une pui ssance product ri ce, et l a reprodui t d’une f açon
d’aut ant pl us i nt ense qu’i l a peu de besoi n
[…]
.
❝Chaque f oi s que l e dési r est t rahi , maudi t , arraché
à son champ d’i mmanence, i l y a un prêt re l à-dessous.
Le prêt re a l ancé l a t ri pl e mal édi ct i on sur l e dési r :
cel l e de l a l oi négat i ve, cel l e de l a règl e ext ri nsèque,
cel l e de l ’i déal t ranscendant . Tourné vers l e nord,
l e prêt re a di t : Dési r est manque (comment ne manquerai t -i l
pas de ce qu’i l dési re?).
[…]
Pui s, t ourné vers l e sud, l e prêt re
a rapport é l e dési r au pl ai si r. Car i l y a des prêt res
hédoni st es et même orgast i ques.
[…]
Le pl ai si r-décharge:
l e prêt re opère l e second sacri fice nommé mast urbat i on.
Pui s, t ourné vers l ’est , i l s’écri e: Joui ssance est i mpossi bl e,
mai s l ’i mpossi bl e j oui ssance est i nscri t e dans l e dési r.
Car t el est l ’Idéal , en son i mpossi bi l i t é même, «l e manque-à-
j oui r qu’est l a vi e».
[…]
La figure l a pl us récent e du prêt re
est l e psychanal yst e avec ses t roi s pri nci pes, Pl ai si r,
Mort et Réal i t é.
❝Part out des machi nes product ri ces ou dési rant es, l es machi nes
schi zophrènes, t out e l a vi e généri que: moi et non-moi , ext éri eur et i nt éri eur
ne veul ent pl us ri en di re.
❝Cont re l a psychanal yse nous n’avons di t que deux choses :
el l e casse t out es l es product i ons de dési r, el l e écrase
t out es l es f ormat i ons d’énoncés.
A-Œ5 9
A-Œ3 4 -3 5
MP1 9 1 -1 9 2
A-Œ8
D9 5
D9 5 ❝Le dési r ne manque
de ri en…
7
CORPS
SANS ORGANES
❝Est -ce si t ri st e et dangereux de ne pl us
support er l es yeux pour voi r, l es poumons
pour respi rer, l a bouche pour aval er,
l a l angue pour parl er, l e cer veau pour
penser, l ’anus et l e l arynx, l a t êt e
et l es j ambes ? Pourquoi pas marcher
sur l a t êt e, chant er avec l es si nus,
voi r avec l a peau, respi rer avec l e vent re
[…]
.
❝Là où l a psychanal yse di t : Arrêt ez, ret rouvez vot re moi , i l f audrai t di re:
Al l ons encore pl us l oi n, nous n’avons pas encore t rouvé not re CsO,
pas assez déf ai t not re moi .
❝De même que vous ne savez pas ce que
peut un corps, de même qu’i l y a beaucoup
de choses dans l e corps que vous
ne connai ssez pas, qui dépassent
vot re connai ssance, de même i l y a dans
l ’âme beaucoup de choses qui dépassent
vot re consci ence. Voi l à l a quest i on:
qu’est -ce que peut un corps ?
de quel s af f ect s êt es-vous capabl es ?
Expéri ment ez, mai s i l f aut beaucoup
de prudence pour expéri ment er.
❝Déf ai re l ’organi sme n’a j amai s ét é
se t uer, mai s ouvri r l e corps
à des connexi ons qui supposent
t out un agencement , des ci rcui t s,
des conj onct i ons, des ét agement s
et des seui l s, des passages
et des di st ri but i ons d’i nt ensi t é,
des t erri t oi res et des dét erri t ori al i sat i ons
mesurées à l a mani ère d’un arpent eur.
MP1 8 7
MP1 8 7
D7 5 -7 6
MP1 9 8
D1 7 3
D8 0
FB3 3
❝Il y a dési r dès qu’i l y a
machi ne ou «corps sans
organes ».
❝Nous vi vons ent re deux dangers : l ’ét ernel gémi ssement de not re corps,
qui t rouve t ouj ours un corps acéré qui l e coupe, un corps t rop gros
qui l e pénèt re et l ’ét ouf f e, un corps i ndi gest e qui l ’empoi sonne, un meubl e
qui l e cogne, un mi crobe qui l ui f ai t un bout on; mai s aussi l ’hi st ri oni sme
de ceux qui mi ment un événement pur et l e t ransf orment en f ant asme,
et qui chant ent l ’angoi sse, l a fini t ude, l a cast rat i on.
[…]
Ent re l es cri s
de l a doul eur physi que et l es chant s de l a souf f rance mét aphysi que,
comment t racer son mi nce chemi n st oïci en, qui consi st e à êt re di gne
de ce qui arri ve, à dégager quel que chose de gai et d’amoureux
dans ce qui arri ve, une l ueur, une rencont re, un événement , une vi t esse,
un deveni r ?
❝Tout e une vi e non organi que, car l ’organi sme n’est pas l a vi e, i l l ’empri sonne.
[…]
Aussi l a sensat i on, quand el l e at t ei nt l e corps à t ravers l ’organi sme,
prend-el l e une al l ure excessi ve et spasmodi que, el l e rompt l es bornes
de l ’act i vi t é organi que. En pl ei ne chai r, el l e est di rect ement port ée
sur l ’onde ner veuse ou l ’émot i on vi t al e… Cont rai rement à une pei nt ure
mi sérabi l i st e qui pei nt des bout s d’organes, Bacon n’a cessé de pei ndre
des corps sans organes, l e f ai t i nt ensi f du corps.
8
VISAGE

[…]
nous croyons que
l e vi sage est un produi t ,
et que t out es l es soci ét és
ne produi sent pas
du vi sage, mai s que
cert ai nes ont besoi n
d’en produi re. Dans quel s
cas et pourquoi ?
❝Pas un vi sage qui n’envel oppe un paysage
i nconnu, i nexpl oré, pas de paysage
qui ne se peupl e d’un vi sage ai mé ou rêvé,
qui ne dével oppe un vi sage à veni r
ou déj à passé. Quel vi sage n’a pas appel é
l es paysages qu’i l amal gamai t , l a mer
et l a mont agne, quel paysage n’a pas
évoqué l e vi sage qui l ’aurai t compl ét é,
qui l ui aurai t f ourni l e compl ément
i nat t endu de ses l i gnes et de ses t rai t s ?
P4 0
MP2 1 2
D5 9
IM1 2 7
MP1 0 7
IM1 4 1
MP2 0 9
❝Ton secret , on l e voi t t ouj ours sur
t on vi sage et dans t on œi l . Perds l e vi sage.

[…]
comment déf ai re l e vi sage, en l i bérant en nous l es t êt es
chercheuses qui t racent des l i gnes de deveni r ? Comment
passer l e mur, en évi t ant de rebondi r sur l ui , en arri ère,
ou d’êt re écrasés ? Comment sort i r du t rou noi r, au l i eu
de t ournoyer au f ond, quel l es part i cul es f ai re sort i r du t rou
noi r ? Comment bri ser même not re amour pour deveni r enfin
capabl e d’ai mer ? Comment deveni r i mpercept i bl e?
❝Á un vi sage, i l y a l i eu de poser deux sort es de quest i ons sui vant
l es ci rconst ances : à quoi penses-t u ? Ou bi en : qu’est -ce qui t e prend,
qu’est -ce que t u as, qu’est -ce que t u sens ou ressens ?
[…]
En t ant qu’i l pense
à quel que chose, l e vi sage vaut surt out par son cont our envel oppant ,
son uni t é réfléchi ssant e qui él ève à soi t out es l es part i es. Tant ôt ,
au cont rai re, i l éprouve ou ressent quel que chose, et vaut al ors par l a séri e
i nt ensi ve que ses part i es t raversent successi vement j usqu’à un paroxysme,
chaque part i e prenant une sort e d’i ndépendance moment anée.
❝Nudi t é du vi sage pl us grande que
cel l e des corps, i nhumani t é pl us grande
que cel l e des bêt es.

[…]
t aches de rousseur qui fil ent à l ’hori zon, cheveux
emport és par l e vent , yeux qu’on t raverse au l i eu
de s’y regarder, ou de l es regarder dans l e morne f ace-à-f ace
des subj ect i vi t és si gni fiant es.
9
ÉNONCER
❝Gagner du t emps, et pui s peut -êt re
renoncer, ou at t endre. Nécessi t é
de ne pas avoi r l e cont rôl e de l a l angue,
d’êt re un ét ranger dans sa propre
l angue, pour t i rer l a parol e à soi
et «met t re au monde quel que chose
d’i ncompréhensi bl e».
❝Le l angage ne se cont ent e pas d’al l er d’un premi er
à un second, de quel qu’un qui a vu à quel qu’un qui n’a pas vu,
mai s va nécessai rement d’un second à un t roi si ème,
ni l ’un ni l ’aut re n’ayant vu. C’est en ce sens que l e l angage
est t ransmi ssi on du mot f onct i onnant comme mot d’ordre,
et non communi cat i on d’un si gne comme i nf ormat i on.
❝Écri re, c’est peut -êt re amener au j our cet agencement
de l ’i nconsci ent , sél ect i onner l es voi x chuchot ant es,
convoquer l es t ri bus et l es i di omes secret s, d’où j ’ext rai s
quel que chose que j ’appel l e Moi . JE est un mot d’ordre.
MP4 6 8 -4 6 9
MP9 7
MP1 0 7
MP9 7
MP1 3 9
MP9 6
MP1 0 0
MP9 6
❝Il y a beaucoup de passi ons
dans une passi on, et t out es
sort es de voi x dans
une voi x, t out e une rumeur,
gl ossol al i e: c’est pourquoi
t out di scours est i ndi rect .
❝Il y a des mot s de passe sous l es mot s
d’ordre. Des mot s qui serai ent comme
de passage, des composant es de passage,
t andi s que l es mot s d’ordre marquent
des arrêt s, des composi t i ons st rat i fiées,
organi sées. La même chose, l e même mot ,
a sans dout e cet t e doubl e nat ure: i l f aut
ext rai re l ’une de l ’aut re – t ransf ormer
l es composi t i ons d’ordre en composant es
de passages.
❝Le l angage n’est même pas f ai t pour êt re cru,
mai s pour obéi r et f ai re obéi r.
[…]
On s’en aperçoi t dans
l es communi qués de pol i ce ou de gouvernement ,
qui se souci ent peu de vrai sembl ance ou de véraci t é,
mai s qui di sent t rès bi en ce qui doi t êt re obser vé et ret enu.
❝Il n’y a pas d’énoncé qui ne présent e ce l i en, di rect ement
ou i ndi rect ement . Une quest i on, une promesse,
sont des mot s d’ordre. Les mot s d’ordre ne renvoi ent donc
pas seul ement à des commandement s, mai s à t ous l es act es
qui sont l i és à des énoncés par une «obl i gat i on soci al e».
❝Le l angage n’est pas l a vi e, i l donne
des ordres à l a vi e; l a vi e ne parl e pas,
el l e écout e et at t end.
10
TERRITOIRES
❝Le t erri t oi re, c’est d’abord l a di st ance
cri t i que ent re deux êt res de même espèce:
marquer ses di st ances. Ce qui est mi en,
c’est d’abord ma di st ance, j e ne possède
que des di st ances.
[…]
Au besoi n, j e prendrai
mon t erri t oi re sur mon propre corps,
j e t erri t ori al i se mon corps : l a mai son
de l a t ort ue, l ’ermi t age du crust acé,
mai s aussi t ous l es t at ouages qui f ont
du corps un t erri t oi re.
MP3 9 3
MP3 8 2 -3 8 3
I.
❝Un enf ant dans l e noi r, sai si par l a peur, se rassure
en chant onnant . Il marche, s’arrêt e au gré de sa chanson.
Perdu, i l s’abri t e comme i l peut , ou s’ori ent e t ant bi en
que mal avec sa pet i t e chanson. Cel l e-ci est comme
l ’esqui sse d’un cent re st abl e et cal me, st abi l i sant
et cal mant , au sei n du chaos.
[…]
II.
❝Mai nt enant , au cont rai re, on est chez soi . Mai s l e chez-soi
ne préexi st e pas : i l a f al l u t racer un cercl e aut our du cent re
f ragi l e et i ncert ai n, organi ser un espace l i mi t é.
[…]
Voi l à que
l es f orces du chaos sont t enues à l ’ext éri eur aut ant
qu’i l est possi bl e, et l ’espace i nt éri eur prot ège l es f orces
germi nat i ves d’une t âche à rempl i r, d’une œuvre à f ai re.
[…]
Or l es composant es vocal es, sonores, sont t rès i mport ant es.
[…]
Un enf ant chant onne pour recuei l l i r en soi l es f orces
du t ravai l scol ai re à f ourni r. Une ménagère chant onne,
ou met l a radi o, en même t emps qu’el l e dresse l es f orces
ant i -chaos de son ouvrage.
[…]
III.
❝Mai nt enant enfin, on ent rouvre l e cercl e, on l ’ouvre,
on l ai sse ent rer quel qu’un, on appel l e quel qu’un, ou bi en
l ’on va soi -même au-dehors, on s’él ance. On n’ouvre pas
l e cercl e du côt é où se pressent l es anci ennes f orces
du chaos, mai s dans une aut re régi on, créée par l e cercl e
l ui -même. Comme si l e cercl e t endai t l ui -même à s’ouvri r
sur un f ut ur, en f onct i on des f orces en œuvre qu’i l abri t e.
Et cet t e f oi s, c’est pour rej oi ndre des f orces de l ’aveni r,
des f orces cosmi ques. On s’él ance, on ri sque une
i mprovi sat i on. Mai s i mprovi ser, c’est rej oi ndre l e Monde,
ou se conf ondre avec l ui . On sort de chez soi au fil
d’une chansonnet t e.
[…]
❝Ce ne sont pas t roi s moment s successi f s dans une évol ut i on.
Ce sont t roi s aspect s sur une seul e et même chose,
l a Ri t ournel l e.
11
PENSER
❝L’i mpui ssance à penser
[…]
appart i ent à l a pensée, si bi en
que nous devons en f ai re not re mani ère de penser, sans
prét endre rest aurer une pensée t out e-pui ssant e. Nous
devons pl ut ôt nous ser vi r de cet t e i mpui ssance pour croi re à
l a vi e, et t rouver l ’i dent i t é de l a pensée et de l a vi e
[…]
.
❝Penser, c’est créer, i l n’y a pas d’aut re créat i on, mai s créer,
c’est d’abord engendrer «penser » dans l a pensée.
❝C’est l e cer veau qui pense et non l ’homme, l ’homme ét ant
seul ement une cri st al l i sat i on cérébral e. On parl era
du cer veau comme Cézanne du paysage : l ’homme absent ,
mai s t out ent i er dans l e cer veau…
❝Met t re l a pensée en rapport i mmédi at avec l e dehors,
avec l es f orces du dehors, bref f ai re de l a pensée
une machi ne de guerre
[…]
.
❝En véri t é, l es concept s ne dési gnent j amai s que des possi bi l i t és.
Il l eur manque une gri f f e, qui serai t cel l e de l a nécessi t é absol ue,
c’est -à-di re d’une vi ol ence ori gi nel l e f ai t e à l a pensée, d’une ét ranget é,
d’une i ni mi t i é qui seul e l a sort i rai t de sa st upeur nat urel l e ou de
son ét ernel l e possi bi l i t é : t ant i l n’y a de pensée qu’i nvol ont ai re, susci t ée,
cont rai nt e dans l a pensée, d’aut ant pl us nécessai re absol ument
qu’el l e naît , par ef f ract i on, du f ort ui t dans l e monde. Ce qui est premi er
dans l a pensée, c’est l ’ef f ract i on, l a vi ol ence, c’est l ’ennemi .
[…]
IT2 2 1
DR1 9 2
QLP1 9 7 -1 9 8
MP4 6 7
DR1 8 1
P1 2 9
MP4 6 7
P1 4 1
DR1 8 8
❝La l ogi que d’une pensée
est comme un vent qui
nous pousse dans l e dos,
une séri e de raf al es
et de secousses.
❝Tout e pensée est déj à une t ri bu,
l e cont rai re d’un Ét at .
❝On reconnaît vol ont i ers qu’i l y a du danger
dans l es exerci ces physi ques ext rêmes,
mai s l a pensée aussi est un exerci ce
ext rême et raréfié. Dès qu’on pense,
on af f ront e nécessai rement une l i gne
où se j ouent l a vi e et l a mort , l a rai son
et l a f ol i e, et cet t e l i gne vous ent raîne.
On ne peut penser que sur cet t e l i gne
de sorci ère, ét ant di t qu’on n’est pas
f orcément perdant , qu’on n’est pas
f orcément condamné à l a f ol i e ou à l a mort .
❝De l ’i nt ensi f à l a pensée, c’est t ouj ours
par une i nt ensi t é que l a pensée nous
advi ent .
12
RÉSISTER
❝Nous ne manquons pas de communi cat i on,
au cont rai re nous en avons t rop, nous
manquons de créat i on. Nous manquons
de rési st ance au présent .
❝Qu’est -ce qu’un cri i ndépendamment
de l a popul at i on qu’i l appel l e
ou qu’i l prend à t émoi n?
❝La hont e d’êt re un homme, nous ne l ’éprouvons pas seul ement dans
l es si t uat i ons ext rêmes décri t es par Pri mo Levi , mai s dans des condi t i ons
i nsi gni fiant es, devant l a bassesse et l a vul gari t é d’exi st ence qui hant ent
l es démocrat i es, devant l a propagat i on de ces modes d’exi st ence
et de pensée-pour-l e-marché, devant l es val eurs, l es i déaux et l es opi ni ons
de not re époque. L’i gnomi ni e des possi bi l i t és de vi e qui nous sont of f ert es
apparaît du dedans. Nous ne nous sent ons pas hors de not re époque,
au cont rai re nous ne cessons de passer avec el l e des compromi s hont eux.
Ce sent i ment de hont e est un des pl us pui ssant s mot i f s de l a phi l osophi e.
Nous ne sommes pas responsabl es des vi ct i mes, mai s devant l es vi ct i mes.
Et i l n’y a pas d’aut re moyen que de f ai re l ’ani mal (grogner, f oui r, ri caner,
se convul ser) pour échapper à l ’i gnobl e : l a pensée même est par f oi s pl us
proche d’un ani mal qui meurt que d’un homme vi vant , même démocrat e.
❝Croi re au monde, c’est ce qui nous manque l e pl us ; nous avons t out à f ai t
perdu l e monde, on nous en a dépossédé. Croi re au monde, c’est aussi bi en
susci t er des événement s même pet i t s qui échappent au cont rôl e, ou f ai re
naît re de nouveaux espaces-t emps, même de sur f ace ou de vol ume
rédui t s.
[…]
C’est au ni veau de chaque t ent at i ve que se j ugent l a capaci t é
de rési st ance ou au cont rai re l a soumi ssi on à un cont rôl e.
❝L’art i st e ou l e phi l osophe sont bi en i ncapabl es de créer un peupl e,
i l s ne peuvent que l ’appel er, de t out es l eurs f orces. Un peupl e
ne peut se créer que dans des souf f rances abomi nabl es, et ne peut pas
pl us s’occuper d’art ou de phi l osophi e. Mai s l es l i vres
de phi l osophi e et l es œuvres d’art cont i ennent aussi l eur somme
i ni magi nabl e de souf f rance qui f ai t pressent i r l ’avènement
d’un peupl e. Il s ont en commun de rési st er, rési st er à l a mort ,
à l a ser vi t ude, à l ’i nt ol érabl e, à l a hont e, au présent .❞
QLP 1 0 5
QLP1 0 4
MP2 9 3
QLP1 0 3
P2 3 9
QLP1 0 5
ID2 9 1 ❝Ce syst ème où nous
vi vons ne peut ri en
support er : d’où sa f ragi l i t é
radi cal e en chaque poi nt ,
en même t emps que
sa f orce de répressi on
gl obal e.
13
CRÉER
❝La créat i on se f ai t dans des goul ot s
d’ét rangl ement . Même dans une l angue
donnée, même en f rançai s par exempl e,
une nouvel l e synt axe est une l angue
ét rangère dans l a l angue. Si un créat eur
n’est pas pri s à l a gorge par un ensembl e
d’i mpossi bi l i t és, ce n’est pas un créat eur.
Un créat eur est quel qu’un qui crée
ses propres i mpossi bi l i t és, et qui crée
du possi bl e en même t emps.
P1 8 2
P1 8 2
P1 9 6
QLP1 9 1 -1 9 2
P1 9 5 -1 9 6
❝Il f aut parl er de l a créat i on
comme t raçant son chemi n
ent re des i mpossi bi l i t és.
❝Créer n’est pas communi quer, mai s
rési st er. Il y a un l i en prof ond ent re
l es si gnes, l ’événement , l a vi e, l e vi t al i sme.
C’est l a pui ssance d’une vi e non organi que,
cel l e qu’i l peut y avoi r dans une l i gne
de dessi n, d’écri t ure ou de musi que.
Ce sont l es organi smes qui meurent ,
pas l a vi e. Il n’y a pas d’œuvre qui n’i ndi que
une i ssue à l a vi e, qui ne t race un chemi n
ent re l es pavés.
❝On di rai t que l a l ut t e cont re l e chaos ne va pas sans af fini t é avec l ’ennemi ,
parce qu’une aut re l ut t e se dével oppe et prend pl us d’i mport ance, cont re
l ’ opi ni on qui prét endai t pourt ant nous prot éger du chaos l ui -même.
[…]
Le pei nt re ne pei nt pas sur une t oi l e vi erge, ni l ’écri vai n n’écri t sur
une page bl anche, mai s l a t oi l e ou l a page sont déj à t el l ement couvert es
de cl i chés préexi st ant s, préét abl i s, qu’i l f aut d’abord ef f acer, net t oyer,
l ami ner, même déchi quet er pour f ai re passer un courant d’ai r i ssu
du chaos qui nous apport e l a vi si on.
❝Les si gnes renvoi ent à des modes de vi e, à des possi bi l i t és d’exi st ence,
ce sont l es sympt ômes d’une vi e j ai l l i ssant e ou épui sée. Mai s un art i st e
ne peut pas se cont ent er d’une vi e épui sée, ni d’une vi e personnel l e.
On n’écri t pas avec son moi , sa mémoi re et ses mal adi es. Dans l ’act e
d’écri re, i l y a l a t ent at i ve de f ai re de l a vi e quel que chose de pl us
que personnel , de l i bérer l a vi e de ce qui l ’empri sonne. L’art i st e
ou l e phi l osophe ont souvent une pet i t e sant é f ragi l e, un organi sme f ai bl e,
un équi l i bre mal assuré
[…]
. Mai s ce n’est pas l a mort qui l es bri se,
c’est pl ut ôt l ’excès de vi e qu’i l s ont vu, éprouvé, pensé.
❝N’ét ant pas une pui ssance, l a phi l osophi e ne peut pas
engager de bat ai l l es avec l es pui ssances, el l e mène
en revanche une guerre sans bat ai l l e, une guéri l l a cont re
el l es. Et el l e ne peut pas parl er avec el l es, el l e n’a ri en
à l eur di re, ri en à communi quer, et mène seul ement
des pourparl ers. Comme l es pui ssances ne se cont ent ent
pas d’êt re ext éri eures, mai s aussi passent en chacun
de nous, c’est chacun de nous qui se t rouve sans cesse
en pourparl ers et en guéri l l a avec l ui -même, grâce
à l a phi l osophi e.
❝Moi ns l es gens prennent l a pensée
au séri eux, pl us i l s pensent conf ormément
à ce qu’un Ét at veut . En ef f et , quel homme
d’Ét at n’a pas rêvé de cet t e t out e pet i t e
chose i mpossi bl e, êt re un penseur ?
P4 8 -4 9
P4
e
Couv.
MP4 6 6

Créer de nouveau
qui ai ent une néc
ça a t ouj ours ét é
de l a phi l osophi e
c’est pl ei n d’une f
pol i t i que et de l i b
ux concept s
cessi t é,
l a t âche
.
[…]
Un concept ,
f orce cri t i que,
bert é.
ntituzt tr
so· ouvrt
❝À l a Li bérat i on, on rest ai t bi zarrement coi ncé dans l ’hi st oi re de l a phi l osophi e.
Si mpl ement on ent rai t dans Hegel , Husserl et Hei degger ; nous nous préci pi t i ons comme
de j eunes chi ens dans une scol ast i que pi re qu’au Moyen Âge. Heureusement i l y avai t
Sart re.
[…]
Rest e que j e ne me sent ai s pas d’at t rai t pour l ’exi st ent i al i sme à cet t e époque,
ni pour l a phénoménol ogi e, j e ne sai s vrai ment pas pourquoi , mai s c’ét ai t déj à
de l ’hi st oi re quand on y arri vai t , t rop de mét hode, d’i mi t at i on, de comment ai re et
d’i nt erprét at i on, sauf par Sart re.❞
D1 8 -1 9
1953 Premi er ouvrage Empirisme et subject ivit é ❝Si vous voul ez m’appl i quer l es cri t ères
bi bl i ographi e-bi ographi e, j e voi s que j ’ai écri t mon premi er l i vre assez t ôt , et pui s pl us
ri en pendant hui t ans.
[…]
C’est comme un t rou dans ma vi e, un t rou de hui t ans. C’est cel a
qui me sembl e i nt éressant dans l es vi es, l es t rous qu’el l es comport ent , l es l acunes,
par f oi s dramat i ques, mai s par f oi s même pas. Des cat al epsi es ou des espèces
de somnambul i sme sur pl usi eurs années, l a pl upart des vi es en comport ent . C’est peut -
êt re dans ces t rous que se f ai t l e mouvement .❞
P1 8 8 -1 8 9
1962 Niet zsche et la philosophie ❝J’ai commencé par des l i vres d’hi st oi re de l a phi l osophi e,
mai s t ous l es aut eurs dont j e me sui s occupé avai ent pour moi quel que chose de commun.
Et t out t endai t vers l a grande i dent i t é Spi noza-Ni et zsche. L’hi st oi re de l a phi l osophi e
n’est pas une di sci pl i ne part i cul i èrement réflexi ve. C’est pl ut ôt comme l ’art du port rai t
en pei nt ure. Ce sont des port rai t s ment aux, concept uel s.❞
P1 8 5 -1 8 6
1964 Proust et les signes
1966 Le bergsonisme ❝Hume, Bergson, Proust m’i nt éressent t ant parce qu’i l y a chez eux
de prof onds él ément s pour une nouvel l e i mage de l a pensée. Il y a quel que chose
d’ext raordi nai re dans l a mani ère dont i l s nous di sent : penser ne si gni fie pas
ce que vous croyez.❞
ID1 9 3
1967 Présent at ion de Sacher Masoch ❝Ce qui me pl ai sai t chez Masoch et Sade, c’ét ai t
l eur concept i on t out à f ai t t ordue du cont rat sel on Masoch, de l ’i nst i t ut i on sel on Sade,
rapport és à l a sexual i t é.❞
P2 2 9
1968 Spinoza et le problème de l’expression ❝C’est sur Spi noza que j ’ai t ravai l l é l e pl us séri eusement
d’après l es normes de l ’hi st oi re de l a phi l osophi e, mai s c’est l ui qui m’a f ai t l e pl us l ’ef f et
d’un courant d’ai r qui vous pousse dans l e dos chaque f oi s que vous l e l i sez, d’un bal ai
de sorci ère qu’i l vous f ai t enf ourcher.❞
D2 2
❝Ensui t e, j ’avai s payé mes det t es, Ni et zsche et Spi noza m’avai ent acqui t t é. Et j ’ai écri t
des l i vres davant age pour mon compt e.❞
D2 2 -2 3
❝J’ai donc commencé à f ai re deux l i vres en ce sens vagabond, Di f f érence et répét i t i on,
Logi que du sens. Je ne me f ai s pas d’i l l usi on: c’est encore pl ei n d’un apparei l
uni versi t ai re, c’est l ourd, mai s i l y a quel que chose que j ’essai e de secouer, de f ai re
bouger en moi , t rai t er l ’écri t ure comme un flux, pas comme un code.❞
P1 6
1969 Différence et répét it ion
1969 Logique du sens
❝Et pui s i l y a eu ma rencont re avec Fél i x Guat t ari , l a mani ère dont nous nous
sommes ent endus, compl ét és, dépersonnal i sés l ’un dans l ’aut re, si ngul ari sés
l ’un par l ’aut re, bref, ai més. Ça a donné L’ Ant i -Œdi pe. ❞
P1 6
❝Une phi l osophi e,
ce f ut donc pour moi comme une seconde péri ode qui n’aurai t j amai s commencé
et about i sans Fél i x.❞
P1 8 7
❝À deux, nous voudri ons êt re l ’Humpt y Dumpt y
ou l es Laurel et Hardy de l a phi l osophi e.❞
DRF
1972 L’Ant i-Œdipe – Capit alisme et schizophrénie 1 avec Fél i x Guat t ari
❝L’ Ant i -Œdi pe, c’est une rupt ure qui se f ai t t out e seul e, à part i r de deux t hèmes :
l ’i nconsci ent n’est pas un t héât re, mai s une usi ne, une machi ne à produi re; l ’i nconsci ent
ne dél i re pas sur papa-maman, i l dél i re sur l es races, l es t ri bus, l es cont i nent s, l ’hi st oi re
et l a géographi e, t ouj ours un champ soci al .❞
P1 9 7
1975 Kafka, pour une lit t ér at ure mineure avec Fél i x Guat t ari
1977 Dialogues avec Cl ai re Parnet
1980 Mille plat eaux– Capit alisme et schizophrénie 2 avec Fél i x Guat t ari
❝Les concept s, ce sont des si ngul ari t és qui réagi ssent sur l a vi e ordi nai re, sur l es flux
de pensée ordi nai res ou quot i di ens. Il y a beaucoup d’essai s de concept s dans
Mi l l e Pl at eaux: rhi zome, espace l i sse, heccéi t é, deveni r-ani mal , machi ne abst rai t e,
di agramme, et c. Guat t ari i nvent e beaucoup de concept s, et j ’ai l a même concept i on
de l a phi l osophi e.❞
DRF
❝Ensui t e, supposons que ce soi t une t roi si ème péri ode où i l s’agi t pour moi de pei nt ure
et de ci néma, d’i mages en apparence. Mai s ce sont des l i vres de phi l osophi e.
C’est que l e concept , j e croi s, comport e deux aut res di mensi ons, cel l e du percept
et de l ’af f ect .❞
P1 8 7
1981 Fr ancis Bacon : logique de la sensat ion
1983 Cinéma 1 – L’image-mouvement
1985 Cinéma 2 – L’image-t emps ❝Le ci néma procède à un aut o-mouvement de l ’i mage, et même
à une aut o-t emporal i sat i on: c’est ça l a base, et ce sont l es deux aspect s que j ’ai essayé
d’ét udi er. Mai s j ust ement , qu’est -ce que l e ci néma va ai nsi nous révél er de l ’espace
et du t emps, que l es aut res art s ne nous révèl ent pas ?❞
P8 3
1986 Foucault ❝Quand quel qu’un meurt qu’on ai me et qu’on admi re, on a par f oi s besoi n
de f ai re un dessi n de l ui . Pas pour l e gl ori fier, encore moi ns pour l e déf endre,
pas pour l a mémoi re, mai s pl ut ôt pour en t i rer cet t e ressembl ance ul t i me qui ne peut
veni r que de sa mort , et qui f ai t di re «c’est l ui ».❞
P1 3 9
1988 Le Pli – Leibniz et le baroque ❝Il y a pourt ant une uni t é concrèt e du concept , une opérat i on
ou const ruct i on qui se reprodui t sur ce pl an, l e Pl i , l es pl i s de l a t erre, l es pl i s
des organi smes, l es pl i s dans l ’âme. Tout se pl i e, se dépl i e, se repl i e chez Lei bni z
[…]
.❞
P 2 1 1
1990 Pour parlers
1991 Qu’est -ce que la philosophie ? avec Fél i x Guat t ari
❝Peut -êt re ne peut -on poser l a quest i on Qu’ est -ce que l a phi l osophi e? que t ard, quand
vi ent l a vi ei l l esse, et l ’heure de parl er concrèt ement
[…]
C’est une quest i on qu’on pose
dans une agi t at i on di scrèt e, à mi nui t , quand on a pl us ri en à demander. Auparavant
on l a posai t , on ne cessai t pas de l a poser, mai s c’ét ai t t rop i ndi rect ou obl i que,
t rop art i fici el , t rop abst rai t , et on l ’exposai t , on l a domi nai t en passant pl us qu’on n’ét ai t
happé par el l e
[…]
On n’avai t pas at t ei nt à ce poi nt de non-st yl e où l ’on peut di re enfin:
mai s qu’est -ce que c’ét ai t , ce que j ’ai f ai t t out e ma vi e?❞
QLP 7
1993 Crit ique et clinique
1996 Abécédaire vi déo avec Cl ai re Parnet
2002 L’île déser t e et aut res t ext es
2003 Deux régimes de fous
DR
LS
FB
P
CC
ID
DRF
A-Œ
MP
QLP
Ouvrages de Del euze
Empirisme et subject ivit é. Essai sur la nat ure humaine selon Hume Pur, Paris, so,, [réed. coll. «Épimét hée », soss. Isbn a-s,-o+s:oo-x].
Niet z sche et la philosophie Pur, Paris, sooa [réed. coll. «Quadrige », soo:.Isbn a-s,-o+s,,a-s].
La Philosophie crit ique de Kant Pur, Paris, soo, [réed. coll. «Quadrige », soo:.Isbn a-s,-o+soo,-o].
Proust et les signes Pur, Paris, soo+ [réed. coll. «Quadrige », Paris, sooo.Isbn a-s,-o+:s,s-s].
Niet z sche Pur, Paris, soo, [réed. coll. «Philosophes », sooo.Isbn a-s,-o+,so,-o].
Le Bergsonisme Pur, Paris, sooo [réed. coll. «Quadrige », soos.Isbn a-s,-o+s,,s-,].
Présent at ion de Sacher-Masoch. La Vénus à la fourrure Éd. de Minuit , coll. «Argument s », Paris, soo:.Isbn a-:o:,-o,,a-s
Différence et répét it ion Pur, Paris, soos [réed. coll. «Épimét hée », sooo.Isbn a-s,-o+,,so-o].
Spinoz a et le problème de l’ex pression Éd. de Minuit , coll. «Argument s », Paris, sooo.Isbn a-:o:,-ooo:-s
Logique du sens Éd. de Minuit , coll. «Crit ique », Paris, sooo.Isbn a-:o:,-os,a-,
Francis Bacon : logique de la sensat ion Éd. de la Différence, Paris, soss [réed. Éd. du Seuil, coll. «L’Ordre philosophique », Paris, aooa.Isbn a-oa-o,oos+-o].
L’Image-mouvement . Cinéma 1 Éd. de Minuit , Paris, soss [réed. coll. «Crit ique », sos,.Isbn a-:o:,-oo,o-a].
L’Image-t emps. Cinéma 2 Éd. de Minuit , Paris, sos, [réed. coll. «Crit ique », sos,.Isbn a-:o:,-so+:-o].
Foucault Éd. de Minuit , coll. «Crit ique », Paris, soso.Isbn a-:o:,-soso-:
Périclès et Verdi. La philosophie de François Chât elet Éd. de Minuit , Paris, soss [réed coll. «Essais », sooo.Isbn a-:o:,-sss:-s].
Le Pli. Leibniz et le baroque Éd. de Minuit , coll. «Crit ique », Paris, soss.Isbn a-:o:,-sssa-o
Pourparlers Éd. de Minuit , Paris, sooo [réed. coll. «Reprise », aoo,.Isbn a-:o:,-ss+a-o].
L’épuisé (in Becket t , S., Quad ; Trio du Fant ôme ; Que nuages), Éd. de Minuit , Paris, sooa.Isbn a-:o:,-s,so-o
Crit ique et clinique Éd. de Minuit , coll. «Par adoxe », Paris, soo,.Isbn a-:o:,-s+,,-o
L’île désert e et aut res t ex t es. Tex t es et ent ret iens, - Éd. de Minuit , coll. «Par adoxe », Paris, aooa.Isbn a-:o:,-s:os-o
Deux régimes de fous. Tex t es et ent ret iens - Éd. de Minuit , coll. «Par adoxe », Paris, aoo,.Isbn a-:o:,-ss,+-,
Avec Félix Guattari
L’Ant i-Œdipe. Capit alisme et schiz ophrénie  Éd. de Minuit , coll. «Crit ique », Paris, so:,.Isbn a-:o:,-ooo:-,
Kafk a, pour une lit t érat ure mineure Éd. de Minuit , coll. «Crit ique », Paris, so:,.Isbn a-:o:,-oo,s-o
Mille plat eaux . Capit alisme et schiz ophrénie  Éd. de Minuit , coll. «Crit ique », Paris, soso.Isbn a-:o:,-o,o:-o
Qu’est -ce que la philosophie ? Éd. de Minuit , coll. «Crit ique », Paris, soos.Isbn a-:o:,-s,so-o
Avec Carmelo Bene
Superposit ions Éd. de Minuit , Paris, so:o.Isbn a-:o:,-oa,a-x
Do cuments audiovisuels
Abécédaire (avec C. Par net ), Édit ions Mont par nasse, Paris, aoos. asi·: oo,ooo:,oo
[réalisat ion : P.-A. Bout ang ; dist ribut ion : Buena Vist a Home Ent er t ainment ]
Spinoz a, immort alit é et ét ernit é, Gallimard, coll. «À voix haut e », Paris, aoos. rtr: toooosczcw
Dans Ant hologie sonore de la pensée française, Frémeaux et associés/ Ina, Paris, aoo,.
rtr: ra,oo, [coffret o cn + livret ]
— «Ar t ifice et sociét é dans l’œuvre de Hume » (so,o)
— «Le Dieu de Spinoza » (sooo)
— «Le t r avail de l’affect dans l’Ét hique de Spinoza » (so:s)
DR
LS
FB
P
CC
ID
DRF
A-Œ
MP
QLP
D
Ouvrages de Del euze
Empirisme et subject ivit é. Essai sur la nat ure humaine selon Hume Pur, Paris, so,, [réed. coll. «Épimét hée », soss. Isbn a-s,-o+s:oo-x].
Niet z sche et la philosophie Pur, Paris, sooa [réed. coll. «Quadrige », soo:.Isbn a-s,-o+s,,a-s].
La Philosophie crit ique de Kant Pur, Paris, soo, [réed. coll. «Quadrige », soo:.Isbn a-s,-o+soo,-o].
Proust et les signes Pur, Paris, soo+ [réed. coll. «Quadrige », Paris, sooo.Isbn a-s,-o+:s,s-s].
Niet z sche Pur, Paris, soo, [réed. coll. «Philosophes », sooo.Isbn a-s,-o+,so,-o].
Le Bergsonisme Pur, Paris, sooo [réed. coll. «Quadrige », soos.Isbn a-s,-o+s,,s-,].
Présent at ion de Sacher-Masoch. La Vénus à la fourrure Éd. de Minuit , coll. «Argument s », Paris, soo:.Isbn a-:o:,-o,,a-s
Différence et répét it ion Pur, Paris, soos [réed. coll. «Épimét hée », sooo.Isbn a-s,-o+,,so-o].
Spinoz a et le problème de l’ex pression Éd. de Minuit , coll. «Argument s », Paris, sooo.Isbn a-:o:,-ooo:-s
Logique du sens Éd. de Minuit , coll. «Crit ique », Paris, sooo.Isbn a-:o:,-os,a-,
Francis Bacon : logique de la sensat ion Éd. de la Différence, Paris, soss [réed. Éd. du Seuil, coll. «L’Ordre philosophique », Paris, aooa.Isbn a-oa-o,oos+-o].
L’Image-mouvement . Cinéma 1 Éd. de Minuit , Paris, soss [réed. coll. «Crit ique », sos,.Isbn a-:o:,-oo,o-a].
L’Image-t emps. Cinéma 2 Éd. de Minuit , Paris, sos, [réed. coll. «Crit ique », sos,.Isbn a-:o:,-so+:-o].
Foucault Éd. de Minuit , coll. «Crit ique », Paris, soso.Isbn a-:o:,-soso-:
Périclès et Verdi. La philosophie de François Chât elet Éd. de Minuit , Paris, soss [réed coll. «Essais », sooo.Isbn a-:o:,-sss:-s].
Le Pli. Leibniz et le baroque Éd. de Minuit , coll. «Crit ique », Paris, soss.Isbn a-:o:,-sssa-o
Pourparlers Éd. de Minuit , Paris, sooo [réed. coll. «Reprise », aoo,.Isbn a-:o:,-ss+a-o].
L’épuisé (in Becket t , S., Quad ; Trio du Fant ôme ; Que nuages), Éd. de Minuit , Paris, sooa.Isbn a-:o:,-s,so-o
Crit ique et clinique Éd. de Minuit , coll. «Par adoxe », Paris, soo,.Isbn a-:o:,-s+,,-o
L’île désert e et aut res t ex t es. Tex t es et ent ret iens, - Éd. de Minuit , coll. «Par adoxe », Paris, aooa.Isbn a-:o:,-s:os-o
Deux régimes de fous. Tex t es et ent ret iens - Éd. de Minuit , coll. «Par adoxe », Paris, aoo,.Isbn a-:o:,-ss,+-,
Avec Félix Guattari
L’Ant i-Œdipe. Capit alisme et schiz ophrénie  Éd. de Minuit , coll. «Crit ique », Paris, so:,.Isbn a-:o:,-ooo:-,
Kafk a, pour une lit t érat ure mineure Éd. de Minuit , coll. «Crit ique », Paris, so:,.Isbn a-:o:,-oo,s-o
Mille plat eaux . Capit alisme et schiz ophrénie  Éd. de Minuit , coll. «Crit ique », Paris, soso.Isbn a-:o:,-o,o:-o
Qu’est -ce que la philosophie ? Éd. de Minuit , coll. «Crit ique », Paris, soos.Isbn a-:o:,-s,so-o
Avec Claire Parnet
Dialogues Flammarion, coll. «Dialogues », Paris, so::.Isbn a-os-ass:os-+ [réed. coll. «Champs », sooo,
post face inédit e de Deleuze.Isbn a-os-oss,+,-o]
Avec Carmelo Bene
Superposit ions Éd. de Minuit , Paris, so:o.Isbn a-:o:,-oa,a-x
Do cuments audiovisuels
Abécédaire (avec C. Par net ), Édit ions Mont par nasse, Paris, aoos. asi·: oo,ooo:,oo
[réalisat ion : P.-A. Bout ang ; dist ribut ion : Buena Vist a Home Ent er t ainment ]
Spinoz a, immort alit é et ét ernit é, Gallimard, coll. «À voix haut e », Paris, aoos. rtr: toooosczcw
Dans Ant hologie sonore de la pensée française, Frémeaux et associés/ Ina, Paris, aoo,.
rtr: ra,oo, [coffret o cn + livret ]
— «Ar t ifice et sociét é dans l’œuvre de Hume » (so,o)
— «Le Dieu de Spinoza » (sooo)
— «Le t r avail de l’affect dans l’Ét hique de Spinoza » (so:s)
Ouvrages sur Del euze
Ouvrages sur Del euze
(Nous n’avons pas ret enu les innombr ables et parfois excellent es ét udes en langue ét r angère sur l’aut eur)
Aiiitz É. (dir.), Gilles Deleuz e. Une vie philosophique, les Empêcheurs de penser en rond, coll. «Les empêcheurs de penser en rond »,
Paris, soos.Isbn a-s+,a+-oaa-o
——, La Signat ure du monde ou Qu’est -ce que la philosophie de Deleuz e et Guat t ari ?, Cerf, coll. «Passages », Paris, soo,.Isbn a-ao+-o+:a:-o
——, Deleuz e, philosophie virt uelle, les Empêcheurs de penser en rond, coll. «Les empêcheurs de penser en rond », Paris, sooo.Isbn a-oosooa-:s-+
A·ro·ioii M., Deleuz e et l’hist oire de la philosophie. De la philosophie comme science rigoureuse, Éd. Kimé, coll. «Philosophie,
épist émologie », Paris, sooo.Isbn a-s+s:+-s::-x
Baniou A., Gilles Deleuz e. La clameur de l’êt re, Hachet t e Lit t ér at ures, coll. «Coup double », Paris, soo:.Isbn a-os-a,,aaa-:
Btautarit Y. (dir.), Tombeau de Gilles Deleuz e, Mille sources, Paris, aooo.Isbn a-ooo:++-so-:
Btrot· V., L’ont ologie de Gilles Deleuz e, L’Har mat t an, coll. «La philosophie en commun », Paris, aoos.Isbn a-:+:,-o,os-+
Bu·nt·s M., Sahara, l’est hét ique de Gilles Deleuz e, Vrin, coll. «Pour demain », Paris, sooo.Isbn a-:sso-so,o-o
Duxo·cti J.-C., Le pendule du doct eur Deleuz e. Une int roduct ion à l’ant i-Œdipe, Epel, coll. «Cahiers de l’Unebévue », Paris, sooo.Isbn a-ooss,,-+s-o
Fanit O., Engel L. (dir.), Le cinéma selon Deleuz e, Presses de la Sorbonne nouvelle, Paris, soo:.Isbn a-s:s,+-s+,-x
Guaia·ni A., Deleuz e, Belles let t res, coll. «Figures du savoir », Paris, soos.Isbn a-a,s-:ooss-,
Híxt nt Lacorrt S., Deleuz e, philosophie et cinéma, L’Har mat t an, coll. «L’ar t en bref », Paris, aoos.Isbn a-:+:,-oss:-o
Marrari P, Gilles Deleuz e, cinéma et philosophie, Pur, coll. «Philosophies », Paris, aoo,.Isbn a-s,-o,a++,-,
Marri· J.-C., Variat ions. La philosophie de Gilles Deleuz e, Payot , coll. «Bibliot hèque scient ifique », Paris, soo,.Isbn a-aas-sso+o-s
Mt·out P., Gilles Deleuz e ou Le syst ème du mult iple, Éd. Kimé, coll. «Philosophie, épist émologie », Paris, soo,.Isbn a-s+s:+-ooo-,
——, Deleuz e et la quest ion de la démocrat ie, L’Har mat t an, coll. «Ouver t ure philosophique », Paris, aoo,.Isbn a-:+:,-+,,a-,
Scntrtr R., Regards sur Deleuz e, Éd. Kimé, coll. «Philosophie, épist émologie », Paris, soos.Isbn a-s+s:+-sao-x
Srt·otrs I., Verst r aet en P. (eds), Gilles Deleuz e, Vrin, coll. «Annales de l’Inst it ut de philosophie de l’Universit é de Br uxelles »,
Paris, soos.Isbn a-:sso-s,o+-x
Viiia·i A., La guêpe et l’orchidée. Essai sur Gilles Deleuz e, Belin, coll. «L’Ext rême cont empor ain », Paris, sooo.Isbn a-:oss-ao:o-,
Zouraticnviii F., Deleuz e. Une philosophie de l’événement , Pur, coll. «Philosophies », Paris, sooo.Isbn a-s,-o+o,+,-o
——, Le Vocabulaire de Deleuz e, Ellipses, Paris, aoo,.Isbn a-:aos-saos-s
Pri nci paux art i cl es consacrés à Del euze
Baniou A., «Gilles Deleuze : Le Pli – Leibniz et le baroque », Annuaire philosophique : soss-soso, Le Seuil, coll. «L’Ordre philosophique »,
Paris, soso.Isbn a-oa-oss,os-s
Do·ztior J., «Une ant i-sociologie », Esprit , décembre so:a.
Foucauir M., «Theat r um philosophicum », Crit ique, novembre so:o.
L·orarn J.-F., «Le capit alisme énergumène », Crit ique, novembre so:a.
Mauzi R., «Les complexes et les signes », Crit ique, novembre sooo.
Ratoui· D., «Ent re Deleuze et Foucault : penser le désir », Crit ique, juin-juillet aooo.Isbn a-:o:,-s:s+-+
Viiia·i A., «Géogr aphie physique de Mille plat eaux », Crit ique, avril sos,.
Revues (numéros spéci aux)
L’ARC, «Deleuze », nº +o, so:a [réed. Duponchelle, soso].
Magaz ine lit t éraire, «Gilles Deleuze : un philosophe nomade », nº ass, sept embre soss.
Philosophie, «Deleuze », nº +:, Éd. de Minuit , soo,.
Rue Descart es, «Gilles Deleuze, immanence et vie », nº ao, Pur, Paris, soos.Isbn a-s,-o+oass-,
T héorie-lit t érat ure-enseignement , «Deleuze-chant ier », nº so, Puv, aoos.Isbn a-s+aoa-sos-s
Magaz ine lit t éraire, «L’effet Deleuze », nº +oo, février aooa.
Del euze-web
www.webdeleuze.com
Ce sit e, crée par R. Pinhas, propose un gr and nombre de cours de Deleuze, professés dans les années so:o-so, sous for me de t ext e.
Ouvrages sur Del euze
Ouvrages sur Del euze
(Nous n’avons pas ret enu les innombr ables et parfois excellent es ét udes en langue ét r angère sur l’aut eur)
Aiiitz É. (dir.), Gilles Deleuz e. Une vie philosophique, les Empêcheurs de penser en rond, coll. «Les empêcheurs de penser en rond »,
Paris, soos.Isbn a-s+,a+-oaa-o
——, La Signat ure du monde ou Qu’est -ce que la philosophie de Deleuz e et Guat t ari ?, Cerf, coll. «Passages », Paris, soo,.Isbn a-ao+-o+:a:-o
——, Deleuz e, philosophie virt uelle, les Empêcheurs de penser en rond, coll. «Les empêcheurs de penser en rond », Paris, sooo.Isbn a-oosooa-:s-+
A·ro·ioii M., Deleuz e et l’hist oire de la philosophie. De la philosophie comme science rigoureuse, Éd. Kimé, coll. «Philosophie,
épist émologie », Paris, sooo.Isbn a-s+s:+-s::-x
Baniou A., Gilles Deleuz e. La clameur de l’êt re, Hachet t e Lit t ér at ures, coll. «Coup double », Paris, soo:.Isbn a-os-a,,aaa-:
Btautarit Y. (dir.), Tombeau de Gilles Deleuz e, Mille sources, Paris, aooo.Isbn a-ooo:++-so-:
Btrot· V., L’ont ologie de Gilles Deleuz e, L’Har mat t an, coll. «La philosophie en commun », Paris, aoos.Isbn a-:+:,-o,os-+
Bu·nt·s M., Sahara, l’est hét ique de Gilles Deleuz e, Vrin, coll. «Pour demain », Paris, sooo.Isbn a-:sso-so,o-o
Duxo·cti J.-C., Le pendule du doct eur Deleuz e. Une int roduct ion à l’ant i-Œdipe, Epel, coll. «Cahiers de l’Unebévue », Paris, sooo.Isbn a-ooss,,-+s-o
Fanit O., Engel L. (dir.), Le cinéma selon Deleuz e, Presses de la Sorbonne nouvelle, Paris, soo:.Isbn a-s:s,+-s+,-x
Guaia·ni A., Deleuz e, Belles let t res, coll. «Figures du savoir », Paris, soos.Isbn a-a,s-:ooss-,
Híxt nt Lacorrt S., Deleuz e, philosophie et cinéma, L’Har mat t an, coll. «L’ar t en bref », Paris, aoos.Isbn a-:+:,-oss:-o
Marrari P, Gilles Deleuz e, cinéma et philosophie, Pur, coll. «Philosophies », Paris, aoo,.Isbn a-s,-o,a++,-,
Marri· J.-C., Variat ions. La philosophie de Gilles Deleuz e, Payot , coll. «Bibliot hèque scient ifique », Paris, soo,.Isbn a-aas-sso+o-s
Mt·out P., Gilles Deleuz e ou Le syst ème du mult iple, Éd. Kimé, coll. «Philosophie, épist émologie », Paris, soo,.Isbn a-s+s:+-ooo-,
——, Deleuz e et la quest ion de la démocrat ie, L’Har mat t an, coll. «Ouver t ure philosophique », Paris, aoo,.Isbn a-:+:,-+,,a-,
Scntrtr R., Regards sur Deleuz e, Éd. Kimé, coll. «Philosophie, épist émologie », Paris, soos.Isbn a-s+s:+-sao-x
Srt·otrs I., Verst r aet en P. (eds), Gilles Deleuz e, Vrin, coll. «Annales de l’Inst it ut de philosophie de l’Universit é de Br uxelles »,
Paris, soos.Isbn a-:sso-s,o+-x
Viiia·i A., La guêpe et l’orchidée. Essai sur Gilles Deleuz e, Belin, coll. «L’Ext rême cont empor ain », Paris, sooo.Isbn a-:oss-ao:o-,
Zouraticnviii F., Deleuz e. Une philosophie de l’événement , Pur, coll. «Philosophies », Paris, sooo.Isbn a-s,-o+o,+,-o
——, Le Vocabulaire de Deleuz e, Ellipses, Paris, aoo,.Isbn a-:aos-saos-s
Pri nci paux art i cl es consacrés à Del euze
Baniou A., «Gilles Deleuze : Le Pli – Leibniz et le baroque », Annuaire philosophique : soss-soso, Le Seuil, coll. «L’Ordre philosophique »,
Paris, soso.Isbn a-oa-oss,os-s
Do·ztior J., «Une ant i-sociologie », Esprit , décembre so:a.
Foucauir M., «Theat r um philosophicum », Crit ique, novembre so:o.
L·orarn J.-F., «Le capit alisme énergumène », Crit ique, novembre so:a.
Mauzi R., «Les complexes et les signes », Crit ique, novembre sooo.
Ratoui· D., «Ent re Deleuze et Foucault : penser le désir », Crit ique, juin-juillet aooo.Isbn a-:o:,-s:s+-+
Viiia·i A., «Géogr aphie physique de Mille plat eaux », Crit ique, avril sos,.
Revues (numéros spéci aux)
L’ARC, «Deleuze », nº +o, so:a [réed. Duponchelle, soso].
Magaz ine lit t éraire, «Gilles Deleuze : un philosophe nomade », nº ass, sept embre soss.
Philosophie, «Deleuze », nº +:, Éd. de Minuit , soo,.
Rue Descart es, «Gilles Deleuze, immanence et vie », nº ao, Pur, Paris, soos.Isbn a-s,-o+oass-,
T héorie-lit t érat ure-enseignement , «Deleuze-chant ier », nº so, Puv, aoos.Isbn a-s+aoa-sos-s
Magaz ine lit t éraire, «L’effet Deleuze », nº +oo, février aooa.
Del euze-web
www.webdeleuze.com
Ce sit e, crée par R. Pinhas, propose un gr and nombre de cours de Deleuze, professés dans les années so:o-so, sous for me de t ext e.
Titres disponibles
André Breton
Architecture en France
Balzac
La Bande dessinée en France
Berlioz écrivain
Chateaubriand
Le Cinéma français
Claude Simon
Cinquante ans de philosophie française
1. Les années cinquante/épuisé
2. Les années structure, Les années révolte
3. Traverses
4. Actualité de la philosophie française
Des poètes français contemporains
Écrivains voyageurs
L’Essai
L’État
France – Allemagne
La France de la technologie
Georges Bernanos
Henri Michaux
Histoire ≥ historiens en France depuis 1945
Hugo
Islam, la part de l’universel
Johannesburg 2002, Sommet mondial
du développement durable
Julien Gracq
Lévi-Strauss
Lire la science
Louis Aragon
Musiques en France
Nathalie Sarraute
La Nouvelle française contemporaine
La Nouvelle médecine française
Photographie en France, 1970-1995
Romain Gary
Le Roman français contemporain
Sciences humaines et sociales en France
Sport et Littérature
Stéphane Mallarmé
Le Théâtre français
Théâtre français contemporain
Le Tour en toutes lettres
Voltaire
À paraître
France-Arabies
George Sand
Marcel Proust
Oulipo
Les textes publiés dans ce livret
et les idées qui peuvent s’y exprimer
n’engagent que la responsabilité
de leurs auteurs et ne représentent
en aucun cas une position
o|cielle du ministère des A{aires
étrangères.
Ce livre est édité par l’∏dpf association pour la di{usion
de la pensée française• Il est dessiné par SpMillot, Paris,
et fabriqué par Cent pages en septembre 2003. Il est imprimé
à 12500 exemplaires, sur Zanders Zeta velin nature et gris 80,
et Zanders Zeta martelé nature 150 pour la couverture.
Les textes sont composés en Architype Renner et
Monotype Dante.
Crédits iconographiques
Première de couverture: ©B. de Monès, 1988 Double page
d’entrée: ©B. de Monès, 1988 Événement: ©L’Illustration/
Keystone Sentir: Ingrid Bergman dans Stromboli de Roberto
Rossellini ©Collection Cahiers du Cinéma Devenir: Paul Klee,
Die Zwitsher-maschine ©Akg Paris. Coll. Museum of Modern Art,
New York Lignes: H. ©Zepha Hoaqui B. Anna Karina et Jean-Paul
Belmondo dans Pierrot le fou de Jean-Luc Godard ©Bifi,
P. Georges, Périphéria production Lignes de fuite: H. ©LL-Violet
B. ©R. Depardon/Magnum ©LL-Violet Désir: Laurel et Hardy
dans La Maison à construire de Leo McCarey ©Collection
Cahiers du Cinéma Corps sans organes: Francis Bacon Turning
Figure, 1962 ©A. R. Zepka ©Mnam, Bibliothèque Stravinsky
Énoncer: Gilles Deleuze à l’Université de Vincennes, 1975
©H. Gloaguen/Rapho Résister: ©M. Monteaux, 2003 Créer:
Gilles Deleuze à Big Sur ©J.-J. Lebel Deleuze et son œuvre:
Gilles Deleuze et Félix Guattari ©Fonds Félix Guattari/Archives
Imec © Portrait de Gilles Deleuze ©M. Tournier © Félix Guattari
©Frilet/Sipa © «Abécédaire de Gilles Deleuze» ©Sodaperaga
Productions/ C. Parnet, P.-A. Boutang

GILLES DELEUZE

P52

❝LES NOMS PROPRES DÉSIGNENT DES FORCES, DES ÉVÉNEMENTS, DES MOUVEMENTS ET DES MOBILES, DES VENTS, DES TYPHONS, DES MALADIES, DES LIEUX ET DES MOMENTS, BIEN AVANT DE DÉSIGNER DES PERSONNES. ❞

Jean Hippolyte. n’a jamais adhéré au parti communiste. Fréquente La Fortelle. Signes particuliers : voyage peu. Projet de travail en commun. Olivier Revault d’Allones. Maurice de Gandillac) . n’a pas répudié Mai 68. 1957-1960 Assistant à la Sorbonne.❞ GILLES DELEUZE Se donne la mort à Paris le 4 novembre 1995. Louis-le-Grand. Professeurs principaux : Ferdinand Alquié. 1969 Thèse principale. en histoire de la philosophie.❝Naissance à Paris. Claude Lanzmann. Jean Paulhan. Spinoza et le problème de l’expression (directeur. 1969 Rencontre avec Félix Guattari. 1948 Agrégation de philosophie 1948-1957 Professeur de philosophie aux lycées d’Amiens. 1960-1964 Attaché de recherche Cnrs. 1987 Prend sa retraite. Lanza del Vasto. Jacques Lacan. d’Orléans. un château où Marie-Madeleine Davy organisait des rencontres entre intellectuels et écrivains à la Libération: le père Fessard. 1962 Rencontre avec Michel Foucault à Clermont-Ferrand. n’a pas renoncé à Marx. n’a jamais été phénoménologue ni heideggerien. 1944-1948 Études de philosophie à la Sorbonne où il connaît François Châtelet. Différence et répétition (directeur. Études secondaires au Lycée Carnot. Maurice de Gandillac. Georges Canguilhem. 1964-1969 Chargé d’enseignement à la Faculté de Lyon. 1969 Professeur à Paris VIII-Vincennes dont Michel Foucault vient de partir et où il retrouve François Châtelet. . thèse secondaire. Michel Butor. chez Jules Vuillemin. Après 1969 Activités gauchistes ordinaires. Pierre Klossowski. Ferdinand Alquié). le 18 janvier 1925. Michel Tournier.

Beaucoup d’autres propositions étaient possibles qui n’auraient en rien ressemblé à celle-ci. il l’est d’autant plus que l’œuvre de Deleuze est d’une richesse considérable. de plusieurs manières. c’est plutôt que sa rigueur s’exerce précisément à travers cette circulation ouverte d’un concept à un autre. de manière suivie ou discontinue. comme on veut. L’arbitraire est encore présent d’une autre manière : Deleuze n’a jamais écrit sous forme d’aphorismes ou de fragments . Tous sont reliés les uns aux autres. comme dans une taupinière. on ne trouvera ici que des fragments ou des extraits de textes dont on peut juste espérer qu’ils témoignent un peu de la profonde continuité qui traverse son œuvre. il n’aimait pas cette forme pour son compte. Le choix est nécessairement arbitraire. Dans l’espace de l’exposition et du livret qui l’accompagne. On peut lire l’ensemble de ces extraits à la suite ou séparément. Or. Il n’y a donc aucun ordre défini. ce livret est une présentation de la pensée de Deleuze à partir de certains concepts ou notions qui reviennent de manière insistante dans son œuvre. c’est ce qui a été constamment recherché: .CHIENDENT Comme l’exposition. Ce n’est pas que la pensée de Deleuze manque de rigueur . C’est ce que Deleuze appelle une pensée «rhizomatique » en hommage aux radicelles de certains végétaux qui poussent par le milieu dans plusieurs directions à la fois et prolifèrent sans racine première comme le chiendent. pour favoriser des parcours variés et des connexions en tous sens.

prélevés dans ce vaste réseau de galeries qu’est la pensée de Gilles Deleuze. qui travaille sur la philosophie et la littérature anglo-américaine du  siècle et sur la philosophie française contemporaine. Merci également à Jean-Jacques Lebel et Michel Tournier pour leur contribution. a notamment édité les recueils des textes posthumes de Gilles Deleuze. David Lapoujade. maître de conférences à l’université de Paris-I Panthéon-Sorbonne.non pas les moments essentiels d’un édifice. augmenté de certaines «entrées» et de certains extraits. mais des fragments de « lignes ». NB Le livret reprend l’ensemble des textes de l’exposition. . Je remercie vivement Fanny Deleuze pour son aide et son soutien.

÷ ÉVÉNEMENT 1 SENTIR 2 DEVENIR 3 LIGNES 4 CORPS LIGNES DE FUITE 5 DÉSIR 6 SANS ORGANES 7 VISAGE 8 ÉNONCER 9 TERRITOIRES 10 PENSER 11 RÉSISTER 12 CRÉER 13 ÷     .

. C’est pourquoi la philosophie a un rapport essentiel avec les non philosophes. le concept ou de nouvelles manières de penser. C’est la trinité philosophique. et aussi une illustration. Il peut même arriver qu’ils aient une compréhension directe de la philosophie sans passer par la compréhension philosophique. c’est pourquoi chacun a une date. la philosophie comme opéra : il faut les trois pour faire le mouvement. une date fictive. P40 ❝Chaque anneau ou plateau doit donc dresser une carte de circonstances.P223-224 ❝ La philosophie a besoin de compréhension non philosophique autant que de compréhension philosophique. Le style en philosophie est tendu vers ces trois pôles. le percept ou de nouvelles manières de voir et d’entendre. et s’adresse aussi à eux. l’affect ou de nouvelles manières d’éprouver. P une image.

qui procède à une exposition directe des concepts. avec ces autres disciplines. Je ne suis pas passé par la structure. d’autant plus nécessaires. je n’en ai jamais fait un drame. Je n’ai pas rompu avec une sorte d’empirisme. au sujet. ni par la linguistique ou la psychanalyse. P122 . jamais été touché dépassement de la mort et le renoncement au Tout. à l’Un.❝Je n’aimétaphysique ou la par lede la philosophie. par la science ou même par l’histoire. parce que je crois que la philosophie a son matériau brut qui lui permet d’entrer dans des relations extérieures.

1 .

ÉVÉNEMENT .

Ce n’est même pas qu’il y ait des temps morts avant et après l’événement. C’est l’art. qui peut saisir l’événement : par exemple. par exemple l’instant de l’accident le plus brutal se confond avec l’immensité du temps vide où on le voit arriver. mais l’Événement dans son essence. justement. avec Ozu. neutre par rapport à toutes ses effectuations temporelles. d’autant plus terrible pour cela. il en fait l’épaisseur. se continue.P217 ❝ Je ne crois pas que les médias aient beaucoup de ressources ou de vocation pour saisir un événement. Si la bataille n’est pas un exemple d’événement parmi d’autres. même instantané. D’abord ils montrent souvent le début ou la fin. le cinéma saisit l’événement. dans un très long suspens. tandis que l’événement est inséparable de temps morts. le temps mort est dans l’événement. c’est sans doute parce qu’elle s’effectue de beaucoup de manières à la fois. spectateur de ce qui n’est pas encore. et bondir quand il bondit. par rapport aux lâches et aux braves. neutre et impassible par rapport aux vainqueurs et aux vaincus. Mais. pas les médias. tandis qu’un événement même bref. jamais présente. dans sa propre chair. et que chaque participant peut la saisir à un niveau d’effectuation dans son présent variable… La bataille survole son propre champ. Ensuite ils veulent du spectaculaire. et. hélas. le temps mort n’est pas chez eux entre deux événements. avec Antonioni. il est dans l’événement même. P218 ❝ ❝ LS 122 . déterminé à considérer chaque effectuation temporelle du haut de la vérité éternelle de l’événement qui s’incarne en elle. toujours encore à venir et déjà passée… C’est pourquoi le soldat se voit fuir quand il fuit.

« sourire ». une quatrième personne du singulier. le concept doit dire l’événement. « aimer». «bouger». bataille impassible. Si les infinitifs « mourir ».❝Dans tous mes livres. ❝Pour nous. « où est la prise de la Bastille ?». D81 QLP151 P40 ❝ L ’événement est toujours produit par des corps qui s’entrechoquent. mais porter la plainte et la fureur au point où elles se retournent contre ce qui arrive. impénétrable. l’extraire dans le concept vivant. avec cette fausse volonté qui se plaint et se défend. ou de faire une histoire. la chose la plus délicate du monde. en quoi consiste un événement : chacun pose cette question en courant. le dégager. mais cet effet lui-même n’est pas de l’ordre des corps. se coupent ou se pénètrent. la chair et l’épée . un devenir en lui-même qui ne cesse à la fois de nous attendre et de nous précéder comme une troisième personne de l’infinitif. etc. et non plus l’essence. sont des événements. D79 . P194 j’ai cherché la nature de l’événement […].. incorporelle. le contraire de faire un drame. pour dresser l’événement. si petit soit-il. la philosophie n’a pas d’autre but […]. et se perd en mimique. On n’a jamais cessé de demander : où est la bataille ? Où est l’événement. ❝Non pas vouloir ce qui arrive. c’est parce qu’il y a en eux une part que leur accomplissement ne suffit pas à réaliser. Devenir digne de l’événement. tout événement est un brouillard de gouttes. ❝Faire un événement. qui surplombe son propre accomplissement et domine son effectuation.

2 .

SENTIR .

trop fortes pour lui.P218 ❝L ’événement le plus ordinaire fait de nous un voyant. DR186 ❝Il faut porter chaque faculté au point extrême de son dérèglement… Nous demandons par exemple: qu’est-ce qui force la sensibilité à sentir? et qu’est-ce qui ne peut être que senti ? et qui est l’insensible en même temps? CC14 ❝ La littérature apparaît comme une entreprise de santé : non pas que l’écrivain ait forcément une grande santé. De ce qu’il a vu et entendu. dont le passage l’épuise. irrespirables. l’écrivain revient les yeux rouges et les tympans percés. mais il jouit d’une irrésistible petite santé qui vient de ce qu’il a vu et entendu des choses trop grandes pour lui. . en lui donnant pourtant des devenirs qu’une grosse santé dominante rendrait impossible.

l’agonie du thon. ou de réagir à des situations. même dans la vie la plus quotidienne. pas de réponse. d’insupportable. c’est trop intense : « Je suis finie. quelle beauté. je crois. ou trop douloureux. C’est trop fort. C’est un autre type d’image. mon Dieu… » […] C’est cela. quel mystère. Soit l’étrangère dans Stromboli: elle passe par la pêche au thon. Il n’est plus dans une situation sensorimotrice. trop beau. puis l’éruption du volcan. qui déborde toute action possible ou le laisse sans réaction. j’ai peur. on saisit ou on révèle quelque chose d’intolérable. et pourtant on n’est pas du tout passif. mais dans une situation optique et sonore pure. la grande invention du néo-réalisme : on ne croit plus tellement aux possibilités d’agir sur des situations.❝ Maintenant supposez qu’un personnage se trouve dans une situation. quotidienne ou extraordinaire. Elle n’a pas de réaction pour cela. Le lien sensori-moteur est brisé. P74 . C’est un cinéma de Voyant.

3 .

DEVENIR .

parce qu’on a supprimé de soi tout ce qui nous empêchait de nous glisser entre les choses. MP374 ❝Aucun art n’est imitatif. on devient avec le monde[…]. et lui font gratter son pain comme un rongeur ou lui donnent les yeux jaunes d’un félin? Terrible involution qui nous appelle vers des devenirs inouïs. en fait. MP294 ❝Qui n’a connu la violence de ces séquences animales.QLP160 ❝On n’est pas dans le monde. c’est le devenir lui-même qui est enfant ou jeune fille. de pousser au milieu des choses. qui l’arrachent à l’humanité ne serait-ce qu’un instant. ne peut-être imitatif ou figuratif : supposons qu’un peintre « représente» un oiseau. parce qu’on a fait un monde nécessairement communicant. MP340 ❝La jeune fille et l’enfant ne deviennent pas. c’est un devenir-oiseau qui ne peut se faire que dans la mesure où l’oiseau est lui-même en train de devenir autre chose. pure ligne et pure couleur. MP343-344 ❝Alors on est comme l’herbe: on a fait du monde. de tout le monde un devenir. .

d’un deveniranimal qui constituent son contenu. peut-être « pour que » l’Indien qui est Indien devienne lui-même autre chose et s’arrache à son agonie. un oiseau? C’est parce que l’expression musicale est inséparable d’un devenir-femme. un enfant joue. L ’agonie d’un rat ou l’exécution d’un veau restent présentes dans la pensée. On devient animal pour que l’animal aussi devienne autre chose. ce sont des actes qui ne peuvent être contenus que dans une vie et exprimés dans un style. d’un devenir-enfant. un oiseau arrive. en même temps que l’orchidée devient organe sexuel pour la guêpe. MP367 . n’en finit pas de devenir. quel est son contenu indissociable de l’expression sonore? C’est difficile à dire. une femme meurt. mais c’est quelque chose comme: un enfant meurt. On pense et on écrit pour les animaux mêmes.❝Les devenirs. aphasique ou analphabète. une femme. C’est le rapport constitutif de la philosophie avec la nonphilosophie. c’est le plus D9 imperceptible. Il devient Indien. mais le devient. mais comme la zone d’échange entre l’homme et l’animal. une femme naît. D8-9 ❝ QLP105 ❝Or quelle est l’affaire de la musique. La guêpe devient partie de l’appareil de reproduction de l’orchidée. non par pitié. où quelque chose de l’un passe dans l’autre. un oiseau s’en va. mais en fait il y a un devenir-guêpe de l’orchidée. Pourquoi un enfant. Nous voulons dire qu’il n’y a pas là des thèmes accidentels de la musique […] quelque chose d’essentiel. ❝ La guêpe et l’orchidée donnent l’exemple. une double capture puisque « ce que » chacun devient ne change pas moins que « celui qui » devient. Le penseur n’est pas acéphale. un devenir-orchidée de la guêpe. L ’orchidée a l’air de former une image de guêpe.

4 .

LIGNES

D151-152

❝La première sorte de ligne qui nous compose est
segmentaire, à segmentarité dure (ou plutôt il y a déjà beaucoup de lignes de cette sorte); la famille-la profession; le travail-les vacances; la famille-et puis l’école-et puis l’armée-et puis l’usine-et puis la retraite.[…] Bref toutes sortes de segments bien déterminés qui nous découpent en tous sens, des paquets de lignes segmentarisées. […] En même temps, nous avons des lignes de segmentarité beaucoup plus souples, en quelque sorte moléculaires.[…] Elles tracent de petites modifications, elles font des détours, elles esquissent des chutes ou des élans.[…] Mais plutôt que des lignes molaires à segments, ce sont des flux moléculaires à seuils ou quanta.[…] Il se passe beaucoup de choses sur cette seconde sorte de ligne, des devenirs, des micro-devenirs, qui n’ont pas le même rythme que notre «histoire».[…] Un métier, c’est un segment dur, mais aussi qu’est-ce qui passe là-dessous, quelles connexions, quelles attirances et répulsions qui ne coïncident pas avec les segments, quelles folies secrètes et pourtant en rapport avec les puissances publiques. […] En même temps encore, il y a comme une troisième sorte de ligne, celle-là encore plus étrange: comme si quelque chose nous emportait, à travers nos segments, mais aussi à travers nos seuils, vers une destination inconnue, pas prévisible, pas préexistante. Cette ligne est simple, abstraite, et pourtant c’est la plus compliquée de toutes, la plus tortueuse: c’est la ligne de gravité ou de célérité, c’est la ligne de fuite et de plus grande pente.

❝Individus ou groupes,

D151

nous sommes faits de lignes, et ces lignes sont de nature très diverse.
❝Tout ce qui devient est
D89

une pure ligne, qui cesse de représenter quoi que ce soit.
❝Trois lignes, dont l’une
D165

serait comme la ligne nomade, l’autre, migrante, l’autre sédentaire […].

5 .

LIGNES DE FUITE .

de ne pas migrer.MP602 ❝ Il y a non seulement d’étranges voyages en ville. mais des voyages sur place: nous ne pensons pas aux drogués. comme suggère Toynbee : ils ne bougent pas. de tenir un espace lisse qu’ils refusent de quitter. Voyage sur place. dont l’expérience est trop ambiguë. mais plutôt aux véritables nomades. Ils sont nomades à force de ne pas bouger. c’est le nom de toutes les intensités. et qu’ils ne quittent que pour conquérir et mourir. C’est à propos de ces nomades qu’on peut dire. .

mais il est assis. à genoux sur la selle. celle de Genséric le Vandale traversant la Méditerranée. assis sur la plante de ses pieds retournés.❞ D 60 D60 ❝Alors que le migrant quitte un milieu devenu amorphe ou ingrat. ou dans l’art. mais en fuyant chercher une arme. s’accroche à cet espace lisse où la forêt recule. Le nomade sait attendre. serait de croire qu’une ligne de fuite consiste à fuir la vie. ne veut pas partir. à pied. et qu’une société se définit par ses lignes de fuite qui affectent des masses de toute nature (encore une fois «masse» est une notion moléculaire). et a une patience infinie. à cheval ou en bateau : celle des Hébreux dans le désert. trouver une arme. MP472-473 ❝ Nous disons plutôt que. la longue marche des Chinois – c’est toujours sur une ligne de fuite qu’on crée. «prouesse d’équilibre »). le nomade est celui qui ne part pas. et invente le nomadisme comme réponse à ce défi. Mais fuir au contraire. MP250 qu’est-ce qui fuit dans une société ? ❝La grande erreur. certes pas parce qu’on imagine ou qu’on rêve. c’est-à-dire de longues marches. celle des nomades à travers la steppe.❞ D 164 D164 . il n’est jamais assis que quand il bouge (le Bédouin au galop. dans une société. tout fuit. mais au contraire parce qu’on y trace du réel. la seule erreur. Bien sûr.❝À chaque moment. […] Les grandes aventures géographiques de l’histoire sont des lignes de fuite. où la steppe ou le désert croissent. et que l’on y compose un plan de consistance. le nomade bouge. la fuite dans l’imaginaire. créer de la vie. c’est produire du réel. Fuir.

6 .

DÉSIR .

«le manque-àjouir qu’est la vie». Puis. rien qu’objectifs : ils savent que le désir étreint la vie avec une puissance productrice. et à ne pas en finir avec ce problème-là.A-Œ59 ❝[…] au lieu de participer à une entreprise de libération effective. maudit. il y a un prêtre là-dessous. A-Œ8 ❝ Partout des machines productrices ou désirantes. il s’écrie: Jouissance est impossible. celle de la règle extrinsèque. Le prêtre a lancé la triple malédiction sur le désir: celle de la loi négative. Les révolutionnaires.[…] Le plaisir-décharge: le prêtre opère le second sacrifice nommé masturbation. A-Œ34-35 ❝L es pauvres ou les dépossédés […] savent qu’ils sont proches de l’herbe. Car tel est l’Idéal. et la reproduit d’une façon d’autant plus intense qu’il a peu de besoin […]. tourné vers l’est. extérieur et intérieur ne veulent plus rien dire. celle qui a consisté à maintenir l’humanité européenne sous le joug de papa-maman. D95 ❝Contre la psychanalyse nous n’avons dit que deux choses: elle casse toutes les productions de désir. non pas ces choses qu’on leur laisse. celle de l’idéal transcendant. arraché à son champ d’immanence. la psychanalyse prend part à l’œuvre de répression bourgeoise la plus générale. les machines schizophrènes. .[…] Puis. et que le désir a « besoin » de peu de choses. toute la vie générique : moi et non-moi. les artistes et les voyants se contentent d’être objectifs. Plaisir. mais l’impossible jouissance est inscrite dans le désir. tourné vers le sud. Tourné vers le nord. le prêtre a rapporté le désir au plaisir. elle écrase toutes les formations d’énoncés. le prêtre a dit: Désir est manque (comment ne manquerait-il pas de ce qu’il désire?). mais ces choses mêmes dont on ne cesse de les déposséder […]. Car il y a des prêtres hédonistes et même orgastiques. MP191-192 ❝Chaque fois que le désir est trahi. en son impossibilité même. Mort et Réalité.[…] La figure la plus récente du prêtre est le psychanalyste avec ses trois principes.

❝Le désir ne manque D95 de rien… .

7 .

CORPS SANS ORGANES .

la langue pour parler. respirer avec le ventre […].MP187 ❝Est-ce si triste et dangereux de ne plus supporter les yeux pour voir. le cerveau pour penser. la tête et les jambes ? Pourquoi pas marcher sur la tête. mais il faut beaucoup de prudence pour expérimenter. des territoires et des déterritorialisations mesurées à la manière d’un arpenteur. l’anus et le larynx. Voilà la question: qu’est-ce que peut un corps? de quels affects êtes-vous capables? Expérimentez. les poumons pour respirer. mais ouvrir le corps à des connexions qui supposent tout un agencement. D75-76 ❝De même que vous ne savez pas ce que peut un corps. MP187 ❝ Là où la psychanalyse dit : Arrêtez. il faudrait dire : Allons encore plus loin. pas assez défait notre moi. de même il y a dans l’âme beaucoup de choses qui dépassent votre conscience. MP198 ❝Défaire l’organisme n’a jamais été se tuer. chanter avec les sinus. qui dépassent votre connaissance. de même qu’il y a beaucoup de choses dans le corps que vous ne connaissez pas. retrouvez votre moi. la bouche pour avaler. des conjonctions. des étagements et des seuils. voir avec la peau. nous n’avons pas encore trouvé notre CsO. . des passages et des distributions d’intensité. des circuits.

qui consiste à être digne de ce qui arrive. un microbe qui lui fait un bouton . comment tracer son mince chemin stoïcien. un devenir? D80 ❝ Toute une vie non organique. une rencontre. mais aussi l’histrionisme de ceux qui miment un événement pur et le transforment en fantasme. une vitesse. la finitude. […] Aussi la sensation. prend-elle une allure excessive et spasmodique.❝Il y a désir dès qu’il y a D173 machine ou «corps sans organes ». car l’organisme n’est pas la vie. ❝ Nous vivons entre deux dangers : l’éternel gémissement de notre corps. quand elle atteint le corps à travers l’organisme. qui trouve toujours un corps acéré qui le coupe. un corps indigeste qui l’empoisonne. Bacon n’a cessé de peindre des corps sans organes. elle rompt les bornes de l’activité organique. un événement. En pleine chair. un corps trop gros qui le pénètre et l’étouffe. il l’emprisonne. une lueur.[…] Entre les cris de la douleur physique et les chants de la souffrance métaphysique. le fait intensif du corps. la castration. et qui chantent l’angoisse. FB33 . elle est directement portée sur l’onde nerveuse ou l’émotion vitale… Contrairement à une peinture misérabiliste qui peint des bouts d’organes. un meuble qui le cogne. à dégager quelque chose de gai et d’amoureux dans ce qui arrive.

8 .

VISAGE .

pas de paysage qui ne se peuple d’un visage aimé ou rêvé. mais que certaines ont besoin d’en produire. Dans quels cas et pourquoi? MP212 ❝Pas un visage qui n’enveloppe un paysage inconnu. inexploré. qui ne développe un visage à venir ou déjà passé. la mer et la montagne.P40 ❝[…] nous croyons que le visage est un produit. Quel visage n’a pas appelé les paysages qu’il amalgamait. qui lui aurait fourni le complément inattendu de ses lignes et de ses traits? . et que toutes les sociétés ne produisent pas du visage. quel paysage n’a pas évoqué le visage qui l’aurait complété.

qu’est-ce que tu sens ou ressens ? […] En tant qu’il pense à quelque chose. quelles particules faire sortir du trou noir ? Comment briser même notre amour pour devenir enfin capable d’aimer ? Comment devenir imperceptible? IM127 ❝ Á un visage. inhumanité plus grande que celle des bêtes. D59 ❝ […] comment défaire le visage.❝Ton secret. chaque partie prenant une sorte d’indépendance momentanée. le visage vaut surtout par son contour enveloppant. MP209 . il y a lieu de poser deux sortes de questions suivant les circonstances : à quoi penses-tu ? Ou bien : qu’est-ce qui te prend. en libérant en nous les têtes chercheuses qui tracent des lignes de devenir ? Comment passer le mur. MP107 ❝Nudité du visage plus grande que celle des corps. yeux qu’on traverse au lieu de s’y regarder. en évitant de rebondir sur lui. on le voit toujours sur ton visage et dans ton œil. au contraire. qu’est-ce que tu as. et vaut alors par la série intensive que ses parties traversent successivement jusqu’à un paroxysme. Tantôt. son unité réfléchissante qui élève à soi toutes les parties. en arrière. ou de les regarder dans le morne face-à-face des subjectivités signifiantes. cheveux emportés par le vent. Perds le visage. au lieu de tournoyer au fond. ou d’être écrasés ? Comment sortir du trou noir. IM141 ❝ […] taches de rousseur qui filent à l’horizon. il éprouve ou ressent quelque chose.

9 .

ÉNONCER .

c’est peut-être amener au jour cet agencement de l’inconscient. C’est en ce sens que le langage est transmission du mot fonctionnant comme mot d’ordre. convoquer les tribus et les idiomes secrets. et puis peut-être renoncer. d’être un étranger dans sa propre langue. d’où j’extrais quelque chose que j’appelle Moi. de quelqu’un qui a vu à quelqu’un qui n’a pas vu. JE est un mot d’ordre. pour tirer la parole à soi et « mettre au monde quelque chose d’incompréhensible ». MP107 ❝Écrire.MP468-469 ❝Gagner du temps. et non communication d’un signe comme information. MP97 ❝ Le langage ne se contente pas d’aller d’un premier à un second. ou attendre. sélectionner les voix chuchotantes. . Nécessité de ne pas avoir le contrôle de la langue. ni l’un ni l’autre n’ayant vu. mais va nécessairement d’un second à un troisième.

organisées. Des mots qui seraient comme de passage. mais à tous les actes qui sont liés à des énoncés par une «obligation sociale». tandis que les mots d’ordre marquent des arrêts. la vie ne parle pas. qui se soucient peu de vraisemblance ou de véracité.[…] On s’en aperçoit dans les communiqués de police ou de gouvernement. ❝Il y a des mots de passe sous les mots d’ordre. La même chose. toute une rumeur. mais qui disent très bien ce qui doit être observé et retenu. il donne des ordres à la vie . a sans doute cette double nature: il faut extraire l’une de l’autre – transformer les compositions d’ordre en composantes de passages.❝Il y a beaucoup de passions MP97 dans une passion. des compositions stratifiées. MP96 ❝Il n’y a pas d’énoncé qui ne présente ce lien. mais pour obéir et faire obéir. Une question. des composantes de passage. et toutes sortes de voix dans une voix. sont des mots d’ordre. directement ou indirectement. elle écoute et attend. le même mot. MP139 ❝Le langage n’est même pas fait pour être cru. MP96 . Les mots d’ordre ne renvoient donc pas seulement à des commandements. une promesse. glossolalie : c’est pourquoi tout discours est indirect. MP100 ❝Le langage n’est pas la vie.

10 .

TERRITOIRES .

je prendrai mon territoire sur mon propre corps. mais aussi tous les tatouages qui font du corps un territoire. […] Au besoin. c’est d’abord la distance critique entre deux êtres de même espèce: marquer ses distances. je territorialise mon corps: la maison de la tortue. Ce qui est mien. . je ne possède que des distances. l’ermitage du crustacé. c’est d’abord ma distance.MP393 ❝Le territoire.

Celle-ci est comme l’esquisse d’un centre stable et calme. […] Voilà que les forces du chaos sont tenues à l’extérieur autant qu’il est possible. on entrouvre le cercle. on l’ouvre. il s’abrite comme il peut. Et cette fois. […] I. On sort de chez soi au fil d’une chansonnette. on appelle quelqu’un. ou met la radio. et l’espace intérieur protège les forces germinatives d’une tâche à remplir. MP382-383 ❝Maintenant. […] Or les composantes vocales. s’arrête au gré de sa chanson. . Mais le chez-soi ne préexiste pas : il a fallu tracer un cercle autour du centre fragile et incertain. ou s’oriente tant bien que mal avec sa petite chanson. Mais improviser. Perdu. saisi par la peur. stabilisant et calmant.❝Un enfant dans le noir. se rassure en chantonnant. des forces cosmiques. On n’ouvre pas le cercle du côté où se pressent les anciennes forces du chaos. ❝Maintenant enfin. mais dans une autre région. on risque une improvisation. au sein du chaos. en fonction des forces en œuvre qu’il abrite. On s’élance. organiser un espace limité. […] II. Il marche. Comme si le cercle tendait lui-même à s’ouvrir sur un futur. créée par le cercle lui-même. c’est rejoindre le Monde. ❝ Ce ne sont pas trois moments successifs dans une évolution. on est chez soi. c’est pour rejoindre des forces de l’avenir. sont très importantes. on s’élance. […] III. en même temps qu’elle dresse les forces anti-chaos de son ouvrage. […] Un enfant chantonne pour recueillir en soi les forces du travail scolaire à fournir. d’une œuvre à faire. ou bien l’on va soi-même au-dehors. au contraire. sonores. ou se confondre avec lui. on laisse entrer quelqu’un. la Ritournelle. Ce sont trois aspects sur une seule et même chose. Une ménagère chantonne.

11 .

PENSER .

sans prétendre restaurer une pensée toute-puissante. c’est d’abord engendrer «penser» dans la pensée. bref faire de la pensée une machine de guerre […]. d’une étrangeté. suscitée. DR181 ❝ En vérité. du fortuit dans le monde. c’est-à-dire d’une violence originelle faite à la pensée.IT221 ❝L’impuissance à penser appartient à la pensée. c’est créer. la violence. Il leur manque une griffe. d’autant plus nécessaire absolument qu’elle naît. […] DR192 ❝Penser. l’homme étant seulement une cristallisation cérébrale. et trouver l’identité de la pensée et de la vie […]. avec les forces du dehors. d’une inimitié qui seule la sortirait de sa stupeur naturelle ou de son éternelle possibilité : tant il n’y a de pensée qu’involontaire. On parlera du cerveau comme Cézanne du paysage : l’homme absent. mais tout entier dans le cerveau… MP467 ❝Mettre la pensée en rapport immédiat avec le dehors. Ce qui est premier dans la pensée. contrainte dans la pensée. qui serait celle de la nécessité absolue. si bien que nous devons en faire notre manière de penser. c’est l’effraction. les concepts ne désignent jamais que des possibilités. mais créer. Nous devons plutôt nous servir de cette impuissance pour croire à la vie. il n’y a pas d’autre création. c’est l’ennemi. […] . QLP197-198 ❝C’est le cerveau qui pense et non l’homme. par effraction.

c’est toujours par une intensité que la pensée nous advient. la raison et la folie. On ne peut penser que sur cette ligne de sorcière. et cette ligne vous entraîne. DR188 . le contraire d’un État. MP467 ❝On reconnaît volontiers qu’il y a du danger dans les exercices physiques extrêmes. étant dit qu’on n’est pas forcément perdant.❝La logique d’une pensée P129 est comme un vent qui nous pousse dans le dos. P141 ❝De l’intensif à la pensée. une série de rafales et de secousses. ❝Toute pensée est déjà une tribu. on affronte nécessairement une ligne où se jouent la vie et la mort. qu’on n’est pas forcément condamné à la folie ou à la mort. Dès qu’on pense. mais la pensée aussi est un exercice extrême et raréfié.

12 .

RÉSISTER .

et ne peut pas plus s’occuper d’art ou de philosophie. de toutes leurs forces. nous avons tout à fait perdu le monde. ricaner. mais devant les victimes. nous manquons de création. L ’artiste ou le philosophe sont bien incapables de créer un peuple.❞ P239 ❝ QLP105 ❝ . Croire au monde. Un peuple ne peut se créer que dans des souffrances abominables. devant la bassesse et la vulgarité d’existence qui hantent les démocraties. au contraire nous en avons trop. se convulser) pour échapper à l’ignoble : la pensée même est parfois plus proche d’un animal qui meurt que d’un homme vivant. Nous ne sommes pas responsables des victimes. Et il n’y a pas d’autre moyen que de faire l’animal (grogner. devant la propagation de ces modes d’existence et de pensée-pour-le-marché. Nous manquons de résistance au présent. résister à la mort. on nous en a dépossédé. c’est ce qui nous manque le plus . Nous ne nous sentons pas hors de notre époque. c’est aussi bien susciter des événements même petits qui échappent au contrôle. au contraire nous ne cessons de passer avec elle des compromis honteux. nous ne l’éprouvons pas seulement dans les situations extrêmes décrites par Primo Levi. MP293 ❝Qu’est-ce qu’un cri indépendamment de la population qu’il appelle ou qu’il prend à témoin? QLP103 ❝ La honte d’être un homme.[…] C’est au niveau de chaque tentative que se jugent la capacité de résistance ou au contraire la soumission à un contrôle.QLP104 ❝Nous ne manquons pas de communication. fouir. à l’intolérable. ou faire naître de nouveaux espaces-temps. QLP 105 à la servitude. L ’ignominie des possibilités de vie qui nous sont offertes apparaît du dedans. Croire au monde. mais dans des conditions insignifiantes. devant les valeurs. même de surface ou de volume réduits. les idéaux et les opinions de notre époque. ils ne peuvent que l’appeler. Ils ont en commun de résister. même démocrate. Ce sentiment de honte est un des plus puissants motifs de la philosophie. Mais les livres de philosophie et les œuvres d’art contiennent aussi leur somme inimaginable de souffrance qui fait pressentir l’avènement d’un peuple. au présent. à la honte.

❝Ce système où nous ID291 vivons ne peut rien supporter: d’où sa fragilité radicale en chaque point. en même temps que sa force de répression globale. .

13 .

CRÉER .

une nouvelle syntaxe est une langue étrangère dans la langue. Un créateur est quelqu’un qui crée ses propres impossibilités.P182 ❝La création se fait dans des goulots d’étranglement. et qui crée du possible en même temps. Même dans une langue donnée. . Si un créateur n’est pas pris à la gorge par un ensemble d’impossibilités. ce n’est pas un créateur. même en français par exemple.

le vitalisme. nettoyer. un organisme faible. Ce sont les organismes qui meurent. pensé. mais la toile ou la page sont déjà tellement couvertes de clichés préexistants. qu’il faut d’abord effacer. L ’artiste ou le philosophe ont souvent une petite santé fragile. préétablis. il y a la tentative de faire de la vie quelque chose de plus que personnel. ❝ Créer n’est pas communiquer. éprouvé.❝Il faut parler de la création P182 comme traçant son chemin entre des impossibilités. pas la vie. C’est la puissance d’une vie non organique. même déchiqueter pour faire passer un courant d’air issu du chaos qui nous apporte la vision. ni l’écrivain n’écrit sur une page blanche. contre l’opinion qui prétendait pourtant nous protéger du chaos lui-même. un équilibre mal assuré […]. celle qu’il peut y avoir dans une ligne de dessin. P195-196 . l’événement. de libérer la vie de ce qui l’emprisonne. mais résister. Dans l’acte d’écrire. à des possibilités d’existence. P196 ❝ On dirait que la lutte contre le chaos ne va pas sans affinité avec l’ennemi. d’écriture ou de musique. la vie. QLP191-192 ❝ Les signes renvoient à des modes de vie. laminer. Il y a un lien profond entre les signes. On n’écrit pas avec son moi. Il n’y a pas d’œuvre qui n’indique une issue à la vie. sa mémoire et ses maladies. […] Le peintre ne peint pas sur une toile vierge. Mais ce n’est pas la mort qui les brise. ni d’une vie personnelle. Mais un artiste ne peut pas se contenter d’une vie épuisée. c’est plutôt l’excès de vie qu’ils ont vu. qui ne trace un chemin entre les pavés. parce qu’une autre lutte se développe et prend plus d’importance. ce sont les symptômes d’une vie jaillissante ou épuisée.

une guérilla contre elles. quel homme d’État n’a pas rêvé de cette toute petite chose impossible. Comme les puissances ne se contentent pas d’être extérieures. et mène seulement des pourparlers. plus ils pensent conformément à ce qu’un État veut. grâce à la philosophie. P4e Couv. la philosophie ne peut pas MP466 ❝Moins les gens prennent la pensée au sérieux. elle n’a rien à leur dire. être un penseur? . rien à communiquer. mais aussi passent en chacun de nous. c’est chacun de nous qui se trouve sans cesse en pourparlers et en guérilla avec lui-même. Et elle ne peut pas parler avec elles. En effet.❝ P48-49 Créer de nouveau qui aient une néc ça a toujours été de la philosophie c’est plein d’une f politique et de lib engager de batailles avec les puissances. elle mène en revanche une guerre sans bataille. ❝N’étant pas une puissance.

. berté. la tâche […] .ux concepts cessité. Un concept. force critique.

       .

je ne sais vraiment pas pourquoi. un trou de huit ans.❞ P188-189 . les lacunes. d’imitation. Husserl et Heidegger. la plupart des vies en comportent. je vois que j’ai écrit mon premier livre assez tôt. mais c’était déjà de l’histoire quand on y arrivait. mais parfois même pas. parfois dramatiques. Simplement on entrait dans Hegel. […] Reste que je ne me sentais pas d’attrait pour l’existentialisme à cette époque. les trous qu’elles comportent. C’est peutêtre dans ces trous que se fait le mouvement. trop de méthode. on restait bizarrement coincé dans l’histoire de la philosophie. Heureusement il y avait Sartre. ni pour la phénoménologie. sauf par Sartre. Des catalepsies ou des espèces de somnambulisme sur plusieurs années.❝À la Libération. C’est cela qui me semble intéressant dans les vies. […] C’est comme un trou dans ma vie. de commentaire et d’interprétation.❞ D18-19 1953 Premier ouvrage Empirisme et subjectivité ❝Si vous voulez m’appliquer les critères bibliographie-biographie. nous nous précipitions comme de jeunes chiens dans une scolastique pire qu’au Moyen Âge. et puis plus rien pendant huit ans.

C’est plutôt comme l’art du portrait en peinture. de l’institution selon Sade. rapportés à la sexualité. mais c’est lui qui m’a fait le plus l’effet d’un courant d’air qui vous pousse dans le dos chaque fois que vous le lisez.❞ P185-186 1964 Proust et les signes 1966 Le bergsonisme ❝Hume. Bergson. mais tous les auteurs dont je me suis occupé avaient pour moi quelque chose de commun. Il y a quelque chose d’extraordinaire dans la manière dont ils nous disent: penser ne signifie pas ce que vous croyez. conceptuels. d’un balai de sorcière qu’il vous fait enfourcher.1962 Nietzsche et la philosophie ❝J’ai commencé par des livres d’histoire de la philosophie.❞ D22 . c’était leur conception tout à fait tordue du contrat selon Masoch. Et tout tendait vers la grande identité Spinoza-Nietzsche. Proust m’intéressent tant parce qu’il y a chez eux de profonds éléments pour une nouvelle image de la pensée.❞ ID193 1967 Présentation de Sacher Masoch ❝Ce qui me plaisait chez Masoch et Sade. Ce sont des portraits mentaux. L ’histoire de la philosophie n’est pas une discipline particulièrement réflexive.❞ P229 1968 Spinoza et le problème de l’expression ❝C’est sur Spinoza que j’ai travaillé le plus sérieusement d’après les normes de l’histoire de la philosophie.

dépersonnalisés l’un dans l’autre. bref. Et j’ai écrit des livres davantage pour mon compte. pas comme un code. Ça a donné L’Anti-Œdipe.❞ P16 1969 Différence et répétition 1969 Logique du sens ❝Et puis il y a eu ma rencontre avec Félix Guattari. Nietzsche et Spinoza m’avaient acquitté.❞ D22-23 ❝J’ai donc commencé à faire deux livres en ce sens vagabond. c’est lourd. complétés. nous voudrions être l’Humpty Dumpty ou les Laurel et Hardy de la philosophie. traiter l’écriture comme un flux. Je ne me fais pas d’illusion: c’est encore plein d’un appareil universitaire. de faire bouger en moi.❞ P187 ❝À deux.❝Ensuite. Différence et répétition.❞ P16 ❝Une philosophie. aimés. Logique du sens. ce fut donc pour moi comme une seconde période qui n’aurait jamais commencé et abouti sans Félix. singularisés l’un par l’autre. mais il y a quelque chose que j’essaie de secouer. la manière dont nous nous sommes entendus.❞ DRF . j’avais payé mes dettes.

diagramme. Guattari invente beaucoup de concepts. c’est une rupture qui se fait toute seule. machine abstraite. à partir de deux thèmes: l’inconscient n’est pas un théâtre. etc. une machine à produire. les tribus. espace lisse. Il y a beaucoup d’essais de concepts dans Mille Plateaux: rhizome.❞ P197 1975 Kafka.1972 L’Anti-Œdipe – Capitalisme et schizophrénie 1 avec Félix Guattari ❝L’Anti-Œdipe. ce sont des singularités qui réagissent sur la vie ordinaire. et j’ai la même conception de la philosophie. devenir-animal.❞ DRF . toujours un champ social. les continents. mais une usine. l’inconscient ne délire pas sur papa-maman. heccéité. il délire sur les races. pour une littérature mineure avec Félix Guattari 1977 Dialogues avec Claire Parnet 1980 Mille plateaux– Capitalisme et schizophrénie 2 avec Félix Guattari ❝Les concepts. l’histoire et la géographie. sur les flux de pensée ordinaires ou quotidiens.

on a parfois besoin de faire un dessin de lui. les plis de la terre. supposons que ce soit une troisième période où il s’agit pour moi de peinture et de cinéma. et même à une auto-temporalisation: c’est ça la base. les plis des organismes. pas pour la mémoire.❝Ensuite. encore moins pour le défendre. mais plutôt pour en tirer cette ressemblance ultime qui ne peut venir que de sa mort. Mais ce sont des livres de philosophie. Mais justement. celle du percept et de l’affect. se déplie. et qui fait dire «c’est lui». je crois. les plis dans l’âme. qu’est-ce que le cinéma va ainsi nous révéler de l’espace et du temps. Tout se plie. et ce sont les deux aspects que j’ai essayé d’étudier. d’images en apparence. le Pli. comporte deux autres dimensions. se replie chez Leibniz […]. une opération ou construction qui se reproduit sur ce plan. C’est que le concept.❞ P139 1988 Le Pli – Leibniz et le baroque ❝Il y a pourtant une unité concrète du concept. Pas pour le glorifier.❞ P 211 . que les autres arts ne nous révèlent pas? ❞ P83 1986 Foucault ❝Quand quelqu’un meurt qu’on aime et qu’on admire.❞ P187 1981 Francis Bacon: logique de la sensation 1983 Cinéma 1 – L’image-mouvement 1985 Cinéma 2 – L’image-temps ❝Le cinéma procède à un auto-mouvement de l’image.

et l’heure de parler concrètement […] C’est une question qu’on pose dans une agitation discrète. on ne cessait pas de la poser. trop abstrait. et on l’exposait. on la dominait en passant plus qu’on n’était happé par elle […] On n’avait pas atteint à ce point de non-style où l’on peut dire enfin: mais qu’est-ce que c’était. ce que j’ai fait toute ma vie? ❞ QLP 7 1993 Critique et clinique 1996 Abécédaire vidéo avec Claire Parnet 2002 L’île déserte et autres textes 2003 Deux régimes de fous . mais c’était trop indirect ou oblique. quand on a plus rien à demander. trop artificiel.1990 Pourparlers 1991 Qu’est-ce que la philosophie? avec Félix Guattari ❝Peut-être ne peut-on poser la question Qu’est-ce que la philosophie? que tard. Auparavant on la posait. quand vient la vieillesse. à minuit.

 [réed coll. . coll. La Vénus à la fourrure Éd. . . « Paradoxe ».Isbn --- MP Mille plateaux. « Critique ». Paris.  [réed. « Critique ». Nietzsche P. Isbn ---]. « Paradoxe ». « Quadrige ». coll. Paris. « Critique ». Cinéma 2 Éd. « Critique ». de Minuit. « Reprise ».Isbn --- CC Critique et clinique Éd. Paris.Isbn ---]. Trio du Fantôme . S. de Minuit. . « Essais ». Capitalisme et schizophrénie  Éd.Isbn ---]. coll. de Minuit. . de Minuit.  [réed.Isbn ---]. coll. Éd. Paris. coll. « Arguments ». de Minuit. . . Paris. coll. . coll. Paris. coll.Isbn ---]. coll. L’Image-temps. de Minuit. coll. Paris. « Arguments ».Isbn ---].Isbn ---]. Paris. Nietzsche et la philosophie P. « Philosophes ».Isbn ---]. . coll. Paris. .Isbn ---].Isbn --- FB Francis Bacon : logique de la sensation Éd. « L’Ordre philosophique ». de Minuit. .  [réed. coll.Isbn ---].Isbn --- LS Logique du sens Éd. L’épuisé (in Beckett. . Présentation de Sacher-Masoch. Spinoza et le problème de l’expression Éd. .Isbn --- Kafka. Paris. pour une littérature mineure Éd.  [réed. . « Quadrige ». « Épiméthée ».  [réed. Paris.Isbn --- DR Différence et répétition P. Paris. L’Image-mouvement. de la Différence. Foucault Éd. Paris. Quad . coll. « Critique ». Essai sur la nature humaine selon Hume P. Paris. de Minuit. Proust et les signes P. Capitalisme et schizophrénie  Éd. - Éd. coll. « Quadrige ».. de Minuit. « Critique ». « Critique ». . de Minuit. . . Paris. . Textes et entretiens - Éd. coll. Éd. Paris. Paris.Isbn --- DRF Deux régimes de fous. de Minuit. coll. de Minuit. Le Pli. coll. du Seuil.Isbn ---]. .  [réed. de Minuit. Leibniz et le baroque Éd. Paris. de Minuit. Paris. La Philosophie critique de Kant P. Que nuages). de Minuit. de Minuit.  [réed. Paris.  [réed.Isbn --- P Pourparlers Éd.Isbn --- ID L’île déserte et autres textes. . « Quadrige ». Paris. .  [réed. coll. Paris.Isbn --- QLP Qu’est-ce que la philosophie ? Éd. Textes et entretiens. Cinéma 1 Éd. Paris. coll.Isbn ---]. . « Critique ».Isbn --- Avec Félix Guattari A-Œ L’Anti-Œdipe. Paris.  [réed. La philosophie de François Châtelet Éd. Paris. Paris. « Paradoxe ». . coll.Ouvrages de Deleuze Empirisme et subjectivité. coll.Isbn --- Périclès et Verdi. . « Critique ». de Minuit. coll. Paris.Isbn --- . coll. « Épiméthée ». Le Bergsonisme P.  [réed. .

.-A. Parnet). de Minuit. « Dialogues ». « À voix haute ». coll. postface inédite de Deleuze. coll. Paris. Paris. Gallimard.Isbn --- Documents audiovisuels Abécédaire (avec C. immortalité et éternité.Isbn ---] Avec Carmelo Bene Superpositions Éd.Isbn --- [réed. distribution : Buena Vista Home Entertainment] Spinoza. Boutang . « Champs ».  :  [réalisation : P.Avec Claire Parnet D Dialogues Flammarion. Paris. Frémeaux et associés/Ina. . . :  Dans Anthologie sonore de la pensée française. coll. :  [coffret   + livret] — « Artifice et société dans l’œuvre de Hume » () — « Le Dieu de Spinoza » () — « Le travail de l’affect dans l’Éthique de Spinoza » () . . Paris. Paris. . . Éditions Montparnasse.

coll. Deleuze. Le Vocabulaire de Deleuze.Isbn --- .Isbn --- ——. . .Isbn --- ——. l’esthétique de Gilles Deleuze. coll. Essai sur Gilles Deleuze. Une philosophie de l’événement. . L’Harmattan.Isbn --- S I. . P. « Cahiers de l’Unebévue ». De la philosophie comme science rigoureuse. . (dir. Paris. « Ouverture philosophique ».. épistémologie ».. « Annales de l’Institut de philosophie de l’Université de Bruxelles ».Isbn --- ——. La clameur de l’être. Le pendule du docteur Deleuze. Paris. Paris. les Empêcheurs de penser en rond. Paris. Gilles Deleuze. Ellipses.Isbn --- B M.Isbn --- A M.. Deleuze. « Coup double ». « La philosophie en commun ». Gilles Deleuze ou Le système du multiple. « Figures du savoir ». coll. « Philosophies ». coll. « L’art en bref ».. Éd. . . Paris. L’Harmattan.Isbn --- M J. Gilles Deleuze. Payot.Isbn --- F O. Verstraeten P. Variations.. . Éd.Isbn --- G A.Isbn --- H  L S. Paris. Paris. cinéma et philosophie. La guêpe et l’orchidée. Paris. coll. Paris. .). Le cinéma selon Deleuze. « Philosophie.Isbn --- ——. . . Deleuze. coll. Belin. coll. Presses de la Sorbonne nouvelle. les Empêcheurs de penser en rond.Isbn --- D J. Paris. Kimé. coll. . (dir. coll.-C. Éd. . Paris. Deleuze.).Isbn --- M P.. Mille sources. « Passages ».. Paris.Isbn --- V A.. Deleuze et l’histoire de la philosophie. « Philosophie. Vrin. « Les empêcheurs de penser en rond ». « Philosophie. Cerf. coll. Paris. coll. La philosophie de Gilles Deleuze. épistémologie ». Deleuze et la question de la démocratie. Une vie philosophique. Belles lettres. Gilles Deleuze. . Paris. coll. Engel L. Epel.Isbn --- M P. Gilles Deleuze.). épistémologie ».Isbn --- B Y.Isbn --- S R. ... « Les empêcheurs de penser en rond ». L’Harmattan.. Paris. « Philosophies ». Tombeau de Gilles Deleuze. coll. La Signature du monde ou Qu’est-ce que la philosophie de Deleuze et Guattari ?. Kimé. Paris. « L’Extrême contemporain ». Hachette Littératures. L’ontologie de Gilles Deleuze.. coll.Isbn --- B V. Paris. coll. Paris. Paris.-C.. P. (eds). (dir. « Pour demain ». Paris. . . coll. . Paris.Ouvrages sur Deleuze Ouvrages sur Deleuze (Nous n’avons pas retenu les innombrables et parfois excellentes études en langue étrangère sur l’auteur) A É. philosophie virtuelle. Sahara.Isbn --- Z F. . Vrin. Kimé. Regards sur Deleuze. « Bibliothèque scientifique ». .Isbn --- B A. coll. Une introduction à l’anti-Œdipe. philosophie et cinéma. .. coll.

« L’Ordre philosophique ». « Gilles Deleuze : un philosophe nomade ». « Gilles Deleuze. « Une anti-sociologie ».  [réed. « Entre Deleuze et Foucault : penser le désir ». . L J. septembre . Éd. « Les complexes et les signes ». avril .Isbn --- D J.. nº. Philosophie.. novembre . propose un grand nombre de cours de Deleuze. « Géographie physique de Mille plateaux ».Principaux articles consacrés à Deleuze B A. « Deleuze ». Annuaire philosophique : -. nº. Le Seuil. Paris. « L’effet Deleuze ». « Le capitalisme énergumène ». Deleuze-web www. Revues (numéros spéciaux) L’ARC. ]. P. Critique. « Deleuze ». « Deleuze-chantier ». . sous forme de texte. novembre . juin-juillet ..com Ce site. . P. Critique. professés dans les années -. nº. Pinhas. ... Magazine littéraire. nº. Critique. novembre . « Theatrum philosophicum ». de Minuit. Paris. F M.. .webdeleuze. nº. Critique. « Gilles Deleuze : Le Pli – Leibniz et le baroque ». décembre .Isbn --- V A. coll. immanence et vie ». nº. Critique. Esprit. Duponchelle.-F. R D. février .Isbn --- Magazine littéraire. M R..Isbn --- Théorie-littérature-enseignement. Rue Descartes. crée par R.

Traverses 4. de Monès. Parnet.-J.Georges. ©Zepha Hoaqui B. ©LL-Violet B. 1970-1995 Romain Gary Le Roman français contemporain Sciences humaines et sociales en France Sport et Littérature Stéphane Mallarmé Le Théâtre français Théâtre français contemporain Le Tour en toutes lettres Voltaire À paraître France-Arabies George Sand Marcel Proust Oulipo Les textes publiés dans ce livret et les idées qui peuvent s’y exprimer n’engagent que la responsabilité de leurs auteurs et ne représentent en aucun cas une position o|cielle du ministère des A{aires étrangères. Les années révolte 3. 1988 Double page d’entrée: ©B. Les textes sont composés en Architype Renner et Monotype Dante. la part de l’universel Johannesburg 2002. et fabriqué par Cent pages en septembre 2003. Il est imprimé à 12500 exemplaires. P Boutang . Paris. R.Tournier © Félix Guattari ©Frilet/Sipa © «Abécédaire de Gilles Deleuze» ©Sodaperaga Productions/ C. Depardon/Magnum ©LL-Violet Désir: Laurel et Hardy dans La Maison à construire de Leo McCarey ©Collection Cahiers du Cinéma Corps sans organes: Francis Bacon Turning Figure. Museum of Modern Art.Ce livre est édité par l’∏dpf association pour la di{usion de la pensée française • Il est dessiné par SpMillot. 1988 Événement: ©L’Illustration/ Keystone Sentir: Ingrid Bergman dans Stromboli de Roberto Rossellini ©Collection Cahiers du Cinéma Devenir: Paul Klee. Les années structure. Actualité de la philosophie française Des poètes français contemporains Écrivains voyageurs L’Essai L’État France – Allemagne La France de la technologie Georges Bernanos Henri Michaux Histoire ≥ historiens en France depuis 1945 Hugo Islam. de Monès. Anna Karina et Jean-Paul Belmondo dans Pierrot le fou de Jean-Luc Godard ©Bifi. Coll.Monteaux.-A. ©R. Les années cinquante/épuisé 2. Titres disponibles André Breton Architecture en France Balzac La Bande dessinée en France Berlioz écrivain Chateaubriand Le Cinéma français Claude Simon Cinquante ans de philosophie française 1. 2003 Créer: Gilles Deleuze à Big Sur ©J. 1962 ©A. New York Lignes: H. Crédits iconographiques Première de couverture: ©B. . 1975 ©H. Gloaguen/Rapho Résister: ©M. Sommet mondial du développement durable Julien Gracq Lévi-Strauss Lire la science Louis Aragon Musiques en France Nathalie Sarraute La Nouvelle française contemporaine La Nouvelle médecine française Photographie en France. Périphéria production Lignes de fuite: H. P . Die Zwitsher-maschine ©Akg Paris. sur Zanders Zeta velin nature et gris 80. et Zanders Zeta martelé nature 150 pour la couverture.Lebel Deleuze et son œuvre: Gilles Deleuze et Félix Guattari ©Fonds Félix Guattari/Archives Imec © Portrait de Gilles Deleuze ©M. Zepka ©Mnam. Bibliothèque Stravinsky Énoncer: Gilles Deleuze à l’Université de Vincennes.

Sign up to vote on this title
UsefulNot useful