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lamento

giacomo carissimi, claudio monteverdi,


francesco provenzale, luigi rossi, barbara strozzi

romina basso MEZZO-SOPRANO

latinitas nostra
theodoros kitsos THEORBO AND BAROQUE GUITAR
andreas linos BASS GAMBA
markellos chryssicos HARPSICHORD, ORGAN AND ARTISTIC DIRECTION

with the collaboration of


haris andrianos CAVALIERO
theodora baka REGINA
paul zachariades DAMIGELLA PRIMA
nikos spanatis DAMIGELLA SECONDA
simos papanas VIOLIN
george garavounis PERCUSSION
in squarciato appena avea (provenzale)

3
1 4
johannes hieronymus girolamo frescobaldi 1583-1643
kapsperger c.1580-1651 capriccio ix di durezze 11’24
toccata seconda arpeggiata 13’33 Primo Libro di Capricci, Rome, F. Magni, 1624
Libro Primo d’Intavolatura di Chitarrone,
Venice, 1604
claudio monteverdi 1567-1643
lamento d’arianna
luigi rossi 1598-1653 Performing material prepared by Th. Kitsos
lamento della regina di svezia based on the following sources:
Performing material prepared by Th. Kitsos based Monteverdi, Lamento d’Aria[n]na
on Paris, Bibliothèque Nationale, Rés Vm7 59 (Venice, B. Magni, 1623)
Modena, Biblioteca Estense, Ms. Mus. G. 239 Monteverdi, Il sesto libro de madrigali
a cinque voci (Venice, R. Amadino, 1614)
Monteverdi, Selva morale e spirituale
2 (Venice, B. Magni, 1640/1)
giacomo carissimi 1605-1674 Modena, Biblioteca Estense, Ms. Mus. G. 239
lamento in morte
di maria stuarda 11’29 5
London, British Library, Harley Ms. 1265 francesco provenzale 1624-1704 (attr.)
squarciato appena avea 15’32
3 Nc Cantate 112 (olim 33.4.12), transcription
barbara strozzi 1619-1677 generously provided by Antonio Florio

lagrime mie 12’38 with Haris Andrianos CAVALIERO,


Theodora Baka REGINA, Nikos Spanatis DAMIGELLA
Diporti di Euterpe, overo cantate e ariette a voce
PRIMA, Paul Zachariades DAMIGELLA SECONDA,
sola, opera settima, Venice, F. Magni, 1659
Simos Papanas VIOLIN, George Garavounis
PERCUSSION

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impressions périphériques
par markellos chryssicos
Nous avons enregistré dans un état de ten- la première fois en concert, un programme
sion insoutenable, nous efforçant de pousser du même type dans la salle de la Fondation
jusqu’aux limites tout facteur de trouble, tout Theocharakis. Athènes était encore sous le
effet, tout « tic » qui nous semblaient à même choc des manifestations qui ont suivi la mort
de saturer, même provisoirement, les deux d’Alexis Grigoropoulos, quinze ans, non armé,
micros stéréophoniques. tué par un policier en service. Le centre ville,
engourdi, sentait pendant des semaines l’odeur
Je me souviens que, dehors, il faisait beau, avec des gaz lacrymogènes, des pneus brûlés et de
cette lumière blanche cristalline de début de la révolte. Je cherchais à me forger un point
printemps qui se réserve pour les massacres de vue dépassionné sur la violence tragique
les plus indicibles. Il y avait une école pri- d’alors et à admettre par ailleurs que de tout
maire non loin de là. À la récréation, des voix temps, dans la foule, l’offensé, le vertueux,
d’enfants parvenaient faiblement dans la salle l’idéaliste, le désespéré se mêlent à l’opportu-
où nous étions enfermés, même si je ne pense niste, au pillard, au provocateur.
pas qu’elles aient été enregistrées sur le disque,
comme si la musique elle-même les avait reje- Je me rappelle avoir dit que les vers de Rossi
tées telle une mauvaise greffe. Je crois finale- « … sommergete / La terra fra diluvi di sangue, /
ment qu’un étrange mécanisme défensif m’a Arda per le man vostre ogni citade, / Ogni pro-
laissé de cette période des impressions essen- vincia abbruggi, / Uccidete, ferite, / Non per-
tiellement périphériques. Le temps qu’il faisait, donate… » avaient acquis, hélas, une actualité
les infos, certains bruits… provocante, et j’avais terminé, sur ce ton, les
commentaires de la soirée. Aujourd’hui, après
Je me souviens, plus loin dans le temps, du tout ce temps, je ne changerais pas un mot.
mois de janvier pluvieux de 2009, quand nous
testions avec Romina et les Latinitas, pour Brûlez tout. La musique commence.

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chanter les pleurs :
le lamento des puissants du seicento
par dinko fabris
La tête du roi d’Angleterre Charles Ier Stuart, musique, à travers la diffusion de cantates de
décapité d’un coup de hache devant le palais de chambre. Le genre avait vu le jour en Italie
Whitehall, le 30 janvier 1649, devint un terrible vers le milieu de XVIIe siècle, conçu pour voix
avertissement pour les puissants de ce siècle : seule et basse continue (ou un petit nombre
le premier régicide de l’époque moderne sus- d’instruments) et racontait, en une alternance
cita dans toute l’Europe une profonde émotion, d’airs et de récitatifs, une histoire à la manière
qui se propagea jusqu’à la Révolution française, d’un mélodrame en miniature. Pour narrer des
au siècle suivant, lorsqu’un autre roi, Louis XVI, événements tragiques comme la mort d’un
fut guillotiné. Le fameux « Remember ! » que souverain ou d’un grand personnage historique
Dumas fait dire au roi Charles au moment de (ou mythique), la cantate se spécialisa dans la
mourir, sous les regards stupéfaits des mous- forme du lamento, qui faisait le récit d’un épi-
quetaires dans Vingt ans après (1845), a défini- sode connu des auditeurs par l’intermédiaire de
tivement fixé ce moment dans nos mémoires. structures musicales propres à évoquer la dou-
D’autres morts violentes de souverains ou de leur : accords dissonants, mélodie chromatique
personnages célèbres avaient ému l’Europe du avec d’amples intervalles et, surtout, l’emploi
XVIIe  siècle ; celle, en particulier, de Gustave II d’une formule de quatre notes répétées à la
Adolphe de Suède sur le champ de bataille de basse, appelée tétracorde, qui a fait, pour la
Lützen, le 6 novembre 1632, au moment même première fois il y a vingt-cinq ans, l’objet d’une
où son armée remportait la victoire, faisant étude de la musicologue Ellen Rosand 1. Le
pencher l’issue de la guerre de Trente Ans en modèle incontesté du lamento, au XVIIe siècle,
faveur des protestants, pour lesquels il avait était le Lamento d’Arianna pour soprano soliste
pris parti. De telles figures furent bientôt consi- et chœur, inséré dans la scène 7 de l’opéra
dérées comme des martyrs et ne tardèrent L’Arianna de Monteverdi, créé à Mantoue en
pas à devenir des mythes dont s’emparèrent 1608, qui connut une telle célébrité qu’il eut par
la littérature, les arts plastiques et même la la suite une existence propre : publié à part par

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le compositeur à Venise, en 1623, en tant qu’aria Ce n’est pas par hasard si, l’année suivante,
pour soprano et basse continue, il fut réutilisé Francesco Cavalli –  qui allait devenir le plus
par Monteverdi lui-même (dans son Sixième célèbre créateur de lamenti de son siècle  –
Livre de madrigaux de 1614), puis adapté sous commença sa carrière de compositeur d’opéras
la forme d’une paraphrase sacrée sur un texte pour le tout nouveau théâtre public de Venise.
latin, intitulée Pianto della Madonna, dans la Élève et continuateur de Monteverdi, Cavalli
Selva Morale de 1641. Ces versions imprimées introduisit pour la première fois le Lamento
(ainsi que d’autres sources manuscrites que les bâti sur le tétracorde chromatique (une ligne
musiciens ont confrontées et examinées avec de basse qui parcourt tous les degrés chro-
la plus grande attention philologique pour cet matiques contenus dans l’intervalle de quarte)
enregistrement) ont assuré la survivance du dans sa Didone de 1641 (« Lamento di Ecuba »),
seul Lamento de cette Arianna dont la parti- mais le schéma ne tarda pas à s’imposer
tion a été perdue. Pour peindre la douleur de comme emblème de la souffrance d’une foule
l’héroïne, abandonnée par Thésée, Monteverdi de héros et d’héroïnes dans la trentaine d’opé-
s’était appuyé sur les travaux de la Camerata ras qu’il produira jusqu’à sa mort en 1676.
fiorentina concernant la musique grecque Cavalli fut à Venise le maître de Barbara Strozzi,
antique, qui avaient, auparavant, donné lieu à fille adoptive du poète vénitien Giulio Strozzi
des moments d’intense émotion dans La Dafne et considérée aujourd’hui comme une des pre-
et dans L’Euridice ; déjà, dans son premier opéra mières femmes à avoir fait le choix de se consa-
pour Mantoue, L’Orfeo de 1607, Monteverdi crer professionnellement à la composition. Et
avait introduit dans le lamento d’Orphée sur la ce n’est pas un hasard, une fois encore, si la
mort d’Eurydice nombre de caractéristiques du compositrice adopte fréquemment dans ses
futur Lamento baroque. Mais, dans L’Arianna, œuvres la technique du Lamento héritée de son
les sections arioso du Lamento sont construites maître. Après avoir publié un grand nombre
pour la première fois sur la récurrence hypno- d’ouvrages dans le style monodique typique
tique des mêmes notes à la basse, tandis que de Cavalli, elle rend un hommage plus explicite
la voix exprime sa douleur à travers de déchi- à son maître en introduisant, parmi les quinze
rantes chaînes de dissonances. compositions qui constituent son opus  7,
Diporti di Euterpe, overo Cantate e Ariette a
Trente ans plus tard, Monteverdi revient au voce sola (1659), deux lamenti que nous pou-
schéma hypnotique du tétracorde descendant vons compter parmi les chefs-d’œuvre du
dans le Lamento della Ninfa (Venise, 1638). genre  : Appresso ai molli argenti et Lagrime

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mie. Comme nous le savons aujourd’hui grâce virtuoses de leur temps – du clavier pour le
aux spécialistes, l’idée du texte de ce dernier premier, du théorbe pour le second. Dans ces
avait été fournie à l’auteur longtemps aupara- années heureuses, bon nombre de ses com-
vant, à l’occasion d’une réunion de l’Accademia positions étaient des lamenti (ou contenaient
degli Unisoni, fondée à Venise par Giulio Strozzi, la formule du tétracorde descendant) et leur
et consacrée, en 1638, au thème : « La Contesa renom ne tarda pas à égaler celui des pièces
del Canto e delle Lagrime » (« La querelle du analogues de Monteverdi ou de Cavalli. Le plus
Chant et des Larmes »). Le Lamento enregistré emblématique est le Lamento della regina di
ici semble résumer à lui seul tout le débat, dans Svezia, qui se rapporte à l’épisode de la mort
la mesure où il se présente comme un chant sur du roi Gustave II Adolphe, en 1632, sur le
les larmes, à la manière des ouvrages sublimes champ de bataille de Lützen. Il est significatif
de certains compositeurs anglais quelque que l’ouvrage ait été écrit spécialement pour le
peu antérieurs, comme Dowland (que l’on Premier Ministre de France, le cardinal Mazarin,
pense aux fameuses Lachrimæ). Le Lamento comme en témoigne une source française. À
de Barbara Strozzi est riche de figures rhéto- l’instar du Lamento di Arianna de Monteverdi,
riques et de madrigalismes, en particulier dans ce lamento-cantate connut une exceptionnelle
la traduction musicale des mots qui évoquent fortune, y compris sous la forme de parodies.
la douleur et le tourment. On remarquera l’em- Comme Ariane, c’est la reine Christine, deu-
ploi de chromatismes d’une grande hardiesse, xième femme du roi, qui décrit le douloureux
d’ornements virtuoses confiés à la voix et de parcours de sa prise de conscience à l’annonce
soudains élans lyriques dans la mélodie, tandis de la mort violente du mari bien-aimé. Sa souf-
que des silences viennent souligner certains france paraît à ce point privée d’espoir que la
mots clés comme « trattenete » ou « manca il reine s’écrie plusieurs fois : « Datemi, per pietà,
respiro ». un che mi uccida » (« Qu’on m’envoie, par pitié,
quelqu’un pour me tuer ! »).
Luigi Rossi, de son côté, assistait à Paris, en
1647, au triomphe de son Orfeo, le premier C’est peut-être l’excessive longueur de ce
opéra italien composé pour la cour de France. Lamento aux multiples sections, qui est à
Rossi, au cours de sa période romaine, eut sou- l’origine d’une hilarante parodie signée d’un
vent l’occasion de collaborer avec d’éminents contemporain (et peut-être élève) de Rossi.
collègues comme Girolamo Frescobaldi et L’œuvre, intitulée Squarciato appena aveva,
Giovanni Girolamo Kapsperger, les plus grands est une parfaite reproduction du long Lamento

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de Rossi  : un messager, dès le début, vient C’est à une reine catholique bien plus infor-
informer la prétendue « reine de Suède » de tunée, victime d’un régicide commandité par
la mort de son époux ; là encore, la belle sou- la cour anglicane de Londres en 1587, qu’est
veraine semble sur le point de succomber à consacré le dernier des lamenti de cet enregis-
la douleur, mais à chaque fois qu’elle devrait trement. Avec lui se referme le cycle qui avait
prendre la parole pour exprimer directement sa commencé par la décapitation de Charles Ier :
souffrance, nous sommes surpris d’entendre à en 1649, un Lamento intitulé Il Regnator inglese
la place une chanson populaire ou une comp- fut immédiatement dédié à la mémoire du
tine, dans des dialectes parfois improbables. malheureux souverain. Mais cet ouvrage est
Le procédé est répété sept fois. Le texte nous manifestement calqué sur une pièce anté-
est parvenu dans un manuscrit romain attribué rieure, le Lamento della Regina Maria Stuarda,
à Francesco Melosio, tandis que la musique, mis en musique par Giacomo Carissimi. Dès le
dans l’unique source du Conservatoire de début, Carissimi dépeint la fierté de la malheu-
Naples, est attribuée –  mais l’hypothèse est reuse reine Marie, injustement condamnée. On
récente – à Francesco Provenzale, le composi- retrouve également dans ce chef-d’œuvre de
teur napolitain le plus important du XVIIe siècle. l’École romaine tous les procédés techniques
Il est impossible de confirmer avec certitude expérimentés par Monteverdi dans ses deux
cette attribution, même s’il n’est pas exclu Lamenti : variété de climats où alternent dou-
que Provenzale se soit réfugié à Rome après ceur, affliction et colère ; intervention finale
la révolte de Masaniello (1647) : nous ne pos- d’un narrateur plein de compassion qui raconte
sédons aucune information sur sa vie jusqu’en l’arrivée au Paradis de la reine assassinée. Ainsi,
1654, où il apparaît à Naples avec une troupe au XVIIe siècle, même une cantate de chambre
de Febi Armonici (chanteurs ambulants) venue pouvait servir à commenter les grands événe-
pour s’y produire. Il s’agit d’une pièce unique ments tragiques de l’histoire européenne, tout
d’une extraordinaire efficacité comique, dont en permettant à n’importe quel citoyen de
la véritable destination reste encore à déter- revivre ses propres passions amoureuses à tra-
miner : peut-être est-elle liée aux cercles sati- vers les tourments des puissants.
riques qui s’opposèrent, en 1655, à l’arrivée de
la reine Christine de Suède à Rome, après sa 1 « The Descending Tetrachord : An Emblem of Lament », in
spectaculaire conversion au catholicisme. The Musical Quarterly 65, 1979.

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peripheral impressions
by markellos chryssicos

We recorded in a moment of unbearable ten- Foundation. Athens still seemed stunned by


sion, striving to push to the limits every source several days of unrest following the death of the
of agitation, every effect, every ‘mannerism’ we fifteen-year-old Alexis Grigoropoulos, killed by
thought likely to saturate, at least temporarily, an on-duty policeman. For weeks afterwards,
the two stereo microphones. the city centre smelt of tear gas, burnt tyres,
and revolt. I was trying to form a dispassionate
I remember that the weather was fine out- view of the tragic violence of those days and
side, with that white, crystalline light of early to accept that in any case, ever since history
spring that is reserved for the most unspeak- began, crowds have mingled the offended, the
able massacres. There was a primary school virtuous, the idealistic, the desperate with the
not far away. At playtimes, the distant sound of opportunist, the looter, the provocateur.
children’s cries penetrated the room where we
were shut in, although I don’t think they were I remember saying that Rossi’s lines ‘. . . som-
recorded on the disc – the music itself rejected mergete / La terra fra diluvi di sangue, / Arda
them like an alien implant. In the end, I believe a per le man vostre ogni citade, / Ogni provincia
strange defence mechanism has left me essen- abbrugi, / Uccidete, ferite, / Non perdonate . . .’
tially peripheral impressions of that period. The had alas acquired a provocative relevance, and
weather, the news, certain noises . . . I had ended my remarks for the evening on
that tone. Today, after all that time, I wouldn’t
Going further back in time, I recall the wet change a word.
January of 2009, when we first tried out a
programme of the same type with Romina and Burn everything, the music is starting . . .
Latinitas Nostra in the hall of the Theocharakis

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cantar le lacrime: laments for
the mighty in the seventeenth century
by dinko fabris
The head of the English Stuart monarch immediately mythologised in literature, the
Charles  I, hewn off by an axe in front of visual arts, and music too. The chief means of
Whitehall Palace on 30 January 1649, became diffusion for compositions of this kind was the
a terrible warning to the rulers of the age: the chamber cantata, created in Italy around the
first male regicide of the modern era caused middle of the seventeenth century and scored
profound shock waves all over Europe, which for solo voice and basso continuo (sometimes
continued right up to the French Revolution at with a few obbligato instruments), which told
the end of the following century, when another a story in a sequence of alternating arias and
king, Louis XVI of France, was guillotined. The recitatives, like a miniature opera. To relate
word ‘Remember!’ that Dumas puts in the such tragic and mournful events as the death of
mouth of King Charles just before his death, as a monarch or some great historical or mytho-
the French musketeers look on in astonishment, logical personage, the cantata specialised in
in his 1845 novel Vingt ans après (Twenty Years the so-called ‘lamento’ form, which recounted
After), gave that moment proverbial resonance the circumstances, well known to listeners, by
that has lasted to our own times. There were means of musical devices evocative of grief
other violent deaths of sovereigns or famous like dissonant chords, a chromatic melody with
personalities that moved seventeenth-century wide leaps, and above all the formula of con-
Europe. Notable among them was the death stant repetition of the same notes in the bass
at the battle of Lützen on 6 November 1632 of known as the ‘tetrachord’, the history of which
Gustavus II Adolphus, King of Sweden, just as was first reconstructed some thirty-five years
his army had won the day and thereby turned ago by the musicologist Ellen Rosand 1.
the tide of the Thirty Years War in favour of
the Protestants, on whose side it was fight- The undisputed model for the musical lamento
ing. These two men, and other nobles fallen in of the seventeenth century was Monteverdi’s
a worthy cause, were regarded as martyrs and Lamento di Arianna for solo soprano alternating

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with chorus, taken from the seventh scene of pain falls victim to madness, and the dogged
his opera L’Arianna, premiered in Mantua in return of the ostinato bass with its merciful
1608. This piece became so famous that it took hypnotic effect is the obvious indication of the
on a life of its own: it was published separately fact.
by the composer at Venice in 1623 as an aria for
soprano and basso continuo, and Monteverdi Thirty years later, Monteverdi was once again
reused it as a madrigal in five voices (published to adopt the hypnotic device of the descending
in his sixth book of madrigals of 1614). The latter tetrachord in the Lamento della Ninfa (Venice,
version was adapted in its turn as a sacred 1638). It is no coincidence that, the very next
paraphrase with a Latin text called Pianto della year, Francesco Cavalli began his career as
Madonna in the Selva morale e spirituale that a composer of operas for the newly opened
Monteverdi published in 1641. These printed public theatre in Venice; he was to become the
editions (along with other, manuscript versions, most celebrated creator of lamenti of the entire
all of which have been attentively compared century. As a pupil and follower of Monteverdi,
for the purposes of this recording) ensured the Cavalli was the first to introduce the lamento
isolated survival of the Lamento, whereas the founded on the chromatic tetrachord (a bass
score of L’Arianna has disappeared. To depict line that runs through all eight semitones con-
the grief of Ariadne abandoned by Theseus, tained in the interval of the fourth) in La Didone
Monteverdi utilised the results of the research of 1641 (‘Lamento di Ecuba’), but it was soon to
of the Florentine Camerata into ancient Greek become an emblem of many suffering heroes
music, which had already produced moments and heroines in the nearly thirty operas he
of great emotional tension in the early operas wrote between then and his death in 1676.
La Dafne and L’Euridice; indeed, in his first
opera for Mantua, L’Orfeo (1607), he himself One of Cavalli’s pupils in Venice was Barbara
had included in Orpheus’ lament on the death Strozzi, the adopted daughter of the Venetian
of Eurydice many of the characteristics of poet Giulio Strozzi, who is now considered to
the future Baroque lamento. But in L’Arianna, be one of the first professional women com-
for the first time, the arioso sections of the posers in the history of European music. Again
Lamento are built on the hypnotic recurrence not by chance, she too often uses the technique
of the same notes in the bass, while the voice of the lamento in her works, following the many
expresses its sorrow in heartrending chains of examples left by her teacher. After publishing a
dissonances: the woman who howls out her great deal of music in the monodic style typical

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of Cavalli (arias and ariettas, cantatas, and also Italian opera written for the court of France.
some sacred music), Strozzi paid more overt Before then, in his Roman period, he had often
tribute to her teacher by including in the fifteen performed with such eminent colleagues as
works comprising her op.7, Diporti di Euterpe, Girolamo Frescobaldi and Giovanni Girolamo
overo Cantate e Ariette a voce sola, two lamenti Kapsperger, the greatest virtuosos of their
that may be counted among the finest in the time on keyboard instruments and the theorbo
genre, Appresso ai molli argenti and Lagrime respectively. Many of his compositions during
mie. As the specialists have now estab- those happy years were lamenti (or at least
lished, the idea for this text was given to the contained the formula of the descending tet-
author many years earlier by a meeting of the rachord), and became as famous as those of
Accademia degli Unisoni, founded in Venice by Monteverdi and Cavalli. The most emblematic is
Giulio Strozzi, which in 1638 was devoted to the the Lamento della regina di Svezia, which refers
subject ‘La Contesa del Canto e delle Lagrime’ to the death of King Gustavus Adolphus at the
(The contest between song and tears). The Battle of Lützen in 1632. It is significant that the
lamento recorded here seems to sum up the piece was written expressly for the chief minis-
debate in question, since it is presented as a ter of France, Cardinal Mazarin, as is revealed
song about tears, in a manner similar to the by a French source. Like Monteverdi’s Arianna,
sublime achievements of certain English com- this lamento-cantata also enjoyed an excep-
posers of a slightly earlier period, such as John tional career, notably as a sacred parody. And,
Dowland (one need only think of his pieces as with Ariadne, it is Queen Christine, second
entitled Lachrimae). Barbara Strozzi’s lamento wife of the King, who describes the pain that
is rich in rhetorical figures and madrigalisms, grips her as she becomes aware of the violent
especially in the setting of words that evoke death of her beloved husband. Her sufferings
grief and torment. Its remarkable features are so hopeless that she exclaims several times
include the use of highly adventurous chro- ‘datemi un che mi uccida’ (let someone slay
maticisms, virtuoso vocal embellishments, and me).
sudden lyrical surges of melody, while pauses
are marked to underline key words such as It was probably the somewhat unlikely length
‘trattenete’ and ‘manca il respiro’. of this multi-sectional lamento that provoked
a hilarious parody by a contemporary and
Luigi Rossi is perhaps best known today for the perhaps pupil of Rossi. The piece, entitled
triumph in Paris in 1647 of his Orfeo, the first Squarciato appena havea, closely follows the

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outlines of Rossi’s extended lament: at the A much more unfortunate Catholic queen, the
start, a messenger informs the ‘Swedish queen’ victim of a regicide plotted by the Anglican
of her husband’s death; here too the beauti- court of London in 1587, is the subject of the
ful sovereign always seems on the verge of last of the lamenti featured on this recording.
dying from grief, but whenever there is a cue With it we come full circle with the initial ref-
for her to say something in her own voice, erence to the decapitation of Charles I: when
we are surprised to hear instead a folksong news of the hapless Stuart monarch’s death
or a nursery rhyme, different each time, some arrived in 1649, a lamento called Il Regnator
even in improbable dialects; the process is inglese was at once devoted to him in Rome.
repeated seven times in all. The text has come But the piece in question is clearly modelled on
down to us in a Roman manuscript attributed the earlier Lamento della Regina Maria Stuarda,
to Francesco Melosio, while the only surviv- set to music by Giacomo Carissimi. Right from
ing source of the music, held by the Naples the start of his lamento, Carissimi shows the
Conservatory, is ascribed (but by a later hand) pride of the unhappy and unjustly condemned
to Francesco Provenzale, the most important Mary, Queen of Scots. This masterwork of the
Neapolitan composer of the seventeenth cen- Roman school once again features all the tech-
tury. It is impossible to confirm this attribution nical devices codified by Monteverdi in his two
with absolute certainty, although the possibility Lamenti: an alternation of gentle, sorrowful
exists that Provenzale, born in 1624, spent the and defiant moods, with the final intervention
period following Masaniello’s revolt (1647) in of a compassionate narrator who tells of the
Rome: we have no information at all concerning slain queen’s ascension to heaven. Thus, in the
his whereabouts until 1654, when he appears in seventeenth century, even a chamber cantata
Naples with a troupe of Febi Armonici (travel- could comment on the great tragic events of
ling players) who were presenting operas there. European history, and at the same time allow
This is a unique piece, outstanding in its comic any citizen to relive his or her amorous passions
effect, whose true purpose still awaits clarifica- in the torments of the mighty.
tion – perhaps it was associated with the satiri-
cal circles that opposed the arrival of Queen
Christina of Sweden in Rome in 1655 after her 1 ‘The Descending Tetrachord: An Emblem of Lament’, in
spectacular conversion to Catholicism. The Musical Quarterly 65, 1979.

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Jean-Christophe Spinozi, Philippe Pierlot, Andrea

romina basso Marcón, Ottavio Dantone, Robert King, Antonio


Florio, Federico Maria Sardelli, Daniele Gatti, Gabriele
mezzo-soprano Ferro.
Romina Basso a enregistré pour différentes maisons
Née à Gorizia, Romina Basso a fait ses études au de disques : L’Olimpiade de Galuppi (DVD), la musique
Conservatoire B. Marcello de Venise et a obtenu ses sacrée de Jommelli et Galuppi, Carlo, Re d’Alemagna
diplômes en Littérature Italienne à l’université de de Scarlatti, Vespro Carmelitano, Cantates italiennes,
Trieste. Elle a participé à des master classes avec Tolomeo et Berenice de Haendel, Motezuma, Ercole
Peter Maag et Regina Resnick, Rockwell Blake et sul Termodonte, Oracolo in Messenia de Vivaldi.
Claudio Desderi, Elio Battaglia et Claudio Strudthoff, Pour Naïve, elle a enregistré L’Atenaide, New
en se spécialisant dans le répertoire baroque et Discoveries, Armida, Orlando furioso (DVD),
rossinien. L’Olimpiade, Orlando furioso 1714, Catone in Utica de
Elle a remporté de nombreux concours nationaux Vivaldi et Giulio Cesare de Haendel.
et internationaux  : Seghizzi, Palma d’Oro, Città
di Conegliano, Modena Musica, Toti dal Monte, Born in Gorizia, Romina Basso studied at the
As.Li.Co., ainsi que le concours Operalia fondé par Conservatorio Benedetto Marcello in Venice and
Placido Domingo. obtained her degree in Italian Literature from
Elle se produit régulièrement en Italie, en Europe et Trieste University. She attended master classes with
dans le monde, en collaboration avec des orchestres Peter Maag, Regina Resnik, Rockwell Blake, Claudio
et ensembles tels que Accademia Bizantina, Desderi, Elio Battaglia and Claudio Strudthoff, spe-
Concerto Italiano, Il Complesso Barocco, Cappella cialising in Baroque repertory and Rossini.
della Pietà de’ Turchini, Concert des Nations, Europa She won prizes at national and international com-
Galante, Ensemble 415, Ensemble Matheus, Les Arts petitions including Seghizzi, Palma d’Oro, Città
Florissants, Les Musiciens du Louvre, King’s Consort, di Conegliano, Modena Musica, Toti dal Monte,
Modo Antiquo, Orchestre de la Radio de Munich, As.Li.Co., and Plácido Domingo’s Operalia.
RSO Radio Symphonie Orchester de Vienne, Ricercar Romina Basso regularly performs in Italy, throughout
Consort, Orchestra of the Age of Enlightenment, Europe, and worldwide, collaborating with orches-
Orchestre de l’Accademia di Santa Cecilia, ORT, tras and ensembles such as Accademia Bizantina,
Orchestre Baroque de Venise, Zefiro. Concerto Italiano, Il Complesso Barocco, Cappella
Elle a chanté sous la direction d’éminents chefs della Pietà de’ Turchini, Le Concert des Nations,
d’orchestre tels que Peter Maag, Marcello Viotti, Europa Galante, Ensemble 415, Ensemble Matheus,
Sir Charles Mackerras, Vladimir Jurowski, Kazuchi Les Arts Florissants, Les Musiciens de Louvre,
Ono, Jordi Savall, Frans Bruggen, Alan Curtis, The King’s Consort, Modo Antiquo, the Münchner
Rinaldo Alessandrini, Fabio Biondi, Marc Minkowski, Rundfunkorchester, the Vienna Radio Symphony
William Christie, Emmanuelle Haïm, Paul McCreesh, Orchestra, the Ricercar Consort, the Orchestra of the

15
Age of Enlightenment, the Accademia of Santa Cecilia remporte son premier prix avec Olivier Baumont. Il
Orchestra, the ORT, the Venice Baroque Orchestra, continue ensuite à Salzbourg avec Kenneth Gilbert
and Zefiro. et Siegbert Rampe, et à Genève avec Christiane
Among the prominent conductors with whom Jaccottet, dont il fut le dernier élève.
she has sung are Peter Maag, Marcello Viotti, Sir Markellos Chryssicos s’est imposé comme continuiste
Charles Mackerras, Vladimir Jurowski, Kazushi Ono, et répétiteur dans le domaine de la musique baroque.
Jordi Savall, Frans Brüggen, Alan Curtis, Rinaldo Parallèlement à ses activités avec Latinitas Nostra, il
Alessandrini, Fabio Biondi, Marc Minkowski, William a participé, en tant qu’assistant de George Petrou, à
Christie, Emmanuelle Haïm, Paul McCreesh, Jean- de nombreux enregistrements et productions cou-
Christophe Spinosi, Philippe Pierlot, Andrea Marcón, ronnés par des prix  : Giulio Cesare et Alessandro
Ottavio Dantone, Robert King, Antonio Florio, Severo de Haendel, Il trionfo di Clelia de Gluck (MDG),
Federico Maria Sardelli, Daniele Gatti, and Gabriele Alessandro de Haendel (Decca), etc. En 2011, il a
Ferro. dirigé l’Orchestre baroque de Venise pour un enregis-
Romina Basso’s discography (on several different trement (Naïve) qui a remporté le Choc de Classica.
labels) includes Galuppi’s L’Olimpiade (DVD); sacred Il a plusieurs fois collaboré en tant que chef d’or-
music by Jommelli and Galuppi; Scarlatti’s Carlo, re chestre avec le Camerata-Athens Orchestra ainsi que
d’Alemagna; Handel’s ‘Carmelite Vespers’, Italian can- les orchestres d’État d’Athènes et Thessalonique. La
tatas, Tolomeo, and Berenice; and Vivaldi’s Motezuma, presse a souvent loué ses prestations originales et
Ercole sul Termodonte, and Oracolo in Messenia. passionnantes.
For Naïve, she has recorded Vivaldi’s Atenaide,
Armida, Orlando furioso (DVD), Orlando furioso 1714, Markellos Chryssicos studied the harpsichord with
Catone in Utica, and ‘New Discoveries’, the pasticcio Margarita Dalmati and graduated with distinction and
L’Olimpiade, and Handel’s Giulio Cesare. honours from the Athenaeum Conservatory in Athens.
He pursued his studies in Paris with S. Romeo, receiv-
ing his Premier Prix with Olivier Baumont, then went
on to advanced training in Salzburg with Kenneth

markellos chryssicos Gilbert and Siegbert Rampe and in Geneva with the
late Christiane Jaccottet, whose last student he was.
clavecin, orgue et chef He established himself playing continuo and coach-

d’orchestre | harpsichord, ing Baroque repertoire. Alongside his activities with


Latinitas Nostra, he has participated in various award-
organ and conductor winning recordings and productions as musical
assistant to George Petrou, including Handel’s Giulio
Il étudie le clavecin avec Margarita Dalmati et obtient Cesare and Alessandro Severo, Gluck’s Il trionfo di
brillamment ses diplômes au conservatoire d’Athènes. Clelia (all on MDG), and Handel’s Alessandro (Decca).
Il poursuivit ses études à Paris avec S.  Romeo et In 2011 he conducted the Venice Baroque Orchestra

16
in a recording of the pasticcio L’Olimpiade (Naïve) amener l’ensemble à explorer les affinités entre les
that was awarded a ‘Choc de Classica’. As a conduc- instruments baroques et leurs homologues du Proche
tor he has worked regularly with the Athens Camerata Orient.
orchestra and the state orchestras of Athens and
Thessaloniki. The press has often praised his original The Baroque ensemble Latinitas Nostra was founded
and thrilling performances. by the harpsichordist and conductor Markellos
Chryssicos and the concert promoter Phormigx to
give Greek musicians the opportunity to cultivate the
spirit of liberty, exaggeration and theatricality that

latinitas nostra was the driving force of Mannerist and Baroque art.
The name Latinitas Nostra (Our West) was chosen as
a pendant to ‘Our East’ to suggest two complemen-
L’ensemble de musique baroque Latinitas Nostra a été
tary aspects of Hellenism during the Renaissance and
crée par le claveciniste et chef d’orchestre Markellos
Baroque eras. The term refers to the flourishing Greek
Chryssicos et la société de concerts Phormigx pour
communities of this period in London, Venice, Vienna,
donner à des musiciens grecs l’occasion de cultiver
Marseille, etc., but also to the contribution those com-
l’esprit de liberté, d’exagération et de théâtralité qui
munities made to the social and cultural lives of their
animait l’art du maniérisme et du baroque. Le nom
cities. In this perspective, the productions presented
Latinitas Nostra (« Notre Occident ») a été choisi en
by Latinitas Nostra take as their starting point (some-
complément au « Notre Orient » pour insinuer deux
times indirectly) a reference to the reality of Greece,
apparences de l’hellénisme pendant la période de la
in its eastern or western manifestations, but also to
Renaissance et du baroque, qui se complètent l’une
the ideal Greece that was formulated and exploited
à l’autre. Le terme concerne les communautés floris-
in seventeenth- and eighteenth-century Europe. The
santes grecques de cette période à Londres, à Venise,
ensemble made its debut at the Megaron Concert
à Vienne, à Marseille, etc., mais aussi la contribution
Hall with the world premiere of Caldara’s L’Olimpiade
de ces communautés respectives à la vie sociale et
sung in the translation of Metastasio’s libretto made
culturelle de ces villes. Dans cette perspective, les
by the Greek scholar Rigas Fereos in 1797. The future
productions présentées par Latinitas Nostra trouvent
projects of Latinitas Nostra will allow the ensemble
certes – parfois même indirectement – un point de
to explore the affinities between Baroque instruments
départ ou une référence dans la Grèce réelle, orien-
and their Middle Eastern counterparts.
tale ou occidentale, mais aussi dans une Grèce idéale,
celle-là même « formulée » et utilisée par l’Europe des
XVIIe et XVIIIe siècles. L’ensemble a fait ses débuts
au Megaron Concert Hall avec la première mondiale
de L’Olimpiade de Caldara en associant le livret de
Métastase et la traduction de 1797 de l’érudit grec
Rigas Fereos. Les projets de Latinitas Nostra vont

17
1 Rossi, Lamento de la reine Rossi, Lamento DELLA Regina Rossi, Lamento de la Regina
de Suède di SVEZIA du Suezia
Texto: Fabio Della Corgna

Un cavalier blessé, Un ferito cavaliero, di polve, A wounded horseman,


De sueur, de poussière et de sang Di sudor, di sangue asperso, Spattered with dust, sweat,
[tout couvert, L’anhelante Corsiero [and blood,
Quittant son coursier hors Lassa, ne sò s’ai piè cade Dismounted from his panting
[d’haleine, [ò s’inchina [steed,
Tombe, ou s’incline, je ne sais, De la Sveta Regina. And fell or bowed, I know
Aux pieds de la reine suédoise. Dice: “L’Austriaco e’l Goto [not which,
Il dit : « Mars incertain et périlleux Incerto Marte e periglioso stringe; At the feet of the Queen
[anime Io trafitto colà qui a morir vengo, [of Sweden.
En un rude combat l’Autrichien Acciò del pianto tuo gl’estremi He said: ‘Mars locks the Austrian
[et le Goth ; [ufficij [and the Goth
Moi, de coups transpercé, je viens Habbia l’ucciso Rè. In uncertain and perilous combat;
[ici mourir, Piangi del cielo il torto, Pierced with wounds, I come
Afin que de tes pleurs Piangi Regina, ohimè! Gustavo [here to die,
[le souverain occis [è morto.” So that my tears may pay a last
Reçoive les derniers offices. [tribute
Pleure l’injustice du ciel, To my dead sovereign.
Ah ! pleure, reine, hélas ! Weep at Heaven’s injustice,
Gustav est mort. » Weep, O Queen, alas! Gustav
[is dead.’

Alors cent jeunes filles Sciolser cento Donzelle i biondi Then a hundred ladies-in-waiting
En un déluge d’or défirent [crini [loosened
[leurs cheveux, In un diluvio d’óro, Their blonde locks in a shower
Se frappèrent la face Si percossero il viso, [of gold,
Et, ayant entendu si funeste E à si funebre aviso And struck their faces,
[nouvelle, Esclamò la Regina And, on hearing the dismal news,
En un cri douloureux la Reine Con dolorose strida: The Queen exclaimed
[s’exclama : With sorrowing cry:

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« Qu’on m’envoie, par pitié, “Datemi, per pietade, un che ‘For pity’s sake, let someone
[quelqu’un pour me tuer ! [m’uccida! [slay me!
Ô mon Seigneur et Roi, O mio Signore e Rè, chi mi t’hà O my Lord and King, who has torn
[qui te ravit à moi ? [tolto? [you from me?
Glaive cruel, glaive barbare, Barbara, fiera spada, Cruel, merciless sword
Qui en des flots ardents Ch’il suo sangue spargest’in That shed his blood in warm
[a répandu son sang, [caldo rio, [streams,
Pourquoi ne viens-tu pas Deh, che non sparg’il mio? Why do you not shed mine too?
[répandre aussi le mien ? Dunque l’invitto regnator Must then the indomitable
Le monarque invaincu des Ourses [dell’ Orse [monarch of the North
[boréales Sotto il ferro di morte il capo Bend his head beneath the sword
Sous le fer de la mort incline [inchina, [of death?
[donc le chef ? Et io no’l vedrò più, deposto Will I see him no more
Ainsi je ne le verrai plus, [l’elmo Cast aside his helmet
Oubliant et l’armure et E’l martial rigore, gioir del nostro [and his martial severity
[les rigueurs de Mars, [Amore, To rejoice in our love?
Jouir de notre amour, E più non m’amerà? Will he love me no longer?
Plus jamais il ne m’aimera ? Datemi un che m’uccida, For pity’s sake, let someone
Qu’on m’envoie, par pitié, Ahi! per pietà! Chi mi chiamò [slay me!
[quelqu’un pour me tuer ! [felice, Ah, incautious, mistaken tongue,
Seule une lèvre fausse a pu Incauta lingua errante, To call me happy,
[me dire heureuse, Se mi fece infelice un solo istante. When a single instant can make
Ah ! puisqu’un seul instant a fait Ahi! bugiarda Fortuna, [me miserable!
[tout mon malheur ! Del tuo favor fallace Alas, deceiving Fortune!
Fortune mensongère ! Scender credevo io ben, I knew I must descend from
De tes faveurs trompeuses [ma non cadere. [the heights
Je croyais bien déchoir, mais Ahi! Morte, ahi! sorte infida, Of your false favour, but not fall
[point tomber encore. Datemi per pietade un che [so precipitously.
Ah ! mort ! Ah ! sort perfide ! [m’uccida! Ah, Death! Ah, treacherous Fate!
Qu’on m’envoie, par pitié, For pity’s sake, let someone
[quelqu’un pour me tuer ! [slay me!

Las ! de tant d’épées entourée, Ahimè! frà tante spade ‘Alas! Amid so many swords,
Je n’en puis obtenir une pour Non inpetro una spada? May I not beg a single one?
[me frapper ? Ma chè dico? Che parlo? But what am I saying? What are
Mais que dis-je ? Quel est [these words?
[ce discours ?

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Ainsi le roi pourrait demeurer Dunque il Rè Goto invendicato Will the King of the Goths be left
[sans vengeance [resta [with no one
Et laisser impuni qui lui donna Di chi gli die la morte? To wreak vengeance on those
[la mort ? Sù sù, mia gente forte, [who slew him?
Allons, mes sujets valeureux, Sveti, Goti e Biarmi, Come, my brave subjects,
Suédois, Goths et Biarmis, Che dal Baltico mare al Reno Swedes, Goths and Bjarmians,
Vous qui de la Baltique [algente Who from the Baltic to the chilly
[aux froidures du Rhin Debellaste ogni gente, [Rhine
Avez fait plier tous les peuples, Terror del Mondo e fulmini Have overcome every people,
Terreur de l’univers et foudres Di guerra, sommergete Terrors of the world and heroic
[de la guerre, La terra fra diluvij di sangue, [warriors,
Répandez sur la terre un déluge Arda per le man vostre ogni Submerge the earth
[de sang, [citade, Under deluges of blood,
Que par vos mains chaque cité Ogni provincia abbrugi! By your hands let every city burn,
[s’enflamme, Uccidete, ferite, Every province blaze!
Chaque province brûle ! Non perdonat’agl’empi! Kill, strike,
Tuez, frappez, sans merci pour Al Germano feroce, Show the wretches no mercy!
[les misérables ! Al crudo Ibero, all’Italico audace, With the fierce German,
Au farouche Germain, à l’Ibère Non si parli di pace! The cruel Spaniard, the bold
[cruel, Mà che vaneggio, ohimè, vedova [Italian,
À l’Italique téméraire, [afflitta, Let there be no talk of peace!
Il ne faut plus parler de paix ! Abbandonata e sola But why do I rave thus? Alas,
Mais que dis-je, insensée ? Hélas ! Frà nemici smarrita, [a grieving widow,
[dolente veuve, A cui morte lasciò solo la vita! Lost and forsaken
Abandonnée, perdue parmi Ucciso il mio Signor, chi pugnerà? Among so many enemies,
[tant d’ennemis, Datemi un che m’uccida, ahi! The only one whom death has
À qui la mort n’a laissé que la vie ! [per pietà! [left alive!
Mon doux Seigneur occis, With my Lord dead, who will
[qui combattra encore ? [fight now?
Qu’on m’envoie, par pitié, For pity’s sake, let someone
quelqu’un pour me tuer ! [slay me!

À quoi bon désormais ce beau Non mi lusinghi più l’esser ‘I no longer delude myself
[titre de reine, [Regina, [that I am Queen, no,
Car il n’est plus de souveraine Nò, che Regina For she is no longer a queen
Lorsque de l’esclavage Non è Chi teme esser Who fears to be
[on redoute les fers. Condotta in servitù. Led into slavery.

20
Ainsi le sang royal de l’empire Dunque il sangue real del Goto Must the royal blood of the
[des Goths [Impero [Empire of the Goths,
Devra, privé d’honneur, souffrir Potrà, privo di fasto, Shorn of all pomp,
[en s’inclinant Patiente soffrire Patiently suffer
D’une étrangère main le joug Di straniero servaggio The bitter yoke
[impitoyable ? Il giogo acerbo. Of foreign bondage?
Hélas ! pourquoi réserver Deh! perche più riserbo Alas! Why preserve this soul
[plus longtemps Quest’alma allo schernir [any longer
Cette âme à la risée des barbares [dell’empie stelle? To be mocked by the pitiless
[étoiles ? Ah! mie care donzelle, [stars?
Ah ! mes chères compagnes, Mi trafigga di voi chi m’è più fida! Ah, my dear ladies-in-waiting,
Qui m’est la plus fidèle au cœur Datemi, per pietade, un che Let the most faithful among you
[vienne frapper ! [m’uccida! [pierce my breast!
Qu’on m’envoie, par pitié, For pity’s sake, let someone
[quelqu’un pour me tuer ! [slay me!

Mais si le ciel, plein Ma se gl’ultimi accenti But if merciful Heaven


[de miséricorde, D’un infelice misera che more Hears the last words
D’une infortunée qui se meurt Ode il cielo pietoso, Of an unhappy, dying wretch,
Entend les derniers mots, Oh! Capitan crudele, O cruel Captain,
[ô cruel capitaine Che de le doglie You to whom my sufferings
Qui te fais un trophée des peines Mie formi trofei, Are a trophy,
[que j’endure, Facciano i prieghi miei, Then I pray that you,
Alors, fassent mes vœux que, Che tù, fatto superbo, Grown over-proud,
[par l’orgueil poussé, Contro il proprio Signor la spada May gird on the sword against
Tu dégaines l’épée contre [cinga, [your own master,
[ton propre maître, Poi, protervo rubello, And then, an arrogant rebel,
Puis, rebelle arrogant, Dell’Aquila Real Flee from the clutches
De l’Aigle Impérial tu fuies un jour Fugghi l’artiglio, senza fè, Of the Imperial Eagle,
[la serre, [senza honor, Without loyalty, without honour,
Sans foi, sans honneur, Senza Consiglio, e t’uccida [without counsel,
[sans appui, [alla fine, At last to die, poor, weak,
Pour tomber à la fin, pauvre, Povero, infermo e nudo, [and naked,
[sans force, et nu, D’un gregario Guerriero il ferro Under the cruel steel
Sous le barbare fer d’un vulgaire [crudo. [of a common soldier.
[soldat.

21
Hélas ! Infortunée, à quoi bon Misera, mà che prò, But woe is me, what will that
[ces prières ? Per questo il mio Signor già [avail?
Sa mort à mon Seigneur [non vivrà! It will not bring my Lord back
[ne rendra pas la vie ! Datemi un che m’uccida, ahi! [to life!
Qu’on m’envoie, par pitié, [per pietà!” For pity’s sake, let someone
[quelqu’un pour me tuer ! » [slay me!’

Ici elle se tut et, de douleur Qui tacque e flagellata Here she fell silent and, lacerated
[brisée, Dal duol mosse le piante [by grief,
Laissa couler ses larmes, E furiando errò qual forsennata, Poured forth her tears,
Et, pleine de fureur, errant, Mirò Fortuna, e con sorriso And wandered in a frenzy,
[comme insensée, Altero disse: “Provi il mio sdegno [like a madwoman.
Considérant le Sort, en un ris Chi le speranze sue ponne She contemplated Fortune,
[dédaigneux [l’Impero [and with a dignified smile
Elle dit : « Qu’à jamais éprouve E si fida del regno.” She said: ‘Let all those feel
[mon mépris [my scorn
Celui qui en l’empire a mis Who place their hopes in empire
[ses espérances And trust in royalty.’
Et se fie à la royauté. »

2 Carissimi, Lamento Carissimi, Lamento in morte Carissimi, Mary Stuart’s


de Marie Stuart di Maria Stuarda Lament before Her Death
au moment de sa mort Texto: Giacomo Filippo Apolloni

Arrête ! Laisse-moi parler, Ferma, lascia ch’io parli, Hold! Let me speak, sacrilegious
[ministre sacrilège ! [sacrilego ministro! [minister!
Bien qu’un sort inclément Seben Fato inclemente Though inclement Fate
Me destine à la mort comme a Morte degna come rea Intends me for death worthy
[une criminelle, [mi destina, [of a criminal,
J’ai vécu, je meurs innocente ; vissi, e moro Innocente, I have lived and died an innocent;
Je suis du sang des Stuart, son del sangue stuardo, I am of Stuart blood, and I am
[et je suis reine. [e son Regina. [a queen.
Pourquoi me bander les yeux ? Perche bendarmi i lumi? Why would you blindfold
[my eyes?

22
Si j’ai vu tant de jours, j’ai bien S’io mirai tanti giorni, ho petto If I have seen so many days,
[assez de cœur [ancora [I have courage enough
Pour voir ma dernière heure, da mirar l’ultim’ora, To behold my last hour, and if
[et si je les ouvris au ciel, [e s’io gl’apersi al Cielo, [I open them to heaven,
Je saurai bien sans voile à la vie sapro ben’ senza velo alla Vita I can close them on life without
[les fermer. [serarli. [need of a veil.
Arrête ! Laisse-moi parler ! Ferma, lascia ch’io parli. Hold! Let me speak!

Mais que dire de plus ? Ma che dirò? Pur troppo oggi But what shall I say? Today,
[Aujourd’hui, l’innocence [favella [Innocence
En ma faveur ne peut que trop a mio prò l’innocenza, Speaks all too eloquently
[parler, e di si rea sentenza a Dio [in my favour,
D’un arrêt si cruel c’est à Dieu [s’appella. And cries out to God at so
[qu’elle appelle. Vilipesa Innocenza, [iniquitous a sentence.
Innocence outragée, s’una Regina a te salvar non lice, Outraged Innocence,
S’il ne t’est pas permis de sauver cui l’invidia fa guerra, If you are unable to save a queen
[une reine a chi ricorrer deve in Inghilterra On whom Envy makes war,
À laquelle l’envie a déclaré un mendico, un vassallo, Whither, in England, may turn
[la guerre, [un infelice ? A beggar, a subject,
À qui auront recours Vilipesa innocenza, [an unfortunate?
[dans l’Angleterre vattene pur da me, torna alle Outraged Innocence,
Un mendiant, un vassal, [stelle, Begone from me, return to
[un malheureux ? ch’io con Anima intrepida [the stars;
Innocence outragée, [e serena Let me, with fearless and serene
Éloigne-toi de moi, retourne sarò fra tante squadre a Dio [soul,
[vers les astres ; [rubelle Amid so many factions revolting
Je veux être, d’une âme intrépide di mia tragedia e spettatrice [against God,
[et sereine, [e scena. Be both spectator and actress
Parmi tant de factions contre [of my tragedy.
[Dieu conjurées,
De cette tragédie le témoin
[et l’actrice.

Ah ! Mourons ! A morire! Ah, let me die!


À préserver la Justice et la Foi Per serbar Giustizia e fede Crowns are no longer able
Les couronnes sont impuissantes, più non vaglion le Corone, To preserve justice and faith,

23
Quand la seule raison d’État che di stato la Ragione Since reasons of state
Fait mentir la Vérité même. anco la Verità sa far mentire. Can make even Truth lie.

Ah ! Mourons ! A morire. Ah, let me die!


De mon cou je verserai le sang, Verserò dal collo il sangue, I shall shed blood from my neck,
Mais non des larmes de mes yeux, ma non già da’i lumi il pianto, But not tears from my eyes,
Car si je dois perdre la vie, che se bene io resto esangue, For though I may fall lifeless,
La constance à mes maux mêle la costanza al mio duol mesce Yet constancy will mingle its elixir
[un doux élixir. [elisire. [with my woes.

Vous, mes chères compagnes, Voi mie care Donzelle, Ah, my dear ladies in waiting,
À mon trône fidèles, et qui, che m’inchinaste al soglio, Who once bowed before my
[versant des pleurs, [ed hor piangenti [throne, and now, weeping,
M’accompagnez dans mi seguite ai tormenti, compatite Follow me in my torments,
[les tourments, plaignez [i miei casi, [pity my lot;
[mon sort ; e s’io lassa rimasi spogliata Though, alas, I am now despoiled
Si je demeure, hélas ! de tous [d’ogni ben, [of all my possessions,
[mes biens privée d’ogni fortuna, non per questo All my wealth, yet as I prepare
Et de toute fortune, au moment [morendo [to die
[de mourir gl’oblighi miei tralascio; I will not neglect my obligations:
Je n’en veux pour autant négliger partitevi l’amor con’ cui vi lascio. Share among you the love
[mes devoirs : Soffrite costanti la dura mia sorte, [I leave you.
Partagez entre vous l’amour e s’invida Morte stillando Bear with constancy my harsh
[que je vous laisse ; [vi in pianti [fate,
D’un cœur ferme et constant a voi mi toglie, o fide ancelle And if jealous Death, bringing
[souffrez mon sort cruel, [in terra, [forth your tears,
Et si la mort jalouse, con sempiterno riso Takes me from you, my faithful
[en répandant vos larmes, v’abbraccierò, compagne, [servants on earth,
M’ôte à vous, mes fidèles [in Paradiso. With an eternal smile
[servantes sur la terre, Mira, Londra, et impara le vicende I shall embrace you, my friends,
Avec un éternel sourire [mondane, [in Paradise.
Je vous embrasserai, amies, e tu ch’all’Anglicane schiere Behold, London, learn the
[au Paradis. [dai legge, [vicissitudes of this world;
Regarde, Londres, apprends And you who give your laws
[les destins de ce monde ; [to the Anglican hosts,
Et toi qui donnes loi au peuple
[d’Angleterre,

24
Ô fière Jézabel, d’une dure justice o Jezabelle altera, di Giustizia O haughty Jezebel, await
Attends les coups ; et si, [severa [the blows
[pour mieux te déchirer, aspetta i colpi, e se per farti Of stern Justice; and even if,
Manquent griffes et crocs [in brani [to tear you apart,
[de la meute féroce, mancheranno alle Belve artigli The wild beasts should lack claws
Tes remords serviront de chiens [e morsi, [and fangs,
[pour t’égorger. serviranno di cani i tuoi rimorsi. Your pangs of remorse will rend
Oui, oui, frappe à ton gré, Sì, sfogati, assali, scarica sul [you like hounds.
[fais tomber sur ma tête [mio capo Yes, release your rage, assail me,
Par cent et par milliers les traits a cento, a mille del tuo furor [rain down on my head
[de ta fureur ! [gli strali! A hundredfold, a thousandfold,
Déchaîne sans pitié sur Vibra senza pieta su questo petto [your furious blows!
[ma poitrine exsangue [esangue Mercilessly inflict on this pale
Supplices et tourments, carnages Strazi, scempi, flagelli, atrocità! [bosom
[et horreurs, Lascia ch’un mar di sangue Torment and slaughter, carnage
Que d’une mer de sang ce noir [m’inostri il nero manto, [and atrocity!
[manteau s’empourpre, fulmina pur, che tanto straziarmi Let a sea of blood empurple
Fais éclater ta rage, tu ne pourras [non saprai, [my black cloak!
[jamais quant’ io soffrire: Strike me now: you will not be
Me tourmenter autant que je puis A morire! [able to torture me
[endurer : More than I can endure:
Ah ! Mourons ! Ah, let me die!

Ici elle se tut et, forte Qui tacque, e forte, e invitta, Here she fell silent, and, strong
[et invaincue, al suo destin s’arrese la Regina [and unvanquished,
La reine de l’Écosse à son sort [Scozzese, The Queen of Scots submitted
[se rendit ; ne guari andò ch’un colpo [to her fate;
Sans plus longtemps attendre, [indegno e rio Ere long, a base and wicked
[un coup indigne et lâche divise il Corpo, et unì l’Alma a Dio. [stroke
En divisant son corps unit Rent her body in twain, and
[son âme à Dieu. [united her soul with God.

25
3 Strozzi, Mes larmes Strozzi, Lagrime mie Strozzi, My Tears
Texto: Pietro Delfino

Pourquoi vous retenir, Lagrime mie, à che vi trattenete? My tears, why do you hold back?
[mes larmes ? Perchè non isfogate il fier dolore Why do you not give vent
Que n’épanchez-vous donc Che mi toglie ’l respiro e opprime [to the cruel sorrow
[cette peine cruelle [il core? That stifles my breath
Qui me ravit le souffle [and oppresses my heart?
[et m’oppresse le cœur ?

Lidia, que j’aime tant, Lidia che tant’adoro, Lydia whom I so adore,
Pour m’avoir accordé un regard Perch’un guardo pietoso, ahi, Because she bestowed on me
[de pitié, [mi donò [a merciful glance,
Par la rigueur d’un père, hélas, Il paterno rigor, l’impriggionò. Alas, is imprisoned by her father’s
[est en prison. Tra due mura rinchiusa [severity.
Entre deux murs recluse Sta la bella innocente, The innocent beauty
Où les rayons du jour ne peuvent Dove giunger non può raggio Is confined between two walls,
[pénétrer, [di sole; Where not a sunbeam can enter;
La belle innocente languit ; E quel che più mi duole And what grieves me all
Et ce qui plus que tout m’afflige Ed accresc’al mio mal tormenti [the more,
Et de nouveaux tourments vient [e pene, And heaps further torments
[accroître mon mal, È che per mia cagione [and sorrows on my pain,
Est de penser que par ma seule Provi male il mio bene. Is that it is for my sake
[faute That my beloved suffers.
Ma tendre amie endure mille maux.

Et vous, mes tristes yeux, vous E voi, lumi dolenti, non piangete? And you, my afflicted eyes,
[ne pleurez donc pas ? Lagrime mie, à che vi trattenete? [do you not weep?
Pourquoi vous retenir, My tears, why do you hold back?
[mes larmes ?

Lidia, hélas ! voici que m’est ravi Lidia, ahimè, veggo mancarmi Lydia, alas, I am deprived
L’objet qui m’est si cher ; L’idol mio che tanto adoro; Of my idol whom I so adore;
Entre des marbres durs elle Sta colei tra duri marmi, Between unyielding marble walls
[se désespère, Per cui spiro e pur non moro. [she languishes
Tandis que je soupire et ne puis For whose sake I breathe yet
[expirer. [cannot die.
26
Puisque la mort m’est agréable, Se la morte m’è gradita, Since death would be pleasant
Maintenant que je suis Hor che son privo di speme, [to me,
[d’espérance privé, Deh, toglietemi la vita, Now that I am devoid of hope,
Ah ! ôtez-moi la vie, Ve ne prego, aspre mie pene. Ah, take my life,
Je vous en prie, ô mes peines I beg you, my bitter sorrows.
[amères !

Mais je ne le comprends Ma ben m’accorgo But I perceive all too clearly


[que trop : Che per tormentarmi That, to make my torments yet
Pour me tourmenter plus encore, [maggiormente [greater,
De mon trépas aussi le sort La sorte mi niega anco la morte. Fate denies me even death.
[se montre avare.

S’il est donc vrai, oh Dieu ! Se dunque è vero, o Dio, If it is true then (oh God!)
Que le destin cruel Che sol del pianto mio That my weeping alone
N’a soif que de mes pleurs, Il rio destino ha sete, Can slake the thirst of cruel
Pourquoi vous retenir, Lagrime mie, à che vi trattenete? [destiny,
[mes larmes ? My tears, why do you hold back?

4 Monteverdi, Monteverdi, Monteverdi,


Lamento d’Arianne Lamento d’Arianna Ariadne’s Lament
Texto: Ottavio Rinuccini

Première Partie Prima Parte First Part


Ah, laissez-moi mourir. Lasciatemi morire. Let me die.
De qui donc voulez-vous E chi volete voi che mi conforte How should I find comfort
[que j’attende un secours in così dura sorte, In this cruel fate,
dans ma triste infortune, in così gran martire? In this great suffering?
dans ce cruel martyre ? Lasciatemi morire. Let me die.
Ah, laissez-moi mourir.

Deuxième Partie Seconda Parte Second Part


Ô Thésée, mon Thésée bien-aimé, O Teseo, o Teseo mio! O Theseus, oh my Theseus!
je veux te dire mien, car tu l’es Sì, che mio ti vo’ dir, che mio For I will call you mine, since mine
[en effet, [pur sei, [you remain,

27
bien qu’à mes yeux, cruel, benché t’involi, ahi crudo, Although, alas, cruel one, you
[tu te dérobes. [a gli occhi miei. [vanish from my sight.
Reviens, ô mon Thésée, Volgiti, Teseo mio, Turn back, my Theseus,
reviens, Thésée, ô Dieu ! volgiti, Teseo, o Dio! Turn back, Theseus, oh God!
Reviens, pour regarder encore Volgiti indietro a rimirar colei Turn back and look again on her
[celle che lasciato ha per te la patria Who for you left her fatherland
qui délaissa pour toi la patrie [e ‘l regno, [and her kingdom,
[et le trône, e ‘n quest’arene ancora, And now on these shores,
et qui bientôt sur ce rivage, cibo di fere dispietate e crude, A prey to merciless and cruel
livrée en proie à des fauves lascerà l’ossa ignude. [beasts,
[cruels, O Teseo, o Teseo mio, Will leave her bare bones.
d’elle ne laissera que d’affreux se tu sapessi, o Dio, O Theseus, oh my Theseus,
[ossements. se tu sapessi, ohimè, come If only you knew, Oh God!
Ô Thésée, mon Thésée bien-aimé, [s’affanna If only you knew, alas,
si tu savais, ô Dieu, la povera Arianna, How poor Ariadne suffers,
si tu savais, hélas, de quels forse, forse pentito Perhaps you would repent
[tourments rivolgeresti ancor la prora al lido. And turn your prow back
se meurt la malheureuse Ariane, Ma con l’aure serene [to this shore.
peut-être repenti tu te ne vai felice But with gentle breezes blithely
tournerais-tu encor la proue [ed io qui piango. You sail away, while here I weep;
[vers le rivage. A te prepara Atene For you Athens prepares
Mais poussé par les vents sereins, liete pompe suberbe, Sumptuous celebrations,
toi, tu t’en vas heureux, [ed io rimango [and I remain,
[tandis qu’ici je pleure ; cibo di fere in solitarie arene. A prey to cruel beasts
Athènes te prépare Te l’un e l’altro tuo vecchio [on a deserted shore.
une pompe éclatante [parente Each of your old parents in turn
[et je demeure, moi, stringeran lieto, ed io Will joyfully embrace you,
proie des fauves cruels sur la rive più non vedrovvi, o madre, [while I shall never
[déserte. [o padre mio. See again either my mother
L’un après l’autre, tes vieux [or my father.
[parents
te serreront joyeux dans leurs
[bras ; mais pour moi,
je ne vous verrai plus, ô mon père
[et ma mère.

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Troisième Partie Terza Parte Third Part
Où donc, où est la foi Dove, dov’è la fede Where, where is the fidelity
que tu m’avais jurée ? che tanto mi giuravi? That so often you swore to me?
Sur le trône sacré de tes pères, Così ne l’alta sede Is it thus that you restore me
est-ce ainsi que tu me fais tu mi ripon de gli avi? To my ancestors’ exalted throne?
[asseoir ? Son queste le corone Are these the crowns
Sont-ce là les couronnes onde m’adorni il crine? You place upon my brow?
dont tu pares mon front ? Questi li scettri sono? Are these the sceptres,
Et voici donc le sceptre, Queste le gemme e gli ori? These the jewels and the gold?
les joyaux et les ors ? Lasciarmi in abbandono To leave me, abandon me
M’abandonner ainsi a fera che mi stracci e mi divori? To be torn apart and devoured
pour être dévorée par les bêtes Ah Teseo, ah Teseo mio! [by beasts?
[sauvages ? Lascerai tu morire, Ah Theseus, my Theseus,
Ah Thésée, mon Thésée in van piangendo, in van Will you leave to die,
[bien-aimé, [gridando aita, Weeping in vain, vainly calling
laisseras-tu mourir, la misera Arianna, [for help,
vainement suppliant et pleurant ch’a te fidossi e ti die’ gloria Poor Ariadne, who trusted you
[vainement, [e vita? And gave you life and fame?
la malheureuse Ariane
qui te donna sa foi, et la gloire,
[et la vie ?

Quatrième Partie Quarta Parte Fourth Part


Hélas, il ne me répond plus ! Ahi, che pur non risponde! Alas, still he does not answer!
Hélas, plus que l’aspic il est sourd Ahi, che più d’asp’è sordo Alas, deafer than an adder is he
[à mes plaintes ! [a’ miei lamenti! [to my laments!
Ô nues, ô tempêtes, ô vents, O nembi, o turbi, o venti, O clouds, tempests, gales,
entraînez-le au plus profond sommergetelo voi dentro Plunge him beneath those waves!
[des flots ! [a quell’onde! Hasten, monsters and whales,
Accourez, orques et baleines, Correte, orche e balene, With his foul limbs
de ses membres immondes e de le membra immonde Fill the chasms of the deep!
emplissez les gouffres profonds ! empiete le voragini profonde! But what am I saying?
Que dis-je, hélas, et quel trouble Che parlo, ahi! che vaneggio? [Ah, am I mad?
[m’égare ? Misera, ohimè, che chieggio? Wretched woman, alas,
Infortunée, hélas, que O Teseo, o Teseo mio, [what am I asking?
[demandes-tu là ? O Theseus, oh my Theseus,
Thésée, ô mon Thésée,

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ce n’est pas moi, non, non, non son quell’io che i feri detti It was not I, no, not I,
qui viens de prononcer [sciolse: Who uttered these terrible words:
[ces terribles paroles : parlò l’affanno mio, parlò My grief spoke, and my despair;
c’est ma douleur qui parle, [il dolore; My tongue spoke, yes, but not
[et c’est mon désespoir ; parlò la lingua sì, ma non già [my heart.
si ma langue a parlé, mon cœur, [il core.
[lui, n’a rien dit.

Dernière partie Ultima parta Last Part


Malheureuse, je fais encore place Misera! Ancor dò loco Wretched that I am, still I give
à l’espoir trahi ? A la tradita speme? [place

Et il ne s’éteint pas, E non si spegne, To a hope betrayed,

malgré tant de dérision, le feu Fra tanto scherno ancor, And despite so much scorn

[de l’amour ? [d’amor il foco? The fire of love is not put out.

Toi, mort, éteins désormais Spegni tu morte, ornai, For that put out now, death,
[ces flammes indignes ! [le fiamme indegne! [the unworthy flames.

Ô ma mère, ô mon père, O Madre, o padre, o de l’antico O mother, oh father,
 oh superb
[ô de l’antique Royaume [Regno [dwellings
les superbes demeures où d’or superbi alberghi, ov’ebbi d’or Of the ancient kingdom, where
[fut ma couche, [la cuna. [my golden cradle stood!

Ô mes serviteurs, ô mes fidèles O servi, o fidi amici O servants, oh faithful friends
[amis (hélas sort injuste !), [(ahi fato indegno) [– 
Ah, unjust fate! –

regardez où m’a conduite Mirate ove m’ha scort’empia See where a cruel fortune
[la fortune cruelle, [fortuna. [has led me,

regardez quelle douleur m’ont Mirate di che duol m’ha fatto See what pain has been given
[donné en héritage [herede [to me as a heritage

mon amour, L’amor mio, For my love,
ma foi La mia fede, My faith
and for his betraying me.

et celui qui m’a trahie ! E l’altrui inganno, That is the fate of one who loves
Voilà le sort de qui trop aime Così va chi tropp’ama e troppo [too much and believes
[et se fie. [crede. [too much.

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5 Provenzale, De ses rayons Provenzale, Squarciato Provenzale, Scarcely
dorés l’étincelante aurore appena havea had shining dawn
Texto: Francesco Melosio

De ses rayons dorés l’étincelante Squarciato appena havea, Scarcely had shining dawn,
[aurore Con strali d’oro i tenebrosi horrori With its golden rays, dispelled
À peine avait chassé La riluciente aurora, The dark mysteries of night,
[les nocturnes effrois A rendere a mortali, To restore to mortals,
Pour rendre aux mortels, Col nuovo sole, il desiato giorno, With the new sun, long-awaited
[avec le soleil nouveau, Quando anelante e mesto [day,
Le jour tant désiré, Ecco che giunto When behold,
Que, pantelant, et d’affliction Un messager dolente, Breathless and afflicted,
[rempli, Alla reggia s’invia A doleful messenger
Un dolent messager Della Sveta Regina Approached the palace
S’approche du palais de la reine E, con flebile voce Of the Queen of Sweden
[de Suède Ferendo l’aura e i venti, And, rending the air
Et, de tristes accents faisant Formò simili accenti: With plaintive voice,
[vibrer les airs, “La bella Margherita, Uttered these words:
Il fait entendre ces paroles : Fa li la li re la, ‘Lovely Margherita,
« La belle Marguerite, É bianca quant’un fior.” Fa li la li re la,
Fa li la li ré la, Is as white as a flower.’
Est blanche comme fleur. »

Aussitôt introduit, Ammesso in un istante, Admitted forthwith,


Le triste ambassadeur, entrant Il mesto ambasciador entro The sad ambassador entered
[dans le palais, [la reggia, [the palace,
Avec respect s’incline Riverente s’inchina Bowed respectfully
Aux pieds de la Reine A piè della Regina, At the Queen’s feet,
Et, d’une voix plaintive, E con voce dolente, And in a mournful voice
Il lui tient aussitôt Cosi rivolta a quella Addressed her
Ce funeste langage : L’infelice favella: In these unhappy terms:
« À Rome s’en allait “Fra Jacopino ‘Brother Jacopino
Frère Jacopino, A Roma se n’andava, Set off for Rome,
Un bourdon sur l’épaule, Bordon in spalla A pilgrim’s staff on his shoulder
Un manteau sur le dos. » E in collo una schiavina.” And a gown on his back.’

31
À peine a-t-elle appris la terrible Udite appena l’infelice nuove, No sooner did she hear
[nouvelle : Dunque, misera, disse: [the dreadful news
« Pauvre de moi ! dit-elle, “Il mio Gustavo è morto? Than, wretched, she said:
[ainsi Gustave est mort ? Dunque il gran Re de Gothi ‘Then my Gustav is dead?
Ainsi le puissant roi des Goths [esangue cadde, Then the mighty King
Sans vie et sans vengeance Invendicato al suolo, [of the Goths lies lifeless,
[est étendu à terre, E non m’uccide il duolo?” Unavenged, on the ground,
Et la douleur ne me tue pas ? » Poscia dal dolor cinta, And my sorrow does not kill me?’
Enfin, par le chagrin vaincue, Fatta pallida e smorta, Thereupon, overcome by grief,
Pâle soudain, les yeux Con voce flebile e soave, She grew pale and wan,
[sans flamme, Da mover a pietà un cor crudele, And in a sweet and plaintive voice
D’une voix plaintive et suave Così segui l’amare sue querele: That would move even a heart
Qui d’un cœur endurci pourrait “Amici miei, fa la le ra, [of stone to tears,
[tirer des pleurs, [son maritata She made this painful declaration:
Elle exhale en ces mots Cotognella già mesi sei. ‘My friends, fa la le ra,
[sa déchirante plainte : Ho trov’un Paduan fatt’a I, Cotognella, have been married
« Mes bons amis, fa la lé ra, [mio modo [for six months!
Je suis mariée, moi, Cotognella, L’è tanto buon, barambim I’ve found a Paduan just the way
[depuis six mois ! [biranbirio, [I like them,
J’en ai trouvé un de Padoue Viva pur’ sto mario!» He’s so good, barambim biribio,
Fait à mon goût, Da cordolio infinito Long live that husband!’
Il est si bon, barambim biribio, [all’hor percossa Then, struck with infinite
Vive ce mari-là ! » La vendovella afflitta [desolation,
De douleur infinie à cet instant Invocando Gustavo, The afflicted widow,
[frappée, L’amato suo consorte, Invoking Gustav,
Voici que la veuve affligée, Cade vinta dal duolo in grembo Her beloved consort,
En invoquant Gustave, son époux [a morte. Overwhelmed by grief, fell into
[bien-aimé, Qui s’accrebar le strida [the bosom of death.
Succombant au chagrin tombe Dell’afflitte donzelle Now the cries of the distressed
[aux bras de la mort. Ch’al ciel s’en giran a impetosir [ladies
Des dames éplorées alors les cris [le stelle. Grew louder,
[redoublent Una però più saggia And rose to Heaven to move
Et s’envolent au ciel pour fléchir E tra dolor più cara [the stars to compassion.
[les étoiles. But one, wiser
L’une, pourtant, plus sage et plus And dearer to her in her grief,
[chère à son cœur,

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À la pauvre mourante apportant All’egra moribonda Turned to the weak, dying
[réconfort, Si volge a consolarla [sovereign
Lui tient à peu près ce langage : E in tali accenti parla: To console her,
« Qui t’a fait ces petits souliers “Chi t’a fatte queste scarpete Speaking in this wise:
Qui te vont si bien, Girometta ? Che ti stan si ben, Girometta? ‘Who made you those little shoes
Mon amoureux me les a faits, Me l’ha fatte lo mio amore That fit you so well, Girometta?
Qui m’aime si fort, Girometta ! » Che mi vuol gran ben, Girometta.” My sweetheart made them for me,
Who loves me so much,
[Girometta!’

Tandis que tous faisaient silence, Mentre tacquero tutte While all were silent,
Attentifs aux propos de celle Ad ascoltar la parlatrice intente, Listening intently to the lady
[qui parlait, Proruppe in un sospiro [who spoke,
La belle, languissant, éclate Quella bella languente The fair languishing queen
[en un sanglot E, volta al suo Gustavo Uttered a sigh,
Et, à Gustav en pensée [col pensier, And, thinking she was addressing
[s’adressant, Quasi nuova baccante, [Gustav,
Telle une nouvelle bacchante, Grida con tai parole in un istante: Like some new bacchante
En un cri tout à coup elle lance “Gallo di Mona Fiore Suddenly burst out with this cry:
[ces mots : [non sei già tu, ‘For sure, you’re not Mona Fiore’s
« Ça, tu n’es pas le coq de Mona Ch’a pena sceso sei, [cock,
[Fiore, [vuoi montar sù.” For no sooner are you down
Car sitôt descendu, v’la qu’ tu [than you want up again!’
[veux remonter ! »

Puis, de penser changeant, Poscia pensier cangiando, Then, as a new thought came
Il semble que la reine à la raison Par che torni in se stessa [to her,
[revienne, E quasi accolga in seno She seemed to regain her senses;
Elle presse contre son sein Chi a morte la ferì She pressed to her bosom
Celui qui l’a blessée à mort, S’ode parlar così: The man who had dealt her
Et on l’entend alors prononcer “Caccia su e ghigna [this mortal blow,
[ces paroles : E non ti dubitar And was heard to speak thus:
« Va, bisque, ricane, Grugna e rigrugna ‘Go on then, lose your temper,
Sans t’embarrasser, [mock,
Grogne et puis regrogne Don’t hesitate,
Grumble and grumble again

33
Contre qui re-regrognera, Con chi vuol ringrugnar. At anyone who grumbles back
Car de tout cela, Ch’io per me tanto [at you.
Moi, je n’ai que faire, Non me ne curo, già Whatever you do,
Pourvu que je raille Pure ch’io ghigni I don’t care,
Avec qui me plaît. Con quello che mi và. As long as I can mock
Avec mon petit frère Col mio fratellino, Whoever I like.
Qui semble un paladin, Che pare un paladino, With my little brother,
Je veux aller raillant Voglio andar ghignando Who looks like a paladin,
Dans tout le voisinage, Per questo contorno I want to go mocking
À tous les instants A tutte le hore All through the neighbourhood,
Du jour et de la nuit. » Di notte e di giorno.” At all hours
Of the day and the night.’

Ainsi la belle au délire succombe Cosi la bella delirando va, Thus the fair one raved on,
Et, s’affaissant, de tous éveille Si che dal duolo uccisa Until, suffocated by grief,
[la pitié ; Sol col cader desta in altrui pietà, [she swooned,
Alors on entendit, en des accents Onde morta ed esangue Sveti Arousing the pity of all;
[funèbres, [la Regina Then was heard the dismal sound
De la reine suédoise, immobile Mille donzelle accompagnar Of a thousand ladies mourning
[et sans vie, [col pianto The pale and lifeless Queen
Mille dames en pleurs déplorer S’odono in mesto suono, [of Sweden,
[le trépas, [e all’infelice Each of them repeating
À cette infortunée chacune Ognuno così dice: [to the poor unfortunate:
[répétant : “È morto Saione ‘Saione is dead!
« Il est mort, Saione, Voi grandi e piccini All of you, great and small,
Vous, grands et petits, Cantate vicini un falso bordone: Sing in chorus
Chantez tous en chœur È morto Saione!” A fa-burden:
En un faux-bourdon : Saione is dead!’
Il est mort, Saione ! »

34
Orlando furioso 1714 Recording system

also available | R. Novaro, T. Gheorghiu, G. Arquez,


R. Basso . . ., Modo Antiquo,
Microphones: DPA 4006

également F. M. Sardelli Preamplifiers & AD converters:

disponibles OP 30540 RME Fireface UC


Recording station: Sequoia
Armida al campo d’Egitto
romina basso F. Zanasi, M. Comparato, R. Basso, Markellos Chryssicos article
M. Oro . . ., Concerto Italiano, translated by
l'olimpiade
R. Alessandrini Michel Volkovitch (French),
by Caldara, Cherubini, Cimarosa,
OP 30492 Charles Johnston (English)
Galuppi, Gassmann, Hasse,
Dinko Fabris article and sung texts
Jommelli, Leo, Myslivecek,
Atenaide translated by Michel Chasteau
Paisiello, Perez, Pergolesi, Piccinni,
S. Piau, V. Genaux, G. Laurens, (French), Charles Johnston
Sarti, Traetta, Vivaldi
R. Basso, N. Stutzmann . . ., (English, except track 4,
R. Basso, F. Gottwald, K. Gauvin . . .,
Modo Antiquo, F. M. Sardelli Mary Pardoe)
Venice Baroque Orchestra,
OP 30438
M. Chryssicos
Warmest thanks to Julian Fifer
V 5295
New Discoveries for his support, Margherita Dalmati
R. Basso, P. Pollastri, E. Casazza . . ., for the poetry and the biscuits,
handel
Modo Antiquo, F. M. Sardelli Maestro Antonio Florio for
Giulio Cesare
OP 30480 Provenzale, Lidia Cremona for
M.-N. Lemieux, K. Gauvin,
Maestro Andrea Marcón, Maestro
R. Basso . . ., Il Complesso Barocco,
Andrea Marcón for Romina,
A. Curtis
and Romina for all the rest
OP 30536
credits Cover photo: © Plainpicture/
vivaldi
Glasshouse/Mark Katzman
Orlando furioso Recording producer, engineer
Inside photos: © courtesy
M.-N. Lemieux, R. Basso . . ., and editor: John Hadden
of Theocharakis Fondation
Ensemble Matheus, J.-C. Spinosi Editing, balance & mixing
DVD DR 2148 engineer: Thomas Dappelo
www.naive.fr
Additional editing: Minas
www.latinitasnostra.com
Catone in Utica Emmanouil
T. Lehtipuu, R. Mameli,
℗ 2010 Ch. Tsenes/Phormigx
A. Hallenberg, R. Basso . . ., Recorded in February 2010
© 2014 Naïve V 5390
Il Complesso Barocco, A. Curtis at the Cultural Centre Philadelphia,
OP 30545 Athens (Greece)

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36 V 5390