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GÉOGRAPHIE DE VOYAGES COSMIQUES IMAGINAIRES ET

IMAGINÉS
Fernand Verger

C.N.R.S. Editions | « Hermès, La Revue »

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2002/2 n° 34 | pages 37 à 44
ISSN 0767-9513
ISBN 2271060664
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Pour citer cet article :


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Fernand Verger, « Géographie de voyages cosmiques imaginaires et imaginés »,
Hermès, La Revue 2002/2 (n° 34), p. 37-44.
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Fernand Verger
École Normale Supérieure (ENS)

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GÉOGRAPHIE DE VOYAGES
COSMIQUES IMAGINAIRES
ET IMAGINÉS

Plus de quatre cents hommes ont volé une ou plusieurs fois dans l’espace depuis le vol de
Gagarine, mais des dizaines de siècles avant que le vol de l’homme dans l’espace ne devienne une
réalité, l’homme avait imaginé différents trajets dans le cosmos, avec parfois de surprenantes coïn-
cidences avec les vols réels ultérieurs.
L’humanité s’est, en effet, très tôt interrogée sur la pluralité des mondes habités et a rêvé des
voyages vers les planètes et les autres astres. À vrai dire, ignorants des conditions physiques du cos-
mos, les premiers auteurs qui se sont préoccupés des autres mondes s’attachaient surtout aux pla-
nètes elles-mêmes et à leurs occupants. Les moyens de les atteindre et le rapport à la Terre des
itinéraires empruntés n’ont intéressé qu’un faible nombre d’auteurs chez qui les traits d’antici-
pation perspicace peuvent se mêler à de naïves extravagances. En particulier, la fantaisie la plus
grande règne sur les voies d’accès. Ce n’est qu’au XIXe siècle que les récits de fiction s’appuieront,
avec plus ou moins de rigueur, sur les connaissances de l’astronomie et de la physique.

Le voyage cosmique imaginaire

De Lucien de Samosate à Cyrano de Bergerac


Parmi les voyages cosmiques inventés par les écrivains, ceux que narre Lucien de Samosate (50-
125 après Jésus-Christ) semblent les plus anciens. Dans l’Histoire véritable1, l’itinéraire commence
dans l’océan Atlantique, où une bourrasque entraîne le vaisseau du héros jusqu’à une hauteur de
trois mille stades ; de là, il vogue « par le ciel l’espace de sept jours et de sept nuits » vers la Lune.

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Dans un autre ouvrage, l’Icaroménippe, l’auteur, décidément séduit par le voyage interplanétaire,
envisage un autre itinéraire2. Ne renouvelant pas la fatale erreur d’Icare dont la cire avait fondu sous

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les rayons du soleil, il attache à ses épaules, à l’aide de solides courroies, l’aile droite d’un bel aigle à
large envergure et l’aile gauche d’un vautour des plus puissants. Ainsi équipé, il s’envole tout droit
du mont Olympe, non sans s’être auparavant exercé à Athènes dans des vols beaucoup moins ambi-
tieux, par exemple du sommet de l’Acropole jusqu’au Théâtre. Parvenu sur la Lune, le héros appa-
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raît comme le précurseur imaginaire des praticiens contemporains de la télédétection spatiale


puisqu’il regarde de haut la Terre : il y observe en particulier la Grèce, la Perse et l’Inde.
Plus tard, au XVIIe siècle, la découverte de la lunette par Galilée et l’essor de l’astronomie
qu’elle provoque devaient susciter une série d’ouvrages sur les planètes et plusieurs récits de fiction
sur les voyages cosmiques.
C’est alors que l’astronome Johann Kepler imagine un voyage vers la Lune qu’il désigne sous
le nom de Levania, inspiré de l’hébreu. Il raconte ce voyage dans Le Songe, ouvrage auquel il a long-
temps travaillé, mais qui ne fut publié qu’en 1634, quatre ans après sa mort. Le trajet entre la Terre
et la Lune s’effectue grâce à la force et à la volonté de démons qui ne peuvent inscrire leur itinéraire
qu’à l’intérieur des cônes d’ombre de ces deux planètes ; l’aller et le retour de ce voyage cosmique
nécessitent une éclipse de Lune et une éclipse de Soleil, phénomènes sur lesquels il s’étend dans des
notes fort intéressantes au titre de l’astronomie3.
À peu près à la même époque, en 1638, paraît l’ouvrage, également posthume, de Francis
Godwin : The Man in the Moon4 dont le héros, Domingo Gonzalès, gentilhomme sévillan, se rend
à une demi-heure de La Laguna, alors capitale de l’île de Ténériffe, dans les Canaries. Il y installe un
attelage d’oies qui vont le conduire tout droit vers la Lune, après une escale au plus haut sommet
de l’île, El Pico. Au cours d’un voyage de onze jours, Domingo Gonzalès aussi regarde la Terre.
Dans sa rotation, elle lui montre à plusieurs reprises toutes ses parties. Il lui est donné, en parti-
culier, de contempler « une tache en forme de poire dont on aurait mordu l’un des côtés et emporté
le morceau » et qui n’est autre que l’Afrique. Les satellites Météosat de nos jours nous font
découvrir cette vision que Godwin a décrite avec justesse.
D’autres auteurs ont construit des fictions plus ou moins développées sur des voyages ima-
ginaires dans le Cosmos au XVIIe et au XVIIIe siècles. Parmi eux, Cyrano de Bergerac (1619-1655)
occupe une place particulière avec son ouvrage — paru en 1658 après sa mort — sur l’histoire
comique des États et Empires de la Lune et du Soleil5. L’auteur dont Boileau appréciait « l’audace
burlesque »6 imagine deux voyages cosmiques, l’un vers la Lune, l’autre vers le Soleil et les autres
planètes. Dans le premier, le héros, après une chute malheureuse dans une machine de son inven-
tion, doit s’oindre tout le corps de moelle de bœuf pour soulager ses meurtrissures. Il monte
ensuite dans sa machine sur la place de Québec, en Nouvelle-France, où les feux allumés pour la
Saint-Jean l’entraînent dans le ciel. Peu après, la succion de la moelle par la Lune qui en est avide
suffit à entraîner le héros. Pour le voyage vers le Soleil, c’est une machine légère qu’un aimant —
sorte de balle faite d’attractif calciné — attire vers le haut, si le voyageur la relance sans cesse pour

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entretenir le mouvement ascensionnel de l’engin. Ailleurs, c’est un icosaèdre muni de verres con-
caves qui constitue le véhicule cosmique : les rayons solaires en créant à l’intérieur un vide, pro-

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voquent alors « une furieuse abondance d’air » qui soulève le vaisseau poursuivant ainsi sa course.
Après s’être envolé de Toulouse, le héros voit « en suite de la France, le pied de la botte d’Italie, puis
la Mer Méditerranée, puis la Grèce, puis le Bosphore, le Pont-Euxin, la Perse, les Indes, la Chine et
enfin le Japon passer successivement vis-à-vis du trou de [sa] loge ; et, quelques heures après son
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élévation, toute la Mer du Sud, ayant tourné, laissa mettre à sa place le continent de l’Amérique ».
Si les astronautes de Skylab, par exemple, virent cette succession dans cet ordre, ils le durent au fait
que leur satellite, tournant plus vite autour de la Terre que la Terre ne tourne sur elle-même, pro-
gressait vers l’Est. Mais comme Cyrano de Bergerac n’avait pas imaginé la satellisation, les moyens
rocambolesques qu’il décrit auraient dû faire se succéder les différents pays vers l’Ouest, la Terre
tournant sous le héros (fig. 1).

60°
Pont Euxin
Toulouse
Bosphore
Italie Perse CHINE JAPON
30°
Grèce INDES


AMÉRIQUE

30°

MERS DU SUD

60°

Une trace de la station habitée Skylab

Figure 1 : Le voyage circumterrestre du héros de Cyrano de Bergerac, comparé à une révolution du vaisseau habité
Skylab. Seul le nom des lieux indiqués par Cyrano de Bergerac est porté. Ceux-ci jalonnent grossièrement une
trace de Skylab.

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Dans toutes les œuvres antérieures au XIXe siècle, le voyage cosmique, même si l’on soupçonne
qu’il préoccupe certains auteurs au plus profond d’eux-mêmes, ne donne lieu qu’à des fantaisies ou

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sert de prétexte à des considérations sur l’astronomie ou la politique sans rapport étroit avec le tra-
jet interplanétaire décrit. Même le père des lois fondamentales de la mécanique céleste Johan
Kepler n’utilisait pas les lois qu’il avait énoncées pour imaginer un trajet cosmique. Le XIXe siècle
voit apparaître, au-delà du voyage cosmique imaginaire, le voyage cosmique imaginé avec des
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détails techniques qui tentent de s’appuyer sur une science et une technologie alors en plein essor.

Le voyage cosmique imaginé

D’Edgar Allan Poe au lancement du Vostok de Gagarine

Le récit d’Edgar Allan Poe sur l’aventure sans pareille d’un certain Hans Pfall raconte l’his-
toire d’un habitant de Rotterdam, raccommodeur de soufflets de son métier, qui, après avoir assas-
siné ses créanciers, parvint à échapper à son châtiment grâce à un ballon qui l’a conduit jusqu’à la
Lune à une distance évaluée à 237 000 milles. Le récit lui-même décrit les angles sous lesquels
l’astronaute voit la Terre, puis, à sa grande surprise, la Lune au-dessous de lui. Il n’en oublie pas
moins d’observer les deux planètes au cours de son voyage ; il constate que : « l’aspect de la terre
[...] était vraiment magnifique. À l’Ouest, au Nord et au Sud, aussi loin que pénétrait... [son]
regard, s’étendait une nappe illimitée de mer en apparence immobile, qui, de seconde en seconde,
prenait une teinte bleue plus profonde. À une vaste distance vers l’Est, s’allongeaient très dis-
tinctement les îles britanniques, les côtes occidentales de la France et de l’Espagne, ainsi qu’une
petite portion de la partie Nord du continent africain ». Il ajoute qu’ « il était impossible de
découvrir une trace des édifices particuliers, et les plus orgueilleuses cités de l’humanité avaient
absolument disparu de la surface de la terre »7.
L’intention de l’auteur est clairement indiquée dans une note qu’Edgar Allan Poe a ajoutée à
son conte à partir de 1840 et que Ch. Baudelaire n’a pas jugé utile de reproduire dans la traduction
qu’il donna des Histoires extraordinaires. Edgar Allan Poe y souligne le caractère original de son
conte, en ce sens qu’il s’efforce d’être vraisemblable dans l’application des principes scientifiques ;
l’auteur tente en quelque sorte de substituer l’imaginé à l’imaginaire8.
Dans la même direction s’inscrit le célèbre roman de Jules Verne De la Terre à la Lune9 paru
initialement en feuilleton dans le Journal des Débats à partir de septembre 1865. Cet ouvrage ins-
pirait à Théophile Gautier ce commentaire dans Le Moniteur Universel10 : « La chimère est che-
vauchée ici par un esprit mathématique ». Le point de départ de la trajectoire vers la Lune décrite
par Jules Verne est situé en Floride, dans un lieu imaginaire : Stone Hills dont la localisation peut

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être déduite de la description fort précise de l’itinéraire que Barbicane, l’un des héros du roman, a
suivi à partir de la Baie de Tampa, en longeant le creek d’Alifia. La situation déterminée à partir de

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ce texte ne coïncide d’ailleurs pas du tout avec celle de la carte qui illustrait le roman, ni avec les
coordonnées fournies par Jules Verne lui-même dans une note infra-paginale (fig. 2).
À partir de Stone Hills, la Columbiad, canon à très forte puissance, envoie le boulet cons-
tituant l’habitacle des trois astronautes vers la Lune qui se trouve alors au zénith du site de lan-
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cement choisi pour cette raison à une latitude inférieure à celle de l’inclinaison de l’orbite de la
Lune par rapport à l’écliptique (28°5). Le boulet n’atteint pas la Lune, mais entame une navigation
circumlunaire qui permet une observation détaillée de la Lune, avec ses reliefs tels Tycho ou New-
ton, ses rainures et ses couleurs d’une grande variété. Le boulet finit par revenir sur Terre, comme
le raconte Autour de la Lune, paru en 1869 et qui constitue la suite du premier roman.
Nombreux sont ceux qui ont souligné — et l’astronaute Frank Borman tout particuliè-
rement — les extraordinaires coïncidences entre l’œuvre d’imagination de Jules Verne et les mis-
sions Apollo. Le site de départ, tout d’abord, qu’il soit localisé sur la carte, d’après le texte du récit
ou encore d’après les coordonnées géographiques données par l’auteur, est très proche de la base du
cap Canaveral d’où partirent les missions vers la Lune.
La satellisation autour de la Lune d’un véhicule habité — imaginée par Jules Verne — a été
effectivement réalisée par la mission Apollo 8. Le véhicule lui-même revint sur la Terre en amer-
rissant dans l’océan Pacifique pour y être repêché par un navire américain, comme le boulet du
roman de Jules Verne. Même si des erreurs subsistent dans la fiction du romancier, il s’agit bien là
d’une trajectoire imaginée qui se réalisera, dans ses grandes lignes, un siècle après Jules Verne.
Un autre voyage très célèbre dans la littérature est celui qu’imagina Herbert George Wells
dans son roman Les premiers hommes sur la Lune11. Une substance spéciale — la cavorite — permet à
une cabine en forme de sphère de se libérer de la gravitation. En manœuvrant des stores, les astro-
nautes peuvent se soustraire à la gravité ou, au contraire, l’utiliser à leur gré. Cette méthode permet
à la sphère d’atteindre la Lune et d’en revenir en amerrissant au large de Littlestone.
Les caractères techniques se précisent avec Konstantin Edouardovitch Tsiolkovski qui, après
avoir préconisé la propulsion à réaction pour se déplacer dans le cosmos dès 1883 et décrit un
voyage onirique sur la Lune, développe en 1903 dans un article L’exploitation de l’Espace cosmique à
l’aide d’engins à réaction12, toute une série de considérations pertinentes sur le voyage cosmique et
les moyens de l’entreprendre. Il raconte enfin un voyage imaginé vers la Lune dans En dehors de la
Terre publié en 192013.
Un autre auteur russe, Alexis Tolstoï décrit dans un roman fantastique, Aelita14, un voyage
vers Mars qui débute le 18 août 1923 à Leningrad pour s’achever dans le lac Michigan le 3 juin
1925 ; le trajet a été accompli à l’aide d’une fusée utilisant de l’ultralyddite.
Quant à Hergé il imagine dans Objectif Lune15 paru en 1953 un voyage en fusée de Tintin à
partir de la Syldavie, contrée imaginaire qu’il situe dans une contrée forestière d’Europe centrale
danubienne, mais dont il ne donne qu’un seul dessin.

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84 ° 83 ° 82 ° 81 ° 80 ° W

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Jacksonville

30 ° N
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OCÉAN ATLANTIQUE

29 °

Cap Canaveral
km
175
Tampa 28 °

Stone's Hill (selon


Baie d'Espiritu Santo le texte de Jules Verne)

Stone's Hill (selon


les coordonnées
de Jules Verne) 27 °
Lac Okeechobee

GOLFE DU MEXIQUE
Stone's Hill
(selon la carte
illustrant l'ouvrage
de Jules Verne)
26 °
EV
ER

Miami
LA
G

D
ES
0 100 km

0 100 miles

Figure 2 : Localisations de Stone’s Hill, site de départ de la Columbiad, selon le texte, la carte, les coordonnées
géographiques du roman de Jules Verne, comparées au site de Cap Canaveral. Toutes ces localisations sont à
moins de 300 km de Cap Canaveral.

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Géographie de voyages cosmiques imaginaires et imaginés

Lorsque l’ère spatiale s’ouvre, bien des hommes ont rêvé le voyage interplanétaire bien plus
que l’envoi d’engins interplanétaires non habités. C’est sans doute l’enracinement dans la cons-

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cience humaine de cette volonté d’échapper à notre planète qui constitue le moteur le plus puissant
des grandes entreprises cosmiques. Dans leurs rêves ou dans le produit plus ou moins raisonné de
leur imagination, l’exploration de l’espace apparaît le plus souvent comme une fin en soi et les des-
criptions imaginées des paysages terrestres vus du cosmos ressortissent à la tradition des relations
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de voyage, ou au souci de donner quelques références vraisemblables au récit beaucoup plus qu’à
une prescience de l’intérêt pratique de la télédétection. Il faut attendre Hermann Oberth pour que
de véritables utilisations de l’espace soient décrites par anticipation. Ce dernier avait en particulier
imaginé la plupart des domaines d’application actuels ; il avait notamment prévu l’utilisation de
l’espace pour les télécommunications, la météorologie, l’observation géologique et
géographique16. H. Oberth n’était pas qu’un visionnaire qui avait conseillé Fritz Lang pour la
réalisation du film Eine Frau im Mond (1929), il était surtout un grand scientifique qui avait envi-
sagé les aspects techniques et même médicaux du voyage dans l’espace.

NOTES

1. LUCIEN, Histoire véritable de Lucien, traduite et commentée par Perrot d’Arlancourt, Mémoires des Annales de l’Est,
n° 56, Nancy, 1977.
2. LUCIEN DE SAMOSATE, Icaroménippe, 10 et 11.
3. KEPLER, J., Le Songe ou astronomie lunaire. Texte et traduction Michèle Ducos, Nancy, Presses Universitaires de
Nancy, 1984.
4. GODWIN, F., L’Homme dans la Lune, The Man in the Moon, édition bilingue. Introduction, notes, biographie,
documents et bibliographie par Annie Amartin, Nancy, Presses Universitaires de Nancy, 1984.
5. CYRANO DE BERGERAC, Histoire comique des États et Empires de la Lune et du Soleil, Paris, A. Delahays, 1858.
6. BOILEAU, L’Art poétique.
7. POE, Edgar Allan, Contes, Essais, Poèmes, Paris, Robert Laffont, 1989.
8. Dans cette note, Edgar Allan Poe analyse les différents voyages dans la Lune et notamment celui de Cyrano de
Bergerac qu’il qualifie de tout à fait absurde, et celui d’un certain Thomas O’Rourke, garde-chasse qui quitta la
Terre à Hungry Hill, sur les rives de la Baie Bantry, en Irlande, pour atteindre la Lune sur le dos d’un aigle.
9. VERNE, J., De la Terre à la Lune.
10. Le Moniteur Universel, n° 197, 16 juillet 1866.
11. WELLS, H.G., The First Men in the Moon, 1901.
12. TSIOLKOVSKI, K. E., L’Exploitation de l’espace cosmique à l’aide d’engins à réaction, 1903, publié en 1923.

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13. TSIOLKOVSKI, K. E., En dehors de la Terre, 1920.


14. TOLSTOÏ, A., Aelita, 1922.

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15. HERGÉ, Objectif Lune, 1953.
16. OBERTH, H., Die Rakete zu den Planetenraümen, 1923 ; Wedge zum Raumschiffahrt, 1929 ; Menschen in Weltraum,
Dusseldorf, Econ Verlag, 1954.
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RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

BOIA, L., L’Exploration imaginaire de l’espace, Paris, Éditions La Découverte, 1987.


RYNIN, N. A., Interplanetary Flight and Communication, vol. I, n° 1, et Spacecraft in science fiction, vol. I, n° 2,
traduit en anglais dans le cadre du programme israélien de traduction sous le titre indiqué ci-dessus (paru
à Leningrad en 1928), publié à Jérusalem en 1971.
WALTERS, H. B., Hermann Oberth, father of Space Travel, New York, Macmillan, 1962.

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