You are on page 1of 29

Dossier no ________

COUR SUPRÊME DU CANADA


(EN APPEL D’UN JUGEMENT DE LA COUR D’APPEL DU QUÉBEC)

ENTRE :

ROSSITA STOYANOVA

DEMANDERESSE
(appelante)

- et -

LES DISQUES MILE END INC.

LITWIN BOYADJIAN INC.,


ès qualités de syndic dans la faillite de Les Disques Mile End inc.

NICOLAS MARANDA

INTIMÉS
(intimés)

DEMANDE D’AUTORISATION D’APPEL


(article 40(1) de la Loi sur la Cour suprême et
règle 25 des Règles de la Cour suprême du Canada)

Rossita Stoyanova

Demanderesse

L-4283-18
Montréal 514 374-0400 Québec 418 641-0101 lafortune.ca
-2-

Les Disques Mile End inc.


Bureau 602
1411, rue Peel
Montréal (Québec)
H3A 1S5

Tél. : 514 875-4000


Téléc. : 514 875-0598
info@litwinboyadjian.com

Intimée

Litwin Boyadjian inc., ès qualités de syndic dans la


faillite de Les Disques Mile End inc.
Bureau 602
1411, rue Peel
Montréal (Québec)
H3A 1S5

Tél. : 514 875-4000


Téléc. : 514 875-0598
info@litwinboyadjian.com

Intimée

Nicolas Maranda

Intimé
-i-

TABLE DES MATIÈRES

Demande d’autorisation d’appel Page

Avis de demande d’autorisation d’appel, 20 déc. 2018 1

JUGEMENTS ET MOTIFS

Jugement de la Cour supérieure, 2016 QCCS 5093 (L’honorable


Florence Lucas, J.C.S.) (http://canlii.ca/t/gv9tk) 24 oct. 2016 4

Jugement rectificatif de la Cour supérieure, 2016 QCCS 5093


(L’honorable Florence Lucas, J.C.S.) (http://canlii.ca/t/gv9tk) 11 nov. 2016 35

Jugement de la Cour d’appel, 2018 QCCA 1788 (Les honorables


Jacques Chamberland, Manon Savard, Geneviève Marcotte,
JJ.C.A.) (http://canlii.ca/t/hvrs9) 24 oct. 2018 38

MÉMOIRE DE LA DEMANDERESSE

PARTIE I – EXPOSÉ DE LA POSITION SUR LES


QUESTIONS D'IMPORTANCE POUR LE
PUBLIC ET EXPOSÉ CONCIS DES FAITS ....................................... 47

A. Questions d’importance pour le public ....................................... 47

B. Exposé concis des faits ....................................... 49

PARTIE II – LES QUESTIONS EN LITIGE ....................................... 54

PARTIE III – EXPOSÉ DES ARGUMENTS ....................................... 55

A. Inférer une licence implicite de la sexualisation de la


partie adverse ....................................... 55
Surestimer le consentement qui n’a jamais été
demandé ....................................... 56

B. Défendre un contrefacteur équivaut à autoriser la


contrefaçon ....................................... 57
La licence exclusive entre Les Disques Mile
End et le groupe Monitor ....................................... 58
La licence implicite donnée par Nicolas
Maranda à Les Disques Mile End ....................................... 59
- ii -

TABLE DES MATIÈRES

Demande d’autorisation d’appel Page

C. Les « mythes du viol » dans l’évaluation des


dommages ....................................... 60

La version intime comme préjudice moral à la


source ....................................... 62
La Version intime comme préjudice matériel ....................................... 63
Le concept de la « femme violée » en propriété
intellectuelle ....................................... 64
Conclusion ....................................... 65

PARTIE IV – ARGUMENTS AU SUJET DES DÉPENS ....................................... 66

PARTIE V – ORDONNANCES DEMANDÉES ....................................... 66

PARTIE VI – TABLE DES SOURCES ....................................... 67

DOCUMENTS À L’APPUI

Stoyanova c. Disques Mile End, 2013 QCCS 5631 ....................................... 68

Stoyanova c. Disques Mile End, 2015 QCCA 317 ....................................... 80

D-15 Courriels du 10 juin et 2 au 5 août 2010 ....................................... 92

Conformément à la règle 25(4) la demanderesse dépose 6 exemplaires du mémoire de


l’appelante produit devant la Cour d’appel du Québec ainsi que 6 exemplaires du mémoire de
l’intimé produit devant la Cour d’appel du Québec.

_______________
MÉMOIRE DE LA
DEMANDERESSE
- 47 -
Mémoire de la demanderesse Exposé de la position et des faits

MÉMOIRE DE LA DEMANDERESSE

PARTIE I – EXPOSÉ CONCIS DE LA POSITION SUR LES QUESTIONS


D’IMPORTANCE POUR LE PUBLIC ET EXPOSÉ CONCIS DES FAITS

A. Questions d’importance pour le public

1. La réponse dans l’appel proposé aura une incidence non seulement sur la demanderesse,
mais également sur les droits de tous les Canadiens à l’égard de contenu numérique de leur
vie privée, capté de façon subreptice et qui est de plus en plus facile à produire, reproduire
et communiquer au public dans un but commercial ou non.

2. Les couts prohibitifs d’accès à la justice et la lenteur du processus judiciaire placent ces
victimes de contenu non-autorisé devant le choix, soit de se ruiner pour faire valoir leurs
droits, ou de se résigner à l’esclavage moderne de l’exploitation de leurs œuvres et de leur
vie privée aux mains de producteurs autoproclamés.

3. Le recours qui oppose les parties depuis septembre 2012 porte justement sur la
commercialisation mondiale par les intimés, Les Disques Mile End [ci-après « le
producteur »] et le musicien, Nicolas Maranda des enregistrements de la prestation vocale
de la demanderesse d’un poème, l’œuvre musicale, Bonboni [ci-après « l’œuvre »] et
l’intégration dans cette œuvre d’éléments de la vie privée de la demanderesse, à son insu.

4. La demanderesse ne savait pas que dans le cadre de sa brève relation amoureuse avec l’intimé
Nicolas Maranda, elle travaillait pour un producteur.

5. Les tribunaux d’instances inférieures reconnaissent que la commercialisation de l’œuvre est


une contrefaçon, mais concluent à la bonne foi du producteur qui a « surestimé» le
consentement implicite de la demanderesse 1, validant ainsi un modèle économique qui

1
Jugement du 24 octobre 2016, par. 101; Demande d’autorisation d’appel (ci-après
« D.A. »), p. 20. Arrêt du 24 octobre 2018, par. 29, D.A p. 45.
- 48 -
Mémoire de la demanderesse Exposé de la position et des faits

consiste à se soustraire aux normes de travail de l’Entente collective du phonogramme 2, en


s’immisçant dans la vie privée des auteurs interprètes, pour fixer leurs prestations.

6. La bonne foi n’est pas une défense admissible dans un recours en violation de droit d’auteur.
En l’espèce, toutefois, la violation concomitante du droit d’auteur et de la vie privée de
l’auteur-interprète a donné au producteur un accès privilégié à des détails intimes qui lui ont
permis de fonder sa défense de licence implicite sur la sexualité de l’auteur-interprète.

7. La sexualisation de la demanderesse par la défense amène la juge des faits à qualifier la


sexualité de la demanderesse d’ «épanouie » 3, d’« explicite » 4 et de « libérale » 5, alors que
la Cour d’appel met le projecteur sur le rapport sexuel « particulier » des parties comme
facteur disculpatoire dans l’appréciation de la gravité de la violation du droit d’auteur et de
la vie privée 6.

8. Par ces déclinaisons de la sexualité, les tribunaux d’instances inférieures viennent


d’introduire un nouveau critère dans l’évaluation des dommages, en créant deux catégories
de femmes :

i. celles à la sexualité ordinaire auxquelles il faut demander le consentement avant


d’enregistrer et de remixer leur vie privée dans des œuvres;

ii. celles à la sexualité particulière qu’on peut enregistrer et mixer sans


consentement;

9. L’ensemble des affaires canadiennes, dans lesquelles une défense de licence implicite a été
invoquée ont toutes un fondement contractuel. L’affaire présente est une exception.

2
Conclue en vertu de la Loi sur le statut professionnel et les conditions d’engagement des
artistes de la scène, du disque et du cinéma L.R.Q., c S-32.1, Pièce – P-94, Mémoire de
l’appelante devant la Cour d’appel du Québec (ci-après « M.A. »), vol. 1, p. 291 et s.
3
Jugement du 24 octobre 2016, par. 6, D.A., p. 5.
4
Jugement du 24 octobre 2016, par. 6, 159, D.A., p. 5, 30.
5
Jugement du 24 octobre 2016, par. 110, 136, 144, 159, D.A., p. 22, 26, 28, 30.
6
Arrêt du 24 octobre 2018, par. 17, D.A., p. 43.
- 49 -
Mémoire de la demanderesse Exposé de la position et des faits

B. Exposé concis des faits

10. En demeurant inconnu de la demanderesse, le producteur enregistre l’œuvre à l’appartement


de l’intimé, Nicolas Maranda. La production est décrite tel que suit par la juge des faits :

« [14] Le 10 juin 2010, dans un contexte ludique et expérimental, ils


enregistrent la voix de la demanderesse interprétant son poème, le tout
constituant l’Œuvre. Les deux parties admettent l’ambiance « sex,
drugs and rock n’roll » et la prise de « photos intimes » de la
demanderesse en sous-vêtement.

[15] Le 28 juin 2010, elle lui donne instruction d’utiliser son


pseudonyme Rossita Dove 7, comme crédit d’auteure.

[16] Par la suite, Maranda mixe l’Œuvre avec la musique de Monitor et


finalise la Chanson. Il la transmet à Stoyanova, qui lui répond : « ha, it
sounds amazing. You did a good job with this », tout en lui faisant
certaines suggestions 8.

[17] Le 14 juillet 2010, Maranda enregistre pendant 96 minutes 9 les


événements qui se passent dans son appartement en présence de
Stoyanova, mais à son insu. Parmi les sons, les conversations et les
appels téléphoniques, l’enregistrement capte une relation sexuelle
survenue entre les parties, interrompue par la visite impromptue du fils
de Maranda.

[18] Par la suite, prétextant le contexte ludique et éclaté de leur relation,


Maranda mixe 0,2 seconde d’un cri de jouissance de Stoyanova à la
Chanson et lui fait entendre cette Version intime, en présence des
musiciens du groupe Monitor. (…). »10

7
Courriel du 28 juin 2010 (Pièce P-9), M.A., vol. 1, p. 214.
8
Courriel du 2 juillet 2010 (Pièce P-9), M.A., vol. 1, p. 213.
9
Demande introductive d’instance modifiée en injonction permanente et en dommages,
par. 78.2, M.A., vol. 1, p. 97, 98.
10
Jugement du 24 octobre 2016, par. 14-18, D.A., p. 6-7.
- 50 -
Mémoire de la demanderesse Exposé de la position et des faits

11. L’intimé ajoute dans son mémoire que le cri de jouissance en question est reproduit à
quelques reprises dans l’œuvre « pour un total de temps admis de 2 secondes » 11, ce qui
mène la Cour d’appel à conclure que cette version de l’œuvre n’est pas une œuvre 12.

12. En juin 2012, lorsque la demanderesse découvre la commercialisation et s’y oppose, l’ex
amoureux, ayant transgressé sa confiance par la confection du remix intime, soutient que le
producteur a toujours eu le consentement implicite de la demanderesse. Il soumet :

« C’est sûr que, à partir du moment où est-ce qu’une de ses interprètes


ou une interprète qui a travaillé sur un projet qu’il a sorti, soudain se
revire de bord et dit : « non, ça ne me tente plus. Ben, lui va dire : non
attends, il est trop tard là. C’est déjà en marche. » 13

13. Le 13 juillet 2012, les intimés sont mis en demeure de cesser immédiatement la
commercialisation de l’œuvre, désignée de « private project not destined for commercial
exploitation »14. Ils maintiennent leur position sur la nature commerciale du projet.

14. Les Disques Mile End conteste les retraits de copies numériques, entrepris par la
demanderesse sous la Digital Millenium Copyright Act. Les magasins américains obligent la
demanderesse à requérir une injonction provisoire 15.

15. Le 13 septembre 2012, la demande d’injonction provisoire de la demanderesse est rejetée


sur la base de fausses déclarations dans les affidavits des intimés 16. Dès le 1er octobre 2012,
le producteur commercialise 4 nouveaux remix en cours d’instance 17.

11
Argumentation de l’intimé, Mémoire de l’intimé Nicolas Maranda devant la Cour
d’appel du Québec (ci-après « M.I. »), p. 3, par. 12.
12
Arrêt du 24 octobre 2018, par. 11-17, D.A., p. 41-43.
13
Preuve en Défense, 12 janvier, M.A., vol. 2, p. 499, lignes 12-20.
14
Jugement du 24 octobre 2016, par. 41, 44, D.A., p. 10, 11.
15
Contestations sous la DMCA, Soundcloud et Beatport, Pièce P-28, M.A., vol. 1, p. 223.
16
Preuve en Défense, 12 janvier 2016, M.A., vol. 2, p. 541-555.
17
Coleman du 1er octobre 2012 (D-3), M.A., vol. 1, p. 330; Prévente de Bonboni Part II en
octobre 2012, (P-21), (P-23), M.A., vol. 1, p. 217-222.
- 51 -
Mémoire de la demanderesse Exposé de la position et des faits

16. Le 26 octobre 2012, le producteur consent à l’émission d’une injonction interlocutoire, tout
en refusant de révoquer la licence exclusive d’exploitation commerciale sur l’œuvre,
accordée à son distributeur digital américain, INgrooves Fontana. La diffusion des copies
numériques de l’œuvre prolifère sur internet 18.

17. Le 10 mai 2013, le producteur est cité à une accusation d’outrage au tribunal. Il est acquitté
pour le motif qu’il a perdu le contrôle sur la diffusion.

18. Le 10 février 2015, l’acquittement du producteur est confirmé par la Cour d’appel 19, selon
laquelle, le refus du producteur de révoquer la licence de distribution des titres visés par
l’injonction est justifié « dans la perspective de sa contestation sur le fond » 20.

19. En juin 2015, le magasin Archambault continue à vendre des remixes de l’œuvre 21.

20. La demanderesse tente de faire rejeter sommairement le moyen de défense de la licence


implicite par une Demande de déclaration d’abus de la défense 22.

21. Le 13 novembre 2013, le juge Christian J. Brossard j.c.s rejette la demande, car il est d’avis
que le moyen de défense de la licence implicite du producteur demeure viable et qu’un procès
est nécessaire, afin de « dissocier le vrai du faux dans ce qui a été discuté et convenu entre
la demanderesse et le défendeur », l’intimé Nicolas Maranda, pour « déterminer la nature et
la portée de la licence »23.

22. Sur le fond, la juge des faits constate qu’aucune telle discussion n’a eu lieu sur l’exploitation
envisagée de l’œuvre 24. Elle conclut que le producteur a violé le droit d’auteur de la

18
Ventes de Bonboni et Reçus d’achat, Déclaration commune de dossier complet, Pièces P-
30, P-39, P-41 à P-48, P-62 à P-69, P-72 à P-78, P-86, P-87, P-96, P-99, M.A., vol. 1, p. 151-
154.
19
Arrêt du 10 février 2015, D.A., p. 80 et s.
20
Id, par. 41, D.A., p. 90.
21
Achats chez Archambault, juin 2015, (P-96), M.A., vol. 1, p. 325-328.
22
Jugement du 13 novembre 2013 sur Demande de rejet de la défense, D.A., p. 68 et s.
23
Id., par. 32 à 34, D.A., p. 77.
24
Jugement du 24 octobre 2016, par. 65, D.A., p. 14.
- 52 -
Mémoire de la demanderesse Exposé de la position et des faits

demanderesse et accorde à ce titre des dommages pécuniaires de 15 528 $. Elle condamne


l’intimé, Nicolas Maranda à 5 000 $ de dommages moraux pour l’enregistrement du 14
juillet 2010, découvert en cours de délibéré le 25 janvier 2016.

23. La seule dispute factuelle entre les parties demeure la réaction de la demanderesse lors de
l’écoute du remix intime de l’œuvre à la fin d’août 2010: « Elle se fâche ou elle sourit? » 25,,
ce sur quoi l’intimé Nicolas Maranda emporte le concours de crédibilité 26.

24. Par conséquent, la demanderesse est privée de toute réparation des conséquences non
pécuniaires, subies entre 2010 et 2016, en résultat direct de la commercialisation mondiale
à son insu, la confection et l’écoute du remix intime, le refus du producteur de retirer la
licence d’exploitation en cours d’instance et la conduite procédurale oppressive des intimés.

25. La juge des faits retient que les allégations de la demanderesse sur sa souffrance et sa honte
reposent sur une « propension de déformer la réalité » qui se dégage des éléments suivants :

i. l’écoulement du temps de 2 ans entre l’enregistrement de l’œuvre et la demande


en justice;

ii. l’absence de reproches par courriel privé dans les 30 jours de l’écoute du remix
intime, deux ans avant la commercialisation;

iii. un texto à caractère sexuel envoyé à l’intimé en 2011, un an avant la découverte


de la commercialisation;

iv. l’absence d’une 2e mise en demeure avant la demande en justice, et

v. le fait d’avoir publiquement dénoncé le remix intime 27.

25
Jugement du 24 octobre 2016, par. 18 in fine, D.A., p. 7.
26
Jugement du 24 octobre 2016, par. 114, 122, 149, 150, 159, 160, D.A., p. 22, 23, 28-29, 30;
Preuve en Demande, 11 janvier 2016, M.A., vol. 2, p. 365, 366, 444-447.
27
Jugement du 24 octobre 2016, par. 120, 122, 123, 138, 153, D.A., p. 23, 27, 29.
- 53 -
Mémoire de la demanderesse Exposé de la position et des faits

26. Les intimés ne sont condamnés ni à des honoraires extrajudiciaires ni à des dommages
punitifs. Voici pourquoi :

[159] Plus particulièrement, le Tribunal est d’avis que Maranda n’a pas
volontairement porté atteinte à la vie privée de la demanderesse. Leur
relation libérale et explicite l’amène honnêtement à croire que
Stoyanova ne s’y opposera pas. 28

[168] Le Tribunal constate que la défense principale des défendeurs


repose sur des faits véridiques : il existait effectivement un
consentement implicite de Stoyanova, qui toutefois n’avait pas la portée
que les défendeurs auraient aimé lui donner, notamment en raison des
dispositions législatives et de la jurisprudence applicable. (note omise)

[169] Également, ils allèguent que Stoyanova réclame des dommages


qu’ils estiment exagérés. Ils plaident qu’aucun des artistes n’a été
rémunéré et que les revenus découlant de l’album s’avèrent
inexistants.29 (nos soulignements)

27. Le 24 octobre 2018, la Cour d’appel confirme le jugement de première instance et condamne
la demanderesse aux frais de justice.

28. Par ailleurs, la preuve sur laquelle les tribunaux d’instances inférieures se sont fondés pour
déclarer Les Disques Mile End responsable de la première fixation de sons des
enregistrements de l’œuvre 30 consiste en des reçus d’achat en cours d’instance et des
captures d’écran de magasins en ligne mettant l’œuvre en vente en contravention de
l’injonction interlocutoire 31.
----------

28
Pièce D-1, fusionnée dans D-15, Courriels du 2 août 2010 et du 10 juin 2010; Preuve en
Demande, 11 janvier 2016, M.A., vol. 2, p. 441, 442. Jugement du 13 novembre 2013,
par. 30, D.A., p. 77.
29
Jugement du 24 octobre 2016, par. 159, 168, 169, D.A., p. 30, 31.
30
Arrêt du 24 octobre 2018, par. 9, D.A., p. 41.
31
Déclaration commune de dossier complet, M.A., vol. 1, p. 149, 152, P-12, reçu d’achat pour
l’album de Monitor; P-13, Donnés sur l’album affichées par le lecteur iTunes; P-14 –
Hyperliens de 42 points de vente; P-45, Ventes de Bonboni du 9 janvier 2013; P-45, reçu
d’achat du 11 janvier 2013; P-46, ventes du 14 janvier 2013.
- 54 -
Mémoire de la demanderesse Les questions en litige

PARTIE II – LES QUESTIONS EN LITIGE

29. La présente affaire soulève des questions d’importance fondamentale dans l’application de
la Loi sur le droit d’auteur, L.R.C (1985) c. C-42. La demanderesse propose de formuler
celles-ci de la manière suivante :

A. Est-ce que la défense de la licence implicite à la commercialisation mondiale d’une


œuvre musicale, sans contrat et sur la seule base de la sexualité de l’auteur interprète,
constitue du harcèlement sexuel en cours d’instance et un abus de procédure?

B. En ayant défendu la contrefaçon de Les Disques Mile End, l’intimé Nicolas Maranda,
a-t-il autorisé cette contrefaçon de manière illicite et intentionnelle?

C. Est-ce que l’introduction des « mythes du viol » dans un dossier de propriété


intellectuelle a eu pour effet de nier les conséquences non pécuniaires de la
commercialisation de l’œuvre et le caractère intentionnel de l'atteinte à la vie privée de
l’auteur interprète?

a. Le remix intime, selon 2 scénarios :

i. Préjudice qualifié de moral

ii. Préjudice qualifié de matériel

b. L’affaire Cinar, une « femme violée » sera crédible si elle est un homme
-----------
- 55 -
Mémoire de la demanderesse Exposé des arguments

PARTIE III – EXPOSÉ DES ARGUMENTS

A. Inférer une licence implicite de la sexualisation de la partie adverse

30. L’absence de contrat et de contrepartie, permettant d’inférer une licence implicite suivant les
critères établis par cette Cour 32, a placé la vie privée de la demanderesse au centre de la
défense des intimés.

31. La sexualité de la demanderesse est mentionnée à vingt-deux (22) reprises dans les analyses
du jugement de première instance concernant la production de l’album 33, la violation du droit
d’auteur par Les Disques Mile End 34, la confection du remix intime35, l’évaluation des
dommages compensatoires 36 et punitifs 37, ainsi que le lien de causalité 38.

32. Dès sa Déclaration d’appel à la Cour d’appel, la demanderesse dénonce le caractère abusif
de la défense, consistant en de « représentations hautement sexualisées et périphériques aux
questions en litige »39.

33. La pierre angulaire de la preuve du producteur est un courriel du 10 juin 2010, avec la
mention « I want to make you squirt on my balls, while I ram you » 40. Ce courriel est cité
par la juge des faits dans son analyse sur la production de l’album 41 et plus loin pour
souligner la sexualité libérale des parties, ayant donné ouverture à la production du remix
intime 42.

32
Société Radio-Canada c. SODRAC 2003 Inc., 2015 CSC 57; Netupsky et al. c. Dominion
Bridge Co. Ltd., [1972] R.C.S. 368.
33
Jugement du 24 octobre 2016, par. 14-18, D.A., p. 6-7.
34
Jugement du 24 octobre 2016, par. 23, 24, 126, D.A., p. 7, 8, 24.
35
Jugement du 24 octobre 2016, par. 103, 104, D.A., p. 21.
36
Jugement du 24 octobre 2016, par. 129, 136-139, 149, 150, D.A., p. 24, 26-27, 28-29.
37
Jugement du 24 octobre 2016, par. 159, D.A., p. 30.
38
Jugement du 24 octobre 2016, par. 139, D.A., p. 27.
39
Déclaration d’appel, M.A., vol. 1, p. 73, par. D(b).
40
Courriel du 10 juin 2010, Pièce D-15 (et D-1) D.A., p. 92; Preuve en Demande, 11 janvier
2016, M.A., vol. 2, p. 441, 442.
41
Jugement du 24 octobre 2016, par. 50, D.A., p. 12.
42
Jugement du 24 octobre 2016, par. 136, note 115; par. 159, note 132, D.A., p. 26, 30.
- 56 -
Mémoire de la demanderesse Exposé des arguments

34. Le courriel du 2 août 2010 « I’m tweaking your song. Your voice is making me incredibly
horny » 43, est cité par le juge Christian J. Brossard dans son analyse sur la viabilité du moyen
de défense de la licence implicite 44 et par la juge des faits, pour souligner la sexualité libérale
donnant ouverture au remix intime45.

35. Le fait que Les Disques Mile End se soit objectée à ce que la demanderesse ait accès au
remix intime46 démontre que la demanderesse avait moins de contrôle sur sa vie privée que
le producteur qu’elle ne connaissait pas avant la commercialisation de l’œuvre.

36. Il serait absurde d’affirmer que « libéral » équivaut à non consensuel ou que
« l’épanouissement » sexuel inclut des enregistrements subreptices et la perte de contrôle sur
sa vie privée.

Surestimer le consentement qui n’a jamais été demandé

37. N’eût été la relation amoureuse entre la demanderesse et l’intimé, le producteur n’aurait
jamais eu accès à l’œuvre, ni la possibilité de surestimer le consentement de la demanderesse.

38. La demanderesse admet avoir donné son consentement à la confection d’un support des
articles 3(1)d), 15(1.1)(iii) ou 15(1)a)(iii), Loi sur le droit d’auteur 47 pour le premier remix
de l’œuvre, dans un but expérimental, ainsi qu’à une seule exécution en public du remix 48.

39. Ce consentement a été grossièrement outrepassé et détruit par l’enregistrement de 96 minutes


du 14 juillet 2010, la confection non autorisée d’un deuxième support de l’œuvre prévu à
l’art. 3(1)d), Lda pour le remix intime, son exécution non autorisée en public, ainsi que la

43
Courriel du 2 août 2010, Pièce D-15 et P-9.2, D.A., p. 93.
44
Jugement du 13 novembre 2013 sur Demande de rejet de la défense, par. 30, Brossard j.,
D.A., p. 77.
45
Jugement du 24 octobre 2016, par. 136, note 115, par. 159, note 132, D.A., p. 26, 30.
46
Jugement du 24 octobre 2016, par. 126, D.A., p. 23.
47
L.R.C. (1985), c. C-42. [ci-après « Lda »].
48
Demande introductive d’instance modifiée en injonction permanente et en dommages,
7 mars 2016, M.A., vol. 1, p. 107-110.
- 57 -
Mémoire de la demanderesse Exposé des arguments

confection de 9 autres supports non autorisés de l’art. 3(1)d) et leur communication au public
par télécommunication;

40. Par ailleurs, le support 3(1)d) du remix intime a survécu aux neuf autres remixes jusqu’au
15 mars 2016, l’intimé précise :

R : J’ai jamais nié le fait que j’enregistrais ça dans un but ludique de


mettre un « Ah » à quelque part dans la chanson. (…)

Q : Mais vous l’avez néanmoins conservé dans le multipiste de l’œuvre


Bonboni?

R : Où est-ce que je l’aurais conservé? Il aurait fallu que je le


déplace? 49

41. Que ce soit sous la Lda, le droit civil, ou l’Entente collective du phonogramme, le
consentement éclairé ne peut pas reposer sur un déficit informationnel total et des détails
périphériques de la vie privée de la titulaire. Pour un producteur, opposer à une auteure-
interprète un contrat qu’il sait inexistant constitue une défense abusive.

B. Défendre un contrefacteur équivaut à autoriser la contrefaçon

42. Comme en fait foi la Déclaration commune de février 2015, l’intimé n’a aucune position
pour lui-même en défense 50. Il fait valoir les intérêts du producteur 51

43. En alléguant le but commercial des enregistrements 52, l’intimé autorise directement la
violation du droit d’auteur de la demanderesse, puisqu’il défend cette violation.

49
Preuve en Défense, 15 mars 2016, M.A., vol. 2, p. 697, lignes 4-20.
50
Déclaration commune amendée de dossier complet, 11 février 2015, M.A., vol. 1, p. 144,
147.
51
Preuve en Défense, 12 janvier 2016, M.A., vol. 2, p. 498, lignes 19 à 25, p. 574-579,
p. 573.1, lignes 20 à 23.
52
Preuve en défense, 12 janvier 2016, M.A., vol. 2, p. 532, lignes 7-9; p. 568, lignes 10 et s.;
Plaidoirie en Défense, 13 janvier 2016, M.A., vol. 2, p. 641, ligne 17 à p. 642, ligne 7.
- 58 -
Mémoire de la demanderesse Exposé des arguments

44. L’intimé intervient directement pour valider le consentement de la demanderesse à la


commercialisation de l’œuvre en juin 2012 par sa tentative de faire signer un contrat à la
demanderesse, pour autoriser la commercialisation 53 et en septembre 2012 par son affidavit
en contestation de l’injonction provisoire 54.

45. De plus, l’intimé a, selon les tribunaux d’instances inférieures, un intérêt suffisant pour faire
valoir la Demande reconventionnelle du producteur, notamment, sur (1) l’exagération des
dommages de la demanderesse 55, (2) l’utilisation déraisonnable des procédures par la
demanderesse 56, (3) la bonne foi de Les Disques Mile End 57 et (4) les rapports de vente du
producteur 58.

La licence exclusive entre Les Disques Mile End et le groupe Monitor

46. La composition du groupe Monitor et son rôle dans la commercialisation de l’œuvre


demeurent ambigus. Dans son affidavit du 13 septembre 2012, l’intimé se déclare membre
du groupe Monitor à trois reprises 59. Dans les communiqués de presse, il est désigné comme
un des « quatre complices » du groupe Monitor 60. Dans son mémoire à la Cour d’appel, il
nie catégoriquement faire partie du groupe Monitor 61.

53
Preuve en Défense, 12 janvier 2016, M.A., vol. 2, p. 573.1, ligne 20; p. 576; Pièce D-5,
Correspondance entre les parties et des tiers de juin 2012, M.A., vol. 1, p. 332.
54
Affidavit du 13 septembre 2012, M.A., vol. 1, p. 127-131.
55
Jugement du 24 octobre 2016, par. 169, D.A., p. 31; Défense réamendée et demande
reconventionnelle, 7 décembre 2014, par. 65.1, 90. 97, 111, 112, M.A., vol. 1, p. 119-121.
56
Plaidoirie en défense, 13 janvier 2016, M.A., vol. 2, p. 633, lignes 20 et s.; p. 636; Défense
réamendée et demande reconventionnelle, 7 décembre 2014, par. 115, M.A., vol. 1, p. 121.
57
Jugement du 24 octobre 2016, par. 171, 172, D.A., p. 32; Preuve en Défense, 13 janvier
2016, M.A., vol. 2, p. 633, lignes 20 et s.; p. 636, lignes 15 et s.
58
Jugement du 24 octobre 2016, par. 169, D.A., p. 31; Preuve en Défense, 12 janvier 2016,
M.A., vol. 2, p. 634, lignes 1 à 7; Argumentation de l’intimé, par. 76, M.I., p. 22, 23.
59
Affidavit du 13 septembre 2012, par. 4, 13, 24, M.A., vol. 1, p. 127-129.
60
Pièce D-6, Publicité pour l’événement du 21 avril 2011, M.I., p. 35.
61
Argumentation de l’intimé, M.I., p. 2, par. 8; p. 5, par. 24; p. 19, par. 64.
- 59 -
Mémoire de la demanderesse Exposé des arguments

47. Selon le juge Christian J. Brossard, la validité-même du moyen de défense de la licence


implicite du producteur repose sur les autorisations que Nicolas Maranda a prises de la
demanderesse et ensuite transférées à Les Disques Mile End 62.

48. Selon la juge des faits, par contre, l’intimé n’intervient d’aucune façon dans ces
autorisations 63. Aussi, elle constate que le DJ Erik EL transfère au producteur son droit du
producteur pour la reproduction des enregistrements sonores de l’œuvre 64, ce qui remet en
question le statut de producteur de Les Disques Mile End 65.

49. Par conséquent, la licence entre Erik EL et le producteur n’est pas valide, puisque le DJ est
un parfait étranger aux enregistrements de l’œuvre et donc n’est pas le titulaire du droit
exclusif du producteur dans ces enregistrements, pour pouvoir autoriser leur reproduction.

50. Aucun témoin du groupe Monitor, autre que l’intimé n’est venu témoigner sur les licences
alléguées dans la défense du producteur. Leur rôle se limite aux inférences tirées à partir du
témoignage de l’intimé sur leur réaction à l’écoute du remix intime et leur surprise du refus
de l’appelante de donner son consentement à la commercialisation 66.

La licence implicite donnée par Nicolas Maranda à Les Disques Mile End

51. Dans l’arrêt Orio 67, la Cour fédérale d’appel a confirmé qu’une admission sous serment peut
valoir licence exclusive même implicite. Il n’est pas nécessaire que la licence soit signée, en
autant que celle-ci puisse se déduire d’une commande et d’une rémunération, donc d’une
conduite professionnelle.

62
Jugement du 13 novembre 2013 sur Demande de rejet de la défense, par. 32 à 34, D.A.,
p. 77.
63
Jugement du 24 octobre 2016, par. 79, D.A., p. 16.
64
Jugement du 24 octobre 2016, par. 58, D.A., p. 13.
65
Loi sur le droit d’auteur, art. 18.
66
Jugement du 24 octobre 2016, par. 99, 152, D.A., p. 20, 29.
67
Tremblay c. Orio Canada Inc., 2013 CAF 225.
- 60 -
Mémoire de la demanderesse Exposé des arguments

52. En l’espèce, sans avoir pris les autorisations nécessaires de la demanderesse, l’intimé les a
néanmoins transférées au producteur comme en fait foi son témoignage sur les faits
subséquents à la rupture survenue après l’écoute de la version intime :

« Donc l’automne a continué, j’ai terminé l’album avec Monitor de


façon parfois laborieuse. Puis en plus, bon, je travaillais sur son truc,
puis ça ne me tentait plus d’être mêlé à ça vraiment, mais j’avais donné
ma parole que le faisais et je l’ai mené à terme. Et soit dit, en passant,
moi j’ai jamais signé de contrat pour ça. J’ai eu une rémunération qui
ne vaut pas la peine d’être mentionnée.

Je veux dire, je ne suis pas le seul, là, René Angelil, il fait des contrats
de millions de dollars sur des poignées de main, moi, je suis un homme
de parole. » 68

53. Ces aveux englobent trois éléments : (1) une entente, l’intimé a donné sa parole pour inclure
l’œuvre sur l’album (2) une contrepartie, il a reçu une rémunération pour ça (3) une
comparaison à René Angelil : l’intimé se prend pour l’agent dûment autorisé de la
demanderesse avec la capacité légale d’autoriser la commercialisation de l’œuvre;

C. Les « mythes du viol » dans l’évaluation des dommages

54. Dans l’analyse du jugement de première instance, les dommages réclamés aux intimés pour
les conséquences immédiates et directes de la commercialisation mondiale de l’œuvre ont
été assimilés aux dommages réclamés à un seul intimé pour la violation de la vie privée.

55. Dès la première journée à l’instruction, le 11 janvier 2016, la demanderesse témoigne sur le
tourment qu’elle vit depuis que des versions de l’œuvre commencent à circuler dans le milieu
professionnel de musique électronique :

« à chaque fois que quelqu’un me dit, « J’ai entendu ça », mon cœur-là,


il s’arrêtait parce que je pensais qu’il y avait des moments intimes, avec
mon nom dessus... J’ai vécu avec ça… Vraiment, je suis contente qu’on

68
Preuve en Défense, 12 janvier 2016, M.A., vol. 2, p. 480, lignes 14 à 22, p. 495, lignes 14-
17
- 61 -
Mémoire de la demanderesse Exposé des arguments

procède aujourd’hui, parce que je veux arrêter de revivre ces


événements, je ne suis plus capable! »69

56. Comment quantifier les séquelles du « cœur qui s’arrête » à la découverte de chaque copie
numérique en ligne, pour 9 versions dans 600 magasins sur 5 ans?

57. Dans la Déclaration commune de dossier complet du 11 février 2015, il est constaté que la
demanderesse réclame solidairement aux intimés la somme de 15 000$ pour la réparation de
ses dommages non pécuniaires en résultat de la commercialisation 70.

58. Après la découverte en janvier 2016 de l’enregistrement du 14 juillet 2010 et à la lumière de


l’admission de 0,2 secondes sur 96 minutes et du refus de Les Disques Mile End à ce que la
demanderesse y ait accès, la réclamation a été chiffrée à 30 000 $, toujours sur une base
solidaire 71.

59. Comme l’a rappelé cette Cour dans l’arrêt Montréal (Ville) c. Dorval 72 et qui confirme
Cinar 73, c’est la nature de l’atteinte initiale plutôt que le chef de dommages-intérêts réclamé
qui qualifie le préjudice qui constitue le fondement de l’action. Ainsi, la qualification du
préjudice en fonction de la source entraine l’application de différents articles du Code civil.

60. En l’espèce, le recours en violation de la vie privée ne pouvait pas être intenté séparément,
puisque le remix intime de l’œuvre est inextricablement lié au producteur. De plus, la juge
des faits a prévenu la demanderesse que si le remix intime est déposé en preuve, « ça devient
public »74. Le fondement initial du recours empêchait aussi la banalisation de l’intitulé.

69
Preuve en Demande, 11 janvier 2016, M.A., vol. 1, p. 374, lignes 5 à 15.
70
Déclaration commune de dossier complet, M.A., vol. 1, p. 146, par. 10.
71
Demande introductive d’instance modifiée en injonction permanente et en dommages, M.A.,
vol. 1, p. 104, par. 11.
72
2017 CSC 48.
73
Cinar Corp. c. Robinson, 2013 CSC 73.
74
Discussion, 13 mars 2016, M.A., vol. 1, p. 593, lignes 14 à 16.
- 62 -
Mémoire de la demanderesse Exposé des arguments

61. L’intimé ne nie pas la détresse psychologique de la demanderesse 75, mais remet en question
le lien de causalité 76. Là-dessus, les tribunaux d’instances inférieures arrivent à la conclusion
absurde que pour être crue sur sa perte de la joie de vivre, constatée depuis 2013, l’auteur
interprète devait cesser toute activité sexuelle dès l’écoute du remix intime en 2010 77, deux
ans avant la découverte de la commercialisation et trois ans avant la perte de contrôle sur la
diffusion en ligne.

62. Si les rapports sexuels des auteurs-interprètes comportent comme risque inhérent des
licences implicites à la commercialisation mondiale de leurs œuvres et prestations, la seule
façon de prévenir ces risques est, effectivement, d’éviter toute forme de vie intime et de ne
plus faire confiance à personne.

La version intime comme préjudice moral à la source

63. En ce qui concerne le remix intime, l’analyse des dommages sous le chapitre de la violation
de la vie privée semble affectée de certaines lacunes.

64. Premièrement, abstraction a été faite de l’article 1609 du Code civil qui énonce ceci :

1609. Les quittances, transactions ou déclarations obtenues du


créancier par le débiteur, un assureur ou leurs représentants, lorsqu’elles
sont liées au préjudice corporel ou moral subi par le créancier, sont sans
effet si elles ont été obtenues dans les 30 jours du fait dommageable
et sont préjudiciables au créancier.

65. Par cette disposition, le législateur reconnaît qu’à la suite d’un événement dommageable,
lorsque le préjudice est qualifié de moral, comme en l’espèce l’écoute en public de la version
intime, la victime étant sous le choc, elle peut faire des déclarations qui lui nuisent.

75
Preuve en Défense, 15 mars 2016, M.A., vol. 2, p. 703, 704.
76
Argumentation de l’intimé, par. 48; M.I., p. 15.
77
Arrêt du 24 octobre 2018, par. 26, D.A., p. 44-45.
- 63 -
Mémoire de la demanderesse Exposé des arguments

66. Sous le Code civil du Bas-Canada de 1866, ce délai était de 15 jours 78, dans le Code civil de
1994, le délai a été prolongé à 30 jours.

67. Par conséquent, si le préjudice de l’écoute de la version intime a été qualifié de moral et non
pas de matériel, les déclarations extrajudiciaires de la demanderesse, comme le « sourire »
ou les courriels échangés avant la rupture des parties, sont sans effet, puisqu’à l’expiration
des 30 jours de l’écoute, les parties avaient définitivement rompu.

68. Par ailleurs, les courriels de septembre à décembre 2010 ont été écrits plus de 5 ans avant la
découverte de l’enregistrement de 96 minutes le 25 janvier 2016 et ne font la moindre
allusion à la commercialisation imminente de l’œuvre 79.

69. Deuxièmement, il n’y a aucune obligation de mise en demeure dans un recours en violation
de vie privée et encore moins dans les 30 jours de l’événement dommageable. Le silence ne
peut pas être utilisé contre une victime d’inconduite sexuelle. Ce silence oppressif qui
renferme la crainte et la honte est un dommage direct de l’inconduite 80.

La Version intime comme préjudice matériel

70. La seule façon de justifier l’admission des déclarations extrajudiciaires de la demanderesse


dans les 30 jours de l’écoute de la version intime est de qualifier le préjudice de matériel,
puisque dans son analyse sur la version intime, la juge des faits emploie une terminologie
empruntée à la Lda.

71. Toutefois, la juge des faits a appliqué une norme juridique différente à la confection de la
version intime de l’œuvre par opposition aux 9 autres versions;

72. Au paragraphe 64 du jugement de première instance, il est retenu que la demanderesse n’a
pas été informée et elle n’a pas autorisé la confection des 9 remixes qualifiés de contrefaçon,

78
Article 1056b) al. 4.
79
Preuve en défense, M.A., vol. 2, p. 678 et s.
80
Pièce P-9, Réponse et mise en demeure de Mile End, M.A., vol. 1, p. 211 et s.
- 64 -
Mémoire de la demanderesse Exposé des arguments

alors que dans l’analyse du remix intime, cette norme de renseignement est inversée sur les
épaules de la demanderesse, lorsque la juge des faits se sert de l’absence de reproches par
courriel privé comme motif détruisant la crédibilité de la demanderesse 81.

73. Dans l’hypothèse où le préjudice initial a été qualifié de matériel, la violation de la vie privée
devient une conséquence voulue de la contrefaçon, et vice versa s’il est qualifié de moral, ce
qui donnerait ouverture à des dommages punitifs.

Le concept de la « femme violée » en propriété intellectuelle

74. Dans l’affaire Cinar, le demandeur, Claude Robinson a mis en preuve qu’à cause de la
contrefaçon des défendeurs, il s’est senti comme « une femme violée » 82. Par conséquent, la
Cour supérieure lui a accordé 400 000 $ de dommages non pécuniaires 83, plus que le plafond
donné à un paraplégique, évalués par analogie avec des dossiers de diffamation, puisque le
préjudice subi était matériel et donc non plafonné.

75. Sachant qu’au Québec, dans une instance civile, les femmes réellement violées qui ont réussi
à démontrer une agression sexuelle ne se voient jamais accorder des dommages non
pécuniaires qui excèdent 100 000 $ 84, la différence de traitement des justiciables sur la base
du sexe est d’autant plus flagrante.

76. Sur le chef des dommages punitifs, la société Films Cinar qui n’a ni pris de photos intimes
ni enregistré la vie privée du demandeur sans son consentement ne voulait certainement pas
que le demandeur se sente comme une « femme violée » en conséquence de l’imitation
déguisée de ses dessins.

81
Jugement du 24 octobre 2016, par. 122, 138, 150, D.A., p. 23, 27, 29.
82
Robinson c. Films Cinar inc., 2009 QCCS 3793, par. 965, 976, 991.
83
Id, par. 994.
84
N.C. c. F.T., 2018 QCCS 3939, par. 187 et s.
- 65 -
Mémoire de la demanderesse Exposé des arguments

77. Le tourment de la « femme violée » est loin d’être une conséquence extrêmement prévisible
d’une contrefaçon, mais ceci n’a ni attaqué la crédibilité du demandeur ni empêché la Cour
supérieure de lui accorder la somme de 1 000 000 $ en dommages exemplaires et punitifs 85.

78. En revanche, les dommages compensatoires non pécuniaires et les dommages punitifs
réclamés par la demanderesse pour la commercialisation de l’œuvre et la violation
intentionnelle de sa vie privée ont été évalués à 0 $.

Conclusion

79. Après avoir démontré toutes les allégations de sa Demande introductive d’instance en ce qui
a trait à la contrefaçon et la violation de sa vie privée, la demanderesse a été déclarée non
crédible sur sa souffrance et sa honte. On lui a même refusé la possibilité de présenter une
expertise pour l’aider à articuler la détresse qu’elle ressent du fait que sa vie privée a servi
comme fondement de la défense du producteur 86.

80. Alors que dans le cadre de recours collectifs pour inconduites sexuelles, les conséquences
non pécuniaires et le lien de causalité sont automatiquement présumés 87, en l’espèce, les
cours d’instances inférieures refusent de reconnaître sur une base individuelle des dommages
on ne peut plus universels, tels que la honte, le silence et la peur, résultant de la
commercialisation mondiale non autorisée d’un projet qui implique une inconduite sexuelle.

81. Le précédent que les tribunaux d’instances inférieures viennent de créer pose un risque de
décisions contradictoires avec les juridictions administratives chargées de l’interprétation et
de l’application des conditions de travail de l’Entente collective du phonogramme.

----------

85
Robinson c. Films Cinar inc., 2009 QCCS 3793, par. 994.
86
Preuve en Demande, 11 janvier 2016, M.A., vol. 2, p. 430, lignes 12 et s.; Preuve en
Demande, 15 mars 2016, M.A., vol. 2, p. 655, lignes 22 et s.
87
Les Courageuses c. Rozon, 2018 QCCS 2089, par. 40, Centre de la communauté sourde du
Montréal métropolitain c. Clercs de Saint-Viateur du Canada, 2015 QCCS 2699.
- 66 -
Mémoire de la demanderesse Argument au sujet des dépens

PARTIE IV – ARGUMENT AU SUJET DES DÉPENS

82. La partie demanderesse réclame les dépens et frais de justice devant toutes les instances.

----------

PARTIE V – ORDONNANCE DEMANDÉES

LA PARTIE APPELANTE DEMANDE À LA COUR SUPRÊME DE :

ACCUEILLIR la présente Demande d’autorisation d’appel;

RENDRE toute autre ordonnance conforme aux intérêts de la justice

LE TOUT RESPECTUEUSEMENT SOUMIS.

_ ______
Rossita Stoyanova
Demanderesse
- 67 -
Mémoire de la demanderesse Table des sources

PARTIE VI – TABLE DES SOURCES

Législation Paragraphe(s)

Code civil du Bas-Canada ................................................66


art. 1056b) al. 4

Code civil du Québec ................................................64


art. 1609

Loi sur le droit d’auteur, L.R.C. (1985), c. C-42 .................................29,38,39,48


art. 3(1)d), 15(1.1)(iii), 15(1)a)(iii), 18

Jurisprudence

Centre de la communauté sourde du Montréal


métropolitain c. Clercs de Saint-Viateur du Canada, 2015
QCCS 2699 ................................................80

Cinar Corp. c. Robinson, 2013 CSC 73 ................................................59

Les Courageuses c. Rozon, 2018 QCCS 2089 ................................................80

Montréal (Ville) c. Dorval, 2017 CSC 48 ................................................59

N.C. c. F.T., 2018 QCCS 3939 ................................................75

Netupsky et al. c. Dominion Bridge Co. Ltd., [1972] R.C.S.


368 ................................................30

Robinson c. Films Cinar inc., 2009 QCCS 3793 ......................................29,74,77

Société Radio-Canada c. SODRAC 2003 Inc., 2015 CSC 57 ................................................30

Tremblay c. Orio Canada Inc., 2013 CAF 225 ................................................51

----------
- 92 -

D-15 Courriels du 10 juin et 2 au 5 août 2010


- 94 -

D-15 Courriels du 10 juin et 2 au 5 août 2010


- 95 -

D-15 Courriels du 10 juin et 2 au 5 août 2010