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LA

FRANC-MAÇONNERIE
LA

RÉVOLUTION

Ljû^

FRANC-MAÇONNERIE
ET

LA.

RÉVOLUTION
JANNET

Louis

©'ESTAMPES

et Claudio

AVIGNON
SEGUIN '.FRÈRES, IMPRIMEURS-ÉDITEURS
13.

rue^Bouquerie, 13

884

LETTRE ENCYCLIQUE
DE

SA SAINTETÉ LÉON
PAR LA GRACE DE DIEU

XIII

A NOS VENERABLES FRERES LES PATRIARCHES, PRIMATS, ARCHEVÊQUES ET ÉVÊQUES DE TOUT l'uNIVERS CATHOLIQUE EN GRACE ET EN COMMUNION AVEC LE
SIÈGE APOSTOLIQUE.

LÉON
Salut
et

XIII

PAPE

Vénérables Frères,

Bénédiction apostolique.

Après que, par
-humain
était

la jalousie du démon, le genre misérablement séparé de Dieu, auquel il redevable de son existence et des dons surna-

s'est

turels,

il

s'est

partagé en deux camps ennemis, les-

quels ne cessent pas de combattre, l'un pour la vérité
et

pour
la

la vertu, l'autre

à

vertu et à la vérité.

— Le premier
^""^

pour tout ce qui

est contraire

est le
I

royaume

oo O c ^ s

II

de Dieu sur

la terre,

à savoir la véritable Église de

Jésus-Christ, dont les
tenir
salut,

membres,
et

s'ils

veulent lui appar-

du fond du cœur

de manière à opérer leur doivent nécessairement servir Dieu et son Fils

unique de toute leur âme, de toute leur volonté. Le second est le royaume de Satan. Sous son empire et
en sa puissance se trouvent tous ceux qui, suivant
parents, refusent d'obéir à la
leurs efforts,
ici

les

funestes exemples de leur chef et de nos premiers
loi

divine et multiplient

pour se passer de Dieu,
saint

pour agir
a vus et

directement contre Dieu.

Ces deux royaumes,
décrits

Augustin

les

avec une grande perspicacité sous la forme
cités

de deux
lois

opposées l'une à

l'autre, soit

par les

qui les régissent, soit par l'idéal qu'elles pour;

suivent

et

avec un ingénieux laconisme,

il

a mis

en

relief

dans

les paroles suivantes le principe consti-

tutif

de chacune

d'elles

:

Deux amours ont donné
procède de
cité

naissance à deux

cités ; la cité terrestre

V amour de soi porté jusqu'' au mépris de Dieu; la
céleste

procède de V amour de Dieu porté jusqu'' au
soi
(1).

mépris de
de
lutter

— Dans
et les la

toute la suite des siècles

qui nous ont précédés, ces deux cités n'ont pas cessé
l'une contre l'autre,

en employant toutes
les plus diverses, quoi-

sortes

de tactiques

armes

que non toujours avec

même

ardeur ni avec

la

mê-

me

impétuosité.
notre époque,
les

A

fauteurs

du mal paraissent
effort,

s^être coalisés

dans un immense

sous l'impul-

(1)

De

Civil. Dei, lib. xiv, c. 27.

TII

sion et avec l'aide d'une société répandue en

un grand

nombre de
la pleine

lieux et fortement organisée, la société des
effet,

Francs-maçons. Ceux-ci, en

ne prennent plus
et ils rivalisent

de dissimuler leurs intentions

d'audace entre eux contre l'auguste majesté de Dieu.
C'est publiquement, à ciel ouvert, qu'ils entreprennent

de ruiner
tiennes

la sainte

Église afm d'arriver,

si

faire se

pouvait, à dépouiller complètement les nations chré-

des bienfaits dont elles

sont

redevables à

Jésus- Christ Sauveur.

sion de la charité,

vue de ces maux et sous l'impulNous Nous sentons souvent portés Seigneur^ voici que vos ennemis à crier vers Dieu font un grand fracas. Ceux qui vous haïssent 07it levé la tête. Us ont ourdi contre votre peuple des'

Gémissant à

la

:

complots pleins de malice
dre vos saints. Oui, ont-ils

et ils dit,

ont résolu de peret

venez

chassons-les

du

sein des nations

(1). si

Cependant, en un
d'une attaque
tianisme, c'est
si

pressant danger, en présence
si

cruelle et

opiniâtre livrée au Chris,
le

Notre devoir de signaler
d'opposer
et

péril,
la

de

dénoncer

les adversaires,

toute
leurs

résis-

tance possible à leurs projets

à

industries,

d'abord pour empêcher
le

la perte éternelle
;

des âmes dont
le

salut

Nous

a été confié

puis afm que

royaume

de Jésus- Christ, que Nous sommes chargé de défendre,

non seulement demeure debout
mais fasse par toute

et

dans toute son

intégrité,

la terre

de nouveaux

progrès, de nouvelles conquêtes.

(1)

Ps. Lxxxii, 2-4.

IV

Dans

leurs vigilantes sollicitudes

pour

le salut

du

peuple chrétien, Nos Prédécesseurs eurent bien vite

reconnu cet ennemi capital au moment où, quittant
les ténèbres

d'une conspiration occulte,

il

s'élançait à

l'assaut

en plein jour. Sachant ce
pour ainsi dire

qu'il était, ce qu'il

voulait, et lisant

dans l'avenir,
le signal

ils

donnèrent aux princes et aux
larme, et
les

peuples

d'a-

mirent en garde contre les embûches

et les artifices préparés

pour

les

surprendre.

Le péril fut dénoncé pour la première fois par Clément XII (1) en 1738, et la constitution promulguée par ce Pape fut renouvelée et confirmée par Benoît

XIV

(2).

Pie VII
;

(3)

marcha sur

les traces

de

Léon XII, renfermant dans sa Constitution apostolique Quo graviora (4) tous les actes et décrets des précédents Papes sur cette maces

deux Pontifes

et

tière,

les

ratifia

et

les

confirma
(6) et,

pour toujours.

Pie VIII
Pie IX

(5),

Grégoire

XVI

à diverses reprises,
sens.

(7)

ont parlé dans le

même

Le but fondamental que avaient été mis en

et l'esprit

de

la secte

maçonni-

pleine lumière par la manifes-

tation patente de ses agissements, la connaissance

de

ses principes, l'exposition de ses règles, de ses rites et

U) Gonst. In eminenti, du 24 avril 1738. i2) Const. Providas, du 18 mai 1751. Ecclesiam a Jesu Christo, du (3) Const.

13

septem-

bre 182 L (4) Const. du 13 mars 1825. (5) Encycl. Traditi. du 21 mai 1829. (6) Encycl, Mirari, du 15 août 1832. (7) Alloc. Multiplices inter, du 25 septembre 1865 'Cyc. Qui pluribus, du 9 novembrel846 ; etc.

;

En-

de leurs commentaires, auxquels
s'étaient ajoutés les
tes.

plus

d'une

fois

témoignages de ses propres adepfaits,
il

En

présence de ces

était tout

simple que

ce Siège Apostolique dénonçât publiquement la secte

comme une association criminelle, non moins pernicieuse aux intérêts du Christianisme
des francs- maçons
qu'à ceux de
la

société civile.

Il

édicta

donc contre

elle les peines les plus

graves dont l'Église a coutume

de frapper
Irrités

les coupables, et interdit
et

de

s'y affilier. qu'ils
la

de cette mesure,
par
le

espérant
soit

pour-

raient,

soit

dédain,

par

calomnie,
la force,

échapper à ces condamnations ou en atténuer
les

membres de
portées,

la secte

accusèrent les Papes qui les

avaient

tantôt d'avoir rendu des sentences

iniques, tantôt

d'avoir

excédé

la

mesure dans

les

peines infligées. C'est ainsi qu'ils s'efforcèrent d'élu-

der Tautorité ou de diminuer
tutions

la

valeur des Consti-

promulguées par Clément XII, Benoît XIV,
rangs

PieVIIetPie IX.
Toutefois, dans les

mêmes de

la

secte,

il

ne manqua pas d'associés pour avouer,
catholiques, les

même

malgré
rien fait

eux, que, étant données la doctrine et la discipline
Pontifes

Romains n'avaient
cet

que de

très

légitime.

A

aveu,

il

faut

joindre
prin-

l'assentiment

explicite d'un certain

nombre de

ces ou de chefs d'État qui eurent à cœur, soit de dé-

noncer

la société

des francs-maçons
frapper

au Siège Apos-

tolique, soit

de

la

eux-mêmes comme dangecontre elle, ainsi que cela

reuse, en portant
s'est pratiqué

des

lois

en Hollande, en Autriche, en Suisse,
et

en Espagne, en Bavière, en Savoie parties de l'Italie.

dans

(}'ç^^tres


Il

VI


la

importe souverainement de faire remarquer comsagesse de

bien les événements donnèrent raison à

Nos Prédécesseurs. Leurs prévoyantes et paternelles
sollicitudes n'eurent pas partout ni toujours le succès

désirable

;

ce qu'il faut attribuer, soit à la dissimu-

lation et à l'astuce des

hommes engagés dans

cette

secte pernicieuse, soit à l'imprudente légèreté de ceux

qui auraient cependant eu l'intérêt le plus direct à la
surveiller attentivement. Il

en

est résulté que,

dans

l'espace d'un siècle et demi, la secte des franc-maçons

a

fait

d'incroyables progrès.
et
la ruse,, elle

Employant à

la fois l'au-

dace

a envahi tous les rangs de la

hiérarchie

sociale

et

commencé

à prendre au sein

des États modernes une puissance qui équivaut pres-

que à
pour

la souveraineté.

De

cette rapide et

formidable

extension

sont précisément résultés, pour l'Église,

l'autorité des princes,

pour

le salut

public, les

maux
lieu

que,

Nos Prédécesseurs avaient depuis longqu'il
les

temps prévus.
sérieuses,
les solides les efforts

On en est venu à ce point de concevoir pour l'avenir les craintes
non
des
certes

y a
plus

en ce qui concerne l'Église, dont
à la sécurité

fondements ne sauraient être ébranlés par

hommes, mais par rapport

des Etats au sein desquels sont devenues trop puissantes ou cette secte de la franc-maçonnerie ou d'autres associations similaires qui se font ses coopératrices

et ses satellites.

Pour tous ces motifs, à peine avions-Nous mis la main au gouvernail de l'Église, que Nous avons clairement senti la nécessité de résister à un si grand mal
et de dresser contre lui, autant qu'il serait possible,

VII

Notre autorité apostolique.
tes
les

— — Aussi,

profitant de toutraité

occasions favorables,

nous avons

les

principales thèses doctrinales sur lesquelles les opi-

nions perverses de la secte maçonnique semblent avoir
exercé
la

plus grande influence. C'est ainsi que dans

notre Encyclique Quod apostolici muneris^

Nous

Nous sommes

efforcé

de combattre
et

les

monstrueux

systèmes des socialistes
autre Encyclique

des communistes. Notre
a permis de mettre

Arcanum Nous
la

en

lumière

et

de défendre

notion

véritable
le

et

authentique de la société domestique dont
est l'origine et la source.

mariage

Dans

l'encyclique Diutur-

num
de
la

Nous avons

fait

connaître, d'après les principes

sagesse chrétienne, l'essence du pouvoir politi-

que

et

montré ses admirables harmonies avec l'ordre

naturel, aussi bien qu'avec le salut des peuples et des

princes.

Aujourd'hui,

à

l'exemple de

Nos Prédécesseurs,

Nous avons

résolu de fixer directement Notre attention

sur la société maçonnique, sur l'ensemble de sa doctrine, sur ses projets, ses

sentiments et ses actes

tra-

ditionnels, afin de mettre en

une plus

éclatante évi-

dence sa puissance pour
progrès
la
Il existe

le

mal, et d'arrêter dans ses

contagion de ce funeste fléau.

dans

le

monde un
la

certain

nombre de

sec»

tes qui, bien qu'elles diffèrent les
le

unes des autres par
des

nom,

les

rites,

forme, Torigine, se ressemblent
et

et

conviennent entre elles par l'analogie du but

principes essentiels.

En

fait,

elles sont identiques à la

franc-maçonnerie, qui est pour toutes les autres
le point central

comme
abou-

d'où elles procèdent

et

elles


tissent.

vin
elles aient l'apparence

Et quoique à présent

de ne pas aimer à demeurer cachées, quoiqu'elles tiennent des réunions en plein jour et sous les yeux de tous, quoiqu'elles publient leurs journaux, toutefois, si l'on va au fond des choses, on voit bien
qu'elles appartiennent à la famille des sociétés clan-

destines et qu'elles en gardent les allures.
effet,

Il

y

a,

en

chez elles des espèces de mystères que leur

constitution interdit avec le plus

grand soin de divul-

guer non seulement aux personnes du dehors, mais

même
les

à bon

nombre de

leurs adeptes.

A

cette caté-

gorie appartiennent les conseils intimes et suprêmes^

noms des

chefs principaux,

certaines

réunions

plus occultes et intérieures, de
sions prises, avec les

même

encore les déci-

moyens

et les

agents d'exécution.

A
et

cette loi

du

secret concourent merveilleusement la

division faite entre les associés des droits, des offices

des charges, la distinction hiérarchique savamment

organisée des ordres et des degrés, et la discipline
sévère à laquelle tous sont soumis.

La

plupart du

temps, ceux qui
tre,

sollicitent l'initiation

doivent promet-

bien plus,

ils

doivent faire

le

serment solennel de

ne jamais révéler à personne, à aucun moment, d'aucune manière,
les

noms des

associés, les notes caracla

téristiques et les doctrines

de

société.
et

C'est ainsi

que, sous des apparences

mensongères
les

en faisant

de

la

dissimulation une règle constante de conduite^
autrefois les manichéens,
effort

comme

francs-maçons
et

n'épargnent aucun

pour se cacher

n'avoir

d'autres témoins que leurs complices.

Leur grand

intérêt étant

de ne pas

paraître ce

IX
qu'ils sont,
tres
ils

jouent

le

personnage d'amis des
pour
le

let-

ou de philosophes, réunis ensemble pour cultiver
Ils

les sciences.

ne parlent que de leur
en
la

zèle

les

progrès de
vre peuple.

la civilisation,

de leur amour pour

pau-

A

les

croire, leur but

unique

est d'a-

méhorer
civile.

le sort

de

multitude et d'étendre à un plus
les

grand nombre d'hommes

avantages de

la société

Mais à supposer que ces intentions fussent
ceux qui sont

sin-

cères, elles seraient loin d'épuiser tous leurs desseins.

En effet,

affiliés

doivent promettre d'o-

béir aveuglément et sans discussion aux injonctions

des chefs, de se tenir toujours prêts, sur
notification,

la

moindre

sur le

plus léger signe, à exécuter les

ordres donnés, se vouant d'avance en cas contraire

aux traitements

les plus

rigoureux,

à la
la

mort elle-

même. De
nier

fait, il

n'est pas rare

que

peine du der-

supphce

soit inffîigée à

ceux d'entre eux qui sont
la dicipline secrète

convaincus, soit d'avoir livré
société, soit d'avoir résisté

de
;

la et

aux ordres des chefs

cela se pratique avec
térité que,

une

telle

audace, une telle dex-

la plupart

du temps, l'exécuteur de ces
pour en
tirer

sentences de mort échappe à la justice établie pour
veiller sur les crimes et

vengeance.

Or, vivre dans

la dissimulation et vouloir être
;

enve-

loppé de ténèbres

enchaîner à soi par

les liens les
fait

plus serrés, et sans leur avoir préalablement
naître à quoi
ils

con-

s'engagent, des
;

hommes

réduits ainsi

à l'état d'esclaves
tats ces

employer à toutes sortes d'atten;

instruments passifs d'une volonté étrangère
le

armer pour

meurtre des mains à
:

l'aide

desquelles

on s'assure l'impunité du crime

ce sont là de

mons-

trueuses pratiques

condamnées par

la

nature elle-

même. La
que

raison et la vérité suffisent donc à prouver

la société

dont Nous parions est en opposition
la

formelle avec la justice et

morale naturelles.
clarté,

D'autres preuves, d'une grande

s'ajoutent

aux précédentes

et font

encore mieux voir combien,

par sa constitution essentielle, cette association répu-

gne à
être

l'honnêteté. Si grandes, en effet,
les

que puissent
est

parmi

hommes

l'astucieuse habileté de la disil

simulation et l'habitude du mensonge,
sible

impos-

qu'une cause, quelle qu'elle
les
effets

soit,

ne se trahisse
:

pas par

dont

elle

est la

cause

arbre ne peut pas porter de mauvais fruits^

un bon et un

mauvais n'en peut pas porter de bons
Or, les
fruits produits

(1).

par

la

secte

maçonnique

sont pernicieux et des plus amers. Voici, en effet, ce

qui résulte de ce que

qué, et cette conclusion

Nous avons précédemment indiNous livre le dernier mot
pour
les

de ses desseins.
tout leurs

Il s'agit

francs-maçons,

efforts

tendent à ce but,

et

il

s'agit

de

détruire de fond en comble toute la discipline reli-

gieuse et sociale qui est née des institutions chrétiennes, et de lui en substituer

à leurs idées
les lois sont

et

dont

les principes

une nouvelle, façonnée fondamentaux et

empruntés au naturaUsme. Tout ce que Nous venons ou ce que Nous Nous proposons de dire doit être entendu de la secte maçonnique envisagée dans son ensemble et en tant
qu'elle embrasse d'autres sociétés qui sont pour elle

0) Matlh.

VII,

18.

XI

des sœurs et des alliées.
appliquer toutes

Nous ne prétendons pas
à

ces réflexions

chacun de leurs
effet,

membres
il

pris individuellement.
et

Parmi eux, en

s'en peut trouver,

même

en bon nombre, qui,
affiliés

bien que non exempts de faute pour s'être

à

de semblables sociétés, ne trempent cependant pas
dans leurs actes criminels,
et

ignorent

le

but

final

que

ces sociétés s'efforcent d'atteindre.
il

De même

encore,

se peut faire

que quelques-uns des groupes n'apconclusions extrêmes auxquelles la
contraindre d'adhérer, puisqu'elles
principes
les

prouvent pas

les

logique devrait

découlent nécessairement des
toute
l'association.

communs
lui

à

Mais

le

mal porte avec

une

turpitude

qui

d'elle-même repousse

et effraie.

En

outre, des circonstances particulières de temps ou de Heux peuveut persuader à certaines fractions de de-

meurer en deçà de ce qu'elles soehaiteraient de
ou de ce que font d'autres associations
gers au pacte fondamental de
la
.

faire,

Il

n'en faut

pas conclure pour cela que ces groupes soient étran-

maçonneriOc Ce pacte
les actes

demande
plis et
et

à être apprécié

moins par

accom-

par leurs résultats, que par l'esprit qui l'anime

par ses principes généraux.
Or,
le

premier principe des naturalistes,

c'est

qu'en
des

toutes choses la

nature ou la raison humaine doit
il

être maîtresse et souveraine. Cela posé,

s'agit

devoirs envers Dieu, ou bien ils en font peu de cas, ou ils en altèrent l'essence par des opinions vagues
et

des sentiments erronés.

Ils

teur d'aucune révélation.

nient que Dieu soit l'auPour eux, en dehors de ce

que peut comprendre

la raison

humaine,

il

n'y a ni


dogme
qui, au

XII


de
fait

religieux, ni vérité, ni maître en la parole

nom de
et

son mandat
Or,

officiel

d'enseignement,

on doive avoir
propre

foi.

comme

la

mission tout à

spéciale de l'Église catholique

consiste à

recevoir dans leur

plénitude et à garder dans une

pureté incorruptible les doctrines révélées de Dieu,
aussi bien

que

l'autorité établie

pour

les enseigner,

avec

les autres

secours donnés du ciel en vue de sauc'est contre elle

ver les

hommes,

que

les adversaires

déploient le plus d'acharnement et dirigent leurs plus
violentes attaques.

Maintenant, dans

les

choses qui touchent à la reli-

gion, qu'on voie à l'œuvre la secte des francs- maçons,

principalement où son action peut s'exercer avec
liberté plus licencieuse, et
s'être

une

semble pas

que l'on dise si elle ne donné pour mandat de mettre à exé-

cution les décrets des naturalistes.
Ainsi, dût-il lui en coûter

un long

et opiniâtre la-

beur, elle se propose de réduire à rien au sein de la
société civile le magistère et l'autorité de l'Église; d'où
cette

conséquence que

les

francs-maçons s'appliquent
ils

à vulgariser et pour laquelle

ne cessent pas de
lois et

combattre, à savoir qu'il faut absolument séparer l'Église et l'État.
ils

De

ce

fait, ils

mettent hors des

excluent de l'administration de la chose publique

la très salutaire influence
ils

de

la religion

catholique, et

aboutissent logiquement à la prétention de consti-

tuer l'État tout entier en dehors des institutions et des

préceptes de l'Église.

Mais

il

ne leur
sage

suffit

pas

d'exclure de toute participation au gouvernement des
affaires

humaines

l'Église, ce

guide

si

et si

sûr

;

XII[
il


en ennemie
et

faut encore qu'ils la traitent

usent de

violence contre elle.

De

là,

l'impunité avec laquelle,
il

par

la parole,

par

la

plume, par l'enseignement,

est

permis de s'attaquer aux fondements
ligion catholique.

mêmes de

la re-

Ni

les droits

de l'Eglise,
l'avait dotée,

ni les pré-

rogatives dont la Providence

rien n'é-

chappe à leurs attaques.

On

réduit presque à rien sa

liberté d'action, et cela par des lois qui,

en apparence,
réalité,

ne semblent pas trop oppressives, mais qui, en

sont expressément faites pour enchaîner cette hberté.

Au nombre
clergé.

des

lois

exceptionnelles faites

contre le

Nous

signalerons particulièrement celles qui
le

auraient pour résultat de diminuer notablement

nombre des

ministres

jours davantage leurs
et d'existence.

du sanctuaire, et de réduire toumoyens indispensables d'action
la

Les restes des biens ecclésiastiques,
dépen-

soumis à mille servitudes, sont placés sous dance
et le

bon plaisir d'administrateurs civils. Les communautés religieuses sont supprimées ou disperA l'égard du Siège Apostolique et du Ponsées. tife Romain, l'inimitié de ces sectaires a redoublé

d'intensité.

Après que, sous de faux prétextes,

ils

ont

dépouillé le

Pape de

sa souveraineté temporelle, néet

cessaire garantie
l'ont réduit à

de sa liberté

de

ses

droits,

ils

une situation tout à

la fois inique et in-

tolérable, jusqu'à ce qu'enfin en
les fauteurs

ces derniers temps

de ces sectes en soient arrivés au point
leurs secrets

qui

était

depuis longtemps le but de

desseins, à savoir de proclamer que le

moment

est

venu de supprimer

la

puissance sacrée des Pontifes

Romains

et de détruire

entièrement cette Papauté qui


est d'institution

XIV

divine.

Pour mettre hors de doute
témoignage d'hommes qui

l'existence d'un tel plan, et à défaut d'autres preuves,
il

suffirait

d'invoquer

le

ont appartenu à la secte, et dont la plupart, soit dans
le passé,
soit à

comme
et

véritable la volonté
le

une époque plus récente, ont attesté où sont les francs-maçons
Catholicisme d'une inimitié exclusive

de poursuivre

implacable, avec leur ferme résolution de ne s'ar-

rêter qu'après avoir ruiné
les institutions

de fond en comble toutes ne sont pas

rehgieuses établies par les Papes.

Que

si

tous les

membres de
le

la secte

obli-

gés d'abjurer explicitement
ception, loin

Catholicisme, cette exla

de nuire au plan général de
.

franc-

maçonnerie, sert plutôt ses intérêts
d'abord
simples

Elle lui permet
les

de
et

tromper plus facilement

personnes

sans défiance, et elle rend accessible à un

plus grand

nombre l'admission dans

la secte.

De

plus,

en ouvrant leurs rangs à des adeptes

qui viennent à

eux des religions

les plus diverses, ils

deviennent plus

capables d'accréditer la grande erreur du temps présent, laquelle consiste à reléguer

au rang des choses

indifférentes le souci de la religion et à mettre sur le

pied de l'égalité toutes les formes rehgieuses. Or, à
lui seul, ce

principe

suffit

à ruiner toutes

les

reli-

gions, et particulièrement la religion catholique, car,
étant la seule véritable, on

ne peut, sans subir

la derles

nière des injures et des injustices, tolérer
tres religions lui soient égalées.

que

au-

Les naturalistes vont encore plus loin. Audacieusesement engagés dans la voie de Terreur sur les plus
importantes questions,
ils

sont entraînés et

comme

pré-


cipités par la logique

XV


les plus
la faisoit à

jusqu'aux conséqueuces
cause de
le

extrêmes de leurs principes,
blesse de
la

nature humaine, soit par
leur orgueil.

juste châti-

ment dont Dieu frappe
ne gardent

Il suit

delà qu'ils

même

plus dans leur intégrité et dans leur

certitude les vérités accessibles à la seule lumière de
la raison naturelle, telles

que sont assurément

l'exis-

— Emportée dans
la

tence de Dieu, la spiritualité et l'immortalité de l'âme.

une nouvelle
n'a
effet,

carrière d'erreurs,

secte des

francs-maçons

pas échappé à ces

écueils.

Bien qu'en

prise dans son ensemble, la

secte fasse profession de croire à l'existence de Dieu,
le

témoignage de ses propres membres étabUt que
pour chacun d'eux individuelet

cette croyance n'est pas

lement

l'objet

d'un assentiment ferme
Ils

d'une inéla

branlable certitude.

ne dissimulent pas que

question de Dieu
dissentiments.

est

parmi eux une cause de grands

Il est

même avéré qu'il y
s'est

a peu de temps
à ce

une sérieuse controverse
sujet.

engagée entre eux

En

fait, la

secte laisse
tel

aux

initiés liberté entière

de se prononcer en
l'existence de

ou

tel

sens, soit pour affirmer
la

Dieu,

soit

pour

nier

;

et

ceux qui

nient résolument ce

dogme

sont aussi facilement re-

çus à l'initiation que

ceux qui d'une certaine façon

l'admettent encore, mais en le dépravant,

comme

les

panthéistes, dont l'erreur consiste précisément,

tout

en retenant de l'Être divin on ne

sait quelles

absurdes

apparences, à faire disparaître ce qu'il y a d'essentiel

dans

la vérité

de son existence. va de

Or, quand ce fondement nécessaire est détruit, ou

seulement ébranlé,

il

soi

que

les autres princi-

XVI


libre
et

pes de l'ordre naturel chancellent dans la raison humaine, et qu'elle ne sache plus à quoi s'en tenir ni sur
la création

du monde par un acte
de l'âme
et la

souverain

du

Créateur, ni sur le gouvernement de la Providence,
réalité

ni sur la survivance

d'une vie

future, immortelle, succédant à la vie présente. L'ef-

fondrement des vérités qui sont
naturel et qui importent
si

la

base de l'ordre
conduite ration-

fort à la

nelle et pratique de la vie,
les

aura un contre-coup sur

mœurs

privées et pubhques.

— Passons sous

si-

lence ces vertus

surnaturelles qu'à

moins d'un don
ni ac-

spécial de Dieu, personne

ne peut pratiquer,

quérir

;

vertus dont

il

est

impossible de trouver au-

cune trace chez ceux qui font profession d'ignorer dédaigneusement la rédemption du genre humain, la
grâce, les sacrements, le bonheur futur à conquérir

dans

le ciel.

Nous parlons simplement de
qui a créé le

devoirs qui

résultent des principes d'honnêteté naturelle.

Un Dieu

monde
éternelle

et

le

gouverne par
les prescripla

sa Providence;
tions ordonnent

une

loi

dont

de respecter l'ordre de
;

nature et

une fm dernière placée pour le troubler l'âme dans une région supérieure aux choses humaidéfendent de
nes, et au delà de cette hôtellerie terrestre
:

voilà les

sources, voilà les principes de toute justice et honnêteté. Faites-les disparaître (c'est la

prétention des nail

turalistes et des francs -maçons), et

sera impossible
et

de savoir en quoi consiste
seule chose qui

la

science

du juste
la

de

l'in-

juste et sur quoi elle s'appuie.
ait

Quant à

morale, la

trouvé grâce devant les
et

membres
veulent

de

la secte

maçonnique,

dans laquelle

ils


que
la

XVII


avec soin,

jeunesse soit instruite

qu'ils appellent «

morale civique,

dante,

— morale libre»; — en d'autres termes, morale
fait

— morale indépen;

c'est celle

qui ne
Or,

aucune place aux idées religieuses.
telle

combien une

morale

est insuffisante

jus-

qu'à quel point elle
le souffle

manque de
le

solidité et fléchit sous

des passions, on

peut voir assez par les

tristes résultats

qu'elle a déjà donnés. Là, en effet,

où, après avoir pris la place de la morale chrétienne,
elle a

commencé

à régner avec plus de liberté,
la

on a

vu promptement dépérir

probité et l'intégrité des
les

mœurs, grandir
monstrueuses
bords. Ces
et

et se

fortifier

opinions les plus

et l'audace

des crimes couler à pleins

maux provoquent

aujourd'hui des plaintes

des lamentations universelles, auxquelles font par-

fois

écho bon nombre de ceux-là

malgré eux, sont contraints de rendre
l'évidence de la vérité.

mêmes qui, bien hommage à

Ed

outre, la nature
et étant

péché originel

humaine ayant été viciée par le devenue à cause de cela beaula

coup plus disposée au vice qu'à
est

vertu, l'honnêteté

absolument impossible

si les

mouvements désoret si les appétits
il

donnés de Pâme ne sont pas réprimés
n'obéissent pas à la raison.

Dans

ce conflit,

faut

souvent mépriser

les intérêts terrestres et se

résoudre

aux plus durs travaux
raison victorieuse
cipauté.

et à la souffrance, pour que la demeure en possession de sa prin-

Mais

les

naturalistes
foi

et les

francs -maçons,

n'ajoutant aucune

à la révélation

que nous tenons
ait

de Dieu, nient que
et

le

père du genre humain

péché

par conséquent que les forces du Ubre arbitre soient


d'aucune façon
«

XVIII


ou inclinées vers
exagèrent
la

débilitées,
ils

le

mal

(1).

» Tout au contraire,

puissance

et l'excellence

de

la

nature,

et

mettant uniquement
ils

en elle le principe et la règle de la justice,
vent

ne peufaire

même

pas concevoir la

nécessité de

de

constants efforts et de déployer

un
la

très

grand courage

pour comprimer

les révoltes

de

nature et pour im-

poser silence à ses appétits.

Aussi voyons-Nous se multiplier et mettre à la portée de tous les hommes tout ce qui peut flatter leurs
passions. Journaux et brochures d'où la réserve et la

pudeur sont bannies
la licence

;

représentations théâtrales dont
;

passe les bornes

œuvres artistiques où
de
réalisme
inventions

s'étalent

avec un cynisme

l'évoltant les principes
le

; ce qu'on appelle aujourd'hui ingénieuses destinées à augmenter les délicatesses et

les jouissances

de

la vie

;

en un mot, tout
l'amour du

est

mis en
avec

œuvre en vue de
lequel
finit

satisfaire

plaisir,

par se mettre d'accord la vertu endormie. Assurément, ceux-là sont coupables, mais en même
ils

temps

sont conséquents

avec eux-mêmes,

qui,

supprimant l'espérance
féUcité au niveau des

des biens futurs, abaissent la choses périssables, plus bas

même

que

les
il

horizons terrestres.

A

l'appui de ces
faits

assertions,
tains, bien

serait facile

de produire des

cer-

qu'en apparence incroyables.

Personne,

en

effet,

n'obéissant avec autant de servilité à ces ha-

biles et rusés
s^est

personnages que ceux dont

le

courage
il

énervé

et brisé

dans l'esclavage des passions,

(1)

Concile de Trente,

sess.

Vï, De

Justifie.,

cbap.

1.

.

XIX
s'est


multitude de licence et
elle serait

trouvé dans la franc-maçonnerie des sectaires
qu'il fallait

pour soutenir
tous les

systématiquement employer
la

moyens de saturer

de vices, bien assurés qu'à ces conditions

tout entière entre leurs mains et pourrait servir d'ins-

trument à l'accomplissement de leurs projets
audacieux.

les

plus

Relativement à
se

la société

domestique, voici à quoi
naturalistes.

résume l'enseignement des

Le mariage
;

n'est

qu'une variété de l'espèce des contrats

il

peut

donc

être légitimement dissous à la volonté des con-

tractants.

Les chefs du gouvernement ont puissance

sur le lien conjugal.

Dans

l'éducation des enfants,

il

n'y a rien à leur enseigner méthodiquement ni à leur
prescrire en
fait

de religion.

C'est affaire à chacun

d'eux, lorsqu'ils seront en âge, de choisir la religion

qui leur plaira. Or, non seulement les francs-maçons

adhèrent entièrement à ces principes, mais

ils

s'appli-

quent à

les faire passer

dans

les

mœurs

et

dans

les

institutions.

Déjà,
il

dans beaucoup de pays,

même
civil

catholiques,
il

est établi

qu'en dehors du mariage

n'y a pas d'union légitime. Ailleurs, la loi autorise

le divorce

que d'autres peuples s'apprêtent à intro-

duire dans leur législation le plus tôt possible. Toutes
ces mesures hâtent la réalisation prochaine

du projet

de changer l'essence du mariage
d'un instant,

et le

réduire à n'être

plus qu'une union instable, éphémère, née du caprice
et

pouvant être dissous quand ce caprice

changera

La

secte concentre aussi toutes ses énergies et tous

ses efforts

pour s'emparer de l'éducation de

la

jeu-


nesse.

XX


qu'ils

Les

francs -maçons espèrent

pourront
si

aisément former d'après leurs idées cet âge
et

tendre

en plier

la flexibilité

dans

le

sens qu'ils voudront,

rien ne devant être plus efficace
société civile

pour préparer à
telle qu'ils

la

une race de citoyens

rêvent

de
et

la lui

donner. C'est pour cela que, dans l'éducation
ils

dans l'instraction des enfants,

ne veulent toléprofesseurs, ni
ils

rer les ministres de l'Église ni

comme

comme

surveillants.

Déjà dans plusieurs pays,
à

ont

réussi à faire

confier exclusivement

des

laïques

l'éducation de la jeunesse, aussi bien qu'à proscrire

totalement de l'enseignement de la morale les grands
et saints devoirs qui unissent

Viennent ensuite

les

l'homme à Dieu. dogmes de la science politique.
sont égaux en droits; tous,

Voici quelles sont en cette matière les thèses des naturalistes
:

les

hommes

et à tous les points

de vue, sont d'égale condition.
le

Etant tous libres par nature, aucun d'eux n'a

droit

de commander à un de ses semblables,
violence aux

et c'est faire

hommes que de

prétendre les soumettre

à une autorité quelconque, à moins que cette autorité

ne procède d'eux-mêmes. Tout pouvoir
peuple libre
;

est

dans le

ceux qui exercent
le

le

commandement

n'en sont les détenteurs que par

concession du peuple, de
populaire change,
les chefs
il

telle

mandat ou par la sorte que si la volonté
de leur autorité

faut dépouiller

de

l'État,

même

malgré eux. La source de

tous les droits et de toutes les fonctions civiles réside
sojt

dans

la

multitude, soit dans le pouvoir qui régit
il

l'État,

mais quand

a été constitué d'après les nououtre, l'État doit être athée. Il

veaux principes.

En

XXI

ne trouve, en
ses

effet, dans les diverses formes religieuaucune raison de préférer l'uae à l'autre toutes doivent doue être mises sur un pied d'égalité.
:

Or, que

ces

doctrines

soient

professées
l'idéal

par

les

francs -maçoas,

que

tel

soit

pour eux

d'aprè?
cela
est

lequel

ils

entendeut coustituer

les sociétés,

presque trop évident pour avoir besoin d'être prouvé.
Il

y a déjà longtemps qu'ils travaillent ouvertement à

le réaliser,

en y employant toutes leurs forces
et plus

et toutes

leurs ressources. Ils fraient ainsi le
sectaires

chemin à d'autres

nombreux

audacieux qui se tiennent

prêts à tirer de ces faux principes des conclusions en-

core plus détestables, à savoir le partage égal et la

communauté des biens
toute
distinction

entre les citoyens, après
et

que
été

de rang

de

fortune

aura

abolie.

Les faits que Nous venons de résumer mettent en une lumière suffisante la constitution intime des
francs- maçons,
et

montrent clairement

par

quelle

s'acheminent vers leur but. Leurs dogmes principaux sont en un si complet et si manifeste déils

route

saccord avec la raison qu'il ne se peut imaginer rien

de plus pervers.

En

effet,

vouloir détruire

la religion

et l'Eglise établies
lui

par Dieu lui-même et assurées par

d'une perpétuelle protection, pour ramener parmi

nous, après dix-huit siècles, les
tions des païens, n'est-ce pas le

mœurs

et les institu-

de

la

plus audacie use impiété

?

comble de la folie et Mais ce qui n'est ni
c'est

moins horrible
pudier
les

ni plus supportable,

de voir ré-

bienfaits miséricordieusement acquis par

Jésus-Christ^ d'abord aux individus, puis aux

hom-


mes groupés en

XXII


;

familles et en natioQs

bienfaits qui

au témoignage des ennemis
sensé
la
et si criminel,

mêmes du

Ctiristianisme,

sont du plus haut prix. Certes, dans
il

un plan

si

in-

est bien

permis de reconnaître

haine inexpiable dont Satan est animé à l'égard de

Jésus-Christ et sa passion de vengeance.
L'autre dessein, à la réalisation duquel les francs-

maçons emploient tous
truire
les

leurs efforts, consiste

à dé-

fondements

principaux de
se font

la justice et

de

l'honnêteté.

Parla

ils

les auxiliaires

de ceux

qui voudraient qu'à l'instar de l'animal l'homme n'eût
d'autre règle d'action que ses désirs.

Ce

dessein ne

va rien moi as qu'à déshonorer
le

le

genre humain

précipiter

ignominieusement à sa perte.
les périls

— Le mal
la société

et

à

s'augmente de tous
domestique vons exposé
chose
et
la

qui menacent

société

civile.

Ainsi que

Nous

l'a-

ailleurs, tous les peuples, tous les siècles

s'accordent à reconnaître

dans

le

mariage quelque
a

de

sacré et de
les

religieux, et la loi divine

pourvu à ce que
être dissoutes.

unions conjugales ne pussent pas
si elles

Mais

deviennent purement pro-

fanes,

s'il

est

permis de

les

rompre au gré des conde
la famille sera

tractants, aussitôt la constitution

en

proie au trouble et à la confusion, les
;

femmes seront
et toute

découronnées de leur dignité toute protection
sécurité
intérêts.

disparaîtront pour les enfants

et

pour leurs

Quant à
affaires
s'il

la

prétention de faire l'État
la religion et

com-

plètement étranger à
trer les

pouvant adminissans

publiques sans tenir plus compte de

Dieu que
exemple,

n'existait pas, c'est

une témérité
Ils

même

chez les païens.

portaient

si

pro-

XXIII


il

fondement gravée au plus intime de leurs âmes non seulement une idée vague des dieux, mais la nécessité

sociale

de

la

religion, qu'à leur sens,

eût été

plus aisé à une ville de se tenir debout sans être ap-

puyée au

sol que privée de Dieu. De fait, la société du genre humain, pour laquelle la nature nous a

créés, a été constituée par Dieu, auteur de la nature.

De

lui,

comme

principe et
et

comme

source,
les

découlent
bienfaits

dans leur force
innombrables

dans leur pérennité

dont elle
voix de
la

nous

enrichit.

Aussi,

de
à

même que homme en
Dieu
c'est à lui

la

nature

rappelle à chaque

particulier l'obligation

il

est

d'offrir

le culte

d'une pieuse reconnaissance, parce que
la

que nous sommes redevables de
et
la

vie et

des biens qui l'accompagnent,

un devoir semblable
évidence que ceux
la

s'impose aux peuples

aux sociétés.
dernière

De

là résulte

avec

qui veulent briser toute relation entre
vile et les devoirs

société ci-

de

la religion
;

ne commettent pas

seulement une injustice
volonté de Dieu que les

leur conduite prouve encore

leur ignorance et leur ineptie.

En hommes
;

effet, c'est

par la

naissent pour être
le

réunis et pour vivre en société

l'autorité est

hen

nécessaire au

maintien de

la

société civile, de telle

sorte que, lai brisé, elle se dissout fatalement et im-

médiatement. L'autorité a donc pour auteur
Être qui a créé
le ministre la société.

le

môme

Aussi, quel que soit celui

entre les mains de qui le pouvoir réside, celui-là est

de Dieu. Par conséquent, dans

la

mesure où
il

l'exigent la fin et la nature de la société humaine,
faut obéir

au pouvoir légitime commandant des choses


tout
;

XXIV


de Dieu qui gouverne

justes/comme à l'autorité
et rien n'est

même

plus contraire à la vérité que de

soutenir qu'il dépend de la volonté
fuser cette obéissance

du peuple de
plaît.

re-

quand

il

lui

De même, si l'on considère que tous les hommes sont de même race et de même nature et qu'ils doivent tous atteindre
la

même fm
et

dernière,

et

si l'on

regarde aux devoirs
cette

aux

droits

qui découlent de
il

communauté

d'origine et de destinée,

n'est

pas douteux qu'ils ne soient tous égaux. Mais,
ils

comme

n'ont pas tous les

mêmes
uns des

ressources d'intelligence
autres, soit par les facul;

et qu'ils diffèrent les

tés

de

l'esprit, soit

par les énergies physiques

comme
à la

enfin

il

existe entre

eux mille distinctions de moeurs,

de goûts, de caractères, rien ne répugne tant
raison que de prétendre les ramener tous à la

même
la

mesure
civile

et d'introduire

dans

les institutions

de

vie

une égalité rigoureuse et mathématique. De même, en effet, que la parfaite constitution du corps humain résulte de l'union et de l'assemblage démembres qui n'ont ni
les

mêmes

formes,

ni les

mêmes
con-

fonctions, mais dont l'heureuse

association et le

cours harmonieux donnent à tout l'organisme sa beauté
plastique, sa force et son aptitude à rendre les servi-

ces nécessaires, de

même, au

sein de la société
infinie

hu-

maine se trouve une variété presque
et libres,

de parties

dissemblables. Si elles étaient toutes égales entre elles,

chacune pour son compte, d'agir à leur guise,

rien ne serait plus difforme qu'une telle société. Si,

au contraire, par une sage hiérarchie des mérites, des
goûts, des aptitudes, chacune d'elles concourt au biea


ture.

XXV


et

général, vous voyez se dresser devant vous l'image

d'une société bien ordonnée

conforme à

la

na-

Les malfaisantes erreurs que Nous venons de rappeler menacent les^États des dangers les plus redoutables.

En

effet,

supprimez
;

la crainte

de Dieu

et

le

respect
torité

dû à
la

ses lois
;

laissez

tomber en discrédit l'aulibre carrière et
;

des princes

donnez

encourala

gement à

manie des révolutions
;

lâchez

bride

aux passions populaires

brisez tout frein, sauf celui
la force

des châtiments, vous aboutirez par
à un bouleversement universel et à
les institutions
plicite
:

des choses

la

ruine de toutes

tel est,

il

est vrai, le but avéré, ex-

que

poursuivent de

leurs

efforts
;

beaucoup
et la

d'associations

communistes

et socialistes
le droit

secte

des francs-maçons n'a pas

de se dire étranelle est

gère à leurs attentats, puisqu'elle favorise leurs desseins, et

que, sur

le terrain

des

principes,

entièrement d'accord avec elles. Si ces principes ne
produiseut pas immédiatement et partout leurs condiscipline de la
faut l'attri-

séquences extrêmes, ce n'est ni à

la

secte, ni à la volonté des sectaires qu'il

buer, mais d'abord à la vertu de cette divine reli-

gion qui ne peut pas être anéantie, puis aussi à l'action des hommes qui, formant la partie la plus saine
des nations, refusent de
subir le joug des sociétés

secrètes et luttent avec courage contre leurs entrepri-

ses insensées.

fruits,

Et plût à Dieu que tous, jugeant l'arbre par ses sussent reconnaître le germe et le principe des
qui nous accablent, des dangers qui nous

maux

me-


nacent.

XXVI


et

Nous avons

affaire à

un ennemi rusé
il

fécond

en

artifices. Il excelle à

chatouiller agréablement les

oreilles des princes et des peuples et
les

a su prendre

uns

et les autres

par

la

douceur de ses maximes,

l'appât de ses flatteries.

Les princes
faire

?

les

francs-maçons se sont insinués
le

dans leur faveur sous
d'eux des
ils

masque de

l'amitié,

pour

alliés et

de puissants auxiliaires à l'aide

desquels
ques.

opprimeraient plus sûrement les catholi-

Afm

d'aiguillonner plus
ils

vivement

le

zèle

de

ces hauts personnages,

poursuivent l'Église d'im-

pudentes calomnies. C'est ainsi qu'ils l'accusent d'être
jalouse de la puissance des souverains et de leur contester

leurs droits. Assurés

par
ont

cette

politique

de

l'impunité de leur audace,

ils

commencé

à jouir

d'un grand crédit sur
ils

les

gouvernements. D'ailleurs,
à ébranler les fondeà dénoncer, et
fois

se tiennent toujours prêts

ments des empires, à poursuivre,
à chasser les princes, toutes les

même

que ceux-ci paraissent user du pouvoir autrement que la secte ne l'exige. Les peuples ? ils se jouent d'eux en les

flattant

par des procédés semblables.

Ils

ont toujours

à la bouche les mots de « liberté » et de « prospérité

publique.

»

A

les

en

croire, c'est l'Eglise,
fait

ce

sont les

souverains qui ont toujours

obstacle

à

ce que les masses fussent arrachées à
injuste et

une servitude
le la

délivrées de la misère. Ils ont séduit peuple par ce langage fallacieux, et excitant en lui
soif des changements,
ils

l'ont lancé à

l'assaut

des

deux puissances, ecclésiastique
réalité des

et civile. Toutefois, la

avantages qu'on espère demeure toujours


loin d'être

xxvii
et


de ses désirs.

au-dessous de Timagination

Bien

devenu plus heureux, le peuple, accablé par une oppression et une misère croissantes, se voit encore dépouillé des consolations qu'il eût pu trouver
avec tant de
facilité et

d'abondance dans

les

croyan-

ces et les pratiques
les

de

la religion

chrétienne. Lorsque

hommes

s'attaqaent à l'ordre

providentiellement
ils

établi,

par uue juste punition

de leur orgueil,

trouvent souvent
la fortune

l'affliction et la

ruine à la place de
avaient téméraireleurs dé-

prospère sur laquelle

ils

ment compté pour l'assouvissement de tous
sirs.

Quant
gneur de
la

à

l'Éghse,

si,

par dessus toute chose, elle

ordonne aux

hommes
si

d'obéir à Dieu, souverain sei-

l'univers, l'on porterait contre elle

un jugede

ment calomnieux,

on croyait qu'elle
là.

est jalouse

puissance civile ou

qu'elle songe à entreprendre

sur les droits des princes. Loin de
la sanction

Elle met sous
l'obligation

du devoir
la

et

de

la

conscience

de rendre à

puissance divine ce qui
fait
il

lui est légiti-

mement
droit

dû. Si elle

découler de Dieu lui-même le

de commander,

en résulte pour l'autorité un

surcroît considérable de dignité et

une
le

facilité

plus

grande de se concilier l'obéissance,

respect et le

bon vouloir des citoyens. D'ailleurs, toujours amie de la paix, c'est elle qui nourrit la concorde, en embrassant tous les

hommes dans

la

tendresse de sa charité

maternelle.

Uniquement

attentive à procurer le bien

des mortels, elle ne se lasse pas de rappeler qu'il
faut toujours tempérer la justice par la clémence, le

commandement par

l'équité, les lois par la

modéra-


tion
;

XXVIII


;

que

le droit

de chacun

est inviolable

que

c'est

un devoir de
la

travailler au maintien

de l'ordre

et

de

la tranquillité générale et

de venir en aide, dans toute
la charité

mesure du possible, par
des

privée et publi-

que, aux souffrances

malheureux. Mais,

pour

employer assez à propos
tin, ils

les paroles

de saint Augusbien

croient ou

ils

cherchent à faire croire que la
le

doctrine chrétienne est incompatible avec

de l'État, parce qu'ils veulent fonder VÉtat^
vices

non
et

sur la solidité des vertus^ mais sur V impunité des
(1).

— Si

tout cela était

mieux connu, princes
et

peuples feraient preuve de sagesse politique
raient
si,

agi-

conformément aux exigences du
ils

salut général,

au lieu de s'unir aux francs-maçons pour combatl'Église,

tre

s'unissaient à l'Éghse pour résister

aux attaques des francs-maçons. Quoi
qu'il

en puisse advenir. Notre devoir est de

Nous appliquer à trouver des remèdes proportionnés à un mal si intense et dont les ravages ne se sont que trop étendus. Nous le savons notre meilleur et
:

plus solide espoir de guérison est dans la vertu de
cette religion divine

que
la

les

francs-maçons haïssent
Il

d'autant plus qu'ils

redoutent davantage.

im-

porte donc souverainement
central

de

faire

d'elle le point

de

la

résistance

Aussi, tous

les

Tennemi commun. décrets portés par les Pontifes Rocontre
les

mains, Nos Prédécesseurs, en vue de paralyser
efforts et les

tentatives de la secte

maçonnique, tou-

tes les sentences

prononcées par eux pour détourner

(1)

Epist. 137, al. 3,

ad

Volusian., cap. V, n.

20.

XXIX
les

hommes de

s'affilier

à cette secte ou pour les déles
ratifier

terminer à en

sortir,

Nous entendons

de

nouveau, tant en général qu'en particulier. Pleins de
confiance à cet égard dans la bonne volonté des chrétiens,

nel,

Nous les supplions, au nom de leur salut éteret Nous leur demandons de se faire une obligasacrée

tion

de conscience de ne jamais s'écarter,

même

d'une seule ligne, des prescriptions
le

promul-

guées à ce sujet par
jurons d'unir vos
tout votre

Siège apostolique.

Quant à vous. Vénérables Frères, Nous vous conefforts

aux Nôtres,

et

d'employer

zèle à faire disparaître l'impure contagion

du poison qui
la gloire

circule dans les veines

de

la société et

l'infecte tout entière. Il s'agit

pour vous de procurer
courage ni

de Dieu
si

et le salut

du prochain. Combattant
le

pour de
ne

grandes causes, ni
Il

la force

vous feront défaut.

vous appartient de détereffi-

miner dans votre sagesse par .quels moyens plus
obstacles qui se dresseront contre vous.

caces vous pourrez avoir raison des difficultés et des

— Mais puisligne de condi-

que
le

l'autorité inhérente à

Notre charge Nous impose
la

devoir de vous tracer

Nous-mêmes

duite que

Nous estimons
lieu,

la meilleure,

Nous vous

rons

:

En
est.

premier

arrachez à la franc-maçonnerie le
couvre, et faites la voir telle qu'elle

masque dont

elle se

Secondement, par vos discours
instruisez vos peuples
fices

et

par des Lettres
à cette question,

pastorales spécialement consacrées
;

faites-leur connaître les artiles

employés par ces sectes pour séduire

hommes


et les attirer

dans leurs

leurs doctrines,

— l'infamie de
nom

— rangs, —
XXX

la

perversité

de

leurs actes.

Rappelezportées
s'il

leur qu'en vertu des sentences plusieurs fois

par Nos Prédécesseurs,
rester digne de ce
qu'il mérite,
la secte des

aucun catholique,
et avoir

veut
souci

de son salut

le

ne peut, sous aucun prétexte, s'affiliera
francs-maçons.

Que personne donc ne
en
effet,
il

se

laisse

tromper par de fausses apparences d'honnêteté.
croire que,
projets des francs-maçons,
la sainteté

Quelques personnes peuvent,
dans
les

n'y a rien de
la

formellement contraire à
des mœurs. Toutefois,
le

de

religion et

principe fondamental qui est
la

comme
rale,
il

l'âme de la secte étant condamné par

moni

ne saurait être permis de se joindre à

elle,

de lui venir en aide d'aucune façon.
Il faut

ensuite, à Taide de fréquentes instructions
faire

et exhortations,

en sorte que

les

masses acquièbut,

rent la connaissance de la religion.
conseillons
très
fort

Dans ce

d'exposer, soit par
discours

écrit, soit

nous de

vive voix, et dans

les

ad

hoc, les éléments
la

des principes sacrés qui constituent

philosophie

chrétienne. Cette dernière recommandation a surtout

pour but de guérir par une
maladies intellectuelles des
nir tout à la fois contre les

science de bon aloi les
et

hommes

de

les

prémul'er-

formes multiples de

reur et contre les nombreuses séductions du vice, surtout en

un temps où

la licence

des écrits va de pair

avec une insatiable avidité d'apprendre.

L'œuvre est
si

immense

;

pour l'accomplir, vous aurez avant tout

l'aide et la collaboration

de votre clergé,

vous don-

nez tous vos soins à

le

bien former et à le maintenir


dans
dans
la perfection

XXXI
la

de

discipline
lettres.

ecclésiastique et

la science

des saintes
si

Toutefois,

une cause

belle et d'une

si

haute im-

portance appelle encore une fois à son secours le dévoue-

ment

intelligent des laïques qui unissent
et l'instruction à

les

bonnes
et

mœurs

l'amour de

la religion

de

la patrie.

Mettez en

commun, Vénérables

Frères, les

forces de ces ordres, et
les

donnez tous vos soins à ce que

hommes

connaissent à fond l'Église catholique et

l'aiment de tout leur cœur. Car, plus cette connais-

sance et cet amour grandiront dans les âmes, plus on

prendra en dégoût
pressé d'en
finir.

les

sociétés secrètes, plus

on sera

Nous

profitons à dessein

de

la
la

nouvelle occasion

qui nous est offerte d'insister sur

recommandation

déjà faite par Nous en faveur du Tiers-Ordre de SaintFrançois, à la discipline duquel nous avons apporté

de sages tempéraments.
à
le

Il

faut mettre

un grand

zèle

propager

et à l'affermir. Tel,
il

en

effet, qu'il

a été
:

établi par
attirer les

son auteur,

consiste tout entier en ceci

hommes
l'Église,

à l'amour de Jésus-Christ et à
à la

l'a-

mour de
à vaincre

pratique des vertus chrétien-

nes. Il peut
la

donc rendre de grands services pour aider
contagion de ces sectes détestables.
fasse
les
il

Que
de

cette sainte association

donc tous

les jours

nouveaux progrès. Parmi
l'on peut attendre d'elle,
les autres
liberté,
:

nombreux avantages que
une véritable école de non de l'absurde faces choses,
le

en est un qui prime tous

cette association est
fraternité,
les francs-

de

d'égalité,

çon dont

maçons entendent

mais

telles

que Jésus-Christ a voulu en enrichir


genre humain
pratique.
fants
et

XXXII


ici

que

saint

François les a mises en

Nous parlons donc
au nom

de

la liberté

des en-

de Dieu,

de laquelle nous refusons d'oqui

béir à ces maîtres iniques qui s'appellent Satan et les

mauvaises passions. Nous parlons de

la fraternité

nous rattache à
tous les
blie sur les

Dieu,

commun

créateur et père de
l'égaUté qui, éta-

hommes. Nous parlons de
fondements de

la justice et

de

la charité,

ne rêve pas de supprimer toute distinction entre les hommes, mais excelle à faire de la variété des conditions et des devoirs de la vie
et

un© harmonie admirable,
dignité de la vie civile.

une

sorte

de merveilleux concert dont profitent nala

turellement les intérêts et

En

troisième lieu, une institution due à la sagesse
et

de nos pères
redevenir

momentanément interrompue par

le

cours des temps pourrait, à l'époque où nous sommes,
le

type et la forme de créations analogues.
parler

Nous voulons
intérêts

de ces corporations ouvrières

destinées à protéger, sous la tutelle de la religion, les

du

travail

et les

mœurs des
l'utilité

travailleurs. Si
fait

la pierre

de touche d'une longue expérience avait

apprécier à nos ancêtres

de ces associations,
fruits,

notre âge en retirerait peut-être de plus grands
tant elles offrent de précieuses ressources pour

com-

battre avec succès et pour écraser la
sectes.

puissance des

Ceux qui n'échappent
ils

à la misère qu'au prix

du labeur de leurs mains, en
leur condition,

même

temps que, par
sont aussi

sont souverainement dignes de la

charitable assistance de leurs semblables,
les plus

exposés à être trompés par
des apôtres du mensonge.

les

séductions et

\e< ruses

Il faut

donc leur

XXXIII


les

venir en aide avec une très grande bonté et leur ouvrir les rangs d'associations

honnêtes pour
mauvaises.

empêconsé-

cher d'être enrôlés dans les

En

quence,

et

pour

le salut

du peuple, Nous souhaitons

voir se rétablir, sous les auspices et le patronage des évéques, ces corporations appropriées

ardemment de

aux besoins du temps présent. Ce n'est pas pour joie médiocre d'avoir vu déjà se constituer en plusieurs lieux des associations de ce genre, ainsi

Nous une

que des sociétés de patrons, le but des unes et des autres étant de venir en aide à l'honorable classe des
prolétaires, d'assurer à leurs

familles et à

leurs en-

fants

le

bienfait

d'un patronage tutélaire,

de leur

fournir les
la

moyens de garder, avec de bonnes mœurs,
la

— Nous ne saurions
ciété qui a
fiants, et

connaissance de

religion et l'amour de la piété.
ici

passer sous silence une so-

donné
si

tant d'exemples admirables et édi-

qui a

bien mérité des classes populaires
le

:

Nous voulons
père,
saint

parler de celle qui a pris

nom de

son

Vincent de Paul.

On

connaît assez les

œuvres accomplies par cette société et le but qu'elle Les efforts de ses membres tendent uniquement à se porter par une charitable initiative au
se propose.

secours des pauvres et des malheureux, ce qu'ils font

avec une merveilleuse sagacité et une non moins admirable modestie. Mais plus cette société cache le
bien qu'elle opère, plus elle est apte à pratiquer
charité chrétienne et à soulager les misères des
la

homle

mes.

Quatrièmement,
but de

afin d'atteindre plus

aisément

Nos

désirs,

Nous recommandons avec unenouIII


formation
torales.
la

XXXIV


— Appliquez à sa
ferez

velle instance à votre foi et à votre vigilance la jeu-

nesse qui est l'espoir de

la société.

plus grande partie de vos sollicitudes pas-

Quels qu'aient déjà pu être à cet égard votre

zèle et votre prévoyance, croyez

que vous n'en

jamais assez pour soustraire

la

jeunesse aux écoles et

aux maîtres près desquels
le souffle

elle serait

exposée à respirer
les prescrip-

empoisonné des

sectes.
il

Parmi

tions de la doctrine chrétienne,

en est une sur lade leurs évéques.

quelle devront insister les parents, les pieux instituteurs, les curés, recevant l'impulsion

Nous voulons
fants

dire la nécessité de

prémunir leurs en-

ou leurs [élèves contre ces sociétés criminelles,

en leur apprenant de bonne heure à se défier des artifices

perfides et variés à l'aide desquels leurs proséles

lytes

cherchent à enlacer
les

hommes. Ceux qui ont
les sa-

charge de préparer

jeunes gens à recevoir

crements

comme

il

faut agiraient

sagement

s'ils

ame-

naient chacun d'eux à prendre la ferme résolution de

ne s'agréger à aucune société à l'insu de leurs parents,

ou sans avoir consulté leur curé ou leur confesseur.

Du

reste,

Nous savons

très

bien que nos

communs
ces se-

labeurs pour arracher du

champ du Seigneur
la

mences pernicieuses seraient
si,

tout à fait impuissants,

du haut du

ciel, le

Maître de

vigne ne secondait
assis-

nos

efforts. Il est

donc nécessaire d'implorer son

tance et son secours avec une grande ardeur et par des
sollicitations réitérées,

proportionnées à la nécessité

des circonstances et à l'intensité du péril. Fière de ses

précédents succès, la secte des francs-maçons lève in-

solemment

la léle et

son audace semble ne plus con-

XXXV
naître aucunes bornes.

Rattachés

les

uns aux autres
et

par

le lien

d'une fédération criminelle
prêtent
et

de leurs pro-

jets occultes, ses adeptes se
et se

un mutuel appui
à faire le mal.

provoquent entre eux à oser

A

une

si

violente attaque doit répondre

une défense
et

énergique.
aussi, et
d'efforts.

Que

les

gens de bien s'unissent donc, eux

forment une immense coalition de prières

En

conséquence. Nous leur demandons de
par
la

faire entre eux,

concorde des esprits
les

et

des

cœurs, une cohésion qui
les assauts des sectaires.

rende invincibles contre
qu'ils tendent vers

En outre,
et

Dieu des mains suppliantes
progrès du Christianisme, rÉglise de

que leurs gémissements
la

persévérants s'efforcent d'obtenir

prospérité et les

la paisible

jouissance pour

la liberté nécessaire, le retour

des égarés

au bien,
vertu sur

le

triomphe de

la vérité sur l'erreur,

de la

le vice.

Demandons
de Satan dès
vées qui font
prit

à la Vierge Marie,

Mère de Dieu, de

se faire notre auxihaire et notre interprète. Victorieuse
le

premier instant de sa conception,

qu'elle déploie sa puissance contre les sectes réprou-

de révolte, l'incorrigible perfidie

mon.

évidemment revivre parmi nous l'eset la ruse du déAppelons à notre aide le prince des milices
si

célestes, St Michel, qui a précipité

dans

les enfers les

anges révoltés
Vierge,
tholique
le
;

;

puis St Joseph, l'époux de la très Ste

céleste et tuiélaire patron de l'Église caet les

grands apôtres St Pierre

et St

Paul,

ces infatigables semeurs et ces

champions invincibles
et

de

la foi cath jlique.

Grâce à leur protection
les fidèles

à

la

persévérance de tous

dans

la prière,

nous


proie à un
si

XXXVI

avons la confiance que Dieu daignera envoyer un secours opportun et miséricordieux au genre humain en

grand danger.

D'ailleurs, en

gage des dons célestes

et

comme

té-

moignage de Notre bienveillance, Nous vous envoyons du fond du cœur la Bénédiction apostolique, à vous, Vénérables Frères, au clergé et aux peuples confiés
à votre sollicitude.

Donné

à

Rome,

près Saint-Pierre,
la 7®

le

20

avril

1884,

de Notre Pontificat

année.

LÉON

XIII,

PAPE.

%

AVERTISSEMENT DES ÉDITEURS

Le volume que no los publions aujourd'hui
abrégé de
P.
la

est

un
le

grande œuvre historique de feu
les

Deschamps sur
les

Sociétés secrètes et leur action
le

dans

événements accomplis depuis

milieu du

XVIW
rivé si

siècle.
est

Le succès considérable de cet ouvrage, qui

ar-

rapidement à sa sixième édition
trois forts

et

forme

aujourd'hui
posait
le

volumes in-S°

(1),

nous im»
ce

devoir d'en offrir

un résumé

concis à
les

nombreux public, qui veut connaître

résultats

Les Sociétés secrètes et la société ou Philosophie de l'hiscontemporaine, par N. Desghamps, avec une introduction sur l'action des Sociétés secrètes au XIX^ siècle, par Claudio t. III Notes et docuJannet, 6« èdii. 2 fort vol. in-S" (883
(1)

toire

;

:

ments pour faire suite à l'ouvrage du P. Deschamps, rassemblés par Claudio Jan>et, { fort voL m-5°, {883.

XXXVIII


mais
.

des plus importantes recherches scientifiques^

peut leur consacrer seulement

un temps

limité

Pour
cat,

être

assurés que ce travail^ toujours déli-

répandrait davantage Vœuvre magistrale du
affaiblir
la portée^
d''

P. Deschamps sans en

nous

en avons confié V exécution à M, Louis
qui,

Estampes

ensuivant

la politique

contemporaine depuis
quotidienne avec

quinze ans dans
talent si

la presse

un
ce
les

remarquable, a acquis une compétence

toute

spéciale

pour une étude

historique de
eji

genre. M. Claudio Jannet, qui a mis

ordre

manuscrits du P. Deschamps
ses

et les

a complétés par
se

travaux personnels, a bien voulu

charger

encore de la révision de cet abrégé.

Le cadre dans lequel nous devions nous renfermer

nous a obligés de
les

laisser

complètement de
contenus

côté
le

importants développements

dans
les

tome III sur la

FranC' Maçonnerie dans

pays

étrangers, ainsi que tout ce qui a trait à ses origines,

pour pouvoir donner plus de place à son
les

action dans
la

événements intéressant directement

France
C'stJ
/

et le St- Siège.

aie ment à

Vœuvre originale que devront
documents

recourir ceux de nos lecteurs désireux de retrouver
publiés in extenso
et

sans coupures
le

les

é manés de la secte, sur lesquels

P, Deschamps a


basé sa

XXXIX


critique.

grande enquête avec une rigueur de méVahri de toute
effet,

thode qui la met à
P.

Le

Deschamjjs,
et

en
les

n^a

rien

avancé

sans

preuve

tous

documents dont Vorigine ne
été

pouvait être contrôlée ont
nés par lui.

soigneusement élimi-

Nous avons pu presque toujours nous dispenser
de charger ce volume-ci de
titres notes_,

parce que

les

des chapitres permettent

facilement
des

de se
trois
et
la

reporter

aux

poA^ties

correspondantes
les

volumes de l^ouvrage
société.

Sociétés

secrètes

Avignon

^

15 avril iSSâ.

CHAPITRE PREMIER
Le problème de
la.

Révolution

Depuis cent cinquante ans
-en proie à

le

monde moderne

est

une

instabilité,

qui se traduit tantôt par
les

des

convulsions
et

dans lesquelles sont emportés
les

gouvernements

institutions

séculaires,

tantôt

par un travail lent, mais continu, qui dissout

les prin-

cipes de religion, de droit, de morale, de hiérarchie,

sur lesquels la société a reposé de tout temps.

La

Révolution,

tel est le

nom que

nos contempola

rains donnent

à ce formidable
est

phénomène. Pour
la

plupart, ce

nom

comme

l'énigme du sphinx anti-

que. Peu d'entre eux sauraient définir

Révolution,
:

mais aucun ne reste indifférent devant
l'acclament, d'autres

elle

les

uns
tous

l'envisagent avec terreur,

sentent qu'elle est dans l'histoire

un

fait

absolument

nouveau, qui n'a rien de
plus diverses,

commun

avec

les révolutions

accidentelles d'autrefois, et

que sous ses formes

les

sous

ses
la

manifestations religieuses,
est tou-

poHtiques et sociales,
jours une.

Révolution moderne

Le mal

moral, c'est-à-dire la révolte de

Thomme

contre l'ordre, a sans doute toujours existé depuis le

jour de la chute originelle. Mais jusqu'au siècle der1

2
nier

LE PROBLÈME DE LA RÉVOLUTION

une hérésie pouvait troubler la paix religieuse de la Chrétienté, sans que pour cela les gouvernements fussent ébranlés et la hiérarchie du monde du
travail bouleversée.

Seuls quelques esprits plus pé-

nétrants embrassaient la chaîae entière des funestes

conséquences morales

et sociales,

qui découlent né-

cessairement d'une atteinte portée au
les

dogme

;

mais

masses populaires

et les nations restaient stables,

comme
cipes

fixées par le poids
la

de leurs intérêts aux prinsociété,
le la et le jour où la remède extraordinaire parole enflammée des le
.

fondamentaux de
la

grande voix de

Papauté,

d'un concile œcuménique,
Saints venaient faire
ciété raffermie sur sa
la

lumière sur

monde,

la sole

base reprenait paisiblement

cours de ses destinées.

Le grand déchirement du Protestantisme au
siècle ressemble,

XVP
terri-

par certains de ses aspects, au
notre
siècle
;

ble

phénomène de
l'Européen

mais une grande
après cinquante

partie de

fut préservée, et
et
le

années d'agitations politiques
cantonna sur certains points
hérésies sembla
;

sociales, le

mal

se

venin des nouvelles

même

avoir perdu de son activité au

sein d'une société, dont toutes les parties étaient liées

comme
Jadis

les assises

d'un gigantesque édifice.
des
princes,

l'ambition

l'oppression

des

grands, l'indociUté des sujets^ occasionnaient parfois

des troubles sanglants, mais

ils

ne s'étendaient pas
ressentit pas
le

d'un pays à l'autre.
contre-coup
des

La France ne

commotions excitées par Wiklef,
l'Allemagne étouffa
la

l'Angleterre vit passer de loin les scènes douloureuses

de

la

Jacquerie,

guerre

des

LE PROBLÈME DE LA RÉVOLUTION
Hussites
et,

3

plus

tard, la révolte

des paysans, sans
à s'en alarmer.

que

les

peuples voisins eussent
est la

même

Toute autre

Révolution moderne. Elle

s'atta-

que d'abord à la religion. L'Église catholique est surtout l'objet de cette haine; parfois sou culte est proscrit et ses ministres sont mis à mort; toujours elle est dépouillée des biens qui sont, entre ses mains, le patri-

moine des pauvres

et elle est privée

de sa légitime

influence sur l'ordre social. Les confessions chrétien-

nes séparées sont en butte à

la

même

hostihté, précipositif qu'elles

sément dans

la

mesure du Christianisme

retiennent; car la notion de la subordination de la
société civile à

une

loi

divine positive est le principe

que

la

Révolution voudrait détruire à fond dans

des peuples. Cette négation est son essence

Tàme même.

Les souverains
dans
rés de
flatteries

légitimes, qui se font ses instruments

cette guerre anti-religieuse, sont d'abord entou;

leur puissance est

momentanément
liberté et
Il

accrue; mais au bout d'un certain temps des mots
toujours
pleins de prestige, les mots de

d^égalité, retentissent

comme un

glas funèbre.

faut

que

les

pouvoirs traditionnels se transforment, qu'ils

s'inclinent devant le
laire, et puis, après
est

dogme de

la souveraineté

popu^

proclamée

la

une nouvelle étape, la République seule forme pohtique digne des peu-

ples élevés sous ces nouvelles influences.

La
relle

constitution de la famille et l'organisation natu-

du

travail,

avec

la hiérarchie
,

qui en découle et

subordonne l'ouvrier au patron au grand propriétaire,
vont également être bouleversées et détruites.

La Ré-

4

LE PROBLÈME DE LA RÉVOLUTION

volution dissout la famille

comme

unité sociale, elle lui

enlève

la

consécration religieuse en affectant de faire du

mariage un acte purement civil, elle détruit ses fondements économiques en proclamant le droit exclusivement personnel de l'individu à jouir de la propriété,
au
lieu

de

faire

de

la

transmission corrélative du patril'atelier et

moine

foncier

ou de

des devoirs attachés à

leur possession l'assise solide des différentes classes.

Elle dit à l'ouvrier qu'il est Végal de son patron, au

patron qu'il est

libi^e,

c'est-à-dire

n'a aucun devoir

vis-à-vis de son ouvrier, et c'est ainsi qu'en proclamant la fraternité, elle allume la guerre sociale jusque dans
le plus

humble
la

ateUer.

La

propriété est attaquée par les penseurs les plus

logiques de
pressive
;

Révolution

comme une

institution

op-

de nouvelles combinaisons sont imaginées
troupeaux humains.
la

pour

faire travailler et paître les

Les incendies de
sauvages de
la

Commune

parisienne, les scènes

guerre des chemins de fer en Améri-

que, les attentats féroces du Nihilisme russe, apparaissent comme les préludes du gigantesque travail de
déblai, nécessaire, selon ses

prophètes, pour qu'un
l'action des

ordre social

nouveau puisse résulter de

forces de la nature déchaînée.

La Révolution
chez
les

est universelle.

Malgré

les différen-

ces de race, de climat, d'état économique, elle répand

peuples des idées
;

et

des formules qui ont le

don de

les soulever

elle

attaque Joutes les institutions
historique
;

fondées sur

la tradition

elle introduit,

au

besoin par la force, dans les sociétés, des principes

LE PROBLÈME DE LA RÉVOLUTION

5

nouveaux totalement inconnus aux âges précédents, comme la séparation de l'Église et de l'État, le monopole de l'enseignement par l'État, la liberté de la presse.

que ceux du midi, les jeunes républiques de l'Amérique ainsi que les monarchies du vieux monde. La Russie avec ses

Les peuples du nord sont

atteints ainsi

institutions
territoire

communales

si

particulières, son

immense

aux populations clair-semées,

est ébranlée

par

le souffle

révolutionnaire à l'égal des aggloméra-

tions pressées des régions manufacturières

de

l'occi-

dent.

Ce

fait, si

nouveau dans
lui

l'histoire, a

frappé

M. de
:

Tocqueville et

a inspiré ces paroles remarquables

«

Toutes

les révolutions civiles et

patrie et s'y sont renfermées.
;

politiques ont eu une La Révolution française n'a pas

eu de territoire propre bien plus, son effet a été d'eff'acer en quelque sorte de la carte toutes les anciennes frontières. On l'a vu rapprocher ou diviser les hommes en dépit des lois, des traditions, des caractères, de la langue, rendant parfois ennemis des compatriotes, et frères des étrangers, ou
plutôt elle a formé, au-dessus de toutes les nationalités particulières,

une patrie

intellect uelle

commune, dont

les
»

hom-

mes de

toutes les nations ont

pu devenir citoyens.

Depuis

le

milieu du siècle dernier, la Révolution

n'a pas cessé de marcher et de progresser. Jusqu'à

présent tous

les efforts

dirigés contre elle ont paru

impuissants. Elle n'a encore reculé sur aucun point
ni

abandonné une seule de
d'arrêt
lui

ses

conquêtes.

A

peine

un temps

est-il

imposé, qu'elle reprend

avec plus de puissance son essor destructeur.

6

LE PROBLÈME DE LA RÉVOLUTION
Les explications
les plus diverses sont

données de

ce problème aussi vaste que nouveau.

Les panthéistes
tion

et les matérialistes

brutal, qui trouve sa justification

y voient un fait dans sa manifesta-

même. Pour eux,

c'est

un phénomène d'évolution

semblable à cette transformation continue, que de faux
savants prétendent reconnaître dans le
et

animal.

Le

Socialisme, le

monde végétal Communisme, le Nihi-

lisme, sont pour eux autant d'étapes fatales au
titre

même
ils

que

le

Libéralisme

et le

Rationalisme

:

les

glorifient successivement

comme

des formes du per-

pétuel devenir qui emporte l'humanité.

Mais

la

raison, le sens intime de la personnalité et

delà responsabilité individuelle protestent hautement
contre cette théorie.

La

conduite pratique de chaque

homme
tive

pris

en particulier aussi bien que celle des

peuples dément constamment ces hypothèses, instincprotestation qui est la
!

meilleure

réfutation

du

sophisme

Cependant

les

idées fausses ont

de notre temps
si

acquis tant d'influence par voie d'infiltration,

l'on

peut ainsi parler, que
ses formes les

la

même

théorie,

dégagée de

plus

choquantes, se produit sous la
religieux

plume

d'écrivains conservateurs,

même
le

de

sentiment.

M. de

Tocqueville, qui, nous

venons de
le

citer,

a décrit avec tant de pénétration
l'universalité

phénomène de
l'in-

de

la

Révolution, a subi à son insu

fluence

de

cette erreur,

quand dans

la suite

de son

LE PROBLÈME DE LA RÉVOLUTION
livre
et
il

7

représente

le

mouvement qui a éclaté en 1789,

qui dure toujours^
et lente le fruit naturel

comme

le résultat fatal

d'une

longue

transformation des relations sociales,

comme

de V ancien régime parvenu à
lui et

son dernier développement. Pour

quelques-uns

de ses disciples attardés, «
« n'est qu'un
incident

la la

guerre aux religions
Révolution, un
trait

de

« saillant
« produit

et

pourtant fugitif de sa physionomie, un
faits

passager des idées, des passions, des

« particuliers qui l'ont précédée et préparée, et
« son génie propre.

non

D'autres, allant plus loin, prétendent que la

Révo-

lution est providentielle, qu'elle est la conséquence

nécessaire des prodigieux changements apportés au

monde moderne par
ques de notre temps

les

grandes découvertes physipar les progrès de l'industrie.

et

Rien n'est faux
thèses.

et

dangereux

comme

de pareilles

Elles

méconnaissent,
le

contrairement aux

faits les

plus évidents,
gieux de
si

caractère

essentiellement anti-reli-

la

Révolution,
qui

et l'on
l'a

peut être assuré que,

l'illustre écrivain

propagée avait assisté aux

événements des trente dernières années, ses appréciations en eussent été

grandement modifiées.

Ennemie avant

tout et par son essence de l'Église,
être

la Révolution ne peut pas

voulue

par Dieu.

Elle ne peut pas davantage être la conséquence nécessaire des découvertes, des progrès matériels qui

8

LE PROBLÈME DE LA RÉVOLUTION

sont des dons de sa bonté faits aux

hommes. Ces dons

augmentent leurs forces pour
mal,
et
il

le

bien

comme pour
libre arbitre

le

dépend uniquement de leur

de

contre-balancer les effets amollissants de la prospérité

matérielle par

une recherche plus grande de

la

vertu morale

La profonde
dans
par
le

altération des rapports des différentes

classes a eu pour

occasion
travail

la

perturbation apportée
la

régime du

par l'emploi de

houille^

les

chemins de
;

fer et

par

l'avènement

de

la

grande industrie
de
la

mais une révolution à peu près
trois

semblable avait eu lieu
suite
et
la

siècles

auparavant à

la

mise en œuvre des moteurs hydrauliques

de

découverte du nouveau monde. Les ancien-

nes relations économiques avaient été profondément

changées, de nouvelles formes de la richesse s'étaient
créées, de

nouveaux patrons

s'étaient élevés,

mais

l'essence des rapports entre le propriétaire et le travailleur était restée la

même.
la

D'ailleurs,

remarquez-le, la concentration de

puissance productrice
hstes est

aux mains des grands capitaidées
il

un

fait

absolument au rebours des
la

philosophiques et politiques de
à constituer en
fait

Révolution

:

tend

une hiérarchie économique de plusen plus acccentuée, en même temps que dans l'ordre
et le suffrage universel

pohtique l'on proclame l'égaUté absolue des citoyens
!

La
c'est

vraie cause

de l'antagonisme social moderne, de
la

la destruction

religion

chez toutes les
devoirs

classes et la méconnaissance de

leurs

qua

LE PROBLÈME DE
l'impiété entraîne chez les

LA.

RÉVOLUTION
s'y

9
livrent.

nations qui

Le
et

spectacle des révolutions politiques triomphantes
traditionnelles
il

du renversement des souverainetés du
droit privé par la légitimation

aggrave encore cet antagonisme, car
idées
faits

ébranle les

donnée aux

de violence accomphs dans l'ordre public. Toute

catastrophe politique est suivie fatalement d'un progrès nouveau du sociahsme

1789
après

et

vu en France en en 1848, en Italie après 1860, en Espagne 1868. L'Allemagne unifiée expérimente aux
:

on

l'a

dépens de sa paix sociale

ce que lui ont valu les
et

annexions révolutionnaires de 1866

de 1870.

La Révolution sociale n'est donc qu'une conséquence
de
la

Révolution politique et rehgieuse.

Donner pour seule cause à
l'ancien

celle-ci

les

abus de

régime en décadence,

c'est placer

au premier

rang des causes secondaires
pales,
celles
les

et nier les

causes princi-

qui furent vraiment agissantes.

Sans
et

doute

abus des classes dirigeantes aux

XVIP

XVIII®

siècles avaient

grandement

affaibli les institu-

tions qui sont la défense naturelle des sociétés, et ils

ont ainsi rendu possible le succès de leurs ennemis.

Mais

les

abus ont de tout temps
l'infirmité

existé,

ils

sont

la

conséquence de

humaine,

et l'histoire

nous

montre que les nations sont guérissables, qu'elles peuvent toujours se réformer, tant qu'elles n'ont pas perdu la notion du bien. Les règnes réparateurs de
saint Louis, de

Louis XII, d'Henri IV en sont, dans
d'éclatants exemples. Aussi bien

notre pays

même,

10

LE PROBLÈME DE LA RÉVOLUTION
prétexte pour la

ces abus n'ont été qu'un
tion
:

Révolu-

partout où elle a triomphé elle les a conservés,

aggravés

même

par des

oppressions

qu'elle dissi-

mule en

les systématisant et

en leur

donnant l'apparaison

rence de l'ordre légal.
D'ailleurs la violence de son attaque est en

inverse de ces abus,

pourrait-on dire.

L'ancien réla féoda-

gime
à
lité

était

bien plus lourd en Allemagne qu'en France

la fin

du

XVIIP

siècle.

Jamais

les

abus de

n'ont été chez nous

comparables à ceux qui ont
la

asservi les populations ouvrières de l'Angleterre à
suite

de l'établissement de

la

grande industrie
la

et

du

triomphe du régime parlementaire après
tion de
tion

révolu-

1688
le

;

or ces pays sont ceux que la Révolu-

a

plus

longtemps

épargnés.

Seraient-ce

des abus de l'ancien régime que rencontrent aujourd'hui sur le sol vierge de
et le parti

l'Amérique
Est-ce

les
le

radicaux
défaut

socialiste

ouvrier ?

de
ce

liberté publique,

comme le prétendent certains hbéraux
secrètes dans
la

confiants, qui multiplie les sociétés

pays,


? Il

existe

liberté

d'association la plus

illi-

mitée

faut bien
et

que ces sociétés poursuivent un
tout à fait indépendant
là aussi

but caché
l'état

universel,

de
les

social

de l'Europe, pour que

on

rencontre.

Que

les

hommes

rehgieux y prennent garde

!

La

religion est aussi

compromise par la thèse de la Ré' volution fatale que le principe politique traditionnel. Eh quoi les changements contingents apportés par le cours naturel du temps auraient été funestes à la
!

cause de

la vérité éternelle?

La

religion révélée aurait

,

LE PROBLÈME DE LA RÉVOLUTION
perdu son empire sur une
nité,
si

H
homtel

grande partie de Thuma-

par cela seul que les intérêts temporels des
qu'ils auraient

mes auraient changé,
tel

vu

croître leur

richesse et leur culture intellectuelle, parce

que

ou

gouvernement se
?

serait trouvé inférieur à sa

mis-

sion

Comment
?

le

Christianisme aurait-il perdu de

sa valeur pratique devant des

phénomènes

aussi se-

condaires

Voilà cependant les contradictions auxquelles aboutit

la thèse

qui présente

comme un
et

fait

nécessaire et
essentielle-

inévitable Tavèneraent d'une

révolution

ment ennemie du Christianisme
chrétien.

de l'ordre social

Mais
gés
si

les

termes du problème sont tout à

fait

chan-

l'on reconnaît que, depuis

un
les
la

siècle et

demi
sont
s'é-

une puissante association, dont identiques aux idées réalisées par
tend dans
le

principes

Révolution,

monde

entier,

se couvrant de mystère,

agissant dans toutes les parties

du corps

social, tantôt

par

la

presse, la tribune, l'enseignement de la jeunesse,

tantôt par des complots, mais toujours
le

marchant vers

même

but.

Cette association existe, c'est la Franc-maçonnerie, qui est la source et
ciétés

comme

la

mère de

toutes les so-

secrètes. Elle a

commencé

à agir dès les pre-

mières années du

XVIIP

siècle, et les

progrès de la
diffusion.
entier, plus

Révolution ont été en

proportion
le

de sa

Aujourd'hui

elle

compte, dans
et

monde

de douze mille loges

d'innombrables adhérents, qui
positions, d'où
ils

eux-mêmes occupent des

dirigent

12
la

LE PROBLÈME DE LA RÉVOLUTION
pensée
et raction

de leurs concitoyens. Elle forme
reliant

partout

un corps compacte
en apparence
:

dans son sein par

des attaches secrètes les sociétés particulières les plus
différentes
les
;

ses doctrines sont partout

mêmes
Dès que

son unité,

son universalité,

expliquent

ainsi l'unité et l'universalité
la

de

la

Révolution.

Franc-maçonnerie
le

est sortie

de l'ombre
politique

de ses commencements,
signaler
et

Saint-Siège n'a cessé de la

comme

le

grand danger religieux,

social.

Depuis Clément XII, en 1738, jusqu'à
tous les papes ont averti les souverains.

Léon XIII,
Mais

la secte,

grâce au secret dont elle

se couvre,

au mensonge dont elle se fait un système, a eu la suprême habileté de tromper sur sa portée réelle ceux
qu'elles

poussait aux abîmes. Elle s'est posée au dé-

but

comme une

réunion de plaisir

et

une association
monarchies

de bienfaisance, alors qu'elle nourrissait dans son sein

une conspiration contre

la religion et les la

!

La

Révolution, quand on

dégage des causes sequi jusqu'à présent a

condaires et des circonstances locales, apparaît donc

comme un immense complot
réussi,

non point par une

fatalité historique, ni

par

une cause supérieure aux responsabilités humaines,
mais par l'audace des conspirations
et surtout

par la

défaillance, par l'aveuglement volontaire de ceux qui,

au

lieu

de

la

combattre,

ont sysmatiquement fermé
pilote infaillible

l'oreille

aux avertissements du

donné

par Dieu à l'humanité.

La
grand

majorité des écrivains depuis

un

siècle, le

plus

nombre des maîtres

de

la

jeunesse depuis

LE PROBLÈME DE LA RÉVOLUTION
cinquante ans, presque toutes les voix de
à la Franc- maçonnerie. Mais c'est une
la

13

grande

presse européenne à l'heure présente, appartiennent
règle jurée
le

rigoureusement de ne jamais parler ni écrire dans

monde

j)rofane sur

l'ordre

maçonnique
ce

ni

sur les
singulier
est

associations secrètes.

De
la

phénomène

entre tous qui

fait

que

Franc-maçonnerie seule
il

une chose sacrée à laquelle

ne faut pas toucher,
d'une sorte de

chacun craignant d'en parler
ver avec raison
trant et
si

comme

spectre. Cette position si étrayige est déjà,, fait obser-

Mgr de

Ketteler, cet esprit

si

péné-

versé dans la politique contemporaine,

une

preuve de l'immense puissance que la Franc-Ma'
çonnerie exerce dans
le

monde,
du XVIIP
siècle et

La
tence

plupart des histoires

de

la

Révolution gardent un silence systématique sur l'exis-

même

des loges maçonniques.

M,

Bluntschli n'a

même

pas indiqué les sociétés secrètes dans les reles

marquables ouvrages où sont décrits tous
de l'Etat moderne
des puissances
et

éléments
ce-

de

la
il

pohtique.
était le

Il

ne pouvait

pendant en ignorer, car

grand maître d'une

maçonniques de

TAUemagne,
l'influence

et

a

rempli des volumes entiers des pubhcations spéciales

de l'ordre

avec ses discours sur

de

la

Maçonnerie.

Néanmoins, au fur
fait

et à

mesure que
les plus

la

Révolution a

des progrès,

le voile s'est

soulevé, les aveux se

sont multipliés, les
craint

hommes
voix
et

avancés n'ont pas

de hausser

la

de reprocher aux arriérés

leur

manque de courage

et

de logique. Louis Blanc,

dans son Histoire de la Révolution^ a mis en pleine

»

14

LE PROBLÈME DE LA RÉVOLUTION

lumière l'action prépondérante des sociétés secrètes

dans

les

événements du

XVIIP

siècle.

Henri Martin,
qu'elles

dans son Histoire de France, conclut en disant, après
avoir décrit la variété de leurs
rites,

furent

jusqu'en 1789 V instrument général de la philoso-

phie

et le

laboratoiî^e de la Révolution,

C'est en faisant

allusion

à

ces

temps que M""*

Georges Sand

a dit

ments où
lement
et

l'histoire

de son côté « qu'il y a des modes empires n'existe que nominavivant que
les

il

n'y a de réellement

sectes^ cachées

dans leur sein. »
Conseil du
:

En
XVIII^

1874, Vorateur du Suprême
F.*.

rite

écossais, le

Malapert, s'exprimait ainsi

«Au

la Franc-maçonnerie était si répanmonde, qu'on peut dire que riExN NE s'est fait depuis CETTE ÉPOQUE SANS SON CONSENTEMENT. En 1854, le fameux Verhœgen, grand-maître du Grand-Orient de Belgique, proclamait à une assemblée des loges que la Maçonnerie a, « en maintes circonstances, unanimement méconnu la restriction
siècle,
le

due dans

de ses statuts
pohtiques».
service

», et s'est

«activement mêlée aux luttes
:

Il

ajoutait

« Qui donc oserait

la blâ-

mer ? Ce serait calomnier rendu à la patrie ! »

V histoire, nier

Vimmense

Des hommes d'Etat éminents n'avaient pas eu besoin
de ces déclarations pour voir de quelle source découlait le

poison qui agitait tout

le

monde moderne. Les

Papes

et leurs ministres ont été au premier rang. Les

représentants d'une institution qui,
sait devoir

comme

l'ÉgHsc,

durer autant que le

monde

sont assurément

LE PROBLÈME DE LA RÉVOLUTION
bien placés pour juger
le

15

cours du temps, et l'incom-

parable diplomatie du Saint-Siège le renseigne d'autant plus

sûrement qu'elle
esprits

est plus

dégagée des
et

inté-

rêts secondaires.

Quand des

comme

Consalvi

Joseph de

Maistre signalaient à toutes les cours européennes le

danger des sociétés secrètes,
de

ils

n'obéissaient pas à

vaines terreurs, ni à des hallucinations maladives.

Les avertissements se sont Des
moire
protestants,

d'ailleurs succédé

sans

interruption et des côtés les plus opposés.

aux souverains assemblés à Vérone,

M. de Haugwitz, dans son méM. de John Quincy Adams,
le

Haller, l'éminent publiscite,

président des Etats-Unis, et à sa suite les
d'Etat de V Anti-Masonic loartij
et érudit
^

hommes
sociétés
civil,

Eckert, le courageux

avocat saxon, ont montré que les

secrètes mettaient en péril l'ordre politique et

non moins que

la religion.

Plus récemment,

Ketteler, l'illustre évêque de Mayence,

Mgr Mgr Dupanque
la

loup et le cardinal Deschamps, archevêque de Malines, ont démontré, avec leur haute
autorité,

Franc-maçonnerie
dans des
écrits

était le péril

des temps modernes,
la

les leçons

de

logique et les en-

seignements de
saisissante.

l'histoire

sont présentés d'une façon

Le

cardinal Mathieu,

résumant

la

longue expéécrivait

rience de sa vie d'évêque et

d'homme pubhc,

à son tour
«

:

Je suis à m'interroger péniblement,
il

et

à savoir

commine

ment
pas

se fait

que

les puissants
et si

de ce siècle ne regardent

même

autour d'eux,

près d'eux, ce qui les

16

LE PROBLÈME DE LA RÉVOLUTION

et qui les ronge en allendant leur renversement complet. Je suis très persuadé que la plupart des grands et sinistres événements de nos jours ont été préparés et consommés par la Franc-maçonnerie. » [Lettre du 7 avril 1875

à M. Robinet de Cléry.)

En
1®'

Angleterre, c'est

le cardinal

Manning

qui, le

octobre 1877, s'est exprimé ainsi devant une im:

portante réunion politique
«

Si j'insiste sur toutes ces choses, c'est
les

pour que vous
les

compreniez bien que ce ne sont ni
rois, ni les princes,

empereurs, ni

qui dirigent le cours

des événements

11 y a quelque chose au-dessus d'eux et derrière quelque chose, plus puissant qu'eux tous, se fera sentir quand l'heure en sera venue. Oui, le jour où toutes les armées de l'Europe seront engagées dans un im-

en Orient.
eux, et ce

mense

conflit, alors, ce jour-là, la

Révolution, qui jusqu'à

présent travaille sous terre secrètement, aura trouvé l'heure favorable pour se montrer au grand jour. Ce qui s'est vu

pour Paris se verra de nouveau pour l'Europe tout entière.

»

Le

cardinal ne faisait que redire d'une façon ex-

pressive ce que Disraeli avait affirmé en maintes occasions

dans ses

livres

politico-littéraires,

et

aussi

comme homme
prononcé
le

notamment dans un discours 20 septembre 1876 à Aylesbury, discours
public,
:

qui contient ce passage

« Les gouvernements de ce siècle n'ont pas affaire seulelementaux gouvernements, aux empereurs, rois et minis-

mais encore aux sociétés secrètes, éléments dont il faut compte, qui au dernier moment peuvent mettre à néant tous les arrangements, qui ont des agents partout,
tres,

tenir

des agents

sans scrupule
le faut,

qui poussent à
»

l'assassinat

et

peuvent,

s'il

amener un massacre.

LE PROBLÈME DE LA RÉVOLUTION

17

On

le

voit, l'étude

des

sociétés secrètes est

une
en

nécessité

absolue pour avoir l'intelligence des temps

modernes.

Le Père Deschamps

l'a

poursuivie

compulsant avec un zèle infatigable
et statuts

les constitutions

maçonniques préparés par
maçons, approuvés

les

commissions

des plus illustres

et votés par les

convents généraux ou assemblées législatives des
Grands-Orients,
et qui

ne peuvent être imprimés
les

et

distribués aux loges

que par

ordres des grands
ces

maîtres et de leurs conseils.

La comparaison de

documents, dont

l'esprit centralisateur se

manifeste à

chaque page,

jette

françaises et européennes. hQ^

un jour singulier sur les révolutions Manuels maçonniques
cahiers officiels

ou

T'uileurs^ les

des

grades,

les

rituels

des

réceptions, les

instructions,

catéchis-

mes, serments ou
les signes
et

obligations

des

récipiendaires,
le

mots de passe,

les ca^ntiques (c'est

nom

qu'on leur donne) chantés aux loges de table oni

une source abondante d'informations au Père Deschamps sur les éléments constitutifs de la Francfourni

maçonnerie,

l'esprit, les

tendances, les principes et les
et

conséquences de ce Briarée aux cent bras
agissements diversifiés à
l'infini.

de ses

Descendant au fond des abîmes' maçonniques,

le

Père Deschamps a pu

les sonder,

découverts et mis à
les

nu par
grés.
faits et

les

maçons eux-mêmes, maîtres à tous

de-

Il

a rapproché ses recherches et ses preuves des

gestes des

maçons

les plus célèbres, et c'est

l'abrégé de son travail continué avec les

moyens

d'in-

formations acquis jusqu'à ce jour, que nous présentons

à nos lecteurs.
2

18

LE PROBLÈME DE LA RÉVOLUTION
offre

L'enquête
possible,

toutes

les

garanties

d'exactitude

et, si

quelques erreurs inévitables de détails

étaient relevées, elles ne sauraient enlever leur certi-

tude à Tensemble des résultats de ces investigations
certitude fondée sur la concordance de

;

tant de témoi-

gnages

et le

rapprochement de
dans

faits si

nombreux.

En

signalant le rôle prépondérant joué par les sola

ciétés secrètes
d'ailleurs,

Révolution, nous n'entendons,
les autres
la leur.

nullement nier

causes qui vien-

nent joindre leur action à

Les nations, qui se

sont abandonnées à la Révolution, ont subi l'impulsion

des sectes anti-chrétiennes, mais elles ont aussi payé
les peines

de fautes

et d'erreurs

anciennes.

CHAPITRE

II

Des caractères particuliers de l'action
maçonnique suivant les temps et les pays.

Le fond de
Dieu.

la

doctrine de la Maçonnerie, le but
la

de son action consiste à mettre l'homme à

place de

U Humanité sans Dieu,
faits, le

V Humanité se faisant
voilà les phases

Dieu, V Humanité contre

Dieu,

de

son développement doctrinal,
dent, dans l'ordre des

auxquelles correspou-

Libéralisme,
le

le

Cêsa-

risme d'Etat,
Malgré ce
la

Commune ou principe, commun
la

Nihilisme.
formes,

à toutes ses

Franc-maçonnerie ne saurait être qu'une contrefaTÉglise. Aussi

çon grimaçante de l'unité divine de
son unité reste imparfaite
et

ne se réalise jamais plei-

nement.

contradictoires

Non seulement ses doctrines sont toujours comme l'erreur et le mensonge, mais

encore les sectes maçonniques, selon les temps et les
pays, obéissent à deux tendances distinctes, quoique

non absolument opposées. Les unes voudraient maintenir un ordre social matériel, dont leurs membres recueillent les avantages ; elles ne dirigent leurs attaques que contre l'Église
catholique et les dynasties qui, fidèles à leur mission,

sont les auxiliaires de la vérité divine

;

elles

accep-

20 CARACTÈRES PARTICULIERS DE LA MAÇONNERIE
lent,

au contraire,
actifs

les princes qui se font leurs instru-

ments

ou au moins leurs complices par une inle

différence coupable entre le bien et

mal

:

elles ac-

cepteraient

même

l'Église, si elle pouvait se réduire

au rôle de simple organisation de police pour le peuple et renoncer à combattre les vices de l'humanité
révoltée contre Jésus-Christ.

Mais cette mesure dans
tion

le

mal

n'est pas

une posi-

que

ces sectes puissent maintenir

indéfiniment.

Une

logique vengeresse pousse derrière elles des sec-

tes plus avancées, se recrutant

en majorité parmi

les

déshérités de l'ordre social et dirigées par des esprits

distingués parfois, qu'un fanatisme destructeur anime.

Cette nouvelle couche de l'armée maçonnique accepte
toujours, à titre de premier travail de déblai, la destruction
res,

de l'Église catholique commencée par
mais
elle

les

premiè-

pousse plus avant

la

haine contre l'œuvre
tout
l'ordre

du Dieu

créateur et prétend
sociétés,
le

détruire

naturel des

gouvernement
représentent
:

civil, la

pro-

priété, la famille. L'Internationale, le parti démocratesocialiste,
le

Nihilisme,

actuellement

cette

fraction

de l'armée des sectes
la

elle parait être
;

en antagonisme avec
mais l'observateur

Maçonnerie proprement dite
les liens

attentif aperçoit

qui les

empêchent de se

diviser,

au moins tant

qu'il s'agit

de

combattre l'Église.
L'action de la Maçonnerie dans les différents pays
est naturellement affectée par
les

circonstances pro-

pres à chaque peuple et à chaque époque.
sitons

Nous n'hé-

pas à

le

dire bien haut

:

ce serait une grave
et

exagération que de voir partout

exclusivement l'ac-

CARACTERES PARTICULIERS DE LA MAÇONNERIE 21
tion des sociétés secrètes. La vérité est
est

que

cette action

UN des

facteurs

importants

des événements, et

qu'^ certains

moments

ce facteur à été prépondérant.

Une

notable différence existe entre les pays exclu-

sivement protestants,

comme

l'Angleterre, les
et,

États-

Unis, les États Scandinaves, d'une part,
tre, les

de l'au-

pays purement catholiques, ainsi que ceux où

l'Église a,
testantes,

concurremment avec

les

confessions pro-

une position

constitutionnelle,

comme l'Allepré-'

magne du nord, la Suisse, la Hollande. Dans les premiers, les institutions politiques
sentent une stabilité qui
jouit en fait d'une liberté
fait

leur force, et l'Église

y

que nous sommes réduits à
a
fait

envier.

M. de Laveleye, dont

la secte

traduire le

pam-

phlet en onze langues, en conclut que le Catholicisme
est la source des conflits pohtiques et sociaux qui dé-

solent la France, l'Italie, l'Espagne, la Belgique. Nous

n'avons pas à réfuter

ici

après tant d'autres écrivains

cette thèse sans valeur et sans sincérité.

Des catholiques

sincères, mais empreints de libéra-

lisme, attribuent aux vices des

gouvernements

le

dé-

veloppement des sociétés secrètes
pris

et l'accentuation

de

leur caractère antisocial. Ils sont ainsi portés, au mé^'

des enseignements de l'Église, à regarder le

renversement des gouvernements légitimement établis

comme une

chose bonne et exaltent, auxiliaires in-

conscients de leurs adversaires, les bienfaits

du mou^

vement de 1789.
Lorsqu'on a étudié
secrètes et
la suite

de l'action des sociétés

que

l'on connaît leur principe générateur,

22 CARACTÈRES PATTIGULIERS DE LA MAÇONNERIE
le contraste signalé entre et celui
l'état

des pays protestants

des pays catholiques s'explique facilement.

Le

Protestantisme, malgré toutes les vertus natu-

relles et surnaturelles

même que
Deux
le

peuvent avoir un bon

nombre de

ses adeptes, n'est

qu'un christianisme en
siècles après les

voie de décomposition.
tissemerits de Bossuet,

Aver-

travail
est tel

de désagrégation

produit par

le libre

examen

qu'un grand nomla divi-

bre de pasteurs protestants ne croient plus en
nité de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
la

Les apostats de
foi

Réformation ont dirigé contre l'Église des attaques
les protestants se font et les

dont
ces,

de bonne

les

complila

gouvernements des pays qui ont abjuré
la

vérité,

notamment ceux de

Prusse

et

de l'Angle-

terre, ont
la

souvent propagé dans

les nations catholiques

Révolution qu'ils combattaient chez eux.
a
fait

Le ProFranc-

testantisme

ainsi

l'œuvre

de

la

maçonnerie, dont
et
la

la

fraction prépondérante jusqu'ici

nombreuse poursuit presque exclusivement la destruction du Christianisme. Il y a trente ans, la Revue maçonnique^ organe
plus
très

important de

la

secte, disait

que

le

Protestan-

tisme
f.'.

était la moitié

de

la

Maçonnerie,

et

en 1874,

le
le

Conrard, vénérable d'une loge, écrivait dans

Bauhute de Leipsig: « Quant au Protestantisme, qui est blement enfermé dans le marécage de
la lettre

resté lamentala

servitude à

d'un

livre, et qui,
le

privé d'une discipline vitravail

vante poussant en avant
brisé et
il

de

l'esprit,

s'est

morcelé en partis confessionnels sans force,

n'y a plus à en tenir compte que

comme d'une

rw-

CARACTÈRES PARTICULIERS DE LA MAÇONNERIE 23
brique statistique. y>
tolicisme,
Il

jugeait tout autrement le Casi

dont « seule l'organisation,
actif,

fortement

cohérente, est encore un facteur
ter par

capable d'arrê-

une puissante barrière la formation des hommes
(lisez athée).
l'état in-

en vue d'une humanité indépendante »

Le
tégral,

Christianisme, en

effet,

ne se trouve à

vivant et expansif,

que dans l'Eglise catholiet

que. C'est pourquoi,
efforts

depuis un siècle
la

demi,

les

principaux de

Maçonnerie se sont tournés

contre les pays catholiques, en butte, par suite, à des

bouleversements politiques constants.

atteints par le flot destructeur,

Les pays protestants ne doivent être, au contraire, que lorsque, l'Église
la

catholique ayant perdu sa position prépondérante dans
le

monde,

logique du mal poussera les sectes à atta-

quer l'ordre social naturel. Les progrès des radicaux

en Angleterre, des sorÂal-démocrats, en Allemagne,
des internationalistes en Suisse
et

en Danemarck, des

Nihilistes en Russie, des anarchistes dans certaines

populations de

la

France, sont un premier symptôme

de

cette évolution à peine esquissée encore.
Il est

nécessaire d'indiquer à grands traits la tactique
les circonstances

que selon

de temps

et

de milieu

la

Maçonnerie a employée pour consommer ses desseins.

Ne comprenant
l'Église

pas

l'assistance surnaturelle dont
est
l'objet,

de Jésus-Christ

les habiles di-

recteurs

de

la

Franc-maçonnerie ont cru pendant

longtemps qu'ils pourraient parvenir à la séduire, du moins dans certains pays, qu'ils pourraient
propager avec
la

connivence des gouvernements légi-

times et d'un clergé aux

mœurs corrompues

leurs

24 CARACTÈRES PARTICULIERS DE LA MAÇONNERIE
principes antichrétiens. Tel était Tancien procédé des

Gnosliques, des Manichéens, des Albigeois, des
pliers.

Tem-

Weishaupt l'a indiqué à son tour, et en l'année 1818 la Haute-Vente romaine avait arrêté un plan complet pour faire asseoir un affidé sur le siège de Pierre lui-même A la fm de XVIIP
!

siècle, cette

tactique des

loges n'a-t-elle

pas

reçu

une

certaine

exécution
le

dans

une partie de
Toscane
a-t-il

l'Alle?

magne, dans

nord de

l'Italie et la

Au
fallu

commencement de

ce siècle n'en

pas été de

même
la
sil,

en Portugal? Plus récemment, n'a-t-ilpas

prévoyante sagesse de Pie

IX pour rompre au Bré?

par l'envoi de savants et énergiques évêques, les

trames perfidemeot conçues des sectes

A

cette

période d'action,

la

Maçonnerie, tout en
la

affectant extérieurement
ligion,
et

un grand respect pour
le

re~

cherche à séparer

clergé

du foyer d'unité

pousse à l'empiétement,
pouvoir
civil

même

dans l'ordre spiri-

tuel, le

qu'elle

appelle

VÉvêque du

dehors, sans crainte de tout ce que ces mots dans sa

toire

bouche ont de grotesque, de suranné et de contradicavec ses théories d'une société purement humaine.

Le GaUicanisme et le Fébronianisme ont été en leur temps de très utiles auxiliaires de la Maçonnerie,
quoique
la

plupart de leurs fauteurs en fussent proinconscients.

bablement
dans
dont

Les ordres religieux, qui
réchauffer le zèle

ont précisément pour
l'Eglise,
;

mission de

sont
elle

particulièrement

odieux

à

la

Maçonnerie

honore d'une haine spéciale ceux,

la direction est à

Rome
l'unité

et qui contribuent ainsi

davantage à resserrer

cathoUque. C'est

le

CARACTÈRES PARTICULIERS DE LA MAÇONNERIE 25
secret

des attaques contre les
la
:

Jésuites

en 1760,
le cri
!

sous

Restauration et de nos jours, où
«

de

guerre

Le

cléricalisme, voilà l'ennemi
les

» a

désil'illus-

gné comme premières victimes
tre

membres de

Compagnie.

Vis-à-vis des gouvernements légitimes, la conduite

des sectes a toujours été subordonnée au but suprême
qu'elles poursuivent.

Elles ont acclamé les chefs de dynastie qui,

comme
la

en Prusse
tête

et

en PiémoQt, ont coQsenti à se mettre à

de

la

guerre contre l'Église.
ont permis d'élever

Là où

les circonstances locales

des difficultés sur l'ordre de succession,

comme en

Portugal et en Espagne, elles se sont bornées,

— sans

attaquer le principe de légitimité dont les bons effets
sont incontestables,

même

au point de vue matériel,

à choisir parmi les branches celles dont les chefs

leur ont promis leur concours.

Quand

la

Franc-maçonnerie

s'est

trouvée en face

de dynasties qui, malgré

les défaillances individuelles

de leurs membres, sont, par une disposition providentielle et

une glorieuse
son
effort.

tradition, les serviteurs
la vérité,

de l'É-

glise, les
elles tout

défenseurs de

elle a dirigé contre

Tel a été

le sort

des Bourbons.

Lilia pedihus destrue est, depuis le

mot d'ordre des
montre
l'intérêt

sectes.

La

violence

XVI IP siècle, le même des loges dédu monde
la

majeur pour

les catholiques

entier à combattre la « sécularisation de la vie sociale »;
elles ont

mis tout en œuvre pour empêcher
la restauration

France

de redevenir par
ditionaelle

de

la

monarchie tra-

un pays rayonnant pour

le bien.

.

26 CARACTÈRES PARTICULIERS DE LA MAÇONNERIE
Lorsque
la

Révolutioa ne peut pas renverser
elle

les

dynasties vraiment chrétiennes,

cherche à

les pa-

ralyser en les enveloppant dans les entraves
constitutionnel. C'est ce qui a eu lieu
Italie,

du régime en France, en

en Espagne, en Portugal

et

en Autriche. Le réacceptée par l'É-

gime
glise,

constitutionnel est

une forme de gouvernement
et

mixte parfaitement légitime en soi

pourvu

qu'il soit établi selon la justice, c'est-àla constitution
faite

dire,

conformément à

nationale.

Mais

lorsque la Maçonnerie s'est

en ce siècle-ci

la pro-

pagatrice de ce régime dans les pays catholiques, elle

a eu uniquement pour but de poser
juridique le droit de l'erreur,
torité des dynasties,
et,

comme un principe

en affaiblissant l'au-

de préparer de longue main leur

renversement par de prétendues libertés qui dégénèrent toujours en licence, dès

que

la loi

de Dieu n'est
de Franc-

pas

la

base incontestée des institutions
les

Dans
ses

pays catholiques,

l'action

la

maçonnerie passe donc successivement par deux pha:

1° Elle

pose ses principes dans
la légalité

les lois

;

Quand

révolutioimaire a pris racine,

elle attaque

directement les moeurs chrétiennes par

l'organisation d'un enseignement impie et corrupteur,

qui repose tout entier sur cette erreur, que l'Etat

délégation du peuple souverain, roi absolu ou organe de
la science positive

crée le droit, et peut faire la loi
la

sans tenir compte de
vis-à-vis de

dépendance où
les

est

l'homme

Dieu dans tous

ordres de son activité.
le

Les formules juridiques varient selon
prit particuUer à

tour d'es-

chaque peuple

et le

développement.

CARACTÈRES PARTICULIERS DE LA MAÇONNERIE 27
historique de la législation, mais, sauf les différences
d'expression, le
le

programme maçonnique
peuple à

est toujours

même.
Pour
les Français,

l'esprit logique,
le

l'égalité,

habitué à
est
:

la centralisation,
Il faut

ami de mot d'ordre
an
Isoard,

maçonnique
droit

«

soumettre

les chrétiens

commun^

» formule captieuse dont
le

Mgr

évéque d'Annecy, a montré
Christianisme.
religieux, mais

caractère destructeur

du

En

Italie,
il

le

peuple

est foncièrement

est échauffé par

de glorieux soupays couvert en-

venirs appliqués à contre-sens, ce fut VÉglise libre

dans VÉtat

libre.

En Allemagne,
une

core d'associations traditionnelles de toutes sortes et
la vie corporative a
vitalité indestructible, la
:

formule d'oppression de l'Église est celle-ci
glise est

«

L'Eause

dans l'État

et n'est

devant

lui

qu'une corpoles

ration avec des
tres. »

droits

subordonnés
la

comme

Au

Chili,
le

au Canada,

sécularisation

poursuit sous

couvert des idées

du temps.
en ce mola direction

Séparer l'éducation de

la religion, voilà

ment, d'un bout à lautre du monde,

don-

née aux loges.

U Instruction jjubligue, sous l'influence
l'État
est
la

de

la

Franc-maçonnerie, dont

chose,

devient une propagande continue d'athéisme et d'im-

morahté. Nous assistons au développement complet

de ce plan en France

et

en Belgique. Dans ces deux

pays, baptêmes, mariages et sépultures maçonniques

y sont ostensiblement l'objet de fêtes et de pratiques ayant pour but avoué de remplacer le culte catholique

dans

les traditions

populaires. Les fêtes de l'œuvre

du sou des

écoles laïques et de la ligue de la libre-

^8

gab;^

gtères particuliers de la Maçonnerie

pensée, les tenues de maçonnerie blanche prennent
la

place de nos processions interdites par l'arbitraire

administratif.

Les associations
sont

scientifiques
la

et elle

professionnelles
se
fait

envahies

par

secte, et

de tous

ces groupements

naturels

des

hommes

autant

de

moyens

de retenir les populations sous son
toute la vie sociale chez
les

empire.

De même que
une nation

peuples

chrétiens s'imprégnait de la Religion, de
livrée

même

dans

à la Maçonnerie, elle est pénétrée
ses

par son venin dans toutes

manifestations, en

attendant le jour où, selon la ^prédication de l'Apo-

faudra porter au front pour pouvoir acheter et vendre.
calypse,
il

le

signe de la bête

La Franc-maçonnerie,
sement de
national
est essentiellement
;

par son principe de l'étabHs-

l'État universel,

de l'humanité cosmopohte,
le

en contradiction avec

principe

mais, au prix de flagrantes pahnodies, elle
les

excelle à envenimer et à exploiter
triotiques.

questions pa-

En

1815,

elle
et le

livrait la

Belgique cathola

lique à

la

Hollande

pays rhénan à

Prusse

;

en 1847,
suisses
;

elle a détruit

l'autonomie des petits cantons
elle a porté

en 1832

et

1876,

un coup mortel
;

à l'antique constitution populaire des pays basques
or,

cette

même

secte a exploité contre l'Autriche le
et s'est fait

sentiment patriotique des Italiens
unitaire

de

l'idée

une arme contre

le

pouvoir temporel des Pa!

pes, le pouvoir national par excellence

L'histoire lamentable de la Pologne, en 1830, et
celle

de l'Irlande, en 1881, montre comment, par son

^

contact, la Franc-maçonnerie altère les

mouvements-

CARACTÈRES PARTICULIERS DE LA MAÇONNERIE 29
nationaux les plus purs
et les souille

par des éléments

de

dissolution qui les font misérablement avorter.

Dans
tants,

les

pays dont

les

gouvernements sont protesformeat des minorités
ils

mais où

les catholiques

importantes, et compactes et où

avaient des droits

reconnus, comme dans l'Allemagne du nord, dans plusieurs cantons de la Suisse et en Hollande, la situation

acceptée par l'Église pour
troublée par la

le

bien de la paix a été
cette
le

Franc-maçonnerie. C'est

der-

nière qui a exigé de

M. de Bismarck
qui
a
et
fait

Kultur»

Kampf, comme gage de son concours
allemande.
et

à l'unification

C'est
lois

elle

voter

dès

1868

1870
de

les

de Genève

de Berne, sœurs des
instrument

lois

mai.

Mais,

trouvant un

com-

mode de gouvernement dans
dont beaucoup de pasteurs,
nistes français, sont affiliés

les églises protestantes,

comme

chez les calviles

aux loges,
à

gouverne-

ments de Berlin

et

de Berne n'ont pas

visé, ainsi

que
le

MM.

Gambetta,

Feriy, P. Bert,
le

ruiner

dans

peuple toute idée religieuse, à
veries » et

soustraire

aux «
il

rê-

aux « superstitions. » Cependant,
si la

con-

vient de noter que,

Maçonnerie dans certains sys-

tèmes ou rites pratiqués en Allemagne a revêtu en ce pays des apparences chrétiennes et exclu les Juifs de
quelques-unes de ses loges,
les Juifs ont, d'autre part,

exercé certainement et exercent encore par les loges
supérieures la plus active direction sur la secte entière.

Dans
donner

les loges hollandaises,

la

Bible est placée

comme une simple
le

figurante^

et

Ton peut bie^
cette

sens

le

plus

général à

déclaration

30 CARACTÈRES PARTICULIERS DE LA MAÇONNERIE
faite

dès 1840 par

le
:

docteur Guerike, écrivaiû ecclé«

siastique protestant

La

pénétration de la Franc-

Maçonnerie dans

les

églises protestantes a contribué,

comme un marteau

frappant sans cesse, à détruire le
la

Christianisme positif, à élever à

place du Christ
dit

un
la

nouveau temple. » Le même auteur secte « s'est servie du principe de

aussi

que

l'aide

fraternelle
et

comme
et les

d'un puissant système

de corruption

de

monopole
science. »

pour envahir toutes les positions officielles
et la

emplois ayant une influence dans l'Église

En

Angleterre

et

aux États-Unis,

le

caractère anti-

religieux de la Franç-maçonnerie est plus efi'acé, mais
cela est

dû à ce que, sur ce point comme en bien
de celles où sont engagées
les races

d'autres choses, la race anglo-saxonne suit des voies
très différentes

latines et
conflits

germaniques.

En
la

se débarrassant des odieux

qui épuisent celles-ci, en

repoussant
elle

l'im-

mixtion de rÉtat

dans

vie privée,

se

crée

des éléments de prospérité matérielle incontestables.
D'ailleurs la grande quantité de ministres qui appar-

tiennent aux loges

fait

que peu à peu

la

Maçonnerie

est

devenu quelque chose d'analogue aux formes multiples
de religiosité vague
le

et

mal défmie dans lesquelles verse
la

Protestantisme. Toutefois, malgré ce caractère partila

cuHer,

Maçonnerie anglaise n'a jamais rompu avec
:

Maçonnerie continentale
cathohques
entier
et offert

elle

a aidé toujours les en-

treprises des conspirateurs contre les

gouvernements
opérations.

aux révolutionnaires du monde
utile

une

hospitalité très
la

à leurs
la

On

peut dire

même

chose de

Maçonnerie aux

CARACTÈRES PARTICULIERS DE LA MAÇONNERIE 31
États-Unis. Depuis un quart de siècle cependant les
catholiques sont devenus assez

nombreux dans

ce

pays pour être un facteur social important,
l'espérons, l'intolérance protestante contre le
et

et leur

succès a suffi pour réveiller, mais inutilement, nous

Papisme

pour pousser

la

Franc-maçonnerie à poser par

delà l'Océan son principe de la suprématie de l'État

inoderne.

CHAPITRE
Les luttes

III

de l'Eglise, là Maçonnerie LE Judaïsme

et

Tout

l'ordre des sociétés

humaines repose sur une
primordial.

vérité fondamentale et

un

fait

La

vérité fondamentale est

que l'homme a
et

été créé

par Dieu, que sa fm dernière est Dieu,
séquent,
toutes ses actions,

que, par con-

toutes les manifestations

de son activité doivent tendre, chacune dans son ordre,
à cette fin.

La rehgion l'homme pour
par
la

est le

premier des moyens donnas à
:

réaliser cette fin
fait

elle le rattache à

Dieu
et

reconnaissance qu'il

de sa subordination
la

par l'emploi des grâces spirituelles que
Créateur lui a préparées.

bonté du

La moralité des
la

actions

humaifin

nes a pour critérium essentiel
et à cet ordre.

conformité à cette

La société générale

qui existe entre tous

les

hommes en vertu de leur origine et de leur fin commune et qui se traduit matériellement par l'échange
des services économiques,
la

famille

qui assure la
natio-

conservation du genre humain,

les différentes

naUtés qui partagent

le

monde,

l'autorité

politique

légitime qui maintient la paix dans l'intérieur de cha-

que nation,

les libertés

pubUques qui permettent à

LES LUTTES DE l'EgLISE
chaque
toyens,
l'ordre
tuité

33

homme
la

de remplir ses devoirs envers Dieu,
enfin qui
et

envers lui-même, envers sa famille, envers ses concipropriété
est la

condition de

économique naturel,
travail d'où

qui assure la perpé-

du

Thumanité attend sa subsistance;

tous ces ordres de choses, dans lesquels

meut
c'est

et agit,

sont en réalité autant de
il

l'homme se moyens coor-

donnés par lesquels

doit tendre à sa fin dernière, et

dans cette coordination hiérarchique que tous les

droits de famille, de citoyen,
les libertés

de propriétaire, toutes
abus

publiques, privées et économiques, troules

vent leur raison d'être et leur garantie contre

de

la force, qu'elle

émane d'un despote, d'un homme

supérieur par l'intelligence, ou d'une multitude ayant

pour

elle la

puissance du nombre.
est

Cet ordre naturel des choses, qui

essentielle-

ment conforme à la droite raison, au bon sens, est en eflet constamment menacé par les passions humaines, qui portent l'homme à s'insurger contre Dieu, à se prendre lui-même pour fin, et à opprimer ses semblables.

Ce désordre
un
esprit

a pour cause le

fait

primordial de la

chute originelle.

L'homme est

tenté à toute heure par
et

mauvais qui hait Dieu

sa créature.

Le
le

tentateur rencontre

une complicité secrète

dans

cœur humain, malgré les protestations de la raison. Mais Dieu, dans son infinie miséricorde, a réparé cette chute par la merveille infinie de la rédemption due aux mérites surabondants de son Fils, le Verbe éternel incarné. Ces mérites sont appliqués à l'homme
par le

moyen d'une Église

visible,

essentiellement
3

34
unique,
tissant
et

LES LUTTES DE l'EgLISE
qui a pour organe une hiérarchie abouet indestructible

au siège infaiUible

de Pierre.

Non-seulement l'ÉgUse a pour mission de guider
les

hommes dans
garde
le

les voies

spirituelles,

mais encore
double

elle

dépôt des vérités de l'ordre naturel, que
les passions. Elle est, à ce
titre,

méconnaissent
le

ciment de

la société et la

conservatrice de Tordre

civil.

La Révolution

consiste essentiellement dans la né-

gation de cette coordination des choses, de cette su-

bordination de toutes les actions
dernière. Elle

humaines à leur fm
la

met

les droits

de l'homme à

place

de

la loi

de Dieu

et,

par un renversement radical de
fin

l'ordre, pose

l'homme comme sa
doctrines

à lui-même.
lui aussi, à
le

Un

penseur profond, qui a étudié,

fond

l'action et les

de

la

Maçonnerie,

Père
so-

Pachtler, a condensé dans

un

seul

mot

l'idée

fondales

mentale de

la

Franc-maçonnerie
en dérivent
:

et

de toutes

ciétés secrètes qui

c'est la déification

de

l'humanité, ou l'homme mis à la place de Dieu.

Dans une

lettre

adressée à

M. Claudio Jannet.
vertus et la

Mgr Gay,
science,
la

l'éminent collaborateur du grand cardinal

Pie, dont les catholiques honorent les

a résumé en ces termes la place qu'occupe
la série

Franc-maçonnerie dans

des hérésies

:

« On ne peut lire votre exposé des doctrines, des desseins, de l'organisation, de l'histoire, de l'influence occulte ou pu-

blique de la Franc-maçonnerie, sans voir, et jusqu'à l'évidence, que sous ses noms divers, avec ses formes multiples
et

changeantes

et

malgré ses divisions

et ses luttes intestines,

cette

exécrable et très criminelle société n'est que le corps

LES LUTTES DE l'EgLISE
constitué de ranlichristianisme et l'infernale

35

contrefaçon de celte sainte Église catholique, dont Jésus-Christ est^ le chef invisible et le Pape le chef visible
« Il

est
et

donc tout à

la fois

formulé

et institué,

il

est là vi

vant,
tivité

opérant, avec des artifices surhumains,
!

une

acti-

un prodigieux succès, ce vieux « mystère d'iniquité » qui, du temps de saint Paul, avait déjà sa place et son action dans le monde, et dont le dernier fruit et l'agent souverain doit être « l'homme de péché,
formidable, hélas
et
le grand possédé et le continue l'Apôtre, l'opposition, l'objection, la contradiction en personne, qui adversalur. Dans sa superbe et son audace, il se dressera

le tîls

de la perdition», l'Antéchrist,
Il sera,

maître ouvrier de Satan.

contre tout ce qui porte le
tel,

nom

de Dieu

et est

honoré comme

dicilur Deus aut quod colitur, c'est-à-dire qu'il s'insurgera contre la Trinité adorable,

extollitur

supra omne quod

contre le Christ,
lui
;

Dieu unique, créateur et seigneur de toutes choses; lils éternel du Père et un seul Dieu avec
;

contre toute autorité, soit divine, soit humaine

contre

toute paternité de grâce et de nature; contre tout pouvoir

exercé au

nom

du Très-Haut
Il

:

pouvoir sacerdotal,
sur
;

politiloi.

que, civil ou domestique.

se révoltera contre toute

en tant que
supérieur à

la loi se présente

comme appuyée

un

droit

l'homme

et
il

dominant

ses volontés

enfin s'éet

levant par dessus tout,

foulera sous ses

pieds choses
il

personnes, au

nom

du genre humain dont

se

proclamera

le roi, le verbe et

même

le

dieu, car c'est jusque-là qu'il

y aille. Saint Paul l'annonce en ter-^ mes explicites « Ce monstre posera son siège dans le temple de Dieu, écrit-il, se faisant centre et maître de toute la religion comme de toute la puissance, et l'objet du
ira, et il est fatal qu'il
:

seul

culte

qui,

mis, tta ut in
sit

sous son règne, sera légalement pertempto Dei sedeat ostendens se tanquara

Deus.

»

«Et

voici qu'en regardant TElatc(ue l'on appelle
soit

moderne^

encore que ce

précisément l'Etat antique, l'État païen celui des vieilles monarchies de l'Orient et des Césars de

36
Rome,
tel qu'elle

LES LUTTES DE l'EgLISE
l'Élat tel

que

la

Franc-maçonnerie
et réussi à

le rêve et le veut,

a

commencé

rétablir clans le

monde,

l'Étal qui
Ft

domine

tout, centralise et

absorbe

tout,

peut tout,

entend le faire sans contrôle, étant la nation même et ce peuple souverain « qui n'a pas besoin, dit Rousseau, d'avoir il faut reconnaître et conraison pour valider ses actes, fesser que la prophétie devient déjà de l'histoire. « La Franc-maçonnerie est le champ qui produira ce fruit

abominable.
l'heure la

Elle

est

l'avant-courrière,

elle

sera tout

à

mère de ce tyran déifié, régnant pour le compte de l'Enfer et en inaugurant lÉlat ici-bas. Elle prépare tout
pour l'avènement
et le

triomphe de l'Antéchrist

;

elle lui

aplanit les voies, lui concilie d'avance l'esprit des hommes, lui gagne leur sympathie; elle lui crée ses ressources et lui

forme en tout pays son organisme politique
rise ses principes et lui

;

elle elle

populapropage

formule son dogme

;

sa morale, qui, partant du mensonge, aboutit à la perversion elle fonde son enseignement et lui en assure le mo;

elle recrute son armée; elle pourvoit à ce son appareil scientifique, littéraire, artistique elle

nopole

;

qu'il ait bâtit ses

,

théâtres; elle lui dresse ses tribunes

:

elle prélude à sa légis-

lation et lui invente sa langue; elle tient sa presse toute prête;
enfin,

en construisant son trône,

qu'elle sait devoir être

un

jour un autel, elle lui façonne surtout son peuple, ce peuple aveuglé, dégradé et servile qu'il lui faut pour être ac-

clamé, suivi
«

et obéi. écrit,

Le Père Descharaps
justiiié
et

îa philosophie de l'histoire

que trop
l'œuvre

Comme

il

en tête de son livre, qu'il est contemporaine ce titre n'est est impossible de comprendre
;

l'esprit des sociétés secrètes

sans

l'intelligence

du mystère de Jésus-Christ, qui

est le

fondement divin de

toutes choses, la grande question des siècles, le signe posé

à la contradiction et la cause principale, quoique indirecte, des disputes et des guerres qui remplissent l'histoire; de

même, si l'on ignore les mystères de ces néfastes sociétés, on ne saurait expliquer ce qui, depuis la prétendue Réforme,
mais surtout depuis
la

première moitié du dernier

siècle.

LA Maçonnerie et le Judaïsme
s'est

37

passé en France et dans le

monde

et

s'accomplit en-

core sous nos yeux
«

Ah
!

!

que

le

Saint-Siège était bien avisé et n'a cessé de

l'être

qu'il s'est

montré
et

et

se

montre encore

fidèle

à

sa

mission

de paternité

depuis 1738, par la

de charité universelles, quand, bouche de Clément XII, suivi en ceci

par tous ses successeurs jusqu'à Pie
sans relâche dénoncé aux
sociétés infâmes

IX

et

Léon XTII,
et

il

a

souverains et aux peuples ces

comme

le

grand péril de notre temps

une

puissance diabolique qui menace de tout envahir avec le dessein arrêté d'abattre tout ce qui tient la société debout.

en a été des vicaires du Christ comme du Christ» «Le jugement, » c'est-à-dire ce qui lui servira de thème et pour un trop grand nombre le rendra si redoutable, « le jugement, c'est que la lumière est venue dans le monde », cette lumièrequi est le témoignage que je rends à la vérité, « et les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, parce quo leurs œuvres étaient mauvaises. » On n'a point écouté le Saint-Siège on a méprisé et raillé, non seulement ses avertissements et ses alarmes, mais les sentences d'excommunication dont il frappait les chefs, les membres et les fauteurs de ces ténébreuses associations rois et peuples ont continué de marcher dans leurs voies, portant, sans en avoir toujours conscience, le joug honteux imposé par les loges. Chacun sait ce que, par suite, sont devenus les rois nous sommes en train d'apprendre ce que. deviennent les peuples.»

Hélas

!

il

qui disait

:

;

,

;

Les mouvements antisémitiques de la Russie et de PAUemagne, quelques faits récents qui ont accusé la
prépondérance financière des
ses de
israélites sur les

bourl'at-

Londres

et

de Paris, ont appelé vivement
avec

tention sur le rôle joué par les juifs dans la politique

moderne
connerie.

et spécialement sur leur liaison

la

Ma-^

38
Il est

LA Maçonnerie et le Judaïsme
impossible de n'être pas frappé du
fait

que

les principaux

agitateurs nihilistes et communistes,

que

les chefs
le

reconnus des partis radicaux en Allema-

gne, où

centre directeur de sectes a vraisemblablesiège, en Russie, en Suisse, sont des Israéli-

ment son
tes.

L'auteur d'un remarquable article publié dans le
sous ce
titre

JSineteenth Century de janvier 1882,
significatif,

U aur or
:

e

d\ne époque

révolutionnaire,

s'exprime ainsi
«

Le

traille

plus remarquable de tous les bouleversements

qui s'opèrent dans
des
juifs.

le continent, c'est le rôle prépondérant Tandis qu'une partie d'entre eux s'empare de*s

grands pouvoirs financiers, d'autres individus de leur race
sont les chefs

de ce
. .

avons esquissé.

mouvement révolutionnaire que nous Ceux qui considèrent les juifs comme
changer

une

force de conservation dans la société doivent
»

leur point de vue.

Pendant longtemps
Ils

les israélites

ont été exclus de

la plupart des loges allemandes, anglaises et françaises.

ont alors fondé des rites spéciaux,

comme

celui

de

Misraïm en France, des Beni-Berith aux États-Unis,
qui leur permettaient de bénéficier des avantages assurés par le caractère universel de la Maçonnerie et

de communiquer au besoin avec toutes

les loges.

Cere-

pendant on a la preuve que,
siècle,

même au

milieu du

XVIIP

un

certain

nombre de loges maçonniques

cevaient les juifs dans leur sein. Martinez Paschalis,
le fondateur des Illuminés français,

qui a eu un rôle

très important

dans

la

propagation des sectes à cette

époque,
tiiquent

était

un

juif.

que des

juifs ont

Des documents très sérieux ineu une part prépondérante

LA Maçonnerie et le Judaïsme
dans
la

39

formation au

commencement de
le

ce siècle de

ce groupe de hauts adeptes qui, sou-s

nom de Hauteles

Vente romaine, a de 1814 à 1840 dirigé toutes
sociétés secrètes et toutes les loges.

Joseph de Maistre,
juifs

dès

1811, signalait

le

rôle actif des

dans

les

manœuvres des
répété les

sectes, et Disraeli a plus

récemment

mêmes

affirmations.
la

Ge

sont là assurément
est

deux témoignages dont
(V. chapitre VI.)

portée

considérable.

De nos jours, le mouvement interne de la Maçonnerie
a renversé presque partout les
d'idées chrétiennes ou des
barrières qu'un reste

préjugés sociaux

oppode
les

saient à l'admission des juifs dans les loges ordinaires.

La Maçonnerie
et

des pays

catholiques,
la

celle

France, d'ItaUe
admettre.

d'Espagne, a été
suivi
il

première à

L'Allemagne a

cette tendance.

Aux

États-Unis et en Angleterre,

n'y a que certains rites
la

qui leur soient accessibles. Depuis que
loges allemandes ont abaissé
•on constate
les

plupart des

anciennes barrières,

même

dans

le

monde maçonnique, non
que
les enfants d'Is-

sans

un

certain eifroi, l'influence

raël y ont prise. L'appoint considérable qu'ils

apporest

tent aux partis j^rogressiste et national-libéral,

devenu particuhèrement désagréable au grand chanceUer.

Un

de ses

écrivains,
:

dans une brochure intitulée

Théodore Mommsen, Un mot sur les Juifs,

leur a reproché leur ingratitude et leur a adressé

un

curieux appel à l'union avec les Allemands contre la

France

et

l'ultramontanisme.
la

En

France,

question sociale juive n'existe pas,
Israélites

la proportion

numérique des

dans

la

popu-

40
pulalion

LA Maçonnerie et le Judaïsme
étant
trop
faible,

mais

le

nombre

des

fonctions officielles qu'ils

occupent est sans aucune
la

proportion avec leur rapport à
rale.

population géné-

De

plus ceux qui sont arrivés à
sont engagés dans
la

une certaine
Maçonnerie
et

position sociale

y exercent une influence considérable. L'un d'eux, le F.*. Crémieux, fut pendant de longues années
grand maître du suprême conseil du
rite écossais.

Un

grand rabbin,
les

le

membres

plus

F.*. Dalsace, est Fun des anciens du Grand -Orient. Le
la

grand rabbin de France, à
des écoles professionnelles
le

distribution des prix
avait
lieu

israélites, qui

27 décembre 1879, à

l'hôtel

du Grand-Orient,

louait

solennellement au

nom

d'Israël les francs-maçons et

célébrait leur action dans le

monde. Le 29 juin 1869,
orthodoxes réformés et
réuni
la

un grand synode
libéraux

des juifs
les

de toutes

nations,
et

à

Leipzig,

voyait dans le

développement
:

réalisation des

IDÉES modernes (liscz révolutionnaires) la plus sûre garantie pour le présent et l'avenir de la nation
juive et de ses enfants.

Les transformations matérielles

et

économiques du
dégagent
la

monde augmentent de

plus en plus la valeur des reet

marquables aptitudes des israéhtes,

supériorité ethnique indiscutable qu'ils ont conservée

à travers les siècles. L'influence croissante qu'exercent dans nos sociétés leurs penseurs, leurs écrivains,
leurs artistes, leurs financiers
;

leur pénétration dans

certaines populations,

comme aux
:

États-Unis, où

ils

tendent à se fondre avec la grande masse devenue
indifférente au Christianisme
voilà des faits

provi-

LE Judaïsme et la Maçonnerie
dentiels dont les conséquences

4t

ne s'apercevront que

plus tard. Notons seulement que les juifs retiennent
toujours avec
créateur, au
les loges

une grande ténacité la croyance au Dieu Dieu vivant, tandis que de plus en plus
des peuples chrétiens

deviennent brutalement positivistes et maté-

rialistes. Si les apostasies

comà.

blaient la mesure, est-ce par eux que, suivant les an-

tiques prophéties, se ferait le retour de l'humanité

«on Auteur

?

CHAPITRE IV
L ORGANISATION DE LA MAÇONNERIE

Malgré
la

la variété

des

rites

pratiqués par les loges,
essentielle-

Franc-maçonnerie

est

une association

ment une

et universelle.

Cette unité repose sur les trois grades symboliques
à' apprenti,
suffisent

de compagnon, de maître. Cinq maîtres
et

pour constituer une loge
de toutes

procéder à

la

ré-

ception de nouveaux
l'entrée

membres, qui peuvent obtenir
réclamer l'assistance des
tout l'univers.
la

les loges et

membres de Tordre dans
Les
Ces
trines
trois

grades symboliques forment

base sur

laquelle s'édifient tous les rites.
rites consistent

dans une série de grades,

dits

chapitraux ou philosophiques, dans lesquels
de
la

les docla

Maçonnerie sont développées sous

forme

d'allégories variées, et qui ont pour objet de rendre

plus claires, d'inculquer plus fortement chez les initiés
la

doctrine de l'ordre, qui

est d'ailleurs
le rituel

dans son
des trois

essence tout entière contenue dans

grades symboliques. Le rite français ou moderne ajoute
quatre grades chapitraux aux trois premiers grades et

en compte

ainsi sept

en tout. Le

rite

des anciens

l'organisation de la Maçonnerie

43^

maçons

libres et

acceptés,

d'Angleterre, se

réduit

aussi à sept.

Le

rite écossais

ancien accepté

a, dit-on,

pour fon-

dateur Frédéric
rite écossais

II,

qui ajouta huit grades à V ancien
était très

ou à^Heredom, qui
siècle.
Il

répandu dès
Il

le

XVIIP

a trente-trois

degrés.

est

très pratiqué

en France, aussi bien dans

les loges
la

de

l'obédience du

Suprême-Conseil ou de

Grande-

Loge symbolique
sous
le

écossaise, que dans celles placées gouvernement du Grand- Orient. Les membres

qui possèdent ces degrés forment, à côté et au dessus des loges symboliques, des ateliers supérieurs appelés
chapitres,
consistoires,
la

conseils.

Le

rite

écossais

ancien accepté, avec

fantasmagorie de ses nombreux

grades, a obtenu beaucoup de succès, car l'amour des
décorations, des titres

pompeux,

sert d'attraction à la

Maçonnerie auprès de beaucoup d'adeptes. Aussi ce
rite est

pratiqué actuellement dans tous les pays.
rectifié,

Le régime
cinq grades,
tions.
il

ou de

stricte observance, n'a

que

mais

le

dernier est divisé en trois sectrès

Après avoir été
suivi

répandu au

XVIIP

siècle,

n'est plus

aujourd'hui

en France que dans

une seule

loge.

de Misraïm, d'origine juive, compte quatre\ingt-dix degrés. Le rite de Memphis, pratiqué en Italie et en Egypte, et qui a la même origine, en
rite

Le

compte aussi un grand nombre.
C'est surtout pendant le

XVIIP

siècle,

à l'époque

la conspiration

contre la monarchie chrétienne se
les

nouait,

que furent créés

grades chapitraux, qui

étaient, selon le

mot de Louis Blanc, « d'arrière-sanc-

44

l'organisation de la Maçonnerie
où se groupaient
rite

tuaires »

les initiés les plus actifs.

Dans

le

écossais

les

trois derniers grades, dits

administratifs, ne sont conférés qu'aux fonctionnaires

du grand collège des
Suprême-Conseil.

rites

dans

le

Grand-Orient

et

du

Les hauts grades sont aujourd'hui, en France, donnés assez indislioctemeut et Ton
toute
l'échelle sans

peut en parcourir
secret de

connaître

le véritable

l'ordre.

Les réceptions

satisfont la vanité des récipien-

daires et apportent d'abondantes ressources au budget

du Grand-Orient, par
celte occasion.

les

sommes

qui sont perçues à

Suivant

le

développement des grades chapilraux,

les

centres directeurs se sont multipliés dans les divers
rites

sous les

noms de Grandes- Loges, Mères-Loges,
Suprêmes' Co7iseils
;

Graîids- Orients,

on

les appelle

d'un terme générique, puissances maçonniques.

Un
la

peu avant
puissances

la

Révolution française,

les

chefs de

Franc-maçonnerie se sont efforcés de concentrer ces
et

de fusionner ces

rites. Ils n'y

sont par-

venus qu'en partie.

En
Le Le La Le

France,
:

il

y a actuellement quatre puissances

maçonniques

Grand-Orient de France,

Suprême-Conseil du rite écossais ancien accepté,

Grande-Loge symbolique
Suprême-Conseil du
rite

écossaise,

de Misraïm.

Ces puissances maçonniques sont souveraines unes vis-à-vis des autres, mais elles reconnaissent
ciproquement
les

les
ré-

grades conférés par les loges de leur

l'organisation de la Maçonnerie
obédience

45
pays.

comme dans

les loges

de tous

les

L'unité de Tordre n'est donc pas altérée.

Voici l'organisation intérieure du Grand-Orient, qui

présentement
puissances
:

est

la plus

importante de ces quatre

Le Grand-Orient
ges proprement dites
liers

se forme des vénérables des loet

des présidents des divers ate-

qui pratiquent les hauts grades des rites français,

écossais ancien el accepté; à défaut de leurs présidents,

ces divers corps sont représentés par des députés spéciaux, élus

par eux annuellement à la majorité des

voix.

Il

se complète par les

membres du

conseil de

Vordre, y compris ceux du grand collège des rites. Le Grand-Orient s'attribue la. puissance suprême, dog-

matique, législative, judiciaire

et

administrative de

tous les ateliers, de tous les rites et de tous les grades
existant dans toute l'étendue de la
colonies.
lieu

France

et

dans

les

L'assemblée générale du Grand-Orient a
fois

une

par an et statue

les questions qui lui sont

soumises.

comme un parlement sur La direction effeccomposé de

tive appartient

au

conseil de Vordre,

trente-trois délégués

de l'assemblée générale, qui se
se divise pour l'ex-

réunissent à Paris et prononcent sur tous les cas qui
se présentent.

Le Grand-Orient
le

pédition des affaires courantes en différents

comités

permanents, dont
selon les temps.

nombre

et les attributions varient

Dans son
fait

sein,

mais fonctionnant d'une

manière tout à

indépendante, se trouve

collège des rites, qui se recrute lui-même, qui est

posé des maçons possédant les trente-trois
rite écossais

grand comdegrés du
le

ancien accepté^ qui confère seul ces de-

46

l'organisation de la Maçonnerie
gouverne souverainement les ateliers que le Grand-Orient, assemblée

grés. C'est lui qui

supérieurs,

tandis

générale et conseil de l'ordre, ne s^occupe que des
loges symboliques.

Une
tives

certaine publicité est donnée aux affaires relale secret
le

aux loges symboliques, mais
les

plus

rigoureux couvre toujours
liers

choses relatives aux ate-

des hauts grades.
se constituer ni prendre

Aucune loge ne peut

une

décision de quelque importance sans l'aveu du GrandOrient, qui peut la suspendre {mettre

en sommeil) ou

même

la

dissoudre. Celui-ci a habituellement à sa

tête un grand-maître, choisi généralement parmi les membres des familles régnantes ou parmi les personnages affiliés. Ce grand-maître, souvent accepté avec

défiance, et

dupe autant que complice, ne peut imporéelle, car le

sera l'ordre une direction

pouvoir

effectif

réside tout entier dans les comités. Tel a été par exem-,

pie le cas du prince Murât,

du maréchal Magnan

qui,

sous le second Empire, avaient été
maîtres

nommés

grands-

par
le

1870,

Gouvernement. En France, depuis Grand-Orient n'a plus de grand-maître et
le

institue seulement

un président.
laisse les loges

Le Grand-Orient de France
français ou
cepté.

de son
le

obédience libres de pratiquer l'un des deux

rites,

moderne

et le rite écossais

ancien ac-

Le Grand'Orient
tait,

s'est constitué

en 1772.

Il

comp-

en septembre 1883, sous son obédience, 286 loges
ateliers

et

47

des hauts grades. Quant au Suprême-

Conseil

du

rite écossais

ancien accepté^

il

remonte

l'organisation de la Maçonnerie

47

plus loin; mais, après diverses péripéties dans son fonctionnement,
il

a pris ce

nom

en 1803

et s'est

consolidé

en 1817, par la réunion de deux puissanees rivales du
rite écossais,

qui fut due particulièrement au zèle du

ducDecazes.

Le Siqyrême' Conseil
plus autoritaire que
le

a une constitution

beaucoup

Grand-Orient. Ses

membres
pouvoir

sont élus à vie et se recrutent

eux-mêmes

;

le

qu'il exerce sur les ateliers de son obédience, loges

symboliques ou

ateliers des hauts grades,

est égale-

ment beaucoup plus énergique. Les loges symboliques dépendant de lui sont au nombre de 77. Le Suprême- Conseil, sous la Restauration et la
Monarchie de
juillet,

groupait

la partie la

plus avancée
sous-

delà Maçonnerie, parce qu'il avait mieux su se
traire à la tutelle des pouvoirs politiques,

que

le

Grand-

Orient avait acceptée en recevant ses grands-maitres
et

grands-maîtres adjoints des mains

du gouverne-

ment.

Mais aujourd'hui, en raison de sa constitution plus
fermée,
le

Suprême' Conseil perd rapidement son

influence.
le rite

Beaucoup déloges, qui pratiquent d'ailleurs écossais, Font abandonné pour passer dans
lutte

Vobédience du Grand-Orient.

Pendant plusieurs années une

sourde

d'in-

fluences a existé entre le Grand-Orient et le

Suprême-

Conseil du rite écossais, et quand on rapproche les

noms des membres de
du
parti

ces

deux corps, on s'explique
à

facilement la division qui s'est produite dans les rangs
républicain et a abouti

une

rivalité

ou-

verte entre des

hommes également

considérables de

48

l'organisation de la Maçonnerie

ce parti et également engagés dans la Franc-maçonnerie.

Sous

l'influence

de ces dissensions intestines, onze

des principales

loges parisiennes de l'obédience
et

du

Suprême-Conseil s'en sont séparées,

ont constitué,

au mois de février 1880, une quatrième puissance maçonnique sous le litre de Grande- Loge symbolique
écossaise.

Cette nouvelle puissance Maçonnique

a constitué
:

depuis lors un certain nombre

de loges

elle

en

compte actuellement vingt-sept sous son obédience.

Quant au

rite

de Misralm ou rite égyptien^ qui

a été créé par Cagliostro, puis a été de nouveau pro-

pagé en France en 1816, il compte surtout des juifs. Il ne se compose actuellement que de six loges.
théâtre de rivalités personnelles auxquelles

Ces divers groupes maçonniques sont souvent le il ne faut
attacher trop

généralement pas

d'importance,

car

l'identité des principes

de

la

secte et le but destruc-

teur que toutes ses branches poursuivent les réunit
toujours.
faites

A

plusieurs reprises des tentatives ont été
;

pour

les unifier

elles ont toujours

échoué, chaet se réser-

cun de ces groupes tenant à son autonomie
vant, dans les
cas de périls pour la
secte,

une

liberté

de manœuvres plus grande.

Mais en septembre 1883
quatre puissances de
la

il

a été conclu entre les
traité

Maçonnerie française un
le

d'aUiance et d'affiliation réciproque dont

Bulletin

maçonnique de

la

Grande-Loge symbolique d'octola

bre 1883 indique ainsi

portée pratique

:

l'organisation de la Maçonnerie
«

49

Cet acte mémorable consacre l'alliance de toutes les for-

ces de notre institution fraternelle pour le plus grand bien

de la démocratie française qui a besoin de l'union de tous les maçons. « Maintenant, le faisceau des bonnes volontés est formé ;
il

ne

s'agit

plus que de les

utiliser.

Ce

n'est

point encore
c'est

l'unité d'action, qui viendra plus tard,

mais

l'union

possible dans l'action. Peut-être cette étape sur la route de
l'unité

amener

maçonnique était-elle le prélude nécessaire pour tous les maçons de France, par la démonstration
faits,

progressive des
la possibilité

à la conception claire et précise de

comme

de

la

nécessité

de s'unir dans une
tenir
tête

vaste confédération, assez puissante pour

aux
le

République, dont la Maçonnerie doit être plus énergique soutien. »
la

ennemis de

La même
rites et

organisation,

avec

la

même
existe

variété de

de puissances maçonniques,

dans

les

autres pays.

Depuis
reconnaître

que
la

les

gouvernements en sont venus à
officieusement
et

Franc-maçonnerie ou

ou officiellement,

comme

en Angleterre

en France

même

depuis 1851,

les différents

Grands-Orients ou
de leur obéIl

Grandes-Loges font coïncider
ainsi

les limites
ils

dience avec celles des États où

sont établis.

y a

un Grand-Orient de Belgique, un Grand-Orient de France, un Grand-Orient d'Angleterre, etc. Aux
États-Unis,
il

y a trente-huit Grandes-Loges, autant

que d'États.
Mais
tons,
cette division des obédiences,
l'unité

nous

le

répé-

n'empêche nullement
et

de

la

Maçonnerie.

Des

traités

des unions spéciales

assurent à tout

franc-maçon

affilié

dans une loge d'un rite quelconque
4

50

l'organisation de la Maçonnerie
de ses droits maçonniques dans
entier et lui
les

l'exercice

loges

du monde

donne

droit à leur appui.

Bien

des indices tendent

d'ailleurs

à indiquer que par
il

dessus tous les Grands-Orients,
secret qui, tout

existe

un

directoire

en laissant chacun d'eux gouverner
il

ses loges

comme

leur convient, leur

donne une im-

pulsion générale.

CHAPITRE V
LE SECRET DE LA FrANC-MAÇONNERIE ET LE BUT DERNIER DES SECTES

Le
est le

secret,

disent les

constitutions

maçonniques,

premier signe caractéristique de l'ordre, et à chaque grade on fait prêter aux initiés un nouveau
serment,
par lequel
ils

se dévouent
ils

aux peines

les

plus atroces au cas où
secrets

viendraient à révéler les

de

l'ordre.

Or l'immense majorité des maçons,
ne
reçoit jamais

même

de ceux

qui parviennent aujourd'hui aux plus hauts grades,

aucune confidence.
la signification

Quelle est donc
le secret

de ces serments,
?

et

lui-même

existe-t-il

réellement

La

rigoureuse obligation imposée aux maçons, de

ne jamais rien révéler de tout ce quHls pourraient
voir, faire et entendre dire

dans

les

loges est

une

garantie contre les indiscrétions ou les surprises. Elle

protège l'action occulte des directeurs suprêmes, l'existence des ordres intérieurs, qui à plusieurs époques
se sont formés dans le sein de la Maçonnerie ordi-

naire

;

elle

couvre enfin des tentatives

faites à certains

moments dans les loges pour recruter des adeptes lite dans un but actif.

d'é-

.

.

52

LE SECRET DE LA FrANC-MAÇONNERIE
Quoiqu'en
fait

la

grande majorité des francs-mad'un secret à

çons ne reçoive jamais la confidence

garder, Tordre maintient soigneusement en principe
la discipline

du

secret et a toujours repoussé les pro-

positions que certains

membres avancés, mais moins

circonspects, lui faisaient de transformer définitive-

ment

la

Maçonnerie en société publique, en club de

Jacobins où tout le
Voici
les articles

monde
que

serait affilié.
lit

l'on

encore dans la Cons-

titution de la

Grande-Loge

symbolique écossaisse

en 1880

:

€ En TOUTE CIRCONSTANCE, LES MAÇONS SE DOIVENT AIDE PROTECTION ET ASSISTANCE, MEME AU PÉRIL DE LEUR VIE. »

En
«

toute circonstance, aucune

restriction

n'est

apportée à cet engagement

La Grande-Loge symbolique maintient

l'or-

dre, LES SIGNES, LES ATTOUCHEMENTS, LES MOTS SACRÉS, LES MOTS DE PASSE EXISTANT ACTUELLE-

MENT DANS LE RITE

écossais et

non

accepté^ ainsi

que l'usage des mots de semestre. » Tout l'appareil des sociétés secrètes est donc
gneusement conservé
Les hauts grades, nous l'avons
dit,

soi-

sont souvent

en France conférés à des personnages sans grande portée, amis surtout des décorations brillantes et des
titres

pompeux.
la
les

Cependant
n'entend pas
le

Maçonnerie,

même

la

plus radicale,

supprimer. Voici ce
la

qu'on

lit

dans

Bulletin

de

Grande-Loge

symbolique

de

mars 188L

LE SECRET DE LA FrANC-MAÇONNERIE
«

53

(celle des trois pre« Le rôle de la Maçonnerie bleue miers grades) est surtout intérieur; son influence et son action doivent s'exercer dans le milieu profane où elle se

développe
grades)
elle

;

celui de la
est

Maçonnerie rouge—
particulièrement
et
»

(celle

des hauts
;

plus

extérieur

c'est

à

qu'il

appartient de maintenir

de

développer

les

rapports maçonniques internationaux.

Ecoutez encore ces paroles étranges prononcées en

1882 au
«

3® congrès des loges

de

l'est à

Nancy.

On

a tort de se

moquer des hauts
il

grades, dit le compte-

rendu. Pour sa part, l'orateur a préféré en tenter l'ascension,
et

à mesure qu'il
il

s'y élève,

en comprend mieux
le

la portée.

Gomme

n'a pas

encore dépassé

30* degré (chevalier

ne peut pas être encore arrivé à une pleine luil croit pouvoir affirmer que dans les derniers degrés se condense un travail maçonnique international d'une très grande profondeur. Ne serait-ce pas de ces sommets, que viennent ces mots mystérieux, qui, partis on ne sait d'où, traversent parfois les foules au milieu d'un grand frémissement et les soulèvent pour le bonheur de l'humanité ? »
Kadosch],
il

mière. Déjà cependant

Quant à
final

la doctrine secrète

en elle-même,

au

but

poursuivi par l'ordre, voici ce qu'en disait en 1794

un manifeste du duc de Brunswick, grand-maître de
tous les rites allemands, adressé aux loges
«
:

Vos maîtres devaient vous
appris, que les

dire,

comme

nos pères nous
car

l'avaient

secrets de l'association

vent être

connus que par
des
?

quelques

maîtres,

ne peu^ que
trop

deviendraient

secrets

qui seraient connus d'un

grand nombre

»

La

possession de ce secret est indépendante de la

54

LE SECRET DE LA FrANG-MAÇONNERIE

collation des hauts grades et à plus forte raison des

dignités officielles de l'ordre. « Les sectes, dit

un de
l'une

« leurs historiens

les

plus érudits, ont presque touet

« jours deux sortes de règles
« vulgaire
et

de doctrines

:

générale,

l'autre particulière,
initiés,

connue

« seulement de certains « dans
les plus

qui sont rarement
les

hauts grades^ mais par
et tout se
fait

mains des-

« quels tout passe

en

réalité (1). »

Le grand-maître

à.'un

Grand-Orient peut ne rien

connaître du tout des secrets de l'ordrO; pas plus qu'il
n'a souvent de puissance effective sur ses travaux.

L'ordre

sait se

précautionner contre toute surprise,

témoin ce serment du chevalier St-André ou maître
supérieur écossais, qui se prête dans
les loges alle-

mandes
«

:

les

Je jure Ubrement à Dieu créateur de l'univers, entre mains du maître légitime de celle loge el en présence
ici

des frères écossais
secrète

présents, de cacher de la façon la plus

du monde les secrets auxquels je suis présentement parvenu et toutes les présomptions que fen pourrai tirer, et de ne les révéler à personne, quand même ce serait le MAITRE DE l'ordre ENTIER, si jc nc Ic reconnais dans une haute loge écossaise régulière, ou s'il ne m'est désigné com-

me

tel

par

mes supérieurs de

cette loge.»

1849, un haut maçon allemand, le F-.- Drœseke, disait à la loge la Branche d'Olivier de Brene

En

:

(1)

Les Sectes

et les Sociétés secrètes,

la Révolution française, par le

vrage composé d'après Dentu )-.

les

Essai sur leur histoire jusqu'à comte Le Goutteux de Ganteleu, oumanuscrits du prince de Hesse (Paris, 1862,

.

LE SECRET DE LA FrANC-MAÇONNERIE

55

« Dans nos temples il est sans cesse question d'un secret ; même, pour parler plus exactement, on ne parle que de ce

on ne peut le cacher à celui qui a des sans la loge ; il est initié sans être entré dans nos sanctuaires. Tel autre ne parviendra jamais à le connaître, pas même par la loge et par le moyen de tous ses grades ; c'est un profane, fut- il même ASSIS A l'orient DU TEMPLE, ET FIT-IL BRILLER LES BIJOUX DU
secret.

Ce

secret,

yeux

;

celui-là le pénètre

GRAND-MAITRE
ils ne sont « Nos symboles ne sont pas l'objet représenté que des allusions^ des réminiscences par eux, l'esprit est stimulé à faire des efforts pour conclure Vinvisihle de ce qui
;
;

est visible,

yy

Ce graod

secret de l'ordre,
le

il

est

donc possible mê-

me

aux profanes de

pénétrer au
la

moyen des

écrits

des fondateurs des sectes et à

lumière des événe-

ments auxquels

ils

ont pris part.

Les chapitres
ront précisément

VIP

et

VHP de ce
dès
la

volume montre-

comrament tous

les rites pratiqués

dans

les loges,

même

réception des grades

symboliques, révèlent ce secret à tous ceux qui savent
voir et qui comprennent.

La lumière maçonnique
d'ailleurs
si

se produit

aujourd'hui
faire
il-

ouvertement que nul ne peut se

lusion sur le but qu'elle poursuit.

On lisait dans le numéro du 15 décembre 1866 du Freimaurer-Zeitung journal secret des loges, rédigé par le pasteur Zille, directeur du gymnase
j

protestant de Leipzig
«

:

Dans une

lecture sur l'élément religieux de la Franc-

maçonnerie,

faite le

28 juin 1866, dans la réunion de l'asso-

56

LE SECRET DE LA FrANG-MAÇONNERIE

ciation des francs-maçons allemands-américains, le frère

Charlos de Gagern a fait les déclarations suivantes en promettant de faire imprimer son discours: « Je suis fermement convaincu que le temps arrivera et doit arriver oit l'athéisme SERA l'opinion GÉNÉRALE DE l'hUMANITÉ ENTIÈRE, Ct OÙj CCttô
le déisme comme une phase passée, francs-maçons déistes sont au-dessus des divisions religieuses. Il ne faut pas seulement nous placer au dessus des différentes religions, mais au dessus de toute

dernière considérera
tout

comme

les

CROYANCE EN UN DiEU QUELCONQUE.»

En

Italie, le

f.-.

Mauro Macchi, membre du Su^
en 1874
:

prenne- Conseil
«

du

rite écossais, écrivait

La clef de voûte de

tout le système opposé à la

Maçon-

nerie était et est le sentiment ascétique et transcendantal
qui emporte les
fait

hommes au

delà de la vie présente et les
la

se regarder

eux-mêmes comme des voyageurs sur
sacrifier

chaque chose pour un bonheur qui commencera dans le cimetière. Tant que ce système n'aura pas été détruit parle maillet de la Maçonnerie, nous aurons une société composée de pauvres créatures trompées qui sacrifient tout pour obtenir la félicité dans une existence future. »
terre, les

conduisant à

Les loges françaises
haine
taient

retentirent

du

même
elles

cri

de

contre

l'Église.

Jusqu'en

1870

met-

une certaine prudence dans

les manifestations

croient sûres

de leur secrète pensée. Mais aujourd'hui où elles se du succès, elles se vantent en toute oc-

casion d'avoir sourdement
siècle
et

miné

le terrain

pendant un-

préparé l'explosion d'antichristianisme qui
la

se produit sous
les dirigent.

pression d'un gouvernement qu'el-

Dans

le

cours de ce livre

comme dans

les trois

vo-

LE SECRET DE LA FrANG-MAÇONNERIE

57

lûmes de l'ouvrage du Père Deschamps on trouvera
d'innombrables preuves de ce que nous affirmons
ici.

Rappelons seulement qu'au couvent
Orient, tenu en septembre 1883,
ture propose aux FF.*,
le

du Grand-

discours de clô-

conquête définitive

comme but à atteindre la du monde profane et les encoula majorité

rage en leur montrant leur « minorité grandissante

devenant bientôt peut-être

de

la

nation. »

ajoute «Ce jour là, MM.-. FF.-, notre œuvre aura vraiment accompli ses destinées. Dans ces édi-

Et

il

:

fices élevés

de toutes parts depuis des siècles aux sureligieuses et aux suprématies sacerdotatour,

perstitions
les,

nous serons peut-être appelés, à notre

à

prêcher nos
ricales, ce

doctrines, et au lieu des psalmodies clé-

seront les maillets, les batteries et les dé-

clamations de notre

ordre qui en feront retentir les

voûtes

et les vastes piliers.»
le

Voilà

but suprême des sociétés secrètes, celui

qu'elles poursuivent dans toutes les situations et sous

toutes les formes poHtiques.

Pour

arriver à frapper

l'Église catholique et particulièrement le Saint-Siège,
elles

ont besoin de renverser le principe de la légi-

timité dans tous les gouvernements, et avec toutes les

bonnes coutumes nationales, de pervertir

les

bases mê-

mes de
efforts

l'ordre social, et jusqu'au langage des peuples.
les sectes sont d'accord sur ce

Toutes
;

but de leurs

seulement,

comme à

leur haine satanique conet

tre

Dieu se mêlent toutes sortes de passions
et sur le point

de

convoitises, elle se divisent souvent entre elles sur les

moyens à employer
s'arrêter dans leur

elles

voudraient

œuvre de destruction.

58

LE SECRET DE LA FrANC-MAÇONNERIE
Les révolutionnaires de haute
lignée,
les habiles,
la fortune et

ceux qui ont su arriver

les

premiers à

aux honneurs, cherchent à concentrer leurs coups sur
l'Église et la religion. Ils voudraient conserver
la

société

dans un ordre purement matériel, autant parce
les

qu'ils

en recueillent

avantages que parce qu'ils con-

naissent la réaction inévitable désintérêts froissés par
la

démence des

révolutionnaires, qui vont jusqu' au

fond. Volontiers

même,

ils

conserveraient l'ÉgUse

comme un
de
la

établissement humain, et se contenteraient
faire
le

corrompre pour s'en
tel

un instrument de rè-

gne,

que Tanglicanisme,
prussien.

schisme russe, Tévan-

géhsme

Un franc-maçon célèbre et en même temps un homme d'État important en son temps, Blumenhagen, disait en 1825
« temple de l'ordre «
toit,
;

«

Le monde

entier doit être
l'azur

le

maçonnique,

du

ciel

son

les pôles ses murailles,

le trône et

Vautel ses

«piliers

» Voilà bien la pensée de cette
fait

Franc-

maçonnerie, qui se
conservatrice.

au besoin constitutionnelle et

Bossuet a eu une profonde intuition des luttes des

temps modernes quand, voyant dans
humaines,
«
Il

la

lumière des

Écritures toutes les phases de l'existence des sociétés
il

a écrit ces paroles

:

déclarée,

y a deux sortes de persécutions l'une est ouverte et quand on attaque ouvertement la religion; l'autre,
:

cachée

et artiticieuse, comme celle de ce Pharaon qui, jaloux de l'abondance du peuple de Dieu, en inspirait la haine à

ses sujets

Venez
8uiv.),

^

moyens secrets de opprimons-le sagement (Exode, c'est-à-dire secrètement et finement. »
et

cherchait des

le détruire
I,

:

dit-il,

10,

11

et

LE SECRET DE
Weishaupt,
gagner
les
le

LA.

FrANC-MAGONNERIE

59

fondateur de riUuminisme au XVIII®

siècle, voulait avoir

pour
de

lui

les

écoles ordinaires,
et

séminaires ecclésiastiques
la

leurs su-

périeurs. Les adeptes

Haute-Vente Romaine
;

cherchaient à corrompre l'Église

Enfantin, sous le
le

second Empire, rêvait de transformer

Catholi^

cisme. Si de pareils desseins pouvaient se réaliser, la

Révolution serait vraiment maîtresse du monde

et le

règne de Satan remplacerait celui de Jésus-Christ.

Mais
trouver

ils

sont constamment déjoués par l'assistance

que Dieu donne à son Épouse. La corruption peut
prise sur

des ecclésiastiques isolés, sur
elle

un

Talleyrand,

un Dalberg, un d'Andréa,
foi et

ne peut

pénétrer l'ÉgUse. Celle-ci, fidèle à sa mission divine,
et

défendue dans sa
assauts

dans son chef contre tous
les

les

humains,
;

déjoue

complots

les

plus
soit

habilement ourdis
sous
la protection

et, soit

dans

les

Catacombes,

d'un pouvoir temporel légitime-

ment

acquis, elle ne cesse jamais

de revendiquer,
de
convoitise

contre les corrupteurs hypocrites ou déclarés, ce gou-

vernement des âmes, qui
éternelle des sectes.

est l'objet

la

D'ailleurs

ces

révolutionnaires à hautes vues et
sont incessamment poussés par

à profonds desseins
les flots

pressés des
satisfaits

révolutionnaires
et

,

qui ne sont

pas

encore

veulent

s'attaquer

à

des

que l'Église, faire des ruines plus profitables pour eux que la destruction des croyances et des mœurs. Une fois déchristianisées, les masses réclament l'égaUté absolue et le droit à toutes les jouissances. Un des insurgés des journées de juin
objets plus tangibles

60

LE SECRET DE LA FrANC-MAÇONNERIE
le disait

1848

avec un cynisme brutal: « Quarantevoilà

« huit heures de pillage et de robes de soie, « notre

programme »
!

C'est ainsi

que

la

République marche derrière
les

les

monarchies libérales ou
et
la

césarismes démocratiques,

Commune

derrière les républiques conserva-

trices.

LeSociahsme
grades.

est tout entier

en germe dans les docla

trines de la Maçonnerie,

dans

symbolique de ses

Nous montrerons dans le dernier chapitre comment il n'est pas un des principes posés dans les
il

loges dont

ne puisse

faire la

base de ses revendica-

tions. Mais les

francs-maçons aristocrates ou bourgeois

qui propageaient ces doctrines avec zèle, tant qu'ils
étaient personûellement couverts par
fort et

un gouvernement
se

par l'action morale de l'Église,
les réaliser

refusent

obstinément à
face

une

fois qu'ils

sont face à
C'est ainsi

avec

les revendications

de

la rue.

qu'on a pu voir, en 1848, bien des loges se transfor-

mer en

clubs conservateurs..., conserwsitenrs de la for-

tune des francs-maçons, a-t-on pu dire, car que signifie
la politique conservatrice si
elle

ne s'appuie sur
par
lui ?

les

droits de

Dieu

et l'ordre établi

Aujourd'hui

encore dans certaines loges de Paris, l'économie politique est fort en honneur,
et

des républicains naïfs y

défendent avec conviction
prêchent
la résignation

les droits

du

capital et

y

au

salariat.

De son

côté,
la

V Internationale n'a pas épargné

les

sarcasmes à

Franc-maçonnerie.

En
et

1870,

elle l'ex-

communiait solennellement à Lyon,
cette

en 1880, dans

même

ville,

un comité

radical exigeait

de son

LE SECRET DE LA FrANC-MAÇONNERIE
candidat
la déclaration qu'il n'était

61

pas franc-maçon.

Mais, quelque violent que soit cet antagonisme entre les soldats des

deux armées,

les chefs

ne

le par-

tagent pas. L'Internationale et les diverses organisations socialistes ont été jusqu'ici

aux mains d'hommes
ont

qui se trouvaient plus ou moins dans la dépendance

des directeurs suprêmes

des sectes, et ceux-ci

jusqu'à présent réussi à détourner contre l'Eglise les

ardeurs

révolutionnaires

du

prolétariat.

L'élément

jacobin, soit dans la

Commune

parisienne, soit encore

actuellement, a évidemment l'avantage sur l'élément

purement
preuve.

socialiste;

nous en avons journellement

la

Néanmoins

cette politique d'équilibre et d'intrigues
les passions qu'elle

ne peut pas toujours dominer
nerie et l'Internationale,

dé-

chaîne, et l'opposition d'intérêts entre la Franc-maçonentre le

Jacobinisme

et

le

SociaUsme,

si

l'on veut se représenter la diversité des

sectes sous ces

noms,

cette opposition,

disons-nous,

est réelle, car elle découle

de

la

nature des choses et

de

la position sociale

de leurs membres.
debout,
secrètes entrent

Unies tant que
les différentes

l'édifice social chrétien est

couches des sociétés
elles croient avoir

en

lutte

quand

triomphé définitive-

ment,

et elles

défont souvent leur œuvre, anticipant

ainsi par leur

propre confusion l'heure des justices

divines.

Ces

rivalités et ces

mouvements,

tantôt parallèles,

tantôt opposés, sont

un des éléments les plus importants,
de
l'action

et quelquefois les plus difficiles à apprécier,

des sociétés secrètes dans l'histoire contemporaine.

CHAPITRE VI
L'armée des Sociétés secrètes

Si

même

parmi

les plus

haut gradés beaucoup de

maçons ignorent
partie, tous
les

le secret
affiliés,

de

la

société dont

ils

font

ne fût-ce qu'au grade d'apprenti, n'en sont pas moins francs-maçons ils portent
:

partout ce caractère avec eux, sont en possession des

signes et attouchements, et se trouvent liés par leurs

serments à l'obéissance

et

aux obligations que l'ordre

prétend imposer à ses adeptes.
réguliers qui sont

On

les appelle

memou
et

bres passifs, par opposition aux
affiliés

membres

actifs

à une loge particuHère

paient la cotisation annuelle.
Or, beaucoup de personnages politiques, qui sont
affihés et
les loges,

en bénéficient, n'aiment pas à fréquenter
surtout en présence de leur envahissement

croissant par des éléments sociaux assez inférieurs.

D'autres tout simplement cherchent à se dispenser du

paiement des

cotisations.

Ce qui nous confirme dans
la

cette appréciation, c'est

que

Chaîne d'union, dans
livre à

son numéro de décembre 1882, se
criminations contre les
s'être servis des loges, les ont

de vives réqui, après

hommes politiques,
abandonnées
Ils

et

ne contri-

buent plus à leurs dépenses.

n'en servent malheu-

l'armée des Sociétés secrètes
reusement
sectes.

63
des

pas

moins

activement les

projets

Les écrivains maçonniques évaluent en général

le

nombre des membres passifs au triple de celui des membres actifs, ce qui donnerait un total de trois à
quatre millions de francs-maçons.

A

Paris, on
belge,

comptait en 1880, d'après Vlndépenactifs, et

dance

15.000 membres

120.000 qui
de

ont quitté l'association, mais qui restent unis à leurs

anciens collègues par une
principes.

communauté de vues

et

En
333

France,

le

Grand-Orient groupait en 1883 près
actifs,

de 26.000 membres
ateliers.

répartis

entre

environ

Les

trois autres

puissances maçonniques
trois

françaises

comptent à

elles

une centaine de
serait

loges, ce qui, d'après la

même
total

proportion, ferait 5 à 6

mille

membres

actifs.

Le

de ces membres

donc dans notre pays de 31 à 32 mille.

En

Allemagne, en 1879,

il

y avait 354 loges
actifs.

fré-

quentées par 42.211 membres

Le Grand-Orient
ateliers,

d'Italie comptait,

en 1882, 185
actifs.

ayant plus de 9.000

membres

Aux
Ces

États-Unis, existent 54 grandes loges, 10.000

loges possédant 700.000
chiffres suffisent à

membres

actifs.

démontrer

l'insuffisance des
le

évaluations de Findel qui, en

1876, estimait pour

inonde entier

nombre des grandes loges à 120, celui des loges à 9000, comprenant de 400.000 à 600.000 membres actifs. A la statistique atténuée de
le

cet écrivain

maçonnique, qui ne veut pas
les

faire entrer

dans ses calculs

loges

dites

Irrégulières, nous

64

L^ARMÉE DES SOCIÉTÉS SECRETES
faits

préférons les
le

relevés par Pachtler, et qui portent

nombre des loges en 1874

à

11.000 ayant plus
dans cer-

d'un million de membres

actifs.

Ce

chiffre considérable, qui s'est accru,

tains pays, et dans le nôtre

notamment, sous l'influence
pas
ce-

des succès de

la

Révolution, ne justifierait

pendant,

même en
l'on

tenant compte de 52 revues entrete-

nues par
nerie,
si
:

la secte, l'action

exercée par la Franc-maçon-

négligeait deux considérations impor-

tantes

r

La

collaboration des

membres

passifs, dissémi-

nés dans

les petites villes et les
faîte

campagnes, ou parl'était le

venus au
betta,

du pouvoir, comme
l'est

F.*.

Gam-

comme

encore

le F.*.

Jules Grévy.

2^ Les

associations secrètes ou

non qui sont des
il

formes

simplifiées de la Franc-maçonnerie et dont
ici.

convient de parler

Au
la

point

de vue

de l'action

internationale,
les

les liant

preuves

abondent

pour

établir

rapports

Franc-maçonnerie
,

aux

diverses conjurations réle

volutionnaires

notamment
sectes

Carbonarisme
n'ont
fait

et le

Mazzinisme.
tirer les

Les

militantes

que

conséquences des prémisses posées par les
direction unique

loges.

Une

semble

les faire

mouvoir
associa-

à certains

moments.
la fin

En

France, à

du

XVIIP

siècle,

une

tion absolument occulte,

qui s'intitulait V Ordre

du

Temple

et

qui était en relation étroite avec les

Illu-

minés de Weishaupt, remplissait

vis-à-vis des loges, et
le rôle à' ordre in-

sans que celles-ci s'en doutassent,

térieur^ et dirigeait leurs travaux. C'est ainsi qu'à la

l'armée des Sociétés secrètes
fin

65

da siècle, rilluminisme parvint à dominer toutes les loges et tous les rites. Les hauts grades écossais servaient de sanctuaire à cet ordre intérieur, et c'est pour
cela qu'ils ont toujours été reconnus par les puissances

maçonniques^ raalgrô

les

protestations

de

nom-

l)reux

maçons des grades symboliques, et même malgré des schismes passagers. Les hauts grades ayant
signification, ce n'est

perdu de nos jours celte
dans leurs chapitres
tre

point

qu'il

faut aller chercher le cen-

où se cache

la direction

de

la

Maçonnerie univerexister,

selle,

direction qui a continué cependant à
le

comme

prouve

la

brusque évolution de

la

Francet

maçonnerie abandonnant Napoléon P^ en 1808,
de nombreux témoignages
sous la Restauration.
relatifs

auxcon]plots tramés

Un

écrivain

maçonnique

attri-

bue ce

rôle à la continuation

de Tordre du Temple.
le

La Haute-Vente romaine, dont
Grégoire

gouvernement de
exerçait

XVI
et

a saisi les

correspondances,
loges

une influence
de France
tre
le F.'.

incontesiC'e sur les

maçonniques

d'Allemagne

.

de direction se déplace,

Un peu plus tard le cenet comme nous l'apprend

Malapert, orateur du Suprême-Conseil, dans un discours prononcé en 1874, « le mot d'ordre donné aux loges du monde entier part de Pétersbourg et de Berlin et non plus de Paris.» Vers 1840, elles deviennent livrées aux courants du pangermanisme et du pan-slavisme.

Les travaux de

Eckert,

le

savant

avocat saxou

qui a dévoué sa vie à dévoiler les mystères
ciétés secrètes, ont eu

des

So-

pour conclusion ({MQVordre in-

66

l'armée des Sociétés secrètes

térieur existait toujours et gouvernait souverainement
la

Maçonnerie de V ordre extérieur.

Dans une discussion sur la Franc-maçonnerie qui a eu lieu à la chambre des représentants de Belgique
en 1882,
net
«

le f.-.

Berge, ancien grand-maître national,

a prononcé ces paroles qui éclairent d'un jour bien
la

question

:

Si les loges

sont allaquées par le parti ultramontain,

c'est

parce qu'il sait bien que les loges sont les citadelles où

on

se réfugie

quand monte

le flot

citadelles n'existaient pas,

il

de la réaction et que si ces y aurait longtemps que la réac-

tion aurait triomphé. >

Le

résultat auquel ses longues études

ont conduit

Eckert, est confirmé dans ses traits essentiels par ces
paroles que M. Disraeli a jetées

non sans dessein dans
auxquelles
ses der:

un de

ses

romans politiques

et

niers discours officiels donnent plus de portée encore

Le monde est gouverné par de tout autres personnages que ne se l'imaginent ceux dont l'œil ne plonge pas dans
««

les coulisses. Cette

diplomatie

mystérieuse

de la Russie,
Cette puis-

qui est la terreur de l'Europe occidentale, est organisée par
les juifs, et ils

en sont

les principaux agents....

sante révolution qui, actuellement

même,

se prépare et se

brasse en Allemagne, où elle sera de fait une seconde réforme plus considérable que la première, et dont l'Angleterre sait encore si peu de chose, se développe tout entière sous les auspices du juif, à qui est échu le monopole presque complet de toutes les chaires professorales.»

M. Gougenot-Demousseaux,
des sur
le

dans ses belles étu-

Juifj le

Judaïsme

et la

Judaisation des

l'armée des Sociétés secrètes
peuples chrétiens
(in-8" Paris 1869), a réuni

67

un grand

nombre
de
la

d'indications sur les relations des hauts chefs
le

Maçonnerie avec
:

Judaïsme.
cette

Il

les

résume

ainsi

«

La Maçonnerie,

immense

association

« dont les rares initiés, c'est-à-dire dont les chefs

« réels, qu'il faut se garder de conlondre

avec

les

« chefs nominaux, vivent dans une étroite et intime
« alliance avec les

membres
la

militants du Judaïsme,

« princes et imitateurs de

haute cabale

!

Car cette
d'initiés
la

« élite de l'ordre, ces chefs réels que si

peu

« connaissent, et qu'ils ne connaissent pour « que sous des
« profitable
et

plupart

noms de
secrète

guerre, fonctionnent dans la

dépendance

des

cabalistes

« israélites.

Et

ce

phénomène
des

s'accomplit

grâce

« aux « les
« ces «

habitudes de rigoureuse
les assujétissent

discrétion auxquels
et

serments
à
la

des

mena-

terribles,
juifs

grâce

membres

que

la

des mystérieuse constitution de la
son conseil
souverain. »
article

encore

majorité

« Maçonnerie asseoit dans
Il

reproduit dans les pages suivantes un

des

de 1862, où l'on signale l'existence en Allemagne, en Itahe et à Londres, de loges directrices inconnues au gros des

Historisch politische Blœtter, de Munich,

maçons

et

les juifs sont
le

en majorité

:

«

A

Lon-.

« dres, où se trouve

foyer de la Révolution sous le
il

« grand-maître Palmerston,

existe

deux loges juileur

« ves, qui ne virent jamais de chrétiens passer « seuil. C'est là que se réunissent tous les
fils

de tous

« les éléments révolutionnaires, qui couvent dans les

« loges chrétiennes.» M. Gougenot-Demousseaux
encore l'opinion d'un

cite

homme d'État protestant,

au ser^

68
vice d'une grande puissance
vait
x<

germanique, qui
la

lui écri-

en décembre 1865:« Depuis

recrudescence ré-

volutionnaire de 1845, je

me

suis trouvé

en relations
qui

« avec un juif qui, par vanité, trahissait le secret des « Sociétés secrètes auxquelles
il

s'était associé, et

« m'avertissait huit à dix jours d'avance de toutes les

« révolutions qui allaient éclater sur un point

quel-

« conque de l'Europe. Je lui dois l'inébranlable co7i-

« viction que tous ces grands « pies opprimés.^ etc.,

etc., sont

mouvements des peucombinés par une
!

« demi-douzaine d'individus, qui donnent leurs or« dres aux Sociétés secrètes de l'Europe entière

»

Un homme

qui avait joué

un

rôle fort actif

dans les

révolutions d'Italie, vers

1830, et qu'un concours de
rapport

circonstances très particuhères avait mis en

avec

le

Père Deschamps, Henri Misley,
:

lui écrivait

en 1855

« Je connais un peu le monde, et je sais que, dans tout ce grand avenir qui se prépare, il n'y en a que quatre ou cinq qui tiennent les cartes. Un plus grand nombre croient » les tenir, mais ils se trompent
!

H, Misley

était

en correspondance avec Espartero,
le roi Victor-Emmanuel, et

Kossuth, Fazy, Cavour,
tout Palmerston.

sur*

Son opinion mérite donc

d'être reet

tenue

comme
clair

celle
le

d'un témoin très compétent

qui

a vu

dans

jeu de quelques meneurs s'impo-

sant à la vaste catégorie des gens que Mazzini, après

Weishaupt, appelait des « imbéciles »

et a exploités

comme
gré
la

tels.

Or, les lettres de Misley indiquent, mal-

grande réserve de leur auteur, Faction du co-

l'armée des Sociétés secrètes

69

mité directeur pesant sur les cabinets européens et
dirigeant toutes les sociétés secrètes, mais elles révèlent aussi les discussions qui existaient alors

comme

aujourd'hui entre
tés sont formées.

les

éléments divers dont ces socié^

Tout en admettant
l'autorité

l'existence continue de ce centre

de direction unique, nous sommes portés à croire que
de cette direction n'est pas toujours reconsociétés,

nue universellement, que parmi l'armée des
fois

secrètes de nouvelles forces s'élèvent qui entrent par-

en

conflit

avec

les

anciennes, cherchent à s'em-

parer de

la direction

suprême,

et

ne se soumettent

qu'à moitié à ses ordres en attendant qu'elles puissent

elles-mêmes pénétrer dans ce centre souverain.
nos jours, Mazzini
et la

De

Haute-Vente romaine, Louis
Bismarck,

Napoléon

et

Mazzini,

KarlMarxetM.de

n'ont pas toujours pu s'accorder, malgré les liens qui
les rattachaient les

uns aux autres.
curieux que
les

Dans un
Etzel,

récit fort

événements ont

jusqu'ici confirmé dans ses grands traits, le général

un des

chefs les plus avancés de la Maçonnerie,

aurait dit en parlant de

M. de Bismarck, après
:

le

cou-

vent de Locarno, en octobre 1872

«

Il

est

à nous

« complètement, et

le

jour où nous

le verrions tituil

« bant, nous lui retirerions notre confiance,

le sait,

« très bien.» Ce mot nous semble résumer exactement
l'état

de dépendance où sont,
les différentes fractions

les

unes vis-à-vis des auet

tres,

des sectes

en

même
parler

temps l'antagonisme, la défiance que la poursuite d'in-,
térèts différents suscite entre elles, sans

même

des rivalités personnelles de leurs chefs.

70

l'armée des Sociétés secrètes
Ces discordes intestines sont souvent
les

moyens
de
la

dont

la

Providence se
et

sert

pour arrêter
les

l'essor

Révolution

ménager aux peuples

ils

moyens de se
V ordre inté-

retenir sur la pente

sont emportés.

Si la Franc- maçonnerie s'appuie sur

rieur^ elle intervient aussi en préparant

un personnel
en

de choix à toutes
fournissant

les sociétés secrètes agissantes, et

un appui

discret à ceux de ses

membres
vénérable

qui s'engajent dans une carrière plus active.

Dès
fait

la

réception

au premier grade,

le

entendre à

Vapprenti ces paroles significatives
l'esprit

pour ceux qui ont
«

ouvert

:

Les maçons sont obligés de
se

s'assister

l'un l'autre par

tous les moyens,

maçons ne doivent pas

mais si que entreprise de ce genre
le lien

Les francsmêler dans des conspirations vous apprenez qu'un maçon s'est engagé dans quels'en offre.
;

quand l'occasion

et est tombé victime de son imprudence, vous devez avoir compassion de son infortune, et

maçonnique vous
la

fait

un devoir
»

d'user de toute votre
ri-

influence et de l'influence de vos amis pour diminuer la

gueur de

punition en sa faveur.

Toutes

les sociétés secrètes actives,

depuis les illu-

minés
être

et les carbonari

jusqu'à l'Internationale, se sont

recrutées dans les loges

maçonniques. Ce ne peut
leurs

évidemment que de l'aveu de
reste, tous les

directeurs

suprêmes.

Du

fondateurs des sociétés secrètes
le

se sont expliqués

nettement sur

rôle

la Franc-maçonnerie. Weishaupt, le fondateur

que jouait en 1776
écrits

de

la secte

des Illuminés allemands,

dont nous ra-

conterons plus loin l'histoire, disait

dans ses

l'armée des Sociétés secrètes

71

destinés aux seuls iaitiés, mais qu'un hasard providentiel
« fit

tomber dans
ville

le publicité (1)

:

Dans chaque
secrels

tre

établiront des
Ils

un peu considérable, les chapiloges maçonniques des trois
dans ces loges des

grades ordinaires.

feront recevoir
^

jouissanù delà considération publique et d'une fortune aisée. Ces hommes-là doivent être recherchés et reçus francs- maçons, quand même ils ne dede bonnes
vraient pas être utiles à Tllluminisme pour 7ios
ultérieurs.
«

hommes

mœurs

travaux

Laissez-moi-là les brutes, les grossiers

et les imbéciles^

écrit-il
Il est

hauts grades. cependant une espèce d'imbéciles h qui il ne faut pas le dire, parce qu'on peut tirer quelque avantage de leur sottise. Sans avoir de l'esprit, ils ont au moins des écus. Ce sont de bonnes gens que ces gens-là, et il nous en faut. Ces bonnes gens font nombre et remplisssent la caisse ; mettez-vous donc à l'œuvre il faut bien que ces messieurs mordent à l'hameçon mais gardons-nous bien de leur dire nos
dans
le chapitre des exclusions des
;

;

secrets.

Ces sortes de gens doivent toujours être persuadés

que
«

grade qu'ils ont est le dernier. Le député maître des loges, ordinairement réviseur des
le

comptes, doit être aussi
croire

membre de
suivant

notre chapitre

:

il

fera
il

aux

loges qu'elles disposent de leur argent
cet argent,
le

;

mais

doit employer

but de notre ordre.

S'agit-il d'aider

un de nos

confrères,

tion à la loge.

Si ce confrère n'est pas

on en fait la proposimaçon, n'importe

;

(1) Les écrits de

Weishaupt
secrètes de
les

et

de ses principaux adeples,

saisis et

publiés juridiquement par le gouvernement de Bavière, furent déposés

aux archives
leur

Munich,
et

avefî

ordre

du duc

électeur

d'en
sur

communiquer

originaux à quiconque aurait quelque doute
Barruel

authenticité.

Robiano en ont

reproduit en
le

français toutes les parties importantes, l'un dans ses Mémoires sur

Jacobinisme, l'autre dans son Histoire de l'Église, sans que personne

en

ait

jamais contesté

la vérité et

l'exactitude.

72
il

l'armée des Sociétés secrètes

n'en faut pas moins en venir à bout par quelque expédient. « 0:i ne prendra point sur le capilal, afin que nous puis-

sions trouver un jour des moyens ou des fonds pour de plus grandes entreprises. Il faut annuellement envoyer au chapitre secret le dixième de la recette de ces loges. Le trésorier, à qui ces

fonds sont remis, les ramasse

et

cherche par

toute sorte d'entreprises à les augmeater.

nos propres fonds pour aider « Avant que de toucher à nos confrères, il faut, autant qu'on le pourra, chercher à leur procurer des secours ou leur entretien sur les fonds des loges qui ne sont pas dans notre système. En général, il faut faire servira notre grand but l'argent que ces sortes de loges dépensent si inutilement. »

En

1822, un

juif,

membre de

la

Haute- Vente ro-

maine, écrivait à un de ses complices de multiplier
partout les associations,

même

celles qui sont en appa-

rence inoffensives, et surtout

la

Franc- maçonnerie
et

:

«

Dans V impossibilité
le

oîi

nos frères
il

nos amis se trou-

vent de dire encore
tout ce qui aspire
«

dernier mot^
la

a été jugé

bon
le

et utile

de propager partout

lumière

et

de donner

branle à

à remuer.
si

Cette vanité du citadin ou du bourgeois de s'inféoder à

la

Franc-maçonnerie a quelque chose de

banal

et

de

si

universel, que je suis toujours en admiration devant la stupidité
«

humaine.
le

Je m'étonne de ne pas voir

monde

entier frapper à la
à

porte de tous les vénérables, et

demander

ces

messieurs

l'honneur d'être l'un des ouvriers choisis pour la reconstruction du temple de Salomon. Le prestige de l'inconnu

hommes une telle puissance, que l'on se prépare avec tremblement aux fantasmagoriques épreuves de l'initiation et du banquet fraternel. « Se trouver membre d'une loge, se sentir^ en dehors de sa femme et de ses enfants, appelé à garder un secret
exerce sur les

l'armée des Sociétés secrètes

73

qu'on ne vous confie jamais^ est, pour certaines natures, une volupté et une ambition.
« Les loges peuvent bien aujourd'hui procréer des gourmands; elle n'enfanteront jamais de citoyens. On dîne trop mais chez les T.-. G.-, et T.*. R.-. F/, de tous les Orients c'est lin lieu de dépôt, une espèce de haras, un centre par lequel il faut passer avant d'arriver à nous. Les loges ne font qu'un mal relatif, un mal tempéré par une fausse philanthropie et par des chansons encore plus fausses, comme en France. Cela est trop pastoral et trop gastronomique, mais cela a un but qu'il faut encourager sans cesse.
;

«

En

lui

pare ainsi de la volonté, de l'intelligence et de

apprenant à porter arme avec son verre, on s'emla liberté de
le

l'homme.
il

On

dispose,

on

le

tourne, on l'étudié.
et ses

On
;

de-

vine ses penchants ses affections
est

tendances

quand

nous, on le dirige vers la société secrète. Franc-maçonnerie ne peut être que l'antichambre assez mal éclairée.

mûr pour

dont

la

.)

La Haute- Vente
autre,

désire que,

sous un
loges

prétexte ou sous

un

on introduise dans

les

maçonniques

le

plus de princes et de riches

que l'on pourra...

Une

fois

homme, un prince même, un prince surtout, aura commencé à être corrompu, soyez persuadé quil ne s'arrêqu'un
tera guère sur la pente. Il y a peu de mœurs, même chez les plus moraux, et l'on va très-vite dans cette progression. Ne

vous

eflfrayez

pas de voir

les loges florissantes,

lorsque le

Carbonarisme se recrute avec peine. C'est sur les loges que elles forment à nous comptons pour doubler nos rangs
;

leur insu notre noviciat préparatoire
fin sur les

;

elles discourent sans

dangers du fanatisme, sur

le

bonheur de

l'égalité

sociale et sur les grands principes de liberté religieuse. Elles

ont entre deux festins des anathèmes foudroyants contre l'intolérance et la persécution. C'est plus qu'il n'en faut pour

nous

faire des adeptes.

Un homme imbu
;

de ces belles cho-

ses n'est pas éloigné de nous

il

ne

reste plus qu'à l'enré-

gimenter.

»

74
Mazzini,
le

grand agitateur, comprenait bien aussi
de toutes
les associations libéra:

Tulilitô des loges et
les,

même composées

d'honnêtes bourgeois

«

sité
lité.

Le concours des grands est d'une indispensable nécespour faire naître le réformisme dans un pays de féoda-

Si vous n'avez que le peuple, la défiance naîtra du premier coup, on Técrasera. S'il est conduit par quelques grands, les grands serviront de passe-port au peuple. L'Italie est encore ce qu'était la France avant la Révolution il lui faut donc ses Mirabeau, ses La Fayette et tant d'autres. Un grand seigneur peut être retenu par des intérêts matériels mais on peut le prendre par la vanité laissez-lui le premier rôle tant qu'il voudra marcher avec vous. Il en est peu
;
;
;

qui veuillent aller jusqu'au bout. L'essentiel est que le terme de la Révolution leur soit inconnu. Ne laissons jamais
voir que le premier pas à faire
«

Associer, associer, associer, tout est dans ce mot. Les

sociétés secrètes

donnent une force

irrésistible

au parti qui

peut les invoquer.

Ne

craignez pas de les voir se diviser;
;

plus elles se diviseront, mieux ce sera

toutes vont

au même

Le secret sera souvent dévoilé: tant mieux. Il faut du secret pour donner de la sécurité aux membres, mais il faut une certaine transparence pour inspirer la crainte aux stationnaires. Quand un grand nombre d'associés, recevant le mot d'ordre pour répandre une idée et en faire l'opinion publique, pourront se concerter pour un moment, ils trouveront le vieil édifice percé de toutes parts et tombant comme par miracle au moindre souffle du progrès. Ils s'étonneront eux-mêmes de voir fuir
diffèrent.

but par

un chemin

devant

la

seule puissance de l'opinion les rois, les riches,

les prêtres, qui

formaient

la carcasse
(l). »

du

vieil édifice social.

Courage donc

et

persévérance

(1)

lustruclioQ
et

du

l^r

novembre 184G, publiées par Lubienski,

Guerres

Révolutions d' Italie (Paris, Lecoffre 1852), p. 44.

l'armée des Sociétés secrètes

75
de ces

Ce qui prouve jusqu'à Tévidence

la filiation

sociétés secondaires vis-à-vis de la Maçonnerie, qui est

comme

leur

mère à

toutes, c'est qu'au

paragraphe 3

des statuts delà. Jeune Allemagne, publiés par l'autorité judiciaire

Lessing,

il

dans l'enquête relative au meurtre de est expressément défendu à tous et à cha-

cun de ses membres de s^agréger à aucune société secrète, hors celle des francs-maçons !
Il

en

est

actuellement aiusi encore.

Dans la grande enquête sur les actes du gouvernement de la défense nationale à laquelle a procédé l'Assemblée nationale, M. deSugny a pu constaterque
la

Franc-maçonnerie avait toujours fourni leurs cadres
les

aux sociétés secrètes
dance.
Voici ce

plus avancées et leur état-

major aux sociétés populaires, qui sont dans sa dépenqui se passe maintenant en France, nol'Est et le

tamment dans
soit

Sud-Est. Chaque

ville tant

peu importante a une loge maçonnique composée
et qui est

de bourgeois

en relation avec
est étabU. Elle a

le centre.

Cette loge ne compte pas

seulement des adhérents

dans dans

la ville et

où son siège

dans tous

les

bourgs

villages des affiliés recrutés principalement

en rapport avec le public, médecins, notaires, vétérinaires, marchands. Elle admet aussi, mais en petit nombre, certains oules professions

qui mettent

vriers,

que leur intelligence

et leur

fanatisme élèvent

au-dessus de leurs camarades.

A

leur tour ces affiliés

sont, dans

chaque

village,

dans chaque commune, à posée de paysans ou d'ouvriers sous forme de cercles,
la tête

d'une association com-

76

l'armée des Sociétés secrètes
qu'ils dirigent et

de chambrées^ de sociétés chorales,
qu'ils mettent

au service de

la

loge sans

que leurs

membres
Suivant
tudes

fassent directement partie de la Maçonnerie.

le

tempérament des populations, leurs habidegré d'excitation politique, de véritables
:

et le

sociétés secrètes populaires se forment

telles étaient

V Alliance républicaine de St-Étienne,
et qui

la

Charbonne1872
et

rie de Die, qui ont été l'objet de procès en

1873
l'affi-

tombaient sous

le

coup de

la loi à

cause de

liation formelle et des

serments exigés. Des groupes
et affiliés

de ce genre existent encore recrutés
centre directeur selon
les associations
le

à

un

même

système secret. Ailleurs

publiques donnent presque les

mêmes

résultats.

Par un système comme par l'autre, on arrive
France, un seul individu est
le

à ceci, c'est que dans chaque village de certaines parties

de

la

meneur in-

contesté de toutes les élections.

Souvent rien dans sa
repose sur

situation sociale extérieure ne paraît justifier cette in-

fluence

;

la vérité

est

que son pouvoir

quelqu'une de ces organisations.

La Franc-maçonnerie
parer à
l'initiation
le

a été de tout temps habile à
les

grouper des catégories d'individus en vue de
des loges, dont
travail
ils

pré-

secondaient in-

consciemment
gleterre en

destructeur. Ainsi la bran-

transportée d'AnAllemagne sous le nom de Souderbaren Bruder^ et qui en 1874 comptait 1143 loges,
est

che des Odd Felloivs^ qui a été

une véritable société dépendant de
affiliée

la

Franc-ma-

çonnerie, étroitement

avec

elle, et

comme

elle

se proclamant « une institution destinée à délivrer le

peuple des prêtres, des superstitions et du fanatisme.»

l'armée des Sociétés secrètes

77

Les
le

Odcl-Felloivs des États-Unis et du

Canada jouent
le

même rôle. En 1845, ces procédés par M. d'Horrer, ancien
par les loges
«
:

étaient

saisis sur

vif

ambassadeur, qui décri-

vait ainsi

Porganisation du parti radical en Suisse

Pendant

celte

longue période de conspirations d'une
le

part et d'aveuglement de l'autre, la Suisse entière s'organisait

en sociétés, dont

but et les démonstrations variaient

à l'infini. Toutes n'avaient pas originairement pris la couleur révolutionnaire
;

mais

comme

les loges et

les

ventes

avaient

eu soin d'y iaire entrer leurs
hardis orateurs,
tard,
tôt,

principaux digni-

taires et leurs plus

toutes

tombèrent un

peu plus
furent

un peu plus

sous leur direction occulte,

c'est-à-dire sous le joug de la vassalité
les

maçonnique. Telles
archéologique-,
et

sociétés

helvétique, géologique,

d'histoire naturelle, de

musique, d'agriculture,

jusqu'à

cette association banale qui se disait d'utilité

commune, véquelque

ritable hospice intellectuel et scientifique,

destiné à rece-

voir

quiconque avait l'ambition d'appartenir à
le

association patriotique, sans avoir cultivé aucun art ni au-

cune branche de savoir quelconque. Pour
gina les a550ciafion5
des leçons
fl'c

peuple, on ima-

cha7it, oïl

il

recevait inter pocula

de

libéralisme,

c'est-à-dire

d'impatience
prendrait pas

de

toute autorité à laquelle

lui-même ne

une

part active et prépondérante.

Toutes ces sociétés étaient primées par celle des i^rana-iirew?^5 [Schulzen-Gesellschaft)^
qui bientôt embrassa toute la Suisse.
»

Actuellement, en France,
les

la

Maçonnerie emploie
d'elle,
il

mêmes moyens.
la

Elle a

fondé à côté

y a

quatorze ans,
cles, puis

Ligue de renseignement
soie

et ses cer-

l'œuvre du
et

laïque, associations philo-

techniques

autres organisations semblables.

A

Bor-

78

l'armée des Sociétés secrètes

deaux, les loges ont créé une œuvre maçonnique des
crèches^ sur laquelle sont greffées

deux œuvres com-

posées de tout jeunes gens appelés les
les

Amis réunis

et

Frères unis. L'évêque de Verdun a indiqué avec
cette situation à propos
:

une grande précision
de
cette

du type

seconde couche maçonnique

« Les propagateurs les plus ardents de la Ligue, par leur union étroite avec la Franc-maçonnerie et les œuvres qu'elle patronne, par leur adhésion aux publications, aux manifestations les plus antichrétiennes, prouvèrent que la neutralité religieuse, dont la Ligue avait promis de ne point se départir, n'ébait qu'un stratagème pour surpendre Icg âmes sincèrement croyantes... Mettons tout en œuvre pour soustraire nos jeunes générations aux influences qui cherchent à les séduire en flattant leur orgueil, leur indépendance, leur présomption et leur inexpérience. C'est dans ce but que la Ligue patronne ouvertement de* réunions, des cours publics, des conférences. C'est dans ce même but qu'elle cherche à s'emparer des réunions de

toute nature, cours de
sociétés de

dessin, cours

d'adultes, orphéons,
ses

gymnastique, afin d'enrôler dans

cadres la

jeunesse entière. {Circulaire

du

1 janvier 1882.)

Au
à

troisième congrès des loges de
juillet

l'est,

qui a eu lieu

Nancy en
le

1882,

la

tactique des loges en cette
clarté

matière a été exposée avec toute la

désirable

par
la

rapporteur d'une commission chargée d'étudier

formation dans cette ville d'un cercle d'étudiants.
«

Nous pensons

qu'à la Maçonnerie incombe le devoir

et

appartient l'honneur de réveiller l'esprit d'association en

France. Nous estimons, toutes les fois qu'est lancée dans une ville une idée bonne et généreuse, quelle qu'elle soit, d'où qu'elle vienne, qu'un groupe de maçons doit se for-

l'armée des Sociétés secrètes
mer dans
atelier
la

79
idée et la

loge

avec

l'approbation

et

l'appui de leur

pour fonder
dans
le

la société qui réalisera cette

fera passer
«

domaine des

faits.

Telle est d'ailleurs la vieille pratique de toutes celles des

Pour ne que quelques exemples, la grande société industrielle de Mulhouse, lasociélé des loyers de Strasbourg, les fourneaux économiques de Nancy, les banques populaires récemment
loges qui se tiennent à la tête de notre Maçonnerie.
citer

installées à Paris, la ligue

de l'ens'^.ignement par toute la
le travail

France, toutes ces créations ont été élaborées par

de nos
«

ateliers.

Quand, sous

l'inspiration d'une loge, un

noyau de maçons,

aidés de tous les amis profanes, ont ainsi créé une société

quelconque, ils ne doivent pas en laisser la direction à des mains profanes. Tout au contraire il faut qu'ils s'efforcent de maintenir dans le comité directeur de cette société créée par eux un noyau de maçons, qui en restent comme
la cheville ouvrière, et qui, tenant la direction de la société en leurs mains, continueront à la pousser dans une voie conforme aux aspirations maçonniques.

Quelle force n'aura pas la Maçonnerie sur
fane,

le

monde

pro-

quand existera autour de chaque loge comme une couronne de sociétés, dont les membres dix ou quinze fois plus nombreux que les maçons, recevront des maçons Vinspiration et le but, et uniront leurs efforts aux nôtres pour le grand Ce cercle une fois fondé, on œuvre que nous poursuivons! devra avec soin y perpétuer un noyau de jeunes maçons de manière à ce que la jeunesse des écoles se trouve directement soumise à l'influence maçonnique.»

Avec

ces

organisations-là, la Maçonnerie

peut à

certains moments agir puissamment sur l'opinion, et, maintenant qu'elle est devenue une institution quasiofficielle, elle

multiplie les manifestations extérieures
les

faites

pour frapper

masses populaires.

Tel a été par exemple un grand festival donné par

30
les loges

l'armée des sociétés secrètes
de Bordeaux dans
le

jardin

public,

le

24

Juin 1879. Toutes les sociétés musicales y exécutaient
la Marseillaise;

des quêtes étaient faites par les jeunes
et

membres des Frères réunis
l'on tirait

des

Amis
la

réunis. Puis

un feu

d'artifice, «

dont

pièce principale,
vient

« portant en frontispice

Œuvres maçonniques,
but que poursuit
la

« rappeler aux dix-sept mille personnes pressées dans

les allées

du jardin

le

Maçonne-

« rie. »

Le Monde maçonnique,
récit,

à qui nous empruntons ce
la

débute en faisant remarquer que
«

fête a

eu

lieu

au

moment où

les

dernières

bannières des

« processions rentraient dans leurs sacristies respec« tives. »

On

voit là la pensée secrète des loges, qui est de
le culte religieux
la

remplacer

par des fêtes publiques,

comme

sous

Convention. La Maçonnerie cherche
car les loges

ainsi à offrir

au peuple une diversion,

ont été assez puissantes dans bien des villes pour faire
interdire les processions catholiques par l'autorité ad-

ministrative, contrairement au Concordat et au véritable esprit de la loi.

Dans

d'autres pays la Maçonnerie emploie d'autres

formes, mais son

mode

d'action est toujours le

même

au fond. Ainsi dans l'Amérique du Sud,
religieuses.

elle s'était,

par des procédés semblables, emparée des confréries

Un

vénérable évêque a été obligé, à

la

Martinique, de dissoudre toutes les associations de pénitents, et
les

mêmes
Ils

les confréries
la

de femmes parce qu'eldirection

étaient

tombées sous

des

francs-

maçons.

n'en affdiaient pas directement les

mem-

l'armée des Sociétés secrètes
bres à la Maçonnerie, mais
ils

81

leur faisaient jurer le

secret, faisaient tenir les réunions

dans

la soirée et les

détournaient par

pour

les

peu à peu de leur but primitif mettre au service du pouvoir occulte des

sectes.

C'est là le grand danger

que présentent

les

nom-

breuses sociétés secrètes,

qui se forment aux États-

Unis

et

au Canada, pour défendre des intérêts pro-

fessionnels ou nationaux, telles

que VA7icient order
les

of Hibernians, un de plus répandus actuellement,
Féniaiis et bien d'autres
les
.

Elles deviennent facilement

instruments des meneurs cachés.

CHAPITRE

VII

LA LÉGENDE ET LES RITUELS MAÇONNIQUES LES GRADES d'apprenti, DE COMPAGNON ET DE
:

MAITRE.

Mettre les

droits de

l'homme

à la place des droits
fait

de Dieu
de
le

;

détruire Fordre divin qui

tendre à Dieu
manifestations
dit,

d'une manière coordonnée toutes
l'activité libre

les

des

hommes,

voilà,

nous l'avons

fond de

la

doctrine maçonnique.
la

Cette déification de l'Humanité,

Franc-maçonet

nerie ne l'exprime pas brutalement au premier abord;

mais

elle l'insinue

dans tous ses

rites,

l'exprime

par tous ses symboles.

Un

vaste temple à construire

;

des apprentis, des
;

compagnons et des maîtres qui y travaillent Hiram ou Adonhiram, un de ces maîtres, assassiné par trois des compagnons pour lui arracher le mot de passe ou la parole de maître le corps de ce maître enfoui
;

dans

la terre à retrouver et à

ger; la construction

remplacer; sa mort à vendu temple reprise pour être acheet universelle et

vée
rie,

:

telle est la

fondamentale
la

allégo-

base

et

essence de

Franc-maçonnerie

de toutes
plus

les sociétés secrètes. Ainsi l'enseignent tous leurs rituels
et

manuels, leurs orateurs

et leurs interprètes les

LÉGENDE ET RITUELS MAÇONNIQUES
d^ apprenti et

83

autorisés. Cette allégorie est indiquée dans les grades

de
le

compagnon

;

elle est

longuement

développée dans

grade de maître

et

va se complé-

tant et s'éclaircissant dans les grades|de Rose- Croix,

deKaclosh

et les

derniers grades du rite de Misraïra,

elle atteint

son dernier développement.

Quel
sassins

est ce

temple? quels sont ces compagnons, as?

du maître

quel est ce maître

?

Ce temple

est le

temple de la nature ou l'âge d'or

maçonnnique.

Le Dieu qu'on y adore
le

est la
le

nature elle-même,
feu
le

Dieu-tout, ou Dieu-pan,

qui en est l'eset le

sence et qui a pour représentant

soleil

lin-

GAM indien,

tout cc qu'il y a de plus arriéré, de plus

matérialiste et de plus fangeux dans les bas- fonds

du

vieux paganisme.

Les compagnons assassins
miner sont
:

à poursuivre et à exter-

le

mensonge ou
ou
tels

la superstition,

l'ambition

et la tyrannie, l'ignorance

les préjugés; c'est-à-dire
les sociétés secrè-

sous ces noms,
tes,

que

les

entendent

LA religion, et surtout LA RELIGION CATHOLIQUE, LA MORALE ET TOUTE REGLE DE MOEURS, LA MONARCPIE ET TOUTE AUTORITÉ, LA FAMILLE, la
propriété
et la

nationalité,
la

Véducation chrétienne,
la

V égalité, la
et

liberté,

fraternité elles-mêmes, ce

triple et brillant voile

maçonnique,

papauté
et

enfin,

pour elle-même

et

comme
et

étant le résumé, le cen-

tre et la garantie

de toutes ces grandes
sur qui repose,

divines

choses qui constituent

comme

sur

sa base, la société qu'il faut détruire pour revenir à la

nature.

84

LÉGENDE ET RITUELS MAÇONNIQUES
Le maître à
venger^
le

Hiram

ressuscité et vain-

queur de tous ses
et tout

ennemis
le sage,

et assassins, l'adorateur

ensemble l'adoré du temple,

c'est le vrai

ma-

çon, le philosophe,

l'homme

primitif,

l'hom-

me

revenu ou ramené à l'âge d'or, à l'état de nature ou sauvage, qui est l'état par excellence de la liberté

maçonnique.

De
îa

tous les

dogmes

chrétiens,

il

n'en est point que

Franc-maçonnerie n'attaque plus radicalement que

du péché originel, malgré le douloureux témoignage de la conscience et l'universelle croyance du genre humain. En cela ce n'est pas seulement le dogme
celui

fondamental du Christianisme, mais encore
toutes
les

la

base de

constitutions civiles qu'elle

renverse, car

c'est sur ce fait

primordial que repose l'autorité so-

ciale à tous les degrés.

« Les

erreurs

morales

et religieuses

et

surtout

cette fatale

croyance à la perversité naturelle de
il

l'homme,

disait

y a quarante ans

le Globe,

jour-

nal maçonnique, sont cause de presque toutes les

mé-

chancetés humaines.

V homme

est

né bon,

les insti-

tutions seules sont mauvaises. »

En 1877
s'écriait

le

F.-.

Peulevey, député du Havre,
la

dans une

loge de Paris, en présentant
la

conclusion de toute l'œuvre de
« ne
x<

Maçonnerie
de
il

:

« Qu'il
:

soit

donc

plus

question

réhabilitation
fait

l'homme
dir

n'a jamais

déchu

;

ne

que granContrat
et

^

incessamment. »
la

C'était

thèse de

Rousseau dans
c'est

le

social

;

ça été celle des

constituants de 1789
;

des

conventionnels de 1793

encore celle de tous

LÉGENDE ET RITUELS MAÇONNIQUES
les

85
uns
et

systèmes socialistes contemporains
erreur

:

or, les

les autres ont puisé cette

fondamentale dans

l'enseignement des loges.

Puisque l'homme

est

bon par nature, ce sont

les

prescriptions de la morale qui sont la source du mal,
et ce sont les institutions, à et
à.

commencer par
le

la religion

finir

par

la propriété,

qui

rendent mauvais.

C'est ce

que

dit

nettement un haut maçon alle-

mand,
que
a
:

le juif

Bechstein, dans son

Manuel maçonni^

La Maçonnerie

possède, dans

ses symboles, d'autres

trésors qu'elle partage entre ceux qui pratiquent la loi

mo~

raie dans toute son étendue. Ici nous ayons

UxN

besoin plus

IMPÉRIEUX DE TENIR SECRÈTE
siste

LA.

MAÇONNEaiE Son SeCrCtCOn.

dans

la simplicité de
et

la loi morale, dans sa tolérance
ses grades.

sans limite

dans l'enchaînement de
;

Tout
par

le

monde

veut être heureux

la jouissance

de la vie est

un
la

droit pour chaque

homme, mais

ce droit périclite
»

pression des événements actuels.

L'esprit de la Maçonnerie s'est, à la fin
siècle,

du

XVIIP

résumé tout
cette

entier dans la secte des Illuminés

allemands, fondée par Weishaupt. Cette secte s'est

emparée à
toute

époque de

la direction

des loges de

l'Europe continentale, et ses visées

continuent
qui dila,

à inspirer encore aujourd'hui
rigent tout l'ordre. Or,

les arrière-loges

Weishaupt

esquissait ainsi
:

pensée fondamentale de son système

« L'égalité et la liberté sont les droits essentiels que l'homme, dans sa perfection originaire et primitive, reçut de la nature. La première atteinte à cette égalité fut portée

-

86

LÉGENDE ET RITUELS MAÇONNIQUES
;

par la propriété

la

première atteinte à la liberté
;

fut

portée

par les sociétés politiques ou les gouvernements

les seuls

appuis de la propriété et des gouvernements sont les lois religieuses et civiles. Donc, pour rétablir l'homme dans ses droits primitifs d'égalité et de liberté, il faut commencer par
détruire toute religion, toute société civile et finir par l'abolition de la propriété.
»

Maçonnerie

Ces quelques ligues indiquent l'idée mère de la et de toutes les sociétés secrètes elle est
:

en germe dans

les

grades symboliques, dans ceux que
;

Ton donne

à tout venant
les

elle se

développe scienti-

fiquement dans

hauts grades, et se réalise brutal'Internationale
et

lement dans
l'anarchisme
socialiste.

le

communisme de
Bakounine
les

de

et

de

la

démocratie

En

analysant

négations destructives qui
la

comla

posent cette synthèse du mal, on verra que

Franc

maçonnerie

et les

sociétés secrètes ont pour but

destruction de toute religion,

de

la famille,

— de
en

de toute morale,
preuves


les

tout l'ordre des sociétés civiles.

Nous

allons

trouver

les
et

dans
écrits

rituels des différents

grades

dans

les

des

fondateurs, directeurs suprêmes et principaux adeptes

des sectes maçonniques.

Les

trois grades,

apprenti,

compagnon

et

maître^

qu'on appelle aussi symboUques ou maçonnerie bleue,

forment

la

base

même

de

la

Franc-maçonnerie
les

et

de

toutes ses branches, quels

que soient
dans tous

noms qu'on
sont

leur donne.

Tous

les rites,

les pays,

édifiés sur cette

base. Les grades élevés

ou chapi-

LÉGENDE ET RITUELS MAÇONNIQUES
Iraux,
dits égaleinent

87

maçonnerie rouge ou philosola

phique, ajoutés plus ou moins récemment pour mieux

développer

l'esprit

de

Maçonnerie, ou

une

direction propre dans

lui donner chaque pays, se sont ins-

pirés les uns des autres et souvent
suffit

même

copiés.

Il

donc d'étudier

les

principaux degrés des

rites

les plus

répandus ou qui ont servi de type à tous
et les interprétations

les

autres.

Les

citations

que nous allons
le

donner sont extraites mot pour mot des principaux ouvrages approuvés par
le

Grand- Orient^ comme

Ta-

bleau historique^ philosophique et moralde la Franc-

maçonnerie^ par
par

le

F.*. Bazot, secrétaire

du Grandle

Orient; V Histoire pittoresque de la Franc-inaçonnerie,
le

F.-. Clavel, officier

du Grand-Orient;

Cours

interprétatif Au.
célèbre

F.*. Ragon, fondateur de la loge des Trinosophes en 1823. Ce dernier s'est acvu se grouper autour de lui les frères Dupin aîné, Dupin jeune, Barthe, MéDupont (de l'Eure), Odilon Barrot, et autres
avait
frère

quis dans l'ordre maçonnique une incontestable autorité
;

il

Berville, les
rilhou,

notoriétés de l'époque.

« Notre religion, dit

Bazot, est la religion

naturelle, primitive^ la religion unique^ universelle
et

immuable

crétaire

c'est la Franc-maçonnerie. » Et le sedu Grand-Orient en donne sur-le-champ le
:

sommaire historique.
Il

nous parle d'abord du culte

primitif,

du Dieu-

cause et de Timmortalité de l'âme, découverts par les

hommes

après qu'ils eurent satisfait par leur indus-

trie à leurs premiers besoins, des

brahmanes

et

des

88

LÉGENDE ET RITUELS MAÇONNIQUES
fils

prêtres d'Egypte,

des premiers inventeurs d'une

religion naturelle découverte à

nouveau par Salomon,

fondateur du temple et restaurateur de Tordre maçonnique.

«

La maçonnerie,

dit-il, n'est

pas autre chose que le culte
ils

primitif que les
tisfait leurs

hommes

découvrirent quand

eurent sales prêtres

premiers besoins. Les brahmanes

et

égyptiens en transmirent les mystères à Salomon.
«

Jérusalem, victime des révolutions, ayant été détruite,

le

peuple juif s'étant dispersé, cette
lui

même

Maçonnerie

se

répandit avec

par toute la terre. Ce furent les mystères
libre

de la Maçonnerie salomonique^ que plus convenablement

on appelle Maçonnerie
pure qu'à son aurore,

nous dans

la

ou Franc-maçonnerie. Aussi montre parmi Franc-Maçonnerie, unique^ universelle et
la religion primitive se

immuable.
K

Malgré

les passions, les vices et les crimes,

on ne peut
et

se dissimuler

que
le

les

hommes ne

sont pas méchants,

que

loin de faire

chent à faire
<
et

le

mal pour le bien quand

plaisir de

mal faire,
c'est

ils

cher-

leurs lumières l'ont indiqué.
la religion,

Ce qui

fortifie la

bonté de l'homme,

comme
tt

nulle religion ne

commande

le

mal, chaque reli-

gion est respectable. Mais les religions, égales dans leurs principes, diffèrent tellement dans leurs dogmes, qu'au lieu de rapprocher les hommes, elles les éloignent en se proscrivant mutuelle-

ment.
«

Lebrahmiste,lejuif,lemahométan,le chrétien,
sanctionnée par les
et ils

le protes-

tant, qui ont leur religion
et les climats,

doivent la conserver,
lois et

temps ne peuvent avoir
lois, les

deux religions, car ces aux usages, aux mœurs
L'ouvrage des
«

sociales et sacrées, appropriées
tels

aux préjugés de

pays,

sont

hommes.
les inspirations

La Maçonnerie, dont

ont une haute por-

LÉGENDE ET RITUELS MAÇONNIQUES
lée, est le

89
c'est-à-

résumé de

la sagesse divine et

humaine,

dire de toutes les perfections qui peuvent le plus approcher

l'homme de
tous les
loi, elle

convient à l'habitant de tous les

morale universelle qui à l'homme de cultes. Comme ces derniers, elle ne reçoit pas la la don?ie, parce que sa morale, une et immuable^
la divinité. Elle est la

climats,

est plus

étendue

et

plus universelle que celle des religions
»

natives, toujours exclusives.

Ces
le

extraits suffisent déjà
la

pour nous convaincre que
est bien la né-

but évident de

Franc-maçonnerie

gation et la destruction, dans lésâmes, de toute religion
révélée. Toutes les religions ne sont pour elle

que des

inventions humaines
des
filles

et

des ouvrages des hommes,

des

hom-mes. Dieu lui-même, en tant que
est, n'est

cause de ce qui

qu'une découverte des pred'observer

miers hommes, lorsqu'après avoir pourvu à leurs premiers besoins,
ils

eurent

le loisir

et

de

réfléchir. Quant à l'immortalité de l'âme, à son châtiment, à sa récompense dans une autre vie, ce ne

sont que des

additions ou inventions des

prêtres

égyptiens ou des brahmanes de l'Inde.
Ainsi, tout en laissant à chacun sa rehgion en ap-

parence, la première opération de la Maçonnerie est

de détruire

la foi

dans

l'esprit

des adeptes, en leur

montrant toutes les religions

comme Vouvrage

des

hommes, comme des

erreurs et des

préjugés qui ne

servent qu'à les diviser, à les porter à se persécuter
entre eux. C'est pour les en affranchir que la Franc-

maçonnerie
losophique.

est

instituée,

c'est

ce qu'entend
et

le

Grand-Orient par but

éminemment moral

phi-

90

LÉGENDE ET RITUELS MAÇONNIQUES
Peur
se mettre d'accord avec
la

Bazot, qui
et

fait

de

la

Maçonnerie

religion

primitive

universelle,
:

Ragon a soin de faire plus loin cette distinction « Le premier homme qui, à l'aspect de l'ordre de cet
univers, conclut qu'il y avait

un Dieu,
le
fit

fut le bienfai-

teur du

monde

;

mais

celui qui

parler fut

un

imposteur. »
Voilà dans quel sens
pas une religion
lation
:

la

Franc-maçonnerie n'est

elle
;

ne s'appuie sur aucune révéloge du Montsens en 1824
:

quelconque

c'est la seule nature.
la

L'un des premiers orateurs de
Thahor^ à Paris,
disait

dans

le

même

« Il n'y a rien de plus incontestablement vrai
ture,

que la naque l'existence. L'ordre maçonnique dérive des an-

ciens mystères qui, à leur tour, n'ont pris naissance et n'ont

eu pour base sacramentelle que cette

même

nature.

Il

est

en conséquence indubitable que cet art royal, ce temple symbolique et mystérieux, l'ordre maçonnique enfin, est

l'emblème de

la nature, de la vérité préexistante.

Cet or-

dre est donc la loi naturelle, l'unique et véritable religion. %

C'est la doctrine que

le

Positivisme devait,

trente

ans

après,

mettre

en

circulation

dans

le

monde

profane.

Les
nous

citations qui précèdent étaient nécessaires

donner

sur

le

temple

pour maçonnique une idée
et Clavel

d'ensemble. Pénétrons maintenant dans son intérieur
tel

que nous

le

décrivent

Ragon

:

((

Le temple des maçons symbolise

l'univers.
;

azurée, étoilée

comme
;

celle des cieux

Sa voûte est un temple maçon;

nique doit être orienté

on y entre par l'Occident

la

lu-

LÉGENDE ET RITUELS MAÇONNIQUES
mière
s'y trouve à l'Orienl;

91
;

au Midi sont placés
la

les maîtres

l'apprenti occupe le Nord, c'est-à-dire
éclairée.

partie la

moins
du
le

Le mot Orient, employé pour désigner
et

la place

vénérable
laquelle

des frères dignitaires de

l'Ordre,

annonce

lieu d'où part la lumière physique qui

nous
les

éclaire,

vers

l'homme tourne constamment
été solaires et

yeux

comme

vers la source de son existence. Cela prouve aussi que les

premiers cultes ont
dre
à

avaient pour but de ren-

hommage à la divinité dans son organe visible. Quant nous, le nom d'Orient, donné à cette partie de nos loges,
les

nous rappelle que
connaissances
«

mystères de

la sagesse

sont venus des
toutes

peuples orientaux, de qui découlent par

le fait

nos

Les temples de la Grèce, l'école

même

de

Pythagore,
et

qui a le plus contribué à répandre la

lumière

dont les
la su-

disciples méritent toute la confiance des

maçons par

blimité de leursprincipes etla moralité de leurs sentiments,

ont perdu leur haute réputation; la Franc-maçonnerie les remplace. Tous les philosophes pythagoriciens ont cru à Véternité de la nature et à la transmuabilité des éléments les uns dans Les autres, et, selon les doctrines indiennes,
l'âme, en se séparant des corps, retourne à l'âme universelle

qui anime tout. Et voilà pourquoi

les

emblèmes des

ministres du premier ordre dans les mystèresanciens étaient
les
«

mêmes que ceux

des chefs de la Maçonnerie.

Ainsi l'hiérophante a revêtu les ornements de la divinité

suprême, comme plus tard nous verrons le grand prêtre de Jéliovah représenté dans nos loges par le vénérable dont l'emblème est l'étoile flamboyante. L'étoile flamboyante
était jadis l'image du fils du symbole du mouvement, de
soleil,

auteur des saisons et

cet Orus, fils d'Isis^ cette

madu

tière première, source intarissable de vie, cette étincelle

feu incréé, semence universelle de tous

les êtres.

« Le soleil et la lune, symboles du Dadouque et de TEpibôme, ont été consacrés aux premier et second surveillants; voilà pourquoi ces chefs sont appelés lumières. Tel est Le le temple maçonnique et ses principales décorations.

92
mot

LÉGENDE ET RITUELS MAÇONNIQUES
loge qu'on
lui

gue sacrée du Gange,
fiaient aussi le

donne vient de loga, qui, dans la lansignifie monde. L'antre de Mithra, où
signil'on regarde

les îûages avaient leurs mystères, et Tantre d'Athis

monde. La Perse, que

comme

le berceau de l'initiation scientifique, donne à ce que nous appelons loge le nom de Jehaii, qui a le même sens. De là sans doute le nom de loge de St-Jean^ sorte de pléonasme accepté par les templiers, qui sont johannistes, c'est-à-dire

disciples de Saint-Jean^ en opposition aux papistes romains qui sont disciples de Saint Pierre. (1)
atelier, école, temple ou un atelier d'initiation, un& école d'enseignement, un temple ou sanctuaire oii l'on doit développer, expliquer el rendre palpables aux adeptes, par
«

La

loge

se

nomme

encore
est

sanctuaire; en

eflet

une loge

le raisonnement, les symboles, les allégories ou les hiéroglyphes qui servent de voile à la philosophie et aux religions anciennes.
«

Le

soleil et la lune^

dont

la figure

décore nos temples,

moralement que nos institutions doivent avoir pour bases les lois de la nature. C'est la connaissance de ces lois immuables qui élève le maçon au plus haut degré
signifient

de l'échelle sociale
n'a point de durée.

;

toute religion, toute association politilois est

que qui s'éloigne de ces
»

informe, contre nature

et

Deux colonnes semblent
tier
;

frère Clavel
et

lonnes Booz

soutenir l'édifice tout ennous apprend que ce sont « les coJakin elles figurent les deux phallus
;

(1) On reconnaît dans ce fatras de fausse érudition les fantaisies historiques auxquelles à l'époque où écrivait Ragon se livraient les FF. GousiD, Matter et Renan. N'est-ce pas aux loges qu'ils ont em•

.

prunté ces systèmes qui ont eu un succès éphémère
croire, car à

?

On

peut

le

l'époque où
certain

ment public un

y sont entrés et avant leur frère Rhegellini y professait ces
ils
Ij

enseigne-

mêmes

in-

terprétations panthéistes et éclectiques.

a laissé de volumineux

ou~

vrages qui constatent sa priorité.

LÉGENDE ET RITDELS MAÇONNIQUES
l'autre des ténèbres,

93

générateurs, l'un de la lumière, de la vie et du bien;

de

la

mort

et

du mal qui entre-

tiennent l'équilibre du monde. »
«

Le dogme des deux

principes,
la

reprend maître

Ragon,

enseignés sous l'allégorie de

lumière

et

des

ténèbres,

forme en
les lutte

effet le fond de la Maçonnerie, comme de tous mystères anciens. Les histoires d'Athis, de Mithra, la

d'Ormuzdet d'Ahrimane, d'Osiris et de Typhon, celles et de Satan ne sont également que la lutte perpétuelle de la lumière et des ténèbres, de la révolution annuelle du soleil. Typhon signifie serpent, il signifie aussi
de Christ

un arbre
chute de

qui

produit des

pommes,

origine judaïque de la

Thomme. Typhon

veut dire qui

supplante,

et si-

gnifie les passions

hnmaines qui chassent de notre cœur

les

leçons delà sagesse.
superstition,

Au

moral,

il

signifie orgueil,

ambition,
préjugés,

hypocrisie^ mensonge, ignorance,

ténèbres de Vâme. »

Voici donc

le

premier parvis du temple,
le lieu

la

loge

des apjjrentis. C'est

l'on

amène

les pro-

fanes avant leur réception. C'est une

chambre tapissée

de noir, où sont des inscriptions capables de faire ré~ fléchir Si tu es capable de dissimulation, tremble, 071 te pénétrera, Si tu tiens aux distinctions
:

humaines sors, on n^en connaît point ici On pourra exiger de toi les plus grands sacrifices, y esf
.

tu résigné ?

Cette chambre est ce qu'on appelle
réflexions
;

le

cabinet de

le

candidat doit rédiger son testament et

répondre par
est
«
:

écrit à trois questions,
les

dont

la

première
?

Quels sont

devoirs de l'homme envers Dieu
tâler, dit

C'est

un moyen de
;

dats qui se présentent

maître Ragon, les candimais cette première question ne pa-

94

LÉGENDE ET RITUELS MAÇONNIQUES
;

raît pas logiquement posée les termes en semblent clairs^ mais quand on veut s'en rendre compte avec précision, on s'aperçoit de la difficulté. Veut-on définir les trois mots ? Si l'on cherche seul cette définition, il est à craindre qu'on ne rencontre l'idée de personne. Le devoir de l'homme envers Dieu variera seloa les individus, et selonl'idée qu'on se sera faite du grand Être à qui l'on rend ce culte. Admirons ici la haute sagesse et la 'prudence de ceux qui ont conçu le plan de la Maçonnerie. Ils connaissaient

toutes les variétés d'opinions et de doctrines qu'il est inutile

d'énumérer
tissaient

ici

;

ils

s'appelèrent

maçons

et dirent qu'ils
;

bâ»

un temple à

la vérité et à la
:

vertu

ils

noQimèrent

ce

par quoi tout existe
C'est an travail

grand architecte de l'univers.

bien coordonné,

on

le voit

;

tous

les devoirs

envers Dieu, se réduisant

l'idée

qu'on

s'en forme, deviennent arbitraires
;

comme

cette idée

elle-même toute révélation, toute religion n'est qu'un mot, un vieux petit mot, comme disait F.*. Renan,

que chacun interprète à sa guise. C'est rase de la consience humaine.
«

faire

table

Le moment

étant venu de recevoir le profane, continue
le

Glavel, le frère terrible se rend auprès de lui dans

cabi-

net des réfîexioTis, prend à la pointe de son épée le testament et les réponses préparées et les apporte au vénérable,
qui en donne connaissance à la loge. S'il ne s'y trouve aucune proposition contraire aux principes de la Franc-maçonnerie, le frère terrible retourne près du candidat, lui bande
les yeux, lui ôte tous les objets de métal qu'il peut avoir sur

lui

;

il

lui

découvre ensuite
le

le sein, le

bras gauche et le ge-

nou
lui

droit, lui fait

chausser du pied gauche une pantoufle,

entoure

dans

cet état,

il

cou d'une corde dont il tient l'extrémité, puis, l'amène à la porte du temple où il le fait
et,

heurter trois fois avec violence,
l'intérieur

sur la

demande

faite

de

quel est l'audacieux qui tente de forcer l'entrée


LÉGENDE ET RITUELS MAÇONNIQUES
du temple,
frapper est
\ei

95

frère terrible répond

L'homme

qui vient de

un profane désireux de voir la lumière et qui vient la solliciter humblement de notre respectable loge. » prête un premier « Il est introduit alors dans la loge,
serment de ne rien dévoiler de ce qui passe,
de la terre, du feu, et de arraché, la lumière lui est donnée
tout ce qui s'y trouve, et les frères
et,

après trois
et

épreuves qui rappellent celles des mystères anciens

qu'on

nomme

l'air, le
et
il

bandeau lui est contemple la loge,
et

armés de glaives tournés

contre lui

;

puis on lui

donne

le

mot d'ordre

de passe

du grade.

»

Tel est

le

temple maçonnique,

tels

sont ses

sym-

boles et le sens auquel le vénérable et Vorateur vont

en quelques instants

initier l'apprenti.

« L'apprenti, ni ?iw,ni vêtu, comme parlent nos rituels, nos mœurs ne pouvant plus, dit Bazo(, souffrir la nudité les yeux couverts d'un bandeau épais, la cordeau entière, cou, et amené ainsi au temple pour y recevoir la lumière, les ténèbres de figure dans cet état Vhomme de la nature

;

son corps figurent celles de son âme
et

;

la

corde qui

le lie,

les préjugés, les erreurs et les superstitions qui l'enchaînent
lui ôtent la liberté. Initié,
le
il reçoit un vêtement nommé vêtement qu'indique la pudeur na-

par nous décoration,
tive,

un

tablier de

peau de bête qui représente aussi

la vie

laborieuse; on lui

donne une

truelle

pour cacher

les défauts
et sur la-

de ses frères
quelle
il

;

la

pierre brute, qui est

lui-même
fixe

doit travailler pour se délivrer de ses préjugés, vices
;

et erreurs

le

compas dont

la

branche

indique

le

point

central d'où tout part, et l'aulre, par son écartement, les cercles

sans nombre; de la

Maçonnerie

;

il

voit

suspendu au

cordon du vénérable ou du surveillant l'équerre, qui signifie que tout doit se faire dans l'esprit et le but de la Maçonnele niveau, symbole de l'égalité, base du droit naturel rie la perpendiculaire, qui signifie que le maçon doit aller au
;
;

96

LÉGENDE ET RITUELS MAÇONNIQUES

but de l'ordre sans se laisser détourner par aucune affection
d'intérêt, ni de famille.
«

On

lui

donne pour mot
signifie

d'ordre, dans le rite français,

Jakin qui

initiation^ science

des

choses
qui

ou de
veut

la nature^ et

pour

mot de

passe, terre
;

Tubalcaïn,
et,

dire métal, possession de la

lumière,
s'il

il

voit

un peuple de

frères

quand il reçoit la armés pour sa défense
pour
le

lui

arrivait

d'être attaqué,

et aussi

punir

s'il

trangressait les lois qu'il vient d'accepter.
«

Les glaives qui

brillent

aux yeux du récipiendaire,

les

faisceaux d'armes, les trophées de guerre qui s'unissent aux

emblèmes des

arts libéraux, tout cet appareil quasi militaire

exprime allégoriquement la guerre morale que la Maçonnerie fait continuellement au vice, à l'ignorance, à la superstition.
))

C'est

d'un enchaînement on ne peut
les religions positives

plus

clair.

Toutes

ne sont qu'erreurs, préinventions de
l'or-

jugés, superstitions, ignorance,

gueil, de l'ambition et de l'hypocrisie,
les

pour enchaîner

hommes

et s'en

rendre maîtres. C'est

ce qu'il faut

d'abord

faire
et,

disparaître

de

l'esprit et

du cœur des
et

candidats,
la société.

par eux ensuite, de leur famille

de

A

peine ce

déblai est-il
jeter
:

champ, on commence à
principe, lumière
tient l'équilibre

commencé, que, sur-lele premier fondement du
la nature,
et

nouveau temple, à savoir

un

double

et ténèbres, vie et

mort, qui entre-

du monde

et qui est la vraie science

des choses,
au
le

la

sagesse, ou la véritable philosophie,
le

fond de laquelle vient déjà poindre
feu incréé, dont
le

feu sacré,

soleil
la

est la

plus éclatante

manifestation,

comme

source

intarissable de la

LÉGENDE ET RITUELS MAÇONNIQUES
vie, la

97

semence universelle de tous
travail

les élres, le

grand
ne

architecte de l'univers.

Ce double
laisse pas
et

de déblaiement

et d'édification

de demander beaucoup de science, de temps
Il

de peines.
les

y a tant de préjugés encore, malgré
;

tous

progrès enfantés par l'ordre

mais l'œuvre
et le

avance toujours en profondeur, en largeur
teur
;

en hau-

ce que l'apprentissage a

commencé,

compas
la

gnonnage

vient bientôt l'affirmer et le

développer.

h'apprenti^ en devenant CGmpagjion, passe de

perpendiculaire au niveau, c'est-à-dire de

la

colonne

Jakin, qui signifie initiation, science de la nature^
à la colonne Booz, qui signifie force, travail, sagesse,

philosophie

;

ou encore,

dit Clavel,

de

la

colonne des

ténèbres, du mauvais principe, de la nature passive,
à la colonne de la lumière,
ture active.
«

du bon principe, de

la

na-

Dépouillé pendant son apprentissage des préjugés

et

des

fausses

maximes

puisés parmi les profanes, l'initié, devenu

les ordres

compagnon, va travailler activement à édifier dans lui, sous du maître, le temple nouveau de la nature, et voir succéder au nombre trois de l'apprenti le nombre cinq ou du progrès.

Entre

les questions faites
et,

au compagnon, tous
celui

les

du secrétaire du Grand-Orient, donnent, comme une des premières
manuels
entre
autres,
et

des plus importantes, les questions et les réponses
:

suivantes

«

D. Pourquoi vous êtes-vous

fait

recevoir

compagnon^
7

«

Pour connaître

la lettre

G.

98
«

LÉGENDE ET RITUELS MAÇONNIQUES
D.

Que

signifie celle lellre?Que

vous en a-t-onappris?

« R. 1° Qu'elle signifiait géométrie, science qui a

pour

base l'application de la propriété des nombres aux dimensions des corps, et particulièrement au triangle, auquel se

rapportent généralement toutes les ligures
l'initiale

;

2" qu'elle était

d'un des

noms du grand

architecte
fait

de

l'univers,

elle symbole du feu divin qui

nous

distinguer,

con-

naître, aimer, pratiquer la vérité, la sageasz et la justice. « D, Où avez-vous été reçu compagnon ?
«

«
«

R. Dans une loge juste et parfaite. D. Quelle forme avait-elle ?

R.

Un

carré long.
?

«

« « « «
«

D. Quelle en était la longueur R. De l'Orient à l'Occident. D. Et
la

largeur

?

R. Du Midi au Septentrion. D. Et la hauteur ? R. Incalculable
;

des pieds, des toises et

des

coudées

sans nombre.
«

« «

D. De quoi était-elle couverte ? R. D'un dais d'azur parsemé d'étoiles. D. Qui la soutenait ?
R. Trois grands piliers de forme triangulaire
:

«

sagesse,

force, beauté; sagesse, pour inventer; force,

pour exécuter;

beauté, pour orner.
«
«

D. Quelle était sa profondeur? R. De la surface de la terre au centre. »
est

L'emblème
nature, le
bles,

encore facile

à comprendre.
c'est

La
la

loge dans laquelle est entré le

compagnon

monde
toises et

matériel aux dimensions incalcula-

aux

aux coudées sans nombre,
il

infinies
la

par conséquent. Et
lettre
le

y est entré pour connaître

G, c'est-à-dire
la

la

géométrie
il

et

Dieu lui-même,
au Dieu

Dieu de

Maçonnerie, car

a

dû préalablement
esprit.

renoncer au Dieu du Christianisme,

LÉGENDE ET RITUELS MAÇONNIQUES
éternel, iafiai

99

en toutes perfections, créateur, conserMaçounerie,

vateur, rémunérateur, vengeur, qu'adore l'univers.

Le Dieu de
le

la

c'est le

Dieu
et

Tout,

Dieu Pan,
et

les

deux principes bons
la

mauvais

unifiés,
selle^

devenant ainsi

quintessence univeret
et

les

deux
aspirés

esprits, l'un

supérieur
par l'autre

inférieur,
s'identifiant
qu'ils

respires ou

avec

la terre, l'eau, l'air, le feu et l'élher,

géo-

métrisent incessamment dans leur perpétuelle et continuelle activité.
C'est ce que dit nettement

Ragon

:

«

La

lettre

G

est

non seulement

l'initiale

d'un des

noms

du grand architecte de l'univers,
divin qui nous fait

symbole du [tu distinguer, connaître, aimer, pratiquer
mais
le

la vérité, la sagesse et la justice.

La

nature,

symbolisée

par le feu sacré, indique au compagnon,

au néophyte, le genre d'étude auquel il doit désormais appliquer son esprit. Le feu anime tout ce qui respire, dans les airs, sur la terre
et sous les eaux... Le soleil, dont l'image est consacrée dans nos temples, est le feu inné des corps, le feu de la nature, auteur de la lumière, de Vignition. Il est la cause efficace de toute génération ; sans lui point de mouvement, point il donne la forme à la matière^ il est im; mense, indivisibk, impérissable et présent partout.

d'existence

li

Ailleurs, à propos

du grade de Rose-Croix,
feu

il

re-

vient sur le culte

du

comme

principe de la
:

Ma-

çonnerie et paraphase ainsi deux vers célèbres
C'est ce feu caché,

<(

tout, qui entretient tout,

mais toujours agissant, qui produit cuncta parit, cunctaque alit. C'est dont
renouvelle perpétuelleil éléments des corps, ou qui

le feu, l'âme de la nature,

ment

les formes, qui divise les

100
réuniL

LÉGENDE ET RITUELS MAÇONNIQUES
kurs molécules éparses
:

cuncta rénovât, cunclaque

dividit. C'esl cet élément enfin qui, après avoir été le

prm-

cipe de la vie de tous les êlrrs,
activité, la
et

devient,

par suite

de son

cause

toujours

agissante de leur destruction

de leur agrégation à d'autres mixtes, cuncta unit.
«

Pour eux, Isis n'est plus cette déesse, sœur et femme que le vulgaire adore sous tant de formes et avec tant d'attributs différents. C'est la nature dans toutes ses époques que caractérisent ses symboles, la nature qu'un de nos plus savants interprèles maçonniques, Reghellini, fait « Je suis ainsi parler après Apulée sous le nom d'Isis nature, mère de toutes choses, maîtresse des éléla
d'Osiris,
:

ments,

le

commencement

des siècles, la
la

souveraine des
face

dieux, la première de la nature céleste,

uniforme

des dieux et des déesses. C'est moi qui gouverne la multitude innombrable des cieux, les vents salutaires des mers,
le silence

lugubre des enfers

;

ma

divinité unique,

mais à

plusieurs formes, est honorée avec différentes cérémonies et

sous différents noms Pessinontienne ou Gybèle, Minerve, Vénus, Diane, Proserpine, Gérés, Junon, Bellone, Hécate, Rhamnusie. Les Égyptiens les Orientaux, les Ariens, et ceux [qui sont instruits de l'ancienne doctrine, m'honorent avec des cérémonies qui me sont propres et m'appel:

lent de

mon

véritable

nom,

la

reine Isis.

»

Cette interprétation des mystères maçonniques n'est

pas particulière à Ragon.
Strauss,
le

Le grand maçon allemand
et d'Osiris.

maître de Renan, s'est rattaché d'une façon

significative

au culte d'Isis

Par son

testa-

ment

il

ordonna qu'on exécutât à ses
le

funérailles,

en

guise de cérémonie religieuse,
d^Isls et

chœur des

prêtres

d'Osiris de la
fut fait

Flûte enchantée.
livret

Cet opéra

de Mozart

sur

un

qui était une allusion
la

constante à la rénovation de l'humanité par
lution

Révo-

française et

la

Maçonnerie. Ses représenta-

LÉGENDE ET RITUELS MAÇONNIQUES
lions à

lOl

Vienne en
vie,

1791

servaient

aux

initiés

de

moyen de
dans sa

se reconnaître.

Ce
la

détail indique

combien

consacrée à

propagation de l'impiété,

Strauss était animé par la pensée maçonnique.

Nous

avons sous

les

yeux un ouvrage publié en 1877 à
titre
:

New- York

sous ce

Isis

unveiled a masterkey

to the mysteries

ofancient and

modem

science

and
le

theology, by Blavatsky, correspondent secretary of the

theosophical society, dont

la

conclusion est que

culte des Piti^is védiques (flamme

du

foyer) est appelé

à devenir le culte de la partie spiritualiste de l'humanité et
selle
la

que

c'est

en s'unissant à ce feu, à
est Dieu,

Tàme

univer-

du monde, qui
!

que l'homme arrive à
la

toutepuissance

C'est bien là la pensée

mère de

Franc-maçonnerie.

Elle est plus ou moins développée suivant l'esprit qui

règne dans chaque loge particulière

;

mais

les livres

de

Bazot, de Ragon, deClavel, de Guillemin de St-Vic-

tor,ont précisément pour but de fournir aux orateurs et

vénérables les thèmes de leurs discours lors des réceptions.

Ces interprétations des grades varient
les détails, et la

d'ailleurs

dans

Maçonnerie ne se pique pas plus

d'unité que d'érudition véritable. Ainsi

Ragon

et

Clavel

fournissent une autre série d'interprétations où les trois

premiers grades sont rapportés à
leil,

la

révolution du

so-

la
le

mort d'Hiram, à sa disparition pendant
fond en est toujours l'adoratiou de
fêtes
la

l'hiver.

Mais
et les

nature,
la

deux

des maçons,

la

St-Jean d'été et

St-Jean d'hiver, ont pour objet

le culte

du

soleil

mou-

rant en hiver et ressucitant au printemps.

Ragon indique à

cette occasion la force génératrice.

102
les

LÉGENDE ET RITUELS MAÇONNIQUES
phénomènes de
la

génération

comme

l'objet

du

culte de la Maçonnerie,

comme

son Dieu.

« Le grade de maître retrace donc]all(^goriquement la mort du Dieu-lumière, soit que l'on ne considère ce Dieu que comme le soleil physique, mourant en hiver pour reparaître et ressusciter au printemps, à Pâques, soit que, comme le philosophe, on ne voie qu'une commémoration figurée, une peinture emblématique du chaos, du sein duquel jaillit la lumière éternelle, ou bien, ce qui revient au même, de la putréfaction exprimée par le mot substantiel du grade, Macbenac, mort apparente des corps, mais source inépuisable de vie, par laquelle le germe au printemps reçoit son développement. « Beaux mystères de la nature, dont les opérations ne sont qu'une suite de combats et de réactions entre le prin-

cipe générateur et le principe destructeur!
«

Or, le résultat de la fécondation, n'est-ce pas la fermenla

tation,

fermentation par
la

le feu,

comme

l'indique le

mot

lui-même,

putréfaction des principes séminaux, cet état

de ténèbres, de désordre, de confusion, que les anciens désignaient par
le

l'apparition du

mot de chaos, qui précède le développement et germe régénérateur? Le chaos, que nous rel'aurore des siècles, précurseur de la création,

gardons
n'était

comme

pour les sages de l'antiquité qu'une hypothèse ou plutôt une induction qu'ils tirèrent de la génération des
êtres.
«

La putréfaction
la

et la

mort, voilà le premier point de la
la résurrection, voilà le le

maîtrise;

renaissance et

point. Tel est le

phénomène important,
firent

second mystère ineffable^

vraie clef de

la
ils

nature, qu'avaient su pénétrer les anciens

sages et dont
et le sujet

un des fondements de leur doctrine,

de leurs légendes sacrées.
relrace-t-il

En

effet,

tout dans

l'univers n'est-il pas soumis aux lois qui viennent d'être ex-

posées ? Tout ne grands agents de

pas la lutte éternelle des deux
et leurs victoires alternatives?

la

nature

LÉGExNDE ET RITUELS MAÇONNIQUES

103

gent

ne saurait trop le répéter la vie et la mort se partale monde. Toutes deux en sont le terme, l'une ne peu^ exister sans l'autre, et toutes deux émanent d'une seule et
:

On

même puissance. « Gomme le nombre un

désignait l'harmonie, l'ordre et le

bon principe, le nombre deux offrait l'idée contraire. 11 exprime aussi l'état de mélange et de contrariété dans lequel se trouve la nature où tout est double ainsi la nuit et le jour, la lumière et les ténèbres, la sa?ité et Vétat de mala:

die,

V erreur
»

et la

vérité, l'un et
le

l'autre

sexe s'engendrant

l'un par l'autre,

comme

grain de blé, cause et résultat tout

ensemble.

Ce

sont, d'après
les

maître Clavel, les deux colonnes
l'un de la

du temple,
de
la

deux phallus générateurs,
;

lumière, de la vie et du bien

l'autre,

des ténèbres,
l'équilibre

mort

et

du mal, qui entretiennent

du monde.
«

Et cependant, ajoute Ragon,

le ternaire

ou nombre

trois

est le

nombre par

excellence et de prédilection, c'est celui

qui représente

mieux la nature. De là, la consécration dans nos loges du triangle, dont les côtés figurent les trois i^ègnes, la nature en Dieu. Au milieu est l'Iod hébraïque., esprit

la lettre

animateur, ou le feu, principe générateur, réprésenté par G, initiale. du mot Ûieu dans les langues du Nord, et dont la signification philosophique est génération. « Le premier côté du triangle offert à l'étude de l'apprenti
est le

de Tart de travailler
rite français.

règne minéral, symbolisé par Tubalcaïn, inventeur les métaux, et mot de passe du gracie au

Le deuxième côté que
passe.

doit méditer le

com-

pagnon

est le

règne v^^éfa/, symbolisé par Schibboleth, qui

signifie épi,

mot de

Dans ce règne commence

la gé-

nération des corps, et voilà pourquoi la lettre
radieuse aux yeux du compagnon.
l'étude concerne le règne

— Le troisième côté, dont
et

G

est

présentée

animal

complète l'instruction

104

LEGENDE ET RITUELS MAÇONNIQUES

du maître, est symbolisé par Macbenac, la chair quitte les os, ou mieux fils de la 'putréfaction. « Mais le triangle entier a toujours signifié Dieu ou la nature, et les allégories des trois vérités, fondement des premiers mystères, les effets successifs et éternels de la na1° Que tout est formé par la génération 2° que la ture destruction suit la génération dans toutes ses œuvres; 3"* et que la génération rétablit sous d'autres formes les effets de
:

;

la destruction. »

CHAPITRE
LES

VIII

GRADES DE RoSE-CrOIX ET LE CHEVALIER

Kadosgh

Cet athéisme grossier à peine déguisé, ce panthéisme
sert

non-seulement de base aux

trois

premiers de-

grés de la Maçonnerie, bases

eux-mêmes ou tronc de
;

toutes ses branches et de toutes ses sectes diverses

mais

il

monte

et se

développe avec

elles

jusqu'à leurs

plus hautes sommités, enfantant les sombres complots,
les

haines sauvages, détruisant dans les intelligences

et les

cœurs tout ce qui peut y
et le

rester

de religieux

et

de

social.

Pour ramener l'homme
de
il

monde au

seul culte

la

nature et achever

la

construction de son temple,
et d'affermir le

faut, tout

en continuant d'étendre

naturalisme

panthéiste, abattre et vaincre leurs trois
religion révélée, la société formée
elle

ennemis
elle

:

la

par
la

ou dont

est

le

fondement

et le

lien,

royauté eûfm ou les magistratures qui en sont les défenseurs et les gardiens. Tel est
le but,

nous venons
;

de

le voir,

de

la

Maçonnerie bleue ou symbolique

tel est le

but encore, plus expressément avoué parla

106

Rose-Croix et chevalier Kadosgh
et

Maçonnerie rouge
des.

philosophique ou des hauts gra-

Parmi ceux-ci nous relèverons seulement ceux de
Rose-Croix^ de chevalier Kadoscli; mais tous ont pour
but de faire disparaître sous de nouvelles images et

de nouvelles hypothèses
dresse pas moins contre
théiste, démolition

le

Christianisme, qui ne s'en

le travail

de démolition pan-

commencée sous le nom même de construction du temple. Les noms de Dieu et de Jésus-Christ son fils, les noms de pape, d'évèques, de
prêtres, tiennent

une trop large place dans
les

les inteUi-

gences

et

dans

cœurs

;

ils

sont écrits dans trop
siècles, et

de monuments historiques depuis dix-huit

au milieu de tous ces royaumes et de toute cette
tion qu'ils ont façonnée

civilisa-

comme

l'abeille fait sa

ruche,

pour

s'effacer si facilement et si vite.

Aussi

la

Franc-

maçonnerie mullipHe-t-elle ses instruments de vengeance, de calomnie de crime
et

de sacrilège.

Les maîtres en Maçonnerie ne sont pas d'accord sur l'origine du grade de Rose-Croix. Ceci importe peu.

Ce

qui est certain, c'est que dans les rituels français
et écossais, et

modernes
cielles,
il

dans

les interprétations offi-

le

l'esprit de la Franc-maçonnerie, fond de sa haine contre toute religion en général,

accentue

contre la rehgion catholique en particulier.

Commen:

çons par l'exposition des principaux points du grade,
tels qu'ils se

trouvent dans les rituels consacrés
et,

«

La

loge doit être tendue de rouge,
c'est

à l'Orient, au lieu

une face est un grand tableau en transparent, représentant un calvaire. Les deux
d'un trône,
autel

un

triangulaire dont
autel,
il

tournée vers l'Occident.

Sur cet

faut

Rose-Cboix et chevalier Kadosgii
croix des côtés sont nues
;

107

mais sur celle du milieu, il y a une une draperie entrelacée, et au-dessus l'inscription qui était à la croix du Sauveur. Au bas, sur le devant du tarose et

sur les débris desquelles il y a des colonnes brisées, des gardes endormis, et au milieu d'eux on voit une espèce
bleau,

de tombe dont la pierre

est

dérangée, et de laquelle

il

sort

un

linceul.

C'est

la

décoration

de

la

loge toutes les fois

qu'on y tient chapitre. Mais lorsqu'il y a réception, toute la tenture, le transparent et l'autel doivent être recouverts
de noir.
Alors
il

faut trois grandes colonnes triangulaires

dont les

noms

écrits dessus

trois vertus théologales,

de manière que

en transparent sont ceux des la Foi est à l'Occi-

Midi et la Charité à TOrient. Pour donner le grade de Rose-Croix, il faut encore deux autres appartements l'un que l'on nomme chambre des pas perdus, où il n'y a qu'une table pour écrire et
dent, l'Espérance au
«
:

pour le candidat et ceux qui s'y trouvent appelée chambre obscure, assez sombre pour qu'on n'y puisse rien voir dans cette dernière, il n'y a que des chaînes pour intimider le récipiendaire pendant son
des sièges
et
;

l'autre

;

voyage.

A
Mon

l'ouverture de la loge, le

ti^ès

sage est assis sur

la troi-

sième marche de l'autel, qui en compte sept, la tête appuyée sur une de ses mains. Après les premiers ordres, il dit
:

changé de face le voile du temple est déchiré, les colonnes de la Maçonnerie sont brisées, la pierre cubique a sué sang et
frère,
;

vous

me

voyez accablé de tristesse

;

tout a

eau,

la parole

est

perdue, et
et

consummatum

est.

Très res-

pectable

premier
si,

votre colonne

second chevaliers, voyez chacun sur à l'aide de nos dignes chevaliers, vous ne
;

pourriez pas la recouvrer
« Ils

alors vous viendrez
frère leur
:

me
le

la rendre.

obéissent
;

;

chaque
sage dit

donne

mot, bas à

l'oreille

et le très

valier, à présent
t-il
M

que

la parole est retrouvée,

Très respectable premier cheque nous resteles décrets

à faire

?
-.

Le premier chevalier

Très sage, respecter

du Très-Haut, rendre hommage au suprême

architecte, et

108

Rose-Croix et chevalier Kadosch
tout ce qui peut

nous humilier sans cesse devant
son image
(1).
:

retracer

«le très-sage
celui qui
«

Oui,
;

très respectables chevaliers, voilà le

but de nos travaux

mes

frères, fléchissons le

genou devant

nous adonné

l'être.

blée

disant ces mots, il se lève, ainsi que toute l'assemchacun se tourne du côté de l'Orient, fait le signe, s'incline et met un genou en terre. Le souverain chapitre
;

En

est ouvert.
«

Après

les préliminaires

ordinaires,

le

récipiendaire,

préparé dans la première chambre par l'orateur et le maître
des cérémonies, qui ont pris son nom et lui ont donné 33 ans d'âge, est introduit dans la loge, alors voilée en noir, parsemée de larmes blanches. Tous les frères ainsi que le
très sage
«

ont pris ou doivent prendre un air

triste.

Très-sage, dit le

premier surveillant,
se présente

voici

un digne
cha-

chevalierj de
pitre

l'Orient qui

au

souverain

pour obtenir
Le très-sage

la faveur d'être

admis au sublime grade

de Rose-Croix.
«
:

«

Le récipiendaire

Digne chevalier, qui êtes-vous ? Je suis né de parents nobles de
:

la

tribu de Juda.
«

Le très-sage
Le très-sage
Le très-sage
;

:

Quel
:

est votre

pays

?

« «
«

Le récipiendaire
:

La

Judée.
?

Quel
-.

art professez-vous

Le récipiendaire
-.

La Maçonnerie.

Digne chevalier, vous m'inspirez la plus mais vous nous voyez accablés de tristesse tout est changé, le premier soutien de la Maçonnerie n'est plus, le voile du temple est déchiré, les colonnes sont brisées, les ornements les plus précieux sont enlevés et la pa«

parfaite estime

;

role est perdue.

Nous n'avons d'espérance de

la retrouver

(1) L'étoile

l'Orient, et c'est

nouillent et

flamboyante, le Delta et la lettre G ou J, sont placés à devant ces signes que, sans superstition ils s'cigeadorent le iJieu-feu ou Pan.
!

.

Rose-Croix et chevalier Kadosgh
pour nous?
« «

109

que dans votre courage. Nous promettez-vous de l'employer
Le récipiendaire
Le très-sage
:

:

Oui, très sage.
ici

Venez
si

nous en donner l'assurance en

prêtant serment que,
res,
«

vous venez à connaître nos mystèplus profond silence.

vous en garderez

le

Le serment
fait

prêté,

un genou en
;

terre,
le

auprès de l'autel
lui

triangulaire,

le très

sage le relève
le

maître des cérémo-

nies lui

faire

tour

du chapitre en
foi,

montrant
et charité;

successivement
puis le
fois le tour et

les trois
la

colonnes:

espérance

conduit à

l'introduit de

chambre obscure, lui en fait faire sept nouveau dans la chambre du
la

souverain chapitre, d'où les tentures noires ont été enlevées, et ont laissé à découvert

chambre rouge dans

tout

son éclat
«

et ses

ornements.
dem.andes suivantes, aux:

Le

très sage lui fait alors les
le frère

quelles
« «

qui le conduit lui dicte les réponses

«

«
«
«

D. D'oïl venez-vous ? R. De la Judée. D Par où avez-vous passé R. Par Nazareth D. Qui vous 3 conduit ? R. Raphaël.
.

?

« «

D.

De
De

quelle tribu êtes-vous
la tribu

?

R

de Juda.
les lettres initiales

« D. Rassemblez que font-elles ? « R. lari.
:

de ces quatre noms,

« Le très-sage Oui, mon frère, c'est l'inscription que vous voyez en haut de cette croix et la parole que nous avons perdue et que votre zèle nous a fait retrouver. Venez

au pied de cet autel recevoir
«

le

pri^:

qui vous est dû.

Le récipiendaire
l'autel, le très

obéit, et lorsqu'il est à

genou au pied
sur la tête et

de

sage lui met son épée nue

du pouvoir que j'ai reçu de la métropole loge d'Hérédon, et devant cette auguste assemblée de chevaliers, mes frères et mes égaux, je vous admets, redit à

haute voix:

En

vertu

110

Rose-Croix et chevalier Kadosgh

çois et constitue à présent et pour toujours chevalier prince de l'aigle et du pélican^ parfait maçon libre d'Hérédon^ sous le titre souver [lin de Rose-Croix.
«

Le très-sage

le

relève ensuite, lui
;

donne

le

cordon, la
»

parole, le signe et l'attouchement

la parole est Inri.

Tel

est le

grade de Rose-Croix
rite

au

rite écossais.

Le môme grade du
français, n'en diffère
les et les accessoires.

ancien réformé,
la rédaction

ou

rite

que dans

des formu-

L'odieuse parodie delà mort de N.-S. Jésus-Christ
et

des mystères eucharistiques s'y trouve encore plus accentuée dans cette réponse adressée au très sage
la

demandant, à Touverture de
est-il ?

loge

:

Quelle heure

voile

Le premier surveillant répond du temple fut déchiré, où

les

:

« L'instant
les

le

ténèbres se ré-

pandire?it sur la terre, où la lumière fut obscurcie,

colonnes

et les outils

de la Maçonnerie
eau, où la parole

furent

brisés,

V étoile

flamboyante disparut,
et

la pierre cubique

sua sang

fut perdue, »
est fait en forme de chasuau milieu il doit y avoir une croix de ruban de couleur ponceau sur le tablier il y aura un grand J.-., et un peu plus loin Jéhovah, qui veut dire la parole expirante; au milieu du tablier sera un globe représentant le
«

L'habillement du candidat
;

ble très-courte

;

monde, ce globe entortillé d'un serpent. Le maître doit porter une étoile flamboyante sur le cœur, au milieu de laquelle
ja lettre G.", et autour des'pointes, les lettres F.

(foi), E.*.

(espérance),

Tous sont censés assis à terre sur des banquettes de six pouces de hauteur en signe de deuil. « Le récipiendaire répond, quand il lui est demandé ce
C... (charité).

Rose-Crjix et chevalier Kadosgh
qu'on a
fait

111

L'on m'a revêtu des marques de douleur et de repenti?^ l'on m'a appris ce que signifiait chaque chose et en mémoire de quoi je ta faisais. Ensuite tous les chevaliers ont fait un voyage commémoratif, lequel nous a fait passer de la tristesse à la joie, après avoir parcouru des chemins obscurs (1) ».
:

de lui après son serment
;

Et

le reste
le

comme

au rite écossais.
suit la réception,
la table,

Dans
le

banquet qui

en

forme de

croix, se

nomme
et les

autel; les verres, calices;

pain et le vin s'y distribuent

comme
s'y
la

à la dernière

cène du Sauveur,

membres

rendent deux à

deux, portant chacun une baguette à

main.
le

Or, quelques efforts que l'on fasse pour donner

change aux dupes
ne
s'agit

et

aux profanes,

il

est évident qu'il

dans ce grade que du Dieu des chrétiens,
le

de Jésus-Christ. Le récipiendaire a pour objet de
figurer,

comme

dans

les

grades précédents
le

il

a figuré

successivement Zorobabel,

maître Hiram, l'homme
lui

de
ans

la nature,
;

etc.; c'est

son âge qu'on

donne, 33

ce sont les initiales de son
;

nom

inscrit

au haut

de

la croix

il

est

de son pays, de

la tribu

de Juda,

d'une famille noble.
Il est

évident encore qu'il s'agit de sa mort. C'est

d\me

chasuble avec la croix
le

du haut

en bas et en

travers que

récipiendaire est revêtu. C'est sa croix,

ce sont les signes qui accompagnèrent sa mort; c'est

un calvaire avec ses trois croix., celle du milieu avec une draperie entrelacée^ et au haut iHnscription Inri; c''est Vimage du saint mont, sur lequel

(l)

Manuel

'pratique

du franc-maçon

(Rose-Croix), p. 97, 127,

il '2
le fils

Rose-Croix et chevalier Kadosch

du grand
les

architecte expire^ qui y sont reprérituels et les

sentés, disent

manuels adonliiradessous de
la

miles, écossais et français.
est le

Au

croix
;

tombeau ouvert^ symbole de sa résurrection
est-ce le

aussi

vendredi-saint

que

les

Rose- Croix

tiennent leur chapitre et font leurs réceptions.
Il est

évident encore, et les deux rituels
et

le la

disent
résurla

en termes exprès, que, par cette mort
rection qui

par

Ta

suivie, le

voile

du temple, dont

Maçonnerie prétend être

la succession,

a été déchiré;
ses

que

les soutiens

de

la
;

Maçonnerie, ses colonnes,

outils ont été brisés

que

la

pierre cubique,

emblème
et

du dieu Pan
que
le

et

du panthéisme, a sué sang
contenait, aussi
la lettre
;

eau

;

mot

sacré qu'elle

bien

que

l'étoile

flamboyante avec

G

ou
la

le

Dieu-na-

ture^ le Dieu-tout^ ont disparu

que
s'est

parole retrou-

vée dans

les

grades d'écossais
la

de nouveau perle deuil,

due

;

que toute
peine
la
le

Maçonnerie porte

acca-

blée de tristesse.

A
dans

récipiendaire, de

retour de son voyage
les frères

chambre obscure avec

qui

lui

ont

fait voir et entendre toutes les choses^

a-t-il fait con-

naître ce qu^il est, et formé avec les initiales des

mots
le

par lesquels on a

fait

connaître
les

son signalement,
frères

nom
dans

de /nr^,
la joie', la

aussitôt tous

sont rentrés

loge s'est illuminée,

l'étoile

flambo-

yante a reparu plus brillante que jamais,
la

le soleil et

lune ont repris tout leur éclat, les ténèbres se sont

dissipées, les colonnes
lettre

du temple se sont relevées,
le dais
la

la

G

ou J

s'est

montrée sous
de gloire,

au haut de
a été

l'Orient, entourée

parole perdue

Rose-Croix et chevalier Kadosch

113

retrouvée et la pierre cubique et la croix rose replacées au

sommet du

calvaire ou

du mont

sacré, figuré

par les trois triangles

et les trois circonférences.

Que

signifie tout ce
?

mystérieux imbroglio

si

astu-

cieusement confus

L'explication en est

facile

pour
le

tout profane qui veut réfléchir, aussi bien

que pour

récipiendaire.
le secret est

Il

n'y en a qu'une seule possible, tant

transparent.

La

divinité

de Jésus-Christ étant un dogme irrévomystères d'Athis, de Mithra,
;

cablement acquis, sa religion étant démontrée divine,
c'en est
d'Isis,
fait

de tous
et

les

d'Ormuz
initiés

d'Ahrimane

c'en est

fait

delà

Maçonnerie elle-même, de ses
et

initiations

mystérieuses

de ses

;

ses princes très

puissants ou très

sages ne sont plus que des insensés ou des imposteurs
;

l'étoile

flamboyante, emblème de

la

seule et
;

multiple divinité des maçons, est éteinte à jamais

la

parole panthéiste et athée est perdue pour toujours.

Aussi
haute
et

le deuil et la tristesse

ont-ils envahi la
cri

très

souveraine loge.

Un
par

a retenti dès lors

au fond des antres souterrains
noires
:

et

de leurs chambres
célèbre des

c'est le cri proféré
:

le plus
!

ma-

çons philosophes

A

bas l'infâme
la

INRI,

le secret,

parole sacrée du

rose-croix,

n'a plus signifié pour les sociétés secrètes qu'un

hom-

me venu

de

la

Judée, passant par Nazareth, conduit
la

par Raphaël et appartenant à

tribu

de Juda, un
la croix intotal,

homme comme un
fâme
!

autre,

un juif mort sur
Christ, le

Le reniement du

blasphème

telle est,

dans ses plus hauts grades,

comme dans
Quand

ses ses

plus infimes, toute la science maçonnique.

114

Rose-Croix et chevalier Kadosch
forts,

adeptes se sont crus assez nombreux et assez

c'est dans des repas publics longtemps annoncés d'a-

vance, et

le

vendredi-saint^ qu'ils ont célébré leur

triomphe impie.

la

Les rituels de ce ce grade, dont l'importance dans Maçonnerie est capitale, expliquent dans quel sens
de
la secte
Ils

les interprètes ter
le

semblent quelquefois exal-

Jésus-Christ.

en font un Christ humanitaire,
l'être^

représentant

le

plus élevé de

comme

l'a dit

Renan dans son œuvre éminemment maçonnique de
la Vie de Jésus. C'est là

un point de vue sur lequel
œuvres delà
rôle.
Il

il

faut être bien fixé pour juger des

litté-

rature et de la philosophie éclectiques, où les formules

de
ner

la religiosité loMdxii
si

un grand

faut

exami-

elles

présentent Notre-Seigneur Jésus-Christ
réel et vivant,
la sainte Trinité.

comme Dieu
personne de

Verbe incarné, seconde
Or, elles évitent de se

prononcer sur ce point,

et alors elles sont

des œuvres

maçonniques. C'est
tion7iement

là ce

que, dans

le

langage actuel
le

des loges, on appelle la transformation,

perfeo-

du sentiment

religieux (1).

Cette influence de la doctrine maçonnique sur la
littérature
croit.

contemporaine est plus grande qu'on ne
foule d'auteurs en renom, à
allés chercher

le

Une

commencer par
et

Renan, sont
suite avec

dans Ragon

Clavel des

systèmes d'interprétation religieuse qu'ils jettent en-

un vain

appareil d'érudition, en pâture au

public peu instruit.

(1) V. travaux de la loge la Parfaite

Union de Mons,

cités

par le

Courrier de Bruxelles du 30 août 1870.

Rose-Croix et chevalier Kadoscii

115

Ragoa termine son
ces paroles, qui en

interprétation de ce grade par
la

démontrent toute

portée

:

«

de la vérité sur
sous le voile
sanctifie
rêle ici.

Le grade de Rose-Croix, consacré au triomphe éclatant le mensonge, de la liberté sur l'esclavage^
la

de la lumière sur les ténèbres, ou de la vie sur

mort^

du culte évangélique^ développe, couronne et tout. Le travail maçonnique est complet et s'ar-

»

Et

cette vérité, cette

liberté,

cette

lumière, celte

vie ne sont autre chose que le culte de la nature, la

régénération universelle
la

La
le

rose est l'emblème de

femme, comme

la croix celui

de

la virilité

ou du
tout ce

soleil, et leur

assemblage,

lingam indien,
la

qu'il y a

de plus honteux dans

fange du culte ido-

làtrique des Indes.

Aussi tous

les

blasphémateurs de ladivinité de Notre-

Seigneur Jésus-Christ sont particulièrement chers à
la

Maçonnerie. Après

la

pubhcationde
faite

la Vie

de Jésus
les

par Renan, une souscription fut
loges belges pour offrir

dans toutes

une plume cVor à

l'auteur.

Tout récemment, quand son prédécesseur, l'allemand
Strauss, est mort,
le

Bauhûtte, journal maçonnique
:

de Leipzig, célébrait ainsi sa mémoire
«

Il

a accompli son grand
doit se sentir obligé

maçon

œuvre Salut à lui Un francen conscience de tirer des mé!

!

ditations de cet héroïque

illuminateur des

résolutions

fé-

condes pour
de frères
teur, qui
le

Des milliers et des millions sympathisaient de cœur avec ce puissant destrucl'activité des loges.

s'aidait à déblayer le plan sur lequel doit s'élever temple de l'humanité de l'avenir »
!

116

Rose-Croix et chevalier Kadosch
les

Tous
la

grades maçonniques inspirent

le

mépris de

papauté, clef de voûte de la religion,
initiés la

en excitant

dans Fàme des

haine de toute révélation et

de toute autorité religieuse.
Elle s'affirme encore plus dans
le

dernier grade

philosophique,

Kadosch ou de chevalier de V aigle blanc ou noir, que les rituels
celui

de chevalier

représentent

à

Tenvi

comme

celui

l'initiation
le

devient complète. Voici
leïorde CÉcossisme
30" degré,
:

comment s'explique

Tui-

«

grand inquisiteur; grand

élu, cJievalier

Ka-

dosch, dit aussi chevalier de l'aigle blanc et noir. Quoique
les écossais ne confèrent jamais, disenl-ils,ce grade que par communication, et qu'il n'occupe dans le rit ancien que le 30« degré, l'on ne doit pas moins le considérer comme dernier terme, comme but réel de l'Écossisme, de môme qu'il est le nec 'plus ultra de la Maçonnerie templière. On y commémore l'abolition de l'ordre des Templiers par Philippe le Bel et le pape Clément V, et le supplice du premier grand-maître Jacques Molay, qui périt dans les flammes le

11

mars
Il

1314.

»

n'est plus question

d'Hiram

et

de sa

fin

tragique.

Ce personnage allégorique est remplacé par J.-M.B. Jacobus Burgundus Molseus, dont le récipiendaire doit
venger
la

mort, soit figurativement sur les auteurs
supplice,
soit

mêmes de son
de droit.
Ici

implicitement sur qui

cesse

toute

possibilité

de

l'allégorie,

puisqu^il y a

une légende, authentiquement reconnue

En vain nous répète-on avec complaisance Kadosch de France est purement philosophique. Des hommes incapables de réfléchir peuvent
historique.

que

le

Rose-Croix et chevalier Kàdosgh
seuls s'y tromper.
la

117

Oa

pourrait dire à la rigueur que
la

vengeance indéterminée, qui porte sur

mort du
est

soleil, est très susceptible

d'une interjorétation phyla

sique. Mais
tivée
et

du moment que

vengeance

mo-

historiquement spécifiée, nous ne voyons

plus dans le récipiendaire qu'un

apprenti assassin.
rois et

Clément VI
doute
;

et

Philippe

le

Bel n'existent plus sans
des pontifes.

mais nous
et

avons des

Guerre au trône
l'ordre.

à

l^

autel

!

est le

grand

cri

de

Le farouche Nekam Adonaï
les

a produit les

illuminés^

carhonari

;

dans

les

mains d'hommes
il

exaltés, aidés

de circonstances favorables,
pareils résultats.
si

donnera
pas
ici

constamment de
le

lieu

d'examiner

les

Ge Temphers

n'est

furent inno-

cents ou coupables, mais que le

récipiendiaire

hon-

nête réfléchisse sur ce qu'il voit, sur ce qu'on lui propose, sur ce qu'on exige de
lui,

sous le sceau d'un
la

serment exécrable
pensée

;

il

frémira sans doute à

seule

une pareille association. Le chevalier Kadosch est représenté dans les rituels comme l'homme définitivement affranchi, comme V homme réintégré dans la liberté et V ég alité primi'
d'entrer dans
tives.

Pour

lui

il

n'y a plus de

loi

imposée par une
est

autorité quelconque. Moi, rien

que moi, tout à moi,

tout

pour moi, par tous
morale de celui

les

moyens,

telle

l'odieuse

qui ose

prendre
;

le titre et

de sage, du vrai Kadosch, de Villuminé
agite encore la question de savoir
tes sont
si les

l'on

sociétés secrè-

dangereuses

!

Le grade de Kadosch
tes. Il est l'essence

figure dans

beaucoup de

ri-

du

rite écossais.

Les

rituels varient.

118

Rose-Croix et chevalier Kadosch
le

suivant que

but que Von

s'ij

propose

est

plus ou
la

moins clairement exprimé. Celui qu'ont adopté
Il est

plupart des loges de France est extrêmement mitigé.
assez significatif cependant
:

Kadosch, dit Ragon, est le résumé de sublime philosophie c'est le complément essentiel DE LA VÉRITABLE Magonnerie il porte avec raison le titre de
« Le vrai chevalier

la plus

:

;

nec plus ultra,
ministratifs,


et

les trois degrés

ne doit être composé que de l'élite des maçons. Sanctuaire, loyer d'intelligence pour les sages qui se trouvent admis, il est destiné à signifier le but de la

au-dessus ne sont qu'ad-

Franc-maçonnerie dans tous ses degrés grade est le seul dans lequel la haute maçonnerie,
losophique.,
soit

Ce
dite phiet le

réellement digne

de son objet,

seul

que puisse ambitionner un maçon éclairé. C'est le but MÊME DE LA MaçONNERIE DANS TOUS SES DEGRÉS. »

Qu'on remarque bien
tous ces mots
;

et

qu'on pèse attentivement

qu'on se rappelle ensuite l'authenticité
livre d'où ils sont tirés,
et

maçonnique du
grades
France,
et

l'autorité

de son auteur, un des

rédacteurs
rites

des

cahiers

des

du classement des

au Grand-Orient de

et l'on sera

convaincu qu'il est impossible de

rien trouver de plus décisif sur le but ultérieur de la

Maçonnerie.
«

Le

chevalier

Kadosch

quitte le crayon et le burin

(sym-

bole des premiers grades et des chapitres) pour dresser des

du buisson ardent, B/. A.-., image indique suffisamment l'occupation des frères dans ce degré, ou plutôt qui révèle l'esprit philosophique du grade. L'existence d'un grade élevé, où les maçons inférieurs n'arrivent qu'après avoir donné à l'ordre de longues preuves de capacité et de dévouement, es5ï.
balustres, qu'il date près

DU FEU, symbole de

la vérité, qui

Rose-Croix et chevalier Kadosgii
de toute
nécessité....

119

Le chevalier Kadosch

doit être prêt à se

charger de tout ce qui lui sera ordonné pour le bonheur de Vhumanitè et le triomphe du bien. Il connaît l'homme
moral, intellectuel, civilisé, et toute
ta

nature extérieure;

il

connaît aussi ses droits
n'est

et ses

devoirs généraux. Le Kadosch

donc pas seulement le maçon des loges, le maçon des mais admis au troisième sanctuaire, c'est à lui que s'adresseraient ces deux préceptes des anciennes initiations: Adonnez-vous à la science de la nature^ étudiez la politique pour le bonheur de vos semblables Pénétrez les secrets de la religion et des hautes scimces, e: communiquez vos idées avec prudence. Ainsi, chez les anciens, la politique, basée sur la morale, était l'art de gouverner les hommes en les rendant heureux, et les mystères religieux faisaient parlie des hautes sciences. « L'initié étudiait donc et la politique et la religion mais dans les temps postérieurs, où la barbarie et le fanatisme
chapitres,
.

;

exercèrent leurs ravages,
titre

le

citoyen perdit ses droits et son

d'homme

;

le prêtre

oublia ses devoirs et perdit ses se-

crets religieux le despotisme du pouvoir, uni au despotisme du sacerdoce, devint de plus en plus ombrageux et cruel; et pour exercer leur puissance et conserver leur empire, ils retinrent le plus longtemps qu'il leur fut possible le peuple dans l'ignorance et la servitude.
;

«

Combien

les

mystères maçonniques seraient dégénérés

et le proclame le vulgaire des maçons^ haut initié moderne, qui appartient hVélite de la société, ne devait s'occuper ni de religion, ni de politique
si,

comme

le

pense

le

!

Lorsqu'on interroge un chevalier Kadosch sur son âge , il répond: Un siècle et plus, ou bien Je ne compte plus. I^ ne porte point de tablier, parce que pour lui l'ouvrage est
«
:

fini

['[).

»

Cl)

Cours^

etc., p.

374, 375.

— Ou

bien encore, selon l'explicatioa

donnée par
dosch,

profond interprète sur la nécessité du tablier au grada d'apprenti, parco que les préjugés ont disparu pour le chevalier Ka-»
le et qu'il

n'a point rougi de la nudité de la nature.

120

Rose-Croix et chevalier Kadosgh
voit déjà par ce

On
blanc

début toute
le

la

sublimité philo-

sophique résumée dans
et noir, et

vrai chevalier de Vaigl&
il est le

comment

complément némainle

cessaire de la véritable Maçonnerie, Entrons

tenant dans l'intérieur du grade, et pénétrons jusqu'à

son
f.*.

plus

profond

sanctuaire en
:

ayant toujours

Ragon pour guide

s'accomplit dans

iHnitiation y a dans ce grade quatre appartements le quatrième. « Le mot hébreu hadosch signifie saint^ consacré, purifié. Il ne faut pas croire que les chevaliers de l'aigle blanc et noir aient quelque prétention à la sainteté. Ils veulent exprimer par ce mot qu'eux seuls sont les élus, les hommes par excellence.) purifiés de to ute la souillure des préjugés* Ce mot annonce une préparation à de grands mystères. Nous retrouverons dans ce grade l'allégorie des deux princi« Il
:

pes qui se partagent
titre
«

le

monde

:

le

bien et

le

mal...

De

là le

de chevalier de

l'aigle

blanc et noir.
Il est

Premier appartement.

tendu de noir, éclairé par
:

tme seule lampe de forme triangulaire suspendue à la voûte il communique à un caveau, espèce de cabinet de réflexion,

se trouvent

confondus

les

symboles de
le

la destruction

et

delà mort. On y
•cercueil

manuel de Willaume, un couvert d'un voile noir. Ce lieu sépulcral et silenvoit, ajoute

cieux, cet appareil funèbre et les questions qui partent

d'un
sont

cercueil inspirent au candidat de sérieuses réflexions. Cette

sombre
exposés
qu'il

allégorie lui rappelle les dangers auxquels
les

se

Galilée et

propagateurs de la philosophie^ Socrate, Jésus, beaucoup d'autres (1), et lui donne à penser

pourra peut-être, uq jour, s'y trouver également exSi tu c'est dans cette prévision qu'une voix lui crie ne. te sens pas le courage d'affronter les plus grands dangers, retourne sur tes pas.
posé
;
:

Ainsi N~S. Jésus-Ghrist n'est plus qu'un propagateur de phiSocrale et Galilée. C'est la confirmation de l'apostasie contenue implicitement dans le grade de Rose-Croix»
(1)

losophie, placé entre

Rose-Croix et chevalier Kadosgh
«

121

deux voix se font entendre et Rends à l'Être suprême un culte dégagé de toute superstition, sois fidèle à les engagements, et songe qu'une des premières vertus des philosophes est la discrétion. Tel est le désir des philosophes. « Deuxième appartement. Il est tendu en blanc. Deux autels occupent le centre sur l'un est une urne pleine d'es-

Le candidat persévère

:

disent (entre

autres maximes)

:

:

prit

de vin allumé, qui éclaire la salle

;

sur l'autre autel est
;

un aigle aux suspendu au delta... Cette pièce, le temple de la vertu, n'est occupée que par le frère sacrificateur. Pour la réception, dit aussi le manuel Teissier, il ne doit y avoir que le grand sacrificateur, ainsi que le candidat

un réchaud avec du

feu et de l'encens à côté

ailes déployées est

avec son interlocuteur.
«

Mortel., dit le sacrificateur

au candidat, prosterme-toi.
de l'encens sur le feu,
il

«

Le candidat

obéit,

et
:

jetant
«

entend cette
jet

invocation

O

sagesse toute puissante, ob-

de nos adorations, c'est toi qu'en ce moment nous invoquons Cause et souveraine de l'univers, raison éternelle., lumière de l'esprit., loi du cœur, inspire-nous l'éloquence nécessaire pour faire sentira cet aspirant combien est ausoutiens ses pas chanceguste et sacré ton culte sublime lants dans cette carrière Pour toi l'immense assemblage Tu es le flambeau dont des êtres forme un tout régulier l'éclat peut seul dissiper les ténèbres qui dérobent à nos
!

;

!

!

yeux
«

la

nature... Purifie de ton souffle divin ce candidat,

et fais qu'il soit

digne de te rendre ses hommages (1). » Troisième appartement. Sa tenture est bleue, sa voûte

par toutes les citations précédentes du docte intercause sou'çeraine, grand architecte de l'univers, c'est la nature, c'est le feu, qui a pour emblème dans les loges le soleil ou l'étoile flamboyante avec la lettre G, ou l'initale de Jéhovab au milieu. C'est donc lui que le grand sacrificateur fait ici adorer à l'adepte, lui devant qui il se prosterne, et à qui il offre de l'encens, naguère encore sur un autel, dans un réchaud plein de feu, maintenant devant une idole qu'on appelle la Sagesse^ comme on donnait en 93 le nom de la Raison à une prostituée qui en tenait
(t)
sait

On

prète

que

celte

la place.

1*22
est
c'est

Rose-Croix et chevalier Kadosch
étoilée,
il

n'est éclairé

que par

trois

bougies jaunes

;

I'Aréopage, c'est-à-dire réunion des sages.

Au fond,
les
;

ajoute le

Manuel

Teissier, est
;

une

table couverte d'un lapis

pareil à la tenture

derrière

cette table

prennent place

deux surveillants
la

et

l'orateur, qui

premier surveillant

est

dans
il

le

forment l'Aréopage le milieu et préside, il tient à
le

main un

sceptre d'or^

porte sur la poitrine, ajoute

laume, une image de
surveillant
est

la vérité

brodée en or
tient

;

Wildeuxième

à sa

droite,

et

une main de justice

également en
tient

or,
-,

et l'orateur

placé à gauche du président
côtés de l'appartement sont

un

glaive

sur les deux

des banquettes, sur lesquelles sont placés les chevaliers.
«

Le

président rappelle à l'introducteur qu'on ne peut ad-

mettre aux derniers mystères que ceux que leur intégrité, une réputation intacte et la probité la plus épurée placent

ceux que la fidélité, le zèle et la fermeté mettent au-dessus de toute crainte ceux qui, dégagés
au-dessus du vulgaire
;
;

de tous préjugés, sont susceptibles d'adopter

les

principes,

philosophiques

ceux dont le génie^ guidé par la raison^ peut atteindre à la découverte de la vérité, en perçant le sombre voile qui dérobe aux mortels les mystè;

enfin

res de la nature.
« L'introducteur ayant répondu de l'aspirant comme de lui-même, il l'introduit avec les formalités voulues dans le quatrième appartement, oîi se tient le conseil souverain des. grands élus chevaliers Kadosch. «

Cet appartement est tendu

trône surmonté d'un double aigle
ployées,
Teissier

en rouge. A l'est est un couronné, les ailes détenant un glaive dans ses serres (Willaume et

disent

un poignard). Dans
le

ce local, éclairé

de

douze bougies jaunes,
chevaliers.
maître.

chapitre prend le titre de sénats

c'est-à-dire l'assemblée des anciens.

Les

frères se

nomment
le

Tous

se

tutoient

;

on

tutoie

même

grand

«Une
ajoutent
l'aigle et

draperie noire et blanche, parsemée de croix rouges>

Willaume et Teissier, descend dans les ailes de forme un pavillon de chaque côté du trône sont
;

Rose-Croix et chevalier Kadosgh

123

deux drapeaux, l'un blanc avec une croix verle, l'autre noir avec une croix rouge, et un double aigle avec ces mots Vaincre ou mourir, brodé en argent. L'aigle a les becs et
:

les ongles en or. Le chef du conseil ou sénat s'appelle grand maître, ou grand commandeur, ou grand souve-

rain

;

il

est qualifié
II, roi

de

trois fois 'puissant,

et

représente

Frédéric
«

de Prusse.

Tous les officiers prennent le titre de grand et de parLes frères sont dits grands chevaliers. « Parvenu dans ce divin sanctuaire, le candidat apprend les engagements qu'il contracte. Il y a dans ce sanctuaire une croix, un serpent à trois têtes portant, la première une couronne, la seconde une tiare, et la troisième un glaive et on lui remet à lui-même un poignard au manche blanc et à la lame noire.
fait.
;

«

La

croix, dit le haut interprète, c'est le

Thau
;

phallisé

(l'infâme bijou de la dégradation indienne).
«

Le serpent désigne

le

seront l'emblème des abus ou

mauvais principe ses trois têtes du mal, qui s'introduit dans
les

les trois hautes classes de la société.
«

La

tête

du serpent qui porte une couronne indique

souverains.
« «
«

Celle qui porte

Celle qui porte

une un

tiare

ou clé indique
l"

les

papes.

glaive,

armée.
de la philosophie, à la

Le grand
dans

initié

qui occupe des fonctions civiles doit

veiller,

l'intérêt de sa patrie et

RÉPRESSION DE CES ABUS.
foule ignorante des maçons, nous abandonnons aux mains jésuitiques, mais il n'est autre chose que le poignard mit/iriaque, la faulx de Saturne ; ainsi cet attribut des élus rappelle de nouveau aux parfaits initiés l'empire dominant du bien et du mal, symbolisés par le manche qui est blanc et par la lame qui est noire. Celte arme, au moral, rappelle aux grands élus qu'ils doivent continuelle«

Le poignard,

qui effraie

\di

n'est pas cette

arme

vile que

ment
rance

travailler à

combattre

et détruire les

préjugés, l'igno-

et la superstition,

ou ce qui

est sur les trois têtes

du

serpent.

124

Rose-Croix et chevalier Kadosch
le

Ainsi

grade de Kadosch^ dans

le

sens le

plus

adouci, et tel qu'on ne craint pas de le

publier avec

approbation du Grand-Orient, consiste à apprendre que
la

papauté,

la

royauté et tous ceux qui les soutiennent,

et surtout les

armées

fidèles,

sont
les

des abus nés du

mauvais principe, cause de tous
par
et
le

maux

représentés

serpent, et à contracter l'obligation de réprimer
trois

de détruire ces

grands abus par tous

les

moyens
à-dire,

possibles, signifiés par

un

poignard, c'estcesse
et

au morale
les et

en

combattant sans
et

détruisant les préjugés, l'ignorance
tion,

la

supersti-

par tous

genres de calomnies
corruptrice,
et,

et

de pro-

pagande impie
sinats.

au physique^ par

tous les genres de séditions, de spoliations et d'assas-

Aussi, d'après Willaume et Teissier dont les manuels

ont été publiés également avec l'autorisation du GrandOrient, le signe

du grade de Kadosch

consiste-t-il à

porter la

main

droite sur le cœur, les doigts écartés,

à laisser ensuite retomber la main sur le genou droit,

que

l'on

empoigne en
est à

fléchissant, puis à saisir le poiet à la

gnard qui

Técharpe

hauteur de l'épaule,
:

comme pour

en frapper, en disant
!

Nekam Adonal^
,

vengeance, Seigneur

et les

mots sacrés Aq passe ou
tous
trois

pour entrer au conseil^ commencent-ils par Nekam, vengeance
!

y a des aréopages, ajoute Willaume, où les chevaliers portent l'ancien costume des chevaliers du
«
Il

Temple

;

ils

sont bottés, cuirassés et casqués
et stricte

;

ce sont

ceux de l'antique

observance, répandue sur-

tout en Allemagne.

Rose-Croix et chevalier Kadosgh
Mais écoutons une revue belge de 1820,
l'avocat saxon Eckert
:

125

citée par

on un

Lorsque le chevalier Kadosch a prononcé son serment; met le poignard en main, et l'on dépose à ses pieds Foule aux pieds crucifix, puis le très-grand lui dit celte image de superstition, brise-la. S'il ne le fait pas,
«

lui

:

afin

de

ne rien

grand
alors

lui adresse

lui révéler les

faire deviner, on applaudit, et le trèsun discours sur sa piété. On Te reçoit sans grands secrets. Mais s'il écrase le crucifix,

on

le fait

approcher de
si

l'autel,

où sont

trois représen-

tations, trois cadavres
sies pleines
Il

l'on peut s'en procurer.

Des ves-

de sang sont à l'endroit où on lui crie de frapper. exécule l'ordre et le sang rejaillit sur lui, et en prenant
lêles coupées,
!
:

par

les cheveux les vengeance est faite

il

s'écrie

:

Nekam

!

la

«
et

Alors

le très-grand lui parle ainsi

Par votre constance
de frapper

voire fidélité, vous avez mérité d'apprendre les secrets des

vrais maçons. Ces trois

hommes que vous venez

sont la super stitio7i, le roi, et le pape. Ces trois idoles des

peuples ne sont que des tyrans aux yeux des sages. C'est

au

nom

de la superstition que
»

le

roi

et le

pape commettent

tous les crimes imaginables.

Après ces engagements pris et contractées, reprend maîRagou, on fait monter et descendre au candidat l'échelle mystérieuse, qui par sa forme rappelle le Delta. Elle se compose de deux montants; l'un représente la morale, base première de la Maçonnerie, et l'autre la science qui doit
tre

éclairer les

hommes, but

principal de l'institution.

»

Vient

alors

le

discours
:

du très-sage au nouveau

grand

élu Kadosch

126
«
«

Rose-Croix et chevalier Kadosgh
Chevalier nouvellement admis,

connais les fonctions qui te sont confiées, les devoirs que tu as à remplir ; il n'est point de vertus, si Von ne se rend utile... Tu te connais maintenant toi-même n'oublie jamais qu'il n'existe aucun degré de bonheur auquel
;

Tu

l'homme qui rentre dans ses droits primitifs ne puisse préfil précieux à l'aide duquel tu peux sortir du labyrinthe des choses matérielles... Réintégré aujourd'hui dans tes droits naturels,

tendre. N'oublie point que tu renfermes en toi le

te voilà

plique
«

pour toujours affranchi du joug des préjugés sans cesse à en délivrer tes semblables.. Vis dans la société sans te laisser corrompre par
toi

;

apelle.

Enfin, souviens-toi que chacun des captifs que tu agiras déliés placera sur ton front une fleur immortelle, et que de la somme de tous les heureux que tu auras faits se composera ce diadème qui couronnera
tout

homme

qui ne sera

point

mort sans avoir vécu, mais

qui,

parvenu

au déve-

loppement de toutes ses puissances, se sera ouvert ÇiXiconquérant les portes du Temple, celles de cet édifice éternel dont tu as vu dans ces lieux la fidèle représentation. »

Ainsi Dieu, son
les

amour
du

et

son culte ont disparu sous
Il

noms de quelques
les inscriptions

vertus naturelles.
rit
:

n'y

manque

que

des sophiciens qui portent

en haut de leur échelle
ils

Videhunt

et

non
et
les

viclebu7rt,
:

verront et ne verront pas, et au dernier échelon
et

Foclias

invenles,

creusez

encore

vous troupréjugés,

verez, et Va/franchissement

de tous
les

la réintégration

dans
est

tous

droits primitifs.

Le

but de ce grade

donc

la destruction,

par

le

p)oignard moral ou par

moyens moraux, c'est-àdire par tous les genres de mensonges et de calomnies, et par le poignard au manche blanc et à la
les

lame

noire, l'un

poussant

l'autre,

c'est-à-dire

par

Rose-Croix et chevalier Kadosch

127

tous les genres d'assassinats et de spoliations, de la royauté, de
la

papauté

et

de tout ce qui, sous

le

nom alarmée, les défend et les soutient. Le Courrier framçais éccrivait impunément,
Paris, sous les

à

yeux de Napoléon

III,

pour

justifier

l'usage de tous ces

moyens

:

«

Nous avouons que non seulement nous considérons
de la papauté,
et

les

adversaires

de ceux qui

la

soutiennent

comme

oîi tous les moyens nous pensons que ce serait un véritable service à rendre à l'humanilé que de la purger de cette secte malfaisante, et que tous les moyens peuvent être bons pour arriver à un résultat si désirable. » (N^ du 15 novembre 1867) (1).

étant

dans

le

cas de défense

DEVIENNENT

LÉGITIMES, mais

cncorc

titre

Le 15 novembre 1880 un journal radical, VEnnemi, publiait ces abominables
:

sous ce
excita-

tions

:

«L'ennemi,
tre, le
«

c'est le maître....

Le peuple

a sans cesse ou:

vertes sous ses pas ces trois mâchoires dévorantes

le

prê-

soldat^

le

juge... Trois

ennemis en un seul
!

!

Sus

aie triple

maître:

prêtre, soldat, magistrat

l'unité seule dominatrice, seule souveraine, le

Place à Peuple »
!

Aussi ce grade,

quintessence de l'esprit maçon-

niques, appartient-il à tous les rites.

On

le

retrouve

(1)

Constamment dans
républicains, oq

des qui

la presse radicale ou les discours politiques trouve des phrases, des manières de parler

rappellent clairement les rituels des loges. C'est ainsi que M. Waldeck-Rousseau, dans un discours prononcé à Vannes en mai 1883, s'est permis de traiter la religion chrétienne de symbolique !

128
dans
sous
le
le

Rose-Croix et chevalier Kadosch
quatrième grade du rite moderne français,

nom

ù'élu.

Il

est

identiquemeat

le

même
^

que^

nous venons de

le décrire
le

dans

le rite écossais tren-

tième degré, dans

rite

égyptien ou de Misralm,
rite

soixante-cinquième, dans

le

d'Héredon ou de
le rite

la

perfection^ vingt-cinquième, dans
temple, d'où on
le croit sorti,

onordre du
de large

dans

les rites

et stricte observance,

dans

le rite

adonhiramite^ cinil

quième, sixième
grades.

et

septième, ^où

prend

les

noms

d'dkt des neuf, élu de

Perignan, élu des quinze
dans
la

Ce

serait

même

loge de Lyon, qui

servit plus tard

de berceau à l'Illuminisme français,
chevaliers bienfaisants de la sainte

sous le
cité,

nom de

que

fut inventé,

en 1743,

le

grade de petit élu,

comme

expression, dit l'ancien franc-maçon Robison,

du système universel des loges maçonniques où Von faisait des prosélytes aux maximes les plus étranges
et les

plus criminelles. Ce

fut là, selon le frère

baron
par

de ïschondy, dans son Écossais d^Écosse,

cité

Ragon,le premier échelon du Kadosch, qui ne respire que vengeance, et qui développé a formé Velu des
neuf, Velu des quinze,
valier de Vancre ou
inspecteur,
le

maître

illustre,

le

che-

deV espérance,
élu,

et enfin le

grand

grand

ou chevalier Kadosch, en
loges

pénétrant avec Tllluminisme toutes les
çonniques.

ma-

Comment ne pas le
le

reconnaître encore dans VEpopte,

régent roi-mage du
le

système
la

dans

grand élu
dans
le

de

de Weishaupt et Carbonara, ou mieux
lorincipi

encore

P...

S...

P...

summo
l'initié

patriarcha, son septième et dernier grade, où

Rose-Croix et chevalier Kadosgh
jure^ dit Witt, la ruine de toute religion
et

129
de tout
le

gouvernement
meurtre,
le

positif, et
le

par

tous

les

moyens^

poison,

faux serment,

VdiSSàssinàt sous

toutes les formes, mais surtout pa.r lepoignai^d,

comme
le

plus sûr

et

faisant moins de bruit

(1).

La destruction de la papauté
sumé,
le

est

donc

ré-

complément

essentiel de

la

véritable
Il

Man'est

çonnerie, son but

même dans

tous ses degrés.
la

pas jusqu'aux loges d'adoption, à

Maçonnerie des

femmes, qui
pour
cri

n'ait,

dans son cinquième grade, l'élue
le

ou sublime écossaise,

bijou

de guerre, avec Vagao,\Q

du poignard et Judith, nom de l'eunuque

d'Holopherne, pour

mot de

passe.

Ragon, dans son Orthodoxie maçonnique, a publié

même

en partie

le rituel
il

d'un ordre de juges philoso-

phes inconnus, dont

n'avait dit

mot dans son Cours

d'initiations, et qu'il
rite

donne comme appartenant au

templier, conservé et continué, d'après ce rituel

même, en Portugal, sous le nom d''ordre du Christ. Ce mot, qui explique pourquoi le régent Philippe d'Orléans en
fit

demander

les statuts,

quand

il

rétablit les

loges templières, explique bien d'autres événements

relativement aux révolutions de ce pays et à ses rapports avec la papauté (2).

Dans

ce rite, fort répandu à la

fm du

XVIIP

siè-

(1)

Jean de WiLt, Mémoires secrets pour servir à
173.

l'histoire de

ma

vie, p. 21,

(2)

Il

reurs
le

et

nom

remarquer que Saiut-Martin présentait son livre Ercomme l'œuvre d'un philosophe inconnu c'était aussi d'un grade du syslème des philalèthes créé par lui.
est à
:

vérités

;

9

130

Rose-Croix et chevalier Kadosch
et

de

au commencement du XIX®,

chapitre où est conféré le grade de
ainsi
:

le président du Kadosch s'exprime

«

Êtes-vous bien persuadé,
le rite

mon

frère,

çonnique professant
le plus

écossais

soit

que l'ordre maen possession
connaît scm/

du souverain principe de Vart royal, et grand secret de la Maçonnerie

qu'il"
?

Le grade que

et c'est ici
les
€t

vous allez recevoir est le nec plus ultra de la Maçonnerie, que l'ordre est absolument à découvert, ici que
hiéroglyphes
des
différents

grades:

sont

expliqués

ENTIÈREMENT DÉVOILÉS. Vous dcvez apprendre
lier
les

ment on peut
lie

pieds

et

les

ici commains aux usurpa-

teurs des droits de l'homme...

En

nous vous voyez une par-

des légions inconnues unies par des liens indissolubles,

vons

pour combattre en faveur delà vertu opprimée. Nous ne deles sublimes connaissances que nous enseignons qu'à la bienveillance de nos chefs, des illustres inconnus qui
»

nous gouvernent.

Dans

le

grade suivant
le

et dernier, vient

un serment
:

en sept points, dont
«

cinquième s'exprime ainsi

Vous jurez

et

promettez de faire, de dire

et d'écrire

en

tout temps, en tout lieu et à toute heure, tout ce qui vous sera

prescrit

par
qu

les

ordres d''une puissance

légitime, à

laquelle

vous jurez obéissance, quoiqu'elle vous soit jusqu'à présent in-

connue

et

elle

puisse V être encore

pour longtemps.

»

Le
«

président explique ainsi l'échelle de
oublié,

Kadosch
frère, le

:

Vous n'avez sans doute point

mon

pre-

mier point moral de l'hiéroglyphe de l'échelle, dont une explication vous a été donnée le jour de votre initiation. J'ajouterai à ce que vous savez, que le vulgaire des maçons

Rose-Croix et chevalier Kadosch
est

131

encore à cet égard clans

la

plus grande erreur. Cette
est le type

échelle nous appartient
;

particulièrement, elle

mystique de notre ordre elle se compose de deux montants qui nous rappellent l'union qui eut lieu entre Philippe le Bel et le pape Clément V, et la force que cette union leur donna
contre nos infortunés prédécesseurs. Ces sept degrés représentent les sept points de l'obligation que vous avez contrac-

nos mains, de la même manière dont le roi de France en agit avec l'archevêque pour le forcer à participer à l'anéantissement des chrétiens templiers. Comme vousmême venez de vous engager et de jurer une haine implacable aux ennemis de cet ordre, vous êtes tenu de réunir tous vos efforts pour leur ruine totale, afin de rentrer dans
tée entre
la possession de

êtes
la

nos droits qui ont été usurpés... Vous maintenant au rang dos élus appelés pour accomplir grande œuvre. »

Le septième

point

du serment

est

ainsi

conçQ

:

« Enfin vous jurez et promettez de ne jamais pardon-

ner aux traîtres et de leur faire subir le sort que Vor-

dre leur réserve. »

Au commencement
de Cagliostro, sous
dont les
le

de ce siècle reparut, combinée
la

avec les grades dits français et écossais,

Maçonnerie

nom

de

rite

de Misraïm ou d'Eseulement à des su:

gypte. Cette maçonnerie, qui comprenait 90 degrés,
trois derniers accessibles

périeurs inconnus, se divise en quatre séries

symboli-

que, philosophique, mystique

et cabalistique.

L'abrégé

du rite de Misraïm, dont une partie des adeptes se fondit en 1816 dans le Grand-Orient, a pour titre Arcaiia arcanorum. Il résume presque toute la science maçon:

nique, ditRagon, qui^avait approfondi les développe-

ments des emblèmes
bornons
ici

et

des catégories.

Nous nous
la

à en indiquer

sommairement

doctrine

:

J32

Rose-Croix et chevalier Kadosch
est éternel

L'homme

comme
la

le

Dieu-feu dont

il

est

l'essence, Isis, le Dieu-tout, Osiris, le Dieu-soleil, le

Dieu-Pan, qui, sous

forme d'un bouc, apparaissait
et

comme symbole de
dans
les récits

paternité

de force génératrice
n'est pas jusqu'aux

du moyen âge.

Il

cornes

qui ne fussent considérés

autrefois
doit

comme
s'ef;

un signe de noblesse. L'adepte ne
frayer des

pas

rapports avec les esprits

malfaisants

il

faut qu'il croie

fermement que

le pire

d'entre eux, le

pire de ces êtres que le vulgaire appelle démons^ ii'est jamais mauvaise compagnie pour l'homme, qui doit

savoir

même

préférer dans bien des
à celle

cas la visite des

mauvais génies

des bons.

M. Cousin
rie

et les

philosophes universitaires de l'école
rite
la

éclectique ont

emprunté au

de Misraïm

la

théo-

du

centre,

du rayon

et

de

circonférence repré-

sentant Dieu,

l'homme et l'univers. Les travaux du 90® degré du rite de Misraïm

finis-

sent par des fiât répétés par tous les frères.

La

salle

ils

se réunissent est ronde

pour représenter
l'entourent.

l'uni-

vers, la terre et les

mondes qui

Le

cachet

du grade,

la

circonférence zéro du philosophe inconnu

entourée d'un autre circonférence formée par un ser-

pent qui se mord
l'éternité

la

queue

et

qui est

le

symbole de

du mauvais

principe, Satan. C'est lui qu'apla

pellent et

que proclament sous

forme du feu

les

dernières paroles des frères au dernier grade.

Arrivés jusqu'au nec plus ultra de la Maçonnerie,
considérons l'ensemble de ses grades, et voyons com-

ment

ils

s'enchaînent.

Rose-Croix ET CHEVALIER Kadosch

133

Au
ments

grade di'apprenti^
la

le
il

franc-maçon représente
de ses vêtelui

l'homme de
et

nature
vrai
le

;

est dépouillé

de ses métaux, argent,
le

monnaie, pour

apprendre que
en propre^
enfante
parce que
dité,
et

maçon ne

doit rien posséder

et

que

luxe, celai
lui

même

des vêtements,

les vices.

On

la civilisation
lui

donne cependant un tablier, ne permet pas l'entière nutravail.
fait ?

pour
et

indiquer l'obligation du

Comment
nature;
la

par qui se trouve-t-il ainsi

par

la

Maçonnerie ne s'occupe pas du comment.
de choisir son créateur parmi
les gaz, et

Libre à

lui

ses ancêtres dans les générations spontanées ou parmi
les singes.

On

lui
la

apprend seulement que
est celui

le

temple
il

à élever, sous

conduite du maître, à qui

doit

aveuglement obéir,
but de
la

de

la

nature, et que le
les

hommes

les

Maçonnerie consiste à effacer parmi distinctions de couleurs, de rang,
sort
les

de

croyances.

La vengeance en
punir par
les
la

comme de

sa source.

Il

faut
et

mort

trois

compagnons
Aussi
et
le

infidèles,

faire disparaître
et
le

pour revenir

à la nature et en

continuer
a-t-il été

affermir l'œuvre.

grade d'élu

premier inventé,

Nekam, vengeance,

vaincre ou mourir^ ont-il été ses mots de passe, ou
sacrés,
et
le

poignard, son
tête

outil

;

puis

vient

Vécossais, ou sa famille
dit
il
;

l'homme roi-prêtre

et législateur

dans

et la

sous la hache

lui démontre,
cela,

l'interprète autorisé, que,

pour devenir tout
est

ne peut plus reculer, mais périr, sHl saire pour la cause de la vérité.

néces-

Confirmé dans cette disposition, affranchi pour

lui-

134

Rose-Croix et chevalier Kadosch
et les siens

même
de

des préjugés qui mettent au dessus
il

lui les rois et prêtres,

est fait chevalier d'Orient

pour en affranchir

les
Il

autres.

L.-. D.-. P.*. est le

grand mot du grade.
lant

veut dire liberté de penser e*

Lilia destrue pedibus, détruire

aux pieds

les

lys.

Bourbons en fouVoilà Tobjet du grade. Le
les

parlementarisme, qui arrache aux
gislatif et judiciaire

rois le

pouvoir lé-

pour n'en

faire

ou commis des peuples, est le employer pour atteindre le but, dût-on, pour
en œuvre,
faire vingt révolutions.
là, la liberté

que des délégués grand moyen moral à
le

mettre

Parvenu
Croix
croix,
la

de penser

et le

parlementa-

risme marchant de pair,
:

le

franc-maçon devient Roseest

divinité de

Jésus- Christ

reniée
a

;

sa
le

mémorial du grand
est

sacrifice qui
et traînée

sauvé
la

monde,
du

changée en phallus

dans

plus

horrible fange, et avec elle périt desséchée la source
vrai sacerdoce catholique et

de

la

royauté chré-

tienne, l'esprit de sacrifice, la religion, la société.

Mais leur colonne, leur image vivante,
fondamentale sur laquelle
bout dans
le pontife-roi
ils

la

pierre

sont assis, est encore de-

et la

papauté romaine

:

c'est

donc par

elle qu'il faut

en

finir.

Le Kadosch,
et à
le
;

brandisla

sant son poignard au
noire, s'est levé
;

manche blanc
fait

pointe
cri

il

a

entendre

dernier

de

guerre

:

vengeance,

Nekam, Maka

d'un bout du

monde

à l'autre les sociétés secrètes l'ont répété, et

tous, ministres et diplomates,

maçons etcarbonari,

se
le

sont mis en marche,

brûlant de pouvoir ajouter

dernier mot, le mot de la victoire, phal-kol,
est

operatum

omne,

tout est

consommé. Plus de

prêtres, plus

Rose-Croix et chevalier Kadosch
de
rois,

135

plus de

famille,

plus

de ^propriété, plus
:

passé.

de nations, plus de morale, plus de religion ils ont Il n'y a plus que Pan, Isis, ou la nature, les
cavernes
et les bois.

forêts, les

Prosternez-vous avec
Uriel, l'ange

Misraïm, arcana arcmiorum, devant du feu!

C'est le dernier mystère, la loge la plus profonde;
c'est le feu, le feu éternel,

d'où Ton ne revient pas

!

Longtemps

la

Franc-maçonnerie dissimula ses prode l'Église;
elle prétendait

jets destructeurs

recevoir

dans son sein, avec une
vait plus tard
les

neutralité dont
la

M. Ferry dela sincérité,
,

emprunter
toute

formule

et

hommes de

religion.

En

réalité

comme

l'État accordant

une égale protection à tous
d'athéisme.
le

les cultes,

elle faisait profession
Il avait

donc bien jugé

pontife Pie VII, lorsque,
il

dans son encyclique du 22 mai 1818,
cette égale protection
se déguise

disait

:

«Sous
et

de tous

les cultes se

cache

la persécution la plus dangereuse,
soit possible
,

la

plus astucieuse qu'il

d^imaginer contre

r Eglise de Jésus- Christ

et

mieux

concertée

la détruire,

pour y jeter sHl était possible que la force
dit,

malheureusement la la confusion et mêmeet les

ruses de l'enfer puissent prévaloir contre Elle.

Mais ce que Pie VII n'a pas
sée à son tour

et ce

qu'on n'a

pas assez remarqué, c'est que cette conséquence, po-

comme

principe à la tète de toutes les

constitutions modernes, est la source la plus féconde

tout à la fois des plus ignobles tyrannies et des plus

basses dégradations.
L'Etat, monarchie ou république,
roi, dictateur

ou

136

Rose-Croix et chevalier Kadosch
un ou
plusieurs, sous

président, ministre ou consul,
le

nom de

majorité ou de peuple, avec Mirabeau

ou

Danton, Marat ou Robespierre, Bonaparte, Bismarck

€u Thiers, Gambetta, Frère-Orban ou Ferry pour meneurs, devient évidemment juge et régulateur suprême de la conscience, de la foi, de la morale, des
âmes, l'organisateur souverain de toutes
et
les religions
la

de tous

les cultes, et le

maître des biens, de

pro-

priété, des corps, par la guerre, les impôts et les lois.

CHAPITRE
l'athéisme et
le

VIII

positivisme

dans

LA Maçonnerie

Nous avons
de longs

reproduit dans les chapitres précédents

extraits

des auteurs maçonniques les plus
la

autorisés, qui montrent

doctrine essentiellement

panthéiste et naturaliste cachée

comme

sous un voile

dans tous

les rites

de

la

Maçonnerie.

C'est là l'enseignement qui pendant plus d'un siècle

a été donné par les vénérables et les orateurs à tous

ceux qui ont traversé

les loges.

A

ce

titre

seul la

Maçonnerie a eu une action considérable,
être,

et

elle doit

avec l'enseignement donné dans un grand

nom-

bre des chaires de l'université, rendue responsable du

vague des
Mais

idées,

de

la

désorganisation intellectuelle

qui règne aujourd'hui dans la patrie de Descartes.
la

Maçonnerie ne s'en
la

est pas tenue là

:

tout

en ayant toujours
varie selon
reflète
les

même
les

haine pour l'Eglise, elle
elle

temps

formules de l'erreur et
les

dans son enseignement intérieur tous
le

so-

phismes qui se succèdent avec

cours des âges.

Déiste à l'époque de Voltaire, éclectique et panthéiste
elle est

au temps de Victor Cousin

et

d'Henri Martin,

aujourd'hui athée et positiviste. Actuellement

138
il

ATHÉISME ET POSITIVISME
guère question dans
:

n'est plus

les

loges françaises
été le dernier,

d'Isis et d'Osiris

le F.*.

croyons-nous, à en faire

le

Crémieux a thème de

ses longs

dis-

cours. Mais on y parle le jargon de la science positiviste, on y célèbre les mythes non moins grotesques

du

culte de l'humanité,

et brute.

On commence même

ou l'on y adore la matière nue à remanier les rituels
avancées de Paris.

en ce sens dans

les loges les plUs

Un

coup d'œil rapide sur ces nouveaux développeest ici nécessaire.

ments de Terreur maçonnique

En 1866, le Grand-Orient, qui ne voulait pas, comme institution officielle de l'empire, supprimer tout
égard pour les croyances de l'immense majorité du peuple français, suspendit pour six mois laloge
qui, sur la proposition

deV Avenir

du F.*. Eugène Pelletan, aujourd'hui sénateur, faisait une déclaration hostile à tout
culte religieux et favorable à la secte

des solidaires,

conçue par l'athée

Quinet.

C'était l'époque

où M.
le sein

Duruy,
de

alors

ministre de l'instruction

publique, ve-

nait de proclamer
la

que l'homme retournait dans

nature, après avoir parcouru, sous la direction de

la nature,

tous les degrés
le

du règne animal en com-

mençant par

singe.

En

1869, un congrès des loges de Strasbourg, de

Nancy, de Vesoul, de Metz, de Chàlons-sur-Marne,
de Reims, de Mulhouse, de Sarreguemines, se réunit
à Metz

du 29

juillet

au

1^"^

août 1869, juste un an

avant la guerre et l'invasion qui allaient désoler ces
villes. Il

réclama

la

suppression deTarticle des statuts
le

du Grand-Orient de France qui, depuis 26 octobre 1854, était ainsi conçu
:

convent du

ATHÉISME ET POSITIVISME
« L'ordre des Francs-maçons a pour objet
la

139
bien-

faisance, l'étude de la morale et la pratique de toutes
les vertus.

« Il a
lité

pour hase

:

V existence de Dieu, Vimmorta'
de V humanité. »
le F.'.

de

Vâme et V amour
de M.
le

L'initiateur de ce
l'instigation
la ligue

mouvement fut

Macé,qui, à

ministre Duruy, venait de fonder

de l'enseignement, destinée à éliminer toute
écoles et par
là,

religion des

comme
Macé

il

le

disait,

à

mettre bien réellement en pratique les principes pro-

clamés dans
en 1851, mais de
la

les loges.
;

Le
il

F.*.

est aujourd'hui

sénateur opportuniste
il

n'est plus socialiste

comme
Franc-

est l'un des plus persévérants adeptes

devise empruntée par Gambetta à la
:

maçonnerie

Le
!

cléricalisme (lisez le Catholicisme

voilà l'ennemi

En

Belgique

les

hbres-penseurs ne rencontrèrent
la

aucun obstacle. Sur
à cette

même époque retentir « insurrection, un cri de victoire

tombe d'un maçon on entendit le cri de suprême
et

de révolte intel-

lectuelle cojiire le ciel et la terre.» L'orateur,

comme
paix de

conclusion de ses blasphèmes, dit que «

la

l'àme se puise dans la négation de Dieu

!

»

La

voix d'un poëte ajoutait
(c

:

Solidaires, celui dont la voix vous rappelle

Les principes qu'on doit propager en tout lieu,

Jusqu'à son dernier souffle y demeura
Et brava préjugés, et culte, et
prêtre, et

fidèle

Dieu

!

»

Ce

le

délire d'impiété enfanta l'anti-conciledeNaples,

F.*. Andrieux, le futur préfet
représentait
le

de police de

la

Répubhque,

journal V Excommunié

140

ATHÉISME ET POSITIVISME
cette

de Lyon. Dans
groupes

réunion des 700 délégués
la

des

les plus

avancés de

Franc-maçonnerie,

présidée par Ricciardi, fat adoptée cette déclaration
préliminaire qui a été publiée par
le

journal

officiel

de
«

la

Maçonnerie à Florence

:

Les soussignés, délégués des diverses nations du monde réunis à Naples pour prendre part à l'anti-concile, affirment les principes ci-après ils proclament la liberté de la raison contre l'autorité religieuse, l'indépendance de
civilisé,
:

l'homme contre

le

despotisme de l'Eglise
;

et

de

l'Etat, l'école

du clergé ne reconnaissant pas d'autre base des croyances humaines que la science, ils proclament l'homme libre, et la nécessité d'abolir toute église officielle. La femme doit être affranchie des liens que
libre conire l'enseignement

l'Eglise et la législation opposent

à son plein

développe-

ment. La morale doit

être

complètement indépendante de
»

toute intervention religieuse.

Une
de
la

autre déclaration,

présentée par un délégué

grande loge de
par

la capitale

d'un des plus grands
et contre-

empires d'Europe, adoptée par acclamation
signée
le

Président,
:

est plus explicite encore.

Elle porte ce qui suit

«

Les libres-penseurs reconnaissent

et

proclament

la li-

berté deconscienceet la libertéd'examen. Ils considèrent la

sciencecorame l'unique basede toute croyance, et repoussent en conséquence tout dogme fondé sur une révélation quelconque.
Ils

réclament l'instruction à tous

les degrés, gratuite,

obligatoire, exclusivement laïque et matérialiste.
«

En

ce qui concerne la question philosophique et reli-

gieuse, considérant que

l'idée de Dieu est la source et le soutien de tout despotisme et de toute iniquité, considérant
la religion catholique est la plus terrible

que

personniflca-

ATHÉISME ET POSITIVISME
lion de
celte

141
esl

idée,

que l'ensemble de ses dogmes

la

négation

même

de la sociélé, les libres-penseurs assument

l'obligation de travailler à l'abolition

prompte

et radicale

du

catholicisme, à son anéantissement, par tous les moyens,

y compris

la force révolutionnaire.

»

Un
taires

incident soulevé par

Fimpudence d'un des secla

de celte orgie

força

police

à

dissoudre

du concile du Vatican, après quelques jours de aéance. Une émeute popul'assemblée, hideuse parodie
laire,

provoquée par

les horribles
et

blasphèmes de ces

impies contre Jésus-Christ
contraignit les

sa

Mère Immaculée,

membres

à

se disperser. Toutefois les

plans d'action ayant été arrêtés à l'avance, le prési-

dent avait eu
gués,
ler
tels

le temps de les communiquer aux déléque nous les voyons aujourd'hui se dérouet

sous nos yeux,

défaire proclamer

les

déclara-

tions de principes de la secte.

Les délégués à l'anti-concile de 18G9, ne formaient que l'avant-garde de l'armée révolutionnaire. Le
Grand-Orient de France devait poursuivre
au grand couvent de Paris,
le la lutte
et,

14 septembre 1877,

après avoir pris l'avis de toutes les loges soumises à

son obédience, décider l'aboUtion de
tuts qui affirmait,

l'article

des sta-

comme

bases de l'ordre, « l'exis-

tence de Dieu et l'immortalité de l'àme. »

Cet
«

article fut

remplacé par cette déclaration
:

:

La Franc-maçonnerie a pour principes
-o

la liberté

ob-

solue de conscience et la solidarité humaine. Elle n'exclut

personne pour ses croyances,

Cette décision fut l'objet de longues délibérations.

Mais

les

dissentiments qui se produisirent portèrent

142

ATHÉISME ET POSITIVISME

uniquement sur une question d'opportunité. Quelques
frères craignaient
c'est

de

commettre une
au
couvent

imprudence
1876,

;

quand la discussion s'y produisit pour la première fois, M. Massicault, l'orateur de V opportunisme maçonnique, aujourd'hui préfet dn Rhône.
ce

que

disait

de

«

Il résulterait

de l'abolition de cet article une perturbaloges, rien

lion grave dans

les

ne passionnant

les

esprits

comme
tir

ces discussions stériles sur les causes premières, dis-

cussions qui se succèdent depuis deux mille ans, sans abou-

à

aucun

résultat.... Il fallait laisser faire le

temps

et

attendre le jour prochain où la Maçonnerie pourrait, sans

crainte de se désorganiser., supprimer la déclaration dogmatique contraire à la logique des amis de la liberté de

conscience

»

On
temps
traiter

répondit au frère opportuniste que depuis longles

francs-maçons étaient habitués à entendre

Dieu comme un hon petit vieux mot, sous leque quel tout le monde entendait ce qu'il voulait rien en disant tout par conséquent on ne risquait
;

haut ce que chacun des frères pensent depuis longtemps.
Il

ne faut donc pas croire qu'à cette époque se

soit produit la doctrine

un changement considérable en

fait

dans

maçonnique. Nous pourrions multipher
qui justifieraient cette assertion.
idée de la
tactique

à

l'infini les citations

Nous donnerons seulement une
de
la

Maçonnerie,

en reproduisant un
prix des

discours de

M.
à

Félix

Hément, inspecteur de
des
le

l'enseignement,
écoles

une

distribution

du

VIP

arrondissement,

5 décembre 1880.

ATHÉISME ET POSITIVISME

143

« J'ai prononcé le nom de Dieu, et je dois à ce propos deux mots d'explication, afin de ne point me séparer des personnes, qui dans l'auditoire ne partageraient pas mes idées. Supposons que je n'aie pas prononcé le mot, et que je me sois borné à dire que la justice, la vérité, la beauté humaines sont infirmes par quelque côté que nous concevons une justice, une vérité, une beauté parfaites que cet ensemble de toutes les perfections soit nommé l'idéal. Personne assurément ne peut nier ce que nous avançons, et, s'il est vrai de dire que la sensation de soif prouve l'existence d'un
;
;

corps qui doit l'éteindre, nos aspirations vers Vidéal sont une preuve non moins certaine de son existence. Enfin,
il

n'est pas vrai que notre supériorité dépend des progrès que nous faisons vers l'idéal. Accordons-nous donc sur les points que tous peuvent admettre. Disons que le faisceau des perfections se nomme l'idéal, et que par nos efi'orts nous

devons y tendre. «Les uns lui donnent une forme et un corps pour le mieux saisir, et le nomment Dieu; les autres le conçoivent, mais renoncent à le représenter. »

On
ou

ne s'étonnera donc pas qu'en 1877, sauf deux
pas un seul franc-maçon français
suite

trois individus,

n'ait quitté les loges à la

de l'abolition du

nom

de Dieu dans

les statuts.

Par
dans

contre,

une émotion

très vive

s'est

produite

les loges

de l'Angleterre

et

des États-Unis. De-

puis lors elles ont

rompu
et les

leurs relations avec le Grand-

Orient de France

loges de son obédience.
la supériorité

Dans

ces

deux pays, grâce à

de

l'or-

ganisation sociale et à la force des traditions politi-

ques, la Maçonnerie a éprouvé une sorte de transformation. Elle s'est
protestantes, et a

fusionnée avec les confessions

même donné une
.

grande place à

la

Bible dans son rituel

Si la religion n'y a pas gagné,

144
les loges ont

ATHÉISME ET POSITIVISME
dû à ce rapprochemeut de perdre beauloges anglaises et américaines

coup du caractère impie qu'elles avaient à Torigine.
Mais
l'attitude des

est tout à fait isolée.

La Maçonnerie d'Allemagne
solument au
Si dans ces

,

de

Belgique

,

de

Hollande, d'Italie, d'Espagne, de Hongrie en est ab-

même point que la
divers
statuts

Maçonnerie française.
le

pays on n'a pas rayé encore
officiels,

pense
ciel

nom de Dieu des comme M.
des écoles de

c'est

parce qu'on
offi-

Félix
la

Hément,

l'inspecteur

République française.
Italie,

La Franc-maçonnerie en France, en
du positivisme.

en Bel-

gique a adopté d'une manière générale les doctrines

Le
de
la

F.*. Ferry, actuellement président

du

conseil
la

des ministres, alors député, dans un discours à

loge

Clémente Amitié, à Paris, qui venait de recevoir Littré et WyroubofT, disait en 1877
:

«

Si le positivisme a fait son entrée dans la Maçonnerie,

c'est

que

la

Maçonnerie

était

depuis longtemps positiviste
tous les dog-

sans
«

le savoir.

La fraternité est quelque chose de supérieur à

mes, à toutes les conceptions métaphysiques, non seulement â toutes les religions, mais à toutes philosophies. Cela veut dire que la sociabilité^ qui n'est pas autre chose que le nom
scientifique de la moralité, est capable de se suffire à elle-

même

;

cela veut dire que la morale sociale a ses garanties,

ses racines

dans la conscience humaine, qu'elle peut vivre

seule, qu'elle peut enfin jeter ses béquilles théologiques et

marcher librement à la conquête du monde. « Vous êtes un des plus précieux instruments pour cette « culture du sentiment social, pour ce développement de la « morale sociale et laïque à laquelle vous appartenez

ATHÉISME ET POSITIVISME
«
s

145

J'estime qu'il est

de l'essence de noire institution de

dégager l'homme de la crainte de la mort, parce qu'à cette
terreur séculaire, à cette servitude la plus difficile à rejeter,

«

«

vous opposez

le

sentiment fortiliant
la perfectibilité

et

consolateur de la

« continuité et

de

de l'espèce

humaine.

«

«
» «
"
«
«

« Quand on est animé de cette conviction, quand l'humanité nous apparaît, non plus comme une race déchue, frappée de décadence originelle et se traînant péniblement dans une vallée de larmes, mais comme un cortège sans

lin,

qui

marche en avant vers

la

lumière, alors on se sent
périr,

partie intégrante de ce
cette

grand Être qui ne peut

de

humanité incessamment grandie, améliorée, alors
de la crainte de la morl.» {Bravos redou-

on

est affranchi

«

blés).

Au
Ferry

sénat (séaûce du 4 juillet 1881), clans
loi

la
le

dis-

cussion sur la
disait,

de l'instruction primaire,
cela
le

F.-.

en répétant en

langage des

loges :«

La conception de Dieu
F.*.

varie suivant les sys-

tèmes philosophiques. »

Le 29 août 1881,1e

Gambetta, présidant à
le F.*.
:

Paris une conférence faite par

P. Bert sur

l'enseignement laïque, s'exprimait ainsi
« Voilà

notre religion^ mes amis^

la religion de la culture

intellectuelle.

Ce mot sublime de
et

ce

religion
LE LIEN

»

ne teut pas

DIRE autre

chose,

EN EFFET, QUE

QUI

RATTACHE
la

l'homme a l'homme
rencontre en
d^ autrui et
«

qui fait que chacun, égal à celui qu'il

face, salue sa
le

propre
le

dignité

dans

dignité

fonde

droitsur

respect réciproque de laliberté»
ici

C'est

pour un acte de cette religion que nous sommes

tous rassemblés dans

un

esprit de solidarité

commune. Nous

venons apporter, vous, votre obole, nous, notre parole, à cette communion que l'on peut et doit nommer les Pâques
républicaines de la démocratie.
»

10

.

J46
Jamais

ATHÉISME ET POSITIVISME
la terrible

puissance du blasphème, qui a

été permise à la
s'était

créature révoltée contre

Dieu,

ne

produite d'une manière plus calculée et plus

affirmative

L'homme

seul

en face de

Thomme
:

;

toute la rele-

gion étant dans ce lien de l'homme à l'homme; l'hom-

me

en un mot se faisant Dieu
affirme

voilà ce

que

le

f. *.

Gambetta
nié le vrai

comme
que

le

dogme de

la société

ma-

çonnisée^ après

le F.-.

Ferry a outrageusement

Dieu

!

A la
les
«

suite des premiers rôles, les doublures répètent

mêmes blasphèmes
Dans
sa tenue

d'un bout à l'autre des loges:
la L.*.

du 25 septembre 1882,

Union

et

Persévérance (de Paris) a décidé, à Tunanimité, de nommer membre d'honneur le F.*. Bradlaugh, membre du

parlement
ligieux.
«

anglais,

expulsé

pour refus

de

serment

re-

Le

F.-.

Fontainas, vén/. de l'at/., raconte qu'introduit
f.-.

en Angleterre auprès du

Bradlaugh, sur la recommanil

dation des FF.-. Yves Guyot et Dreyfus,

a reçu un char-

mant
aller

accueil.

Le libre-penseur

anglais a déclaré ne plus

aux \.\ anglaises à cause des allures religieuses de la de son pays. C'est dans ces circonstances que le F.'. Fontainas, lui exposant les progrès faits en France, lui a

Mac.

.

offert

de

l'affiliation. »

Le

F.-. Bradlaugh ne

doit

sa

célébrité

qu'à sa

profession scandaleuse d'athéisme au parlement anglais et à la part qu'il a

prise à

la

fondation de la

ligue malthusienne.

Ecoutez maintenant

le F.*,

de Lanessan, député de

Paris, inaugurant le temple de la loge V Etoile de la

Haute^Marne^ à Chaumont, en octobre 1883

:

ATHÉISME ET POSITIVISME
<

147

Dans un
à

discours fréquemment interrompu par des apdit
le

plaudissements,
esquisse
l'idée

rendu officiel, l'orateur du développement de religieuse dans l'humanité. Il la montre naissant
grands
traits

compte

l'histoire

du besoin qu'éprouveut les hommes d'expliquer les phénomènes de la nature dont l'enchaînement leur échappe,
d'autant

plus forte
plus

et

plus

l'ignorance est
grosssière
à

grande, prenant
la science

généralement répandue que une forme moins
progresse, et finissant
les

mesure que

par disparaître

de l'esprit de tous

hommes qui

sont

suffisamment instruits pour n'avoir plus besoin de mettre au delà de la matière ce Dieu que Laplace considérait avec raison comme une hypothèse inutile. Le rôle de la Francmaçonnerie est de travailler d'abord à l'instruction mutuelle
de ses

membres et
la

ensuite à la propagation des connaissances

qui, en faisant disparaître les croyances et les superstitions,

supprimeront

puissance

du

prêtre beaucoup plus sûreil

ment que
l'objet.

toutes les mesures de rigueur dont

pourrait être

«

Des applaudissements répétés saluent

la fin

de ce dis[sic)

cours, dont l'éloquence et la

rigoureuse logique

ont

produit sur tous les auditeurs une impression aussi vive que
durable. »

Le

positivisme a la prétention,

comme

la

Maçon-

nerie, de fournir

aux hommes une morale basée unila vie

quement sur
la loi

la

nature et absolument indépendante de

de Dieu

et

des sanctions résultant de
Il

future

pour Tàme immortelle.

faut

donc examiner ce que
la

deviennent les principaux devoirs de

morale, la fa-

mille, le droit de propriété, les libertés publiques

dans

renseignement pratique que
journellement à ses

la

Maçonnerie donne
ses
rites,

initiés par

par leurs

interprétations, parles livres de ses principaux initiés.

U égalité

et la liberté

primitives, ou le

prétendu

148
^tat de

ATHÉISME ET POSITIVISME
nature à
rétablir par la destruction

de

toute

autorité spirituelle et temporelle, ce sont là les bases

de

la

morale maçonnique. Cette morale-là ressort de
et

tous les grades

de tous

les rites.

Ainsi l'entend
le rite français,
;

le

Grand-Orient
cossisme,
l'ont

;

ainsi le

proclament

TE-

le rite

de Misraïmet leurs interprètes

ainsi

propagée

et la

propagent encore l'IUuminisme,

la Carbonara, le rite templier, le Martinisme, Fourier,

St-Simon,

et leurs

derniers-nés,

l'Internationale et
la

l'anarchisme.

Et comme,
fit

en

1789,

Maçonnerie
V homme
et

triomphante en

la

base des droits de

du

citoyen, arrêtons-nous quelques instants pour en

extraire, à l'aide

du bijou du compagnon maço7i,
naissent et demeurent libres et

la

logique, les évidentes et irréfragables conséquences.

« Les

hommes

égaux

en

droits.

Les premiers de ces droits

essentiels,

im-

prescriptibles, naturels, sontVégalité et la liberté.»

Donc, aucun

homme,

franc-maçon

ou profane,

Grand-Orient, Suprême-Conseil, ou puissance su-

prême, n'a
et la nature

le

droit d'interpréter la nature en général
et d'en tirer

de l'homme en particulier,
les

des

lois

ou des doctrines pour
et

imposer à d'autres

hommes;
ou

quiconque

d'ailleurs, fût-il hiérophante,

fait parler le dieu des tout autre,

francs-maçons, Isis, Pan, Feu
est

teur, un
tiels,

tyran,

bon ou mauvais principe, un envahisseur des

un

impos-

droits essen-

imprescriptibles,

citoyen. C'est

naturels de l'homme et du un principe proclamé en chœur par la
et,

Franc-maçonnerie
philosophes.

à sa tête ou à sa suite, par les

Donc, puisqu'il

est

de

la

nature et de l'essence de

^

ATHEISME ET POSITIVISME

14^
et

rhomme
que ce

d'être libre et égal

aux autres hommes,

droit est inaliénable et imprescriptible,

aucun

homme
ou

ne peut céder de son droit à un ou à d'autres
aller contre la nature, sans

hommes, sans

qu'un pacte

contrat ainsi fait

ne

soit

radicalement nul.

Leur composé, Dieu ou la nature, qui se divise 671 trois règnes, les minéraux, les végétaux, les animaux, le tout ne faisant qu'un ou la trinité, a lui-

même

pour attributs

:

Véternité, Vinfinité, la touteest nécessaire, éternel, infini

puissance. Mais ce qui
tout-puissant,
est

également immuable.

Impossible
plus de
il

d'y rien changer.

Une

inexorable fatalité pèse sur l'enles parties.
il

semble, aussi bien que dans

Donc

hberté, plus de morale quelconque, et

n'y a,

ne

peut pas plus y avoir de crimes ou de vertus, pour un principe que pour Tautre, pour une partie que pour
le toul,

pour un côté du
le

triangle

que pour

l'autre,

pour l'animal que pour

végétal ou le minéral, pour
plante ou la pierre.

l'homme que pour

la bête, la

La morale en
vers Dieu,
les

particulier se divise en devoirs en-

devoirs envers

soi-même, devoirs envers

autres.
la

Or,

première conséquence des doctrines de
est d'anéantir tous les devoirs
les

la

Maçonnerie

envers Dieu

en anéantissant, sous
fanatisme, toute

noms de
peut-il

superstition et de

religion, expression de ces devoirs.

Mais
voirs
?

l'homme-maçon

s'imposer des
?

de-

Peut-il en avoir lui-même

Écoutons d'abord
renseignements
le rituel

sur ce second chef de la morale

les

de l'interprète autorisé, Ragon, expliquant grade d'apprenti
:

du

150
«

ATHÉISME ET POSITIVISME
Je passe à la deuxième question
:

Qu'est que

l'homme

se doit à

lui-même

?

qu'on a voulu dire ? or, qu'est-ce que de l'homme, c'est donc un homme seul qu'un homme, qui serait seul, se devra? Rien. Cette réponse est la seule juste, puisqu'un individu ne peut se trouver en
;

Ces paroles expriment-elles bien ce nous ne le pensons pas. On ne parle ici

même

temps, sous le
»

même

rapport,

son débiteur

et

son

créancier.

Qu'est-ce que l'homme doit a ses semblables?
C'est la
troisième question

donnée

à

résoudre

à

l'adepte admis à se présenter à l'initiation au grade
d'apprenti.

« Cette question,
intérêt social.
croit

ditRagon,

est juste, exacte

el

d'un grand

L'homme doit à

ses semblables tout ce qu'il se

les devoirs de l'autre;

dû à lui-même par ses semblables; les droits de l'un sont chacun se dira Ce que j'attends de mon j'attends de lui, quand il me parlei frère, il l'attend de moi j'userai envers lui de franchise et franchise et sincérité
:

:

;

de sincérité.
«

Cette réciprocité de droits et de devoirs
est le

ou de services
bien

rendus

lien de

toute société: brisez -la, je vois

encore des

hommes

placés les uns à côté des autres, mais je
société.
»

ne vois plus de rapports, je ne vois plus de

Ainsi, toute la morale, selon

renseignement ma-

çonnique, consiste dans les devoirs de l'homme envers
ses semblables, et ces devoirs

ment
les

ce que

l'homme

se

eux-mêmes sont uniquecroit diX à lui-même par ses
s'il

semblables, en sorte que,

ne se

croit rien
il

dû par

autres ou qu'il n'en reçoive rien,

ne leur doit

rien
•se

non plus,

et ces

«"étrécissent

prétendus devoirs s'allongent ou au gré ou au goût de chacun dans le

ATHÉISME ET POSITIVISME
plus vague, le plus universel arbitraire.

151
Qu'est-ce

qu'un

tel
si

lien social et

que peut-il

lier ?

Mais

me

devoir à

sera la

moi-même je ne dois rien et ne peux rien moi-même, rien, absolument rien, quelle base logique de mes devoirs vis-à-vis de mes
?

semblables

Du
fait

reste les chefs des sociétés secrètes ont toujours
cet article.

bon marché de

Weishaupt
:

écrivait

aux

premiers supérieurs de Tllluminisme

« Pour rester maîtres de nos discours, faisons observer aux élèves que les supérieurs jouissent d'une grande liberté sur cet article que nous parlons tantôt d'une manière, tantôt d'une autre; que nous faisons souvent une question avec
;

assurance pour sonder l'opinion des élèves etleur fournir
cet échappatoire, répare bien des fautes. Disons toujours

l'oc-

casion de la manifester par leurs réponses. Ce subterfuge, ou

que

montrera quel dre pour la vérité.
la tin
«

est

de nos discours celui qu'il faut prentantôt d'une autre,

On

parle ainsi tantôt d'une façon

pour n'être pas embarrassé, et pour laisser notre véritable pensée impénétrable aux inférieurs. Que cet avis soit inséré dans l'instruction, eiiam hoc inseratur instructioni (il est devenu la troisième loi des aréopagistes). Il serait encore mieux, et l'expédient aurait plus de succès, si vous avertissiez, si vous chargiez nos illuminés majeurs
de varier de

même

leurs discours avec

leurs

inférieurs, et
dictis. »

cela pour les raisons susdites, ex rationibus

supra

Le

silence et le secret, disent les Statuts de Uordrn, sont
;

lame de l'ordre et vous l'observerez, est-il dit aux novices, auprès de ceux mêmes que vous pourriez soupçonner aujourd'hui être vos frères, et auprès de ceux qui seront

connus

Vous regarderez commet un principe constant parmi nous que la franchise n'est une vertu qu'auprès
dans
la suite.

des supérieurs

,-

la méfiance et

la

réserve sont la pierre

fondamentale*

»

.

152

ATHÉISME ET POSITIVISME

En somme, quand oq examiae de près l'enseigne"' ment moral pratique de la Maçonnerie, on voit quetous les devoirs envers les

hommes

se réduisent à l'ol'as-

béissance aux chefs, à l'observation du secret, à
sistance des «frères» préférablement

aux profanes; en

un mot

à la dissolution de l'ordre social.
le

Partout

dévouement à
est rappelé et

l'ordre^ c'est-à-dire à la

Maçonnerie,

impérieusement prescrit

Au
du

le cou un des signes est celui du ventre coupé le sacrifice d'Abraham sert d'allégorie; le tout pour montrer jusqu'où doit aller le dévouement

grade d'écossais, on place une hache sur
;

récipiendaire
\

et l'obéissance

d'un maçon.

« Si on voulait former des assassins, dit l'auteur

du

Voile

levé,

s'y prendrait-on

autrement pour
mort,

les

accoutumer aux horreurs
étouffer les
tible

de

la

et leur faire

remords d'une conscience qui
?

serait suscep-

de s'alarmer

Si ce n'est pas là l'école

où ont

été

instruits les meurtriers des

Foulon

et

des Ber-

thier, des

Belsunce

et

de tant d'autres victimes mal-

heureuses d'une fureur fanatique, on conviendra au

moins qu'avant la Franc-maçonnerie, on n'avait jamais

vu chose semblable. » On comprend, après ces essais et ces doctrines, le patet exitus de Weishaupt, ou cette liberté du suicide qui est comme un axiome de toutes les philosophies maçonniques,

dont l'Illuminisme
et

et

la

haute

Maçonnerie font un devoir
ses adeptes plutôt

une secrète volupté à
ou ua

que de
passer à

trahir leurs secrets,

refuge quand

la

nature impose un fardeau trop pesant:

que Voltaire

fait

Rome

pour

férocité bar---

ATHÉISME ET POSITIVISME

153

bare, à Paris pour folie, mais à Londres, pays de la
vraie philosophie, pour grandeur

d'àme

;

que Ragon
mort,

présente
et le

comme un moyen

tout

puissant de liberté,
la

plus propre, en bannissant la crainte de

maçon maître de sa vie et de celle des que M. Cousin, le haut maçon, grandautres maître de l'université, déclare n'être jamais ni un crime, ni une injure, et ne renfermer quelque mal
à rendre le
;

que lorsque, sans raison et par caprice, il nous fait détruire un corps qui fait partie du monde ; que son ami le grand-maître et pontife de la Carbonara, Jean Witt, exalte sans cesse dans ses mémoires

comme
il

l'œuvre du courage

et

de

la liberté, à laquelle

est toujours prêt.

N'est-ce pas à bon droit que Lamennais, alors devenu lui-même un des démolisseurs de l'ordre social, et associé avec Eugène Sue et Georges Sand,
s'écriait

comme

effrayé de son

œuvre

:

« En vertu de la souveraineté de la raison bumaine, on se soulève contre Dieu et on se déclare libre et égal à lui; au nom de la liberté on renverse toutes les institutions politiques et

religieuses

;

au

nom

de

l'égalité,

on

abolit toute hiérarchie,

toute distinction religieuse et politique... Alors, sur les os-

la

sements du prêtre et du souverain, commence de règne de haine et de la terreur. Effroyable accomplissement de
cette prophétie
:

Un

peuple entier se ruera
et

homme

contre

homme,
grands. »

voisin contre voisin,

avec

un grand tumulte,

l'enfant se lèvera contre le vieillard, la populace contre les

Le Père Descharaps, dans le chapitre 10 du livre premier de Touvrage Les Sociétés secrètes, a montré

154

ATHÉISME ET POSITIVISME
les doctrines

comment
de
la

maçonniques, en ne reconnaisdestruction de la famille.

sant que les besoins de la nature physique pour base

morale, amenaient
à cette

la

Nous renvoyons
ainsi

magistrale démonstration,

faits si nombreux que nous avons cités tome III et qui montrent les loges actuelles, arrivées aux conséquences logiques de leur doctrine,

qu'aux

dans

le

se faisant les propagatrices du divorce, de l'union libre du Malthusianisme. Dans leurs professions de foi et discours publiés
les francs-maçons parlent toujours de patriotisme
les entendre
ils
:

à

en auraient

le

monopole. Mais leur
de Dieu

doctrine le détruit radicalement en supprimant tous les

devoirs basés sur le respect de la
faisant sans cesse miroiter

loi

et

en

aux yeux des adeptes l'husufaut

manité cosmopoUte,
Il est

les

États-Unis universels.
la
Il

impossible d'exprimer plus clairement

bordination du patriotisme au but maçonnique.

surprendre dans leurs publications secrètes leur pensée
véritable,

pour savoir avec quel dédain

ils

traitent

« la vertu appelée patriotisme. »
«

cle dernier

Diminuez, retranchez l'amour de la patrie, disait au sièun de leurs docteurs, les princes et les nations
»

disparaîtront sans violence de dessus la terre.

Leur doctrine
«

n'a pas

changé de nos jours

:

La France

régénérée, écrivait naguère un des secrétaires
atteint le degré de perfecles doctrines

du Grand-Orient, n'a pas encore
tion que
rie...

commandent

de

la

Franc-Maçonne!

La

patrie de tous les

hommes,

c'est l'univers

»

ATHÉISME ET POSITIVISME

155

Le degré de

perfection qu'il faut atteindre n'est

autre chose qu'une indifférence absolue pour les destinées de la patrie, lorsqu'elles doivent être sacrifiées

aux
«

intérêts

de

la secte.

La Maçonnerie

n'est

d'aucun pays, écrit Ragon, un de
ni

ses historiens les plus autorisés. Elle n'est ni française,

écossaise, ni américaine. Elle

ne peut pas

être

suédoise à
si

Stockholm, prussienne à Berlin, turque à Gonstantinople,
elle

y existe

:

elle est

une

et universelle.

Elle a plusieurs

centres d'action, mais elle n'a qu'un centre d'unité qui est
le plus

grand bienfait de
»

la société antique. Si elle perdait

ce caractère d'universalité et d'unité, elle cesserait d'être la

Maçonnerie.

Un

de leurs principaux adeptes,

le F.-.

Frédéric

Marin, n'a pas craint d'écrire que «
« applications
les plus

le patriotisme n'est

« que l'esprit de corps considéré dans l'une de ses

imposantes,

qu'il est

un du

« produit de notre vanité personnelle, bien plus con-

« forme à

la

médiocrité de notre nature,
il

le lot

« vulgaire », et

exalte la supériorité

du sentiment
nous porte

politique^ de cet

amour « du

droit idéal qui

« à le réaliser le plus longuement possible dans toutes « les sociétés, quelles qu'elles soient. »

Ce
grin.

n'est pas là la conception isolée

d'un esprit cha-

Les mêmes déclarations nous parviennent des
Suisse, Bluntschli développe la thèse que l'État
doit

pays étrangers.

En

moderne
«

embrasser l'humanité entière:
satisfac-

L'humanité progressive ne trouve pas sa pleine
«

tion dans les Etats particuliers et elle les consume. »

La liberté que réclame

la

génération actuelle, s'écriait

156

ATHÉISME ET POSITIVISME
c'est la

récemment un orateur de Gœttingue,
sont réunis en un seul État.
»

suppression de

toutes les barrières devenues superflues lorsque les

hommes

Le
la

patriotisme est

un obstacle à ce beau

plan. Aussi

Bauhutte^
:

organe maçonnique allemand, a-t-elle

soin de dire
«

L'Union maçonnique ne

doit pas différer à

marquer
»

le

point exact où le patriotisme cesse d'être une vertu.

La
sur
le

propriété

privée ne

résiste pas

davantage au

travail disolvant

de

la

doctrine maçonnique, fondée

retour à Tégalité et à la liberté native.
liberté^

La

au point

du

vue humain des loges,
et

signifie

l'indépendance complète

de tous

les côtés

de
loi

rhomme vis-à-vis de

tous les législateurs et de toute

en dehors de l'homme lui-même, non seulement dans
Tordre dogmatique, mais encore dans Tordre moral,
et

conséqiiemment dans Tordre politique
calogue vaut, tout au plus encore,

et social.

Le Dé-

comme

satisfaction

privée, concédée à Tétre individuel qui veut l'observer, mais jamais

comme

loi

générale de l'humanité,

car se

serait
et

L'homme
lois

une barrière pour le moi humain. Thumanité se font d'eux-mêmes des

avec une pleine indépendance vis-à-vis de tout,

et

ne s'adressent pour cela à aucune
au contraire en horreur

autorité. Ils

l'ont

comme une

usurpa-

tion.

Par
et

tombe
lui la

le

septième

commandement de
toute

Dieu,

avec

propriété.

Comme

autre

chose, la propriété devient une institution qui, selon
la libre et

indépendante volonté de Thomme,

est soit

ATHÉISME ET POSITIVISME
établie,
soit

157
pure raison

renversée par la

loi.

Et

la

de l'homme athée trouvera beaucoup plos convenable de placer le patrimoine commun de TEtat sous la
direction

du peuple

et d'assigner à

chaque individu
les

d'après son travail sa quote-part dans

acquêts

communs, pour

égaliser par là le prétendu

amoncel-

lement de Tor entre les mains du petit nombre, et la pauvreté de l'énorme grand nombre, en d'autres ter-

mes, on introduira Vétat du peuple socialiste.
y a dix ans, Mgr de Ketteler tirait déjà cette conséquence des prémisses du Hbéralisme, quand il
îl

écrivait
fait

:

« Si les principes

de l'État moderne, qui

abstraction de toute religion et considère la néga-

tion de

Dieu comme un

droit de la culture intellec-

tuelle, sont vrais, alors ce

que
il

la majorité

des

Cham-

bres décide est

le

droit, et

ne peut plus être quesde cette volonté du

tion d'une entreprise illégitime

peuple à rencontre du droit de propriété. »
«

La conséquence de
Chambre ordonne

tout le systênie libéral (c'est-

à-dire humanitaire) est:

Une Chambre,
est la loi, et

et ce

que

cette

seule

quiconque, pour
sur sa
foi,

lui résister,

s'appuie sur sa conscience,

sur

le

droit transmis, sur le Christ et Dieu, est couil

pable de haute trahison,

pèche contre

la

majesté

de

la

volonté populaire. Pourquoi donc, au
cette

nom du
la

ciel,

majesté devrait-elle s'arrêter devant
?

bourse des riches libéraux

Si elle a le droit de fouler
il

aux pieds notre conscience,,.,

serait bien
fois

extraor-

dinairement risible de prétendre qu'une
force ordonnatrice

devant

la

bourse pleine d'or des millionnaires, cette nouvelle

du monde dût

rester

immobile

comme

par enchantement. »

158
Mais
la la

ATHÉISME ET POSITIVISME
Maçonnerie, qui déchaîne
elle
la

démocratie et

République, quand

y a

un

intérêt actuel, n'en-

du suffrage universel. Il y a dans sa doctrine un principe emprunté au Gnosticisme où se trouvent en germe tous les despotismes.
tend pas se faire
la sujette

C'est la connaissance des lois immuables de la nature, Ragon, qui élève le maçon au plus haut degré de l'échelle sociale. Toute religion, toute asociation politique,
(c

dit

qui s'éloigne de ces lois est informe, contre nature, et n'a

point de durée. Si l'homme initié à cette science connaît
le

bien

et le
il

mal,
et

il

connaît l'année,

et

si

par des études
connaîtrait

profondes,
ture

pouvait apprécier et savoir tout ce que la na-

prépare
»

accomplit dans une année,

il

Dieu.

Ces derniers mots touchent aux hallucinations de la Kabale. Elles n'ont pas cessé de hanter l'esprit des

maçons

les plus

avancés, et c'est l'essence de la science

politique formulée par l'école positiviste. Ici encore

nous surprenons
longtemps dans
la

le

positivisme

comme

étant depuis

Maçonnerie.
faits

Avec de

tels

principes moraux, les

que nous

allons raconter dans les chapitres suivants sur V action

des sociétés secrètes n'ont rien que de logique.

CHAPITRE IX
LA PROPAGATION DE LA FbANG-MAÇONNERIE

AU

XVIIl®

SIÈCLE

La naissance et ledéveloppement au sein de lasociété
,

chrétienne, de sociétés

secrètes telles
la

que

la

Franc-

maçonnerie, dont ridée mère est

négation du Chris-

tianisme et de tout l'ordre social élevé sur ses principes,
est

un

des

phénomènes
du philosophe
la

les
et

plus

dignes

d'attirer l'attention

de

l'historien.

Jusqu'à ces dernières années,

plupart des écri-

vains francs-maçons, pour donnera leur secte, par

une
tirer

prétendue antiquité,
ni de
l'histoire,

une
de

autorité qu'elle
raison,

ne peut

ni

la

cherchaient à lui

assigner pour origine les pagodes de l'Inde, les temples

de Memphis ou d'Héliopohs, en Grèce ou
le culte

les

mystères d'Eleusis

de

la

« bonne déesse » chez les

Romains,

la construction enfin

du temple de Salomon,

sans réfléchir que toutes ces institutions, en posant à
leur base le sacerdoce et la théocratie ou l'aristocratie,
étaient la contradiction
la

même du but

et

de

la

base de

Maçonnerie, à savoir

l'égalité et la négation

de toute

supériorité, de celle
vait
le

panthéisme
les

et

de Dieu même. Mais on y troul'immonde lingam, Osiris et
Isis,

Typhon ou

deux principes,

Cérès ou

la

na-

160

PROPAGATION DE LA FrANG-MAÇONNERIE

ture, rexplication des

de bétes dont

les

Doms des masques et des peaux maçons se servent pour mieux leur
la

ressembler, un prétexte enfin à

fable de

maître

Hiram et aux de l'histoire,
d'une
prouve
l'antiquité

loges
ni

d'adoption, sans se soucier ni
la

de

vérité.

Cette

revendication,

descendance
par

des

plus honteux mystères
les
la

de

tous

écrivains

maçonniques
la

seulement

que

Franc-maçonnerie tend,
restauration

par ses doctrines et ses pratiques, à

du

paganisme antique

dans

sa plus

grande peril

version.

Au

point

de

vue historique
qu'aucune
les

est certain

qu'aucune
corps,

organisation,
s'est

secte

formant

ne

perpétuée depuis
Il

temps anciens
et cet

jusqu'à l'époque moderne.

faut

donc avouer,

aveu
fatras

les habiles l'ont fait

eux-mêmes, que tout ce de fausse érudition n'était qu'une amorce pour
et les
sots.

les libertins

Aussi nous

laisserons ces

farces grossières, pour en venir de suite aux
réelles et

origines

démontrées.

L'organisation extérieure de la Maçonnerie est celle

des grandes guildes de

maçons

libres^ qui,

comme celle
marchands
de bâtir
l'art

des merciers^ celle des Lombards pour
et les banquiers,

les

groupaient les ouvriers de

dans

les différentes

contrées de l'Europe, grâce à la

large et féconde

créée entre tous les
tienne.

communauté que le Catholicisme avait membres de la république chréà combattre

Une

secte déterminé

à fond le

Christianisme a pris les formes de ce compagnonnage

au

XVIP

siècle, peut-être
et

même

dès

le

XVP

siècle.

La légende d'Hiram

du temple de Salomon

est

vraisemblablement contemporaine de la corporation des

PROPAGATION DE LA FrANC-MAÇONNERIE
maçons
libres, très

161

répandue en Angleterre

et

en Alle-

magne à ces époques. Mais
chent à
la

à côté d'elle, nous en trou-

vons d'autres non moins considérables, qui se rattadestruction du fameux ordre des chevaliers
et

du Temple

sont

comme un cri prolongé de vengeance
et à ces rites,

contre les pouvoirs ecclésiastiques et civils qui ont dû
les détruire.

Mêlés à ces souvenirs
hérésie du

d'au-

tres

signes, d'autres cérémonies nous

ramènent jusà leurs an-

qu'à la grande

moyen

âge. à celles des
et

albigeois, des catarrhes, des patarins,
cêtres les

manichéens
le

et

lesgnostiques.
les Albigeois, les

La Gnose,
d'où
la

Manichéisme,

Tem-

pliers, telles sont les sources

de libertinage sacrilège

Franc-maçonnerie
peut voir dans
les
la

est doctrinalement sortie.

Et

l'on

Kabale judaïque, dans Socin,
la secte

dans Spiuoza
frérie des

précurseurs de

dont

la

conla

Rose-Croix

doit être considérée

comme
la

sœur aîûée.
Il

y a identité entre les
et

doctrines de

Franc-

maçonnerie moderne
L'historien
se

celle

de toutes ces hérésies.
des

rend

compte

formes diverses
contre

qu'a revêtues l'antagonisme organisé
vre de
Jésus-Christ, V église

Toeul'ap-

de Satan, pour

peler de son nom,

dès

le

commencement des âges
rassemble ses

chrétiens. Vaincu à plusieurs reprises par la foi des

peuples catholiques,
forces à la faveur

le

même ennemi

des désordres du
la

grand schisme
chrétien en

d'Occident, et de

séparation du
;

monde

deux par
ayant

le

protestantisme

et

il

engage contre l'Église
forme

une nouvelle
le

lutte universelle

dans son principe, el
théâtre, sous la
11

monde

entier pour

162

PROPAGATION DE LA FrANC-MAÇONNERIE
lui sert

d'une association secrète qui

de masque. Ce

masque,
et à

il

le

soulève peu à peu de lui-même, au fur
les

mesure que ses succès, dans

temps modernes,
les

enhardissent son audace.

Nous

n'entrerons pas plus avant dans
et

questions

des origines

des précurseurs de

la

Franc- maçonnerie»

Le

lecteur curieux d'étudier ce grave

problème his-

torique en trouvera tous les éléments dans l'ouvrage

du Père Deschamps (tome I, liv. P'", chapitres I et II). Avec le commencement du XVIIP siècle, nous som-

mes sur un

terrain historique parfaitement
et

sûr

;

c*esl

par l'Angletene

rAllemagne du Nord qu'à
la

cette

époque s'organise d'une façon active
de
la

propagation

Maçonnerie. C'est à cette époque qu'elle comà jouer

mence

un

rôle

décisif

dans

la

marche des
David
laissé

grands événements de
Bolingbroke,

l'histoire

moderne.

Coolins,

Tindall,

Wolston,

Hume étaient les principaux membres d'une société dont
Toland
sous le
était l'âme.
titre

Ce

dernier

a précisément

de Pantheisticon, dédié lectori philo-

matho

et philalethi

(notez

cette

appellation de
les

philalètes,

qui sera

celle

d'une des loges
la

plus

avancées de Paris au

moment de
la

Révolution),

un

livre

où est exposée

tenue des réunions de ce
.

qu'il appelle des sodalités

socratiques

Elle se réunis-

sent particulièrement aux solstices et et aux

équmoxes

pour célébrer des banquets, d'où
les serviteurs, étaient

les profanes,

même
rituel

rigoureusement exclus. Le

de ces réunions

est

presque mot pour mot semblable

à celui des tenues de table actuelles. Les discours que
l'auteur

met dans

la

bouche du

roi

du

festin

et

de

PROPAGATION DE LA FrANC-MAÇONNERIE
Fassistance
sont empreints

163
plus
la

du panthéisme

le

avoué

et

célèbrent la mort

comme

la

réunion de

personnalité dans le grand tout.

La Franc- maçonnerie en
constitution sociale

Angleterre, grâce à

la forte

du pays,

avait pris dès cette épo-

que

le caractère

relativement modéré qu'elle a con-

servé depuis, et elle remplissait déjà peut-être le rôle

de société de secours mutuels, que bien des circonstances économiques rendaient dès lors nécessaire.

Cependant Tantagonisme de ses doctrines à toute
révélation et à toute religion positive se révèle très

nettement dans des statuts arrêtés en 1717, dans une
loge dont faisaient partie
le

médecin Désaguliers,

le

théologien James Anderson et George Payne.
ils

En 1723,

furent publiés à

Londres,

comme

les
ils

constitua
sont restés
les

lions générales de la Maçonnerie^ et
la

bases des statuts de

la

Maçonnerie dans tous

pays.

Comme

le fait

très-bien remarquer le P. Pachtler,
la

la quintessence

de
:

doctrine maçonnique se trouve

dans ce passage

« Le maçon est, en tant que vrai noachile, obligé de se conformer à la règle des mœurs. Celui qui connaît et pratique bien l'art ne sera ni un athée insensé, ni un libertin

sans religion. Contrairement à ce qui avait lieu dans les temps anciens, il est jugé convenable dans le temps présent d'obliger seulement les maçons à cette religion de laquelle tous les hommes conviennent, c'est-à-dire à cette ancienne
religion catholique, de les obligera être des

hommes

d'hon-

neur

et

de probité

et

à observer les prescriptions morales

universellement reconnues. Après cela, il est permis à chaque membre en particulier de demeurer dans sa confession et
persuasion
religieuse
;

toutes les controverses et disputes

164

PROPAGATION DE LA FrANG-MAÇONNERIE
maçons

politiques et religieuses doivent être écartées, et les

doivent demeurer paisiblement soumis aux autorités civiles.

Cependant un

frère qui

s'est

engagé dans une révolte contre
d'autre faute, doit rester

l'État et n'a pas d'ailleurs

commis

attaché à la loge.

La

loi essentielle

entre tous les

membres
fidélité.

de Tordre,
Ils

c'est

l'amour fraternel, l'assistance, la

doivent tous se considérer

comme

égaux

et frères.

La
»

société entière doit être une fraternisation de l'humanité et

procurer l'amour des hommes,

la

tolérance et la sociabilité.

Plus de morale révélée
substitué à Jésus-Christ

;

et

à

Noé ou l'homme seul son Église, comme
;

source de toute règle de moeurs

toutes les religions

également indifférentes

et n'étant plus

qu'une de

affaire
les

de police locale
tions
;

;

l'Humanité absorbant toutes
l'ordre assurés

na-

et les

membres de

la protec-

tion de leurs frères dans toutes les entreprises qu'ils

pourraient faire contre les gouvernements:
nerie est là tout entière.

la

Maçon-

Si les constitutions maçonniques de 1717 s'en tieniient à

un déisme vague, qui

fait

de Dieu un monar-

que

constitutionnel, régnant sans gouverner et sans

se mêler des actions humaines, n'oublions pas qu'il
s'agit

d'un document

public destiné au
reconnaissaient
il

monde
déjà,

profane. D'arrière-sanctuaires

en

effet, les

hauts grades, et quand

s'agit

de ces

époques, on ne peut méconnaître leur importance pratique.

C'est dans une des sodalités décrites par le

Pan-

theisticon que Voltaire fut reçu franc-maçon, lors de

son premier voyage en Angleterre, où

il

mena pen-

PROPAGATION DE LA FrANC-MAÇONNERIE
dant
trois

165

ans «

la

vie d'an
(1).

Rose-Croix toujours am»
l'histoire.

bulant et toujours caché

Nous
partir

voici arrivés
la

au point décisif de

A
ne

de

régence du duc d'Orléans, l'Église

rencontre plus seulement l'opposition que sa

morale

soulèvera toujours dans les cœurs livrés aux passions,
elle

ne voit plus seulement

tel

ou

tel

de ses dogmes
les

attaqué par une hérésie déterminée,

monarchies

ne sont plus exposées seulement à des complots ou à
des
n'îvoltes, fruits

des ambitions des
;

grands ou des

souffrances populaires
ble,

contraire

un vaste mouvement d'ensemà tous les dogmes rehgieux et à tous
la société civile, se

les principes

de

produit dans les

intelligences, se traduit
la vie politique, et

dans

la littérature

comme dans

prépare l'explosion révolutionnaire-

de

la

fm du

siècle.

Ce grand mouvement,
sance

cet

avènement d'une puis-

sans précédent, insaisissable et irresponsable,

qu'on appelle d'un

nom

nouveau, l'opinion publique,
tous les principes
livré

et qui attaque avec la religion

de

Tordre

civil,

l'assaut

acharné
et

aux

institutions

dans lesquelles

la religion

la société

se

réalisent

pratiquement. Église catholique, Papauté, ordres religieux,

monarchies légitimes, tout cela n'est pas un.
c'est le résultat

mouvement spontané,
C'est d'Angleterre

du
et

travail sou-,

terrain accompli par les sectes.

que Maçonnerie

Philosophie

fl) Plus tard, lors de son dernier voyage à Paris, il fut affilié solennellement à la loge des Neuf-Sœurs, et reçut solennellement le tablier d'Helvétius mais l'affiliation n'est pas la même chose que,
;

l'initiation.

166

PROPAGATION DE LA FrANG-MAÇONNERIE
TuQe
et

étaient sorties

l'autre et

qu'ensemble,

ainsi dire, elles avaient

envahi

les

pour deux continents
,

avec leur haine
catholiques.

commune pour

toutes les institution^

dit Robison, un franc-maçon, qu'avan*une association ayant pour but unique de détruire jusque dans leurs fondements les établissements religieux, et de renverser tous les gouvernements existant en Europe, que le système de cette [association était devenu universel^ et que les loges de francs-maçons lui servaient
«

Il est certain,
il

1743

existait

d'école.

Les premières loges qui furent étabUes en France
et

en Belgique

le

furent toutes par des anglais et dans
relations avec

des villes où

les

eux étaient fréquenet

tes. Telles furent celles

de Dunkerque

de Mons en
1732,

1721, de Paris en

1725, de Bordeaux en

de

Valenciennes en 1733, du Havre en 1739.
les loges furent assez

Quand
cen-

nombreuses pour avoir un cenloge

tre régulier
trale prit le

d'administration, la première

nom de Grande-Loge

anglaise de France,
la

et ce

ne

fut

qu'en 1743, quoique

demande eu

eût

été faite en

1735 par une députation

des loges de

Paris, que le diplôme d'autorisation en fut délivré par la

Grande-Loge

d''

Angleterre. Les deux premiers grands

maîtres furent deux Anglais, lord Dervent-Waters et
lord d'Harnouester.
Ils

eurent pour successeurs le

duc d'Antin en 1738,

et

en 1743
les

le

comte de Cler-

mont, prince du sang, dont

concurrents furent le

prince de Conti et le maréchal de Saxe.

A

côté de la Maçonnerie de

l'ancien rite,

émanée

PROPAGATION DE LA FrANG-MAÇONNERIE
de
tre
la

167

Grande-Loge de Londres, nous voyons apparaîà cette époque un nouvel ordre du Temple, étroitela

ment apparenté à
elle.

Maçonnerie
le

et

destiné à s'unir à

Clavel raconte que

régent Philippe d'Orléans
fit

fut

l'auteur de cette reconstitution et qu'il
l'ordre

des dé-

marches auprès de
pour avoir
les

du

Christ

de Portugal

anciennes

constitutions

du Temple.

Quoi

qu'il

en

soit,

Tordre eut pour grand maître sucle

cessivement
le prince

le

duc du Maine,
le

comte de Clermont,

de Conti, puis
la

duc de Cossé-Brissac, qui,
le titre (1).

au moment de
les

Révolution, en avait

Tous
rôle

historiens sont

unanimes pour signaler
et

l'étroite
le

liaison

des loges avec l'ordre du Temple

prépondérant de ce dernier.

La Franc-maçonnerie

eut d'étranges propagateurs.

Frédéric de Prusse s'occupa activement, pendant son
règne, de l'organisation de la Maçonnerie,
avait été reçu

dont

il

membre

à Brunswick dans la nuit

du

14 au 15 août 1758. Son père avait été très opposé à
la secte,

qui fat assez habile pour s'assurer du confils,

cours du

alors prince héritier,

et

depuis complice

des turpitudes philosophiques. Pour mettre en rapports
lait

plus directs l'ordre maçonnique qu'on

appe-

en Allemagne de Sl-Jean, et qui ne comptait que

quatre grades, avec les systèmes templiers, qui reparaissaient alors,
il

organisa

le

Maçonnerie écossaise

(1) c'est ici le

cas de rappeler que dans l'ordre
rites

du Temple, comme

maçonniques, les grands-maîtres sont la pludu temps complètement étrangers aux secrets de l'ordre. Choisis à cause de leur position sociale, ils servent simplement de paravent
les

dans

divers

part

aux babiles qui manœuvrent

derrière eux.

168

PROPAGATION DE LA FbANG-MAGONNERIE
la

avec vingt-cinq degrés, se superposant à
nerie Johaniste.

Maçon-

Le

rite créé

par

lui

s'appela le rite

des princes

du royal
c'est

secret,

grade

:

avec divers remaniements datant de
siècle,
là le

du nom de son dernier la fin du
rite

XVIII®
accepté,

écossais
le

ancien
plupart

que gouverne de nos

jours

Suprêmela

Conseil en France et qui est pratiqué dans

des Grands-Orients.

Parmi

les

propagateurs

les plus zélés
le

de

la

Francle

maçonnerie, à cette époque, se trouve

chevalier de

Ramsay,

le

premier au leur du
par
la

rite écossais. Il

ne put

faire accepter

Grande-Loge de Londres, qui
les Stuarts
le
;

avait

dès lors rompu avec

mais

il

le

propagea
qu'il

rapidement en France sous

nom
Il lé

de rite de perfec-

tion ou d'Heredom, grâce aux grades
oifrait à la frivolité

nombreux
soit

des adeptes.
l'ordre

présentait

comme
réel-

une continuation de
lement
patrie
,

du Temple,

que

il

en eût trouvé quelques traditions dans sa

soit

que ce

fût

un pur subterfuge pour
dans
l'intérêt

ses

desseins politiques.

Ramsay

agissait,

en

effet,
il

de

l'héritier

légitime des Stuarts, et

espérait se servir de cette

organisation pour
gleterre.

le faire

remonter sur

le

trône d'An»
partis hon-

Ce

n'est pas la seule fois

que des

nêtes ont essayé de se servir des associations occultes

pour réaliser un dessein légitime. Toujours cette arme
s'est

retournée contre eux, et
la

le

génie du mal, caché

dans

Maçonnerie, a pris

de

cette tentative.

Ce fut là l'issue Le malheureux Charles-Edouard,
le

dessus.

livré à des illuminés et à des kabalistes, parfois

même

à de vulgaires

chevaliers d'industrie, passa les der~

PROPAGATION DE LA FrANG-MAÇONNERIE
nières années de sa vie à constituer des systèmes

169

mades

çonniques nouveaux,
mères-loges, dont
les

à délivrer

des chartes à

vénérables étaient perpétuels,

propriétaires en quelque sorte de ces ateliers,
les colonels

comme

l'étaient

de leurs régiments à cette épo-

que, et percevaient les droits de collation aux grades.
C'est ainsi que les rites maçonniques de toute sorte
se propageaient, avec

une étrange confusion débuts,

de personnes

et

de moyens.

De

tels

patronages explis'y trou-

quent comment tant d'hommes honorables
les loges qu'ils avaient

vèrent engagés; mais Tinfluence des Stuartistes dans

fondées fut éphémère, et nous

dirons plus tard comment, à la veille de la Révolution,
les chefs

du mouvement

s'y prirent

pour éUminer

les

éléments honnêtes qui s'y trouvaient. Le

nom de Ro-

bespierre, père du célèbre conventionnel, qu'on trouve

dans

les loges

d'Arras de 1747, indique assez quels
lors.

éléments dangereux s'y glissaient aussi dès

Ce

furent également des anglais qui établirent les

premières loges d'Allemagne, d'après Clavel, à Colo-

gne en 1716, selon Robison, à Hambourg en 1734.

En 1740,

la

Loge an^Za/^e fonda elle-même
les autres.

la

loge

Absalon, qui réunit toutes

La Maçonnerie
les anglais

se propagea à la

même époque par

dans

les

pays du midi de l'Europe.

« C'est de 1726, dit Clavel, que date l'introduction de la Franc- maçonnerie en Espagne. En cette année des constitutions lurent accordées par la Grande-Loge d'Angleterre à une loge qui s'était formée à Gibraltar en 1727 une autre
;

loge fut

Madrid. Jusqu'en 1779, celle-ci reconnut a juridiction de laGrande-Loge d'Angleterre, de laquelle elle
à

ondée

170

PROPAGATION DE LA FraNG-MAÇONNERIE
;

tenait ses pouvoirs
et

mais à celte époque

elle

secoua

le

joug

constitua des ateliers tant à Cadix

qu'à Barcelone, qu'à

Valladolid
«

et dans d'autres villes. Les premières loges, en Portugal, furent érigées en 1727 par des délégués de sociétés de Paris; la Grande-Loge d'Anglelerre fonda aussi, à partir de 1735, plusieurs ateliers à Lisbonne et dans les provinces. Depuis lors, les travaux maçonniques ne furent jamais entièrement suspendus dans ce royaume, mais ils y furent constamment entourés du

mystère le plus profond.
Il

»

existait

francs- maçons.

secret

Rome, en 1742, plusieurs loges de La Maçonnerie s'y maintint dans le jusqu'à 1789. Une loge notamment, les
à

Amis

sincères, y était alors

en

vigueur, et sa foninle

dation remontait à plus de

vingt ans. D'abord

dépendante,

elle s'était fait

depuis régulariser par
les

Grand-Orient de France, dont

commissaires

l'a-

vaient installée au mois de décembre 1787. Elle avait
contracté successivement des affiliations avec les loges

Parfaite égalité
Secret et

de Liège, Patriotisme de Lyon,

harmonie de Malte, Concorde de Milan, Parfaite union de Naples, et avec plusieurs autres corps maçonniques de Varsovie, de Paris, etc. Son diplôme était une louve allaitant deux enfants au milieu d'un triangle placé dans un cercle. Dans la première moitié du XVIIP siècle, la société paraît avoir eu un certain nombre d'ateliers dans le royaume de Naples. En 1756 ils y avaient formé une Grande-Loge nationale, en correspondance avec la Grande-Loge de la Haye, et qui subsistait encore
en 1789, malgré une interdiction temporaire en 1777.

A Venise, dès la même époque,

la

Franc-maçonnerie

PROPAGATION DE LA FrANG-MAÇONNERIE
était très

171

répandue

et

les

rites les

plus avancés

y

avaient des adeptes.

Vers 1760

les

premières loges s'introduisirent en
retrouverons bientôt
affiliées

Suisse, et nous les

à

riUuminisme français, qui avait son siège à Lyon. Dans les Pays-Bas autrichiens, de nombreuses loges furent fondées dans le courant du siècle. La Maçonnerie

commença, comme
«

partout, par de grands seidit

gneurs légers.

A

Liège,

Robison, j'avais été
dont
le

admis

dans une loge magnifique,
et

prince-

évèque, ses tréfonciers

la principale

noblesse du

pays étaient membres. » Les plus grandes dames du pays figuraient dans
les loges

d'adoption, en attendant

que

les

éléments
les loges

agissants de la secte

en

fissent,

en 1791,
trahison.

de

la

Révolution

et le

centre de la

La
petites
les

rapidité avec laquelle la

Franc-maçonnerie se
portait

répandit en France, depuis Paris jusque dans les plus
villes

de province, Tengouement qui

membres
lettrés et

de la haute noblesse à prendre part à des
ils

réunions où

se rencontraient

non seulement avec

des

des auteurs, mais

même

avec des

homplus

mes des plus basses
curieux de l'histoire.

classes, est

un des
telle

traits les

La

frivolité

du temps

était

qu'en 1730 des

loges de

femmes

furent créées et détruisirent, dans le

foyer de beaucoup de grandes familles, les vertus chrétiennes et les traditions domestiques.

Ce

fut

une invention
la

française,

et
la

pas une des

moins utiles pour

propagation de

Maçonnerie.
la

Assurément, plus encore que de nos jours,

plus

172

PROPAGATION DE LA FrANG-MAÇOiNNERIE
et

grande partie des hommes au goût du
impie

des femmes qui se

fai-

saient affilier obéissaient à l'entraînement de la
plaisir si vif à cette

mode,
hau-

époque dans

les

tes classes, et

ne se rendaient pas compte du dessein
qui était caché dans les loges.

et antisocial

Ce dessein n'échappait pas cependant aux hommesclairvoyants et aux autorités, entre les mains desquelles des

renseignements arrivaient en grand nombre.
Paris, Joly

Le procureur général au parlement de
de Fleury,
et le

garde des sceaux Daguesseau eurent
plusieurs des magistrats avec lesquels
à ce sujet, signalent
la

à s'occuper à cette époque du développement de la
nouvelle société
ils
;

correspondent,

profonde

irréligion, l'esprit
s'est

de révolte contre l'autorité royale qui
le

propagé. Dès 1729

chevalier de Folard, cédant
la

à la voix du

remords, de disciple zélé de

Franc;

maçonnerie devint son dénonciateur courageux
signala

il

la

comme une

secte d'autant plus digne de fixer

l'attention des souverains que,
elle couvait

dans l'ombre du mystère,

une révolution qui devait frapper du
les

même
d'a-

coup toutes

puissances légitimes.

On ne
la les

prit

bord pas garde à ses révélations, tant
paraissait invraisemblable.

conspiration

Cependant
interdit

symptômes
la

se multiplièrent,

et le

cardinal de Fleury, le sage
,

ministre

de

Louis

XV

formellement
la bulle

Franc-maçonnerie.

L'année d'après, par
le

In

eminenti, du 28 avril 1738,

pape Clément XII lança
les

un

arrêt

d'excommunication contre

francs-maçons,

après avoir pris les longues et consciencieuses infor-

mations qui précèdent

les actes

de ce genre. Successi-

vement

tous

les

gouvernements de l'Europe, même;

PROPAGATION DE LA FrANC-MAÇONNERIE
protestants, défendirent leurs réunions
( 1)
,

173

à l'exception

de l'Angleterre, où
néralement
affiliées

les

classes dirigeantes étaient gé-

à l'ordre, et pensaient en faire

un

instrument pour

la politique
la

nationale sur le continent.

Malheureusement
telle

légèreté des hautes classes était
le

à cette

époque, l'immoralité développée par

Régent, puis parles exemples de Louis
à
tel point,

XV, débordait

qu'aucune mesure répressive sérieuse ne
la

put être prise, à cause de

complicité

même

de ceux

qui auraient dû appliquer cette mesure.

La correspondance du procureur général
magistrature

Joly de
la

Fleury nous montre qu'à partir du milieu du siècle

parlementaire comptait un grand nom-

Dès 1735, les états généraux de Hollande rendent un édit qui pour toujours la Franc-maçonnerie dans les provinces unies. En 1737, édits semblables de l'élecleur palatin de Bavière et du grand duc de Toscane en 1738, du magistrat de Hambourg. La même année, Frédéric P"", roi de Suède, interdit toutes les reunions maçonniques sous peine de mort, et l'empereur Charles VI les défend
(1)

interdit

;

dans les Pays-Bas autrichiens. Dans les années suivantes, les rois de iS'aples, de Portugal, de Pologne, d'Espa2ne, le gouvernement du canton de Berne, la Porte Ottomane, prennent des mesures contre les loges. En 17G3, le magistrat de Dantzick prohibe les loges maçonniques par un édit où on lit le passage suivant « Vu que noua avons appris que ces soi-disant francs-maçons, en recommandant certaines vertus, cherchent à miner les fondements du Christianisme, à introduire l'esprit d'indifférence contre cette doctrine, et ce, pour la remplacer par la religion naturelle; qu'ils ont établi, pour par:

venir à ce but pernicieux , des statuts cachés qu'ils communiquent sous un serment qu'ils font prêtera leurs candidats, serment plus terrible qu'aucun autre exigé par un souverain à l'égard de ses sujets qu'ils ont une caisse expressément destinée au but pernicieux
;

de leurs intentions dangereuses, laquelle ils augmentent continuellement par des cotisations qu'ils exigent de leurs membres ; qu'ils entretiennent une correspondance intime et suspecte avec les sociétés étrangères de la même espèce... » Les nombreuses prohibitions des autorités civiles montrent bien que les tendances subversives de la Franc-maçonnerie étaient déjà parfaitement constatées»

174

PROPAGATIOxN DE LA FkaNC-MAÇONNERIE

bre de francs- maçons. Vers 1770
les

loges

de province

même on voit dans beaucoup de chanoines, de
faire
affilier

cordeliers, de
loges.

bénédictins se
n'étaient

dans

les

Tous

pas

des

hommes

pervertis,
telle-

mais

le

gallicanisme

et le

jansénisme avaient

ment

faussé les idées,

que

pratiquement beaucoup
d'importance aux

d'ecclésiastiques n'attachaient plus

censures du St-Siège. Seuls un

certain

nombre d'ésigna-

vêques courageux
ler les périls

et perspicaces continuaient à

de ces entraînements. Mais leur action
par
la

était paralysée

tyrannie des parlements.
et

A
282

partir

du ministère de Choiseul

sous sa pro-

tection le
villes

mouvement

s'accentua

davantage encore.

érigeaient ces prétendus temples. Paris en
et

comptait 81 reconnaissant un grand-maître,
égale

une

quantité à peu près de loges indépendantes.

Philosophes, conseillers,
bourgeois, abbés de

hommes de
et

lettres, avocats,

nom

on signalait

même

de bénéfice y affluaient; quelques prélats courtisans,
foi,

sans fanatisme ou sans

à qui

on

faisait

écrire,

comme

à celui de Strasbourg, des lettres de flatterie
dit

par Voltaire. « Ces loges,

Robison, n'étaient plus

que où rehgion. Église, sacerdoce,

des écoles de scepticisme et de licence effrénée,
rois et autorités civiles

étaient l'objet perpétuel de sarcasmes et de dérisions de

tout genre, et l'égalité universelle saluée

comme

l'ère

future de la liberté et de la félicité sans nuages. » Les
jansénistes par les

parlements venaient s'y unir aux

philosophes.
bulles de

On
on

refusait
et

hautement d'enregistrer
ouvertement aux édits du

les

Clément XII
;

de BenoîtXIV contre la Francroi

maçonnerie

résistait

PROPAGATION DE LA FrANG-MAÇONNERIE
en faveur de
la religion et
;

175

on persécutait audacieuseà l'Église
;

ment
on

les

évèques

les prêtres fidèles

foulait

aux pieds

les droits les plus saints et les plus
;

incontestables du clergé en matière spirituelle
taire pouvait écrire

Vol-

aux

frères et

au premier d'entre

eux

:

«

L'église de la sagesse
il

commence

à s'étendre

dans nos

où régnait, tisme. Les provinces
quartiers,
;

y a douze ans, le plus sombre fanas'éclairent, les jeunes magistrats pen-

sent hautement il y a des avocats généraux qui sont des anti-omer ; il y a beaucoup de confesseurs, et j'espère qu'il n'y aura point de martyrs.
»

CHAPITRE X
Les
philosophes, les encyclopédistes

et la

destruction des jésuites

Indépendamment des hommes à
tématique,
la multiplication

Tesprit plus réflé-

chi qui poursuivaient dans les loges

un dessein sysen France
et

de

celles-ci

dans toute l'Europe, parmi
possible la
l'Église et la

les classes cultivées, rendit
si

campagne menée

vigoureusement contre
les
lettrés

monarchie chrétienne, par
présente partout, exphque
les

impies du temps.

Leur

action,

le

prodi-

gieux succès qu'avaient

œuvres

les plus

médiocres

de ces sectes de
les

lettrés qui

s'appelaient

eux-mêmes

économistes

et les

philosophes, et qui battaient en

brèche toutes

les institution»

avec les armes les plus

diverses. Il y avait alors aussi des évéques éloquents
et des écrivains habiles qui se vouaient à
la

défense

de

la religion et

des traditions nationales. Mais aucun
et leur

écho ne leur répondait,
la conspiration

voix était étouffée par
les détracteurs

du
la

silence.

Seuls

de

l'Éghse

et

de

royauté trouvaient partout
et

des ap-

plaudissements commandés
Ainsi se
fit

des comparses officieux.
si

cette tyrannie

du roi Voltaire, qui pesa

lourdement sur tout

le siècle.

PHILOSOPHES ET ENCYCLOPEDISTES
Tous les philosophes commencement.
Aussi
écrivait-il

177

étaient affiliés

aux loges dès

le

Voltaire, nous l'avons dit, était franc-maçon.

en 1766 à d'Alembert
initié

:

«

Grimm

m'a appris que

vous aviez

l'empereur à nos

saints mystères] » et précédemment, en 1763, dans

des instructions au

même,
de
la

il

disait:

«Les mystères de
la fusion

Mithra ne doivent pas être révélés. « Après

de rilluminisme
il

et

Franc-maçonnerie française,

fut

agrégé à

la

loge des
il

Neuf Sœurs. Immédiatefat

ment après

la réception,

installé à VOrient,
le salua,


et

le vénérable, qui était

l'athée Lalande,
et

où La Dixmérie, Garnier
des discours de
avait

Grouvelle

lai

adressèrent

félicitation.
les

La veuve

d'Helvétius

envoyé à cette Loge
;

insignes de son époux

décédé

on

offrit le tablier
il

du défunt à Voltaire. Avant
l'es-'

de

le ceindre,

le

baisa pour témoigner toute
le

time qu'il

faisait

de celui qui

premier avait affiché

Fathéisme en France.

A

son retour d'Angleterre à Paris,
les

il

avait réuni

une loge semblable, où, sous
vétius,
officine

auspices de d'Hol-

bach, se réunissaient Diderot, Naigeon, Grimm,
Morelet, Fréret, Lagrange
;

HeU
plus

et c'est

de cette
les

athée que sortaient

les

ouvrages

impies sous les

noms

différents

d'hommes morts ou
la

anonymes
nature,
le

:

le

Christianisme dévoilé,
les

Théologie

portative, V Essai sur

préjugés,

le

Système de la

Bon

sens

du curé

Meslier, la Morale uni^

verselle, la traduction des livres

de presque tous
d'Hobbes,
12

les

membres du

Pantheistico7i anglais,

de

Toland, de Collins, de Gordon,

etc. C'est là qu'étaient

178
apportés

PHILOSOPHES ET ENCYCLOPÉDISTES
les

articles de

V Encyclopédie^

les petits

paquets de
laville, à

libelles
ils

qui

du seigneur de Ferney, par Damiétaient adressés comme commis des
de n'avoir pas de droit de port à

vingtièmes,

afin

payer, ou par l'entremise, à Lyon, du frère Bourgela,

qui y occupait un poste de ce genre, et que d'Alem-

philosophique^

un des meilleurs tireurs de la voiture et assurément des tnieux dressés, souvent même sous le couvert du ministre Choiseul
bert appelait

ou du directeur de

la

librairie,

Malesherbes. Mais

il

fallait élargir le cercle,

ou en

faire

un second moins

tranché qui reliât tous les philosophes.
«

Que

les

philosophes véritables, écrivait donc de Ferney,

20>vril 1761, Voltaire à d'Alembert, fassent une co?2/rene

comme

les

francs -maçons,

qu'ils s'assemblent,

qu'ils se
et

soutiennent, qu'ils soient fidèles à la confî'érie,

alors je

me

fais brûler

pour eux.
les
le

»

Et voilà pourquoi
qu'on
lui

adeptes sont appelés frères, et

nom de maître, ainsi qu'à Timothée Thiriot celui de diacre, comme dans les loges anglaises voilà pourquoi il les salue comme frères en communion avec Lucrèce, CoHins, Hume, Shaftesbudonne à lui
;

ry,

Midleton,

Bolingbroke, et qu'ils les

aime tous

comme

ses frères en Socrate ou en Belzébuth.

Qui ne souscrirait après cela au jugement peu suspect de Ste-Beuve
:

«Toute

la

correspondance de Voltaire

et

laide, elle sent la secte et le

comp lot

M

de d'Alembert est
eX
la.

confrérie

société

secrète; de quelque point de vue qu'on l'envisage, elle

ne

fait

point honneur à des

hommes

qui érigent le

mensonge en

PHILOSOPHES ET ENCYCLOPEDISTES
principe, et qui partent du mépris de leurs semblable

179

comme
et

de la première condition pour
prisez
le

les éclairer.

Éclairez

mé-

mot d'ordre, et c'est le leur... marchez toujours en ricanant, mes frères, dans le chemin
genre
!

humain

triste

de la vérité

;

c'est le refrain

perpétuel.»

Le Père Descharaps
instructifs

s'est livré à
la

un

travail des plus

en rapprochant

correspondance intime

des philosophes, des doctrines delà Maçonnerie en

de religion, de morale, de famille, de gouvernement civil, de patriotisme. On y voit comment leurs
fait

écrits étaient

Técho de l'enseignement des loges. La
le

propagande philosophique qui remplit
plication de son succès.
Il

XVIIP

siè-

cle apparaît ainsi à la fois avec sa vraie portée et l'ex-

est

important de remarquer qu'un grand nombre

de

lettres

où Voltaire révèle

ainsi les

desseins de la
II

secte

maçonnique sont adressées à Frédéric

de

Prusse.
prince.

Nous avons raconté

plus haut

l'affiliation
il

de ce

Une

fois

monté sur

le trône,

fat

pendant

tout le siècle le grand réalisateur de l'idée

maçonni-

que, et les loges contribuèrent,
succès dans la guerre de Sept

de leur côté, à ses
(1).

Ans

Aussi l'un des

écrivains les plus autorisés de la secte, le F.*. Bluutschli,

a revendiqué

pour

Frédéric

II

l'honneur de

fixer la date

de l'hégire révolutionnaire. La conception

de VEtat moderne indépendant de toute théocratie^ c'est-à-dire de 'toute soumission à la loi divine, doit
remonter à 1740, année de son avènement au trône
:

(l)

Histor. poîUische

Dlalter,

t.

XVI,

p. 477,

et

XXIX,
la

p.

477.

Quelques mots à double enteude de Mirabeau, dans prussienne^ semblent coofirmer cette donnée.

Monarchie

180

PHILOSOPHES ET ENCYCLOPÉDISTES
que
les français,
!

c'est à tort, dit-il,

dans leur vanité^
la destruction la

veulent fixer cette date à 1789
C'est de
la
lui

que Voltaire attend
ordres
la

de

papauté, des

religieux,
la

destruction de

l'Autriche, de

Pologne, de

France même, sa

propre patrie, parce qu'elles sont des puissances catholiques.

Voltaire sentait que, pour écraser rinfâme,

la reli-

gion chrétienne et Jésus-Christ,

il

fallait

renverser

son Vicaire sur la terre, arracher la pierre qui servait

de fondement à son Église

;

et ce n'est pas là
la

une des
et ses

moindres raisons qui ont poussé

Maçonnerie
le

chefs à lui élever une statue. C'est lui qui

premier

eut ridée de dépouiller le pape de sa puissance temporelle,

pour atteindre

et

détruire la suprématie de

sa juridiction spirituelle. C'est lui qui, lui appliquant

tout en

mensongèrement le nom de souverain étranger^ mit œuvre pour le rendre odieux aux peuples et aux rois et à cette tourbe de libres-penseurs et de
de
s'affranchir,

libertins impatients
ther,

à la suite de Lula

de Calvin'et de Henri VIII, de
la foi

houlette de

Pierre, de

et

de

la

morale évangélique qui

avaient civilisé le monde.
Il regrettait

que- le pape Clément
le

XIV

n'eût pas

quelque bon domaine dans

voisinage prussien et

que son «ami » deJBerhn
de Lorette.

fût si loin

de Notre-Dame

Dès 1743, Voltaire, chargé d'une négociation sedu roi de Prusse, écrit de Berlin au ministre Amelot que^« Sa Majesté prussienne embellirait volontiers Berlin du [bien de l'Éghse », et il ajoute
crète auprès
:

PHILOSOPHES ET ENCYCLOPEDISTES
«
Il est

181

cerlain qu'il veut parvenir à ce but. » Fédériq,
il

comme
pays
et

signe toujours, se rappelait l'histoire de sou

de sa race devenue souveraine par une apos-

tasie et la sOcularisation des biens

de l'ordre teutonices annexions

que, au profit de son grand-maître Albert de Holienzollern, apostat luthérien.

Le mobile de

commencement, était donc déjà, comme depuis, la destruction du spirituel et des hberlés des peuples, au profit du césarisme le plus brutal.
temporelles, dès le

Détruire la « superstition christicole», cela voulait
dire

dépouiller
le

l'Église,

et

le

summo

patrlarcha

louait

roi-Kadosch de
»

l'idée

de l'attaquer jmr

les moines. C'est là, écrivait-il, l'idée d'un « grand
capitaine.

Tout

était

donc parfaitement convenu entre
C'était

les

hauts

chefs de la Maçonnerie.

pour détruire, nonla

seulement

le

pouvoir spirituel de

papauté, mais

la

religion chrétienne, pour écraser l'infâme, la superstition christicole, qu'il fallait travailler à dépouiller la

papauté de son principat temporel
moines,
les religieux et les

;

c'était

par les

couvents qu'il
et et

fallait

com-

mencer l'œuvre du dépouillement pour en venir ensuite aux evêques
par les jésuites

de

la destruction,
;

au clergé

c'était

mêmes

qu'il fallait débuter.

Si Voltaire vivait

dans une intimité maçonnique de
fidèles, »

vingt ans avec l'ennemi de sa patrie, acceptait de lui
le titre

de « père des

il

excitait

de toute sa

rage

les

philosophes encyclopédistes. Dans une lettre
il

à

Darailaville,

s'exprime ainsi

:

182
«

PHILOSOPHES ET ENCYCLOPÉDISTES
La
victoire se déclare
il

pour nous de tous cotés. Je vous

assure que dans peu

nos ennemis

n'y aura plus sous les étendards de que la canaille (ailleurs il dit les cordonniers

et les servantes), et

ni pour partisans, ni

nous ne voulons pas de cette canaille pour adversaires. Nous sommes un

corps de braves chevaliers (Rose-Croix, Kadosch), défenseurs de la vérité, qui n'admettons parmi nous que des gens bien élevés. »

N'écrivait-il pas encore au

même

le

1"

avril

1766

:

« Je crois que nous ne nous entendons pas sur l'article du peuple, que vous croyez digne d'être instruit. J'entends

par peuple la populace qui n'a que ses bras pour vivre. Je doute que cet ordre de citoyens ait jamais le temps ni la capacité de s'instruire. Il me paraît essentiel qu'il y ait des gueux ignorants.... Quand la populace se mêle de raisonner, tout est perdu. »

L'impie autocrate aurait voulu dès lors en venir directement aux évèques et au pape, leur chef mais
;

le

grand capitaine

prussien, tout

en reconnaissant

que tout ce qu'on lui disait des évêques teutons, que Jui-méme flétrissait du nom de porcs engraissés des dîmes de Sion, n'était que trop vrai, voulait qu'on
attendît encore et qu'on continuât l'emploi des

moraux, du poignard moral « che à suivre; miner sourdement
:

C'est la seule

moyens mar-

fice

de

même
contre

et sans bruit l'édidéraison, c'est l'obliger à s'écrouler de lui»(13 août 1775). Et des torrents de pamphlets,
la

de calomnies, de sarcasmes, sous toutes
le

les formes,

clergé, inondaient la France, le

monde

et la

papauté.
Là, c'est le club de d'Holbach,

où se réunissent

PHILOSOPHES ET ENCYCLOPÉDISTES

183

Diderot, d'Alembert et Volney. Voici ce qu'en a révélé son secrétaire,

M. Leroy, lieutenant des chdsses
les

du

roi,

quelques jours avant
:

journées des 5

et

6

octobre 1789


roi,

«

Eh

bien

!

voilà pourtant l'ouvrage de la philosophie,

disait à

Leroy M. d'Angevillers, intendant des braiments du chez qui il avait dîné, en parlant de la Révolution qui
de toutes parts par tous les genres
de dé-

préludait déjà
sordres.

«

Attéré par ces mots

:

Hélas
et

!

répond

le

lieutenant

des chasses,

à qui le dites-vous? je

mais j'en mourrai de douleur

Mais quoi donc y auriez-vous contribué vous-même ? Beaucoup plus que je ne le voudrais. J'étais le semais j'atteste les crétaire du comité à qui vous la devez cieux que jamais je n'ai cru qu'on en vînt à ce point. J'en mourrai de douleur et de remords Ce comité, cette société plutôt était une espèce de club que nous avions formé entre nous philosophes, et dans lequel nous n'admettions que ceux dont nous étions bien sûrs nos assemblées se tenaient régulièrement à l'hôtel du baron d'Holbach. De peur que l'on n'en soupçonnât l'objet, nous nous donnâmes le nom d'économistes ; nous créâmes Voltaire, quoique absent,
«
!

— —

ne le de remords

sais
!

que

trop,

«

;

!

;

président honoraire et perpétuel

;

nos principaux membres

étaient d'Alembert, Turgot, Helvétius, Condorcet, Diderot,

Grimm, La Harpe,
tal,

Naigeon

et

ce

Thiriot, Damilaville, le comte d'ArgenLamoignon, garde des sceaux, qui, lors
tué dans son parc
:

de sa

disgrâce,

s'est

Voici quelles.

étaient nos occupations

la

plupart des livres que

vous
les,

avez vu paraître

depuis longtemps contre la religion,

gouvernement étaient notre ouvrage ou celui de quelques auteurs aflidés. Tous étaient composés par les membres ou parles ordres de la société. Avant d'être livrés
et

mœurs

le

à

l'impression, tous étaient
les révisions,

envoyés à notre bureau;
retrançlji.oiis,

là,

nous

nous ajoutions, nous

npus^

184

PHILOSOPHES ET ENCYCLOPEDISTES
L'ousous un
il

corrigions, selon que l'exigeaient les circonstances

vrage paraissait ensuite,

titre et

sous un

nom

qui

cachaient

la

main d'où

partait.

Ceux que vous avez crus

des œuvres posthumes,

tel

que Le Christianisme dévoiléjXa.

Théologie portative^ sous le nom de l'abbé Bergier, le Système de la nature, sous le nom de Mirabeau, vrai code d'a-

théisme

et

de matérialisme,

le

Bon sens du curé
à

Meslier^ et

divers autres, attribués à Fréret,

Boulanger, après leur
livres,

mort, n'étaient pas sortis d'ailleurs que de notre société.
«

Quand nous avions approuvé

tous ces

faisions tirer d'abord, sur papier fin ou ordinaire,

nous en un nom-

bre suffisant pour rembourser les frais d'impression, et ensuite une quantité immense d'exemplaires sur le papier le moins cher, pour être distribués, pour rien ou presque rien, au peuple, par les libraires ou colporteurs affidés. Voilà ce qui a changé ce peuple et l'a conduit où vous le voyez j'en
;

ïnourrai de douleur et de remords.

»

La Harpe, Marmontel
les rois et les prêtres,

et

Chamfort, tous

trois confi-

dents et complices alors du travail maçonnique contre
eurent donc raison, à
d'écrire dans le
la

vue de

la

Révolution française,
ils
:

Mercure,

dont
lèbre

étaient

les

rédacteurs, ce

témoignage cé-

«

Voltaire n'a point

vu tout

ce

qu'il a fait^

mais

il

a fait

tout ce que nous voyons.... Le premier auteur de cette grande
révolution., qui étonne

VEurope
et

et

qui répand, de tous
les

cotés.,

l'espérance
c'est

chez

les

peuples
Voltaire.

Vinquiétude dans

cours,

sans contredit
la

C'est lui qui

premier

plus formidable barrière du despotisme,
le

a fait tomber le le pouvoir
joug des
prêtres.,

religieux et sacerdotah S'il n'^eûtpas brisé

jamais on n'eût

brisé celui des tyrans.
têtes

L'un

et

V autre pesaient
le

ensemble sur nos

et se

tenaient si étroitement que.,
»

premier une

fois secoué, l'autre devait Cêtre bientôt^

PHILOSOPHES ET ENCYCLOPÉDISTES

185

La propagande maçonnique commençait
quer au peuple des campagnes,
contemporains nous montrent
et
la part

à s'atta-

des témoignages

qu'y prenait cette

secte des économistes, dans lesquels
ville a

M. de Tocquedu
roi, a

reconnu des ancêtres de

la

Révolution.
raconté
la

Bertin, administrateur de la cassette

que Quesnay

et ses

amis essayèrent, en profitant de

faveur de M"'^ de Pompadour, d'obtenir de Louis
l'établissement

XV

d'un système général d'écoles indéet

pendant des évéques
«

des curés.

le trompait, je cherchai à gagner la confiance de ces

une preuve certaine qu'on marchands forains qui courent les campagnes et vont étalant leurs marchandises dans les villages et aux portes des châteaux. Je soupçonnais surtout ceux qui vendaient des livres de n'être que les agents du phiiosophisme auprès de ce bon
Résolu enfin de donner au
roi

peuple, et j'acquis bientôt les preuves incontestables de cette
vérité.

Tous ces
le

livres

sortaient

du club d'Holbach, dont
et

Voltaire était
d'où

président honoraire

perpétuel, et les col-

porteurs en recevaient gratis des ballots entiers, sans savoir
ils

leur arrivaient, avertis seulement de les vendre

dans

leurs courses au prix le plus

modique

w

Louis

XV,

averti par le

compte que

le

ministre lui
l'établis-

Tendit de sa découverte, reconnut enfin

que

sement des écoles,
ne
serait

si

ardemment

sollicité

parla secte,

pour

elle
;

qu'un moyen de plus pour peret

vertir le peuple
il

mais, tout en abandonnant le projet,

ne remonta point à la source du mal pour en arrêter l'exécution.
saient-elles déjà en

ne

fit

rien

Toutes ces haines, toutes ces manœuvres se réunis-

un complot proprement

dit

pour

186
le

PHILOSOPHES ET ENCYCLOPÉDISTES
y a là mystère que l'histoire ne parviendra jamais à
la
? Il

renversement de

monarchie française

un

éclaircir

complètement.

Au moins un homme
comme
très

poli-

tique exercé, Horace Walpole, considérait en 1766,
la

situation de la

monarchie
lettre

critique,
feld-

ainsi

que

l'atteste sa

du 28 octobre au

maréchal Conv^ay.

Peu

après en 1771, un des coryphées du philosofut plus tard
:

phisme qui
mais, un
allaient

conventionnel, Mercier, pu-

bhait, sous ce titre

Van 5240 ou
où tous

rêve

s^il

en fut ja-

livre étrange,

les

événements qui

s'accompUr dans dix-huit ans étaient nettesouveraineté absolue abolie par les

ment
Il

indiqués.

annonçait

la

Etats assemblés: « la moaarchie n'est plus »; le râteau, la navette, le

marteau sont plus

brillants
serait-il

que

le

sceptre.

Pourquoi
?

le

gouvernement ne
signal de
;

pas ré-

publicain

Ce

sera l'époque terrible et sanglante d'une

guerre

civile,

mais

le

la

liberté,

remède
le

— Les monastères sont
divorce
«

affreux mais nécessaire

la Bastille

est renversée....

abolis, les

moines mariés,

permis,

le

pape dépossédé de ses États,

Rome,
j

disait-il

que je

te hais

!

Que

tous les cœurs
la

embrasés d'une juste haine ressentent
reur que
ai

même
si

hor-

pour ton

nom

!

»
:

Et ce chapitre étrange

était intitulé

Pas

éloigné

qu'on ne

le

pense

!

Même

après un demi-siècle de propagande impie,
l'ancienne

après Voltaire et Jean-Jacques Rousseau,
société présentait encore

une force de résistance contre

laquelle les sectes craignaient de se briser. Cette soli*

PHILOSOPHES ET ENCYCLOPÉDISTES
dite était

187

due à l'enseigQement chrétien que l'Église
les

avait créé et qui répandait dans toutes les classes de la
société,
les

jusque dans

campagnes

les plus reculées,
la.

connaissances

fondamentales d'où découlent

science de la vie présente, Télévation des pensées et

l'amour des institutions de

la patrie.

Depuis

le

XVP

siècle, les jésuites

occupaient

le

premier rang dans l'enseignement chrétien,
soins des temps nouveaux, et par la

par la

merveilleuse appropriation de leurs méthodes aux befaçon

dont

ils

savaient inspirer à leurs disciples, dans les

différents

pays,

un patriotisme

éclairé.
les

La France d'Henri IV
et leurs

les avait établis,
et les oppositions

malgré

jalousies de leurs rivaux

des ennemis de l'orthodoxie,
d'éducation
et

nombreuses

maisons

étaient autant

de

séminaires de fidélité à l'Église
C'est précisément pour cela

à

la

monarchie.

que
les

l'on vit se réunir

contre

les jésuites,

dans tous

pays du monde,

toutes les haines de la Maçonnerie et de ses philosophes,

aidés par toutes les sectes et toutes les hérésies.
puis longtemps
être
le

De-

plan d'attaque était arrêté, peutle faire

même

pourrait-on
le

remonter à Bourg-Fonla reine,

taine,

dénoncé

19 mai 1645 à

mère de
est-il

Louis XIV.

Le concours
pas une preuve

si

empressé des jansénistes n'en

?

En

1752,

un membre de
singularité

leur

société,
fil

le

P.

Raffay,

professeur de philosophie à
rieurs de la

Ancône,

part à

ses supé-

suivante.

Un

seigneur anglais^
rapport

franc-maçon des plus hauts grades, qui voyageait par l'Italie,
ayant
fait la

connaissance de ce religieux sous

le

188

PHILOSOPHES ET ENCYCLOPEDISTES
et paraissant l'avoir pris

d'hommes de lettres,
affection, lui dit
il

en particulière
encore,

en confidence que, jeune
à se

et libre

ferait

bien de songer

procurer

un

état,

parce qn'avant

peu, et SÛREMENT AVANT VINGT ANS, 83 société Serait détruite.

Le jésuite, étonné de ce ton d'assurance, demanda au donneur d'avis en punition de quel crime son ordre aurait à subir un pareil sort. Ce n'est pas, repritle franc-maçon, que nous n'estimions des individus de votre corps; mais l'esprit qui l'anime contrarie nos vues philanthropiques sur le genre humain. En assujettissant^ au nom de Dieu, tous les chrétiens à un pape et tous les hommes à des rois, vous tenez l'univers à la chaîne. Vous passerez les premiers ; après vous, les despotes auront leur tour. »

Un

des hauts adeptes de

la

Maçonnerie philosopoursuivait
la

phique, d'Alembert, indiquait, quelques années avant
l'abolition des jésuites,
le

but que

secte

:

« Une autre raison me fait comme on dit, leurs talons c'est
:

désirer

beaucoup de

voir,

tira
le

quele dernier jésuite qui sordu royaume emmènera avec lui ledernierjanséniste dans
;

panier du coche

le

plus

difficile

sera fait

losophie sera délivrée des grands grenadiers
et

quand la phidu fanatisme

de IHntolérance

;

les autres

des pandours,
réglées. »

qui ne tiendront pas

ne sont que des cosaques et contre nos troupes

La

destruction des Jésuites fut poursuivie
les Etats

et

réa-

Usée simultanément dans tous

avec un en-

semble évidemment concerté par des ministres francsmaçons ou créatures de la secte, en Portugal par

Pombal, qui créa les premières loges du pays en Espagne par d'Aranda, lepremier -grand-maître de la Maçonnerie en Espagne à Naples, par Tannuci en
;

;

;

PHILOSOPHES ET ENCYCLOPÉDISTES
France, par Choiseul qui
était l'instrument

189

des philoso-

phes

et

des parlementaires. Ontrouve dans l'ouvrage du
II,

Père Deschamps (tome
chap.
quité,

livre II, chap.

V

et

t.

III
ini-

VI

§

I

et XII)

le

tableau de cette grande

une des plus odieuses
en

qu'ait à enregistrer l'his-

toire et

même temps

les

preuves de

la

part qu'y

prirent les sectes.

Après ce grand coup
prême, de
elle les
la part

la

Maçonnerie

fut

assurée de

ne plus rencontrer de résistance sérieuse, au jour sudes monarchies. Elle savait

amènerait à se désarmer elles-mêmes.

comment La lutte

ne fut plus soutenue du côté des principes traditionnels
qu'avec peu de vigueur. Sans

même

attendre l'explo-

sion révolutionnaire, nous voyons dès lors Diderot, la

Chalotais,

Roland

d'Erceville,

président au Parle-

ment
le

à Paris, multiplier les

projets

d'enseignement

d'État.

La

conception de l'État enseignant et ayant
la

monopole de

jeunesse date de cette époque. Les

plans qui furent élaborés à ce
plus tard des adeptes

moment

furent ceux

que

comme

Taylleyrand,

Condorcet
la

Daunou
tion et

firent voter

par les assemblées de

Révolude l'Uni-

que Napoléon

réalisa par la création

versité impériale.

CHAPITRE XI
LA RÉVOLUTION DE 1789

Les écrivains révolutionnaires ont
de 1789
fut la

dit, et

les

con-

servateurs ont répété aveuglément que la

révolution

conséquence

fatale des

abus de Tancien
le

régime, conséquence inévitablement provoquée par
désordre des finances.

A

la

fois

plus

franc et plus

avancé dans

la

science des révolutions,

M. Louis Blanc
par
la

a nettement établi le rôle prépondérant joué

Franc-maçonnerie dans
par

le

mouvement de
du

1789.

La

franchise de Thistorien radical est,
le désir

reste,

motivée

de montrer que

les classes ouvrières sont

en droit de réclamer une nouvelle organisation sociale
et

que

les

manœuvres de

la

bourgeoisie

révolution-

naire en 1789 leur ont tracé la voie à suivre.

Pour que la Franc-maçonnerie passât de la propagande doctrinale et de l'influence morale à l'action politique, un travail de concentration et d'organisation
était nécessaire. Il s'accomplit

en ayant pour pivot

le

duc^de Chartres, qu'une funeste ambition entraînait,
dès
lors, à se faire le jouet

des sectes.

Il

réunit la

grande-maîtrise de la plupart des

rites, et

sous sa di-

rection en 1776 le Grand-Orient se constitua avec

une

vigoureuse organisation centrale. L'inamovibilité des

LA RÉVOLUTION DE 1789

191

vénérables des loges fut supprimée et leur renouvelle-

ment annuel permit à un
les

esprit

nouveau de pénétrer

ateliers

maçonniques,

dont

un

bon

nombre
cause

étaient

à

cette

époque
Il est

fort

inoffensifs, à
fort

de

leur composition.
tater en

au moins
travail

curieux de cons-

blable sous la grande-maîtrise
l'un

de concentration semdu duc de Brunswick, des généraux de Frédéric IL
cette concentration
travail

Allemagne un

Mais

des loges n'était que la

moindre partie du

opéré par les sectes.

John Quincy Adams, le président des États-Unis, a fait remarquer que toute l'organisation intérieure de la Maçonnerie est combinée pour être une école de
conspiration.

Suivant Robison, dont nous avons
le
il

cité

plus haut
siècle,

témoignage, dès
Y aurait eu

le

second

tiers

du

XVIIP

pardessus

les loges ordinaires

une

sorte

d'oro^re

intérieur qui préparait une explosion révo-

lutionnaire.

Vers 1760, nous voyons un

les

juif,

Martinez

Paschalis, propager dans les loges maçonniques des
rites

particuliers,

théories

les

plus avancées

étaient 'enseignées.

C'est l'origine de la secte des
fit

Illuminés français ou Martinistes, qui

assez de bruit

de 1789 à 1794
de détails dans
le

et sur

laquelle on trouve beaucoup

grand ouvrage du Père Deschamps.
qui
se
faire

En

1776,

Mirabeau,

trouvait

alors

en

Hollande,

se préoccupait
la

de

servir la
lors

Francen voie

maçonnerie à

grande Révolution, dès

de préparation.

M. Lucas de Montigny a publié, en 1834, dans les Mémoires biographiques litté^ r aires et politiques de Mirabeau, un mémoire de
j

192
lui

LA RÉVOLUTION DE 1789
jusque

inédit et intitulé

ainsi

:

Mémoire
ses

concernant une association intime à établir dans

V ordre des F
principes

'.

Mr. pour
rédigé

le

ramener à
F.'.

vrais

et le

faire tendre véritablement

au bien

de l'humanité^

par

le

Mi

nommé
entée sur
faire

présentement Arcésilas en 1776,
Cette association doit être absolument
l'ordre des francs-maçons

pour pouvoir
volonté
:

ma-

nœuvrer

les

loges

à

sa

elle se

compose

elle-même de deux degrés subordonnés l'un à l'audegré doivent prinfrères du premier tre. Les
cipalement s'occuper à procurer

rétablissement de
le

bons

instructeurs^ surtout

pour

peuple^ et à
d'^éducation
et

encourager
la façon

tous

les

établissements

publique fondés sur de bons principes

no7i sur

pédantesque

et

pleine de préjugés dont on

a élevé jusquHci la jeunesse !!! Les frères du grade supérieur,

liés

entre eux par

les serments les plus redoutables, s'obligent à prépa-

rer la réforme politique de l'Europe,

à renfermer
étroites, à

le

despotisme dans
ner
la liberté

les

bornes

les

plus

ame-

de

la

presse, à répandre les écrits qui
Si

donneront ombrage au despotisme. «

un

frère est

membre ou

souverain d'un Etat,
il

s'il

devient ministre

ou favori d'un prince,
buts de l'association

emploiera tout son crédit aux

et il

rendra compte de
n'est là

ce

quHl

aura

fait

à

ce sujet

à

ses frères.., »

D'après

le

mémoire, «ce

que l'esquisse du

plan d'un édifice,
les détails

dont on pourrait ensuite déterminer

dès qu'on l'aurait fondé. »
se nouait en

Le même complot

Allemagne à

cette

LA RÉVOLUTION DE 1789
époque,
France.
C'est
et

193
en.

Mirabeau

allait

en être rinstrument

une étrange figure que

celle
il

d'Adam Weidroit

shaupt.

Né en

Bavière en 1748,

comptait à peine

vingt- huit ans,

quand on

lui confia

une chaire de

canon à l'université d'Ingoldstadt.
ver,

Grâce à l'appasut

rence extérieure de moralité qu'il sut toujours conser-

grâce au but humanitaire qu'il
il

donner à
les

rilluminisme,
instruits

put en imposer aux
Initié

hommes

plus

de l'Allemagne.

depuis plusieurs anil

nées déjà aux loges maçonniques,

réunit, le premier

mai 1776, ses amis
crète,
qu'il

et

élèves

en une
des

association

se-

nomma VOrdre
;

illuminés. D'après
la société

leur doctrine, le
nait

gouvernement de
or,
la liberté et

apparte-

à rilluminé

cette illumination consistait

à

ramener l'homme à
en détruisant
vile et la propriété.

à l'égalité primitives
la société ci-

la religion, tout

Tordre de

L'organisation que
peut-être
le

Weishaupt donna
consistait

à l'ordre est
:

chef-d'œuvre du génie des conspirations dans
Franc-maçonnerie.

sa souveraine habileté
lui

la liaison qu'il

donnait avec
Il divisait

la

tout son système en trois grandes caté-

gories ou classes.

La première

classe,
:

ou

celle

des

préparations, contenait deux
et

grades

ceux de novice

de minerval.

Les minervals formaient
étaient placés d'une façon

le

gros de l'ordre, et

ils

absolue sous la direction
formaient peu à peu

des chefs, Epoptes
leur esprit.

et Régents, qui

Les instructions que Weishaupt rédigeait pour
13

le

194
petit

LA RÉVOLUTION DE 1789
groupe des adeptes supérieurs
le

contieDoent le

plan
celte

plus vaste et

la

conception

la

plus profonde de

guerre que

l'esprit

du mal inspire aux siens
aussi bien

contre l'œuvre de Dieu,
naturelle basée sur

contre l'œuvre

les rapports

de créature à créature,
a pour expression

que contre l'œuvre surnaturelle qui
vivante sur
la terre l'Église

deJésus-Christ. Weishaupt
les

ne

faisait

d'ailleurs
la

que développer

principes caet parfai-

chés dans

Maçonnerie depuis son origine,
et

tement indiqués pour qui savait voir
dans
les

comprendre
17*23,

Constitutions

d'Anderson de
de

dans
les

les rites pratiqués depuis lors par les loges,
rites

dans

anglais, écossais, templier,
(1).

la stricte

obser-

vance

Ce

fut là la

cause des succès de ses émissaires au
les rites

grand couvent de tous

maçonniques, convole

qué en 1781, à Wilhemsbad, dans

Hanau.

(l)

Uq
tait

Voici à quelle circonslance on doit la publicité de ces écrits : ministre protestant, nommé Lanze, fut frappé de la foudre en

juillet 1785.

trouva sur lui des instructions par lesquelles il consen qualité d'illuminé, de voyager eu Silésie, de visiter les loges et de s'enquérir entre autres de leur opinion sur la persécution des francs-maçons en Bavière. Mis sur la trace, le gouvernement procéda à une enquête sévère.
qu'il était chargé,

On

Les abbés Cosandey et Renner, le conseiller aulique Utschneider et l'académicien Griinberger, qui s'étaient retirés de l'ordre dès qu'ils eu avaient connu toute l'horreur, firent une déposition juridique. Le 11 octobre 1876, la justice fit une visite domiciliaire dans la maison de Z.wach, à Landshut, ainsi que dans le château de Sanderdor, appartenant à l'adepte baron de Bassus. On y découvrit tous les papiers et loules les archives des conjurés, que la cour de Bavière publia sous le litre à! Écrits originaux de L'ordre et de la secte des illuminés. Étrange aveuglement des princes l'appel de l'électeur de Bavière ne fut pas entendu; l'interdiction de l'ordre des illuminés dans l'éleclorat et dans l'empire d'Autriche fut sans portée, car tous les chefs de la secte trouvèrent une protection déclarée dans les autres Étals alle1

mands.

LA RÉVOLUTION DE 1789

195

On
« i»

décréta dans cette réunion

:

Une

espèce de réunion de tous les systèmes maçonni-

ques dans

les trois

premiers grades, de manière qu'un franc-

maçon admis

à ces trois grades fût reconnu pour frère légi-

time dans toutes les loges, de quelque classe et dans quelque système qu'il fût d'ailleurs 2° que dans la Franc-maçonnerie ordinaire, il ne fût jamais fait mention ni des liauts 3° que tout envoi aux supégrades, ni des chefs inconnus
;

;

rieurs maçonniques fùl interdit

;

4*'

qu'il fût travaillé à
les loges

un

nouveau code pour
le

les frères

;

o"*

que toutes

eussent

choix de leurs maîtres et de leur directoire, c'est-à-dire de

la principale

logea laquelle
la

la leur serait

soumise. »

xMais surtout

direction

effective

des

loges de
et

France passa aux mains des illuminés allemands
de leurs
affiliés français.

Un

des

membres des
le

plus distingués de la noblesse

du Dauphiné,

comte de Viriea, qui avait été trompé
de
loge des

par les apparences mystiques du système de St-Martin, faisait partie

la

chevaliers bienfai-

Lyon et avait été en congrès de Wilhemsbad.
sants de

celte qualité délégué

au

De
par les

retour à Paris, félicité sur

les

admirables se-

crets qu'il était censé apporter
saillies

de sa députation, pressé
Gilliers, qui,

de M.

le

comte de

dans
dont

les francs-maçons,
l'esprit et le

n'avait

vu que des

hommes
:

bon sens ont droit de se jouer « Je ne vous dirai pas les secrets que f apporte, répondit
enfin le

comte de Virieu, mais ce que je crois ^^ouc^est qu'il se et si

voir vous dire,
si

trame une conspiration

profonde qu'il sera bien difficile et à la religion et aux gouvernements de ne jjas succomber ! »

bien ourdie

196

LA RÉVOLUTION DE 1789
s'était

Mirabeau, qui, nous l'avons vu,

rencontré

avec Weishaupt dans ses projets, fut le grand instrument de la propagation de rilluminisme dans notre
pays.
Il

commença par en

introduire

les

mystères dans
il

la loges

des Philalèthes de

Paris, où

avait

pour

collègue le fameux Talleyrand. Puis, pour répandre
l'esprit

de

la

nouvelle secte dans
le

la

Maçounerie fran-

çaise,

on convoqua à Paris,
les loges

15 février 1785, un

couvent de toutes

sous prétexte de traiter la

question des rites et des hauts grades.
C'est

dans cette

réunion que les derniers

mots

d'ordre furent échangés.

Mounier,

Bonneville et Mirabeau lui-même, pour
écrits,

tromper l'opinion, publièrent divers

ils

pré-

tendaient que lesjésuites avaient pénétré dans la Franc-

maçonnerie

et

la

dirigeaient sous

main

!

Un

grand

émoi s'empara des loges devant ces prétendues révélations et les habiles
les

en profitèrent pour en exclure
la religion

hommes
Les
faits

sincèrement attachés à

et à la

monarchie.

que nous venons de rapporter dans
le

les

chapitres précédents et

qui sont exposés avec beau-

coup plus de particularités dans

grand ouvrage du

Père Deschamps, montrent assez que la Révolution ne s'est pas faite toute seule, comme le prétend Tocqueville.

La
Louis

direction fatale
et le

que devaient prendre
réformiste,

les Etats-

généraux

mouvement
était

provoqué par
celles-ci

XVI

lui-même,

l'œuvre proposée de loin
les

parles sectes.

On

va retrouver

mains de

dans

la

plupart des crimes de cette époque.

LA RÉVOLUTION DE 1789

197

L'anarchie ne fut spontanée ni dans l'armée, ni

dans

le

peuple

;

la

pénétration maçonnique avait
éclata, sous
le

fait

son œuvre quand
reuses réformes,
la

prétexte de géné-

conspiration qui, depuis plusieurs
le

années,
loges

minait sourdement

trône et l'autel.
:

Les
sein

avaient

semé

la

corruption partout

au

d'une aristocratie inconsciente ou pervertie, dans une
bourgeaisie envieuse de l'immoralité autant que de
richesse des nobles, dans un clergé qui
rifié

la

allait être
affiliés

pu-

par

le

sang, dans l'armée où les

étaient
inertie

assez

nombreux pour déterminer une passive

en face de l'émeute, de honteuses désertions en présence du devoir militaire.
.

Nous

allons analyser

ici

quelques-uns des tragiques
et

événements d'une époque de massacres
nous aurons soin de dans
les les

de deuil,

et

rapprocher des plans arrêtés

loges.
les

Dans

assemblées primaires,

le

tiers-état avait

rivalisé avec la

noblesse et le clergé,

pour affirmer

sa foi catholique et son attachement au

gouvernement
mandats impé-

monarchique
ratifs,

;

il

en avait consigné l'expression aules cahiers, véritables les

thentique dans

en dehors desquels

députés étaient absolu-

ment sans pouvoirs. D'où vient donc que ces députés
aient déchiré les cahiers et trahi avec leurs serments
la confiance

des mandants
:

?

Le
hiers
;

voici

les

loges n'avaient
lors

pas osé

affronter

une discussion publique
mais

de

la

rédaction des ca-

elles avaient pris

leur
fait

revanche durant

les opérations électorales,

et

nommer beaucoup
dissi-

de

leurs

membres, qui avaient eu grand soin de

198
muler leur

LA RÉVOLUTION DE 1789
affiliation.

Ces membres, une

fois

élus,
la
la

furent placés entre

les

engagements vis-à-vis de
dont on retrouve
la

nation mandataire et la soumission aux ordres de

Franc-maçonnerie, ordres

trace

dans

envoyée en juin 1788, par le comité central du Grand-Orient, aux vénérables des loges
la circulaire

de province

:

«

Aussitôt que vous aurez reçu le
la réception.

paquet ci-joint, vous

y joindrez le serment d'exécuter fidèlement et ponctuellement tous les ordres qui vous
arriveront sous la

en accuserez

Vous

même

forme, sans vous mettre en peine
ils

de savoir de quelle main

parlent, ni

comment
si

ils

vous

arrivent. Si vous refusez ce serment

vous serez regardé
fait

comme

vous y manquez» ayant violé celui que vous avez

ou

à votre entrée dans l'ordre des frères, riouvenez-vous de
;

VAqua Tophana
dent les traîtres
!

souvenez-vous des poignards qui atten»

A

l'ouverture

des

États-généraux,

l'organisation

maçonnique

se développa considérablement.
le

Les cou-

vents généraux, convoqués à Paris par

comité direc-

teur des Philalèthes, s'y étaient réunis, leurs comités
secrets y avaient traité
la circulaire

et

des articles spécifiés dans
et

de convocation,
le

de ceux qui étaient

indiqués sous

nom

de travaux plus importants^

que la prudence défendait de confier au papier et encore moins encore à Vimpression. Un club ou loge de propagande se forma pour l'exécution, ainsi qu'il
résulte de
cette note copiée
:

sur les papiers trouvés,

chez

le

cardinal de Bernis

LA RÉVOLUTION DE 1789
«

199
le

Listes des

honorables membres qui composent

club

de /a Propagande, lequel s'assemble rue de Richelieu, 26, à
Paris.
«

Ce club a pour

but,

comme chacun

sait,

non seulement

de consolider la Révolution en France, mais de l'introduire chez tous les autres peuples de l'Europe et de culbuter tous
les gouvernements actuellement établis. Ses statuts ont été. imprimés séparément. Le 23 mars 1790, il y avait en caisse 1,500,000 fr., dont M. le duc d'Orléans avait fourni 400,000; le surplus avait été donné par les honorables membres à leur réception. Ces fonds sont destinés à payer les voyages des

missionnaires qu'on

nomme apôtres, et

les

brochures incensont prépa-

diaires que Von compose pour parvenir à un but salutaire.

Toutes

les affaires, tant internes qu'étrangères,

rées et proposées

au club par un comité de quinze person-i

nés, présidé par

M. l'abbé Sieyès.»

La loge des Amis réunis, ou Philalèthes, et celle Amis des noirs comptaient, à côté de vieux et. beaux noms de France fourvoyés dans cet antre de
des
perdition, ceux des

hommes

qui allaient acquérir

la,

plus hideuse notoriété.

Voici les principaux

noms de

cette liste

:

L'abbé Sieyès, l'abbé Pérochet, le duc de Biron, l'abbé d'Espagnac, d'Espagnac, conseiller au parlement, le comte de Praslin, le comte de Castellane, le prince de Broglie, le

vicomte de Rochambeau fils, le duc d'Aumonl, Lacretelle, avocat, Garât l'aîné, Garât le cadet, le marquis de Condorcet, Clavières, genevois, du Roveray, id., le comte de Mira^ beau, Barnave, Chapelier, Duport, Target, Pétion de Villeneuve, Charles de Lamelh, Alexandre de Lamelh, Théodore
le comte de Tessé, le marquis de Latour-Maubourg, l'abbé de Pampelonne, Boissy-d'Anglas, d'Annonay, Freteau, Poulain de Bellancour, baron de Giliey, à Va-

de Lameth,

lence,

le

comte de Grillon, d'André, de ToulongeoAj 1^

500

LA RÉVOLUTION DE 1789

vicomte de Beauharnais, le vicomte des Androuins, le marquis de Blaçon, Deprès de Crassier, le vicomte de Lusignan, le marquis d'Harambure, Lancosme, Salomon, de Montélimar, Garnon fils, du Vivarais, Lord Stanhope, de Fontenay, gendre de M. de Cabarrus, Martel et Dinocham, Journalistes, Hérault de Séchelles, avocat général du parlement.

Après
blanc.

— Ces

ces

noms,

y a un long intervalle en noms étaient-ils ceux des membres des
il

comités ordinaires
la liste

?

— Puis à

la tête

d'un autre page

continue

:

Le duc de Larochefoucauld, Dupont de Nemours, Robespierre, le vicomte

de Noailles,

Fournier l'américain,
id.,

Pigre de Monlalinge, Boyle, irlandais, Okard,
nor,
id.,

0' Kon-

de Saint-Severanda, espagnol, le vicomte de Narbonne, le docteur Price, Benarvides, espagnol, d'Aguilar,
le

marquis de Satilieu, Fontana, deLangeron fils, le vicomte Damas, Guillaume, avocat, l'abbé Grégoire, le duc de Liancourt, le comte de Montmorin, ministre des affaires étrangères, AVilfiams Howard, le baron d'Oyoso, Barrère de Vieuzac, Verne, ministre genevois, Germain et Julien, trésoriers du club, l'abbé de la Roche, Cabanis, médecin à Paris, Garau-Coulon, Laborde père, Laborde de Méreville, Grétry, musicien, Dugazon, comédien, le marquis de Montalembert, Garneri, imprimeur du club, Volland (ou Voulland), libraire pour les envois, le comte de Kersaint, Chatenai-Lanti, Volncy, le curé de Souppe, Dillon, curé du vieux Poussange, Pascal, prieur de Colombiers, comte de Croixle marquis de la Coste, Chamfort (secrétaire de Talleyrand, rédacteur du Mercure). Bureau de Puzzi, baron d'Allarde, Thouret, avocat, comte de la Marck, Anson, l'abbé de SaintNom, Viotti, musicien, Gorsas, Valdec Dellessart, Nompère de Champagny, Rabaud, à Uzès, Beaumarchais, Chambon fils, à Montpellier. Morveaux, à Dijon, Ernout, à
de

LA.

RÉVOLUTION DE 1789

201

et

Lons-le-Saulnier, Rœderer, Jurinne Duluc,à Lyon, libraire imprimeur chargé de l'envoi des livres en pays étrangers,

télimar, chargé des envois

Delly d'Agier, à Romans, Grimm, Lachenaye, à Monen Espagne, Lachapelle, aide de camp de M. de Lafayette, Gouvion, major-général de la garde-nationale, Salle, médecin, Lecoulteulx, Lecoulteux
la

de

Noraye, Populus,

Martineau, Goupil

de Préfeln,

Vandermonde, de l'Académie, Genton, en Vivarais l'abbé Noël, l'abbé Fauchet, le comte d'Aubusson, le comte Choiseul-Gouffier, Nérac, à Bordeaux, chargé des colonies et du
Mexique, Regnaud de Saint- Jean-d'Angely....

M. Lecoulteux de Canteleu ajoute à ces noms des premiers affiliés de la loge des Amis réunis des noms
qui ne marquèrent pas moins dans les fastes les plus
sanglants de la Révolution
:

Babœuf, Bonne, Ceruty, Chapelier, Chénier, le marquis de Lacoste, Château-Randon, Courtois, Dolomieux, Dupont, Fourcroy, Gudin, Gramont, Hébert, Laclos, Lamettrie. Lasalle, Lebon, Marat, Melin, Mercier, Rabaut, Saint-.Tust,
Sillery, etc.

Dans

la loge des Philalèthes

ou Chevaliers bienfaisants,

ou disciples de Pasqualès, de Jacob Bœhmet de St-Martin, dominaient, après les membres du Grand-Orient, le prince de Hesse, le viconte de Tavannes, d'Amar, de Saint-Jammes, Tassin, de Bondy, Mesmer, Duchanteau, Cagliostro, etc.,

Grimm

et le reste

du club d'Holbach.
étaient,

Dans

la loge

de la Candeur
les

outre
le

les

députés

au Grand-Orient,

Lameth, Lafayette,

marquis de

Montesquieu, Moreton de Chabrillan, Custine, Laclos, Latouche, Sillery, d'Aiguillon, le marquis de Lusignan, le prince de Broglie, et généralement les maçons dévoués au

duc d'Orléans.

Dans la loge des Neuf Sœurs, sous le vénérable Paslorel, on distinguait le duc delà Rochefoucauld, et, outre les dé-

202

LA.

RÉVOLUTION DE 1789
commandeur Delomieu, Lacépède,.
Bonne, Ghateau-Randon, le marquis de la Salle,

pûtes du Grand-Orient, le

Bailly, Cerutti, Fourcroy, Millin,

Chénier, Mercier, Gudin, Lametterie,
l'apostat Noël,

Fauchet

dom Gerles, Rabaud St-Etienne, Petion> Goupil de Préfeln, qui passèrent bientôt après h \3i.'BoucIie de fer. On y voyait encore Francklin, La Dixmerie, Cordot de St-Firmin, Meslay, Delort, Bignon,
et

Rémy, Mercier, Lalande, Dufresne, qui
Voltaire.

y

avaient

reçu*

L'anniversaire de

la prise

ou plutôt de

la surprise

de

la Bastille

a été choisie par la République actuelle

comme
Mais
si

la

daie de la fête oiationale. C'est un scan-

dale contre lequel a protesté la conscience française.
l'indignation qui rappelle

une journée de dé~
peu de gens
les émeutes,

fections et

d'assassinats est générale,

savent peut-être que Vélan irrésistible du 14 juillet
avait été préparé de longue main, ainsi
et
les

que

incendies qui éclataient de toutes parts,

au

milieu de la panique universelle.

Un

témoignage indiscutable, celui de Bertrand de
de Louis XVI, montre que tous

Molleville, le ministre

ces crimes avaient été prémédités dans le comité de

propagande de
la

la

loge des

Amis réunis

^

à l'époque de
:

réunion des ordres,

soit la

fm de juin 1789

«

Mirabeau, qui,

même

avant l'ouverture des Etats-gé-

néraux, avait marqué sa place à la tête des factions les plus
violentes, était aussi initié

dans

le

secret des factions secon-

daires qui, avec des plans moins vastes et une marche plus,
timide, n'en concouraient pas
rer celle de la Révolution.

naissance donnait la

moins à affermir et accéléTous ces mystères, dont la conclef de -plusieurs événements impor-

tants, qu'on avait jusqu'alors attribués

au hasard,

furent

LA RÉVOLUTiON DE 1789
dévoilés non-seulement
à
la reine

203

à M. de Montmorin, mais au roi dans plusieurs entretiens secrets que Leurs Majestés eurent avec Mirabeau il leur apprit, entre autres choses, que le système de la Terreur, qui a réellement opéré
et
;

la révolution

et qui n'a

pas

été

abandonné depuis,

avait

pris naissance

dans

l'a

faction pfiila?ilfiropique. Ces comi-

tés se tenaient tantôt chez le duc de Lachefoucauld. tantôt dans la petite maison du ducd'Aumont près de Versailles.. • Adrien Duport,qui était peut-être celui des membres de

l'assemblée qui avait le plus étudié l'histoire et la tactique

de toutes les révolutions anciennes

et

modernes,
de

était

ad-

mis dans

les conciliabules les plus secrets
et s'était

cette faction

philosophique

chargé de

la rédaction des plans. Il

y lut, dans cette circonstance, un mémoire dans lequel il dépeignit le caractère et discuta les intérêts de tous les souverains de l'Europe,
s'opérer en

de

manière
il

à

en conclure qu'aucun

d'eux ne prendrait la moindre part à la révolution qui allait

France

et

dont
il

était aussi nécessaire
le

que pres-

sant de régler la marche et de déterminer

but par
qui,

un plan
depuis

sagement combiné
longtemps,
tées

;

proposa

alors

celui

dit-il, était l'objet

de ses méditations. Ses princelles qui furent

cipales bases étaient les

mêmes que

adop-

de 1791. Après de longues discussions sur ce mémoire, Lafayelte, qui se trouvait aussi à ce comité, s'il faut en croire Mirabeau, prit la parole et dit à
la Constitution

dans

Adrien Duport
qui soient
quelles
11 est
il

mais quels sont

Voilà sans doute un très grand plan; moyens d'exécution ? En connaissez-vous capables de vaincre toutes les résistances aux;

les

faut s'attendre

?

vrai que je n'en ai

Vous n^en indiquez aucun. point encore parlé, répondit

Adrien Duport en poussant un profond soupir; j'y ai beaucoup réfléchi..., j'en connais de sûrs... mais ils sont d'une nature telle que /e frémis moi-même d'y penser, et que je ne pourrais me déterminer à vous les faire connaître, qu'autant que vous approuverez tout mon plan, que vous serez bien convaincus qu'il est indispensable de l'adopter, et qu'il n'y en a pas d'autres à suivre pour assurer, non-seulement le succès de la révolution, mais aussi le salut de
;

^04
l'Etat....

LA RÉVOLUTION DE 1789

Après avoir ainsi excité la curiosité de ses audiCe n'est que par les moyens de terreur qu'on parvient à se mettre à la tête d'une révolution et à la gouverner. Il n'y en a pas une seule, dans quelque pays que ce soit, que je ne puisse citer à l'appui de cette vérité. Il faut donc, quelque répugnance que nous y ayons tous, se résigner au sacrifice de quelques personnes marquantes. Il fit pressentir que Foulon devait naturellement être la première victime, parce que depuis quelques temps, disait-il, on parlait de lui pour le ministère des finances et que tout le monde était convaincu que sa première opération serait la banqueroute. Il désigna ensuite l'intendant de Paris. It n'y a qiiun cri, dit-il, contre les intendants ; ils pourteurs,
il

ajouta

:

raient mettre de grandes entraves à

la

révolution
:

dans

les

provinces. M. Berthier est généralement détesté

on ne peut

pas empêcher qu'il ne
confrères
:

soit

massacré^ son sort intimidera ses

comme des gants... «Le duc de La Rochefoucauld fut très-frappé des
ils

seront souples

réflexions

d'Adrien Duport

et

finit,

comme

tous les autres

membres

du comité, par adopter le plan et les moyens d'exécution qu'il proposait. Des instructions conformes à ce plan furent données aux principaux agents du comité des insurrections, qui était déjà organisé et auquel Ad. Duport n'était rien moins qu'étranger l'exécution suivit de près le massacre de MM. de Launay, de Flesselles, Foulon et Berthier, et leurs lêtes promenées au bout d'une pique furent les premiers
;
:

effets

de cette conspiration philanthropique. Ses succès

rallièrent bientôt, et

pour longtemps,

les différents

partis

révolutionnaires qui

commençaient à

se défier les

uns des

autres, mais qui, voyant tous les obstacles aplanis par cette

mesure,

se réunirent

pour en recueillir

le fruit. »

Dès 1789, Mirabeau
Chamfort,quien
fit

avait

communiqué

ce plan à

part à Marmontel.

Les indications

que donne ce dernier dans ses Mémoires sont absolument identiques à celles de M. de MoUeville
:

LA RÉVOLUTION DE 1789
'(

Î05

L'argent surtout et l'espoir du pillage sont tout puissants parmi ce peuple. Nous venons d'en faire l'essai au faubourg Saint- Antoine, et l'on ne saurait croire combie?ipeu il en a coûté au duc d'Orléans pour faire saccager la manufacture de cet honnête Réveillon qui, dans ce même peU' pie, fait subsister cent familles. Mirabeau soutient plaisamment qu'avec un millier de louis on peut faire une
jolie sédition.
«

Avons-nous à craindre

l'opposition de la grande partie
et qui ne serait Sans doute, dans

de la nation, qui ne connaît pas nos projets

pas disposée à nous prêter son concours
ses foyers, à ses comptoirs,

?

à ses bureaux, à ses ateliers d'in-

dustrie, la plupart de ces citadins casaniers trouveront peutêtre hardis des projets qui pourraient troubler leur repos et

leurs jouissances. Mais,

s'ils les désapprouvent, ce ne sera que timidement et sans bruit. Du reste, la nation sait-elle ce qu'elle veut? On lui fera vouloir et on lui fera dire ce qu'elle n'a jamais pensé. Si elle en doute, on lui répondra

comme
tion est

Grispin au légataire

:

C'est voire létliargie.

La naet

un grand troupeau qui ne songe
son bien que l'on veut
culte, ni ses

qu'à paître,

qu'avec de bons chiens les bergers mènent à leur gré. Après
faire, à son insu. Ni son mœurs, ni toutes ses antiquailles de préjugés ne méritent qu'on les ménage. Tout cela fait honte et pitié à un siècle comme le nôtre, et pour tracer un nouveau plan il faut faire place nette. « On aura, s'il est nécessaire, pour imposer à la bourgeoisie cette classe déterminée qui ne voit rien pour elle à perdre au changement et croit avoir tout à gagner. Pour l'ameuter, on a les plus puissants mobiles la disette, la faim, l'argent, les bruits d'alarme et d'épouvante et le délire de terreur et de rage dont on frappera les esprits. La bour-

tout, c'est

vieux

régiment son

:

geoisie ne produit que d'élégants parleurs tous ces orateurs de tribune ne sont rien en comparaison de ces Démosthènes à un écu par tête qui, dans les cabarets, dans les places
;

publiques, dans

les

jardins

et

sur

les

quais, annoncent des

ravages,

dts incendies, des villages saccagés, inondés de

206
veut le

LA RÉVOLUTION DE 1789
et

sang, des complots d'assiéger

d'affamer Paris. Ainsi le
ferait-on de tout ce peuple

mouvement

social.

Que

en le muselant aux principes de l'honnêteté et du juste? Les gens de bien sont faibles et timides it n'y a que les vauriens qui soient déterminés. L'avantage du peuple dans les révolutions est de n'avoir point de morale. Comment tenir contre des hommes à qui tou.s les moyens sont bons ? Il n'y a pas une seule de nos vieilles vertus qui puissent nous serpoint au peuple, ou il lui en faut d'une il n'en faut vir
; ;

autre trempe. Tout ce qui est nécessaire à la Révolution,
tout ce qui lui est
cipe.
»

utile est juste: c'est là le

grand prin-

Louis Blanc attribue aussi à Duport rorganisatioii
des massacres de Paris
et

des paniques répandues

dans

les

provinces

;

le

Journal

des

voyages

en

France^ d'Arthur Young-. confirme bien l'épouvantable révélation de Bertrand de Molleville, et de Bezenval
dit qu'on «voyait des

gens exciter

le

tumulte

et

même

distribuer de l'argent. »

La garde
la

nationale fut un des actifs instruments de
et depuis.

Révolution en 1789
Sait-on
qu'elle

eut

pour créateur

Savalette

de

chambre de correspondance Lui-même vint présenter à la Comdu Grand-Orient? mune de Paris un certain nombre d'affiliés, équipés
Lange,
le

directeur de la

en. soldats, et tint ce

langage qui ne laisse place à

aucune équivoque
ce

:

Messieurs., voici des citoyens que fai exercés à manier les armes pour la défense de la patrie ; je ne me suis point fait leur major ou leur général; nous sommes tous égaux; je suis simplement caporal, mais j'ai donné V exemple ; ordonnez que tous les citoijens le suivent., que la iiation prenne les armes^
et la liberté est invincible. »

LA RÉVOLUTION DE 1789
Quoi d'étonnant, après de
garde nationale
ait

207
qne
la

telles origines,
si

toujours été

chère à

la

Franc?

maçonnerie

el

qu'elle

Tait partout introduite

c'est

l'instrument né de toutes les révolutions.

Comme
la prise

pour bien marquer

la part

que

la

Franc-

maçonnerie

avait dans les événements, lorsque, après
la Bastille,

de

Louis XVI, obéissant à l'Asl'émeute par une visite

semblée,

vint

sanctionner

solennelle à l'Hùtel-de-ville, tous les chefs du

mouvecV acier,

ment

se rangèrent sur

son passage

et,

joignant leurs

épées au-dessus de sa tète, formèrent
qui est
le

la

voûte

signe d'honneur maçonnique, et
le

Moncau de

St-Méry,
le

harangant au
:

nom de

tous, lui dit dans

langage des loges

«

Vous
la

deviez votre couronne

à la naissance, vous ne
vertus. »

devez maintenant qu'à vos

Déjà,
fait

à l'ouverture des

États-généraux, on avait

passer les députés sous la voûte cVacier.
fête

La

de

la

déesse Raison se produisit

le

20 bru-

maire 1793, sur l'autel profané de Notre-Dame de
Paris. Or, dès 1751,

déric II, de Prusse, publiait

un ouvrage impie, dédié à Frécomme figurine du titre la scène d'adoration d'une prostituée. Les saturnales d'Ermenonville, auprès du tombeau de J. -J. Rousseau,
l'ignominieux spectacle de
la

avaient offert

femme

commune
Pour

à tous les frères et livrée au hasard ou au

choix de ces vrais admirateurs de l'âge de la nature.
avoir
le

rompu avec une loge semblable, M. de
frère

Lescure,

du héros vendéen,
le

fut

empoisonné

par une « infâme horde d'illuminés. » Et dans beau-

coup de familles, on retrouve
semblables.

souvenir de crimes

208

LA RÉVOLUTION DE 1789
la destruction

Turgot, franc-maçon, avait poursuivi

des corporations chrétiennes, dans l'espoir fondé de

mieux asservir
Louis

le

peuple

;

Necker

avait

violenté
tiers
fille.
;

XVI

pour obtenir

le

doublement du
affilié, et

ce

ministre genevois était aussi un

sa

M™®

de Staël, avait été reçue dans une loge d'adoption.
Barruel raconte que Germain, beau-frère de Necker,
recevait, la veille des massacres des
le 6 octobre, à Versailles, lui

gardes du corps,

une

lettre

de sa sœur qui
;

mandait: « Soyez tranquille^ tout ira bien
;

nous
spec-

ne pouvons ni parler^ ni écrire »
son digne époux se tenait caché,
tatrice des fureurs des

et

pendant que

elle, tranquille

brigands dans les galeries
:

mê-

mes du château,
peuple;
il

disait

« Laissez donc faire ce bon
!

n^y a pas de danger

».
était

On
le

le voit, l'infortuné

souverain

enserré dans

réseau maçonnique.

La Constituante
de
tous
les

fit

de

Louis

XVI
les

et

après

lui

rois

constitutionnels

mandataires
la nation,

du peuple
civile
fit

et les

premiers fonctionnaires de

abolit les titres héréditaires, décréta la

Constitution

du

clergé, déclara ses biens
et

:

biens de la nation,

également des prêtres de
la nation

des évêques des fonc-

tionnaires

ou des jureurs schismatiques
la liberté

et des intrus,

au

nom de

de conscience et
les

s'arrogea le droit de diriger et d'opprimer toutes

consciences, décréta enfin une statue, ou l'apothéose

de Voltaire

et

de J.-J.
l'église

Rousseau,

et

une tombe au
Législative

premier dans

même
les

de Ste-Geneviève, transla
fit

formée en Panthéon. La majorité de

ou

laissa faire, le

10 août,

massacres des Suisses, des

LA RÉVOLUTION DE 1789
gardes du corps
organisés par
le

209

et

des prisons,

le

2 et 3 septembre,

franc-maçon Danton, Tun des predé-

miers électeurs jacobins de Paris, prononça la

chéance du
de
la

roi et décréta l'envoi à tous les citoyens

déclaration

du

F.*.
les

Condorcet contenant
rois et

le

serment de combattre
l'échafaud et couvrit

la royauté;
le

la

Convention enfm jugea Louis XVI,
la

condamna à
et

France de sang
trois

de ruines,

au

nom

et

en conséquence des
:

grands principes

maçonniques
nité.

l'égalité, la liberté, la frater-

« Voilà la victime, » s'était écrié Mirabeau, l'un des

complices de
le

la conspiration,

en désignant Louis

XVI,

jour de l'ouverture des États-généraux.

Ce
c'était

n'était point là

un mot en

l'air

de démagogue

;

est

une indication maçonnique. Depuis 1760, il voici facile de suivre la préparation du complot
;

maintenant deux contemporains qui vont nous révéler

comment

les sociétés secrètes sont

les véritables

au-

teurs de la révolution.

Le premier
bison,

est

un

franc- maçon anglais,

John Ro-

secrétaire de

l'Académie
:

d'Edimbourg, qui

publia en 1797 un livré intitulé

pirations contre toutes

les

religions et tous
les

Preuves des cons^ les gou^
assemblées

verments de VEurope, ourdies dans
secrètes des illuminés et des
J'ai eu, dit-il, les

francs-maçons.

«

faites

moyens de suivre toutes les tentatives pendant cinquante ans^ sous le prétexte spécieux

d'éclairer le

dissiper les

avec le flambeau de la philosophie et de nuages dont la superstition religieuse et civile se servait pour retenir tout le peuple de l'Europe dans les
14

monde

SIO
ténèbres
trines se

LA RÉVOLUTION DE 1789

et l'esclavage. J'ai observé les progrès de ces docmêlant et se liant de plus en plus étroitement aux différents systèmes de la Maçonnerie. Enfin j'ai vu se for-

association ayant pour but unique de détruire jusque dans leur fondement tous les établissements religieux et de renverser tous les gouvernements existant en Europe. J'ai vu cette association répandre ses systèmes avec un zèle si soutenu qu'elle est devenue presque irrésistible, et j'ai remarqué que les personnages qui ont le plus de part à la

mer une

révolution française étaient

membres de

cette association
et

\

que leurs plans ont

été

conçus d'après ses principes
»

exé-

cutés avec son assistance.

personnage plus autorisé encore, le comte Haugwilz ministre de Prusse, va fournir un témoide gnage plus précis, s'il est possible. C'était en 182*2, les sociétés secrètes venaient de
faire explosion

Un

en Espagne,

à Naples,

dans

le

Pié;

mont, par autant de mouvements
les souverains,

révolutionnaires

pour garantir

et leurs

couronnes

et la

vraie liberté parmi leurs peuples, s'étaient réunis en
Xîongrès dans la ville de Vérone.

Ce

fut alors

que

le

comte de Haugwitz, qui y avait accompagné le roi de Prusse, fit part à l'auguste assemblée d'un mémoire sur
les sociétés.

M. de Haugwitz

avait occupé
et

une place distinguée au chapitre des hauts grades,
il fit

la

déclaration suivante

:

«

J'acquis alors la ferme conviction que
et 1789,

le

drame

corn-

mencé en 1788
t:;iDE

la révolution française, le régi-

AVEC TOUTES SES HORREURS,

uon Seulement y avaient
le

été résolus alors,

mais encore

étaient

résultat des assO"

dations et des serments, etc.. Que ceux qui connaissent mon cœur et mon intelligence jugent de l'impression que ces découvertes produisirent sur moi
!

LA RÉVOLUTION DE 1789
«

^11
il

De

tous les contemporains de celte époque,
..

ne

me

reste

qu'un seul.

Mon
la

premier soin
conviction

fut

de communiquer au
toutes les associa-

prince royal (depuis le roi Guillaume) toutes mes découvertes.

Nous acquîmes
les

que

tions MAÇONNIQUES, dcpuis la plus modeste jusqu'aux gra-

des
les

plus élevés, ne peuvent se proposer que d'exploiter

sentiments religieux, d'exécuter les plans les plus cride
se
les

minels, et

servir

des premiers

comme manteaux

pour couvrir

seconds. Cette conviction, que le prince

partagea avec moi,

me

fil

prendre la ferme résolution de

renoncer absolument à

la

Maçonnerie. Mais

il

parut plus
»

sage au prince de pas rompre tout lien avec elle

L'allégation

si

précise de

M. de Haugwitz, que

le

régicide avait été longtemps à l'avance décrété par
les

sociétés secrètes,
:

a reçu depuis une

confirmala

tion inattendue

nous savons maintenant que
l'assassinat

pre-

mière pensée du crime de

de Gustave

ni remonte
leur fusion,

jusqu'en

1786, à l'époque où rillumi-

nismealiemand'et l'Illuminisme français avaient opéré

comme on
le

l'a

vu dans

le

chapitre précé-

dent. C'est le cardinal Mathieu,
froid entre tous, qui
lettre adressée à

homme
l'a

an jugement

premier

révélé

dans une

M. Robinet de Cléry

le 7 avril

1875

:

«

Il

y

a,

dans nos pays, un détail que
certain.
Il

je puis

vous don-

ner

y eut à Francfort, en 1786, une assemblée de francs-maçons où furent convoqués deux hommes considérables de Besançon qui faisaient partie de la
société
:

comme

M. de Raymond, inspecteur des

postes, et

M. Maire

de Bouligney, président du parlement. Dans celle réunion, le meurtre du roi du Suède et celui de Louis XVI furent
résolus.

MM.

de

Raymond

et

ternés, en se promettant de

de Bouligney revinrent consne jamais remettre les pieds

dans une

loge, et de se garder le secret.

Le dernier

survi-

212
vant
l'a dit

LA RÉVOLUTION DE 1789
à

M. Bourgon, qui
parier, car
il

vingt-dix ans,

esl mort à près de quatrepossédant toutes ses facultés. Vous avez pu

en entendre

a laissé une grande réputation de
;

parmi nous je l'ai beaucoup connu, et pendant bien longtemps, car je suis à Besançon depuis quarante-deux ans, et il est mort assez récemprobité, de droiture et de fermeté,

ment.

Il

a raconté souvent le

fait, et

à moi, et

à

d'autres.

Vous voyez que
c'est là,

la secte sait, à l'avance,
»

monter

ses

coups:

en deux mots, son histoire.

Quelques temps après, Mgr Besson,aQcieQ vicairegénéral de Besançon, aujourd'hui évéque de Nîmes,
complétait ainsi cette révélation
«
:

Je puis confirmer sa lettre par des détails qui ne sont pas
président Bourgon, mais par M. Weiss,

sans intér(H,etqui m'ont été racontés souvent à Besançon, non

seulement par M.
pal auteur

le

bibliothécaire de la ville,

de

la

membre de l'institut, et le princiBiographie universelle^ publiée sous le

nom

de Michaud. M. Bourgon et M. Weiss étaient des gens de bien, dans toute la force du mot. L'un avait
plus de courage dans ses opinions, l'autre plus d'indulgence pour les fautes de l'humanité. Tous deux avaient connu les francs-maçons et les conventionnels du dernier siècle ils pensaient tous deux sur l'attentat du 21 janvier comme doit le faire tout honnête homme ils moururent tous deux en
; ;

chrétiens.
«

La Franc-maçonnerie

avait été introduite à

Besançon

vers le milieu du dix-huitième siècle par

l'intendant de la

province,

tèrent dans le meilleur
le

M. de Lacoré. Il s'établit trois loges qui se recrumonde. La noblesse, le parlement, barreau, plusieurs membres du chapitre métropolitain

laissèrent leur

nom

sur les listes de ces loges primitives où

que l'on marchait à pas douteux que la bonne foi de la plupart de ces honnêtes gens n'ait été surprise. Témoin l'aventure de trois délégués à
l'on célébrait la nature, sans se douter

grands pas vers

la ruine, l'exil et l'échafaud.Il n'est

LA RÉVOLUTION DE 1789

21 3

l'Assemblée de 1785. Ces trois délégués étaient M. de Bouligney, président du parlement de Franche-Comté, M, Bourgon, médecin éminent, professeur à l'Université, et M. de

Raymond employé
«

des postes.

Après avoir entendu jurer la mort de Louis XVI et de Gustave III, les francs-maçons bisontins jurèrent entre eux de ne plus remettre le pied dans une loge. Ils tinrent parole. M. de Bouligney mourut en émigration: M.Bourgon, dans sa ville natale; et M. de Raymond, beaucoup plus jeune que les deux autres, leur survécut jusqu'en 1837. Il était membre de l'académie des sciences, belles-lettres et arts de Besançon, tournait facilement les vers, et vivait dans une agréable intimité avec les magistrats et les littérateurs de la pro-

Ce fut lui qui leur révéla le secret des loges sur la condamnation de Louis XVI, à un âge où l'on ne doit plus au monde que la vérité. « M. Weiss et M. le président Bourgon citaient encore sur ce sujet les aveux du baron Jean Debry, préfet du Doubs. Franç-maçon, conventionnel et régicide, ce personnage, que les événements avaient éclairé, joua à Besançon un rôle
vince.

honorable,
1814, aida

et

dans

les

douze années
à la

puissamment
[1

qu'il y passa, de 1802 à réorganisation de tous les ser-

vices publics.

défendit

même, non sans

habileté ni éner-

gie, le clergé fidèle contre le clergé

assermenté qui était en petit nombre, mais pour lequel Claude Lecoz, archevêque de Besançon, avait des préférences marquées. On l'amena plusieurs fois, dans l'intimité de la conversation, à parler du jugement et de la condamnation de Louis XVI. Son vole
pesait à sa conscience,
il

ne l'excusait pas,

il

se

bornait à

l'expliquer.
«
« «

J'étais parti de chez moi, disait-il, avec l'intention for-

melle de voter

je l'avais promis à

« «

me

bannissement du roi et non pas sa mort; ma femme. Arrivé à l'Assemblée, on rappela d'un signe le serment des loges. Les menaces
le

des tribunes achevèrent de

me

troubler :je votai la mort.»
:

Jean Debry ajoutait d'un air mystérieux « On ne saura jamais si Louis XVI a été réellement con«

damné à

la majorité

de cinq voix.

214
«

LA RÉVOLUTION DE 1789
Plusieurs croient que le bureau a pu modifier quelques

a votes,
«

avec la complicité silencieuse

avaient donnés.

On

avait arrangé en

de ceux qui les^ conséquence le récit

«
«

des séances du Moniteur. Q\i3ind
relevé absolument exact.

môme le vote fût public, personne, excepté les membres du bureau, n'en avait le
et

La séance avait duré deux jours longueur contribua à rendre incer« tain le résultat suprême. Mais on voulait en finir, et la « fameuse majorité de cinq voix a été peut-être constatée
« «

une

nuit, et cette

«
«

à

la

dernière heure pour s'épargner l'ennui d'un nouveau

scrutin (1).»

Le

chef de cette conspiration, ou au moins celui au
le

nom

de qui

mot d'ordre
le

était

donné partout,
la

était

le

duc d'Orléans,
maçonniques,

grand-maître de

plupart des rites

comme nous

l'avons

vu dans un des

chapitres précédents. C'est lui que Mirabeau désignait

dans

la

conservation avec GhamFort que nous venons

de rapporter.

Une

lettre

de

lui à

Laclos, en date

du
les

10 mars 1790, raconte

la

part qu'il a prise dans

émeutes de Marseille et
déjà
le

celles

de Paris.
ses

Il

y prononce

mot de régicide am milieu de
et la reine !!!

menaces contre

Louis

XVI

Une

phrase est particulièrement significative
(le

:

« Georges

roi
;

d'Angleterre)
s'il

n'est
fait,

pas

loin

d'avoir des rechutes

tombe

tout à

vous savez
irait

ce que

Fox

et Grenville

m'ont promis, tout

bien

alors. »

(1) Eq réalité la majorité dans la Convention ne fut pas acquise au vote de condamnation à mort dd Louis XVI Voir une étude sur ce point publiée dans le n° de février 1884 de la Revue de la Révolution
:

par M. Gustave Bord. Les sectaires qui occupaient le bureau proclamèrent un résultat du vote qui n'était pas réel pour accomplir le dessein arrêté depuis si longtemps dans les hautes loges.

LA RÉVOLUTION DE 1789
Mais
servis
les

215
qui s'étaient

Girondins

et

les Jacobins,

du grand-maître du Grand-Orient pour renverser
n'oubliaient
eût-il été
fut

Louis XVI, n'entendaient pas servir son ambition et
les

loges

pas

leur serment contre

un

Bourbon,

complice jusqu'à l'assassinat.
et
le

La

République

proclamée,

22 février 1793

Philippe-Égalité, déçu et déjà

menacé, adressait sa

démission de grand-maître, disant « qu'il pensait qu'il

ne devait plus y avoir aucun mystère, aucune assem-. blée secrète dans une république. »
Aussi bien
leurs
la

plupart des loges avaient
s'étaient transformées

suspendu,
la.

travaux

et

sur toute

surface de la
coiffure

France en clubs
illuminé,

de jacobins avec
le

la

de Vépopte

bonnet phrygien.

Nous sommes tous francs- maçons, disait avec exalta-, tion un révolutionnaire de cette époque, il aurait pu. dire avec plus de justesse encore Nous sommes tous,
:

illuminés, selon la

remarque d'un écrivain anglais,
les

grand
naires

admirateur de toutes

sectes

révolution-.

On

a

vu

d'ailleurs

que

la

des Jacobins, où dominait Robespierre,
deliers,

grande majorité du club et des Corétait

francs-maçons
tion,

composée de que la Révoluon ne peut donc nier avec tous ses crimes, ne fût leur œuvre. Le lan-..
dominait
:

Danton,

gage odieux qui
la tribune,

retentissait partout à cette
les

époque, à
n'était,,

dans

journaux, dans

les

clubs,

que l'écho du cri de haine contre la religion; et la monarchie que depuis un siècle poussaient les, Ipges.

Ne
du

reconnaît-on pas

les

serments de l'apprenti
le

et

chevalier

Kadosch dans

serment

suivant,

pro-.

^16

LA RÉVOLUTION DE 1789

nonce publiquement en 1792 au club des Jacobins
de Caen, par
Calvados
?

le

conventionnel Fauchet, évêque du
:

Qu'on en juge

« Je jure haine implacable au trône et « doce, et je consens,
si

au

sacer-

je viole ce serment,

que mille
parjure,

« poignards soient plongés dans « que

mon

sein
et

mes

entrailles soient déchirées

brûlées, et
l'u-

« que mes cendres, portées aux quatre côtés de
« nivers, soient un

monument de mon

infidéUté. »

Nous ne pouvons
de
l'action

raconter en détail les contre-coups

maçonnique en Europe. Nous devons celes négociations

pendant rappeler
desquelles, après

secrètes à la suite
fut

Valmy, un armistice
le

proclamé

et

dura jusqu'après
et

régicide

du 21

janvier.

Dumouriez

Danton
l'autre.

étaient d'un côté, et le

duc de Brunswick,

de

On

constata en Allemagne que ce dernier,

jusque-là criblé de dettes,
millions dans l'année 1792.

en avait acquitté pour huit

Notons aussi l'empoisonnede

ment par

le

bouillon de Naples de l'empereur d'Allema-

gne, Léopold, et l'assassinat de Gustave III, roi

Suède, décidé,
et

comme

celui de

Louis XVI, dès i786,
et

préparé par
par
le

les loges

de Stockholm
frère

eu particula

lier

duc de Sudermanie,
l'ordre

de

victime
avait

et

membre de

du Temple. Léopold
les

d'abord été hostile à l'ÉgUse et favorable aux maçons,

dont plus tard, éclairé par
les réunions.

événements,

il

interdit

Quant à Gustave

III, voici quelle était

sa généalogie philosophico-maçonnique d'après Barruel
:

« Voltaire avait

initié la

reine Ulrique de

Brande-

bourg,

et

Ulrique avait

initié

son

fils

Gustave. Mais,

LA RÉVOLUTION DE 1789
d'un autre côté, Voltaire
cet, siégeant
initiait

217

Cordorcet, et Condorinitia

au club des Jacobins,

Ankastroëm.
fils

Élève de Voltaire, Ulrique apprenait à son
jouer des mystères et des autels du Christ
;

à se

élève de

Voltaire, Condorcet apprit à Ankastroëm à se jouer

du

trône et de la vie des rois

.

Au moment

les

nou-

velles publiques annoncèrent

que Gustave

III

devait
la

commander en chef

les

armées liguées contre

Ré-

volution française, Condorcet et Ankastroëm appartenaient au club, et ce grand club retentissait

de délivrer
pour être

la terre

de ses

rois.

Gustave
et
Il

fut

du vœu marqué
s'offrit

la
le

première victime,

Ankastroëm
part de

pour être

premier bourreau.

Paris

et

Gustave tombe sous ses coups. » Swedenborg, dont
les

adeptes assassinaient

le roi

de Suède,

était

mage

(grade supérieur) des illuminés.

CHAPITRE XII
LA DICTATURE NAPOLÉONIENNE ET l'^OEUVRE

MAÇONNIQUE

Pendant la période de la Terreur, la plupart des loges maçonniques françaises cessèrent de se réunir. Après que Philippe-Égalité eut en 1 793 donné sa démission de grand-maître,
ses puissances
le

Grand-Orient

et les diver-

maçonniques cessèrent de fonctionner,
:

au moins ostensiblement
çaient à ce

les clubs

de Jacobins remplase défiaient tou-

moment

les

loges et

ils

jours des éléments aristocratiques qui existaient dans^
la

Maçonnerie. Les anciennes dissensions entre

mem-

bres de loges sur la manière de conduire la Révolution, furent

pour beaucoup dans de

la division

des partis

à cette époque, et bien des indices nous font penser

que
et

là fut l'origine

la lutte

sanglante des Jacobins
et

des Girondins, plus tard des Dantoniens

des

partisans de Robespierre.

La

fête

de la Raison, célébrée à Notre-Dame en
avait été

novembre 1793,

nelle d'athéisme faite par les Hébertistes.

une manifestation solenAprès les
fête

avoir envoyés à l'échafaud, Robespierre voulut célé-

brer son triomphe
1*'

par

la

de l'Être suprême,.
haines des.

mai 1794,

et l'on sait quelle part les

DICTATURE NAPOLÉONIENNE

219

Héberlistes survivants eurent à la journée du 9 ther-

midor.

Dès que
Maçonnerie

la

dictature de

Robespierre fut
:

finie, la

reprit son activité

guidée par un de ses

anciens adeptes Laréveillère-Lepeaux, c'est elle qui
organisa la théophilanthropie.

Ce système

avait la pré-

tention de remplacer par ses cérémonies le culte ca-

tholique et correspondait à la fois aux fêtes de l'Être

suprême

et

à ce que l'on appelle aujourd'hui les tenues

de Maçonnerie blanche.

Quand
la liberté

la secte avait et

cru avoir réalisé définitivement

Végalité, telles que les

entendait

shaupt dans Van-archie absolue, les voiles de
çonnerie avaient été rejetés
inutile, la loge n'avait plus
et

la

WeiMa-

comme un symbolisme
le
il

eu besoin d'être couverte,
club.
fallut

on p'avait remplacée par
faite

Une
les

réaction

s'étant

dans

les

esprits,

en revenir aux
loges se

travaux intérieurs,

au symbolisme,

et

rouvrirent sous diverses formes. C'est avec une grande
l'esprit de la Maçonnerie que le F.-. André Rousselle a rappelé ce souvenir à l'assemblée du Grand-Orient de 1879, pour faire maintenir le

connaissance de

symbolisme
désordre

et les rituels.

Cependant
le

cet

abominable régime s'effondrait dans
de
la

et l'incapacité, et les turpitudes

po-

litique avaient

pour conséquences

les revers militaires.

L'opinion pubhque en France se

prononçait

avec

énergie contre une désastreuse et ignominieuse tyrannie.

Les habiles des sociétés
pouvaient s'opposer à
la

secrètes, voyant qu'ils

ne

marche des événements, em-

220

DICTATURE NAPOLÉONIENNE

ployaient toute cette habileté à se mêler à la restauration

monarchique, de façon à pouvoir imposer à

Louis XVIII un gouvernement constitutionnel qui
rendît illusoire le pouvoir de la royauté et leur permît

de continuer leur guerre à l'Église, à l'abri des mécanismes parlementaires. Tel était notamment l'objet de
l'association des

Philadelphes,

formée à Besançon
le

dans

les derniers

temps du Directoire, avec
et continuée,
et

concours

du général Moreau,
ci,

après

l'exil

de celui-

par les généraux Malet
et

Oudet,
plus tard

deux francsla

maçons avancés,
nerie.

d'où

sortit

Charbon-

Les coups d'État du 13 vendémiaire
tidor n'avaient fait
liste,

et

du 18 fruc-

que retarder

la

restauration roya-

qui en 1799 devenait de plus en plus imminente.

La

fin

prochaine de

la

République

était

publiquement

discutée et l'on savait partout que les Jacobins s'apprêtaient à remplacer la République par une dictature,

par une monarchie révolutionnaire qui fermât

la

porte

aux Bourbons.

Le Mercure britannique du 25
une
lettre
:

juillet

1799

publiait
dis-

de Malouet, où ces éventualités étaient

cutées

dans un de vos deren France et dans un pays étranger pour accréditer la nécessité d'un changement de dyuaslie. Ce projet, abandonné pendant la grande fortune du Directoire, se réveille, dit-on, dans sa détresse.
«

Vous avez annoncé,

disait-il,

niers numéros,

une intrigue qui a

lieu

On

assure

que, les

Jacobins, ea déployant tous leurs efforts

pour soutenir la République chancelante^ se disposent, s'ils ne peuvent y réussir^ à créer un roi et une monarchie dont

DICTATURE NAPOLÉONIENNE
ils

221

formeraient le premier ordre : on renouvelle en conséquence les libelles sur le caractère de nos princes, sur ce » que la nation aurait à en craindre

Et Malouet discutait ces projets révolutioanaires,
qui consistaient à implanter en France soit un prince
étranger, soit

un Bourbon en
la

dehors de Vordre de

succession

au

trône, c'est-à-dire le

duc d'Orléans.
le

Les intrigues de
voit.

Révolution sont anciennes, on

Sieyès,

cherchant partout un dictateur,
rôle, dit

avait

songé un instant à confier ce
prince de
la

Lanfrey, à un

maison de Brunswick, comptant évidem-

ment sur l'appui qu'il trouvei-ait dans la Maçonnerie. Mais le dictateur était plus proche et dans les rangs
de ces mêmes Jacobins. Bonaparte, qui avait envoyé

Augereau au Directoire pour
et les élus

faire contre les royalistes

de

la

nation le coup

du 18

fructidor, était
la

déjà,

aux yeux des plus perspicaces,
s'était

sauvegarde

future de la Révolution. Talleyrand, le grand artisan

des sociétés secrètes,

depuis longtemps attaché

à sa fortune, et lors de la fête célébrée en son honneur

après

le traité

de Campo-Formio,
:

il

lui avait

adressé

ces paroles significatives
«

je sens qu'il faudra peut-être le solliciter

Loin de redouter ce qu'on voudrait appeler son ambition, un jour pour l'arracher aux douceurs de sa studieuse retraite. La France entière sera libre. Peut-être lui ne le sera jamais telle est sa
!

destinée

»

Dans ces conjonctures, Napoléon Bonaparte revint
brusquement d'Egypte,
et,

de concert avec Sieyès

et

quelques révolutionnaires émérites

et francs- maçons

222
avancés,

DICTATURE NAPOLÉONIENNE
il fit

le

coup d'État du 18 brumaire,
la

destiné

dans leur pensée à sauver
tant d'excès et d'impéritie.

Révolution menacée par

Napoléon dépassa de beaucoup, au
ambition personnelle,
les visées

profit

de son

de ses complices. Ce-

pendant
bins, et

il il

ne désavoua jamais ses antécédents jacose

donna toujours lui-même comme

le

chef

de

la

Révolution.

Au

milieu de
il

la

réaction qui

rameles

nait le pays à l'ordre,

se

fit

le

défenseur de tous

intérêts révolutionnaires
celle des

et

solidarisa sa cause

avec

acquéreurs de biens nationaux.

On
rêt

aurait bien
si l'on

mal compris l'idée-mère des sociétés
et

secrètes

croyait qu'elles attachent quelque inté-

aux Hbertés publiques

au régime constitutionnel.

Leur but

est tout autre, c'est la destruction

de l'É-

glise, c'est l'exaltation

de tous

les appétits

désordon-

nés de l'homme,

la

déification
le

de sa révolte contre de

Dieu. Quant aux moyens,

choix leur en est dicté
la presse, le

par

les circonstances.

La

liberté

par-

lementarisme leur sont des instruments précieux sous

un gouvernement légitime

et chrétien

par son origine,
la

comme

la

monarchie des Bourbons ou
;

dynastie des

Habsbourg mais le bras d'un despote ne leur inspire aucune répugnance, s'il veut accomplir leur œuvre et s'il n'abuse pas contre elles du pouvoir mis entre ses
mains pour poursuivre exclusivement des buts personnels.

Napoléon Bonaparte, au moment du 18 brumaire,
offrait

par tous ses antécédents aux révolutionnaires et
expliquent le

aux francs-maçons des garanties qui
concours
actif qu'ils lui

donnèrent.

DICTATURE NAPOLÉONIENNE

223

le

de confiance de Robespierre, il lui avait dû commencement de sa fortune en recevant, avec le commandement en chef de l'artillerie, la direction
effective

Homme

de l'armée qui

faisait le siège
il

de Toulon.
la

Après
tion
:

la

prise de la ville,

écrivait à

Conven-

«

Citoyens représentants,

c'est

du champ de

gloire,

mar-

que je vous annonce avec joie que vos ordres sont exéculés et que la France est vengée.
traîtres,

chant dans le sang des

Ni
le

l'âge, ni le sexe

n*ont été épargnés. Ceux qui n'avaient

été blessés que par le

canon républicain ont

été dépecés

par

glaive de la liberté et par la baïonnette
et

de /'égalité.

Salut

admiration
«

!

Brutus Bonaparte, citoyen

sans-culotte

(1).

»

Placé ensuite à
bespierre le jeune,
étroites,

la tête
il

de l'armée

d'Italie

avec Ro-

avait avec

lui

des

liaisons si

que ce conventionel
9 thermidor

lui avait

offert le

com-

mandement de l'armée de
et

Paris, à la place d'Henriot,
il

qu'après

le

fut

emprisonné pendant
régi-

dix jours. C'est lui qu'au 13 vendémiaire les

cides de la Convention appelèrent à leur secours pour

perpétuer au pouvoir par la force et noyer dans le

sang

les sections parisiennes.

En

1794, après

le traité

de Campo-Formio

il

avait

été lancé par Barras contre le

gouvernement

inoffensif

de Pie VI.

Il

avait présidé à la première destruction

(1)

n'est pas de
l'a

La Biographie universelle, de Michaud, pense que cette lettre Napoléon Bonaparte, et elle ajoute que lui-même (il ne pas désavoué alors) a donné à entendre, plus tard, que cette liorpourrait bien avoir
été écrite

rible lettre

par son frère

Lucien...

224

DICTATURE NAPOLÉONIENNE
pouvoir temporel de
la

du

papauté, en se servant

des loges

maçonniques établies à Rome, pour orfactices
la

ganiser des insurrections

et jouer,

à l'abri

des baïonnettes de l'étranger,

comédie d'une préle

tendue

manifestation

populaire,
!

peuple romain
affaibli,

rentrant dans sa souveraineté
humilié
naparte
thier,
le

Après avoir

St-Siège par

le

traité

de Tolentino, Bo-

s'était retiré,

laissant

à son lieutenant Ber-

de concert avec Duphot, ambassadeur

du Di-

rectoire à

Rome,
et à la

le

soin de jouer le dernier acte de à l'empri-

cette odieuse comédie, qui devait aboutir

sonnement

mort dans

l'exil

de Pie VI.
réunion

Les
des

sectes croyaient avoir enterré avec le vénérable confes-

seur la papauté

elle-même

;

mais
le

la

cardinaux à Venise donna sur

siège de Pierre un

successeur au Vicaire de Jésus-Christ.

Pendant ce temps Bonaparte

était

en Egypte.

Sa conduite pendant
à mettre au

cette expédition fut essentiella

lement conforme au plan de

Maçonnerie, qui tend
les

même

niveau toutes

religions.

« Il avait préparé de longue
secrètes ^ù.\\,

main par des
de
l'île

trames^

M. Thiers,

la reddition
le

de Malte. »
et

Des francs-maçons comme
fermés
les
et le

chevalier

Dolomieu
lui

Bosredon, disent d'autres historiens,
lâche grand-maître

y étaient

ren-

Hompesch
à

en

fit

honneurs, ainsi que des

îles adjacentes,

moyennant
son défaut,

une principauté en Allemagne, ou,

300,000 francs de pension viagère, 600,000 francs d'indemnité, 700 francs de pension pour les chevaliers, de la langue de France et Cafarelli Dufalga, un des^
;

DICTATURE NAPOLÉONIENNE
officiers

225

supérieurs à
il

la suite

de Bonaparte, en parcou-

rant la place dont

admirait les fortifications, dit ce
ait
les

mot

Nous sommes bienheureux quHl y qu'un dans la ploxe paur nous ouvrir
:

(c

eu quelportes. »
la

L'ordre de Malte, ce vieux boulevard de
tienté, fut ainsi détruit.

chré-

Arrivé en Egypte après ce facile exploit, Bonaparte
reniait

odieusement

le

Christianisme dans sa première
Voici

proclamation adressée aux habitants du pays.

dans son entier ce chef d'œuvre d'hypocrisie maçonnique
:

Cadis. Cheiks, Imans, dites au peuple que nous sommes amis des vrais musulmans, que nous respeclons plus que les mamelucks Dieu, son prophèle et l'Alcoran. N'est-ce pas nous qui avons détruit le pape, qui disait qu'il fallait taire la guerre aux musulmans ? N'est-ce pas nous qui avons détruit les chevaliers de Malte, parce que les insensés croyaient que Dieu voulait qu'ils lissent la guérie aux musulmans ? N'est-ce pas nous qui avons été dans tous les siècles les amis du Grand Seigneur que Dieu accomplisse ses désirs et l'ennemi de ses ennemis ? Dieu est Dieu, et Mahomet est son prophète » Et encore a Ne craignez rien surtout pour la religion du prophète, que f aime.

!

!

:

Déjà dans sa proclamation à l'armée déterre, à son

débarquement,
«

il

avait dit

:

Soldats, les peuples avec lesquels

nous

allons

vivre
:

sont
il

mahométans

;

leur premier article de foi

est celui-ci

n'y a pas d'autre dieu que Dieu, et
;

Mahomet

est

son pro-

phète. Ne les contredisez pas agissez avec eux comme nous avons agi avec les juifs, avec les italiens ayez des égards pour leurs muftis et leurs imans, comme vous en avez
:

15

.

226
eu pour

DICTATURE NAPOLÉONIENNE

les rabbins elles évêques. Ayez pour les cérémonie que prescrit l'Alcoran, pour les mosquées, la même tolérance que vous avez eue pour les couvents, pour les synagogues, pour la religion de Moïse et de Jésus-Christ.

Mais écoutons-le lui-même, jugeant plus tard à
Sainte-Hélène, ces proclamations
:

« C'était, disait-il, du charlatanisme, mais du plus haut.. Mes Français ne fesaient qu'en rire, et leurs dispositions à cet égard étaient telles en Italie et en Egypte que, pour pouvoir les ramener à entendre ciler la religion, j'étais

obligé

d'en

parler

fort

légèrement moi-même, de placer
rabbins à côté des évêques.

les juifs à côté des chrétiens, les
«

Après

tout, ce n'est pas qu'il eût été

impossible que

les

circonstances m'eussent

amené à embrasser IHslamisme
et

Croit-on que l'empire d'Orient
toute l'Asie n'eussent pas valu

peut-être la
et

sujétion de

un turban

des pantalons?

Car c'est au vrai uniquement à quoi cela se fût réduit. Nous ne perdions que nos culottes et un chapeau. Je dis nous,
car l'armée, disposée

comme

elle l'était, s'y fût prêtée

in-

dubitablement
revers

et

n'y eût vu que du rire et des plaisanteries.
les

Cependant, voyez
;

conséquences. Je

prenais l'Europe à
et

le vieille civilisation

demeurait cernée,

qui

eût

songé alors à inquiéter le cours des destinées de notre France et de la régénération du siècle ? Qui eût osé l'entreprendre
?

qui eût pu y parvenir

?

C'était bien là la façon

dont

la

Franc-maçonnerie
les

entend réunir sous
gions,
et cela

sa suprématie toutes
le

reli-

suppose

plus complet scepticisme.

Les conversations de Saint-Hélène prouvent que les croyances de Napoléon ne dépassaient pas le vague
déisme ou
Voltaire,
il

le

panthéisme

de

la

Maçonnerie.

Avec

se comparait « à

une montre qui

existe et

DICTATURE NAPOLEONIENNE
qui ne se connaît pas »
et disait
:

227

« Tout proclame
!

« l'existence d'un Dieu. C'est indubitable « nos religions sont « mes...

Mais toutes
partout la
j'ai

évidemment

les

enfants des hom^
glissé

Les prêtres ont toujours
le

« fraude et

mensonge,
suis

toutefois, dès

que

eu

le

« pouvoir, je
« je « à

me

empressé de
et

rétablir la religion,

m'en servais comme de base

de racine

;

elle était

mes yeux

l'appui de la morale, des vrais principes,

« des bonnes mœurs... Dire d'où je viens, ce que je « suis, où je vais et au-dessus de
tait
:

mes

idées. » Il ajou-

«

Nul doute, du

reste,

que

mon

esprit d'incrédulité

ne

fût,

en

ma

qualité d'empereur^ un bienfait pour les peuples; et
j'avais été

autrement comment aurais-je pu favoriser également des
sectes aussi contraires,
si

dominé par une seule?

Gomment
et

aurais-je conservé l'indépendance de
la suggestion

ma

pensée

de

mes mouvements, sous

d'un confesseur
?

qui m'eût gouverné par les craintes de l'enfer
«

de ces vérités que je me promettais bien de faire en sorte, autant qu'il eût été en moi, d'élever mon fils dans la même ligne religieuse où je me
J'étais tellement pénétré

trouve.

»

Deux mois
langage

plus tard, l'empereur tenait le

même
perdu

et assurait

qu'à part

la

croyance en Dieu, avec
il

laquelle ses nerfs étaient en syinpathie^

avait

toute foi religieuse dès qu'il avait su et raisonné, et

Tâge de treize ans. Ces opinions intimes aident à comprendre la politique suivie par l'empereur et où il y a plus d'unité que
cela dès

ne

le

croient ceux qui se bornent à suivre les faits

extérieurs.

228

DICTATURE NAPOLÉONIENNE

il

Au moment
de
«

allait

se

proclamer empereur,

ÎNapoléon voulut donner un gage décisif aux
la

hommes

Révolution, en assassinant

le

duc d'Enghien.

On

veut détruire la Révolution, disait-il à ses familiers

du crime, en s'attaquant à ma personne. Je la défendrai, car JE SOIS la révolution, moi, moi On y regarilera à partir d'aujourd'hui, car on saura de quoi nous somîe soir
!

mes

capables.

»

Quelques années plus
il

tard, revenant sur ce sujet,
:

disait à

son frère Joseph

« Je ne puis duc d'Enghien

me
;

repentir du parti que

j'ai pris

à l'égard du

je n'avais

que ce moyen de ne laisser aucun
et

doute sur mes véritables projets

de renverser toutes les

espérances des partisans des Bourbons. Enfin, je ne puis me le dissimuler, je ne serai tranquille sur le trône que lorsqu'il
n'existera plus

un

seul

Bourbon,

et

celui-ci

en

est

un de

moins. C'est
tier

le reste

du grand Condé,
Il

c'est le dernier héri-

du beau
le

nom

de cette maison.

était jeune, brillant,

Valeureux, et par conséquent
'C'était

mon

plus redoutable ennemi.

sacrifice le plus nécessaire à

ma

sûreté et à

ma

grandeur.

actuellement? deux fils du comte d'Artois sans enfants... J'ai donc réduit autant que possible le nombre des chances qui étaient contre moi. Non seulereste-t-il

Que

ment,

si

ce que

j'ai fait était
si le

à

faire, je le ferais

encore, mais

demain même,

hasard m'offrait pour les deux derniers

rejetons de cette famille
laisserais pas échapper.
»

une occasion favorable,

je

ne

la

Louis-Napoléon interprétait donc fidèlement sa pensée et avec elle la raison d'être des Bonaparte, en
écrivant dans les Idées napoléoniennes
«
:

à

La Révolution mourante, mais non vaincue, avait légué Napoléon l'accomplissement de ses dernières volontés.

DICTATURE NAPOLÉONIENNE

229

Eclaire les nations, dut-elle lui dire ; affermis sur des bases exécute en solides les principaux résultats de nos efforts
:

ÉTENDUE CE QUE J'aI DU FAIRE EN PROFONDEUR SOIS POU» l'Europe ce que j'ai été pour la frange. Cette grande
;

mission, Napoléon l'accomplit jusqu'au bout.

»

NapoléoQ
avancé de
la
;

Bonaparte
affiliation

était

en

effet

franc-maçoa

son

remontait aux premiers temps

Révolution, et son règne a été l'époque du plus
la

grand épanouissement de

Maçonnerie.
la

On

a vu

comment pendant
activité.
les

Terreur

le

Grandfut

Orient avait cessé son

Dès

qu'il se

emle

paré du pouvoir,
parts. C'est ce

loges

se réunirent de toutes

que constate en ces termes Bazot,
:

secrétaire
«

du Grand-Orient

Ce

fut l'époque la plus brillante

de la Maçonnerie
;

:

près

de douze cents existaient dans l'empire français

à Paris,
les

dans

les

départements, dans les colonies, dans

pays

réunis, dans les armées, les plus
blics, les

hauts fonctionnaires pu-

maréchaux,

les

généraux, une foule d'officiers de

tous grades, les magistrats, les savants, les artistes, le

com-

merce, l'industrie, presque toute la France, dans ses notabilités, fraternisait maçonniquement avec les maçons simples citoyens
;

c'était

comme une

initiation générale. »

Gambacérès réunit sur sa tête la dignité suprême de tous les rites; il était l"* grand-maître adjoint du Grand-Orient T souverain grand maître commandeur du Suprême-Conseil; 3" grand-maître d'honneur du rite de Hérédom de Kilwining; 4^ chef suprême du rite français; 5^ grand-maître national
:
;

des chevaliers bienfaisants de

la Cité sainte.

C'est à cette époque que Vordre

du Temple, qui

230

DICTATURE NAPOLÉONIENNE
une influence supérieure sur toutes
ses
les

exerçait alors

loges maçonniques, prit à Paris une sorte d'existence
officielle.

En 1808
et

membres

traversèrent la ville
et se

en proc3Ssion
l'église

en grand costume

réunirent à

St-Antoine, où l'on prononça solennellement

l'oraison funèbre de Jacques Molay.

Une

pareille

made

nifestation n'était possible qu'avec

l'approbation

Napoléon I", qui
semblable
a

s'était fait affilier, dit-on,

à Tordre.

M. de Maistre signalait peu après une manifestation
:

Un phénomène

très

remarquable

est celui

de la résur-

reclion de la Franc- maçonnerie, au point qu'un frère vient
d'être enterré solennellement à Paris avec les attributs et les

laisse pas

cérémonies de l'ordre. Le maître qui règne en France ne seulement soupçonner que rien de semblable puisse
SG faire sans son

congé

;

jugez par son caractère connu de

ses idées sur les sociétés secrètes.
la

chose?

est-il

chef ou

Comment donc expliquer dupe on peut-être l'un et l'autre
moque de
lui ?
»

d'une société

qu'il croit

connaître et qui se

Le

merveilleux génie de Joseph de Maistre éclairait

ainsi d'un trait de lumière le délicat
lations de

problème des requ'il

Napoléon avec

la

Franc-maçonnerie.
voilà ce
était

Chef et instrument,
les sociétés secrètes, et
finir

pour

les sociétés secrètes
il

devaient

par

le briser, le

jour où

ne serait plus instru-

ment

docile.

C'est à peu près la
secrétaire

même

chose que dit Bazot,
qui, écrivant à

le

du Grand-Orient,

une épo-

que

très

rapprochée des événements, a une autorité
:

toute particulière

DICTATURE NAPOLÉONIENNE
«

231

Le gouvernement impérial

se

servit de son

tence, à laquelle

tant d'institutions, tant

omnipod'hommes cédè-

si complaisamment, pour dominer la Maçonnerie. Elle Que désirait-elle en effet ? ne s'effraya ni ne se révolta Étendre son empire. « Elle se laissa faire sujette du despotisme pour DEVENIR souveraine. » (Codô dcs francs-maçous, p. 183.)

rent

Omnia

serviliter joro

dominatione comme
^

dit

Tacite

!

Elle alla dans sa bassesse jusqu'à l'adoration

du divus

imperator.

Napoléon
rie^

I^^

instrument de la Franc-maçonnela

voilà deux mots qui heurtent singulièrement

légende que beaucoup de catholiques crédules se sont
faite sur

son rôle de restaurateur de

la

religion et de

dompteur de la Révolution. Un examen attentif des faits
détruire.

suffit

cependant à

la

En

1799,

les

société

secrètes, nous

l'avons dit,

étaient sous le

coup delà restauration de Louis XVIII,
le

rentrant dans

pays
et

non pas au milieu d'un ca-

taclysme national

gêné,

comme

il

le fut

en

1814,

par l'intervention étrangère, mais en vertu d'un mou-

vement exclusivement national. ment de la vraie monarchie, de

C'était le rétablisse-

l'antique constitution
;

nationale dépouillée de ses abus

c'était la

religion

catholique, épurée par le martyre et débarrassée des
souillures

du Jansénisme, reprenant

la direction

delà

nation chrétienne.

La

dictature de Napoléon, avec le
c'était

gage d'antécéle

dents jacobins ineffaçables,

maintien des

confiscations révolutionnaires, les droits de V homme

232
restant
la

DICTATURE NAPOLÉONIENNE
base des institutions et des
la
loi

lois,

l'État in-

dépendant de

de Dieu

et se

posant

comme

le

seul arbitre de la morale, c'était l'égalité de tous les
cuites devant la loi
;

une sorte de déisme
en
le

officiel,

semac-

blable à celui de la constitution maçonnique, pour véritable religion d'Etat, et
réalité toute

licence
:

quise aux attaques contre

Christianisme

voilà ce

que Bonaparte
de

offrait à la

Maçonnerie

comme rançon

la dictature.

Aussi ne s'étonnera-t-on pas d'entendre d'Haugwitz
dire au congrès de

Vérone que Napoléon

était initié

aux desseins de bouleversement des sectes
trouva en elles un puissant appui.

et

qu'il

Le

Concordat,

qui fut l'œuvre vraiment féconde et

réparatrice de son règne, ne lui fut pas inspiré par

un sentiment
dans ses
éclairé par sa
tit

religieux,

nous en
de

avons

la

preuve
Mais,
il

conversations

Sainte-Hélène.
d'esprit,

remarquable pénétration

sen-

la nécessité

indispensable de donner, sur ce point
satisfaction à la majorité catholique

essentiel,
la nation,

une

de

qui partout déjà rouvrait les églises et raToutefois, en négociant le

menait

les prêtres fidèles.
il

Concordat,

avait toujours la pensée d'asservir l'Éet
la

ghse catholique
sa signature,

papauté. Quelques jours après

comme

Volney, l'impie auteur des Ruilui
?

nes dont
,

il

avait fait

dait

:

Est-ce là ce
lui

un de ses sénateurs, que vous aviez promis
le

deman« Cal-

mez-vous,

répondit

premier consul,
ventre
:

la religion

en

France a
dix ans
!

la

mort dans

le

vous en jugerez dans
le

»

A

la

même

époque,
il

tribun

Ganilh

lui

disait qu'avec le

Concordat

donnait du pouvoir en

DICTATURE NAPOLÉONIENNE
France à un prince étranger.
dit-il,

233

— «Pensez-vous, réponmis dans
la

que pour cela je me
?

sois

dépenavec

dance du pape

J'en ai agi à son égard

comme

les royalistes, qui, lorsque je suis arrivé

au pouvoir,

étaient partout les maîtres. C'étaient les vendéens, les

chouans, qui gouvernaient la France.
leur ai
fait

Eh

bien

!

je

croire

que

je voulais

ce qu'ils

voulaient

eux-mêmes,
d'un mois,

et leurs chefs sont

venus à Paris.
» Et,
faisant

Au

bout

ils

étaient arrêtés
il

!

une pi-

rouette sur lui-même,
sion
:

ajoutait en

forme de conclu!

« Voilà

comment on gouverne
il

»

Vingt ans après, à Sainte-Hélène,
règne dans
la solitude,

repassant son

s'excusait ainsi de
:

ne pas

avoir introduit le Protestantisme en France
« Il est si\T

que sur
entre le

les ruines

qu'au milieu du désordre auquel je succédais, où je me trouvais placé, je pouvais choisir Catholicisme et le Protestantisme, et il est vrai de
l'avaient aidé

dire encore que les dispositions

des révolutionnaires qui

du moment (les dispositions au 18 brumaire et
le tribunal
;

dont

il

avait

rempli

le

sénat,

et

le

conseil
je tenais

d'Etal) poussaient toutes à celui-ci

mais outre que
les

réellement à
motifs pour

ma religion natale (?), j'avais me décider. En proclamant le
?

plus hauts

Protestantisme

qu'eussé-je obtenu

J'aurais

créé en France

deux grands

partis à peu près égaux^ lorsque je voulais qu'il

y en eût

plus

du

tout

;

j'aurais

ramené

la

fureur des
et

querelles de

religion, lorsque les

lumières du siècle

ma volonté avaient
Ces deux par-

pour but de
tis

les faire disparaître tout

à

fait.

en se déchirant eussent annihilé la France, et l'eussent rendue l'esclave de l'Europe, lorsque j'avais l'ambition de
l'en rendre la maîtresse.

Avec le Catholicisme j'arrivais bien plus sûrement à mes résultats dans l'intérieur, chez nous le grand nombre absorbait le petit, et je me promettais de traiter
«

tous

;

534
celui-ci avec

DICTATURE NAPOLÉONIENNE
bientôt plus

une telle égalité qu'il n'y aurait heu à connaître la différence.
«

Au

dehors, la Catholicisme

me

conservait le pape, et

mes forces en Italie., je ne désespérais pas tôt ou tard, par un moyen ou par un autre, DE FINIR PAR AVOIR A MOI LA DIRECTION DE CE PAPE, ET DÈS LORS QUELLE INFLUENCE, QUEL LEVIER d'OPINION SUR LE RESTE DU MONDE !... etc. »
avec
inp.uence
et

mon

Et
«

il

terminait en disant
P"^ était

:

François

placé véritablement
et s'en

pour adopter

le

Protestantisme à sa naissance

déclarer le chef

en

vivement le parti de un moyen de plus d'obtenir l'asservissement de l'Europe. Gela seul ne suflisaitil pas pour indiquer à François l""" la nécessité de se charger de défendre l'indépendance de cette même Europe ? « Si François l^" eût embrassé le Luthéranisme, si favorable à sa suprématie royale, il eût épargné à la France les
Europe, Charles-Quint, son
;

rival, prit

Rome

c'est qu'il croyait voir là

pour

lui

terribles convulsions religieuses

amenées plus

tard par les

calvinistes,

dont
le

l'atteinte toute républicaine fut sur le point

de renverser

trône et de dissoudre notre belle monarchie.

Malheureusement François P"" ne comprit rien de tout cela, car il ne saurait donner des scrupules pour excuse. Tout bonnement, c'est qu'il n'y voyait pas si loin: bêtise du temps,
François P'^, après tout, n'était inintelligence féodale qu'un héros de tournois, un beau de salon, uq de ces grands
!

hommes pygmées
Mais
est sans

!

»

c'est assez élucider Vidée

napoléonienne

;

elle

ambages, quelque impie qu'elle apparaisse. On va donc voir les cultes rétablis, avec un principe qui aurait été, quoi qu'en ait dit l'adulation contemporaine, qui serait, quoi qu'en pense
la niaiserie

ca-

Iholico-libérale, l'inévitable et radicale destruction

du

.

DICTATURE NAPOLÉONIENNE
Catholicisme en

235

France,

si

la

puissance miséricorles obstacles

dieuse de Dieu qui change souvent

en

moyens,
foi

si le

zèle éclairé

des pasteurs fidèles,
fait

si la

de

la

nation française, quoiqu'on eût déjà

pour

la lui arracher,

n'en eussent paralysé en partie les dé-

sastreuses conséquences

fondements de Vidée napoléonienne^ qui ressort de toutes les conversations de Bonaparte à Sainte-Hélène, de toutes ses lois, de tous

Ce

principe,

un des

ses discours, de tous ses actes, de toute sa vie, ce prin-

cipe adopté par loute la Maçonnerie dite conservatrice

pour détruire plus efficacement toutes
c'est l'État

les

religions,

ou les gouvernementsprotecteurs, MAITRES ET ORGANISATEURS SUPREMES DE TOUS LES cultes c'est l'État sous le nom d'égale liberté,
;

d'égale

protection,

dominant

tous

les

cultes,

les

administrant, les fonctionnarisant, les manipulant, les

opprimant tous,

comme

des machines à broyer et à

asservir toutes les consciences.

En

effet le

mécanicien

impérial, royal ou républicain tient dans sa

dépen-

dance
et

les cultes,

sans jamais s'y soumettre ni en déqu'ils ont

pendre lui-même, dans ce

de plus spirituel

de plus divin, non seulement employant lui-même
et

V indépendance de sa pensée
ruse, ou par violence,

de ses mouvements^

selon l'expression napoléonnienne, mais y pliant, par
la

pensée

et

les

mouvements
donné, des

des peuples
ministres

et,

si le

pouvoir leur en
la

était

eux-mêmes de

rehgion.
les

La
pour
qu'il

façon dont furent
le

conduites

négociations
le

Concordat ne

laisse

aucun doute sur

but

poursuivait.

Les premières propositions

qu'il

236

DICTATURE NAPOLÉONIENNE
t

soumit au St-Siège étaient exorbitantes

elles

don-

naient expressément à l'autorité civile la police des
Cultes. C'est
le point décisif

sur lequel s'engagèrent
patiente énergie de Con-

les négociations. Vaincu
salvi,
il

par

la

moyen d'un faux matériel de surprendre au dernier moment la sigaature de l'envoyé
essaya au

du Saint-Siège. L'abbé Dernier, le vendéen renégat, à Tinsu du frère de Bonaparte, Joseph, présenta subrepticement à la signature des plénipotentiaires un instrument sur lequel on avait rétabli le fameux article

rejeté la veille d'un

commun
les

accord.
faites

Obligé de conclure par

promesses
la

à la

France, Bonaparte retarda de onze mois
tion

promulga-

du Concordat. Et quand

il

la

fit

il

y ajouta des
le texte

articles

organiques des
les droits

cultes^ qui annihilaient prati-

quement

de l'Église réservés dans

du

Concordat

et équivalaient
le

aux propositions originaires

repoussées par

St-Siége.

Napoléon du
à retirer
lait

reste devait en

1813

livrer

un nouvel
il

assaut à la puissance spirituelle du pape et chercher
le

concordat de 1801. Mais auparavant

fal-

que

le

moderne Charlemagne
referons
et

détruisît le pouvoir

temporel.

Nous ne

pas

ici l'histoire

de cette série

de fourberies
saint Pie
ville
flétri

de violences qui aboutirent, en 1809,

à l'occupation de

du doux et VII. Des écrivains libéraux, M. d'Haussonnotamment, qui ont retracé cette histoire, ont
et à
la captivité
le

Rome

d'une façon ineffaçable

spoUateur et

le

bour-

reau.

Mais ce que

l'on

ne saurait trop

faire

remarquer^

DICTATURE NAPOLÉOiXIENNE

237

c'est que Napoléon cherchait moins à s'emparer de quelques provinces, sur lesquelles il étendait déjà en que de fait sa domination depuis plusieurs années,

mettre

le

pape sous sa main

et

de se

faire
il

un

instru-

ment

docile de ce pouvoir spirituel dont

comprenait

la force

sans reconnaître son caractère divin.
a dévoilé
sa pensée
le

Lui-même
vait,

en racontant dans
but qu'il poursui-

ses conversations de

Ste-Hélène

quand
par

il

extorquait le concordat de Fontainebleau
ses conseillers et

au pape prisonnier, séparé de tous
affaibli
la

maladie

:

«

J'avais bien d autres
les

vues.
et

Ce déplacement ne
les

fit

qu'accroître

ressentiments

intrigues.

Jusque-là

pape,

été que temporelle. Les meneurs du dans l'espoir de relever leurs affaires, la compiiqucrent de tout le mélange spirituel. Alors il me fallut
la querelle n'avait
le

combattre

aussi sur ce point. J'eus
conciles,
et

mon

conseil de

conscience,

mes

j'investis

mes cours impé-

riales de l'appel

comme
Il

d'abus, car

mes

plus rien à tout cela.

me

fallait

soldats ne pouvaient bien combattre le pape

avec ses propres armes.
légistes,

A

ses érudits^ à ses ergoteurs, à ses

à ses scribes, je devais opposer les miens.

L'évé-

que de Nantes, de Voisins, était parmi nos évéques le plus ferme appui des libertés gallicanes. C'était mon oracle,

mon

flambeau,

il

avait

ma

confiance aveugle sur les matières

dans mes querelles avec le pape j'avais pour premier soin, bien qu'en ait dit les intrigants et les brouilleurs.de ne pas toucher au dogme; si bien que, dès que ce bon
religieuses, car
et vénérable évêque de Nantes me disait Prenez garde, vous voilà en face du dogme, sans m'amuser à disserter avec lui, sans chercher même à le comprendre, je déviais
:

aussitôt de

ma

route

comme

il

n'avait pas
!

pour y revenir par d'autres voies et mon secret comme il aura été étonné
;

de mes circuits

Que

j'aurai

lui

paraître bizarre,.

238

DICTATURE NAPOLÉONIENNE
!

obstiné, capricieux, inconséquent

C'est
!

que

f avais mon
le

but, et qu'il ne
le

le

connaissait pas

Je

fit

transporter

pape à Fontainebleau, Taais là devait être le terme de de ses misères et la régénération de sa splendeur. Toutes mes grandes vues s'étaient accomplies sous le déguisement et le mystère j'avais amené les choses au point que le dé;

veloppement en était infaillible, sans nul effort et tout naturel. Aussi voit-on le pape le consacrer daas le fameux concordat de Fontainebleau, en dépit même de mes revers de Moscou, et dès lors j'allais relever le pape outre mesure, l'entourer de pompes et d'hommages, j'en aurais fait une idole, il fût demeuré près de moi, Paris fût devenu la capitale du monde chrétien^ et j'aurais dirigé le monde RELIGIEUX AINSI QUE LE MONDE POLITIQUE »
!

Voilà

le

mot qui met Tunité dans toute
encore une
fois

cette vie

î

Il disait

de la cour de Rome, cette
religieuse

que « cet affranchissement réunion légale, la direction

longtemps
de
ses

dans la main du souverain avaient été et toujours l'objet de ses méditations et vœux. » Un pareil homme était vraiment l'inprofonds

carnation de la Franc- maçonnerie et de ses

desseins de despotisme sur les âmes.

La même pensée
pouvoir civil
et

d'assujettissement de l'Église au

d'omnipotence de l'Etat guida Napoléon
1

dans l'établissement de l'Université impériale de

808.

Les hommes
de
l'intérieur,

les plus

éclairés,

Chaptal,

ministre

M. deGhampagny,
la

signalaient les dan-

gers de l'athéisme et de

démoralisation des collèges

que

le

Directoire avait légués au
la reconstitution

nouveau régime.
et

Ils

proposaient
l'union des

de l'Oratoire, qui de

offrait

lumières,

du patriotisme

la toléla

rance, et sur le second plan des congrégations de

Doctrine et des bénédictins de St-Maur.

DICTATURE NAPOLÉONIENNE

239
du père

En

vain Porlalis se

fit

l'avocat des droits

et l'adversaire

du pouvoir

exclusif de l'État, et d'uu

système qui ne tendrait à rien moins qu'à détruire,
sur un objet aussi délicat, les droits sacrés de la paternité.

2ohilosophes

Le maçon Lebrun répondait à Ohaptal que les ne verraient doms so7h projet que le retour à une espèce de monachisme, et que quoique
les
et

congrégations

de

l'Oratoire,

de

la

Doctrine

de

Saint-Maur

eussent

moins qu'aucun autre

établissement religieux un esprit particulier, cepen-

dant elles n'avaient pas non plus cet esprit national,
cette

instituteurs dhine

indépendance d'opinions qui caractérisent les grande société ;... qu'il fallait des
futur grand-maître de l'Uni-

hommes nouveaux... Le maçon Fontanes,
sité,

le

interrogé à son

tour
:

sur la

note de M.

de

Champagny, répondait

« Si nous avions à agir sur une société homogène et vivant de ses traditions anciennes, je dirais Ces objections sont invincibles mais, au lendemain d'une révolution, au sortir de l'anarchie, et en présence de partis hostiles, il faut dans renseignement^ comme en toutes choses, L'unité de vues et de gouvernement. La France a besoin, pour un temps du moins, d'une seule université, et l'université d'un seul
:

;

chef.

»

« Cest cela^

répliqua

le dictateur,

vous

m avez

compris. »

Et
le 6

le

maçon Fourcroy apporta au Corps
loi ainsi

législatif,
:

mai 1806, un projet de

conçu

240
Art.
I.

DICTATURE NAPOLÉONIENNE
Il

sera formé,

sous

le

nom

d'Université

impériale^

un corps chargé exclusivement
et

de rentout

seignement
r empire...

de

Véducation publics dans
traits essentiels

Ainsi fut réalisé dans ses

le

plan

maçonnique d'éducation de la jeunesse par l'État, en
mettant sur
les
le

même

pied toutes les religions et

en

surbordonnant à

la loi civile,

plan qu'avaient ébau-

ché d'Alembert, Talleyrand, Condorcet, Lepelletier.

Ce
son

fut là l'origine
les

de cette Université impériale qui,
excellents qu'elle

malgré

hommes

comprend dans
et

sein,

est restée, dans son organisation

son es-

prit général, l'expression

tant

moule déjeunes générations ont appris TindilTérende
la

Révolution

et le

tisme et

le

panthéisme.
très

M. Albert Duruy, apprécie
de Napoléon,
lorsqu'il dit

exactement

le rôle

dans son livre: Vlnstruc:

tion publique et la Révolution

Quel trait de génie d'avoir compris qu'il n'était qu'une grande corporation laïque, pour disputer la jeune génération
et

aux

débris des vieilles corporations enseignantes
!

Avant le 18 brumaire, on pouvait DÉJÀ PRÉVOIR LE MOMENT OU Ll RÉACTION AUHAIT BEGAGNÈ DANS LE DOMAINE DE L'ENSEIGNEMENT TOUT LE TERRAIN PERDU DEPUIS [l'èSi.Grave danger., et qui ne tendait à rien moins qu'à remettre en question, dans un très prochain avenir, les principes de tolérance et d'égalité dont la conquête avait été le but de tant d'efforts et qui sontdemeumeures l'excuse de tant d'excès. En créant l'Université de
surtout à leur esprit

France à son image, en l'animant de son esprit, c'est-à-dire en lui donnant pour mission d'être, en môme temps « qu'une garantie contre les théories pernicieuses et subversives de
l'ordre social, la gardienne des lois et des idées libérales dé-

DICTATURE NAPOLÉONFENNE
à jamais ce danger. Après avoir rivé le présent à la

241

posées dans les constitutions françaises», Napoléon écartait

Répu-

blique par le Code civil et le Concordat,
nir par

il

lui assurait l'ave-

l'éducation. Les historiens de l'école

libérale ont

trop négligé ce point
c'est a

de

vue

;

et

vraiment,

de leur part,

de l'ingratitude; car, de tous les services que Napoléon
le

rendus à leur cause en croyant, je

veux bien, gagner

la sienne, je

n'en sache pas de plus mémorable que d'avoir

arraché renseignement aux pires ennemis du nouveau ré-

gime, pour la confier à un corps profondément imbu
idées modernes. L'Université, sans doute, a des titres

des
tout

personnels

et fort

nombreux

à

la

reconnaissance de la dé-

mocratie

;

elle a

préparé de longue

main, tantôt ouvertesi

ment

et tantôt à petit bruit,

des générations qui en poussent

le culte jusqu'à la superstition. sa part, ce n'est

Mais

large qu'on lui fasse

pas une raison pour oublier celle qui reet,

vient à son fondateur,
ligne,

pour n'y point mettre en première

d'avoir coulé en bronze ce qui n'était encore

que

d'argile.

Ce que Napoléon
de
la

faisait

en France pour

le

soutien

Révolution,

il

le faisait

dans l'Europe entière,

partout où ses armes s'étendaient.

Renversement des dynasties nationales,
siastiques,

égalité des

cultes, expulsion des religieux, vente des biens ecclé-

partage

forcé

des successions, abolition

des corporations ouvrières, destruction des provinces
et

des libertés locales
les

:

voilà ce qu'il faisait

lui-même

dans

pays qu'il réunissait directement à l'Empire,
faisait

ou ce

qu'il

faire

par les

royautés vassales

créées en Espagne, à Naples, en Italie, en Hollande,

en Westphalie, en Pologne. C'est aussi l'œuvre qu'accomplissaient
l'électeur
les

princes

allemands, qui,

comme
un

de Mayence,
lui

l'archevêque

d'Alberg,
16

illuminé,

vendaient leur pays. ^

242
L'on peut

DICTATURE NAPOLÉONIENNE
saisir les traces

de l'appui maçonnique,
les loges
la

notamment de

celui

donné par

militaires

aux conquêtes de Napoléon dans
de ses campagnes,

première partie

comme aux
partir

premières invasions de
les positions fu-

1792 à 1794. Mais à
se

de 1809

rent complètement changées.
fit

Un

brusque revirement
et
il

d'un bout à l'autre de l'Europe

eut une inlutte.
le

fluence peut-être trop ignorée sur le sojt de la

Dès

qie les chefs maçonniques comprirent que
et

des-

potisme impérial se concentrait tout entier dans une
ambition personnelle
la

des intérêts de famille,

et

que
vit

Maçonnerie, dont

le

cosmopolitisme est l'essence,
lui

qu'elle n'avait été

pour

qu'un instrument, dès ce

moment commença à bouillonner l'eifervescence populaire, par le moyen du Tugendbund, œuvre des sommités maçonniques et du mouvement libéral espagnol,
qui s'incarna dans les Certes
fois

de

Cadix, œuvre à

la

jévolutionnaire et antifrançaise.
le

Rappelions que
ralysa
était

comte Guzman de
et rédiga
la

Tilly, qui pa-

Dupont à Baylen
le

capitulation,
écossais.

en Espagne

propagateur du

rite

Le

parentde ce gentilhomme d'aventure avait joué un rôle
en 1792 dans
la

Révolution.

En Allemagne,

ce fut le

maçon Filche
Tugendbund,

qui, après léna, prit, avec l'appui des
la

souverains, l'initiative de

société antifrançaise le

A l'intérieur, les Philadelphes,
depuis
conspiration Mallet; dès
le

restés

«en sommeil»

le Directoire, se réveillèrent

et inspirèrent la

mois de février 1814, comrésister

prenant qu'elle ne pourrait pas
royaUste, dont
la force croissait

au courant
la

chaque jour,

Ma-

DICTATURE NAPOLEONIENNE

243

çonnerie conclut qu'elle n'avait plus qu'à abandonner

Napoléon
tion.

et à

s'empresser autour du nouveau régime
qu'il serait possible

pour conserver ce

de

la

Révolu^»

Depuis Talleyrand,
rie,

cette

âme de

la

Franc-maçonne^

comme
et

prêtre sans foi et évêque de cour,

comme

citoyen

ministre

du Directoire

et
;

du Consultât,
depuis Sieyès

comme
et

ministre et grand feudataire

Fouché, jusqu^à Grégoire, sénateur, jusqu'au duc
Bonaparte
la confédération

d'Alberg, neveu du premier lieutenant de

dans

du Rhin

;

depuis Bernadotte et
et

Murât, jusqu'à Berthier, Marmont, Ney, Augereau

Maison, jusqu'au général Beurnonville, qui

vint, à titre

de grand-maître adjoint, mettre

la

Maçonnerie aux pieds

de Louis XVIII, en en répondant comme de luU même depuis le Sénat jusqu'au Corps législatif, tous
;

se

retournèrent

contre

la

dictature

qu'eux-mêmes

avaient élevée et adulée pendant plus de quinze ans.

Peu d'événements
ciés

sont aujourd'hui plus
l'île

mal apprêt
Cent-Jours,

que

le

retour de
la

d'Elbe

et

les

La grandeur de
Paris,
le

catastrophe, qui a terminé ce rapide

épisode, inauguré par la
font

apparaître

marche du golfe Jouan à comme une merveilleuse
admire surtout
le

épopée
soldats.

militaire,

l'on

prodi-^

gieux ascendant d'un grand général sur ses anciens

Les Cent-Jours ont cependant
préparés dans les sociétés

été avant tout
ils

une

tentative de revanche de la Révolution, et
secrètes.

ont été

M. Nettement,

dans son Histoire de la Bestauratio72, a raconté que,
dès
la fin

de 1814, deux centres de conspiration exis-

S44
laient

DICTATURE NAPOLÉONIENNE
en France
il
;

une conspiration
dont

militaire
;

dans

la-

quelle

n'était question

piration civile,

que de Napoléon une consFouché, Carnot, Barras te-

naient les principaux fils, et qui, en se servant de Napoléon comme d'un instrument indispensable pour renverser les Bourbons, pensait soit à installer une

régence, soit à placer sur
«

le

trône

le

duc d'Orléans

:

Leducde Bassano
ce

surtout était resté l'intermédiaire

actif

de ces relations. L'empereur y avait peu de corres;

pondances
qu'il
lui

ne

sert.

moyen dangereux compromet tout plus Les renseignements les plus importants
dévoués, accrédités

arrivaient par des serviteurs
lui

auprès de

au moyen de mots de passe convenus,

et qui remportaient ses instructions. »

Mais ce

n'était là

qu'un des côtés de
Convention,

la

trame des
Tauteur

sociétés secrètes.

En

Italie aussi elles se retournaient
la

vers Tancien général de
tlu traité

vers

de Tolentino.
était

Quand Napoléon quitta l'île d'Elbe, il ''empereur des Romains et roi (T Italie par

déjà

la volonté

du

peu2:>le et la

grâce de Dieu,

Il

avait

accepté

le

projet et reçu

la constitution

que des délégués des

villes, c'est-à-dire des loges italiennes, avaient rédi-

gés à Turin. On a conservé des rapports de son principal émissaire en Italie, datés de Naples le 14 octobre

Î814, sur les moyens de créer une insurrection révolutionnaire dans les États de l'Église.

A

son retour, en 1815, Napoléon retrouva en

lui le

tempérament révolutionnaire du janissaire du 13 vendémiaire.
Il

accomplit cette tentative antinationale en

s'appuyant sur les plus abominables rancunes jaco-

DICTATURE NAPOLÉONIENNE
bines, et
terloo,
il

245

lui-même nous a appris que si, après AVa-* ne déchaîna pas une nouvelle terreur sur la
c'est qu'il fut arrêté

France,

par les

hommes

dont

il

dépendait.

Nous ne nous dissimulons
en opposition avec
la

point

que l'histoire

est ici

légende, qui prétend faire de la

dictature napoléonienne succédant à l'anarchie

un

ré-

gime d'ordre

social et

de paix religieuse.

Les

faits

sont là pour prouver que
tion à cheval. »

Napoléon

fut la «

Révolu-

Ce

projet n'en est-il point la preuve

éclatante

?
il

Mais quand
qui en eût
le
fait,

fut sur le point

de réaliser ce dessein
le

il

en convient lui-même,

Tibère

et

Néron de nos temps,
Il

tout lui échappa.

faut Hre dans les récits

du temps

la

violence

du

mouvement jacobin qui
lutionnaires populaires,

éclata dans plusieurs

provin-»

ces de la France après le

20 mars. Les éléments révoavait disciphnés
les

que Napoléon

pendant son règne, se sentaient
situation.

maîtres

de

la

On

en revenait à 1792. La Providence ne
alors

permit

pas

que
servit,

cette sanglante

époque se

rouvrît, et elle se

comme

d'instruments, des

révolutionnaires les plus habiles. C'est

Fouché, qui
Révolution,

précisément arrêta Napoléon dans ses sinistres projets.
Il voulait, lui aussi,

assurer le cours de

la

et,

aussi ambitieux
!

que

vil,

il

rêvait d'en prendre la

direction

CHAPITRE

XIII

LES SOCIÉTÉS SECRÈTES DE 1814 A 1848

Pour posséder
riode,
il

l'intelligence historique

de cette pé-

faut toujours avoir
:

deux considérations présoit

sentes à l'esprit

Quelque importante que
les

l'action

des
les

soidées

ciétés secrètes, elles ont

à compter

avec

qui se répandent dans
taines situations.

peuples à

la

suite

de cer-

Leur grand

art consiste

à ne pas

aller contre ces courants d'opinion,

mais au contraire
leurs

à s'y mêler et à les exploiter en y introduisant principes destructeurs.
Ainsi, après
la
la

longue oppression des peuples par
et

Révolution française

par Napoléon, la restaura-

tion des

Bourbons s'imposait comme une nécessité absolue. Les sectes renoncèrent à l'entraver on vit
;

même

Talleyrand se

faire,

en 1814

et

en 1815,

le

champion du principe de la mencer dès le lendemain un

légitimité, sauf à
travail

com-

de mine souter-

raine pour renverser les Bourbons. Les peuples partout voulaient reprendre leur indépendance.

Le

senti-

ment de
violé

la

nationalité, après

avoir été odieusement

reprit, par une réaction un empire beaucoup plus grand qu'il ne Tavait jamais eu. La domination de l'Autriche en

pendant vingt-cinq ans,

inévitable,

.

LES SOCIÉTÉS SECRÈTES DE 1814 A 1848

247
la

Vénétie, de la Russie schismatique en Pologne, de

Hollande protestante en Belgique, constituaient, delà part du Congrès de Vienne, des faits de violence,
des injustices, dont
les sociétés secrètes allaient

ha-

bilement profiter. L'expulsion

des jésuites, arrachée

en 1817 à Alexandre I", montre aussi que, contrai-

rement à

la

fausse idée répandue par des historiens

inattentifs à saisir le

mobile des actions humaines,

la la

Sainte -Alliance n'était nullement dirigée contre

Révolution
2''

L'unité absolue n'existe pas au sein des sec;

tes

il

y a toujours parmi elles
rivaUtés de personnes.

des courants di-

vers et des

A
;

certains

mo-

ments
cret,

elles

s'unissent pour détruire

un

instinct se-

à

défaut d'un centre directeur, les
l'Église
et les dynasties

rapproche

pour combattre
chrétiennes
;

vraiment
couches

mais souvent

leurs

diverses

sont fortement divisées

On
res

ne

devra donc
après

moyens à employer. pas s'étonner que les sociétés
sur les
favorisé
les

secrètes,

avoir

pendant

les

premiè,

années du siècle
retournées

conquêtes françaises
le

se

soient

violemment contre
et

despotisme

napoléonien à partir de 1808

aient pris pour

mot

d'ordre l'établissement du gouvernement constitutionnel.

Plus tard

elles

y ajoutèrent
serait

le

principe des natio-

nalités.

Une

anecdote, qui

grotesque
sérieux,

si

elle n'était

mêlée à des événements

très

montre bien
était

comment
venu à

gouvernement constitutionnel cette époque leur mot de passe.
le

de-

C'était en 1825,

au lendemain de

la

mort d'Ale-

248
xandre

LES SOCIÉTÉS SECRÈTES DE 1814 A 1848
P""
;

une révolte

militaire avait éclaté
!

aux

cris

de
ce

:

Vive la constitution

Les

officiers

qui y

pre-

naient part savaient parfaitement
cri.

la signification
fait

de

Quant aux

soldats,
la

on leur avait

accroire

que

c'était le

nom de

femme du grand duc Consprétendaient faire valoir
les

tantin, dont les révoltés

droits

au trône, malgré son abdication en faveur de
!

son frère Nicolas

En
rope
tenir

poursuivant

l'établissement dans toute

l'Eu-

de

la

forme du

gouvernement

anglais,

sans

compte d'aucune des conditions particulières à chaque peuple, les sociétés secrètes n'avaient aucun souci du développement
libertés
réel
et

régulier

des

populaires.

Elles
la

l'ont

prouvé en

contreles

carrant,
jets

pendant toute
décentralisation

Restauration,

prodes-

de

et

de

reconstitution
qu'elles

corporations professionnelles.
c'était

Ce

voulaient,

l'affaiblissement

de l'autorité des gouverne-

ments légitimes

et surtout la liberté d'attaquer la rela

ligion par la littérature impie et

mauvaise presse.

Voilà ce qu'il ne faut pas perdre de vue pour apprécier
les luttes le

dont

le récit

va suivre.
le

Dès
l'ordre

4 janvier

1818,

cardinal Consalvi,

sur

du St-Père,

sentinelle toujours avancée de l'or:

dre social, écrivait au prince de Metternich
«

Les choses ne vont bien

nulle part, et je trouve, cher
trop dispensés de

prince, que nous nous croyons beaucoup
la plus simple précaution.

chaque jour les ambassadeurs de l'Europe des dangers futurs que les sociéIci j'entretiens

tés secrètes

préparent

à l'ordre à peine reconstitué, et je

m'aperçois qu'on ne
tes

me répond que par la plus belle de toules indifférences. On s'imagine que le Saint-Siège est trop

LES SOCIÉTÉS SECRÈTES DE 1814 A 1848
;

249

prompt à prendre frayeur Von s'étonne des avis que la prudence nous suggère. Ces' une erreur manifeste que je serais bien heureux de ne pas voir partager par V. A. Vous avez trop d'expérience pour ne pas vouloir mettre en pratique le conseil qu'il vaut mieux prévenir que réprimer il faut en profiler, à or, le moment est venu de prévenir moins de se résoudre d'avance à une répression qui ne fera
;
:

qu'augme7iter
ciétés secrètes,

le mal. Les éléments qui composent les soceux surtout qui servent à former le noyau du

ova; Carbonarisme, sont encore dispersés, mal fondus ou mais nous vivons dans un temps si facile aux conspirations et si rebelle au sentiment du devoir, que la circonstance la plus vulgaire peut très aisément faire une redoutable

m

agrégation de ces conciliabules épars...
«

Un

jour les plus vieilles monarchies, abandonnées de

leurs défenseurs, se trouveront à la merci de quelques in-

trigants de bas étage, auxquels personne ne daigne accor-

un regard d'attention préventive. Vous semblez penser que dans ces craintes manifestées par moi, mais toujours, d'ordre verbal du Saint-Père, il y a système préconçu et des idées qui ne peuvent naître qu'à Rome. Je jure à V. A. qu'en lui écrivant et qu'en m'adressant aux hautes puissances, je me dépouille complètement de tout intérêt personnel, et que c'est d'un point beaucoup plus élevé que j'envisage la question. Ne pas s'y arrêter maintenant parce qu'elle n'est pas entrée, pour ainsi dire, dans le domaine
der

public,

c'est se

condamner à de
!

tardifs regrets.

»

Vains averlissements
gré ses défaites

La Franc-maçonnerie, malétait

apparentes,

tellement

restée

maîtresse de toutes les avenues des

cours que, loin
elle

de leur

laisser accepter des avis

du Saint-Siège,

les poussait à lui

donner elles-mêmes des
soit la liberté

memoran^
de tous
les

dum
ques

et

à établir dans toutes les constitutions politi-

soit

Végale protection

cultes, afin

de détruire partout

la foi et le

sentiment

250

LES SOCIÉTÉS SECRÈTES DE 1814 A 1848

chrétien, et à faire ensuite prévaloir, par Tindifïéren-

tisme devenu général, la subordination de tous les
€ultes à l'État.

De
nisme
la

en France un accès nouveau de gallica-

et

de voltairianisme,
séminaires
le

marchant ensemble à
:

destruction des institutions catholiques
et

missions,

l'a-

ordres religieux,
liénation,

écoles.

De
;

malgré

texte

du
le

clergé

qui n'étaient

du Concordat, des biens de là pas encore vendus
et

maintien des articles organiques
;

l'annulation

du concordat de 1817
arrachées à Charles X,

delà
le

les

ordonnances de 1828

maintien et l'aggravation du

monopole

universitaire.

catholique, s'étendant

De là la progagande anticomme un torrent de Berlin en
Espales et

Suisse, en Belgique et en Italie, de Paris en

gne

et

en Portugal, de Madrid à Naples
au Brésil,
la

au Mexi-

que, de Lisbonne
insurrections
Italie et

vomissant partout

comme
les

lave des volcans.
la

De

là,

en

dans

États du pape,

Carbonara, mi-

nant tous

les trônes

de

la

péninsule, pour arriver à

détruire la papauté, en l'isolant d'abord.

En

Russie, ce sont les adeptes de

la

Société bibli-

que^ que l'on retrouve plus tard jusqu'ea Orient for-

mant la

société dite Vhétairie^ et qui,

comme laChar-

bonnerie, a une origine maçonnique.

En

Prusse,
les

le

piétisme vient, par sa naissance,
et

rapprocher

francs-maçons

les

protestants.
il

Le

pouvoir ne combat point

les sectes, car
le

a su leur

imprimer une direction dans
allemand
sous
le

sens de l'unitarisme
et

sceptre d'un Hohenzollern,

à

Texclusion de toute autre famille régnante.

Le mot

LES SOCIÉTÉS SECRÈTES DE 1814 A 1848

251

d'ordre était de détrôner tous les princes allemands,

à l'exception du
ci la

roi

de Prusse, de décerner à celuiet

couronne impériale de rAllemagne
loges, qui

de donner

à rÉtat une constitution démocratique.

Mandsdorf,
après

un des membres des hautes

nous fournit ces
avoir

renseignements, ajoute qu'on voulait,

refoulé la France dans ses anciennes limites^ doter

l'Allemagne d'une république sociale. L'orateur, qui
avait proposé de détrôner les princes
fit

allemands au proet

du

roi

de Prusse, modifia sa motion
la

se contenta

de demander
vait retenir

médiatisation. M. de Bismarck de-

les

deux projets.
réaliser
:

Il

qu'il travaille

à

l'unification

y en a un troisième de la Suisse

sous

le protectorat berlinois.

Dès l'époque dont nous
pacte con-

parlons, les ambassadeurs prussiens l'essayaient.

Au Congrès
clu, le roi

de Vérone,
III

comme gage du
refusait

Guillaume

de s'associer aux
la

mesures conseillées par M. de Metternich contre
de son aveuglement, fermait
loges de Russie.
ici le

Franc-maçonnerie, tandis qu'Alexandre, enfin revenu
les

Nous ne pouvons songer
du
îe

à
le

retracer

tableau
à 1830.

travail

maçonnique dans

monde de 1815
divers

Nous

nous sommes borné à indiquer sommairement
États

trouble jeté dans les

par un travail

très intense

qui

à la fois les minait par la base
et

au

moyen de
les

sociétés secrètes actives

multipliées, et

qui quelquefois introduisait la trahison jusque dans

régions gouvernementales les

plus élevées.

Les

Mémoires de M. de Metternich ont
nement confirmé tous
les
faits

jeté la plus vive

lumière sur l'action des sectes à cette époque et plei-

avait déjà groupés dans ses

que le P. Deschamps deux volumes.

252

LES SOCIÉTÉS SECRÈTES DE 1814 A 1848
ce qui concerne la France, nous devons entrer
:

En

dans quelque détails

Nous avons mentionné déjà
delphes à l'époque du Directoire

l'existence des Philaet

leur reconstitution
et

sous l'Empire avec Moreau, Oudet

Mallet.

Il

y

eut entre eux et Pichegru et Cadoudal
tions sur les garanties à exiger

des

négociare-

de Louis XVIII

lativement à l'établissement du régime constitutionnel.

La

police impériale

mit

la

main sur

ces plans

;

mais, pour n'avoir pas abouti, ceux-ci ne doivent pas

moins

être étudiés

au point de vue historique.

Bien

d'autres

personnes, qui paraissent avoir été

étrangères aux sociétés secrètes, préparaient, de leur
côté, dans le silence

du cabinet

et

dans

le

cercle des

relations privées,

l'établissement
la

du gouvernement
;

parlementaire sous

monarchie des Bourbons

car

sa restauration apparaissait dès lors imminente à tous
les

hommes

clairvoyants.

Des œuvres comme
la direction

celles

de Montesquieu ont sur

de Tesprit hu~

main une influence qui se traduit plus tard dans les événements Royer-Collard est le représentant le plus
.

éminent de ce groupe d'hommes qui, en suivant leurs
propres pensées, sans tenir compte du travail souterrain des sectes, ont inconsciemment, mais
très puis-

samment, favorisé l'œuvre de
Il est

la

Révolution.

certain

que sa longue correspondance avec
et

Royer-Collard

ses relations

avec les philosophes

du XVIIP siècle avaient préparé Louis XVIII à l'acceptation du gouvernement parlementaire. Cependant
l'énergie avec laquelle
il

repoussa

la

charte élaboréeimpérial^

par

les

vieux révolutionnaires du Sénat

LES SOCIÉTÉS SECRÈTES DE 1814 A 1848
est

253
et

un indice
la

qu'il eût persisté

dans cette voie

fût

revenu au véritable gouvernement traditionnel du pays,
sans
pression

exercée

sur lui

par

l'empereur
et

Alexandre, poussé lui-même par Talleyrand
berg, deux illuminés.

d'Al-

«

Ce principe nous
la

protège. Louis

XVIII permet
», écri-

que

Maçonnerie prenne son essor ordinaire

vait Bazot, secrétaire

du G.'. 0.-., à propos du gouavait raison, car
était

vernement constitutionnel. Et Bazot
parmi
les principes

admis

d'abord V égale promettait

tection de tous les cultes qui

sur le

même

pied, et avec les

mêmes

droits, le juste et

l'injuste,

la vérité et l'erreur,

la religion

divine et toutes les

sectes

humaines.

C'était ensuite la royauté limitée au pouvoir exécutif,

dépouillée de ses attributs essentiels, réduite, dans

ce qu'on lui laissait, à

un vain nom, dont

la

réalité

devait appartenir à des ministres responsables,

com-

mis éphémères des majorités des Chambres.
Telle fut la constitution

de 1814,
sortie

disait

M. Thiers
sur l'aentrailles

dans un grand discours au Corps
dresse

législatif,

de 1866

:

elle était

des

mêmes de la Révolution française. Le ministère Talleyrand et Fouché, qu'avait imposé à Louis XVIII la diplomatie maçonnique qui entourait les rois

coalisés, avait tout

mis en œuvre pour

appeler autour d'eux, en 1815,
leur ressemblât
;

une assemblée qui

mais

la

France avait déjoué tous

ces efforts. L'élite de ses citoyens et de ses propriétaires avait été choisie par elle pour la représenter auprès

de son

roi

Louis XVIII,

aussi

indépendants,

dans

254

LES SOCIÉTÉS SECRÈTES DE 1814 A 1848

leur grande majorité, de caractère, qu'indépeûdants

de fortune

et

de position, aussi dévoués à

la

monar-

chie, qu'adversaires éclairés

de

la

centralisation et de

l'omnipotence ministérielle.

A

sa seule vue, les vieux
la

roués maçons du ministère avaient pris
avaient compris qu'avec une
telle

fuite
la

:

ils

Chambre

reli-

gion, l'autorité, toutes les libertés publiques, la patrie

en un mot, rendues

à

elle-mémes, allaient se rasseoir
fait,
si

sur leurs bases, et que c'en était

elle

durait

quelques années seulement, des plans maçonniques et
des triomphes révolutionnaires.
se retirant,
choisi,
Ils s'étaient
la

donc, en

pour sauver

Révolution,

un

successeur éprouvé dans les

bas- fonds
il

des loges,

moins connu qu'eux,
déguiser
et

et à

qui

était plus facile

de se

de prendre toutes
les rites

les

formes, et que les lo-

ges de tous

devaient bientôt établir leur grand-

maître ou suprême puissance, Decazes,

pour

le

nom-

mer par son nom

(1).

Sa souplesse,

ses flatteries, son

depuis son ministère de la police jusqu'à commandeur du Suprême-Conseil du 33' degré de l'Écossisme, un des rites les plus répandus dans l'un et l'autre hémisphère il eut pour successeur à sa mort le frère Viennet, devenu lieutenant du grand commandeur à la mort du comte de Fernig, puis grand commandeur jusqu'à sa mort, 1868.
(1)
fuf,

Le duc Decazes

sa mort, lieutenant, puis grand

;

{Histoire pittoresque, p.
nerie, par Clavel.)

258, 269,

et

Almanach de

la

Franc-maçon-

Le Globe, journal des initiations anciennes et modernes, année 1839, p. 40 et suiv., rapporte ainsi le discours prononcé pour l'installation du F.', duc Decazes, comme souverain grand commandeur du
rite écossais

membre
portés

en 1835 « L'illustre F.-, duc Decazes était, en 1808, de la loge d'Anacréon... Naturellement nos regards se sont sur le maçon courageux qui, dans un temps difficile,
:

accepta

ad vitam au

et les fonctions de souverain grand commandeur Suprôme-Gonseil d'Amérique. En cette qualité, le comte Decazes, alors ministre de la police générale, plaida la cause le titre

LES SOCIÉTÉS SECRÈTES DE 1814 A 1848

255

hypocrisie, les manœuvres des hauts adeptes, eu France
et

dans toutes

les

cours en firent un favori,
le roi

et,

après
la

de longues résistances,
dissolution,
qu'il avait

lui-même prononça

comme

ultra royaliste, de cette Chambre
!

A

surnommée Vintrouvable partir de ce moment, les sociétés

secrètes re-

commencèrent

leurs attaques contre la monarchie des

Bourbons. Comprimées un instant par l'universelle
horreur causée par l'attentat du 13 février 1820, où
le

pied du favori glissa dans

le

sang,

elles reprirent

leur conjuration avec plus de suite.

Le bonapartisme
rection militaire
et

était derrière les

essais d'insurla

les

conspirations de

Hautele

Vente.

Le
.

poète Casimir De'avigne,

comme on

verra

plus loin

recevait des

commandes de poésies des mains
;

de francs- maçons, tout en chantant Napoléon
chansonnier célébrant à

il

devançait Déranger dans Téclectisme qui inspirait
la fois

le

César

et la

populace, et

de l'Écossisme
rieure,
et

et

de

la

tint contre les attaques

jus-qu'à l'époque

conserva le où ses demandes eurent réuni les membres épars du Suprême-Conseil de France, et opéré une fusion aussi sincère que généreuse entre les deux fractions séparées du rite Arrivé au pouvoir à une époque de réaction et appelé à prendre une part active

Maçonnerie auprèsde Louis XVIII, nous soude la malveillance, tant intérieure qu'extéfeu sacré. Ce double fardeau, il le supporta

à la naissance du gouvernement constitutionnel, il a travaillé à dissiper de hautes préventions contre cette forme salutaire et à la faire accepter dans des régions où elle ne trouvait que des répul-

beaucoup de bien e! il voulait en faire davantage...tomba du pouvoir, le temple de la liberté fut investi par ses adversaires. » (Discours du F.-. Dupin ) V. dans le môme journal, année 1840, p. 161, une notice maçonnique sur le duc de Decazes. où ses titres sont rappelés. En 1805, il avait épousé la fille du comte Muraire, un des membres les plus influents de la Maçonnerie sous l'Empire.
sions,
li

a

fait

Le jour où

il

256

LES SOCIÉTÉS SECRÈTES DE 1814 A 1848
les

changeant de refrain dans
selon que les auditeurs

guinguettes d'opposition,
porté
la

avaient

Thabit bleu

usé par la victoire ou
Charbonnerie,
de, allaient se

h

carmagnole de
ét3.\t

Révolution.
la

Enitalie, Lucien Bonaparte
et les
fils

grande lumière àe,
la

de Louis, Tex-roi de Hollanpa-

mêler à des complots contre

pauté.

Les
et les

sectes qui attaquaient à cette

époque l'Église
celle

monarchies légitimes, surtout
plusieurs

des Bour-

bons, se partageaient en

divisions, quoi-

qu 'unies quant au but essentiel. Les loges maçonniques ordinaires
miner plus facilement
étaient glissés sous
les

s'étaient

en
éli-

grande partie dissoutes après 1814, pour pouvoir
éléments peu
alors
actifs

qui s'y

l'Empire,

qu'elles étaient

comme

des institutions administratives. Mais à partir
les
le

de 1821,
devinrent

loges épurées qui s'étaient maintenues
foyer de l'opposition libérale. Elles serla

virent de point d'appui à
le ciel

fameuse société Aide-toi,

t'aidera, formée par le F.*. Guizot, elles orga-

nisèrent en 1829 le voyage triomphal de Lafayette.

Le groupe

le

plus agissant était la Charbonnerie.

Cette société secrète, issue de la Maçonnerie et se recrutant dans son sein, s'était formée dans les montagnes

de

la

Franche-Comté, au commencement du

siècle,

en

même

temps que

la société

des Philadelphes. TransItalie, elle se

portée par des militaires en

développa
compli-

dans ce pays à
prit le

la suite

des événements de 1815. Elle

caractère systématique et les formes
elle s'est fait connaître.

quées sous lesquelles

C'est de là qu'elle revint en France en 1821.

^

LES SOCIÉTÉS SECRÈTES DE
Quelques membres de
(lisent
la

18K

A 1848

257

loge les

Amis de
le

la vérité

Louis Blanc,

Vaulabelle,

de Witt, Bazard,

Flottard,

Bûchez

et Joubert,

en formèrent

premier

noyau.

Les chefs de l'opposition libérale, Jacques Kœchlin, de Corcelles, Mérilhou, de Schonen, Lafafrancs-maçons de
Fr.*.
vieille date, se joignirent

yette, tous

à eux.

Le

Spuller, le
histoire
:

compagnon de Gambelta,

racontant cette
laires,

dans ses conférences popu-

s'exprime ainsi

«

On comprend,
hommes en

diL-il. qu'il était

nécessaire de s'adjoindre

des

crédit,

en possession d'une action efficace

sur l'opinion publique, qui pourraient au besoin se
et

nommer
Quant

couvrir de leur autorité les actes de l'association.

aux organisateurs, ils devaient continuera rester dans l'om. hre, afin de manier plus librement les éléments dont ils
disposaient
((

.

,

.

du temps de la Charbonnerie, que chaque membre de l'association devait avoir un fusil de munilion et vingt-cinq cartouches. Lorsque parurent au Moniteur les ordonnances de juillet, Paris se trouva debout, et la France aussi derrière Paris la royauté était perdue. »
il

avait été dit,

:

«

Les devoirs du charbonnier,

dit

Vaulabelle, dans son
fusil,

Hisloire des deux Beslauralîoas, étaient d'avoir un

50 cartouches, d'être prêt à se dévouer, û'obéir aveufjlèment

aux ordres de
le

chefs inconnus. Considérée

dans

ses

rela-

tions avec les départements, la Haute-Vente de Paris reçut
et la Charbonnerie fut organisée dans la capitale. L'entraînement fut général, irrésistible sur presque toute la surface de la France, \\ y eut des complots et des conspirateurs. Les

nom

de Vente suprême,

partout

comme

elle l'était
;

choses en vinrent au point que, dans les derniers jours de 1821, tout était prêt pour un soulèvement à la Rochelle, à
Poitiers, à Niort, à

Colmar, à Neuf-Brisach, à Nantes, à
17

258
Béfort,

LES SOCIÉTÉS SECRÈTES DE 1814 A 1848
à Bordeaux, à Toulouse.

Des Ventes avaient été un grand nombre de régiments, et les ciiangemenls mêmes de garnison étaient pour la Charbonnerie un
créées dans

rapide

moyen de propagande

.

»

C'est

dans une de ces Ventes, répandues surtout
jeunesse
des écoles et dans les ateliers de

dans

la

Paris, qu'eut lieu le fait suivant rappelé

en 1849, à

M.

Thiers, dans le 15^ bureau de l'Assemblée natio-

nale, par
«

M. Michel, de Bourges.
élèves en droit,

nous jurâmes, M. Thiers et MONARCHIE, avcc Cette circonstance assez piquante: M. Thiers tenait le crucifix quand j'ai prêté serment, et je tenais le même crucifix quand M. Thiers a. juré

Tous deux

moi, HAINE A LA

haine à la monarchie. C'éiaii une Vente de car boîiari,
police n'intervenait pas,
et,

si la-

si elle intervenait,

c'était

une

réunion d'amis pour
C'est
le
à.

fêter

un

lauréat,

»

des

faits

de cette nature que

faisait allusion

National,

le

5 juin 1839, lorsqu'il disait en voyant

ses amis et complices traduits devant la

Chambre des

pairs
((

:

Lorsque

le

Carbonarisme

s'établit

en France, suivant
et

les

formes que des hommes., à
il

cette

heure pairs de France

fonc-

tionnaires publics, allaient chercher en Italie et en Allemagne,

eut pour but
héréditaire.

le

renversement de tout pouvoir irresponsable
ne put y être
et

et

On

affilié

sans prêter serment

de haine aux Bourbons

à

la

royauté.

En
s'

quelques lieux
et

même,
or,

ce

serment
i/

était

prononcé sur un crucifix
et des

sur un
;

poignard,, Il

a des députés

pairs qui
et

en souviennent

nous

le

demandons à M, Frank-Carré

à M. Martin., du

Nord, ont-ils trouvé dans les dossiers des prévenus d'avril et de mai, dans celui même d'Alibaud, rien qui mérite mieux.,
suivant eux, Vépithète d^ anarchique que ce serment tout brû'
,

lant de fanatisme

?

»

259
Et ce témoignage irréfragable, retentissant

comme

un

tonnerre, n'était que l'écho affaibli d'un des accusés,

de Trélat, se défendant lui-même en face de ces mô-

mes juges devant
ces dit d'avril
:

la

Chambre des

pairs,

dans

le

pro^

« Il y a ici tel juge qui a consacré dix ans de sa vie à développer les sentiments républicains dans l'âme des jeunes

de Brûlas.

brandir un couteau en faisant l'éloge donc pas qu'il a une part de respon-» sabilité dans nos actes? Qui lui dit que nous serions tous ici sans son éloquence républicaine? J'ai là, devant moi, d'angens. Je
l'ai

vu, moi,

Ne

sent-il

; je tiens à la main le serment de l'un d'eux, serment à la république, et ils vont me condamner pour être resté tldèle au mien !.,.. »

ciens complices de Charbonnerie

En même temps que
propagande populaire
en Espagne (où
et poussait

la

Charbonnerie répandait sa
en
Italie,

et militaire

en France,

elle prenait le

nom de Communeros)^
le

aux insurrections avec

mot d'ordre d'une

Constitution^ dans les plus hautes régions sociales,

dans

la

diplomatie notamment, une association secrète,

héritière de rilluminisme de Weishaupt, s'était formée

dans

le

but de semer

la

corruption dans l'Église, d'enles

traîner les
servir,

gouvernements légitimes, en prétendant
les

dans

voies qui devaient leur être fatales.

L'idée première de cette organisation paraît remonter à des juifs et dater des premières années du
suivant

XIX^ siècle,

un document

très important

que nous avons

publié

comme annexe

au tome III de l'ouvrage du
est

Père Deschamps. Ce qui
1817, l'on
Vente,
saisit la trace

certain, c'est

que dès

de

l'activité

de cette Haute^.

560
Son

LES SOCIÉTÉS SECRÈTES DE 1814 A 1848
siège principal est à

Rome, de

là le

nom de
elle

Haute- Vente Romaine, sous lequel
l'histoire.

elle est

connue dans
agent de

De Rome, comme

d'un point central,

rayonne sur toute l'Europe, employant

comme

propagande des financiers

juifs et

ayant un pied dans
se-

tous les cabinets européens.

La correspondance

crète de ces sectaires, saisie à la mort d'un des initiés,

du Pontificat de Grégoire XVI, a permis de trace de leurs menées. Les Mémoires de Melternich, récemment publiés, achèvent de montrer la
à
la fiQ

suivre

la

place qu'ils occupaient

dans

la

haute administration

russe et prussienne.

Le

voile qui couvre les

noms de guerre des memqu'a publiés

bres de la Haute- Vente est en partie levé aujourd'hui.

En

voici

quelques-uns,
:

récemment

la

Civiltà cattolica

«

tje

Le nombre des lettres que Nubio, ancien vice-regente Rome, écrivait chaque jour pour les affaires de la secte
Il

^st prodigieux.

correspondait particulièrement en France

avec Buonarotti, avec Charles Teste, Voyer d'Argenson, Bujard, le géaéral Lafayelle, Saint-Simon, Schonen, Mérilhou
et autres

en Allemagne, avec Tscharner, Hegmann, Jacobi, Ghodsko, Lieven, Pestel, Mourawief, Slrauss, Pallaviccini, Bem, Bathyani, Oppenheim, Klaus etCarolus, tous chefs de
;

Ventes et de loges.

Il se

servait aussi pour secrétaire, spé-

cialement quand
et

il

s'agissait

de correspomlre avec des juifs d'un jeune Israélite,
»

pour

traiter des afTaires financières,

tjui avait

pour

nom maçonnique

Piccolo Tigre.

Un simple fait indiquera comment
écho à la Haute- Vente.

les loges faisaient

Le 4

juin 1825,

Rome

était

épouvantée par un

assassinat,

commis en

plein jour

,

LES SOCIÉTÉS SECRÈTES DE 1814 A 1848

261

sur les marches de l'église de St- André délia Valle,

La

viclime était

un ancien carbonaro

et

franc-maçon,

Joseph Pontini, que ses frères avaient voulu punir de
son repentir. Ses meurtriers furent saisis par
et leur culpabilité
la police

reconnue après un long procès. Les

deux plus coupables, Targhini et Monlanari, furent condamnés et exécutés ils moururent en repoussant les secours de la religion. Targhini s'écria du haut de
;

l'échafaud

:

« Peuple, je

meurs sans reproche,
et

je

meurs
secte

comme un franc-maçon
en
fit

un carbonaro. » La

des martyrs.
lettre

Dans une
le

adressée à un de ses complices, dont
était

nom

de guerre

Rucher, Nubio raconte comdi-

ment
pour
faite

lui,

diplomate accrédité auprès du St-Siège,

rige toute cette propagande et cherche
la secte

à tirer parti

de

celte proclamation

de son existence

du haut de l'échafaud.
fleurs,
affiliés

«

Pour en revenir aux

nous avons déjà commandé
de notre Franc-maçonnerie,

à un des plus innocents
le

poète français Casimir Delavigne, une élégie {Messénienne)-

Ce poète, que je vois souvent dans le monde artistique et les salons, est un brave homme^ Aussi m'a-l-il promis des larmes poétiques en l'honneur des martyrs et des imprécations contre le bourreau. Le bourreau ce sera le pape et les prêtres. Ainsi nous aurons frappé coup double. Les correspondants des feuilles anglaises font, de leur côté, de leur mieux. J'en connais parmi eux plus d'un qui a déjà embouché la trompette épique pour la glorifîca-»
sur Targhini et Montanari.
lion de notre dessein.
»

L'ordre du Temple d'autre part, qui existait encore

en France

et se recrutait

dans

la

haute aristocratie

562

LES SOCIÉTÉS SECRÈTES DE 1814 A 1848
le

semble avoir été
italienne.

correspondant de

la

Haute-Vente

La Révolution
que
le

éclata

;

est-il

équitable de supposer
le roi

maréchal Maison, consulté par

Charles

X
Le

sur l'importance de l'insurrection,
voir, et

manqua

à son de-

trompa, par une parole d'honneur donnée

tîontre la vérité, la confiance

du

loyal

souverain?

maréchal Maison
attitude au

était

franc-maçon,
la

et l'on

connaît son

moment où

monarchie

fut attaquée.

Le mouvement, on
pu
main,
et les

vient de le voir, et nous aurions

multiplier les témoignages, était préparé de longue

ordonnances ne furent qu'un prétexte au

soulèvement organisé.

Dupin
sQphes^

l'aîné,

un haut maçon de
Ragon,

la

loge des Trino-

un

disciple de
:

disait

précisément à

la

même époque « Ne croyez

pas que trois jours aient tout fait. Si

si prompte et si subite, c'est qu'elle n'a pris personne au dépourvu,.. ; mais nous l'avons

la révolution a été

faite

en quelques jours, parce que nous avions une
la voûte, et

à mettre à

que nous avons pu substituer

immédiatement un nouvel ordre de choses complet à
celui qui venait d'être détruit. »

Ni l'Europe, tout entière monarchique,
'dont le peuple était alors

ni la

France,

en grande majorité royaliste
prêtes en

et catholique, n'étaient

1830 pour

la

pro-

clamation de

la

République. La génération qui avait
la

Vu

les

crimes de

Terreur comptait encore trop de

représentanis pour que ce seul
l'effroi

nom ne

soulevât pas

de tous

les intérêts.

sagesse conseillait

Dans ces conditions, la chefs du mouvement de s'arrèaux

LES SOCIÉTÉS SECRÈTES DE 1814 A 1848
ter

263

à

mi-chemin

et

de présenter

la

révolution qu'ils
la

venaient d'accomplir

comme une imitation de
Bourbons
et

révo-

lution anglaise de 1688. C'était assez pour le

moment
principe

d'avoir renversé les

proclamé

le

de
nir

la

souveraineté du peuple.
et porter ses fruits

Le germe
avec
le

devait devela

un arbre

temps. C'est
Lafayette

pensée

que rendait
de

expressivement

en

disant, le 19 février 1833, à la

Chambre des

députés,

que
de

la révolution

Juillet « avait replacé le

dogme

la

souveraineté populaire, devant lequel les consi-

dérations

du gouvernement,
le

constitutionnel ou autre,

ne sont que secondaires. »

Pendant toute sa durée
fut toujours placée entre

gouvernement de

Juillet

ressentit le poids de son origine.

Sa pohtique étrangère

une condescendance inévinécessité de rester dans

table pour les

mouvements révolutionnaires analogues
était sorti et la

à celui dont
le

il

concert européen.

A

l'intérieur,

après avoir pen-

dant dix ans lutté péniblement contre les innombrables
la

sociétés secrètes

qui surgissaient
la

du

sein de

Charbonnerie,

comme

Charbonnerie elle-même
et

était sortie

de

la

Maçonnerie,

qui

revendiquaient
la secte

celte liberté et cette égalité

promises par
prit

à

à ses adeptes, peu à peu

il

un caractère dynastiqu'on

tique et espéra pouvoir fonder à son profit ce
appelait alors la quasi-légitimité.

En

vain

le roi

Louis-Philippe déploya-t-il dans cette

œuvre une
attachéà
lités

dextérité politique
fils

remarquable

;

en vain
prestige

les princes ses
la

donnèrent à son trône

le

valeur raihtaire et à de sympathiques quavain des ministres éloquents

personnelles; en

264

LES SOCIÉTÉS SECRÈTES DE 1814 A 1848

dépenscrent-ils

un
la

talent véritable à cette tàcho digne

des Danaïdes
forte.

;

logique de

la

Révolution

fut plus

Imbus des préjugés
Juillet,

qu'ils avaient puisés
les

dans

les

loges où s'était faite leur éducation,

hommes de
la

depuis Dupont (de l'Eure) et Tliiers jusqu'à
et

Guizot

Viliemain, s'obstinèrent

pendant toute

durée du règne à garder une attitude de défiance
à-vis

vis-

de

la

religion et à défendre, contrairement
la

aux

promesses de
citadelles

Charte,

le

monopole comme une des

de

la

Révolution. Presque toutes les chaires

de l'enseignement supérieur et secondaire propagèrent
dans
la

jeunesse, avec le mépris de

la

foi

cathohque,

les principes

du rationalisme

et

du naturahsme qui
descendit dans des
fermées.
le

sont l'essence de la Maçonnerie.
C'est ainsi que la Révolution

couches qui jusque-là

lui

étaient restées

Pendant
leur
la

les

dix-huit années où se déroula
les sociétés secrètes
la

gou-

vernement de juillet,

continuèrent

œuvre de destruction de

papauté

et

préparèrent

république universelle.

Deux courants se dessinèrent bientôt parmi les hommes qui.leur donnaient l'impulsion. D'un côté étaient les maçons conservateurs, qui
poursuivaient surtout l'asservissement de l'Éghse et
voulaient modérer la marche de
profit, la fixer
la

Révolution à leur

dans des gouvernements constitutionde
la

nels

:

c'était la politique

Haute-Vente,
de 1821.
qui,

des réle

volutionnaires aristocrates qui avaient conduit

mou

vement de 1815
tre étaient
les

et les insurrections

De

l'aula

hommes nouveaux

par delà

LES SOCIÉTÉS SECRÈTES DE 1814 A 1848
destructioii
l'ait

265

de l'Église, voulaient réaliser l'égalité de
les voies

et

préparer

au socialisme par

la

répu-

blique universelle.

L'antagonisme de ces

deux groupes

est
et

le

nœud

de

l'histoire
le

pendant ces dix-huit années,

explique

comment
aussi

gouvernement de

Juillet put se maintenir

longtemps,

comme

soutenu en

équilibre par

ces luttes intestines des sociétés secrètes.

Le
que
le

plan d'attaque contre l'Église et la papauté, tels

concevaient les maçons prétendus conservateurs,

avait été tracé dès le 20 octobre 1821, après l'échec du mouvement constitutionnel en Piémont et à Naples, par la circulaire suivante, émanée du comité directeur

de

la

Haute- Vente
la

:

«

Dans

luUe maintenant engagée entre
'principe de

le

despotisme
liberté,
il y qu'avant

sacerdotal ou monarchie et le

la

a des conséqences qu'il faut subir,

des

principes

tout il importe de faire triompher. Un échec étaildans les événements prévus; nous ne devons pas nous en attrister plus que de mesure mais si cet échec ne décourage personne, il devra, dans un temps donné, nous faciliter les moyens pour attaquer le fanatisme avec plus de fruit. Il ne s'agit que de toujours exalter les esprits et de mettre à profit toutes les circonstances. 'L'intervention étrangère, dans des questions pour ainsi dire de police extérieure, est une arme effective et puissante qu'il faut savoir manier avec dextérité. En France, on viendra à bout de la branche aînée en lui reprochant incessamment d'être revenue dans les
;

fourgons des cosaques; en
laire le

Italie,

il

faut rendre aussi

impopusera

nom

de l'étranger, de sorte que, lorsque
la

Rome

sérieusement assiégée par
soit

Révolution, un secours étranger

tout d'abord

fidèles.

un affront, même pour les indigènes Nous ne pouvons plus marcher à l'ennemi avec

-

266

LES SOCIÉTÉS SECRÈTES DE 1814 A 1848

l'audace de nos pères de 1793, nous
lois et plus
;

sommes gênés par les encore par les mœurs mais avec le temps il nous sera permis peut-être d'atteindre le but qu'ils ont
manqué. Nos pères mirent trop de précipitation à tout, ils ont perdu la partie. Nous la gagnerons, si en contenant
«

«t

les témérités

nous parvenons à

fortifier les faiblesses.

C'est d'insuccès en insuccès qu'on arrive à
l'œil toujours

la victoire.

Ayez donc

ouvert surce qui se passe à

Rome.
;

Dépopularisez laprélraille par toute espèce de moyens faites au centre de la catholicité ce que nous tous, individuelle-

ment ou en
sur
la rue,

corps, nous faisons sur les ailes. Agitez, jetez

sans motifs ou avec motifs, peu importe

;

mais

agitez.

Dans ces mots sont renfermés tous les éléments de succès. La conspiration la mieux ourdie est celle qui se remue le plus et qui compromet le plus de monde; ayez des
nous trouverons toujours des gens qui sauront donner à cela les couleurs nécessaires. »
martyrs, ayez des victimes,

Dans
vite,

d'autres circulaires plus détaillées, \^

Haute
les

Vente insistait longuement pour qu'on allât moins

moins superficiellement

;

elle prédisait

même

écueils contre lesquels

on viendrait se

briser.
la

Elle

voulait qu'on s'emparât d'abord de toute

jeunesse
lui-

par l'enseignement

et

par l'enseignement clérical
les

même, qu'on gagnât
qu'on investît
la

masses en

les décatholisant,

cour romaine de pièges et d'intrigues,
le le

persuadée qu'avec
Pierre engagé dans

petit doigt

du
ira

successeur de
plus loin
et

complot on

plus vite qu'avec toutes les insurrections du

monde.

Pour atteindre plus sûrement

le

but

et

ne pas pré-

parer degaieté de cœur des revers qui ajournent indéfiniment ou comprometteiit pour des siècles le succès d^une

bonne cause,

elle

défendait « de prêter

r oreille à

ces vaiitards de français^

à

ces

nébuleux

,

LES SOCIÉTÉS SECRÈTES DE 1814 A 1848
allemands, à
tuer la
ces
et

267

tristes
le

anglais qui

s''

imaginent
grossier

papauté

Catholicisme avec une chan-

son irnpure, une déduction illogique, sarcasme passé en contrebande comme
la

un
les

cotons de

Grande-Bretagne. La Révolution en permanence
le

c'est

renversement des trônes
Il

et

des dynasties.

Ne conspirons que contre Rome.
le

faut décatholiser

inonde. »

tracé de la main du chef de la Haute-Vente insistait pour arriver à l'élection d'un pape dévoué à la secte (! !) et à corrompre le clergé. Mais
!

Le programme

la

Carbonara, composée d'hommes jeunes, affamés
s'accommoder de ces desen

d'or et de places ne pouvait

seins à longue échéance. Contre ces révolutionnaires

conservateurs,
Ils

ils

se

posèrent

parti d''action.

refusèrent d'attendre, et sauf à devenir conservaleur tour

teurs à

quand

ils

auraient été

nantis,

ils

éclatèrent en 1830.

Les sages des
fous,

circulaires furent

eux-mêmes entraînés par ces
prévu
et

comme ils

l'avaient

annoncé dans leur correspondance.
qui

Misley fut de ce nombre. Alors à Paris pour nouer
le

mouvemeni,

italien qui
il

se

préparait à celui

triomphait en France,
et

y reçut de Menotti, son ami,

membre, comme
lui

lui,

de

la

Haute-Vente
la

italienne,

plusieurs lettres
la

annonçant

fermentation

de

Romagne,

la

constitution

du Comité
et

central à
félicite

Modène. L'auteur de ces correspondances se
de ce que « d'Orléans
les

protège »

de «

la

grande

intelligence qui existe entre

Menotti et Lafayette. »

Trompé

par les artifices

de Menotti, aussi bien que

268

LES SOCIÉTÉS SECRÈTES DE 1814 A 1848

ceux de Misley (1), le vieux duc de Modène avait promis son'concours pour Taffranchissement de l'Italie; mais ayant appris, parla révolution parisienne et
ce qui l'avait partout suivie, qu'il s'agissait d'une ré-

volution antisociale contre la papauté
nes,
il

et tous

les trô-

s'était

défendu contre l'attaque de Menotti
le

et

de ses complices. Ceux-ci, enhardis par

succès des

autres insurrections italiennes, avaient éclaté eux-mê-

mes
le

à

Modène,

et,

en voulant envahir
la ville,

le palais

du-

cal et

s'emparer de

avaient été prévenus par

duc

et faits prisonniers.

Cependant un gouvernement provisoire s'était étabU à Bologne qui venait de secouer l'autorité pontificale.

Napoléon

et

Louis Bonaparte,

fils

de

la

reine

Hortense, étaient venus rejoindre l'armée des insurgés. Enrôlés de
tes par le père

bonne heure dans

les sociétés secrè-

même du
la

célèbre Orsini, et ayant juré
fils

entre ses mains, a dit Orsini le
toire,

dans son interroga-

de détruire

papauté

et l'Église catholique, ils
fait

avaient répondu au comité directeur, qui leur avait

demander

si

l'on pouvait

compter sur eux

et sur leur

nom

dans

la

levée de boucliers qui se préparait, qu'on

pouvait

le faire,

mais qu'ils ne voulaient paraître que

(1) C'est ici

pour la première

fois

que nous rencontrons

le

nom

deMisley.
tionnaire

Il

a été, depuis cette époque jusqu'en 1839, très mêlé aux

sociétés secrètes et, aujourd'hui que l'Italie révolucherche à glorifier ses ancêtres, la Revista Europea de Florence lui a consacre en 1881 de longs articles. Des circonstances particulières l'avaient mis en relations avec le Père Deschamps, qui lui dut des révélations intéressantes, mais qui surtout trouva avec une rare perspicacité dans ces quelques indications la clef du rôle joué par les sectes dans les événements de l'histoire contemporaine.

mouvements des

LES SOCIÉTÉS SECRÈTES DE 1814 A 1848
lorsque la

269
dont
le

Romagne

serait insurgée. Cette lettre^
eyitre

nous avons eu Père Deschamps
était

Voriginal
était
et

nos mains,
en

dit

signée Louis Bonaparte. Elle
la possédait
fit

en français,

Misley qui

lire

au Père Deschamps une autre encore, beaucoup plus longue, et écrite en italien. Voici la phrase essentielle,

dans son sens sinon dans ses termes
je ferai sentir

:

« Si je

suis

jamais maître,
de

aux Autrichiens

la force

mon

bras. »

l'Age de douze ans aux soins du fils du con« Confié à ventionnel Lebas, l'ami de Robespierre, dit le Diclionimire

encyclopédique de r histoire de France, Louis-Napoléon reçut une éducation libérale, et les principes de son gouverneur
le

préservèrent du malheur d'être élevé en prince. Lorsqu'en

février 1841,
le

Modène. Parme

et la

Romagne commencèrent
le

mouvement

insurrectionnel, les deux frères rejoignirent

les

insurgés qui marchèrent sur
provisoire,

Rome. Mais

gouverne-

craignant de déplaire au gouvernement français en tolérant la présence de deux Bonaparte dans
les

ment

rangs de l'armée libérale,
Ils

rappela les princes à BoloLà, l'aîné, Napoléon
et

gne.

obéirent pour ne pas compromeitre l'autorité réet se retirèrent à Forli.

volutionnaire

Bonaparte, tomba subitement malade

deux jours de convulsions, dans

les bras

mourut, au bout de de son frère. »

Cet

article a

précisément Philippe Lehas pour aucertificat

teur. C'est

donc un

authentique de l'origine

révolutionnaire de ces princes.

toire

Mais reprenons, en suivant M. Louis Blanc, l'hisde cette première campagne entamée par le
la

parti d'action contre

papauté

:

« Après l'occupation de Ferrare par les Autrichiens, dit Louis Blanc, le gouvernement de Bologne avait envoyé le

270

LES SOCIÉTÉS SECRÈTES DE 1814 A 1848
à Florence, avec mission
et

comte Bianchelli
les dispositions

d'y sonder, sur

de l'Angleterre

de

la

France, les repré:

sentants de ces deux pays.
les

La réponse

avait été favorable

cœurs étaient remplis d'espérance et de joie. M. de Lafayetle, trompé lui-même, affirmait à Misley que le principe de non intervention serait courageusement maintenu, et qu'à la cour il en avait reçu l'assurance. Enfin le fils du roi des Français, le duc d'Orléans, paraissait si bien disposé pour les conspirateurs italiens., qu'il était initié à leurs secrets, et que, dès le mois de novembre 1830, il avait désigne à M. Viardot le jour où l'insurrection de Modène
devait éclater.

Convaincu que la parole donnée au monde par un midu roi des Français était inviolable, mais que, pour avoir droit au principe de non intervention, les Italiens devaient le respecter les premiers, le gouvernement de Bologne ferma les yeux sur l'intervention de l'Autriche à Modène, et quand les Modénais, commandés par le noble gé«

nistre

néral Zucchi, se présentèrent,
loin encore.

il

les

désarma.
fils

Il

alla plus

Napoléon

et

Louis Bonaparte,

du comte de
et
ils

Saint-Leu, s'étaient jetés vivement dans l'insurrection
avaient déployé aux avant postes

un

brillant

courage

;

furent rappelés en toute hâte par le général

Armandi,

tant

on mettait de soin
plomatie
larmes. »

à conjurer le
le

et à délivrer

mauvais vouloir de la diPalais-Royal de tout sujet d'a-

Mais toutes ces concessions

faites

au gouvernement

de

Juillet n'aboutirent à rien. Ses ministres s'étaient
faits

déjà

conservateurs

et

négociaient avec les puis-

sances européennes.
«

MM.

Misley

et Linati, dit

L. Blanc, arrivèrent à Mar;

seille, prêts

à s'embarquer pour l'Italie

ils

avaient frété

un

navire et possédaient douze cents fusils, deux pièces de ca-

non

et

des munitions.

italiens qu'appelait à

A eux s'étaient déjà joints plusieurs son secours la patrie menacée. Le

LES SOCIÉTÉS SECRÈTES DE 1814 A 1848
jour

271

de l'embarquement

était

arrivé^

lorsqu'une dépêche

télégraphique

vint tout à coup porter au préfet des

Bou-

ches-du-Rhône, M. Thomas, l'ordre d'arrêter les proscrits, et l'on mil sous le séquestre le bâtiment qu'ils avaient frété. De semblables violences furent exécutées a l'égard de M. Visconli, de Milan, et l'illustre général Guillaume
Pépé...»

Pendant ce temps
l'Italie,
ils

les

Autrichiens

envahissaient
à

entraient

triomphalement

Bologne,

gouvernement provisoire ne se réfugiait à et le Ancône que pour se soumettre au gouvernement pontifical

dans

la

personne

de l'archevêque, cardinal
le

avec qui

commencement, Les maçons donc abandonné leurs frères du conservateurs avaient
Benvenuti, leur prisonnier depuis
ils

traitèrent

d'une amnistie.

parti d'action,

mais seulement pour en prendre
succéder,

la
la

place et faire

comme
la

toujours,

contre

papauté

la

diplomatie à

violence.

De 1832

jusqu'à 1839 les gouvernements français,

prussien, anglais et autrichien harcelèrent le Saint-

Siège de conseils formulés en
publics, dans lesquels

mémorandum et
d'adopter

rendus
code

on

lui

demandait de réformer
le

son administration,
civil,

de

la laïciser,

etc.,

d'accorder une amnistie plénière aux in-

surgés, en un mot tout le programme que LouisNapoléon Bonaparte reprit plus tard dans sa lettre à Edgar Ney.

Celte pression exercée sur
tifical

le

gouvernement ponle

n'avait pas d'autre but
sujets,

que de

déconsidérer
ses

aux yeux de ses

d'entretenir dans

États

un ferment

d'agitation continu.

CHAPITBE XIV
Mazzini et l'explosion de 1848

Cependant des éléments autrement

actifs étaient

déjà

entrés en scène, et c'est pour leur disputer l'appui des
loges que les gouvernements européens se montraient
si

désireux d'arracher au Saint-Siège une capitulation
le

qui les eût empêchés de ressentir
attaques dirigées contre l'Église.

contre-coup des

Après

le

nouvel échec des carbonari dans
,

les États

pontificaux en 1831

Mazzini avait hautement déclaré
la

l'impuissance des anciens chefs et tenté de prendre

direction du mouvement, en ouvrant déplus prochai-

nes espérances aux convoitises populaires.

En

vain

la

Haute- Vente romaine avait refusé en
dans son sein, Mazzini n'en conet,

1837 de
des

le recevoir

tinua pas moins à agir,

malgré l'opposition souide
il

hommes

de

la

Vente,

trouva un point d'appui
la

dans

les loges

maçonniques pour

propagation de
le

la la

nouvelle société secrète qu'il créa sous

nom

de

Jeune-Europe
nales.

et qui était divisée

en sections natio-

En

1838,

M. de Rochow,

ministre de l'intérieur

du royaume de Prusse, écrivait à la loge-mère de Hambourg pour se plaindre de ce qu'un grand nom-

MAZZINI ET l'explosion DE 1848
bre de loges allemandes servaient de centres de

273
rallie-

ment aux carhonari et à la Jeune- Allemagne. Ce n'est pas sans raison que l'article IV des statuts de la Jeune- Allemagne défendait à tous les membres de s'affilier à aucune autre société, excepté la Francmaçonnerie,
conques.
«

et

que Mazzini recommandait par ses
de sociétés quel-

circulaires à ses affiliés la formation

Uq jeune homme,

dit Zeller, fils

d'un professeur de mé-

decine à l'université de Gênes, Mazzini, fonda à Marseille,
avec plusieurs réfugiés, en 1832, le journal eL la société de la Jeune-Itatie ; il se sépara du Carbonarisme constitutionnel de la Restauration, rompit avec l'aristocratie, avec
la

royauté, avec la papauté, avec le passé, et vit dans l'établis-

sement d'une république unitaire
de rendre à
les
l'Italie

le

moyen

radical et

unique

la liberté

et

l'indépendance. Pendant

deux ans cette propagande, mystérieusement répandue par numéros du journal dans toute l'Italie, étendit, multiplia,
exalta la conspiration nouvelle.

En

1833, l'Italie parut d'un

bout à l'autre sur un volcan.

»

Voici les plans et
tels

le

but de la société mazzinienne,

que son chef
La régénération
par
le

les a

lui-même publiés

:

«

doit se faire, dans les grands pays

comme
Ita-

la France,
lie,
«

peuple; dans les autres»

notamment en

par les princes.

Le pape entrera dans
;

la voie des

réformes par la néces^'
;

site
le

le

roi de Piémont, par l'idée de la couronne d'Italie

grand duc de Toscane^ par
;

inclination, faiblesse et imita-

lion
«

le roi

de Naples, par contrainte.

Les peuples qui auront obtenu des constitutions et qui auront acquis par là le droit d'être exigeants, pourront pailler

à haute voix

et

commander

l'insurrection.

Ceux qui
18

se.

574

MAZZINI ET l'explosion DE 1848

ronl encore sous le joug de leurs princes devront exprimer
leurs besoins en chantant, pour

ne pas trop effrayer
et

et

ne

pas trop déplaire.
«

Profilez de la

moindre concession pour réunir

remuer

les masses,

en simulant

la reconnaissance; les fêtes, les
et,

hymren-

nes

et les
le

attroupements donneront l'élan aux idées

dant

peuple exigeant, l'éclaireront sur sa force.
«

Organisation de la Jeune- Italie
société est instituée pour la destruction in-

«

Art.

W. La

dispensable de tous les gouvernements de la péninsule, et

pour former un seul État de toute
républicain.
«

l'Italie,

sous

le

régime

absolu

maux du pouvoir ceux plus grands encore des monarchias constitulionnelies, nous devons travailler à fonder une république
Art. 2. Ayant reconnu les horribles
et

une
«

et indivisible

Art

30. C'eux qui n'obéiront point

aux ordres de

la so-

ciété

secrète

ou

qui en dévoileraient les mystères seront

poignardés sans rémission.
tres.
«

Même châtiment pour
prononcera
la

les traî-

Art. 31.

Le tribunal

secret

sentence et

désignera un ou deux
«

affiliés

pour son exécution immédiate.

Quiconque refusera d'exé'cuter l'arrêt sera censé tel, tué sur-le-champ. « Art. 33. Si le coupable s'échappe, il sera poursuivi sa7is relâche, en tout lieu, et il devra être frappé par une main invisible, fût-il sur le sein de sa mère ou dans le
Art. 32.
et,

parjure,

comme

tabernacle
«

du

Christ.

secret sera compétent, non seulement pour juger les adeptes coupables, mais pour faire meiAre à mort toutô personne qu'il aura frappée a'ana-

Art. 34.

Chaque tribunal

'

thème
«

Art. 30.

Les

officiers porteront

une dague de forme anla

tique, les sous-officiers et les soldats auront fusils et baïonnettes, plus

un poignard d'un pied de long, attaché à
ils

ceinture et sur lequel

prêteront serment,

etc. etc.

»

MAZZINI ET L^EXPLOSION DE 1848

275

Des associations semblables furent organisées pour
chaque pays de l'Europe. La Jeune- Allemagne
vailla dès lors à préparer
le

tra-

mouvement

qui

devait

éclater

en

1848.
le

l'œuvre, sous

nom

La Jeune-Suisse^ la première à de Société du Griltli, engagea
en 1847 détruisit l'alliance des

auparavant Faction

et

cantons catholiques dans la guerre du Sunderhund.
L'Italie fut
les

;

enveloppée d'un réseau de trahisons
politiques
la

;

assassinats
le

furent

commandés
le

ici

et

directeur de

police

de Modène,

préfet

de police de Naples,
Lessing,

le

légat de

Ravenne,
d'avoir
les

l'étudiant

de

Zurich,

coupable

pénétré

trop avant les secrets de Mazziai,

généraux de
bannière,

Lalour, d'Auerswald, de
plus lard

Lemberg, de Lignowski,
traître

Rossi, devenu

à sa

et

beaucoup d'autres moins connus furent condamnés
a

mort

et

frappés

par

les

mystérieuses

assem-

blées.

En

Suisse

même

l'illustre patriote

Joseph Leu,
les

ayant osé élever sa voix puissante

et

pure contre

ombres rabougries de Robespierre
tomba lui-même héros
carbonari. Après
lui, le

et

de Saint-Just,
les

et

martyr sous

coups des
cantons

Sunderhund
les

et

les

catholiques

succombèrent sous

trahisons et les
le

masses do l'armée radicale commandée par
Dufour, renforcé d'un Bonaparte
tes étrangers
et

général

de nombreux adepil

de

la

Jeune-Europe, dont

était le cor-

respondant en Suisse.

Les maçons conservateurs pouvaient déjà pressentir

leur châtiment.

Au

milieu des hésitations et de

certaines défaillances, Mazzini gagnait

du

terrain.

Par

son activité

et

son audace, qui ne reculait devant aucun

276
moyen,
jeune
et

MAZZINI ET l'explosion DE 1848
il

parvenait à se constituer une

espèce de

direction

suprême sur tout ce
de
plus

qu'il

y avait de plus
les loges,

démocratique dans
il

les

ventes et les clubs clandestins. Déjà

pouvait adres-

ser des proclamations à toute Tltalie, et la diplomatie
allait

être obligée

de compter avec
il

lui.

Dans une

let-

tre à

un des

siens,

écrivait

:

encore pu terminer la création du fonds mêle une certaine affaire qui demande un prospectus el une écriture en chiifres pour les Italiens, que je n'ai pas encore pu mener à bonne fin. Mais ce retard ne se prolongera pas beaucoup, et je vous enverrai bientôt une circulaire manuscrite. De cela dépend toute la question ;
«

Je

n'ai pas
;

national

il

s'y

ii

je réussis à

réunir des

tonds,

comme

j'en ai toutes les

nous serons suivis par d'aulres et nous agirons Sinon, qui peut espérer de lutter, aidé seulement de son influence morale, et de dominer l'anarchie du- parti? Cette anarchie, déjà grande avant les derniers événements, est maintenant générale, ainsi qu'on me l'écrit; le parti
probabilités,

devient toujours plus

nombreux

;

il

n'y a point de propor-

bientôt une proclamation aux Suisses sur le trafic qu'ils font de leurs hommes. J'ai publié dans la Revue de Westminster un long article sur les Etats du pape. Ici et en Amérique, la propagande en faveur de notre cause continue très activement et avec grand succès. J'ai des promesses formelles de coopération. Biencoli et Andreoni exploreront mieux que ne l'ont fait jusqu'ici les autres ce qui pourra se faire à Alger et sur
tion entre 1841 et 1845.

J'enverrai

le littoral qui regarde l'Italie.

»

On vit
suisse
ples

bientôt en effet, le 31 janvier 1846, le Vorort

demander le rappel des régiments suisses de Naet de Rome, Charles-Albert se poser, dans une

grande revue de l'armée piéraontaise,

comme la grande

MAZZINI ET l'explosion DE 18'i8
épée
d'Italie,

277
et

sous les ordres des sociétés secrètes,

ces sociétés elles-mêmes préluder de toutes parts par
l'agitation et tous les

genres de rumeurs à
Il

la

grande

catastrophe qu'elles préparaient.
les-Albert,

faut dire

que Chartravailler

carbonaro de
ses envoyés,
et
la

1821, entendait

pour

lui

;

notamment

M. Mazzimo

d'Azeglio, parcouraient

péninsule en essayant de

pousser
tre

les

populations à l'unité italienne sous le scepainsi

de

la

maison de Savoie. W^^ Rattazzi analyse
:

ces tentatives
greffait sur la

«

La monarchie
l''

constitutionnelle se

république rabrougrie de Mazzini. »
le

Ce
goire
élut
le

fut

alors,
et

juin 1846, que mourut Gréle

XVI,
pour

que
IX.

quinze jours après
le

conclave

lui

succéder

cardinal Mastaï, qui prit

nom
Mais
la

de Pie
ici
il

faut interrompre

le

récit
le

des attentats

contre

papauté pour raconter
partit

grand ébranle-

ment européen qui
février 1848.

de Paris aux journées de
préoccupations dyl'activité

Ainsi que nous l'avons
nastiques avaient
fini

dit,

les

vernement de

du goudonné à la Révolution cosmopolite s'était borné au mémorandum adressé à Grégoire XVI, à l'occupation d'AncOne et à l'établissement de gouvernements semblables à lui-même en Espagne et en Portugal. Dirigée souvepar absorber
Juillet.

Tout l'appui

qu'il avait

rainement, à partir de 1840, par Guizot,
constitutionnelle entra de plus en plus en
les

la

royauté

lutte

avec

éléments révolutionnaires.

Après 1830 on avait vu se produire dans les loges maçonniques un double courant une partie appuyait
:

:278
le

MAZZINI ET l'explosion DE 1848
et

gouvoinement

entendait jouir des

fruits

de

la

révolution à laquelle elle avait

coopéré.

Une

autre

poussait à la république et se composait naturellement

des éléments

les

plus jeunes et les plus

1832

les autorités

actifs. Dès maçonniques étaient impuissantes

à entraver ce mouvement ou ne le voulaient pas. Nous avons sous les yeux les rapports adressés au Grand-Orient par le F.*. Henri de Wentz, son ora-

teur de 1840 à 1847.

Il

signale avec inquiétude
et

les

tendances démocratiques
loges

impies de nombreuses
prétait
le

de

province.

Le Grand-Orient
si

peu

l'oreille à ces

doléances,
ses

bien qu'en 1847

F.-, de

Wentz demanda

lettres honoraires, laissant agir

en toute liberté des

hommes moins

arriérés.

En

1845,

le

maréchal

Soult défendit à tous les
autorités

militaires

de

s'affilier

aux loges. Les
le

ma-

çonniques,

ayant à leur tète

duc Decazes en sa
rite écossais, et.

qualité de souverain

commandeur du

une commission spéciale démarches pressantes pour obtenir

du Grand-Orient
la

firent

des

révocation de

cet ordre. Elles furent inutiles et vinrent ajouter à Tirritation grandissante des loges contre Louis-Philippe.

Bientôt arriva

pour

lui

ce qui s'était produit contre
inutile,

Napoléon en 1809. Devenu instrument
renversement fut décidé par
sociétés secrètes.
les

sou

comités directeurs des

Comme

à la veille de toutes les grandes

commofut

tions publiques,

un grand

couvent maçonnique

tenu en 1847.
Plusieurs couvents de maçons

Pavaient précédé à

Rochefort, à Heidelberg, où furent

nommés

les-dé-

MAZZINI ET l'eXPLOSIOxN DE 1848
pûtes. ges, et
Il si

279

se réunit à Strasbourg, ville

si

chère aux lola Fi-arice,

propre à réunir
la

les

émissaires de

de rAllemague, de
Eckert, les

Suisse. «

Nous
la

allons citer, dit

noms des personnages
Cavaignac,

les plus

éminents
:

qui y prirent part. C'était, pour
tine,

France

LamarLedru-

Crémieux,
Blanc,
Félix

Caussidière,

Rollin, L.
labelle,

Proudhon, Marast,
;

iMarie,
:

VauRuge^
qu'il

Pyat

et

pour l'Allemagne

Fickler,

Hecker, Herwegh,

de Gagern,

Basserman,
Ritz,

Blum,
fut
les

Feuerbach,
C'est

Simon, Jacobi,

et

WelkeTj

Herckscher.

entre

ces

hommes

arrêté qu'on

commencerait par maçonniser tous
et,

cantons suisses,

cette

base d'opération dé"
ferait

gagée de toute entrave, que l'explosion se

en

même
La
les

temps dans toute l'Europe. »
Suisse, en
la elfet,

commença presque
Sunderbund
et
et

aussitôt

après par

destruction du

de toutes

autonomies cantonales,
qui

par

la

république une
helvéti-

et indivisible

mettait toutes

les forces

ques entre

les

mains. des

sociétés

secrètes.

La

ré-

volution sociale ainsi

consommée au

centre de l'Eu-

rope, avec l'approbation et l'aide de l'Angleterre et des
autres gouvernements, l'éruption éclata partout

avec

une simultanéité inexplicable sans
çonnique,
le
et

la

conspiration

maétait

l'Europe, saisie d'épouvante, se réveilla

24 février au

milieu d'un volcan dont Paris

le cratère principal.

Ce

fut

dans

les

rangs

mêmes de

la

Franc-maçon-^

nerie que

furent organisés les banquets réformistes^
le

qui donnèrent

signal de l'explosion.
dit

Ses cinq chefs,

Eckert, en apparence de partis

.

280

MAZZINI ET l'explosion DE 1848
:

différents^ étaient cinq maîtres des loges parisiennes

MM.

Vitet,

de Morny, Berger, L. de Malleville, Du-

vergier de Hauranne, et à peine celui qui marchait à
leur tète,

l'illustre

maçon des Trinosophes,
la

— Odi-

lon Barrot, eût-il été appelé à

présidence d'un noutroupes de cesser

veau ministère,
le

qu'il

commanda aux
malgré
le

combat
qu'il

et la résistance,

serment de fidéchef

lité

venait de jurer de nouveau à Louis-Phi-

lippe, et

que

la

République

fut

autre maçon illustre. du gouvernement provisoire, La Franc-maçonnerie s'empressa d'applaudir à la
révolution

proclamée par

le

Le 10 mars 1848,
sais
allait

le le

Suprême-Conseil du

rite écos-

féliciter
lui

gouvernement provisoire,
:

et

Lamartine

répondait

«

Je suis convaincu que

c'est

du fond de vos loges que

sont émanés, d'abord dans l'ombre, puis dans le demi-jour

en pleine lumière, les sentiments qui ont fini par faire la sublime explosion dont nous avons été témoins en 1789, et dont le peuple de Paris vient de donner au monde la seet

conde

et,

j'espère, la
»

dernière représentation,

il

y a peu

de jours.

A

son tour,

le

24 mars, une dôputation du Grandreprésentant du grandle

Orient, ayant à sa tète le F.*. Bertrand, ancien prési-

dent du tribunal de commerce

et

maître, haranguait en ces termes
visoire, représenté par

gouvernement pro-

deux de
FF.'.

ses

membres

et

par son

secrétaire

général,

les

Crémieux,

Garnier-

Pagès

et

Pagnerre, tous
:

trois revêtus

de leurs msi-

gnes maçonniques

MAZZFNI ET l'eXPLOSION DE 1848
<f

281
de tous

Citoyens, le Grand-Orient de France, au

nom

maçonniques de sa correspondance, apporte son adhésion au gouvernement provisoire. La Maçonnerie franles ateliers

çaise n'a pu contenir l'élan universel de ses sympathies pour le grand mouvement national et social qui vient de s'opérer.
«

Les francs-maçons ont porté de
le

tout

temps sur leur bansaluent le triomphe

nière ces trois mots: Liberté, égalité, fraternité; en les re-

trouvant sur

drapeau de
et

la

France,

ils

de leurs principes

s'applaudissent de pouvoir dire que la

patrie tout entière a reçu par vous la consécration

maçon-

maçons, répartis dans plus de cinq cents ateliers, ne formant entre eux qu'un même cœur et qu'un même esprit, vous promettent ici leur concours pour achever l'œuvre de régénération si glorieusement commencée. Que le grand architecte de l'univers vous soit en
nique... Quarante mille frères

aide

!

»

Et

le F.*.

Crémieux, au
:

nom du gouvernement pro-

visoire, répondait

«

La République
dans tous

est dans la Maçonnerie, et c'est pour

les temps, heureux ou malheureux, la Maçonnerie a trouvé des adhérents sur toute la surface du globe II n'est pas un atelier qui ne puisse se rendre cet utile témoignage qu'il a constamment aimé la liberté, qu'il a constamment pratiqué la fralernité Oui, sur toute la surface qu'éclaire le soleil, le franc-maçon tend une main fraternelle aux francs-maçons; c'est un signal connu de tous les

cela que

peuples
«

La République fera

ce

que fait

la

Maçonnerie/

»

Les journées de
plosion universelle.

février furent suivies par

une ex-

Le 13 mars Vienne
<ie

est

en combustion. Le soutien
.

Louis-Philippe, Metternich, est renversé.

282

MAZZINI ET l'explosion DE 1848
autrichien, depuis la chute de Charles
roi et

Le ministre
avait

X

,

montrô à l'égard du vieux
égoïste.

de son petit-fds
en

un dégagement
renonçant à
le

Tout son

effort consistait,

faire

reposer

la politique

européenne sur

principe de la légitimité, à limiter l'explosion révo-

lutionnaire à la France, et à chercher à

amener Louiscontre les secla

Philippe, par

la

considération de son intérêt, à entrer

dans
tes.

la

voie des mesures répressives
ce
but,
il

Dans

avait relevé

avec soin

part

prise aux complots révolutionnaires par les Bonaparte
et leurs parents, les
il

Murât,

les

Pepoli, etc. Dès 1832,
le

écrivait: «

Louis Bonaparte,

jour du décès du duc

de Reichstadt, se regardera
la

République française. »
était aussi

comme appelé à la tète de On ne peut pas reprocher
;

au vieux diplomate d'avoir manqué de perspicacité
il

dans

le

vrai en disant

:

«

Le Bonapartisme offre une fort grande

SUPERFICIE. Il s'étend du despotisme militaire

jusqu'à la société des Amis du peuple. »
Louis-Philippe,
ses
fds
et
la

France

devaient

l'apprendre à leurs dépens.

Mais reprenons

le

tableau sommaire du bouleverse-

ment européen

:

Le
tions,

18,

barricades à Berlin,
le

effroyables

commooù
le

en attendant

parlement
la

allemand,
souveraineté

président

Gagern proclamera

du

peuple.

Le même jour, explosion à Milan. Le 20 mars, révolution à Parme. Le 22 mars, république à Venise.
Avant
la
fin

du mois, Naples,

la

Toscane, Rome,

MAZZLNI ET l'eXPLOSION DE 1848
sous l'inspiration de
l'envoyé

283
lord

de

Palmerstcn,

Minto,et

le

Piémont

avaient leurs constitutions parlela

mentaires, en attendant

république à

Rome, avec

Mazzini

et Salicetti.
;

à

Florence,

avec Gaerrazzi et

MoQtanelli

et le
Italie,

Piémont marchait contre l'Autriche.

Ce
1er,

fut,

en

comme un
;

vent impétueux, dit Zeldes

tombant sur un brasier

Pyrénées à
la

la

Vis-

tule, ajoute le traducteur d'Eckert,

Révolution a

agité son poignard sanglant et sa torche incendiaire.

La République
et la

universelle,

préparée par Mazzini

Jeune-Europe, semblait devoir triompher parMais
le

tout.
et la

mouvement
le roi

était

prématuré. L'Autriche

Russie eurent facilement raison de ces tentatives,
Charles-Albert de Sardaigne

malgré l'appui que
leur donna.
lut

La

dynastie prussienne elle-même ne voufois,

pas,

pour cette

de

la

couronne impériale^

que
rent
tres

lui offrait

l'assemblée de Francfort.
les

En

France,

journées de mai et de juin amenè-

une réaction conservatrice, qui, jointe à leurs auéchecs, firent comprendre aux habiles mineurs
la

des sociétés secrètes que conserver

république en

France

était

faire reculer

considérablement leur

œu-

vre en Europe.
la

Une

Révolution

une forme nouvelle de conservatrice, leur convenait mieux
dictature,

pour rheure présente.
profonds
et la

R

fallut

reprendre

les projets

tactique plus

sûre de la
le

Haute-Vente

romaine. Nous verrons dans
nouvelle phase de
lui-ci,
la

chapitre suivant celte

Révolution.

Pour achever ce-

nous avons à dérouler grande
et le

les étapes successives

de

la

lutte

temporel
goire

engagée à Rome contre le pouvoir doux pontife qui avait succédé à Gré-

XV L

284

MAZZINI ET l'explosion DE 1848
de
foi,

Homme

de prière, de travail d'une candeur
qui
se
et

et

de vertu,
dans tous
et à

d'une bonté
ses

ineffable,
et

d'une aménité

vraiment célestes
traits,

peignaient
droiture

Pie IX joignait à une

une

charité qui ne soupçonne pas le mal,
pôtre,

comme

parle Fa-

une fermeté d'âme
de

et

de conscience que rien de
la ligne
il

n'était capable

faire dévier

du devoir
ne pouvait

connu. Avec d'aussi émmentes qualités,

songer, pontife et roi, qu'à faire le bien de ses États
et à

ramener par

la liberté

vraiment chrétienne

et les

peuples

et les rois à la vérité et à la

pratique des ver-

tus qui, en préparant à la vie éternelle, peuvent seuls
faire le

l'aide

bonheur ici-bas; et il y serait parvenu, avec de Dieu, sans aucun doute, pour peu qu'il y eût eu de bonne foi dans les meneurs des sociétés sede vrai discernement
des
rois.

crètes,

et

de science politique

dans
les

les conseils

Mais au point où en étaient
les

hommes
la

et les choses,

vertus et les qualités

du
de

souverain pontife,
perfidie et

sons les desseins et les trames
la

de
le

trahison, ne pouvaient

que se

retourner contre

Saint-Siège lui-même.
pontife,
il

Dès

l'exaltation

du nouveau
le

fut
le

acclamé

d'un bout

du monde à Tautre, comme

pape

si

longtemps désiré,
Mais à cet
sa portée.

restaurateur de la liberté et le

libérateur des peuples.

enthousiasme

les

sectes mêlèrent

une
sur

agitation factice qui l'exagérait et trompait Pie

IX

A

peine l'amnistie eut-elle été proclamée,

vit accourir à

Rome tous

les révolutionnaires

que Ton du monde

entier, depuis Mazzini jusqu'à

Karl Marx,

le futur fon-

MAZZINI ET l'explosion DE 1848

285

dateur de V Internationale. Dès lors ce fut une suite
incessante de manifestations pour obtenir une consulte
réformatrice, l'établissement de la garde civique, une
constitution, enfin la guerre contre l'Autriche.

C'est

Mazzini qui, dès novembre 1846, avait tracé ce pro-

gramme
«

:

Profilez, leur disait-il, de la

moindre concession pour
de la re-

réunir les masses, ne fût-ce que pour témoigner

Des fêtes, des chants, des rassemblements, des rapports nombreux établis entre les hommes de toute opinion, suffisent pour faire jaillir des idées, donner au peuple le sentiment de sa force et le rendre exigeant. La difficonnaissance.
culté
n'est pas

de convaincre

le

peuple

:

quelques grands

mots, liberté, droits de l'homme, progrès, égalité, fraternité,
despotisme, privilège,
cela
;

tyrannie,

esclavage, suffisent pour

le difficile,

c'est

de

le

réunir.
.

Le jour où

il

sera

réuni sera le jour de l'ère nouvelle.

Chaque concesssion

servait de point de départ

aux

nouvelles revendications. Pie

IX accorda

tout, entraîné

peut-être par la droiture de son âme, mais obéissant

un dessein providentiel, pour montrer par une dernière expérience que l'Eglise n'est hostile à aucune liberté, mais que la Révolution les rend toutes
surtout à

impossibles et que
pies

le

libéralisme n'est, chez les peua pris pied,
la

la

Maçonnerie

que

la

préface
Il

inévitable des pires

excès de

démagogie.

n'y

eut qu'un point où le saint pontife

fît

entendre son

non

possumus,

c'était la déclaration
:

de guerre à l'Autriche.

On sait le

reste

les

troupes pontificales, entraînées par

un général

infidèle,
;

marchèrent à l'ennemi contre
Rossi
fut

les

ordres du St-Père

massacré en plein palais

286

MAZZINI ET l'explosion DE 1848
;

du parlement

le

St-Père menacé dans

sa vie par

l'émeute, obligé

de

fuir à
la

Gaëte,

et la

République
et

romaine proclamée sur
miellini

proposition d'un Bonaparte,

Lucien, prince de Canino, avec Mazzini Raffî

Ar-

pour triumvirs, Garibaldi pour général en

chef des hordes cosmopolites qui y étaient accourues. De tels événements causèrent dans le monde chrétien

une émotion considérable. L'Autriche, victorieuse
Révolution en Lombardie
et

de

la

en Hongrie, se

dis-

posait à aller la poursuivre jusqu'à

Rome. La

catholi-

que Espagne voulait prendre
dition.

l'initiative

d'une expéla

Jamais

les sectes
le

ne

l'ont

pardonné à

reine

Isabelle.

En

France,

gouvernement du général Ca»

vaignac, à défaut d'une inspiration chrétienne, eût du

moins

le

sentiment de ce qu'exigeaient une saine po-

litique et l'intérêt

du pays,

et,

dès que

le

télégraphe
il

eut apporté
partir

la

nouvelle de l'assassinat de Rossi,
brigade.
Cette

fit

pour

Rome une

mesure ayant

été soumise à l'Assemblée constituante, elle adoptait,

480 voix contre 63, celles de LedruRollin et de la Montagne, l'ordre du jour suivant, « L'Assemblée, approposé par M. de Tréveneuc
à la majorité de
:

prouvant

les

mesures de

précaution prises par son
la liberté

gouvernement pour assurer
et se réservant de 'prendre

du Saint- Père,
faits

une décision sur des

ultérieurs encore imprévus^ passe à l'ordre du jour. »

Dès ce jour

se révéla la politique astucieuse, mais
réalité,

profondement révolutionnaire en
poléon Bonaparte,

de Louis-Na-

Tancien

insurgé

carbonaro des

Romagnes,

le futur

empereur des Français.

Élu représentant du peuple en 1848, en

même temps

MAZZINI ET l'explosion DE 1848

287

que son cousin Napoléon-Jérôme,
était allé s'asseoir

Louis-Napoléon
la

avec
il

lui

sur les bancs de

gauche.
scrutin

Le 30 septembre,
sur l'ordre

s'abstint

de voter dans

le

du jour approuvant l'expédition romaine,
lisait

etdeux jours après on
et la

dans
:

le

Constitutionnel

Presse

la lettre

suivante

«

Paris, 2

décembre 1848.

— Monsieur

le rédacteur,

ap-

prenant qu'on a remarqué mon abstention dans le vote relatif à l'expédition de (.ivita-Vecchia. je crois devoir déclarer,
que, tout en étant

décidé

à appuyer

toutes

les

mesures

propres à garantir efficacement

la liberté

et l'autorité

du

souverain pontife, je n'ai 'pu approuver par mon vote une démonstration militaire qui me semblait dangereuse, même
à

pour les intérêts sacrés qu'on voulait protéger^ et de nature compromettre la paix de l'Europe.
«

Recevez, monsieur le rédacteur, l'assurance de mes sen-

timents distingués.

— Signé
il

:

Louis-Napoléon Uonaparte.»
le

Dès

cette

époque
la

devint

candidat

la

Franc-

maçonnerie à

présidence.
la

Le patronage de
la

Maçonnerie
J

était discret

;

la

France venait de prouver en
que, malgré
les divisions

849, par les élections a

Législative, qu'elle était essentiellement monarchi-

de ses hautes classes,

et

fermement* catholique. Aussi Louis-Napoléon
cha-t-il
et réussit-il
le

cher-

à réparer l'effet produit

par son

abstention dans
la lettre

vote pour l'expédition romaine, par
:

suivante adressée au nonce du pape

vous

Monseigneur, je ne veux pas laisser accréditer auprès de les bruits qui tendent à me rendre complice de la conduite que tient à Rome le prince deCanino. « Depuis longtemps je n'ai aucune espèce de relations
«

288
avec le
fils

MAZZINI ET l'explosion DE 1848
aîné de Lucien Bonaparte,
qu'il n'ait point senti
et
.;>.

déplore de toute

que U maintien de la souveraineté temporelle du chef vénérable de V Église était intimement lié à l'éclat du Catholicisme comme à la Liberté et à IHndépendance de f Italie. « Recevez, Monseigneur, l'assurance de mes sentiments Louis-Napoléon Bonaparte. » de haute estime.

mon âme

L'expédition française

était partie

sous

le

comman-

dement. du général Oudinot. Sa tâche fut singulièrement compliquée par des intrigues de toute sorte.

Avant

même que Rome

fût investie, le consul français

resté à

Rome, Ferdinand de Lesseps, un franc-mala

çon, avait, au mépris de toutes les règles diplomati-

ques, signé un traité avec
le

République romaine, que
défense de

général dut déchirer,
Garibaldi d'organiser

mais qui permit à Mazzini
la

et à

Rome.

Quand

enfin la ville fut prise,

Louis-Napoléon, de-

venu prince président, essaya de paralyser la restauration du St-Père en lui imposant un programme de
réformes dites libérales
et surtout

en

le

discréditant

aux yeux des populations.
« Lorsque nos armées firent le tour de l'Europe, disait-il dans un manifeste publié sous forme de lettre à Edgar Ney,

elles laissèrent partout,

comme

trace

de

leur passage,

la
li-

destruction des abus de la féodalité et les germes de la

berté ; il ne sera pas dit qu'en 1849 une armée française ait pu agir dans un autre sens et amener d'autres résultats. »

Cette politique machiavélique clairvoyance de
forts

échoua devant

la

MM.

Rayneval

et

de Corcelles, qui,
de l'Assemblée,
devant
la loyale

de

l'autorité

qu'ils

tenaient
et surtout

réagirent énergiquement,

MAZZINI ET l'explosion DE 1848
fermeté du général de Rostolan qui,
s'était

289

spontanément,

déjà opposé à la publication de la lettre présiIl la

dentielle.

paya de son rappel

et

de

la privation

du bâton de maréchal auquel ses services lui donnaient
droit.

19

CHAPITRE XV
LE SECOND EMPIRE ET LA DESTRUCTION DU POUVOIR TEMPOREL DU PAPE

On

a vu dans le chapitre précédent quelle fut

l'atti-

tude de Louis-Napoléon pendant toute l'expédition romaine. C'est l'assemblée constituante, puis
tive,

la législa-

qui eut l'honneur de cette belle page

de notre
et

histoire.

Louis-Napoléon ne chercha qu'à l'entraver
à raconter
ici la lutte

à en atténuer les résultats.

Nous n'avons pas

sourde qui,

pendant deux ans, se poursuivit entre rassemblée et le prince président. Elle aboutit au coup d'État du
2 décembre.

Assurément
des masses

cet acte d'audace eut
;

pour instrument
il

quelques chefs militaires ambitieux
populaires, qui, ayant

eut l'adhésion

fait

par deux fois
la

des élections monarchiques pour échapper à

déma-

gogie menaçante, étaient désorientées par
des débats

la stérilité

parlementaires et l'impuissance de deux

assemblées successives. Mais n'eut-il pas aussi la
plicité des chefs des sociétés secrètes, qui,

com-

comme Mide

chel, de Bourges, « avaient mis

la

Révolution aux

mains d'un prince, persuadés
îa servir et

qu'il serait contraint

démarcher dans

ses voies? »

DESTRUCTION DU POUVOIR TEMPOREL

291

La

façon dont

le

coup d'État

fut

accueillie est si-

gnificative.

Les faubourgs restèrent
jours de

inertes, et ce fut après
la police

deux
la
il

manœuvres que

parvint à faire éle-

ver quelques barricades pour donner

un prétexte à
en
province,
isolées

sanglante fusillade
n'y eut
les

des boulevards

;

que quelques levées de boucliers
les plus reculés,

dans

départements

les

mots d'ordre
ou-

ne pouvaient pas parvenir. Tous
cains restèrent immobiles.
vriers, les fanatiques,
parti,

les

chefs républiles

— avaient


le

Une

fois

de plus,

les seuls

honnêtes gens du
Révolution s'em-

été

abandonoés par leurs meneurs.

A l'extérieur tous
obéissait

les

hommes de

la

ployèrent à faire réussir

coup d'Etat. Narvaez, qui

à Palmerston, prêta
le

même 500,000

francs

un peu avant

2 décembre.

Peu de jours après cette date, une réunion du grand conseil des sociétés secrètes avait eu lieu à Paris
;

des convocations

signées
:

Mocquard
Pour

avaient été
les

expédiées avec cette mention

régler

affaisi-

res d'Italie, et Mazzini avait reçu

un sauf-conduit

gné de Louis-Napoléon lui-même.
nion,

Dans

cette

réu-

Mazzini

et trois
le

ou quatre de ses amis furent

seuls à voter
cratique.

pour

maintien d'une république démo-

L'influence de Palmerston l'emporta à une
et
la

majorité considérable,

dictature

fut

livrée

à
les

Louis-Napoléon, à la condition de mettre toutes forces de la France au service de la Révolution.
C'est

qu'est

la

clef

de

la

politique de

Na-

poléon IIL Quand, à un point de vue historique général,

on cherche à résumer son règne, on y voit à Tex-

292
térieur

DESTRUCTION DU POUVOIR TEMPOREL
deux
faits

qui dominent tout

:

l'unification

de

l'Italie et la

destruction du pouvoir temporel du pape,

l'unificatioa

de l'Allemagne

et

l'élévation à l'hégé-

monie de

la

dynastie prussienne.

En même temps
que
la

à

l'intérieur se produisit

un

travail

maçonnique de prorépu-

pagande doctrinale
celle

très profond, qui fait

blique de 1870 n'a eu que le

nom de commun
les objectifs

avec

de 1848.

Or, c'était

précisément
sociétés

poursuivis

par toutes

les

secrètes.

Mais nous n'argufaits, et

mentons pas ici, nous apportons seulement des
c'est

par des témoignages précis que nous allons voir

leur

main dans

les

événements de

cette

époque.

Ce

chapitre sera consacré exclusivement aux évéd'Italie.

nements

Misley écrivait au

Père Deschamps de Londres,
c'était

il

était

allé, «

parce que

que devait se
auprès de
suivante,

décider l'avenir de son pays »,
l'Orient

l'Italie,

des Orients, Palmerston,
l^""

la

lettre

datée du

juillet

1853

:

ne crois pas à une que des événements ne tarderont pas à troubler l'Europe. Je crois à une révolution en Espagne, si la reine Christine ne s'exile pas
«

Quant aux

affaires
;

publiques, je
je crois

guerre imminente

mais

volontairement.
celle

Cette

révolution
craint
la

de Naples.

On

guerre

donnera le pour

signal
les

à

révo-

moi je crois que, s'il y a la guerre, il n'y aura pas de révolution. Mes idées sont fondées sur des convictions profondes et la connaissance de certaines circonslutionnaires, et

tances. J'ai aussi la conviction que Napoléon

donnera

le si-

gnal du branle-bas plus tard

et

quand on ne

le croira pas. »

DESTRUCTION DU POUVOIR TEMPOREL

293

Ces prédictions se réalisèrent de point en point. La
reine Christine s'exila volontairement, et la révolution

n'eut pas lieu.

Mais bientôt M. Gladstone ouvrit
de Naples,
et

le

feu contre les Bourbons
tard, le 1""

un peu plus janvier 1859, Napoléon devait donner le
par sa fameuse

signal

du hranle-has

apostrophe à

M. de Hûbner. L'àme de toute

cette politique était

Palmerston.
la

Il

avait besoin, pour réaliser ses plans,

de

France, de
il

son armée, de ses finances.
connaître
le

En janvier

1852,

fit

re-

nouvel empire par l'Angleterre avec un
la

empressement qui emporta
cours européennes,

reconnaissance des autres

restées

pendant quelque temps
de
la reine
le

dans une attitude expectante.
Il le
fit

en altérant

les

lettres

de

la

Grande-Bretagne,

comme

a été obligé de

dénon-

cer en plein parlement
,

John

Russell lui-même, son

collègue au ministère, pour justifier le renvoi du ministre infidèle. Voici

Lord Normanby
crétaire d'État

:

«

sur ce point le témoignage de John Russell affirma que le seaffaires étrangères

au département des

(Palmerston) avait écrit plusieurs dépêches aux

am-

bassadeurs sans y avoir été autorisé par le cabinet, et sans en avoir donné connaissance à la reine.// avait
altéré des dépêches revêtues de la signature royale
et enfin ce
et
;

même secrétaire
la reine,

d'État s'était mis aux lieu

place de la couronne, négligeant ainsi et foulant aux
afin de faire

pieds les droits de

prévaloir

son avis personnel sur Vétat des choses à Paris, »
et

amener Tentente cordiale sans
ou peu de chose.

laquelle on ne

pou-

vait rien

294

DESTRUCTION DU POUVOIR TEMPOREL
vit alors,
allait

Le Père Deschamps
qu'il lui dit

peu après

le

renvoi
ce

de Pahiierston, Misley, qui
de ce renvoi
et

à Londres. Sur

de l'impossibilité du rapd'aussi ignobles abus de

pel de Palmerston,

confiance
se passer

:

— Oh! répondit
lui, et

après

Misley,

on ne peut pas

de

son rappel ne tardera pas.

Use

fit

en

effet, et
î

même

dans un ministère présidé
lui,
il

par John Russell

Maçon comme
l'intérêt

l'avait
et

dé-

noncé au parlement dans
assurer
le

du moment

pour

succès de la grande conspiration maçonni-

que.

Dès

le

lendemain du désastre de Novare, on

saisit
la

chez Victor-Emmanuel et son entourage immédiat
volonté de reprendre à
la

première occasion l'œuvre

de

la

Révolution.

Nous disons l'œuvre de la Révolution et non celle de l'indépendance italienne, car en 4850 ce prince
donnait à
la

Franc-maçonnerie un gage
faire la

positif

de son

intention de

guerre à

la

religion

non moins

qu'à l'Autriche et de faire passer l'intérêt révolutionnaire avant l'intérêt italien.

Le

ministère

d'Azeglio,
les

qui
plaies

après Novare avait

pour mission de panser
tituer l'armée, prit

du pays, de reconsde Moncalieri,

une

attitude autoritaire très énergi-

que

et inspira

au
dit

roi la

proclamation

dans laquelle,
lusion à

M™^
»

Rattazzi, on pouvait voir

une «

al-

un coup d'État comme Napoléon devait en faire
(l).

un peu après
tère; or, par

Cavour

était

l'âme de ce minis^il

la loi

du 9

avrill

1850,

rompait

le

(1) Rattazzi et son temps. Documenti inédits, correspondances, souvenirs intimes, par Mme Rattazzi, Paris, 1881, t. I, p. 304.

DESTRUCTION DU POUVOIR TEMPOREL
concordat existant avec
le

295

Rome
le

:

cette loi fut votée avec

concours de Rattazi, l'ancien ministre révolutionchef de l'opposition dans
était

naire de Charles-Albert,
la

Chambre. Une

alliance étroite
;

dès lors con^

tractée
trices

entre ces deux hommes

les

mesures persécurapidement.

de l'Église s'accentuèrent

Mgr
tri-

Franzoni, archevêque de Turin, ayant protesté, fut
arrêté,

condamné

à l'amende et à la prison par les
exil. Il

bunaux, bientôt après envoyé en
tant à l'archevêque de Cagliari.

en arriva au-

Rattazzi avait

fait

jadis partie de la Jeune-Italie

:

compromis avec
dans
les

les

révolutionnaires militants beaus'être

coup plus que Cavour, qui jusque-là paraît

tenu

régions plus cachées et plus relevées des so^
il

ciétés

secrètes,

apportait à ce dernier
la

l'appui

du

parti d'action,

dont

direction échappa de plus en

plus à Mazzini.

La rupture de Cavour avec
liste

le

vieil

élément roya-

piémontais, auquel sa naissance
fut,

le rattachait, fut

bientôt complète. Rattazzi

grâce à

lui,
;

élu présiil

dent de

la

Chambre des députés en 1852

entra au
loi

ministère en 1854, et proposa aussitôt une

pour

confisquer les biens des corporations religieuses.
crise ministérielle s'en étant suivie,

Une

Victor-Emmanuel
par
la,

usa de sa prérogative royale pour maintenir Rattazzi

au pouvoir

et faire

voter la

loi

(28 mai 1855)

Chambre menacée de dissolution, « Mazzini, dit M"^ Rattazzi, fut désarçonné du coup
et

en devint furieux

(1).

» Mais

la

majeure partie des

(1)

Cette défection
et

à Rattazzi

ex plique la haine profonde que Mazzini portait quî éclate à chaque instant dans ses lettres publiées par-

596

DESTRUCTION DU POUVOIR TEMPOREL

éléments révolutionnaires se groupa autour de Cavour
et

de Rattazzi

et leur confia la direction

du mouvement.

Une

des plus importantes adhésions fut celle de

Ma-

nin, l'ancien

doge de Venise en 1848.
chefs,

Il

apporta son

influence et celle

des loges françaises et italiennes,

dont
sous

il

était

un des

au service de

l'idée unitaire

la

monarchie piémontaise,

et combattit la poli-

tique mazzinienne, qui avait pour objectif la république
fédérative.
Rattazzi suggéra l'idée d'opposer à cette propagande cen-

«

du Piémont une pression centripète à Turin. mise à exécution par Gavour, sortit la Società nazionale, qui était le revers de la médaille de Partito d'Apène. Le triumvirat Manin, la Farina, Pallavicini se forma sous la direction de Gavour, avec le programme Unificazione d'Italia, independenza sotto la dinastia di Savoia^ tant que cette dynastie demeurerait fidèle à la cause
trifuge hors

De cette

idée,

:

italienne, en

se

servant de l'action populaire et de

l'utile

concours du
disait

gouvernement piémontais.

Gette société tra-

vailla l'esprit italien et le transforma. Agitatore ed agitato^

Manin. Gette agitation rendit impossibles, en les démasquant, les Euménides de l'Italie à cette époque, c'est-àdire Mazzini, Murât, la République, le pape. On groupa les patriotes, on concentra les forces. Gavour était la tête et le foyer de ce polype immense, qui lançait ses tentacules sur
tous les points

de

la

péninsule

et

concentrait l'âme ita»

lienne dans

le

cabinet de Victor-Emmanuel.

Quelque importance qu'eût
Cavour,
elle

cette concentration des
la direction

éléments révolutionnaires italiens sous
n'eût pas
servi

de

à

préserver

Victor-

Diamilla-Muller,
in- 8», 1880.

Politica

segreta italiana,

Turin,

Roux

et

Favalo

DESTHUCTFON DU POUVOIR TEMPOREL

297

coopérateurs

Emmanuel d'un second Novare, comme Palmerslon
Toutes
les

s'il

n'eût trouvé des
III.

et

Napoléon

Ce

sont eux que nous allons voir à l'œuvre.
affaires

de cette période ont été traitées

par des communications secrètes entre les principaux
acteurs

des événements. Presque constamment les
les

documents diplomatiques,
priment
nuel,
le

notes ministérielles ex-

contraire de ce que préparent
III,

Victor-Emma-

Napoléon

Palmerston. Leur manière d'agir
les sociétés secrètes,

est celle

d'hommes engagés dans

compter avec des éléments tout autres que ceux qui figurent sur la scène extérieure de la
et qui ont à

politique.

La guerre de Crimée
rapports.
le

n'a jamais été bien expliquée

dans ses origines. Elle reste un mystère sous bien des

Eh
la

bien

!

il

est très frappant
était

de voir que,
préconisait
la

12 mars 1849, cette idée

mise en avant par un
qui

journal de

secte, publié à

Rome,

une

alliance de la Turquie, de l'Angleterre et de
la

France contre
étrange.

Russie.

L'intervention du
cette

gouver-

nement piémontais dans

guerre est encore plus
qui, personle

En

1853,

c'est

Victor-Emmanuel
n'avait
le

nellement

et

malgré ses ministres, engagea
il

Piémont

dans cette guerre où
térêt,

absolument aucun inrévolutionnaire avec

mais

qui

liait

parti

Napoléon
ment,

III.

Cavour

était

dès ce

moment son
le roi,
il

instru-

et suivait,

de concert avec
celle

une politique
faisait faisait

absolument opposée à
partie.

du ministère dont

Dès

le

6 juin

1853, Victor-Emmanuel

au duc de Guiche, ministre de France à Turin, des ouvertures très précises qui aboutirent six mois plus

.

298

DESTRUCTION DU POUVOIR TEMPOREL
du 8 juin 1854, après
le

lard au traité

temps

utile-

pour

travailler ropinion publique en ce sens.

Le Père Deschamps
un
rôle prépondérant
le lui

a attribué à lord Palmerston
les révolutions

dans

de ce

siècle.

Misley

avait signalé dès 1850,

comme

exerçant

une
ce

sorte de dictature sur les sociétés secrètes et sur

modde diplomatique
européenne,

occulte qui
et

mène en
les

réalité

la politique

pour lequel

débats

parlementaires ne sont bien souvent que des parades
jouées sur les tréteaux

pour l'amusement du public.

Cette partie de l'ouvrage du P.
levé
certains

Deschamps

a sou-

doutes

chez des esprits sincères, qui

croient plutôt

que Vold Palm a personnifié dans sa
la politique égoïste

longue carrière

de

l'Angleterre
les

Depuis

lors, divers écrits,

notamment

Mémoires

de Rattazzi publiés par sa femme

née Bonaparte,

sont venus apporter aux vues de l'auteur des Sociétés
secrètes

une confirmation
adopté

éclatante.

Palmerston exécrait
il

le

pape
:

et

les

Bourbons
!

:

avait

pour

devise

Agitez
et

Agitez

î

Dans
les

ses

dépèches diplomatiques

surtout

dans

sa correspondance intime

apparaissent constamment

serments du chevalier Kadosch.

En

1847,

il

avait poussé Charles-Albert à inaugu-

rer la guerre révolutionnaire.

Dès 1852, Cavour, de-

venu premier ministre de Victor-Emmanuel, pouvait, en entrant dans sa lutte diplomatique avec l'Autriche et le Vatican, écrire que le concours loyal de Pal-

merston

lui était assuré.
si

L'expédition de Crimée avait été
opération préliminaire que, dans
le

bien une simple

congrès

même où

DESTRUCTION DU POUVOIR TEMPOREL
fut rédigé

29î>
la

l'instrument de
et

paix,

Ton commença

campagne révolutionnaire
aboutir à
la

diplomatique qui devait
et

guerre d'Italie

à la constitution de

l'unité italienne sous le sceptre

de Victor-Emmanuel.
le

La maison de Savoie
empoisonné que
ces,

avait en effet accepté

fruit

les sociétés secrètes offrent

aux prinpro-

mais que

la

maison de Bourbon a toujours rele tentateur,
si elle

poussé.

Comme

la

Révolution

lui

mettait des royaumes,

consentait à Tadorer.
les so-

Charles- Albert, engagé de longue date dans
ciétés secrètes, avait

commencé
il

cette trahison en

se

prêtant en 1821

à la première
était

insurrection des car-

bonari

;

puis en 1847,

revenu aux complices
la

de sa jeunesse
se termina par

et s'était
la

lancé dans

guerre qui

défaite

de Novare.
fils,

Ses

tristes

exemples pesaient sur son
perdu
la

quoiqu'il n'ait jamais
la

foi

religieuse.

Quand
il

pieuse princesse

qui était son épouse fut morte,

fut livré sans contre-

poids aux influences révolutionnaires. Dès lors Cavour,

gouvernant sous son nom,

put engager le Piémont
ensuite

dans
la

la

guerre de Crimée pour pouvoir poser

question italienne au congrès de Paris.

En

février 1855,

Cavour

écrit

à Cibrario que

Na-

poléon III ne veut pas encore laisser poser la question
italienne, parce qu'il attend la naissance

d'un enfant

dont

il

veut, par politique, que le pape soit le parrain.

Ce

fut

au commencement de 1856 que se
la

fit

l'ou-

verture du congrès de Paris, sous
ministre des affaires

présidence du

étrangères de France,

M.

le

comte Walewski.

Le 27 mars,

dit

M. de

Corcelles,

M.

le

comte de

300

DESTRUCTION DU POUVOIR TEMPOREL

Cavour, assisté de Villamarina, avait remis aux ministres

de France
le

et

d'Angleterre une note verbale

réclamant dans
tervention
congrès.

gouvernement du Saint-Siège Vin-

des puissances qui allaient se réunir en

Impuissance du souverain
ner son
peuple
;

poiitife à gouverdanger permanent du désordre

dans
tés c?e

le

centre de V Italie;

extension de la domiles trai-

nation autrichienne bien au delà de ce que

1815

lui ont

accordé

;

telle était

la

thèse sou:

tenue dans cette note qui se terminait par ces mots
«

Principauté apostolique sous la haute domination du
lois,

pape, mais régie par ses propres

ayant ses tribunaux,
ministres
et

ses finances, son armée, gouvernée, avec des

un

conseil d'État, par
;

un vicaire

pontifical laïque,

nommé

pour dix ans une troupe indigène immédiatement organisée au moyen de la conscription militaire exécution de ces mesures confiée à un iiaut commissaire nommé par les
;

puissances, et au gouvernement français, dont les

troupes

remplaceraient temporairement celles de TAutrichedans les
Légations.
»

C'était la
toire et

reprise de

la vieille

querelle du Direcla

du premier Empire contre

papauté, c'était

la
;

suite de la lettre

du prince-président à Edgard Ney
thème,
les

on y retrouve
cularisation

le

même

mots mêmes de sépre-

et

de Code Napoléon.

Le 8
ment

avril, le

comte Walewski pose donc
congrès
et

le

mier, au sein du

au

nom du gouverneet italienne.
le

français, la question

romaine

La

résistance [de

l'Autriche

empêche
le

congrès

de voter sur ce hors-d'œuvre Lord Clarendon avait déclaré

et sur ces calomnies.

gouvernement du

DESTRUCTION DU POUVOIR TEMPOREL
pape «
le
le

301
;

plus mauvais qui

ait

jamais existé»

selon

mot de Cavour, « un

verdict rendu par la France
stérile.

et l'Angleterre

ne pouvait demeurer

»

La

di-

plomatie se
bles

faisait l'éditeur
la

responsable des exécra-

mensonges de

démagogie.
de Cavour fut sir James Hudson,

Un
et

utile auxiliaire

ministre d'Angleterre à Turin, et donneur de conseils

de subsides à tous

les conspirateurs.

Un
:

des secré-

taires

de

la

légation disait plaisamment
sir

« Je viens de dîner chez « douze à table
;

James

;

nous étions

sauf lui et moi, les convives étaient
!

« tous galériens et condamnés à mort
«

Les gaillards
de
léga-

me

donnaient

le frisson.

»
l'hôtel
la

C'est sous ses auspices et dans
tion britannique

que Mazzini, condamné à mort par contumace en Piémont pour avoir dirigé une tentative
trevues avec Cavour.

d'assassinat contre Charles-Albert, eut plusieurs en-

Lord Palmerston

lisait

à la tribune du Parlement
sir

d'Angleterre les accusations odieuses de

contre le pape et les souverains légitimes.

Hudson Lui-même

ne craignait pas de dire

:

« Le gouvernement pontifical esl mauvais et tyranniquc. Bien quedes atrocités aient été commises, le gouvernement

provisoire de

Rome s'est

efforcé de les prévenir, et la yille

SAINTE n'a

jamais ÉTÉ BIEN

SENGE DU PAPE, qui

GOUVEENÉE QUE nc peut se maintenir à
»

DURANT

l'aB-

Rome

qu'avec

l'appui d'une force étrangère.

Pendant deux ans,

les

journaux anglais à

la

solde

de

la

Maçonnerie développèrent ce thème, attaquant

302

DESTRUCTION DU POUVOIR TEMPOREL
de Naples,
le

tour à tour le pape, le roi

gouvernesi

ment de
Tout
poléon

la

duchesse de Parme, cette princesse
si

fran-

çaise par le cœur,
est

grande par

l'intelligence.

prêt,

aurait dit le

comte Cavour à Na;

III,

avant de partir de Paris, après^le congrès
les

commençons par
Bologne
pereur, nous ne

se soulèvera.

— Non

Ro7nagnes, au premier ordre
pas, aurait répondu l'emici

sommes

pas prêts

contre les États

du pape,

c'est plutôt

par Naples qu'il faut commencer.
;

Vous

aviez le
le

duc de Gènes pour ce pays
lui tout sera
facile.

mort, vous
;

ne pouvez

remplacer par votre Carignan

Murât

;

avec

— Nicotera

mais
et

j'ai

tous

ses garibaldiens étaient déjà
treprise.
Il

— A ce nom de Murât,

achetés

pour cette enavait pâli....

Cavour

partit soucieux, roulant bien d'autres projets

dans

sa tète.

Cette conversation, rapportée par

M. de Cavour

à

un de
rat à la
la

ses collègues, explique

la

nomination de

Mu-

grande-maîtrise maçonnique de France, sur
et le rejet qu'ils
le

demande des maçons de Naples,
firent plus

en

tard, après

son vote au Sénat pour

pape, afin d'élire à sa place Jérôme-Napoléon, qui s'était si

audacieusement prononcé dans cette occasion

et

tous les autres contre la papauté.

Cavour devait jouer Napoléon III;
Savoie, et
ratistes. Il

il

voulait ren-

verser les trônes en Italie, au profit de la maison de
il

résolut de contre-carrer les
les

menées mu-

prépare

soulèvements à l'aide des soIII le seconde, sans s'a-

ciétés secrètes, et

Napoléon

percevoir du rôle de dupe qui lui est attribué.
gleterre prête

L'An-

aussi son argent et va jusqu'à laisser

DESTRUCTION DU POUVOIR TEMPOREL
s'établir à

303
la

Malte un centre de recrutement pour
qui,

légion anglo-italienne

plus

tard,

devait

des-

cendre en
Il

Sicile.

est constant
fut

que

l'assassinat
et

commis par Agésilas
dans certains impri-

Milano

préparé à Londres,

més
on
«

français,
:

même
le

avant que l'attentat fût perpétré,

lisait

Feu

roi de

Naples. Ce

roi, c'était

le

Bomba
Il faut

», contre lequel

Palmerston avait conseillé

de courir sus.
noter qu'en juillet 1856, Garibaldi, qui avait

été

si

hostile à Charles-Albert, vient, sons prétexte

de

faire

de l'hydrothérapie, s'installera Voltagio en PiéIl

mont.
ville

parle dans les manifestes qu'il lance de cette
la

de

prochaine libération de

l'Italie,

et

indique

que

c'est par le

Piémont

qu'elle aura lieu et

que

les

éléments révolutionnaires marcheront tous avec Victor-

Emmanuel.
Les agents maziniens
toute l'Italie
et surtout

pullulaient, d'autre part, dans

dans

le

royaume de Naples.

Les loges, qui leur obéissaient encore, poursuivaient
l'unification

de

l'Italie

républicaine.

Ce

fut

seulement
résigna

plus tard que Mazzini,

comme on

le verra, se

à laisser s'exécuter le plan de Cavour.

Mazzini n'avait pas acquiescé au couvent des sociétés secrètes

tenu à Paris, en janvier 1852.
arrêtés

Au

cou-

rant des desseins

entre Palmerston,

Cavour

et Napoléon III, il veut les déjouer et faire éclater des mouvements révolutionnaires républicains et locaux. Il emploie son arme habituelle, l'assassinat. Le duc Charles III, de Parme, tombe sous les coups d'un si-

caire, le

23 mars 1854; en 1856,

c'est

l'attentat

de

304
Milano

DESTRUCTION DU POUVOIR TEMPOREL
qu'il

ordonne
les

;

la

même

année,

il

cherche à

provoquer
avorte.

dans

duchés
au

S'attaquant

un soulèvement qui gouvernement piémontais
tente de

lui-même, une bande de mazziniens
parer de Gênes
le

s'em-

29 juin 1857.

Partout

Mazzini

échoue
tacle
est

:

des

forces

nouvelles tiennent en
Il

échec
l'obs-

son ancienne puissance.

comprend bien que
il

Napoléon

III, et

cherche à

le

renverser

par des conspirations qui devaient avoir pour prélude
l'assassinat.

De nombreuses

tentatives se succédèrent

sans interruption depuis juillet 1852 jusqu'aux

bom-

bes d'Orsini (janvier 1858), qui clôturèrent celte phase

de l'action
chercha

mazzinienne.

Le gouvernement
fragihté de son

impérial

autant que possible à cacher au public ces
établisse-

attentats, qui révélaient la

ment.
Voici quelles étaient alors les forces dont Mazzini
disposait.

l'un le

y avait deux comités d'action: Comité central européen^ dirigé immédiateil

A

Londres,

ment par

lui

;

l'autre,

appelé

la

tionnaire, dont

Félix Pyat

était

Commune révolule chef. Un autre
à Bruxelles,

comité existait à Jersey, un quatrième

un cinquième à Genève, où
Ces comités
tés

s'était réfugié

Eugène Sue.
subsister en

restaient en relations avec diverses socié-

secrètes,

qui

avaient

continué à
était
la

France.

La

plus

importante

Ligue du Sudla val-

Est, qu'Alphonse

Gent

avait organisée en 1849, et qui,
ramifiait

de Marseille à Châlon, se
lée de la

dans toute

Saône

et

du Rhône. On retrouvera ces mê-

mes éléments de Ligue du

révolutionnaires en 1870, sous le
raidi, et
ils

nom

forment encore de nos jours

DESTRUCTION DU POUVOIR TEMPOREL
le principal

305

noyau des anarchistes. Alors, comme plus
Pyat joue un rôle important parmi
de ces groupes formait
et ses

tard, Félix
filiés.

les af-

Un

la société dite

Bureau du tour de France
geaient

du membres voyadirigées
les

comme
exilés

des compagnons, sur les fonds secrets

de

l'association.

Dans
réfugiés

ce»

sociétés,

par

quelques

en

Angleterre,

me-

neurs en redingote

sont suspects

aux prolétaires.

Les décuries et centuries sont supprimées. Chaque membre ne peut plus avoir désormais de relations
qu'avec trois autres.
crètes de
la

A

l'imitation

des sociétés seles

Restauration,

chacun occupe
les

som-

mets d'un triangle imaginaire, dont
contact avec

côtés sont en

un autre

triangle, et c'est ainsi qu'ils se
les

répandent de proche en proche dans

départements,

en ayant soin d'adopter pour leurs relations télégraphiques
et postales

un argot politico-commercial,
la police. le

qui,

du

reste,

ne trompe pas longtemps

Mais, tout d'un coup,

14 janvier 1858, éclatèrent
d'Orsini,

devant l'Opéra

les

bombes

arrachant à
devaient

ses

hésitations apparentes celui qu'elles

menacomtesta-

cer, jetant sur la situation d'horribles lumières,

plétées, a

dit

un

historien, par la déclaration

mentaire de l'auteur de cet exécrable attentat.

Dans
Corps

la

séance du 13 mars 1861, M. Keller devait,
la

dans une élude rétrospective, signaler à
législatif le
et la

tribune

du

rapprochement à
guerre
d'Italie.
lui

faire

entre le

crime d'Orsini
cet acte de

Le gouvernement
acharnement
la

impérial ne
il

pardonna pas

courage, et

combattit depuis lors avec

candidature de l'éminent catholique.
20

306

DESTRUCTION DU POUVOIR TEMPOREL
ne saurait toujours étouffer
la vérité
;

On
le

en 1874,

Journal de Florence, a publié sur ces événerécit détaillé

ments un
été
ici

dont

les

principaux

traits

ont

connus à l'époque, mais
en son entier Le
soir de
:

qu'il

importe de placer

«...

l'attenlat

(14 janvier 1858),

l'empereur

montra, en présence du

péril,

un sang-froid admirable.
1855,
il

Comme

lors

des conspirations de l'Hipiiodrome et de l'O

péra-Comique en 1853, de Pianori en
d'abord l'implacable perséculio
il

méprisa
dont
so-

de

la secle italienne

était

membre, mais
la prospérité

qu'il avait résolu
la

de renier pour se

vouer à
lide
«

de

France

et à l'établissement

de sa dynastie.

Mais vint bientôt
et fait leur

la réflexion,

et,

celle frayeur rétrospective qui s'empare des

avec la âmes
et

réflexion,
les

mieux
n'était

trempées

supplice.

Le prince impérial
qui

que devienmort de Napoléon, parvenait à réaliser son exécrable dessein? « Ij'empereur, en proie à des perplexités terribles, se souvint d'un conseil que lui avait donné sa mère, la reine
drait ce prince héritier,
si

qu'un petit enfant. Que deviendrait l'Empire
la secte,

avait juré la

Hortense « 8i vous vous trouvez jamais dans un grand péril, si vous avez jamais besoin^d'un conseil extrême, adressez-vousen toute confiance à l'avocat X... Il vous tirera du péril et
:

vous conduira sûrement. » « Cet avocat, que je ne veux point
exilé

nommer ici, était un romain que Napoléon lui-même avait connu dans les Romagnes pendant le mouvement insurrectionnel de l'Itacontre le Saint-Siège. Il vivait près de Paris dans un état qui n'était ni la fortune, ni la médiocrité, cet état de myslie

térieuse aisance que la

Maçonnerie assure à

ses capitaines.

Napoléon chargea venir aux Tuileries.
<>

M... d'aller lelrouver et de l'inviter à

« Il

y consentit, et

rendez-vous

fui pris

pour

le lende-

main malin.

DESTRUCTION DU POUVOIR TEMPOREL
'(

307

Quaad
«

il

entra clans le cabinet

de l'empereur, celui-ci
:

se leva, lui prit les

«

mains et s'écria On veut donc me tuer ? Qu'ai-je fait ? Vous avez oublié que vous êtes italien

et

que des ser-

ments vous lient au service de la grandeur et de l'indépendance de notre pays. » « Napoléon objecta que son amour de l'Italie était resté inaltérablemcnt dans son cœur, mais que, empereur des Français, il se devait aussi et avant tout à la grandeur de la France. Et l'avocat répondit que l'on n'empêchait nulle-

ment l'empereur de s'occuper des
mais
et

affaires

de

la

France,

qu'il

pouvait et devait travailler aux afïaires de l'Italie

unir la cause des deux pays, en leur donnant une égale

liberté et

un même avenir. Faute de quoi, on était parfaitement décidé à employer tous les moyens pour suppriiiicr tous les obstacles, pour délivrer la péninsule du joug de

l'Autriche et pour fonder l'unité italienne.


dait
«

a Que faut-il que je fasse? Que me veut-on? » deman-i Napoléon. L'avocat promit de consulter ses amis etde donner dans

peu de jours une décision. « Cette décision ne se fit pas longtemps attendre. a La secte demandait à Napoléon trois choses « [° La grâce de Pierre Orsini
:
;

«
«

2"
.3°

La proclamation de l'indépendance de l'Italie La participation de la France à une guerre de l'Italie
;

contre l'Autriche.
«

On

accordait

un

délai de quinze
il

mois à Napoléon pour
durant ces quinze
re-

préparer les événements, et
nouvelleraient pas,
l'effet

pouvait,

mois, jouir d'une sécurité absolue. Les attentats ne se
et

les

patriotes

italiens

attendraient

des promesses impériales.

« Ici, reprend \e

mule
si

les

Journal de Florence, le mémoire accudocumenis connus qui marquèrent le revirement
la

brusque de

politique impériale et relièrent cette poli-

tique à la lettre d'Edgard
«

Le

fait est

Ney. que l'empereur multiplia

ses

efforts

pour

308

DESTRUCTION DU POUVOIR TEMPOREL
première demande de
la secte.
Il fit

réaliser la

implorer la

grâce d'Orsiiii par l'impératrice,

consulter ses ministres, le

corps diplomatique étranger, et ne trouvra de résistance que dans un seul personnage mais ce personnage, le plus porté àla clémence par état, ne crut pas que l'empereur fût maître d'enchaîner le bras de la justice. « Le cardinal Morlot lui dit « Sire, Votre Majesté peut beaucoup en France, sans doute, mais elle ne peut pas cela. Par une miséricorde admirable de la Providence, votre vie a été épargnée dans cet affreux attentat mais autour de vous le sang français a coulé, et ce sang veut une expiation. Sans cela toute idée de justice serait perdue, et justifia regnorum funda^
; :

;

mcntum. »
«

Napoléon
;

avait compris.
la
(it.

Il

ne

lui

restait

qu'une chose

à faire

et

il

11 alla

trouver Orsini.

« Quel fut l'entretien des deux adeptes de la vente de Gésène ? On ne le saura peut-être jamais. Ce que l'on sait pourtant, c'est que dans cet entretien Napoléon confirma les engagements pris en Italie dans sa jeunesse, renouvelés à l'avocat X..., et qu'il jura, dans les bras de celui qu'il ne pouvait sauver, de se faire son exécuteur testamentaire. L'expression n'est que juste. Napoléon a été l'exécuteur testamentaire d'Orsini. Il fut convenu que celui-ci écrirait une lettre que l'empereur rendrait publique, et dans laquelle
le

programme de
«

l'unité italienne serait déclaré.

On
:

vit alors

un des plus grands scandales de notre
devant des juges de cette lettre-testament dans le Moniteur.

temps

la lecture

et sa publication

« Le mémoire donne la lettre où ne figure pas le passage du pape, passage qui a pourtant été connu depuis 1870. « Martyr de l'idée italienne, Orsini monta sur l'échafaud,

avec la certitude que l'Italie serait une, que le pape découronné, et il cria en présence de la mort
:

serait

«

Vive l'Italie

/

Vive la France

!

»

DESTRUCTION DU POUVOIR TEMPOREL

309

De

son côté, Kossuth raconte dans ses Mémoires
Pietri avait fait les plus
la vie

comment M.
pour sauver

grands efforts
la

d'Orsini

;

il

en avait obtenu

pro-

messe de l'empereur. Celui-ci n'ayant pu tenir cet
engagement, à cause de l'opinion publique, M. Pietri
« fut tellement froissé qu'il se démit de ses

fonctions

de chef de

la police.

» C'est de

M.

Pietri

lui-même

que Kossuth
«

tenait ces détails.

Orsiai avait cette idée fausse, disait Pietri,
la liberté

que rem-p
de
l'Italie.

pereur Napoléon était un obstacle à

Et

il

avait

absolument

tort.

un

véritable

ami de
si

cette

L'empereur avait toujours été liberté. Il expliqua à Orsini, dans
aurait

sa cellule, que,

l'attentat avait réussi, lui, Orsini,

tué, entre tous les souverains

de l'Europe,

le

seul de qui

les Italiens pussent attendre aide et secours. Cette explica-

tion ne fut pas sans effet sur Orsini.
sait,
«

Le
à

21 février

il

adres-

de sa prison de Mazas, une lettre

l'empereur.

Ne

repoussez pas, Sire, écrivait-il, la parole d'un pa-

triote qui est

au seuil de

la

tombe. Délivrez
d'italiens

l'Italie,

et

la

bénédiction de vingt-cinq millions

suivra

votre

dans la prospérité. » Les journaux furent autorisés à publiercettelettre. Orsini comprit que sa voix, s'élevant du seuil de la tombe, était parvenue jusqu'au cœur de l'empereur, et le 11 mars, cette fois de la prison de la Roquette, il écrivit une seconde
«

nom

lettre,

dans laquelle
et

il

condamna ouvertement
la

le

meurtre

politique
rer à

conjura

jeunesse italienne

combattre

pour
»

la liberté

de

l'Italie

de se prépapar la pratique

des vertus civiques.

Ce fut Jules Favre qui défendit Orsini, et Ton doit remarquer qu'en ne divulguant pas plus tard certains secrets de la vie privée du député républicain, le g0U|
vernement impérial
acquittait

une dette de gratitude

310
pour

DESTRUCTION DU POUVOIR TEMPOREL
le silence

de l'avocat sur

les révélations

de son

client carbonaro.

L'union entre
plus
étroite
;

les Tuileries et le

Palais-Royal devint
révélé la
la division

Thistoire n'en a pas encore
;

mystérieuse cause
avait éclaté, dès le

on

sait

seulement que

des
fait

titres

commencement, sur la légitimité à l'Empire qu'en 1854, Napoléon III avait
;

déclarer par

MM.

Troplong, Baroche

et Abattucci,

la légitimité

des Bonaparte d'Amérique; qu'en 1856,
présidé par les

le

même conseil,

mêmes

personnages,

avait, sur les instances

premier jugement,
fils

et

du vieux Jérôme, révoqué son déclaré la légitimité du second
et qu'enfin,

né delà princesse de Wurtemberg;

après l'entrevue de Plombières, où tout avait été réglé

avec M. de Cavour sur
devait épouser
la

l'Italie,
fille

le

prince Napoléon
roi

seconde

du

de Piémont,

Victor-Emmanuel. Quoi
surprise ce passage d'une

qu'il

en

soit,

on

relit

sans

lettre

d'Enfantin, un des

confidents du Palais-Royal et des Tuileries, et qui en

Suisse

avait

naguère «

endoctriné
la

les

anciennes
et la

grandes dames de l'Empire,
comtesse de Saint-Leu. »
«

duchesse de Bade

Vous savez que

je

me

suis toujours
l'atFeclion

refusé à ne voir

(Qu'une pensée dynastique dans

de Louis-Napoléon pour son cousin. J'ai toujours pensé qu'il lui savait gré
d'avoir

maintenu
et

le

nom

de Napoléon dans les rangs de la

démocratie,

de s'être abstenu de toute alliance politique

avec les partisans du passé, pendant que lui, au contraire, était obligé de compter avec tout le monde sans distinction de parti, selon les exigence du temps et les nécessités de
sa position suprême. Entre nous encore, /« ne crois pas que Vempereur déteste les hommes qui, en Italie, ont

DESTRUCTION DU POUVOIR TEMPOREL
combattu
de
les

311

abominations des gouvernements de Naples,
»

Rome

et

de Milan.

Le Saint-Siraonisme
pait-il

avait voix ou oreille
;

au coQseil,

et peut-être toutes deux

aussi Enfantin ne se tromla

pas en annonçant

guerre et en donnant à

ses amis des conseils financiers dont leurs coffres eu-

rent à se féliciter.

M. de Hubner, «Je regrette que votre gouvernement ne s'entende pas mieux avec nous. » Tout
Napoléon
III avait dit, le 3 janvier, à
:

ambassadeur d'Autriche
était prêt

pour

le

branle-has annoncé, dès 1853, par

H. Misley au Père Deschamps, en rendant compte du
couvent maçonnique auquel il avait été nous l'avons
,

dit,

convoqué de

la

part de Louis-Napoléon, par

un

billet

contre-signe Mocquard (chef du cabinet de l'empereur)
et

sur lequel on lisait:

Pour

les affaires d'Italie,

On
peuple
rino,

connaît la

glorieuse

nos soldats,

et l'on sait aussi

campagne accomplie par que l'accueil lait par le

italien

aux vainqueurs de Montebello, Solfeinexplicable

Magenta, témoignait de sentiments peu recon-

naissants.

Ce

fait,

même

en tenant compte
par disci-

de

la

jactance itahenue, avait une cause maçonnique:
c'était

Mazzini détestait Napoléon III, et
pline qu'il avait

interrompu ses ordres d'assassinat
Il

depuis l'échec d'Orsini.

redoutait

les

menées du

carbonaro couronné.

Le gouvernement
victoires
la

piémontais, de

son côté, ne voulait pas laisser tourner à l'avantage

des Bonaparte

les

scellées

du sang de

la

France. C'était toujours

rivahté de Cavour, et elle

se manifestait par les secrètes instructions des loges.

Le

traité

de Villafranca, suivi de celui de Zurich,

31'2

DESTRUCTION DU POUVOIR TEMPOREL
Napoléon III par la crainte d'une coalidu nord ? On l'a dit, mais d'autre
du marquis Pepoli,
la

fut-il inspiré à

lion des puissances
part,
il

ressort de la correspondance

parent et envoyé de Napoléon III à Berlin, que

Prusse promettait au moins
la

la neutralité,

au cas où

guerre se prolongerait. D'après Kossuth, dont les

relations avec l'empereur ont été intimes, la décision

de ne pas accomplir tout
libre

le

programme
était

:

« l'Italie
arrêtée

des Alpes à

l'Adriatique »,
(1).

à

l'avance par Napoléon III

La

vérité est
le

accomplir
faire sa

que Napoléon III, tout en voulant grand œuvre de la Révolution et satisla

haine contre

papauté, odisse cjuem

laesisti^

poursuivait

un but d'ambition personnelle. Son cerhanté par
P"*,

veau

était

le

rêve de reprendre l'œuvre de
les projets

Napoléon
Il

ou tout au moins de

de 1815.

espérait

faire

l'Italie affranchie

de l'Autriche

une puissance vassale de son empire. Le prince Napoléon, qui le gênait à Paris, aurait été établi dans Tltalie

centrale, en

Toscane

et

dans

les

Romagnes

;

Murât

eût régné à Naples. Voilà l'explication de sa conduite pleine de contradictions en apparence.
Italie,
il

En

entrant en

promet de

la

rendre libre jusqu'à l'Adriati-

que

;

il

s'arrête

brusquement à Villafranca,

avant

un projet

et met en de confédération italienne dirigée

contre l'ambition du Piémont. De 1856 à 1859, il mine par tous les moyens possibles le gouvernement des Bourbons à Naples il répand dans l'armée na;

(1)

Le

récit

de Kossuth, ainsi que tous
§

les

est

appuyé

ce récit, se trouvent in extenso
7.

documents sur lesquels dans le tome III de î'ou

vrage des Sociétés Secrètes, cliap. VII,

DESTRUCTION DU POUVOIR TEMPOREL
politaine des proclamations excitant

313

au soulèvement

contre les Bourbons et rappelant les souvenirs du roi

un comité muratiste, établi à Paris, foncpuis, quand Garibaldi est arrêtédevant Gaëte, on le voit donner un certain appui à François II pour faire échec à Victor-Emmanuel. Il
Joachim
;

tionne activement

;

faut la pression de
la

Palmerston
le faire

et la force

acquise par

Révolution pour

acquiescer définitivement

à l'unité italienne sous la monarchie piémontaise.

Napoléon III

avait affaire à

un hom.me déplus grande
étonnant qu'il
qu'il
l'Italie
ait

habileté que lui dans Cavour.

Complètement joué,
en
ait

il

n'est point

manifesté

sa

mauvaise
des
C'est

humeur,
contre
véritable

cherché

à prendre
Villafranca,

gages
là la

et

Victor-Emmanuel.
tion

explica-

de

comme

plus

tard

de

Mon-

du moins, vraisemblable à M. Gallenga, correspondant du Times en Italie, et dont le jugement en l'espèce a une grande valeur.
tana. Elle paraît,

L'empereur avait déclaré
le territoire et les droits

solennellement que les

Étals du Saint-Père « seraient respectés », ainsi que

des puissances neutres.

Or,

le

corps d'armée de Napoléon-Jérôme, par sa

diversion sur les frontières des Légations, ainsi que
l'entrée d'un vaisseau

d'Ancône, amena,
rapport,
-

de guerre français dans le port le prince s'en est vanté dans un

la

retraite des Autrichiens et par consé-

quent
d'or par

l'insurrection
le

des

Romagnes,

faite

à

prix

parti révolutionnaire qui

avait

pour ga-

rantie de ses emprunts la signature personnelle de Victor-Emmanuel. Le traité de Villafranca conseillait

314
la

DESTRUCTION DU POUVOIR TEMPOREL

séparation administrative diQ% Légations. Le Piémont surenchérit sur la sécularisation déjà indiquée dans la lettre à Edgard Ney et rappelée le 14 juillet
1859,
trois jours après la
lettre

signature des préliminaires

de paix, dans une
riat

impériale envoyée de Desenlieu

zano au pape Pie IX.

Au
peu

de constituer un vicapréféra perpétrer
«

pour

le

prince Jérôme (qui aurait accepté ce béle titre

néfice

malgré

laïque),
qu'il

il

la spoliation,

montrant ainsi

comprenait

les

nécessités de son époque. »

Le 30 décembre. Napospoliation
:

léon III

sanctionnait cette

dans une nou«

velle lettre au Saint-Père, en disant

Le règne du
Cavour prodate

pape dans
clamait à
rable

les

Romagnes

est

fini.

» Et

la

tribune que cette lettre,
l'histoire


la

mémod'un

dans

grand principe,
tant pour la

d'Italie et manifestation

constituait

un

fait

aussi imporbataille

question italienne,

que

de

Solférino, que la délivrance de Venise, car le souve-

rain d'une grande nation catholique y déclare que le pouvoir temporel du pape n'est pas sacré. Or,
Cavour, « la question du pouvoir temporel du pape n'est pas seulement une question italienne, mais une question européenne, une question univerajoutait
selle, et je

ne sache pas que, sans cette déclaration,
la

aucun ministre eût osé assumer
l'annexion des

responsabilité de

Romagnes.
la

»

Et 92 voix contre 10, acceptant, convaincues par ce
discours, la cession de

Savoie et de Nice, témoiet

gnèrent

à

l'Italie,

à

la

France
et le

au

monde que
et

cette cession était

le prix

consentement du gou-

vernement français à l'annexion des Romagnes,

de

DESTRUCTION DU POUVOIR TEMPOREL
la lettre

315

impériale, détruisant en

principe le pouvoir

temporel du pape.
Il

n'y avait donc eu rien de sérieux dans ces traités
et

de Villafranca
la

de Zurich,

si

ce n'est la cession de

Lombardie au
;

Piémont
reste

et

seulement

comme un

acompte
le

tout le

n'était

qu'un trompe-l'œil.
de Villafranca,

Mais écoutons l'intermédiaire
prince
la

officiel

dans

Napoléon lui-même, expliquer au Sénat, séance du l^mars 1861, la portée révolution-

naire de cet acte, avec

un cynisme qui

était

un

calcul

chez

lui,

car

il

le posait

auprès des sociétés secrètes

comme
ronné
« 11
:

le surveillant

maçonnique de son cousin cou-

dit

y a deux choses dans le traité de Villafranca, a-t-il ce qui a été réglé, stipulé danà la séance du 1^' mars définitivement, promis sans ambages, et ce qui n'a eu qu'un caractère éventuel, conditionnel. Les deux empereurs,
:

étant décidés
fait

à faire la
:

paix, se

sont eiitendus,
à

et ils

ont

deux

parts

l'une qu'ils

ont réglée

comme
çais,

la cession de la

Lombardie

immédiatement, l'empereur des Franqui
s'est

cession fictive, imaginée
;

pour sauvegarder l'amour-

propre de l'Autriche

l'autre partie,

composée

d'une série de promesses

et d'indications.

deux empereurs se sont dit; j'ai torité pour le dire, puisque le hasard a voulu que j'aie été Nous sommes l'intermédiaire de celte négociation d'accord sur certains points qui dépendent de nous, fixons ces points-là pour le reste, qui ne, dépend pas de nous, nous ne ferons, pour ainsi dire, qu'indiquer des desiderata ; et après beaucoup de discussions, ces desiderata ont été à leur tour écrits dans les préliminaires. »
:

Voici ce que les peut-être quelque au-

;

La

vraie pensée de la politique napoléonienne était

dans ces déclarations du prince Napoléon.

316

DESTRUCTION DU POUVOIR TEMPOREL
prince Napoléon a joué pendant tout l'empire-

Le
un

rôle considérable.

Les circonstances avaient
;

niis le

trône entre les mains de son cousin

mais

les secrets
il

de famille

relatifs

à la naissance de ce dernier, dont

avait les preuves
nité

en mains dans

le

désaveu de pater-

du

roi
lui.
lui,

Louis, obligeaient l'empereur à compter
Si la jeunesse l'avait

envers

empêché de

jouer,

comme
octobre

un

rôle dans la

Carbonara,

ses principes

révolutionnaires n'en étaient pas moins certains.

En

1851,

peu de temps avant
la

l'élection
le

d'un
can-

grand-maître pour
Ç071 (3^

France,

le

journal
liste

Franc-Matreize

année, p. 41) donna une

de

didats présentés

comme
Le
:

les plus

dignes d'être promus
le

à la grande-maîtrise.

candidat qui est

second en

rang

est

désigné ainsi

« Napoléon Bonaparte, repré-

sentant du peuple, initié en 1848 aux
trie

Amis de

la

Pa-

par

Orient.
lités

le F.'.

Desanlis, dernier président du
:

Grand-

Portrait
et

principes avancés
la

;

doué de qua-

énergiques
le

aimant

Maçonnerie, à l'exemple

de son père,

F.-. Jérôme. »

Louis-Napoléon préle

féra faire porter à la

grande maîtrise

prince Murât,

ménager à ce dernier une influence en Italie que pour empêcher le prince Napoléon d'accroître son ascendant et ses moyens d'action. A plusieurs reprises, l'empereur chercha à comautant parce qu'il voulait

promettre son cousin. La brutale impiété,
grossières,
les
le

les

mœurs-

scandales de la vie domestique de ce

personnage

servaient dans ce dessein. Mais celui-ci^
le

même
avait,

avant d'être

gendre de Victor-Emmanuel,

de par

les

sociétés secrètes,

une force propre,

qui s'imposait à son cousin couronné.

DESTRUCTION DU POUVOIR TEMPOREL
Il fut

317

toujours au milieu

du règne

le

représentant

de
la

l'idée révolutionnaire, qui était la raison d'être

de

dictature impériale.
lui

A

l'intérieur

il

groupait autour

de

une

fraction considérable

de

la

démocratie, qui
était

saluait en lui

un César déclassé. Elle

représen-

tée par le Siècle et l'Opinion nationale^ les journaux
les plus

influents de l'époque.
il

extérieure,

Quant à la politique poussait énergiquementà l'accentuer de
le

plus en plus dans

sens révolutionnaire, et voici en
:

quels termes
«

il

Texposait au Sénat

Messieurs,

il

me

reste à

appuyer sur

la

question fonda-

mentale de noire discussion, celle qu'il plus difficile de faire triompher dans

est

sans contredit le

l'esprit

du Sénat

:

je

veux parler de Vuniié
était
le

d'i l'Italie,

Cette unité. Messieurs,

résultat
c'est

inévitable

de

la

prévoyais, et

pour

cela, je l'avoue,
le

guerre de 1859 je le que j'ai été parti:

san de cette guerre. Elle contenait

germe

et

le

principe

de l'unité italienne.

En

effet,

l'Autriche étant battue, tous

les princes italiens qui n'étaient que ses préfets devaient tomber avec elle. Ces souverains n'étaient que les hommesliges de François-Joseph. On a dit qu'il y avait quelqu'un qui a plus d'esprit que chacun, c'est tout le monde. Eh bien tout le monde en Italie, après la campagne de 1859, a dit que ces princes italiens devaient tomber avec l'Autriche. C'était la voix du peuple, l'opinion de l'Italie (1).
!

« 11

y a

un souverain qui
l'est

n'était pas le préfet de l'Autri:

che, et qui

devenu par son libre choix c'est le pape. « J'arrive à une question délicate, la confédération. C'est selon moi une idée malheureuse, une vieille idée. Elle s'est
produite
à

Villafranca.

j'ai

càusé^avec tout

le

monde

:

(i) Et voilà pourquoi sans doute il ne s'est trouvé que quelques cent mille voix sur plus de vingt millions d'habitants, et sous le coup des poignards, pour former celle Italie unitaire. C'était là

tout ce

monde qui a plus

d'esprit que chacun.


318

DESTRUCTION DU POUVOIR TEMPOREL

personne ne voulait de la confédération^ ni l'Autriche, ni le pape. Le pape ne demandait qu'une chose, ses États avec quelqu'un pour les garder; Victor-Emmanuel n'en voulait il voulait mieux que ça. On n'accepte pas pas non plus des morceaux quand on peut prendre le tout. « C'est naïf, dit, en interrompant, M. de Larochejaque:

lein.
«

Non,
!

c'est VRAI

!

répondit le prince Napoléon; la

POLITIQUE DOIT AUJOURD'HUI SE FAIRE FRANCHEMENT aU grand

jour
«

En

résumé,

la

confédération était

une simple hypo-

thèse posée par la France, et cette hypothèse était lepoussée par tous les intéressés. »

Et cependant

elle était signée,

par Tintermédiaire

de

l'orateur, et par les intéressés,

comme

les

deside-

rata des

signataires. Il

est

vrai

que quand Victor
le traité
il

Emmanuel apposa sa
écrire de sa
le

signature sur

de Villa-

franca, dit encore le prince Napoléon,

se borna à

main
qu'il

:

«

Approuvé en
signifiait,

ce

qui concerne
le

Piémont \» ce qui

pour

lui et

prince,

son gendre,

approuvait
et

la

prise
la

par
prise

lui

de

la

Lombardie, d'un morceau,
était

que

du

tout

dans ses desiderata.
ce discours toute la Franc-Maçonnerie française
la

A

se leva et voulut élever le prince Napoléon à

grande-

maîtrise en remplacement du prince Murât, qui avait

voté

au Sénat en faveur des pétitions relatives au

pouvoir temporel du pape. C'est à ce
F.'.

moment que

le

Edmond About
un manifeste où

publia,
le

dans V Opinion natio-

nale,
senté

prince Napoléon était pré-

comme

le fils

légitime,
très

non

bâtard, de la Ré-

volution, allusion

remarquée à l'époque.

Le

DESTRUCTION DU POUVOIR TEMPOREL
prÎDce Napoléon se prêtait à ce

319

mouvement

universel

dans

les

loges

;

l'empereur n'y consentit pas.
,

Le
le

prince Murât fut bien obligé de se retirer

mais

gouvernement
réchal

nomma

d'autorité grand-maître le

mare-

Magnan, en

offrant

à

la

Franc-maçonnerie,
la

comme compensation
connaissance
officielle.

de cet acte d'autorité,

L'établissement de l'unité italienne sous la monarchie piémontaise, fut le résultat d'un concours d'actions diverses,

se

combinant sous

la

direction

du

grand chef des sociétés secrètes,

Palmerston, mais

non sans des
gères, qui par

luttes d'influence et des rivalités passa-

moment semblent rompre

la

trame des

événements

et

déconcertent l'observateur superficiel,

peu habitué aux mystères des sociétés secrètes.
Mazzini poursuivait toujours
la

réalisation

du plan

de

la

Jeune-Italie

:

l'Italie

une, républicaine et

démo-

cratique.

Cavour, héritier de
crates de la
la

la

pensée des carbonari aristol'unité,

Haute- Vente, voulait
et

mais sous

maison de Savoie

avec

la

monarchie constitu-

tionnelle.

Napoléon

III,

imbu foncièrement des idées révodont
il

lutionnaires et

saint-simoniennes,

avait

été

nourri dans sa jeunesse,

dominé également par ses
et la

rancunes

contre l'Autriche et le serment de carbo-

naro, hésitait entre ce passé

réunion des inté-

rêts conservateurs qui lui avaient servi

de marchepied
la carte

pour

le trône.

Il

eût

bien

voulu refaire
à

de
les

ritahe, enchaîner l'Autriche, réahser
desseins de
la

Rome

Haute-Vente

;

mais

il

eût préféré, en

320

DESTRUCTION DU POUVOIR TEMPOREL
pape au Vatican dans une servitude do-

laissant le

rée, ne pas froisser stérilement le sentiment des catho-

liques français et établir, avec

un Murât sur
le

le

trône

de Naples,
l'Italie.

une

royauté

vassale dans

midi

de

Mazzini, obligé, par son

échec

de 1848, de plier
la

sous l'ascendant de Palmerston, avait accepté
narchie piémontaise, seulement à
l'Italie fût
la

moque

condition

une

;

mais

il

ne subissait qu'à son corps
Il

défendant

la dictature

napoléonienne.
et

se réservait

de

lui faire

une guerre sourde
sentant
le

de

lui

rappeler de

temps à autre ses engagements par ses
Napoléon,
fini

sicaires.

bien que son rôle utile serait
la

le

jour où

programme de

Révolution serait
calculées à

pleinement

réalisé,

mettait des lenteurs

remplir ses engagements,

de façon à se rendre né;

cessaire le plus longtemps possible

toutefois,
le

dominé

par Palmerston, surveillé de près par
léon, au

prince
il

Napodévia

besoin
la

stimulé par Mazzini,

ne

jamais de

route qui conduisait à ce but.

Dès que
le

quelques

difficultés

survenaient entre les comparses
arriver
italien,

de ce drame,
Arese, grand
poléon,

on voyait
seigneur

à

Paris

comte

ancien ami de

Na-

homme

de confiance de Cavour, en relations

aussi avec

Mazzini, et la

marche de

la

Révolution

reprenait alors son cours.
C'est donc à la fois à Paris et en Italie qu'il faut sui-

vre le travail maçonnique qui réalisa l'unité.

L'opinion publique est aujourd'hui édifiée sur les

procédés qui amenèrent

la destruction

des gouverne-

ments

italiens et sur

la

prétendue spontanéité du

mouvement

populaire.

DESTRUCTION DU POUVOIR TEMPOREL
Les intrigues
partout, à
anglaises,
l'or

321

piémontais semant

Modène comme

à Naples, la trahison, ont

consommé, d'accord avec la Franc-maçonnerie, la co?iquête unitariste. A Modène, Cavour avait expédié, dès le lendemain du traité de Villafranca, le républicain Louis Frappoli, pour « sauver l'Italie » et aider

Farini

dans sa besogne spoliatrice

(1).

Un

autre franc-maçon notable, le ministre Liborio

Romano, cette rare figure de traître^ selon l'énergique expression de Mgr Dupanloup, était un des chefs
de
la

Maçonnerie napolitaine, qui, par son organe ofa déploré, en 1868, la mort de cet

ciel,

homme «

esti-

mable

comme maçon
récits
la

et

comme

citoyen. »

Des

authentiques attestent que M. Bombrini,

gouverneur de

Banque,

avait payé, sur

un bon de

M. de Cavour, s'engageant comme chef du gouvernement et comme homme privé, un demi-million à Garibaldipour l'expédition de Sicile.
D'autres documents,
publiés par la Fanfulla en

1881, montrent

la part

personnelle prise par Victor-

Emmanuel
C'est

à l'expédition.

signée

Le

dit

une lettre datée du 16 avril de cette année et William Rohan, commodore américain. commodore rappelle qu'au mois de juin 1860,
:

(1) Ce Frappoli, devenu plus tard grand-maître de la Franc-maçonnerie italienne, fut chargé en 1870 d'une mission secrète du G/. 0.-. de Berlin auprès de Garibaldi, alors en France. Le G.". 0.*. de Rome lui demanda sa démission pour apaiser la colère de M. de Bismarck. Les subsides cessèrent bientôt après et l'on apprit, non sans élonnement, que, durant un voyage à Turin, Frappoli, subitement
atteint d'aliénation mentale, venait d'être

fous. Cette incarcération fut l'objet

enfermé dans une maison de de commentaires nombreux, mais

bientôt étouffés par ordre des loges.

21

322
il

DESTRUCTION DU POUVOIR TEMPOREL

conduisait en Sicile, sur trois vapeurs, la seconde

expédition de 3,400 volontaires.

De

retour à
il

Gènes

pour embarquer la troisième expédition,
par une
tani,

fut arrêté

observation du docteur révolutionnaire Berlui

qui

représenta
le

qu'il n'avait point d'argent

pour approvisionner
quel

Washington, navire sur
pleins pouvoirs,
vit

le-

devaient s'embarquer les troupes.

Sur quoi,
partit

W.
train
la

Rohan, muni
situation.

de

en

express pour Turin, y

le roi et lui

exposa

Victor-Emmanuel
effet,

dit

qu'il avait besoin

de voir M. de Cavour, mais
réponse.

qu'il rendrait tard,

bientôt la

En
:

une heure plus

un aide de
»

camp
que
«

apportait au

commodore

la

lettre « textuelle

voici

Commandant,

je

vous renvoie ci-inclus

les

deux

lettres
li-

de Medici, que vous mettrez dans d'autres enveloppes et
vrerez à Cavour. J'ai déjà

donné trois millions à Bertani. Retournez immédiatement à Palerme pour dire à Garibaldi que je lui enverrai Valerio en place de La Farina et qu'il s'avance immédiatement sur Messina, Francesco (le roi de Naples) étant sur le point de donner une constitution aux
;

Napolitains.
«

Votre ami,
«

ViCTOR-EjIMANUEL.

«

27 juin 1860.

»

Tout commentaire

serait superflu.
trait

Mais

il

faut re-

du « Faites vite, » mot lever spécialement ce d'ordre donné à Garibaldi par Victor-Emmanuel, au moment où il supposait que François II, par l'octroi
d'une
constitution,

pourrait
il

déjouer

les

manœu-

vres révolutionnaires dont

était

entouré depuis long-

temps.

DESTRUCTION DU POUVOIR TEMPOREL
Lord Palmerston
tion de Garibaldi, et
était
il

323

dans

le

secret de l'expédi-

lui

donna à deux reprises un

concours décisif.

«

Le

M

mai, dit M^^^Rallazzi, Garibaldi apprit que du petit

port de Marsala étaient parties, le jour précédent, deux frégates napolitaines, et que deux bâtiments anglais venaient
d'y arriver. Garibaldi hâta la
le

même jour
;

marche du Piémont et entra dans ce port. Le Lombardo était resté en ar-

survinrent et commencèrent à canonner Lomhardo. Bixio lui fit forcer la passe, où il échoua et barra l'entrée du port. Le Stromboli voulait s'en emparer. Argus, navire anglais, intima l'ordre de cesser le feu tant que les officiers anglais ne seraient pas retournés à bord. Les Napolitains obéirent à l'injonction. Les Mille demandèrent à être débarqués. Deux heures après, ils étaient
rière
les frégates

le petit

U

tous sur le sol sicilien. Alors seulement les anglais se retirèrent.

Le Capri
;

et le
ils

Stromboli s'avancèrent en tirant sur
le

les volontaires

capturèrent

Piemoiite, déjà vide, et

s'éloignèrent.

»

Quelques mois plus tard,
dait

le roi

de Naples défen-

nationalité de son peuple. Engagé par d'anciennes promesses, l'emla

vaillamment à Gaëte

véritable

pereur Napoléon
la ville

laissait la

flotte

française protéger

du côte de

la

mer.

« Victor-Emmanuel se plaignit à l'empereur de l'attitude presque agressive de l'amiral Le Barbier de Tinan, disent les Mémoires de Rattazzi ; Napoléon rétracta ses instructions et en donna de nouvelles, peut-être après les observations du

cabinet

anglais.
qu'il

Pour
s'était

justifier sa

conduite,

il

prétendit

plus

lard

constitué

tacitement

médiateur

entre les

deux

rois, afin

de

les obliger

à s'entendre et à

traiter directement.

La

vérité

est

que Palmerston, ayant

324

DESTRUCTION DU POUVOIR TEMPOREL

soupçonné chez l'empereur l'intention de créer des diffifit entendre que l'escadre anglaise pourrait bien quitter Malte pour aller s'emcultés entre la France et l'Italie, lui

bosser devant Gaëte, à côté de l'escadre italienne.

»

Aussi Garibaldi, quand
Angleterre, put-il
roles

il

fut

reçu, en

1864, en

prononcer

publiquement ces pa:

que

l'histoire

doit enregistrer
il

«

En
les

1860,

« sans l'aide de l'Angleterre,
« Siciles, et Naples

eût
fait

été impossible

« d'accomplir ce que nous avons
serait encore

dans

Deux-

soumise aux Bouret,

« bons sans l'aide de Palmerston,

sans l'amiral
le

« Mondy, jamais je n'aurais pu passer « Messine
!

détroit

de

»
Mille a
fait

La légende des
est

son temps,

et l'histoire

pleinement édifiée

aujourd'hui

sur la série de

trahisons, préparées dans les loges, qui rendirent possibles les succès
les

de Garibaldi

et

de

Cialdini,

comme
et

exploits

grotesques

de Farini

à

Parme

à

Modène. Pendant que ces événements s'accomplissaient en Italie, le complot maçonnique se déroulait aussi à Paris. Alafm de 1859 parut une brochure, \q Pape et
le

Congrès

j

écrite sous les

yeux mêmes de l'empereur
et

par M. de

La Guéronnière,

qui fut immédiatement

signalée par les journaux officieux

comme l'expression
les vieil-

de
les

la

pensée du maître. Elle rééditait toutes
le

calomnies contre

pouvoir temporel et concluait
et

à laisser s'achever l'œuvre italienne

à réduire le

pape au Vatican

et à

son jardin.

Ce programme
gage donné par

ainsi arrêté par

Napoléon

III et ce

lui

aux sectes en leurs représentants

.

DESTRUCTION DU POUVOIR TEMPOREL
Cavour
rent.
et

325

Palmerston, les événements

se précipitè-

Le pape

avait réuni

une

petite

fidèles qui, sous la

conduite de

l'illustre

armée de catholiques général La-

moricière, le vainqueur d'Abd-el-Kader, était parfaite-

ment en

état

de réprimer

les

mouvements insurrec-

tionnels qu'une poignée de sectaires avaient artificiel-

lement provoqués dans
dépendait de

les

Romagnes.
avait fait tout ce qui
la

Le gouvernement napoléonien
lui

pour empêcher

formation de cette

armée. L'élan des catholiques l'obligea à ne pas prendre ostensiblement des mesures contraires
elle fut
;

mais quand

formée

et se
et à

prépara à réprimer l'insurrection
rétabUr dans ces provinces l'auIII

des

Romagnes

torité

du pape, Napoléon
fait si

y opposa son

veto

absolu

Ce
par

grave a été constaté officiellement dans
écrite

une dépèche
le

cardinal

Antonelli à

peu de temps après Castelfidardo Mgr Meglia, nonce à
cette dépêche, réle

Paris.

Le

secrétaire d'État, dans

futait l'accusation

d'impuissance élevée contre

gouet

vernement
officieuse
:

pontifical par une brochure

anonyme
de

la La France^ Rome et V Italie, écrite même main que le Pape et le Congrès. Le cardinal AntonelU s'exprime dans cette dépèche

en ces termes bien

significatifs,
:

malgré

le style diplo-

matique qui
«

les

enveloppe
ici

Je m'abstiens

à dessein de toutes les recherches sur

les circonstances qui

empêchaient de rétablir l'autorité du, pape dans les Romagnes. Je dirai seulement qu'on ne comprend pas comment la France ne devait pas le faire, après^

.

326
du

DESTRUCTION DU POUVOIR TEMPOREL

en main la protection du pouvoir temporel la brochure en convient. Si d'ailleurs cette protection comportait la présence de ses troupes à
qu'elle avait pris

saint-siège,

comme

Rome, on ne
à Bologne.

voit pas pourquoi elle

ne

le

comporterait pas

« J'ajouterai enfin que le souverain pontife le pouvait, ayant déjà une armée suffisante pour reprendre les Romagnes et, s'il ne Tapas fait, l'auteur de la brochure doit le
;

savoir

mieux que personne,
»

c'est

parce qu'il a été empêché

DE LE FAIRE.

Mais
le

il

ne

suffisait

pas aux complices d'empêcher
les

pape de reprendre
les

Romagnes. Sa
le

vaillante ar-

mée empêchait

comédies qui s'étaient jouées à
concours de

Parme, à Modène, à Bologne, avec
produire dans rOmbrie.

quelques carabiniers piémontais déguisés, de se re-

Une

tentative d'insurrection

à Poreuse avait été réprimée immédiatement par les
troupes pontificales

aux applaudissements de l'imet

mense majorité de la population. Napoléon III et Cavour résolurent d'en
l'hypocrisie ne suffisant plus,
ils

finir,

recoururent à la force,

à l'emploi de l'armée régulière piémontaise pour dé-

armée pontificale un an après la publication de la brochureprogramme Le Pape et le Congrès. Napoléon III s'était rendu à Chambéry pour recetruire la petite C'était

nouveaux sujets que M. de Cavour venait de lui céder par le traité de Turin, en compensation des Romagnes et de la lettre au pape, comme il l'avait dit expressément au parlement de Turin. Il y avait reçu les hommages que le galantvoir les félicitations des

uomo

lui avait

envoyés par Cialdini

et Farini.

Que

DESTRUCTION DU POUVOIR TEMPOREL
-se

327

passa-t-il dans cette entrevue ?
dit
;

Le Moniteur ne l'a
et à

pas

mais

l'histoire rapporte
la tète

qu'à la suite,

peine revenu à

de sou armée, Cialdini, sans

déclaration de guerre, envahit en guet-apens le territoire
pontifical, attaqua
la

petite

armée

pontificale

€t au

milieu

de

trahisons
ils

sans

nom

dans aucune

langue, et dix contre un
et

s'emparèrent des Marches

de l'Ombrie.

M. de Becdelièvre, ancien colonel des zouaves pontificaux, raconte que,

dans

le séjour qu'il
il
:

fit

après la

capitulation de Lorette à Ricanati,
tion suivante avec le général

eut la conversa-

Cugia

«

Ne

ne vous arrête
posera à vos
riant,

craignez-vous pas, lui demanda-t-il, que^la France de ? N'avez-vous pas lu la dépêche du duc

Grramont, disant au consul d'Ancône que l'empereur s'op-

Oh me dit Cugia en envahissements ? nous en savons plus long que votre duc. Vendredi dernier, notre général en chef, Cialdini, déjeunait à Cham!

béry, où, après avoir

demandé des
:

conseils sur ce qu'il avait
et faites vite
!

à

faire,

il

lui fut

répondu

Entrez

Vous

le voyez,

nous allons

vile. ».

M. de Thouvenel, s'adressant de son côté à ses
agents diplomatiques, convient, dans une note publiée

dans
rini

le

Libre bleu^ que l'empereur, dans

l'entrevue

qui avait eu lieu à

Chambéry

entre lui et

M. Fa-

accompagné du général

Cialdini, « fut pressenti

sur l'éventualité d'une entrée des troupes piémontaises, ce qu'il

ne désapprouva pas dans V éventualité
;

qui lui fut présentée cette éventualité était la mar^ che de Garibaldi des États napolitains^ où il ne
rencontrait aucune résistance, à travers
les

États

328

DESTRUCTION DU POUVOIR TEMPOREL
les

romains^ en soulevant
serait impossible

populations^
la

et, cette der-^

nière franchie, une attaque contre

Vénétie

qu'il

de prévenir. »
le

La

reconnaissance du royaume d'Italie par

gouRi-

vernement
casoli
et

français, reconnaissance qui suivit dix jours
l'a dit

après ces explications, était donc, ainsi que

au sénat piémontais, l'approbation, la sanction,
le

comme

pacte de tout ce qu'avait

fait le

gouver-

nement de Victor-Emmanuel. Il est impossible de s'y méprendre. Aussi M. de Thouvenel, non-seulement rejetait peu après les offres que faisaient l'Espagne et l'Autriche d'intervenir de concert avec la France dans la garde du Saint-Père et de Rome, mais
amenait ces puissances, à l'aide de
par
seul
le

la

Maçonnerie,

principe de

non
et

intervention, et

comme
et

le

moyen de pacifier

de légitimer

les faits

accomle roi

plis, à

reconnaître elles-mêmes le

royaume

d'Italie.

Sept ans après,

la

même manœuvre
III,

fut sur le point

de réussir. Napoléon

au moment de l'invasion
jours l'expédi-

garibaldienne, arrêtait pendant huit

tion française dans le port de Toulon, puis cherchait

à la rappeler,

et

ne

laissait

accomplir l'événement
fois

de Mentana que parce que cette
avaient perdu le temps donné.

les

piémontais

La Marmora, envoyé
« Je vous avais

à Paris après Mentana pour
:

se plaindre de ce qui était arrivé, reçut cette réponse

donné huit

jours.

Pourquoi n'en

aveZ'Vous pas su profiter ? »

La
le

diplomatie piémontaise a publié elle-même, dans
la pièce

Livre vert de 1867,

qui éclaire toute cetta

DESTRUCTION DU POUVOIR TEMPOREL
phase de
la politique

329

napoléomeane. C'est une dépê-

che de M. Nigra, datée de Biarritz, 25 janvier 1866,
et qui est ainsi

conçue
dit

:

«

L'empereur m'a
ne peut

que

la question de savoir ce qu'il

y

aurait à faire dans l'éventualité d'une révolution républicaine

à priori^ indépendamment des que la conduite des deux gouvernements sera réglée en partie par les circonstances et par l'impression qu'elles produiront sur l'opinion
à
être résolue

Rome

circonstances qui l'auront provoquée

;

publique. >

Voilà comment Napoléon III entendait l'exécution

de

la

convention de 1864 qui garantissait au pape les
!

possessions lui restant encore

C'était toujours la

même

politique à double face qui, sept ans auparavant, avait

formellement empêché
primer, quand
c'était

les

troupes pontificales de ré-

encore possible, les insurrections
l'a

des Romagnes,

comme nous

appris l'importante

dépêche du cardinal Antonelli,

citée plus

haut

;

mais

cette fois Dieu, qui voulait assurer la réunion

du concile

du Vatican, déjoua
Les
lettres

ces plans machiavéliques.

d'Enfantin pendant toute cette période

sont fort curieuses, car elles révèlent les propos inti-

mes qui s'échangeaient
Palais-Royal.

alors

entre les Tuileries et le

Enfantin écrivait notamment dans

les

premiers mois

de 1861
«

:

J'entends assez souvent plusieurs d'entre nous s'étonner

des ménagements, tempéraments, attermoiements, que le

gouvernement français apporte depuis dix ou douze ans dans
ses relations avec la papauté.

Pour moi, je n'en

suis pas sur-

330
pris...

DESTRUCTION DU POUVOIR TEMPOREL

Ce qui ressort évidemment pour moi de notre conduite à Rome, c'est précisément que nous ne voulons pas détruire de fond en comble le Catholicisme^ mais que nous désirons c'est-à-dire que nous nous appelons •qu'il se transforme Napoléon 111 et non Mazzini. »
;

Cependant, Cavour avait été frappé,
par
la justice

le 6 juin
le

1861,

de Dieu. Son élève
succéder

et

ami

F

•.

Nigra

fut appelé à lui

comme
il

grand-maître de la
n'accepta pas,

Maçonnerie piémontaise, mais
certain

un

nombre de loges ayant
et

refusé

de concourir
fut

au vote. Le premier couvent maçonnique

con-

voqué
les

se réunit le 26

siégèrent.

décembre. 29 députés y L'assemblée, qui se mit en rapport avec
des
divers
pays,

Grands-Orients

consacra

six

séances à la rédaction d'une constitution de règle-

ments, de rituels
s'appellerait le
crivit

;

elle décréta entre autres

que Dieu

grand

architecte de Vunivers^ et preset

une obéissance
l®'

un
il

silence

absolus.

Le sep-

tième jour,

janvier 1862, sur la motion de la loge
fut

Garibaldi, de Livourne,

décidé que le général
d'Italie,

Garibaldi porterait le
€t qu'on frapperait
tions
:

titre

de premier maçon

d'un côté,
;

une médaille d'or avec ces inscripLa première assemblée constituante
:

d'Italie

et

de

l'autre

Au premier maçon
procéda

d'^ Italie,

à Joseph Garibaldi.
d'un grand-maître.

On

ensuite à l'élection
fut élu
il

Le

F.*.

Nigra

de nouveau,
refusa néan-

cette fois à l'unanimité des voix,

mais

moins,
par

et à sa

place fut
contre

nommé

le ministre

Cordova,

15 voix

13 données à Garibaldi. Mais
ayant leur Suprême- Conseil

les loges

du

rite écossais,

à Palerme, nommèrent Garibaldi grand commandeur

DESTRUCTION DU POUVOIR TEMPOREL
et signifièrent ce choix à toutes les loges

331
cir-

par une

culaire qui

commençait

ainsi

:

a

Ghers
le

frères,

aux maçons de tous

les

pays qui travailent
savoir faisons
le

h\d^ reconstruction

du temple de l'humanité,

que

général Joseph Garibaldi,

Thomme

que

grand arqu'on grand-

chitecte de l'univers créa

pour

la délivrance des

peuples op-

primés

et

pour l'émancipation de toutes

les nationalités

foule aux pieds, est

nommé grand commandeur,
Italie,
. .

maître de l'ordre maçonnique en

»

Du

reste

Cordova

et Garibaldi se valaient

pour

les

principes. Cordova, ainsi

que

le

rapporte VÀ7^monia

d'après les atti ufficiali, n" 204, p. 775, n'a pas craint
la Convention de 93 bénie dans le monde pour avoir fond é la nation française et créé la démocratie dans toutes les parties de l'Europe. Et Garibaldi, dans l'adresse envoyée par lui à l'An-

de déclarer

entier

gleterre, le

22 septembre

1862, exaltait

la

France

« qui en 1793, époque solennelle,

donna au monde
tyrannie jusqu^à
les

LA DÉESSE RAISON, Tcnversa
terre et
tions. »

la

consacra la

libre

fraternité e7itre

na"

L'année suivante, Cordova ayant donné sa démission, Garibaldi fut nommé à l'unanimité moins cinq
voix, par
l'ordre.
le

couvent de Florence, grand-maître de

Ayant accepté, il nomma pour son représentant dans le grand comité de la Maçonnerie italienne F.-Antonio Mordini, en ajoutant que la concorde était la seule voie pour obtenir Vunité avec Rome, sa ca-

pitale naturelle.
alors,

La Maçonnerie

italienne comptait

en dehors des ventes carbonariques, 67 loges

332
en

DESTRUCTION DU POUVOIR TEMPOREL
dont 5 à Turin, et 10 à l'étranger, dont 2 en
à Constantinople, 5 en Egypte,
1

Italie,
1

Grèce,

à Tripoli,

et 1 à Tunis. C'était des jalons

pour

l'unité future.
:

Mazzini ne restait pas, de son côté, inactif
travaillé à la multiplication des loges et

il

avait

fondé Vasso-

dation de

l'unité italieyine.
il

Tout en maintenant ses

plans républicains,
il.

ne combattait pas

un

fait, disait-

Ce fait, c'était

l'unification

accomplie ou à accomplir.
la

Quoique grandement déchu de
exercée en 1848,
la
il

puissance qu'il avait

disposait encore,
et

Franc-maçonnerie de Turin
fût obligé

notamment dans du sud de l'Italie,
lui.

d'assez

de forces révolutionnaires pour que Victorde compter avec
agents de Mazzini, Diamilla-Muller, a publié
lettres

Emmanuel

Un des
les

nombreuses

échangées entre

le

roi et le

vieux conspirateur.

La

figure de Diamilla-Muller est singulièrement in-

téressante. C'est

un ingénieur

et

un savant distingué
étroites avec le P.
et

que ses études mettent en relations
Secchi
;

c'est

un homme du monde

un homme

d'af-

faires. Il

n'a aucune position officielle,

personne ne
il

paraît plus étranger à la politique, et cependant

a la

main dans
ouverts
à

les plus

grands événements.

A

toute heure
lui

les cabinets
;

des ministres et des souverains

sont

un moment donné, au lendemain du 20 septembre 1870, il conduit une négociation pour établir un modus vivendi entre la papauté et le gouvernement italien et prévenir le départ du St-Père. Une grande
instruction et des vues élevées se joignent chez lui

aux

passions du sectaire.
Il

rappelle Henri Misley, qui, en 1829, était à

Pa-

DESTRUCTION DU POUVOIR TEMPOREL
ris,

333

paraissant s'occuper uniquement de la vente des
blés

nitres et des
travaillait à la
lie et

du pays de Modène, qui plus tard
et qui,

construction des chemins de fer en Ita-

en Espagne,

absolument inconnu du pu-

blic, contribuait

à faire jouer les ressorts les plus ca-

chés de

la

politique européenne. Voilà les

hommes qui

représentent la puissance des sociétés secrètes.

M.

Disraeli, qui les

avait vus à l'œuvre, esquisse

ainsi leur physionomie dans son

roman d''Endi/mion
ne sont pas dans

:

«

Les hommes

les plus puissants

la vie

publique;
«

c'est la vie privée

qui gouverne le monde.
le Sage Et l'empereur

Mais sûrement
est

le roi

Luitprand, qu'on appelle
?

par excellence,

un puissant monarque

Harold qui a réussi en tout? Et quant aux ministres, qui Le roi Luitprand sera grand et fort si ce n'est Wenceslas ? est gouverné par son médecin, qui serait capable de gouverner l'Europe, mais qui n'a pas d'ambition. L'empereur Harold est sous l'influence de sa maîtresse, femme d'un certain âge et d'une grande sagacité, mais qui néanmoins croit à la

magie. Quant au prince Wenceslas,
che, peut être occupé,

il

est inspiré par

un

individu aussi obscur que nous et qui, pour ce que j'en sa-

comme nous en
une chambre

ce

moment, à
(1)

boire

une

tasse de café dans

particulière.

»

On

était

en 1863. La révolution italienne

était

mé-

contente de Napoléon III, qui, malgré ses promesses,
avait laissé la Vénétie sous la
et

domination autrichienne
autant pour conserla

qui continuait à occuper

Rome,

ver un gage sur les Italiens que pour obéir à

pres-

sion de l'opinion catholique en France. Après la mort

de Cavour, Ricasoh, Rattazzi, Farini, Minghetti,
End^mion, tome

s'é-

(1)

I,

chap.

XXXVm, Londreg,

1880.

taient succédé

au ministère sans pouvoir dominer

la

situation. Garibaldi, enivré
tait

de sa popularité, n'accep-

plus la direction du gouvernement
la publicité qu'il

comme

en 1859.
il

Par

donnait à ses armements,

l'a-

vait forcé à dissoudre

une première

fois ses

bandes à

Sarnico, puis à le frapper lui-même dans l'échauffou-

rée d'Aspromonte.

Irrités
la

par cette action, tous les

éléments violents de

Révolution fermentaient dandétourner sur l'Autriche

gereusement. Dans ces circonstances, Victor-Emmanuel jugea qu'il
fallait

les

:

une expédition
lien à entrer

directe contre la Yénétie avait
et aurait forcé le

peu de
ita-

chance de succès

gouvernement
;

immédiatement en scène
la

mais

la

Polo-

gne

était
;

en armes,

Servie

et la

Roumanie

étaient

agitées

on pouvait créer à l'Autriche des complicaHongrie. Ces insurrec-

tions en Orient, soulever la

tions-là auraient l'approbation tacite
le savait

de

la

Prusse, on

sans doute; elles prépareraient un mouvement
le roi prit

en Vénétie. Pour réaliser ce plan,
tiative hardie, celle

une

ini-

de s'adresser à Mazzini. Mazzini

avait jadis offert son concours à Charles-Albert. Plus

tard

il

s'était
il

retourné violemment contre
n'avait pas cru

lui.

Jus-

qu'en 1859,

que

la dynastie

piémon-

taise pût faire l'unité italienne.

Mais après Villafranca

son point de vue

s'était modifié.

Esprit politique bien supérieur à Garibaldi, Mazzini

comprenait,

comme Victor-Emmanuel,

qu'au point de

vue révolutionnaire l'expulsion définitive de l'Autriche du territoire italien devait passer avant l'envahissement de Rome.

Pour suivre déplus près

ces négociations, Mazzini,

DESTRUCTION DU POUVOIR TEMPOREL
au mois
d'avril,

335

se transporta

à

Lugano

;

Diamilla-

MuUer,

à Turin,

communiquait avec Victor-Emmanuel
mais avait toute
la confiance les

par l'intermédiaire de l'avocat Pastore, qui n'était pas

un personnage
du
roi,

officiel,

dont

il

faisait
;

les affaires privées,

affaires

les plus intimes

puis par celui

du comte de Savoi-

roux, aide-de-camp du roi.

Pendant dix-huit mois ces négociations se poursuivirent.

Elles avortèrent cependant, parce que les
ties
tre.

deux paren
l'au-

n'eurent pas uoe pleine

confiance l'une

Victor-Emmannuel voulait que Mazzini fît avec ses seules forces une diversion en Roumanie, en mais que pour le moment Serbie et en Hongrie
;

il

n'y eût pas

de soulèvement en Vénétie.
le

Mazzini

soupçonnait au fond

roi

de vouloir éloigner de
;

ritalie les éléments révolutionnaires les plus actifs

il

craignait

que

la

Vénétie ne

fût

sacrifiée

et
Il

que

la

guerre générale ne fût reculée indéfiniment.

exigeait

donc qu'en
sur le

même
et

temps que

la

guerre serait portée

Danube

en Hongrie,

on provoquât une inla soutenir

surrection dans la haute Vénétie et que le gouverne-

ment
mes.

italien se tînt prêt

pour

par les ar-

La Prusse
la
la

et l'Autriche étaient alors

engagées dans

question des duchés.

La

conflagration générale,

guerre révolutionnaire européenne que voulait le
ainsi éclaté

grand agitateur, eût
léon

en dehors de Napo-

in

et

sans recourir de nouveau à lui

comme

en 1859. Mazzini s'engageait d'autre part, vis-à-vis de Victor-Emmanuel, à renoncer provisoirement à
toute propagande républicaine.

336

DESTRUCTION DU POUVOIR TEMPOREL
un moment donné cependant
les
le

A

roi et

Mazzini

étaient

tombés d'accord pour organiser un soulèveprovinces danubiennes en Serbie et de

ment dans

en

Galicie,
;

où on eût donné

la

main au mouvement
la

polonais

Garibaldi

en eût pris

direction.

En

même

temps des mouvements se seraient produits en
de forcer
la

Vénétie. Mazzini se réservait

main au

gouvernement
Mais
les

italien

et

d'amener un

conflit direct

entre lui et l'Autriche.

deux complices se

défiaient

tellement

que le plan ne put s'exécuter. A un moment donné les hommes de la gauche en Italie crurent à une trahison en voyant les éléments les plus actifs de la Révolution partir pour le Danube. Ils prol'un de l'autre testèrent
Diritto,

publiquement par une note publiée dans
échouer complètement
:

le

Cette publication
jet d'expédition
les

fit

le

pro-

en Galicie
étaient

Victor-Emmanuel, dont
ainsi

trames secrètes

dénoncées à toute
garibaldiens

l'Europe, dut refuser tout concours aux

qui s'étaient déjà rendus dans
biennes.
Il profita

les

provinces

danu-

de l'occasion pour se réconcilier
envoya, à Ischia, son aide de
lui

avec Garibaldi.

Il lui

camp,

le

général PorceUi,
et

promit des compensa-

lions de toute sorte

un commandement important
mécontent des
resta

dans

la

prochaine guerre. Garibaldi,
la

hommes de

gauche qui avaient contrecarré ses proavances de
la

jets, accepta les

royauté

et lui

fidèle jusqu'à la fin

de sa

vie.

En

vain Mazzini protesta qu'il était étranger à la

publication malencontreuse de la note

du

Diritto. Il

DESTRUCTION DU POUVOIR TEMPOREL
était

337

évident que son long éloignement de

l'Italie lui

avait fait perdre considérablement

de sa puissance

et

que d'autres influences dirigaient les hommes avancés. Victor-Emmanuel se sentit beaucoup plus libre vis-à-vis de lui, quoiqu'on 1867 et 1870 Mazzini ait pu encore exercer une part d'action assez importante.

C'est que peu à peu les forces vives des sociétés secrètes s'étaient portées ailleurs.

Palmerston, Victor-Em-

manuel, Napoléon
eux,
s'entendaient

III,

quoique souvent divisés entre
plus actifs,

parfaitement pour contre-carrer

l'action

de Mazzini.

Les éléments

les

comme Manin,

Rattazzi,

La
;

Barina, Klapka, Turr,

Kossuth, l'abandonnèrent

le

gros de

la

Franc-majour où
il

çonnerie italienne s'était rallié à Cavour
avait posé

le

au congrès de Paris

la

question italienne.
sont publiés,
le

Ces documents de premier ordre
dans
leurs

parties

essentielles,

dans

tome

III de

l'ouvrage Les Sociétés secrètes et

la société. Ils sont

de nature à
dules
la

faire

toucher du doigt aux plus

incré-

part

qu'ont les agissements occultes des

sectes dans la politique

contemporaine. Les dépêla

ches

diplomatiques

ne sont

plupart

du temps
et

qu'une parade destinée aux tournois parlementaires
à amuser le public.

Mazzini

était aussi
:

en relations à cette époque avec

M. de Bismarck
Prusse à
le

notes de lui adressées à

a publié deux M. d'Usedom, ministre de Florence en novembre 1867, dans lesquelles

M. Diamilla-Muller

vieux conspirateur, furieux d'être joué par Victoret

.Emmanuel

abandonné par

la

majorité des

loges,

22

338
offre

DESTRUCTION DU POUVOIR TEMPOREL
son concours et celui du parti révolutionnaire
à

avancé

Thomme

dans

lequel

il

voyait

l'ennemi

né de

la

France,

Le
par

chancelier prussien n'a pas négligé d'entretenir
et

des relations extra-diplomatiques avec l'agitateur,
lui
il

a surveillé à la fois

Napoléon
a voulu,

III et Victor-

Emmanuel. M. de Bismarck
donné,
faire

un moment peur à Victor-Emmanuel au moyen des
à
qu'il expédiait à ce dernier,

relations qu'il avait nouées avec Mazzini. C'est l'objet

d'un

mémorandum

mais

que des indiscrétions calculées

faisaient

en

même

temps connaître au gouvernement de Florence.

Dans
de 1868,

ce

document, qui date du

commencement
[ainsi la

la chancellerie

prussienne résume

poHtique proposée à l'ItaHe:
L'alliée naturelle de

«

l

Italie est l'Allemagne.

La rivale naturelle de l'Italie est la France. « Supposons l'Italie entièrement maîtresse d'elle-même, forte de son unité politique, devenue l'entrepôt de ses prol'Italie maîtresse de la pres produits et de ceux du Nord
«
;

Méditerranée, l'Allemagne maîtresse de la Baltique

;

ces

deux puissances, quoi qu'on en
forment
le centre, ces

dise, les plus intelligentes et

l'Europe en deux et qui en deux puissances dotées de frontières si précises et si nettement délimitées, si différentes de langue et de tempérament, exerçant leur action dans des sens si divers, que jamais l'Italie ne pourra aspirer à dominer dans la Baltique ni l'Allemagne songer à dominer dans la Méditerranée, et demandons-nous si elles peuvent faire autrement que de s'entr'aider mutuellement et de s'aimer corles plus civilisées, qui partagent

dialement.
«

L'Italie et

l'Allemagne sont entouréesde peuples qui as-

pirent à s'agrandir à leurs dépens.

Au

nord, l'Angleterre

DESTRUCTION DU POUVOIR TEMPOREL
pèse sur

339

rAUemagne,

Qt

uq jour

l'Orient

arrivera à pe-

ser sur l'Italie,

Au

deux

l'étoile

de l'avenir

sur l'Italie/où l'Italie

pour toutes au sud, où l'Allemagne s'appuie a devant elle la Méditerranée, qui peut
sud,
;

seulement,

brille

redevenir

un

lac italien.
et

Le peuple qui a fait 1814, 1848
allié de celui

1866 est

le

véritable

qui a fait 1847, 1849 et 1860. « A la fin de Vannée, l'Allemagne devra former un seul État puissant, s'êtendant de la Baltique aux Alpes, du

Rhin à
l'une ni

la Vistule

et

à

la

avoir de provinces

aux mains de

Dr ave; V Italie ne devra plus l'étranger-, ou bien ni
compris leur situation réci-

Vautre n'auront

proque.
« B^un autre côté, il est impossible à Vltalie de souffrir que la France menace à tout moment de s'emparer de Tunis^ comme elle Va fait récemment, de Tunis qui ne serait pour elle qu'une étape pour atteindre la Sardaigne. Il est indispensable à l'Italie de se constituer de telle façon qu'elle n'ait pas à trembler pour ses côtes, pour son commerce, pour ses provinces, à chaque froncement de sourcil du Ju«

piter français.

La France maîtresse de la Méditerranée ? La France les frontières du Rhin ? Non Vltalie et V Allemagne ne doivent à aucun prix le permettre. C'est pour elles une question de vie ou de mort. »
«

avec

:

Et
«

il

concluait ainsi

:

Nécessité de l'alliance de

l'Italie

et

de la Prusse par

voie diplomatique.
«

Ou
»

bien

:

a

Alliance stratégique de la Prusse avec

le parti

national

italien.

se hâta

Victor-Emmanuel, au courant de ces négociations, dénouer alliance avec la Prusse, et pour enle-

340

DESTRUCTION DU POUVOIR TEMPOREL
il

ver à Mazzini ses moyens d'action,
juillet

prépara, dès

1870, l'invasion de

Rome

qui, le

20 septem-

bre, couronna le but poursuivi avec des

moyens divers
son

par toutes

les fractions

de l'armée des sectes.

En même

temps. Napoléon III tombait de

trône, après avoir participé à la constitution de l'unité
italienne et de l'unité allemande
;

il

voyait s'écrouler
se réalisaient

ses espérances impériales au
ses projets
plice,

moment où

maçonniques
et

;

il

pouvait donc se dire comhélas
le seul
!

dupe

victime.

La France,

apprenait

au milieu de désastres inouïs que

souverain
elle

qui, avec son roi légitime, avait élevé

pour

une

voix courageuse, venait de voir forcer l'enceinte de sa
capitale, et

que

la

Révolution, entrée par la brèche de

la porte Pia, avait

consommé
le

l'attentat

prémédité de-

puis longtemps centre

chef auguste de l'Eglise.

Du
tenu
fait

moins, des Français avaient
la

héroïquement souviolée courir sur

cause du droit. Ceux-là, dont l'Empire avait

des proscrits, allaient de

Rome

les

champs de

la

Loire, et sous la bannière

du Sacré-

Cœur montrer au monde subjugué
de Lamoricière
et

par leur chevale-

resque bravoure ce que valaient les soldats du pape,

de Charette.

Mais l'œuvre maçonnique se poursuivra, etleF,*.
Sénard, envoyé du gouvernement du 4 septembre à
Florence, ne rougira pas de féliciter le roi carbonaro

au

nom de

la

Répubhque,

et d'ajouter cette

honte im-

pie aux douloureuses

humihations de nos revers.
la rétrocession
la

Ce
de

répubhcain
la

offrira
l'allié

même

de Nice
Il

et

Savoie à

honteux de

heures cruelles
peuple.

et des

Prusse. y a des années terribles pour un grand

DESTRUCTION DU POUVOIR TEMPOREL

341

La République
l'Empire

devait aggraver encore les fautes de

et accroître les

douleurs de la France dél'in-

sorganisée en face de l'ennemi par la dictature de

capacité, livrant l'est à Garibaldi tandis qu'elle paralysait

dans l'ouest

les

mouvements des débris de nos
d'Aurelles

armées
Chanzy.

conduites

par

de

Paladine

et

CHAPITRE XVI
l'unification

de l'Allemagne

Nous avons
Frédéric II à
la

raconté plus haut la part

prise par

propagation de la Franc-maçonnerie

et aussi l'appui qu'il trouva en elle ; nous avons cité le témoignage du grand maître Bluntschli, datant de son avènement le commencement de l'ère de la Révolution.

C'est

un de
le

ses lieutenants,

Prusse,

duc de Brunswick, que tous

un prince vassal de la les ordres maaccord pour leur
c'est
la

çonniques choisirent d'un
grand«maître au couvent de
grâce à
la stratégie

commun

Wilhemsbad en 1782;
la

diplomatique de

Prusse que

coalition des princes tourna

en une pure guerre de
la

conquêtes une intervention contre
eût

Révolution qui

dû Dès

être essentiellement désintéressée.

cette

époque
le

était arrêtée

dans

les sectes l'idée
et la

de détruire

saint

empire romain germanique

maison d'Autriche, pour réunir toute l'Allemagne en un empire centralisé sous la dynastie prussienne. Un
des adeptes de Weishaupt,
écrivait déjà
«
:

le

marquis de Constanza,

princes tout

En Allemagne il ne au plus,

doit
et

y avoir qu't*^ ou deux
il

faut

que ces

princes

soient illuminés et tellements conduits par nos adep-

l'unification de l'Allemagne
tes et tellement

343

environnés d'eux qu'aucun profane

ne puisse approcher de leur personne. » Après la dissolution apparente des illuminés, à
suite des

la

mesures

prises

en Bavière contre Weisd'être
l'inspira-

haupt, Tapostat Fessier, qui venait
teur de Joseph
II

dans sa

triste

campagne contre
selon Eckert,

l'ÉgUse, alla
«
il

s'étabhr en Prusse, où,
la

s'était

imposé

tâche de donner une forme exté-

rieure au but et aux
il

organisa la
il

moyens de l'IUuminisme. » Là grande loge royale York à ramitié,
accepter le patronage

dont
par

eut l'habileté de faire

le

prince royal, depuis Frédéric-Guillaume III.
cette

Grâce à
cut

tactique, cette loge,
esprit

se

conser-

vait le plus

pur

de

l'IUuminisme, survé-

aux

mesures prises en
et elle servit,

1794 par
va

le

duc de
de

Brunswick,

comme on

le voir,

noyau à la conspiration anti-chrétienne et anti-sociale. Cette année même, à la diète de Ratisbonne, la
Prusse s'opposait à
dire les loges
la

demande de

l'Autriche d'inter-

maçonniques dans toute
le saint

l'étendue de

l'empire.

En

1802,
le

empire romain
de toutes

était détruit et

avec lui

dernier reste de la grande pensée de Charlefut les

magne. La Prusse
maniques

puissances

ger-

celle qui profita le plus

de

la sécularisation

des principautés ecclésiastiques.

Comme
et

on l'a vu, son
avait

principal ministre à cette époque,
la direction

M. Haugwitz,

de

la

Franc-maçonnerie
et

de l'ordre in-

térieur en

Allemagne

en Pologne. Frédéric-Guil-

laume III et ses ministres s'engagèrent complètement 4ans le Tugendbund^ dont la pensée patriotique était

344
si

l'unification de l'Allemagne
la

singulièrement mélangée des tendances de
la défaite

Made

çonnerie. Après

de Napoléon,

le

roi

Prusse se refusa à donner une constitution,

et la

dès ce

moment
le

la lutte

sembla se dessiner entre

monaraux

chie et les sociétés secrètes. Sur ces entrefaites eut lieu

congrès de Vérone,

où M. de Haugwitz

fit

souverains ses révélations sur le but réel des sectes
et l'impossibilité

de

les diriger,

comme

l'avait

essayé

la

Prusse depuis 1797.

La

suite

donnée à

cette

communication par

les

sou-

verains fut bien différente. Voici

comment

la

raconte

M. de Gloden,
crets
«

écrivain allemand initié à tous les se-

de

la politique

prussienne.

produisit sur les empereurs François et Alexandre une impression plus profonde que l'auteur n'aurait pu l'espérer. En Autriche et en Russie, c'en est fait pour longtemps, et peut-être pour toujours de la Franc-maçonnerie. Et comment s'est conduit Frédéric-Guillaume III, à qui était adressé le rapport de son ancien ministre, et que ses amis et ses alliés engageaient à suivre leur exem-

Ce mémoire

ple ?

Gomment
prêtait

a-t-il agi, lui

qui,

comme

tout le

monde

le

sait, se

de

si
?

bonne heure aux conseils de

ses voi-

sins et de ses alliés
«

Informez vos frères, écrivait-il de Vérone à son médecin particulier, Wiebel, lequel était membre de la grande loge d'Allemagne, que j'ai eu fort à faire ici au sujet de la

Franc-maçonnerie et de sa conservation en Prusse mais que je ne leur retirerai pas la confiance que je leur ai accordée, à moins d'avoir des motifs plus concluants. Ditesleur que la Maçonnerie pourra compter sur ma protection,^ aussi longtemps qu'elle se renfermera dans les limites qu'elle s'est fixées elle-même (1). »
;

(1)

M. de GlodeQ a publié ces documents en 1840»

l'unification de l'Allemagne

345
Prusse et

Dès ce jour un pacte
la

fut conclu entre la

Franc-maçonnerie.
était

Les loges jugèrent
de l'Europe
le

que

la

Prusse

de tous

les États

plus capa-

ble de réaliser leur œuvre, et elles en firent le pivot

de leur action politique, sans se laisser déconcerter
par les hésitations et parfois
réactionnaires du

même

par

les velléités

successeur de

Frédéric-Guillau-

me

III.

A

partir

de 1821, toute
:

la

convergea vers Berlin

elle

fut

Maçonnerie allemande comme une branche
bureaucratie prus-

de l'administration, conduite à un but déterminé avec
la

raideur

de main propre à
en
subissant,

la

sienne. Si les loges supportaient ce despotisme, c'est

parce que,

le

elles

n'en marchaient

que plus sûrement vers l'accomplissement du « grand

œuvre maçonnique. »
L'idée de
la

réunion de l'Allemagne sous sa dole

mination ne cessait pas d'être
loges. Voici entr'autres

but de toutes les

un curieux récit extrait des mémoires du général Lamarque, où il raconte son entrevue avec le comte de B... en 1826
:

«

Il

a trouvé le

moyen de
de

se faire

recevoir

le sociétés secrètes

l'Italie et

de l'Allemagne,

dans toutes et il prétend

que ces sociétés minent
social actuel.

le terrain sur lequel

repose l'ordre

carbonari parviendront à leur but, qui est de réunir toute l'Italie en une seule puissance. Ce désir d'union est aussi un des grands buts de la société teulonique en Allemagne les nombres mystérieux de trente-sept et de trente-huit qu'elle a adoptés signifient
l'entendre,
les
:

A

que sur les trente-huit princes qui partagent l'Allemagne il n'en faut conserver qu'un, qui établira le régime constitutionnel ot fondera la liberté.

Quel

est

ce prince qui doit

346

l'unification de l'Allemagne

et ne faire qu'un Etat de tant connu que des principaux adeptes du grand cercle directeur dont il fait lui-même partie. Sera-ce le prince de Bade ou le roi de Wurtemberg ? »

succéder à tant d'autres
? Il

d'Etats

n'est

En

jetant ces

deux derniers noms dans

la

conversa-

tion, le

comte deB... avait voulu dérouter

le

général

Lamarque, ou bien encore entretenir
nique des libéraux
et

l'alliance

maçon-

des bonapartistes, car le prince
la famille

de Bade

était allié

de

Bonaparte.
qui,

Le

prince Louis-Napoléon,

même

avant sa

fortune politique, était fort au courant des vues des
sociétés secrètes, avait cherché à entrer dans ce des-

sein dès

1845 avec

le

duc de Brunswick.
sous le
Th.

Un
titre
:

ouvrage publié à Londres en 1867,
Lettres et correspondances de
détails

Slinghy-

Dimcombe, donne des
connus sur
les rapports

assez

curieux et peu

qu'eurent le feu duc de Brunsalors

wick
avec

et

Napoléon

III,

que

celui-ci n'était
était

que
lié

prétendant.
le

L'anglais Slingby-Duncombe

comte de Dorsay, l'ami personnel
et, soit

de Louis-

Napoléon,
fantaisie

par intérêt, soit par une sorte de
il

romanesque,

à servir la cause

du prince

Brunswick. Ce
faire servir

fut lui

une partie de sa vie du duc dépossédé de qui eut le premier l'idée de
travailla
et

l'énorme fortune du « duc aux diamants »

aux

projets

de Louis-Napoléon,

qui

de son côté

s'engageait à rétablir le duc dans ses États et voriser l'unification

à fale

de V Allemagne.
les

Dans

but

d'amener une entente entre

deux prétendants, M.

Duncombe envoya en 1845 son secrétaire parti cuher, M. Smith, à Ham, où le prince Napoléon était dé-

l'unification de l'Allemagne
tenu.

347
le

Smith eut une longue conversation avec
:

prince, qui signa la convention suivante

«

Nous, soussignés, duc de Brunswick
;

et

prince Louis

Bonaparte, convenons de ce qui suit
«

Art.

l^''.

Nous promettons

et

jurons sur notre honneur

le duc de Brunswick dans son duché, et, si cela est possible, de faire une Allemagne nationale unie, et de lui donner une constitution répondant aux progrès et aux besoins de l'esd'autre part, d'assister le prince Napoléon prit du temps dans son dessein de rendre à la France l'exercice de sa

et sur le saint Évangile,

d'une part, de rétablir

;

souveraineté nationale, telle qu'elle a été reconnue en 1830,
le pays puisse, en toute liberté, décider sur la forme du gouvernement qui répond le mieux à ses intérêts. « Art. 2. Celui de nous qui arrivera le premier au pouvoir suprême, sous quelque titre que ce soit, s'engage à fournir à l'autre les subsides nécessaires en argent et en armes pour atteindre son but, et non seulement à autoriser remploi d'un nombre voulu de volontaires, mais à en facili-

afin que

ter l'enrôlement

de toutes manières.

»

Le

contrat fut signé par le
et

comte Dorsay au
le

nom
duc

du prince Louis-Napoléon
chargé d'administrer
la

par M. Smith pour
est le

de Brunswick. Ce M. Smith

même
sait

qui était

fortune

du duc

et a

reçu un

million pour sa part de l'héritage.

On

qu'un pre-

mier testament,
rial toute la

fait

en 1865, léguait au prince impé-

fortune

du duc de Brunswick. Mais ce
des
été

comme la fortune et s'est éloigné Bonaparte au moment où ses millions auraient
dernier a
fait

plus que jamais les bien-venus.

En

1845,

le traité

du prisonnier de
;

Ham

et

du duc

aux diamants

était

grotesque

malheureusement en

348
1866

l'unification de l'Allemagne
cette idée

ne reparut que trop dans

les halluci-

nations de Napoléon III.

En
de se

1848, l'union de T Allemagne fut
réaliser.

sur

le point

La

création d'un empire prussien, qui

séparât la France de la Russie, était l'objectif de Pal-

merston,

et

il

avait

donné
en

l'ordre

aux loges par un ar1849, qu'on
l'ouvrage

ticle-programme du
peut voir
reproduit
t.

Globe du 12 mai
entier

dans

du

P. Deschamps,
périale au

III, p.

313.
offrit

Le parlement de
roi

Francfort

la

couronne imet
il

Frédéric-Guillaume IV,

ne

tint

qu'à

lui

de réaliser dès

lors l'œuvre qui s'est accom;

phe en

1866
et

et

1870

mais

ce prince,

honnête

homme

respectueux sincèrement du principe de la

légitimité, s'y refusa absolument.

La
le

publication ré-

cente de sa correspondance avec

baron de Bunsen
de ces temps
:

éclaire d'un jour singulier l'histoire
est

il

curieux de voir comment
libérale,

la Révolution,

sous sa

forme

continuait à faire son œuvre, sous

un

prince qui voyait cependant très nettement que

le li-

béralisme conduisait au radicalisme. Mais les sociétés
secrètes exploitaient ses préjugés

contre le Catholisorte

cisme

et sa

manie de vouloir constituer une

de

protestantisme universel,

comme une
alors

contrefaçon de

la véritable Église catholique.

En

1848,

quand Bunsen,

ambassadeur à
le roi

Londres, poussait de toutes ses forces
prince Albert,

de Prusse

à uûifier l'Allemagne et à rejeter l'Autriche en Orient,
le

un

Cobourg,

écrivait

lui-même au
de

roi

de Prusse pour l'engager à suivre
!

les conseils

son propre ambassadeur

Ce

fait

étrange est rapporté

l'unification de l'Allemagne
par Wolfgang Mentzel dans
c'était là

349

sa correspondance.

Or

précisément

le

plan poursuivi

par

Pal-

merston.

Mais l'empereur Nicolas, qui en 1848 avait

si

éner-

giquement contribué à la répression de
était
et la désorganisation administrative

la

Révolution,

mort en 1855. Les défaites essuyées en Crimée
de l'empire -russe

inclinèrent son successeur Alexandre II à suivre

une

politique tout autre.

A son

tour Frédéric-Guillaume
la

IV

mourut en

1861,

laissant

couronne à un frère

moins scrupuleux.

La Maçonnerie,
pas cessé de

après son échec de 1848, n'avait

travailler à l'unité

allemande,

et

M. de
des

Bismarck

fut

l'homme qui groupa toutes
les

les forces

sociétés secrètes sous sa direction.

L'on peut remarquer que
sa politique avec le plus

hommes

qui ont servi

d'ardeur pendant cette pé-

riode sont d'anciens agitateurs, qui ont pris une part
active

aux événements de 1848. Tels sont Schultzele
d'"

DeKtsch,

Lœwe,

Becker, Benningsen, Miquel,

Gervinus, Bamberger, Gneist, Seybel, Lasker, puis

ceux qui,
chefs de

comme

Karl Marx

et

Simon Deutsch,

les

l'Internationale, travaillent pour lui sur

un

autre terrain,

M. Bluntschli,

le

grand-maître de la

mère-loge de Bayreuth.

A

ces événements se rattache

comme une

préface le récit suivant de l'éminent évê-

que de Mayence, Mgr de Ketteler.
« J'étais (en 1848) curé dans une paroisse de mon pays, à Hopsen, en Westphalie, La confiance des habitants de cette contrée me força, contrairement à tous mes goûts, d'accepter un mandat au parlement de Francfort. Le dis-

350

l'unification de l^Allemagne

où je me trouvais comprenait entre autres le comté de Tecklembourg, ancienne province de la Prusse et protestante. Dans une réunion d'électeurs tenue là, on s'occupa surtout du rôle que les députés devaient remplir à Francfort dans le débat sur la constitution allemande. Un
Irict électoral

des assistants,

homme
que

d'ailleurs

éminemment

respectable,
était

émit cet

avis,

la principale

mission du parlement
de la Prusse

de au nord de l'Allemagne une royauté qui que mon deserait placée sous la couronne de la Prusse voir de député était de concourir à ce dessein. Ce fut la pred'ÉTENDRE jusqu'au
constituer ainsi
et
;

Mein

Ics frontlèrcs

que j'entendis émettre l'idée que nous avons vu années plus tard. Je fus étrangement surpris, dans un temps où tous les droits étaient ébranlés, d'entendre une telle bouche préconiser, comme un moyen de salut, une nouvelle et si colossale violation du droit, et je repoussai énergiquement le conseil de concourir à un dessein qui était le déchirement de l'Allemagne. Je ne me figurais guère alors que je serais témoin plus tard, comme évêque de Mayence, de la réalisation de ce plan et de V extension des frontières prussiennes jusqu'au Mein. Combien de fois j'aipensé depuis à ce monsieur de Tecklenbourg, dont les paroles sont devenues pour moi une preuve que ce qui est arrivé de nos jours était depuis longtemps préparé. Je suis certain maintenant que cet homme n'énonçait pas une opinion personnelle, mais qu'il s'était appromière
fois

se réaliser vingt

prié la pensée d'une société secrète.

»

Les
sonne.

relations

de M. de Bismarck avec

les chefs

de V Internationale ne sont un mystère pour
Il

per-

a pour secrétaire intime

un M.

Lotliair

Bû-

cher, qui, après avoir été obligé de s'exiler après 1848,
fut l'exécuteur testamentaire
socialiste
;

de

Lasalle, le célèbre
lettre

et

Karl Marx, dans une

publiée en

1878, par V Égalité, parle sur

un ton

plaisant des

l'unification de l'Allemagne

351

communications que ce Lothair Bûcher lui a faites de la part de son maître et signale incidemment son action sur certains
s'agit des

journaux

socialistes

de l'étranger.

Il

fameux « fonds des
faites la

reptiles. »

Les déclarations
par
le

même
de

année au Reichstag
avec

député socialiste Bebel ne laissent, d'ailleurs,
les relations

aucun doute sur
les sectes.

M. de Bismarck

Un

autre collaborateur

du chancelier prussien
la

fut

Arnold Ruge, l'un des premiers chefs de
lion en

Révoluet

Allemagne,

ancien ami

de

Mazzini

de

Ledru-RoUin.

Les
cités

faciles

victoires

remportées contre

la

Saxe,

la

Bavière, l'Autriche elle-même, sont dues aux compli-

que

la

Prusse rencontrait partout dans

les affdiés
rites

des loges. Dès 1861, une réunion de tous les

de

la

Franc-maçonnerie allemande
avait choisi

s'était

opérée

sous la forme d'une fédération intitulée Verein deuts-

cher Frelmaurer,

et

pour président

le

F.-. Seydel. Grâce à cette union, le travail d'unifi-

cation

s'opérait

ostensiblement

,

indépendamment
meneurs capar
irrésistible

même

de celui que pouvaient

faire les

chés. L'opinion recevait

une impulsion

tous les écrivains et professeurs en
tés

renom enrégimenl'empire allemand
;

dans

le

Verein.

Tous

les

hommes marquants de

actuel sont des francs-maçons avancés

on peut s'en

convaincre en comparant les annuaires maçonniques

avec

le

Reichsanzeiger.
est

L'empereur lui-même
tout l'ordre maçonnique.

frère et

protecteur de

Le

prince impérial va fré-

352

l'unification de l'Allemagne
présider des cérémonies maçonniques, où
très avancés. Il s'est

quemment
il

prononce des discours

en toute

circonstance déclaré le protecteur des juifs contre ceux
qui, à la suite
les exclure

du mouvement antisémitique, voulaient
grands succès de
dit
la

des loges.

Après

les

Prusse, un habile
maîtres d'école

personnage a

que «

c'étaient les

prussiens qui avaient gagné la bataille de

Sadowa

!

»

Comme
si l'on

toutes les phrases à effet, celle-là a été répé-

tée partout, surtout en France.

Rien

n'est plus faux,

veut y voir la preuve du développement de la

puissance des peuples par l'instruction primaire. Les

pays que

la

Prusse a vaincus en 1866,

la

Saxe,

le

Ha-

novre

notamment, étaient beaucoup
;

plus

avancés

qu'elle sous ce rapport
vrai, si l'on

mais

le

mot
les

est parfaitement
et

entend par
des

que
par

maîtres d'école

les professeurs

universités allemandes, presque

tous

francs-maçons,

ont

leurs

enseignements
victoires

contribué autant que
la

M. de Moltke aux
la secte réalise

de

Prusse.
Il

y a longtemps que

en Allemagne
:

le

mot

d'ordre qu'elle tient des illuminés

corrompre

pour arriver à dominer. Le
rement préparé par
le

terrain lui était particuHè-

protestantisme, qui aboutit loet

giquement au naturahsme,
tes.

par

le

socinianisme qui

a envahi sourdement toutes les confessions protestan-

Au commencement

de ce

siècle,

Mongelas, un dis-

ciple

de Weishaupt, avait déjà introduit en Bavière

l'enseignement obligatoire, et vers 1825, l'auteur du
livre des Sociétés secrètes

en Allemagne pouvait tracer
:

ce triste tableau des universités de ce pays

l'unification de l'Allemagne
(t

353

II suit de cet exposé que 8,?00 étudiants suivaient en 1818 les cours des vingt-une universités, dont six catholiques, une mi-partie et quatorze protestantes; que la popu-

lation allemande, étant de 27,500,000

que million

âmes, donne pour chapeu près 288 étudiants, dont 150 au moins sont affiliés à l'Illuminisme ou aux sociétés secrètes, sous le nom de Tugendbund, francs -maçons, Burschenschafts, bande noire, etc. et qu'enfin plus de la moitié de la généà
;

ration qui va prendre part aux affaires publiques en

gne

est

imbue des principes de
si

la secte.
»

AllemaQu'on nous réponde

avec d'autres chiffres,

l'on peut.

Ud homme cependant a marqué entre tous dans cette œuvre de corruption des jeunes générations, c'est le ministre de Prusse, le haut maçon d'Alskenlein, sous
le

règne de Frédéric-Guillaume IV. L'archevêque de
flétri le travail

Cologne a
de
la

impie de ce sectaire, qui a été
qui disait en

Tagent principal de la déchristianisation des écoles et

propagande maçonnique. C'est
:

lui

parlant du clergé catholique

«

Laissez-nous les écoles,

et

nous vous laisserons volon-

tiers les

pompes de

votre culte, les splendeurs de votre hié;

rarchie, vos évêques et vos chapitres

même à

honorerons ils nous servent, pour un temps encore, de manteau pour couvrir nos vues et nos mesures, et par leur moyen nous tenons les

nous

les
;

l'extérieur,

et

nous

les

protégerons

car

catholiques en repos. Mais lorsqu'une fois ce qui est essentiel au Catholicisme sera effacé du cœur de votre peuple,
lorsque la chaîne de vos traditions sera rompue, votre hiérarchie tombera d'elle-même
ira se

comme un

vieux chiffon

;

elle

confondre dans les ordures que le balai jette dehors; elle sera foulée aux pieds de chacun, à moins que nous ne voulions bien la sauver, en la classant parmi les autres fonctionnaires de l'Etat.»
23

.

354

l'unification de l'Allemagne
fond de toutes ces méthodes
si

Au
fait

vantées, de ces
et

« leçons de choses» dont

MM.

Ferry

P. Bert ont

décréter l'importation en France,

au miheu des
les

instructions philanthropiques,
ten^

comme

Kindergarle

on retrouve

la

propagation persévérante, dès

plus bas âge, des principes du pire naturalisme. S'em-

parer de l'éducation des
la religion et les

femmes pour
et

les

éloigner de

démoraliser a été un des principaux
des
efforts

objectifs

de lapoUtique d'Etat
en

de

la

Ma-

çonnerie
fait

Allemagne. Le père
celui

Pachtler, qui a

sur la
à

Franc-maçonnerie allemande un travail

analogue

du
et

P.
faites

Deschamps, rapproche
en France par
divers
la

ces tentatives de celles

ligue

de renseignement

par nos

ministres de

l'instruction publique. Cette action simultanée et par-

faitement identique n'éclaire-t-elle pas bien des choses?

est aussi l'explication

de

la

rapide corruption
le

morale qui se révèle maintenant de tous côtés dans

pays des milliards.

En

Suisse et en Autriche (où les

loges

fondées

par des agents de Berlin furent les complices de Jo-

seph II dans ses déportements contre
manisation se poursuit par
point sans posséder
les

l'Église), la ger-

sectes,

qui ne

sont

un mandat

occulte

A

Berlin, l'assassinat de l'illustre Garcia

Moreno,
su

président de la République de l'Equateur, était

avant d'avoir été perpétré,

car ce catholique couraconseil
ville la

geux
la

avait été

condamné par un

suprême de
persécution

Maçonnerie qui dirige de cette

universelle contre l'Église.

L'empire allemand a été constitué par

la

Maçon-

l'unification de l'Allemagne
nerie,
et
il

355

s'est

montré

fidèle

à

cette

origine en
lui livrant

déclarant la guerre au Catholicisme,

en

dans

le

monde
ait

entier

un des assauts
ce

les plus

dange-

reux qu'il

encore eu à subir.
plan a
été assez

Dans

les

premiers temps,

bien dissimulé.

que M. d'Arnim, pendant le du Vatican, tramait ses perfides excitations au schisme, et que le 20 septembre 1870 il se faisait le compHce des envahisseurs de Rome. Les premiers
C'est dans l'ombre
concile
rôles

dans l'œuvre du schisme étaient habilement

confiés

aux ministres pu'ussophiles

et

francs-maçons
!

de

la

Bavière catholique et de l'Autriche

C'est précisément après ses grands succès en 1870*

1871 quand
,

la

Prusse n'avait plus d'ennemis en Alleles catholiques,
les

magne

et

que

non contents d'avoir
bataille,

prodigué leur sang sur

champs de

s'em-

pressaient d'olTrir leur fidélité à l'empire allemand,
c'est alors

que, sans aucun motif et contre son intérêt

le plus évident,

M. de Bismarck

a inauguré

religieuse qui sera la pierre d'achoppement
édifice.

une lutte du nouvel

Avec la hâte et l'agitation qui sont le propre de son caractère, M. de Bismarck a, dans l'espace de trois années, changé toute la constitution prussienne et édicté
la série des lois qui font partout partie

du programme

maçonnique. Dès 1871
tres

la loi

sur l'inspection des écoles,

votée par le Landtag prussien, a dépouillé les minis-

du

culte,

cathohques

et protestants,

de leur

au-^

torité séculaire

sur les écoles pour la transférer à des,

fonctionnaires

nommés

par l'État.

En même temps on

356
faisait

l'unification de l'Allemagne
expulser par
le

Reichstag allemand
prétendait

les jésuiles ligo-

tes et

avec eux
les

les

dames du Sacré-Cœur,
qu'on

riens,

lazaristes

affiliés

aux

jésuites]

Le landtag prussien

est allé jusqu'à suppriet la

mer

les

congrégations enseignantes

plupart des

sœurs de charité.

Quand

les légitimes et

unanimes protestations de

l'épiscopat éclatèrent, le

gouvernement prussien avait

déjà toutes prêtes deux lois qui sont les plus
treuses inventions de
la

mons-

théorie de la suprématie re-

ligieuse de l'État sur l'ordre spirituel.

Des engagements
que
se
le

pris avec

les

sociétés

secrètes

peuvent seuls expliquer une entreprise aussi insensée

Kulturkampf, à

l'aide
et

duquel M. de Bismarck
de corrompre l'Église

flattait

de transformer

cathoUque. Bon nombre de

protestants sérieusement

chrétiens ont hautement repoussé toute solidarité avec

de

pareilles lois et les ont

blant la paix religieuse

condamnées comme troudu pays, nous sommes heureux

de

le

constater.
la

Devant
ver à
s'est
•de
la

courageuse unanimité de l'épiscopat, les

ennemis de

l'Église ont

lever le

masque

et

en

arri-

persécution ouverte.

Cette persécution

ne

pas arrêtée aux frontières de l'Allemagne. C'est
contre

Berlin que sont parties toutes les attaques
toutes les
affligée

i'Église,

vexations légales

qui

de 1871

à 1880 Font
d'Amérique,
gne.

dans

le

Brésil et les États-Unis

comme en

Suisse, en ItaHe et en Espa-

Quand en 1880 M. de Bismarck,
par
la force spirituelle

se sentant vaincu
les

de l'Église, a dû modérer

l'unification de l'Allemagne
violences

357

du Kullurkamp f, sans renoncer cependant des engagements avec la secte maà son principe,

çonnique ne

le lui

permettent pas,

les autres États,

qui recevaient de lui l'impulsion se sont
il

arrêtés, tant

est vrai

que ces attaques contre l'Église ne se pro!

duisent jamais spontanément chez les peuples
L'attitude prise par la

Franc-maçonnerie depuis
est

que

le

Kulturkampf a
significative. Elle
;

été inauguré

singulière-

ment
inutile

juge que

le

secret est

devenu

elle tient

au contraire à se montrer

et à faire

sentir sa puissance.
elle

Dans

ses journaux, dans ses loges,

revendique hautement
la

une part prépondérante

dans

fondation du nouvel empire allemand et dans

sa lutte contre l'Église.

Le Hérault' Rhénan
«

(25 octobre 1873) disait

:

Nous croyons pouvoir légitimement

affirmer que c'est

l'esprit

de la Franc-maçonnerie qui, dans le dernier procès qui s'instruit contre l'ultramontanisme, a prononcé sa sentence par la lettre à jamais mémorable de l'empereur au
pape. Les idées de l'empereur Guillaume, qui, on le
sait, est

de la Franc-maçonnerie, ne datent pas d'hier, et ne lui ont pas été uniquement inspirées par ses conseillers actuels, ainsi qu'on se plaît à le répandre. Déjà, encore à la

membre

fleur de l'âge,

il les

époque où

le

monde

Dans ce temps, il et il y est demeuré

exprima en présence de l'ordre, à une se faisait de lui une tout autre idée. proféra des paroles de prince et d'homme,
fidèle. Si

aujourd'hui

il

les exécute, c'est
»

ce que l'histoire des siècles futurs attestera.

Quelques jours après, à
lettres entre le

la

suite d'un

échange de

pape Pie IX

et

l'empereur Guillaume,
le

la

Freimaurer Zeitung de Leipzig pubUait
:

mani-

feste suivant

358
«

l'unification de l'Allemagne
sont ainsi en présence deux antagonistes: Tempe-

Quand

reur, qui, en sa qualité de F.-., estime et protège fordre] le

pape, qui le maudit et voudrait bien l'envoyer aux enfers, la

Franc-maçonnerie peut

et doit

adopter un parti. Elle peut et

doit se mettre du côté où elle est comprise et aimée...
suite de l'empereur, nous

A

la

marchons vers

la liberté

de

l'es-

prit sans assujettissement, vers la pacification

de la société

sans distinction de symboles, vers l'affranchissement de tout

Ce vieillard, ce héros est par une chaîne indestructible, indissoluble. L'idéal que poursuit notre société nous l'associe. Avec nous et pour nous il manie le marteau de la force, Téquerre de la sagesse, le compas de l'inspiration commune, qui sert à régler suivant un type idéal les actes
préjugé de jouissance égoïste...
notre F.'.
;

il

nous

est

lié

Que la conduite de notre F.-, impérial, qui n'a pas vainement travaillé au grand œuvre, soit un exemple à tous les FF.-. Nous avons confiance que tous nos FF.*, et toutes nos loges sont animés de ces sentiments,
dignes de l'homme...
et

qu'on n'oubliera pas, dans les banquets qui ont lieu à
le

des époques fixées, de faire trois feux nourris en l'honneur et

par amour pour

noble vieillard qui a

su combattre

les
»

puissances de ténèbres qui veulent anéantir nos desseins.

Mais

la justice

de Dieu confond ses ennemis par les
et

conséquences logiques de leurs crimes
glorification

en

tire la

de son Église.
di

Le Kulturkampf
mand, qui
cialisme.

succombé à

la fois

devant l'ad-

mirable résistance de Pépiscopat et du clergé alles'est relevé plusTort et plus
et

uni que jamais

au siège romain,

devant

le

développement du sol'on détruit

Ce

n'est pas

impunément que
I

toute religion dans les masses

Un pays protestant peut
évan-

bien moins supporter cette persécution gouvernementale

de l'Eglise

:

la confession luthérienne, dite

gélique, s'est fondue pour ainsi dire sous l'action de

l'unifiga^tion
l'école

de l'Allemagne
prodigieux
et

359
alarmant

maçonnique.

De

là le

développement du
de Palmerston,

parti

démocrate
prince

socialiste.

Les maslui-

ses ne se laissent pas guider docilement par l'héritier
fût-il
le

de Bismarck

même.

En même temps que
les

les succès électoraux

des déréfléchir

mocrates socialistes au parlement faisaient
conservateurs
qui
avaient
suivi

jusque-là
et

de

confiance la

politique du grand chanceher

réveil-

laient les forces sociales

du pays,

les

sauvages attentats

d'Hœdel

et

de Nobiling contre

le vieil

empereur, coïn-

cidant avec l'explosion

du Nihilisme en Russie, oule

vraient les yeux à la dynastie.

Tout ce

qu'il

y avait d'honnête dans

pays

s'est

levé et a déclaré
le

que

l'on

avait fait fausse route,

que

Kulturkampf

perdait l'empire et la société.

De-

vant cette puissante réaction, M.

de Bismarck a dû

changer de système
contre
le

(1)

;

il

apris la tète

du mouvement
s'est refusé

socialisme et a

rompu
il

ses alliances avec les
il

progressistes.
abolir les
lois

Mais jusqu'à présent
de mai;

à

veut obstinément garder

les positions légales prises contre le Catholilicisme

au

mépris de

la constitution et

des concordats. L'œuvre

Pour qui veut réfléchir, comment ne pas remarquer que, si les vraiment voulu frapper la tête de l'empire allemand, c'est contre M. de Bismarck et non contre le vieil empereur qu'ils auraient dirigé leurs coups ? Mais M. de Bismarck est protégé contre eux par une puissance supérieure, car il n'a pas encore fini son rôle maçonnique. l\ a été « titubant » et, selon le mot d'Etzel, qu'il connaît fort bien, on lui a retiré une partie de la confiance, mais on verra plus loin que la menace reste suspendue sur la tête de celui qui a «st entièrement » aux loges^ comme a chef » et comme < instrument >
(1)

socialistes avaient

.

360

l'unification de l'Allemagne

des sociétés secrètes subit im temps d'arrêt en Alle«

magne, mais

elle n'est

pas détruite.

La
et

visite

can a été

du prince impérial d'Allemagne au Vatidictée par une nécessité gouvernementale'

par une tactique d'occasion, plutôt que par un resincère.

mords
par

M.

de Bismarck, se voyant dépass6
a voulu déterminer une coalition

les socialistes,
;

contre eux

de

son arrêt dans

la

voie de la persé-

cution religieuse.

Eckert,

Gougenot-Desmousseaux,
les

Disraeli, affirla

ment que
seil

juifs

sont les vrais inspirateurs de

Maçonnerie

et sont toujours

en majorité dans

le

con-

supérieur des sociétés secrètes
croira d'autant
l'on constatera
la

On
que

mieux leur parole
l'exaltation
la

si

autorisée

universelle

du Jule

daïsme, qui suit
et l'extension

marche en avant de
la

Révolution

de

Maçonnerie.

Non seulement

juif

marcke aujourd'hui partout l'égal du chrétien, mais il le domine par la puissance de l'or, de la
Il

presse et des hautes positions scientifiques.
n'y avait qu'une région où les populations chré-

tiennes se
c'étaient la

défendissent contre

cet

envahissement

:

Roumanie et les provinces orientales de la Turquie. Dans ces pays la législation civile refusait
israélites la

aux

plénitude des droits de citoyen et le

droit d'acquérir le sol. Il faut lire

dans
Le

le

beau
le

livre

de M. Gougenot-Desmousseaux,

Juif,

Ju-

daïsme

et la judaïsation
la

des peuples chrétiens, Vqx-

posé magistral de
la résistance

question roumaine et des
et

nom-

breuses raisons économiques

morales qui justifient

de ces peuples devant l'invasion d'un

élément étranger destructeur de leur nationalité.

l'unification de l'Allemagne

361

Or, précisément les juifs ont effacé à Berlin cette
dernière injure.

Le congrès
régler

réuni dans
les

cette ville,

en juin
a

1878, pour

affaires

d'Orient,

solennellement édicté qu'aucune

distinction

de

culte

ne pourrait, dans
les

les

pays chrétiens, entraîner
(1).

une différence dans
C'est à

droits civils et politiques
la

un ministre de Waddington, que l'on a
article.

République française, M. borné à
faire

laissé le soin d'introduire cet
s'est-il

Aussi bien son rôle
des juifs, et c'est

les

affaires

la

seule consolation qu'il
les humiliations

en

ait

rapportée pour toutes
été l'objet

dont la

France a

au congrès. M. Waddington ne
la

faisait d'ailleurs

que suivre
le

voie que lui avait tracée

duc Decazes. Mais c'est M. de Bismarck qui en a été le grand inspirateur. C'est à lui que le peuple roumain, dans
son désespoir, s'est adressé pour obtenir d'échapper à
cet article
lier

son prédécesseur, M.

du

traité

de

Berlin

;

le

grand chance-

inflexible, et une dépèche de l'agence Hadu 18 août 1879, a appris au monde entier que M. de Bismarck se refusait à toute modification au

a été

vas,

traité

de Berlin, en tant

qu'il a consacré l'émancipa-

tion des juifs

de Roumanie.
n'a fait en cela

M. de Bismarck
tiens les

que payer une dette

contractée dans les loges, car les juifs ont été ses sou-

plus actifs dans
(2).

l'œuvre de l'unification de
des
Débats^

l'Allemagne

Le Journal

dans un

(1) Le F.*. Bluntschli a publié ea 1879 un pamphlet eu faveur des juifs roumains. (2) M. Lasker^ le chef des nationaux libéraux^ qui a été l'un des plus vigoureux champions de l'unification allemande, ainsi que Bamberger, toujours si haineux pour les catholiques, sont des juifs.

.

362
article

l'unification de l'Allemagne
consacré à l'exaltation d'Israël,
:

le dit

en pro-

pres termes

« En Allemagne, dès 1830, les juifs prennent un rôle important; ils sont à la tête de la Jeune- Allemagne. Si l'unité allemande a été hâtée par la diplomatie prussienne

et

par

le

militarisme prussien, cette œuvre,

ils l'ont

prépa-

rée,

soutenue, complétée... Alliés dès 1866 au prince de
et

ils saluaient en lui un autre Constantin montraient ses auxiliaires les plus dévoués.. »

Bismarck,

se

L'auteur de cet article est bien au courant du dessous des cartes de
Auxiliaires
la politique

contemporaine.
il

de Mazzini, quand

répandait l'idée

anti-chrétienne en Allemagne, les juifs ont contribué

puissamment, en abandonnant

le

chef de la Jeunedes forces des so-

Europe^ à

faire passer la direction

ciétés secrètes

aux mains de M. de Bismarck.
sur
les

De

leur action prépondérante

cabinets

et leur

triomphe actuel

CHAPITRE XVII
LE TRAVAIL INTÉRIEUR DE LA MAÇONNERIE DE 1852 A 1870

Ainsi que nous l'avons établi, Louis-Napoléon s'était

emparé de

la dictature

à

la fois

avec l'appui du

conseil directeur des

sociétés secrètes et avec celui

des conservateurs, pour lesquels l'année 1852 s'annonçait

comme
et

devant ouvrir une nouvelle ère de

massacres

de ruines. Cette double origine explique
indécise et d'apparences
contradictoires

la politique

que

suivit l'Empire.

Au

début de son règne jusqu'au

complot d'Orsini, l'empereur sembla s'attacher à justifier

ces

paroles

:

«

Il est

temps que

les
;

méchants
il

tremblent et que les bons se rassurent »
tranquilliser les intérêts matériels et

voulait
lui les

ramener à

hommes

religieux.

Mais on ne trouve dans

ses actes
le

aucun gage sérieux donné à ces derniers. Dès
à ce

mi-

lieu de janvier 1852, Louis-Napoléon, qui réunissait

moment même un

conseil des chefs des sociétés

secrètes et qui traitait avec eux, autorisait les tenues

de loges, un instant

interdites.
il

Loin de se montrer

hostile à la Maçonnerie,

voulut profiter de la légis-

lature nouvelle sur les
(décret

sociétés de secours mutuels
titre la

du 26 mars 1852) pour reconnaître à ce

364

LA Maçonnerie de 1852 a 1870

Maçonnerie

comme

institution d'utilité publique.

Le

Grand-Orient

s'y prêta

parfaitement,
si

mais

le

projet

du prince-président rencontra une
dans
le conseil

vive résistance

supérieur des sociétés de secours mu-

tuels, où, à côté

de hauts fonctionnaires, se trouvaient
cette proposition fut

plusieurs

hommes indépendants, notamment le vicomte
abandon-

Armand de Melun, que
tarde

donnée. Louis-Napoléon se réservait d'y revenir plus

En attendant,comme
appel, à cette époque,

l'administration faisait surtout

aux forces catholiques

et con-

servatrices, la Maçonnerie,

quoique protégée secrèteles éléet

ment, envahie d'ailleurs sur certains points par

ments
éviter

officiels,

dut observer une grande prudence
la

de se mêler à

poUtique journalière. Elle se
n'en
travailla

replia sur elle-même, mais

que plus
foi

activement à attaquer l'Église à fond, c'est-à-dire à

miner
les

les

croyances chrétiennes, à détruire la
la

dans

âmes, à s'emparer de l'éducation de

jeunesse.

Les

surveillants officiels qui avaient été

donnés aux

loges n'étaient peut-être pas complices de ces desseins.

Les francs- maçons déclaraient eux-mêmes

que

]e

prince Murât était « peu expérimenté encore dans les

« dogmes occultes de cette institution de charité et de « secours. »

Le maréchal Magnan, après
les trente-trois
le

avoir reçu,
rite écos-

dans une matinée,
sais, disait

degrés du

en riant qu'il ne savait pas

premier mot

des choses maçonniques.

Mais
la

les autorités officielles sont
et les

peu de chose dans
le veuillent

Franc-maçonnerie,

courants qui la poussent

en avant s'étabUssent, que ces autorités

ou

LA Maçonnerie de 1852 a 1870
ne

365

le veuillent pas. Il y a toujours au milieu d'elle quelques loges d'avant- garde qui devancent et entraî-

nent

les autres.

C'est à cette époque, 1855, qu'une loge de Liège

adopta ce programme du F.-. Goffm, qui est devenu,

quelques années après, celui de toute
çonnerie.
a
«

la

Franc-ma-

Suffrage universel direct.

Abolition des armées permanentes, cause de ruine et

d'oppression pour les peuples.
«

Suppression de la magistrature inamovible, origine
et

des injustices
a

des procès scandaleux.

Abolition des traitements

du

clergé^ désormais rétribué

par les croyants de chaque culte.
Suffrage universel pour les élections provinciales et communales, comme moyen d'habituer peu à peu la nation
ft

à l'exercice
«
«

de son pouvoir souverain

(1).

Instruction primaire^ gratuite

et obligatoire.

d'un

Suppression de la Banque nationale vaste système de crédit foncier,

et

établissement
et

commercial

agricole.
«

Organisation du travail par
Réduction de tous
Associations
le

la création

de grandes

associations ouvrières.
«

les

budgets

et

principalement de celui

de la guerre.
ft

morts sans
«

pour rendre les derniers devoirs aux concours du clergé. Abolition de la peine de mort en matière politique et
Tel doit
être,

criminelle.
«

selon moi, l'ordre du

jour

de

la

grande

réunion

M°.-. qui

aura lieu
le

prochainement. Voulons-nous
»

écraser l'infâme ou

subir ?

(1) Cet article du programme du F.*. Goffin vise spécialement la Belgique, où la Constitution a établi un suffrage censitaire.

366

LA Maçonnerie de 1852 a 1870
F.*.

Le
pour

Quinet,

réfugié

en Belgique,

réclamait
la

l'extirpation

de

la religion l'emploi

de

« force

aveugle. »

Le
«

F.*.

Renan

écrivait à la

même époque

:

Les temples matériels du Jésus

réel s'écrouleront
et

;

les

tabernacles où
brisés
;

Ton

croit tenir sa chair
est

son sang seront

déjà

le

toit

percé à jour, l'eau du ciel vient

mouiller la face du croyant agenouillé.

Et quelques temps après, en annonçant une édition
des
«

Œuvres de
La nouvelle

Voltaire:

édition qu'on prépare des œuvres de ce grand

homme

satisfera

au besoin que

le

moment

actuel

éprouver de faire une réponse aux envahissements

semble de la

réponse mauvaise en qvCU s'agit de combattre. »
théologie
,

soi,

mais accommodée à ce

L'illustre

évèque de Poitiers, Mgr Pie, suivait avec

sa haute

perspicacité le

mouvement
il

intellectuel

et

moral du temps. Dans ses magnifiques instructions synodales de 1857
et

de 1858

affirmait

que

les systèet

mes philosophiques
ses
disciples
ils

anti-chrétiens de

Cousin
qu'ils

de

ne resteraient pas

toujours dans les
;

sphères où

prétendaient les maintenir

des-

cendraient bientôt, qu'ils étaient déjà descendus, sur
le terrain pratique.

«
«
<k

V organisation du rationalisme,
fait le plus patent,
le

ajoutait-il,

est

le

plus formidable de notre
s'est

époque.

Une ligue européenne

formée,

« UNE ASSOCIATION UNIVERSELLE
« le but avoué de

s''est

établie dans

composer un corps d'armée qui

LA Maçonnerie de 1852 a 1870
« puisse résister glorieusement
« veut imposer à V esprit « latio7i. »

367
qu' on

aux doctrines humain de par la

rêvé-

Le grand évéque
de cette association

signalait le caractère cosmopolite
et indiquait la

Hollande

comme

un de
été

ses principaux foyers.
le

Depuis

temps de Spinoza,
la secte

la

Hollande a toujours
et
si

un des
et

centres de

antichrétienne,

elle n'y a pas excité les

mêmes bouleversements
se

polic'est

tiques

sociaux que dans les pays voisins,

peut-être parce qu'elle a voulu

ménager au
elle

sein

de ce

petit

peuple une place de sûreté d'où
loin ses ravages.

pût

impunément étendre au

En

1855, quelques penseurs

et positivistes

hol-

landais, les

FF.-. d'Albaing, Gtinst, D'^Junghtin, fonle

dèrent à côté et sous

patronage de

la

fameuse loge
le

Post nuhila lux,

une revue appelée

Dageraad
ouverte-

ou

le

Point du jour,
le «

et destinée à attaquer

ment

fanatisme de l'Église dite chrétienne. »
le

Un

an après,

4 octobre 1857,

le

Dageraad conpenseurs,
la

voquait un

congrès universel

de

libres

auquel prirent part soixante-cinq personnes tant de

Hollande que des pays voisins,

et qui reçut,

en outre,

de nombreuses adhésions.

Le
avec

rapport du secrétaire constatait que l'association

correspondait dNecid. Revue philosophique, de Paris,
le

Jahrundert, de Hambourg, avec
:

les

revues

hebdomadaires de Londres

TheReasoner, The Lon;

don

investigator, The

Humanistic journal
;

avec les
la le

humanistes

et les sécularistes anglais
;

avec

gione de Turin

avec la Retme trimestrielle,

RaNa-

368

LA Maçonnerie de 1852 a 1870
libéral,

Dans le du Congrès, l'association du Dageraad recommanda aux libres penseurs la fréquentation de
tional, le Congrès

de Bruxelles.

cours

l'Université de Bruxelles.

Le
qui

F.-.

d'Albaing eut quelques

difficultés

passa-

gères avec la loge Post nubila lux, mais c'est celle-ci

céda

et

qui,

une des premières, supprima
Il

la

formule du grand architecte de V univers.

en est

devenu vénérable quelques années après. Il entretint également des relations avec Ronge,
célèbre fondateur

le

du Rongisme ou du

parti des

com-

munes
«
Il

libres

d'Allemagne,
en 1858, en

y a là quelque chose de plus que des passions
,

ou des erreurs individuellles
tant ces faits,

disait

rela-

un homme de grande sagacité, M. d'Anselme, dans la Revue du monde païen. Il y a toute une organisation européenne et si à ce tableau on
;

ajoute ce qui s'est manifesté à nous de parti pris contre
la

révélation dans l'ouvrage de

M. Maury, que
et

toute

une

société de savants et de professeurs, sous la di-

rection de

M. Duruy, professeur lui-même
si

memla

bre de l'Université, a choisi pour introduction à une
nouvelle histoire universelle
;

on
de

tient

compte de

part faite au rationaUsme par l'Institut de France, dans
la

personne de tant de savants

et

littérateurs,

dont

les écrits

sontconstammentet systématiquement dirigés
;

contre la révélation
littérature,

de Taccueil que
la

le

théâtre et la

en général, que

poésie

plus ou

moins
cerainsi

sensuelle ou impie, et jusqu'aux chansons des rues,

que

les revues, les

romans,

les

journaux

et

même

tains

almanachs font journellement aux doctrines

LA Maçonnerie de 1852 a 1870

369

professées en haut lieu, on reconnaîtra qu'il y aurait
plus de danger que de prudence à faire voir dans une
société ainsi
satisfaisant
les

travaillée et
la foi et

circonvenue un spectacle
;

pour

rassurant pour l'avenir

dans
et

ennemis qui l'assiègent de partout, de simples

innocentes brebis involontairement sorties du bercail.
Il

ayant sa tète dans les

y a une ligue européenne, vaste, active, puissante, sommités du monde savant,
ses

comme

moyens
et

d'action dans

une portion du corps
affiliations

enseignant

de

la presse,

étendant ses

à travers toutes les parties

du corps
»

social, et

dont

le

but avoué est Panéantissement

en Europe de toute
en pleine

croyance fondée sur

la révélation.

Ajoutons que

la

revue Dagearaad

était

prospérité en 1864.

Quant à

la

loge Post nuhila lux,
fort

son influence n'a jamais cessé d'être

grande, et

aujourd'hui elle attire à elle la majeure partie de la

Maçonnerie hollandaise.

La Maçonnerie

française suivait cette impulsion.

En

1854, au sein des loges se fonde V Alliance religieuse
universelle, organisation extérieure qui voulait confon-

dre les adhérents de tous les cultes sur

le terrain

du

ra-

tionaUsme avec ces

trois bases: inviolabilité

de

la

cons-

cience, liberté reUgieuse absolue, droit de libre

exa-

men. La logique de
y^eligieuse à

l'esprit français a fait justice

de de

cette hypocrisie, qui consistait à

donner

l'étiquette

une association dirigée essentiellement

de religion. Mais les loges ne Ten ont pas moins patronnée durant plusieurs années, comme moyen de groupement extérieur de tous les
contre toute espèce

éléments hostiles au Christianisme. Aussi bien
24

VAU

370

LA Maçonnerie de 1852 a 1870
faisait-elle

Uance ne
des loges.

que traduire

la doctrine

intime

Nous avons sous les yeux une instruction maçonnique pour le grade d^ apprenti publiée à cette
époque,
et

dont l'auteur déclare qu'il

a,

pour

la rédi-

ger, consulté les

ouvrages de

J.

Simon, de l'abbé

Lammenais, de l'abbé Châtel, de Pierre Leroux, de
Platon Blanchard, de Gentil de Gabagnel, ainsi qu'une

grande partie des

rituels

maçonniques. Le dieu Apis

et

Jéhovah y sont mis sur le même pied, traités comme de pieuses folies, bonnes pour le peuple comme instrument
de discipline sociale
:

«

La Franc -maçonnerie ne
;

per-

« sécute pas, y est-il dit

elle

cherche à détruire

« l'erreur, et surtout les erreurs religieuses, parl'ins« truction vraie et raisonnée dont elle a tant de

moyens

« à sa disposition. » Les auteurs, auxquels cette instruction renvoie,

étaient tous

maçons

;

ceci indique

assez le rôle qu'ils ont joué dans la grande propa-

gande antichrétienne de
écrits
la

la secte.

C'est donc

avec
leurs

raison que l'on peut rapprocher

constamment
la

des rituels des loges pour établir

doctrine de

Maçonnerie.

Mgr Pie

signalait dans

l'instruction synodale

que

nous rappelions plus haut l'importance de certaines
idées mises en avant par
était

Eugène Sue. Cet
les

écrivain

très

engagé dans

loges,

et

l'événement

a montré que ses idées n'étaient pas seulement siennes,

mais étaient celles de toute
lettres

la secte.

En

1859,

dans des

au National,

il

traçait tout

un plan

pour substituer des écoles athées aux écoles chrétiennes.
C'est, vingt ans à l'avance, tout le cadre des lois

auxquelles les FF.*. Ferry et Paul Bert ont attaché

LA Maçonnerie de 1852 a i870
leur

371

nom. On y trouve notamment
art. 1, l'exclusion
fait

l'idée

mère du

fameux

de l'enseignement,

comme

indignes, de tous ceux qui ont

un vœu

religieux

ou font partie du clergé.

Le Monde maçonnique
«

écrivait en juillet

1867

:

Le mouvement philosophique, beaucoup
dans
les

plus accentué

el hardi

loges françaises que dans les ateliers de

naturellement

et même de rAllemagne,a placé maçons de notre pays au premier rang des volontaires de l'indépendance de la morale et de la penmais ce mouvement n'est pas exclusivement français, sée

l'Amérique, de l'Angleterre
les

;

comme on
tend sur
la

s'efforce

de

le faire croire

;

il

se

propage

et s'é-

Maçonnerie

entière.

»

Après

1860, au lieu

de recevoir l'impulsion de
la"

l'étranger, la

Franc-maçonnerie française

transmet

aux pays

voisins.
d'Italie, la

La guerre

part prise par le gouvernele

ment impérial aux attaques contre
reconnaissance
le
officielle

Saint-Siège, la

de

la

Franc-maçonnerie sous

ministère de M. de Persigny, donnent au
intérieur des loges

mouve-

ment

un

essor

que

rien ne pourra

désormais arrêter.

En

1863,

le

F.-.

Hayman,

à la

fête

du Grand-

Orient de France, célébrait la prospérité de la Maçonnerie dans le

monde

entier. Il montrait avec orgueil

« la Maçonnerie italienne se
jour, faisant prévaloir la

constituant au

grand

ré-

liberté

de pensée

gnait naguère le

Saint-Office ».
il

S'ad ressaut ensuite
:

aux

« Protégés pah UN POUVOIR FRATERNEL ET TOLÉRANT, VOS tOmplOS
frères français,

leur disait

372

LA Maçonnerie de 1852 a 1870
Puis, leur parlant du
rôle

sont des asiles sacrés. »

qui leur incombe
«

:

Maçons français, dirai -je encore, où avez-vous placé votre
?

idéal

Et cependant ne sentez-vous pas que le vieux monde une formule nouvelle, que l'humanité qui s'éveille a besoin de dogmes appropriés à ses aspirations, que la jeune société qui monte a soif de croyances plus harmoniques ? Et les révélateurs ne descendent plus de
se meurt, qu'il lui faut
la

montagne «A vous, mes
!

Frères, de les rechercher et de les discuter,
ces articles de foi de

dans

le

silence de nos temples,

l'avenir.»

Qu'était-ce donc que ces articles de foi de V avenir?

En

juin 1865, l'assemblée du Grand-Orient décide,
la

à une grande majorité, que
n'est pas

profession d'athéisme

un
la

obtacle à l'entrée dans les loges. L'arti-

cle des statuts,

qui déclare que la Franc-maçonnerie

repose sur

croyance en Dieu et à l'immortalité de

l'âme, pourra bientôt disparaître. Quelques loges, en

Hollande, en Belgique, en France, prennent dès ce

moment

l'initiative

de cette suppression. Les Grands-

Orients d'où elles relèvent protestent à peine et seu-

lement pour

la forme.

Ainsi que dans toutes les graves circonstances, le

Souverain Pontife

fit

entendre sa voix. Dans une allo-

cution prononcée le 25 septembre 1865, Pie
nonçait la Franc-maçonnerie

IX dé-

comme l'un des principaux
croissant, l'impunité

agents de
Il

la

guerre universelle dirigée contre l'Eglise.

signalait son
lui était

développement

qui

partout assurée,

l'audace avec laquelle

elle levait la tète.

LA Maçonnerie de 1852 a 1870

373

La papauté ne
que courait

pouvait plus que signaler les périls

la société.

En

1865,

la

plupart des gou-

vernements de l'Europe étaient plus ou moins sous
l'influence de la

Maçonnerie.
à profit avec

La Maçonnerie mit
les conditions
si

une

activité fébrile

favorables qui lui étaient faites.
et

De
une

1861 à 1870 sa propagande a une intensité
hardiesse, que les témoins de ce temps ne
oublier.

peuvent
de

C'est elle qui profite presque exclusivement
liberté des

la

conférences

,

inaugurée en

1864 par M,

Duruy,
tandis

le

ministre, qui pour les choses de l'instruc-

tion publique possédait la secrète pensée

du

maître. Et

que

le

gouvernement impérial
et
fois,

interdit les conle

férences de

M. de Broglie

de M. Cochin,
et

Grand-

Orient organise à la

rue de la Paix

rue Cadet,

une série de cours publics, sorte d'université populaire, où il a pour orateurs Deschanel, Henri Fouquier, Frédéric Passy, Taxile Delord, Elisée Reclus, Henri
Martin, Lissagaray, Castagnary, Lullier, Weiss, Jules
Vallès, toute la jeunesse des
loges, et le futur état-

major de

la

Commune
Rose

ou de l'opportunisme.
célébrée
le

Dans

la

fête solsticiale
la

2 février 1881

par la loge
F.*. Daily

du parfait
« la

silence de Paris, « le

morale indépendante était sortie des discussions qui eurent lieu il y a dix-sept ans dans les deux loges étroitement unies,
a rappelé que
la

Renaissance

et la

Rose

du parfait

silence^ dont

les vénérables étaient les FF.*. Caubet et Massol. »

que se forment toutes les œuvres de propagande antichrétienne dont nous avoirs
C'est durant cette période

374

LA Maçonnerie de 1852 a 1870
le

vu

libre

pensée

développement après 1877, les Sociétés de la la Ligue de V enseignement la Société
y ^

d'éducation 'élémentaire^ qui sont
ailes, droite et

comme

les

deux

gauche, de l'armée dont
l'enseignement,

les loges for-

ment le centre.

La Liguejde
bre 1866 par
versité, fut

fondée

le

15 octo-

le F...

Jean Macé, professeur de l'unile

d'une part recommandée par
par

général

Mellinet, grand-maître, approuvée

Enfantin, le

pontife

du Saint-Simonisme,
ministre

et

appuyée officiellement
l'instruction publique,
et

par

MM. Duruy,

de

Ch. Robert, secrétaire-général,

beaucoup de foncles

tionnaires, dont plusieurs ignoraient le but poursuivi,

nous voulons

le croire.

Des subventions sur
accordées;

fonds

du

budget
la

lui

furent
était

en

Algérie, dès

1868,

Ligue

une

institution d'État. C'était le

moment où l'empereur rêvait un empire arabe, et où Mgr de Lavigerie se voyait ordonner de rendre, non à
à leurs parents, mais à leurs tribus^ de malheureux or-

pheHns abandonnés à

la suite

d'une famine par leurs

familles et recueilUs par le charitable prélat. L'inspi-

rateur de cette prétention vexatoire

était le

général

Gresley, officier des bureaux arabes et alors chef d'état-

major du gouverneur général, M.

le maréchal de MacMahon, qui a regretté depuis l'abus fait de sa responsabhté. M. le général Gresley, nommé ministre de la guerre par la majorité gambettiste en novembre 1877,

a livré aux gauches

les

ordres donnés aux
il

commanLanterne

dants de corps d'armée, dont

avait été le chef d'étatLa,

major au 24 mai 1873

et

au 16 mai 1877.
était

a assuré que M. Gresley

franc-maçon.

LA Maçonnerie de 1852 a 1870
Alors apparaissent une

375

multitude de journaux qui
la

propagent ces idées dans
dans
les ateliers
:

eunesse des écoles

et

l'École, la Libre conscience,
la

VHo-

rizon, le Réfractaire,

Solidarité, journal des

principes, la Coopération, feuilles éphémères, mais
qui se succèdent Tune à
l'autre,
et entretiennent la
la

fermentation dans tous les éléments impurs de
le Siècle,

so-

ciété. Les journaux de la Maçonnerie, V Opinion nationale, le Monde maçonnique les recommandent hautement, attestant ainsi le lien qui les unit aux loges. Dès 1864, les loges de Paris et de province procèdent à des fêtes d'adoption et à des baptêmes

maçonniques.

Nous ne pouvons que mentionner ici ce mouvement il a été décrit et suivi dans ses détails dans dans les admirables brochures de Mgr Dupanloup les documents recueillis avec tant de sagacité par enfin, dans l'ouvrage de M. de M. Amand Neut
; ;

;

Saint- Albin, intitulé

:

Les libres penseurs

et la

Ligue

de V enseignement,
dernier ouvrage,
les loges

publié en 1868.

En

rehsant ce

en voyant de

l'activité

déployée par

pendant ces années, on reconnaît que
initial

a

été

le

moteur

tout le

mouvement

qui a

suivi.

On

est surtout frappé
les loges

des efforts

que font dès

cette

époque

pour s'emparer de l'éducation
et

par

la laïcisation

des écoles

par

les bibliothèques

populaires.

Nous désirons, disait un de leurs membres, le F.*. FéRocquain, en 1867, qu'on écarte du domaine de l'éducation publique tout enseignement religieux et dogmatique, en même temps que toute immixtion personnelle du clergé.
«

lix

376
Et

LA Maçonnerie de 1852 a 1870
croire que, dans notre pensée, cette

l'on aurait tort de

proscription frappe uniquement le Catholicisme.

Il est dans nos vœux qu'aucun ministre d'une religion quelle qu'elle soit, catholique, protestant, israéliste, ne s'ingère, à un ti-

tre

quelconque dans

les questions

d'enseignement.

»

On
tuity

a vu l'initiative prise par le Grand- Orient, au

sujet de la

fameuse formule
et obligatoire.

:

Venseigiiement gra*

laïque

Mais ce qui
la
plci^'i^

est

absolument frappant, ce qui indique
poursuivi à travers tous
réclamé par
le F.*.

secret, concerté et

les obstacles

avec ténacité, c'est de voir V enseigne'
des jeunes
filles

ment secondaire
reprît l'œuvre

les lo-

ges, douze et quinze ans avant

que

Paul Bert

de M. Duruy, qui procédait elle-même
:

du plan relatif aux loges audrogynes

La
jet

1.*.

la

Rénovation d'Amiens, proposait pour sufête solsticiale

de concours pour sa
et

de 1867.

« Éducation

instruction de la femme,

ont été dans

le

passé,

— ce qu'elles sont aujourd'hui, — ce
disait

— ce

qu'elles

qu'elles pourraient être et devraient être. »

U Opinion
«

nationale

à

la

même
:

époque,

dans son numéro du 20 novembre 1867

Commençons

tout d'abord

par l'éducation de
pays.
»

la

femme.

C'est la question vitale

pour

le

VÉcole
«

ajoutait (n^

du

i^'

décembre 1867)

:

France.

L'enseignement secondaire des filles n'est pas fondé en Il ne le sera que sur une base large et démocratique que nous ne trouvons point ici, et, alors même, il

LA Maçonnerie de 1852 a 1870
n'aura de consistance que
si,

377
suc-

la

liberté et le

bon sens
»

aux préjugés, libérales deviennent accessibles aux femmes.
lois

cédant aux

de privilège

et

les professions

Et nous sommes
«

en présence d'un programme

universel de la Maçonnerie.

A la même

date « la Li-

gue de renseignement pour la Belgique poursuit son
filles.

« but en cherchant à développer l'enseignement des « »

En

Itahe, le

même écho

nous revient

:

« La loge d'adoption, l'Étendard de charité^ dont les sœurs s'occupent avec tant de soin et de charité de l'asile et de l'ouvroir de Naples, a voté une adresse au F. •. Vésuviano Salvatore Morelli, 0. de Florence, député au parlement, pour le remercier du projet de loi sur la réhabilita* .

tion de la

femme

qu'il a présenté

à la dernière session.

»

A

cette

même

époque,
sous

au
la

mois
de

d'avril

1870,

M. Jules Ferry

faisait,

présidence de M. Jules