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DOSSIER DE PRESSE JEU DE PAUME

CONCORDE
#SallyMann
CET ÉTÉ,
LE JEU DE PAUME
PROLONGE SES HORAIRES !
Une occasion de profiter des
SOMMAIRE expositions du Jeu de Paume
et de son café en terrasse
3 POINTS FORTS dans le Jardin des Tuileries.
5 COMMUNIQUÉ Mardi (nocturne) : 12 h - 21 h
Mercredi à vendredi : 12 h - 20 h
6 BIOGRAPHIE Samedi et dimanche : 11 h - 20 h

8 L'EXPOSITION

12 AUTOUR DE L'EXPOSITION

13 VISUELS PRESSE

21 CATALOGUES

24 INFORMATIONS PRATIQUES

COMMISSAIRES
Sarah Greenough et Sarah Kennel

PARTENAIRES
L'exposition est organisée par la National Gallery of Art, Washington et le Peabody Essex Museum, Salem,
Massachusetts, en collaboration avec le Jeu de Paume pour sa présentation à Paris

La FONDATION D’ENTREPRISE NEUFLIZE OBC a choisi d’apporter son soutien à cette exposition.

Le Jeu de Paume est membre des réseaux Tram et d.c.a,


association française de développement des centres d'art.

Le Jeu de Paume est subventionné par le ministère de la Culture.

Il bénéficie du soutien de la MANUFACTURE JAEGER-LECOULTRE, mécène privilégié.

PARTENAIRES MÉDIA
Le Figaro, L'Obs, Télérama, Paris Première, Radio Nova

Remerciements à l'Hôtel Brighton

Couverture
Sally Mann, Gorjus, 1989, Tirage gélatino-argentique. Sayra and Neil Meyerhoff © Sally Mann
POINTS FORTS

 Première rétrospective majeure de l’artiste, « Mille et un  Sally Mann a toujours affirmé l’importance de la littérature
passages » présente près de 40 ans de photographies pour son art, précisant qu’il lui avait fallu réconcilier deux
expérimentales. L’exposition au Jeu de Paume est l’unique désirs : devenir écrivaine et devenir photographe . Ses
étape européenne d’une itinérance dans les plus grands images, à la fois transcendantes et tremblantes, intrépides et
musées américains. Composé comme une vue d’ensemble lugubres, sont comme une poésie argentique qui compose
du travail de l’artiste, le parcours rythmé en cinq parties une élégie à l’héritage troublé.
regroupe une centaine de photographies, dont une large
partie d’œuvres inédites et jamais présentées au public,
ainsi que deux films. « Faulkner, Poe, Wordsworth, Pound – ils ont tous nourri mon
travail et mes photographies sont l’hymne que leurs mots
m’inspirent en retour. » Sally Mann, 2007
 Née en 1951 et originaire de Lexington (Virginie), la
photographe américaine Sally Mann, a cherché toute sa
vie à raconter ce que signifie vivre dans le Sud des États- Grâce à la technique employée et aux jeux de clair-obscur,
Unis. S’appuyant sur un amour profond pour sa terre natale son travail libère une intensité rare. Sally Mann n’a pas peur
et sur une bonne connaissance de son héritage historique de recourir au lyrisme et à la poésie pour traduire en image,
complexe, elle pose des questions fortes et provocantes qui avec une certaine théâtralité, une réalité qui est à la fois très
transcendent les frontières géographiques et nationales. personnelle et universelle.

 Sally Mann réalise une photographie qui explore les


thèmes fondamentaux de l’existence : la mémoire, la mort, les
liens familiaux mais aussi l’insouciance de la nature envers
l’être humain. N’éludant aucune grande question, son regard
puissant interroge l’histoire, l’identité, la race et la religion.

 À partir des années 1990, l’artiste s’essaie à un procédé


datant du XIXe siècle, le collodion humide. Contrairement aux
premiers photographes ayant utilisé cette technique, Mann
a rapidement été attirée par les imperfections permises
par ce procédé, sortes de tâches et rayures dues à de
la poussière, ou encore des marbrures laissées par les
produits chimiques employés.

« Tu pries pour que tout ne soit pas raté, mais… un peu quand
même, pour que ce soit intéressant. » Sally Mann, 2016

ITINÉRANCE
National Gallery of Art, Washington / The Peabody Essex Museum, Salem / The J. Paul Getty Museum, Los Angeles / The Museum of Fine Arts, Houston / Jeu de Paume, Paris /
High Museum of Art, Atlanta

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Sally Mann, Bean’s Bottom, 1991, Cibachrome, Collection privée © Sally Mann

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Depuis plus de quarante ans, Sally Mann (née en XIXe siècle. En puisant dans des techniques anciennes, elle
1951) réalise des photographies expérimentales à la obtient une large palette d’effets photographiques, dont le
beauté obsédante qui explorent les thèmes essentiels « flare » (taches lumineuses parasites), la brume, les raies et
de l’existence : mémoire, désir, mort, liens familiaux, les flous qui font du Sud le lieu de la mémoire, de la défaite,
magistrale indifférence de la nature envers les de la ruine et de la renaissance.
hommes. L’unité de ce vaste corpus – portraits,
natures mortes, paysages et études diverses –, La quatrième section explore en quatre séries le paysage
repose sur l'évocation d’un lieu, le Sud des racial de la Virginie. Sally Mann réalise entre 2006 et
États-Unis. 2015 une série de ferrotypes sur le Great Dismal Swamp
(« grand marais lugubre ») et les cours d’eau voisins du sud-
Sally Mann, originaire de Lexington (Virginie), a écrit voici est de la Virginie. Ce marais a accueilli avant la guerre de
bien longtemps sur ce que signifie vivre dans le Sud des Sécession de nombreux esclaves en fuite. Là, l’emploi du
États-Unis.. S’appuyant sur un amour profond pour sa terre procédé ferrotype – émulsion au collodion sur feuille de
natale et sur une bonne connaissance de son héritage tôle – offre à Mann une surface d’aspect liquide et restituent
historique complexe, elle pose des questions fortes et la géographie locale, indissociable de son statut de terre
provocantes, sur l’histoire, l’identité, la race et la religion, d’esclavage. Parallèlement, Sally Mann photographie près
qui transcendent les frontières géographiques et nationales. de chez elle, à Lexington, de petites églises afro-américaines
Cette exposition, la première rétrospective majeure de cette du XIXe siècle. Ces images sont ponctuées de portraits de
artiste reconnue, traite de la façon dont sa relation avec sa Virginia « Gee-Gee » Carter, cette femme noire qui demeura
terre d’origine a façonné son œuvre. cinquante ans au service des parents de Sally Mann et qui
les aida à l'élever. Cette section se complète d’un groupe de
Organisée en cinq parties et dotée de nombreuses œuvres portraits d’hommes noirs tirés en grand format à partir de
inconnues du public ou inédites, cette rétrospective constitue négatifs au collodion.
à la fois une vue d’ensemble de l’œuvre de l’artiste sur
quatre décennies et une fine analyse de la manière dont le Dans la dernière partie, l’exposition revient à son point de
legs du Sud, à la fois patrie et cimetière, refuge et champ départ en se concentrant sur Sally Mann et sa famille pour
de bataille, transparaît dans son travail comme une force traiter du temps qui passe et de la mort. La fascination
puissante et troublante qui continue de modeler l’identité et persistante de la photographe pour les altérations,
le vécu de tout un pays. notamment corporelles, est manifeste dans une série de
portraits fantomatiques de ses enfants et de photographies
L’exposition s’ouvre avec des œuvres des années 1980, intimes montrant en détail la transformation physique de son
lorsque Sally Mann commence à photographier ses trois mari qui souffre d'une maladie dégénérative. L’exposition se
enfants se livrant à leurs occupations dans la résidence termine par une série d’autoportraits de l’artiste réalisés au
d’été de la famille à Lexington. D’une beauté sensuelle, lendemain d’un grave accident de cheval.
traversées de sourdes allusions à la violence, à la sexualité
et à la détresse, ces images réfutent les stéréotypes de
l’enfance et lui préfèrent des visions dérangeantes.
Un catalogue est publié à l’occasion de l’exposition.
L’exposition se poursuit par des photographies de Éditions Jeu de Paume et Xavier Barral.
marécages suffocants, de champs et de propriétés en ruine
que Sally Mann a découverts en sillonnant la Virginie, la
Géorgie et le Mississippi. Cherchant à capter ce qu’elle
appelle « la lumière radicale du Sud américain », elle
a rapporté de Virginie des images comme vues par un
somnambule, tandis que celles de Géorgie et du Mississippi
sont désolées et austères. Dans ces photographies
étrangement statiques, ainsi que dans celles de la troisième
section dédiée aux champs de bataille de la guerre de
Sécession, Sally Mann a opté pour des formats bien
supérieurs et fait appel à des objectifs anciens et au
procédé des plaques au collodion humide en usage au

5
SALLY MANN

R. Kim Rushing
Sally with camera, c. 1998,
Tirage gélatino-argentique. Collection de l'artiste

1951 1990
Naissance de Sally Munger (Mann) à Lexington, dans le La photographie Virginia at Four (1989) fait la couverture
comté de Rockbridge (Virginie). du numéro d’automne d’Aperture, intitulé « The Body
in Question » et consacré aux guerres culturelles.
1969 Exposition personnelle à la Grande Halle de la Villette
Son père lui fait don du Leica III dont il s’est servi lorsqu’il à Paris.
a sillonné l’Europe et l’Asie en 1938-1939. Quelques mois
plus tard elle développe son premier rouleau de film – 1991
essentiellement des photographies de paysages, suivi Le Wall Street Journal publie un éditorial titré « Critique:
rapidement d'un deuxième portant sur des études de nu. Censoring Virginia », accompagné d’une reproduction
censurée de Virginia at Four. Parallèlement elle est
1971 sélectionnée pour la Biennale du Whitney et participe
Prend des cours de photographie avec Norman Seeff au à de nombreuses expositions collectives à New York (au
Bennington College. Elle reçoit sa première commande - un Metropolitan Museum of Art, au Museum of Modern Art
portrait de sa camarade, la princesse Yasmin Aga Khan, fille et à la Fondation Aperture).
du prince Ali Khan et de Rita Hayworth.
Entame la série des Landscapes (qu’elle terminera en 1975). 1992
Prend les premières photographies de ce qui deviendra
1977 Mother Land (qu’elle achèvera en 1996), une série
Entame la série Portraits of Women (qu’elle achèvera en décrivant les paysages de Virginie et de Géorgie.
1978). Plusieurs expositions personnelles lui ont déjà été Publication du livre Immediate Family.
consacrées.
1993
1982 L'artiste Cy Twombly retourne à Lexington, sa ville
Mentionnée parmi les « Découvertes » dans la section natale ; des liens se retissent entre Mann et lui, leur
« Photography Year 1982 » de Time Life Books. œuvre sera une source d'inspiration respective.
Finalisation du documentaire Blood Ties: The Life and
1985 Work of Sally Mann ; il sera nominé l’année suivante
Commence à photographier ses enfants (Emmett, Jessie pour l’Oscar du meilleur court-métrage documentaire.
et Virginia) ; le projet, qui s’étendra jusqu'en 1992, est Nombreuses expositions à l'étranger (Japon, Allemagne,
intitulé Family Pictures et Immediate Family. Finlande, Canada).

1989 1995
Des expositions présentant des œuvres d’Andres Nommée « Photographe de l’année » par l’association
Serrano et de Robert Mapplethorpe déclenchent la Friends of Photography.
fureur. Dans le contexte des guerres culturelles, la série
Immediate Family se heurte à la critique. 1997
Elle s'essaie pour la première fois à la technique du
collodion humide. Exposition « Sally Mann: Mother
Land », à la Gagosian Gallery (Los Angeles).

6
1998 2006
Voyage en Alabama, en Louisiane et au Mississipi où Commence à travailler à un ambitieux projet sur
elle prend des photographies pour ce qui deviendra la l’héritage du racisme dans le Sud. Grièvement blessée
série Deep South. après une chute de cheval qui l'immobilise pendant
plusieurs mois, elle entreprend une série d’autoportraits
2000 qui s’étendra sur plusieurs années (jusqu’en 2012).
Commence à photographier les champs de bataille de
la guerre de Sécession, qui constitueront une partie de 2007
la série Last Measure. La Fondation Aperture (New York) lui décerne un prix
récompensant son exceptionnelle contribution au
2001 développement des arts photographiques.
Le magazine Time lui décerne le titre de « meilleure
photographe américaine ». Exposition personnelle 2009
« Deep South » à la Galerie Karsten Greve à Paris. Expositions collectives au Musée Solomon R.
Guggenheim et Museum of Modern Art (MoMA)
2002 à New York, et à la Triennale de Milan.
Commence à faire des portraits au collodion d’Emmett,
de Jessie et de Virginia ; ils constitueront le volet final 2010
de What Remains sous le titre de Faces (elle achève la Exposition personnelle « Sally Mann: The Flesh and the
série en 2004). Spirit » au Virginia Museum of Fine Arts (Richmond),
accompagné d'un ouvrage remarquable, publié par
2004 Aperture.
Exposition personnelle « What Remains », à la Corcoran
Gallery of Art (Washington). 2015
Publication de Hold Still: A Memoir with Photographs ;
2005 le livre fera partie de la sélection finale du National
Finalisation du documentaire What Remains: The Life and Book Award et recevra la médaille Carnegie du meilleur
Work of Sally Mann, qui est honoré au Festival du Film de essai.
Sundance en 2006 et nominé pour un Emmy du meilleur
documentaire. 2016
Exposition personnelle « Remembered Light: Cy Twombly
in Lexington », à la Gagosian Gallery (New York).

Sally Mann
Deep South, Untitled (Stick), 1998
Tirage gélatino-argentique, daté 1999
Courtesy du New Orleans Museum of Art,
collection de H. Russell Albright, M.D.
© Sally Mann

7
L'EXPOSITION
FAMILLE

« Le lieu est important ; c’est le temps de l’été. De n’importe quel été, mais le lieu est
chez nous et les gens qu’on voit là sont les membres de ma famille ».
Sally Mann, 1992

De 1985 à 1994, alors qu’ils séjournent en été dans leur châlet d'été, dans la
vallée de Shenandoah, Sally Mann photographie ses trois enfants, Emmett, Jessie
et Virginia. Elle crée des images qui évoquent la liberté et la quiétude de jours
paisibles consacrés à l’exploration de la rivière et des champs qui environnent
le sanctuaire champêtre de la famille. Délaissant les boîtiers petit format avec
lesquels sont réalisées dans leur immense majorité les photos de famille, Mann
utilise prioritairement une chambre 8 x 10 pouces, s’inscrivant de ce fait dans la
tradition de la photographie d’art. Évitant le sentimentalisme souvent associé à
l’âge tendre, elle en photographie les activités et mésaventures quotidiennes,
ainsi que la complexité psychologique de l’enfance. Ses images témoignent de la
beauté, de la sensualité et de la tendresse, mais aussi de la colère, de la honte,
de la perplexité, de la détresse et de l’éternel conflit opposant l’attachement
affectueux et le désir d’indépendance.

Observant discrètement ses enfants alors qu’ils jouent ou se reposent, Mann


métamorphose l’intime et le quotidien en instants extraordinaires. Cependant,
nombre de ces photographies sont le fruit d’une préparation minutieuse et d’une
exécution rigoureusement contrôlée. Travaillant en étroite collaboration avec
ses enfants pour mettre en scène des tableaux dramatiques, elle leur demande
à l’occasion de prendre la pose ou s’inspire de leurs attitudes spontanées. Les
photographies qui en résultent mêlent faits et fantaisie, mais « la plupart portent
sur des choses ordinaires que toute mère a eu sous les yeux » comme le décrit
Sally Mann.

Elle publie en 1992 soixante de ces images dans un ouvrage intitulé Immediate
Family [Famille immédiate]. L’inclusion de photographies d’enfants nus et
l’exploration des défis de l’enfance soulèvent des questions relatives à l’autorité
parentale, à la liberté artistique ainsi qu’à la distinction entre images publiques
et images privées. Mais cet ouvrage souvent salué pour sa description fidèle et
parfois saisissante de la croissance et du développement de ses enfants constitue
aujourd’hui l’une des évocations les plus célèbres de la vie de famille.

LA TERRE

« Le lieu et l’histoire étant donnés, il m’appartenait de trouver les métaphores :


ces signes cryptés dans le paysage du Sud, dont la signification s’est plus ou moins
perdue ».
Sally Mann, 2015

Au début des années 1990, Sally Mann cesse peu à peu de photographier sa
famille pour se consacrer au paysage environnant, car elle est, selon ses mots, «
prise en embuscade par les paysages ». Elle entreprend alors de photographier
les collines, les cours d’eau et les forêts qui s’étendent à proximité de son
domicile, créant des images d'où émane un profond sentiment de familiarité,
fruit d’années d’observation réfléchie. Plus tard au cours de la décennie, elle
s’aventure plus au sud, en Géorgie, en Louisiane et au Mississippi. En cherchant
à montrer comment la terre conserve les cicatrices du passé, ses photographies
font souvent allusion à l’histoire plus générale de la nation américaine, faite de
guerres, de mort, de souffrances et d’injustices.

8
L'ULTIME ET PLEINE MESURE

Lexington (Virginie), dernière demeure de Stonewall Jackson et de Robert E. Lee,


généraux des armées des États confédérés d’Amérique, est une ville enracinée
dans le passé, façonné par l’histoire de l’esclavage et de la guerre de Sécession.
Près d’un tiers des batailles de ce conflit ayant été livré dans le Commonwealth
de Virginie, cet État a joué un rôle de premier plan dans la Civil War américaine.
Considérant les incidences de l’histoire sur sa terre natale, Mann s’est interrogée
en ces termes : « La terre s’en souvient-elle ?
Ces champs qui furent le lieu d’un carnage indescriptible, qui ont enseveli un
nombre indéfinissable de corps, sont-ils des témoins possibles ? Et s’ils le sont,
avec quelle voix parlent-ils ? Y a-t-il une présence numineuse de la mort dans ces
champs de bataille si placides aujourd’hui, ces lieux où le temps s’est figé ? »

De 2000 à 2003, cherchant à répondre à ces questions, elle photographie les


« recoins ordinaires […] bâtards, broussailleux […] orphelins » des champs de
bataille d’Antietam, Cold Harbor, Fredericksburg, Manassas et de la Wilderness,
entre autres, qui tous se trouvent à bonne distance de canon de Lexington. À
l’instar de tant de photographes de la guerre de Sécession, elle crée ses négatifs
en recourant au procédé du collodion humide en vogue au XIXe siècle.
Toutefois, à la différence de ses prédécesseurs, elle s’empresse d’en accueillir
les défauts, les rayures, craquelures et autres écaillements de l’émulsion dus
à ses manipulations du collodion, qui ajoutent à ses images une résonnance
métaphorique. Ces imperfections lui offrent le moyen de suggérer comment la mort
« a modelé ce paysage enchanteur et elle fera valoir ses droits sur lui de toute
éternité ».

Le procédé au collodion humide

À la fin des années 1990, Mann entreprend de préparer ses propres négatifs
sur verre au collodion humide. Ce procédé datant du XIXe siècle consiste à
enduire une plaque de verre d’une substance visqueuse appelée collodion. La
plaque est ensuite immergée dans une solution de sels d’argent qui réagit avec
les sels du collodion et devient sensible à la lumière. Chargée dans la chambre
photographique, la plaque est exposée puis développée avant que le collodion
ne sèche. Le négatif ainsi produit est utilisable pour réaliser des épreuves positives
sur n’importe quel type de papier photographique, y compris le support de
prédilection de Mann, le papier gélatino-argentique. Si les photographes du XIXe
siècle mettaient tout en œuvre pour obtenir des négatifs parfaits, Mann a pris
conscience que ce qui l’attirait dans ce procédé, ce sont ses défauts, mouchetures
dues aux poussières ou cernes laissés par les produits chimiques. Le hasard
devenait par conséquent un élément déterminant de son travail créatif.

RESTE AVEC MOI

« J’ai pris mon parti de l’histoire dans laquelle je suis née, des gens qui vivent cette
histoire et de la terre sur laquelle je vis, et ce avant même d’avoir su lacer mes
chaussures. Même ainsi, je ressentais une certaine honte et un vague sentiment
de responsabilité ; le passé me hantait, qui surgissait comme du fond des temps.
Maintenant, en notre présent, un cri urgent s’élève, un cri qui m’oblige encore et
toujours à tenter d’accorder mon amour pour ce lieu avec la brutalité de son histoire ».

Sally Mann, 2017

Au début des années 2000, Mann entreprend une réflexion introspective,


cherchant à repérer comment la question raciale, l’histoire et la structure sociale
de l'État de Virginie ont façonné non seulement le paysage, mais également
sa propre enfance et son adolescence. S’efforçant de franchir « la division
apparemment indépassable entre les races », elle désire aborder la question
de ces « rivières de sang » versées par les Afro-Américains sur cette terre, et
méditer sur le courage dont ils ont fait preuve et les périples qu’ils ont accomplis

9
pour fuir l’esclavage. Elle a réalisé pour ce faire quatre séries de photographies.
Deux d’entre elles montrent les voies physiques et spirituelles : les rivières et
les marécages qui étaient pour les esclaves autant d’itinéraires potentiels
d’évasion vers la liberté ; les églises offrant la promesses d’un chemin spirituel
vers la délivrance. Les deux autres représentent les Afro-Américains eux-mêmes :
les hommes qui ont posé pour Mann ; Virginia « Gee-Gee » Carter qui, ayant
travaillé cinquante ans pour la famille de Sally Mann, a été une présence
déterminante dans la vie de la photographe. Mann a regroupé ces quatre séries
sous le titre Reste avec moi (Abide with me), faisant observer que le mot abide, bien
que signifiant « supporter », est souvent utilisé dans son acception négative pour
exprimer l’intolérance. Le titre Reste avec moi est également inspiré du cantique «
Demeure auprès de moi, Seigneur ! », prière adressée à Dieu, implorant sa présence
tout au long des épreuves de la vie et dans la mort.

Virginia « Gee-Gee » Carter

Sally Mann a été élevée principalement par Virginia Carter, sa nourrice qu’elle
surnommait affectueusement « Gee-Gee ». Devenue adulte, Mann dut faire
l’épreuve du « paradoxe fondamental du Sud : qu’une élite blanche, déterminée
à séparer nettement les races en public, puisse en privé fonder le fonctionnement
intime de son foyer sur un effacement de cette même ségrégation ». Elle en vint à
comprendre que si sa famille avait résolument soutenu le mouvement des droits
civiques, celle-ci n’en avait pas moins bénéficié de structures sociales et juridiques
perpétuant l’assujettissement des Afro-Américains, et notamment de sa Gee-Gee
bien-aimée.

Au début des années 2000, Sally Mann cherche à mieux comprendre la vie de
cette femme, la « meilleure mère qu’un enfant puisse désirer », ainsi qu’elle l’a
qualifiée. Virginia Carter, petite-fille d’esclave, dont la mère fut vraisemblablement
violée par un blanc, est morte en 1994 à l’âge de cent ans. La photographe est
entrée en relation avec les enfants et petits-enfants de Carter pour rassembler
des instantanées la montrant en compagnie de sa propre famille et de celle des
Mann. Elle est également revenue aux photographies qu’elle avait réalisées de
cette femme « vigoureuse, fière et posée ».

CE QUI RESTE

Mann a un jour fait observer que la mort a « modelé ce paysage enchanteur »


qu’elle observe quotidiennement dans sa propriété. La mort a également modelé
plusieurs séries de photographies qu’elle a réalisées dans la première décennie
des années 2000, méditations sur la condition de mortel, la vieillesse, la fragilité
de la vie et la famille. Ces images manifestent ensemble la conviction de Mann
que c’est seulement en regardant la mort en face que l’on peut pleinement
apprécier la vie. La mort, a-t-elle déclaré, est « l’élément catalyseur d’une
appréciation plus intense de ce qui nous est offert ici et maintenant ».

Mann achève en 2004 une série de portraits énigmatiques de ses enfants, alors
jeunes adultes. Intitulées Faces [« Visages »] et réalisées au plus près du sujet,
avec une exposition longue (jusqu’à trois minutes). Ces images grand format,
légèrement floues, rappellent de façon troublante les photographies post-mortem
du XIXe siècle. Deux ans plus tard, elle réalise plusieurs autoportraits envoûtants
qui font allusion à la décomposition, à la douleur et au vieillissement. Elle
braque également son objectif sur son mari, Larry, atteint d’une forme tardive de
dystrophie musculaire. Bien que l’ayant régulièrement photographié depuis leur
rencontre en 1969, ce n’est qu’au début des années 2000 qu’elle entreprend de
recueillir les changements de son apparence physique provoqués par la maladie
dans une série intitulée Proud flesh [« chair exubérante »], locution qui désigne chez
les équidés le tissu cicatriciel se formant sur une blessure.
Si les titres donnés par Mann à ses photographies sont principalement descriptifs,
ceux qu’elle choisit pour les images de Larry s’inspirent souvent de sources
littéraires et artistiques, de la mythologie grecque, de l’art classique à la Bible, en
passant par ses auteurs favoris, dont T. S. Eliot, Ezra Pound et Eudora Welty. Toutes
ces œuvres évoquent l’instabilité de la mémoire, la vulnérabilité du corps, les
ravages du temps et le fossé indicible creusé entre la matière et l’esprit.

10
Sally Mann, The Turn, 2005, Tirage gélatino-argentique, Collection privée © Sally Mann

11
AUTOUR DE L’EXPOSITION

>> Visites et activités


RENDEZ-VOUS DU JEU DE PAUME
❙ Mercredi / samedi, 12 h 30
Visite commentée des expositions par
un conférencier du Jeu de Paume.
• gratuit sur présentation du billet d’entrée

AUTRES VISITES
❙ Mardi 18 juin, 18 h
>> Visites de groupes
Visite de l'exposition « Mille et un passages » Pour les visites de groupes adultes et associations, ainsi
par Sarah Greenough et Sarah Kennel, commissaires. que pour les activités en direction des publics scolaires et
périscolaires.
❙ Mardi 18 juin, 19 h
• renseignements et réservations : 01 47 03 12 41 /
Rencontre avec Sally Mann en conversation avec
serviceeducatif@jeudepaume.org
Sarah Greenough et Sarah Kennel.

❙ Mardi 6 septembre, 18 h 30 Le Jeu de Paume est membre de la mission « Vivre ensemble »


Rencontre avec Nancy Huston sur les sujets croisant sa propre du ministère de la Culture.
démarche artistique et celle de Sally Mann.

>> Cycles de cours


>> Publics jeunes ❙ De l'invention de la photographie aux images
contemporaines

RENDEZ-VOUS EN FAMILLE Session d'été | Histoires de la photographie


• Mercredi 2 juillet, 18 h 30 : Expérimentations et applications
❙ Samedis 6 juillet, 3 août, 7 septembre, • Mercredi 3 juillet, 18 h 30 : Captations et déplacements
à 15 h 30 • Jeudi 4 juillet, 18 h 30 : Constructions et mises en scène du sujet
• gratuit pour les enfants (7-11 ans) et pour les abonnés
• Vendredi 5 juillet, 18 h 30 : Parcours d'exposition
ou sur présentation du billet d'entrée.
« Sally Mann » et « Marc Pataut ».
• réservation : rendezvousenfamille@jeudepaume.org

• renseignements et inscription : 01 47 03 12 41 /
coursdeformation@jeudepaume.org
RENDEZ-VOUS DES MARDIS JEUNES
Tous les derniers mardis du mois, de 12 h à 21 h

❙ Mardis 25 juin, 30 juillet, 27 août, 17 septembre


• programme disponible dans la rubrique « mardis jeunes » du
site internet du Jeu de Paume
• gratuit pour les étudiants et les moins de 25 ans inclus

12
VISUELS PRESSE
La reproduction et la représentation des images de la sélection ci-après est autorisée et exonérée de droits dans le cadre
de la seule promotion de l’exposition du Jeu de Paume et pendant la durée de celle-ci.

FAMILLE

1. 2.

Visuels presse
téléchargeables sur
www.jeudepaume.org

Identifiant  : presskit
Mot de passe  : photos

3.

1. Sally Mann, On the Maury, 1992, Tirage gélatino-argentique, Collection privée © Sally Mann

2. Sally Mann, Bean’s Bottom, 1991, Cibachrome, Collection privée © Sally Mann

3. Sally Mann, Cherry Tomatoes, 1991, Tirage gélatino-argentique, Washington, National Gallery of Art, Corcoran Collection,
don de David M. Malcolm en mémoire de Peter T. Malcolm, 2015 © Sally Mann

13
4.

5. 6.

4. Sally Mann, Easter Dress, 1986, Tirage gélatino-argentique.


Patricia and David Schulte © Sally Mann

5. Sally Mann, Bloody Nose, 1991, Cibachrome. Collection


privée © Sally Mann

6. Sally Mann, Trumpet Flowers, 1991, Cibachrome. Collection


privée © Sally Mann

7. Sally Mann, Gorjus, 1989, Tirage gélatino-argentique.


Sayra and Neil Meyerhoff © Sally Mann

7.

14
LA TERRE

8.

9.

8. Sally Mann, Deep South, Untitled (Stick), 1998,


Tirage gélatino-argentique, daté 1999,Courtesy du New Orleans Museum
of Art, Collection de H. Russell Albright, M.D. © Sally Mann

9. Sally Mann, Deep South, Untitled (Scarred Tree), 1998, Tirage gélatino-
argentique. Washington, National Gallery of Art, Fonds Alfred H. Moses et
Fern M. Schad. © Sally Mann

10. Sally Mann, Deep South, Untitled (Fontainebleau), 1998, Tirage


10.
gélatino-argentique, daté de 2017. Washington, National Gallery of Art,
don de Stephen G. Stein Employee Benefit Trust © Sally Mann

L'ULTIME ET PLEINE MESURE

11. 12.

11. Sally Mann, Battlefields, Antietam (Starry Night), 2001, Tirage gélatino-argentique. Alan Kirshner et Deborah Mihaloff Art Collection © Sally Mann

12. Sally Mann, Battlefields, Cold Harbor (Battle), 2003, Tirage gélatino-argentique. Washington, National Gallery of Art, don du Collectors Committee
et du Fonds Sarah et William L. Walton © Sally Mann

15
13. 14.

RESTE AVEC MOI

15. 16.

13. Sally Mann, Battlefields, Fredericksburg (Cedar Trees),


2001, Tirage gélatino-argentique, daté de 2003,
Waterman/Kislinger Family © Sally Mann

14. Sally Mann, Battlefield, Antietam (Black Sun), 2001,


Tirage gélatino-argentique, Courtesy of Edwynn Houk
Gallery, New York © Sally Mann

15. Sally Mann, Blackwater 17, 2008-2012, Ferrotype


Collection de l’artiste © Sally Mann

16. Sally Mann, Blackwater 9, 2008-2012, Ferrotype


Collection de l’artiste © Sally Mann

17. Sally Mann, Beulah Baptist, 2008-2016, Tirage gélatino-


argentique, Collection de l’artiste © Sally Mann

17.

16
18. 19.

20.

21.

18. Sally Mann, St. Paul African Methodist Episcopal, 2008-2016, Tirage gélatino-argentique, Collection de l’artiste © Sally Mann

19. Sally Mann, Oak Hill Baptist, 2008-2016, Tirage gélatino-argentique, Collection de l’artiste © Sally Mann

20. Sally Mann, Blackwater 3, 2008-2012, Ferrotype Collection de l’artiste © Sally Mann

21. Sally Mann, The Two Virginias #4, 1991, Tirage gélatino-argentique, Collection privée © Sally Mann

17
CE QUI RESTE

22. 23.

24.

22. Sally Mann, Jessie #25, 2004, Tirage gélatino-argentique, National Gallery of Art, Stephen G. Stein Employee Benefit Trust © Sally Mann

23. Sally Mann, Virginia #6, 2004, Tirage gélatino-argentique, National Gallery of Art, Stephen G. Stein Employee Benefit Trust © Sally Mann

24. Sally Mann, Triptych, 2004, Tirage gélatino-argentique, The Sir Elton John Photography Collection © Sally Mann

18
25. 26.

27. 28.

25. Sally Mann, Was Ever Love, 2009, Ferrotype, Houston, Museum of Fine Arts, acquisition du musée financée par le S. I. Morris Photography
Endowment, 2010 © Sally Mann

26. Sally Mann, Semaphore, 2003, Tirage gélatino-argentique, Houston, Museum of Fine Arts, acquisition du musée, 2010 © Sally Mann

27. Sally Mann, Ponder Heart, 2009, Tirage gélatino-argentique, Washington, National Gallery of Art, Fonds Alfred H. Moses et Fern M. Schad.
© Sally Mann

28. Sally Mann, Hephaestus, 2008, Tirage gélatino-argentique, Virginia Museum of Fine Arts, Fonds Richmond, Kathleen Boone Samuels Memorial
© Sally Mann

19
29.

PORTRAIT

Visuels presse
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Identifiant  : presskit
Mot de passe  : photos
30.

29. Sally Mann, The Turn, 2005, Tirage gélatino-argentique, Collection privée © Sally Mann

30. Kim Rushing, Sally with camera, c. 1998, Tirage gélatino-argentique, Collection de l’artiste

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CATALOGUES
> Catalogue
SALLY MANN
Mille et un passages
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Textes de Sarah Greenough, Sarah Kennel, Hilton Als,
Malcolm Daniel et Drew Gilpin Faust.
Publication : Juin 2019
Relié, 27 × 29 cm, 332 pages, 230 ill. n. & b.
Coédition Jeu de Paume / Éditions Xavier Barral
ISBN : 978-2-36511-214-3
Prix de vente : 55 €

> En résonance

La terre vaine et autres poèmes Les cantos pisans


Thomas Stearns Eliot Ezra Pound
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LA BOÎTE À IMAGES
Terrasse estivale HANA BENTO
Petit Café — Cuisine japonaise

Le Jeu de Paume ouvre en été une terrasse qui surplombe


le grand bassin octogonal des Tuileries et bénéficie d’un
ensoleillement optimal. Elle invite à profiter de l’un des plus
beaux jardins de la capitale, tout en visionnant des vidéos
projetées dans la Boîte à images.

La terrasse s'aligne sur les nouveaux horaires


d'été du Jeu de Paume.
La Boîte à Images, terrasse estivale HANA BENTO
dans le jardin des Tuileries © Jeu de Paume, Adrien Chevrot

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