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Patrice Chevalier (Gremmo

)

INFORMER AU YÉMEN :
LES JOURNALISTES DU NET

« Les journalistes ont peur. La liberté d’expression n’existe plus au
Yémen ! » affirmait récemment un journaliste de presse écrite. Interrogé
sur les conditions d’exercice de sa profession, il résumait en ces termes
abrupts le rétrécissement progressif du champ politique et le
durcissement du contrôle exercé par l’État.
À défaut d’avoir été totale, cette liberté d’expression, permise par la
constitution et réglementée par la loi de la presse et des publications de
1990, connut son « âge d’or » entre 1990 (date de la proclamation de la
République du Yémen avec la réunification des ex-Yémen Nord et Sud) et
1994 (date de la guerre civile). Si certains sujets ont toujours été
condamnés par les textes (remise en cause de l’unification et atteinte à la
sûreté de l’État), d’autres interdits, tacites, s’y ajoutent à partir de 1994
(critique du président, corruption/argent du pétrole/budget de l’État,
relations yéméno-saoudiennes). Conscients des lignes rouges à ne pas
dépasser, les journalistes yéménites pouvaient néanmoins exprimer les
opinions les plus diverses à travers une grande variété de titres (journaux
indépendants, journaux d’opinions et organes de partis politiques 1). Dans
un ouvrage paru en 1999, al-Mu‘îd fait état d’une presse yéménite
florissante et témoignant encore de cette liberté. C’est le 11 septembre
2001 qui, selon le Yemen Times, constitue le véritable tournant2. Contraint
de se positionner aux côtés des États-Unis dans la Global War on Terror
(pour éviter au Yémen d’être placé sur la liste des Rogue States comme en
1991), le président ‘Alî ‘Abdallah Sâlah applique l’une de leurs exigences,
à savoir le Law & Order, en mettant l’accent sur le second terme (Burgat,
2006, p. 12). Sous couvert d’« ordre » et de lutte contre le terrorisme, le
pouvoir menace et/ou entame des actions judiciaires contre des
journalistes ayant critiqué le gouvernement, tant pour son rapprochement
avec les Américains que pour son incapacité à gérer une situation
politique et économique de plus en plus délicate (guerre civile à Sa‘ada,
velléités de sécession dans l’ex-Yémen du Sud, appauvrissement rapide
d’une majorité de Yéménites). Des journalistes sont menacés, frappés ou
emprisonnés, des journaux sont suspendus, saisis au sortir de
l’imprimerie, connaissent des retards de distribution… Dans ce contexte,
l’internet se développe en tant que support et vecteur d’information. Pour
palier aux problèmes de fabrication ? Pour contourner la censure ? Quelle
que soit la réponse, il reste que les journalistes professionnels n’ont
désormais plus le monopole de l’information face à l’émergence d’un
« journalisme citoyen ».

La presse traditionnelle s’empare du Net

à prévenir les aléas de fabrication et à rester présents sur le front de l’opinion. une ville à l’ouest de la capitale où il suit des études d’informatique. Néanmoins. il va à la rencontre des gens. Par lui. Des journalistes de presse papier. originaire de Mârib. al-Khaywânî. renonçant à la version papier. il imagine d’abord créer un journal papier avant d’opter. les grands journaux yéménites visent à gagner un lectorat extérieur (la presse papier n’étant pas. L’internet est introduit au Yémen en 1996 via les compagnies TeleYemen et Public Telecommunications Corporation. La version numérique est d’ailleurs souvent la copie conforme de la version papier. Par ailleurs. C’est le cas par exemple de Muhammad al-Sâlihî qui fonde le webzine Marebpress en janvier 2006. témoigne de leurs problèmes. Muhammad al-Sâlihî dépasse l’objectif touristique.net Début des années 2000. il inaugure début 2003 le prototype de ce qui deviendra plus tard Marepress : Marecity. pour le format du webzine. Obtenant le soutien des autorités locales. illustre parfaitement ces deux cas de figure. Muhammad al-Sâlihî. controversés ou censurés se tournent naturellement vers le Net qui tend à devenir pour eux un refuge. (Illustration 01) De nouveaux journalistes : l’exemple de Marebpress. les possessions terriennes du président ou encore les « héritiers du pouvoir ». lassé de voir son journal fermé puis proprement contrôlé par l’État. prend conscience. battu.se révèle rapidement être un moyen de contourner les interdictions à paraître. l’internet attire des personnes extérieures au monde des professionnels de l’information. crée un site web (www. Décidé à « promouvoir Mârib et sa région » en qualité de journaliste. en chattant sur internet. nombre de responsables de journaux partisans considèrent que créer et maintenir un titre (papier ou numérique) relève moins d’une entreprise lucrative que de la nécessité de participer au débat public. jugé et emprisonné pour avoir dépassé les lignes rouges en écrivant notamment sur le budget de l’État et la corruption. Le parcours de ‘Abdulkarîm al-Khaywânî. Peu à peu.al-shora. pour quelques journaux d’opposition régulièrement suspendus. et la censure. sauf exception. finiront par ne plus exister que sous leur version numérique. En effet. journaliste et rédacteur en chef de l’hebdomadaire al-Shûra (un organe du par de l’Union des forces populaires).qui échappe au cadre législatif . diffusée hors du pays).net) destiné à devenir l’unique support de ses articles. au vu des coûts d’impression faramineux et des longues procédures administratives. n’a pas pris conscience de l’impact à venir de la nouvelle technologie. qui en raison du nombre restreint d’internautes. mais c’est à partir de 2000 qu’il fut utilisé à des fins d’information. de l’image désastreuse de sa région auprès de ses concitoyens3. a peu investi ce domaine et semble s’en désintéresser. L’État. . Contrairement aux journalistes yéménites à qui il reproche de ne pas vérifier leurs sources et de diffuser des rumeurs sans fondement à partir de leur salon. la publication sur internet . Plusieurs fois menacé. Quelques journaux d’opposition.

Le gouvernorat le prive alors de sa subvention et fait fermer Marebcity fin 2005. témoigne un journaliste du Yemen Times. au regard d’un État affirmant que le Yémen connaît une période de stabilité sans précédent et que les problèmes y sont soit . ainsi que des correspondants basés en Grande-Bretagne. ce sont les Yéménites de l’étranger (voire des étrangers tout court) qui constituent la majorité du lectorat5. ce qui se traduit par une meilleure qualité de l’information. À l’exception d’un de ses membres ayant étudié le journalisme au Caire. Marebpress. tous originaires d’une région spécifique dont ils ont la responsabilité au sein du journal. fait rare au Yémen. Marebpress est quasiment le seul média à s’intéresser aux Yemeni Stories et aux problèmes quotidiens des personnes interviewées. on compte une journaliste palestinienne de Gaza qui leur fournit régulièrement des exclusivités. En outre. seul site indépendant et fiable.com . Dès son lancement. l’équipe est composée d’autodidactes formés à l’écriture à travers leurs interventions dans des forums de discussion. Avec des lecteurs qui appartiennent vraisemblablement à une élite intellectuelle et urbaine. souvent jeune. etc. est lancé début janvier 2006. nouveau site totalement indépendant du soutien financier de l’État.alexa. en Arabie- Saoudite. ces journalistes font du reportage. Marebpress couvre la presque totalité du pays depuis Sanaa. Ta‘izz. il est également devenu une référence pour des journalistes de presse papier qui y puisent leurs informations. « La particularité de ce site et ce qui le rend attractif tient à la nature des sujets traités ». Tous ont à cœur de témoigner de la réalité des Yéménites vivant dans ces différentes parties du monde. Marebpress. Premier site d’information yéménite consulté après seulement un an et demi d’existence. L’AFP et Reuters reprennent son article et achètent les clichés. Parmi ces collaborateurs occasionnels. Damt. politiquement neutre. Marebpress est un site d’information indépendant. donnant droit d’expression à toutes les tendances. attire donc l’attention des médias traditionnels. Au final. Dhâla. et qui est à la recherche d’une presse de qualité traitant du Yémen. Aden et Mârib. il n’a pas de concurrent direct. en Iraq. Munîr al-Mawrî. À la différence des autres journaux ou sites web qui se focalisent sur les questions politiques. Survient l’enlèvement d’un groupe de touristes italiens dans la région : profitant de sa présence sur place. même si beaucoup rechignent à l’avouer. al-Sâlihî est le seul à interviewer et photographier les kidnappeurs. Grâce à son équipe de six journalistes. À ce noyau dur s’ajoutent des volontaires : journalistes ou intellectuels yéménites résidant au Yémen ou à l’étranger et travaillant déjà pour d’autres titres. Marebpress affichait une moyenne de 26 000 internautes par jour entre septembre et décembre 2007 selon le site spécialisé www. Néanmoins. en dépit des freins que lui oppose le gouvernorat4. Officiellement.de la corruption au sein du gouvernorat… Ce n’est pas du goût des autorités mais al-Sâlihî refuse de se laisser dicter une ligne éditoriale. au Canada. internationaux et nationaux. ancien journaliste d’al-Jazîra résidant aux États-Unis.

même s’il doute qu’elle puisse être réellement efficace. Ces forums sont. mais. dans un pays où la presse est davantage une presse d’opinion que d’information. tant au Yémen qu’à l’étranger. al-Sâlihî a ouvert une version anglophone fin janvier 2008. « modérés » par les administrateurs de sections. le Diwân al-yamanî. grâce à ces revenus supplémentaires.mineurs. comme partout. soit trois ans après l’apparition de l’internet au Yémen. Les initiatives de ce type se sont depuis multipliées. autorisés à censurer tout internaute outrepassant les limites de la bienséance (souvent religieuse ou sexuelle).org ou al-yemen.org) qui.newsyemen. lancer un service de messagerie téléphonique. Al-Sâlihî estime peu probable qu’elle s’améliore dans les prochaines années . éducation/culture. « réussir à faire communiquer hommes et femmes est un exploit à mettre au crédit de ces forums9 ». la ligne éditoriale du site qui consiste à informer et seulement informer dérange 6. vraisemblablement par un opposant au régime. informatique. En outre. Même si l’on constate une forte baisse de sa fréquentation depuis le mois de septembre 20077. Créé au Caire en 2000. il est le plus ancien forum existant. Tous les forums adoptent un format structuré en sections thématiques qui varient très peu : informations/politique. d’un shaykh de Ma’rib. il faisait état d’environ 55 000 internautes quotidiens en septembre 20078. fait forcément partie de l’opposition. et de créer des conditions d’échange et de dialogue. people/funny . ses sources de financement proviennent essentiellement de commerçants. d’un directeur d’hôpital… Fort du succès de son site. Seul bémol à ses rêves : la liberté d’expression des médias. former et embaucher plus de journalistes. Visant des accords de partenariats avec des médias internationaux. aujourd’hui disparu. en vertu de sa qualité reconnue. il pressent plutôt que le pouvoir la restreigne encore. notamment via une loi spécifique aux médias en ligne. hommes et femmes confondus. Le premier forum yéménite. femme. Des traductions germanophones et francophones sont à l’étude. bénéficie d’une audience nationale. littérature/poésie. santé. Parallèlement aux webzines sont apparus des forums de discussion (muntada) qui jouent un rôle non négligeable dans la diffusion d’informations et le débat d’idées. chaque internaute rédigeant ou réagissant à certains des articles en fonction de ses intérêts. La majorité de ces internautes n’intervient pas . Le but des créateurs est avant tout la mise en relation de Yéménites. Selon Nabîl al-Sûfî. al-Sâlihî souhaite aussi instaurer une consultation semi-payante et. islam. Les forums internet : émergence d’un journalisme citoyen. Cela dit. soit inexistants. il est évident qu’un site publiant des articles traitant de la guerre civile à Sa‘ada ou des fac-similés prouvant la corruption de certains membres du gouvernement lors d’accords pétroliers. al-Sâlihî ne cache pas recevoir de l’argent de mécènes proches de partis d’opposition. Ces forums yéménites sont en majorité locaux ou thématiques.net. à l’exception du Majlis al-yamanî (ye22. avait été lancé en 1999. outre la vente de photos. directeur de www.

Néanmoins. et par conséquent peu ou pas traités dans la presse traditionnelle. Ils sont généralement jeunes (18 à 40 ans) et éduqués. économiques ou sociaux agitant le Yémen actuel . En outre. peu d’entre eux ont songé à devenir journalistes et. surtout pas au sein de la presse traditionnelle qui offre moins de liberté. moins optimistes. à notre connaissance. tentant de diffuser des idées nouvelles issues de leurs expériences vécues « ailleurs » . souffrant de ce monde individualiste qui les rejette et utilisant les forums pour conjurer leurs concitoyens de conserver leur vie. celle des tenants du « choc des civilisations ». à attaquer frontalement le Président. Le net. littérature ou encore informatique. ils sont conscients des limites à ne pas franchir sous peine de représailles. le cas échéant. des Yéménites le plus souvent désillusionnés par l’Occident. certains internautes ont en effet très à cœur de s’exprimer sur des sujets pouvant faire débat et école. les utilisateurs se répartissent selon deux grandes catégories : d’une part. au point d’espérer donner naissance à des groupes de pression capables d’influer sur certaines décisions du gouvernement. Ce que mettent en exergue les internautes interviewés. la liberté d’expression et le pouvoir Soumis à la relecture d’un rédacteur en chef. de l’autre. étudiants ou encore militants de partis politiques. Même si l’on note la présence de quelques opposants politiques qui profitent de cet outil pour propager leurs discours politiques au Yémen. Cela n’empêche pas certains webzines de tester les réactions du pouvoir en franchissant prudemment certaines lignes rouges même si aucun webzine ne s’est pour le moment risqué. les journalistes alimentant les sites d’information restent tenus à une certaine rigueur professionnelle. Intellectuels. ou de la surveillance des services secrets.e. arguant du fait que trop peu de Yéménites ont accès à l’internet. Certains professionnels de l’information avouent fréquenter assidûment ce(s) forum(s) pour s’informer ou s’exprimer sur des sujets prohibés de leurs propres colonnes. écrivent dans ces forums sans attendre la moindre efficacité de leurs interventions sur le plan politique. on voit poindre une forme de journalisme citoyen qui. . c’est l’anonymat dont ils bénéficient dans le Majlis al-yamanî10. leur culture. i. bien que minoritaire. leurs traditions.e. la majorité des visiteurs des forums se connectent depuis l’étranger11 et il ressort que bon nombre de Yéménites expatriés les utilisent pour garder le contact et se tenir informés des évolutions en cours dans leur société. Conscients de l’impact potentiel de leurs articles.régulièrement sur les sujets politiques. celle des « passeurs ». A l’abri des réactions de leur famille. D’autres. ne doit cependant pas être sous-estimé. i. Comme dans le cas des webzines. les Yéménites bien intégrés dans leur pays d’accueil (essentiellement les pays arabes). les sections les plus visitées sont généralement people/funny. ces « journalistes citoyens » profitent de cet espace de liberté pour aborder des sujets sensibles sur le plan social ou politique.

jouit d’une liberté de ton peu commune dans la région. plus temporairement. Inculpé puis emprisonné au mois de juin 2007. Il arrive que des forums de discussion soient eux aussi momentanément censurés. simple « mise en garde » due au fait qu’al-Salihî n’a pas le même contentieux avec le pouvoir qu’al-Khaywânî. d’une façon toutefois plus conforme au discours officiel. Dernièrement. Ceci n’a pas empêché Marebpress de publier d’autres articles sur le sujet. il a ensuite été libéré pour raison de santé et attend aujourd’hui son jugement12. certains livraient une analyse de la situation politique yéménite pour le moins inhabituelle : « Le Sud du pays est colonisé par le Nord qui lui-même se trouve sous le joug de la tribu du Président ». Quant aux internautes utilisant les forums de discussion. Le pouvoir ne lui a pas intenté de procès mais al-Sâlihî a reçu la visite de la police politique qui l’a menacé de sévices.net (opposition zaydîte). Ce fût le cas du Majlis al-yamanî début 2008. qui échappent aux prérogatives de son collègue à l’Information. Les utilisateurs de Marebpress affirment ainsi que durant les présidentielles de septembre 2006. Lui et son avocat s’attendent à une lourde peine. cette opinion n’aurait pu être imprimée dans la presse. ‘Abdulkarîm al-Khaywânî. tels al- shora. affirmaient-ils. même si celle-ci. Pour ces mesures. plusieurs articles sur Sa‘ada. Néanmoins. certains sites basés dans le pays.com n’était pas un bon exemple pour la liberté de la presse »… En juin 2007. ils ne s’embarrassent pas de circonvolutions pour donner leur opinion. d’avoir été en contact avec les « rebelles » et d’avoir dévoilé des informations sur la situation dans le Nord. le ministre de l’Information déclarait que la liberté d’expression ne devait pas servir à propager des écrits appelant à la fitna (« sécession » dans ce contexte) et au chaos14. al-shora. en juin 2007. le pouvoir yéménite prend la mesure du potentiel oppositionnel de l’information circulant sur l’internet. la stratégie du pouvoir à l’encontre des forums se veut plus « discrète » et spécifique en utilisant notamment des intervenants chargés de diffuser la parole officielle. le ministre des Télécommunications a déclaré que « par ses exagérations. Néanmoins.net a été momentanément interdit après la publication d’articles sur la guerre civile à Sa‘ada. le jour même de cette fermeture. cinq internautes au « style agressif » semblaient avoir clairement . aux yeux des observateurs étrangers. puis à une grâce du président qui voudra faire bonne figure devant la communauté internationale. bloquant les sites d’opposants sudistes exilés à Londres ou au Caire et. et ce probablement parce qu’un internaute y avait appelé à la sécession du Sud . en effet. al-Khaywânî n’exclut pas un très opportun accident de voiture13… Marebpress a également diffusé. le pouvoir reprochant principalement à leur auteur. nasspress. Passable des plus lourdes peines d’emprisonnement prévues par la Constitution de 1990.com (opposition islamiste) ou le Maljis al-yamanî qui avaient témoigné d’une trop grande hostilité envers le président-candidat durant les élections de 2006. dans le Majlis al-yamanî. Depuis deux ans. avant de conclure à un appel à la sécession. nasspress. Même si aucune législation ne régit encore ce domaine. le pouvoir use néanmoins de la censure.

ces informations issues de la toile sont à leur tour répercutées en milieu urbain rural mais également à la campagne dans la mesure où il n’est pas rare qu’un des enfants de paysans. les sites internet semblent être de plus en plus souvent la cible de la censure. de “ terroristes ” ou encore d’“ imâmites ”. qui semble saisir davantage les enjeux. Sans être optimistes sur le court terme. bien au contraire. il est trop tard pour revenir en arrière : même si une loi devait être votée. Peu rompus aux exercices d’enquête ou de reportages de terrain et. Reste que la situation de la liberté d’expression ne s’améliore pas. Mais de l’avis des internautes. Quelles perspectives ? Si. issus de milieux sociaux les plus divers. en compilant les articles intéressants pour les transmettre à leur famille et à leurs amis restés au pays. bien peu d’internautes envisagent un avenir sombre. Malgré les déclarations officielles du gouvernement affirmant qu’elle est l’une de ses préoccupations principales. les journalistes yéménites se servent d’internet pour vérifier des informations quand ils ne cherchent pas leur source d’inspiration dans les webzines. leur portée ne peut manquer de s’élargir. Le pouvoir. ils insultent les personnes critiquant le pouvoir. opposants et intellectuels yéménites vivant à l’étranger relaient de plus en plus systématiquement le contenu de sites censurés au Yémen. à sa propre échelle. du matin au soir. mâchent du qât en discutant de toutes sortes de choses. tout comme la presse écrite papier. préférant de beaucoup s’informer sans bouger de chez eux. les qualifiant de “ séparatistes ”. De . À l’occasion. le débat d’opinion. les webzines et forums de discussion concernent à priori et avant tout une « élite ». paraît vouloir reprendre le contrôle d’une opinion à qui il aurait jusqu’ici laissé trop de liberté. devienne une sorte de passeurs d’idées auprès de sa communauté d’origine et renouvelle ainsi. pour relayer sans nuance le discours officiel et contredire les internautes proches (des idées) des partis d’opposition. Les étudiants. ces longues séances durant lesquelles les Yéménites. un journaliste de presse écrite notait que des personnes susceptibles d’appartenir aux services secrets participaient aux discussions du Majlis al-yamanî : « Il ne s’agit pas de simples internautes favorables au président . ils sont là.pour mission de promouvoir le candidat officiel alors que le forum (et le site) montraient une préférence pour le candidat de l’opposition conjointe. Les familiers des forums ne s’y trompent pas et accueillent ces interlocuteurs d’un “ Bienvenue ! Nous savons qui vous êtes et vous n’avez rien à faire ici ” ». et notamment de politique et de problèmes sociaux. Grâce aux maqyâl-s. devenu internaute dans le cadre d’études supérieures menées au Yémen ou à l’étranger. et ce à mesure que la parole des internautes se libère. Dernièrement. L’utilisation de l’internet semble néanmoins avoir d’ores et déjà instauré quelques changements dans la pratique journalistique. le gouvernement ne serait pas en mesure d’imposer un contrôle total.

des articles qui reprennent ces informations. on constate que des journalistes du web (Marebpress) instaurent de nouvelles méthodes de travail. et où la communication officielle est loin d’être satisfaisante. mais il probable que. en ne se contentant plus de véhiculer des opinions mais en signant des articles nourris. en citant parfois la source15. Le fait s’avère d’autant plus important à souligner qu’une des caractéristiques des médias yéménites est le manque d’impact extérieur. Cette mise en circulation spontanée des informations « interdites » s’accélère et il est de plus en plus fréquent de lire dans la presse écrite yéménite d’opposition. grâce aux journalistes et intellectuels expatriés qui relaient (via des mailing lists) auprès de leurs collègues restés sur place ce qu’ils trouvent sur les sites censurés. . D’autre part. l’internet pallie certaines lacunes. dans un pays où les statistiques manquent cruellement. la presse yéménite a accès à davantage d’informations. face à l’émergence d’un journalisme citoyen concurrent. La réussite de ce webzine incitera-t-elle des journalistes yéménites de la presse papier et numérique à travailler de façon plus « professionnelle » ? La question reste ouverte. les professionnels de l’information aient de plus en plus à faire preuve d’un réel savoir faire. Enfin. étayés et pertinents. C’est notamment grâce à ses enquêtes de terrain que le site d’al-Sâlihî a bâti son succès auprès de grandes agences de presse occidentales.plus.

p. ‘Abdallah al-Wâhâb ‘Alî. Thawra al-sahâfa al-yamanîya. Jordanie 4 %. attendent également leur procès et risquent la peine de mort. Lire également Bashir al-Sayyed. le journal de tendance socialiste al-Thawrî a abordé un sujet totalement inédit jusqu’alors.3 %.com.2 %.net. Nâyf Hasan. 9 Déclaration lors d’un colloque patronné par l’UNESCO sur la diversité culturelle (20-21 janvier 2008). 25 novembre 2007. 14 Cf. un article de Marebpress paru en janvier 2007 où al-Sâlihî relate les problèmes rencontrés. Selon cet article. 1990-2000. « Les élections présidentielles de septembre 1999 au Yémen : du “pluralisme armé” au retour à la “norme arabe” ». à la date du 17 janvier 2008. 2 Selon un article paru en février 2006 dans le journal anglophone Yemen Times. 12 Reporté une première fois. Paris. in Monde arabe Maghreb- Machreq 168. avec une moyenne d’environ 22 000 visiteurs par jour entre novembre 2007 et janvier 2008. Fr. Markaz dirâsât al-mustaqbâl. Bibliographie BURGAT. p.com.. Chine 4. le Majlis al-yamanî comptabilisait tout de même environ 20 000 visiteurs à la date du 16 janvier 2008. il est probable que ceux-ci hésitent à s’exprimer librement. 67-75. 18 décembre 2007. BURGAT. pratiquant volontiers les enlèvements de touristes afin d’attirer l’attention d’un gouvernement les ayant délaissés. Ainsi fichés.2 %.5 %.com. cette inscription est la plupart du temps anonyme (on leur demande seulement de choisir un username). avril-juin 2000. Nabîl Suba‘y et Mahmûd Taha. Paris. Émirats arabes unis 6. etc. le nucléaire au Yémen – une promesse électorale du président –. Mais il n’est pas le seul à avoir été inculpé pour des faits similaires. seulement 13. cette réputation ne s’est guère améliorée depuis que sept touristes espagnols ont été tués lors d’un attentat suicide en août 2007.marebpress.6 %.9 %. 1999. un article estimé hautement coupable bien que non publié » intitulé Le bouc devenu président résumant « les trente années de pouvoir du président ». que ce soit à l’extérieur ou à l’intérieur du Yémen : bédouins. « Yémen : jugé pour avoir osé parler d’une guerre oubliée ». La documentation française. Palestine 3.com).8 %. mais certains forums exigent le nom des internautes. Koweït et Allemagne 3. le procès devrait se dérouler en février 2008. nº 32 (2006/3). 11 Pour le Majlis al-yamanî par exemple. Sanaa. Qatar 5.menassat. ce « procès vise[rait] à instruire. in Critique internationale. l’article (sans titre) du 19 janvier 2008 paru dans www. Trégan. Alexa.5 % des utilisateurs se connectaient depuis le Yémen (source : Alexa.. juillet-septembre 2006. www. 6 Le slogan du site est le suivant : « Bi-l-naba’ al-yaqîn nadha‘ al-wâqi‘ bayn yadak » (« Par l’annonce du vrai.com donnait la répartition suivante (pourcentage des utilisateurs en fonction des pays) : Yémen 26.rue89. 8 Chiffre relevé le 9 septembre 2007 sur Alexa. 10 Chaque internaute doit s’inscrire avant de pouvoir participer à un forum .1 Une soixantaine de titres. 3 Précisons que les habitants de Mârib n’ont pas une excellente réputation. 13 www. 15 Le 10 janvier 2008 par exemple. 9-21. François-Xavier. Fr. 5 À la date du 17 janvier 2008. rudes. Malaisie 9. 4 Cf. 7 Trentième site le plus visité au Yémen.5 %. AL-Mu‘îd. en reprenant un article publié sur un site censuré de l’opposition sudiste. “Fearless in Yemen”. Trois journalistes de presse écrite (du journal al- Shâra‘). nous mettons la réalité entre tes mains »).8 %. sans le dire. . « Le Yémen après le 11 septembre 2001 : entre construction de l’État et rétrécissement du champ politique ». Arabie Saoudite 10. Égypte 7.