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1, Aout 1999 Copyright (C) 1999 Association de Bibliophiles Universels http://abu.cnam.fr/ abu@cnam.fr La base de textes de l'Association des Bibliophiles Universels (ABU) est une oeuvre de compilation, elle peut être copiée, diffusée et modifiée dans les conditions suivantes : 1. Toute copie à des fins privées, à des fins d'illustration de l'enseignement ou de recherche scientifique est autorisée. 2. la Toute diffusion ou inclusion dans une autre oeuvre doit a) soit inclure la presente licence s'appliquant a l'ensemble de diffusion ou de l'oeuvre dérivee. b) soit permettre aux bénéficiaires de cette diffusion ou de cette version Cette claire, oeuvre dérivée d'en extraire facilement et gratuitement une numérisée de chaque texte inclu, muni de la présente licence. possibilité doit être mentionnée explicitement et de façon

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PREFACE DES EDITEURS.

La vérité et l'erreur se partagent cette terre où l'homme ne fait que passer; où le crime, les souffrances et la mort lui sont des signes certains qu'il est une créature déchue; où la conscience, le repentir et mille autres secours lui ont été donnés par la bonté du Créateur pour le relever de sa chute; où il ne cesse de marcher vers le terme qui doit décider de sa destinée éternelle, toujours soumis à la volonté de Dieu, qui le conduit selon la profondeur de ses desseins; toujours
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libre, par sa volonté propre, de mériter la récompense ou le châtiment. Deux voies lui sont donc ouvertes, l'une pour la perte, l'autre pour le salut; voies invisibles et mystérieuses dans lesquelles se précipitent les enfants d'Adam, en apparence confondus ensemble, divisés cependant en deux sociétés qui s'éloignent de plus en plus l'une de l'autre, jusqu'au moment qui doit les séparer à jamais. C'est ainsi que saint Augustin nous montre admirablement les deux Cités que le genre humain doit former à la fin des temps, prenant naissance dès le commencement des temps: la Cité du monde et la Cité de Dieu. Dieu et la Vérité sont une même chose; d'où il faut conclure que toute vérité que l'intelligence humaine est capable de recevoir lui vient de Dieu; que sans lui elle ne connaîtrait aucune vérité, et qu'il a accordé aux hommes, suivant les temps et les circonstances, toutes les vérités qui leur étaient nécessaires. De cette impuissance de l'homme et de cette bonté de Dieu découle encore la nécessité d'une tradition universelle dont on retrouve en effet les vestiges plus ou moins effacés chez tous les peuples du monde, selon que l'orgueil de leur esprit et la corruption de leur coeur les ont plus ou moins écartés de la source de toute lumière: car l'erreur vient de l'homme comme la vérité vient de Dieu; et s'il ne crie vers Dieu, l'homme demeure à jamais assis dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort (1). -(1) Sedentes in tenebris et umbra mortis. Ps. CVI. 10. L'erreur a mille formes et deux principaux caractères: la superstition et l'incrédulité. Ou l'homme altère en lui l'image de Dieu pour l'accommoder à ses passions, ou, par une passion plus détestable encore, il pousse la fureur jusqu'à l'en effacer entièrement. Le premier de ces deux crimes fut, dans les anciens temps, celui de tous les peuples du monde, un seul excepté; ils eurent toujours pour le second une invincible horreur, et les malheureux qui s'en rendaient coupables furent longtemps eux-mêmes une exception au milieu de toutes les sociétés. C'est que cette dernière impiété attaquait à la fois Dieu et l'existence même des sociétés; le bon sens des peuples l'avait pressenti; et, en effet, lorsque la secte infâme d'Épicure eut étendu ses ravages au milieu de l'empire romain, on put croire un moment que tout allait rentrer dans le chaos. Tout était perdu sans doute, si la Vérité elle-même n'eût choisi ce moment pour descendre sur la terre et pour y converser avec les hommes (1). Les anciennes traditions se ranimèrent aussitôt, purifiées et sanctifiées par des vérités nouvelles; la société, qui déjà n'était plus qu'un cadavre prêt à se dissoudre, reprit le mouvement et la vie, et ce principe de vie, que lui avaient rendu les traditions religieuses, ne put être éteint ni par les révolutions des empires, ni par une longue suite de ces siècles illettrés qu'il est convenu d'appeler barbares. Les symptômes de mort
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ne reparurent qu'au quinzième siècle, qui est appelé le siècle de la renaissance: c'est alors que la raison humaine, reprenant son antique orgueil qu'on avait cru pour jamais terrassé par la foi, osa de nouveau scruter et attaquer les traditions. Les superstitions du Paganisme n'étant plus possibles, ce fut l'incrédulité seule qui tenta ce funeste combat: elle démolit peu à peu l'antique et merveilleux édifice élevé par la Vérité même, et ne cessant de nier, les unes après les autres, toutes les croyances religieuses, c'est-à-dire tous les rapports de l'homme avec Dieu, elle continua de marcher ainsi, au milieu d'une corruption toujours croissante de la société, jusqu'à la révolution française, où Dieu lui-même fut nié par la société, ce qui ne s'était jamais vu; où le monde a éprouvé des maux plus grands, a été menacé d'une catastrophe plus terrible même que dans les derniers temps de l'empire romain, parce que la Vérité éternelle, ayant opéré pour lui le dernier miracle de la grâce, ne lui doit plus maintenant que la justice, et ne reparaîtra plus au milieu des hommes que pour le jugement. -(1) Et cum hominibus conversatus est. (Baruch, III, 38.) Et véritablement c'en était fait du monde si, selon la promesse, cette grâce qui éclaire et vivifie n'eût trouvé un refuge dans un petit nombre de coeurs humbles, fidèles et généreux. Ils combattirent donc pour la vérité; ils furent ses martyrs; ils sont encore ses apôtres. Autour de la lumière qui leur a été donnée d'en haut, ils ont su réunir, ils rassemblent encore tous les jours, ceux qui savent ouvrir les yeux pour voir, les oreilles pour entendre. L'erreur étant arrivée à son dernier excès et s'étant montrée dans sa dernière expression, la vérité a fait entendre par leur bouche ses arrêts les plus formidables, a dévoilé à la fois tous ses principes à jamais immuables et leurs conséquences non moins absolues: toutes les nuances ont disparu, tous les ménagements de timidité ou de prudence ont cessé; d'une main ferme, ces courageux athlètes ont tracé la digue de séparation; et, ce qui est encore nouveau sous le soleil, les deux Cités, celle du monde et celle de Dieu, se sont séparées pour n'être plus désormais confondues jusqu'à la fin; et, dès cette vie, elles sont devenues manifestes à tous les yeux. Parmi ces interprètes de la vérité, si visiblement choisis et appelés par elle pour rétablir son empire et relever ses autels, nul n'a paru avec plus d'éclat que M. le comte de Maistre: dès les commencements de la grande époque où nous avons le malheur de vivre, il fit entendre sa voix, et ses premières paroles, qui retentirent dans l'Europe entière (1), laissèrent un souvenir que trente années d'événements inouïs ne purent effacer. De même que celles des prophètes, ses paroles dévoilaient l'avenir, en même temps qu'elles indiquaient aux hommes les moyens de les rendre meilleurs. Ce qu'il
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a prédit est arrivé; puisse-t-il être un jour suivi dans ce qu'il a conseillé! -(1) Dans l'ouvrage fameux intitulé: Considérations sur la France, publié en 1796. Quoique rigoureusement défendu par le méprisable pouvoir qui tyrannisait alors la France, il eut, dans la même année, trois éditions, et une quatrième l'année suivante. Dès 1793, époque de sa retraite en Piémont, M. de Maistre avait fait paraître deux lettres d'un Royaliste savoisien à ses compatriotes; et en 1795, il avait publié un autre écrit, sous le titre de Jean Claude Têtu, maire de Montagnole; brochure, dit-on, aussi piquante qu'ingénieuse sur les opinions du moment. Enfin en 1796, ses Considérations sur la France furent précédées d'un écrit intitulé: Adresse de quelques parents des militaires savoisiens à la nation française, dans lequel il combattait avec beaucoup d'énergie l'application des lois françaises sur l'émigration aux sujets du roi de Sardaigne. Mallet du Pan fut l'éditeur de ce dernier ouvrage. Il fallut se taire lorsque la terre entière se taisait devant un seul homme: ce fut dans le silence et dans l'exil que M. de Maistre prépara et acheva en partie les travaux qui devaient compléter cette espèce de mission qu'il avait reçue d'éclairer et de reprendre son siècle, de tous les siècles sans doute le plus aveugle et le plus criminel. Toutefois, dès 1810, il publia à Pétersbourg l'ouvrage intitulé: Essai sur le principe générateur des constitutions publiques. Dans ce livre court, mais tout substantiel, l'auteur, remontant à la puissance divine comme à la source unique de toute autorité sur la terre, semble s'arrêter avec une sorte de complaisance sur cette grande idée qui féconde tout en effet dans le monde des intelligences, et de laquelle allaient bientôt émaner toutes ses autres productions. Dans un sujet qui était purement métaphysique, on lui reprocha d'avoir été trop métaphysicien; ceux qui lui firent un tel reproche ne savaient pas et peut-être ne savent point encore que c'est dans la métaphysique qu'il faut aller attaquer les erreurs qui corrompent et désolent aujourd'hui la société; c'est parce que les bases de cette science sont fausses, depuis Aristote jusqu'à nos jours, que je ne sais quoi de faux s'est glissé partout et jusqu'au sein de la vérité même, c'est-à-dire, jusque dans les paroles et dans les écrits d'un grand nombre de ses plus sincères et plus ardents défenseurs. Nous pouvons concevoir quelque espérance de voir bientôt se faire cette grande et utile réformation, et M. de Maistre aura la gloire d'y avoir puissamment contribué. En 1816, parut sa traduction française du traité de Plutarque, intitulé: Sur les délais de la justice divine dans la punition des coupables. Dans les notes savantes et profondes dont il accompagna cette traduction, M. de Maistre fit voir l'esprit du Christianisme exerçant son influence secrète et irrésistible sur un philosophe païen, l'éclairant à son insu,
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et lui faisant dire des choses que toute la sagesse humaine abandonnée à elle-même n'eût jamais pu dire ni même imaginer. On voit dès lors que ces grands mystères de la Providence occupaient fortement cet esprit dont la vue était si juste et si perçante; qu'il cherchait, autant qu'il est permis à un homme de le faire, à en pénétrer les profondeurs et à en justifier les décrets. C'est en effet à suivre la Providence dans toutes ses voies qu'il s'était appliqué sans relâche dans ses longes et laborieuses études; et l'on vit bientôt paraître le livre fameux dans lequel, s'élevant d'un vol d'aigle audessus de tous les préjugés reçus, attaquant toutes les erreurs accréditées, renversant tous les sophismes de la mauvaise foi et de la fausse érudition, il nous rendit cette Providence visible dans le gouvernement temporel des papes, qu'il a présentés hardiment, sous ce rapport comme les bienfaiteurs et les conservateurs de la société européenne, après tant de déclamations ineptes qui, depuis trois siècles, ne cessent de les en déclarer les tyrans et les fléaux. On n'a point répondu aux deux premiers volumes de ce livre, qu'un des plus grands esprits de notre âge a qualifié de SUBLIME (1); et, bien que le sujet en soit plutôt politique que religieux, l'impiété, qui se croit justement attaquée dès que l'on parle du chef de l'Église autrement que pour l'insulter, ne l'eût point laissé sans réponse, s'il eût été possible d'y répondre. On ne répondra pas davantage au troisième qui vient de paraître, et qui traite spécialement du pape dans ses rapports avec l'Église gallicane. Il ne convaincra pas sans doute des esprits passionnés et vieillis dans les habitudes d'une doctrine absurde et dangereuse, mais les passions les plus irascibles seront elles-mêmes réduites au silence. -(1) M. le vicomte de Bonald. Nous ne dirons point que les SOIRÉES DE SAINT-PÉTERSBOURG que nous publions aujourd'hui, dernière production de cette homme illustre, soient un ouvrage supérieur au livre du PAPE. Tous les deux sont l'oeuvre du génie; tous les deux nous semblent également beaux: cependant quelque admiré qu'ait été celui-ci, nous ne doutons point que les SOIRÉES ne trouvent encore un plus grand nombre d'admirateurs. Dans le livre du PAPE, M. de Maistre ne développe qu'une seule vérité: c'est à mettre cette vérité unique dans tout son jour qu'il consacre toutes les ressources de son talent, qu'il prodigue tous les trésors de son savoir; ici le champ est plus vaste, ou, pour mieux dire, sans limites: c'est l'homme qu'il considère dans tous ses rapports avec Dieu; c'est le libre arbitre et la puissance divine qu'il entreprend de concilier; c'est la grande énigme du bien et du mal qu'il veut expliquer; ce sont d'innombrables vérités, ou plutôt ce sont toutes les grandes et utiles vérités, dont il s'empare comme de son propre bien, pour les défendre en possesseur légitime contre l'orgueil et l'impiété qui les ont toutes attaquées. Au milieu d'une route semée
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de tant d'écueils, il marche d'un pas assuré, le flambeau des traditions à la main; et sa raison en reçoit des lumières qu'elle fait rejaillir sur tous les objets dont elle sonde les profondeurs. Jamais la philosophie abjecte du dix-huitième siècle ne rencontra d'adversaire plus redoutable: ni la science, ni le génie, ni les renommées ne lui imposent; il avance sans cesse, abattant devant lui tous ces colosses aux pieds d'argile; il a des armes de toutes espèces pour les combattre: c'est le cri de l'indignation; c'est le rire amer du mépris; c'est le trait acéré du sarcasme; c'est une dialectique qui atterre; ce sont des traits d'éloquence qui foudroient. Jamais on ne pénétra avec plus de sagacité dans les replis les plus tortueux d'un sophisme pour le mettre au grand jour et le montrer tel qu'il est, absurde ou ridicule; jamais une érudition plus étendue et plus variée ne fut employée avec plus d'art et de jugement pour fortifier le raisonnement de toute la puissance du témoignage. Puis ensuite, quand il pénètre jusqu'au fond du coeur de l'homme, quand il visite, pour ainsi parler, les parties les plus secrètes de son intelligence, soit qu'il en explique la force, soit qu'il en dévoile la faiblesse, quelle foule d'aperçus ingénieux, de traits inattendus, de vérités profondes et nouvelles! Que de sentiments tendres, délicats et généreux! quelle foi pieuse et inébranlable! quel esprit que celui qui a pu concevoir des pensées si grandes, si étonnantes sur la GUERRE! quel coeur que celui d'où il semble s'écouler, comme d'une source pure et vivifiante, des paroles si animées et si touchantes sur la PRIERE! Dans tous les ouvrages qu'il avait publiés jusqu'à celui-ci, la manière d'écrire de M. de Maistre a été jugée claire, nerveuse, animée, abondante en expressions brillantes et en tournures originales: ce sont là ses principaux caractères. Dans les SOIRÉES, où des sujets variés et innombrables semblent en quelque sorte se presser sous sa plume, l'illustre auteur s'abandonne davantage et prend tous les tons. À la force et à l'éclat il sait unir, au besoin, la grâce et la douceur; il sait étendre au resserrer son style avec autant de charme que de flexibilité, et ce style est toujours vivant de toute la vie de cette âme où il y avait comme une surabondance de vie. Ce n'est point un style académique, à Dieu ne plaise! c'est celui des grands écrivains, qui ne prennent des écrivains classiques que ce qu'il faut en prendre, et qui reçoivent le reste de leurs propres inspirations. Et n'est-ce pas ainsi qu'il convient en effet d'entendre et de mettre en pratique les traditions de notre grand siècle littéraire? Ces traditions ne sont point perdues, ainsi que le semblent craindre quelques amateurs délicats des lettres, trop épris peut-être de certaines beautés de langage, partisans trop exclusifs de certaines manières d'écrire qui ne sont plus de notre âge, et ne prenant pas garde que l'imitation servile, qui fait les rhéteurs, est justement dédaignée de l'écrivain qui sait penser, qui a de la conscience et des entrailles. Les princes de notre littérature, qui sans doute doivent être éternellement nos modèles, comment s'y prenaient-ils eux-mêmes pour enrichir leurs écrits des précieuses dépouilles qu'ils avaient enlevées aux génies sublimes de

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la Grèce et de Rome? se faisaient-ils Grecs et Romains? non sans doute: ils demeuraient Français, et Français comme on l'était au temps de Louis XIV. Avec un goût exquis et le jugement le plus sûr, ils savaient accommoder l'éloquence des républiques et l'inspiration des muses païennes aux moeurs nobles et douces d'une grande et paisible monarchie, à la morale pure et austère d'une religion descendue du ciel. C'est ainsi que, nous offrant l'exemple, ils nous ont aussi laissé le précepte. Imitons-les donc ainsi qu'eux-mêmes ont imité: méditons sans cesse ces chefs-d'oeuvres où ils ont honoré la parole humaine plus peut-être qu'on ne l'avait jamais fait avant eux; mais visitons en même temps, et avec une ardeur non moins studieuse, ces source antiques et fécondes où ils se sont abreuvés avant nous, où nous trouverons encore à puiser après eux; et ce que nous y aurons amassé, essayons d'en faire un utile et généreux usage, selon les temps où nous vivons et les circonstances où nous pourrons nous trouver. Tout homme qui joindra un grand sens à un talent véritable sentira donc que le dix-neuvième siècle ne peut être littéraire, ainsi que l'a été le dix-septième; qu'on n'écrit point, et qu'en effet on ne doit point écrire au milieu de tous les désordres, de toutes les erreurs, de toutes les passions, de toutes les haines, de la plus effroyable corruption, comme on écrivait au sein de l'ordre, de la paix, de toutes les prospérités, lorsque la société était en quelque sorte pleine de foi, d'espérance et d'amour. Ah! sans doute, si ces grands esprits eussent vécu dans nos temps malheureux, la douceur de Massillon se fût changée en véhémence; une sainte indignation transportant Bourdaloue eût donné à sa puissante dialectique des mouvements plus passionnés; Pascal eût dirigé vers le même but les traits étincelants de sa satire, les traits non moins pénétrants de sa mâle éloquence; et la voix de Bossuet eût fait entendre des tonnerres encore plus retentissants. Boileau et Racine, tous les deux si pleins de raison, considéreraient aujourd'hui comme de vains amusements les chefs-d'oeuvres qui font leur immortalité; et, abandonnant ces agréables et innocents mensonges, dont ils avaient fait chez les anciens une moisson si riche et peut-être trop abondante, on les verrait consacrer uniquement à louer ou à défendre la céleste vérité tous ces dons célestes du génie et du talent qui leur avaient été si magnifiquement prodigués. Maintenant, c'est donc en imitant ces parfaits modèles, sans toutefois leur ressembler, qu'on peut aspirer à vivre aussi longtemps qu'eux; c'est pour ne s'être point servilement traîné sur leurs traces, c'est pour avoir marché librement dans la même route, dans cette route devenue plus large depuis deux siècles, et surtout conduisant plus loin, que M. de Maistre et quelques autres rares esprits (1) ont élevé des monuments qui sont destinés, comme ceux du grand siècle, à vivre aussi longtemps que la langue française, et à servir à leur tour de modèles à la postérité. La critique trouvera sans doute à reprendre dans les écrits de cet homme célèbre: et quelle oeuvre fut jamais parfaite? Elle pourra remarquer, particulièrement dans l'ouvrage que nous publions, quelques expressions et même quelques plaisanteries que le bon goût de l'auteur aurait dû rejeter; elle lui reprochera de donner quelquefois à
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À la suite des SOIRÉES. le comte de Maistre ne recevrait point ici-bas la dernière couronne due à ses longs et pieux travaux. L'auteur. -(1) _ . et que le ciel est irrité contre la chair et le sang. elle reconnaîtra en même temps qu'il serait honteux pour elle de s'arrêter à ces taches rares et légères qui se perdent dans l'éclat de tant de beautés supérieures. il travaillait encore à ce bel ouvrage. et qui. tous ses mystères. Rien de plus frappant que ce morceau: c'est un tableau que. . que le sang coupable peut être racheté par le sang innocent. établi dans tous les temps. il n'est rien peut-être qui soit de nature à produire de plus profondes impressions. impartiale. et vient finir en se prosternant devant le sacrifice incompréhensible qui a tout consommé. toutes ses promesses. L'auteur poursuit cette vérité aux traces de lumières qu'elle laisse après elle à travers la nuit profonde de l'idolâtrie. et sur la foi d'une tradition universelle et immémoriale. encore moins faire adopter généralement. avec sa prodigieuse érudition. raisonnable. Il était arrêté que M. dans ses applications les plus cruelles. Pauci quos aequus amavit Jupiter. parcourt le monde entier et compulse les annales les plus obscures et les plus cachées. » Croyance inexplicable que ni la raison ni la folie n'ont pu inventer. et nous ne craignons pas de dire que. dans ces deux volumes. se rattache par d'invisibles liens à la plus grande des vérités. et souvent de l'ordre le plus élevé. on lira un opuscule intitulé: Éclaircissement sur les sacrifices. que dans l'effusion du sang il est une vertu expiatrice. Au milieu des erreurs de tant de fausses religions. croyance mystérieuse. . dans toutes ses parties. . toutes les destinées de l'homme. les plus erronées. Hélas! Il n'en est pas ainsi du livre même des SOIRÉES. il retrouve plus ou moins altérés tous les dogmes de la véritable. dans tous les lieux. mais si cette critique est franche. on peut dire achevé. pour nous y montrer le sacrifice. par la manière recherchée et trop subtile dont il présente certaines vérités.la raison les apparence du sophisme. aux pieds de la grande Victime qui a opéré le salut du monde entier par le sang. et le sacrifice SANGLANT. qui a sa racine dans les dernières profondeurs du coeur humain. qui a partout enseigné et persuadé partout: « Que la chair et le sang sont coupables. les plus révoltantes._ Virg. qui semble ici se surpasser elle-même par de nouveaux prodiges. lorsque Dieu a voulu l'appeler à lui pour lui donner dans 9 .

-(1) Thesaurizate autem vobis thesauros in coelo. je remontais la Néva dans une chaloupe. à la fin d'une journée des plus chaudes. et le chevalier de B***. cette couronne « que la rouille et les vers n'altéreront point. cette couronne incorruptible qui ne sera point enlevée (1). qu'imitant jusqu'au dernier moment son divin modèle. avec le conseiller privé de T***. » Ceux qui l'aimaient ne se consoleront point de l'avoir perdu. elle est cependant assez éloignée du centre pour qu'il soit permis de l'appeler campagne et même solitude. Quoique située dans l'enceinte de la ville. X. jetant les yeux sur les lignes demiachevées qui terminent le XIe entretien et les dernières que sa main ait tracées. Au mois de juillet 1809. et ubi fures non effodiunt nec furantur. « il a passé en faisant le bien.un monde meilleur. et quelques relations précieuses de services et d'hospitalité. C'est ainsi. L'un et l'autre m'accompagnaient ce jour-là jusqu'à la maison de campagne où je passais l'été. lorsque. » Pertransiit benefaciendo (3). 20. avaient formé entre nous une liaison intime. jeune Français que les orages de la révolution de son pays et une foule d'événements bizarres avaient poussé dans cette capitale. car il s'en faut de beaucoup que toute cette enceinte soit occupée par les 10 . l'Europe entière a donné des regrets à cette perte vraiment européenne. ubi neque aerugo neque tinea demolitur. (3) Act. PREMIER ENTRETIEN. il s'occupait alors de sonder la plaie la plus profonde de notre malheureux âge (2). et ces regrets se renouvelleront sans cesse pour les coeurs généreux. et d'y rechercher sans doute des remèdes. ils verront que. la conformité de goûts. d'en montrer le danger toujours croissant. de cette main déjà défaillante. Matth. membre du sénat de Saint-Pétersbourg. L'estime réciproque. 38. VI. (2) Le Protestantisme.

alignés à perte de vue. Bientot le Russe opulent s'empare des richesses qu'on lui présente. Mille chaloupes se croisent et sillonnent l'eau en tous sens: on voit de loin les vaisseaux étrangers qui plient leurs voiles et jettent l'ancre. et tous les fruits de leur terre natale. donnent au spectateur l'idée d'un vaste incendie. un charme particulier. Rien n'est plus rare. tandis que leurs maîtres jouissaient en silence de la beauté du spectacle et du calme de la nuit. soit que réellement. mais rien n'est plus enchanteur qu'une belle nuit d'été à Saint-Pétersbourg. Le soleil qui. Nos matelots prirent la rame. le faible vent qui nous poussait expira dans la barque que nous vîmes badiner. Nous rencontrions de temps en temps d'élégantes chaloupes dont on avait retiré les rames. proclama le silence des airs. l'ananas.bâtiments. comme je le crois. 11 . espèce de magnificence répétée dans les trois grands canaux qui parcourent la capitale. nous leurs ordonnâmes de nous conduire lentement. La Néva coule à pleins bords au sein d'une cité magnifique: ses eaux limpides touchent le gazon des îles qu'elle embrasse. rase ici lentement une terre dont il semble se détacher à regret. Son disque environné de vapeurs rougeâtres roule comme un char enflammé sur les sombres forêts qui couronnent l'horizon. à l'avide marchand. tombant immobile le long du mât qui le supporte. en les rendant plus désirables. et dans toute l'étendue de la ville elle est contenue par deux quais de granit. Bientôt le pavillon qui annonce du haut du palais impérial la présence du souverain. sans compter. et ses rayons. et jette l'or. dans les zones tempérées. le soleil se couchait par un temps superbe. et dont il n'est pas possible de trouver ailleurs le modèle ni l'imitation. Les grands fleuves ont ordinairement un lit profond et des bords escarpés qui leur donnent un aspect sauvage. et quoique les vides qui se trouvent dans la partie habitée se remplissent à vue d'oeil. et ne laisse après lui qu'un crépuscule fugitif. se précipite à l'occident. soit que la longueur de l'hiver et la rareté de ces nuits leur donnent. Ils apportent sous le pôle les fruits des zones brûlantes et toutes les productions de l'univers. Les brillants oiseaux d'Amérique voguent sur la Néva avec des bosquets d'orangers: ils retrouvent en arrivant la noix du cocotier. Il était à peu près neuf heures du soir. Les rameurs chantaient un air national. réfléchis par le vitrage du palais. il n'est pas possible de prévoir si les habitations doivent un jour s'avancer jusqu'aux limites tracées par le doigt hardi de Pierre Ier. et qui se laissaient aller doucement au paisible courant de ces belles eaux. le citron. elles soient plus douces et plus calmes que dans les plus beaux climats.

Son bras terrible est encore étendu sur leur postérité qui se presse autour de l'auguste effigie: on regarde. le mécanisme aveugle est dans l'individu: le calcul ingénieux. Une musique russe. La lumière et les ténèbres semblaient se mêler et comme s'entendre pour former le voile transparent qui couvre alors ces campagnes. Sans nous communiquer nos sensations. Si le ciel. sur cette même barque où nous sommes. à l'une des extrémités de l'immense place d'Isaac. Tout ce que l'oreille entend. couvrait le jeune couple et les parents. » 12 . un de ces monstres qui fatiguent la terre. À mesure que notre chaloupe s'éloignait. envoyait au loin le son de ses bruyants cornets. et l'on ne sait si cette main de bronze protège ou menace. Le soleil était descendu sous l'horizon. resserrée entre deux files de rameurs.Près de nous une longue barque emportait rapidement une noce de riches négociants. si une femme. sur les rives de la Néva. rompant brusquement le silence. des enfants. créée par le génie fondateur. dont le nom réveille constamment dans sa patrie l'idée de l'antique hospitalité. un demi-jour doré qu'on ne saurait peindre. des nuages brillants répandaient une clarté douce. Cette musique n'appartient qu'à la Russie. garni de franges d'or. et que je n'ai vu jamais ailleurs. je voudrais. Son visage sévère regarde le fleuve et semble encore animer cette navigation. dans sa bonté. en présence de ces Russes hospitaliers. du luxe élégant et des nobles plaisirs. tout ce que l'oeil contemple sur ce superbe théâtre n'existe que par une pensée de la tête puissante qui fit sortir d'un marais tant de monuments pompeux. Qu'importe à l'oeuvre que les instruments sachent ce qu'ils font? vingt ou trente automates agissant ensemble produisent une pensée étrangère à chacun d'eux. un de ces hommes pervers. et c'est peut-être la seule chose particulière à un peuple qui ne soit pas ancienne.. des frères séparés de moi depuis longtemps. Un baldaquin cramoisi. La statue équestre de Pierre Ier s'élève sur le bord de la Néva.. Une foule d'homme vivants ont connu l'inventeur. d'où la nature semblait avoir exilé la vie. me réservait un de ces moments si rares dans la vie où le coeur est inondé de joie par quelque bonheur extraordinaire et inattendu. s'écria: « Je voudrais bien voir ici. lorsque le chevalier de B***. Sur ces rives désolées. oui. Pierre assit sa capitale et se créa des sujets. je voudrais que ce fût dans une de ces belles nuits. nous jouissions avec délices de la beauté du spectacle qui nous entourait. le chant des bateliers et le bruit confus de la ville s'éloignaient insensiblement. et sans espoir de réunion. nés pour le malheur de la société. devaient tout à coup tomber dans mes bras. Singulière mélodie! emblème éclatant fait pour occuper l'esprit bien plus que l'oreille. l'imposante harmonie sont dans le tout.

au moins il ne se presse pas. je serais un peu fâché que la Providence eût réservé entièrement pour un autre monde la punition des méchants et la récompense des justes: il me semble qu'un petit à-compte de part et d'autre dès cette vie même n'aurait rien gâté. nous pourrions fort bien consacrer la soirée à l'examen de cette question. ne fussent pas susceptibles de certaines sensations qui nous ravissent. Vous devriez bien me dire ce que vous en pensez. mais qui a été embrouillée par les sophismes de l'orgueil et de sa fille aînée l'irréligion. vous. LE COMTE. LE CHEVALIER. » L'exclamation du chevalier nous avait tirés de notre rêverie: bientôt son idée originale engagea entre nous la conversation suivante.« Je lui demanderais. que s'il punit dès cette vie. C'est ce qui me ferait désirer au moins que les méchants. en réfléchissant sur ce qui se passe dans le monde. Dieu veuille les écarter de notre barque. dont l'antiquité nous a laissé quelques monuments précieux. il faut vivre avec elles. Mon cher chevalier. dont nous étions fort éloignés de prévoir les suites intéressantes. J'ai grand regret à ces symposiaques. Au demeurant. comme vous le croyez. Vous croyez donc que les méchants ne sont pas heureux? Je voudrais le croire aussi. qui êtes si forts dans ce genre de philosophie. Les dames sont aimables sans doute.« Et qu'en feriez-vous. s'il vous plaît (ce fut la question de ses deux amis parlant à la fois)? » . LE COMTE. Pour moi qui. pour ne pas devenir 13 . messieurs. jamais ils n'ont de jouissances réelles. Ils peuvent s'amuser. S'il en était ainsi réellement. les coeurs pervers n'ont jamais de belles nuits ni de beaux jours. dans les camps nourri dès mon enfance Laissai toujours aux cieux le soin de leur vengeance. il me semble. cependant j'entends dire chaque jour que tout leur réussit. je vous avoue que je ne me suis pas trop informé de quelle manière il plaît à Dieu d'exercer sa justice. à vous dire vrai. ou plutôt s'étourdir. qui n'est pas difficile en ellemême. Pour peu que vous en ayez d'envie. Je ne les crois point susceptibles d'éprouver les mêmes sensations que nous. si cette nuit lui paraît aussi belle qu'à nous. Je vous avoue que je ne vois pas trop clair dans cette question. quoique. reprit le chevalier.

car je suis depuis longtemps bien convaincu de la parfaite inutilité d'une foule d'ouvrage qui jouissent encore d'une grande réputation. j'espère qu'elle viendra. Les sociétés nombreuses ont leur prix. Frappé deux fois de la foudre. des ombres vénérables qui furent jadis pour moi des divinités terrestres. Lorsque mon coeur oppressé me demande du repos. comme vous savez. une assez belle idée que celle de faire asseoir Bacchus et Minerve à la même table. m'a fait rougir de ma faiblesse. à force de me répondre MOI. Le sujet que nous traiterons ne 14 .. le chevalier nous ait fait naître l'idée d'une symposie philosophique. de charmants souvenirs me rappellent ce que je possède encore. même à table. et la vie me paraît aussi belle que si j'étais encore dans l'âge de l'espérance. Nous n'avons plus de Bacchus. c'est là qu'assis dans un fauteuil antique. invitons-la à prendre le thé avec nous: elle est affable et n'aime pas le bruit. LE SÉNATEUR. et d'ailleurs notre petite symposie le rejette expressément. Croyez-vous que l'examen d'une question intéressante n'occupât pas le temps d'un repas d'une manière plus utile et plus agréable même que les discours légers ou répréhensibles qui animent les nôtres? C'était. Tous mes livres sont là sous ma main: il m'en faut peu. il faut même savoir s'y prêter de bonne grâce. la lecture vient à mon secours. je trouve fort bon que les hommes s'assemblent quelquefois pour raisonner. et que j'invoque aujourd'hui comme des génies tutélaires.. Vous voyez déjà cette petite terrasse supportée par quatre colonnes chinoises au-dessus de l'entrée de ma maison: mon cabinet de livres ouvre immédiatement sur cette espèce de belvédère. Tantôt j'évoque. la conversation reprit son cours. je n'ai plus de droit à ce qu'on appelle vulgairement bonheur: je vous avoue même qu'avant de m'être raffermi par de salutaires réflexions. Je ne sais pourquoi nous n'imitons plus les anciens sur ce point. que vous nommerez si vous voulez un grand balcon. mais quand on a satisfait à tous les devoirs imposés par l'usage.sauvages. C'est là surtout. Je suis charmé qu'une saillie de M. mais nous avons une Minerve bien meilleure que celle des anciens. c'est dans mon observatoire que je trouve des moments délicieux. mais lorsque je m'élance vers elles. il m'est arrivé trop souvent de me demander à moi-même: Que me reste-t-il? Mais la conscience. à ce qu'il me semble. innocent magicien. Tantôt je m'y livre à de sublimes méditations: l'état où elles me conduisent par degrés tient du ravissement. j'attends paisiblement le moment du sommeil. Les trois amis ayant débarqué et pris place autour de la table à thé. Souvent il me semble qu'elles me font signe. et depuis longtemps je ne suis pas même tenté de me plaindre. pour défendre à l'un d'être libertin et à l'autre d'être pédante.

nous mettrons. mais nous y reviendrons au moins plus souvent que vous ne l'imaginez. le Comte. sans doute l'homme se pipe. et je ne doute pas que notre ami commun ne vous accorde la même attention. car c'est le véritable mot. mais 15 . comme à la sultane Schéerazade.saurait être plus intéressant: le bonheur des méchants. il y aurait de l'indiscrétion. Pourrionsnous mieux employer une soirée qu'en la consacrant à l'examen de ce mystère de la métaphysique divine? Nous serons conduits à sonder. Je voudrais pouvoir dire comme Montaigne: L'homme se pipe. autant du moins qu'il est permis à la faiblesse humaine. Il y a longtemps. mais je vous avoue que jamais ces difficultés n'ont pu faire la moindre impression sur mon esprit. l'orgueil croit ne pas croire. il n'y a pas de sujet sur lequel je me sente plus fort que celui du gouvernement temporel de la Providence: c'est donc avec une parfaite conviction. il prend les sophismes de son coeur naturellement rebelle (hélas! rien n'est plus certain) pour les doutes réels nés dans son entendement. messieurs. Ou. LE COMTE. il pourrait bien vous arriver. l'ensemble des voies de la Providence dans le gouvernement du monde moral. dans le second cas. Mais je vous en avertis. C'est toujours l'homme qui se pipe. Au reste. déjà longue. Si quelquefois la superstition croit de croire. messieurs. comme vous me l'adressez. LE CHEVALIER. si vous le voulez bien. qu'on se plaint de la Providence dans la distribution des biens et des maux. Je vois avec une certitude d'intuition. il est dupe de lui-même. nos pensées en commun: je ne commence même que sous cette condition. mais. le malheur des justes! C'est le grand scandale de la raison humaine. que sur ce point l'homme SE TROMPE dans toute la force du terme et dans le sens naturel de l'expression. messieurs. comme on le lui a reproché. et j'en remercie humblement cette Providence. soyez-en sûrs. Enfin. M. Je vous entendrai avec le plus grand plaisir. d'une vie consacrée tout entière à des études sérieuses. c'est avec une satisfaction délicieuse que j'exposerai à deux hommes que j'aime tendrement quelques pensées utiles que j'ai recueillies sur la route. Je prends ce que vous dites pour une politesse et non pour une menace. de n'en être pas quitte pour une soirée: je ne dis pas que nous allions jusqu'à mille et une. plus souvent encore. je puis vous renvoyer ou l'une ou l'autre. c'est bien pire. Je ne demande ni accepte même de partie principale dans mes entretiens.

sur le point de commencer par où les prédicateurs finissent. je ne vois pas sans peine que. que nous voyons tous les jours le croyant le plus soumis braver les tourments de la vie future pour le plus misérable plaisir. si dominé par ses passions.permettez-moi. « Les méchants sont heureux dans ce monde. pourquoi le décharger de cette crainte? LE COMTE. ils semblent presque tous passer condamnation sur le fait. pour qui ce monde est tout. mes bons amis. Que sera-ce de celui qui ne croit pas ou qui croit faiblement? Appuyons donc tant qu'il vous plaira sur la vie future qui répond à toutes les objections. je vous en prie. et convenir qu'il n'y a pas moyen de justifier la Providence divine dans cette vie. j'avoue que j'ai tort comme lui et autant que lui. est de savoir quelle chose on doit placer la première: je ne fais point un livre. mais il me semble qu'on ne lui nuirait point du tout en l'associant à d'autres. le chevalier est indiscret ou trop précipité. LE SÉNATEUR. Les incrédules. mais. 16 . Vous êtes. et ne m'accuser point de répondre à votre silence. de vouloir détruire ou affaiblir cette grande preuve. si dépendant des objets qui le frappent. mais je commence un discours qui peut-être sera long. dès cette vie même. elle me paraît au moins extrêmement dangereuse. j'espère. et la foule même doit être rangée sur la même ligne: l'homme est si distrait. sans le moindre doute. et je sais très bien ce que vous allez me dire. que je vénère infiniment. souffrent dans celui-ci. » Voilà ce qu'on trouve partout. sur cette grande question des voies de la justice divine dans ce monde. car c'est tout comme si vous aviez déjà parlé. Si cette proposition n'est pas fausse. car il y a beaucoup de danger à laisser croire aux hommes que la vertu ne sera récompensée et le vice puni que dans l'autre vie. je voulais vous prier de sortir des routes battues. mais ils seront heureux dans l'autre. Pascal observe quelque part que la dernière chose qu'on découvre en composant un livre. c'est vous-mêmes qui m'apprenez par où je dois commencer. par la vie éternelle. mais ils seront tourmentés dans l'autre: les justes. et si. si vous voulez que je vous parle plus sérieusement. car j'étais sur le point de vous quereller aussi avant que vous eussiez entamé la question: ou. au contraire. Et pourquoi vous cacherais-je que cette réponse tranchante ne me satisfait pas pleinement? Vous ne me soupçonnerez pas. Si M. de commencer par vous chicaner avant que vous ayez commencé. tout en leur rendant la justice qu'ils méritent. J'ai lu plusieurs de vos écrivains ascétiques du premier ordre. ne demandent pas mieux. et j'aurais pu balancer sur le début: heureusement vous me dispensez du travail de la délibération. le crime doit trembler. mais s'il existe dans ce monde un véritable gouvernement moral.

comme vous savez.L'expression familière qu'on ne peut adresser qu'à un enfant ou à un inférieur. et qu'il suffit d'être un scélérat pour être invulnérable? Je suis sûr que non. par une comète extravagante courant dans l'espace. par un sentiment intérieur. LE SÉNATEUR. invoquer l'expérience à cet égard. faut-il être de quatre ou 17 . souvent même sans avoir fait les études nécessaires pour être en état de les examiner avec une parfaite connaissance de cause. cependant je puis. ou que toutes les couches de notre globe ne sont que le résultat fortuit d'une précipitation chimique. dont je me pique peu. au contraire. sans trop savoir dire pourquoi. est néanmoins le compliment qu'un homme sensé aurait droit de faire à la foule qui se mêle de disserter sur les questions épineuses de la philosophie. dans l'ordre temporel. Croyez-vous qu'il faille être l'égal de Descartes pour avoir le droit de se moquer de ses tourbillons? Si l'on vient me raconter que cette planète que nous habitons n'est qu'une éclaboussure du soleil. et demander pourquoi. et les maux de la vie en général par rapport à tous les hommes. Plus d'une fois il m'est arrivé. de la plus grande évidence que les biens et les maux sont une espèce de loterie où chacun sans distinction peut tirer un billet blanc ou noir. de la fausseté ou de la vérité de certaines propositions avant tout examen. parce que en effet chacun sait que les balles ne choisissent personne. et cette parité. un militaire se plaindre qu'à la guerre les coups ne tombent que sur les honnêtes gens. Avezvous jamais entendu. en matière de physique ou d'histoire naturelle. et même tournées en ridicule par des hommes profondément versés dans ces même sciences. que j'ai eu le plaisir ensuite (car c'en est un) de voir attaquées. faut-il donc avoir beaucoup lu. ou que les animaux se font comme des maisons. le juste n'est pas exempt des maux qui peuvent affliger le coupable. et pourquoi le méchant n'est pas privé des biens dont le juste peut jouir? Mais cette question est tout à fait différente de l'autre. supposée exacte. au moins jusqu'à un certain point. messieurs. en mettant ceci à côté de cela. suffirait seule pour faire disparaître une difficulté fondée sur une fausseté manifeste. Je suis si fort de votre avis et si amoureux de cette doctrine. beaucoup réfléchi. Il faudrait donc changer la question. J'aurais bien droit d'établir au moins une parité parfaite entre les maux de la guerre par rapport aux militaires. il y a quelques millions d'années. car c'est une de mes idées favorites que l'homme droit est assez communément averti. vous ne savez ce que vous dites. enlevée. car il est non seulement faux. mais évidemment FAUX que le crime soit en général heureux. par de certaines opinions accréditées. d'être choqué. que je l'ai peut-être exagérée en la portant dans les sciences naturelles. et la vertu malheureuse en ce monde: il est. et je suis même fort étonné si le simple énoncé ne vous en démontre pas l'absurdité. et cent autres belles choses de ce genre qu'on a débitées dans notre siècle.

avec la permission de monsieur le chevalier. la décomposition et la recomposition de l'eau. . et jamais il ne s'élève dans mon esprit une seule idée contre la foi. mais je l'ai commencé dans un pays où l'éducation elle-même commence presque toujours par le latin. J'ai fort bien compris le passage que je viens d'entendre. D'où vient alors ce sentiment intérieur qui se révolte contre certaines théories? On les appuie sur des arguments que je ne saurais pas renverser. C'est très bien fait à vous de faire des excursions sur des terres étrangères. . Au reste. . mais vous auriez dû ajouter dans les règles de la politesse. . Je me le suis dit mille fois à moi-même. LE COMTE. LE CHEVALIER. ni sur tant d'autres. que je ne suis point du tout aussi brouillé que vous pourriez le croire avec la langue de l'ancienne Rome. refusent absolument d'entrer dans mon esprit. d'autres théories encore que je pourrais vous citer et qui passent aujourd'hui pour des dogmes. . Vous me direz peut-être (l'amitié en a le droit): C'est pure ignorance de votre part. Mais dites-moi à votre tour pourquoi je ne serais pas également indocile à d'autres vérités? Je les crois sur la parole des maîtres. . .cinq académies pour sentir l'extravagance de ces théories? Je vais plus loin. s'il vous plaît. . . L'explication des marées par l'attraction luni-solaire. incredulus odi. monsieur le comte: sachez. je vous l'avoue en baissant la voix. ce qui me conduit à douter. de plusieurs choses qui passent généralement pour certaines. et je me sens invinciblement porté à croire qu'un savant de bonne foi viendra quelque jour nous apprendre que nous étions dans l'erreur sur ces grands objets. même avec une certaine emphase: . . Il a bien le droit de me dire. quoique nous ne vivions point ici dans un pays latin. cette règle de la conscience intellectuelle n'est pas à beaucoup près nulle pour ceux qui ne sont point initiés à ces sortes de connaissances. je crois que dans les questions mêmes qui tiennent aux sciences exactes. ou qui paraissent reposer entièrement sur l'expérience. . sans savoir cependant à qui il appartient. Vous parlez latin. Il est vrai que j'ai passé la fin de mon bel âge dans les camps. monsieur le sénateur. l'égal de monsieur le sénateur dont j'honore infiniment les grandes et solides connaissances. Vous me plaisantez. . . ou qu'on ne s'entendait pas. et cependant cette conscience dont nous parlons n'en dit pas moins: Quodcunque ostendis mihi sic. Va dire à ta patrie 18 . je n'ai pas la prétention d'être sur ce point. où l'on cite peu Cicéron.

Qu'il est quelque savoir au bord de la Scythie. on parle toujours d'elle. ne jamais soutenir ce 19 . même dans les sciences naturelles. Mais permettez. puisqu'il n'objecte rien. mais je suis porté à le croire à peu près infaillible lorsqu'il s'agit de philosophie rationnelle. messieurs. Mais pour rentrer dans notre sujet par où nous en sommes sortis. LE COMTE. D'ailleurs une conversation n'est point un livre. Qu'il y ait une conscience pour l'esprit comme il y en a une pour le coeur. Il est infiniment digne de la suprême sagesse. Je dirai seulement que la droiture du coeur et la pureté habituelle d'intention peuvent avoir des influences secrètes et des résultats qui s'étendent bien plus loin qu'on ne l'imagine communément. avec une grande justesse. je vous prie. peut-être même vautelle mieux qu'un livre. mon aimable ami. Il me semble que M. Quant à moi. ces détails nous conduiraient trop loin de notre sujet. Je ne sais comment nous sommes tombés de la Providence au latin. LE CHEVALIER. le sénateur appelle. l'instinct secret dont nous parlions tout à l'heure devinera juste assez souvent. je n'examinerai pas dans ce moment jusqu'à quel point on peut se fier à ce sentiment intérieur que M. et le mette en garde contre l'erreur dans les choses mêmes qui semblent exiger un appareil préliminaire d'études et de réflexions. j'ai toujours eu pour maxime de ne jamais contester sur les opinions utiles. conscience intellectuelle. Je me permettrai encore moins de discuter les exemples particuliers auxquels il l'a appliquée. Je suis donc très disposé à croire que chez des hommes tels que ceux qui m'entendent. c'est une opinion très digne de la sagesse divine et très honorable pour l'homme: ne jamais nier ce qui est utile. de morale. J'ai donc eu raison d'affirmer que la question qui nous occupe étant une fois posée exactement. qu'un sentiment intérieur conduise l'homme de bien. Quelque sujet qu'on traite. la détermination intérieure de tout esprit bien fait devait nécessairement précéder la discussion. précisément parce qu'elle permet de divaguer un peu. qui a tout créé et tout réglé. au plus jeune de vous de vous ramener dans le chemin dont nous nous sommes étrangement écartés. de métaphysique et de théologie naturelle. le sénateur approuve. d'avoir dispensé l'homme de la science dans tout ce qui l'intéresse véritablement.

Je reviens à ma première comparaison: un homme de bien est tué à la guerre. Mais les fausses opinion ressemblent à la fausse monnaie qui est frappée d'abord par de grands coupables. mais rien de plus. neminem. le comte de vouloir bien encore s'adresser à ma raison. N'attendez donc aucune objection de ma part: cependant. Si l'homme de bien souffrait parce qu'il est homme de bien. et dépensée ensuite par d'honnêtes gens qui perpétuent le crime sans savoir ce qu'il font. à mon sens. si elle n'est injuste pour tous. c'est encore un malheur. et si le méchant prospérait de même parce qu'il est méchant. nous élevons contre elle des difficultés que nous rougirions d'élever contre un souverain ou contre un simple administrateur dont nous estimerions la sagesse. -(1) Multos inveni aequos adversus homines. Vous n'aviez pas une telle maladie. mais vous pouviez en être exempt. mais celle qui est faite pour tous (I). c'est. l'argument serait insoluble. vous l'avez. c'est un malheur. Ep. C'est l'impiété qui a d'abord fait grand bruit de cette objection. S'il a la goutte ou la gravelle. Dès lors plus d'injustice: la loi juste n'est point celle qui a sont effet sur tous. il faut les aimer. il tombe à terre si l'on suppose seulement que le bien et le mal sont distribués indifféremment à tous les hommes. ne saurait l'être pour l'individu. XCV. je n'en prierai pas moins M. malheureusement on les aime et on les cherche: le coeur humain. Chose étrange! il nous est plus aisé d'être justes envers les hommes qu'envers Dieu (1). Ne perdez jamais de vue cette grande vérité: Qu'une loi générale.qui pourrait nuire. sans nier que le sentiment chez moi ait déjà pris parti. mais tous étaient là pour mourir. pour être dispensés de nous accuser nous-mêmes. (Sen. etc. adversus Deos. si son ami le trahit. tiré du malheur des justes et de la prospérité des méchants. Tous ne sont pas morts. est-ce une injustice? Non. puisque tous les hommes sans distinction sont sujets à ces sortes de disgrâces. Celui qui a péri dans une bataille pouvait échapper. LE COMTE. Pour trouver des difficultés dans cet ordre de choses. mais vous pouviez l'avoir. Je vous le répète. je n'ai jamais compris cet argument éternel contre la Providence. une règle sacrée qui devrait surtout conduire les hommes que leur profession écarte comme moi des études approfondies..). fait des contes à l'esprit qui les croit. celui qui en revient pouvait y rester. continuellement révolté contre l'autorité qui le gêne. l'effet sur tel ou tel individu n'est plus qu'un accident. s'il est écrasé par la chute d'un édifice. la légèreté et la bonhomie l'ont répétée: mais en vérité ce n'est rien. nous accusons la Providence. 20 .

et Dieu ne saurait en être l'auteur: c'est une autre vérité dont nous ne doutons. J'avoue que si l'on s'en tient à la distribution des maux physiques et extérieurs. je l'ai fait uniquement pour me donner ensuite plus beau jeu. et c'est l'article sur lequel je suis le plus curieux de vous entendre. exige une explication. comme vous l'avez vu. c'est- 21 . le chevalier. précisément à cause de sa latitude. ni vous ni moi. Il n'est pas temps encore. LE CHEVALIER. par exemple: Pourquoi le juste souffre-t-il? on se trouve insensiblement à une autre: Pourquoi l'homme souffre-t-il? La dernière cependant est toute différente. il y a des questions qui se touchent. car. l'objection disparaît. c'est celle de l'origine du mal. mais non de celui qui souille (1). et que je puis me dispenser de prouver. Si j'ai toujours supposé. mais il me semble qu'on insiste bien plus sur l'impunité des crimes: c'est là le grand scandale. mais cette profession de foi. il y a évidemment inattention ou mauvaise foi dans l'objection qu'on en tire contre la Providence. Je professe de tout mon coeur la même vérité. Mais. hélas! c'est une vérité qui n'a pas besoin d'être prouvée. avant d'aller plus loin. Or. LE SÉNATEUR. M. que j'abuserais de votre patience si je m'étendais davantage pour vous prouver que la question est ordinairement mal posée. et si le méchant ne prospère pas parce qu'il est méchant. Commençons donc par écarter toute équivoque.Il me semble. j'espère. et la vertu malheureuse dans ce monde. et le bon sens a vaincu. pour ainsi dire. Vous m'avez donné gain de cause un peu trop vite sur ces maux que vous appelez extérieurs. si l'homme de bien ne souffre pas parce qu'il est homme de bien. que ces maux étaient distribués également à tous les hommes. sans aucune distinction de personnes. LE COMTE. mais de plus: Il y est très justement. de ne pas sortir de la route. Il a certainement raison dans un sens. Le mal est sur la terre. il est manifestement prouvé que les maux de toute espèce pleuvent sur tout le genre humain comme les balles sur une armée. Votre saint Thomas a dit avec ce laconisme logique qui le distingue: Dieu est l'auteur du mal qui punit. et que réellement on ne sait ce qu'on dit lorsqu'on se plaint que le vice est heureux. s'il vous plaît. et sans aucune restriction. car je sais à qui je parle. messieurs. tandis que. dans le vrai. mais il faut s'entendre: Dieu est l'auteur du mal qui punit. il n'en est rien. prenons garde. de manière qu'il est aisé de glisser de l'une à l'autre sans s'en apercevoir: de celle-ci. en faisant même la supposition la plus favorable aux murmurateurs.

c'est l'assassin. 49. il ne peut y être que comme remède ou expiation. qui n'existerait pas si la créature intelligente ne l'avait rendu nécessaire en abusant de sa liberté. etc. gardons-nous. mais l'on ne comprend pas même qu'il puisse être originairement l'auteur du mal physique. mais. si délicate et si exclusive. et rien n'est plus évident de soi: L'être bon ne peut vouloir nuire à personne (3). IV. Il en est de même de Dieu (en excluant toujours toute comparaison rigoureuse qui serait insolente). En tout cela le souverain agit.à-dire du mal physique ou de la douleur. ou parce qu'il envoie un scélérat au supplice. 45. ou du péché.. Thom. et par conséquent il ne peut avoir Dieu pour auteur direct. non autem mali quod est culpa. Mais comme on ne s'avisera jamais de soutenir que l'homme de bien cesse d'être tel parce qu'il châtie justement son fils. ce sont eux qui bâtissent les prisons. mais fort à contre-coeur (2). a paru si juste. ou parce qu'il tue un ennemi sur le champ de bataille. qu'elle a passé dans votre langue religieuse. Quaest. comme vous le disiez tout à l'heure. le comte. d'être moins équitable envers Dieu qu'envers les hommes. puisque toute autorité et toute exécution légale part de lui. comme par un lien nécessaire. quoique née dans le sein du paganisme. 1. Je vous dirai même en passant qu'il m'est arrivé plus d'une fois de songer que l'inscription antique. dans aucun sens. S. le mal physique n'a pu entrer dans l'univers que par la faute des créatures libres. Cette magnifique expression. Tout esprit droit est convaincu par intuition que le mal ne saurait venir d'un Etre toutpuissant. LE COMTE. c'est le voleur. Theol. art. l'auteur du mal moral. 22 . de son plein gré. M. les deux titres augustes de TRES-BON et de TRES-GRAND. c'est le faussaire. dans le sens direct et immédiat. pourrait se placer tout entière sur le fronton de vos temples latins: car qu'est-ce que IOV-I. Non seulement il ne saurait être. (3) Probus invidet nemini. comme la Junon d'Homère. comme un souverain est l'auteur des supplices qui sont infligés sous ses lois. sinon IOV-AH (II)? -(1) Deus est auctor mali quod est poena.) (2) ##Ekòon aékonti ge thumôo. ce sont des dogmes incontestables pour nous. (S. p. qui élèvent les gibets et les échafauds. 11. Ce fut ce sentiment infaillible qui enseigna jadis au bon sens romain de réunir. Sans doute. Vous sentez bien que je n'ai pas envie de disputer sur tout ce que vous venez de dire. IOVI OPTIMO MAXIMO. Dans un sens reculé et indirect. qui sont les véritables auteurs de ce mal qui les punit. c'est bien lui qui pend et qui roue. Iliad. Platon l'a dit. In Tim.

nous ressemblons à cette reine qui disait: Quand il s'agit de damner les gens de notre espèce. donc elle n'est pas injuste. si les fondements de la terrasse où nous parlons étaient mis subitement en l'air par quelque éboulement souterrain. par rapport à l'ordre général. en qualité d'homme. Voudriez-vous lorsqu'il grêle que le champ du juste fût épargné? voilà donc un miracle. le chevalier.Maintenant je reviens à vous. il n'y a point d'injustice. mais que le scandale roule surtout sur l'impunité des scélérats. la prétention que. M. sans nous en apercevoir. Élisabeth de France monte sur l'échafaud: Robespierre y monte un instant après. sur laquelle j'ai insisté jusqu'à présent. mais rien n'est plus faux. le miracle deviendrait l'état ordinaire du monde. Il en serait de même si nous avions été membres de la loge des illuminés de Bavière. ait lieu réellement. il s'en faut de beaucoup que la prétendue égalité. Prétendre que la dignité ou les indignités de l'homme doivent le soustraire à l'action d'un tribunal inique ou trompé. Aucune expression ne saurait caractériser le crime des scélérats qui firent couler le sang le plus pur comme le plus auguste de l'univers. mais lorsque nous les transportons dans l'ordre général. c'est que nous ne pouvons nous empêcher de prêter à Dieu. car s'il n'y a point d'injustice dans la distribution des maux. vous n'avez pas. Je l'ai supposée. L'ange et le monstre s'étaient soumis en entrant dans le monde à toutes les lois générales qui le régissent. malgré ces lois générales et nécessaires. croyez que Dieu y pense plus d'une fois. et rien de plus. c'est les réfuter suffisamment. c'est toujours un malheur attaché à la condition de l'homme. pour me donner plus beau jeu. c'est précisément vouloir qu'elles l'exemptent de l'apoplexie. cependant. Vous conveniez tout à l'heure qu'on chicanait mal à propos la Providence sur la distribution des biens et des maux. Observez cependant que. 23 . puisque nous sommes tous soumis à l'ordre établi dans la société. sur quoi fonderez-vous les plaintes de la vertu? Le monde n'étant gouverné que par des lois générales. est sujet à tous les malheurs de l'humanité: la loi est générale. ou même de la mort. je crois. ou du comité du salut public. les idées que nous avons sur la dignité et l'importance des personnes. Tout homme. Ce qui nous trompe encore assez souvent sur ce point. comme je vous l'ai dit. ces idées sont très justes. et le désordre l'ordre. et vous allez le voir. c'est-à-dire qu'il ne pourrait plus y avoir de miracle. Dieu fût obligé de suspendre en notre faveur les lois de la gravité. parce que cette terrasse porte dans ce moment trois hommes qui n'ont jamais tué ni volé. Exposer de pareilles idées. Par rapport à nous. par exemple. et nous serions écrasés. nous tomberions certainement. que l'exception serait la règle. Je doute cependant que vous puissiez renoncer à la première objection sans abandonner la seconde. il faudrait encore qu'elle pourrît dans ses greniers: voilà un autre miracle. Mais si. par hasard. ce juste venait à commettre un crime après la récolte.

Lisez. par quelque avantage temporel. Pour accorder donc cet ordre (le seul possible pour des êtres intelligents. auquel je n'ai jamais eu l'honneur d'être présenté. ayez la bonté de me dire ce que c'est que le roi Menu. même temporellement. LE CHEVALIER. Mais M. l'acte. même temporel. appartient. ni sur-le-champ. il n'y aurait plus vice ni vertu. croit que le code de ce législateur est peut-être antérieur au Pentateuque. qu'en vertu d'une loi divine. la loi visible et visiblement juste est que la plus grande masse de bonheur. est le grand législateur des Indes. également probables. Pinkerton. il a remis aux souverains l'éminente prérogative de la punition des crimes. Le chevalier Jones. S'il en était autrement. mais que l'individu ne fût jamais sûr de rien: et c'est en effet ce qui est établi. n'ayant plus rien de surnaturel. qui a bien aussi quelque droit à notre 24 . et c'est en cela surtout qu'ils sont ses représentants. Supposez que chaque action vertueuse soit payée. je vous prie. on s'abstiendra de voler comme on s'abstiendrait de porter la main sous la hache d'un boucher. mais non toujours. le chevalier. Supposez. Menu. Pour en venir maintenant au détail. commençons. ne pourrait plus mériter une récompense de ce genre. je demeure suspendu sans espoir de me décider. ni mérite. par la justice humaine. Les uns disent qu'il est fils du Soleil. non pas à l'homme vertueux. et par conséquent plus d'ordre moral. qui est là sur ma table. pour ainsi dire. et le lot proportionnel de malheur. l'ordre moral disparaîtrait entièrement. M. permettez-moi de vous le lire dans le troisième volume des OEuvres du chevalier William Jones. Entre ces deux opinions. Imaginez toute autre hypothèse. ou à la création d'un autre monde. de docte mémoire. Malheureusement encore il m'est également impossible de vous dire à quelle époque l'un ou l'autre de ces deux pères engendra Menu. mais avant. la main d'un voleur doive tomber au moment où il commet un vol. et qui est d'ailleurs prouvé par le fait) avec les lois de la justice. elle vous mènera directement à la destruction de l'ordre moral. et certainement au moins antérieur à tous les législateurs de la Grèce (2). mais à la vertu. LE COMTE. il fallait que le lot incomparablement plus grand de bonheur temporel fût attribué à la vertu. s'il vous plaît. J'ai trouvé sur ce sujet un morceau admirable dans les lois de Menu. ni démérite. d'un autre côté. la première personne de la Trinité indienne (1). il fallait que la vertu fût récompensée et le vice puni. du moins extérieurement.Commencez d'abord par ne jamais considérer l'individu: la loi générale. d'autres veulent qu'il soit fils de Brahma. dévolu au vice. Dieu ayant voulu faire gouverner les hommes par des hommes.

toutes les barrières seraient brisées: il n'y aurait que confusion parmi les hommes si la peine cessait d'être infligée ou l'était injustement: mais lorsque la Peine. II. 223. ainsi. -(1) Maurice's history of Indostan. au teint noir. et c'est la crainte des peines qui permet à l'univers de jouir du bonheur qui lui est destiné. tom III.. et s'est cru en état de leur prouver que Menu pourrait fort bien n'être qu'un honnête légiste du XIIIe siècle (3). Ma coutume n'est pas de disputer pour d'aussi légères différences.. tom. et ne s'écartent point de leur devoir. (2) Sir William Jones's works.confiance. pag. et les hommes sages l'appellent le répondant des quatre ordres de l'état. pag. et tom. I. et le plus fort finira par faire rôtir le plus faible. Par la crainte de ce génie tous les êtres sensibles. » -(1) Fixed or locomotive. il est le dispensateur des lois. il est le véritable administrateur des affaires publiques. messieurs. s'avance pour détruire le crime. Le châtiment gouverne l'humanité entière. pag. sont retenus dans l'usage de leurs jouissances naturelles. a pris la liberté de se moquer des Brahmes. Toutes les classes seraient corrompues. Que le roi donc. inflige les peines justement à tous ceux qui agissent injustement: le châtiment est un gouverneur actif. Le sage considère le châtiment comme la perfection de la justice. le peuple est sauvé si le juge a l'oeil juste (2). « Brahma. 53-54. (3) Géogr. 57. LE SÉNATEUR. La race entière des hommes est retenue dans l'ordre par le châtiment. lorsqu'il aura bien et dûment considéré le lieu. mobiles ou immobiles (1). dont nous laisserons la date en blanc: écoutez bien. Ibid. à l'oeil enflammé. pag. pour l'exact accomplissement de leurs devoirs. tom. 25 . Qu'un monarque indolent cesse de punir. in-4. (2) Sir William Jones's works. il lui donna un corps de pure lumière: ce génie est son fils. 260-261. car l'innocence ne se trouve guère. 223-224. au commencement des temps. créa pour l'usage des rois le génie des peines. le châtiment veille pendant que les gardes humains dorment. London. le temps. le châtiment la préserve. ses propres forces et la loi divine. il est la justice même et le protecteur de toutes les choses créées. III. VI de la traduction française. je vais vous lire le morceau en question. pag. tom.

Il est créé comme un monde. les cheveux se hérissent. Il la détache. ouverte comme 26 . mais c'est un être extraordinaire. un ministre abject de la justice vient frapper à sa porte et l'avertir qu'on a besoin de lui: il part. je n'en sais pas douter. et la bouche. il arrive sur une place publique couverte d'une foule pressée et palpitante. LE COMTE. On lui jette un empoisonneur.. j'arrête un instant vos regards sur un objet qui choque la pensée sans doute. lucratifs. De cette prérogative redoutable dont je vous parlais tout à l'heure résulte l'existence nécessaire d'un homme destiné à infliger aux crimes les châtiments décernés par la justice humaine. Il a fait la même impression sur moi. et pour qu'il existe dans la famille humaine il faut un décret particulier. et cet homme. Qu'est-ce donc que cet être inexplicable qui a préféré à tous les métiers agréables. Un signal lugubre est donné. un parricide. un sacrilège: il le saisit. J'y trouve la raison européenne avec une juste mesure de cette emphase orientale qui plaît à tout le monde quand elle n'est pas exagérée: je ne crois pas qu'il soit possible d'exprimer avec plus de noblesse et d'énergie cette divine et terrible prérogative des souverains: La punition des coupables. à peine en a-t-il pris possession que les autres habitations reculent jusqu'à ce qu'elles ne voient plus la sienne. si vous pouvez. C'est au milieu de cette solitude et de cette espèce de vide formé autour de lui qu'il vit seul avec sa femelle et ses petits. Il est fait comme nous extérieurement. et les hurlements de la victime. mais qui est cependant très digne de l'occuper. qui lui font connaître la voix de l'homme: sans eux il ne connaîtrait que les gémissements. comment il peut ignorer cette opinion ou l'affronter! À peine l'autorité a-t-elle désigné sa demeure. la tête pend. messieurs. il l'étend. honnêtes et même honorables qui se présentent en foule à la force ou à la dextérité humaine. il naît comme nous. pour qu'il ne vous soit pas arrivé souvent de méditer sur le bourreau. et comprenez. celui de tourmenter et de mettre à mort ses semblables? Cette tête. Voyez ce qu'il est dans l'opinion des hommes. un FIAT de la puissance créatrice.. en effet. il lève le bras: alors il se fait un silence horrible.Admirable! magnifique! vous êtes un excellent homme de nous avoir déterré ce morceau de philosophie indienne: en vérité la date n'y fait rien. se trouve partout. car la raison ne découvre dans la nature de l'homme aucun motif capable de déterminer le choix de cette profession. il le lie sur une croix horizontale. Je vous crois trop accoutumés à réfléchir. sans qu'il y ait aucun moyen d'expliquer comment. il la porte sur une roue: les membres fracassés s'enlacent dans les rayons. Mais permettez qu'averti par ces tristes expressions. et l'on n'entend plus que le cri des os qui éclatent sous la barre. ce coeur sont-ils faits comme les nôtres? ne contiennent-ils rien de particulier et d'étranger à notre nature? Pour moi.

En premier lieu. et sur eux il fait tourner le monde (1). Il n'est pas criminel. Les erreurs des tribunaux sont des exceptions qui n'ébranlent point la règle: j'ai d'ailleurs plusieurs réflexions à vous proposer sur ce point. le sénateur. qu'il est honnête homme. Il y a donc dans le cercle temporel une loi divine et visible pour la punition du crime. est exécutée invariablement depuis l'origine des choses: le mal étant sur la terre. Et cependant toute grandeur. et en effet. l'oreille du public accueille avec avidité les moindres bruits qui supposent un meurtre judiciaire. c'est une chose excessivement rare qu'un tribunal homicide par passion ou par erreur. aussi stable que la société qu'elle fait subsister. toute puissance. Est-ce un homme? Oui: Dieu le reçoit dans ses temples et lui permet de prier. mais j'en atteste votre longue expérience. les gibets. car Jéhovah est le maître des deux pôles. toute subordination repose sur l'exécuteur: il est l'horreur et le lien de l'association humaine. cependant aucune langue ne consent à dire. qu'il est vertueux. 8. Annae. Otez du monde cet agent incompréhensible. ces erreurs fatales sont bien moins fréquentes qu'on ne l'imagine: l'opinion étant. les trônes s'abîment et la société disparaît. toujours contraire à l'autorité. pour peu qu'il soit permis de douter. II. Il descend: il tend sa main souillée de sang. il songe à tout autre chose qu'à ce qu'il a fait la veille. dans l'instant même l'ordre fait place au chaos. car tous supposent des rapports avec les hommes. M. qu'il est estimable. au lit ensuite. mille passions individuelles peuvent se joindre à cette inclination générale. et cette loi. et il mange. et posuit super eos orbem. l'est donc aussi du châtiment: il a jeté notre terre sur ces deux pôles.une fournaise. Dieu qui est l'auteur de la souveraineté. M. et il dort. nous voyons sur toute la surface du globe une action constante de tous les gouvernements pour arrêter ou punir les attentats du crime: le glaive de la justice n'a point de fourreau. le chevalier! -(1) Domini enim sunt cardines terrae. il agit constamment. toujours il doit menacer ou frapper. Reg. mais c'est de joie. Et le lendemain. etc. I. et il n'en a point. Vous riez. les roues et les bûchers? Pour le crime apparemment. n'envoie plus par intervalle qu'un petit nombre de paroles sanglantes qui appellent la mort. Il a fini: le coeur lui bat. par exemple. 27 . Il se met à table. et la justice y jette de loin quelques pièces d'or qu'il emporte à travers une double haie d'hommes écartés par l'horreur. Nul éloge moral ne peut lui convenir. Qu'est-ce donc qu'on veut dire lorsqu'on se plain de l'impunité du crime? Pour qui sont le knout. il dit dans son coeur: Nul ne roue mieux que moi.) LE CHEVALIER. il s'applaudit. et par une conséquence nécessaire il doit être constamment réprimé par le châtiment. (Cant. en s'éveillant.

et les Calas m'ont fait penser au cheval et à toute l'écurie (1). vu les précautions infinies qu'ils prennent pour se cacher. de si imprévoyable. se sentent inclinés à croire que la justice humaine n'est pas tout à fait dénuée. d'une certaine assistance extraordinaire. Qu'un coupable échappe. quelque chose de si inattendu. il bouffonnait dans cette lettre comme s'il avait parlé de l'opéra-comique. et même de croire le contraire. que les hommes. mais rien ne m'a frappé comme une lettre originale de Voltaire au célèbre Tronchin de Genève. à quoi ce dernier répondit par le proverbe trivial: Il n'y a pas de bon cheval qui ne bronche. où Voltaire se montrait et s'intitulait le tuteur de l'innocence et le vengeur de l'humanité. c'est une autre exception du même genre. tandis que l'Europe retentissait de ses Trénodies fanatiques. Mais toujours il demeure vrai. mai je vous en prépare un autre AU BAIN-MARIE.C'est que dans ce moment j'ai pensé aux Calas. Rien de moins prouvé. demandait à un habitant de Toulouse comment il était possible que le tribunal de cette ville se fût trompé aussi cruellement. le duc d'A. Au milieu de la discussion publique la plus animée. et je dois encore vous faire observer que les coupables ne trompent pas à beaucoup près l'oeil de la justice aussi souvent qu'il serait permis de le croire si l'on n'écoutait que la simple théorie. Permettez-moi d'ajouter encore une considération pour épuiser ce 28 . car vous me rendez service en me faisant penser à ce jugement fameux qui me fournit une preuve de ce que je vous disais tout à l'heure. Voilà comment les idées s'enchaînent. C'est dans ce style grave et sentimental que le digne homme parlait à l'oreille d'un homme qui avait sa confiance. je vous l'assure. Je me rappelle surtout cette phrase qui me frappa: Vous avez trouvé mon mémoire trop chaud. que l'innocence de Calas. généralement parlant. Ne vous excusez pas. il y a quelques années. Il y a souvent dans les circonstances qui décèlent les plus habiles scélérats. répliqua le duc.. et comment l'imagination ne cesse d'interrompre la raison. Mais laissons là Calas. c'est-à-dire commun à tous les hommes. Il y a mille raisons d'en douter.. messieurs. dans la recherche des coupables. À la bonne heure. c'est un malheur comme un autre. appelés par leur état ou par leurs réflexions à suivre ces sortes d'affaires. mais toute une écurie! LE COMTE. qu'il y a sur la terre un ordre universel et visible pour la punition temporelle des crimes. que j'ai lue tout à mon aise. -(1) À l'époque où la mémoire de Calas fut réhabilitée. Qu'un innocent périsse. de si surprenant.

mais quel nombre effrayant de maladies en général et d'accidents particuliers qui ne sont dus qu'à nos vices! Je me rappelle que Bossuet. De ces punitions corporelles qu'elle inflige. Il s'écrie plaisamment: « Seriez-vous par hasard étonné de cette innombrable quantité de maladies? comptez les cuisiniers (1). il y a plusieurs exemples de ce genre prouvés par l'aveu des coupables.chapitre des peines. Vous voyez donc combien cette prétendue égalité que j'avais d'abord supposée se trouve déjà dérangée par la seule considération de la justice humaine. aujourd'hui il aurait tort. également possible qu'un homme envoyé au supplice pour un crime qu'il n'a pas commis. Il avait grandement raison de citer ce qu'il y avait de plus 29 . Si on ôtait de l'univers l'intempérance dans tous les genres. » Il se fâche surtout contre les femmes: « Hippocrate. soient grandement coupables ou malheureux. car quoique les juges. Comme il est très possible que nous soyons dans l'erreur lorsque nous accusons la justice humaine d'épargner un coupable. il n'y aurait point de mal physique. que les résultats accidentels d'une loi générale: l'homme le plus moral doit mourir. appelait la médecine en témoignage sur les suites funestes de la volupté (3). dans ce cas. Que le ciel les maudisse pour l'infâme usurpation que ces misérables ont osé faire sur le nôtre! (2) » Il y a sans doute des maladies qui ne sont. même l'obstacle. n'est-il pas vrai que l'analogie nous conduit à généraliser l'observation? Avez-vous présente par hasard la tirade vigoureuse et quelquefois un peu dégoûtante de Sénèque sur les maladies de son siècle? Il est intéressant de voir l'époque de Néron marquée par une affluence de maux inconnus aux temps qui la précédèrent. peuvent l'un et l'autre mourir de pleurésie. qu'elles soient donc condamnées à partager tous les maux de celui dont elles ont adopté tous les vices. ne s'est pas moins servi du crime ou de l'ignorance pour exécuter cette justice temporelle que nous demandons. Cette dernière supposition mérite surtout grande attention. pour qui tout est moyen. un plus grand nombre que nous ignorons. et il est sûr que les deux suppositions restreignent notablement le nombre des exceptions. passons maintenant aux maladies. je crois. Déjà vous me prévenez. dit-il. C'est ce que tout le monde peut voir en général et d'une manière confuse. d'un autre côté. Mais puisqu'elles ont dépouillé leur sexe pour revêtir l'autre. et il y en a. l'ait réellement mérité par un autre crime absolument inconnu. S'il n'y avait point de mal moral sur la terre. parce que celui que nous regardons comme tel ne l'est réellement pas. prêchant devant Louis XIV et toute sa cour. et puisqu'une infinité de maladies sont le produit immédiat de certains désordres. mais il est bon d'examiner la chose de près. la Providence. l'un pour sauver son semblable et l'autre pour l'assassiner. l'oracle de la médecine. et deux hommes qui font une course forcée. il est. comme on ne l'aura jamais assez dit. Heureusement et malheureusement. Il avait raison sans doute de son temps. et peut-être même serait-il permis de dire toutes. avait dit que les femmes ne sont point sujettes à la goutte. on en chasserait la plupart des maladies.

mais il n'est pas moins réel. ont leur source dans les plaisirs. le sacrilège. et par conséquent des noms distinctifs dans toutes les langues. démentent si souvent les anciens aphorismes. Cependant on fera bien de lire le texte. de malversation. etc. se croisent. c'est que lorsque l'effet n'est pas immédiat. opinion qui fut. etc. et plus il est à l'abri des maladies qui ont des noms (IV). mais il aurait été en droit de généraliser l'observation. habituels. et d'autres qui ne peuvent être désignées que par les noms généraux de malaises. nous ne l'apercevons plus. se propagent.) Cet homme dit ce qu'il veut: rien n'est au-dessous ni au-dessus de lui. (Sen. etc. Il y a de même des maladies caractérisées. je crois. celle d'Origène (III). confondent leurs expériences. comme le meurtre. point. 30 . de fièvres innommées. s'amalgament par une affinité funeste. de violence. l'analogie entre les crimes et les maladies est visible pour tout observateur attentif. l'inceste. dans une société de justes qui en feraient usage.comme l'hydropisie. à peu près du moins. que cette loi sainte contient la véritable médecine du corps autant que celle de l'âme. etc. en sorte que nous pouvons porter aujourd'hui la peine physique d'un excès commis il y a plus d'un siècle. Cependant. malgré la confusion qui résulte de ces affreux mélanges. de manière que. la phtisie. tels que ceux de fraude. d'injustice. d'incontinence. mortels et véniels. Ce qui nous trompe sur ce point. et pour moi je ne puis me refuser au sentiment d'un nouvel apologiste qui a soutenu que toutes les maladies ont leur source dans quelque vice proscrit par l'Évangile.. etc. une fois établies. l'apoplexie. Les maladies. Ep.. accidentels. -(1) Innumerabilis esse morbos miraris? coquos numera. et les médecins enseignent d'un commun accord que ces funestes complications de symptômes et de maladies qui déconcertent leur art. » (Sermon contre l'amour des plaisirs. Il y a des maladies de colère. Il y a des maux comme il y a des crimes actuels et originels. Or.) (2) C'est en effet cela. de gourmandise. I. L'épouvantable tableau que nous présente ici Sénèque mérite également l'attention du médecin et celle du moraliste. plus l'homme est vertueux. XCV. la mort ne serait plus que l'inévitable terme d'une vieillesse saine et robuste. d'incommodités.présent et de plus frappant. Observez de plus qu'il y a des crimes qui ont des caractères. de douleurs. (3) « Les tyrans ont-ils jamais inventé des tortures plus insupportables que celles que les plaisirs font souffrir à ceux qui s'y abandonnent? Ils ont amené dans le monde des maux inconnus au genre humain. et d'autres qu'on ne saurait désigner que par des termes généraux.

ne manquait jamais de remettre leurs péchés. il demeurera convaincu qu'il mange peut-être la moitié plus qu'il ne doit. De l'excès sur la quantité. pas un crime. quoique la raison. d'allumer des volcans ou de faire tomber la foudre. que ce divin Maître. pour autoriser sa mission aux yeux des hommes. et vous verrez clairement comment la nature. pas une passion désordonnée qui ne produise dans l'ordre physique un effet plus ou moins funeste. continuellement attaquée par ces vils excès. plus ou moins éloigné. qui en est tout à la fois surchargé et corrompu. » Cependant. puisqu'il n'y a pas un vice. la révélation et l'expérience se réunissent pour nous convaincre de la funeste liaison qui existe entre le mal moral et le mal physique. passez aux abus sur la qualité: examinez dans tous ses détails cet art perfide d'exciter un appétit menteur qui nous tue. mais il y a bien peu d'hommes qui réfléchissent assez sur l'immense vérité de cet axiome. si l'on réfléchit sur une vérité dont l'énonciation seule est une démonstration pour tout homme qui sait quelque chose en philosophie. et comment il faut. les ravages de celles qui ont leurs racines dans les organes physiques. dis-je. se débat vainement contre nos attentats de toutes les heures. nous avons répété le vieil adage. Il semble même qu'on est conduit à pénétrer en quelque manière ce grand secret. que la table tue plus de monde que la guerre. qu'elle succombe enfin.Bacon. Une belle analogie entre les maladies et les crimes se tire de ce que le divin Auteur de notre Religion. songez aux innombrables caprices de l'intempérance. avant de guérir les malades qui lui étaient présentés. et dont les suites visibles devraient nous épouvanter davantage. de peur qu'il ne vous arrive pis? » -(1) Bourdaloue a fait à peu près la même observation dans son sermon sur la prédestination: VIS SANUS FIERI? chef-d'oeuvre d'une logique saine et consolante. Si chacun veut s'examiner sévèrement. Mille fois. qui était bien le maître. savoir: « Que nulle maladie ne saurait avoir une cause matérielle (VI). ou daignait rendre lui-même un témoignage public à la foi vive qui les avait réconciliés (1): et qu'y a-til encore de plus marquant que ce qu'il dit au lépreux: « Vous voyez que je vous ai guéri. par exemple. mais qui ne dérogea jamais aux lois de la nature que pour faire du bien aux hommes. à ces compositions séductrices qui sont précisément pour notre corps ce que les mauvais livres sont pour notre esprit. malgré ses merveilleuses ressources. à beaucoup près. et qu'elle 31 . et l'observation contraire n'est pas moins frappante. n'a pu se dispenser d'arrêter son oeil observateur sur ce grand nombre de Saints (moines surtout et solitaires) que Dieu a favorisés d'une longue vie (V). prenez garde maintenant de ne plus pécher. mais nous n'examinons point assez. non seulement nous refusons d'apercevoir les suites matérielles de ces passions qui ne résident que dans l'âme. quoique protestant.

. 32 . (2) Le plus simple. C'est le fameux ##ANEXOY KAI APEXOY des Stoïciens. une loi fondamentale qui peut bien être modifiée selon les circonstances. si la nature n'avait pas de moyens physiques pour prévenir. et qui empêche au moins cette force de devenir accélératrice en l'obligeant à recommencer toujours. elle fait de la privation plus ou moins sévère. » Hoc deberet esse negotium nostrum. Mais la loi chrétienne. qui n'est que la volonté révélée de celui qui sait tout et qui peut tout.reçoive dans nous les germes de mille maux. elle a fort bien compris que les plus fortes inclinations de l'homme étant vicieuses au point qu'elles tendent évidemment à la destruction de la société. même par ses meilleures lois. en la considérant d'une manière spirituelle. n. pour réprimer nos vices. Et quoique cette faible législatrice prête au ridicule. il savait tout (2). un précepte capital qui doit régler toute la vie de l'homme. jamais on n'accorda mieux l'avantage temporel de l'homme avec ses intérêts et ses besoins d'un ordre supérieur. (Préface de la Messe pendant le carême. ne se borne pas à de vains conseils: elle fait de l'abstinence en général. même permis. pour nous donner des vertus que tu puisses récompenser (3). c. cependant il faut être équitable et lui tenir compte des vérités qu'elle a publiées. l. le plus humble.. virtutem largiris et praemia. même sous le rapport de la simple hygiène. Si nous voulions raisonner sur cette privation qu'elle appelle jeûne. et par toutes ces raisons le plus pénétrant des écrivains ascétiques . et que. il nous suffirait d'écouter et de comprendre l'Église lorsqu'elle dit à Dieu. mentem elevas. mais qui demeure toujours invariable dans son essence. des plaisirs de la table. Jamais on n'imagina rien de plus sage. -(1) Souffre et abstiens-toi. plus ou moins fréquente.) Platon a dit que. 3.. lorsqu'il avait appris à se vaincre. a dit « que notre affaire de tous les jours est de nous rendre plus forts que nousmêmes. le plus pieux. il n'avait pas de plus grand ennemi que lui-même. (3) Qui corporali jejunio vitia compromis. parce qu'elle manque de puissance pour se faire obéir. et de plus. I. 3). avec l'infaillibilité qu'elle en a reçue: Tu te sers d'une abstinence corporelle pour élever nos esprits jusqu'à toi. ou de la victoire habituelle remportée sur nos désirs. quotidie se ipso fortiorem fieri (De Imit. mais je ne veux point encore sortir du cercle temporel: souvent il m'est arrivé de songer avec admiration et même avec reconnaissance à cette loi salutaire qui oppose des abstinences légales et périodiques à l'action destructive que l'intempérance exerce continuellement sur nos organes. maxime qui serait digne d'Épictète chrétien. La philosophie seule avait deviné depuis longtemps que toute la sagesse de l'homme était renfermée en deux mots: SUSTINE ET ABSTINE (1).

mais la passion la plus effrénée et la plus chère à la nature humaine est aussi celle qui doit le plus attirer notre attention. et ne cesse de veiller sur les sources de la vie pour les appauvrir ou les souiller? Comme il doit toujours y avoir dans le monde. Opp. tue ce qui n'existe point encore. et la guerre même. une conspiration immense pour justifier. lorsque nous osons la juger sous ce rapport. Les sages de l'antiquité. mais par une suite naturelle de cette croyance. La reproduction de l'homme. Nous avons horreur du meurtre. de l'autre. d'un côté. tom. ce vice brutal suffirait seul pour rendre l'homme inhabile à tous les dons du génie. il n'y en a pas sur lequel les saintes pages aient accumulé plus d'anathèmes temporels. et qui seule justifie en grande partie la Providence dans ses voies temporelles. étaient cependant plus près de l'origine des choses. l'élève. nous reculerions d'horreur. quoique privés des lumières que nous possédons. Mais que la sanction de ces lois est terrible! Si nous pouvions apercevoir clairement tous les maux qui résultent des générations désordonnées et des innombrables profanations de la première loi du monde. lorsqu'il semblait n'obéir qu'à des lois matérielles (IX). Le sage nous dénonce avec un redoublement de sagesse les suites funestes des nuits coupables (VII). jusqu'à la pure intelligence par les lois qui environnent ce grand mystère de la nature. pour embellir. et si nous regardons autour de nous avec des yeux purs et bien dirigés. et par la sublime participation accordée à celui qui s'en est rendu digne. qui. se soit néanmoins emparée du mariage et l'ait soumis à de saintes ordonnances (VIII). le rapproche de la brute. Que n'auraient-ils pas dit s'ils avaient vu ce que c'est que l'homme et ce que peut sa volonté! Que les hommes donc ne s'en prennent qu'à eux-mêmes de la plupart des maux qui les affligent: ils souffrent justement ce qu'ils feront souffrir à 33 . qui est comme le mauvais principe. comparés au vice.du moins en partie. puisqu'elle verse seule plus de maux sur la terre que tous les autres vices ensemble. homicide dès le commencement (1). et quelques restes des traditions primitives étaient descendus jusqu'à eux. rien ne nous empêche d'observer l'incontestable accomplissement de ces anathèmes. car non seulement ils croyaient que les vices moraux et physiques se transmettaient des pères aux enfants. X. ils avertissaient l'homme d'examiner soigneusement l'état de son âme. et pour éteindre en lui l'esprit divin (In Tim. Vous venez d'indiquer une des grandes sources du mal physique. en vertu de sa constitution actuelle. Je crois même que sa législation sur ce point doit être mise au rang des preuves les plus sensibles de sa divinité.. qui agit sur le possible. pag. Voilà pourquoi la seule Religion vraie est aussi la seule qui. aussi voyons-nous qu'ils s'étaient fortement occupés de ce sujet important. des grâces et de la vertu. mais que sont tous le meurtres réunis. les suites de l'intempérance. j'ai presque dit pour consacrer ce vice. sans pouvoir tout dire à l'homme. 394). LE SÉNATEUR.

comme un instrument aveugle de la Providence. mais comme un ministre intelligent. M. LE SÉNATEUR. -(1) Homicida ab initio. Savez-vous bien. le chevalier.) LE CHEVALIER. et j'ose ajouter bien heureusement. 44. Nos enfants porteront la peine de de nos fautes. il faut avouer qu'il se trompe bien innocemment. vous et moi. (Joan. LE COMTE. mon respectable ami. je les en remercierais sincèrement. -(1) Voyez pag. 27. je ne suis pas au moins de ceux dont nous parlions tout à l'heure (1). car il n'y aurait rien de plus heureux ni de plus honorable que d'être réellement illuminé. VIII. M. mais ce n'est pas ce que vous entendez. car mes lumières ne viennent pas sûrement de chez eux. si je suis illuminé. il n'y a qu'un moment. à le perfectionner. Si ces hommes dont vous me parlez m'adressaient le compliment au pied de la lettre. Lorsqu'une opinion ne choque aucune vérité reconnue. nos pères les ont vengés d'avance. je ne vois pas pourquoi nous la repousserions. vous m'avez fourni vous-même une règle sûre pour ne pas nous égarer. que vous soumettiez constamment votre conduite. ils pourraient bien vous accuser d'être illuminé. et qu'elle tend d'ailleurs à élever l'homme. Cette règle est celle de l'utilité générale. En tout cas. avec la volonté antérieure et déterminée d'obéir aux plans de celui qui l'envoie. mais nous en avons une autre. que si vous étiez entendu par certains hommes de ma connaissance. si le genre de nos études nous conduit quelquefois à feuilleter les ouvrages de quelques hommes extraordinaires. libre et soumis. Au demeurant. S'il se trompe sur l'étendue des effets qu'il attribue à cette volonté. J'admets de tout mon coeur cette règle de l'utilité. le 34 . L'homme peut-il être trop pénétré de sa dignité spirituelle? Il ne saurait certainement se tromper en croyant qu'il est pour lui de la plus haute importance de n'agir jamais dans les choses qui ont été remises en son pouvoir. qui est commune à tous les hommes. à le rendre maître de ses passions.leur tour. règle à laquelle vous nous disiez.

par hasard. Quant à M. Allons donc nous coucher sur la foi seule de nos montres. le chevalier.. à beaucoup près. si l'on joint surtout cette considération à celle de la justice humaine. dans cette saison. Qu'on dise. que les vices moraux peuvent augmenter le nombre de l'intensité des maladies jusqu'à un point qu'il est impossible d'assigner. Voulez-vous maintenant que nous sortions de l'ordre temporel? LE CHEVALIER. si le mal et le bien ne seraient point. c'est celle de l'autorité. que vous ne me fâcheriez pas si vous aviez la bonté de me transporter un peu plus haut. indépendamment de tout appel à la raison. Je m'oppose au voyage pour ce soir. à condition cependant que vous me rendrez la justice de croire que je ne suis point sûr. le privilège de la vertu est incalculable. LE CHEVALIER. Je commence à m'ennuyer si fort sur la terre. comme ils doivent se faire un jour factice en hiver pour favoriser le travail. LE COMTE. Je profiterai de votre conseil. rien n'empêche qu'après avoir quitté ses graves amis il n'aille s'amuser dans le beau monde. et ne craignons pas plus les illuminés que les impies. au reste. et réciproquement. qu'on écrive tout ce qu'on voudra. En écartant. Mais dites-moi. de m'amuser dans ce beau monde autant qu'ici. LE SÉNATEUR. Aujourd'hui nous n'allumons les bougies que pour la forme: dans six mois nous ne les 35 .. tenons-nous-y. et le jour nous trompe. car il est minuit sonné. que ce hideux empire du mal physique peut être resserré par la vertu. puisqu'il est démontré que. il n'en faut pas davantage pour justifier les voies de la Providence même dans l'ordre temporel. qui nous garde de toute erreur. jusqu'à des bornes qu'il est tout aussi impossible de fixer (X). Vous avez raison: les hommes de notre âge doivent. se prescrire une nuit de convention pour dormir paisiblement. Comme il n'y a pas le moindre doute sur la vérité de cette proposition. nos pères ont jeté l'ancre. avant de nous séparer. de cette discussion tout ce qu'on pourrait regarder comme hypothétique.chevalier. Il trouvera sans doute plus d'une maison où l'on n'est point encore à table. distribués dans le monde comme le jour et la nuit. je serai toujours en droit de poser ce principe incontestable. sous ce double rapport. Si donc. Le plaisir de la conversation nous séduit. et même de toute considération religieuse. et demain soyons fidèles au rendez-vous.

) Note II. et tout homme a reçu ses quatre mille trois cent quatre-vingts heures de jour et autant de nuit. mais. le jour et la nuit vont croissant de l'équateur au pôle. chacun a son compte. epist. il en résulte exactement le nom sacré des Hébreux. ista de quibus quereris omnibus eadem sunt: nulli dari faciliora possunt. Je n'ai rencontré nulle part cette observation dans les oeuvres d'Origène. M. mais dans le livre des Principes il soutient que. sed quod omnibus latum est.. Aequum autem jus est non quo omnes usi sunt. II. qui paria sunt omnibus. quae ideo nulli querenda. Qu'en pensez-vous. À Quito on les allume et les éteint chaque jour à la même heure.. (Senec. est quelque chose d'assez remarquable. probablement par la faute du traducteur latin. Note I. En faisant abstraction du mot Jupiter. etiam quod effugit aliquis. Note III. epist.) In eum intravimus mundum in quo his vivitur legibus: Placet? pare: Non placet? exi. qui est une anomalie. Il n'y aurait pas du moins de difficulté si le mot était écrit en caractères hébraïques. Indignare quid in te inique PROPRIE constitutum est. 36 . XCI. FIN DU PREMIER ENTRETIEN NOTES DU PREMIER ENTRETIEN. car si chaque lettre de IOVI est animée par le point-voyelle convenable.. il est certain que l'analogie des autres formations de ce nom donné au Dieu suprême avec le Tetragrammaton. pati potuit. CVII. on trouverait que ces maladies ne sont que des types qui figurent des vices ou des supplices spirituels. et en sens contraire dans un ordre invariable. à la fin de l'année. (Id. Nous en parlerons demain. le comte? LE COMTE.) Ce qui est obscur. (##Peri arkhôon II.. si quelqu'un avait le loisir de chercher dans l'Écriture sainte tous les passages où il est question de maladies souffertes par des coupables. Entre ces deux extrémités. Nihil miremur eorum ad quae nati sumus.éteindrons à peine.

tom.) Note V. (Jean Bap.L'apologiste cité par l'interlocuteur paraît être l'auteur espagnol du Triomphe de l'Évangile. 37 . car les médecins du premier ordre avouent qu'on peut à peine compter trois ou quatre maladies entre toutes.) On serait tenté de dire: Pourquoi pas trois précisément. on peut croire qu'il a été dérogé à cette bénédiction de la longue vie. Paris. mais je la trouve parfaitement commentée dans l'ouvrage d'un physiologiste moderne (Barthez.) Note VI. Note IV. » (Sir Francis Bacon's works. pag. (##En tôo AMEREI katà tèn arkhèn ez ès diekrithè. À l'appui de cette assertion. a dit Hippocrate. II.) C'est dommage qu'il n'ait pas donné plus de développement à cette pensée. Hippocr. 2 vol. si on ne les connaît dans l'INDIVISIBLE dont elles émanent. Fried. Lib. Je crois devoir placer ici les paroles de Bacon tirées de son Histoire de la vie et de la mort. in-8o). Morgagni. et qu'un grand nombre de Pères de l'Église. Il est impossible. « Quoique la vie humaine ne soit qu'un assemblage de misères et une accumulation continuelle de péchés. je puis citer le plus ancien et peut-être le meilleur des observateurs. De sedibus et causis morborum. de connaître la nature des maladies. moins qu'à toutes les autres bénédictions temporelles. que ce principe est un. I. in epist. lequel reconnaît expressément que le principe vital est un être. pag. V. de manière que. parvinrent à une extrême vieillesse. Van der Linden in-8o. puisque toute la hideuse famille des vices va se terminer à trois désirs? (Saint Jean. surtout parmi les saints moines et ermites. 1803. 358. puisqu'il dépend de lui d'en faire une suite d'actions vertueuses. 16. Mechel. depuis la venue du Sauveur. et qu'ainsi elle soit bien peu de chose pour celui qui aspire à l'éternité. London. épitre. qui aient leur signe physiognomonique tellement propre et exclusif. Opp. in-8o. 355. néanmoins le chrétien même ne doit point la mépriser. Edit. 1806. tome VIII. II. Mais il y a bien moins qu'on ne le croit communément de ces maladies caractérisées et clairement distinguées de toute autre. De virginum morbis. ad Joan. Nous voyons en effet que le disciple bien-aimé survécut à tous les autres. Nouveaux éléments de la science de l'homme. qu'il soit possible de les distinguer de toutes les autres.

no XXVI. (Fénélon. . . ils l'auraient faite bien autrement. Origène. 1290. . Ah! dit-il. si les hommes avaient fait la religion. in-12. kai bradúteron.. selon TOUTES LES VRAISEMBLANCES (il a peur). p.que nulle cause ou loi mécanique n'est recevable dans l'explication des phénomènes des corps vivants..) 38 . kai apathézeron gínetai. qu'une maladie n'est (hors les cas de lésions organiques) qu'une affection de ce principe vital qui est indépendant du corps. et que cette affection est déterminée par l'influence qu'une cause quelconque peut exercer sur ce même principe. Ces idées mystérieuses se sont emparées de plusieurs têtes célèbres. etc. du mariage. in-fol.) Le reste est des humains! C'est après avoir cité cette loi qu'il faut citer encore un trait éblouissant de ce même Fénélon. a dit dans son ouvrage sur la prière: ##Eàn mè kai tôon katà tòn gámon sióopathai axioon muzèrioon tò ergon semnóteron. Med. osa dè Brotois erexas hèdè kakà. 6. . . Opp. (De Orat. . tom. Les époux ne doivent songer qu'à avoir des enfants. tom. Les erreurs qui souillent ce même livre ne sont qu'une offrande au siècle. que je laisserai parler dans sa propre langue de peur de le gêner. 198.) Et la sagesse humaine s'écrie dans Athènes: . I.. . . Eurip. III. no 2. IV. elles déparent ses grands aveux sans les affaiblir. OEuvres spirituelles. ##oo Gunaikôo lexosn polúponòn. . Note IX. (Sap. et moins à en avoir qu'à en donner à Dieu. Note VIII. Ex iniquis somnis filii qui nascuntur. . . . 93. Note VII.

(Eccli. surtout de cette prière apostolique qui. avec cet excellent philosophe hébreu qui avait uni la sagesse d'Athènes et de Memphis à celle de Jérusalem. V. qui a vécu de nos jours. Quant à moi. par ces mots de mystérieuses lois. avertit que Milton désigne. O profondeur des connaissances attachées à la génération des êtres! ##Fusis toon anthroopinoon spermàtoon. 14. que la juste peine de celui qui offense son Créateur est d'être mis sous la main du médecin. in-8o. dit-il. Vertueux époux! regardez-vous comme des anges en exil. 16. Je veux vous laisser sans réserve à l'agent suprême: c'est assez qu'il ait daigné nous accorder ici-bas une image inférieure des lois de son émanation. l. a pris un ton plus haut. par une espèce de charme divin. (Bossuet. XXXVIII. Dieu suprême. qu'il fallait couvrir d'un silence religieux et révérer comme un mystère. etc. qui l'a commenté. kai enubrizein tè fúsei tôon anthroopinon spermátoon.. 14-15. c'est-à-dire un moyen spirituel directement établi pour la guérison des maladies corporelles. Croyons donc de toutes nos forces.) Milton ne pouvait se faire une idée assez haute de ces mystérieuses lois (Parad.) Écoutons-le avec une religieuse attention.) Concevons. c'est par là que ton oeuvre avance. si nous pouvons. afin qu'il leur donne un heureux succès dans le soulagement et la guérison du malade. pour lui conserver la vie. de manière que l'effet spirituel est mis. Cels. 798). » (Saint-Martin. 743. Homme de désir. 15.). lost.) Observons que dans la loi divine qui a tout fait pour l'esprit. (Idem. dans cette circonstance. la force opératrice de la prière du juste (Jac. VIII. JE L'AI VU SOUVENT à qui les écoute avec foi. adv. lorsqu'il ajoute: Les médecins prieront eux-mêmes le Seigneur. afin que le désordre y trouve son supplice. Mais l'élégant Théosophe. V. et le Newton. quelque chose qu'il n'était pas bon de divulguer.Ailleurs il dit. il y a pourtant un sacrement. permet que les pères et mères soient vierges dans leurs générations. contre lequel au moins il est permis de se défendre. suspend les douleurs les plus violentes et fait oublier la mort.. §81.) Et nous comprendrons sans peine l'opinion de ceux qui sont persuadés que la première qualité d'un médecin est la piété. V. IV. Oraison funèbre de la duchesse d'Orléans. (Ibid.) Note X. à la seconde place. en parlant de l'institution mosaïque: ##Oûde para Ioudaîois gunaîkes pipráskousi tên ôoran panti tôo. « L'ordre. je déclare préférer infiniment au médecin impie le meurtrier des grands chemins. 39 . (Jac.

qui ont fait en Europe une fortune si prodigieuse. Non. nous aient été donnés comme des punitions: je pencherais plutôt à les envisager comme des présents: mais. Il n'y a point de hasard dans le monde. DEUXIEME ENTRETIEN. je ne les regarderais jamais comme indifférents. LE COMTE. tient de près ou de loin à quelque oeuvre secrète qui s'opère dans le monde à notre insu. par système. j'ai vécu depuis chez des peuples qui font grand usage de cette boisson: je me suis donc mis à en prendre pour faire comme les autres. comme la lèpre. sans intelligence. Essayez. etc. mais sans pouvoir jamais y trouver assez de plaisir pour m'en faire un besoin. sans que la somme des maux eût augmenté sur la terre. car en supposant que la cause que vous indiquez ait produit quelques maladies ou quelques incommodités nouvelles. jamais vous ne pourrez y parvenir. Pour tout homme qui a l'oeil sain et qui veut regarder. je vous remercie. dans une province méridionale de la France. il faudrait aussi tenir compte des maladies qui se sont considérablement affaiblies. LE COMTE. je ne me sens point du tout porté à croire que le thé. Vous tournez votre tasse. l'éléphantiasis. 40 . Élevé. le chevalier: est-ce que vous ne voulez plus de thé? LE CHEVALIER.et qui ne laisse pas d'ailleurs d'être pendu de temps en temps. M. grand partisan de ces nouvelles boissons: qui sait si elles ne nous ont pas apporté de nouvelles maladies? LE SÉNATEUR. rigoureusement parlant. d'imaginer la matière existant seule. car la matière n'est rien. où le thé n'était regardé que comme un remède contre le rhume. comme vous savez. Cela pourrait être. s'il vous plaît. ou qui même ont disparu presque totalement. Je ne suis pas d'ailleurs. qu'il n'y a qu'un monde. il n'y a rien de si visible que le lien des deux mondes. et je soupçonne depuis longtemps que la communication d'aliments et de boissons parmi les hommes. Au reste. on pourrait dire même. d'une manière ou d'une autre. ce qui me paraîtrait assez difficile à prouver. je m'en tiendrai pour aujourd'hui à une seule tasse. le mal des ardents. le café et le sucre.

il me semble que nous ne devons point répondre de ces crimes. LE COMTE. car l'un et l'autre peut être considéré. Je voudrais seulement vous faire observer que vous confondez. que je n'ai point insisté du tout sur cette triste hérédité. avec ceux que nous transmet un malheureux héritage. cette idée. c'est qu'elle sont toutes des châtiments. LE CHEVALIER. Il en résulte une double manière de les envisager. J'en ai parlé en passant comme d'une observation qui se trouvait sur ma route. lorsqu'elle vous sera 41 . Tout mal étant un châtiment. comme de celui de nos premiers parents. Je ne considérai d'abord que l'ordre purement temporel.. L'empire du mal physique pouvant donc encore être restreint indéfiniment par ce moyen surnaturel. car elle est très digne de nous occuper. or. Aujourd'hui je continue.Je pense aussi que personne ne peut nier les relations mutuelles du monde visible et du monde invisible. pour vous forcer d'être plus clair. vous voyez. de l'avoir remise sur le tapis. Il me semble donc que les maux physiques qui nous viennent par héritage n'ont rien de commun avec le gouvernement temporel de la Providence. les maux dus immédiatement aux fautes de celui qui les souffre. si je ne me trompe. Vous touchez là un sujet qui m'a plus d'une fois agité péniblement. mon cher chevalier. lorsque je fus interrompu fort à propos par M. ou dans son rapport avec l'autre. il s'ensuit que nul mal ne saurait être considéré comme nécessaire. qui explique tout. Prenez garde. et si je ne me trompe. Vous disiez que nous souffrons peut-être aujourd'hui pour des excès commis il y a plus d'un siècle. se répète malheureusement à chaque instant de la durée. il s'ensuit que tout mal peut être prévenu ou par la suppression du crime qui l'avait rendu nécessaire. Si je n'ai fait aucune distinction entre les maladies.. s'il le faut. ou par la prière qui a la force de prévenir le châtiment ou de le mitiger. C'est d'après cette division naturelle que j'abordai hier la question qui nous occupe. Je ne crois pas qu'en votre qualité de chrétien. Permettez-moi de vous interrompre et d'être un peu impoli. quoique d'une manière secondaire. et sans lequel on n'explique rien. le sénateur. et que je ne vous l'ai point donnée comme une preuve directe de la justice que la Providence exerce dans ce monde. je vous prie. puisque ce péché seul nous a soumis à toutes les misères de cette vie. Je ne crois pas que la foi s'étende jusque là. et je vous demandais ensuite la permission de m'élever plus haut. mais pour ce moment je suspends mes questions sur ce point. Le péché originel. mais je vous remercie de tout mon coeur. c'est bien assez d'un péché originel. et nul mal n'étant nécessaire. ou en luimême.

Cela se conçoit très clairement. et cependant le plus dépourvu de véritable science. cependant si l'homme vient à l'examiner de près. le premier. que tout être qui a la faculté de se propager ne saurait produire qu'un être semblable à lui. C'est un péché originel du second ordre. mais il y a telle prévarication ou telle suite de prévarications qui peuvent dégrader absolument l'homme. comme en vertu de cette même dégradation nous sommes sujets à toutes sortes de vices en général. mais celle qui vicie les humeurs devient maladie originelle.développée exactement. Laissons de côté la question théologique de l'imputation. nous sommes sujets à toutes sortes de souffrances physiques en général. il se trouve que ce mystère a. et peut gâter toute une race. Le péché originel est un mystère sans doute. ruinées. et tenons-nous-en à cette observation vulgaire. Il a constamment pris le sauvage pour l'homme primitif. tandis qu'il n'est et ne peut être que le descendant d'un homme détaché du grand arbre de la civilisation par une prévarication quelconque. Comment l'homme pourrait-il perdre une idée sans perdre la parole ou la justesse de la parole qui l'exprime.-J. même pour notre intelligence bornée. ait rien de choquant pour votre intelligence. elle est écrite sur toutes les parties de l'univers. sa postérité ne sera plus semblable à l'état primitif de cet être. qui demeure intacte. qui s'accorde si bien avec nos idées les plus naturelles. quoique imparfaitement. tandis qu'elles ne sont et ne peuvent être que des débris de langues antiques. Si donc un être est dégradé. De là viennent les sauvages qui ont fait dire tant d'extravagances et qui ont surtout servi de texte éternel à J. Rousseau. et comment au contraire pourrait-il penser ou plus ou mieux sans le manifester sur-le-champ par son langage? Il y a donc une maladie originelle comme il y a un péché originel. car je doute qu'il se forme de nouveaux sauvages. mais qui nous représente. et la règle a lieu dans l'ordre physique comme dans l'ordre moral. mais bien à l'état où il a été ravalé par une cause quelconque. s'il est permis de s'exprimer ainsi. mais d'un genre qui ne peut plus être répété. La règle ne souffre pas d'exception. comme les autres. La maladie aiguë n'est pas transmissible. et dégradées comme les hommes qui les parlent. de sagacité et surtout de profondeur. l'un des plus dangereux sophistes de son siècle. Quelquesunes appartiennent à l'état ordinaire de l'imperfection humaine. Il en est de même des maladies morales. Par une suite de la même erreur on a pris les langues de ces sauvages pour des langues commencées. Mais il faut bien observer qu'il y a entre l'homme infirme et l'homme malade la même différence qui a lieu entre l'homme vicieux et l'homme coupable. Cette maladie originelle n'a donc point 42 . autant qu'il est permis d'en juger. toute dégradation individuelle ou nationale est surle-champ annoncée par une dégradation rigoureusement proportionnelle dans le langage (II). des côtés plausibles. En effet. c'est-à-dire qu'en vertu de cette dégradation primitive. avec une profondeur apparente qui est toute dans les mots (I).

Vous avez dit. que vous allassiez plus avant. ne souffre jamais qu'en sa qualité d'homme. mais en attendant que nous puissions en parler plus longuement. ce qui me suffirait déjà. je n'ai nul besoin de ces maux héréditaires. sur la reproduction légitime de l'homme. il peut se faire que ces grandes prévarications ne soient plus possibles. Mais il y a de plus des maladies. puisque. du moins pour moi. un mot qui m'occupe tout entier. pour empêcher toute transmission funeste des pères aux fils. tout le reste demeure inébranlable. comme il y a des prévarications originelles du second ordre. en passant sur cette espèce d'hommes. contentonsnous de la règle générale que j'ai d'abord rappelée. monsieur le 43 . que j'invoque votre conscience intellectuelle: si un homme s'est livré à de tels crimes ou à une telle suite de crimes. tout ce que j'ai dit sur ce sujet comme une parenthèse de conversation. Si j'ai parlé sans distinction des maladies que nous devons immédiatement à nos crimes personnels et de celles que nous tenons des vices de nos pères. si vous voulez. monsieur le sénateur. je ne vous écoute plus.d'autre nom. comme le péché originel (abstraction faite de l'imputation) n'est que la capacité de commettre tous les crimes. mais il n'en est pas moins vrai que le principe général subsiste et que la Religion chrétienne s'est montrée en possession de grands secrets. vous comprenez que cette dégradation est transmissible. il ne vous restera. Maintenant. En réunissant toutes les considérations ue j'ai mises sous vos yeux. LE CHEVALIER. Il n'y a que cette hérédité qui choque d'abord la raison humaine. Il serait fort utile. qu'ils soient capables d'altérer en lui le principe moral. aucun doute que l'innocent. Au reste. ce qui achève le parallèle. j'espère. comme je vous disais tout à l'heure. elles ne sont toutes dans le vrai que les châtiments d'un crime. lorsqu'elle a tourné sa sollicitude principale et toute la force de sa puissance législatrice et institutrice. c'est-à-dire que certaines prévarications commises par certains hommes on pu les dégrader de nouveau plus ou moins. que tout être qui se reproduit ne saurait produire que son semblable. Regardez. et non des rudiments de langues? LE COMTE. Seriez-vous en état de me prouver que les langues des sauvages sont des restes. et que l'immense majorité des maux tombe sur le crime. lorsqu'il souffre. et perpétuer ainsi plus ou moins dans leur descendance les vices comme les maladies. C'est ici. Si je voulais entreprendre sérieusement cette preuve. comme vous comprenez la transmission du vice scrophuleux ou syphilitique. car depuis que vous avez parlé des sauvages.. le tort est léger. Elle n'est que la capacité de souffrir tous les maux..

elle se traîne après soi (3). L'essence de toute intelligence est de connaître et d'aimer. L'insensé obéit. de ses droits sublimes et de son incroyable dégradation. ce ne peut être qu'en vertu d'une dégradation accidentelle qui ne saurait être que la suite d'un crime. et d'une volonté qui agit. cette faim de la science. il n'a pas même le triste bonheur de s'ignorer: il faut qu'il se contemple sans cesse. Tous sont dégradés. Il ne sait ce qu'il veut. Si donc l'homme est sujet à l'ignorance et au mal. Voici donc ce que je crois sur les points principaux dont une simple conséquence a fixé votre attention. C'est dans cette troisième puissance que l'homme se sent blessé à mort. Assemblage inconcevable de deux puissances différentes et incompatibles. Il cherche dans le fond de son être quelque partie saine sans pouvoir la trouver: le mal a tout souillé. et l'avertit de ce qu'il est. il faudrait pour cela que Dieu l'eût créé mauvais. centaure monstrueux.chevalier. quoiqu'elle ait perdu son empire. Tous les êtres sont tranquilles à la place qu'ils occupent. D'un autre côté. de quelque mélange détestable qui a vicié l'homme jusque dans son essence la plus intime. et ce sentiment est tout à la fois la preuve de sa grandeur et de sa misère. j'essaierais d'abord de vous prouver que ce serait à vous de prouver le contraire. n'est que la tendance naturelle de son être qui le porte vers son état primitif. et l'homme entier n'est qu'une maladie (1). Dans l'état où il est réduit. il voudrait vouloir. si je puis m'exprimer ainsi. Le sage résiste et s'écrie: Qui me délivrera? (4). nul être intelligent ne peut aimer le mal naturellement ou en vertu de son essence. et semblable au serpent du Tasse. puisque ses lumières qui l'élèvent jusqu'à l'ange ne servent qu'à lui montrer dans lui des penchants abominables qui le dégradent jusqu'à la brute. et le 44 . et il appelle sa lâcheté bonheur. il veut ce qu'il ne veut pas. Il voit dans lui quelque chose qui n'est pas lui et qui est plus fort que lui. l'homme seul en a le sentiment. d'une perception qui appréhende. ce qui est impossible. Les deux premières puissances ne sont qu'affaiblies dans l'homme. je la livrerai volontiers et sans détails à vos réflexions futures. il ne veut pas ce qu'il veut. nulle abeille n'en veulent savoir plus que leurs devanciers. sa grandeur même l'humilie. mais il ne peut se défaire de cette autre volonté incorruptible dans son essence. Toute intelligence est par sa nature même le résultat. Les limites de sa science sont celles de sa nature. nulle hirondelle. il sent qu'il est le résultat de quelque forfait inconnu. toute honteuse de sa douloureuse impuissance. qui agite l'homme. mais ils l'ignorent. mais la troisième est brisée (2). vers les régions de la lumière. Ce besoin. et il ne peut se contempler sans rougir. Il gravite. Si cependant l'importance du sujet vous paraît mériter au moins que je vous expose ma foi. mais je crains de me jeter dans cette dissertation qui nous mènerait trop loin. d'une raison qui affirme. L'être immortel n'apprend rien: il sait par essence tout ce qu'il doit savoir. à la fois ternaire et unique. Nul castor.

.) (3) E sè dopo sè tira. Cicéron ne s'éloignait pas du sentiment de ces philosophes et de ces initiés qui avaient pensé que nous étions dans ce monde pour expier quelque crime commis dans un autre. tu consens à la loi (5). 925. Hippocr. Le vieux Timée de Locres ne disait-il pas déjà. Ailleurs il dit expressément que la nature nous a traités en marâtre plutôt qu'en mère. ne laisse de lui crier: En faisant ce que tu ne veux pas. II. à qui la contemplation de la nature humaine rappelait l'épouvantable supplice d'un malheureux lié à un cadavre et condamné à pourrir avec lui. a dit: Je ne fais pas le bien que j'aime. C'est une expression de Cicéron. Il a cité même et adopté quelque part la comparaison d'Aristote. et que l'esprit divin qui est en nous est comme étouffé par le penchant qu'elle nous a donné pour tous les vices (7). 48. en lui perçant le coeur. avait déterminé de les soumettre à un traitement propre tout à la fois à les punir et à les régénérer (III).. XV. et n'est-ce pas une chose singulière qu'Ovide ait parlé sur l'homme précisément dans les termes de saint Paul? Le poète érotique a dit: Je vois le bien. Tasso. lettre à Demagète. (2) Fracta et debilitata. j'entends la philosophie païenne. sûrement d'après son maître Pythagore. -(1) ##Olos anthroopos noûsos. (Conc. 6. a deviné le péché originel. voyant que les êtres soumis à la génération avaient perdu (ou détruit en eux) le don inestimable. sess. et le mal me séduit (8). (Inter opp. Dieu des dieux (6). que nos vices viennent bien moins de nous-mêmes que de nos pères et des éléments qui nous constituent? Platon ne dit-il pas de même qu'il faut s'en prendre au générateur plus qu'au généré? Et dans un autre endroit n'a-t-il pas ajouté que le Seigneur. edit. et l'Apôtre si élégamment traduit par Racine. (4) Rom. VII. Trid. que la philosophie seule. je l'aime. cit. 24. Qui pourrait croire qu'un tel être ait pu sortir dans cet état des mains du Créateur? Cette idée est si révoltante. tom. l. que les Pères du concile de Trente n'en trouvèrent pas de meilleure pour exprimer l'état de la volonté sous l'empire du péché: Liberum arbitrium fractum atque debilitatum. p.) Cela est vrai dans tous les sens. 45 . ad Fam. Et je fais le mal que je hais (9). 9. si juste.remords.

elle n'a plus de sens. III. ou bien plutôt un être moral. horriblement mauvais. 47. 16. et Platon lui-même se hâte de répondre que 46 . Qu'importent les mots? l'homme est mauvais. ne peut faire le bien et vivre heureux sans réduire en servitude cette puissance de l'âme où réside le mal. on hait le mal qu'on fait. in4o. (7) V. Si la proposition demeure dans le vague. Esth. X. de manière que la nature même des choses la rapporte à une corruption d'origine. est une énigme obscure. C'est précisément la doctrine chrétienne. proboque. II. Dan. doux et bienfaisant. (6) DEUS DEORUM. II. S. plus mauvais que Typhon. Dieu l'a-t-il créé tel? Non. 17. (8) . (Ovid. Platon nous dit qu'en se contemplant lui-même il ne sait s'il voit un monstre plus double. VII. 1661. 17.90. il est clair qu'ils ne parlent d'aucune génération en particulier. Met. IV.. ainsi tiraillé en sens contraire. Deteriora sequor. Mais en quoi l'est-il plus que toute la nature? Étourdi que vous êtes! vous venez de le dire. sans doute. contra Pelag. nous assurent que les vices de la nature humaine appartiennent plus aux pères qu'aux enfants.. Aug. on nous l'a tant dit. 1. video meliora. II._ et les fragments de Cicéron. XVIII.). lib.. lorsque les philosophes que je viens de vous citer. qui participe de la nature divine (1). XIV. p. (Loi nat. Deut.(5) Ibid. puis il ajoute immédiatement après: L'homme. Elzevir. Exod. 1314-1342. et l'on ne saurait confesser plus clairement le péché originel. XLIX. et par conséquent universelle. Il ajoute que l'homme. et sans remettre en liberté celle qui est le séjour et l'organe de la vertu (IV). Ps. Au surplus. 12.) (9) Voltaire a dit beaucoup moins bien: On fuit le bien qu'on aime.

la raison seule se trouve conduite. l'unique suite du péché originel que nous soyons tenus de regarder comme naturelle et indépendante de toute transgression actuelle (1). et toute peine supposant un crime. IV. Nous sommes donc dégradés. j'espère. p. La raison peut. et que même elle est le bonheur éternel. et comment? cette corruption que Platon voyait en lui n'était pas apparemment quelque chose de particulier à sa personne. il aurait pu les adopter sans difficulté. rien de si universellement cru sous une forme ou sous une autre. et je crois qu'elle a droit de s'en applaudir sans cesser d'être docile.) 47 . 1746. peut être incapable. 343. tom. au péché originel: car notre funeste inclination au mal étant une vérité de sentiment et d'expérience proclamée par tous les siècles. (Bougeant. ni dégradé sans être puni. 2. et cette inclination toujours plus ou moins victorieuse de la conscience et de lois. comme par force. chap III. rien enfin de si intrinsèquement plausible que la théorie du péché originel. n'ayant jamais cessé de produire sur la terre des transgressions de toute espèce. substantiellement vicié. et si ces expressions s'étaient présentées à son esprit. tout comme vous concevrez qu'un oeil matériel. jamais l'homme n'a pu reconnaître et déplorer ce triste état sans confesser par là même le dogme lamentable dont je vous entretiens.l'être bon ne veut ni ne fait de mal à personne. il n'y a rien de si attesté. puisqu'elle produit. Exposition de la doctrine chrétienne. 150. et tom. p. s'élever jusque là. II. -(1) La perte de la vue de Dieu. si je ne me trompe. Laissez-moi vous dire encore ceci: Vous n'éprouverez. nulle peine à concevoir qu'une intelligence originellement dégradée soit et demeure incapable (à moins d'une régénération substantielle) de cette contemplation ineffable que nos vieux maîtres appelèrent fort à propos vision béatifique. Or. in-12. Paris. Or. dans cet état. art. Enfin. ne peut manquer de leur causer habituellement (aux enfants morts sans baptême) une douleur sensible qui les empêche d'être heureux. ni mauvais sans être dégradé. messieurs. II. supposé qu'ils la connaissent. toute dégradation ne pouvant être qu'une peine. et sûrement il ne se croyait pas plus mauvais que ses semblables. cette incapacité de jouir du SOLEIL est. ni puni sans être coupable. III. car il ne peut être méchant sans être mauvais. ce me semble. de supporter la lumière du soleil. sect. chap. Il disait donc essentiellement comme David: Ma mère m'a conçu dans l'iniquité. -(1) Il voyait l'un et l'autre.

L'homme ainsi étudié en lui-même. où ils ne s'occupent même que des effets. Un tel accord de la raison. et que ces crimes supposent des connaissances infiniment au-dessus de celles que nous possédons. sont très aisées à comprendre. les poètes. et de toutes les traditions humaines. dégagées du mal qui les avait rendues si funestes. On ne cesse de répéter: Jugez du temps qu'il a fallu pour savoir telle ou telle chose! Quel inconcevable aveuglement! Il n'a fallu qu'un instant. Il est. Écoutez la sage antiquité sur le compte des premiers hommes: elle vous dira que ce furent des hommes merveilleux. SI QUELQU'UN NOUS LES ENSEIGNE (1). messieurs. suivant quelques conjectures plausibles. Voilà ce qui est certain et ce qu'il faut approfondir. Platon. évident pour la simple raison que les premiers hommes qui repeuplèrent le monde après la grande catastrophe. eurent besoin de secours extraordinaires pour vaincre les difficultés de toute espèce qui s'opposaient à eux (2). parlant quelque part de ce qu'il importe le plus à l'homme de savoir. l'histoire. le beau caractère de la vérité! S'agit-il de l'établir? les témoins viennent de tout côté et se présentent d'eux-mêmes: jamais ils ne se sont parlé. la fable. Sur ce point il n'y a pas de dissonance: les initiés. de manière que le déluge suppose des crimes inouïs. il comprendrait probablement tous les autres. Si l'homme pouvait connaître la cause d'un seul phénomène physique. Une seule considération nous intéresse. survécurent dans la famille juste à la destruction du genre humain. c'est que les châtiments sont toujours proportionnels aux crimes. Nous sommes aveuglés sur la nature et la marche de la science par un sophisme grossier qui a fasciné tous les yeux: c'est de juger du temps où les hommes voyaient les effets dans les causes. où ils disent qu'il est inutile de s'occuper des causes. Ces connaissances. ajoute tout de suite avec cette simplicité pénétrante qui lui est naturelle: Ces choses s'apprennent aisément et parfaitement. et il ne faut jamais la perdre de vue. On a nié cette vérité comme toutes les autres: eh! qu'est-ce que cela fait? (V) Nous savons très peu de choses sur les temps qui précédèrent le déluge. et que des êtres d'un ordre supérieur daignèrent les favoriser des plus précieuses communications (VI). passons à son histoire. jamais ils ne se contredisent. même lorsqu'ils mentent. de plus. par celui où ils s'élèvent péniblement des effets aux causes. de la révélation. forme 48 . mais cette même solution se trouve dans tous les cours de mathématiques élémentaires. Nous ne voulons pas voir que les vérités les plus difficiles à découvrir. Tout le genre humain vient d'un couple. et les crimes toujours proportionnés aux connaissances du coupable. tandis que les témoins de l'erreur se contredisent. l'Asie et l'Europe n'ont qu'une voix. et voyez. La solution du problème de la couronne fit jadis tressaillir de joie le plus profond géomètre de l'antiquité. les philosophes. et même. où ils ne savent pas même ce que c'est qu'une cause. il ne nous conviendrait pas d'en savoir davantage. et ne passe pas les forces ordinaires d'une intelligence de quinze ans. voilà le mot.

et lui gagna la soixante-douzième partie du jour (5). et leur proposa de danser. dans l'un de ses fades discours (je ne sais plus lequel). le dieu apparut tout à coup au milieu d'elles. À côté du temple de SaintPierre à Rome. et savait même nécessairement une foule de choses que nous ne savons pas. quand il vous plaira. qu'Hésiode appelait grands et illustres. sculpter sur le granit des oiseaux dont un voyageur moderne a pu reconnaître toutes les espèces (7). dans les oeuvres morales de Plutarque. neuf siècles avant Jésus-Christ (4). parce qu'elle commençait plus haut. Je vous avoue même qu'en lisant le Banquet des sept sages. je vois les murs de Nemrod élevés sur une terre encore humide des eaux du 49 . de manière que chaque fille eut son Crischna (X). puisqu'on y savait de toute antiquité que Mercure. et supérieure à la nôtre. dont les arts et la puissance vont se perdre dans l'antiquité (3). ce qui la rendait même très dangereuse. je trouve les cloaques de Tarquin et les constructions cyclopéennes. et les monuments les plus magnifiques de l'industrie et de la puissance humaine. qui est l'Apollon indien. joua aux échecs avec la lune. Pythagore. et ceci vous explique pourquoi la science dans son principe fut toujours mystérieuse et renfermée dans les temples. lorsque cette flamme ne pouvait plus servir qu'à brûler. mais que cette nation. Ajoutez que le véritable système du monde fut parfaitement connu dans la plus haute antiquité (XI). que la nation qui a pu créer des couleurs capables de résister à l'action libre de l'air pendant trente siècles. pour tirer une déesse du plus grand embarras. appelle le soleil le dieu aux sept rayons (IX). Songez que les pyramides d'Égypte. je ne dis pas les premières ébauches de la société. mais que ces vierges s'étant excusées sur ce qu'elles manquaient de danseurs. soulever à une hauteur de six cents pieds des masses qui braveraient toute notre mécanique (6). précèdent toutes les époques certaines de l'histoire. mais les grandes institutions. où elle s'éteignit enfin. et les livres sacrés des Indiens présentent un bon commentaire de ce texte. vous donner le plaisir de vérifier ce texte.une démonstration que la bouche seule peut contredire. Il ne tint même qu'à lui d'y apprendre quelque chose de bien plus curieux. mais par une science différente de la nôtre. voyageant en Égypte six siècles avant notre ère. plusieurs siècles avant la guerre de Troie. Vous pourrez. Julien. Si de là je jette les yeux sur l'Asie. puisqu'on y lit que sept jeunes vierges s'étant rassemblées pour célébrer la venue de Crischna. Cette époque touche celle des Étrusques. y apprit la cause de tous les phénomènes de Vénus (VII). je n'ai pu me défendre de soupçonner que les Égyptiens connaissaient la véritable forme des orbites planétaires (VIII). dis-je. que les arts sont des frères qui ne peuvent vivre et briller qu'ensemble. Non seulement donc les hommes ont commencé par la science. qui envoyèrent des colonies en Grèce et dans nombre d'îles. Où avait-il pris cette singulière épithète? Certainement elle ne pouvait lui venir que des anciennes traditions asiatiques qu'il avait recueillies dans ses études théurgiques. rigoureusement orientées. Personne ne sait à quelle époque remontent. le dieu y pourvut en se divisant luimême. était nécessairement tout aussi éminente dans les autres arts. les connaissances profondes.

de nous citer les observations chinoises faites il y a quatre ou cinq mille ans. aussi insignifiante. c'est-à-dire vers le VIIIe siècle avant notre ère. dont Voltaire surtout n'a cessé de nous assourdir. excepté la Bible. Epist. tant d'industrie. 114. tant de siècles! (Essai. dans le temps. Je veux seulement vous présenter une observation que peut-être vous n'avez pas faite: c'est que tout le système des antiquités indiennes ayant été renversé de fond en comble par les utiles travaux de l'académie de Calcutta. (2) Je ne doute pas. 94-104 de l'édit. mais. Roma. Carli-Rubi. 50 . p. en démontrent aussi la date. p. etc. in-fol. 259. peut l'être dans l'espace. et des observations astronomiques aussi anciennes que la ville. Foesii. p. Tit. il faut tant de HASARDS heureux. ##All' oud' an didaxeien ei mè Theos ufègoîto. II. puisque nous voyons que la certitude historique finit chez toutes les nations à la même époque. (Hippocr. III. Liv. que celle qui reste sur la distance de la lune à nous. 1780. tom. in-8o. 1274. Lanzi. mais je crois qu'un bon esprit qui réfléchira attentivement sur l'origine des arts et des sciences.) Voltaire n'est pas de cet avis: Pour forger le fer. en tire cependant une nouvelle force. Saggio di lingua etrusca. edit. car l'époque du déluge est là pour étouffer tous les romans de l'imagination. (4) Théog. 45. que les arts n'aient été primitivement des grâces (##Theôon kharitas) accordées aux hommes par les dieux. personne ne nous l'apprendra. Lettere americane. Epin. Permis à des gens qui croient tout. au sujet des Étrusques. le même coup qui a frappé sur les antiquités indiennes a fait tomber celles de la Chine. v. disait Hippocrate. in Opp. dit-il. Consultez. 1621. Lucrèce même n'a pu s'empêcher de rendre un témoignage frappant à la nouveauté de la famille humaine. lett. et la physique. tout cela ne mérite plus de discussion: laissons-les dire (XIII). p. p. -(1) ##Ei didaskoi tis. (3) Diu ante rem romanam. ne balancera pas longtemps entre la grâce et le hasard. 3 vol. ex. par un peuple à qui les jésuites apprirent à faire des almanachs à la fin du XVIe siècle (XII). in-8o de Milan. ou pour y suppléer. Ce qui suit n'est pas moins précieux. Où placerons-nous donc ces prétendus temps de barbarie et d'ignorance? De plaisants philosophes nous ont dit: Les siècles ne nous manquent pas: ils vous manquent très fort. et la simple inspection d'une carte géographique démontrant que la Chine n'a pu être peuplée qu'après l'Inde.) Ce contraste est piquant.déluge. Opp. qui pourrait ici se passer de l'histoire. et les observations géologiques qui démontrent le fait. Francfort. à moins que Dieu ne lui montre la route. IX. etc. introd. avec une incertitude limitée.

et son pied dédaigneux semble ne toucher la terre que pour la quitter. Autant qu'il nous est possible d'apercevoir la science des temps primitifs à une si énorme distance. Cependant. elle ne regarde que le ciel.. et que tous les calculs que nous établissons sur l'expérience moderne sont ce qu'il est possible d'imaginer de plus faux.. que la science antique avait été dispensée du travail imposé à la nôtre. L'aigle enchaîné demande-t-il une montgolfière pour s'élever dans les airs? Non. tom V. (7) Voyez le voyage de Bruce et celui de Hasselquist. les Antiq. elle se traîne souillée d'encre et toute pantelante sur la route de la vérité. on la voit toujours libre et isolée. Bryant. (6) Voy. dans l'antiquité. De là vient qu'ils ont toujours montré si peu de goût et de talent pour nos sciences de conclusions. les bras chargés de livres et d'instruments de toute espèce. 51 . au reste.Il faut remarquer que la soixante-douzième partie du jour multiplié par 360 donne les cinq jours qu'on ajouta.. tom. observez. de Caylus.920. III. quoiqu'elle n'ait jamais rien demandé à personne et qu'on ne lui connaisse aucun appui humain. Sous l'habit étriqué du nord. pour former l'année solaire.. ayant été le théâtre des plus grandes merveilles. égypt. si vous y songez bien. la tête perdue dans les volutes d'une chevelure menteuse. pâle de veilles et de travaux. . préface. New system. et présentant dans toute sa personne quelque chose d'aérien et de surnaturel. Elle livre aux vents des cheveux qui s'échappent d'une mitre orientale. Rien de semblable dans la haute antiquité. L'Asie. il demande seulement que ses liens soient rompus. LE CHEVALIER. baissant toujours vers la terre son front sillonné d'algèbre. l'éphod couvre son sein soulevé par l'inspiration. et que 360 multipliés par ce même nombre donnent celui de 25. je vous prie. in-4o. cité par M. 301. il n'est pas étonnant que ses peuples aient conservé un penchant pour le merveilleux plus fort que celui qui est naturel à l'homme en général. in-4o. qui exprime la grande révolution résultant de la précession des équinoxes. Et qui sait si ces peuples ne sont pas destinés encore à contempler des spectacles qui seront refusés au génie ergoteur de l'Europe? Quoi qu'il en soit. volant plus qu'elle ne marche. cap. or an analysis of ancient Mythology. et que chacun peut reconnaître dans lui-même.(5) On peut lire cette histoire dans le traité de Plutarque de Iside et Osiride. On dirait qu'ils se rappellent encore la science primitive de l'ère de l'intuition. XII. il n'est pas moins prouvé qu'elle a possédé les plus rares connaissances (XIV): c'est une grande preuve. qu'il est impossible de songer à la science moderne sans la voir constamment environnée de toutes les machines de l'esprit et de toutes les méthodes de l'art. grecq. etc. p. etc.

Il me semble. qu'on parle volontiers de ce qu'on aime. s'il assiste au catéchisme et s'il en profite. est moins savant que nous. Il n'est pas moins remarquable qu'elle n'attribue point aux âges suivants. pour exclure l'état de sauvage. Partout où vous verrez un autel. qui a tout osé dans l'histoire. 52 . la met en contradiction avec elle-même. qui suffit seule. mais toutes les vertus réunies honorèrent les cabanes du Paraguay. l'état sauvage. c'est que vous n'avez pas dit un mot des sauvages qui l'ont amenée. c'est une seconde démonstration ajoutée à la première. même à un degré très imparfait. Ce qu'il y a de bon. Je les répands volontiers devant vous. si la Religion de la famille de Noé dut être nécessairement la plus éclairée et la plus réelle qu'il soit possible d'imaginer. le sauvage ne peut plus être. quoique très incontestable. se nourrissant de glands. la menteuse Grèce. et ne me réserver que la Religion. même à celui de fer. mais que ne puis-je. où le chaume le couvre. d'Athènes et de Rome. qui pouvait s'en passer. je ne sais pourquoi vous me rappelez les sauvages. que je n'ai pas cessé un moment de vous en parler. Ainsi toutes les traditions orientales commencent par un état de perfection et de lumières. c'est tout dire. ou ne peut se rapporter qu'à des cas particuliers. Voltaire. LE COMTE. est l'état naturel et primitif de l'homme. rendit hommage à cette vérité en plaçant son âge d'or à l'origine des choses. Je pourrais encore vous abandonner la science. Je vous avoue que sur ce point je suis comme Job. et la Grèce. et si c'est dans sa réalité même qu'il faut chercher les causes de sa corruption. être entendu de tous les hommes et m'en faire croire! Au reste. en sorte que tout ce qu'elle nous a conté de ces premiers hommes vivant dans les bois. mais plus véritablement social. là se trouve la civilisation. sans doute. Vous m'aviez promis un symbole sec: mais votre profession de foi est devenue une espèce de dissertation. Nous devons donc reconnaître que l'état de civilisation et de science dans un certain sens. Si tous les hommes viennent des trois couples qui repeuplèrent l'univers. au prix de ma vie. plein de discours (1). les plus détestables cruautés ont souillé les annales de Memphis. je dis encore de lumières surnaturelles. n'a-t-il pas avoué que la devise de toutes les nations fut toujours: L'AGE D'OR LE PREMIER SE MONTRA SUR LA TERRE (XV)? Eh bien. c'est-à-dire à quelques peuplades dégradées et revenues ensuite péniblement à l'état de nature. et sûrement c'est quelque chose que cette protestation. toutes les nations ont donc protesté de concert contre l'hypothèse d'un état primitif de barbarie. Les erreurs les plus honteuses. Or. et passant ensuite à l'état social. à moi.Vous venez de nous prouvez. qu'une branche détachée de l'arbre social. comme je vous le disais. Le pauvre en sa cabane. mon bon ami. et si le genre humain a commencé par la science. qui est la civilisation.

. et respirabo paululum. dis-je. nous avertit. On ne saurait fixer un instant ses regards sur le sauvage sans lire l'anathème écrit. En premier lieu l'immense charité du sacerdoce catholique a mis souvent. 18-20. qui n'est pas suspect. dans son histoire d'Amérique. il exagérait le bien. ils volaient à Madrid et à Rome pour y demander des édits et des bulles contre l'impitoyable avidité qui voulait asservir les indiens. de reconnaître leurs semblables dans les hommes dégradés qui peuplaient le nouveau monde. je ne dis pas seulement dans son âme. et j'ose le dire aussi. au siècle de Colomb. cette dégradation pesant sans intervalle sur les descendants.. en qui la flamme de l'intelligence ne jette plus 53 . Deux causes extrêmement différentes ont jeté un nuage trompeur sur l'épouvantable état des sauvages: l'une est ancienne. il promettait tout ce qu'il désirait. en a fait à la fin ce que nous appelons des sauvages. mais la moindre attention suffit pour nous tenir en garde contre les erreurs de la charité et contre celles de la mauvaise foi. ne sont plus possibles dans l'état actuel des choses.-(1) Plenus sum enim sermonibus. il faut une autre tactique et d'autres armes que les vôtres (1). robuste et féroce. Ils criaient aux Espagnols: « Point de violences. cela me suffit: nul doute sur la dégradation. il atténuait le mal. l'Évangile les réprouve. parce que nous n'en savons heureusement plus assez pour devenir coupables à ce point. suivant les apparences. puisqu'elle s'ajoute continuellement à elle-même. Maintenant. nul doute sur la cause de la dégradation. C'est le dernier degré d'abrutissement que Rousseau et ses pareils appellent l'état de nature. loquar. ce chef de peuple. Un chef de peuple ayant altéré chez lui le principe moral par quelques-unes de ces prévarications qui. XXXII. et toute force constante étant de sa nature accélératrice. Les prêtres employèrent toute leur influence à contredire cette opinion qui favorisait trop le despotisme barbare des nouveaux maîtres. Il n'y avait que trop de vérité dans ce premier mouvement des Européens qui refusèrent. vu qu'ils sont en général trop favorables aux indigènes. en nous parlant de ces hommes. Le prêtre miséricordieux les exaltait pour les rendre précieux. à quoi bon renverser leurs tristes autels? Pour leur faire connaître et aimer Dieu. si vous ne savez pas renverser les idoles dans le coeur de ces malheureux. mais jusque dans la forme extérieure de son corps. Job. qui ne peut être qu'un crime. » Du sein des déserts arrosés de leur sueur et de leur sang. enfin Robertson. ses désirs à la place de la réalité. qui s'est servie des sauvages pour étayer ses vaines et coupables déclamations contre l'ordre social. qu'il faut se défier à ce sujet de tous les écrivains qui ont appartenu au clergé. que m'importe l'époque à laquelle telle ou telle branche fut séparée de l'arbre? elle l'est. C'est un enfant difforme. l'autre appartient à notre siècle. transmit l'anathème à sa postérité. Une autre source de faux jugements qu'on a portés sur eux se trouve dans la philosophie de notre siècle.

dont les véritables philosophes ne se sont point assez occupés. mais le sauvage proprement dit ne l'a jamais été que par le Christianisme. la prévoyance et la perfectibilité. Comme les substances les plus abjectes et les plus révoltantes sont cependant encore susceptibles d'une certaine dégénération. -(1) Peut-être l'interlocuteur avait-il en vue les belles représentations que le père Barthélemi d'Olmedo adressait à Cortès. et l'eau-de-vie pour se tuer lui-même. également dépourvu de la raison qui commande à l'homme par la crainte. Porque se compadecian mal la violencia y el Evangelio. jusqu'à la fièvre. il est dissolu. il a l'appétit du crime. 3. il le déchire. nos sciences et nos arts. et le dévore en chantant. Pendant que le fils tue son père pour le soustraire aux ennuis de la vieillesse. (Conquesta de la nueva Esp. Il est visiblement dévoué. Il arrache la chevelure sanglante de son ennemi vivant. etc. Je ne puis abandonner ce sujet sans vous suggérer encore une observation importante: le barbare. il fait trembler l'observateur qui sait voir: mais voulons-nous trembler sur nous-mêmes et d'une manière très salutaire? songeons qu'avec notre intelligence. Depuis plus de trois siècles il nous contemple sans avoir rien voulu recevoir de nous.qu'une lueur pâle et intermittente. il le rôtit. y aquello en la substancia. excepté la poudre pour tuer ses semblables. Le sauvage coupe l'arbre pour cueillir le fruit. et le fait cuire avec le bois de la charrue. il dételle le boeuf que les missionnaires viennent de lui confier. il est frappé dans les dernières profondeurs de son essence morale. C'est un prodige du premier ordre. nous sommes précisément à l'homme primitif ce que le sauvage est à nous. de même les vices naturels de l'humanité sont encore viciés dans le sauvage. Il est voleur. notre morale.) 54 . nous surmontons notre nature: le sauvage la suit. et plus vous serez convaincus qu'il n'y a pas moyen d'expliquer ce grand phénomène des peuple sauvages. sa femme détruit dans son sein le fruit de ses brutales amours pour échapper aux fatigues de l'allaitement. a pu et peut encore être civilisé par une religion quelconque. et de l'instinct qui écarte l'animal par le dégoût. era derribar los aloares y dexar los idolos en el corazon. qui ne lui manquera jamais. encore n'a-t-il jamais imaginé de fabriquer ces choses: il s'en repose sur notre avarice. jusqu'à la mort. il boit jusqu'à l'ivresse. Eh! comment le criminel condamné à la mort civile pourrait-il rentrer dans ses droits sans lettres de grâce du souverain? et quelles lettres de ce genre ne sont pas contresignées (2)? plus vous y réfléchirez. une espèce de rédemption. exclusivement réservée au véritable sacerdoce. Une main redoutable appesantie sur ces races dévouées efface en elles les caractères distinctifs de notre grandeur. il n'en a point les remords. III. qui est une espèce de moyenne proportionnelle entre l'homme civilisé et le sauvage. s'il tombe sur nos liqueurs fortes. mais il l'est autrement que nous. il est cruel. et que l'élégant Solis nous a conservées. etc.. Pour être criminels.

... en vérité. -(1) Egressus ejus ab initio. dans une de ses rapsodies sonores. un physicien! a pris sur lui de convenir avec une timide intrépidité. chez l'autre il a reçu la fécondation et n'a plus besoin que du temps et des circonstances pour se développer. oui. ni par plusieurs qui n'auraient pu s'entendre. se perfectionne et s'enrichit. 24. (2) J'applaudis de tout mon coeur à ces grandes vérités.. que l'homme avait parlé d'abord. un Espagnol infiniment instruit m'a dit: Je crois que c'est un conte de cet imbécile de Garcilasso. Septembre. LIII. ni par un homme qui n'aurait pu se faire obéir. Il s'est élancé avant tous les temps du sein de son principe. il est aussi ancien que l'éternité. qui prouverait.. Isaïe. De ce moment la langue qui s'était dégradée avec l'homme. mais elle porte tous les caractères intrinsèques de la fausseté. 704 et suiv. 8. montre aussi quelque envie de parler raison. sans excepter même les meilleurs. l. Si l'on veut appeler cela langue nouvelle. Il ne m'a pas été possible d'en découvrir l'origine.J'ai lu quelque chose sur l'Amérique: je n'ai pas connaissance d'un seul acte de violence mis à la charge des prêtres. La parole. Tout peuple sauvage s'appelle LO-HAMMI. Nulle langue n'a pu être inventée. lorsqu'ils parlent de langues nouvelles ou inventées. c'est ce qui a été dit de celui qui s'appelle PAROLE. Robertson (Histoire de l'Amér. sont des poltrons qui ont peur des esprits.. à diebus aeternitatis. V. Au reste. cette main de l'esprit. Rousseau. malgré les tristes préjugés du siècle. il faut cependant convenir que tous ces philosophes du dernier siècle. 1807. un physicien.) On peut lire un très bon morceau sur les sauvages dans le journal du Nord. qu'il y avait un fou en Espagne dans le seizième siècle. II. Chez l'un le germe de la vie est éteint au amorti. no XXXV. si utile dans les occasions difficiles.. Qui pourra raconter son origine? (1). Ce qu'on peut dire de mieux sur la parole. renaît avec lui. C'est un portrait également vrai et hideux. excepté la célèbre aventure de Valverde. En rendant à ce premier effort toute la justice qu'il mérite. parce qu'ON lui avait parlé. Generationem ejus quis enarrabit! Michée. j'y consens: l'expression est juste dans un sens. p. mais ce sens est bien différent de celui qui est adopté par les sophistes modernes. 4) a parfaitement décrit l'abrutissement du sauvage. et jusqu'à ce qu'il lui a été dit: Vous êtes mon peuple. Dieu bénisse la particule ON. tom. 2. Il avoue que les langues lui paraissent une assez belle chose. comme dit 55 . Déjà. si elle était vraie. il ne faut pas confondre le sauvage avec le barbare. jamais il ne pourra dire: Vous êtes mon Dieu! (Osée II.

tam ferreus ut teneat se. que nous avons adopté en lui donnant seulement une terminaison française. . Mais dites-moi encore. . le génitif. tout considéré. que lui attribue Hésiode (1)? Où avaient-ils pris l'épithète encore plus singulière de Philemate (amoureuse ou altérée de sang) donnée à cette même terre dans une tragédie (2)? Qui leur avait enseigné de nommer le soufre.Charron. et que chaque homme y a mis du sien. le frappe d'une certaine admiration. il ne comprend pas bien clairement comme elle a été inventée. Voilà tout le mystère. excepté cependant que l'un de ces mots exclut le désordre. une véritable connaissance de cause. il y a trois mille ans au moins. . . par exemple. qu'il n'ait pas vu que les langues se sont formées insensiblement. donné au monde (XVI). . et que l'ordre suprême est dans le monde. le divin (3)? Je ne suis pas moins frappé du nom de Cosmos. qui est le chiffre du feu. où l'on écrivait des vers que Varron et Cicéron n'entendaient plus? Ces mots et d'autres encore qu'on pourrait citer en grand nombre. et._ Mais je voudrais. Les Latins rencontrèrent la même idée. Mais le grand Condillac a pitié de cette modestie. imaginèrent d'exprimer par le même mot l'idée de la prière et celle du supplice (XVII)? qui leur enseigna d'appeler la fièvre. ou l'expiatrice (XVIII)? Ne dirait-on pas qu'il y a ici un jugement. parce que tout ordre est beauté. où le dictateur bêchait son jardin. lorsqu'ils ne connaissaient encore que la guerre et le labourage. avant de finir sur ce sujet. en vertu de laquelle un peuple affirme la justesse du nom? Mais croyezvous que ces sortes de jugements aient pu appartenir au temps où l'on savait à peine écrire. BE. D'où vient qu'on trouve dans les langues primitives de tous les anciens peuples des mots qui supposent nécessairement des connaissances étrangères à ces peuples? Où les Grecs avaient-ils pris. l'autre. comment ces anciens Latins. et les deux mots son également justes et également faux. . . messieurs: une génération a dit BA. . . . comme dit quelque part le bon Eustathe. . _Quis inepti Tam patiens capitis. . recommander à votre attention une observation qui m'a toujours frappé. sont des débris évidents de langues plus anciennes détruites ou oubliées. . Il s'étonne qu'un homme d'esprit comme Monsieur Rousseau ait cherché des difficultés où il n'y en a point. à peu près synonyme. cependant c'est la même idée. . l'épithète de Physizoos (donnant ou possédant la vie) qu'Homère donne quelquefois à la terre? et celle de Pheresbios. . et les Mèdes. je vous prie. et que l'autre exclut la souillure. les Assyriens ont inventé le nominatif. la purificatrice. Les Grecs le nommaient beauté. et qui tiennent à toute la métaphysique orientale. Les Grecs avaient 56 . et l'exprimèrent par leur mot Mundus.

En lisant les métaphysiciens modernes. Opp.conservé quelques traditions obscures à cet égard. 1816. qui avait à un si haut degré le sentiment de l'antique. et Dies. flexibles et annonçant une culture avancée. 243. qui n'appartiennent aujourd'hui qu'à des peuples barbares. 63.. v. et qui sait si Homère n'attestait pas la même vérité. lorsqu'il nous parle de certains hommes et de certaines choses que les dieux appellent d'une manière et les hommes d'une autre (XIX)? -(1) Iliade. Introd. de Humboldt. II. c'est le prodigieux talent des peuples enfants pour former les mots.) Ce qui rappelle une expression de l'Écriture sainte: La terre a ouvert la bouche et a BU le sang de ton frère (Gen. Paris. (Eurip. ou perfectionnée par des philosophes. (3) ##To theîon. des peuples indigènes de l'Amérique. V. (Monum.) Et Racine. gês FILLIMATOY roai. dit-il. Hésiod. vous aurez rencontré des raisonnements à perte de vue sur l'importance des signes et sur les avantages d'une langue philosophique (comme ils disent) qui serait créée a priori. acte IV. 29. BUT à regret le sang des neveux d'Erecthée. 300. sc. par M. car rien n'est plus clair. IV. XI. Odyssée. semblent être les débris de langues riches. que celle des idées innées). 1. a transporté cette expression (un peu déparée par une épithète oiseuse) dans sa tragédie de Phèdre. 179. Et la terre humectée.) (2) ##Sfagia d'am' autôo. in8o. p. peut-être sans le savoir. ce que je puis vous assurer. l'un par l'autre égorgés. etc. (Les Sept Chefs. La terre BUT le sang. 11.. XXI. pour le dire en passant. et l'incapacité absolue des philosophes 57 . Cet ouvrage était depuis longtemps entre mes mains. et né pour bien voir: Plusieurs idiomes. 1. III. 694.) Eschyle avait dit auparavant: Des deux frères rivaux. lorsque j'ai rencontré l'observation suivante faite par un homme accoutumé à voir. Je ne veux point me jeter dans la question de l'origine du langage (la même. Phoen.

Chaque langue a son génie. Le Latin. ont très bien su nommer les leurs par l'union partielle du mot ANcien avec celui d'ETRE. De ces autres mots. c'en est une que les mots puissent se joindre par une espèce de fusion partielle qui les unit pour faire naître une seconde signification. CAro. et dons les éléments ne sauraient plus être reconnus que par un oeil exercé. par exemple. De ces trois mots. tom. admirablement formé de Ne EGO oTIOR (je suis occupé. 247. et dont ils se servent avec beaucoup d'élégance. casser ses mots. et de leurs fragments choisis et réunis par la voie de je ne sais quelle agglutination tout à fait singulière. mener. Utraque nupserunt. en vertu d'un système arrêté de concert. autre verbe fort heureux qui nous manque (1). de formation arbitraire et de convention antérieure. chair abandonnée aux vers. laisse. naissent de nouveaux mots d'une beauté surprenante. conduire (XXI).) (2) De là vient que la pluralité étant pour ainsi dire cachée dans ce mot. VERmibus. Fast. in-8o. je ne perds pas mon temps).) Les Français ne sont point absolument étrangers à ce système. VI. Dans les siècles les plus raffinés. ils ont fait MALO et NOLO. deux verbes excellents que toutes les langues et la grecque même peuvent envier à la latine. Et que vous dirai-je du mot NEGOTIOR. VIII. quoique la chose soit rigoureusement impossible sous tous les rapports. formé de OS et de RATIO. De CAECus UT IRE (marcher ou tâtonner comme un aveugle) ils firent leur CAECUTIRE. c'est-à-dire. sans les rendre méconnaissables: c'est une règle générale dont la langue ne s'écarte point. bouche et raison. ils ont fait CADAVER. l'un et l'autre. Ceux qui furent nos ancêtres. dont ils firent DUIRE. plus réfractaire. je me rappelle que Platon a fait observer ce talent des peuples dans leur enfance (XX). c'est qu'on dirait qu'ils ont procédé par voie de délibération. Voyez comment ils opérèrent jadis sur les deux mots latins DUO et IRE. raison parlée. DAta. mot tout à fait particulier au Latins. aller deux ensemble. de manière qu'il exclut toute idée de composition. mot que je leur envie extrêmement. et par une extension très naturelle. NON et voLO. MAgis et voLO. comme ils firent beffroi de Bel EFFROI. 58 . d'où l'on a tiré negotium. Les lois générales qui la constituent sont ce que toutes les langues présentent de plus frappant: dans la grecque. les Latins l'ont construit avec le pluriel des verbes. -(1) Les Chinois ont fait pour l'oreille précisément ce que les latins firent pour les yeux. (Mém. par exemple. Ce qu'il y a de remarquable. Le même système produisit leur mot UTERQUE (2). car nous ne pouvons l'exprimer que par une phrase. par exemple. etc. pour ainsi dire. (Ovid.? mais il me semble que le génie latin s'est surpassé dans le mot ORATIO.pour le même objet. et ce génie est UN.. des miss. de Pékin. 121. pag. MAgis et auCTE ont produit MACTE.

la métaphysique subtile qui. hors le cas où RIEN. formé de COR et de RAGE. SE. place marchande. comme dans le mot français incrédule. etc. -(1) Rien s'est formé de rem comme bien de bene. Tantôt on le verra se tromper évidemment. enthousiasme du coeur (dans le sens anglais de RAGE). ils ont fait S-ORTIR. et il dira fort bien: rue passante. le signe du moyen et de la simultanéité CUM. c'est-à-dire. qui s'est formé de Ne et HILum. parce detorto. au travail de ce principe caché qui forme les langues. qui joue un si grand rôle dans notre langue (XXVII). à la différence du latin NIHIL. pour ainsi dire. Ce mot fut dans son principe une traduction très heureuse du thymos grec. et d'une terminaison verbale TIR. a fait notre CAR (XXVI). sans recourir à d'autres. qu'elle n'admet pas la preuve contraire. C'est un plaisir d'assister. nous ramène à la création de ce mot en nous disant assez souvent. du QUARE latin. pris pour la chose quelconque ou pour l'être absolu. nous ne pouvons employer ce mot qu'avec une négation. alors il se tirera d'embarras par un solécisme heureux. qui n'a plus aujourd'hui de synonyme en français. Faites avec moi l'anatomie du mot INCONTESTABLE. de l'adverbe relatif de lieu hors. pour mieux dire. troisième personne singulière du verbe substantif. la racine antique TEST. comme nemo l'est de NE et de hoMO (pas un atome. j'ai entendu. aux Latins et aux Celtes (XXIV). SEHORSTIR. Tantôt vous le verrez lutter contre une difficulté qui l'arrête dans sa marche. pas un homme). couleur voyante. tu non vales REM. exaltation. qui nie un défaut au lieu de nier une vertu. il 59 . si je ne me trompe. si l'un et l'autre ne viennent pas encore d'une racine commune et antérieure (XXV). Quelquefois il deviendra possible de reconnaître en même temps l'erreur et la cause de l'erreur: l'oreille française ayant. Joinville. je vous prie. du latin HABILIS. C'est pourquoi. métal cassant. Ainsi le mot incontestable signifie exactement une chose si claire. il cherche une forme qui lui manque: ses matériaux lui résistent. ou. rage du coeur (XXIII). ce qui est purement latin. contient ou suppose une ellipse. parce qu'il n'est point négatif (1). Etes-vous curieux de savoir comment ils unissaient les mots à la manière de Grecs? Je vous citerai celui de COURAGE. par exemple. et le signe de la capacité ABLE. Admirez. vous y trouverez la négation IN. et faire une bévue formelle. c'est-à-dire. et qui a su tirer de UNus cette particule ON. répondant à une interrogation. que pour nulle RIEN au monde il n'eût voulu. ou mettre sa propre personne hors de l'endroit où elle était (XXII). ce qui me paraît merveilleux.Du pronom personnel. etc. exigé mal à propos que la lettre s ne se prononçât point dans le monosyllabe EST. Je ne puis encore m'empêcher de vous citer notre mot RIEN. commune. que les Français ont formé du latin REM. Dans un canton de la Provence.

devenait indispensable. qui signifie exactement celui qui est attaché avec un autre sous le même joug (XXVIII): rien de plus juste et de plus ingénieux. cazarma. si expressifs qui abondent dans votre langue primitive. etc. le sénateur): contemplez votre nation. J'entends à l'exercice: directii na prava. qui délibérèrent jadis pour former de pareil noms. et rien n'est plus amusant que de former soimême ces sortes de recueils. de soustraire la particule conjonctive ET à la loi générale qui ordonne la liaison de toute consonne finale avec la voyelle qui suit (1): mais rien ne fut plus malheureusement établi. Kammerherr. se prononceraient comme nous prononcerions. car cette conjonction. na leva. mais je n'ai jamais rencontré son livre. et même pour le prosateur qui a de l'oreille. Mais. iratis musis. Général-ANCHEF. Je lis sur vos billets de visite: Minister. etc. et que j'ai intitulées Parallélismes de la langue grecque et de la française. celle de la stérilité. M.. -(1) En effet. Partout l'époque de la civilisation et de la philosophie est dans ce genre. de s'allier avec les voyelles suivantes. ne manquèrent point du tout de tact. Depuis qu'elle s'est mêlée de raisonner. etc. Fraülen. par exemple. si la particule conjonctive suivait la règle générale. et par conséquent insuffisante. Général. etc. Henri-Étienne. en refusant ainsi. un homme EST une femme. contremarche. pour en revenir au talent primordial (c'est à vous en particulier que je m'adresse. En vérité. un honnête homme EST un fripon. mais tous ces mots et mille autres que je ne pourrais citer ne valent pas un seul de ces mots si beaux. en échelon. messieurs. plusieurs pages chargées de mes pieds de mouche. commissariat.. Kammeriunker. Prenez bien garde que je n'entends point parler des 60 . est devenue excessivement embarrassante pour le poète. ces deux phrases: un homme ET une femme. et demandez-lui de quels mots elle a enrichi sa langue depuis la grande ère? Hélas! cette nation a faite comme les autres. souproug (époux).. si élégants. elle a emprunté des mots et n'en a plus créé. un honnête homme ET un fripon. Justizii-Politzii Minister. pour éviter des équivoques ridicules. il faut avouer que les sauvages ou les barbares. etc. Je sais que j'ai été précédé sur ce point par un grand maître. Aucun peuple ne peut échapper à la loi générale. etc. meubel. fabrica. canzellarii. déployade en échiquier. L'administration militaire prononce: hauptwacht. unique déjà. Général-DEJOURNEI. Le commerce me fait lire sur ses affiches: magazei. à mesure qu'on lit et que les exemples se présentent. ordonnance-hause. exercice-hause. Et que dirons-nous des analogies surprenantes qu'on remarque entre les langues séparées par le temps et l'espace. au point de n'avoir jamais pu se toucher? Je pourrais vous montrer dans un de ces volumes manuscrits que vous voyez là sur ma table.

de l'##Epeuphemesan de l'Iliade. is demum. Qui hoc in aliud sermonem convertere volet. -(1) Il s'agit ici. Ibid. Vous ne trouverez surtout aucune exception à l'observation sur laquelle j'ai tant insisté: c'est qu'à mesure qu'on s'élève vers ces temps d'ignorance et de barbarie qui virent la naissance des langues. On produirait peut-être en français l'ombre de ce mot sous une forme barbare. frissonnant de tendresse et RIANT DES LARMES (5). Il peut évoquer Andromaque. sans le moindre doute. (2) ##Zaphlegées telethousin. plus ces phénomènes sont sensibles. Chaque langue. 41. vous trouverez toujours plus de logique et de profondeur dans la formation des mots. 351. XIV. et plus la langue est ancienne. En lisant ce poète. et tantôt on se sent humecté par la rosée qui distille de ses vers enchanteurs sur la couche poétique des immortels (3).) Il ajoute avec raison: Domina Dacier non male: « Il lui sembla que la voix répandue autour 61 . Ibid. différents en tout par la forme. prise à part. les Latins. à mesure qu'un descend vers les époques de civilisation et de science. sans rien demander à nos intermédiaires. Mille ans avant notre ère. Ces exemples suffisent pour nous mettre sur la voie de cette force qui préside à la formation des langues. tantôt on entend pétiller autour de soi ce feu générateur qui fait vivre la vie (2). II. répète les phénomènes spirituels qui eurent lieu dans l'origine. Je vous ferai seulement observer une chose bien singulière: c'est que lorsqu'il est question de rendre quelques-unes de ces idées dont l'expression naturelle offenserait de quelque manière la délicatesse. en disant ils lui SURBIENACCLAMERENT. 465. Il sait répandre la voix divine autour de l'oreille humaine. (4) ##Thein de min amphekhut' omphè. ce qui exclut toute idée d'emprunt (XXIX). XXI. Homère exprimait dans un seul mot évident et harmonieux: Ils répondirent par une acclamation favorable à ce qu'ils venaient d'entendre (1). (Clarkius ad Loc. et que ce talent disparaît par une gradation contraire. comme une atmosphère sonore qui résonne encore après que le Dieu a cessé de parler (4). puisqu'à cet égard nous avons agi de nous-mêmes. Iliad. et nous la montrer comme son époux la vit pour la dernière fois. les Français ont souvent rencontré précisément les même tournures employées jadis par les Grecs pour sauver ces naïvetés choquantes (XXX). quae sit horum vocabulorum vis et energeia sentiet. (3) ##Stilpnai d'apepipton eersai. ce qui doit paraître fort extraordinaire. et pour faire sentir la nullité de toutes les spéculations modernes.simples conformités de mots acquis tout simplement par voie de contact et de communication: je ne parle que des conformités d'idées prouvées par des synonymes de sens.

et l'action. le chevalier. elle naît au milieu d'une société qui est en pleine possession du langage. ou le principe qui préside à cette formation. Tout au plus je pourrais dire comme le jeune homme de madame de Sévigné: Je n'y ai pas nui. D'où venait donc cette langue qui semble naître comme Minerve. Mais Homère vivait dans un siècle barbare. si je ne me trompe. Toujours il a parlé. il emploie ceux qu'il trouve autour de lui ou qu'il appelle de plus loin. et dont la première production est un chef-d'oeuvre désespérant. VI. Toute langue particulière naît comme l'animal. par voie d'explosion et de développement. ce n'est pas trop de deux mille ans pour former la langue grecque. je n'ai tué personne. il en a fallu beaucoup. 484. Vous avez vécu quelque temps. -(1) Ces Menteuses sont les Provinciales. vous y avez même tué quelque hommes. si elle s'est formée comme on l'imagine. Du serment de Louis-le-Germanique en 842 (XXXI) jusqu'au Menteur de Corneille. il ne les adopte jamais sans les modifier plus ou moins.. il les digère. On a beaucoup parlé de signes arbitraires dans un siècle où l'on s'est passionné pour toute expression grossière qui excluait l'ordre et l'intelligence. (Note des éditeurs. » (5) ##Dakruoen gelasasa. M. et. tout mot a sa raison. dans un beau pays au pied des Alpes. car la parole n'est possible que par le VERBE. Sur mon honneur. Ibid. et jusqu'aux Menteuses de Pascal (1). L'un a nécessairement précédé l'autre. et pas même avec l'homme. il s'est écoulé huit siècles: en suivant une règle de proportion. et pour peu qu'un veuille s'élever au-dessus de son époque. Où donc placerons-nous ces siècles dont nous avons besoin pour former cette merveilleuse langue? Si. Voyez les notes placées à la fin de cet entretien. sans qu'il ait jamais été possible de prouver qu'elle ait balbutié? Nous écrierons-nous niaisement à la suite des docteurs modernes: Combien il a fallu de siècles pour former une telle langue! En effet. il s'en nourrit. Les langues on commencé.. Lorsqu'une nouvelle langue se forme. comme sur une foule d'autres. et c'est avec une sublime raison que les Hébreux l'ont appelé AME PARLANTE (XXXII). c'est qu'il avait une peur mortelle de la rencontrer. notre siècle a manqué la vérité. sur ce point de l'origine du langage.de lui retentissait encore à ses oreilles. sans que l'homme ait jamais passé de l'état d'aphonie à l'usage de la parole. mais il n'y a point de signes arbitraires. on se trouve au milieu des Pélasges vagabonds et des premiers rudiments de la société. mais la parole jamais. ne peuvent inventer arbitrairement aucun mot. il les triture.) LE CHEVALIER. 62 .

de me soutenir que les hommes. mais je l'admets: il en résulte d'abord que les deux immenses familles teutone et esclavone n'inventèrent point arbitrairement ce deux mots. Voulez-vous que les quatre peuples les aient reçus d'un peuple antérieur? je n'en crois rien. mais qu'elles les avaient reçus. ces choses-là sont arbitraires. il vous souvient peut-être que dans ce pays le son (furfur) se nomme Bren. Observez. il est en possession de signifier dans la belle langue russe ce qu'il signifie à huit cents lieux d'ici dans un dialecte purement local (1). à leur tour. Jamais un son arbitraire n'a exprimé. et l'Allemand aime mieux dire wachslicht (lumière de cire). Le génie de chaque langue se meut comme un animal pour trouver de tout côté 63 . sur le Rhône. que ce mot seul d'étymologie est déjà une grande preuve du talent prodigieux de l'antiquité pour rencontrer ou adopter les mots les plus parfaits: car celui-là suppose que chaque mot est vrai.LE COMTE. Comme la pensée préexiste nécessairement aux mots qui ne sont que les signes physiques de la pensée. rencontrèrent par hasard les mêmes sons pour exprimer les mêmes idées. ce qui est assez pour mener loin un esprit juste. et de Raguse au Kamschatka. Les deux mots préexistaient donc dans les deux langues qui en firent présent aux deux dialectes. Le génie national façonna bientôt ce mot et en fit bougies. De l'autre côté des Alpes. ni pu exprimer une idée. ce qu'on ignore au contraire ne prouve rien. les mots. c'est-à-dire qu'il n'est point imaginé arbitrairement. elles les avaient reçues. excepté l'ignorance de celui qui cherche. délibérant sur la Tamise. Ensuite la question recommence à l'égard de ces nations antérieures: d'où les tenaient-elles? Il faudra répondre de même. et le second est esclavon. Si l'on vous avait demandé pourquoi les deux peuples avaient choisi ces deux arrangements de sons pour exprimer les deux idées. c'est-à-dire qu'il faut avoir renoncé au raisonnement. s'il vous plaît. une chouette s'appelle Sava. Quand je n'aurais pas rencontré l'étymologie de bougie dans la préface du Dictionnaire hébraïque de Thomassin. en aurais-je été moins sûr d'une étymologie quelconque? Pour douter à cet égard il faut avoir éteint le flambeau de l'analogie. Les bougies qu'on apporte dans ce moment me rappellent leur nom: les Français faisaient autrefois un grand commerce de cire avec la ville de Botzia dans le royaume de Fez. à cause de l'induction qui en résulte pour les autres cas. j'espère. ils en rapportaient une grande quantité de chandelles de cire qu'ils se mirent à nommer des botzies. Ce qu'on sait dans ce genre prouve beaucoup. Quoi qu'il en soit. Vous auriez cependant été dans l'erreur: car le premier de ces deux mots est anglais. et ainsi en remontant jusqu'à l'origine des choses. mais partout vous voyez la raison qui a déterminé le mot. Vous n'êtes pas tenté. préexistent à l'explosion de toute langue nouvelle qui les reçoit tout faits et les modifie ensuite à son gré (2). où je ne la cherchais certainement pas. L'anglais a retenu l'ancien mot wax-candle (chandelles de cire). vous auriez été tenté de répondre Parce qu'ils l'ont jugé à propos. sur l'Oby ou sur le Pô.

débute cependant par un solécisme de basses classes. par exemple. Voyez cette foule de mots nouveaux empruntés du grec. mais la nomenclature chimique. dans toute la force du terme. par exemple. qui est le terme scientifique et qui ne dit rien: autant vaudrait appeler un navire hydrostat. mais. Ne parlons donc jamais de hasard ni de signes arbitraires. savoir. à ne l'envisager que sous le point de vue philosophique et grammatical. par exemple. et c'est beaucoup dire: un écolier anglais ou allemand aurait su dire théanthropophile. maison est celtique. mais. que la formation des mots les plus parfaits. Voitelle un objet nouveau? elle feuillette ses dictionnaires pour trouver un mot antique ou étranger. que le talent onomaturge disparaît de même invariablement à mesure qu'on descend vers les époques de civilisation et de science. rabot est esclavon (3). les plus significatifs. Il faut ajouter. appartient invariablement aux temps d'ignorance et de simplicité.ce qui lui convient. mais sans savoir et se douter seulement que la langue la plus philosophique est celle dont la philosophie s'est le moins mêlée. palais est latin. et je le préfère à celui d'aérostat. au moins dans un sens. les patois et les noms propres d'hommes et de lieux 64 . D'où nous est venu tout cela? peu m'importe. à mesure que le crime ou la folie en avaient besoin: presque tous sont pris ou formés à contre-sens. qui fut certainement l'ouvrage d'hommes très éclairés. et sopha est hébreu (4). et presque toujours même elle y réussit mal. elle se livra à tout le monde. pour compléter cette grande théorie. On est déjà bien avancé dans ce genre lorsqu'on a suffisamment réfléchi sur cette première observation que je vous ai faite. et Corneille lui-même s'en vit plus d'une fois repoussé. du moins pour le moment: il me suffit de vous prouver que les langues ne se forment que d'autres langues qu'elles tuent ordinairement pour s'en nourrir. est juste. les plus philosophiques. Alors le génie seul avait le droit de persuader l'oreille française. almanach est arabe. Vous me direz que ce mot fut inventé par des misérables dans un temps misérable. d'excellentes raisons de croire que tout ce dictionnaire sera effacé. et la puissance qui les fait adopter. oxygène au lieu d'oxigone. basilique est grec. à la manière des animaux carnassiers. Gallis haec Philodemus ait (5). J'ai d'ailleurs. -(1) Les dialectes. honnir est teutonique. L'oreille superbe du grand siècle l'aurait rejetée avec un frémissement douloureux. On ne cesse. Le mot de montgolfière. qui est national. de nos jours. quoique je ne sois pas chimiste. il serait peut-être ce qu'on peut imaginer de plus malheureux. Dans la nôtre. Il manque deux petites choses à la philosophie pour créer des mots: l'intelligence qui les invente. si la nomenclature métrique n'était venue depuis disputer et remporter pour toujours le palme de la barbarie. depuis vingt ans. de désirer une langue philosophique. Celui de théophilanthrope. dans tous les écrits du temps sur cette matière intéressante. est plus sot que la chose.

de leur nature. (5) Cette citation. mais ce fut parce que le génie qui allait se retirer le laissa faire. qui ait pris place dans la langue française avec sa prononciation nationale de Chekspire: c'est Voltaire qui le fit passer. si vous voulez que j'emploie une autre tournure. les deux grands magistrats de Carthage. De là encore suffetes (ou soffetes). Une nation ne reçoit rien sans le modifier.me semblent des mines presque intactes. et seulement pour les substantifs et les adjectifs (XXXIII). le mot rabot signifie travailler. dans la langue russe. doit être datée. un seul mot qui ne soit pas vulgaire. pris à part? Si cependant le droit de créer de nouvelles expressions appartenait à quelqu'un. Y a-t-il dans le songe d'Athalie. jamais dans les morceaux d'inspiration. les Juges (c'est le titre d'un des livres saints). ou dans la péroraison de l'oraison funèbre de Condé. ou. lors de l'adoption du mot par le génie français. en profitant avec complaisance du double sens qui appartient au mot OLIM: Non si male nunc et olim sic fuit? Lorsqu'une langue est faite (comme elle peut être faite). et dont il est possible de tirer de grandes richesses historiques et philosophiques. est celle qui a le plus altéré ces mots en les transportant chez elle. (3) En effet. Pourquoi ne dirions nous pas: Non si male nunc et OLIM sic erit. et toute langue est aussi ancienne que le peuple qui la parle. Les historiens doivent sans doute s'impatienter. elle est remise aux grands écrivains. qu'il n'y a pas de nation qui puisse elle-même entendre son ancien langage: et qu'importe. On objecte. ceux qui siègent plus haut que les autres. ce serait aux grands écrivains et non aux philosophes. mais telle est la loi. ainsi l'instrument le plus actif de la menuiserie fut nommé. qui sont sur ce point d'une rare ineptie: les premiers toutefois n'en usent qu'avec une excessive réserve. Exemple de l'identité des deux langues hébraïque et punique. et pourquoi n'ajouterionsnous pas encore. quant aux paroles. élever. (2) Sans excepter même les noms propres qui. dans la description de l'enfer qu'on lit dans Télémaque. les hommes élevés. il faut s'ôter de l'esprit cette idée de langues nouvelles. de là Sophetim. faute de réflexion. peut-être. je vous prie? Le changement qui ne touche pas le principe exclut-il l'identité? Celui qui me vit dans mon berceau me reconnaîtrait-il aujourd'hui? Je crois cependant que j'ai le droit de m'appeler le 65 . la parole est éternelle. Shakespeare est le seul nom propre. Enfin. pour être juste. le travailleur par excellence. la grecque. excepté seulement dans le sens que je viens d'expliquer. qui s'en servent sans penser seulement à créer de nouveaux mots. ils ne songent guère à en proférer de nouvelles. La nation qui a été le plus ELLE-MEME dans les lettres. sembleraient invariables. (4) SOPHAN.

c'est que tout peuple a parlé. parce qu'à mesure qu'elles en acquièrent. ces langues ainsi ruinées demeurent comme des monuments terribles de la justice divine.même. qui aurait été infiniment utile à la philologie et à l'histoire de l'homme: le fanatisme destructeur du XVIIIe siècle l'a fait disparaître sans retour (1). et devenu extrêmement rare: Memorie catoliche. M. 3 volumes. je ne dis pas des monuments puisqu'il ne peut y en avoir. Il n'en est pas autrement d'une langue: elle est la même tant que le peuple est le même (XXXIV). curieux quoique mal écrit à dessein. -(1) Voyez l'ouvrage italien. et dont je me promets toujours de vous demander raison. mais seulement les dictionnaires de ces langues. c'est un mot qui manque sûrement à sa langue. car c'est une folie égale de croire qu'il y ait un signe pour une pensée qui n'existe pas. le comte. Vous avez dit. en traitant avec une certaine étendue une question qui s'est trouvée sur notre route. on serait probablement plus effrayé par les mots qu'elles possèdent que par ceux qui leur manquent. Mais dans l'état quelconque où elles se trouvent. Il serait bien à désirer que nous eussions une connaissance approfondie des langues sauvages. Si nous avions. (2) Je ne sais de quel voyageur est tirée l'anecdote du Mi-bra. mais souvent il vous échappe des mots qui me causent des distractions. La pauvreté des langues dans leurs commencements est une autre supposition faite de la pleine puissance et autorité philosophique. Vous m'avez beaucoup intéressé. elles en laissent échapper d'autres. in-12. Parmi les sauvages de la Nouvelle-Hollande il n'y a point de mot pour exprimer l'idée de Dieu. mais probablement elle n'aura été citée que sur une autorité sûre. on ne sait dans quelle proportion. je ne doute pas que nous n'y trouvassions de ces mots dont je vous parlais il n'y a qu'un instant. il en résulterait seulement que la dégradation est arrivée au point d'effacer ces derniers restes: Etiam periere ruinae. 66 . par exemple. ou qu'une pensée manque d'un signe pour se manifester. Le zèle et le travail infatigables des missionnaires avaient préparé sur cet objet un ouvrage immense. LE CHEVALIER. et si on les connaissait à fond. afin de la dispenser des peines de l'allaitement: on l'appelle le MI-BRA (2). et qu'il a parlé précisément autant qu'il pensait et aussi bien qu'il pensait. mais Tomawack manque par bonheur aux nôtres. mais il y en a un pour exprimer l'opération qui détruit un enfant dans le sein de sa mère. restes évidents d'une langue antérieure parlée par un peuple éclairé. Le Huron ne dit pas garde-temps. Les mots nouveaux ne prouvent rien. et ce mot compte tout comme un autre. Et quand même nous ne les trouverions pas. Ce qu'il y a de sûr.

Lami. Nicole. car souvent j'ai entendu parler de différents écrits sur l'origine des idées. tout en courant à un autre sujet. Leibnitz. Eccles. Mais avant tout je voudrais vous proposer le motif de décision qui doit précéder tous les autres: c'est celui de l'autorité (1). » PLEBEII videntur appellandi omnes philosophi qui à Platone et Socrate et ab ea familia dissident. II. Je ne vous nommerai pas les champions de l'autre parti. et cet illustre Malebranche qui a bien pu errer quelquefois dans le chemin de la vérité.par exemple. et j'ose croire que j'ai assez réfléchi sur ce sujet pour être en état au moins de vous épargner quelque fatigue. je me déciderais sans autre motif que mon goût pour la bonne compagnie. Cudworth. dit-il. LE COMTE. mais la vie agitée que j'ai menée pendant si longtemps. comme vous le voyez. cath. que la question de l'origine de la parole était la même que celle de l'origine des idées. et peut-être aussi le manque d'un bon aplanisseur (ce mot. Pesez donc les voix de part et d'autre. Quand je ne saurais pas un mot de la question. Origène.. Je serais curieux de vous entendre raisonner sur ce point. quoi qu'on en dise. et voyez contre l'origine sensible des idées. car leurs noms me déchirent la bouche. n'appartient point à la langue primitive) m'on toujours empêché d'y voir clair. en sorte qu'en général il est bon. rationem praecedat auctoritas: c'est-à-dire. Quaest.) Je vous proposerais encore un autre argument préliminaire qui a bien 67 . Bossuet. mias qui n'en est jamais sorti. Polignac. ut quum aliquid discimus.) (2) C'était l'avis de Cicéron. saint Augustin. Fénélon. 23. l'ordre naturel exige que. et souvent j'ai été tenté de croire que la mauvaise foi et le malentendu jouaient ici comme ailleurs un rôle marquant. Pascal. De mor. qu'on pourrait appeler PLÉBÉIENS tous ces philosophes qui ne sont pas de la société de Platon. l'autorité précède la raison. et nul ne l'est de bien raisonner sur tout. La raison humaine est manifestement convaincue d'impuissance pour conduire les hommes. et mon aversion pour la mauvaise (2). (Saint Augustin. (Tusc. Cicéron. Pythagore. et même j'en ai lu. de commencer par l'autorité. 1. de Socrate et de toute leur famille. c. « Il me semble. -(1) Naturae ordo sic se habet. car peu sont en état de bien raisonner. mon cher chevalier. Votre soupçon est parfaitement fondé. Platon. Descartes. lorsque nous apprenons quelque chose. Ce problème ne se présente à moi qu'à travers une espèce de nuage qu'il ne m'a jamais été possible de dissiper.

qu'on ne le croit communément. Il ne m'appartient pas peut-être de disputer sur les suites du système. Par lui la raison a perdu ses ailes. IV. et il faut observer d'abord qu'une foule de grands hommes. cesseront bientôt de l'être ou de le paraître. pour ainsi dire. il me semble. de la Relig. §14. C'est avec raison qu'elle a été censurée (par la Sorbonne). ce jour où nous lisions 68 . Nous voyons à présent pourquoi la philosophie de Locke a été si bien accueillie. chap V. On peut voir dans les lettres de madame du Deffant. p. je crois. et le vice en a tiré des maximes qu'il a su mettre à la portée même de l'extrême futilité. Locke a déchaîné le matérialisme. de plus funeste pour l'esprit humain. art IV. et se traîne comme un reptile fangeux. et les effets qui en ont résulté. LE COMTE. -(1) « La théorie sublime qui rapporte tout aux sensations n'a été imaginée que pour frayer le chemin au matérialisme. 339). que toutes les idées nous viennent par les sens. et quel édifice elle élevait sur cette base aérienne (in-8o. de plus avilissant. par lui toutes les sciences morales ont péri (1). M. l. je puis vous l'assurer. matérialiser l'origine de nos idées. comme fausse. Condillac a mis depuis ce système à la mode dans le pays de la mode. p. ceux des philosophes réellement illustre que la secte philosophique enrôla mal à propos parmi les défenseurs de l'origine sensible des idées. mais quant à ses défenseurs. 518. LE CHEVALIER. par lui fut tarie la source divine de la poésie et de l'éloquence.) Rien de plus juste que cette observation. tom III. et dogm. mon cher ami. Par son système grossier. mal raisonnée et conduisant à des conséquences très pernicieuses.sa force: c'est celui que je tire du résultat détestable de ce système absurde qui voudrait. Vous n'avez pas oublié peut-être. tom. Traité hist. et bientôt l'épouvantable médiocrité de ces grands hommes sera l'inépuisable sujet des risées européennes. créés de la pleine autorité du dernier siècle. Il n'en est pas. Beaucoup moins. tout le parti que cette aveugle tirait de la maxime ridiculement fausse. par sa prétendue clarté qui n'est au fond que la simplicité du rien. qu'il est possible de citer des noms respectables à côté de ces autres noms qui vous déchirent la bouche. mais cette réputation factice est aux abois. » (Bergier. La grande cabale avait besoin de leur renommée: elle l'a faite comme on fait une boîte ou un soulier. le sénateur. Il faut d'ailleurs retrancher de ces noms respectables. XLI.

2 vol. c'est ce que je vous fis encore remarquer dans le temps. avec l'expérience prise dans un sens plus relevé. (2) C'est l'ouvrage des Avertissements (Paragelliai). ibi: Spurius liber. tom IV. -(1) Paris. Je vous fis remarquer à ce sujet le double et invariable caractère du philosophisme moderne. 2 vol.. On peut consulter sur ce point les deux éditions principales d'Hippocrate. quel qu'il soit. on peut distinguer celui qui confond l'expérience vulgaire ou mécanique. de praecep. À l'égard d'Aristote. non ineptus tamen. Comment des gens entièrement étrangers aux langues savantes. aussi mauvais écrivain qu'Hippocrate est clair et élégant. Il n'en faudrait pas d'autre preuve que le style de l'auteur. in-8o. ces honnêtes philosophes lui font dire que dans l'étude des sciences physiques il faut s'attacher aux théories abstraites préférablement à l'expérience. qui emprunta de lui ses principaux dogmes métaphysiques (XXXV). et parce que le Spiritualiste soutient avec raison que nos idées ne peuvent tirer leur origine de cette source tout à fait secondaire. Lausanne. celle de Foëz. p. Genève. 2 vol. l'ignorance et l'effronterie. 1786. Leyde. 69 . in-8o. Je vous fis de plus toucher au doigt qu'Hippocrate devait à bien plus juste titre être rangé parmi les défenseurs des idées innées. au lieu de citer sur parole ou de lire avec la dernière négligence quelque mauvaise traduction. puisqu'il fut le maître de Platon. s'avisaient-ils de citer et de juger les philosophes grecs? Si Cabanis en particulier avait ouvert une bonne édition d'Hippocrate.. 1665. in lib. Cet écrivain d'ailleurs. mais surtout l'ouvrage du célèbre Haller. et nombre de gens sans expérience s'y sont laissé prendre. 86. Il se borne à traiter celle de l'expérience et de la théorie dans la médecine. 1657. quoiqu'il ne me fût pas possible de vous donner sur-le-champ tous les éclaircissements que vous auriez pu désirer. et celle de Vander-Linden. en sorte que chez lui aesthèse est synonyme d'expérience. (3) Parmi les innombrables traits de mauvaise foi qui distinguent la secte moderne. in-8o. Artis medicae principes. à l'endroit où il place sans façon au rang des défenseurs du système matériel Hippocrate et Aristote. 1805. etc. telle qu'on l'exerce dans nos cabinets de physique.ensemble le livre de Cabanis sur les rapports du physique et du moral de l'homme (1). il aurait vu que l'ouvrage qu'il cite comme appartenant à Hippocrate est un morceau supposé (2). Cette imposture grossière est répétée dans je ne sais combien d'ouvrages écrits sur la question dont il s'agit ici. Praef. et surtout au grec dont ils n'entendaient pas une ligne. Crapelet. et non de sensation (3). pour les impressions que nous recevons des objets extérieurs par le moyen de nos sens. in-fol. n'a parlé ni pour ni contre la question.

que l'homme ne peut rien apprendre qu'en vertu de ce qu'il sait déjà (XXXVI). M. LE COMTE. mon cher chevalier. a fleuri dans le XIIIe siècle. il ne vous restera pas le moindre doute sur l'erreur qui a prétendu ravaler ce philosophe jusqu'à Locke et Condillac. Son style admirable sous le rapport de la clarté. LE CHEVALIER. Vous me forcez. Saint Thomas. Le génie poétique même ne lui était pas étranger. je ne voudrais pas répondre qu'à l'âge de cinquante ans et retiré dans votre vieux manoir. Il n'ent fut pas moins l'une des plus grandes têtes qui aient existé dans le monde. à faire connaissance avec d'étranges personnages. sur la foi seule d'une mémoire qui me trompe peu. Je croyais que saint Thomas était cité sur les bancs. -(1) Nihil est in intellectu quod prius non fuerit sub sensu. L'Église en a conservé quelques étincelles qui purent exciter depuis l'admiration et l'envie de Santeuil (1). Puisque vous savez le latin. c'est le fameux axiome de l'écolier: Rien ne peut entrer dans l'esprit que par l'entremise des sens (1). on a cru ou l'on a dit que cet axiome fameux excluait les idées innées: ce qui est très faux. mais je me doutais peu qu'il pût être question de lui entre nous. de Muret ou de Maffei. le sénateur. ce qui seul suppose nécessairement quelque chose de semblable à la théorie des idées innées. qu'on a beaucoup trop déprimés de nos jours. Et si vous examinez d'ailleurs ce qu'il a écrit avec une force de tête et une finesse d'expressions véritablement admirables. vous sentirez à quel point. ne pouvait cependant être celui de Bembo. je vous citai cette maxime fondamentale du philosophe grec. et dont on ne s'embarrassait nullement alors.. de la précision. sur l'essence de l'esprit qu'il place dans le pensée même (XXXVII). Je veux vous faire lire un jour la doctrine de saint Thomas sur les idées. monsieur le chevalier. que vous n'avez pas peur des in-folios. Il ne pouvait s'occuper de sciences qui n'existaient pas de son temps. quelquefois à l'Église.. Quant aux scolastiques. de la force et du laconisme. Je sais. vous n'empruntiez saint Thomas à votre curé pour juger par vous70 . Par défaut d'intelligence ou de bonne foi.vous eûtes cependant la bonté de vous en fier à moi lorsque. mes bons amis. ce qui a trompé surtout la foule des hommes superficiels qui se sont avisés de traiter une grande chose sans la comprendre. si Dieu vous le rend.

(2) Intellectus noster. la vue ne pouvant se voir ni voir qu'elle voit. ou comme on voudra. c'est ce que je ne veux point examiner dans ce moment: le point négatif de la question est sans contredit ce qu'elle renferme de plus important. pour le fête du SaintSacrement: Lauda. n'importe. nihil intelligit sine phantasmate. 71 . XL). ne comprend rien sans image (2). etc. S. Sion. Salvatorem. Quelle justesse et quelle profondeur! c'est un éclair de la vérité qui se définit elle-même. Puisque saint Thomas fut surnommé l'ange de l'école. le chevalier ait cinquante ans. Maintenant. elle n'admet aucune équation. aucune analogie. et vous ne serez homme ou intelligence qu'en vous élevant du triangle à la triangularité. et en attendant que M. et même ils ignorent leur propre opération. » parce qu'elle est au-dessus de tout et ne ressemble à rien. Les sens sont étrangers à toute idée spirituelle. de manière qu'il ne peut y avoir aucun rapport. la prose de saint Thomas. mais cette appréhension qui vous est commune avec l'animal ne vous constitue vous-même que simple animal. est une équation entre l'affirmation et son objet (XXXVIII). Le sens ne connaît que l'individu. dit-il. » -(1) Santeuil disait qu'il préférait à sa plus belle composition. La vérité.. « mais qu'à l'égard de l'opération spirituelle qui affirme. car les sens n'entrent pour rien dans cette opération. le sénateur. Vos yeux aperçoivent un triangle. etc. Vous verrez d'abord qu'il ne marchande point pour décider que l'intelligence dans notre état de dégradation.même de ce grand homme. que je ferai connaître la doctrine de saint Thomas sur les idées. comme on dit. Il distinguera soigneusement « l'intellect passif ou cette puissance qui reçoit les impressions de l'intellect actif (qu'il nomme aussi possible). aucune équation entre la chose comprise et l'opération qui comprend (XXXIX. l'hymne. et il a bien eu soin de nous avertir qu'il ne s'agit d'équation qu'entre ce qu'on dit de la chose et ce qui est dans la chose. mais celle-ci peut seule les rendre intelligibles. secundum statum praesentem. III. M. Lib. Je voudrais encore vous faire lire la superbe définition de la vérité. cap 41. ils reçoivent les impressions et les transmettent à l'intelligence. ou que nous les voyions en Dieu. Adversus gentes. que les idées universelles soient innées dans nous. Mais entendez-le parler ensuite sur l'esprit et sur les idées. que nous a donnée saint Thomas. l'intelligence seule s'élève à l'universel. c'est lui surtout qu'il faut citer pour absoudre l'école. Mais je reviens à la question. ou. c'est à vous. de l'intelligence proprement dite qui raisonne sur les impressions. C'est cette puissance de généraliser qui spécialise l'homme et le fait ce qu'il est. Thom.

tandis qu'on prononce très expressément sur le point capital en soutenant que les idées nous viennent par les sens. je ne refuse point d'en reconnaître quelques-uns parmi les défenseurs du sensibilisme (ce mot. le chevalier. Si l'estimable Thomas a raison dans ce beau vers: L'homme vit par son âme. de vous trouver en mauvaise compagnie? Dans ce cas. car si la pensée est essence. ne vous est-il jamais arrivé. le chevalier. demander l'origine des idées. si vous me faisiez l'honneur de me choisir pour votre introducteur dans ce genre de philosophie. tenez pour sûr qu'il redoute au contraire le problème comme trop clair. que je suis en état de diminuer un peu le nombre de ces noms respectables dont vous me parliez. Vous en voyez ici un exemple: pourquoi mentir? pourquoi dire qu'on ne veut point prononcer sur l'essence de l'âme. on a droit de se moquer de vous. Vous voyez.établissons d'abord que les plus grands.. je voudrais d'abord. et l'âme est la pensée tout est dit. M. M. C'est la plus sainte. Je ne connais pas un de ces messieurs à qui le titre sacré d'honnête homme convienne parfaitement. messieurs. il y a de même dans les discussions philosophiques. et qu'il se hâte de passer à côté pour conserver le droit de troubler l'eau. pour ne rien dire de plus. est devenu nécessaire). ce qui serait téméraire. mais dites-moi. le plus nobles. non pour en connaître la nature. messieurs. qu'il n'entreprendra point de la résoudre. tant qu'on n'a pas décidé la question de l'essence de l'âme. c'est demander l'origine de l'origine. ou tout autre qu'on trouvera meilleur. il n'y a qu'un mot à dire: SORTEZ. tant que vous y êtes. le plus vertueux génies de l'univers se sont accordés à rejeter l'origine sensible des idées. Vous permettrait-on dans les tribunaux de demander un héritage comme parent. la plus unanime. etc. Ne soyons pas la dupe de cette hypocrite modestie: toutes les fois que vous voyez un philosophe du dernier siècle s'incliner respectueusement devant quelque problème. ce qui chasse manifestement la pensée de la classe des essences? Je ne vois pas 72 . ou par malheur ou par faiblesse. la plus entraînante protestation de l'esprit humain contre la plus grossière et la plus vile des erreurs: pour le surplus. tant qu'il serait douteux que vous l'êtes? Eh bien. Après ce petit préliminaire. et qui doivent être absolument décidées avant qu'il soit permis de passer à d'autres. nous dire que la question passe les forces de l'esprit humain. mais seulement pour en examiner les opérations. Voilà Condillac qui nous dit: Je m'occuperai de l'esprit humain. vous faire observer avant tout que toute discussion sur l'origine des idées est un énorme ridicule. Au reste. nous pouvons ajourner la question. de ces questions que les gens de la loi appellent préjudicielles. comme vous savez.

d'ailleurs ce que la question de l'essence de la pensée a de plus difficile que celle de son origine qu'on aborde si courageusement. Peut-on concevoir la pensée comme accident d'une substance qui ne pense pas? ou bien peut-on concevoir l'accident-pensée se connaissant lui-même, comme pensant et méditant sur l'essence de son sujet qui ne pense pas? Voilà le problème proposé sous deux formes différentes, et pour moi je vous avoue que je n'y vois rien de désespérant; mais enfin on est parfaitement libre de le passer sous silence, à la charge de convenir et d'avertir même, à la tête de tout ouvrage sur l'origine des idées, qu'on ne le donne que pour un simple jeu d'esprit, pour une hypothèse tout à fait aérienne, puisque la question n'est pas admissible sérieusement tant que la précédente n'est pas résolue. Mais une telle déclaration faite dans la préface accréditerait peu le livre; et qui connaît cette classe d'écrivains ne s'attendra guère à ce trait de probité. Je vous faisais observer ensuite, M. le chevalier, une insigne équivoque qui se trouve dans le titre même de tous les livres écrits dans le sens moderne, sur l'origine des idées, puisque ce mot d'origine peut désigner également la cause seulement occasionnelle et excitatrice, ou la cause productrice des idées. Dans le premier cas, il n'y a plus de dispute, puisque les idées sont supposer préexister; dans le second, autant vaut précisément soutenir que la matière de l'étincelle électrique est produite par l'excitateur. Nous rechercherions ensuite pourquoi l'on parle toujours de l'origine des idées, et jamais de l'origine des pensées. Il faut bien qu'il y ait une raison secrète de la préférence constamment donnée à l'une de ces expressions sur l'autre: ce point ne tarderait pas à être éclairci; alors je vous dirais, en me servant des paroles même de Platon que je cite toujours volontiers: Entendons-nous, vous et moi, la même chose par ce mot de pensée? Pour moi, la pensée est LE DISCOURS QUE L'ESPRIT SE TIENT À LUI-MEME (1). -(1) ##To de dianoesthai ar oper egoo kaleis; ... logon on aute pros autèn è psukhè diexergetai. (Plato. in Teaet. Opp., tom. II, p. 160-151 [sic].) Verbe, parole et raison, c'est la même chose (Bossuet, VI Avert. aux Protestants No. 48), et ce verbe, cette parole, cette raison est un être, une hypostase réelle, dans l'image comme dans l'original. C'est pourquoi il est écrit dic verbo, et non pas dic verbum. Et cette définition sublime vous démontrerait seule la vérité de ce que je vous disais tout à l'heure: que la question de l'origine des idées est la même que celle de l'origine de la parole; car la pensée et la parole

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ne sont que deux magnifiques synonymes; l'intelligence ne pouvant penser sans savoir qu'elle pense, ni savoir qu'elle pense sans parler, puisqu'il faut qu'elle dise: je sais. Que si quelque initié aux doctrines modernes vient vous dire que vous parlez, parce qu'on vous a parlé; demandez-lui (mais vous comprendra-t-il?) si l'entendement, à son avis, est la même chose que l'audition; et s'il croit que, pour entendre la parole, il suffise d'entendre le bruit qu'elle envoie dans l'oreille? Au reste, laissez, si vous voulez, cette question de côté. Si nous voulions approfondir la principale, je me hâterais de vous conduire à un préliminaire bien essentiel, celui de vous convaincre qu'après tant de disputes, on ne s'est point encore entendu sur la définition des idées innées. Pourriez-vous croire que jamais Locke n'a pris la peine de nous dire ce qu'il entend par ce mot? cependant rien n'est plus vrai. Le traducteur français de Bacon déclare, en se moquant des idées innées, qu'il avoue ne pas se souvenir d'avoir eu dans le sein de sa mère connaissance du carré de l'hypoténuse. Voilà donc un homme d'esprit (car Locke en avait beaucoup) qui prête aux philosophes spiritualistes la croyance qu'un foetus dans le sein de sa mère sait les mathématiques, ou que nous pouvons savoir sans apprendre; c'est-à-dire en d'autres termes, apprendre sans apprendre; et que c'est là ce que les philosophes nomment idées innées. Un écrivain bien différent et d'une toute autre autorité, qui honore aujourd'hui la France par des talents supérieurs ou par le noble usage qu'il en sait faire, a cru argumenter d'une manière décisive contre les idées innées, en demandant: « Comment, si Dieu avait gravé telle ou telle idée dans nos esprits, l'homme pourrait parvenir à les effacer? Comment, par exemple, l'enfant idolâtre, naissant ainsi que le chrétien avec la notion distincte d'un Dieu unique, peut cependant être ravalé au point de croire à une multitude de dieux? » Que j'aurais de choses à vous dire sur cette notion distincte et sur l'épouvantable puissance dont l'homme n'est que trop réellement en possession, d'effacer plus ou moins ses idées innées et de transmettre sa dégradation! Je m'en tiens à vous faire observer ici une confusion évidente de l'idée ou de la simple notion avec l'affirmation, deux choses cependant toutes différentes: c'est la première qui est innée, et non la seconde; car, personne, je crois, ne s'est avisé de dire qu'il y avait des raisonnements innés. Le déiste dit: Il n'y a qu'un Dieu, et il a raison; l'idolâtre dit: Il y en a plusieurs, et il a tort; il se trompe, mais comme un homme qui se tromperait dans une opération de calcul. S'en suivrait-il par hasard que celui-ci n'aurait pas l'idée du nombre? Au contraire, c'est une preuve qu'il la possède; car, sans cette idée, il n'aurait pas même l'honneur de se tromper. En effet pour se tromper, il faut affirmer; ce qu'on ne peut
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faire sans une puissance quelconque du verbe être, qui est l'âme de tout verbe (1), et toute affirmation suppose une notion préexistante. Il n'y aurait donc, sans l'idée antérieure d'un Dieu, ni théistes, ni polythéistes, d'autant qu'on ne peut dire ni oui ni non sur ce qu'on ne connaît pas, et qu'il est impossible de se tromper sur Dieu, sans avoir l'idée de Dieu. C'est donc la notion ou la pure idée qui est innée et nécessairement étrangère aux sens: que si elle est assujettie à la loi du développement, c'est la loi universelle de la pensée et de la vie dans tous les cercles de la création terrestre. Du reste toute notion est vraie (2). -(1) Tant que le verbe ne paraît pas dans la phrase, l'homme ne parle pas, il BRUIT. (Plutarque, Questions platoniques, chap IX; traduction d'Amyot.) (2) Celui qui tenait ce discours, il y a plus de dix ans, se doutait peu alors qu'il était à la veille de devenir le correspondant et bientôt l'ami de l'illustre philosophe dont la France a tant de raison de s'enorgueillir; et qu'en recevant de la main même de M. le vicomte de Bonald la collection précieuse de ses oeuvres, il aurait le plaisir d'y trouver la preuve que le célèbre auteur de la Législation primitive s'était enfin rangé parmi les plus respectables défenseurs des idées innées. Au reste, on n'entend parler ici que de la proposition négative qui nie l'origine immatérielle des idées; le surplus est une question entre nous, une question de famille dont les matérialistes ne doivent pas se mêler. Vous voyez, messieurs, que sur cette grande question (et je pourrais vous citer bien d'autres exemples), on en est encore à savoir précisément de quoi il s'agit. Un dernier préliminaire enfin non moins essentiel serait de vous faire observer cette action secrète, qui, dans toutes les sciences... LE SÉNATEUR. Croyez-moi, mon cher ami, ne vous jouez pas davantage sur le bord de cette question; car le pied vous glissera, et nous serons obligés de passer ici la nuit. LE COMTE. Dieu vous en préserve, mes bons amis, car vous seriez assez mal logés. Je n'aurais cependant pitié que de vous, mon cher sénateur, et point du tout de cet aimable soldat qui s'arrangerait fort bien sur un canapé.
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LE CHEVALIER. Vous me rappelez mes bivouacs; mais, quoique vous ne soyez pas militaire, vous pourriez aussi nous raconter de terribles nuits. Courage, mon cher ami! certains malheurs peuvent avoir une certaine douceur; j'éprouve du moins ce sentiment, et j'aime à croire que je le partage avec vous. LE COMTE. Je n'éprouve nulle peine à me résigner; je vous l'avouerai même, si j'étais isolé, et si les coups qui m'ont atteint n'avaient blessé que moi, je ne regarderais tout ce qui s'est passé dans le monde que comme un grand et magnifique spectacle qui me livrerait tout entier à l'admiration; mais que le billet d'entrée m'a coûté cher! ... Cependant je ne murmure point contre la puissance adorable qui a si fort rétréci mon appartement. Voyez comme elle commence déjà à m'indemniser, puisque je suis ici, puisqu'elle m'a donné si libéralement des amis tels que vous. Il faut d'ailleurs savoir sortir de soi-même et s'élever assez haut pour voir le monde, au lieu de ne voir qu'un point. Je ne songe jamais sans admiration à cette trombe politique qui est venue arracher de leurs places des milliers d'hommes destinés à ne jamais se connaître, pour les faire tournoyer ensemble comme la poussière des champs. Nous sommes trois ici, par exemple, qui étions nés pour ne jamais nous connaître: cependant nous sommes réunis, nous conversons; et quoique nos berceaux aient été si éloigné, peut-être que nos tombes se toucheront. Si le mélange des hommes est remarquable, la communication des langues ne l'est pas moins. Je parcourais un jour dans la bibliothèque de l'académie des sciences de cette ville, le Museum sinicum de Bayer, livre qui est devenu, je crois, assez rare, et qui appartient plus particulièrement à la Russie, puisque l'auteur, fixé dans cette capitale, y fit imprimer son livre, il y a près de quatre-vingts ans. Je fus frappé d'une réflexion de cet écrivain savant et pieux. « On ne voit point encore, dit-il, à quoi servent nos travaux sur les langues; mais bientôt on s'en apercevra. Ce n'est pas sans un grand dessein de la Providence que les langues absolument ignorées en Europe, il y a deux siècles, ont été mises de nos jours à la portée de tout le monde. Il est permis déjà de soupçonner ce dessein; et c'est un devoir sacré pour nous d'y concourir de toutes nos forces (XLI). » Que dirait Bayer, s'il vivait de nos jours? la marche de la Providence lui paraîtrait bien accélérée. Réfléchissons d'abord sur la langue universelle. Jamais ce titre n'a mieux convenu à la langue française; et ce qu'il y a d'étrange, c'est que sa puissance semble augmenter avec sa stérilité. Ses beaux jours sont passés: cependant tout le monde l'entend, tout le monde la parle; et je ne crois pas même qu'il y ait de ville en Europe qui ne renferme quelques hommes en état de
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l'écrire purement. La juste et honorable confiance accordée en Angleterre au clergé de la France exilé, a permis à la langue française d'y jeter de profondes racines: c'est une seconde conquête peut-être, qui n'a point fait de bruit, car Dieu n'en fait point (1), mais qui peut avoir des suites plus heureuses que la première. Singulière destinée de ces deux grands peuples, qui ne peuvent cesser de se chercher ni de se haïr! Dieu les a placés en regard comme deux aimants prodigieux qui s'attirent par un côté et se fuient par l'autre; car ils sont à la fois ennemis et parents (2). Cette même Angleterre a porté nos langues en Asie, elle a fait traduire Newton dans la langue de Mahomet (3), et les jeunes Anglais soutiennent des thèses à Calcutta, en arabe, en persan et en bengali. De son côté, la France qui ne se doutait pas, il y a trente ans, qu'il y eût plus d'une langue vivante en Europe, les a toutes apprises, tandis qu'elle forçait les nations d'apprendre la sienne. Ajoutez que les plus longs voyages ont cessé d'effrayer l'imagination; que tous les grands navigateurs sont européens (4); que l'Orient entier cède manifestement à l'ascendent européen; que le Croissant, pressé sur ses deux points, à Constantinople et à Delhi, doit nécessairement éclater par le milieu; que les événements ont donné à l'Angleterre quinze cents lieux de frontières avec le Thibet et la Chine, et vous aurez une idée de ce qui se prépare. L'homme, dans son ignorance, se trompe souvent sur les fins et sur les moyens, sur ses forces et sur la résistance, sur les instruments et sur les obstacles. Tantôt il veut couper un chêne avec un canif, et tantôt il lance une bombe pour briser un roseau; mais la Providence ne tâtonne jamais, et ce n'est pas en vain qu'elle agite le monde. Tout annonce que nous marchons vers une grande unité que nous devons saluer de loin, pour me servir d'une tournure religieuse. Nous sommes douloureusement et bien justement broyés; mais si de misérables yeux tels que les miens sont dignes d'entrevoir les secrets divins, nous ne sommes broyés que pour être mêlés. -(1) Non in commotione Dominus. III. Reg. XIX, 11. (2) « Vous êtes, à ce qui me semble, gentis incunabula nostrae, et toujours la France a exercée sur l'Angleterre une influence morale plus ou moins forte. Lorsque la source qui est chez vous se trouvera obstruée ou souillée, les eaux qui en partent seront bientôt taries en Angleterre, ou bien elles perdront leur limpidité, et peut-être qu'il en sera de même pour toutes les autres nations. De là vient, suivant ma manière de voir, que l'Europe n'est que trop intéressée à tout ce qui se fait en France. » (Burke's Reflex. on the Revol. of France, London. Dodley, 1793, in-8o, p. 118-119.) Paris est le centre de l'Europe. (Le même, Lettres à un membre de la chambre des communes, 1797, in8o, p. 18.) (3) Le traducteur, qui a écrit presque sous la dictée d'un astronome
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anglais, se nomme Tuffuzul-Hussein, Khan. Boerhave a reçu le même honneur. (Sir Will. Jones's works, in-4o. tom. 5, p. 570. Supplément, tom. I, p. 278. Tom II, p. 922.) (4) Voyez Essays by the students of fort William in Bengal, etc. Calcutta, 1802. Saint-Martin a remarqué que tous les grands navigateurs sont chrétiens. C'est la même chose. LE SÉNATEUR. O mihi tam longae maneat pars ultima vitae! LE CHEVALIER. Vous permettrez bien, j'espère, au soldat de prendre la parole en français: Courez, volez, heures trop lentes Qui retardez cet heureux jour.

FIN DU SECOND ENTRETIEN.

NOTES DU DEUXIEME ENTRETIEN.

Note I. Le mérite du style ne doit pas être accordé à Rousseau sans restriction. Il faut remarquer qu'il écrit très mal la langue philosophique; qu'il ne définit rien; qu'il emploie mal les termes abstraits; qu'il les prend tantôt dans un sens poétique, et tantôt dans le sens des conversations. Quant à son mérite intrinsèque, La Harpe a dit le mot: Tout, jusqu'à la vérité, trompe dans ses écrits. Note II. Ubicunque videris orationem corruptam placere, ibi mores quoque à recto descivisse non est dubium. (Senec., Epist. mor. CXIV.) On peut retourner cette pensée et dire avec autant de vérité: ubicunque mores à recto descivisse videris, ibi quoque orationem corruptam placere non est dubium. Le siècle qui vient de finir a donné en France une grande et triste preuve de cette vérité. Cependant de très bons esprits ont vu le mal et ont défendu la langue de toutes leurs forces:
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on ne sait encore ce qui arrivera. Le style réfugié, comme on le nomma jadis, tenait à la même théorie. Par un de ces faux aperçus qui ne cessent de s'introduire dans le domaine de la science, on a attribué ce style au contact des nations étrangères; et voilà comment l'esprit humain perd son temps à se jouer sur des surfaces trompeuses où il s'amuse même à se mirer sottement, au lieu de les briser pour arriver à la vérité. Jamais le protestantisme français persécuté, affranchi ou protégé, n'a produit ni ne produira en français aucun monument capable d'honorer la langue et la nation. Rien dans ce moment ne l'empêche de me démentir. Macte animo! Note III. En général, ce citations sont justes. On peut les vérifier dans l'ouvrage de Timée de Locres, imprimé avec les oeuvres de Platon. (Édit. Bip., tom. X, p. 26. Voyez encore le Timée de Platon, ibid., p. 426, et le Critias, ibid., 65-66.) J'observe seulement que dans le Critias, Platon ne dit pas le don inestimable, mais les plus belles choses parmi les plus précieuses: ##Ta kallista apo toon timootatoon apolluntes. (Ibid., in fin.) L'abbé Le Batteux, dans sa traduction de Timée de Locres, et l'abbé de Feller (Dict. hist., art. Timée, et Catéch. philos. tom. III, no 465) font parler ce philosophe d'une manière plus explicite; mais comme la seconde partie du passage cité est obscure, et que Marcile Ficin me paraît avoir purement conjecturé, j'imite la réserve de l'interlocuteur qui s'en est tenu à ce qu'il y a de certain. Note IV. Toutes ces idées se rencontrent en effet dans le Phèdre de Platon. (Opp., tom. X, p. 286 et 341.) Ce dialogue singulier ressemble beaucoup à l'homme. Les vérités les plus respectables y sont fort mal accompagnées; et Typhon s'y montre trop à côté d'Osiris. Note V. Newton, qui peut être appelé à juste titre, pour me servir d'une expression du Dante, MASTRO DI COLOR CHE SANNO, a décidé qu'il n'est pas permis en philosophie d'admettre le plus lorsque le moins suffit à l'explication des phénomènes, et qu'ainsi un couple suffisant pour expliquer la population de l'univers, on n'a pas le droit d'en supposer plusieurs. Linnée, qui n'a point d'égaux dans la science qu'il a cultivée, regarde de même comme un axiome: que tout être vivant ayant un sexe, vient d'un couple créé par Dieu dans l'origine des choses; et le chevalier W. Jones, qui avait tant médité sur les langues et sur les différentes familles humaines, déclare embrasser cette doctrine sans balancer. (Asiat. Research. in-4o, tom. III, pag. 480.) Voltaire, fondé sur sa misérable raison de la diversité des espèces, a soutenu chaudement l'opinion contraire, et il serait excusable (n'était

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la mauvaise intention), vu qu'il parlait de ce qu'il n'entendait pas. Mais que dire d'un physiologiste cité plus haut (p. 64, note VI), lequel, après avoir reconnu expressément la toute-puissance du principe intérieur, dans l'économie animale, et son action altérante lorsqu'il est lui-même vicié de quelque manière, n'adopte pas moins le raisonnement grossier de Voltaire, et s'appuie de la stature d'un Patagon, de la laine d'un Nègre, du nez d'un Cosaque, etc., pour nous dire gravement que, suivant l'opinion la plus vraisemblable, LA NATURE (qu'est-ce donc que cette femme?) a été déterminée par des lois primordiales dont les causes sont inconnues, À CRÉER diverses races d'hommes. Voilà comment un homme, d'ailleurs très habile, peut se trouver enfin conduit par le fanatisme anti-mosaïque de son siècle à ignorer ce qu'il sait et à nier ce qu'il affirme. Note VI. Antiquitas proxime accedit ad deos. (Cicero, de Leg. II, 11.) Non tamen negaverim fuisse primos homines alti spiritus viros; et, ut ita dicam, A DIIS RECENTES: neque enim dubium est quin meliora mundus nondum effatus ediderit. (Sen. Epist. XC.) Origène disait très sensément à Celse: « Le monde ayant été créé par la Providence, il faut nécessairement que le genre humain ait été mis, dans les commencements, sous la tutelle de certains êtres supérieurs, et qu'alors Dieu déjà se soit manifesté aux hommes. C'est aussi ce que l'Écriture sainte atteste, etc. (Gen. XVIII), et il convient en effet que, dans l'enfance du monde, l'espèce humaine reçût des secours extraordinaires, jusqu'à ce que l'invention des arts l'eût mise en état de se défendre elle-même et de n'avoir plus besoin de l'intervention divine, etc. » Origène appelle à lui la poésie profane comme une alliée de la raison et de la révélation; il cite Hésiode dont le passage très connu est fort bien paraphrasé par Milton. (Par. lost. IX, 2, etc.) Voy. Orig. contra Cels. IV, cap 28. Opp. Edit. Rucci, tom I, pag. 199, 562. Note VII. Veneris stellae Pythagoras deprehendit Olympiad. XLII quae fuit annus urbis CXLII. Plin. hist. nat., lib. II, cap. 8, tom. I, pag. 150. Edit Hard. in-4o. Macrob. Saturn., l. XII. - Maurice's history of Indostan, in4o, tom. I, pag. 167. Note VIII. ##Eita su dedias, k. t. l. Sept. Sap. conv. Edit. Steph. in-fol., tom. II, pag. 149. Amyot a traduit: « Les Égyptiens disent que les astres, en faisant leurs révolutions ordinaires, sont une fois haut et puis une fois bas, et, selon leur hauteur et leur bassesse, deviennent pire ou
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tom.. (Sir William Jones's works. à différentes époques.. c. Ce n'est pas précisément cela. » (Banq. et il en fait honneur en effet aux Chaldéens. mais la première leçon est évidemment l'ouvrage d'un copiste qui. I. VI. 1722. VII. supplem. of Ind. On peut observer. C'est dans le Ve discours qu'il emploie cette expression remarquable.) Note XI. Gotting. ce qui semble néanmoins revenir au même. que les souverains Pontifes ont puissamment favorisé la découverte du véritable système du monde par la protection qu'ils accordèrent. et ceci m'a toujours paru remarquable. aux défenseurs 81 . ne comprenant rien à ces sept rayons. 119 et suiv. Il est vrai que Pétau. mais dans le monument qui représente la fable. etc. expt. Heinii. » et l'on peut voir de plus dans le grand ouvrage de P. Revol. III. XI. cael. on voit en effet sept jeunes filles (Maurice's hist. chap. La fable indienne ne dit point que ces vierges fussent au nombre de sept. cite un manuscrit qui porte ##epaktina theon. à la marge de son édition (in-4o. I. Edit. 323). Elle prouve seulement combien il faut se garder de corriger les manuscrits sans pouvoir s'appuyer d'une autre autorité écrite. in-8o..) Note IX. tom. Note X. que toutes les figures qui représentent Apollon ou le Soleil ont la tête ornée de sept rayons lumineux ou d'un diadème à sept pointes. de Montfaucon. Paris. pag. pag. eut retenu pour lui l'île de Rhodes qui venait de sortir du sein de la mer. 1798. d'autant plus que les brahmes soutiennent expressément que le soleil a sept rayons primitifs. oublié dans le partage. ce qui revient encore au même. 13 . et dont on a envoyé une copie en Europe. et que le soleil. des sept sages. à propos de ce livre. pag. in-fol. on voit constamment le nombre sept attaché au Soleil. dédié au pape Paul III. 116. tom. 108). pag. in-4o.) Pindare a dit (Olymp.meilleurs qu'ils n'étaient.) (Note de l'éditeur.135. pag. (Antiq. grand protecteur des sciences et surtout de l'astronomie. D'une manière ou d'une autre.. il eut de la nymphe qui donna son nom à l'île sept fils d'un esprit merveilleux. tom. au lieu de ##eptaktina. II. 98) « qu'après que les dieux se furent divisé la terre. On peut voir sur ce point les nombreux témoignages de l'antiquité recueillis dans la belle préface que Copernic a placée à la tête de son fameux livre De Orb. dut s'applaudir beaucoup d'avoir imaginé cette correction.

pour former les montagnes par voie de précipitation. elle est tombée des nues et s'est formée en un clin d'oeil. in-8o. C'est un aérolithe. ) Montrez-leur la pierre de Sibérie. pendant plus d'un demi-siècle.) Eh! comment ne seraient-ils pas crédules. or an Analysis of 82 .) Note XII. c'est-à-dire à deux mille ans au moins avant notre ère. mais. L'Europe doit des actions de grâce à la société anglaise de Calcutta. Note XIV. de Mantoue. pag. pag.. vous trouverez sur-le-champ un de ces messieurs. et l'on ne sait plus deviner comment elle se serait fait jour. Sénèque a dit: Philosophi credula gens. note du traducteur. Il est devenu tout à fait inutile de parler de l'aventure de Galilée. in-4o. par M. Bryant. Mais ne voilà-t-il pas que ces tables se sont trouvées écrites. 93. il leur a fallu plus d'eau que n'en suppose le déluge. comme il s'en forme en l'air très souvent. tom. Ital.. Note XIII. pag. 8. ils n'ont pas hésité d'en couvrir le globe jusqu'au-dessus des Cordillères. (Voy. et qui ne paraît encore affaiblie que parce qu'elle a affaibli le malade! Ces détestables lettrés du dernier siècle se seraient coalisés avec les brahmes pour étouffer la vérité. Mais s'agit-il des couches terrestres. diront-ils. les Mém. dont les honorables travaux ont brisé cette arme dans les mains des malintentionnés. dans les Rech.. par l'abbé Tiraboschi. et seg. si les Français avaient dominé dans l'Inde pendant la fièvre irréligieuse qui a travaillé ce grand peuple. Dieu ne s'en tirera pas en moins de soixante mille ans. et même par bonheur datées vers la fin du XIIIe siècle! (De l'antiquité du Surya-Sidhanta. Venezia. dont les torts ne sont plus ignorés que de l'ignorance. VI.000. 538. asiat. tom. I. Dites que les blocs gigantesques qui forment certains monuments du Pérou pourraient bien être des pierres factices.de ce système. 313. lettre VI. il faut qu'on passe par là. qui est à l'académie de SaintPétersbourg. qui vous dira: Je ne vois rien là que de très probable. et qui pèse 2. nat. lus à l'acad. V. tom. Un Péruvien peut fort bien faire du granit impromptu. Bailli avait démontré que les fameuses tables de Trivalore remontaient à l'époque si célèbre dans l'Inde du Cali-Yug. ceux qui croient tout ce qu'ils veulent? Les exemples ne manquent pas. 1796. L'ouvrage célèbre de M. A new System. pour la roche calcaire. Ceux-ci sont remarquables. Storia delle letterat.) Quel malheur pour la science. nous démontrer l'impossibilité physique du déluge par le défaut d'eau nécessaire à la grande submersion? Mais du moment que. Bentley. c'est autre chose. 26. (Lettres améric. (Quaest. Ne les avons-nous pas vu.

etc. 289. 489.. XVI. 83 . XI. 1785. 3. etc. peut être considéré comme un savant commentaire de cette proposition.ancient mythology. Homère ne l'emploie jamais que dans son acception primitive d'ordre. OEuvr.. Iliade. préf. Au reste. II. par M. 4. quelquefois dans celui de convenance. 364. Caylus a défié l'Europe entière avec toute sa mécanique de construire une pyramide d'Égypte. XXIV. tom. London 1776. qu'il se trouve dans les langues anciennes. 588. jamais dans celui de monde. d'ornement. 363. ce qui doit paraître très surprenant.) Note XVI. etc. j'avoue cependant que le mot de COSMOS ne me semble pas cité heureusement à l'appui de cette proposition. (Vues des Cordillères et monum. VIII. ibid.. in-4o. mais l'ensemble de l'ouvrage. 16.. des mots qui supposent des connaissances étrangères à cette époque. etc. Pindare emploie presque toujours ce mot de COSMOS dans le sens d'ornement. Le règne de Quetzalcoatl était l'âge d'or des peuples d'Anahnac: alors tous les animaux. I. Odyss. me semblent présenter une véritable démonstration de la science primitive. de décence.) .. Voy. aurea prima sata est aetas. et même des puissants moyens physiques qui furent mis à la disposition des premiers hommes. et COSMEO. 16e du Ier livre de l'Iliade. 472.. X. (Rech. 3 vol. Mais ce règne. puisqu'il est évidemment nouveau dans le sens de monde. et le bonheur du monde ne furent pas de longue durée. XII. la terre produisait sans cultures ses plus riches moissons. de l'Amérique. au Soleil. aux époques d'une barbarie plus ou moins profonde.. tom. 622. 40. IV.Il est bien remarquable que les mêmes traditions se sont retrouvées en Amérique. Il l'a dit en effet dans l'Essai sur les moeurs. Euripide du même ne s'en sert jamais dans ce dernier sens. V. Ce qui est fort singulier. et le IIIe volume surtout. VIII. de Humboldt.) Note XV. p. 179. les hommes mêmes vivaient en paix. d'antiq. V. V. in-8o. Un livre de ce genre contient nécessairement une partie hypothétique. 492. On le trouve à la vérité selon ce même sens dans les hymnes attribués à Orphée. V. Hésiode ne fait presque pas usage de ce mot (même dans le sens d'ornement) ni d'aucun de ses dérivés si nombreux et si élégants. Chap.) Mais ce n'est qu'une preuve de plus que ces hymnes ont été fabriqués ou interpolés à une époque très postérieure à celle qu'on leur attribue. 214. 12. puisque leurs ouvrages matériels passent les forces humaines. p.. etc. etc. tom. Planche VII. qualia nunc hominum pruducit corpora tellus. V. etc. etc. 572. on trouve une seule fois COSMOS dans la Théogonie. in-8o. 759. XIV. sans prétendre contester l'observation générale. V. in-4o. Eustathe sur le v. de Volt. 48. (À la Terre.

singeant ce même goût. L. Il dit en effet que tout homme intelligent doit de grandes louanges à l'antiquité pour le grand nombre de mots heureux et naturels qu'elle a imposés aux choses: ##Oos eu kai kata fusin keimena. tom. supplier et supplicier. etc. Opp. voir dans ce mot de rhumb une connaissance ancienne de la loxodromie? Note XIX. mor. qu'elle ne se rencontre jamais dans l'Odyssée. Apulée. les surnoms.) Lui-même est admirable dans cette expression qui est tout à fait efficace pour nous faire comprendre ce qu'il veut dire. les épithètes. Salluste. De là Februarius. disait encore: Plena aromatis et SUPPLICIIS. et rhumbon une circonvolution en spirale. (Sen. Platon ne s'en tient pas à reconnaître ce talent de l'antiquité. pag. car l'auteur de l'Iliade est très constant sur les noms. qui appartient évidemment à l'ancien mot februare. il en tire l'incontestable conséquence: Pour moi. Sénèque admire de même ce talent de l'antiquité pour désigner les objets efficacissimis notis.Note XVII. V. VIII. supplicari. VII. je regarde comme une vérité évidente que les mots n'ont pu être imposés primitivement aux 84 . les tournures. qui appartient depuis longtemps à plusieurs langues maritimes de l'Europe. On peut observer. où l'on trouve supplice et supplication. je place celui de Rhumb. 379. Il ne paraît pas en effet qu'il y ait le moindre doute sur l'étymologie de febris. ob ea feliciter acta. De Leg. Note XVIII. etc. et cette observation pourrait être jointe à celles qui permettraient de conjecturer que les deux poèmes de l'Iliade et de l'Odyssée ne sont pas de la même main. Epist. diis immortalibus SUPPLICIA decernere. sans être un Mathanasius. Note XX.) D'ailleurs supplicatio. etc. le mois des expiations. qui aimait les archaïsmes. LXXXI.. à propos de cette expression. ne pourrait-on pas. (Métam. dit-il... Au rang de ces mots singuliers. XI. viennent de ce mot.) Et près d'un siècle plus tard. a dit: Itaque Senatus. (De bello Jugurt. et la même analogie a lieu dans notre langue. Rhumbos en grec signifiant en général la rotation.

choses que par une puissance au-dessus de l'homme: ET DE LA VIENT QU'ILS SONT SI JUSTES. II. Charron a dit encore: Celui que je veux DUIRE et instruire à la sagesse. Note XXIV.. pag. (Voy.) Cor. noeud. etc. de cos. cité dans un discours préliminaire du nouveau dictionnaire des synonymes français. Le vouloir de Dieu tout-puissant lui changea le courage. Note XXI. OOSTE ANAGKAION EINAI AYTA ORTHOOS EXIEN. et l'on dit conduire. Note XXIII. subsister à côté de moi. etc. Note XXII. voit dans sortir HORS et IRE. de Tournes. queux. 208. pag. etc.. de ovum. le sens primitif subsiste toujours. Opp. I. voeu. à la fin du livre intitulé: Promptuaire des Conciles. des mémoires. . c'est-à-dire le signe de l'intelligence qui articule le cri. de nodus. car c'est comme si nous disions: Cela ne peut aller avec moi. oeuf. 343. in Crat. Il n'a pas compris ce mot parce qu'il avait négligé les consonnes. V. De là le mot TESTis en latin: celui de TÉmoin (anciennement 85 . ce mot de COURAGE retenait encore sa signification primitive. au reste.##Oimas men egoo ton alethestaton logon peri toutoon einameizoo tina dunamin einai è anthroopeian tèn themenèn ta proota ta onomata tois pragmasin. etc. etc. Lyon. Au milieu du XVIe siècle. tom. a fait coeur. (De la sagesse. liv. Quand nous disons aujourd'hui en style familier: Cela ne me DUIT pas. chap. dans la collect. mais les consonnes sont les touches. Bip. l'action onomaturge y joignit la particule destinée en français à exprimer cette idée. de votum. en vertu de la même analogie qui de bos a fait boeuf. auxquelles le véritable étymologiste doit faire une attention presque exclusive. 1546. Plat. Les voyelles représentent les tuyaux d'un orgue: c'est la puissance animale qui ne peut que crier. de flos fleur. Lorsque l'idée de la simultanéité s'effaça des esprits. in-16. etc. no 13. Je disais en mon COURAGE: Si le roi s'en allait. (Joinville. tom. Roubaud. Le sauf-conduit donné par le souldan au sujet du roi très chrétien. II Edit.. et c'est encore dans un sens tout semblable que nous disons: Cela ne vous VA pas.) Ce mot naquit à une époque de notre langue où le sens de ces deux mots duo et ire était généralement connu.) Cette phrase est tout à fait grecque: ##Egoo de en too OYMOO mou elegon. c'est-à-dire le CUM des Latins. m'accompagner.

et dans le commencement du XVIe siècle. cart. et tant d'autres qui ont conservé ou rejeté l'orthographe latine. II. querela. dans la Collect. etc. Tac. (Vers cités dans l'avertiss. in-8o. Ce pronom indéfini étant un des éléments primordiaux de la langue française. Mémoires du sire de Joinville. serment du Test. que les Latins l'employèrent quelquefois presque sans s'en apercevoir contre le génie et les règles les plus certaines de la langue.TESmoing) dans notre langue. etc. je vos di Bon mire. kerelle.. Note XXV. Corn. XV. deorum. un poète disait encore: QUAR mon mari est. et ils dirent UN a dit. Quare a fait car. de Nat. L'expression numérique UN. quartus. La Fontaine a dit encore: Vous rappelez en moi la souvenance D'UN qui s'est vu mon unique souci. préf. Nep.. nous avons attribué à ce mot capable le sens unique du second. XII Cic. 30.) Note XXVII. CAPut hABILE. je le vos affi. de Lebret. nos pères. convertie en pronom indéfini pour exprimer l'unité vague d'un genre quelconque. II. Car l'a conservée assez longtemps: car on lit dans une ordonnance de Philippe-le-Long. 16. du 28 octobre 1318: QUAR se nous souffrions. quicunque. de Molière. Ann. Ad Fam. c'est UN qui passe. le séparèrent du substantif homme. 3. II. Les Anglais ont conservé celle-ci pure et simple. comme on le dit de nos jours dans quelques dialectes voisins de la France. Phil. 7. in Annib. La première racine s'étant effacée. On pourrait en citer d'autres. employant une ellipse très naturelle et très commode. On a cité souvent le passage de Térence.. TEST en anglais. cancan (celui-ci est célèbre). Note XXVI. tenu pour répété toutes les fois qu'il s'agissait d'exprimer ce que l'homme abstrait avait dit ou fait. ou si naturelle. CAPABLE: tête puissante qui possède une grande capacité. kiconque. quamquam. 86 . etc. comme quasi a fait casi. an ABLE man (un homme capable). habile. forte UNAM vidi adolescentulam. pag. 88. générale des mém. est si nécessaire. sur le Médecin malgré lui.

dont je m'aperçus pour la première fois en lisant la dissertation du P. ##Anakephalaioosis. Dominus vobiscom. Diasurmos. etc. fungus. Sugkatabasis.) Kalamas aulon. etc. Romae. Paulin de Saint-Barthélemi. est une syncope de CONJUGATUS. puisqu'elle n'a rien de commun avec les sons? Ce mot de conjux. La fraternité du latin et de l'esclavon. Olymp. que nous prononçons noncupatif. Cette analogie est si forte. triumvir.. etc. comme dans nuncupatif. Je recommande surtout à l'attention des philologues les noms de nombre qui sont capitaux dans ces sortes de recherches. grande amie. (Id. laquelle suppose absolument une origine commune. condescendance. fongus. la Gramm.. Orthoosa umnon (Pind. persifler. (Homère. 1802. Dèmon andra. mais il me paraît certain que.) Makra philè. et que ON vient de HOMME. etc. onguent.) Note XXVIII. II. le G et l'S étant cachés dans l'X. umbra. (Voy. chap. Je tâcherai d'y suppléer jusqu'à un certain point par quelques exemples remarquables que j'ai notés moi-même. etc. gaucherie. Je sais que le recueil indiqué existait... Qui ne serait frappé de l'analogie parfaite de ce mot souproug avec le conjux des Latins. au reste. nundinal. et dans ce cas même j'aurais aujourd'hui peu d'espoir de l'obtenir. ombre. De là vient encore la prononciation latine des Français qui amuse si fort les Italiens. homme du peuple. persiflage. récapitulation. duumvir. II. dans ces deux cas. once. 5). qu'elle nous fait souvent prononcer l'O dans les mots mêmes où l'orthographe a retenu l'U. faire une fête. 87 . est une chose connue. De latini sermonis origine et cum orientalibus linguis connexione. (Théocr.) Eortèn poiein. gén. Je me range donc volontiers à l'avis de l'interlocuteur sur l'origine de nos particules CAR et ON. bonom. ibid. III. flûte de canne. Eparizerotès. analogie purement intellectuelle.. Diasurein. Note XXIX. On connaît moins celle de l'esclavon avec le sanscrit.Mais bientôt UN se changea en ON par l'analogie générale qui a changé l'U initial latin en O francais. 198. onction. maiom. Les gens de Port-Royal ont prétendu cependant que notre car vient du grec GAR. 42. Il. mais je ne sais s'il existe encore. XIX. au lieu de unda. in-4o. la grâce de l'étymologie avait manqué à ces messieurs: Dieu est le maître. onde.

) ##Ta moria. etc. 26. comme pour tant d'autres. Ce serment qui passe pour le plus ancien monument de notre langue. mille grâces. Il. 20). Il est bien essentiel d'observer. femme avenante. Mais toutes les analogies disparaissent devant celle de ##nostimos et de revenant.. et sur ces mots et sur les précédents. hist. Quel sujet de méditations his quibus datum est? Note XXXI.. Nooi aphrodisioo. rien de si doux pour le revenant. Pour ce mot. 611). Cet homme me REVIENT: c'est-à-dire. physionomie revenante. Rom. les mots ##Eumaria. Hn autois eidenai (Démost. voir un malade (en parlant d'un médecin). il m'est agréable comme un ami qui me reviendrait. Murian kharin. il était d'une grande maison. etc. etc.dresser un contrat. il n'y a entre nous et les Grecs aucun lien. qui appartiennent également à la misère et au vice. Oikias megalès èn (Plat. 113. figure. Comme il n'y a rien de si doux que le retour d'une personne chérie longtemps séparée de nous. ektemnein (ippon) Dromas. Odyss.. les Français ont suivi la même idée précisément. 631). IV.. par exemple. où tournez-vous vos pas. Bip. c'était à eux de savoir. pag. un plan etc. Ophra IDHS Manelaon (Hom. V.. (Eurip. vous êtes d'un bon sang. par exemple. Je ne vois rien d'aussi surprenant.) Ep' amphoo katheudein. ad Il. 378). in Men. plus vite que le pas. les Grecs exprimèrent par le même mot le plaisir et le revenir... Graec. VI... I. Nous avons reçu des Latins. 53). le mot advenant (adveniens). 554. Théocrite. pour le guerrier surtout que ce jour fortuné qui le rend sain et sauf à sa patrie et à sa famille (##Nostimon èmar). Poi sou poda kukleis (Eurip. lors même que nous avons pris d'eux les mots qui représentent ces idées. etc. etc. 88 . mais jamais les Latins n'ont employé ce mot pour exprimer ce qui est agréable. Note XXX. Tels sont. 205).. Or. IV.. dormir sur les deux oreilles. aucune communication visible. que ces merveilleuses coïncidences d'idées ne nous sont point parvenues par des intermédiaires latins. 4.. id. Aimatos eis agatoio (Id.. De misère et de malheur nous avons tiré misérable et malheureux. l'une ne conduisant que trop souvent à l'autre: les Grecs avaient procédé de même sor leurs deux mots ##Ponos et ##Mokhthos. Orest. Oatton è badèn (Xén.. et réciproquement. Eusth. Edit. De falsa lege. Alc. Ils ont dit homme avenant.

ainsi que tous les autres êtres exécutent invariablement la loi que la nature leur a donnée? L'oiseau fait son nid comme les astres fournissent leur course par un principe qui ne changea jamais. La pleine maturité de cette même langue est fixée avec raison au Menteur de Corneille. scène IV.a été souvent imprimé. dans le journal historique et littéraire. il y a donc toujours eu quelque société. du canon de vingt-quatre livres de balles. etc. (Nicole. un sentiment secret les avertit qu'il n'est pas permis d'entreligner l'écriture de nos 89 . 1777.) EFFERVESCENCE: Comment dites-vous cela. V. IIe partie. 11 décembre 1695. . 32 et 33. 2 août 1689. Comment l'homme aurait-il changé? etc. Hist. Mais. de Lebret sur le Dépit amoureux.) SAGACITÉ. de la loi. C'est l'homme articulateur d'Homère. Le grave Voltaire nous dit: « L'homme a toujours été ce qu'il est. p. serm. sur la parf. Elle y revient ailleurs. Ne voyons-nous pas que tous les animaux. in-8o. Madame de Sévigné. 27 septembre 1671. 7 octobre 1676. I. celtique et tudesque. VI. Je voudrais qu'il me fût permis d'employer le terme DÉMAGOGUE. in-8o. et AIMABILITÉ (preuve qu'amabilité n'existait pas).OBSCÉNITÉ: Comment dites-vous cela. à l'Essai sur l'Hist. (Comment. 324. et aux Lettres provinciales. . (Bossuet. de l'École des femmes. p. si j'ose employer ce terme. Et même encore ils n'usent de ce droit que très sobrement et avec une timidité marquée. le fondement de la société existant toujours. par quel instinct l'homme aura TOUJOURS vécu en famille. par quels liens secrets. sans avoir encore formé un langage. Tom.. des Var. Ce dernier ouvrage est grammaticalement irréprochable: on n'y rencontre pas l'ombre de ces sortes de scories qu'on voit encore flotter sur les meilleures pièces de Corneille. ma fille? voilà un mot dont je n'avais jamais ouï parler. univ. mot inventé par Molière. Cela ne veut pas dire qu'il ait toujours eu de belles villes... » Mais à la page suivante il n'en recherche pas moins par quelle loi. Note XXXII. (Madame de Sévigné. act. Note XXXIII. cité par la même. wallon. etc. dans le dictionnaire roman. madame? (Molière..) Romani tollant equites peditesque cachinnum.. il se trouve à la tête de l'un des volumes du monde primitif de Court de Gebelin. (Bourdaloue. (Introduct. observ. des opéra-comiques et des convents de religieuses (Tacite en personne!). 1785. HHAIM-DABER. etc.) . Crit. 18. juillet. 31.) Elle souligne BAVARDAGE. 1777. OEuvre.L'ÉCLAT des pensées. comme disent nos amis (de Port-Royal).RIVALITÉ.) En général les grands écrivains craignent le néologisme. 4 novembre même année.) Esprit LUMINEUX.

##As iste kame dia pantos.) Ces textes se trouvent cités à la fin des bonnes éditions d'Hippocrate. Note XXXVI. admettait deux sources de nos connaissances: le principe sensible et l'intelligence.. .Ailleurs il répète. inter testimonia veterum. cap. que le traducteur latin Vidus. II. Partout où les vrais principes de la langue seront altérés. Note XXXIV. il reconnut que toute erreur et tout désordre partent de la matière. les caractères qui la peignent varient dans la même proportion. dont nous ayons connaissance. Il y a une grande exception au fond de l'Asie. de beauté et d'artifice nous vient d'en haut. 1017) doit observer sur le premier texte. k. Vidius.supérieurs. Id.. pag. ##Pasa mathèsis dia progignoskomenoon.) Note XXXV.t. et par la seconde les choses spirituelles. puisqu'il s'agit d'écrire. que toute doctrine et toute science rationnelle est fondée sur une 90 . Il est bien remarquable que pendant qu'une langue varie en s'approchant graduellement du point de perfection qui lui appartient. (In lib. dont je ne donne que la substance. tom.. .) De là vient « que Platon fut le plus grand partisan d'Hippocrate.. Cet axiome décisif en faveur des idées innées se trouve en effet dans la Métaphysique d'Aristote. Après avoir vu la vérité. Au reste. kai ta megista toon dogmatoon par' ekeinou elabe. Il croyait que. Gallien ne semble laisser aucun doute sur ce sujet. quoi qu'en disent Bryant et d'autres: apparet aeternum litterarum usum. Lib I.) Le premier d'entre les Grecs. mais là je ne doute pas que la moindre altération dans le système de l'écriture ne produisît subitement une autre dans le langage. De dieb. nous connaissons les choses sensibles. au lieu de Gallien qui prend la parole. decret. l.l. (Hist. et ne se fixent enfin que lorsqu'elle se fixe elle-même. IV. » (Id. où le Chinois semble au contraire parler son écriture. Med. ditil.. VII. « Hippocrate. s'est trompé en faisant parler Hippocrate lui-même. l. VIII. on la touche. Ibid. je tiens pour le sentiment de Pline. VII. » (##Zèlootès oon Ippokratous Platoon EIPER TIS ALLOS.. Tout cela vient de ce que chaque nation écrit sa parole. 57. De usu part. nat. Le lecteur qui serait tenté de les vérifier dans celle de Van der Linden (in-8o. et qu'il emprunta de lui ses dogmes principaux. de offic. par la première puissance. mais que toute idée d'ordre. on apercevra de même une certaine altération dans l'écriture. esti. Ces considérations achèvent d'effacer jusqu'à la moindre idée de raisonnement antérieur ou d'arbitraire dans les langues.

.) .Cette connaissance de l'esprit est cependant lui. sous une forme un peu moins laconique.. etc. I. .) Note XL.. au-dessus de la pensée. scilicet ut ita in re sit. dit-il. Je trouve en effet cette définition dans saint Thomas.) Note XXXIX. chap IX de la Métaphysique d'Aristote quelques idées qui se rapportent infiniment à ce que dit ici l'interlocuteur. Illud verum est de eo quod intellectus dicit. Ergo ab eo speciem sortitur. I. et est dignissimum et formalissimum in ipso.connaissance antécédente. Lib. ou connaissance. Veritas intellectus est adaequatio intellectus rei secundam quod intellectus dicit esse quod est. mais acte simple. ce qui est révoltant. Intellectus possibilis (sive activus) est aliqua pars hominis.sur le principe même qui le produit. (Ibid. il s'ensuivrait que l'acte aurait la supériorité d'excellence ou de perfection . sicut intellectus dicit. (Adv. « Comme il n'y a rien. De demonstr. gent. XII. si elle n'était pas substance. ou opinion. (Note de l'Éditeur. cap. lib. no 1. .Illud quod intellectus intelligendo dicit et cognescit (car il ne peut connaître et juger sans DIRE) oportet esse rei aequatum. XLIX.Le comprenant et le compris ne sont qu'un. ##Aootès de (è noèsis) en parergoo. paraît une espèce de horsd'oeuvre. poster. cap I. (Analyt.On s'accoutume trop à envisager la pensée en tant qu'elle s'applique aux objets extérieurs. si non ab intellectu passivo. tandis que l'appréhension de l'intelligence qui se comprend elle-même. vel non esse quod non est. que le syllogisme et l'induction n'appuient leur marche que sur ces sortes de connaissances. l'intelligence ne pouvant être qu'intelligence de l'intelligence . (Ibid. . .##OOste pheukteon touto. » Je ne serais pas éloigné de croire que ce chapitre de la Métaphysique d'Aristote se présentait au moins d'une manière vague à l'esprit de l'interlocuteur. .) Note XXXVII.##to eu to semnon .) Note XXXVIII. lorsqu'il réfutait le préjugé vulgaire qui range si injustement Aristote parmi les défenseurs d'un système non moins faux que vil et dangereux.. non operatione qua id dicit.Intellectus possibilis probatur non esse 91 .##kai estin è noèsis noèseoos noèsis.. Je trouve au liv.##oukh' eteron oioo ontos tou nooumenon kai tou nou. partant toujours de principes posés comme connus. ou sensation. comme science.

Nam si destinationem aeternae majestatis et in futurum tempus consilia divinae mentis ratio investigare non potest. (S. 1750.) . 143-144. set etiam res christiana ex his nostris lucubrationibus perceptura sit. et tametsi quid commodi imprimis religioni attulerimus nondum cuique fortassis illico apparebit. no. je pense. 92 . perficitur per species intelligibiles a phantasmatibus abstractas. si obstinément brouillé avec la vérité. tom. 3-4. (Ibid. On peut y lire en passant la condamnation de Condillac. no 3-4. Quoique l'esprit général du passage indiqué soit rendu.) . (Ibid. Nulla igitur virtus cujus operatio se extendere potest ad universalia omnia formarum sensibilium. Museum sinicum.Sensus non est cognoscitivus nisi singularium. il s'écrie: Ce n'est pas elle.. aut patefactae sunt bonorum virorum industria aut adhuc producuntur. tamen veniet tempus quum non ita obscurum erit. vu surtout l'extrême rareté du livre dont il est tiré.. cap.) . no 15.. 8. cap. quod votis expetere pium sanctumque est: pro virili autem manus praebere. (Note de l'Éditeur..) Scientia non est in intellectu passivo.. LE SÉNATEUR.Sensus non cognoscit incorporalia. praef. sed in intellectu possibili. que lorsqu'il la rencontre par hasard.) Note XLI. LX. Petropoli. Thomas. (Ibid. in-8o. (Theoph.. et vel minimam materiam comportare unice gloriosum.) Ce petit nombre de citations suffit. ut nostra admonitione non indigeat. (Ibid. lib. Thom. nect videt se videre. II. nec se ipsum. Velim autem ut (unusquisque) ita per se sentiat quem fructum non modo res litteraria. si ridicule avec ses sensations transformées..actus corporis alicujus.Intellectus possibilis. potest esse actus alicujus corporis. tamen exstant jam multa Providentiae istius argumenta ex quibus majus aliquid agitari sentiamus. no. propter hoc quod est cognoscitivus omnium formarum sensibilium in universali.. no 2. visus enim non videt se ipsum. per species individuales receptas in organis corporalibus: intellectus autem est cognoscitivus universalium. II. lib II. pag. nec suam operationem. Equidem singulare caelestis Numinis beneficium esse arbitror quod omnes omnium gentium linguae quae ante hos ducentos annos maxima ignorantia tegebantur. pour justifier les assertions de l'interlocuteur au sujet de S.. LXVII. Sigib. Bayeri. il vaut la peine d'être cité en original. ibid.) TROISIEME ENTRETIEN.

quelque fait où la vérité soit revêtue de caractères aussi frappants. qui commencerai aujourd'hui la conversation en vous proposant une difficulté. de Ligni. si l'on voulait parler à la rigueur. je dis même dans toute l'histoire sainte. et je m'en souviens même (ce qui vous a peutêtre échappé) que. mon cher comte. comme vous voyez. dont vous connaissez sans doute l'excellent ouvrage. La régénération spirituelle de l'homme individuel n'a et ne peut avoir aucune influence sur ces lois. mais c'est afin que la puissance de Dieu éclate en lui. qui est le résultat de la chute et de la dégradation de l'homme. comme toutes les oeuvres qui l'ont accompagnée et prouvée. Premièrement. parce qu'en effet on trouverait difficilement dans toute l'histoire. de Genève. Lorsque les disciples de l'Homme-Dieu lui demandèrent si l'aveugle-né qui se trouvait sur son chemin était dans cet état pour ses propres crimes ou pour ceux de ses parents. parce qu'il appartient à une masse qui doit souffrir et mourir parce qu'elle a été dégradée dans son principe. l'Évangile à la main. Enfin. n'auraient jamais eu lieu. Je connais très bien le précieux ouvrage du P. parce qu'il est homme. L'état physique du monde. tout homme. ceci est sérieux. Le P. dont son état soit la suite immédiate). ce qui s'accorde merveilleusement avec les idées que je vous ai exposées sur ce point. on pourrait dire que. sans lequel la rédemption. J'observe en second lieu que la réponse divine ne présente que l'idée d'une simple exception qui confirme la loi au lieu de l'ébranler. a vu dans la réponse que je viens de vous citer une preuve que toutes les maladies ne sont pas la suite d'une crime: comment entendez-vous ce texte.C'est moi. Le célèbre Bonnet. le divin Maître leur répondit: Ce n'est pas qu'il ait péché ni ceux qui l'ont mis au monde (c'est-à-dire. aussi propres à forcer la conviction. L'enfant souffre de même qu'il meurt. ne saurait varier jusqu'à une époque à venir qui doit être aussi générale que celle dont il est la suite. pour confirmer sa pensée. je vous prie d'observer que les disciples se tenaient sûrs de l'une ou l'autre de ces deux propositions: Que l'aveugle-né portait la peine de ses propres fautes. a tiré du miracle opéré sur l'aveugle-né le sujet d'un chapitre intéressant de son livre sur la Vérité de la Religion chrétienne. De la manière la plus naturelle. Je comprends à merveille que cette cécité pouvait n'avoir d'autre cause que celle de la manifestation solennelle d'une puissance qui venait changer le monde. s'il vous plaît? LE COMTE. il demande d'où viennent les maux physiques soufferts par des enfants baptisés avant l'âge où ils ont pu pécher? Mais. 93 . cette cécité était encore une suite du péché originel. sans manquer aux égards dûs à un homme de ce mérite. ou de celles de ses pères. ce n'est pas que ses parents ou lui aient commis quelque crime. et qu'en vertu de la triste loi qui en a découlé. de Ligni. dans un sens plus éloigné. il me semble qu'on ne peut se dispenser de reconnaître ici une de ces distractions auxquelles nous sommes tous plus ou moins sujet en écrivant.

puisqu'il n'y a rien de si vrai que la proposition contraire. celleci serait forcée de payer sans miséricorde. et les justes malheureux.est sujet à tous les maux qui peuvent affliger l'homme. d'où vient le nôtre: CAR TOUT SUPPLICE SUPPLIE. il n'est point nécessaire du tout que le crime soit toujours puni et sans délai. que si cette hérédité des peines vous embarrasse. il est singulier que l'homme ne puisse obtenir de lui d'être aussi juste envers Dieu qu'envers ses semblables: qui jamais s'est avisé de soutenir qu'il n'y a ni ordre ni justice dans un état parce que deux ou trois criminels auront échappé aux tribunaux? La seule différence qu'il y ait entre les deux justices. LE CHEVALIER. même temporel de la vertu. Pour justifier les voies de la Providence. D'un côté. c'est que la nôtre laisse échapper des coupables par impuissance ou par corruption. je ne veux plus chicaner sur ce point. hors de la portée de notre intelligence. et le reste. qu'on ne s'entend pas soi-même lorsqu'on se plaint que les méchants sont heureux dans ce monde. comme vous savez. et pourrait même à la fin se voir traiter comme insolvable selon toute la rigueur des lois. oubliez. car j'ai très peu lu de livres de métaphysique dans ma vie. toute douleur est un supplice imposé pour quelque crime actuel ou originel (1). dans son poème de la Religion: Adorable vertu. elle ne suspend ses coups que par des motifs adorables qui ne sont pas. Vous connaissez cela: ma mère me les apprit lorsque je ne savais point encore lire. et je me vois toujours sur ses genoux 94 . Tout nous ramène donc à cette grande vérité. tandis que si l'autre paraît quelquefois ne pas apercevoir les crimes. Pour mon compte. ou pour parler plus clairement. Encore une fois. -(1) On peut ajouter que tout supplice est SUPPLICE dans les deux sens du mot latin supplicium. Malheur donc à la nation qui abolirait les supplices! car la dette de chaque coupable ne cessant de retomber sur la nation. tout ce que je vous ai dit sur ce point. à beaucoup près. que tes divins attraits. Les premiers vers qui soient entrés dans ma mémoire sont ceux de Louis Racine. car je n'ai nul besoin de cette considération pour établir ma première assertion. tout le monde célèbre le bonheur. que tout mal. d'autant plus que je ne suis pas ici dans mon élément. même dans l'ordre temporel. mais permettez que je vous fasse observer une contradiction qui n'a cessé de me frapper depuis que je tourne dans ce grand tourbillon du monde qui est aussi un grand livre. si vous voulez.

d'une extrémité de l'univers à l'autre. un concert non moins général nous montre. CEPENDANT il l'a obtenu. il n'y a pas d'empire plus universel. on est tenté quelquefois. en lui parlant d'un certain personnage de leur connaissance qui venait d'obtenir un emploi distingué: M*** méritait bien cet emploi à tous égards. ce sont de braves gens qui ont pitié des pauvres: ce n'est pas merveille que tout leur réussisse? Dans le monde. On ne parle que des succès de l'audace.répétant cette belle tirade que je n'oublierai de ma vie. Las de m'occuper de ce problème fatigant. on m'aime. Je ne puis me rappeler sans rire la lettre d'un homme d'esprit qui écrivait à son ami. En effet. je vous en prie. plus irrésistible que celui de la vertu. où sera-t-il donc? Mais d'un autre côté. etc. dans la plupart des affaires. de la fraude. d'un côté. les théâtres en retentissent. il n'y a pas de sujet qu'on traite plus volontiers que celui des avantages de l'honnête homme isolé sur le faquin le plus fortuné. L'innocence à genoux tendant la gorge au crime. n'a rien d'étonnant. suivant l'étendue de la sphère dont il occupe le centre. il y a une sorte de concert pour exalter le bonheur de la vertu: les livres en sont pleins. Je ne trouve rien en vérité que de très raisonnable dans les sentiments qu'elle exprime. Dans nos conversations familières. par exemple. en y regardant de près. a un avantage décidé sur la probité: expliquez-moi donc cette contradiction. Il faut l'avouer. même le plus frivole. mille fois elle a frappé mon esprit: l'universalité des hommes semble persuadée de deux propositions contraires. de la mauvaise foi. si le bonheur même temporel ne se trouve pas là. On dirait que la vertu n'est dans ce monde que pour y souffrir. à la ruse. il n'y a pas de poète qui ne se soit évertué pour exprimer cette vérité d'une manière vive et touchante. pour y être martyrisée par le vice effronté et toujours impuni. à son exactitude. Qui de nous n'a pas entendu mille fois le bon sens du peuple dire: Dieu bénit cette famille. j'ai fini par n'y plus penser. de croire que le vice. car. 95 . on ne tarit pas sur l'éternel désappointement de l'ingénue probité. Tout se donne à l'intrigue. à la corruption. à son économie qui ont appelé l'estime et la confiance universelle. Racine a fait retentir dans la conscience des princes ces mots si doux et si encourageants: Partout on me bénit. et quelquefois j'ai été tenté de croire que tout le genre humain était d'accord sur ce point. on dira communément: que la fortune d'un tel négociant. qu'elle est due à sa probité. et il n'y a point d'homme auquel ce bonheur ne puisse appartenir plus ou moins.

c'est-à-dire l'homme moral. est peut-être formé à dix ans. mon bon ami. s'il vous plaît. et s'il ne l'a pas été sur les genoux de sa mère. une courbe rentrante qui le ramènera au point dont il était parti. mais il décrira. couverte d'un vêtement lumineux. Si la voix de ce poète n'est pas éclatante. doit être chère à tous les instituteurs. Si la mère surtout s'est fait un devoir d'imprimer profondément sur le front de son fils le caractère divin. Un jour. je crois aussi voir à vos côtés madame votre mère. m'entendez-vous avec plaisir? c'est que vous portez sur le front ce signe dont je vous parlais tout à l'heure. des tacticiens. mais ce qu'on appelle l'homme. dans ce moment. Le jeune homme pourra s'écarter sans doute. que j'ai profondément vénérée pendant sa vie. commence à rebrousser? LE COMTE. des chimistes. on peut être à peu près sûr que la main du vice ne l'effacera jamais. de sentiment et d'onction. Rien ne peut remplacer cette éducation. dont je ne m'était point encore occupé. et je dois aujourd'hui même vous féliciter sur la sagacité avec laquelle vous avez aperçu et mis dans tout son jour une grande contradiction humaine. etc. le chevalier. Je vous ai félicité d'avoir commencé par lui. Je n'en doute pas. et qu'aujourd'hui je suis quelquefois tenté d'invoquer. je le sais. Ses Poésies sacrées sont pleines de pensées. vous les goûterez. héritière (je ne dis pas universelle) d'une autre muse plus illustre. n'en doutez pas. Rousseau marche avant lui dans le monde et dans les académies: mais dans l'Église. Quelquefois lorsque je vous vois arriver de loin. ce sera toujours un grand malheur. semble encore se refuser à certaines connaissances. je tiendrais pour Racine. C'est à notre sexe sans doute qu'il appartient de former des géomètres. dont la conversation ne vous promet rien d'amusant? Pourquoi. Votre esprit.. que je vous félicite d'avoir lu Louis Racine avant Voltaire. Quel charme vous arrache aux sociétés et aux plaisirs pour vous amuser chaque soir auprès de deux hommes âgés. je dois vous féliciter encore plus de l'avoir appris sur les genoux de votre excellente mère. elle est douce au moins et toujours juste. LE CHEVALIER (riant). que la courbe. Croyez-vous. Avant de vous dire mon avis. Sa muse. qui n'a chanté que la raison et la vertu. quoiqu'elle soit 96 . qui vous montre du doigt cette terrasse où nous vous attendons. et je puis même vous en donner une démonstration expéditive: c'est que vous êtes ici. car c'est une muse de famille.LE COMTE. mais c'est uniquement parce que toute vérité a besoin de préparation. si vous voulez me permettre cette expression. M. à mon égard. permettez.

de Mérope. (Ovid. honnie. quelle guerre cruelle! Je trouve deux hommes en moi. vous la trouverez partout. C'est un homme qui vante très justement les avantages. car l'opposition n'est pas dans le même sujet. Qu'avez-vous donc entendu dans le monde? Deux hommes qui ne sont pas du même avis. LE CHEVALIER. M. En 97 . et ses applaudissements mêmes ont un accent. puisque l'univers entier obéit à deux forces (1). C'est la même contradiction que celle dont nous parlions tout à l'heure. de piété même. vous entendrez le même bruit (2) pour les couplets de Figaro. ce qui suffit à la justesse de l'observation. sans doute. etc. Mais d'abord on pourrait dire aux hommes: Puisque la perte et le gain semblent se balancer. d'autant plus que nous n'en sommes pas réduits à cet équilibre. vous avez raison: le genre humain ne tarit ni sur le bonheur ni sur les calamités de la vertu. Sans doute. et même je crois que chacun est obligé en conscience de s'écrier comme Louis XIV: Ah! que je connais bien ces deux hommeslà! LE COMTE.réellement frappante. décidez-vous donc.. manquent-elles jamais d'exciter le plus vif enthousiasme? Avez-vous souvenance d'un seul trait sublime de piété filiale. La conscience ne fait rien comme le vice. Je vais à mon tour vous en citer un exemple: vous allez au spectacle plus souvent que nous. Vous avez lu tout comme nous: Mon Dieu. Eh bien! voilà la solution de votre problème et de tant d'autres qui réellement ne sont que le même sous différentes formes. Oui. de Polyeucte. -(1) Vim sentit geminam. mais dans le fait il n'y a pas de contradiction proprement dite. égorgée par le crime. En effet. et c'est un autre homme dans le même homme qui prouvera. dans le doute. qu'elle n'est sur la terre que pour y être persécutée. qui n'ait pas été profondément senti et couvert d'applaudissements? Retournez le lendemain. un instant après. mais non pas le même bruit. Les belles tirades de Lusignan. 472. le chevalier. pour cette vertu qui est si aimable. VIII. d'amour conjugal. la contradiction dont vous venez de parler..) (2) Autant de bruit peut-être. même temporels de la vertu.

Un Dieu toujours veillant nous regarde marcher. Ce n'est donc plus l'homme. . C'est le grave Ennius. dans toutes les entreprises. mais il s'en faut de beaucoup que ces deux hommes soient égaux. . . Je veux vous citer à ce propos un auteur ancien et même antique. toutes choses égales d'ailleurs. le premier des biens temporels. est en partie son ouvrage. c'est l'envie. . dans toutes les affaires. Si j'étais dans l'erreur. dont je regrette beaucoup les ouvrages. à raison de la force et du grand sens qui brillent dans les fragments qui nous en restent. lorsqu'il disait: Du haut de sa sainte demeure. Dans ses discours encore plus que dans ses actions. c'est l'impiété qui se plaignent des désavantages temporels de la vertu. qui faisait chanter jadis sur le théâtre de Rome ces étranges maximes: J'ai dit qu'il est des dieux. je ne sais plus où.vérité. qu'elle nous comble enfin d'un contentement intérieur plus précieux mille fois que tous les trésors de l'univers. ou bien c'est un autre homme. leur profonde sagesse Ne se mêla jamais des choses d'ici-bas. . se trouve toujours du côté de la vertu. C'est la droite raison. je le dirai sans cesse: Mais je le dis aussi. Mais dans le même siècle et sur le même théâtre. c'est l'avarice. C'est au contraire l'orgueil révolté ou dépité. Plaute était sûrement au moins aussi applaudi. l'homme est trop souvent déterminé par la passion du moment. que la santé. il n'y a rien là d'étonnant. . l'avantage. que ce morceau était couvert d'applaudissements (II). et surtout par ce qu'on appelle humeur. Et Cicéron nous apprend. c'est la conscience qui dit ce qu'elle voit avec évidence: que dans toutes les professions. ne les verrions-nous pas Récompenser le juste et punir le coupable? Hélas! il n'en est rien (I). et sans lequel les autres ne sont rien. 98 .

vous les accablez de malheurs: en un instant ils ont péri. 99 .Il nous voit. Voilà bien les doutes qui se sont présentés plus ou moins vivement à tous les esprits. de n'espérer qu'en vous. auteur de ce beau cantique. comme une épouse infidèle que la vengeance poursuit. nous entend. excepté vous seul? ma chair et mon sang se consument d'amour. Un psaume assez court a tout dit sur le sujet qui nous occupe. de célébrer devant les hommes les merveilles de mon Dieu (V). et je sentais presque ma foi s'ébranler lorsque je contemplais la tranquillité des méchants. et c'est le farceur aimable qui prêche à merveille. c'est ce qu'on appelle. nous observe à toute heure. J'entendais dire autour de moi: Dieu les voit-il? et moi je disais: C'est donc en vain que j'ai suivi le sentier de l'innocence! je m'efforçais de pénétrer ce mystère qui fatiguait mon intelligence. il pourra avouer sans peine d'anciennes inquiétudes: J'étais scandalisé. Prêt à confesser quelques doutes qui s'étaient élevés jadis dans son âme. en style ascétique. Il s'écrie: Qui puis-je désirer dans le ciel? que puis-je aimer sur la terre. mais pour moi. je crois. des tentations. ô Dieu! vous punissez leurs trames secrètes. Ici c'est le sage. il ne sait plus qu'aimer. vous renversez les méchants. lorsque j'ai vu la fin qu'il a préparée aux coupables. le Roi-Prophète. Ayant ainsi abjuré tous les sophismes de l'esprit. se croit obligé de les condamner d'avance en débutant par un élan d'amour. il s'écrie: Que notre Dieu est bon pour tous les hommes qui ont le coeur droit! Après ce beau mouvement. Voilà. Et la plus sombre nuit ne saurait nous cacher (III). Qui s'éloigne de vous marche à sa perte. un assez bel exemple de cette grande contradiction humaine. c'est le poète philosophe qui déraisonne. lorsque je suis entré dans le sanctuaire du Seigneur. partons de Rome et pour un instant allons à Jérusalem. vous êtes mon partage pour l'éternité. Mais je l'ai compris enfin ce mystère. et il se hâte de nous dire que la vérité ne tarda pas de leur imposer silence. Mais si vous consentez à me suivre. je me trompais. ils ont péri à cause de leur iniquité. point d'autre bonheur que celui de m'attacher à vous. et vous les avez fait disparaître comme le songe d'un homme qui s'éveille (IV).

mais permettez-moi d'ajouter encore à vos idées en vous faisant observer que ce n'est pas toujours à beaucoup près l'impiété. L'injustice est telle à cet égard. ce qui mène droit à l'aveuglement. de richesses honorables et permanentes que celles qui sont acquises et possédées par la vertu. Voilà cependant un sage. Il faut s'écrier avant tout: Que vous êtes bon! et supposer qu'il y a dans notre esprit quelque erreur qu'il s'agit seulement de démêler. un homme profondément religieux qui vient nous répéter après mille autres: Que la richesse et la vertu sont brouillées. l'infaillible adage: Bien mal acquis ne profite guère (1). et franchement c'est un peu mieux. Où sont-elles donc de grâce? Si l'on avait des observations morales. mais la Religion le tue. il ne faut jamais. que les écrivains les plus sages. LE SÉNATEUR. séduits ou étourdis par des plaintes insensées. mais il n'y a. Avec ces dispositions. l'antique. Les autres sont méprisées et ne font que passer. bien des fois dans sa vie. dans ces sortes de questions. Il s'envole sans doute au premier geste de la raison. que tous les scandales s'évanouissent. Le doute ressemble à ces mouches importunes qu'on chasse. qui nous dédaignera justement tant que nous ne la demanderons pas à son Auteur. De manière que nous voilà obligés de croire que les richesses fuient également le vice et la vertu. Rien n'est plus faux: non seulement les richesses ne fuient pas la vertu. Je vous ai suivi avec un extrême plaisir dans votre excursion à Jérusalem. je pense. qu'elle n'est pas fort embarrassée par les difficultés qu'on lui oppose contre la Providence. comme on a des 10 0 . et semblent passer condamnation sur ce point. finissent par s'exprimer comme la foule. Entrons dans le sanctuaire! c'est là que tous les scrupules. il est vrai. l'universel. la richesse te fuit. J'accorde à la raison tout ce que je lui dois. Toutefois ne comptons point exclusivement sur une lumière trop sujette à se trouver éclipsée par ces ténèbres du coeur. commencer par un orgueil contentieux qui est un crime parce qu'il argumente contre Dieu. Vous citiez tout à l'heure Louis Racine: rappelez-vous ce vers de la tirade que vous aviez en vue: La fortune. mais sans doute aussi qu'après mille autres il avait répété. et l'erreur si fort enracinée.Voilà notre maître et notre modèle. toujours prêtes à s'élever entre la vérité et nous. et nous avons assez bien prouvé. nous ne tarderons pas de trouver la paix. et qui reviennent toujours. l'ignorance ou la légèreté qui se laissent éblouir par le sophisme que vous attaquez avec de si bonnes raisons. L'homme ne l'a reçue que pour s'en servir. au contraire.

les réflexions critiques de l'illustre Leibnitz sur les principes de Puffendorf: vous y lirez en propres termes que les châtiments d'une autre vie sont démontrés par cela seul qu'il a plu au souverain Maître de toutes choses de laisser dans cette vie la plupart des crimes impunis et la plupart des vertus sans récompense. I. pag. de peur d'affaiblir les preuves d'une vérité du premier ordre sur laquelle repose tout l'édifice de la Religion. ils voient dans la prospérité des méchants et dans les souffrance de la vertu une forte preuve de l'immortalité de l'âme. 70. pour ainsi dire. ni même.observations météorologiques. Il se hâte. sans qu'ils s'en aperçoivent peut-être. à fermer les yeux sur celles de ce monde. mais j'ose croire qu'en cela ils ont tort. une erreur secrète qui me paraît mériter qu'on la mette à découvert. tom. il ne se montrerait pas moins législateur dès cette vie. (Tom. 120e méd. (In Apol.) C'est la vérité même qui s'exprime ainsi. des peines et des récompenses de l'autre vie. ou. Platon l'a dit: C'est la vertu qui produit les richesses. si des observateurs infatigables portaient un oeil pénétrant sur l'histoire des familles. Le vénérable auteur de l'Évangile expliqué a dit avec autant d'esprit et plus d'autorité: Un coeur coupable prend toujours contre lui-même le parti de la justice divine. puisqu'en vertu des lois seules de la nature qu'il a portées avec tant de sagesse.. de se réfuter lui-même avec la supériorité qui lui appartient. ils sont donc portés. je pense. opp. tout méchant est un HEAUTONTIMORUMENOS (1). permis de désarmer. ce qui revient au même. la première fois que vous en aurez le temps.. chaque vérité peut se défendre seule: pourquoi faire des aveux qui ne sont pas nécessaires? Lisez. une vérité afin d'en armer une autre. 3e point. je vous prie.) 10 1 . Ce proverbe est de toutes les langues et de tous les styles. Mais il y a dans les écrivains du bon parti qui se sont exercés sur ce sujet. on verrait que les biens mal acquis sont autant d'anathèmes dont l'accomplissement est inévitable sur les individus ou sur les familles. qu'en faisant même abstraction des autres peines que Dieu décerne dans ce monde à la manière des législateurs humains. il reconnaît expressément. -(1) Mala parta male dilubuntur.. c'est le titre fort connu d'une comédie de Térence. Il n'est pas nécessaire. -(1) Bourreau de lui-même. Soc. comme elle produit tous les autres biens. Mais ne croyez pas qu'il nous laisse la peine de le réfuter. tant publics que particuliers. III. dans le même ouvrage.

-(1) Leibnitzii monita quaedam ad Puffendorfii principia. et ce qui arrivera à tous les hommes de leur sorte: c'est de se réfuter euxmêmes avec une force. et dont les oeuvres ascétiques sont incontestablement un des plus beaux présents que le talent ait faits à la piété. et sont-ils moins célèbres après leur mort que Séjan ou Pombal? Ce qui suit sur le privilège de la santé et d'une plus longue vie. une clarté digne d'eux. Opp. des emplois et du genre de vie? Louis XI ou Pierre-le-Cruel furent-ils plus célèbres ou plus riches que saint Louis et Charlemagne? Suger et Ximénès ne vécurent-ils point plus tranquilles.. dit-il. 277. le sépulcre des méchants est-il plus connu que celui des gens de bien. pag. quant au P. mais dites-moi vous-mêmes comment il est possible que. II. sa proposition serait fausse. Mais il est arrivé au P.Mais personne. Dieu ayant prononcé des peines dès cette vie à la manière des législateurs. ils ne possédaient point de richesses pendant leur vie. On ne connaît pas le lieu qu'ils ont habité sur la terre. On a peine à comprendre qu'un penseur d'une telle force se soit laissé aveugler par le préjugé vulgaire au point de méconnaître les vérités les plus palpables. tom.On ne saurait mieux dire. mais je veux vous citer encore un homme supérieur dans son genre. 296 et 375. UN BOURREAU DE LUI-MEME. est peut-être une des preuves les plus terribles de la force d'un préjugé général sur les esprits les plus faits pour lui échapper. et de plus. car. Berthier. . malgré les excès des passions. la plupart des crimes demeurent impunis (1)? L'illusion dont je vous parlais tout à l'heure et la force du préjugé se montrent ici à découvert. et l'on ne voit pas qu'ils y fussent plus tranquilles que les méchants. avec une onction digne d'un maître qui balance Fénélon dans les routes de la science spirituelle. Voy. Les hommes de bien. en vertu des lois naturelles. et l'impie n'existera plus. semblent avoir le privilège de LA SANTÉ ET D'UNE VIE TRES LONGUE. Les pensées les plus importantes de ce grand homme ont été mises à la portée de tout le monde dans le livre également bien conçu et bien exécuté des Pensées de Leibnitz. et vous ne la trouverez pas. ont péri. . tom. vous chercherez sa place. et l'on ne connaît pas le lieu qu'ils ont habité sur la terre.Premièrement qu'importe? d'ailleurs. Je me rappelle que sur ces paroles d'un psaume: Encore un moment. part. Berthier. n'a soutenu encore que les gens de bien dussent avoir le privilège de ne pas mourir. IV. III. pag. dit-il. qui. je pense. Berthier ce qui est arrivé à Leibnitz. le P. et tout méchant étant d'ailleurs. Je n'entreprendrai pas inutilement de les mettre dans un plus grand jour. les hommes de bien ont péri. il observe que si le Prophète n'avait pas en vue la bienheureuse éternité. En plusieurs endroits de ses 10 2 . toutes choses égales entre elles du côté de la naissance.

partout il s'insinue. deux erreurs bien éclaircies: erreur de l'orgueil. on lui rit. sans savoir ce que c'est que bonheur et malheur. et je suis bien sûr que vous me remercierez de vous avoir fait connaître ces livres. LE SÉNATEUR. que s'il existait une ville évangélique. 10 3 . Au reste. Écoutez le misanthrope. que l'abîme du bonheur se trouverait dans l'abîme de la charité. les oeuvres spirituelles de ce docte et saint personnage. vous trouverez aisément les différents passages que j'ai en vue. Cependant sa grimace est partout bien venue. égarées à la vérité par un noble motif. Voilà donc. et raisonnant comme la foule. que vous voulez me séduire et m'embarquer dans vos lectures favorites. Berthier. mais se laissant bientôt ramener par l'évidence et se donnant à elles-mêmes le démenti le plus solennel. Et que par eux son sort de splendeur revêtu. erreur de la vertu qui se laisse séduire par l'envie de renforcer une vérité. ce serait un lieu digne de l'admiration des anges. que nos passions sont nos bourreaux. que je ferai parler pour eux: On sait que ce pied-plat. Plein de ces idées. si je ne me trompe. On l'accueille. mon cher sénateur. si je commence. Mais il y a encore une troisième erreur qui ne doit point être passée sous silence. qui se refuse à l'évidence pour justifier ses coupables objections. c'est cette foule d'hommes qui ne cessent de parler des succès du crime. digne qu'on le confonde Par de sales emplois s'est poussé dans le monde. même aux dépens d'une autre. il lui dit: Est-il donc vrai qu'outre la félicité qui m'attend dans l'autre vie. Avouez franchement. je vous prie. de commencer par le P. il s'adresse quelque part à Dieu même. je suis bien aise de vous avoir montré la science et la sainteté se trompant d'abord. Fait rougir le mérite et gronder la vertu. Sûrement votre proposition ne s'adresse pas à votre complice qui sourit. il reconnaît que sur la terre même il n'y a de bonheur que dans la vertu. Je vous exhorte de tout mon coeur à ne pas tarder. je puis encore être heureux dans celle-ci? Lisez.oeuvres. LE CHEVALIER. et qu'il faudrait tout quitter pour aller contempler de près ces heureux mortels (VI). je vous promets. et de plus. en attendant.

encore? jamais je n'ai dit cela. Le théâtre ne nous plaît tant que parce qu'il est le complice éternel de tous nos vices et de toutes nos erreurs (1). mais s'il faut raisonner. -(1) _ . LE CHEVALIER. que si certaines gens vous entendaient. à merveille s'il ne s'agit que de rire._ (Plaut. découvrir une vérité faite pour choquer tout le genre humain: je la lui dirais à brûle-pourpoint. J'ai dit seulement. LE SÉNATEUR. Premièrement rien n'est plus faux: d'ailleurs de quel droit appelonsnous toutes ces choses des biens? Vous nous citiez tout à l'heure une charmante épigramme. 10 4 . j'espère. mais j'ai peur que vous ne me traitiez encore d'Illuminé. quand on devrait même imprimer ce que nous disons. ils pourraient bien vous traiter d'illuminé. Ce qu'on croit vrai.) On peut le croire. in Epil. . Paucas poetae reperiunt fabulas Ubi boni meliores fiant. il faut le dire et le dire hardiment. m'en coûta-t-il grand'chose. tous les rangs. Sur le plus honnête homme on le voit l'emporter. c'est autre chose. On ne cesse de crier: Tous les emplois. toutes les distinctions sont pour les hommes qui ne les méritent pas.Et s'il est par la brigue un rang à disputer. et quand il y en aurait. et moins encore le disputer à un pied-plat. Je voudrais vous faire part d'une réflexion qui me vint un jour en lisant un sermon de votre admirable Bourdaloue. ce qui est fort différent. M. je voudrais. le chevalier: il méritait cet emploi à tous égards. D'ailleurs il n'y a point ici de certaines gens. . capt. il ne faudrait pas s'en embarrasser. Comment donc. CEPENDANT il l'a obtenu. Un honnête homme ne doit point disputer un rang par la brigue. .

comme vous le dites très bien. ne serait-il donc jamais permis à un homme du monde de désirer d'être plus grand qu'il n'est? Non. etc. De quelle énorme responsabilité ne se charge-t-on pas! il y a un ordre caché qu'on s'expose à troubler. et je passai. » (Sermon sur l'état de vie. Je lisais un jour dans je ne sais quel sermon de Bourdaloue un passage où il soutient sans la moindre restriction. il ne vous sera jamais permis de le désirer: il vous sera permis de l'être quand Dieu le voudra. pas plus que le mouvement des corps par des moyens mécaniques. et je ne tardai pas à trouver dans ce texte le sujet d'une longue et sérieuse méditation. on ne peut expliquer. saura fort bien distinguer les cas où l'on est appelé. vous aurez place parmi les grenadiers. ce me semble. je pris d'abord cela pour un simple conseil. et qui produit la mort lorsqu'il se retire. assez heureux même. inutiles dans la pratique. qu'il n'est pas permis de demander des emplois (1). mal choisis par le prince.). de ceux où l'on force le passage. ou pour une de ces idées de perfection. Si tout le monde attendait le choix au lieu de s'efforcer de le déterminer par tous les moyens possibles. De quel droit ose-t-on dire: Je vaux mieux que tout autre pour cet emploi? car c'est ce qu'on dit lorsqu'on le demande. et toutes les circonstances. ni la création ni la durée des 10 5 . à une chose toute simple qui est l'intervention nécessaire d'une puissance surnaturelle. Certainement une grande partie des maux de la société vient des dépositaires de l'autorité.) (Note de l'Éditeur. faites-en ce qui vous plaira. quand votre roi vous y destinera. où elle n'est pas moins indispensable? Sans son intervention immédiate. Ire part. je me sens porté à croire que le monde changerait de face. Je vais plus loin: je dis que chaque homme. On l'admet dans le monde physique sans exclure l'action des causes secondes. Ceci tient à une idée qui vous paraîtra peut-être paradoxale. mais la plupart de ces mauvais choix sont l'ouvrage de l'ambition qui l'a trompé. Il me semble que l'existence et la marche des gouvernements ne peuvent s'expliquer par des moyens humains.Si jamais vous êtes enrôlé dans une armée que la Providence lève en ce moment en Europe. pourquoi ne l'admettrait-on pas de même dans le monde politique. l'interlocuteur avait en vue l'endroit où ce grand orateur dit avec une sévérité qui paraît excessive: « Mais quoi! me direz-vous. mais voici ce que je voulais vous dire. À vous dire la vérité. Il y a dans chaque empire un esprit recteur (laissez-moi volez ce mot à la chimie en le dénaturant) qui l'anime comme l'âme anime le corps. mais bientôt la réflexion me ramena. mon cher auditeur. Mens agitat molem. s'il examine avec soin et lui-même et les autres. LE COMTE. quand la voix publique vous y appellera. -(1) Suivant toutes les apparences. Vous donnez un nom nouveau. ou plutôt contre l'ambition.

Je ne sais si vous avez parfaitement saisi mon idée. monsieur: l'homme ne sait ce qui lui convient. rien ne manquerait encore à l'homme juste. etc. elle l'est surtout dans l'action merveilleuse qui se sert de cette foule de circonstances que nous nommons accidentelles. n'importe quant à présent. pour maintenir l'ordre et souvent pour l'établir.. Vous avez grandement raison. Elle est manifeste dans l'unité nationale qui les constitue. Ce qui nous paraît un bonheur. santé de l'âme. de l'autre se trouve le remords et souvent aussi l'infamie. ce qui montre qu'elles sont simplement employées. on peut bien se fier à elle. Par quel inconcevable aveuglement semble-t-on souvent n'y pas faire attention? D'un côté est la paix et même la gloire: une bonne renommée du moins est la compagne inséparable de la vertu. de quelque manière qu'elle doive être entendue. puisqu'il lui resterait la paix. Cependant peut-on s'empêcher de contempler avec délice le bonheur de l'homme qui peut se dire chaque jour avant de s'endormir: Je n'ai pas perdu la journée. si elle est gauche pour toute espèce d'intrigues. et la philosophie même s'en est aperçue. de nous folies mêmes et de nos crimes. Nous parlons des succès du vice. Tout le monde convient de ces vérités. est souvent une punition terrible. et comparez-le à 10 6 . et nous ne savons pas ce que c'est qu'un succès. et quand elle en aurait moins. nous nous tromperions bien moins sur ce sujet. charme de la vie. qui ne voit dans son coeur aucune passion haineuse. elle l'est dans la multiplicité des volontés qui concourent au même but sans savoir ce qu'elles font. La puissance surnaturelle une fois admise. les emplois. la paix du coeur! trésor inestimable. qui tient lieu de tout. si vous voulez. LE SÉNATEUR. et qu'il avait besoin de quelque instructeur divin qui vint lui apprendre ce qu'il doit demander (1). si nous avions des idées plus justes de ce que nous appelons biens et bonheur. de tous les biens que les hommes convoitent si ardemment. et l'on raisonne ensuite comme si on ne les connaissait pas. même temporellement. il n'y a pas d'erreur plus commune que celle de prendre une bénédiction pour une disgrâce: n'envions jamais rien au crime: laissons-lui ses tristes succès. c'est tant mieux pour elle. et que rien ne peut remplacer. et c'est une des jouissances les plus délicieuses de la vie. et qui s'éveille avec de nouvelles forces pour devenir encore meilleur? Dépouillez-le. mais on ne l'aura jamais assez répété. aucun désir coupable. mille écrivains les ont mises dans tout leur jour. Si quelquefois la vertu paraît avoir moins de talent que le vice pour obtenir les richesses. LE COMTE.gouvernements. elle a tous ceux qu'il lui est permis de désirer. la vertu en a d'autres. qui s'endort avec la certitude d'avoir fait quelque bien. puisqu'elle a découvert que l'homme de lui-même ne savait pas prier.

Autour du méchant je crois voir sans cesse tout l'enfer des poètes. M. VI. Ann. Toujours il se plaindra. le chevalier. c'est dire précisément que la pauvreté est riche et l'opulence pauvre. TERRIBILES VISU FORMAE: les soucis dévorants. de se décider entre ces deux situations. on les oublie comme si elles étaient nulles dans la pratique. LE COMTE.l'heureux. Les plus grands écrivains se sont exercés à décrire l'inévitable supplice des remords. En vérité vous faites peur au grenadier. les fausses joies de l'esprit. je vois un grand ridicule à se plaindre des malheurs de l'innocence. Pères conscrits? ou comment vous écrirai-je. la voix d'un coupable troublé par des songes épouvantables. les furies vengeresses. a tout donné aux hommes qu'il a préservés ou délivrés des vices (1). Tout le monde parle du bonheur attaché à la vertu. traîné par sa conscience sur le bord mouvant d'un précipice sans fond. que les dieux et les déesses me fassent périr encore plus horriblement que je ne me sens périr chaque jour! » (Tac. l'ignoble et précoce vieillesse. mais Perse surtout m'a frappé. toujours il argumentera contre son père. À présent que j'y réfléchis. et lorsqu'il s'agit de raisonner sur la Providence. 6. je crois. mais il semble que ces vérités soient de pures théories. Savez-vous bien.) LE CHEVALIER. la peur. la noire mélancolie. criant à lui-même: Je suis perdu! je suis perdu! et que. Il y a ici tout à la fois erreur et ingratitude. l'indigence (triste conseillère). et tout le monde encore parle de ce terrible supplice des remords. il ne sera pas difficile. dire que le crime est heureux dans ce monde. la guerre intestine. mais voilà encore une de ces contradictions que nous remarquions tout à l'heure. Ainsi. le sommeil de la conscience et la mort (VII). et l'innocence malheureuse. les pâles maladies. pour achever le tableau. le poète nous montre l'innocence dormant en paix à côté du scélérat bourrelé (VIII). mais l'homme est ainsi fait. (2) « Que vous écrirai-je aujourd'hui. que Sénèque n'aurait pas mieux dit! Dieu. c'est une véritable contradiction dans les termes. pendant l'horreur d'une profonde nuit. du livre de ce grand homme. a passé dans mille autres. -(1) Il n'est plus nécessaire de citer ce passage de Platon. qui. au puissant Tibère écrivant de l'île de Caprée sa fameuse lettre au sénat romain (2). en effet. lorsque sa plume énergique nous fait entendre. Ce n'est point assez que Dieu ait 10 7 . ou que dois-je ne pas vous écrire du tout? Si je le sais moi-même. C'est précisément comme si l'on se plaignait que Dieu se plaît à rendre le bonheur malheureux.

sans s'en apercevoir.attaché un bonheur ineffable à l'exercice de la vertu. et rendu inaccessible à tous les coups du sort. autour de cette table? Grand Dieu. » Ayons nous-mêmes le courage de visiter nos coeurs avec des lampes. mais je vous avoue que. que cette prétention sourde qui voudrait que chaque juste fût trempé dans le Styx. et cogitationes improbas. et que s'il oublie par hasard de pousser ses verrous. pour mon compte. je conviens d'ailleurs bien volontiers que. Que des voleurs détroussent ce qu'on appelle un honnête homme. dira sur-lechamp: Pareil malheur ne serait pas arrivé à un riche coquin: ces choses-là n'arrivent qu'aux honnêtes gens. de justice et d'innocence. eh! qui pourrait donc croire un tel excès de délire. Dieu soit tenu d'envoyer à sa porte un ange avec une épée flamboyante. -(1) Omnia mala ab illis (Deus) removit. Où est donc l'innocence. M. LE COMTE. qu'il ne lui arrive aucun mal. et avida consilia. que la pluie ne le mouille pas. LE CHEVALIER. on l'exige tous les jours. et nous n'oserons plus prononcer qu'en rougissant les mots de vertu. de peur qu'un voleur heureux ne vienne enlever l'or et les bijoux du JUSTE (2).) (2) Numquid quoque a Deo aliquis exigit ut boni viri sarcinas servet? Oui. ces têtes folles dont le raisonnement a banni la raison ne seront point satisfaites: il faudra absolument que leur juste imaginaire soit impassible. Je vous attrape aussi à plaisanter. mais je me garde bien de vous quereller. la plaisanterie peut se présenter au milieu d'une discussion grave. VI. (Sen. Je ne sais pas trop ce que c'est que le sort. je vous en prie? Où est le juste? est-il ici. c. sur les malheurs de l'innocence qui n'existe pas. le philosophe. je vois quelque chose encore de bien plus déraisonnable que ce qui vous paraît à vous l'excès de la déraison: c'est l'inconcevable folie qui ose fonder des arguments contre la Providence. tel qui accordait un rire approbateur à ce passage de Sénèque. sans doute. 10 8 . et libidinem caecum. car je crains les représailles. De Prov. et alieno imminentem avaritiam. si nous n'en étions pas les témoins à tous les moments? Souvent je songe à cet endroit de la Bible où il est dit: « Je visiterai Jérusalem avec des lampes (1). que la nielle s'arrête respectueusement aux limites de son champ. dans ce cas. ce n'est pas assez qu'il lui ait promis le plus grand lot sans comparaison dans le partage général des biens de ce monde. on ne saurait imaginer rien de plus déraisonnable. scelera et flagitia.

et le souverain. armés chacun de son couteau. (Soph. 12. (Ps. car il est impossible de connaître le nombre de nos transgressions. et il ne l'est pas moins de savoir jusqu'à quel point tel ou tel acte coupable a blessé l'ordre général et contrarié les plans du Législateur éternel. L'épouse criminelle parle tranquillement de l'infamie d'une infortunée que la misère conduisit à une faiblesse visible. XVIII. I. il se présente à nous un autre examen encore plus triste. Il y a un mot bien profond dans un livre de pur agrément: je l'ai lu. -(1) Scrutabor Jerusalem in lucernis. mots terribles qu'il faudrait méditer sans cesse? Quel homme sensé pourra songer sans frémir à l'action désordonnée qu'il a exercée sur ses semblables. rarement un crime n'en produit pas un autre.. la fausseté et l'inconstance de ces vertus! il faudrait avant tout en sonder les bases: hélas! elles sont bien plutôt déterminée par le préjugé que par les considérations de l'ordre général fondé sur la volonté divine. et aux suites possibles de cette funeste influence? Rarement l'homme se rend coupable seul. dit à ce brillant corrupteur: Vous êtes bien heureux. Où sont les bornes de la responsabilité? De là ce trait lumineux. ce sont deux coquins: allongez seulement les armes et attachez au crime une idée de noblesse et d'indépendance. monsieur. Que deux hommes du peuple se battent. conseil. approbation.) Après avoir ainsi médité sur nos crimes. c'est celui de nos vertus: quelle effrayante recherche que celle qui aurait pour objet le petit nombre. de ne pas aimer l'or autant que les femmes: vous auriez été un Cartouche. peut-être. et pardonnez-moi même celles d'autrui (2).) (2) Delicta quis intelligit? Ab occultis meis munda me. l'adroit dilapidateur du trésor public voit marcher au gibet le malheureux serviteur qui a volé un écu à son maître. et ab alienis parce servo tuo. il y a quarante ans précis. exemple. 14. et du haut d'un balcon doré. C'est dans un conte moral de Marmontel. Songeons ensuite à cette épouvantable communication de crimes qui existe entre les hommes. et pâlissons en plongeant un regard courageux au fond de cet abîme. complicité. vaincu par le préjugé. ne pourra s'empêcher d'honorer lui-même le crime commis contre lui-même: c'est-à-dire la rébellion ajoutée au meurtre. et l'impression qu'il me fit alors ne s'est point effacée. ce sera l'action d'un gentilhomme.Commençons par examiner le mal qui est en nous. Une action nous révolte bien moins parce qu'elle est mauvaise. Un paysan dont la fille a été déshonorée par un grand seigneur. qui étincelle entre mille autres dans le livre des Psaumes: Quel homme peut connaître toute l'étendue de ses prévarications? O Dieu! purifiez-moi de celles que j'ignore. Si nous daignons nous abstenir de voler 10 9 . que parce qu'elle est honteuse. Que faisons-nous communément pendant toute notre vie? ce qui nous plaît.

au triomphe du vice et aux malheurs 11 0 . et me voici tout prêt à vous prêter de l'argent sans témoins et sans billet. sans examiner même si vous n'aurez point envie de ne pas me le rendre. sat. nous commettons le crime hardiment. qui voit. Ce fut sans doute avec une profonde sagesse que les Romains appelèrent du même nom la force et la vertu. du haut d'un balcon doré. c'est que nous n'en avons nulle envie. je vous l'assure.et de tuer. Cependant vous ne sauriez croire combien de gens. à l'impuissance et aux circonstances.. c'est le déshonneur. dites-moi. je ne crains pas de vous le confesser. cela ne se fait pas: _Sed si Candida vicini subrisit molle puella Cor tibi rite salit. en nous montrant ce voleur public. que nous restera-t-il? Hélas! bien peu de chose. Otons de nos misérables vertus ce que nous devons au tempérament. sans accepter d'avance tous les maux qui pourraient tomber sur ma tête. III. Je pense. et pourvu que l'opinion écarte la honte. comme une légère compensation de la dette immense que j'ai contractée envers l'éternelle justice.?_ (1) -(1) Mais si la blanche fille du voisin t'adresse un sourire voluptueux. tout comme ces personnes-là. à l'honneur.. Mais. ou même y substitue la gloire comme elle en est bien la maîtresse. et tout ce qui ne nous coûte rien ne vaut rien. LE CHEVALIER. jamais je ne médite cet épouvantable sujet sans être tenté de me jeter à terre comme un coupable qui demande grâce. les apprêts d'un supplice bien plus fait pour lui que pour la malheureuse victime qui va périr? Ne nous ramèneriez-vous point sans vous en apercevoir. et l'homme ainsi disposé s'appelle sans façon juste. à l'orgueil.. n'auriez-vous point blessé votre cause sans y songer. ou tout au moins honnête homme: et qui sait s'il ne remercie pas Dieu de n'être pas comme un de ceux-là? C'est un délire dont la moindre réflexion doit nous faire rougir. je vous prie. dans ma vie. à l'opinion. ton coeur continue-t-il à battre sagement? (Pers. 110-111. sans victoire sur nous-mêmes. Il n'y a en effet point de vertu proprement dite.) Ce n'est pas le crime que nous craignons. m'ont dit que j'étais un fort honnête homme.

voyez-vous là quelque injustice? Or. Celui qui a prononcé ce mot devint lui-même une grande et triste preuve des étonnantes contradictions de l'homme: mais ce juste imaginaire. Elle a dix-huit ans. il est jugé suivant la loi. Mais permettez qu'avant de finir je vous fasse part d'une réflexion qui m'a toujours extrêmement frappé: peut-être qu'elle ne fera pas moins d'impression sur vos esprits. ce me semble. Il n'y a point de juste sur la terre (1). viennent lui faire payer le balcon doré. qui a droit de se plaindre dans cette supposition? C'est le juste apparemment: c'est le juste souffrant. il est envoyé à la mort suivant la loi: on ne lui fait aucun tort. tout domestique sait que s'il vole son maître. dans cette grande ville. Non en vérité. je n'ai point dit que ses malversations ne seront jamais connues ni châtiées. vous n'avez pas bien saisi ma pensée. Si la loi du pays prescrit la peine de mort pour tout vol domestique. et je l'accable de tous les maux possibles. quant à lui. qu'il n'y a point d'homme innocent dans ce monde. c'est que l'homme n'a aucun moyen de juger les coeurs.de l'innocence? LE COMTE. pour que nous apprenions au moins à nous taire. mon cher chevalier. Mais c'est précisément ce qui n'arrivera jamais. il s'expose à la mort. Et quant au voleur public. il y en a cinq qu'elle est tourmentée par un horrible cancer qui lui ronge la tête. S'il y a des vérités certaines pour nous. Je ne puis m'empêcher dans ce moment de songer à cette jeune fille devenue célèbre. et que le juge qui nous y condamne est infiniment juste et bon: c'est assez. ou la pierre. Si donc la goutte. Je vous le demande. Que si d'autres crimes beaucoup plus considérables ne sont ni connus ni punis. Il ne fallait parler que du triomphe du vice: car le domestique qui est pendu pour avoir volé un écu à son maître n'est pas du tout innocent. je ne suis point en contradiction avec moi-même: c'est vous. Il est coupable suivant la loi. j'ai dit seulement que le coupable a eu l'art jusqu'à ce moment. la supposition que je fais dans ce moment se réalise à chaque instant sur tous les points du globe. qui êtes distrait en nous parlant des malheurs de l'innocence. Déjà les yeux et le nez ont disparu. c'est une autre question: mais. peut être horriblement souillée aux yeux de Dieu. avec votre permission. que la conscience dont nous sommes portés à juger le plus favorablement. dont nous parlions tout à l'heure. ou quelque autre supplément terrible de la justice humaine. il n'a nul droit de se plaindre. et qu'il passe pour ce qu'on appelle un honnête homme. et le mal s'avance 11 1 . Je n'ai point dit qu'il fût heureux. que tout mal est une peine. parmi les personnes bienfaisantes qui se font un devoir sacré de chercher le malheur pour le secourir. Il ne l'est pas cependant à beaucoup près pour l'oeil qui voit tout. de cacher ses crimes. je veux bien le réaliser un moment par la pensée.

Un jour qu'on lui témoignait une compassion particulière sur ses longues et cruelles insomnies: Je ne suis pas. Perpétue. -(1) Non est homo justus in terra. tu ne me feras jamais convenir que tu sois un mal. comme un incendie qui dévore un palais. et comme dans les premiers siècles du Christianisme. En proie aux souffrances les plus aiguës. et souvent le coupable. et que plus d'un spectateur s'en retourna tout surpris d'être chrétien. Et lorsqu'un homme de bien. qui ose quereller la Providence lorsqu'elle juge à propos de refuser ces mêmes biens à la vertu! Qui donc a donné à ces téméraires le droit de prendre la parole au nom de la vertu qui les désavoue avec horreur. et si l'on pouvait adresser à la Providence des plaintes raisonnables. elles partiraient justement de la bouche de cette victime pure qui ne sait cependant que bénir et aimer. Agathe. et plus vous le trouverez aimant et résigné jusque dans les situations les plus cruelles de la vie. L'inaltérable résignation de cette fille est devenue une espèce de spectacle. et plusieurs en ont rapporté de meilleures pensées. elle se trouve sur ce lit de douleur auprès duquel le mouvement de la conversation vient de nous amener un instant. XV. et d'interrompre par d'insolents blasphèmes les prières. que vous connaissez. ce que nous voyons ici on l'a toujours vu. VII. si l'innocence existe quelque part dans le monde. heureux comme il veut l'être.) Certainement. M. aussi malheureuse que vous le croyez.. lui dit un jour: Quelle est la première grâce que vous demanderez à Dieu. Elle fait bien mieux: elle n'en parle pas. et ut justus appareat de muliere? Ecce inter sanctos nemo immutabilis. et on le verra jusqu'à la fin des siècles. dit-elle. (Eccl.) Il avait été dit depuis longtemps: Quid est homo ut immaculatus sit. le sénateur. plongé dans les délices et regorgeant des seuls biens qu'il estime. lorsque vous serez devant lui? Elle répondit avec une naïveté évangélique: Je lui demanderai pour mes bienfaiteurs la grâce de l'aimer autant que je l'aime. Jamais il n'est sorti de sa bouche que des paroles d'amour. des curieux viennent aussi dans votre bruyante cité contempler la jeune martyre livrée au cancer. et semble la rendre inaccessible ou indifférente à la douleur. Dieu me fait la grâce de ne penser qu'à lui. une piété tendre et presque céleste la détache entièrement de la terre. de soumission et de reconnaissance. les 11 2 . 14-15. on se rendait au cirque par simple curiosité pour y voir Blandine. 21. Or. ma chère enfant. Elle ne dit pas comme le fastueux stoïcien: O douleur! tu as beau faire. Plus l'homme s'approchera de cet état de justice dont la perfection n'appartient pas à notre faible nature. ils peuvent s'approcher d'elle sans la troubler.sur ses chairs virginales. Comme elle a perdu la vue. (Job. messieurs. Chose étrange! c'est le crime qui se plaint des souffrances de la vertu! c'est toujours le coupable. qui faciat bonum et non peccet. livrées aux lions ou aux taureaux sauvages.

Je l'emporte dans mon coeur.) Voy. bene bonis sit. QUOD NUNC ABEST. proinde illum illic curaverit. _Ego deum genus esse semper dixi et dicam caelitum._ (Ennius ap. Ah! mon cher ami. et déjà les eaux brunissantes de la Néva annoncent l'heure du repos. FIN DU TROISIEME ENTRETIEN. et pas plus tard que demain je chercherai sa demeure. Note II. Cicer. 11 3 . (Cic. mais il n'est plus jour. uti tu me hic habueris. Je crois que je rêverai beaucoup à la jeune fille. Ibid. Note I.offrandes et les sacrifices volontaires de l'amour? LE CHEVALIER. NOTES DU TROISIEME ENTRETIEN.) Note III. _EST PROFECTO DEUS qui quae nos gerimus auditque et videt Is. Je me charge de vous y conduire. LE SÉNATEUR. pour l'intégrité du texte. la note de d'Olivet sur cet endroit. Magno plausu loquitur assentiente populo. malis male. Sed eos non curare opinor quid agat hominum genus Nam si curent. que je vous remercie! Je ne saurais vous exprimer à quel point je suis touché par cette réflexion qui ne s'était pas présentée à mon esprit. Il n'est pas nuit. de Div. car il faut nous séparer. 50.. II..

(28). Capt.. (2-3). j'aurais cité une foule de passages à l'appui de ce que dit ici l'un des interlocuteurs. et lavi inter innocentes manus meas! (13). dans les oeuvres de Racine.. 2._ (Plaut. Je me bornerai à quelques traits frappants de l'espèce de prière qu'il indique ici d'une manière générale. etc. 77-78-85. et sans dire un mot de ce qui précède ni de ce qui suit. et a te quid volui super terram? (Ps. Jeunesse inconsidérée! quand tu portes la main sur quelque livre de ces hommes pervers.. la traduction des hymnes du bréviaire romain à Laudes: Lux ecce surgit aurea. ut annuntiem omnes praedicationes tuas in portis filiae Sion. pacem peccatorum videns. dejeciste eos. dans les Principes de morale qu'il a composés d'après les Caractéristiques de Shaftersbury.. 11 4 . (19-20). Donec intrem in sanctuarium Dei. 1. Si je n'avais craint de passer les bornes d'une note. pag.. .Bene merenti bene profuerit.. c'est toujours la probité. Mihi autem adhaerere Deo bonum est.) Defecit caro mea et cor meum.. Quid enim mihi est in caelo. tom. et intelligam in novissimis eorum. Deus cordis mei et pars mea Deus in aeternam.. Quia ecce qui elongant se a te peribunt. male merenti par erit.. 438. 11-63-65. (16).. (27). Verumtamen propter dolos posuisti eis. (26). Existimabam ut cognoscere hoc: labor est ante me. (17). subitum defecerunt.. XXXVI. ponere in Deo meo spem meam. spirit.. tom. comme un doute fixé dans l'esprit du prophète.... Explications des Psaumes. II. souviens-toi que la première qualité qui leur manque.) Mei autem pene moti sunt pedes. Reflex. Et dixerunt: Quomodu sit Deus! (11). Ps. Note IV. Quam bonus Israel Deus his qui recto sunt corde! (Ps.On ne se douterait guère que dans cet endroit il a traduit Plaute. LXXII. II. pag. 25. LXXII. II.. etc.. cite ce passage de David: Pene moti sunt pedes mei.. Voy.) Voy. Note VI. Facti sunt in desolationem. (18). perierunt propter iniquitatem suam velut somnium surgentium. Note V. Et dixi: Ergo sine causa justificavi cor meum.. perdidisti omnes qui fornicantur abs te. Diderot.

). Reflex.. Votre loi est droite. _Vestibulum ante ipsum. qui nous présentent l'image de l'enfer déchaîné pour rendre l'homme malheureux. et elle remplit de joie les coeurs. qui ont reçu la parole de vie. 273-599.. 438 et suiv.) (Note de l'Éditeur.) Note VII. 11 5 . dit le Sage. et turpis egestas. seront malheureux. quand ils seraient même livrés à toutes les calamités temporelles. laborque. 9.. En parcourant les annales de l'univers. IVe médit. tous les maux qui inondent la face de la terre sont l'ouvrage des vices.. feront. » (Berthier. le tourment des ennemis de votre loi.. Fussent-ils au plus haut point de la gloire et dans le sein même des plaisirs. XLI. de délices même. Ils désirent tous quelque chose qu'ils n'ont pas._ (Virg. qui surpasse tout sentiment.. I.. Terribiles visu formae! lethumque.) Il y a un traité de morale dans ces mots: Et mala mentis gaudia. 11-12. D'un autre côté. dès cette vie. je puis aussi me flatter d'être heureux dans cette vie mortelle? Le bonheur ne se trouve dans la possession d'aucun bien de ce monde.. ou quelque autre que ce qu'ils ont. (Ps. marchent dans la route du bonheur. primisque in faucibus Orci Luctus et ultrices posuere cubilia curae.... tom... tristisque senectus. Tum consanguineus lethi sopor. parce que les biens sont incapables de les satisfaire: ceux.... spirit. de contentement.. au contraire. et qui subsite même au milieu des tribulations.) malheur aux impies! ils vivront dans la malédiction... le désespoir même. Pallentesque habitant morbi. je ne trouve le bonheur que dans ceux qui ont porté le joug aimable et léger de l'Évangile. et discordia demens Vipercum crinem vittis innexa cruentis.« Est-il donc vrai que outre la félicité qui m'attend dans la céleste patrie. Ceux qui en jouissent se plaignent tous de la situation où ils sont. les hommes qui n'ont pas compris la vraie doctrine. la perplexité. VI.. pag... Au contraire. Aen. Elle procure un état de repos. (Eccli. XVIII.. Et metus.... ET MALA MENTIS GAUDIA. IIe réflex. Le trouble.... et malesuada fames. mortiferumque adverso in limine bellum.. Ferreique Eumenidum thalami.

Voici comment je fus conduit à parler de la prière. Pers.. il en résulte que tout supplice pouvait être prévenu. J'ajoute 11 6 . puisqu'il pouvait être prévenu. Sat. car il y a dans les entretiens tels que les nôtres. puisque le crime pouvait n'être pas commis. il ne me restait que le plaisir de voir du pays. l'image d'un ordre supérieur. le chevalier: il a bien fallu pendant longtemps avoir l'air de n'y pas penser. je vous en prie. III.) QUATRIEME ENTRETIEN. et tout crime étant l'acte d'une volonté libre. que nous ne manquions d'ailleurs ni de temps ni de vivres. Je me rappelle un scrupule de M. Au reste. il s'ensuit que nul mal ne peut être regardé comme nécessaire. sur ce point comme sur tant d'autres. dans notre second entretien. imus Imus praecipites! quam si sibi dicat. LE CHEVALIER. Tout mal étant un châtiment. LE COMTE. je n'ai point oublié que. puisque vous voulez revenir. de véritables courants qui nous font dériver malgré nous: cependant il faut revenir. et que nous n'avons de plus (ce qui me paraît le point essentiel) rien à faire chez nous. LE COMTE. un mot que vous dîtes sur la prière me fit éprouver une certaine peine. _An magis auratis pendens laquearibus ensis Purpureas subter cervices terruit._ (A.Note VIII. L'ordre temporel est. Les supplices n'étant rendus nécessaires que par les crimes. 40-44. J'ai bien senti que nous dérivions: mais dès que la mer était parfaitement tranquille et sans écueils. et intus Pallent infelix quod proxima nesciat uxor. en réveillant dans mon esprit des idées qui l'avaient obsédé plus d'une fois: rappelez-moi les vôtres.

mais l'homme s'est trompé doublement sur Dieu: tantôt il l'a fait semblable à l'homme en lui prêtant nos passions. 11 7 . tantôt. Si l'homme sait découvrir et contempler ses traits. et cette leçon prouve la vérité: « Vous avez fait alliance avec le voleur et avec l'adultère. 27. -(1) Sap.) Il fallait agir autrement et croire de même. et ne nous a-t-il pas été ordonné de travailler à nous rendre parfaits comme lui? J'entends bien que ces mots ne doivent point être pris à la lettre. il ne se trompera point en jugeant Dieu d'après sa créature chérie. La justice divine peut être contemplée et étudiée dans la nôtre. XLIX. 18-22. et que nous sommes forcés d'admirer au fond de notre coeur. La ressemblance n'ayant rien de commun avec l'égalité (II). ses enfants et même ses frères (2). puisque la moindre ressemblance avec le souverain Etre est un titre de gloire qu'aucun esprit ne peut concevoir. L'homme-Dieu nous a appelés ses amis. contre le fils de votre mère. (2) Mais seulement après sa résurrection quant au titre de frère. Il suffit d'en juger d'après toutes les vertus. XI. J'accepte l'avis. il s'est trompé d'une manière plus humiliante pour sa nature en refusant d'y reconnaître les traits divins de son modèle. c'està-dire d'après toutes les perfections contraires à nos passions. bien plus que nous le croyons. lors même qu'elles nous sont étrangères (3). en second lieu. mais toujours ils nous montrent ce que nous sommes. Lui-même s'est déclaré notre père et l'ami de nos âmes (1). au contraire. le châtiment peut encore être prévenu de deux manières: car d'abord les mérites du coupable ou même ceux de ses ancêtres peuvent faire équilibre à sa faute. c'est une remarque de Bourdaloue dans un fragment qu'il nous a laissé sur la résurrection. » (Ps. (3) Les Psaumes présentent une bonne leçon contre l'erreur contraire. c'est qu'il faut nous garder de faire Dieu semblable à nous. votre bouche regorgeait de malice. de nous rendre semblables à Dieu (I)..qu'après même qu'il est commis. Ne savons-nous pas que nous avons été créés à l'image de Dieu. perfections dont tout homme se sent susceptible. et vous avez cru ensuite criminellement que je vous ressemblais. nous ne faisons qu'user de nos droits en nous glorifiant de cette ressemblance. Une des choses que la philosophie ne cesse de nous répéter. Il n'y a donc pas le moindre doute sur cette auguste ressemblance. pourvu qu'elle accepte à son tour celui de la Religion. Vous avez parlé contre votre frère. ses ferventes supplications ou celles de ses amis peuvent désarmer le souverain. et ses apôtres n'ont cessé de nous répéter le précepte d'être semblables à lui.

aucune répugnance à croire et à dire qu'on prie Dieu. Ne soyez donc pas surpris si j'insiste beaucoup sur ce point. Jamais je ne me suis moqué de mon curé lorsqu'il menaçait ses paroissiens de la grêle ou de la nielle. et vous les représenterez par la même formule. et que la prière a. Resserrez encore la seconde jusqu'à l'atome. comme le feu ou la lumière: et puisqu'il ne peut se passer d'électricité. comment l'une aurait-elle pu s'unir à l'autre. comme les figures semblables ne peuvent différer qu'en dimensions. diffèrent sans doute immensément. Ne craignons jamais de nous élever trop et d'affaiblir les idées que nous devons avoir de l'immensité divine. LE CHEVALIER. La courbe que décrit Uranus dans l'espace. qu'il doit tomber dans un certain pays 11 8 . S'il n'y avait nul rapport et nulle ressemblance réelle entre l'intelligence divine et la nôtre. L'électricité. Il faut que je vous le dis franchement: le point que vous venez de traiter est un de ceux où.Et ne vous laissez point séduire par les théories modernes sur l'immensité de Dieu. mais à dégrader l'homme. ce sont toujours deux ellipses. cependant j'observe un ordre si invariable dans les phénomènes physiques. et comment l'homme exercerait-il même après sa dégradation. sans voir dans mon esprit aucune dénégation formelle (car je me suis fait sur ces sortes de matières une théorie générale qui me garde de toute erreur positive). Les intelligences ne peuvent différer entre elles qu'en perfection. dans l'ordre supérieur comme dans l'autre. ouvrez l'autre dans l'infini. le premier est terrible pour nous. un empire aussi frappant sur les créatures qui l'environnent? Lorsqu'au commencement des choses Dieu dit: Faisons l'homme à notre ressemblance. le pouvoir d'obtenir des grâces et de prévenir des maux: ce qui peut encore resserrer l'empire du mal jusqu'à des bornes également inassignables. il suffit d'élever l'autre sans limites. mais qu'importe à la nature qui n'a peur de rien? Lorsqu'un météorologiste s'est assuré par une suite d'observations exactes. que je ne comprends pas trop comment les prières de ces pauvres petits hommes pourraient avoir quelque influence sur ces phénomènes. parce qu'ils n'avaient pas payé la dîme. je ne vois cependant les objets que d'une manière confuse. sur notre petitesse et sur la folie que nous commettons en voulant juger d'après nous-mêmes: belles phrases qui ne tendent point à exalter Dieu. Images de Dieu sur la terre. et celle qui enferme sous la coque le germe d'un colibri. par exemple. N'ayons. voilà le titre originel de l'investiture divine: car l'homme ne règne sur la terre que parce qu'il est semblable à Dieu (III). est nécessaire au monde. comment pourrait-il se passer de tonnerre? La foudre est un météore comme la rosée. il ajouta tout de suite: Et qu'il domine sur tout ce qui respire. il n'est pas nécessaire d'en abaisser un. comme on prie un souverain. Pour mettre l'infini entre deux termes. par exemple. tout ce que nous avons de bon lui ressemble. et vous ne sauriez croire combien cette sublime ressemblance est propre à éclaircir une foule de questions.

tant de pouces d'eau par an. mais cependant faudra-t-il donc prier pour que la foudre se civilise. dans un chemin creux. je ne veux point argumenter contre les idées reçues. Puis. toutes les fois même que j'y ai pensé. déshonorent les femmes. montant lestement aux murs de la cité. Où les pauvres bourgeois dorment en sûreté. Portent dans leur logis le fer avec les flammes. Poignardent les maris. Assassinent d'abord cinq ou six sentinelles. Le lendemain matin on les mène à l'église 11 9 . las de tant d'efforts. Boivent le vin d'autrui sur des monceaux de morts. il se met à rire en assistant à des prières publiques pour la pluie. sujet éternel de nos supplications ou de nos actions de grâces? Partout on demande la victoire. Discrètement armés de sabres et d'échelles. L'injustice sous les lauriers traînant à sa suite le bon droit vaincu et dépouillé. et. pour que les tigres s'apprivoisent et que les volcans ne soient plus que des illuminations? Le Sibérien demanderat-il au ciel des oliviers. Et que dirons-nous de la guerre. ou le Provençal du klukwa (1)? -(1) Petite baie rouge dont on fait en Russie des confitures et une boisson acidule. Écrasent les enfants. Je n'ai cessé de voir tous ces voleurs de nuit Qui. sans pouvoir ébranler la règle générale qui l'adjuge aux plus gros bataillons. ne vient-elle pas nous étourdir tous les jours avec ses insupportables Te Deum? Bon Dieu! qu'a donc de commun la protection céleste avec toutes ces horreurs que j'ai vues de trop près? Toutes les fois que ces cantiques de la victoire ont frappé mon oreille. Je ne l'approuve point: mais pourquoi vous cacher que les plaisanteries des physiciens me font éprouver un certain malaise intérieur. sans tambour et sans bruit. dont je me défie d'autant moins que je voudrais le chasser? Encore une fois. saine et agréable.

Beau génie tant qu'il vous plaira. à contre-coeur. vous êtes trop rancuneux envers François-Marie Arouet. elles nous tuent: il me semble que ma haine est suffisamment justifiée. et ferme nos yeux sur ce talent universel qu'on doit regarder comme une brillante propriété de la France. 12 0 . L'admiration effrénée dont trop de gens l'entourent est le signe infaillible d'une âme corrompue. Lui chanter en latin qu'il est leur digne appui. LE CHEVALIER. elles vivent. LE COMTE. nous rende injustes envers un si beau génie. il ne faut le louer qu'avec une certaine retenue. mais permettez-moi de vous le dire. le chevalier. je ne suis pas assez sévère pour vous priver du plaisir de rappeler en passant quelques mots heureux tombés de cette plume étincelante. Ni brûler les cités si Dieu ne nous seconde. LE CHEVALIER. j'ai presque dit.Rendre grâce au bon Dieu de leur noble entreprise. Qu'on ne peut ni violer ni massacrer son monde. quoique bien fondé dans son principe. LE COMTE. À la bonne heure. Oh! mon cher ami. M. il ne faut pas que ce sentiment. en parcourant sa bibliothèque. Que dans la ville en feu l'on n'eût rien fait sans lui. Ah! je vous y attrape. Mais ses oeuvres ne sont pas mortes. cependant il n'existe plus: comment peut-on conserver tant de rancune contre les morts? LE COMTE. Qu'on ne se fasse point illusion: si quelqu'un. et cela n'est pas permis chez moi. mais vous le citez comme autorité. mon cher chevalier. se sent attiré vers les OEuvres de Fernay. vous citez Voltaire. il n'en sera pas moins vrai qu'en louant Voltaire.

il n'est que joli. Il est charmant. et celui-là surtout. mais j'entends que ce mot soit une critique. dit-on: je le dis aussi. qui est son triomphe. Il est nul dans l'ode: et qui pourrait s'en étonner? l'impiété réfléchie avait tué chez lui la flamme divine de l'enthousiasme. sans s'en apercevoir. il ressemble à ses deux grands rivaux. Il y a autant de vérité dans cette tête qu'il y en aurait dans un plâtre pris sur le cadavre. Quant à son poème épique. Si cette loi était sévèrement observée. Il a prononcé contre lui-même. et souvent (qui le croirait?) lourd et grossier dans la comédie. Sa plaisanterie si vantée est cependant loin d'être irréprochable: le rire qu'elle excite n'est pas légitime. la moindre gorgée de son fiel ne pouvant couvrir moins de cent vers. je ne puis souffrir l'exagération qui le nomme universel. il faut l'avoir lu. Voyez ce front abject que la pudeur ne colora jamais. et même encore sur la scène. je vois de belles exceptions à cette universalité. mais puisqu'il ne dépend pas de nous de la promulguer. je n'ai pas droit d'en parler: car pour juger un livre. car c'est lui qui a dit: Un esprit corrompu ne fut jamais sublime. car le méchant n'est jamais comique. pas même la bataille de Fontenoi. en dépit de son art. S'il essaie la satire. Il est encore nul et même jusqu'au ridicule dans le drame lyrique. de son élégance et des grâces de son style. Dans ses meilleures pièces.Dieu ne l'aime pas. la gravité. Ici tout est naturel. Dans les genres qui paraissent les plus analogues à son talent naturel. son oreille ayant été absolument fermée aux beautés harmoniques comme ses yeux l'étaient à celles de l'art. Allez contempler sa figure au palais de l'Ermitage (IV): jamais je ne le regarde sans me féliciter qu'elle ne nous a point été transmise par quelque ciseau héritier des Grecs. gardons-nous au moins de donner dans l'excès bien plus répréhensible qu'on ne le croit d'exalter sans mesure les écrivains coupables. j'excepte la tragédie. il ne trompe pas des yeux exercés. N'avez-vous jamais remarqué que l'anathème divin fut écrit sur son visage? Après tant d'années il est temps encore d'en faire l'expérience. qui n'ont que deux sujets. Du reste. comme le plus habile hypocrite ressemble à un saint. Rien n'est plus vrai. aucune qualité ne pouvant remplacer celles qui lui manquent et qui sont la vie de l'histoire. il se traîne: il est médiocre. Une monotonie assoupissante plane sur la plupart de ses écrits. je m'en tiens à ma première observation: dès que Voltaire parle en son nom. froid. Certes. un arrêt terrible. la bonne foi et la dignité. avec ses cent volumes. et pour le lire il faut être éveillé. en vérité rien n'était plus juste: Refusez les honneurs du génie à celui qui abuse de ses dons. il n'a pas su faire une épigramme. il est insupportable dans l'histoire. il glisse dans le libelle. la bible et ses ennemis: il blasphème ou il insulte. on verrait bientôt disparaître les livres empoisonnés. où la nature de l'ouvrage le forçait d'exprimer de nobles sentiments étrangers à son caractère. Par la même raison. Je n'entends point d'ailleurs contester son mérite dramatique. qui aurait su peut-être y répandre un certain beau idéal. et c'est pourquoi Voltaire. rien ne peut l'échauffer. c'est une grimace. ces deux cratères éteints 12 1 . Souvent on s'est moqué de l'autorité ecclésiastique qui condamnait les livres in odium auctoris. ne fut jamais que joli.

. il ne connaît plus de frein. il s'en abreuve. et pour terminer. les femmes et les jeunes gens. cet insolant blasphémateur en vient à se déclarer l'ennemi personnel du Sauveur des hommes. il les imbibe de ses poisons qu'il transmet ainsi d'une génération à l'autre. mais ce n'est pas ma faute. voyons votre pouls. le dernier des hommes après ceux qui l'aiment! comment vous peindrais-je ce qu'il me fait éprouver? Quand je vois ce qu'il pouvait faire et ce qu'il a fait.. il ose du fond de son néant lui donner un nom ridicule. Toujours alliée au sacrilège. . Il se plonge dans la fange. Abandonné de Dieu qui punit en se retirant. il serait mille fois plus vil et plus coupable que Machiavel. le fléau des jardins.Ne me parlez pas de cet homme. courant d'une oreille à l'autre. enfin. avec la même plume qui peignit les joies de l'Élysée. la triste faiblesse de notre nature. Profanateur effronté de la langue universelle et de ses plus grands noms. Voltaire. C'est en vain que. et cette loi adorable que l'Homme-Dieu apporta sur terre. l'inconsidération. ses inimitables talents ne m'inspirent plus qu'une espèce de rage sainte qui n'a pas de nom. comme tant d'autres. Paris le couronna. 12 2 . Il invente des prodiges. et ces lèvres pincées par la cruelle malice comme un ressort prêt à se détendre pour lancer le blasphème ou le sarcasme. il livre son imagination à l'enthousiasme de l'enfer qui lui prête toutes ses forces pour le traîner jusqu'aux limites du mal. la jeunesse. Ah! qu'il nous a fait de mal! Semblable à cet insecte. . par la main du bourreau. Sodome l'eût banni.. avec son aiguillon. l'entraînement des passions. qui n'adresse ses morsures qu'à la racine des plantes les plus précieuses. Citoyen. Voltaire étonne le vice. Avec une fureur qui n'a pas d'exemple. LE CHEVALIER. Rien ne l'absout: sa corruption est d'un genre qui n'appartient qu'à lui. quelquefois je voudrais lui faire élever une statue.Je dis mal peut-être. avait écrit le livre du Prince. D'autres cyniques étonnèrent la vertu.où semblent bouillonner encor la luxure et la haine. Cette bouche. LE COMTE. pour voiler d'inexprimables attentats. elle s'enracine dans les dernières fibres de son coeur et se fortifie de toutes les forces de son entendement. je ne puis en soutenir l'idée. ses stupides admirateurs nous assourdissent de tirades sonores où il a parlé supérieurement des objets les plus vénérés. Il ne saurait alléguer. Suspendu entre l'admiration et l'horreur.Ce rictus épouvantable. des monstres qui font pâlir. elle brave Dieu en perdant les hommes. Si Fénélon. Ces aveugles volontaires ne voient pas qu'ils achèvent ainsi la condamnation de ce coupable écrivain. Le grand crime de Voltaire est l'abus du talent et la prostitution réfléchie d'un génie créé pour célébrer Dieu et la vertu. ne cesse de piquer les deux racines de la société. il s'y roule. il l'appelle L'INFAME.

mais je vous répondrai comme lui: Voyez plutôt l'hiver sur ma tête (2). ils attireraient l'esprit (2). car la prière est la respiration de l'âme. je crois. de Saint-Martin. ne vit plus. et par une conséquence nécessaire. vous venez de nous exposer à la tentation la plus perfide qui puisse se présenter à l'esprit humain: c'est celle de croire aux lois invariables de la nature. Tel est le malheur de ces hommes qu'ils ne peuvent même plus désirer leur propre régénération. M. et maintenant vous les voyez courbés vers la terre. Tel est l'homme qui ne prie plus. uniquement occupés de lois et d'études physiques. (3) Irascimini et nolite peccare. a dit ce même Voltaire que vous venez de citer (1): rien de plus évident. Aussi rien n'égale l'antipathie des hommes dont je vous parle pour ce culte et pour ses ministres. IV. non point seulement par la raison connue qu'on ne peut désirer ce qu'on ne connaît pas. C'est à peu près l'état où nous sommes réduits: car les hommes n'ayant jamais prié qu'en vertu d'une Religion révélée (ou reconnue pour telle). Point de religion sans prière. l'Esprit-Saint luimême l'a déclaré formellement exempte de péché (3). comme l'a dit. LE SÉNATEUR. -(1) J. Ces cheveux blancs vous déclarent assez que le temps du fanatisme et même des simples exagérations a passé pour moi. je crois. et qui ne prie plus. C'est donc en vain qu'on leur parlerait de ce qu'ils sont et de ce qu'ils devaient être. Ps. et il mène droit à ne plus prier. sur mon honneur. Il y a d'ailleurs une certaine colère rationnelle qui s'accorde fort bien avec la sagesse. c'est-àdire. et n'ayant plus le moindre sentiment de leur dignité naturelle.Ah! vous me citez encore un de mes amis (1).-J. tandis que s'ils voulaient seulement ouvrir la bouche. point de prière. De tristes confidences m'ont appris qu'il en est pour qui l'air d'une église est une espèce de 12 3 . à mesure qu'ils se sont approchés du déisme. ils ont cessé de prier. Plongés dans l'atmosphère divine. point de religion. mon très cher chevalier. ils refusent de vivre. qui n'est rien et ne peut rien. et si le culte public (il ne faudrait pas d'autre preuve de son indispensable nécessité) ne s'opposait pas un peu à la dégradation universelle. qu'en vous appuyant malheureusement sur lui. (2) Voyez la préface de la Nouvelle Héloïse. Après la sortie rationnelle de notre ami. à perdre la vie spirituelle. 3. que pourrais-je ajouter sur l'homme universel? Mais croyez. mais parce qu'ils trouvent dans leur abrutissement moral je ne sais quel charme affreux qui est un châtiment épouvantable. Rousseau. Ce système a des apparences séduisantes. que nous deviendrions enfin de véritables brutes.

de l'Alcoran. c'est que toutes les fois qu'elle se trouve opposée au sens commun. in-8o. et voilà l'homme. QUOD UBIQUE. tandis que la raison n'avait pas le sens commun. Vous avez parfaitement raison. CXVIII. Je la respecte infiniment malgré tout le mal qu'elle nous a fait. Je proteste comme notre ami l'a fait hier. 332. (2) Ps. porte toujours des marques évidentes de son origine divine. I. l'insolubilité de l'objection ne suppose plus que défaut de connaissances de la part de celui qui ne sait pas le résoudre. Il n'y a rien de si vrai et de si généralement vrai. n'arrivera pas. Or. de manière que toute croyance universelle est toujours plus ou moins vraie. C'est elle qui a dit: Rien ne doit arriver que ce qui arrive. Dès que son caractère est reconnu. Votre Vincent de Lerins a donné une règle fameuse en fait de religion: il a dit qu'il fallait croire ce qui a été cru TOUJOURS. uniquement parce qu'il souffre une objection que nous ne savons pas résoudre. qu'on puisse opposer à des vérités prouvées certaines subtilités dont le raisonnement ne sait pas se tirer sur-le-champ. mais ce qu'il y a de bien sûr. 131. Et peu importe. rien arrive que ce qui doit arriver (VI). XVI. et les oblige de sortir. LE COMTE. ou ne pas demander ce qu'il fallait. pour ainsi dire. tandis que les âmes saines s'y sentent pénétrées de je ne sais quelque rosée spirituelle qui n'a point de nom. mais ces erreurs seront locales. et ferait de l'homme une statue. L'homme. telle chose qui devait arriver. et la vérité universelle se montrera toujours. c'est-à-dire que l'homme peut bien avoir couvert et. nous devons la repousser comme une empoisonneuse. au reste. p. etc. Ils ont pu sans doute prier mal: ils ont pu demander ce qu'il ne fallait pas. en quoi le sens commun a fort bien raisonné. PARTOUT et PAR TOUS (3). autrement la vérité ne serait plus elle. oeuvres. que je n'entends point insulter la raison. car il n'y a pas de moyen plus infaillible de donner dans les erreurs les plus grossières et les plus funestes que de rejeter tel ou tel dogme. QUOD AB OMNIBUS. Mais le bon sens a dit: Si vous priez. et voilà Dieu. mais toujours ils ont prié. (3) QUOD SEMPER. car personne ne peut la méconnaître (V). encroûté la vérité par les erreurs dont il l'a surchargée. tom. Le beau système des lois invariables nous mènerait droit au fatalisme. mais qui n'en a point besoin. tom. les hommes ont toujours et partout prié. malgré sa fatale dégradation. On a appelé en témoignage contre 12 4 . -(1) Il l'a dit dans l'Essai sur les moeurs et l'esprit..mofette qui les oppresse au pied de la lettre. mon cher sénateur: aucune objection ne peut être admise contre la vérité.

en ce cas. XV). ce qui est incontestable. etc. cité par l'auteur de l'intéressant éloge historique de Copernic (Varsovie. 12 5 . mais sans douter jamais qu'il y en eût une.Moïse l'histoire. 35). de manière que l'objection insoluble devint le complément de la démonstration (1). Il suffit qu'on ait pu objecter à Copernic que sa théorie se trouvait en contradiction avec une vérité mathématique. mais jamais on ne pourra démontrer qu'elle contredise la vérité antérieurement démontrée. l'argument demeure toujours le même. ou qui ne les examinèrent que pour trouver la réponse. En effet. mais ceux-là furent grandement sages qui les méprisèrent avant tout examen. l'astronomie. 1803. il répondit: J'avoue que je n'ai rien à répondre. Dieu fit la grâce (mais après la mort du grand homme) que Galilée trouvât les lunettes d'approche avec lesquelles il vit les phases. et qu'en donnant le moindre éloignement possible à la flotte romaine. eût été obligé de répondre. Lectures. L'objection mathématique même doit être méprisée: car elle sera sans doute une vérité démontrée. mais Dieu fera la grâce qu'on trouvera une réponse. la géologie. Elle aura beau me dire: Mais ne savez-vous pas que tout miroir ardent réunit les rayons au quart de son diamètre de sphéricité. la chronologie. Vénus aurait des phases comme la lune: elle n'en a pas cependant. Kircher vient ensuite m'expliquer l'énigme: il retrouve le miroir d'Archimède (tulit alter honores). Posons en fait que par un accord suffisant de témoignages historiques (que je suppose seulement). et des écrivains ensevelis dans la poussière des bibliothèques en sortent pour rendre témoignage au génie de ce docte moderne: j'admirerai fort Kircher. je le remercierai même. attribue à ce grand homme la gloire d'avoir prédit qu'on reconnaîtrait à Vénus les mêmes phases que nous présente la lune. Suivant une ancienne tradition dont je ne sais plus retrouver l'origine dans ma mémoire. Quelque supposition qu'on fasse. On disait jadis au célèbre Copernic: Si votre système était vrai. E PUR SI MUOVE. note G. le miroir capable de la brûler n'aurait pas été moins grand que la ville de Syracuse? Qu'avez-vous à répondre à cela? .Je lui dirai: J'ai à vous répondre qu'Archimède brûla la flotte romaine avec un miroir ardent. Les objections ont disparu devant la véritable science. donc toute la nouvelle théorie s'évanouit: c'était une objection mathématique dans toute la force du terme. cependant je n'avais pas besoin de lui pour croire. à moins que vous n'agrandissiez le miroir en proportion suffisante. Cet exemple fournit un argument qui me paraît de la plus grande force dans les discussions religieuses. -(1) Je n'ai aucune idée de ce fait. et que Copernic. et plus d'une fois je m'en suis servi avec avantage sur quelques bons esprits. in-8o. Mais l'astronome anglais Keilt (Astron. il soit parfaitement prouvé qu'Archimède brûla la flotte de Marcellus avec un miroir ardent: toutes les objections de la géométrie disparaissent. que vous ne pouvez éloigner le foyer sans diminuer la chaleur. pag.

le meilleur des humains. et il fit une marque sur la marge avec l'ongle du pouce. ne se trouvent nullement en contradiction. et qui voulait dire assez clairement: Vous n'êtes qu'un blanc-bec. véritable meuble du château. pour ainsi dire.LE CHEVALIER. LE CHEVALIER. puis il alla prendre sur un guéridon vermoulu un viel Aristote à mettre des rabats qu'il apporta sur la table. Je voudrais comprendre cela mieux. si le fait est prouvé. et quelle en était la vitesse? Elle était telle que la garniture de plomb qui servait. 12 6 . Vous me rappelez une anecdote de ma première jeunesse. un peu morose et grondant toujours. ce que je ne puis examiner dans ce moment. Souvent il m'est arrivé de penser à ce plomb des anciennes flèches. que vous me rappelez encore en ce moment. Sans doute. même insoluble. une espèce de formule qui serve à la résolution de tous les cas particuliers. le chevalier. sur les flèches des anciens: Savez-vous bien. tenues pour vraies. je ne sais comment. ce que c'était qu'une flèche antique. Il me regarda avec un certain rire grimacier qui m'aurait montré toutes ses dents. M. Si ce qu'en dit Aristote est vrai (VII). l'objection quelconque. LE COMTE. qui avait jadis fouetté mon père et mes oncles. de lest à la flèche. dit-il. au demeurant. et que se serait fait pendre pour toute la famille. Il y avait chez moi un vieil abbé Poulet. mon cher abbé. Allons donc. et la conversation étant tombée. LE COMTE. » Il résulte seulement de l'impuissance de répondre. ne doit plus être écoutée. vous radotez: croyez-vous qu'une flèche antique allât plus vite qu'une balle moderne chassée d'une arquebuse rayée? Vous voyez cependant que cette balle ne fond pas. ce qui peut toujours arriver lorsque la contradiction n'est pas. J'étais entré un jour dans son cabinet. dans les termes. que les deux propositions. comme on dit. voilà encore une vérité qu'il faudra admettre en dépit d'une objection insoluble tirée de la physique. Il le feuilleta pendant quelques instants. frappant ensuite du revers de la main sur l'endroit qu'il avait trouvé: Je ne radote point. il me suffit de tirer de la masse de ces faits une théorie générale. Je veux dire: « Que toutes les fois qu'une proposition sera prouvée par le genre de preuve qui lui appartient. s'échauffait quelquefois par le frottement de l'air au point de se dissoudre! Je me mis à rire. s'il en avait eu. voilà un texte que les plus jolis arquebusiers du monde n'effaceront jamais. me dit-il.

n'est pas plus sûre que l'autre. les prières des Rogations (VIII). En effet. mais c'est précisément de quoi il s'agit. car un et trois me sont connus. ni des termes. sur la question présente. M. même insoluble (ce que je suis fort éloigné d'avouer dans ce cas) ne doit point être admise contre la démonstration qui résulte de la croyance innée de tous les hommes. de manière que la question recommence. d'accord encore. car ce n'est pas de quoi il s'agit. vouloir me faire croire que trois et un sont et ne sont pas la même chose. M. je suis prêt à croire. au contraire. vous continuerez à faire chez vous lorsque vous y serez. Mais si l'on me dit que trois personnes ne font qu'une nature. si vous y regardez de plus près vous sentirez le sophisme sans pouvoir bien l'éclaircir. LE COMTE. s'il vous plaît? Permis donc aux Stoïciens de nous dire que cette proposition. Je ne vois. puisqu'ils ont changé. quoique sans nécessité. c'est m'ordonner de croire de la part de Dieu que Dieu n'existe pas. que. comme vous l'avez vu. en attendant. car l'objection. je ne vois point ces règles immuables. qui se combine fréquemment sur la terre avec les lois 12 7 . Si vous m'en croyez donc. intimement persuadé que le sentiment général de tous les hommes forme. Nous les laisserons dire. de prier Dieu de toutes vos forces pour qu'il vous fasse la grâce d'y retourner. d'abord. il pleuvra demain: sans doute. pour ainsi dire. me fournisse une démonstration suffisante. si en effet il doit pleuvoir. pourvu que la révélation. et permis à eux encore de nous embarrasser s'ils le pouvaient. je crois cependant comme vous. Il sera même bon. et c'est ici le principal. tels qu'ils doivent être pour se prêter autant qu'il est nécessaire à l'action des êtres libres. dans la nature que des ressorts souples. nous n'en sommes pas du tout réduits aux sentiments. où serait-elle. LE SÉNATEUR. et peu m'importe que trois ne soient pas un. par les sophismes les plus éblouissants. le sénateur. ce qui fait une toute autre question. par exemple. et cette chaîne inflexible des événements dont on a tant parlé. n'a droit de révéler que trois ne sont qu'un. il a plu hier. des vérités d'intuition devant lesquelles tous les sophismes du raisonnement disparaissent. Quoique je sois. et même avec les traditions plus ou moins obscures de toutes les nations. le chevalier. car. mais de savoir si trois personnes ne peuvent être une seule nature. il pleuvra demain.Aucune autorité dans le monde. avec les spéculations les plus solides de la psychologie. est aussi certaine et aussi immuable dans l'ordre des destinées que cette autre. En second lieu. Cette proposition il a plu hier. en laissant dire de même ceux qui vous objecteraient qu'il est décidé d'avance si vous reverrez ou non votre chère patrie. et comme le sens attaché aux termes ne change pas dans les deux propositions. puisqu'on ne les connaît pas. la contradiction ne pouvant être affirmée ni des choses.

Je me rappelle que je fus indigné un jour en lisant le sermon que Herder adresse quelque part à Voltaire. ainsi que ses poutres et ses tuiles. tels que les volcans. Tous les philosophes de notre siècle ne parlent que de lois invariables.) C'est proprement le kekrimenon ouron d'Homère. étaient des châtiments divins. Vous nous parlez. XIV. au sujet de son poème sur ce désastre de Lisbonne: « Vous osez. c'est une loi nécessaire de la nature: qu'y a-t-il donc là d'étonnant ou qui puisse motiver une plainte? (IX) » -(1) Pluviam volontariam segregabis. Mais je veux faire beau jeu à ces raisonneurs. il doive tomber dans chaque pays précisément la même quantité d'eau: ce sera la loi invariable. lui dit-il sérieusement. comme il arriva en 1709. J'admets que. 12 8 . Ils nous soutiennent. Deus. (Ps. d'une certaine quantité d'eau précisément due à chaque pays dans le cours d'une année. M. bien qu'à vous dire la vérité. dans chaque année. et c'est le moyen infaillible d'y parvenir.matérielles de la nature. des pluies générales pour le monde. etc. mais la distribution de cette eau sera. qu'il était rigoureusement nécessaire que Lisbonne fût détruite le Ier novembre 1755. mais nous prierons pour que l'olivier ne gèle point dans les campagnes d'Aix. 10. Quoi qu'il en soit. (Iliad. Comme je ne me suis jamais occupé de météorologie. et le klukwa en Provence. il ne peut s'agir ici que d'une année commune: à quelle distance placerons-nous donc les deux termes de la période? Ils sont peut-être éloignés de dix ans. Ne savez-vous pas que l'homme. par exemple. je ne sais ce qu'on a dit sur ce point. Nous ne prierons donc point pour que l'olivier croisse en Sibérie. et pour que le klukwa n'ait point trop chaud pendant votre rapide été. est ou n'est pas une loi de la nature. suivant que l'homme existe ou n'existe pas. l'expérience me semble impossible. pourvu qu'ils soient kekri. La greffe. comme il était nécessaire que le soleil se levât le même jour: belle théorie en vérité et tout à fait propre à perfectionner l'homme. eux. s'il est permis de s'exprimer ainsi. haereditati tuae. le chevalier.. Ainsi vous voyez qu'avec vos lois invariables nous pourrions fort bien encore avoir des inondations et des sècheresses. Voyez en combien de manières et jusqu'à quel point nous influons sur la reproduction des animaux et des plantes. du moins avec une certitude même approximative. De là vient la colère de ces mécréants lorsque les prédicateurs ou les écrivains moralistes se sont avisés de nous dire que les fléaux matériels de ce monde. je le crois: il ne s'agit pour eux que d'empêcher l'homme de prier. n'importe. 19. vous plaindre à la Providence de la destruction de cette ville: vous n'y pensez pas! c'est un blasphème formel contre l'éternelle sagesse. peut-être de cent. et que tout ce qui existe doit payer sa dette? Les éléments s'assemblent. XLVII. les tremblements de terre.) Pluie ou vent. est débiteur du néant. les éléments se désunissent. la partie flexible de la loi. et des pluies d'exception pour ceux qui ont su les demander (1).

II. au surplus. et tu seras à cet âge une charmante créature! Jusqu'ici il serait impossible de dire mieux.. 251. et jusqu'à la fin des siècles. il est juste. -(1) Il y a autant de différence entre la véritable morale et la leur (celle des philosophes stoïciens et épicuriens) qu'il y en a entre la joie et la patience. ne présentez plus à mon coeur agité Ces immuables lois de la nécessité. que voilà une belle consolation et bien digne de l'honnête comédien qui enseignait l'Évangile en chaire et le panthéisme dans ses écrits? Mais la philosophie n'en sait pas davantage. 215. il a fini par nous dire: « l'homme sage et supérieur à tous les revers est celui qui ne voit dans tous ses malheurs que les coups de l'aveugle nécessité.N'est-ce pas. Émile. Cette chaîne des corps. il n'est point implacable. messieurs. Depuis Épictète jusqu'à l'évêque de Weimar. mais comme s'il se repentait d'avoir parlé raison. Il est libre. p. p. lorsqu'à la suite de son vain pathos de morale et de vertu. 1782. elle racornit le coeur. car leur tranquillité n'est fondée que sur la nécessité. tom. il ajoute tout de suite: Pourquoi donc souffrons-nous sous un maître équitable? 12 9 . retiens bien cette leçon de ton maître: ne pense point à Dieu avant vingt ans. et lorsqu'elle a endurci un homme. avait répondu d'avance à son critique dans ce même poème sur le désastre de Lisbonne: Non.) JeanJacques a justifié cette observation. no. » (VIII Prom. OEuvres.) Toujours l'homme endurci à la place de l'homme résigné! Voilà tout ce qu'ont su nous prêcher ces précepteurs du genre humain. des esprits et des mondes: O rêves des savants. Elle ne connaît pas l'huile de la consolation. ce sera sa manière invariable et sa loi nécessaire. (Leibnitz. dans le livre de la Théod. Elle dessèche. in-8o. 25. elle croit avoir fait un sage (1). ô chimères profondes! Dieu tient en main la chaîne et n'est point enchaîné: Par son choix bienfaisant tout est déterminé. Voltaire. Genève.

Me demanderezvous ensuite pourquoi les innocents ont été enveloppés dans la même peine? C'est une autre question à laquelle je ne suis nullement obligé de répondre. et jamais on ne s'écartera de cette solution sans déraisonner. elle lui ferme les portes. Ne traitons jamais deux questions à la fois. Voilà le noeud fatal sagement délié. Une ville se révolte: elle massacre les représentants du souverain.) On lisait jadis ces deux passages de Sénèque au-dessous des deux grands tableaux qui représentaient cette destruction de Lyon. et sans ce crime elle n'aurait pas souffert. ou comme il y en avait. je puis aussi répondre que le souverain est dans l'impossibilité de se conduire autrement. Je pourrais avouer que je n'y comprends rien. Voilà une proposition vraie et indépendante de toute autre.. J'ignore si la nouvelle catastrophe les a épargnés. una nox fuit inter urbem maximum et nullam. XCI. il fait justice comme nous la faisons nous-mêmes dans ces sortes de cas. Ici commencent les questions téméraires: Pourquoi donc souffronsnous sous un maître équitable? Le catéchisme et le sens commun répondent de concert: PARCE QUE NOUS LE MÉRITONS. et je ne manquerais pas de bonnes raisons pour l'établir. l'an soixante et dix-neuf de notre ère. Sans doute qu'il y avait des enfants à Lisbonne comme il y en avait à Herculanum. sans altérer l'évidence de la première proposition. leur mort est le prix de leurs crimes? Quel crime. 13 0 . -(1) Lugdunum quod monstrabatur in Gallia. Le prince la fait démanteler et la dépouille de tous ses privilèges. personne ne blâmera ce jugement sous prétexte des innocents renfermés dans la ville.. comme il y en avait à Lyon quelque temps auparavant (1).Voilà le noeud fatal qu'il fallait délier. au temps du déluge. sans que personne s'avise de s'en plaindre. En vain ce même Voltaire s'écriera: Direz-vous en voyant cet amas de victimes: Dieu s'est vengé. mor. elle se défend contre lui. La ville a été punie à cause de son crime. dans le grand escalier de l'hôtel-de-ville. Lorsque Dieu punit une société quelconque pour les crimes qu'elle a commis. elle est prise. quaeritur. (Sen. quelle faute ont commis ces enfants Sur le sein maternel écrasés et sanglants? Mauvais raisonnement! Défaut d'attention et d'analyse. si vous le voulez. Ep..

sont sujets dans tout l'univers aux mêmes maux qui peuvent affliger les hommes faits? Car s'il est décidé qu'un certain nombre d'enfants doivent périr. pourquoi les enfants qui n'ont pu encore ni mériter ni démériter. et si nous faisions plier les vérités devant les difficultés. Platon s'en est occupé. mais de privilèges encore plus grands et plus dignes de leur fidélité? LE COMTE. dans son traité de la République. Il faudrait donc s'élever encore plus haut. mais c'est un délire de les citer pour contredire le prédicateur qui s'écrie: Dieu s'est vengé. il n'y a point de mort violente. Il s'agit seulement d'expliquer pourquoi l'innocent est enveloppé dans la peine portée contre les coupables: mais comme je vous le disais tout à l'heure.LE CHEVALIER. de les transporter dans quelque province plus heureuse. ait fait attention qu'au lieu de traiter une question particulière. que la moitié franche de ceux qui naissent. Qu'un poignard traverse le coeur d'un homme. C'est précisément ce que fait Dieu. ces maux sont le prix de nos crimes. meurent avant l'âge de deux ans. qui raconte beaucoup de choses sur les supplices de l'autre vie. il n'y a plus de philosophie. elles peuvent exercer notre esprit sans danger. Permettez-moi de vous le demander: qui empêcherait ce bon roi de prendre sous sa protection les habitants de cette ville demeurés fidèles. pour les y faire jouir. cet 13 1 . Platon dit qu'au sujet de leur état dans l'autre vie. relative à l'événement dont il s'occupait dans cette occasion. qui écrivait si vite. ou qu'un peu de sang s'accumule dans son cerveau. Pour Dieu. car il les distingue très exactement. il tombe mort également. ce n'est qu'une objection. il amène sur la scène. un certain Levantin (Arménien. Toutes ces questions faites dans un esprit d'orgueil et de contention sont tout à fait dignes de Matthieu Garo. comme un simple durillon que nous appellerions polype. éternels ou temporaires. mais dans le premier cas on dit qu'il a fini ses jours par une mort violente. car je me rappelle que. et demander en vertu de quelle cause il est devenu nécessaire qu'une foule d'enfants meurent avant de naître. meurent avant l'âge de raison. Mais à l'égard des enfants morts avant l'âge de raison. Je doute d'ailleurs que Voltaire. lorsque des innocents périssent dans une catastrophe générale: mais revenons. car rien n'est plus vrai en général. et qu'il demandait. mais si on les propose avec une respectueuse curiosité. cependant. et que d'autres encore en très grand nombre. Je me flatte que Voltaire n'avait pas plus sincèrement pitié que moi de ces malheureux enfants sur le sein maternel écrasés et sanglants. je ne sais trop comment. je ne vois pas comment il leur importe de mourir d'une manière plutôt que d'une autre. il en traitait une générale. Une lame d'acier placée dans le coeur est une maladie. si je ne me trompe) (1). je ne dis pas des mêmes privilèges. sans s'en apercevoir.

et l'on danse à Paris. que Paris plongés dans les délices? Lisbonne est abîmée. il eût pu voir tout-à-coup. l. évang. » (De Rep. Platon dit seulement: « Qu'à l'égard de ces enfants.. il faut avouer que ce Platon avait bien frappé à toutes les portes. la pitié est sans doute un des plus nobles sentiments qui honorent l'homme. no. Opp. et toujours dans le même ouvrage: Lisbonne. le tribunal révolutionnaire. (Huet.) Sans discuter l'expression.) Pourquoi ces enfants naissent-ils. mais il faut avoir perdu le sens pour argumenter de ce qui ne se comprend pas contre ce qui se comprend très bien. de l'affaiblir 13 2 . Démonstr.étranger racontait des choses qui ne devaient pas être répétées (2). Grand Dieu! cet homme voulait-il que le Tout-Puissant convertît le sol de toutes les grandes villes en places d'exécution? ou bien voulait-il que Dieu ne punît jamais. ce téméraire. II. VII. et qu'au lieu de Her l'arménien. parce qu'il ne punit pas toujours. 9. dans un avenir si peu reculé. et pour assigner ponctuellement l'époque des supplices? Et qu'aurait-il dit. Prop. qui n'est plus. p. ou pourquoi meurent-ils? Qu'arrivera-t-il d'eux un jour? Ce sont des mystères peut-être inabordables. au milieu de la ville plongée dans les délices. 11. X. le comité de salut public. il faut lire Héri. si. in-4o. Her racontait des choses qui ne valaient pas la peine d'être rappelées. et partout. -(1) Il paraît que c'est une erreur.) (Note de l'éditeur) (2) L'interlocuteur est ici un peu trompé par sa mémoire. et il faut bien se garder de l'éteindre. tom. et les longues pages du Moniteur toutes rouges de sang humain? Au reste. et dans le même moment? Voltaire avait-il donc reçu la balance divine pour peser les crimes des rois et des individus. chap 142. tom. (Note de l'éditeur. Voulez-vous entendre un autre sophisme sur le même sujet? C'est encore Voltaire qui vous l'offrira.. 325. fils d'Harmonius. dans le moment où il écrivait ces lignes insensées. eut-elle plus de vices Que Londres.

Que trois ou quatre mille hommes périssent disséminés sur un grand espace. mais pour l'imagination la différence est énorme: de manière qu'il peut très bien se faire qu'un de ces événements terribles que nous mettons au rang des plus grands fléaux de l'univers. et des innocents qui ont acquis par compensation une vie plus longue et plus heureuse. beaucoup moins. Tant il est vrai que cette force cachée que nous appelons nature. Le fléau peut même se trouver doublement juste. et ne voir dans les choses que les choses mêmes. je ne dis pas pour l'humanité en général. que la partie accessible à nos regards devrait bien nous apprendre à révérer l'autre. dans un temps donné. Je ne fus pas médiocrement surpris d'apprendre. c'est un spectacle épouvantable pour nous: mais pour lui. puisqu'il ne périt en effet dans cette horrible catastrophe qu'environ vingt mille hommes. il y a bien des années. si admirables. Un adage sacré dit que l'orgueil est le commencement de tous nos crimes (1). que dans un assez grand nombre de batailles que je pourrais vous nommer. a des moyens si nombreux. dans ces grands malheurs. cependant lorsqu'on traite des sujets philosophiques.même dans les coeurs. de même que le lieu et le temps des morts. pourquoi cent mille? il a d'autant plus tort qu'il pouvait dire la vérité sans briser la mesure. on doit éviter soigneusement toute espèce de poésie. comme un point déterminé que. Vous pouvez voir ici un nouvel exemple de ces lois à la fois souples et invariables qui régissent l'univers: regardons. C'est lui qui nous égare en nous inspirant un malheureux esprit de contention qui nous fait chercher des difficultés pour avoir le 13 3 . de sorte qu'une ville entière peut être abîmée sans que la mortalité en ait augmenté. nous montre cent mille infortunés que la terre dévore: mais d'abord. dans le poème que je vous cite. Voltaire. si vous voulez. par exemple. c'est la même chose sans doute pour la raison. une foule de circonstances ne sont que pour les yeux. je pense qu'on pourrait fort bien ajouter: Et de toutes nos erreurs. mais la distribution de la vie parmi les individus. Qu'un malheureux enfant. par un tremblement de terre ou une inondation. LE SÉNATEUR. à raison des coupables qui ont été punis. ne soit rien dans le fait. La toute-puissante sagesse qui règle tout. mais pour une seule contrée. soit écrasé sous la pierre. par conséquent. par le résultat de ces tables. si diversifiés. il doive mourir tant d'hommes dans un tel pays: voilà qui est invariable. il est beaucoup plus heureux que s'il était mort d'une variole confluente ou d'une dentition pénible. Ensuite il faut considérer que. forment ce que j'ai nommé la partie flexible de la loi. de certaines tables mortuaires faites dans une très petite province avec toute l'attention et tous les moyens possibles d'exactitude. ou tout à la fois et d'un seul coup. que deux épidémies furieuses de petite vérole n'avaient point augmenté la mortalité des années où cette maladie avait sévi. a des moyens de compensation dont on ne se doute guère. par exemple. J'ai eu connaissance.

par exemple. elle s'écrie au dix-huitième siècle. mais avant d'aller plus loin. Elle sait qu'elle est faite pour prier et non pour disserter. afin que les coeurs de tous les hommes connaissent que c'est votre courroux qui nous envoie ces châtiments. 15. à propos de ces calamités dont nous parlons. X. permettezmoi de vous faire observer un caractère particulier du Christianisme.) LE COMTE. et dont le plus grand intérêt est l'avancement de cette même science. en écartant même toute discussion sur la vérité des croyances. raffermissez par votre grâce suprême cette terre ébranlée par nos iniquités. se garde bien de nous l'interdire ou d'en gêner la marche. qui se présente à moi. et il faut sans doute 13 4 . Quant à elle. Je le crois tout comme vous. ne se laisse enseigner par personne. puisqu'elle sait certainement tout ce qu'elle doit savoir. elle ne s'occupe guère des ministres qui exécutent ses ordres. comme vous voyez. son enseignement varierait avec les opinions humaines. Si le Christianisme était humain. qui se trouve en relation directe avec le souverain. Certainement cette Religion. et sur les ruines d'une ville renversée par un tremblement de terre. Combien de disputes finiraient si tout homme était forcé de dire ce qu'il pense! -(1) Initium omnis peccati superbia. qu'on l'admire ou qu'on la tourne en ridicule. comme c'est votre miséricorde qui nous en délivre (X). qui est la mère de toute la bonne et véritable science qui existe dans le monde. il est immuable comme lui. que nous recherchions la nature de tous les agents physiques qui jouent un rôle dans les grandes convulsions de la nature. Il n'y a pas là de lois immuables. qui a la prétention d'enseigner tout le monde. mais je suis fort trompé si les disputeurs eux-mêmes ne sentent pas intérieurement qu'elle est tout à fait vaine. mais comme il part de l'être immuable. maintenant c'est au législateur à savoir. Elle approuve beaucoup. daignez nous protéger. Qu'on l'approuve donc ou qu'on la blâme. comme elle l'aurait fait au douzième: Nous vous en supplions. Seigneur.plaisir de contester. si une nation en corps gagne plus à se pénétrer de ces sentiments qu'à se livrer exclusivement à la recherche des causes physiques. au lieu de les soumettre au principe prouvé. J'approuve fort que votre église. à laquelle néanmoins je suis fort éloigné de refuser un très grand mérite du second ordre. elle demeure impassible. (Eccli. LE SÉNATEUR.

de saint Épiphane.qu'elle soit douée d'une grande confiance en elle-même. vous en revenez toujours à 13 5 . Allons donc. de saint Grégoire de Nazianze. En votre qualité de Latin. de saint Grégoire de Nysse. Je vous demande s'il est possible d'être plus Grec? LE SÉNATEUR. de saint Basile. de saint Justin. Et moi. sub spe rati. je vous en prie. pour que l'opinion ne puisse absolument rien sur elle. LE COMTE. si vous le voulez bien.. Qu'appelez-vous donc Latin? Sachez. en un mot. et celui de saint Athanase ne contiennent-ils pas ma foi? et ne devrais-je pas mourir pour en défendre la vérité? J'espère que je suis de la religion de saint Paul et de saint Luc qui étaient Grecs.. je reçois de plus comme évangile tous les conciles oecuménique convoqués dans la Grèce d'Asie ou dans la Grèce d'Europe. on pourrait proposer le statu quo ante bellum. je signerais sur-le-champ et même sans instruction. Je voulais dire qu'en votre qualité de Latin. LE COMTE. Mais qu'est-ce donc que vous vouliez dire sur ma qualité de Latin? LE SÉNATEUR. qui sont sur vos autels et dont vous portez les noms. de saint Athanase. Je suis de la Religion de saint Ignace. ajournons la plaisanterie. qu'en matière de Religion je suis Grec tout comme vous. je regrette tout ce qu'ils ont regretté. Si jamais il était question de paix entre nous. mon bon ami. Ce que vous dites là me fait naître une idée que je crois juste. et nommément de saint Chrysostome dont vous avez retenu la liturgie. de tous les saints. Je ne plaisante point du tout. J'admets tout ce que ces grands et saints personnages ont admis. LE COMTE. de saint Cyrille. LE SÉNATEUR. je vous l'assure: le symbole des Apôtres n'a-t-il pas été écrit en grec avant de l'être en latin? Les symboles grecs de Nicée et de Constantinople.

dans certaines circonstances données. Qui peut oublier la sublime prérogative de l'homme: Que partout où il se trouve établi en nombre suffisant les animaux qui l'entourent doivent le servir. etc. à mon avis. nous ne disputerions pas aujourd'hui: car c'est. je n'en sais pas assez pour décider quels êtres et quel phénomènes sont dus uniquement à cet état. quand même je serais protestant. et qui ne tendent à rien moins qu'à l'extinction de toute moralité. qui n'existent que dans leur imagination. je vous prie. sous peine de la grêle ou de la foudre: car personne n'a droit d'assurer qu'un tel malheur est la suite d'une telle faute (légère surtout). d'abord par une vie meilleure. Les habitants ne pouvaient être avertis. et à l'abrutissement absolu de l'espèce humaine (1). lorsqu'il l'entendait recommander le paiement de la dîme. et qu'il y dévore dix personnes? Il faut que la terre recèle dans son sein diverses substances qui.. et de plus être ce qu'il est. M. et ensuite par la prière. comme il nous faut de la rosée. si l'on veut. Il faut de l'électricité. et produire un tremblement de terre: fort bien. s'il ne s'est jamais moqué de son curé. Lisbonne entier pérît par une de ces catastrophes. de se mettre à l'abri par la fuite? Toute raison humaine non sophistiquée se révoltera contre de pareilles conséquences. et qu'ainsi ceux que nous appelons les fléaux du ciel. très bien. le Ier novembre 1755. ou. n'a pas regardé ces calamités comme l'ouvrage d'une puissance supérieure qu'il était possible d'apaiser? Je loue cependant beaucoup M. de la folle hypothèse de l'optimisme: supposons que le tigre doive être. dirons-nous: Donc il est nécessaire qu'un de ces animaux entre aujourd'hui dans telle habitation. très philosophiquement fait d'établir comme dogme national. et dans tous les systèmes possibles de religion. civilisée ou barbare. Mais partons. si vous voulez. des tigres. etc. . dans celui même où nous sommes. Ainsi nous laisserons dire les sophistes avec leurs lois éternelles et immuables. vous pourriez ajouter encore: comme il nous faut des loups. en général. le chevalier. L'homme étant dans un état de dégradation aussi visible que déplorable. dans un désert. disiez-vous.l'autorité. très justement. peuvent s'enflammer ou se vaporiser. on se passe fort bien de loups en Angleterre: pourquoi.Je l'ignore en vérité. Au surplus. Je m'amuse souvent à vous voir dormir sur cet oreiller. que tout fléau du ciel est un châtiment: et quelle société humaine n'a pas cru cela? Quelle nation antique ou moderne. que tout mal physique est un châtiment. des serpents à sonnettes. sont nécessairement la suite d'un grand crime national. le chevalier: donc il nous faut des tonnerres et des foudres. je me tiens sûr du contraire. et même. ou à cent pas de la ville. ne s'en passeraiton pas ailleurs? Je ne sais point du tout s'il est nécessaire que le tigre soit ce qu'il est: je ne sais pas même s'il est nécessaire qu'il y ait des tigres. 13 6 . l'amuser ou disparaître. D'ailleurs. L'explosion n'aurait pu se faire ailleurs. ajouterons-nous: Donc il était nécessaire que. par exemple. par de légères secousses préliminaires. pour vous parler franchement. de manière que chacun de ces fléaux pouvait être prévenu. mais l'on peut et l'on doit assurer. ou de l'accumulation des crimes individuels. ou sous le bassin de la mer.

Remarquez à ce sujet un étrange sophisme de l'impiété. et Os. et nous sommes battus parce que nous le méritons. Sans doute. ou. -(1) Voy. Les fléaux sont destinés à nous battre. Ce mot de Typhon qui fut dans l'antiquité l'emblème de tout mal. nous pouvons obtenir grâce. LIII. qu'on peut négliger les soins que les affaires demandent. vient enfin se délasser dans la croyance universelle. et je crois que le bon sens universel a incontestablement raison lorsqu'il s'en tient à l'étymologie dont lui-même est l'auteur.. et c'est encore un des cas assez nombreux où la philosophie. C'est là. de Is. la prière peut l'écarter: toujours j'en reviendrai à ce grand principe. si vous voulez. M. Dieu ayant eu ces prières en vue avant qu'il eût réglé les choses. et non seulement ceux qui prétendent. Nous pouvions sans doute ne pas le mériter. Le cours des astres n'est pas un mal: c'est. comment pourrait-il être nécessaire? L'innocence pouvait le prévenir. (Plut. sous le vain prétexte de la nécessité des événements. mais encore ceux qui raisonnent contre les prières. ce me semble. Mais si Typhon n'existait pas. et 13 7 . LIV). l'utilité et même la nécessité s'en trouvent philosophiquement démontrées. après de longs et pénibles détours. LE SÉNATEUR. mais le mal qui n'est qu'un châtiment. de l'ignorance. au contraire. Vous sentez donc assez. car je ne demande pas mieux que de voir celle-ci à la place de l'autre. LE COMTE. une règle constante et un bien qui appartient à tout le genre humain. et même après l'avoir mérité. combien je suis contraire à votre comparaison des nuits et des jours (1). pag. ce tour de force merveilleux serait inutile. 63. Rappelons-nous ce qu'a dit la sage antiquité: Que Mercure (qui est la raison) a la puissance d'arracher les nerfs de Typhon pour en faire les cordes de la lyre divine (2). on croit que le mal est une portion intégrante du tout. le chevalier. tombent dans ce que les anciens appelaient déjà le sophisme paresseux. (2) Cette allégorie sublime appartient aux Égyptiens.-(1) Non seulement les soins et le travaux. Parce que la toute-puissante bonté doit employer un mal pour en exterminer un autre. le résultat de tout ce qu'on peut dire de sensé sur ce point. Nos prières n'étant donc qu'un effort de l'être intelligent contre l'action de Typhon. mais encore les prières sont utiles.

122. La ressemblance qui existe entre l'homme et son Créateur est celle 13 8 . Je ne sais comment il arrive que les hommes ne se rassemblent jamais sans s'exposer.. la tête pleine d'idées volcaniques. je vous fais grâce de ma métaphysique. qui pourrait fort bien y laisser la vie ou quelques membres. qui devait tant de choses à cet ancien sage. semblable à lui par l'imitation des perfections divines. Il faut même remarquer que la philosophie ancienne avait préludé à ce précepte.) et réciproquement. que rien ne ressemble plus à Dieu que l'homme juste. me rappelle une idée qui m'a souvent occupé et dont je veux vous faire part. mon cher ami. et ne manquez pas de revenir demain. tom. pas même pour quelque téméraire de l'espèce humaine. l. NOTES DU QUATRIEME ENTRETIEN. et qui doit représenter une explosion du Vésuve. LE COMTE. Aujourd'hui cependant. II. Pythagore disait: IMITEZ DIEU. autant qu'il le peut. X. FIN DU QUATRIEME ENTRETIEN. Je n'en voudrais pas répondre pour les moucherons et pour les nombreux oiseaux qui nichent dans les bocages voisins. C'est un spectacle typhonien.) Plutarque ajoute que l'homme ne peut jouir de Dieu d'une manière plus délicieuse qu'en se rendant. opp. (In Theaet. a dit: Que l'homme juste est celui qui s'est rendu semblable à Dieu autant que notre nature le permet. le plus hardi et le plus entreprenant des hommes. Allez cependant.spécialement de tout fléau temporel. et qu'il ne manque surtout jamais de prononcer lorsqu'il affronte les dangers les plus terribles et les plus évidents. vind. Note I. Platon. mais tout à fait innocent. car il faut que je vous quitte pour aller voir le grand feu d'artifice qu'on tire ce soir sur la route de Péterhoff. T.) Note II. -(1) N'ayez pas peur! Expression familière au Russe. p. IV.. tout en disant Niebosse! (1). (Polit. comme vous voyez. opp. (De sero Num.

296. 93. Note III. Le tout ensemble donne une idée d'une bibliothèque formée pour amuser les soirées d'un campagnard. opif. achetée après sa mort par la cour de Russie. est placée au fond de la bibliothèque et semble l'inspecter.. Test. exécutée en marbre blanc par le sculpteur François Houdon. magnifique dépendance du palais d'hiver. S'il manquait quelque chose à cette démonstration. l'absurdité est toute à lui: car c'est le contraire que nous disons. et presque toutes marquées au coin de la médiocrité et du mauvais ton. (S. (De VI dier. Axiome évident et véritablement divin! Car la suprématie de l'homme n'a pas d'autre fondement que sa ressemblance avec Dieu. Paris. in Dial. nommé François Vittoria. tom. Aujourd'hui elle est déposée au palais de l'Ermitage. I. autant qu'on peut se souvenir de ce qu'on a lu il y a cinquante ans. 311. mais surtout à la littérature classique. dans le roman de Clarisse. écrit à son ami: Si vous avez intérêt de connaître une jeune personne. Il n'y a rien de si incontestable. Works. part. lib. Thomas.) Voyez sur cette ressemblance. On y chercherait en vain ce qu'on appelle les grands livres et les éditions recherchées surtout des classiques. (Hist. p. X. Prop II. pag. cap 2-3. Philon et quelques pères et philosophes grecs en avaient tiré parti depuis longtemps. Vet. III. La statue de Voltaire. Noël Alex. art. mort en 1532.de l'image au modèle. Sicut ab exemplari. C'est sous ce point de vue que la bibliothèque de Voltaire est particulièrement curieuse.. theol.. et à quelques autres. non secundum aequalitatem. On ne revient pas de son étonnement en considérant l'extrême médiocrité des ouvrages qui suffirent jadis au patriarche de Ferney. (Bacon. comme on peut le voir dans le bel ouvrage de Pétau. on connaît en peu de temps ce qu'il sait et ce qu'il aime. mais cette vérité est d'un ordre bien plus général qu'elle ne se présentait à l'esprit de Richardson. Cette bibliothèque donne lieu à des observations importantes qui n'ont point encore été faites. La collection entière est une démonstration que Voltaire fut étranger à toute espèce de connaissances approfondies. art.. Dogm. comme on sait. Il faut encore y remarquer une armoire remplie de livres dépareillés dont les marges sont chargées de notes écrites de la main de Voltaire. que Lovelace. cet. elle serait complétée par des traits d'ignorance sans 13 9 . Elle se rapporte à la science autant qu'au caractère.) Si quelqu'un nous fait dire qu'un homme ressemble à son portrait. et il est certain qu'en parcourant les livres rassemblés par un homme.) Il attribue cette magnifique idée à un théologien espagnol. En effet. Summa Theol. 1644. seq. tom. in-fol. Je me souviens. bâtie par l'impératrice Catherine II. commencez par connaître les livres qu'elle lit. mund. La bibliothèque de Voltaire fut.) Note IV.. 7. II. si je ne me trompe.. I. I. eccles.. de bello sacro.

où il dit en effet que cette garniture que nous pourrions appeler la plombine.) Note VII.) Kant.) Glans etiam (plumbea) longo cursa volvenda liquescit. Pythagore disait. 38. id. il y a près de vingt-cinq siècles. dans le Correspondant de Hambourg du 7 mars 1804.. Les auteurs latins attribuent le même phénomène à la balle de plomb échappée de la fronde. Note V. necatus est Scipio. etc. Un jour peut-être il sera bon d'en présenter un recueil choisi. Nat. La prière publique et les chants religieux le choquaient. Voy. nec magis immutabilis ex vero in falsum. (Sen. VII. dans nos temps modernes. II. cap. Lautes beten und singen war ihm zuwider. (Sen. Non secus exarsit quam quum Balearica plumbum Funda jacit. et quidquid fieri possit.) Liquescit excussa glans funda et attritu aeris velut igne distillat. quam necabitur Scipio. XCIV. Et quos non habuit sub nubibus invenit ignes.. tirée du Freymüthig. ##ooste teketha. quaest. (Lucr. Nihil fuerit quod non necesse fuerit. aut esse jam aut futurum esse. no. Volat illud et incandescit eundo. s'échauffait dans les airs au point de fondre. cap IX. fut un exemple du sentiment contraire. malgré toutes ses précautions. (Cicer. la notice sur Kant. C'était un signe de réprobation dont les Allemands penseront ce qu'ils voudront. Il n'y a rien de si connu que ce texte d'Aristote qu'on lit dans le livre De Caelo.) 14 0 .. de fato. Ep. mor. afin d'en finir avec cet homme. Met. (Ovid.exemple qui échappent à Voltaire en cent endroits de ses oeuvres. Note VI.. 57. etc. qu'un homme qui met le pied dans un temple sent naître en lui un autre esprit.

frumenta. cessare. vastitudinem. Domine. IX. dont il se plaint à la divinité d'une manière qui est presque un blasphème. Tuere nos. I. Note VIII.) Note IX. te precor.. 14 1 . Heyne a dit sur ce vers: Non quasi plumbum funda emissum in aere liquefieri putarint.. (Voy.C'est une plainte bien peu philosophique que celle de Voltaire à propos du renversement de Lisbonne. viduertatem. pascuaque salva servassis.. de R. nous et tout ce qui nous appartient. On peut trouver un peu de caricature dans cette citation de mémoire. Il y aurait peu de difficulté si ce texte était unique. tom. I. (Cato. J'observe sur ce mot qu'on trouve chez les anciens Romains de véritables Rogations. calamitatem. 5. (Voyez le bon chrétien!) Ne sommes-nous pas. mais le sens est présenté très exactement.) CINQUIEME ENTRETIEN.. set inflictum et illisum duris ossibus. quod portentosum esset. Mars pater. Voici les propres paroles de Herder. 41. talia flagella prodire. vineta.. en vertu des lois de la nature. Lucrèce et Ovide même n'avaient pas parlé en physiciens. ou si Aristote. les débiteurs de la terre et des éléments? Et si. c. et même notre demeure. pastores. qu'arrivera-t-il autre chose que ce qui doit arriver en vertu des lois éternelles de la sagesse et de l'ordre? (Herders Ideen für die Philosophie der Geschichte der Menschheit. R. chap. superno munere firma.Et media adversi liquefacto tempora plumbo Diffidit. ut mortalium corda cognoscant et. le Rituel. beneque evenire sinas. et terram quam videmus nostris iniquitatibus trementem.. 88. dont la formule nous a été conservée. te indignante.) Note X. liv. (Virg. quaesoque uti tu morbos visos invisosque. . te miserante. etc. uti tu fruges.) M. Sénèque. et. intemperiasque prohibessis. virgultaque gradire. Aen.. ils nous redemandent ce qui est à eux. quaesumus..

et troubler l'univers. mille triangles ensemble. s'il voit du sang.LE CHEVALIER. et se chaufferont comme nous avec plaisir. et l'une ne mène nullement à l'autre. il pourra frémir. mais jamais l'unité. lorsque l'exécuteur lèvera le bras. l'exécuteur. mais jamais la triangularité. l'échafaud. mais comme à la boucherie. il s'arrangera de manière à n'être pas estropié sous les pieds des spectateurs. or. et qui sont exclusivement relatives à la place qu'il occupe dans l'univers. et plus je me confirmais dans l'idée que les spectacles de la nature sont très probablement pour nous ce que les actes humains sont pour les animaux qui en sont témoins. en vérité. l'éléphant demi-raisonnant (1) s'approcheront du feu. tenant ses idées des chances de l'expérience. car le feu ne leur appartient point. séparée des idées innées: mais revenons aux animaux. et me retrouver si quelque accident l'a séparé de moi. ne 14 2 . quoiqu'elles soient essentiellement séparées. chacun d'eux. mais j'ai beaucoup pensé à eux pendant le spectacle. et tout autant qu'il est possible de s'amuser à ces sortes de spectacles. et c'est là cette pensée dont je me réservai hier de vous faire part. je n'en réponds pas mieux que notre ami. pourrait sortir de son cercle. et personne n'a péri. et tous les efforts de ses instituteurs intelligents. M. le triste cortège. pourra s'écarter de crainte que le coup ne porte sur lui. s'il est près. les officiers de justice. c'est ce qui n'arrivera jamais. ou autre unité cognitive quelconque. Le chien. Plus j'y songeais. le singe. Je vous dirai plus. le patient. la force armée. Beaucoup. dans le fait cependant ces deux connaissances sont d'un ordre totalement divers. tout en un mot: mais de tout cela que comprend-il? ce qu'il doit comprendre en sa qualité de chien: il saura me démêler dans la foule. un triangle. ni même l'unité humaine. L'union perpétuelle de certaines idées dans notre entendement nous les fait confondre. Mon chien m'accompagne à quelque spectacle public. Vos deux yeux se peignent dans les miens: j'en ai la perception que j'associe sur-le-champ à l'idée de duité. par exemple: certainement il voit tout ce que je vois: la foule. Comment vous êtes-vous amusé hier. une exécution. ou l'un après l'autre. autrement le domaine de l'homme serait détruit. du moins personne de notre espèce: quant aux moucherons et aux oiseaux. mais jamais vous ne leur apprendrez à pousser un tison sur la braise. puisque je suis en train: jamais je ne comprendrai la moralité des êtres intelligents (I). mais jamais le nombre. le sénateur? LE SÉNATEUR. Là s'arrêtent ses connaissances. Nul être vivant ne peut avoir d'autres connaissances que celles qui constituent son essence. Le feu d'artifice était superbe. Ils verront bien un. employés sans relâche pendant les siècles des siècles. par exemple. l'animal. deux triangles. les éléments du nombre. et c'est à mon avis une des nombreuses et invincibles preuves des idées innées: car s'il n'y avait pas des idées de ce genre pour tout être qui connaît.

homme intelligent. de souveraineté. il faut que je vous demande si vous avez jamais réfléchi que ces mêmes animaux fournissent un argument direct et décisif en faveur de ce système? En effet. et vous avez fort à propos cité les animaux qui verront éternellement ce que nous voyons. puisque les poussins qui sortent de la coque se précipitent à l'instant même sous les ailes de leur mère. pour ainsi dire.le porteraient jamais au-delà. Quel privilège sublime que ce doute! Suivez cette idée. sont nulles pour lui. un tremblement de terre. Il n'y a rien de si plausible que votre idée. Mais à propos. mon cher ami. etc. de force publique. (Pope. puisque cette observation se répète invariablement sur toutes 14 3 . mais inutilement. sans pouvoir jamais en sortir..) LE COMTE. de crime. tout ce qui est en rapport avec mes idées innées qui constituent mon état d'homme. et vous. cependant quelle différence sous un autre point de vue! Votre chien ne sait pas qu'il ne sait pas. de justice. le touchent. que chaque être actif exerce son action dans le cercle qui lui est tracé. ou. c'est-àdire. puisque vous avez touché cette corde. le pressent. puisque la poule qui n'a jamais vu l'épervier manifeste néanmoins tous les signes de la terreur. puisque les idées quelconques qui constituent l'animal. Mais avant d'en venir à une citation extrêmement plaisante. vous en serez ravi. enfin. qui vous dira qu'un volcan. une trombe. supposaient nécessairement les idées innées. attachées à ce triste spectacle. ne sont pas pour moi précisément ce que l'exécution est pour mon chien? Je comprends de ces phénomènes ce que j'en dois comprendre.. Eh! comment le bon sens pourrait-il seulement imaginer le contraire? En partant de ces principes qui sont incontestables. sans jamais pouvoir comprendre ce que nous comprenons. sont innées au pied de la lettre. car nul signe ne peut exister que l'idée ne soit préexistante. puisqu'elle appelle sur-le-champ ses petits avec un cri extraordinaire qu'elle n'a jamais poussé. savez-vous bien que je me crois en état de vous procurer un véritable plaisir en vous montrant comment la mauvaise foi s'est tirée de l'invincible argument que fournissent les animaux en faveur des idées innées? Vous avez parfaitement bien vu que l'identité et l'invariable permanence de chaque classe d'êtres sensibles ou intelligents. etc. au moment où il se montre à elle pour la première fois. de la manière dont vous avez envisagé la chose. -(1) Half reasoning. les idées de morale. c'est-à-dire absolument indépendantes de l'expérience. C'est une des lois les plus évidentes du gouvernement temporel de la Providence. comme un point noir dans la nue. vous le savez. Tous les signes de ces idées l'environnent. je ne vois rien de si évident. chacun dans son espèce. Le reste est lettre close. pour mieux dire.

d'un ton plaisamment sérieux: La réponse était très bonne. §5. XI. parce qu'elle en a vu dévorer d'autres. il ne voit pas ce qui pourrait porter l'animal à prendre la fuite (2). Pour terminer cette rare explication. que si on la rejette. comme vous voyez. Coste. II. il ajoute le plus sérieusement du monde. il ajoute. Écoutez maintenant comment les deux héros de l'Esthétique (1) s'en sont tirés. sect. dans je ne sais quelle note de sa traduction (1). ch. le titre du livre le démontre clairement. on peut croire avec fondement que leurs mères. s'y prend bien autrement pour se tirer d'affaire. Il s'est bien gardé. « qu'à l'égard des animaux qui n'ont jamais vu dévorer leurs semblables. de l'Essai sur l'entend. mais Condillac. qu'il fit un jour à Locke cette même objection qui saute aux yeux. se fâcha un peu. les auront engagés à fuir. hum.les espèces d'animaux. du grec aisthesis. dès le commencement. il pourra très bien se faire que l'animal cesse de fuir devant son ennemi. (2) Essai sur l'orig. chap IV. pourquoi l'expérience serait-elle plus nécessaire à l'homme pour toutes les idées fondamentales qui le font homme? L'objection n'est pas légère. En effet. parce que Condillac ne voit pas pourquoi cet animal devrait prendre la fuite. qui se sentit touché dans un endroit sensible. Je ne crois pas que l'aveugle obstination d'un orgueil qui ne veut pas reculer ait jamais produit rien d'aussi plaisant. Le philosophe. il n'est point écrit sur l'entendement des bêtes. qui fut à ce qu'il paraît un homme de sens. 14 4 .. à quoi Locke se trouva réduit pour se tirer d'embarras. nous a raconté. -(1) Proprement science du sentiment. tu as donc tort! s'est contenté cependant de nous dire. Le traducteur français de Locke. car il ne voulait point s'exposer à répondre. tu te fâches. Vous voyez. messieurs. II. qui ne se laissait point gêner par sa conscience. leur auront conseillé. hum. qui avait bien le droit de s'écrier comme le philosophe grec: Jupiter. et lui répondit brusquement: Je n'ai pas écrit mon livre pour expliquer les actions des bêtes. La bête fuira. Coste. mais comme il n'y avait pas moyen de généraliser cette explication. bon d'ailleurs et modeste. Excellent! Tout à l'heure nous allons voir que si l'on se refuse à ces merveilleux raisonnements. de se proposer l'objection dans son livre. au reste. des conn. » Engagés est parfait! Je suis fâché cependant qu'il n'ait pas dit. dit-il. -(1) Liv.

c'est une cause matérielle. pour votre anecdote philosophique que je trouve en effet extrêmement plaisante. peut-être encore sais-je quelque chose de plus. ce qui meut précède ce qui est mu. et sur la conclusion que j'en ai tirée par rapport à nous. Je sais tout ce que vaut le doute sublime dont vous venez de me parler: oui. parce qu'il n'y a point et qu'il ne peut y avoir de mouvement sans un moteur primitif. jamais il ne nous sera possible d'atteindre sur ce point une connaissance directe. Par une raison toute semblable. cette lumière intérieure qui leur a été donnée avec une si prodigieuse variété de direction et d'intensité. Il ne voit pas. au reste. mais sans jamais la toucher. pressés par des actions et des agents d'un ordre supérieur dont nous n'avons d'autre connaissance que celle qui se rapporte à notre situation actuelle. partout. sans jamais pouvoir s'élever jusqu'au moindre de ses actes: raffinez tant qu'il vous plaira par la pensée cette âme quelconque. ce principe inconnu. comme blanc. LE SÉNATEUR. autrement une province de la création pourrait être envahie. touchés. mais toujours est-il vrai qu'en vertu même de notre intelligence. mais qu'il aime mieux mentir que l'avouer. dit-il: avec sa permission. mon cher ami. qui pourra s'en approcher tant que vous voudrez. La matière n'a d'action que par le mouvement: or. et que tout moteur primitif est immatériel. Il n'y a donc point et il ne peut y avoir de causes physiques proprement dites. J'ai lu des millions de plaisanteries sur l'ignorance des anciens qui voyaient des esprits partout: il me semble que nous sommes beaucoup plus sots. jamais vous ne trouverez qu'une asymptote de la raison. comme je vous le disais tout à l'heure. nous qui n'en voyons nulle part. je crois qu'il voit parfaitement.Au reste. On ne cesse de nous parler de causes physiques. ce qui est évidemment impossible. mais. de quelque manière qu'il s'exprime. je sais que je ne sais pas. un très grand usage de ce doute dans toutes mes recherches sur les causes. jamais je ne puis être de son avis. il s'ensuit qu'une cause physique. pressés par tous les signes de l'intelligence. est un NON-SENS et même une contradiction dans les termes. nul doute que nous ne puissions être nous-mêmes environnés. Qu'est-ce qu'une cause physique? LE COMTE. cercle et carré. une cause qui n'est pas cause: car matière et cause s'excluent mutuellement. C'est une cause naturelle. si l'on veut s'exprimer exactement. si nous voulons nous borner à traduire le mot. environnés. Vous êtes donc parfaitement d'accord avec moi sur ma manière d'envisager les animaux. noir. touchés. cet instinct. Mille grâces. tout mouvement étant un effet. Je fais. c'est-à-dire. 14 5 . dans l'acception moderne. Ils sont.

et même elle n'est rien que la preuve de l'esprit. ce qui commande précède ce qui est commandé (II): la matière ne peut rien. ensuite il les superposait indéfiniment l'une au-dessus de l'autre. et que les générations. une idée chimérique qui a égaré à sa suite la foule des dissertateurs: il supposait d'abord ces forces matérielles. c'est ainsi que dans la suite des billes dont je vous parlais tout à l'heure. excepté le premier. Voilà les idées que ce grand légiste se formait de la nature et de la science qui doit l'expliquer: mais rien n'est plus chimérique. Pour vous et pour moi c'est assez dans ce moment d'une seule observation. toutes les forces sont causes. pour ainsi dire. être touché. commes toutes sont effets. On ne saurait trop répéter que les idées de matière et de cause s'excluent l'une l'autre rigoureusement. et qu'il arrangeait de même les causes dans sa tête. des commissions d'une intelligence? J'entends Lucrèce qui me dit: Toucher. exceptés la dernière. excepté le dernier. mais que nous importent ces mots dépourvus de sens sous un appareil sentencieux qui fait peur aux enfants? Ils signifient au fond que nul corps ne peut être touché sans être touché. c'est autre chose. conduisaient enfin le véritable interprète de la nature jusqu'à une aïeule commune. n'appartient qu'aux seuls corps (III). au reste. que. c'est-à-dire d'effets sans cause. mais primitivement ils ne peuvent l'avoir été autrement: car tout choc ne pouvant être conçu que comme le résultat d'un autre. se resserrant toujours en s'élevant. on ne puisse légitimement appeler causes des effets qui en produisent d'autres. et recevant toutes de la première un mouvement successivement communiqué. et où tout le monde est père. sur les forces qui agissent dans l'univers. Belle découverte. Cent billes placées en ligne droite. excepté la première. ne supposent-elles pas une main qui a frappé le premier coup en vertu d'une volonté? Et quand la disposition des choses m'empêcherait de voir cette main. et nous portons en nous-mêmes la preuve que le mouvement commence par une volonté (IV). il faut nécessairement admettre une série infinie de chocs. Mais si nous voulons nous exprimer avec une précision philosophique. C'est que Bacon et ses disciples n'ont jamais pu nous citer et ne nous citeront jamais un seul exemple qui vienne à 14 6 . dans un sens vulgaire et indispensable. Rien n'empêche. comme vous voyez! La question est de savoir s'il n'y a que des corps dans l'univers. Je ne veux point vous traîner dans une longue discussion. où le grand ressort est chargé. en serait-elle moins visible à mon intelligence? L'âme d'un horloger n'est-elle pas renfermée dans le tambour de cette pendule. et si les corps ne peuvent être mus par des substances d'un autre ordre. et souvent je n'ai pu m'empêcher de soupçonner qu'en voyant au barreau ces arbres généalogiques où tout le monde est fils. Or. il s'était fait sur ce modèle une idole d'échelle. entendant à sa manière qu'une telle cause était fille de celle qui la précédait. Bacon s'était fait. ou convenir que le principe du mouvement ne peut se trouver dans la matière.ce qui mène précède ce qui est mené. non seulement il peuvent l'être.

mais seulement par un effet premier auparavant inconnu. et que nous prenons pour cause. ses lettres théologiques au docteur Bentley: vous en serez également instruits et édifiés (V). par exemple. et celui qui découvrit le sexe des plantes. sur d'assez bons arguments. sans quelque chose. Il a dit. plus générales. celui qui découvrit la circulation du sang. le sénateur. Du reste. je vous le répète. quand la nature même est un effet? tant qu'on ne sort point du cercle matériel. ont osé dire que l'attraction était une loi mécanique. si je ne suis absolument trompé. de son côté. au contraire. et en s'élevant de l'un à l'autre. nul homme ne peut s'avancer plus qu'un autre dans la recherche des causes. dit-il. (et certes c'est déjà beaucoup). comme il leur plaît de s'exprimer. je me rappelle continuellement (et c'est assez pour moi) ce mot d'un Lacédémonien songeant à ce qui empêchait un cadavre raide de se tenir debout de quelque manière qu'on s'y prît: PAR DIEU.l'appui de leur théorie. je sais que je ne sais pas. qu'il abandonnait à ses lecteurs la question de savoir si l'agent qui produit la gravité est matériel ou immatériel. comme dans le dernière de ses productions. Qu'on nous montre ce prétendu ordre de causes générales. je vous prie. Imaginez le phénomène le plus vulgaire. qu'on ait expliqué je ne dis pas par une cause. Maintenant je ne suis pas difficile. Certains disciples. Vous voyez. et c'est toujours (j'entends dans l'ordre matériel) proles sine matre creata. il faut qu'il y ait quelque chose là-dedans (VI). ou tel autre qu'il vous plaira choisir. en grand. ni les trisaïeules du phénomène. Eh! comment peut-on s'aveugler au point de chercher des causes dans la nature. Lisez. Le monde. mais le laquais du grand homme en savait. et ce doute me transporte à la fois de joie et de reconnaissance. puisque j'y trouve réunis et le titre ineffaçable de ma grandeur. autant que son maître. l'élasticité. et le préservatif salutaire contre toute spéculation ridicule ou téméraire. On a beaucoup disserté et beaucoup découvert depuis Bacon: qu'on nous donne un exemple de cette merveilleuse généalogie. qu'on nous indique un seul mystère de la nature. je ne demande ni les aïeules. sur la cause de la pesanteur. Toujours et partout on doit dire de même: car. et c'est bien en vain qu'ils ont cherché à se donner un complice aussi célèbre. Tous sont arrêtés et doivent l'être au premier pas. Newton. En examinant la nature sous ce point de vue. s'est immortalisé en rapportant à la pesanteur des phénomènes qu'on ne s'était jamais avisé de lui attribuer. ainsi. tout est cadavre. généralissimes. que j'approuve fort votre manière d'envisager ce monde. ou à rapporter des phénomènes non expliqués aux effets premiers déjà connus. mais la découverte des faits n'a rien de commun avec celle des causes. dont il rougirait s'il revenait au monde. ainsi envisagé comme un simple 14 7 . je me contente de sa mère: hélas! tout le monde demeure muet. M. ont sans doute l'un et l'autre mérité de la science. Le génie des découvertes dans les sciences naturelles consiste uniquement à découvrir des faits ignorés. et que je l'appuie même. Jamais Newton n'a proféré un tel blasphème contre le sens commun. et rien ne se tient debout.

je comprends parfaitement.? LE CHEVALIER. par exemple. va chercher. Parlons sérieusement. pourquoi se donner la peine d'en aller chercher au Pérou? Descendons au jardin: ces bouleaux nous en fourniront de reste pour toutes les fièvres tierces de Russie! LE CHEVALIER. il va sans dire que j'entends parler d'une qualité réelle. le principe de la fièvre. LE COMTE. Dans un sens très vrai. suivant les circonstances et le tempérament. mais il faut apparemment que je sois un drôle de corps. est un véritable et sage idéalisme. Mais si le bois guérit la fièvre. ce qui serait tout à fait drôle. je n'ai eu aucun scrupule sur cette proposition. à moins qu'on ne veuille soutenir que le bois guérit la fièvre. mon cher ami. mais d'un certain bois dont la qualité particulière est de guérir la fièvre. LE COMTE. non pas seulement que la prière est utile en général pour écarter le mal physique. précisément comme cette puissance invisible qui nous arrive du Pérou cachée dans une écorce légère. Appuyé sur ces principes. je vous prie: il ne s'agit pas ici du bois en général. de ma vie. le spécifique naturel. et c'est assez pour moi d'être ainsi conduit jusqu'à l'existence d'un autre ordre que je crois fermement sans le voir. je puis dire que les objets matériels ne sont rien de ce que je vois. car. pesant. mais ce que je vois est réel par rapport à moi. parce qu'il est figuré. le touche et l'attaque avec plus ou moins de succès. Drôle tant qu'il vous plaira. coloré. LE COMTE. et que par essence elle tend à le détruire. etc. LE CHEVALIER. dont le moindre phénomène cache une réalité.assemblage d'apparences. en vertu de sa propre essence. et croyez-vous. mais qu'entendez-vous par qualité? Ce mot exprime-t-il dans votre pensée un simple accident. que le quinquina guérisse. Vous chicanez. mais qu'elle en est le véritable antidote. 14 8 . Fort bien.

et toujours elle recommence.. Ah! je ne dis pas cela! LE COMTE. mais ce quelque chose. En effet. et tout ce que nous voyons est bon pour guérir. Mais si elle est matière. et cette substance qui n'est pas bois (autrement tout bois guérirait). existe dans le bois. ne disputez pas sur les mots: savezvous bien que le bon sens militaire s'offense de ces sortes d'ergoteries? LE COMTE. une modification. qui n'est ni eau ni thé. Nous n'avons donc fait que remonter la question.Comment donc. Vous me direz: Il ne s'agit point de la 14 9 . je vous prie? LE CHEVALIER.. un mode. LE CHEVALIER. comme le sucre. ce me semble. ou pour mieux dire. puisque la substance quelconque qui guérit la fièvre est de la matière. Alors vous serez forcé de me répéter sur la matière en général tout ce que vous m'aviez dit sur le bois. qualité réelle! Que veut dire cela. J'estime le bon sens militaire plus que vous ne la croyez peut-être. c'est une substance semblable dans son essence à toute autre substance matérielle. LE COMTE. est-elle matière ou non? Si elle n'est pas matière. dans ce bois. mais qui existe enfin comme tout ce qui existe. est contenu dans cette infusion de thé qui l'a dissout. cette inconnue dont nous recherchons la valeur. ce n'est plus un accident. un je ne sais quoi que je ne suis pas obligé de définir apparemment. À merveille. ou comme il vous plaira l'appeler. J'entends donc par qualité réelle quelque chose de réellement subsistant. Oh! je vous en prie à mon tour. je dis de nouveau: Pourquoi aller au Pérou? la matière est encore plus aisée à trouver que le bois: il y en a partout. LE CHEVALIER. et je vous proteste d'ailleurs que les ergoteries ne me sont pas moins odieuses qu'à vous: mais je ne crois point qu'on dispute sur les mots en demandant ce qu'ils signifient. certainement vous ne pouvez plus l'appeler qualité.

me dira-ton. que le feu brûle. M. une qualité qui la distingue et qui guérit la fièvre. je vous attaquerai de nouveau. par exemple. mon cher chevalier. par exemple. il s'ensuit qu'elle ne saurait agir que par l'action d'un agent plus ou moins éloigné. que je ne rétorque avec avantage: il n'y a point de milieu entre le fatalisme rigide. Vous rappelez-vous. qu'il ne s'agit pas tout à fait d'une question de mots. Et soyez persuadés. Cette excursion sur les causes nous conduit à une idée également juste et féconde: c'est d'envisager la prière considérée dans son effet. qu'on ne me fera aucune objection dans la même supposition. et les remèdes dans les maladies? Ne vous opposez-vous pas ainsi tout comme moi aux lois éternelles? « Oh! c'est bien différent. et la foi commune des hommes sur l'efficacité de la prière.matière prise généralement. c'està-dire. car sous ce point de vue elle n'est que cela. et je vous poursuivrai ainsi avec le même avantage. et qui ne saurait être elle. et l'on se 15 0 . Vous voyez. absolu. en vous demandant ce que c'est que cette qualité que vous supposez matérielle. mais revenons. sans que votre bon sens puisse jamais trouver un point d'appui pour me résister. universel. car si c'est une loi que la foudre produise tel ou tel ravage. dans le sens le plus abstrait. on ne savait pas encore qu'un coup de foudre n'est que l'étincelle électrique renforcée. pourquoi employez-vous les pompes dans les incendies. disait-il devant des caillettes et des jouvenceaux ébahis de tant de science. et ne doit être distinguée d'aucune autre. c'en est une aussi que l'eau éteigne le feu. car la matière étant de sa nature inerte et passive. voilé par elle. et n'ayant d'action que par le mouvement qu'elle ne peut se donner. de ces deux vers de Boileau: Pour moi qu'en santé même un autre monde étonne Qui crois l'âme immortelle et que c'est Dieu qui tonne. ce joli bipède qui se moquait devant nous. Si donc un philosophe à la mode s'étonne de me voir employer la prière pour me préserver de la foudre. c'en est une aussi que la prière. mais de cette matière particulière. le chevalier. de la matière. simplement comme une cause seconde. messieurs. plus. monsieur. l'éteigne ou le détourne. il y a peu de temps. Et moi. je lui dirai: Et vous. » Et moi je répondrai: C'est précisément ce que je dis de mon côté. répandue à temps sur le FEU DU CIEL. car si c'est une loi. pourquoi employez-vous des paratonnerres? ou pour m'en tenir à quelque chose de plus commun. « Du temps de Boileau.

en leur demandant pourquoi Jupiter s'amusait à foudroyer les rochers du Caucase ou les forêts inhabitées de la Germanie. » Quelle suite d'erreurs monstrueuses! Je lisais. soutenir thèse devant un tel auditoire. en suivant les idées reçues. et ce que nous devons attendre d'une jeunesse imbue de tels principes. dans un papier français. la foudre lancée du haut des cieux pour faire trembler les hommes. il n'y a pas longtemps. ne diffère qu'en moins de ce terrible et mystérieux agent que l'on nomme foudre. voyez les conséquences ultérieures: « Donc ce n'est point Dieu qui agit par les causes secondes. et même quelle horreur de la vérité! Observez surtout ce sophisme fondamental de l'orgueil moderne qui confond toujours la découverte ou la génération d'un effet avec la révélation d'une cause. Cependant il faut que vous sachiez que déjà. Enfin. Il semble même qu'il s'est montré plus inexplicable à mesure qu'on l'a considéré de plus près. Ils apprennent à l'accumuler.serait fait une affaire grave si on n'avait pas regardé le tonnerre comme l'arme divine destinée à châtier les crimes. Or. dans les temps anciens. en effet. Quelle ignorance profonde. » J'embarrassai moi-même un peu ce profond raisonneur en lui disant: « mais vous ne faites pas attention. pour ainsi dire. etc. que le tonnerre n'est plus. ce qui suffit sans doute à l'accomplissement des lois physiques. donc nos craintes et nos prières sont également vaines. admirez la beauté de ce raisonnement: « Il est prouvé que l'électricité. de manière que si les noms étaient imposés par le raisonnement. je vous prie. malgré les efforts des sages) pour continuer à penser comme le bonhomme Boileau. Les hommes reconnaissent dans une substance inconnue (l'ambre) la propriété. qu'elle acquiert par le frottement. mais voyez. et dont les astres les plus 15 1 . où nous a conduit la science mal entendue. qu'ont-ils fait? Ils ont agrandi le miracle. monsieur. » Je ne voulais pas. comme vous pensez bien. et nous demandons précisément à Dieu qu'il daigne. En tout cela. il faudrait aujourd'hui. pour un homme instruit. Ils nomment cette qualité l'ambréité (électricité). telle que nous l'observons dans nos cabinets. rapproché d'eux: mais que savent-ils de plus sur son essence? Rien. n'est cependant pas établi pour tuer. que vous fournissez vous-même un excellent argument aux dévots de nos jours (car il y en a toujours. » Molière dirait: Votre Ergo n'est qu'un sot! Mais nous serions bienheureux s'il n'était que sot. ils l'ont. substituer au mot d'électricité celui de céraunisme. envoyer ses foudres sur les rochers et sur les déserts. d'attirer les corps légers. donc la marche en est invariable. dans sa bonté. à le conduire. certains raisonneurs embarrassaient un peu les croyants de leur époque. DONC ce n'est pas Dieu qui tonne. ils se croient sûrs d'avoir reconnu et démontré l'identité de ce feu avec la foudre. ils vous diront tout simplement: Le tonnerre. quoiqu'il tue. Ils ne changent point ce nom à mesure qu'ild découvrent d'autres substances idio-électriques: bientôt de nouvelles observations leur découvrent le feu électrique. que c'est un phénomène très naturel et très simple qui se passe à quelques toises au-dessus de nos têtes.

LXXVI. etc. mais que.) Il accorde fort bien. le bon sens du douzième s'en serait justement moqué. comme elle serait alors plus près de Dieu. mais ils les méprisaient. elle n'a donné la physique expérimentale qu'aux chrétiens. dont je ne parle point dans ce moment. ils nous ont surpassés dans tout ce qu'ils ont pu avoir de commun avec nous. » On ne cesse de parler de la grossièreté de nos aïeux: il n'y a rien de si grossier que la philosophie de notre siècle.. de la planète de Saturne. car. CXXXIV. et c'est ainsi que nous les voyons suivis de pluies soudaines.) . (Ps. Observez une belle loi de la Providence: depuis les temps primitifs. par la même raison.) (2) Fulgura in pluviam facit. nous trouverons: « Que si la foudre partait. et par malheur il n'en sait rien. car Dieu l'avait suffisamment gardé. Au contraire. Page 38.Les coups de tonnerre paraissent être la combustion du gaz hydrogène avec l'air vital. Ah! que les sciences naturelles ont coûté cher à l'homme! c'est bien sa faute. non seulement ils n'attachaient aucun prix aux expériences physiques. leur physique est à peu près nulle. 13.) (3) Vox tonitrui TUI in rota. il s'est perdu. avec beaucoup d'élégance orientale. LI. Analysons ce raisonnement. puisqu'elle se forme à quelques toises au-dessus de nos têtes. mais il n'en dit pas moins: La voix de TON tonnerre éclate autour de nous: La terre en a tremblé (3). la religion et la physique.) Un autre prophète s'est emparé de cette expression et l'a répétée deux fois. LXXVI. (Fourcroi. Les anciens nous surpassaient certainement en force d'esprit: ce point est prouvé par la supériorité de leurs langues d'une manière qui semble imposer silence à tous les sophismes de notre orgueil. -(1) Vocem dederunt nubes.voisins n'ont pas la moindre nouvelle. et même ils y attachaient je ne 15 2 . (Ibid. puisqu'il le nomme. par exemple. et de nouveau l'homme a porté une main criminelle sur l'arbre de la science. le cri de la nue (1). 18. (Ps. X. 16. commota est et contremuit terra. (Jérem. Le Prophète-Roi ne plaçait sûrement pas le phénomène dont je vous parle dans une région trop élevée. Vérités fondamentales de la chimie moderne. mais l'orgueil a prêté l'oreille au serpent. comme vous voyez.. il y aurait moyen de croire qu'il s'en mêle. il a pu même se recommander aux chimistes modernes en disant que Dieu sait extraire l'eau de la foudre (2). C'est nous qui déraisonnons. 7.

Bacon était contemporain de Kepler. et Copernic l'avait précédé: ces quatre géants seuls. de Galilée. car jamais homme ne fut plus étranger aux sciences naturelles et aux lois du monde. lorsque tous les établissements de l'Europe furent christianisés. Il a fait plus mal encore en 15 3 . comme tout ce qui a été mis à sa portée. Puisque vous m'y faites penser. et rien n'est plus curieux dans l'histoire de l'esprit humain que l'imperturbable obstination avec laquelle cet homme célèbre ne cessa de nier l'existence de la lumière qui étincelait autour de lui. Sans parler de l'illustre religieux de son nom. les sciences naturelles lui furent données. lui ôtaient le droit de parler avec tant de mépris de l'état des sciences. n'étaient point du tout un enfant au berceau. LE COMTE. qui jetaient déjà de son temps une lumière éclatante. et dont les connaissances pourraient encore mériter à des hommes de notre siècle le titre de savant. mais Bacon avait le fantaisie d'injurier les connaissances de son siècles. parce que ses yeux n'étaient pas conformés de la manière à la recevoir. sans parler de cent autres personnages moins célèbres. il est cependant abandonné à lui-même sur ce point moins peut-être que sur tout autre. LE SÉNATEUR. Il a l'air d'un homme qui trépigne à côté d'un berceau. je vous avoue que je l'ai trouvé plus d'une fois extrêmement amusant avec ses desiderata. lorsque les prêtres furent les instituteurs universels. On a très justement accusé Bacon d'avoir retardé la marche de la chimie en tâchant de la rendre mécanique. Quoique libre et actif. et je ne sais même s'il ne serait pas possible de chicaner sur l'exactitude de votre comparaison. et je suis charmé que le reproche lui ait été adressé dans sa patrie même par l'un des premiers chimistes du siècle (1). et ce sentiment confus venait de bien haut. car les sciences. sans avoir jamais pu se les approprier. le genre humain étant ainsi préparé. C'est fort bien dit. au commencement du XVIIe siècle. en vérité. sans excepter Bacon. et même à commencer par lui. en se plaignant de ce que l'enfant qu'on y berce n'est point encore professeur de mathématiques ou général d'armée. Les sciences ne vont point comme Bacon l'imaginait: elles germent comme tout ce qui croît. de Descartes. qui l'avait précédé de trois siècles en Angleterre. Lorsque toute l'Europe fut chrétienne.sais quelle légère idée d'impiété (VII). et qui étaient au fond tout ce qu'elles pouvaient être alors. et capable par conséquent de se livrer aux sciences et de les perfectionner. lorsque la théologie eût pris place à la tête de l'enseignement. et que les autres facultés se furent rangées autour d'elle comme des dames d'honneur autour de leur souveraine. elles se lient avec l'état moral de l'homme. tantae molis erat ROMANAM condere gentem! L'ignorance de cette grande vérité a fait déraisonner de très fortes têtes.

Il repoussait toute la métaphysique. il déprimait sans relâche les causes finales. Conformément à ce système de philosophie. Et voilà pourquoi le XVIIIe siècle. toute la psychologie. et parce qu'il l'annonçait. sans jamais se douter de ce qu'elle devait être. avec la légende: Exortus uti 15 4 . l'a nommé le prophète de la science (2). cherchant. et dont la grossièreté moderne n'a pas manqué de s'emparer. Bacon attacha de toutes ses forces l'attention générale sur les sciences matérielles. par exemple. effort désespéré du matérialisme poussé à bout. au point que l'un des disciples les plus fervents et les plus estimables du philosophe anglais n'a point senti trembler sa main. toute la théologie positive. a fait son Dieu de Bacon (IX). de l'expansibilité. J'ai vu le dessin d'une médaille frappée en son honneur. et il osa soutenir sans détour que la recherche de ces causes nuisait à la véritable science: erreur grossière autant que funeste. dont le corps est un soleil levant. tout en refusant néanmoins de lui rendre justice pour ce qu'il a de bon et même d'excellent. Walpole. et il enfermait celle-ci sous clef dans l'Église avec défense d'en sortir. c'est-à-dire.retardant la marche de cette philosophie transcendante ou générale. car tous les véritables fondateurs de la science le précédèrent ou ne le connurent point. Bacon engage les hommes à chercher la cause des phénomènes naturels dans la configuration des atomes ou des molécules constituantes. qui n'a jamais aimé et loué les hommes que pour ce qu'ils ont de mauvais. son contemporain. qu'il a substitué à celui de nature ou d'essence. propagé celle de Démocrite. marchant sur ses traces. déjà cependant on la voit fermenter dans ses écrits où elle ébauche hardiment les germes que nous avons vu éclore de nos jours. etc. et toujours content au milieu même des absurdités.: et qui sait si l'on n'en viendra pas un jour. c'est tout ce qu'on peut lui accorder. expliqué. il a même inventé des mots faux et dangereux dans l'acception qu'il leur a donnée. pour ainsi dire. se plonge dans les infiniment petits. partout où il ne trouve pas l'intelligence (VIII). Plein d'une rancune machinale (dont il ne connaissait lui-même ni la nature ni la source) contre toutes les idées spirituelles. de manière à dégoûter l'homme de tout le reste. même pour les esprits heureusement disposés. on crut qu'il l'avait fait. toute la théologie naturelle. qu'il appelait des rémoras attachés au vaisseau des sciences. la philosophie corpusculaire. qui est la préface humaine de l'Évangile. C'est une très grande erreur que celle de croire qu'il a influé sur la marche des sciences. et cependant. idée la plus fausse et la plus grossière qui ait jamais souillé l'entendement humain. Bacon n'a rien oublié pour nous dégoûter de la philosophie de Platon. la matière dans la matière. qui. sentant que la matière lui échappe et n'explique rien. Bacon fut un baromètre qui annonça le beau temps. et il a vanté. en nous avertissant de prendre bien garde de ne pas nous laisser séduire par ce que nous apercevons d'ordre dans l'univers. le pourrait-on croire? erreur contagieuse. en nous proposant le plus sérieusement possible de rechercher la forme de la chaleur. à nous enseigner la forme de la vertu? La puissance qui entraînait Bacon n'était point encore adulte à l'époque où il écrivait. comme celui de forme. dont il n'a cessé de nous entretenir.

publiée par le docteur Shaw. Observez qu'il n'a été traduit en français qu'à la fin de ce siècle. in-12. de manière qu'il prêterait peu le flanc à la chicane. messieurs. j'en suis sûr. (2) Voy. qu'à ses côtés répréhensibles. et que tout le monde leur rend justice. Que lui a-t-il manqué pour justifier pleinement le beau passage d'un poète de sa nation. in-4o. L'immense fortune qu'il a faite de nos jours n'est due. Je puis sur ce point vous citer un exemple frappant. il était au moins dix heures du matin. N'avez-vous point peur. Quel sujet s'il était bien traité! L'ouvrage serait d'autant plus utile. et par un homme qui nous a déclaré naïvement: Qu'il avait. M. et sur la nullité des talents qui osent se séparer d'elle. qui l'a nommé une pure intelligence prêtée aux hommes par la Providence pour leur expliquer ses ouvrages (1)? Il lui a manqué de n'avoir pu s'élever au-dessus des préjugés nationaux (XI). p. On me croirait donc. tant je suis persuadé que les véritables intentions d'un écrivain sont toujours senties. Il y a un beau livre à faire. sur le tort fait à toutes les productions du génie. d'être lapidé pour de tels blasphèmes contre l'un des grands dieux de notre siècle? LE COMTE. qu'il reposerait entièrement sur des faits. contre sa seule expérience. 261. je craindrais peu le tempêtes. 12 vol. I. Je me plais même à confesser cette première supériorité. et même au caractère de leurs auteurs. tom. je passerais plutôt une aurore avec l'inscription: Nuntia solis. qui se présente à mon esprit dans ce moment comme l'un des hommes les plus marquants dans l'empire des sciences. mais je doute qu'on vienne me lapider ici. la préface de la petite édition anglaise des OEuvres de Bacon. 15 5 . Quand il s'agirait d'ailleurs d'écrire et de publier ce que je vous dis. je ne balancerais pas un moment. LE CHEVALIER. le comte. comme je vous le disais tout à l'heure. Si mon devoir était de me faire lapider. qui me fournit le sujet d'une méditation délicieuse sur l'inestimable privilège de la vérité. par les erreurs qu'ils ont professées depuis trois siècles. Rien n'est plus évidemment faux. lorsque je protesterais que je me crois inférieur en talents et en connaissance à la plupart des écrivains que vous avez en vue dans ce moment. il faudrait bien prendre patience. et même encore on pourrait y trouver de l'exagération. cent mille raisons pour ne pas croire en Dieu! (X) -(1) Black's lectures on chemistry.aethereus sol. London. autant que je les surpasse par la vérité des doctrines que je professe. Londres. car lorsque Bacon se leva. celui de Newton. 1802.

Dieu. il aurait écrit un livre de moins. car je sais ce que je dois au génie.) Après cette profession de foi que je ne cesse de répéter. to trace his boundless works From law sublimely simple. Trouvez-vous la moindre difficulté dans cette idée. s'il vous plaît. quoiqu'il eût toute la force nécessaire pour vous résister. et il ne peut y avoir. je souscris à tout. -(1) Pure intelligence whom God To mortals lent. Où est la différence. je vous prie? Nous ne voulons pas faire attention que les causes secondes se combinent avec l'action supérieure. ni différences. the Summer. comment feriez-vous? vous le monteriez. mais s'il descend des hautes régions de son génie pour me parler de la grande tête et de la petite corne. ni rangs. ou vous l'amèneriez par la bride. ni noms. donc il est inutile de prier pour lui. je ne lui dois plus rien: il n'y a dans tout le cercle de l'erreur. les temps sont arrivés. donc il n'y a point de médecine. messieurs. il mourra s'il ne prend pas des remèdes. et même pour vous tuer d'un coup de pied. s'il est permis de s'exprimer ainsi. si vous vouliez amener à vous ce cheval que nous voyons là-bas dans la prairie. comme vous ignorez son nom. NEWTON est l'égal de Villiers. Ce malade mourra ou ne mourra pas: oui. (Thomson's Seasons. suivant sa nature. fait portion du décret éternel. et moi je dis: Donc il est inutile de lui administrer des remèdes. vous lui feriez 15 6 . sans doute. est le moteur universel. Vous-mêmes. vous l'appelleriez. je vous l'assure. Je ne puis m'accuser de rien. mais chaque être est mu suivant la nature qu'il en a reçue. que la prière est une cause seconde. mais je sais aussi ce que je dois à la vérité. et il ne mourra pas s'il en use: cette condition. et qu'il est impossible de faire contre elle une seule objection que vous ne puissiez faire de même contre la médecine. Que s'il vous plaisait de faire venir à nous l'enfant que nous voyons dans le jardin. Qu'on l'exalte donc tant qu'on voudra. D'ailleurs. et l'animal vous obéirait. messieurs. je vis parfaitement en paix avec moi-même. par exemple? Ce malade doit mourir ou ne doit pas mourir. ou. pourvu qu'il se tienne à sa place.car certainement s'il avait eu une vérité de plus dans l'esprit. Revenons. et toutes les idoles doivent tomber. sans doute.

autrement les mathématiques seraient ébranlés. et c'est ce qui est arrivé. C'est un abîme où il vaut mieux ne pas regarder. Répétons plutôt qu'il n'y a point de philosophie sans l'art de mépriser les objections. je le suppose.quelque signe. vous qui courez? vous voulez. la matière brute. et l'homme ayant été créé libre. et le livre suivrait votre main d'une manière purement passive. la tête tourne un peu. et c'est à elle qu'il faut croire. ce premier mobile qui vous entraîne avec lui? Il voulait qu'au lieu d'avancer d'orient en occident. vous avez atteint le but. vous éprouvez enfin tous les symptômes de la fatigue: mais que voulait ce pouvoir supérieur. et qui vient toujours l'assaillir malgré elle. Courez. Il meut les anges. ce qui serait bien pire que d'avoir peur. le plus intelligible pour lui serait sans doute de lui montrer ce biscuit. cependant il faut avouer que l'accord de l'action divine avec notre liberté et les événements qui en dépendent. l'autre est allé à lui au lieu de l'attendre. et de le recevoir sur sa raquette. couvert de sueur. 15 7 . il est là devant nous. lors même qu'elle est parfaitement convaincue. vous êtes las. il n'a fait que l'arrêter. comme il y croyait. et l'enfant arriverait. Que voulez-vous faire. LE COMTE. d'orient en occident tandis que la terre tourne d'occident en orient. Il ne dépend nullement de nous. il est mu librement. Cependant il est possible de se raffermir entièrement. Mille et mille fois sans doute vous avez réfléchi à la combinaison des mouvements. suivant sa nature. sagement interrogée. nous conduit sur le chemin de la vérité. L'un des deux croyait lancer le volant. C'est une image assez naturelle de l'action de Dieu sur les créatures. LE SÉNATEUR. Il a donc fait ainsi que vous ce qu'il voulait. et la nature même. vous iriez le chercher. Cette loi est véritablement la loi éternelle. mon bon ami. J'y crois de tout mon coeur tout comme vous. forme une de ces questions où la raison humaine. tous les êtres enfin. et pour ne pas le voir. n'a pas cependant la force de se défaire d'un certain doute qui tient de la peur. mais le premier mobile a fait aussi ce qu'il voulait. Jouez au volant sur un vaisseau qui cingle: y a-t-il dans le mouvement qui emporte et vous et le volant quelque chose qui gêne votre action? Vous lancez le volant de proue en poupe avec une vitesse égale à celle du vaisseau (supposition qui peut être d'une vérité rigoureuse): les deux joueurs font certainement tout ce qu'ils veulent. par exemple. Si vous aviez besoin enfin d'un livre de ma bibliothèque. J'avoue qu'en songeant à certains mystères du monde intellectuel. suivant sa nature. vous reculassiez dans l'espace avec une vitesse inconcevable. il faudrait être aveugle. les animaux. mais chacun suivant sa nature. parcourir à pied une werste en huit minutes d'orient en occident: vous l'avez fait. les hommes. de n'y pas regarder.

mais vous ne pouvez renverser un chêne: pourquoi. Dieu lui-même nous a dit que DIEU VEUT des choses qui n'arrivent point. il en exerce. car. et qui ont si bien toutes leur effet. vous n'avez pas fait tout ce que vous vouliez? Dans ce cas vous ne feriez pas attention que la même objection peut s'adresser au mobile supérieur. ou se heurtent d'elles-mêmes. la force qui les anime ne les appartient jamais. On peut tirer un très grand parti de cette combinaison des forces motrices qui peuvent animer à la fois le même corps. et que les deux puissances agissent ensemble sans se nuire. mais sa véritable action spirituelle est la prière au moyen de laquelle. si toutes avaient agi l'une après l'autre. les volontés. qui sont des actions substantielles. s'unissent. parce que l'homme NE VEUT PAS (1). Il peut même se faire qu'une volonté créée. auquel on pourrait dire que voulant emporter le volant. Il est bien vrai que cette 15 8 . où les effets ne sont pas sensibles. Puisqu'il a. prenant ainsi de la meilleure foi du monde la limite pour le moyen de la force. précisément au même point où il s'arrêterait. Celle de l'homme est bornée par la nature de ses organes physiques. mais le résultat de l'action divine. L'énergie de la volonté humaine nous frappe vaguement dans l'ordre social. elle peut contrarier Dieu. et dans le cercle même de la matière. à beaucoup près. un de ces églantiers. et souvent il nous arrive de dire que l'homme peut tout ce qu'il veut.Direz-vous peut-être que puisque vous n'avez pas fait tout ce que vous croyiez. c'est que dans celle des corps. de la manière nécessaire pour qu'il ne puisse troubler que jusqu'à un certain point l'ordre établi. Voulez-vous savoir ce que c'est que cette puissance. en se mettant en rapport avec Dieu. et la mesurer. et le plus grand malheur pour lui est de les ignorer. je ne dis pas l'effort. que le mobile se trouvera à la fin du mouvement unique qu'elles auront produit. Vous renverseriez aisément. puisqu'elles ne sont qu'actions. si l'homme pouvait de son bras seul renverser un édifice ou arracher une forêt. se croisent. car vous sentez ce qui arriverait dans ce monde. par exemple. au lieu que dans celle des esprits. celui-ci néanmoins est demeuré immobile. précisément autant de force que pour établir la proposition inverse. pour établir que la puissance divine peut être gênée par celle de l'homme. pour ainsi dire? Songez à ce que peut la volonté de l'homme dans le cercle du mal. l'action toute-puissante. Ainsi les droits de l'homme sont immenses. quels que soient leur nombre et leur direction. les réflexions nécessaires. L'argument vaudrait donc également contre Dieu. je vous prie? La terre est couverte d'hommes sans tête qui se hâteront de vous répondre: parce que vos muscles ne sont pas assez forts. il s'ensuit qu'il est nul pour l'un et l'autre cas. annule. vous venez de la voir: que peut donc cette même volonté lorsqu'elle agit avec lui? où sont les bornes de cette puissance? sa nature est de ne pas en avoir. puisqu'il la détermine. nous ne faisons pas. l'ignorance sur ce point n'est que trop générale. dans ce sens. mais dans l'ordre spirituel. L'unique différence qui se trouve entre l'une et l'autre dynamique. pour ainsi dire.

comme le roseau pliait sur l'églantier. de manière que la force doit nécessairement se tuer elle-même par l'effort seul qu'elle fait pour s'agrandir. par exemple. mais ce don est accompagné encore d'un signe éclatant de l'infinie prévoyance: car voulant que tout l'accroissement possible fût proportionné. De quelque manière qu'on envisage la volonté de l'homme. La volonté par son essence transporterait les montagnes. les nerfs et les os qui lui ont été remis pour agir matériellement. mais parce qu'elle manquerait au roseau. elle a voulu que chacune de ses forces fût nécessairement accompagnée d'un empêchement qui naît d'elle. et l'empêche de plus d'agir clandestinement. En un mot. et cet instrument trop faible est à l'églantier ce que le bras est au chêne. Otez donc par la pensée la loi qui veut que la volonté humaine ne puisse agir matériellement d'une manière immédiate que sur le corps qu'elle anime (loi purement accidentelle et relative à notre état d'ignorance et de corruption). Ainsi donc. puisqu'il est impossible de perfectionner l'une des qualités dont la réunion constitue la perfection de ces instruments. ce ne serait point cependant parce que la force vous manquerait. dont le monde n'est qu'une image et une espèce de reflet. et presque toujours désordonnés. on trouve que ses droits sont immenses.même sagesse qui a créé l'homme perfectible. lui a donné la dynamique. gardons-nous bien de nous en priver: ce serait vouloir substituer nos bras au cabestan ou à la pompe à eau. On peut faire une observation semblable sur les armes à feu. sans affaiblir l'autre. et qui croît avec elle. ce qui l'embarrasse d'abord d'une manière toujours croissante. elle arrachera un chêne comme elle soulève un bras. Les instruments d'optique présentent encore un exemple frappant de la même loi. et dans l'ordre de la nature comme dans celui de l'art. -- 15 9 . non aux désirs illimités de l'homme qui sont immenses. mais les préparatifs indispensables sont tels que l'autorité publique aura toujours le temps de venir lui demander ce qu'il fait. plient sur le chêne. et ceci doit être soigneusement remarqué. augmenter proportionnellement la puissance d'un levier sans augmenter proportionnellement les difficultés qui doivent enfin le rendre inutile (XII). Vous ne feriez pas fléchir l'arbuste dont je vous parlais tout à l'heure. l'homme ne saurait augmenter ses forces naturelles sans employer proportionnellement plus de temps. Mais comme dans l'ordre spirituel. si vous le pressiez avec un roseau. tout homme peut faire sauter une maison au moyen d'une mine. mais les muscles. il n'y a point d'exception à une loi dont la suspension anéantirait la société humaine. mais seulement à ses désirs sages. les bornes sont posées. réglé sur ses besoins. par exemple. On ne saurait. plus d'espace et plus de matériaux. la prière est la dynamique confiée à l'homme. Ainsi. c'est-à-dire les moyens artificiels d'augmenter sa force naturelle. de tous côtés. on peut dire de plus qu'en général et dans les opérations mêmes qui ne tiennent point à la mécanique proprement dite.

ce qui revient au même. et ils sont allés jusqu'à nous en accorder libéralement une enveloppe de trois lieues de hauteur sur toute la surface du globe. et cependant rien n'était mieux établi par toutes les espèces de preuves capables d'établir un grand fait. dans mes belles années. regardez bien. elle niera constamment en détail. Bien entendu. ma jeune foi était alarmée par leurs raisons: mais la fantaisie leur étant venue depuis de créer un monde par voie de précipitation (2). On ne disait pas franchement: Il n'y a pas de Dieu. j'ai presque dit unique. etc. qui est le plus grand et le plus terrible jugement que la divinité ait jamais exercé sur l'homme. etc. par les plus étranges tortures. mais venez à l'application. » Enfin on ne pouvait nommer Dieu à cette philosophie. Il ne pense pas à vous.. Elle avait pour objet favori. cependant. Des écrivains même de cette époque.(1) Jérusalem! Jérusalem! combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants. et remarquables par d'excellentes vues partielles. qui formera aux yeux de la postérité une des plus honteuses époques de l'esprit humain. Comment parler à ces gens-là de châtiments célestes sans les mettre en fureur? Nul événement physique ne peut avoir de cause supérieure relative à l'homme: voilà son dogme. et l'eau leur étant rigoureusement nécessaire pour cette opération remarquable. Comment faire donc? ils commencèrent par nous refuser obstinément toute l'eau nécessaire au déluge. ce qui est fort honnête. comme dans le matériel. que l'intervention divine demeure parfaitement 16 0 . 24. de détacher l'homme de Dieu: et comment pouvait-elle y parvenir plus sûrement qu'en l'empêchant de prier? Toute cette philosophie ne fut dans le fait qu'un véritable système d'athéisme pratique (1): j'ai donné un nom à cette étrange maladie: je l'appelle la théophobie. à déposer en faveur de leurs rêves cosmogoniques. sans la faire entrer en convulsion. mais on disait: « Dieu n'est pas là.) Il y a dans l'ordre spirituel. n'a rien oublié pour nous détourner de la prière par la considération des lois éternelles et immuables. vous la verrez dans tous les livres philosophiques du XVIIIe siècle. il ne se venge pas de vous. il n'est pas dans les fléaux qui vous affligent: ce sont des phénomènes physiques. Je puis vous en citer un exemple remarquable et qui a quelque chose de divertissant. et cela doit être. des forces vives et des forces mortes. ont nié franchement la création (XIII). qui ne sont que des sensations transformées. le monde est fait pour l'insecte comme pour vous. XIII. quoiqu'il attriste sous un autre rapport. Quelquefois peut-être elle n'osera pas l'articuler en général. et je me rappelle que. le défaut d'eau ne les a plus embarrassés. Rien ne les choquait comme le déluge. comme d'autres qu'on explique par les lois connues. il n'a rien fait pour vous en particulier. Quelques-uns même ont imaginer d'appeler Moïse à leur secours et de le forcer. La philosophie du dernier siècle. infiniment au-dessus de la foule. Il n'est pas dans vos idées: elles viennent des sens: il n'est pas dans vos pensées. car vous êtes trop petits. ET TU N'AS PAS VOULU! (Luc. assertion qui aurait pu amener quelques inconvénients physiques.

I. tom. je pense. (Voy. on l'a supprimé. Tout mal est une peine. On nous a même insinué tout doucement qu'il n'y avait point d'homme sur la terre à l'époque de la grande submersion.étrangère à cette aventure qui n'a rien d'extraordinaire: ainsi. mais le caractère général de cette philosophie n'est pas moins tel que je vous l'ai montré.) (Not. LE CHEVALIER. mais de former les couches terrestres. je fais avec plaisir les distinctions nécessaire. souvenonsnous de ce mot de saint Augustin. ils acceptent le déluge. comme vous voyez. ayons aussi notre théophobie. opp. l'un des plus beaux sans doute qui soient sortis d'une bouche humaine: Avez-vous peur de Dieu? sauvezvous dans ses bras (1). pas le mot. et toute peine (excepté la dernière) est infligée par amour autant que par la justice.) J'honore de tout mon coeur les nombreuses exceptions qui consolent l'oeil de l'observateur. dont ils avaient besoin pour leurs vaines théories. Permettez-moi de croire. de l'édit. mais que ce soit la bonne. de Orat. Il n'y a rien de nécessaire que Dieu. et rien ne l'est moins que le mal. pag. ce qui leur paru suffire pour se déclarer sérieusement défenseurs de la révélation. et si quelquefois la justice suprême nous effraie. que vous êtes parfaitement tranquille sur les lois éternelles et immuables.. 16 1 . un assez beau symptôme de la théophobie. 162. qui a prévenu cette remarque. mais de Dieu. comme l'auteur a remarqué dans une de ses notes. Pour nous. Ce mot de déluge ayant de plus quelque chose de théologique qui déplaît. ce qui est tout à fait mosaïque. a produit enfin la déplorable génération qui fait ou laisse faire tout ce que nous voyons. de crime et de châtiment.) (2) Il ne s'agissait point de créer un monde. en travaillant sans relâche à séparer l'homme de la divinité.. -(1) VIS FUGERE A DEO? FUGE AD DEUM. 202. et parmi les écrivains mêmes qui ont pu attrister la croyance légitime. et l'on dit catastrophe: ainsi. -(1) La théorie qui nie l'utilité de la prière est l'athéisme formel ou n'en diffère que de nom. pag. et ils en ôtent Dieu qui les fatigue. (Orig. Voilà. in-fol. ils ont admis la submersion totale du globe à l'époque même fixée par ce grand homme. le chevalier. M.. messieurs. et c'est elle qui.

l'amour se retire. le chevalier. et plus l'opération est longue et douloureuse. toujours prêt à boire cette eau. car toute mort est éternelle: comment un homme mort pourrait-il cesser d'être mort? Oui. sans doute. voyez les actes de la justice humaine: que fait-elle lorsqu'elle condamne un homme à une peine moindre que la capitale? Elle fait deux choses à l'égard du coupable: elle le châtie. excepté la dernière. symbole éternel de l'éternité. toujours rempli et toujours vide (XVI). LE SÉNATEUR. écrit sur la roue d'Ixion (XX). Regardez autour de vous. je vous prie. l'une et l'autre justice ne punissent que pour corriger. comment l'arracher de lui-même? et quelle prise laisse-t-il à l'amour? Toute instruction vraie. est un remède: mais la dernière est la mort. à saisir ces fruits qui le fuient toujours (XVIII). Ce fleuve qu'on ne passe qu'une fois (XV). S'il ne lui était pas permis d'espérer que la peine suffirait pour faire rentrer le coupable en luimême. toujours remontée ou poursuivie (XIX). ce foie de Tytie. Toutes les traditions déposent en faveur de cette théorie. Nous pouvons donc contempler la justice divine dans la nôtre. 16 2 . presque toujours elle punirait de mort. ou par l'université de ses crimes. toujours renaissant sous le bec du vautour qui le dévore toujours (XVII). mais si l'homme se rend tout mal. mais lorsqu'il est parvenu enfin. ou par la répétition. et c'est l'oeuvre de l'amour. c'est l'oeuvre de la justice: mais de plus. elle veut le corriger. de manière que plus le mal est grand et profondément enraciné. exceptés la dernière? LE COMTE. mêlant donc la crainte aux idées consolantes. sur lesquels il est impossible de se méprendre. ce Tantale. mais fidèle. ce tonneau des Danaïdes. qui ne saurait nous renvoyer d'autres images que celles qu'il a reçues: nous y verrons que le châtiment ne peut avoir d'autre fin que d'ôter le mal. elle avertit l'être libre de ne pas s'avancer jusqu'au terme où il n'y a plus de terme. et toute peine.Je suis enchanté que mes petites chicanes nous aient valu des réflexions dont je ferai mon profit: mais que voulez-vous dire. ce cercle. et la fable même proclame l'épouvantable vérité: LÀ THÉSÉE EST ASSIS ET LE SERA TOUJOURS (XIV). cette pierre de Sysiphe. sont autant d'hiéroglyphes parlant. à la persuader qu'il est incorrigible. avec ces mots. M. terne à la vérité. comme dans un miroir. et la justice prononce une peine éternelle.

et c. si vous le jugez à propos. Toutes les tables de droit. LE CHEVALIER. FIN DU CINQUIEME ENTRETIEN. 324. Note I. car je n'ai pas perdu de vue un instant son exclamation: Et que dirons-nous de la guerre? Or. la parole pour demain. Ruaei. in-fol. C'était l'avis d'Origène: Les hommes.. dit-il. dans ce cas. LE SÉNATEUR. Je vous cède. car c'est un sujet que j'ai beaucoup médité. Paris. tu demandes ce que tu as dans ton sein. il me semble que ce fléau mérite d'être examiné à part. NOTES DU CINQUIEME ENTRETIEN. Charron pensait de même lorsqu'il adressait à la conscience cette apostrophe si originale et si pénétrante: « Que vas-tu chercher ailleurs loi ou règle au monde! Que te peut-on dire ou alléguer que tu n'aies chez toi ou au-dedans. je vous l'assure. j'accepte l'engagement de notre ami. je vous communiquerez quelques idées sur la guerre. tom. J'ai peu à me louer d'elle. 1723. Pour moi. et toutes les bonnes lois du 16 3 . mais je ne reprends pas la mienne. V. c. IV. lib. le chevalier... Demain. p. Adieu.) Adv. Mais je m'aperçois que les tremblements de terre nous ont menés trop loin. p. et les deux de Moïse. mais je ne vous promets pas de n'avoir plus rien à dire demain sur la prière.Je voudrais pour mon compte dire encore beaucoup de choses à M. LE COMTE. messieurs. édit. et les douze des Grecs (des Romains). ne seraient pas coupables. 323. I. s'ils ne portaient dans leur esprit des notions de morale communes et toutes écrites en lettres divines (Grammasi theou. Opp. Cels. Il faut nous séparer. je ne sais cependant comme il arrive que j'aime toujours la faire ou en parler: ainsi je vous entendrai avec le plus grand plaisir. I. si tu te voulais tâter et écouter! Il te faut dire comme au payeur de mauvaise foi qui demande qu'on lui montre la cédule qu'il a chez lui: Quod petis intus habes.

étouffant tant que tu peux cette lumière qui t'éclaire au-dedans.monde. in-4o.) On peut observer en passant que le dernier mot de Platon. savant éditeur de Black. Ainsi. tom. » (De la Sagesse. de R. liv. Note III. 4. Quum autem non sit procedere in infinitum in corporibus. efface la maxime si fameuse sur nos théâtres: Le premier qui fut roi fut un soldat heureux. Tangere enim et tangi nisi corpus nulla potest res. no. Opp. disent les mécaniciens. p. de leg.. etc. c'est. ##Pantakhe te arkhon arkhomenou ooresbutefon. on heat. 252. s'est justement moqué des chimistes-mécaniciens (les plus ridicules des hommes).. in Epin. p. L'expression même employée par Voltaire se moque de lui. 126.. le mouvement peut-il avoir un autre principe que cette force qui se meut elle-même? » (Plat. si la chaleur est produite dans quelques solutions chimiques. 305. III.. de Leg. mais si l'on mêle de la neige et du sel. qui ont voulu transporter dans leur science ces rêves de Lucrèce. 86-87. « ##Moon arkhe tis estai tes kineseoos apases alle oolen tes autes auten kinesases metabole.) Corporeum non movet nisi motum. qui tiens caché l'original. oportebit devenire ad primam movens incorporeum. kai agon agomenou.. a été par trop méprisée et oubliée. mais qui n'ont jamais été au-dehors. (Black's lectures on chemistry.. ces mêmes chocs et ces mêmes frottements produisent un froid aigu. IC. par l'effet du frottement et du choc des différentes particules qui entrent en solution.) Note II. Opp. tom. XIII. IX. dit-il. I.. II.) Note IV. chap. ce qui commande précède ce qui est commandé. l. ne sont que des copies et des extraits produits en jugement contre toi. p. et feins ne savoir ce que c'est.) Le docteur Robinson. car le premier SOLDAT fut SOLDÉ par un roi. et humainement publiées que pour celle qui était au-dedans toute céleste et divine. (Plat. lib. N. Omnis motus a principio immobili.. (Lucr. tom. 16 4 .

Mais n'abandonnons jamais une grande question sans avoir entendu Platon. P. XXXIX. Février 1797. XI. (Plat. ni que je veuille attribuer aux centres d'attraction des forces réelles et physiques. adv. de leg. que le lecteur se garde donc bien d'imaginer que par ce mot. 192. lorsqu'on est arrivé à la cause la plus simple. j'entends désigner une cause ou une raison physique. a fait sur ce point un aveu remarquable. propos. (Philos. pag. cap.) Cotes. (les modernes!) se sont imaginé que le corps pouvait s'agiter lui-même par ses propres qualités. Voyez surtout celle du 3 février 1695. t. 30. nous ne balancerons point à regarder l'âme comme la cause de la pesanteur. Note V. Voy. in-4o. dit-il. IV. mais l'action de quelque cause immatérielle. et Schol.. de qui Newton a dit: Clarke seul me comprend. et dans une note il ajoute: L'attraction n'est certainement pas une action matérielle à distance. cum comment.(Saint Thomas. 23.. Def. mais seulement ferre ou ferre secum. I. tom. je n'envisage point cette force physiquement. princ. L'attraction. car je n'envisage dans ce traité que des quantités et des proportions mathématiques. dit que. II. Opp.. p. p. sans m'occuper de la nature des forces et des qualités physiques. mais parfaitement rencontré.. IX. gent. p.. le Seur et Jacquier. sous aucun rapport. la Physique de Rohault traduite en latin par Clarke. mathem. 44. etc. natur. 33. dit-il. lib.. 267. Ibid. et ils n'ont pas cru que l'âme pouvait mouvoir elle-même et les corps. » (Ou si l'on veut une traduction plus servile): Il n'y a pour nous aucune raison de douter. 11. VIII. mais seulement mathématiquement. 1739-40. pag. Il avait déjà dit dans son immortel ouvrage: Lorsque je me sers du mot d'attraction. §15. dans la préface célèbre de ce même livre. peut être l'effet d'une impulsion. « Les modernes. On peut lire ces lettres dans la Bibliothèque britannique. La chose 16 5 .) Le morceau entier est curieux.) Platon n'est point ici copié.. no. que l'âme n'ait le pouvoir de mouvoir les graves. III. I. ##Oud' emin apistei psuche kata logon oudena oos baros ouden ooeriferein dunamene. XIII. 464. tom. il n'est plus permis de s'avancer davantage. en quoi il semble qu'il n'avait pas bien saisi l'esprit de son maître: mais Clarke.) Il faut remarquer que dans cet endroit ##ooeripherein ne signifie point circumferre. mais non certainement matérielle (impulsu NON UTIQUE CORPOREO). (CAUSAE CUJUSDAM IMMATERIALIS.P. Genevae. texte et note.. vol. mais pour nous qui croyons tout le contraire. in-8o..

Bipont. et cela pour le punir de ces restes vénérables de la foi antique qui étaient demeurés en l'air dans sa tête. dont il ne donne point l'exemple. dans aucun livre de ce genre. et Condorcet a dit nettement que Bacon n'avait pas le génie des sciences. C'était la mode. endon ti einai dei. pratique. tom. eipein. ##Ne Dia. cela n'est pas pieux. Au reste. chair. et je ne crois pas qu'elle ait passé encore. de préférer les Essais de Montaigne à ceux de Bacon. « Il ne faut pas. 12-13). trop pousser la recherche des causes. Note VI. 587. DIEU.. 16 6 . fluide magnétique. » . et que ses méthodes de découvrir la vérité. je crois. Vern. cité. 229. etc. 242. ce même siècle qui décernait à Bacon des honneurs non mérités. qui contiennent plus de véritable science solide. ce qui n'est pas un grand effort de justice. Opp. etc. édit. II. Kant l'a loué avec une économie remarquable. tels que matière subtile. véhicule. il suffit d'en avertir. VIII. Précis de la philosphie. 1779. in Lacon. esprit. tom. agent universel. in-8o Vorr. S. Leipzig. fluide électrique. (Plut.##Oute ooolupagmonein tas aitias. LXIX. p. car.. On sait que Hume a mis Bacon audessous de Galilée. OY GAR OYD'OSION EINLI. et positive.étant claire pour la moindre réflexion. ne changèrent nullement la marche des sciences. dit Platon. n'a pas manqué de lui refuser ceux qui lui étaient dûs légitimement. vol.) Note VII. p. Il ne trouve pas d'épithète plus brillante que celle d'ingénieux (sinnreich). homme tout à fait moderne.. qu'on n'en peut trouver. Plat. 177. pag. Note VIII. il s'en est consolé par le passage suivant: « Tous les philosophes ont admiré la nécessité de je ne sais quel fluide indéfinissable qu'ils ont appelé de différents noms. p. Cependant il y a eu des opposants. (Esquisse. pressant un peu trop le traducteur français de Bacon.) Note X. in-8o. etc. de leg. (Kants Kritik der rein.) Note IX. en vérité. par exemple. » (Cité dans le précis de la philosophie de Bacon. L'indispensable nécessité d'admettre un agent hors de la nature. et qui ont fourni la matière d'un très bon livre.

et cette philosophie n'est pas morte à beaucoup près. Stay. ita etiam illius castitatem intellexisset. trad. . Cependant ne désespérons de rien. 83. pag. Dieu l'avais pris au mot en lui fournissant. les armoiries d'une ville célèbre ont prophétisé comme Caïphe sans savoir ce qu'elles disaient: POST TENEBRAS LUX. . et une vitesse à l'extrémité du long bras égale à celle d'un boulet de canon. .Note XI. in Benedicti fratris philos. Romae. London. Les uns ont donné au commencement du monde. . que les vitesses sont aux deux extrémités d'un levier réciproquement comme les pieds des deux puissances. L'expression numérique du second de ces nombres exige quatorze chiffres. . d'autres ont confessé avec candeur. . 16 7 . le nom de reformation. recent.) Note XII. (Christoph. . 29. . au moment où Archimède prononça son mot célèbre: Donnez-moi un point d'appui et j'ébranlerai l'univers. En partant du principe connu. tom. pag. il aurait fallu à ce grand géomètre un levier de douze cents milliards de cent milliards. sedet aeternumque sedebit Infelix Theseus. 1755.. si ut vim religionis. Felicior quidem. et celle du premier vingt-sept. .) N. VI. des matériaux d'une force suffisante. et les longueurs des bras directement comme ces mêmes vitesses. . I. pour élever la terre d'un pouce en vingt-sept centaines de milliards. Aen. ou vingt-sept trillions d'années. 1803. avec ce point d'appuie donné à trois mille lieues du centre de la terre. . in-8o. praef. 617-18. .. chap VII. tel que nous le décrit Moïse.) Note XV. _. . vers. in-8o. ou douze quadrillons de mille. Note XIV. Fergusson s'est amusé à calculer que si. Palearini. Note XIII.B. . qu'ils ne se formaient l'idée d'aucun commencement. et un contre-poids de deux cents livres. (Fergusson's astronomy explained._ (Virg.

. . . Assiduae repetunt quas perdant Belides undas. . 598. Sysiphe. Met. Perpetuas patitur poenas..) Note XVII. . .) Note XVII. nec requies fibris datur ulla renatis._ 16 8 . Aut petis aut urges ruiturum.. 600. fecundaque poenis Viscera. . ibid. . ._ (Ovid. 425. nullae Deprehenduntur aquae.Irremeabilis unda. ._ (Virg.) Note XVI.. . . _Volvitur Ixion. 457-458. quaeque imminet effugit arbos. . Tibi. et se sequiturque fugitque. (Ibid.. Met. 459. _... . . Tantale. . 462. IV. (Ovid.. . _Immortale jecur tundens. . saxum. (Ibid. .) Note XIX.) Note XX. .

et la guerre a été malheureuse. sect. -(1) Je n'ai pas déterré sans peine cette maxime de Nicole dans ses Instructions sur le Décalogue. V.(Ibid. Permettez-moi donc d'ajouter quelques réflexions à celles que je vous présentai hier sur un objet bien intéressant: c'est précisément à la guerre que je dois ces idées. Nicole. art. la même proposition se lit mot à mot dans les Maximes des Saints de Fénélon (I).) SIXIEME ENTRETIEN. 466. il me paraît très essentiel d'observer qu'il est rigoureusement impossible de prouver cette proposition: On a prié pour une guerre juste. je m'en tiens à la prière: comment peut-on prouvé qu'on a prié? On dirait que pour cela il suffit qu'on ait sonné les cloches et ouvert les églises. or. LE SÉNATEUR. cela n'est pas vrai est un peu fort. Avec votre permission. messieurs.. mon cher ami: ainsi. et avec votre permission encore. les événements vont leur train: on prie. et l'on est battu. qui copiait ou consultait peu Nicole. c'est à vous de commencer. il peut être sûr que je n'ai nulle envie de m'avancer sur ses brisées. Je ne la saisis point. mais ce qu'il y a de sûr. mais c'est uniquement pour ne pas laisser de lacune dans nos entretiens. Je passe sur la légitimité de la guerre. c. mais que notre cher sénateur ne s'effraie point. 460. qui est déjà un point excessivement équivoque. II. cela n'est pas vrai. II. si je ne me trompe. mon cher ami. LE COMTE. parce que vous me l'abandonnez. Je vous ai cédé expressément la parole. I.. Il n'en va pas ainsi. II. Tom... a dit quelque part que le fond de la prière est le désir (1). LE COMTE. car ce serait une raison pour moi de la refuser. Il n'y a rien de si commun que ces discours: Qu'on prie ou qu'on ne prie pas. auteur correct de quelques bons écrits. 16 9 . III. LE SÉNATEUR. etc.

dites-lui: « Voyez ma misère et mon ingratitude. s'il a exagéré le bien ici ou là. et que plusieurs écrivains ascétiques. s'efforcer de désirer. Debout. comme on l'a dit 17 0 . 3. s'efforcer de vouloir aimer. tout me déplaît. lettre CXCV. il s'exprime dans un endroit d'une manière si énergique et si originale. 470. 472. je crains les Grecs jusque dans leurs présents. Il affirme. ibid. dites-lui qu'il vous ennuie. se sont exprimés dans ce sens. 1802. et le bras étendu pour instruire les hommes. la maxime du désir et de l'amour indispensables à la prière? Je n'ai point dans ce moment le livre précieux de Fénélon sous la main. il peut avoir un égal. I. on se trouve étrangement embarrassé. Trouverez-vous ici. » -(1) Voyez les OEuvres spirituelles de Fénélon. pag. et même ce qu'ils ont écrit de bon. mais que le sentir n'en dépend pas. pag. prosterné pour se condamner luimême. anciens et modernes.Si tous les deux l'avaient dit. il rétracte. tom. qu'on peut s'efforcer d'aimer. et je fais moins de compliments avec lui. lettre au P. pag. qu'on peut prier même en manquant de la cause efficiente de cette volonté. où l'on trouvera en effet tous ces sentiments exprimés. Qu'est-ce que le désir? est-ce. IV. car cette maxime qui me choque dans ses écrits tenait à l'école dangereuse de Port-Royal et à tout ce système funeste qui tend directement à décourager l'homme et le mener insensiblement du découragement à l'endurcissement ou au désespoir. 476. in-12. Paris. sans se proposer de creuser la question. Mais Nicole est un autre homme. et Fénélon luimême l'a bien senti. tom. sans la moindre équivoque. Au surplus. De la part de ces docteurs rebelles. messieurs. il n'en a plus. et mille autres choses de ce genre (1). ou restreint expressément sa proposition générale. IV. que celui qui a lu ce passage ne l'oubliera jamais. je me croirais en droit de penser que tous les deux se sont trompés. 162. ayez pitié de moi malgré moi-même (II). Lami sur la Prière. n'en parlons plus que pour le louer. 242. en attendant la grâce et le désir. pag. 94. il en est convenu. mais vous pouvez faire à l'aise les vérifications nécessaire.. n. que le vouloir dépend bien de nous. enfin. que vous n'êtes à l'aise que loin de lui. mais lorsque l'on en vient à sonder le coeur humain et à lui demander un compte exact de ses mouvements. car dans plus d'un endroit de ses OEuvres spirituelles. que vous préférez à sa présence les plus vils amusements. puisque je ne sais pas vous le donner. Je conviens cependant que le premier aperçu favorise cette maxime. tom. O Dieu! prenez mon coeur. C'est dans une de ses lettres spirituelles où il dit: Si Dieu vous ennuie. et pour exalter le triomphe de son immortelle obéissance.

LE COMTE. LE SÉNATEUR. cette force existe dans l'objet. pour demander. et de plus aussi général que la gravitation universelle dans le monde physique. pour affaiblir. dis-je. c'est de s'éloigner comme on éloignerait un morceau de fer de la sphère active d'un aimant. a pu écrire cinquante pages sur la liberté. L'homme peut aussi 17 1 . aussi palpable que le magnétisme. l'homme n'ayant aucun pouvoir sur l'essence des choses extérieures qui sont ce qu'elles sont. 46. ce qui me paraît un peu difficile. Le désir. en proportion exacte de la dignité du bien qui nous est proposé (1). ne vous fiez point à Locke qui n'a jamais rien compris à fond. ainsi que son devoir l'y oblige souvent. Il me semble que Locke a tranché la question en décidant que nous pouvions élever le désir en nous. it may come to work upon the will and be pursued. -(1) Il a dit en effet dans l'Essai sur l'entendement humain. en supposant qu'il n'y ait point de véritable prière sans désir et sans amour. n'est qu'un mouvement de l'âme vers un objet qui l'attire. Et comment s'y prendra l'homme. À quoi se réduit donc le pouvoir de l'homme? À travailler autour de lui et sur lui. si on voulait le soustraire à l'action de cette puissance. et que si. autrement il faudrait que le désir précédât le désir. l'examen de cette loi terrible doit être le commencement de toute étude de l'homme. au contraire. il ne dépend pas de nous de faire naître le désir. §21. comment s'y prendra-t-il. Croyez-moi. Ce mouvement est un fait du monde moral.souvent. pour détruire. ce qu'il y a de plus simple. Cette loi étant posée comme un fait incontestable. By a due consideration and examining any good proposed. liv. ou au contraire pour mettre en liberté ou rendre victorieuse l'action dont il éprouve l'influence. sans lui et indépendamment de lui. l'amour d'un bien absent? Mais s'il en est ainsi. it is in our power to raise our desires in a due proportion to the value of the good whereby in its turn and place. il ne dépend pas de nous de la détruire. sans savoir même de quoi il parlait. l'homme ne peut donc prier avant que cet amour arrive de lui-même. qu'il n'a pas du tout défini. du moins l'amour sensible. pour l'avoir négligée. ce que sa nature abhorre? La proposition de Nicole me semble anéantie par le seul commandement d'aimer nos ennemis. faites bien attention que si un objet n'agit pas de sa nature sur l'homme. Locke. Dans le premier cas. l'amour. II. aussi certain. ne se commandant pas. puisque nous ne pouvons faire naître dans l'objet la force qu'il n'a pas. Mais l'homme étant continuellement agité par deux forces contraires.

et qu'un grand nombre de ces élus qui ont parlé de la prière depuis que l'homme sait prier. mais non désirer. et partant. pouvoir sans lequel il n'y a point de liberté (1). 47. celui de lui attribuer plus qu'elle ne veut. il doit. sujet à la loi générale. Ce pouvoir semble être la source de toute liberté. Mais en raisonnant. la prière n'étant par essence qu'un mouvement de la volonté par l'entendement. quoique fort inégaux en talents et en mérites. ibid. Le désir n'est point la volonté. suivant les relations de certains voyageurs. pour se rendre moins ou nullement attirable: ce qui est. il demeurera toujours certain que nous avons le pouvoir de résister au désir. ne laissait rien à la volonté. Ce qui nous trompe sur ce point. -(1) Essay on Human Underst. il doit agir d'une manière précisément opposée. il faut nécessairement vouloir.s'exposer volontairement. écarter ou anéantir les obstacles. 17 2 . Or. au lieu de nous dire simplement si. suivant ses forces. XXI. même d'après les idées ou fausses ou incomplètes de Locke. parce que dans son coeur céleste le désir n'avait jamais abandonné la prière. selon lui. Pourquoi cette redondance de mots et cette incertitude. arrivaient à la même exagération en partant de principes tout différents. Nicole. mais aussi beaucoup plus difficile. c'est que nous ne demandons ordinairement que ce que nous désirons. ne voyant que la grâce dans le désir légitime. il peut donc prier sans désir et même contre le désir. comme le verre refuse de transmettre l'action électrique. et même agir contre le désir. or. à une attraction contraire. si l'homme peut résister au désir. afin de donner tout à cette grâce qui s'éloignait de lui pour le châtier du plus grand crime qu'on puisse commettre contre elle. il s'ensuit que pour prier réellement. 5. ou se lier à quelque chose d'immobile. Que l'homme se garde donc du froid. n'éprouvaient plus de combat entre la volonté et le désir: cependant deux forces agissant dans le même sens n'en sont pas moins essentiellement distinguées. ou placer entre lui et l'objet quelque nature capable d'en intercepter l'action. s'approcher de l'objet. qu'elle avait pénétré. Dans le second cas. et certainement possible. ayant presque éteint en eux la loi fatale. chap. II. beaucoup plus sûr. prenait la prière pour le désir. un froid extrême a pu éteindre dans l'aiguille aimantée l'amour du pôle. comme vous voyez. Admirez ici comment deux hommes également éclairés peut-être. mais seulement une passion de la volonté. et se ressouvenir surtout que. et par les moyens donnés. et Fénélon. ce pouvoir est la liberté? mais Locke dit bien rarement ce qu'il faut dire: le vague et l'irrésolution régnant nécessairement dans son expression comme dans sa pensée. liv.. ou bien enfin il peut travailler sur lui-même. puisque la prière est un acte de la volonté comme tout autre. puisque l'action qui agit sur elle n'est pas invincible.

Fénélon qui était certainement un homme de désir. LE CHEVALIER. je consens à dire: Cela n'est pas assez vrai. parmi cette foule d'hommes rassemblés. combien y en a-t-il qui. sans me demander à moi-même avec une véritable terreur: Au milieu de ces chants pompeux et des ces rits augustes. Mais ce que vous ne me contesterez certainement pas (et c'est ce que j'étais sur le point de vous dire lorsque vous m'avez interrompu). Pour moi. l'autre à ses plaisirs. semble pencher pour l'affirmative.LE SÉNATEUR. et s'efforcer de vouloir aimer. Si quelque métaphysicien digne de ce nom voulait traiter à fond cette question. destinées à écarter les fléaux du ciel ou à solliciter ses faveurs. et l'espérance fondée de prier avec efficacité? Combien y en a-t-il qui prient réellement? L'un pense à ses affaires. dans ces solennelles et pieuses réunions. le moins coupable peut-être est celui qui bâille sans savoir où il est. c'est que le fonds de la prière est la foi. qu'outrager un prince serait une assez mauvaise manière de solliciter ses faveurs. je suis déjà sûr que. je lui proposerais pour épigraphe ce passage des Psaumes: J'ai convoité le désir de tes commandements (1). par leur foi et par leurs oeuvres. Le coupable n'a proprement d'autre droit que celui de prier pour luimême. CXVIII. En attendant que cette dissertation soit faite. Ah! vous me faites là une grande question. je persiste à dire: Cela n'est pas vrai. hélas! si les coupables ne pouvaient prier? Mais vous comprenez aussi. et cette vérité vous la voyez encore dans l'ordre temporel. on peut désirer d'aimer. aient le droit de prier. il ne peut y avoir de prière efficace sans pureté. Croyez-vous qu'on puisse désirer le désir? LE COMTE. ou si cette décision vous paraît trop dure. combien y en a-t-il qui prient. s'efforcer de désirer. et combien y en a-t-il qui méritent d'être exaucés? -(1) Concupivi desiderare justificationes tuas. Encore une fois. en suivant toujours la même comparaison. il y avait au moins très certainement un homme qui ne 17 3 . un troisième s'occupe de la musique. si. comme je crois l'avoir lu dans ses ouvrages. Croyez-vous qu'un prince fût bien disposé à verser ses faveurs sur des hommes qui douteraient de sa souveraineté ou qui blasphémeraient sa bonté? mais s'il ne peut y avoir de prière sans foi. 20. Ps. Vous comprenez assez que je n'entends pas donner à ce mot de pureté une signification rigoureuse: que deviendrions-nous. Jamais je n'ai assisté à une de ces cérémonies saintes.

c'est qu'il n'y a pas de composition plus difficile que celle d'une véritable prière écrite. que les monuments matériels de la prière. le comte. mais voilà comment vous êtes. LE COMTE. armée par la redoutable épigramme. qui ne croient pas même à l'efficacité de la prière? Plus vous examinerez la chose. qui n'est et ne peut être que l'expression fidèle de la prière intérieure. il faut souvent qu'elle soit.. mon cher ami. croyez même qu'on a besoin de notre plaisanterie dans le monde. que nous en valons bien d'autres. elle nous sert cependant à juger l'original qui est invisible. tels que les hommes de tous les temps nous les ont 17 4 . que penser de ceux qui ne savent pas prier. M. vous autres Français! LE CHEVALIER. peut empêcher de prier. Vous me glacez quelquefois avec vos gallicismes: quel talent pour la plaisanterie! jamais elle ne vous manque. Une conséquence nécessaire de ce que vous dites. je vous pardonne bien volontiers votre lazzi. La raison est peu pénétrante de sa nature. mais je vous assure que. le sénateur! vous touchez là un des points les plus essentiels de la véritable doctrine. Je ne veux pas vous demander compte de tous les fils que votre nation a fait passer. M.. qui vous occupiez de ces réflexions philosophiques au lieu de prier. au milieu même des discussions les plus graves. et quoique la prière écrite ne soit qu'une image. c'est à quoi. même pour la philosophie seule. pour ainsi dire. on ne fait pas assez attention.priait pas. La pointe française pique comme l'aiguille. LE SÉNATEUR. qui se souviennent à peine d'avoir prié. d'autant plus que je puis sur-lechamp le tourner en argument. ce me semble. Il n'y a rien de si vrai que ce que vous dites. quand nous n'avons pas la fièvre. à mon coup d'aiguille? LE COMTE. . pour cette fois. Ce n'est pas un petit trésor. Croyez. LE COMTE.Qu'avezvous à répondre. par exemple. pour faire passer le fil. Comment donc. et ne se fait pas jour aisément. Si la crainte seule de mal prier. et plus vous serez convaincu qu'il n'y a rien de si difficile que d'émettre une véritable prière. c'était vous.

(2) Athalie. En vain donc le déiste nous étalera les plus belles théories sur l'existence et les attributs de Dieu. nous serons toujours en droit de lui dire comme Joas: VOUS NE LE PRIEZ PAS (2). car Dieu seul. en quoi il a toujours confessé. et dans le sein de la vérité.laissés. De pareilles prières ne peuvent avoir été produites que par la vérité. sans lui objecter (ce qui est pourtant incontestable) qu'il ne les tient que de son catéchisme. J'ai fait mille fois cette dernière observation en assistant à notre belle liturgie. mais toujours en vertu d'une révélation véritable ou supposée. LE SÉNATEUR. il cesse de prier. sans s'en apercevoir. et la voici: Ordonnez à vos coeurs d'être attentifs. dans la page la plus extraordinaire qui ait été écrite humainement dans le monde. 7. ni même bien précisément à qui il doit s'adresser (1). -(1) Platon ayant avoué expressément. II. ni comment il doit prier. En premier lieu. et lisez toutes ces prières: vous verrez la véritable Religion comme vous voyez le soleil. mais il en est de privilégiés à qui il est permis de dire: Il n'a point traité ainsi les autres nations (1). toutes les nations du monde ont prié. C'est bien mon avis. LE COMTE. D'une manière ou d'une autre. en vertu des anciennes traditions. mais la troisième est sans comparaison la plus importante. Ma seconde observation est que toutes les religions sont plus ou moins fécondes en prières. Dès que l'homme ne s'appuie que sur sa raison. il ne sait ni ce qu'il doit demander. Dieu a parlé à tous les hommes. que l'homme réduit à lui-même ne sait pas prier. peut créer dans le coeur de l'homme un esprit capable de crier: MON PERE! (2) et David avait préludé à cette vérité en s'écriant: C'est lui 17 5 . de lui-même. que. et ayant de plus appelé par ses voeux quelque envoyé céleste qui vînt enfin apprendre aux hommes cette grande science. suivant l'incomparable expression de l'incomparable Apôtre. c'est-à-dire. car nous pouvons appuyer sur cette base seule trois belles observations. on peut bien dire qu'il a parlé au nom du genre humain.

et avec toutes les dispositions qui peuvent légitimer ce grand acte de la créature intelligente: surtout n'oublions jamais que toute prière véritable est efficace de quelque manière. Pour écarter un mal. Prions donc sans relâche. 6. IV.. quand même elles pourraient être vérifiées. même lorsqu'il prie parfaitement. (Ps. puisque personne ne s'en soucie? Sans vouloir m'enfoncer dans ces profondeurs. CXLVII. s'il ne demande pas une chose nuisible à lui ou à l'ordre général. ou des deux circonstances réunies? Nous connaissons bien peu les secrets du monde spirituel. 4. comment celui-ci priera-t-il? ou comment sa plume impuissante pourra-t-elle écrire ce qui n'est pas dicté à celui qui la tient? Lisez les hymnes de Santeuil.) (2) Ad Gal. mais jamais elles ne prient. Les exceptions ne prouveraient rien. car c'est un objet principal dans ces sortes de questions. Or. pour obtenir un bien national. (Ps. et comment les connaîtrions-nous. parce qu'il était seul lorsqu'il les composa. prions de toutes nos forces. Or. XXXIX. La beauté de la prière n'a rien de commun avec celle de l'expression: car la prière est semblable à la mystérieuse fille du grand roi. et je me crois tout aussi sûr de la proposition affirmative.qui a mis dans ma bouche un cantique nouveau. le tiennent-ils de leurs dispositions intérieures. que la nation prie. sans doute. Toutes les suppliques présentées au souverain ne sont pas 17 6 . c'est tout à la fois le comble de l'aveuglement et de la témérité d'oser dire qu'on a prié et qu'on n'a pas été exaucé.) (4) Omnia gloria filiae regis ab intus. (3) Et immisit in os meum canticum novum. si cet esprit n'est pas dans le coeur de l'homme. je m'arrête à la proposition générale: que jamais il ne sera possible de prouver qu'une nation a prié sans être exaucée. carmen Deo Jacob. qu'est-ce qu'une nation? et quelles conditions sont nécessaires pour qu'une nation prie? Y a-t-il dans chaque pays des hommes qui aient droit de prier pour elle. c'est-à-dire: que toute nation qui prie est exaucée. 14. un hymne digne de notre Dieu (3). il est bien juste. toute sa beauté naît de l'intérieur (4). un peu légèrement adoptées peut-être par l'église de Paris: elles font un certain bruit dans l'oreille. C'est quelque chose qui n'a point de nom mais qu'on sent parfaitement et que le talent seul ne peut imiter.) Mais puisque rien n'est plus difficile que de prier. et toutes disparaîtraient devant la seule observation: que nul homme ne peut savoir. et ce droit. ou de leur rang au milieu de cette nation. XLIV. 20. (Ps. Je veux surtout vous parler des nations. -(1) Non fecit taliter omni nationi.

son amour. par de folles ferveurs Prescrire au Ciel ses dons et ses faveurs Demandons-lui la prudence équitable La piété sincère. Mais lorsque nous demandons seulement à Dieu que sa volonté soit faite. c'est de nous exposer encore à un grand anathème. après avoir subi certaines préparations. Et s'il devait nous arriver un jour De fatiguer sa facile indulgence Par d'autres voeux. ou d'avoir demandé le mal. Toute prière légitime. de la bonté et de la justice du souverain. il est de même impossible de prier Dieu sans se mettre avec lui dans un rapport de soumission. -- 17 7 . c'est nous ravaler jusqu'à la brute et même jusqu'à l'athée: manquer au second. nous enseigne aussi comment et dans quelles dispositions il faut prier. Demandons-lui sa grâce.décrétées favorablement. de manière qu'il y a dans la prière. d'où elle retombe sur nous. lors même qu'elle ne doit pas être exaucée. Manquer au premier commandement. charitable. pourvoyons-nous d'avance D'assez de zèle et d'assez de vertus Pour devenir dignes de ses refus. alors seulement nous sommes sûrs de n'avoir pas prié en vain. de confiance et d'amour. N'allons donc plus. c'est-àdire que le mal disparaisse de l'univers. tremblons plutôt d'avoir mal demandé. et même ne peuvent l'être. car toutes ne sont pas raisonnables: toutes cependant contiennent une profession de foi expresse de la puissance. par là même. comme une rosée bienfaisante qui nous prépare pour une autre patrie. considérée seulement en elle-même. ne s'élève pas moins jusque dans les régions supérieures. La même puissance qui nous ordonne de prier. Aveugles et insensés que nous sommes! au lieu de nous plaindre de n'être pas exaucés. et comme il est impossible de supplier le prince sans faire. un acte de sujet fidèle. celui de voir notre prière se changer en crime (2). une vertu purifiante dont l'effet vaut presque toujours infiniment mieux pour nous que ce que nous demandons trop souvent dans notre ignorance (1). qui ne peut que se complaire à les voir affluer de toutes les parties de son empire.

##Ou filei ooro seukesthai. ce qui ne me paraît pas aisé. ce qui me fait toujours un bien infini.-B. 8. je vous sacrifie de grand coeur un boston qui m'attend en bonne et charmante compagnie. 7.) (3) J. commencez. (Orig.. no. J'y ai gagné d'abord le plaisir d'être grondé par vous. alla agapa. mon bon ami. Je vous avoue que ce malheur me paraît léger et même nul. deux inconvénients que je voudrais éviter également. de vous avoir glacé. car l'homme ne se dispense guère de faire ce qui lui apporte plaisir et profit. Vous avez une inquiétude qui m'inquiète.(1) Le seul acte de la prière perfectionne l'homme. ubi sup. LE CHEVALIER. p. II. par vous asseoir. CVIII. Combien cet exercice inspire de bonnes actions! combien il empêche de crimes! l'expérience seule l'apprend. LE COMTE. parce qu'il nous rend Dieu présent. 20. une très grande satisfaction: vous m'avez glacé à votre tour lorsque je vous ai entendu parler de Locke avec tant d'irrévérence. Le Sage ne se plaît pas seulement dans la prière. LE CHEVALIER. et j'y ai gagné encore quelque chose de mieux. Oh! vous n'êtes jamais embarrassé de rien. (Ps. j'ai mes raisons pour craindre de me lancer dans cette discussion. je vous prie. 210. Mais ne me refusez pas. no. en vérité de devenir chicaneur avec vous. comme vous voyez. je vous en conjure. si vous avez la complaisance de me dire votre avis détaillé sur ce fameux auteur dont je ne vous ai jamais entendu parler sans remarquer en vous une certaine irritation qu'il m'est impossible de comprendre.) (2) Fiat oratio ejus in peccatum. Je crains d'ailleurs d'être mené trop loin. J'ai peur. Faut-il donc écrire un poème épique pour avoir le privilège des épisodes? LE COMTE. sans tromper votre attente ou sans vous ennuyer. vous: quant à moi. 229. 4. Rousseau. Épître à Rollin. Mais si vous voulez m'encourager. Je ne sais par quel 17 8 . il s'y délecte. mais je prévois que vous m'entraînerez dans un longue et triste dissertation dont je ne sais pas trop. Mon Dieu! je n'ai rien à vous refuser. à vous dire la vérité. Il nous reste du temps. Je ne me repens pas. pag. comment je me tirerai...

Et cependant je puis vous assurer que l'oeuvre germanique. je me rappelle l'avoir ouvert un jour à la campagne. d'un bout à l'autre. l'Essai sur l'entendement humain. le livre de Locke n'est presque jamais saisi et ouvert que par attitude. Parmi les livres sérieux.lutin vous êtes picoté sans relâche: ce qu'il y a de sûr. ainsi vous devez m'entendre assis. je vous dit qu'après une telle épreuve on pouvait vous comparer à un canon qui a supporté double charge. moi-même j'en ai parlé intrépidement comme tant d'autres. et je ne crois pas avoir dévoré de ma vie un tel ennui. On en parle et on le cite beaucoup. plein de vie et de santé. mais qui ne peut être satisfaite. Je n'ai aucune raison de vous le cacher. c'est que vous ne pouvez tenir en place dix minutes. et la plume à la main. est un pamphlet léger. voulant acquérir le droit d'en parler en conscience. il faut le plus souvent que mes paroles vous poursuivent comme le plomb qui va chercher un oiseau au vol. s'il vous plaît. par un acte de franchise. comparée à l'Essai sur l'entendement humain. un jour de pluie. Non. commençons. LE COMTE. mais ce ne fut qu'une attitude. jamais. Ce que j'ai à vous dire pourra fort bien ressembler un peu à un sermon. Si je la connais! ne vous ai-je pas vu lire. il n'y en a pas de moins lu. Parlez-moi en toute conscience: avez-vous lu Locke? LE CHEVALIER. . Seulement. LE COMTE. un mortel in-octavo allemand sur l'Apocalypse? je me souviens qu'en vous voyant à la fin de cette lecture. Une de mes grandes curiosités. 17 9 . Vous connaissez ma vaillance dans ce genre. LE CHEVALIER. serait de savoir combien il y a d'hommes à Paris qui ont lu. sans l'avoir lu. Mais j'avais cinquante ans quand cela m'arriva.Fort bien! Maintenant. À la fin cependant. Je ne veux pas toujours vous gronder: vous avez quelquefois des expressions tout à fait heureuses: en effet. mais toujours sur parole. c'est-à-dire avec pleine et entière connaissance de cause. mon cher chevalier. l'année dernière. je l'ai lu tranquillement du premier mot au dernier.

Nuremberg. (Note de l'Éditeur. si ces impertinentes platitudes se trouvaient dans une préface de Mallebranche! -(1) Il paraît que ce trait est dirigé de côté sur le livre allemand intitulé: Die Siegsgeschichte der Christlichen Religion. au pied de la lettre. signifie évidemment l'habit rouge des cardinaux. Quelle odeur de magasin! Poursuivez. que le lecteur qui achètera mon livre ne regrettera pas son argent (2). 1799.) Epistle to the reader. qu'à Rome les statues antiques de faux dieux sont exposées dans les églises. il faut l'avouer. mais comme il ne s'agit ici que d'une citation sans conséquence. on y lit au moins des choses très intéressantes. un singulier ton de la part d'un auteur qui va nous parler de l'entendement humain. et sans rencontrer même le moindre oasis. de la liberté. de la spiritualité de l'âme. (3) The diversion of some of my idle and heavy hours.) (2) Thou wilt as little think thy money. que son livre enfin a été commencé par hasard. sans le chercher. Straham et comp. (Londres. suivant les ordres du caprice ou de l'occasion (5). in einer gemeinnützigen Erklärung der Offenbarung Joannis. et vous verrez: Que son livre est le fruit de quelques heures pesantes dont il ne savait que faire (3). (Ibid. Il est des livres dont on dit: Montrez-moi le défaut qui s'y trouve. il faut traverser ce livre. in-8o. qu'il s'est fort amusé à composer cet ouvrage. et de Dieu enfin. 1775. par exemple: que la pourpre dont l'abominable Babylone pourvoyait jadis les nations étrangères. et je me charge de vous en citer sur-le-champ un exemple. rien ne vous console. 18 0 . On y apprend. Becroft.un livre d'agrément. parmi ceux que vous jugerez les plus capables de déprécier un livre. continué par complaisance. j'ai cru inutile de perdre du temps à la vérifier. le plus petit point verdoyant où l'on puisse respirer. comme les sables de Lybie. abandonné souvent et repris de même. écrit par morceaux incohérents. y dit Locke.) (4) He that hawks at larks and sparrows has no less sport though a much less considerable quarry than he that flies at nobler games. Nommez-moi celui que vous voudrez. et mille autres choses de ce genre également utiles et récréatives (1). Mais dans l'Essai. 1 vol. in-8o. Quelles clameurs de la part de nos lourds idéologues. as I do my pains ill bestowed. Voilà. pour la raison qu'on trouve autant de plaisir à chasser aux alouettes ou aux moineaux qu'à forcer des renards ou des cerfs (4). la préface même est choquante au-delà de toute expression. Ce livre se trouve dans les bibliothèques d'une classe d'hommes assez nombreuse. J'espère. Quant à l'Essai je puis bien vous dire: Montrez-moi celui qui ne s'y trouve pas.

si vous pouvez. Forcé de passer à tire d'aile sur tant d'objets différents. (3) The windows by which light is let into this dark room. §6. XI. IV.) Tantôt il vous parlera de la mémoire comme d'une boîte où l'on serre des idées pour le besoin. et là il se plaint d'une certaine espèce de gens qui font avaler aux hommes des principes innés sur lesquels il n'est plus permis de disputer (4). à quel point le livre de Locke prête d'abord au ridicule proprement dit. (Ibid. 1800. je vous prie de supposer toujours qu'à chaque exemple que ma mémoire est en état de vous présenter. Gotha. quelque chose de plus massif. comme s'il pouvait y avoir dans lui autre chose que lui (1). (Ibid. De manière qu'en mille ans entiers. et après y avoir pensé de toutes ses forces: qu'une idée claire est un objet que l'esprit humain a devant ses yeux (1) . (4) Liv. chap.) Sur cela Herder a demandé à Locke si l'intelligence divine était aussi une chambre obscure? Excellente question faite dans un très mauvais livre. §168. Ailleurs il fait de la mémoire un secrétaire qui tient des registres (2).Devant ses yeux? Imaginez. Ici il nous présente l'intelligence humaine comme une chambre obscure percée de quelques fenêtres par où la lumière pénètre (3). in-12. (Ibid. si j'écrivais une dissertation. §20. je pourrais en ajouter cent. tant qu'elle sera seule. XI. une idée. il faut au moins qu'il y en ait deux. IV. messieurs.) Mais vous ne sauriez croire. (2) Before the memory begins to keep register of time and order. avant de passer à quelque chose de plus essentiel.. etc. einige Gespräche über Spinosa's System. -(1) Liv. I. Le chapitre seul des découvertes de Locke pourrait vous amuser pendant deux jours. ne pourra se confondre avec 18 1 .. ch. chap. I. C'est lui qui a découvert: Que pour qu'il y ait confusion dans les idées. Ibid. dans une seconde et troisième édition. par les expressions grossières qu'il aimait beaucoup et qui accourraient sous sa plume avec une merveilleuse complaisance. chap. Voyez Herders GOTT. et qui est séparée de l'esprit. -(1) As the mind has before its view. §17. §24. Tantôt Locke vous dira.(5) As my humour or occasions permitted.

par exemple: votre fils meurt. verbi gratia. c'est que ces noms sont inutiles à l'égard des animaux.) C'est lui qui a découvert que si les hommes ne se sont pas avisés de transporter à l'espèce animale les noms de parenté reçus parmi eux. car c'est un principe) que ce qui n'a point de nom ne sera jamais nommé en conversation (III). ostracisme ou proscription. pour régler les successions dans les tribunaux. c'est qu'il n'y a. Vous êtes père. et cette considération le conduit à un théorème général qui répand le plus grand jour sur toute la métaphysique du langage: C'est que les hommes ne parlent que rarement à eux-mêmes et jamais aux autres des choses qui n'ont point reçu de nom: de sorte (remarquez bien ceci.. C'est lui qui a découvert que si l'on ne trouve pas dans les langues modernes des noms nationaux pour exprimer. -(1) Ibid. par exemple. je vous en prie.) (2) Ibid..une autre (1). -(1) But it yet is seldom said (très rarement en effet) this bull is the grandfather of such a calf. que si. -(1) Caius. XXVIII. (II. ou pour d'autre raisons (2). ces deux pigeons sont cousins germains (1). §11. -(1) Confusion. concerns always two ideas. au lieu qu'ils sont nécessaires d'hommes à hommes.. parmi les peuples qui parlent ces langues. quand même votre fils serait mort en Amérique. XXIX. §2. toujours on vous trouvera le même (1). l'on ne dit pas SOUVENT: Ce taureau est l'aïeul de ce veau. Locke trouve que vous cessez d'être père à l'instant. par exemple. or these two pigeons are cousins germans (II. (Toujours le collège!) Whom I consider today 18 2 . C'est lui qui a découvert: Que les relations peuvent changer sans que le sujet change. ni ostracisme ni proscription (1). §6. Cependant aucun changement ne s'est opéré en vous: et de quelque côté qu'on vous regarde.

Vous apprendriez ensuite qu'une idée négative n'est autre chose qu'une idée positive. Ah! il est charmant! savez-vous bien que s'il était encore en vie. Avec un goût merveilleux il a substitué Titius. with a signification of their absence. denote positive ideas. PLUS. comme il le vous démontre sur-le-champ par l'idée du silence. Being.as a father ceases to be so tomorrow. Je ne vous laisserais cependant partir. (II. En confondant la lumière avec les rayons directs. Taste. Vous savez peut-être que Voltaire. such as insipid.) Mais le rien même n'est rien comparé à toutes les belles choses que j'aurais à vous dire sur le talent de Locke pour les définitions en général.) Locke répond avec une profondeur qu'on ne saurait assez exalter: C'est l'idée de l'être. car c'est l'expression la plus générale des idées négatives. Je vous recommande ce point comme très essentiel. à laquelle seulement on ajoute. (II. Sound. -(1) Negative names. PLUS.C'est le bruit. NIHIL. traducteur français de Locke. avec 18 3 . je m'en irais à Londres tout exprès pour l'embrasser.) Il a été conduit à cette grande vérité par la considération de l'ombre qu'il trouve tout aussi réelle que le soleil. il fait pâmer de rire. Et qu'est-ce que le RIEN? (ceci est important. §5. En effet. §5. ONLY (ceci est prodigieux!) by the death of his son. puisque c'est l'un des plus amusants. avant de vous avoir expliqué la doctrine des idées négatives. ce qui est évident.. silence. ce que vous croirez volontiers... qu'est-ce que le silence? . we have negative names which stand not directly for positive ideas. pour plus de sûreté..) Il est assez singulier que ce Caius ait choqué l'oreille réfugiée de Coste. mon cher chevalier. VIII. -(1) Indeed. celle de l'absence de la chose. l'absence du bruit. celle de l'absence de l'être (1). LE COMTE. verbi gratia. without any alteration made in himself. LE CHEVALIER. et l'absence des uns avec l'absence des autres. Locke vous apprendrait d'abord: Qu'il y a des expressions négatives qui ne produisent pas directement des idées positives (1). XXV. (Ibid.

Aristote surtout est merveilleux dans ce genre. revenaient au monde. (2) Voy. (§10. mais je puis vous citer de bien plus belles choses. nous a dit: Que Locke est le premier philosophe qui ait appris aux hommes à définir les mots dont ils se servent (1).cette légèreté qui ne l'abandonne jamais. son liv.. En vain tous les métaphysiciens nous avertissent d'une commune voix de ne point chercher à définir ces notions élevées qui servent elles-mêmes à définir les autres. Le génie de Locke domine ces hauteurs. il considère dans une chose la possibilité de souffrir un changement dans ses idées simples (Encore!!!) et dans l'autre d'opérer ce changement. il arrive à cette idée que nous appelons puissance. -(1) Voilà. de nous donner une définition de l'existence bien autrement claire que l'idée réveillé dans notre esprit par la simple énonciation de ce mot. III. etc. (Essai sur l'orig. par cette clarté. n'en savaient cependant pas la raison. Lami. -(1) Je ne sache pas que Locke ait donné positivement une définition de la puissance. si bien commenté par Condillac. par exemple. IV. et d'une manière qui passe toutes les bornes du ridicule. dit-il.. L'esprit. n'ignorant pas ce qu'il y a des idées plus claires que toutes les définitions qu'on en peut donner. et de cette manière. par exemple. et que nous considérons comme étant actuellement LÀ. ceci est exquis. et il est en état. comme on voit. car il se trouve précisément que Locke est le premier philosophe qui ait dit ne définissez pas! (2) et qui cependant n'ait cessé de définir. et qu'avec son grand sens il ne cesse de dire: DÉFINISSEZ! Or. hum. entre autres choses curieuses: Que les Cartésiens. sans doute. de savoir ce qu'est la puissance? Locke aura la bonté de vous apprendre: Que c'est la succession des idées simples dont les unes naissent et les autres périssent (1). Mallebranche.) Si Descartes. Il vous enseigne que l'existence est l'idée qui est dans notre esprit. il explique plutôt comment cette idée se forme dans notre esprit. Vous êtes éblouis. le cardinal de Polignac. §9. sect. quelque facile qu'elle paraisse à apercevoir. étant informé chaque jour par les sens de l'altération de ces idées simples qu'il observe dans les choses extérieures (des idées dans les choses!!!) venant de plus à connaître comment l'une arrive à sa fin et cesse d'exister. mais l'interlocuteur est fort éloigné de se rappeler le verbiage de Locke. et sa métaphysique entière n'est qu'un dictionnaire. (Note de 18 4 . et suiv. III. ou l'objet que nous considérons comme étant actuellement hors de nous (2). des conn. O qui cachinni! Seriez-vous curieux. ch. un puissant érudit! car personne n'a plus et mieux défini que les anciens.) On y lit.

dit Locke.) To en arithmou arkhe.. (Arist.) 18 5 . lorsqu'enfin il juge par lui-même. (Liv. si on ne le comprend pas. VII. À cette définition qui eut donné un accès de jalousie à feu M. (L.l'Éditeur. ch. or have existence. de la Palice. -(1) Liv. whether a real thing or idea. ou qu'elles ont de l'existence.. pag. as being actually THERE. II. (Liv. §7. 281. Vous savez peutêtre comment le précepteur d'Alexandre la définit jadis dans son acception la plus générale. est l'être. Pas tant mal.) La définition de la solidité a bien son mérite aussi. comme vous voyez! mais c'est ici cependant où le progrès des lumières est frappant. tauton. as well as we consider things to be actually without us. Locke ajoute le plus sérieusement du monde: C'est ainsi que l'entendement acquiert l'idée de l'unité (2). soit idée.) (2) When ideas are in our minds. we consider them. L'unité. il ajoute. est le commencement et la mesure de toute quantité (1). chap. IV. III. §1. dit-il. mais je puis encore étonner l'étonnement même en vous citant la définition de l'atome: C'est un corps continu. sous une forme immuable (2). bien avancés sur l'origine des idées. XXI. soit être réel. liv. L'unité. (Ibid. suggests to the understanding the idea of unity. §3. II. II. §1. certes. kai metron. (2) A continued body under one immutable superficy. ch. dit Locke. 1.. On ne croirait pas qu'il fût possible de s'élever plus haut.) Ce philosophe n'oublie rien. 1. et l'unité numérique.) AND SO comes by that idea which we call POWER. Celui qui a toujours jugé Locke sur sa réputation en croit à peine ses yeux ou ses oreilles. ch. X. chap. ce n'est pas sa faute. II.. Nous voilà. en particulier.) (2) Whatever we can consider as one thing. si l'on ne rencontrait pas tout de suite la définition de l'unité. §7. comme on voit: après avoir dit: Voilà ce qui nous autorise à dire que les choses existent. C'est ce qui empêche deux corps qui se meuvent l'un vers l'autre de pouvoir se toucher (1). (Ibid. which is that they exist. est tout ce qui peut être considéré comme une chose. VII.. Après cela. II. XXXII. -(1) To on kai to en.

or. par le mot mouvement (motion). -(1) Whereas it is obvious to everyone who reflects over so little on it. de Saint-Pétersbourg à Strelna. Il est bien essentiel d'observer ici que. les vitesses de deux chevaux. ch. qui a du génie. dans ces sortes de cas. mais vous n'êtes pas au bout. lui fait beaucoup d'honneur en lui prêtant 18 6 . Locke veut-il dire que pour estimer la quantité de mouvement. Vous savez que. Locke a découvert encore que Pour un homme plus pénétrant (tel que lui par exemple).Seriez-vous curieux maintenant d'apprendre ce que Locke savait dans les sciences naturelles? Écoutez bien ceci.) Il faut remarquer ici que l'interlocuteur. dans l'estimation des vitesses. après avoir mesuré le temps par le mouvement des corps célestes. par exemple. pour l'estimation de la vitesse. il se plaint gravement Que les hommes. je vous en prie. qui traduit Locke de mémoire. que l'espace doit être pris en considération aussi bien que le temps (1). Il croyait que ses frères les humains ne s'étaient aperçus jusqu'à lui que. un homme. et que s'il a encore plus de génie. mais je vous dirai que les deux chevaux sont allés. je ne vous dirai pas que l'un s'est rendu d'ici à Strelna en quarante minutes. l'un dans quarante minutes. tandis qu'il est clair. pour peu qu'on y réfléchisse. les vitesses étant simplement [sic] proportionnelles aux temps. il s'apercevra qu'on doit aussi faire attention à la masse? Alors il me semble qu'aucune langue ne fournit un mot capable de qualifier cette proposition. il est visible que. C'est de quoi il n'est pas permis de douter lorsqu'on a lu le morceau tout entier. comprend qu'il faut avoir égard à l'espace parcouru. et l'autre dans cinquante. lorsqu'on estime les vitesses dans la conversation ordinaire. on n'a point d'espaces à comparer. XIV. II. vous obligeant ainsi à tirer votre crayon. space is as necessary to be considered as time. (Ibid. il demeurera certain qu'une estimation exacte du mouvement exige qu'on ait égard de plus à la masse du corps qui est en mouvement (2). l'espace doit être pris en considération. on a rarement des espaces à comparer vu que l'on rapporte assez communément ces vitesses au même espace parcouru. messieurs. et l'autre à Kamini-Ostroff en dix minutes. cette profonde mathématique n'était pas à la portée de Locke. that to measure motion. Locke entend ici la vitesse. liv. (2) And those who look a little farther will find also the bulk of the thing moved necessary to be taken into the computation by any one who wll estimate or measure motion so as to judge right of it. et à faire une opération d'arithmétique pour savoir ce que cela veut dire. En vérité voilà une belle découverte! mille grâces à MASTER JOHN qui a daigné nous en faire part. Pour estimer. se soient encore avisés de mesurer le mouvement par le temps. je le suppose. Veut-il dire au contraire (ce qui est infiniment probable) Que. §22. tout homme pénétrant s'apercevra que la masse doit être prise en considération? C'est une niaiserie du premier ordre. Hé bien.

plumbs. qui employait toujours les noms vulgaires tels qu'ils se présentaient à lui sur le pavé de Londres. précisément aussi vague et aussi vulgaire. non sur le droit. Au lieu des noix. Sur cela. Ces sortes d'expressions consacrées et circonscrites par la science n'étaient point à l'usage de Locke. parler de la présence réelle. or nuts. je n'ai rien a dire: il était réformé. et jusqu'à quel point le protestantisme avait aplati cette tête? Il a voulu. autant que moral et magnifique (V). et sur ce bel aperçu il décide. Coste. avec une rare profondeur: Qu'autant vaudrait disputer pour savoir si le plus grand plaisir du goût se trouve dans les pommes. Que dire d'un homme qui était bien le maître de lire Bellarmin. il pouvait fort bien se donner ce passe-temps. §55. et que le traducteur français. mais sur le fait. au lieu de nous dire. se permet encore ici un changement non moins important que celui qu'on a vu ci-devant (p. dans le prunes ou dans les noix (1). il change une question de morale et de haute philosophie en une simple question de goût ou de caprice. de Caius en Titius. 21. comme il l'a fait: Que les partisans de ce dogme le croient. Rien n'est plus célèbre dans l'histoire des opinions humaines que la dispute des anciens philosophes sur les véritables sources de bonheur. mot équivoque qui se rapporte également à la masse et au volume. messieurs. d'un homme qui fut le contemporain de Petau et de Bossuet. a fort bien traduit par celui de grosseur. il a mis des abricots. savez-vous comment Locke avait compris la question? Il croyait que les anciens philosophes disputaient. qui pouvait de Douvres entendre les cloches de Calais. qui avait passé sa vie au milieu du fracas des controverses. et qui imprime sérieusement que l'Église catholique croit la présence réelle sur la foi d'une certaine personne qui en donne sa parole d'honneur? Ce n'est point là une de ces distractions. (II. Il est savant comme vous voyez. -(1) And they (the philosophers of old) might have as reasonably disputed whether the best relish were to be found in apples. avec celle de l'infaillibilité d'une certaine personne (1). 18 7 . mais il était tenu de parler au moins comme un homme qui a une tête sur les épaules. (Note de l'Éditeur. qui avait voyagé d'ailleurs. and have divided themselves into sects upon it. Vous plairait-il de connaître son erudition? en voici un échantillon merveilleux.généreusement le mot de masse. Il a dit en anglais bulk. Voudriez-vous savoir maintenant combien Locke était dominé par les préjugés de secte les plus grossiers. ce que Locke savait sur les éléments des sciences naturelles. dans je ne sais quel endroit de son livre. ce qui est très heureux.) Coste trouvant ces noix ignobles. et même résidé en France. ou sur le summum bonum (IV). Or.) Vous voyez. parce qu'ils ont associé dans leur esprit l'idée de la présence simultanée d'un corps en plusieurs lieux. 383).

tandis que ce mot. inconcevable. qu'il n'entendait que la littérature (1).une de ces erreurs purement humaines que nous sommes intéressés à nous pardonner mutuellement. c'est que Locke. qui est l'action physique.) L'interlocuteur paraît avoir oublié que Coste. Condillac. on the one body in two places at once shall unexamined be swallowed for a certain Truth by an implicit faith whenever that imagined infallible person dictates and demands assent without inquiry. les plumes protestantes les plus sages d'ailleurs et les plus élégantes. et ce qu'il y a d'impayable. craignant. Ovide. pour la liberté même. a dit à son tour: Que la liberté n'est que le pouvoir de faire ce qu'on ne fait pas. par hasard. and these two constantly together possess the mind. . quia non licuit. qui est toute morale. (Note de l'Éditeur. Cette jolie antithèse peut éblouir sans doute un esprit étranger à ces sortes de discussions. La liberté est le pouvoir de faire! Comment donc? Est-ce que l'homme emprisonné et chargé de chaînes n'a pas le pouvoir de se rendre. mais pour tout homme instruit ou averti. Elle permet tout au plus de relever l'esprit général du livre et les côtés plus particulièrement dangereux ou ridicules. je serais bien surpris. oubliant ce qu'il avait dit plus d'une fois.Sans examen! Il est plaisant! et pour qui nous prend-il donc? est-ce que. sur ce point. a supprimé ce passage dans sa traduction. quoique bon protestant. nous n'aurions pas autant d'esprit que lui? Je vous avoue que si je venais à l'apprendre tout à coup par révélation.Sed manet semel editus. il est évident que Condillac prend ici le résultat ou le signe extérieur de la liberté. les rieurs français. s'est extasié sur la définition de la liberté donnée par Locke. ajoutant le ton décisif à la médiocrité de son maître. de manière que la liberté n'est et ne peut être que la volonté non empêchée. ne signifie qu'absence d'obstacle. ille 18 8 . dit-il majestueusement. En voilà. -(1) Let the idea of infallibility be inseparably joined to any person. nous charge sans façon d'AVALER ce dogme sans examen. lorsqu'il s'agit de dogmes contestés. . non facit. vous sentez assez que l'examen approfondi d'un ouvrage aussi épais que l'Essai sur l'entendement humain passe les bornes d'une conversation. c'est-àdire la volonté. Si jamais vous êtes appelés à un examen rigoureux de l'Essai. ou de ne pas faire ce qu'on fait (VI). (II 23. comme trop et trop évidemment ridicule. parle comme l'Évangile: Qui. La Harpe. §17.) Au reste. en voilà de la philosophie! (2) Il fallait dire: en voilà de l'incapacité démontrée! puisque Locke fait consister la liberté dans le pouvoir d'agir. c'est un trait d'ignorance unique. sans agir. qui eût fait honte à un garçon de boutique du comté de Mansfeld dans le XVIe siècle. qui ne laissent pas de maintenir un certain ordre dans le monde. je vous recommande le chapitre sur la liberté. coupable de tous les crimes? Il n'a qu'à vouloir. messieurs. avec ce ton de scurrilité qui n'abandonne jamais. suivant les apparences. purement négatif.

en décidant que le sage seul est libre. car je ne crois pas qu'on ait jamais écrit rien d'aussi misérable que cette définition. puisqu'une volonté forcée est une contradiction dans les termes. ou si sa vertu est carrée (VIII). vous sentirez que la volonté ne peut être agitée et conduite que par l'attrait (mot admirable que tous les philosophes ensemble n'auraient su inventer). Aujourd'hui ce n'est plus un paradoxe.) Leçon terrible pour ne parler que de ce qu'on sait. comme la courbe de Bernoulli. là se trouve la liberté (VII). et qu'il n'est pas moins absurde de demander si la volonté de l'homme est libre. c'est une vérité incontestable et du premier ordre. en un mot. voulez-vous comprendre à quel point Locke. le Lycée. XXII. Helvétius. et ailleurs. qu'il ne le serait de demander si son sommeil est rapide. tom. de manière que l'attrait ne saurait pas plus nuire à la liberté ou à la volonté que l'enseignement. car il les changeait à mesure que sa conscience ou ses amis lui disaient: Qu'est-ce donc que tu veux dire? Mais celle qui nous a valu l'exclamation comique de La Harpe est la suivante: La liberté est la puissance qu'a un agent de faire une action ou de ne pas la faire. conformément à la détermination de son esprit en vertu de laquelle il préfère l'une à l'autre. Tout homme qui a manqué ces idées tournera éternellement autour du principe. l'attrait ne peut avoir d'autre effet sur la volonté que celui d'en augmenter l'énergie en la faisant vouloir davantage. qui est une autre faculté. était loin de la vérité? Écoutez bien. tom. du 18e siècle. si l'essence est l'essence. art.facit. car ceci est ineffable. c'est-à-dire. Maintenant si vous considérez que Dieu même ne saurait forcer la volonté. Le philosophe qui réfléchira sur cette énigme terrible rendra justice aux stoïciens. de quelque ordre qu'on le suppose. c'est le double attrait: Vim sentit geminam paratque incerta duobus (3). (2) Il en a donné plusieurs. Si donc la liberté n'est pas le pouvoir de faire. et demander si la perception a le pouvoir de percevoir. L'anathème qui pèse sur la malheureuse nature humaine. Qu'en dites-vous? -(1) Voy. si le cercle est un cercle. ne saurait nuire à l'entendement. XXIII. qui devinèrent jadis un dogme fondamental du Christianisme. sur ce sujet comme sur tant d'autres. mais le pouvoir de vouloir est la volonté même. (Lycée. Or. Philos. Où est l'esprit de Dieu. d'Alembert. n'a rien de commun avec la volonté.. Or. art. je vous en prie. 18 9 . qui est une faculté. sans jamais le toucher. elle ne saurait être que celui de vouloir. le triangle un triangle. Il a soutenu que la liberté. si la raison a le pouvoir de raisonner. etc.

472. prefers his stay to going away (autre explication de la plus haute importance). si elle était libre. 21. J'espère que vous êtes convaincus. dans une chambre où il y a une personne qu'il meurt d'envie de voir et d'entretenir. il faut donc tomber et périr: DONC la liberté n'a rien de commun avec la volonté (1). cependant l'inépuisable génie de Locke peut vous présenter la démonstration sous une face encore plus lumineuse. sans doute. -(1) Again. beyond his power to get out. though he prefers his not falling to falling (ah! pour cela je le crois). par exemple. 9. Métam. ou. sur le bord opposé. LE COMTE. and be there LOCKED FAST IN. etc. avec l'élégante précision qui le distingue. into a room where is a person he longs to see and speak with. sa volonté est aussi contente que la vôtre l'était peu tout à l'heure lorsqu'elle tombait sous le pont. à ce que dit Locke: DONC la liberté n'a rien de commun avec la volonté (1). he awakes and is glad to find himself in so desirable company which he stays willingly in: ID EST.. parce qu'on a fermé la porte à clef.(3) Ovide. vous porterait. mais son élan est inutile: les lois sacrées de la gravitation doivent être exécutées dans l'univers. (II. VIII. Au moment où il s'éveille. et vous allez en juger vous-même.. etc. Écoutez bien. suppose a man be carried whilst fast asleep. -(1) A man falling into the water (a bridge breaking under him) has not therein liberty.. LE SÉNATEUR. est un peu fort! mais votre mémoire serait-elle encore assez complaisante pour vous rappeler la démonstration de ce beau théorème.. Vous traversez un pont. ne peut sortir de cette chambre où il y a une personne. car sans doute il en a donné une. yet being locked fast in tis evident.) Un homme endormi est transporté chez sa maîtresse... comme dit Locke. Or il se trouve que cet homme. is not a free agent: for though he has volition. ainsi transporté. Elle est d'un genre qui ne saurait être oublié. Cela. he has not 19 0 . il s'écroule: au moment où vous le sentez s'abîmer sous vos pieds. yet the forbearance of motion not being in his power. l'effort de votre volonté.

que la toute-puissance ne pouvant opérer sur elle-même. ce qui est 19 1 . en propres termes. il a prouvé et même démontré l'immatérialité de l'Etre suprême pensant. ou l'un et l'autre. mais. je me flatte que vous n'avez plus rien à désirer. Pour le coup. et qu'il est impossible d'imaginer le contraire (3). il faut bien qu'elle permette à son essence d'être ce qu'elle est. dit-il avec une sagesse étincelante. Il conviendra. §10. pourquoi ne saurait-il surajouter à cette même masse une autre excellence qui en fait un être pensant (8)? Je plie. dans le principe. cette assertion ne fut qu'une simple légèreté échappée à Locke dans un de ces moments d'ennui dont il ne savait que faire.freedom to be gone. tout à fait naturelle à l'homme qui appelait. que dites-vous d'un philosophe capable d'écrire de telles absurdités (IX)? Mais tout ce que je vous ai cité n'est que faux ou ridicule.. malheureusement les ecclésiastiques s'en mêlèrent. je ne sais quelle acrimonie mal déguisée. sous le poids de cet argument. comme vous savez. et que les mêmes raisons qui fondent cette démonstration portent au plus haut degré de probabilité la supposition que le principe qui pense dans l'homme est immatériel (4). Quelle planche dans le naufrage n'a-t-il pas offerte au matérialisme (qui s'est hâté de la saisir). Lisez sa réponse à l'évêque de Worcester. Là-dessus. so that liberty is not an idea belonging to volition. qui avait été trouvé par trop mauvais (1). mais l'orgueil et l'engagement étaient chez lui plus forts que la conscience. je conviendrai volontiers qu'on peut excuser Locke jusqu'à un certain point. (Ibid.) CE QU'IL FALLAIT DÉMONTRER. comme il faut être juste même envers les gens qu'on n'aime pas. car si Dieu a celui de surajouter à une certaine masse de matière une certaine excellence qui en fait un cheval. le corps épiscopal d'Angleterre le caput mortuum de la chambre des pairs (2). et Locke ne pouvait les souffrir. il s'obstina donc et ne revint plus sur ses pas. la question est décidée. et enfin la pensée. la vie. incapable de penser. en soutenant que la pensée peut appartenir à la matière! Je crois à la vérité que. le sentiment. qu'elle pétrit comme il lui plaît. mais il ne veut pas qu'il en soit de même des essences créées. C'est. et je ne doute pas qu'il ne l'eût effacée si quelque ami l'eût averti doucement. lui refuser le pouvoir de créer (7). Il ajoutera encore qu'en vertu de ses principes. je vous confesse. vous pourriez croire que la probabilité élevée à sa plus haute puissance devant toujours être prise pour la certitude. mais Locke ne recule point. Il confessera tant que vous voudrez que la matière est. que la perception lui est par nature étrangère. mais pour parler sérieusement. en elle-même. en observant.. et Locke a bien mérité d'autres reproches. c'est une absurde insolence de disputer à Dieu le pouvoir de surajouter (5) une certaine excellence (6) à une certaine portion de matière en lui communiquant la végétation. Ce n'est pas qu'il ne sentît confusément les principes. En effet. vous y sentirez je ne sais quel ton de hauteur mal étouffée. comme il changea dans une nouvelle édition tout le chapitre de la liberté. si vous voulez.

aversion.). I presume for what I have said about the supposition of a system of matter thinking (which there demonstrates that God is immaterial) will prove it in the highest degree probable. than to deny his power of creation.. that are to be found in an elephant. (6) All the excellencies of vegetation. and says God may give to matter thought. Essai.. 144. -(1) Locke en eut honte.) (4) This thinking eternal substance I have proved to be immaterial. il faut savoir le jeu.) Excellencies and operations. qui s'appelle suivant son intensité accidentelle. etc. 148. etc.incontestable. des hommes très justement estimables et estimés. il nous a laissé l'heureux problème de savoir si la première manière pouvait être plus mauvaise que la seconde..). there are men ready presently to limit 19 2 . III. éloignement. etc. VII. on ne pourrait. §71. ou telle autre curiosité de ce genre. ainsi. (Ibid. liv. pag. qu'il ne s'est pas entendu lui-même.. c'est indépendamment et souvent même en dépit de leur caractère. (3) I never say nor suppose. lib.. 144. est général dans les pays qui ont embrassé la réforme. mais lorsqu'ils le sont.. (ibid. etc. par exemple. mais il est bien essentiel qu'ils ne s'y trompent pas: jamais ils ne sont ni ne peuvent être estimés à cause de leur caractère. Ce n'est pas qu'il n'y ait. life. la réponse à l'évêque de Worcester. de l'édit.) Ces variations prouvent que Locke écrivait réellement comme il l'a dit. (Ibid. (Voy. (Of Power.) (5) Superadd: c'est un mot dont Locke fait un usage fréquent dans cette longue note. but if one ventures to go one step farther. to some part of matter he (God) superadds motion. (Ibid. pour tuer le temps. (Voyez les pages 141. 145. pag.) (7) What it would be less than an insolent absurdity to deny his power.. (8) A horse is a material animal. Matter is EVIDENTLY in its own nature. parmi les ministres du culte séparé. haine. antipathie. IV. (Ibid. etc. et en bouleversant ce chapitre. contester à Dieu le pouvoir de créer un triangle carré. sans une absurde insolence. excepté cependant que.. comme il aurait joué aux cartes. chap.. pag.. (2) Ce même sentiment. pour jouer. void of sense and thought. 146. 145 passim. citée. (Ibid... à ce qu'il paraît.. or an extended solid substance with sense and spontaneous motion.. chap. II.. pag..) Ce beau raisonnement s'applique également à toutes les essences.. 150. reason and volition. 167. dans les notes).

je crois. 144. (3) Liv. 14. lui Locke. -(1) Toucher. quoi qu'on en puisse dire. pourvu qu'on m'accorde (ce qui ne peut. Mais lorsque Newton publia son fameux livre des Principes. Locke avec cette faiblesse et cette précipitation de jugement qui sont. et si le livre était incomparable.) Il faut l'avouer. si l'on veut. Je puis encore vous en donner un exemple singulier qui se présente à moi dans ce moment. Toujours il s'arrête au premier aperçu. Locke avait dit que les corps ne peuvent agir les uns sur les autres que par voie de contact: Tangere enim et tange nisi corpus nulla potest res (1). son livre ne pouvait être incomparable. mon aimable ami. Il aura beaucoup regardé. 149. être touché n'appartient qu'aux seuls corps.Pas davantage. p. le caractère distinctif de son esprit. que l'école de Lucrèce a beaucoup fait retentir. c'est se donner un grand tort envers Dieu. (Ibid. qu'il ne manquerait pas en conséquence. Vous jugez d'après le préjugé reçu qui s'obstine à regarder Locke comme un penseur: je consens aussi de tout mon coeur à le regarder comme tel. se hâta de déclarer: qu'il avait appris dans l'incomparable livre du judicieux M. et dès qu'il s'agit d'examiner des idées abstraites. de se rétracter et de faire sa profession de foi dans une nouvelle édition de l'Essai (3). vous m'aurez fait revenir de loin. note. ch. signifie néanmoins précisément: que nul corps ne peut être touché sans être touché. car si Newton n'était que judicieux. Je ne puis vous dire à quel point vous me divertissez en me disant que Locke ne s'entendait pas lui-même. . 19 3 . réglons notre admiration sur l'importance de la découverte. si par hasard vous avez raison. et par conséquent de lui communiquer le pouvoir d'agir à distance. sa vue se trouble. etc.the power of the omnipotent creator. . (Lucr. Il n'y aura rien de moins étonnant que votre surprise.) Cet axiome.Le judicieux Newton rappelle trop le joli Corneille. III. né du joli Turenne. LE CHEVALIER. (2) Il est visible que ces deux épithètes se battent.. l'auteur devait plus être que judicieux. pag. Newton (2) que Dieu était bien le maître de faire ce qu'il voulait de la matière. LE COMTE. §6. Toute surprise qui ne fait point de mal est un plaisir. être nié) que ses pensées ne le mènent pas loin. mais peu vu.

-(1) Newton n'est pas si laconique. » (Lettres de Newton au docteur Bentley. messieurs. Vous voyez. XVI. (5) Il n'y a rien de si vrai comme on vient de le voir dans le passage où il accorde libéralement au Créateur le pouvoir de donner à la 19 4 . qu'elle peut être unie à la substance pensante. Appuyé sur cette grande autorité.) (2) That possibly we shall never be able to know whether mere material Beings think. a soutenu l'identité de ces deux suppositions (5). tellement qu'un corps puisse agir sur un autre à distance. 30. février 1797.. dans la Bibliothèque britann. III. sans y prendre garde. dans la question dont je vous parlais tout à l'heure. IV. 144. à la vérité dans le même sens: « La supposition d'une gravité innée.) (4) Beaucoup de bruit pour rien. IV. ce que personne n'est tenté de leur disputer. p. vol. Voilà qui est clair. ch. pas plus que sur celle de la gravitation. or not. Qu'est-ce que veut dire cet homme? et qui a jamais douté que Dieu ne puisse unir le principe pensant à la matière organisée? Voilà ce qui arrive aux matérialistes de toutes les classes: en croyant soutenir que la matière pense. La question avait commencé entre l'évêque et lui pour savoir si un être purement matériel pouvait penser ou non (2). et rien n'est plus évident. (3) It being impossible for us. inhérente et essentielle à la matière.. qu'une telle opinion ne pouvait se loger que dans la tête d'un sot (1). or else joined and fixed to matter fitly disposed a thinking immaterial substance. a power to perceive and think. je vous répète avec un surcroît d'assurance que. without revelation to discover whether omnipotence has not given to some system of matter fitly disposed. voilà ce qu'il dit.. Mais Locke. que je ne crois pas qu'un homme qui jouit d'une faculté ordinaire de méditer sur les objets physiques puisse jamais l'admettre. 492. etc. C'est le titre d'une comédie de Shakespeare. Locke conclut que: Sans le secours de la révélation. si ma mémoire ne me trompe absolument. Je suis parfaitement en sûreté de conscience pour ce soufflet appliqué sur la joue de Locke avec la main de Newton. il est aussi moins ridicule. en quoi il faut convenir que. Locke ne s'entendait pas lui-même.) (Note de l'éditeur.Malheureusement le judicieux Newton déclara rondement dans une de ses lettres théologiques au docteur Bentley. s'il est plus coupable. est pour moi une si grande absurdité. pag. on ne pourra jamais savoir si Dieu n'a pas jugé à propos de joindre et de fixer à une matière dûment disposée une substance immatérielle pensante (3). no. ils soutiennent. 3me lettre du 11 février 1693. §6. que tout ceci n'est que la comédie anglaise Much ado about nothing (4). (Liv.

. comme les moralistes on fort employé celui de chasteté mais. III.) On ne se tromperait peut-être pas en disant que l'ouïe est à la vue ce que la parole est à l'écriture. ou. (2) Je ne veux point repousser ce compliment adressé à la langue française. I. mais il est vrai cependant que Locke. -(1) That most instructive of our senses. dans cet endroit. « Les métaphysiciens modernes. qui a tant parlé des sens et qui leur accorde tant. Mais qu'attendre d'un philosophe qui nous dit sérieusement: Aujourd'hui que les langues sont faites (3)! . qui a dit: Visum sensuum nobilissimus (Dioptr. adéquates. au mot archétype. de quel droit il lui a plu de décider: Que la vue est le plus instructif des sens (1). La langue française. de coller ensemble les deux substances. complexes. XXII. imaginaires. mot sacré pour les platoniciens qui l'avaient placé dans le ciel. nous dit ce dernier. semble bien avoir traduit Descartes.Il aurait bien dû nous dire quand elles ont été faites.) (3) Now that languages are made. en d'autres termes (OR ELSE). seeing. nous dit que ce mot n'est guère en usage que dans l'expression monde archétype? Locke est peut-être le seul auteur connu qui ait pris la peine de 19 5 . puisque le mot archétype est ancien et même antique? et pourquoi assez en usage. elle qui possède le mot sublime d'entendement où toute la théorie de la parole est écrite (2).. puisque l'académie. 12. ont assez mis en usage ce terme d'idées archétypes (1). II. -(1) Essai sur l'origine des connaissances humaines. §2. C'était un subtil logicien que celui qui confondait ces deux choses! J'aurais envie aussi et même j'aurais droit de demander à ce philosophe. que je sache.) Pourquoi modernes. qui est une assez belle oeuvre spirituelle. et les autres de la réflexion! Que ne puis-je surtout vous parler à mon aise de ses idées archétypes. » Sans doute. les unes provenant des sens. §5. réelles.matière la faculté de penser. (Ibid.) Que n'ai-je le temps de m'enfoncer dans toute sa théorie des idées simples. (Note de l'éditeur. et quand elles n'étaient pas faites. n'est pas de cet avis. 23. et que cet imprudent Breton en tira sans savoir ce qu'il faisait! Bientôt son venimeux disciple le saisit à son tour pour le plonger dans les boues de sa grossière esthétique. etc. jamais comme synonyme de prostitution. (Sect.

(2) Nor that they are ALL of them the images or the representations of what does exist. et de là vient que ses disciples. or inventions of understanding (Liv. II. il demeure démontré. C'est une idée générale passable. has been already showed. craignant les conséquences. Au fond cependant tout se réduit à des pierres qui sont des idées simples. §2.) Si vous voulez ramener ces hautes conceptions à la pratique. comme vous voyez: et toutefois le privilège des idées simples est immense. ou. suivant la doctrine de ce grand philosophe. comme dit Locke. comme il fait un bateau avec des planches. the contrary whereof in ALL. Mais d'où vient-elle donc? la question est embarrassante. ne parlent plus de la réflexion. l'église de Saint-Pierre à Rome. I. Il avait d'abord mis en thèse que toutes nos idées nous viennent des sens ou de la réflexion. de manière que les idées générales les plus relevées ne sont que des collections. (qui seules constituent l'être intelligent) ne venaient ni des sens ni de la réflexion. dès le début. Ce n'est pas grand'chose. but are the Creatures. et peut-être aussi par sa conscience. (Liv. §3). chap. XXII. considérez. mais qu'elles étaient des inventions et des CRÉATURES de l'esprit humain (1). et qu'est-ce que Locke veut nous apprendre? Le nombre des perceptions simples étant nul. que l'immense majorité de nos idées ne vient pas des sens. ce qui est très prudent (1). liv. Talonné ensuite par son évêque qui le serrait de près. il en vint à convenir que les idées générales. Chap. comparé aux innombrables combinaisons de la pensée. dès le premier chapitre du second livre. l'homme fait les idées générales avec des idées simples. XXII. -(1) General ideas come not into the mind by sensation or reflection. en nous disant que toutes nos idées nous viennent par les sens ou par la réflexion. qui cherche toujours les expressions grossières. Mais qui a jamais nié que certaines idées nous viennent par les sens. ch. §3) consisting of a company of simple ideas combined (Ibid. des compagnies d'idées simples (2). VII. BUT the primary qualities of bodies. II. Car. -(1) Condillac. Art de penser. Locke ayant commencé son livre.réfuter son livre entier ou de le déclarer inutile. II. sans réflexion et sans aucune connaissance approfondie de son sujet. Logique. ch. XXX. puisque Locke a découvert encore qu'elles sont toutes réelles.. il n'est pas étonnant qu'il ait constamment battu la campagne. 19 6 . ch. par exemple.

excepté cette idée. la marche lumineuse de Locke: il établit d'abord que toutes nos idées nous viennent des sens ou de la réflexion. et que cette injustice ne sert qu'à retarder la découverte de la vérité (X). -(1) On peut s'étonner. que la critique montre peu de candeur à l'égard de certains philosophes en leur reprochant les coups que leurs opinions peuvent porter à la morale et à la religion. Au reste je ne veux pas comparer ces deux hommes dont le caractère est bien différent: l'un manque de tête et l'autre de front. Mais admirez ici. INVENTÉES par l'esprit humain.EXCEPTÉ TOUTES. sentait qu'il se rendait coupable. Tous les écrivains qui se sont exercés contre les idées innées se sont trouvés conduits par la seule force de la vérité à faire des aveux plus ou moins favorables à ce système. ne sera la dupe 19 7 . excepté telle qualité. il confesse: Que les idées générales ne viennent ni des sens ni de la réflexion. Je n'excepte pas même Condillac. matérielle. ou. Quels reproches cependant n'est-on pas en droit à faire à Locke. et il saisit cette occasion de nous dire: Qu'il entend par réflexion la connaissance que l'âme prend de ses différentes opérations (1). mais. Hume. comme il le dit ridiculement. Le plus dangereux peut-être et le plus coupable de ces funestes écrivains qui ne cesseront d'accuser le dernier siècle auprès de la postérité. Mais toute idée qui ne provient ni du commerce de l'esprit avec les objets extérieurs. mais qu'elles sont créées. Il n'excepte de cette petite exception que les qualités premières des corps (1). Appliqué ensuite à la torture de la vérité. ditil pour s'excuser en se trompant lui-même. quoiqu'il ait été peut-être le philosophe du XVIIIe siècle le plus en garde contre sa conscience. Mais nul homme. Ce qui signifie que la vérité est avant la vérité. avec grande raison. celui qui a employé le plus de talent avec le plus de sang-froid pour faire le plus de mal. à moins qu'il ne veuille se tromper lui-même. Il y a donc des idées innées ou antérieures à toute expérience: je ne vois pas de conséquence plus inévitable. mais ceci ne doit pas étonner. je vous prie. et comment pourrait-on le disculper d'avoir ébranlé la morale pour renverser les idées innées sans savoir ce qu'il attaquait? Lui-même. il s'ensuit que l'esprit humain invente les idées générales sans réflexion. grossière au point qu'elle en vient à confondre les choses avec les idées des choses. c'est-à-dire sans aucune connaissance ou examen de ses propres opérations. ni du travail de l'esprit sur lui-même. de cette étrange expression: Toutes les idées simples. la vérité est avant tout (2). ou toutes les qualités. dans le fond de son coeur. nous a dit aussi dans l'un de ses terribles Essais: Que la vérité est avant tout. et Locke dira également: Toutes les idées. exceptés les qualités premières des corps. Or la réflexion venant d'être expressément exclue par Locke. mais telle est cette philosophie aveugle. appartient nécessairement à la substance de l'esprit.

§4. ch. -(1) Liv. qu'un délit public déguisé sous un beau nom. ch. comme vous voyez. (2) But. (Liv. Nulle erreur ne peut être utile. §9. c'est que. qui n'est cependant. il a jugé à propos de nous réciter l'anecdote dans les propres termes de l'auteur (1). Ce qui trompe sur ce point. il n'entend point du tout nier une loi naturelle. malgré le mélange. dans le premier livre de son triste Essai. Elle nuit donc parce qu'on la reçoit. et la vérité ne peut nuire que parce qu'on la combat: ainsi tout ce qui est nuisible en soi est faux.) En vain Locke. I. Il cite les dogmes et les usages les plus honteux. dans le second cas. peut être reconnue par la seule lumière de la raison. IV. the greatest reverence (révérence!) is due to Truth. I. et que. mais jamais elle ne nuit que parce qu'on la repousse.de ce sophisme perfide. (Liv. III. où est sa base? Qu'il nous indique un seul argument valable contre la loi innée qui n'ait pas la même force contre la loi naturelle. §25. écume l'histoire et les voyages pour faire rougir l'humanité. ch. -(1) A remarquable passage to this purpose out of the voyage of Baumgarten. commence à nuire du moment où elle a pu se faire recevoir sous le masque de sa divine ennemie. I shall set down at large in the language it is published in. dont la connaissance ne peut être utile que comme celle des poisons. on confond l'erreur avec quelque élément vrai qui s'y trouve mêlé et qui agit en bien suivant sa nature. c'est-à-dire une loi antérieure à toute loi positive (1). Il n'y a rien de si clair pour celui qui a compris. sans le secours d'une révélation positive 19 8 . Celle-ci. au lieu que l'erreur. et tout cela pour établir qu'il n'y a point de morale innée. on confond encore la vérité annoncée avec la vérité reçue. C'est dommage qu'il ait oublié de produire une nosologie pour démontrer qu'il n'y a point de santé. comme nulle vérité ne peut nuire. toujours agité intérieurement.) Aveuglé néanmoins par son prétendu respect pour la vérité. II. un nouveau combat entre la conscience et l'engagement. dans ces sortes de cas. after all. cherche à se faire illusion d'une autre manière par la déclaration expresse qu'il nous fait: « Qu'en niant une loi innée. Qu'est-ce en effet que cette loi naturelle? Et si elle n'est ni positive ni innée. comme tout ce qui est utile en soi est vrai. nous dit-il. Locke. et il a soin de nous dire que le livre étant rare. dans le premier cas. On peut sans doute l'exposer imprudemment. which is a book not every day to be met with. I. » Ceci est. il s'oublie au point d'exhumer d'un livre inconnu une histoire qui fait vomir.

§8. vient-elle de Dieu? elle est innée. au lieu de dire: Une telle idée n'est point dans l'esprit d'un tel peuple.e. il aurait dit au contraire: donc elle est innée pour tout homme qui la possède. (Liv. Une femme indienne sacrifie son nouveau-né à la déesse Gonza. 3. lui qui s'oublie de nouveau jusqu'à soutenir qu'un seul athée dans l'univers lui suffirait pour nier légitimement que l'idée de Dieu soit innée dans l'homme (1). (Liv. who. vu que chacun peut avoir la sienne (2). donc elle n'est pas innée. without the help of positive revelation.. §8. car c'est une preuve que si elle ne préexiste pas. running into contrary extremes. au contraire. etc. either affirm an innate law. II. I. ils disent: Donc il n'y a point de morale innée. ch. il faut dire encore: Donc elle est innée. puisque l'idée du devoir est assez forte chez cette 19 9 . ch. §13.) (2) I think they equally forsake the truth. mais rien n'arrêtait Locke. -(1) Whatsoever is innate must be universal in the strictest sense (erreur énorme!) one exception is a sufficient proof against it. ou plus de bonne foi.) Si Locke avait eu plus de pénétration. ni à ce grand patriarche. puisque la nation qui en est privée a bien cinq sens comme les autres. jamais les sens ne lui donneront naissance. né sans yeux. qui permet à chacun d'avoir sa conscience. la différence qui se trouve entre l'ignorance d'une loi et les erreurs admises dans l'application de cette loi (1). -(1) I would not here be mistaken. note 2. et il aurait recherché comment et pourquoi telle ou telle idée a pu être détruite ou dénaturée dans l'esprit d'une telle famille humaine. ni à sa triste postérité. par exemple. as if. i. Mais qu'est-ce donc que la lumière de la raison? Vient-elle des hommes? elle est positive. III. (Ibid. Ne nous a-t-il pas dit intrépidement que la voix de la conscience ne prouve rien en faveur des principes innés.) (2) Some men with the same bent of conscience prosecute what others avoid. prouverait que la vue n'est pas naturelle à l'homme. IV. avec la loi naturelle antérieure à toute loi positive! C'est une chose bien étrange qu'il n'ait jamais été possible de faire comprendre. (Ibid. or deny that there is a law knowable by the light of nature. Mais il était bien loin d'une pensée aussi féconde (XI). because I deny an innate law. I thought there were none but positive law. ch.) Accordez cette belle théorie.(2). c'est-à-dire encore qu'un seul enfant monstrueux. ou plus d'attention..

ou étrangère aux sens par l'universalité dont elle tient sa forme. pliant sous l'autorité divine qui ne voulait que l'éprouver. Celles que les hommes commettent tous les jours dans leurs calculs prouveraient-elles. la conscience qui les parcourt n'y sent qu'une mauvaise foi obligée. parce qu'il n'y a point d'idée qui ne soit innée. liv. Les hommes qu'il a en vue comprennent très bien. -(1) Avec la permission encore de l'interlocuteur.. pour la déterminer à sacrifier à ce devoir le sentiment le plus tendre et le plus puissant sur le coeur humain. de part et d'autre. Ils mentent au monde après avoir menti à eux-mêmes: c'est la probité qui leur manque bien plus que le talent. Je le dois! voilà l'idée innée dont l'essence est indépendante de toute erreur dans l'application. jamais ils ne pourraient l'acquérir. tout être cognitif ne peut être ce qu'il est. (Note de l'éditeur. l'idée primitive est la même: c'est celle du devoir. de la vér. jamais ils ne pourraient même se tromper: car se tromper. 20 0 . l'autre. que par les idées innées. mais ils refusent d'en convenir.) (2) Nos âmes sont créées en vertu d'un décret général. mais pour le philosophe qui envisage la question dans toute sa généralité. et j'ajoute. c'est-à-dire. je crois qu'il se trompe. L'un. il disait précisément comme la femme indienne: La divinité a parlé. obéit à un ordre imaginaire. obéissait à un ordre sacré et direct. Je ne dis pas qu'on ne leur doive une attention particulière. et par l'acte intellectuel qui la pense. par conséquent. ce qui semblait faire dépendre la solution du problème de la rectitude de ces idées. hors de cette supposition. I. il devient impossible de concevoir l'homme. par lequel nous avons toutes les notions qui nous sont nécessaires. aucun ordre relatif à une classe donnée d'êtres intelligents (2). portée au plus haut degré d'élévation. par hasard. Il faut convenir aussi que les critiques de Locke l'attaquaient mal en distinguant les idées et ne donnant pour idées innées que les idées morales du premier ordre. il faut fermer les yeux et obéir. chap. il n'y a pas de distinction à faire sur ce point. que. no. En effet. 2. Il en est de même des autres idées. mais. les oeuvres de Condillac. ce qui me paraît clair de soi-même.malheureuse mère.) Ce passage de Mallebranche semble se placer ici fort à propos. Abraham se donna jadis un mérite immense en se déterminant à ce même sacrifice qu'il croyait avec raison réellement ordonné. III. c'est s'écarter d'une règle antérieure et connue. l'unité ou l'espèce humaine. et ce peut être l'objet d'un second examen. Voy. ni. qu'il n'ont pas l'idée du nombre? Or. ne peut appartenir à une telle classe et ne peut différer d'une autre. (De la Rech. si cette idée n'était innée. aveuglée par une superstition déplorable.

qui est la racine de toute démonstration. Si l'on se refuse à cette théorie. on tombe inévitablement dans le dilemme insoluble du Ménon de Platon et l'on est forcé de convenir. sans lui. il faut croire de plus au principe de la science (XXI). c'est-à-dire l'universel. quant à lui. à laquelle l'expérience puisse se rapporter. il a joué et il a joué. Le syllogisme et l'induction partant donc toujours de principes posés comme déjà connus (XIII). Ce jeune chien. en laissant toujours un abîme entre elle et l'universel. parce qu'il n'y a plus de principes dont elle puisse être dérivée (XVII).Toute doctrine rationnelle est fondée sur une connaissance antécédente (XII). car l'homme ne peut rien apprendre que parce qu'il sait. du nombre. elle tient à cette parole plus profonde qui est prononcée dans l'intérieur de l'homme (1) et qui n'a pas le pouvoir de contredire la vérité (XXII). comme vous. par ce mot commun. c'est-à-dire qu'ils cesseraient d'être principes. et il faudrait admettre ce que l'école appelle le progrès à l'infini. mais le triangle ou la triangularité. il faut avouer qu'avant de parvenir à une vérité particulière nous la connaissons déjà en partie (XIV). dont le caractère est d'être à la fois nécessaire et nécessairement cru: car la démonstration n'a rien de commun avec la parole extérieure et sensible qui nie ce qu'elle veut. et qui est si peu le résultat de l'expérience que. j'entends exprimer non ce que ces différentes sciences démontrent. non dérivés. l'illuminant étant par nature plus lumineux que l'illuminé. par rapport au sujet qui la reçoit: et comme. de même toute vérité acquise est moins claire pour nous que le principe qui nous l'a rendue visible (XX). En effet. car si vous supprimez l'idée-principe. qui joue avec vous dans ce moment. mais point du tout. qui est impossible (XIX). mais ce dont elles se servent pour démontrer (XXIII). autrement ils auraient besoin euxmêmes d'être démontrés. mais jamais deux. à joué de même hier et avant-hier. Observez. il ne suffit donc pas de croire à la science. et pourra se répéter à l'infini. qui fondent les démonstrations. l'homme que nous aimons pour l'amour d'un autre est toujours moins aimé que celui-ci. un et un ne sont jamais que ceci et cela. indémontrables. qui préexiste à toute impression ou opération sensible. l'essence des principes est qu'ils soient antérieurs. doivent être non seulement connus naturellement. Que si l'on refuse d'admettre ces idées premières. l'expérience sera toujours solitaire. trois fois. et prenez bien garde. et voilà comment on peut connaître et ignorer la même chose sous différents rapports. mais plus connus que les vérités découvertes par leur moyen: car tout ce qui communique une chose la possède nécessairement en plus. Observez de plus que ces principes. par exemple. que. ou que tout ce qu'il apprend n'est qu'une réminiscence (XVI). Il a donc joué. par exemple. évidents. ou que l'homme ne peut rien apprendre. il n'y a plus de démonstration possible. et causes par rapport à la conclusion (XVIII). et par conséquent préexistante. un triangle actuel ou sensible (XV): certainement vous l'ignoriez avant de le voir. 20 1 . je vous en prie. cependant vous connaissiez déjà non pas ce triangle. Toutes les sciences communiquent ensemble par ces principes communs.

) Vous voyez. est le Verbe incréé. je vous prie. 20 2 . il s'ensuit qu'il y a dans l'homme un principe immatériel en qui réside la science (2). n'est pas aidée par ces impressions. car la pensée ou la parole (c'est la même chose) n'appartiennent qu'à l'esprit. disputant un jour avec un de ses amis sur l'origine des idées. Toute idée étant donc innée par rapport à l'universel dont elle tient sa forme. -(1) S. Dès que l'homme dit: CELA EST (XXIV). de manière que si le premier membre n'est pas naturel. pag. messieurs. non seulement la fonction. et il n'y a plus de vérité. que Locke est pitoyable avec son expérience. J'ai lu que le célèbre Cudworth. Voyez pag. dont l'essence est de juger. elle est de plus totalement étrangère aux sens par l'acte intellectuel qui affirme.) Sans doute. préexistant et immuable. etc. Car la pensée (ou le verbe humain) n'est que la parole de l'esprit qui se parle à lui-même. Nous devons donc supposer avec les plus grands hommes que nous avons naturellement des idées intellectuelles qui n'ont point passé par les sens (XXVI). et ouvrez-le au hasard. le premier qui se présentera sous votre main. sur la parole de Dieu. reprit Cudworth. car les sens n'ont rien de commun avec la vérité. ou. conçue dans l'homme même. il parle nécessairement en vertu d'une connaissance intérieure et antérieure (XXV). et l'opinion contraire afflige le bon sens autant que la religion (5). l'autre flotte nécessairement. mais. et la raison seule pourrait s'élever jusquelà. . sans réfuter Locke. et les sens ne pouvant recevoir et transmettre à l'esprit que des impressions (3). conçue dans Dieu même et par laquelle Dieu se par à lui-même.C'est assez. que l'entendement seul peut atteindre. lui dit: Prenez. (Bourdaloue. étant l'esprit (1). puisque la vérité n'est qu'une équation entre la pensée de l'homme et l'objet connu (1). mais elle en est plutôt empêchée et troublée (4). l'ami tomba sur les offices de Cicéron au commencement du premier livre: QUOIQUE depuis un an. Exorde. par une conséquence nécessaire: Cette parole. 155. (Platon. nulle distinction ne doit être faite à cet égard entre les différents ordres d'idées. il ne peut dire ET. 98.-(1) Cette parole. dites-moi de grâce comment vous avez pu acquérir par les sens l'idée de QUOIQUE (6). il ne peut articuler le moindre élément de sa pensée. est le verbe créé à la ressemblance de son modèle. un livre dans ma bibliothèque. L'argument était excellent sous une forme très simple: l'homme ne peut parler. sup. Serm. pour mieux dire. et comme ce qui n'appartient point aux sens est étranger à la matière. et par laquelle l'homme se parle à lui-même. Thomas.

) (4) Functio intellectus potissimum consistit in judicando. Jena. il n'y a plus. ou l'Art de penser.. XV. animae inter opusc.) (3) Spectris autem etiamsi oculi possent feriri. Max.-(1) Un être qui ne sait que penser et qui n'a point d'autre action que sa pensée. quand on parle d'un homme qu'on n'aime point. de incorp. ch. pour les désabuser. no. LE COMTE. mort.) (5) Arnaud et Nicole. et ensuite en latin. (Lessius. atqui ad judicandum phantasia et simulacrem illud corporale nullo modo juvat. 4 vol. Ire part. Permettez que je vous adresse les mêmes paroles: Parlez-moi en toute conscience. Epist. publié d'abord en anglais. (Lami.. lib. de soi-même. I. quaest. qui m'est inconnue. dans la logique de Port-Royal. mais pour réfuter un in-quarto. et je puis vous assurer de plus qu'un examen détaillé du livre me fournirait une moisson bien plus abondante.) (2) Aliquid incorporeum per se in quo insit scientia. d'autre moyen que celui de montrer l'esprit général qui l'a dicté. (D. art. et de resurr. ad orthod. de Immort. etc. Pour rendre celui de Locke de tous points irréprochable. (Cicer. est probablement racontée quelque part dans le grand ouvrage de Cudworth: Systema intellectuale. XXVIII. (6) Cette anecdote.. et alios. il suffirait à mon avis d'y changer deux mots. et de Deo. animus qui possit non video. d'en classer les défauts. d'indiquer seulement les plus saillants et de s'en fier du reste à la conscience de chaque lecteur. Just. je vous prie? Quand un mauvais livre s'est une fois emparé des esprits. in-fol. écrivons 20 3 . Leyde. 16. Vous m'avez dit en commençant: Parlez-moi en toute conscience. I. III.. in 4o. il en faut un autre. 4e réfl. ad Cons. 2e part. (Note de l'éditeur. et par qui le dernier serait-il lu. quaest. 2 vol. n'avez-vous point choisi les passages de Locke qui prêtaient le plus à la critique? La tentation est séduisante. set potius impedit. (Fénélon.) LE CHEVALIER. Je puis vous assurer le contraire. des Saints. avec les notes de Laurent Mosheim. Il est intitulé: Essai sur l'entendement humain. de la Conn. 53.) Le fond de l'âme n'est point distingué de ses facultés.

Jamais on ne se mit en tête rien d'aussi fou. Il a raison. Il est véritablement comique lorsqu'il nous dit sérieusement qu'il a pris la plume pour donner à l'homme des règles par lesquelles une créature raisonnable puisse diriger sagement ses actions. je m'en fierais plus volontiers au sermon sur la montagne qu'à toutes les billevesées scolastiques dont Locke a rempli son livre. et rien n'y manque (1). car d'abord. et rien de plus. Ennemi de toute autorité morale. mais nous en parlerons une autre fois. Il n'a voulu réellement rien dire de ce qu'il dit. L'ouvrage est le portrait entier de l'auteur. Il a voulu contredire. comme la plus raisonnable parmi celles qui n'ont pas raison. Quant aux bornes de l'entendement humain. et qui sont bien ce qu'on peut imaginer de plus étranger à la morale. Locke ne prit donc la 20 4 . que j'aurais plus que lui le droit de haïr. et que l'expression même n'a point de sens précis. et que je vénère cependant dans un certain sens. tenez pour sûr que l'excès de la témérité est de vouloir les poser. qui sont une grande autorité. ajoutant que pour arriver à ce but il s'était mis en tête que ce qu'il y aurait de plus utile serait de fixer avant tout les bornes de l'esprit humain (2). Vous rappelez-vous ce Boindin du temple du goût. d'autant qu'il y a bien des choses intéressantes à dire sur ce point.seulement: Essai sur l'entendement de Locke. (2) Avant-propos. manquant d'ailleurs de l'érudition philosophique la plus indispensable et de toute profondeur dans l'esprit. -(1) Jean Le Clerc écrivit jadis sous le portrait de Locke: Lockius humanae pingens penetralia mentis Ingenium solus pinxerit ipse solum. §7. je suis ce juge intègre Qui toujours juge. pour ce qui est de la morale. argue et contredit. Criant: Messieurs. On y reconnaîtrait aisément un honnête homme et même un homme de sens. jamais livre n'aura mieux rempli son titre. il en voulait aux idées reçues. c'est assez d'observer que Locke en impose ici d'abord à lui-même et ensuite à nous. Voilà l'esprit qui animait Locke. mais pipé par l'esprit de secte qui le mène sans qu'il s'en aperçoive ou sans qu'il veuille s'en apercevoir. Dans ce moment. Il en voulait par-dessus tout à son Église.

sans que nous ayons néanmoins la moindre connaissance sensible de ces deux mouvements: or comment prouvera-t-on qu'il est impossible à l'homme de penser comme de se mouvoir. Je puis vous en donner un exemple frappant qui se présente dans ce moment à ma mémoire. c'est le défaut qu'il a de passer à côté des plus grandes questions sans s'en apercevoir. Mais voyez. à côté d'un abîme sans le voir. et qu'il peut se comparer à eux. avec le mobile supérieur. -(1) Liv. lorsque l'homme se trouve en relation avec les objets sensibles et avec ses semblables. il ne comprend rien à fond. en suivant cette même comparaison qu'il a si mal choisie. comme je vous le disais tout à l'heure. qui ont le malheur de ne pas comprendre qu'il soit plus nécessaire à l'âme de penser toujours qu'au corps d'être toujours en mouvement. mais je ne trouve dans ce beau passage rien à retrancher que la plaisanterie. puisqu'elle est au moins de trente werstes par seconde. et ce mouvement se complique encore avec celui de rotation qui est à peu près égal sous l'équateur. étant à l'âme ce que le mouvement est au corps (1). Je ne prétends point soutenir que le mouvement soit essentiel à la matière. Où donc avait-il vu de la matière en repos? Vous voyez qu'il passe. ch. Il dit quelque part avec un ton magistral véritablement impayable: J'avoue qu'il m'est tombé en partage une de ces âmes lourdes. tout le parti qu'il était possible d'en tirer en y apportant d'autres yeux. et lorsqu'on n'est pas en état de distinguer le mouvement relatif et le mouvement absolu. ce me semble. la pensée. L'autre caractère frappant. §10. lorsque cette communication étant suspendue par le sommeil ou par d'autres causes non régulières. sans le savoir? il sera fort aisé de s'écrier: Oh! c'est bien différent! mais pas tout à fait si aisé. il n'approfondit rien. distinctif. mais enfin il faut savoir ce qu'on dit. Ma foi! j'en demande bien pardon à Locke. soit. pourquoi donc n'y aurait-il pas une pensée relative et une pensée absolue? relative. et je la crois surtout indifférente à toute direction. la pensée n'est plus emportée que par le mobile supérieur qui emporte tout. c'est-à-dire qu'elle excède près de cinquante fois celle d'un boulet de canon. c'est la superficialité (permettez-moi de faire ce mot pour lui). est une des productions nombreuses enfantées par ce même esprit qui a gâté tant de talents bien supérieurs à celui de Locke. Le mouvement est au corps ce que la pensée est à l'esprit. II. Pendant que nous reposons ici tranquillement sur nos sièges dans un repos parfait pour nos sens. absolue. II. peut-être. de le prouver.plume que pour arguer et contredire. nous volons réellement dans l'espace avec une vitesse qui effraie l'imagination. et son livre. on pourrait fort bien se dispenser d'écrire sur la philosophie. Chaque homme 20 5 . invariable de ce philosophe. purement négatif. mais ce que je voudrais surtout vous faire remarquer chez lui comme le signe le plus décisif de la médiocrité.

jugez de ce qui arriverait si quelque homme supérieur se donnait la peine de le dépecer. et de la tendant une main ignoble à l'étranger qui sourit. LE COMTE. et plus vous rendez inexplicable l'immense réputation dont il jouit. Je ne sais si vous prenez garde au problème que vous faites naître sans vous en apercevoir. Il n'y a pas moyen de tout dire. Qui mieux que moi connaît toute l'étendue de l'autorité si malheureusement accordée à Locke. je vous confesserai donc naïvement qu'il m'est tombé en partage une âme assez lourde pour croire que ma comparaison n'est pas plus lourde que celle de Locke. et dont Locke n'était pas digne de tailler les plumes. outragé même le Platon chrétien né parmi eux. pour ainsi dire. LE SÉNATEUR. dans l'erreur par l'autorité d'un vain nom qu'elle-même a créé dans sa folie! que j'en veux surtout à ces Français qui ont abandonné. mais vous êtes bien les maîtres d'ouvrir au hasard le livre de Locke: je prends sans balancer l'engagement de vous montrer qu'il ne lui est pas arrivé de rencontrer une seule question importante qu'il n'ait traitée avec la même médiocrité. qui ne sait rien. Prenez encore ceci pour un de ces exemples auxquels il en faut rapporter d'autres. qui ne peut rien. qui leur apprenaient à ne plus croire à la France. sur la foi de quelques fanatiques encore plus mauvais citoyens que mauvais philosophes! Les Français ainsi dégradés par de vils instituteurs. et que nous voyons encore emprisonnée (1). je la terminerai volontiers au profit de la vérité. et puisque notre jeune ami m'a jeté dans cette discussion.au reste a son orgueil dont il est difficile de se séparer absolument. Je ne suis point fâché de faire naître un problème qu'il n'est pas extrêmement difficile de résoudre. -(1) LOCKED fast in. qui ne dit rien. oublié. car plus vous accumulez de reproches contre le livre de Locke. pour céder le sceptre de la philosophie rationnelle à cette idole ouvrage de leurs mains. à ce faux dieu du XVIIIe siècle. et qui jamais en a gémi de meilleure foi? Ah! que j'en veux à cette génération futile qui en a fait son oracle. et dont ils ont élevé le piédestal devant la face du Seigneur. 20 6 . et puisqu'un homme médiocre peut ainsi le convaincre de médiocrité. donnaient l'idée d'un millionnaire assis sur un coffre-fort qu'il refuse d'ouvrir.

Cependant son infériorité est telle qu'il n'aurait pas réussi. Combien les conjurés devaient se réjouir de voir un tel homme poser tous les principes dont ils avaient besoin. même il avait écrit en faveur du Christianisme suivant ses forces et ses préjugés. suffisamment préparé par le protestantisme. et faisait reculer Louis XIV. Kircher. enveloppés de formes sages et flanqués même au besoin de quelques textes de l'Écriture sainte. par exemple. comme je viens de vous le dire. si l'on excepte peut-être ceux des mathématiciens (XXVII). son buste serait sur toutes les cheminées. et vous verrez que Locke a réuni en sa faveur toutes les chances possibles. et favoriser surtout le matérialisme par délicatesse de conscience! Ils se précipitèrent donc sur le malheureux Essai. la faveur d'une nation puissante. il n'obtiendra jamais qu'un succès médiocre. et le firent valoir avec une ardeur dont on ne peut avoir d'idée. Le livre naquit donc où il devait naître. Ce que Sénèque a dit des hommes est encore plus vrai peut-être des monuments de leur esprit. La fortune des livres serait le sujet d'un bon livre. ou prévenu ou flétri par une religion vigilante et inexorable. du moins à ce point. et partit d'une main faite exprès pour satisfaire les plus dangereuses vues. ce qui passe tout. recommander à d'infortunés jeunes gens la lecture de Locke 20 7 . leur fortune est faite. poussé par une nation influente. car le perfide amalgame eût été. Parlons d'abord de sa patrie. L'esprit humain. s'il est permis de s'exprimer ainsi. c'était une bonne fortune pour elle qu'un livre composé par un très honnête homme et même par un Chrétien raisonnable. le génie du mal ne pouvait donc recevoir ce présent que de l'une des tribus séparées. et se préparait à tirer hardiment toutes les conséquences des principes posés au XVIe siècle. Les uns ont la renommée et les autres la méritent (1). si l'on n'y a fait une attention particulière. Locke jouissait à juste titre de l'estime universelle. la puissance de la nation qui a produit l'auteur. Quel moment pour ses écrivains! Locke en profita. dans Jérusalem. ou. Il me souvient d'avoir frémi jadis en voyant l'un des athées les plus endurcis peut-être qui aient jamais existé. Une secte épouvantable commençait de son côté à s'organiser. et il passerait pour démontré qu'il a tout vu ou entrevu. Si un homme tel que le P. la réputation des livres. s'ils caressent de grandes passions. Il s'intitulait Chrétien. commençait à s'indigner de sa propre timidité.Mais que cette idolâtrie ne vous surprenne point. était né à Paris ou à Londres. Si les livres paraissent dans des circonstances favorables. si d'autres circonstances ne l'avaient favorisé. où tous les germes de la philosophie la plus abjecte et la plus détestable se trouvaient couverts par une réputation méritée. Raisonnez d'après ces considérations qui me paraissent d'une vérité palpable. s'ils ont pour eux le fanatisme prosélytique d'une secte nombreuse et active. et la mort la plus édifiante venait de terminer pour lui une vie sainte et laborieuse (2). Il était Anglais: l'Angleterre est faite sans doute pour briller à toutes les époques. mais ne considérons dans ce moment que le commencement du XVIIIe siècle. je pourrais vous en citer cent exemples. dépend bien moins de leur mérite intrinsèque que des circonstances étrangères à la tête desquelles je place. Tant qu'un livre n'est pas. Alors elle possédait Newton.

comme disait Mme de Sévigné. traduit par un athée et loué sans mesure par le torrent des philosophes du dernier siècle. et même comme écrivain en un certain sens. revenait au monde. qui était un très honnête homme. et toujours sans autre examen. que les oeuvres de Bacon présentent de nombreuses et magnifiques exceptions aux reproches généraux qu'on est en droit de leur adresser. soyez sûr encore. de tout sentiment exquis. tenez pour sûr. du moins dans ses bases générales. Lips. comme philosophe moraliste. Lisez-le. fausse et dangereuse. vous n'y trouverez pas une ligne dont le goût et la vertu daignent se souvenir. tout ce que le défaut absolu de génie et de style peut enfanter de plus assommant. aucune chaleur ne pouvant tenir devant ce souffle glacial. Dès que vous le voyez mis à la mode par les encyclopédistes. Ne croyez pas cependant que je veuille établir aucune comparaison entre ces deux hommes. I. le leur donner en bouillons. cent.abrégé. il pleurerait amèrement en voyant ses erreurs. chercher à les repousser dans l'ombre et se permettre même de le mutiler habilement ou d'altérer ses écrits. quidam habent. Celle dont il s'agit ici appartient à Juste Lipse: Quidam merentur famum. aura toujours des droits à l'admiration des connaisseurs. et qu'il lui a plu même de rendre l'anathème visible? Parcourez tous les livres de ses adeptes. devenir la honte et le malheur d'une génération entière. (Just. I. si vous voyez ces mêmes philosophes embarrassés souvent par cet écrivain. et par qui ils sont haïs. sans autre examen. et déjà je vous l'ai proposée à l'égard de Bacon..) (Note de l'éditeur.) (2) On peut en lire la relation dans la petite histoire des philosophes de Saverien. Elle est la mort de toute religion. il fait réellement tout ce qu'il peut pour en chasser la vie. de tout élan sublime: chaque père de famille surtout doit être bien averti qu'en la recevant sous son toit. Epist. Si Locke. et soit qu'on le nie ou qu'on en convienne. relisez-le: apprenez le par coeur: il aurait voulu. leur disait-il avec enthousiasme. -(1) Sénèque est assez riche en maximes pour qu'il ne soit pas nécessaire que ses amis lui en prêtent. et dépités contre quelques-unes de ses idées. Ne voyez-vous pas que Dieu a proscrit cette vile philosophie. Par la raison contraire. aiguisées par la méthode française. 20 8 . et pour ainsi dire concentré par une plume italienne qui aurait pu s'exercer d'une manière plus conforme à sa vocation. Bacon. même sans les connaître: il suffit de savoir par qui ils sont aimés. que sa philosophie est. Epist. Il y a une règle sûre pour juger les livres comme les hommes. Cette règle ne trompe jamais. tandis que l'Essai sur l'entendement humain est très certainement.

que Locke est le Pascal de l'Angleterre (XXIX). Voltaire aurait-il adressé cet éloge au philosophe anglais. mais qui ne peut cependant que juger ce qu'il connaît. aussi mal intentionné. est comparé à Pascal . comme rien ne ressemble à un tonnerre autant qu'un tonnerre. fondée sur quelques caractères généraux. L'immense majorité ne jugeant et ne pouvant juger que sur parole. dis-je. un tel homme. très naturel et cependant tout à fait faux: celui de croire que la grande réputation d'un livre suppose une connaissance très répandue et très raisonnée du même livre. Il n'y a pas longtemps qu'un excellent juge. Quoi donc? le fastidieux auteur de l'Essai sur l'entendement humain. et qui serait d'ailleurs totalement inconnu dans les sciences s'il n'avait pas découvert que la vitesse se mesure par la masse. qui ne sont toutes qu'une tautologie délayée? Ce même Voltaire nous dit encore. un assez petit nombre d'hommes fixent d'abord l'opinion. s'il avait jugé d'après lui-même. j'espère. dans un ouvrage qui est un sacrilège.à Pascal! grand homme. Vous ne m'accusez pas. ne cesse de nous répéter: Définissez! Mais. avec son grand sens. et Bossuet tonnait aussi: or. Ainsi. ce que tout le monde sait ou ce que personne n'a besoin de savoir. Voilà comment se forment les jugements. 20 9 . le succès seul ne prouve rien. Défiez-vous surtout d'un préjugé très commun. ou sur quelques analogies superficielles et quelquefois même parfaitement fausses. etc. avec l'éloquence d'un almanach. Leibnitz. cependant je ne croirai jamais qu'un homme qui avait tant de goût et de tact se fût permis cette extravagante comparaison. messieurs. La Harpe n'a-t-il pas dit formellement que l'objet du livre entier de l'Essai sur l'entendement humain est de démontrer en rigueur que l'entendement est esprit et d'une nature essentiellement différente de la matière (1)? n'a-t-il pas dit ailleurs: Locke. etc. Ils meurent et cette opinion leur survit. à nous débiter. je vous l'assure. et surtout aussi mauvais français que vous le voudrez. s'il avait su que Locke est surtout éminemment ridicule par ses définitions. par exemple) peuvent différer l'une de l'autre. Fénélon. mais toute sa vie on a entendu dire que Démosthène tonnait. ont reconnu cette vérité (de la distinction des deux substances (XXVIII))? Pouvez-vous désirer une preuve plus claire que ce littérateur célèbre n'avait pas lu Locke? et pouvez-vous seulement imaginer qu'il se fût donné le tort (un peu comique) de l'inscrire en si bonne compagnie..Mais pour en revenir à la fortune des livres. Clarke. d'une aveugle tendresse pour François Arouet: je le supposerai aussi léger. il y a une fortune qui est une véritable malédiction. et n'a rien de commun avec le mérite. donc. je vous le demande encore. s'il l'avait vu épuiser toutes les ressources de la plus chicaneuse dialectique pour attribuer de quelque manière la pensée à la matière? Vous avez entendu Voltaire nous dire: Locke. vous l'expliquerez précisément comme celle des hommes: pour les uns comme pour les autres. De nouveaux livres qui arrivent ne laissent plus le temps de lire les autres. a dit à Paris que le talent ancien le plus ressemblant au talent de Bossuet était celui de Démosthène: or il se trouve que deux belles choses du même genre (deux belles fleurs. dans la philosophie rationnelle. dont le mérite se réduit. et bientôt ceux-ci ne sont jugés que sur une réputation vague. Il n'en est rien.

enfin parce que l'orgueil ne leur permettait guère de supposer qu'ils eussent besoin des pensées d'autrui. Après avoir posé les fondements d'une philosophie aussi fausse que dangereuse. philosophe profond. et sur ce point encore il a posé les principes dont nous voyons les conséquences. et qui ont même l'air de l'expliquer. même de grandes vertus. Ces germes terribles eussent peutêtre avorté en silence sous les glaces de son style. C'est une grande erreur de croire que pour citer un livre. En voilà assez sur cette réputation si grande et si peu méritée: un jour viendra. Un tel parallèle ne permet pas seulement de supposer que Voltaire eût pris connaissance par lui-même de l'Essai sur l'entendement humain. et c'est au fond tout ce qu'on veut: qu'importe le reste (2)? Il y a aussi un art de faire parler ceux qui ont lu. J'ai de bonnes raisons de soupçonner qu'en général il n'a pas été lu par ceux qui le vantent. ne m'empêche point de rendre à sa personne ou à sa mémoire toute la justice qui lui est due: il avait des vertus. son fatal esprit se dirigea sur la politique avec un succès non moins déplorable. polémique supérieur. on démêle le passage dont on a besoin pour appuyer ses propres idées. et peut-être il n'est pas loin. avec une assez forte apparence d'en parler avec connaissance de cause. animés dans les boues chaudes de Paris. on lit quelques lignes de l'index sur la foi d'un index. je me déterminerais pour le second parti. où Locke sera placé unanimement au nombre des écrivains qui ont fait le plus de mal aux hommes.avant trente ans. au point de rendre la calomnie divertissante. que je ne puis me dispenser de porter sur les ouvrages de Locke. Philos. (2) Je ne voudrais pas pour mon compte gager que Condillac n'avait jamais lu Locke entièrement et attentivement. De tels hommes ont bien d'autres choses à faire que de lire Locke. ils ont produit le monstre révolutionnaire qui a dévoré l'Europe. je n'ai touché cependant qu'une partie de ses torts. tom. XXIV. Ajoutez que les gens de lettres français lisaient très peu dans le dernier siècle. Diderot. mais s'il fallait absolument gager pour l'affirmative ou pour la négative. et peut-être la moindre. Au reste. ensuite parce qu'ils écrivaient trop. et dont tous les torts imaginables ne sauraient éclipser les qualités extraordinaires. d'abord parce qu'ils menaient une vie fort dissipée. messieurs. et avec attention. III. du 18e siècle. mathématicien distingué. Malgré tous les reproches que je lui ai faits. et voilà comment il est très possible que le livre dont on parle le plus soit en effet le moins connu par la lecture. -(1) Lycée. homme rare en un mot. apologiste sublime. et 21 0 . tom. du moins complètement. On lit le passage ou la ligne dont on a besoin. art. il faille l'avoir lu. qui le citent. Il a parlé sur l'origine des lois aussi mal que sur celle des idées. je n'aurai jamais assez répété que le jugement. physicien.

hormis qu'il était boiteux (1). jusqu'à la dignité de principes. Il en veut à une certaine espèce de gens qui font les maîtres et les docteurs. fils du XVIe. le docteur est obligé de passer condamnation sur une doctrine absolument inexcusable. vous sentirez à chaque page qu'il ne fut écrit que pour contredire les idées reçues. 1772. etc. 16. lorsqu'il écrit à la marge de ce beau chapitre: D'où nous est venue l'opinion des principes innés? (XXXII) Il faut être possédé de la maladie du XVIIIe siècle. la probité. qui avait toutes les bonnes qualités imaginables. cité. mais certainement aussi ancien que le bon sens. -(1) On peut lire un morceau curieux sur Locke dans l'ouvrage déjà cité du docteur James Beattie (On the nature and immutability of truth. dit-il. Après un magnifique éloge du caractère moral de ce philosophe. qui ébranle tout. comme vous voyez. C'est lui qui règne malheureusement en Europe depuis trois siècles.. par le docteur Swift. qui est toute négative et par conséquent nulle. qu'il excuse cependant. que des doctrines (il aurait bien dû les nommer) qui n'ont pas une origine plus noble que la superstition d'une nourrice ou l'autorité d'une vieille femme. London. 21 1 .quoiqu'elles me rappellent un peu ce maître à danser. Lui-même nous a dit son secret sans détour. il est écrit NON! et c'est le véritable titre du livre de Locke. Lisez l'Essai. comme il peut. grandissent enfin. l'honneur. mais Locke me paraît avoir posé les bornes du ridicule. Rien n'est moins équivoque. malheureusement peut-être aussi rare. Qu'on prise sa candeur et sa civilité. et il débute par une observation remarquable: Il peut paraître étrange. et cependant rien n'est moins extraordinaire ni mieux prouvé. c'est lui qui nie tout. je ne fais pas moins profession de vénérer le caractère moral de Locke. par une assez mauvaise raison. Dans un autre endroit de son livre. et qui espèrent avoir meilleur marché des hommes. par une expérience de tous les jours. et surtout pour humilier une autorité qui choquait Locke au-delà de toute expression (XXX). tant dans la religion que dans la morale. Il ne s'agit ici ni du Japon ni du Canada. pour attribuer au sacerdoce l'invention d'un système. lorsqu'à l'aide d'une aveugle crédulité ils pourront leur faire AVALER des principes innés sur lesquels il ne sera pas permis de disputer (XXXI). lequel à son tour peut être considéré comme la préface de toute la philosophie du XVIIIe siècle. encore moins de faits rares et extraordinaire: il s'agit de ce que tout homme peut voir tous les jours de sa vie. qui proteste contre tout: sur son front d'airain. je crois. 17). il examine comment les hommes arrivent à ce qu'ils appellent leurs principes. pag. On croit entendre Boileau sur le compte de Chapelain: Qu'on vante en lui la foi. mais c'est pour déplorer de nouveau l'influence du mauvais principe sur les meilleurs esprits. par l'opération du temps et par la complaisance des auditeurs (2). etc. in-8o.

loc. (Beattie.. tom. §22.. que sur le point fondamental de sa philosophie. ch. Locke lui-même. livré. tom. 1. ce qui est bien plus important. 2. ad Kort. des conn. que l'ouvrage entier est décousu et fait par occasion (5). III. in-8o. II. que son premier livre (base de tous les autres) est le plus mauvais de tous (3). s'il m'eût cru. il aurait arraché luimême avec indignation les pages coupables (9). opp. -(1) Spectateur français au 19e siècle. I. loc. comme sur beaucoup d'autres. liv..Il est vrai. (3) The first book which. mais que le premier est le pire. no 35. vous pourriez déjà savoir que Locke est très peu estimé comme métaphysicien dans sa propre patrie (1). sect. (2) Hume's essays into hum. elles ne sont bonnes que pour les jeunes gens et même encore jusqu'à un certain point (8). qu'elle renferme des opinion aussi absurdes que funestes dans les conséquences (7). p. pag. cit. que sa philosophie de l'âme est très mince. introd. loc. cit. Essai sur l'orig. pag. 15. Encore un mot sur cette réputation de Locke qui vous embarrassait. que si Locke avait vécu assez pour voir les conséquences qu'on tirait de ses principes. s'il vous plaît) I think the worst. I. que lorsqu'elles ne sont ni fausses ni dangereuses. 21 2 . underst. et ne vaut pas la peine d'être réfutée sérieusement (6). in-4o. ibid. cit. III. in-4o. To this philosophical conundrum (la table rase) I confess I can give no serious answer. ou. (2) Locke s'exprime en effet dans ce sens. pag. (Docteur Beattie. qu'il n'eût point fait de vers. 1758. Epist.) C'est-à-dire que tous les livres sont mauvais.. La croyez-vous générale? avez-vous compté les voix. ibid. V. ibid. Paris. il ne traite que superficiellement des opérations de l'âme (4). il est bien convaincu de ne s'être pas entendu lui-même (2). (5) Condillac. (6) Leibnitz. 13. 292. avant-propos. submission (ne vous gênez pas. les avez-vous pesées? Si vous pouviez démêler la voix de la sagesse au milieu des clameurs de l'ignorance et de l'esprit de parti.. hum. (4) Condillac. 249. London. 394. à l'ambiguïté et au verbiage. pag. 1798.) (7) Idem. que dans le second.

Toujours affamés de succès et d'influence. Vous nous accordez une grande puissance. Au moins. Il me semble qu'un prophète. nous aurons beau dire. mon cher ami. La moindre opinion que vous lancez sur l'Europe est un bélier poussé par trente millions d'hommes. par laquelle vous régnez bien plus que par vos armes. l'étincelle électrique. ni plus puissante à tromper les autres. (9) Beattie. d'une passion parmi les Français qui ne peuvent vivre isolés. et déjà dans le XIIIe siècle. 17. l'autorité de Locke sera difficilement renversée tant qu'elle sera soutenue par les grandes puissances. si vous n'agissiez que sur vous-mêmes. comme la foudre dont elle dérive. lorsqu'il a dit: Chaque parole de ce peuple est une conjuration (1). d'un goût. on vous laisserait faire. V..(8) Idem. la fureur d'agir sur les autres. L'empire de cette langue ne tient point à ses formes actuelles: il est aussi ancien que la langue même. On pourrait dire que ce trait est vous-mêmes. cit. loc. j'ai presque dit fulminante. avait la bonté d'y consentir. on dirait que vous ne vivez que pour contenir ce besoin. Au reste. Dans vingt écrits français du dernier siècle j'ai lu: Locke et Newton! Tel est le privilège des grandes nations: qu'il plût aux Français de dire: Corneille et Vadé! ou même Vadé et Corneille! si l'euphonie. LE COMTE. sans doute. d'un système. 16. le besoin. Les idées chez vous sont toutes nationales et toutes passionnées. vous a peints d'après nature. mais le penchant. qui décide de bien des choses. Chaque peuple a sa mission: telle est la vôtre. Deux caractères particuliers vous distinguent de tous les peuples du monde: l'esprit d'association et celui de prosélytisme. il n'exista de nation plus aisée à tromper ni plus difficile à détromper. il y a vingt-cinq siècles. représente faiblement l'invasion instantanée. Je voudrais d'ailleurs n'avoir que des compliments à vous adresser sur ce point. vous avez reçu ce moyen dans votre langue. une masse d'hommes en communication. je suis prêt à croire qu'ils nous forceraient à répéter avec eux: Vadé et Corneille! LE CHEVALIER. Tom. pag. mon cher chevalier. ubi sup. mais vous êtes une terrible puissance! jamais. quoiqu'elles aient ébranlé l'univers. un 21 3 . messieurs. Je n'accorde point cette puissance. d'un seul trait de son fier pinceau. je vous dois des remerciements au nom de ma nation. et comme une nation ne peut avoir reçu une destination séparée du moyen de l'accomplir. parcourant. je la reconnais seulement: ainsi vous ne me devez point de remerciements. est le trait le plus saillant de votre caractère.

no 4. et rendraient un véritable service au monde. capable de consoler l'humanité de tous les maux que vous lui avez faits! -(1) Omnia quae loquitur populus iste. Toujours celle des Français est entendue de plus loin: car le style est un accent. n'en pensait guère plus avantageusement. Il les déterminait uniquement par l'étendue de la voix humaine. Nombre d'auteurs de cette nation. tom. où il examine les dimensions qu'on doit donner à une église. les Anglais laissaient dire. je n'ai pour le voir enfin mis à sa place d'espoir que dans l'Angleterre. Voy. l'anglomanie qui les a travaillés et ensuite perdus dans le siècle dernier. L'engouement des Français sur certains points dont les Anglais euxmêmes. parce que la langue française courait parmi le monde. monsieur le chevalier. ch. Un cèdre du Liban ne s'appauvrit 21 4 . comme dans l'étude de la philosophie.. I. pour toute oreille anglaise. ital. et non moins puissante pour le bien que pour le mal. conjuratio est. Ses rivaux étant les distributeurs de la renommée en Europe. Stor. devenir bientôt l'organe d'un prosélytisme salutaire. pag. Je me souviens avoir lu jadis une lettre du fameux architecte Christophe Wren. sa prononciation étant plus distincte et plus ferme (XXXIII). On lit dans les mémoires de Gibbon une lettre où il disait. IV. et était la plus dilettable à lire et à oïr que nulle autre (2). Richardson. Tiraboschi. dit-il encore: Un orateur français se ferait entendre de plus loin. n'est plus que du bruit. Puisse cette force mystérieuse. était extrêmement utile et honorable aux Anglais qui surent en profiter habilement. Mais l'énergumène Diderot. l. les Anglais se conduiraient d'une manière digne d'eux. mais. jugeaient très différemment. Venise. Ce que Wren a dit de la parole orale me semble encore bien plus vrai de cette parole bien autrement pénétrante qui retentit dans les livres. Il y a mille traits de ce genre. VIII. en parlant du roman de Clarisse: C'est bien mauvais. depuis comte d'Oxford. au-delà desquelles la voix. quoique partie intéressée. (Isaïe.Italien écrivait en français l'histoire de sa patrie. la prédication étant devenue la partie principale du culte. tant que votre inconcevable nation demeurera engouée de Locke. 12. ce qui devait être ainsi. tels que Young. sera remarqué un jour. comme je crois l'avoir lu quelque part dans ses oeuvres (1). et presque tout le culte dans les temples qui ont vu cesser le sacrifice. prodiguant en France à ce même Richardson des éloges qu'il n'eût pas accordés peut-être à Fénélon. Horace Walpole. III. in8o. della letter. etc. En attendant.) (2) Le frère Martin de Canal.. 321. s'ils avaient la sagesse de briser eux-mêmes une réputation dont ils n'ont nul besoin. n'ont été connus et goûtés en Europe que par les traductions et les recommandations françaises. et ils avaient raison. 1795. le mépris de Locke est le commencement de la sagesse. Il fixe donc ses bornes. Cependant. mal expliquée jusqu'ici.

21 5 . je vous en prie. E PUR SI MUOVE. ayant déjà la France sur les bras.point. que le piédestal de Locke est inébranlable. Vingt fois par jour j'imagine que vous êtes Français. je me détermine plus volontiers en votre faveur. II. car je vois. s'il le faut. Mais je ne sais pourquoi... S'il me prend donc fantaisie de fatiguer l'un ou l'autre. m'en impose plus que la vôtre. mais les lettres de madame du Deffant peuvent y suppléer jusqu'à certain point.) Que s'ils entreprennent de défendre cette réputation artificielle comme ils défendraient Gibraltar. Vous m'avez essoufflé au pied de la lettre avec votre malheureux Locke. Plutôt que d'être mené en triomphe. Ni plus ni moins qu'un Russe a droit d'en fatiguer un autre. Il est plus tranquille d'ailleurs. Je crois aussi que vous devez cette distinction flatteuse à la communauté de langage. c'est toujours moi que vous entreprenez. Mais sauvons-nous vite. mon cher chevalier. LE SÉNATEUR. que dans un instant il sera demain. et sa raison. FIN DU SIXIEME ENTRETIEN. en jetant les yeux sur la pendule. il s'embellit en secouant une feuille morte. convenons. sans que je sache bien pourquoi. laissez-moi faire: son tour viendra. Comment donc. Pourquoi ne promenez-vous pas de même notre ami le sénateur? LE CHEVALIER. croyez-vous que tout Français ait le droit d'en fatiguer un autre? LE CHEVALIER. ni pourquoi je me laisse toujours entraîner où vous voulez. plus flegmatique que vous. 20 mars 1772. Il faudrait être un peu plus fort que je ne le suis pour faire la guerre à la GrandeBretagne. lettre CXXXIIe. ma foi! je me retire. Il a besoin de plus de temps pour respirer librement. monsieur le chevalier. -(1) Je ne suis pas à même de feuilleter ses oeuvres. tom. (In8o. Laissez.

vous direz à Dieu. il ne faut pas s'en mettre en peine.) . ou à s'exciter à des sentiments pieux. 11e Entretien. XIX. au moins d'un amour intéressé.) On lit dans les discours chrétiens et spirituels de madame Guyon le passage suivant: La prière n'est autre chose que l'amour de Dieu. à vive force et à la pointe de la raison. (Max. des actes de confiance. « On peut.. dit-il. dans le dégoût.) Un autre maître de la vie spirituelle avait tenu le même langage. s'il ne désire pas ce qu'il demande. faire. c'est désirer. Elle y est en effet mot pour mot. des Saints. 48. 11e Entretien. dans le refroidissement? Vous lui direz toujours ce que vous avez dans le coeur.. ou à s'exciter à des sentiments pieux.. II.. in-8o. Lettre CLXXV. Note I. in-12. mais que ce n'est que de bouche.. Note II. 128.. car si le coeur ne le voulait.. art.. « Mais que direz-vous dans la sécheresse.. Celui qui ne désire pas fait une prière trompeuse. pag.. il ne prie point véritablement. VII.. 1698. sans confiance. un siècle avant Fénélon.) Ailleurs il a dit: Prier. disc. il ne prie point véritablement.Où est ici le désir? Note III. in-12. III. Ayant fait cela.. IV. dit-il. no 111. (OEuvres spirit. On ne prie. Quand il passerait des journées entières à réciter des prières. Bruxelles.. Ideas as ranked under names. (Tom. qui font tout avec la partie supérieure de leur âme. Vous lui direz: O mon Dieu! voilà mon ingratitude... et ne dites pas que vous le dites. s'il ne désire pas ce qu'il demande. Celui qui ne désire pas du fond de son coeur fait une prière trompeuse. Le coeur ne demande que par ses désirs: prier est donc désirer.. bien que nous les fassions sans goût. tom.NOTES DU SIXIEME ENTRETIEN. » (Saint François de Sales. being those that FOR THE MOST PART 21 6 . qu'il vous ennuie. et font mourir leur volonté dans le volonté de Dieu. et l'on ne désire qu'autant qu'on aime. pag. (Saint François de Sales. la bouche n'en dirait pas un mot.. ou à méditer..) On voit ici comment les portefeuilles s'étaient mêlés en s'approchant. qu'autant qu'on désire. qu'il vous tarde de le quitter pour les plus vils amusements. etc.. Quand il passerait des journées entières à réciter des prières. etc. » (Tom..) Il y a des personnes fort parfaites auxquelles notre Seigneur ne donne jamais de douceurs ni de quiétude. demeurez en paix sans faire attention à votre trouble.

men reason with of themselves and ALWAYS those which they commune about with the other. 429. XIII. .Ce passage. Op. no. (II. mais il ajoute d'une manière digne de lui. on retrouve encore. après avoir défendu poétiquement la liberté dans sa jeunesse.) .. Cicer.) Note VII. Dict. 21 7 . tous ses conseils. de Trin. Note IV. « Des hommes qui se nomment philosophes. de France. Rien n'est plus faux: car le comble de la misère pour l'homme c'est de vouloir ce qui ne convient pas. mais qui dans le fond ne sont que des ergoteurs de profession. Grâce. 21 janvier 1809. » (Cicer. dans la définition de Voltaire. in-4o. III. présente trois erreurs énormes: 1o Locke reconnaît expressément la parole intérieure. in-8o. Inter fragm. de Fin. Dissert. sur la liberté. 5. C'est l'extravagance du XVIIIe siècle. art.. August.) Note V. de ce centre unique vers lequel doivent se diriger toutes ses pensées. tom. considéré sérieusement. il n'y en a qu'une d'avoir raison: La volonté. §12. 1. théol. (Bergier. 1661. tous ses projets de conduite dans les routes de la sagesse? Qu'est-ce que la nature nous montre comme le bien suprême auquel nous ne devons rien préférer? Qu'estce qu'elle rejette au contraire comme l'excès du malheur? Les plus grands génies s'étant divisés sur cette question. » (Merc. s'il y a mille manières de se tromper. Elzevir. etc. §2.Mais tout ceci ne peut qu'être indiqué. pag. Apud S. viennent nous dire que les hommes sont heureux lorsqu'ils vivent au gré de leurs désirs. 1321. « Qu'y a-t-il de plus important pour l'homme que la recherche de cette fin. 29. p. 392. « C'est à cette opinion que Voltaire vieux en était venu dans sa prose. 5. l'erreur de Locke et de tous ceux qui n'ont pas compris la question. 2o il croit que l'homme (indépendamment de tout vice organique) peut quelquefois exprimer à lui-même ce qu'il ne peut exprimer à d'autres. 3o il croit que l'homme ne peut exprimer une idée qui ne porte point de nom distinct. » (Le même Cicéron.) Mais en faisant même abstraction du fatalisme. Au surplus. OEuvres de Condillac. et le malheur de ne pouvoir atteindre ce qu'on désire est bien moindre que celui de poursuivre ce qu'il n'est pas permis de désirer. dans le style de saint Augustin. d'une nécessité absolue. et cependant il la fait dépendre de la pensée extérieure. Voltaire a dit: La liberté est le pouvoir de faire ce que la volonté exige.) Note VI. de ce but. n'est que la liberté.

.. mais on pourrait lui exposer des motifs. Cor. LXXXIII. Toujours il nous parle de ponts brisés.).. I. 13. ad Stoic. v. etc.Ubi spiritus Domini. lettres à une princ. dont la philosophie ne sait point sortir des idées matérielles. lorsqu'il a celle de préférer l'exécution à l'omission... (Cic.) Peut-être. (II. (Justi Lips.. (Sen. Elle a fait dire à Cicéron: Je crains qu'ils ne méritent seuls le nom de philosophes. Mais tout cela est bon pour le XVIIIe siècle. En liant un homme pour l'empêcher d'agir. III. de tortures (§12). Cette secte seule a mérité qu'on la nommât fortissimum et sanctissimum sectum. XLVII). Cependant. » (Euler. 10. la volonté n'est que la puissance de produire un acte ou de ne pas le produire. mais à persuader. 8. qu'il faut aimer celui qui nos bat et pendant qu'il nous bat. Note IX. de manière qu'on ne saurait refuser à un agent la puissance de vouloir. ce qui ne doit s'entendre que de l'esprit et non des actions du corps que l'esprit détermine conformément à sa volonté. 14. tom.. de danse de saint Vit (§11). pas même par celle de Dieu. X. in Is. car il faut bien distinguer la volonté ou l'acte de vouloir d'avec l'exécution qui se fait par le ministère du corps. dans le même endroit où il débite cette belle doctrine. 9.) Il faut rendre justice aux Stoïciens.. on ne change ni sa volonté ni son intention. non à contraindre. « La liberté est une propriété si essentielle à tout être spirituel. ce qui est aussi tout à fait curieux. Manud.. sans laquelle il n'y aurait point de liberté. Epist. Mais il y a des moyens d'agir sur les esprits qui tendent. et même probablement. 21. Oter la liberté à un esprit serait la même chose que l'anéantir. Hier. II. Aug.) Elle a produit l'hymne de Cléanthe. et aux Pères de l'Église: que les Stoïciens s'accordent sur plusieurs points avec le Christianisme. ou l'omission à l'exécution. (Ibid. Dei. que Dieu même ne saurait l'en dépouiller. de paralysies.. II. (Ibid. 21 8 .) Elle seule a pu dire (hors du Christianisme) qu'il faut aimer Dieu (ibid. suivant Locke. §9. etc. et inventé le mot de Providence..) De sorte encore que la liberté n'a rien de commun avec cette faculté. ibid. d'All. C. IV. Tusc.) D'où il suit que la PUISSANCE QUI EST LE PRINCIPE DE L'ACTION N'A RIEN DE COMMUN AVEC L'ACTION: ce qui est très beau. de Civ. XCI. et voilà Locke! Ailleurs il vous dira que la liberté suppose la volonté. ibi libertas. liv. de portes fermées à clef (§9. 17. phil. L'acte de vouloir ne saurait être empêché par aucune force extérieure. que toute la philosophie se réduit à deux mots: souffrir et s'abstenir.) Note VIII. ce grand homme en veut ici à Locke.

VIII. c'est un rayon de soleil qui pénètre la paupière même abaissée pour le repousser. et comment il est devenu l'idole des ennemis de tout espèce d'assortiment. L'infaillibilité est renfermée dans l'idée de toute société même. III. (Liv. mais il n'est pas certain qu'elle le soit parce qu'elle entraîne des conséquences dangereuses. cette pensée s'est fort bien présentée à l'esprit de Locke. et néanmoins il va en avant. p. I. chap. Locke au reste était conduit par son préjugé dominant: fidèle au principe qui rejette toute autorité. il faut avoir bien peur de l'infaillibilité pour se laisser conduire à de telles extrémités..Note X. (Rech. Analyt.) Note XIII. 21 9 . ##Pasa didaskalia kai ooasa mathesis dianoetike ek oorouparkouses ginetai gnooseoos. (Liv. III. chap.) On voit à qui et à quoi il en veut ici. d'en regarder un autre comme corrompu dans ses principes. chap. en se prenant lui-même pour règle. of liberty and necessity. dit-il. 105. §20. car. lib. Paris. sect. que celle d'attaquer une hypothèse philosophique par le tort qu'elle peut faire aux moeurs et à la religion: lorsqu'une opinion mène à l'absurde. Hume a dit en effet « Qu'il n'y a pas de manière de raisonner plus commune. elle est certainement fausse.) Note XII. je vais lui citer un véritable oracle prononcé par l'illustre Mallebranche. de la vér. » (Essais. et qu'ils versent dans ces intelligences inexpérimentées comme on écrit sur du papier blanc. nous dit Hume (car sa conscience l'empêche d'en dire davantage). il ne pouvait pardonner à ces hommes toujours empressés de former les enfants (COMME ILS DISENT!). (Arist. III. 1721. Mais pour consoler le lecteur de tant de sophismes.) Quel mot! C'est un trait de lumière invincible. post. in-8o.) Certes. in-4o p. et qui ne manquent jamais d'un assortiment de dogmes auxquels ils croient eux-mêmes. Liv. §22. I. de Demonstr. (Note de l'Éditeur. mais il l'a repoussée par un nouveau délit contre le bon sens et la morale en soutenant: Que nul homme n'a le droit. Il faut avouer que le probabilisme des philosophes est un peu plus dangereux que celui des théologiens. Avec la permission de l'interlocuteur.) On peut admirer ici la morale de ces philosophes! Il n'est pas certain. I. 194. et s'expose avec pleine délibération à tromper les hommes et à leur nuire. Note XI. cette jolie manière d'argumenter taille un chemin expéditif vers l'infaillibilité. et cependant plus blâmable. I.

2.. 8.##O sullogismos kai e epagooge... post. Anal. apodeizai de ouk estai.. ##Anagkre me monon proginooskein ta proota.. chap. Beattie's Essay on the nature and immutability of Truth. Analyt.) Note XIV. lib..) Note XV.. II. ##Ei de me to en too Menooni aporema sumbesetai: e gasouden mathesetas e a oiden. ##Adunaton gar ta apeira dielthein. III.. prior. I. post. tsopon men tina isooe phateon spistathai tropon d'allon. (Dr.. ##Aistheton prigoonon.) Note XVI. (Ibid.) Note XX.) O langue désespérante! Note XXI. ##Alethoon kai prootoon kai amesoon kai gnoorimoo teroon kai proteroon kai aitioon tou sumperasmaton.) Note XIX..) Note XVIII.) All reasonings terminate in first principles: all evidences ultimately intuitive. dia ooroginoskomenoon poiountai te didaskalian.. Analyt. (Ibid.. (Ibid.. 21. ou. Alla kai mallon' aei men gar di o uparkei ekeino mallon uparkei oion di on philoomen ekeina mallon philon. lib.. (Ibid..) Note XVII. (Ibid. ##Sullogismos men gar estai kai aneu toutoon. (Id. (Ibid. lambanoktes oos para zunientoon. ##Ou monon epirtemen al a kai arkhen epistemen einai tina 22 0 . ##Prind' epakhthenai e labein sullogismon. lib. (Idem.

I.. mais que ce dernier brillât des mêmes rayons s'il était né dans un coin de l'Allemagne. (S. p..) Note XXV. des Saints. in Phaedr.phamen. 22 1 . ou gar pros on ezoo logon e apodeizis... oud.) Note XXVI. VIII. et s'il reposait à côté des rois sous les marbres de Westminster.. (Ibid. quoique ces méditations soient le plus grand effort des réflexions de ce philosophe. o usideiknuo. (Ibid.. tom. asi gar esin ensenai pros ton ezoo logon. Ibid.) Fénélon.. III. alla pros ton esoo logon. J'entends bien. XXVIII) a dit ailleurs en parlant de ce père: « Si un homme éclairé rassemblait dans les livres de saint Augustin toutes les vérités sublimes qu'il a répandues comme par hasard. art. post.l. I. tom. 171. (Lib. cap. Opp. ##O anagke (esi) di auto kai dokein anagke.) Note XXVII.) Note XXIV. » (OEuvres Spirit. Analyt. Edit. Post. I. Aug. qui cite ce passage. in-12. je ne l'en crois pas néanmoins absolument indépendante.t. pag.... par exemple. k. La réputation d'un mathématicien est sans doute la plus indépendante du rang que tient sa patrie parmi les nations. Analyt. I. ##Episeme enousa.. Non est judicium veritatis in sensibus.. ouk aei. cap. alla pros ton en te psukhe. que Kepler et Newton sont partout ce qu'ils sont.) Note XXII.) Note XXIII. 234235. VIII. lib. J'adopte le peut-être de l'interlocuteur.. (Ibid. cet extrait fait avec choix serait très supérieur aux méditations de Descartes. (Max. lib. p.. (plat. c'est ce que je ne croirai jamais.. Bip. ##Peri apantoon ois episphragizometha touto O ESTI. pour lequel je suis prévenu d'une grande estime.. et que le premier ne jouît pas d'une renommée plus éclatante s'il avait été Sir John Kepler. 165. ##Epikoinonousi de pasai ai episemai allelais kata ta koinai koina de legoo ois kroontai oos ek toutoon apodeiknuntes all..

Cette autorité. la mémoire de La Harpe mérite des égards. Paris.. Helvétius. XXIII. à prendre ce dernier mot dans le sens le plus rigoureux. « Locke. in-8o.. art. (Pourquoi pas théorèmes?) . écrit avec la plume de Montesquieu. s'il s'agissait de quelqu'autre livre. Renouard.Il faudrait aussi. aidé de son grand sens. tom. 304. Epist. tenir compte de la puissance du style. Sa philosophie est toute négative ou descriptive. XII. tom. » (Pourquoi donc? Est-ce que Locke ne savait pas lire en 1688?) « Cependant Locke. . qui semble avoir suffisamment réfléchi. p. n'avait pu lire Pascal. dans ce moment. doit se demander bien sérieusement à elle-même la cause 22 2 . ad Kortultum. Il payait bien vraiment la folle idolâtrie dont sa nation l'honorait! Note XXX.) Voyez dans la logique de Port-Royal un morceau sur les définitions.. on ne sait pourquoi ni comment. (Opp. XXIII. que Locke est le plus puissant logicien qui ait existé. que l'un et l'autre rappellent la perfection.. Il est fort peu content de Locke.) . 289. V. Lycée. de ne louer jamais que la science étrangère. XIII. (Note de l'Éditeur. Ce qu'il faut observer. au point de nous déclarer ex cathedra que ce philosophe raisonne comme Racine versifie. XXIV. Je voudrais bien savoir quel eût été le succès de l'Esprit des lois écrit dans le latin de Suarez. Note XXIX..) Je ne veux point appuyer sur cette opposition. Mais Voltaire n'avait pu lire la logique de Port-Royal.On regrette qu'un homme aussi estimable que La Harpe se fût engoué de Locke. tom. et que ses arguments sont des corollaires de mathématiques. tom. il ne le trouve passable que pour les jeunes gens. le Pascal des Anglais. p.. (Ire partie.. Diderot. dit toujours: Définissez les termes. c'est que Locke est précisément le philosophe qui a le moins raisonné. chap. car il pénètre rarement jusqu'au fond de sa matière. . in-4o. et encore jusqu'à un certain point. art. adoptée par lui et par toute sa phalange. art. et d'ailleurs il ne pouvait déroger à la règle générale. Helvétius. » (Note de Voltaire sur les pensées de Pascal. qui est une véritable magie. et certainement la moins rationnelle de toutes. bien supérieur à tout ce que Locke a pu écrire sur le même sujet.) Note XXVIII. De legibus et legislatore.. sur toutes les questions qui touchent son origine et son pouvoir. et quel serait celui du livre de Suarez.Lycée.Leibnitz est un peu moins chaud.

. ce sont des mots que Locke a écrits à côté de la XXIVe division de son chapitre IIIe du livre premier. car dans le fond de son coeur: Qui pourrait tolérer un Gracque 22 3 . pour ceux qui se donnaient pour maîtres et pour instituteurs. et de leur faire AVALER comme principes innés tout ce qui pouvait remplir les vues des instituteurs. IV. et cependant rien n'est plus vrai. (Liv. qu'il y a des principes innés. Note XXXII. mais sans exciter aucun intérêt. Dans cet état d'aveugle crédulité. mais en y regardant de plus près et en considérant l'ensemble de son raisonnement. de haïr tout ce qui ne vient que de l'homme. I. au sujet de l'émancipation des Catholiques... où nous lisons en effet: Whence the opinion of innate principles? Il semble. Note XXXI. ce qui revient à les priver de l'usage de leur raison et de leur jugement (chanson protestante dont bientôt les Protestants eux-même se moqueront). 393) que cette expression AVALER plaisait beaucoup à l'oreille fine de Locke. et surle-champ il est abandonné à l'ordinaire par le bon sens et par la bonne foi. en mettant tous ses verbes au passé. Ceci semble un paradoxe. on voit qu'il en voulait en général à toute autorité spirituelle. a droit de mépriser. §24. c'est à nous de la consoler par une attente pleine d'estime et d'amour. et dont l'Europe a vu de si frappants témoignages dans le fameux procès agité en l'année 1813 au parlement d'Angleterre. Il ne s'agit point là de chapitre.. Elle verra que l'homme qui connaît parfaitement. vouloir diriger plus particulièrement ses attaques sur l'enseignement catholique. C'est ce qui engagea surtout l'évêque de Worcester à boxer en public avec Locke. ils étaient plus aisément gouvernés et rendus utiles à une certaine sorte d'hommes qui avaient l'habileté et la charge de les mener. Qu'elle se rattache donc plus haut. Elle ne peut plus se passer de nous. car ayant une fois établi le dogme. que les principes ne doivent point être mis en question. d'établir comme le principe des principes. et lui-même et ses oeuvres. etc. Ce n'était pas un petit avantage. (quel renversement de toute logique! quelle horrible confusion d'idées!) tous leurs partisans se trouvent obligés de les recevoir comme tels. et tout de suite elle reprendra la place qui lui appartient. dans le fond de sa conscience.) On a vu plus haut (pag. Locke s'exprime ainsi à l'endroit indiqué.de cette prodigieuse défaveur qui l'environne enfin entièrement. En attendant. chap. des dégoûts dont on l'abreuve chez elle.

(Europ. moins elle est explicable. 91. et qu'il appuiera sur les finales.) Wren décide que la voix d'un orateur en Angleterre ne peut se faire entendre plus loin de cinquante pieds en face. monsieur le sénateur. de trente pieds sur les côtés et de vingt derrière lui et même dit-il. Le premier mal que je vous en dirai VOUS étonnera sans doute.) SEPTIEME ENTRETIEN.. (The Times.000 persons and both to hear distinctly and to see the preacher. j'espère que vous dégagerez votre parole. c'est à condition que le prédicateur prononcera distinctement. La Bruyère décrit quelque part cette grande extravagance humaine avec l'énergie que vous lui connaissez (I). plus elle est folle. il y a peu de temps. no 8771. ibid. août 1790. 22 4 . dans un journal anglais où nous lisons qu'au jugement de cet architecte célèbre: It is not practicable to make a simple room so capacious qith pews and galleries as to hold 2. LE SÉNATEUR.) Note XXXIII. LE CHEVALIER. il n'y a pas moyen d'expliquer comment la guerre est possible humainement. 1812. (Note de l'Éditeur. Il y a bien des années que j'ai lu ce morceau. tom. p.Se plaignant d'un séditieux. Pour cette fois. ses sentiments et ses affections. » C'est mon avis très réfléchi. Magaz. mais pour moi c'est une vérité incontestable: « L'homme étant donné avec sa raison. mais. ce terrible sujet s'empare de toute mon attention. et que vous nous direz quelque chose sur la guerre. et jamais je ne l'ai assez approfondi. On peut lire cette lettre de Wren dans l'European Magazine. XVIII. Depuis que je pense. Je suis tout prêt: car c'est un sujet que j'ai beaucoup médité. Elle fut rappelée. 30 nov. cependant je me le rappelle parfaitement: il insiste beaucoup sur la folie de la guerre. je pense à la guerre.

en second lieu. son frère qui ne l'a jamais offensé. souvent même avec une certaine allégresse. d'abord. qui n'est pas absolument un sot. Vous me demandâtes même ce que j'en pensais. qu'il ne s'agit pas d'expliquer la possibilité. la gloire n'est que pour les chefs. et qu'il faut marcher. et que sous le dernier gouvernement. si distingué par ses idées libérales (comme on dit aujourd'hui).LE CHEVALIER. Il y a dans tous les pays des choses bien moins révoltantes que la guerre. je vous en assure. mais. mon cher chevalier. et prenez garde. avant d'aller plus loin: que les rois vous commandent. Il me semble cependant qu'on pourrait dire. et qui s'avance de son côté pour lui faire subir le même sort. à se dépouiller de ce caractère sacré pour s'en aller sans résistance. Les souverains ne commandent efficacement et d'une manière durable que dans le cercle des choses avouées par l'opinion. et ce cercle. On pourra dire: La gloire explique tout. Vous m'ajoutiez. un observatoire astronomique et un calendrier faux. ce n'est pas eux qui le tracent. Souvenez-vous d'une plaisanterie que vous me dîtes un jour sur une nation qui a une académie des sciences. mais la facilité de la guerre. Toutes les fois qu'un homme. ou point du tout occupé: ce sont ordinairement de simples aperçus sans consistance. on n'avait jamais osé entreprendre ce changement. et qu'un souverain ne se permettrait jamais d'ordonner. même à l'époque où il était battu pour apprendre à battre. vous voyez qu'il y a des sujets bien moins essentiels que la guerre. LE SÉNATEUR. mettre en pièces. qui a aussi son caractère particulier. Pierre Ier eut besoin de toute la force de son invincible caractère: pour amener d'innombrables légions sur le champ de bataille. en prenant votre sérieux. ce que vous aviez entendu dire à un homme d'état de ce pays: Qu'il ne serait pas sûr du tout de vouloir innover sur ce point. vous présente une question comme très problématique après y avoir suffisamment songé. peut-être: pour les autres. je déclare n'y rien comprendre. Pour couper des barbes. c'est reculer la difficulté: car je demande précisément d'où vient cette 22 5 . qui n'expliquent rien et ne tiennent pas devant la réflexion. un élément d'amour qui le porte vers ses semblables: la compassion lui est aussi naturelle que la respiration. au premier coup de tambour. Quoi qu'il en soit. que de parler. je vous prie. malgré son immense dégradation. Il y a cependant dans l'homme. pour raccourcir des habits. sur le champ de bataille. il n'eut besoin. comme tous les autres souverains. surtout entre nations civilisées. Oh! pas du tout. sur lesquels l'autorité sent qu'elle ne doit point se compromettre. qui raisonnent et qui savent ce qu'elles font. Par quelle magie inconcevable est-il toujours prêt. défiez-vous de ces solutions subites qui s'offrent à l'esprit de celui qui s'en est ou légèrement. s'il le peut? Je concevais encore une guerre nationale: mais combien y a-t-il de guerres de ce genre? une en mille ans.

qu'au bourreau et au soldat. le soldat et l'exécuteur. et tout ordre disparaît avec lui. et ses exécutions sont heureusement si rares. y vient pour quelque raison suffisante et s'entretient avec quelqu'un de nous sur l'ordre qui règne dans ce monde. qu'elle a jeté de gloire sur celle de l'exécuteur impassible des arrêts de la justice souveraine. c'est la pierre angulaire de la société. » Vous savez ce qui en est. précisément parce qu'il n'y en a pas de plus éloigné (1). et toujours d'honnêtes gens. Quelle grandeur d'âme. et l'a toujours été parmi toutes les nations qui ont habité jusqu'à présent ce globe où vous êtes arrivé. étrangère à notre globe.gloire extraordinaire attachée à la guerre. puisque le crime est venu habiter votre terre. messieurs. sur qui tombe l'anathème? » Certainement le génie voyageur ne balancerait pas un instant. que ce droit de tuer sans crime n'est confié. exigent que l'homme. Quant au soldat. J'imagine qu'une intelligence. un ministre de cruautés et d'injustices. l'autre. il vous en coûte pour tuer une poule. au contraire. on lui dit que la corruption et les vices dont on l'a parfaitement instruite. et qui lui est dû à si juste titre. malgré tous nos préjugés. Quant aux soldats. Le militaire est si noble. meure par la main de l'homme. ajoutera-t-on. Il n'y a rien de si noble que le premier. je vous prie. d'horreurs et d'atrocités inutiles! J'imagine donc que l'opinion a très justement versé parmi vous autant de honte sur la tête du soldat. mais si pénibles et si contraires à votre nature! car je m'aperçois. et qu'il ne peut être arrêté que par le châtiment. l'un est fort honoré. ôtez du monde l'exécuteur. nous dirait-il. J'ai souvent eu une vision dont je veux vous faire part. « C'est un être sublime. est tout aussi généralement déclaré infâme. De ces deux tueurs de profession. depuis que je suis parmi vous que. comme disait Voltaire. parmi nous. donne la mort aux coupables. qu'il ennoblit même ce qu'il y a de plus ignoble dans 22 6 . à tout prendre. rien de si abject que le second: car je ne ferai point un jeu de mots en disant que leurs fonctions ne se rapprochent qu'en s'éloignant. d'ailleurs! quel noble désinteressement ne doit-on pas nécessairement supposer dans l'homme qui se dévoue à des fonctions si respectables sans doute. Combien y a-t-il de guerres évidemment justes? Combien n'y en a-t-il pas d'évidemment injustes! Combien d'injustices particulières. elles se touchent comme le premier degré dans le cercle touche le 360e. lorsque vous êtes de sang froid. convaincus et condamnés. il ferait du bourreau tous les éloges que vous n'avez pu lui refuser l'autre jour. mais c'est dans le sens inverse de cette belle théorie. monsieur le comte. et combien le génie se serait trompé! Le militaire et le bourreau occupent en effet les deux extrémités de l'échelle sociale. qu'un de ces ministres de la mort suffit dans une province. devinez. Parmi les choses curieuses qu'on lui raconte. c'est. « L'un. lorsque vous nous parliez de ce gentilhomme. dans de certaines circonstances. Je suis donc persuadé que l'opinion l'environne de tout l'honneur dont il a besoin. il n'y en a jamais assez: car ils doivent tuer sans mesure.

au lieu d'en être ennobli. si ce grade donnait de grands revenus. puisqu'il peut exercer les fonctions de l'exécuteur sans s'avilir. pour contenance ordinaire. pour leur donner la mort. mais vous avez dit. mais nous sommes tous les trois bien d'accord sur les deux autres conditions. jamais celui de la noblesse. ou à faire mourir son camarade par le feu ou par la corde. et ne voulant cependant avilir ni celui qui frappait. sans doute. il aurait le prix de la richesse. qui l'emploie quelque part dans l'Ami des hommes. un bon fusil muni d'une bonne platine. pourvu cependant qu'il n'exécute que ses pareils. les récompenses privilégiées ont moins de force que les châtiments privilégiés: les Romains.l'opinion générale. il ne se serve que de ses armes. s'il plaisait au souverain d'en ordonner autrement. Croyant qu'il ne pouvait y avoir de discipline sans bâton. au lieu de l'être par son grade. c'est l'usage. Ah! que vous dites là une chose importante. on verrait s'éteindre tous ces rayons qui environnent la tête du militaire: on le craindrait. monsieur le sénateur: « Pourvu cependant que le soldat n'exécute que ses compagnons. je suis fort éloigné de regarder comme certain que le caractère du soldat en serait blessé. en un clin d'oeil. avaient conçu une singulière idée au sujet des châtiments militaires de simple correction. Pour maintenir l'honneur et la discipline d'un corps. En effet. et que. mérite grande attention: mais ce charme indéfinissable de l'honneur aurait disparu sans retour. et nous ne doutons pas que ce caractère ne fût irrémissiblement flétri si l'on forçait le soldat à fusiller le simple citoyen. mon cher ami! Dans tout pays où. » Il faudrait ajouter: et pourvu qu'il s'agisse d'un crime militaire: dès qu'il est question d'un crime vilain. il l'ennoblirait. sans pouvoir l'assurer. Cependant. pour les faire mourir. c'est l'affaire du bourreau. Les tribunaux ordinaires ayant connaissance des crimes civils. -(1) Il me semble. il pourrait être considéré. malgré son grade. LE COMTE. ni celui qui était 22 7 . que cette comparaison heureuse appartient au marquis de Mirabeau. d'une association quelconque. et sans savoir pourquoi. L'officier ne serait plus rien comme officier: s'il avait de la naissance et des vertus. on leur remet les soldats coupables de ces sortes de crimes. et. par quelque considération que l'on puisse imaginer. il n'emploie que les armes de son état. et que. le peuple de l'antiquité à la fois le plus sensé et le plus guerrier. car tout homme qui a. on s'aviserait de faire exécuter par le soldat des coupables qui n'appartiendraient pas à cet état. LE CHEVALIER.

reposerait à l'office des guerres dans un étui de vermeil. Fustium admonitio. 22 8 . était. Digest de Poenis. en général. je vous l'assure. En vérité. Votre idée m'enchante. flagellorum castigatio. La vigne. au moins de la seconde classe. Si j'étais consulté sur ce point. La seule chose qui m'embarrasse un peu. Je ne sais comment quelque idée semblable ne s'est présentée à l'esprit d'aucun souverain moderne. Mon jeune ami. à S.M. la bastonnade militaire: pour cela ils choisirent un bois. et nul autre bois que celui de la vigne ne pouvait servir pour frapper un militaire. puisqu'elle l'appelait simplement l'avertissement du bâton. dans la main du centurion. une peine avouée par la loi (1). La bastonnade. Le modèle des baguettes. cette niaiserie ne serait point bête. mais nul homme non militaire ne pouvait être frappé avec la vigne. -(1) Elle lui donnait même un nom assez doux. coupées et travaillées que par de vieux invalides d'une réputation sans tache. le plus inutile de tous aux usages de la vie. en quelque manière. qui porterait le titre de haut inspecteur de la serre aux lauriers: les plantes ne pourraient être soignées. le plan d'une vaste serre qui serait établie dans la capitale. quelque génie qu'on ait et de quelque pays qu'on soit. Cette serre serait sous l'inspection d'un officiergénéral. qui avait quelque chose de déshonorant. qui devraient être toutes rigoureusement semblables.. ma pensée ne ramènerait pas la vigne.) LE CHEVALIER. et d'autant plus que je la crois très susceptible d'être mise à exécution. il est impossible d'improviser un Code sans respirer et sans commettre une seule faute.. était le signe de son autorité et l'instrument des punitions corporelles non capitales. quand il ne s'agirait même que du Code de la baguette. Je présenterais bien volontiers. chevalier de Saint-Georges. et établie exclusivement à produire le laurier nécessaire pour fournir des baguettes de discipline à tous les bas officiers de l'armée russe. et ils le destinèrent uniquement à châtier le soldat. c'est que les caporaux. permettez que je continue. car les imitations serviles ne valent rien: je proposerais le laurier. et sur le fronton de la serre on lirait: C'est mon bois qui produit mes feuilles. in lege VII. pendant que vous y songerez un peu plus mûrement. chaque baguette serait suspendue à la boutonnière du bas officier par un ruban de Saint-Georges.. la vigne. LE SÉNATEUR. (Callistratus. ils avaient imaginé de consacrer.frappé. tandis qu'on nommait châtiment la peine du fouet. aussi. chez les romains.I.

se déterminèrent pour celui que nous voyons.. d'autant que. sans avoir fait jamais un seul essai. LE COMTE. 8. ces trois points renferment tout. on l'a nommé ridiculement l'état de nature. ayant balancé doctement les avantages des deux états. elles ne peuvent terminer leurs différends que par la guerre. nos sciences. nego mihi nata. nos lois. Vous avez vu sans doute. à la tête du Discours sur l'inégalité des conditions. l'estampe gravée d'après l'historiette. III. -(1) Partout. notre luxe. ce qui n'est pas aisé. il fut un temps où les hommes ne vivaient point en société. et cet état imaginaire. graec. Mais puisque aujourd'hui j'ai l'humeur interrogeante. On ajoute que les hommes. Le Sauvage voit nos arts. 4. où les hommes sont religieux.Quoique le militaire soit en lui-même dangereux pour le bien-être et les libertés de toute nation. Je veux encore vous faire part d'une autre idée sur le même sujet. vraie ou fausse. notre délicatesse. néanmoins les nations les plus jalouses de leurs libertés n'ont jamais pensé autrement que le reste des hommes sur la prééminence de l'état militaire (1). du Hottentot qui retourne chez ses égaux. car la devise de cet état sera toujours plus ou moins celle d'Achille: Jura. nous serions conduits à des idées directement opposées. et l'antiquité sur ce point n'a pas pensé autrement que nous: c'est un de ceux où les hommes ont été constamment d'accord et le seront toujours (II). que vous appelez si justement folle? Le Sauvage tient si fort à ses habitudes les plus brutales que rien ne peut l'en dégoûter. au jugement de tout le genre humain sans exception.. Voici donc le problème que je vous propose: Expliquez pourquoi ce qu'il y a de plus honorable dans le monde. étant les unes à l'égard des autres dans l'état de nature. est le droit de verser innocemment le sang innocent? Regardez-y de près. comment ne serait-on pas à juste droit plein de bonnes espérances? (Hist. et vous verrez qu'il y a quelque chose de mystérieux et d'inexplicable dans le prix extraordinaire que les hommes ont toujours attaché à la gloire militaire. Mille et mille fois on nous a dit que les nations. Voulez-vous me permettre de vous interrompre un instant pour vous faire part d'une réflexion qui se présente à mon esprit contre cette doctrine. guerriers et obéissants. une seule tentative pour en sortir? Suivant les folles doctrines dont on a bercé notre jeunesse. Rousseau se doutait peu que ce frontispice était un puissant argument contre le livre. Il ne s'agit donc point d'expliquer la possibilité de la guerre par la gloire qui l'environne: il s'agit avant tout d'expliquer cette gloire même. dit Xénophon. nos 22 9 . je demanderai encore: Pourquoi toutes les nations sont demeurées respectivement dans l'état de nature. si nous n'écoutions que la théorie et les raisonnements humains.) En effet.

et qui pourrait cependant exciter quelques désirs dans des coeurs qui en seraient susceptibles. La perfection n'est pas du tout nécessaire sur ce point: ce serait déjà beaucoup d'en approcher. ce qui est suffisant. à l'état de civilisation. et notre supériorité surtout qu'il ne peut se cacher. Les nations sont suffisamment classées et divisées par les fleuves. et comment n'ont-elles jamais convenu d'une société générale pour terminer les querelles des nations. n'a-t-il pas permis que l'homme. n'ait pas seulement essayé de s'élever jusqu'à la société des nations? Toutes les raisons imaginables. 23 0 . L'argument qu'on tirerait principalement de l'impraticable universalité qu'il faudrait donner à la grande souveraineté. qui est l'auteur de la société des individus. et par les langues surtout qui ont plus ou moins d'affinité. dans le sens vulgaire de ce mot. ayant connaissance des deux états. commes elles sont convenues d'une souveraineté nationale pour terminer celle des particuliers? On aura beau tourner en ridicule l'impraticable paix de l'abbé de SaintPierre (car je conviens qu'elle est impraticable). ce serait déjà un grand pas de fait en faveur de l'humanité. comme dit le proverbe. pour établir que cette société est impossible. mais je demande pourquoi? je demande pourquoi les nations n'ont pu s'élever à l'état social comme les particuliers? comment la raisonnante Europe surtout n'a-t-elle jamais rien tenté dans ce genre? J'adresse en particulier cette même question aux croyants avec encore plus de confiance: comment Dieu. et pouvant les comparer journellement en certains pays. sa créature chérie. En vérité je ne vois rien d'aussi clair pour le bon sens qui ne veut pas sophistiquer (III). dira-t-on. qui a reçu le caractère divin de la perfectibilité. Les autres nations. par les religions. ou par délibération ou par hasard (je parle encore la langue des insensés). par les mers. militeront de même contre la société des individus. pourquoi les nations n'ont-elles pas eu autant d'esprit ou autant de bonheur que les individus. n'aurait point de force: car il est faux qu'elle dût embrasser l'univers. et constamment il retourne chez ses égaux. pour passer dans un autre état dont il n'avait nulle connaissance? Donc la société est aussi ancienne que l'homme. LE SÉNATEUR. et je ne puis me persuader qu'on n'eût jamais rien tenté dans ce genre. Mais pour en revenir à ce que je disais tout à l'heure. par voie de délibération. Si donc le Sauvage de nos jours. par les montagnes. Et quand un certain nombre de nations conviendraient seules de passer à l'état de civilisation. comment veut-on que le Sauvage primitif en soit sorti. je vous remercie cependant de votre réflexion: on n'a jamais trop d'armes contre l'erreur. Vous prêchez un converti. donc le sauvage n'est et ne peut être qu'un homme dégradé et puni. mais tout cela ne le tente seulement pas.jouissance de toute espèce. demeure inébranlable dans le sien. si l'homme a passé de l'état de nature. tomberaient sur elles: eh! qu'importe? elles seraient toujours plus tranquilles entre elles et plus fortes à l'égard des autres.

Je vous adresserais quelques questions. La vertu. à rendre féroce ou dur. Je le préfère infiniment aux longs détours des gens d'affaires. LE COMTE. Xénophon. LE SÉNATEUR. comme on pourrait le croire ou le craindre. il tend à le perfectionner. au moins celui qui l'exerce: au contraire. je vous prie. si elle en a besoin. autant du moins que le permet l'imperfection de notre nature. terribles seulement sur le champ de bataille. et les sophismes les plus éblouissants échouent presque toujours devant leur droiture: ils s'occupent volontiers des choses et des connaissances utiles. L'homme le plus honnête est ordinairement le militaire honnête. jamais il n'assistait à la messe dans le 23 1 . suivant toutes les apparences. à ce qu'il m'a paru. plus obligeants que les autres hommes. la piété même. le maréchal de Vauban.sans une loi occulte et terrible qui a besoin du sang humain. Un peuple moral et austère fournit toujours d'excellents soldats. ne tend nullement à dégrader. comme je vous le disais dernièrement. Au milieu des orages politiques. Mais les hommes se trompèrent: ils prirent une chose pour l'autre. de l'économie politique. ils se montrent généralement défenseurs intrépides des maximes antiques. plus faciles. de cette loi occulte et terrible dont vous nous parlez. il les y porte. et. loin d'affaiblir le guerrier. Vous regardez comme un fait incontestable que jamais on n'a tenté cette civilisation des nations: il est cependant vrai qu'on l'a tentée souvent. Observez donc. Le cilice de saint Louis ne le gênait point sous la cuirasse. en qualité d'historiographe de France. On parle beaucoup de la licence des camps: elle est grande sans doute. et même avec obstination. un phénomène bien digne de votre attention: c'est que le métier de la guerre. s'allient très bien avec le courage militaire. et souvent même. La religion chez eux se marie à l'honneur d'une manière remarquable. ils ne lui refuseront point leur épée. Dans le commerce ordinaire de la vie. Voltaire même est convenu de bonne foi qu'une armée prête à périr pour obéir à Dieu serait invincible (1). j'ai toujours fait un cas particulier. du bon sens militaire. en vertu. si je ne craignais de perdre le fil de mes idées. Les lettres de Racine vous ont sans doute appris que lorsqu'il suivait l'armée de Louis XIV en 1691. elles l'exaltent. à la vérité sans savoir ce qu'on faisait. et l'on état en effet bien près de réussir. mais le soldat communément ne trouve pas ces vices dans les camps. et tout manqua. les militaires sont plus aimables. et lors même qu'elle aurait à leur faire de graves reproches de conduite. et le premier ouvrage du même genre qui ait marqué la France est aussi d'un militaire. pour mon compte. ce qui était une circonstance très favorable au succès. si l'expérience ne nous instruisait pas. par exemple: le seul ouvrage peut-être que l'antiquité nous ait laissé sur ce sujet est d'un militaire.

ce qui est tout à fait extraordinaire. des légions d'athées obtenir des succès prodigieux. Et que dirons-nous de cet autre officier. surtout à l'armée? (VI) Les écrivains de qui nous tenons ces anecdotes vivaient cependant dans un siècle passablement guerrier. et 23 2 . il le console. cependant il faut convenir que si la vertu ne gâte point le courage militaire. je vous prie. et s'afflige avec lui. c'est qu'il n'affaiblit nullement ces vertus douces qui semblent le plus opposées au métier des armes. Pourquoi pas. Au premier signal. cet homme avait été conduit. comme il s'en était flatté. LE SÉNATEUR. tué à la bataille de Rocoux. mais. que Voltaire a fait cet aveu. s'élance du foyer paternel. si ces athées en combattaient d'autres? mais permettez que je continue. LE CHEVALIER. ce me semble: mais c'est que rien ne s'accorde dans ce monde comme l'esprit religieux et l'esprit militaire. à qui madame Guyon écrivait qu'il ne devait point s'inquiéter. la désirent et la font avec passion. Désespéré de n'avoir pas été employé à l'armée. chap. Je suis fort éloigné de contredire cette vérité. Or. tom. Les caractères les plus doux aiment la guerre. (Histoire de Louis XIV. croyez-vous peut-être que l'âme tendre et aimante du Cygne de Cambrai trouvera des compensations pour son ami dans les scènes de carnage auxquelles il ne devra prendre aucune part. vous ne verrez point les horreurs de la guerre et le spectacle épouvantable de tous les crimes qu'elle entraîne? Il se garde bien de lui tenir ces propos de femmelette. XVIII. à certaines époques.camp sans y voir quelque mousquetaire communier avec la plus grande édification (IV). vous êtes heureux. s'il lui arrivait quelquefois de perdre la messe les jours ouvriers. élevé dans l'horreur de la violence et du sang. Ier. Non seulement l'état militaire s'allie fort bien en général avec la moralité de l'homme. -(1) C'est à propos du vaillant et pieux marquis de Fénélon.) Cherchez dans les oeuvres spirituelles de Fénélon la lettre qu'il écrivait à un officier de ses amis. il peut du moins se passer d'elle: car l'on a vu. dans les voies de la plus haute perfection: il en était à l'amour pur et à la mort des Mystiques. au contraire. ce jeune homme aimable. qu'il lui dira: Après tout. une croix amère. toute propre à le détacher du monde (V). Il voit dans cette privation un malheur accablant. probablement par Fénélon même.

et le rôle qu'il joue là même où les observateurs légers pourraient le croire étranger. LE SÉNATEUR. Séparez-en le premier élément. demain vous le verrez monter sur un monceau de cadavres. l'ensemble. On ne remarque point assez combien cet élément est nécessaire à tout. L'esprit divin qui s'était particulièrement reposé sur l'Europe adoucissait jusqu'aux fléaux de la justice éternelle. et je me rappelle surtout un moment terrible où j'aurais passé au fil de l'épée une armée entière. on commettait même si vous voulez mille et mille crimes inutiles. Le sang qui ruisselle de toutes parts ne fait que l'animer à répandre le sien et celui des autres: il s'enflamme par degrés.. et peut-être que les sentiments les plus exaltés et les plus généreux se trouvent chez les militaires. LE CHEVALIER. sans savoir encore ce que c'est qu'un ennemi. pour voir de plus loin. Fi donc! vous me faites mal au coeur! LE SÉNATEUR. on brûlait. c'est-à-dire toute la beauté. on la terminait au mois de décembre. sans doute. On se tuait. comme disait Charron. et la guerre européenne marquera toujours dans les annales de l'univers. disparaît. Dès qu'il a remis l'épée dans le fourreau. M. puis. les armes à la main. LE CHEVALIER. on ravageait. on vous proposait de saisir la blanche colombe avec le sang-froid d'un cuisinier. le chevalier. mais cependant on commençait la guerre au mois de mai. la valeur et la science s'étant mises pour ainsi dire en équilibre. et il en viendra jusqu'à l'enthousiasme du carnage. Vous ne dites rien de trop: avant ma vingt-quatrième année révolue. Au milieu du sang qu'il fait couler. si j'en avais eu le pouvoir. on dormait sous la toile. Voilà donc précisément le phénomène dont je vous parlais tout à l'heure. le grand siècle de la France. le soldat 23 3 . j'avais vu trois fois l'enthousiasme du carnage: je l'ai éprouvé moimême. Alors la religion.court. dans le moment où nous parlons. Hier il se serait trouvé mal s'il avait écrasé par hasard le canari de sa soeur. il en résulta ce beau caractère que tous les peuples saluèrent par une acclamation unanime comme le modèle du caractère européen. Rappelez-vous. chercher sur le champ de bataille ce qu'il appelle l'ennemi. Mais si. Le spectacle épouvantable du carnage n'endurcit point le véritable guerrier.. il est humain comme l'épouse est chaste dans les transports de l'amour. la sainte humanité reprend ses droits.

la chirurgie. L'officier ennemi invité à ces fêtes venait y parler en riant de la bataille qu'on devait donner le lendemain. Vous parliez tout à l'heure. l'oreille du mourant pouvait entendre l'accent de la pitié et les formules de la courtoisie. des spectacles. légions d'athées. dans les airs. terminaient. de vastes hôpitaux s'élevaient de toutes parts: la médecine. une ville. ne vous paraîtra plus sublime. et l'on ne doit pas s'étonner que toutes les nations de l'univers se soient accordées à voir dans ce fléau quelque chose encore de plus particulièrement divin que dans les autres. des guerres acharnées. la politique la plus recherchée. même dans le moment d'un grand péril. plus grand. et tous. consolées: toute plaie était touchée par la main de la science et par celle de la charité!. et. louange éternelle à la loi d'amour proclamée sans cesse au centre de l'Europe! Aucune nation ne triomphait de l'autre: la guerre antique n'existait plus que dans les livres ou chez les peuples assis à l'ombre de la mort. vous n'entendez pas cela à la lettre. honneur. des danses. constant comme la foi. actif comme l'espérance. conduits par une force invisible. Quand vous dites au reste. en changeant de maître. Toutes les victimes vivantes étaient recueillies. tout ce qu'il était possible d'en obtenir: ils se servaient doucement de l'homme. mais supposez ces légions aussi mauvaises qu'elles peuvent l'être: savez-vous comment on pourrait les combattre avec le plus d'avantage? ce serait en leur opposant le principe diamétralement contraire à celui qui les aurait constituées. traitées. C'était cependant un magnifique spectacle que celui de voir tous les souverains d'Europe. au milieu d'eux s'élevait le génie de saint Jean de Dieu. mais il faut qu'elles tiennent à une grande loi du monde spirituel. La bombe. Jamais les nations n'étaient en guerre. le chevalier. plus fort que l'homme. Au premier signal des combats. ne demander jamais à leurs peuples.seul combattait le soldat. de légions d'athées qui ont obtenu des succès prodigieux: je crois que si l'on pouvait enregimenter des tigres. de saint Vincent de Paule. évitait le palais des rois. souvent même quelques villages. la pharmacie. dans les horreurs mêmes de la plus sanglante mêlée. servaient plus d'une fois d'intermèdes aux combats. plus digne de Dieu. nous verrions encore de plus grandes merveilles: jamais le Christianisme.. habile comme l'amour. messieurs. évitaient de frapper sur la souveraineté ennemie aucun de ces coups qui peuvent rejaillir: gloire. retenus par je ne sais quelle modération impérieuse. une province. et tout ce qui est faible était sacré à travers les scènes lugubres de ce fléau dévastateur. les fonctions du soldat sont terribles. si vous y regardez de près. amenaient leurs nombreux adeptes. Soyez bien sûr que des légions d'athées ne tiendraient pas contre des légions fulminantes.. Les égards mutuels. croyez que ce n'est pas sans une grande et profonde raison que le titre de DIEU DES ARMÉES brille à toutes les 23 4 . Enfin. M. savaient se montrer au milieu du fracas des armes. et plus fait pour l'homme qu'à la guerre.

Observez de plus que cette loi déjà si terrible de la guerre n'est cependant qu'un chapitre de la loi générale qui pèse sur l'univers. Dans chaque grande division de l'espèce animale. elle a choisi un certain nombre d'animaux qu'elle a chargés de dévorer les autres: ainsi. il tue pour se défendre. Rousseau a dit avec plus de gravité et de véritable philosophe: C'est le courroux des rois qui fait armer la terre. C'est le courroux du Ciel qui fait armer les rois. son épingle déliée pique sur le carton des musées l'élégant papillon qu'il a saisi au vol sur le sommet du Mont-Blanc ou du Chimboraço. dès que vous entrez dans le règne animal. et rien ne lui résiste. dont la main destructrice n'épargne rien de ce qui vit. Dans le vaste domaine de la nature vivante. à la fois cachée et palpable. il tue pour s'instruire. des oiseaux de proie. on commence à sentir la loi: depuis l'immense catalpa jusqu'au plus humble graminée. et des quadrupèdes de proie. il tue pour se vêtir. vous trouvez le décret de la mort violente écrit sur les frontières mêmes de la vie. une espèce de rage prescrite qui arme tous les êtres in mutua funera: dès que vous sortez du règne insensible. il empaille le 23 5 . mais surtout la guerre. il tue pour se parer. Coupables mortels. des poissons de proie. il règne une violence manifeste. se montre continuellement occupée à mettre à découvert le principe de la vie par des moyens violents. il y a des insectes de proie. Au-dessus de ces nombreuses races d'animaux est placé l'homme. Il n'y a pas un instant de la durée où l'être vivant ne soit dévoré par un autre. il tue pour s'amuser.B. et malheureux. et rien n'est plus naturel: Horace disait en se jouant: Du délire des rois les peuples sont punis.pages de l'Écriture sainte (VII). Mais J. il tue pour se nourrir. il tue pour tuer: roi superbe et terrible. les hommes s'en prennent ordinairement aux souverains. Déjà. la loi prend tout à coup une épouvantable évidence. il a besoin de tout. parce que nous sommes coupables! c'est nous qui rendons nécessaires tous les maux physiques. combien de plantes meurent. dans le règne végétal. des reptiles de proie. il tue pour attaquer. Une force. Il sait combien la tête du requin ou du cachalot lui fournira de barriques d'huile. et combien sont tuées! mais.

-(1) Gen. s'avance sur le champ de bataille sans savoir ce qu'il veut ni même ce qu'il fait. sur le champ de bataille. (2) Et infixae sunt gentes in interitum quem fecerunt. lui qui est un être moral et miséricordieux: lui qui est né pour aimer. il n'y aurait point de guerre. 16. Une révolte sur le champ de bataille. étrangère à la haine et à la colère. dans le même temps surtout. innocent meurtrier. à l'agneau ses entrailles pour faire résonner une harpe. un accord pour s'embrasser en reniant un tyran.) 23 6 . C'est l'homme qui est chargé d'égorger l'homme. à l'éléphant ses défenses pour façonner le jouet d'un enfant: ses tables sont couvertes de cadavres. Mais cette loi s'arrête-t-elle à l'homme? non sans doute. et souvent même elle les épargne. se pavane sous la peau de ce même animal. qui trouve du plaisir à pleurer. (Ps. le plus insolent boucher de chair humaine n'entendra jamais là: Nous ne voulons plus vous servir. sa dent le plus meurtrière pour polir les ouvrages légers de l'art. un autre aveuglement.. Mais comment pourra-t-il accomplir la loi. Qu'est-ce donc que cette terrible énigme? Rien n'est plus contraire à sa nature. à la baleine ses fanons pour soutenir le corset de la jeune vierge. non moins stupide et non moins funeste. est un phénomène qui ne se présente pas à ma mémoire. Cependant quel être exterminera celui qui les exterminera tous? Lui. Si la justice humaine les frappait tous. La terre n'a pas crié en vain: la guerre s'allume. saisi tout à coup d'une fureur divine. il se plonge tête baissée dans l'abîme qu'il a creusé lui-même. L'homme. instrument passif d'une main redoutable. sans se douter que sa féroce humanité contribue à nécessiter la guerre. Le philosophe peut même découvrir comment le carnage permanent est prévu et ordonné dans le grand tout. l'homme ne désobéit jamais? il pourra bien massacrer Nerva ou Henri IV. si. au loup. IX. N'avez-vous jamais remarqué que. l'homme demande tout à la fois. 5. et qui finit par inventer des fictions pour se faire pleurer. N'entendez-vous pas la terre qui crie et demande du sang? Le sang des animaux ne lui suffit pas. Le cheval qui porte son maître à la chasse du tigre. le serpent à sonnettes vient mourir dans la liqueur conservatrice qui doit le montrer intact aux yeux d'une longue suite d'observateurs. IX. ni même celui des coupables versé par le glaive des lois. il reçoit la mort sans ce douter que c'est lui qui a fait la mort (2). rien ne peut résister à la force qui traîne l'homme au combat. lui enfin à qui il a été déclaré qu'on redemandera jusqu'à la dernière goutte de sang qu'il aura versé injustement (1)? C'est la guerre qui accomplira le décret.crocodile. à son ordre. Rien ne résiste. et rien ne lui répugne moins: il fait avec enthousiasme ce qu'il a en horreur. mais le plus abominable tyran. lui qui pleure sur les autres comme sur lui-même. il embaume le colibri. travaillait à étendre l'expiation dans le monde. mais elle ne saurait en atteindre qu'un petit nombre.

n'est qu'un autel immense où tout ce qui vit doit être immolé sans fin. (S. mais qui n'en sont pas moins incontestables. c'est la mort. La guerre est divine par ses conséquences d'un ordre surnaturel tant générales que particulières. il s'acharne sur certaines nations et les baigne dans le sang.) Mais l'anathème doit frapper plus directement et plus visiblement sur l'homme: l'ange exterminateur tourne comme le soleil autour de ce malheureux globe. Qui pourrait douter que la mort trouvée dans les combats n'ait de grands privilèges? et qui pourrait croire que les victimes de cet épouvantable jugement aient versé leur sang en vain? Mais il n'est pas temps d'insister sur ces sortes de matières. continuellement imbibée de sang. -(1) Car le dernier ennemi qui doit être détruit. 26. notre siècle n'est pas mûr encore pour s'en occuper: laissons-lui sa physique. conséquences peu connues parce qu'elles sont peu recherchées. Paul aux Cor. La guerre est divine dans la gloire mystérieuse qui l'environne. jusqu'à l'extinction du mal. La guerre est donc divine en elle-même. puisque c'est une loi du monde. sans relâche. qui demandent le supplice et l'acceptent pour y trouver l'expiation.Ainsi s'accomplit sans cesse. et bientôt une rare jeunesse se fera raconter ces guerres désolatrices produites par les crimes de ses pères. La terre entière. sans mesure. N'attendez pas qu'elles fassent aucun effort pour échapper à leur jugement ou pour l'abréger. jusqu'à la mort de la mort (1). jusqu'à la consommation des choses. et dans l'attrait non moins inexplicable qui nous y porte. Il frappe au même instant tous les peuples de la terre. et surtout les crimes d'un certain genre. Tant qu'il leur restera du sang. l'ange presse sans mesure son vol infatigable. elles viendront l'offrir. 15. la grande loi de la destruction violente des êtres vivants. On croit voir ces grands coupables. I. Pareil à la torche ardente tournée rapidement. l'immense vitesse de son mouvement le rend présent à la fois sur tous les points de sa redoutable orbite. La guerre est divine dans la protection accordée aux grands 23 7 . éclairés par leur conscience. et tenons cependant toujours nos yeux fixés sur ce monde invisible qui expliquera tout. se sont accumulés jusqu'à un point marqué. et ne laisse respirer une nation que pour en frapper d'autres. depuis le ciron jusqu'à l'homme. ministre d'une vengeance précise et infaillible. Mais lorsque les crimes. d'autre fois.

que la conscience reconnaît bien mieux que le raisonnement: les nations en sont blessées à mort. La guerre est divine dans ses résultats qui échappent absolument aux spéculations de la raison humaine: car ils peuvent être tout différents entre deux nations. ce qui est fort extraordinaire. par un surcroît visible de population. après 23 8 . Mais que ces considérations très inférieures ne nous empêchent point de porter nos regards plus haut. ouvre la bouche pour le recevoir et le retenir dans son sein jusqu'au moment où elle devra le rendre (VIII). L'histoire nous montre souvent le spectacle d'une population riche et croissante au milieu des combats les plus meurtriers. alors vous pouvez voir le vainqueur même dégradé. d'autres les exaltent. et remplacent même bientôt. vous ne trouverez. et les avilissent pour des siècles. les pertes momentanées. qui sont rarement frappés dans les combats. et seulement quand leur renommée ne peut plus s'accroître et que leur mission est remplie. I. Bellone porte la réponse Et toujours le salpêtre annonce Leurs meurtrières volontés. Dieu s'avance pour venger l'iniquité que les habitants du monde ont commise contre lui. La guerre est divine par la manière dont elle se déclare. mais combien ceux qu'on regarde comme les auteurs immédiats des guerres son entraînés eux-mêmes par les circonstances! Au moment précis amené par les hommes et prescrit par la justice. Je ne veux excuser personne mal à propos. des guerres de malédictions. tom. appauvri. et gémissant au milieu de ses tristes lauriers. et dans leur puissance. et dans leur caractère. -(1)Voy. même aux plus hasardeux. mais il y a des guerres vicieuses. les perfectionnent de toutes manières. Il y a des guerres qui avilissent les nations. quoique l'action de la guerre se soit montrée égale de part et d'autre. La terre avide de sang. Applaudissons donc autant qu'on voudra au poète estimable qui s'écrie: Au moindre intérêt qui divise Ces foudroyantes majestés. tandis que sur les terres du vaincu.capitaines. comme nous l'avons entendu il y a quelques jours (1).

et même il ne dépend pas de l'homme de le rompre (si l'on excepte certains cas rares. ou trois de vitesse et deux de masse. tous les jours on s'assemblerait pour détruire une puissance. d'expérience et de discipline. serait un miracle. cela serait trop extravagant. et se laissent vaincre jusqu'à un point qu'on ne peut assigner. on se répand en reproches amers contre l'égoïsme et l'immoralité des cabinets qui les empêchent de se réunir pour conjurer le danger commun: c'est le cri qu'on entendit aux beaux jours de Louis XIV (IX). et qui n'en fait point d'inutiles. il peut se faire enfin qu'il ait avancé cette maxime en se jouant. mais si la première a plus de courage.000. Je ne croirai jamais qu'elle appartienne réellement au grand homme à qui on l'attribue (1). et le faible même leur échappe avec une facilité qui étonne dans l'histoire. pour rétablir l'équilibre. Lorsqu'une puissance trop prépondérante épouvante l'univers. Une coalition entre plusieurs souverains. elle pourra battre la seconde.quelques moments. C'était sûrement sans y réfléchir. faite sur les principes d'une morale pure et désinteressée. si les vitesses sont égales. pas une charrue qui ne demande un homme. mais un homme habile peut profiter de certaines circonstances. La guerre est divine par l'indéfinissable force qui en détermine les succès. Les guerres d'ailleurs supposent toujours une certaine égalité. Un corps qui a plus de masse qu'un autre a plus de mouvement: sans doute. mais. dans le gouvernement temporel de sa providence. car Dieu. mais il est égal d'avoir trois de masse et deux de vitesse. que vous répétiez l'autre jour la célèbre maxime. Trois hommes sont plus forts qu'un seul sans doute: la proposition générale est incontestable. mais qui grandit ensuite on ne sait 23 9 . qui ne le doit à personne. que Dieu est toujours pour les gros bataillons. on s'irrite de ne trouver aucun moyen pour l'arrêter. dans le fond. comme deux hommes sont plus forts qu'un. De même une armée de 40.000 hommes est inférieure physiquement à une autre armée de 60. mon cher chevalier. mais ces lois se combinent de mille manières. ne déroge point (le cas du miracle excepté) aux lois générales qu'il a établies pour toujours. Ainsi. ni celle de Genève aux rois de France. ces plaintes ne sont pas fondées. précis et limités). Toujours il y a un certain équilibre dans l'univers politique. deux moyens plus simples: tantôt le géant s'égorge lui-même. tantôt une puissance bien inférieure jette sur son chemin un obstacle imperceptible. Dieu. et c'est ce que nous voyons à chaque page de l'histoire. autrement il n'y a point de guerre. car elle a plus d'action avec moins de masse. la politique étant si peu gouvernée par la justice. Jamais je n'ai lu que la république de Raguse ait déclaré la guerre aux sultans. ou sérieusement dans un sens limité et très vrai. mais ces projets réussissent peu. cent mille hommes doivent avoir plus de force et d'action que cinquante mille. et un seul Horace tuera les trois Curiaces. pas un atelier. voilà pourquoi les coalitions sont si difficiles: si elles ne l'étaient pas. nous ne lui demandons pas de déroger aux lois générales de l'univers. Lorsque nous demandons à Dieu la victoire. emploie.

ordonné même 24 0 . et dans lui. puisque c'est vous qui avez appelé ces réflexions. on comptât sur de pareils alliés ou qu'on redoutât de pareils ennemis. et autour de lui. C'est l'opinion qui perd les batailles. et dans lequel elle ne laisse agir l'homme que d'un manière à peu près mécanique. en dépit de tous les calculs de la prudence humaine! Quatre siècles avant notre ère. puisque les succès y dépendent presque entièrement de ce qui dépend le moins de lui. prions Dieu de toutes nos forces. vous conviendrez que nulle part la main divine ne se fait sentir plus vivement à l'homme: on dirait que c'est un département. jamais il n'est averti plus souvent et plus vivement qu'à la guerre de sa propre nullité et de l'inévitable puissance qui règle tout. Si vous jetez d'ailleurs un coup d'oeil plus général sur le rôle que joue à la guerre la puissance morale. -(1) Turenne. et c'est l'opinion qui les gagne. Certes. il est permis. monsieur le chevalier. neuf siècles après la même époque. dont la Providence s'est réservée la direction. Alexandre sacrifia aussi à la peur avant la bataille d'Arbelles. ou parce que les puissances belligérantes sont égales. car si vous le preniez dans son sens le plus strict. je m'étonne pourquoi). sous l'empereur Arnoulf. arrêté dans le courant d'un fleuve. produit enfin un attérissement qui le détourne. et celle-là. et pour rectifier cette dévotion pleine de sens. L'intrépide Spartiate sacrifia à la peur (Rousseau s'en étonne quelque part. Et quel homme n'a jamais eu peur dans sa vie? qui n'a point eu l'occasion d'admirer. ces gens-là avaient grandement raison. la toute-puissante faiblesse de cette passion. car c'est à vous. Et ne soyez pas effarouché de ce mot de peur. comme un faible rameau. et devient insurmontable. ou parce que les plus faibles ont des alliés. et qui peut ruiner en un instant les plus belles spéculations militaires. L'histoire est pleine de ces événements inconcevables qui déconcertent les plus belles spéculations. des oies sauvèrent le Capitole. du moins approximatif. et qu'il est honteux de la craindre. que ce discours s'adresse. il suffit de prier Dieu qu'il daigne ne pas nous envoyer la peur. de part ni d'autre. qu'il écarte de nous et de nos amis la peur qui est à ses ordres. Il y a une peur de femme qui s'enfuit en criant. et dans l'histoire. qui semble souvent avoir plus d'empire sur nous à mesure qu'elle a moins de motifs raisonnables? Prions donc. s'il vous plaît. En partant donc de l'hypothèse de l'équilibre. vous pourriez dire que la chose qu'il exprime est rare. La peur! Charles V se moqua plaisamment de cette épitaphe qu'il lut en passant: Ci-gît qui n'eut jamais peur. qui a toujours lieu. combien de circonstances imprévues peuvent déranger l'équilibre et faire avorter ou réussir les plus grands projets. passez-moi le terme.comment. Je doute que. Rome fut prise par un lièvre (X).

Et après un autre silence il ajouta: C'est une bataille qu'on croit avoir perdue. Un général se jette entre deux corps ennemis.de ne pas la regarder comme possible. comme si elle glissait sur un plan incliné. Rappelez-vous. -(1) Et qui primi omnium vicuntur. tandis que l'autre reste en pied. qui descend dans le coeur le plus mâle. le comte. mais ce moment échappe tout à fait à la réflexion. Je faisais un jour cette question à un militaire du premier rang. et de lui donner deux noms différents. Lequel des deux s'est trompé? celui qui se laissera saisir par la froide déesse. (Tac. Il n'y a rien de si connu que la réponse de cette femme de Sparte à son fils qui se plaignait d'avoir une épée trop courte: Avance d'un pas. et crier Je suis tourné. et lui persuade qu'il est vaincu. oculi. Le soldat qui glisse en avant a-t-il compté les morts? L'opinion est si puissante à la guerre qu'il dépend d'elle de changer la nature d'un même événement. que vous connaissez l'un et l'autre. Un homme qui se bat avec un autre est vaincu lorsqu'il est tué ou terrassé. et depuis surtout que l'invention de la poudre a mis plus d'égalité dans les moyens de destruction. Rien n'est plus vrai. et il écrit à sa cour: Je l'ai coupé. Mais il y a une autre peur bien plus terrible. il n'en est pas ainsi de deux armées: l'une ne peut être tuée. mais si le jeune homme avait pu se faire entendre du champ de bataille.) Ce n'est pas même toujours à beaucoup près le jour où elles se 24 1 . le Général. quoiqu'elle ne soit pas tout à fait un phénomène inconnu. la noble Lacédémonienne n'aurait pas manqué de lui répondre: Tourne-toi. une bataille ne se perd plus matériellement. sans savoir pourquoi. M. qui vous peignait un jour dans une de ses lettres: ce moment solennel où. il est perdu. égale de part et d'autre au moins d'une manière approximative. montrezmoi entre les deux positions une différence qui ne soit pas purement morale. et prenez garde surtout qu'il ne s'agit nullement du nombre dans cette affaire. Je me souviens que vous fûtes frappé de cette phrase. M. qui exprime en effet à merveille le moment décisif. une armée se sent portée en avant. qu'est-ce qu'une bataille perdue? je n'ai jamais bien compris cela. qui s'y entendait un peu. c'est-à-dire parce qu'il y a plus de morts d'un côté que de l'autre: aussi Frédéric II. ce jeune militaire de votre connaissance particulière. Le terme de tourner est aussi une de ces expressions que l'opinion tourne à la guerre comme elle l'entend. disait: Vaincre. C'est l'imagination qui perd les batailles (1). Celui-ci écrit à la sienne: il s'est mis entre deux feux. Ditesmoi. c'est avancer. le glace. En supposant toutes les circonstances et celle du nombre surtout. Mais quel est celui qui avance? c'est celui dont la conscience et la contenance font reculer l'autre. il est perdu. Voilà le fléau épouvantable toujours suspendu sur les armées. Il me répondit après un moment de silence: Je n'en sais rien. Les forces se balancent ainsi que les morts. sans autre raison que son bon plaisir. et que l'autre est debout.

de cadavres mutilés. on est surtout assez sujet à les considérer comme des points. un seul événement contraire aux plus évidents calculs de la probabilité que nous n'ayons vu s'accomplir en dépit de tous les efforts de la providence humaine? N'avons-nous pas fini même par voir perdre des batailles gagnées? au reste. sans sortir du sujet qui nous occupe maintenant. car vous savez que j'ai une haine particulière pour l'exagération. de grâce. par des voix qui commandent. Mais. et qui n'ont été perdues que parce que tel ou tel homme a cru qu'elles l'étaient. messieurs. c'est souvent deux ou trois jours après. possédé tour à tour par la crainte. étourdi. qui est le mensonge des honnêtes gens. Il ne tiendrait qu'à moi de vous citer des batailles modernes. des batailles fameuses dont la mémoire ne périra jamais. à quelle époque a-t-on vu la puissance morale jouer à la guerre un rôle plus étonnant que de nos jours? n'est-ce pas une véritable magie que tout ce que nous avons vu depuis vingt ans? C'est sans doute aux hommes de cette époque qu'il appartient de s'écrier: Et quel temps fut jamais plus fertile en miracles. je passe condamnation sans disputer. et pas une goutte de sang de plus versée de part et d'autre. y a-t-il. il n'y en a souvent pas un seul. dans ce genre. qui hurlent ou qui s'éteignent. transporté par le retentissement des armes à feu et des instruments militaires. et pas même le général. de manière qu'en supposant toutes les circonstances égales. tandis qu'elles couvrent deux ou trois lieux de pays. Pour peu que vous en trouviez dans ce que je viens de dire. environné de morts. qui sache où est le vainqueur. on vous dit gravement: Comment ne savez-vous pas ce qui s'est passé dans ce combat puisque vous y étiez? tandis que c'est précisément le contraire qu'on pourrait dire assez souvent.donnent qu'on sait si elles sont perdues ou gagnées: c'est le lendemain. On parle beaucoup de batailles dans le monde sans savoir ce que c'est. par la rage. de mourants. des batailles qui ont changé la face des affaires en Europe. Je crois en général que les 24 2 . et forcé l'histoire de dire tout le contraire de ce qu'elle dira. par cinq ou six ivresses différentes. par l'espérance. je ne veux rien exagérer. au milieu du feu et des tourbillons de fumée. un autre général aurait fait chanter le Te Deum chez lui. Mais. d'autant plus volontiers que je n'ai nul besoin d'avoir raison dans toute la rigueur de ce terme. que devient l'homme? que voit-il? que sait-il au bout de quelques heures? que peut-il sur lui et sur les autres? Parmi cette foule de guerriers qui ont combattu tout le jour. et qui semble s'ébranler sous les pas des hommes et des chevaux. Celui qui est à la droite sait-il ce qui se passe à la gauche? sait-il seulement ce qui se passe à deux pas de lui? Je me représente aisément une de ces scènes épouvantables: sur un vaste terrain couvert de tous les apprêts du carnage.

et toujours il faut l'en remercier. pour le remercier des victoires qu'on ne tient que de lui. si on ne la restreint dans le sens que je crois avoir expliqué assez clairement. et qu'il aime à s'appeler le Dieu de la guerre. Ne parlons donc plus de gros bataillons. L'honnête négociant promit ses biens et ceux de ses amis. la coutume générale n'en est pas moins sainte et louable. M. le prince Pajarski et un marchand de bestiaux. nommé Mignin. comme rien dans ce monde ne dépend plus immédiatement de Dieu que la guerre. qu'il a restreint sur cet article le pouvoir naturel de l'homme. si multipliés et souvent si déplacés. il y a toutes sortes de raisons pour nous de redoubler nos voeux lorsque nous sommes frappés de ce fléau terrible. M. Toujours il faut demander à Dieu des succès. lorsque leurs armes ont été heureuses. excitée. le chevalier. ils attireraient la foudre. le chevalier. monsieur le comte. la délivrèrent d'un joug insupportable. je vous les abandonne de tout mon coeur. LE SÉNATEUR. ce qui me suffit. Je suis charmé que ce trait se soit présenté à votre mémoire. elle se prête à toutes les restrictions que vous jugerez convenables. d'exprimer leur reconnaissance envers le Dieu des armées par un Te Deum. pourvu que vous m'accordiez à votre tour (ce que nul homme sensé ne peut me contester) que la puissance morale a une action immense à la guerre. car il n'y a pas d'idée plus fausse et plus grossière. mais l'histoire de toutes les nations est remplie de faits semblables qui montrent comment la puissance du nombre peut être produite. à ce qu'il paraît. et ils réussirent. en montrant le ciel à Pajarski. car je ne crois pas que. Si Dieu nous ressemblait.batailles ne se gagnent ni ne se perdent point physiquement. LE COMTE. et nous traite selon notre ignorance. et c'est encore avec grande raison que les nations chrétiennes sont convenues tacitement. ne fut pas sauvée par de gros bataillons. elle est née en Italie. Au surplus. Oui. mais il sait ce que nous sommes. et le titre d'Hymne 24 3 . LE COMTE. il soit possible d'employer une plus belle prière: elle appartient à votre église. Quant à nos Te Deum. quoiqu'il y ait des abus sur ce point comme il y en a dans toutes les choses humaines. M. qui promit son bras et son sang: ils commencèrent avec mille hommes. or. Cette proposition n'ayant rien de rigide. le sénateur. lorsqu'au commencement du XVIIe siècle. affaiblie ou annulée par une foule de circonstances qui ne dépendent pas de nous. Votre patrie.

ils sacrifiaient à tous les dieux irrités. set quia mitis ego. et vous me donnez envie de faire un cours de prières: ce sera un objet d'érudition. mais nul ancien n'a pu transporter ces mêmes mots dans la bouche du coupable parlant à Dieu. Vous trouverez sur votre route une foule d'observations intéressantes. n'ont-ils jamais su exprimer le repentir dans leurs prières? Ils avaient des remords comme nous puisqu'ils avaient une conscience: leurs grands criminels parcouraient la terre et les mers pour trouver des expiations et des expiateurs. Les Hébreux. méprise toutes les ressources de l'art. sed veniae largitor admitte. conservé. affranchie de tout mètre. aient parlé jamais de langage plus vrai et plus pénétrant. a pu mettre ces mots dans la bouche de l'homme outragé qui pardonne au coupable: Non quia tu dignus. n'est point une composition: c'est une effusion. mais lorsqu'on en vient à la prière. la reconnaissance. à la vérité sur la foi d'une simple tradition. opinion qui n'a rien que de très probable. En effet. après mille autres. traduit par votre église et par les communions protestantes.ambroisienne pourrait faire croire qu'elle appartient exclusivement à saint Ambroise: cependant on croit assez généralement. dans un transport de ferveur religieuse. et cependant nous disons alors ce que le genre humain entier n'a jamais 24 4 . Je doute que la foi. LE CHEVALIER. Nous avons l'air de traduire Ovide dans la liturgie de la messe lorsque nous disons: Non aestimator meriti. ce cantique inimitable. mais le coeur contrit ne se voit point: jamais ils ne savent demander pardon dans leurs prières. Ce sera un cours très intéressant et qui ne sera pas de pure érudition. car toutes les nations ont prié. C'est un sujet que je n'avais jamais médité. s'il est permis de s'exprimer ainsi. ni même dans l'ancien Testament. Ovide. un seul exemple que l'homme ait donné à Dieu le titre de père en lui parlant dans la prière. c'est un dithyrambe divin où l'enthousiasme. étrangers à la révélation de Moïse. LE COMTE. c'est une poésie brûlante. volant de ses propres ailes. par exemple. ne présente pas la plus légère trace du travail et de la méditation. ils se parfumaient. que le Te Deum fut. c'est autre chose: vous ne trouverez pas dans toute l'antiquité profane. improvisé à Milan par les deux grands et saints docteurs saint Ambroise et saint Augustin. ils s'inondaient d'eau et de sang. Vous me rappelez ce que vous nous dîtes dans notre dernier entretien sur le caractère intrinsèque des différentes prières. Pourquoi encore les hommes de l'antiquité. les Païens mêmes ont fait grand usage de ce titre. l'amour. ont donné quelquefois à Dieu le nom de père. car la prière de chaque nation est une espèce d'indicateur qui nous montre avec une précision mathématique la position morale de cette nation.

le livre des livres. sur ce point. Encore une observation: la barbarie du peuple hébreu est une des thèses favorites du XVIIIe siècle. mais il faut que. il n'est permis d'accorder à ce peuple aucune science quelconque: il ne connaissait pas la moindre vérité physique ni astronomique: pour lui. mais nul homme. Les mots de crime et de criminel appartiennent à toutes les langues: ceux de péché et de pécheur n'appartiennent qu'à la langue chrétienne. mais non qu'il pouvait l'offenser. n'a pu dire mon père! car ceci est une relation d'amour. Au reste. et aucune ne dérive d'elle. il n'avait ni philosophie. la terre n'était qu'une platitude et le ciel qu'un baldaquin. LE SÉNATEUR. Je n'en doute pas: tout le monde est d'accord à cet égard. Deux langues religieuses dans le cabinet et une dans l'église. et d'ailleurs votre suffrage me suffirait.pu dire sans révélation. toujours l'homme a pu appeler Dieu père. très souvent même sublime et ravissante dans ses prières? La Bible. intéressante. dans ce genre. sa langue dérive d'une autre. le grec et le latin. LE COMTE. et qui n'appartient qu'au Calvaire. jamais. Trois langues furent consacrées jadis sur le Calvaire: l'hébreu. j'honore tous les efforts qui se sont faits dans ce genre chez les différentes nations: vous savez bien qu'il ne nous arrive guère de disputer ensemble. je voudrais qu'on s'en tînt là. les nations étrangères n'ont eu la moindre connaissance des livres de Moïse. Nous avons eu déjà une longue conversation avec monsieur le chevalier sur le livre des Psaumes. c'est assez. ni arts. renferme une foule de prières dont on a fait un livre dans notre langue. le livre par excellence et qui n'a point de rival. LE CHEVALIER. Par une raison du même genre. ni littérature. par ses propres forces. en général. vous me pardonniez des préjugés ou des systèmes invincibles. comme je vous plains vous-même. mais elle renferme de plus. 24 5 . avant une époque très retardée. je l'ai plaint à ce sujet. car l'homme savait bien qu'il pouvait irriter Dieu ou un Dieu. et il est très faux que les vérités d'un ordre supérieur qu'on trouve disséminées chez les anciens écrivains du Paganisme dérivent de cette source. de ne pas entendre l'esclavon: car la traduction des Psaumes que nos possédons dans cette langue est un chef-d'oeuvre. ce qui n'exprime qu'une relation de création et de puissance. étrangère même au mont Sinaï. pathétique. celui des Psaumes. Accordons tout par complaisance: comment se fait-il que cette même nation soit constamment raisonnable.

toujours plus ou moins visible à travers la Vulgate. et qu'il se souciait fort peu d'être entendu de la foule de ses contemporains. aux amours des nymphes? Le charme tenait aux temps et aux lieux. et c'est David surtout qui nous la rend présente. parce qu'il n'a rien accordé aux lieux ni aux circonstances: il n'a chanté que Dieu et la vérité immortelle comme lui. plus embarrassant pour nous que le plus hardi laconisme grammatical. dont le génie bondissant n'entend rien aux nuances européennes: vous verrez que le mérite essentiel de cette traduction est d'avoir su précisément passer assez près et assez loin de l'hébreu. et qui se soit accoutumé surtout à saisir la liaison des idées presque invisible chez les Orientaux.Je vous répète aujourd'hui ce que je disais l'autre jour à notre cher sénateur en traitant le même sujet: j'admire un peu David comme Pindare. Je vous parlerai un jour de ce soulier dorique tout étonné des nouveaux mouvements que lui prescrivait la muse impétueuse de Pindare (2). car les Psaumes. LE COMTE. Je sais que l'hébraïsme. un mot. se pénétrer de l'esprit d'une langue la plus antique sans comparaison de toutes celles dont il nous reste des monuments. ait pu néanmoins. Que dites-vous. celui qui se flatterait de trouver le Pélopponèse au Pérou serait moins ridicule que celui qui le chercherait dans la Morée. je veux dire sur parole. brave le temps et l'espace. il ne vous suffirait pas de le prononcer. en sorte que la difficulté est la même: mais cette difficulté cède aux premiers efforts. mais dans la version latine adoptée par notre église. l'ont cependant été sur une version qui s'était tenue elle-même très près de l'hébreu. Les 24 6 . aux exploits des héros. Lisez donc et relisez sans cesse les Psaumes. plus d'Élide. auprès desquels il n'était pas fâché d'avoir besoin d'interprètes (1). Faites choix d'un ami qui. plus d'Alphée. et je ne sais quelle aide légère donnée à la phrase. vous seriez peu intéressé. de le chanter même. aux miracles des dieux. vous verrez comment une syllabe. quoiqu'ils n'aient pas été traduits sur le texte. Les odes de Pindare sont des espèces de cadavres dont l'esprit s'est retiré pour toujours. non. tels que nous les lisons aujourd'hui. Que vous importent les chevaux de Hiéron ou les mules d'Agésias? quel intérêt prenez-vous à la noblesse des villes et de leurs fondateurs. il faudrait encore le danser. Il n'y a plus d'Olympe. de son laconisme logique. David. au contraire. sans être hébraïsant. aucun effet de notre imagination ne peut le faire renaître. feront jaillir sous vos yeux des beautés du premier ordre. Mais quand vous parviendriez à le comprendre aussi parfaitement qu'on le peut de nos jours. mon cher chevalier? Pindare n'a rien de commun avec David: le premier a pris soin lui même de nous apprendre qu'il ne parlait qu'aux savants. dans nos traductions modernes qui sont trop loin de la source. Pour entendre parfaitement ce poète. si vous m'en croyez. étonne d'abord le premier coup d'oeil. par des lectures attentives et reposées. Jérusalem n'a point disparu pour nous: elle est toute où nous sommes.

(Hor. c'est ta main même qui m'y conduit et j'y rencontrerai ton pouvoir. lorsque l'Aigle du Cédron prend son vol vers les nues. car nulle part l'esprit de la prière. (3) Multa dircaeum levat aura Cycnum. va chercher les germes des plantes. Tantôt il jette les yeux sur la nature. mais l'aveugle ne voit pas ces merveilles et l'insensé ne les comprend pas (5). Tantôt il se laisse pénétrer par l'idée de la présence de Dieu. (2) ##Doorioo phoonan enarmoxai PEDILOO. inonde les sillons. n'est plus visible. et ses transports nous apprennent de quelle manière nous devons la contempler. 6. 10. toutes ses pensées et tous ses sentiments se tournent en prières: il n'a pas une ligne qui n'appartienne à tous les temps et à tous les hommes. -(1) Olymp. ô Seigneur! vos desseins sont des abîmes. quelle abondance d'images! quelle richesse d'expressions! Voyez avec quelle vigueur et quelle grâce il exprime les noces de la terre et de l'élément humide: Tu visites la terre dans ton amour et tu la combles de richesses! Fleuve du Seigneur. CXXXVIII. toujours il généralise: comme il voit tout dans l'immense unité de la puissance qui l'inspire. .Psaumes sont une véritable préparation évangélique. dit-il.Seigneur. surmonte tes rivages! prépare la nourriture de l'homme. 8. 9. et cependant. (5) Ps. XCI. II. c'est l'ordre que tu as reçu (1). Lors même que le sujet d'un psaume paraît absolument accidentel. S'il descend aux phénomènes particuliers. pénétrée de gouttes génératrices. tressaillira de fécondité (2). t'y voilà. Jamais il n'a besoin de l'indulgence qui permet l'obscurité à l'enthousiasme. toujours son génie échappe à ce cercle rétréci. qui est celui de Dieu. je serai ravi en chantant les oeuvres de vos mains. 7. Que vos ouvrages sont grands. vous m'avez inondé de joie par le spectacle de vos ouvrages. III. Si je m'élance dans les cieux. Seigneur. votre oeil pourra mesurer au-dessous de lui plus d'air qu'Horace n'en voyait jadis sous le Cygne de Dircé (3). et relatif seulement à quelque événement de la vie du Roi-Prophète. etc. Le premier caractère de ces hymnes. te voilà encore (4). tu ceindras 24 7 . si je m'enfonce dans l'abîme. 9.) (4) Ps. et de toutes parts on y lit les promesses de tout ce que nous possédons. 149. 5. 7. Olymp. et la terre. où fuir tes regards pénétrants? Si j'emprunte les ailes de l'aurore et que je m'envole jusqu'aux bornes de l'Océan. et les expressions les plus magnifiques se présentent en foule à son esprit: Où me cacher. c'est qu'elles prient toujours.

je courrai dans la voie de tes commandements (7). 24 8 . -(1) Quoniam ita est praeparatio ejus.) Mais c'est dans un ordre plus relevé qu'il faut l'entendre expliquer les merveilles de ce culte intérieur qui ne pouvait de son temps être aperçu que par l'inspiration. les troupeaux se couvriront de riches toisons. (14. et déjà il appartient à la loi de grâce. les collines seront environnées d'allégresse. L'amour divin qui l'embrase prend chez lui un caractère prophétique.) (5) Pinguescent speciosa deserti. (LXXXIII. tes nuées distilleront l'abondance (3).) (2) Ibunt de virtute in virtutem. il devance les siècles. (8. videbitur Deus deorum in Sion. il s'écrie: Si tu dilates mon coeur. de vertus en vertus. tous les êtres pousseront un cri de joie. 11. etenim hymnum dicent. plus désirable que l'or et les pierres précieuses. (12. Cette loi est une lampe pour son pied mal assuré. Il est inépuisable lorsqu'il exalte la douceur et l'excellence de la loi divine. -(1) Ascensionem in corde suo disposuit. Hebr. il découvre dans le coeur de l'homme ces degrés mystérieux (1) qui. il cachera les oracles de Dieu dans son coeur afin de ne le point offenser (6).) (3) CXVIII.l'année d'une couronne de bénédictions. nous mènent jusqu'au Dieu de tous les dieux (2). Je n'ai pas l'idée d'une plus belle expression. 105. une lumière. des îles de verdure embelliront le désert (4). les épis se presseront dans les vallées. (3) Nubes tuae stillabunt pinguedinem.) (5) Clamabunt. elle est plus douce que le miel. 10. (LXIV. un astre. elle est vraie. il la méditera jour et nuit (5). et ceux qui lui sont fidèles y trouveront une récompense sans bornes (4). qui l'éclaire dans les sentiers ténébreux de la vertu (3).) (2) In stillicidiis ejus laetabitur germinans. (4) XVIII. Oui! tous diront une hymne à ta gloire (5).6. (13. elle est la vérité même: elle porte sa justification en ellemême. Comme François de Sales ou Fénélon. 10.

-(1) In iniquitatibus conceptus sum.) D'autres fois on l'entend deviner en quelques mots tout le Christianisme. O DIEU DES ESPRITS (1)! -(1) Altaria tua. 4. s'arrête sur ses lèvres et retombe sur son coeur. ce mur qu'il faut absolument franchir. 11. Et lorsqu'il dit à Dieu: Agis avec moi (4). 7. parce qu'il est Dieu.) Alienati sunt peccatores a vulva: erraverunt ab utero. Que si l'homme ose témérairement ne s'appuyer que sur lui-même. et révolté dès le sein de sa mère contre la loi divine (1). (LVII. qui s'avançait pour exprimer la parole du prophète. il savait que l'homme est un esclave vendu à l'iniquité qui le tient sous son joug. puisqu'il ne peut être renversé. n'enseigne-t-il pas toute la vérité? D'une part rien sans nous. et que le mérite dépend exclusivement de cette direction soumise de la pensée? -(1) CXLII. Domine virtutum! (LXXXIII. et de l'autre rien sans toi. (6) Ibid. ne confesse-t-il pas. 32. Quelquefois le sentiment qui l'oppresse intercepte sa respiration.(5) CXVIII. 4.. Quel philosophe de l'antiquité a jamais su que la vertu n'est que l'obéissance à Dieu. dit-il.) 24 9 . 11. Un verbe. à faire ta volonté. Apprends-moi. (L. Il s'écrie donc avec une justesse véritablement chrétienne: C'est par toi que je serai arraché à la tentation. mais la piété le comprend lorsqu'il s'écrie: TES AUTELS. parce que tu es mon Dieu (1). Aussi bien que le grand Apôtre. et in peccatis concepit me mater mea.. 97. (7) Ibid. appuyé sur son bras je franchirai le mur (3): ce mur de séparation élevé dès l'origine entre l'homme et le Créateur. la vengeance est toute prête: Il sera livré aux penchants de son coeur et aux rêves de son esprit (5). Il connaissait bien la loi terrible de notre nature viciée: il savait que l'homme est conçu dans l'iniquité. de manière qu'il ne peut y avoir de liberté que là où se trouve l'esprit de Dieu (2).

III. dit-il. 17. il veut lui-même publier ses iniquités (2). alors ma langue s'est déliée. 30. mais l'expiation enrichit ses hymnes de nouvelles beautés: jamais le repentir ne parla un langage plus vrai. plus pénétrant. David demande à Dieu de le pénétrer de cette huile mystérieuse. (XCVI.) Certain que l'homme est de lui-même incapable de prier. et la douleur qui le ronge ne lui laisse aucun repos (4). XVII. mon coeur s'échauffer audedans de moi. Cor. Son crime est constamment devant ses yeux (3). II. les flammes ont jailli de ma pensée intérieure. pour se décider. (3) In Deo meo transgrediar murum. comparez la chaleur putride de Sapho ou l'enthousiasme soldé de Pindare: le goût. J'ai senti. n'a pas besoin de la vertu. Prêt à recevoir avec résignation tous les fléaux du Seigneur (1). -(1) XXXV. Au milieu de Jérusalem. s'était néanmoins rendu énormément coupable. et comme il ne nous racontait que sa propre expérience.) Cet homme extraordinaire. -(1) LXII.) (5) Ibunt ad inventionibus suis. XII. 4. (2) Qui diligitis Dominum. 13. de peur de bien agir (1). À ces flammes chastes de l'amour divin. (LXXX. odite malum. à ces élans sublimes d'un esprit ravi dans le ciel. et leur permettra de prononcer des paroles de louange et d'allégresse (1). enrichi de dons si précieux. 10. et comment en un seul mot encore il donne une leçon terrible aux croyants lorsqu'il leur dit: Vous qui faites profession d'aimer le Seigneur. 4. 19. Voy. haïssez donc le mal (2). sur ce trône où la 25 0 .) (Berthier a divinement parlé sur ce texte. plus pathétique. (LXXXV. il nous laisse voir dans lui le travail de l'inspiration. au sein de cette pompeuse capitale. Voyez comment le Prophète déchiffre l'incrédule d'un seul mot: il a refusé de croire. destinée à devenir bientôt la plus superbe ville de la superbe Asie (5). (Ps. de cette onction divine qui ouvrira ses lèvres.(2) Rom. 6.) (4) Fac mecum. (2) XXXVIII. 14. sa traduction. et j'ai parlé (2).

Aucune idée ne saurait le distraire de sa douleur. 4. Lib. (4) XXXVII. et cette douleur se tournant toujours en prière comme tous ses autres sentiments. la lumière même ne brille plus pour lui (10): il n'entend plus.. V. toute sa force l'abandonne.. comme le passereau solitaire qui gémit sur le faîte aérien des palais (6). comme l'orfraie cachée dans les ruines. 7. La terreur chez lui se mêle donc constamment à la confiance. 3. (8) XXVII.. Il se rappelle sans cesse un oracle qu'il a prononcé lui-même: Dieu a dit au coupable: Pourquoi te mêles-tu d'annoncer mes préceptes avec ta bouche impure (12)? je ne veux être célébré que par le juste (13). (11) Ibid. 19. et sa triste couche est inondée de ses larmes (7). ses os sont ébranlés (9). elle a quelque chose de vivant qu'on ne rencontre point ailleurs. et jusque dans les transports de l'amour. Hist. (3) L. dans l'extase de l'admiration. (7) VI. son coeur se trouble. il est seul comme le pélican du désert. la pointe acérée du remords se fait sentir comme l'épine à travers les touffes vermeilles du rosier. (12) Peccatori dixit Deus: Quare tu enarras justitias meas. CI. (9) VI.main de Dieu l'avait conduit. 5. 6. 7-8. Les flèches du Seigneur l'ont percé (8). dans les plus touchantes effusions d'une reconnaissance sans bornes. il a perdu la voix: il ne lui reste que l'espérance (11). 18. 3. et assumis testamentum meum per os tuum? (XLIX.) (6) Ps. 16. -(1) XXXXII. 7. (Plin. 16. Dès lors il n'y a plus rien de sain en lui. (2) Ibid. (10) XXXVII.) 25 1 . 11. 18. il se courbe vers la terre. (5) Longe clarissima orbium Orientis. Il consume ses nuits dans les gémissements. ses chairs se détachent. 14.

célébrez sa grandeur par vos cantiques. Cet appel à la lumière. rien ne me frappe dans ces magnifiques psaumes comme les vastes idées du Prophète en matière de religion. dites à Dieu: La terre entière vous adorera. (CXLVII.) Enfin. chantez. 4. de tous ceux qui observent vos commandements (7). David ne cesse de s'adresser au genre humain et de l'appeler tout entier à la vérité. le frère de tous ceux qui vous craignent. peuples qui la couvrez. 15. et sa miséricorde se répand sur tous ses ouvrages (3). La Vulgate dit: Qui habitatis orbem. (3) CXLIV. se distinguait néanmoins par un penchant marqué vers l'universalité. (XXXII. applaudissez. poussez vers Dieu des cris d'allégresse. et le disciple de Moïse ne refusait de prier son Dieu avec aucun homme.) Dominus dat verbum evangelizantibus. que vos oracles. Que tout esprit loue le Seigneur (11). celle qu'il professait. 2. Hélas! les deux expressions sont synonymes. revient à chaque instant dans ses sublimes compositions. grands de la terre. bénissez votre Dieu et faites retentir partout ses louanges (5). Le Seigneur est bon pour tous les hommes. (XLVIII. et poussé d'ailleurs par l'esprit prophétique qui lui montrait d'avance la célérité de la parole et la puissance évangélique (1). Pour l'exprimer en mille manières. louez toutes le Seigneur. 25 2 . (5) LXVI. écoutez-moi. car il n'y a de grand que ce nom (8). Pour moi. CHANTEZ AVEC INTELLIGENCE (10). 1. 15. car le Seigneur est le roi de l'univers. 8. chantez notre roi! chantez. vous tous qui habitez le temps. 9. (2). Rois. Son royaume embrasse tous les siècles et toutes les générations (4).) (2) Omnes qui habitatis tempus. elle célébrera par ses cantiques la sainteté de votre nom. il épuise la langue sans pouvoir se contenter.) Cette belle expression appartient à l'hébreu. louez le nom du Seigneur. (LXVII. princes. (4) Ibid.. ce voeu de son coeur. Nations de l'univers. Que tous les peuples réunis à leurs maîtres ne fassent plus qu'une famille pour adorer le Seigneur (9)! Nations de la terre. chantez des hymnes à la gloire de son nom. -(1) Velociter currit sermo ejus. quoique resserrée sur un point du globe. Le temple de Jérusalem était ouvert à toutes les nations. Peuples de la terre. 12. et que le salut que nous tenons de vous parvienne à toutes les nations (6). Seigneur. je suis l'ami. 1. ni pour aucun homme: plein de ces idées grandes et généreuses.(13) Recto decet laudatio. soient connus de toute la terre. Peuples.

(XLVI. 22. Le regard prophétique du saint Roi. 19. elles sont NOUS. 12. il se montrera. Dieu n'avait pas dédaigné de contenter ce grand désir. ses chants participent de l'éternité: les accents enflammés. (Ps. (9) CI. Que ses expressions sont belles et surtout justes! De tous les points de la terre les hommes se RESSOUVIENDRONT du Seigneur et se convertiront à lui. soient écrites pour les générations futures. confiés aux cordes 25 3 . (2) Oui.) Il est exaucé. observez ici en passant comment l'infinie bonté a pu dissimuler quarante siècles (1): elle attendait le souvenir de l'homme (2). parce qu'il n'a chanté que l'Éternel. (CXVIII. Platon. dit-il. 65. 3.) Sages amis. (CL. voyait déjà l'immense explosion du cénacle et la face de la terre renouvelée par l'effusion de l'esprit divin.) C'est le dernier mot du dernier psaume. et adorabunt in conspectu ejus omnes familiae gentium. -(1) REMINISCENTUR et convertentur ad Dominum universi fines terrae.) (11) Omnis spiritus laudet Dominum. 28. 11.) (8) CXLVII.(6) LXVI. XVII. (7) Particeps ego sum omnium timentium se et custodientium mandata sua. (XXI. CI. et les peuples qui n'existent point encore béniront le Seigneur (3) -(1) Act. 8. en se plongeant dans le profond avenir. il ne fait que regarder dans lui et dire OUI! (3) Scribantur haec in generatione altera. Je finirai par vous rappeler un autre voeu du Prophète-Roi: Que ces pages. laudabit Dominum. et populus qui creabitur. 30. et lorsque l'homme croit les découvrir. tu dis vrai! Toutes les vérités sont dans nous. 5. et toutes les familles humaines s'inclineront (1). (10) Psallite sapienter.

De là vient que nous ne lisons pas du tout les mêmes choses dans les mêmes livres. et laisse échapper le reste. et sans nous en apercevoir nous l'aimons tous un peu parce qu'elle nous met à l'aise. à Moscou. l'Église se hâta de les adopter. chaque esprit s'approprie ce qui convient plus particulièrement à ce que je pourrais appeler son tempérament intellectuel. La nuit est une complice naturelle constamment à l'ordre de tous les vices. à Botany-Bay. parmi les textes saillants qui se sont présentés à vous. Cette différence étant générale et par là même plus sensible. il en a beaucoup parlé. je saurai vous le dire: ce phénomène tient à la théorie des idées innées. on les murmure au Japon. Il en est au contraire qui sont plus ou moins assoupies. à Londres. le soleil ne cesse d'éclairer quelques temples dont les voûtes retentissent de ces hymnes sacrés. car les femmes ne lisent point comme nous. et c'est la vertu qui a peur. LE SÉNATEUR. que vous auriez bien pu. à Genève. La nuit qui nous surprend me rappelle. à Québec. ou plutôt naturelles. la nuit est dangereuse pour l'homme. et toujours je m'attendais que. nous rappeler quelque chose de ce que David a dit sur la nuit: comme il s'en occupait beaucoup. à Pékin. Encore une 25 4 . et qui pourrait s'en étonner? Vous le savez. la nuit lui rend toutes ses forces. je vous invite à vous en occuper. et celles-ci forment ce qu'on appelle le caractère ou le talent: or il arrive que lorsque nous recevons par la lecture une sorte de pâture spirituelle. La lumière intimide le vice. il s'en faut néanmoins qu'elles le soient toutes au même point. sans lesquels ils ne seraient pas hommes. et d'autres plus ou moins dominantes dans chaque esprit. quoiqu'il y ait des notions originelles communes à tous les hommes. Sans doute. et qui sont en conséquence accessibles.de sa lyre divine. mes bons amis. et cette complaisance séduisante fait qu'en général nous valons tous moins la nuit que le jour. mon jeune ami. et. La synagogue conserva les psaumes. il y en aurait quelques-uns sur la nuit: car c'est un grand chapitre sur lequel David est revenu souvent. Sauriez-vous me dire pourquoi je ne me ressouviens pas d'avoir lu dans les psaumes rien de ce que vous venez de me dire? LE COMTE. M. puisque vous étiez si fort en train. depuis plus de trois siècles. le comte. la poésie de toutes les nations chrétiennes s'en est emparée. ce qui arrive surtout à l'autre sexe comparé au nôtre. retentissent encore après trente siècles dans toutes les parties de l'univers. à Quito. LE CHEVALIER. On les chante à Rome. à Madrid. à tous les esprits.

je crois. elle chassait du temple jusqu'au plus petit animal mâle. mais que la religion antique n'avait point de tort. il faut lui rendre justice. cependant. nota bonae secreta deae (1). je dirai plutôt que la corruption antique avait consacré la nuit à de coupables orgies.. elle en donne aussi d'excellents: c'est l'époque des profondes méditations et des sublimes ravissements: pour mettre à profit ces élans divins et pour contredire aussi l'influence funeste dont vous parliez. est sujette à certains changements que notre pauvre nature rend inévitables. car le cantique légitime ne doit jamais se taire sur la terre: Le jour au jour le rappelle. le poète que vous avez cité rappelle lui-même cette loi avec sa gaieté enragée. 25 5 . Sat. mauvaise conseillère. ou n'en avait pas d'autres que celui de son impuissance. Si la nuit donne de mauvais conseils. est celle où l'on veille le moins. la famille la mieux réglée. LE COMTE. et toujours il y aura des hommes choisi dont les pieuses voix se feront entendre dans les ténèbres. Elle avait mis. dans tout ce qui ne tient point au dogme. ne commence par le mal. vultus ad mea furta tuos? Et quel homme encore n'a jamais dit: Nox conscia novit? La société. -(1) Juven. et il n'y a pas manqué. il y aura toujours des fêtes qui nous appelleront tous à l'office de la nuit. ne sommes-nous pas tous un peu idolâtres de cettte facile divinité? Qui peut se vanter de ne l'avoir jamais invoquée pour le mal? Depuis le brigand des grands chemins jusqu'à celui des salons. jusque dans les choses de pure discipline. il y en aura toujours d'invariables. mon cher ami. La religion même. precor. La nuit étant donc. Vous voyez que les intentions primitives ne sauraient être plus claires: j'ajoute qu'au sein même de l'erreur. et toujours l'extrême corruption des moeurs s'annonce par l'extrême abus dans ce genre. Avec votre permission. et l'a consacrée à de saintes cérémonies qu'il anime par une musique austère et de puissants cantiques (XII). VI. le Christianisme s'est emparé à son tour de la nuit. comme vous le disiez tout à l'heure. car rien. les mystères que vous nommez sous la garde de la plus sévère pudeur. par exemple. par exemple. et cependant. un jour. aux mystères de la bonne déesse: mais le culte vrai devait se distinguer sur ce point. pour faire ressortir davantage un effroyable contraste (XI). la prière nocturne de la Vestale semblait avoir été imaginée pour faire équilibre.fois. et jusqu'à la peinture même de l'homme. ou peut-être à cause de cela même. male suada. la nuit ne vaut rien pour l'homme. 314. de là vient que les fausses religions l'avaient consacrée souvent à des rits coupables. quel homme n'a jamais dit: Flecte. de sa nature.

pendant la nuit. Domine. Hélas! qui sait si vous n'exprimez pas. puisqu'il ajoute: Tu as éprouvé mon coeur en le visitant la nuit (5). et visitasti nocte. LE SÉNATEUR. et je n'ai point été trompé (2).) (3) Meditatus sum nocte com corde meo. et custodivi legem tuam. Vous avez dit tout ce qui a pu m'échapper sur la nuit. dans ce moment du moins. (2) Deum exquisivi manibus nocte. et exercitabar et scopebam spiritum meum. et c'est à quoi je voudrais suppléer. Je vous demande à mon tour la permission de m'en tenir à mon idée principale. nominis tui. Ailleurs il dit: J'ai conversé avec mon coeur pendant la nuit. (LXXVI.) (5) Probasti cor meum. CXXXIII. dit-il. je m'exerçais dans cette méditation. un voeu plutôt qu'une vérité! Combien le règne de la prière est affaibli. pendant la nuit.La nuit l'annonce à la nuit. 52. devaient être plus forts que de nos jours. (Ps. (XVI. 2. J'ai cherché Dieu. (LXXVI. sans avoir dit cependant ce que David en a dit. (CXVIII. les animaux nous 25 6 .) Passim. En songeant d'autres fois à certains dangers qui. et j'interrogeais mon esprit (3). 3. et non sum deceptus. et quels moyens n'a-t-on pas employés pour éteindre sa voix! Notre siècle n'a-t-il pas demandé à quoi servent les gens qui prient? Comment la prière percera-t-elle les ténèbres.) (4) Memor fui. et j'ai gardé ta loi (4). 7. nocte. dans les temps antiques. il disait dans sa conscience victorieuse: Seigneur. je me suis souvenu de ton nom. etc.) L'air de la nuit ne vaut rien pour l'homme matériel. 3. Plein d'idées qu'il ne tenait d'aucun homme. lorsqu'à peine il lui est permis de se faire entendre de jour? mais je ne veux pas m'égarer dans ces tristes pressentiments. David ne cesse d'exhorter l'homme à suspendre son sommeil pour prier (1): il croyait que le silence auguste de la nuit prêtait une force particulière aux saints désirs. -(1) In noctibus extollite manus vestras in sancta. Et sans doute il croyait bien que l'influence de la nuit était l'épreuve des coeurs.

ni l'image prise pour lui. de quelque manière qu'elle doive être entendue. s'ils avaient pensé à nous. ni l'un ni l'autre de pourraient vivre. Nos maladies nous l'apprennent en sévissant toutes pendant la nuit. Trompés par une religion négative et par un culte décharné. s'appuie incontestablement sur l'Écriture sainte. c'est-à-dire de manière que le type ne peut jamais être méconnu. les fonctions vitales de l'esprit continuent de même. par une expérience vulgaire. Middleton. ont fait une grande dépense d'érudition pour prouver que votre Église imite une foule de cérémonies païennes. -(1) L'interlocuteur aurait pu ajouter que l'homme possède de plus le pouvoir de s'éveiller à peu près sûrement à l'heure qu'il s'est prescrite à lui-même avant de s'endormir. car s'ils étaient l'un et l'autre continuellement exposés à l'action de certaines puissances qui les attaquent sans cesse. et que tous les deux soient mis pendant ces intervalles sous une influence protectrice. plutôt que vous n'envoyez demander le soir comment il a passé la journée? Il faut bien que la nuit ait quelque chose de mauvais. sans que le principe sensible en ait la conscience. le feu nouveau. ils ont méconnu les formes éternelles d'une religion positive qui se retrouveront partout. par exemple. et enfin la présence réelle sous les espèces du pain et du vin (XIII). ce qui revient au même pour l'ordre établi. Les voyageurs modernes ont trouvé en Amérique les vestales. il fallait encore que le principe intelligent n'eût de même aucune conscience de ce qui se passe en lui pendant ce temps. Mais pour que l'analogie fiut parfaite. il faut donc que les actions nuisibles soient suspendues périodiquement. Et comme le corps pendant le sommeil continue ses fonctions vitales. en tournant le dos à sa rivale. Nous voyons de plus que les fausses religions ont toujours professé la même croyance: car l'erreur.l'apprennent en s'abritant tous pour dormir. des vers ou l'air d'une chanson qu'il ne savait pas en s'endormant (1). la circoncision. puisque l'homme peut apprendre pendant le sommeil. De la croyance universelle que l'homme se trouve alors sous une influence bonne et préservatrice naquit l'autre croyance. le baptême. et savoir. De là vient la nécessité du sommeil qui n'est point fait pour le jour. phénomène aussi constant qu'inexplicable. 25 7 . Le sommeil est un des grands mystères de l'homme. comme vous pouvez vous en convaincre indépendamment de toute théorie. que le temps du sommeil est favorable aux communications divines. à son réveil. la confession. Pourquoi envoyezvous le matin chez votre ami malade demander comment il a passé la nuit. et d'autres écrivains du même ordre. ne cesse néanmoins d'en répéter tous les actes et toutes les doctrines qu'elle altère suivant ses forces. reproches qu'ils auraient aussi pu adresser à la nôtre. et qui n'est pas moins nécessaire à l'esprit qu'au corps. ou du moins il fallait qu'il ne lui en restât aucune mémoire. pareillement universelle. Cette opinion. qui présente un grand nombre d'exemples dans ce genre.

(Job. sans distinction. 531. 90. En animam et mentem ??? qua Di nocte loquantur! (Juv. de Divin. 25 8 . . ut avertat hominem ab his quae facit.. pénétré tous les autres. . durant le sommeil. il faut avoir exclu précédemment la dérivation commune. comme je vous le rappelais tout à l'heure. (Note de l'éditeur. 91. ne doutaient nullement de l'importance des songes. nous voyons que les plus grands génies de l'antiquités. 14. en propres termes. . parlent à l'âme et à l'esprit. Que dites-vous sur cela. est allé plus loin peut-être en disant que les dieux.. fruiturque deorum Colloquio.. . où il s'avance jusqu'à refuser de reconnaître pour un véritable médecin celui qui ne sait pas interpréter les songes (XIV)? Il me semble qu'un poète latin.) (Note de l'éditeur. -(1) . . .Celui qui le comprendrait aurait. .) Dirons-nous que nous tenons ces mêmes cérémonies des Mexicains ou des Péruviens? Il faut bien se garder de conclure toujours de la conformité à la dérivation subordonnée: pour que le raisonnement soit légitime. XXXIII. mais il déclare de plus. I.) Enfin Marc-Aurèle (je ne vous cite pas ici un esprit faible) non seulement a regardé ces communications nocturnes comme un fait incontestable. (4) Non: le vers est de Juvénal.. si je ne me trompe (4). (Virg. VII. Lucrèce. et qu'ils venaient même s'endormir dans les temples pour y recevoir des oracles (1). .) (2) Semel loquitur Deus (et secundo id ipsum non repetit) per somnium in visione nocturna. en avoir été l'objet (XV). Job n'a-t-il pas dit que Dieu se sert des songes pour avertir l'homme (2): AVIS QU'IL NE RÉPETE JAMAIS? et David ne disait-il pas. que Dieu visite les coeurs pendant la nuit? Platon ne veut-il pas qu'on se prépare aux songes par une grande pureté d'âme et de corps (3)? Hippocrate n'a-t-il pas composé un traité exprès sur les songes. 15. Aen. 17.) (3) Cicer. pour en revenir à la nuit et aux songes. 30. Or. suivant les apparences. messieurs? Auriez-vous par hasard quelque envie de soutenir que toute l'antiquité sacrée et profane a radoté? que l'homme n'a jamais pu voir que ce qu'il voit. .

. ne diriez-vous pas: « Voilà le plus abominable sabbat dont on ait jamais entendu parler? » et si les loups en faisaient de même. n'existe pas. et qu'après avoir miaulé tout leur saoul. mon cher ami. une chose qui certainement ne m'est arrivée de ma vie: c'est de m'endormir en pensant au Prophète-Roi. LE CHEVALIER. il va m'arriver. en attendant. Il existe bien un ouvrage écrit en latin sous le même titre. je crois de plus que personne ne peut acquérir ce droit. qui ont infecté l'air à dix lieues de là par leur puanteur. mais ce sont des élans à se casser le cou: les vôtres. ils se sont jetés avec fureur les uns sur les autres. Pour moi. messieurs. pourquoi vous ne rassembleriez pas une foule de pensées. Dieu merci. LE COMTE. qui. ce me semble. Je vous y exhorte aussi. Et moi. Dites-moi. Note I. LE CHEVALIER. qui vous arrivent constamment lorsque nous parlons métaphysique ou religion? Vous pourriez intituler ce recueil: Élans philosophiques. À vous l'honneur! FIN DU SEPTIEME ENTRETIEN.. et ont joué ensemble de la dent et de la griffe. d'un genre très élevé et très peu commun. quels hurlements! quelle 25 9 .éprouver que ce qu'il éprouve? que les grands hommes que je vous cite étaient des esprits faibles? que. pourraient soulever l'homme sans danger. mon cher sénateur. que de cette mêlée il est demeuré de part et d'autre neuf a dix mille chats sur la place. « Si l'on vous disait que tous les chats d'un grand pays se sont assemblés par milliers dans une plaine. LE SÉNATEUR. NOTES DU SEPTIEME ENTRETIEN. par votre grâce. je ne crois point encore avoir acquis le droit d'être impertinent.

dit-il. Note III. in Lyc. cependant. dérivent d'un état antérieur à toute association civile et religieuse! je suis. fut une espèce de religion que les philosophes professèrent et prêchèrent hautement comme les apôtres avaient professé et prêché la vérité. et peut-être aussi pour ne pas se brouiller avec les inquisiteurs. car ceux de l'erreur ne badinaient pas de son temps. l'audace à la place de la persuasion. Ce n'est pas que ces philosophes aient jamais été de bonne foi: c'est au contraire ce qui leur a toujours et visiblement manqué. (Espr. Toujours il lui manquera quelque chose. comme les anciens augures. admirateur assez tranquille de Montesquieu. Note IV. quelque mérite qu'elle ait acquis d'ailleurs dans toutes les fonctions civiles les plus honorables. ne sera jamais véritablement noble. toutes les fois qu'il ne s'agit pas de style. pour l'animal politique et religieux (comme a dit Aristote). Les lois de la nature.boucherie! et si les uns et les autres vous disaient qu'ils aiment la gloire. au moyen de quoi il établit une chose publique véritablement noble. artisans et gens de métier.. Voici un passage de Montesquieu bien propre à faire sentir la force de cet esprit général qui commandait à tous les écrivains. et ils mettaient. 26 0 . sont celles qui dérivent uniquement de la constitution de notre être. de ne jamais rire en se regardant. pour être fêté par les frères. nette et gentille. Lycurgue prit des Égyptiens son idée de séparer les gens de guerre du reste des citoyens. comme tant d'autres.) Ainsi les lois naturelles. ne ririez-vous pas de tout votre coeur de l'ingénuité de ces pauvres bêtes? » Note II. pour les connaître bien. (Plut. VI de la traduction d'Amyot. pendant tout le dernier siècle. aussi bien que la chose est possible. chap. II. liv.) Et parmi nous encore. des lois. une famille qui n'a jamais porté les armes. nette et gentille. L'erreur. il faut considérer un homme avant l'établissement des sociétés: les lois de la nature seraient celles qu'il recevrait dans un état pareil. jamais je ne me persuaderai qu'il ait écrit sérieusement ce qu'on vient de lire. du bout des lèvres. et de mettre à part les marchands. Je crois tout simplement qu'il récitait son Crédo. Cependant ils étaient convenus.

» (OEuvres de madame Guyon. tandis que c'est uniquement par leurs crimes qu'ils se rendent malheureux plus qu'ils ne devraient l'être. OEuvres. » (Racine à Boileau. etc. in-12. 171. n'est-ce pas celui de DIEU DES ARMÉES? etc. dans cette compagnie. Tout ce qui est de votre état est ordre de Dieu pour vous.) 26 1 . Mais quelque chose de plus réel et de plus solide me détermine là-dessus. ainsi vous ne faites pas une affaire de perdre quelquefois la messe les jours ouvriers. pag. 54. » (OEuvres spirit. IV. 1692. XXXIV. pag. de Geoffroi. tom.) Note VII. tom. pag. qui faisait dire à son Jupiter. Paris. Le plus auguste des titres que Dieu se donne à lui-même. et où il n'y ait quelqu'un qui communie de la manière du monde la plus édifiante. (Odyss. Pour moi je n'entends guère de messes dans le camp qui ne soit suivie par quelques mousquetaires. grand Dieu! j'ose presque dire que c'est vous qui nous avez trompés. Lettre CLXIX. au commencement de la première partie: « Presque tous les peuples de la terre. 1768. et si nous sommes trompés dans la noble idée que nous nous formons de la gloire des conquérants. il y a près de trois mille ans: Ah! que les hommes accusent les dieux injustement! Ils disent que les maux leurs viennent de nous.. 172. Mascaron a dit dans l'oraison funèbre de Turenne. 32. . « Il ne faut pas vous rendre singulier. et avait même fait ses dévotions le jour d'auparavant. il y a des gens fort réglés. On dit que. lettre XVIe. Il était d'une piété singulière. in-12. tom. quelque différents d'humeur et d'inclination qu'ils aient pu être. Londres.« Je vous ai parlé du lieutenant de la compagnie des grenadiers qui fut tué. mais c'est un dessein de pure miséricorde pour vous détacher du monde et pour vous ramener à une vie de pure foi. » Mais qui n'admirerait la sagesse d'Homère.) Note VI. de Fénélon. VII.Disons-nous mieux? Je prie qu'on fasse attention à l'##uper moron. « J'ai été affligé de ce que vous ne serviez pas. édit.) Note V. Vous ne serez peut-être pas fâché de savoir qu'on lui trouva un cilice sur le corps. sont convenus en ce point d'attacher le premier degré de la gloire à la profession des armes. 275. au camp devant Namur. Cependant si ce sentiment n'était appuyé que sur l'opinion des hommes. qui est une mort sans relâche. 1808. XI des Lettres chrétiennes et spirit. surtout à l'armée. 1. on pourrait le regarder comme une erreur qui a fasciné tous les esprits... tom.

hist. » (Bolingbroke's letters on the study and use of history.Note VIII. Isaïe. V. 1788. la politique mercenaire de tous ces princes. et faire couler le sang qui devait purifier la terre. et.) En écrivant ces lignes. pag. in4o. n'élevait pas nation contre nation. qui a coûté si cher aux Grecs. XXVI. la scélératesse du cabinet anglais. Voici ce qu'écrivait Bolingbroke au sujet de la guerre terminée par la paix de Nimègue. souillée par le débordement de tous les crimes. Note IX. tom. Dans la tragédie grecque d'Oreste. IV. 8. V. quoiqu'il nous ait été conté par un auteur contemporain. s'empara de la ville. dit-il. 215. (Alcoran. chap. et Mahomet a parlé comme l'un et l'autre: Si Dieu. 11. Note X. Gen.. les soldats le poursuivant avec de grands cris. liv.. Will.) Je le crois cependant aussi certain que celui des oies. Bolingbroke se doutait peu qu'en un clin d'oeil les Hollandais fouleraient aux pieds Louis XIV à Gertruidenberg. de Thomas-Kouli-Khan. 8. mais l'élevèrent à une force presque insurmontable à toute coalition future. DCCCXCVI. les fausses notions. (Muratori Ann. Orest. la terre serait entièrement corrompue. V. et qu'ils seraient le noeud d'une coalition formidable qui serait brisée à son tour par une puissance de second ordre: Un gant et un verre d'eau. la pauvreté de quelques princes de l'empire. qui se crurent au moment d'un assaut général. que la beauté de cette femme ne fut que le moyen dont les dieux se servirent pour allumer la guerre entre deux peuples. 184. Arnoulf. la désunion et. perdirent la tête et prirent la fuite. Peu d'auteurs anciens se montrent plus versés qu'Euripide dans tous les dogmes de la théologie antique.) Fas est ab hoste doceri.. Il a parlé comme Isaïe. en un mot les vues étroites. Works. pour m'exprimer encore aussi franchement sur ma nation que sur les autres. profitant de cette terreur panique. pour parler clair. Apollon déclare: « Qu'il ne faut point s'en prendre à Hélène de la guerre de Troie. L'empereur Arnoulf faisait le siège de Rome: un lièvre qui s'était jeté dans le camp de ce prince s'échappa en courant du côté de la ville. tom. 1677-80. en 1679: « La misérable conduite de l'Autriche. in-8o. d'Ital. in-4o.) Eurip. 26 2 . (Luitpr. I. hist. ou se précipitèrent du haut des remparts.) Muratori ne croit pas trop à ce fait. n'empêchèrent pas seulement qu'on ne mît des bornes à cette puissance. pag. Bâle. 21. les assiégés. pour POMPER les souillures. ad ann. pag. » (Mot à mot. cité par le chev. Lettre VIII. Jones.

Qui de l'éternité ne fais qu'un heureux jour. a devancé le jour. Et répands dans nos coeurs le feu de ton amour. 341. Sat. _Illuc testiculi sibi conscius unde fugit mus . . ubi velari pictura jubetur Quaecumque alterius sexus imitata figuram est.. Lève-toi. Et que fuie avec vous la mémoire honteuse Des objets qu'à nos sens vous aviez présentés. . Fuyez. ._ (Juven. Fais briller à nos yeux ta clarté secourable. 338. songes. . troupe menteuse.) Note XII. 26 3 . seigneur. Dangereux ennemis par la nuit enfantés. VI. Fais qu'ainsi nous chantions un jour avec les anges Le bien qu'à tes élus réserve ton amour. . Que ce jour se passe sans crime.Note XI. soleil adorable. Pour chanter ici tes louanges Notre zèle. . .

) On peut observer ici en passant que les mécréants du dernier siècle. 5. nos yeux soient innocents. c'est de nous prêter leurs propres pensées. Voltaire.) Ainsi tous les bouffons possibles sont bien les maître de battre l'air tant qu'ils voudront. Hist. l. dont les prêtres et les Incas buvaient une portion après la cérémonie.. II. etc. apprendra deux choses en jetant la plume: ce que c'est que la prière. Chantons l'auteur de la lumière Jusqu'au jour où son ordre a marqué notre fin. Note XIII. et qu'un frein légitime Au joug de la raison asservisse nos sens. etc.. 9. le prêtre la rompait et la distribuait aux assistants. tom. (Bossuet. etc. en apparence si simple et si facile. et ce que c'est que le talent de Racine. Et qu'en le bénissant notre aurore dernière Se perde en un midi sans soir et sans matin.. VI. etc. nos mains. et pol.. (Ibid. Au Pérou.) Celui qui voudra sans vocation essayer quelque chose dans ce genre. qu'une oublie devient Dieu. Chacun mangeait son morceau. liv. dans les oeuvres mêlées de ce grand poète. in-8o. Ils ont trouvé un moyen infaillible de nous rendre ridicules. Rien n'est plus vrai que cette sensation. se sont extrêmement amusés à nous faire dire: Que nous mangeons notre Dieu après l'avoir fait. (Ibid.Que nos langues. Que tout soit chaste en nous. et dans l'Aca. de variat. Après l'avoir portée en procession et rapportée dans le temple. Hist. I.) Carli a tort de citer ce trait sans le moindre signe de désapprobation. 9. » (Raynal. les Lettres américaines de Carli-Rubi. Frédéric II. Raynal. le pain est Dieu. tombe d'elle-même par sa propre absurdité. ou liqueur sacrée.. traduites par Racine.. l. Voy. 6. phil. (Voyez les hymnes du Bréviaire romain.. mais cette proposition.) « Les Mexicains formaient une image de leur idole en pâte de maïs qu'ils faisaient cuire comme un pain. lettres 4.. et se croyait sanctifié après avoir mangé son Dieu. etc. 9. 3.. 26 4 . Hume. le sacrifice consistait dans le Cancu ou pain consacré.

messieurs. liv. Le plaisir que je prends à nos conversations m'a fait naître l'idée de les écrire. monsieur le chevalier? LE CHEVALIER. m'appliquant surtout à suivre le 26 5 . (Pensées de Marc-Aurèle.. §27. (Hipp. Chaque soir avant de me coucher. liv. I. comme il m'arriva à Gaëte et à Chryse. pp. et dans le moment où elles me sont encore très présentes. p.) Je ne connais aucun autre texte d'Hippocrate qui se rapporte plus directement au sujet. LE CHEVALIER. Hippocrate dit dans ce traité: Que tout homme qui juge bien des signes donnés par les songes en sentira l'extrême importance.) HUITIEME ENTRETIEN. ils m'ont enseigné des remèdes pour mes maux. de Somn. j'arrête sur le papier les traits principaux. les secours dont ils ont besoin. et il décide ensuite d'une manière plus générale que la mémoire de l'interlocuteur ne lui rappelait: Que l'intelligence des songes est une grande partie de la sagesse. in fin. Qu'est-ce donc que vous voulez dire. par les songes et par les oracles. 2. particulièrement pour mes vertiges et mon crachement de sang.. cap. dans mes songes. (Note de l'éditeur.) Note XV. LE SÉNATEUR. in fin. qu'avant de poursuivre nos entretiens je vous présente le procès-verbal des séances précédentes. On lit en effet ceci dans les tablettes de ce grand personnage: Les dieux ont la bonté de donner aux hommes. ##Ostis oun epistatai krinein tauta ortoos mego meron epistatai sophies. Une grande marque du soin des dieux pour moi. Tout ce que nous disons ici se grave profondément dans ma mémoire. I. IX. le lendemain je me mets au travail de bonne heure et j'achève le tissu. d'ailleurs je ne donne point aux idées le temps de s'échapper. Trouvez bon. c'est que. 635. Tom. et pour ainsi dire la trame de la conversation. Edit Van der Linden.Note XIV. Vous savez que cette faculté est très forte chez moi: c'est un mérite assez léger pour qu'il me soit permis de m'en parer.

mais je ne crois pas qu'un tel ouvrage réussît. Je connais beaucoup d'hommes dans le monde. que j'ai compté sur de nombreuses corrections. il y a peu de temps: qu'une conversation valait mieux qu'un livre. de dialogue et 26 6 . lorsqu'il est pénétré d'une croyance et à mesure qu'il en est pénétré. Pourquoi donc. puisqu'elle admet l'interruption. Tout homme est une espèce de FOI pour un autre. Ne confondez pas les termes: ceux de conversation. mais je vous avoue qu'en m'imposant cette tâche pénible. eût rendu fidèlement nos conversations. pendant deux ou trois semaines seulement. en vérité je pourrais fort bien faire la folie de les porter chez l'imprimeur. Je puis me tromper. mais il ne s'ensuit pas qu'elle soit faite pour être imprimée. LE COMTE. et rien ne l'enchante. à la même heure. Elle vaut mieux sans doute pour s'instruire. car il s'en faut que nous puissions nous réunir exactement tous les jours.fil du discours et la filiation des idées. LE CHEVALIER. LE COMTE. je vous en prie? Vous me disiez cependant. toujours il y aura de temps à autre quelque empêchement insurmontable. persuadé que je serais utile à quelques-uns et agréable au moins à beaucoup d'autres. Je me suis promis une véritable jouissance dans ce travail commun. D'autres flottent et ne demandent qu'à se fixer. Je voudrais leur communiquer ces mêmes idées qui ont occupé nos soirées. S'il vous semblait même que ma plume. aidée par une mémoire heureuse et par une révision sévère. extrêmement dégoûtés des doctrines modernes. je regarde même comme une chose impossible que trois personnes indépendantes puissent. et je crois que peu d'idées essentielles me sont échappées. comme de la trouver chez l'homme qu'il estime. se promettre. Elles auront beau s'accorder. j'ai pensé aux autres plus qu'à moi. Vous savez d'ailleurs que je ne manque pas de temps. Les hommes ne peuvent être réunis pour un but quelconque sans une loi ou une règle qui les prive de leur volonté: il faut être religieux ou soldat. J'ai donc eu plus de temps qu'il ne fallait. et souvent ce ne sera qu'une bagatelle. LE CHEVALIER. à la largeur des marges. l'interrogation et l'explication. Vous ne me refuserez pas d'ailleurs le plaisir d'entreprendre la lecture de mon ouvrage: et vous comprendrez. et toute affaire cessante. se donner parole expressément. beaucoup de jeunes gens surtout. faire chaque jour la même chose.

et même aussi probables. et lui répond tout d'une haleine par une dissertation régulière: ce genre ne peut être le nôtre. car il suppose une conversation qui n'a jamais existé. et les dialogues des morts. quand même la chose serait possible. qu'elle ne serait pas faite pour être imprimée. C'est une oeuvre purement artificielle: ainsi on peut en écrire autant qu'on voudra. Je ris en effet. Il n'y a entre nous aucune subordination. Cette règle est dans la nature. Je persiste donc à croire que si nos entretiens étaient publiés fidèlement. qui part toute formée. nous sommes des êtres très réels. c'est une composition comme une autre. qui ont illustrés plus d'une plume. sans vous en apercevoir vous argumentez puissamment contre votre projet. La conversation divague de sa nature: elle n'a jamais de but antérieur. Depuis que vous m'avez jeté l'un et l'autre dans les lectures sérieuses. Mais l'entretien est beaucoup plus sage. il me semble que l'entretien est subordonné aux règles de l'art dramatique. et si ce sujet est grave.) Quant au dialogue. du cerveau de l'écrivain. c'est-à-dire avec toute cette exactitude qui est possible. Ce genre nous est donc absolument étranger. parce qu'il me semble que. qui n'admettent point un quatrième interlocuteur (1). dans le même quart d'heure. vous m'accordez une égalité que je ne demande point. Nous ne sommes point des lettres majuscules. Cicéron introduit un auditeur qu'il désigne tout simplement par la lettre A. elle admet un nombre illimité d'interlocuteurs. Je conviendrai donc si vous voulez. il se fait faire une question par cet auditeur imaginaire. il suppose un sujet. il nous gênerait fort. et qui ne donne pas seulement l'idée d'un entretien réel. Si nous avions ici un quatrième. le sénateur? LE SÉNATEUR.d'entretien ne sont pas synonymes. et.. très palpables: nous parlons pour nous instruire et pour nous consoler. Comment 26 7 . fruit des transitions les plus bizarres. j'ai lu les Tusculanes de Cicéron. de l'existence de Dieu et de l'opéra-comique.. malgré la supériorité d'âge et de lumières. comme Minerve. Voilà encore une oeuvre de pure imagination. qui nous mènent souvent à parler. à cause d'un certain pêle-mêle de pensées. elle dépend des circonstances. -(1) Nec quarta loqui persona laboret. traduites en français par le président Bouhier et par l'abbé d'Olivet. M. ce mot ne représente qu'une fiction. que ceux des vivants publiés par d'autres auteurs. (Hor. sont aussi réels. Vous riez.

et malheur à vous! -(1) Voy. Nos entretiens ont commencé par l'examen de la grande et éternelle plainte qu'on ne cesse d'élever sur le succès du crime et les malheurs de la vertu. voyons. et je crois que notre ami en fait autant. je le mets sur votre conscience. et que pour celui même qui ne croirait pas à une autre 26 8 . Quant aux autres digressions inévitables dans tout entretien réel. I. que la responsabilité puisse jamais vous ôter le sommeil. si je publiais le livre. et je suis persuadé que personne ne s'en fâcherait. au reste. transportée dans un livre. je vous assure. j'y vois plus d'avantages que d'inconvénients. N'ayez pas peur: je ne crois pas qu'on me surprenne jamais à piller Locke. tom. LE SÉNATEUR. pourrait avoir son prix et mettre de l'art dans la négligence. autrement vous nous verriez apparaître comme deux ombres furieuses. après la peur que vous m'en avez fait. disje. il fallait en savoir un peu mille. je vous en prie. quand même vous ne publieriez l'ouvrage qu'après notre mort. de dire dans la préface: J'espère que le lecteur ne regrettera pas son argent (1). Écoutez. par hasard? LE CHEVALIER. Quoi qu'il en puisse arriver dans l'avenir. le livre ne pouvant faire beaucoup de mal. le chevalier. LE CHEVALIER. c'est de vous garder sur toute chose. pour ainsi dire. Je crains peu. 369. d'assurer sa route en étayant une proposition par d'autres lorsqu'elle en a besoin: que cette facilité. pourvu qu'elles naissent du sujet et sans aucune violence. flanquées par d'autres vérités. Il me semble que toutes les vérités ne peuvent se tenir debout par leurs propres forces: il en est qui ont besoin d'être. p. Je crois donc que cette facilité que donne la conversation. et de là vient cette maxime très vraie que j'ai lue je ne sais où: Que pour savoir bien une chose. M. ce me semble. Je n'y manquerais pas. où nous en sommes aujourd'hui. Tout ce que nous vous demandons en commun. et nous avons acquis l'entière conviction qu'il n'y a rien au monde de moins fondé que cette plainte.pourriez-vous convenir plus clairement des inconvénients qu'il entraînerait qu'en nous entraînant nous-mêmes dans une conversation sur les conversations? Ne voudriez-vous pas aussi l'écrire.

pour que l'ordre soit visible et irréprochable. et par conséquent d'une nécessité purement secondaire qui doit enflammer notre prière. non comme le signe de la dégradation humaine. et qu'il ne doit s'en prendre qu'à ses propres vices. Il suffit en effet. Les fléaux dont nous sommes frappés. mais toujours comme homme. que nul homme n'est puni comme juste. à l'homme vertueux. 26 9 . Mais comme il n'y a point d'homme juste. C'est. celle de toutes nos excursions qui m'a le plus attaché. s'obstine à soutenir que par là même il échappe entièrement à l'action de la prière. ce qui nous a valu plusieurs réflexions sur les langues et sur l'origine de la parole et des idées. Nous pouvions sans doute nous contenter à cet égard des idées générales. qui est malheureusement celle de la nature humaine. et secondement. Ce sophisme mortel a été discuté et combattu dans le plus grand détail. car vous m'avez fait envisager ce fléau de la guerre sous un point de vue tout nouveau pour moi. et l'homme étant donné tel qu'il est. Nous avons vu dans les nations sauvages une image affaiblie du crime primitif. Ces points éclaircis. et je compte y réfléchir encore de toutes mes forces. la prière se présentait naturellement à nous comme un supplément à tout ce qui avait été dit. mais à la vertu. qui. le parti de la vertu serait toujours le plus sûr pour obtenir la plus haute chance de bonheur temporel. et qu'on nomme très justement fléaux du ciel. il n'y en a point qui ait droit de se refuser à porter de bonne grâce sa part des misères humaines. en premier lieu. et n'envisager toutes ces sortes de calamités qu'en masse: cependant nous avons permis à la conversation de serpenter un peu dans ce triste champ. même dans ce monde. en sorte qu'il est faux que la vertu souffre dans ce monde: c'est la nature humaine qui souffre. Ce qui a été dit sur les supplices. sur les maladies et sur les remords ne laisse pas subsister le moindre doute sur ce point. et l'homme n'étant qu'une parole animée. puisqu'il est nécessairement criminel ou de sang criminel. il n'est pas même possible à notre raison d'imaginer un autre ordre de choses qui ait seulement une apparence de raison et de justice. et toujours elle le mérite. loin de la décourager. LE SÉNATEUR. et ne saurait l'être. ce qui nous a conduits à examiner à fond toute la théorie du péché originel. s'il refuse d'employer ce remède. et la guerre surtout nous a beaucoup occupés. mais comme cette dégradation même. que la plus grande masse de bonheur soit dévolue à la plus grande masse de vertus en général.vie. je vous l'assure. puisqu'elle est un remède accordé à l'homme pour restreindre l'empire du mal en se perfectionnant lui-même. À ce mot de prière nous avons vu s'élever la grande objection d'une philosophie aveugle ou coupable. ne voyant dans le mal physique qu'un résultat inévitable des lois éternelles de la nature. la dégradation de la parole s'est présentée à nous. que le plus grand bonheur temporel n'est nullement promis. J'ai surtout fait une attention particulière à ces deux axiomes fondamentaux: savoir. nous ont paru les lois de la nature précisément comme les supplices sont des lois de la société.

mais il est cependant sûr que l'homme gagne à souffrir volontairement. il n'aurait nul droit de se plaindre. ni de si évidemment juste. M. et la mort une aventure. le chevalier. ce qui malheureusement n'a pas besoin de preuve. je veux encore soumettre à votre examen quelques pensées que je crois fondées et qui peuvent. pourquoi ne remercierait-il pas de même Dieu qui le fait souffrir? Je ne sais comment cela se fait. mais vous avez remarqué de plus. il finirait par s'abrutir au point d'oublier complètement toutes les choses célestes et Dieu même. mais qu'il ne vienne point nous étourdir de ses impertinences sur le malheur de ceux qui ne lui ressemblent pas. Je crois de plus en mon âme et conscience que si l'homme pouvait vivre dans ce monde exempt de toute espèce de malheurs. et comme il n'y serait soumis précisément qu'en cette qualité d'homme. à l'égard des austérités religieuses. J'ai souvent observé. Les souffrances sont pour l'homme vertueux ce que les combats sont pour le militaire: elles le perfectionnent et accumulent ses mérites. serait néanmoins sujet à tous les maux qui menacent l'humanité.Pardon si je vous interromps. et que l'opinion même l'en estime davantage. en sa qualité d'homme. que le vice même qui s'en moque ne peut s'empêcher de leur rendre hommage. les souffrances sont une occupation. Je ne sais si je suis dans l'erreur. mais il me semble qu'il n'y aurait rien de si infortuné qu'un homme qui n'aurait jamais éprouvé l'infortune: car jamais un tel homme ne pourrait être sûr de lui-même. Le juste. dans cette supposition. vous l'avez remarqué. à mon avis. Comment pourrait-il. mais avant d'abandonner tout à fait l'intéressante discussion sur les souffrances du juste. C'est 27 0 . Le brave s'est-il jamais plaint à l'armée d'être toujours choisi pour les expéditions les plus hasardeuses? Il les recherche au contraire et s'en fait gloire: pour lui. je ne vois rien de si heureux pour lui. et si la justice divine à son tour accepte cette acceptation. qui dort à minuit sur l'édredon. qu'il n'y a point de juste dans la rigueur du terme: d'où il suit que tout homme a quelque chose à expier. Que le poltron s'amuse à vivre tant qu'il voudra. ni savoir ce qu'il vaut. qui veille et qui prie pour nous à la même heure? Mais j'en reviens toujours à ce que vous avez observé avec tant de raison: qu'il n'y a point de juste. c'est son métier. plus heureuse que l'austère carmélite. si le juste (tel qu'il peut exister) accepte les souffrances dues à sa qualité d'homme. faire considérer les peines temporelles de cette vie comme l'une des plus grandes et des plus naturelles solutions de toutes les objections élevées sur ce point contre la justice divine. Or. La comparaison me semble tout à fait juste: si le brave remercie le général qui l'envoie à l'assaut. et rien n'est plus clair. Quel libertin a jamais trouvé l'opulente courtisane. s'occuper d'un ordre supérieur. puisque dans celui même où nous vivons. les misères qui nous accablent ne peuvent nous désenchanter des charmes trompeurs de cette malheureuse vie? LE CHEVALIER.

nous sont. J'ajoute qu'elles sont un gage manifeste d'amour. mais je ne vois pas ce que peut craindre. M. Comment les peines ne seraient-elles pas toujours proportionnées aux crimes? Je trouve surtout que les nouveaux raisonneurs qui ont nié les peines éternelles sont d'une sottise étrange. puisque ces peines. s'ils n'admettent pas expressément le purgatoire: car. comme nos religieuses de la stricte observance: en tout cas comptez sur ce point de l'histoire. décomptées sur celles de l'avenir. le chevalier. qu'il n'y a rien que je croie plus fermement que le purgatoire. et moins il a souffert moins il est sûr. Celui qui n'a jamais souffert dans ce monde ne saurait être sûr de rien. Vous avez parfaitement raisonné. et qu'elles avaient leurs matines. au pied de la lettre. et même je dois vous féliciter de vous être rencontré avec Sénèque. ou pour m'exprimer plus exactement. il s'ensuit que les afflictions envoyées aux hommes par la justice divine sont un véritable bienfait. elle ne manquera pas de réussir beaucoup dans le monde. et puisque tout péché doit être expié dans ce monde ou dans l'autre. chacun a le sien: il s'agit des choses. Or. Il faut avouer. que si jamais nous avons une Somme théologique écrite de ce style. LE SÉNATEUR. puisque cette anticipation ou cette commutation de peine exclut évidemment la peine éternelle. au lieu de châtier beaucoup plus sévèrement dans l'autre. depuis mon hégire. je dis que le purgatoire est le dogme du bon sens. le chevalier. lorsque nous avons la sagesse de les accepter. 27 1 . LE COMTE. il faut que le voleur soit purgé de ce vol avant de pouvoir se placer en ligne avec les braves gens. Qui jamais a imaginé de faire fusiller un soldat pour une pipe de faïence volée dans le chambrée? cependant il ne faut pas que cette pipe soit volée impunément. M. Il ne s'agit nullement de style.donc par un trait particulier de bonté que Dieu châtie dans ce monde. LE CHEVALIER. messieurs. car vous avez dit des carmélites précisément ce qu'il a dit des vestales (1): j'ignore si vous savez que ces vierges fameuses se levaient la nuit. dans certaines contrées de l'Allemagne où les docteurs de la loi ne veulent plus ni enfer ni purgatoire: il n'y a rien de si extravagant. pour ainsi dire. à qui ces gens-là feront-ils croire que l'âme de Robespierre s'élança de l'échafaud dans le sein de Dieu comme celle de Louis XVI? Cette opinion n'est cependant pas aussi rare qu'on pourrait l'imaginer: j'ai passé quelques années. je vous prie. Vous saurez. ce que peut laisser craindre celui qui a souffert avec acceptation.

et parce que ceux qui demandent un homme impassible.. ce me semble. p. Je crois que je vous aurais parlé de ces peines temporaires futures que nous nommons purgatoire. Vous ne m'aviez pas compris parfaitement: je n'avais exclu de nos entretiens que les peines dont l'homme pervers est menacé dans l'autre monde.. c'est autre chose. mais le sens est rendu. d'ailleurs si beau et si estimable. V.La seule observation critique que je me permettrai sur votre théologie peut être aussi. le sénateur. disait-il. LE CHEVALIER. Dieu fait réellement miséricorde aux coupables en les châtiant dans ce monde. en mettant même cette considération à l'écart. Sénèque. LE COMTE. etc. les privations et les souffrances. et c'est ce qui donne à son traité de la Providence. parce qu'il n'en savait pas autant que vous (ce que je vous prie de bien observer). ne pouvant répondre aussi bien que vous. être Sylla que Régulus. parce qu'il serait Dieu s'il ne souffrait pas. qu'il n'y ait ici une petite confusion d'idées. tom. une légère couleur de déclamation.. demandent un autre monde. ibid.) (2) Idem. -(1) Non est iniquum nobilissimas virgines ad sacra facienda noctibus excitari. de Prov. altissimo somno inquinatas frui? (Sen. vous avez rappelé avec beaucoup de raison que tout homme souffre parce qu'il est homme.. Comme il vous plaira. Il est certain que ces peines futures et 27 2 . (2)? » Mais prenez garde. cap. je vous prie.. car sur ce point tout le monde est d'accord: il s'agit de savoir pourquoi il a plu à Dieu de rendre ce mérite nécessaire? Vous trouverez des blasphémateurs et même des hommes simplement légers. (3) Voy. et vous avez ajouté une chose non moins incontestable en remarquant que nul homme n'étant juste. disposés à vous dire: Que Dieu aurait bien pu dispenser la vertu de cette sorte de gloire. Quant à vous. III. le chevalier ne m'avait interdit de chercher mes preuves dans l'autre monde (3). 14. adressée à ce même Sénèque: « Aimeriez-vous mieux. M. Ce ne sont pas les propres mots. c'est-à-dire exempt de crimes actuels (si l'on excepte la sainteté proprement dite. Il ne s'agit point du tout de la gloire attachée à la vertu qui supporte tranquillement les dangers. qui est très rare). si M. mais quant aux peines temporaires imposées au prédestiné. s'est jeté sur cette gloire qui prête beaucoup à la rhétorique. tom I.

du bon sens. mais pour le coupable par voie de réversibilité. ne satisfait pas seulement pour lui. . en souffrant volontairement. vous avez entendu les docteurs de la loi nier tout à la fois l'enfer et le purgatoire.Vous ne dites rien. que celui de purgatoire mettait en colère. Mais en voilà assez sur ce sujet. ou peut-être même des stations. une réponse directe et péremptoire à toutes les objections fondées sur les souffrances du prétendu juste. comme vous disiez tout à l'heure. Je ne sais. Ce qui signifie dans doute qu'il y a dans l'ordre que nous voyons une injustice qui ne s'accorde pas avec la justice de Dieu. mon cher sénateur? Je continue.? sans se croire le moins du monde ridicule. si vous n'êtes pas dans l'erreur en croyant que dans ce pays où vous avez dépensé sans fruit. 27 3 . C'est une des plus grandes et des plus importantes vérités de l'ordre spirituel. Remettons-en donc la discussion à demain. et n'attend pas la révélation (I). Je me hâte d'arriver à l'une des considérations les plus dignes d'exercer toute l'intelligence de l'homme. uniquement pour la bonne police. ils se brouillent de nouveau parce qu'ils ne veulent que le purgatoire (II): c'est cela qui est extravagant. et de peur de faire monter au ciel. quoique. au reste. lorsqu'ils sont devenus philosophes ils se sont mis à nier l'éternité des peines. dans le fait. en sorte qu'après s'être brouillés avec nous parce qu'ils ne voulaient point de purgatoire.. je ferai d'abord la première supposition pour écarter toute espèce de confusion. C'est une énorme puissance que celle des mots! Tel ministre. laissant néanmoins subsister un enfer à temps. dit-on. Vous pourriez fort bien avoir pris la dénégation d'un mot pour celle d'une chose. qu'il s'empare. par les seules lumières de la raison. On ne saurait expliquer. qui sait. mais non pas sans mérite. Mais un enfer temporaire n'est autre chose que le purgatoire. pour ainsi dire. et laissez-moi consacrer les derniers moments de la soirée au développement de quelques réflexions qui se sont présentées à mon esprit sur le même sujet. le commun des hommes s'en occupe fort peu. nous accordera sans peine un lieu d'expiation ou un état intermédiaire. Les insurgés ne voulaient rien rabattre de l'enfer pur et simple.temporaires fournissent. Voyez donc ce que tout cela veut dire de la part d'un de ces athées de persuasion et de profession. Néron et Messaline à côté de saint Louis et de sainte Thérèse. pour tous ceux qui les croient. autrement l'objection n'aurait point de sens. cette objection pouvant partir de la bouche d'un athée ou de celle d'un théiste. Cependant. les succès du méchant et les souffrances du juste dans ce monde. et il est vrai encore que ce dogme est si plausible. tant de zèle et tant de valeur. Le juste. Un des grands motifs de la brouillerie du XVIIIe siècle fut précisément le purgatoire. Or.. mais il me faudrait pour la traiter à fond plus de temps qu'il ne m'en reste aujourd'hui. tout d'un trait.

Il faudra donc que le mécréant se retourne et dise: Que l'existence du mal est un argument contre celle de Dieu.Je ne sais en vérité si ce malheureux Hume s'est compris lui-même. et même si sottement avec tout son génie: Qu'il était impossible de justifier le caractère de la Divinité (1). argumenter contre Dieu de cette même idée qu'il leur a donnée de lui-même. Toutes les autres considérations ne peuvent se rapporter qu'à 27 4 . puisqu'on ne saurait avoir l'idée de ce qui n'existe pas (III)? En effet. Ceci est curieux! Autant vaut le Spinosa de Voltaire qui dit à Dieu: Je crois bien entre nous que vous n'existez pas (1). tout ceci n'est qu'une espèce de préface à l'idée favorite que je voudrais vous communiquer. et ils sont en état de nous dire à point nommé comment Dieu serait fait si par hasard il y en avait un: en vérité il n'y a pas de folie mieux conditionnée. Au surplus. Justifier le caractère d'un être qui n'existe pas! -(1) Il a dit en effet en propres termes: « Qu'il est impossible à la raison naturelle de justifier le caractère de la Divinité. L'intelligence ne se prouve à l'intelligence que par le nombre. sans faire attention que cette seule idée prouve Dieu. -(1) Voyez la pièce très connue intitulée les Systèmes. l'homme peut-il se représenter à lui-même. donc il n'existe pas. » Encore une fois. qui ne rirait d'entendre des hommes qui ont fort bien une tête sur les épaules comme nous. lorsqu'il a dit si criminellement. ce mal. et la peinture peut-elle représenter à ses yeux autre chose que ce qui existe? L'inépuisable imagination de Raphaël a pu couvrir sa fameuse galerie d'assemblages fantastiques. messieurs. l'athée.) Il ajoute avec une froide et révoltante audace: « Montrer que Dieu n'est pas l'auteur du péché. ce qui est cependant le comble de l'extravagance: qu'en résultera-t-il contre l'existence de Dieu? Rien du tout. J'admets la supposition folle d'un dieu hypothétique. » (Essays on liberty and necessity. vers. fin. S'il était permis de rire en un sujet aussi triste. pour nier Dieu. ainsi. Ah! ces messieurs savaient donc que Dieu qui n'existe pas est juste par essence! Ils connaissent les attributs d'un être chimérique. n'existerait pas. c'est ce qui a passé jusqu'à présent toutes les forces de la philosophie. le suppose. qu'est-ce qu'on veut dire? Il me semble que tout se réduit à ce raisonnement: Dieu EST injuste. Il en est de même du monde moral: l'homme ne peut concevoir que ce qui est. mais chaque pièce existe dans la nature. qui est une injustice. et j'admets encore que les lois de l'univers puissent être injustes ou cruelles à notre égard sans qu'elles aient d'auteur intelligent. parce que si Dieu existait.

le cri devient chant. Dites-moi. car l'ordre n'est que le nombre ordonné. à la mesure. ce que l'habitude seule nous empêche de trouver extraordinaire. je vous prie. -(1) Cette circonstance fixe la date du dialogue au 23 juillet. l'impératrice-mère (1)? Si le mois de juillet ramenait chaque année la peste. et je crois qu'il en est de même de celles que j'ignore) les mêmes mots expriment le nombre et la pensée: on dit. comme c'est par le nombre que l'homme se prouve à son semblable. le saut est danse. et c'est par le nombre qu'il se prouve à nous. (Note de l'éditeur. et la symétrie n'est que l'ordre aperçu et comparé. Ramenez-le: avec lui reparaissent ses deux filles célestes. la force s'appelle dynamique. et l'on dit: Je me suis trompé dans tous mes calculs. et il compte aller vous voir. de savoir ensuite si et pourquoi l'homme est traité bien ou mal dans ce même monde: c'est une autre question qu'on peut examiner une autre fois. mécomptes dans la politique. et ce mot de pensée même ne vient-il pas d'un mot latin qui a rapport au nombre? 27 5 . on dit raison sage et raison inverse. et qui n'a rien de commun avec la première. le nombre comme synonyme de la pensée ou de ses procédés. le bruit reçoit le rythme. par exemple. c'est que dans les langues (du moins dans celles que je sais. messieurs. Enfin nous disons également: Il compte ses écus. que la raison d'un grand homme a découvert la raison d'une telle progression. vous ôtez les arts. Le nombre. comme dans l'ordre physique l'usage du feu nous distingue d'elle d'une manière tranchante et ineffaçable. Commençons donc à voir si le nombre est dans l'univers.) Le nombre est la barrière évidente entre la brute et nous dans l'ordre immatériel. la parole et par conséquent l'intelligence. le nombre! ou l'ordre et la symétrie. si. à l'équilibre. quoiqu'il ne s'agisse du tout point de calculs. Les mots relatifs aux poids. ce qui n'a rien de commun avec la question primitive de l'existence. dans le discours. l'alignement de ces horribles flambeaux ne prouvait pas au spectateur une intelligence ordonnatrice aussi bien que la paisible illumination faite hier pour la fête de S. Une preuve sensible de cette vérité. les sciences. ramènent à tout moment. lorsque Néron illuminait jadis ses jardins avec des torches dont chacune renfermait et brûlait un homme vivant. ce joli cycle serait tout aussi régulier que celui des moissons.M. ce mot de calcul même qui se présente à moi reçoit la double signification. Dieu nous a donné le nombre. et les traces sont des figures. l'harmonie et la beauté. et mécomptes dans le calcul.certaines propriétés ou qualités du sujet intelligent. Otez le nombre.

etc. d'après vos amples recueils sur le nombre trois en particulier: il est écrit dans les astres. et vingt divisé par quatre porte son invariable quotient à l'extrémité de nos quatre membres. avec une richesse qui étourdit par son invariable constance dans les variétés infinies. à moins qu'on ne veuille soutenir que la courbe que je trace grossièrement sur le papier avec un anneau de fil et un compas prouve bien une intelligence qui l'a tracée.. dans nos rimes plates (si heureusement nommées). la mesure. les pieds. Trente-deux est écrit dans notre bouche. sur la terre. de même tous les êtres créés prouvent par leur syntaxe l'existence d'un suprême écrivain qui nous parle par ces signes. ni d'écriture sans écrivain. en effet. il se montre dans nos yeux. tous ces êtres sont des lettres dont la réunion forme un discours qui prouve Dieu. les ritournelles. Deux est frappant dans l'équilibre merveilleux des deux sexes qu'aucune science n'a pu déranger. par exemple. mais que cette même courbe décrite par une planète ne prouve rien. etc. de ce que vous me dîtes un jour. doivent-ils être placés symétriquement pour nous plaire? Pourquoi la rime. etc. Elle jouit donc partout où elle se reconnaît. de quelque manière qu'il nous soit présenté? regardez bien: il est écrit sur toutes les parties de l'univers et surtout sur le corps humain. et le nombre n'est-il pas toujours le même. et le plaisir que nous cause la symétrie ne saurait avoir d'autre recine. nous plaisent-ils dans la musique et dans la poésie? Pouvez-vous seulement imaginer qu'il y ait. ils la prouveraient de même à tous ceux qui liraient ces mots arrangés suivant les lois de la syntaxe. dont le merveilleux instrument que je viens de nommer n'est qu'une grossière imitation.L'intelligence comme la beauté se plaît à se contempler: or. le sénateur. dans nos oreilles. car tout être intelligent aime à placer et à reconnaître de tout côté son signe qui est l'ordre. Souvenez-vous. mais faisons abstraction de ce plaisir et n'examinons que la chose en elle-même. ou qu'une lunette achromatique prouve bien l'existence de Dolland. De là vient le goût que nous avons tous pour la symétrie. les meubles dans nos appartements. c'est le nombre. Pourquoi des soldats en uniforme sont-ils plus agréables à la vue que sous l'habit commun? pourquoi aimons-nous mieux les voir marcher en ligne qu'à la débandade? pourquoi les arbres dans nos jardins. le rythme. c'est-à-dire l'intelligence qui le prononce: car il ne peut y avoir de discours sans âme parlante. Une figure de la même espèce aurait-elle donc moins de force pour être écrite dans le ciel. jeté par le naufrage sur une île qu'il croyait déserte.. Comme ces mots que je prononce dans ce moment vous prouvent l'existence de celui qui les prononce. ne prouve point du tout l'existence d'un artiste suprême ni l'intention de prévenir l'aberration! Jadis un navigateur. les plats sur nos tables. aperçut en parcourant le rivage une figure de géométrie tracée sur le sable: il reconnut l'homme et rendit grâces aux dieux. Le nombre se déploie dans le règne végétal. quelque beauté intrinsèque? Cette forme et tant d'autres ne peuvent nous plaire que parce que l'intelligence se plaît dans tout ce qui prouve l'intelligence. et que s'ils étaient écrits. le miroir de l'intelligence. de Ramsden. mais que l'oeil. M. et que son signe principal est le nombre. dans l'intelligence 27 6 .

de l'alchimie. où les intentions sont moins visibles. comme si plusieurs dés jetés un grand nombre de fois amènent toujours rafle de six. de toutes les sociétés secrètes. soient arrangés et agissent eux-mêmes d'une certaine manière invariable. il y en a deux. du moins pour eux. dans la fable. une profonde science et d'immenses travaux. dans la grammaire. dans la géométrie. dans la théologie. pour produire un ordre général et invariable. et il se trouve qu'au lieu d'une preuve de l'ordre et de l'intelligence qui l'a produit. ce qui serait fort dangereux. sortilèges. Ils ont fait de la recherche des intentions une affaire majeure. dans les Védas. j'ai eu lieu de faire une singulière observation: c'est que l'aspect de l'ordre. invocations. pressant trop vivement certains hommes que je me rappelle fort bien. en un mot dans tout ce qui existe. de la théurgie. une espèce d'arcane (IV) qui compose. quelles suites funestes n'aurait pas une telle erreur! Pour donner à l'idée dont je vous parle toute la force qu'elle peut avoir. en parlant d'un grand physicien qui avait prononcé quelque chose dans ce genre: Il ose s'élever jusqu'aux causes finales (c'est ainsi qu'ils appellent les intentions). antiques ou modernes. parce qu'elle les dispense du sens commun qui les tourmente. et par le travail intérieur de l'artiste qui est la cause. comme vous sentez: car si l'on venait à croire que Dieu se mêle d'une chose qui va toute seule. dans les mystères de la cabale. dans son corps. Voyez le grand effort! Une autre fois ils avertissaient de se donner bien garde de prendre un effet pour une intention. légitimes ou illégitimes. charmes. dans l'Évangile. et par conséquent du nombre et de l'intelligence. Je les ai entendus dire. c'est le hasard: allons donc! . On dira peutêtre. l'intelligence sera prouvée par l'invariabilité du nombre qui est l'effet. dans toutes les cérémonies religieuses. Mais qu'est-ce qu'une loi? est-ce la volonté d'un législateur? Dans ce cas ils disent ce que nous disons.des hommes. dans le Talmud. suivant eux. j'ai toujours remarqué qu'ils affectent de resserrer autant qu'ils le peuvent la recherche des intentions dans le cercle du troisième règne. Ils se sont mis à soutenir qu'il est impossible de reconnaître l'intention à moins de connaître l'objet de l'intention: vous ne sauriez croire combien ils tiennent à cette idée qui les enchante. la question recommence. dans la politique. ou qu'il a eu une telle intention tandis qu'il en avait une autre. dans une infinité de formules oratoires ou poétiques qui échappent à l'attention inavertie. exorcismes. ils on inventé un subterfuge ingénieux et dont ils tirent le plus grand parti. Ils se retranchent pour ainsi dire dans la minéralogie et dans ce qu'ils appellent la géologie. dans la vérité. et qui leur présentent d'ailleurs le plus vaste 27 7 . comme il faut que ces éléments. Est-ce le résultat purement mécanique de certains éléments mis en action d'une certaine manière? Alors. pour échapper à cette torture de la conscience. ablutions. de la symétrie. aspersions. Dans une ville tout échauffée par le ferment philosophique.Des fous désespérés s'y prennent d'une autre manière: ils disent (je l'ai entendu) que c'est une loi de la nature. magie noire ou blanche.

ils n'aiment pas trop en discourir. c'est pour dessécher et assainir le terrain. Or. la balustrade n'est que l'ouvrage d'un volcan. l'esprit de secte fait ce qu'il peut. le résultat de ce grand mystère. N'ayant donc besoin que d'une fin pour tirer notre conclusion. j'ai droit de n'en voir aucune. Tous peuvent se tromper. Le lit du canal n'est qu'un affaissement naturel des terres. de près ou de loin. aux atomes.. mais celui qui serait bien sûr d'avoir raison. mais quant au règne de la vie. on ne peut y lire aucune intention. à la gravité. il donne le change. toujours ils parlent de la nature morte quand ils sont les maîtres du discours. me disaient-ils toujours avec la plus comique modestie. aux couches terrestres. Sur des points où il n'est pas possible de bien raisonner. ou du moins c'est ce qu'ils veulent faire entendre (ce qui n'est pas à beaucoup près la même chose). etc.. nous ne sommes point obligés de répondre au sophiste qui nous demande. que l'intention ne saurait être prouvée tant qu'on n'a pas prouvé l'objet de l'intention. ou. toujours ils me ramenaient aux molécules. Que savons-nous. or je n'imagine pas de sophisme plus grossier: comment ne voit-on pas (1) qu'il ne peut y avoir de symétrie sans fin. Vous croirez difficilement peut-être qu'il soit possible de raisonner aussi mal. puisque la symétrie seule est une fin du symétriseur? Un garde-temps. l'autre. le voici: c'est que l'animal étant lettre close. tout tient à leur grande maxime. perdu dans les forêts d'Amérique et trouvé par un Sauvage. évitant avec soin d'être conduits dans le champ des deux premiers règnes où ils sentent fort bien que le terrain résiste à leur tactique. C'est ce qu'ils pensent. Je vous répète que lorsque ces philosophes dissertent sur les intentions. Quant au philosophe qui viendrait nous dire: « Tant que vous n'êtes pas tous d'accord sur l'intention. c'est celui qui se bornerait à dire: Il l'a fait creuser pour des fins à lui connues. comme ils disent. dont il part une voix un peu trop claire qui se fait entendre aux yeux. pas plus extraordinaire par sa régularité que ces assemblages d'aiguilles basaltiques qu'on voit en Irlande et ailleurs. sur les causes finales (mais je n'aime pas ce mot). Souvent je leur parlais de l'animal par pure malice. » -- 27 8 . il divague.champ pour disputer et pour nier (c'est le paradis de l'orgueil). c'est pour conserver du poisson. un troisième enfin. c'est pour se mettre à l'abri des voleurs. le revêtement est une concrétion. mais vous leur ferez trop d'honneur. etc. et surtout il s'étudie à laisser les choses dans un certain demi-jour favorable à l'erreur. que savons-nous sur les animaux? le germinaliste sait-il ce que c'est qu'un germe? entendons-nous quelque chose à l'essence de l'organisation? a-t-on fait un seul pas dans la connaissance de la génération? la production des êtres organisés est lettre close pour nous. lui démontre la main et l'intelligence d'un ouvrier aussi certainement qu'il les démontre à M. mais. quelle fin? Je fais creuser un canal autour de mon château: l'un dit. Schubbert (2).

Croyez-vous. pourquoi ne pas adopter l'argument qui fait justice? Mais comme ni le philosophe. si vous le permettez. d'autres pendent encore à des fiches prêtes à se détacher. ni surtout le château ne sont là. mais qu'est-ce que le désordre? c'est une dérogation à l'ordre apparemment. distingué par une foule de connaissances que sa politesse tient constamment aux ordres de tout amateur qui veut en profiter. Je m'opposerais pour mon compte à cette manière de raisonner. et le nid d'un colibri repose sur la tête d'un crocodile. (2) Savant astronome de l'académie des sciences de SaintPétersbourg. ni le canal. et l'on voudrait ne pas voir. et la cataracte est formée. mon cher sénateur! Jamais l'orgueil n'a dit: J'ai tort. il n'y a plus de fenêtres. Quant à ceux qui nient par pur orgueil et sans conviction (le nombre en est immense). donc on ne peut objecter le désordre sans confesser un ordre antérieur. il vous dirait toujours: Cela ne prouve rien. des armoires entières sont tombées. qu'il y eût un peu trop de brutalité à lui dire: Mon bon ami. et celui de ces gens-là moins que tous les autres. Des coquillages ont roulé dans la salle des minéraux. par la raison toute simple qu'en sortant de l'eau.Cependant quel insensé pourrait douter de l'intention primitive. et de recevoir une démonstration ex ore infantium et lactentium. Ah! quelle erreur est la vôtre. le canal est destiné à baigner les fous. qui laisse approcher les enfants. je continuerai. L'orgueil se révolte contre la vérité. mais l'on est fâché de voir. La porte est ouverte et brisée. Ils parlent de désordre dans l'univers. LE COMTE. On peut se former une idée parfaitement juste de l'univers en le voyant sous l'aspect d'un vaste cabinet d'histoire naturelle ébranlé par un tremblement de terre. le philosophe aurait eu droit de dire: Cela ne prouve rien.(1) On voit très bien. LE CHEVALIER. messieurs. Quand vous lui auriez donc adressé l'argument le plus démonstratif. et par conséquent l'intelligence. ils sont peut-être plus coupables que les premiers. ou croire que l'édifice fût construit dans cet état? Toutes les grandes masses sont ensemble: 27 9 . Ainsi la réponse devant toujours être la même. On a honte d'ailleurs de ne voir que ce que les autres voient. Bientôt les ténèbres du coeur s'élèvent jusqu'à l'esprit. . ce qu'on lui prouverait sur-le-champ? LE SÉNATEUR.

Qu'est-ce donc qu'une injustice de Dieu à l'égard de l'homme? Y aurait-il par hasard quelque législateur commun au-dessus de Dieu qui lui ait prescrit la manière dont il doit agir envers l'homme? Et quel sera le juge entre lui et nous? Si le théiste croit que l'idée de Dieu n'emporte point celle d'une justice semblable à la nôtre. Je sais bien que Dieu ne peut changer les essences des choses. sans cesser pour cela d'être tout-puissant. et s'il ne m'accorde pas que la loi est la volonté d'un législateur. le vide d'une layette la replace: l'ordre est aussi visible que le désordre. lorsqu'elle viole une loi divine ou révélée. donc il ne peut avoir lieu sous l'empire d'un Dieu juste: cet argument n'est qu'une erreur dans la bouche d'un 28 0 . Je ne sais ce qui est possible. il s'agit seulement d'existence et de puissance. Il y a donc deux intentions visibles au lieu d'une.MON DIEU! qu'est-ce que cela signifie? Il ne s'agit ni de toute-puissance ni de toute-bonté. au contraire. et comme il est partout. je ne comprendrai pas mieux le mot de loi que celui d'injustice. c'est la voix. Il y a plus: regardez de près. c'est le signe. de ma vie je n'ai étudié que le nombre. . rétablit sans peine tout ce qu'un agent funeste a brisé. de manière que j'ignore une infiniment grande quantité de choses que Dieu ne peut faire. en se promenant dans ce vaste temple de la nature. mais je ne connais qu'une infiniment petite partie de ces essences. il admet. il croit Dieu juste suivant nos idées. c'est-à-dire l'injustice d'un dieu juste. il ne l'a pu. Que si. cependant il ne trouvera pas mauvais que je commence par lui demander ce que c'est qu'une injustice? S'il ne m'accorde pas que c'est un acte qui viole une loi. on a pratiqué des routes au milieu des décombres. mais en nous bornant à la première idée. . Je veux me montrer tout aussi complaisant à son égard que je l'ai été avec l'athée. de quoi se plaint-il? il ne sait ce qu'il dit. et l'oeil. le désordre supposant nécessairement l'ordre. ou faussé. ou déplacé. le mot n'aura plus de sens. ou souillé. celui qui argumente du désordre contre l'existence de Dieu la suppose pour la combattre. Or je comprends fort bien comment une loi humaine peut être injuste. je ne sais ce qui est impossible. et reprenons la question avec le théiste. manifestée à ses sujets pour être la règle de leur conduite. c'est la parole de l'intelligence. tout en se plaignant des injustices qu'il remarque dans l'état où nous sommes. et déjà vous reconnaîtrez une main réparatrice. je la vois partout.Un tel ordre de choses est injuste. une foule d'analogues ont déjà repris leur place et se touchent. ou innée. c'est-à-dire l'ordre et la restauration.dans le moindre éclat d'une vitre on la voit toute entière. dans la confusion générale. et il a manqué de bonté. ou voulant l'empêcher. une contradiction monstrueuse. mais le législateur de l'univers est Dieu. qui heureusement sont très peu nombreux dans le monde (1). je ne crois qu'au nombre. sans y faire attention. Mais laissons là les athées. et il a manqué de puissance. Vous voyez à quoi se réduit ce fameux argument: Ou Dieu a pu empêcher le mal que nous voyons. et. Quelques poutres sont étayées.

je le demande à tous les mécontents. l'autre dit: Je ne le vois pas là. afin que personne ne le redoute? Certainement non. cruel. impitoyable. mais jamais elle ne dit autrement: je la trouve moins honnête. le théiste ne peut plus revenir sur ses pas sans déraisonner. heureux de la liberté générale. injustes même si l'on veut: là-dessus. Je voudrais vous faire une question: si vous aviez vécu sous les lois d'un prince. Plus Dieu nous semblera terrible. Laissez-moi.. qu'il n'y a pas moyen de justifier le caractère de la Divinité. et ne cessant de redouter son pouvoir. Dieu se plaît au malheur de ses créatures.athée. et ne sachant pas fermer l'oeil sur la moindre démarche de ses sujets. -(1) Je ne sais s'il y a peu d'athées dans le monde. c'est ici que j'attends les murmurateurs! . prenez bien garde. et sa justice l'étant aussi comme un attribut nécessaire de la divinité. expliquant l'ordre des choses par les attributs. Quelle conclusion pratique en tirerons-nous? car c'est surtout cela dont il s'agit. je ne dis pas méchant. 28 1 . plus nos prières devront être ardentes et infatigables: car rien ne nous dit que sa bonté y suppléera. La preuve de l'existence de Dieu précédant celle de ses attributs. jamais tranquille sur son autorité. monter ce bel argument: Dieu est injuste. mais seulement sévère et ombrageux.. messieurs. et il doit dire au contraire: Un tel ordre de choses a lieu sous l'empire d'un Dieu essentiellement juste: donc cet ordre de choses est juste par des raisons que nous ignorons.Au contraire. je vous prie. se rangeant toujours pour laisser passer l'homme. marquées au coin d'une sagesse et même d'une bonté frappante: quelques-unes néanmoins (je le suppose dans ce moment) paraissent dures. Ces lois sont. nous savons qu'il est avant de savoir ce qu'il est. plus nous devrons redoubler de crainte religieuse envers lui. au lieu d'accuser follement les attributs par l'ordre des choses. et rien n'est plus évident: donc il faut le prier et le servir avec beaucoup plus de zèle et d'anxiété que si sa miséricorde était sans bornes comme nous l'imaginons. mais je sais bien que la philosophie entière du dernier siècle est tout-à-fait athéistique. Mais j'accorde même à ce théiste supposé la coupable et non moins folle proposition. mais dans celle d'un théiste c'est une absurdité: Dieu étant une fois admis. je serais curieux de savoir si vous auriez cru pouvoir vous donner les même libertés que sous l'empire d'un autre prince d'un caractère tout opposé.Donc apparemment il ne faut pas le prier. Il dit: Je ne le vois pas. . Eh bien! la comparaison saute aux yeux et ne souffre pas de réplique. Je trouve même que l'athéisme a sur elle l'avantage de la franchise. en général. donc. même nous ne saurons jamais pleinement ce qu'il est. Nous voici donc placés dans un empire dont le souverain a publié une fois pour toutes les lois qui régissent tout.

les plaintes qu'on ose élever contre la providence. aux grands officiers de l'état d'être les dépositaires et les gardiens des vérités conservatrices. peut-être? impossible: il est partout. Autrefois il y avait très peu de savants. d'apprendre aux nations ce qui est mal et ce qui est bien. mais je crois devoir ajouter qu'il y a dans ces plaintes quelque chose d'intrinsèquement faux et même de niais. se dépiter. puisqu'elles n'effleurent pas la première des vérités et qu'elles prouvent même contre lui? qui sont enfin à la fois ridicules et funestes dans la bouche du théiste. déjà si triste. qui sont inutiles même à l'athée. aucune lumière capable de l'éclairer et de le perfectionner? des plaintes au contraire qui ne peuvent que lui nuire. et qu'il faut absolument servir. il n'y a 28 2 . s'il y a une chose sûre dans le monde. car. ne vaut-il pas mieux (quel qu'il soit) le servir par amour que sans amour? Je ne reviendrai point sur les arguments avec lesquels nous avons réfuté. c'est un peuple. Que signifient en effet des plaintes ou stériles ou coupables. et parmi eux l'exception. écrire contre le souverain? c'est pour être fustigé ou mis à mort. Rousseau même en est convenu. De toutes parts ils ont usurpé une influence sans bornes. est devenue règle. Mais savez-vous. Rien de ce qui est nécessaire ne lui est confié: il faudrait avoir perdu l'esprit pour croire que Dieu ait chargé les académies de nous apprendre ce qu'il est et ce que nous lui devons. un certain non sens qui saute aux yeux. d'où vient ce débordement de doctrines insolentes qui jugent Dieu sans façon et lui demandent compte de ses décrets? Elles nous viennent de cette phalange nombreuse qu'on appelle les savants. et rien n'est hors de lui. et un très petit nombre de ce très petit nombre était impie. Pourquoi a-t-on commis l'imprudence d'accorder la parole à tout le monde? C'est ce qui nous a perdus. aux nobles. qui ne fournissent à l'homme aucune conséquence pratique. Se plaindre. dans nos précédents entretiens. Il n'y a pas de meilleur parti à prendre que celui de la résignation et du respect. c'est une foule. c'est. et cependant. puisqu'elles ne sauraient aboutir qu'à lui ôter l'amour en lui laissant la crainte? Pour moi je ne sais rien de si contraire aux plus simples leçons du sens commun. aujourd'hui on ne voit que des savants: c'est un métier. puisque nous partons de la supposition que le maître existe. Il appartient aux prélats. Ils ont les sciences naturelles pour s'amuser: de quoi pourraient-ils se plaindre? Quant à celui qui parle ou qui écrit pour ôter un dogme national au peuple. Les philosophes (ou ceux qu'on a nommés de la sorte) ont tous un certain orgueil féroce et rebelle qui ne s'accommode de rien: ils détestent sans exception toutes les distinctions dont ils ne jouissent pas. ce qui est vrai et ce qui est faux dans l'ordre moral et spirituel: les autres n'ont pas droit de raisonner sur ces sortes de matières. sans songer à ce qu'il demandait pour lui (1).que faut-il faire? sortir de l'empire. et que nous n'avons pas su tenir dans ce siècle à leur place. qui est la seconde. je dirai même de l'amour. messieurs. il doit être pendu comme voleur domestique. que ce n'est point à la science qu'il appartient de conduire les hommes. à mon avis. ou comme disent les Anglais.

Singulière bizarrerie du climat! après une journée des plus chaudes. Les livres mêmes des protestants présentent plusieurs témoignages favorables à ce dogme. M. Le docteur Beattie. voilà le vent qui fraîchit au point que la place n'est plus tenable. FIN DU HUITIEME ENTRETIEN. Il y aurait de quoi gagner une extinction de voix. À demain donc. rappelle au sujet de la mort de son incomparable épouse ce mot d'une femme de compagnie: « Si celle-là n'est pas reçue en paradis. ELLE Y EST OU ELLE Y SERA. Je ne voudrais pas qu'un homme échauffé se trouvât sur cette terrasse. parce qu'il est maître. ils attaqueront tout.point d'autorité qui ne leur déplaise. Note II. et son crédit y recevra ses amis! (Observations de l'éditeur. Voyez si ce ne sont pas les mêmes hommes qui ont écrit contre les rois et contre celui qui les a établis! Ah! si lorsque enfin la terre sera raffermie. même Dieu. Note I. dit qu'on y trouve une théorie sublime des récompenses et des châtiments de l'autre vie. Laissez-les faire. 13. tant sur le purgatoire que sur le culte des saints. je crois. nous sommes tous perdus. p. -(1) Contrat social. LE SÉNATEUR. Je ne me refuserai point le plaisir d'en citer un des plus frappants. » Et il ajoute: Ah! sans doute elle y est dans ce séjour céleste. il n'y a rien au-dessus d'eux qu'ils ne haïssent. mes bons amis. en parlant du VIe livre de l'Énéide.) On conviendra que ce texte exhale une assez forte odeur de Catholicisme. et que je n'irai point exhumer d'un in-fol. NOTES DU HUITIEME ENTRETIEN. citer une protestation plus naturelle et plus spontanée du bon sens contre les préjugés de sectes et d'éducation. I.. et l'on ne saurait. Dans les Mélanges extraits des papiers de madame Necker. théorie prise probablement des Pythagoriciens et des 28 3 . l'éditeur.. tom. Necker. je ne voudrais même pas y tenir un discours trop animé.

liv. ajoute ces mots bien dignes de lui et bien dignes de nos plus sages méditations: Mais. pourvu qu'en la prononçant. in-8. (On Truth.. ce me semble. comme il le reconnaîtra bientôt. p. part.) Que toute personne donc pour qui cette démonstration est faite s'écrie de tout son coeur: Je vous remercie de n'être pas comme un de ceux-là. Mallebranche. ##Kai potamoi. kai oi upenerthe KAMONTAS Anthropous tennusthon. 221. ne se permet pas de parler plus clair. en sa qualité de protestant. (in ##KAMNO) prétendent que cette expression est exactement synonyme du latin vita functus. sans le moindre doute.. remarquable par je ne sais quel orgueil aigre. ce qui ne peut être vrai. avec toute la force. toute la clarté. ditil.Platoniciens. ASSEZ pour rendre le récit du poète intéressant et pathétique à l'excès. et avec leurs notions naturelles du vice et de la vertu. le personne ne pense pas du tout à ses talents. toute l'élégance imaginables. qui s'est trompé sur tout. la vie et la souffrance actuelles. Les Grecs appelaient le morts les souffrants. s'accorde avec les espérances et les craintes de l'homme.. Ici la prière du pharisien est permise et même ordonnée. surtout à l'égard de la seconde forme ##kamontes. Un de ces fous désespérés. Note IV. III.. (Hom. Rech. kai gaia. on voit cependant combien sa raison s'accommodait d'un système qui renfermait surtout LUGENTES CAMPOS. oi kamontes. Le Protestantisme. quoique imparfait. Il ajoute que ce système. de la Ver. Iliad. sur le 278e vers du IIIe livre de l'Iliade. qui donnerait à tout lecteur l'envie 28 4 . il est assez inutile de proposer au commun des hommes de ces démonstrations que l'on peut appeler personnelles (Mallebr. 223. le vers d'Homère où se trouve cette expression remarquable indiquant.) Note III. ne s'est jamais trompé d'une manière plus anti-logique et plus anti-divine que sur l'article du purgatoire. ch. repoussant. et Ernesti dans son Lexique. II. immodéré. après avoir exposé cette belle démonstration de l'existence de Dieu par l'idée que nous en avons. 278. II. et n'éprouve pas le plus léger mouvement de haine contre ceux-là.) Le docteur. III.) Clarke. qui la devaient eux-mêmes à une ancienne tradition. chap XI. (##Oi kekmekotes.

si déclamatoires. point d'artiste. qu'on ne doit pas être surpris qu'ils aient dégoûté tant de personnes de ces sortes de lectures. mais si l'on n'avait jamais ouï parler de gouvernement. renferment des principes si hasardés. des observations si puériles et si décousues. on prendrait pour un fou celui qui délibérerait entre la monarche héréditaire et l'élective. NEUVIEME ENTRETIEN. Il se garde bien. dis-je. messieurs. Qu'y a-t-il de plus extravagant en théorie que la monarchie héréditaire? Nous en jugeons par l'expérience. ce que l'on peut imaginer de mieux. par exemple. car il aurait fallu nommer tout ce qu'on a jamais vu de plus grand. tout ce qui lui ressemblait le moins. LE COMTE. et qui proposerait des règles d'analyse pour découvrir les vues d'un agent par l'inspection de son ouvrage. et. s'est particulièrement distingué par le parti qu'il a tiré de ce grand sophisme. On vient. si vagues. s'il était vivant. Cette théorie est destinée à remplacer les ouvrages où elle est faiblement traitée. c'est-àdire. offre plusieurs preuves de cette vérité. 110. pour vous satisfaire. que la première est. selon mes forces. car la plupart des ouvrages écrits jusqu'à présent sur les causes finales. Je n'oublierai rien. il n'y a point de fin. La politique. pag. par l'expérience. à tout prendre. Cependant nous savons. des réflexions si triviales et si déclamatoires. le comte.d'aller battre l'auteur.. LE SÉNATEUR. M. de nommer les auteurs de ces ouvrages si puérils. par exemple. de plus religieux et de plus aimable dans le monde. Quel argument ne 28 5 . et qu'elles présentent certains points où la théorie en apparence la plus évidente se trouve en contradiction avec l'expérience. Il nous a présenté une théorie des fins qui embrasserait les ouvrages de l'art et ceux de la nature (un soulier. au reste. d'inventer le métier à bas: vous êtes tenu de découvrir par voie d'analyse les vues de l'artiste. et tant que vous n'avez pas deviné qu'il s'agit du bas de soie. par exemple. etc. et qu'il fallût en choisir un. mais permettez-moi d'abord de vous faire observer que toutes les sciences ont des mystères. et une planète). et la seconde de plus mauvais. Eh bien. êtes-vous prêt sur cette question dont vous nous parliez hier (1)? -(1) Voy. par conséquent.

et qui ont prévu tous les cas? néanmoins rien n'est plus faux.peut-on pas accumuler pour établir que la souveraineté vient du peuple! Cependant il n'en est rien. 28 6 . et toute constitution écrite est NULLE. ne pourrait s'acquitter. et qui. intitulé: Examen de l'évidence intrinsèque du Christianisme (I). jamais donnée. Le premier est un gentilhomme anglais. souffrant volontairement. le paralogisme qui considérait la vénalité en elle-même. se sont rencontrés avec un accord surprenant. mais tout à fait substantiel. mais pour le coupable. dans d'autres branches de nos connaissances. même au professeur. ou si vous voulez. et qui s'est fait beaucoup d'honneur par un ouvrage très court. c'est de quoi vous pouvez être parfaitement sûrs. nommé Jennyngs. Au nombre de ces propositions. sans jamais s'être lus ni connus mutuellement. messieurs. et une seconde théorie plus profonde découvre ensuite qu'il en doit être ainsi. Je ne connais pas d'ouvrage plus original et plus profondément pensé.. mais sans avoir jamais entendu parler de lui ni de son livre avant l'année 1803. en métaphysique surtout et en histoire naturelle. Le peuple le mieux constitué est celui qui a le moins écrit de lois constitutionnelles.. homme distingué sous tous les rapports. Le second est l'auteur anonyme des Considérations sur la France (1). que je vous cite deux écrivains qui l'ont traité chacun à leur manière. Qui ne dirait que la meilleure constitution politique est celle qui a été délibérée et écrite par des hommes d'état parfaitement au fait du caractère de la nation. nous rencontrons des propositions qui scandalisent tout à fait notre raison. il faut sans doute ranger comme une des plus importantes celles que je me contentai d'énoncer hier: que le juste. se déchaîna si fort ici contre la vénalité des charges établies en France. Ne soyons donc pas étonnés si. de lui-même. Vous n'avez pas oublié ce jour où le professeur P. et j'eus le plaisir de vous convaincre qu'une magistrature héréditaire était ce qu'on pouvait imaginer de mieux en France. publiées pour la première fois en 1794. Il a été longtemps le contemporain de Jennyngs. ne satisfait pas seulement pour luimême. Je ne crois pas en effet qu'il y ait rien de plus révoltant au premier coup d'oeil. Je ne doute pas que vous n'entendiez avec plaisir la lecture de deux morceaux aussi singuliers par leur accord. et qui cependant se trouvent ensuite démontrées par les raisonnements les plus solides. La souveraineté est toujours prise. Au lieu de vous parler moi-même. permettez. au lieu de la considérer seulement comme moyen d'hérédité. qui. avant de vous parler moi-même sur ce grand sujet. mort en 1787. et cependant il ne fut pas difficile de faire sentir.

sans feu ni lumière. je lui tends les bras. C'est là que depuis plus de trente ans j'écris tout ce que mes lectures me présentent de plus frappant. le premier surtout. je mangeai avec un évêque français un dîner que nous avions préparé nous-mêmes. et maintenant vous ne sauriez croire avec quel plaisir je parcours cette immense collection. Je ne puis rencontrer les noms de ces villes sans me rappeler ceux des excellents amis que j'y ai laissés. et je crois l'entendre qui m'appelle à son tour. Souvent je tombe sur des feuilles écrites sous ma dictée par un enfant bien-aimé que la tempête a séparé de moi. (Note de l'éditeur. Quelquefois je me borne à de simples indications.) LE CHEVALIER. et sans me répondre surtout. Seul dans ce cabinet solitaire. Chaque passage réveille dans moi une foule d'idées intéressantes et de souvenirs mélancoliques mille fois plus doux que tout ce qu'on est convenu d'appeler plaisirs. mais vous voyez d'ici ces volumes immenses couchés sur mon bureau. et souvent aussi j'y place ces pensées du moment. Ce jour-là j'étais gai. Je vois des pages datées de Genève. et ne pouvant étendre sur des têtes chéries qu'une misérable natte pour les préserver d'une neige fondue qui tombait sans relâche. LE COMTE. sur les bords d'un fleuve étonné de se voir pris par les glaces. de Venise. je l'avais passée à l'ancre sur une barque découverte. Quelques-uns n'existent plus. mais leur mémoire m'est sacrée.. Je ne possède ni l'un ni l'autre de ces deux ouvrages. Porté par le tourbillon révolutionnaire en diverses contrées de l'Europe. qui a tout ce qu'il faut pour me convenir.. de Rome. voulez-vous bien prendre le volume B de mes recueils. d'autres fois je transcris mot à mot des morceaux essentiels. le chevalier. j'avais la force de rire doucement avec l'excellent homme qui m'attend aujourd'hui dans un meilleur monde. jamais ces recueils ne m'ont abandonné. ces illuminations soudaines qui s'éteignent sans fruit si l'éclair n'est fixé par l'écriture. et qui jadis consolèrent mon exil. sans pouvoir nous coucher ni même nous appuyer un instant. souvent je les accompagne de quelques notes. Mais. bon Dieu! qu'est-ce donc que je dis. assis sur des coffres avec toute ma famille. Avez-vous ces deux ouvrages? Je les lirais avec plaisir. n'entendant que les cris sinistres de quelques bateliers qui ne cessaient de nous menacer. Une certaine date me rappelle ce moment où.-(1) Le comte de Maistre lui-même. de Lausanne. mais la nuit précédente. au milieu d'une nuit profonde. puisqu'il est très bon sans être long. vous êtes plus près. lisez d'abord le 28 7 . et où vais-je m'égarer? M.

si elle est volontairement offerte. qu'ils ne puissent pas pour cette raison être imposés sur nous et levés comme une taxe sur le bien général. le voici tout de suite. Cette doctrine n'a aucun rapport avec cette fin. Mais. elle ne puisse pas être justement acceptée de l'innocent à la place du coupable. comme étant le premier en date: vous le trouverez à la page 525. Elle doit donc dériver d'un instinct naturel ou d'une révélation surnaturelle. qui n'a jamais pu inventer un expédient aussi inexplicable. puisqu'elle la contredit. ou que cette taxe ne puisse pas être payée par un être aussi bien que par un autre. Aussi loin que l'histoire peut faire rétrograder nos recherches. Un homme acquitte les dettes d'un autre homme (1). . pourquoi Dieu accepte ces punitions. Nous la trouvons plantée dans l'esprit des Sauvages les plus éloignés qu'on découvre de nos jours.. et croire à l'avantage du moyen d'apaiser leurs dieux offensés par des sacrifices. que Dieu veut bien accepter les souffrances du Christ comme une expiation des péchés du genre humain. Conclusion. Paris.. c'est sur quoi le Christianisme garde le silence. ou à quelles fins elles peuvent servir. Il est à remarquer que. et que. .. elle a cependant été universellement adoptée dans tous les âges. malgré la vaste différence qui les sépare dans toutes leurs opinions religieuses.. ni de l'artifice des rois et des prêtres. Jennyngs. dans la vue de dominer sur le peuple. J'ai posé le signet ce matin.. dans les temps les plus reculés. Cette vérité n'est pas moins intelligible que celle-ci. no 4. p. Jamais cette notion n'a pu dériver de la raison.. » -28 8 .. Le Christianisme nous a dévoilé plusieurs vérités importantes dont nous n'avions précédemment aucune connaissance. et ce silence est sage. tant civilisées que barbares.. par conséquent.. et parmi ces vérités celle-ci. nous voyons toutes les nations. malgré l'espèce d'absurdité apparente que présente cette doctrine. ni de l'ignorance. et qui n'ont ni rois ni prêtres.. Vue de l'évidence de la religion chrétienne considérée en elle-même. . elle ne peut nous démontrer que ce ne soit pas de nécessité que viennent le crime et le châtiment.. 517. se réunir dans ce point. c'est-à-dire par la substitution des souffrances des autres hommes et des autres animaux.. 1769. et conséquemment il n'exige point que nous sachions ou que nous croyions rien sur la forme de ces mystères. traduite par M. Le Tourneur. Mille instructions n'auraient pu nous mettre en état de comprendre ces mystères.passage de Jennyngs. in-12. nous ne pouvons pas juger ce qui est ou n'est pas le remède efficace et convenable.En effet. « Notre raison ne peut nous assurer que quelques souffrances des individus ne soient pas nécessaires au bonheur du tout.. Dès que nous ne connaissons pas la source du mal.. et l'une ou l'autre sont également des opérations de la puissance divine. par M.

cap. édit..Mais. Litt. 225. 1797. dit Platon. et qu'il pouvait faire équilibre à tous les maux qui menaçaient sa patrie (1). mais sans nous enfoncer dans cette question qui tient à tout ce qu'il y a de plus profond.. pour le repos des âmes. Satisfactio. on peut la considérer seulement dans son rapport avec le dogme universel et aussi ancien que le monde. usage typique que l'habitude nous fait envisager sans étonnement. mais dont il n'est pas moins difficile d'atteindre la racine. Litt A. pag 226. christ. Londres. opp. Ce fut de ce dogme. et les prophètes envoyés des dieux. P. de Rep. VI. ou dans celle de nos descendants. chap. pag. col.. non seulement aux vivants. -(1) Ils sacrifiaient.) Les dévouements. Bellarm. nous sommes continuellement assaillis par le tableau si fatigant des innocents qui périssent avec les coupables. dit-il.) Je vais lire maintenant l'autre passage tiré des Considérations sur la France. pour les crimes que nous avons commis dans le monde. comme l'assurent de très grandes villes. 2e édition. (Plat. Décius avait la foi que le sacrifice de sa vie serait accepté par la divinité. si fameux dans l'antiquité. ou dans notre personne. tom. II. pag.(1) Il est difficile dans ces sortes de matières d'apercevoir quelque chose qui ait échappé à Bellarmin. au pied de la lettre. infol. Bipont. ou compenser une peine ou payer une dette pour un autre homme. À cela on peut répondre qu'il y a des sacrifices très puissants pour l'expiation des péchés. mais encore aux morts (1).. in-8o. . tenaient encore au même dogme. ut ille satisfacere merito dici possit. de la réversibilité des douleurs de l'innocence au profit des coupables. Or. et les poètes enfants des dieux.. (Rob. dans toutes ces considérations. un homme peut. « Je sens bien que. I. tom.. 53. 3. on dira que nous serons punis dans l'enfer. de manière qu'on puisse dire avec vérité que celui-là a satisfait. 1495. lib. et que les dieux se laissent fléchir. Controv. ce me semble. fidei de indulgentiis. Ingolst.. est compensatio poenae vel solutio debiti: potest autem unus ita pro alio poenam compensare vel debitum solvere. et qu'ils jugeaient utiles. 3. 1601. que les anciens firent dériver l'usage des sacrifices qu'ils pratiquèrent dans tout l'univers. C'est-à-dire: La compensation d'une peine ou le paiement d'une dette est ce qu'on nomme satisfaction. -- 28 9 .

et vous serez sans doute disposés à croire que deux instruments qui ne pouvaient s'entendre n'ont pu se trouver rigoureusement d'accord. . » -(1) Saint Paul aux Romains. EARTH FELT THE WOUND. L'autorité qui approuve ces ordres choisit quelques hommes et les isole du monde pour en faire des conducteurs. Je suis persuadé. tel acceptation. 785. messieurs.) Voilà pourquoi tous les êtres gémissent. Par. lost. et qui sont aussi des dévouements: autant vaudrait précisément demander à qui sert le Christianisme. VIII. (Tit. puisque rien n'est à sa place. mais nous sommes gâtés par la philosophie moderne. Tous les êtres gémissent (1) et tendent avec effort et douleur vers un autre ordre de choses. Les hommes n'ont jamais douté que l'innocence ne pût satisfaire pour le crime. Liv. l'un et l'autre pris à part. et que dans un sens très vrai. 18 et suiv. suivant les règles de l'harmonie.. mais cette idée ne l'a pas conduit à celle d'une dégradation antérieure. tandis que le mal a tout souillé. il peut y avoir eu dans le coeur de Louis XVI. IX. tel mouvement.VIII. On demande quelquefois à quoi servent ces austérités terribles exercées par certains ordres religieux. puisqu'il repose tout entier sur ce même dogme agrandi. Il n'y a que violence dans l'univers.) Le Christianisme est venu consacrer ce dogme qui est infiniment naturel à l'homme. tout est mal. (Milton. Le coup terrible frappé sur l'homme par la main divine produisit nécessairement un contre-coup sur toutes les parties de la nature. et ils ont cru de plus qu'il y avait dans le sang une force 29 0 . La note tonique du système de notre création ayant baissé. dans celui de la céleste Élisabeth. que parce qu'ils l'étaient. Ainsi. toutes les autres ont baissé proportionnellement. quoiqu'il paraisse difficile d'y arriver par le raisonnement. omnes minas periculaque ab diis superis inferisque in se unum vertit.(1) Piaculum omni deorum irae.. avec un instrument supérieur qui leur donne le ton. de l'innocence payant pour le crime. capable de sauver la France. qui nous a dit que tout est bien. que vous ne verrez pas sans étonnement deux écrivains parfaitement inconnus l'un à l'autre se rencontrer à ce point. 10. Le système de la palingénésie de Charles Bonnet a quelques points de contact avec le texte de saint Paul. Elles s'accordent cependant fort bien.

se rattache encore l'inexplicable usage de la circoncision pratiquée chez tant de nations de l'antiquité. qui est le sang. le temps l'efface en passant. de M. vous ne la trouverez pas chez son voisin. que la langue sainte exprimait l'un et l'autre par le même mot. 1788. et vous verrez que si Dieu lui-même ne l'avait mise dans l'esprit de l'homme. s'étaient si bien amalgamées dans l'esprit des hommes de l'antiquité. Enfin l'idée du péché et celle du sacrifice pour le péché. 149. Les grands mots de superstition. in-8o. 152. et que les navigateurs de ces derniers siècles ont retrouvé dans l'archipel de la mer Pacifique (nommément à Tahiti). -(1) II Cor. les Lettres américaines traduites de l'italien. pag. mais toujours on retrouve une opération douloureuse et sanglante faite sur les organes de la reproduction. je ne dis pas sur tout le globe. Lettre IX. C'est-à-dire: Anathème sur les générations humaines. V. jusqu'au 30e degré de latitude (1). À cette théorie des sacrifices. au Mexique. que les descendants d'Isaac et d'Ismaël perpétuent sous nos yeux avec une constance non moins inexplicable. nations civilisées ou barbares. époques de science ou de simplicité. vraies ou fausses religions. 2 vol. -(1) Voy.. le comte Gian-Rinaldo Carli-Rubi. mais sur un grand nombre de peuples. Quelques nations ont pu varier dans la manière. Examinez bien cette croyance. employé par saint Paul. lorsque la 29 1 . que le Sauveur a été fait péché pour nous (1). de manière que la vie. Si une opinion fausse règne sur un peuple. Mais la croyance dont je vous parle ne souffre aucune exception de temps ni de lieu. et de préjugé n'expliquent rien. Le genre humain professait ces dogmes depuis sa chute. Nations antiques et modernes. Paris. à la Dominique. il n'y a pas une seule dissonance dans l'univers. ou si quelquefois elle paraît s'étendre. jamais elle n'aurait pu commencer. pouvait racheter une autre vie. 21.expiatrice. car jamais il n'a pu exister d'erreur universelle et constante. et SALUT PAR LE SANG. De là cet hébraïsme si connu. et dans l'Amérique septentrionale.

) Maintenant. amis qui m'écoutez! et nous verrons tout dans ce sacrifice: énormité du crime qui a exigé une telle expiation. l'homme ne sait ce qu'il est. Il est de vérités 29 2 . de l'autre. et même il n'y comprendra rien. en lui montrant ce qu'il a coûté. le Christianisme est venu justifier cette prophétie. 7. annonçant le salut par le sang. inconcevable grandeur de l'être qui a pu le commettre. ni le rendre meilleur dans cette vie. (Ps. 92. prix infini de la victime qui a dit: Me voici (1)! -(1) Corpus aptasti mihi. Nous comprîmes pourquoi l'homme avait toujours cru qu'une âme pouvait être sauvée par une autre. il résulte de cet accord une des preuves les plus entraînantes qu'il soit possible d'imaginer. in Prom. parce qu'il se trouve isolé dans l'univers et qu'il ne peut se comparer à rien. et pourquoi il avait toujours cherché sa régénération dans le sang. le grand secret du sanctuaire fut connu.. repoussera ces sortes de preuves. Mais ces vérités ne se prouvent point par le calcul ni par les lois du mouvement. Sans le Christianisme. en mettant la réalité à la place du type..grande victime. ni le préparer pour l'autre. élevée pour attirer tout à elle.. REGARDEZ-MOI. dis-je. v. C'EST DIEU QUI FAIT MOURIR UN DIEU (1). et que cette révélation. Videte quanta patior a Deo Deus! (Aeschyl. celui-là. tunc dixi: ecce venio. cria sur le Calvaire: TOUT EST CONSOMMÉ! Alors le voile du temple s'étant déchiré. de manière que le dogme inné et radical n'a cessé d'annoncer le grand sacrifice qui est la base de la nouvelle révélation. si l'on considère d'une part que toute cette doctrine de l'antiquité n'était que le cri prophétique du genre humain. autant qu'il pouvait l'être dans cet ordre de choses dont nous faisons partie. celui qui a rétréci son esprit et desséché son coeur par de stériles spéculations qui ne peuvent. X. Hebr.. prouve à son tour l'origine divine du dogme que nous apercevons constamment comme un point lumineux au milieu des ténèbres du Paganisme..) Oui! regardons-le attentivement. étincelante de tous les rayons de la vérité. -(1) ##IDESTHE M'OIA PROS THEOY PASXO THEOS. et que. XXXIX. le premier service que lui rend la religion est de lui montrer ce qu'il vaut. Celui qui a passé sa vie sans avoir jamais goûté les choses divines. 5.

j'en suis sûr. mais s'il est un homme assez juste pour mériter les complaisances de son Créateur. tout le calme d'une discussion écrite (1). Tous ceux qui ont combattu courageusement dans une bataille sont dignes de louanges sans doute. Tout le monde sait l'histoire de cet aveugle-né qui avait découvert. de l'avis de Sénèque. je ne comprends point comment Dieu peut s'amuser à tourmenter les honnêtes gens. ATTENTIF SUR SON PROPRE OUVRAGE. Dieu le purifie de ses fautes passées. le met en garde contre les fautes futures. disait-il. qu'importe à celui qui sait ce que c'est que le cramoisi? -(1) MENTE CORDIS SUI. (2). mais sans doute aussi la plus grande gloire appartient à celui qui en revient blessé. tourner au 29 3 . Je ne suis pas du tout. qui ne s'étonnait point si Dieu se donnait de temps en temps le plaisir de contempler un grand homme aux prises avec l'adversité. à force de réflexion. 51. Il n'y a point de juste. mais sa main tendrement sévère punit rigoureusement ces mêmes fautes sur le fils unique dont il rachèterait volontiers la vie par la sienne. qui pourrait s'étonner que Dieu. Y a-t-il une plus grande joie pour l'amour que la résignation qui le désarme? Et quand on songe de plus que ses souffrances ne sont pas seulement utiles pour le juste. que le cramoisi ressemblait infiniment au son de la trompette: or. et moimême je craindrais de m'égarer. pour être traité à fond. et voilà tout. Peutêtre qu'avec ce badinage philosophique il aurait embarrassé Sénèque. Ces personnes manquent d'un sens. que nous en savons assez sur les souffrances du juste. mais pour nous il ne nous embarrasserait guère. En mettant l'homme de bien aux prises avec l'infortune. Lorsque l'homme le plus habile n'a pas le sens religieux. c'est pour n'avoir plus rien à pardonner.que l'homme ne peut saisir qu'avec l'esprit de son coeur (1). prenne plaisir à le perfectionner? Le père de famille peut rire d'un serviteur grossier qui jure ou qui ment. mais je pourrais abuser de votre patience. mais nous n'avons même aucun moyen de nous faire entendre de lui. (Luc. je vous l'avoue. I. mais qu'elles peuvent. ce qui ne prouve rien que son malheur. en voyant des personnes dont il estime les lumières se refuser à des preuves qui lui paraissent claires: c'est une pure illusion. Vous n'avez pas oublié. un combat éternel. Il est des points qui exigent.) Il faudrait de plus grands détails pour approfondir le sujet intéressant des sacrifices. Plus d'une fois l'homme de bien est ébranlé. mes bons amis. Ce monde est une milice. Si la tendresse ne pardonne rien. ce que nous disait l'autre jour un homme d'esprit que j'aime de tout mon coeur. par une sainte acceptation. non seulement nous ne pouvons pas le vaincre. que cet aveugle fut un sot ou qu'il fût un Saunderson. Pour moi. Sans doute il prend plaisir à le voir échapper à l'inévitable justice qui l'attendait dans un autre monde. Je crois au moins. comme nous l'avons tant dit. et le mûrit pour le ciel.

donnez-lui tout ce qu'il demandera: » mais si la constitution des choses lui permettait de voir distinctement dans le corps d'un homme. Dieu qui connaît nos inclinations et nos pensées les plus intimes bien mieux que les hommes ne se connaissent matériellement les uns les autres. L'homme qui ne connaît l'homme que par ses actions ne le déclare méchant que lorsqu'il le voit commettre un crime. de Prov.. Il nous arrive souvent. parce que la punition serait inutile. on conviendra qu'il est en effet impossible d'imaginer un spectacle plus digne de la divinité. et qu'en souffrant ainsi il sacrifie réellement pour tous les hommes. dit-il en se retirant. cap. et que l'homme affligé du mal caduc ne soit véritablement épileptique que dans le moment de l'accès? LE SÉNATEUR. Ecce spectaculum dignum ad quod respiciat INTENTUS OPERI SUO DEUS! Ecce par Deo dignum! vir fortis cum mala fortuna compositus! (Sen. L'occasion ne fait point le méchant. dans notre aveugle impatience. parce que ce châtiment doit sauver un homme.) Encore un mot sur ces souffrances du juste. amusez-le. emploie le châtiment par manière de remède. elle le manifeste (1). parfaitement sain en apparence. comme vous allez voir. (2) Ego vero non miror si quando impetum capit (Deus) spectandi magnos viros colluctantes cum aliquo calamitate.. mon digne ami? LE COMTE. par une singulière contradiction. de nous plaindre des lenteurs de la providence dans la punition des crimes. II. Autant vaudrait cependant croire que le venin de la vipère s'engendre au moment de la morsure. nous l'accusons encore. Où voulez-vous donc en venir. -(1) Voyez à la fin de ce volume le morceau intitulé: Éclaircissement sur les sacrifices. « Laissez-le.. et frappe cet homme qui nous paraît sain pour extirper le mal avant le paroxysme. Je ne ferai pas un long circuit. Croyez-vous par hasard que la vipère ne soit un animal venimeux qu'au moment où elle mord. Mais Dieu qui voit tout.profit des coupables. le germe du mal qui doit le 29 4 . C'est ainsi que le sage médecin évite de fatiguer par des remèdes et des opérations inutiles un malade sans espérance. Quelquefois Dieu épargne un coupable connu. et.. tandis qu'il châtie le coupable caché. lorsque sa bienfaisante célérité réprime les inclinations vicieuses avant qu'elles aient produit des crimes.

sont-elles autre chose que l'effort de la vie qui se défend? Dans l'ordre sensible comme dans l'ordre supérieur. ne conseillerait-il pas à ses amis de le lier et de le conserver malgré lui à sa famille? Ces instruments de la chirurgie. et préservatrice. et cette peine est. ce qui vous fera grand plaisir. qui ne contenait que les propres paroles de ce philosophe.) (2) On peut dire des souffrances précisément ce que le prince des orateurs chrétiens a dit du travail: « Nous sommes pécheurs. dont la vue nous fait pâlir. Un membre luxé ou fracturé peut-il être rétabli sans douleur? une plaie. qui devait être cependant un très grand génie. pour la guérison du mal physique.) LE CHEVALIER. sans privation de tout genre. ne lui conseillerait-il pas de se soumettre. Dès que j'aurai rédigé cet entretien.. je suis persuadé qu'il trouvera vos raisons bonnes. Num. -(1) Tout homme instruit reconnaîtra ici quelques idées de Plutarque. Satisfactoire. (De sera. » (Bourdaloue. il croira même que vous avez ajouté aux raisons de Sénèque. parce que nous avons été prévaricateurs. etc. car il est cité de tout côté. et si le lâche préférait la mort à la douleur.tuer demain ou dans dix ans. Je me rappelle que mes premières versions étaient puisées dans un petit livre intitulé Sénèque chrétien. le médecin dont nous supposons l'oeil et la main également infaillibles. le forceps. pour l'extirpation du véritable mal (2). Dieu donc envoie la douleur à l'homme comme une peine de sa désobéissance et de sa rébellion. la loi est la même et aussi ancienne que le mal: LE REMEDE DU DÉSORDRE SERA LA DOULEUR. Si je ne me trompe. et préservatrice afin que nous cessions de l'être. je veux le faire lire à cet ami commun dont vous me parliez il y a peu de temps. pour nous empêcher de le commettre. la scie.. n'ont pas sans doute été inventés par un génie ennemi de l'espèce humaine: eh bien! ces instruments sont dans la main de l'homme.. le trépan. Sermon sur l'oisiveté. le lithotome. une maladie interne peuvent-elles être guéries sans abstinence. ce que le mal physique est. même immédiatement causées par les maladies. pour expier le péché commis. pour échapper à la mort. et comme dit l'Écriture: Nous avons tous été conçus dans l'iniquité. sans régime plus ou moins fatigant? Combien y a-t-il dans toute la pharmacopée de remèdes qui ne révoltent pas nos sens? Les souffrances. vind. par rapport à nous. satisfactoire. Il fallait que cet homme fût d'une belle force pour qu'on 29 5 . aux remèdes les plus dégoûtants et aux opérations les plus douloureuses. en même temps. dans celle de Dieu. satisfactoire et préservatrice. puisque vous l'aimez tant.

Et de tout ce qu'il dit laisse un long souvenir. Je vous avoue cependant que je penche toujours pour l'avis du valet de la comédie: Ce Sénèque. il eût pu nous dire à peu près tout ce que je vous ai dit. M. Je ne connais pas d'auteur (Tacite peut-être excepté) qu'on se rappelle davantage. il me serait permis de convenir sans orgueil que j'ai pu ajouter à ses raisons. trop sentencieux. à vous parler vrai. mais il y a bien des choses à dire aussi en sa faveur. LE SÉNATEUR. Je sais par coeur tout ce qu'on a dit contre Sénèque. J'avais donc une assez grande vénération pour lui. ses épîtres sont un trésor de morale et de bonne philosophie. monsieur. malgré son mérite. Cependant. qu'il n'est supérieur à ceux qui l'ont précédé que par la même raison. sans doute il vise trop à ne rien dire comme les autres: mais avec ses tournures originales. il a des morceaux inestimables. Prenez garde seulement que le plus grand défaut qu'on reproche à lui ou à son style tourne au profit de ses lecteurs. et que s'il n'avait été retenu par les préjugés de siècle. de ne point changer d'avis. et je crois aussi. tout rempli d'oracles tranchants rendus contre Sénèque. Car je n'ai en cela d'autre mérite que d'avoir profité de plus grands secours. 29 6 . Vous faites fort bien. sans doute il est trop recherché. lorsque La Harpe est venu déranger toutes mes idées avec un volume entier de son Lycée. Il y a telle de ces épîtres que Bourdaloue ou Massillon auraient pu réciter en chaire avec quelques légers changements: ses questions naturelles sont sans contredit le morceau le plus précieux que l'antiquité nous ait laissé dans ce genre. qui est très grand. de patrie et d'état.lui ait fait cet honneur. Il ne tiendrait qu'à moi de le citer sur une foule de questions qui n'avaient pas été traitées ni même pressenties par ses devanciers. il pénètre profondément les esprits. était un bien grand homme! LE COMTE. il a fait un beau traité sur la Providence qui n'avait point encore de nom à Rome du temps de Cicéron. À ne considérer que le fond des choses. avec ses traits inattendus. le chevalier. car tout me porte à juger qu'il avait une connaissance assez approfondie de nos dogmes.

tant elle me paraît noble. pénétrante! Je ne puis vous exprimer enfin à quel point j'en suis touché. Ce roi Agrippa. qui sont le peuple le plus intelligent de l'Asie. et ces nouvelles faisaient d'autant plus d'impression qu'elles annonçaient comme preuve de la doctrine des miracles incontestables. Après que dix-huit siècles ont passé sur ces pages saintes. ces proconsuls Serge et Gallien (dont le premier se fit chrétien). ces gouverneurs Félix et Faustus. pour tout homme qui juge sans passion. après avoir entendu saint Paul. ingénieuse. tout ce qui se passait dans ces grandes 29 7 . Je suis fort éloigné de soutenir ni l'un ni l'autre de ces deux faits. disant tout effrayé à saint Paul: « C'est assez pour cette heure. lui dit: Il s'en faut de peu que vous ne me persuadiez d'être chrétien. des amis. mais je crois qu'ils ont une racine vraie. un bel éloge de sa prédication. ce tribun Lysias et toute leur suite. cette reine Bérénice. quoique racorni par l'orgueil et par une philosophie glaciale. Le coeur de d'Alembert. qui savait très bien ce que c'était que cette doctrine. » faisaient. Nous ne réfléchissons pas assez à l'effet que le Christianisme dut opérer sur une foule de bons esprits de cette époque. pour le dire en passant. qu'ils députèrent à Goa deux membres de leurs deux principales académies pour s'informer de cette nouvelle religion. Nés et vivants dans la lumière. même de nos jours. ils écrivaient. il n'y eut jamais rien de plus paisible. des correspondants.Croiriez-vous peut-être au Christianisme de Sénèque ou à sa correspondance épistolaire avec saint Paul? LE COMTE. nous ignorons ses effets sur l'homme qui ne l'aurait jamais vue. Rappelons-nous que les hommes d'autrefois étaient faits comme nous. et bientôt des ambassadeurs japonais vinrent demander des prédicateurs chrétiens au vice-roi des Indes. Lorsque les Portugais portèrent le Christianisme aux Indes. et que vous devinssiez semblables à moi. comme je le suis que vous m'écoutez dans ce moment. Saint Paul prêcha une année et demie à Corinthe et deux ans à Éphèse (6). sans le savoir. Mais les Romains et les Grecs du siècle d'Auguste étaient bien d'autres hommes que les Japonais du XVIe (1). » et il montra ses chaînes (4). et je me tiens sûr que Sénèque a entendu saint Paul. l'Apôtre lui répondit: « Plût à Dieu qu'il ne s'en fallût rien du tout. Le gouverneur romain de Césarée. Ils parlaient. de manière que. Lorsque Agrippa. les Japonais. retirez-vous (2). après cent lectures de cette belle réponse. ne tenait pas contre ce discours (5): jugez de l'effet qu'il dut produire sur les auditeurs. furent si frappés de cette nouvelle doctrine dont la renommée les avait cependant très imparfaitement informés. je crois la lire encore pour la première fois. avaient des parents. douce. Mille bouches répétaient ce que nous lisons aujourd'hui. » et les aréopagites qui lui disaient: « Nous vous entendrons une autre fois sur ces choses (3). de plus légal et de plus libre que l'introduction du Christianisme au Japon (II): ce qui est profondément ignoré par beaucoup de gens qui se mêlent d'en parler. À LA RÉSERVE DE CES LIENS.

celui que le même apôtre tint à l'aréopage. p. Franc. 10.. 16. (7) Act.) Il en avait souvent parlé sur ce ton. si je ne me trompe. C'est. en avait la plus haute idée. l'Européen qui a le mieux connu les Japonais. (5) Il pourrait bien y avoir ici une petite erreur de mémoire. 22. À côté du passage de ses épîtres où il dit que Dieu doit être honoré et AIMÉ. in-12. 29 8 . Ind.. mais pour le caractère. et la démonstration est achevée par la lecture de ses ouvrages. (6) Act. 32. et très avide d'instruction.) (2) Act. L'expression est au moins très rare et très remarquable. (3) Ibid. (8) II Tim. dans son berceau. Saint François Xavier. IV. une secte philosophique ou théurgique.villes retentissait en un clin d'oeil jusqu'à Rome. et pour les autres un système. Pensez-vous qu'une telle prédication ait pu échapper à Sénèque qui avait alors soixante ans? Et lorsque depuis. ingénieuse. recevant tous ceux qui venaient le voir. était pour les Chrétiens une initiation. peut-être. 1734. 30. XXVI. docile à la raison. dit-il. le bon sens et l'esprit naturel. et prêchant en toute liberté sans que personne le gênât (7). car je ne sache pas que d'Alembert ait parlé de ce discours. Mais enfin le grand apôtre arriva à Rome où il demeura deux ans entiers. (Note de l'éditeur. où il parle de Dieu et de l'homme d'une manière toute nouvelle. Il a vanté seulement. XVII. 166. Paul se défendit publiquement et fut absous (8). Xav. Wratisl. Epist. 29. XXIV. XIX. (S. Ap. (4) Ibid... une main inconnue écrivit jadis sur la marge de l'exemplaire dont je me sers: Deum amari vix alii auctores dixerunt (9). et qui est en effet admirable. pensezvous que ces événements n'aient pas rendu sa prédication et plus célèbre et plus puissante? Tous ceux qui ont la moindre connaissance de l'antiquité savent que le Christianisme. XXVIII. -(1) Pour la science. 25. traduit au moins deux fois devant les tribunaux pour la doctrine qu'il enseignait. je n'en sais rien. une nation prudente. 11. XVII. 31. Tout le monde sait combien on était alors avide d'opinions nouvelles: il n'est pas même permis d'imaginer que Sénèque n'ait point eu connaissance de l'enseignement de saint Paul.

(9) On ne lira guère ailleurs que Dieu est aimé. S'il existe quelque trait de ce genre, on le trouvera dans Platon. Saint Augustin lui en fait honneur. (De Civit. Dei, VIII, 5, 6. Vid. Sen. epist. 47.) Pascal a fort bien observé qu'aucune autre religion que la nôtre n'a demandé à Dieu de l'aimer; sur quoi je me rappelle que Voltaire, dans le heureux commentaire qu'il a ajouté aux pensées de cet homme fameux, objecte que Marc-Aurèle et Épictète parlent CONTINUELLEMENT d'aimer Dieu (II). Pourquoi ce joli érudit n'a-t-il pas daigné nous citer les passages? Rien n'était plus aisé, puisque, suivant lui, ils se touchent. Mais revenons à Sénèque. Ailleurs il a dit: Mes Dieux (1), et même notre Dieu et notre Père (2); il a dit formellement: Que la volonté de Dieu soit faite (3). On passe sur ces expressions; mais cherchez-en de semblables chez les philosophes qui l'ont précédé, et cherchez-les surtout chez Cicéron qui a traité précisément les mêmes sujets. Vous n'exigez pas, j'espère, de ma mémoire d'autres citations dans ce moment; mais lisez les ouvrages de Sénèque, et vous sentirez la vérité de ce que j'ai l'honneur de vous dire. Je me flatte que lorsque vous tomberez sur certains passages dont je n'ai plus qu'un souvenir vague, où il parle de l'incroyable héroïsme de certains hommes qui ont bravé les tourments les plus horribles avec une intrépidité qui paraît surpasser les forces de l'humanité, vous ne douterez guère qu'il n'ait eu les Chrétiens en vue (IV). -(1) Deos meos. (Epist. 93.) (2) Deus et parens noster. (Epist. 110.) (3) Placeat homini, quidquis Deo placuerit. (Epist. 74.) D'ailleurs, la tradition sur le Christianisme de Sénèque et sur ses rapports avec saint Paul, sans être décisive, est cependant quelque chose de plus que rien, si on la joint surtout aux autres présomptions. Enfin le Christianisme a peine né avait pris racine dans la capitale du monde. Les apôtres avaient prêché à Rome vingt-cinq ans avant le règne de Néron. Saint Pierre s'y entretint avec Philon: de pareilles conférences produisirent nécessairement de grands effets. Lorsque nous entendons parler de Judaïsme à Rome sous les premiers empereurs, et surtout parmi les Romains mêmes, très souvent il s'agit de Chrétiens: rien n'est si aisé que de s'y tromper. On sait que les Chrétiens, du moins un assez grand nombre d'entre eux, se crurent longtemps tenus à l'observation de certains points de la loi mosaïque; par exemple, à celui de l'abstinence du sang. Fort avant dans le quatrième siècle, on voit encore des Chrétiens martyrisés en Perse
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pour avoir refusé de violer les observances légales. Il n'est donc pas étonnant qu'on les ait souvent confondus, et vous verrez en effet les Chrétiens enveloppés comme Juifs dans la persécution que ces derniers attirèrent par leur révolte contre l'empereur Adrien. Il faut avoir la vue bien fine et le coup d'oeil très juste; il faut de plus regarder de très près, pour discerner les deux religions chez les auteurs des deux premiers siècles. Plutarque, par exemple, de qui veut-il parler, lorsque, dans son Traité de la Superstition, il s'écrie: O Grecs! qu'est-ce donc que les Barbares on fait de vous? et que tout de suite il parle de sabbatismes, de prosternations, de honteux accroupissements, etc. (V). Lisez le passage entier, et vous ne saurez s'il s'agit de dimanche ou de sabbat, si vous contemplez un deuil judaïque ou les premiers rudiments de la pénitence canonique. Longtemps je n'y ai vu que le Judaïsme pur et simple; aujourd'hui je penche pour l'opinion contraire. Je vous citerais encore à ce propos les vers de Rutilius, si je m'en souvenais, comme dit madame de Sévigné. Je vous renvoie à son voyage: vous y lirez les plaintes amères qu'il fait de cette superstition judaïque qui s'emparait du monde entier. Il en veut à Pompée et à Titus pour avoir conquis cette malheureuse Judée qui empoisonnait le monde (VI): or, qui pourrait croire qu'il s'agit ici de Judaïsme? N'est-ce pas, au contraire, le Christianisme qui s'emparait du monde et qui repoussait également le Judaïsme et le Paganisme? ici les faits parlent; il n'y a pas moyen de disputer. Au reste, messieurs, je supposerai volontiers que vous pourriez bien être de l'avis de Montaigne, et qu'un moyen sûr de vous faire haïr les choses vraisemblables serait de vous les planter pour démontrée. Croyez donc ce qu'il vous plaira sur cette question particulière; mais dites-moi, je vous prie, pensez-vous que le Judaïsme seul ne fût pas suffisant pour influer sur le système moral et religieux d'un homme aussi pénétrant que Sénèque, et qui connaissait parfaitement cette religion (VII)? Laissons dire les poètes qui ne voient que la superficie des choses, et qui croient avoir tout dit quand ils ont appelé les Juifs verpos et recutitos, et tout ce qui vous plaira. Sans doute que le grand anathème pesait déjà sur eux. Mais ne pouvait-on pas alors, comme à présent, admirer les écrits en méprisant les personnes? Au moyen de la version des Septante, Sénèque pouvait lire la Bible aussi commodément que nous. Que devait-il penser lorsqu'il comparait les théogonies poétiques au premier verset de la Genèse, ou qu'il rapprochait le déluge d'Ovide de celui de Moïse? Quelle source immense de réflexion! Toute la philosophie antique pâlit devant le seul livre de la Sagesse. Nul homme intelligent et libre de préjugés ne lira les Psaumes sans être frappé d'admiration et transporté dans un nouveau monde. À l'égard des personnes mêmes, il y avait de grandes distinctions à faire. Philon et Josèphe étaient bien apparemment des hommes de bonne compagnie, et l'on pouvait sans doute s'instruire avec eux. En général, il y avait dans cette nation, même dans les temps les plus anciens, et longtemps avant son

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mélange avec les Grecs, beaucoup plus d'instruction qu'on ne le croit communément, par des raisons qu'il ne serait pas difficile d'assigner. Où avaient-ils pris, par exemple, leur calendrier, l'un des plus justes, et peut-être le plus juste de l'antiquité? Newton, dans sa chronologie, n'a pas dédaigné de lui rendre pleine justice (VIII), et il ne tient qu'à nous de l'admirer encore de nos jours, puisque nous le voyons marcher de front avec celui des nations modernes, sans erreurs ni embarras d'aucune espèce. On peut voir, par l'exemple de Daniel, combien les hommes habiles de cette nation étaient considérés à Babylone, qui renfermait certainement de grands connaissances. Le fameux rabbin Moïse Maïmonide, dont j'ai parcouru quelques ouvrages traduits, nous apprend qu'à la fin de la grande captivité, un très grand nombre de Juifs ne voulurent point retourner chez eux; qu'ils se fixèrent à Babylone; qu'ils y jouirent de la plus grande liberté, de la plus grande considération, et que la garde des archives les plus secrètes à Ecbatane était confiée à des hommes choisis dans cette nation (IX). En feuilletant l'autre jour mes petits Elzévirs que vous voyez là rangés en cercle sur ce plateau tournant, je tombai par hasard sur la république hébraïque de Pierre Cunaeus. Il me rappela cette anecdote si curieuse d'Aristote, qui s'entretint en Asie avec un Juif auprès duquel le savants les plus distingués de la Grèce lui parurent des espèces de barbares (X). La traduction des livres sacrés dans une langue devenue celle de l'univers (XI), la dispersion des Juifs dans les différentes parties du monde, et la curiosité naturelle à l'homme pour tout ce qu'il y a de nouveau et d'extraordinaire, avaient fait connaître de tout côté la loi mosaïque, qui devenait ainsi une introduction au Christianisme. Depuis longtemps, les Juifs servaient dans les armées de plusieurs princes qui les employaient volontiers à cause de leur valeur reconnue et de leur fidélité sans égale. Alexandre surtout en tira grand parti et leur montra des égards recherchés. Ses successeurs au trône d'Égypte l'imitèrent sur ce point, et donnèrent constamment aux Juifs de très grandes marques de confiance. Lagus mit sous leur garde les plus fortes places de l'Égypte, et, pour conserver les villes qu'il avait conquises dans la Lybie, il ne trouva rien de mieux que d'y envoyer des colonies juives. L'un des Ptolémées, ses successeurs, voulut se procurer une traduction solennelle des livres sacrés. Evergètes, après avoir conquis la Syrie, vint rendre ses actions de grâces à Jérusalem: il offrit à DIEU un grand nombre de victimes et fit de riches présents au temple. Philométor et Cléopâtre confièrent à deux hommes de cette nation le gouvernement du royaume et le commandement de l'armée (1). Tout en un mot justifiait le discours de Tobie à ses frères: Dieu vous a dispersés parmi les nations qui ne le connaissent pas, afin que vous leur fassiez connaître ses merveilles; afin que vous leur appreniez qu'il est le seul Dieu et le seul tout-puissant (2).

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-(1) Josèphe, Contre Appion, liv. II, chap. II. (2) Ideo dispersit vos inter gentes quae ignorant eum, ut vos enarretis omnia mirabilia ejus, et faciatis scire eos quia non est alius Deus omnipotens praeter illum. (Tob., XIII, 4.) Suivant les idées anciennes, qui admettaient une foule de divinités et surtout de dieux nationaux, le Dieu d'Israël n'était, pour les Grecs, pour les Romains et même pour toutes les autres nations, qu'une nouvelle divinité ajoutée aux autres; ce qui n'avait rien de choquant. Mais comme il y a toujours dans la vérité une action secrète plus forte que tous les préjugés, le nouveau Dieu, partout où il se montrait, devait nécessairement faire une grande impression sur une foule d'esprits. Je vous en ai cité rapidement quelques exemples, et je puis encore vous en citer d'autres. La cour des empereurs romains avait un grand respect pour le temple de Jérusalem. Caïus Agrippa ayant traversé la Judée sans y faire ses dévotions, (voulez-vous me pardonner cette expression?) son aïeul, l'empereur Auguste, en fut extrêmement irrité; et ce qu'il y a de bien singulier, c'est qu'une disette terrible qui affligea Rome à cette époque fut regardée par l'opinion publique comme un châtiment de cette faute. Par une espèce de réparation, ou par un mouvement spontané encore plus honorable pour lui, Auguste, quoiqu'il fût en général grand et constant ennemi des religions étrangères, ordonna qu'on sacrifierait chaque jour à ses frais sur l'autel de Jérusalem. Livie, sa femme, y fit présenter des dons considérables. C'était la mode à la cour, et la chose en était venue au point que toutes les nations, même les moins amies de la juive, craignaient de l'offenser, de peur de déplaire au maître; et que tout homme qui aurait osé toucher au livre sacré des Juifs, ou à l'argent qu'ils envoyaient à Jérusalem, aurait été considéré et puni comme un sacrilège. Le bon sens d'Auguste devait sans doute être frappé de la manière dont les Juifs concevaient la Divinité. Tacite, par un aveuglement singulier, a porté cette doctrine aux nues en croyant la blâmer dans un texte célèbre (XII); mais rien ne n'a fait autant d'impression que l'étonnante sagacité de Tibère au sujet des Juifs. Séjan, qui les détestait, avait voulu jeter sur eux le soupçon d'une conjuration qui devait les perdre: Tibère n'y fit nulle attention, car, disait ce prince pénétrant, cette nation, par principe, ne portera jamais la main sur un souverain. Ces Juifs, qu'on se représente comme un peuple farouche et intolérant, étaient cependant, à certains égards, le plus tolérant de tous, au point qu'on a peine quelquefois à comprendre comment les professeurs exclusifs de la vérité se montraient si accommodants avec les religions étrangères. On connaît la manière tout à fait libérale dont Élisée résolut le cas de conscience proposé par un capitaine de la garde syrienne (1). Si le prophète avait été jésuite, nul doute que Pascal, pour cette décision, ne l'eût mis, quoique à tort, dans ses Lettres provinciales. Philon, si je
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ne me trompe, observe quelque part que le grand-prêtre des Juifs, seul dans l'univers, priait pour les nations et les puissances étrangères (2). En effet, je ne crois pas qu'il y en ait d'autre exemple dans l'antiquité. Le temple de Jérusalem était environné d'un portique destiné aux étrangers qui venaient y prier librement. Une foule de ces Gentils avaient confiance en ce Dieu (quel qu'il fût) qu'on adorait sur le mont de Sion. Personne ne les gênait ni ne leur demandait compte de leurs croyances nationales, et nous les voyons encore, dans l'Évangile, venir, au jour solennel de Pâque, adorer à Jérusalem, sans la moindre marque de désapprobation ni de surprise de la part de l'historien sacré. -(1) Reg. IV, 5, 19. (2) Baruch, liv. XI. - Ils obéissaient en cela à un précepte divin. (Jerem., XXIV, 7.) L'esprit humain ayant été suffisamment préparé ou averti par ce noble culte, le Christianisme parut; et, presque au moment de sa naissance, il fut connu et prêché à Rome. C'en est assez pour que je sois en droit d'affirmer que la supériorité de Sénèque sur ses devanciers, par parenthèse j'en dirais autant de Plutarque, dans toutes les questions qui intéressent réellement l'homme, ne peut être attribuée qu'à la connaissance plus ou moins parfaite qu'il avait des dogmes mosaïques et chrétiens. La vérité est faite pour notre intelligence comme la lumière pour notre oeil; l'une et l'autre s'insinuent sans effort de leur part et sans instruction de la nôtre, toutes les fois qu'ils sont à portée d'agir. Du moment où le Christianisme parut dans le monde, il se fit un changement sensible dans les écrits des philosophes, ennemis mêmes ou indifférents. Tous ces écrits ont, si je puis m'exprimer ainsi, une couleur que n'avaient pas les ouvrages antérieurs à cette grande époque. Si donc la raison humaine veut nous montrer ses forces, qu'elle cherche ses preuves avant notre ère; qu'elle ne vienne point battre sa nourrice; et, comme elle l'a fait si souvent, nous citer ce qu'elle tient de la révélation, pour nous prouver qu'elle n'en a pas besoin. Laissez-moi, de grâce, vous rappelez un trait ineffable de ce fou du grand genre (comme l'appelle Buffon), qui a tant influé sur un siècle bien digne de l'écouter. Rousseau nous dit fièrement dans son Émile: Qu'on lui soutient vainement la nécessité d'une révélation, puisque Dieu a tout dit à nos yeux, à notre conscience et à notre jugement: que Dieu veut être adoré EN ESPRIT ET EN VÉRITÉ, et que tout le reste n'est qu'une affaire de police (1). Voilà, messieurs, ce qui s'appelle raisonner! Adorer Dieu en esprit et en vérité! C'est une bagatelle sans doute! il n'a fallu que Dieu pour nous l'enseigner.

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-(1) Émile. La Haye, 1762, in-8o, tom. III, p. 135. Lorsqu'une bonne nous demandait jadis: Pourquoi Dieu nous a-t-il mis au monde? nous répondions: Pour le connaître, l'aimer, le servir dans cette vie, et mériter ainsi ses récompenses dans l'autre. Voyez comment cette réponse, qui est à la portée de la première enfance, est cependant si admirable, si étourdissante, si incontestablement audessus de tout ce que la science humaine réunie a jamais pu imaginer; que le sceau divin est aussi visible sur cette ligne du Catéchisme élémentaire que sur le Cantique de Marie, ou sur les oracles les plus pénétrants du SERMON DE LA MONTAGNE. Ne soyons donc nullement surpris si cette doctrine divine, plus ou moins connue de Sénèque, a produit dans ses écrits une foule de traits qu'on ne saurait trop remarquer. J'espère que cette petite discussion, que nous avons pour ainsi dire trouvée sur notre route, ne vous aura point ennuyée. Quant à La Harpe, que j'avais tout à fait perdu de vue, que voulezvous que je vous dise? En faveur de ses talents, de sa noble résolution, de son repentir sincère, de son invariable persévérance, faisons grâce à tout ce qu'il a dit sur des choses qu'il n'entendait pas, ou qui réveillaient dans lui quelque passion mal assoupie. Qu'il repose en paix! Et nous aussi, messieurs, allons reposer en paix; nous avons fait un excès aujourd'hui, car il est deux heures: cependant il ne faut pas nous en repentir. Toutes les soirées de cette grande ville n'auront pas été aussi innocentes, ni par conséquent aussi heureuses que la nôtre. Reposons donc en paix! et puisse ce sommeil tranquille, précédé et produit par des travaux utiles et d'innocents plaisirs, être l'image et le gage de ce repos sans fin qui n'est accordé de même qu'à une suite de jours passés comme les heures qui viennent de s'écouler pour nous! FIN DU NEUVIEME ENTRETIEN.

NOTES DU NEUVIEME ENTRETIEN.

Note I. Ce livre fut traduit en français sous ce titre: Vue de l'évidence de la Religion chrétienne, considérée en elle-même, par M. Jennings. Paris, 1764, in-12. Le traducteur, M. Le Tourneur, se permit de mutiler et d'altérer l'ouvrage sans en avertir, ce qu'il ne faut, je crois, jamais
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faire. On lira avec plus de fruit la traduction de l'abbé de Feller avec des notes. Liège, 1779, in-12. Elle est inférieure du côté du style, mais ce n'est pas de quoi il s'agit. Celle de Le Tourneur est remarquable par cette épigraphe, faite pour le siècle: Vous me persuaderiez PRESQUE d'être Chrétien. (Act., XXVI, 29.) Note II. Rien n'est si vrai: il suffit de citer les lettres de saint François Xavier. Il écrivait de Malaca, le 20 juin 1549: « Je pars (pour le Japon) moi troisième, avec Cosme, Turiani et Jean Fernand: nous sommes accompagnés de trois Chrétiens japonais, sujets d'une rare probité... Les japonais viennent fort à propos d'envoyer des ambassadeurs au vice-roi des Indes, pour en obtenir des prêtres qui puissent les instruire dans la religion chrétienne. » Et le 3 novembre de la même années, il écrivait de Congoximo au Japon, où il était arrivé le 5 août: « Deux bonzes et d'autres Japonais, en grand nombre, s'en vont à Goa pour s'y instruire dans la foi. » (S. Franc. Xav. Ind. ap., Epistolae, Wratisl., 1754, in-12, pages 160 et 208.) Note III. Voy. les Pensées de Pascal. Paris, Reynouard, 1803, 2 vol. in-8o, tom. II, pag. 328. - Il y a dans ce passage de Voltaire autant de bévues que de mots. Car sans parler du continuellement, qui est tout à fait ridicule, parler d'aimer Dieu n'est point du tout demander à Dieu la grâce de l'aimer; et c'est ce que Pascal a dit. Ensuite Marc-Aurèle et Épictète n'étaient pas des religions. Pascal n'a point dit (ce qu'il aurait pu dire cependant): Aucun homme hors de notre religion n'a demandé, etc. Il a dit, ce qui est fort différent: Aucune autre religion que la nôtre, etc. Qu'importe que tel ou tel homme ait pu dire quelques mots mal prononcés sur l'amour de Dieu? Il ne s'agit pas d'en parler, il s'agit de l'avoir; il s'agit même de l'inspirer aux autres, et de l'inspirer en vertu d'une institution générale, à portée de tous les esprits. Or, voilà ce qu'a fait le Christianisme, et voilà ce que jamais la philosophie n'a fait, ne fera ni ne peut faire. On ne saurait assez le répéter: elle ne peut rien sur le coeur de l'homme. - Circum praecordia ludit. Elle se joue autour du coeur; jamais elle n'entre. Note IV. « Que sont, dit-il, dans son épître LXXVIII, que sont les maladies les plus cruelles comparées aux flammes, aux chevalets, aux lames rougies, à ces plaies faites par un raffinement de cruauté sur de membres déjà enflammés par des plaies précédentes? Et cependant, au milieu de ces supplices, un homme a pu ne pas laisser échapper un soupir; il a pu ne pas supplier: ce n'est pas assez; il a pu ne pas répondre: ce n'est point assez encore; il a pu rire, et même de bon

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coeur. » Et ailleurs: « Quoi donc, si le fer, après avoir menacé la tête de l'homme intrépide, creuse, découpe l'une après l'autre toutes les parties de son corps; si on lui fait contempler ses entrailles dans son propre sein; si, pour aiguiser la douleur, on interrompt son supplice pour le reprendre bientôt après; si l'on déchire ses plaies cicatrisées pour en faire jaillir de nouveau sang, n'éprouvera-t-il ni la crainte ni la douleur? Il souffrira sans doute, car nul degré de courage ne peut éteindre le sentiment; mais il n'a peur de rien: il regarde d'en haut ses propres souffrances. » (Epît., LXXXV.) De qui donc voulait parler Sénèque? Y a-t-il avant les martyrs des exemples de tant d'atrocité d'une part et de tant d'intrépidité de l'autre? Sénèque avait vu les martyrs de Néron; Lactance, qui voyait seul Dioclétien, a décrit leurs souffrances, et l'on a les plus fortes raisons de croire qu'en écrivant, il avait en vue les passages de Sénèque qu'on vient de lire. Ces deux phrases surtout sont remarquables par leur rapprochement. Si ex intervallo, quo magis tormenta sentiat, repetitur et per siccata viscera recens dimittitur sanguis. (Sen., Ep. LXXXV.) Nihil aliud devitant quam ut ne torti moriantur... curam tortis diligenter adhibent ut ad alios cruciatus membra renoventur et reparetus novus sanguis poenam. (Lact., liv. Justit., lib. V, cap. II, de Justitia.) Note V. Chez les Hébreux, et sans doute aussi chez d'autres nations orientales, l'homme, qui déplorait la perte d'un objet chéri ou quelque autre grand malheur, se tenait assis; et voilà pourquoi siéger et pleurer sont si souvent synonymes dans l'Écriture Sainte. Ce passage des Psaumes, par exemple (totalement dénaturé dans nos malheureuses traductions): Surgite postquam sederitis, qui manducatis panem doloris (Ps., CXXVI, 6) signifie: « Consolez-vous, après avoir pleuré, ô vous qui mangez le pain de la douleur! » Une foule d'autres textes attestent la même coutume, qui n'était point étrangère aux Romains. Mais lorsque Ovide dit, en parlant de Lucrèce: . . . . Passis SEDET illa capillis, Ut solit ad nati mater itura rogum.

(Fast. II, 813-814.), il n'entend sûrement pas décrire l'attitude ordinaire d'une femme assise; et lorsque les enfants d'Israël venaient s'asseoir dans le temple pour y pleurer leurs crimes ou leurs malheurs
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comme celui de session. XX. si le mot d'assise n'avait pas perdu. sa signification primitive. et croit que. (Note de l'éditeur. III. in-4o.(Jud. etc. 26.. et la nation vaincue avilit ses vainqueurs. Victoresque suos natio victa premit. 30 7 . L'observation principale demeure au reste dans toute sa force. au lieu d'affecter celui d'accroupissement. et qui nous l'a expliquée avec un luxe d'érudition qui s'approche quelquefois de l'ostentation. et de discerner exactement les deux religions dans les écrits des auteurs païens! Note VII. Assise ignoble serait l'expression propre. » Il semble en effet que ces paroles. et c'est à cette attitude d'un homme assis sur ses jambes que Plutarque fait allusion par l'expression qu'il emploie et qui ne peut être rendue facilement dans notre langue. Je crois qu'on ne sera pas fâché de lire ici les vers de Rutilius: Atque utinam nunquam Judea subacta fuisset Pompei bellis imperioque Titi! Latius excisae pestis contagia serpunt. Nicolaï di della compagnia di Gesù. Il faut cependant observer. Tant il est difficile de voir clair sur ce point.) Note VI. ne sauraient désigner que les Chrétiens. dans ces circonstances. tom. Scrittura del P. 1756. et c'est ainsi que les a entendues le docte Huet dans sa Démonstration évangélique. il s'agit uniquement des Juifs. de manière que l'épithète d'ignoble tomberait sur le mot de prosternation. pag 138. C'est-à-dire: « Plût aux dieux que la Judée n'eût jamais succombé sous les armes de Pompée et de Titus! Les venins qu'elle communique s'étendent plus au loin par la conquête. prim.) Voy. embrasse le sentiment contraire. §21. Le traducteur latin s'est déterminé pour le sens adopté de mémoire par l'interlocuteur. dans le passage de Rutilius. (Dissertazioni e lezioni di S. pour l'exactitude. I. on était assis à terre et accroupi. (Prop. Firenze. dites surtout dans le Ve siècle.) ils n'étaient pas sûrement assis commodément sur des sièges.) Cependant un très habile interprête de l'Écriture sainte. Dissert. qu'une différence de ponctuation peut altérer la phrase de Plutarque. Il paraît certain que.

etc. sur le jugement de Dieu. . qu'il en a marqué le principal caractère dans un ouvrage que nous n'avons plus.) Scaliger. vatic.) (Note de l'éditeur. adv. 1629. mais la foule ignore pourquoi elle fait ce qu'elle fait. Note VIII/. Genève. c'est dans le Commentaire sur l'Apocalypse. Dei. Civ. Mais pour ceux qui cherchaient la parole et qui voulaient en pénétrer les mystères. 656. II. mais peu l'ont bien connu. mais que les esprits élevés. tom. in-4o. (Ibid. n'est point nouvelle: ce sont les anciens dogmes du Judaïsme. no 8.. cette mythologie était. pag. (Scaliger.) Ailleurs il nous dit: haec sunt ingeniosissima. 1737. pag.. » (Sen. dont on peut dire à bon droit: beaucoup en ont parlé. (Isaaci Newtoni ad Dan..) Eusèbe.. excellent juge dans ce genre. et leur conseille sans façon de s'instruire à cette école ou de se taire. chap. et vers l'interprétation des sens allégoriques. ditil. in-fol. où il dit laconiquement (mais c'est un oracle): Judaei usi non sunt vitioso cyclo. pag. VII. Y a-t-il rien de plus beau. lib. nec non. no 42. lib. de Emend. Litt. opus posthumum. Prop. temp.. etc. VIII. rien de plus parfait que le calcul de l'année judaïque. des hommes qui savent les raisons de leurs mystères. (Orig.. tient absolument le même langage. » (Huet. 610.Il la connaissait si bien. mais dont saint Augustin nous a conservé ce fragment. dit Sénèque. II. Il dit en propres termes: « Que la multitude avait été assujettie chez les Hébreux à la lettre de la loi et aux pratiques minutieuses. lib. Amst. décide qu'il n'y a rien de plus exact. (Ibid.. II. Aug. 171. fort au-dessus du vulgaire. que de voir les Juifs instruits dès le berceau de l'immortalité de l'âme et des peines et des récompenses de l'autre vie? Les choses n'étaient cependant représentées que sous une enveloppe mythologique aux enfants et aux HOMMES-ENFANTS.) Ce qu'il dit ailleurs n'est pas moins remarquable: La doctrine des Chrétiens sur la résurrection des morts. 2.) Origène est plus détaillé et plus exprès. VII. proph. dont la moderne n'est qu'une fille illégitime et contrefaite. methodum hujus computi lunaris argutissimam et elegantissimam esse nemo harum rerum paulo paritus inficiabitur. il renvoie même les calculateurs modernes à l'école des Juifs. métamorphosée en vérité. 4. 113.. 640. apud St. Cels. II. nos 1.) Cette tradition (ou réception) est la véritable et respectable Cabale. de Sunderman. sur les peines et les récompenses de l'autre vie. s'il m'est permis de m'exprimer ainsi. Démonstr. lib. IX. « Il y a..) 30 8 .. affranchis de cette servitude.. D. Je ne sache pas que Newton ait parlé du calendrier des Hébreux dans sa chronologie. pag. col. lat. avaient été dirigés vers l'étude d'une certaine philosophie divine. évang. Trad. cité par le célèbre Huet. V. cap. parmi les Juifs. dépourvues de toute explication. mais il en dit un mot en passant dans ce livre.

. On pourrait même à cet égard se dispenser de preuves. Défense de la Chronologie. I. in-4o. Liv. sans y être déterminé par un désir universel. 26. (Voy. mais il ne fait aucune comparaison humiliante pour les Grecs. inter opera graec.) Note XI. (Voy. son disciple. le fragment de Cléarque dans le livre de Josèphe contre Appion. 3 vol. car la traduction officielle ordonnée par Ptolémée suppose nécessairement que le livre était.Note IX. s'est permis ici une légère hyperbole. 616. pag. qu'il y avait beaucoup à apprendre en sa conversation. uti prae illo omnes Graeci qui aderant trunci et stipites esse viderentur. Quel prince a jamais pu ordonner la traduction d'un livre. pag. Il ajoute. ce que je ne suis point à même de faire dans ce moment. » C'est ce même 30 9 . trad. tom. il n'y a pas le moindre doute sur ce fait. mais bien Cléarque. Elz. L'interlocuteur au reste paraît ignorer que ce n'est point Aristote qui parle ici. Quelque estime qu'on doive à ce rabbin justement célèbre (Moïse Maïmonide). litt. et lat. En effet. Il y avait longtemps avant les Septante une traduction grecque d'une partie de la Bible. et d'un tel livre. je ne dis pas connu.. rechercher les autorités sur lesquelles il s'est appuyé.Fréret. VIII. mais célèbre. neque interiturum. I. 614 et suiv. hospitalier. 1711. pag. Paris. Chap. Défenses des Pères. Quant à l'immense établissement des Juifs au-delà de l'Euphrate.. fondé à son tour sur un grand intérêt excité par ce livre? Note XII. vertueux. Cunaeus a dit en effet (Lib. qui fait parler Aristote dans un dialogue de la composition du premier. s'il n'a pas été trompé par sa mémoire. 792. B. summum illud et aeternum. chaste surtout. IV. Baltus. 264. (Voyez la préface qui est à la tête de la Bible de Beyerling. d'Arnaud d'Andilly.) Note X. 1632): « tanta eruditione ac scientia hominem. pag. Anvers. Genève. savant et éloquent. chap. on ne peut désirer ce qu'on ne connaît pas. c. quoique d'ailleurs savant et exact. pag. Je ne sais donc où Cunaeus a pris ses trunci et ses stipites. neque mutabile. où ils formaient réellement une puissance. sur le fait particulier des archives d'Ecbatane. I. l'Ambassade de Philon. » Mais cet auteur. 1613. in-fol. Aristote vante ce Juif comme un homme aimable. in-fol. XX. Leçons de l'histoire. je voudrais cependant. « Judaei mente sola unumque numen intelligunt. etc.

un taureau et deux agneaux en holocauste... et quoique l'esprit de la femme se détache difficilement des images. LE SÉNATEUR. quoiqu'il sût très bien que le temple ne refermait aucun simulacre. et qu'à ce Dieu tous les hommes pussent adresser leurs voeux pour en obtenir la communication d'un heureux espoir et la jouissance des biens parfaits. Par ce nom de Julie. V. mais ce grand prince.. sentait bien la nécessité qu'il existât dans ce monde un autel dédié à Dieu invisible. et ne puisse concevoir des choses absolument étrangères aux sens. ad Caium inter Opp. par l'adoption.) DIXIEME ENTRETIEN. femme d'Auguste. 799 et 803. et qui était en effet bisaïeule de Caligula. étant allé à Jérusalem. Allobrog. L'empereur Auguste ordonna que. sur l'autel de Jérusalem. qui avait passé. mais qu'il ADORAIT cette coutume de n'employer aucune image pour représenter matériellement une nature invisible. dit-il. et lui citant les actes et les opinions de le famille impériale. « Agrippa. fut enchanté de la religion des Juifs. arriva au point de contempler les choses intelligibles préférablement aux sensibles.. 31 0 . On sera bien aise peut-être de lire.. il faut entendre Livie. ni public ni caché. ##Ethaumaze kai prosekunei. votre bisaïeule. on offrirait chaque jour. t. de ses propres revenus et selon les formes légitimes. AU DIEU TRES-HAUT. in-fol.homme qui nous dira du même culte et dans le même chapitre: mos absurdus sordidusque. que personne ne surpassait en esprit philosophique. 1613. (Ann. Julie. et ne pouvait plus s'en taire. colon. aussi supérieure à son sexe par l'instruction que par les autres avantages de la nature..B. pag. d'après Philon. n'était sûrement pas tenté de mentir ni même d'exagérer. et de savoir que celles-ci ne sont que les ombres des premières.. votre aïeul maternel. Philon. 3. » N. (Philonis leg. Ailleurs. k. parlant à un prince tel que Caligula. dans la famille des Jules. et dans le même discours à ce terrible Caligula. le détail de certaines circonstances extrêmement intéressantes. sous le règne d'Hérode. l. touchées rapidement dans un dialogue dont la mémoire fait tous les frais.) Rendre justice à ce qu'on hait est un tour de force presque toujours au-dessus des plus grands esprits. fit de magnifiques présents au temple en vases et en coupes d'or. Julie cependant. Philon lui dit expressément: Que l'empereur Auguste n'admirait pas seulement.

et alors même les attaques qu'on lui porte sont encore un hommage indirect et une reconnaissance formelle de cette grandeur qu'on voudrait anéantir. ne peuvent venir que de cette unité que nous ne comprenons pas. comme un être moral et unique. si universel et si enraciné parmi les hommes. le chevalier. Si vous le soumettez à l'examen de la raison. et si j'en crois ce sentiment intérieur dont nous parlions un jour. par exemple. Il me paraît. que vous avez mis le principe des sacrifices au-dessus de toute attaque. notre ami commun aurait réellement ouvert dans le dernier entretien une riche mine qu'il ne s'agit plus que d'exploiter. il ne soutient pas l'épreuve. et susceptible par conséquent de peine et de récompenses. qu'on peut la regarder comme une vérité innée dans toute la force du terme. sans doute. Oui. capable de mériter ou démériter. j'y ai rêvé. M. Mais croyez-vous qu'il le fût également de découvrir ou d'entrevoir au moins la raison de ce dogme universel? Plus on examine l'univers. une ville. En réfléchissant sur la croyance générale et sur l'instinct naturel des hommes. à regarder un peuple. une corporation. si nous ne consultons que le raisonnement. de distinction qui nous soit plus étrangère que celle que nous tenons de nos aïeux: cependant il n'en est pas de plus estimée. Cette communauté de mérites. ni de plus volontiers reconnue. car il n'y a pas. on est frappé de cette tendance qu'ils ont à unir des choses que la nature semble avoir totalement séparées: ils sont très disposés. M. cette réversibilité que vous avez si bien prouvées. Il me semble cependant que le sujet serait très digne d'être approfondi. et comme c'est un pays absolument nouveau pour moi. hors le temps des factions. -- 31 1 . et plus on se sent porté à croire que le mal vient d'une certaine division qu'on ne saurait expliquer. et que le retour au bien dépend d'une force contraire qui nous pousse sans cesse vers une certaine unité tout aussi inconcevable (1). le dogme de la noblesse. je ne vois encore les objets que d'une manière confuse.Dites-nous. De là vient le préjugé. C'est précisément sur quoi je voulais vous entretenir aujourd'hui. mais surtout une famille. le comte. et que vous en avez tiré une foule de conséquences utiles. LE SÉNATEUR. ou pour parler plus exactement. puisqu'il est absolument impossible que nous l'ayons apprise. Je crois de plus que la théorie de la réversibilité est si naturelle à l'homme. si vous n'avez point rêvé aux sacrifices la nuit dernière? LE CHEVALIER.

de s'associer par le mariage une famille flétrie dans les temps anciens. pour le seul plaisir de montrer de l'esprit et de contredire les idées reçues. ou renoncer à la gloire. » Colligens me a dispersione in qua frustratum discissis sum. s'ils ont un nom ou seulement de l'honneur. il faudrait les laisser dire. ou même font des livres contre ce qu'ils appellent le hasard ou le préjugé de la naissance. le chevalier. et ceux qui font cette question se vantent ensuite du mérite de leurs aïeux: c'est une contradiction manifeste. Il n'y a pas de milieu. À ceux qui. si j'affirme que vous renonceriez plutôt à la vie qu'à la gloire qui vous revient de ces belles actions. LE CHEVALIER. si elle vous échoit. et vous verrez ce qu'ils vous répondront.. fut tué en Égypte à la suite de saint Louis. Quant à ceux qui n'auraient ni l'un ni l'autre. (August. 1. le chevalier (j'éprouve un très grand plaisir à vous le rappeler). enfin votre dernier aïeul perdit un bras à Fontenoi.(1) Le genre humain en corps pourrait. 2. M. Un de vos aïeux. Vous n'entendez pas sans doute que cette illustration vous soit étrangère. adresser à Dieu ces mêmes paroles employées par saint Augustin parlant de lui-même: « Je fus coupé en pièces au moment où je me séparai de ton unité pour me perdre dans une foule d'objets: tu daignas rassembler les morceaux de moi-même. On demande quelquefois. un autre périt à la bataille de Marignan en disputant un drapeau ennemi. dans cette supposition. le blâme l'est de même. Mais songez donc que si votre ancêtre du XIIIe siècle avait livré saint Louis aux Sarrasins au lieu de mourir à ses côtés. pourquoi la honte d'un crime ou d'un supplice doit retomber sur la postérité du coupable. LE SÉNATEUR. M. et par la même raison.) Si la gloire est héréditaire dans l'opinion de tous les hommes. parlent. sans trop y songer. cette infamie vous serait commune par la même raison et avec la même justice qui vous a transmis une illustration tout aussi personnelle que le crime. proposez. Il n'y a sur le déshonneur héréditaire d'autre incrédule que celui qui en souffre: or ce jugement est évidemment nul. Cette même théorie ne pourrait-elle point jeter quelque jour sur cet 31 2 . Je n'avais jamais remarqué cette analogie. Elle est cependant frappante. dum ab uno te aversus in multa evanui. si l'on n'en croyait que notre petite raison. comme ils parleraient aussi pour eux. Confess. Aussi l'opinion sur ce point n'est pas douteuse.. II. il faut ou recevoir la honte de bonne grâce. et vous ne me désavouerez pas.

il est évident que la peine ne saurait précéder le complément du crime. toute famille est une. on la trouve chez les théologiens. chez les poètes. Et même dans les crimes instantanés. pourquoi pas. On ne sait que répondre. et l'autre de droit public. peuvent être réprimées sur-le-champ. une contravention à quelque règlement de police. Il est des crimes qui ne sont consommés et caractérisés qu'au bout d'un assez long espace de temps. comme aux vieilles nations. mais dès qu'il s'agit d'un crime proprement dit. M.inconcevable mystère de la punition des fils pour les crimes de leur pères? Rien ne choque au premier coup d'oeil comme une malédiction héréditaire: cependant. Les arguments que la raison fournit contre cette théorie ressemblent à celui de Zénon contre la possibilité du mouvement. comme dit l'Espagne. Sous l'empire de la loi mahométane. On s'étonne quelquefois de voir un monarque innocent périr misérablement dans l'une de ces catastrophes politiques si fréquentes dans le monde. puisque la bénédiction l'est de même? Et prenez garde que ces idées n'appartiennent pas seulement à la Bible. il en est d'autres qui se composent d'une foule d'actes plus ou moins excusables. Il ne faut donc jamais le diviser par la pensée lorsqu'il s'agit de le juger. et vous savez ce que les crimes récents ont fait souffrir au mien: néanmoins. MOI LE ROI. La famille est dans doute composée d'individus qui n'ont rien de commun suivant la raison. pris à part. Dans ces sortes de cas. à l'enfance du monde. Une étourderie. jamais le coupable n'est puni au moment où il le devient. le mort saisit le vif. suivant l'instinct et la persuasion universelle. ont deux belles maximes plus vraies peut-être qu'ils ne pensent: l'une de droit civil. le roi ne meurt pas. mais. Cette hérédité heureuse ou malheureuse est aussi de tous les temps et de tous les pays: elle appartient au Paganisme comme au Judaïsme ou au Christianisme. C'est surtout dans les familles souveraines que brille cette unité: le souverain change de nom et de visage. mais dont la répétition devient à la fin très criminelle. mais on marche. que veut-on dire? tout coupable peut être innocent et même saint le jour de son supplice. chez les philosophes. l'autorité punit et même de mort l'homme qu'elle en juge digne au moment et sur le 31 3 . le chevalier. C'est encore une de ces occasions si fréquentes où la justice humaine sert d'interprète à celle dont la nôtre n'est qu'une image et une dérivation. mais il est toujours. les supplices sont toujours suspendus et doivent l'être. au théâtre et à l'Église. une légèreté. à s'en tenir à la rigoureuse raison. Vos Français. comme on l'imagine souvent. Vous ne croyez pas sans doute que je veuille étouffer la compassion dans les coeurs.

où elles firent un merveilleux effort pour se réunir: on peut même observer là-dessus. il faut qu'il se défende. c'est-à-dire. qui n'ont pas manqués d'aveugles admirateurs. il faut qu'il soit accusé. comme entre le crime et le châtiment. Opp. il faut des préparatifs matériels pour son supplice. Si donc il arrive que.. en passant. jugé ou sacrifié. et ces retards. où les langues se divisèrent. t. il fallait la refuser. (Plat. pag. Ce n'est jamais CE roi. Platon. Gorgias. En faisant même abstraction de cette unité que je contemple dans ce moment. édit. ce coup frappera justement la couronne dans cent ans. et humilié. sont néanmoins une des nombreuses preuves de l'abrutissement et de la réprobation de ces peuples. par quelque acte désordonné.. la souveraineté vienne à changer de nom. et qui de même ne manquent pas d'aveugles détracteurs. un certain temps pour le conduire au lieu du châtiment. tous les traités. tous les crimes l'obligent. il faut surtout qu'il pense à sa conscience et à ses affaires. mais si l'on entend sa proposition dans le sens que je vous présente maintenant. et celle de la Pentecôte.lieu même où elle le saisit. Si. pour tenir compte de tout. il pourrait bien avoir raison.. 156. l'ordre est tout différent: il faut que le coupable soit arrêté. peut-être. L'échafaud est un autel: il ne peut donc être placé ni déplacé que par l'autorité. Toutes les dettes. et ces exécutions brusques. qu'importe à la justice? il faut qu'elle ait son cours ordinaire. Des siècles peuvent s'écouler justement entre l'acte méritoire et la récompense. Parmi nous. -(1)##Prostates poleos oud' an eis pote adikos apoloito up'autes tes poleos es prostatei. nous a dit une chose épouvantable à laquelle j'ose à peine penser (1). VI. suspendu. la parole. pendant la suspension indispensable qui doit avoir lieu entre le crime et le châtiment. Les deux plus grandes époques du monde spirituel sont sans doute celle de Babel. emprisonné. division inexplicable et tendance vers une certaine unité tout aussi inexplicable. examinons ce qu'il y a de plus merveilleux en lui. elle organise aujourd'hui un germe mauvais dont le développement naturel doit opérer une catastrophe dans cent ans. averti. à moins qu'il ne s'abstienne. Bipont. nous trouverons encore le même mystère. respectables jusque dans leurs excès. qui est fixe. suivant les circonstances.) Après avoir examiné l'homme. car nulle part l'héritier naturel ne peut se dispenser de payer les dettes de la succession. il faut enfin. que les deux prodiges les plus extraordinaires dont il soit fait mention 31 4 . rien n'est plus juste humainement. ne sont pas moins une preuve de notre supériorité. La souveraineté répond de tous les actes de la souveraineté. Le roi ne peut naître. menacé. il est traité avec poids et mesure: il est. je ne sais plus où. c'est LE roi qui est innocent ou coupable. S'il devient coupable. Pour s'y soustraire. dans le Gorgias. il ne peut mourir qu'une fois: il dure autant que la royauté.

Tous leurs signes d'attachement (autre mot créé par le même sentiment) sont des unions matérielles. Ils on voulu. des passages où ils se plaignaient que le crime ose faire servir à ses excès un signe saint et mystérieux (I). qui est ellemême l'organe et l'expression de l'intelligence. 31 5 . en même temps. tous les hommes ont cru qu'il y avait dans le rapprochement de deux bouches humaines quelque chose de sacré qui annonçait le mélange de deux âmes. et ce mot de tendresse même ne signifie que la disposition à l'union. qui a traduit madame Guyon. François de Cambrai. tout désire la réunion. et qui ne s'agitent sans cesse que pour y retourner. Heureusement je puis y suppléer en vous récitant des vers inexprimablement beaux de Métastase (1). Les hommes. La première fois que je lus dans le grand ouvrage de cet admirable Mallebranche. d'où vient sa généralité et sa puissance? Notre unité mutuelle résulte de notre unité en Dieu tant célébrée par la philosophie même. le mouvement et l'être. en feuilletant les saints pères.dans l'histoire de l'homme sont. mais c'est toujours le même principe. ou qu'il rie sur les lèvres pures de l'épouse et de la mère. uniquement parce qu'elle m'avait été recommandée par le meilleur de mes amis. Les hommes ont peu dit de choses aussi belles. je fus ébloui par cet éclair de génie et prêt à me prosterner. La comparaison est suivie avec beaucoup de justesse. si négligé par son injuste et aveugle patrie: Que Dieu est le lieu des esprits comme l'espace est le lieu des corps (II). Le panthéisme des stoïciens et celui de Spinosa sont une corruption de cette grande idée. Voilà comment tout ayant été divisé. Je tombai sur un passage du commentaire sur le Cantique des Cantiques. par exemple. La religion a porté à l'autel le baiser de paix avec grande connaissance de cause: je me rappelle même avoir rencontré. ne cessent de l'attester de mille manières. c'est toujours cette tendance vers l'unité. ils s'embrassent. mais vous savez que les morceaux de prose ne séjournent pas dans la mémoire. les faits [les] plus certains dont nous ayons connaissance. La bouche étant l'organe de la parole. Pour les contester il faut manquer à la fois de raison et de probité. Le vice s'empare de tout et se sert de tout. que le mot union signifiât la tendresse. J'eus la fantaisie jadis de feuilleter les oeuvres de madame Guyon. conduits par ce sentiment. soit qu'il effraie la pudeur. mais je n'examine que le principe. où cette femme célèbre compare les intelligences humaines aux eaux courantes qui sont toutes parties de l'Océan. à moins qu'il ne l'ait rencontrée comme par miracle. Le système de Mallebranche de la vision en Dieu n'est qu'un superbe commentaire de ces mots si connus de saint Paul: C'est en lui que nous avons la vie. Ils se touchent la main. Mais soit qu'il assouvisse l'effronterie.

Guyon. se trouvant loin de son origine. et il ne peut plus en être distingué. La raison.Voici le passage de Mad. tâche par diverses agitations de se rapprocher de la mer. et y être mêlée et transformée sans en ressortir jamais. Aen.. est comme un grand océan de lumières: nos esprits sont comme de petits ruisseaux qui en sortent et qui y retournent pour s'y perdre. (Virg. in-12.) L'illustre ami de madame Guyon exprime encore la même idée dans son Télémaque. » (Comment. v. l'âme peut sans cesse s'écouler dans lui comme dans son terme et son centre. Al mar dova ella nacque. ainsi qu'il y était perdu et mêlé avant que d'en sortir. 1.« Dieu étant notre dernière fin. Ainsi qu'un fleuve. Arias. I.) On sent dans ces deux morceaux deux âmes 31 6 . III. dit-il. Dove d'a lunghi errori Spera di reposar (2).) (2) Metast. il se perde et se mélange avec elle. -(1) . indiqué dans le dialogue: . cui carmina semper Et citharae cordi. chap. Musarum comitis. (Liv.. . IV. .. IX.. Va prigioniera in fonte: Mormora sempre e geme Finche non torni al mar. Dove acquisitò gli umori. numerosque intendere nervis. jusqu'à ce qu'y étant enfin retombé. 1687.L'onda dal mar divisa Bagna la ville e il monte: Va pressagiera in fiume. sur le Cantique des Cantiques. 775-776. qui est une eau sortie de la mer et très distincte de la mer. I. .

où prendrait-il l'idée de la duité? Mais. lorsque toutes les pensées seront communes comme les désirs. qui est fort étonnant au premier coup d'oeil: car qu'y a-t-il donc de commun entre la construction d'un édifice et le bon exemple qu'on donne à son prochain? Mais on découvre bientôt la racine de cette expression. et que ses deux centres seront confondus. Le vice écarte les hommes. je voudrais anticiper sur le jour des révélations et me plonger dans l'infini. il sera UN: car n'y ayant plus de combat dans lui. Il n'y a pas un acte contre l'ordre qui n'enfante un intérêt particulier contraire à l'ordre général. c'est un seul spectre infiniment lumineux. c'est-à-dire que chaque homme prenne place volontairement comme une pierre de cet édifice spirituel. mais je ne puis m'empêcher d'être frappé en voyant comment tout l'univers nous ramène à cette mystérieuse unité. Saint Paul partait donc de cette idée fondamentale. Saint Paul a inventé un mot qui a passé dans toutes les langues chrétiennes. Mais toutes ces eaux ne peuvent se mêler à l'Océan sans se mêler ensemble. Il prononce surtout ce mot célèbre: La science enfle. pénétrés par le même esprit. si nous considérons les hommes les uns à l'égard des autres. il n'y a pas un acte pur qui ne sacrifie un intérêt particulier à l'intérêt général. s'ils viennent à coïncider exactement dans le même lieu. et que cet édifice que nous devons élever est le corps du Sauveur (1). Il tourne cette idée de plusieurs manières. qu'en sera-t-il d'eux lorsque le mal étant anéanti. ne sont plus une infinité de spectres lumineux. -(1) Jerusalem quae aedificatur ut civitas cujus participatio ejus in idipsum. lorsque tous les esprits se verront comme ils sont vus? Qui peut comprendre. comme la vertu les unit. c'est-à-dire qui ne tende à créer une volonté une et régulière à la place de ces myriades de volontés divergentes et coupables. mais la charité édifie (2): mot admirable. du moins d'une certaine manière que je ne comprends pas du tout. Je me garde bien cependant de vouloir toucher à la personnalité. sans laquelle l'immortalité n'est rien.mêlées. et qu'il tâche de toutes ses forces d'y appeler les autres. il n'y aura plus de passion ni d'intérêt personnel? Que deviendra le MOI. se pénétreront mutuellement et se réfléchiront le bonheur (1)? Une infinité de spectres lumineux de même dimension. Lorsque la double loi de l'homme sera effacée. Quelquefois je voudrais m'élancer hors des limites étroites de ce monde. afin que tout homme édifie et soit édifié. et 31 7 . Il veut qu'on s'édifie les uns les autres. qui peut se représenter cette Jérusalem céleste où tous les habitants. c'est celui d'édifier. que nous sommes tous l'édifice de Dieu.

puisqu'un seul homme nous a perdus par un seul acte? (III) Je ne fais point ici ce qu'on appelle un cercle en prouvant l'unité par l'origine du mal.. de manière que tous sont terminés et consommés dans l'unité (4). XVII. et l'origine du mal par l'unité: point du tout. il est partout et surtout dans nous. (Ibid.. qui régit toutes les choses divines.) Je leur ai donné la gloire que vous m'avez donnée.) » La dégradation de l'homme peut donc être mise au nombre des preuves de l'unité humaine. (3) « Qu'ils soient UN comme nous (Jean. 9. le salut de même est venu par un seul (1). qu'ils soient de même UN en vous. ou sur quelque sentiment inné qui nous appartient comme notre propre existence. N'avez-vous jamais réfléchi à l'importance que les hommes ont toujours attachée aux repas pris en commun? La table. M. (Ibid. comme vous êtes en moi et moi en vous. Vous disiez l'autre jour. V. XXIII. sep. le mal n'est que trop prouvé par lui-même. dit un ancien 31 8 . (2) I Cor. le comte. et toutes ses constructions ne sont que des apparences: au lieu que la vertu édifie réellement. et qui a pour elle le torrent de toutes les traditions humaines. XXII. afin qu'ils soient UN comme nous sommes UN. Or de toutes les suppositions qu'on peut imaginer pour en expliquer l'origine. VIII. -(1) Rom.d'une vérité frappante: car la science réduite à elle-même divise au lieu d'unir. XXI. Rien n'est plus vrai. (Ibid. qu'il n'y avait pas de dogme chrétien qui ne fût appuyé sur quelque tradition universelle et aussi ancienne que l'homme. aucune ne satisfait le bon sens ennemi de l'ergotage autant que cette croyance. Saint Paul avait lu dans le sublime testament de son maître que les hommes sont un et plusieurs comme Dieu (3). car jusque-là l'oeuvre n'est pas finie.. et nous aider à comprendre comment par la loi d'analogie. afin qu'ils soient consommés en UN.) » (4) « Je suis en eux et vous en moi. et ne peut même agir sans édifier. -(1) I Cor. Et comment n'y aurait-il point entre nous une certaine unité (elle sera ce qu'on voudra: on l'appellera comme on voudra).... III. 11) afin qu'ils soient un tous ensemble. 17. 10. qui le présente comme le résultat héréditaire d'une prévarication fondamentale.

et qu'on pourrait regarder comme des traces presque effacées d'un état primitif. mon respectable ami. le comte. souvent de politique. pour rendre sensible jusqu'à un certain point cette transformation dans l'unité. de bienveillance. (Antichita di Ercolano. point d'accords. elle a voulu à son tour que sa communion fût un repas. Napoli.) Il y a une foule d'exemples de ce sentiment naturel. d'étiquette. qu'il fût absolument impossible de se former une certaine idée de cette solidarité qui existe entre les hommes (vous me permettrez bien ce terme de jurisprudence). pag. in-fol. est-elle une politesse? pourquoi est-il plus honorable d'être assis à la table d'un prince que d'être assis ailleurs à ses côtés? Descendez depuis le palais du monarque européen jusqu'à la hutte du cacique. sans repas. Les hommes n'ont pas trouvé de signe d'union plus expressif que celui de se rassembler pour prendre. toutes les conditions. comme une théorie d'égards. Car tout ainsi que plusieurs grains de blé ou de raisin ne font qu'un pain et une boisson. VII. et nous absorbent dans leur inconcevable unité (IV). Ce sentiment étant donc universel. e non essendo altro i conviti che sagrifiz. tom. et comme tout repas. M. partout vous trouverez les repas placés comme une espèce de religion. de même ce pain et ce vin mystiques qui nous sont présentés à la table sainte. suivant l'instinct universel. 42. En suivant cette route. iav. IX. Point de traités. une nourriture est nécessaire. de vous exprimer. 31 9 . ainsi rapprochés.. point de fêtes. tous les caractères. tirent volontiers leurs comparaisons de l'épi et de la grappe. ses délicatesses très remarquables. -(1) In segno delle comunione e participazione a' sagrifiz essendo la mensa in se stessa sacra. est l'entremetteuse de l'amitié. la religion l'a choisi pour en faire la base de son principal mystère. et qui est toute dans tous. Pour la vie spirituelle comme pour la vie corporelle. Les anciens pères. croyezvous. À ce banquet. examinez tous les rangs. théorie qui a ses lois. Ce signe a paru exalter l'union jusqu'à l'unité. passez de la plus haute civilisation aux rudiments de la société. Il me serait impossible. même lugubres. point de cérémonies d'aucune espèce. Le même organe matériel sert à l'une et à l'autre. d'où résulte la réversibilité des mérites qui explique tout? LE COMTE. brisent le MOI. une nourriture commune. ses observances. 1779. tous les hommes deviennent UN en se rassasiant d'une nourriture qui est une.proverbe grec. légitime et consacré par la religion. Pourquoi l'invitation adressée à un homme qui dînera tout aussi bien chez lui. qui sont les matériaux du mystère. était une communion à la même coupe (1).

II. d'autant plus que vous n'avez pas. vous sentirez 32 0 . et c'est précisément la grande route des découvertes. mais. Le vol que vous prenez peut trop aisément vous égarer. C'est précisément le contraire. comme moi. part. le voici: CE MONDE EST UN SYSTEME DE CHOSES INVISIBLES MANIFESTÉES VISIBLEMENT (V). ce plaisir est mêlé d'un certain effroi. et peut-être même en découvertes utiles? LE SÉNATEUR. Tout ce qu'on peut savoir dans la philosophie rationnelle se trouve dans un passage de saint Paul. XIII. et celui de perdre à de vaines spéculations un temps précieux que nous pourrions employer en études. N'y a-t-il pas de la témérité à vouloir comprendre des choses si fort au-dessus de nous? Les hommes ont toujours été tentés par les idées singulières qui flattent l'orgueil: il est si doux de marcher par des routes extraordinaires que nul pied humain n'a foulées! Mais qu'y gagne-t-on? l'homme en devient-il meilleur? car c'est là le grand point.. ne serait donc qu'un assemblage d'apparences (1)! -(1) Toute la nature ne serait donc pour nous qu'un grand et magnifique spectacle d'apparences. le plaisir que m'a causé votre discours. Difficilement peut-être trouverat-on un système de quelque célébrité qui ne renferme rien de vrai. du moins dans un certain sens. a dit quelque part Charles Bonnet. que tout mouvement est un effet.même d'une manière bien imparfaite. de manière que la cause proprement dite d'un mouvement ne peut être un mouvement (1). mon cher comte: il n'y a rien de si utile que ces études qui ont pour objet le monde intellectuel. chap. Paling. ne courons-nous pas deux grands dangers. Je dis de plus: en devient-il plus savant? Pourquoi accorderions-nous notre confiance à ces belles théories. Si vous considérez que tout a été fait par et pour l'intelligence. je vous l'avoue avec une franchise dont vous êtes bien digne. car il y a un genre d'idéalisme qui est très raisonnable. (Bonnet. un fanal que vous puissiez regarder par tous les temps et de toutes les distances. L'univers. celui de nous égarer d'une manière funeste. mais. encore une fois. si elles ne peuvent nous mener ni loin ni droit? Je ne refuse point de voir de fort beaux aperçus dans tout ce que vous venez de nous dire. et ce passage. et que tout se rapporte dans ce monde que nous voyons à un autre monde que nous ne voyons pas (2).) Sans doute. que ces mots de cause et de matière s'excluent mutuellement comme ceux de cercle et de triangle.

ce que c'est que le bois. Le physicien. (Adv. de la vérité. (2) Tout ce monde visible n'est fait que pour le siècle à venir: tout ce qui se passe a ses rapports secrets avec ce siècle éternel où rien ne passera plus: tout ce que nous voyons n'est que la figure et l'attente des choses invisibles. Il n'y a donc aucune loi sensible qui n'ait derrière elle (passez-moi cette expression ridicule) une loi spirituelle dont la première n'est que l'expression visible.) Parcourez le cercle des sciences. dans sa conscience. Il s'étonne de tirer des conséquences infaillibles d'un principe qui choque le bon sens. pourvu qu'il soit démontré que cette force existe.aisément que nous vivons en effet au milieu d'un système de choses invisibles manifestées visiblement. est tout à la fois moteur et immobile. dit-il. 520. se demande à lui-même ce que c'est qu'une plante. I. no 6. s'arrête tout pensif devant l'oreille du mulet: tout sa science branle et sa vue se trouble. pag. J'honore sincèrement leurs travaux. gent. il s'en embarrasse beaucoup. l'un des instruments les plus puissants que Dieu ait confiés à l'homme. IIIe partie. enfin ce que c'est que la matière. Le mathématicien tâtonne sur les bases du calcul des quantités imaginaires. vous verrez qu'elles commencent toutes par un mystère.. mais je crains beaucoup que la postérité n'en profite sans reconnaissance. Dieu n'agit dans le temps que pour l'éternité. J'entends la vraie métaphysique. Dès qu'on sort du domaine de l'expérience matérielle et palpable pour entrer dans celui de la philosophie rationnelle.) Mais l'axiome appartient à la philosophie antique. et nous avons vu des académies demander au monde savant l'explication de ces contradictions apparentes. Serm. quoique ses opérations soient très justes. et vous verrez où les adeptes se trouveront conduits.. et n'ose plus se moquer des alchimistes. et ne les regarde eux-mêmes comme des aveugles qui sont arrivés sans le savoir dans un pays dont ils niaient l'existence. Le germinaliste. Mais rien n'est plus intéressant que ce qui se passe de nos jours dans l'empire de la chimie. -(1) Saint Thomas a dit: Omne mobile a principio immobili. no 2. (Massillon. qui a fait l'expérience de Hales (VI). Soyez bien attentifs à la marche des expériences.) Mallebranche l'a répété. in-4o. Append. et XLVII. Il comprend encore moins le principe du calcul infinitésimal. (Rech. et voilà pourquoi toute explication de cause par la matière ne contentera jamais un bon esprit. mais. il faut sortir de la matière et tout expliquer par la métaphysique. qui vient de pulvériser les romans de l'épigénégiste.. sur les afflictions. Dieu seul. L'astronome attractionnaire dit qu'il ne s'embarrasse nullement de savoir ce que c'est que l'attraction. XLIV. et 32 1 .

Alors même sa fécondité naturelle est un mal: car ces plantes. à celui de Bacon. 32 2 . messieurs. détruisez toutes les forces de l'homme. ou parce que je manque de forces. etc. non per ratiocinationem causata. plaisants métaphysiciens! qui ont passé leur vie à prouver qu'il n'y a point de métaphysique. Il y a surtout dans la troisième quelque chose de si extraordinaire. il n'aurait pas manqué d'y voir des idoles de cavernes ou des idoles de tribus. Son allure est libre. et personne ne l'a vu marcher (1).. pour la froide raison. Y a-t-il. cherchez profondément les puissances de la terre pour les mettre en contact avec les puissances du ciel! Voilà. qu'on ne peut se dispenser d'y reconnaître une véritable inspiration: or. que de purs rêves. et forment une barrière de plus entre le ciel et la terre. enfoncez le soc. brisez cette croûte maudite. Si l'on avait soumis ces idées à l'examen de certains philosophes en garde contre toute espèce de superstition. qu'on ne peut arriver que par ces routes extraordinaires que vous craignez tant. de si indépendant de toute autre connaissance préliminaire. sed immaterialis cognitio rerum absque discursu. Que si je n'arrive pas. mais qui ne sont. mon digne ami.. dénaturé par le scepticisme irreligieux. qui aimait l'astronomie et le physique comme les premiers hommes d'Italie aiment les femmes. (S. Brisez. en mêlant et entrelaçant leurs racines. par exemple. qui s'accordaient fort bien avec son caractère profondément religieux. brutes illustres en qui le génie était animalisé! Il est donc très certain. n'est-ce déjà un point capital de savoir que je suis dans la bonne route? Tous les inventeurs. Le génie ne se traîne guère appuyé sur des syllogismes. endurcissent le sol. ou parce que l'autorité aura élevé des barrières sur mon chemin. inutiles à l'homme. par exemple. -(1) Divina cognitio non est inquisitio. Les sciences naturelles mêmes sont soumises à la loi générale. l'image naturelle de l'intelligence humaine ouverte ou fermée aux connaissances divines. un homme qu'on puisse comparer à Kepler dans l'astronomie? Newton lui-même est-il autre chose que le sublime commentateur de ce grand homme.non celle qui n'a été cultivée avec tant d'ardeur durant le dernier siècle par des hommes qu'on appelait sérieusement métaphysiciens. ou qui se couvre de plantes spontanées. ressemble à une friche qui ne produit rien. qui seul a pu écrire son nom dans les cieux? car les lois du monde sont les lois de Kepler (VII). sa manière tient de l'inspiration: on le voit arriver. (2). L'esprit humain. il ne parvint à cette immortelle découverte qu'en suivant je ne sais quelles idées mystiques de nombres et d'harmonie céleste. tous les hommes originaux on été des hommes religieux et même exaltés.

in-8o. c'est-à-dire par des méthodes totalement étrangères à nos expériences matérielles et aux lois de la mécanique. 1685. in-12. 4 vol. 32 3 . Elzevir. 186. 15. que les verres caustiques devaient être concaves. quemadmodum coelestia sonent. 10. II. Amst. ou d'autres du même genre (IX). gent. malgré les travaux de Copernic. 578. et même mon honneur. advers. NOBILEM CONSTANTIAM. tom. in-4o. que jamais on ne découvrira rien dans ce profond mystère de la nature qu'en suivant les idées de Gilbert. Blaen. -(1) Itaque tenebimus..) Et dans la patrie de Roger Bacon on croyait. nat. p. et plus elle s'approche de son modèle. la science en Dieu étant une intuition. tom. seqq. III. Quaest. IX. London.) En effet. non seulement était demeuré étranger à la découverte de son immortel contemporain.Thomas. pag. Il est impossible que vous ne vous soyez pas quelquefois divertis des explications mécaniques du magnétisme. plus elle a ce caractère dans l'homme. mais j'engagerais sans balancer ma vie. 1803. et il appelait cette obstination une noble constance (1). mais vous n'avez sûrement pas lu ce qu'en a dit Gilbert: car ces vieux livres ne se lisent plus. 1639. Je ne prétends point dire qu'il ait raison. comme le mouvement général des eaux dans le monde ne s'expliquera jamais d'une manière satisfaisante (supposé qu'il s'explique) qu'à la manière de Sénèque (2). 252. et que le mouvement de tâtonnement. Mais ce Bacon. -(1) Cartesii principia philosophica. mais il tenait obstinément au système de Ptolémée.. I. comme on l'a dit dans un siècle où l'on a épuisé tous les genres de délire. 92. 12. qui avait substitué la méthode d'induction à celle du syllogisme. même apres les découvertes de Galilée. augmentait la chaleur des rayons solaires (VIII). qu'on fait en haussant et baissant une lentille pour trouver le vrai point du foyer. Bacon. (2) Sen. (The works of R. (2) Ceux qui connaissent la philosophie de Bacon entendent cet argot: il serait trop long de l'expliquer aux autres. et surtout des atomes de Descartes formés en tire-bouchons (1). Pars IV. p. no 133.. Thema coeli.

autant qu'il m'est permis d'en juger. mais n'oublions jamais le précepte de Celse.Plus les sciences se rapportent à l'homme. sans le moindre scrupule. par système. comme savants ou comme écrivains. si cette règle a lieu. I. quoiqu'elles soient un instrument plutôt qu'une science. dont la tendre piété fut connue de tout le monde. de trouver en vous les préjugés auxquels l'indépendance de votre esprit aurait pu 32 4 . Les nôtres furent de puissants chiffreurs: ils manièrent avec une dextérité merveilleuse et qu'on ne saurait trop admirer les instruments remis entre leurs mains. dans les sciences d'un ordre surnaturel. cherchons donc avant tout celui qui a juré d'aimer tous les hommes. le comte. pourquoi. les médecins irréligieux. si vous voulez. même dans les sciences naturelles. qui ont une vertu admirable pour créer les grands caractères et les grands talents. par exemple. mais ces instruments furent inventés dans le siècle de la foi et même des factions religieuses. qui nous recommande quelque part de chercher autant que nous le pouvons le médecin ami (1). Celsi. et celui surtout dont les travaux tournèrent le plus au profit de l'homme (ce point ne doit jamais être oublié) par l'application qu'il en fit à l'optique et à l'art nautique. Corn. la raison métaphysique. Le plus original des mathématiciens du XVIIIe siècle. à la mysticité. M. de Remed.) Les mathématiques mêmes sont soumises à cette loi. puisqu'elles n'ont de valeur qu'en nous conduisant à des connaissances d'un autre ordre: comparez les mathématiciens du grand siècle et ceux du suivant. si vous le voulez. Ce n'est point la même chose d'avancer dans une route ou de la découvrir (XI). (Aur. Certains philosophes se sont avisés dans ce siècle de parler de causes: mais quand voudrat-on donc comprendre qu'il ne peut y avoir de causes dans l'ordre matériel. Laissons de côté. qui est cependant bien importante. s'ils ont le mérite du style. ne nous livrerions-nous pas. à des recherches que nous pourrions aussi nommer surnaturelles? Je suis étonné.. comme la médecine. et fuyons par-dessus tout celui qui. qui ai pu si longtemps l'admirer de près. lib. utiliorem tamen medicus esse (scias) amicum quam extraneum. -(1) Quum per scientia sit. Praef. fut Léonard Euler. Des mots ne sont rien. Qu'on ne vienne donc point crier à l'illuminisme. le plus fécond. mais ne les appelez jamais auprès de votre lit (X). et cependant c'est avec ce rien qu'on intimide le génie et qu'on barre la route des découvertes. et qu'elles doivent toutes être cherchées dans un autre cercle? Or. de moi surtout. ne doit l'amour à personne. moins elles peuvent se passer de religion: lisez.

-(1) L'étude des sciences naturelles a son excès comme tout le reste. comme il arrive dans la plupart des discussions. commence par t'étudier toi-même avant d'étudier le monde. problème que rousseau a fort embrouillé dans le milieu du dernier siècle avec son esprit faux et ses demi-connaissances (1). elles ne doivent point être le but principal de l'intelligence.échapper aisément. s'y est trompé comme des gens bien audessous de lui. et parce que toutes les sciences. ils sont dignes d'être distingués 32 5 .. Il faut en convenir. prouver jusqu'à la démonstration qu'il y a dans la science. greffées sur ce sujet divin. Jamais je n'ai prétendu nier. mon cher ami. L'indispensable nécessité de cette longue préparation du génie européen est une vérité capitale qui a totalement échappé aux discoureurs modernes. et nous y sommes arrivés. parce que les universités ne furent d'abord que des écoles de théologie. Bacon même. qu'il pourrait bien y avoir du mal entendu entre nous. Elle n'est parvenue à ce haut point de civilisation et de connaissances que parce qu'elle a commencé par la théologie. je crois. que la religion ne soit la mère de la science: la théorie et l'expérience se réunissent pour proclamer cette vérité. (Ep. Il est tout à fait amusant lorsqu'il traite ce sujet. LE COMTE. envoyez à une nation neuve des académiciens avant de lui avoir envoyé des missionnaires. et surtout lorsqu'il se fâche contre la scolastique et la théologie. Dieu m'en préserve.: à la vérité. Apprenez aux jeunes gens la physique et la chimie avant des les avoir imprégnés de religion et de morale. cet homme célèbre a paru méconnaître entièrement les préparations indispensables pour que la science ne soit pas un grand mal. et la plus haute folie qu'on puisse commettre serait celle de s'exposer à manquer d'hommes pour avoir plus de physiciens. Elles ne sont point. si elle n'est pas entièrement subordonnée aux dogmes nationaux.) Mais les paroles de Bossuet frappent bien plus fortement. quelque chose de caché qui tend à ravaler l'homme. « L'homme est vain de plus d'une sorte: ceux-là pensent être les plus raisonnables qui sont vains des dons de l'intelligence. et à le rendre surtout inutile ou mauvais citoyen: ce principe bien développé fournirait une solution claire et péremptoire du grand problème de l'utilité des sciences. Philosophe. On peut même. disait très-bien Sénèque. que vous avez justement pincé. parce qu'elles tombent de plus haut. LXV. et vous verrez le résultat.. Je vous assure. Le sceptre de la science n'appartient à l'Europe que parce qu'elle est chrétienne. ont manifesté la sève divine par une immense végétation.

la plus forte. qui s'élancent dans les affaires et réussissent sans préparation. qu'elle le dispose. à toute espèce de connaissances.. et en général inhabiles aux affaires? D'où vient au contraire que les prêtres (je dis les PRETRES) sont naturellement hommes d'état? c'est-à-dire. la plus puissante des monarchies a-t-elle été faite.) Pourquoi les savants sont-ils presque toujours de mauvais hommes d'état. et qui nous étonnent dans l'histoire? Pourquoi la plus noble. et ils font un des plus beaux ornements du monde. tel par exemple que Charles V et son fils en employèrent beaucoup. et pensent avoir droit de se faire écouter sans fin. pourquoi l'ordre sacerdotal en produit-il davantage. Que la religion. si je puis m'exprimer ainsi. De qui notre argile est-elle mieux connue que de Dieu? J'ose dire que ce que nous devons ignorer est plus important pour nous que ce que nous devons savoir. proportion gardée.. Mais quelle conclusion tirerons-nous de cette vérité? qu'il faut donc faire tous nos efforts pour pénétrer les mystères de cette religion? Nullement: permettezmoi de vous le dire. croire fermement qu'on étudie en priant. au pied de la lettre. lorsque nous nous occupons de philosophie rationnelle. qui ne sort pas comme d'elle-même d'un dogme chrétien.. pour l'intérêt même de cette religion et pour l'honneur qui lui est dû.des autres. par des ÉVEQUES (c'est un aveu de Gibbon) comme une ruche est faite par des abeilles? Je ne finirais pas sur ce grand sujet. S'il a placé certains objets au-delà des bornes de notre vision. n'est et ne peut être qu'une coupable 32 6 . et même la piété. lorsque aussitôt qu'il se sentent un peu de talent. souvenons-nous qu'elle ne nous recommande rien tant que la simplicité et l'obéissance. J'adopte de tout mon coeur et j'admire votre comparaison tirée de la terre ouverte ou fermée aux influences du ciel: prenez garde cependant de ne pas tirer une conséquence fausse d'un principe évident. mon cher sénateur. que tous les autres ordres de la société? surtout de ces hommes d'état naturels.. mais qui les pourrait supporter. c'est sans doute parce qu'il serait dangereux pour nous de les apercevoir distinctement. La conclusion légitime est qu'il faut subordonner toutes nos connaissances à la religion. quand est-ce que nous apprendrons à vous estimer? » (Sermon sur l'honneur. et de décider de tout souverainement? O justesse dans la vie! ô égalité dans les moeurs! ô mesure dans les passions! riches et véritables ornements de la nature raisonnable. et surtout. ils fatiguent toutes les oreilles. c'est une vérité incontestable pour tout homme qui a seulement mouillé ses lèvres à la coupe de la vraie philosophie. autant que la capacité individuelle le permet. soit la meilleure préparation pour l'esprit humain. c'est un sophisme évident. et qu'elle le place sur la route des découvertes. ne jamais oublier que toute proposition de métaphysique. mais.

je la crois tout comme vous. non seulement sans aucun profit. et sans doute il y aura toujours une chimie trop pneumatique. il y a. si on pouvait expliquer. toujours pour lui seul. Je serais seulement un peu tenté de croire qu'il n'a pas lui-même assez réfléchi sur sa propre maxime. répondre de votre tête. Plus l'intelligence connaît. le protopseudès de notre siècle. je n'ai pas envie de le critiquer. à toute recherche curieuse qui sort de la sphère temporelle de l'homme. Nous partons toujours de l'hypothèse banale que l'homme s'est élevé graduellement de la barbarie à la science et à la civilisation. 32 7 . autant qu'il est en moi. dans ce cas. Nous parlons souvent avec un étonnement niais de l'absurdité de l'idolâtrie. On dit que la chimie pneumatique date de nos jours: mais il y a eu. comme je crois à l'existence de la ville de Pékin aussi bien que ce missionnaire qui en revient. car vous ne pourriez. et plus elle peut être coupable. avec qui nous dinâmes l'autre jour. parce qu'ils n'y comprennent rien. il croyait devoir s'environner de saintes précautions. c'est un excellent mot de Bacon. J'applaudis à vos connaissances et à la manière dont vous savez les faire converger: cependant quel avantage vous donnent-elles sur moi? Cette réversibilité. avaient possédé de plus quelques-unes de ces connaissances qui ont dû nécessairement appartenir aux premiers hommes. ou que du moins Dieu pourrait à peine marquer pour lui douze mille hommes dans chaque tribu. c'est l'erreur-mêre. Mais si les philosophes de ce malheureux siècle. il y a quelque temps. pour cette fois. base nécessaire de la réversibilité qui expliquerait tout. La religion est l'aromate qui empêche la science de se corrompre. malheur à l'univers! ils auraient amené sur le genre humain quelque calamité d'un ordre surnaturel. et. Vous rappelez-vous ce que nous lisions ensemble. Voyez ce qu'ils ont fait et ce qu'ils nous ont attiré. puisqu'il a travaillé formellement à séparer l'aromate de la science. Je m'oppose donc. certaines expériences de chimie. C'est le rêve favori. comme dit l'école. avec l'horrible perversité que nous leur avons connue. mais je puis bien vous assurer que si nous avions les connaissances qui égarèrent les premiers idolâtres. il n'y a pas bien longtemps. mais de plus avec un très grand danger pour vous. Ce mot n'est point écrit en l'air: Mallebranche n'a-t-il pas dit qu'une fausse croyance sur l'efficacité des causes secondes pouvait mener à l'idolâtrie? c'est la même idée. et. dans un livre de Saint-Martin? Que le chimiste imprudent court risque d'adorer son ouvrage. malgré leur profonde stupidité dans les sciences spirituelles. un ami commun éminent en science et en sainteté: vous savez bien que lorsqu'il faisait. et c'est tant mieux pour eux.extravagance. Nous avons perdu. nous le serions tous. Les ignorants rient de ces sortes de choses. Voilà qui nous suffit pour la pratique: qu'importe tout le reste? Je vous ai suivi avec un extrême intérêt dans tout ce que vous nous avez dit sur cette incompréhensible unité. Quand vous pénétreriez la raison de ce dogme. vous perdriez le mérite de la foi. et qui s'obstinent encore malgré les avertissements qu'ils ont reçus.

M. et vous citez Kepler. Je remercie Dieu de mon ignorance encore plus que de ma science. une parole mécanique. Je n'ai point dit que chaque découverte doive sortir immédiatement d'un dogme comme le poulet sort de l'oeuf: j'ai dit qu'il n'y a point de causes dans la matière. sans doute. LE SÉNATEUR. j'ai toute la confiance possible en elle. du moins en partie. Vous dites que l'explication des causes doit toujours être cherchée hors du monde matériel. il n'y a que l'esprit religieux qui puisse guérir cette maladie. est de lui. une chimie mécanique. une morale mécanique. et se courroucent même lorsqu'on leur parle d'un autre ordre de chose. Elle ne peut. une troisième. le chevalier. Je n'irai point tenter follement d'escalader l'enceinte salutaire dont la sagesse divine nous a environnés. ou. et par conséquent je ne puis être sûr qu'elle est bonne: mon ignorance au contraire. Il faut à notre siècle une astronomie mécanique. une pesanteur mécanique. quoique très faible. il n'y a que les hommes religieux qui puissent et qui veuillent en sortir. mais dans tout cela je ne vois par l'ombre de religion. tandis que l'irréligion le comprime toujours et l'étouffe souvent. Or. du moins celle dont je parle. partant. Vous vous êtes répondu à vous-même. de le fausser. je suis sûr d'être de ce côté sur les terres de la vérité: qui m'assure qu'au-delà (pour ne point faire de supposition plus triste) je ne me trouverai pas sur les domaines de la superstition? LE CHEVALIER. surtout le talent des découvertes. Nous parlions de 32 8 . Il me semble que Kepler aurait fort bien pu découvrir ses lois sans croire en Dieu. pourvu qu'elle leur soit agréable et qu'elle ait de la bonne foi. que vous avez donné un peu trop de latitude à vos idées religieuses. peut bien se proposer pour médiatrice.Observez encore que la religion est le plus grand véhicule de la science. Il me semble d'abord. mon cher ami. Que voulons-nous de plus? Il n'est pas permis de pénétrer l'instrument qui nous a été donné pour pénétrer. Entre deux puissances supérieures qui se battent. Les autres ne croient qu'à la matière. car ma science est moi. ce qui est pire peut-être. créer le talent qui n'existe pas: mais elle l'exalte sans mesure partout où elle le trouve. On peut bien être musicien et calculer des accords sans avoir de la piété. des remèdes mécaniques pour guérir des maladies mécaniques: que sais-je enfin? tout n'est-il pas mécanique? Or. et que par conséquent elles ne doivent point être cherchées dans la matière. le sénateur. M. qui arriva à ses fameuses découvertes par je ne sais quel système d'harmonie céleste à laquelle ne ne comprend rien. Il est trop aisé de le briser. en prononçant ces mots hors du monde matériel.

J'accorde que les idées mystiques et extraordinaires puissent quelquefois mener à d'importantes découvertes: il faut aussi mettre dans l'autre bassin de la balance les inconvénients qui peuvent en résulter. que vous me paraissez pousser la timidité à l'excès. et que rien ne favorisait l'avancement des sciences et des découvertes en tout genre. Je ne voudrais pas d'autre preuve de son caractère que le titre qu'il donna à son ouvrage sur la véritable époque de la naissance de J. qu'elles puissent illuminer un Kepler: si elles doivent encore produire dix mille fous qui troublent le monde et le corrompent même. Je doute que de nos jours un astronome de Londres ou de Paris en choisît un de pareil. comme vous l'avez cru d'abord. Ainsi vous voyez. Peut-être qu'en effet un érudit protestant ne s'exprimerait point ainsi de nos jours. si vous voulez bien excuser mon impertinence. par exemple. M. -(1) On connaît un ouvrage de ce fameux astronome intitulé: De vero anno quo Dei Filius humanam naturam assumpsit Joh. c'est que vous avez passé l'autre objection sous silence. J'ai beaucoup couru le monde: en vérité. Soit: je ne suis point assez fort pour disputer avec vous. C'est encore un point sur lequel je ne me crois pas assez fort pour disputer avec vous. je ne l'aurais jamais assez dit. LE CHEVALIER. comme cette tournure d'esprit qui nous porte toujours hors du monde matériel. ce me semble. Je crois donc. in-4o. le comte. Accordons. il faut aussi vous dire. et qu'elles avaient de plus l'extrême inconvénient de nuire aux études utiles. mais je ne sais pas trop comprendre comment la foi vous mène à craindre la superstition. Je vous fais mon compliment sur votre soumission religieuse. À cela vous avez répondu que c'était précisément le contraire. je n'ai rien trouvé de meilleur.Kepler. mon cher chevalier. mais ce qui me paraît évident. Keppleri commentatiuncula. mais voici un point sur lequel j'aurais encore envie de vous quereller: notre ami avait dit que votre goût pour les explications d'un genre extraordinaire pouvait vous conduire et en conduire d'autres peutêtre à de très grands dangers. mais jamais Kepler n'aurait pris la route qui le conduisait si bien. je me sens très disposé à sacrifier le grand homme. Mais comme le devoir d'un médiateur est d'ôter et d'accorder quelque chose aux deux parties. que je n'ai pas confondu les objets. C'est tout le contraire. s'il n'avait pas été éminemment religieux. 32 9 . (1). et cependant elle est grave. et que vous ne feriez pas mal de vous défier un peu de vos élans spirituels: du moins. que vous êtes allé un peu trop loin.C. autant que j'en puis juger.

je crois que la tête vous tourne.. . ou ce n'est rien. ni le fanatisme. puisse croire précisément ce qu'il faut.Écoutez ce petit conte je vous en prie: peut-être c'est une histoire. il faut toujours fixer son point de vue fort au-delà du bord. En vérité. . dans un excellent livre dont le titre est cependant en opposition directe avec l'ouvrage. ni aucun autre monstre de ce genre portant un autre nom.. Je le répète. et jette sa tête sur le bijou chéri. je suis de plus surpris que vous en vouliez autant à cette superstition. ma pauvre soeur. pourquoi n'en serait-il de même de la piété? Je suis porté à croire que les clameurs contre les excès de la chose partent des ennemis de la chose. et le temps est mauvais: elles s'entretiennent des peines et des dangers qui environnent leur père. La superstition n'est donc ni l'erreur. Jamais nous ne sommes sûrs de nos qualités morales que lorsque nous avons su leur donner un peu d'exaltation. mais si 33 0 .. Enfin c'est une règle générale. qu'est-ce donc que la superstition? Super ne veut il pas dire par delà? Ce sera donc quelque chose qui est par delà la croyance légitime. en tire le portrait de son père. il n'y a pas de quoi crier haro. . et. et le faire reculer si vous pouvez. en bonne foi. sous peine de tomber dedans..qui devrait arriver. que l'honneur ne vous déplaît pas? cependant qu'est-ce que l'honneur? C'est la superstition de la vertu.Mais. Toujours il y aura du plus ou du moins. vient le placer sur son chevet. sans feu ni couverture: qui sait si ce n'est pas le moment que l'ennemi a choisi. Je ne crois pas qu'un homme. dormez. m'enseigne qu'il n'y a point de synonymes dans les langues. qu'est-ce que la superstition? L'abbé Gérard. précieuse même et souvent nécessaire. Au fond. Certainement celle-ci a raison. et qu'il soit beaucoup plus en sûreté parce que votre tête appuie sur son portrait? prenez garde de le casser. ce me semble. il bivouaque dans ce moment: peut-être il est couché sur la terre. qui n'est pas. dit l'autre. en fidélité. Peut-être. dit l'une. ah!. La raison est bonne sans doute. il ne suffit pas de vous roidir à votre place: il faut le frapper lui-même. Elle s'élance hors de son lit. mes bons amis. court en chemise à son bureau. et moins encore une nation. il serait bien singulier que la religion en fût une exception. les pouvoirs constitutionnels établis parmi les nations libres ne subsistent guère qu'en se heurtant. en amitié. et tout ce qu'elle dit est vrai. Deux soeurs ont leur père à la guerre: elles couchent dans la même chambre. En amour. Pour franchir un fossé. etc. J'ai souvent observé dans ce monde que ce qui suffit ne suffit pas. n'allez pas prendre ceci pour un jeu de mots: celui qui veut faire précisément tout ce qui est permis fera bientôt ce qui ne l'est pas. croyez-moi. la superstition est aimable.. il fait froid. J'imagine. Croyez-vous donc qu'en vous enrhumant vous sauverez notre père. Dans le monde politique.Bon papa! je te garderai. une si mauvaise chose. mais il s'en faut que tout doive se régler par la raison. Si quelqu'un vient à vous pour vous renverser.

choisiriez-vous la logicienne ou la superstitieuse? Pour revenir. car il ne sera utile qu'à l'ennemi qui s'en servira pour se mettre à couvert et battre la place: faut-il donc ne point faire d'ouvrages avancés? Avec cette belle crainte des abus. mais d'abord. que vous avez beaucoup vu jadis à Lyon. Parmi les personnes qui se trouvaient là. un de vos anciens amis. voilà ce qui m'intrigue. 33 1 ... ce sera aussi un grand abus. Parmi les livres qu'on nous envoyait de la ville voisine pour occuper nos longues soirées. on finirait par ne plus oser remuer. je vous l'assure. se flattant de l'avoir trouvée. tout en s'étonnant néanmoins de l'accueil glacé qu'on faisait à son système (1). in-8o.vous deviez épouser l'une ou l'autre de ces deux soeurs. et ce livre qui était échu au bon commandeur le mit dans une colère tout à fait divertissante. -(1) Voy. qui étaient bien. en suivant ma comparaison: si un ouvrage avancé est trop avancé. J'ai vu des hommes livrés à ces idées singulières dont vous parliez tout à l'heure. je crois que la superstition est un ouvrage avancé de la religion qu'il ne faut pas détruire. Vous savez dans quelle retraite et avec quelles personnes j'ai passé l'hiver de 1806. vu qu'il n'y a dans l'univers aucune machine capable d'exécuter ce que nous voyons. et que les inconvénients de ces abus puissent jamais égaler le danger d'ébranler la croyance? Je vous dirai d'ailleurs. M. c'était le vieux commandeur de M. et qui vient de terminer sa longue et vertueuse carrière. Mais il y a des abus ridicules et des abus criminels. le comte. les plus honnêtes et les plus aimables qu'il fût possible de connaître. Vous sentez bien qu'il fut obéi ponctuellement. car il n'est pas bon qu'on puisse venir sans obstacle jusqu'au pied du mur. Genève. Je veux vous dire à ce propos une petite histoire qui ne manquera pas de vous amuser.. cette rare découverte accompagnée de plusieurs morceaux d'une métaphysique pestilentielle. dites-moi. pour le bien de l'univers. qui avait passé une grande partie de sa vie à chercher la cause mécanique de la pesanteur. en mesurer la hauteur et planter les échelles. et qui. faisait les délices de notre société. 1805. En mourant. il avait chargé ses exécuteurs testamentaires de publier. chantait modestement EURÉKA. graves philosophes. C'est un point que je n'ai pas su débrouiller dans ma tête. nous disait-il. Vous m'opposerez les abus. « Le sage auteur de ce livre. la page 307 du livre en question. a découvert que la cause de la pesanteur doit se trouver hors du monde. croyez-vous que les abus d'une chose divine n'aient pas dans la chose même certaines limites naturelles. nous trouvâmes un jour l'ouvrage posthume de je ne sais quel échappé des petitesmaisons de Genève. Il avait soixante et dix ans révolus lorsque nous le vîmes se mettre en colère pour la première fois de sa vie.

surtout à l'époque des ballons. Ces atomes étaient faits comme des cages. l'offrande la plus agréable qu'il soit possible de faire aux dieux. et voilà pourquoi le monde tourne. Mais il faut bien observer que cette projection d'atomes eut lieu une fois pour toutes (1). ou gravifiques. mais nous tombâmes des nues lorsqu'il ajouta: « N'avez-vous jamais remarqué que. ne mangeaient. car dès lors il n'y a pas d'exemple que Dieu se soit mêlé de la gravité. » Jusque-là tout le monde pouvait être de l'avis de l'excellent vieillard. pendant le temps de leurs purifications légales. et les lança de toutes ses forces dans notre sphère. » -(1) C'est l'expression de l'auteur. dis-je. sur le vol des oiseaux et sur les efforts que notre pesante espèce a faits à diverses époques pour imiter ce mécanisme merveilleux. il y avait une fois (on ne sait ni comment ni pourquoi. pour nous. il y avait. au rapport de Clément d'Alexandrie. nous dédaignons tout ce qui instruisait. il est venu dans l'idée d'aucun philosophe de se demander si les oiseaux ne pourraient point donner lieu à quelques réflexions particulières sur la pesanteur? Cependant. que. Quoi qu'il en soit. » « Or. suivant Platon dans son livre des Lois. Il appelle ces atomes ultra-mondains.Vous me demanderez peut-être ce que c'est qu'une région hors du monde? L'auteur ne le dit pas. c'est un oiseau 33 2 . qu'elle avait consacré certains oiseaux à ses divinités principales. car lui ni ses amis ne se forment l'idée d'aucun commencement). dont les barreaux sont plusieurs millions de fois plus longs qu'ils ne sont épais. que toujours elle les a interrogés sur l'avenir. il advint qu'un jour Dieu prit de ces atomes autant qu'il en put tenir dans ses deux mains. à cause de leur pays natal. parce que les oiseaux étaient les plus légers de tous les animaux (1). Nous ressemblons aujourd'hui dans nos lectures à ces insectes impurs qui ne sauraient vivre que dans la fange. dans ce pays hors du monde. car on ose tout dire à ceux qui peuvent tout entendre. que des chairs de volatile. que les prêtres égyptiens. tout ce qui charmait nos ancêtres. suivant une tradition bizarre. parmi les innombrables choses qu'on a dites. et. à cause de leurs fonctions (XII). si les hommes s'étaient rappelé que toute l'antiquité s'est accordée à reconnaître dans les oiseaux quelque chose de divin (XIII). un livre est toujours assez bon. elle les avait déclarés antérieurs aux dieux. et que. pourvu qu'il soit mauvais. mais ce doit être bien loin. « Voilà où nous en sommes! voilà ce qu'on a pu nous dire. une quantité suffisante d'atomes en réserve.

) « Mais pour nous élever plus haut. que 33 3 . il aurait vu que parmi les miracles incontestables opérés par ces élus. me disait un jour qu'il avait été si souvent visité dans sa jeunesse par ces sortes de rêves. (Note de l'éditeur. si l'orgueilleux aveugle que je vous citais tout à l'heure. et prescrivant des règles pour les manifester utilement. etc. ou qui s'opéraient sur leurs personnes. Contesteriez-vous les faits racontés par cette sainte ellemême. il n'en est pas de plus incontestable ni de plus fréquent que celui du ravissement matériel. (Note de l'éditeur. etc. de Leg. Lisez. et dont le plus hardi scepticisme ne peut ébranler la certitude. XII. pag. ne dit point que l'oiseau (seul) est l'offrande la plus agréable. dont le génie et la candeur égalaient la sainteté! On croit entendre saint Paul racontant les dons de la primitive église. que j'ai beaucoup vu jadis. Pour mon compte. un calme. Platon. les vies et les procès de canonisation de saint François Xavier. qu'il s'était mis à soupçonner que la pesanteur n'était pas naturelle à l'homme.) Il faut mettre le second article au nombre de ceu où le bon plaisir du grand philosophe de l'antiquité fut d'être énigmatique ou même bizarre. je puis vous assurer que l'illusion chez moi était quelquefois si forte.) (2) Les citations de mémoire sont rarement parfaitement exactes. avait lu les vies des saints. de sainte Thérèse. surtout les jeunes gens studieux. qu'il reçut à treize ans des mains d'un père assassin (XIV). et surtout l'honneur insigne fait à la colombe. un sang-froid mille fois plus persuasifs que les serments les plus solennels. sont fort sujets à songer durant le sommeil qu'ils s'élèvent dans les airs et qu'ils s'y meuvent à volonté. un homme de beaucoup d'esprit et d'un excellent caractère. 206. de saint Philippe de Néri. » -(1) Si la citation est exacte.(2). (XV). avec un naturel.. je ne doute pas qu'ils n'eussent été conduits à mettre en question si la loi commune de la pesanteur affecte les oiseaux vivants au même degré que le reste de la matière brute ou organisée. il aurait pu concevoir quelques idées justes sur la route qu'il faudrait tenir pour découvrir la cause de la pesanteur. mais que je ne dois plus revoir. et surtout encore ceux qui ont eu le bonheur d'échapper à certains dangers. dans cet endroit de ses oeuvres. par exemple. il est superflu d'observer que cette expression doit être prise dans le sens vulgaire de viande légère. IX. il dit que « les offrandes les plus divines (##theiotata dora) sont les oiseaux et les figures qu'un peintre peut exécuter en un jour. » (Opp. s'ils avaient considéré de plus près cette foule de faits surnaturels où les oiseaux sont intervenus. au lieu de lire Lucrèce. ce que je ne peux vérifier en ce moment. lib. tom. sans qu'on sache pourquoi.. et vous verrez s'il est possible de douter. » « Les jeunes gens.

que ce digne homme croie que l'état de sainteté et les élans d'une piété ardente aient la puissance de suspendre. dont vous croirez sans doute deviner le nom. (3) Matth. lorsqu'il eut donné à ses disciples les trois dons qu'il ne leur retirera jamais. cependant il n'y a pas d'autre moyen de savoir ou de se douter au moins de ce que c'est que la pesanteur. « Il y a loin de là aux atomes gravifiques. par un double contour. parti d'un coin du salon. alors. et. (2) Marc. j'en ai connu plusieurs d'un caractère très équivoque. 45. tout étant consommé dans un nouveau sens. Mais ensuite je me rappelais certains personnages de ma connaissance qui me paraissaient être arrivés par le même chemin à un résultat bien différent. la mission (2). La soirée se termina très paisiblement. mais nous vîmes sur son visage une profonde expression de tristesse mêlée de terreur. me disais-je. » « Mais il y a quelque chose de plus grand que tout cela. Quel mal y a-t-il donc. tout ce discours me revint dans l'esprit.j'étais éveillé depuis quelques secondes avant d'être bien détrompé. l'Homme-Dieu cessa de peser et se perdit dans les nues.. » -(1) Luc. La nuit. 15. XXIV. C'est pour eux qu'à été fait le mot d'illuminé. et qu'on peut en tirer des conclusions légitimes sur la nature de cette loi? Certainement il n'y a rien de plus innocent. 16. » À ces mots. d'une probité assez 33 4 . nous déconcerta tous. les lois de la pesanteur. à l'égard de l'homme. Il y a bien quelque chose de vrai dans ce mouvement de la conscience universelle qui condamne ces hommes et leurs doctrines. se crut obligé de lui adresser des excuses qui furent faites et reçues de fort bonne grâce. Le rieur. et l'indéfectibilité (3). en effet. l'intelligence (1). Lorsque le divin auteur de notre religion eut accompli tout ce qu'il devait encore faire sur la terre après sa mort. XXVIII. lorsque mes quatre rideaux m'eurent séparé. il se tut. Vous croirez peut-être que le commandeur se fâcha: pas du tout. qui est toujours pris en mauvaise part. des hommes. de la lumière et des affaires. un éclat de rire. 20. Je ne saurais vous dire combien je le trouvai intéressant. en présence de ses disciples qui venaient de le toucher et de manger avec lui. XVI.

Cette table. est aussi une entremetteuse de l'amitié. mais je vous dois des remerciements et des félicitations. s'il vous plaît. Ne pourrait-on pas trouver une règle qui pût me tranquilliser. Mon très cher chevalier.problématique. il est impossible à l'homme de marcher ferme. ce me semble. 33 5 . qui avons donné le premier coup de bêche à cette bonne terre. elle est universelle. nous ne sommes pas réunis pour disputer. vous ressemblez à un homme plongé dans l'eau qui demanderait à boire. et me permettre d'avoir un avis? LE COMTE. Il m'a toujours paru que. mais aussi il y a de quoi trembler pour le bon sens et pour quelque chose de mieux encore. et remarquables surtout par une haine plus ou moins visible pour l'ordre et la hiérarchie sacerdotale. et je le retrouve aujourd'hui auprès de vous. M. je voyais disparaître ces traits hideux et ces longues oreilles dont la peinture ne manque jamais de la décorer.. Je voudrais seulement vous proposer une idée qui pourrait bien. Eh bien! n'en parlons plus pour aujourd'hui. il y a des règles de fausse position comme il y en avait jadis dans l'arithmétique. messieurs. LE SÉNATEUR. sans elle. Cette règle que vous demandez existe: elle vous touche. Je vais vous prouver en peu de mots que. elle me semblait presque une jolie femme. et qu'on emploie pour expliquer d'une manière plus ou moins plausible tel ou tel point de cette même révélation. hélas! nous ne vous entendrons plus. Nous vous entendrons un autre jour. à égale distance de l'illuminisme et du scepticisme. et vous leur rendrez la culture que vous tenez de nous. mais pour discuter. Au surplus. Ah! ah! vous êtes de l'aréopage. dans la haute métaphysique. mais d'autres vous entendront. Lorsque vous aurez notre âge. Je balance entre les deux systèmes que vous m'avez exposés. LE COMTE. passer pour un traité de paix entre nous. Car c'est bien nous. C'est ainsi que j'envisage toutes les opinions qui s'éloignent de la révélation expresse.. le chevalier. l'autre échauffe le coeur et dispose l'esprit aux plus nobles et aux plus heureux efforts. pour votre charmante apologie de la superstition. L'un me paraît priver l'homme des plus grands avantages. si vous voulez. Prenons. mais au moins on peut dormir tranquille. et quand vous avez fini. elle vous environne. pour exemple. comme dit le proverbe que notre ami citait tout à l'heure: ainsi nous ne contesterons plus. l'opinion de la préexistence des âmes. Que faut-il donc penser? Je m'endormis avec ce doute. À mesure que vous parliez. et pour cela. quoiqu'elle ne porte que du thé et quelques livres.

mon cher ami? Elle n'est ni brusque ni insensible. Il serait temps de redescendre sur terre. et le parti qu'on peut tirer de la préexistence pour une foule d'explications intéressantes: je vous déclare néanmoins expressément que je ne prétends point adopter ce système comme une vérité. Après le voyage que nous venons d'exécuter à tired'aile dans les plus hautes régions de la métaphysique. j'en dis autant de cent autres systèmes. la plus obscure de toutes. on fait preuve au moins d'une certaine inquiétude qui expose fort le mérite de la foi et de la docilité. et n'avons-nous pas reconnu clairement que toutes les objections fondées sur cette prétendue injustice étaient des sophismes évidents? Cette première considération nous a conduits à celle de la réversibilité. mais je dis. J'aime beaucoup. les idées pratiques. LE COMTE. serait-elle exceptée? J'en reviens cependant toujours à dire que. il y a une autre solution que j'ignore. qu'on les propose modestement. comme je viens de vous le dire. Jamais nous ne nous sommes égarés un instant. et voici ma règle de fausse position: Si j'ai pu. N'avons-nous pas examiné en général la grande question des souffrances du juste dans ce monde. et maintenant encore nous ne changeons point de discours. et qu'il a développé avec tant de sagacité dans sa Théodicée. Ne trouvez-vous pas qu'il y a déjà bien longtemps que nous sommes dans les nues? En sommes-nous devenus meilleurs? J'en doute un peu. et que Dieu a jugé à propos de refuser à notre curiosité? J'en dis autant de l'hypothèse ingénieuse de l'illustre Leibnitz. Vous voyez d'un coup d'oeil tout ce qu'on peut dire contre la création successive des âmes.dont on s'est servi pour expliquer le péché originel. Qu'appelez-vous brusque. pour peu qu'on se livre trop à ces sortes de recherches transcendantes. sans qu'il soit possible de leur assigner aucune racine humaine. et des vôtres en particulier. On tâtonne dans toutes les sciences: pourquoi la métaphysique. je voudrais vous proposer quelque chose de moins sublime: parlons par exemple des indulgences. moi chétif mortel. et qu'on ne les propose que pour se tranquilliser l'esprit. car il n'y en a point. La transition est un peu brusque. il me semble que la critique doit se taire devant ces précautions. qu'il a établie sur le crime de Sextus Tarquin. et surtout ces analogies frappantes qui se trouvent entre les dogmes du Christianisme et ces doctrines universelles que le genre humain a toujours professées. je vous l'avoue. LE SÉNATEUR. et qu'ils ne mènent surtout ni à l'orgueil ni au mépris de l'autorité. mon digne ami. comment puis-je douter que. Pourvu qu'on ne les regarde point comme des démonstrations. trouver une solution nullement absurde qui rend assez bien raison d'un problème embarrassant. qui est le 33 6 . si ce système n'est pas vrai.

des fils. Et l'on dirait que l'erreur s'était mise en garde d'avance contre cette 33 7 . accordée au genre humain par les mérites infinis de l'innocence par excellence. verse dans l'autre bassin ses flots empoisonnés. apparemment pour le rendre ridicule. qui n'ait pardonné à un enfant punissable par l'intercession et par les mérites d'un autre enfant dont il a lieu d'être content. nous nous sommes bien gardés de croire que ce mystère qui explique tout eût besoin lui-même d'être expliqué. Nos frères séparés nous ont contesté ce principe. Comme la rédemption n'est qu'une grande indulgence. en accordant un emploi. qu'il ne peut être trompé que par la vérité corrompue ou mal interprétée. Ils ont dit: L'Homme-Dieu a payé pour nous. mais les satisfactions étrangères lui sont imputées par la justice éternelle. Ce principe est si général et si naturel qu'il se montre à tout moment dans les moindres actes de la justice humaine.grand mystère de l'univers. ou des ancêtres. et qui fut le premier prétexte de l'un des plus grands crimes que les hommes aient commis contre Dieu. je vous fais apercevoir ce dogme universel dans la doctrine de l'Église sur un point qui excita tant de rumeur dans le XVIe siècle. de m'arrêter un instant avec vous sur le bord de cet abîme où vous avez jeté un regard bien perçant. il fallait dire: Donc les mérites de l'innocent peuvent servir au coupable. volontairement immolée pour lui! Faites sur ce point une observation bien importante: l'homme qui est fils de la vérité est si bien fait pour la vérité. de parents. pourvu qu'il l'ait voulu et qu'il se soit rendu digne de cette réversibilité. de l'autre toutes les satisfactions. etc. Si vous n'avez pas vu. L'indulgence générale n'est-elle pas vaine pour celui qui ne veut pas en profiter et qui l'annulle. C'est un fait. les bonnes oeuvres de tous les hommes. comme si la rédemption qu'ils adorent avec nous était autre chose qu'une grande indulgence. Il n'y a cependant pas de père de famille protestant qui n'ait accordé des indulgences chez lui. donc nous n'avons pas besoin d'autres mérites. mais le principe est le même. de ce côté. à son tour. et pour accélérer cette oeuvre universelle. dont l'attente fait gémir tous les êtres (1). la disproportion est immense sans doute. Maintenant. n'est qu'une rédemption diminuée. c'est une croyance aussi naturelle à l'homme que la vue ou la respiration. Il n'y a pas de souverain protestant qui n'ait signé cinquante indulgences pendant son règne. quant à lui. Je n'ai point refusé. Mais en nous essayant sur ce grand sujet. par les mérites des pères. Non seulement il jouit de ses propres mérites. on ne vous accusera pas au moins de n'avoir pas bien regardé. les sacrifices et les larmes de l'innocence s'accumulant sans relâche pour faire équilibre au mal qui.. D'un côté tous les crimes. en remettant ou commuant une peine. le sénateur. Vous avez ri mille fois de la sotte balance qu'Homère a mise dans les mains de son Jupiter. des frères. M. le sang des martyrs. et cette croyance jette le plus grand jour sur les voies de la providence dans le gouvernement du monde moral. depuis l'origine des choses. il suffit que l'homme veuille. et l'analogie incontestable. Il faut qu'à la fin le salut l'emporte. par le mauvais usage qu'il fait de sa liberté? Il en est de même de la rédemption particulière. l'indulgence. Le Christianisme nous montre bien une autre balance.

les inspirations. mais pensez d'abord à vousmêmes: Dieu n'écoute point celui qui se présente à lui avec une conscience souillée. il ne force point sa volonté (cette expression n'a même point de sens). comme les lames d'un faisceau aimanté. la foi. préface du poème de la Grâce. et les esprits. vous pensez à vos frères qui souffrent dans un autre monde: vous avez la religieuse ambition de les soulager. l'espérance et l'amour. Et quelle belle loi encore que celle qui a mis deux conditions indispensables à toute indulgence ou rédemption secondaire: mérite surabondant d'un côté. autrement elle lui demeurera étrangère. Quel superbe tableau que celui de cette immense cité des esprits avec ses trois ordres toujours en rapport! le monde qui combat présente une main au monde qui souffre et saisit de l'autre celle du monde qui triomphe. il faut qu'elle acquiesce. que le dominateur souverain. soit qu'il s'approprie les oeuvres d'un autre.analogie évidente. Quelle noble émulation pour la vertu! quel avertissement et quel encouragement pour le coupable! « Vous pensez. XII. et le roi des vertus. en contestant le mérite des bonnes oeuvres personnelles. sans l'état de grâce. mais il doit agir aussi comme s'il pouvait tout (3). Il n'agit pour lui. Il doit prier sans doute comme s'il ne pouvait rien. disait jadis l'apôtre des Indes à ses néophytes. la prière. ne le traite qu'AVEC RESPECT (2). par une humble et courageuse coopération. bonnes oeuvres prescrites et pureté de conscience de l'autre! Sans l'oeuvre méritoire. 22. -(1) Rom. les secours. Vous voyez comment chaque dogme du Christianisme se rattache aux lois fondamentales du monde spirituel: il est tout aussi important d'observer qu'il n'en est pas un qui ne tende à purifier l'homme et à l'exalter. (2) Cum magna reverentia. 18. point de rémission par les mérites de l'innocence. qu'il a le pouvoir de résister à Dieu et de repousser sa grâce: elle est telle. (Sap. qu'avec lui. les satisfactions. avant d'entreprendre de soustraire des âmes aux 33 8 . jouissent de leurs propres forces et de celles de tous les autres. soit qu'il mérite par lui-même. il faut que. circulent de l'un à l'autre comme des fleuves bienfaisants. l'homme s'approprie cette satisfaction.) (3) Louis Racine. L'action de grâce. VIII. Rien n'est isolé. mais l'épouvantable grandeur de l'homme est telle. Rien n'est accordé qu'à ses efforts.

qu'elle repose sur une idée universelle aussi ancienne que le monde. . 1735. Goa. 6. si l'on ose la juger (1). mais nous pouvons en choisir une plus directe et plus touchante peut-être que toutes les autres. J'espère. Lors donc que le coupable nous demandera pourquoi l'innocence souffre dans ce monde. et qui n'avait besoin que d'être rectifiée et sanctionnée par la révélation. sancti Francisci Xaverii à Tursellino et Possevino latine versas. à la masse des idées que nous avions rassemblées dans les premiers sur la grande question qui nous occupe. sans même s'informer si elle est fondée. ni 33 9 . si vous le voulez. mais je ne crois pas qu'il soit possible de montrer une seule opinion universellement utile qui ne soit pas vraie. L. messieurs. -(1) Ut vincas cum judicaris. nous ne manquons pas de réponses. dans ces deux derniers entretiens.) FIN DU DIXIEME ENTRETIEN. Les aveugles ou les rebelles peuvent donc contester tant qu'ils voudront le principe des indulgences: nous les laisserons dire. et tout législateur devrait tâcher de l'établir chez lui. 16. comme vous l'avez vu. prius ab inferno liberet suam. Note I. Il est impossible de savoir quels textes l'interlocuteur avait en vue. commencez par délivrer les vôtres de l'enfer.Nous pouvons répondre: Elle souffre pour vous. (Ps. Mais le Christianisme est venu nous en présenter une nouvelle d'autant plus puissante. p.peines du purgatoire. que nous avons beaucoup ajouté. La pure raison nous a fourni des solutions capables seules de faire triompher la providence. Il n'y a pas de croyance plus noble et plus utile. NOTES DU DIXIEME ENTRETIEN. Lettre de saint François Xavier à saint Ignace. c'est celui de la réversibilité: c'est la foi de l'univers. Writislaviae. (Inter epist. 21 octobre 1542. in-12. (1) » -(1) Et sane quum est ut alienum a purgatorio animam liberaturus.

même s'il s'en rappelait quelques-uns bien distinctement. Je ne puis citer sur ce point que deux passages; l'un de Clément d'Alexandrie, l'autre de saint Jean Chrysostome. Le premier dit (Pedag., lib. III, ch. XI): Qu'il n'y a rien de plus criminel que de faire servir au vice un signe mystique de sa nature. Le second est moins laconique. « Il a été donné, dit-il, pour allumer dans nous le feu de la charité, afin que de cette manière nous nous aimions comme des frères, comme des pères et des enfants s'aiment entre eux... Ainsi les âmes s'avancent l'une vers l'autre pour s'unir... Mais je ne puis ajouter d'autres choses sur ce sujet... Vous m'entendez, vous qui êtes admis aux mystères... Et vous, qui osez prononcer des paroles outrageantes ou obscènes, songez quelle bouche vous profanez, et tremblez... Quand l'apôtre disait aux fidèles: Saluez-vous par le saint baiser... c'était pour unir et confondre leurs âmes. » Per oscula inter se copulavit. (D. Joan. Chrysost. in II, ad Cor. epist. comm. hom. XXX, inter opp. cura Bern. de Montfaucon. Paris, 1732, tom. X, pag. 650-651.) On peut encore citer Pline le naturaliste. « Il y a, dit-il, je ne sais quelle religion attachée à certaines parties du corps. Le revers de la main, par exemple, se présente au baiser... mais si nous appliquons le baiser aux yeux, nous semblons pénétrer jusqu'à l'âme et la toucher. » Inest et aliis partibus quaedam religio: sicut dextra osculis aversa appetitur... hos (oculos) cum osculamur, animum ipsum videmur attingere. (C. Plin. Sec. Hist. nat. curia Harduini. Paris, 1685; in-4o, tom. II, §§54, 103, pages 547, 595. (Note de l'éditeur.) Note II. Recherche de la vérité, in-4o. Au reste, ce système de la vision en Dieu est clairement exprimé par saint Thomas, qui aurait été, quatre siècles plus tard, Mallebranche ou Bossuet, et peut-être l'un et l'autre. « Videntes Deum, omnia simul vident in ipso: Ceux qui voient Dieu voient en même temps tout en lui. » (S. Thom., adv. gent., Lib. III, cap. LIX.) Puisqu'ils vivent dans le sein de celui qui remplit tout, qui contient tout et qui entend tout. (Eccli. I, 7.) Saint Augustin s'en approche encore infiniment lorsqu'il appelle Dieu avec tant d'élégance et non moins de justesse, SINUM COGITATIONES MEAE; le centre générateur de mes pensées. (Confess., liv. XIII, 11.) Le P. Berthier a dit, en suivant les mêmes idées: « Toutes les créatures, l'ouvrage de vos mains, quoique très distinguées de vous, puisqu'elles sont finies, sont toujours en vous, et vous êtes toujours en elles. Le ciel et la terre ne vous contiennent pas, puisque vous êtes infini; mais vous les contenez dans votre

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immensité. Vous êtes le lieu de tout ce qui existe, et vous n'êtes que dans vous-même. » (Réflex. spirit., tom. III, pag. 28.) Ce système est nécessairement vrai de quelque manière; quant aux conclusions qu'on en voudra tirer, ce n'est point ici le lieu de s'en occuper. Note III. « Tous les hommes doivent donc croître ensemble pour ne faire qu'un seul corps par le Christ, qui en est la tête. Car nous ne sommes tous que les membres de ce corps unique qui se forme et s'édifie par la charité, et ces membres reçoivent de leur chef l'esprit, la vie et l'accroissement, par le moyen des jointures et des communications qui les unissent, et suivant la mesure qui est propre à chacun d'eux. » (Eph., IV, 15, 16.) Et cette grande unité est si fort le but de toute l'action divine par rapport à nous, « que celui qui accomplit tout en tous ne se trouvera lui-même accompli que lorsqu'elle sera accomplie. » (Ibid., I, 23.) Et alors, c'est-à-dire à la fin des choses, Dieu sera tout en tous. (I Cor., XV, 28.) C'est ainsi que saint Paul commentait son maître; et Origène, commentant saint Paul à son tour, se demande ce que signifient ces paroles: Dieu sera tout en tous; et il répond: « Je crois qu'elles signifient que Dieu sera aussi tout dans chacun, c'est-à-dire que chaque substance intelligente, étant parfaitement purifiée, toutes ses pensées seront Dieu; elle ne pourra voir et comprendre que Dieu; elle possédera Dieu, et Dieu sera le principe et la mesure de tous les mouvements de cette intelligence: aussi Dieu sera tout en tous; car la distinction du mal et du bien disparaîtra, puisque Dieu, en qui le mal ne peut résider, sera tout en tous; ainsi la fin des choses nous ramènera au point dont nous étions partis..., lorsque la mort et le mal seront détruits; alors Dieu sera véritablement TOUT EN TOUS. » (Origène, au livre des Principes, liv. III, ch. VI.) Note IV. On pourrait citer plusieurs passages dans ce sens; un seul de saint Augustin peut suffire: « Mes frères, disait-il dans l'un de ses sermons, si vous êtes le corps et les membres du Sauveur, c'est votre propre mystère que vous recevez. Lorsqu'on prononce: Voilà le corps de J.C., vous répondez: Amen: vous répondez ainsi à ce que vous êtes (ad id quod estis respondetis), et cette réponse est une confession de foi... Écoutons l'Apôtre qui nous dit: Étant plusieurs, nous ne sommes cependant qu'un seul pain et qu'un seul corps. (I Cor., X, 17.) Rappelez-vous que le pain ne se fait pas d'un seul grain, mais de plusieurs. L'exorcisme, qui précède le baptême, vous broya sous la
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meule: l'eau du baptême vous fit fermenter, et lorsque vous reçûtes le feu du saint-Esprit, vous fûtes pour ainsi dire cuits par ce feu... Il en est de même du vin. Rappelez-vous, mes frères, comment on le fait. Plusieurs grains pendent à la grappe; mais la liqueur exprimée de ces grains est une confusion dans l'unité. Ainsi le Seigneur J.C. a consacré dans sa table le mystère de paix et de notre unité. » (Saint Augustin, Serm. inter opp. ult. edit. Ben. Paris, 1683; 14 vol. in-fol., tom. V, part I, 1105, col. p. 2, litt. D, E, F.) Note V. ##EIS TO ME OUK PHAINOMENON TA BLEPOMENA GEENGOMAI. (Heb. XI, 5.) La Vulgate a traduit: Ut ex invisibilibus visibilia fierent. Érasme dans sa traduction dédiée à Léon X: Ut ex his quae non apparebant ea quae videntur fierent. - Le Gros: Tout ce qui est visible est formé d'une manière ténébreuse. - La version de Mons: Tout ce qui est visible a été formé, n'y ayant rien auparavant que d'invisible. Sacy comme la traduction de Mons. (Il y travailla avec Arnaud, etc.) La traduction protestante d'Osterwald: De sorte que les choses qui se voient n'ont pas été faites des choses qui apparaissent. - Celle de David Martin, in-fol. Genève, 1707 (Bible Synodale): En sorte que les choses qui se voient n'ont point été faites de choses qui parussent. La traduction anglaise, reçue par l'église anglicane: So that things which are seen were not made of things which do appear. - La traduction esclavonne, dont on ignore l'auteur, mais qui est fort ancienne, puisqu'on l'a attribuée, quoique faussement, à saint Jérôme: Vo ege ot neyavliaemich vidimym byti (ce qui revient absolument de la Vulgate). La traduction allemande de Luther: Dass alles was man siehet aus nichts worden ist. Saint Jean Chrysostome a entendu ce texte comme la Vulgate, dont le sens est seulement un peu développé dans le dialogue. ##Ek me phainomenon ta blepomena gegone. (Chrys. Hom. XXII, in epist. ad Hebr. cap. XI.) Note VI. Je crois devoir observer en passant, croyant la chose assez connue, que cette fameuse expérience de Hales sur les plantes, qui n'enlèvent pas le moindre poids à la terre qui les nourrit, se trouve mot à mot dans un livre appelé: Actus Petri, seu Recognitiones. Le fameux Whiston, qui faisait grand cas de ce livre, et qui l'a traduit du grec, a inséré le passage tout entier dans son livre intitulé: Astronomical principles of religion. London, 1725; in-8o, pag. 187. Sur ce livre des Recognitiones, attribué à saint Clément, disciple de saint Pierre, écrit dans le IIe siècle, et interpolé dans le IIIe, voy. Joh. Millii Prolegomena in N.T. graecum; in-fol., pag. 277, no 1, et l'ouvrage de Rufin, De adulteratione lib. Origenis, inter opp. Orig. Bâle, Episcopius, 1771

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tom. I, pag. 778; 2 vol. in-fol. Note VII. Il est plus que probable que Kepler n'aurait jamais pensé à la fameuse règle qui l'immortalise, si elle n'était sortie comme d'elle-même de son système harmonique des cieux, fondé... sur je ne sais quelles perfections pythagoriques des nombres, des figures et consonances; système mystérieux, dont il s'occupa dès sa première jeunesse jusqu'à la fin de ses jours, auquel il rapporta tous ces travaux, qui en fut l'âme, et qui nous a valu la plus grande partie de ses observations et de ses écrits. (Mairan, Dissert. sur la glace, Paris, 1749; in-12, préf., pag. 11.) Note VIII. « La réunion des rayons du soleil augmente la chaleur, comme le prouvent les verres brûlants, qui sont plus minces dans le milieu que vers les bords, à la différence des verres de lunettes, comme je le crois. Pour s'en servir, on place d'abord le verre brûlant, autant que je me rappelle, entre le soleil et le corps qu'on veut enflammer; ensuite on l'élève vers le soleil, ce qui rend l'angle du cône plus aigu; mais je suis persuadé que, s'il avait d'abord été placé à la distance où on le portait ensuite après l'avoir élevé, il n'aurait plus eu la même force, et cependant l'angle n'aurait pas été moins aigu. » (Ibid., Inquisitio legitima de calore et frigore, tom. II, pag. 181.) Ailleurs il y revient, et il nous dit: « Que si l'on place d'abord un miroir ardent à la distance, par exemple, d'une palme, il ne brûle point autant que si, après l'avoir placé à une distance moindre de moitié, on le retirait lentement et graduellement à la première distance. Le cône cependant et la convergence sont les mêmes; mais c'est le mouvement qui augmente la chaleur. » (Ibid., tom. VIII; Nov. org., lib. II, no 28, pag. 101.) Il n'y a rien au-delà. C'est dans ce genre le point culminant de l'ignorance. Note IX. Non seulement je n'ai pas lu, mais je n'ai pu me procurer le livre de Guillaume Gilbert, dont Bacon parle si souvent (Commentarii de magnete). Je puis cependant y suppléer de manière suffisante pour mon objet, en citant le passage suivant de la physique de Gassendi, abrégée par Bernier, in-12, tom. I, ch. XVI, pag. 170-171: « Je suis persuadé que la terre... n'est autre chose qu'un grand aimant, et que l'aimant... n'est autre chose qu'une petite terre qui provient de la véritable et légitime substance de la terre. Si, après avoir observé qu'un rejeton qu'on a planté pousse des racines, qu'il germe, qu'il jette des branches, etc. ..., on ne fait aucune difficulté d'assurer que ce rejeton a été retranché de l'olivier (par exemple) ou de la véritable substance de l'olivier; de même aussi, après avoir mis un aimant en

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équilibre et ayant observé que non seulement il a des pôles, un axe, un équateur, des parallèles, des méridiens et toutes les autres choses qu'a le corps même de la terre; mais aussi qu'il apporte une conformation avec la terre même, en tournant ses pôles vers les pôles de la terre et ses autres parties vers les parties semblables de la terre, pourquoi ne peut-on pas assurer que l'aimant a été retranché de la terre ou de la véritable substance de la terre? » Note X. Je trouve dans mes papiers l'observation suivante qui vient fort à l'appui de cette thèse. Je la tirai jadis d'un précis anonyme sur le docteur Cheyne, médecin anglais, inséré dans le 10e vol. du Magasin européen, pour l'année 1791, novembre, pag. 356. « Il faut le dire à la gloire des professeurs en médecine, les plus grands inventeurs dans cette science et les praticiens les plus célèbres ne furent pas moins renommés par leur piété que par l'étendue de leurs connaissances; et véritablement on ne doit point s'étonner que des hommes appelés par leur profession à scruter les secrets les plus cachés de la nature, soient les hommes les plus pénétrés de la sagesse et de la bonté de son auteur... Cette science a peut-être produit en Angleterre une plus grande constellation d'hommes fameux par le génie, l'esprit et la science, qu'aucune autre branche de nos connaissances. » Citons encore l'illustre Morgagni. Il répétait souvent que ses connaissances en médecine et en anatomie savaient mis sa foi à l'abri même de la tentation. Il s'écriait un jour: Oh! si je pouvais aimer ce grand Dieu comme je le connais! (Voy. Elogio del dottore Giambattista Morgagni, Efemeridi di Roma, 13 giugno 1772, no 24.) Note XI. Le mot de siècle ne doit point être pris ici au pied de la lettre; car l'ère moderne de l'invention, dans les sciences mathématiques, s'étend depuis le triumvirat de Cavalieri, du P. Grégoire de saint Vincent et de Viette, à la fin du XVIe siècle, jusqu'à Jacques et Jean Bernoulli, au commencement du XVIIIe; et il est très vrai que cette époque fut celle de la foi et des factions religieuses. Un homme de ce dernier siècle, qui paraît n'avoir eu aucun égal pour la variété et l'étendue des connaissances et des talents dégagés de tout alliage nuisible, le P. Boscowich, croyait en 1755, non seulement qu'on ne pouvait rien opposer alors aux géants de l'époque qui venait de finir, mais que toutes les sciences étaient sur le point de rétrograder, et il le prouvait par une jolie courbe. (Voy. Rog. Jos. Boscowich, S.J. Vaticinium quoddum geometricum, in Supplem. ad Bened. Stay, philos. recent. versibus traditam. Romae, Palearini, 1755; in-8o tom. I, pag. 408.) Il

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ne m'appartient point de prononcer sur ces Récréations mathématiques; mais je crois qu'en général, et en tenant compte de quelques exceptions qui peuvent aisément être ramenées à la règle, l'étroite alliance du génie religieux et du génie inventeur demeurera toujours démontrée pour tout bon esprit. Note XII. « Cet excès de la longueur des barreaux sur la largeur doit être exprimé, au moins, par le nombre 10 élevé à la 27e puissance. Quant à la largeur, elle est constamment la même, et sans exception quelconque, et plus petite qu'un pouce d'une quantité qui est 10 élevé à la 13e puissance. » Ici il n'y a ni plus, ni moins, ni à peu près; le compte est rond. Note XIII. Aristophane, dans sa comédie des Oiseaux, fait allusion à cette tradition antique: ##Outos de (eros) khaei pteroenti migeis nukhio kata tartaron eurun Eneotteuse henos emeteron, kai proton anegagen es phos. Proteron d'ouk en genos athanaton... Ille, vero alatus mistus chao et caliginoso, in tartaro ingente Edidit nostrum genus, et primum eduxit in lucem: Neque enim deorom genus ante erat...

(Aristoph., Aves, V, 699, 702.) Note XIV. Ibid. pag. 23. Il appelle quelque part Lucrèce son maître dans la physique. Il ne doute pas d'avoir trouvé la solution du plus grand problème que les physiciens se soient jamais proposé, et que la plupart d'entre eux avaient toujours regardé, ou comme absolument insoluble en soi, ou comme inaccessible à l'esprit humain, pag. 244. Cependant il se garde bien de se livrer à l'orgueil: Il n'a eu de plus que les autres hommes que le bonheur d'avoir été mené, encore écolier, à la bonne source, et d'y avoir puisé. (Page 150.) Et pour faire honneur à son maître, il dit en annonçant la mort d'un Écossais de ses amis: Que le pauvre homme s'en est allé QUO NON NATA JACENT. (Page 290.) Personne au moins ne saurait lui disputer le mérite de la
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clarté. Note XV. Je crus devoir chercher et placer ici la narration où sainte Thérèse décrit de cet état extraordinaire: « Dans le ravissement, dit-elle, on ne peut presque jamais y résister... Il arrive souvent sans que nous y pensions... avec une impétuosité si prompte et si forte, que nous voyons et sentons tout d'un coup élever la nuée dans laquelle le divin aigle nous cache sous l'ombre de ses ailes... Je résistais quelquefois un peu, mais je me trouvais après si lasse et si fatiguée, qu'il me semblait que j'avais le corps tout brisé... C'est un combat qu'on entreprendrait contre un très puissant géant... En d'autres temps, il m'était impossible de résister à un mouvement si violent: Je me sentais enlever l'âme et la tête et ensuite tout le corps, en sorte qu'il ne touchait plus à la terre. Une chose aussi extraordinaire m'étant arrivée un jour que j'étais à genoux au choeur, au milieu de toutes les religieuses, prête à communier, j'usai du droit que me donnait ma qualité de supérieure pour leur défendre d'en parler. Une autre fois, etc. » (OEuvres et vie de sainte Thérèse, écrite par elle-même et par l'ordre de ses supérieurs. Traduction d'Arnaud d'Andilly, Paris, 1680; in-fol., cap. XX, pag. 104.) Voy. encore les Vies des Saints, trad. de l'anglais de Butler; 12 vol. in-8o. - Vie de saint Thomas, tom. II, pag. 572. - De saint Philippe de Néri, tom. IV, note D, pag. 541, seqq. - Vie de saint François Xavier, par le P. Bouhours. - Prediche di Francesco Masotti, della compagnia di Gesù. Venezia, 1769, pag. 330, etc., etc. ONZIEME ENTRETIEN.

LE CHEVALIER. Quoique vous n'aimiez pas trop les voyages dans les nues, mon cher comte, j'aurais envie cependant de vous y transporter de nouveau. Vous me coupâtes la parole l'autre jour en me comparant à un homme plongé dans l'eau qui demande à boire. C'est fort bien dit, je vous assure; mais votre épigramme laisse subsister tous mes doutes. L'homme semble de nos jours ne pouvoir plus respirer dans le cercle antique des facultés humaines. Il veut les franchir; il s'agite comme un aigle indigné contre les barreaux de sa cage. Voyez ce qu'il tente dans les sciences naturelles! Voyez encore cette nouvelle alliance qu'il a opérée et qu'il avance avec tant de succès entre les théories physiques et les arts, qu'il force d'enfanter des prodiges pour servir
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les sciences! comment voudriez-vous que cet esprit général du siècle ne s'étendît pas jusqu'aux questions de l'ordre spirituel? et pourquoi ne lui serait-il pas permis de s'exercer sur l'objet le plus important pour l'homme, pourvu qu'il sache se tenir dans les bornes d'une sage et respectueuse modération? LE COMTE. Premièrement, M. le chevalier, je ne croirais point être trop exigeant si je demandais que l'esprit humain, libre sur tous les autres sujets, un seul excepté, se défendît sur celui-là toute recherche téméraire. En second lieu, cette modération dont vous me parlez, et qui est une si belle chose en spéculation, est réellement impossible dans la pratique: du moins elle est si rare, qu'elle doit passer pour impossible. Or, vous m'avouerez que, lorsqu'une certaine recherche n'est pas nécessaire, et qu'elle est capable de produire des maux infinis, c'est un devoir de s'en abstenir. C'est ce qui m'a rendu toujours suspects et même odieux, je l'avoue, tous les élans spirituels des illuminés, et j'aimerais mieux mille fois... LE SÉNATEUR. Vous avez donc décidément peur des illuminés, mon cher ami! Mais je ne crois pas, à mon tour, être trop exigeant si je demande humblement que les mots soient définis, et qu'on ait enfin l'extrême bonté de nous dire ce qu'est un illuminé, afin qu'on sache de qui et de quoi l'on parle, ce qui ne laisse pas que d'être utile dans une discussion. On donne ce nom d'illuminés à ces hommes coupables, qui osèrent de nos jours concevoir et même organiser en Allemagne, par la plus criminelle association, l'affreux projet d'éteindre en Europe le Christianisme et la souveraineté. On donne ce même nom au disciple vertueux de Saint-Martin, qui ne professe pas seulement le Christianisme, mais qui ne travaille qu'à s'élever aux plus sublimes hauteurs de cette loi divine. Vous m'avouerez, messieurs, qu'il n'est jamais arrivé aux hommes de tomber dans une plus grande confusion d'idées. Je vous confesse même que je ne puis entendre de sangfroid, dans le monde, des étourdis de l'un et de l'autre sexe crier à l'illuminisme, au moindre mot qui passe leur intelligence, avec une légèreté et une ignorance qui pousseraient à bout la patience la plus exercée. Mais vous, mon cher ami le Romain, vous, si grand défenseur de l'autorité, parlez-moi franchement. Pouvez-vous lire l'Écriture sainte sans être obligé d'y reconnaître une foule de passages qui oppriment votre intelligence, et qui l'invitent à se livrer aux tentatives d'une sage exégèse? N'est-ce pas à vous comme aux autres qu'il a été dit: scrutez les écritures? Dites-moi, je vous prie, en conscience, comprenez-vous le premier chapitre de la Genèse? Comprenez-vous l'Apocalypse et le Cantique des Cantiques? L'Ecclésiaste ne vous cause-t-il aucune peine? Quand vous lisez dans la Genèse qu'au moment où nos premiers parents s'aperçurent de
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cependant. tantôt de laisser parler l'homme comme il voulait. à tanner leurs peaux. ne s'écriait-elle pas: L'orient est sur le point de triompher. or. etc. que le sauveur est monté au ciel et qu'il est descendu aux enfers. une voix haute et mystérieuse. ne serezvous point empêché pour les placer? mais puisqu'il et question du ciel et des étoiles. comme vous voyez!). car il faut nous tenir prêts pour un événement immense dans l'ordre divin. comment entendez-vous ces expressions? Et quand vous lisez que le Fils est assis à la droite du Père.. Plusieurs théologiens. le vainqueur 34 8 . et je ne sais quel désir que d'autres paroles se fussent présentées à l'écrivain sacré? Mille expressions de ce genre vous prouveront qu'il a plu à Dieu. sous des formes en apparence simples et quelquefois grossières. Un de ces écrivains même est allé jusqu'à dire que l'événement avait déjà commencé. mais qu'il a donné la terre aux enfants des hommes. Des oracles redoutables annoncent d'ailleurs que les temps sont arrivés. que le ciel est pour lui. croyez-vous que cet accord de tous les hommes puisse être méprisé? N'est-ce rien que ce cri général qui annonce de grandes choses? Remontez aux siècles passés. Dieu leur fit des habits de peau. même catholiques. à créer enfin du fil et des aiguilles pour terminer ces nouvelles tuniques? Croyez-vous que les coupables révoltés de Babel aient réellement entrepris. à les écorcher. messieurs. quel mal y a-t-il donc à creuser ces abîmes de la grâce et de la bonté divine. je vois que certains écrivains de ce parti adoptent déjà le principe: Que plusieurs prophéties contenues dans l'Apocalypse se rapportaient à nos temps modernes. votre esprit n'éprouve-t-il pas un certain malaise. dites-moi. nous devons nous occuper de ces hautes spéculations. entendez-vous cela au pied de la lettre? Croyez-vous donc que la Toute-Puissance se soit employée à tuer des animaux. transportez-vous à la naissance du Sauveur: à cette époque. et que la nation française devait être le grand instrument de la plus grande des révolutions (I). d'élever une tour dont la girouette atteignît la lune seulement (je dis peu. de hauts mystères qui ne sont pas faits pour tous les yeux. comme on creuse la terre pour en tirer de l'or ou des diamants? Plus que jamais. Il n'y a peut-être pas un homme véritablement religieux en Europe (je parle de la classe instruite) qui n'attende dans ce moment quelque chose d'extraordinaire: Or. partie des régions orientales. ont cru que des faits du premier ordre et peu éloignés étaient annoncés dans la révélation de saint Jean. dans les deux suppositions. et que saint Étienne en mourant le vit dans cette situation. vers lequel nous marchons avec une vitesse accélérée qui doit frapper tous les observateurs. et lorsque les étoiles tomberont sur la terre. après avoir payé ce malheureux tribut au fanatisme de secte. messieurs. suivant les idées régnantes à telle ou telle époque. Il n'y a plus de religion sur terre: le genre humain ne peut demeurer dans cet état. et quoique les théologiens protestants n'aient débité en général que de tristes rêves sur ce même livre.leur nudité. pour se mettre l'esprit en repos. et tantôt de cacher. où ils n'ont jamais su voir que ce qu'ils désiraient. que dites-vous de la manière dont ce mot de ciel est souvent employé par les écrivains sacrés! Lorsque vous lisez que Dieu a créé le ciel et la terre.

La pesante érudition de Van Dale et les jolies phrases de Fontenelle furent employées vainement dans le siècle passé pour établir la nullité générale de ces oracles. Blondel. est tout à fait plausible en elle-même. Fabricius et d'autres encore cités dans la dissertation de Mar. Christ. II. et qu'il n'y a rien d'extraordinaire dans la onzième églogue de ce poète. part I. Sam. et néanmoins 34 9 . il va paraître. et comme elles prêtaient infiniment à la poésie. et lu dans cette langue au concile de Nicée par l'ordre de l'empereur Constantin (II). Certes. jamais l'homme n'aurait recouru aux oracles.. De Roma ante Romulum condita (in Thess.. Bochart. c'est-à-dire qu'une flûte ne sait pas la musique. in-8o. ad dom. Mais l'incurable incrédulité de notre siècle. Pensez-vous que les anciens se soient tous accordés à croire que la puissance divinatrice ou prophétique était un apanage inné de l'homme (1)? Cela n'est pas possible. Le matérialisme. au lieu de voir dans cette pièce ce qu'elle renferme réellement. il ramènera l'âge d'or sur la terre. quoi qu'il en soit. Joh. etc. Les oracles antiques tenaient à ce mouvement intérieur de l'homme qui l'avertit de sa nature et de ses droits. Voy. Martini. l'empêche de voir que la doctrine des esprits.. jamais il n'aurait pu les imaginer. s'il n'était parti d'une idée primitive en vertu de laquelle ils les regardait comme possibles. pag. nec desunt inter recentiores nostri seculi scriptores qui veteribus hac in re assensum praebeant. vim ##mantiken (divinatricem) in natura quandoque homini inesse contendunt. M. et de plus la mieux soutenue par la tradition la plus universelle et la plus imposante qui fut jamais. s'amuse à nous prouver doctement que Virgile n'était pas prophète.. L'homme est assujetti au temps. au moins dans de certaines circonstances. de Segrais. Richard.partira de la Judée.. il descend du plus haut des cieux.. Ces idées étaient universellement répandues. et en particulier celle de l'esprit prophétique. Jamais un être et. à plus forte raison. Or.? Vous savez le reste. Epist. Mais. le plus grand poète latin s'en empara et les revêtit des couleurs les plus brillantes dans son Pollion. jamais une classe entière d'êtres ne saurait manifester généralement et invariablement une inclination contraire à sa nature. tom. -(1) Veteres. qui souille la philosophie de notre siècle. qui fut depuis traduit en assez beaux vers grecs. il était bien digne de la providence d'ordonner que ce cri du genre humain retentît à jamais dans les vers immortels de Virgile. comme l'éternelle maladie de l'homme est de pénétrer l'avenir. Reinesius. dissert. Christoph. un enfant divin nous est donné. c'est-à-dire un monument ineffable de l'esprit prophétique qui s'agitait alors dans l'univers. 241). Barth. et même comme existants (III). et vous ne trouverez pas de nouvelle édition ou traduction de Virgile qui ne contienne quelque noble effort de raisonnement et d'érudition pour embrouiller la chose du monde la plus claire. c'est une preuve certaine qu'il a des droits sur cet avenir et qu'il a des moyens de l'atteindre.

de pénétrer dans l'avenir. et l'enthousiasme croissant d'un instant à l'autre. en prenant sa plume. en rapidité. le fatigue et l'effraie. Ils ont percé mes mains et mes pieds. il enfante un morceau superbe. jamais nous n'avons l'idée du temps. mais bientôt l'idée du type se confondant dans son esprit avec celle du modèle. ils se sont partagé mes habits. dont l'abus a sans doute déshonoré l'esprit humain. à peine estil arrivé au cinquième verset que déjà il s'écrie: il durera autant que les astres. déclare qu'il n'est pas fait pour le temps. David. ce qui répand nécessairement une grande confusion dans ses discours. car le temps est quelque chose de forcé qui ne demande qu'à finir. L'homme.) Un autre exemple non moins remarquable de cette marche prophétique se trouve dans le magnifique Ps. ses idées. LXXI (1). des divinations de tous les genres. ils ont compté mes os. M. 17. L'esprit prophétique est naturel à l'homme et ne cessera de s'agiter dans le monde. des oracles. et en mouvement poétique. sort tout à coup du temps et s'écrie. On pourrait ajouter d'autres réflexions tirées de l'astrologie judiciaire. De là vient que. célébrons dans le temps celui qui dit à la nature: -(1) Le dernier verset de ce psaume porte dans la Vulgate: Defecerunt laudes David filii Jesse. ils ont jeté le sort sur mon vêtement. il l'est au point que l'idée même du bonheur éternel. C'est encore ainsi que David. le conduisirent à mêler le destruction de Jérusalem à celle du monde. (Ps. je serais tenté d'écrire intrépidement: Ici 35 0 . Que chacun se consulte. conduit par ses propres souffrances à méditer sur le juste persécuté. il se sentira écrasé par l'idée d'une félicité successive et sans terme: je dirais qu'il a peur de s'ennuyer. Ganoude se tire de ces platitudes avec une aisance merveilleuse en disant: Ici finit le premier recueil que David avait fait de ses Psaumes. les idées analogues de grands désastres. présent à l'avenir. séparées du temps. se touchent en vertu de la simple analogie et se confondent. et que l'état de sommeil fut toujours jugé favorable aux communications divines. ne pensait qu'à Salomon. à toutes les époques et dans tous les lieux. en essayant. La traduction protestante française dit: Ici se terminent les requêtes de David. XXI. Le Sauveur lui-même se soumit à cet état lorsque. mais qui avait cependant une racine vraie comme toutes les croyances générales. unique en chaleur.il est par nature étranger au temps. Le Gros a traduit: ici finissent les louanges de David. si cette expression n'était pas déplacée dans un sujet aussi grave. livré volontairement à l'esprit prophétique. jointe à celle du temps. mais ceci me conduit à une observation qui vous paraîtra peut-être de quelque valeur. n'étant plus distribuées dans la durée. dans nos songes. Pour moi. En attendant que cette grande énigme nous soit expliquée. et la traduction anglaise: Les prières de David sont finies. Le prophète jouissant du privilège de sortir du temps.

l'éternité sera pour moi (1). et ce verset ne serait plus qu'une note qui appartiendrait aux éditeurs de David. et de la grande année. célébrons sa mystérieuse grandeur. Dan. se livrent à de saintes recherches? 35 1 . (4) Alors l'ange jura par celui qui vit dans les siècles des siècles. un ange criera au milieu de l'espace évanouissant: IL N'Y A PLUS DE TEMPS (4)! -(1) Thomas. et du mystérieux enfant? Cependant tout cela était vrai: L'enfant du haut des cieux était prêt à descendre. Pourquoi voulez-vous qu'il n'en soit pas de même aujourd'hui? l'univers est dans l'attente. que jamais il n'y eut dans le monde de grands événements qui n'aient été prédits de quelque manière. ou peutêtre à lui-même. (2) Perpetuas aeternitates. vous trouverez que l'assertion de ce pieux écrivain est justifiée par toute l'histoire. nommément dans les notes que Pope a jointes à sa traduction en vers du Pollion. 6. par l'inspiration. Et vous pouvez voir dans plusieurs écrits. et lorsqu'enfin tout étant consommé. Le temps sera pour vous.. et maintenant et toujours. croyez-vous que le siècle de Virgile manquât de beaux esprits qui se moquaient. Mais.. et dans tous les siècles des siècles. oppressé. Apoc. X. XII. XV. et de l'auguste mère. prédite de tous côtés et de la manière la plus incontestable. et de la chaste Lucine. Machiavel est le premier homme de ma connaissance qui ait avancé cette proposition (IV). Vous en avez un dernier exemple dans la révolution française. je vous répondrai. avertis par ces signes divins. mais si vous y réfléchissez vous-mêmes. Comment mépriserions-nous cette grande persuasion? et de quel droit condamnerions-nous les hommes qui. pour en revenir au point d'où je suis parti. Si vous me demandez ensuite ce que c'est que cet esprit prophétique que je nommais tout à l'heure. et du siècle d'or. 3. que cette pièce pourrait passer pour une version d'Isaïe. (3) In aeternum et ultra.David. jeta la plume. 18. QU'IL N'Y AURAIT PLUS DE TEMPS. Exod. et dans toute la suite des éternités (2) et par delà l'éternité (3) (V). Ode sur le Temps.

des mots en garde contre des vérités. sans qu'il y ait bientôt aucun moyen de disputer. seront des axiomes dont il ne sera pas permis de douter. Les savants européens sont dans ce moment des espèces de conjurés ou d'initiés. et même ridicule. Il ne s'agit jamais dans leurs écrits que de lois mécaniques. Ce n'est pas qu'ils ne sentent à merveille que les théories matérielles ne contentent nullement l'intelligence: car. SEIGNEUR. Cette doctrine pourra sembler paradoxale sans doute. Alors. ou comme il vous plaira de les appeler. de principes mécaniques. toute la science changera de face: l'esprit. De là leur attention scrupuleuse à n'employer que des expressions matérielles. et mettra fin au XVIIIe siècle qui dure toujours. prennent contre elle des précautions qui font peut-être. d'astronomie physique. de l'astronomie même. qui accusera justement les adeptes d'aujourd'hui de n'avoir pas su tirer des vérités que Dieu leur avait livrées les conséquences les plus précieuses pour l'homme. et vous verrez où elles nous conduisent. Il sera démontré que les traditions antiques sont toutes vraies. car les siècles intellectuels ne se règlent pas sur le calendrier comme les siècles proprement dits. que le Paganisme entier n'est qu'un système de vérités corrompues et déplacées. sans qu'on sache comment? C'est cependant ce qui est sur le point de se vérifier. et peut-être même existe-t-il déjà. ne pouvant s'empêcher de pressentir cette tendance source d'une opinion puissante. qui nous paraissent aujourd'hui ou bizarres ou insensées. par exemple. mais on n'est plus retenu que par l'engagement et par le respect humain. que Newton nous ramène à Pythagore. et l'on parlera de notre stupidité actuelle comme nous parlons de la superstition du moyen âge. si vous n'en étiez pas avertis. Alors des opinions. Déjà même. par des intelligences qui leur sont unies. et qui ne veulent pas absolument qu'on sache plus ou autrement qu'eux. et qu'incessamment il sera démontré que les corps sont mus précisément comme le corps humain. parce que l'opinion environnante en impose. On ne veut pas l'avouer. sur les véritables observateurs. pour ainsi dire. En un mot toutes les idées changeront: et puisque de tous côtés une foule d'élus s'écrient de concert: VENEZ. Celui-là sera fameux. qu'il suffit de les nettoyer pour ainsi dire et de les remettre à leur place pour les voir briller de tous leurs rayons. la force des choses a contraint quelques savants de l'école matérielle à faire des concessions qui les rapprochent de l'esprit. longtemps détrôné et oublié. mais c'est précisément parce qu'ils le sentent qu'ils mettent. c'est que les mouvements de l'univers ne peuvent s'expliquer par des lois mécaniques (VI). mais attendez que l'affinité naturelle de la religion et de la science les réunisse dans la tête d'un seul homme de génie: l'apparition de cet homme ne saurait être éloignée. qui ont fait de la science une sorte de monopole. reprendra sa place. Croiriezvous. plus d'impression qu'une résistance directe. VENEZ! pourquoi blâmeriez35 2 . Mais cette science sera incessamment honnie par une postérité illuminée.Voulez-vous une nouvelle preuve de ce qui se prépare? cherchez-la dans les sciences: considérez bien la marche de la chimie. etc. s'il y a quelque chose d'évident pour l'esprit humain non préoccupé. et d'autres.

le Japon vingt-cinq ou trente. il semble n'exister plus que de nom. Hélas! je sais bien aussi ce qui nous manque. jusque dans nos temps de faiblesse et de décrépitude. c'est une espèce de rage. de même les hommes spirituels éprouvent quelquefois des moments d'enthousiasme et d'inspiration qui les transportent dans l'avenir. Je ne prétends point placer mon église audessus de la vôtre. Contemplez encore ces archipels immenses du grand Océan.vous les hommes qui s'élancent dans cet avenir majestueux et se glorifient de le deviner? Comme les poètes qui. Rappelez-vous encore. mais vous voyez avec quels succès. dans notre Europe enfin. mais je vous prie. Dieu parla une première fois aux hommes sur le mont Sinaï. présentent encore quelques lueurs pâles de l'esprit prophétique qui se manifeste chez eux par la faculté de deviner les langues et de les parler purement avant qu'elles soient formées. par des raisons que nous ignorons. M. la Chine en a deux cents. le compliment que vous m'avez adressé sur mon érudition au sujet du nombre trois. qui forment aujourd'hui une cinquième partie du monde. et de l'autre quelle prodigieuse indifférence parmi vous pour la religion et pour tout ce qui s'y rapporte! quel déchaînement de tous les pouvoirs catholiques contre le chef de votre religion! à quelle extrémité l'invasion générale de vos princes n'a-t-elle pas réduit chez vous l'ordre sacerdotal! L'esprit public qui les inspire ou les imite s'est tourné entièrement contre cet ordre. le comte. et pour moi je ne doute pas que le pape n'aimât mieux traiter une affaire ecclésiastique avec l'Angleterre qu'avec tel 35 3 . nous ne sommes pas ici pour disputer. le Bengale a soixante millions d'habitants. Ce nombre en effet se montre de tous côtés. et leur permettent de pressentir les événements que le temps mûrit dans le lointain. mais l'universalité de son action devait être encore infiniment restreinte par les circonstances de temps et de lieu. de vous examiner avec la même sincérité: quelle haine d'un côté. mes bons amis. Quinze siècles de plus devaient s'écouler avant que l'Amérique vît la lumière. Combien de myriades d'hommes que la bonne nouvelle n'atteindra jamais! Le cimeterre du fils d'Ismaël n'a-t-il pas chassé presque entièrement le Christianisme de l'Afrique et de l'Asie? Et. C'est une conjuration. et dans les choses divines. et cette révélation fut resserrée. Le grand Lama seul a plus de sujets spirituels que le pape. Vos missionnaires ont fait sans doute des efforts merveilleux pour annoncer l'Évangile dans quelques-unes de ces contrées lointaines. Après quinze siècles. et c'est celle dont nous jouissons. et. une seconde révélation s'adressa à tous les hommes sans distinction. dans vos pays catholiques mêmes. qu'on serait porté à croire qu'elles en sont exclues par nature en vertu de quelque anathème primitif et inexplicable. et ses vastes contrées recèlent encore une foule de hordes sauvages si étrangères au grand bienfait. quel spectacle s'offre à l'oeil religieux? le Christianisme est radicalement détruit dans tous les pays soumis à la réforme insensée du XVIe siècle. dans le monde physique comme dans le moral. dans les limites étroites d'un seul peuple et d'un seul pays.

Contemplez ce lugubre tableau. j'espère bien que vous êtes trop éclairés pour compter sur ce qu'on appelle tolérance. Vous ne pouvez donc pas. apôtre si sévère de l'unité et de l'autorité. vous n'avez plus cette conscience de la force qui reparaît souvent sous la plume d'Homère. lorsqu'il veut nous rendre sensibles les hauteurs du courage. Tout annonce. pourvu que vous prononciez le nom sérieusement. il nous manque beaucoup. L'Hébreu qui accomplissait la loi n'était-il pas en sûreté de conscience? Je vous citerais. si vous voulez. tandis que vous n'en avez pas une pour me prouver le contraire. s'il le fallait. comme vous le disiez. comme vous voyez. mais tout à la fois si consolants pour vous. Examinez-vous d'ailleurs vous-mêmes dans le silence des préjugés. je ne sais quelle grande unité vers laquelle nous marchons à grands pas. et l'on ose tout contre vous. de croire au règne temporel du Messie. et quant aux manifestations futures. Le Juif qui s'en tenait à l'écorce avait toute raison. comme on le vit depuis: mais savons-nous ce qui nous attend nous-mêmes? Dieu sera avec nous jusqu'à la fin des 35 4 . on appelle cela tolérance. et qui essaient. sur tout ce qui se passe d'extraordinaire dans ce moment. Vous n'osez plus rien. vous. suivant leurs forces. Encore une fois. mais du côté des connaissances divines. Et ne dites point que tout est dit. et qu'il ne nous est permis d'attendre rien de nouveau. et vous sentirez que votre pouvoir vous échappe. S'il en était ainsi. j'ai. je serai tout à fait d'accord avec vous. et vos propres observations même le démontrent. Quand on vous permet d'entendre la messe et qu'on ne fusille pas vos prêtres. je ne sais combien de passages de la Bible. et vous verrez si les illuminés ont tort d'envisager comme plus ou moins prochaine une troisième explosion de la toute-puissante bonté en faveur du genre humain. joignez-y l'attente des hommes choisis. mille raisons pour m'y attendre. Appelez. Vous n'avez plus de héros. Quel sera le résultat du tonnerre qui recommence à gronder en ce moment? Des millions de Catholiques passeront peut-être sous des sceptres hétérodoxes pour vous et même pour nous. des raisons de prévoir une révélation de la révélation. de pénétrer des mystères si redoutables sans doute. condamner ceux qui saluent de loin cette unité. ces hommes illuminés. jusqu'à l'événement. que tout est révélé. il se trompait néanmoins. ne blâmez pas les gens qui s'en occupent et qui voient. Sans doute que rien ne nous manque pour le salut.ou tel cabinet catholique que je pourrais vous nommer. sans vous mettre en contradiction avec vous-même. vous n'avez pas oublié sans doute tout ce que vous nous avez dit au commencement de ces entretiens. Je ne finirais pas si je voulais rassembler toutes les preuves qui se réunissent pour justifier cette grande attente. Vous. mon cher comte. car vous savez de reste que le Catholicisme n'est jamais toléré dans la force du terme. qui promettent au sacrifice judaïque et au trône de David une durée égale à celle du soleil. cependant ce n'est pas tout à fait votre compte. dans la révélation même.

arrêter vos regards sur deux circonstances remarquables de notre époque. Jones's description of Asia.) Il faut avouer que les Sociniens approchent fort des Mahométans. l'un des premiers docteurs de l'église protestante. tom. partout où il régnait. II. Or. une secte du Christianisme. dans lequel cependant il ne voit qu'une excellente créature. je vous prie. et que cette vaste apostasie ne soit pas à la fois et la cause et le présage d'un mémorable jugement? 35 5 . tom. et. V. inévitable conséquence de la réforme. in-8o. s'ils devaient la signer. C'est le mahométisme européen. (Nicole. Abbadie. La même idée avait été saisie par Leibnitz. un étrange raisonnement. par le ministre Jurieu (1). il faut l'avouer. pag. p. qui professe la même doctrine? Il y a plus: on pourrait. Fort bien! en résulte-t-il. puisqu'il l'aurait arraché à la plus coupable idolâtrie. Esprit et pensées du même. pag. ce qui est incontestable et pas assez connu. Mahomet doit être incontestablement considéré comme l'apôtre et le bienfaiteur du genre humain. que Dieu s'est interdit toute manifestation nouvelle. je crois. dans ses oeuvres in-4o. comme le dit M. a consacré. sont certainement une secte de Chrétiens. Works. 481. si cependant des hommes qui suivent l'hérésie impie d'Arius méritent le nom de Chrétiens. Vous semble-t-il qu'un tel état de choses puisse durer.siècles. établi presque généralement le Socinianisme. Le chevalier Jones a remarque quelque part que le mahométisme est une secte chrétienne. » (W. tom. 84. les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre l'Église. quoi qu'on puisse dire au contraire. cependant rien n'est plus simple. ch. Le Protestantisme ayant donc. dans ce volume.) Les mahométans sont. Je veux parler d'abord de l'état actuel du Protestantisme qui. dans le traité de l'unité de l'Église. in-4o. in-12. 2. tant prédit à leurs pères. III. et qu'il ne nous est plus permis de nous apprendre rien au-delà de ce que nous savons? ce serait. tirer de l'Alcoran une profession de foi qui embarrasserait fort le conscience délicate des ministres protestants. avant ce dernier. il avance avec grande connaissance de cause. 588. Ce mot de mahométisme pourra sans doute vous surprendre au premier aspect. L'islamisme admettant l'unité de Dieu et la mission divine de JésusChrist. V. liv. Je veux. Jurieu. de toutes parts. comme vous le savez.) On peut donc ajouter le témoignage de Nicole aux trois autres déjà cités. pag. avant de finir. etc. un volume entier de son admirable ouvrage sur la vérité de la religion chrétienne. se déclare socinien: c'est ce qu'on pourrait appeler son ultimatum. (Leibnitz. pourquoi n'appartiendrait-il pas au Christianisme autant que l'Arianisme. -(1) « Les Mahométans. 341. il est censé avoir anéanti le Christianisme dans la même proportion. à la preuve de la divinité du Sauveur. que si Jésus-Christ n'est pas Dieu.

en fait de prosélytisme. pourvu que vous me permettiez de révérer. et les traducteurs de la Bible travaillaient pour lui en faisant passer les saintes écritures dans la langue universelle. ou sa politique. -(1) Nosti meos sonitus. Cependant qu'elle ne s'alarme pas trop: quand même la société biblique ne saurait ce qu'elle fait. c'est la société biblique. et cessant de parler exclusivement l'idiome sacré qui l'avait transmise dans toute son intégrité de Moïse à Éléazar. j'ajouterai que. vous êtes. Sur ce point. je vous prie. malgré ma qualité de Russe. La version des Septante monta subitement dans toutes les chaires et fut traduite dans toutes les langues alors vivantes. (Vic. Écoutez-moi. qu'elle regarde comme une des machines les plus puissantes qu'on ait jamais fait jouer contre le Christianisme.) Cependant je crois avoir trouvé à cette institution une face qui n'a pas été observée et dont je vous fais les juges. dont il n'est même pas permis de soupçonner les nobles et saintes intentions. Je ne dispute donc point sur tout cela. qu'en plus d'un lieu vous avez pu effrayer la politique.L'autre circonstance que je veux vous faire remarquer. Lorsqu'un roi d'Égypte (on ne sait lequel ni en quel temps) fit traduire la Bible en grec. les véritables Israëlites ne virent pas sans une extrême déplaisir cette loi vénérable jetée pour ainsi dire aux nations. Mais le Christianisme s'avançait. autant que je le dois. certains membres et surtout certains protecteurs de la société. ad Att. il croyait satisfaire ou sa curiosité. de l'aveu de tout le monde. qui certes se doutaient fort peu du Christianisme et de la fortune que devait faire leur traduction. de si puissants ouvriers. M. qui la prirent pour texte. ou sa bienfaisance. puisque. et. Une nouvelle effusion de l'Esprit saint étant désormais au 35 6 . en sorte que les apôtres et leurs premiers successeurs trouvèrent l'ouvrage fait. le comte. Vous en voulez beaucoup à cette société biblique. je pourrais vous dire en style de Cicéron: novi tuos sonitus (1). Je sais que Rome ne peut souffrir la société biblique. elle n'en serait pas moins pour l'époque future précisément ce que furent jadis les Septante. je défère beaucoup à votre église sur cette matière: car. et qui est bien plus importante qu'elle ne paraît l'être au premier coup d'oeil. Il se passe dans ce moment quelque chose de semblable sous une forme différente. je ne vois pas pourquoi on ne se fierait pas à vous sur la propagation du Christianisme que vous entendez si bien. si vous le voulez même. et je vous avouerai franchement que vous dites d'assez bonnes raisons contre cette inconcevable institution. sans contredit.

Cette doctrine est un mélange de platonisme. peu d'hommes peut-être sont plus que moi en état de vous satisfaire. n'est qu'une véritable loge bleue faite pour le vulgaire. on ne conçoit pas aisément comment l'opinion. d'origénianisme et de philosophie hermétique. prépare ces différentes versions que les véritables envoyés expliqueront un jour en vertu d'une mission légitime (nouvelle ou primitive. sur une base chrétienne. et c'est ainsi que les terribles ennemis de l'unité travaillent à l'établir. Vous voudriez donc qu'on eût d'abord l'extrême bonté de vous expliquer ce que c'est qu'un illuminé. mais la société biblique. tel que nous le connaissons aujourd'hui. mon excellent ami. compter pour rien je ne sais quelle désapprobation vague. Je suis ravi. Si celui d'illuminé ne tenait à rien de condamnable. mentis humanae. En premier lieu. -(1) Fides dubitationem eliminat e civitate Dei. Mais puisque vous m'interpellez formellement de vous dire ce que c'est qu'un illuminé.rang des choses les plus raisonnablement attendues. telles que les possédaient les premiers Chrétiens qui étaient de véritables initiés. no 15. attachée à certains noms. 35 7 . en France surtout. leur dogme fondamental est que le Christianisme. Je ne nie point qu'on n'abuse souvent de ce nom et qu'on ne lui fasse dire ce qu'on veut: mais si. (Huet. qu'importe) qui chassera le doute de la cité de Dieu (1).) LE COMTE. III. je ne dis pas que tout illuminé soit franc-maçon: je dis seulement que tous ceux que j'ai connus. que vos brillantes explications me conduisent moi-même à m'expliquer à mon tout d'une manière à vous convaincre que je n'ai pas au moins le très grand malheur de parler de ce que je ne sais pas. ils ont bien d'autres occupations. instrument aveugle de la providence. mais qu'il dépend de l'homme de désir de s'élever de grade en grade jusqu'aux connaissances sublimes. mais générale. l'étaient. ne pourrait l'entendre prononcer sans y joindre l'idée d'une exaltation ridicule ou de quelque chose de pire. lib. C'est ce que certains Allemands ont appelé le Christianisme transcendantal. constamment trompée. il faut que les prédicateurs de ce don nouveau puissent citer l'Écriture sainte à tous les peuples. on doit mépriser certaines décisions légères trop communes dans le monde. d'autre part. Les apôtres ne sont pas des traducteurs. de imbecill. il ne faut pas non plus. d'un côté.

Leur coutume invariable est de donner des noms extraordinaires aux choses les plus connues sous des noms consacrés: ainsi un homme pour eux est un mineur. les actes de la puissance divine ou de ses agents dans l'univers s'appellent des bénédictions. page 499 et suiv. 18 mars 1809. J'ai eu l'occasion de me convaincre. et sa naissance.Les connaissance surnaturelles sont le grand but de leurs travaux et de leurs espérances. et les peines infligées aux coupables. Il est mort sans avoir voulu recevoir un prêtre. participait cependant à ce caractère général. Ce n'est pas au reste qu'il ne puisse y avoir et qu'il n'y ait réellement dans leurs ouvrages des choses vraies. dans une grande ville de France. Ce caractère est général parmi eux: jamais je n'y ai rencontré d'exception parfaite parmi les nombreux adeptes que j'ai connus. No 408. il y a plus de trente ans. ils ne doutent point qu'il ne soit possible à l'homme de se mettre en communication avec le monde spirituel. -(1) Saint-Martin mourut en effet le 13 octobre 1804.) En protestant qu'il n'avait jamais douté de la sincérité de La Harpe dans sa conversion (et quel honnête homme pourrait en douter!). Saint-Martin. mais qui sont trop rachetées par ce qu'ils y on mêlé de faux et de dangereux. qu'ils avaient même un culte et des prêtres qu'ils nommaient du nom hébreu cohen. sans avoir voulu recevoir un prêtre. dont les ouvrages furent le code des hommes dont je parle. qu'une certaine classe de ces illuminés avait des grades supérieurs inconnus aux initiés admis à leurs assemblées ordinaires. 35 8 . Le péché originel s'appelle le crime primitif. et ses ouvrages présentent la preuve la plus claire qu'il ne croyait point à la légitimité du sacerdoce chrétien (1). lorsqu'il m'arrivait de leur soutenir que tout ce qu'ils disaient de vrai n'était que le catéchisme couvert de mots étrangers. émancipation. des pâtiments. le plus sage et le plus élégant des théosophes modernes. il ajoutait cependant que ce littérateur célèbre ne lui paraissait pas s'être dirigé par les véritables principes (1). d'avoir un commerce avec les esprits et de découvrir ainsi les plus rares mystères. Souvent je les ai tenu moi-même en pâtiment. raisonnables et touchantes. (Mercure de France. surtout à cause de leur aversion pour toute autorité et hiérarchie sacerdotales. Le plus instruit.

qui n'a plus de bornes. et tandis que les pieux disciples de Saint-Martin. Je cherche au contraire à ne voir que les côtés favorables. et souvent aussi. Saint-Martin s'exprime de la manière suivante: « C'est à ce sacerdoce qu'aurait dû appartenir la manifestation de toutes les merveilles et de toutes les lumières dont le coeur et l'esprit de l'homme auraient un si pressant besoin. messieurs. il ajoutait cependant qu'il ne la croyait point dirigée par les véritables voies lumineuses. » Ibid. Je les ai beaucoup vus.) Ce passage. souvent il m'ont amusé. Je me rappelle même souvent avec la plus profonde satisfaction que. » (Paris. Ces hommes. parmi lesquels j'ai eu des amis. J'irai cependant mon train. comme si le Tout-Puissant avait réussi. Il en résulte à l'évidence qu'il n'y a point de sacerdoce. parmi les illuminés protestants que j'ai connus en assez grand nombre. et le prépare pour la réunion.. mon cher sénateur. pag. et que l'Évangile ne suffit pas au coeur et à l'esprit de l'homme. m'ont souvent édifié. que vous ne m'accuserez pas de parler des illuminés sans les connaître. dit le journaliste. c'est-à-dire. parce qu'elle maintient le sentiment religieux. dirigés. n'a pas besoin de commentaire. je dormirai en paix dans cette barque qui cingle heureusement à travers les écueils et les tempêtes depuis mille huit cent neuf ans. préface. -(1) Dans la préface de la traduction citée.-(1) Le journal que l'interlocuteur vient de citer ne s'explique pas tout à fait dans les mêmes termes. Je vous ai dit plus d'une fois que cette secte peut être utile dans les pays séparés de l'Église. entreprennent de traverser les flots à la nage. 3.. J'espère. suivant la doctrine de leur maître. de la sincérité de la conversion de La Harpe. Il est moins laconique et rend mieux les idées de Saint-Martin. que Dieu n'a pas su établir dans sa religion un sacerdoce tel qu'il aurait dû être pour remplir ses vues divines. par les véritables principes. j'ai copié leurs écrits de ma propre main. in-8o. en effet. accoutume l'esprit au dogme. le soustrait à l'action délétère de la réforme. Certes c'est grand dommage. il reste bien peu d'espérance. je n'ai jamais rencontré une certaine aigreur qui devait être exprimée par un 35 9 . il accuse notre sacerdoce en corps d'avoir trompé sa destination (1).) Mais il faut lire surtout la préface qu'il a placée à la tête de sa traduction du livre des Trois Principes. écrit en allemand par Jacob Bohme: c'est là qu'après avoir justifié jusqu'à un certain point les injures vomies par ce fanatique contre les prêtres catholiques. (Note de l'éditeur. « En protestant. car cet essai ayant manqué. mais je ne veux point me rappeler certaines choses. en d'autres termes. 1802.

ou pour mieux dire. l'extraordinaire deviendra donc notre état ordinaire. s'ils venaient à trouver ce qu'ils cherchent. il ne croiraient pas. Que nous manque-t-il donc aujourd'hui. Vous savez bien. Les véritables miracles sont les bonnes actions faites en dépit de notre caractère et de nos passions. 12. (Epist. les révélations. malgré ces avantages. de Fénélon. etc. Je me soucie fort peu de savoir ce que c'est qu'un habit de peau. » Il prouve à merveille que si nous avions connaissance de ce qui se passe dans l'autre monde. Moins de trente ans nous sont accordés en commun: qui peut croire qu'un tel être soit destiné pour converser avec les anges? Si les prêtres sont faits pour les communications. que certains hommes. peu m'importe. Les clartés de l'intelligence n'ont rien de commun avec la rectitude de la volonté. XIII. Le jeune homme qui commande à ses regards et à ses désirs en présence de la beauté est un plus grand thaumaturge que Moïse. qu'ils s'abreuvent de l'esprit de saint François de sales. et qui exige absolument que les prêtres en opèrent. l'illuminisme n'est pas moins mortel sous l'empire de notre Église et de la vôtre même. car l'homme. parce qu'elle ne ressemble à aucun autre sentiment de cet ordre: au contraire. c'est ce qui n'est pas douteux. qu'ils savent par coeur. messieurs. instruit de ce qui l'attend. n'aurait plus le désir ni la force d'agir. ad Cor. sous peine d'être déclarés nuls. cap. mais à vous dire la vérité. de sainte Thérèse: madame Guyon même. et quel prêtre ne recommande pas ces sortes de prodiges? La simplicité de l'Évangile en cache souvent la profondeur: on y lit: S'ils voyaient des miracles. ne leur sera pas inutile. Le savez-vous mieux que moi. douceur et piété même. rien n'est plus profondément vrai. Je vous l'avoue. je l'espère. en ce qu'il anéantit fondamentalement l'autorité qui est cependant la base même de notre système. les manifestations. vous. Ce n'est pas en vain. malgré ces compensations. mon vieil ami. j'entends à leur manière. je ne comprends rien à un système qui ne veut croire qu'aux miracles. puisqu'ils ont reçu la puissance d'intimer la loi et de pardonner les transgressions? -(1) Videmus nunc per speculum in aenigmate. Ceci serait un grand prodige. pourraient fort bien devenir coupables au lieu de se perfectionner.nom particulier. qui travaillez à le savoir? et serions-nous meilleurs si nous 36 0 . Néanmoins.) Qu'il y ait des mystères dans la Bible. Blair a fait un beau discours sur ces paroles si connues de saint Paul: « Nous ne voyons maintenant les choses que comme dans un miroir et sous des images obscures (1).. puisque nous sommes les maîtres de bien faire? et que manque-t-il aux prêtres. Songez seulement à la brièveté de notre vie. l'ordre de celui-ci serait troublé et bientôt anéanti. je n'ai trouvé chez eux que bonté. mais ceux qui veulent des miracles sont les maîtres d'en opérer tous les jours..

Je vous remercie de vos réflexions sur ce grand sujet. que je suis à genoux devant les glorieuses actions qui ont illustré le clergé français pendant l'épouvantable période qui vient de s'écouler. (Jean. et de ne pas vous tromper en vous livrant à votre imagination. avant que j'aie fait une petite querelle à notre bon ami sur cette proposition qui lui est échappée. seront tombantes ou défaillantes. Que les autres nations se défendent comme elles l'entendront. mon cher chevalier. Le prêtre et le chevalier francais sont parents. V. messieurs: je crois que. pour la gloire de l'intrépidité sacerdotale. s'il vous plaît. et l'un est comme l'autre sans peur et sans reproche. Revenons maintenant. moi je ne cède point sur l'honneur de la mienne. mais je ne veux point insister. Il nous a dit en propres termes: Vous n'avez plus de héros.le savions? Encore une fois..) Il ne s'agit donc que de ce fait déjà certain. Vous attendez un grand événement: vous savez que. Il a bien été dit. la révolution a présenté des scènes qui ne le cèdent en rien à tout ce que l'histoire ecclésiastique offre de plus brillant dans ce genre. M. Le massacre des Carmes. et vous y verrez qu'elles rendent témoignage de moi. celui de Quiberon. cherchez tant qu'il vous plaira: prenez garde cependant de ne pas aller trop loin. je suis totalement de votre avis. Les étoiles tombantes que vous voyez dans les belles nuits d'été n'embarrassent. que les vertus du ciel sont ébranlées. Je réponds donc. mais comment et pourquoi? Lisez le texte: Scrutez les Écritures. Non pas. sur ce point. et votre ami le sait aussi. l'évangéliste ajoute immédiatement. LE SÉNATEUR. cent autres faits particuliers retentiront à jamais dans l'univers. Lorsque j'ai dit: Vous n'avez plus de héros. et non de recherches interminables pour l'avenir qui ne nous appartient pas. guère plus mon intelligence. vous savez. expressions qui ne sont que la traduction rigoureuse des précédentes. je vous l'avoue. comme vous le rappelez: Scrutez les Écritures. ou pour mieux dire.. le comte. Il faut être juste. puisque vous le voulez l'un et l'autre. et je vous remercie en particulier de l'explication si 36 1 . Ne me grondez pas. les étoiles tomberont. et je vous rend la parole. 39. Et quant à cet autre texte. c'est ce que je ne puis passer. et je m'en suis expliqué assez clairement dans l'un de nos premiers entretiens. LE CHEVALIER. LE COMTE. j'ai parlé en général et sans exclure aucune noble exception: j'entendais seulement indiquer un certain affaiblissement universel que vous sentez tout aussi bien que moi.

il faut l'avouer. FIN DU ONZIEME ET DERNIER ENTRETIEN. Il y aurait bien d'autres objections à faire contre la société biblique. est l'image naturelle de l'Église expliquant aux fidèles cette parole écrite. Jugez donc si j'embrasse avec transport le point de vue ravissant et tout nouveau sous lequel vous me faites apercevoir dans un prophétique lointain l'effet d'une entreprise qui. qu'elle a mise à leur portée. pouvez-vous nier qu'elle ne renferme. ou d'abjurer le dogme insensé et cependant fondamental du Protestantisme. pour voir s'il y aurait moyen de transiger avec l'intraitable logique. et. qui me semble tout à fait acceptable au tribunal du sens commun. car ce n'est point la lecture. ou d'approuver une société qui l'attaque dans ses fondements. l'Écriture sainte est un poison. quoiqu'elle ne les ait point encore exprimées formellement? Pouvez-vous ignorer que les vues secrètes de cette société ont été discutées avec effroi dans une foule d'ouvrages composés par des docteurs anglais? Si l'église anglicane.. c'est l'enseignement de l'Écriture sainte qui est utile: la douce colombe. La société biblique est une oeuvre protestante. qu'on nous parle un peu de celui des conversions. mon cher ami.. Je ne vous remercie pas moins de ce que vous me dites sur la société biblique. je dis plus encore. au reste. Lue sans notes et sans explication. a gardé le silence jusqu'à présent.. 36 2 . Vous êtes le premier penseur qui m'ayez un peu réconcilié avec une institution qui repose tout entière sur une erreur capitale.. Vous ne répondez pas.. ce qui déplaît à Rome ne vaut rien. Vous savez. si je rends justice à la bonne foi qui se trouve disséminée dans la société. de déistes achevés. c'est qu'elle se trouve placée dans la pénible alternative. épouvante la religion au lieu de la réjouir. comme telle. Caetera desiderantur. séparée de cet espoir consolant.. d'ennemis mortels du Christianisme? . M. le jugement particulier. je ne dis pas seulement une foule d'indifférents. Voilà cependant. et si je vénère surtout les grands noms de quelques protecteurs! Ce respect est tel. Attendons l'effet qui décidera la question. en fait de prosélytisme.. mais de sociniens même. et la meilleure c'est vous qui l'avez faite. d'ailleurs. On ne cesse de nous parler du nombre des éditions.simple.. on ne saurait mieux répondre. le sénateur. vous devriez la condamner ainsi que moi. avalant d'abord et triturant à demi le grain qu'elle distribue ensuite à sa couvée. si naturelle du Pollion de Virgile. qui renferme de si grandes lumières. que souvent je me suis surpris argumentant contre moi-même sur le sujet qui nous occupe dans ce moment. de singuliers propagateurs de la foi! Pouvez-vous nier de plus les alarmes de l'église anglicane.

. pag. XIV. le temps des lis est arrivé. 431. VIII. (Ibid. Dites. Tous les chapitres de son livre crient « Babylone est tombée! sa prostitution est tombée. Son ouvrage mérite d'être lu par tous ceux qui en auront la patience. pag.) 36 3 . in-8o. » (Ibid. 421. 1799. Les deux anges moissonneurs commencent par elle. en comptant. mon cher lecteur. erat quod tollere velles. il leva les yeux au ciel et dit comme son rédempteur: Seigneur pardonnez à mon peuple. Bengel.) « Le roi Louis XVI avait mûri dans sa longue captivité. et de là elle s'étendra sur tout le champ du Seigneur dans la chrétienté. mais nullement en France. » (Ibid. si un homme peut parler ainsi sans être pénétré (durchgedrungen) de l'esprit de Jésus-Christ! Après lui des millions d'innocents ont été moissonnés et rassemblés dans la grange par l'épouvantable révolution.) Je ne saurais dire pourquoi les docteurs protestants ont en général un grand goût pour la fin du monde. est Jacob Bohme. Lorsqu'il fut monté sur l'échafaud. » (Ibid. pag. pag.. par les plus doctes calculs. qui écrivait il y a soixante ans à peu près. et lorsque la moisson sera prête dans toute la chrétienté. On ne lira pas sans intérêt le passage suivant d'un livre allemand intitulé Die Siegesgeschichte der christlichen Religion in einer gemeinnützigen Erklärung der Offenbarung Joannis. les années de la bête depuis l'an 1130. La moisson a commencé par le champ français. L'auteur anonyme est fort connu en Allemagne. 433. Note I. il ne nous reste plus de temps pour cela.) « Cette nation (la française) était en Europe la première en tout: il n'est pas étonnant que la première aussi elle ait été mûre dans tous les sens. et il était devenu une gerbe parfaite. alors le Seigneur paraîtra et mettra fin à toute moisson et à tout pressurage sur la terre. ch. v. Nüremberg. Tenez-vous donc prêts.. » (Page 429. que je sache du moins. qui est très analogue à ce que vient de dire l'interlocuteur. À travers les flots d'un fanatisme qui fait peur. priez et veillez. trouvait qu'elle devait être anéantie précisément en l'année 1796. Personne n'a prophétisé plus clairement que lui sur ce qu'il appelle l'ère des lis (LILIENZEIT).NOTES DU ONZIEME ENTRETIEN.) L'anonyme que je cite nous dit d'une manière bien autrement péremptoire: « Il ne s'agit plus de bâtir des palais et d'acheter des terres pour sa postérité. Voici donc le passage. « Le second ange qui crie: Babylone est tombée. 433..

Toutes les fois qu'on a fait. Quam vel universa mundi machina suis jam fessa fractaque laboribus. ni d'approbateurs. Déjà. dédiant un livre de jurisprudence à l'électeur de Bavière. il ajoute que Virgile tira bon parti de ces oracles (3). ceux qui auront lu attentivement ces entretiens auront pu se convaincre que le système religieux des Juifs ne manquait à Rome ni de connaisseurs. avait bien pu instruire ce prince des opinions judaïques. frustra tantum laboris impenditur in his politicis studiis paulo post desituris. si unquam alias. C'est en vain que Heyne. et que. Accedit miserrima. Il cite de bonne foi une foule d'auteurs anciens et nouveaux qui ont vu quelque chose d'extraordinaire dans cette pièce. et le docte commentateur convient lui-même que jamais la fureur des prophéties ne fut plus forte qu'à cette époque (2). (Matth. ni de partisans déclarés. ils ont toujours cru qu'il allait finir. mais ce n'est pas de quoi il s'agit: veut-on nier qu'à la naissance du Sauveur l'univers ne fût dans l'attente de quelque grand événement? Non. circumactaque jam ferme praecipitantis aevi periodo. quae prae oculis est Reip. même dans les plus hautes classes. fortuna. la chose n'est pas possible. un peu trop de bruit dans le monde. Si quelqu'un a cru que Virgile était immédiatement inspiré. Wesembecii praef. depuis la naissance de leur secte. Ce morceau mérite d'être cité dans la langue originale. s'excusait sérieusement dans la préface. dans le XVIe siècle. et effecta senio. une traduction n'aurait point de grâce. mais encore une fois ce n'est pas de quoi il s'agit. d'avoir entrepris un ouvrage profane dans un temps où l'on touchait visiblement à la fin du monde. il en était une qui promettait une immense félicité. et inenarrabiles ##oodines Ecclesiae hoc in extremo seculorum agone durissimis angoribus et saevissimus doloribus leceratae. Il ne faut donc pas croire les Romains si étrangers à l'histoire et à la croyance des Hébreux. Il n'y a rien de plus curieux que ce que le célèbre Heyne a écrit sur le Pollion. in Paratitlas. sans doute. nous répète les réflexions banales sur le mépris des Romains pour les superstitions judaïques (4).) Note II. certe nunc imprimis quadam ##apokaradokia feratur et anhelet. un jurisconsulte allemand réformé. In hoc imminente rerum humanarum occasu. hac hominum flagitiis velut morbis confecti lethalibus ad eamdem ##apolutrosin.. car. sans lui demander ce qu'il entend par les superstitions judaïques. très habile homme. ce qui ne l'empêche pas néanmoins de dire: Je ne vois rien de plus vain et de plus nul que cette opinion (1).. pour changer l'état de la question. parmi ces prophéties. Mais quelle opinion? Il s'agit d'un fait. qui avait fait les affaires de ce même Hérode et qui était un favori d'Auguste. et que Nicolas de Damas. Nous tenons encore de Heyne qu'Hérode était l'ami particulier et l'hôte de Pollion. voilà ce qu'on nomme une opinion dont on peut se moquer si l'on veut. Croyait-on à l'époque marquée qu'un grand 36 4 .

il en résulterait seulement que Virgile. 73. 1793. pag.? Oui. d'un enfant miraculeux prêt à descendre du ciel. (Heyne. pour faire sa cour à quelque grand personnage de son temps. pour se consoler de ne pouvoir réfuter ce que nous disons. (2) Nullo tamen tempore vaticiniorum insanius fuit stutium. 36 5 .) Hoc itaque oraculo et vaticinio seu commento ingenioso commode usus est Virgilius. leur rendent témoignage.événement allait éclore? que l'Orient l'emporterait? que des hommes partis de la Judée assujettiraient le monde? Parlait-on de tous côtés d'une femme auguste. etc. jamais ils n'ont pu en nommer un auquel les vers de Virgile s'adaptent sans violence. 73. etc. qui. et sur quoi dispute-t-on? Heyne a eu des successeurs qui ont beaucoup renchéri sur lui.) (4) Ibid. et quelques efforts qu'aient fait les commentateurs. changent l'état d'une question toute claire pour chercher des difficultés où il n'y en a point. Quand cet enfant se trouverait.. -(1) Nihil tamen ista opinione esse potest levius et certis rerum argumentis magis destitutum. in-8o. pag. Plaignons des hommes (je n'en nomme aucun) furieux contre la vérité. tous les yeux étaient tournés vers l'Orient d'où l'on attendait ce libérateur. il n'y a pas moyen de contester ces faits: Tacite. 74. Le docteur Lowth surtout (De sacra poesi Hebraeorum) ne laisse rien à désirer sur ce point intéressant. échauffait les esprits jusqu'à l'enthousiasme. (5). tom.. 72. Londres. mais cet enfant n'existe pas. I. pag. pour ramener l'âge d'or sur la terre. (5) Sermons du P. pag. 74.. pag. dans son édition de Virgile. appliquait à un nouveau-né les prophéties de l'Orient. Toute la terre croyait toucher au moment d'une révélation heureuse. embellie par l'imagination des poètes.. Jérusalem s'éveillait à des bruits si flatteurs.) (3) Unum fuit aliquod (Sybillinum oraculum) quod magnam aliquam futuram felicitatem promitteret. sans foi et sans conscience. De quoi s'agit-il donc. avertis par les oracles du Paganisme. (Ibid. sur la IVe églogue. C'est en vain que l'irréligion obstinée interroge toutes les généalogies romaines pour leur demander en grâce de vouloir bien nommer l'enfant célébré dans le Pollion. et s'amusent à réfuter doctement ce que nous ne disons pas. la prédiction d'un conquérant qui devait asservir l'univers à sa puissance. (Ibid. (Ibid. Élisée. Suétone.

Non ullo secula dona Nostra carent majore Deum. . . Phars. . atque hominem toto sibi cedere jussit Pectore. . . . . 180. Le morceau de Machiavel sur les prophéties mérite en effet grande attention: « D'onde ei si nasca io non sò. . Mentemque priorem Expulit. etc. . (Luc. quam Delphica sedes Quod siluit. . et qui méritent cependant de l'être. postquam reges tinuere futura Et Superos vetuere loqui. . . . . atque omne futurum Nititur in lucem. . Ce sont de ces choses qu'il faut abandonner aux réflexions du lecteur accoutumé à faire le départ des vérités. . . . . .) Note IV. V. .. miserumque premunt tot secula pectus. . Nec tantum prodere vati Quantum scire licet: venit aetas omnis in unam Congeriem. . . mais c'est un fait attesté par toute 36 6 . 92. . Il n'y a rien de si connu que le traité de Plutarque De la cessation des oracles.Note III. . . . Puis il ajoute sur l'esprit prophétique en général: . . . . Tanta patet rerum series. . c'est-à-dire: « Je ne saurais en donner la raison. . . . . Il y a des vers de Lucain qui ne paraissent pas aussi connus.. . . Tandem conterrita virgo Confugit ad tripodem .

le même historien rapporte le discours de Montézuma aux grands de son empire: « Il leur rappelle les traditions et les prophéties qui annonçaient depuis longtemps l'arrivée d'un peuple de la même race qu'eux.) On peut voir à la page 103. des prodiges ou autres signes célestes.) Les missionnaires ont placé sous ce texte la note suivante..). des natures grandes et puissantes. cap. comme l'ont cru certains philosophes (1). » (Mach. au demeurant malignes et mal accointables. ces intelligences. La lecture du célèbre Solis ne laisse aucun doute sur ce fait. avant Plutarque. trad. Les traditions chinoises tiennent absolument le même langage. d'Amyot. pag. p. Il serait fort à désirer que la cause en fût discutée par des hommes instruits dans les choses naturelles.) Entre mille preuves de cette vérité. (Ephes. 39. in-4o. p. III. de l'Amérique. ##einai panta ton aera psukhon emplion. Hist. l'histoire d'Amérique en présente une remarquable: « Si l'on en croit les premiers historiens espagnols et les plus estimés.l'histoire ancienne et moderne. et toujours après ces annonces. XXIV. et surnaturelles. tom.) -(1) C'était un dogme pythagoricien. l'opinion de Montézuma sur les Espagnols. de Iside et Osiride. il y avait parmi les Américains une opinion presque universelle que quelque grande calamité les menaçait et leur serait apportée par une race de conquérants redoutables. sur Tite-Live.) Saint Paul. A. sur l'année 1520. I. Ailleurs.. (Plut. on voit arriver des choses nouvelles et extraordinaires. le fait est certain. liv. 123. que jamais il n'est arrivé de grand malheur dans une ville ou dans une province qui n'ait été prédit par quelques devins ou annoncé par des révélations. V. II. tom. Il peut se faire que notre atmosphère étant. Disc. in-12. 482. avantage que je n'ai point. etc. avait consacré cette antique croyance. in Pyth. venant de l'Est pour dévaster leur contrée.. 36 7 . habitée par une foule d'esprits qui prévoient les choses futures par les lois mêmes de leur nature. qui ont pitié des hommes.. 2. et qu'une autre est prête à en descendre en punition de ses crimes. (Mémoires sur les Chinois. afin qu'ils puissent se tenir sur leurs gardes. 56..) Il y a en l'air. On lit dans le Chouking ces paroles remarquables: Quand une famille s'approche du trône par ses vertus. Quoi qu'il en soit. dit Plutarque. » (Ibid. les avertissent par ces sortes de signes. I. l'homme parfait en est instruit par des signes avant-coureurs. et qui devait prendre possession du pouvoir suprême. (Laert. » (Robertson.

jusqu'à la chanson de M. destinés au fronton de Sainte-Geneviève. Note V.) Un habile critique français n'aime pas trop cette expression: « On ne conçoit pas. » Ibid. en vertu de sa parenté avec la nature divine. ne frappe jamais de grands coups sur une nation entière sans l'inviter à la pénitence par des signes sensibles de sa colère. on retrouve ici la pure doctrine de Pythagore et de saint Paul. En faisant abstraction de la troisième explication. de Div. qui rentre pour nous dans la seconde. examinant la question de savoir pourquoi nous sommes instruits dans nos songes de plusieurs événements futurs (jamais l'antiquité n'a douté de ce fait). la révolution française a fourni un exemple des plus frappants de cet esprit prophétique qui annonce constamment les grandes catastrophes. d'après le Chouking et autres anciens livres.« L'opinion que les prodiges et les phénomènes annoncent les grandes catastrophes.) Au-delà des temps et des âges Au-delà de l'éternité. 5. IV. dit-il. Le Tien. De nos jours. les révolutions dans le gouvernement. en rapporte trois raisons d'après le philosophe grec Posidonius: 1o L'esprit humain prévoit plusieurs choses sans aucun secours extérieur. Michée. depuis les vers d'un anonyme. jusqu'au fameux sermon du père Beauregard. 2o l'air est plein d'esprits immortels qui connaissent ces choses et les font connaître. 3o les dieux enfin les révèlent immédiatement (1). Nous avons vu que le plus grand événement du monde était universellement attendu. Esther. 18. I. vers. dern. je ne crois pas qu'il y ait eu de grand événement annoncé aussi clairement et de tant de côtés.. (Exode. XV. -(1) Cic. le changement des dynasties. (Racine. Depuis l'épître dédicatoire de Nostradamus au roi de France (qui appartient au XVIe siècle). In aeternum et ultra. Je pourrais accumuler une foule de citations: je les supprime. Cette expression ne serait point à l'abri de la critique. est générale parmi nos lettrés. si elle n'était pas 36 8 . qu'il y ait quelque chose au-delà de l'éternité. Delisle. parce qu'elles sont assez connues et parce qu'elles allongeraient trop cette note. disentils. Cicéron.

) Et la bonne madame Guyon a dit aussi: Dans les siècles des siècles ET AU-DELÀ. on peut être sûr qu'il voit une vérité qu'il voudrait cacher. troisième partie. ce droit ne nous appartient que dans les choses qui ont fait l'objet principal de nos études. sur le texte de Racine qu'on vient de lire. n'est qu'un mot mis à la place d'une chose. car il n'est permis de se montrer dogmatique que lorsqu'on a le droit de ne pas douter. nous avons au contraire toutes les connaissances qu'exige la solution du problème. Si l'attraction seule existait. etc.) Note VI. Il eût fallu en trouver un qui exprimât la combinaison des deux forces: car j'ai autant et même plus de droit d'appeler un Newtonien tangentiaire qu'attractionnaire. (Disc.autorisée par l'Écriture: Dominus regnabit in aeternum et ultra. » (Troisième sermon sur la purification de la Vierge. celui qui affirme d'une manière abstraite que le mouvement est essentiel à la matière n'affirme rien du tout. Mais il ne faut pas être la dupe de cette prétendue modestie. Cette question n'étant point une de celles qu'il est impossible de pénétrer. N'étant donc point mathématicien. Nous avouons que tout mouvement est un effet: et nous savons de plus que l'origine du mouvement ne saurait se trouver que dans l'esprit. XLVI. Il ne s'agit nullement ici d'un mystère qui nous impose le silence. j'exprimerai avec réserve et sans prétention des doutes qui ne sont pas toujours à mépriser. expression divine et mystérieuse. La force tangentielle. car je ne crois pas qu'il y ait d'homme sensé qui ne soit persuadé du contraire. Ce n'est pas que. celui de parler contre leur conscience. ce qui les rend absolument inexcusables: et de plus on peut les soupçonner légitimement de ne pas savoir ce qu'ils affirment. qu'on emploie pour exprimer les mouvements cosmiques. ou. comme disaient les anciens si souvent cités dans cet ouvrage: Que le principe de tout mobile ne doit être cherché que dans l'immobile. À ces idées. dans une foule de livres. » (Geoffroi. je me permettrai d'en ajouter ici quelques-unes que je donne seulement comme de simples doutes. Toutes les fois qu'un savant du dernier siècle prend le ton humble et semble craindre de décider. or.) Mais Bourdaloue est d'un autre avis: « Par-delà l'éternité. Le mot d'attraction est évidemment faux pour exprimer le système du monde. En effet. qu'il suffit à notre faible intelligence d'interroger l'expérience et de connaître les faits. dit-il.. puisqu'il n'y a pas de science qui ne doive rendre compte à la métaphysique et répondre à ses questions. toute la matière de l'univers ne serait qu'une masse inerte et immobile. on ne nous dise: Qu'il est superflu de se livrer à ces sortes de recherches. chrét. car il 36 9 . Ceux qui ont dit que le mouvement est essentiel à la matière ont d'abord commis un grand crime. que les premières causes sont inabordables. la réserve à cet égard serait un tort. no 1.

il dit expressément. de ce rosier. Cotes.n'y a point de mouvement abstrait et réel: tout mouvement est un mouvement particulier qui produit son effet. -(1) La chose paraît incroyable. de ce rossignol individuel. à moins qu'on ne suppose. Newton déclare solennellement et à diverses reprises que son système ne touche point à la physique. en un mot. se hâta d'avancer que l'attraction était essentielle à la matière. Il déclara publiquement qu'il n'avait jamais entendu soutenir cette proposition. on admet l'intention essentielle et nécessaire.. et même de cette émeraude. ne cessant de parler de physique céleste. qu'il n'entend attribuer aucune force aux centres. » (Newton. semblent se mettre ainsi en opposition directe avec leur maître. et même il ajouta qu'il n'avait jamais vu la préface de Cotes (1). que Newton en a imposé. Les Newtoniens. une plante. en parlant de la préface de Cotes. en sorte qu'on ne peut soutenir le mouvement essentiel sans affirmer en même temps les résultats essentiels..: ce qui devient l'excès du ridicule. c'est-à-dire qu'on ramène l'esprit par l'argument même qui voudrait s'en débarrasser. le mouvement se trouvant ainsi évidemment et nécessairement joint à l'intention. sont essentiels à la matière. par exemple un minéral. et cependant rien n'est plus vrai. d'un rosier. si l'idée de la matière emporte nécessairement celle d'une émeraude. mais l'auteur du système fut le premier à désavouer son illustre élève. que par l'appui qu'il semblait donner aux opinions qui allaient distinguer à jamais ce siècle fatal. Lorsque le système newtonien parut dans l'univers. car dans ses lettres théologiques au docteur Bentley. d'un rossignol. nous aurions su quelque chose. dans la fameuse préface qu'il mit à la tête du livre des Principes. emporté à la fleur de son âge. qui a toujours exclu de son système toute idée physique. il s'ensuit qu'en supposant le mouvement essentiel de la matière. ou la suite ou l'ensemble des mouvements qui doivent produire. bien moins par sa vérité.) C'est de ce Cotes. Si Cotes avait vécu. qu'il n'entend point sortir du cercle des mathématiques (quoiqu'il semble assez difficile de comprendre cette sorte d'abstraction). Il ne s'agit donc point de savoir si le mouvement est essentiel à la matière. Il n'y a point dans la nature de mouvement aveugle ou de turbulence. qui était encore discutée. Dans la préface même de son fameux livre. etc. il plut au siècle. or. ce qui n'est pas permis.. etc. non vidit. « qu'il ne l'a jamais lue ni même vue. mais si le mouvement. ce qui m'a paru toujours 37 0 . que Newton fit cette superbe oraison funèbre: . tout mouvement a un but et un résultat de destruction ou d'organisation. un animal.

gardons-nous de la philosophie moderne tous les fois qu'elle s'incline respectueusement et qu'elle dit: Je n'ose pas avancer: c'est une marque certaine qu'elle voit devant elle une vérité qu'elle craint. De pareils systèmes ne sont pas même dignes d'une réfutation. car ils ne cessent de dire que l'attraction n'est pas un système. que les Newtoniens ne doivent point être écoutés lorsqu'ils disent: Qu'ils ne sont point obligés de nommer la force qui agite les astres. et cependant quand ils en viennent à la pratique.très remarquable. si elle existait. pour maintenir l'honneur du mécanisme. Il y a cependant des choses certaines indépendamment de tout calcul: il est certain. s'il est au rang des mouvements secondaires. mais un fait. de Genève. et l'on peut voir dans ce genre l'excès de la déraison humaine dans les ouvrages de Lesage. mais dans l'un et l'autre cas. si l'attraction n'était pas un système. ou par une volonté. puisque tout se réduirait au fait ou à l'observation. Je le répète. Cependant ils sont précieux sous un certain rapport. Il y a donc encore un doute sur ce point. Ils parlent des deux forces comme de quelque chose de réel. et tout le système mécanique? les astres tournent parce qu'une intelligence les 37 1 . par la théorie seule. Nous voici donc nécessairement portés à la cause immatérielle. l'astre ne peut être mû que par une impulsion mécanique. et en effet ils ont appelé à leur secours je ne sais quel éther ou fluide merveilleux. ce que je n'affirme point cependant. et que cette force est un fait. Le mouvement des astres n'est pas plus mystérieux qu'un autre: tout mouvement naissant d'un mouvement antécédent jusqu'à ce qu'on arrive à une volonté. et le simple bon sens étranger aux profonds calculs serait tenté de croire que l'attraction n'est que l'observation représentée par des formules. et véritablement. par exemple. des tables de la lune aussi parfaites que celles qui ont été construites par l'observation. elle ne serait rien. Les Newtoniens sont donc obligés de nous dire quel est le moteur matériel qu'ils ont chargé de conduire les astres dans le vide. et il ne s'agit plus que de savoir si nous devons admettre une cause seconde ou remonter immédiatement à la première. s'il est considéré comme mouvement primitif. Dernièrement encore (1819) l'Académie Royale de Paris a demandé: Si l'on pouvait fournir. De là encore cette autre contradiction frappante parmi les Newtoniens. c'est bien un système qu'ils défendent. que deviennent les forces et leur combinaison. car je n'entends point sortir de ce ton de réserve auquel j'ai protesté de m'astreindre rigoureusement. en ce qu'ils montrent le désespoir de ces sortes de philosophes qui sauraient bien appuyer leurs opinions de quelque supposition un peu tolérable.

et leurs calculs seront incontestables. qu'on néglige infiniment trop dans notre siècle. Pourquoi on attribua une divinité à chaque planète. pourquoi. dis-je. Il suffit de les supposer toutes parfaitement d'aplomb. nous auront bientôt décidés. satellite de la terre (chose parfaitement ignorée des hommes qui vécurent depuis les temps primitifs). et que des observateurs lointains disent que je suis agité par deux forces. Il faut encore se rappeler ici ce qu'a dit Newton (1) sur l'indispensable distinction des possibilités physiques ou simplement théoriques et métaphysiques.. on comprendra comment le Sabéisme fut la plus ancienne des idolâtries. cette planète. disait-il. Il ne nous reste d'onc qu'à choisir. sur le papier. Si je tourne en rond dans une plaine. il ne s'agit que de la simple théorie. sans une intelligence opérante ou coopérante. le système physique est physiquement impossible. à la différence des autres. on y parviendra parfaitement. ils sont bien les maîtres. suivant eux. En un mot. Nous sommes ramenés aux aiguilles. la raison et les traditions antiques. il n'y a pas moyen de délibérer longtemps. Peut-on. qui la présidait et semblait s'amalgamer avec elle en lui donnant son nom. Mais entre ces deux suppositions. etc. imaginer dix mille aiguilles debout sur une glace polie? Sans doute. était présidée. on ne sait plus imaginer rien d'aussi impossible. je le suppose. l'ordre n'est plus possible. entre l'intelligence première et l'intelligence créée. nullement. Le fait est cependant que je tourne parce que je veux tourner. mais dans la réalité. 37 2 . -(1) Voyez encore ses Lettres théologiques au docteur Bentley. Il en est absolument de même du système du monde: cette machine immense peut-elle être réglée par des forces aveugles? sans doute encore.fait tourner. Si l'on veut représenter tous les mouvements par des nombres. avec des formules algébriques et des figures. Pourquoi la planète. comme je l'ai dit. pourquoi tomberaient-elles d'un côté plutôt que de l'autre? Mais si nous entrons dans le cercle physique. mais rien n'est plus indifférent à l'existence du principe nécessaire. En suivant ces idées.

.par une divinité qui appartenait encore à la terre et aux enfers (1). Pourquoi Job attestait le Seigneur qu'il n'avait jamais approché la main de sa bouche en regardant les astres (1). VIII. adv. 673.) Pourquoi Origène disait que le soleil. il est singulier que. le nombre des uns et des autres ait augmenté en même proportion. IV. Cels. 672.. pag..Militiam coeli. en divisant ainsi la puissance de la prière humaine (1). la lune et les étoiles offrent des prières au Dieu suprême par son fils unique. (Virg. lib. lib.) . XXVII. 4. tria virginis ora Dianae.) Pourquoi ils croyaient qu'il y avait autant de métaux que de planètes.. (Journ. 4. (Jérém. -(1) Job. de phys. qu'ils aiment mieux nous voir adresser directement nos prières à Dieu.« Celse suppose que nous comptons pour rien le soleil.. (Isaïe. (Reg.. du 4 avril 1810. -(1) Exercitus coeli te adorat. chacune d'elles donnant son nom et son signe à l'un des métaux (1). n. cités dans le Journal de Paris. Aen. IX. -(1) Tergeminamque Hecaten. c'est qu'il y a des demi-planètes comme il y a des demi-métaux.) Ce qui n'est pas moins singulier. Travaux et progrès dans les sciences naturelles pendant l'année 1809. que si nous les adressions à eux.. (Orig. 28.) . XXXIV. 2. car nous connaissons 28 planètes ou satellites. la lune et les étoiles. 6. tandis que nous avouons: Qu'ils attendent aussi la manifestation des 37 3 .Omnis militia coelorum. XXXI. 26. IV... et 28 métaux. Pourquoi les prophètes emploient si souvent l'expression d'armée des cieux (1).) . -(1) Il y avait jadis sept planètes et sept métaux.) .Adoraverunt omniam militiam coeli. de nos jours. car les astéroïdes sont des demi-planètes. (Esdras. 16. 27. V. -(1) ##Emon ten euktiken dunamin.

(Rom. CXLVIII. c'est ce que je ne décide point. ou que nous ne savons plus reconnaître sous des formes nouvelles. dans une de ses notes dont il n'est plus en mon pouvoir d'assigner la place. qui est le caractère distinctif des savants modernes. le moindre doute est un sacrilège. il faut ajouter toute la théorie de l'astrologie judiciaire. et nulle vérité ne pouvant être en contradiction avec une autre. Le traducteur anglais de toutes les oeuvres de Bacon. seqq. louez-le. n'est propre qu'à retarder la science.. ô vous. qui a déshonoré sans doute l'esprit humain comme l'idolâtrie. Je ne sais si je me trompe. mais cette espèce de despotisme. c'est aux théoriciens en titre à se tirer de cette difficulté. mais qui sans doute aussi tient comme l'idolâtrie à de vérités du premier ordre. j'ignore même s'il existe: il est impossible d'apprécier ses raisons qu'il n'a pas jugé à 37 4 . Ipsi viderent.) Si. parmi les innombrables choses que nous disons sur ces astres. » (Orig.enfants de Dieu. à cause de celui qui les y a assujettis. La première fois que l'esprit religieux s'emparera d'un grand mathématicien. qui sont maintenant assujettis à la vanité des choses matérielles. VIII. vieux des cieux! (Ps. étoiles et lumière? ou bien. mais dont j'assure l'authenticité: Que le système de Copernic a bien encore ses difficultés. il arrivera très sûrement une révolution dans les théories astronomiques. La personne du traducteur m'est absolument inconnue. Elle repose aujourd'hui tout entière sur de profonds calculs à la portée d'un très petit nombre d'hommes. 3.) Pourquoi Bossuet se plaignait de l'aveuglement et de la grossièreté de ces hommes qui ne veulent jamais comprendre ces génies patrons des nations et moteurs de toutes les parties de l'univers? À cette masse imposante de traditions antiques. De savoir ensuite comment cette vérité peut s'accorder avec les théories mathématiques. a dit. le docteur Shaw. V. Certes. Ils n'ont qu'à s'entendre pour imposer silence à la foule.) Il ne nous accuserait pas de compter pour rien de si grands panégyristes de Dieu. craignant par-dessus tout de sortir du cercle des connaissances qui m'appartiennent: mais la vérité que j'ai exposée étant incontestable. il faut être bien intrépide pour énoncer un tel doute. ibid. qui nous ont été depuis soustraites comme inutiles ou dangereuses... Leurs théories sont devenus une espèce de religion. Tout nous ramène donc à l'incontestable vérité que le système du monde est inexplicable et impossible par des moyens mécaniques. 19. Celse avait seulement entendu: Louez-le.

lib. X. il y a deux moyens. On nous a dit à tous. je me borne à demander qu'en partant de cette vérité incontestable: Que tout mouvement suppose un moteur. elle s'élèvera sur son équateur en vertu de la force centrifuge. La demande me semble modeste. qui reçoit d'elle le mouvement: car comment le ##kinoon ne serait-il pas avant le kinoumenon? (Plat. et il faut nécessairement qu'elle soit antérieure à la nature physique. en sorte que les deux axes sont inégaux dans une proportion qu'il d'agit d'assigner.propos de nous faire connaître. et s'élève au contraire sous l'équateur. et cette intelligence est Dieu. 37 5 . et la théorie. en effet. Pour moi. 87. je le choisirai dans les notions élémentaires sur la figure de la terre. mais sous le rapport du courage c'est un héros. et que le poussant est de nécessité absolue ou antérieur au poussé (1).. l'expérience ou les mesures géodésiques. On se fâchera encore moins je l'espère. Et l'on nous montrait dans le cabinet de physique une sphère de cuir bouilli. il soit fait une revue philosophique du système astronomique. en commençant nos instructions sur ce point. Celle-ci repose sur cette vérité physique. la figure indiquée. et prendra la forme d'un sphéroïde aplati. III. 86. que si une sphère tourne sur son axe. I. 23.) Quod coelum moventur ex aliqua intellectuali substantia. Pour s'en assurer. tournant sur son axe au moyen d'une manivelle.) Voyez encore Aristote (Physicortum. et je ne vois pas que personne ait le droit de se fâcher. que notre planète est aplatie sur les pôles. -(1) ##Mon arkhe tis ues estai kinesebos apases alle plen e tes autes auten kinesases metabole. en vertu de la rotation. et prenant. Malheureusement ce courage n'est pas commun. si je donne un exemple des doutes excités dans mon esprit par les théories mécaniques. et je ne puis douter qu'il y ait dans plusieurs têtes (allemandes surtout) des pensées de ce genre qui n'osent se montrer. c'est-à dire: le mouvement peut-il avoir un autre principe que cette force qui se meut elle-même? Cette puissance est l'intelligence. de Leg. nous a-t-on dit..

que plusieurs parties de la science. Or. lorsque la terre commença de tourner. . . Observons. notamment celle dont il s'agit dans ce moment. En premier lieu. elle était molle et ronde: deux petites suppositions qui valent la peine d'être examinées. que le monde au moins ait commencé. 37 6 . et que toute observation délicate exige une conscience délicate. Ce n'est pas tout: supposons en troisième lieu. Ce mot seul les met en colère. et laissant même de côté la question de l'éternité de la matière. reposent sur des observations infiniment délicates. En second lieu. comment pouvaient-ils dire: Que la terre a été soulevée sous l'équateur par un mouvement qui n'a jamais commencé? Cette supposition sera trouvée impossible. la terre n'est point du tout de cuir bouilli: l'intérieur est lettre close. pour l'âge de raison. il faut que ces mécaniciens nous disent dans quelle révélation ils ont appris que. et d'immenses montagnes qui s'enfoncent jusqu'à une profondeur inconnue. La probité la plus rigoureuse est le première qualité de tout observateur. supposée immobile. . etc. . et que nous pouvons regarder comme les ossements de la terre.Et nous disions tous: Voilà qui est clair! Mais voyons combien. l'habitation de l'homme et des animaux serait détruite par les eaux qui accourraient sous l'équateur: Ainsi la terre ne pouvait être ce qu'elle est. nous voyons de l'eau et de la terre. à partir de cette hypothèse. si l'on y pense. ÉCLAIRCISSEMENT SUR LES SACRIFICES. en finissant. les physiciens que j'ai en vue n'admettent point de création proprement dite. et plusieurs ont fait leur profession de foi à cet égard. Si cette masse. Chapitre premier. Ainsi tout se réduit aux mesures géodésiques. mais quant à l'extérieur et à cette enveloppe de médiocre profondeur que Dieu nous a livrée. venait tout à coup a recevoir le mouvement diurne. . et allongée sur l'axe autant précisément qu'il le fallait pour devenir parfaitement ronde par le mouvement de rotation. lorsqu'elle commença à tourner. s'élèvent d'arguments décisifs contre cette démonstration décisive. Si la terre devait être ronde (supposons-le un instant) alors elle eût été elliptique avant de tourner. et la prétendue théorie n'est rien. Des sacrifices en général.

etc. et que l'idée d'allégresse se mêla toujours si intimement à celle de fête. que l'histoire nous montre l'homme persuadé dans tous les temps de cette effrayante vérité: Qu'il vivait sous la main d'une puissance irritée. il faut expier nos crimes. On peut observer encore que la musique. et nous tenons d'eux tous les biens dont nous jouissons: nous leur devons la louange et l'action de grâce. se trouve parmi les fragments de Pétrone. Il faut cependant avouer. » -(1) Ce n'était point seulement pour apaiser les mauvais génies. Il n'est pas même aisé. on comprend très bien comment elles s'accordent. dont on ignore le véritable auteur. en un mot tous les arts agréables.Je n'adopte point l'axiome impie: La crainte dans le monde imagina les dieux (1). mais si l'on y réfléchit attentivement. montraient assez que l'idée de la divinité ne pouvait être fille de la crainte. et. Il est bien là. c'est-à-dire. sans que l'un ait jamais pu anéantir l'autre. -(1) Primus in orbe deos fecit timor. ce n'était point seulement à l'occasion des grandes calamités que le sacrifice était offert: il fut toujours la base de toute espèce de culte.. et pourquoi le sentiment de terreur a toujours subsisté à côté de celui de la joie. et que cette puissance ne pouvait être apaisée que par des sacrifices. en donnant à Dieu les noms qui expriment la grandeur. le moyen le plus puissant est le sacrifice (1). la danse. Mais les dieux sont justes et nous sommes coupables: il faut les apaiser. Loin de moi d'ailleurs de croire que l'idée de Dieu ait pu commencer pour le genre humain. qu'elle puisse être moins ancienne que l'homme. que ce dernier devint partout synonyme du premier. Je me plais au contraire à remarquer que les hommes. 37 7 . la poésie. étaient appelés aux cérémonies du culte. au premier coup d'oeil. en l'appelant le Seigneur. d'accorder des idées en apparence aussi contradictoires. pour y parvenir. le pouvoir et la bonté. Ce passage. le Maître. le Père. « Les Dieux sont bons. après avoir assuré l'orthodoxie.

XV.. opp. -(1) Immisitque (Deus) in hominem spiritum et animam. animam conclusit in corpore. 49. jud. IX.. Plat. quoique d'une manière moins explicite: nos mères nous ont conçus dans le crime. p. Cicer. et de dire comme nous. Sat. Les hommes primitifs.. ou la réité de l'homme.sans distinction de lieu. entre l'esprit et le corps. in Tim. et dans une tradition aussi ancienne que le genre humain. ou le principe sensible. de l'esprit ou de l'intelligence. comme elle reposait elle-même dans le corps. tom. si soigneusement distinguée par les anciens. L'animal n'a reçu qu'une âme. p. sous différentes formes. résidait dans le principe sensible. en sorte que les hommes de tous les siècles n'ont cessé d'avouer la dégradation primitive et universelle.) L'antiquité ne croyait point qu'il pût y avoir. Telle fut la croyance antique.B. §2... et telle est encore. nobis.. A. car il n'y a pas un dogme chrétien qui n'ait sa racine dans le nature intime de l'homme.. celle de tout l'univers. à nous furent donnés et l'âme et l'esprit (1). animum quoque. suivant la 37 8 . de temps. se crurent coupables: les institutions générales furent toutes fondées sur ce dogme. 1. 11. (Joseph. cap.) Principio indulsit communis conditor illis Tantum animam.. I. ou de puissance intermédiaire en qui l'esprit reposait. (Tim. de manière que l'âme. lib. était pour eux une espèce de moyenne proportionnelle. (Juven. Mais la racine de cette dégradation..) En se représentant l'âme sous l'image d'un oeil. 386. Antiq. 148. inter frag. s'il est permis de fabriquer ce mot. dans la vie. -(1) Mentem autem reperiebat Deus ulli rei adjunctum esse sine anima nefas esse: quocirca intelligentiam in animo. dont le genre humain entier reçut ses opinions fondamentales. d'opinions ou de circonstances. aucune sorte de lien ni de contact (1). 312. dans l'âme enfin..

3. de N. -(1) Ut lacerato oculo circum.. p. -(1) ##All'oge mermerize kata phrena. au contraire. de Opif. d'après Homère. au mot anima. stoic. l'esprit était la prunelle de cet oeil (1). il a vu la chose comme un dieu. le nomme le coeur de l'âme (3).. comme synonyme de mens.. dissert. expression que Philon renouvela depuis (4). -- 37 9 . (Iliad. dans Homère.B. R. si pupila mansit Incolumis. Cicéron. Lorsque Jupiter. etc.) Lorsqu'un homme connaît son devoir et le remplit sans balancer. 261 C.comparaison ingénieuse de Lucrèce. 11. opp. il est un: il ne peut y avoir de combat en lui. se détermine à rendre un héros victorieux. Phys. le dieu a pesé la chose dans son esprit (1). l'oppose. par exemple. (Ibid.. III. Ailleurs il l'appelle l'âme de l'âme (2) et Platon. cité par Juste-Lipse. Et Virgile a dit dans le même sens: mentem animumque.. etc. dans son esprit (1). l'emploie comme un synonyme d'anima et l'oppose à mens. VI.) (3) In Theat. (4) Philo. etc. II. tom. (Aen.) Juvénal. dans une occasion difficile. XVI. mundi. (Lucr. N. seqq. II. 409..) (2) Atque anima est animae proporro totius ipsa. mais toujours d'une manière à ne laisser aucun doute au lecteur. III. Quelquefois les Latins abusent du mot animus.

ex edit. puisqu'on affirme l'un et l'autre du même sujet. il a délibéré dans son âme et dans son esprit (1). I. et la veut faire rougir de sa faiblesse: courage. ô mon âme! t'accorder tout ce que tu désires: songes que tu n'es pas la seule à vouloir ce que tu aimes (1). a dit excellemment Hippocrate.) Platon a cité ce vers dans le Phédon. . lui dit-il.) Mais si. car si c'est lui qui est le plus faible. (Odyss.) Et un autre poète a fait de ce combat le sujet d'une conversation. 261. I. 333. (Ibid. gmon. Thume. qu'il s'est montré plus fort que lui-même. -(1) ##Tetlathi de kradin. longtemps agité entre son devoir et sa passion. v.(1) ##Autar o egno esin enu phreri. 72-73. paraskhein asmena panta Tetlathi. 195. tout à la fois.. demande Platon. en forme tout à fait plaisante. -(1) ##Ou dunamai soi. (Ibid. -(1) ##Eos o tauth ormaine kata phrena kai kata thumen. car nul sujet ne peut réunir deux contraires simultanés (2). (Iliad. XX. et la raison en est simple: 38 0 . (Opp. 215.. (Theogn. Si l'homme était un. La volonté supposée une ne saurait pas plus être en contradiction avec ellemême. etc.) Quelquefois l'esprit gourmande l'âme. ce même homme s'est vu sur le point de commettre une violence inexcusable. plus fort et plus faible que luimême. inter vers. kai kunteron allo potetles.? On affirme évidemment qu'il est. tom. dit-il. I. Brunckii.. qu'un corps ne peut être animé à la fois par deux mouvements actuels et opposés (1). B. mon âme! tu as supporté de plus grands malheurs (1). Ton de kalon outi su mounos erais. D) et il y voit une puissance qui parle à une autre.##On alle ousa allo pragmati dialegoumene. Je ne puis. p. jamais il ne serait malade (3).) Que veut-on dire. lorsqu'on dit qu'un homme s'est vaincu luimême. 18. c'est aussi lui qui est le plus fort.

de quantitate. I. cit. on ne peut concevoir une cause de maladie dans ce qui est un (4).On peut voir à l'endroit de Platon qu'on vient de citer la singulière histoire d'un certain Léontius. on peut cependant convenir qu'il ne semble pas avoir vu la chose tout à fait à fond. ou il ne s'entendait pas lui-même. cap. C. 549. 2. (Tusc.. mais bien d'expliquer comment un sujet simple peut réunir des oppositions simultanées. (Hipp. -(1) Pensées. cela signifie que la raison doit commander à la passion (1). (Loc. . 360. de Nat. hoc praecipitur. et p. lorsqu'on nous ordonne de nous commander à nous-mêmes. il y a action. 21. un sujet simple leur paraissant incapable de telles et si soudaines variétés (1). car il ne s'agit pas seulement de savoir comment un sujet simple est capable de telles et si soudaines variétés. (Arist. et jamais on ne comprendra comment une tenaille peut se saisir elle-même. Rom. 265. quaest.. Cette maxime lumineuse n'a pas moins de valeur dans le monde moral. A. V. tom. E.. 360 A). Catheg. (2) ##Oude (ton onton) ouden ama ta enantia epidekhetai. 38 1 .. cit.) (4) ##Oude gar an en upo tou algeseieu EN EON. qu'il y en a qui ont pensé que nous avons deux âmes. 13. partout où il y a action. tom. qui voulait absolument voir des cadavres qu'absolument il ne voulait pas voir. I. ou il entendait que la passion est une personne.) (3) ##Egoo de phemi ei enen o anthropos pot' an elgen. ut ratio coerceat temeritatem. -(1) Plat. p. p. hum.) Partout où il faut résister. Pascal avait en vue sans doute les idées de Platon. il y a substance... III. et les injures qu'il crut devoir adresser à ses yeux.car. Mais avec tous les égards dus à un tel écrivain. de Rep.. II. ajoute-t-il.. opp.. -(1) Quum igitur praecipitur ut nobismetipsis imperemus. Cicéron écrivant donc que. opp. lorsqu'il disait: Cette duplicité de l'homme est si visible. p. ce qui se passa dans cette occasion entre son âme et lui. edit.

Paris. Ruxi. ne pensent pas que ces mots de l'apôtre: La chair a des désirs contraires à ceux de l'esprit (Galat.. Amst. de puissance raisonnable et sensitive. dit-il. « Ceux qui l'ont adoptée. qui ne doutait de rien. et nous croyons que cette âme de la chair réside dans le sang (1). dans nous de partie supérieure et inférieure. Il n'y a point. ou tout lui? Est-elle matérielle comme la pierre ou le bois? dans ce cas. elle ne pense ni ne sent. l'une bonne et céleste. vouloir et ne vouloir pas. p. Opp. Qu'est-ce en effet que cette puissance qui contrarie l'homme. en un mot. par conséquent. 19). pour tout dire. XLVII. 145 seqq. ou. Au reste. disentils. qui est réellement l'âme de la chair: car.. n'est nullement embarrassé de cette duplicité de l'homme. 17) doivent s'entendre de la chair proprement dite. Origène.comment il peut aimer à la fois le bien et le mal. en pensera ce qu'il voudra. in-4o. nous en avons deux. comme on le croit vulgairement. I. de Princ.. p. Descartes. III. aimer et haïr le même objet. disait Origène. même dans l'Église. elle ne peut avoir la puissance de troubler l'esprit dans ses opérations.. qui était à la fois le plus hardi et les plus modeste des hommes dans ses opinions. raisonnable et sensitive. Je ne dis rien de cette explication: les hommes tels que Descartes méritent autant d'égards qu'on en doit peu aux funestes 38 2 . Blaen. mais je demande ce que c'est. et la même substance est tout à la fois. dit-il. etc. L'âme de l'homme est une. On voit cependant assez qu'il ne savait pas expliquer autrement ces deux mouvements diamétralement opposés dans un sujet simple. L'idée de deux puissances distinctes est bien ancienne. selon lui. et. in-fol. » -(1) Orig. edit. comment un sujet simple peut n'être pas simple... art. mais de cette âme. de Passionibus.. c'est que les volitions produites par l'âme et par les esprits vitaux envoyés par le corps. sa conscience? Qu'est-ce que cette puissance qui n'est pas lui. 4. pour mieux dire. 22. ne s'obstine point sur cette question. c'est de celle-ci qu'il a été dit que ses oeuvres sont évidentes (Ibid. 1733. J'écoute avec respect et terreur toutes les menaces faites à la chair. l'autre inférieure et terrestre. tom. Le lecteur. V. comment un corps peut se mouvoir actuellement vers deux points opposés. -(1) Cartesii opp. excitent des mouvements contraires dans la glande pinéale (1). 1785. Ce qui trompe à cet égard.

2 vol. in-8o. XI c. suivant toutes les vraisemblances. Il paraît que ce dur sectaire n'avait guère philosophé sur l'idée du corps. qui. de l'union de ces deux choses exemptes de péché. il expose l'inattention ou la malveillance à prendre un mystère pour une bêtise. Barthez. Je prie seulement qu'on fasse attention au fond de la pensée. » -(1) Il semble que ces mots. puissance ou faculté. il paraît que l'Écriture sainte est sur ce point tout à fait d'accord avec la philosophie antique et moderne. et discerne la pensée du sentiment (2). puisqu'il s'embarrasse ainsi volontairement. et qui est très justement l'objet de la colère de Dieu (1). peut cependant communiquer à l'âme ce qu'il n'a pas et ne peut avoir. n'étant qu'une matière. c'est qu'il y a une contradiction dans l'homme. dit-il. cause immédiate de tous nos mouvements et de tous nos sentiments. n'est point un sujet capable de péché. suivant toutes les vraisemblances (1): aucune cause ou loi mécanique n'est recevable dans les phénomènes du corps vivant (2). VI. liv. Antoine Arnaud est bien moins amusant: il nous propose comme un mystère inconcevable. et même du corps. ne serait-il pas distingué de la matière? (2) Nouveaux Éléments de la science de l'homme. qui se réduit très clairement à ceci: Ce qui fait croire communément qu'il y a une contradiction dans l'homme. et qu'en nous donnant une bêtise pour un mystère. comme je l'ai dit ailleurs. par M. il en résulte un tout qui en est capable. et cependant incontestable: « Que ce corps. et que la parole de Dieu est une épée vivante qui pénètre jusqu'à la division de l'âme et de l'esprit. » -- 38 3 . in-4o. Paris. et que. une pure complaisance pour le siècle: car comment ce qui est UN. Un physiologiste moderne se croit en droit de déclarer expressément que le principe vital est un être. sont encore. III. 1806. » -(1) Perpétuité de la foi. Au fond.usurpateurs de la renommée. et qui peut s'appeler principe. « Qu'on l'appelle. puisqu'elle nous apprend: « Que l'homme est double dans ses voies (1). tom. ce principe est UN: il est absolument indépendant de l'âme pensante.

qui rugit de son épouvantable dégradation (1). August.) Milton a mis de beaux vers dans la bouche de Satan. confessant à Dieu l'empire qu'avaient encore sur son âme d'anciens fantômes ramenés par les songes.(1) Homo duplex in viis suis. panis oris intus animae meae. sans doute. X. il n'était pas LUI. et personne ne le savait mieux que LUI. IV. 38 4 . 2. I.... non te amabam! (Ibid. XIII.) Non. lui qui a si bien distingué les deux puissances de l'homme lorsqu'il s'écrie encore..) Et saint Augustin. XXX. L'homme aussi pourrait les prononcer avec proportion et intelligence. et virtus maritans mentem meam. am now constrain'd Into a beast and mix'd with bestial slime This essence to incarnate and imbrute That to the height of deity aspir'd. -(1) O foul descent! That I who erst contend'd With Gods to sit the high'st.. 8. (Hebr. (Ibid. Domine. s'écrie avec la plus aimable naïveté: Alors Seigneur! suis-je MOI (1)? -(1) Numquid tunc non EGO sum. qui nous dit dans ce même endroit: Tant il y a de différence entre MOI-MEME et MOI-MEME (1). (2) Pertingens usque ad divisionem animae ac spiritus (il ne dit pas de l'esprit et du corps) et discretor cogitationum et intentionum cordis. époux de mon intelligence! quoi! je pouvais ne pas t'aimer (2)! -(1) Tantum interest inter ME IPSUM et ME IPSUM..) (2) Deus. en s'adressant à Dieu: O toi! pain mystique de mon âme.. 1. Confess. Deus meus? (S.. 2. I. Jac.

L. Mais que l'intelligence soit la même chose que le principe sensible. Il n'y a pas. d'ailleurs il suffit de s'entendre.) On peut dire que cet écrivain parle ici au nom de toute l'antiquité. sur la vie. c'est-à-dire de deux principes intelligents de même nature. je contredirais de front les principes qui ont dicté l'ouvrage que je publie. c'est sur la puissance animale. 38 5 . dont l'un est bon et l'autre mauvais. et qui ne sont pas moins sacrés pour moi. 12. je n'ai que la certitude d'avoir raison. ils les plaçaient dans une espèce de coffre qu'ils élevaient vers le ciel. mais je ne sais si elle le fut par un tribunal compétent. 599. 103. sur l'âme (car tous ces mots signifient la même chose dans le langage antique). et que je condamne aussi de tout mon coeur. l'opinion qui aurait été condamnée.(P. et au lieu que. c'est. Je n'ignore pas que la doctrine des deux âmes fut condamnée dans les temps anciens.) D'où nous est venue l'idée de représenter les anges autour des objets de notre culte par des groupes de têtes ailées (1)? -(1) Trop de gens savent malheureusement dans quel endroit de ses oeuvres Voltaire a nommé ces figures des Saints joufflus. j'aurais alors la foi d'avoir tort. absolument dénué de connaissance et de conscience. étaient bien persuadés de cette vérité. ou que ce principe qu'on appelle aussi le principe vital. Dans ce cas. puisse être quelque chose de matériel. une seule fleur que cette chenille n'ait souillée. après qu'ils avaient lavé dans le vin de palmier les intestins. Quelque parti qu'on prenne sur la duplicité de l'homme. et tous les jours ils en renouvelaient la profession publique. et qui est la vie. Si je professais d'autres sentiments. les parties molles. Que l'homme soit un être résultant de l'union des deux âmes. en un mot tous les organes des fonctions animales. Les Égyptiens. à moins qu'il ne m'arrivât d'être averti que je me trompe par la seule puissance qui ait une autorité légitime sur la croyance humaine. dans ce moment. IX. (Macrob. dans les jardins de l'intelligence. que l'antiquité savante proclama les seuls dépositaires des secrets divins (1). je crois. Sat. I. et l'un des opérateurs prononçait cette prière au nom du mort: -(1) Aegyptios solos divinarum rerum conscios.. je ne balancerais pas un instant. c'est ce que je ne croirai jamais. que tombe la malédiction avouée par tout l'univers. car lorsqu'ils embaumaient les corps.

» Licet enim peccaverit.. 10. I. Larcher dans sa précieuse traduction d'Hérodote. (Gen. les Égyptiens peuvent être regardés comme de véritables précurseurs de la révélation qui a dit anathème à la chair. (Porphir. par sa vie. qui l'a déclarée ennemie de l'intelligence. comme la cause de toutes les fautes que l'homme avait commises (2): après quoi on procédait à l'embaumement. 13. liv. car le sang était le principe de la vie. l'anathème tombait sur le sang. c'est-à-dire de Dieu. 5.. Lorsque David disait: Spiritum rectum innova in visceribus meis. j'ai toujours honoré ceux de qui je tiens ce corps. -(1) Vous ne mangerez point le sang des animaux.) La vie de la chair est dans le sang. Et c'est une chose bien singulière que ces vieilles traditions orientales. il a porté dans son sein le zèle de Dieu. c'est par ces choses. etc. et eum qui fecit omnia fideliter adoravit. ce n'était point une expression vague ou une manière de parler: il énonçait un dogme précis et fondamental. etc. II. il a cependant toujours cru.. II). §85. -(1) ##Alla dia tauta. » Et tout de suite on jetait ces choses dans le fleuve. dans cette cérémonie. De usu carn.. souverain maître de qui je tiens la vie. et soutenus par les plus grands physiologistes. mais par ces choses (1). 4. ou plutôt le sang était la vie (1).« Soleil. c'est pourquoi je 38 6 . (Plut. il n'a cessé d'adorer le Dieu qui a tout créé. daignez me recevoir auprès de vous. IX. De abstin. et zelum Dei in se habuit. tamen. je n'ai point agi par moi-même. IV. J'ai pratiqué fidèlement le culte de mes pères. et nous a dit expressément que tous ceux qui sont nés du sang ou de la volonté de la chair ne deviendront jamais enfants de Dieu (1). credidit. jamais je n'ai tué. Orat.) (2) ##On aitian apanton on o anthropos emarien Dia tauta. 12. -(1) Joh. Or il est certain que.. jamais je n'ai nié un dépôt. « Quoiqu'il ait péché. L'homme étant donc coupable par son principe sensible. qui est leur vie. au lieu de. auxquelles on ne faisait plus attention... aient été ressuscitées de nos jours. Il y a un rapport singulier entre cette prière des prêtres égyptiens et celle que l'Église prononce à côté des agonisants. Je ne sais au reste pourquoi ce grand helléniste a traduit ##dia tauta par c'est pour ces choses. et usu anim. par sa chair. Si j'ai commis d'autres fautes. cités par M.

XII. in-8o. car les pièces ne sont plus sous mes yeux. Sa patrie n'a ni flottes. mais l'organisation n'a rien de commun avec la vie (1).. » -- 38 7 . lorsqu'on considère qu'il n'y a pas une partie de l'animal qui ne soit formée du sang. etc. (Deut. en sorte que nous avons de la peine à forcer notre imagination de concevoir un fluide vivant. ni colonies: tant pis pour elle et tant pis pour lui. il faut au moins qu'il l'acquière dans l'acte de la formation. etc.. et il a dit des choses curieuses sur les connaissances des anciens à cet égard. que le principe vital résidait dans le sang (1). Il a fait sur ce sujet de fort belles expériences. 1790. 30 vol. même en mécanique. en Italie. -(1) On trouvera une belle analyse de ce système dans les oeuvres du comte Gian-Rinaldo Carli-Rubi. sans quelque chose qui réponde à un principe vital. ni armées. IX.) Le chevalier Rosa avait dit. le célèbre Hunter... Elle n'est jamais qu'un instrument. puisque nous ne pouvons nous dispenser de croire à l'existence de la vie dans les membres ou différentes parties. « Nous attachons. On ne conçoit pas même qu'il soit possible d'en faire une autre.vous l'ai donné. 23. et jamais je n'ai pu les comparer. une machine qui ne produit rien.) Gardez-vous de manger leur sang (des animaux) car leur sang est leur vie. ainsi vous ne devez pas manger avec leur chair ce qui est leur vie. dès qu'elles sont formées (1). s'il n'a pas la vie antérieurement à cette opération. et que. que nous venons de lui (we grow out of it). qu'importe? l'honneur de la priorité pour le système de la vitalité du sang ne lui serait point accordé. quand Rosa aurait tout dit. il y a longtemps. « Si l'on réfléchit bien attentivement sur la nature du sang. (Lev. mais je puis citer une autorité plus connue (2). dit-il. l'idée de la vie à celle de l'organisation. afin qu'il soit répandu sur l'autel pour l'expiation de vos péchés. mais vous répandrez ce sang sur la terre comme l'eau. qui a ressuscité et motivé le dogme oriental de la vitalité du sang. on se prête aisément à l'hypothèse qui le suppose vivant. D'ailleurs. » -(1) Vérité du premier ordre et de la plus grande évidence. Milan. le plus grand anatomiste du dernier siècle. (2) Je ne dis pas plus décisive. 24. 11. tom. etc. XIII. savoir une force. car c'est par le sang que l'AME sera purifiée.

) Ainsi le dogme du salut par le sang se retrouve partout. ni la raison ni la folie n'ont pu inventer cette idée. 364. (Huet. p. le Mémoire de M. » -(1) Voy. ou plutôt l'identité du sang et de la vie étant posée comme un fait dont l'antiquité ne doutait nullement. il est indestructible. t. et qui a été renouvelé de nos jours. offerte pour une âme. que la rémission ne pouvait s'obtenir que par le sang. -(1) C'était une opinion uniforme. Paris.) Les Thalmudistes décident de plus que les péchés ne peuvent être effacés que par le sang. nat.. II. 38 8 . pag. du moins aussi ancienne que Pline. 583. lib. magna est in eo vitalitatis portio. p. c'était aussi une opinion aussi ancienne que le monde que le ciel irrité contre la chair et le sang. vicariam animam. tom. in-4o. ne pouvait être apaisé que par le sang. inflammation and gunshot wounds. 583. in-4o. Dem. que le sang est un fluide vivant. tom.. prop. in-4o. (C.. London. 145. La théorie entière reposait sur le dogme de la réversibilité. William Boag sur le venin des serpents. curis Harduini. encore moins la faire adopter généralement.. ibid.. On croyait (comme on a cru. cap.. comme on croira toujours) que l'innocent pouvait payer pour le coupable.. cap. d'où l'on concluait que la vie étant coupable. II.. 365. Hist. une vie moins précieuse pouvait être offerte et acceptée pour une autre. 455. sur ce point. et l'histoire.) Hinc sedem animae sanguinem esse veterum plerique dixerunt. ne présente pas une seule dissonance dans l'univers (1). Hard. dans les Recherches asiatiques. Elle a sa racine dans les dernières profondeurs de la nature humaine. comme qui dirait âme pour âme ou âme substituée (2). (Bryant's Mythology explained. On a vu que Pline est bien jeune comparé à l'opinion de la vitalité du sang. Il brave le temps et l'espace. et qui avait prévalu de toute part. mais il était réservé au célèbre physiologiste Jean Hunter de placer cette opinion au rang de ces vérités dont il n'est plus possible de disputer (1). et cependant il ne découle d'aucune raison antécédente ni d'aucune erreur assignable. in-4o. et que quelqu'un devait mourir pour le bonheur d'un autre. 69-70. 1685.. voici au reste ce qu'il dit sur ce sujet: Duae grandes venae. per alias minores omnibus membris vitalitatem rigant. VI. les anciens l'appelèrent antipsychon.(1) Voy. Plinii Sec. On offrit donc le sang des animaux. 1794. XII.) La vitalité du sang. et aucune nation n'a douté qu'il y eût dans l'effusion du sang une vertu expiatoire! Or. (Not. Evang. 108. John Hunter's Treatise on the blood. et cette âme. p. « C'est une opinion. IX.

on choisissait dans l'espèce animale les victimes les plus humaines. (Vid. pro fibris accipe fibras. la Nouvelle démonstration évangélique de Leland. les plus précieux par leur utilité. tom. comme les bêtes fauves. par ce dogme de la substitution.. les plus doux. ou stupides.. et toujours la victime était brûlée en tout ou en partie. pour attester que la peine naturelle du crime est le feu. et que la chair substituée était brûlée à la place de la chair coupable (2). les oiseaux de proie. les poissons. qui les purifie ou les brûle sans les consumer. Ne pouvant enfin immoler l'homme pour sauver l'homme. Cor pro corde. p. 352. opp. (Ovid. VI.) Il n'y a rien de plus connu dans l'antiquité que les tauroboles et les 38 9 .(2) Lami. I. I.. 10. 161. s'il est permis de s'exprimer ainsi. parmi les animaux. in-12. part. Appar. qui les purifie ou les consume sans les brûler.. 102. Hanc animam vobis pro meliore damus. et si ridiculement niées par Voltaire. tout entière à sa proie attachée. persuadés qu'une divinité courroucée ou malfaisante en voulait à la chasteté de leurs femmes. Liège.. 1768. les animaux carnassiers. -(1) À quelques exceptions près qui tiennent à d'autres principes. De Princip. On choisissait toujours. p. ou étrangers à l'homme. tom. de même les vices produisent dans les âmes la fièvre du feu. precor. I. II. (2) Car tout ainsi que les humeurs viciés produisent dans les corps le feu de la fièvre. Ad Bibl. etc. Il faut remarquer que. avaient imaginé de lui livrer des victimes volontaires. I. n'étaient point immolés (1). 4 vol. dans les sacrifices proprement dits. les plus innocents. Orig. les serpents. ces prostitutions légales très connues dans l'antiquité. VII.) Le docte Goguet a fort bien expliqué. les plus en rapport avec l'homme par leur instinct et leurs habitudes.. chap. Les anciens. ne troublerait point les unions légitimes: semblable à un animal féroce auquel on jetterait un agneau pour le détourner d'un homme (1). Fast. espérant ainsi que Vénus. -(1) Voy. 7.

. . effacer tous les crimes et procurer à l'homme une véritable renaissance