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5 Décembre 2002 Le Fonds Spécial pour le Changement Climatique: Origines et Evaluation des Priorités
Tyndall Centre for Climate Change Research; UK et School of Environmental Sciences University of East Anglia Norwich, NR4 7TJ, UK et EURONATURA Centre for Environmental Law and Sustainable Development Rua Ramalho Ortigão, 33 CV 1070-228 Lisboa, Portugal Tel: + 44-1603-593911 Fax: + 44-1603-593901 E-mail: s.dessai@uea.ac.uk
Synopsis Le Fonds Spécial pour le Changement Climatique (FSCC) a été établi par les Accords de Marrakech sous la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques. Ce fonds financera les activités liées au changement climatique dans les domaines de l’adaptation, du transfert de technologie, ainsi que certains secteurs et activités spécifiques pour aider les pays exportateurs de pétrole à diversifier leur économie. Cet article décrit les origines du FSCC et propose une cadre pour la mise en priorité de ses activités. Le fonds a une histoire complexe qui est intrinsèquemment liée à de nombreux problèmes concernant la Convention, ce qui explique l’évantail d’activités qui y sont inclues. La cadre proposée est basé sur des principes précis: une connaissance scientifique solide, l’objectif fondamental de la Convention, “des responsabilités communes mais différenciées et des capacités respectives” et le statut des négociations climatiques. Cette évaluation suggère que l’adaptation soit une priorité, suivie de l’atténuation et enfin de la diversification économique. Elle suggère aussi, qu’au sein de ce fonds, la priorité soit donnée aux projets qui traitent simultanément de l’atténuation et de l’adaptation. 1. Introduction Les Accords1 de Marrakech de la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques ont crées trois nouveaux fonds au cours de la Septième Conference des Parties (CdP-7) en novembre 2001 (Barnett and Dessai, 2002; Dessai and Schipper, 2003; Huq, 2002). Un fonds pour les Pays les Moins Avancés (PMAs) et un Fonds Spécial pour le Changement Climatique (FSCC) on été établis sous la Convention2 ainsi qu’un fonds pour l’Adaptation sous la Convention du Protocole3 de Kyoto. Dû à une perception généralisée de l’urgence à s’attaquer au problème de la vulnérabilité des PMAs au changement climatique4, des négociations quant à la mise en opération de ce fonds commencèrent très rapidement au cours de la CdP-7. Un Groupe d’Experts sur les PMAs (GE) fut constitué “pour opérer à titre consultatif auprès des PMAs, et pour la préparation et la stratégie de mise en oeuvre des Programmes d’Action Nationaux en matière d’Adaptation (PANAs)”5. La CdP-7 a aussi donné des conseils préliminaires concernant la mise en opération du fonds réservé aux PMAs par le mécanisme financier de la Convention, le Fonds pour l’Environnement Mondial (FEM)6. Le GEC s’est réuni, entre la CdP-7 et la CdP-8, afin d’améliorer les lignes directrices pour la préparation des PANAs7, alors que le Conseil du FEM approuvait l’établissement du nouveau fonds et le plaçait sous son aile. A la CdP-8, à New Delhi en octobre/novembre 2002, des conseils supplémentaires furent donnés au FEM pour la mise en opération du fonds réservé aux PMAs. Selon le rapport du FEM à la CdP-8, ce fonds devrait être opérationnel d’ici 20038. De la formulation du fonds réservé aux PMAs à la CdP6 vers la fin de l’année 2000, à son adoption à la CdP-7 et sa probable mise en oeuvre en 2003, le fonds réservé aux PMAs est un des instruments à avoir été mis en opération le plus rapidement dans la courte histoire de la CCCC9. Le FSCC et le fonds destiné à l’Adaptation n’ont pas eu le même destin que le fonds réservé aux PMAs. Ces fonds ne montraient aucun signe d’urgence et la CdP-7 n’a produit aucune ligne directrice préliminaire pour leur mise en opération. Il est probable que la question du fonds pour l’Adaptation du Protocole de Kyoto soit traitée une fois que le fonds entrera en vigueur et au

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cours de la Réunion des Parties à la CdP. Il était prévu que des informations sur la mise en opération du FSCC seraient conçues à la CdP-8, mais la décision qui a été adoptée à la CdP-8 manque de substance et défère simplement le travail à la CdP-9. Cet article étudie le passé du FSCC et propose une cadre pour la mise en priorité de ses activités. 2. Les Origines du Fonds Spécial pour le Changement Climatique Une première version du FSCC apparut d’abord dans le ‘texte de Pronk’10 sous la forme d’un ‘fonds pour l’Adaptation’ et d’un ‘fonds de Convention’. Ce fonds pour l’adaptation mettrait en pratique les projets d’adaptation concrets dans les pays non visés à l’annexe I, avec un financement provenant de la part du produit du Mécanisme de Développement “Propre” (MDP), devenant ainsi intimement lié au Protocole de Kyoto. Le fonds de Convention était essentiellement un fonds de prévention, qui comprennait entre autre le transfert de technologie, le renforcement des capacités et l’aide à la diversification de l’économie. Le texte de Pronk était une tentative d’aboutir à une entente politique à la CdP-6 à La Haye en novembre 2002. Bien que des idées identiques sur le financement circulaient depuis Rio11, c’est le président de la CdP-6, Jan Pronk, qui fit entrer le précurseur du FSCC dans les négociations. L’accord sur le fonds et sur un certain nombre d’autres questions, y compris les puits de carbone, les mécanismes et le respect des obligations, ne put être conclu à la Haye, de ce fait, la CdP-6 fut suspendue et reconduite au cours de l’ été 2001 à Bonn (Dessai, 2001). Ultérieurement, les parties soumirent leur opinion sur le texte Pronk12. Les pays en développement en particulier s’inquiétaient des points suivants: • Le fonds destiné à l’Adaptation serait uniquement mis à exécution si le Protocole de Kyoto entrait en vigueur, ce qui devenait beaucoup plus difficile suite au rejet du Protocole par les Etats Unis; La part du produit du MDP prévoyait d’être faible (Jotzo and Michaelowa, 2002); Peu d’activités d’adaptation étaient éligibles; seules la prévention du déboisement, la lutte contre la dégradation des sols et la désertification étaient inclues; Les Pays en Développement ne voulaient pas que le FEM devienne l’entité mettant le fonds en opération à cause de la compléxité bureaucratique qui avait été remarquée, à savoir de longues périodes entre l’approbation du projet et le paiement des fonds par les agences de mise en oeuvre13, la concurrence

entre les agences de mise en oeuvre, la politique du FEM sur les “coûts marginaux”14, le rôle dominant de la Banque Mondiale, etc (Streck, 2001)15. Prennant en compte ces propositions, les textes de négociation précédents et diverses discussions, le Président Pronk présenta devant Bonn16 un texte de négociation révisé. En ce qui concerne le fonds il y avait peu de changements, excepté la substitution du ‘fonds de Convention’ par le ‘Fonds Spécial pour le Changement Climatique’. A la suite de négociations prolongées et d’intenses discussions, une entente politique fut atteinte à Bonn17. L’accord de Bonn établissait trois nouveaux fonds: le fonds d’Adaptation du Protocole de Kyoto comme formulé dans le dernier texte Pronk, le FSCC comme formulé dans le dernier texte Pronk avec l’ajout d’un fonds dans le domaine de l’adaptation18 et un nouveau fonds réservé aux PMAs pour financer un programme de travail pour les PMAs. Toutefois, afin d’être adopté par la CdP, l’accord politique devait être transformé en un texte de décision. Alors que la plupart des autres questions (puits de carbone, mécanismes et respect des obligations) étaient renvoyées à la CdP-7, les points concernant les pays en développement étaient acceptés au cours de la CdP-6.5 et attendaient d’être adoptés. Les Accords de Marrakech étaitent adoptés à la CdP-7, réalisant ainsi le Plan d’Action de Buenos Aires (PABA; voir çi-dessous). Il est important de prendre en compte le contexte entourant la création du FSCC et des autres fonds19. Après l’adoption du Protocole de Kyoto à la CdP-3, le PABA était adopté à la CdP-4, lequel comprennait un programme de travail ambitieux sur des questions concernant les pays en développement, telles que le financement, le transfert de technologie et le renforcement des capacités, émanant des obligations de la Convention. Ce processus s’est terminé par l’adoption des Accords de Marrakech. Pour les pays en développement, la création de trois nouveaux fonds et la promesse de certains des Parties de l’Annexe I de verser de l’argent à ces fonds20, était essentiellement un quid pro quo pour leur acceptation d’un Protocole de Kyoto édulcoré. Alors que les pays en développement voulaient que des contributions liantes soient faites envers ces fonds, il était seulement possible de tomber d’accord sur le fait que “des ressources financières d’un montant prévisible et suffisant devraient être mises à la disposition des Parties non visées à l’annexe I”21. Le FSCC est étroitement lié à un certain nombre de problèmes propres à la Convention, ce qui explique mieux sa forme complexe. Un de ces problèmes est le transfert de technologie, un point très discuté depuis la signature de la Convention à Rio. La Convention exige que les pays en développement “promeuvent, facilitent et finance le transfert, ou l’accés à, des technologies respectueuses de l’environnement” mais n’a pas donné de détails sur la façon dont ceci devait être fait22. C’était seulement à la CdP-7, et en réponse à la PABA,

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que un cadre visant à améliorer la mise en pratique du transfert de technologie était adoptée, y compris la création d’un groupe d’experts sur le transfert de technologie23. La mise en place de ce cadre sera financée par le point focal du FEM sur le changement climatique ainsi que par le FSCC. Le FSCC est aussi étroitement lié à la question des effets néfastes et des impacts de la mise en oeuvre des mesures de réponse (Barnett and Dessai, 2002)24. Les effets néfastes25 font essentiellement référence à l’adaptation au changement climatique, qui est un des sujets abordé par le FSCC. Les activités suivantes seront soutenues par le FSCC et/ou par le fonds d’Adaptation du Protocole de Kyoto: a) Commencer à mettre en oeuvre rapidement les activités d’adaptation dans la cas où des informations suffisantes sont disponibles pour justifier de telles activités, notamment dans le domaine de la gestion des resources d’eau, de la gestion des sols, de l’agriculture, de la santé, du développement d’infrastructure, d’écosystèmes fragiles, tels que l’écosystème des montagnes, la gestion intégrée de la zone cotière; b) Améliorer le contrôle des maladies et des vecteurs affectés par le changement climatique, et les systèmes de prévision et d’alerte rapide qui y sont associés, et dans ce contexte améliorer la prévention et la lutte contre les maladies; c) Soutenir le renforcement des capacités, y compris les capacités institutionnelles, pour les mesures préventives, la planification, l’état de préparation et la gestion des désastres relatifs au changement climatique, y compris les plans d’urgence, en particulier pour la sécheresse et les inondations dans les zones propices à des événements climatiques extrèmes;

de Kyoto28, l’impact de la mise en oeuvre des mesures de réponse exige que les Parties de l’Annexe I minimisent les impacts sociaux, environnementaux et économiques préjudiciables aux pays en développement durant la mise en oeuvre de leurs engagements. Dans ce domaine, le FSCC financera des activitées visant à assister les Parties des pays en développement auquel l’Article 4.8(h)29 fait référence, essentiellement les pays de l’OPEC (Organisatioon des Pays Exportateurs de Pétrole), dans le but de diversifier leur économie. En résumé, le FSCC financera les activités, les programmes et les mesures liés au changement climatique qui sont complémentaires aux autres efforts du FEM, dans les domaines suivants: • • • • Adaptation; Transfert de technologies; Energie, transport, industrie, sylviculture et gestion des déchets; agriculture,

Activités visant à aider les pays de l’OPEC à diversifier leur économie.

3. La mise en priorité des activités du Fonds Spécial pour le Changement Climatique Il est clair que les grandes lignes du FSCC ont été modelées par les développements historiques au sein de la Convention. Le résultat est un fonds qui permet le financement d’une myriade d’activités concernant le changement climatique allant de l’adaptation (au changement climatique) à la gestion des désastres ainsi qu’au transfert de technologie et à l’atténuation dans un certain nombre de domaines y compris la séquestration. La CdP-8 a amorcé un processus visant à définir les activités, programmes et mesures mis en priorité, et devant être financées par le FSCC. Il est prévu que le processus soit achevé à la CdP-9, où des conseils supplémentaires seront fournis au FEM. Cette section présente quelques idées sur la façon dont la priorité pourrait être donnée aux nombreux domaines du FSCC afin de permettre sa rapide mise en opération. Dans un document concernant leur opinion sur le texte Pronk, Colombia suggérait que les ressources du fonds de Convention (précurseur du FSCC) devraient être distribuées de la façon suivante, 60% pour les projets d’adaptation et 40% pour les projets sur le renforcement des capacités et le tranfert de technologie. Les raisons du choix de ces pourcentages spécifiques ne furent pas discutées, mais elles étaient considérées comme ouvertes aux négociations par les Parties. C’est ce genre de mise en priorité qui devra être accomplie pour le FSCC, mais basé sur certains critéres que cet article prend maintenant en compte. Une bonne connaissance scientifique devrait être au coeur de la répartition des ressources parmis les différents domaines du fonds SCC. Si on examine les

d) Renforcer les centres régionaux et nationaux et les réseaux d’information existants visant à une réponse rapide aux événements climatiques extrèmes en utilisant le plus possible un système d’information sur les technologies26 et, les créer là où ils sont nécessaires. Le problème de l’impact de la mise en oeuvre des mesures de réponse est ‘en théorie’ nettement distinct des effets néfastes du changement climatique, mais ‘légalement’ le fait qu’ils soient mentionnés ensembles dans l’Article 4.8 conflue et complique le problème. Les Accords de Marrakech contienent une décision unique concernant ces deux points, bien que la décision soit divisée en différentes sections27. Dans le langage du Protocole

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Articles 4.8 et 4.9, on peut facilement trouver des estimations sur les effets néfastes et sur les impacts de la mise en oeuvre des mesures de réponse dans la littérature. Tout le monde sait que les programmes de modélisation actuels ne peuvent modéliser ni l’un ni l’autre de façon adéquate30. La modélisation des deux domaines est très incertaine, toutefois, il existe une litérature volumineuse ne portant pas sur la modélisation qui justifie le fait qu’il y aura des effets néfastes sur les pays en développement car ils se produisent déjà sous les variations climatique actuelles (IPCC, 2001). Bien que l’exactitude des effets néfastes dans l’espace, dans le temps et en magnitude soit incertain, ce qui est moins incertain est qu’il y aura des effets néfastes (Barnett, 2001). Il n’y a pas de preuves supplémentaires sur les impacts de la mise en oeuvre des mesures de réponse qui ne soient pas basées sur la modélisation, ce qui signifie que l’incertitude attribuable à ces modéles n’a pas d’informations équivalentes fiables pour la nuancer. Pour résumer, alors que les deux problèmes sont incertains, les impacts de la mise en oeuvre des mesures de réponse sont moins appropriés sur le plan méthodologique et n’ont pas la ‘preuve qui confirme la régle’ que les modéles qui évaluent les effets néfastes ont. De ce fait, l’établissement d’un ordre de priorités dans les mesures, visant à réduire les effets néfastes (adaptation) serait plus approprié puisque la possibilité de regret serait moindre. Bien que le problème des effets néfastes ait été présenté en opposition à celui des impacts de la mise en oeuvre des mesures de réponse (points a et d), le FSCC comprend aussi d’autres domaines concernant l’atténuation (ponts b et c). La question d’adaptation versus atténuation au sein du FSCC pourrait aussi être discutée. Un principe utile à cette approche est de considérer l’objectif ultime de la Convention: “stabilisation des concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère à un niveau qui empêcherait une dangeureuse interférence anthropique avec le système climatique”31. Ceci suggère que l’atténuation (par la stabilisation des concentrations) et l’adaptation (par l’action d’éviction des impacts climatiques dangeureux) soient considérés avec la même importance. Une analyse économique suggère qu’il sera beaucoup plus couteux d’atténuer que de payer les coûts d’adaptation au changement climatique (Lomborg, 2001). Par l’utilisation d’un modéle d’évaluation intégrée, Tol (2002) démontre exactment le contraire: que l’aide au développement a moins d’effets sur la réduction de la vulnérabilité (adaptation) que sur la réduction des emmissions (atténuation)32. Ceci montre clairement qu’il y a un large évantail d’opinions dans la littérature. La substitution atténuation/adaptation doit faire l’objet de plus amples recherches, mais on sait aussi que les phénoménes d’atténuation et d’adaptation ne

sont pas exclusifs. De ce fait, les projets qui traitent simultanément de l’adaptation et de l’atténuation pourraient être prometteurs et la priorité sous le FSCC devrait leur être donnée33. Un autre principe utile propre à la Convention est “des responsabilités communes mais différenciées et des capacités respectives”34. Bien que ce principe ait été utilisé de façon extensive afin que les pays développés prennent la tête dans le combat contre le changement climatique, il peut aussi être appliqué au problème de l’établissement d’un ordre de priorités. Certains pays en développement sont beaucoup plus capables de faire face au changement climatique que d’autres. De plus, une considération totale devrait être donnée aux Parties qui sont particulièrement vulnérables aux effets néfastes du changement climatique et qui devraient supporter un fardeau disproportionné ou anormal sous la Convention35. Alors que les pays en développement les plus pauvres ont une capacité financière et technologique faible pour faire face aux impacts du changement climatique, les pays de l’OPEC peuvent faire face aux impacts de la mise en oeuvre des mesures de réponse en agissant comme un cartel et en subvenant à leur propre besoins à travers une diversification économique (Barnett and Dessai, 2002). Le principe d’états plus capables donnerait la plus haute priorité à l’adaptation et la moins importante priorité à la diversification économique des pays de l’OPEC. L’histoire du FSCC a été réexaminée dans la section 2 et represente la base de quelques-uns des principes proposés, mais il est important de faire le point sur le régime climatique dans son ensemble (Dessai, 2001). Avec l’obtention du PABA à Marrakech et l’entrée en vigueur attendue du Protocole de Kyoto, un certain nombre de questions se posent concernant le fonds. Plus important est le fait que les Accords de Marrakech aient transformé le bien commun qu’est l’atmosphère en une marchandise (Glover, 1999). La mise en opération du MDP est particulirèrement utile à ce fonds car il traite du problème d’atténuation et de transfert de technologie des pays en développement. Les investissements à la fois publics et privés provenant des pays développés se déroulent dans les pays en développement sous les auspices des projets du MDP. Les pays développés qui ont investi dans de tel projets depuis 2000 et qui se conforment aux régles du MDP convenues à Marrakech36 gagneront une certaine reconnaissance37 qui pourrait être contrebalancée par les objectifs respectifs de Kyoto. Même s’il est prévu que le prix du carbone soit bas en l’absence des Etats Unis (Jotzo and Michaelowa, 2002), un marché du carbone a été crée et différents projets du MDP ont démarré et beaucoup d’autres sont en route. Il semble que les pays donneurs ne soient pas encouragés à verser de l’argent à un FSCC qui financerait les projets d’atténuation (points b-d) pour lesquels ils ne pourraient pas obtenir de crédit. Ainsi, il semble clair que l’adaptation devrait avoir la priorité sur

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l’atténuation car un mécanisme de marché existe déjà pour ce dernier.

d’un certain genre au cours de la période de deuxième engagement du Protocole de Kyoto. Quelques-uns des principes suggérés dans cet article, tous basés sur la Convention, pourraient aider les Parties à parvenir à un accord sur ce problème difficile. Les projets qui à la fois atténuent le changement climatique et s’y adaptent pourraient être mis en priorité au sein de ce fonds. Ceci en ferait en effet un fonds ‘special’ et innovateur au lieu d’être simplement une autre source de revenus. Si l’on suit les principes proposés, il semble évident que la priorité soit donnée à l’adaptation (aux impacts néfastes du changement climatique), suivi de l’atténuation (transfert de technologie et autres secteurs) et enfin de la diversification économique. La mise en priorité des activités du FSCC sera un test important pour le caractére cohésif du Groupe des 77/Chine en particulier38. L’application de ces principes pourrait faciliter la négociation du processus au sein du Groupe et permettrait aux autres Parties de parvenir à un résultat couronné de succès et équitable d’ici la CdP-9.

4. Conclusions Finalement, la mise en priorité des activités sous le FSCC sera une question politique en raison de la nature du processus de la Convention. L’OPEC poussera à la diversification économique et stoppera d’autres questions en cours de négociation si des progrès ne sont pas fait dans ‘tous les domaines’. L’Alliance des Petits Etats Insulaires et les PMAs utiliseront leur position de haute opinion morale et leur vote pour pousser dans le sens de l’adaptation. Il est probable que les pays en développement à revenu moyen préfèrent le transfert de technologie et l’atténuation. Le compromis sera probablement quelque part entre les deux. Toutefois, il existe un certain nombre d’autres questions qui compliqueront davantage le processus de mise en priorité, y compris: le montant et la répartition du financement pour les trois fonds; la complémentarité du financement et les activités entre les fonds et au sein du FSCC; et la question de savoir si le financement sera utilisé comme condition politique pour certains pays en développement pour accepter des engagements Remerciements

Les discussions avec le groupe d’adaptation Tyndall, Jon Barnett, Emily Boyd, Mike Hulme, Richard Klein, Lisa Schipper, Yin Shao Loong et Katharine Vincent ont aidé à crystalliser certaines de ces idées; toute erreur m’est attribuable. Les recherches de Suraje Dessai sont actuellement financées par une bourse (SFRH/BD/4901/2001) provenant de la Fundação para a Ciência e a Tecnologia, au Portugal. Références Barnett, J. (2001) Adapting to climate change in Pacific island countries: the problem of uncertainty. World Development, 29, 977-993. Barnett, J. and Dessai, S. (2002) Articles 4.8 and 4.9 of the UNFCCC: adverse effects and the impacts of response measures. Climate Policy, 2, 231-239. Dessai, S. (2001) The climate regime from The Hague to Marrakesh: saving or sinking the Kyoto Protocol? Tyndall Centre Working Paper, No. 12, 27pp. Dessai, S. and Schipper, E.L. (2003) The Marrakesh Accords to the Kyoto Protocol: Analysis and Future Prospects. Global Environmental Change (in press). Glover, L. (1999) Atmosphere for sale: inventing commercial climate change. Bulletin of Science, Technology & Society, 19, 501-510. Huq, S. (2002) The Bonn-Marrakesh agreements on funding. Climate Policy, 2, 243-246. IPCC (2001) Climate change 2001: impacts, adaptation and vulnerability. Cambridge University Press, Cambridge. Jotzo, F. and Michaelowa, A. (2002) Estimating the CDM market under the Marrakesh Accords. Climate Policy, 2, 179-196. Lomborg, B. (2001) The sceptical environmentalist: measuring the real state of the world. Cambridge University Press, Cambridge.

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Streck, C. (2001) The Global Environment Facility – a role model for international governance? Global Environmental Politics, 1, 71-94. Tol, R.S.J. (2002) Emission abatement versus development as strategies to reduce vulnerability to climate change: an application of FUND. Working Paper FNU-12, 13pp. Verheyen, R. (2002) Adaptation to the impacts of anthropogenic climate change – the international legal framework. RECIEL, 11, 129-143. Williams, M. (1997) The Group of 77 and global environmental politics. Global Environmental Change, 7, 295-298. Notes Contenu dans le document FCCC/CP/2001/13/Add.1-4. Décision 7/CP.7 contenue dans le document FCCC/CP/2001/13/Add.1. 3 Décision 10/CP.7 contenue dans le document FCCC/CP/2001/13/Add.1. 4 Le Troisième Rapport d’Evaluation IPCC conclut que, “ceux qui ont le moins de ressources ont la moindre capacité à s’adapter et sont les plus vulnérables” (IPCC, 2001). La déclaration de Marrakech exprima une profonde inquiétude quant au fait que “tous les pays, et en particulier les pays en développement, y compris les pays les moins avancés et les petits états insulaires, font face au risque grandissant des impacts négatifs du changement climatique” (Décision 1/CP.7). 5 Décision 29/CP.7 contenue dans le document FCCC/CP/2001/13/Add.4. 6 Décision 27/CP.7 contenue dans le document FCCC/CP/2001/13/Add.4. 7 FCCC/SBI/2002/INF.14 et INF.16. 8 Déclaration du FEM à la CdP-8. 9 Probablement uniquement mis en parallèle aux Activités Mises en Application Conjointement (AMAC) et aux projets du Mécanisme de Développement Propre (MDP). 10 FCCC/CP/2000/CRP.14. 11 Par exemple, pendant les négociations de la CCCC, l’Allemagne proposa un protocole sur l’‘ajustement au changement climatique et la prévention et le contrôle des domages occasionés par le climat’ (Verheyen, 2002). De la même façon, à Kyoto, le Brésil proposa la création d’un Fonds pour le Développement Propre. 12 FCCC/CP/2001/MISC.1 13 Les trois agences de mise en oeuvre du FEM sont: le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) et la Banque Mondiale. 14 Les coûts marginaux étaient définis comme les coûts supplémentaires encourus lors de la révision d’une activité en relation à un plan de base, lequel se concentre sur l’obtention de bénéfices nationaux, dans le but de traiter de questions sur l’environnement mondial (Streck, 2001). 15 Dans leur proposition, le Nigeria de la part du G-77/Chine, rebaptisèrent le fonds de Convention du nom de ‘fonds Spécial’. 16 FCCC/CP/2001/2/Rev.1 17 Décision 5/CP.6 contenue dans le document FCCC/CP/2001/L.7. 18 Cet ajout fut probablement dû à l’inquiétude que les pays en développement exprimèrent dans leur déclaration. 19 Voir Verheyen (2002) pour une introduction sur l’adaptation et le financement sous le régime climatique. 20 L’Union Européenne, le Canada, l’Islande, les Nouvelles Zélande, la Norvège et la Suisse se sont engagés à verser 450 millions d’Euros par an d’ici 2005 (le montant sera révisé en 2008) pour les trois fonds, les activités du changement climatique du FEM, les financements bilatéraux et multilatéraux et le MDP. Le Canada s’est en plus engagé à verser 10 millions de Dollars Canadiens pour permettre le démarrage rapide du fonds pour les PMAs. 21 Comme l’indique Verheyen (2002), il n’y a actuellement aucun mécanisme en place pour que cette exigence soit remplie. 22 Article 4.5 de la CCCC. 23 Décision 4/CP.7 dans le document FCCC/CP/2001/13/Add.1. 24 Article 4.8 et 4.9 de la CCCC. 25 Selon la Convention, les effets néfastes du changement climatique “signifient modifications de l’environnement physique ou des biotes dues à des changement climatiques et qui exercent des effets nocifs significatifs sur la composition, la résistance ou la productivité des écosystémes naturels et aménagés, sur le fonctionnement des systémes socio-économiques ou sur la santé et le bien-être de l’hommes” (Article 1.1 of the FCCC). 26 Décision 5/CP.7 contenue dans le document FCCC/CP/2001/13/Add.1. 27 1) effets néfastes du changement climatique; 2) application de l’Article 4.9 de la Convention (concerne les PMAs); 3) impact de la mise en oeuvre des mesures de réponse; et 4) travail multilatéral supplémentaire (concerne des ateliers de travail). 28 Article 2.3 et 3.14 du Protocole de Kyoto. 29 Les pays dont l’économie dépend en grande partie du revenu généré par la production, le traitement et l’exportation, et/ou la consommation de combustibles fossiles et de produits consommateurs d’énergie qui y sont associés. 30 Voir par example, le raport de l’atelier de travail sur “Le statut des activités de modélisation visant à évaluer les effets néfastes du changement climatique et l’impact de la mise en oeuvre des mesures de réponse” rassemblés sous la CCCC (FCCC/SBI/2002/9). Il donne une idée générale du niveau de développement le plus élevé dans ce domaine.
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Article 2 de la CCCC. Il ajoute qu’un tel niveau devrait être atteint sous une durée suffisante pour permettre aux écosystémes de s’adapter naturellement au changement climatique, pour assurer que la production de nourriture n’est pas menacée et pour permettre au développement économique de se dérouler de façon durable. 32 A l’exception des maladies infectieuses à transmission vectorielles (malaria) et de régions où de telles maladies dominent l’impact global du changement climatique (Afrique). 33 Par example, certains projets portant sur la sylviculture pourraient améliorer simultanément la resistence de la communauté et séquestrer le carbone de l’atmosphère. Toutefois, il est possible que seulement quelques secteurs puissent en bénéficier, par exemple, la sylviculture et la gestion des déchets. De plus, il est possible que de tels projets ne maximisent pas l’efficacité de l’adaptation ou de l’atténuation. 34 Article 3.1 de la CCCC. 35 Article 3.2 de la CCCC. 36 Décision 17/CP.7 contenue dans le document FCCC/CP/2001/13/Add.2. 37 Unités Certifiées de Réduction d’Emissions. 38 Voir Williams (1997) sur le Groupe des 77 et les politiques environnementales globales.

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