You are on page 1of 2

La seule culture qui vaille doit être un champ d’énergie, une vraie magie, c’est-à-dire une poésie

. Elle doit pouvoir transformer, transmuer la vie. Et, aux yeux d’Artaud, le théâtre, s’il s’arrache à l’esthétisme, au réalisme et au logocentrisme de la tradition européenne, pourra devenir ce noyau incandescent. Pour caractériser ce théâtre essentiel, Artaud utilise des modèles, ou si l’on veut, raisonne par analogie. Le théâtre doit être comme la peste, un mal qui creuse l’organisme et la vie jusqu’au déchirement et jusqu’au spasme. Un ferment de dislocation et de danger qui, arrachant le moi à son confort, le projette au bord du gouffre, du Chaos. Ou encore le théâtre doit être comme l’alchimie, non pas simulacre, mais création par transmutation. Le théâtre balinais, qu’il a pu découvrir à Paris en 1931 à l’Exposition coloniale, est finalement le seul exemple de théâtre constitué dont il fasse un modèle. Il y voit, peut-être à tort, un cérémonial entièrement débarrassé de la psychologie et du mimétisme à l’occidentale Le théâtre pour Artaud doit parler un langage à la fois plastique et physique, qui se déploie dans l’espace et le temps, ou qu’il avait à voir avec le sacré, qu’il devait être rituel et exclure toute approximation, toute improvisation, toute initiative individuelle pour s’épanouir en chorégraphies d’une mathématique minutieuse Avec le théâtre de la cruauté, s’affirme une notion cardinale à laquelle les textes précédents faisaient allusion. La cruauté ordonne les grands thèmes de la théâtrologie artaudienne : recherche d’un bouleversement du moi, assimilation du théâtre à un exorcisme qui ferait affluer nos démons, organisation de la transe du spectateur à des fins thérapeutiques… Pour la première fois, Artaud pose le problème du public. La cruauté implique un théâtre de masse. Seule une foule peut lui servir de caisse de résonance et donc démultiplier son efficience. Pour la première fois aussi, il envisage les moyens à mettre en œuvre pour réaliser ce nouveau théâtre. Cette volonté d’explicitation technique se déploie dans le théâtre de la cruauté. Le langage spécifique du théâtre doit être physique. Cela veut dire qu’il doit exploiter les potentialités du corps, gestuelle, mimique, mais aussi celles de la vocalisation (cri, onomatopée, incantation, etc.). Les ressources de la lumière, arrachée au mimétisme doivent contribuer à l’ébranlement organique, hallucinatoire d’un spectateur-participant. Artaud prône également le recours au bruitage, à des musiques inouïes, l’utilisation d’objets neufs et surprenants, de mannequins gigantesques… Surtout, l’espace du cérémonial est repensé. Fin du face-à-face traditionnel le spectateur sera enveloppé, traversé, par des actions qui éclateront sur tous les plans et en tous les points de l’espace. La cruauté, précise Artaud comme pour répondre à des critiques, ne se limite nullement au spectacle sanglant même si elle ne l’exclut pas. Les visions sadiques ne sont pas la fin de ce théâtre. Tout au plus un moyen parmi d’autres qui contribuent à une finalité spirituelle, fonder une pratique d’où le spectateur ne sorte pas intimement indemne. Avec le théâtre de la cruauté, Artaud s’efforce de déjouer d’autres objections, ce théâtre n’estil pas une impossible utopie ? Après avoir repris la plupart des thèmes qu’il avait précédemment développés, Artaud en vient à évoquer ce que devrait être le spectacle inaugural du théâtre de la cruauté,

. se demande Artaud. du Chaos. la gesticulation. le théâtre dialogué qui néglige l’ensemble des potentialités physiques est un théâtre infirme. les mimiques. un théâtre d’analyse purement psychologique : Le théâtre occidental. les accessoires. se distancie du public. qui se déploie dans l’espace et le temps. Un théâtre essentiellement dialogué : Pour Artaud. Antonin Artaud traite du théâtre. alors même où il doit l’influencer profondément. que le théâtre occidental ne voie pas le théâtre sous un autre aspect que celui du théâtre dialogué ? » pp53. Les visions sadiques ne sont pas la fin de ce théâtre. qu’il devait être rituel et exclure toute approximation. mais plutôt comme un art de représentation c’est-à-dire un art de spectacle scénique. par sa dimension purement psychologique et égocentrée. « Comment se fait-il. toute initiative individuelle pour s’épanouir en chorégraphies d’une mathématique minutieuse où la mise en scène devient une espèce de démiurgie. un mal qui creuse l’organisme et la vie jusqu’au déchirement et jusqu’au spasme. Tout au plus un moyen parmi d’autres qui contribuent à une finalité spirituelle et purificatrice voire cathartique. deux aspects du théâtre occidental : 1. Artaud critique. toute improvisation. Un ferment de dislocation et de danger qui. qu’il a pu découvrir à Paris en 1931 à l’Exposition coloniale. l’architecture. ou qu’il avait à voir avec le sacré. comme le perçoit Artaud. Pour colmater cet écart entre le public et la représentation il faut créer un théâtre assimilable à la peste.Dans son livre Le théâtre et son double. • Le théâtre et la cruauté La cruauté. la chorégraphie. les pantomimes. précise Artaud ne se limite nullement au spectacle sanglant même si elle ne l’exclut pas. non comme étant une forme scripturale et littéraire. Etant metteur en scène. est finalement le seul exemple de théâtre constitué dont il fasse un modèle. la danse… à ceux-ci s’ajoute également la musique. arrachant le moi à son confort. le plastique. les onomatopées… 2. • Le théâtre balinais Le théâtre balinais. Par poésie de l’espace Artaud entend l’ensemble des facteurs spatiaux tel le décor. l’éclairage. le projette au bord du gouffre. les cris. Pour lui le vrai théâtre c’est celui où la poésie de l’espace se substitue à la poésie du langage. Il y voit un cérémonial entièrement débarrassé de la psychologie et du mimétisme à l’occidentale Le théâtre pour Artaud doit parler un langage à la fois plastique et physique. non sans virulence.

Related Interests