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les alphabets

L’alphabet permet, avec un nombre limité de signes, d’écrire tous les sons, et donc tous les mots, d’une langue.

LA NAISSANCE DES PREMIERS ALPHABETS À OUGARIT ET À BYBLOS
Comme il est difficile d’écrire tous les mots d’une langue s’il faut s’en tenir à de petits dessins, même simplifiés, les premiers alphabets naissent de l’évolution logique des premières écritures pictographiques. Ainsi, au cours de l’histoire des écritures cunéiforme (à base de traits en forme de clou) et égyptienne (hiéroglyphes), passe-t-on progressivement d’un système pictographique (un dessin représente une chose) à un système idéographique (un symbole représente une chose ou une idée), puis à un système intégrant de plus en plus de phonogrammes (un signe note un son). Pour écrire tous les mots d’une langue sans avoir à apprendre des milliers de dessins ou de symboles, il est en effet plus simple et plus rapide d’utiliser des signes permettant de noter les sons de la langue. Les premiers à pousser cette logique jusqu’au bout sont les habitants d’Ougarit, en Syrie, qui inventent vers 1500 avant J.-C. un système de 30 signes permettant de noter toutes leurs consonnes ; mais il faut attendre l’invention de l’alphabet phénicien (22 consonnes) vers 1100 avant J.-C., à Byblos (actuel Liban), pour que l’écriture alphabétique permette enfin de tout écrire, sans plus recourir aux symboles cunéiformes. Les deux premières lettres de l’alphabet phénicien sont « aleph » (signifie « bœuf » et se note ) et « beth » (signifie « maison » et se note ). C’est de ces deux lettres que vient le mot « alphabet » ! C’est de cet alphabet aussi que provient l’ordre dans lequel on classe les lettres « a – b – c, etc. » dans la plupart des écritures alphabétiques.

LES GRANDS DESCENDANTS DE L’ALPHABET PHÉNICIEN : L’ALPHABET ARAMÉEN ET L’ALPHABET GREC

L’invention phénicienne fait école : en effet, les Phéniciens sont de grands marins et de grands marchands, et ils répandent en quelques dizaines d’années leur alphabet dans tout le monde méditerranéen. Les Phéniciens n’ont peut-être pas inventé l’alphabet, mais leur alphabet est à l’origine de presque tous les systèmes alphabétiques du monde ! Ainsi, à partir de 900 avant J.-C., l’alphabet phénicien donne naissance à deux nouveaux alphabets : l’alphabet araméen, qui se répand dans l’Empire assyrien, et l’alphabet grec, qui se développe dans le monde grec.

LA BRANCHE ARAMÉENNE
L’alphabet araméen, qui a aujourd’hui disparu, est à l’origine de l’alphabet hébreu (apparu vers 300 avant J.-C.) et de l’alphabet arabe (apparu vers 500 après J.-C.). Les Araméens (parmi lesquels les Hébreux) sont un peuple nomade qui s’installe lentement dans les empires assyrien et perse entre 1000 et 300 avant J.-C. Leur langue se répand dans toute la région, et leur écriture remplace peu à peu l’écriture cunéiforme assyrienne, alors en usage.

L’alphabet hébreu
Les premiers Hébreux adoptent un système d’écriture dérivé directement de l’alphabet phénicien. Leur écriture évolue au contact de l’écriture araméenne vers l’alphabet aux formes carrées qui est toujours le leur et qui sert à noter les premiers textes de la Bible. C’est grâce à la Bible que l’écriture des Hébreux a pu survivre à la disparition de la langue, puis renaître.

L’alphabet arabe
Dans le royaume nabatéen (actuelles Jordanie et Syrie), l’écriture nabatéenne de l’araméen donne naissance à l’alphabet arabe. L’écriture arabe se fixe au VIIe siècle, notamment grâce à l’écriture du Coran. Elle se développe rapidement (littérature, calligraphie), avant de se répandre en Afrique, en Europe et en Asie. L’alphabet arabe, qui s’écrit de droite à gauche et compte 28 lettres, est aujourd’hui le second système alphabétique le plus utilisé

dans le monde (après l’alphabet latin), et de nombreuses langues l’ont adopté : le persan, le farsi, l’ourdou, le malais, etc.

Les alphabets de l’Inde
Autour de l’Indus (actuellement au Pakistan) apparaît, il y a 4 500 ans, une riche civilisation urbaine et commerçante qui développe notamment une écriture pictographique encore mystérieuse. Après la chute de cette brillante civilisation, l’Inde reste sans écriture jusqu’à l’apparition de l’écriture brahmi, dont dérivent toutes les écritures indiennes, et qui descendrait non pas de l’écriture de l’Indus mais peut-être plutôt de l’écriture araméenne. Les premiers textes écrits en brahmi qui nous sont parvenus datent du e III siècle avant J.-C. L’écriture est probablement plus ancienne. C’est de l’écriture brahmi que dérive le devanagari, qui permettait de noter le sanskrit.

LA BRANCHE GRECQUE
Descendant direct, comme l’araméen, de l’écriture des Phéniciens, l’alphabet grec est notamment à l’origine de l’alphabet étrusque (IIIe siècle avant J.-C.), ainsi que de la plupart des alphabets d’Europe centrale et du Nord.

L’alphabet grec
Le peuple des Hellènes (les anciens Grecs) s’installe dans le sud de la péninsule des Balkans et sur les îles de la mer Egée au début du Ier millénaire avant J.-C. Ils imposent leur langue dans toute la région et empruntent leur écriture aux Phéniciens. Les conquêtes d’Alexandre le Grand permettent ensuite au grec de conquérir le bassin méditerranéen. L’alphabet grec innove par rapport à l’alphabet phénicien en inventant les voyelles. Le grec s’écrit d’abord de droite à gauche, puis une ligne dans un sens et la suivante dans l’autre (on appelle cela le boustrophédon), et enfin de gauche à droite. L’écriture grecque est empruntée par les Égyptiens au IIIe siècle avant J.C. pour former, avec quelques caractères issus des hiéroglyphes, le copte. Par la suite, la postérité du grec est intimement liée à la diffusion du christianisme : naissance de l’alphabet gotique au

siècle après J.-C., de l’alphabet arménien au siècle suivant, et enfin de l’alphabet cyrillique au IXe siècle.
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pourquoi les Grecs ont-ils inventé les voyelles ?

La plupart des syllabes des mots des langues sémitiques (comme le phénicien, l'hébreu ou l'arabe) sont constituées de plusieurs (au moins deux ou trois) consonnes accolées. Dans ces conditions, les voyelles, qui servent à passer d'une syllabe à l'autre, ne sont pas très importantes. C'est la raison pour laquelle les Phéniciens, en mettant au point leur alphabet, n'avaient pas introduit de voyelles. Les Grecs, lorsqu'ils s'inspirent de l'alphabet phénicien pour bâtir leur propre alphabet, empruntent la consonne aleph (qu'ils n'utilisent pas) pour créer une voyelle, leur alpha. Le grec est en effet une langue indo-européenne, dont les syllabes ne sont pas constituées de plusieurs consonnes accolées, mais plutôt, la plupart du temps, d'une consonne et d'une voyelle. Ils inventent ensuite les voyelles epsilon, omikron et upsilon, puis par la suite les voyelles iota et omega.

L’alphabet étrusque
Au VIIIe siècle avant J.-C. les Étrusques, peuple d’Italie, s’inspirent à leur tour de l’alphabet grec. L’alphabet étrusque comprend 26 lettres dans sa forme primitive et 20 dans sa version ultime. Lorsque les Étrusques sont soumis par les Romains, ils leur lèguent leur écriture, dont dérive l’alphabet latin.

L’alphabet russe (ou alphabet cyrillique)
L’alphabet cyrillique, mis au point au IXe siècle, est composé de caractères dérivés de lettres grecques et hébraïques. Il vient de l’écriture glagolitique inventée pour la traduction de la Bible par saint Cyrille, fondateur avec son frère Méthode de l’Eglise slave. L’alphabet cyrillique, qui comptait 43 lettres à l’origine, n’en compte plus qu’entre 30 et 33 selon les langues. Il permet d’écrire le russe, le bulgare ou le serbe, mais également des langues non slaves, comme le tadjik, le kurde ou l’azerbaïdjanais.

L’ALPHABET LATIN
Dans la région d’Italie appelée l’Étrurie, les Étrusques transmettent aux Romains leur écriture : le premier alphabet latin naît dès le VIIe siècle avant J.-C., empruntant la plupart de ses lettres à l’alphabet étrusque, ainsi que le Y (upsilon) et le Z (zêta) à l’alphabet grec.

L’alphabet latin se fixe au IVe siècle, avant de conquérir l’Europe, au rythme de sa romanisation (sa conquête par les Romains). Utilisé pour noter des langues toujours plus nombreuses, il s’enrichit d’abord des lettres grecques K (kappa) et X (xi), puis des lettres J (variante du I), V (variante du U) et enfin du W, emprunté aux langues germaniques. Aujourd’hui l’alphabet latin utilisé pour écrire le français est composé de 26 lettres : → 20 consonnes : b, c, d, f, g, h, j, k, l, m, n, p, q, r, s, t, v, w, x, z → 6 voyelles : a, e, i, o, u, y Ces lettres forment au total 52 caractères, puisqu’elles possèdent une graphie en majuscule et une autre en minuscule : A / a, R / r, etc. En fonction des langues, l’alphabet s’est également enrichi de signes de ponctuation (? ! ; : , .), d’accents (é, à, ï, ô), de cédille (ç) ou de tilde (ñ), de lettres liées (æ, œ), et de nombreux autres signes appelés diacritiques permettant de noter toutes les nuances nécessaires. Largement répandu, notamment au cours du XIXe siècle avec les empires coloniaux, l’alphabet latin a parfois été choisi pour écrire des langues qui n’avaient jusque là pas d’écriture ou pour transcrire des langues dotées d’une écriture non alphabétique (comme le vietnamien par exemple). Il est aujourd’hui la première écriture alphabétique au monde.

DES ALPHABETS POUR DES USAGES PARTICULIERS
Il existe encore d’autres types d’alphabets, parfois communs à différentes langues, qui servent à des usages bien spécifiques. L’alphabet braille, inventé en 1829 par le Français Louis Braille, est constitué de points imprimés en relief dans du papier. Il est destiné aux aveugles. L’alphabet morse, inventé dans les années 1840 par l’Américain Samuel Morse, est un alphabet sonore ou visuel constitué d’ensembles de traits (sons ou éclairs de lumière longs) et de points (sons ou éclairs de lumière brefs). Il a surtout servi dans le passé pour coder les transmissions par télégraphe (mis au point également par Samuel Morse en 1832), et a été très utilisé par l’armée. L’alphabet du langage des signes, adapté par l’abbé de l’Épée au e XVIII siècle à partir de langages signés naturels chez les sourds muets,

est légèrement différent en fonction des pays. Il sert surtout pour épeler des mots difficiles à « signer » (dire en langue des signes), comme les noms propres par exemple. L’alphabet phonétique international, inventé au XIXe siècle, permet de noter toutes les langues en fonction uniquement de leur prononciation.