l'Ancien Régime en France

L’expression « Ancien Régime » est employée à partir de la Révolution française pour définir le système politique qui a caractérisé la France du XVIe siècle jusqu’en 1789. Le fonctionnement de ce régime repose sur l’Église, le gouvernement par le roi, la division de la société en trois ordres et l’octroi de privilèges à certains sujets.

LES PARTICULARITÉS DE L’ANCIEN RÉGIME
À la fin du XVe siècle, les frontières du royaume de France sont à peu près constituées et l’administration relativement bien organisée. Si les historiens considèrent que l’Ancien Régime commence avec le règne de Louis XII (1498-1515), ce système politique est l’héritier du Moyen Âge et en conserve certaines particularités. Ainsi, chaque région incorporée au royaume a, en échange, gardé ses droits et privilèges qui se maintiennent jusqu’à la Révolution française. Les sujets du roi ne sont pas égaux entre eux puisque les nobles et le clergé ne paient pas d’impôts, et que les habitants de certaines villes échappent aux taxes.

LES GRANDES PÉRIODES DE L’ANCIEN RÉGIME La France de la Renaissance
Avec les guerres d’Italie (1494-1559), la monarchie française connaît une profonde évolution. En allant revendiquer, les armes à la main, leurs droits sur le royaume de Naples, Louis XII puis François Ier entrent en conflit avec le Saint Empire romain germanique des Habsbourg, le plus puissant royaume de l’époque. Pendant plusieurs décennies, les deux monarchies se livrent une guerre incessante, notamment François Ier et Charles Quint.

Pour faire la guerre, le roi mobilise les ressources de la France, en renforçant l’administration et l’armée. Il s’agit également d’unifier le royaume (qui inclut également la Bretagne à partir de 1532) : le français devient la langue du royaume et remplace le latin dans tous les documents administratifs. D’autre part, l’exemple des princes italiens qui donnent des pensions aux artistes est imité par les monarques français qui importent le mouvement de la Renaissance en France. La personne du roi est auréolée d’un nouveau prestige, renforcé par la mise en place d’une cour importante.

La France des guerres de Religion
L’apparition puis l’essor du protestantisme (la Réforme) plongent la monarchie catholique dans une grave crise. En effet, par son sacre, le roi étant le représentant de Dieu sur Terre, il ne peut accepter qu’une partie de ses sujets n’ait pas la même religion que lui. Après avoir mené une politique de conciliation, François Ier et ses successeurs répriment les protestants, tandis que les extrémistes de chaque camp font appel aux États étrangers pour les aider à faire triompher leur cause : les protestants réclament l’aide des ProvincesUnies (les Pays-Bas) et de l’Angleterre ; les catholiques se tournent vers l’Espagne. Cette véritable guerre civile affaiblit la monarchie française et, pour certains, remet en question leur soumission au roi. Ainsi Henri III est assassiné par un catholique fanatique en 1589, tandis que Henri IV, héritier protestant de la couronne, se heurte à l’opposition armée de la Sainte Ligue catholique. Mais Henri IV se convertit au catholicisme et il ramène la paix dans le royaume avec l’édit de Nantes de 1598. Cependant, le royaume est ruiné et le roi est contraint de vendre les postes dans l’administration (qu’on appelle les offices) pour renflouer les caisses de l’État. Chaque particulier fortuné peut acheter une charge qui lui permet souvent d’accéder à la noblesse.

La France de l’absolutisme
Succédant à Henri IV, assassiné en 1610, Louis XIII (1610-1643) puis son fils Louis XIV (1643-1715) poursuivent et amplifient son œuvre, à savoir un profond renforcement de la monarchie. Ainsi, après 1614, les états généraux qui permettent aux députés des trois ordres de

négocier toute décision importante avec la monarchie, ne sont plus convoqués. Aidés par des ministres énergiques, tels le cardinal de Richelieu, Jules Mazarin ou Jean-Baptiste Colbert, les rois mettent en place un système de monarchie absolue qui repose en particulier sur l’augmentation de l’impôt. Des émeutes paysannes éclatent. Les nobles se révoltent ; ce mouvement culmine avec la Fronde (1648-1653). Une fois ces soulèvements matés, plus rien ne vient contrarier la puissance royale qui atteint son apogée sous Louis XIV : les campagnes sont pacifiées et les nobles domestiqués à Versailles. Mais les guerres incessantes, les mauvaises récoltes et la famine ruinent le pays et vident les caisses de l’État. Des voix se font entendre pour réformer le système.

La France du siècle des Lumières
Après la mort de Louis XIV et la Régence de Philippe d’Orléans, durant la minorité de Louis XV, une réelle remise en cause du système voit le jour. Le manque d’argent de la monarchie devient chronique et l’expérience malheureuse des premiers billets de banque institués par John Law s’achève en banqueroute, ne permettant pas de renflouer les caisses. La monarchie est obligée de multiplier la vente des offices. Dans le même temps, un nouveau courant de pensée se développe : la philosophie des Lumières, qui conteste la religion ainsi que l’ordre politique au nom de la raison. En effet la monarchie étant de nature divine, le roi se fait le défenseur de l’Église attaquée. De plus en plus de philosophes et d’intellectuels qui, jusqu’alors, ne menaient le combat que contre l’Église, s’opposent au pouvoir monarchique. La diffusion de leurs écrits, notamment de l’Encyclopédie de Diderot de d’Alembert, contribue à former une opinion publique dont la monarchie doit désormais tenir compte. Louis XV puis Louis XVI essaient de renouer avec l’absolutisme mais ils doivent finalement reculer face à l’opposition des parlementaires. Les difficultés financières contraignent Louis XVI à convoquer les états généraux pour trouver une solution. Cependant, les députés du tiers état n’entendent pas simplement négocier la levée de nouveaux impôts, mais également une véritable Constitution qui limiterait le pouvoir royal. C’est le début de la Révolution. Finalement, en abolissant tous les privilèges dans la nuit du 4 août 1789 ainsi que les droits féodaux, puis en adoptant la Déclaration des droits

de l’homme et du citoyen le 26 août, faisant de tous les Français des citoyens égaux et non plus des sujets, la Révolution française provoque la chute de l’Ancien Régime, ce qui entraîne également la chute de la royauté en 1792. Cependant, bien des traits de l’Ancien Régime subsistent après cette période.