MMèÊ

-

U dVof OTTAWA

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Ottawa

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.CJ^iii

BiÔUOTHECA'

BIBLIOTHEQUE CHOISIE
DES

PÈRES DE L'ÉGLISE
GRECQUE ET LATINE.
TOME
SEIZIÈME.

SAINT .lEAN CHKYSOSTOME.
TOME
VII.

IMPUIMEIUE D'UIPPOLYTE TILLIAIID
BU£ LE L4 U4BPE,
11°

78.

,

,

BIBLIOTHÈQUE CHOISIE
DES

PÈRES DE L'ÉGLISE
GRECQUE ET LATINE,
ou

COURS D'ÉLOQUENCE SACRÉE;
PAR MARIE-NICOLAS-SILVESTRE GUILLON
PROFCSSBOn d'ÉLOQCEKCE SiCnÉE DANS li FicrLTÉ DE THtOtOGIE DE PIEIS
l'.UCTALIER
,

IX6PECIKDR DE L'iCADEHIE DE PARIS

,

DE Li LÉGION b'hONNECH

,

ACMÔSIEH DE SON ALTESSE ROTALE MADAME LA DUCHESSE d'oRLÉANS

.

l'ntDICATEOR ORDINAIRE DC ROI.

Uiwraae aecàe

au^

(/i)ot.

TROISIÈME PARTIE
SUITE DES PÈRES DOGMATIQUES.

TOME SEIZIÈME.
Clirysostômf
,

dont

le

nom

seul rappelle la liaulc idée
,

que

;

contemporains avoient de son éloquence
ce

peut être opposé

que Tantiquité

avoit

eu de plus grand.
rfe

La Harpe, Cuurs

LiiXirat.

.

lom .m,

p.ip.

5o8.

x

PARIS,
MÉQUIGNON-HAVARD, LIBRAIRE
RUE DES
S

AINTS

-

vÈrES

,

TS"

10.

M. DCCC. XXVI.

(

ei0LtOTHK:^

;

1/.

/^

BIBLIOTHEQUE CHOISIE
DES

PÈRES DE L'ÉGLISE GRECQUE ET LATINE,
ou

COURS D'ÉLOQUENCE SACRÉE.

SUITE

DU LIVRE QUATRIÈME
archevêque

Saint Jean Chrysostôme

,

de Constantinople.

Homélie sur la disgrâce d'Eiitrope. Réflexions sw
cette homélie.

Sous l'empire d'Arcade
plus Lasse exiractiou
tre talent
,

,

Eutrope

s'étoit

élevé

,

de

la

à la plus haute fortune. Sans au-

qu'une ambition démesurée, que Leaucoup
,

d'audace à braver ses ennemis

quand

il

n'y avoit nulle

vertu à les combattre, nulle gloire à les vaincre, avec
la

science de l'intrigue et de l'adulation
l'esprit
le titre

,

il s'étoit

insi,

nué dans
en 899
,

de son maitre de Patrice,
et

,

de qui
la

il

avoit obtenu

dignité consulaire. Il
,

n'avoit pas
i

ménagé

saint Jean

Cbrysoslôme

bien qu'il
1

G.

2

SAI.N'r

.I1;AN

Clir.VSOSTUME.
éleclioii
;

eÛLtlabunl piiissammtiit coulribuéà son
son zèlf
s'éloit

mai.», lel

lùciilôt

redoitli

(i)

;

un

lioniine

uu'F.utrope ne pouvoit pardonner au sainl t'vr<jue Tinirt'picliié

de son caractère
s'élevoit

,

et la

vigueur apostoliqueavec
et parti-

laffuelle
ciiliers.

il

contre les désordres piiLlics
il

L'aniraosilédont
,

s'éloit laissé

prévenir contre

sa

personne
,

s'étoit

étendue jusque sur l'Eglise tout enles franchises.

tière

dont

il

attaqua
,

La
;

loi

portée en

398 contre

les asiles

étoit son

ouvrage

elle
,

dépouilloit

l'Eglise d'un droit inhérent à la religion

et

qui

venoit

se rattachera sa

sublime institution, celui
,

d'être,

comme
lui
,

son divin auteur

le

refuge des opprimés. Claudien
,

reproche énergiquement son orgueil

ses déprédations

son insatiable avarice (2)
sévère censure

,

et l'histoire a

confirnié la
fit

du

poète.

Le

scandale et l'abus qu'il

de

sa faveur

,

a voient soulevé contre lui le peuple et l'arà l'empereur

mée. Gainas vint demander à main armée
la disgi'âce

de son favori. Arcade

,

aussi foible à sou,

tenir ses ministres qu'indiscret à

les élever
,

n'opposa
,

pas

la

moindre résistance

(3).

Entrope
cette

abandonné

ne

trouva de ressource que dans
avoit persécutée
,

même

église qu'il

et

dans

l'asile

des autels qu'il s'étoit
l'y

efforcé d'abolir. La haine publique ne tarda pas à

poursuivre.

Une

populace furieuse

,

soutenue par une

milice indisciplinée, qu'enhardissoient les secrètes in-

(i)

Sociale,

Sozomène, dans Tillemont
t.

,

Mém.

ecclés

,

tom

xi,

pag. iio, et Bibliothèque choisie,
(a) In

x

,

pag. 97.

Eutropium
Echard

libri
,

duo.

(3) Laur.

Bist. rom., tom. viii, pag. 189.

Son décret de b.n-

nissement

.

porté par les empereurs Arcade et Honorius, raccuse des plus
Il est

odieuses concussions.

rapporté par Hermant
,

,

dans

la T'ie

de saint

Jean Clirysost.

,

liv.

iv, cliap. v

pag. 266.

,

SAINT JE AIN CHRYSOSTOME.
siiiualioiis

de l'impératrice
la (bis

,

s'ëtoil précipitée sur ses

pas. Elle inondoil à

et le palais

,

deiuandanl

à

grands cris

la tête

d'Eutrope à l'empereur, qui

l'avoii

accordée, et l'église elle-même, pour y voir couler son
sang.

C

est
,

dans ce

moment que

l'archevêque de

Con-

stantinople
rieur à

puisant dans sa charité un

courage supé-

tous les dauger"s
,

comme

à tous les ressenti,

ments (i)

se fait jour à travers le peuple et les soldats

pénètre jusqu'auprès de la victime, qu'il voit pâle et

tremblante
cet te fois
,

,

tenant les autels embrassés

;

et

sauve

,

pour

le

malheureux Eutrope.

Le

discours prononcé à ce sujet par saint Jean
,

Chrydes

sostôme

est

regardé universellement

comme une
!

plus belles inspirations de l'éloquence humaine. Quelle

scène vraiment
laisse loin

dramatique! quel spectacle
!

comme

il

de

lui toute description

l'éloquence seule de

notre saint archevêque ne sera pas au-dessus de son sujet.

Saint Ambroise arrêtant à l'entrée
reur

du sanctuaire l'empeles

Théodose
,

,

qui s'y étoit présenté
les

mains
,

souillées
;

de sang

est

digne de tous

hommages assurément
du

mais

il

est

soutenu par
,

la piété et les

applaudissements
prince.

de tout un peuple
Saint Ambroise
,

par l'héroïque résignation
,

d'ailleurs

n'eut point de
ici
,

longs dis-

cours à faire dans cette occasion. Mais
n'a

Chrysostôme
et

pour
;

lui
,

que
à la

la

majesté de

la religion

son propre
,

génie

ici

fermeté du caractère

le

plus intrépide

doit s'unir l'éloquence la plus entraînante, pour abattre à
ses pieds toutes les passions déchaînées.

Cet orgueilleux
,

courtisan

,

ce tout puissant favori d'un

empereur

tombé

(i)

S.
,

Prosper
toni. 11,

('«
,

Chron.
:.

,

lib.

m,

cap.

xxviii

,

pag.

i.',

9;

Aiii^er

Extraits

png

1.

4
ilu laite

SAINT JEAN CilUYSOSTÔME.
des prospérités aux derniers eActs du
la

misère,

poursuivi, insulté dans sa fuite par ce
la veille

même

peuple qui,
la

encore, encensoiten lui Tidole de

Torlune

,

réduit à
il

mendier un

asile

dans

le

temple du Dieu dont

avoil outragé le ministre,
d'être

menacé par son empereur
,

lui-même
casmes

enlevé à son asile

en proie aux sar-

et à

tout le

déchaînement d'une multitude im-

ce superbe

mense de furieux, qui contemplent avec une joie féroce Aman, humilié au-dessous du dernier des espremier coup,
et n'arrêtent leur

claves, savourent leur vengeance, se disputent à qui
lui portera !e

barbare

exécution que pour prolonger l'agonie de la victiuje:

quand

tout à

coup

le
,

patriarche, informé de ce qui se
accourt.

passe dans son église

Le

voilà

,

lui aussi

,

aux

pieds de

l'autel, couvrant

Eutrope de son corps, reet

poussantles assassins, demandant, du geste
à être écouté.
nistre
rer la

de

la

voix,

midu Dieu qui pardonna à ses bourreaux, va implogrâce du malheureux Eutrope. Mais sera-t-il enva-t-il dire? Sans doute

Que

que

le

tendu

?

Des milliers de voix vont

étouffer
?

la

sienne.

Osera-t-il entreprendre son apologie

Le sang des op-

primés criera plus haut. Eutrope, malheureux, ne peut
espérer d'être défendu
saint

même

par des complices.

Le
Eu-

évêque invoquera-t-il

les droits

de

la justice ?

trope fut le premier à les méconnoître.
C'est

du plus auguste de

tous,

Des tribunaux? du trône même qu'est
,

partie la sentence.

De

la

clémence

et

de

la

miséricorde?
i

Mais des furieux ne sont pas capables de générosité,
pitié peut seule, en

a
le

surmontant

la

haine, arracher

coupable à
j>

la haine. «

Le moyen

le

plus sûr d'y réussir,
c'est

a dit

un de nos plus judicieux rhéteurs,
dans l'infortune d'autrui
,

de faire

n envisager,

l'image de celle

SAINT JEAN CHRY505TOAIE.
»
»

5

que ceux qui vous écoutent peuvent craindre pour eux-

mêmes parce
;

qu'il n'est

personne à qui ne puisse ar:

M river ce qui arrive à
» cidere

son semblable

Ciiwis potest

ac-

Tout le discours portera donc sur cet unique sentiment ménagé gradué avec où les la plus profonde intelligence du cœur humain
quodcuiquam
potest {i) »,
, ,

passions contraires se succèdent
sés

comme

les

vents oppo-

dans une tempête. L'orateur aura

l'air

de suivre l'im-

pulsion des justes ressentiments qu'Eutrope a provoqués;

en se mettant avec eux en opposition
irriter.

,

il

ne feroit que

les

Quand on

veut remonter un
la

fleuve, on commence

par s'abandonner à

pente de son courant. Point de

discussion; mais aussi nulle feinte. Chrysostôme dira ce

que

diroit

Eutrope lui-même

s'il

pou voit
à être

parler. 11 en

sera l'accusateur,

pour mieux réussir

son patron.

Voici son discours. INous en offrons une traduction
nouvelle.

Le

célèbre recteur de l'université,

M.

Rollin

,

en a donné un extrait assez étendu dans son Traité des
études, à l'article de P Eloquencede la chairei^-i). C'est là

que

la

plupart des lecteurs vont chercher à connoître

l'éloquent évêque de Constantinople.

On

pourra juger
,

par la confrontation que nous allons en faire
blables ébauches
suffisent

si

de sem-

pour apprécier saint Jean

Chrysostôme. L'abbé Auger a traduit aussi ce
discours

même

au second volume de l'ouvrage qu'il appelle
et lettres

Homélies, discours

choisies de ce père.
,

Nous ne
qu'il ne

parlons pas d'autres versions plus modernes

nous appartient pas de juger.

(i) Crévier, Rhétor. ,\om, i,pag.

25o, 25

1.

(2) Ton»,

II iii-4°,

pag. 614. Transcrit par
11,

M. de Châteaubrianl
i8o3.

,

Génie

du christianisme, tom,

pag. 61 5

,

ôctiî.

l'aris,

SAINT JEAN CHKYSOSTOME.

Nous

teriniiieroMs |)ar ((uclcjucs réllexu»us oratoires

sur cette lioniélic.

T. iiiRencJ.
P.iti.

Si jamais
et tout n
,

il

a

("ailii

38

1.

,

est

(jiie

vanité
?

s'ccricr Vanité des vanités, ,' , n est-ce point dans Ja con:
•>

-11
la

joncture présente
la gloire


?

est

maintenant

pomj)e

et

du consulat

où sont ces faisceaux qui pré-

cedoient une marche triomphale Y
et ces

Que

sont devenus
,

applaudissements et ces acclamations

tout

ce bruyant appareil de festins et de jours de rejouissances?

A

quoi ont abouti ces mouvements tu-

multueux,

cette affluence toujours

empressée, ces

hommages

et ces félicitations adulatrices
s'est

de tout un

peuple inondant le théâtre? Tout

évanoui.

Un
et,

coup de vent
feuillage;
il

a dépouillé cet arbre étale à nos

superbe de son
la

en

yeux toute

nudité,

après avoir brisé avec violence tous les liens qui
l'altachoient à la terre
,

menace encore de

l'en faire

disparoître tout entier.

Où sont à ce moment ces faux
,

amis,

et ces

banquets magnifiques
flots

et ces essaims

de parasites, ces

de vin qui, chaque journée,
tables

s'épanchoient avec abondance sur des

ré-

gnoient l'opulence et

la délicatesse, et

tous ces flat-

teurs prosternés aux pieds de la puissance, qui lé-

moignoient par leurs actions et leurs paroles
servile
allée

le plus

/

dévouement? Toute

cette prospérité s'en est

comme fait au matin un songe nocturne, comme
,

des fleurs qui ne durent pas plus que le printemps

SAINT JEAN CHKYSOSTOME.

7

ombre vaine, vapeur
1

brillante, qui se
!

montre un

moment et s'anéantit Oh combien
cette parole de l'Esprit Saint
et tout
:

est

donc

vraie,

combien ne devons-nous pas sans cesse
nest que vanité!

la répéter,
,

Inanité des vanités

liccli.

i.

2.

11

faudroit l'imprimer en

caractères éclatants sur les murailles et sur les porles

de nos maisons, dans
ques
,

les places et les voies

publi-

jusque sur nos habits. Elle devroit être gravée
,

encore bien plus profondément dans nos coems
faire le continuel sujet

et

de nos entreliens.

A

force de

l'entendre redire
l'on doit

,

on apprendroit enfin jusqu'où
apparences de fortune,

compter

et sur les

ei sur les amitiés humaines.

Ne vous

l'avois-je

pas dit cent fois, qu'il n'y a dans
_,

les richesses

qu'inconstance
étoit

fragilité,

servitude?

Ce langage vous
croire
;

importun, vous refusiez d'y
,

vous connoissez aujourd'hui
,

par votre pro-

pre expérience, que
elles

comme
,

des esclaves fugitifs,

vous ont abandonné

qu'elles se sont

même

changées contre vous en des instruments de mort>
en préparant
le terrible
,

orage qui vient d'éclater.

Je vous disois

mais de semblables remontrances

n'excitoient que des
sois

mécontentements,

je

vous di-

que ceux-là étoient bien

loin d'être vos

amis

autant que moi, qui vous accabloient de leurs adulations
;

que mes reproches vous étoient bien plus que
les serviles

profitables

complaisances de tons vos
Prov.xxvir.fi.

courtisans; que les

Mes siuts faites par des mains

,

8

SAINT JEAN CHRYSOSTÔME.
les

amies paient ruieiix que
qui vous
liait.
,

embrassements de celui
:

Blessures saluiaires

si

vous

les eussiez

supportées

vous n'auriez pas à

gémir sur les perfides

caresses qui
perte.

viennent maintenant d'ourtlir votre
à votre secours ces

Appelez désormais

joyeux

convives qui environnoient votre table, ces licteurs

qui commandoient au peuple de vous faire place

quand vous
l'.i".

paroissiez en public

,

ces complaisants
Ils

3S2.

qui alloient portant vos louanges en tous lieux.
sont bien loin de vous
;

ils

se cachent,

tremblant

dépasser pour avoir été de vos amis, occupés uni-

quement de leur
pens

sûreté, de leurs intérêts aux dé11

même des vôtres.

n'en est pas ainsi de nous

:

nous avons souffert vos emportements dans votre
élévation; dans votre disgrâce, nous vous couvrons

de toute notre puissance. Cette
vous vous déclarâtes l'ennemi
,

même
elle

Eglise dont

ouvre son sein
,

pour vous recevoir

;

tandis

que vos théâtres
,

objet
si

éternel de vos prédilections

qui provoquèrent

souvent vos inimitiés contre nous, vous ont aban-

donné,

trahi. Alors pourtant
:

nous ne cessions de

vous adresser ces paroles

Pourquoi ce déchaîne-

ment? Que vous

a fait l'Eglise ?

En

la

persécutant
!

vous courez à votre perte. Remontrances vaines

notre voix n'alloit pas jusqu'à votre cœur. Et ce-

pendant ces mêmes hommes que vos
sasioient
le glaive

libéralités ras-

de spectacles, étoient

les

premiers à diriger

contre vous; tandis que l'Eglise, oubliant

SATWT JEAN CIIRYSOSTÔME.
tout
ressenti uie lit,

9

s'empresse

,

va, vient, vous cou-

vre de SCS ailes pour vous arracher au danger qui

vous presse de toutes parts.
Si je parle ainsi, ce n'est pas que je veuille insulter

au malheur

;

tout

mon

de'sir est d'inspirer

une

de'-

llance salutaire à ceux, qui

ne croient

!pas
je

encore

avoir rien à redouter.
à aigrir

A

Dieu ne plaise que
si

cherche

une

plaie déjà

vive! Je

ne cherche qu'à

garantir ceux qui ne sont pas blessés. Moi, repousser dans les flots

par

la

un malheureux déjà submergé tempête! Non, je ne fais que montrer les
vœux.
et

écaeils à ceux qui s'endorment dans le sein de leurs prospérités. Aujourd'hui, tout sourit à leurs
Qu'ils

considèrent

les

vicissitudes

humaines
en
?
il

l'exemple qu'ils en ont sous les yeux. Celui que

vous voyez ne s'en est pas défié
d'hui la triste expérience
:

;

il

fait

aujour-

pourquoi

refusoit

de

croire à la sagesse des conseils étrangers tiques qui l'en avertissoient.

ou domes-

Vous du moins, qui
la

que vous soyez
vous

,

qui vous reposez avec tant d'assuleçon qui

rance sur vos richesses, profitez de
est
,

donnée; apprenez à
la

les

mieux connoître.
Sous
l'idée

Rien

dans

nature

,

de plus

fragile qu'elles.

quelqu'image que vous puissiez vous faire
leur peu de solidité sous de la vérité.
,

de

vous resterez toujours au-desvaine
,

Fumée

herbe des champs

,

songe fantastique, fleurs d'un
les similitudes les

moment

:

imaginez
et

plus avilissantes^

un néant,

lO
[)icn luoiiis

SAIMT JEAN CHRYSOSTOME.
encore. Le néant ne laisse rien à crain,

dre

;

celles-ci

abîmes de calamités. Vous en avez

la

preuve

sous les

yeux. Vit-on jamais mortel porté à

un

plus haut point d'élévation? Personne dans tout

l'univers
laite

ne

l'égaloit

en richesses

;

il

étoit
;

monté au
hii

des dignités et des honneurs

autour de

lous les
Ja

hommages que commandent
Le
voilà toul à
,

le respect et

crainte.

coup réduit au dernier

rang des captifs

au-dessous du plus misérable des

esclaves, au-dessous

pauvre de qui
publique
;

la

du plus abject suppliant, et du main implore en vain la cliarité
,

sur sa tête

sous ses yeux
;

,

les glaives

chaque jour suspendus
le

attendant à chaque heure
,

moment de l'exécution

et

mesurant dans
;

sa

pen-

sée le

chemin qui aboutit
,

à l'échafaud

des bour-

reaux

à la place des plaisirs
,

que
le

lui fournissoil

son

antique opulence
distraire

et
le

dont

souvenir ne sauroit

un moment
!

sentiment de son infortune.
jouit pas

Le malheureux
de
la

il

ne

même du
;

bienfait

lumière qui se prodigue à tous

la

profonde

aifliction

il

est obscurcit ses
;

yeux

qu'elle enve-

loppe d'une nuit épaisse

et le voilà

aux pieds de

nos autels

,

enchaîné par

la

peur

,

ainsi

que dans un

affreux cachot. Mais où trouver des expressions ca-

pables de bien rendre l'horreur de sa situation et

de

la cruelle

agonie qu'il endure? Et puis faut-il tant

d'efforts

pour nous apprendre ce dont nous sommes
l'avez,

tous les témoins? Hier, vous

vu lorsqu'on vint

SAINT JliAN CHRYSOSTOME.

11

du

paiais

^

par l'ordre de l'empereur
il

,

pour

l'arra-

cher de ce sanctuaire où
asile; la

étoit

venu chercher un

pâleur de

iudiquoit
il

mon, empreinte sur son visage, son abattement; et encore à ce moment
la

est

Lien loin d'être revenu de son

efFroi

:

tout son

rai;.

383.

corps frissonnoit, chacun de ses

membres

étoit agité
,

d'un tremblement convulsif
sa

;

sa voix

entrecoupée

langue bégayante,

et tous ses sens, glacés

par

l'épouvante, laissoient croire qu'il n'y avoit plus

qu'un cadavre sans
che,
elle

vie.

Je ne lui

fais

pas

un

repro-

je n'aggraverai

pas sa misère en l'outrageant;
la

ne nous permet que de

compassion

:

et c'est

ce que je

demande pour

elle.

Plus son infortune

est

extrême, plus

elle doit fléchir

nos ressentiments,
,

suffire

au courroux de l'empereur

et

trouver enfin

sensibles ces

cœurs durs que nous avons entendus

nous faire un reproche à nous-mêmes de n'avoir pas

fermé l'asile du sanctuaire qu'il veuoit implorer. Mais
qu'y
ter?
a-t-il

donc

ici,
,

ô

mon

frère

,

— Recevoir
lui avoit fait

de quoi vous

irri-

qui

dites-vous, dans l'église un homme une guerre implacable Eh
I

î

n'est-ce pas plutôt

pour cela
,

même que nous

devions

rendre gloire au Seigneur

qui a triomphé de son

ennemi jusqu'à
dans
la

le réduii-e à n'avoir
la

de ressource que

puissance et dans
,

clémence de son Eglise?

Sa puissance

puisque

c'est

pour en avoir
cet

été l'en;

nemi,
sa

qu'il est

tombé dans

abîme de misères

clémence, puisqu'elle veut

Isiçn

aujourd'hui cou-

,

l'A

SAINT JIÎAN CHRYSOSTOME.

vrir

de son

ci^ide tulélaire son plus

ardent porsccula

leur, rinvoslir de ses ailes, le mettre à l'ahri de

violence

,

ot,

au lieu de se venger de

ses injustices

lui ouvrir
Est-il

avec empressement son sein maternel.
victoire plus éclatante? est-il

une

de plus

jj;lo-

mieux confondre et les Juifs et les gentils, donner un témoignage plus signalé de sa douceur que de pardonner à son en,

rieux triomphe? Pouvoit-elle

nemi tombé
sa disgrâce,
fois
,

à

ses pieds,
lui

que de

l'accueillir

dans

qiiandtout

manque ou

Taccable à la
la

que d'ciendre sur

lui le

manteau de

plus

affectueuse charité,

que de s'interposer pour
pour nos

sa dé-

fense entre le prince irrité elles fureurs d'un peuple

avide de son sang? N'est-ce pas

saints

autels la plus magnifique décoration?

— Quoi donc,
coupable,

m'allez-vousdire un homme aussi un déprédateur public, un concussionnaire
,
!

s'introduire dans le saint des saints

Les embrasseî

ments d'un tel homme, une conquête pour l'Eglise -— Arrêtez, ô mon frère vous oubliez qu'une pé:

cheresse publique vint se jeter aux pieds de Jésus-

Christ, qu'elle les tint embrassés; et loin d'en faire

un reproche au Dieu Sauveur,

c'est

un motif de

plus d'admirer et de reconnoître sa bonté. La divine

pureié n'avoit rien à craindre de l'approche d'une

femme impure

;

c'étoit cette

même femme

,

souillée

de tant d'impuretés, qui

se trouvoit sanctifiée par la

communication avec

le

Dieu de toute pureté. Pre-

SAINT JEAN CIIKYSOSTÙME.
nez garde que ce zèle apparent ne par

i5

soit plutôt excité

un

secret désir de vengeance
êtes les disciples
,

;

et

souvenez-vous
sa croix,
,

que vous
disoit à

du Dieu qui, sur
:

Dieu

son Père

Pardonnez-leur

parce

f'"<"

xxrni.

qu'Us ne savent ce qu'ils font.

Vous m'objeclcrez encore

qu'il s'est

fermé

à lui-

même

cet asile par toutes ses lois contre les asiles.
:

Mais voyez

il

peut aujourd'hui apprécier ces
il

lois

qui furent son ouvrage. Le premier,

les

abroge,

ces lois établies par lui-même. Aujourd'hui^ en spectacle à tout l'univers, tout
se

muet

et sans voix qu'il

montre

à ce
si

moment

,

il

vous crie à tous

m'imitez pas,

vous ne vouiez pas souffrir

Ne comme
:

moi. Quelle leçon éloquente qu'une pareille calamité! Et quelle vive lumière jadlit
autel!

du

sein de cet

Combien
yeux

il

est

imposant
!

et terrible,

depuis

qu'il lient ce lion

enchaîné

Ainsi, ce qui rehausse
di.i

à nos

l'éclat

de l'image

prince, ce n'est pas

de
sa

le voir

représenté assis sur son trône, revêtu de
,

pourpre

et ceint

du

royal

diadème
,

;

mais de

voir des barbares étendus à ses pieds

les

mains

liées derrière le dos, et la tête tristement

penchée

vers la terre.
et

Vous-même par
,

votre

empressement
p „

par votre affluence autour de cet autel, vous prou-

,o,

vez

mieux que tous les discours quels sont les droits
,

de nos

autels.
elle ;

La solennité pascale n'avoit pas amené un concours plus nombreux

même
coup

tant le

j4.

saint JEAN CHHYSOSTÔME.
l'a

qui

Trappe, cl oominc anoanli

,

lolentit avec plus

(l'éclat

que

le

sou do

la Ironipeile

qui uous couvo-

quc dans ces icinplcs.
blique
et l'intérieur

Hommes, femmes,
la

jusqu'aux
place pu-

vierges les plus retirées, tous, désertant

des maisons, tous, vous êtes

accourus dans ce temple pour voir ce mémorable
lémoiijnage delà
la fragilité
l'oiblesse
la

humaine confondue, de
terre dévoilée
,

des choses de
si

de cette

fortune, hier encore
tous les

brillante, et qui éblouissoit

yeux par un

éclat imposteur,
la

démasquée

aujourd'hui , ramenée par

disgrâce à sa difformité

naturelle^ et à la plus déplorable abjection. Quelle
instruction

pour

les
!

riches

,

témoins d'une aussi

étrange révolution

En

voyant précipiter

du

faîte

de l'opulence cet homme qui, naguères,
bler tout le

faisoit

trem-

monde

d'un seul
,

mouvement de

sa tête,

en

le

voyant humilié

tremblant, au-dessous du
,

plus timide des animaux

attaché, enchaîné à cette

colonne par

la crainte

qui a glacé tous ses sens;
les

déposant sa fierté, et faisant sur

choses

hu-

maines un sérieux retour,
périence,
Isa. r.v.

il

reconnoîtra, par l'ex-

la

vérité de ces paroles

du prophète:
,

Toute chair ressemble à l'herbe des champs
la gloire
rie
;

toute

de l'homme est

comme

lajleur de

la

praisè-

rhei'be sèche, et lajleur tombe.

L'homme
est-il

Ps.ci. 4.

chera aussi promptement que l'herbe,

dit ail-

leurs? // tombera aussi vite que lajleur de l'herbe;
SCS jours ne sont qu'une vaine

fumée. Le pauvre

SAJNT JEAN ClIRYSOSTOME.

l5

îui-ménic y gagnera une salutaire leçon. Consolé par ce te'raoignage de nos vicissitudes humaines, il
cesse de se plaindre
la

de

sa

condition, et

sait

^ré à
re-

pauvreté de lui
,

offrir

un port
s'il

tranquille,

un

fuge assuré

une

citadelle inaccessible

aux coups du
choix, à sa

sort; et se résigneroit,

en avoit

le

situation présente, plutôt

que de posséder

même
les

un

seul instant tous les biens

de ce monde, pour

perdre ensuite par une aussi sanglante catastrophe.
Ainsi donc, et le riche et le pauvre, les grands et
les petits, citoyens, esclaves, (ous

ont

ici

de quoi

profiter.

Personne qui ne puisse trouver dans cet
salutaire appliqué
est affligé.

événement un remède
verses maladies dont
il

aux di-

Serois-je parvenu à loucher vos

cœurs à en
,

cal-

mer
étiez

les

ressentiments? L'indignation dont vous
fait

animés auroit-elîe

place à des sentiments
flatter; la pitié s'est
à ces

plus
fait

humains? Oui
je vois

,

j'ose
;

m'en

jour dans vos âmes

je le

reconnois

larmes

que

couler de vos yeux, et baigner vos visaêtes
les

ges. Puis
tissants,

donc que vous vous
,

montrés compa-

généreux

produisons

œuvres de

la

mi-

séricorde, recueillons-en les fruits, en allant nous
jeter

aux pieds du prince; ou plutôt proslernonsnous tous ensemble aux pieds de Dieu, pour qu'il
le

daigne lui-même fléchir
drir, afin d'obtenir

cœur du prince

,

l'attenPag 385.

puis le jour

même

une grâce complète. Déjà, deoù celui que vous avez sous les

l6

SAINT JEAN CHUYSOSTÔME.
est

yeux

venu

se réfugier

dans ce temple,

il

s'est

opéré un grand changement. Les soldats s'étoient
rassemblés lumultuairement dans le palais, et de-

mandoient, avec des

cris d'indignation, la léle

du

coupaLle. L'empereur, informé du lieu qu'il avoit
choisi

pour

asile

,

leur représenta Ibrtemcnt qu'ils

dévoient moins considérer les fautes dont on avoit
à lui faire le juste reproche,
faire

que ce
disoit

qu'il avoit

pu
ses

de bien. Vainement
mériloient
l'effet

il

que

ses
;

bonnes

actions

quelqu'indulgence
la loiblesse

que
,

fautes étant
lui être

de

humaine dévoient

pardonnées.
,

On

n'écoutoit rien; c'étoit,
la

réporidoit-on
lalloit

la

cause de
les cris

majesté impériale qu'il

venger. Et

redoubloient; les glaives

s'agitoient;
la

on

s'opiniâtroit à
étoit prêt à le

demander
répandre
:

le

sang de

victime

;

on

ce n'a élé

qu'en réclamant pour elle avec larmes le droit sacré
d'asile

qu'elle étoit

venue chercher aux pieds de
les

nos autels, que l'empereur a pu parvenir enfin à
calmer.
Il

ne nous reste plus, à nous-mêmes, qu'à imiter

la

noble conduite

du

prince.
,

Ah quand
!

l'empe-

reur outragé pardonne

qu'il oublie sa

propre in-

jure^ serions-nous excusables,

nous qui n'avons

point été directement attaqués, de conserver

un
de

implacable ressentiment? Viendriez-vous,

la
,

colère
et

dans
la

le

cœur, participer aux saints mystères

même bouche

qui exhaleroit encore des impré-

SAINT JEAN CHUVSOSTOME.
calions,

I7

demandera Dieu

qu'il veuille

bien vous

Matih.vi.

i

remettre vos offenses

comme

vous

les

remettez à

ceux qui vous ont offenses?

Il est

possible
,

que cet

liomme

ait

commis de grands crimes
c'est

qu'il se soit
je

permis des excès violents contre vous
corde. Mais

;

vous

l'ac-

aujourd'bui

le

temps de
de

la cle'-

mcnce,
de
la

et

non
la

celui de la rigueur^ c'est le
la justice
;

temps

bonté, non celui de

la

compas-

sion et
et

de

miséricorde, non celui du jui^cment
;

de

la

condamnation
se

c'est le

temps de

faire grâce,

non de

montrer inexorable. Ne pensons donc
;

Triomphons de nous-mêmes prions, prions plutôt le Dieu des miséricordes de
plus à nous venger.
Taire grâce

au coupable, d'écarter
lui

le

danger qui
lui

le

menace, de
le

conserver

la vie,

pour

donner
l'Eglise
:

temps du repentir. Implorons tous pour
poîir l'autel

et

notre

clément empereur

conju-

rons-le d'accorder à la table sainte la vie d'un seul

homme.

Si je l'obtiens de vous, le prince

lui-même
son

nous en saura gré; Dieu n'attendra pas

même

consentement pour y applaudir, et pour nous en récompenser. Car autant il hait et réprouve les

cœurs cruels
nous
et
la

et

impitoyables

,

autant

il

aime

et

ché'
,

rit celui crui est doux, et J-

miséricordieux.
,

Je veux

Osée

,

VI.

6.

a-t-il dit

de

sa

propre bouche

la miséricorde,

non

le sacrifice.

Partout dans ses Ecritures, c'est

miséricorde qu^il demande; c'est elle qu'il nous

présente à tous
16.

comme remède

à nos propres pé2

,

l8
elles.

SAINT JEAN CHRYSOSTÔME.

Par

elle,

nous allirerons sur nous
la

les

faveurs

du

Ciel,

nous obtiendrons
1

rémission

de nos

fautes, nous honorerons
et la cle'mence

Eglise,

nous mériterons,

de l'empereur,

et les applaudisse-

ments de tout
à noire ville

le

peuple. Par elle, nous acquerrons
et

une renommée de douceur
la gloire

de mo-

dération qui en portera

jusqu'aux extré-

mités de l'univers. Pour cela, courons nous jeter

aux pieds de l'empereur, implorons-le, conjuronsle,

sauvons ce malheureux captif , notre suppliant,
s'est

qui
Pag. 386.

mis sous notre sauve-garde afm que nous
,

obtenions nous-mêmes les biens à venir par
et

la

grâce

par

la

bonté de Notre Seigneur Jésus-Christ, à
et l'empire,

qui soient la gloire
jours
,

maintenant
des siècles
!

et tou-

dans tous

les

siècles

Ainsi

soit-il (*).

Réflexions sur ce discours.

Le but que
les

se

propose Téloqueiice est de combaltre

passions violentes ou abjectes par d'autres passions
et

nobles
terie

vertueuses

,

de réduire au silence par une bat,

plus

puissante, celle de l'ennemi. Ici,
la pitié,

il

faut

remplacer parles douces émotions de

du pardon

des injures, delà clémence, les fureurs de findignation,
et toute l'ivresse

d'un brûlai emportement qui, à tous
et se

moments, s'enflamme
(*)

propage par

la

communicaIVIorel

Homil. in Eutropium
IV, pag. 481

,

eunuchum patricium
,

et

consulem

,

Opusc, tom.

/,S7.

SAIWT JEAN CUKYSOSTOME.
tion;
il

ig

faut

triomphera

la fois et

de l'impétuosité d'une

vengeance, ce semble légitime, jusque dans son excès,
et

de l'effervescence d'une sédition armée de tous les
poids d'un sentiment nouveau
les facultés

motifs en apparence les plus plausibles, en les compri-

mant sous
traire, qui

le

et tout

con-

absorbe toutes
préventions
,

de

1

âme,

l'enlève

à toutes ses

la

remue

et l'entraîne

avec une

sorte de tyrannie. Cette viclime, chargée

de l'exécration

publique, envers qui l'on se croira généreux de l'immoler

d'un seul coup, et qui ne lient encore à
l'effroi

la vie

que
il

par

de

la

mort qui l'environne de toutes parts,
l'arracher à

faut,

non pas seulement
lui

ces

milliers

de

glaives avides de son sang, mais, de ses bourreaux eux-

mêmes,
fouiller
les

faire

aulant de protecteurs: non-seulement

au fond des âmes pour j découvrir les affections plus capables de les fléchir , mais se faire de leurs

préventions

mêmes

des moyens de persuasion, elles

instruments de sa victoire. C'est beaucoup déjà de se
faire écouter;

que sera-ce

si

l'on parvient à se faire

obéir?

Ce
ne

n'est pas assez de mettre

en œuvre

les

motifs les
l'orateur

plus propres à échauffer la commisération,
sait

si

pas les employer avec art, les graduer, les fondre
,

habilement

les animer de cette chaleur continue de mouvements, laquelle ne permet point la réflexion, semblable à la flamme du volcan qui varie ses aspects sans

suspendre un

moment

son action.

C'est par là que l'éloquence justifie l'éloge qui en a été
fait, qu'elle est

vraiment reine,

et reine

conquérante,
;

Jle.xanima atque

omnium

regina rerum oratio (i)

par

(i)

EDnius

,

apud Ciceronem.

20
que

SAINT
la belle fiction

ji;aîn

chkysostome.
commandant à
la

d'Eole,

tempêie (i),

est réalisée.

Les exemples n'en sont pas rares dans
l'éloquence. Personne
jie

riiistoire

de

peut ignorer

les

succès qu'ob-

tint celle de Ciccron dans les causes de Ligarius et

de

Marcellus; avant lui

,

celle

d'Antoine dans

la

défense de

Norbanus.

On

lit

avec plaisir dans Homère, dans Tile-

Live, Sallusle, d'autres encore, quelques harangues de

même

genre. Ces discours en général sont plus remarla

quables par

force

du raisonnement
la

et la

vivacité des
la

descriptions, que par

cbaleur du sentiment et

pro^

gression de ces idées ardentes^
célèbre (2)
,

comme

parle

un écrivain

lesquelles vienne;it

du cœur de l'homme
l'

éloquent

,

et

vont droit au cœur de ceux qui
la

écoutent.

Ce qui

fit

tomber des mains de César
il

sentence

du

coupable dont

s'étoit

bien promis le châtiment avant
la

de se rendre au sénat, ce fut moins
pathétique répandu dans
le

véhémence du
l'éclat

discours

,

que
,

de cette

apostrophe fameuse

:

Quid enim, Tubero tuas
,

ille disliic-

tus in acie pharsalica gladius

etc.? et le secret retour

,

qu'elle

amena dans l'âme du

dictateur,

du danger peril

sonnel qu'il avoit couru (3). César put frémir;

ne

pleura point. Et puis, toutes ces harangues des orateurs

de

la la

Grèce

et

de

Rome,

travaillées à loisir

dans

le

calme

de où

méditation, peuvent-elles entrer en comparaison

avec l'homélie du saint patriarche de Constanlinople,
la

verve continue dont

elle

est pénétrée, fait

bien

voir qu'elle a été composée d'un seul jet?
(i) Virgil., JEneid., lib.
r.

(2)

M.

le cardinal

Mâurj

,

Essai sur l'éloquence de la chaiic, tom.

i,

pag. 367.
(3)

Plularcli., in

Cœsare,

SAINT JEAN CHKYSOStÔME.
C'est bien plutôt dans les

21
chercher des

raonuments de notre élolui

quence chréiieunc
émules.
la tête la
Ils

qu'il

convient de

ne nous manquent pas;

et l'on

peut placer à

requête de Barthélémy de las Casas à Charles»

Quint CO

en faveur des Indiens

(

toutefois en la sup-

posant plus fidèle, plus véridique dans ses récits qu'elle
n'a paru l'être à

D. Antonio de Solis
y
a plus

,

à

Robertson

)

(2);

mieux encore
de véhémence

l'exhortation
il

du P. Cheminais en faveur
d'attendrissement que

des prisonniers; mais où
:

« C'est Lien le ton

du

sujet, dit

M. lecarest pas

» dinalMaury, parlantdecetteexhortalion, ce n'en

«tout

l'intérêt,

et

Lien moins encore toute

la ]>rofon-

M deur (3)».

Que
et

l'on se rappelleles circonstances
:

dudis-

cours de saint Jean Chrysoslôme
quelle langue,

et

que l'on

me dise dan s

chez quel autre écrivain on trouve rien

de semLlaLle. Vous rencontrerez ailleurs l'art porléau plus
haut point de perfection.
Ici
,

c'est l'aLaiidon

du plus

heureux naturel;
gination exallée
qu'elle
,

c'est l'inspiration

suLlime d'une ima-

Lien que toujours nnie à la raison

ne

sacrifie

pas, mais qu'elle enflamme en lui

donnant
seul

l'essor et

Taccent d'un sentiment passionné.
à celui-là,

Le

morceau vraiment comparaLle

c'est le

discours du saint archevêque à Théodose, en faveur des
habitants d'Antioche; c'est-à-dire que saint Jean

Chry-

soslôme n'a pu être égalé que par lui-même.

(i) Et
Ibid.
,

non pas au

roi Philippe

n, comme

le

dit

le

même

cardinal,

pag. 247.

(?.)

Histoire Je l'Amérique
,

,

par Robertson

,

tom.
,

u

,

pag. 108
,

,

édit.
11,

de Paris, in-8°
pag. 258.

1778

;

Histoire du Mexique, etc.

par de Solis

tom.

(3) Essai surl'éloq.

,

tom.

i

,

pag. 347.

22
Si Ton a

SAISÎT JliAN

CilIlVSOSTOME.

(hl jamais s'écrier^ etc.
:

L'exoi'de est pris dans la circonslaiice

toile est

la

pensée qui est venue

s'olfrir

d'elle-même
est

;

elle résulte

naturellement du spectacle qui

sous

les

yeux. Quelle

différence entre ce qui éloil Lier et ce qui est aujour-

d'hui! Ilceccine

est

itlii

rivitas? s'écrioit-on en clierchaiit
,

dans

les ruines

de Jérusalem

les

souvenirs de sa granjetlcnt

deur passée.

Ces frappantes op|)Ositions

dans

l'âme une pitié secrète qui la dispose au respect

dû au

malheur.
L'oraison funèbre de
la

duchesse d'Orléans commence

parles

mêmes
,

paroles et les
la

mêmes

sentiments.
elle

Dans
elle
à

Bossuet

c'est

douleur qui parle;
la

gémit,

exhale ses regrets sur

perte d'une vie

moissonnée

son printemps.

Une

mélancolie tendre, alleclueuse, insaint Jean

spirera l'orateur.
l'autorité

Dans

Chrysostôme
s'est

,

c'est

qui accuse. Le prophète

manifesté dès
,

l'abord. Il rappelle l'abus des prospérités

par

le

châti-

ment dont

le

Ciel les foudroie. Bossuet s'attendrit avec

son auditoire consterné;

Chrysostôme tonne avec
lui.

la

bruyante assemblée qui frémit autour de
insinuer mieux dans
à votre
les esprits, n'allez

Pour vous

pas les beurter

début; rendez-les dociles par une apparente con-

formité d'affections.
Oii est maintenant ^ etc.

L'orateur s'attache à captiver l'imagination par ses

peintures.

11

faut plaire

pour persuader. La pompe de

rénumération sera relevée par une similitude qui retrace

énergiquement

la

grandeur de

la

catastrophe. IjCS

plus intéressantes sont celles qui sont tirées du spectacle

de

la nature.

Nos

Ecritures en sont pleines. C'est là
et saint

la vraie

poétique de l'orateur chrétien;

Jean

SAINT JEA.N ClIRYSOSTOME.
Chrjsostôme, qui leur doit son génie,
créateur que

2.)

n'est jamais pins

quand
,

il

les imite.

Un coup de vent
Dans
le

etc.

grec

,

l'harmonie de l'expression rend l'image

des plus piiroresques. C'est

Homère

en prose. Pas

traduction n'approche de l'énergie de l'original.
Procella

une Le latin:

veheviens
,

(

Pourquoi, procella
</<'ycc//.

^

tempête, au

lieu de<»vE«o?
(puAAs*

venius"?) folia

L'opposition r» ^e»

avec

yvu, àv êi ro (^iv^fov

disparoît

dans toute

autre langue. D'un côté, le feuillage, de l'autre, l'arbre

même,
diâit.

son tronc dépouillé. D'un côté, une parure étran-

gère, de l'autre, le cadavre nu. Arborem spoUatam redE'i^dliv
iitiiv
(^

Ostendit^ patefeciL jiobis)
le reste,

,

n'est pas

même
du

indiqué. Je passe sur

encore plus éloigné

texte.

M. Rollin

:

Un

seul coup de veut
,

a

d-^pouillé

cet arbre superbe de toutes ses fouilles

et

après ravoir

ébranléjusque dans ses racines,

la arraché en un moment
arraché déjà de la

de

la terre. Conlre-.sens: car s il étoit
il

terre.,

nj

auroit plus pour lui de grâce à espérer.
lutte ici avec plus

L'abbé Auger
pétueux a

de succès.
,

Un
:

vent im-

soujjlé.,

et l arbre superbe
ry,ç »ity,ç

ébranlé jusque dans

ses racines

{d^o

dit bien

davantage

abreplis
,

radicibus

:

arracbédu plus profond de
toutes ses feuilles
et
,

ses racines )

s'est

vu dépouillé de
des rameaux nus
si grande,
et

et

ne montre plus que

déshonorés.

La

violence

du vent a été
,

que

le

tronc

même

a reçu de violentes secousses

menacé d'être arraché entièrement de la terre. Fiolence du vent, violentes secousses cette rencontre d'expressions éloit facile à éviter. Le tronc mêm^
que l arbre
est
;

a reçu de violentes

secousses.,
est

circonstance oiseuse; traarraché., etc.,

duction infidèle. L'arbre

menacé d'' être

pour rendre

K<«< uirù, àtc^rxXiUTUi

nv

S'iv^oo-J

vi'Jici

:

ce

'lf\.

SAINT JEAN CHUVSOSTÔME.
la

n'est pins là riniiipt' ni

pensée grecque. Cet arbre,
il

ébranlé jusque dans ses dernières fibres,
après sa cluite
,

tremble mcjne

par allusion aux convulsifs Irendjlenienls

doiit tout le corps

du niallieuroux [ùilropo
etc.

esl agile.

suiil

ace moment cesj'anx amis?

La première partie de IV'numéialion avoit montré Eutrope dépouillé de tout le faste extérieur dont sa puissance paroissoit accompagnée;
la

seconde

le fait voir

dé,

pouillé de Uuil ce qui lui sembloil être plus personnel

des jouissances que donne
lions que l'amitié promet.
allée
"

la

j)rospérité
celle

,

des consolaest
:

Toute

prospérité s'en

commefuit cm malinun
,

songe, etc. Ainsi Bossuel

Non

après ce que nous venons de voir, la santé n'est

» ifu'un
jj

nom,

la vie n'est

qu'un songe,

la gloire n'est

(|u'une apparence; les grâces et les plaisirs ne sont

B
i>

qu'un

dangereux
etc. (i) ».

amusement.

Tout

est

vain

en

nous

,

Combien donc

est vraie cette

parole de l'Esprit Saint
le

:

Vanité des vanités !

Sdîini

Jean (]hrysostôme

répèle

comme
les

fera Bossuet, en désirant qu'elle soit
les lieux
,

empreinte

dans tous

plus profondément encore dans tous
la

cœurs; Bossuet
,

répète
la

comme

Tavoit

fait saint

Jean Cluysostôme
les états et

en

proclamant conoenahle a tous
vie
,

a tous

les

événements de la
;

singulièrement

propre

ci

son lamentable sujet

et

tous

deux terminent
Aenue

leur exorde par cet acte solennel d'accusation porté contre toutes les vanités

de

la terre.

La sentence
cîmes
les

est

d'en haut. C'est l'éclair qui fend la nue, et précède la

foudre qui frappe et renverse

les

plus élevées.

yi) Oraison funèbre de la duchesse (l'Orléans

,

toin. viii

,

édit.

in-4°

»

pag. 426.

SAIIVT

JEAN CHRYSOSTÔME.

2,5

Jusqu'ici, point de discours direct. Il a fallu préparer
les esprits, et,

en

les

enveloppant de vérités générales,
la

en détourner l'attenlion de dessus

victime que l'on est

impatient d'immoler. C'est pour un malheureux une pre-

mière consolation, que

l'on

daigne lui adresser

la

parole,

même pour lui
Ne
richesses
,

faire des reproches.
,

vous favois-je pas dit centfois
etc.

qu'il

ny a dans

les

L'abbé Augev traduit:
irope
,

Ne
:

vous disois-je pas, Euf

etc.

Le grec porte
et

<ju«

Asys»

a-oi

irwi^^.iç

on

,

etc.

Eulrope

n'est point
;

nommé.

Saint Jean Cbrysostôme

s'en garde bien

l'on n'a pas

besoin d'expliquer

le

motif de son silence.

Mais n'y

a-t-il

point de l'amertume, de la dureté
?

même, dans
«'

ces reprocLes directs

L'abbé Auger répond
le

:

Outre que Tévêque de Constanfinople voyoit

peuple

}>

»
»
j>

exlrêiiiement animé contre cet liomme auquel il avoit donné refuge, el qu'il vouloiten quelque sorte flatter

son ressentiment pour

le

calmer ensuite, obligé d'ala

vouer que

la politesse

ou peut-être

mollesse de nos

»

mœurs ne

coin porleroil pas la fermeté de ce ton,jepuis

" dire que les
» déjà
j)

mœurs grecques

et

rouiaines qui

,

quoique
permetdisgrâce

dégradées et fort amollies, avoient néanmoins
,

encore quelque cbose de mâle et de vigoureux

» toienl à
»

un orateur chrétien de

profiter

de
».

la

d'Eutrope pour instruire son peuple (i)

L'apologiste

pouvoit bien, ce
proposition
,

me semble,

s'en tenir à sa première

en l'approfondissant davantage, plutôt que de l'étayer de son maladroit parallèle entre nos mœurs

(i)

Sommaire de

ia

harangue
,

,

clans
,

le

tom.

m des OEiivrcs choisies de

faint Jean Clirrsostôme

par Aiijer

jiag. 3.

26
et celles des

SAIINT

JHAN CHUYSOSTÔME.
et

Grecs

des Romains;
se concilier

comme
avec
il

si la

politesse

du langage ne pouvoit
tolique
!

la

vigueur aposl'on

L'abbé Auger

vouloit -

que

parlât

en présence d'une assemblée lumulluaire,
feroit

comme on
et

devant un tribunal d'hommes sans passions,
il

auxquels

en faut donner?

11

n'a pas

vu que
s'il

saint Cliry-

sostôme eût infailliblement échoué,

nes'éloit point
à

mis en unisson avec

les

passions qu'il avoit
se précipiter

comballre;
le

que son éloquence

a

comme
dont

torrent

sur son auditoire, non chercher à le pénétrer

comme
frappe

une douce rosée; que chacun des

traits

il

Eutrope iront agir sur chacun des assistants

qu'il associe

à sa cause; que bien loin donc de méconnoître ces bien-

séances

si

nécessaires à tout orateur, et surtout à l'ora,

teur chrétien

saint Jean

Chrysostôme

les a
,

bien ujièux

entendues; que les bienséances, après tout

ne sont, au
à,

jugement de Cicéron lui-même, que Tart de placer
propos, c'est-à-dire
,

selon la qualité des personnes et

des circonstances, tout ce que
l'on dit
:

Ton

fait

et tout ce

que

Scientia eariim

rerum quœ ageniur aut dicentiir

suo loco coUocandaruTii (i).

Que

les

blessures Jhites par des mains
l'esprit et le

amies

,

etc.

Toujours

langage de l'Ecriture. La con-

viction où l'on est que le prédicateur parle au

nom

de

Dieu

,

donne bien plus de poids

à la vérité qu'il

énonce.

Les reproches qui suivent n'ont plus pour objet Eutrope seul.

En

se partageant, ils s'alfoiblissenl

;

et l'in-

dignation diminue avec lenombre des coupables. Bientôt

Eutrope lui-même ne sera pas

le

plus criminel de tous.
,

L'orateur s'en prend à ces étrangères qui l'ont perdu

à

(i)

De

Offic.

,

lih. i,

cap. xl.

,

SA TNT JI3AN CIÎRYSOSTOME.

27
lui,

ces courtisans^ à ces peifides adulateurs qui lui prodi-

^uoient leurs serviles
c'esl

d'avoir

hommages; sou crime, à manqué d'expcrience. Et n'en esl-il pas
le

assez

puni déjà par

désastre qu'il éprouve, par la fuite de
,

tous ces faux amis, par le funèbre aharulou qui

tout à

coup, remplace ce brillant cortège
tions?

île

toutes les séduc-

En

s

égarant sur d'autres coupables, que Toraleur
à la

semble indiquer

vindicte publique, mais qui ne

sont pas présents, Clirjsostôme atténue par degrés ces

passions violentes soulevées contre Eulrope.

Alors pourtant nous ne cessions de vous adresser ces
paroles
:

Pourquoi ce déchaînement? Que vous aJ'aitVEses torts, c'est d'avoir
et

glise ? etc.

Le plus grave de

fermé rorellle

aux avertissements de l'Eglise

de son pontife; mais
l'Eglise s'empresse

quand Cbrysoslômepardonne, quand
se venger?

d'ouvrir à l'infortune son sein maternel, qui penseroit à

Si je parle ainsi

,

etc.

Une

fois

que

le
:

prédicateur a

fait

brèche dans l'âme

de ses auditeurs

qu'il profite de ses avantages, qu'il
la

presse l'attaque, qu'il s'arrête sur
selon
la

blessure qu'il a faite,
,

belle expression des anciens
qu'il

sistere

rnoram in

vulnere
la

y enfonce, qu'il y retourne, s'il le faut, pointe du glaive pour faire couler, non le sang, mais
larmes; qu'à l'appui des touchantes émotions
ressorts plus
et les
,

les

il

aples

pelle les

triomphants du pathétique,

grandes pensées
fortement
les

sentiments analogues qui remuent

consciences, les peintures vives et ces

éloquentes oppositions qui se composent de tableaux

non d'épigrammes. Qu'il ne craigne pas
plier sur les

même

de
,

se re-

mouvements

qu'il avoit déjà produits

puis-

28
que déjà
il

SAINT JEAN CiniYSOSTÔME.
en a pu juger les effets; en les
fortifiaiil

par

l'énergie de la description et la
est la

pompe du langage.

Telle

marche habituelle,

et si l'on

veut, le sublime

désordre de saint Jean Chrysoslôme. Sa phrase est une
gradation continue d'idées et de senlimetils qui s'excitent, se succèdent, s'enchaînent mutuellement, et ne
se reposent

que

comme

la

foudre qui gronde par inleren ont
la

\ailes. J'en appelle à

no.s lecteurs; ils

preuve

dans ce morceau

,

qu'ils n'ont
,

pu

lire

sans un frémisse^

ment de

terreur et de pitié

bien qu'il retraçât des idées

indiquées aniérieuremenl. Qu'ils jugent donc par eux-

mêmes de
fait

ce qu'a

dû éprouver
les

l'iiudiloire

de saint Jean en

Chrysoslôme; car tous
de passions.

hommes

se ressemblent

IMailre

du champ de
ses pieds. Il

balaille, l'orateur poursuivra sa

victoire, et ne doit rien laisser après lui qu'il n'ait fait

tomber à

prévient ou réfute les objections.

Aiiisi fait l'éloquent

évêque. Quoi,
etc.

in

alliz- vous dire

^

un homme aussi coupable,

(Jusqu'à

la fin.)

£l c'est

ici

que

l'aulorilé

du ministère épiscopal, secondée parla
emprunte du sanctuaire des armes
plus péné-

chaleur

du

talent,

puissantes qu'il met dans nos mains, ce glaioe Je lapaHcbr.
IV. 12.

rôle

de Dieu, vive, efficace, dit saint V&vX
que
l'cpe'e
ci

,

trante

deux tranchants
,

,

cjui

perce jusque dans
les jointures

les replis
et

de i cime et de V esprit jusque dans

dans

les moelles.
i!

Des objections elles-mêmes,
arguments en faveur de
le

se fera

de nouveaux
en apparence,
enneniis d'Eu-

sa cause. C'étoit,
les

zèle de la religion

,

qui enflammoit

Irope,

C'est la religion elle-même

qui

commande

sa
la

grâce.

Donc,

il

ne

lui reste
ils

d'ennemis'que ceux do

religion; et quels peuvent

êlre?Des Juifs, des païens,

,

SAINT JEAN CHIIYSOSTOME.
les

2f)

ennemis de Dieu. Voilà l'infortuné revêtu du sceau
la

de

majesté divine, devenu un objet sacré,

comme
,

l'arbre

que

la

foudre a frappé en devient plus vénéra-

ble. Partout ailleurs
le

que dans notre morale chrétienne

mol des anciens

:

Res

est

sacra miser, n'est qu'un so-

phisme.
L'auditeur le plus froid, le plus rebelle
,

se sent ériiu

transporté par cette éloquence toute divine elle-même.

Les passions nobles
compassion

et généreuses se réveillent; les
fait

pas-

sions violentes et basses se taisent; la haine
la
;

place à
,

la

compassion elle-même s'épure
le

elle

perd ce qu'elle a d'humiliant pour

malheureux. Le

riche tremble et conçoit le besoin d'être modeste; le

pauvre sort consolé d'ê're pauvre; tous répondent à
rateur

l'o-

par
(i}.

des

larmes

et

des

sans^lols.

Eutrope

est

sauvé

Déjà saint Jean Chrysoslôme en avoit lu

l'iieureux

présage dansl'émotion qu'il avoit vu 'se répandre autour de lui. Il s'applaudit do sa victoire, pour en rapporter

l'honneur au Dieu qui, seul, calme

les flots et

commande

à la tempête. Plus de grands effets à produire; plus de

violentes

commotions
c'est

à exciter

:

le reste

calme.

Une onction douce
;

reinplace la
se

du 'discours est véhémence du

pathétique
fants
,

un père qui

r'etrouve avec ses en-

et

ne converse plus avec eux que par leurs

com-

munes
(i)

larmes.

Eutrope quitta son
,

asile

quelques jours après.
(

Il

fut pris et re,

légué eu Chypre

d'où

il

fut

ramené en Calcédoine.
)

Herniant

fie de
et
il

saint Jean Chrysoslvme
décapité. «

,

pag. 26Ô.
,

,

on

lui

fit

son procès
,

,

fut

Ce

fut lui seul

dit ailleurs

noU-e saint patriarche
s'il

qui courut
n'eût point

Ȉ
"

sa

perle; car l'Eglise ne l'eût jamais abandonné,
» (

cherché d'autre refuge.

Opuic, iom. m,

pag. 668.)

OO

SAINT JEAN CHU YSOSTOHE.
la

Homélies sur

sédition

d'Antioche

,

on renverse-

ment des statues.
L'empereur Théoclose
la révolte

,

pour soutenir engagé
,

la

guerre


ca-

de

Maxime

l'avoit

ordonna un impôt
,

qui parut extraordinaire aux LaLilanls d'AïUioclie
pitale

de l'Orient.

On

se souleva.

Le

])eiiple se livra

aux

plus violents excès. Les statues de l'empereur

et celles

de l'impératrice Flaxile
pièces
,

,

lurent insulléfs
rues.

,

mises en
s'apaisa

traînées

par

les

La

sédilion

presque d'elle-même;

et

aux plus

furieux
et

empor-

tements succéda

un calme sombre

lugubre. Les

habitants consternés avoieiit horreur de leur propre conduite. Les

uns

se tinrent renlermés
;

dans leurs maisons

sans oser en sortir
fuir

les autres
et

les

aban;lonnoient pour

dans

les forêts

sur les montagnes.
,

avoient excité le désordre

ou l'avoient

laissé

Ceux qui com-

mettre, essayèrent d'échapper à la punition, en prévenant
la colère

du prince, par
se

la sévérité la
,

plus rigoureuse

envers les autres coupables. Flavien
tioche
,

archevêque d'An,

détermine
la fête
,

,

malgré son grand âge
,

et

l'ap-

proche de

de Pcàques

à faire le

voyage de Condu prince.

stantinople

pour essayer de
que
,

fléchir la colère

Elle étoit telle

dans un premier mouvement d'in-

dignation,

il

avoit prononcé que la ville seroit détruite
,

de fond en comble

avec tous ses habitants

,

hommes

et

femmes,

sans épargner
,

même

les

enfants
,

(i).

Durant

son absence

saint Jean

Chrysostôme

ordonné prêtre

(i)

Nous l'apprenons de

saint

Jean Chrysostôme luiuiême

,

dans

la

septième de ses homélies sur l'Epilre aux Colossiens.

SAINT JEAN CHRYSOSTÔME.
ùepuis près de deux ans
peuple à
la
,

3l

ne cessa point d'exhorler son

confiance. 11 inlerrompil la suite de l'expli-

cation qu'il avoit

de l'événement. Telestle sujet de ces homélies, au
bre de vingt
si
,

commencée de rEcrilure(i); pourparler nom,

prèchées vers l'an 887 (2)
l'iiistoire

et

devenues

fameuses dans

de l'éloquence.

Homélie
Calamité d'Antioche.
V^anité des richesses.

II (3).

Contre

les

hlaspJièmes.
la pauvreté.

Avantage de

Quelles paroles

,

quels discours attendez- vous de
qu'il

t. uCened.
''°'

moi
(i)

,

mes

frères?

Ce sont des pleurs
de saint Paul
,
,

nous faut
l'avance Her-

"""

Ce

n'étoit pas celle des Epîtres

comme

mant, dans sa Vie de
la

S.

Chrysostâme

pag. 120, mais celle
et

du

livre

de

Genèse, que l'usage plaçoit au Carême,
sa

que notre orateur reprend
qn'il avoit
Il

dans

septième homélie sur

les statues.

Les homélies

prononl'ho-

cées immédiatement avant, portoient sur la pénitence.

paroît

que

mélie sur

les paroles à

Timothée

:

Usez d'un peu de

l'in,

à cause de lafoi-

blcssede voire estomach, en faisoit suite: elles dévoient être terminées par
l'explication de la

Genèse, lorsque

la sédition

d'Antioche vint

lui présenter

une nouvelle matière
(a)
Baillet

d'instruction.

Nous suivons
(

l'opinion la plus
,

commune
)

;

c'est celle

d'Hermant

,

de

Vies des Saints
(

tom. n,

pai;. 3'>8
,

,

etc.

Dupin eu recule
)

l'é-

poque

à l'an 388.

Bibliotli. ccclés.
,

\'^

siècle

,

part, i, pag. 70.
,

Le nombre des homélies
déterminé.

appelées des statues

n'est pas

non

plus bien

On
,

le porte

quelquefois jusqu'à vingt-deux, en y joignant celle
les

sur l'inimitié , placée à leur suite dans

diverses éditions.
,

Voyez
,

Tille-

mont

,

Mém.

tom. xi

,

pag.

62 D.
;

Ceillier
p.

IJist.,

tom. iv

pag.

104

;

Montfaucon, Vita S. Cliiysost., Oper.,
(3)

ivo
:

et seq.

La première

est l'homélie sur les paroles
,

Usez d'un peu de

i<in, etc.,

traduite au vrihinie précédent

pag. 448.

52

SAINT JIÎAW CIIIIYSOSTOME.
clos

aujourd'hui, non

paroles; des lamentations,

non des discours; des supplications, Lien plutôt que
des liaraniîues. o

coupables,
si

la j)laie la

Nous nous sommes rendus tellement que nous nous sommes faite est
s'est

profonde,

blessure

étendue
,

si

loin

,

qu'elle

éloij^ne tout espoir

de guerison

et

ne nous

laisse

de

ressource que dans la protection d'en haut. Ainsi,
Jol).
ir.

i3.

après avoir tout perdu, Job alla s'asseoir sur

un

fu-

mier.
rent

Du moins
à la
,

il

lui restoit

quelques amis, qui vinet,

nouvelle de son de'sastre;

contemplant

ses misères

quoique de loin

,

ils

déchirèrent leurs

habits, se couvrirent la tête de cendre, et firent
éclater leurs gémissemeftits. C'eût été

pour chacune

des

villes

qui nous environnent un devoir d'en faire

autant. Si elles se fussent rendues près de nous, elles
se seroient attendries sur nos

malheurs,

et auroieut

mêlé leurs larmes avec
tique reposoit

les nôtres.

Le patriarche an;

du moins
la

sur sa paille abjecte

nous,

enlacés de toutes parts,

comme

dans un vaste fdet,

nous n'avons que
s'étoit

mort autour de nous. Le Démon

déchaîné contre ses troupeaux, contre tout
;

ce qui lui appartenoit

le

Démon ne nous a
l'avoit-il

pas épar-

gnés davantage. Ainsi Dieu
fois
,

permis autre-

pour donner, par

la

grandeur
la

même
du
;

des

épreuves, un nouveau lustre à
ainsi l'a-t-il

vertu

jusie;

permis encore aujourd'hui
,

mais pour
qui nous

nous amener
accable
,

par l'excès de

la tribulation

à des

mœurs

plus régulières. Laissez-moi

SAINT JEAIN CHRYSO.STOME.
clone pleurer sur les

.>,)

maux

qui nous arrivent. Nous

nous sommes, durant sept jours, renfermés dans
le silence
,

à

l'exemple des amis de Jol>

:

aujour-

d'hui

,

que notre Louche s'ouvre pour déplorer une
nous
,

calamité' qui

est

commune.
,

Qui donc

ô

mes bien-aimés

a porté envie au

bonheur dont nous jouissions ? Quelles causes ont opéré un aussi funeste changement? Cette
ville offroit

naguère tout ce qu'il y avoit au monde majestueux; aujourd'hui, l'unique sende plus
timent qu'elle inspire,
si

c'est

la pitié.

Ce peuple,
suivoient

distingué

par le bel ordre et l'urbanité qui y

régnoient,

dont

tous les

mouvements

sans effort l'impression des mains qui le gouver-

noient, tout à coup a
noissant ses maîtres
,

rompu

le frein; et

méconles
fait

s'est

abandonné à des emporpour
pleure

tements

tels

,

qu'il n'est point d'expression
;

rendre. Je pleure
couler

oui

,

je

;

mais ce qui

mes larmes ce
,

n'est pas la trop juste sévérité

des châtiments qui nous attendent, mais l'inconcevable énormité de l'offense que nous avons commise.

Même

en supposant que nous n'eussions rien, à
la

craindre de

colère de l'empereur, et que son
:

ressentiment cédât à sa clémence comment,
le le

je

vous

p^d- 2I'

demande, après ce que nous avons
affliction

fait,

supporter
?

poids de l'opprobre que nous avons encouru

La
la

profonde

je suis je

suspend

le

cours de

nos instructions.

A

peine

retrouve l'usage de

16

5

5/(

SAINI
aiiiciilf'r
;

JUMS CHKYSOSTÔME.

voix pour

quelques sons
s'uiiil à Ja

et

proieror quel-

ques paroles
chaîner

Ja

eraiule

douleur pour enefforts.

ma

langue et surmonter tous mes

Non

,

il

n'y a voit rien auparavant de plus fortune
ville;
il

que notre
à se

n'y a rien aujourd'hui de plus h

plaindre. Ses habitants en grand

nombre aimoient
,

répandre dans

la

place publique

avec

la Iibert('î

d'un essaim d'abeilles bourdonnant
la

à l'entour
eioit le

de

ruche

;

et cette

immense population
;

gage

de leur prospérité

maintenant ce

n'est plus

qu'une

vaste solitude. L'épouvante les a dispersés,
la

comme
accents
,

fumée chasse
le

les abeilles

;

et les tristes

que

prophète

faisoit retentir

dans Jérusalem

nous pouvons nous
isa.i.
io,

les

appliquer à

nous-mêmes

:

Antioche

est

devenue semblable au térébinthe dé"

poiullé de ses

rameaux
eaux qui

^

et au
lui

jardin dont on a
la

desséché
ses

les

donnoient
destituée

vie

et

plus beaux ornements,

du

secours

d'en haut, et ne présentant plus désormais à ses

citoyens qu'un objet d'effroi

:

ils

ont fui pour

la
il

plupart, ne laissant après
n'est

eux qu'un désert,
le

rien de plus
il

doux que

nom de

pairie

;

mais
C'est

n'est rien aujourd'hui

de

plus désolant.
fut leur

à qui s'éloignera
,

de celte terre qui
l'on

berceau

de cette terre où

ne

voit plus

que

piégés et qu'un abîme.

On
l'on

la fuit

comme

à l'aspect

d'un incendie, heureux de sauver sa personne,

pourvu seulement que

échappe à celle flamme

SAINT JEAN CHUYSOSTÔME.
dévorante de
leurs têtes.
la

35

colère

du prince suspendue sur
que
celle

Quelle
ville!

e'iriaige

situation

de notre

Enigme en apparence
,

insoluble!

Une

de',

sertion

et

point d'ennemis

,:

point de combats

et

toutes les disgrâces

de

l'exil et

de

la

servitude.

Nos

yeux n'ont point
qu'allument
les

e'ié

frappés par
,

l'éclat

des feux

Barbares

nous n'avons point eu à
l'é-

repousser d'agression ni d'insulte de la part de

tranger

;

et

nous avons
,

à souffrir

tous les

maux de

la

captivité. Ainsi
liant

nous allons porter au loin l'humiet l'étranger qui acl'histoire

aveu dé nos malheurs,

cueille nos exilés,

apprend de leur bouche
n'est point là ce

de nos calamités. Mais ce
ayons
le

dont nous

plus à rougir.

Que

toutes les cités d'alentour

connoissent nos adversités, pour y compatir et unir
toutes

ensemble leurs voix suppliantes
à

afin

de de-

mander mère et
11

Dieu grâce en faveur de

celle qui fut leur

leur

commune

nourricière.
cette
,

n'y a pas long

-temps que

même

ville,

agitée par

un tremblement de

terre
;

vit ses

maisons

ébranlées dans leurs fondements

aujourd'hui ce

sont ses enfants qu'elle voit trembler dans le plus

profond de leurs cœurs; et chaque jour apporte sous
les

yeux de chacun de nous des images de mort.
coniinelles alar,

Nous ne vivons plus que dans de
mes;
et tels

que Gain

,

attachés au supplice

nous

sommes condamnés

à des peines

que n'endurent pas
0.

Sf)

SAINT JEAN CHfîYSOSTÔME.

ceux-là
i'a{,'.

mêmes

qui depuis long -temps ge'misscnt
sié<fe

22.

dans l'obscurité d'im cachot. C'est un

d'une

espèce nouvelle que nous avons à soutenir. L'habitant qu'investit l'ennemi

du dehors

,

a
;

du moins
nous n'en
ville
;

pour asde l'enceinte de

ses murailles

trouvons point, nous, dans notre propre

et

chaque habitation
rencontré par
saisir tout ce

est

une prison où chacun
sortir,

s'en-

ferme, et d'où l'on tremble de
les officiers

de peur d'être

du prince, empressés de
regards, et de Je traî-

qui

s'offre à leurs

ner en jugement, sans distinction d'innocent ou de
coupable. Confondus péie-méle dans l'intérieur de
leurs maisons, le maître et le serviteur se

deman,

dent avec

effroi
,

:

Qui

a-t-on arrêté aujourd'hui

qui

a-t-on enlevé

qui est-ce qui a été livré au supplice?

comment,
duits à tous

et

pourquoi? Encore ces demandes ne
ceux de qui
à
l'on est

se font-elles qu'à

bien sûr. Ré-

moments
:

gémir sur

les autres, à

trem-

blerpour soi-même
mille fois que
la

une
;

telle vie est plus

déplorable

mort

elle n'est

qu'une mort prole sol

longée

Ce

n'est pas

seulement

que nous
;

habitons qui nous présente ces lugul^res aspects
tout, jusqu'à l'air

que nous respirons, enveloppé de
jusqu'à la lumière
<\ii
:

vapeurs sombres

,

soleil

,

ne

perçant qu'à peine à travers les nuages

tout achève

de porter

la tristesse

dans nos âmes.
:

Non
,

pas

que

les

cléments aient changé de nature

non

c'est

que nos
la force

yeux^ obscurcis par

la

douleur, n'ont plus

SAIJNT

JEAN CHRYSOSTOME.
,

Ô7

d'en réfléchir les rayons

et n'envisagent plus les

oLJetsdivers sans les dénaturer. Ainsi le prophète s'étoit-il

écrié
le

:

Pour eux

le soleil se

cachera en plein

Aœos.vnr.g.

midi , et
silence

jour se couvrira de ténèbres... Partout un
,

morne

comme

si

toute cette foule d'habi-

tants, qui

naguère peuploient cette grande cité,
à la fois, fût

frappée de mort

descendue tout entière

dans

les entrailles

de

la terre.

Vous ne rencontrez

partout que des corps immobiles
et

comme les rochers,
un
vainPa^;.

muets comme

si

un

fléau soudain eût paralysé

leurs langues. C'est l'image d'une ville où

queur implacable auroil porté
Voici bien le

le fer et la
:

flamme.

23.

moment de

s'écrier

Faites venir les
jerem.ix. 17.

femmes

dont la profession est de pleurer sur les
cris

morts ; qu'elles fassent retentir leurs

de deuil ;

que vos yeux
montagnes

se

fondent en eau, qu'ils deviennent
,

des sources de larmes. Pleurez
;

collines; pleurez

,

appelons

la

nature tout entière à pleu,

rer avec nous.

La superbe Antioche

la capitale

de

tout l'Orient, est

menacée

d'être enlevée au
,

monde.

La

voilà^ cette

autour

d'elle ses
,

mère féconde qui cherche en vain nombreux enfants, et qui, dans
Qui

sa solitude

appelle vainement à son secours.

viendroit l'assister? C'est par ses mains qu'a été
blessé celui-là à qui rien n'est égal sous le ciel, le

monarque
la tejre.

,

le

maître du

monde

,

qui compte au

nombre de

ses sujets tout ce qu'il

y a d'hommes sur

Puis donc que tout nous

manque

ici-bas,

38

SAIWT JEAN chuïsostùml:.
;

chorclions ailleurs un appui

invoquons celui qui

règne dans

le ciel

,

ayons recours à sa clémence. Si
l'ob-

nous sommes assez malheureux que de ne pas
tenir
:

c'est fait

de nous, plus de moyen de répa-

rer nos offenses.
J'aurois voulu m'arrêter à celle réflexion
:

les

profondes afflictions n'aiment pas
cours.
11

les

longs disces nuages

en

est

de
l'on

la

douleur

comme de

opaques que

du soleil et voiler la lumière. Ainsi la douleur quand elle vient répandre ses nuages autour du cœur ,
voit intercepter les rayons
,

repousse les paroles; et prévenue,

même

involon-

tairement, contre tout discours,
sans oreilles
,

laisse sans voix et
,

et l'orateur

devenu impuissant

et

l'auditeur rebelle aux consolations qu'on lui adresse.

Ainsi, lisons- nous dans l'Ecriture que
Exod.
VI. 9.

les Juifs,

accablés dans l'Egypte sous d'insupportables tra-

vaux

,

ne prêtoient nulle attention à Moïse
affliction les rendoit

;

l'excès

de leur

sourds à

la

voix qui

les vouloit affranchir.
ici
;

Je voulois donc m'arrêter

mais

comme
;

,

en poursuivant

ma comparaison
la

,

l'astre

du jour

finit
,

par triompher

du nuage qui
parole
,

l'obscurcit

ainsi

je l'espère

du moins,
,

à

force de frapper vos esprits

finira

par

s'y

impri,

mer

et

par en bannir

la tristesse la

qui les offusque

en

les pértétrant

des rayons de

doctrine du salut.

Qu'ils consentent

donc

à s'ouvrir à
,

mes

paroles.

Prciez-moi quebpie attention

faisons trêve à nos

SAINT JEAN CHIIYSOSTOME.
douleurs
;

OÇ)

leveiions à nos

exercices

accoutumes,

îleiidez-moi la

même
les

liberté d'esprit avec laquelle
;

vous veniez écouter nos entretiens

reportons à

Dieu seul tous
plus puissant

événements

:

ce sera

même

là le
le

remède
et

à nos inibrtunes.

Quand

Seigneur nous verra rechercher
égal

sa parole

avec un

empressement
,

,

nous

livrer à l'étude d'une

sainte philosophie
sité

sans être abattus par l'adver,

qui nous presse

il

ne mettra pas moins d'emil

pressement à nous secourir ;
à l'orage, et sortir le bien

fera succéder le

calme
mal.

du
le

sein

même du
de

Tel

est le caractère

auquel
il

chrétien doit se faire
l'infidèle
:

reconiioître et par quoi
c^est la

se distingue
les

fermeté d'âme dans

événements, quels
l'a-;.

qu'ils soient.

Elevé, par l'espérance des biens fuil

24.

lurs, au-dessus des choses de la terre,
toutes les vicissitudes,
elles

en

voit

comme
;

d'un lieu élevé où
la

ne sauroient l'atteindre

foi est

pour

lui

un rocher
flots

inébranlable aux pieds duquel tous les

des tempêtes humaines viennent se briser.

Ne nous
le

désespérons donc pas
laits

,

ô

mes bien-aimés

:

Dieu qui nous a

ne

s'intéresse pas

moins
dis-je?

que nous-mêmes
la souffrance

à notre conservation.

Que

quelque soin que nous prenions de nous dérober à
,

nous n'y saurions réussir aussi bien
l'existence, et tant

que

le

Dieu de qui nous tenons
elle.

d autres biens avec
relèvent

Que

ces motifs d'espérance
la

notre courage, et vous mettent dans

,

/|()

SAINT JEAN CHRYSOSTOMlî.

disposition (l'on tendre ce qui nous reste à vous dire

avec

la

bienveillance que vous accordez à nos dis-

cours.

J'en

ai profité

,

il

y a quelques jours
,

,

pour vous

entretenir assez longuement (i)

et

j'ai

remarqué
plus sou-

dans toute l'assemblée
tenu
:

le

recueillement
la

le

je

vous en remercie. G'étoit
je

plus douce
;

récompense que
mais
celle
il

pusse promettre à mes efforts

m'en
je

reste encore

une autre
déjà

à obtenir
;

:

c'est

que

vous

ai

demandée

vous

le savez,

vous ne l'avez sans doute point oublié. Quelle étoitelle? de réprimer les blasphémateurs, d'en tirer

une punition exemplaire
je alors

,

et

de mettre

fin à

une

impiété qui outrage Dieu dans sa personne. Parlois-

de

mon

propre mouvement? Je ne

le crois

pas

;

je crois

plutôt que c'étoit Dieu
,

lui-même qui
que
j'en ai dit.

prévoyant l'avenir
Car,
si

m'inspiroit ce

nous avions

fait justice

de ces audacieux pro-

fanateurs, nous n'aurions pas aujourd'hui à gémir

sur ce qui

s'est
_,

passé depuis.

ques à courir

en

les

Il y auroit eu des risreprenant et en vengeant la

majesté sainte; n'eût-il pas mieux valu s'exposer à

une persécution qui nous eût mérité la couronne du martyre que d'être aujourd'hui comme nous
,

,

(^

1

)

Dans l'Homélie
,

sur les paroles de saint Paul à Timothée
fuit la

:

Usez d'un

j'iui (le 'viii

etc.

,

dont on a

première des Homélies sur
fut

les statues,

à laison

de
,

la circonstance

elle

prononcée, traduite au volume

pri cèdent

pag. 448.

,

SAINT JEAN CHIIYSOSTÔME.
le

^1
et

sommes, dans
?

les transes

Je

la

mort

dans

les

effroyables perplexités

où nous

jette l'insolence
,

des

coupables

Tous

,

tant

que nous sommes

nous por-

tons la peine d'un crime

que quelques-uns seule-

ment ont commis
expiation
;

,

nous subissons une

commune
si

mais

si

nous avions été au-devant,

nous avions
quelque

pris la généreuse précaution d'éloigner
,

de nos murs ces insolents

et
,

retranché

du corps

membre corrompu
du
ciel

nous ne nous serions

pas exposés à d'aussi cruelles alarmes. Je sais bien

que

la

faveur

nous

a départi la politesse

des

mœurs:
ville
;

aussi n'accusé-je pas les habitants
elle

de celte

mais

renferme aussi des méchants , étran-

gers dans ses

murs, hommes corrompus, dont
s'y

la

funeste contagion gâte ce qui

trouve mêlé

;

les-

quels, n'ayant rien à perdre, risquent indifférem-

ment
s'en

le salut

des autres. C'est à ceux-là qu'il faut s'est fait. C'est

prendre du mal qui
je n'ai pas cessé

pour cela

que

de vous conjurer^ de vous
:

interpeller

en vous criant

Châtions

les

blasphé-

mateurs

,

enchaînons ces langues impies, empê-

chons-les de se perdre

eux-mêmes

;

et diit-il

nous

en coûter
rêt.

la vie
la

,

nous l'aurons perdue à grand inté-

Servons

cause de notre maître
la gloire

ne permettant pas que
outragée
:

de

commun en son nom soit
,

notre indifférence sur ce point seroit

pour notre patrie une source de maux.
«

Je vous

l'avois

bien dit , que Dieu se vengeroit

42
|)ai-

SAINT JEAN
([iielquc

Clllt

VSOSTOMH,

coup éclalani

,

de votre iiulilference
souflerl les

poiii' la

gloire

de son nom. Vous avez
:

blaspljérnateurs et les impies
la

vous avez permis que
;

majesté de Dieu fut violée au milieu de vous

il

a

permis que

la

majesté du prince y fût aussi violée,
irrité le

afin

que

le
,

prince
et

vengeât en se vengeant

lui-même
faire ces

punît par un

même coup votre lâcheté
donc tort de vous
pas trop fondé à
solli-

et votre insolence (i). » Avois-je

prédictions?

JN'étois-je

vous exprimer mes

tristes

pressentiments, à

citer sans relâche votre charité? Et
ji'a

cependant

l'on
l'a-

rien
,

fait.

Eh

bien

!

que

l'on agisse

mieux à

venir

que du moins nos calamités présentes nous
la

servent de leçons pour réprimer l'insolente téméPag. 23,

lité

de l'impie. Fermons-lui

bouche^

il

ne s'en

exhale que des vapeurs pestilentielles; prenons des

mesures toutes contraires
roître les
ville.
Ici l'orateur est

,

et

nous verrons dispasur notre

maux qui

sont venus fondre

interrompu par des applaudissemenls
:

publics

;

il

reprend

L'église n'est pas

un

théâtre où l'on vienne écouter
je

pour

le seul

amusement. Que
voilà ce

remporte de ce
secondés

temple l'assurance que mes
})ar les

efforts seront

vôtres

:

que

je

veux. C'est
de

quelque
dans

(i) Traduit par le P. de
les

La Rue ,sur
i,

la nécessite

la pénitence

maux

publics

,

Serni., (om.

pag. 441,

SAINT JEAN CHUYSOSTÔME.

4^

chose de plus désirable, de plus pre'cieux que tous
vos applaudissements.

Ce

seroit

en pure perte et
flatté

bien vainement que vous m'auriez

par quel-

ques suffrages passagers,
iruit, et

si

je vous quittois sans autre

que vous n'eussiez
réel.

recueilli

de nos paroles

aucun avantage
à

Quel avantage

me

revient-il,
et

moi

,

de ces bruyantes acclamations

de ces

louanges tumultueuses? La louange à quoi j'aspire,
c'est

que vos œuvres

fassent reconnoître la vérité
je

de ce que nous vous prêchons. C'est alors que
serai véritablement satisfait et
,

heureux

;

non pas
dociles

quand vous m'aurez applaudi mais quand,
à

ma

parole, vous y conformerez toute votre con-

fluite.

Que chacun

s'applique à faire rentrer son

prochain dans

le droit

chemin. Soyez-vous Vun a
,

i.Thess.v.ïr.

Vautre un sujet d'édification

nous
tel

dit saint Paul.

Autrement,

les infidélités

de

en particulier ver-

seront sur la

communauté
la

tout entière

un déluge

de maux. Nous en avons
passe sous nos yeux.

preuve dans ce qui se
d'entre nous à qui
,

Ceux mêmes
et

leur conscience n'a rien à reprocher

n'en sont pas

moins dans l'inquiétude
la colère

dans l'appréhension que

du prince ne
ne
suis

fasse point d'exception.
:

Car

ce n'est point une excuse plausible de dire
étois pas, je

Je n'y

pour rien dans

la sédition, je

n'ai

eu rien de

commun
,

avec les coupables. C'est
- t -

pour cela
puni
,

même

répondra
le

on , que vous serez

et

que vous

serez avec

une

sévérité

exem-

/|/|

SAINT JFAN CIIKYSOSTÔME.

plaire,

pour vous cire tenu
,

à l'écart,

pour ne ravoir
les agita-

pas

empêché
,

pour n'avoir point prévenu

teurs

pour

avoir craint

de vous compromettre en
:

servant le prince. Vous n'avez point été complice

je vous en loue et vous en félicite; mais vous y étesvoilà ce dont je vous blâme. vous opposé? Non
:

Disons

la

même

chose des blasphèmes

et

des in-

sultes faites à la majesté divine

quand

ils

sont pro-

férés en notre présence
aiattli.

,

et

que nous n'avons pas un
d'infidélité, puisqu'il

\xv.

mot

à répliquer.

Le

serviteur qui enfouit son talent,

(5.

ne fut point puni pour crime
remit son dépôt en entier
,

mais pour avoir seulele faire valoir;

ment

négligé de le multiplier, de

c'est-à-dire d'avertir les pécheurs dans leurs dérè-

glements

,

de

les corriger

,

de

les

ramener

:

voilà le
l'a

crime pour lequel une sentence inexorable

con-

damné au

plus rigoureux châtiment. Si vous ne

l'avez point fait jusqu'ici,

mes

frères, l'avenir

du

moins réparera

le passé

:

Dieu ne

sera plus outragé

parmi vous. Douce espérance que me donnent les calamités mêmes dont nous venons d'être éprouvés.
Hélas
!

elles

parlent assez haut pour déterminer
à

enfui à penser

leur salut ceux qui jusqu'ici s'en

étoient le moins occupés.

Maintenant, venons chercher auprès de saint
Paul l'aliment spirituel
qu'il

nous présente, et,

selon notre usage, exposons sous vos yeux, et dé-

veloppons

la

leçon de l'Ecriture qui vient de vous

, ,

SAINT JEAN CHRYSOSTÔME.
être lue. Quelle est-elle? l'Epître à

4^
de
de
[.xim.vi. 17.

La

voici

:

elle est tirée

Timothée

:

Recommandez aux

riches

ce siècle de n avoir point de haute idée d'eux-mêmes.

Par ces paroles
fait assez

:

Aux

riches de ce siècle, l'Apôtre

entendre

qu'il

y a des riches appartenant
de cette vie présente,
celle

à

un

autre siècle, Lazare, par exemple, le plus
fût jamais des biens

dénué qui
tend
et

comblé aujourd'hui des biens de
,

qui nous at-

mis en possession

,

non pas de ce qu'on
l'or,

appelle trésors de la fortune,

l'argent et autre
i

matière caduque et périssable, mais de ces inénarrâbles richesses,
reille

ag, 26.

que

l'œil n'a point -vues
j

,

que

l'o-

n'a point entendues
le

et cjui

ne sont point
i.cor. u.g.

cœur de l'homme. Voilà les biens seuls dignes de ce nom une opulence qui n'a rien d'imaginaire, parce que ce sont là les seuls biens
tombées dans
;

que rien ne peut

flétrir^ ni altérer.

Au

contraire

ce riche orgueilleux, qui n'avoit pour le pauvre

Lazare que du mépris^ qu'est-il devenu à son tour?

Le plus pauvre des hommes. Dépouillé par
de
ses richesses,
il

la

mort

voudroit bien avoir à sa disposiet
il

tion

une goutte d'eau;

n'en est pas le maître,
!

tant son indigence est extrême

Pourquoi donc

l'Ac'est

pôtre parle-t-il de riches du siècle présent;

pour nous instruire que
avec
la vie

la richesse passe et s'écoule

présente

;

qu'elle

ne va point au-delà

qu'elle
la

n^accompagne point à leur départ ceux qui possèdent, que souvent même elle n'attend pas

,

46

SAINT JEAW CHRYSOSTÔME.

qu'ils soient à leur deruicr

moment pour
:

les

aban-

donner. D'où vient
i.Tiin. Mipra.

qu'il ajoute

De

ne poinl mettre
;

leur confiauce daus les richesses incertaines
qu'il n'est rien sur quoi l'on doive

parce
,

moins compter

parce que,

comme
,

je l'ai dit

déjà souvent, et que je

ne

me lasserai jamais
f u«^itif

de

le répeter, la richesse est

un

serviteur

sans reconnoissance et sans
le retenir,
il

loi.

Vainement essayez-vous de
nant de mille liens à
portant ses liens avec
lui.

en l'enchaî-

la fois,

vous échappe, emeffet

Combien en

ne

voyez-vous pas de ces riches qui enferment leurs
trésors sous

de

triples

verroux^ mettent sur pied
la

leurs esclaves pour

nîonter

garde

à

l'entourî

Précautions vaines.' Tout fuit, et les trésors et les
geôliers, et les possesseurs. Connoissez-vous

donc

rien de plus infidèle

;

rien en

même

temps de plus

misérable que ceux qui s'occupent tout entiers du
soin de les amasser, et se

donnent tant de mal pour
perdre? Sourds à
la

acquérir des biens
rs. xr.viii. 7.

si

faciles à

voix

du prophète qui leur
la quantité

dit

:

Malheur a

celui qui

se repose sur ses propres forces , et qui se glorifie

dans

de ses richesses!

ô saint prophète, prononcez-vous ce mot malheur.^
Ecoutez
la suite
il
:

— Mais pourquoi —
,

// amasse des trésors

et

ne sait y a de

pas pour qui

les

aura amassés. Ce
l'est

qu'il

certain, c'est la peine; ce qui
c'est le fruit.

beaucoup moins,

Tantôt^ ce sont des ennemis qui con,

spirent contre lui

tantôt, des chagrins secrets qui

SAINT JEAN Clir.YSOSToME.

4-7

ie dévorent. D'avides héritiers n'avoiciit pas attendu

qu'il

fermât
le faire
;

les

yeux pour

flétrir sa

réputation,

pour

succomber sous leurs
;

artificieuses
ses biens
;

ma-

nœuvres
le

il

meurt on s'empare de

:

à lui.

crime de leur injuste acquisition

à d'autres la

possession.

Poursuivons notre texte
ches de ce siècle; quoi?
croître leurs richesses?

Recommandez aux riDe ne chercher pas à acDe s'en dépouiller, de se
:

réduire à

la

pauvreté? Non. Recommandez-leur de

n'avoir point de haute idée d'eux-mêmes. C'est qu'il

y

a

dans

la

richesse

un

secret ori^ueil qui en est la

racine etFaliment. Quiconque est ennemi del'éclat,

ne

fait

pas

un grand

cas des richesses. Cet

homme

qui traîne après soi cette longue escorte de serviteurs,

de parasites, de courtisans
appareil de l'opulence
;
;

et

de tout ce
si

pompeux

demandez-lui

tout cela sert à ses besoins

il

ne veut que

satisfaire

son orgueil, qui lui

lait croire qu'il se

plus respectable aux yeux des autres
n'est pas qu'il soit

donne un air hommes. Ce
,

défendu d'être riche l'Apotre

le

savoit bien; mais

pourvu que

la

richesse serve aux

nécessités de la vie. Ainsi, vous disois-je, ce
l'on

que

condamne, ce

n'est pas le vin, c'est l'intempé-

rance; de
la

même, ce que

j'accuse ici, ce n'est pas

richesse, mais l'avarice, mais la cupidité.
l'autre.

Ne

confondez point l'une avec
point
la

L'avarice n'est

richesse. L'avare, loin d'être riche est pau-

48
vre
Pag. 37.
;

SAINT JEAN CmiYSOSTÔME,
car
il

n'a

que des

besoins. L'avare n'est
il

que
;

le
il

geôlier de son argent,

nen

est pas le
Il

maître

en

est l'esclave,

non

le possesseur.

lui

en coûtesa

roit

moins pour perdre quelque que de toucher

partie

de

propre

chair,

à la plus foible portion

de cet

or qu'il enfouit.
le

On
;

diroit qu'il a delbnsc d'y porter
il

bout du doigt
!

tant

le

garde

et le

conserve pré-

cieusement

s'abstenant de profiter de son propre

bien, aussi sévèrement
certes,
il

que
;

s'il
il

n'étoit pas à lui.

Et

n'est pas à lui

car

ne

se permettroit pas
,

d'en disposer en faveur d'autrui
tourner pour

ni d'en rien dé-

les autres, dût- il être

puni de

sa bar-

bare insensibilité. Appellerez-vous donc à lui un bien dont
il

n'a ni l'usage, ni la libre jouissance?
si

Toutefois^
les riches

l'Apôtre ne donne point

ici

à tous

un commandement d'une
s'accommoder
jeune

plus haute per-

fection, c'est par cette condescendance ordinaire

qui le
Luc.xvrii. i8.

faisoit

à la foiblesse

de

ses aueffet,

diteurs, à l'exemple de son divin maître.

En

quand

le riche

homme

dont parle saint Luc,

s'approcha de Jésus pour l'interroger au sujet de
la vie éternelle
^

le

Sauveur ne

lui dit pas aussitôt
;

de s'en
,,.,
^

aller

vendre tous

ses biens

il

a voit

com-

mencé

commandements de laloi; etsur celte autre demande du jeunehomme
par lui exposer les divers
:

Math.x1x.20. y^pf'ès cela j que

me

reste-t-il

encore a faire F Jésus:

Christ ne répondit pas absolument
Jhid. i\.

Kendez

tout ce

que vous avez

;

mais

:

Si tous voulez

être parfait,

,

S/irWT

JEAN CHRYSOSTonn;.

/(()

vendez ce que tous avez; saus
mais
le

l'obliger à le (aii'e,

lui

en laissant

la libre disposition. C'est

dans

même sens que
,

saint Paul

ne prescrit

ici

rien

aux

riches, quant à la pauvreté; mais seulement quant
à l'humilité'
délicatesse
,

d'abord pour ne point choquer leur

ensuite parce qu'il savoit bien qu'avec

des sentiments d'humilité, avec la fuite de Torj^ueil,

on

étoit

aisément détourné d'aimer

les richesses.

En
ils

avertissant les riches de n'avoir point
,

une
les

haute idée d'eux-mêmes
éviteront cet écueil
le
,

il

leur apprend

comment

en leur mettant sous

veux

peu de confiance que méritent
fragilité et l'inconstance qui

les richesses,
fait le

vu leur
tère.

en

carac-

richesses incertaines.
à

dil-il, de confiance à des La richesse consiste, non pas posséder beaucoup mais à donner avec largesse.
,

JVe donnez point, leur

Abraham

avoit

de

la richesse,

mais sans avarice,

mais sans attachement pour ce
formoit point combien
tels
il

qu'il avoit. Il
tels

ne

s'in-

ou

avoient de maiotii.xvin. 2.

sons, de revenus; mais

alloithorsde sa maison,

découvrir
assister. 11

les

étrangers, recueillir les indii>ents à
,

ne reposoit pas

lui

,

sous des lambris

dorés, mais, dressant sa tente aux pieds de son chêne,
il

se contentoit
:

de

l'abri

que

lui

fournissoit

son

feuillage
les

toute modeste qu'étoit cette habitation
s'y arrêter.

Anges ne dédaignoient pas de

Ce qui
la

les attiroit,

ce n'était pas l'éclat extérieur; mais

vertu

du
16.

saint patriarche.

Voilà, mes frères,
,4

le

f)0

5\1NT

JliAN

CHRYSOSTOME.

modèle que nous

(levons nous proposer.

Que

les

pauvres reçoivent leur pari de ce que nous avons.

La tenic sous laquelle
somptueux;
de potentat
palais des rois.

il

habiioit n'avoit rien de

et elle surpassoit

en magnificence

les

Vous n'avez point entendu
eu des Anges pour hôtes
le
:

parler

(jui ait

Abra-

ham,
lestes,

assis

au pied d'un chêne, dont

feuillage

compose

sa

maison

,

est visité

par

les Esprits cé-

qui accordent cet honneur, non pas à sa rus-

tique habitation, mais à la vertu dont son
étoit orné.

Pensons moins à

cœur parer nos maisons que

notre ame. Quelle honte ne seroit-ce pas pour des
chrétiens, de revêtir à grands frais leurs murailles

de marbres oiseux
dité

et stériles, tandis
sa

que sous leurs
et sa

yeux Jésus-Christ promèneroit
!

misère

nu-

Que vous reviendra-t-il,
à

6

mon frère,

de tant de

dépenses prodiguées
fice?
Fa-.

rembellissement de cet édi-

Comptez- vous l'emporter avec vous? Votre
seule fera avec vous le voyage
voici

28.

âme

du tombeau.

Nous y
l'abri

maintenant

;

ses

horreurs nous envi-

ronnent.

Que nos maisons nous mettent donc à des dangers dont nous sommes menacés.
il

Mais non;

n'est pas possible. J'en appelle à

vous-

mêmes,
vous qui
litaires,

à vous tous qui les avez abandonnées, à
les avez laissées désertes

pour des abris

so-

comme

si

elles

nerecéloient pour vous que

des pièges et des eruiemis.

Demandez à

vos richesses

de vous sauver;

elles sont

sourdes à votre voix. Si

SAINT JEAW CHRYSOSTÔME.
VOUS
contre
reconnoissez
la

5l

aujourd'hui

leur

impuissance
la

colère d'un

homrne

,

combien plus ne

reconnoîtrcz-vous pas à ce jour inévitable de
colère

la

du juge suprême

!

Aujourd'hui que

l'indi-

gnation

du

prince pèse sur nos têtes, tout notre or
;

ne nous sert de rien
vera-t-il

bien moins encore nous sau-

des vengeances du Dieu qui ne nous en de-

mande
biter,

point.

Nous bâtissons des maisons pour les lia-

non pour en concevoir de Torgueil. Ce qui va au-delà de la nécessité; n'est plus qu'inutile et superflu. Vous avez une chaussure qui excède la mesure de votre pied
;

elle
;

vous embarrasse

,

elle

vous

empêche de marcher il en est de même de votre habitation, quand elle passe le besoin; elle vous relient et vous empêche d'aller vers le ciel. Il vous
faut

de vastes
je le

et

magnifiques habitations. Bâtissez,

en^

veux bien

mais non point ici-bas, sur

la

terre.
faits

Construisez-vous dans le ciel des pavillons

pour recevoir d'autres encore que vous, des pavillons qui ne puissent vous manquer jamais.

Quel

délire

de

poursuivre

ce

qui

sans
!

cesse

échappe de nos mains,
vous, demain contre.

et reste à la terre

Rien de

plus trompeur que ces richesses. Aujourd'hui avec

On ne les remarque qu'avec yeux jaloux; ennemis domestiques, on ne les des possède qu'aux dépens de son bonheur. Je vous
en prends
à

témoin

,

ô vous

qui vous
et les

épuisez

en précautions pour

les

cacher

enfouir: vos

52
richesses

SAINT JEAN CURYSOSTOME.

ne sont pour vous

([u'uiie

source nouvelle

de

danf;;ers et d'alarmes.

Les pauvres n'ont pas ces
les

inquiétudes; rien ne les embarrasse, rien ne

gène, prêts qu'ils sont

à tout

événement

,

Lien difIls

férents des riches poiu' qui tout est dillicullé.

vont

el

viennent, c^iiercliant où cach(u- leur trésor,

à quelles

mains

ils

en conlierojit

le

dépôt. Pouiquoi

tant chercher, ô
tout

mon

frère, pour

ne trouver après

que des compagnons d'esclavage? \oilà Jésuss'offre à

Christ qui

vous, Jésus-Christ tout prêt à
le

le recevoir, à

mettre en lieu sûr

dépôt qu'on lui

livre; Jésus-Christ qui,

non-seulement saura bien
le
nirultiplier

vous le conserver, mais

et

vous le

rendre à grand intérêt.
par lui-même
il

Ne

craignez pas qu'on
il

vienne l'arracher de ses mains. Non-seulement
est
le

plus fidèle de tous les déposi-

taires;

garantit encore par toutes les assurances

l'inviolahilité

du dépôt. Votre ami
il

croit vous faire
;

grâce quand

consent à se charger de voire dépôt

Jésus-Christ, en le prenant, ne se regarde point

comme le bienfaiteur,
loin de nous

mais

comme l'obligé

;

et

bien

demander récompense du
c'est lui

soin qu'il

prend de nos intérêts,
récompenser.

qui veut nous en

Quelle excuse pouvons -nous donc alléguer? à

quel pardon pouvons-nous prétendre, de sacrifier un
tel dépositaire ? et à

qui

? à

des
à

pour défendre notre argent,

hommes sans force des hommes qui sa-

SAINT JEAN CHRTSOSTÙME,

55

vent bien (aire valoir le service qu'ils nous rendent,
et qui
,

après

toiit

,

ne font que nous restituer ce

qui est à nous, sans y rien ajouter. Etranger ici-bas,

vous avez clans le
portez

ciel

voire véritable patrie. Transafin d'anticiper,
^^i-

tout ce

que vous avez,
,

dès la vie présente
la vie future.

sur

les

jouissances réservées à
se nourrit des célestes

29*

Car celui qui

espérances^ goûte par avance les joies

du royaume
capable de

des cieux. Rien qui

soit d'ordinaire plus
,

relever l'âme abattue

d'en soutenir l'essor vers le
et cette préri-

bien

,

que l'espérance des biens futurs

cieuse tranquillité de l'âme qui a transporté ses

chesses au céleste séjour.
l'application est

Ceux au contraire dont

bornée aux embellissements d'une
,

maison terrestre

riches à l'extérieur, ne comptant

pour rien les richesses intérieures^ ceux-là laissent
leur

âme vide en
,

proie à la fange et à la corruption.

Mais n'ayez que de l'indifférence pour tout ce qui
n'est qu'extérieur;

que toutes

les affections

de votre de plus
:

âme

se dirigent vers ce qui peut l'embellir
,

en plus

vous en ferez

et quelle

demeure de Jésus-Christ plus grande félicité peut -on concevoir?
la

Vous aspirez à la richesse? donnez-vous pour ami Dieu lui-même et vous serez au comble de tous les
:

biens.

Vous

aspirez à la richesse

?

ne prenez point

une haute idée de vous-même; vous y gagnerez, non pas seulement pour la vie future mais dès la
,

vie présente.

Rien de plus exposé

à l'envie

que

54

SAIIM'

JEAN CIIKYSOSTOME.
si

riche, et plus encore

c'est

un riche

ori^iicilleux
,

:

douhle écueil

que: l'on

ouvre sous ses pas

nouvelle

source d'implacables inimitiés.

Une

condition et des
,

sentiments humbles désarment Tenvic

en prévienla

nent

les

tyranniques fureurs, vous assurent

pos-

session de ce

que vous
c'est

avez.

Or,

voilà le privilèj;e
le ciel

de
et

la

vertu

,

de servir nos intérêts pour
la terre.

de nous récompenser sur

Que

vos richesses

,

que rien au monde ne vous
spirituelles

fasse concevoir

une haute idée de vous-mêmes. Si
mêle aux choses
en
est

l'orgueil qui se
le poison
,

à plus forte raison l'est-il

dans

les choses

charnelles. Réfléchissons sur notre nature, rendons-

nous compte de nos offenses

,

apprenons qui nous
l'obli:

sommes: c'en

sera assez

pour nous pénétrer de

gation d'être humbles.
lant d'années de

Ne venez

pas

me

dire

J'ai

mon
;

revenu en épargne, tant de

sacs d'or et d'argent

ma
:

fortune se grossit chaque

jour par

mes bénéfices
il

toutes paroles oiseuses, in-

considérées ;

ne faut qu'une heure , qu'un

moment

imperceptible, pour qu'un vent impétueux vienne
souffler d'en

haut sur tout cet édifice, et
vaine poussière. L'histoire

le dissiper

comme une
n'est
est

du monde
;

que

l'histoire

de ces révolutions
:

l'Ecriture
,

pleine de ces leçons

aujourd'hui riche

pauvre
:

demain.

On

rit

de

pitié

de voir dans un testament
,

Je lègue à celui-ci
priété
,

telle terre
;

telle

maison en pro:

l'usufruit à celui-là

étrange distinction

SAINT JEAN GHIVYSOSTOMF,.
tous tant

05

que nous sommes
,

,

nous ne possédons rien

(ju'en usufruit

rien en propriété.
vie
; ,

La jouissance

(lureroit autant

que votre
les

vos richesses n'éprou,

vcroient aucune altération

toujours finirez- vous
à

bon gré malgré, par
donc de propriété
taché.

céder

un
et

autre.

Il

n'y a

réelle

que pour
,

celui qui a su

mépriser ces Liens périssables

qui s'en est dé-

Vous vous en

êtes dépouillé
:

pour

les

verser
fait

dans

le sein

des indigents

c'est là

en avoir

un

légitime usage; c'est là s'en être assuré la propriété^
et

une propriété que la mort elle-même ne vous enlèvera pas, une propriété que vous recouvrerez
tout entière
,

et

bien d'autres encore avec elle

,

à ce

pa;'.3o.

jour fatal

vous sera

du dernier jugement, où leur secours si nécessaire dans le rigoureux examen
à subir.

que chacun de nous aura
de garantir
la

Le moyen donc

à la fois et la

jouissance et fusufruit, et
,

propriété de ses biens

c'est

de s'en détacher.
à la

Autrement vous en serez complètement séparé
mort
,

si

même avant

ce terme fatal

,

vous ne l'avez

pas été déjà par quelqu'une de ces déplorables vicissitudes qui toujours
terre.

menacent

les

choses de la

Ce qui
,

alors rendra la séparation plus

doulou-

reuse

ce n'est pas seulement le dépouillement uni-

versel qu'elle

amène, mais

la surprise

qui tout à

coup viendra plonger ce riche dans cette extrême
indigence.
incursions

Le pauvre
:

est à l'abri

de ces brusques

il

n'a point d'or ni d'argent, point

de

56

SA1«T

Ji;\I\

CHRYSOSTÔME.

ces maiièrcs insensibles sur quoi se fonde sa confiance
;

il

se repose sur

Dieu seul

,

sur une Provilarj^essc. Il

dence qui distribue

ses biens
le ricîic,

avec

n"a

donc point

,

comme

de Irequenles et con-

tinuelles vicissitudes à redouter. Les biens qui lui

sont départis en abondance sont tous ceux qui nous

sont bien plus nécessaires que les ricbesses

:

par

exemple,
pour

l'air,

l'eau, le feu, le soleil.

Tous ces

bienfaits ne sont-ils point
le

pour

le

pauvre

comme
l'autre

riche? Ce dernier

jouit-il

mieux que
le

des rayons que répand
Ic-t-il

l'astre

du jour?

L'air circu-

en plus grande abondance pour

riche que

pour

le

pauvre? Non, tous deux en reçoivent une
a-t-il

part égale. Pourquoi donc Dieu

rendu com-

munes
tandis

à

tous les choses les plus excellentes, les
,

plus nécessaires

où sont

les

éléments de notre être;

que

les

richesses, d'un bien

moindre prix,
le

puisqu'on peut s'en passer, ne sont pas

partage de

tous? Pourquoi, nies frères? Pour servir tout à la
fois et

d'entretien à notre existence, et d'exercice à
Si

notre vertu.
fussent

Dieu

n'avoit

pourvu

à

ce qu'ils

communs

à tous, l'avarice des riches les auelle

roit gardés

pour eux seuls,

en auroit voulu

priver les pauvres. Si, d'un autre côté, les richesses
avoient été données à tous également
,

il

n'auroit

plus fallu d'aumônes

;

et la charité,

devenue un vain

noni^ n'auroit pas eu occasion de s'exercer. Les
biens de
la

nature sont

communs

:

cela devoitétre

SAINT JEAN CHRYSOSTÔME.

67
ie sont

pour
pas
:

le

soutien de

la vie.

Les richesses ne
le

cela devoit être

pour nous ménager
;

mérite

et la

récompense des bonnes œuvres
,

pour nous

apprendre à détester l'avarice
tice, à

à pratiquer la jus-

subvenir aux besoins des pauvres, à profiter
Jious présente

du remède que l'aumône

pour
fait

la ré-

paration de nos péchés. Dieu vous a

riche:

quel motif vous porte à vous faire pauvre? Dieu vous
a fait riche, pour

que vous

assistiez les indigents,
le droit
ri-

pour que vos miséricordes vous donnent
d'espérer la miséricorde.
chesses.
Il

vous a été donné des

En les tenant renfermées, vous vous perdez;
la

en en

les

répendant, vous vous sauvez. Si

possession

est incertaine et toujours

mal assurée. Dieu Va
at-

voulu ainsi, pour prévenir les mécomptes d'un

tachement désordonné; car
avec tant d'ardeur
lière
,

si

on

les

poursuit encore

malgré l'expérience journaqu'il

du peu de fonds
autrement
fortifiée

faut faire sur elles, et
,

des dangers qu'elles entraînent

que

seroit-ce

s'il

en

étoit

,

et

que leur séduction
les

se trouvât

encore

de l'assurance de

conserver tou-

jours? Aquelsexcèsne se porteroit-onpasTQuel crime
se refuseroit-on?

que n'auroient pas

à craindre la

veuve et l'orphelin ? Quel pauvre seroit à l'abri de l'oppression du riche?Détrompez-vousdonc,
n'estimez point les richesses

un

si

mes frères, grand bien. Le
ri- Pag. si.

plus grand des biens, ce n'est pas d'avoir de la

chcsse, c'est de craindre le Seigneur et de l'honorer.

5S

SA.T1NT

JliAN CIIRYSOSTÔMK.
(i<;

Un
;i'il

sojil jusic, rcnij'li

coiiiianciMlans le Seigneur,
la

s'en rencontroit
,

parmi nous dans

conjoncture
seroit

})résonte

tiil-ii le

plus pauvre des
l'orai^c

hommes^

capable de conjurer

qui gronde sur nous.
tous les

{]nc prière fervente, bien

mieux que
les coffres

monboue

ceaux d'or accumulés dans
fléchir la colère

du riche peut
péril
,

du

Ciel.
je

Ce

n'est pas cette vile

qui nous sauvera,

ne dis pas du

où nous
la

sommes, mais de
mort,
et

la

moindre maladie

mais de

de tout autre accident. Stérile consolateur,

ce n'est pas votre or qui vous rendra moins sensible aux atteintes

de

l'adversité.

Pag. 32.

Digression sur

les plaisirs
et

de

la table;

nous

la

ren-

voyons à rarlicle Richesse
p,,,,

Pauvreté.

33

Pénétrons-nous de

la

philosophie chrétienne, ô

mes bien-aimés,

et la

pauvreté n'aura nulle prise

sur nous. Elle nous sera

même

profitable, en don-

nant un nouveau lustre à notre

vertu

_,

et

nous

donnera bien plus que toutes
avoit-il
,

les

richesses.

Qu'y

dites-moi, de plus pauvre que le prophète

Elie? Mais c'étoitsa pauvreté
Pii".34.

même qui l'élevoit aules richesses ter-

dessus de tout ce qu'il y avoit de riches. Riche de
trésors spirituels
restres rien qui
ses pensées
, ,

ne vovant dans
fût au-dessous

ne

delà grandeur de

rien qui fût digne de la sublime phiil

losophie qu'il avoit emhrassée,

choisit

de préfé-

rence à toul

la

pauvreté, et se réduisit à n'avoir

SAIKT JEAN CHUYSOSTÔîvII^.

59

pour lout bien qu'un manteau
pieds toutes les
lut à sa

,

foulant sous les

pompes de

la

vanjtc

humaine. Ce
i^ois.

pauvreté qu'il dut
,

les

hommai^es des
ses richesses,

Ce pauvre

il

s'étoit

rendu nécessaire au monarque
tomber

deJuda,quivenoit, avec toutes

aux pieds du plus misérable de
donc, dans ce
vil

ses sujets. Il y avoit manteau, quelque chose de plus

riche que la pourpre, et dans la caverne de ce juste
plus de magnificence que dans les palais d'un roi.

Aussi, le jour qu'il s'éleva dans le ciel, le prophète

iv.iie.n

i;

ne

laissa-t-il à

son disciple d'autre richesse que son
j'ai^

manteau. Avec cette arme,
Je

lui dit-il,

combattu

Démon; avec

elle, tu

en triompheras aussi bien
frères! quel glaive
!

que moi. Quel bouclier, mes
quel inexpugnable rempart
!

Elysée reçoit avec ce

manteau

le

plus riche de tous les héritages, plus
fois

précieux mille
se reproduisant

que tous

les trésors. C'étoit Elie
la fois

dans son disciple, Elie tout à
!

dans

le ciel et

sur la terre.

applaudissez au

Ah sans doute que vous bonheur du prophète; chacun de
lui ressembler.

vous souhaiieroit de

Mais, écoutez-

moi. Les saints mystères auxquels nous sommes
initiés,

nous donnent quelque chose encore de plus
quittant
;

merveilleux. Elie
laissa

son disciple

,

ne

lui

qu'un manteau

le fils

de Dieu, en remontant

vers son père, nous a laissé sa divine, chair. Elie se

dépouille de son vêtement pour le léguer à Elysée;
Jésus-Christ nous transmet sa chair sans la perdre.

.

\

Go

SAINT

JEA!N

CIIRYSOSTOME.

Avec un scml)lablc présent, cessons de nous croire
nialhcnrcux
,

cessons d'accuser nos calamités et de

craindre les disijraccs du temps. Le Sauveur qui a
consenti à répandre son sani^ pour tous, à nous
li-

vrer sa propre chair
ticiper à la

,

à

nous

faire, après cela

,

par-

communion de son sang, que

n'esl-il

pas disposé à faire pour nous sauver? Dans cette es-

pérance, prions, prions sans relûclie. Attachons-

nous à l'exercice de toutes
riter

les

vertus^ afin de
,

mé-

d'échapper au péril présent
,

et

de parvenir

aux biens futurs Père

par

la

grâce et la miséricorde de

Notre Seigneur Jésus-Christ^ à qui soient avec Bien
le

et le Saint-Esprit, la gloire
!

dans les siècles

des siècles
^

Amen

(*).

Homélie III.
Départ de Vévêque Flavien pour Constantinople.
Exhortation sur le jeûne. Ses caractères. Contre
la

médisance

et les hlasplièmes

Pag. 35.

£jj arrêtant

mes regards sur
la

cette chaire qui

ne

retentit plus

de

voix de son évêque (i), je

me sens

pénétré d'un double sentiment de joie et de dou(*)

Hom.

11

ad popul. Andûch.

,

Morel

,

Opusc, tom.

i

,

pag.

22

— 3S.
,

(i)

Quoique Flavien eût
,

choisi spécialement saint
il

Jean Chrysostôme

alors simple prêtre

pour son prédicateur,

ne se dispensoit pas pour cela

de jnècher lui-même. Théodoret parle avantageusement de ses sermons
rontre
les
,

Ariens

,

et sur divers sujets.

(

Hist. vcclcs.

,

lib.

iv, cliap. xxv

;

Dupin

liibiiolhèqnr ,\'' siècle, part, i, pag. i().)

SAINT JEAN GHRYSOSTOME.
leur
:

6l

de douleur

,

à

cause de l'absence de notre

père; de joie, à cause

du motif de son absence, déde notre salut,
et l'espe'rance

terminé par

l'inte'rét

d'arracher ce grand peuple à la colère
,

du

prince.

Voyage bien honorable pour vous mes frères, bien glorieux pour lui pour vous qui jouissez du bon:

,

heur d'avoir un
ses enfants

tel

père

;

pour

lui,

qui témoigne ù
si

une

si

vive sollicitude, et justifie

bien

par ses œuvres

la

parole de Jésus-Christ. Parce que
le

l'Evangile nous dit que

bon pasteur donne sa vie
sienne pour nous

jcann.xi.n.

poiii' ses brebis ; il est allé offrir la

tous, sans être détourné par les raisons, ce semble
si

impérieuses, qui combattoienl sa généreuse réso:

lution

une

vieillesse déjà si

avancée, une santé
rigoureuse (i),

chancelante, une saison encore

l'approche de nos augustes solennités; à la suite de
ces pressantes considérations
,

le

danger de perdre

une sœur unique, près d'entrer au tombeau. Mais
ni les droits
état

du sang,
,

ni son âge, ni le mauvais
,

de

sa santé

ni l'embarras des circonstances
la

ni

les difficultés

de

route n'ont

pu

prévaloir sur la

tendre affection qu'il vous porte; et le désir de vous
sauver,

rompant tous
rendu
sa

les liens

qui dévoient

le rete-

nir, lui a

première jeunesse, et semble lui
11 s'est

avoir

donné des

ailes.

dit à

lui-même

:

Si

(i)

Vers

la fin

de février 887

,

au coaimeucemcat du Carême qui dans
,

l'Orient duroit sept semaines.

02

SAINT Jr^AN CIIKYSOSroMF,.

Jésus-Christ a bien voulu se livrer

poumons, comcombien

bien nous serions inexcusaliles
criminels, nous à qui cet
confié, de ne pas tenter,

,

même
a été
ris-

immense troupeau

même

à

nos propres
le

ques, toutes
à notre ville

démarches qui puissent rendre
!

calme

Le patriarche Jacob, simple pasteur
si

de brebis, leur accordoil un

affectueux intérêt

_,

que pour
il

elles,

pour des animaux sans raison, dont

n'avoit à rendre

compte qu'à un homme,
chaud

il

sa-

ncn.xxx1.40. crifioit ses

nuits, bravant le froid et le

,

s'ex-

posant à toutes les intempéries des saisons^ afin que

pas une ne pérît sous sa conduite

;

et

nous pasteurs
,

des âmes, nous, comptables à Dieu

du dépôt

qu'il

nous a confié, nous balancerions, nous calculerions

quand

il

parlé noire évéque;
Pag.'u;.

y va du salut de notre troupeau? Ainsi a il sait bien que c'est ici la cause,
seule cité, mais de tout l'Orient, dont
est la

non d'une
Antioche
Aussi

capitale,

dont

elle

est

la

mère.

n'a-t-il

pas différé

un moment
l'a

d'exécuter son
le

noble dessein. Heureux augure pour

succès de
laissera

son entreprise. Dieu qui

inspiré,

ne

pas sans récompense un aussi héroïque dévouement,
et

ne permettra pas que Flavien revienne sans ap-

porter avec lui notre grâce.

Un

prince aussi

reli-

gieux que

le

nôtre ne soutiendra pas d'un

œil
est les

courroucé l'aspect de ce visage vénérable. Tel
le privilège

de

la sainteté

,

que non-seulement
,

paroles sorties de sa

bouche mais

sa

présence seule

SAINT JEAN CHRYSOSTÔME.

Ô5
céleste.

répand autour

d'elle

une grâce loule

La
la

haute sagesse qui anime notre auguste pontife,

proibnde connoissance
mettra sur ses lèvres

qu'il a

de nos saints oracles

les paroles
,

que Moïse adressoit
Exod.

au Seigneur

:

Si cela se peut

pardonnez-leur celle

wxw.

faute; sinon faites-moi mourir avec eux. Telles sont
les entrailles

des saints, qu'ils aiment mieux mourir
11

avec leurs enfants que vivre sans eux.

ne man-

quera pas de mettre à

profit la circonstance

même
yeux
par-

de l'approche de la Paque, pour mettre sous de l'empereur
le

les

grand exemple de miséricorde
a

que Jésus-Christ

donné au monde, en
la

lui

donnant. Pour l'exciter à

clémence

,

il

lui rapMatth. xxv.
^^"''

pellera la parabole des dix mille talents, des cent

deniers. Plein de confiance dans

îa

piété de l'em-

pereur,
et
il

il

ne craindra pas le risque des applications,
:

osera lui dire
il

«

Prenez garde qu'au jour du
soit

w
»

jugement

ne vous

dit à

vous-même: Mé-

//W. .wm.

chant serviteur, je vous avois remis toute votre
y

» dette

parce que vous m'en aviez prié. Ainsi de-

» viez-vous

pardonner a vos compagnons. Vous ga-

» gnez bien plus encore »

qu'eux-mêmes,

à leur par-

donner de légères

offenses, après qu'il vous en a
». Il le pressera

» été

pardonné de plus grandes
la

par ces paroles de

prière qui lui fut apprise au
:

jour de son initiation à nos saints mystères

Par-

iiùd.

m.

12.

donnez-nous nos offenses comme nous les pardonnons a ceux qui nous ont offensés. Il lui représentera que

64

SAINT JEAN CIIRYSOSTÔME.
il

roulrai^e dont

se plaint

ne doit point être imputé
lut le <;rime

à lu ville entière;

que ce

de quelques

particuliers, qu'il n'y eut de coupables

que quelà

ques étrangers sans aveu
insensée;
qu'il

,

emportés par une Ibugue

y auroil

une

injustice réelle

détruire toute une ville pour le crime d'un petit

nombre

d'individus, à en faire retomber la peine

sur des innocents; qu'après tout,

en supposant

même

que

l'universalité des citoyens se lût
les angoisses

rendue

coupable,

de

la crainte^ et cette

mort
mort

de tous les
cette

moments,
ils

cet exil, ce bannissement,
,

longue chaîne de supplices pires que

la

elle-même, auxquels

étoient en proie depuis tant
être regardés

de jours

,

pouvoient bien
suffisante.

comme
ajou-

une expiation
» lera-t-il
,

«Tenez-vous en,

à ce cbâtiment.

Ne prolongez

pas da-

» vantage votre
»

courroux. Assurez -vous à vous-

même la miséricorde du Juge suprême, en exerçant
Pensez quelle

» la miséricorde sur vos semblables.
» est l'importance » population
Ac!. XI. 2ô.
**
:

de cette

ville

,

l'étendue de sa

l'univers tout entier la

met en

tête

^6^ plus grandes cités. C'est là que les serviteurs

;}

de Jésus-Clirist recurent

le

nom

de chrétiens.

»
»
Pa". 37.

Par honneur pour Jésus-Christ, ménagez celle qui, la première, a répandu dans le monde ce

"

nom

vénérable

et

cher à
,

tous. Elle fut le sanc-

» tuaire

des Apôtres

la

demeure des

justes.

Jamais

» avant ce

monstrueux

attentat, la majesté

de nos

SAINT JEAN GIIUYSOSTOME.
» princes n'y avoit été
»

65

méconnue
la révolte

;

et tous les siècles

écoulés jusqu'à nous déposent cufâveur des

mœurs
;

»

de ses habitants. Si

y étoit habituelle,
sévir

" à la
))

bonne heure
ne peut

,

on auroit droit de

mais
^

si

l'on

lui

reprocher que ce seul écart

» c'est la
jj

preuve qu'il ne faut point s'en prendre à
,

ses

citovens

mais à des furieux qu'elle ne compte
ses

» point

parmi

enfants».

Telles et plus pressantes encore seront les remontrances que notre généreux évêque adressera à l'em-

pereur. Le zèle de l'un

,

l'humanité de l'autre, nous

répondent que son voyage n'aura pas été sans succès;
et ce qui

nous

core,

c'est la

une garantie bien plus sûre enmiséricorde de notre Dieu. Oui^ j'ose
offre

l'espérer,

Dieu ne dédaignera pas de
l'un et diriger la
les lèvres

se

rendre

in-

termédiaire entre le prince et le pontife pour fléchir
le

cœur de

langue de l'autre, régrâce et l'onction qui

pandre sur

de l'un

la

persuadent, dans l'âme de l'autre, l'indulgence
qui pardonne et ne résiste pas aux supplications.

Antioche est, de toutes
plus chère au

les cités

^

celle qui est la

cœur de Jésus - Christ ,

tant à cause

de ceux qui vous y ont devancés ^ que pour votre propre vertu.... Si le Seigneur promettoit autrefois de
l'aire

grâce à toute une ville pécheresse, en faveur
s'y

oen.

wm.
^'^

de dix justes qui
sera-t-il

rencontreroient, combien ne

pas plus disposé à la faire à celle qui pré,

sente à ses regards
16.

non pas dix
-

,

mais un bien plus
5

C()

sAl^T

Jl•:A^

ciihysostôme.
iiiic

j^rnnd iionihidlViiiics (jui le .servent avec

exem-

plaire fidélilél
11

en

est

parmi vous plusieurs qui
à

se <1o(Ouiat;eiit,

et

dont raballemenl cherche

s'autoriser

de ces

paioles (jue
iiov. M\.i2.

leur bouche
celle

nous-mêmes avons entendu sortir de Que la colère du roi est semblable a
:

du

lion.
:

Je leur répondrai (pie
et les

le

même

Dieu

is-!

XI.

6.

qui a dit

Les loups

ngjieaux iront ensemble

nu même patinage ; le tigre reposera à côté de la brebis et le lion mangera la paille avec le bœuj\
,

peut

,

s'il
,

lui plaît

.

donner

à ce lion la

douceur de
roi,

l'agneau
et

c'est-à-dire qu'il amollira le
ses

cœur du

désarmera
,

vengeances. Adressons-lui donc
lui d'autres

nos prières

dépuions vers

ambassa-

deurs. Notre pontife intercède auprès de l'empe-

reur que nos propres supplications aillent trouver le
;

roi

du

ciel

,

fortifions par nos prières celles

de notre
elle

évéque. Toute une église peut beaucoup, quand
unit ses prières dans

une

même

affection et
et

dans un

commun
cela,

sentiment de repentir

de douleur. Pouipoint de long

point de mers à traverser,
à

voyage

entreprendre; du pied de ces autels où

nous sommes rassemblés^ du fond
maisons, invoquons
le

même
je

de nos
et
il

Seigneur avec ferveur,

nous exaucera. Quel témoignage puis-

vous en
le désir

donner? L'amour
ardent où
courir à
il

même qu'il

a

pour nous,

est
,

que nous ne

ccssio)is

jamais de recir-

lui

que nous l'implorions en toutes

,

SAINT JEAN CHHYSOSTÔMIÎ.
constances
sans
lui.
,

Gt
f

que nous ne disions

et

ne fassions rien

Les

hommes
les

se fatiguent aisément des sol,

licitations

qui

implorent
Il

ils

s'offensent de l'im-

p^j. ss,

portunité de la prière.

n'en est pas ainsi de Dieu;

au contraire, Ecoutez
le

il

ne

se fâche

que de
aux

n'être pas prié.
:

reproche

qu'il fait

Juifs

T^ous avez
,

tenu un conseil où je n'ai point été appelé
fait
est

vous avez

un traité oit un sentiment jaloux,
il

je n'ai point eu de part.
il

L'amour

veut intervenir dans

chacune des pensées
quels

et des actions

de ceux aux-

s'abandonne. Vous entendrez souvent le
le

Seigneur répéter
Ecritures
:

même

reproche dans

ses saintes

l'unique remède contre tous les

maux,

c'est le recours, et le recours continuel à Dieu.

Un

homme
avoit

vous épouvante? adressez -vous an maître
,

d'en haut

et

il

vous protégera.

Un

roi

de Perse

condamné la nation

juive tout entière à la

mort
;

personne n'osoit braver

la colère

du monarque une
se

iémrae du plus haut rang, se dépouillant de la pompe
des cours
,

se revêt
,

d'un habit de deuil
la

,

couvre

Je cendre

implorant

divine clémence et supelle

pliant le Seigneur
roi.

de pénétrer avec
,

auprès du
fsth. xtv. i3.

Seigneur,

s'écrioit-elle

donnez à mes paroles

la

dons-en autant

Demanmes frères pour notre évéque. Si une femme seule a pu triompher de la colère d'un
, ,

grâce de plaire et la force de persuader.

roi

barbare

,

à plus forte raison devons-nous espérer
ville telle
o.

que notre pontife, intercédant pour une

68

SAl^T JEAN CHRYSOSTÔME.

qu'Antioclic, et seconde par les prières de loulc
l'E^'lise^

calmera

le

ressentiment

du

plus

humain
le

des princes. Ce n'est pas en vain qu'il a reçu
voir de déli<n' les péchés
;

pou-

commis contre la majesté demandé le pardon de ceux qui ont été commis contre une majesté humaine. Jasperons donc; mais prions, supplions, conjurons, humilions - nous en présence du .Seidivine
il

n'aura pas vainement

!''?;

^9-

gneur; joignons

le

jeûne à

la prière.

Le

jeiine sera

pour nous encore un puissant intercesseur. Vous
voyez, quand l'hiver est passé, le nautonier équiper
ses voiles, le soldat

préparer son équipement mili-

taire, l'athlète s'exercer à la lutte, le

laboureur sa

remettre à sa culture. Chrétiens, nous
à la fois nautoniers
,

sommes

tout

soldats

,

athlètes et laboureurs;

car nous avons à lutter contre les orages des passions
,

nous avons
à

à

combattre

les

ennemis du
spirituel
;

salut,

nous avons
geurs sur
Fphes.vi. 12. difficile

labourer un
,

champ

voya-

la

terre

nous marchons par un sentier
:

pour arriver au ciel. Ecoutez l'Â-pùtre
,

JYoïis

sommes
et le

dit-il
,

,

en guerre ^ non pas contre la chair
les

sang

mais contre

puissances de ténèbres ;

revêtez-vous donc de l'armure divine. Athlète, le

moment du combat

est arrivé, dépouillez-vous

pour
c'est-

entrer dans l'arène, marchez

nu

à l'ennemi
,

;

à-dire, laissez là les embarras de la vie
les
ibid II.

les soins et

inquiétudes du monde. Soldat,

les

Démons vous

i^^jj^ ^^j^g

guerre implacable

:

Bevêtez-Tous de l'ar-

SAINT JEAN CHUVSOSTÔME.

{>9

mure divine , couvrez-vous-en
Cultivez le

loul entier,

pour que
ces épines

l'ennemi ne trouve nulle part de prise sur vous.

champ de

votre

âme, arrachez
^

qui étoufferoient le hon grain

jetez

-y

la

semence
,

de

la

piété, faites-y croître les saintes institutions
,

travaillez

remuez sans relâche

cette terre ingrate

:

et vous mériterez

que l'Apôtre vous adresse ces pale

roles

:

// est juste que

laboureur reçoive avant w.Tïm.ïi.^.
le

tout autre le fruit

de son labeur. Pour tout cela,
efficacité.

jeûne vous sera d'une merveilleuse

Ce
la

que

j'appelle jeûne, ce n'est pas celui
,

que font
la

plupart des chrétiens

non pas
mais

celui qui se
le

horne
pé-

à l'ahstinence des viandes,

jeûne de

nitence, mais l'abstinence

du péché,

le seul légi-

time,

et

qui puisse effacer

les souillures

du péché, pa. 40,
5.

dit saint Paul, battu.
il

Point de couronne a prétendre pour V athlète, nous n.Tim. n a moins d'avoir légitimement com-

Le pharisien jeûnoit

;

et

après tous ses jeûnes,

sortoit

du temple

,

vide de bonnes œuvres et de
;

récompense. Le publicain ne jeûnoit pas

et

il

passe

avant le pharisien. C'est que le jeûne ne sert qu'autant
qu'il est

accompagné de toutes

les qualités
ils

requises. Les Ninivites jeûnèrent, et
la justice divine; les Juifs

fléchirent

jeûnèrent aussi, mais en

pure perte. Puisqu'il y a donc tant de risques à ignorer les conditions du jeûne, il faut les connoître,
faire

pour ne s'exposer pas

ci

courir en vain, à ne

i.Cor.ix.aO.

que

battre l'air, et s'attaquer à

une ombrCvLe

,

70
jeûne
OS t

SAIMT JliAN CHKYSUSTOiMii.

un remède; maisiout remède,

([uoiqu'é'
il

prouvé dans cent occasions, échoue, quand

est

mal appliqué;
au
fait, et

il

faut, pour qu'il opère, être bien

du moment favorable, et des doses, et du malade et delà température de et des dispositions particulières une foule d'autres
la

constitution

,

:

circonstances dont le

concours est

si

nécessaire,

que

si

l'une vient à

manquer, tout
,

le reste

devient
si

non-seulement inutile
Tiniérét

mais préjudiciable. Or,
attentions
intérêts
si

du corps exige des

délicates,
spirituels?
,

en devons -nous
V^oyons donc
joîi. III, 7.

moins aux

comment jeûnèrent

les Ninivitcs

de

manière à mériter leur pardon. Le prophète com-

mande que
eux-mêmes

les

hommes

et les

animaux eux-mêmes
!

soient privés

de toute noiirriture. Quoi
obligés à la pénitence
,

les
,

animaux

?

Oui

de

même

qu'aux obsèques d'un grand

tout ce qui apparte-

noit à son service, jusqu'au cheval qu'il montoit,
vient
,

dans

les

livrées
;

du

deuil

,

accompagner
contenance
la
,

la

cérémonie funèbre

et leur triste

ex-

primant leur douleur, excite à pleurer

mort de ce-

lui qu'ils ont perdu. Tel fut l'esprit de l'ordonnance

qui, dans cette grande ville, condamnée à mourir,
assujettit les

animaux

à la pénitence. Incapables de
la

sentir la colère

de Dieu par

raison

,

qu'ils

la

sentent par

la

faim. Si Ninive doit périr, non-seuleles
;

ment

les

hommes, mais

animaux eux-mêmes
,

ne seroient pas épargnés

en conséquence

puis-

SAINT JEA^ CIlKYsOSTO)\iE.
qu'ils auioietit leur pari

->

l

dans

le châlinjcnt, qu'ils

})artageiil aussi la pénilence.

En étendant

cette pé-

jiilence

jusque sur

les

animaux, on ne
fait

faisoil

qu'y

renouveler ce qu'avoient
ciens. Lorsqu'ils voyoient

déjà les prophètes an-

quelque fléau prêt à fonde

dre du
pardon
,

ciel

sur des pécheius sans espérance
,

alors
la

à défaut d'autres cires qu'ils puissent

présenter à

divine
et

miséricorde,

ils

s'adresseni

aux animaux^

par

la

considération des calamités
ils

dans lesquelles
ressent

ils

vont être enveloppés,

inté-

en faveur des
,

hommes

la

clémence du Seifamine célèbre

j^neur. Ainsi
I

du temps de
à la suite

cette

qui désola
avoit

la

Judée,

d'une sécheresse qui
:

tout dévoré,

Joël s'étoit écrié
étahle

La
,

génisse

jud.t.is

a-.,

est languissante

au fond de son

les

bœufs
ne
p^.^.

font

retentir leurs

mugissements , parce

qu'ils

41,

trouvent nulle part de nourriture; les bêtes

mêmes
,

des champs soupirent

j

levant la tête 7>ers dous

Seigneur, parce que
séchées. Et Jérémie
:

les sources

des eaux ont été
jercm.
xiv.

La

biche s'est déchargée de
l'a

son faon dans la campagne, et elle

abandonné

^'''^'

parce quelle ne trouve point d'herbe. Les ânes sauvages se tiennent sur
attirent
les

lieux les plus escarpés ;

ils

fortement

l'air

comme
,

les

dragons

,

leurs

jeux
colère

sont tout languissants

parce qu'ils n'ont point
la

trouvé d'herbage. Qui est-ce donc qui désarma

du Seigneur? Fut-ce
fut la

le

jeûne et

la

cendre?

Non. Ce

conversion des Ninivilcs. Le prophète

, ,

72
Je

SAINT JEAN CHllYSOSToMI'.
tlcclaïc

expressénieni
:

:

Le

Seigtteur considéra

leurs œiwres
i'ertis

icsquellcs ? // lul qu'ils s'éloicnt conojoie.

en quittant leur mauvaise

Ce

fut

donc

moins leur jeûne que leur changement de
les
fit

vie qui

rentrer en grâce avec Dieu. N'allez point
faille

conclure de ces paroles qu'il
jeûne.

dédaigner

le

A Dieu
,

ne plaise; mais

le sanctifier; et,

pour

cela, s'abstenir,

non pas seulement de
faire

l'usage des

viandes

mais du péché. N'en

qu'un simple

retranchement de nourriture,
jeûnez
;

c'est l'avilir.

\ous

faites-le

reconnoître à votre conduite.
se

Com-

ment

?

Un

pauvre

présente? Assistez-le. Vous

avez un ennemi? Allez vous réconcilier avec lui.

Votre ami a

fait

une

belle action?

Ne
je

lui

portez

point envie. La vue de telle

femme allume

vos sens*^

N'y arrêtez point vos regards. Ce que

demande,

ce n'est pas seulement une abstinence de bouche

mais des yeux, mais des oreilles^ mais des pieds,
des mains et de tout le corps. Des mains_, pour
qu'elles soient pures

de toute rapine

et

de toute ferment

avarice; des pieds, pour qu'ils s'éloignent de tout
spectacle défendu; des
à l'aspect

yeux

,

pour

qu'ils se

de tout objet capable de
l'œil
,

les séduire. L'as'il

liment de
il

c'est le

regard

;

est

criminel
il

détruit le mérite
le prix.

du jeûne;
il

s'il

est

innocent,

on relève

Et certes^

y auroit une étrange

contradiction à s'interdire des aliments qui n'ont
rien de criminel
,

et à

ne pas défendre à ses regards

.

SAINT IKAN CIIRYSOSTÔME.

76
la

des jouissances coupables? Vous refusez de
à votre

chair
la Vag. 42.

bouche: refusez à votre vue ce qui peut
a.

corrompre. Imposez
le

vos oreilles
la

un jeûne
calomnie
et

sévère,
:

jeûne de la médisance et de

P^ous

r.xod. xxnr,

vous éloignerez de toute parole Jausse
gère , dit
le

menson-

Seigneur.

Ne
,

vous

les

permettez pas
les paroles

davantage à vous-même

non plus que

immodestes.

A

quoi vous scrviroit de vous abstenir
si

de

la

chair des oiseaux et de tels poissons,

vous

déchirez le prochain à belles dents? L'expression
n'a rien

de trop;

elle est

de

saint Paul.

Si vous
,

vous déchirez
écrivoit-il

et "vous dévorez les

uns

les autres

cai. v.

1

j

aux Galates , prenez garde que vous ne

7)ous détruisiez

vous-mêmes Ce
.

n'est pas
:

que vos

dents s'impriment sur sa chair
qu'elles

c'est
,

à son

âme

en veulent

foncent
tue
,

un

trait

y plongent elles y enhomicide, qui la blesse et qui la
:

Elles

et

vous avec

elle

,

et

bien d'autres encore

;

car celui qui vous a entendu n'en est pas

devenu

meilleur.

Au

contraire, parce que^

s'il

est

coupable

lui-même du même crime que vous reprochez peutêtre faussement à votre frère,
il

s'enhardit dans la
s'il

pensée

qu'il n'est pas le seul
il

j

et

n'en est pas

coupable,

s'en prévaut,

pour

se croire meilleur,
il

et s'enorgueillit par des

comparaisons où
la

se rap-

porte à

lui-même l'honneur de
le tort

préférence.
;

Ajoutez
il

que vous

faites à

toute l'Eglise

car

n'est

que trop ordinaire

à

ceux qui vous enten-

74
dent accuser

SAJXT
telle
;

JliAN

CHnVSOSTOAIK.
faire porter le re-

personne, de
dans
la

proche sur tous

et

supposition qu'un chré-

tien aura fait to^Ue faute, d'eu char<^er tous ceux

qui le sont. Les infidèles n'y

manquent
Ils

pas. Oi

,

vous

est-il

permis de donner, par vos médisances

,

prétexte à ces faux jugements?

en prennent oc-

casion de blasphémer contre le Seigneur; et leur

crime retombe sur vous. De

œuvres portent
dre
la

à le louer,

de

même que nos bonnes même nos mauvaises
Vous
m'alJez répon-

actions engagent à l'outrager.
:

A la
je

bonne heure,
,

si

je

calomniois; mais

quand

chose est vraie
vous
le

quel mal peut-il y avoir à le dire ?
à

Mais
Liic.\v;)i.ii.
lit;

demande
étoit-il

mon

tour

;

le

pharisien
qu'il

mentoit pas en disant du publicain

étoil

un pécheur; en
\MK.

moins coupable? Votre inSeigneur,
prenez à part

tention, dites-vous, est de corriger votre prochain.
Aiaiii).

Gémissez, suppliez

le

votre frère pour l'avertir, lui donner des conseils,
n.Tlicss.
i((.

l'exhorter.

Voilà l'exemple que saint Paul vous
se manifeste à l'égard

donne; que votre charité
pécheur
fectueux
;

du

témoignez-lui que c'est par

un

intérêt af,

,

non par une vaine
le

ostentation

que vous
;

lui représentez

sa faute; jetez-vous

dans ses bras
rien

tombez,
coûte,
s'il

s'il

faut, à ses pieds;

que

ne vous
C'est là,

est vrai

que vous veuilliez le guérir.

dites-vous, votre intention.
le

Eh bien!
il

faites

comme
priez,

médecin qui veut amener son malade
breuvage salutaire auquel

à

prendre

le

se refuse;

,

SAINT JEAN CHIIYSOSTOME.

/S

suppliez, prodiguez; les caresses^ découvrez au prêtre cette lèpre

cachée; soyez médecin, soyez ami,

soyez père.

Ce
phète

n'est pas
,

au médisant seul
j'adresse cette

,

mais à celui qui
le

Paj^.;^-

Técoute

que

maxime dont
conduite :Je

props. c.5.

roi faisoit la règle

de

sa

me suis
à

déclaré l'ennemi de quiconque médisoit dans le secret. Dites à ce détracteur
:

Avez-vous du bien

me

dire de votre frère? parlez, je suis prêt à vous en-

tendre

:

mon cœur
Que me

vous est ouvert

;

si c'est

du mal
tel

mes

oreilles

vous sont fermées, elles n'aiment point
reviendra-t-il

à se salir.
se soit

de savoir qu'un

comporté mal?
cause que

je l'ignorois,
;

votre confidence

du chagrin que ne lui parlezNe nous mêlons que de nos propres affaires, nous avons bien assez du compte que nous aurons à rendre; tournons sur nous-mêmes
ne
vous à

me

lui-même

?

cette curiosité inquiète et ce

scrupuleux examen.

Insensé

!

où sera votre excuse de ne vous être pas
votre propre conscience
,

un moment occupé de
de scruter
si

et

rigoureusement celle d'autrui?

Que
épier
,

diriez-vous d'un passant

que vous verriez
,

à la porte
,

d'une maiso n
ce qui
s'y

,

le

cou tendu

la tête baissée

passe ?

Ne

vous en plaindriez - vous pas

comme d'une
sés à

indiscrétion qui viole toutes les bien-

séances? Dites-en autant de ces

hommes
1

si

empres-

connoître ce que font les autres. Etrange con-

tradiction

de

la

part

du médisant

Après

qu'il est

,

7C

SAINT JEAM CHUYSOSTÔMB.
secret
:

venu VOUS révéler un

que vous ignoriez

,

il

ne

manque

pas de vous dire

Au nom
il

de Dieu, n'en

parlez à personne.

En

faut-

davantage pour vous

convaincre qu'il

fait

mal?

Si vous ne vouliez pas
le

qu'on

le dît

,

pourquoi donc étes-vous
étiez

premier à

en parler? Vous

maître de votre secret; vous
l'avez

ne

l'êtes

plus

quand vous
à

donné. Après que
,

vous avez compromis l'honneur du prochain
pensez à
falloit

vous

le

mettre
:

songer
,

il

avant, qu'il y ne dépend plus de vous qu'il soit
c'éloit

couvert;

ménagé quand c'est vous-même (jui l'avez trahi. Mais il y a du plaisir à dire du mal. J'en trouve
moi^ bien plus encore à n'en pas
est-il

dire.
:

Le médisant
en proie à
se
la

toujours bien tranquille?
,

Non
,

défiance

à l'inquiétude

,

à la peur
;

il

punit

lui-

même

de son indiscrétion
la

il

tremble que l'on ne

remonte à
gué

source,

et

que

l'on

ne se venge,

soit

contre lui-même, soit contre ceux qui l'ont divul,

et qu'il

enveloppe dans son châtiment.
à s'être

Il

y

auroit pour lui bien plus de plaisir
Kccie.xix.io.

tu

,

parce

qu'il y auroit bien plus de sûreté. Vous, avez entendu une parole de médisance y nous dit le sage \ faites-la

mourir en vous-même. Quel
EtoufFez-la
,

est le sens

de ce mot?

ensevelissez-la dans le plus profond
,

de
;

votre

cœur

de manière qu'elle n'y puisse remuer

montrez-vous inexorable envers le détracteur et son
complice. Si vous n'avez

du moins

regardez-la

pu prévenir la médisance comme non avenue en l'ou-^
,

,

SAINT JEAN CHUYSOSTOME.
Lliaut.
,

77

Par là combien de chagrins amers vous vous
!

épargnerez

Si le médisant savoit qu'il se fait à lui,

même

plus de tort dans l'opinion publique
,

que
à sa

n'en reçoit celui qu'il attaque
funeste habitude
;

il

renonceroit

il

se tiendroit
,

en garde contre

le

penchant qui l'entraîne
salutaires avis

et

nous sauroit gré des
donnons. C'est par
,

que nous

lui

la

louange
fait

et les

témoignages de l'estime

que

l'on se
pa.
44.

des amis. Par des procédés contraires, on ne se

fait

que des ennemis

et

d'interminables querelles.
ils

Pourquoi tant de gens mettentatlaires

à leurs propres
qu'ils s'in-

une coupable indifférence? parce

gèrent avec trop d'empressement dans celles qui ne
les

regardent pas.
le

On
:

s'érige

en censeur des autres; dans l'intérieur de cesoi -

on passe
lui-ci
_,

temps

à fouiller

de celui-là

on ne s'étudie pas
ses

même
;

;

on abandonne au hasard

propres intérêts
;

ses

fautes personnelles, on les néglige
l'cux qu^il

le

compte rigoules autres

en faudra rendre un jour, on n'y pense

pas

;

on
,

n'a des

yeux que pour voir
l'est

ma-

lades

on ne voit pas qu'on

soi-même...
;

Loin de nous désormais tonte médisance

loin de

nous toute parole déshonnête, celles qui attaquent
le

prochain

,

celles plus
Il s'est

encore qui outragent

la

majesté divine.

rencontré de ces langues en-

venimées dont

la

fureur sacrilège n'a pas épargné

Dieu plus que les

hommes. Ce qui nous

arrive au-

jourd'hui nous fait assez connoître quelle est l'énor-

,

78

SAINT IKAN CririYSOSTÔlVIK.
à

mité do leur attentai. C'est
iijsolencc
s'est

un

homme que

leur

arlresse'e

;

et

nous voici tous dans
les (-oii-

l'efTroyaljle attente

du châtiment, non pas
Dieu
est
,

pahles seulement, mais ceux qui n'ont point trempé

dans
par
le

la

révolte

:

et

chaque jour outragé chaque jour
Riches
î

blasphème! Que
;

dis-je

à toute

heure du jour

et les

coupables sont répandus dans
la société.

toutes les classes de
et

et

pauvres

,

ceux que nous comptons encore parmi nous, et
et le

ceux qui gémissent loin de leurs foyers,
faiteur
et sa

mal-

victime, tous conspirent également

contre la sainteté du

nom

de Dieu

,

les

uns par

l'au-

dace de leur langage,

les autres

par l'indifférence
la
;

de leur conduite.
justice divine a

C'est

pour nous en punir que
le

permis

danger où nous sommes

mais, jusque dans notre châtiment, reconnoissons
aussi la

clémence de notre souverain maître. L'em-

pei'cur n'avoit à nous reprocher
c'en a été assez

que ce

seul écart
à toute

pour

le

rendre inaccessible

demande de grâce ou

d'exception. Pas
les
;

un

seul jour

où nous ne provoquions
penser à nous convertir

vengeances divines, sans

et

Dieu nous supporte

!

il

nous laisse vivre

,

et sa miséricorde

ne s'épuise point!

Ceux qui furent les auteurs de la sédition, livrés aux ont commencé à expier leur officiers du prince
,

crime dans
de

les

horreurs de

la captivité

;

et le glaive
;

sa justice reste

toujours suspendu sur nos têtes
pas
fait

l'empereiu- ne

s'est

encore rendre compte

SAINT JEAN CIIUYSOSTOME.
des
il

79
sentence
,

faits

,

il

n'a point encore porté

la

et
cl

n'est

personne de nous qui

n'ait à
est

trembler

;

tous les jours la sainteté de

Dieu

outragée par

nos blasphèmes. Dieu les entend, et sa justice n'éclate point, et sa miséricorde

nous attend, toujours
la

ouverte au repentir, contente de
ration
les

simple décla-

que nous lui
de
se

faisons
les

de nos péchés, pour nous

pardonner. Chez

hommes au

contraire

,

il

suffit

dénoncer soi-même pour être puni avec

plus de rigueur. Et voilà ce qui nous arrive.

Nous
pa r
,

avons vu les uns immolés par
le

le glaive
;

,

les autres

feu

,

d'autres livrés aux bêtes
le plus

nous avons vu
,

non-seulement l'âge

robuste

mais jusqu'à

des enfants, traînés au supplice. Vainement ces mal-

heureux essayoient-ils de
l'inexpérience,

rejeter leur faute sur

sur l'effervescence populaire, sur

l'entiaînement de quelque malfaisant génie, sur
l'excessive rigueur d'un

impôt au-dessus de leurs
réelle d'y satisfaire, sur

moyens, sur l'impuissance
l'éclat et

nérale
ils

,

l'emportement d'une sédition devenue géà laquelle on n'avoit pu résister vainement
;

promettoient de faire oublier leur égarement
:

par une conduite plus sage à l'avenir

rien n'a

pu

leur obtenir grâce. Nous les avons vus arrachés sans
pitié,

pour être plongés dans
grande
ville

les cachots

;

traverser

cette

entre deux haies de soldats ar-

més, observant avec inquiétude tout mouvement
qui auroil supposé le dessein de les enlever à
la

ven-

8o
geance
;

SAINT.
et leurs

JEAN CHRYSOSTÔME.
,

mères qui vcnoient après eux

suifils

vant de l'œil, sans en pouvoir approcher^ leurs
cju'elles

ne reverront plus, n'osant pas
la

même

dé-

plorer leur malheur, à
l'effroi glaçoit

vue des bourreaux: tant
la

dans leurs âmes

tendresse mater-

nelle; tant l'excès
le

de la douleur en paroi ssoit anéantir

sentiment!

sur la

Conmieà l'aspect d'une tempête élevée mer, ceux qui, du rivage^ contemplent les
à être engloutis
le

malheureux prêts
secourir. Hélas

dans

les flots

,

gémissent, mais n'ont pas
1

courage de
à

les aller

ils

n'ont

que des larmes
de

donner

à

leur infortune.

Opposons
corde.
ges
Pag. 45. 46.
I

à ce tableau celui
elle contraste

la

divine miséri-

Combien

avec ces lugubres ima-

combien

elle

est sans

bornes, combien au!

dessus de toutes nos expressions Le prince que nous

avons offensé,
la

il

n'est pas d'une nature différente
il

de

nôtre

;

jamais

n'eut que cette lois à se plaindre
sa

de nous

j

nous étions loin de
;

présence, loin de
s'est

ses regards
fait
:

il

n'a rien

vu

ni

entendu de ce qui
n'a
-

et toutefois pas

un des accusés

échappé à

sa

vengeance. Mais Dieu^ pouvons

nous en dire

autant de lui? est -il langage

rendre la distance qui existe entre Dieu et

humain qui puisse l'homme?
nous entend

Dieu, nous l'outrageons par de continuelles offenses; présent partout,
et ses foudres
il

nous voit,

il

;

n'échappent point de ses mains. ^ ous

ne

l'avez point

vu commander

à la

mer de

pousser

SAINT JEAN CHRYSOSTÔME.
ses flots sur la terre,

8i

pour inonder
la terre,

et engloutir ses

coupables habitants; à

de s'entrouvrir pour
il

dévorer ces audacieux sacrilèges. Non,
il

les souffre,

les

endure avec bonté,
il

il

semble oublier leurs
la seule

offenses,

leur promet de pardonner, à
,

condition qu'ils se repentent
côté, lui

et

qu'eux
vie.

,

de leur
I

promettent de changer de
puissances du Seigneur

Ah

c'est

bien le temps de s'écrier avec le prophète
racontera les
,

:

Qui
p,
j.^

quifera écla-

^

ter clignement toutes ses

louanges F Combien n'en

est-

il

point parmi nous qui se sont rendus coupa,

bles
les

du crime

je

ne

dis pas

seulement de renverser
les fouler sous leurs

images de Dieu^ mais de
!

pieds
lez
,

Cet accusé, quel

qu'il soit,
,

que vous dépouilque vous traniez
;

que vous frappez de coups
,

au supplice

il

est l'image

de Dieu

c'est

Dieu

lui,

même

qui l'appelle ainsi. Avant de créer
avoit-il dit,

l'homme

Faisons y

l'homme à notre image.

— Vous
bronze

ç.m.

i.

.-..e.

m'allez dire qu'il n'y a point entre Dieu et
identité de nature.

— Sans doute;
:

l'homme

il

n'y en a pas non
et ce

plus entre

la
il

personne
étoit

même du prince
et

pour avoir insulté ce bronze, quel terrible châtiment! Non, assuréreprésenté

dans lequel

ment il n'est point d'identité de nature entre Dieu et riiomme l'homme n'en est pas moins l'image de
, ;

la divinité.
t-il

A ce

titre
,

pas? et vous

combien d'égards ne méritepour quelque peu d'or, vous vous
,

jouez de son existence, vous en
16.

faites la

victime de

6

82

SAIMT JEAN CHU YSOSTOME.

VOS Ijruialcs vcngoniiccs; et Dieu ne vous a poÏMi

encore immolé ù sa justice! Aujourd'hui du moins songeons donc enfin sérieusement à nous convertir.

Autrement,
l'orage qui

je

vous

le prédis,

mes

frères, je le déà

nonce à haute

voix;

autrement, nous échapperions
letcs:
si

gronde aclnellcment sur nos

nous

persistons dans notre assoupissement, nous devons

nous attendre

à des châtiments plusterrihlcs encore

que tous ceux que nous éprouvons. Hélas! ce que je redoute le plus c'est moins la colère du prince que
,

votre insensibilité.
à l'abri

11
,

ne

suffit

pas, pour nous mettre

du danger

de quelques jours passes dans

la prière. C'est

un changemenl de mœurs qu'il nous faut; c'est la fuite du mal, c'est la persévérance dans le bien. Il ne suffit pas, pour guérir une ma,

ladie invétérée
il

de deux ou
,

trois jours
,

de régime
:

;

faut continuer

et

long-temps

et toujours

De

même

pour s'arracher au péché. Vous sortez du
quoi vous aura-t-ii servi de vous être
il

bain, pour aller ensuite vous replonger dans un

bourbier

:

à

lavé? Plus d'une fois

nous avoit été envoyé des
,

tremblements de terre
resses, qui

des famines

,

des sécheet

nous éveilloient de notre ivresse
trois et

nous

ramenoient pour

quatre jours à une meil-

leure vie; l'épreuve passée, nous retombions, et
qu'est-il arrivé? ce

fidèles par le
à l'avenir.

que nous voyons. Toujours inpassé, soyons du moins plus religieux
et

Plus désormais d'inconstance

d'inéga-

SAINT JEAN GHRYSOSTOME.
lilés,

85

pour n'avoir plus besoin d'eire excilés par
croyez -vous que Dieu
,

d'autres fléaux. Car enfin n'auroit pas

pu

,

s'il l'eiit

voulu
Il

prévenir

les cala:

mités qui nous arrivent?

ne

l'a

pas voulu

pour-

quoi ? pour nous tenir en garde contre ses vengeances

par l'expérience que nous faisons de celles qu'exerce

un homme comme nous. Ce seroit une misérable objection de dire quePa-. parmi les coupables, un assez grand nombre n'a
poinl été puni
,

47.

tandis que d'autres qui ne l'étoient

pas, ont été victimes; objection pourtant devenue

commune,
l'occasion

et

que
les

j'ai

entendu répéter, non pas

seulement dans

circonstances actuelles, mais à

de beaucoup d'autres de
,

même

genre. Je

répondrai
effet

qu'en supposant que l'on n'eût pris en
à la sédition présente,

aucune part
pas moins

on ne

s'en
,

étoit

rendu auparavant coupable
châtiment
étoit réservé

et

peut-être plus grièvement encore, sans en avoir été

puni

,

parce que

le

ment

présent. Telle est en
:

effet la

au momarche ordile

naire de la Providence

elle

ne précipite point
la suite

châtiment
;

;

elle

n'en fait point

immédiate
faire

du péché pour nous ménager

le

temps d'en

pénitence, de nous corriger et de changer de vie.

Que

si

nous insidions

à

la

miséricorde

,

dans

la

fausse confiance
reste effacé
,

que notre péché, étant impuni,
la

le

moment de
le

vengeance sera celui

où nous l'attendrons

moins. Dieu en agit ainsi
6

84

SAIN'I-

JEA^ CimySOSTÔME.
;

pour éJoigner de nous une sécurité lunesle
que, tant que notre péché demeure impuni
,

puis-

si

vous

ne nous convertissons pas, «nous pouvons être d'un

moment
péché, ô
rivé
;

à l'autre

en proie
il

à sa justice.

Vous avez
est rien arsi

mon

frère, et

ne vous en
;

ireniLlez pour cela

même

il

en coûtera
il

peu

au Seigneur de se venger, quand
est
la

le

voudra! Tel
étranger à

puni aujourd'hui, bien
sédition
;

qu'il ait été

mais

il

avoit d'autres crimes à expier.

Tel, aujourd'hui criminel, a échappé au châtiment;

mais pour
s'il

lui la

vengeance

n'est qu'ajournée

;

et se

néglige de se convertir,

un autre précipice

creuse sous ses pas (i).

Une

fois

bien pénétrés de ces principes
;

,

nous

ne perdrons point de vue nos offenses
pensée, toujours présente à notre esprit
,

et cette

nous tien-

dra dans une continuelle appréhension des juge-

ments de Dieu

,

pour n'avoir point à en éprouver
rien de plus propre à

les rigueurs. Qu'il n'y ait

nous rappeler nos
elles sont

offenses

que

le

châtiment dont

punies,

c'est

ce que nous atteste l'histoire

des frères de Joseph. Treize années encore après
leur fratricide, toujours poursuivis par la crainte

du châtiment,

toujours tremblants pour leur propre
:

Cen.xLu.2i. vie, ils se disoient l'un à l'autre

En

vérité

,

nous

("i)

Voyez au tom
i^a'j;,.

xii

de cette

Diblioth.,

les

articles

Providence

et

Conscience,

}-f', 2Ît,

3o5.

SAIiSr JlîA.N

Clir.VSObTÔ.MF,.

85
notre fivre.

sofumes coupables

envers

Joseph

,

Nous

le

voyez

,

c'est la crainte
Ils

qui les ramène au
à

souvenir de leur crime.
leur crime
qu'ils
,

ne pensoient point
;

quand

ils le

commettoient maintenant

craignent d'en élre punis, le voilà qui se re_,

trace à leurs yeux. Corrigeons-nous

mes

l'rères,

n'attendons pas l'issue de la crise où nous
})our obéir

sommes
de
la

aux saintes

lois

de

la religion et

vertu. Mettons

à profit ces jours

de pénitence, pour
première, d'é-

lious attacher fortement à trois résolutions princi-

pales

que

je

vous recommande
la

:

la

viter les

médisances;
la

seconde, de pardonner à vos

ennemis;

troisième, de vous abstenir de tout
Pag. 48.

ijcrment téméraire. Voilà ic tribut que je vous de-

mande. Faites pour l'acquittement de
que vous
êtes dans l'usage

celui-ci
le

,

ce

de

faire

dans

paiement

des contributions qui se lèvent au

nom du prince. \ous rassemblez près de vous votre famille, pour consulter ensemble sur les moyens de fournir la
somme
au
à laquelle

chacun

est

imposé; de

même,
,

sortir

de ce temple, rentrés dans vos maisons
,

réunis en famille
être imposé

dites-vous qu'il vient de vous

un

tribut spirituel,

un

tribut propre à
,

vous affranchir, en partie du moins

des

maux

qui

vous accablent; un tribut qui, bien loin de vous
appauvrir, ne fera qu'ajouter à vos richesses, et

dont vous recueillerez les fruits dès

la vie présente,
la

pour vous avancer dans

la

perfection, et dans

vie

86

SAINT Jr AN

CHr{Y.S0ST01\IE.

fnluie, pour y jouir dos immoriellcs récompenses, par la grâce de Notre Seigneur Jésus-Glirisl, à qui
soit
,

avec le Père elle Saint-Esprit,
des siècles.

la

gloire dans

les siècles

Amen.
tv.

Homélie
Utilité

des

afflictions.

Be'ni soit

Dieu, qui a
flétries

(ait

entrer

la

consolation

dans vos anies

par

la

douleur, cl relevé vos

forces abattues. L'empressement avec lequel vous
êtes accourus

pour nous entendre, nie

fait

recon-

noître

que vos cœurs ne sont pas inaccessibles aux
il

consolations telles que je les désirois. Car

est vrai-

ment
loppe

impossible alors que

la

tristesse

vous enve-

comme un nuage
lis

et

vous absorbe tout entiers,
l'on

de rien entendre de ce que
d'hui que je

vous
le

dit.

Aujour-

dans tous

les
,

yeux

témoignage

de

la

plus favorable attention

l'ardeur

même
et

avec

laquelle vous recueillez nos paroles

me

laisse croire

que

les

sombres pensées se dissipent,

que

le

sentiment des
à se calmer.

commence Adressons donc nos communs remer-

maux qui vous

accablent

cîments au Seigneur, de ce que ni

le

malheur

n'a
la

point arrêté le cours de vos pieux exercices, ni

crainte n'a rien enlevé de votre énergie accoutumée,
Pa-. 49.

ni la souffrance attiédi votre ardeur, ni la

grandeur

des dangers refroidi votre zèle

ni

la

peur des

SAINT JEAN CHRYSOSTOJMIÎ.

87

hommes
Dieu, ni

n'a point prévalu sur voire

amour pour
s'est

enfin votre affection

pour moi ne

point altére'e par les déplorables circonstances où
jious

sommes. Que
d'atténuer

dis-je ?

Tous

les obstacles,

bien
n'ont
p^s-^'o.

loin

vos généreux sentiments,
ressort.
le

servi qu'à leur

donner un nouveau
,

La place
s'est

publique a été abandonnée

et

temple
_,

rempli. Si, d'un côté, nous avons à gémir

com-

bien aussi de l'autre n'avons-nous pas à nous réjouir
et
il

nous

féliciter

!

Si

donc^ ô

mon

frère, vos pas
,

venoient à se diriger vers cette place publique

et

que

l'aspect

de sa solitude
,

,

vous rappelant au soucouler vos larmes
,

venir de nos calamités

fit

ac-

courez à l'église, venez vous réfugier dans son sein

maternel, et vous sentirez
la

la

consolation renaître à
,

vue de

sa

nombreuse famille

et

du

bel ordre

qui règne dans ses rangs. Nos maisons redemandent

vainement cette foule de citoyens qui remplissoient
notre ville, elle n'est plus qu'un désert; mais cette
vaste population

semble nous être rendue par

l'af-

fluence qui se presse autour de nous. Les tempêtes

qui grondent sur nos édifices publics

,

et les

nuages
ont

orageux^ toujours suspendus sur notre

ville,

de toutes parts rassemblé
enceinte sacrée
,

ses habitants

dans cette

comme

en voyant

les flots

de

la

mer qui

se soulèvent et bouillonnent, les voyageurs

effrayés courent se réfugier dans le port.

Mettons donc à profit ces circonstances

elles-

88

SAIWT JEAN CllUYSOSTÙiMi:.

mémes^ poui icmcrcipr Dieu, puisque nos épreuves
et nos disgrâces ont ele

pour nous une source féil

conde des biens
point d'épreuves,

les
il

plus précieux. Là où
n'y
a point

n'y a

de couronnes à
le

prétendre;
bat.

la victoire

ne vient qu'après
entré dans
la
Il

com,

Si vous n'êtes

])oint

lice

à

quelle récompense aurez vous droii?

faut bien

que

l'on con) menée par souiTrir,
;

si

l'on veut

être
arri-

consolé

comme
:

il

faut passer par l'hiver

pour

ver ù

l'été

c'est là l'ordre

général de la nature.

Cette semence que vous jetez en terre a besolu
d'être arrosée par la pluie
5
,

fortifiée

par les frimats,

endurcie par

les glaces,

])our lever et mûrir.

Se-

mons dans
la la

les

larmes^ pour parler avec le prophète,
la joie.

et nous moissonnerons dans

Les larmes que
qui féconde

pénitence

fait verser, voilà la rosée

semence de

la piété, purifie l'ame,

douce chaleur, y développe les Tel est l'avantage que procure l'adverdu salut
sité.

y répand une germes de la science

N'attendons point ce bienfait des délices et des
la vie. Elles
;

commodités de
iiueur
,

ne produisent que lanréveille
et

indifférence
;

l'adversité nous

nous ranime

elle oblige

l'âme trop facilement em-

portée par le tourbillon des dissipations extérieures,
à s'en

dégager pour se replier sur elle-même. Bien
Seigneur;

loin de nous plaindre des épreuves de l'adversité,

remercions-en plutôt

le

c'est le

pour notre

bien

qu'il

nous frappe.

En voyant

laboureur se

, , •

SAllN'T

JEAN Cimi'SOSTOME.

89
le secret,

donner tant

de peines pour ensemencer son champ,
si

l'on seroit porté,
à s';>n
Il

l'on n'éloit pas

dans

étonner.

A quoi cet homme en
a peur
la

veut-il venir?

jette

au vent cette semence
Irais
;

qu'il a recueillie à
il

grands

il

de

la
il

retrouver, tant

a soin
.

demande de la pluie veut-il donc que son grain pourrisse et meure? Ainsi
de l'enfouir dans
terre;

raisonneroit l'ignorance.

Ce laboureur, au contraire,
lui

contemple avec
sées

joie la

nuée qui

apporte

les roc'est

du

ciel.

Le présent
Il

n'est rien

pour lui,
sa

l'avenir qui est tout.

compte dans

pensée

les
,

gerbes qui vont croître au sein de ces nuages
l'.hargés d'éclairs et

de pluies. Et nous aussi

,

atten-

dons

le

jour de la récolte,...

Ne nous

arrêtons pas à
:

ji'envisager

que

le

mal présent. Vous êtes pécheur
feu qui
,

l'adversité est

un

consume

et détruit votre

iniquité.

Vous

êtes juste

l'adversité

donne un noude

veau lustre à votre vertu. Avec de
l'attention sur

la sagesse et

vous-même, point de disgrâce qui

puisse vous atteindre. pas l'affliction

Ce qui nous perd, ce
c'est

n'est pag.

5r.

elle-même,

notre peu de couêtre

rage à

la

supporter.

Vous voulez

heureux

avoir votre part de jouissance et de plaisir;

ne

courez ni après

le plaisir,

ni après la jouissance;

mais faites-vous une âme forte, résignée, capable de
résister

aux assauts de

l'adversité.

Autrement

ce n'est pas l'adversité seule qui triomphera de vous,
c'est la

prospérité, c'est

le plaisir

qui vous subju-

Ç)0

SAfiN

)•

.JE\iN

CHUYSOSTÔlMi::.
les violentes

Jouera.

Et

la

preuve que ce ne sont pas

agressions de l'adversité, mais notre peu de cou-

rage tout seul qui nous perd
Mau!i.vir.-ii.

,

e'coutez Je'sus-Christ

:

Cehù f/ui écoule mes paroles
sur
le

et les

met en pratique

,

sera semhlahle a Vliomme sage qui a bâti sa maison

rocher: la chute des pluies
,

,

l'inonchition des

rivières

le souj/le

des 7>ents

,

leurs assauts impé-

tueux n'ont point renversé cette maison, parce qu 'elle
étoit fondée

sur la pierre. Et après

:

Quiconque entend

ces paroles que Je 7>ous armonce, et ne les

met pas en

pratique, est semblable à

un homme imprudejit qui a

bâti sa maison sur le sable.
les rivières se sont

Les pluies sont venues y
les

débordées ,
et la

Tents ont soujflé, et
été grande.

cette

maison

est
,

tombée ,

mine en a
;

Des deux côtés

mêmes événements mais combien
!

l'issue est différente

L'une
la

résiste, l'autre s'écroule

:

pourquoi? parce que
fonde nient
;

première avoit un solide
la

l'autre

ne péril que par
c'est

laute

du

maître. Cette maisorv

votre

âme, selon

qu'elle

observe ou

qu'elle rejette la divine parole. Ainsi
sa

Job avoit construit

maison sur

la

pierre; les eaux

du

ciel sont

venues fondre sur
;

ses

troupeaux^

les

fleuves se sont débordés

les

plus déplorables mes-

sages se succédoient sans relâche avec l'impétuosité

des

flots, lui

apprenant, l'un,

le désastre

de

ses trou-

peaux,

l'autre,

l'enlèvement de ses chameaux, un
fils; les

autre, la perle de ses

vents ont soufflé, les

reproches de sa

femme

se

mêlent à ces calamités.

SAINT JE AN CHRYSOSTÔME.

Ql

Sa maison resic ferme. Son âme conserve nn calme immobile Job ne s'échappe point en emportements
;

coijiic le

Seigneur

Fa Ole;

qu'il

Dieu me Va donné Dieu me soit fait selon la i)olonté du Seigneur,
:

,

j,,!,.

,.21.

Voilà toute sa réponse. Vous voyez donc que tout
l'effet

de l'adversité, sur
fortifier.

le saint

patriarche, a été

de

ie
ri

Qui nous l'assure?
de l'adversité
,

Un homme
,

noui
dit
:

à l'école

saint Paul
; la

quand
patience

il

La

tribulation produit la patience

,

Rom.v.

3. 4.

Vépreuve, et l'épreuve, l'espérance. Elle est à l'âme
forte et vigoureuse, ce qu'est le souffle

du vent

à

l'arbre solidement affermi
lui sont

;

les secousses

mêmes qui
Pag- ^2.

imprimées ne servent qu'à l'endurcir, bien
réussir à l'ébranler.

loin

de

Nous sommes aujourd'hui menacés par le courroux du prince homme comme le dernier d'entre
, ,

nous, qui n'est pas moins que nous tributaire de
toutes les foiblesses de l'humanité; et nous nous

sommes livrés à la crainte. Mais Job avoit en tête un ennemi fertile en artifices, qui l'attaquoit par son courage plia-tles plus insidieuses manœuvres il? non. G'éloit un juste. Le prince tout irrité qu'il est nous laissoit l'espérance du pardon et l'épou:

,

,

;

vante nous a glacés jusqu'à la mort. Job avoit à

combattre contre
avec qui
il

le

Démon, ennemi
;

implacable

n'y a ni paix, ni trêve

et pas

une de

ses flèches

ne

l'atteignit. C'étoit
loi

un

juste.

Et nous,

élevés dans

une

de grâce, nous, formés à une

f)'J

S41i\'r

JKAIN

C.'lll

VSOSTOMi:.

plus sainte tîcole, nous succoaibous sous (juelqucs

éprouves qui n'ont que des

menis, (juanj

lui

,

un des

hommes pour insliuhommes de l'ancien Tescette, loi

tament

,

qui n'a point connu
a soutenu

de grâce où

nous sommes,

généreusement un combat,
les réflexions

en apparence^ au-dessus des forces humaines.
Voilà,

mes chers enfants,

dont nous

devrions sans cesse et nous occuper, et nous entretenir les uns les autres.

Mais

j'en appelle à votre

expérience

,

à votre pro-

pre conscience: combien l'adversité présente ne nous
a-t-elle pas été profitable
1

Tel auparavant s'abandoule

noit à ses passions

:

vous

voyez aujourd'hui réglé
hautain, ilestdevenu
il

dans ses mœurs;

tel étoit fier,

humble
et

;

tel

autre n'avoit que de la tiédeur,

est

fervent. D^auties qui ne connoissoient pas l'église,

donnoient

les

jours entiers aux spectacles,

ne
,

quittent plus ses autels.

Vous

afïligez-vous

donc

o

mon
la

frère,

que Dieu vous

ait

ramené
dans

à la vertu

par

crainte? qu'il ait emprunté l'aiguillon de

l'adversité

pour vous

faire rentrer

le

chemin

du

salut (i)? Mais vous sentez les

déchiremenis

(i)Raisoniienienl en effet justifié par une expérience de tousles jours, et
tjuiu'a

échappé

à

aucun des prédicateurs qui ont eu à
s'est

traiter

de

l'avanlaije

des afflictious. Pérusseau
sostùniR et

appuyé

ici
(

de l'autorité de saint Jean Chiy,

du

texte

de celte Homélie

Serm.
,

tom.

n

,

pas;-

ai»

)

;

""^'s

parce qu'il

ciloit

de simple réminiscence

il

a brouillé l'histoire. Preuve

qu'il faut recourir

aux originaux.

SAINT

JEAJN'

CIlilYSOSTOME.
;

()0

(l'une conscience coupable

et l'allente

de

la

mort,

de supplices pires que
ire

la

mort elle-même, perce vopour nous un moyen
;

ame. Eh
rend

bien!

c'est

dé-

plus pour avancer dans la vertu
l'rances
la piété

l'excès des souf-

plus tendre. Dieu pourroil,
fin à
ait

dans ce jour même, mettre
le fera

vos calamités;

il

ne

pas, qu'il

ne vous

vu pleinement conde
la

verti et sans retour.

On ne

relire point l'or

fournaise

,

qu'on ne soit bien assuré qu'il n'a plus
Dieu
fera-t-il à
il

d'alliage. Ainsi

notre égard.

En

per-

mettant cette épreuve,

savoit bien

elle doit

s'arrêter; sa Providence, telle
bile
,

que

le

musicien ha-

lequel ne laisse point les cordes de son instruni

ment

trop tendues

,

de peur qu'elles

ne se

rompent,
par

ni trop lâches,
,

de peur qu'elles ne détrui-

sent l'Jiarmonie
la

sa

Providence, toujours dirigée
ni

sagesse,
ni

ne permet pas

un
la

trop long relâ

chement,

une épreuve prolongée au-delà de nos
fois

forces, pour nous défendre à
écueils de la négligence
,

contre

les

et contre les écueils

du

désespoir. Reposons-nous

donc sur
Notre

elle

du
à

soin de
pa;^. :)3.

terminer nos calamités, et ne nous occupons que

du

soin d'être chrétiens.

affaire,

nous,

c'est

de nous convertir;

l'affaire

de Dieu,

c'est

de

faire cesser nos

maux.

Il le

désire plus
;

ardemment
c'est

que vous^ qui que vous soyez mais
le

il

en subordonne
votre

monient à votre

salut.

Corn nie donc

négligence à

le servir

qui a produit votre iribula-

C)4

SAINT JliAN ClIliySOSTÔME.

lion, la tribulalion à son tour produira le pardon.

Rien

n'est éternel ici-bas, ni l'hivr-r et l'été, ni la
le

tempête ou
le

calme, ni

la

nuit et le jour

:

de mênje
finisse,
il

temps de l'épreuve. Mais pour qu'elle
,

(aut

tant (pi'ellc dure, rendre grâces à

Dieu de

tout.

Remettons sous vos yeux

l'histoire des trois jeunes

Hébreux

(jui

furent jetés dansla fournaise. Fidclesà
,

la religion
Dan,
l'.i.

de leurs pères

ils

ne

se laissèrent point
;

25.

intimider par l'aspect

dcla flamme
>

assis Irancpiillcils

ment au milieu
citèrent

d'elle

sans en être atteints,

ré-

l'admirable
s'étendoit

prière

que vous

savez.

La

flamme
dont
ils

autour d'eux
;

comme un mur
les

étoient protégés
ils

elle

ne dévora que
Non-seulement

liens dont

étoient enchaînés, et n'eut d'activité

que pour

les

rendre libres

elle

s'arrête à leurs

personnes, elle respecte jusqu'à
;

leurs habits et leur chaussure

et

comme

dans

la

suite on vit les habits d'un saint Paul et l'ombre

Démons en fuite, guérir les maladies, et commander à la mort, ainsi les habits de ces trois jeunes hommes triomphoient de la fureur des flammes. Pourquoi le Démon, secret
d'un saint Pierre mettre les
instigateur

du lyran, ne
Il

choisit-il

pas

un autre

genre de supplice?
sa

n'auroit pas

moins obtenu de
aux

barbare docilité que leurs têtes fussent tranchées
le glaive
:

par

;

que leurs corps

alloient être livrés

bêtes

il

ne

le

voulut pas. Dans l'espérance que

SAINT JEAN CIIIIYSOSTOME.
leurs précieux restes alloient être anéantis, et

qS
que

leur cendre elle-même seconfondroit avec

la

cendre

du Imcher
c'étoit

,

il

préliéra ce

genre de mort; ou plutôt
le

Dieu lui-même qui

permettoit ainsi pour

ja

confusion de rimpiélé, afin de tourner contre le D(^-

mon

ses propres

armes

:

comment? je

vais vous l'exaîi-

pliquer. Les Perses fontleur Dieu

du feu, encore

jourd'huic'estlàleur divinité. Dieu va confondre ce
culte impie, en
la

ménageant

à nos jeunes

Hébreux
:

plus éclatante victoire. Ecoutez l'historien sacre
roi IS ahuchodonosorfit faire

Le

une statue d'or qui
,

.111.

m.

I

avoit soixante coudées de
la fit dresser

haut et six de large

et

il

^^ ^"'^

dans

la

campagne de Dura y
y

qin éloii

de la province de Bahjlone.

Ce prince envoja un
les

ordre pour faire assembler les satrapes
trats ^ les

magis-

juges

,

les officiers

de F armée,

les inten-

dants,

ceux qui possédaient

les

premières charges,
,

et

tous les gouverneurs de provinces

afin qu'ils se trou-

vassent au four où l'on dédieroit la statue j et tous
s'y

rendirent. Remarquez-le bien.

Ce ne sont pas

des spectateurs vulgaires, mais tout ce qu'il y a de
plus distingué dans l'empire; et cela, afin

que leur

lémoignage en reçoive plus encore d'autorité. Les
villes

sont trop petites; les seules campagnes sont

assez vastes

pour servir de théâtre

à

un

spectacle

digne des yeux de l'univers.
voir le spectacle indiqué
autre. Ils
:

Ils s'y rendent pour Dieu leur eu réserve un viennent adorer une statue ils ne s'en re;

,

g6

SAllNT

JEAN CHKYSOSTÔME.
elle
,

tourneront que pleins de me'pris pour
miration pour
le

et d'ad-

prodige que Dieu pre'pare.

Au
:

moment où
plaine,
ihiil.

ils

sont rassemblc's dans cette vaste

un heiauli publie cette nouvelle ordonnance
le

i^Ck

Peuples, tribus, hommes de toute langue, aussitôt

que 'VOUS entendrez

son des instruments , prole

sternez-vous en terre , et adorez la statue d'orque

roiNabucliodonosor a dreisée.

Que

si quelqu'un
,

ne

se prosterne et n'adore pas cette statue

il

sera jeté u

l'heure

même au milieu desjlammes
cngaj^'e's
!

de la fournaise.

Le redoutable combat que celui où nos jeunes héros
vont se trouver
pièges cachés
î

Que

d'écueils

,

que de

Des deux côtés un précipice affreux.
;

Plus l'ennemi dresse de batteries
Pag. 55.

plus aussi écla-

lera leur vertu.
la

C'est l'impression voluptueuse de

musique,

c'est l'effroyable

violence de

la

flamme
assiège

qu'ils

auront

à

combattre. La séduction

tous leurs sens; elle ne parviendra pas jusqu'à leur
.nme.

Egalement insensibles au

plaisir et à la peine,

supérieurs au respect humain,

comme au sentiment
debout

de leur conservation

,

ils

se tiennent seuls

au milieu de toute cette immense multitude d'adorateurs prosternés jusqu'à terre, aux pieds de la
statue.
fidie
ihid. II.
,

Le

roi l'apprend à l'instant

:

et quelle per-

quelle profonde perversité dans les dénoncia1

leurs

Voici, lui dil-on, afin de l'envenimer da-

vantage, des

hommes delà Judée , à qui vous avez
la

donné l'intendance des affaires de

province de

SAINT JEAN CIIUYSOSTOME.
Babj'lone.

QJ
misérables

Comme

s'ils

disoient

:

De

étrangers

,

sans patrie, des esclaves, vos captifs,

que vous avez combles d'honneurs, oubliant vos bienfaits, se mettent en révolte contre leur bienfaiteur
et
:

Ils ont refusé d'obéir

a

7)otre

ordonnance j

d'honorer vos dieux. Nabuchodonosor essaie en-

core de les effrayer par les plus terribles menaces*

Tout
on va

est inutile.

Nos

trois invincibles athlètes sont
;

précipités dans

la

fournaise
le

ils

y entrent

comme
tjos

se reposer

dans

bain , proférant cette héreconnoissons pas

roïque

parole

:

Nous ne

dieux, et nous n adorons point la statue d'or que vous

avez dressée.

Quel

a été

mon

dessein,

mes

frères, en vous

rappelant cette histoire? Elle vous montre que le
juste est au-dessus
les
les

de tous

les

événements; que ni
ni

menaces de

l'autorité, ni les. pièges cachés,
les

complots de l'envie, ni

rigueurs de

la

capti-

vité, ni les privations les plus sensibles à la nature,

ni les ardeurs dévorantes

de

la

flamme, rien

auparr.se,.

monde

n'est capable d'ébranler

son courage. Si Dasi

niel et ses

compagnons, dans un âge encore

ten-

dre, n'ont point pâli en présence d'un roi impie et

barbare, devons-nous tant craindre, nous, qui

vi-

vons sous
dieux ?

les lois

d'un prince clément dans

et miséricor-

Dieu nous ménage

,

la

tribulation

,

une

source de grâces auprès de lui, et de gloire de la
iG.

7

gS

SAIINT

JEAW CHRYSOSTÔME.

part des hommes. Si ces trois Hébreux n'eussent pas
e'ic

des captifs, des esclaves, en butte à

la colère

d'un roi, leur
les

nom
et

seroit resté sans

honneur j)armi
à

hommes;

nous n'aurions pas

bénir
la

le Sei-

gneur des
tion

j^râces qu'il leur a failcs.

Avec

protec-

du Seigneur,

iVissiez-vous

au fond d'une four;

naise^ vous n'avez rien à craindre

sans elle

,

fussiez-

vous dans un ^paradis terrestre, vous avez tout à
redouter. L'exemple
niel

d'Adam d'une

part, et de Davérité....
,

de

l'autre,

nous prouve cette double

Vous seriez exposés à perdre richesses, sanlé la vie même, plutôt que de manquer au devoir, vous n'avez rien à regretter. Que la vertu vous reste à la mort
,

tout vous sera

rendu

a

grand

intérêt. L'histoire

de

Job en

est la preuve.
la

Parce

qu'il n'avoit

point aban-

donné
les

vertu,

il finit

par recouvrer tous les biens

qu'il avoit

perdus; et^ ce qui vaut mieux encore,
la

récompenses immortelles promises à

péni-

tence.

Homélie

v.

Crainte de la mort. Tristesse légitime.

Contre

les

blasphèmes

et les

jurements.
hier de l'histoire des
la fournaise

Pa"-. 59.

Le
trois

récit

que

je

vous

ai fait

jeunes

Hébreux

jetés

dans

de Ba-

bylone, n'a point été,

je le vois,

entendu par vous
ai

sans quelque consolation. Je vous

présenté de

SAINT JEAN CHRYSOSTÔME.

QQ

même
que
le

le

tableau des calamite's de Job; et le vil
il

fumier ou

e'toit assis

vous a paru plus vénérable

trône d'un monarque.

On aime
vil

sans doute
royale;

avoir pour un

moment

la

pompe d'une cour

mais qu'en revient-il? L'aspect de ce
contraire est

fumier au
excite

une leçon éloquente qui nous
à la vertu
,

puissamment

à la patience. Aussi
a-t-il

com-

bien encore aujourd'hui n'y
qui viennent à travers
les

pas de voyageurs

mers

et

des extrémités

du

monde

jusque dans l'Arabie, pour y contempler le théâtre des misères de l'illustre patriarche, et baiser avec respect la terre qui fut

imprégnée de son
mais de

sang! Quelle pourpre égaloit en splendeur celte
chair ruisselante, non d'un sang étranger
celui qui couloit
,

de

ses blessures?....
:

Et

la

preuve
perdre

que

je

n'exagère point

qu'un père vienne

à

un

fils

unique qui mérita toute

sa tendresse; étalez

sous ses yeux la pourpre et les pierreries: vous n'ap-

porterez que de stériles consolations, aucun
à sa blessure; parlez -lui des souffrances
dites-lui
:

remède
fds uni-

de Job,
de tous

Vous pleurez, vous regrettez un
bienheureux Job
,
,

que

'

et le

privé à

la fois

ses enfants

frappé lui-même d'un ulcère rongeur,

sans autre vêtement que la paille infecte de son

fumier, voyant tomber en lambeaux
tice,

sa chair dévorée par ses plaies, reste inébranlable dans la jus-

dans

la vérité,

dans sa confiance en Dieu
et
il

:

pas

une

plainte, pas

un murmure;

n'a

que Dieu
7-

^'h.

%)

100

SAINT JKAN CURYSOSTOME.

pour témoin. N'en doutez pas, ces simples paroles
réussiront bien

mieux que toutes vos richesses
douleurs de ce père
affligé.

,

à

calmer

les vives

Je vous

adresse le

même
,

lanj^age dans la détresse

où vous

êtes plongés

et je

vous dis

:

\
le

oici

Job sur
;

le

champ
:

de

bataille

,

aux prises avec

Déuion

le voici lui-

même
Pag. 60.

qui se lève

du milieu de sou fumier

mais

voici d'autre part

une statue

d'or, toute brillante

de

pierreries, d'un prix, en

un mot, qui surpasse

toute

imagination. Lequel de ces deux prédicateurs vous

semblera

le

plus persuasif.'* de quel côté s'échap-

pera une lumière plus éclatante, ou de ces riches
pierreries
,

ou de
le

ces plaies sanglantes

du

saint pa-

triarche

,

de qui

Démon lui-même ne put soutenir
il

l'aspect, puisque, vaincu par elles,

s'éloigna sans

oser reparoître davantage? Appliquez-vous a vous-

même

la

conséquence
gagne

,

ô

mon

frère

;

apprenez
avoit

combien

l'on

à l'adversité.
le

Tant que Job
avoit en

été dans l'opulence,

Démon
:

apparence

prise sur lui;
Job.
1.

il

paroissoit fondé^

calomnieusement
JoIj est

9.

sans doute

,

à dire

au Seigneur
intérêt
il

vertueux,

mais r est-il sans
dépouillé de tout
,

F mais, après qu'il l'eut

n'ose plus

même

ouvrir la bou-

che. Durant sa prospérité, l'ennemi ne craignoit pas d'engager
la lutte
,

et se vanloit d'en venir ai-

sément à bout.
de
partie.

L'a-t-il réduit à l'indigence, accablé

privations et

de souffrances ? alors
de tous
les

il

quitte la

Tant

qu'il jouissoit

avantages du

,

SAINT JEA.N CHUYSOSTOME.
corps,
le

lOl

Démon
il

espère bien en faire sa conquête;
a fait

du moment où
il

de son corps une seule

plaie,

fuit,

il

est vaincu. Reconnoissez-vous maintenant
la

combien
les

pauvreté vaut mieux que
la

la

richesse

maladies mieux que
la

santé

,

les

épreuves mieux

que l'absence de
apporte
la

vigilance

Von y sur soi-même? Nommez-moi de
tentation, pourvu que

plus mémorables victoires et de plus merveilleux

combats. Ceux qui se disputent la couronne dans
les

jeux du cirque, vous les proclamez vainqueurs
ils

quand
Ici, le

ont mis leurs adversaires sous leurs pieds.
terrasse
il

Démon
^

l'homme

juste,

il

le foule

sous ses pieds
cicatrices,
est le
s'est
il

couvre toute sa chair d'aifreuses
l'avoir anéanti, et c'est lui
,

semble
;

qui

vaincu

car c'est lui qui fait retraite
,

lui qui
le

vu

les

mains vides

car
;

il

n'a

pu entamer
qu'cà

trésor

que Job possédoit

il

n'a réussi qu'à
la postérité,
,

rendre
lui

son

nom

plus illustre dans

fournir l'occasion de manifester sa vertu

et

de nous

découvrir toute

la

grandeur de 5on âme

et ses vérile

tables richesses.

Au moment même

Démon

espéroit en lriompher_, c'est alors qu'il avoue sa défaite

par sa fuite et par son silence. Mais pourquoi

fuir, ô

superbe ennemi? Tout ce que tu avois désiré,

ne

l'as-tu pas
je

obtenu?

— Combien
il

il

s'en faut

!

car ce

que

voulois

m'échappe. Je voulois

qu'il

s'em-

portât contre le Seigneur;

ne

l'a
;

pas
il

fait.

Ma conmon

juration n'avoit pas d'autre but

a

trompé

,

.

102
attente.

SAFNT JEAN

CUll YSOSTOME.

Que me
reste

sert-il d'avoir

égorgé ses enfants

de
il

l'avoir dépouillé

de

ses l)iens, frappé sa
le contraire

personne?
j'avois

ne

me

donc que
:

de ce que

tant souhaité

au

lieu d'iiumilier celui à qui j'en

voulois, je n'ai fait qu'ajoiUcr à sa gloire et inmiortaliser

son triomphe.
,

Ai-je eu tort

mes
que

frères

,

de vous

le dire et

de

vous

le répéter,

l'adversité est
-

un

hienfait?...

Appliquez-vous à vous

mêmes
Ce

ces réflexions
n'est pas
,

dans
offrir

l'infortune qui vous accahle.
à votre admiration
ai

pour
je

un vain spectacle
;

que

vous
vous

entretenu de ces grands

hommes mais pour

engager à vous rendre
tience, de leur
réel ici-bas

les imitateurs

de leur pa-

magnanime
le

résignation. Point de mal

que

péché. Non, point d'autre mal; car

ni la pauvreté, ni la maladie, ni la perte de la ré-

putation, ni

On
les

les

mort elle-même, n'en sont point. appelle des maux une saine philosophie ne
la
;

rcconnoît pas pour tels; elle n'admet de mal réel
celui d'offenser

que

Dieu

et

de
,

faire ce

qui lui dési

plaît.

Car enfui, qu'y

a-t-il

dites-moi, de

re-

doutable dans
plus tôt dans

la mort? Est-ce de nous faire rentrer un port à fabri des orages et de nous transporter dans une vie meilleure ? Ce ne seroit
,

pas

un homme qui en prononceroit
de
vie.
la

l'arrêt;

le

seul coius insensible

nature viendroit tran-

cher

le

fil

de votre
à

L'exécution ne seroit pas

marquée

ce

jour où

nous

sommes

,

bientôt

SAINT 1EA.N CHRYSOSTÔME.
VOUS aurez à subir l'arrêt que vous redoutez

lOO.
;

ce

que

je dis,

non pas

,

à

Dieu ne

plaise

!

pour vous

inspirer de lâcheux pressentiments; mais

pour vous

exprimer
dre
tels
la

la

peine que
!

je ressens
,

de vous voir crainappelés à des biens
r.cor. 11.9.

mort. Quoi

chrétiens

que
,

tendus
rien

vus , Voreille n'a point encœur de F homme ne concevra jamais de semblable j vous voyez sans empressement
l'œil n'a point

ni le

et sans désir le

moment

où.

vous allez élre mis en

possession de tant de félicités?

Que

dis-je? vous le
;

redoutez

,

vous ne l'envisagez qu'avec horreur
rougissez pas! Le
!

et

vous
fait

nen

nom

seul de la
,

mort vous
bien plu-

peine
la vie

Ce

n'étoit pas la

mort

c'éloit

tôt

présente qui causoit à Paul ces gémis-

sements

qu'il

exprimoit dans ces termes

:

Toutes ^^^

^^jj

.,,

les créatures l'attendent

en gémissant; nous-mêmeG

^^•

qui avons reçu
rons en notre
C'est-à-dire
:

les

prémices de l'Esprit^ nous soupila délivrance

cœur après
j'ai

de notre corps.
grâce, et j'en
;

goûté

les

dons de

la

attends avec impatience la consommation

je pos-

sède

les

prémices de

l'Esprit, et

il

me tarde d'arriver
troi-

au perfectionnement. Je
sième
ciel; j'en ai
ai

suis

monté jusqu'au

entrevu les inénarrables splenles

deurs, j'en

aperçu

magnifiques palais:

j'ai

appris à connoître à quelles privations m'enchaîne

mon

exil ici-bas.

Eh

1

dites-moi, ô

mon

frère,

si

vous-même

l'on vous introduisoit

dans une maison

royale, oùl'opulence eiit rassemblé tous les prodiges

104

SAINT JEAN CHUYSOSTÔME.

de

l'art, et

que de

on vous transportât dans une

pauvre chaumière, mais pour vous ramener bientôt
après dans cette magnificjue habitation, en vous pro-

mettant une demeure que vous posséderiez cternel-

lement
^

;

quels

de'sirs,
ils

quels regrets ne concevriez-

vous pas? combien
courts

vous paroîiroient longs les
auriez à passer loin de ce

moments que vous
!

fortuné séjour

Voilà l'image

du

ciel et
il

de

la terre

;

ce qui doit être pour vous,

comme

l'étoit

pour
n'est

saint Paul, l'objet de vos gémissements.

Ce

pas de mourir qu'il faut

s'attrister,

mais de vivre.

Vous

m'allez dire

:

Faites

que

je

ressemble à
la

un

saint Paul, et je cesserai

de craindre

mort. Res-

sembler à un saint Paul
ô

:

mais qui vous en empêche,

mon frère? Qu'cloil-il autre chose, lui, qu'un pauvre artisan un homme du peuple tirant sa subsistance
,
,

de son

travail ? S'il fut

né riche

,

de parents

illus-

tres; les pauvres

que nous invitons

à lui ressembler,

auroient été fondés peut'élre à nous opposer leur
Pag. 62.

état d'indigence.
à

Mais vous n'avez plus ce prétexte
,

nous alléguer. Encore
I

quel avantage n'avcz-vous

pas sur lui

Vous tenez, vous, de ceux qui vous

donnèrent

le jour

une éducation chrétienne; vous
doctrine

avez sucé avec le

lait la

du

salut;

mais Paul,

élevé dans les préjugés de sa nation, n'éloit qu'un

blasphémateur, un persécuteur impie, l'épouvante

de

l'Eglise qu'il

ravageoit

,

jusqu'à sa conversion

soudaine, qui, en faisant de lui le plus fervent et le

SAINT JEAN CHRYSOSTOME.
plus zèle des Apôtres, lui
droit de nous crier à tous
:

105
le
i.Cor. iv. i6.

donne assurément
Il s'est

Sojez mes imitateurs ,
Lien élevé

comme je
et

le suis

de Jésus-Christ.

jusqu'à une sorte de ressemblance avec Jésus-Christ;

vous ne savez pas

,

vous, ressembler à

un homme

conuiie vous?...

Ne

savez-vous pas que ceux-là qui

sont dans le péché, tout vivants qu'ils paraissent,
sont morts; et que ceux qui sont dans
la justice,

quoique frappés par
pas moi qui
sa
le dis
;

la

mort^ sont vivants? Ce

n'est

c'est
:

Jésus-Christ lui-même dans
croit

réponse à Marthe

Qui

en moi , fût-il mort

,

joau.

xi.

aS,

awra. Prend riez-vous donc nos paroles pour des
fables ?

Vous

êtes chrétien

;

croyez donc à Jésus-

Christ.

Vous crovez
;

à sa parole; justifiez votre foi
la

par vos œuvres
Voilà
la

et

comment? en méprisant

mort.

différence qui sépare le fidèle d'avec celui
L'infidèle a bien raison de craindre

qui ne
la

l'est pas.
il

mort;

n'a point l'espérance

de

la

résurrection.

Mais vous qui marchez vers une vie meilleure, vous,

dont l'espérance s'appuie sur de

si

légitimes motifs,

êtes-vous excusable de craindre la mort

comme

font ceux qui ne croient pas à la résurrection?
n'est point,

— Ce
elle-

me

répondez-vous
la

_,

la

mort en
la

même
la

que

je

redoute,

mort par
la
:

nature; mais

mort violente en elle-même,

plice.

— Dites-moi

mort parle sup,

,

à votre

tour

Un saint Jean un

saint Etienne, tous nos martyrs, sont morts par le

supplice; tous dévorés par le fer, par le leu, par les

106
eaux, par

SAINT JEAN ClIR YSOSTOME.
la

dent des animaux féroces, ont-ils été
la

inaliicureux de mourir de

sorte? Ce n'est point,
la

encore une

fois, la

mort violente qui rend

mort

funeste et redoutable; c'est la mort dans le pécUé.
P3.xxx111.22

La

viorL des

pécheurs nous dit
y

le

prophète, est dése
les

plorable. L'enlendez-vous? Celle

que

donnent

les

pécheurs, non celle que donnent

bourreaux.

Pourquoi? parce qu'à ce moment commence pour eux
le

rigoureux
finira

et terrible
,

châtiment,

le

supplice qui

ne

point

le

ver qui ne meurt pas, le feu que
,

rien ne pourra jamais éteindre

les

ténèbres exté-

rieures, les chaînes qui les tiendront captifs
l'éternité
,

pour

le

i^rincement de dents

,

la tribulation

et l'angoisse, la

condamnation qui ne sera plus

ré-

voquée jamais. Dans cet effroyable avenir, que gagne
le

pécheur à mourir dans son
le juste a t-il à

lit ?

Comme

aussi

,

quel risque
le glaive

courir d'expirer ou sous
il

ou sur un bûcher, quand

va renaître au

sein d'une immortelle félicité? Oui, certes, la
Luc. XVI.

mort

tics

pécheurs est déplorable. Ainsi
le

mourut

ce riche
Il

qui, durant sa vie, méprisoit
Pag.63.

pauvre Lazare.
les

expire dans son

lit,

tranquillement, entre
les seules

bras
la

de

ses pioches,

mourant par

mains de

nature; mais

c'est

pour être en proie à

la torture,

sans que toute son opulence et la prospérité de la
vie présente puisse apporter le

moindre adoucisse-

ment à ses maux; tandis que Lazare mourant, consumé par la ciuelle agonie de la faim, sans asile,

SAINT /EAT« CHRYSOSTOME.
sans autre compagnie

iOJ

que

les

chiens qui venoient

lui lécher les plaies, a quitté la vie

pour

aller se re-

poser dans le sein d'Abraham
éternels.

,

et recueillir les

biens

Ce qui

m'effraie

encore

,

repliqucz-vous

,

c'est

moins de mourir par une mort violente, que de

mourir injustement;
criminels.

et

ce dont on est soupçonné

quand on n'a rien fait de d'être confondu avec les
,

— Vous craignez de

mourir innocent?

Aimeriez -vous mieux mourir coupable? Quel pitoyable travers, quel malheureux délire ne seroit-ce
pas, alors qu'on est

menacé de mourir
le
la

sans l'avoir
S'il

mérité, d'aimer mieux mourir en
est

méritant?

permis de craindre
l'on

mort,

à la
s'est

bonne heure,
rendu digne.
elle

que

craigne celle dont on
l'on n'a pas

Mais celle que
par cela seul
,

méritée,

nous met,

au rang de tous

les saints.

Combien

des plus illustres personnages

et

des plus chéris de

Dieu, ont subi

la

mort injustement!
dont tout
crime

A

leur tête,
la

Abel
Dieu
dans

,

qui n'avoit certainement pas provoqué
,

colère de Gain

et

le

— Abel mourut
les

fut

de servir

victime; Caïn vécut, mais
l'effroi.

remords

et

dans

Lequel fut

le plus

heureux?
Permettez, mes frères, que
vient
C'est
je
si

vous dise d'où
fort

que nous appréhendons
que nous ne sommes point
céleste
;

de mourir.

épris de l'amour

du

royaume

c'est

que nos cœurs ne sont point

108

SAINT JEAN CHRYSOSTÔMEv
désir des biens futurs; autrement.,
,

consumés du
Phil
ai. 8.

nous u'aurious
pour toutes
:

comme

saint Paul

,

que du dégoût
la

les

choses présentes. Nous craignons

mort pourquoi ? Parce que nous n'avons point assez
peur de
l'enfer.

Nous ne nous pénétrons point des
et

horreurs de ce lieu de supplice et de désespoir;

nous craignons
Si la crainte

la

mort, au lieu de craindre
s'étoit

le

péché.

du péché

fortement emparée de

notre cœur, celle de

la

mort n'y auroit plus trouvé
et

de

place. Je n'irai point chercher la preuve de ce
ailleurs

que j'avance
Aj)rès

que parmi nous,

dans

les

événements qui vous touchent de plus près.

que l'empereur eut rendu l'ordonnance
s'est tant

qui imposoit cette taxe contre laquelle on
récrié, tout étoit en

rumeur, en fermentation; on
on ne s'ahordoit que

murmuroit, on
pour
se dire
:

étoit outré;

Il

n'y a plus de
11

moyen de
de

vivre;

An-

lioche est perdue.

est impossible
éloi
t

payer pareille

somme. La consternation
être à toute extrémité.

générale ; on sembloit
après cela fut arrivé

Quand

ce que vous avez vu, et que de misérables forcenés,
foulant aux pieds toutes bienséances
,

curent ren-

versé les
insolence

images impériales, et, par l'excès de leur
,

compromis

le

sahit

de

tous, jusqu'à

nous
ces

faire

appréhender pour nos propres jours;
richesses dont la perte avoit été
est
si

mêmes

sen-

sible, on ne s'en

plus occupé. Personne aujour-

d'hui qui ne fût disposé à mettre aux pieds de

SAINT JEAN CHRYi>OSTOME.
l'empereur
delà
i

IO9

el ce

qu'il

demandoit

,

et encore par-

Qu'il prenne tout, et le fonds et le mobilier j

nous
l'on

le lui

abandonnons avec
la vie.

joie;

seulement que
diffé-

nous garantisse

D'où vient celle
e'ioit

rence de langage? notre or
a.

tout

pour nous,

craindre pour la vie; il quand nous n'avions rien n'est plus rien du moment où la crainte de la mort

absorbe nos pensées.

Que

celte crainte elle-même

cède à un plus juste

effroi.
;

Que
:

la

peur de l'enfer

domine dans nos coeurs que la pensée de l'enfer y de-

meure fortement im.primee
rien, et
il

et la

mort ne sera plus

n'y a plus de terreurs au

monde

qui nous

agile. C'est en craignant l'enfer

que vous n'aurez
jette la colère

plus à le craindre. Pensée salutaire, elle vous affrancliira des frayeurs

où vous

du

prince, et des cbâtimentsdontvous menace

la justice

du

ciel

,

en vous inspirant une continuelle défiance
bravons

de vous-mêmes. Nous sommes des enfants qui avons

peur d'un masque,

et

le

danger

réel.

La

mort
le

n'est

que

le

masque, un fantôme méprisable;
pécbé. Car enfin, qu'est-ce

danger réel,

c'est le

que mourir? C'est quitter un vêtement dont la mort ne nous dépouille que pour le remplacer par un autre plus éclatant. Qu'est-ce que mourir? c'est
se mettre en voyage c'est faire un plus long sonmie que de coutume. Vous avez peur delà mort? Ayez donc peur aussi de dormir, peur de manger et de boire; car l'un est pas moins naturel que l'autre. Ne
,

110
vousaflligcz

SAINT JliAN CHnVSOSTÔMEi.
[y.iH

de ce

(jui iiV-sl

(jinino

loi

de

la

na-

ture; adlif^ez-vous plutôt do ce qui est

une

df-prasoit

valiou delà volonté; cl

si

vous pleurez, que ce

sur ecux qui pècliful

,

et

non pas sur ceux

rjui

nicu-

renl. JNous erai{^nons la

mort
le

:

pourquoi encore?

Voulez-vous que

je

vous

dise? C'est que nous vic'est
(jiie

vons flans rindiiïérence de nos devoirs;

noiissornmes m.d avec notre eonscienee. Autrement,

on ne
de
P»ien

s'é[)ouvanteroit pas

comme on le faitde ces mots
V(;ritaljlement
le

tre'pas, d(;

lamine, de dénuement et d'indif^ence.

de tout cela ne blesse
nr;

une amc

vertueuse, et

lui

lait

perdre

calme heureux

dont

elle jouit.

Les solides espérances dont elle se

nourrit, cloij^nenl d'elle le chagrin et l'abattement.
i'ag.65.

l'b

!

d'où

lui

viendroient-

ils ?

De

la

perte des

biens? AJais ses richesses sont dans

le ciel.

De

l'ex-

patriation, de l'exil? Mais sa vraie patrie n'est pas

sur

la lerr(;;

(;'esl le ciel.

Des chaînes de

la servi-

tude? Mais
Jamais.

sa conscience peut-elle être
la

enchaînée?

De

séparation d'avec le corps? elle sait

bien

qu'il ressuscitera.

Tirez, tant qu'il vous plaira,
:

le {glaive

contre

le juste

tous vos coups porteront à

faux.

Vous ne

frapj^ez qu'iuie

ombre; vous ne
cetle

le

blessez pas, et tous vos elForls écboueront contre
lui.

Donnez-moi

cette vive
;

loi

,

ferme conj'y

fiance des biens célestes

et dès aujourd'hui

consens, livrez-moi au bourreau. J'en serai d'autant plus leconnoissant
,

que vous me

transportereîî

SAINT JEAN CHRYSOSTOMU;.
plutôt au sein deces ineflfliblesbéatitiides.
m'allez vous dire
,
-

111

— Eh bien

!

laissez-moi donc pleurer sur celte

multitude

d'oflfenses

qui m'empêchent d'arriver à

ce royaume

du

ciel.

—A

la

bonne heure, pleurez
de

donc sur vos
la

offenses; ^effacez-les par les larmes

pénitence; mais ne pleurez pas de mourir. Con-

cevez de la tristesse; le Créateur lui-même en a im-

primé

le

sentiment dans nos cœurs; concevez-la

comme

étant

un moyen de réparer vos
familière. Les

fautes

,

non

pour regretter des perles temporelles. Je m'explique

parunecomparaison

médicaments sont
de qui
sont

dirigés contre les maladies seules qu'ils sont en état

de guérir, non contre

celles à l'égard
,

ils

impuissants. Par exemple

tel

spécifique n'est

bon

que dans l'ophtalmie;
fecte soil l'estomac

il

esl

reconnu pour être sans
autre partie
à la

nulle efficacité dans toute autre indisposition qui af,

soit toute

du

corps.
;

Appliquons celte proposition
allez voir qu'elle

tristesse

vous

ne nous sert dans aucun des accipéché. Si cela est vrai

dents divers qui nous arrivent, et qu'elle n'a d'action
réelle

que contre
être le
détails.

le

,

vous

conclurez avec certitude que le Créateur ne

l'a faite

que pour
quelques

remède du péché. Entrons dans

On
la

vous

a

enlevé votre bien
:

;

vous
l'a-

en avez conçu de
t-elle

douleur votre douleur vous
fds
;

rendu? Non. Vous avez perdu un
:

cette

perte vous a plongé dans le désespoir
sespoir
l'a-t-il

votre dé-

ressuscité? Non.

A

quoi

lui a-t-il servi?

112

SAirîT JEA.1N CIinYSOSTOME.

'

Vous avez
affliction

été

condamné

à la flagellation
:

,

déchiré

de coups, chargé d'outrages
!

quelle douleur, quelle

Les choses n'en sont pas moins arrivées.
vraiment dangevous ne gué-

Vous
reuse

voilà attaqué d'une maladie
:

en vous livrant à

la tristesse,

rissez pas voire
la tristesse

mal

,

vous l'aggravez.

A

quoi donc
êtes

est-elle

bonne? Mais vous

tombé
Ouelle

dans

le

péché; en concevez- vous de

la

douleur?

votre péché est effacé, votre dette remise.

preuve en voulez-vous? L'oracle du Seigneur, parlant au prophète Elie,

au sujet de

la

pénitence

m.

Reg. xxr.
^'

d'Acliab

,

J'ai

tu

,

dit - il,

Achah

humilié devant

moi j puis donc
tristesse

qu'il s'est humilié

en

ma

présence y

je lui ai pardonné.
i[.Cor. vu.

Ce qui

a fait dire à saint

Paul

:

La

qui est selon Dieu ^ produit pour le salut
stalle. J'ai
la

une pénitence
nant

donc eu raison d'avancer

que l'unique but de
la tristesse
, ,

Providence, en nous don-

a été

de nous rendre sensibles à
,

la perte
la
Pag. 66.

non de nos biens
ni
,

ni de llionneur, ni
,

de

santé

,

de

la vie

elle-même

puisqu'elle ne les

guérit pas

mais à

la
la

seule perle de l'àme par le
ici la

péché, puisqu'elle
gesse de
Gen.
ibld.
i£.

répare. Reconnoissez
:

sa-

cette Providence

le

double fruit du péché,
:

17.

c'est la

douleur

et la mort.

La mort
,

Le jour où

tu

m

16

mangeras de ce fruit défendu

a dit le Seigneur à
:

Adam
dans

,

tu mourras.

La douleur
péché

Tu
Et

enfanteras
c'est aussi
:

les

douleurs

,

a-t-il

été dit à Eve.

par l'un et l'autre que

le

est détruit

témoins

'

SAINT JEAN CHUYSOSTOME.
,

11.)
,

nos martyrs

témoin saint Paul
_,

,

quand
et

pariant
j

aux pécheurs
sants

il

dit

:

C'est pour cette raison qu'il

ç^^^,

^^

3^

j a parmi 7>ous
,

beaucoup de malades

de languis-

et qu'il êtes
,

en meui't plusieurs. Gesl donc parce
pécheurs
,

que vous
à la

que vous

êtes

condamnés

mort

afin

que
le

la
,

mort

soit le rachat

du péché.
,

De même que
consume
et le
la

ver

né au sein du bois
le

ronge

et
la

substance qui
la

produit

,

de

même

douleur et

mort, produits du péché, l'absorbent
,

dévorent. Voilà

mes

frères
je
,

,

la sainte tristesse,

voilà la salutaire frayeur

que

cherche uniquement
la

à vous inspirer
afin

,

la tristesse

frayeur

du péché

,

que vos œuvres

soient en conformité avec la loi
,

de Jésus- Christ. Celui

nous

dit -il

,

qui ne porte
tra-

Luc. xiv. 27.

pas

ma

croix

,

celui qui ne

marche pas sur mes

ces, n'est pas digne
la

de moi.

Eh
;

!

qu'est-ce

que porter
saint
c'est,
i.

croix de Jésus -Christ? C'est avoir toujours sous

les

yeux l'image de

la

mort

c'est

,

comme
mort

Paul, mourir à tous

les

moments du jour;
la

Cor.xv.3r

comme lui

,

mépriser également et
,

et la vie.

Attaché à une milice spirituelle

vous êtes conti-

nuellement sur un champ de
rien de généreux
,

bataille. N'attendez
,

rien d'héroïque
;

du

soldat qui
tel

appréhende de mourir au contraire, un
sera bientôt la proie

homme

de l'ennemi
est

:

c'est le

guerrier

intrépide et
cible.

magnanime qui

vraiment invincije

Les trois jeunes hébreux dont

vous parlois

hier, ne craigniient point la fournaise ardente, et
16.

8

Tl/f
ils

SAINT JEAN CMIIYSOSTUME.
tic ses

furent sauves
,

feux.

Ne

craii^iions j»oint la

mort

et

nous échapperons

à la mort.
;

Comnie eux
je

,

ne redoutons rien que de pécher
au danger
sois ni
,

soyons insensibles

et le

danger disparoîtra. Bien que
fils

ne

prophète, ni

de prophète,
si

je

rafîu'mc

avec
je le

la

même

certitude que

je lisois

dans l'avenir;
:

déclare à haute et intelligible voix
si

que

si

nous

nous convertissons,
au salut de notre
sentier

nous donnons quelque intérêt
,

âme

si

nous nous détournons du

du

vice,

il

ne nous arrivera rien de fâcheux.
cette infaillible prescience
,

Ce qui me donne
Pag.67,

c'est

la

miséricorde de

mon Dieu

,

c'est l'expérience

de

celle qu'il a exercée sur des pécheurs, sur des villes,

sur des nations tout entières coupables.
Ton.

11 a voit

mede-

m.

4

nacé JNinive

:

Dans quarante
ses
;

jours

,

celle ville sera
elle est

détruile. L'a-t-elle été?

Point du tout;

meurée ferme sur

fondements,

sa prospérité

même

s'est

accrue

tant de siècles écoulés n'ont
;

porté nulle atteinte à sa gloire
d'hui on la vante
,

encore aujourest

on l'admire. Elle
les

un port

et

un
les

asile

où nous appelons
,

pécheurs qui s'abain'étoient retenus sur

iroient dans le désespoir

s'ils

bords de l'abîme

et

par l'exemple de son re-

pentir, et par le témoignage de la miséricorde

que

le

Seigneur a déployée

à

son égard. Dieu préféra faire

manquer
role,

sa

prophétie, plutôt que d'exécuter sa paprédiction n'est
auroit quelque

en

la détruisant. Toutefois, la

pas restée sans accomplissement.

On

SAIINT JKAIV

CHHYSOSTÔME.

1

l5

raison peut-être de l'opposer à
rsinivitcs eusseal

iniquités

;

elle-même, si les impunément persévéré dans leurs mais parce que leur changement de
Dieu
à

mœurs
la

a déterniiné

changer

aussi

,

est

contradiction entre la prophétie et l'événement ?
à Ninive est

Le pardon accordé
prophète Jérémie
je prononce

un hommage rendu
rendre par son

par lui-même à l'oracle
,

qu'il avoit fait
:

dans ces termes
contre

En
et

un

instant jerem. xvm

V arrêt
le

un peuple

contre

un

'^

^

royaume, pour
racine.

perdre et

le détruire

jusqu'à la
des

Que

si cette nation fait pénitence

maux

pour lesquels je Pavois menacée ^ je me repentirai aussi moi-même du mal que j' av ois résolu de luifaire. Ce
fut la

même loi

de clémence qui s'opposa au châ-

timent de Ninive. Dieu, qui avoit lu dans les cœurs

de ces harbaies, pressoit son prophète de leur parler.

La voix de l'Ange du Seigneur
la

les jeta

comme
leur
fut

nous dans

consternation

j

mais leur

effroi fut

salut, et personne

ne périt; leur arrêt de mort
vie. Justice

pour eux une source de
de
celle des

bien différente

hommes

,

chez qui

les arrêts s'exécu-

tent aussitôt qu'ils sont rendus. L'arrêt que Dieu

prononce

,

il

reste toujours
le correctif

maître de l'infirmer.

Mais Dieu

a

mis

de

la

sentence dans

la

sentence elle-même. SileslNinivites ne l'avoient

pa.s

entendue

,

ils
,

n'auroient
ils

pu

la

connoîlre; ne
fait

la

con-

noissant pas

n'auroient point
ils

pénitence; et
effet

sans pénitence,

auroient péri. Admirable

8.

!

l()

SAINT JEAN CHKYSOSTÔME.
peiiiience
1

"

(le la

ils

ne désertent pas leur
ils

vil le

comme

nous avons
l'.ig. (JS.

fait la

nôtre;

y

leslciit, et ils l'assu-

renl.

On

leur dit que ses murailles vont être renils

versées;

renoncenl.
ils

,

non pas

à leurs murailles

,

mais à leurs pecJies;

s'éloii^neut,

non pas comme
<le

nous avons
deretîlées.

fait,

de leurs maisons, mais

leurs voies

Ce ne sont pas,
de ces
ciel

se disent-ils à

eux-mêle

mes,
mal^

les pierres

édifices qui ont attiré sur
;

nos létes la colère du
c'est

c'est

dans nous qu'est
le

dans nous que doit se porter

remède.
;

Ce

n'est

donc pas sur un changcmcut de

lieu

mais

sur le

changement de

vie qu'ils ont fondé l'espé-

rance de leur salut. Voilà l'exemple que des Barbares nous ont donné; et nous, quel contraste!

combien
l'ivresse
,

il

est

humiliant

!

nous allons^

comme dans
le

çà et là, toujours poursuivis par le couret

roux du ciel,

ne songeant pas à

conjurer,

cherchant quelque abri où cacher nos trésors. Insensés! cherchez-en plutôt poiu* votre âme; mettez-la

en dépôt dans
Si vous aviez

les

mains de

la

vertu et de

la religion.

un

esclave contre qui votre courroux

se fût allume, et qu'au lieu de vous demander grâce,
il

ne s'occupât que du soin de ramasser
,

ses effets

pour s'enfuir avec eux
nouvel outrage
Ps. cxxxviii.
7-

de quel œil verriez-vous ce

fait à

vos bontés pour lui? Laissons
:

ces étranges résolutions, et disons à Dieu


res-

irai~je j

Seigneur, pour me cacher à

"votre Esprit, et

où fuirai-je pour

me

dérober à l'otre mie F

Ne

,

SAINT JEAIN CHRYSOSTOME.
Ions pas au-dessous de la vertu des Barbares.
le

II7

Dans
du

doute

,

ils

firent pénitence

;

car la sentence
s'ils

prophète ne portoit pas absolument que
vertissoient et faisoient pénitence
,

se con-

leur ville seroil

épargnée

,

mais simplement que

dans quelques

jours elle seroit détruite.

mander
ils

:

Qn'i

Vous ne l'entendez pas denous assure que Dieu changera de
;

résolution à notre égard ? Rien ne les en assure

ci.

n'en prennent pas moins le parti de la pénitence,

lis

ne sont pas
;

initiés

dans

les secrets
,

de

la

divine

miséricorde
lis

et

dans

le

doute

ils

se convertissent,

n'avoient pas sous les yeux l'exemple d'autres
ils

Ninivitcs, rachetés par la pénitence;

n'avoient

pas lu les écrits des prophètes, ni entendu parler

des patriarches, et vous ne les voyez pas délibérer
sur la conduite qu'ils ont à tenir
;

ils

n'ont point de

prédicateurs, point de sens intime qui leur répon-

dent que

la

pénitence leur rendra Dieu propice; et
ils

cependant
tence.

s'empressent de recourir à

la

pénidéfiei'

Quel motif avions-nous donc de nous
divine miséricorde
et
,

de

la

nous

,

instruits à l'école
si

des prophètes

des Apôtres, nous qui
,

souvent
,

en avons

fait

l'expérience personnelle
la

nous

si

for-

tement avertis par

voix éloquente des faits? Adla

mirez donc, mes frères,

vertu des Ninivites
Vn'^.Cxj.

admirez plus encore
rez-la sur la

la

bonté du Seigneur. Mesula

rigueur de
,

menace
vague

;

il

n'v

met
il

point
laisse

de restriction

afin

que

le

même

,

'Il8
sa

SAINT JEAN CHKÏSOSTÔMK.
l'elfroi
,

sentence en aiignientc

et

produise

sut" les

esprits

une plus vive impression. Son prophète^ tout
de l'avenir, a peine à concevoir
il

instruit qu'il est
Jon
III.
/,.

la

conduite du Seigneur,

murmure de

l'apparente

contradiction qu'elle lui présente.

Le Seigneur ne
cl
il

connoît point ces fausses délicatesses. L'unique soin

qui
iail
ibid.
t.

le travaille, c'est le salut

des

hommes
il

;

le
le
le

bien voir au

même

prophète, dont
est-il

réprime

4.

zèle indiscret.

A.

peine Jonas

entré dans
la

vaisseau

,

Dieu soulève

les flots
:

de

mer
il

,

pour

nous donner cette leçon ché, désobéissance^
lùicL
il

que partout où
a

y a pé-

y

soulèvement de vagues,

ib.

il

y

^ tempête. Jonas est jeté dans la

mer

,

le vaisla

seau vogue en liberté. Jetons nos péchés à
et

mer

;

Antioche sera sauvée du naufrage. Jonas avoit eu
et s'éloigner

beau fuir
échappé
rivage,
fuite
,

de terre

,

il

n'avoit point

à la colère
la

du Seigneur.

Il s'est

détache du

tempête entre avec
,

lui sur la

mer;

sa

impuissante pour lui

péril ceux

mêmes

qui lui

menace du dernier ont donné asile et ce
;

même homme
ibid.u.
I.

qui, sur

un

vaisseau bien équipé,

muni de bons rameurs,
de
la

n'avoit rencontré

que dan-

S^^s^ trouve un port assuré au sein d'un monstre

de vaisseau qui
le
,

mer, pour nous apprendre qu'il n'y a point soit sûr pour l'homme vivant dans péché mais que pour celui dont le péché est endans
les

seveli

eaux de

la

pénitence,

il

n'y a ni teml'engloutit

pête ni monstre redoutable.

La mer qui

SAlKï JEAN GUKYSOSTOIME.
le

1

1()

rendra vivant

:

la

baleine le reçoit dans ses en:

iraillcs, et l'en

verra sortir plein de vie
le

tous
;

deux
et

rendront à Dieu

dépôt qui leur fut confié

par

cette suite d'épreuves, le })rophèle

apprendra a être

indulgent et miséricordieux

,

à n'être pas plus cruel

que

les

matelots, qui ne l'avoient jeté dans les eaux
,

que par nécessité
les

plus cruel que les tempêtes et

monstres de

la

mer

,

qui lui ouvrirent un sein

hospitalier, dociles à l'ordre qu'ils en avoient reçu

du Seigneur. Rendu
Ninive
;

à la liberté, Jonas rentre dans
,

il

naçantc

;

y prêche il y fait retentir une voix meil persuade et sauve; il effraie et con-

i/>ui.

m.

vertit; cela, dans

une seule prédication, dans un
;

jour

,

sans préalable discussion

la

simple parole du
joug de
la

prophète abat toute cette

ville sous le

pénitence. Telle avoit été dans toute cette histoire

l'économie de

la

Providence

:

elle

n'amène son pro,

phète à Ninive que par un long détour

pour nous
aux mains
,

instruire qu'il est impossible d'échapper

du Seigneur. Quelque
après vous
à
la

part

que vous

alliez
,

traînant

chaîne de votre péché

attendez-vous

mille traverses.

Vous
;

n'auriez rien à redouter de la
la

part des
sortira

hommes

de ce vaste théâtre de

nature

Fennemi acharné

à votre ruine irrésistible,

ment

:

sauvez-vous en changeant, non pas de lieu
n'est point
,

mais de mœurs. Ce

parce que vous de-

meurez dans

telle ville
;

que

le

Seigneur

est

courpag. 70.

roucé contre vous

c'est

parce que vous êtes pécheur,

120

SAINT JEAN CHKYSOSTOME.
par vous (lecharf^cr de votre pè;

Commencez donc
che
;

portez le

traires

ne

se guérissent

remède au cœur du mal les conque par les contraires. Devou&

mandez-le au me'decin le moins expérimenté. Veut-il
guérir la fièvre résultant de l'intempérance?
il

commande
d'agréables

la diette: la

mélancolie?

il

vous indique
le

distractions.

Même

procédé pour
:

traitement des maladies de l'âme

la

tiédeur, l'em-

portement? opposons

le zèle, la

réforme de l'hula protection le

meur. Mettons nos résolutions sous

du jeûne; puisons de nouveaux motifs dans

sen-

ùment de nos

calamités présentes et dans la crainle

des dangers qui nous menacent. Le

moment est

favo-

rable pour obtenir de vous tous les sacrifices que nous

désirons.

L'âme que

la crainte
,

subjugue

et qu'elle

éloigne des voluptés coupables

se prête sans

beau-

coup

d'effort

aux leçons de

la

sagesse, et se sent
la vertu. Profitons

portée d'elle-même à embrasser

de ces dispositions pour vous détourner des serments. Je vous
avant-hier
;

ai

entretenu du

même

sujet hier et

je

ne

me

lasserai pas

de vous en parler
s'il

encore aujourd'hui, demain, encore après,
faut
si le
,

le

jusqu'à ce que je vous en voie corrigés. Car
faire

pécheur ne craint pas de
je reviens
,

mal

,

craindrai-

je

davantage d'obéir au devoir où

je suis

de

le re-

prendre? Si

continuellement sur

les

mê-

mes

exhortations

ce n'est pas à moi qu'il faut s'en

prendre y mais à ceux qui entendent sans cesse nos

.

SAINT JEAN GHIIYSOSTOME.
iiistruclioiis

I2l
si

sans eu profiter, quoiqu'il eu coûtât
;

peu pour
Pour cela

le faire
j

car y

a-t-il

ricu de plus facile

que

de ne pas urer ?
^

il

ne faut qu'en preiidrc l'habitude.
,

point d'exercice de corps

point de sa-

crifice d'argent.

Me

permettez -vous de vous indi-

quer un moyen sûr de triompher de cette détestable

habitude? Lorsque vous vous surprendrez
cette faute, punissez-vous en par le

,

vous le

premier, ou quelqu'un des vôtres, retomber dans

retranchement

de quelque nourriture; imposez cette privation au
coupable, quel qu'il
soit
,

s'il

est sous voire

dépen-

dance

;

et

vous n'aurez plus besoin que d'autres

vous rappellent au devoir.

Vous

paroissez satisfaits de

mes

paroles. Failes-le
fruit

voir, mais par vos œuvres.

Autrement, quel

auriez -vous recueilli de ce discours?

Ce ne

seroit

pas

une excuse, mais un
de

juste sujet

de reproche
,

pour un enfant d'être assidu aux écoles
apprenoit rien
:

s'il

n'y

même que
,

nous

sert

de passer

à l'église des journées entières

,

d'y entendre les inPag. 71

structions les plus profitables, auxquelles vous pro-

diguez vos applaudissements

,

si

vous en sortez com-

me

vous y êtes entrés?

Il

faut apprécier les choses,
.

moins par elles-mêmes que par leurs conséquences.

Vous vous rendez à

l'église

:

n'est-ce

que pour y être ?

ou bien , pour en revenir fesprit
de quelque trésor spirituel
et
?

et le

cœur eniichis
sortez vides

Vous en
:

p;\uvrcs

comme

auparavant

votre

empresse-

122

SAINT JEAN ClIUYSOSToMB.

nient nienic à vous y rendre sera pour vous
vel acle d'accusation.

un nou-

Dieu vous en préserve. Pour
pour retourner dans
autres,

cela,

quand vous

l'avez quittée

vos maisons,

entretenez- vous les uns les

l'ami avec son ami, les pères avec leur famille, les

maîtresavec leurs serviteurs, de ce qui vient d'y être
dit; concertez cnscniLie sur les
tre

moyens de

le

met-

en pratique. Qu'après cela
le

,

vous vous retrouviez

dans

temple,

et

que vous nous entendiez revenir
répondre

sur les

mêmes

sujets, vous n'aurez plus à

au secret reproche de votre conscience, mais vous
jouirez de l'honorable témoignage

dont

elle ré-

compensera votre

fidélité.
ici.

Ne

vous contentez pas

d'en entendre parler

Quelques entretiens de peu

de durée ne suffisent pas pour déraciner des habitudes invétérées. Prolongez-les en les portant dans
vos maisons. Là, qu'une sainte émulation anime
tous les

membres de

la

famille

;

que

les

plus fer-

vents excitent ceux qui le sont moins; que celui qui
est

en arrière

s'efforce d'atteindre celui qui est plus

avancé. Je vous garantis qu'avec ce nouveau plan

de conduite,
désirs.

les

choses tourneront

au gré de vos

Occupez-vous des intérêts de Dieu; Dieu

aura soin des vôtres (i).

\ous
(i)

allez

me dire

:

Mais
saint

comment
aux

faire,

quand

Le conseil que donne

ici

Jean Chrvsostôme à
et
rois.

ses auditeurs,
les

l^ossuet le

donne surtout aux magistrats
le

Voyez

magnifiques

pages à ce sujet, dans

tom. vu, pag. 246 de ses sermons.

SAINT JEAN CHllYSOSTÔME.

125

on est obligé au serment ? quand ou n'a pas d'autre-

moyen pour
part,

affirmer? Je ne vois point
_,

,

moi

,

nulle
la loi.

de nécessité

qui doive prévaloir contre

La seule nécessité contre laquelle rien ne prescrit,
c'est

de ne pas offenser Dieu.
il

Au

reste,

ce n'est
j'accuse,

point là le serment dont

s'agit.

Ce que

ce sont les serments inutiles, proférés sans raison

comme
dans

sans besoin dans la simple conversation.
;

Abstenez-vous de ceux-ci
le cas d'avoir à

vous ne serez guères

en émettre d'autres.
s;iinle

Une

fois

que

l'on s'est

pénétré d'une

horreur contre

le

serment, on n'a plus à craindre l'habitude du blas-

phème. Nous avons eu beau déployer tous
du
zèle,
:

les efforts
et

armer nos exhortations de terreurs
nous n'avons pu réussir à vous

de
1*35.

menaces
source

ftiire

persa

7?.

dre l'habitude du blasphème. Attaquez -le à
;

condamnez tout serment,

et

il

n'y aura plus

de nécessité prétendue qui paisse vous rendre transgresseurs de la loi;

comme

il

n'y en a jamais à

prendre du poison. La victoire que vous aurez obtenue sur ce point, vous rendra
plus faciles. Celui qui n'a
fait

les autres

conquêtes
effort

encore nul
la

pour
atta-

marcher, languit et succombe à

première
peut

que

;

mais celui qui a déjà éprouvé sa force, se
aller plus
la

livre facilement à l'espérance qu'il

loin, et fmit par arriver au but.

De même que
dans

possession des richesses

enflamme toujours
;

le désir

d'en acquérir de nouvelles

ainsi

la vie spiri-

124
luelle,

SAINT JEAN CITRYSOSTÔMIÎ.

chaque

j)as

que

l'on y fait

avancer. Tout ce que je vous

amène le demande
,

désir d'y
c'est

do

commencer seulement,
de
l'édifice spirituel.

c'est

de

jeter le

fondement

Tant que nous sommes avec
,

vous, dans ce temple
votre esprit
;

nos paroles sont présentes
,

à

mais

je

vous en conjure accordez cette

grâce à

mes

instances, n'eu bornez, pas le souvenir à

ce court espace de temps; qu'elles vous suivent dans vos maisons, dans vos courses, partout.
m'est-il

Que ne
!

donné

d'être sans cesse à vos côtés

Je serois

dispensé de vous entretenir aussi longuement que
je le fais.

Mais hélas!

il

n'est pas possible.

Eh bien!

que votre mémoire supplée
Toutes
les lois

à

ma

présence; qu'elle

se retrace continuellement ce

que vous entendez.
vous mettre à table
:

que vous
j'y

allez

figurez-vous

que

entre avec vous, que j'assiste à

vos repas, que
les (bis

j'y

tiens ce

même

langage. Toutes

que mon nom

sera

prononcé en votre préje

sence, rappelez-vous le conseil que

vous donne.

Ne me refusez pas ce témoignage que je vous demande de toute votre affection pour moi; que je
l'obtienne, ce sera

ma

plus douce récompense;
à (brmer.

il

ne

me

restera plus

de vœux

Par

,

vous

encouragerez
rances
ceptes.
,

mon

zèle, vous affermirez vos espéla

vous faciliterez

pratique des autres pré-

Gravez celui-ci profondément dans vos
et votre

cœurs;

propre expérience vous convraincra
là,

de

l'utilité

de nos avertissements. Par

vous rclè-

,

SAINT JEAN CHRYSOSTOME.
vercz.

12 5
11

encore l'excellence de

la

parole sainte.

^n

est d'elle

comme

d'un riche vêtement que l'on a

du

plaisir à voir isolement,

mais que
le

l'on

admire

encore davantage sur celui qui

porte. Ainsi la

divine parole toujours belle en spéculation, le devient bien davantage dans les œuvres où elle est

mise en pratique. Vous applaudissez dans ce mais
si

;\

nos discours

moment

qu'ils retentissent à vos oreilles;
,

vous y
Voilà

êtes fidèles

votre

pie'lé,

plus durable

que de vains applaudissements,
le nôtre. les

fera votre éloge et

applaudissements que Dieu agrée^

et

qu'il

récompense des plus magnifiques dons.

Puissions-nous tous les obtenir par la grâce de Notre

Seigneur Jésus-Christ, à qui soient, avec le Père
le

et

Saint-Esprit gloire et bénédiction
toujours et dans

,

maintenant
!

et

tous les siècles des siècles

Amen.
Homélie
vi.

Autorité des magistrats. Utilité des agiotions.

Voici déjà plusieurs jours employés à combattre
l'affliction

pa^, ^3.

où vous

êtes plongés. Toutefois, je

ne quit-

terai pas ce ministère

de charité;

et tant

que vos
ils

cœurs ne seront pas guéris de
je

la tristesse

sont

me ferai un

devoir de verser sur vos douleurs un

baumede

consolation... Ehî qui

mieux que nous peut

lessoulager? Des juges vous épouvantent; desmagis-

126
trais

SAINT JEAN CHUYSOSTOME.

VOUS menacent;

c'est

aux nninistres delà

reli-

gion à vous consoler,

c'est à l'Eglise à

vous rassurer.

L'enfant que châtie la verge de son maître, se rciugie

en pleurant dans

les bras

de

sa

mère qui
le

le presse

contre son sein, essuie ses larmes,
ses caresses
;

console par

et^

parla douceur de ses paroles, vient

à bout de lui persuader

que

c'est

pour son bien que

son maître se rend redoutable. Image naturelle de
notre situation présente. Menacés et punis pa
magistrats
,

vos

vous venez chercher au sein de l'Eglise

un

asile

contre la terreur et contre le châtiment.

Elle vous ouvre ses bras maternels, elle adoucit vos

chagrins

;

elle essaie

chaque jour de vous réconcilier

avec vos magistrats, en vous disant qu'il est
les

bon de

craindre

,

et

que leur

sévérité vous est profitable,

La crainte
gueurs
;

qu'ils

vous inspirent réveille vos lan-

les consolations

que vous recevez de l'Eglise
Providence qui

sont le contre-poids à une tristesse qui vous accableroit.

Sage disposition de

la

,

en

balançant l'une par l'antre,
tion
,

la crainte et la consola-

opère notre salut. C'est

elle,

mes

frères, qui
les

a investi les magistrats

de l'autorité qui

rend

redoutables à I4 licence, et le sacerdoce d'un
nistère de charité qui en
fait la

mi-

consolation de l'in-

fortune. L'Ecriture sainte e'tablit cette double proposition, et l'expérience la confirme. Si la présence

des magistrats et de
Pa".
74.

la force militaire n'a pas sufïi

pour en imposer

à

quelques aventuriers rei-andus

SAJNT JGA.N CHRYSOSTOME.
ilaiis

I27

l'enceinte de notre ville^

si

leur audace a pu,

peu de temps, allumer un si violent incendie, exciter une tempête telle que nous nous voyons meen
si

nacés tous d'un
si

commun

naufrage, qu'auroit-ce été
la

l'on n'eût pas été

contenu par

peur du magis-

trat? Antioclie tout entière eût été victime de l'em-

brasement; tout y eût été bouleversé,
toyen n'eût écliappé.
S'il

et pas

un

ci-

n'y avoit point de magistrats

,

plus de gouver-

nement, plus de société. La
pête
elle n'est plus
fait

société n'est plus qu'un

vaisseau sans pilote, la proie des vents et de la tem;

qu'une armée sans chef, que l'en-

nemi a bientôt
les

passer sous le joug.

Vous amenez

hommes

à des

mœurs plus

barbares que celle des

animaux féroces, sur qui la raison n'a nul empire. C'est
à qui s'enlre-dévorera; et le pauvre,

sans défense deviennent

la

proie

l'honnétehomme du plus fort ou du
,

plus entreprenant. A^ujourd'hui

grâces à Dieu

^

nous sommes à
fidèle

l'abri
lois

de ces excès. Lorsqu'on
la religion,

vit

aux saintes

de

on

n'a plus be-

soin d'être contenu par l'autorité civile.

La

loi

n'a

i.Tim.i. 9.

point été instituée pour le juste ^ nous dit l'Apôtre;
elle l'a été

contre le malfaiteur à qui ce frein est néles

cessaire

pour prévenir
source

désordres sans

nombre
Apôtre
x.n.
i.

dont

il

agiteroit la société. Aussi le
la
:

même

remontant à

Point, dit-il, de puissance Rom,

qui ne vienne de Dieu , et c'est lui qui a établi toutes
celles

qui sont dans

le

monde. Le niagistrai

est à la

128
sociëlc, ce
les
:

SAINT JEAN CHRYSOSTÔME.

que

le

ciment

est à l'édifice. Relranclic/.-

plus

(le

lien, plus d'ensemble,

plus de consi-

stance; tout s'écroule et

tombe en ruines. Ne mur,

nuirez donc pas,

mes

frères

de

la nécessité

où nous

sommes de craindre les
Dieu qui en
a fait

magistrats; mais remercions

l'instrument par lequel nous avons
,

été arracliés à notre assoupissement

et

rendus à des
avons-nous
fait

mœius
;\

plus régulières.

De

quoi en

effet

nous plaindre de leur part? Quel mal nous a
!

leur rigoureuse surveillance? Quoi

De nous

avoir
,

contraints à plus de bienséance et de politesse

à

plus de réserve dans nos paroles et dans nos actions?

Quoi! de ce qu'il ne se rencontre plus dans cette

cité

de ces scandales publics qui
on n'y entend que
voit plus

la

déshonoroienl mais
;

qu'au lieu des chants de l'ivresse ou du libertinage,
les accents
la

de

la

prière

,

on n'y
tout

que

les

larmes de

pénitence?

Que

discours immodeste, tout rire indécent, toute joie
dissolue en sont bannis?
tout entière est

De ce qu'enfin Antioche devenue un modèle de gravité et de

respect pour tous les devoirs? Est-ce
feroit

ce qui vous

de

la

peine?

Ah!

plutôt réjouissons-nous, et
effroi

remercions Dieu qu'un

de quelques jours

soit

venu
rées.

à

bout de rompre des habitudes aussi invétéla

bonne heure, me direz-vous, si nous que feffroi; mais nous avons l'inquiétude n'avions eu Calmez d'être réduits aux plus dures extrémités.

—A

vos frayeurs,

mes

frères; saint Paul les

combat, en

SAINT JEAN CHKYSOSTOME.

120
i.

VOUS assurant que Dieu, fidèle a sa parole j ne pevmettra pas que vous sojez éprouvés au-delà de dos

Cor. x. i3.

forces ; mais

(pi' il

vous fera

profiter de l'épreuve y

de telle sorte que vous

la puissiez soutenir.
clii-il

— Je ne
comme
jos.
i.

vous

délaisse rai point j nous

lui-même

5.

autrefois à Josué, je ne l'ous abandonnerai point.
S'ii
il

vouloit faire

tomber sur nos
,

létes les

maux dont
si

nous menace

il

n'auroit pas attendu
l'effroi

long-Pa.;. ^s.

temps. Il ne nous tient dans

que parce qu'il
il

ne veut pas nous punir. Autrement,
eu besoin de nous menacer.
t-ilpas

n'auroit pas

Eh

!

ne nous regarde-

comme déjà assez

punis, par ces morts multi-

pliées, par cette longue agonie qu'il nous a fait subir

déjà, durant tant de jours que nous
siégés
,

sommes

as-

investis par la peur, redoutant jusqu'à notre
les torlures

ombre, éprouvant
gubres images.

du

fratricide Caïn,

agités, jusque dans notre

sommeil, parles pins lu-

Ah
le

!

si

nous nous en étions pris à

Dieu lui-même,
déjà à
souffrii-

châtiment que nous avons eu
suffi

auroit

pour désarmer son cour-

roux.
Si je fonde sur la divine miséricorde de
si

légitimes

espérances, combien elle lésa j ustifiées déjà parles té-

moignages particuliers qu'elle nous en a donnés! Par exemple, les couriers, chargés de sinistres messages,
nousavoient quittés
et s'étoient

mis en route vers

l'empereur avec une rapidité qui leur supposoit des
ailes. Il

y

a

long-temps

qu'il

dévoient être arrivés,

16.

9

lOO
ils

SAINT JE.VW CHRYSOSTOME.

s'en flatloient
:\

du moins; nons apprenons

qu'ils

sont encore

moitié clicmin. Traverse's par des ob-

stacles inattendus, obligés

de mettre pied à terre,

et

de quitter leurs chevaux pour monter des cbapesants^
ils

riots

ont donné à notre saint évéque le
et

temps d'arriver avant eux,

de prévenir l'orage

qui eût rendu ses remontrances inutiles, et laissé

un du
Jon. IV 1.

libre cours aux préventions et

aux ressentiments

prince. Croyez bien,

mes

frères^ qu^il n'en eût
la

pas été ainsi sans l'ordre de
le

Providence.

Quand
le

Seigneur envoya
s'y

Jonas vers Ninive,

pro-

phète ne

rendoit qu'à contre-cœur; Dieu l'y
lui.

pousse malgré

Maintenant, voilà des courriers
;

qui s'empressent de remplir leur mission
qu'elle
ibiil.ii.i.

et

parce

nous devoit être
Il

si

funeste, Dieu les retient
plaît, la
,

malgré eux.

suscite,

leine pour hâter l'arrivée

quand il lui du prophète

ba-

et arrête la

course des chevaux pour relarder l'arrivée des messagers. Ainsi sa

Providence dispose de tout avec
,

une souveraine sagesse et tempère la crainte par la consolation. Le jour même où nous nons livrâmes à
de criminels excès,
les courriers s'étoient

mis en

campagne pour en porter la nouvelle
deux ou
trois jours

à l'empereur,

et leur départ nous avoit glacés d'effroi.

Ce

n'est

que

après que notre évêque avoit

pu

se mettre en route, et quelle espérance pouvions-

nous fonder sur son voyage?
sions-nous, qu'après

Il

n'arrivcroit, di-

les autres.

Mais notre con-

SAINT JEAN CHI'.YSOSIÔME.
fiance s'est ranimée,

ï3l
la

quand nous avons su qu'à

faveur des embarras où les autres s'ctoient trouvés,
c'éioit lui

qui avoit devancé les nouvelles; ei nos

actions de grâces se sont dirigées vers le Seigneur,

dont

la

bonté plus que paternelle avoit retenu par
invisible
les

une force

dénonciateurs de nos dételle

sastres. Si le

Seigneur nous a montré une

mi-

séricorde dès la première explosion

du crime, que

n'en devons-nous pas attendre depuis que nous avons

cherché à l'apaiser

})ar

notre

repentir et notre
S'il

conversion, par nos prières et par nos larmes?...
vouloii notre perte,
il

n'auroit pas laissé partir notre

évêque

,

mais

il

auroit bien su l'en

empêcher.

La rencontre

même

de

la

Pâque que nous nous

disposons à célébrer, doit être surtout i-egardée

comme un augure favorable. Les infidèles euxmêmes la révèrent. Par hommage pour elle, notre
religieux
.soient

empereur
la

a

ordonné que

les prisonniers

pour

phipart relâchés dans toute l'étendue
à la

de son empire. Son ordonnance

main, notre
:

évêque ne craindra pas de dire à l'empereur

«Ne

» cherchezpointailleurs qu'en vous-même la règlede
» votre conduite.
»

Vous pardonnez

à des coupables;

voudriez-vous condamner des innocents? Vous y » dites Plût au ciel qu'il dépendît de moi de res:

» susciter les

morts; insigne clémence que nous imvivants.

» plorons
>'

en faveur des

De

toutes les tic-

toires, la plus belle est

de

se vaincre

soi-même.
9-

l33

SAINT JEAN CHRYSOSTÔME.

» Les autres, celles

que

l'on

remporte sur

ses

enne-

» mis, ont
»
))

cri

partage l'honneur avec ses compacelle-ci^

gnons d'armes;

on ne

la

doit qu'à sa

propre vertu. Ce n'est pas assez, ô grand prince,

» d'avoir » gloire
,

triomphé des Barhares

:

comblez votre

en triomphant de votre ressentiment.
à tous les infidèles qu'il n'est point

»

Apprenez

de

» puissance sous le ciel cjui ne cède à la majesté
l'as- 77.

du

»

nomde Jésus-Christ. Glorifiez le souverain Maître,
corde à vous-même une gloire plus grande qu'il

» en pardonnant à vos frères, pour qu'il vous ac«

» n'en
' ))

peut recevoir de vous, et qu'au jour redou-

table

du jugement, vous trouviez grâce
faite

à ses

» yeux, après l'avoir

aux autres. »
si

Si la conjoncture présente est

bien

faite

pour
le

fournir à notre

pieux orateur de quoi ramener

prince à des sentiments plus doux, elle ne nous est pas moins profitable à nous-mêmes. Les saints exercices qui remplissent

chacune de nos journées,
la

la

lecture des livres sacrés,

fréquentation de
,

la

divine

parole

,

la

commune
le

édification

les pleurs

de

la

pénitence,
dictions

bon exemple

et la prière, les
et

béné-

que vous en recueillez
,

que vous reportez

dans voi maisons
nos douleurs?

quoi de plus propre à adoucir
votre courage, que votre atten-

Que

tion se raniment donc en faveur de ce que vous
allez entendre.

Je vais vous parler encore aujour-

d'hui du mépris de la mort.

SAINT JEAN CHRYSOSTÔME. Je vous disois hier que nous
la
,

i53
,

craignons

non

pour ce qu'elle a de terrible en
nous ne goûtons pas assez
ciel
,

soi

mais parce que

les

Liens du royaume du

ou parce que nous ne pensons point aux sup-

plices éternels,

ou bien encore parce que nous ne

savons pas re'gler notre conscience. J'ajouterai

un

quatrième motif non moins incontestable
recherche des agréments de
tient
la vie,

:

c'est la
j

qui nous entre-

dans une mollesse et dans un relâchement

lout-à-[ait contraires à la sainte austérité

du

chris-

tianisme.

Que

si

nous vivions dans
la

le

jeune, dans
,

les veilles,

dans

pauvreté évangélique
,

dans
la

la

mortification des sens et des passions

dans

prai-

tique des pénibles exercices de la vertu, châtiant
notre chair,
servitude j

Cor. m.i'^.

comme

saint Paul, et la réduisant en
la voie étroite et difficile

ii.cor.x.f>.

marchant dans

que notre législateur nous

a tracée,

nons n'aurions
,

bientôt plus de désirs que pour les biens à venir dans
la

vue d'échapper enfin aux laborieuses épreuves de
Et la preuve que
je

la vie présente.

ne vous en impose
qu'ils habitent,
,

point

:

allez voir, sur les

montagnes
dans

ces pieux

solitaires ensevelis
les

le cilice

dans

les

jeûnes

,

dans

macérations et dans l'obscurité de
la

leurs cavernes.

Tous soupirent après
repos à

mort,

qu'ils

appellent le terme de leurs combats. Elle n'est pour

eux que
fatigues,

le

moment du

la suite

de tant de

que

le port tranquille

il

n'y a plus à

craindre les tempêtes et les naufrages. Pourquoi

l34
celte

SAIN'I'

JEAN CHUYSOSTÔMli:.
le

longue chaîne de misères dont
la vie, si

poids nous

accable durant

ce n'est pour que le sen-

timent de nos
les

maux

présents nous excite à désirer
!

biens futurs? Hélas

tant

d'amertumes

et

de

dangers, tant de besoins et de sollicitudes dont nous

sommes
Pab'-:^.

assiégés de toutes parts

,

n'empêchent pas
présent et d'ousi

nos cœurs de s'attacher à ce
blier le

monde

monde

à venir;

que seroit-ce

notre vie

s'écouloit tout entière

dans l'exemption du nialheuà la

leux tribut que nous payons
quel
seul
et le
si

douleur?
la

Eh!
vie? Le

grand avantage retirons-nous de
j'y vois, c'est qu'elle

que

nous donne l'occasion
future; c'est qu'en

moyen de mériter
la carrière à

la vie

ouvrant
la

nos combats, elle nous offre
:

perspective des couronnes immortelles

sans quoi
si

elle seroit mille fois pire

que

la

mort

;

et

nous ne
il

vivions pas pour être récompensés de Dieu,
droit

vau-

mieux

n'être plus.

Après cela^ qu'y

a-t-il

dans
?

la vie ? quel autre avantage lui accordez-vous

Ne

voyons nous pas tous
sur nos têtes?

les jours les

mêmes

astres luire

parles
le

Ne passons nous point continuellement mêmes saisons? N'est-ce pas autour de nous
cercle d'événements?

même

Tout ce qui
chose que

fut,
l'a-

reviendra.

Le passé,

qu'est-il autre

venir?

Ne nous abusons donc

pas sur les mots.

N'appelons point heureux ceux qui vivent^ mal-

heureux ceux qui meurent. Vivants ou morts ,
n'y a de vraiment à plaindre que ceux qui

il

sont

SAIJNT

JEAN CHRYSOSTÔME.
peclie;

i55

dans

les liens

du

d'heureux, que ceux,
la justice.

quels qu'ils soient, qui pratiquent

Vous

craignez, vous déplorez, vous, cette mort qui ne
doit vous frapper

qu'une

fois

;

et saint Paul, qui

mowoit

tous les jours , non-seulement

ne
en

s'attrisloit i.Cor.xv. 3i.

point de mourir
d'allégresse.
ici,

— Ah!
mon

,

il

s'en rejouissoit,

il

tressailloit

plut

au Ciel, vous écriez-vous

que,
!

comme
le péril
,

saint Paul, je

mourusse pour Jésus-

Christ

ne m'épouvanteroit guères.
frère
I

— Conà la coul'in-

solez-vous

ô

Pour avoir droit

lonne,

il

n'est pas

nécessaire de mourir pour la
;

cause de Jésus-Christ
justice
,

le

chrétien éprouvé par

quand

il

la

supporte avec courage, et qu'il
à celui

en rend grâce au Seigneur, ne cède en rien
qui
le

confesse au prix de sa vie
fois
,

;

témoin

le

hien-

heureux Job. Encore une
de
;

ne vous
:

affligez pas

la mort c'est un effet tout naturel affligez-vous du péché, il n'est que le dérèglement delà volonté. Vous pleurez sur ceux qui meurent pleurez donc
,

aussi sur

ceux qui naissent

;

car l'un n'est pas moins
la

naturel que l'autre. L'on vient vous menacer de

mort
Christ

:

répondez

:

J'ai

appris à l'école de Jésusla

,

a ne craindre que ce qui peut ôter

vie a

Math.x. 28.
p^z-i^.

rânie

,

non ce qui ne peut tuer que
:

le corps.

On
Job

vous
:

parle de confisquer vos biens
suis sorti nu

dites avec

Je
Job. 1.2
j
r.

du

sein de

ma mère , fj
:

rentrerai de

même ;
le

avec saint Paul
;

Je n'ai rien apporté dans

im.

vt. i.

monde

je ne prétends pas en rien emporter.

Vous

l56

SAINT JEAN CHRYSOSTÔME.
laisseriez ces biens
;

me
la

toujours Ja mort en

fera-

l-eJle sa proie;

vous épargneriez

ma

vie, toujours

nature seule en arrétera-t-elle

le cours....

Quel-

qu'accident qui

vienne

nous

frapper
1

,

pensons

que

le

chagrin n'en corrigera point
qu'il

amertume;
remède

pensons

ne tient qu'à nous d'en
et qu'il

faire le

de nos pèches;
pier dans ce
l'iche n'est
Luc. xvr.9.5.

vaut mieux avoir à les exl'autre.

monde que dans
,
:

Le mauvais
eu

condamné

que parce

qu'il n'avoit
lui

ici-bas rien à souffrir

Mon

fils

,

répond Abra,

ham vous avez reçu
,

vos biens dans la vie Lazare y

au

contraire
j

y

n'j a reçu que des
,

maux ;

c'est
,

pour
vous

cela que

maintenant
Il

//

est

dans

la joie

et

dans

les

iowments.
la
;

y

a dans le ciel double

récom-

pense pour

vertu, et pour la vertu malheureuse
il

sur la terre

ment pour le
de
plaisirs.

vice

y a dans les enfers double châtiet pour le vice qui fut environné
,

Je le répète donc à nos fugitifs, non

pour

le leur

reprocher

,

je

ne

me
,

permettrois pas

d'aggraver leur malheur, mais seulement pour les

ramener
nos
cités
,

à nous. Sauvons-nous

non pas en fuyant

mais en fuyant

le

péché. Par là^ eussions

nous

des milliers

de glaives levés sur nos têtes,
;

nous serons invulnérables

sans cela
les plus

,

nous serions
inaccessibles,

cachés dans les montagnes

nous y trouverons des milliers d'ennemis. Rappelez-vous les trois enfants de la fournaise_, qui en sortirent
intacts
,

tandis

que ceux qui avoient com-

J ,

SAINT JEAN CHRYSOSTOME,

10

mandé

leur supplice

,

eu

furent les seules vic-

times....

sont aujourd'hui ceux qui disoienl

:

Que l'em-

pereur prenne nos biens; seulement qu'il nous
laisse la liberté?

Mais savent-ils ce que

c'est qu'être

libre ?

La

liberté n'est pas l'impunité dans le crime,

c'est l'exercice

persévérant de

la

vertu. Daniel et

paj;.8o.

ses compagnons conservèrent leur liberté^

même
Pag. Sr.

dans
liens

la

fournaise

,

parce qu'il n'étoient pas dans les

du péché... Je vous parle de la fournaise ardente de Babylone; que votre imagination vous transporte au milieu de ces étangs de feu allumés pour
redoutable jugement. La fournaise de Babylone
les trois

le

épargne
cuteurs.

Hébreux

;

elle

dévore leurs persé-

Ainsi ces étangs de feu consumeront les
terre,
et

]>écheurs attachés à la
paille et l'herbe des

comme

/e dois

,

la i-Cov.iu.iz.

champs,
et

épargneront

les justes

purifiés

,

comme

For

V argent, ...
le

Après vous avoir parlé
tion^ je dois

langage de

la consola- Pag. 82.

employer

le

temps qui
et

me

reste à

com-

battre

une excuse vaine
le

mensongère, dont on
:

veut couvrir
tres se

serment.

On nous répond Tant d'au-

permettent d'en

faire.

— Mais

,

répondrai-je
c'est d'après
la

tant d'autres aussi s'en abstiennent.
la

Et

conduite de ces derniers que Dieu déterminera

sentence qu'il vous réserve à vous-mêmes. Vaine-

ment

le

pécheur
lui

se

prévaudra-t-il

du mauvais

exemple qui

auraétédonné; onlui opposera, pour

lôS
iia

s

VINT JIÎAN CHRYSOSTÙME.
,

condaiiinaiion

Je

bon exemple

qu'il n'aura pas
la

suivi.
]\iaitii.

N'importe

le

nombre. Ceux qui, dans
avoient pas

pa-

\xv.

rabole de l'I^vangile, n'a voient pas donne à
a

manger
à boire
,

Jésus-Christ

,

et

ne

lui

donné

étoient en grand
i/>id.

nombre; tous ont
le

été punis. Les

vierges folles auroient eu beau s'excuser, en rejetant
les

unes sur

les autres

,

crime de leur négligence;

les vierges sages

ont été seules admises au banquet
les

de l'époux. Ne prenons donc point modèle sur

méchants, mais sur
MaisThabiiudc en
et c'est
l'a.;.

les bons.... est difiiciie à vaincre.
je

Je

le sais,

pour cela

même que
;

vous exhorte à pren-

8

5,

dre une habitude contraire

et celle-ci

vous devien-

dra toute naturelle. Est-il donc plus
pas jurer que de rester tout

difficile

de ne

un

jour sans boire ni

manger? Vous

le
,

faites

pourtant, parce que vous

en avez l'habitude

et sans effort; et,

quoi qu^il pût
pourroit vous

vous en coûter, rien au

monde ne

contraindre à violer l'abstinence à laquelle vous êtes

accoutumés,

il

en sera de

même
elle

de l'habitude de ne
vous sera devenue

pas jurer, du
familière.

moment où

Reportez ces paroles dans vos maisons; qu'elles
soient l'entretien de tous vos

moments.

Laissez-là

ces conversations oiseuses qui ne font qu'aigrir vos

chagrins, ces questions frivoles
la

:

l'empereur

sait-il

nouvelle?

En

est-il

fortement irrité? Qu'a-t-il dit?

A-t-on plaidé notre cause auprès de lui? Se déier-

SAINT JEAN CHllYSOSTOME.
minera-t-il à perdre

1

OCj

une

ville

Ueposez-vous sur Dieu seul

comme Antioche? de tout ce soin. Ne vous
;

occupez que de ses saints commandements
ira bien. Qu'il

et tout

y ait seulement dix justes parmi nous:
,

l'exemple gaiçnera

et

le

nombre

s'en

accroîtra

bientôt; quelques flambeaux suffisent pour éclairer
toute

une maison;
Accordez

ainsi la piété

de dix âmes justes
tout entière

peut répandre une clarté dont
profitera.
rifier

la ville

à

mon

zèle qu'il puisse se glo-

de n'avoir pas été vain. Puissé-je
et

me rendre ce

témoignage,
ta bie

dès la vie présente, et à ce jour redou-

il

me sera demandé compte du talent qui m'a
Le prix que
je

été confié.
i)ies

vous

demande de

tous

travaux, c'est votre conversion. Mettez en praai

tique ce que je vous

recommandé

hier, aujour-

d

liui,

ce dont je ne cesserai de vous entretenir.

Homélie vu.
La
lilurgie

en usage dès ce temps
,

,

comme

elle l'est

encore aujourd'hui

amenant

la lecture

du livre de
,

la

Genèse
celte

,

saint Jean

Clirysoslônie en
,

commence

dans

Homélie septième
:

l'explication par les premiers

versets

Au commencement
suivant son usage
les
,

Dieu créa
,

le ciel et la ierre^ p^,,

gg

traitant,
Il la

divers sujets de morale.

et suiv.

continue dans

suivantes.

Pour ne point

être ex-

posé à interrompre
gressions
,

par

de longues

et fréquentes

di-

l'intérêt
article
,

du principal événement qui nous ocnous
,

cupe à cet

les

avons distribués dans

les

volumes précédents

selon

Tordre des matières auxsaint

quelles cbacun de ces

morceaux appartient. Le

1^0

SAINT JEAN CHU YSOSTOME.
celte

«docteur termine

homélie par une nouvelle sortie

conlre les jurements.

i^ii-,

yo.

Tenez-vous en garde contre

les

serments. Vous
le

ne pardonneriez pas à votre esclave de proicrer

nom

de son maître sans respect

,

sans l'accompagner
:

d'une qualification honorifique

pouvez-vous vous

permettre à vous-mêmes de prodiguer indifférem-

ment le nom du maître des Anges moins encore de l'outrager par vos irrévérences? Vous craindriez de
;

porter vos mains sur le livre sacré de l'Evan^gile sans
les avoir lavées;

vous n'y touchez qu'avec une pro:

fonde vénération
fariera

et votre
le

langue téméraire prodivin auteur de
les

inconsidérément

nom du
;

l'Evangile? Voulez- vous savoir

comment

Anges

prononcent ce
isa. VI.

nom

adorable

avec quel recueille-

1—3, ment, quelle frayeur, quelle admiration? Je vojoisj
dit Isaïe, le
éloit

Seigneur

assis sur

un trône élevé;

il

environné des Séraphins qui, d'une voix écla,

tante

disoient

:

Saint, saint

,

saint

,

le Dieu des

ARMÉES.

La

terre est pleine tout entière

de

la

majesté

de sa

gloire.
lui

Et vous, vous

si

froid dans la prière
("eu

que vous
à vos

adiessez, vous êtes tout de

dans

vos conversations, pour y mêler à vos serments et

blasphèmes ce
!

nom

sacré qui devroit en être

banni
avez.
riger.

Ne
11 est

m'alléguez pas l'habitude que vous en

On a

vu de plus tyran niques habitudes
impossible, oui
,

se corcelle-

impossible

,

que

SAINT JEAN CHRYSOSTÔME.
ci

i4i
y

ne cède pas
Mais que

à

son tour à

la réflexion

à quelques

efforts.

faire

,

traint?

— Quelle

nous dit-on

,

quand on m'y con-

contrainte, ô
le

mon

frère!

Faites

Lien connoître à tout
«\

monde que vous
la loi

êtes disposé

tout souffrir plutôt

que de violer

de Dieu;

et

l'on cessera

de vouloir vous contraindre. Ce

n'est Pag. 91.

pas le serment qui accrédite les paroles: c'est le

témoignage de

la

bonne conduite,
le

c'est le caractère

de franchise empreint dans
c'est l'opinion

langage habituel;
s'étel

que

l'on a

de votre probité. Tel

puise en serments, qui ne persuade personne; autre en est cru sur un seul

mouvement de
divine

sa tête.

Pensez au châtiment dont
le

la justice
;

menace

jurement

et le

blasphème

renoncez à cette déetc.

testable habitude, afin

de mériter,
viir.

Homélie

Suite de Veocpîication de la Genèse. Force de la
conscience.

Paix de

l'âme, qui n'a point de rele juste.

proche

Cl

se faire.

Rien n'ébranle
à la

Appliquons -nous

vertu.

Détachons notre
de
la

pa„. 04.

cœur des
chair qui

richesses qui périssent^

poursuite

d'une vaine gloire qui s'éteint, de
vieillit,

l'affection
se

d'une
fri-

d'une beauté qui

fane^ de

voles plaisirs qui s'écoulent et qui passent. Guéris-

sons les maladies de notre âme, pour lui rendre la

l4-2
l'a-.

SAJJNT Jl'AN CIlFtYSOSrÔME.
il

95.

santé;

sufiit

de

le vouloir. Si

Ton vous piometloil
et sans

de vous donner, en peu de temps
de de'penses ni de

beaucoup
médecine,

travail, la science

de

la

n'y verricz-vouspasun grand bienfait, et ne consentiriez-vous pas à tout faire pour arriver au résultat

dont on vous garantiroit l'espérance? Voilà ce cpie

nous vous promettons pour

les

maladies de l'âme.

L'âme
y
a-t-il

vaut-elle
à

moins que
11

le

corps?... Quelle peine
à entre-

pardonner?
de

y en a bien plus

tenir ses ressentiments. Quelle peine y a-t-il à prier,
à solliciter
la

bonté du Ciel, des biens qu'elle
accorder

est bien plus

empressée de vous
les

que
a-t-

vous-même de
il

demander? Quelle peine y
à

à ne faire tort
à se

personne

? à

aimer

le

pro-

chain?
à

défendre du secret poison de l'envie?

ne pas
,

souiller sa langue par des paroles

immo-

destes

par des serments? N'en coûte-l-il pas bien
les proférer ces

davantage pour
je

serments

,

aux quels

reviens encore aujourd'hui. Ils s'exhalent dans

la colère et

l'emportement.

On jure,

dans un trans-

port aveugle, que l'on ne pardonnera pas à son en-

nemi: Et,
sa parole

l'ivresse passée,

on voudroit bien rompre
se croit

son funeste engagement; on
,

enchaîné par

et

comme

n'est plus le maître

— Que

garrotté par des liens dont on
toutes vos affirmations
:

se réduisent donc à cette simple parole

Crojez-moi.

Une langue

dressée à cette seule formule -ne risque

plus de se conipromettre par des paroles aussi con-

SAINT

JEA.1N

CHllYSOSTOMr,.

l45
par-

Iraires à la bienséance qu'à la raison
lez plus (le

— Ne me
il

nécessité de jurer;

car là où

y

a

violation d'un
cessité.

commandement,
est-il

il

n'y a plus de né-

— Mais
î

toujours possible de s'en dél'a

fendre? Quoi

c'est

Dieu qui vous

fait

ce

com-

mandemetit;
cution en

et

vous venez
possible!

est

me demander si l'exéOn vient d'imposer aux

habitants de celle ville une nouvelle taxe, ce semble

au-dessus de leurs moyens; elle se trouve payée, en
£;rande partie,

du moins. Les
:

collecteurs savoient

bien nous dire
est absolu.

point de remise; l'ordre du prince
auriez beau faire;
il
il

Vous
le

vous sera imd'un or-

possible de ne pas payer. El

quand
:

s'agit

dre intimé par

souverain Maître vous prétexteriez
il

des impossibilités?... Point de milieu,

faut ou

vous corriger, ou subir l'effroyable sentence du dernier jugement....

Homélie
Dernièrement,
c'éloit à

ix.

vous, mes frères

:

c'est

Pa;;.

9«.

encore aujourd'hui à vous que

ma

voix s'adresse.

Je voudrois plus encore^
pas

je

voudrois qu'elle ne fût

un moment
si

sans retentir au milieu de vous.

Du

vous n'êtes pas toujours présents à mes yeux, vous n'êtes jamais loin de ma pensée; car vous êtes toute
votre salut.

moins,

ma

vie, vous, et le désir

que

j'ai

de
Pag.
.,7.

Le

cultivateur,

uniquement occupé de

l44
ses

SAIINT

JEAN CHRYSOSTOME.
ses récoltes, le nauionnier, ab-

semences
la

et

de

sorbé dans
elle

pensée de sa navigation et du port où

l'amène, ne soupirent pas plus ardemment
je

après l'objet de leurs vœux, que
votre avancement dans
la

ne

le fais

pour

vertu. Aussi, tous tant

que

vous êtes, rassemblés dans ce temple, épars dans
vos maisons^ tous, je vous porte dans

mon cœur.

Oui, quelque nombreux que soit ce troupeau, mou cœur est assez vaste pour le contenir tout euiier,
ii.Cor.vi.i2.

T^ous n'y êtes point a

l'étroit,

pnis-je vous dire avec
:

l'Apôtre, et je n'ajouterai point avec lui

Mais vous,
I

votre

cœur est serré à notre égard.
j'avois
;

A Dieu ne plaise

car je suis informé que dans plusieurs maisons la

mesure que
été exécutée
n'est pas

proposée contre les serments a
la

que

semence de

la

sainte

parole

tombée sur des pierres
fruit

ni sur des épines,

et

que des moissons abondantes ont récompensé nos

efforts.

Le

que vous avez
fait

recueilli

de nos
fatigues

instructions
passées, et
velles,

me

oublier toutes
à

mes

m'encourage

en entreprendre de nou-

Paff, Qo.

Suite de l'explication de la Genèse.
la création.

Merveilles de

la

Sagesse de la Providence dans l'économie
(i).

de l'univers

L'homélie

finit

par cette péroraison

:

Je vous en conjure, mes frères, ne traitons pas
(i)

Voyez
,

le vol. XI
,

àecelXe JSiblioth. c/iow.

,

pag. 3g5, /ti3

,

417

;

e(

le vol. XII

pag. 5o',

5o8

,

5i2

et suiv.

SAIKÏ JEAJN GHKi'SOSTOME.
l'nlFaire

j45

dn

salut,

avec indifFerence. Soutenons jus-

qu'à

la

fin notre j^énéreusc résoîuiion. Si je vous en

parle encore aujourd'hui, ce n'est plus
faire

pour vous
de l'heu-

de reproche

,

c'est

pour vous
s'est

féliciter

reux changement qui

nombre
ceux qui

d'entre

un grand vous, et vous encourager à marcher
fait

dans

de plus en plus vers
assistent

la perfection. 3 'imite

en cela
ils

aux combats du cirque, quand

excitent par leurs cris ceux qu'ils voient le plus

près

du

but.

Ne

vous arrêtez donc pas sur
efforts, et

la route.

Encore quelques

il

vous arriverez au terme

n'y a plus rien à désirer.

difficile, c'éloit le

Ce qu'il y avoit de premier pas. Maître une fois de
il

l'habitude dont on étoit l'esclave,

ne reste que

peu de chose
tant soit

à faire. Il
,

n'y a plus qu'à s'observer
le cas d'en apla

peu

pour se mettre dans

prendre aux autres.... Pour assiuer l'oeuvre de
réforme, écoulez
tachez à
la

le conseil

que

je

vous donne. At-

muraille de voire maison, mieux encore,

à celle de votre cœur, celle faulxvolanle dontparle
le

prophète (i)

:

figurez- vous qu'elle se
les

meut pour
si

zadi.

v.

i.

répandre des malédictions sur

blasphémateurs.
;

Ayez-la sans cesse devant les yeux

et

vous en-

(i) Saint

Jeau Clu) sostôme
lisoit
)

suit la version

Syriaque de l'ancien Testalisoit

ment

,

où on

scheda, faulx. Saint Augustin
,

de même.
,

(

Voyez
version

sa Lettre cxxv.

Les autres interprètes
par Carrières, Sacy
, .

Aquila, Théodotioa

la

chaldaique

,

suivis

et les niodcrnes, IraJuiseul
l'air.

Volu-

men

:

Je

vis

un

livje qui

étant déplié, voloil au milieu de

16.

10

i/jG

sAl^^ JEA^ cmiYsosrôiMi:.
r.vs

loiulc/ qiiolfju'uii se pcriuotlro i\r

aliDiiiinaldos

paroles, ilepioyez ce que vous avez irauloiilc sur
lui

pour

le

reprimer, et l'eu empêcher à l'avenir.
d'arriver à la perfection
,

Le moyen
que
à

ce n'esi pas

d'arrêter des regards de complaisance sur le bien
l'on a iait

soi-même, mais d'aider

les autres à

y arriver.

En

s'ctablissant Ie;:r censeur,

on

s'im})ose

soi-même plus

d'obligation.

Il

deviendroit hon-

teux d'être moins fidèle qu'on ne leur prescrit de
l'êlre.

Dans
nèse

les

homélies suivantes

,

jusqu'à

la

treizième

,

le

saint prêtre d'Anlioche coiuinue l'ex|»licalion de la
,

Ge,

et

prouve, par
la

les

merveilles

île la

créalion

la

puissance et

sagesse de Dieu. Nous avons donné,
,

dans

les

volumes précédents

les principales

desciip-

tions, et les raisonnements qu'il inlère du spectacle de
la nature. 11 les entremêle, selon

son usage, de réflexions

nombre porte sur les seret sur la profanation du saint nom de Dieu, ments que nous avons également traduites. Dans la suivante
morales
,

,

dont

le

plus grand

,

il

revient à la sédition d'Antioclie.

Homélie xui.
Jecommencerai aujourd'hui par lesmêmes expressions

Vac

i33.

que
soit

je

vous

laisois

enlendre ces jours dernier>

:

Béni

Dieu! Quelle différence quatre jours ont
Alors, quelle sombre obscurité! Aujour-

iMÎse entre noire situation passée et noire siluaiion

présente

î

SAINT
cVhui
,

JliAIN

CIIUYSOSTÔME.

\l\l
!

quelle clarlé douce conunence à se répandre

Nous ne voyons plus au milieu de nous ce tribunal dont l'aspect seul jeta l'épouvante dans nos cœurs,
et couvrit cette ville
d'effroi.

d'un

nuage de douleur
le

et

Pour goûter mieux
,

bonheur
le

de ce qui

nous arrive

je vais

en peu de mots

remettre sous
d'inté-

vos yeux. Ces détails ne peuvent

manquer
il

resser et vous et ceux qui viendront après vous, l^e

voyageur, échappé à
et

la

tempête où

pensa périr,

rentré dans le port, aime à se rappeler les dan-

gers qu'il a courus,

comme

après une nialadie vio-

lente on parle volontiers des accidents dont la vie
fut menacée.
l'on
sait

On

jouit d'autant plus
état

vivement, que
présent
,

mieux apprécier son
l'on avoit

rap-

proché de ce que

eu à craindre.
fui
:

La plupart des citoyens avoient
allés

ils

étoient

chercher un asyle dans
et

les déserts,

dans

les

montagnes,
honnnes ne
publique.

les retraites les plus cachées. laissé

Les
Xii^

femmes avoient

leurs maisons désertes;
la
,

se rencontroient plus dans
restoil

place
tels

Le peu qui

d'habitants

que

des spectres animés,

erroient à l'aventure,

craignant de se rapprocher au

deux ou
le palais

trois

nombre de plus de seulement. J'avois porté mes pas vers
veux sur ce peu qui
premier nspecl

du

tribunal (le prétoire) pour voir ce qui

s^y passoit, et là, jetant les
rcstoit

d'une

si

vaste population, le
,

dont

je Fus

frappé

ce futla contenance des honuues
]0.

l/jS

SAINT JEAJN CHRYSOSTÙMlî.

Cl dos
s'il

femmes

arrêtes le

loni,'

f!c
;

la

porte,

comme
un
pas
lui
:

n'v eût personne au dedans

tous j^ardant
clFroi

silence morne, tous se regardant avec

un qui

osât adresser la parole à son voisin,

ou

re'pondre,

tant

l'on se défioit les

uns des autres.

L'on en avoit vu

un

si

grand nombre arrachés sans

du miheu de la place publique, les cachots. Tous réunis dans un même sentiment d'effroi, nous avions les yeux
qu'ils s'y attendissent

pour être traînés dans

fixés vers le ciel; et

nos seules mains suppliantes,
d'en

élevées au Seigneur, imploroient le secours
riig. i3/,.

haut,

et lui

demandoieut

d'assister les accusés et

de fléchir leurs juges.

C'étoit l'image

d^un naufrage

aperçu des bords de la
l'on est

mer dans
;

l'impuissance où

de porter secours aux malheureux qui péde loin on leur tend
les

rissent,

bras, on pleure

sur eux et avec eux, on adresse en leur faveur ses
prières auciel. Ainsi faisions-nous; mais à voix basse,

implorant l'assistance du Ciel pour
alloient périr.

les infortunés

qui

Voilà ce qui se passoit extérieurement

à la

porte

du prétoire. Entré dans les cours du palais, ce fut un spectacle encore plus déchirant. Des soldats sous les armes, tenant en main des épées et des massues,
étoient rangés devant la salle,

pour empêcher qu'au
l'un des ac-

dedans

les

juges ne fussent troublés dans l'exercice

de

leurs fonctions. Car

du moment où

cusés recevoit la sentence de mort, de peur que les

S.VINT JEATV CifUYSOSTÔME.
.;i;;eniisseDicnls

1/19
,

de

ses proclics,

d'une

femme

d'une

mère, d'une
les

fille,

n'éclatassent et n'interrompissent

opérations

du

tribunal, les soldats écarloient sans

pitié ces infortunes, et

ne permetloient pas

même
la

à la douleur
ia

de s'exhaler. Je remarquai entre autres

mère

et la

sœur de

l'un de ces accusés,

dont

procédure
consternées
soldats
:

s'instruisoil
,

dans l'intérieur. Abattues,
au milieu des

elles se rouloient à terre

tous les veux étoient fixés sur elles. Perles

sonne, ni amie, ni suivante, qui

accompagnât.

De longs

voiles couvroient leurs visages, et

ne

lais-

soient découvrir

que

la

profonde douleur dont

elles

étoient pénétrées.

Le

reste

de leurs vêtements

étoit

en désordre.

On

voyoit bien à l'égarement de leur

douleur, qu'elles étoient en proie à des supplices
plus cruels encore

que

les

victimes elles-mêmes.

Etendues
les cris

à la

porte

du

tribunal, elles entendoienl

des bourreaux, les menaces effroyables des
les

commissaires,
l'on déchiroit

hurlements des malheureux que
à

de coups dont chacun retentissoit

leurs oreilles et venoit se ramasser à la fois dans leur

âme. C'étoitla

situation affreuse

de navigateurs dans
voient une vague

une tempête, au moment où

ils

qui s'élève, se gonfle par degrés, prête à fondre sur
l'équipage et )nenaçant de l'engloutir;
ils

sont déjà

morts d'épouvante avant
crever sur leurs têtes.

même qu'elle

ne

soit

venue

On trembloit pour les

absents,

de peur que

la

violence des tortures n'arrachât de

lOO
la

SAINT JEAN

CIIR YSOSTOME.
;

honclic des accuses des denoncialioiis
à

et l'on

demandoit secrètement
à des supplices

Dieu de

les

pénétrer d'un

courage assez fort pour ne pas en exposer d'autres

que

l'on

ne se sentoit pas

le courai;c

de supporter. Ainsi

l'on ëtoit

également écrasé sous

îe poids du malheur présent et

du malheur
la

à venir.

Tounnenis au dehors, tourments dans
Ici,
l»a-. i3;

l'intérieur.

ce sont les supplices et

souffrance, là les

pressentiments et
juges

les regrets. Il n'y a pas

jusqu'aux

eux-mêmes qui ne gémissent de

la nécessité

qui les oblige à prêter leur ministère à d'aussi déplorables exécutions.

Pour moi,
délicates
,

à la

vue de ces épouses, de ces vierges
à toutes les jouissances

accoutumées
richesse
,

que

donnent

la

aujourd'hui solitaires, réduites
et

au plus extrême dénûnient
sollicitations
,

aux plus humiliantes

devenues un objet de commisération
les

pour
iccle.
r.

les

cœurs mêmes

plus insensibles, je n'ai
:

2.

pu que m'écrier avec Salomon Vanité des Danilés, et tout est vanité. Ohl combien il est vrai de dire avec
le

prophète que toutes nos gloireshumaines ne sont
:

I.î.'l.

XT,.

rien que la Jleur de Vlierbe
fleur tombe.

Vherhe se sèche ,
,

la
et

A

quoi servent à ces infortunés

leur opulence, et leurs titres de noblesse, et leur
illustration personnelle, et le crédit
et tout ce qui
fait le

de leurs amis^
,

soutien de l'existence

quand
du nid

un

seul péché a suffi pour faire crouler

tout cet

édifice?

Ainsi,

quand

l'oiseleur a enlevé

,

SAINT JEAN CFmYSOSTOMR.
];i

10
t.a

1

jeune

îaiiiiJlc

qui croissoit sous

l'aile clc

luèrc,

l'ialortuiiée, sans défense
(les

pour arracher

ses enfants
lui. ex,

mains du ravisseur, voltige autour de
;

primant ses souffrances

telles

cette

mère

cette

sœur de qui

je

vous parlois tout à l'heure, gémis-

sent sur leurs enfants, sur leurs frères, arrachés

d'entre leurs bras, et n'ont plus

,

hélas

!

l'espérance

de

les revoir.

Mais du sein de ces lugubres images

s'clevoit

dans

solante encore

mon cœur une pensée bien plus déS'il n'y a me disois-je à moi-même,
:

,

personne
soit

,

père

,

mère
la

,

sœur

,

tout étranger qu'il
,

au crime de notre sédition

qui puisse délivrer

ces

malheureux de

sentence qui les
-

condamne

quels protecteurs trouverons

nous au jour terrible

du dernier jugement? quelle voix osera y prendre
notre défense? qui aura la puissance capable d'ar-

racher les réprouvés aux supplices affreux qui les
attendent? Pourtant ceux qui avoieut à subir leur
exécution, c'étoient les premiers d'Antiochc, les
plus distingués d'entre nos plus nobles citoyens. Eh!

que

n'auroient-ils pas

donné pour racheter leur
,

vie
li-

au prix de leur fortune
berté? Sur
la

au prix

même
la

de leur

fm du jour, quand
que l'approche de

l'obscurilé venoit

à s'épaissir, et
les

nuit suspendoit
le len,

procédures, l'inquiétude redoubloit pour

demain. C'étoient des vœux adressés au Seigneur
pour
qu'il

voulût bien ménagçr des sursis aux ac
ia

cusés, inspir^er aux conimissaiies

pensée do ren-

,

l53

SAINT JCAN CIlRYSOSTÙiMt:.
II

voycr

rcmpcronr

le

jugement sur leurs enquêtes.
la

De
afin

toutes paris

on imploroit

clcniencc céleste,
tle la cité

d'oLlenir grâce pour les restes

me-

nacée d'une
s'unissoient
l'a;;.

tolale destruction. Partout les
l'clTet

larmes

aux prières, à

d'obtenir ce léger
flécliissoit les

i36.

adoucisscment. Mais, non, rien ne
juges.

Renfermés dans

l'intérieur

du

tribunal,

ils

ne s'occupoient que du soin de poursuivre
formations.

les in-

Chacun des accusés
,

qu'elles

amenoienl

chargés de chaînes
vers cette

étoient trahies en prison à trails s'é,

même

place publique où naguère

toient fait voir, portés sur des

chevaux superbes
,

proposant des spectacles au peuple
les plus

se partageant
à
,

honorables magistratures, consumant
si

eux
dé-

seuls

de

riches patrimoines
,

;

maintenant

pouillés de tout
les listes

ils

peuvent

,

sur leur passage, lire

de proscription attachées aux portes de

leurs maisons, tandis

que leurs épouses

,

fugitives,

errent loin de la maison qui fut leur berceau.
Avantages de l'adversité. Egards
proques.
et

déférences réci-

De

la

conscience. Contre les serments.

p<Id'-

i3;).

Pleins de ces réflexions, travaillez,
à vous exciter inutile
si

mes

frères,

vous-mêmes

;

car tout notre zèle est
?

vos efforts ne le secondent. Pourquoi

c'est qu'il

n'en est pas de l'instruction

comme

des

autres arts. L'artiste qui a

commencé un
le

vase en or
l'étal

on en argent

,

le

retrouve

lendemain dans

,

SVIINT

JEAN CHRYSOSTÔME.
vaille.

1

55
do

il

l'avoil laisse la

Tous

les ouvriers,

quelque profession

qu'ils soient, lorsqu'ils retour,

nent à leurs ouvrages

les

retrouvent pareillement

tels qu'ils les avoient quittés. C'est tout le contraire

pour nous, parce que nous ne trafiquons pas des
vases inanime's
,

mais que nous formons des âmes

raisonnables. Aussi ne nous arrivc-t-il pas de vous

trouver

tels

que nous vous

laissons; et après bien

des efforts pour vous redresser et vous corriger

pour vous rendre plus fervents
dans
le

,

vous lencontrez

monde au
,

sortir

de nos instructions, mille
,

écueils qui détruisent notre ouvrage

et

qui nous

préparent de nouvelles difficultés encore plus grandes. Je vous conjure
et

donc de seconder nos travaux
,

de vous montrer

après nous avoir entendus

,

aussi jaloux

de votre salut éternel que nous nous
zélés

montrons, dans nos discours,
forme.

pour votre répa
m/,,,.

Que ne

puis-

je

mériter pour vous! que ne

puis -je vous assurer la récompense de ce que je
pourrois faire de bien! je ne vous aurois pas fatigués
et

importunés. Mais non

,

cela n'est pas possible
ses

;

et

Dieu rendra

à

chacun selon

œuvres.
fils

De même

qu'une tendre mère qui voit son
la fièvre
,

tourmenté par

assise près de ce fils malade que consume une ardeur brillante, lui dit en soupirant mon
:

fils,

que ne

puis-je souffrir

pour

loi

!

que ne

puis-

je faire passer

dans mes veines
,

le

feu qui te dépuis-je tra-

vore! ainsi

,

moi

je

vous dis

:

Que no

I

54

SAINT

Ji;.\N

CIlfiVSOSTÔMt:.

vailler ei iiuirilcr
il

pour vous

tous!

Mais

je le

repèle,
ses

faut

absolument que chacun rende compte de
;

actions

et l'on

ne verra personne, au

sortir

de ce

monde, récompensé pour un autre. Je gémis donc^ ne pourrai (it je m'aflligc cpiand je songe que je
au dernier jugement vous défendre
iier,

et vous justi-

moi surtout qui

n'aïu'ai pas assez

de crédit au-

près du Seigneur;

et

quand

j'aurois ce crédit, je

ne

suis ni plus saint

que Moïse,

m

plus juste

que

Samuel.
Dans
i58
J';ig.
,

les

Homélies xiv
,

et

xv

(

aux pages i4«
expose

,

«49

i

160)

le

saint patriarche attaque de
,

nouveau

les

iJt.

serments. Dans l'Homélie xv

il

les

avantages

de l'adversité^ par la crainte salutaire qu'elle imprime,
et
PiiK.

i(m.

recommande la fuite des occasions. La xvi*" contient un magnifique éloge de la charité de saint Paul et de sa
,

constance dans
cet Apôtre.

les trihulations

,

réservé pour l'article de

Homélie xvii
171-

(1).

l'a:;-

Nous devions nous attendre aux plus dures extrémités
,

à la perte de nos bieiis

,

à la ruine de nos

maisons

;

un

seul et

même

incendie devoit dévorer
anéantir celte
que
peut avoii
);

cl les habitations et les habitants,

(

I )

Tillemout observe

,

avec Leauiou p de raison
(

,

celle-ci

élé prononcée axissitôt après la xiir

Mc'm.

,

tom. xi,
,

pa-,'.

72

mais on

s'étonne qu'eu rendant comple de celte Homélie
fait

il

ne

pai le point

du

des Solitaires.

SAINT JEAN CHUYSOSTOME.
ville,

f^t{ IDO

en consumer jusqu'aux dernier restes nous n'avons eu que

,

et

no

faire

d'Aniiochc qu'une vasie solitude abandonnée
:

à la charrue

la

crainte de ce
la di-

lamentable

dénoûment. Prodige signalé de
elle a fait plus

vine miséricorde! Non-seulement elle nous a délivrés d'un aussi grand péril
;

,

elle

nous a comblés de bienfaits
de notre

_,

elle a fait

tourner nos

épreuves elles-mêmes et nos calamités à l'avantage
ville.

Après que

les

commissaires de l'em-

Pa-.

pereur furent venus dresser dans nos murs le tribunal

chargé de prendre connoissance des délits,
punir
les

et d'en

auteurs, à ce

moment où

la
,

mort

se pré-

sentoit à nous sous toutes les formes

nous avons vu
les Solitaires
c'est

accourir

du haut de

leurs

montagnes

qui sont venus nous apprendre ce que
philosophie chrétienne. Ces
noissent

que

la

hommes^

qui ne con,

que

les antres

de

levîrs

rochers

n'eurent

pas plutôt appris quel effroyable orage grondoit sur

nos têtes

,

qu'à l'instant
ils

même

,

et

de leur propre

mouvement,
roit

ont quitté leurs solitudes pour venir
tels
,

au milieu de nous ^
descendre du

que des Anges que
nous apportant
,
,

l'on verle seul
,

ciel

par

aspect de leurs personnes

et la consolation

et les

plus éloquentes leçons
les voir_,

du mépris de

l'adversité.

A
la

comment ne
,

pas mépriser également et

mort
ciers

et la

vie? Aussi étonnants par le courage que
ils

pai-le zèle

ne craignoient pas d'aborder

les offifa-

du prince,

leur parlant avec assurance en

lf)6

SAINT IRAN CHriYSOsTOME.
,

\o\iv dos accuses
à leur

s'onVaiit

,

s'il

le falloit

,

de mourir

place

,

proteslaiit qu'ils
fait

ue

se retireroicnt

que

(juaud on auroil

grâce,

ou qu'on leur permeltroit
aux pieds de l'em,

d'aller avecles coupables se jeter

pereur. « C'est, disoient-ils
plein de loi et de piété.
[)renez le nôtre
,

,

un prince religieux

S'il

vous faut du sanj^,
Ils

avec le leur.

ont commis un
clé-

grand crime nous ne le désavouons pas; mais la

mence de l'empereur
bien remarquable
>j

est plus

grande encore.

»

Ou

nous a rapporté de l'un de ces Solitaires (i) un mol
:

«Les

statues qui onl été reii,

versées, ont été rétablies à leur place

et c'a été

»>

l'ouvrage d'un
rez abattu
les

moment

;

mais après que vous au,

"

images de Dieu

les

pourrez - vous

»
Pag. [73.

remettre à leur place? avez -vous un secret pour

» ressusciter les bîir l'héroïsme
lait

morts?...» Dira-t-on
,

,

pour

affoi-

de leur vertu

qu'on ne leur

a point

tel

un crime de leur généreuse liberté, et qu'un langage suppose du désespoir? On ne les a point
à mort,

mis

non

;

mais

ils

s'y

exposoient

,

mais

ils

n'avoient quitté leurs montagnes que pour venir la

braver, en affrontant le tribunal. Certes, pour parlera des juges un aussi
s'être

magnanime langage,
à tout

il

(alloit

auparavant résigné
le

événement. Nous
solitanT-. Il s'aji-

(i)
peloit

Théodoiet uoiis a couservé
Maccdoiiius
.

nom
,

de ce vertueux
,

viclllanl vénérable
,

qui

ne sachant rien des letUes
sur la ciiue (k

sacrées ni

profanes
(

passoil

,

dit-il
,

,

les jours et les nuits

la montaL,'iie.

Uist. rcclés.,

liv. v

rli;ij».

n\.

)

SAINT JEAJN CIIUYSOSTÔME.

IO7
et dépouilsaisir

avons vu une

femme
,

s'élancer

,

tête

nue

lée par les ans

au-devant de l'un des juges,
,

hardiment

la

bride de son cheval
,

s'y tenir forte,

ment attachée
c'étoit la
la

et traverser

,

sans lâcher prise
il

la

place tout entière, jusqu'au lieu où

alloit siéger;

mère de

l'un des détenus (i).

Tous nous
l'orce
!

vîmes, et nous l'admirâmes. Quelle
!

quel

dévoûment de tendresse maternelle Mais c'étoit une mère. Elle seroit morte en voulant sauver son
fils
:

il

n'y eût eu dans l'événement rien de
Solitaires,

si

ex-

traordinaire. Mais nos

ceux en faveur de
vie
,

qui

ils

offrent le sacrifice

de leur

ce ne sont pas

leurs enfants; ce sont pour eux des inconnus, des

étrangers

,

de qui l'infortune

est seule

parvenue

jus-

qu'à leurs oreilles.

Cherchez maintenant autour de vous ces graves philosophes étalant en public leurs fastueuses maxi-

mes avec
phes
,

leurs

manteaux traînant

à terre

;

philoso-

mais d'une école bien différente de

la

nôtre

,

cyniques de

nom comme en

réalité, et qui

ne savent

aimer qu'eux seuls dans le monde ? Ceux-là s'étoient
empressés de prendre l'épouvante et
la fuite
;

point

de

retraites assez

profondes pour

les cacher.

Les
,

nôtres, philosophes en action et
les voilà

non en

paroles

au milieu de nous, dans

la

place publique.

(i)

Nous avons

fait

daus

le récit

quelques transpositions
iaiis.

,

qui nous ont

paru cominanàces par l'ordre naturel des

,,

l58
<;omnic
si

SAI^T JEAN CHItYSOSTÔMH.

nous eussions clé en pleino paiv. Los

lia-

i)itants (rAnliocliG

nolroLWcnt j)oint(ic sûreté dans
ils

l'enceinte de leurs murailles; eux,
et
la

y accourent

vous donnent, par l'intrépidité de leur courai^e,

preuve de ce que

je n'ai cessé

de vous dire ces

jours derniers,

que l'homnie

juste peut

demeurer
que

au milieu d'une fournaise sans eu
la vraie

être blessé;

philosophie élève

l'a

me

au-dessus des dis-

i^râces

comme

des succès; que jien neTabbai, rien
,

ne

la

trouble, rien ne l'appauvrit, parce que

lou-

joius égale à elle-même, elle puise en soi ce qu'elle
a de force et

de puissance. Nos premiers citoyens,
ils

avec tous leurs trésors, avec tout le crédit dont
jouissoient à la cour^ tremblants

pour leur

vie, vont

chercher au loin leur sûreté. Dans leur malheur,
ils

n'ont plus d'amis
ils

,

plus de famille.

Etrani^ei;.

partout,

voudroient bien aussi élre partout in-

connus;

et

de pauvres Solitaires qui n'ont pour lout

bien que leur bure grossière, pour tonte science

que
ont
pect

la

culture des landes de leurs déserts, qui ne

sont rien dans l'orgueilleuse opinion des
le
,

hommes
à la

courage des
le seul

lions. Ils paroissent: leur seul as-

son de leur voix

commande
jour,

conles

sternation générale.

En un même

nous

avons vus descendre de leurs rochers, haranguer
nos commissaires, rendre le calme à tous les esprits,
et

retourner à leurs montagnes,

comme un

guerriei
voir

qui^ sans en venir aux mains, n'a

(|u'à se faire

SAINT JEAN GUUYSOSTOME.

'

1

0(J

pour meure en
(le

fuite son

ennemi. Tel

est l'empire
l'ai;.

la

philosophie chrétienne (i). Vainement les
qu'ils

rr',.

commissaires opposoient à leurs instances
n'étoient pas maîtres

de

(aire grâce; qu'il

y avoil
;

du danger
qu'ils se

à laisser

impunis

d'aussi violents excès

compromettroient eux-mêmes, en pardonils

nant. Supérieurs à ces considérations,
si

ont

fait

bien par leur persévérance et leur magnanimité,

qu'iW ont obtenu des juges une faveur qui surpassoitleur pouvoir, celle de faire renvoyer à l'empereur
l'exécution des jugements rendus contre les accusés.

Us demandoient
juges,

d'y aller en
si

personne

;

mais

les

désarmés par une

haute sagesse, ne leur ont

pas permis d'entreprendre

un

si

long voyage. Us se

sont engagés à le faire h leur place, à porter eux-

mêmes
(i)

à

l'empereur

les lettres des Solitaires

qui

Voyez

le

tom. xv de celle nihlloth., pa^. 4
j'ar

i<).

On
>

peul voir

(ont ce récit la malignité

<îo

riiistorieu Zozinie, qui
,

tache d'excuser l'eniportemeiit de ceux d'Autioche

ci rejetant
dit

la

faute

»

de leur révolte sur de Flavien
,

la

dureté du j,'ouvernement.

Il

ne

rieu

du vovage

"

attribuant tout le succès de cette néi^ociation

au sophiste Lides auteurs
,

» banius, » »

contre la foi de l'histoire, et contre le léinoigsiage
,

contemporains

et particulièrement

de saint Jean Clirysoslôme
l'excès
les

qui re-

proche publiquement aux philosophes

de leur lâcheté en cette

» rencontre.

D'où l'on peut conjecturer, que

deux discours
sur
,

(jue

nous

» trouvons encore parmi les œuvres de ce sophiste,
» tues,
•>

le sujet

des sta-

n'ont été composés qu'après sa mort
,

;

ou que

s'il

les a fails lui» (
,

même
,

ce u'a été qu'après coup, par manière de déclamation.
,

Flééjit.

chier. Histoire de Tliéodose-te-Graml
Paris
iGfjo.
)

liv.

m,

vi"

S5

,

pag.

462

,

l60

SAINT JCAN CHKÏSOyroME.
^racc des coupables, et s'oHVciil
la solution.
à

solliciteijl lu

mourir pour eux. Nous aliendons

Sans

doute que l'empereur n'apprendra point sans intérêt

un

aussi héroïque

dévoûment. L'univers tout entier
assurance

admirera cette

vraiment
c'est

apostolique.

Nos armées apprendront ce que

que

la vérita-

ble grandeur de courai^e. Toutes les voix célébre-

ront le bonheur d'Antioche de posséder de

tels

dé-

fenseurs; et l'honneur de nos citoyens sera réhabilité

par

le

témoignage de nos
,

Solitaires.

Cessons donc, mes Irères

de nous alarmer. Atla

tendons

le

succès avec confiance. Si

générosité

des Solitaires a

pu nous

dojiner tant de confiance
à la

combien plus encore n'en devons-nous pas
séricorde

mi-

du Seigneur! Toutes
Le

les fois

que

les païens

nous vanteront leurs philosophes, opposons
de
nos Solitaires.

le fait

seul contraste qui résulte au-

jourd'hui de la conduite des uns et des autres, manifeste tout

ensemble

et la fausseté

des éloges pro-

digués aux sages d'autrefois, et
l'on

la vérité

de ce que

nous raconte des miracles de charité de nos

premiers Apôtres. Ceux d'aujourd'hui ont succédé
à leur vertu

comme

à leur doctrine.

Indépendamles laits seuls

ment des

écrits

que nous en avons,

répondent: parles disciples, jugez

les maîtres.

Au

reste, ce ne sont pas seulement les Solitaires qui

ont

fait

preuve de dévouement
ville,

;

les prêtres

qui soni

dans celle grande

n'ont pas moins signalé leur

SAINT JEAN CHUi'SOSTÔME.
zèle.

l6l

Vous

les avez

vus se distribuer entre

eux

l'œuvre de votre salut. L'un d'eux est allé trouver

l'empereur dans son camp^ implorer
les autres

sa

clémence;
ils

ne vous ont pas quittes; mais
Solitaires, se jetant

se

mé-

loient

aux

aux pieds des juges,
mettroient enfin

les airêtant à la porte

du

tribunal, et ne voulant se
qu'ils
,

retirer qu'avec la

promesse

un terme aux condamnations leiu" baisant les mains et les pieds, quand ils en avoient reçu quelque parole consolante
,

aussi admirables par leur humilité'

que par leur courage.

Nous avons bien reçu déjà réponse de la cour. Le prince ne nous accorde })oint une grâce entière; il Y met des restrictions, mais qui n'ont rien de
vraiment rigoureux.
faits.

Au
jeux

contraire, ce sont des bienil

Quelles sont-elles?
les

ordonne que

le théâtre

soit

fermé; que

du cirque soient interdits,

que les bains publics soient suspendus. Ah! puissentils l'être jamais! Quoi c'est là ce qui vous attriste,
a.
!

ornes enfants? plutôt, plutôt, réjouissez-vous d'èirc
loin

de ces sources empoisonnées d'où
les

l'iniquité se

répand dans

mœurs pour les corrompre. Remerque
salu-

ciez le prince d'une sévérité qui vous rendra meil-

leurs, et d'un châtiment qui ne vous sera
taire.

On

vous interdit

les

bains publics, et vous ne

considérez pas que
celle
lices

c'est

une douce violence que
de'-

qui vous force à quitter votre luxe et vos

pour une vie plus réglée
16.

et

plus chréiicnne. Ce
11

l62
<[iu

SAINT JKAN ClillYSOSTÙME.
VOUS chagrine encore, c'est que votre
viJle soit

(lecliue

delà prérogative
falloil-il

et

du

litre

de niétiopolej
s'est

mais que
fait, et

laire?

approuver tout ce qui
les

vous en louer? Vous eussiez été
luie

premiers
l'air

à

blâmer

indidgence qui auroit eu

de

craindre de montrer du ressentinjent. C'est ainsi
l'a-.

17G.

que

les

pères agissent avec leurs entants. Con)parez

ce qui vous arrive, avec ce que vous aviez à redouter; et, par ce

rapprochement, vous apprécierez
en reste d'autres qu'elle

mieux

la

bonté de notre Dieu. Antioche a perdu
il

son privilège. Mais

lui

seule peut se ravir à elle-même. Ses privilèges ne
consistent pas dans l'étendue de son enceinte, ni

dans

la

grandeur de ses
de

édifices^

dans

la

multitude

de

ses colonnes, ni
la

ses portiques, ni

de

ses pro-

menades, dans
autres villes
piété

distinction de passer avant les
;

de l'empire

mais dans

la

vertu et la

de

ses habitants. Voilà ses prérogatives, ses
fait

ornements, ce qui
nière des cités,

sa

sûreté.

Que

celles-là
la

viennent à lui manquer,

elle n'est plus

que

der-

quand

même

les constitutions

im-

périales lui donneroient les plus magnifiques distinctions.

Le

vrai privilège d'Anlioche

,

quel

est-il

enfin ? C'est
le

que

les fidèles

ont

commencé à porter
ville

nom de
,

chrétiens;

honneur qu'aucune
,

du

monde
les

pas

même Rome

ne partage avec

elle.

L'amour

qu'elle a fait éclater

pour Jésus-Christ dès

commencements,

l'ardeur de sa foi, le lustre

SAIWT JEAN CHUYSO.STûME.

1

65

Je

sa

vertu

,

voilà son

premier

litre à la

suprématie.

Un
Une

autre,

non moins honorable,
d'Antioche arrêtèrent
tle

c'est sa charité.

famine désastreuse menaçoit toute

la

contrée

:

les habitants

qu'il seroit

en-

voyé, en raison

leurs facultés, des secours à ceux

de Jérusalem
pureté de sa
celte ville

,

sans calculer que le fléau pouvoit les
:

atteindre eux-mêmes. J'y ajouterai un troisième
foi.

la

Quelques Juifs étoient venus dans pour y semer une doctrine étrangère, et
et, s'étant rassemblés,
et

introduire des coutumes judaïques. Nos pères combattirent la nouveauté
iirenl partir
;

ils
Acî. xi. 19-

pour Jérusalem Paul
les

Barnabe, qui
l'u-

déterminèrent
nivers
la foi

Apôtres à répandre partout
la superstition juive.

^''

dégagée de

Voilà
fait

ce qui constitue l'honneur d'Antioche, ce qui en

une métropole, non pour
Tout autre privilège
est

la terre,

mais dans
et

le ciel.
il

est

caduc

périssable;

dépendant des vicissitudes de

la vie
:

présente;

il

s'anéantit avec elle, souvent avant elle

n'en faisons-

nous pas aujourd'hui

la triste

expérience?...

en avons
cités,
le

la

preuve dans
qu'il

l'histoire,

Nous non plus des

y avoit de plus auguste dans monde; ce temple fameux de Jérusalem, célèbre
cérémonies par la présence de l'arche sacrée, des tables de de tant de monuments de la Providence
et ses
,

mais de ce

par ses sacrifices

du Saint des
l'alliance,

saints,

p^,,

particulière de

Dieu sur son peuple; ce temple d'où sortoienl les prophètes où Dieu lui-même
;

11.

.

l64-

SAINT JKAN CHI'.VSOSroMi:.

rendoit ses oracles; ce temple

que toute

l'industrie
la

liiuuaine nvoit enriclii de ses merveilles, et dont

sagesse divine avoil elie-mémc daigné tracer le dessein: ce temple, dis-je,
si

si

magnilir[iie^

si

vénérable,

saint,

profané par les coupables irrévérences de son
fini

peuple, avoit
tel
.Tcmrv.v.i.i
r.
,

par tomber dans un avilissement
le

qu'avant

même

temps de

la

captivité,

on

l'appcloit

une cciveme de nmleurs ,
le

et

que bientôt
ào.»

après

,

vous

voyez abandonné en proie à

barbares et impures

mains

Si vous êtes chrétien, votre

cité n'est point ici-bas. Celle à
c'est celle

qui vous appartenez
les

dont Dieu lui-même a posé

fondements;

partout ailleurs, vous n'êtes qu'étranger, et vovageur. C'est dans
Icîi

registres

du

ciel qu'est inscrit

notre

nom;

c'est

qu'est notre patrie.... Si vous
ville

mettez l'honneur d'une
pensez donc que

dans sa population,

cette prétendue gloire se

compose

d'un ramas d'hommes sans mœurs, sans courage,
sans vertu; et réduisez ce frivole avantage à sa juste
valeur.
Il

n'en est point ainsi de notre céleste Jéruil

salem; point de mélange: pour en être citoyen,

ne faut point de demi-vertu. Ne vous méprenez donc
point

comme

vous

faites

;

ne regrettez point
la

la

perte

d'un honneur imaginaire;
perte de notre

seule réelle^ c'est la
la

âme
rois.

;

ce qui

dégrade

,

c'est le

péché,

c'est l'outrage

que nous

faisons à la majesté
et,

du maître des
d'avoir

Soyons sobres,

bien loin

perdu

à la décliéanco

de notre

ville,

nous v

iiAlLNT

JUAlV

CHUYSOSI

OMJ;.

1

G5
Ta-. 178.

aurons
a

tçit^aé.

Anlioclie, en recouvraiil ses

mœurs,
imii

recouvré son anlicjue beauté. Le péril
et plus

lui a

primé un caractère plus grave
uiFrancliie

modéré;

l'a

de

ia

contagion des pervers qui i'avoient

souillée par leurs criminels attentats. N'ayez

donc
en
est

[Aus

la loiblesse

de pleurer sur de

ses ruines. Il
:

qui s'en vont criant par la place publique
Antioclie! qu'as-tu
«t j'ai souri
lait

Pauvre

ta gloire?

Je

l'ai

entendu,

de

pitié:

mais vous, quand vous en-

tendez les excès d'une joie frivole, ou de l'intempélance
,

des blasphèmes et des jurements, des paroles
la vérité, dites alors, dites
:

conUe

Pauvre Antiocbe,

qu'as- tu fait

de

ta gloire?

Vous ne rencontreriez dans nos murs (pa'un petit nombre d'habitants, mais vertueux, mais sages
et

modestes: ne craignez pas de l'appeler bienheu-

reuse.

Le nombre

des enfants d'Israël serait égala

>,„

j.

22.

celui des sables de la

mer; ce n'est point leur multi-

tude qui pourra désarmer

ma colère

,

dit le Seigneur.

Jésus -Christ, dans l'Evangile, n'appelle point mal-

heureuses

les villes

qui n'ont pas l'honneur d'être

métropoles, mais celles qui se sont rendues criminelles
pliètes
:

Jérusalem
et lapides

,

Jérusalem, qui tues

les

pro-

Maiili.

wm.

,

ceux qui
la

te

sont envojés.

Que

^'^''

lui sert,

dites-moi,
(j'est

multitude de ses habitants?

Au
(le

conlraire,

de

même que lui
^

vient la niul-

îitudede ses niau:v. Qu'est-ce qui a
notre ville? Ses vices

lait le

malheui
le

son irijouciancc,

mé-

i66

SAIN

r

ji:an

chhysostôme.
dont
elle jouissoit

pris des lois (i)? Si les privilèges

ji'ont

pu

la

sauver du ressentimeni d'un jol de la
la

terre, à plus forte raison ne
la

sauveront-ils pas de
terrible

colère

du
le

roi

des Anges.

Au jour

du der-

nier jugement, ce qui lui profitera, ce n'est point
d'avoir

eu

rang de métropole, d'avoir étalé des

portiques somptueux_, d'avoir eu d'honorables privilèges. Quedis-je,

au dernier jugement? Aujour-

d'hui
le

même

:

est-ce toute celte
,

pompe

qui a corrigé

désordre de nos affaires

soulagé notre affliction,

guéri pour aucun de nous les souffrances

du corps

ou

les

maladies de l'âme?... Pourtant, à Dieu ne

plaise

que

je veuille détruire

dans vos cœurs l'espé-

rance de rentrer un jour en possession de vos anti-

ques privilèges Reposons-nous pour l'avenir sur
!

la

clémence

et la libéralité

de notre empereur. Seuleles

ment, quand vous aurez pu

recouvrer, n'en

concevez point des sentiments de hauteur; n'en tirez
point une vaine gloire, qui borne les avantages de
celte ville par ces simples rapports.

Quand vous

viendrez m'en faire l'éloge
son faubourg enchanté, de

,

ne

me

parlez plus de

la

fraîcheur des cyprès

qui l'ombragent, des fontaines qui l'aiTosent, ni de
p.ig.

179.

cette afïluence qui circule dans sa

place publique

jusque bien avant dans
(1)

la

nuit

,

ni de la richesse
ces paroles
les

de

Cambacérès
de

fait

une éloquente application de
d'un autre empire.
) (

aux habi,

tants

la capitale

Serm. sur

souffrances

tom.

I

,

pag.

^53

,

a54

SAIWT JKAK CmiYSOSTOME.
son comiDci'cc
inle'rêls
;

iGj
au-delà
clés
^

loiU cela

ne va

poiiiL

du
,

icaips: parlez-moi des vertus qui s'y

exercenl

des

aumônes

tjui

s'y

répandent,
,

des

prières qui s'y prolonj^ent dans la nuit

de

la

tem-

pérance

et

de

la

plus bel éloge

sagesse qui y dominent; c'est là le que vous pourrez en l'aire. Un désert
les

avec ces vertus est plus magnifique que toutes
cités

Uemercions Dieu

et

du présent

et

du

passé.

Prions-le tous avec ferveur pour en obtenir la déli-

vrance des prisonniers et le retour des exilés. Ce
sont nos

membres.

Ils

ont navigué avec nous sur
la

une mer orageuse. Supplions

bonté divine de

les

ramener avec nous dans
permette de dire
:

le port.

Que personne ne

se

Qu'ai-je besoin d'aller prendre

de nouveaux embarras?
tant pis

me voici échappé au danger,
s'y

pour celui qui
Elle

trouve. Cruelle indiffé-

rence

!

ne

feroit qu'irriter le Seigneur.
le

Don-

nons à nos frères dans

malheur

le

même

intérêt

qu'à nos propres infortunes. Prions pour eux

comme
:

pour nous-mêmes, suivant
qui sont dans

le conseil

de l'Apotre

Portez dans voire pj-opre cœur les chaînes de ceux
les

Rnm.xti. i5.

chaînes

,

les

souffrances de ceux

qui sont dans la souffrance. Pleurez avec ceux qui
pleurent; accommodez- vous

aux

petits.

Nous ne

pouvons rien

faire

de plus agréable à Dieu. Deman-

dons-lui de nous délivrer des

maux

présents, et de

nous préserver des

maux

à venir.

Les

maux

pré-

sents, quels qu'ils puissent être, sont supportai)! ps,

,

168
01 finissî^nt
fois

SAINT JEAN CHUYSOSTOMli.
avec
le

temps. Les

maux

à

venir

une

commencés,

le sont

pour

l'élerniic. Prosternés
,

tous ensemble aux pieds de Dieu
le

disons-lui

,

pour
notre
la

redire encore dans nos maisons

:

^ ous êtes juste
fait à

Seigneur, dans tout ce que vous avez

égard. Nous avions, hélas! trop Lien mérité
r.1".

sé-

i^o.

vérité

de vos jugements. Mais quels que soient nos pardonnez-nous pour l'honneur de votre

offenses,

nom. Ne permettez pas que nous soyons encore
éprouvés par d'aussi affligeantes calamités;
et

ne

nous induisez pas en tentation

,

mais délivrez-nous

du mai. Car
la

c'est à
la

vous qu'appartiennent l'empire,

puissance et

gloire

dans

les siècles

des siècles.

Amen.
Homélie xvih.

Danger des
J'ai

prospérités

humai/i es.
,

entendu

,

au milieu de nos calamités

répéter
,

plus d'une

ibis ces

mots

:

Réjouissons -nous

nous

touchons à
passée. J'ai
;^ortes
,

la victoire;

voilà la moitié

du carême
joie

moi, un
:

avis

important à donner à ces

de personnes

c'est

de ne pas fonder leur
la

sur ce que l'on est déjà ^

moitié du carême
elles

,

mais

de Lien réfléchir

si

au moins

ont obtenu une
et à ce

moitié de victoire sur leurs passions;

prix je
joie lé-

leur permets de se réjouir.

Le motif d'une

giiime

,

le

but de tous nos efforts, l'objet de toutes

SAINT JEAK CU[i.YSOi.ïÙME.

169
c'est

nos
(le

iiistitulioiis

,

c'est la

réforme des mœurs,
l'a

iinir le
,

jeûne mieux qu'on ne

commencé,

purifiés

préparés à l'auguste solennité qui le ter-

mine, par un renoncement absolu à toutes ses mauvaises habitudes.

Autrement

le

jeûne, non -seule-

ment

est stérile,

mais funeste, en ce qu'il devient

lin titre

de condamnation. Réservez -donc ces moude pénitence.
la

vements de joie pour le temps où nous aurons achevé
celte saison
L'utilité

de l'hiver se

fait

reconnoître à
feuilles qui

verdure du printemps, quand
les fruits

les

poussent et

qui bourgeonnent

en manifestent
spirituelle.

De même dans la vie Abreuvées, durant la saison du jeûne, des
les bienfaits.

saintes rosées

de

la

doctrine du saîut, qui se nml-

tiplioient avec

abondance, nos âmes ont dû s'ouvrir
,

aux germes des vertus chrétiennes

et se dépouiller

des épines des fausses délices du siècle. Attachons-

nous

à conserver

fidèlement les heureuses semences
les faire

que nous avons reçues, pour
retraçons le souvenir
qu'il

fructifier;

nous

a valus

:

du jeûne passé par les fruits ce sera le moyen de nous dispo-

ser avec plaisir à ceux qui suivront.
Il

nous arrive encore assez souvent d'entendre
l'ails

des chrétiens pusillanimes nous témoigner à

vance des inquiétudes sur

le

carême
,

à venir;

nous disent qu'après le jeûne passé

ils

ne sauroicnt

goûter un grand plaisir à se voir libérés de leurs
péchés, sous
le

prétexte qu'il faudra lecommencor

ijO

SAINT JEAN CHUYSOSTOME.

l'année prochaine,
culs?
sister

A

quoi tiennent ces lâches calfait

A
le

l'idée

qu'on se

du jeune.

On

le fait

con-

dans la seule abstinenccdes viandes, nullement

dans
Pag.

changement de
les jours

vie. Si

nous en avions une

opinion plus saine, quand nous nous obligerions à
i.^i.

jeûner tous

,

l'habitude des bonnes œuvres
,

nous rendroit ce joug, non -seulement supportable mais doux;
et l'attente

d'un nouveau jeûne n'auroit

pour nous rien

d'alfligeant, rien

de pénible. Jamais

l'exercice de la religion n'eut rien de triste pour

l'ame bien pénétrée

au contraire,

elle

du sentiment de ses devoirs est pour elle une source intaris;

sable de délices. C'est ce
ihil. IV. 4,

que l'Apôtre déclare dans
:

ces paroles

que vous venez d'entendre
le
-

Réjouissezle

vous continuellement dans
répète j
réjouissez

Seigneur; je dous

vous continuellement. Je

sais

qu'une semblable proposition semble être un
doxe. Le

para-

moyen

,

avec une nature

comme
,

la

nôtre,

d'être toujours dans la joie?

Que

l'on

éprouve quel-

ques accès de

joie

:

à la

bonne heure

on

le

conçoit
la joie:

sans peine. Mais être perpétuellement dans
la

chose

est-elle

possible

,

avec tant de sujets de

s'affliger,

qui tiennent à
il

la

condition

humaine

et

auxquels

est

impossible d'échapper? Par exemple,
fils,

c'est la perte

d'un

d'une épouse, d'un ami vé-

ritable, et qui vaut

mieux encore que des parents;
est

c'estle

dépouillement des biens, une maladie qui
tout à coup,

venue fondre

un

revers accablant,

une

SA!NT JEAN ClfllYSOSTOME.
vive blessure reçue dans son honneur,

I7I

une

injustice

au-dessus de tout courage
tel

humain

,

quelque fléau
sais-je enfin ?

qu'une famine, une épidémie^ une banque-

route où l'on se trouve enveloppé,
tant de calamités publiques

que

on

particulières

qui

nous assiègent et nous écrasent de tout leur poids!

Comment, encore une
soui'ces

fois,

au milieu de tant de
joie

de chagrins conserver une
ô

permanente?

Comment,
gesse,

mon

frère? Mais

si la

chose n'étoit pas

possible, croyez-vous

donc que

cet oracle de la safait

un

saint Paul,

nous en eût

un devoir?
vérités sur

Apprenez, mes frères, une de ces
lesquelles
j'ai

bien souvent appelé vos méditations,

dont

je

ne dois

me lasser
ne
11

jamais de vous entretenir,
se proposent
n'est

une de
lieu

ces vérités qui

que dans

le

où nous sommes.
à

personne au

monde

qui ne cherche
<!ésire être

être dans la joie.
;

Tout

homme
les

heureux

c'est là le

terme de toutes

actions de la vie, l'expression de toutes les bouches,
Je

but de toutes

les entreprises. C'est
le

dans l'espoir

d'être

heureux que

commerçant engage sur mer
à

des courses lointaines qui tendent

l'enrichir

;

que l'homme de guerre soutient
laborieuse profession;
terre

les fatigues

de sa
la
,

que
la

le

laboureur arrose

de

ses sueurs;

que

l'on court après la gloire

après les honneurs et
arriver au bonheur.

puissance.

Tous veulent

faute de connoître

la

Combien peu y parviennent, roule qui y mène! La plupart

172

SAINT JEAN CHliYSOSTÙMK.

le font consister

dans

la

richesse. Si cela etoil,

il

n'yauroit point de riche malheureux;

eL pourtant,

comhiea n'en

est-il

pas qui déplorent leurs cala-

mités^ cl se désespèrent jusqu'à appeler la mort à
leur secours, à la première disgrâce qu'ils éprou-

vent

?

Ne nous

parlez

donc

ni de l'opulence
flatteurs;

de leurs

lahles, ni de la loulc

de leurs

comptez

plutôt les jalousies secrètes, les inimitiés déclarées,
les cuisantes sollicitudes
r;ii;.
i!»::.

qui viennent à
ils

la

suite

des richesses. Le peu d'hahitude où
frir

sont de souf-

leur rend insupporlahles les adversités mêjiie
;

les plus légères

tandis que les pauvres, accoutumés

aux privations, savent endurer
coûtent le plus à
la

même

celles qui

nature. Car c'est moins par eux-

mêmes que par nos dispositions à leur égard que les maux divers prennent un caractère plus ou
moins grave. Et pour ne pas
loin le
aller

chercher hien
,

témoignage de

la vérité

de ces assertions

jetons seulement les

yeux sur ce qui nous
afflige

arrive.

La calamité qui nous
aucun des pauvres;
hors d'alarmes.
et
Il

aujourd'hui

,

n'a atteint
il

le

peuple a élé épargné;

est

n'en est pas ainsi des magistrats,
la ville.

des principaux de

Avec eux,
,

ces riches

qui entreteuoieut de fastueux équipages

versoient

des trésors dans les jeux du cirque, les voilà aujourd'hui sans autre asile que les prisons, trendjlants

pour leur

vie, seuls

condanmés
à

,

quand tous turent

coupables, en proie

de continuelles perplexités,

SATNT JEAN CTTriYSOSTOME.
plus à plaindre que
les

I

7O

derniers de nos citoyens,

ueut-êlre moins tourmentés par l'aspecl

du

pe'ril

qui

les

menace,

c[ue par le souvenir

de leurs pros-

pérités anéanties.

D'autres mettentle bonheur dans

la

santé.

Autre

erreur. ConîLien ne voyez-vous pas de personnes
très bien portantes,

du moment où
l'autorité,
la

elles

ont reçu
.'

nue injure grave^ se trouver malheureuses de vivre

Le placerez-vous dans
tions et les

dans les distinc-

honneurs

,

dans

jouissance de s'en-

tendre applaudir par
n est pas encore

la

voix des flatteurs?

Non,

ce

là qu'il se trouve.

Portez vos pré-

tentions ou vos regards jusque sur le trône; c'est

qu'est le

comble de

la

grandeur humaine
plîis

:

le

trône lui-même n'est pas
l'abri

que tout

le reste à

des souffrances; et

le

chagrin ne

fait

que

se

multiplier avec la puissance. Sans parler des guerres
à soutenir contre des voisins entreprenants, des in-

cursions étrangères

a.

prévenir ou à repousser, que
les hosti l'êtes inté-

de précautions
rieures! Tel

à

prendre contre

monarque échappe aux dangers d'un
qui devient
la

champ de
que
!

bataille,

victime d'une

conspiration domestique. L'océan a moins de vagues
le

cœur d'un

roi n'a

de

sujets d'inquiétudes.

Ah quand la

royauté ne rend pas heureux, où donc

sera le bonheixr. C'est

queîa source n'en existe nulle

part sur la terre.
la

Un petit mot de saint Paul va
ne
lui faut pas, à lui,

nous

découvrir:

il

de longues

174
[)eriodes
Pag. iS3.

SA.1NT .IEA?<

CllUYSOï.TOMli.
la seule

pour nous introduire dans

route

cjui

contluise au bonheur. Le secret pour se réjouir

continuellement, c'est, selon lui, de se réjouir dans
le

Seigneur. Celte joie dans
la

le

Seigneur,

il

n'est pas

d'accident qui
joies

puisse troubler. Toutes les autres
t[u'elles

de ce monde, outre
,

sont passagères et

changeantes

ne remplissent jamais tellement notre

ame,

qu'elles n'y laissent pas de jour à la tristesse,

qui provient de tant de causes étrangères. Mais celle qui e'mane de
la

crainte

du Seigneur, permanente,
de plénitude,

immuable,

pe'nètre l'âme avec tant

qu'il n'y reste plus d'accès à
c'est

aucun autre sentiment;
de
félicités.

une source

intarissable

La souf-

france se perd, elle s'engloutit dans cet abîme de
délices, avec la

même

promptitude que

l'étincelle

s'éteint et s'évapore

dans un fluide immense.

On

a

peine à comprendre comment, au milieu d'épreuves,
laites
,

ce semble, pour l'accabler, l'âme reste, nonjoie. Si

seulement invulnérable, mais comblée de
elle n'en avoit pas à subir,
il

n'y auroit pas

un grand
durable
;

mérite à concevoir une

joie tranquille et
le

mais soutenir sans en être ébranlée,
tribulations les plus violentes
;

choc des

mais, au sein des

souffrances les plus aiguës, conserver
rable félicité: voilà

une inaltéun prodige au-dessus de toute
de Babylone, on ne

admiration. Qu'il n'y eût point de fournaise ardente

pour

les trois jeunes captifs

s'étonnerolt pas de les voir sans blessures; ce qui

,

SAIKT JEAM GHKYSOSTv')ME.
clotine, c'est qu'ils sortent sains et saufs

iy6

du milieu

de

flammes, après y être demeurés plusieurs jours. De mèine, s'il n'yavoit point d'afflictions pour
ses
les saints,
il

n'y auroit pas lieu d'admirer la con-

siante joie qui les anime. Etre calme au milieu de
la

plus furieuse tempête

,

est au-dessus

des seules

forces de la nature.

D'après ce que

je

viens de dire, concluez e'galc,

luent et que le vrai bonheur

le

bonheur prola

longé, ne peut germer au sein des choses de
terre, et qu'il n'y a de félicité pure et soutenue

que

pour l'âme
tant
le

fidèle.

Double principe que
réside.

j'établis,

pour votre instruction que pour vous inviter

à

chercher

seulement où

il

Et certes,

Je

chrétien à qui sa conscience ne rend que de bons
les'

témoignages, dont l'âme, détachée de toutes
choses de
la

terre

,

soupire après les biens futurs^
,

pleine des célestes espérances

quel sujet d'affliction

pourroit avoir prise sur elle?

De

lows les accidents
celui

de

la vie

présente

,

la

mort paroît être

dont

la

perspective est le plus effrayante. Pour lui,
loin
est
elle

bien

de Tabattre

,

l'attente

de son dernier moment

une source de
viendra
le

joies. li sait

que

la

mort, quand

frapper, ne fera que l'affranchir de

ses travaux,

que le porter au terme de sa course, lui donner les récompenses promises à la piété et au généreux combat contre la chair et les sens. Mais

ce n'est point dans sa personne qu'elle l'attaque

lyo

SAINT JEAN CHUySOSTOMIi.

mais dans soslions les plus chers, dans ses enfants.


il

Ucsigné
j(,b.
1.9.
( .

comme
les

Job, supérieur à son
:

affliction,

dit avec le saint patriarche

Dieu me lesavoitdoîinés,
béni à

Dieu me
jatnais.

a enlevés. Sa volonté souveraine en a
:

disposé ainsi

Que

le

nom du Seigneur
la

soit

A plus î'orle

raison celte fermeté

de courage

l'élèvera-t-clle

au-dessus de

perle de ses biens, des

accusations injustes, des calomnies, des souffrances
corporelles, à l'exemple des Apôtres qui, sous les
fouets des persécuteurs, non-seulement
Act.
V.

ne resscnjugés
Jésus-

41.

loient

aucune peine, mais s'en reiouvnoieni du conde joie de ce
qu'ils avoient été
le

seil remplis

dignes de souffrir cet outrage pour
r.ig.

nom de

184.

Christ. Est-il persécution capable d'intimider celui

qui a appris à l'école de son divin Maître à se réjouir, à tressaillir d'allégresse, lorsque les

honnnes

se
Riauh.
V.
1

répandront contre
le

lui

en injures, en violences
,

1.

pour

nom de Jésus-Christ
Une

parce que

,

nous

dit-il

''"

lui-même, une grande récompense nous attend dans
le ciel?

épreuve non moins douloureuse

est
lui

celle

de

l'infirmité.

Mais

il

a

entendu
:

le

Sage

adresser ces
lui
Prov.wir,
3.

consolantes paroles Ayez confiance en
et

dans

la

maladie

dans l'indigence.
le feu,

que

l'or est

éprouvé par
jetés

ainsi

De même les hommes

que Dieu aime sont
versité.

dans

la

fournaise de l'ad-

Ouol dans

,

m'allcz-vous dire

,

n'a-t-on pas vu les justes
tête,,

l'affliction.

Saint Paul, à leur

ne

s'écrioit-

SAINT JEAN CHIIYSOSTOME.
il

I77

pas

:

Je

suis saisi d'une tiistesse profonde , et

mon
c'est

p.om. ix.a-.

cœur est pressé d'une douleur continuelle. Mais

précisément qa'est

la

merveille que
la

Ja tristesse

soit

pour eux un gain, que

douleur leur projQte

et à

grand intérêt

;

que

les

supplices

mêmes

les at-

teignent pour les combler de joie, et que les tribulations enfantent
telles; tandis

pour eux des récompenses immorles joies

que

du monde, comme
,

ses

adversités

,

sont également dangereuses. Ainsi

par

exemple,
dans
le

le

mondain

se réjouit

de voir son ennemi
il

malheur;

joie funeste

dont

seia châtié sé-

vèrement.

Que
péché,

si

vous vous affligez à l'occasion de votre
soit

prochain, que ce

de

le voir

tomber dans

le

et votre affliction sera

pour vous une source
là l'alfficlion
,

de mérites devant Dieu. C'étoit
nétroit le cœui" de saint Paul
tant

qui pé-

quand

il

pensoit à

de pécheurs, à tant d'incrédules. Affliction qui
:

vaut

même

mieux que toutes les joies du monde elleest un premier remède contre l'excès de la douleur, quand l'àme en est violemment surchargée. Une mère à qui vous déiéndriez de pleurer le fils
qu'elle vient de perdre, en seroit bien plus

malheu-

reuse; permettez à ses larmes de couler, elles adouciront l'amertume de sa douleur. D'où vient que

l'Apôtre déclare que la tristesse, selon Dieu, estpro- u,
filablc
iristez

Cor. vu.
'"'.

au

salut
la

;

comme

s'il

disoit

:

Si vous vous at,

Tag. i8i.

de
16.

perte

de vos biens

vous n'en
12

reti-

1^8
rerez aucun

SAIiNT JRAiN fruit;

CllIiirSOSTÔME.

do

la

maladie? vous ne

faites

que

l'aii^iir.

Et en

effet,

n'cst-il pas d'expérience

qu'après s'élre bien désolé dans les contradictions

que

l'on éprouvoit

,

ou n'y a rien gagné

?

Réservez

ces lamentations pour vos péchés.

Vous
les

les effacez

dans vos laru»es

:

et

vous trouvez à

pleurer une

volupté douce. Réservez-les pour les chutes de vos
frères: c'est alors qu'elles deviendront profitables,
et

pour vous

et

pour eux

:

pour vous parce qu'elles
,
;

vous sont un avertissement de votre faiblesse

pour

eux, parce qu'elles

les

porteront

à

se corriger. Et

quand

elles n'y réussiroienl

pas, vous n'en êtes pas
la
:

moins assurés de votre iécompense. Dieu vous
promet par
de
la

bouche de son prophète Ezéchiel
le

écoutez sou oracle. Dans
ville,
la

dessein de perdre

la

mettre tout entière à feu et à sang,
il

elle

et ses habitants,

envoie des exécuteurs chargés
il

de
Ez^ich.
rx,

ses
:

vengeances, à qui

doime ce commandc,

nient

Passez au
;

travers de la inlle

au milieu de

i-(3.

Jérusalem

frappez indifféremment, en

çant par les sacrificateurs; /;?<7/,ç;?/«/-^z/e2; un
le front

commenThausur
la

des

hommes
Tuez

ipii gémissent et

qui sont dans

douleur, à cause des abommations qui se font au milieu d'elle.

tout sans

qu'aucun échappe
inerges
et les

,

ineil-

lards

,

jeunes homines,
les
le

les

enfants
de''

comme

femmes; mais n'approchez d'aucun
front de qui dous i^errez
le

ceux sur
Pourquoi

Thau

écrit.

celte grâce ? Bien

que leurs gémissements

,

SAINT JEAN GHRYSOSTÔME.

J

79
ils

ne doivent point sauver
ont beau avoir mérité

les

coupables, toujours,

servent-ils à ceux qui gémissent. Ces coupables;,
la

vengeance qui

les cbâtie, le

Seigneur ne veut pas moins qu'on
j)as

les plaigne et
à

non

qu'on s'en réjouisse,

et

qu'on insulte
se

leur ca-

lamité. Et

quand lui-même ne
gémir sur

détermine aies

punir que par luie sorte de violence, nous devons,
à son
l'a
Il

exemple

,

l'iniquité

du pécheur qui

contraint à déployer contre lui sa juste sévérité.
est

donc
est

vrai

que

la

seule tristesse permise au

chrétien, celle que l'Apôtre appelle tristesse selon

Dieu,
et

pour lui-même abondante en consolations
joies.

en saintes

Que

s'il

y

a,

pour l'âme
il

fidèle,

du

bonheur au
sur
la terre

sein des souffrances;

n'y a plus rien

qui puisse

la

plonger dans faffliction.
le

Et

c'est à elle seule qu'il

convient de donner

nom
mêlé

d'heureuse. Aussi fEcriture Taffirme-t-elle en vingt
endroits
:

Heureux l'homme qui ne
et

s'est point

nu conseil des impies j heureux y Seigneui,
vous aoéz enseigné
sainte loi ;

celui

que

à qui tous avez appris votre

heureux qui se confie au Seigneur ; heule

reux ceux dont

Seigneiu^est le secours ; heureux

celui qui est selon le
craint le Seigneur{\).
([uels sont
les

cœur de Dieu ; heureux qui
Mais Jésus-Christ
à son tour
affligés,
iN^attb.v. 3-

ceux

qu'il appelle

heureux? Les

humbles,

les pacifiques,

ceux qui souffrent

^^'

(i) Ps.

1.

:

.

xriii. 10. it. 12.

txxxur. 6.

i,xiv. 5. cxi. i.

12.

,

l8o
p.if,'.

SAINT JEAN CHRYSOSToME.
la juslice
,

iSfi.

persécution pour
les nobles
,

nullo part les riches,
siècle.

les

puissants

du

C'est la veitu
la

^

c'est la crainte

de Dieu qui doit être

règle unique

de nos

actions. Si vous bâtissez sur ce

fondement

vous trouverez dans les disgrâces,

les souffrances,

les tribulations, quelles qu'elles soient,

une route
les
a

bien plus sûre pour aboutir au bonheur, que dans
la

puissance

,

les dignités, les

honneurs,

gouverdes ra«l'en

nements
prends

et la gloire
;

humaine. L'adversité
dont

cines amères
à

mais

les fruits

en sont délicieux,
,

témoin ces âmes saintes

la

prière

est souvent

accompagnée de larmes. Quelle

vive ef-

fusion de joie se répandoit dans leur conscience à me-

sure qu'elles se purifioient de leurs péchés
elle se sentoient

!

Comme
:

ranimées par
,

les

célestes espéle répéter

lances

!

Car enfin
la

je

ne saurois trop
la

ce n'est point

nature de

chose

,

ce sont nos dis-

positions qui déterminent le sentiment de joie
d'affliction. Il

ou

en

est

de l'âme
l'air et

comme du

corps

;

c'est

moins l'influence de
extérieure qui

d'aucune autre cause

fait la

santé et la maladie,

que

sa

propre constitution plus ou moins saine; encore
cette proposition est-elle plus vraie

pour la première,
la

puisque

les

maladies de celle-ci dépendent de
celles

vo-

lonté, et

que

du corps tiennent à une cause
saint Paul,

nécessaire.

Voyez un

en proie à des

maux

incalculables, au

milieu des dangers, des

naufrages, des persécutions, des hostilités, tanloi

SAilNT JEAA'

CIIîWSOSTOMi;.
à tous les

l8l

sourdes, tantôt déclarées, mourant
inenls
tiiauoc j

moCoio»».
i.

du jour,
et

il

s

écrie

:

Je

îiw réjouis

en me^ a

a/,.

f accomplis dans ma
en

chair ce

(fui reste

souffrir à Jésus-Christ. C^est trop
s'en réjouit. Il

peu dire

qu'il

fait sa gloire. Peut-il
f[ui

peindre avec

plus d'énergie la joie

le

possède? Voulez-vous

donc goûter

le piaisir. le

bonheur véritable? N'am,

])itionnez ni la richesse, ni la santé
la

ni la gloire, ni

puissance, ni les délicatesses, ni les tables opu,

lentes^ ni les étoffes de soie

ni les vastes

domaines,
la sagesse,

et les habitations magnifiques.

Embrassez

celle qui est selon

Dieu
il

;

attachez-vous à la seule

vertu chrétienne

;

et

n'y aura pas sur la terre d'é-

vénement qui puisse vous rendre malheureux. Que
tiis-je?

Ce qui
,

seroit

pour

les

autres

un

sujet

de

tristesse

sera pour vous
la

un accroissement de
la

joie.

Car, les tortures,

mort,

perte des biens

,

de l'honneur, ne sont rien

à celui qui les souffre
,

pour l'amou" de Jésus- Christ. C'est de nous
nous seuls
d'être
,

et

de

après

la

grâce de Dieu

,

qu'il

dépend

heureux ou malheureux.

Faut-il aller chercher hors de nous la preuve de
eette vérité
,

qu'il ]fy a

que
?

la

crainte de Dieu qui
les vives
,

puisse faire

le

bonheur

Durant

inquiétout ce

tudes,
(pi'il

auxquelles notre ville a été livrée
ici

y avoit

de riches

,

de puissants dans
les

,

saisi

par
ei

pap. tS;,

la

peur, est

allé se réfugier
,

montagnes

les solitudes

tandis

que

les

pieux habitants des

l82
ticscris
.

SATNT JEAN ClIKYSOSTOME.
p'jnelrés

de

la

seule crainte

du Seij^nour

,

accouroieiit généreusement s'associer à notre infor-

tune

,

et

nous aider

à

en porter
,

le poids.
,

Eux

,

qui

n'avoient aucune

pan

ni à la faute

ni par consé-

quent au

péril

,

sont venus s'y exposer d'eux-mêmes,
frères.

pour en délivrer leurs
braver
Ion .\vta.i4.

Vous

les

avez vus

la

mort, ce

roi

des épouvantements,

comme

parle JoL(i), s'y dévoueravec plus d'empressement,

que d'autres n'en mettent
et les

à

rechercher

les dignités

honneurs.

Ils

ont cru qu'il n'y avoit point de

magistrature plus honorable que ce grand acte de
charité;

prouvant par leurs œuvres,
qvii
,

qu'il n'y a

d'heureux que ceux
la loi

attachés invariablement à

de Dieu, puisant à cette sublime philosophie

la véritable

indépendance

et la force

de courage,
tous les

qui

,

seules, élèvent les
,

âmes au-dessus de

événements

et les

mettent en possession d'un calme

que rien

n'altère.

Que, dans un changement de conqu'elle leur
qu'elle pro-

dition, la tristesse abatte , qu'elle accable des hommes

enivrés jusque-là de leurs prospérités
fasse sentir la

;

pesanteur de leurs fers

;

mène à tous moments sous leurs yeux l'image de la mort qui les menace eux bien loin d'être inti;
,

midés par ces lugubres aspects,
ils

ils

s'en réjouissent,
les al-

courent au-devant, assurés de l'avenir qui

(i) Belle
milière.

lrailu( tioii

que nous devons

à

Sautiu

,

à

qui elle

est ta-

SAINT JEAW CHUYSOSTÔME.

i83
eux-

tond; et,

s'ils s'affligent,

ce n'est pas pour

îiiémes, mais pour ceux qui souffrent.

Nous mes
,

frères

,

à leur

exemple, ne connois-

sous d'autre intërél que celui

du

salut

;

et,

comme

eux

,

nous serons supérieurs

à tout ce qui

peut nous

arriver.

Cependant ne cessons d'adresser nos prières
la

au Seigneur. Demandons-lui
prisonniers.
Il

délivrance de nos
,

pouvoit
les

,

dans
,

sa toute-puissance

abréger nos maux,
vestige.
Il

guérir

sans qu'il en restât
,

ne

l'a

pas voulu, de peur que
à

le

danger

passé

,

nous ne vinssions
il

retomber dans nos lan-

gueurs accoutumées;
les

laisse s'écouler

peu

à

peu

eaux du lorrenl

,

pour nous contenir dans une
telle est la sage
,

crainte salutaire.

La preuve que

disposition de sa Providence à notre égard

c'est

ce qui se passe encore sous nos yeux. Nos calamités,

ne sont point

finies,

puisque nous sommes toujours

dans l'attente delà décision du prince. Nos magistrats n'ont point été

rendus

à la liberté

;

les prisons
ville le

sont pleines; et

il

y

a toujours
,

dans cette

même

esprit

de dissipation
bains
,

toujours la
les ordres

même

fu-

reur pour

les

malgré

du prince
aux hon-

qui vous les a interdits;

même
,

fureur à s'enlre-déà se livrer
la

cbirer dans

les

conversations

teux excès de l'intempérance et de

débauche.

Quels prétextts
tôt quelle

;

quelles excuses alléguer? ou plu-

peine peut être égale à d'aussi coupables

dérèglements? Nos premiers citoyens gémissent

l84

SAriS'T
;

JEAJS
la

CHUYSOSTÙmE.
est dispersée
à
;

tlnns les cacliots

famille
;

tout le

corps est en souffrance

nous ne savons

quoi
,

la

cour se déterminera

;

et vous, ô

mon

frère

vous

ne pensez qu'à jouer,
Pag. iS8.

à

danser

et à rire?

Vous parlez

de propreté

:

c'est

bien de cela
^

qu'il s'agit.

Vous ne

pouvez vous passer de bains
vous des troupeaux de

pour y traîner avec
!

femmes

Eh
,

depuis quand
;

vous sont-ils défendus ? Pas encore vingt jours

il

vous semble

qu'il

y

ait

des mois

des années. Vous

ne pouvez supporter cette privation sans murmure
et

sans colère,

\

couriez-vous,

dites-moi,

quand

à

chaque heure vous trembliez de voir arriver
soldats de l'empereur
,

les

et la

mort avec eux; quand
,

vous n'aviez de force que pour courir au désert
dilns les cavernes des
,eût parlé

ou

montagnes
la

?

Qu'alors on vous

de grâce

,

mais à

condition de vous se:

vrer des bains publics durant toute une année

avec
Voilà

quel empressement vous y aiuiez souscrit

!

donc votre reconnoissance envers
ne servent qu'à

le

Dieu

,

qui

en a agi avec vous bien plus généreusement! Ses
liienfaits

le faire

outrager davantage.

Vos calamités n'ont abouti qu'à vous faire sentir le
prix du bain par la privation qui vous l'enlève.

On

ne vous

les auroit
,

pas défendus

,

le
,

sang de vos con-

citoyens

égorgés sous vos yeux

ne vous

crioit-il

pas avec assez d'énergie, qu'il n'y avoit phis pour

vous de plaisirs légitimes
n'êtes pas plus

?
;

Mais vous-même

,

vous
la

en sûreté

et

sous le couteau de

SAINT JEAN CHUYSOSTOME.
înorl, vous vous occupez de bains
(livertisscnienls.
(jii'il
;

l85

il

vous faut des

Vous vous
:

riez

du danger, par ce

s'est

éloigné

prenez garde qu'il ne revienne
;

j)ire

cpi'auparavant

et cpi'il

ne vous arrive ce dont
ces paroles
:

l'Evangile nous

menace par

L'esprit

Mat1ls.x1t.43.

iminoiide étant softi, et
et balayée.,

ajant trouvé une maison vide

emmène
-

avec soi sept esprits plus mé-

chants que

lui, et

lajin devient pire que le

cement. Tenez
frères
,

vous donc sur vos
se

commengardes mes
,

de peur que Dieu ne
,

venge de nos ingrades
calamités plus

titudes

en

faisant

sTiccéder

grandes encore à celles qui nous affligent. Ce n'est
pas à vous,
ici

présents, que les reproches s'adressent;

mais chargez-vous de ramener au devoir ceux à qui
ils

s'appliquent, afin de goûter ces joies persévé,

lantes dont nous parle l'Apôtre

et

de niériter

les

phii

iv.

4.

récompenses

,

etc.

Homélie XIX.

On
tyrs
,

venoil de oéléLrcr à Antioche une fêle de
à
;

mar5;c

laquelle saint

Jean Chrysostôme n'avoit pu
l'avoit retenu

rencire

une indisposition grave

au

lit.

La
à

fêle s'élant

prolongée plusieurs jours,
la

le saint prêtre,

peine convalescent, voulut profiter de
la

ferveur de son
,

peuple, et de l'aftluence des gens de
leur prêcher.

campagne

pour

Tous

les jours

de cette solennité ont été marà se

qués par l'empressement des fidèles

rendre

l8G
à

SAINT JEAN CîIliySOSToMi;.
,

iiolre église

pour sy

ranger autour du Lan-

quet spirituel

,

livrer leurs
la

cœurs

à la pieuse allé-

gresse qu'inspire

fête

de nos martyrs,

con-

templer

les supplices

barbares qui s'exercent sur
,

cette chair mutilée,

tombant en lambeaux
admirer

ces raf-

linoments de cruauté qui s'épuisoient

siu- les

corps

de nos
la

saints confesseurs
la

_,

et

le

miracle de

grâce victorieuse de

nature. Pour moi, tandis
teintes

que vous considériez leurs couronnes
sang
,

de

tandis que
,

,

sur les pas de notre respectable
,

pontife
j).

vous parcouriez

en chantant des hymnes,
ville^ je gémissois d'être

les divers quartiers

de cette

retenu loin de vous par
pas été présent

la souffrance.

Mais

si

je n'ai

à la solennité, je n'ai

pas moins pris

ma part de la commune
ticuliers. Je n'ai

joie. C'est là le bienfait

de

la

charité chrétienne^ de s'étendre à tous les biens par-

donc pas attendu

le

retour de

la

santé,
fêle

pour jouir de votre présence

et m'associei- à la

que célébroient au milieu de nous nos frères des
le

campagnes, étrangers par
la foi
;

langage, mais unis par
il

peuple simple, innocent dans ses mœurs,

ne coimoit point nos spectacles corrupteurs, nos
combats du cirque,
ni les scandales

de

la

débauche,

ni les bruyantes dissipations des villes.

Tout^ chez
la

eux
c'est

,

est

modeste. Si vous en demandez
vie est occupée par les

raison

,

que leur

travaux de
,

l'a-

iiriculture, école
Geii.
li.
t

de vertu
à

et

d'économie que Dieu
le créant.

j

lui-même ouvrit

l'homme en

Ce

n'est

SAINT JEAN CriRYSOSïOftIE.
jjaseux qui rouvrissent

187
ils

du métier de laboureurs;
;

ne rougiroient que
savent combien

d'être sans rien faire

eux

,

qui

désordres et

par l'habit,
connoissent

sme source féconde de non calamités, vrais philosophes de mais par les mœurs. Non-seulement ils
l'oisiveté' est
_,

les leçons
ils les

de

la

sagesse

,

mais ce qui vaut

mieux encore,
rogez-les, ces

mettent en pratique. Intergrossiers et
Pag. t;,o.

honimes en apparence

ignorants, interrogez-les sur les importantes vérités

qui ont

si

inutilement exercé
:

l'esprit et la

plume

des sages d'autrefois
iis

avec quel bon sens profond
le

vous répondront sur

dogme de

l'immortalité
ils

de nos âmes, du dernier jugement;

vous ap-

prendront, avec nos divines Ecritures,
tout est vanité,

combien
la

combien toutes nos sciences de
,

terre sont vaines et futiles

combien
celle
à

,

par

,

leur

sagesse vaut

mieux que toute
eux^

de nos philosole fait
,

plies. Ils n'hésitent pas,

répondre sur
le

d'une Providence qui gouverne
Créateur tout puissant
,

monde

d'un
,

qui a

fait

de rien l'univers

d'un juge redoutable à qui nous aurons à rendre

compte de nos œuvres. Admirez donc
Jésus-Christ, d'avoir donnéà des

la

puissance de

hommes sans lettres

une science qui
autant que l'âge

les élève

par-dessus les philosophes

mûr

l'emporte sur l'enfance. Leur
:

langage est sans politesse
ont
la

qu'importe

,

puisqu'ils

vraie sagesse.
si

Que

sert

aux païens leur élo-

quence,

elle est

vide de bon sens? C'est propre-

l88

SAINT JEAN CllIlYSOSTÔME.
Ja

ment une épeo dont
lame de ploml).

i>arde seroit d'argent et la

l»;i.;.

,,ji.

L'orateur revient encore sur les seniients. Vengeances
exercées contre les blasphénialeurs. Non-seulemenlleur

personne, mais leur maison tout entière

est

menacée des
,

plus terribles châtiments. Jérusalem et son roi Sédécias
châtiés en punition d'un serment. Exposition
pitre
la

du cha-

xvn

d'Ezéchiel. Mauvaise excuse

,

que d'alléguer

difficulté de renoncer à ses mauvaises habitudes.

Pag. 196.

Les commandements que vous

fait le

Démon,

sont bien plus difficiles et plus laborieux.
obéit pas moins.
livre pas ce jeune

On

ne

lui

A quels violents exercices ne se homme que l'on dresse a l'infâme
!

métier de danseur de corde

Pourtant,

il

vient à

bout d'y exceller

et

vous étonne par ses tours d'a-

dresse. L'habitude lui a
l'itg.iys.

rendu

fiiciles les

choses en
je
:

apparence
ai

les
si

plus impraticables

Ce que

vous

dit déjà

souvent,

je le

répète encore
faire ici

im-

posez-vous

la loi

de ne rien

en public, ni

en secret, qui
Matiii. v.j',.

soit contraire

au précepte émané de

Jésus-Christ

:

f^ous ne jurerez point. Quel honneur
,

pour notre ville
les

si le

serment

étoit

banni de toutes

bouches

!

On

loue ordinairement les villes de la
la

sûreté de leur port^ de

beauté

et

de l'étendue de

leurs places publiques, de la qualité des
dises

marchan-

qu'on y expose en vente. Faites qu'on loue Antiochc d'une singularité qui ne se rencontre point

SAliNT JEAJN

GHRYSOSTÔME.

189

ailleurs

,

et qu'on dise qu'il n'y a pas
cite'

un

habitant

dans cette
serment.

qui voulût racheter sa vie par

un

Une

pareille louange ne vous sera pas
;

moins

utile

que glorieuse
bonheur,
et

les autres villes envie-

ront votre

se

formeront sur votre

v

exemple.

Homélie xx.
Saint Clirysostôme exhorte son peuple à profiter duPa;. 199
ei

Carême, pour
et se préparer à

se puriiier

des pèches de toute
,

1

année

,

approcher
Précepte

avec une conscience pure
et

,

de

la table sainte.

condition du jeûne. Par-

don des injures.

Homélie xxi.
Suite de l'événement. Discours de

Malien à

Théodose.

Les

mêmes termes

par où commençoit

le je

plus

''^^'^•

ordinairement chacune des instructions que

vous

âdressois durant les dangers dont nous étions

me-

nacés
celle

,

vont aujourd'hui
allez

me

servir

d'exorde pour

que vous
:

entendre. Je m'écrierai avec
,

vous

Béni

soit

Dieu

dont

la

miséricorde a voulu
allons célébrer
les transports le

que l'auguste solennité que nous
(

celle

de

la

Pâque)^
de

le fût
'

avec tous

de

la joie et '

l'allégresse, ~

en rendant

chef à ses

Pu;;. -214.

,,

membres,
son école
,

le le

pasteur à son troupeau, le maître à

général à

la

milice sainte qui marche

,

1()0

SAINT JEAN CHIlVSOSroML.
,

SOUS son ciendard
aulcls
!

le poiilifo à
,

ses prélres ei à ses

Bëni

soit
lui

Dieu

qui nous accorde par-delà

ce

que nous

avions

demandé, par-delà

même

ce

que nous devions espérer! Nous nous eslimions
heureux d'obtenir quelque trêve
cl c'étoit là tout l'objet

à nos calamités

;

de nos supplications. Notre

Dieu, dont

la

clémence va toujours au-delà de nos
de notre père,

vœux

,

ajoute à ses bienfaits le retour
toi

beaucoup plus
tendre.
si

En
,

effet,

que nous n'avions dû nous y atqui de nous pouvoit se flatter que
eussent suffi pour exécuter son

peu de jours

lui

voyage obtenir audience de l'empereur, mettre fin à
nos calamités, et revenir dans cette
ville, assez à

temps pour prévenir la solennité de la Pâque, et la
célébrer avec nous? Témoignage sensible d'une Pro-

vidence bienfaisante , qui veille

à tous
;

nos inlérêls

!

Le Démon
les

avoit conjuré notre ruine

ils
;

l'essaya par

criminels excès que vous avez vus
les a fait

ses artifices

ont été confondus; Dieu
et

tourner au profit
Il

d'Antioehe, et de notre évéque, et du prince.

a fait

de notre malheur l'instrument de notre

gloire.

Oui

,

Antioche elle-même

s'est illustrée
,

à jamais
la

parce que dans son désastre
tion des

dédaignant

protec-

hommes les

plus considérables parle rang,

par les richesses, par leur crédit à la cour, elle a

eu recours à

l'Eglise et

au ministre du Seigneur
,

,

et mis toute sa confiance

tout son espoir dans le

secours d'en haut. Après

le

départ de notre père

,

SAIINT

JKAN GIIUYSOSTOMR.

I()l

lorsque de toutes paris on clierchoit à effrayer ncs

détenus

,

que

l'on re'pandoit le bruit

que

,

bien loin

de s'apaiser, l'empereur

plus
_,

irrite'

que jamais,
résolu-

niéditoit contre Antioclie les plus funestes

tions

;

que

l'on faisoit circuler les

plus alarmantes

nouvelles; nos prisonniers, rësigne's à tout, opposant la fermeté de courage que
à ces vaines terreurs,

donne

la

religion

qui ne leur paroissoienlqueics

ruses du Dëmon, répondoient que les consolations humaines n'e'ioient pas celles qui leur e'toient le plus
ne'cessaires.

Nous savons,

disoieiit-ils^ quelle est la

puissance que nous avons invoquée dès les

commen-

cements, quel

est celui sur qui repose notre con-

fiance; c'est sur

une ancre sacrée que nous avons
n'est point

(onde notre salut. Ce
c'est

d'un

homme,
l'atten-

du

seul

Dieu qui peut tout, que nous
,

dons.

En conséquence
l'issue

nous sommes fortement

convaincus que

de tout ceci ne sera point
il

malheureuse. Nous ne saurions croire, et

n'est

point possible en effet qu'un semblable espoir reste

confondu.

Quels triomphes

,

quelles louanges de pareilles

dispositions ne mériteront-elles point à notre ville!

Combien ne
ciel,

lui

attireront-elles pas la faveur
Il

du

même par

rapport aux autres intérêts!

n'ap-

partient pas

aux âmes communes
les tentations
la

d'être sur leur

garde au

moment où

viennent fondre

sur elles, de n'y voir que

main du Seigneur qui

,

1^2
les

SAINT JEAN ClIK VSOSTUME.

éprouve, de dédaigner toutes

les considérations

humaines, pour concentrer tous leurs désirs dans
la

protection divine. Si donc la ville d'Antioche
fait

s'est

un honneur immortel, par
évêque ne
sa vie,

la

générosité
il-

de
lat,',

ses sentiments, notre

s'est
il

pas moins
l'a fait

ai'),

lustré,

en exposant

comme

pour

le salut de son j)euple, en surmontant les ohstacles

en foule que de
la fêle, le

la saison,

que son âge

,

les

approches
,

danger d'une sœur

à toute extrémité
Il

opposoient à sa courageuse résolution.
point dit à lui-même
:

ne

s'est

Quoi donc?

la

sœur unique
le

qui

me

reste,

une sœur qui porte avec moi
si

joug

de Jésus-Christ, demeurée

long-temps près de
:

moi^

la voilà

qui touche à sa dernière heure
m'éloigner d'elle;
je

et je

pourrois

la délaisser,

ne re-

cueillerois pas ses derniers soupirs et ses derniers

adieux? Tout ce qu'elle ne cessoit de
c'éloit

me demander,
yeux, que mes

que ma main

lui

fermât

les

derniers emhrassemenls l'accompagnassent au tom-

beau, que
le soin

ma

tendresse ne laissât point à d'autres
à ses funérailles; aujourd'hui,

de pourvoir

seule dans le

monde,

sans appui, et

comme

aban-

donnée,

elle

implorera vainement la pitié d'un frère
elle metloit toute sa

du seul homme en qui
pour ce
ments,
ses

confiance

triste office, et

même ^

à ses derniers

mo-

yeux, prêts à se fermer, nerencon treront
!

pas les miens

Séparation désolante, plus cruelle
clic

que

la

mort quand

nous frappe en détail! Je

SAINT JEAN CHU YSOSTOMIZ.

1

C)3

m'en irouverois séparé par de longs espaces:
tuation présente
d'elle,
crifices

sa si-

me

feroit

un devoir d'accourir près
les sa,

de m'en rapprocher au prix de tous
;

et

quand

j'y suis, je

penserois à la quitter

à la laisser loin
l-cile

de moi! Eh! comment supportera?

ce peu de jours qui lui reste à vivre

— Non.

Rien de semblahle
dans
sa pensée.

n'est sorti deses lèvres, n'est entré

La cause de Dieu
lait

a passé avant tout.
les

Notre évéque a bien

voir

que

grandes cala-

mités sont l'épreuve du pontife,
est le

comme la tempête
le
:

moment du
Ce

nautonnier, et

général.

qu'il a dit; écoutez-le
,

combat celui du Tous les regards

sont fixés sur moi
actions
;

Juifs et gentils observent

mes

ne restons pas au-dessous de ce

qu'ils atten-

dent de moi.

Ne

délaissons point notre ville dans le

naufrage dont

elle est

menacée; mais, abandonnant

au Seigneur tous nos intérêts propres, donnons,
s'il

le faut, jusqu'à

noire vie.
la fois et la

Mais, admirons à
pontife
,

magnanimité du
Il

et la

bonté

de ce

qu'il sacrifioil

du Seigneur. la faveur du
;

n'a rien

perdu

Ciel ménageoit à

son zèle une récompense d'autant plus sensible à son cœur qu'il i'avoit moins espérée. 11 consentoit,
,

pour

le salut

d'Antioche^ à célébrer

la fête

au sein

d'une terre étrangère, loin de son troupeau. Dieu,

en nous

le

rendant avant

la

fête, a voulu qu'il piit
,

la solenniser

avec nous en famille
sa

et jouir

du boni5

heur d'accroître
16.

propre

joie

de

la

commune allé-

,

J(J4
jLijressc.
Il

SAINT JËAiN CHIIYSOSTOMK.
affioiiloil la lii^uoiir

de

la

saison
la

;

cl

du-

rant tout son voyage, nous avons eu

plus douce
;

température.

11

n'avoit point calculé son âge

et
la

il

a

soutenu toutes
nesse.
11

les fatigues

avec

la

vigueur de

jeu-

laissoit

une sœur mourante,
fait

et les droits
il

delà nature n'avoient pas
l'a

céder son courage;

retrouvée pleine de vie. Pas un des sacrifices
il

auxquels
gloire
Cl

s'étoit résigné, n'a
s'est

eu

lieu.

Telle est la

que notre évêque

acquise auprès de Dieu

des

hommes.
a été plus

L'empereur n'v a pas moins gagné. Tout cet évé-

nement lui
fait
i'a-. 9.1G.

honorable que tout
,

l'éclat

du

diadème impérial. D'abord
,

il

a été constaté par le

qu'il éloil disposé à

accorder aux ministres du
sollicité

Seigneur ce que tout autre au monde eût
inutilement. Après cela
,

il

a triomphé de son res-

sentiment, et ajouté au bienfait du pardon celui de

ne pas

le faire

attendre. Mais, pour vous faire

mieux
de

sentir et la

clémence du prince^
,

et la sagesse

notre évêque

par-dessus tout la miséricorde

du
les

Seigneur, permettez-moi de vous mettre sous

yeux un précis du discours où notre cause
bien plaidée. Je le tiens de la bouche

a été si

même

de l'un
,

de ceux qui
a

l'ont

entendu. Car pour notre père

il

gardé

,

sur tout cela, le plus profond silence. Aussi
saint Paul
,

magnanime qu'un
Je

il

cache

comme lui

bien qu'il

a lait.

On

parts ce qu'il a dit à

demander de toutes Tempère ur, quels moyens il a
a

beau

lui

SAINT JEAIN CHKïSOSTÙMii;.
riii|)lovés

ITjS

pour venir à bout de

flécliir sa
,

colère

:

ce
a

qu'il

répond

à toutes les questions
le

c'est

que Dieu

tout fait;
tions

que

prince, docile aux secrètes inspiraparloit à son

du Seigneur, qui
,

cœur

et apaisoit

son courroux

n'avoit pas attendu

pour commander
s'étoit passé,

à son ressentiment qu'une autre voix l'en sollicitât,
qu'il s'étoit entretenu avec lui

de ce qui

sans colère, et

comme

si

l'outrage eût été fait à

un

autre. Mais le secret

que son humilité

vouloit nous

cacher. Dieu nous

l'a lait

connoître. Apprenez-le.

Pour

cela, je vais reprendre les choses d'un

peu

plus haut.

Notre saint évéque

éloit sorti

d'Antioche

,

lais-

sant tous SCS habitants dans la consternation,

em-

portant lui-même une douleur plus vive qu'aucun

de nous
route
,

,

quand
laits,

il

rencontra

,

vers le milieu de sa

les

commissaires que

le

prince envoyoit in-

former des

etqui

lui apprirent les ordres ri-

goureux dont
sentiment des
les

ils

éloient chargés.

Le

triste pres,

maux qui

alloient fondre sur sa viile

rumeius,
alarmes
,

les agitations, les fuites précipitées,
,

les

les anxiétés

les

dangers de toute sorte

venant

à la fois se

présenter à sa pensée, déchirent

ses entrailles, et font couler

de

ses

yeux des torrents
surcroît

de larmes.

C'est

pour

le

cœur d'un père un

d affliction, de ne pouvoir être près de ses enfants quand ils sont dans la souffrance. Pour celui-ci, de

même,

l'absence étoii le plus grand

des maux.
i5.

l

1()C>

SAINT JEAN CllUYSOSTÔMi;.
c'éloit

Mais que faire?
contraignoil.
(le la

noire salut

commun

qui

l'y

Chacune des révélations qu'il entcndoit
ses

bouche des commissaires redouhloit

dou-

leurs, et ajoutoit à la ferveur des prières qu'il adressoit à

Dieu. Ses nuits tout entières se consumoicnt

à le supplier d'avoir pitié
et d'adoucir la sévérité

de cette
prince.

ville

infortunée,

du

Lorsqu'il fut arrivé dans la ville
qu'il eut

impériale

,

et

pénétré jusques au palais, du plus loin
il

qu'il aperçut l'empereur,

s'arrête

,

baissant

les

yeux, muet, immobile, versant des larmes^
essaie

qu'il

vainement de cacher, dans
L'effet naturel

la

contenance

humiliée du coupable qui vient demander grâce

pour lui-même.
gubre
la et

de cet extérieur lule

pathétique, étoit de disposer
et

prince à

compassion avant de l'aborder
lui parler

d'entreprendre

de

eu notre faveur. Plutôt que de cherles

cher

à se

défendre,
se taire.

criminels ont

,

du moins

la

ressource de
soitbien

Par

notre évéque réussisle

mieux

à s'insinuer

dans

cœur du

prince,
et

pour y faire de vengeance dont

succéder aux sentiments de colère
il

le savoit

prévenu ceux de dou,

ceur et de compassion dont

sa

cause avoit besoin.

Ainsi, après le crime qu'Israël avoit
se tint sur la
E\nd
xxxii.

commis. Moïse
,

montagne, gardant
l'eût

le silence

jusqu'à
:

ce

que

le

Seigneur

appelé pour

lui dire

Lais-

lO.

sez-moi exterminer ce peuple prévaricaleur. Son
espoir n'a point été vaiu.

A

l'aspect

du

vieillard

SAINT JEAN CIIUÏSOSTOME.

1

97

liai gué de larmes, et courbé vers la lerre, l'empc-

reur s'avança vers lui, cl lui témoigna bien par ses
paroles quelle vive impression
sa
il

avoit ressenti

de
;

douleur.

Nulle

indignation

,

nuls reproches
,

mais l'expression touchante de
la

la sensibilité

et

de

commisération. Vous

l'allez

reconnoître au lan:

gage

même qu'il fit entendre; il ne lui dit poinl Oue me voulez-vous? Quoi! des rebelles, des ingrats^ les plus coupables qui furent jamais, des

hommes

indignes de
;

vivre,

souillés

d'un crime

inoui jusque-là

voilà

ceux pour qui vous venez
niélé

me
de

demander grâce! Au contraire: d'un ton
douceur
et

de majesté
faire sa

,

comme
il

s'il
,

se fût abaissé
il

lui-même à

propre apologie
avoit

fit

l'énumé-

ration des bienfaits dont

comblé

celte ville

depuis son avènement au trône, ajoutant à chacun
d'eux ces paroles
» sance
w ont-ils »
:

« Etoit-ce

donc

là la

reconnois-

que

je

devois en attendre ?

De

quelle faute

voulu

outrager ainsi, non pas

me punir ? Que leur avois-je fait pour ma personne seulement,
Il

»

mais jusqu'à des morls?

n'a

passufE à leur inso:

» lencede s'emporter contre les vivants
»

il

falloiten-

core insulter à la mémoire de ceuxqui ne sont plus,

» sous peine de ne point signaler assez leur sacrilège » audace.
" qu'ils le
Ils

auroienteuà

se plaindre

de moi,

ainsi

supposent; toujours devoit-on épargner
;

» les nioil-i

car

enfin

,

quel mal

les

morts leur
reproches

» avoienl-i!s faits? llsne mériloienl pas les

,

198

SAINT JEAN CIIUYSOSTÔME.

» qu'ils se permt'llcni contre
»

ma

personne.

Eh

!

de
les

quoi m'accusent-ils? r.eur

ville est

do toutes

» cités celle

qui m'ctoitla plus chère; celle qui m'a
n'étoit pas plus qu'elle l'ohjet

»

vu naître

de mes

» affections. Je » faire

me

promettois continuellenicnt d'v
J'y avois

un voyage.

même

engagé

ma

pa-

» rôle. »

Ce

fut alors que le pontife,

donnant un

lihre

cours à ses gémissements et redoublant ses larmes

ne garda plus

le silence;

il

voyoit bien que plus

l'empereur sembloit se défendre lui-même, plus
M ])ar

même nos torts s'aggravoient.
:

— Oui,

prince,
,

reprend-il, en poussant de profonds soupirs

nous

ne

saurions le dissimuler

la

bonté paternelle dont
aller plus
et

vous avez honoré notre patrie ne pouvoit
loin
;

et c'est là ce qui a fait notre

crime

notre

malheur. L'amour que vous lui portiez a excité contre
elle la jalousie

du Démon. Nous

n'avons répondu
à votre

à

vosbienfaits

que par nos ingratitudes;
ordonnez

amour,

que par

les plus sanglants outrages. Livrez-vous à
;

votre juste ressentiment

la

ruine d'An-

tioche, l'incendie de ses maisons, la mort de ses
habitants. Quel

que puisse

être

notre châtiment,

toujours reste-t-il au-dessous de ce que nous avons
mérité. Nous-mênses nous nous

sommes exécutés

à

l'avance, en nous dévouant à des supplices mille
fois pires

que

la

morl. Eh! que peut-il y avoir pour

nous de plus désolant, que de sentir combien nous

SAIM- IRAN CilllYSOSTOME. avons eu
]c nialhciir d'irriter

1

99

un prince

aussi géné-

reux, aussi compatissant; de sentir que le récit de notre ingratitude retentira jusqu'aux extrémités de
la

terre

pour armer contre nous son indignation
?

et

ses

vengeances

Que

les

Barbares

,

dans une irrupville,

tion soudaine, se fussent

emparés de notre

en

eussent renversé les murailles, en eussent incendié les habitations,
tivité^ ce seroit

emmené

les citoyens

en cap-

un moindre malheur, parce que,
et

tant

que nous vous posséderons,

que nous pouraussi désastreuse

rons compter sur votre bienveillance, nous aurions
i'cspoir

de voir cesser bientôt une

calamité, de recouvrer notre liberté et d'être rétablis

dans notre ancienne splendeur. Aujourd'hui

,

([ue le lien

de l'amour qui vous attachoit à nous

est
,

rompu, que nous avons perdu avec votre
notre rempart le plus assuré
,

affection

quel peut être nolr»^

recours? Quel autre protecteur invoquer désormais,

un maître si humain et un père si indulgent? Si donc l'attentat (ut énorme la punition fut aussi de toutes la plus
après que nous avons éloigné de nous
_,

rigoureuse, puisqu'il n'est plus parmi les humains

un
la

seul vers

qui

ils

puissent lever les yeux.

Ils

u'oscnt pas

même

soutenir la lumière

du

soleil
ils

,

tant
traîi-ag ,.t8

honte

les abat.

Déchus de toute

liberté,
les

nent une vie plus misérable que

derniers des

esclaves, réduits qu'ils sont à l'humiliation la plus

profonde. Accablés,

et

par

le

sentiment de leurs ca-

,

200
laniités, et

SAINT JEAN CHRYSOSTOME.
par
le

remords des outrages

qu'ils se sont

permis,
par
sur
la la

ils

respirent à peine, sans cesse poursuivis

pense'e

que

tout ce qu'il y a d'èires vivants

terre leur reprochent leur
celui-là

crime avec plus

d'amertume encore que
outragé.
Il

même

qu'ils ont

ne

tient qu'à vous. Seigneur,

de guérir
fois

d'aussi

vives blessures.

On

a

vu plus d'une

entre parti-

culiers, des dissensions furieuses, en apparence ir-

réconciliables, faire place à des attachements durables.

Nous en avons
Après que
le

la

preuve dans notre propre
,

histoire.

Seigneur eut créé l'homme
paradis terrestre
le
,

qu'il l'eut placé

dans

le

et

décoré

des plus glorieux privilèges^

Démon,

qui n'a voit

vu que d'un œil d'envie ce comble de prospérité
mit tout en œuvre pour
le détruire, et n'y réussit

que
à

Le Seigneur, bien que justement irrité, non-seulement n'a point abandonné l'homme, mais
trop.

un paradis

terrestre

,

il

a substitué le ciel,
faisant naître

dont

il

nous a ouvert les portes

.

de

la

disgrâce

même

de l'homme l'occasion de nous témoigner

son inépuisable bonté, et de mortifier davantage

l'ennemi du genre humain. Agissez, prince, d'après cet exemple. Les

Démons

,

envieux du bon-

heur de notre
faire

ville

,

n'ont rien épargné pour nous

perdre

la

bienveillance d'un prince qui l'ho-

nora d'une faveur particulière; ce sont eux^ vous
le savez,

qui ont causé nos

maux; punissez-nous,

SAINT oi.AN CH1VYSOSTÔM13.

20

1

mais ne nous enlevez pas voire ancienne

affection.

Me

serat-il j)erniis d'exprimer
:

un vœu qui peut
la

sembler étrange

ne vous contentez pas de nous
si

rendre; ajoutez-y encore,

vous voulez faire reles

tomber

le poids

de votre vengeance sur

Démons,

auteurs de tout le mal.

En

détruisant nos murailles,

en renversant notre de ces

ville,

en

l'effaçant

du nombre
les

des cités, qu'aurez-vous lait?
haits
esprits

Que combler

soului

de malice.

pardonnant^ en daignant

Au lieu qu'en même lui accorder
affection
,

des

marques nouvelles de votre
lirez la

vous blessez

au cœur ces implacables ennemis du salut; vous en
plus signalée

vengeance, en témoignant

avec éclat que leurs artifices, bien loin de réussir,

ont tourné contre eux-mêmes. Votre justice elle-

même,

prince, y est intéressée; c'est elle qui clame votre compassion en laveur d'une ville à
quelle les

réla-

Démons

n'ont porté envie que parce

que

vous

la chérissiez.

Non,

si

vous ne l'aviez pas hoiis

norée d'une aussi tendre prédilection,
roient pas fait sentir
si

ne

lui au-

cruellement
vrai, et je

les

effets

de

leur jalousie.

Il est

donc

ne hasarderois

rien en l'aiErmant,

que

c'est

vous-même, votre géà

néreuse protection qui a donné occasion
duite à la notre

nos cala-

mités. Lorsque, tout à l'heure, opposant votre con,

vous daigniez vous justifier à notre

égard,
la

les

ravages d'un incendie mille fois répété,

ruine entière de notie ville eussent été pour nous

202

SAINT JlîAN

CFfU

VSOSTnMF.
:

moins accah'aais que ces paroles
jamais prince avant moi n'en eut

Oa

s'est

permis

contre» ma personne des insiiltes, des excès tels
à

que

subir de pareils.
le

Mais, ô prince, ô
plus relic;ieux des

le

plus

humain,
si

plus sage, le

hommes,

vous voulez, ces in-

sultes laites à votre auguste personne,

composeront
et plus écla-

j)Our vous

une couronne plus noble
trophée de

tante

que votre diadème. Ce diadème que vous porla

tez est à îa fois le

vertu qui vous

l'a

mérité, et

le

témoignage de l'honorable

affection

du prince (Gratien) qui vous
Mais
la

associa à l'empire.
clé-

couronne que vous obtiendra votre
,

mence

sera votre propre ouvrage

le seul

mérite de

votre sagesse; et l'on sera moins frappé de l'éclat

des pierreries dont s'orne votre front, que touché

de

la victoire

remportée sur votre ressentiment.
il

On

a lenvcrsé vos statues;

ne

tient qu'à

vous de vous

en ériger de plus magnifiques. Pardonnez aux coupables, ne leur infligez aucun châtiment; et votre

image sera honorée par des
en
voit

statues,
,

non
le

telles

qu'on
,

dans

la

place publique

bronze
la

l'or
;

et les pierres précieuses

en forment
les

matière

mais des statues érigées dans tous
statues dont votre

cœurs, des

humanité

et votre

clémence, plus

précieuses que les pi us riches métaux, auront fourni
les desseins,

des statues en aussi grand

nombre

qu'il

y a et qu'il y aura à jamais d'hommes répandus daujl'univers, ('ar. non-seulement nous, vos contempo

S\ÏNT JEAN CH!iV;-OSTOME.

20.)

rains, mais ceux qui viendront après nous, jusqu'à
la

dernière posle'rité,

le

sauront, cl tons vous ads'ils

mireront, tous vous chériront comme

en eussent

eux-mêmes
langage de

ressenti les effets.
la flatterie;

Ce

n'est point là le

non,

c'est la vérité

pure.

Pour preuve, permettez-moi de vous rappeler un

mot de
l'éclat

l'un

de vos prédécesseurs, qui vous conla

vaincra que c'est moins sur
des richesses,
la

force des armées,

population des états et aunature,

tres avantages

de

même

que

se

fonde

la

grandeur

et l'illustration des maîtres

du monde,

que sur

l'égalité

d'âme

et la

douceur du caractère.
plupart de ses courles

On avoit
tantin,

mutilé à coups de pierre l'image de Consla

de glorieuse mémoire;

tisans le pressoient

de punir sévèrement

auteurs

de

l'insulte; c'étoit, disoient-ils, le visage

même du
;

prince que l'on avoit meurtri à coups de pierre

l'empereur ne
et répondit

fit

que passer
:

la

main sur son

visage,

en souriant

Qu'il ne se sentoit point

blessé. Cette
seillers,

réponse ht rougir les méchants con-

déconcerta leurs sanguinaires résolutions,

et l'affaire n'eut

aucune
;

suite. Cette parole a volé
le

de houche en houche
point affoihli
la

laps

de temps n'en a

mémoire.
si

sont les triomphes
?

qui vaillent une
jxlusieurs villes,

haute sagesse

Ce prince

a fondé
à

subjugué des peuples barbares;
le

peine a-t-on conservé

souvenir de ses grandes ac-

tions. (iOtle parole est

encore aujourd'hui célèbre;

2o4
elle le scia

"iAlNT

JEAN CHIIYSOSTOME.
les générations.

dans loutcs
la

Partout et

toujours, on
tion
;

citera avec

honneur

,

avec acclama-

on

l'accueillera avec rcconnoissance, en
l'a

com-

blant de bénédictions l'illustre mort qui

proférée.

Et
les

si

elle a

obtenu une

si

grande renommée parmi

hommes,

quelles couronnes ne lui a-t-elle pas

values auprès

du Dieu des miséricordes? Je vous
quand votre pro-

parle de Constantin. Mais, qu'est- il besoin de vous

alléguer des exemples étrangers

,

pre histoire vous présente

les

motifs les plus puis-

sants? Rappelez-vous l'ordonnance

que vous-même
la

avez

fait
:

publier,

il

y a quelques années, par toute
la

terre
celle

aux approches de
,

même

solennité

que

où nous touchons vous commandâtes que l'on
,

ouvrît les prisons, qu'on élargît les prisonniers
qu'il y eût

et

une amnistie générale.
la

A cet

acte

de

clé-

nience, vous ajoutiez

déclaration de vos senti-

ments
Voici

:

Plût a Dieu, disiez-vous, que je pusse faire
morts du tombeau, et
les

sortir les
le

rendre a la vie !
parole
,

moment de
(aire

justifier

cette

le
,

moment de
et

sortir les
à la vie.

morts du tombeau

de

les
,

rendre
et

Nos citoyens sont déjà
qui va être ren-

morts
Pat

l'attente

de

l'arrêt

du

,

a

mis Antioche tout entière aux portes du

tombeau.
et la

Un mot

seulement de votre bouche

:

nuit funèbre qui l'enveloppe se dissiper^.
uii

Qu'elle reçoive en ce jour do votre clémence

nouvel être,

elle

devra

l)ien

moin.s encore à son

,

SAINT JEA.N CHUYSOSTOME.

2o5

premier fondateur qu'à votre arrêt de grâce. Son fondateur ne put lui donner qu'un faible commen-

cement
à

;

vous, prince, lorsque, du plus haut point
et

de grandeur

de force où

elle

put monter

,

tout

coup précipitée

dans un abîme
la vie
,

d'infortunes

vous l'aurez rendue à

vous auriez moins de

droit à l'admiration en l'arrachant à la domination

des Barbares, et au joug de
n'en acquerrez en
iienrc
lui

la captivité,

que vous

pardonnant.

Ce premier
avec d'autres

de

iiloire
:

vous seroit
,

commun
la

conquérants

celle-ci

vous ne

partagerez avec

personne

;

l'exemple n'en commencera qu'à vous.

On
der

ne se récrie point d'admiration à voir ce qui tous
sous nos yeux,
à des

les jours se passe

deshommescoraman;

cl faire

du bien

hommes

mais pardonner

d'aussi sanglants outrages, voilà ce qui est au-des-

sus des forces de la nature. Songez qu'il ne s'agit

pas seulement

ici

du saiutd'Antioclie, mais de votre

gloire, mais de l'intérêt de tout le christianisme.

Tous
ce

les

peuples du

monde,
fixés

Juifs,

Grecs

et Bar-

bares, dont aucun n'ignore ce qui
à

s'est
:

passé, ont

moment

les

yeux

sur vous

ils

attendent

avec inquiétude
S'il est dicté

l'arrêt
la

que vous
,

allez

prononcer.

par

clémence tous vous en béniront,
:

tous en glorifieront le Seigneur
i>

«

Il

faut, s'écrie-

ront-ils,

que

cette religion chrétienne ait

un bien

»
)>

grand empire!
sur
la

Un

prince qui n'a point d'égal

terre, maître

de tout perdre

et

de tout dé-

,

2o()

SAINT JKAN CilU YSO-STOMli.
l'a

» truire, elle
» inspiré

contenu, elle

l'a

réprimé,

elle lui a

une modération dont un simple particulier
Oui
,

» seroit à peine capable.
» chrétiens a » »

certes

,

le

Dieu des

un bien grand pouvoir, puisque des
des Anges, en
les
la

hommes

il

fait

élevant au-dessus

de l'humanité, au-dessus de
qu'en laissant

nature (i).
la

»

Peut-être vous dira-t-on que

clémence

a ses

dangers

,

le

crime d'Antioche im,

puni

,

votre autorité se trouvera compromise

et

que l'exemple enhardira d'autres
Vaines alarmes
si
!

villes à l'imiter.

iulile objection!

A la bonne

heure,
,

vous n'étiez pas à
,

même
_,

de vous venger

si

les

rebelles

opposant

la l'orce à la force,
s'ils

avoient triom-

phé de votre puissance
armes égales,

vous eussent attaqué à

celte considération seroit plausible.

Mais que peut- on craindre d'un peuple abattu,
anéanti par l'épouvante et la consternation
,

d'un

peuple qui n'a sous
les

les

yeux d'autre perspective que
,

horreurs du supplice

qui ne se réunit que pour

adresser tous ensemble au Seigneur les

vœux de

la

prière et les gémissements de la douleur, d'un peu-

ple que vous vovcz avec

moi prosterné

à vos pieds
la

,

vous demandant grâce par

ma

voix

?

Hélas!

plus

sanglante mort n'eût pas été pour eux plus cruelle
(i) Ces éloquentes paroles
îcs

trouvent iiatiirellement leur place danstoi'.s
injures^
iv
,

discours sur
(

le

pardon des
,

Cambacérès {Serm.
,

,

t.

i, p.

5o3;
p'ii-

Molinier

Serm. chois,

fom.

pag. 3 16

i63

,

riG

),

en citent

sieuss traits.

,

SAIJXT JHAIN

CHRYSOSTOMli.

207
qu'ils
,

que

les louniients qu'ils

endurent, enchaînés

sont depuis tant de jours à de continuelles terreurs
n'espérant plus
,

quand

le soir est le

venu

,

revoir le

lendemain
l'etfroi

,

et

ne revoyant

lendemain qu'avec
soir.

de n'arriver pas jusqu'au
dans

Un

grand

nombre, cherchant son
allé réfugier

salut dans la fuite, s'étoit

les solitudes les plus inaccessila

bles

;

ils

V ont été

proie des bêles féroces. Des
,

hommes, des enfants à peine sortis du berceau des femmes de la première distinction, traînent la plus
misérable existence, ensevelis dans les antres des
rochers
,

pag. 221.

dans

le

creux des vallées et dans l'enfon-

cement des

déserts.

Anlioche éprouve
la

les

rigueurs

d'un nouveau genre de captivité qui

condamne
ses

au milieu de ses édifices
murailles
,

et

dans l'enceinte de

à un dépouillement pire que celui dont

un

vaste incendie l'auroit frappée, à des calamités

plus déplorables mille fois qu'elle n'auroit eu à en

subir de la part des Barbares et d'un vainqueur implacable.

11

n'est

personne qui

l'ignore. Est-ce

donc

un exemple capable d'enhardir
;

à la révolte?

Anpour
la

tioche ne seroit plus
les autres villes
triste situation

sa ruine n'auroit pas été

une leçon plus mémorable que
la

où elles apprennnent que nous somprolongez pas davantage
;

mes

réduits.

Ne

per-

mettez qu'enfm nous commencions

à respirer...

En

pardonnant
vous

,

vous gagnez non-seulement ceux à qui
m.ais tous

iailes grâce.,

ceux qui viendront à

208

SAIKT JEAN CHUYSOSTOME.
l'a,

l'apprendre. Atjiielpiix n'achctieriez- vous pas

vantage de conquérir en un
et d'obtenir,

moment

toute

Ja

terre

non pas seulement de toutes
de toutes de
faire

les ge'nëra-

tions présentes, mais
jjas

celles qui

ne sont

encore

,

pour vous

les

les

mères font pour leurs enfants?
tel

mêmes vœux que Si les hommes
,

doivent mettre un
gez à
la

prix à votre i^énérosité, son-

récompense que Dieu vous ])romet
l'acte

non
allez

seulement pour

de clémence que vous
jamais

exercer, mais pour tous ceux que votre exemple ne

manquera pas de produire. Car
Dieu ne
plaise
!

si

,

ce qu'à

les

emportements d'Antioche trou-

voient des imitateurs, et que les princes outragés

voulussent poursuivre l'injure, votre sage et magna-

nime

politique deviendra pour eux

un plan de con;

duite qu'ils se feront

un devoir
si

d'imiter

toujours

avec cette différence,

glorieuse pour vous,

que
ne

quelque éminente que puisse être leur vertu,

ils

pourront que marcher sur vos traces, tandis que
vous, vous n'aurez pris l'exemple de personne. Ainsi
Pa-T

,>2

l'honneur de votre belle action vous restera tout
entier, et à

vous seul

;

et

vous partagerez

la gloire

de

tous les traits de clémence qui auront lieu par la
suite,

comme un

maître s'associe à

la

gloire des

disciples qu'il a lormés.

Mais, dût votre exemple rester sans imitateurs

;,

vous n'eu serez pas moins honoré des hommages

de rcsiime

et

de l'adniiralion universelle.

On dira

,

SAINT JEAN CHRYSOSTÔME.

2

0Q

dans
ville

les siècles les plus reculés,

qu'une

aussi

grande

avoit

provoqué
la

le plus

terrible châtiment,

qu'au milieu de

consternation générale, tandis
les

que

les

généraux d'armée,

intendants de pro-

vinces, lesniagistra<r.s, tous glacés d'effroi, n'osoient

pas ouvrir la bouche en faveur des coupables^ ni

intercéder pour
lard
,

un
et

prêtre

un peuple malheureux; un vieildu Seigneur est parvenu seul, dans
à fléchir

une simple entrevue,
sant
;

un prince

tout puis-

que ce qu'un grand empereur auroit refusé
il

à tous ses sujets,

l'a

accordé à ce vieillard^ par
il

honneur pour
Si Antioche a
elle

le

Dieu de qui

étoit le ministre.

pu vous méconnoître un moment,
fait

répare aujourd'hui ses torts envers vous par le

choix qu'elle a
près de vous
fique
:

de son évéque pour

le

députer

elle

rend

à voire piété le plus

magnitout

hommage, en reconnoissant que, dans
,

votre empire

vous savez distinguer les prêtres du

Seigneur, quelle que soit d^ailleurs leur foiblesse personnelle.

Mais ce n'est pas seulement au nom des habitants
d' Antioche

que

je parois

devant vous

:

j'y

viens

Seigneur, au nom du souverain maître des Anges
et des
elle
lui

hommes, déclarer à votre majesté, que si remet aux hommes leurs dettes, le Père céleste

remettra aussi les siennes. Transportez-vous au

grand jour où nous comparoîtrons tous en sa présence pour lui rendre compte de nos œuvres. Vous
16.

i4

2

10

SAIWT Ji:\N CIIKVSOSTÔMR.

allez voiis-iDeme
tes

prononcer votre jugemonl.Les
,

Tan-

que vous avez pu conmieltre
les

la

seatenee que

vous allez rendre
effort.

peut effacer sans travail et sans
les

Les antres ambassadeurs étalent sous
erti^oie

yeux

des puissances vers qui on les
présents; je n'ai
,

de magnifiques
majesté
,

moi

,

à présenter h votre

pour tout don
la

,

que

le livr'^ sacré des évangiles,
,

en

suppliant d'imiter son maître qui

tous les jours
faire

provoqué par nos outrages, ne cesse de
bien à tons tant que nous sommes.

du

Ne confondez

pas notre espérance; ne trompez pas les promesses

que

j'ai faites

à

mon

peuple. Avec quelle joie je resi

paroîtrai

au milieu de mes concitoyens,
,

j'ai

le

bonheur d'obtenir leur grâce
votre faveur accoutumée
j'expose
!

et l'assurance

de
ipie

Mais permettez aussi
résolution

publiquement

la

que

j'ai

prise
:

dans

le cas

vous refuseriez de leur pardonner
,

je

ne reviendrai plus parmi eux
cette Antioche qui m'est
si

je

ne reverrai plus
,

chère

je

renoncerai

ponr toujours

à la voir, et j'irai porter ailleurs
Il

mes

inconsolables regrets.

me

deviendroit impossible

de soutenir

l'aspect

d'une

ville

que

le

plus clément
,

des princes ne regarderoit plus qu'avec indignation
puisqu'il refuseroit de lui pardonner.»
\

Telles furent

,

et d'autres

encore

;,

les

paroles

adressées par notre évêque à l'empereur. Klles ont

produit sur son cœur

la

vive impression qu'éprouva
,

Gen.\Lm.3o. autrefois le patriarche Joseph

loi^que

,

revoyant

,

SAINT JEAN CHRYSOSTOME.

211

SCS frères, cl n'osant pas encore se découvrir à eux
il

essayoit de ret-cnir ses larmes prêles à
!e

échapper

de ses yeux. Ainsi
qui

prince, foriemenl ému,dis-

simuloit en présence des assistants la profonde sensibilité
le

pénélroit

,

mais dont

il

n^éloit plus

maîlre.
parler;

A
il

peine notre

évéque

avoitil cessé

de

répondit, non par

un long

discours, mais
lui

par celle simple parole, plus glorieuse pour
tous les diadèmes; écoulez-la
» tout »
»
:

que

« Si Jésus-Christ,

Dieu

qu'il est

,

a bien

voulu pardonner à ses

bourreaux, dois

je faire difficulté

de pardonner à
suis

mes

sujets qui

m'ont offensé

,

moi qui ne

» qu'un
»

homme comme
«

eux,

et serviteur

du même
de
ti

maître?

Notre saint évêque avoit

le désir

rester auprès

de l'empereur quelques jours de plus,
lui la fête

pour célébrer avec

de Pâques

:

le

prince

accéléra son voyage, pour donner à notre ville le bon-

heur de revoir plus tôt son évêque. «Je
»

sais, disoit-il,

qu'elle est dans les plus vives inquiétudes: allez y » porter la consolation. » Le pontife lui demaudoitla

grâce d'envoyer à Antioche
» Dieu, lui répondit » stades se lèvent,
"

un de

ses

fils

:

« Priez les

Tempereur, que tous
la

ob-

que

guerre qui m'occupe se
» Est-il
les

termine

:

et je

m'y rendrai moi-même.

possible de porler plus loin la

clémence? Oue

païens restent confondus, ou plutôt qu'ils trouvent
ici

une source d'instructions qui leur apprennent à reconnoître l'erreur où ils sont à mieux apprécier
,

i4.

212
la

SAIIST

JEAN CHUïSUSTOMIi.
,

vertu que donne le chrislianisuic
,

à se laiiger

sous ses saintes loix

à puiser dans l'exemple

du
le

prince et
losophie.

du

pontife les leçons de la véritable phis'en tint pas là.
il

L'empereur ne
,

Après

départ de l'évéque

et

quand

avoit déjà passé la
il

mer, plein d'une tendre soHiciiude,
voyage

lui

dépocha

des courriers pour l'inviter à })resser encore sou
,

et à l'aire

toutes ses diligeuces

pour ne
la satis-

point priver les habitants de cette ville de
faction

de célébrer avec
,

lui la

Pâque... L'évéque,

de son côté de
ses

impatient de nous instruire du succès
fit

démarches,

partir

un des courriers du

prince, qu'il chargeoit de nous en apporter, avant

lui-même, l'heureuse nouvelle.

Dans les transports de votre allégresse vous avez, mes frères orné la place publique de guirlandes et
,

,

de festons, allumé partout des feux de
devant
les

joie, dressé
,

maisons des

lits

de feuillage
;

célébré à
la fêle,

l'envi la renaissance
éieriiisez-la
rag. 2s4.
,

d'Anlioche

continuez
;

mais d'une autre manière

couronnez-

vous, non de fleurs, mais de vertus; faites briller
vos bonnes œuvres
,

et

non des flambeaux

,

réjouis-

sez-vous, mais d'une sainte joie.

Ne

cessons pas

un

moment de
permise.
Il

remercier

le

Seigneur, non-seulement

de nous avoir délivrés de
a fait
la

l'afiliction,

mais de l'avoir

également servir à l'avantage de
prodiges de

notre ville et

disgrâce et la délivrance. Racontez,
le

vous dirai-je avec

prophète

,

les

,

SAINT JEAN CHRYSOSTOME.
sa
:

2 l5
Joël.

Lomé à vos entants Que vos enfants les redisent aux leurs y et ceux-ci aux races suivantes. Que
tous, jusqu'à la

consommation des

siècles,

apprenégard

nent
qu'ils

les

miséricordes

du Seigneur
la
;

à notre

célèbrent notre bonheur, qu'ils admirent la

clémence du prince dont
levé Antioclie de sa chute

main

bienfaitrice a re-

qu'ils profitent

eux-mêTel

mes de l'événement pour
est l'inappréciable avantage
rité

s'exciter à la piété.

que nous

et notre posté-

en recueillera. Car
tirer
:

la

conséquence que nous
à

devons en

c'est

que nous devons rendre
soit qu'il

Dieu
nous

de continuelles actions de grâces,
délivre de nos adversités
,

soit qu'il

nous

les envoie.

]Non-seulement

les saintes

Ecritures,

mais l'expé-

rience que nous venons d'en faire ne nous permettent pas

de douter que tout ce qui nous arrive ne
par une Providence miséricordieuse, at-

soit réglé

tentive à tous nos intérêts. Puissions-nous en ressentir

toujours les effets

,

et parvenir

au royaume du
la

ciel

par Jésus-Christ Notre Seigneur, à qui soient

gloire et l'empire, maintenant et toujours, et dans
les siècles

des siècles

!

Amen (*)
i68

(i)-

(*)

Morel, Opusc. ,\om.

r, p.

et suiv.

(i)

M.

le cardinal

Maury

a inséré une traduction abrégée de ce discours
la suite

dans ses Réflexions sur les sermons de Bossue t, à
l'éloquence de la chaire
,

de V Essai sur

tom.

ii

,

pag.

5o6

et suiv.

2l/|.

SAINT

JliAiN

CIIKVSOSTÔME.
II.

§

LA VIE KUTUKE. LES QUATRE FINS DE L'HOMMC.

I.

La mort

et ses suites.

«Saint Chrysostônie donnant des 'règles de vie
par ces règles de vie

,

cl

voulant disposer une ârae cliré-

lienne à la mort, fait particulièrement consister cette

préparation en trois choses, savoir

:

la

persuasion de la
pratique

mort
de
la

,

la vigilance contre la

mort

,

et la science

mort. Trois dispositions qui ont entre

elles
,

un endit ce

chaînement nécessaire pour se préparer à mourir
saint docteur
:

il

faut Lien bien se persuader de la mort,

première règle.
prises de la

Il faut
,

sans cesse veiller contre les sur,

mort
,

seconde règle. Enfin
soit par la réflexion
,
,

il

faut se faire

de

la vie
,

même

soit

par

la

pra-

tique

un exercice continuel

et

comme un

apprentis-

sage de la mort, troisième règle (i). »

r.xir.eneii.
i'ag.

I^

J

«^ ?

dans l'homme

,

une

curiosité naturelle,

485.

q^^
nir

]g
:

porte à s'enfoncer dans les ténèbres de l'ave-

habitude qui tient au défaut de réflexion, et à
d'imperfection où nous

l'état

sommes

ici-bas.

Ennos

fants qui pressons

de questions nos maîtres
:

et

parents, qui les étourdissons de ces paroles

Quand
prod'oc-

donc arrivera

telle

ou

telle

chose? C'est

là le

duit de la mollesse où l'on vit, et
(()
pa;;.

du manque

Bourdalouc

,

sur la préparation à la

mort, Carême, tom

ii,

348.

,

SAlL>r JEALN C'.iUYSOSTOME.

2l5

cupations j^raves (i). Jelte curiosité, aviùe de délober à l'avenir ses secrets, s'exerce particulièrement
sur la({uestion de
la fin

du monde. Comment,
loiblesse?

hélas!
saints

écliapperions - nous à celte

Les

eux-mêmes ne savent
sa passion

pas tou|ours

s'en défendre.

Les Apôtres demandoient
:

ijien à Jésus-Clirist,

avant
Matih.sMv.

Quand ces choses arriveront-elles F Quels
consommails

signes annonceront votre a vénement et la
tion

du

siècle F ¥i\icoi'e y
:

après sa résurrection,

lui disoient

Seigneur

,

dites-nous si c'est dans ce
le

Act.

i.

6

temps que vous rétablirez

royaume d'Israël. Mais
de questions

après qu'ils eurent recule Saint-Esprit, non-seule-

ment
on

il

n'y eut plus, de leur pari,

semblables, plus de ces indiscrètes curiosités; niais
les voit

déployer leur autorité contre ceux qui
Saint Paul, entre autres, les

se les permettoient.

combat par
niciens
le Fils
:

cet avertissement
les

donné aux Thessalo-

Pour

temps et
,

les
//

moments

(

auxquels

i.Thess. v

t

de Dieu viendra )
,

nest pas besoin , mes

frères

que nous vous en

écrii'ions.

Pourquoi

n'est-

ce pas nécessaire? Parce que toute recherche à ce
sujet

en seroit en pure perte. Car enfin, dites-moi
le

qu'y gagiieriez-vous? Supposons que

monde finira
du
Pa^.486.

dans vingt, trente ou cent ans; plus tôt ou plus tard,

que nous importe? Pour qui meurt,
sur la mûri ri

c'est la fin

(1)

lujili'

pai Bossue t

,

i

imriiai lalilc

,

Scrm.

,

loin. \

pag.

/,2.'i.

^

2l6

SAINT JlîAN CHUYSOSTÔME.

monde. N'avez-vous pas assez de quoi vous occuper de votre propre fin sans vous tourmenter à vouloir
,

pe'nétrer le secret

de

colle

de l'univers? Mais voilà
:

ce qui arrive dans mille circonstances

on ne songe

pas à sa propre cause
étrangers.

;

on s'embarrasse de soins

On

fait la

censure des autres.

Un

tel est

débauché, celui-ci un adultère,
liateur

celui-là

un

spoacte

du bien

d'aulrui, cet autre a

commis tel

de violence. Eh! que ne vous mélez-vous plutôt do
ce qui vous regarde? Ainsi, l'on veut savoir

com-

ment
finira
la fin

les autres finiront;

on oublie comment l'on

soi-même. Quel rapport y a-t-il entre vous et du monde? Songez seulement à vous bien
la

préparer à

vôtre, et vous n'aurez rien à redouter

de

celle-là. Qu'elle doive arriver bientôt
-

ou qu'elle
,

doive se faire attendre encore long

temps

que

vous importe? Si Jésus-Christ n'en a point révélé
l'époque, c'est qu'il nous étoit indifférent de le savoir.
Act.
1.

Tout ce
le

qu'il

en dit à

ses

Apôtres, c'est que
et les

7.

ce n' étoit pas a

eux h savoir

le

temps

moments

que

Père a mis en sa
avoient

disposition. Saint Pierre

bien qu'il fût le premier des Apôtres, n'en sut pas
davantage.
Ils

demandé
:

plus qu'il ne leur

appartenoit de connoître
riosité, Jésus-Christ

en

se refusant à leur

cu-

réprimoit à l'avance celle des
c'est

infidèles.

Ce

qu'il

importe de savoir^
,

que

le

monde
donne

à qui le

paganisme
de

dans son aveuglement,

le privilège

la divinité, celui d'être

im-

.

SAINT JEAJN GllIlYSOS'lÔME.

217
;

mortel

,

mourra. Quand? question infidèle

vous

le

diriez à l'infidèle; incrédule sur

croira pas davantage sur l'autre.

un point ^ il ne vous Quant à vous, écri-

i.Thes.v.2.4.

voitsaint Paul

aux chrétiens deTliessalonique, vous
le

savez bien que

jour du Seigneur inendra,

comme

un voleur qui

survient durant la nuit.

Non
,

pas seu-

lement ce grand jour où tout s'anéantira

mais celui

où vous mourrez. Car
,

il

en sera du jour de votre

mort comme de celui de la dernière consommation Ilesscmblance parfaite entre l'un et l'autre. Ce que
l'un fait en détail, l'autre le fera pour l'universalité

des êtres. Le temps de
puis

la

consommation dure deà

Adam, auquel
,

il

a

commencé, pour s'achever

ce jour fatal
la

qui déjà s'exécute sous nos yeux dans

personne de tous ces morts que nous voyons jour-

nellement disparoîlre du milieu de nous, pour aller
attendre ce dernier des jours
,

avant lequel personne

ne

ressuscitera.

Maintenant, quelle

est la

raison pourquoi
,

Dieu
nous
le Luc.
xir.

nous en

a

dérobé

la

connoissance

pourquoi

il

avertit qu'il viendra

nous surprendre
voilà

comme
une

39.

voleur de nuit
sité

:

à la

bonne heure,

curio-

légitime et à laquelle je vais satisfaire. Quel
s'il

homme,
la

savoit le jour

il

mourra,

feroit

de

vertu f exercice continuel de toute sa vie? Pas un.

On croiroit pouvoir impunément s'abandonner à tous
les désoi'dres
,

sauf le jour venu où l'on penseroit à se
,

faire baptiser (à se convertir).

Aujourd'hui que l'igno-

,

2i8

s\i,\'r

j;;\N

C!n;vs(î.s

.".^»Mn;.

ranccoù iiOLL-> soimnes de
la l'aire

l'instant

de

la

mon

dcvioil
,

appreliender à tous les instants de

la vie

on

n'y pense pas, on se jette à corps perdu dans le péché,
Cl l'on

renvoie le baptême à son dernier soupir
si

;

que

scroit-ce,

Ton péchoit avec

la

certitude de n'avoir

rion à redouter?
ies

jours sans avoir

qu'ils

Combien en voit-on mourir tous pu recevoir le baptême parce avoient compté faussement sur le temps né,

cessaire pour s'y préparer!
Pag. /.S;.

Et cette expérience
où l'on

n<'

corrige personne. Si l'on n'avoit point cette craini(>
(|ue l'on

peut mourir au

moment

s'y atten-

dra

le

moins, penseroit-on à se combattre soi-même,

à vivre

dans

la

pratique du bien? Non.

Un
vie.

ressort qui agit

puissamment sur
de
la

tel

d'entre

lious^ c'est la crainte

mort,

et l'amour

de

la

Mais

si

on ne

l'avoit pas, si l'on connoissott à

point

nommé

le jour

de

sa

mort

;

si,

par exemple

l'on savoit

mourra demain, qui empêche roit qu'aujourd'hui l'on ne se livrât aux plus criminels excès? Quel frein arrêieroit le fer du meurque
l'on

trier? Quelle ardeur, quel plaisir à se

venger de

son ennemi

?
,

Le

scélérat qui s'attend à

mourir de-

main
de

,

et qui

par conséquent, ne tient plus compte
plus rien à ménager: et le trône luià l'abri des fureurs

la vie, n'a

même

ne met pas

d'un déses-

péré. Quel risque peut craindre celui qui est assuré
qu'il n'a plus rien à

perdre? Mourir pour mourii
se satistaire.

,

du moins

vaut-il

mieux auparavant

SAIJNT

JE\y CMIlYSOSTÔMiî.
à des

219
qui tien:

Donnez ccuc certitude
nent
à la vie et

aux choses

hommes de ce monde

vous

les

plongeîÊdans un abîme de
d'inquiétude. Allez dire
ii'atteindi'a

maux, vous les consumez à un jeune homme qu'il
;

pas à la vieillesse

qu'il

en

soit

bien per-

suadé;
tout

et cette brillante

ardeur se

flétrit et s'abat

entière dans l'attente de son dernier mo(1).

ment
de
la

Mais où seroit encore
vertu?

le

mérite et
la

la

récompense

Une

fois

pénétré de

certitude que

l'on

mourra dans un temps
,

précis, et point aupara:

vant

quoi qu'il puisse arriver

le

beau mérite

,

di-

quand il n'y en a quand on est parfaitement sûr qu'elle ne vous atteindra pas Par exemple, qu'Abraham n'eut obéi à l'ordre du Seigneur
tes-moi, de braver les dangers,

pas; de s'exposer à la mort,

!

oen.xxu.

d'amener son
la

fils

Isaac au lieu

du

sacrifice, qu'avec
:

certitude de n'être pas obligé de l'immoler

seroit la gloire

de son sacrifice? Qu'un saint Paul
si

n'eût entrepris de

périlleux travaux qu'avec
:

la

jirescience qu'il échapperoit à tous les périls
seroit son mérite?

A

pareil prix, le plus lâche des

hommes verra sans pâlir la flamme
trois enfants

des bûchers. Les

de
Il

la fournaise disoient

bien à NabuDan.

chodonosor

:

j
zaS

a dans
,

le ciel

un Dieu qui nous

m.

17.

délivrera de vos mains
(i) Imilë par

et

nous sauvera de cesfeux
loni.
,

MassiUon
,

,

Carême,

m,
ii

pag.
,

3i3
i

;

le

p.

Lent'ant

,

Serm.

,

loni.

tu

pa;;.

;

Pcrusseaii

loui.

pa:;.

9S.

220

SAINT JEVN
ils

Clin YSOST'* ME.
:

dévorants. Mais

ajouloient

Que

s'il

ne

le

juge

pas a propos

,

nous ne laissons pas de imus déclarer,
i^os dieu oc ni

6 prince, que nous n'adorerons point
'Votre statue.

Bien loin de nous plaindre de notre
,

ignorance à cet égard

nous devons

cri

remercier

la

bonté divine, quia
ignorance
c'est

attache' tant

de biens à celte
suffit

même. Ce
le jour
la

qu'il

nous

de savoir,

que

du Seigneur viendra comme un
nuit, pour éviter de nous jeter
laisser aller à la

voleur, durant

dans
et
r.Tim-v.
2.

le

mal

,

de nous

négligence

,

de nous rendre indignes des récompenses qui
J^oila
,

nous sont promises.

dit l'Apôtre, ce

que

vous savez,

et

a n'en pouvoir douter. Pourquoi de
si

nouvelles questions,

vous en êtes bien convain-

cus, et qui ne vous mèneroient à rien? La consé-

quence,
Wath. x\iv.
42.

c'est

Jésus-Christ qui vous la donne;

la

voici
lez
,

:

Puisque l'avenir
dit-il
,

est incertain, veillez y veil-

nous

parce que vous ne savez à quelle

heure
T.
i

le z>oleur vieîidra (*). la vie à la

r.eiud.

Le passage de
ble
:

mort
la

est toujours

péni-

P.g. :2y.

c'est

\\\\

combat entre

crainte qui nous abat
;

et l'espérance

qui nous relève

c'est

un

frémisse-

ment, une horreur
l'âme au

naturelle qui viennent saisir
sa séparation d'avec le corps.

moment de

Le souvenir de nos péchés, qui sans cesse nous

(*)

Hoin. IX in

i

ad

Thessal., Morel, Nov. Teslam.

,

lom. vi, pag.

'i'^^

— 335.

,

SAIiNT

JEAN CHRYSOSTÔMli.
,

221

poursuit durant

la vie

s'éveille

avec plus de force

à celte heure dernière qui va nous jeter aux pieds

du tribunal redoutable.
les violences
,

C'est alors

que

les rapines,

les inimitie's, les
s'est

crimes, quels qu'ils

soient,

dont on
la

rendu coupable, sortent du
à la

fond de

conscience pour se retracer

pensée

et l'environner

de terreurs,
ils

tels

que des

captifs qui
les

dans

la

prison où

sont renfermes, passant

journe'esdans la crainte et dans la douleur, sentent

redoubler leurs alarmes à l'approche
ils

du

jour où

comparoîtront en présence de leur juge, entenla

dent déjà

sentence, et par leurs frayeurs antici;

pent sur l'exécution

les

pécheurs, jamais tranquil-

les, sentent leurs agitations

augmenter, surtout au
(*).

moment
à la

qui va décider leur éternité

L'aspect des

tombeaux nous ramène efficacement
la sagesse,
il

T.nPened.
""
'

modestie et à

réveille la tiédeur,

il

redouble
sévères
,

la piété et l'excite
il

à des précautions plus
,

console de la pauvreté

prévient et cor-

rige l'orgueil qui s'attache à l'opulence. Peut-on

porter sur les tombeaux une vue attentive^ sans penser, malgré soi-même,

que

l'on

mourra,

qu'il n'y

a rien dans ce
la

monde de permanent^
la

pas plus dans
;

mauvaise que dans

bonne fortune

et lorsque

l'on est

bien pénétré du sentiment de cette vérité,
concio
ii,

(*)

De Lazaro
du

Morel, Opusc, tom. v
pag. 3iG, Massillon

,

pag. 45, 46.

Voyez

le

tom.

xu de
et

celte D'Mloth.

,

et

La Rue

,

sur la mort

du juste

ptjckeur.

222
le
F.ieii.vn.
.',<j.

S\INT JEAN
n'a plus

Cllll

VSOSToMlî.
le

péché

guèic d'accès dans
:

cœur.

De
j

ce préccptc

(lu sa<^e

Dans

toutes vos paroles
et

sou-

venez-vous de votre dernière fin,
cherez jamais
Tiov.
\xiv.
'' :

vous ne pé:

et cet autre qui revient à celui-ci
sortie
la vie.
y

Disposez vos œuvres pour votive
rez-i^ous

et

prépa-

pour

le

vojage hors de
la

La pensée
entretient

liabituelic

de l'incertitude de

mon

l^ime dans une défiance salutaire qui l'empêche

également de s'enivrer par
battre par les disgrâces.

la

prospérité et de

s'a-

Tout
:

cela

dure

si

peu Vous
!

avez

commencé

la

journée

éles-vous sûr de la finir?

Ce

n'est pas dans le tourbillon des villes

que

ces ré:

flexions viendront se présenter à votre esprit

sortez

de cette bruyante enceinte;

allez voiries

tombeaux,

et, au milieu de ce peuple de morts, votre esprit
s'élèvera sans effort au-dessus des misérables affec-

tions de la terre

,

il

prendra un essor sublime vers
il

la

patrie

où Ton ne meurt pas;
le

s'occupera

du

soin

de s'approvisionner pour
vous laissez
source;
il

voyage. Tout ce que
res-

ici

-bas

esi

perdu pour vous sans

reste à fliôtellerie, vous

ne retrouverez

au terme du voyage que ce que vous aurez envoyé
devant.

La
stable

vie présealc est
:

un voyage où

il

n'y a rien de

nous ne faisons que passer au travers de ses
de ses biens
Drosidc
,

maux
(*)

et

(*).
el

De

iaiicta

inrg.

martyr.

,

Morel,

Opusc.

,

tom. v

,

pa-.

8:8,879.

J

SAINT

.11:

AN CUKYSOsroML:.
terre
^

22
,

Je ne
terre lui

suis rien

que

et

qu'un peu de cendre
qu'il

v.cw. xvn. 27.

dit le patriarche

Abraham. Dire

n'étoit qu>'

paroîl encore trop honorable, voilà pour:

quoi

il

ajoute
les

et

qu'un peu de cendre
ciel
,

(*).

Levons

veux au

puis abaissons-les sur les Tviur.eneJ.

sépulcres et les tombeaux des morts

nos prochaines destinées;
c'est là le sort

ils

nous y lirons nous apprendront que
,

qui nous attend, que bientôt

il

nous

faudra

comme eux

quitter cette terre qu'ils habila fin

tèrent avant nous, et que peut-être avant

du

jour nous aurons

commencé

le

voyage de
;

l'éternité.

Tenons-nous donc prêts au départ pourvoyons-nous

pour
c'est

la route. Elle est

longue,

elle est laborieuse;
:

une vaste solitude

à parcourir

point d'hôtelle-

rie

l'on puisse s'arrêter

au passage, point de ra-

fraîchissements que l'on puisse se procurer à prix
d'or:
il

faut tout

emporter

d'ici.

Ecoutez ce que di:

sent les vierges sages, dans la parabole

Allez à
,

Maiih.x.w.g.

ceux qui Tendent ;
ne trouvent
rien.

et les vierges folles

y ayant été
:

Ecoutez ce que dit Abraham

Il

j

nic. xvi. 2G.

a un grand abîme jeté entre nous et vous. Ecoutez ce
qu'Ezéchiel raconte de ce jour
:

Ezech.

xiv.

Noé , Job et Daniel
apprendre
'^-

'^"

ne

délivreî'nnt ni leursJils ni leurs filles (**).
Il

laut mourir. Groiroit-on qu'il fallût

^ l'ened.

l'air.

5g3.

(*)

Honi.

wniin

iiarl Corinth,, Morel,
l'article

Nov. Teslan/., lom.v, pag. 714.

Voyez an volume précécleut
(**)

Vanité des choses /lumairecs.
,

Hom

Lxxxiii

,

Morel, Noi\ Testam., lom. ii,pag. d4i

642.

,

224
à des

SAINT JEAN CIIRYSOSTÔME.
mortels qu'ils mourront (i)? Si on ne l'ignore
l'a

pas, on

bientôt oublié. Après la mort, nous ré;

suscilcrons

après la résurrection

,

nous serons ju-

gés

;

et l'arrêt

que nous aurons à subir dépend de
;

Ce qui le précède n'est pas à notre cboix c'est l'ordre suprême arrêté par le Tout-Puissant. Mais le
nous.
cliatiment, nous
l'encourir.

sommes libres ou de

l'éviter,

ou de

Quelques pécbés que nous ayons pu
saint Paul,

commettre, l'exemple d'un
dans cette vie

d'un saint

Pierre, nous prouve que tant que nous
,

sommes

il

ne faut point désespérer de notre

salut. Péclieurs

comme

eux, rachetons-nous nous-

mêmes par la pénitence, pour être saints et heureux comme eux. Vous donc qui parvenu au terme
,

de

la vie, l'avez

consumée

jusqu'ici dans le

péché,

pensez donc qu'il ne vous reste qu'un jour à vivre
et

que

c'est

bien assez d'avoir donné à vos plaisirs

tout le temps qui a précédé.
sirs, ce n'est

Quand
est-il

je

parle de plaià votre lanle

que pour me conformer
foi
,

gage

;

car,

de bonne

en

de réels dans

crime? Considérez
peu de temps
jeune

qu'il

ne vous

reste

que bien peu
;

de temps pour expier tant d'iniquités
suffit
,

mais que ce
,

encore pour les réparer. Vous
faites

homme

qui ne
,

que d'entrer dans la

carrière de la vie
(i)

pensez aussi combien elle est
alloDS

Voyez Samiii
290.
)

:

«

nous tous?

—A

la

mort,

etc. »

{Sa m.

,

toni. VI, pag.

Ce prédicateur

excelle dans les descriptions

sombres

et pallicliques.

SAINT JEAN GIIRVSOSTOME.
fragile
])ien
,

2
,

25

combien

ie

lermc en

est incertain
la

et

com-

de victimes de votre âge
,

mort immole tous

les jours

quand

elle paroit

oublier les vieillards, et

ne

les

frappe qu'après

elles.

Mais pourquoi

l'instant
c'est

de notre mort nous

reste-t-il cache' et

inconnu?

pour que nous n'en

fassions pas

un
le

objet de trafic

dont on dispose à volonté. Aussi

sage nous re-

conimande-t-il de ne point différer l'œuvre de notre

conversion
autre
,

,

de ne pas
dit-il

la
,

remettre d'un jour à
"vous ne savez

un
Ecde.
v. s.

parce que ,
le

pas ce que

pioduira

lendemain. Vous courez trop de risques

à différer;
tirs
;

vous vous ménagez de trop amers repenà l'œuvre,

en vous mettant aussitôt

vous as-

surez bien mieux votre salut.

Attachez-vous donc
la
le

,

mes

frères^ et fortement, à

vertu

;

par

,

que

la

mort vous surprenne avant

temps, plus d'inquiétude sur l'avenir; que vous parveniez à un âge avancé vous sortirez de la vie
,

avec

la

double consolation

et d'avoir évité le

mal
:

et
je

d'avoir pratiqué le bien.

Ne nous
;

dites point

m'en occuperai dans

la suite

qu'on
,

me

laisse jouir

du présent
par
la

.;

la vie est si
,

courte

pourquoi l'abréger
,

pénitence? Dieu

mes

frères

n'entend point

sans courroux

un

pareil langage. Lorsqu'il vous pro-

met

,

en échange de cette vie d'un

moment
il

,

des

milliers

de

siècles

de

félicités

,

certes

a bien le

droit d'exiger de votre part quelques sacrifices
la mériter.

pour

Une vie aussi

courte

,

aussi fragile, vaui-

i6.

i5

226
eiic

SUNT

JEA.N

CHIIYSOSTOME.
jîréfe'rencc à quel-

que vous vous y attachiez de
est courte,

ques épreuves suivies d'une

ëieinite'

de l)onheui'V
elle le seroit

La vie

vous avez raison;

plus encore, vous ne Ten aimeriez pas moins^ tant

vous êtes indifférent dans

le service

de Dieu

:

car,
;

pourquoi tous

les

jours les

mêmes

sensualités

les

mêmes

recherches dans

les plaisirs

de

la

table?
les

Pourquoi toujours cette passion effrénée pour

spectacles, cette cupidité insatiable de richesses,

cet attachement aux biens périssables de la vie,

comme

si

elle avoit à

vous

offrir

quelque chose de
au péché,
la

solide et

de réel? Pourquoi cette

affection

à quoi rien ne peut vous arracher?

En accusant

brièveté de

la

vie

,

vous vous condamnez vous-

mêmes

:

votre juge est dans votre propre cœur. La

vie est trop courte

pour

faire pénitence. Faites

un
à

raisonnement contraire. C'est parce qu'elle est courte,
parce qu'elle peut vous échapper d'un
l'autre
,

moment
pour
ne

qu'il

faut s^empresser de saisir
fugitif.

le sa-

lut ce

moment

Dieu pouvoit vous enlever
:

déjà au milieu de vos prévarications
fait
,

il

l'a

pas

remerciez-en sa bonté

justice^ ne lui

ne provoquez pas sa demandez pas un plus long temps
;

pour vivre encore dans

le

péché. Combien

,

au mo-

ment où

ils

suppuloient

la vie
,

des autres pour s'en-

richir de leurs dépouilles

ont vu trancher leurs
les enfers le

propres jours pour aller expier dans

crime de leur avarice

!

Tremblez

qu'il

ne vous en

SAINT JEAN CHRYSOSTOME.
arrive aulant.

227
pas
avissi
pag. 594.

Vous me

direz

:

N'y en

a-t-i]

Leaucoup

à qui

Dieu a donné de longs jours pour
vous fera
î

leur laisser le temps de faire pénitence dans leur
vieillesse?
tjrâce ?

— Etes-vous sûrs
Peut-être.

qu'il

la

— Peut-être

même
peut!

C'est sur

un

être

que vous fondez vos

éternelles destinées

Mais

peut-être aussi ne vous

la fera-t-il

pas

;

et entre les

deux peut-être, de quel côté y

a-t-il

plus d'assu-

rance et plus de profit à craindre ou à espérer?

En

commençant dès maintenant
risquez-vous?

Au

contraire

_,

mieux vivre, que que n'avez-vous pas à
à
le

gagner, quel que puisse être

terme de votre vie?
faites,

Au

lieu qu'en différant

comme

vous

vous vous

exposez au danger de ne vous convertir jamais.

Quand vous
dites pas
:

allez à la

guerre, quand vous pensez à
,

vous établir, ou bien à bâtir une maison

vous ne

Je m'occuperai de mes dernières disposiretour de l'armée
;

tions à

mon

peu m'importe de
sont
;

prendre une

femme dans

l'indigence, tant d'autres
,

qui étoient pauvres au jour de leur mariage

devenus riches par
il

la suite

,

contre toute espérance
celte

est indifférent
,

que les fondements de

maison

soient solides

puisqu'on en voit subsister d'autres

qui ne sont pas plus assurées. N'y aura-t-il donc que
ijuand
il s'agit de votre âme et de son salut éternel que vous vous reposerez sur un peut-être, vous je-

tant à l'aveugle dans les ténèbres de l'avenir?

Vous

m'objecterez encore que vos espérances ont pour api5.

2

28
ÏJ

>AI.\T

JEAN CnriY.sOSTOMn.

pui

miieiicoide du Seigneur; oui sans doute, elle

est sans

bornes,

je le sais

comme

vous

;

mais celle
tels et

miséricorde n'a pas non plus cmpéciié que
tels,

dont

je

vous parlois tout à l'heure, ne fussent

tout à coup emportes par le loinbillou de la mort.

Vous

vivrez plus long-temps

,

mais peut-être tou-

jours le

même. Car

il

est

d'expérience que l'on ne

change pas en
ans
,

vieillissant.

A

quatre-vingt

,

à cent

vous n'en serez que plus enfoncé dans votre

langueur habituelle. Ainsi votre vie tout entière se
p>.ixxv:i. 33.

sera évanouie dans la vanité,

comme

parle le pro!

phète au sujet des Juifs

;

et
:

plût au Ciel encore

mais non

,

dans

la

vanilé

que dis- je? Eu sortant

de

la vie,

chargé du poids accablant de vos iniqui-

tés,

vous irez où? Servir d'aliment aux flammes
,

éternelles
T. xc
^°'
r.eiied.

et

de pâture au ver qui ne meurt point

(*).

Que
et

veut dire tant d'orgueil dans

un peu de

terre

^^'

de boue? \oilà l'homme.

Ne me

parlez pas de

beauté, de force de corps, de magnificence dans
les

parures, dans

les

ameublements, de pompe

et

de cortège fastueux.

Je vous attends au dénoû-

ment
qui

,

et

vous invite à réunir ce qui précède à ce

suit.

Que si

vos regards sont éblouis de cet éclat

extérieur, je vous montrerai,

moi^ des tableaux en-

core bien plus brillants,

et

vous demanderai ce qui

(*)

Hom.

xxxi in

ii

ad Cor.

Morel

Nov. Test.

,

tom. v

,

pag.

»o3

— :o5.

SAINT JEAN CHRYSOSTÔME.

229

rompose

ces vives

couleurs? Rien qu'un peu de
!

boue de'trempëe. Eh
pour

qu'y
?

a-i-il

de plus dans cette

jiompe que vous admirez
la

Je n'attends pas

même
mort

juger ce qu'elle est, le

moment où

la

viendra l'anéantir d'un souffle et la précipiter dans
la poussière. le lit

Ce ridie fastueux, montrez-le moi sur
qu'est de-

de

la

souffrance^ en proie aux ardeurs de la
:

lièvre, prêt à exhaler le dernir soupir

venu pour
flatteurs et

lui cet

amas d'ornements^

cette foule de

de domestiques rampant

à ses pieds, ces

vastes possessions, et ces

domaines opulents? Quel

tourbillon impétueux est venu fondre sur lui et le

renverser en un

moment?
,

Du

lit

de

la souffrance

transportez-le sur le

lit

mortuaire; encore un magnifique appareil, parures

somptueuses, cortège nombreux de riches et de
pauvres; acclamations autour de ce cadavre pour
lui

souhaiter toutes sortes de prospérités. Tout cela,

jeu de théâtre; représentation vaine, bientôt dissipée

comme
laissé

la fleur

des champs.

A

peine vous l'avez

dans

le lieu

de
le

sa dernière

demeure, abanvont faire leur
;

donnant aux vers
proie
;

corps dont
,

ils

tout s'est éloigné

tout a disparu

et cette

pa„._

(;^,3

nombreuse

affluence, et ces flambeaux, et ces ac-

cents lamentables d'une douleur achetée à prix d'argent, tout s'est évanoui

comme un

songe.

Que

sont

devenus
gers,
si

et ces panégyristes, et ces orateurs

mensonl'avenir.

empressés à dissiper

les frayeurs

de

.

23o
et à crier

SAINT JEAN CHRYSOSTOME.

que

la

mort

n'est rien?

Us

le

redisent en-

core à ce mort qui ne peut plus les entendre. Us
étoient

muets

,

quand

ils

le

voyoient ravir le bien

d'autrui^. grossir ses trésors

de

la

substance du pau:

vre. C'étoit alors qu'ils dévoient lui dire

Ne
il

vous
n'y a

rassurez pas sur l'avenir,

il

est incertain
la

;

personne qui puisse e'chapper à
enfin

mort. Mettez donc

un terme

à votre cupidité. Leçon perdue, je

le sais trop,

pour cet

homme

qui n'est plus

,

mais

toujours profitable pour ceux qui lui ressemblent et

qui viennent de l'accompagner jusqu'à son sépulcre.

Puisque

l'ivresse

les jette la fortune

,

les avoit
_,

jusqu'ici éloignés

de ces salutaires pensées
qu'ils ont sous les

que du
les

moins

l'aspect

de ce

yeux

con-

vainque de
qu'il leur

la vérité

de ce que nous leur disons;
aussi le

apprenne que pour eux

moment
le

n'est pas loin

où , traînés à leur tour dans
ils

même

séjour de solitude et d'effroi,

auront à rendre
attentats sur la

compte au Juge suprême de leurs
personne
et sur le

bien du pauvre

(*)

La

vie présente est toujours assez longue pour
juste, trop courte

l'homme
Il

pour

le

méchant
le

(**).

y

a

quelque chose de stable dans

cours or,

dinaire de la nature.

Le jour succède

à la nuit

et

(*)

Hom. xxui

in

n ad

Cor.,

Morel

,

Nov. Testam.

,

toiu.

v

,

pag. 7 13

,

7i5.
('*)

Expos,

in ps. cxix,

loin,

v Bened.

,

p^g. 333.

SAINT JEAN CHRYSOSTÔME.
la

201

nuit au jour. L'ëlé vient après l'hiver, et l'hiver
l'e'té.

après

Ainsi les saisons s'entre-suivent, et elles
lie'es

sont toujours

de

même
,

les

unes aux autres.

Mais

les

maux, au

contraire

viennent en foule et à

contre-temps, sans ordre et sans mesure, et notre
vie est sujette à des accidents toujours nouveaux.
Faut-il

donc
fit

tant regretter la vie (*)?
la

Dieu

l'homme du limon de
le corps.
faite

terre;

il

com-

Mor.,Opus<.,

mença par
si

L'âme ne
avant
le

fut créée qu'après;

'"'

^' ^"^*

elle eût été

corps, elle auroit eu

trop à rougir d'un alliage aussi méprisable. Elle a
été

formée sans

le savoir

;

mais Dieu ne

lui a point

ensuite laissé ignorer à quelle vile matière elle se
trouvoit unie, en renvoyant à la terre ce

même
de sa

corps tiré de
à
la

la

terre

,

pour

lui

apprendre tout

Ibis

sa

dépendance

et la prérogative

propre création,

et le bienfait

de

la

résurrection

promise à
fut créé,
terre.

la
il

chair.

Au moment

donc où l'homme
pensée

ignora qu'il avoit été pétri d'un peu de

Arrêtez-vous

un moment sur
le sens

cette

pour en bien pénétrer

mystérieux.

De même
ignoroit

qu'Adam,

sortant des mains

du Créateur,
terre, ainsi

qu'il venoit d'être

formé de
l'instant

la

l'homme
se voit
il

ne connoîtra qu'à
sort

de

sa résurrection qu'il

du

sein de la poussière.

Ce mort ne

point lui-même dans son état de mort; mais

se

(*)

Hom. XXXI

//(

Matth., tom. viiBtiied., pag. 3G3.

,

2.':)2

SAINT JEAN CHUYSOSTOME.

rcconnoît à l'avance dans ce cadavre qui est sous ses

ycnx,

et qui vivoil avant d'être
et la

mort. Partout aupoussière des tom-

tour de nous, des morts

beaux

:

leçon éloquente qui nous apprend ce que
lois

nous serons nous-mêmes. Plus d'une
l'ori^ueil

on

a

vu

des

hommes
,

les

plus accoutumés à tout

])raver, s'abattre et s'humilier

au

nom

de

la

mort.
fiers

Un

tel est

mort

leur dit-on
et

;

et

vous voyez ces

courages qui tremblent

s'abandonnent. Les plus

sérieuses réflexions viennent nous saisir à l'aspect

de ces ossements dépouillés
à quelques

,

de ces chairs réduites

lambeaux, de cette misérable humanité
;

tombée en ruines

et

nous nous disons à nous;

mêmes
je

:

Voilà ce qui m'attend

voilà le

terme

où.

marche. Tels sont nos secreis entretiens. Près de

ces morts, nous en conversons avec ceux

que nous
misère
î
!

rencontrons

',

et c'est à

qui s'écriera
!

:

néant de

la vie

humaine
,

Naître pour mourir

ô

A peine

dehors

nous n'y pensons plus. Ces idées

fugitives s'échappent tout entières; nous avons l'air

de vouloir nous venger de notre mortalité en
bliant (i).

l'ou_,

On

eût dit d'abord, à nous entendre

(i)Ici les objets de comparaison se présentent en foule.

Voyez Perus-

seau, Serm. sur la mort, tom.

ii, pag.

179 etsuiv.; Bourdaloue, Serm.
est cité

du Mercredi des Cendres, où

saint

Jean Chrysostôme

presque à

chaque page; Massillon, Carême, tom.
évèque de Senez
,

m,

pag.

233

— 34
,
,

1; l'ancien
;

Serm. sur

le

néant des choses humaines
l'immortalité
,

Bossuet
pîiç;.

exoide du sermon i«r la mort

et

,

et tom. v
,

4^5;

Sanrin en vingt endroits

,

surtout lom. vr

pag.

87

363

Sao

,

etc.

SAINT JEAN CmiYSOSTCiMl::.

2Ôà

que nous
version.
rentre's

allions être

ramenés à des projets de concoeurs; mais,

Ils se

remuent au Fond de nos
le

dans

monde ^ nous redevenons
la loi

ce que

nous étions auparavant, infidèles à

de Dieu,

déclarés contre elle, au moins par nos œuvres, et
])ourtant,

que ne

fait

point ce

même

Dieu pour
!

nous rappeler au sentiment de

notre fragilité

Partout des tombeaux; pourquoi? Pour nous

ra-

mener

sans cesse à notre prochaine destruction,

par l'image de celle des autres. Pas une ville, pas

un hameau dont l'entrée ne soit précédée par des tombeaux et vous n'y pouvez faire un pas sans que
;

des brillantes scènes d'opulence et de plaisir que
votre imagination se flatte d'y rencontrer, n'y soient

devancées par l'aspect du tableau réel qui

est

venu

d'abord frapper vos regards. Partout l'humiliant

témoignage de notre mortalité, qui nous avertit de
ce que nous devons être

un

jour, pour nous apprenla

dre, avec cet inévitable dénoùment,

chimère
de

de nos projets

et

de nos espérances humaines. Nous
la carrière
la

ne sommes pas encore entrés dans
vie
,

que déjà l'annonce de notre néant

s'étoit fait

entendre.

Au moment

de prendre une épouse, cet
ses

homme
mort
voir.
est

dicte

au notaire

conditions

:

déjà la

intervenue dans

le contrat.

Elle n'a pas
s'est fait pag. 18:
;

encore frappé ses victimes; déjà son image
Il

n'y a point encore d'union conjugale

et

déjà l'on a déterminé la séparation

que

la

mort en-

,

20:|.

SAIiNT

JEAN CHRYSOSTÙME.
d'avoir

traînera.
tel

Avant

même

vu

sa future
soit

épouse
contre

homme

a stipulé des

engagements

elle, soit contre

lui-même. Les clauses du contrat
le

sont ibrmelles:

îîi

mari décède avant

la

Icmme,

ou

la

femme

avant le mari:

telles sont les dispositelles sont les

tions. Ainsi l'ont
lois

voulu nos pères:

auxquelles

la

nature nous a tous soumis. Et ses

oracles,

portés contre tout ce qui vit, menacent
Il

également ceux qui ne sont pas encore.
encore de fruit à l'arbre
,

n'y a pas

et déjà l'arrêt a été
est

rendu.

Tout

a été prévu

j

mais tout

Lien vite oublié.
tra-

Que

ce

même

époux devienne veuf, ce sont de
:

giques clameurs
sé{)aration?

Devois-je m'attendre à cette dure
!

— Quoi
que

vous ne vous souvenez plus de

ce que vous aviez écrit? Avant l'événement, vous
saviez bien
c'étoit là l'ordre le

de

la

nature, et
!

l'événement survenu, vous

méconuoissez

Ap-

prenez donc, mes frères, apprenez tous à être résignés dans toutes les circonstances de la vie^ à ne

pas vous en prendre aux jugements de Dieu. Dans
vos

propres afflictions, appliquez -vous à

vous-

mêmes les consolations que vous donnez aux affligés:
((

Le malheur qui vous Irappe
l'humanité; vous n'êtes pas

,

dites -vous, tient
le seul à souffrir:

« à

» les rois,

eux-mêmes, n'en sont pas exempts

».

N'êtes-vous donc éloquent que pour les autres, et

point pour vous? Réservez votre philosophie pour

vous-même. Celui qui, dans

les

maux qu'il éprouve,

SAINT JEAN CHKYSOSTÔME.
sait dire
:

2

55
Ps.cxvim

P'^ous êtes juste

,

Seigneur,

et

vos juge-

ments sont pleins d'équité,
est

souffrira

bien parce qu'il

homme

;

mais

il

a droit à la re'compense

promise

aux amis de Dieu(*).
"

Saint Jean Chrysoslômc

,

expliquant

le cliap. iv

de

la

Genèse,

et faisant réflexion sur l'effroi

qui nous

saisit

à la vue d'un

mort

,

malgré l'expérience de tant de
de son frère
,

siècles, se représente avec douleur quel devoit êtrel e-

tonnenient de Gain

,

lorsqu'il

vit le corps
et
la

Abel tomber palpitant
la

à ses pieds,
c'éloit

remarqua

pour

première fois

,

ce

que

que
,

mort. Mais quel

étonnement pour chacun de nous
levée

quand notre âme enla

de notre corps,

le
,

verra, pour

première fois,
les

dans une juste dislance

dénué de tous
,

agréments

qui lui en faisoient aimer la société
les
la

dépouillé de tous
,

ornements qui entretenoieut
,

sa vanité

abandonné à
sous les pieds

pourriture et aux vers
la
,

et

comme abattu
les

de

mort comme un vaincu sous
:

pieds de son vain-

queur
fait

quelle surprise!
,

De
»>

quoi lui servira d'en avoir

son idole

etc. (**).

On nous
Cet

dit:

«Des jeunes gens mourir,
!

tandis

que
!

des vieillards vivent

Quelle e'trange disposition

homme,

accable' sous le poids des ans, se survi-

vant à lui-même, réduit à une indigence universelle, appelle la

mort, qui se refuse

à ses

vœux;

(*)

Defide

et natur.
,

,

tom.

i

Bened., pag. SaS. (Supplément.)
,

(**)

ia Rue

de tétât du pécheur mort

Carême, tom.

m,

p. 5.^7

—553.

,

206
tandis
Ps.

SAINT JEAJN CimYSOSTUME.

que

l'enlani,

si

cher

à

sa

xxw.

7.

mature'ment enlevé'. Uépondrz Seigneur, tos jugemenls sont des abîmes profonds. Re'pondez :Ii n'est arrive que ce qui a plu an Seigneur. Pensez
:

famille, est pre-

que
est
T.
I

le

Maître

l'a

voulu ainsi, et que votre devoir
(*).

de vous soumettre

FoiieJ.
'
'

Saint Paul

donne
le

à la

mort

le

nom de sommeil;
le réveil; et la

^^'

expression consolante, bien propre à fonder nos espe'rances.

Après

sommeil vient

mort, qu' est-elle autre chose qu'un plus long sommeil? Mais quand on
l'a-. 7(14.

est

mort, m'allez-vous dire,
n'entend, on ne sent

on ne parle point, on ne
plus rien. Je re'ponds
J'ajoute
j'ajoute
( la
: :

voit, ni

Ni quand on dort^ non plus.
)

chose vous semble peut-être étrange
le

Durant
à la

sommeil

,

l'ame est

comme
il

en:

dormie;

mort,

elle s'éveille.

— Vous

insistez

Ce corps que la mort
sout
,

a frappé se

corrompt,

se dis-

et

devient cendre et poussière.


îe

Qu'en con-

cluez-vous, ô
c'est là

mon

frère? J'en conclus, moi, que

même

ce qui doit animer notre joie. Lorsrebâtir

que Ton veut

une maison que
on
la

temps a

fait

tomber en ruines, on commence
les habitants, ensuite

à en faire déloger
la

démolit pour

reconet

struire après avec plus
(jui

de magnificence;

ceux

en sortent

,

bien loin de s'en désoler^ s'en ré-

jouissent, parce

que leur vue ne

s'arrête pas à sa

destruction actuelle, mais que leur pensée embrasse
(*)

De fide

et nattira

,

More!, Opiisc.

,

om.

vi,

pag. 187.

SAINT JEAN GHUYSOSTOMI::.
à

lô-J

Favance

le

nouvel édifice qui doit sortir du mi11

lieu de ces ruines (i). C'est là la conduite de Dieu.

commence par
un

abattre ce corps d'où

il

a fait sortir

l'âme qui y résidoit, pour la reconstruire après sur
dessin beaucoup plus relevé, et la restituer à
si-

son ancienne habitante. Empruntons une autre
militude. Si vous voyez fondre

une

statue d'airain
,

que
tilée

la rouille et la vétusté

auroient dégradée
,

muvous

même

dans plusieurs de ses parties

mais avec
,

l'intention

de

la refaire

en

la

perfectionnant

ne

croiriez pas

que ce

fût la perdre

que de

la dis-

soudre, et vous estimeriez au contraire qu'elle gagneroit à ce
vel être.

changement qui
à la

lui

donneroit un noujeté

De même,

vue de ce corps

dans

la

mort qui

le dissout,

ne vous en tenez pas au seul

aspect qui saisit vos regards, mais alterniez la refonte.

Encore cette comparaison elle-même

est-elle

incomplète.
ports.

Ne vous bornez pas à ces simples rapd'un autre métal
,

Car ce statuaire, en renouvelant son ouvrage,
ni plus durable
,

ne

le fera pas
le

que

premier. Mais de ce corps de boue
à la

et

conet

damné

mort,

il

fera

un corps nouveau, pur

immortel. La terre qui aura reçu dans son sein cette
matière périssable et corruptible^
le

rendra désor-

mais inaltérable. Ne considérez donc pas seulement
ce cadavre muet, étendu sans
(,i) «

mouvement
,

et sans
la

Il

a dessein, dit excellemment saint Cbryàos'ôme

de réparer
,

maison

qu'il

nous a donnée,

etc. » (Eiissucl,

Serin.

,

loni, v

pag. 432.)

,

258
vie
;

SAINT JEAN CIIHYSOSTÔME.
mais
,

'lu

milieu de ces débris, voyez sortir un
s'éveille
à

homme

nouveau, qui

en santé à une exis-

tence toute de gloire,

une

vie

dont tous

les efforts
l'idée.

de l'imagination ne sauroient vous fournir

Que

votre esprit se transporte, de l'objet que vous

avez sous les yeux, dans

un meilleur

avenir.

Ce

mort, que vous pleurez, vous ne sauriez, ditesvous, vous consoler du regret de sa perte. Votre
désespoir
est-il

raisonnable?

Quand

vous établissez
à

votre fdle en

la

donnant en mariage

un époux qui

l'emmène dans une contrée
son absence

lointaine pour l'y faire

jouir d'une brillante fortune, vous ne regardez point

comme un malheur pour
l'attend ailleurs. Et ici
,

vous; mais

votre chagrin se calme bientôt par la pensée

du

honheur qui

ce n'est pas

un homme,
gneur qui
et

votre semblable, qui vous impose cette

séparation: c'est le Seigneur qui l'ordonne, le Sein'a fait

que reprendre son propre bien;
!

vous vous abandonnez à d'inconsolables regrets
Puis-je faire autrement? je suis

homme.

— Aussi
Ce que
son

ne vous demandai-je pas
je

d'être insensible.

blâme, ce

n'est pas la

douleur

même, mais

excès. Pleurez,

donnez

à la

nature le tribut qu'elle
c'est

réclame
c'est

;

mais se désespérer,

de l'égarement

de

la folie, c'est

une

foiblesse qu'il faut laisser

raq.

765,

âmes sans courage. Pleurez, soyez profondément ému; seulemenl, ne vous emportez pas, ne donnez pas à voire douleur un criminel éclat.
à des

SAINT JEAN CHRYSOSTÔf.IE.

2D9
,

Rendez

,

à cet

ami que vous avez perdu
,

tous les

devoirs de i'amitié

honorez

sa

mémoire par de
le

nobles fune'railles

;

remerciez pour lui

Seigneur

qui

l'a

rappelé dans son sein. Autrement l'excès de

voire douleur est
un.

un outrage

à la

mémoire du mort,

manque de

rcconnoissance envers Dieu qui l'unit

àlui,

un préjudice que vous vous portez à vous-même.
,

Pleurez , oui

j'y
;

consens mais
;

comme votre

maître

a pleuré Lazare

et c'est là le

modèle que nous de-

vons nous proposer, mettant à noire douleur des

bornes que nous ne franchirions pas sans crime (i).
Saint Paul nous défend

une excessive

tristesse; elle

ne convient qu'aux infidèles sans espérance pour

une

vie future

,

parce qu'ils ne croient pas à
,

la ré-

surrection.

Pour moi
,

faut-il

vous

le

déclarer?

quand

il

m'arrive

traversant la place publique, d'y

rencontrer des troupes de femmes en désordre,
s'arrachant les cheveux, se frappant le visage, en-

sanglantant leurs bras

,

et cela

,

sous les yeux des
les chrétiens.

ennemis de

la

foi

,

j'en rougis

pour

Que

dira le païen ? « Sont-ce là ces
si

hommes
?

qui rai-

sonnent

bien sur

la

résurrection
à leur

Mais leurs
;

œuvres ne répondent guère
ils

crovance

car

agissent

comme

nous qui

nV

croyons pas.

S'ils

étoient bien fortement convaincus
(i)

que ce mort

est

Eloqiiemment développé par Sam in

,

dans son sermon

5m/- /'«^//t?.

lion que cause la

mort des personnes qu'on aime, lom.
,

vi, pag.

— 43,

surtout aux pages 32

33.

24.0

SA.INT

JEAN CHU YSOSTÔME.
meilleure,
ils

passé dans
pas,

une
ils

vie

ne

s'afflii^eroient

comme
est le

font, qu'il ne soit plus clans celle-ci. »
l'infidèle se

Tel

langage que

permet, en en-

tendant ces lamentations. Eh! dites-moi, quel en

peut être l'objet? Ce mort que vous pleurez

si

amè-

rement,

qu'ëtoit-il?

Un

être vicieux et

méchant?

Dans ce
échappé

cas, bénissez
11

Dieu d'avoir prévenu de nou-

veaux crimes.
à ini

lut vertueux? Félicitez-le d'être
sa vertu n'auroit

monde où

marché
elle n'a
11

qu'entre

les écueils.

Maintenant en sûreté,

pi us à craindre

même le soupçon
Tant mieux!
lui

de changement.

ctoit si jeune!
(j^ui

glorifiez le

Seigneur
dans

a bien

voulu l'appeler à

pour

l'établir

une condition meilleure; quel que fût son âge, n'importe. Affranchi des tnisères humaines, il est
désormais libre
,

heureux.
fait

De

quoi

le

plaignez-

vous? Si fEglise
si elle

retentir léchant des

psaumes,
à

convoque

la famille, si elle fait
,

un appel

toute l'assemblée des fidèles
exciter la douleur
,

ce n'est point pour

mais pour remercier en comles

mun l'auteur
de
la joie

de tous

dons,

et

prendre leur part
ciel,

des saints qui sont introduits dans le

comme on
les prises

célèbre par des acclamations d'allégresse

En

de possession de quelque magistrature. quittant la vie, ils ont trouvé dans la mort, le
toute sorte, qui nous assiè-

repos, le terme de leurs souffrances, l'affranchisse-

ment des embarras de
gent
ici-bas.

Loin donc de vous livrer au chagrin,

SAINT JEAN GHRYSOSTÔME.

i24l

au murmure^ lecueillez-vous,

rentrez

en vous-

même,

sondez votre conscience,

et considérez, à la

vue de ce mort, que bientôt vous le serez vous-même.

La différence

qu'il

y a entre

l'infidèle et le

chré-

tien, c'est qu'ils jugent des choses d'une manière

bien opposée. L'infidèle

,

quand

il

porte ses regards

vers le ciel, ou qu'il les abaisse sur la terre, y voit

des dieux et les adore

;

l'impression des sens est tout

Pag. no^^

pour

lui.

Nous,

l'aspect

de leurs beautés nous
et

fait

remonter à leur auteur,
frappé de leur éclat,
vois les richesses
fait
,

notre culte s'adresse à

celui qui les a faites. L'infidèle voit les richesses, et,
il

soupire après elles; moi, je

et je les méprise.

La pauvreté

lui

peur;

elle fait

ma

joie.

De même pour la mort.
Il

Un

corps privé de vie n'est pour lui qu'un cadavre;
j'y

moi,

vois l'image

du sommeil.
que
celle

y

a entre

nous

deux

la

même
:

différence

qui existe entre
et l'autre

deux hommes dont l'un
sait

sait lire,

ne

le

pas
;

mettez un livre sous
le

les

yeux de

l'un et de
les carac-

l'autre

premier en parcourt aisément
le

tères

,

en pénètre

sens

;

l'autre n'y voit

que des

figures muettes, stériles pour son intelligence. Si
loin de penser
aura-t-il

comme l'infidèle
la

sur tout le reste

,

n'y

que sur

mort que nous voudrions nous en
il

rapprocher? Ce mort que vous pleurez,
rejoindre un saint Paul,
tout le
lation

est allé

un saint Pierre, s'unira chœur des âmes célestes. Quelle douce console

pour
16.

chrétien

!

Voyez-le secouer

le

sommeil
16

.

2^2
(io Ja

SAINT JEAN CIHWSOS TOMlî.

mort,

et s'cvciller

au sein d'une inimorlelKî

i^loirc.

Songez que ces lanienlalions sont pour vous
ro])jei

en pure perle, qu'elles ne vous rendent pas de vos douleurs
nuisibles à
,

qu'au contraire
et

elles

vous sont

vous-même,
dit

que par

cette coiuliiiie
à ces

vous ressemblez à qui? à l'infidèle,
Ta-. :<i7.

liouunes
.

dont l'Apôtre

:

qui/s sont sans espérance.

Pesez
:

bien celle expression. Saint Paul ne dit pas
l'espe'rance

sans

de

la

résurrection
,

;

mais d'une manière
,

bien plus générale
I

sans espérance. Car

en ne
d<;

croyant pas au futur jugement, on se dépouille
toute espérance
;

on ne

Dieu, ni

qu'il existe

y une Providence, une
,
;

croit pas

ni qu'il

ail

un

justice

divine attentive à toutes nos actions
sif

système éver-

de tout ordre

social, qui étouffe tout
les

germe de

bien, et précipite dans tous

crimes. Laissez au

païen ces monstrueuses erreurs, et ne Timiiez pas
i.Hu's. IV. 4.

dans

les
,

conséquences praliqiies

qu'il

en
le

lire.

Que

chacun

nous dit saint Paul , possède
^

vase de son
livrant

corps avec sainteté et décence

et

non en se
les

a des passions honteuses
cannois sent pas Dieu.

,

comme

païens qui ne

Ce qui nous

jette

dans

la

douRien
;

leur, ce n'est pas l'événement en

lui-même,

c'est la

disposition, c'est la foiblesse de notre cœur.

de ce qui arrive
la sainte

ici-bas n'accable l'âme chrétienne

philosophie qu'elle a puisée à l'école de

Jésus- Christ, non-seulement l'élève au-dessus de
tous les événenienls, mais, au
seiii

raênie des événe-

SAINT JEAN CimSTSOSTOME.

2l\.Ù

menls
1

les

plus fâcheux

,

la

pénètre d'une joie inal-

érable et d'une céleste béatitude. Devançant par
,

l'espérance le grand jour de la résurrection

elle

trouve dès ici-bas les consolations les plus ineffables
;

bien différente de l'infidèle à qui

manque

tout

à la fois et l'espérance

de

l'avenir, et la consolation

du

présent.

Exemples de Job consumé par une mort
liiomphanL de
fils

lente

,

et pj,„

^g^î
:;*i;>.

résigné au nnlien des plus cuisantesdouleurs; d'Abrahara,
la

nature

,

et s'apprêlant à sacrifier

son

Isaac (*). les plus tristes
,

Les objets
jiature
,

les plus

rebutants à la

'^-

^-

BeneJ.

changent de face aux yeux sans prévention,

La mort, elle-même, bien qu'elle soit le châtiment du péché, est un bienfait de la divine Providence.
INe

nous affranchitla

elle pas

de nos maux

et

des

épreuves de

vie? Pour Job, elle devient le lieu
vices.

de son repos. Elle retranche nos
est mort, dit saint Paul
,

Celui qui Rom.
et
s'il

vr. 7.

est délivré

du péché ;

a

mené une
;

vie sainte, sa vertu le porte dans
la

un

port assuré

mort

l'a

mis en possession d'un trésor

qui ne lui peut être

ravi.

La pensée de
les riches

la

mort nous
de régulatrop acces-

donne
rité

à

nous-mêmes plus de retenue
sont

et
,

dans nos moeurs. Souvent
,

sibles à l'orgueil

ramenés

à des sentiments

plus
(*)

humains
In
illiul
:

,

par l'aspect d'un cadavre gissant im,

De dorm'untihus

etc.,

Morel

,

Opusc.

,

loin, v, pa^'.

877

— 38i.
16.

24.4

SAINT JEAN CHUYSOSTÔME.
sa tamllle

mobile, de

en larmes, d'une épouse,

d'enfants, d'amis déplorés, d'une maison cHrant la

lugubre empreinte du deuil.
parler sans en profiter;

Ils

en avoient entendu

l'aspect

delà mort leur
la

donne de plus éloquentes leçons sur
la vie, et l'instabilité
«le

caducité de
le

de leur richesse, sur

peu

fond à faire sur leur puissance; et l'infortune
fait

des autres leur
ils

présager le changement auquel

doivent s'attendre pour

eux-mêmes (

i).

Si avant
à tous
si

d'être frappé par la
les

mort, on s'abandonne

excès qu'entraîne
le

une
l'on

insatiable cupidité,

nous voyons
vre
,

riche dévorer la substance
si

du pausi

que

seroit-ce,

ne mouroit pas?

l'on
l'on

avoit l'assurance
a acquis par les

de posséder toujours ce que

moyens

les plus

odieux? N'est-ce
^

point la
et

mort qui

tresse la

couronne des martyrs

récompense leurs vertus? La mort

n'a-t-elle pas

valu à saint Paul des milliers de victoires, lui qui
ï.Cor.xv.3i. disoit
:

Je meurs

tous les jours.
soi
;

qui est mauvaise en
rs.xxxm.22.

Ce n'est pas la mort ce n'est que la mauvaise.
:

Aussi

le

prophète nous

dit-il

La mort des saints est
la

précieuse
ajoute-t-il
celle

aux jeux du Seigneur ;
,

mauvaise

,
.

c'est celle
jette

du pécheur ;

c'est-à-dire
,

qui nous

aux pieds de Dieu
(*)

chargés du

poids de nos iniquités
(f)
(*)
Iniili'^

(2).
tom.

par BourJalouo, Dominic.
,

,

m
,

,

par 388.
,

In ps. ex

Morel, Opusc, tom.

m,

pag. 29(5

297,

(î) " Pascal marchant sur les traces des l-ères

nous invite à considérer

,

,

SAINT JEAN CHllYSOSTÔME.

245
destinés a
iiam.viu.
?.r.,

L'Apôtre nous compare
ia boucherie,

h.

des agneaux

pour indiquer avec quelle
(*).

lacililé

nous
T. v
^=
l'.ejieo'.

allons à la

mort

Pliilosophie sublime de la religion! elle nous fait

"

'

'

''

désirer ce

que

les autres

redoutent

,

elle

change en
la

une source de

joie,

ce qui n'est pour
,

nature

qu'un sujet d'afUiclion
digne objet de
certes,
si

et

réserve nos légitimes
le

gémissements, pour ce qui paroît au mondain
sa joie et

de son attachement. Et

nous avons à gémir, n'est-ce pas d'être
d'exil

dans une région étrangère^ dans une terre
relégué loin de
la

patrie? Si nous avons sujet de

nous réjouir
cet

..

n'est-ce pas

quand nous touchons

à

heureux port, qui nous mène de plein pied
patrie,

à

la céleste

il

n'y a plus ni douleur, ni
:

embarras, ni gémissements? Vous m'allez dire
,

Mais quel intérêt y puis-je prendre moi qui ne suis qu'un pécheur? Ce n'est donc pas la mort qui vous
fait

peur

,

mais votre conscience coupable.
;

Eh bien,

abstenez-vous de pécher

et

la

mort n'aura plus

pour vous rien d'effrayant
elle est horrible
elle

(**) (i).

toutes choses en Jésus- Christ, et la mort en particulier. Sans Jésus-Christ
,

est détestable

,

elle est l'horreur
,

de

la

nature
,

En

Jésus-Christ

,

elle est tout

autre chose

elle est
,

aimable, sainte

et la joie
(

des fidèles. Tout est doux en Jésus-Christ

jusqu'à la mort. «

Extrait

d'un livre publié récemment, intitulé

:

Instructions

pour
,

la première com-

munion pag. 178,
,

1

79

;

Pensées de Pascal, chap. xxx
,

n° 12,)

(*)

In ps.

X1.111

,

tom. V Bened.

pag. 157.

(**)
{

laps, cxiv, Morel, Opusc.

,

tom.

i

,

pag.

^i/».!.

i)

La philosophie profane

croit avoir élevé

l'homme au plus haut de-

.

246
T.
V. r.oncd.
'

SAIKT JEAN CHriYSOSTOME.
?

Qu'est-ce f{ue celle beauté qui vous enchante

'"'

un peu
de plus
dans
les

(le
vil.

boue

,

cendre

et poussière, ce qu'il

y

a

Si vous

ne m'en croyez pas, allez fouiller
et

tombeaux, qu'y verrez- vous? cendre

poussière. Dépouillé de ce soufïle de vie qui l'anime,

ce beau visage se montre à vous n'attend pas

tel

qu'il est;

il

même jusque

là; les rides

delà

vieil-

lesse, l'invasion d'une maladie le
à ce qu'il est.
fait,

ramènent bientôt
l'a

Pourquoi donc

la

main savante qui
vile

a-t-elle

donné

à ce corps ces belles proporsi

tions, en n'y employant qu'une
C'est

matière?

pour prévenir

les

coupables pensées, en vous

rappelant à l'origine de ce corps qui vous séduit.

En

quoi

il

vous montre sa sagesse. Admirez
;

la

beauté, pour remonter jusqu'à son auteur

n'allez

pas plus loin, pour n'exciter pas dans votre

cœur

des désirs orageux. L'ouvrage est beau
qui
l'a

;

adorez celui

fait;

n'abusez pas de son ouvraj^e pour vous

corrompre
de

(*).

i^ré

la perfection
la vie et

,

quand par
,

la l'oice
la

de ses raisons
et
elle
,

,

elle l'a guéri
l'avoii-

de

l'amour Je
cet état
,

de

la

crainte de

murt;

pense
il

mis en

ou n'ayant plus rien à craindre
dans
le
,

ni à désirer

est aussi

heureux

((u'on peut l'être

monde. Mais

la

philosophie chrétienne, qui com-

mence où

l'autre finit
,

et qui règle tous ses

mouvements par

la

volonté

de son Créateur
pour
la vie et

essaie d'inspirer à ses disciples
la

une sainte indifférence
et

pour

mort,
les

et elle tâche

de leur ôter l'amour de l'un

la crainte

de l'autre, pour

mettre dans une soumission parfaite aux ort.

donnances de leur Souverain. »(Senault, Panegjr.,
(*)

ni, p. 485

,

48ti.)

In ps. XLiii

,

Morel, Opusc.

,

tom.

m

,

pag. 176, 177. Bourdaloue

,

SAINT JEAN GllRYSO.STÔME.

^l^-j

Lc moyen de calmer
est-il?

les

feux de

la

eolère^ quel
cette vérité,
:

r. v.

Bencd.
'

de penser
!

à la

mort, de méditer

=

dont, hélas

nous nous écartons tous

les jours

que

nous ne sommes rien que cendre

et poussière. Si la

«concupiscence vient à se glisser dans votre

cœur

transportez-vous près des tombeaux où gissent vos

pères

:

voyez-les rangés

,

immobiles vous marquant
,

votre place à côté de leur poussière. Cette instruction éloquente vous rendra à la sagesse.
air
Il

faut

un

pur

à

ceux qui viennent d'être
la lièvre; allez goiiler

travaillés

par les
régions

ardeurs de

dans

les

de

la

mort une atmosphère rafraîchie qui calmera
de vos sens. Le seul aspect d'un
d'une
fois

l'effervescence

tombeau

a suffi plus

pour abattre

les fu-

mées de

l'orgueil.

De

là, la

pensée s'élève vers ce

jour redoutable

du dernier jugement, où il faudra rendre compte, où l'on sera condamné à des sup;

plices sans consolation

et ces salutaires

pensées en
(*).

imposeront à toute

la

fougue de vos passions

On
de

se fait

dans
la

le

monde de
est

bien fausses idées

t. vuBeued.
^''°'

la vie et

de

mort. Tel que l'on y appelle vivant

^

''

diffère bien

peu de ce qui

mort

,

quand

il

vit

mal;

et

il

est

bien plus mort que ceux qui sont
citani saint

Serm.du Mercredi des Cendres
pag. 5n

,

Jean Chrysostôme

,

tom. i,

— 73
,

;

Canibaccrcs empruntant an mèuie une future hardie, Serm.,
l'i 4.
,

tom.
(*)

11

paj;.

In
,

i>s. (jxxiir
|)a^'.

Morel

,

Opusc.

,

tom.

irr

,

pag.

i83

,

i

84.

Voyez an

vol. xr(

f^f^v.

,

2/(8

SAINT JEAN CHUYSOSTÔME.
le

Rom.

VI. 7.

dans
livrés

lomLeau. Ceux-là,

dit l'Apôtre, sont dél'esclave.

dupéchéjle premier en est

— Pour-

tant, m'allez-vous dire,

on ne

lui a

point fermé les

yeux,

il

n'est pas gissant

au foud d'un sépulcre, ni

enveloppé dans un linceul; ni en proie à des insectes dévorants.

— Je

dis,

moi,

qu'il est
il

mort, et

pire
la

que

les

morts.

A la

bonne heure,

n'est point

pâture des vers; mais son cœur est déchiré par
il

mille passions furieuses dont

ne peut se défendre.
:

Vous
les

lui

voyez

les

yeux ouverts

plût au Ciel qu'il

eût fermés à celte foule d'objets criminels qui

tous les jours, pénètrent par là jusqu'à son

âme,
!

comme autant de
Ce mort
est

traits

empoisonnés qui

la

percent

au Ibnd de son tombeau, couché sans
et sans vie
,

mouvement

désormais invulnérable au

péché; celui-ci

est enseveli

dans ce tombeau du

péché, garrotté par
faits à

les lieux

honteux

qu'il s'est

lui-même. Vous admirez celte fleur de jeu;

nesse et d'embonpoint qui le décore

mais de cette

âme corrompue s'exhale,
que répandent
tion pire
la

avec les vapeurs
,

du crime

ses licencieux discours

une infec,

que

celle

corruption

du tombeau. Ce corps jeté dans du sépulcre c'est une nécessité iné,

vitable qui
c'est

en a

fait la

victime de la mort; mais
,

ici

un choix volontaire

qui

le

plonge dans cette

corruption qu'entretiennent ses dérèglements jourPa-.332.

naliers....
l'état

Ah!

si

vous aviez des yeux pour voir
ainsi

de cette âme

enchaînée à

ses voluptés

SAflVT JEA.N

GHRYSOSTÔME.

2/^^
effet

coupables, vous n'hésiteriez pas à dire qu'en
son
sort est l)ien

plus déplorable que celui d'un
;

mort couché daus son sépulcre

et

que

la

pierre

sous laquelle gît ce cadavre est bien

moins lourde

que

le

péché dont ce mort vivant

est accablé.

Voilà les morts qu'il faut pleurer, parce qu'ils ne

songent guères à pleurer sur eux-mêmes; ceux

pour qui
veur,

il

Faut

implorer

la

toute-puissance

du Sauqu'il Joaun.xi.3i.

comme

fit

Marie pour Lazare. Priez-le

veuille bien le rappeler à la vie.
les

Vous

tous qui êtes

amis, les disciples de Jésus-Christ, vous tous à

qui ce mort est cher, accourez aux pieds de JésusChrist
,

suppliez-îe de le ressusciter. Plus
,

ils

sont
les

plongés dans l'infection du péché

plus,

si

vous

aimez

,

vous devez solliciter en leur faveur la divine

miséricorde, à l'exemple des sœurs de Lazare, qui

ne cessèrent de conjurer

le

Sauveur qu'après que
(*).

leur frère eut été ressuscité

Venez avec moi
connoître
la

visiter les

tombeaux, venez y repère votre épouse.
,

t. var-ened.
''^'

cendre qui

fut votre

'

^'

est-il , ce grand que l'on voyoit jadis vêtu d'une pourpre magnifique, traîné dans un superbe équipage faire mouvoir des armées entières, ne mar,

chant qu'au milieu d'une escorte formidable , précédé de licteurs disposant à son gré de la fortune,
,

(*)

Hom.
338

XXVII in Matth.

,

Morel, xxviii, Nov. Testam., tom. i,

pag.

— 340;

Chiribiri citant saint

Jean Chrysostôme

,

pag. 143

,

2.'^()

SMiNT JCAN CHUYSOSTÙME.
libelle,

(le la

de

la vie

des citoyens? Chorchex-lc
,

dans CCS ruines. Je n'y vois

moi

,

que

d'intecls os-

sements

,

que des vers

se disputant entre
,

eux

la

proie qui leur est abandonnée
sière et

qu'un peu de pous,

de cendre dont on parle encore qu'un vain

son^e, une ombre qui bientfjt sera évanouie, pas

même une
lorés

image

effacée

,

pas
si

même

les traits
;

déco
rien

-

de ce visage autrefois

majestueux

un

un

néant. Encore n'est-ce point
la

que

se

termine

le

hideux tableau que
qui reste après
;
,

mort place sous vos yeux. Ce

ce n'est plus
,

un songe

,

une
cette
soiti

ombre vaine à la place et du sein même de pompe, de ces honneurs, de ces plaisirs, est
quelque chose qui ne meurt pas, qui
tera éternellement.

même

subsis-

Ces violences, ces rapines, ces

voluptés brutales, ces adultères, tant d'autres cri-

mes dont cette grandeur
pas échangés

fut l'instrument

;

ils

ne sont

comme

elle

contre une vile cendre.

Et

les paroles et les actions

coupables, tout fut in-

scrit sur

des livres dont les caractères ne s'effaceront

jamais
T.
v!i.!'>eiicJ.

(*).

Ezéchias sur

le lit

de

la souffrance
la

ne
la

se souvient

'""

"

plus des honneurs et de
Honi. Lxxvi in Matth.
Iniiti',

pompe de
,

cour,

il

est

(*)

,

lxxvii

Morel

,

iVoc. Testant.
et
,

,

toiii. i

,

pag. 812, 8i3.

avec toute la chaleur de l'imagiualion
toni.
r .

du

senti-

ment, par (Jainbaccrès,
la Boissiève, Cartntc
nnc. 88.
,

n

,

pag. i8o; Snuriu, toin. u
,

i)ai;.

47 <)
ii

;

loni.

pag, 491; Fronientières

Serin.

,

tom.

,

SAINT JEAN CHUYSOSTOME.

20

1

uniquement occupé des récompenses promises à ses bonnes œuvres. Souvenez-vous Seigneur, s'est-il
,

iv.iie^.

\. >.

écrié

,

que fai marché, en votre présence
Telle est
la

,

dans

la

T^oie droite.
tie

confiance qui

fait tressaillir

joie

un

saint Paul, et lui fait
,

^wQ'.J'ai ^/e«

H-Tim.iv.

7.

combattu , fai achevé

La

gloire, les
;

ma course fai gardé la foi. honneurs l'opulence tout périt avec
,
,

nous

nos bonnes œuvres nous accompagnent après
:

la vie

nous aurons

à

rendre un compte rigoureux

des premiers, les autres nous vaudront d'immortelles

récompenses.
ce jour terrible de
la

A

mort, quelles déchirantes

pensées jette dans l'âme le souvenir de ses fautes
passées! quel trouble! quel désordre! quelles
res douleurs
!

Mais alors
a

aussi

,

la

amèmémoire des
à l'oà

bonnes œuvres qu'elle
sombres alarmes;

pu

faire vient dissiper ses

c'est le

calme qui succède

rage. Craignons durant la vie

pour n'avoir rien

craindre à

la

mort.

Il

n'y a tant de terreurs à ce
qu'il n'y

douloureux moment, que parce

en a point
les

eu auparavant. L'instant où un coupable dans
fers est le plus

violemment agité,

est celui

où on

l'arrache de sa prison pour l'amener devant son

juge, pour entendre prononcer son arrêt. Image
trop fidèle
visions
,

du pécheur mourant. D'où viennent

ces

ces spectres effrayants dont leur esprit est

assiégé, ainsi qu'ils s'en plaignent à

nous-mêmes;

ces

mouvements

convulsifs de tout leur corps, ce^

yeux hagards

qu'ils

promènent sur tous ceux qui

,

2

02
;\

SAINT JEAN CHRYSOSTOME.
leurs dcniicrs

assistent

momenls?

N'est-ce

que

le

dernier effort de l'âme qui s'arrache avec violence

de

sa

prison? n'est-ce pas plutôt l'aspect des mes(*) ?

sagers terribles de la vengeance céleste
T. xiKcned.
Pai;.

Ne plcurons
qu
,.,

point les morts simplement parce
^

216.

.

ils

sont morts; et ne qualifions point heureux

les vivants

simplement, parce
les

qu'ils sont vivants.

Pleurons\ur
qu'ils vivent

méchants,

soit

qu'ils

meurent,

soit qu'ils vivent.

[\éjouissons-nous sur les justes,

on qu'ils meurent. Les premiers, tout
:

vivants qu'ils sont, sont morts
faut déplorer
la

voilà

ceux dont

il

mort

;

ils

sont morts dans

l'inimitié

de Dieu;
ils

les autres, tout
ils

morts

qu'ils paroissent,
il:;

sont vivants;

sont allés à Dieu,

jouissent

dans son sein des immortelles

félicités.

Les pre-

miers, quelque part qu'ils soient, dans ce

monde
,

ou dans
dans

l'autre, sont loin

de leur
,

roi.

Qui ne déploici-bas

reroit leur sort ?
la

Mais

les justes

même

sont

compagnie du prince
est pas

qu'ils

ont l'honneur

de servir; moins immédiatement
qu'il

à la vérité, puisle voir lace à
;

ne leur

encore donné de

face.

Ce

n'est

donc pas eux

qu'il faut pleurer

ré-

servons pour les pécheurs nos larmes et nos gémis-

sements. Car enfin

,

quelle espérance peut rester à

des malheureux chargés du poids de leur péché
(*)

Honi.
,

Ltii /« il/a<//(., T.iv,

Morel, Aov. Testam., pag. 387, 5SS.
,

Perusseau
p. p.

1. 11,

p.

224

;

Segaud
,

t,

1, p.
,

87

5

1

:

BihUoiJt. chois.
,

,

t.

xv, lU
,

4S6
233

;

l5onid;i!oue,

Dominic.

t.

m

p.

38 1

;

Massillou

Carême

,

t.

;

La Rue ,p. lai.

SAINT JEAN CHllYSOSTÔME.

200

quand rien au monde ne pourra

les

en délivrer?

Du moins pendant
et rentrer

leur séjour sur

la lerre, ilslais-

soient encore espérer qu'ils pourroient se convertir

en grâce avec le Seigneur.

Une
les

fois

dans

Pag. 2:7.

l'enter, plus

même
,

de pénitence qui

en puisse
,

arracher

:

Qui

6

mon Dieu,
les

s'écrioit le

prophète

Ps.

m.

6.

vous glorifiera dans
et

enfers F

Malheur
!

affreux,

vraiment digne de tous

les regrets

Nous n'en

saurions trop donner,

mes

frères

,

à
je

ceux qui meuvous demande

rent de la sorte. Toutefois, ce

que

pour eux

,

ce ne sont point les emportements d'une
;

douleur convulsive

laissez

au théâtre, laissez à des

enfants, à de misérables bateleurs^ à des

femmes

accoutumées

à trafiquer

de leurs larmes

,

ces vains

transports d'un hypocrite chagrin ou d'une dou-

leur qui ne cherche qu'à se montrer. Pieurez, mais
sans témoin; affligez-vous profondément, mais avec

bienséance. Vos larmes

,

répandues par un sentià

mentvrai, seront profitables

vous-mêmes, en exci,

tant en vous el la crainte d'en mériter de pareilles
et la défiance nécessaire

pour ne vous exposer pas
les a entraînés.

aux mêmes malheurs où leur péché
Pleurez
les infidèles;

pleurez ceux qui leur res-

semblent
rifiés

et sortent

de ce monde sans avoir été pu-

par les eaux du baptême, ni marqués du sceau

de

la foi.

Pleurez les riches qui meurent au sein de
,

leur opulence

sans avoir

fait servir
,

leurs richesses
ils

à la consolaiion

de leurs âmes

quand

pouvoient

254
les

SAINT JKAIN CHilYSOSTOME.
à ce salutaire usage. Pleurons-les

employer
,

eu

public

eu particulier, non pas un jour seulement,
la

mais toute

vie.

Les larmes qui naissent d'une
taries;
cliarité

émotion purement naturelle, sont bientôt
celles qui

prennent leur source dans une
,

vraiment affectueuse
crainte
cette

ne s'épuisent point.
les entretient.
;

C'est

la

du Seigneur qui

Toujours de

manière

les assisterez-vous

ne

seroil-ce qu'en

adoucissant leurs souffrances. Prions pour eux, sollicitez les autres à

unir leurs prières aux vôtres,

intéressez-les
isa. XXXVII.

eu leur laveur par d'abondantes auseule considération de son serviteur
le

moues. Si
David
a

la

35.

pu engager

Seigneur à sauver une

ville

infidèle,

que ne doit-on pas attendre des bonnes

oeuvres des justes en laveur des morts? Aussi, telles

sont les sages constitutions qui nous viennent des

Apôtres. Ces saints

hommes

ont voulu que dans

la
;

célébration des mystères on
ils

fil

mémoire des morts
prières de tout

savoient

combien ce pieux usage
Eli
!

étoit profitable

aux morts.

pourquoi

les

un

peuple uni au sacerdoce, adressant ensemble au

Seigneur leurs vœux suppliants, au
s'offre la

moment où

victime auguste du salut, ne flccliiroicnt-

elles pas la colère céleste

en faveur de ceux qui sont
les autres,
,

morts dans

la

foi?

Pour

par exemple,

pour

les

catéchumènes
Sciencar nous

l'unique secours qu'ils

puissent espérer de notre part, ce sont les aumônes.

Oue

si

le

fait

une

loi

de nous secourir

,

SAINT JEAN CHnYSOSTÔME.
les

255
as-

uns

les autres

dans nos nécessités, de nous
exception
,

sister tous sans nulle

de prier

même

pour

les

plus grands pécheurs qui ne diffèrent pas
,

des morts

nous dispenserons-nous de chercher à

nous rendre secourables aux morts eux-mêmes,
(juels qu'ils soient (*)?

Jésus-Christ envoyant ses Apôtres prêcher son

t. v-iBenc.!.
'

Evangile , leur dit
le

:

Ne craignez point ceux qui tuent

'*°'

^'*

corps et qui ne peuvent tuer l'âme ; mais craignez
Rî.-.tih.x. aS.

plutôt celui qui peut perdre et le corps et l'âme en les

jetant dans l'enfer. \'ous craignez la mort; c'est

précisément cette crainte qui doit redoubler votre
ardeur.

Vos ennemis vous mettront
ils

à

mort; mais

avec toutes leurs fureurs,
la

ne sauroienl atteindre
Ilsie voudroient,

plus noble partie de vous

mêmes.

(ju'ilsne lepourroientpas. Si
les

donc vous appréhendez

maux que

les

hommes peuvent vous faire souffrir,
Jésus-Christ ne s'engage donc point
le servent

redoutez bien davantage ceux dont le Seigneur me-

nace
à

l'infidélité.

donner

à

ceux qui
il

de longs jours; au

contraire,

promet

à ses Apôtres qu'ils
ils

mourront

;

mais qu'en mourant,

seront bien plus heureux
(**).

que

s'ils

ne dévoient jamais mourir
ad

(*)

Hom.

III in E/iisl.

Philipp.

,

Morel
si

,

A^ov. Testam.

,

tom. vi

pag. 3i

J53.

Que répondre
el

à une autorité

décisive?

Voyez

les

sermons

du

P. de

La Rue

Cli.

de Neuville, sur

la piélé envers les

morts, àaus

leur .4i-ent.

(*')Hom. xxxirr

/« Matth.

,

Morel, iVcr. Test.,Xoir>.

i,

pag. /,o8.

,

266

SAINT JEAN CIIllYSOSTÙME.

Homélie xxxi sur saint Matthieu.

T.vri lU-ned

Un chef de sjnagogiie s'étant approché de Jésus, l'adora en disant Seigneur ma fille vient de mou:
,

rir;

mais venez

lui

imposer

les

mains ,

et elle vivra.
,

Lorsque Jésus fut arrivé en sa maison
joueurs de fliite
et

vojant

les

une troupe de gens qui faisoienl
:

srand

hruit,

il

leur dit
;

Retirez-7J0us
elle n'est

,

car cette

fdle n'est
(

pas moite
)

mais

qu'endormie.

IX. 18-24.

Etrange manière de pleurer ceux que

l'on a perdus^ d'appeler des instruments

de musiil

que Que
!

fait

Jésus-Christ?
,

Il

les

renvoie,
les

chasse

ces pleureurs à gages

et

ne garde que

parents

pour
pas

qu'ils fussent

témoins que

c'étoit lui et

non

un

autre qui guérit et qui sauve. Mais avant
fût manifeste,
:

que la résurrection ne
morte
elle n'est

il

l'avoit

opérée

déjà par cette simple pa^role
:

Cette file n'est pas

qu'endormie. C'étoit sa coutume
la

ordinaire.
Maiili. viir.

Avant d'apaiser
à ses

tempeie,

il

avoit

comfoi
;

mencé par reprocher
ils

Apôtres leur peu de
il

^^*

craignoient le naufrage; déjà
,

n'y avoit plus de

tempête.
joan. xt. II.
:

De même au moment de ressusciter Lazare Notre ami Lazare doit avoit-il dit, pour
,

témoigner comhien peu nous devons avoir peur de
la
Pa".36o.

mort, puisqu'elle

n'est

qu'un sommeil. Depuis
les

l'avènement de Jétius-Christ parmi

hommes,

il

n'y a plus de mort. Cependant on se moquoit de lui.

SAINT JF.AN CHIiYSOSTÔME.
Jésus-Christ ne s'en fâche point.
à la puissance qu'il a

267

On

ne cioil point
les

de ressusciter

morts.

On

n'y re'pond qvie par d'insulanles railleries.
racle

Le mi-

nen sera que mieux constaté par les contradictions mêmes qu'il essuie. Ainsi ^ avant de ressusciter Lazare
7nis
,

demandera-t-il

:

l'avez-i^ous ,r

f

-,

P

II

attendra que quatre jours se soient écoulés,

et

que

les ravages
,

de

la

mort

se soient

imprimés sur

ce corps sans vie

afin qu'il n'y eût plus le

moindre
la

droit de douter de la vérité
rection.

du miracle de

résur:

Le père de

la

jeune fdle lui avoit dit
fait plus.

prenez lui imposer les mains. Jésus

Tl la

prend,
cède et
stance
:

il

la

soulève, pour témoigner que tout lui
ohéit. Saint

lui

Luc
le

ajoute cette circonl^p
y^^,

Qu'il luiJit aussitôt donner de la nourriture^

55

pour achever d'éloigner
sion.

soupçon d'aucune
Lazare,
il

illu:

Après avoir rendu
le délie et

la vie à

dira

Qu'on

qu'on

le laisse aile)-.

En
ne

le

voyant
et qu'il

joan. m.

.;/,.

marcher, pouvoit-il rester quelque doute
ne fût véritahlement mort,
et qu'il

fût vérita-

blement

ressuscité ?

Mais pourquoi défend-il que l'on en parle? Pour
nous apprendre
à tous à

nous tenir en garde contre

la vaine gloire et contre les surprises

de l'amourmaison
il

propre.

Remarquez encore qu'en repoussant de
les

la

joueurs d'instruments et
les

les

pleureurs,
trois

avoit
ses

gardé près de lui, avec
16.

parents,

de
17

'^58

SAINT Jr.AN CllUYSOSTOME.
I^es |)romiers
,

Apôtres.
fj;nes (le

il

les a

chassés

comme
Vous,

indim<'-

voir le miracle qu'il préparoil.
rester avecles

ritez

de

Apôtres
il

fidèles, Pierre,

Jean

et

Jacques.

Que

si

alors

ne veut pas pour témoins
cette profession,

de

ses miracles, des

hommes de
vérité de
la

«iaiis

un temps où

la

résurrection n'él'a ét('

loit

pas encore aussi bien démontrée qu'elle
qu'il

depuis, pouvons-nous douter

ne fût plus se
est

vère encore, aujoiird'hui que ce
si

dogme

devenu

manifeste

?
:

Vous

m'ai lez dire

Que ma
,

fille

vienne aujour-

d'hui à mourir, on ne

me la rendra point.
et avec
,

— Pas aude notre
votre

jourd'hui
gloire.

;

mais plus tard
à la vie

bien plus de

Rappelée

cette jeune fdle

Evangile mourut après une seconde
iilleà vous, ressuscitera

(ois;

pour ne phis jamais mourir.
perte de ceux qui

Désormais
les

il

n'est

donc plus permis de pleurei
la

morts, de se désespérer de
faire

nous sont chers. C'est

outrage à la puissance
la

de Jésus-Christ, qui

a

triomphé de
il

mort. Pourla

quoi vous lamenter quand

n'v a plus dans

mort rien qu'un sommeil? Pourquoi ces transports oiseux et ces vains emportements de douleur?
Laissez-les

aux païens qui ne croient point. Mais

celui qui croit^ et qui s'abandonne
il

au chagrin,

est-

pardonnable d'imiter l'infidèle, aujourd'hui que

les miracles

du Sauveur

et la foi

de lanl de

siècles

attestent la vérité de la résurrection?

SAINT JEAK CURYSOSlÔME.

2^9
à

Cependant

il

semble que

l'on

prenne

tâche de

mentir à sa croyance, d'enchérir encore sur les

mœurs du
on appelle

paij;anisme;
les

on

fait

venir

les

pleureuses,

étrangers, on

attise l'incendie,
;

pour

donner
la

à

son affliction plus d'ëclat
l'Apôtre qui crie
:

on

est

sourd à

voix de

Quel

rapport

j

a-t-ii j.C'm.m.i:

entre Jésus-Christ et Bélial? ou qu'a de commun
fidèle avec

un

un infidèle F Encore manquant de foi et d'espérance,
offrir

l'infidèle,

bien que

saura-t-il bien
tels

nous
:

des moiils de consolation
souffrez
;

que ceux-ci

«

Vous

souffrez avec

courage.

On

ne va
^

» point contre la nécessité.
» et

Ce qui

est fait est fait

vos pleurs n'y changeront rien ». Mais vous,

disciple d\ine école bien plus relevée

que toute

la

philosophie

humaine

,

vous ne rougissez pas de

montrer

ici

plus de foiblesse que le païen lui-mémeî
lui
, :

Nous ne vous disons point comme avec courage; le mal est sans remède
Prenez patience; attendez

Souffrez

et toutes vos
:

larmes n'y changeront rien. Non. Nous vous disons
l'infaillible

résurrection
elle

de votre

fille;
;

elle

n'est point

morte,

n'est

qu'endormie

cette enfant n'est point

perdue pour

vous; ce n'est qu'un sonmieil après lequel viendra le
réveil

au sein d'une vie immortelle
celle
le

,

d'une paix,

la

même que

dont jouissent

les
:

Anges. N'entenEntrez, ô mon
le
Vs. cxiv 7

dez-vous pas

prophète qui dit
,

{Ime y dans TOtre j'epos

parce que

Seigneur tous
vous pleurez
1
î

a fait grâce. Dieu parle de repos,

et

7.

,

2()i"»

SAINT
ilouc,

.»i;an

(JUitYsosrcMf;.
d'iui

Conimcnl.

on

aii;irioz-voii.s à l'éj^anl

en-

nemi?
et le

Si

(ju('l([u'iiii (loii

pieu ter,
lui

c'c'si

]r

Démon,
viclimo

Démou
la

seul

;

la

mort

arrache

sa

puisqu'elle

conduil à l'immortalité.
salut, laissez-le
et

Laissez-le

donc

cet

ennemi du

pleurer et

gémir,
rations

el se
le

désespérer. Qu'il décelle par ses vociféelles iie
la
,

chai^rin jaloux (jui le dévore;
(|ui voit

conviennent pas au chrétien,
le passoire

dans

uiort

au lieu du repos et du triomi^lie
le-,

un port
de
la

assuré contre
vie.

tempêtes et

les agitations

Parcourez en

effet celte foule

de maux de toute

sorte qui l'assiègent; rappelez à votre esprit dans

combien d'occasions
garder que

il

vous est arrivé de ne
présent funeste
,

la

re-

comme un

alors

que

vous voyiez tout s'écrouler successivement autour de
vous, bien que ce
,

soit l'arrêt

prononcé dès

le

com-

mencement par Dieu lui-même, contre
de larmes que nons habitons.
Cen.
11 a

cette vallée

dit à la
:

femme
.1

:

m.

i6.

J^u enfanteras avec douleur.

A l'houmie Tu mant

jbiJ.i';.

géras ton pain a la sueur de ton
Christ
,

usage. Et

é.^

us-

qu'a-t-il

promis

à ses
le

Apôtres? f^ous aurez

joau.\\r.53.
î?a. xxxtii.

de grandes

afflictions

dans

monde. Mais pour
:

la

vie future, rien

de semblable.

Au contraire La dou, :

ApocTii

17. ^^"''j ^^^

tristesse et les

gémissements en sont baimis

XXI. 4.

nous

est-il

assuré par les saints oracles. Et encore
el
,

Maiili.

vm.

L'on viendra de V Orient
dans
le sein

de V Occident se reposeï
et

d'Abraham d'isaac

de Jacob.

\

À»

SAI^T
f\sl-il

HiA^i

t^;ii:ivM)sroftiE.

261
3fi.

dit ailleurs, joies inipliales à ce baiHjuet spt- Luc. xx.

niiicl

de l'époux, lampes lonjonrs ardentes, passage
d'exil à

Apoc.xxf.23.

de cette terre

nue

vie toute céleste.

Pour-

quoi donc, par l'éclat de votre affliction, troubler
la

félicité

de ceux qui jouissent de
Faire à

l'élernel

bonvous
,

heur? Pourquoi

ceux qui vous voient
la

et

entendent un objet d'épouvante, de
lournir aux ennemis de
s'en
la

mort

et

Providence l'occasion de
à
,

prendre h

elle

des

maux dont nous avons

souffrir? Si je vous deraaude dans quelle mteuiion

(piand vous perdez un parent, vous rassemblez les"

pauvres, vous appelez des prêtres, vous implorez
l'assistance

de leurs prières en laveur du mort? de leuis prières que ce parent trouve

Pourquoi tout cela? C'est, m'allez-vous répondre,
poui' obtenir

auprès du juge suprême
jouisse

un

accès Favorable

,

et

du repos

éiernel.

Est-ce

pleurs, à celte violente désolation ? Soyez
<:oiiséquent avec

madère à des donc plus

Pag.so;.

vous-même. Vous croyez votre pa;

rent arrivé au port

pourquoi vous rejeter au sein

de

la

tempête?
c'est là
,

Mais
nature.

dites-vous

,

un

tribut à payer à

la

— Dites plutôt un acte de
le

Foiblesse, pusilla-

nimité réelle, oubli de notre dignité d'hommes,
prévarication pire que

manque de
,

Foi

de

l'infi-

dèle. N'allez plus lui parler^ à celui-ci
laliié
,

de l'immor-

de

la

Future résurrection

,

(piand vous témoi-

j;uez avoir plus

de peur de

la

mort que luiniémc.

262

SAINT JEAN CHKVSOSTÔME.
a

On
se
à

vu des sages nés au sein du paganisme
la

,

et sans

espérance après

mort,

se

coiuonncr do

fleurs ei
,

montrer en public avec leurs plus riches habits la mort de leurs enfants. Ce qu'ils faisoient par

ostentation et pour acquérir
sons-le

un

("aux

honneur,
de

fai-

pour

la gloire solide et vraie

la rr-Iigion.

Loin de nous celte
mollesse
si

tristesse lâche et elFéminée, cette

peu digne d'un chrétien!

Je perds

mon

héritier_, et

il

ne

me

reste plus per-

sonne à qui donner mes hiens.

— Mais quel héritage
,

aimez-vous mieux voir dans ses mains

ou

le vôtre

ou l'héritage du royaume céleste?

Une

dépouille

fragile qui alloit bientôt lui échapper,

ou bien un

patrimoine assuré pour l'éternité? Vous n'aurez
point votre
fils
;

pour héritier

;

Dieu
le

s'est

substitué

à votre place
frères,
il

il

ne sera point

cohéritier de ses

lésera de Jésus-Christ.

ces riches étoffes, et ces
et cette foule d'esclaves
,

et ces vastes et

— Oiidoncpasseront habitations somptueuses, domaines? —
d'une manière
les

Où? Dans
pour
lui ce

les

mains de votre fds,
s'il

hien plus solide que
qui se

les possédoit vivant. Faites

fait

chez

peuples harhares, qui

sont dans l'usage de brûler avec leurs morts ce qu'ils
avoient de plus précieux
;

ensevelissez avec ce

tils

,

dans un
sions
;

même tombeau,
les
,

ces magnifiques posses-

non pour

mettre en cendres
lui

comme

les

Baifjares

mais pour

en faire

la

plus honorable

escorte. S'il est sorti

de

la vie

avec

les souillures

du

SAINT JEAN CHRYSOSTÙME.

265
s'il

péché,
et

le sacrifice
,

en sera l'expiation

;

lut juste

veitueus

il

sera

un
est

surcroît de récompense.

Son absence vous
iez

insupportable, et vous In
sortir
la

ri-

de

le revoir.
et
,

— Hâtez-vous donc de

de ce
car-

monde,
rière
,

arrivé

vous-même au bout de

vous n'aurez plus de séparation à regretter.
le cas

Dans

où ces motifs de consolation vous
,

Irouveroienl insensible

pensez que

le

temps

seul

adoucira votre douleur, mais sans aucun mérite de
votre part, et par conséquent sans récompense; au
lieu qu'en obtenant par vertu ce (|ui seroit l'office

du temps, vous gagnez deux avantages inappréciables: le premier, de vous débarrasser d'une foule

de maux
la

,

le

second

,

de mériter de

la

bonté divine

plus illustre couronne. Point d'œuvres aussi
,

mé-

ritoires

à

mon

avis,

que

la résignation et le

courage

à supporter l'adversité.

Rappelez-vous, et ne l'oubliez jamais, que

le fils

de Dieu lui-même a subi
vous
;

la

mort.

11

est

mort pour
Il

vous

,

vous mourez pour vous-même.

disoit
,

à son père avant

de mourir

:

S'il est possible

que

Maiih, xwc.
'^^"

ce calice passe loin de moi.

En

proie aux souffrances

de

la

plus cruelle agonie

,

éprouvé par des tortures
il

qui surpassent l'imagination,

n'en a pas moins

voulu mourir, pour nous apprendre à mourir comme
lui.
11

s'est ressuscité

glorieux après sa mort, pour
,

vous donner, dans sa propre résurrection

le

gage

p^,,

-g^

de celle qui vous

es!

piomise. Si donc vous y croyez,

,

2f)4

SAIJNT JliAK

CHU YSOSTOAllî.

ne VOUS désespérez pas.

A

voir ces lamcntalioiis
à l'infidèle

rommenl persuaderez -vous
croyez ?

que vous y que vous
de votre

En

pleurant eoinuie vous
l'air

le faites celui

aimiez^ vous avez

d'en être jaloux, plutôt que
réel

vous ne lui donnez
afTection.

Vous

dites

un témoignage que vous ne le
Il

reverrez plus

dans votre maison;

c'est

vous qui Tirez bientôt res'en est allé

joindre dans celle qu'il habite.

pour
lui-

ne plus revenir; mais ce monde tout entier
forme, jusqu'à son entier anéantissement
fants, aujourd'hui éloignés

uiéme passera pour toujours; tout y changera de
;

et ces en]es rever-

de vous, vous

rez au sein d'une incomparable gloire. Si
les

donc vous

aimiez véritablement

,

félicitez-les d'être à l'abri

de ces orageuses vicissitudes. Tout change ici-bas;
il

n'y a

que

les

maux dont

la

chaîne se suive sans

interruption pour nous accabler de tout son poids.

Aimeriez-vousmieuxlesvoirdans ce cercle continuel

de misères, d'agitations
à la souffrance

et d'infirmités,

n'échappant
la

que pour tomber dans
lui
,

crainte?

Car enfin,
affranchi?
l'aviez

pouviez- vous

promettre d'en être o mère
,

Vous

saviez bien

que vous ne

pas mis au

monde pour
tôt,

n'en jamais sortir;

et

qu'un peu plus

étoil-il fait

un peu plus tard, toujours pour mourir. Vous n'avez fait que rendre
qu'il

à

Dieu un dépôt

vous avoit confie,
le

et qu'il

vous redemande, pour

garder lui-même dans son

SAINT JEAN ClilVÏSOSTÙMii.

2(l5

éternel tiësor. Si donc vous l'aimiez ve'riiablemcni,

vous devez vous réjouir de
navigation aussi dangereuse.

le

voir délivré d'une
si

Que

vous dites que

vous n'avez pas eu le temps de jouir de lui^ vous

en jouirez pleinement dans
voudriez voir maintenant,
([ue
si

le ciel.

— Mais vous
je

le

— Aquoi

vousréponds

vous êtes sage de

la

sagesse de

Dieu

,

il

ne

tiendra qu'à vous de le voir; car l'espérance des
cliréliens est

beaucoup plus

claire et plus assurée

que vos propres yeux.
fils

Si l'on vouloit

arracher votre

d'auprès de vous pour
,

le faire roi

d'un grand

royaume
nant

refuseriez-vous de le laisser aller pour ne

pas perdre le vain plaisir de le voir? El maintequ'il est passé
et plus

en un royaume infiniment plus
la terre

grand

heureux que tous ceux de
souffrir d'être
si

ensemble, vous ne pouvez

un mo-

ment séparé de
vie

lui !...

Que

vous comprenez bien

îa différence qu'il

y a entre la vie

de

la

terre et la

du

ciel,

si

vous voyez à fond l'inconstance et le
et la

néant de celle-ci,

grandeur

et la solidité
je

de

l'autre, vous n'aurez pas besoin

que

vous dise
tout cela,

rien de plus!... Pensez,
et servons-nous-en
ainsi
et

mes

frères, à

pour régler nos mœurs. C'est
miséricorde du Seigneur

que noire patience sera estimée des hommes
la
(*).

couronnée par

(*)

Hom.

xxxi in 31 al th.

,

xxxir,tom.

i

liened.,
,

pa^.

3;!

—3:5.
senti-

"Quelle abondance!

(|Mclle rirhcsse

(riixpression

de dijuivs, de

2i)6
».
\

SAINT JliA\ CIlUYSOSTOMli:.
(|ui

iUiiiil.
'•^^*

Vous
lo

plcuicz, ces uioils avec excès, je

vous

'"

(lernunde, êtcs-vons leur ami ou leur eiineuii?
î

Quoi

votis

pleurez de voir celui que vous aimiez
1(;

introduit dans

palais d'un

grand monarque, pour
!

Ce n'est pas y recevoir d'iinmot telles couronnes lui, dites-vous, que je [)leure, c'est moi. L'étrange

marque d'amour que de souhaiter
l'objet, qu'il eût

à celui

qui en est

encore à subir des épreuves et des
liit

angoisses, qu'il

exposé à toutes

les vicissitudes

de

la

vie; et cela pour votre
;

bon

plaisir,

quand

déjà la palme brille à ses yeux
jeté

qu'il se trouvât re-

en pleine mer, en butte à
le port
!

ses

tempêtes, quand

d est entré dans

Ce mort, je ne sais pas dans quel lieu il est allé. Vous ne le savez pas? connnent cela se fait-il? S'il Hélas on sait où il est allé. a bien ou mal vécu Vous le saje ne sais que trop qu'il lut pécheur.
,

!

viez

de son vivant;
efiforts

vos

tiennes.

et vous n'avez pas employé tous ramènera des mœurs plus chréA.tfligez-vous, à la bonne heure, de ce

pour

le

qu'il a quitté le

monde
le

étant dans le péché

;

mais
de
eût

([ue ce

ne

soit

pas non plus une médiocre consola-

lion

de penser que

terme de

la vie a été celui
il

ses péchés. S'il eût vécu plus long-ternps, (te plus long-temps criminel et
mcuts!

plus sévèrement
raison
c!

Ou

V voit un mélange merveilleux de

la

de

la loi.

Suini
.

rluysoslômc excelle en ce point comme eu bien d'autres. >( Gisberl
,'.

(/?

:!>qucncv clirétknne

,

[Mv^.

i

fu

,

cilanl ce moiceaii.

)

SAINT JEAN CHKYSOSTÔME.

267

jMiiii.Mais vous pouvez encore le secourir, plus el-

ficacement que par vos pleurs, en priant pour

lui

,

en

l'assistant

par des aumônes, par l'oblation du

sr.int sacrifice.

Car ce

n'est pas

vainement que

l'Eglise a institue
;

'^^s- M)"'-

de pieuses commémorations en faveur des morts

que nous offrons pour eux
(pli a effacé les

la

victime de propitialion
;

péchés du

monde
,

que

,

durant

la

célébration de nos saints mystères

le pontife prie à

haute voix pour tous ceux qui dorment en JésusChrist, et pour ceux qui se souviennent d'eux dans
le saint sacrifice.

Ce ne sont point là des
;

institutions

humaines, arbitraires
qui les a établies. Si

c'est l'Esprit

Saint lui-même
offroit à
•^"'^'•
''•

le .sacrifice

que Job

Uieu pour
morts,

ses enfants les purifioit^

doutez-vous que

quand nous
ils

offrons à

Dieu nos

sacrifices

pour

les

n'en reçoivent pas
,

du soulagement?
mesure

Après cela

je

vous demande pourquoi vous vous
affliction sans
,

abandonnez

à

une

comme
reste

si

nous n'étions que des enfants abandonnés. Non,
vous n'avez rien perdu
,

tant

que Dieu vous

(*).

Quand
je rougis

je vois ces

transports de douleur
ses

que

l'on

^- >^»Kiik.i,

tail éclater

publiquement au décès de

proches,

de honte; mes yeux craindroient de renet

contrer ceux des infidèles

des hérétiques qui en

(*} lîotn.

-\\[ in

I

au Cor.

,

Motel

,

Aoc. Tcstam.

,

ton.

\

,

pag. 467.

468.

2

08

SAIINT

JEAN CHUYSOSTOME.
les lemoiiis,
h la fois

sont

comme

nous

oi

qui en prennent
et

occasion d'insulter
ciples. C'est bien

aux maîtres

aux

dis-

vainement que nous vous parlons
;

de

la

résurrection des morts

l'infidèle
il

ne vient pas

entendre ce que nous disons;
faites,

voit ce

que vous
:

et

il

se dit aussitôt

à

lui-même

Comces

ment

pouiToient-ilr-

mourir avec
la

courage,

hommes
sespérer
l'a;,'.

qui ne sauroient voir
?
!

niort sans se dé-

/,8.

Quelle contradiction

Vous applaudissez

à

la

doc-

trine de saint Paul, vous la trouvez admirable,

en

harmonie avec
dans

la

miséricorde du Seigneur

et les

sublimes destinées de l'homme; mais vous l'oubliez
la

pratique.

Pourquoi ces flambeaux que nous allumons aux
funérailles des chrétiens? Ces

hymnes

et ces canti-

ques que l'Eglise
lébrer
la

fait

retentir? Si ce n'est pour céla

triomphante entrée de cette àmc dans
;

maison de l'époux céleste
alhlèle, arrivé

pour témoigner que cet
la carrière, est

au terme de

en posses-

sion delà couronne; que ce captif

est enfin

éman-

cipé de sa laborieuse servitude

,

et

pour remercier

Dieu de

l'avoir

mis en possession d'un éternel repos?

Mais ce langage n'est pas entendu de l'infidèle; il en croit plutôt à ce qu'il voit et il ne manque pas
,

de nous ï'épondre
sophe
(jui

:

Ne me

parlez pas d'un philoil

ne

sait l'être

souHVir. Le

vrai (-ourage se

que quand montre

n'y a rien à

l;i

il

v

a

V'-

SAINT JEAiN CHKYSOSTÔME.
ritrt])lement lieu

26y
en

de

s'affliger.

Que

les chrétiens
(*).

rieni, et alors je croirai à la résurrection

Vous pleurez
point
là le

à

la

mort de cet enfant; ce
il

n'est

r.

ixBoneJ.
'^^•

moment;

valoit bien

mieux pleurer
,

"^'

à sa naissance. Qu'il fût
il

mort en venant au monde

alloit jouir d'une lumière bien pins pure. C'éloit

un

athlète covu-onné avant le combat. Pourquoi le

pleurer après? Encore innocente^ cette
portée en triomphe par les Anges dans
pleurez. Si c'étoit sur les péchés

âme
a

est

le ciel.

Vous
pu

que ce mort

commettre durant

sa vie; à la

bonne heure. Bien

loin d'y mettre obstacle, je vous y exciterois encore,
je

mêlerois mes larmes à vos pleurs. Voilà ceux
il

dont

est vrai

de dire;

qu'il auroit

mieux

valu

pour

Matiii. xxvt.
'^^'

eux

qu'ils

ne fussent jamais nés
la

(**).

Depuis que

certitude nous a été donnée

que

la t. vi.Bened.
'^

mort mort

n'est plus

qu'un passage à une vie meilleure,

^'^'*'
'*

n'a plus rien

de redoutable!

— Mais,

la

dites-vous,
loin d'en

cettedissolntionoùelîe jette le corps!

—Bien

gémir, réjouissons-nous plutôt de voir qu'elle détruit

en nous ce
talité,

qu'il
la

y avoit de périssable. C'est

la

mor-

non pas

substance de notre corps, qui dela

vient

la

proie de

dissolution.
la

Ce métal brut que
il

vous voyez fondre dans

fournaise d'où
t-il
,

sortira
,

transfornié dans une statue, a
(*)

dites-moi
1.

perdu
,

Hom.

IV en Episl.

ad Hebr.

,

Morel

,

^'ov. Testait).

,

vi

p.

73.',,

735.
^

';

Hom.

in

Àda

^oostol., pa^'. 201

,

202.

270

SAINT JEAN CHKYiiOSTÔME.
la

au changement? C'est
corps.

même
la

chose pour votre
le voir se
,

Ne

vous uilristez donc point de
la

dissoudre dans
été

mort.

A
la

honne heure

s'il

avoit

condamné
la

à rester toujours ce qu'il est, victime
et

de

souffrance

de

colère du ciel

:

ce seroil

alors le cas de vous désespérer.

Mais cette corruption, cette pourrituie du tom-

beau

!

Pourquoi du moins ne

lui laisser pas ses pre-

mières formes?

— Je ne
à

vois point, moi, ccqu^il

en

reviendroit aux morts et aux vivants.

Jusqucs à
,

quand

,

idolâtres

de ce corps de bouc
la

resterons-

nous donc attachés
n'aurons-nous une
vaines?

terre? Jusques à

quand
fus-

âme que pour aimer
serviroit-il

des ombres

Eh que
!

nous
la

que nos corps
,

sent exempts de
éloit ainsi,

corruption?

Au contraire

s'il

combien
,

n'y perdrions-nous pas?

en Dans

cette supposition
roit-il

quels rava<^es l'orgueil a'exercel'on a

pas? car,

si

vu des hommes oublier
la

la

honteuse dégradation où
réduire, l'infection et
sous la tombe
,

mort

ailoit

bientôt les

les vers

qui les altendoient

jusqu'à vouloir se faire passer pour

des dieux et honorer
se porteroit-on pas

comme
l'on
!

tels; à

quels excès ne

si

pouvoit échapper à cet

humiliant avenir? Quoi

l'aspect

de cette terre où

vous rentrez ne vous avertit pas assez haut que vous
n'êtes

qu'un peu de terre
si

;

vous semblez en douter

encore; que seroit-ce

vous n'en aviez pas à tons

moments

l'incontestable

témoignage? Jusqu'où

la

1

SAINT JEAN CHRYSOSTOME.

27
si

vanité de nos pensées ne nous porleroil-ellc pas,

la vue des tombeaux ne nous ramenoit pas sans

cesse à la pensée de ce qu'y sera notre corps ? Celle

chair que nous idolâtrons deviendroit

l'olijel

unique

de nos afFeclions

!

Et ne sommes-nous pas déjà assez

charnels, assez abandonnés à ses criminelles convoitises?

On

a

vu des honuues
,

se passionner

pour

Pns

ce qu'ils aimoienl vivant

jusqu'à ne vouloir pas s'en

détacher après qu'il n'étoit plus qu'un cadavre iniécl
;

que

seroit-ce

s'il

avoit conservé ses premières
la

formes? Sans cette dégradation que

mort

lui

im-

prime, nous ne verrions que

le

présent, cl ne sonsi

gerions guère à l'avenir. Ajoutez que

nous n'a-

vions pas sous les yeux la preuve de l'impuissance

de la matière dans

celle

de son anéantissement^ nous

aurions peine à comprendre que nous avons une

âme
pas

spirituelle, intelligente, qui

en animoit tous

les ressorts tant qu'il lui fut uni.

Le Démon n'auroit
quel a ma-

manqué de
,

profiler

de

cette apparente perpé-

tuité des corps

pour

faire croire, tantôt
la

tière n'avoit pas

eu besoin de

toute-puissance

du

Créateur pour donner aux corps l'existence, et que
le

monde étoit éternel
l'idolâtrie;

;

lanlôl pour autoriser le culte

de

tantôt pour servir à des évocations

magiques,

et entretenir,

par les plus infâmes mala

nœuvres
liommes.
C'est

,

l'impiété et

superstition

parmi

les

donc pour prévenir

celle Ibide

de maux,

372
o'esl ])Oiir

SAli\T

JEAN CIIUVSUSTÙMK.
clos

nous délacher
la

choses de
,

la

teno

et

nous exciter à
iiicnt

[)ensée

du

ciel

que Dieu

a sajiC-

ordonné

la

dissolution de nos corps. Par l'in,

fection qui s'en exhale

il

veut nous en inspirer le

mépris. Cette beauté à qui se prodigue votre cœur,
allez la voir
la raison n'a

dans

le

sépulcre où elle est gissante;
la

si

pas suffi pour vous en démontrer

va-

nité, vos propres

yeuxdu moins vous l'apprendront.
,

Du
la

sein de la corruption qui l'entoure

de

l'inlbc-

lion qui s'en exhale,

de ces insectes dévorants qui
crie ce

rongent
c'est

>

sort

une éloquente voix qui vous

que

que
est

cette beauté dont vous fûtes épris, et
la

combien

insensée

passion à laquelle vous vous

abandonnez.

Mais une leçon non moins importante va

sortir

pour vous de cette école de

la

mort. Cette corruption
Fait

à laquelle le corps est en proie vous

bien mieux
,

comprendre
le corps

l'excellence
est séparé.
la

de votre âme

après que
qu'il est,
,

en

En comparant ce
demeura unie
et des
,

aujourd'hui que
qu'il fut tant

moit en
lui

a fait sa victime

et ce

que l'âme

vous con-

cluez que

si

elle eut la
si

vertu d'imprimer au corps
,

un
ré-

principe de vie
guliers,

fécond

mouvements

si

combien ne

doit-elle pas être et plus vile

vante et plus belle que
sans elle!

corps qui ne peut rien
à tout, cette

Aimez-la donc de préférence

âme de

qui vient la beauté dont s'orne votre corps.

C'est à elle à

commander, au corps à obéir. Pourquoi

SAINT JEAN CHflYSOStÔME.

270

intervertir l'ortlre des choses? dépoiiiller Ja souve-

raine de son empire pour dëlonrner votre

hommage
ministre?

en faveur de celui qui n'en

est

que

le

Pourquoi quitter

celle en qui réside la

lumière et

rinielligcnec pour vous asservir au corps et à des

sens qui n'en sont que les organes? La heaute

du
;

corps n'est qu'un voile qui cache l'objet lui-même
la

mort déchire ce
do
sa

voile, et
(*).

montre l'âme dans tout
que

l'e'clat

beauté

Nous

savons, nous dit saint Paul

,

si cette

t.u

v.eneâ.

îiiaison terrestre

où nous habitons comme en une

'''S-a^i.

tente , vient a se dissoudre y
le ciel

Dieu nous dormera dans
qui durera
ïr.cor.
v. i.

une autre maison y une maison nui ne sera

point faite

par

la

main des hommes ,
ici

et

éternellement.
à la force

Remarquez comme
la
:

l'Apôtre unit
Il

delà pense'e

propriété defexpression.
sais y

ne

dit pas

simplement

Je

mais
il

:

Nous savons,

prenant à partie tous ceux à qui
voulant dire que ce n'est point

adresse la parole;

une opinion pro-

blématique ou ignorée, mais un dogme reconnu
universellement par tous ceux qui croient à la résurrection de Jésus-Christ.
foi,

En conséquence de

celte

nous appelons tentes

les

corps de ceux qui sor-

tent

de

la vie.

Si cette maison vient à se dissoudre.
:

L'Apôtre ne dit pas

A

se détruire,

à s'anéantir,

(*)
'fi
',.

Hom. XXXV
(

Matth,
)

,

Moiol

Now

Testam.

,

tom,

i

,

pag. 410

En

substance.

16.

r8

-*74
niais
à

SAINI JEAK CHHYSOSTÙME.
se dissoudre
,

pour

lernoii,nier

{ju'elle

ne

tombe en ruines que pour
qu'auparavant
,

se relever plus (-eiatanle

reuiplacée qu'elle doit être par une
,

maison nouvelle

maison éternelle

et toute eéleste.
;

La première
et des

lut terrestre et passaj^'ère
il

la

seconde,

céleste, impe'rissable. Ici-bas,

nous faut un corps
foibiesse de uoirc

maisons, à cause de
le

la

chair; alors

corps sera à

la lois et le

corps
le

et la

maison, trouvant dans son incorruptibilité

prin-

cipe de son indépendance, etdeson éternelle durée.

Nous
Pa?;.

ressusciterons

tous chacun en son rans. o
l'Apôire.'

h^\.

Grand
dire

et ineffable
:

mystère que nous révèle

^•^^"'•-'*'*^-

Qu'est-ce à dire
:

Nous

ressusciterons tous F cesi-h,

païens, Juifs, hérétitjues

tous les

hommes,
ressusci-

en un mot, qui parurent dans

le

monde,

teront à ce grand jour. Saint Paul explique sa penJèid. ôi. 52.

sée
fie

:

Nous

ressusciterons tous, ajonte-t-il,/7?fl'« nous

serons pas tous changés.

En unmomenty enun clin
conmiune
à tous les
et

d'œil, au son de la dernière trompette. Parce que la

résurrection sera universelle,

hommes bons
ment,
et dire
:

et

méchants, vertueux
dont

impies,

vous auriez pu conclure contre l'équité du jugeQu'est-ce? Moi
,

la vie

fut dé-

vorée par le travail, par
je ressuscite
,

la Iribulation,

par

la

misère,

et

avec moi ressuscitent en

même
qui ne

temps

et le païen, et le Juif, et l'infidèle
,

connut pas Jésus-Christ
L'Apôtre prévient

et l'impie qui l'outragea!

l'objection

par ces autres pa-

SA1^'T

JEAN CHRVSOSTOME.

276
vêtus
et i.Cor.
v.

rôles

:

Si

toutefois

nous sommes

troui'és

non pas nus. Vous rn'arréiez pour

me demander
Pag.SA'ï.

comment,
lité,

revêtus d'imraorlaîlié et d'incorruptibi-

nous pourrons être trouve's nus. Cette nudité',
à cire privé

dont parle l'Âpôtrc, consiste
et des titres qui

de gloire

nous rendent recommandables aui.coi.xv. 53.

près de Dieu. Le pécheur ressuscitera dans l'incorruptibilité et l'immortalité
;

mais pour

lui cet

avan-

tage

même

ne sera qu'un instrument de vengeance
des supplices qui l'attendent. Son corps
^

et l'alimenl

ressuscitera incorruptible

pour biuler éternelleil

ment, parce que

le feu

auquel
il

sera

condamné ne
un corps de

pourra s'éteindre jamais;

lui faut

nature à n'être pas consumé. L'essentiel pour nous
n'est

donc pas de ressusciter,

et

d'acquérir en res-

suscitant le vêtement d'immortalité, mais de n'être

pas trouvés nus
tifuent. Aussi
,

,

afin

de n'être pas exposés au cbâ-

après avoir dit que ce qu'il y a en
la la

nous de mortel sera absorbé par

vie,

il

ajoute,
:

ji,

cor_

v.

/,.

pour confirmer encore

la

Foi

de

résurrection

Dieu nous afaits pour cet
s'il

état d'immortalité.

Comme

/^/,/.5

disoit

:

Le

dessein de Dieu, en créant

l'homme,
se soit

ne

fut pas qu'il

mourût, mais

qu'il se dirigeât vers
la

l'incorruptibilité.

En permettant que

mort

introduite dans le

monde, il nous l'a donnée comme un châtiment propre à nous corriger, et à nous ramener à l'immortalité. L'intention de Dieu, à cet
égard
,

s'est

manifestée dès b^s commencements.
18.

276
Car
si

SAllNT

JEAN GHUÏSOSTÔMK.
n'eût pas voulu nous ouvrir les
il

dès lors

il

portes de l'inimoitalité,

n'eût pas laissé l'inno,

cent, le juste Abel,

si

agréable à ses yeux

périr de
lus-

La mort dont

il

fut victime. Mais, afin

que nous
vers

sions ]>ien convaincus

que

Jious

marchons

une

autre vie, qu'il existe pour les justes un autre ordre

de choses où

ils

recevront les couronnes et les réil

compenses qui leur sont réservées,
le

a permis

que

premier juste quittât

la

terre sans y avoir reçu la

récompense de

ses travaux, afin

que

la

voix élo-

quente de sou sang^ répandu parle crime, nous
criât
:

11

y

a donc, après cette vie,

une récompense

à prétendre.

Que
nous

s'il

vous

falJoit

encore d'autres preuves, et
la

des gages sensibles de
les

résurrection à venir, Dieu
les grâces

donne avec abondance, par
de l'Apôtre

de

son Esprit qu'il nous
C'est encore la pensée
jiiJ. j.

communique avec
,

largesse.
il

quand
,

ajoute:
es-

Il jious a donné pour arrhes son

..'Jspfit

non des

pèces d'or et d'argent, mais son propre Esprit. Ce

que
que

l'on appelle

arrhes,
à

c'est,

dans
la

les

marchés

dont on convient^, un
l'on s'est

-compte sur
payer
,

somme entière

,

engagé

à

et

qui, par

se
l'a-

trouve garantie; de

même, en

vous donnant à
,

vance

les

arrhes de son Esprit Saint
reste.

Dieu vous
Quoi
les
!

ré-

pond de l'acquittement du
vie, les

vous le
la

voyez durant sa vie mortelle, rappeler

morts à

malades à

la santé,

chasser les

Démons,

SAIKT JKAN CFÎUYSOSTOME.
cîélier

27sa divine pag. 436.

les

chaînes de

la

mort, signaler

tor.te-puissaiice

dans une chair fragile

et sujette à la

mort;
il

et

vous douteriez qu'aujourd'hui triomphant,
les

soit

devenu incapahle d'opérer

mêmes

pro-

diges? Vous

me

direz

:

Nous ne voyons plus aujour-

d'hui ces miracles; le temps n'est plus où les disciples de Jésus-Christ en opéroient de semblables
?

Qu'importe, vous répondrai-je,

les

temps d'autrefois,

ou
les

le

temps où nous sommes? Peut-on douter que
les effets attestés sous est

Apôtres n'aient exercé cette puissance, quan(!
nos yeux par

nous en voyons
la foi

de l'univers, qui

venu tout entier se rendre
et gro.ssiers
.'

à la parole

d'hommes simples

Eût-il

été possible, sans miracles,

que de misérables pé-

cheurs, sans lettres, sans crédit, triomphassent,

comme

ils

l'ont lait,

du monde entier? Mais encore,

t'ies-vous

l'Esprit Saint
et

donc vous-même si dépourvus des dons de que vous n'en ayez aussi votre part^
,

même de plus

importants, de plus admirables que

ceux-là? Car enfin, ressusciter un corps sans vie,
est-ce
la

donc quelque chose de plus que d'arracher
étoit la proie.

à

mort du péché l'âme qui en
miracle qu'opère
le

Et

tel

est le

baptême. Soulager

les in-

firmités corporelles, rendre la vue à
est-ce

quelque chose de plus

un aveugle, que de guérir les mala

ladies spirituelles, et

de porter

lumière au fond

des âmes ensevelies dans les ténèbres? Si nous ne les
avions point reçues ces arrhes de l'Esprit Saint ^
il

,

'2jS

SAIJST

JEAN CHU YSOSTÔME.
iji

n'y auroil aujourd'Iiui pour nous

Ijapleme, ni
,

leinission des péchés, ni justice, ni sauctificalion
ni sacerdoce;

nous n'aurions point été élevés à
,

l'a-

doplion d'enfants de Dieu
point aux mystères.

nous

no.

participerions

Combien

n'avons -nous donc

pas de ^ages arluels des promesses futures, puisque

nous somnïes déjà pourvus des arrhes de

l'Esprit-

Saint, et que dès maintenant yoqs pouvez ressusciter les
ï. iBened.
i^ag.ftjS.

âmes,

les éclairer et les purifier (*).
;

Saint Paul écrivoit
^^^^^^

Quand fe
,

de^Tois répandre

sang sur

la

victime et

le sacrijice

de votre foi

je m'en réjouirois en
1 liii.

moi-même
et

et

vous dewjiez
dites-vous, ô

II.

i".

^W5s/ vous en réjouir ayec moi.

One

Pau!

?

vous mourez

,

vous vovdez que l'on s'en
est

réjouisse avec vous!

Qu'est-ce donc qui vous
,

arrivé? Je ne

meurs pas
vie.

répond-il

,

mais

je passe à
ils

une meilleure
quent

Comme les magistrats, quand

prennent possession de leurs charges, en communila

nouvelle afin que l'on s'associe à leur
l'Apôtre allant à
la

joie

,

de

même

mort veut que

l'on s'en

réjouisse avec lui. Car, qu'est-ce

que
la

la

mort? un

repos, la fin des travaux de la vie
ses épreuves, le prix et la

,

récompense de
ses combats.
cris et

couronne de
les

Autrefois on accompagnoit

morts avec des

des lamentations; aujourd'hui c'est avec des psau-

mes

et des cantiques.

Jacob

est pleuré"

durant qua-

^*)

De

resurrect.

,

Morel, Opine,

toni. v

,

pag. 44

'

— 447-

SAINT
rante jours
,

JlvAIN

CliUYSOSTÔMH.
;

279
me'riloit

Moïse Je

même

alors

la

mort

ce

nom.

Il n'en est plus ainsi à présent.

Nous
est-il

faisons

retentir les chants,

les prières
joie.

et les cantiques,

toutes expressions de
joie
,

Quelqiiim

dans

la

j.ic. v.

iq.

ijilH chante des

psaumes,

dit saint Jacques.

Nous chantons aux obsèques des morts des cantiques
qui nous animent à ne point craindre
tre
,

la

mort. RenPs. cxiv. 7.

6

mon âme, dans
le la

ion repos, dit le psalmiste,
t'a

parce que

Seigneur

comblée de biens. Voyez,

vous que

mort

est

un

repos

qu'elle est

un bien
de

;

celui qui entre dans ce repos, se reposant

ses

œuvres^

comme Dieu

se reposa des siennes (*)?

Nous
que

l'ous le disons

au nom du Seigneur. Parce
et d'extraor-

t. x£ Beiud.
^'^'

c'est

quelque chose de nouveau

^'^'

dinaire, l'Apôtre
respectable des

donne

à ce qu'il va dire la plus
:

autorités

Nous tous

disons «?/

i,

Thess.

i>.

nom du

Seigneur, c'est-à-dire, ce n'est pas

nous qui
l'a
ihid.

parlons, mais Jésus-Christ lui-même qui nou;;
enseigné. Quoi

donc? que nous qui crojons que

14.

Jésus-Christ est mort et ressuscité , aussi nous devons croire que Dieu fera venir avec Jésus ceux

qui sont morts en

lui.

11

dit ailleurs

que

la

résuri.Cmwv.^?..

rection universelle se fera en
clin d'œil
,

un moment, en un
facilité agira

pour exprimer avec quelle
des

la divine toute -puissance. S'il est

hommes
,

qui

tia;;

474.

(,*)

De SS. Bernice
,

et

Prosdocc, maityiih

.

,

Morel

Opusc, lom.

i

,

pag. 5f)2

563.

.

28o

-

SAIWT JEAN CHU YSOSTOMl-

n'y croient pas, c'est qu'ils ignorent ce que c'est que
J)ieu.

Lui en
(lu

coûiera-t-il plus
qu'il

pour

faire .sortir les

morts

tombeau,

ne

lui

en avoit coûté pour
cet
les

créer de rien tout l'univers? Mais, dit- on,

homme

qui, dans un naufrage, englouti par
la

abîmes de

tres qui l'habitent,
ties

mer, y fut mis en pièces parles monscomment reprend ra-t-il les par-

diverses de sa chair dévorée par des poissons
,

qui s'étoient partagé leur proie

et étoient allés

eux-mêmes mourir dans des plages

lointaines?

Comra-

ment

cette poussière dispersée,
,

mêlée

à tant d'au-

tres poussières

se rassemblera-t-elle
et

pour

se

nimer de nouveau
i.Cor.xv.36. la

reprendre sa première forme?

Saint Paul va vous répondre. La vie naît

du

sein de

corruption et de

la

mort.

Ce que vous semez,
,

dit-il,
il

ne

reçoit point l'existence

si

premièrement

ne

/7/ew/'f.Cefiguier, cette vigjie^ qui étalent sous
la

vos yeux
la terre

pompe de

leur feuillage, poussent dans
et

de profondes racines,

vous charmeront

par l'abondance et l'agrément de leurs fruits, quel
la-. 475.

en a été

le

commencement: un bourgeon imperil

ceptible, jeté clans la terre où

s'est

pourri

:

au-

trement ce bel arbre que vous admirez seroit encore
à naître.

Rendez-moi raison de ce phénomène. Au-

tour de vous, dans vous-même, tout change, tout

prend des formes

diverses.

La

vie

de l'homme
et

n'est

qu'une succession continuelle de morts
naissances.

de

re-

est allé le

premier âge delà vie?

SUNï JUAN
D'où
iait-il

CIIRYSOSTÔME-

28»

est

venu

celui qui la
,

termine?

Comment
donne
à

se

que ce

viciilard

incapable de se rajeunir
et

soi-

même, engendre un jeune enfant,
auiic ce qu'il ne peut se qu'a établi l'auteur de
ainsi
:

un

la

donner? Tel est l'ordre nature. Dieu l'a voulu

ne cherchez point d'autre cause. Votre raison

e'choue à chaque pas contre les plus simples m3'^stèrcs de la nature, et elleprétendroit vouloir pcne'trer
le secret

de Dieu

(*)
:

!

Ne me

dites pas

Comment

le

corps peut-il res-

t.

ur.ened.

susciter et devenir incorruptible?

Quand

c'est

la p^S-4^j.

divine toute-puissance qui opère, le mo\.
rst

eomment

de trop. Mais vous-mêmes
dans

,

ne faites-vous pas de

tous les jours des re'surrections, soit dans les plantes^
soit

dans

les arts

,

soit

les

proce'dés

la

chimie. Les semences que vous jetez dans
n'y germeroient pas
s'y
si elles

la terre

ne commençoient par
n'est qu'au

corrompre
les

et

y pourrir. Ce
et

moment

où vous

voyez s'altérer

se dissoudre, que vous
;

concevez l'assurance de les voir renaître

autrement
la

vous croiriez vos semences perdues. Dites

même
le

chose de votre chair; voyez dans sa corruption

présage de sa résurrection. Ce n'est pas elle qui se

(*)

Hom.

VII in

i

ad

Tliessal.

,

Morel,

A'oi>.

Testam.

,

tom

vi

,

p.

3i8

— 32
dans
(1c

2. (Resserré.)

Preuves physiques de
la
vi,

la

future résurrection des corps
(

les

phénomènes journaliers de
de Dieu, 3e part.
,

nature.

Nieuwentit

,

Traité de
le

l'existence

,

chap.

pag.
,

436

et suiv.)

Voy.

tom.

xu

cette Bibliothèque

pag.

894

et suiv.

article

Immortalité de l'amc.

382
(léuuii
;

SAINT JEAN CHRYSOSTOME.
la

mort ne

lait

quo

la

dépouiller de

la

cor-

ruption. Cette

<^lèl)C

informe, ce sable grossier (juc

vous jetez dans
verre brillant.

la

lournaise va

s^ changer en un
allumé par vos
le leroit

Ce qu'opère

le feu

mains,

la

grâce du Dieu tout-puissant ne

pas! Elle ne leroit pas des choses plus dilliciles enPa-j.

435.

core

!

Mais comment vous

a-t-elle

donné ce
laire

même

corps? Comment fûtes-vous créé? D'un peu de terre.

Lequel

éloit plus difficile,
la

ou de

avec ce peu

de terre de
admirable

chair, des veines, des os, des carti,

lages, des yeux

des pieds, des mains

,

et tout cet

tissu qui

enveloppe

la

structure de votre

corps, que de rendre après incorruptible ce qu'il
avoit fait d'abord sujet à la corruption? Je parle de

nos corps; mais
a-t-il

je

vous

le

demande, quelle matière
fort supérieures à

employée pour donner l'existence à ces peuples
si

d'Anges, d'Esprits célestes,

toutes les créations mortelles? aucune.
les a-t-il laits? je n'en sais rien
;

Comment

ce que
le

je sais^ c'est

qu'il lui a suffi

de

le vouloir.
^

Et

Dieu qui de rien

a fait quelque chose

ne pourroit pas de ce quelque

chose

faire

une œuvre plus excellente? Le Dieu qui
corps de l'homme, et
porter à une

a créé les puissances incorporelles, ne pourroit re-

nouveler

le

le

plus haute perfection?
Si la chair ne doit pas ressusciter,
il

n'y a plus

pour l'homme de résurrection. Car, qu'est-ce que

rhomme?Un

composé d'âme

et

de corps. Ce

n'est

,

SAINT JEAW CHRYSOSTÔME.
point l'àme seule qui constilue
,

2b3

l'homme mais l'âme
est

unie au corps. Si l'àme seule
rection
,

appelée à

la résur-

ce n'est qu'une moitié de

l'homme qui

res-

suscite et

non l'homme

entier. Mais

on ne peut dire

que l'âme doive
appartient à
la

ressusciter, puisque la résurrection

partie qui s'est dissoute; or, ce n'est
(*).
,

point l'âme, c'est le corps

Tant que nous sommes dans ce corps nous souT u4 A puons, dit 1 Apôtre, sous sa pesanteur, désirant, non
j
'

t. h Bcned. Pag. 43 1.

pas d'en
dessus
:
:

être dépoudlés

,

jnais d'être rei'êtus

parn.cor. \.i.

Superindui desiderantes.

Que veut

dire ce

mol Etre revêtus par-dessus P C'est< à-dire ajouter un vêtement nouveau à celui que l'on a déjà. Ce
n'est

donc point, dans

la

pensée de saint Paul

,

le

vêtement de notre chair dont nous souhaitons d'être
dépouillés, mais nous ne

demandons

qu'à être revêtus

d'un autre habillement. Nous demandons à déposer,

non pas notre
la

chair, mais la corruption;

non pas

le

corps, mais la mort. Autre est le corps, autre est

mort. Corps et corruption sont deux choses hien

différentes.

Le corps

est corruptible;

mais

il

n'est pas
la corl'a

la corruption.

Le corps est l'ouvrage de Dieu;
la

ruption, c'est
laite.

mort introduite par

le

péché qui

Et

c'est là ce

dontl'Apôtre souhaite être délivré.

C'est ce qu'il y a d'étranger,

non pas ce qui
la

lui est

propre

;

et ce

qui est étranger, c'est

corruption

C) De lesurrcct., Moiel, Opine.

,

loiu. v

,

pai;.

44^, 444>

2

8|

SAINT JEAN CHRYSOSTOME.
le corps
:

non

]\'ous désirons,

non d'être dépouillés,

privés de notre chair, mais recevoir par-dessus elle

wi autre
la

^t'étement. hc

corps est intermédiaire entre

corrMption et rincorniptibililé. C'est donc de sa
,

corruption qu'il se dépouille
ruptibilitc.
Il

pour

revêtir l'incoret ac-

dépose ce qu'il tient du péché,

quiert ce (|ue lui promet la grâce divine. Aussi
//jiJ.

4,

l'Apôtre ajoute-t-il

:

y(/in

que ce qu'il j a de mortel
le

en nous "

soit

absorbé parla rde. Les soupirs de saint
corps, mais pour
la

Paul ne sont donc pas pour

corruption qui est venue par-dessus. Le corps est

un poids fâcheux

incommode, si vous voulez, mais non par lui-même il ne l'est que par la moret
;

talité qui lui est est accessoire. Telle est sa noblesse

(ju'elle se

manifeste au sein

même

de

la

corruption.

L'ombre seule des Apôtres chassoit des puissances
incorporelles; leur cendre et leur poussière^ les

simples vêtements

(jui

avoient louché leurs corps,

dissipoient les infirmités et rendoient la santé

aux

malades.

Ne nous

parlez donc plus des imperfec-

tions de la chair, des disgrâces qui l'affligent.
cela n'est qu'accidentel,

Tout

que

le

produit d'une dé-

gradation survenue postérieurement à sa formation.

Pour Tnieus connoître ce
mirable mécanisme.
Ta-, tiî.

qu'il est

,

étudiez-en l'ad-

Toutefois, avec cette dégradation
a plus

gagné que perdu
les saints

à la corruptibilité

même, l'homme du corps.

Voyez

qui, vivant dans leur corps, ont

, ,

SAINT JEAN CHKYSOSTÙME.

285

mené une vie
Nullement...

aiigélique

:

ce lourd fardeau les a-l-il
le

empêchés de courir dans

chemin de

la

vertu?

Point de motif plus propre

a.

nous élever au-dessus
la vie

P^g a^s.

des combats et des traverses de

présente que

l'espérance de la résurrection et de l'immortalité.
C'est là particulièrement celui

que

saint Paul prcles soutenir

sentoit

aux

fidèles

de son temps, pour

dans

la

persécution. Avant de leur en exposer les
,

met sous les yeux ses souffrances personnelles Nous sommes, \enx: àisoil-W pressés par toutes sortes cC afflictions mais nous n'en sommes pas accablés ; nous sommes iîivestis de difficultés inpreuves
il

leur
:

,

n.cor.iv.8.

,

surmontables , mais nous ne succombons point

;

nous

sommes persécutés, mais non abandonnés; nous sommes abattus mais non entièrement perdus. Ta,

Lleau fidèle de ces morts journalières auxquelles
étoient alors exposés les chrétiens qui
,

comme
dire

des
i4-i6.

cadavres animés,

étoient

pour
,

ainsi

livrés/-^/'/.

chaque jour

à la mort.

Mais

ajoute-t-il, nous
le

crojons que celui qui a ressuscité

Seigneur Jésus

nous ressuscitera nous-inêmes par la grâce de Jésus
et

nous fera comparoitre avec vous en sa présence.
nous ne perdons point courage. Sou-

V^oila pourquoi

tenus que nous

sommes

et consolés

dans nos combats,
.

surtout par l'espérance des biens futurs

\)e c^o'i se

met-il en peine? Parce qu'il ne se contente pas

d'exhorter les autres à bien

faire,

il

en donne

2-86

SA[NT JEAN CHRYSOîïTÔME.
:

l'exemple
tifie
ii.Cor.iv.i6.

Nous ne perdons point
donne
:

courage.

Il

iden-

tous lesaulres aycclui-niéme, afin de les exciter
le;;

par

éloges qu^il leur

Mais quoique dans

nous, poursuit-il, l'homme extérieur se détruise,

cependant l'homme intérieur se renouvelle de jour en
jour.

L'homme
j

extérieur, c'est le corps:

l'homme

inlérieur, c'est l'âme. C'est-à-dire '.Avant

même

la

résurreclion

vos travaux
:

,

même ici-bas

,

ne restent

pas sans récompense

comment? d'abord, parce
imprime
l'élève au-dessus

que

l'affliclion

même

aguerrit l'âme, lui

une

force et

une vigueur nouvelle,

des passions, au-dessus des dangers, l'altache plus
étroitement
Jôicl.iT.
i\

ses devoirs; parce qu'en

second lieu,
:

toujours bornée à court espace de

la vie

jElle pro-

duit en nous le poids éternel d'une souveraine et in-

comparable gloire
choses visibles
,

,

si

nous ne considérons point
les invisibles
,

les

mais

,

parce que

les

choses iHsibles sont passagères
éternelles.

mais

les invisibles

Que

vous soyez en bjitte aux outraj^es,

aux persécutions, envisagez ces couronnes immortelles, ces

réconjpenses qui n'admettent nulle com-

paraison avec les afflictions de la vie présente
Piig.',2i).

Vous

m'allez dire

:

Ces

afflictions,
les

nous

les res-

sentons actuellement; mais

récompenses ne sont
le.s

qu'en espérances

;

les

premières sont visibles,
dites-vous
,

autres ne le sont pas.
bles

— Que

?

Tout

invisi-

que sont

les

récompenses

elles sont

bien plus

manifestes que les afflictions elles-mêmes; car celles-

SAIiNT
ci

JEAN CHRYSOSTOME.

287

passent, les autres ne passeront jamais. Quelques

exemples vous rendront
lière.

ma

proposition plus fami-

Dans

le

monde, on ne se porteroit pas aisément
si

à certaines entreprises périlleuses,

l'on n'envisa-

oeoit pas ce qui
à la vue.

échappe plutôt que ce qui

se

montre

Le commerça ut supporte beaucoup de souflots
,

lèvements de

beaucoup de tempêtes, de nauà faire quelque profit.
Il

frages; ce n'est qu'après avoir essuyé bien des ha-

sards qu'il

commence

Les

gains ne viennent qu'après les dangers.
le port

n'a quitté

que pour voir

cette vaste
il

étendue des mers,

grosse de tempêtes; le gain,
n'existe

ne peut

le voir,

il

qu'en espérance.

S'il

ne dirigeoit point ses
,

regards sur ces produits qui n'existent pas encore
et

ne sont qu'en perspective,
flots qu'il a
,

il

ne

se hasarderoit

pas à braver ces

sous les yeux. Dites la
diverses professions

même
de

chose

du laboureur des
les

la vie


de

épreuves

et les
;

travaux marchent

toujours avant les récompenses
le risque

souvent même avec
!

les avoir

attendus vainement. Hélas
les

au

moment même de

acquérir^ elles échappent
si

bien souvent. Cette moisson qui avoit coûté de

laborieuses fatigues, elle est tout à coup dévorée par

mille accidents divers. Tel vaisseau qui touchoit

au port, chargé des plus riches marchandises
arrive

,

n'y

que pour

s'y briser.
la

Mais

la

récompense proDieu ne
l'air, ni

mise aux travaux de

piété chrétienne,

l'abandonne point ni aux intempéries de

288

SAINT jl:an ciirysostome.
vciils;
il

aux violences des

l'a

déposée dans
les

le ciel,

dans des Irésors qui ne craij^nent poinl

Pac;.

attaques


4(h).

,

des voleurs

(*).

Ecoulez mèrcs , épouses dont

les violentes

dou-

I.

Tliess. IV,

leurs aiment à s'exhaler par des transports et des

'^'

lamentations, écoutez saint Paul qui vous crie
tant en font les païens.
si

:

Auvous
pas

Pourquoi ces eniportcmenls,
,

vous croyez à

la

résurrection des moris

si

croyez que cet objet de vos aûTeclions
anéanti, mais qu'il dort pour se réveiller

n'est

un jour? Vous nous alléguez que c'étoit l'appui de votre maison mais cet enfant mort au berceau, quel service
,

pouvoit-il vous Fendre? à quoi sert

donc de

tant dé',

déplorer sa perte?

Du moins

j'en avois l'espérance
;

désormais

me
,

voilà seule
la vie

au monde

sans époux

sans enfants

m'est insupportable.
,

— Vous
,

,

crovez donc qu'un époux

qu'un enfant
intérêts

sauront

mieux défendre

et servir vos

que Dieu

même? Où
Dieu vous
teur
Exod.s.
5.

est votre foi? C'est

pour cela

même que
cœur

l'a

enlevé;

il

voyoit au fond de votre

cet attachement qui préféroit la créature au Créa;

il

vous en a punie

:

il

ne s'appelle pas vaine-

ment

le

mesure,

Dieu jaloux; parce qu'il nous aime sans il veut être aimé sans partage. Dieu vous

rappelle malgré

vous-même

à

l'amour que vous lui

devez, en brisant les obstacles qui vous séparoient
Ofiisc, tom.

(*)

De

résurrection.

,

Morel

,

v,

pag.

435

iSej.

SAINT JEAN CHRYSOSTÔMli;.
d(; lui.

289
:

Cet époux

,

ce

fils

,

ils

ctoicnt votre souticu

mais qui vous
qui vous
faite à

les

avoit

donnes? De qui, vous-

m(?me, avez-vous reçu l'existence? Quoi donc, celui

âme

du néant, qui vous donna une son image, qui vous appela à la coua tiré

noissance de son étre^ qui n'a pas épargné pour vous

son propre fds

,

veilleroit

moins

à vos intérêts cju'un

liomme
fait

qMi n'étoitpas^ après tout, d'une aiUrc nala

ture que

vôtre? Quel bien cet

homme

vous

a-t-il

que vous puissiez comparer aux
,

bienfaits

que
at-

vous avez reçus de Dieu

et à tous

ceux que vous

tendez encore de sa main libérale? Vous regrettez,
j)Our ce fds, la brillante perspective qui s'ouvroil à

vos espérances. Représentez-vous-le dans le ciel

,

marchant

à la suite,

du Roi des
Modérez

rois,

non d'un prince mortel mais revêtu, non d'étoffes périssables,
,
,

mais d'une immortelle gloire

etc

(*).

cette douleur dont l'excès

ne sied pas

à j.

i

p,ene-i.

un

chrétien. Louez, bénissez le Seigneur qui

*'^'^'•'^^•

}'a

rappelé dans son sein. Parla, vous ne céderez point

en magnanimité
de son
dre du

à

Abraham. Ce

saint patriarche

obéit à la voix de Dieu qui lui demandoit le sacrifice
fils
:

vous l'imiterez

,

en vous résignant

à l'or,

même

Dieu qui vous redemande
à

le vôtre

et

vous aurez droit

une égale récompense.

[*)

Uom.

VII in

i

ad

Thessal.

,

Mor.

,

Nov. Test., tom.
^

vi

,

pag.

3i2

3i6. (Resserre.)

16.

ly

,

2<)()

SAINT JEAN

CilM

YSOSÏOME.
le

Mais oncoro, m'allez-vous dire,
pas pleurer celui de
plus sortir
le
la

moyen de ne
je n'eiiiendrai

bouche de qui

doux nom de père?
vous en

L'avez- vous don<;

})erdu ? est-ce qu'il n'existe plus pour vous?

Détrom-

pez-vous

,

la possession
,

est

plus assurée

que jamais. Non

vous n'êtes point dépouillé de ce
le voilà

doux nom de père; au contraire,
bien plus inaliénable.

devenu

Ce

n'est plus

une bouche

mortelle qui vous le donnera ce doux

nom

de père

,

mais une bouche que
au silence. Parce

la

mort ne peut plus réduire
vous

qu'il n'est plus à vos cotés, qu'il soit

ne devez point croire
pas plus qu'il
liendroit

perdu pour vous,
le

ne

le

seroit

par l'absence où

un voyage en

lointain pays.

Votre

fils
,

,

ce

n'est pas ce cadavre gissant dans le tombeau

c'est

cette

âme

qui a pris son essor vers le
,

ciel.

Ne

voyez

plus

seulement ces yeux éteints
ce corps
glacé,

cette

bouche
oreilie

muette,
cette voix

immobile. Les sons de
à

ne retentiront plus

votre

ces

yeux

ne

se

dirigeront plus

vers vous,

ces

bras ne

s'étendront plus

pour vous embrasser
;

ces pieds n'accourront plus vers vous

mais cette

même

bouche

,

elle
;

est

destinée
,

à

un langage
ils

bien plus excellent
plus magnifiques

ces

yeux

ils

verront de bien
pieds,
s'é-

spectacles;
les

ces

lèveront par -dessus

nuées du ciel; ce corps,
,

en proie

à la corruption à

il

se revête ra
:

de l'im-

mortalité. Dites-vous

vous-même

Je reverrai

1

SAINT JEAN CHKYSOSTOME.

29
riches

mon

fils,

je le reverrai au sein des jilus

trésors...

Vous

faut-il

un exemple^ bien propre en
ne vit point mourir son
etoit
fils

effet à

l'ag,

769.

ranimer votre courage? Rappelez-vous
d'i\braliani.
est vrai
;

le sacrifice

Il

Isaac,

il

Oen.xxu.

mais ce qui
:

bien plus pénible, bien
son père, qui rece-

plus douloureux
voil l'ordre

c'éîoit lui,

de l'immoler,

lui

qui devoit être fexë-

cuteur

du

sacrifice; et

pourtant vous ne l'entendez

point se répandre en
» vez-vous Tait
»

murmures.
fils? 11 valoit

«

Pourquoi m'a-

père? Etoil-ce pour

me

rendre

le

meurtrier de

mon

mieux ne pas

me
me

Pag. 770.

» le

donner

,

que de

me l'enlever
le

par un semblable

» sacrifice. »

Youliez-vous

prendre? Pourquoi

commander de

l'ëgorger de

ma main

,

de souiller

»

mon

bras de son sang? \ous vous engagiez à rem-

» plir l'univers
»

de

ma
fois

postérité par ce

même

fils

:

La racine une

coupée,
tils

quels fruits l'arbre
les
,

» peut-il
» fanis

donner? Mon

immolé, où sont

enen-

qui m'éloient promis? Qui jamais a vu
?

» »

tendu rien de pareil

N'étoit-ce pas plutôt abuser
sait

de

ma

crédulité? »

Abraham ne

qu'obéir

;

il

ne demande pas

même
11

au Seigneur pourquoi ce
:

comniandemcnl?

lui a été dit

Prenez voire fils
y

Vers. 2,

unique , qui vous est cher , Isaac

et conduisez-le

sur une des montagnes que je vous indiquerai. Aussitôt
il

se

ce que

la

met en devoir de l'exécuter, résigné à volonté du Seigneur lui imposeroil.
19-

tout
île-

292

SAINT JEAN CMUYSOSTÔMC.
siluatioii

iracez-voiis Ja

de ce père, s'cntrèlenant

avec son Dis, loin de tout regard clranger, dans
\\n

moment où

le

cœur

,

profondement ému

,

coa;

licnt difficilement les transports qui l'animent

el

cela

durant une longue suite de jours. Qu'à l'instant
il

même

eût satislait à l'ordre qui lui etoit donné

,

le sacrifice étoit

héioïque

;

mais attendre plusieurs

jours, méditer à loisir l'exécution qui s'apprête,
sans témoigner aucune fbiblesse
être
:

voilà ce qui paroît

au-dessus des forces de

la

nature. Dieu
la

,

eu

prolongeant ses épreuves, ménageoit à
son athlète

vertu de

un combat
lui
!

plus laborieux

,

et le vouloit
,

donner en spectacle
ont à lutter connue

à tous les pères affligés

qui

contre les violentes impres-

sions de la nature. Oli

comment

ex[)rimer

un

aussi

admirable courage? Abraham coiiduit lui-même ce
cher Isaac,
le
il

le

garrotte de ses mains,'il l'étend sur
le glaive,, et s'apprête à le

bûcher, lève
la

frapper.
il

Je m'arrête;
a

parole expire sur

mes

lèvres;

n'y

que ce cœur aussi violemment percé qui puisse

rendre ce qu'il avoit à souffrir.
ne
s'esl-elle pas -desséchée
,

Comment
ne
l'aspect

sa

main
pas
fils,

et le sang

s'est-il

glacé dans ses veines?
si

Gomment
n'a-t-elle

de ce

tendrement aimé
le

,

pas

désarmé son

bras? Mais

dévoûment

d'Isaac n'est pas

moins
té-

admirable. La
moi:ineà
la

même

soumission qu'Abrabam
fils la

volonté duSeianeur, le
père.

manifeste
interrogé

envers son

Abraham

n'avoit pas

,

SAINT JEAN CHRÏSOSTOME.

29,')

Dieu sur

ses desseins

;

Isaac
,

ne ck'iuamîe point
courbe docilement

à

Abraham compte des
tèie sons le
la fois

siens

il

sa

bras paternel.

Le même homme esta
;

père et sacrificateur

le

même

auiel voit la

victime mourir et renaître. L'holocauste n'aura rien

de sanglant;
i^nation
qu'il

il

ne

se

consomme que dans

la rési-

des deux patriarches. Dieu ne permit pas
la vie d'Isaac
;

en coûtât
il

mais, par l'obéissance

d'Abraham,
futurs
,

vouîoit apprendre à tous les siècles

avec quelle soumission nous devons être
s'il

disposés à lui sacrifier tout,

le

faut,

cnlants

biens, les affections les plus natu-relles^ et jusqu'à
la vie

elle-même

(*).
i-_

Vous avez
nient

|)eine à croire à la résurrection future.
la

^ BeaeeJ
147^.

Reportez-vous à

création, et vous concevrez aisé-

^'^S-

la possibilité

de ce merveilleux changement,
,

d'un état de mort à une vie nouvelle

par

le

miracle

la Toute-Puissance, qui fit passer en un moment toutes les cJioses créées du néant à l'existence. A commencer par l'homme, comment Dieu s'y prit-

de

il

?

D'un peu de terre
a fait

,

pétrie par ses divines mains,
,

il

l'homme. Cette terre elle-même
,

qui

la

veille n'existoit pas

comment
les

a-i-elle été
,

produite?

Ces familles innombral)les d'animaux
à

venus tout
les

coup

l'habiter

,

où étoient

mères qui

eussent

{*)

De

dormientih.
(ie

,

Morcl, Opusc,
,

loin,
?,

v, pag. 385,

38tt.

Voyez

le

tom, SI

cette iiihiioiltcqtui

pag. 21

et siiiv.

2()4

SAINT JEAN CHRYSOSTÔME.
;

portées dans leurs flancs

les

arbres et les plantes

,

dont

elle

se

trouve enrichie, quelles pluies en
les

avoient auparavant féconde

«pennes? Ktoit-ce
fait

la

science de l'agriculture qui les avoit
les

naître,

ou qui

eût développés? Dans ce passage subit du néant
l'être,

à

Dieu vous
La création

a

donné l'image anticipée de
prophétie de
la

l'avenir.

fut la

résurrecil

tion. S'il étoit

permis de douter de l'une,

y aufaire

roit bien plus lieu aisé

de contester

l'autre. Il est plus

de rallumer un flambeau éteint, que de

paroître la lumière

quand

il

n'y a pas de flambeau;
^

de relever

les ruines

d'une maison

que de

la bâtir.

Pour
pour

la
la

réparer^ vous avez du moins des matériaux;

construire, vous n'aviez rien. Dieu a voulu
ce qu'il y avoit de plus difficile ne vous en coûtât point à croire ce qui
,

commencer par
afin qu'il
l'étoit

moins.
,

Quand

je

me sers

de cette expression,
à

difficile
il

je n'en parle

que par rapport

nous. Peut-

r.i'MiS.

y avoir rien de difficile à la divine toute-puissance? Dieu pouvoit s'il l'eût voulu créer des mil,
,

liers
le

de mondes
;

,

avec autant de
l'artiste

lacililé qu'il a

créé

nôtre

comme

capable de faire

un porce

trait,

en peut

faire cent autres.
;

Encore

faut-il à

dernier le temps nécessaire
point de temps
cuter.
dirai
:

mais Dieu ne connoît

il

lui suffit

de vouloir pour exéla terre, je

Ce que
ciel
,

je
et

vous disois de

vous

le

du

des corps lumineux que vous voyez

suspendus

à sa voûte. A.vant qu'ils

ne fussent créés,

SAINT JKAK CHUYSOSTOMIZ.
ils

2C)0
sortis?

eloieni dans le néant.

Comment, en sonl-ils
ont-ils été

Comment
siècles?

existent-ils sans altération depuis tant de

Sur quelles bases

appuyés? Ren;

dez-moi compte de ces phénomènes

et

s'il

vous est
l'in-

impossibhe de l'expliquer; concevez quelle est
iinie toute-puissance

du Dieu dont vous admirez
pouvoir comprendre.

les merveilles sans les

Vous
gement

n'avez pas

même besoin de
la

remonter

si

haut

et si loin
:

pour trouver

preuve de ce futur chan-

ce qui se passe sous nos

yeux peut

suffire

pour imprimer à votre imagination un essor qui
l'élève jusqu'à cette glorieuse

transformation pro-

mise à nos corps. Par exemple, transportez-vous

dans

l'atelier

du

potier,
le

du fondeur, de
la

l'artisan

qui nous donne ou
porte.

verre ou

pourpre, n'im-

Vous verrez
,

sortir des

mains du potier un
transparent sub-

vase neuf

à la place

d'un autre manqué ou mutilé;
cristal

de

celles

du tondeur, un

stitué à

du

sable; de celles

du

teinturier, la plus
vil

riche étoffe, au lieu d'un tissu
sans sortir de

et grossier, El,

nous-mêmes

:

le seul

mécanisme de

notre génération, ne nous rend-il pas sensible notre
future transmutation ? Si un peu de matière suffit pour faire l'homme, cette même matière nepourroiielle

pas

,

de

la

poussière de l'homme, se changer
,

dans un nouvel homme? Autour de nous

ce grain
,

de blé

jeté

au sein de
il

la

terre où

il

va pourrir

que de changements

va subir avant d'être sub-

2f)()

SAINT JEAN CHKYSOSTOME.

.slancc nourricière?

Ce

Foiblc

noyau que vous foulez
i.c

sous les pieds, prend racine,

di'veloppe dans

une

tige qui s'élève, croît, s'élance, se pariaj^e
et se

en
les

rameaux,

couvre de

fruits.

Vous voyez tous

jours ces miracles; vous les voyez sans pouvoir ni
les nier, ni

en rendre raison; vous ne cherchez pas
la

même à en approfondir
l'appelle au tribunal
la

cause

:

et

quand Dieu vous

parie de résurrection, votre curiosité s'inquiète et

de votre raison

!

Que

l'infidèle

conteste, c'est par le raisonnement que
à le

nous

cherchons
par
la

combattre

;

mais

le

chrétien, éclairé

lumière des saintes Ecritures, n'a pas besoin
S'il

d'autre témoignage.

falloit

avec

lui

soumettre
la raison

ces sorles de questions au

jugement de

humaine, qu'auroit Dieu déplus qu'un homme?
Si nous ne raisonnons plus après

que

tels et tels

hommes
îioiis

nous ont parlé,
à la

à plus forte raison
,

devons-

eu croire

parole de Dieu

et

ne point sou,

mettre à l'examen d'une hautaine curiosité

les

opérations de son ineffable sagesse. Elles sont, de
leur nature, au-dessus de tous nos raisonnements.

Dieu
(ju'il

est-il

tellement circonscrit dans ses œuvres,

est
]a

ne puisse faire rien de plus que ce qu'il nous donné de comprendre? Quoi les ouvrages de main des hommes échappent tous les jours à
!

notre foible intelligence; et nous voudrions

péî

aétcer tous les secrets d'une puissance sans bornes
i:i-.

i4y-

En doutant de

la

résurrection, quelle espérance

,

SAINT JEAN CJIKYSOSTÙMlî.

207

VOUS resteroil-il pour l'avenii? Quelle estdonc celte

prétendue sagesse, ou plutôt celte

folie réelle

de
,

ceux que nous avons
dites-vous,

à coraballre?

Comment

faire

que
,

le
et

corps mêlé à

la terre,

devenu

terre lui-même

dispersé avec elle, se reproduise
le

pour ressusciter? Vous ne
i'œii

concevez pas; mais
le

de Dieu
,

est-il
il

borné

comme

vôtre? Non.

Il

le

découvre

le voit

jusque dans sa poussière; car

tout est présent à ses regards. Ces parties qui se

confondent^ vous n'en pouvez faire
je le crois

le

discernement,

Lien

;

vous ne connoissez pas

même
n'est

ce

qui se passe au fond de votre cœur, parce que vous

ne

le

voyez pas de vos yeux

;

mais

il

rien

d'obscur- ni

de cacbé aux yeux de Dieu. Si donc,

parce que vous ne comprenez pas

comment Dieu

vous fera ressusciter, vous en concluez qu'il ne
pourra pas vous ressusciter, vous en conclurez par

même qu'il

ignore ce qui se passe dans votre cœur,
:

parce que vous n'en voyez rien

l'absurdité

de cette
la

conséquence
dissolution

seroit palpable.

Encore jusque dans

du

corps

,

resie-l-il toujours

une matière

sensible à l'œil, tandis

que

la

pensée échappe tout

entière à l'organe de la vue. Et Dieu qui la pénètre,

qui

la

distingue dans ses dernières modifications

n'apercevroit pas ce qui conserve encore des iormes

quelconques, mais toujours existantes?
roit

il

n'en sa use re-

démêler

l'alliage

étranger?

On

ne peut

fuser à l'évidence de ce raisonnement.

.2C)8

SMNT
un des

JliAJN

CHRYSOSTÔM K.

C'est

artifices

du Démon
la vérité

,

(\iî

jeter

dans

nos esprits dcsdoutcssiir

delà résurrcclion.
la

Parla,

il

réussit trop bien à

détourner de
:

pra-

tique delà venu. Plus de résurrection

plus de jutle

gement

à craindre,

plus de compte à rendre

ses actions. Les sophismes de

l'esprit prei»nent leur et les passions

source dans

les passions

du cœur;

du

cœur
prit.
l'on a

fomentent à leur tour les sophismes de

l'es-

On

ne

fut jamais incrédide,

que parce que

intérêt à l'être.

cherche à dissiper dans
frayante perspective
elle est réservée
;

Une conscience criminelle les nuages du doute, l'efà qui

du formidable jugement
la

et parce qu'elle a

renoncé aux
vertu sur
la

consolantes espérances que donne à
terre la foi

du glorieux changement qui nous
suppléer par
les

est

promis

,

elle s'efforce d'y

faux rai-

sonnements de
Mattli, XX!:.

l'incrédulité.

Que

leur répond Jé-

sus-Clirist ? f^ous êtes

dans l'erreur, ne comprenant de Dieu. Won, mes

29.

pas

les Ecritures, ni la puissance

frères,

Dieu n'auroit pas prodigué
les

comme
que

il l'a

fait

autour de nous
s'il

œuvres

-^.e

sa toute-puissance,
,

n'y avoit pas

de résurrection

et

tout dût se

terminer à
nos corps.

la dissolution et à

l'anéantissement de
celle

Une

vie aussi

bornée que

où nous

sonmies ne méritoit pas
cet admirable

qu'il

déployât sur nos têtes

firmament,

qu'il lixât la terre sous
si Il

nos pieds^ qu'il se montrât
(.les

magnifique envers
n'a fait tant

créatures d'un

moment.

de mer-

,

SAINT
veilles

JlîAIN

CHRYSOSTÔME.

209
se faire voir
S'il

pour

la vie pre'serite^

que pour
la

plus libéral encore dans une vie future.
a point, bien loin

n'y en

de

lui

devoir de

reconnois-

sance, nous devons nous plaindre de lui

comme nous
que tant de
,

ayant trompés, en nous laissant croire
merveilles avoient été faites pour nous

et

en nous

accordant bien moins qu'à des créatures inanimées.

Car

il

auroit (ait bien davantage

pour

les

cieux
les

pour

la

terre et la mer, pour les fleuves,
,

pour

animaux

dont plusieurs vivent bien plus longet

temps que Fliomme,
chaînés dans

ne sont pas

comme

lui

en-

un

cercle perpétuel de sollicitudes et
1

de chagrins. Quoi aux animaux_,
claves
!

l'homme

fait

pour commander

seroit d'une condition pire

que

ses es-

Pensée impie, qui outrage
la religion.

la raison

humaine
de celui

autant que

Oâme,

créée à l'image d'un

Dieu, connois mieux
qui
t'a

les richesses infinies

donné

l'être, et

qui se propose à
,

toi

pour mone

dèle.

En

créant l'homme
c'est

il

avoit voulu d'abord le

rendre immortel;

l'homme

seul qui

l'a

pas

voulu. Car n'éloient-ce pas pour lui des arrhes d'immortalité, de jouir

du privilège de

s'entretenir fa-

milièrement avec

la

majesté divine, d'être exempt
la

de

la

peine et du travail, de n'être assujetti ni à
soit

douleur^ ni aux infirmités,
corps? Le père de
terre la vie des
étoit

de

l'esprit, soit

du
p^^ ^^^^

la race humaine menoit sur la Anges dans le ciel l'avenir ne lui pas inconnu; une sagesse supérieure lui avoit
;

ÙOO
Ole

SAIKT JEAN CHRYSOSTOME.

donnée,

à l'n.idé

tle

laquelle

Adam

pouvoit
:

pénétrer

le secret

des œuvres dti Très-Haut

té-

moin ce prophétique

oracle sorti de sa boticlic ou

moment où, pour
pagne qui
Cen. 11.25.

la

première

fois,

il

vit

!a

com:

lui

fut

donnée pendant son sommeil
et la chair

C^{^st là l'os

de mes os ^

de

ma

chair.

Hélas!

il

ne

se conserva pas lon^-tcnq)s

dans cette
dégrad(',
la

har.lc élévation.

Adam
,

coupable fut

j)uni_,
,

condamné au

travail

aux gémissements à

mort.

A

la suite
,

de son crime, se ])récipitèrent
l'angoisse et les
lui

la

home

et l'effroi

sombres défiances. Dieu
objet d'épouvante, ce
il

lui-même devint pour

un

même Dieu avec qui
tant d'assurance.

,

auparavant,

conversoit avec

Vous vous

récriez

,

ô

mon

frère! vous rejetez sur

Adam

la
:

cause de tous vos maux.

Ne

l'accusez pas

lui seul

étes-vous moins coupable

que lui? Sinon
d'autres.

du même cime, toujours de beaucoup
Toutefois,
la

faute

d'Adam
si

a-t-elle été

pour vous un

malheur plutôt qu'un avantage? Vous auriez raison
de vous plaindre
,

Vous étiez pour toujours con,

damné

à la

mort

;

mais vous êtes immortel
l'être

et

il

ne

lient qu'à

vous de

dans une gloire où vous

brillerez d'un éclat supérieur à celui
T. xEeueJ. Pair.336.

S'il

doit V avoir

du soleil (*). une résurrection, on demande
jVor. Testam.,' \om. v
p.

:

(*)

Hom. xvn
"N'oyez

in

lad Corintli.', Morel ,;

,

177

— 180.

Diblioth. chois., loin, xr, pag. 260,

368, 4o3.

SAIJNT

JEAN CHRYSOSTOME.

001
ils ,

En

quelle manière les morts ressusciterontle

et

quel sera

corps dans lequelils reviendront F Est-ce

dans le

même

corps qu'ils sont morts,

ou dans

f[uelque autre? Double objection que l'incrédulité
a reproduite

dans tous

les

temps. Saint Paul nous ap-

prend comment nous devons y répondre. Si c'est un chrétien qui nous la présente: avec l'Apôtre, nous
lui

opposons

la

divine toute-puissance. Ainsi, dans
il

son Epitre aux Philippiens,

ne s'engage point

dans de longs raisonnements

;

Dieu agira souvetout vil
ri
^^^^'^'

rainement

:

Dieu transformera notre corps ,
de
le

»'•

^''

et abject qu'il est, afin

rendre conforme

son

corps glorieux
il peut

,

par

cette

vertu efficace par laquelle

s'assujettir toutes choses.

Parce qu'il y a, dans
,

cette miraculeuse transfiguration
}>lus

quelque chose de
résurrection elle-

surnaturel encore que
il

la

même,

donne

à l'une et à l'autre le
,

même

fon-

dement. Le pouvoir .suprême de Dieu
j)onr fixer la loi

c'en est assez
il

du

chrétien. Mais avec l'infidèle,

se croit obligé d'ajouter

au témoignage de l'Ecri-

ture des preuves nouvelles, puisées dans le raison-

nement

et

dans l'expérience Insensé que vous
:

êtes,

i-

Cor.xv.'îGi

ne vojez-i^ous pas que ce que 7'ous semez dans la terre ne reprend point de vie s'il ne meurt auparavant? Celte vérité dont
vous
la

a^ous

doutez vous-même,

justifiez,

vous

la

rendez sensible par vos

œuvres journalières.
ler insensé
,

J'ai

donc raison de vous appefaites

puisque vous ignorez ce que vous

,

a02

SAINT JEAN CJlhYSOS TOME.
les créateurs
à

incessamment. Vous êtes vous-mêmes
(l'une sorte
le

de résurrection
faire.
,

;

et

vous contestez

Dieu

pouvoir d'en
"i'ous
!

T^ous
,

,

dit-il

éner^iquement
jour, mortel
s'il

ce que

semez

vous

homme d'un
tle

misérable

ne reprend point

vie

,

ne comles

mence par mourir
de l'analogie
et

j appliquant

aux sement;es
la

propriétés de nos corps.

Remarquez bien

force

de l'expression. L'Apôtre ne dit pas
jetées
et

que ces semences,
qu'elles y
V
Pa;:;.

germent
,

en terre, y pourrissent, se développent, mais qu'elles

meurent

qu'elles

y reprennent une vie nouvelle. ne dit point que cette semence
mais qu'elle ne reprend une vie

3SS,

Image fidèle de la révolution que notre chair éprouve
dans
le

tombeau.

Il
,

revit après sa

mort

nouvelle que parce qu^elle étoit morte auparavant.

Argumcnlation vive qui combat l'adversaire par
propres armes. — Puisque Ton — Et de
vie nouvelle.
l'on

ses
,

est mort, dites-vous

])lus

je dis,

moi

:

C'est précisé-

ment parce que
J0ann.x11.24.

meurt, que

l'on ressuscitera.
:

Ainsi son divin maître avoit-il dit

Si

le

grain de
,

froment ne meurt après

quon Fa
il

jeté en terre

//

demeure seul ; mais quand

est

mort
est

,

il

porte

beaucoup de fruits. La comparaison

rigoureuse-

ment
î-oute

exacte

:

il

lalloit

l'image d'une substance dis,

avant de renaître

et

morte en

etlet

pour

se

reproduire dans une forme nouvelle, plus parfaite
qu'auparavant. Or, par sa comparaison
,

saint Paul

répond

à la

double difficulté,

à savoir :s'il

y aura

,

SAIKT JEA.N CUllYSOSTOlvli:.
rësTirrection.

3o3

Oui

,

comme
,

il

arrive à ce grain, le-

quel

y reprend une vie nouvelle. , Dans quel corps ressuscitera-t-on ? De même que,
jeté

en terre

(juand vous semez
/a

,

imus ne semez- pas
,

le

corps de

i.Cor.xv. 3-.

jAante qui doit naître

cet épi entier, cette mois-

son de blé qui s'apprête à couronner la tige nouvelle
;

de

même
qui

cette chair
l'a

corrompue, dissoute

dans

la terre

reçue dans son état de mort,

ne

se sera anéantie
,

que pour reparoître, au jour de

la résurrection

— Ce ne
rétique
,

plus éclatante de force et de beauté.

sera donc plus la

même chair,

nous crie de
la

l'hé-

qui de son côté insulte à
si

la foi

résur-

rection? « Car, enfin,

le corps qui s'élèvera

de

» terre est différent de celui qui
» est la résurrection ?
»

y

fut

déposé

,


la

La résurrection suppose

mort; où donc

est la

merveille? et que veut- on
//,/,/,

»

nous dire avec cette prétendue victoire remportée

5/^,

» sur la

mort, contrainte de rendre son captif?
la fois

»

L'Apôtre réfute à

ce sophisme.
est

Ce

n'est point

une autre substance qui
cette seule différence

semée
;

et

qui meurt

\^ne autre qui lève et renaît

c'est ia

même

,

avec

que

la

même se

reproduit sous

de plus belles formes. Direz-vous que Jésus-Christ,
appelé par son Apôtre
les

prémices d'entre ceux qui m^,

20.

dorment ,

ait pris

en sortant du tombeau un autre
il

corps que celui avec lequel

y

étoit

descendu

?

Ce

se-

roitiàun langage absurde, démenti par toute
duite

la

con:

du Sauveur, comme par toutes les prédictions

,,

3o4
Jo:ii!.

SAINT JEAN CMUYSOSTÔME.
1)011

w.i;. car, à quoi

montrer aux disciples
si

les plaif's

de ses

pieds et deses mains,

c'eût clé

un corps
la

difï'érent

de celui

qu'ils avoient

vu expirant sur

croix ?

Que

vouloit dire encore la ligure de .Ionas?Le prophète

englouti dans le ventre de labaleinp,e'toit-il

un autre

que

le

prophète

reporté par lui
Christ disoit
fierai
:

du monstre et au nombre des vivants? Quand .hîsussorti

des entrailles

Détruisez ce temple^ et je
jours
,

le

réédi-

dans
,

trois
la

parlant

du lemplc de son
,

corps
doit-il

selon

remar(pie de l'évangéliste

enten-

un autre temple?
sera

Ce

donc

le

même

corps, dans ses

mêmes

éléments, bien que perfectionnés;
grain, bien

comme

le

même

que revêtu d'une pompe nouvelle. La
fait

nature ne change pas; elle n'a

que s'embellir.

A quoi
c'est

bon une résurrection,

s'il

n'y avoit pas d'a-

mélioration?

Quand vous

jetez à bas

une maison,

pour

la

relever et la reconstruire avec plus

d'éclat (*)

(*)

Hoin.

Xf.i

in
,

i

ad

Cor.

,

Moi'el, ]Sov.
,

Test., tom. v, pag.
viii
,

4<>o

462

;

Monlai'gon
;

Dictionn. apostol.

tom,

pag.

70;

Bossuet

Serm.

tom. v

,

pag. 4 ''19.

SAINT JEAN CHRYSOSTÔME.

3o5

il.

Second avènement de Jésus- Christ. Jugement
dernier.

A
de

la suite

de tant d'autres considérations, mises
leur a recommandées, l'Apôtre

t. ixBeneJ.

sous les yeux des iideJes pour les exciter aux œuvres
pie'té qu'il

em-

ploie la plus puissante de toutes.
à la porte; voici le

Le Juge,

dit-il, est

moment de comparoître
est court, ccrivoit-il

à son
i.cor.vn.ao.

tribunal.
tlîiens. 11

Le temps

aux Corinavertisse,

répète aux

Hébreux
et
,

le
,

même

ment. Encore un peu de temps leur
cjui doit

dit-il

et celui Hebr. x.37.

venirinendra
Ailleurs

j

il

ne sefera pas attendre
des consolations

long

-

temps

c'étoient

qu'il adressoità des chrétiens fervents,

pour les sou-

tenir contre
ici, ce sont

les

persécutions qu'ils avoient à essuyer;

des âmes lièdes qu'il réveille de leur

langueur. Nous pouvons nous appliquer à nous-

mêmes
pôtre
,

ce double motif.

Que veut donc
V^oici

dire

i'xi-

par ces paroles

:

Vheure de nous ré~ Rom.xur.n.
,

veiller

de notre assoupissement. C'est-à-dire
le

la

résurrection est proche,
s'avance
est
:

formidable jugement

le

jour est proche, jom' d'épouvante, qui
la

semblable à

fournaise embrasée.

11 est

temps
:

enfin de nous arracher à notre engourdissement

^^^^

Nous sommes

plus près de notre salut que lorsque

nous avons commencé a croire.

A

mesure que
20

le

temps s'avance,
16.

la vie

présente s'écoule, l'éternité

5o6

SAINT JEAN CIIRYSOSTOME.
,

s'approche. Si vous êtes prêts

si

vous avez fidèle-

ment exécuté
sera

ce qui vous a été ordonné, ce jour
,

pour vous un jour de salut; sinon
les

point d'esavoit fait

pérance. Dans

commencements^ on
bientôt on
s'éloit

montre de
Aujourd'hui

zèle;

relâché;

une

lâche tiédeur avoil remplacé
,

la

ferveur primitive.
,

plus le temps presse

plus aussi la

ferveur doit se ranimer. C'est surtout à l'arrivée

du
;

prince que les sujets témoignent

le plus

d'ardeur

au terme de
d'efforts
i/nd. 12.

la

carrière

,

que

l'on doit
le prix

redoubler

pour ne point perdre

du combat.

La

nuit est sur son déclin; le four approche. Quit-

tons donc les

œuvres de ténèbres pour nous revêtir
le salut,

des œuvres de lumière. Agissez pour

comme
vous

journellement vous agissez pour vos
n'attendez point que les rayons

affaires;

du

soleil aient

en-

tièrement dissipé

les

ténèbres de
;

la

nuit pour re-

prendre vos travaux accoutumés

vous devancez le

jour, vous pressez ceux qui sont en retard. Dissipez

ces
la

ombres vaines

et

ces

songes

imposteurs de

nuit; secouez le sommeil qui vous appesantit;
(*) (i).

marchez revêtus des armes de lumière

(*)

Hom. XXIV

in Epist,

ad Rom., Morel, Noc. Testam., tom.
le

v, p.

78.

'i)Bossuet, rappelant
le texte
tion...

commentaire de
est plus

saint

Jean Chiysostôme sur
;

de saint Paul

:

«

Notre salut

près

donc notre damnafait

Ce qui nous a

fait

résoudre, c'est qu'on nous a

entendre
,

:

Hora

est

,

l'heure est venue.
,

A

présent le jugement est encore plus près

donc,

à plus forte raison

c'est

encore plus l'heure. Hora est

,

à toutes les heures.

SAINT JEAN CHRYSOSTOME.

007
]e jour t.
i

Les prophètes onl essayé de nous décrire

p.ened.

du dernier jugement. Ecoulez David Le Dieu des dieux
:

s:

17.

,

le

Seigneur a parlé ;

ps

XLIX.
et suiv.

et il

a appelé toute la terre depuis l'Orient jusqu'à
il

V Occident. Notre Dieu inendra ;
point dans le silence ;
il

ne demeurera

sera précédé d'un feu dévo-

rant, et entouré d'un tourbillon épouvantable. Il ap-

pellera d'en haut le ciel et la terre ^ afui de juger

son peuple.
Isaïe
;

J^oici le

jour du Seigneur qui
,

va

venir, le

rsa.

xm. 9

et

jour cruelj plein d'indignation de colère et de fureur,

pour dépeupler méchants. Les

la terre,
étoiles

pour en exterminer tous
ciel les plus éclatantes
; et le soleil à

les

du

ne

répandront plus leur lumière

son lever

se couvrira de ténèbres , et la lune n'éclairera plus.

Je inendrai punir les crimes du monde y
j'humilierai l'insolence de

et l'iniquité
,

des impies j je ferai cesser lafierté des superbes

et

ceux qui

se rendent re,

doutables. J'ébranlerai le ciel
sortira

même

et la terre

p.,„^

jg

de sa place

,

à cause de l'indignation du Seiet

gneur des armées ,
fureur.

du jour de

la colère et

de

la

Le même

Isaïe,

dans un autre endroit: Les

ihid.
^*

deux

s'ouvriront pourfaire pleuvoir comme
que

au temps
,

x\i\.i^ *"""

deniaiu encore plus qu'hier, et parce

l'iieiire

appi-oche toujours
,

et

que

le

temps passe davaulage... Le sommeil des pécheurs
(

le

sommeil des
,

justes. »

Abrégé d'un sermon sur

la vigilance chrétienne,

Serm.

tom.

i,

pag.

2390
20.

, ,

3o8
du déluge
ébranlés.
,

SAINT JEAN CHRYSOSTOME.
et les

fondements de

la

terre seront

La

terre souffrira des élancements qui la

déchireront, des renversements qui la briseront, et

des secousses i>iolenles qui
agitée
,

elle chancellera

V ébranleront. Elle sera comme un homme ivre y elle
tente dressée
le

sera transportée
nuit ; elle
et elle

comme une
par

pour une

sera accablée

poids de son iniquité
elle s'en relève.

tombera sans que jamais

En

ce temps-là) le Seigneur lùsitera les armées d' en-

haut qui sont dans

le ciel

,

et les rois

du monde qui

sont sur la terre. Ils seront rassemblés

comme
ils

des
se-

prisonniers qui sont dans un cachot profond,
ront renfermés dans une prison
sieurs fours.
Malach.ui.2.
,

et visités après plu-

Malacliie

:

P^oici le

jour où

le

Seigneur, Dieu
le

tout puissant l'a venir.

Qui pourra comprendre

mystère du jour de son avènement y ou qui en pourra

vue F Car il sera comme le feu qui épure les métaux, et comme l'herbe dont se servent les foulons.... Il viendra un jour de feu j semblable à une fournaise ardente. Tous les superbes et tous
soutenir la

ceux qui commettent
de
la paille y et ce
dit le

l'impiété seront alors
les

comme

jour qui doit venir

embrasera,

Seigneur Dieu des armées, sans leurlaisserni
racine.

germe, ni
Dan.
vu. 9
et suiv.

L'homme
et

des désirs, Daniel

:

Je

coTz.ç/V/erow at-

tentive ment, jusque a ce

que des trônes furent placés
s'assit.

que l'ancien des jours

Son

trône écoit des

SAINT JEAN CURYSOSTÔME.

SoQ

Jlammes ardentes ,

et les roues

de ce trône un feu de deet mille

bridant ; unjleuve de

feu

très rapide sortait
le servait
,

vant sa face ; un million d'Anges
TJÏdlions assistaient

devant

lui.

livres

furent ouverts.... Je vis

Le Juge s'assit ^ et les comme le Fils de
qui
la puis-

l'homme qui s'avança
luifut présenté.

"vers l'ancien des jours, et

Et
les

il

lui
; et

donna l'honneur,
tous les peuples
le serviront.
,

sance et

le

rojaume

toutes les

tribus et toutes

langues

Sa

puis-

sance est une puissance étemelle j qui ne lui sera
point
truit.

ôtée

,

et

son

Mon

esprit j

rojaume ne sera jamais dérenfermé dans un corps mortel,
moi, Daniel, j'enfus épou-

fut

saisi d'étonnement ;

vante y etc.

Dans un jugement qui va prononcer sur
d'une
sujet
cilé
,

le sort pag. 19.

les magistrats

eux-mêmes, sans aucun
se sentent frappés

de crainte personnelle,
et

d'horreur

d'épouvante: que sera-ce en présence

de ce formidable tribunal, devant qui comparoît
l'univers tout entier

pour

être jugé? Point de téest

moins appelés;
ceux qui ne
de

le

coupable seul

son propre dé-

nonciateur; sa conscience le juge et l'accuse devant
le

connurent jamais.

Il

n'y auroit point

de fleuve de feu, point de légions d'Anges, ministres
la colère divine; cette seule

assemblée du
et partagé à

genre humain, convoqué tout entier,
entre les bons et les méchants
,

les

bons réservés

des récompenses immortelles, les méchants con-

3 10

SAINT JEAN CIIKYSOSTOME.
à la confusion ei

damnés
T. xu I?ened
l'ai;.

au supplice,

n'cst-elle pas

clic seule
193.

un spectacle
})lus les

assez

imposant (*)?

Ce ne sont
que
je vais
je

te'moignages des prophètes

vous faire entendre. J'oublierai
et,

même
j'aie

que

parle à des chrétiens;

supposant que

à

répondre à un païen,
impossible de nier
:

je lui dirai, ce

qui lui deviendra

Nous avons de Jésus -Christ
prédictions. Si celles qu'il a
le

un grand nombre de
faites n'ont pas été

accomplies dans
,

temps pour

lequel

il

les a faites

nous vous permettons de ne pas
si

croire aux autres. Mais

elles

ont été fidèlement

acquiilces, vous n'avez plus de raison de douter de
celles qui restent à accomplir.

On

auroit

pu

être

fondé à douter des premières avant qu'elles ne
fussent justifiées par l'événement; on ne peut plus
Matth. xxtv
Luc. XXI.

douter du reste.
prise par les

11

avoit prédit
;

que Jérusalem

seroit

Romains
en
elle

qu'elle subiroit

une

captivité

iwaith. x.\iv.

telle qu'il n'y

avoit point encore eu

desemblable,

et

que jamais

ne s'en relèveroit; cette prédica prédit

tion
Marc.
IV,

s'est vérifiée à la lettre. Il

que

la prédi-

21.

cation de son Evangile se répandroit avec la rapidité

de

la

semence;

et

par toute
Jhîd. X

la terre. Il

nous voyons l'Evangile prêché a prédit que ceux qui abanpère,

29.

donneroient pour

lui

mère^

frères,
;

sœurs,

trouveroient ailleurs une autre famille

nous en

(*)

AdTheodor.

Uips.

,

exhortât. i, IMorel, Opusc. ,tom. v,pag. 56 i,

5(55.

, ,

SAINT JEAN CHUYSOSTÔME.

3ll

avons
ples
:

la }3rcuve

sous les yenx;

il

a dit à ses disci-

F^ous aurez de grandes

afflictions ;
le

mais ayez
:

Joan.xvi.as.

confiance en moi, fai imincu

personne n'aura l'avantage
compli.
11

monde ; c'est-à-dire sur vous. Tout s'est acde l'enfer ne prer.arc.xvus.

a assure'

que

les portes

vaudroient pas contre son Eglise, quelque persécution qu'elle eût à souffrir; l'Eglise

triomphe sous

nos yeux. La prédication de l'Evangile n'a pas été

un moment suspendue. Cependant^ quand
ces prédictions diverses
,

il

faisoit

quelle apparence y avoit-il

qu'elles dussent jamais se réaliser?

Ce

n'éloient, ce

semble, que paroles en

l'air.

Les

faits les
(*).
:

ont con-

firmées. Jugez de l'avenir par le passé

Deux avènements de
deux pour
pour
les
la

Jésus-Christ
ils

l'un est déjà

arrivé, l'autre doit arriver; mais

ne sont pas tous

même

cause ni pour

la

même

fin.

Le

premier a été, non pour juger nos péchés, mais
remettre;
le

second sera

,

non pour

les re-

'

mettre, mais pour les juger. Voilà pourquoi

le

divin
joann.iiî.17.

Sauveur
juger
le

dit

du premier
,

:

Je ne

suis

pas ^^enupour monde. Mais

monde
il

mais pour sauver
:

le

du second,
(*)

dit

Quand
ad Hebr.
,

le Fils

viendra dans la

Matth. xxv. 3i.

Hom.

XXI in Epist.

,Morel

,

Nov. Testant.

,

lom. vi

pag. 882.
« Jésus a dit vrai
,

quand
,

il

a dit aux Juifs qu'il viendroit bientôt les
il

punir

:

il

a donc dit vrai
(

quand
,

a dit à tous les
le Jugement

hommes
,

qu'il viendroit

un jour

les juger. »
)

La Rue

sur

général

Carême,

toni. i

pag. ICI.

3l2

SAINT

JlîATV
il

CIIUYSOSTÔME.
les

gloire de son
et les boucs la

Père ,

mettra
;

brebis

à sa

droite

,

a sa gauche
,

et alors celles-là iront

dans

gloire
{*).

éternelle

et

ceux - ci dans

le

supplice

éternel

Le second avènement de
les caractères

Je'sus-Christ n'aura pas
il

du premier;
les

falloit à rincrcdulile'

des liommcs,
il

prodiges d'abaissement auxquels
la terre.
,

étoit

venu se réduire sur

Il

réserve au

jour de sa dernière manifestation

les

prodiges de

gloire qui éclateront dans le ciel. Autrefois, c'éloit

un médecin venu pour soulager les malades; aujourd'hui c'est un juge armé contre les coupables;
,

ce n'est plus le pasteur recueillant les brebis égarées de la maison d'Israël, c'est

un exacteur
,

rigou-

reux qui

se lait

rendre compte. Aussi
;

plus d'ob-

scurité, plus de voiles

les

cieux se sont repliés sur
sa

eux-mêmes en présence de
soleil s'est- éclipsé, la

majesté terrible; le

lune n'a plus de lumière à ré-

pandre sur
ébranlées
sein
;

la

terre; les vertus

du

ciel se

sont

il

paroît
(**).

comme l'éclair qui

s'écbappe

du

du nuage
Pourquoi

viendra-t-il

avec
,

cet appareil

et

celte

pompe? Pour
Chrysostôme
,

avoir droit

répond excellemment saint
,

de dire aux athées

soit

de créance,

s'il

(*) Iloin.

XXVIII /« Joan., \om. viii Bened.
Liv in Malth.
,

,

pag. iScj.
i
,

(**)

Hom.

Morel

,

Not>.

Testam., tom.

pag.

582

,

583.

SAINT JEAN CHRYSOSTÔME.

3lO
,

y en

a

,

soit

de

mœurs

,

le

monde

en est plein

ce qu'il

leur avoit dit déjà par la Louche de

Moïse
:

,

et ce qu'il

leur dira encore plus aullienliqueaient
enfin

Recounoissez
,

que

je

suis

Dieu

,

puisque

,

malgré vous
,

Tunil'ex-

vers

combat aujourd'hui pour moi
folie qui

et

condamne
la fierté

trême

vous en
,

a fait douter.
,

Recounoissez que
de vo-

je suis

votre Dieu
,

puisque

avec toute

tre

libertinage
,

vous n'avez pu éviter de tomber entre
,

mes mains

et

qu'il faut

malgré vous

,

que vous su-

bissiez la rigueur inflexible de

mon

jugement. Recou-

noissez que je suis seul Dieu

,

puisque tous ces grands
,

du monde

,

dont vous avez été idolâtres
(*). »

sont mainte-

nant anéantis devant moi

Autant son premier avènement fut obscur , autant celui-ci sera e'clatant. Là, c'ëtoit le berger qui

cherche
reste

sa brebis e'gare'e

,

et

pour

elle délaisse le

du troupeau, sans s'embarrasser de

faire

con-

uoître sa force au furieux animal qui le menace.

Celoit le me'decin qui se pre'sentc sans bruit chez
le

malade

qu'il

vient

visiter

:

c'étoit

,

comme

Ps, lxxi.6.

avoient dit ses prophètes^

une douce rosëe qui
la terre.

tombe goutte
mains

à goutte
;

sur

Rien de menasoudaine

çant dans son langage
;

point de foudres dans ses
,

point d'escorte formidable. Ici
,

sa

apparition est celle de l'ëclair

qui 'perce en
Il

moment de l'Orient à l'Occident. trer comme Juge à tout l'univers.
(*)
,

vient se

un mon-

Matth. xxiv.
'

^

Si le prophète,

Bourdaloiie /«j^<''"e«^ dernier, ^vent, pag. 290.

Ol4
après avoir
s'arrête
,

SAINT JEAN CHHYSOSTÔME.

commencé
et

le laLleau le

de

la

création,
tant

succombant sous
,

poids de

de
s'é-

merveilles
Ps. Lxxi. 6.

semble reprendre haleine pour
ouvrages sont grands
,

crier
si

:

Que vos
,

ô Seigneur I

l'Apôtre, à l'occasion d'un seul des mystères de

nom.

II.

33.

sa

Providence

laisse
!

échapper ce

cri

:

O

profon-

deur de richesses

trouver des couleurs assez

énergiques pour peindre ce terrible avènement?

Vous

avez vu à l'instant de sa mort sur
il se fait

la croix

,

avec quelle majesté

rcconnoître pour l'ar-

bitre souverain de la nature. C'est à ce
l'astre

moment que
la terre s'é-

du jour

s'éclipse

,

que

les

rochers se fendent,

que

le voile

du

tciuple se déchire,

que

branle dans ses fondements, que Judas se punit,

en se donnant

la

mort, de son infâme trahison, que

Pilate et sa fenmie se troublent et

demandent
les

grâce.

Au
Joan.xvia.4.

pouvoir de ses ennemis, et sous
il

mains de ses

bourrcaux,

lui a suffi

de dire

:

Que ckei'chez-vous;

et tous sont tombés à

.ses

pieds.

Oh
!

î

combien

il

est

véritablement terrible
il

,

puisque d'une seule parole

opère des choses

si

merveilleuses
il

Que
si

si ^

dans

le
le

tempsoù il s'abaissoit,
ciel,

s'est

montré

grand dans

sur la terre et dans les enfers, que

sera-t-ilau

jour de son futur avènement!

Vous l'avez vu durant
voiloit

son séjour sur
sa

la terre,

quand son humanité

majesté divine, gourmander les

Démons
dont
ils
il

frémis-

sants et couvrant

d'écume

les liens

les a gar-

rottés; dans leur rage impuissante,

s'écrient

:

,

SAINT JEAN CHRYSOSTÔME.

5l5
Math.vui.

Jésus y fils de Dieu, qu'ja~t-il entre vous et nous?
ctes 7'oiis

i^enu

ici

pour nous tourmenter avant
le soleil se

le

temps ?

Que

sera-ce alors qu'à sa pre'sence les vertus

descieux seront ébranlées,
lîèbres, et la

couvrira de
?

té- ihid.\\\s.i^.

lune ne donnera plus sa lumière

Que

diront-ils

en ce jour où sa gloire se déploiera d'une
formidable
?

manière
primera

si

Et quel langage humain ex-

la

pompe

effrayante de ce jour

où nous

le

verrons envoyer ses Anges sur toutes les parties de
l'univers,

pour convoquer le genre humain tout entier
la

aux pieds de son juge, où
rendra tous

nature entière sera bou,

leversée , où la terre, ébranlée dans ses fondements
les

morts qu'elle recèle dans ses abîmes

le ciel se repliera

comme un

voile,

le fils
,

de

l'homme viendra poser son tribunal sévère inexorable où des fleuves de (eu commenceront à rouler,
,

les livres s'ouvriront,

et

chacune de nos actions

faites

dans les ténèbres seront manifestées au grand

jour? Là, seront décernés des châtiments que l'ima-

gination elle-même ne se figure pas;

là, les

méchants

seront livrés aux puissances infernales qui les entraîneront avec elles dans l'affreux séjour des supplices. Là, plus

de grandeurs

terribles, plus

de noms

d'empereur, de généraux d'armée, de consuls, de
magistrats
:

ces vains titres se sont anéantis en pré-

sence des légions innombrables des Anges et

du

peuple des élus, appelés aux béatitudes immortelles;

en présence des palmes de gloire, des inef-

,

5l6
fables

SAINT JEAN CHRYSOSTÔME.

récompenses
,

et

de ces biens supérieurs à
le

toute intelligence

que

souverain Juge décerne

à ses serviteurs.

trouver des expressions propres
(*)

à rendre une aussi terrible scène
T. IX Rened.
'»£)•

(i)?

Entrons dans noire conscience, faisons, chacun

4

9-

jç nous, un sérieux examen de notre vie; rendons-

nous compte de nos œuvres,
l'arrêt

et

n'attendons pas
à la face

de condamnation qui sera prononcé

de tout funivers. Alors, jugement épouvantable,
tribunal terrible,
sions sans
Ps. xLvni 8.

examen plein de rigueur, discusménagement et sans miséricorde. Point
puisse racheter son frère ^ ni donner
les

d'homme qui
le

prix de sa propre rançon. Sous

yeux

,

un

fleuve de Feu qui s'apprête à recevoir ses victimes

pour
de

les engloutir à jamais.

Rappelez-vous donc tout

ce que nous dit l'Evangile des vierges folles exclues
'

la salle
;

des noces, pour avoir laissé leurs lampes

s'éteindre

du débiteur
;

traîné dans

les

ténèbres
l'éter-

extérieures

de ces fournaises allumées pour

nité; ne vous rassurez pas sur l'obscurité qui

en-

veloppe vos crimes.

S'il

arrivoit

à

quelqu'un de
les té-

nous que ceux que nous avons commis dans
Expos,
. (

(*)

in ps.

XLix, tom. v Bened.
)

,

pag.

228

;

in ps.

z,

,

ibid.

pag. Sgi
(1) «

Supplémeul.

Abrégé.

Il

viendra ce terrible jour... Et alors on verra paroître dans sa ma,

jesté ce Jésus

autrefois né dans

une crèche
(

;

ce Jésus

,

autrefois le mépris

des

hommes

,

ce pauvre
1. 11,

,

etc. »
)

Bossuet

,

sur la IÇativité de Notre Sei-

gneur, Serm.,

p. /(20.

SAINT JEAN CHRYSOSTÔME.

OI7

nèbres fussent toiu à coup révélés au grand jour, et
manifestés en présence de tout cet auditoire
,

quelle

confusion

!

la

mort

lui scuibleroit
les entrailles

moins dure. Plude
la terre
,

tôt être englouti

dans

que
té-

d'avoir à rougir devant

un

si

grand nombre de

moins! Que sera-ce
générale, où
\cs,

à ce jour

de

la

manifestation

crimes de tous seront découverts

aux yeux de tous; où nous aurons pour témoins et
pour accusateurs,
ce\ix qui

et

ceux qui nous connurent, et
!

ne nous connoissoienl pas? Quelle honte
Mais que parlé-je de
les

quel désespoir de paroître ainsi nu, démasqué, à
leurs regards
I

la

confusion où
ce n'est
;

nous jetteront
point

reproches des

hommes?
Que

ce qu'il y aura de plus redoutable
la

ce sera

surtout

présence du Dieu vengeur.

devien-

dra

le

pécheur au moment où, arraché
aimoit tant à se couvrir,
!

à ces ténèbres
l'oeil

dont

il

il

se verra sous

de Dieu

L'enfer lui-même avec ses supplices sera

pour

lui

moins affreux

(*).

Figurez-vous être à ce dernier jour.

Que chacun
en
les

t. ix Bened,

de nous interroge
regards

sa conscience, qu'il se voie
,

^^=

*

présence du souverain Juge
,

exposé nu à tous

sa vie entière manifestée

aux yeux de tout
frères,
si

l'univers. Je vous

demande, mes

cette

seule pensée ne vous a pas glacés déjà de honte et

(*)

Hom.

V in Epist.

ad Rom., Morel

,

Noi>. Tcstam.

,

tom. iv

,

pag. 56, 57.

5l8
(l'cpouvante.

SAINT JEAN CHIIVSOSTOME.

Que
,

sera-ce

donc

à ce

moment
la

terrible

où vous comparoîlrez, non plus par
en personne
l'œil
l)]e

pensée, mais
,

en présence du genre humain
,

sous

des Anges cL des Archanges

au hruit elTroya-

des irompelies que

les Esprits célestes feront re-

tentir à travers les nues? L'enfer à part, quelle confu-

sion

!

quel supplice de se voir repoussé par
l'éclat

le

divin

juge, dans

de

la gloire

qui l'environnera, et

de

sortir des pieds
:

de son tribunal marqué du sceau

l'état du réprouvé par nous-mêmes h l'aspect de la brillante cour qui accompagne le prince faisant son entrée dans une ville avec tout l'appareil de la ma-

de Tignoniinio Jugeons de

ce qui se passe dans

,

jesté royale
la alors

:

quel est celui d'entre nous qui, faisant

un

secret retour sur son infériorité^ ne soit
la

moins louché de

pompe du

spectacle

que de
de l'em(jui

douleur qu'il éprouve à ne point partager cette
gloire, et à se voir éloigné de la personne

pereur? D'après cette foible comparaison,
supporter l'idée d'être rejeté loin de
reuse compagnie des saints
,

peut

la

bienheupour
ja-

d'être banni

mais du

séjour des immortelles béatitudes? Mais ce

n'est pas tout.

Que
le

l'on

vienne à songer qu'au lieu

de ces
roit

félicités

qu'aucune langue humaine ne saupartage des méchants sera d'être

exprimer,

plongés dans d'éternelles ténèbres, condamnés aux
pleurs et aux grincements de dents, jeté au fond de
ces cachots qui ne s'ouvriront jamais
;

que

,

il

y a

SAINT .JEAN CHUYSOSTÔME.

ÔI9
,

un

ver rongeur qui jamais ne lâche sa proie

un

Feu

qui jamais ne cesse de brûler,

une angoisse, un

désespoir qui jamais ne sont mclës d'aucune consolation
,

des hurlements auxquels on ne répond que
,

par de semblables hurlements
dévorante
chir
, ,

une

soif toujours
la raCraî-

et pas

une goutte d'eau pour

des cris, des gémissements^ qui ne trouvent
les

que des Démons pour
toute l'éternité ]es

entendre; que durant

yeux

se tourneront

de tous côtés
vainement.

pour implorer
Imaginez-vous
et
,

la

pitié, et l'implorer

mes

frères, situation plus horrible,

de plus effroyables calamités (*)?

Quand nous vous
.

parlons du dernier jugement,
,

vous avez toujours a nous répondre que ces menaces
sont exagérées, dans le dessein de vous effrayer.

X

j

T. xrBeneJ. Pa-. 480.

Ignorez-vous

si

peu

l'histoire

du monde, qui vous
au temps du délui;e.
?

raconte les sévères jugements de Dieu? Mais rappelez-vous

donc ce qui

se passa

IN'y eût-il alors

que des menaces
,

Ce que vous nous

dites aujourd'hui

les

hommes

d'alors le disoient.

On

rioit

de ces cent ans qui dévoient précéder

l'inondation générale.
et l'on s'en moquoit.

On
Noé

voyoit construire l'arche,
avoit
;

beau annoncer
rigueur

le

déluge, on n'en croyoit rien

et

parce qu'on refusa
la

de croire à

la

menace, on éprouva

du

châtiment. Image trop fidèle de ce qui nous attend

(*)

Honi. X in

11

nrl Cor.

,

Morel,

A'^ov.

Test.

.

tom.

v, pa;;.

Go5.

,

520

SAINT JEAN CHUYSOSTOME.
n'est pas sans raison

nous-mêmes. Ce
Clirist

que

Je'sus-

compare son futur avènement

ù la

soudaine

irruption des eaux

du déluge. Nous

serons surpris
incré-

par

les torrents
le

de feux^

comme les hommes

dules d'alors

furent par

un déluge d'eaux. Dironsque
le

nous que nous
luge ne

soyons moins niéclianls

les

hommes du temps de Noé ?
soit

Dirons-nous que

dé-

qu'une fahle

?

Les monuments

les plus
,

respectables, et les traditions les plus antiques

en
les

confirment l'incontestable vérité. Rappelez-vous

chaliments des

villes in

lames de

Sodome

et

de Gode peu-

morrhe, de Pharaon

et

de son armée, des Juifs

murmuraleurs dans
ples entiers
,

le désert.

De

l'histoire

descendez à

l'histoire

des particuliers

du du

fratricide Caïn,

de

l'Israélite violateur

delà

loi

sabbat, des enfants Id'Héli
le

dans l'ancien Teset

tament; dans
pés de mort
,

nouveau, Saphire
le seul

Ananie frap-

pour

crime d'avoir soustrait
oifroient

une

partie de l'argent qu'ils
,

tres, etc.

etc.

Et diies-moi

si

des

aux Apôhommes, qui tous

les jours se

rendent bien plus coupables , seront plus

épargnés

(*).

(*)

Honi. vrn in Epist.

i

ail Tlicssal.

,

!Morel

,

Nov. Testam., tom.

vi

,

pag. 3 26 et seq.
Superville
:

«

Tous

savez l'histoire du déluge. Dieu avoit donné aux

hommes

six vingts ans,
faisoit

pour se repentir avant
entendre à peu près
qu'il se trouve.

qu'il arrivât. IS'oé, hérault

de justice, leur
Cherchez

la

voix de notre prophète
les

:

V Eternel pendant

Mais

enfants des

hommes

SAINT JU.AN CilllYSOsTuMt:.

02

1

Dans un
clin d'œil
,

seul et

méuic instant, rapide conunc un
,

i.

xi.

lunic.!,
'""*"

selon l'expression de saint Pau!
est la parole
la fois

tous les

''"

morts ressusciteront. Telle
Christ
les
i^ps
:

de Jésusdans tous

J.Cw.w.s-?..

que

les

morts ressuscites à

lieux de l'univers seront rassemblés par ses

Anla

MaîiiK\x:v.

dans un rnenie

lieu.

Pour

f[ue la terre

rende à

vie celte foule

innombrable de morts dépose's dans
il

son sein depuis l'origine des siècles,

lui

suffira

l'en recevoir l'ordre

de

la

même
les

bouche qui

dit

:

Lazare, soHez dehors;
tombeaux. C'est
alors

et tous se lèveront

de leurs
dri

Joan.

xi,

','i-

que

Anges, ministres

Seigneur, remsilisscnt leur message en
blant à
la fois

les rasseuiils

de tous

les })oinls divers

furent

épars, pour les

amener à

travers les airs, aux pieds

du juge descendu sur les nuecs du ciel. Les voilà tous en un moment dans sa présence, tandis que
la

terre se dissout cl n'est [)]us qu'un

amas de pousprcuoil
;i

se moqiioieiit de

l;ii,

de ses averlisseniciits
s3

,

e!

de

la peiiiM qu'il

bâtir

une
to!
,

aiclio

pour

s.iuver. Voici le déluge qui les surprend, toujours
le

trop

parce qu'ils n'avoieut pas voulu

craindre et

le

prévenir. Alors

vovcz
haut
:

les

femmes

,

les

enfants

,

les

vieillards,

qui tendent les nijiins en

leurs cris percent les airs;

celui-ci tourne

vainement
la

les

\cux vers
;

un

ciel

qui n'est ouvert que pour faire |)!euvoir

vengeance

cet antre

fuit inutilement
le

devant l'eau qui rouleaprès
,

lui, et

lâche en vain de gagner

sommet d'une monlaguc

la plupart essaient

de se rendre dansl'arclic

qu'ils

ont niépriséc, et qu'ils découvrent de loin. Mais tous leurs efforts
:

sont hors de saison

tous nérissenl

,

tous sont engloutis dans les eaux.

Il

en sera ainsi à ravèncment du de ce grand jour, qui surprendra

Fils
les

de l'homme. Le déluge est l'image
,

habitanis de la terre
cic.
>'

et qui fera

tom46.)

ber sur eux une soudaine destruclion,

(

Serni.

,

toni.

u

,

pag.

1

16.

2

1

Ô2:i

SAINT JEAN CHdYSOSTOME.

sièrc,

que vide de ces peuples de

rnorls qui Ja reiti-

plissoicni, elle s'est (Misevelie elle- même à la voix

du Tout-Puissant, pour
ils
JintJ,
i.

dispaioilre à jamais.

Tous
au

se sont retrouvés avec leurs

femmes

et leurs enfants;

se sont éveillés, saws l'avoir prévu.
le Fils

Comme

lo.

temps où

de l'homme vint sur
:

la

terre, les

hommes ne

s'en doutoient pas

ainsi

dans ce jour

se montrera-t-il

inopinément

à

tous les rej^ards.

Tretiihlants, accahlés d'épouvante et de confusion^
ils

sont debout, attendant leur sentence,
le signal
;

chef de l'armée céleste donne
font retentir les trompettes
;

les

quand le Anges
achè-

et leurs accents

vent de glacer
la
Maiiii, \xiv.

d'effroi tous les

cœurs. Aussitôt, selon
fait la

parole de Jésus-Christ, se
et des

séparation des
la terre.

bons

méchants qui vécurent sur

De
Dépas

4o.

deux hommes y

l'un est pris. Vautre est laissé.

sespoir affreux pour celui qui se voit précipité, à

côté d'un autre enlevé dans

la idoire.

IN'est-ce

un

premier enfer, plus rigoureux encore que
?

celui qui l'attend

Figurez-vous être déjà, mes frères, à ce terrible
jour.

Une mort

subite arrivée sous vos yeux
,

,

wne

secousse de tremblement de terre

la

seule

menace
entière
le

d'une calamité imprévue, vous consterne et vous

que sera-ce alors que la terre tout manquera sous vos pieds; que vous verrez
abat
:

bou-

leversement de
drez
le

la

nature entière
;

;

que vous enten-

son de

la

trompette fatale

que

le

souverain

,

SAIJVT

JEAW CHKYSOSTÔME.

025

Mailre de l'uuiversse moiilrera à vos regards dans
la

plénitude de sa majesté

?

iieureux traînés au supplice

Vous avez vu des nialcombien de morts
:

n^ont-ils pas eu à subir avant d'arriver

au lieu de
,

l'exécution

!

Anéantis par l'épouvante

plusieurs

n'ont plus à livrer au bourreau qu'un cadavre.

Tout

ce qu'ils éprouvent n'est rien auprès de cette mort
éternelle qui châtiera le coupable (*).

Pas un état policé
s(;nte

,

pas une ville qui ne nous pré-

des formes de tribunaux et de jugements. Le

père de famille, au sein de ses foyers domestiques,

prononce
tels

i\es

arrêts, punit

ou récompense

tels

et

de

ses seivi leurs

en conséquence de leurs acle
,

tions.

Le pilote sur son vaisseau,
,

général àla tête de

son armée

décernent de même

sur leur jugement

des peines à l'occasion des iautcs qui ont été commises.
S'il n'est

pas sur

la terre

un

coi»

du monde où
fût sans ac-

la justice

n'exerce ses droits rigoureux, n'y auroit-il

que
tion

l'autre
,

monde où

la justice

de Dieu

cette justice

dont

les saints oracles

nous disent
ps.

(pi'elle est aussi

élevée que les

montagnes? Que
,

voudroient dire ces noms de Dieu juste
patient
,

fort et
s'il

que

le

prophète donne au Seigneur,

ne

châtioit pas dans l'autre vie les pécheurs qu'il a

supportés patiemment dans celle-ci ?

S'il les tolère

(*)

Hoin. vin

in

i

(ul Thcssal. ,lVloi'eI,

Nov. Testam.

,

loin,

v,

nai;.

^23

21.

.

Sz/j

.

SAIKT JEAN CMIl YSOSTÙMI-.

ici-bas, David
ibuL \u. 11.

en donne

la

raison, e'csi

(|u'il

csl

paticnl.W aiicnd avec patience, pour vous laisser
le

temps de

lairc

pcnilence.

Que vous
S'il

persistiez

dans l'iniquité et dans l'impénitencc, vous vous
amassez un trésor de colère.
est juste y
s'il

c'est

pour rendre
c'est

à

chacun selon

ses mérites;

csl fort.

pour donner avec

éclat carrière à sa justice (*)

Extraits des Iiomélies sur saint Matthieu.
1.
vii];eue(l.
!)•

Que
j^Ijj

si

quelqu'un rcfusoit de croire à

la

vérité

"o- 7

terrible

jugement

dont Dieu nous

menace
con-

à la fin

des siècles, qu'il s'arrête seulement à ré;

fléchir sur ce qui se passe ici-bas

qu'il aille

templer au fond de leurs cachots

,

dans l'intérieur
ils

de leurs souterrains

,

sur la paille infecte où

gé-

missent, ces infortunés qui y consument tristement
leurs jours,
la

condamnés pour
maladies,
,

leurs crimes à l'exil, à

souffrance ou à de pénibles travaux, enchaînés
accablés

à d'incurables

sous

le

poids

de l'indigence
les
:

ou tourmentés impitoyablement par
tous ces

Démons pourquoi
l'a

maux auxquels
ou
le

ils

sont en proie? Dieu

ordonné

,

permet

ainsi,
,

pour vous donner, dans leur misérable situation
servés aux pécheurs après la
(*)
pa;;.

une image frappante des horribles châtiments rémort
,

(**).

Hom.
556.

III

ht

II

od Timoth.

,

Morel

iVor.

Testam.

,

lom.

vi

,

(**)

Hom. Lxxx, Morcl

,

Aoc. Testam.

,

tom.

/

.

pac;.

Si

3.

D

SAINT
Tely selon
la

TEA'N

CniU'SOSTÔME.

02
,

parole

même
,

de Je.sus-Christ

que

Pag. 735.

réclair qui sort de l'Orient paroit tout a coup jusqu'à
i'Occide?ity tel sera

Uavènement du Fds de V homme.
de précurseur
à tous les

Maiih. xmv.

L'éclair n'a point besoin
il

ni

de héraut,
;

se tait voir

en un moment

yeux

ainsi se

montrera

le Fils

de l'homme, sans être attendu, dans

loul l'éclat de sa gloire.

Ce

n'est plus là

un avène-

ment borné à un
l'obscurité

coin

du monde ^ renfermé dans

de Bethléem; Jésus-Christ paroît avec

tous les caractères de sa divinité triomphante.

Une

multitude innombrable d'Anges, de martyrs, de

bienheureux de toutes

les conditions

l'accompagne^
ii,ij

comme les aigles qui
le corps.

viennent se rassembler la où est

^g,
29.

A sa

présence, le soleil s'est obscurci .Sera-ce m^,
sera détruite et anéantie? ou plutôt
la

que sa lumière

parce qu'elle sera effacée par
éclatante encore
les

gloire bien

plus

pa-r. r,3(î.

du Fds de Dieu qui vient juger tous hommes. Les étoiles tomberont du ciel car, à
,

quel usage pourroienl-elles encore servir puisqu'il
n'y aura plus de nuit.

Les vertus du
au

ciel seront

ébranlées, à l'aspect de cette effroyable catastrophe

de toute

la

nature. Car
les

si

,

moment où

les astres

furent créés,

Anges du Seigneur, surpris,
joie, leur

étonnés de leur brillante apparition, firent éclater

par des transports de

admiration,

comme
joL

parle Job, Je quels nouveaux sentiments ne serontlis

.vwnr
^

pas frappés en voyant cette prodigieuse révolu-

lion, toutes les générations sorties

de leurs tom-

526
l)caux

SAINT JEAN CHRYSOSTOME.

pour venir coiiiparoîlic aux picdsdii souverain
,

tribunal
Maiih. vxiv,

et tout ce qu'il

la terre, juj^e's

y eut jamais d'hommes sur selon leurs œuvres. Alors le signe du
le ciel. (Je s'^^ne
,

FiLs de

V Jiomme paraîtra dans

c'est

sa croix, sa croix alors plus éclatante

que

le soleil

du nouvel astre qui domine dans le ciel pour la confusion des Juifs, pour la manifestation de sa justice. Jésus-Christ se
éclipse, absorbé jiar les rayons
seul
fera voir,

non-seulement avec

ses plaies,

mais avec

sa croix;

vengé enfin de

ses ignominies parla gloire

de son triomphe.

A

sa

vue, tous

les

peuples de
l'elfroi.
{\

la

terre seront dans la tristesse et dans

ne

faut plus ni de témoin, ni d'accusateur pour con-

vaincre de leur crime ceux qui n'auront point profilé

de

la

mortduFilsde l'homme, ceux qui auront

refusé de le reconnoître, et qui l'auront outragé
Joa11.xrx.37.

par leurs mépris. Ils verront, dit un autre évangélisle
,

celui qu'ils ont percé. Ils reconnoîtrontdans

celui-là

même
Ils le

qu'ils ont crucifié, leur
ciel
,

Juge, venu

sur les nuées
majesté.
Aci.
I.

du

environné de puissance et de
ciel ^
,

verront descendre du

comme

il

9

y monta au jour de son ascension

porté sur un

nuage ,
Maiîh.
^''
XXIV.

et ils

pleureront

;

mais leur châtiment ne
il

se terminera pas à des pleurs. Mais,

enverra ses

j4nges quiferont entendre la voix éclatante de leur
trompette, et qui rassembleront ses élus des quatre
"vents et des quatre coins

du monde

,

depuis une ex-

trémité

du

ciel jusqu'à l'autre.

SA.INT

JEAN CHnVSOSTOME.
la
;

52"
:

Les Allées ont sonne de
éclatant a pénétré les
hal)iianls,
les

ironipelie
il

ce son

tomDcaux

en a

fait

sortir les

et

rempli à

la (ois les

uns d'allégresse,
l'ag.

antres d'épouvante et de douleur. Je ne puis,
frères, penser sans effroi à ce jour terrible:

737,

mes

cette pensée

me confond

,

elle

m'absorbe.
;

Mais

peut-être suis-je le seul à trembler

et tandis

que

vous

me

voyez glacé de terreur

,

gémissant et ver-

sant en votre présence des larmes amères, peut-être
la joie est-elle

dans vos cœurs. Hélas
la

I

je

ne puis

me
Maiiii.

rappeler sans
sternation
,

plus vive et

la

plus profonde con-

les vierges folles, et ce

méchant serviteur
le talent

xw

de l'Evangile qui n'avoit pas mis à profit

~'°'

que son maître
cable
,

lui a voit confié.
fait

Voilà ce qui m'ac,

ce qui

me

verser des larmes

en pensant

{[uelle gloire et quelles félicités

nous auions perdues,
livrés
,

à quelle confusion

nous serons

non pour un

temps limité, mais pour
et cela
le

une éternité tout entière,

seulement, parce que nous n'aurons pas eu

courage d'endurer ici-bas quelques privations

d'un moment...

Ouand vous V
père
,

avez eu le malheur d'offenser votre
secrète vous

t

,,,

dg. 7

,

J(j.

une honte
lui.
.

empêche de

lever les

yeux jusqu'à

Comment
si

les

pourrcz-vous, à ce
,

jour redoutable

lever sur Jésus-Christ

sur un père

qui vous aima d'un

tendre amour, alors qu'il se

disposera à vous faire rendre

un compte
(*)?
i,
jiai;.

si

rigoureux,

de toutes
(*}

les actions
?tIoi'cl
,

de votre vie
.'roc.

Uorn, T.x.wi,

Tcstam.,

loni.

8io

S

i

>,

528
^^^,.,_

SAilNl
(/i/c^

JEAN CHUYSOSTÙMG.

.
;

(.

Jtul autre

mon Pcrp ne
Coiiniicut

sait le jour ni VJieiire
,

où airivcia
'..M\\.

le

dernier jugement

Jton
les

pas

même
Anges
et lui-

\\i\. les

Anges du

ciel.

donc

Apôtres vou-

^'

droient-ils connoître ce qui est caché aux

eux-mêmes? Mais
r.i;;.

l'esi-iJ

au

fils

de Dieu;

742.

même
le Fils

ne

le saura-t-il

irons? Ce seroit

que quand nous le connoîun Llasplième de le croire. Quoi
Père,
il

!

connoît

le

le

connoîl aussi claireet
il

ment
roit

qu'il est

lui-même connu du Père,

pourles

ignorer ce jour? L'Esprit de Dieu pénètre

secrets les plus profonds de la
Fils

divine Essence, et son

ne connoîlroit pas

le jour

du dernier jugement.^
jugement,
lui les

C'est ini qui doit présider à ce
*

qui
pen-

perce l'abîme des cœurs pour y découvrir
sées les plus secrètes.
Il

sait

Lien assurément de
le

quelle manière

il

prononcera

jugement sur chail

cun d'eux;

et le jour

même

doit exercer le ju-

gement
été fait
siècles
io
,

seroit voilé à ses

yeux? Mais commentée

jour pourroit-il être inconnu à celui par qui tout a
,

et sans
n'a-t-il

qui rien n'a été fait? Qui a créé les

pas aussi créé le temps? Et qui a créé pas
fait aussi

temps

n'a-l-il

ce jour qui en

fait

partie?

Comment

ignoreroit-il ce qui est son

propre

ouvrage?
Il

faut bien qu'il le connoisse

,

puisqu'il en dé-

taille avec tant de précision les préliminaires et les

circonstances.
\iatth.
.\x)\.

Ce ne sera,

dit -il,
la

qu'après que
:

paru sur l'Ante-Christ aura *

terre
la

alors les pé'
li_

2i-

chcurs s'abandonneront, avec

plus criminelle

SATNT JEAN

CHT. YSOSTOME.
,

.)29
les

concc. à lous leurs dcrei^lcnicnîs
jours qui pre'ce'dèrcnt le déluge
,

comme dans

au temps de Noé,
à tous les excès
iin,i,
3>î.

mangeant

et

buvant y s'abandonnant
,

de l'intempérance

refusant de croire à la menace

du châtiment (jue dans une
liment des

,

plongés dans leur débauche ainsi
ivresse qui leur enlèvera tout senpa„.-,^3,

maux

prêts à fondre sur leurs têtes
,

;

et
i,

comme

parle saint Paul

tandis quils diront
,

:

Nous

xhes.

v. 3,

sommes en paix
l'est

et en sûreté

ils

se trouveront
,

surpris tout d'un coup d'une ruine imprévue

comme

une

femme

gi-osse

des douleurs de l'enfan-

tement.

Non

certes, ce jour
;

ne

lui est pas

inconnu,

à lui
,

qui connoît tout

il

n'est

caché qu'aux

hommes

qui

n'auront point pour cela le droit de se faire

excuse de leur ignorance
se trouveront surpris
,

:

une car au moment où ils

enveloppés dans ce funeste

jour, ce

ne sera pas faute d'en avoir été prévenus.

Jésus-Christ n'a pas cessé d'avertir ses Apôtres, et

par conséquent tous les
tenir

hommes, de
,

veiller,

de

se

Matil».

w

i.

sur leurs gardes

parce qu'il viendra sans

^^'

être attendu, avec la

brusque impétuosité d'un volorsqu'on se croira dans

leur qui entre dans la maison où l'on est sans défiance. Ainsi viendra-t-il
le
,

calme

et

dans

la

paix

(*).

{*) Htiin.
le

lAXviu, Morel, Nov. Teslam..
liililiotliàjiic
,

loin, i, pag.

8i5

— 817. Vo\e/

tom. \ui dp celte

paj;.

542,

ailicle

ConsubsLantiaUtc.

3!^0
Pii».

SAINT jrAw chrysostômr.
est,

75«

Toiil

mcl(' dans OC monclc.

An

JDiir dti

dei nioi-

jugement

,

plus de

mélange, plus de confusion.

Le genre humain, rassemblé loui enlier aux pieds du souverain Juge, ne formera plus que deux classes
Math.
XXV.

parfaitement distinctes l'une de l'autre;
et les brebis ; les

les

boucs

méchants,

stériles

en bonnes

œules

vres^ figurés par ces

immondes animaux dont

mœurs
par

les

font assez connoître; les bons, désignés

les brebis

innocentes qui nous donnent en abon-

dance

le lait, la laine et leurs
les

agneaux. Avant de
sentence qui va
les

prononcer sur

coupables

la

livrer à d'éternels supplices, l'enquête s'ouvre; les

actes d'accusation sont dressés. Les bons, placés a
ihïd. 33. 3.i.

la droite
îiez,

,

ont entendu ces consolantes paroles

:

J^e-

6 les bénis de

mon Phrel Quel bonheur
,

égal
lui-

à celui d'être

béni

et d'être béni

par

le

Père

même! Eh
///</.

!

par où ont-ils mérité cet excès d'honfa'i

35.

ueur? Parce que
donné à manger;
incomparable
!

eu faim,

et

l'ous

m'avez

et le reste.

gloire, ô félicité

f^enez possédez- le royaume qui vous
la naissance des siècles.
le

fut préparé dès
dit pas
:

On

ne leur

recevez

royaume, mais, possédez -le

comme
vous
nelle
les
,

votre héritage,

comme un

bien qui est à

;

que vous tenez du droit de l'adoption paterqui vous étoit dû de tout temps. Maintenant
la

méchants, placés à

gauche y vont entendre

leur arrêt et les justes motifs de leur
ihld.
/,

condamna

r.

lion

:

Retirez -i>ous loin de

moi

,

maudits, allez an

1

SAI«T JEAN CHnYSOSTOME,

33

feu étemel qui a clé préparé pour le Démon et pour ses Anges ; car fai eu faim etc. Les prophètes leur avoient crié au nom du Seigneur Je veux la miséricorde et non pas le sacrifice. Le législateur
, , :

osée,

vt

6.

,

n'avoit cessé

de leur recommander

le

même devoir,
La nature

tant par ses paroles

que par
le

ses actions.

cll'-méme
et

suffiroit

pour
,

leur rendre respectable
tout entière

cher

;

en

le violant

c'étoit la loi

qu'ils transgressoient.

Ne

pas nourrir ce pauvre qui

du pain ou quelque habit pour se c'étoit une barbare inhumanité; mais ne pas visiter ce malade, quand il leur mes coûtoit si peu de le faire Aussi pesez bien
leur demandoit

couvrir dans sa nudité

,

!

,

,

frères^ les paroles de 3ésus-Christ
j'étois en prison
,

:

il

ne

dit pas,
;

et

vous ne m'avez pas délivré
;

fétois malade

,

et

vous ne m'avez pas guéri
visité
,

mais

seulement

:

vous ne m'avez point

vous ne
pag. 75<j.

m'êtes point

venu

voir.

Ce

n'étoient pas des tables
qu'il leur
,

somptueuses ni de magnifiques parures
avoit

demandé

;

ce n'étoit que le simple
il

le

rigoun'étoit

reux nécessaire. Quand

le

demandoit, ce

pas avec l'autorité du prince qui lève un tribut, mais avec l'humble démarche d'un suppliant qui
sollicite

une
ner
:

grâce.

Ce

qu'il

demandoit coûtoit

si

peu

à

don-

rien qu'un

morceau de pain. El quelle récompromise au bienfait? Pas moins
la

pense encore

éloit

qu'un royaume. D'autre part,
terrible châtiment
,

menace du

plus

tout le feu de l'enfer. Et au

nom

de qui

?

Au nom de Dieu lui-même, de Dieu

qui dai-

.;

J2

SAINT JEAN CHRYSOSTOMl^.

;^noit se sul).siiLucr
})ar ses

en personne à ce pauvre, recevoir

mains

,

s'engagcoil à payer sa dctle, bienqu'il
litre

cÛL

le (Iroil

de l'exiger à

de simple restilniion.

Tant de considérations si pressantes ont été sans eflel.
La cruelle avarice a fermé leur cœur
Ils

et leurs

mains.
étoit

ont été insensibles à

la

menace qui
sourds à

leur

laite

d'un châtiment plus rigoureux encore que celui
,

des villes les plus criminelles
leur crioit
:

la

voix qui

Autant de
tous

fois

que tous aurez refusé
refusée a moi-même.

votre assistance à (juekju'un des plus petits que voilà,

autant de
Vh.
les
î

fois

me l'avez

comment Jésus-Ciirist, en les appelant ses frères,

nomnie-t-il en

même

temps

petits, c'est-à-dire

pauvres, dévoués à Tabjccti on, au mépris
C'est

du monde?
de
la sorte.

pour cela

même

qu'il les qualifie

Ce qui

s'adresse,

non pas seulement aux

religieux
vi-

et aux solitaires, mais à chacun des fidèles qui

Quand vous vovez un chrétien qui, étant engagé dans le monde, y vit dans la pauvreté et dans un entier dénûment de toutes
vent dans
l'Eglise.

choses,

Jésus-Christ veut que vous

le

regardiez

comme
de
lui

son frère

,

et

que vous ayez autant de soin
vous

que vous en auriez pour notre Sauveur.
,

Ouelqu'abjects

quelque méprisables
ils

qu'ils

paroissent, ce sont vos frères;

le

sont devenus

par la grâce

du baptême
dans
la

et

de l'adoption divine qui
saints

les a introduits

communication des plus

mystères.
Jésus-Chrisl
,.

pour manifester

la juslicc

quiprcsi-

SAINT JRAN CHRYSOSTOME.
«1cra à la coiiilaninalion cto

ÔÔC»

ceux qui auronl omis ces
pratiqués, en leur
,

devoirs de charité

,

a

commencé par louer et récomauront
:

penser ceux qui

les

adressant ces paroles

Prenez

6 les bénis de
le

mon

Maiih^ xw.

père y posséder

comme

votre héritage
le

rojaumc

qui l'ous a été préparé dès

monde; car j'ai eu faim
ôter toute excuse à ces
et sans entrailles

,

etc.

commencement du Il semble que pour
de leurs frères,
voulu

cœurs durs, sans miséricorde
les besoins

pour

pour

les

empêcher de

dire qu'ils n'avoient poinl
il

trouvé l'occasion de pratiquer la charité,

ait

d'abord les confondre par

la

comparaison avec ceux

qui ont eu plus de tendresse envers les pauvres,
plus d'empressement à découvrir et
à

soulager leurs

misères. C'est ainsi que dans ses précédentes paraboles
il

confond

les vierges folles

par l'opposition

//-.</.

avec les sages,

le

serviteur négligent et crapuleux
les serviteurs

par l'opposition avec
bres;
il

vigilants et so-

condamne

le

lâche serviteur qui avoit en-

foui son talent, par l'exemple

de ceux qui avoient

su faire valoir

le leur.

Il

confondra de

même un

jour tous les pécheurs de la terre en les comparant

avec les justes

;

particulièrement ceux qui auront
la

manqué au précepte de

charité en leur opposant

ceux qui l'auront accompli.

Observez encore, mes frères, qu'en louant ceuxci,

rr.j.

760,

Jésus -Christ

commence parleur

représenter

l'amour éternel dont Dieu a prévenu

les

hommes

:

Ô54
V^eiiez
j

SAIJNT

JEAN CUllYSOSTOMt:.
de

6 les

béîiis

mon père ^

posséder

le

rojaiune qui vous a été préparé dès

le

commencecomparé
à

ment du monde. Quel bonheur peut
celui d'être béni
})eut venir
,

être

et

béni par

le

Père
à

un

si

j^rand

honneur

un

même? D'où homme et
;

conmient peut-il mériter une
eu faim,
et

telle gloire':'

Car f ai

et vous

m'avez donné a manger,
boire.

j'ai eu soif,

vous m'avez donné à
,

paroles pleines de

joie

de consolation
les

et

d'honneur pour ceux qui
Il

mériteront de

entendre!

ne leur dit pas

:

Re-

cevez le royaume, mais possédez-le
héritage,

comme

z^oire

comme un
je

bien qui est à vous, que vous

avez reçu de votre père et qui vous étoit dû de tout

temps. Car
fussiez
riez ce

vous Y ai préparé avant

même que vous
que vous
se-

au monde, parce que

je savois

que vous

êtes.

Quelles sont donc les œuvres
les saints,

que Jésus-Christ récompense dans

avec

cette magnificence toute divine? C'est,

mes frères,
c'est

parce qu'ils ont retiré chez eux un étranger,

parce qu'ils ont revêtu un pauvre, qu'ils ont donne
à

manger

à celui qui avoit

faim,

à boire à celui qui

avoit soif, enfin, parce qu'ils ont visité

un malade
ceux qui

ou un prisonnier.
en ont besoin.
il

Car

Dieu a principalement
des

égard au secours que nous rendons à
11

y a
si

même
les

rencontres où

ne considère pas

secours que nous leur
li
,

avons portés, ont été efficaces,
tenter

daigne se convoit-

du peu que nous

faisons

quand nous

SAINT JEAN CHRYSOSTOME.
(Irions
l'aire

:ZK ÔOO
îc

pius,

que peut-être mémo nous
restés à sa

pour-

rions.

Quant aux autres,
a dit:

gauche,
:

il

parle à
il

ceux-là en termes bien différents

aux premiers,

Venez, bénis;

à ceux-ci -.Allez,

maudits;

maudits, par qui?

Non par mon
:

père; eux seuls,

leurs actions criminelles ont seules provoqué l'ef-

Froyable sentence

Allez au feu étemel qui a été

'^'''<'-

4

f

préparé, non pour vous, mais

pow

le
ai

Démon

et

pour ses Anges. Ce
feu,

n'est pas
le

moi qui

préparé. ce

comme

j'ai

préparé
et

royaume;

l'enter n'étoit
;

destiné qu'au

Démon

à ses

Anges

c'est

vous-

mêmes
Il

qui vous êtes précipités dans ses abîmes (i).

se justifie

en quelque sorte par ces paroles
le

:

Qui

a été préparé pour

Démon
:

et ses

Anges

,

comme

par celles qui suivent
j'aurois été votre

Car
,

j'ai

eu faim. Quand
pas pour

ennemi
les
la

ne

sufFisoit-il

to.icber les
joints

cœurs

plus durs devoir tant de
la soit", la

maux
capn'a,

ensemble,

faim,

nudité,

la

tivité, la

maladie? Tant de

maux ensemble
cœurs

doucissent-ils pas d'ordinaire les

les plus

im-

pitoyables et les plus envenimés? Cependant c'est

dans cet état

même que

vous n'avez pas secouru
(*).

votre Dieu, votre bienCaiteur, votre maître

(i) Laiir. Chesiiard

,

citant saint
;

Jean Chrysostôme

,

Serm. sur
,

le

jugesujet,

ment
pag.

,

tom.

I,

pag. 19.5

voyez

l'article
,

Enfer; Cambacéics

même

124, 125 ;Bourdaloue, Avcnt
Honi. Lxxtx
,

pag. 2;)9, 3or.
,

(*)

i.xxx

,

Morel,

Nov. Testant.

tom.

i ,

pag, 8J6.

, ,

536

SAINT JKAN CHRYSOSTÔME.
je

Voulez-vous que
d'cflVoiVlNon

vous dise co qui nie glace
vous
ailiister,

que

je veuille

mais vous
st;

convertir. C'est de penser à ce fleuve de feu qui

déroulera devant

le tribunal
,

du souverain Juge
et

,

à
le

ces livres qui seront ouverts

où sera contenu

joiunal de notre vie

,

à ce terrible

jugement qui
justes,

sera

prononcé. Sur
gnés
,

les

pages de ces livres seront consiles

non pas seulement
où eu

noms des

mais

tous les péchés

que nous aurons commis. Des
est la

livres

me
F.xod. xxxir.

dites-vous

,

preuve? Vingt
:

lois

dans

l'Ecriture.

Moïse au Seigneur

Si vous ne consentez
livre
;

^^'

pas à leur pardonner, effacez-moi de votre
David
et
:

Ps.1xvn1.29.

Qu'ils soient effacés

du

livre

des vivants

que leurs noms n'y soient pas
;

écrits

au rang des
,

i.iic.x. 20.

justes

et

Notre Seigneur
:

.1

ésus- Christ

parlant à

ses disciples

Réjouissez- ikjus ^ leur disoit-il, non

de ce que

les

Démons vous
écrits
:

sont soumis
le ciel.

,

mais de ce

que vos noms sont

dans

Sujet terrible

mais utile et salutaire

connoissons-le bien pour ne
;

pas l'éprouver. Nos péchés sont écrits dans ce livre
et jusqu'à nos paroles, tout va s'y

imprimer

à l'in-

stant
gistre vir

même. Non
pour aider

pas que Dieu

ait

besoin d'un re-

sa

mémoire

,

mais pour nous ser-

de

titre d'accusation.

Je vous effraie peut-être;

je l'étois déjà avant vous, et bien plus encore. Lais-

sez-moi donc continuer

mon
il

discours, ou plutôt
si

Tadoucir, en vous apprenant que

nos péchés sont
aussi qu'à

consignés dans ce livre,

iie lient

nous

SAINT JEAN CHRYSOSTOME.

ÔD"
il

de

les

en

effacer.

Au

jour

du jugement,
l'aumône
(*).

n'y aura
,

plus

moyen de

l'espérer.

Mais auparavant
et les

il

ne

tient qu'à vous. C'est par
la foi cjue

œuvres de

vous y parviendrez

Quand viendra la fin du monde ? porte ?-r— Quand viendra-t-elle?
fin est toujours

— Oue vous im— Bientôt;
cette
pào.

proche; car, pour chacun de nous,

la

hn de la vie n'est jamais éloignée (*''). Le temps présent est celui de la miséricorde divine viendra un temps qui sera celui de la justice viendra un temps où les larmes des pécheurs, cou;

,,28

;

lassent-elles par torrents
j'ieu.

,

ne leur serviront plus de

Le son des trompettes, retentissant dans tous
de l'univers
,

les lieux

annoncera que

le jour

du derle

nier jugement est arrivé. Les

Anges ont parcouru
,

monde
Le

tout entier; tous les peuples de morts

sortis

des tombeaux, vont comparoître pour être jugés.
tribunal est dressé, etleJuge souverain s'avance,
les

porté sur

Vertus célestes, escorté des PrincipauPlus d'astres qui répandent

tés et des Puissances.

leur lumière que les soleils
livres

du royaume

céleste.

Les

les actions

de chacun des

hommes

furent

consignées, vont s'ouvrir; tous auront à répondre
sur leurs

manquements

à la loi. L'accusé n'a plus de

(*)

De

sancta Pentecosie
XXI in Epist.
,

,

Morel, Opusc, tom. v, pag. 478, 479.

(**)

Hom.
;

ad

Ilebr.

,

Moiel
,

,

iVoc Testam. Xom.vi,
,

pag.

388

Torné

sur

le

dernier jugement

toni.

i

,

pag. 187.

16.

22

.

,

538

SAINT JEAN

CHRYSOSTOME.

recours, plus de dëfense que dans ses œuvres seules
;

c'est sa

propre conscience qui prononce

et l'en-

quéle

et l'acte d'accusation.

L'abîme où roule l'étang

de feu attend
parole
:

l'arrêt

que

le

Juge va porter;

et cette

ayez

pitié

de moi , retentira désormais vai-

nement dans
avant que
,

l'éternité.

Venez donc
la

,

pressez-vous

les portes

de

miséricorde ne se fer-

ment avant que la toile ne se baisse et que la scène du monde n'ait disparu. Ce monde, il touche à sa fin; n'attendez pas que je vienne le juger, car^ du moment où la procédure aura commencé, plus de
grâce. Je vous en ai avertis par l'exemple de ces
Maiih. XXV.
2
1

vierges folles qui se présentèrent à la salle

du
,

festin,
et qui

2,

après avoir laissé leurs lampes s'éteindre

trouvant les portes fermées, frappèrent inutilement

pour qu'on leur ouvrît

,

et

ne reçurent pour réponse
(*)

que ce mot
MoT.^Opusf., t. VI, p. nSS.

:

Je ne vous cannois pas

formidable tribunal! paroles terribles, qui
glacent d'épouvante le
est impossible

cœur

le plus insensible
effroi,

!

S'il

de

les

entendre sans

que serapour

ce

quand on
Les

les verra s'exécuter?

livres sont ouverts; le trône est dressé:
Il

qui? Pour le Dieu de vérité.

y siège
et les

:

ce trône, c'est
les livres

un trône de
où furent
tions

feu.

Les livres sont ouverts,

inscrits les

bonnes

mauvaises ac!

de chacun de nous.
S. Basse,

Quoi

des livres

(*)

De

martyre, Morel, Opusc, tom.

v,

pag. 8 73.

SAINT JEAN CHllYSOSTÔME.
tels

530
,

que ceux qui servent à notre usage
la

e'crits

par

main des hommes pour

être
n'a

les de'pôts

de nos souvenirs?

Non, Dieu
Les
livres

pas besoin
,

de ces supple'nients.
sa

de Dieu

c'est Pag. ssg.

mémoire

:

c'est

à ces livres

que
livre

le

prophète
:

fait allusion

par ces paroles, en parlant des Juifs

Qu'ils soient y dit-il, effacés
et

du
de

des vivants,
les justes.

ps.lxviu. 29.

quils ne soient point
!

écrits
soit

parmi

Ah

tremblez qu'il n'en
la

même
,

de vous

:

songez à

coniusion
saisir
cejç

,

à l'e'pouvante

qui vien,

dront vous
pose's

au

moment où

vos péchés

dë-

dans

livres,

seront dévoilés et

rendus

publics par la voix
tout l'univers.

du Juge

redoutable, à la face de

Que vous soyez accusé devant un juge de
que
l'on déroule sous vos
,

la terre

;

yeux

l'acte

d'accusation

qui dépose contre vous
la

et fournira la

matière de

sentence, de quelle frayeur ne vous sentiriez-

vous pas pénétré! quelle confusion, en entendant
dévoiler vos crimes secrets!

,

poiyrtant

,

^e

n'est

qu'un

homme

qui vous juge.
le

Combien plus ne
la crainte et

serez-

vous pas écrasé sous

poids de

de

la

honte, quand vousaurez pour Juge le Dominateur

de l'univers , prononçant votre arrêt
phètes
gloire

,

en présence
va^. 590.

des armées célestes, des patriarches et des pro,*

des évangélisîes, des Apôtres, associés à la
,

de leur divin
assis

Maître dans ce jour de son

triomphe,

près de lui sur autant de trônes res22.

34o

SAINT JEAiV CIH'.YSOSTOMI!.

plendissants de gloire (i), en présence des roisj

des riches cl des pauvres! Eniendez-le repoussant
tous ceux
cpii

ne l'auront pas reconnu, adresser

à

Dieu, son père, ces paroles:
pre'variqué contre
?ag.59i.

Mon

Père,
,

celui-ci a

mes commandements
insulté

celui-là,

persécute

mes
les

serviteurs,

foulé sous les pieds la prédication de

mon Eglise, ma parole.
les

ou
Et
di-

cependant
vines, ont

Anges, ministres des vengeances
les

saisi

pécheurs, pour

exclure à

jamais

du royaume

céleste, et les précipiter dans le

lieu des supplices. Etre privé

du

salut, être relégué,

banni du royaume céleste, quel effroyable avenir!

Mais ce

n'est pas tout
,

:

être

condamné à des flammes
trembleriez- vous pas?
félicité

éternelles

comment ne
:

D'autre part, quelle gloire, quelle
les élus

pour

de s'entendre dire
à

Celui-ci a été docile à
il

ma

parole, fidèle
il

ma

loi;

n'a point

dédaigné

le

pauvre,
tice;
il

a

méprisé

la richesse, et prati([ué la jus-

s'est

élevé au-dessus des vains attachements
les biens futurs;

du monde pour ne rechercher que
il

a travaillé à la propagation

de

mon
,

règne, honoré

ma
T.vinKened.

parole

;

honorez-le vous aussi

ô

mon

Père

(*)

:

Nous paroîtroiis

tous devant le tribunal de Jésiis,

fsupplém

)

Christ y nous dit l'Apôtre
(i) L'abbé
sillon,

pour y rendre compte de
i
,

Clément, Mystères

,

tom.

pag. 4r)9; Bourdaloue

,

Masjuge-

Manifestation des consciences, dans leurs sermons 5«r

le

ment dernier.
(*)

Tom.

VIII

Bened.

,

pag.

1

20.

(

Supplément.

)

SAINT JEAN CHRYSOSTOME.

34i

nos œuvres. Que deviendrons- nous donc, 6 nous
tous qui n'aurons à y porter que nos pe'che's? Quelle grâce aurons -nous à espérer? Comment parvien-

drons-nous à

llc'cliir

le

redoutahle Juge

?

Quelle

conCusion. alors que nos iniquités seront révélées
à tous les veux!...

Mais

il

est

des

hommes

assez té-

méraires pour accuser de mensonge nos Ecritures

divinement inspirées,
par des allégories,
ils

et

qui prétendent expliquer

la

menace du dernier jugement^
n'a d'autre

nous disent que tout ce langage
d'effrayer les

but

que

hommes;

et qu'il n^est pas possi-

ble qu'un Dieu de miséricorde punisse personne,

avec celle rigueur, particulièrement ceux qui l'ont

reconnu. Ecoutez, o vous qui, vous abandonnant

aux

illusions

de l'ennemi du salut
la

,

car c'est lui qui^
salut, et vous

pour vous détourner de
engager dans celle qui

voie

du

mène
la

à l'enfer,

vous inspire

celte funeste sécurité; dites-moi, vous qui faites

de

Dieu un menteur, de qui

parole ne doit pas élre
riche n'estnic. xvi.20.

prise à la lettre, dites-moi, le mauvais
il

pas puni dans les enfers? Les vierges folles ne

sont-elles pas repoussées

de

la

salle

du banquet?
personne du

j^j,^,,}^

^^^.

Jésus-Christ ne condamne-l-il pas au feu de l'enfer

'^*

ceux qui ne
pauvre
;

l'ont point

nourri dans

la

et celui qui

s'est

rencontré dans

la salie /^;j.xxir.4;

des noces sans avoir la robe nuptiale? N'a-t-il pas

prononcé de
qu'ils seront

sa

propre bouche contre

les

adultères

déchirés par

un

ver qui ne meurt pas,

54.2

SAINT JlîAN CllUYSOSTOME.
([ui

par des flammes

ne s'éteignent pas? Sont-cc

de simples menaces? N'est-ce pas Je'sus-Christ qui
nous affirme tout cela?

— Oui, répondent-ils. —Vous
pour
l'avenir
;

ne croyez pas ce
tant d'autres

qu'il a prédit

mais

menaces

qu'il avoit faites^

ont été

exécutées
Pai;.

:

pourquoi celle-ci ne

le seroil-elle

pas?

144.

Qui donc, du temps de Noé, a englouti tout l'univers sous les eaux du déluge, (ait tomber sur les
habitants de

Sodome une

pluie de feu

,

après que

tout cela avoit été prédit?
ilUl.xxi.
3().

Le châtiment des Juifsavoit
:

été prédit par la parabole de la vigne et des noces

rap})eîez-vous quelles terribles calamités ont justifié
Uul.xKiv.^.ï.

la prédiction.
telle y

La
l'a

tiilmlation

qui les attend sera
il

avoit-il dit,

que jamais
prouvé
:

n'y en eut de sem-

hlahle , et le fait

lisez l'historien

Josephe

,

vous v verrez que jamais peuple désolé par

le fléau

de

la

guerre n'eut
;

à

subir une aussi épouvantable
il

catastrophe

de leur ville

ne restera pas pierre
s'il

sur pierre , avoit dit Jésus-Christ. Dites-moi
Pa". 145.

en

reste encore.
,

Mon

dessein

est-il

de vous attrister?

Non mais de vous inspirer une salutaire défiance. En vous flattant, je ne ferois que vous tromper et
vous perdre. Quelle raison auriez- vous de croire que
si

vous péchez

il

n'y a point de punition à craindre?

Ne vous l'a-t-il pas déclaré à l'avance? Ne vous a-t-il pas
prodigué tous
les

secours nécessaires pour échapper

Luc

VI

3-;

au péché et au châtiment? Qu'est-ce donc, après tout, ^^^- ^^^ commandements ont de si pénible? Si vous

SAl«T JTwVN CnUYSOSTÔME.

34-3

pardonnez j vous

dil-il

,

il

vous sera pardonné a vousConfessez
,

même. Cela
mis
et

est-il si difficile?

le

premier
re-

^'^i^-^^^i^ii.

vos péchés , imitez
,

le

publicain

ils

vous seront

quand

ils

2>ous auroient

rendu rouges

comme
de
i^an. iv. 24.

Fécarlate, je

vous rendrai blanc comme
2)os

la neige.

Rachetez-les par
si

aumônes. Qu'y

a-il

donc, là

impraticable? Et quand vous y manquez, vous

vous opiniâtrez à nier l'existence du châtiment!
ce compte
,

A
Matth. \xv.

,

il

n'y en auroit donc pas pour le
Jesus-Clirist ait dit
,
:

Dëmon

lui-même Lien que vous de moi,
a pas d'enfer,

Eloignez-

allez
et

aufeu éternel qui a
non plus pour
l'ctre

été préparé
,

pour le Démon
timent

pour ses Anges. Car enfin
lui
est incontestable qu'il soit

s'il

n'y

il
s'il

n'y a pas

de châpuni,
il

;

mais

est clair les

que nous devons

quand nous
,

faisons

œuvres du

Dëmon
est

;

coupables

sinon des

mêmes
à la loi

fautes, toujours

du moins de désobéissance
il

divine.

— Dieu

bon, dites-vous; donc il ne punit
cesseroit d'être

pas; et, selon vous,
nissoit.

bon
!

s'il

puser.i

Quel pitoyable raisonnement
l'aurez offensé

Tout
;

donc égal entre vous qui
s'adonnent

et ces re- Pag. 145.

ligieux, par exemple, qui, ensevelis dans la retraite,

perpétuellement

aux

plus

laborieux
doit

exercices de la pénitence. Si le

méchant ne

point être puni

récompenses
mais
il

à

prétendre. — Non, répliquez-vous;
la

j

ni les justes

non plus n'ont point de
qu'il
ait

convient à

grandeur de Dieu

récom-

pense, et non pas qu'il punisse; qu'il y

un pa-

3/|4-

SAINT JEAK CIIUYSOSTÔME.

radis et point d'enfer. Ainsi le fornicateur et l'a^

dultèie, riiomrne souillé de crimes, auront droit à
la

même

félicite

que l'homme dont

la vie

aura été

irréprochable. Car, puisque l'un doit ressusciter

avec l'autre,

s'il

n'y a point d'enfer pour l'un,

il

y

a parachs pour tous. Je demande à quelqu'un dotant
soit

peu raisonnable

,

si le

Démon lui-même

auroit

droit de tenir

un
que

pareil langage....
les

Dieu seroil donc
magistrats éta-

moins

juste

hommes! Vos

blissent des distinctions entre les bons et les

mé-

chants, récompensant les uns, punissant les autres.

Dieu

seul les confondroit
à la

dans un

même traitement ?

Et vous en appelez

bonté! La bonté consiste-t-ellc

à protéger le crime, à le

récompenser? Si Dieu
pour ceux qui l'auront

doit se

montrer

si

indifférent

outragé, à quoi bon tant de soins et d'empresse-

ments de

sa part, pour nous attacher à ses commandements? Quelle inconséquence! Vous venez dans ses temples lui demander de vous pardonner,

d'oublier vos prévarications^ vos injustices, vos cu-

pudités

;

et lorsque,

dans ces

mêmes
;

temples,

il

vous menace de les punir, vous vous emportez contre
lui

en plaintes
il

et

en accusations

mais

si

la

menace

vous révolte,
dir,

étoit plus

simple de vous en applau(*).

que de vous condamner vous-même
In secund. dom. advent.
substance,
)
,

(*)
(

Morel, Opiisc.

,

tom. xi
,

,

pag.

652
,

G5g.
Biblïo-

Ea

Combcfis,
xt
,

Bibliotlt.

Concionat.

in

Adventu

tlièquc chois.,

toiii.

pag. 424.

SAINT JEAN CimYSOSTÔME.
Uajjliction et le désespoir accableront tout

54.5

homme

i-

«

i^ened.

qui aura fait

le

mal. Tout

homme,

dit saint Paul,

(juel qu'il soit, riche,

pauvre, prince, empereur.
fera acception
le

Le jugement de Dieu ne
sonne
:

de peru. g.

le

Juif d'abord , puis

Gentil, voilà l'uni- Rom.

que
tie

distinction.

Qui aura reçu davantage, sera châsont dans le ciel
qu'est

plus rigoureusement.

Tous nos biens
noire Sauveur,

;

c'est là

t. xi isened.
'"'

et tous nos trésors avec

lui. C'est

de

que nous l'attendons lui-même à son second
Il

avènement.
et

de nous en ouvrir

ne se contente pas de nous y appeler, il daigne se renles portes
;

dre en personne auprès de nous.

Il

voulut Lien venir
;

sur celle terre peuplée de ses ennemis

Lien moins
l'a

encore rëpugnera-t-il d'y venir après qu'il
nore'e

ho-

de tant d'amour. Aussi ne sera-ce point à des
qu'il
:

Anges, à de simples serviteurs
commission de juger
descendra
,

donnera

la
il
p;.,..

les

hommes
du

lui-même,
,

302.

porté sur les nuages

ciel

pour nous
i.

introduire dans sa royale demeure, et pour être avec
lui

Thess. iv,

emportés a travers

les

nues y éternellement unis

à lui. Tel est le sort léservé
viteur.

au fidèle

et

sage ser-

Maith, xxiv.

Mais aussi quel effroyable malheur que celui

d'être privé de cette céleste gloire! la vie tout entière n'est pas encore assez

longue pour pleurer une

semLlaLle calamité, et quelles larmes encore pourroient la déplorer assez? Multipliez l'enfer avec ses
tortures
,

l'enfer

lui-même

n'a rien

de comparable

54-6

SAINT

JEAlN

CHUYSOSTOME.
se verront bannis

au dëscspoir des malheureux qui
du, ciel à ce

moment

terrible

l'univers s'ébranle,

les

trompettes font retentir leurs accents jus,

qu'au fond des tombeaux, où

à la suite des Ici^ions

iiniombrablcs des Esprits bienheureux^ paroît, dans
sa gloire ineifabJc, Jësus-Christ, jui^e

de tout

l'uni-

vers,

les

Chérubins

et les

Séraphins, séparant les

élus, appellent

aux

cotés de Paid ceux qui lui fu-

rent fidèles pour partager avec lui ses immortelles

couronnes

,

et s'entendre

proclamer à

la face

de

toute l'armée céleste, par la

bouche

même du
il

sou-

verain rémunérateur. pas un enfer,
il
,

Non mes
,

frères,
tel

n'y auroit
celui

n'y en auroit pas

que

que

nous croyons

ce seroit déjà pour les réprouvés
la

un

châtiment insupportable que

confusion d'être té-

moins

et

de

la gloire

des élus, et de leur propre sé-

paration d'avec eux. Etre à jamais banni
céleste, quel enfer! Figurez -vous le

du royaume fds d'un mo-

narque, lequel, après avoir terminé par d'éclatan-

une g\ierre difficile, viendroil faire une entrée triomphale dans une ville. Précédé par accompagné du corla renommée de ses exploits
tes victoires
,

tège le plus imposant,

il

est porté sur

un char male

gnifique

,

environné de trophées
,

et

d'une immense

multitude

tant de ses
,

compagnons d'armes dans
de palmes

plus riche équipage

que de spectateurs empressés
;

sur son passage
les
:ois

,

la tête ceinte

à sa suite
;

vaincus et tout un peuple de

captifs

lui

SAINT JEAN CHRYSOSTOME.

547

cependant, bon^ affable, généreux, s'entreienant
familièi

emcnt avec

tous

ceux qui l'approchent, leur
,

îend

la

main

,

les

embrasse

leur raconte ses expé-

ditions

comme les ayant entreprises
joie.

par amour pour
regards leur

eux^

et se plaît à faire éclater à tous les

commune
partager

Mais tandis

qu'il

marche avec eux

vers son palais^ pour les y admettre et leur en faire
les
il

magnificences

;

s'il

y en avoit d'autres
:

pour qui
quelle

nWit que des dédains quelle douleur, confusion pour ceux-ci quand il n'auroient
,

rien de plus à redouter de sa colère
roient-ils point

;

et

ne

se croi-

punis déjà par cette privation plus
les

encore que par tous

supplices? Ici, ce n'est pas
;

seulement un
toute la

roi

mortel

c'est le roi

des cieux dans
,

à sa suite les

pompe de sa majesté souveraine traînant Démons enchaînés^ leur prince lui:

même humilié.... Je m'arrête la vive émotion qui me pénètre moi-même ne me permet pas d'attacher plus long- temps mes regards sur
quences. Quel malheur pour nous
être
,

les consé-

nous allions déchus par notre faute de ce royaume du ciel auquel il nous est donné d'aspirer? S'il est des élus
si

que Jésus-Christ emmène avec
est aussi

lui vers

son Père,

il

des réprouvés qu'il délaisse pour les aban-

donner aux exécuteurs de ses vengeances, à- des flammes dévorantes. Les malheureux! vainement ils
gémiront
,

ils

verseront des larmes amères
,

;

ils

bais-

seront les yeux vers la terre

ne rencontrant par-

348
tout que

SAIINT
tlos

JEAN CUHYSOSTÔME.

accusateurs et des témoins de leur

home. Ah!

s'd étoit possihle à ce terrihlc jour
:

de

revenir à dos re'solutions meilleures
accès au rejaenlir est fermé.
Luc. XVI. 26. Je ciel et
iJ

mais non, tout

y a désormais entre
qu'il n'est

l'enfer

un abîuie immense
et

donné
qui fu-

à

personne de franchir. Paroles
,

foutl royautés

rent dites au mauvais riche
adressées à

qui nous seront
ici-

nous-mêmes

,

si

nous ne pleurons
(*).
si
r

bas pour n'avoir pas à pleurer dans les enfers
T. viBenocl.
Pair. 2Q-Î,

Pcusous au jour du dernier jugement,
voulons nous épargner
1 , 1

nous
\

^

la

contusion réservée a ce

c

'

jour où les œuvres de notre vie seront exposées à
II.

Cor.v. îo.

tous les veux. Car

tel est l'oracle

:

Nous aurons

tous

à comparaître par-devant

le

tribunal de Jésus-Christ,

pour j

être jugés selon les

œuvres bonnes ou maufaites

vaises que

chacun de nous aura

pendant

qu'il
l'a-

étoit revêtu

de son corps. Transportons-nous à

vance au pied de ce tribunal; en présence du souverain Juge
,

à cet effroyable

moment où
,

toutes les

actions de notre vie seront révélées

manifestées

aux regards de
glace-l-elle pas

tout l'univers. Cette seule

image ne

vous pénèlre-l-elle pas d'un secret effroi? ne vous

d'une sainte horreur? Vous préfévoir vos fautes cachées

reriez la

mort au supplice de

se découvrir
(*)

aux yeux des personnes que vous resad Plàlipp., Morel
de saint Eplircm
,

Honi. XIII in Epist.
Chibiri
,
,

,

Nov, Tcslam.
toni.

,

paL% i25

127

;

elle à l'article
;

,

vin de celle Blhlio-

tlièqitc

pag. 298 et suiv.

Saiirin

Scim., toui. x, pag. 5o2.

,

SAINT JEAN CURYSOSTÔME.
pectez. Alors ce seront cl
les

349
et tous
Ps. xlix. 21.

tous les

Anges

hommes
ci

qui les verront. Elles vous seront re;

viochées a i^oiis-même , dit le prophète
présentées
la face

elles seront

de tous
:

les

hommes. Cette seule

supposition vous accabie
le cri

vous ne pouvez soutenir

de votre conscience. Que sera-ce alors que
les

vous aurez

Anges

et les

hommes pour

témoins et

pour accusateurs ?

A

ce jour terrible où se fera le discernement des
les

bons d'avec
laissé.
ils

méchants

,

l'im sera pris

^

et l'autre Maiih.

xviv.

Quel sera
les

le désespoir

des reprouvés, quand

verront
,

élus p?'is

pour être couronnés de

gloire

et qu'ils se verront laissés?

Pour eux quelle

Jionte! quelle confusion!

Non, croyez-moi, point

d'expression capable de rendre l'excès de la douleur
à laquelle
ils

seront livrés.

Vous avez
le

peut-être ren:

contré des criminels qu'on nienoit au supplice

à

mesure
loppe!

qu'ils

avancent vers

terme

fatal, quelles
les

sont leurs pensées, quel

nuage sombre

enve-

Que ne

conscutiroient-ils pas à faire
Il

pour

qu'on leur épargnât cette ignominie?
à

m'est arrivé

moi-même^ de rencontrer
à

plusieurs de ces mal-

heureux

qui l'on avoit
:

fait

grâce au

l'exécution

je leur ai

entendu dire

moment de qu'à ce moment

tous les objets se confoudoient à leurs yeux;- que
leur esprit troublé, en désordre, n'apercevoit rien.

Dans
et

cette foule

de spectateurs qui
il

les

environnoit

ne

les connoissoil pas,

n'y en avoit pas

un,

,

55a

SAINT JEAN CHllYSOSTOME.
,

quclqu'iiihumain

quelque I)arLaie ou

iiidifTe'rent

qu'on
les

le

supposât

,

qui pût conlempler de sang-froid

appréis

du supplice
et

émus, consternés;
avec qui
ils

Tous eioient pourtant c'éloit un étranger
et la victime.

n'avoient aucun rapport.
le

Que

sera-ce

si

nous avons

malheur d'encourir

ia

sentence?

Que

de regrets de nous voir exclus du séjour de
cité, et

la féli-

condamnés au supplice éternel! Que l'emquelque part son entrée triomphante,

pereur

fasse

une

foule d'assistants ne voit qu'avec

secrète et

une jalousie amer une pompe qu'elle ne un chagrin
,

partage pas. Mais à ce jour

être
,

non-seulement

exclu de
ger, le

la

cour du Roi des

rois

voir, sans le parta-

bonheur de ceux qui l'accompagnent, mais en être à jamais banni pour un séjour de ténèbres,
,
:

de pleurs et de grincements de dents
plice
T. xn Bened. Pa;r.6i3.

quel sup-

O

!

JNous faisous rendre

compte à nos serviteurs non,

seulement de l'emploi
leur a été confié
,

qu'ils
la

ont

fait

de l'argent qui
qu'ils

mais de
fera-t-iî

somme même
et

ont

reçue. Ainsi Dieu

au jour du dernier juge-

ment.

Il

demandera un compte_,
et

un compte
:

ri,

goureux aux riches

aux pauvres

au riche

de

quelle source lui provient sa fortune^ d'une source
lé^^itime

ou de ses rapines
caritatc, tom. vi
,

et

de ses vexations
,

;

quel
Aient

(*)
pai;.

De perfecla

Bened.

pag.
,

292

;

Massillon
pag.

,

iod; Moiilaigou

Dictionn. apostoL
,

tom.
,

iii,

2iS;Bour-

daloue, sur la sévérité de la pénitence

Avent

pag. 172.

SAINT JEAN CHRYSOSTÔME.

35l
con-

emploi

a-t-Il

fait

de

ses richesses? les a-t-il
,

sume'es en débauches

ou partagées avec
a-t-il

les indiles pri-

gents?

Au pauvre
;

:

comment

supporté

vations? avec courage, avec résignation, ou Lien

avec impatience
nissant
la

en murmurant,

et

non pas en bésiècle,

divine Providence?
:

Aux grands du
(*) ?

aux magistrats
la

ont-ils

rendu leurs arrêts au gré de

faveur ou de

la

prévention

Seigneur, diront bien des Chrétiens, n'avonsnous pas prophétisé en
ivoire

-^

^.^^^^^eneà.

nom P N'avous-nous
:

^'^'i-

^'^^^

pas

fait bien des choses

extraordinaires en votre

p.îatih.

va,

nom?

Et Jésus-Christ leur répondra

Je ne vous conje

— Pourquoi donc punissez-vous ceux que vousneconnoissez pas? — vous désanais pas.
C'est-à-dire
:

voue,

je

vous réprouve. Des

phétisé, fait des miracles

hommes qui ont proau nom du ÎSeigneur, reen
est ainsi,

poussés
sera-ce

,

méconnus par

lui! S'il
si

que

donc de nous? De
;

beaux commencements
la

n'ont pas eu de suite

entré dans
;

carrière, on
^

n'y a pas soutenu sa course
périt...

on

s'est

relâché

et l'on
pa^a?,?.

Tremblez, vous surtout, ministres du Seile

gneur, qui avez reçu
l'avoit
,

don de prophétie

:

Balaam
Nmn.
xx:r.

comme vous l'Esprit de Dieu parloit par sa bouche, comme il s'exprime par la vôtre. Les miracles mêmes que vous auriez faits ne vous sauveront
pas des flammes de l'enfer,
si

vos

mœurs
vi, p.

n'ont pas

(*)

Hom. XXV

inter Eclogas

,

Morel Opiisc, tom.

913.

552

S.\I^T JEA^ CilKYSOSTÙaïK.

répondu
connus

à votre enseij^ncmeiil.
aussi
:

ne vous dise, à vous
,

TrcmLlcz que Dieu Je ne vous ai jamais
grâce
,

pas

même

lorsque

ma

indepenclanle
se ré-

de vous,
T. IX Bened.
Pag. 697.

agissoit par vos

mains, lorsqu'elle

pandoit sur

mon
^

peujile par votre niinislèrc
^

(*).

Sortons, mes frères, de ce létliarîrique assou' °
.

pissement
le

où.

nous sommes pour

la plupart.

Que

.

si

grand jour du dernier jugement venoit à nous v nous nous trouverions être la proie surprendre
,

d'une mort d'où l'on ne se réveille plus. Tant que

nous serons dans

les liens

de ce sommeil où nous

dormons, nous sommes de toutes paris en Lutte aux
coups que nous portent nos ennemis,
et les
les

hommes
et

Démons,

sans rien avoir ([ui nous garde ou

nous défende. Tout dort, hélas! autour de nous

connue nous.

On

diroit

que nous sommes plongés
,

dans l'obscurité d'une nuit sombre

l'on s'abanle

donne au sommeil, où tout dort excepté
l'état

Démon,
de

seul veillant au milieu des ténèbres, etprofuant

de mort où nous sommes pour s'introduire
ses victimes, et s'enri-

dans nos maisons^ égorger

chir de leurs dépouilles, sans nulle résistance. Si ce

que
ici

je dis n'est pas

vrai, répondez-moi, ô vous,

présent, que

s'esl-ii

passé dans ce saint lieu?

Quelles paroles y ont frappé vos oreilles? Quel pro-

(*)

Ifom. XXIV in

Ejùst.

ad Uchr.,'Mm-iA
,

,

Nov. Testam.,
tom.
i
,

toni. vi,

pag. 223

— 225; Canib.icérès

*•«/•

le

jugement

,

pag. 127.

SAINT JEAN CHRY80STÔME.

353
que

phèie^ quel Apôtre a

fait retentir sa
s'il

voix jusqu^au

fond de nos âmes? Dites-moi,
lout ce

n'est pas vrai
n'a
e'té

que nous venons de dire
el plut à

pour nous

qu'un songe vain? Vous dormez, non pas corporelle-

ment
moins

,

Dieu! Qui dort au moins de cette
et
s'il

manière^ ne parle pas;
il

ne

fait

nul bien^

du
je

ne

fait

pas de mal.

Le sommeil dont

parle, c'est cette funeste insensibilité pour tous les

devoirs au milieu d'une

activité'

qui ne s'épuise pas

dans

la

recherche des moyens d'augmenter son tré-

sor par les gains les plus illicites; c'est ce continuel

étourdissement où vous jettent vos coupables sensualités,

cette ivresse qui provient

moins encore des
dans

excès de la table que de la dissipation habituelle où
l'on vit;

sommeil trop

réel, qui vous tient
la

l'en-

gourdissement, et ne permet pas à
la

semence de

divine parole de prendre racine dans vos cœurs.
réveille-toi donc, âme malheureuse, de ce sommeil de mort, et secoue l'ivresse
(*).
si

Réveille-loi,

sors enfin

tu es plongée
«

nous y pensons sans être touchés, changés, convertis. Il est un sommeil de mort, c'est le sommeil qui n'est pas troublé par les
à

Malheur

nous

coups du tonnerre
(*)Honi. XXIV in Epist.

(**).

ad Rom., Morel, Nov. Testam.

,

t,

iv, p,

33o,

33x.
(**)

Hom.

XXIV in Epist, ad
,

Rom.

,

toni. ix
,

Bened., pag.
,

697. Traduit

parle P. de Neuville

Jugement dernier

Âvent.

pai;.

194.

16.

20

,

354

SAINT JEAN CHRYSOSTÔME.

Récompenses

et châtiments après la mort.

m. Enfer.
T.xii.Bened.
\\ est

parmi nous des

hommes
,

qui

,

aLandonnés

tout ejitiers aux impressions de Ja chair, ne vivent

que pour
a point

le

temps présent

et

s'imaginent qu'il n'y
c'est

de vie future. Leur grand argument,
est trop

que Dieu

bon pour
la
;

qu'il

y

ait

des châti-

ments
est

à
,

craindre après
il

mort. Oui, certes, Dieu
et,

bon mais

est juste
,

cela posé

,

seroit la

justice dans Dieu

de permettre qu'on Toutrage
,

que
ses

l'on racconnoisse ses ])ienfaits

que

l'on

bm^ve
soit,

menaces? Offenser quelque
c'est
la seule justice

homme
;

que ce

même un indiff'érent,
termes de

un crime

punissable aux

humaine mais s'en prenpaternel par des

dre à son bienfaiteur, au Dieu sans qui l'on n'existeroit pas, attrister son

cœur

man-

quements
Pag. 6ii.

journaliers

,

n'est-ce

donc point

un
est

attentat qui repousse toute miséricorde?

Dieu

bon, dites-vous; et parce qu'il est bon,
cesseroit-il d'être

il

ne doit

pas {lunir. Insensé qui tenez ce langage, pourquoi

bon en vous punissant? Quoi!
elle essaya

vous péchez et ne voulez pas être puni. Mais sa

bonté vous en avoit prévenu
détourner par
les

;

de vous en

menaces

qu'elle faisoit retentir à

votre oreille; elle multiplia autour de vous les se-

cours pour aller au-devant de vos chutes; elle

s'est

SAINT JEAN CIIIIYSOSTOME.
épaisée pour xolrr. salut. Mais
s'il

355

n'y a point de

châtiment

à

craindre pour les coupables,

un autre
es-

viendra nous dire qu'il n'y a pas davantage à

pérer pour

les justes.
la

Et qu'est-ce donc alors que ce

que vous appelez
la justice

bonté dans Dieu? Qu'est-ce que

qui doit présider à ses jugements? Cessez,
c'est le

ô

hommes, de vous abuser^
si

Démon
les

qui

vous inspire ces téméraires pensées. Si
trats,
les

magis-

maîtres de

la terre

ne laissent pas sans
la

récompense ceux qui se dévouent au service de
qui y manquent

patrie ou de leurs personnes, ni sans punition ceux
,

comment supposer
moins
la

raisonnable-

ment que Dieu
qu'il
et les
S'il

soit

juste

que

les

hommes,

et

confonde dans

même

indifférence les bons

méchants?
n'y avoit rien à craindre après
la

mort, quel

frein resteroit-il au pervers? Si la crainte

même du
il

châtiment dont

il

est

menacé, ne

suffit

pas toujours
se

pour
vous

le

détourner du crime, que sera-ce quand

verra affranchi de cette crainte? El non-seulement
le

débarrasserez de la peur de l'enfer; mais
lui

il

faudra de plus

promettre

les félicités

du

ciel

pour

récompense de

ses forfaits?

preuve, nous dit-on, que Dieu, bon et miséricordieux, comme il est, châtie même ceux
est la

qui l'ont reconnu. Mais répondez-nous à votre tour,
vous qui accusez Dieu de mensonge, répondez:
qui est-ce qui, du temps de Noé
,

châtia l'univers

20.

556
r.iMi. vif.

SAriNT JiiAN

CHUYSOSTOME.

18.

du déluge, engloutit dans un -vaste naufrage, toute la race humaine condamnée à la mort? Qui est-ce qui fit tomber sur l'infWme Soentier par les eaux

aW.

xi\.28.

dôme
leirs

des

torrents de bitume
fit

embrasé, couvrit

Niim.wr. 49.

l'Egypte de fléaux,

périr dans le désert tant de mil,

de murmuratcurs

précipita dans les entrailles

/'W
11.

Oi.

de

la

terre entr'ouverte Corc,

Datan et Abiron

;

no;;.x\iv.

envoya,

du temps de David,
les

la peste

qui dévora en
;

un moment
soldats

soixante mille de ses sujets

extermina

dans une seule nuit
IV
\\e."

cent quatre-vingt cinq mille

XIX.

de l'armée de Sédécias,
étrangers

comme

il

l'avoit fait

^^'

prédire par son prophète Isaïe? Et sans recourir à
ces exemples
,

pouvez-vous fermer

les

yeux

à l'expérience des calamités

que nos crimes

à

nous-mêmes attirent sur nos têtes? Je vous demande,
d'après cela
^ si

la raison seule

permet de croire que
et

Dieu punisse une partie des coupables

en

laisse

une autre impunie.
ses

Si la boulé de

Dieu s'oppose à

vengeances, personne nedevroit être puni. Pour-

quoi donc punit-il quelquefois dès celte vie
les

même

blasphémateurs de votre sorte;

si

ce n'est pour

vous forcer à croire à l'expérience quand vous refusez de croire à ses

menaces? Nous vous parlons

des feux de l'enfer. Mais nous ne

sommes
,

pas les

premiers à
vérité

les

annoncer. Et certes

il

iaut

que

la

en

soit

bien incontestable, puisqu'elle

s'éloit

fait sentir

au milieu

même

des ténèbres
le

du pagacaractère

nisme. Qu'ils fussent dans l'erreur sur

SAINT JEAN CHUYSOSTÔME.
des châtiments
et

T)6y

des fautes qui les provo([U()ient,
la

toujours est-il vrai que les seuls principes de

mi-

son

et

de

la

justice naturelle qui

avoicnt

cours
à con-

dans

les écoles

humaines,
la

les avoient

amenés

clure en faveur de

certitude d'un jugement à
Paq.()i

subir après

la

mort. Parcourez leslivres des poètes,

des philosophes, des orateurs du paganisme, partout vous les entendez parler d'un séjour de ré-

compenses pour

les

âmes vertueuses,
méchants après

et d'un lieu
la

de supplices pour

les

mort. In-

exacts dans les descriptions qu'ils nous en ont laissées, puisqu'ils ne les tenoient

que de leur imagi-

nation ou de souvenirs recueillis de la lecture de

nos livres saints

,

toujours supposent-elles ce presà venir. Ils

sentiment d'un jugement

nous parlent

de fleuves infernaux
divers
,

,

d'un tartare et de châtiments

auxquels
élysées,

les

méchants sont enchaînés

;

de

champs
après
riantes^

où ceux qui ont bien vécu goûtent
occu-

la vie

des plaisirs purs, au sein de campagnes
,

parfumées des plus douces essences

pés de danses et de chants. C'en est assez pour conclure à
les
la

reconnoissance d'un état de bonheur pour
les autres,

uns, de malheur pour

après

la

mort.
vous

Tenez donc pour certain

qu'il

y

a

un

enfer,

si

voulez éviter l'enfer. N'y pas croire, c'est s'exposer
à l'oubli de tous ses devoirs et au danger inévitable

de périr victime de son incrédulité. Aimons à méditer l'enfer, à

nous entretenir de

ses feux

;

c'est

ua

558

SAINT JEAN CHUYSOSTOMIi:.
salutaire, Lieu propre à nous

remède amer, mais
vous enclin à

guérir de tous nos penchants de'réglés. Vous sentezla

dureté^ ù l'insensibilité de cœur à

la

vue des souffrances e'trangères? pensez au châtiment
is:.'it:h.

xw,

des vierges folles

,

punies pour n'avoir pas entretenu
la

dans leurs lampes

flamme de
lui soit

la

charité

:

à l'in-

tempérance
Luc. XVI. 24.

?

rappelez-vous le mauvais riche, de-

mandant que Lazare
sa

envoyé pour rafraîchir
d'une flamme

langue altérée, et ne l'obtenant pas. Sentez-vous

s'allumer dans votre

cœur

l'étincelle

impure? songez
entendre

à l'enfer (*).
tel sujet a

Je sais bien tout ce qu'un
:

de pénible

à

il

laisse
;

au fond de l'âme une impression
le
trait

douloureuse
dans
la

mais

déchirant qu'il laisse

conscience devient profitable. Si nous vous

disions ,

comme au mauvais

riche de l'Evangile,

que

vous auriez beau pleurer, gémir, vous désespérer,
toute cette pénitence seroit stérile
;

vous auriez raila voie

son de vous en effrayer. Mais puisque
pénitence nous est ouverte tant

de

la

que nous sommes

sur la terre, bien loin de vous attrister de nos averHom. XXV
Bened.,
hitcr Eclog., Morel, Opusc.
,

(*)

,

tcm. vr, pag. 908

— 910
t.

;

deperfecta caritate
t.

lom. vt Beiied.
;

,

pag. Qgfi;
t.

Hom.

xxviii in Joann.,
siiiv.
;

VIII

p.

i5o

Liblioth. chois.,

xi, p. 42/1 et
,

xvr,

p.
t.

Sao.

Même

raisonneruent dans TerîuUieu

voyez son article Biblioth.,
:

a, p. 489 et suiv., et p. 36 du livre intitulé Delà religion considérée comme hase du bonheur public ; Lenfaut, Serm. sur l'enfer, toni. v,
pag.

2o5

;

V,o\\TAa\o\\ç.,

de r éternité malheur., Dominic

,

tom.

iv,

p. i37

et suiv.

,

SAINT JEA^' ClIllYSOSTÔME.

SSq

lisscments à ce sujet, vous devez bien plulÔL en re-

mercier

la

honlé divine qui, par l'organe de ses
vous ménage
et le

jire'dicateurs,

temps de

profiter

du

malheur d'autrui

de vous réveiller de l'assoupis(*).

sement où vous dormez

Quand nous vous parlons du feu de l'enfer, ne vous figurez pas un feu tel que celui que nous
voyons. Celui-ci
,

t. iBeneJ.
^°'
^
*

allumé par

la

main des hommes
consumer
le souille

s'amortit par degrés, et fmit par se
s'éteindre.

et

Le feu de l'enfer, allumé par

du

Tout-Puissant, brûle sans relâche, sans nulle altération
>

toujours au

même

degré

d'activité,

immortel,

vraiment inextinguible. Le pécheur, dans les enfers,
est

malgré lui-même revêtu de F immortalité. C'est
;

i.

Cor.xv.Sî.

l'expression de l'Apôtre

immortalité malheureuse,
titre

qui n'est plus pour lui un

de gloire, mais

l'instrument de son éternel supplice, et de tortures

qu'aucun langage humain ne sauroit exprimer.

Seulement pour en concevoir quelque idée

,

autant

que des

objets bornés par leur nature peuvent nous
:

tracer l'image de ceux qui ne le sont pas

cherchons

dans l'expérience journalière quelques objets de
comparaison. Par exemple^ que l'on vous plonge

dans une eau bouillante

,

qu'une

fièvre ardente se
fris-

déclare tout à coup dans vos

membres, vous
:

sonnez d'horreur et d'épouvante

pensez-donc au

(*)

yid Theodor. laps.,

toni.

i

Ki;ued.

,

pag

i

>.

36o
It'u

SA.1WT JliAN

CUKYSOSTOME.
les
ni,

de Tenter; représentez-vous en

ardeurs déce bain, ni

vorantes.

Vous ne supporteriez pas
:

cette fièvre brûlante

ce torrent de feu qui

comment souliendrez-vous tombe du haut de ce tribunal
et

vengeur du Juge suprême,
Pa-. 14.

prend

sa source

dans

sa divine toute-puissance? Alors,

frémissements,

grincements de dents, supplices, angoisses sans
consolation
;

nul secours, nul adoucissement. Pleur

universel, pleur de tous les

moments; montagnes de
la tête

feu sans cesse appesanties sur

des réprouvés.

Sous leurs yeux, rien que des compagnons d'infortune, solitude immense, ténèbres effroyables, qui en-

veloppent leurs âmes d'une obscurité sombre. Le feu
qui règne dans cette horrible enceinte, n'en éclaire
pas plus l'épaisse nuit, qu'il ne détruit les corps qu'il
pénètre.
la fois.

Tous les châtiments, toutes les tortures à Le moyen, dit-on, de ne pas mourir avec

d'aussi cuisantes souffrances? \ous en jugez par ce qui se passe dans ce monde. Bien que dans ce monde

même,
sister

il

ne

soit

point rare de voir des malades ré-

des années entières aux souffrances les plus
et

violentes,
n'est pas

quand

ils

viennent à succomber, ce

que l'âme

cesse d'être, c'est

que

le corps

épuisé n'en a

pu supporter

plus long-temps la lutte,

autrement l'âme

se seroit conservée toujours
;

dans

cet état, de souffrance

mais une

fois

réunie à ce

même

corps, devenu par sa résurrection impéris-

sable, rien ne s'oppose désormais à ce

que

la

souf-

SAINT JEAN C1£!;Y-S0STÔME.
fiance ne devienue e'i^alcment interminable.

56i

Dans

celle vie, plus k-s peines sont vives, moins elles

durent. La tbiblesse de nos corps mortels ne permet
pas une longue continuité de douleurs.

Dans

l'autre

vie, le corps étant associé à l'immortalitë

de l'âme,

les réprouvés deviennent capables des douleurs les

plus aiguës, sans que leur excès

même

en puisse

amener
par

le

terme parce que ni
;

le

corps n'est épuisé

la souffrance, ni l'essence de l'âme n'est atta,

(pice par la douleur

et

que

l'éternité

ne connoît

point de bornes qui l'arrêtent.
Est-il

donc

ici-bas des plaisirs
la

qui méritent d'en-

menace d'un enfer aussi trer en balance avec formidable pour sa rigueur et sa durée? Vous en
jouiriez cent ans et pbis? Qu'est-ce

que cela, en
plaisirs

comparaison d'une infniilé de siècles? Les

de ce monde ne sont,

à l'égard des biens éternels,

que ce que

c'est

que

le

songe d'une nuit à l'égard de

toute la vie. Qui voudroit, pour

vm songe

agréable,
et

renoncer aux

plaisirs

d'une vie tout entière?

ne

faudroii-il pas être

en démence pour consentir à

goûter une illusion d'un

moment, au

prix de souf-

frances qui dureroient toute la vie?

Telle est la bienfaisante disposition de

la

Provi-

dence, qu'elle a renfermé

le

temps de nos combats,

dans une durée bien courte, et qui se termine en un

moment

;

car voilà ce qu'est la vie présente

com-

parée à l'éternité. Et c'est là ce qui doit faire l'un

063
l'a-, là,

SAllNT

JEAN CHU YSOSToME.

des plus cruels supplices des damnés, de pcuscr que
les jours

de

la

pénitence alloienl
ils

sitôt finir;

et#que
à des

taule d'en avoir profilé,

sont

condamnés

peines qui ne finiront pas
T.

(*).

M

iknird.

S'il

est indifférent à
,

Dieu que nous vivions bien
l'enfer;

''''^^'

ou mal

à la

bonne heure, niez

mais s'il est

impossible de méconnoître l'iniérêt que Dieu prend
à notre salut^ par tous les

moyens

qu'il a pris

pour
con-

nous garantir du

péché, pour nous attacher à la
il

vertu et à sa religion,

faut nécessairement

clure que les pécheurs seront punis, et que les
justes seront récompensés.

Etrange contradiction

dans nos jugements humains! D'une part, on accuse sa patience à l'égard des coupables
les laisser vivre
, :

Pourquoi

pourquoi ne pas
:

les

punir aussitôt?

D'autre part, qu'il les menace
plaint,

on

se récrie^

on

se

on s'emporte. Que
lui

l'on s'accorde

donc avec
permettez-

soi-même. Si vous
le

trouvez trop de honte, laissez_,

donc punir;

si

vous blâmez sa justice

lui d'être indulgent.

Mais, ô Jolie! ô aveuglement
la

de qui la source est dans
dans
le
!

corruption du cœur, et

misérable attachement que l'on porte au

péché

On

ne songeroit guères à tous ces raisonne-

{*)

Jd Thcodov.
La Rue,

laps,

paran,

i,

Morel

,

Opusc,

loin, iv, pag. SSt,
,

TifiT;

citaiil

cet euJroit

de saint Jean Chrysoslôme

toni. i;

pa-. 5ii.

SAINT JEAN CHUYSOSïÔME.
rnenls,
si

3G3

l'on vouloil
ait

bien vivre; on ne douteroit

plus alors qu'il n'y

un enfer

(*j.

Quelqu'un de vous, mes
dans
qu'il
la

frères, a-i-il voyagé jamais ï.

m

ivneJ.

Palestine? Je ne
est

me trompe

pas en assurant

en

parmi vous qui ont

fait

ce voyage, et
j'en
allez

visité ces contre'es. C'est à leur

témoignage que

appelle pour garantir

la

vérité

de ce que vous

entendre. Cette vaste province a présenté à leurs

yeux des plaines
trefois,

fertiles, d'autres qui le
l'être. Il fut

furent au-

mais qui ont cessé de

un temps

la

terre s'v montroit parée des plus brillantes

richesses; pas une autre contrée avec qui elle ne pût

disputer par l'abondance de ses productions; c'étoit

un autre paradis
tude au

terrestre.

Aujourd'hui, pas une
;

soli-

monde

qui

soit

plus abandonnée

on y ren-

contre bien des fruits et des arbres qui présentent
aspect riant
;

un

y porte la main , ces beaux fruits se dissipent en poussière; tout ce que l'on y

que

l'on

voit, jusqu'aux pierres, jusqu'au sol

lui-même où
solide
;

vous marchez
l'air

,

n'y a pas
,

une consistance plus
l'eau

que

l'on

y respire

où l'on voudroit

s'y

désaltérer, également fantastiques.

Ce

n'est partout

que de la cendre; partout qu'une poussière déguisée,

monument

éternel des

vengeances

célestes.

Les

corps frappés de

la foudre conservent à l'extérieur

(*)

Hom.
,

XXXI lu

Ejiist.

ad Rom.. Mord,

A'oc.

Test.,

tom.

iv

,

pag 395

3y6.

T)C)^

SAfNT JEAN CHRYSOSTOME.
;

leur altitude et leurs formes
louchez-îes
:

rien n'y paroît change;

ils

tombent en cendres. De

même

,

on

voit

une

terre, mais qui n'en est plus une; des

arbres, des fruits, mais qui n'ont rien de ce qu'ont
les autres

arbres

,

ni les autres fruits.
l'a

La

même

puissance qui créa cette terre,

frappée de cette

malédiction

(*).
:

On
à

nous demande
s'y

Qui

est

revenu des enfers
,

m'apprendre ce qui

passe? Mais
ciel

demanderai-je

mon

tour

:

Qui

est

venu du

nous apprendre

qu'il

D'où savez-vous que vous avez une
à vos yeux,

y réside un Dieu créateur de toutes choses? âme? Si vous ne
vous mettrez en doute jusqu'à l'exis,

voulez consentir à croire que ce qui est apparent

tence de Dieu

celle des
la

Anges
Si

et

de votre âme

elle-même. Ainsi
îa foi s'anéantit.

chaîne de toutes les vérités de
:

Je dis plus

vous ne voulez croire

que ce qui
les

est le

plus clair, vous devez plutôt croire

choses invisibles que celles qui se montrent à vos

regards. Bien

que

cette proposition ait l'air

de para-

doxe,

elle n'en est pas

moins certaine au jugement

de

la raison et

de l'expérience. N'êtes-vous pas chales objets au-dessus

que jour dupe du témoignage de vos yeux, non pas
seulement pour
et

de leur portée,

dont

la

connoissance vous est totalement étran-

(*)

Hom.

viti

iii

1

Epiit.

ad

Thcssal.

,

More!

,

iVoc. Test., lom. vi

pag. 327.

,

SAINT JEAN CHKYSUSTOME.
i^èiG,

565
la

mais pour ceux -mêmes de qui

vue vous
,

frappe le plus ostensiblement? Ce sont les dislances
c'est

l'atmosphère

,

ce sont les distractions et les

faux jugements,

les passions, mille autres circon-

stances qui vous égarent sur leur nature. Mais lors-

que
la

l'œil intérieur

de

l'auie est

une
il

fois éclairé

par

lumière des saintes Ecrilures,
et

juge Lien plus

sainement,
infaillible

avec une

certitude bien autrement

de

la ve'rité

des choses (i).
:

Que
l'autre

si

l'on

vous demande

Qui donc

est

venu de
on n'au-

monde pour nous apprendre
:

ce qui syP^gi^fi
;

passe ? répondez
roit ni

Ce
eu

n'est pas

un homme

voulu ni du croire à ses récits. Tout ce qu'il
dit eût
l'air

en auroit

d'exagération et d'hyper-

bole; mais c'est le Seigneur des

Anges qui

est

venu

en personne nous en donner l'exacte connoissance.

Vous

faut-il

des témoignages humains, après que le
à

Juge lui-même auquel nous aurons tous

rendre

compte
fer

,

ne cesse de nous crier
les

qu'il a

préparé l'enles

pour

méchants

,

le ciel

pour

bons

,

et

qu'il nous a laissé des preuves constantes de la vérité

de
le

ses paroles? S'il

ne devoit pas un jour juger tout

monde,

il

ne

jugeroit point par avance quelques

personnes

qu'il

punit dès maintenant d'une manière

terrible. Car,
(i)

pour quelle raison verroit-on certains
,

Développé par Cambacérès
;

dans soq sermon sur l'enfer, tom.

ii

pag. 3 19 et suiv.
suiv.;

Sainin

,

sur
,

les

tourments de l'enfer
i

,

t. 11

,p.

245

et

Bourdaloue, Domlnic.
,

t.

iv, p.
,

Sg

et siiiv.;

La Rue

,

sur la résur-

rerlion de la chair

Serm.

,

t.

iv

p. ''(Sg.

366
Dieu
1

SAINT JEAIN CHHYSOSTÔME.
,

coupables impunis
fait-il

cl d'autres châtiés
ilcs

sévcrcnicut?

acception

personnes

(*)?

IX

ivned.

Nous avous SOUS
plus
(aini
,

Ics

ycux

le tableau
:

journalier des

effroyables calamités

ceux-ci meurent de

ceux-là sont consumés par de lentes maladies,

d'autres iraînenl dans la misère leur déplorable exis-

tence, en proie à des maux, sans consolation et sans

remède.
l'ag. ;()!>.

seroitla justice de

Dieu de punir ceux,

^1

^

^^

laisser ceux-là

impunis? Pourquoi

vous qui

êtes pécheurs, n'étcs-vous pas

du nombre des preles

miers? Si
tier, la

c'est sa

bonté qui l'empêche de vous châ-

même

bonté ne devoit-elle pas épargner

autres? Pourquoi donc ces châtiments qu'il appesantit sur les

uns , quand

les autres

en sont exempts?

Afui que

l'aspect des supplices partiels qu'il fait su-

bir à quelques-uns,
ses
les

apprenne

à tous la vérité

de

menaces. Vous

résistez à ses
il

menaces tant qu'el-

ne sont qu'en paroles;
le spectacle

produit sous vos yeux

des témoignages éclatants de ses vengeances, afin

que

des calamités étrangères vous ap-

prenne ce que vous avez à craindre pour vous-

mêmes.
dont
il

N'étoient-ce que des menaces
la terre,

que ce déluge
il

inonda

que

ces feux sous lesquels

engloutit

Sodome, que

ces eaux dont la

mer

ren-

versée sur l'armée tout entière des Egyptiens pour

(*}Honi. xni in Matth.
c! sinv.

,

Morel

,

TVoc.

Testant.,

tom.

i,

pag. id'î

.

SAINT JEAN CHRYSOSTOME.
les ensevelir

5(>-

dans ses abîmes, que ces maux auxfurent livrés 6n punition de leur

quels

les Juifs

de'icide? Jésus-Christ s'est

vengé

comme

il

l'avoii
\i\. 27,

prédit

.

Pour ce qui
roi ,

est

de ceux qui n'ont pas voulu me.
ici
,

m' avoir pour

amenez-les

avoit-il dit

,

elles

tuez devant moi. Parce que

les

événements qui ne
pour
salu-

sont plus sous nos yeux ne font plus d'impression

sur nous

,

il

les

renouvelle de siècle en siècle

,

inspirer aux générations contemporaines
taire effroi
,

un

et justifier l'avenir par les leçons

du

passé.

Ala bonne heure, dites-vous, quel'on
mais par un supplice éternel quand
,

soit

puni

;

la faute a été si
s'allier

courte!

Une

telle

rigueur peut-elle

avec

la
joann.v. 5.

bonté de Dieu?

— Le paralytique

de l'Evangile se
trentesi

trouvoit perclus de tous ses

membres depuis

huit ans. Quel étoit son crime pour avoir mérité un

long supplice? Pourtant il n'étoit pas innocent, puis-

que

le

Sauveur, en

lui

rendant la santé,

lui dit
il

:

Vous

ihi-l.

14.

voilà guéri, ne péchez plus

— Mais

à la fin

est guéri,

tandis qu'il n'y a point
à espérer.

ici,

répliquez-vous^ de remède

II

est vrai, car c'est Jésus-Christ lui:

même
,

qui l'affirme

Le ver qui les ronge ne meurt
ufiei'ie éternelle, et

Riarp ix./,"?,

point le feu qui les brûle ne s'éteindra jamais ; et en-

core

:

Ceux-ci iront dans

ceux 'là

m;;ii1i.xxv.
/,fi.

dans un feu éternel. Si donc il y aune vie qui ne doit plus finir, ni le supplice non plus ne j)eut plus finir.
Douteriez -vous de
la vérité

de

sa

parole? Mais la-

,

568

SAINT

.lEAlN

CHKYSOSTOME.

quelle de ses prédictions est restée sans effet?

Vous

pécheriez sans en être punis! Je'sus-Clirisi vous an-

nonce

le

contraire;

il

vous a prédit que l'abus de
par les plus rigoureux supa-t-il

ses grâces seroit châtié
plices.

Et quelles grâces ne vous
à ce

pas nie'nage'cs
il

pour échapper
de vos péchés
facilité

châtiment terrible dont
le

vous

menace! Régénération par
,

baptême, rémission
la

après le baptême, par

pénitence;

dans l'exécution de ses commandements
la violation
:

pour en prévenir
puni

et

quand vous per-

dez le fruit de son sang, vous vous étonnez d'être
I

Un

enfer éternel pour

un crime d'un mon'au-

ment!
les

A vous

entendre,

le

Démon lui-même

roitdonc pas à subir, pour un crime d^un moment,
feux de l'enfer, contre
la

parole de Jésus-Christ

:

Allez aufeu éternel qui a été préparé pour le Démon.
S'il

n'y a point d'enfer avec ses feux dévorants

,

il

n'y a point

non plus de châtiment pour
lui,

le

Démon.
craindre
:

Rebelles

d'être châtiés

comme comme
1

nous avons donc
lui.

à

Vous

m'allez répondre

L'on conçoit un lieude récompense pour les bons, on

— Voilà donc l'impudique
même
manière que
la

ne conçoit pas un ieu de supplices pour les méchants.
et l'adultère traités

de

la

celui qui aura
!

vécu dans l'innola

cence et dans

sainteté
:

Néron sur
que

même

ligne

que Paul. Jedisplus
l'Apôtre, est
(i)

Le Démon lui-même, insultant
lui (i).
,

mieux

traité

Les Démons
h
,

Cambactrès

citant saint Ji-ân

Clirysojlomc

lom.

pa;;.

BoS.

SAINT JEAN GHRYSOSTOME.

56ç)
;

eux-mêmes n'oseroientpoint tenir un pareil langage
car vous les entendez
Christ
: ,

dans l'Evangile, dire

a.

Jësusle
Maiih. mi.
2 y.

JEtes-TOUs venu nous tourmenter avant

temps? Pourquoi
ments,
s'il

publieroienl-ils qu'il y a des tour-

n'y en avoit point? et

comment
fait

se fait-il
les

que vous ne craigniez pas ce qui

trembler

Démons?
S'il

n'y avoit pas d'enfer, quel frein

y auroit-il

contre le crime? Si nous voyons aujourd'hui ceux
qui croient à
lieu
la vérité

d'un jugement à venir, d'un
les

de supplices éternels pour

méchants

,

ne

renoncer qu'avec peine
des, que seroit-ce
s'ils

à leurs criminelles

habitu-

étoient affranchis de cette
ils

crainte, lorsque non-seulement

n'auroient plus

d'inquiétude à cet égard
d'espérer le

,

mais
ciel

qu'ils auroient droit
,

royaume du
dans
le

pour récompense
?

(l'une vie p;issée

crime (*)

t(

Vous nous

dites tous les jours

,

mes

frères

,

avec un

air déplorable de sincérité, disoit autrefois saint

Chry-

soslônie aux grands de la cour de Conslantinople, pour

vous calmer sur

les terreurs

d'un avenir, que vous vou-

driez voir quelqu'un revenu

de Vautre
,

vie, pour vous

redire tout ce qui s'y passe. Eli bien

coniinuoit cet élo:

quent évêqne
Hom.
342
.ioS
,

,

contentez anjonrd'hui votre curiosité

(*)

xw in
;

Epi st. ad Rom.
Massillon
,

,

Merel, Nov. Testam., fom. iv

,

pag.

— 346;
,

Vérité d'un
,

avenir. Carême, tom. i,
11, p.
,

pag.
fant

— 212

Cainbacérès, sur l'enfer

tom.

3o4

— 826
24

;

Leu-

tom. v

pag. 25.

Toyez

plus haut

,

tom. xi

pag. 460.

16.

OJO

SAINT JDAIN CHIlYSOSTOME.

écoutez cet inl'orluné que Jésus-Christ en rappelle, el
qui vous raconte le délai! affreux de ses malheurs el de
sa destinée. C'est

un prédicateur que

l'enfer

lui-même

vous fournit

(*).

r vrr Reiied
Pn.f:

Ticriiblez,
lerrible
:

lïies

frères, à la

menace de ce mol

157.

U?i feu qui ne s'éteindra jamais.
!

Un

l'eu,

dites-vous, qui ne s'éteindra jamais
se peut-il faire?

Comment cela
que
le soleil

Mais comment se
soit

fait-il

qui est sous vos yeux
s'éteigne jamais?
F\o(i

toujours ardent et qu'il ne

Un

feu qui brûle sans se dévorer?

nu

2.

Rappelez-vous

le

buisson ardent que Moïse vil sur le
éviter ce feu
si

mont
p,„
,.,j5,

Sinaï. Si

donc vous voulez

re-

douiable, faites-vous de la miséricorde

un rempart

qui vous défendra contre ses atteintes. Croyez-bien
ce que nous vous disons^ et vous ne serez pas à
jiic.
V..

même

19.

de voir

la

lueur de cethorrible incendie; mais si vous

vous obstinez dans votre incrédulité, vous n'éviterez
pas d'en (aire une personnelle expérience. Croyez
et vivez

en conséquence; car

il

ne vous sufRroit pas
croient, et
ils

de

le croire; les
Ils

Démons eux-mêmes
Vous vous

tremblent.

n'en sont pas moins tourmentés dans
réunissez dans
Si vous n'en

ces flammes dévorantes.

nos églises

;

n'est-ce

que pour y entrer?
fruit
,

rapportez pas quelque

votre assiduité

même

ne vous
(*)

servira de rien. Sont-ce les maîtres qui vous

Massillon, Mauvais riche
loin, i, pag. 7-2.

,

Carême,

loni. rt

,

par i')3

;

Rouidalone,,

Carême,

SAllNT JKAIN

GIIUYSOSTOME.
ici

07

I

manqueiil? Vous avez
Apôtres,
et les

cl les

prophètes, et
tle

]cs

patriarches et tous les justes,
la vie

qui

nous vous proposons
qu'arrive-t-ii ?

pour modèle. Mais,

Après que vous avez chanté machi-

nalement par hahitude quelques psaumes, récité
quelques prières sans piété, et
vous croyez en avoir assez
fait

comme au

hasard,

pour vous sauver.
prophète ou plutôt

N'entendez- vous pas ce que dit
le

le

Seigneur lui-même par

la

bouche de son proIsa. xx-.x. i3.

phète? Ce peuple m'honore des lèvres, mais son

cœur
tères

esL loin

de

moi. Oracle effrayant! Voulez-

vous y échapper? Effacez de votre esprit ces carac-

tions

de mort que le Démon y a gravés, ces affecmondaines qui vous assiègent continuellement;
ici

apportez

un cœur

libre,

dégagé de ces tumulj'y

tueuses dissipations, afin que
sans obstacle, ce dont je
n'y vois
Ja

puisse

imprimer
Je

demande

à le pénétrer.

que des caractères de mort, imprimés par
l'avarice, les rapines, l'ariifice,

main de l'ennemi,

l'envie, les jalousies, tous caractères étrangers et

confus qui

me

sont inconnus, rien de ce que je

m'efforce d'y graver par
j'ai

mes

exhortations; et

quand

pu parvenir
à l'école

à

en imprimer de nouveaux, par
allez bientôt après

l'Esprit

de Dieu, vous

vous reles

mettre

du Démon,

afin qu'il

y retrace

.siens (*),

(*)

Hom.

XI

/«;

Matlli.

,

Morel,

iVoc.

Tcstam,,

loni.

1,

pa::.

î3'^,

r34.

.'>72

SAINT JEAN CMRYSOSTÔME.

On

nous dcniaiide où
il

ost l'onfer?

Que vous imsoyez,
il

polie on (jucl lieu

soit,

pouivJi

que vous

assurés qu'il y en a un? Cherchez,

non pas où

est,

(liies-vous,
le fidèle

mais comment vous y pouvez échapper. Il n'est, que pour les infidèles. Dites plutôt pour
qui, connoissant Dieu
,

l'outrage plus cri-

minellement que

l'infidèle qui l'iguore.
ils

Les Démons
]i\i

ronnoissent Dieu; car
sont-ils
T.
i.\.

tremblent à son nom.

moins punis

(*)?

ivned.

Où est l'cnfer? Dans

quel endroit
î

du mond(î?

l'ag.

733,

Que vous importe le lieu Ce qui vous intéresse,
de ne pouvoir douter qu'il n'y
je
ait

c'est
est,

un

enfer.

il

ne

le sais pas

plus que vous. Ce que je sais
travailler à l'éviter.

,

c'est

que nous devons

Dieu nous en

menace,
tice

et

il

nous

le fait

attendre long-temps,

parce que sa bonté suspend les rigueurs de sa jus,

parce qu'il ne veut point

la

mort du pécheur
:

;

c'est
s'il

lui-même qui

le

déclare dans ces termes

et

n'v avoit point de
,

mort

à redouter

pour

le

pé-

cheur

le

Dieu de vérité n'auroit pas employé
Pensez
à l'enfer.

cette expression.

C'est la pensée

toujours présente
l'enfer.
II. Tliess.

de

l'enfer qui

nous sauvera de

K,

11

n'y auroit pas d'enfer? Rien à souffrir après
cet

la

4.

mort pour un Néron? rien pour
{fui s'élèvera

ennemi de Dieu

au-dessus de tout ce qui est appelé Dieu,

(*;

/n secinul.

Doiri. affrenl .

,

Morol

,

Opiisc.

,

loin, vi

,

pag. G6t.

SAINT JEAN CIlUYSOSrOMn.

Oy.)
le

ouaiù
pour

est (idové,

jusqiia s'asseoir dans

temple de
[lieu

Dieu, voulant lui-même passer pour Dieu?
le

Dëaion?

Eii

!

n'y aura-t-il pas toujours des

Nérons?]N'y aura-l-il pas un Ante-Christqui viendra

consommer
qu'il est?

le

myslère d'iniquité qui

commence

déjà a s'opérer?

Le Démon

peut-il cesser d'être ce

Et toujours coupable, toujoiu's impie, ne

doit-il pas être toujours

puni

(*)?

Une

fièvre

de quelques jours nous cause des
le seul aspect

douleurs insupportables;

des châti-

ments dont
nous glace
être

la justice

humaine punit
les

les coupables,

d'etFroi, et

quelque prolongé que puisse

un supplice ordonné par
le

hommes,

il

est

tonjours borné à quelques années; Jésus-Christ ne

punit pas pour un temps,

supplice des réprouvés,

embrassera toute l'dternitéf**).

Que vous
voir les

pénétriez au fond d'un cachot pour y t
à l'aspect

x
^'"^

r.enca.

malheureux qui y sont détenus:
ils
,

des chaînes dont
nuit qui y règne

sont garrottés, de la

sombre

de cette

vile paille sur laquelle

vous

les

voyez étendus , en proie à toutes les horreurs
la

de

la

faim, de

nudité, du désespoir, vous fré-

(*)

Hom.
395,

xxxi in Epïst,

ad Rom.
,

,

Morel, Nov. Testant., lom.
Eternité malheureuse
,

iv,

pag.

39!); voyez Bourdaloue
;

Dominic,
,Du,

tom.
bosc

IV
,

,

pag. 146 et suiv.

Lenfant

,

sur l'enfer
,

,

lom. v

,

pag. 38

dans More, chois, des protesl.
iligiies

pag.

fiS

;

.Snurin,

Scrm., tom. i\

pag. 440, pages
{**)

de Bossuct.
et virgin.

De pœnil. condn.

,Morcl, &pusf.

,

lom.

i, pag.

§i5>

574
niisscz
,

SAINT JEAN ClIKYSOSTOMli.
les

plus vives émotions partagent votre

cœuv qui

se déchire; vous vous promettez bien

de

n'être jamais coupable d'aucun des crimes qui ont

provoqué contre ces misérables
Mais que
vous
la justice

la justice

humaine.

divine vienne à prononcer contre
arrêt
,

un semblable

que

ses

exécuteurs

viennent vous traîner dans ces affreuses prisons des
enfers, que deviendrez-vous? Là, ce ne sont pas

seulement des chames de
<jui

fer,

mais des liens de feu
Jà, les
tels

enlacent leurs victimes;

vengeances ne

sont plus confiées à des

hommes

que nous

;

ils

peuvent à

la lin se

montrer accessibles

à la pitié

;

mais à des esprits d'une nature immortelle, ministres choisis par la colère céleste
,

exécuteurs im-

placables, dont

il

est impossible

de soutenir

les

jegards

toujours enflammés; là, plus de cœurs

charitables, compatissants, qui viennent soulager
l'infortune, l'assister par leurs
soler

aumônes,

la

con-

du moins par des
;

paroles de paix

et d'es-

pérance

plus d'intercesseurs, plus d'avocats, plus
sollicitent
fils

de pères qui
lants, ni

en faveur de leurs
la

cil-

de

qui implorent
entre

grâce de leurs
ciel

pères.
i^arce
lie

Abîme immense
que dans
le

le

et l'enfer,
les élus
ils
,

ciel la joie

qui inonde

doit être troublée par
la

aucun mélange,

abanils

(ionnent à toute

colère céleste ceux de qui

sont séparés; et je puis l'affirmer., les justes bien-

heureux s'unissent

à

la

justice divine

pour ou-

.

SAINT JUAN CHRYSOSTÔMt:.

O^S

blier à jamais ceux qui se sont exclus de leur félicité (*).

Ténèbres extérieures. Supplice effroyable, audessus de tout langage humain. Vivre loin de la

t.

xuiku

^^'

jumière du

soleil, seroit
à

une longue agonie

pire

que
que

la
,

mort. Etre privé

jamais de cette lumière
!

de vie

quel insupportable supplice Si un

homme
au fond

sa naissance appeloit à

une meilleure condition,

se voyoit

condamné

à passer sa vie entière

d'un cachot infect et ténébreux, sans autre société
{[ue des malfaiteurs,

ne

préfèreroit-il pas

de mourir

mille fois? Imaginez le

désespoir
le

du réprouvé condévorent, avec
les

fondu dans

les

flammes qui

malfaiteurs et les assassins de tous les siècles, englouti dans
cette

une éternelle obscurité, seul à travers immense multitude où rien n'est distinct à ses

regards,

comme lui-même
;

n'est

aperçu d'aucun de
le

ceux qui l'entourent. Le feu qui
sans clarté nuit dont

consume

est

pas

un rayon ne perce
.

cette effroyable

il

est pénétré..

Les malheureux trouvent du moins dans leurs

compagnons d'infortune
s'attendrissent sur leurs

,

des cœurs sensibles qui

toyables

maux; là, Démons impiqu'un Dieu vengeur arme d'une rigueur
dont
le

inflexible et

farouche aspect ne s'adoucit

(*)

Hom. X

in II

ad

Cor.

,

Morel

,

Nov. Testam.
,

,

tom. v

,

pag, GoS,

606, De perfect.

carit., lotn. vi l'eueil.

pa;;.

2y3.

1

,

^jii

SAINT JEAN CHIlVSOSTÔMi:.
cIo

jamais. Plus

consolateurs, plus de parents qui

viennent

les assister

dans leurs souffrances. La na-

ture elle-même est muette; les justes n'ont plus
d'autres affections
<'st

que

celles

de Dieu

,

et

parce qu'il
sont

de'sormais sans
(*).

nusericordc,

eux-mêmes
la

sans pitié
V r.eneii.
?.-«
'

Les maux de cette vie ou se terniment par

mon

'^^^'

ou sont adoucis par des consolations que

l'on reçoit

de

l'amitié, par l'inconstance naturelle des choses
;

d'ici-bas

tout y dégénère et s'use par le temps,
l'enler.

Uien de semblable dans

Là^ point d'amis

qui consolent. Affreux désert, abandon universel.
Là, point de succession d'années, point de temps qui

calme
]>oint

la

souffrance; chaque instant la renouvelle
il

:

d'espérance d'échapper au supplice,

est

éternel. Point

de mort

à attendre. à

Les corps

mêmes

des

damnés sont condamnés

ne mourir jamais.
la

Nul adoucissement à prétendre de

communauté
les

de souffrance. L'épaisseur des ténèbres qui de

en-

veloppent ne leur permet pas ni de s'entrevoir, ni
se reconnoître; et

quand
,

ils

se verroient,

chacun,
au-

tout entier à son supplice
tre
r.

est insensible à tout

malheur qu'au
la

sien (**).
:

vuBcncJ.
4
1
.

Dans
Qjii-

doctrine de saint Paul
la loi
j

Tous ceux qui
loi.

i';>s-

péché sous
Hom. XXV

périront sous la

Voilà pour

(*)

inlcr Eclogas
xi.ix.

,

Morel

,

Opusc.

,

lom. vr

,

pag. iiji, lya.

(**)

HoDi. in ps.

SAIJNT JEAiN
les

CHKYSOSTÔMIÎ.
:

Syj

icmps d'avant

la

rcvelalion niosaïque

Et

tous

«oui. "•

t;

ceux qui ont léché dans la loi, seront jugés par la loi. Cela regarde ceux qui ont ve'cu depuis Moïse. Car, ajoute l'Apôtre Dieu fait éclater du haut du
,

il'i<l-

«

9.

ciel,

sa colère et sa vengeance contre toute impiété et

toute injustice

commises parles hommes ;

Vajfliction

et le désespoir accablera tout
le
,

homme qui fait le mal,

Juify premièrement et puis le Gentil. Et pour faire voir que ceux qui, ayant vécu avant l'a-

vènement de

Je'sus-Christ, et n'ayant

pu

le

couet Pag 41^.

noître, ont fui l'idolâtrie, ont adoré le vrai

Dieu

mené une vie pure
il

et

irréprochable

,

ne seront pas
,

exclus de la possession des éternelles récompenses

ne faut que considérer ce que dit saint Paul

:

La

ihid. 10.

gloire ,
le bien
,

V honneur

et la

paix a

tout
et

homme
il
,

qui fait

au Juif, premièrement,
les

au Gentil. Cony
a des ré-

cluons de ces paroles, que

comme
les

compenses pour
temps.
les

âmes vertueuses

châtiments et un enfer pour
les

il y a aussi des méchants de tous

D'après
lisons
le

déclarations
et

si

précises

que nous en
Apôtres,
Si
ils

dans l'Evangile

dans

les épîtres des
ait

moyen de
,

douter encore qu'il y
,

un enfer?

ceux qui

avant Jésus- Christ

dans un temps où

ne pouvoient entendre parler ni de supplices, ni
de résurrection après
suhi dès
la vie

la

mort, qui,
,

même,

avoient

présente

le

châtiment inséparable

du crime, subissent encore un autre châtiment dans

ÙjS
une autre
allcndre
bicjï
,

SMM"
nous,

JI'AN

CHRYSOSTÔME.

vie, à quel sort ne devons-nous pas nous
initiés

aux leçons d'une

saj^cssc

plus exceJlenie?

Mais, allez-vous nous dire, comment se persuadera-l-on que ceux qui n'avoient jamais entendu
parler de l'enfer puissent y être
seroienl-iis pas

condamnes? Ne
:

en droit de dire au Seigneur
,

Si

nous en avions été prévenus

la

menace de
je

ses

feux

nous auroit inspiré une salutaire frayeur qui eût
réglé notre vie.
croire.

A

la

bonne heure,

veux bien

le

Les

hommes
,

d'autrefois auroienl été plus ré,

guliers

que nous qui
je dis plus

tous les jours

,

entendons

parler de l'enfer

et n'en
:

vivons pas plus sainte-

ment. Mais
timents
,

Si la considération des châ-

inséparables d'une conscience criminelle,

ne

suffit

pas pour ramener les coupables, la menace
à

des supplices
et

venir n'y réussiroit pas davantage,
et

moins encore. Car, grossiers
le

charnels

comme
s'é-

nous
fecte

sommes

_,

ce qui est sous nos yeux nous af-

toujours plus sensiblement

que ce qui

loigne dans l'avenir.
N'allez pas dire

que Dieu

se soit

montré moins

favorable envers les

hommes
il

d'autrefois qu'envers

ceux d'aujord'hui. Ceux-là,

ne leur a pas

fait les

mêmes
à

révélations

,

parce qu'il ne leur imposoit
;

point d'aussi rigoureux devoirs

mais nous, appelés

une morale bien plus relevée, nous avions besoin
et

de plus de secours;

Dieu nous

les a

ménagés en
,

SALJNT

JKÀN Cîir.YSOSTÔMO.

O79

ajoutant à tous les autres

moyens de

salut, la crainte

de

l'enfer.

Mais enfin, nous demande-t-on_, où

est l'équité

de Dieu, de punir, tant dans une autre vie que dans
celle-ci,

ceux qui n'ont péché que dans cette derje

nière? Pour répondre à cette difficulté,

n'em-

prunterai point d'autre raisonnement que celui que
je

vous entends faire vous-même tous

les jours; et

c'est à votre propre jugement que j'en appellerai.

Un

assassin,
la

un voleur
,

public vont suLir sur

un

échalaud

peine due à leurs nombreux

forfaits.

Quoi

,

vous écriez-vous

une seule mort pour des
le

milliers

de crimes

!

Et vous murmurez contre
délits et la peine.
ici

peu de proportion entre les
quoi donc prononcez-vous
différente?

Pour-

d'une manière toute
la

Pourquoi? C'est que

cause vous est
,

Pag.

/|i3,

personnelle. L'amour-propre nous aveugle

et

nous

empêche de
tout à

voir ce qui est juste. Sévères à l'excès
,

sur le compte des autres

nous nous pardonnons
à

nous-mêmes. Si nous apportions
le

l'examen

de notre conscience
des autres
,

même

scrupule qu'à l'égard

nos arrêts seroient plus justes. Combien

n'avons -nous pas
roient
,

commis de crimes qui mérite-

non pas une, mais dix mille morts? Et pour ne point m'engager dans trop de détails rappelons,

nous combien de

fois

nous avons indignement par,

ticipé à la table sainte

bien que nous n'ignorions
sei.Cor.xi.
;

pas que quiconque y participe indignement,

Ô80

SAINT JIÎAN CilRYSaSTûME.

rend coupable du corps et dusan^ de Jcsus-Chrisl?

Quand donc vous
trier n'a tué

jugez les assassins avec tant de
:

rigueur, faites un retour sur vous-rnênie

ce meur-

qu'un lioninie

;

vous, vous vous êtes
dirai-je

rendu coupable delà mort d'un Dieu. Que
encore de ces langues envenimées d'où
cesse

distille sans

un

fiel

homicide? De ces spoliateurs du

bieji

des pauvres? Si ne pas faire l'aumône de son superflu est

un crime
le

égal à celui de dérober au paua-t.-il

vre ce qui lui appartient, y

vol plus criant

que de retenir

bien d'autrui par les frauduleux

moyens

à quoi l'avarice
le

s'abandonne? Je parle du
;

crime de retenir

bien d'autrui

mais

lui ravir et
:

son sang et sa vie par des calculs usuraires

dites-

moi

si

le voleur public,

si

le violateur

même

des

tombeaux

est plus punissable.

Non, me
sion ?

dites-vous,
;

non assure'men t.
le

— Vous

le

dites aujourd'hui

mais

direz-vous dans l'occa-

Le direz-vous

alors que,

dans
,

l'accès

de votre

ressentiment contre votre ennemi
le

vous chercherez

moyen de vous venger de

lui? C'est alors qu'il
,

faudra vous rappeler ces paroles
éviter les feux auxquels furent
tants
T.xir.eaeJ.
PaL'.Sr.

si

vous voulez
les

condamnés

habi-

de Sodome
sera,

et

de Gomorrhe(*).
d'avoir

Ce

du moins, quelque consolation

(')

llom. xxxvt in Matth., xxxvii, Morel, Nov. Test., tom.

i

,

pag.

432

-434.

1

SAINT

JEAJN

CHUYSOSTÔME-

58

des compagnons d'inforlunc.

— Funeste raisonneparce que d'autres
le

ment

!

Souffrircz-vons moins,

souffriront avec vous? Quand

ma)

est

supportable,

on peut

se consoler par des
est

comparaisons^ mais
consolation de voir
expi-

quand
souffrir

il

extrême, où
soi ?

est la

autour de

Dites à

un malheureux
le

rant sous le fouet ou dans les flammes, qu'il n'est

pas le seul à endurer ce supplice

;

croirez-vous
frères, par

bien consolé?

Ne

vous abusez pas
ni

,

mes
(utiles

de fausses espérances

par do
à

raisonne-

ments. La seule consolation
prétendre,
c'est

quoi nous puissions

d'échapper,

si

nous levoidons,

à

ces feux dévorants. Plus de consolation à attendre là

il

n'y a plus qu'un éiernel supplice
a-t-il

(*).
t.

N'y

dans l'enfer d'autre châtinicnt que celui
y en a un autre plus d'avoir perdu pom- jamais le
Il

vu
"'

l'encJ.
"

d'y brûler éternellement?

"*

désolant encore

:

c'est

royaume du

ciel.

Et

c'est là

plus rigoureux mille fois

un genre de supplice que tonte l'activité des

feux dévorants. Je sais bien qu'il est des

hommes
;

qui n'ont peur de l'enfer que pour l'enfer lui-même
je n'en affirme pas

moins

qu'il

y a quelque chose de

pire.

Que

je

ne puisse rendre toute

ma

pensée par

des paroles, n'en soyez point surpris. Pour bien

concevoir le malheur qu'il y a de perdre

le

royaume

(*)

Hom.

IV

///

F.fj'tst.

ad

F.phes.,

Morel

,

Nov. Tcsfam.

,

lom.

v,

pag. 89^.

582
(lu ciel
,

SAINT JEAN CHRYSOSTOME.
il

faudroit pouvoir comprendre le bonheur

de ceux qui en jouissent.

Un

saint Paul

,

(jui

dans

son ravissement avoit appris ce que

c'cioil

que ce

séjour de gloire et de félicité où rèi^ne Jésus Christ,
savoil bien qu'il n'y a point

de tourment
le

éj^^al

à celui

d'en être loin. Pour nous, nous ne

connoîtrons
,

Lien que par notre propre expérience. Mais

ô

mou

Dieu

!

Dieu sauveur

!

ne pernictlez pas que nous

tombions dans un malheur aussi affreux que Test
celui

de vous perdre dans

l'autre vie.

Quelqu'impossible
bien précise
,

qu'il soit d'en

donner une idée

je vais toujours essayer d'en appro-^

cher par quelque comparaison familière. Je suppose

toutes les vertus

un jeune prince vraiment accompli, qui qui commande à toute
,

réunisse
la

terre

;

dont

le

mérite

et les perfections

en tout genre soient
dans tout son
la
il

tellement reconnues, qu'il n'y

ait point,

empire

,

un

seul

homme

qui ne l'aime avec
fils.

tenlient

dresse d'un père pour son
le jour, le

Celui de qui
la

père que lui a donné

nature vient tout

à coup à être

menacé de

le

perdre. Représentez-

vous ses

alarmes; que ne donneroit-il point? à

quelles souffrances ne consenti roi t-il pas plutôt

que

de

se voir séparé d'un tel

fils

î

quel mal lui semblele

roit égal à la

pensée
ses

qu'il

ne

verra plus, qu'il
n'est là

sera privé
faible

de

embrassemenls? Ce

qu'une

image de ce qu'auront
la

à souffrir ceux qui se

verront exclus de

présence de Jésus-Christ dans

,

SAINT JEAIN CURYSOSTÔME.
sa gloire.

585

Non

,

il

n'est point

de

fils

,

quel qu'il soit

dont

l'aspect soit aussi

nécessaire, aussi délicieux
,

au cœur du plus tendre père
session de
c'ius (i).

que

la

vue

et la pos

Je'sus- Christ

ne

l'est

au cœur de ses

L'enfer est sans doute quelque chose d'e'pouvanlaLle; c'est le

composé de tous
l'idée
;

les
,

maux, on

n'en

peut supporter

toutefois

dix mille enfers

eiisemhle ne sont rien auprès de celui de n'avoir
plus de droit à
jet
la céleste gloire
,

d'être

devenu

l'obsa
Maiili,
"
'

de

la

haine de Jésus-Christ, d'entendre de
:

l)ouche ces paroles

Je ne vous
faim
,

connois point; 7)ous
et

xw.

m'avez

n^u

souffrir la
Il

vous ne m'avez
:

point donné à manger.

ne dit pas

N'avoir eu que

des mépris pour

le

Dieu qui

t'avoit tiré
t'avoit

du néant,
comblé de
sacrifié au

donné une âme immortelle; qui
biens
,

mettant à

ta disposition les
;

productions di,

verses de la nature

m'avoir déshonoré

Démon
pour

!

moi qui
,

n'avois pas

dédaigné de m'abaisser
toi
;

toi

de

souffrir,

de mourir pour
le seul

moi qui
qu'il

te destinois

un royaume! Non,
de

crime

reproche
vres
(*).

est celui

l'insensibilité envers les

pau-

Dieu nous préserve

d'avoir à subir jamais tous les t. vd
Pas-

r.enaî.
/,G/,.

(i)

Développé éloqiiemment par David Martin
,

,

dans More, chois,

clc.i

protest.
(*)

paj!;.

y.

75.
,

Hom.

XXIII in ISlattU.

xxiv, Morel

,

Nov. Testam.

,

t.

i

,

pas;.

296.

,

584

SAINT JEAN CHUYSOSTÔME.
tlonf,

maux
ments

sa

puissance est en ctnt do frapper le

pc'chcur. Dieu a des trésors inépuisables de châtiet

de

suj)plices

;

sa eolcrc est sans

bornes

comme sa miséricorde.
Tune, nous devons
l'autre.
Exod.

Si

nous devons espérer dans
trembler des rigueurs de
disent connue l'impie
est

aussi

Combien aujourd'hui
:

m.

7.

Pharaon

Je ne
Ils

sais

pas qui

Dieu

,

je ne

le

connois point.
tre.

apprendront un jour

à le connoî-

Ce

n'est point la
elle le fut

mer qui
leu

sera leur
et

tombeau

,

comme
mée.
qui

de ce prince
.

de toute son arfeii
,

C'est

un abîme de

oui de
;

à ({uoi le

nôtre n'a rien
les

de comparable
;

un océan enflammé

engloutira

ce sont des vagues brûlantes qui

les enveloppcronî.

,

semblables à des montagnes éle,

vées sur leurs télés

et

sans cesse retombant sur

leurs victimes, pour les inonder, pour les écraser

de leur poids,
tes douleurs.
les blessures

les

pénétrer de profondes

et

cuisan-

Moins subtiles, moins cruelles sont

du serpent acharné
saisirent^

à sa proie.
la

Rappemal;

lez-vous avec quelle fureur les feux de

fournaise
les

de Babylone

pour

les

absorber,

heureux que Nabuchodonozor y fit précipiter ce nétoit là qu'un leu matériel et sensible; mais l;j
feu surnaturel qui brûle sans anéantir, et conserve

ceux
Isa. xiir. 7.

qu'il dévore.

de ce jour terrible
ils
,

Quand les prophètes nous Le Jour du Seigneur est
:

parlent
disent-

,

un jour
et

inévitable et sans

remède

,

un jour plein

de colère

de fureur. Plus de secours à attendre;

SAINT JEAN CHRYSOSTÔME.
plus d'espcrance ni de miséricorde
;

385

plus de Jésuset serein est

Christ

;

l'aspect

de ce visage auguste

interdit à jamais.

De même que ceux
,

qui sont con-

damnés aux mines

se voient livrés à des geôliers

impitoyables qui écartent sévèrement de leur présence toutes les personnes qu'ils aimeroient encore
à voir, et

dont

la

vue adouciroit leurs supplices
lî'ont sous leurs

;

ainsi

les

réprouvés

yeux que leurs

éternels bourreaux. Les infortunés, bannis de leur
patrie
,

enchaînés à des travaux cruels
,

,

du moins

il

peut leur rester encore des amis
sollicitent

des proches qui
la clé-

en leur faveur,
le

et

implorent, de

mence du souverain,
de trêve, point de
tion

terme ou l'allégement de
il

leurs souffrances. Mais là,
fin à

n'est pas possible.

Point

des peines dont l'imaginal'énergie.

elle-même ne sauroit calculer

Com-

parole et

ment donc pourrions- nous les décrire, quand la la pensée de l'homme ne peuvent les attein,

dre

moins encore
le

les

exprimer?

Ici

,

le feu anéantit

en un moment
les enfers
_,

corps que l'on y jette; mais dans on brûle, on souffre, immortel et sans

cesse se survivant à

soi-même
ne détache pas, mes
N'abusez pas de

Que deviendrons-nous donc dans cet épouvantable
séjour? Je dis nous, car
frères,
je
Pag. 465.

ma

cause de

la vôtre.
:

mes
la
,

paroles pour

me

répondre

Si vous, qui êtes notre

maître, notre guide ^ vous n'échapperez point à

condamnation,
16.

à

quoi bon travailierai-je, moi

à

26

386

SAINT JEAN CHRYSOSTÔME.
seroit là
,

m'en garantir? Ce
et bien

mes

frères^

une

stérile

dangereuse consolation. L'Ange prévarica-

teur éloit d'une nature bien supérieure à la nôtre;
c'éioit

une

intelligence spirituelle

:

son orgueil

l'a

précipité dans les enfers. Seroit-ce, dites-moi,

une

consolation

d'être associé
la

à

son châtiment ?

Le

peuple égyptien voyoit
santie sur les

main du Seigneur appeles vic,

grands du royaume. Le deuil dans
la

chaque maison;
times. Parce
toient-ils

mort entassant partout
calamité étoit générale

que
les

la

la

sen-

moins?

Au

contraire, fuyant cette épée
ils

de feu qui
Exod
XII.

poursuivoit,

alloient

en foule

33.

trouver leur Pharaon pour le conjurer de renvoyer
les

Hébreux. Dites à un

homme

déchiré par une

maladie aiguë ^ que d'autres souffrent plus encore

que

lui

,

daignera-t-il seulement écouter

inepte consolation? Occupé qu'il est

une aussi du mal qui le

tourmente

,

il

ne pense guères aux autres. Loin
aussi futile espoir.
,

donc de votre pensée un

On peut

bien, dans une légère douleur

chercher quelque

adoucissementdans ces sortes de comparaisons; mais

quand
loisir

le

mal

est à

sorbe l'âme tout entière

son comble, la souffrance abau point qu'elle n'a pas le
,

de

se reconnoître

elle-même, et devient inac-

cessible à toute consolation. Alors

même

l'aspect

d'une douleur étrangère ne
Matih. vin.

fait

qu'accroître le dé-

sespoir; et c'est ce

que témoigne assez ce grincement
dans l'Evangile.

de dents dont

il

est parlé

SAINT JEAN CHRYSOSTÔME.
;

'ùSj

Ce langage vous fait peine mais que voulezvous que je fasse? Plût à Dieu que vous et moi vécussions de manière à n'obliger pas les prédicateurs

de l'Evangile de
pécheurs
le

traiter
le

comme nous
il

un semblable sujet Mais, sommes, et endurcis dans
!

péché,

faut bien

que nous cherchions

à vous

réveiller

de votre funeste assoupissement^ à vous

inspirer

une terreur

et

une

tristesse salutaires.
!

Et

c'est là tout le

but de ce discours. Hélas

s'il

alloit

être encore inCructueux, vous n'en seriez

que plus

sévèrement punis. Serviteurs rebelles aux menaces

de votre maître, quel rigoureux châtiment n'auriezvous pas à attendre de son juste courroux? Toutes
les fois

que nous vous parlons de
;

l'enfer

,

pénétrez-

vous d'une sainte componction
attristés,

bien loin d'en être

vous éprouverez quelque joie à en entendre
l'effroi

parler;

comment? Parce que

résultant de la

pensée de l'enfer, deses feux dévorants, de ses horribles tortures
,

excitera dans vos cœurs le désir sinla

cère de les éviter, en vous tenant dans

défiance de

vous-mêmes, en vous détachant de
donnant
le

la terre,

en vous

courage de triompher de vos criminelles

habitudes

(*).

Vous me voyez avec peine revenir si fréquerament sur ces sortes de matières (mépris des ri-

T.vnBened
l'ag-^jS.

(*)

Hoin.xi.in inMatth.,

xi.iv

,

Morel, Nov. Testam.,
,

toni. i, p.

49s

-.'494.

Voyez

Bibliollièque clioisie

tom.

xm

,

pag

.'»88.

25.

,

588

SAINT JEAN CHRYSOSTÔME.

chesses). Mais
C'est

que gagneriez-vous

à

mon

silence?

donc de

ma

part une étroite obligation de ne
vcrile's,

vous rien cacher. Je vous dissimulerois ces
je les

anéantirois, je ncgiigerois de vous avertir
est-il

de l'abîme où vous courez,

en

mpn

pouvoir

de

le rcrnier?

Je ne ferois qu'accroître votre châtiavec vous.
et à

ment,
droit-il

et

me damner
à

Que nous

revien-

donc,

vous

moi, d'une molle indul-

gence et d'une fausse délicatesse qui, bien loin de
servir nos intérêts^

ne

feroit

que

les

compromettre

flatter vos oreilles et

sécurité d'un
plices!

perdre vos âmes? Pour une moment, risquer une éternité de supvaut-il pas

Eh! ne

bien mieux souffrir
,

un
d'a-

peu de

la liberté

de mes discours

plutôt

que

voir à regretter dans les enfers de salutaires conseils

qui vous auroient empêchés d'y tomber
la

(*)?

T. xrBened.

Admirez

puissance infinie de la divine misérifait
;

corde. C'est elle qui a tout

elle

qui a créé

le

monde, orné les Esprits célestes de tant de perfections. Tout cela est l'œuvre de sa miséricorde. C'est
la miséricorde

elle-même de notre Dieu qui nous
pour nous forcer par
la crainte

menace de
par
(*)

l'enfer,
;

à mériter le ciel
la

et le ciel

ne nous

est

ouvert que

même
i.vi

miséricorde

(**).

Hom.

in

7)/a///«.

,

tvir, Morel, Nov. Testam.

, t.

i, p. 619.

Voyez Serm., tom.
thétiques
(*')

vi,

pag. 5oo
,

— 5o3.
,

Ce prédicateur

,

si

fécond en pa-

mouvements

n'a rien écrit de plus éloquent.

Hom.

IV in Epist.

ad

Pliilipp.

Morei Nov.
,

Test.,

t.

vr

,

p.

42.

.

SAINT JEAN CHRYSOSTÔME.

089
x. ix Bened.
P^b'':^^.

Qu'il vienne à se présenter à vous quelque objet
effrayant, pensez
frir

à l'enfer.

Que

pourriez-vous soufSi l'attrait des

en comparaison de
punira un

ses

feux?

plaisirs sensuels vous

sollicite

au mal, pensez à
de

l'enfer, qui

plaisir

d'un moment, et qui
Il suffit

n'eut rien

que d'imaginaire.

la crainte

des lois humaines pour nous contenir dans le devoir.

A plus forte
pas

raison la crainte des supplices éternels

nous arrêtera-t-elle. Si cette pensée ne nous devoit
être profitable,

Dieu n'en auroit
C'est

point

si

souvent

répété la menace.

un remède
Mêlons
cette

qui ne sauroit être trop multiplié.

pensée à tous nos entreliens. Toute pénible qu'elle
est^

ne vaut-elle pas mieux que tant de

sujets fri-

voles qui font l'âme des conversations?
parleriez jamais
:

Vous n'en
l'a-

est-ce

en l'oubliant que vous

néantirez?

Au

contraire, plus vous vous en occu-

perez, plus vous l'éloignerez. C'est l'avis

du Sage
lafin

:

Souvenez-vous de ce qui peut vous arrivera
votre vie, et vous ne pécherez jamais
(*)

de

Eccli.vir. 40.

(*)

Hom.
,

II in ii

ad Thess.

,

Morel

,

Nov. Testant

,

tom. vi

,

pag.

371;

Bossuet

Serm., tom. vu, pag. 21 3.

ÔÇ){)

SAINT JEAN CHIIYSOSTÛME.

Homélie ix

sw

/a première épitre
(

aux

Corinthiens.

Chap.

m.

)

T. xRened.
'^*
"

Que
rôle

le fcu

de l'enfer ne doive jamais
csl expresse à cet
le

finir, la
:

pa-

de Jésus-Clirist

égard

LeJeu

Marc.

IX.

42.

ijuiles brûle

ne s'éteindra point,

ver qui les ronge ne
attriste;

mourra point. Ce langage vous
faire? Je

mais qu'y
!

ne fais qu'obéir à l'ordre du Seigneur. Eh que sommes-nous autre chose que les ministres de
sa parole ?
Il

faut bien

,

quoiqu'il puisse

m'en coûter
tient qu'à

à

moi-même

autant qu'à vous, ilfaul bien vous
,

transmettre ses oracles. Pourtant

il

ne

vous que nos discours n'aient pour vous rien de
Rom.
XIII. 3.

chagrinant

:

Vivez bien

,

nous

dit l'Apôtre

,

et

vous
avec

n'aurez rien a appréhender. Alors vous nous entendrez
,

non seulement sans
Tel
est

tristesse,

mais

même

plaisir.
Mat1h.vH.2a.

donc, mes frères,

l'arrêt

de Jésus-

Christ: Les peines de l'enfer ne finiront jamais. Retirez-vous de

moi y je ne vous connois pas vous qui
,

faites des œuvres d'iniquité.
salle
lùid.xxv.^i.

Une

fois

exclues de la

du

festin

,

les vierges folles n'y

rentrent pas.

Retirez-vous de moi, maudits , allez au Jeu éternel.
Cette sentence terrible
,

jamais, saint Paul la répète
ciel

i.

Cor. VI. 9.

après lui. Point de

royaume du

a espérer pour

les fornicateurs , les adultères , les

impudiques. Vous
a-t-il

m'allcz

dire

:

Quelle proportion y
et

entre

un

péché d'un moment

un châtiment qui ne

finit

SAINT JEAJN CHKYSOSTÔME.

Sq l
agit, ado-

point? Je vous répondrai

:

Là où Dieu

rons, et ne soumettons pas sa conduite à nos rai-

sonnements humains. Que
prononcer selon
les règles

si

toutefois

il

falloit

de

la justice, je

vous de-

manderoisen quoi
qui

la justice

de Dieu peut être comPag. 74.

promise de punir avec cette rigueur des coupables
,

prévenus et comblés de tant de biens

,

se sont

exposés d'eux-mêmes à la punition dont

ils

étoient

menacés, sans que

ni la crainte

reconnoissance des bienfaits

du supplice, ni la aient pu les contenir.
;

Vous nous écouté que tombâmes,
justice,

parlez de justice
la

mais

si

Dieu n'eût

sienne, dès le premier crime où nous

elle

sembloit l'obliger à se venger en
justice
!

nous punissant. Sa
sa bonté

mais non-seulement sa

elie-méme étoient intéressées à
nous eut épargné
les

nous punir
cliés, et,

aussitôt. Elle
,

pc-

avec eux

les

châtiments depuis accumulés
fait

par une impunité dont nous n'avons

qu'abuser.

Punir un outrage, à quoi rien n'avoit donné lieu,
c'est

une réparation que

la justice

réclame. Mais

l'ingratitude qui s'attaque, et par des
journaliers, à

manquements
l'on avoit à

un

bienfaiteur prodigue de ses dons,
,

sans qui l'on n'existeroit pas
a':tendre
fi({ues
,

et

de qui

de nouveaux bienfaits encore plus magni-

est-il
?

crime plus monstrueux

et plus

impar-

damable

Rappelez-vous l'histoire de notre premier père.

Adam ne commit qu'un seul

péché. Vous savez com-

0CJ2

SAINT
il

.IEA.\

CIIUYSOSToME.
dites-vous, avoit

ment
biens.

en fulpuni.

— Adam, me
il

été [)!acé

dans un paradis où

jouissoit

de tous

les

Que

voulez-vous dire? Qu'il fut bien plus

coupable que vous, à raison de l'heureuse situation


il

il

se trouvoit?

—Vous vous trompez, ô mon
prospérité
_,

frère

;

y a bien de la difrerence entre pêcher au sein de
paix et de
la

la

qui nous font oublier

nos devoirs, et pécher au sein du malheur et des
tribulations qui nous y rappellent sans cesse. Esclave

dans

les

chaînes, le crime de votre révolte vous
si

rend bien plus punissable que
berté.

vous étiez en

li-

Vous

n'êtes point dans

un paradis
Vous ne

terrestre

:

celui

qui vous est

promis ne

vaut-il pas

bien mieux que
l'avez pas encore,

tous les fruits d'un iardin?
afin

que

ses délices ne vous énervent point
;

pour
:

les

moments du combat vous l'aurez un jour Dieu vous en ménage l'espérance pour servir de contrepoids aux épreuves de votre pèlerinage.
se rendit coupal)le que d'un seul péché
Pag.75:o
,

Adam
et la

ne

mort

est

venue fondre sur

hîi

de toutes parts; nous,
est
:

chacune de nos journées

un long
si

tissu

de pé-

chés. Allez à la conséquence

notre premier père,

pour un seul péché,
à quoi devons-nous
,

a été

si

rigoureusement puni,

nous attendre, nous qui avonsà
le ciel ? Cette

perdre non pas un paradis, mais

meia

nace vous épouvante

;

elle jette vos
:

cœurs dans
î

tristesse et l'abattement

Mes frères, ah que

n'étfs-

SAINT JEAN CHRYSOSTÔME.
VOUS dans
pense'e a
le

ScjS

mien pour y lire tout ce que cetle d'accablant pour moi-même! C'est plus que
;

de

l'effroi

c'est

de l'angoisse, une convulsive pal-

pitation; et plus je vous vois touchés de la ve'rité
terrible dont je vous entretiens, plus je tremble,

plus je

me

sens à la fois de'cliiré, oppresse' sous le
c'est

poids de la crainte. Mais

pour ne pas tomber

dans

les

feux de l'enfer, qu'il est de toute nécessité

d'en parler.

Adam au
,

milieu des bosquets

déli-

cieux

du

paradis terrestre, a voit bien moins que
le ciel a été

nous, à qui

ouvert avec ses inestimail

bles trésors. Si
lut

donc

celui à qui

fut

moins donné,
devons-

puni

si

sévèrement;

à plus forte raison

nous

l'être,

nous, plus coupables, nous, bien plus

privilégiés.

Ne
,

perdez pas de vue cette réflexion

:

Quels ravages un seul péché commis par notre pre-

mier père

n'exerce-t-il
!

pas

aujourd'hui encore

sur tout le genre

mille ans et plus depuis cette fatale époque, et
seul liens

humain Déjà nous comptons cinq un
tient encore

péché nous
de
la

garrottés dans les

mort. La première famille du genre hu-

main

n'avoit pas,
la

comme

nous, les oracles des pro-

phètes qui

prévinssent des suites de sa déso-

béissance, ni d'exemples étrangers qui pussent la

contenir dans le devoir. Elle étoit seule dans l'univers. Avez-vous

quelque excuse semblable à

allé-

guer, vous

,

que tant de bons exemples multipliés
fait qu'enfoncer

autour de vous n'ont
le

davantage dans
?

crime de vos opiniâtres résistances

5()4

SAINT JEAN CIIUYSOSTÔME.

Pour un pcchë d'un moment, un supplice qui
durera autant que l'éternité
!

— Mais

la justice

hul'é-

maine

est-elle

moins sévère, moins inexorable à

gard de certains

délits qui furent l'ouvrage d'un

moment? Un simple
la prison
,

vol, raclultcre, sont punis par

par

le travail

des mines pour toute
la

la vie,

par

le

long supplice de

faim, par une mort de

tous les

moments.

Vient-oi:^

nous dire que ce

soit là

une expiation trop rigoureuse,

et qu'il n'y a point

de proportion entre le délit et la peine?

Vous

ré-

pliquez qu'ici la chose est différente; que la justice

humaine
bon
bon
Et

est obligée à cet

excès de sévérité

;

mais

que rien n'y peut obliger un Dieu essentiellement
et miséricordieux. et

Oui, sans doute. Dieu
mais
il

est

miséricordieux

;

n'est pas

moins

juste.

si,

dans

le

magistrat, la justice n'est point dule

reté,

mais bonté, pourquoi, dans

souverain Juge,
et

changeroit-elle de

nom? Dieu

est

bon

miséricor-

dieux

;

et c'est là
,

même

ce qui nous rend plus pu-

nissables
qu'il est
Hebr. x. 3x.

bon

en aggravant notre iniquité. C'est parce et miséricordieux, que saint Paul s'éles

crioit

:

Il est horrible de tomber entre

mains du

Dieu

vivant. Souff'rez,
la

mes

IVères, pour quelques
je

moments ,
solation.

chaleur avec laquelle

vous parle

;

peut-être en retirerez-vous par la suite quelque con-

Nous comparons la justice des hommes avec celle de Dieu mais y a-t-il donc entre l'une et l'autre un légitime rapprochement? Où sont les
;

SAIKT JEAN CHRYSOSTÔME.

SqS

hommes
]'a fait ?

qui aient

le

pouvoir de punir

comme Dieu
la Gen. vu.
xix.

Voyez

les

eaux du déluge inonder toute

terre

,

engloutir toute la race humaine; peu de siè-

cles après, des pluies

de feu tomber sur des

villes

criminelles, et en dévorer tous les hahitants. Sont-

ce

des châtimenls dont les

hommes

soient capa-

bles? Les ravages du fléau, toujours subsistants,

semblent avoir éternisé

la

vengeance.

Ah

!

si

vous

voulez des rapprochements, cherchez-en, non pas

dans

la justice

des

hommes, comparée

à celle

de

Dieu, cherchez-les dans Dieu seul. Rien d'égal à
sa

bonté que

sa justice.

Oui, certes, Dieu

est

bon

et miséricordieux.

Sa

loi

tout entière nous le témoi-

gne

assez. S'il

nous avoit commandé des préceptes

durs^ impossibles à exécuter, peut-être pourrions-

nous couvrir de quelque excuse nos manquements.
Mais non
.

Il

n'est pas, dites-vous,

en votre pouvoir

d'être chaste,

de garder

le célibat.

Dites plutôt
tels et

que vous ne
tels

le

voulez pas. La preuve, c'est que

que vous connoissez obéissent au précepte,

et

ne

s'en plaignent pas.

Si vous ne le pouviez point.
Il

Dieu ne vous obligeoit pas à vous y engager.
lait

n'en
il

pas à tous Texprès

commandement; mais

en a

laissé la faculté à notre

choix libre et volontaire.
d'être repas.

Ce qui dépend de vous, assurément, c'est modéré dans le mariage, tempérant dans vos
L'êtes-vous?
pouiller

Vous

n'auriez pas la force de vous dé;

de votre bien

je

pourrois vous répondre

SrjG

SAINT JEAN CHRYSOSTÔMC.
la

que

chose n'est pas impossible

,

puisque d'autres

l'ont fait.

Non. Je vous dirai seulement que Dieu
fait

ne vous en
est

point

un ordre

absolu.

Ce qui vous
b's

ordonne,

c'est

de ne pas vous enrichir aux déde partager avec
pauvres.
à vous

pens d'aulrui;

c'est

Le faites- vous?
faire,

—Vousauriez trop de violence —
Diics, dites, ô

de vous abstenir de vos emportements, de

vos blasphèmes, de vos imprécations contre Dieu,

contrele prochain.

mon frère, qu'il
ne vous en preob-

vous en coûicroit

Ijien

moins pour v renoncer que

pour vous V abandonner.
nez qu'à vous,
si,

Du moins
une

infidèle à

loi si facile à

server, vous en êtes puni par la justice sévère

du

Seigneur. ^
i.Cor.

eillez
:

donc, nous

dit à tous l'Apôtre,

m,

10.

sur VOS actions
bâtit fil

compare notre
en

Que chacun prenne ç^arde a ce qu'il vie à un édifice auquel on
le

peut employer des matériaux divers. Cest

choix

que
jhld. II.

l'on

fait

qui en assure la solidité, ou bien
ruine
).

qui en amène
bâtiment de

la

Les uns emploient dans

le

For, de

l'argent, des pierres précieuses y

c'est-.'i-dire les vertus

chrétiennes, avec plus ou
les autres

moins de perfcciion;
ihld. i3.

n'y apportent que

du

bois

,

que du foin, que de

la paille.

L'ouvrage de

Pag. 76.

cluLcun sera manifesté.

A celui qui
,

aura bâti solideet

ment^ de qui

l'édifice spirituel,

soutenu

décoré

par de précieux matériaux

aura résisté aux assauts

des tentations, à celui-là les récompenses immortelles.

Mais celui qui n'y aura

fait

entrer que des

>,

SAINT JEAN CHUYSOSTOME.

-^97
ibid,

matières vil es^ sans consistance, celui-là en souffrira

u.

liî.

de

la perte.

La

vie est

un

fleuve cjue vous passez à la

nage, obligé de combattre contre des ennemis. Si
vous avez une armure d'or, vous naviguez et vous

combattez avccbien plus d'ardeur;

si

vous n'avez avec

vous, pour vous défendre, que du foin et de la
paille, loin

de vous en aider, vous éles entraîné avec
Il

d'aussi foibles instruments.

en sera

ainsi des

œu-

vres.
elles

Bonnes,

elles

vous soutiendront; mauvaises
la

vous laisseront dans

nudité

,

elles

causeront

votre ruine; elles descendront avec vous dans ces

flammes dévorantes, pour y subsister éternellement et alimenter sans cesse les feux auxquels vous serez

condamné, sans eu
que
saint Paul,
:

être

consumé. Tel

est ici le sens

dans la suite de son allégorie, attacbe
j

au mot
la perte

Celui dont Vouvrage bridera
toutefois
;

souffrira de

;

Use sauvera ^ mais en passant par
de
du

lefeu[\)

c'est-ù-dire qu'il sera conservé , ^â^m^e
du P. Amelotte. Ce passage
difficile,
et

(i) Traduction

sans doute

nombre

(le

ceux où saint Pierre Irouvoit de
;

la difficulté, s'appli((ue d'or,

dinaire aux prédicatouis
tre

Celui dont

la

prédication
feu.

et

de mcuic tout au,

œuvre sera pure
,

,

ne souffrira rien de ce

Au
et

contraire

toute vafidèle

nité

ou autre faute vénielle des prédicateurs,
,

de chaque
,

à

proportion

sera châtiée

et lavée

dans ce baptême de feu

comme

l'ap-

pellent Origène, saint

Ambroise, saint Grt'goire de Nazianze. Carrierre
L'ouvrage de chacun de cej prédicaleurs paroilra
et l'édifice rpie

l'explique en ce sens
enfin...

:

«

Que si l'ouvrage
de Jésus-Christ
) )

quelqu'un aura bâti sur ce Jondeêtre bridé
(

ment

(

demeure sans
,

vu

la

fermeté et la pu,

reté de la construction

//

en recevra la récompense. Si
le

au contraire

l'ouvrage de quelqu'un est

consumé par

feu

,

il

en souffrira la perte.

098

SAINT JEAN CHUVSOSTÔME.

ranëantissenient;
l'on

comme dans
e'ic

le

langage ordinaire
la

dit: Telle chose a
reste'e

sauvée de

flamme

parce qu'elle y est
vore'e et re'duitc

sans en être à l'instant de'-

en cendres. L'Apolre n'entend auprolongation et
la

tre chose

que

la

continuité de

supplice
T.

(*).
,

xBened.
(T

Ecoutcz

ô VOUS dont

le

cœur

est

PQ

brûle par des

I

Q

flammes impures; écoutez, vous tous qui vivez dans le péché. Toutes les fois qu'une parole obscène ou déshonnéte viendra se présenter sur vos
Maiih.
viii.

lèvres

:

rappelez-vous ce

grincement de dents,
;

13.

dont l'Evangile vous menace
fer sera

et la

pensée de

l'en-

un
,*

frein

qui vous arrêtera. Montez

au

calvaire

voyez tout ce que vous avez coûté à Jésus-

Christ, pour vous arracher àla mort éternelle (1), et
// ne laissera

pas néanmoins

d'être sauvé , mais

comme en passant par te
et à

feu, et en expiant ainsi la faute qu'il avoit commise, en prêchant la parole

de Dieu d'une manière qui ne répondoit pas assez à son excellence

sa sainteté. » Saint Jean Cbrysostôme, dans le cours de son commentaire

sur ce passaj^e, ne s'éloigne pas

de ce
,

sens. Saint

Augustin

(

inps.vi

)

rétend aux aux affections humaines
elles-mêmes
;

qui se mêlent aux bonnes œuvres
,

nul attachement à la créature n'étant

dit ce

Père

,

exempt

de blâme

,

ni de châtiment.

Notre saint patriarche donne
erit
,

ici la

solution la
,

plus satisfaisante

du mot Salvus

sic

tamen quasi per ignem
,

en

l'in-

terprétant par la durée immortelle

du feu des enferi

les

âmes sont

conservées sans être anéanties.
(*)
;

Kom.

IX in

r

ad Cor. ,Morel, Nov. Testam.
,

,

tom. v, pag.

88—
,

94 Hom. XXV
le péehé

inter Eclogas, tom. xiiBsned.
,

pag.

619

;

Neuville

sur

mortel

Carême, tom.

iv,

pag. aSoctsuiv.

(i)
sujet
,

Voy. Lenfantjjur
tom.
ir,

l'enfer,

tom. v
le

,

pag. 3o

;

Cambacérès ,
,

même
,

pag. 3i4; Saurin, sur

prix de

iâme

t.

iir, p.

Sa

33.

,

SAINT JEAN CHRYSOSTÔME.

SgQ

pensez aux conse'qiicnces tenibles qii'enlraîneroit
votre in<;ratitucle.

Que

la

tentation du bien d'autrui

vous surprenne

:

prêtez l'oreille à celte effroyable
:

sentence

du

juge

Qu'on
dans

lui lie les pieds et les Matth. xxn,

mains

,

qu'on

le jette

les ténèbres extérieures ;

et votre avarice s'amortira.

Vous

êtes livré à l'in-

tempérance
fers
:

:

Ecoutez
,

le

mauvais

riclie crier

des enLuc.xvi. 24.

Père Abraham
il

envoyez Lazare, afm que du
rafraîchisse la langue qui
je re-

bout de son doigt

me

brûle dans ces flammes, sans que néanmoins

çoive cette consolation. Celte salutaire pensée vous

ramènera

à la sobriété.
:

Vous recherchez

les plaisirs

et les délicatesses

représentez-vous cette éternité,

ces angoisses; et vous renoncerez à vos sensualités.

L'amour de l'argent ferme vos mains
aux supplications du pauvre
folles
:

et votre

cœur
porte

entendez

les

vierges
la

demander vainement qu'on

leur ouvre

Matih.

xw.

du

festin nuptial^ et vous apprendrez à être compa-

^^'

lis=ant et libéral envers les pauvres.

Vous
:

êies en-

gourdi dans les langueurs de l'oisiveté

rappeleztalent: „.
'

vous
et

le serviteur châtié

pour avoir enfoui son ^

Ibid. 3o.

,

,

une

sainte ferveur remplacera votre léthargie ac,
,

coutumée. Pensez pensez tous qui que vous soyez à ce ver qui ne meurt point, à ce feu qui ne se

Marc.

ix.

4L

consumera jamais
péché
si

;

et

vous ne trouverez plus, ni le

invincible, ni les

commandements de Dieu
de
sacrifice qui

si difficiles.

Eussiez-vous mille morts à souffrir pour

éviter l'enfer, n'hésitez pas. Point

400
de

SAINT

JliA.N

CHRYSOSTÔME.

doive vous coûter pour mériter de jouir
la gloire

un

jour de

Je'sus-Clirist (*).

«

L'âme du mauvais riche

,

dit saint Chrysostôrae
;

,

a

brûlé depuis qu'elle est sortie de son corps

elle

brûle

encore mainlenant,
jour

et elle

brûlera

toujours

jusqu'au

du dernier jugemenl. Alors elle sera réunie à sou corps non pour en tirer quelque plaisir mais pour en tirer un nouveau supplice et afin que ce damné soit
, , ,

misérable en toutes
«

les parties

de lui-même

(**j.

»>

Pensez souvent
:

à ces paroles de saint Jean
^

Chry-

soslôme

JEternum bene

œtermini maie; éternellement
{***). »

bienheureux, éternellement malheureux

%
T.xuBened,
Pag-68.

IV.

Paradis.

Bonheur du

ciel.

Quelle est cette terre du repos dont nous parlent
JJQ5 livres

saints? Celle-là

ou
les

l'on

goi\te
,

en

effet

un

repos que n'altèrent ni

douleurs

ni les cha-

grins, ni les gémissements;
licitude, ni travail
,

il

n'y a plus ni sol-

ni
est

affliction, ni ces craintes

auxquelles notre

âme

en proie ici-bas

;

mais où
la

l'on jouit avec délices

du bonheur de contempler
,

majesté souveraine. Là
Hom.
XI in
ii

on
,

n'est plus sous le

joug

(*)

ad

Cor.

,

Morel

Nov. Testam,,

toni.

v

,

pag. 606

;

et

Opusc,

torn. vi, pag.

9x1.
Panégjr., tom.
) ;

(**)ïradint ^ax

Se.na^\\\i,

m,
,
,

pag. 75o.
,

(

Chrysost.

,

Homil. venait, de patieiitia Joh
jiidichim. Recipict
(*•*) Clipsuard
,

Ardt

dlves

ardet

ardehlt iisquc

ad

carnem

non.

ad bcneficium sed ad
tom.
i
,

stippllcium.
;

Disc, de morale,
,

pag. 241

Segaud

,

cilanl

saint

Chiysostôme

Carême

,

tom.

i,

pag. 627.

SAINT JEA.N GHKYSOSTÔME.

4t>

1

de cet an-eL

:

Tu mangeras

ton pain à la sueur de
^

(.en.

m.

i-,

ton7nsage; tu laboureras la terre

et elle produira

des ronces et des épines. Là, l'e'pousc n'entend plus
cette sentence sévère
:

Tu enfanteras dans les doude ton époux
,

leurs ; tu iras dans la maison

pour y
sans

fléchir sous la loi d'un maître. Joies, contentements,
paix,

voluptés pures, sans mélange
;

comme

durée

charité

,

tendresse inaltérable. Plus de ces

maladies de l'âme et du corps qui nous affligent

maintenant;

les infirmités et les

langueurs,

les ri-

valités et les jalousies

en sont bannies pour jamais.

La plus éclatante lumière, un jour éternel ont remplacé les ténèbres de la nuit. L'ame, toujours avide
et toujours satisfaite
,

puise sans cesse de nouvelles
félicité.

ardeurs au sein de sa parfaite

Sans doute, mes frères, vous voudriez que
treprisse

j'en-

de vous peindre par quelque image ce bonheur des bienheureux. Mais comment y parvenir?

Comment l'entreprendre ? Essayons toutefois. Contemplons un beau ciel, dans un jour serein
quand aucun nuage ne trouble
mière qui s'en répand;
et,

,

la

pureté de

la lu-

après avoir quelque temps
,

arrêté nos regards sur ce ravissant spectacle

di-

sons-nous à nous-mêmes
est

,

que

la
,

demeure qui nous
et plus encore,
,

promise surpassei^a autant

en

magnificence cet admirable firmament
lambris dorés remportent en éclat

que des sur un toit de
26

chaume. Percez par-delà
16.

tout ce qui paroît à vos

402
l'ag.

SAIM' JEAN

CHIi

YSOSTOME-

C9.

yeux,

et, par delà celle belle

voûte du

ciel, trans-

portez-vous au milieu des Anges, des Archanges
et

des Esprits célestes, près

du trône de Dieu
:

lui-

même^
vous
le

dans

les palais qu'il habite

c'est là

que

ré-

sident les justes couronnés dans le ciel. Retracez-

bonheur dont

jouissoit

Adam,

avant son

péché, dans son jardin des délices;
qu'il

et dites-vous

y a encore aussi loin de cet autre paradis à ce-

lui-là, qu'il

y

a loin

du

ciel à la terie.
le

Imaginez une

autre comparaison. Figurez-vous

prince qui règne

aujourd'hui sur cet empire, maître de l'univers tout
entier, possesseur tranquille de cette vaste
tion^ au

domina,

comble de l'abondance
ne seroil-ce pas
à

et

de

la gloire

rel'a-

cueillant tous les

hommages du

respect et de

mour
ici-bas

:

le plus

haut degré de
?

bonheur

quoi l'on puisse parvenir
,

Envelop[)és

de ténèbres

nous ne pouvons pas

même

en-

trevoir celte béatitude.

Nous ressemblons
langes

à des fds

de

roi, lesquels

,

appelés à une couronne, mais enles

chaînés encore dans

du berceau
,

,

n'au-

ront le sentiment de leur royale condition

et neii

éprouveront les jouissances

,

que

lorsqu'ils seront
:

parvenus par degrés à l'âge de l'intelligence
encore
,

mieux
,

nous ressemblons à des prisonniers

qui

,

après une longue captivité, passeroient tout à coup

sur un trône. Tels

,

et
,

bien plus

vifs

encore, seront
arrivés à

nos transports de

joie

quand nous serons

ce séjour de toutes les félicités. Et cette joie, elle

SAINT JEAN CHRYSOSTOME.

4o3

ne sera pas,
à

comme
,

toules celles delà terre, bornée
,

quelques instants
l'a

à quelques jours

,

,

après

qu'on

i^oûtée

on tombe dans

la satiété,

jusqu'à

ce que l'habitude vienne en détruire lout-à-fait le

sentiment.

Non
,

,

celle-là est inépuisable.

Sans cesse

renouvelée
nité
(*).

elle

ne

fera

que

s'accroître avec l'éter-

«

Point de prédicateur de l'Evangile qui puisse

,

sans

témérité, entreprendre de donnera ses auditeurs une
idée juste de la gloire

du

ciel.

Mais

aussi

,

dit saint

Chrysostôme

,

le

prédicateur a-t-il en lui-même
il

un
plus

avantage, puisque l'impuissance où
justement l'idée la plus haute,

est

réduit est
la

la plus

vraie,
,

exacte que nous puissions en avoir sur

la terre

et qu'il

puisse donner de cette gloire, (i).

»

Représentez- vous

,

donné
dans

à l'imagination

autant du moins qu'il est humaine de le faire repré,

.p

iv,

\

à

^^g. i5.

sentez-vous la bienheureuse condition des saints
le ciel.

Non,

le

langage humain n'a point d'exj

pressions capables d'en rendre les béatitudes

mais

ce qui nous en est raconté peut nous fournir quel-

ques termes de comparaison
faire pressentir.

,

propres à nous
,

les

La

souffrance

nous dit-on,

la isa.xxw.

i6.

(*)

Ilom. vr In Epist.

ad Hebr.

,

Morel, Nov. Test.

,

tom.

vi pag.

755,

756.
(i) Boui-daloue
,

Mystères

,

tom. i, pag. 3o6, étendu par Saiirin
,

,

sur

1er avis. iemcment de saint Paul

tom.

it,

pag. joi

— 3o4.
26.

,

4o4

SAIiNr

JEAN CHJIYSOSTÔME. en sont bannis à jamais.

tristesse et les i^émissements

Conçoit-on plus parfait bonheur?
point ni
attristé
la

pauvreté
la

,

ni la maladie.

On On

n'y

connoîl

n'y est point
sa victime
,

par

vue de l'oppresseur
s'irrite, ni

et

de

du mécliaut qui
et se

du

loible qui se plaint

venge par une secrète envie.

On

n'y a plus

sous les yeux les importunes images des déplorables effets de la concupiscence dans les cœurs qu'elle

égare, ni de l'indigence qui accuse

,

tantôt ses be-

soins, tantôt la puissance et l'autorité. Toutes nos

misérables passions de

la terre

sont exclues de ce
féli-

séjour de paix. Là, tout est joie, allégresse,
cité;
là, jour sans lendemain,

splendeur

et lu-

mière sans ombre

ni

mélange. Lumière nouvelle

aussi supérieure à celle qui
ci l'est à la

nous éclaire, que

celle-

pâle clarté d'une

lampe nocturne;

lu-

mière toujours vive, toujours bienfaisante et pure,

de qui

les

rayons ne sont point interceptés par les
les

ténèbres ou par

nuages

,

ni altérés par les vicis-

situdes des saisons;

lumière ineffable, qui ne se

communique
de
la

qu'à ceux qui auront été jugés dignes

connoître.

Là, jeunesse, vigueur éternelle,

plus de vieillesse avec tous ces
plus de mortalité
,

maux

qu'elle

amène;

avec

le triste

apanage de corrup-

tion que nous traînons après nous.

Une
:

gloire inalté-

rable investit, pénètre tous les saints

et, ce qui sur-

passe toutes les autres félicités, c'est le

bonheur de

jouir incessamment des entretiens de Jésus-Christ,

SA.INT
(le la

JKAN ClIRYSOSTOME.

^i)^
et des Puisle ciel
;

sociele des

Anges, des Archani^es
Levez, levez
les

sances céiesles.

yeux vers

contempîez-y

le

merveilleux changement qui
c[ui fut créé.

s'est-

operc dans tout ce

Les formes, dans

lesquelles nous les voyons aujourd'hui^ ont disparu

pour des aspects

et

plus nobles et plus riants. C'est

l'Apôtre qui nous l'atteste.
dit-il
,

Les créatures

atteiidcnt

,

iiom.v.n

i<j

avec grand désir la manifestation des enfants
,

de Dieu
vanité
,

parce qu'elles sont ici-bas assujetties a

la

avec F espérance d'être un jour délivrées de
,

cet asservissement qui les corrompt. Alors la chair

dépouillée de

la

corruption à laquelle ici-bas rien
traits

n'échappe, se reproduira sous des
belliront.

qui l'em-

L'âme

a retrouvé le corps qu'elle habita,
;

mais

revêtu

d'immorlalilé

elle-même

a
,

repris

ime vie nouvelle bien plus excellente. Là

plus de

lissimulation
,

,

plus d'inimitiés. Toutes les volon-

tés

toutes les affections confondues dans
_,

un

seul

et

même sentiment
la

établissent

parmi

les saints la

plus constante,

plus délicieuse harmonie. Là,
les artifices et les

nous n'aurons plus à redouter, ni
violences de l'ennemi
la

du

salut,

ni les atteintes

de

mort

,

tant de celle qui entraîne la dissolution de

nos corps, que de celle bien plus formidable dont
nos âmes restent menacées sur
la terre.

Durant leur
la

séjour ici-bas, les saints furent éprouvés par
vreté,

pau-

par

les disgrâces

:

elles cloienl nécessaires
([ui les

pour prévenir dos langueiirs

auroieni

fail

4o6
iléclloir

SAINT .IRAN

Cllll

YSOSTÔML:.
cloit

du nohic héritage qui leur

promis.

Tels les enlants des rois sont élevés sous une discipline sévère; mais lorscpi'ils viennent enfin à être

émancipés,

qu'ils sont appelés à la pleine jouissance
,

de leurs droits

tout change pour eux

:

liberté enet

tière, riches et
,

pompeux ornements^ pourpre

diadème royal cortège nombreux, pensées
qui ne respire

et sen-

timents à l'égal de leur condition nouvelle; rien
la

magnificence

et l'allégresse. Voilà
les saints

l'image de l'heureuse révolution qui attend

dans

le ciel.

Et

si

vous voulez quelque témoignage

de

la vérité la

de mes paroles, transportez-vous avec
,

moi par
gneur

pensée

sur la

montagne dont Notre
;

Sei-

tit

le théâtre

de

sa transfiguration
,

resplen-

dissant d'une éclatante lumière

bien qu'il ne se

manifestât point encore dans toute sa gloire, telle
qu'elle
se

montrera aux regards de ses élus, des
les rayons;

yeux mortels n'en auroient pas supporté
mais dans cette simple ébauche
Maîtli.\vii.2.
,

arrêtez-vous à ce
:

fjuc les évangélistes

nous en racontent

Son

insage,

nous

disent-ils

,

devint brillant
les

comme

le soleil.

C'en
vif

fut assez pour
éclat
,

que

Apôtres, éblouis d'un
terre.

si

tombassent prosternés jusqu'à
si

Dites,

moi

,

on vous introduisoit dans un
s'offrir

palais

vicndroient

à

vos regards une multitude
,

considérable de personnes

revêtues de robes écla-

tantes d'or, et sur l'endroit le plus élevé, sur un trône

magnifique

,

un personnage

,

distingué par

la

ri-

7

SAINT JEAN CHRTSOSTÔME.

4^0

cbesse encore plus rrappanie des pierres précieuses

semées sur

sa

royale pourpre, portant sur sa tête
el

une couronne;
brillante cour
faire tout ce

que,

là,

on vous donnât
faire partie

l'assu-

rance qu'il ne tient qu'à vous de
;

de cette

dites-moi, ne consentiriez-vous pas à
l'on exigeroit

que

de vous pour mériter
frère^

cet

honneur? Ca,
de
la cité

viens, ô

mon
tes

ouvre

les

yeux

de ton intelligence, porte
lais

regards sur ces pa-

céleste.

Un

spectacle bien plus im-

posant t'appelle. Viens contempler une assemblée qui se compose de bienheureux de qui
la

magni-

ficence qui pare leurs vêteinents l'emporte de beau-

coup sur
sur tout
la terre

l'or et les pierreries les
l'éclat

plus précieuses,

des rayons du soleil, sur tout ce que

peut

offrir

de plus opulent

;

une assemblée
qu'il

qui

laisse

bien loin au-dessous d'elle tout ce

y

a d'humain.

Ce qui

la

forme, ce sont
les

les

Anges,
les

les Archanges, les

Trônes,

Dominations,
là,

Prin-

cipautés et les Puissances.

De
et

élève-toi jusqu'au
s'il

monarque de
attraits, cette

cet

empire;

contemple,

est

possible, celte ravissante beauté, ces grâces et ces

gloire, cette majesté, ces magnifi-

cences ineffables, rassemblées dans sa personne auguste.

Vodà

les félicités

qui t'attendent. Et parce

qu'il t'en

coûteroit quelque travail d'un

moment^
mourir

tu.renoncerois à sa possession ?

Ah

!

fallûl-il

mille fois à chaque journée, faiiût-il endurer les
plus affreuses tortures, pour le bonheur de con-

4o8
rag. 17.

SAINT JEAN GllU YSOSTOMC.

loinpler Jësus-Cliristdans sa gloire, d'élrc au

nombre
;

des bienheureux habitants de son céleste empire

non
de
Mat.li.
/l.

,

les

maux

les plus cruels

ne sont

rien.

A la vue
image
de

la

transfiguration de son maître, Pierre s'écrie:
ici.

xvir.

Seigneur, nous sommes bien

Si la grossière

do

la

gloire future absorbe toutes les pensées
si

l'Apôtre,

elle

le

pénètre des plus vives impres,

sions de plaisir et de félicité
réalité

que sera-ce de

la

même? que
;

sera-ce alors que les tabernacles

du Roi des rois, s'ouvrant tout entiers, le découvriront à nos regards non plus à nos hommages mais
,

à noire
T
.

amour

et à nos

embrassemcnts; non plus à

(!or.

xiu.

travers les voiles de l'énigme, mais tel qu'il est et

fice à face. Laissons les cœurs froids ne désirer le
ciel

que par
,

la crainte

des feux de fenfer

:

Je con-

nois

moi

,

un
;

plus rigoureux supplice

que toutes

5es tortures

ce seroit d'être privé

du bonheur de

voir et

de posséder Jésus-Christ dans son immortel
(*).

triomphe
Toutes

les fois

que
,

saint Paul parle
il

du bonheur
les ex-

des élus dons
pressions lui

le ciel

semble que toutes
il

manquent

;

se replie sur les

mots de

gloire et d'honneur, expressions vagues et générales^ qu'il emploie à défaut d'autres,

comme

étant

(*)

yid Tlttodor. laps, jmru'n.
Chiiibiri
,

i

,

Morcl

,

Ojiusc.

,

tom.

iv, pat;. 5i6r

,

5()2

;

citant saint
paq;.
•?.()i
.

Chrysostôme,

jiag.

222 De perfccta

caritata..

tom.

VI

Bencd.,

2<):>.

SMNT JEAN
les objets

CilRYSOSTOME.

^OÇ)

auxquels
bien

les
(*).

hommes

attachent la plus

haute

itle'e rlc

Pour vous donner quelque idée des célestes béatiludes, jugez

t.ix. rcual.

du

ciel

que vous ne voyez pas par
l'éclat

les

'^'9"-

magnificences de celui que vous voyez. Si
est si vif , les laissent

en
Ps- «iii. i6.

que
si

doit-ce êirc des

deux

^^5c/e^^a: qui
les

loin au-dessous d'eux ?
;

Vous ne

pou-

vez envisager des yeux

du corps élevez-vous

jusqu'à

eux par

la

pensée

;

franchissez ce firmament qui se

découvre à vos regards; plongez dans ces espaces
supérieurs, qu'aucun horizon ne borne. Transportez-

vous parmi ces innombrables légions des Anges et
des Vertus célestes
terre
, ;

de

,

^redescendant sur la

comparez ce que votre imagination vous aura

tracé de ces

pompes
s'offre à

toutes divines

,

avec

la brillante

image qui

votre vue dans les palais des

rois, cette profusion

d'ornements,
;

l'or, les

pierre-

ries étincelant sur tous les habits

les officiers
,

du

prince revêtus d'habits magnifiques

tout^ jusqu'aux

animaux
roître

destinés à son service
;

,

étalant le luxe et

la richesse
,

et

que

le

prince vienne lui-même à pa:

tout le reste s'éclipse en sa présence

on

n'a

plus d'yeux que pour contempler et sa pourpre et

son diadème, et

la

majesté de sa personne. Réu-

nissez tous ces rayons
'/)

d\me
,

gloire

humaine,

et re-

Honi. V in Epist.

ad Rom.

Moicl
,

,

Nov. Tcslam., pag. 5o. Male

£;iiifiquemeiit

dûveloppc par Saurin
pa;;. 29/, et suiv.

Scrm. sur

ravissement de saiiil

Pan/,

toni.

u,

4'0

SAINT JEAN CHRYSOSTÔME.

portez-les sur la céleste cour au jour
rois

le

Roi des
divine

viendra, dans toute
,

la

pompe de

sa

gloire

couronner

ses élus (*).

Si l'on offroit à ce vieillard accablé sous le poids

des ans

et

de l'indigence, de de
lui
le

à la jeunesse,

beauté parfaite, de
faire le roi
et cela,
feroit-il

le ramener tout à coup donner une vigueur et une combler de biens, jusqu'à en

de l'univers durant un millier d'années,
la

au sein de

plus profonde paix, que ne

pas pour mériter

un

tel

bonheur? Jésus-

Christ ne borne point ses promesses à ces seuls avantages;
il

vous en garantit de plus magnifiques et de

plus durables
pelle biens
gloire
tion

— La

possession de ce que l'on ap-

de

la terre,

dignités, richesses, plaisirs,

humaine, vous enivre, exalte votre imaginaceux qui y sont sont transportés dans un autre
laisser croire à

au point de
qu'ils

parvenus

monde^ bien que ce
jugez
quelle

soient là des biens imaginaires,

et qu'ils s'échappent avec la rapidité

d'un songe

;

doit élre la félicité des

âmes mises
,

en possession de ces biens
tels,

réels, ineffables

immorsi

dont on jouit dans

la cité céleste,

biens

fort

au-dessus de toute comparaison, qu'il n'est pas possible

de s'en

faire

une

idée. Enfants

enfermés

ici-

bas dans le sein de notre
(*)

mère jusqu'au jour de
Testant., tom. iv
,

Honi. XIV in Epist.
:

ad Rom., Morel, Nov.

pag. 2oB

Boiu'daloue

:

«

Je m'attache au raisonnement de saint Chrj

-

sostôine, etc.» [Pensées ,Xom. i, pag.

r5— it!.)

SAINT JEAN CilRVSOSTÔME.

^11

l'cnfantemeni, nous ne pouvons pas apercevoir, à
travers les grossières enveloppes qui nous pressent
et

nous enlacent de toutes parts,

la brillante

lumière

de cette vie future. Nous attendons
niancipalion
;

le jour

de

l'é-

et

qu'cnfin le temps et le

quand ce jour sera venu, lorsmonde, parvenus à leur con-

sommation,
])ieds

auront amené tous les hommes aux du souverain tribunal les méchants passeront des ténèbres du tombeau dans un autre séjour plus ténébreux encore et les bons fruits mûrs pour
, ;
,

Ffiicrnité,

viendront partager

la félicité

des Esprits

célestes

(*).

Jésus-Christ promet à ses élus de les associer à sa

t. xi r.ened.
'^^'

propre

gloire.

Quel magnifique présent
félicité! Qu'est-ce

!

quel éclat
l'on ap-

de lumière! quelle

que

pelle la gloire sur la terre?

Une ombre vaine bientôt

évanouie

,

une

gloire qui ne descendra point y dit le p^ xlmu.iS.
le

prophète
épris
:

,

dans

tombeau avec ceux qui en furent
elle

souvent

même

n'attend pas leur mort
cette gloire

pour mourir avant eux. Mais
ront les élus,
telle
,

dont

joui-

elle

ne passera point,

elle est
;

immortous les

sans mélange

comme

sans durée

dons de Dieu participent
principe
C'est
(**).

à la nature

de leur sublime

de cette gloire que David, dans

les saints

(*)

Ad Theodor.,
Honi. iiin
ii

tom.

i

Bened.

,

pa^. 19, 20,
,

(**)

adTimoth., Morel

Noi'.Testam.,\ova.

vi,

pag. 4«6.

4l2

SAîNT JKAIV CimYSOSTr.ME.

transports de son admiration cl de son amour^ dil's.

\u.

3.

soit

:

Quand
il

inendrai-je et paroitrai-je devant la
sortir

face de Dieu P ne doutant point qu^au
ce

de

monde
la vie^

ne dût jouir de
,

la

vue de Dieu. Dans sa

sainte impatience

il

lui tarde d'arriver

au terme de
féli-

de

pour arriver

à celte plénitude

cités (*).

Si

nous étions épris des chastes délices de cette
bien pénétrés des célestes espérances,
aussi

cité sainte,

nous ne serions pas
le

vivement touchés que nous
;

sommes des choses d'ici-bas nous serions également insensibles et aux misères de cette vie, et à
ses
la

faux

plaisirs.

Tels que

des voyageurs dont
:

course se dirige vers une royale cité
les

rien de ce

qui se présente sur leur passage ne
ni le

peut arrêter,
ni la fraî-

charme des

prairies

ou des jardins,

cheur des vallons, ni

l'aspérité des déserts; mais,
ils

indifférents à tous les aspects étrangers^

n'ont

des yeux que pour contempler dans leur pensée le

terme où

ils

tendent.

De même,
,

celui qui fait

de

cette bienheureuse cité

l'objet

de

ses méditations

habituelles et de ses saints empressements, ne

donne

plus le

nom

de peines à ce

qu'il

endure pour y arqui l'en éloigne
il
;

river, ni le

nom de

plaisirs à ce

mais, tout entier à cette salutaire pensée,

est sans

yeux pour tout ce qui

n'est pas elle.

Comme

saint

'•*)

Espos,

in fis. xi.t

,

lom.

\

tîencd.

,

pag. t4i.

SAIiST

JEAN CHKYSOSTÔMÉ.
les choses visibles
y

^l'S

Paul

,

//

ne considère point
,

mais
les

n.cor.iv. is.

les invisibles

parce que,

se dit-il à

lui-même,

choses visibles sont temporelles , mais les invisibles
sont éternelles
(*).

Si la praticrue de la vertu vous

semble dure dites,

vous à vous
plaisirs

même

:

Que^ pour quelques misérables
vous recevrez une

que vous

sacrifiez ici-bas,
!

récompense sans bornes. Quoi
vous
affligez

ô

mon âme
,

!

vous

d'une aussi modique privation
je

au lieu

de vous réjouir de ce que
n'est point

vous procure

le ciel.

Ce

homme, c'est pour Dieu luimême que vous agissez. Un moment encore, et vous
pour un

verrez combien vous aurez gagné à souffrir.

Avec
sacrifice.

cette disposition, plus d'épreuve, plus

de

Plus

même
et

l'épreuve et le sacrifice vous
ils

auront semblé douloureux, plus alors
roîtront
faciles

vous pa-

féconds en
à vous

plaisirs.

Le

Dé-

mon

peut

bien

réussir

surprendre par

Tappât d'un

plaisir
;

d'un moment, suivi d'un châla

timent éternel
d'un

et

pensée qu'une souffrance

moment

sera suivie d'une

récompense immorvertu

telle,

ne pourroit vous élever au-dessus des combats
la
!

qui s'attachent à l'exercice de

Commencez
le

seulement. Dieu fera

le reste.

Tel qu'un roi qui,
veut avoir

pour associer son fds
à ses côtés sur
(*)

à son

triomphe,

le

champ de
,

bataille, tenant tête à

/« ps. cxiv
I. p.

,

Morel
;

Opusc.

,

tom.

m

,

jiag.

342

;

Bossuet

,

Scrm.

,

tom.

83

— 92

ibid.

,

127

— 134

4.j4

saint jkan chuysostôme.
défie

rennemi, dont il
que
gneur
agit-il

bravement

les

regards, tandis
ainsi le Sei-

lui dirige toutes les

manœuvres;
la

avec vous dans
le

guerre où vous êtes
ce qu'il vous de-

engagé contre

Démon. Tout

mande
tonte la
F.phes.vi. i6.

,

c'est

que vous vous déclariez franchement
,

contre votre

ennemi commun. Il se charge lui , de manœuvre, et saura bien en écarter de vous
enflammés,
jcuncs

les traits
J!cs

Dan. ui.

trois

comme il sauva de la fournaise hommes qui n'avoient assurément à

lui

offrir

que leur bonne volonté. Vous voulez

échapper dans cette vie à cette fournaise ardente
des plaisirs déréglés

du
:

siècle

,

et

dans

l'autre

aux

flammes dévorantes
ciel.

pensez aux récompenses
difficile,

du

Ce qui vous paroît

insupportable, de-

viendra bientôt aisé, naturel, délicieux. Ce sont
nos passions qui nous font croire
le
la

vertu pénible

,

vice doux

et agréable

;

pour peu que nous
face.

les sur-

montions,

les objets

changent de

îlya, dans

les passions,
le

un germe d'amertume qui empoisonne

cœur^ après

même

que

l'on s'en est affranchi.
y

Rom.

VI.

21.

Quelfruit y demande

saint Paul

avez-i'ous recueilli

de ces désordres dont vous rougissez maintenant P

Au contraire
de
ii.Cor.iv. 17.

,

il

témoigne assez combien l'exercice
,

la

vertu devient facile

en l'appelant une
(*).

afflic-

tion légère et
(*)

d'un moment

La Rue, Serm. sur
,

l'insensibilité

pour

le

ciel

,

tom.

11,

pag. 841;

lîoiirdaloiie

Massillon

,

Molinier , tous

les

prédicateurs.

Voyez dans Sauriu
,

un mouvement

plein de chaleur et d'éloquence, Serm.

tom.

ix

,

p.

428.

SAINT JEAN CHRISOSTÔME.
Pénélrez-vous bien de
aurez vaincu
c'est
le

^l6
ciel
;

la

pensée du

et

vous
,

t. viuBcioiI.
^ ''°'

monde. Ne pas recbei'cher le monde

^^^"

en triompher; méprisez-le, vous l'aurez vaincu.
ici

Que sommes-nous

-bas? des voyageurs et des

étrangers. Qui peut donc être pour vous sujet d'incp.iiétude et d'affliction?

Vous appartenez
le

à

une

cite
:

dont Dieu est lui-même vous n'êtes dans ce
jour de passage
,

créateur et l'architecte

monde que comme dans un séoù vous n'avea qu'un moment à
la patrie

demeurer. Qu'au sein de
souffrir,

vous eussiez à

vous auriez raison d'en être affecté; mais

vous n'y êtes pas, vous y courez. Seriez-vous sensible à
seroit

une injure que vous
une

feroit

foiblesse aussi insensée

un inconnu? Ce que criminelle.

Vous
pas

êtes dans ce
,

monde parmi

des méchants qui

vous outragent
;

parce qu'ils ne vous connoissent
êtes citoyens
la céleste

ils

ne savent pas que vous
inscrits

du
pa-

ciel,
trie
,

que vos noms sont
et

dans

parmi ceux des Chérubins. Que dans une
,

hôtellerie

quelqu'un vous insultât sans vous conle

noître,

vous seriez
l'égard

premier à en rire;
qui

faites-

en autant à
noissent.
vie
,

de ceux

vous

mécon-

Vous

n'êtes, encore

une

fois,

dans cette

que comme des voyageurs dans une hôtellerie, attendant leurs compagnons de voyage;

quand tous seront réunis
vous êtes
,

,

et

qu'ils

verront qui
s'écrieSnp.
v, 3.

ceux qui vous auront méconnu

ront avec désespoir: Insensés que nous étions, c'est

4l6
donc

SAIJNT
la celui cjui

JEAN CHKYSOSTÔMU.
l' objet

a été autrefois

de nos mil-

leries (*) /

§
Nous

V

et

VI.
les

reporiuns à la pariie suivanle
les

deux

articles
,

concernant

devoirs généraux de la vie chrétienne

comme étanld'absolue
nelle.
les insérer

nécessité pourobteiiir la vie éter-

L'étendue des matières ne nous a pas permis de

dansce volume.

Ils

trouveront également leur
le

place dans ceux qui viennent après sous

titre

de

l<i

Charité.

§ vil.

Exemple des
I.

saints.

Les

saints patriarches

de V ancien Testament.
il

T. viPcned.
"*

Le

nauloiiier

,

engagé sur un vaste océaUj où

"^'

n'a ni continent, ni

montagne,

ni colline, ni roe'vite

cher qui puissent lui faire reconnoître la terre,
les écueils,

en tenant

ses regards attachés sur cer-

taines étoiles qui lui servent à diriger sa navigation.

Ainsi le fidèle qui voyage sur
fixe les

la

mer de

ce

monde,
les

yeux, non pas sur des
temps antiques ;
qu'ils

étoiles,

mais sur

saints des
les

et, l'égiant sa

marche sur
par arriver

exemples

nous ont

laissés, finit

heureusement au port du
(*)

salut. L'intention

du
,

Sei-

Hoai. Lxxtx /« Joann. ,issx\m, Moiel

,

Aov. ToYrtw.

pag. 5o5

{Pensées).

Voy.

Dihlioth. chois.

,

tom. \i

,

pag. iSo.

SAINT JEAN CHIIYSOSTÔME.

4^7

gneur, en nous transmettant par l'Ecriture sainte
les
les

événements de leur vie

,

a été

,

non-seulement de
les offrir à

proposer à nos éloges, mais de
Il

notre

imitation.

sentiment qui nous

y a au fond de toutes les âmes un secret fait aimer ce qui est bien les
;

actions héroïques parlent à l'honneur, elles enflam-

ment l'émulation

;

voilà

pourquoi Dieu

a

voulu que

l'histoire des épreuves des anciens Patriarches nous

fût conservée, afin

que leur conduite, dans
eu
à soutenir,

les di-

vers combats

qu'ils ont

nous

servît

de

leçon dans ceux auxquels chacun de nous est exposé.

Job

est le
,

modèle de
la

la

résignation dans les

maux
de

;

Moïse

de

patience à opposer aux contradictions

;

David, de

la

douceur; Daniel, du jeûne

et
.

la

prière; Joseph et Suzanne, delà chasteté.
Abel.

(

Voyez

celte Bibliolltèque

,

loin, xii

,

p.

igS.

)

NoÉ. ( Même vol., pag. 208. ) Abraham Isaag, Jacob. ( Même vol, ,
,

pag. 212

— 23

1,

et vol.

XIV

,

pag. 4 10.

)

Joseph. Ses frères

le

vendirent par envie; leurT.vi.
;

Bened.

dessein étoit qu'il fût esclave
qu'il parvînt à la

le

dessein de Dieu

°'
,

souveraine puissance. Les étran-

gers auxquels

il

fut

vendu

,

étoient bien loin eux-

mêmes de
noit_,

connoître quelle valeur sa vertu lui don-

plus loin encore de prévoir que c'étoit là le

futur libérateur de l'Egypte.

Vendu par eux une
de
ses

se-

conde

fois

,

il

s'attire

l'affection

nouveaux
27

i6.

,

4l8

SAINT JEAN CHflYSOSTÔMIi.

maîtres. L'épouse de Puliphar conçoit pour .losepli

une flamme adultère
dans
tion.
le

;

elle

emploie, pour l'entraîner

crime, toutes
le

Dieu

manœuvres de la séducpermettoit pour donnera la vertu du
les

jeune Hébreu l'occasion de se manifester avec éclat
et à tous les siècles

un modèle admirable de chasAttaqué

teté. Voyez dans notre généreux athlète, quelle force

au milieu d'une aussi dangereuse épreuve
par
sa jeunesse,

!

comment

se

défendre de son pro-

pre cœur? Assailli au dehors par des caresses empressées, par les intrigues

que

faisoit jouer

auprès Pro-

de

lui

une femme que

la

passion emporte.

messes, menaces,

artifices, tout est

employé; mais

sans succès. Joseph investit tous ses sens de la pu-

deur^

comme

d'une armure qui repousse toutes

les

attaques. Lorsqu'un jour cette criminelle épouse l'eut

introduit dans l'intérieur de son appartement

,

soit

par adresse
vrir
!

,

soit
,

par violence
les

,

quel combat va s'ouciel

D'un côté
de

Anges du

qui attendent en

silence l'issue de la lutte, tenant à la

main des cou-

ronnes

;

l'autre

,

les

Démons
c'est

pressant l'Egyp-

tienne et l'enhardissant au crime.
disoit-elle à
ta

Tu m'appartiens,
argent qui a payé

son esclave ,
:

mon

personne

si

lu
la

me

résistes, crains les fers et les

cachots, crains
tu consens,

mort qui ne peut t'échapper. Si
toi.

ma

fortune tout entière est à
l'on

Tu

as

peur peut-être que

ne nous surprenne; nous

sommes sans témoins.

— Que répondra Joseph? Vous

SAINT JEAK CHRVrSOSTÔME.
m'appelez votre esclave
l'être
;
:

^îg
fait

je n'e'iois

pas

pour

pag. 606.

Abraham

etisaac, tlequi je descends, avoieiit
Gen. xxxn.

l'honneur de s'entretenir avec Dieu. Jacob, qui lutta
avec

un Ange, m'a donné
fort contre

la

naissance
l'a

:

serois-je

moins

vous qu'il ne

ëtë contre

un

Ange?
tiens,

Mes frères m'ont vendu par jalousie. Je puis
je n'ai

être esclave sans perdre l'honneur. Je vous appar-

puisque vous m'avez acheté; mais

man-

qué

à

aucun de mes devoirs

:

nulle plainte ne s'est

élevée contre
nel!

moi

,

et

vous voulez

me

rendre crimiloi

Ne vous abusez
,

pas; je suis jeune, mais la

de

mon Dieu
la

qui parle à
fils

mon cœur, me donne

la

force de résister; le

de Jacob ne dégénérera pas

de

vertu de son père. Gardez vos honneurs et vos
;

promesses

gardez votre or, qui seroit

le

prix de

l'infamie; moi, j'aspire à d'autres richesses qui
ci'aignent point la rouille des temps.
seuls, dites-vous; pourrois-je

ne

Nous sommes
l'œil

me

dérober à

du

Dieu qui perce
Anges,

les ténèbres, et voit

jusqu'aux plus

secrètes pensées ?
saints
et

Nous sommes en présence des
nous aurions des milliers de
té-

moins

et d'accusateurs. Respectez, et les
,

Anges qui

nous voient

et les

hommes

qui ne nous verroienl
,

pas. Pensez à votre époux, à vos frères
à vos

à vos amis,

proches, qui jusqu'à présent vous citoientavec

orgueil parmi les modèles de votre sexe.

De

quels

yeux envisageriez-vous un époux contre qui vous
conspirez ? lui tendrez-vous les bras
,

quand vous
27.

/j20

SAINT JEAN CHKYSOSTÙAIE.

l'aurez voulu assassiner?

tenir désormais à
la

Quel langage aurcz-vous à l'homme dont vous avez souillé couche nuptiale? Eloienl-ce là les promesses que
lui aviez faites ?

vous

Suite de son histoire, racontée d'après

le livre

de

la

Genèse.

Pa''.6o7.

Imitons sa conduite,
à la gloire dont
il

si

nous voulons être associés
le ciel (*).

jouit

dans

T

V

Bened.
Ig

MoïsE. L' Ecriture parlant de Moïsc,
plus doux de tous les

rag. 374.
iN'um.xii. 3.

dh qu'il étoit hommes qui de meuroient sur
l'hisloire

la terre.

Ce témoignage

a trouvé des contradicteurs;

on

l'a

mis en opposition avec
s'est-il

du

saint lé-

gislateur;
a-t-on
Exod.
II.

montré
celui

le

plus

doux des hommes,
qu'il avoit

demandé,

dont nous lisons

12.

commencé par
couler des
flots

tuer

un Egyptien; qui hientôt
les

sus-

cita parmi son peuple des guerres intestines, et Ht

de sang^ arma

proches

les
,