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J 22 ans d'explorations

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AvecOârtesinéditesduRifet de chaqueTribu(horstexte) '»Vo~s

< Propriété de l'Auteur, Tous droits réserves

? En dépôtà Pansà la LibrairieColoniale
et Africaine,
JosephANDRÉ, ïJ
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OUVRAGES DU MÊME AUTEUR
.t.

Manuel Algérien, Grammaire comparée de l'Arabe littéraire et de I Arabe
vulgaire. Ouvrage inscrit au Programme officiel de l'Enseignement secon-
daire et de /'Enseignement supérieur. Paris, 1888, in-12, cart. toile 5 fr.
Nouvelle Ghrestomathie Arabe, Cours élémentaire et moyen. Ouvrage ins-
crit au Programme de l'Enseignement secondaire. Constantine, 1889,
in-3°, car! 3,75
Cours Gradué de Thèmes Français-Arabes. Paris, 1890, in-12, cart toile. 5 fr.
Les Fourberies de Si yjeh'a. Contes Kabyles. Ouvrage Inscrit au Pro-
gramme de l'Enseignement supérieur. (Texte Zouaoua). Oran, 1891,in-12,
broché, 5 fr,
Les Fourberies ce Si Djeh'a. Traduction française et notes, Paris, 1892,
in-12, broché 5 fr_
Légendes et Contes Merveilleux de la Grande Kabylie. Ouvrage inscrit
au Programme de l'Enseignement supérieur. Paris, 1893, in-8", broché,
Ier Fascicule. (Texte Zouaoua) (chaque fascicule ayant plus de 100 pages) 3 fr.
2' Fascicule, 1894. ( TexteZouaoua) 3 fr.
3e et 4' Fascicules. [Sous presse).
Les Beni-Isguen (llzab). Essai sur leur Dialecte et leurs Traditions popu-
laires. Oran, 1895, in-8", /oe~e 6 fr.
LE MAROCINCONNU. /'< Partie, Exploration du Rif. Aveccartes hors
texte. Oran, 1895, in-8", broché 7 fr,

EN PRÉPARATION
LE MAROC INCONNU. 2" Partie. Exploration des Djebala (Maroc
Septentrional). 3° Partie, la Province de Fas.– 4' Partie, Les Braber.
5° Partie, La Dhahra, etc.
Légendes et Contes Merveilleux de la Grande Kabylie, 5° Fascicule.
Un Poète classiqse Marocain du XVIIIe Siècle. Textearabe inédit, tra-
duction français? et notes..
Essai de Dictionnaire Français-Rifain.
Essai sur le Thamazir'th et les Contes Populaires du Rif.
Proverbes Arabes da la Province d'Oran et du Maroc. Texte arabe, tra~
duction française et noies,

€uMbou
SiïL'eJftousitur .fruits

Gouverneur Général de l'Algérie

Tous droits réservés En dépôt à Paris à la Librairie Coloniale et Africaine.S Trofesseur à la Chaire de Langue et âc Littérature arabes à Oran ^Ancien Interprète titulaire de V ^Armiefrançaise et du Gouvernement Général de l'<Algérie ^Ancien Professeur d'arabe aux Lycées de Constantine et d'Oran ^Auteur de plusieurs Ouvrages relatifs aux Langues arabe et berbère « Le Maroc. » . cirons le. -+<"C>+- PREMIÈRE PARTIE EXPLORATION DU MF (MarocSeptentrional) AvecCartesinéditesduRifet dechaqueTribu(horstexte). lu plus beau o fleuron dclaioiirounccolonialcdclaFrara!» (V p. PAU J^-ugruste 3^OXJLIÉîK. etc. 31). Joseph ANDRÉ. Propriété de l'Auteur. pays ofricoln ineompainblp. manufacturières richesses miné- /raies. population. administration. 1~. rue Bonaparte. forestières. I coutumes usages industries commerciales. les mœurs. pastorales.`· /•>• 'A IMPORTA11TES IMPORTANTES REVELATIONS RÉVÉLATIONS de voyageurs v -musulmans sur le pays. " langues. races. forces 1^ militaires.»jv. M v MAROC: INC'ONNI • 22 ans d'explorations dans cette contrée mys- s ' de 1872 à 1893. S> tèrieuse. les habitants. 27 io<^ DECEMBRE -1895 %>=– . t o'fflricoles. « çui sera un jour.

£e $faroc en est queue arabe). RR'UES DE Le1 YILLE D~~RaN *x)L«f ^yJl 1 Crja d^V! la SCaZerre.est un paon. (Proverbe .

LE ( JÇ~ I_~N~ ~r.iv.NN~i~ ETCOMMENT POURQUOI J'AI FAITCEUVRE .

.

L'étude de la littérature arabe seule est tellement difficile. parfaitement bien. Nous savons tous que le Maroc est. effet. sont indispensables à tout européen qui voudra s'aventurer dans ce pays: il faut connaître asse^-bienl'arabe littéraire. à une autre ignorance l'ignorance de la langue arabe. LE MAROCINCONNU F»ourq. en aujourd'hui. l(s faiseurs de cartes et les bons géographes qui. sans perdre une minute. Voilà de quoi occuper l'européen le mieux doué pendant une quinzaine d'années. c'est savoir plus de vingt langues. bien plus grand que la France. et je le prouve. sans critique ni souci de la vérité. Qu'on en juge Outre qu'il est absolument nécessaire de parler l'arabe comme sa propre langue maternelle. il faut encore savoir presque tout le Coran par cœur pouvoir le psalmodier selon des régies fixes. les prophètes et les saints de l'Islam. l'arabe vulgaire. Ne perdons pas notre temps à nous étonner de cette de découvertes géo- ignorance phénoménale dans un siècle qui a vu tant graphiques recherchons-en plutôt la cause. chaque fois qu'il est question de cette contrée. le manque de majuscules s'ajoutent encore à la richesse . se copient les uns les autres. encore une Terre à peu près inconnue. Nous l'appelons le Maroc. dont le nombre est incalcula- ble. Pour pénétrer dans le Maroc et l'explorer jusque dans ses moindres recoins. Quoi que disent. on peut affirmer que nous ne connaissons pas la millième partie de l'Empire chérifien. avec le plus pur accent arabe connaître. car elle ne tient qu'à une seule -et unique cause. deux sciences. ce qui est pour un étranger un tour de force inouï. assister aux enterrements en psalmodiant avec les autres clercs certains versets du Coran et des poésies funéraires en hon- neur dans le pays. Savoir l'arabe seulement. L'absence complète des voyelles et de la ponctuation. les Traditions relatives au Prophète. surtcut au Maroc connaître au moins les éléments du droit musulman diriget les prières publiques.t-c=~ Entre la province d'Oran et l'Océan Atlantique s'étend un vaste et beau du nom pays. et.vioi et comment j'ai fait ce livre . qui n'en font qu'une. sur le bout du doigt. que les vieux arabes instruits avouent franchement qu'ils sont arrêtés à chaque page par des quantités de mots nouveaux pour eux. corrompu d'une de ses principales villes. à ses Compagnons faire dans les mosquées des conférences religieuses sur la Divinité. Cette unique condition n'est pas des plus commodes.

je me permets d'émettre ici un vœu en faveur des études arabes. En ajoutant à ce nombre les pluriels irrtguliers. Depuis près d'un quart de siècle que je l'étudié. nécessités par de rudes articulations dont nos langues européennes n'ont aucune idée. Algérie. On est pris de vertige en présence de ces 12. La réunion de tous les dialectes ce l'Arabie dans un même dictionnaire a produit ce chaos.ood pour épée. constituent bel et bien des mots nouveaux à apprendre. Le lexicographe Firouzabadi a trouvé 80 synonymes du mot miel et i. Malheur compte plus de 400 synonymes. Les synonymes sont presque innombrables. chaque mot a encore des sens multiples et contradictoires.305:412 mots que contient le dictionnaire arabe. en se gardant bien d'avoir une recommandation quelconque de qui et pour qui que ce soit. LE MAROC INCONNU lexicographique de cette langue. ne ressemblant que vaguement à leurs singuliers. la connaissance sérieuse de l'arabe est suffisante. ce que veut cette société mahométanc. rompu d'avance aux privations et aux fatigues. Que l'Etat fasse pour elles les plus grands sacrifices c'est par elles que nous parviendrons à nous faire aimer des Arabes et des Musulmans du monde entier c'est par elles que nous connaîtrons ce que pense. qui. Le laborieux de Hamraer a catalogué 5. N'oublions pas de mentionner aussi les indispensables assouplissements du larynx. On dirait qu'un génie infernal s'est amusé à faire de cette langue une énigme perpétuelle. et elles sont nombreuses. si négligées en France et en.A-^Ù Jio y> connaît la langue d'un peuple est à l'abri •»i£=/^ «j>! p£ « Quiconque de ses embûches. Cela fait. Et cela ne suffit pas encore. et nous pourroîis commencer à entrevoir la peine qu'il faut se donner pour parler l'arabe comme un arabe. j'ai eu le loisir de m'apercevoir que chaque mot de l'arabe parlé a une moyenne de trois synonymes. pour porter au plus haut point la difficulté de cette étude. il offre enecre cependant une abondance de synonymes qui n'existe peut-être pas au même degré dans aucun autre idiome. Il n'est donc pas étonnant de voir si peu d'Européens en état de parler et d'écrire convenablement le plus décourageant des idiomes connus. car. Pbs de 200 termes. • < . on ferait bien d'y joindre celle d'un dialecte berbère marocain ou algérien. nous aurons six termes environ à savoir pour chaque mot correspondant au français par exemple. furent l'objet d'un ouvrage d'un autre amateur de statistique. s'engager hardiment dans n'importe quelle partie dû Maroc. Un philologue put composer un livre sur les 500 noms du lion. Convaincu cependant qu'un travail acharné finirait par nous mettre au moins au niveau des arabes lettrés. signifiant serpent. vêtu en t'aleb besogneux. on pourra. L'arabe vulgaire est loin d'avoir la richesse encombrante de la littérature. Dans les régions où les Berbères dominent. richesse qui dépasse tout ce que l'imagina- tion la plus féconde peut rêver. Mettons en pratique cet:e recommandation du Prophète à ses sectateurs . » Au Maroc. ce qui serait déjà très beau. dont le concours nous serait si précieux.744 mots relatifs au chameau.

ayez sans cesse présente à l'esprit cette vérité trop longtemps méconnue Tous les explorateurs européens ont échoué. souvent faux. (ï) 11fut çbligi d« donnerpour WS «find'expliquers<N» «««Métranger. Voyager dans un pays dont on ne connaît pas la langue. l'arabe et le berbère. de bien saisir le peu qu'on lui dit. méprisés. Ce n'est pas rabaisser le mérite de ceux par lesquels la millième partie du Maroc nous a été révélée en disant qu'aucun d'eux. ne s'est engagé dans les campagnes. j'ai poursuivi. AU-Bey. Depuis mon enfance. Né à Tlemcen. pour la raison que nous venons d'énon- cer. échouent ou échoueront en pays musulman. me doutant qu'aucun explorateur européen n'aurait la patience. dont on psut voir des échantillons dans les compilations contemporaines. sans pouvoir s'en écarter. j'ai été élevé. j'ai grandi sous l'empire de deux idées que je n'ai cessé de méditer jusqu'à ce jour i° Connaître notre mystérieux voisin 2° I4 faire entrer dans la sphère d'influence de la France. pas même le pseudo. tellement tous étaient peu en état de parler couramment cette langue décourageante. cela est bien évident. ces vaillants ont eu nésinmoins le courage de ne pas se rebuter de tant de déboires et quelques-un. comprenant niai les maigres renseignements. . Le Maroc. Je n'ai pas hésité. Les cuvrages été que les étapes d'une instruction que j'ai publiés sur ces deux langues n'ont qui se complète peu à peu. obligés de suivre constamment la route qu'on leur imposait. m'obsède au-delà de toute expression. à entrer en relation d'amitié avec de nombreux marocains. c'est voyager en sourd-muet. a échappé jusqu'à présent aux regards indiscrets des explorateurs européens.s ont payé de leur vie leur téméraire imprudence. sans défaillance. POURQUOI ET COMMENT J'AI PAIT CE 14VRE Jeunes Français qui vous destinez aux voyages. depuis de longues années. à deux pas des limites marocaines. Protégés. l'un des moins mal préparés pourtant au point de vue linguistique. avant d'entrer au Maroc. Badia y Leblich (i). qui s'empressera de vulgariser d'énormes erreurs. Quels renseignements. loin des sentiers battus par le Vammar (caravane escortée par des soldats marocains). la curiosité de connaître un voisin. de se livrer à une étude longue et ardue. qui fera tou- Pas un jours le bonheur et le désespoir de ceux qui voudront l'approfondir. que de fausses notions ne répandra-t-il pas dans le monde savant. quelles lumières peut-on tirer d'un explorateur qui parcourt une contrée sans pouvoir se faire comprendre dés habitants qu'il n'entend pas non plus ? Il ne sera jamais à portée de bien voir ce qu'il voit. qu'on daignait leur fournir. la tâche qu'une connaissance précise des hommes et des choses de l'Empire chérifien m'imposait et imposera toujours à quiconque voudra percer le mystère dans* lequel cet étrange pays semble se complaire. éveillant partout des défiances. C'est dans ce double but que j'étudie. avec lequel nous avons plusieurs centaines de kilomètres de frontières communes. ne put se faire passer pour arabe. à came de leur ignorance de U langue arabe. Ne voulant rien laisser au hasard. un seul instant. A côté de quelques vérités qu'il rapportera.

je me demande quel accueil mes contemporains. Je le gardai religieusement jusqu'au jour où. tous les moments de loisir que me laissait un double et pénible service dont je demandai vainement à être débarrassé. car il y avait alors pléthore ce jeunes recommandés. Ce n'est certes pas pour ceux-là que j'écris c'est pour ceux qui ont l'âme haute. ne perdant pas une minute. grâce aux révélations des Marocains eux-mêmeset des voyageurs tnabométans. j'ai de vrais amis qui m'ont sollicité souvent d'abandonner le service des Ncara (Chrétiens) et d'émigrer dans cet E!do-< rado de l'Islam. employant toutes mes vacances. Ce travail de plusieurs années. sans subvention d'aucune sorte. Le musulman le plus futé (ils le sont tous). sans but et sans objet ? Mon vieux sang gaulois ne s'accommoda nullement de la doctrine fataliste. par une fatalité incon- cevable. lettrés et ignorants. qui saura l'interroger.. il fit avorter en moi toute velléité de demande officielle d'une mission ou d'une faveur quelconque. vraiment digne de ce nom. Je me mis à l'oeuvre immédiatement. L'effet que produit sur les Mahométans une connaissance un peu approfondie de la littérature et de la langue arabes est réellement magique. qui. seul. dont voici le rapide énoncé Connaître le Maroc et le faire connaître. y allaient et en venaient tous les jours J'entrevis alors la solution presque complète de l'éternel problème. feront à un ouvrage qui va leur dévoiler la vie intime. Je ne pouvais pas aller au Maroc. vrai travail de boeuf de labour. si chère aux indolents. ne m'ont caché ni ce qu'ils savaient sur leur pays. aussi bien et petit-être mieux qu'en y allant moi-même. les pensées d'un grand peuple et leur montrer l'intérieur d'une Terre inconnue. perdu à des centaines de lieues de la Ville-Lumière. Du haut en bas de l'échelle sociale marocaine. eut enfin un terme. me jugeant suffisamment préparé pour entreprendre ce voyage. que je m'imposai pour notre Pays et la Science. de la liberté et de la vie facile. le seul personnage que je connaissais assez bien pour m'ouvrir à lui. à la tolérance. C'est alors que je vis l'irréparable faute que j'avais commise en ne me ménageant aucun protecteur influent. peu disposé par nature à me livrer aux exercices rebutants qu'exige la pro- fession de thuriféraire. qui croient fermement encore à la Patrie. (je parle des sceptiques et des railleurs). à la bienveillance. LE MAROCINCONNU arabes et berbères. se confessera comme un enfant au t'akb européen. Bref. soit mais des musulmans y étaient allés. ni ce qu'ils pensaient. je ne confiai à personne mon secret. à la fraternité possible des hommes. Un savant de Paris. Et maintenant que je vois le chemin parcouru. irrésistible. je n'eus pas le courage de me mêler à la tourbe de ceux qui attendent humblement dans les antichambres des puissants du jour. les mœurs. me découragea net en me démontrant que beaucoup de protégés eux-mêmes n'obtenaient rien. Travailleur obscur. je voulus obtenir une mission. Fallait-il pourtant renoncer au rêve de toute ma vie ? Le labeur des années écoulées était-il perdu à tout jamais puisqu'il devenait. sans aide. Cependant. l'énorme besogne couchée dans mes papiers et attendant encore la dernière main. mt croyant musulman. .

comme il a créé les autres contrées et les autres globes. leurs révélations sont bien peu de chose à côté de la relation qui m'a été fournie par un homme providentiel que je dois faire connaître. où il avait séjourné cinq ans. renseignements épars dans tout l'ouvrage. Je ne remercierai jamais assez Celui qui lit dans nos coeurs de m'avoir fait trouver ici-bas la Compagne rêvée dès l'enfance. ce que je n'hésitai pas à lui faire dire d'ailleurs. il m'eût été impossible de publier la centième partie de ces documents sans lui. sans se douter qu'il venait de mettre la main sur un explorateur extraordinaire.- Je le fais très volontiers. à l'instruction. l'homme rare que je cherchais. sans lui. Ce Moh'ammed ben T'ayyéb est un type de voyageur comme il y en a peu. Au plus fort de mes travaux. et à qui j'avais donné mission de dénicher. Celle dont je salue ici la noble existence vouée toute entière à son mari. à écrire son nom en toutes lettres. à l'éducation de ses enfants et à son intérieur. dans mes mo nents de découragement et d'écœurement en présence de l'égoïsme froid et compassé qui caractérise notre époque. D'ailleurs. la mère de mes enfants adorées. la vraie Mère de famille. Il fallut user de diplomatie pour attirer chez moi l'ombrageux t'aleb. sans nom de voyageur. les renseignements fournis par mes autres voyageurs musulmans eussent été si maigres. qu'il eût mieux valu les jeter au feu que de leur faire voir le jour. et des renseignements qu'ils me donnaient. mes enquêtes minutieuses avec mes marocains. les pièces blanches succédant aux pièces blanches pour les rémunérer. à Celui qui créa le Maroc. me dit un soir « II vient d'arriver à Oran un t'aleb déguenillé. et du temps que je leur faisais perdre. telle que je la comprends. par tous les moyens possibles. et enfin. et qui m'a autorisé. car je ne trahirai pas la confiance de ces braves gens qui m'ont supplié de taire leurs noms. qui m'avait dit tout ce qu'il savait du Maroc. Un musulman algérien. C'était bien l'homme qu'il me fallait et que je commençais à désespérer de trouver lorsque. persuadé que j'étais un lettré musulman fourvoyé au milieu des chrétiens. il me fut signalé dans les derniers jours de 1893. prétendant connaître à fond le Maroc. sur l'homme qui allait enfin nous permettre de lever le voile qui cache depuis des siècles l'impénétrable Empire. Je passe rapidement sur les détails concernant les débuts de mon entre- prise. nos longues conversa- tions. telle qu'elle devrait être dans toute notre chère France. par son amitié à toute épreuve et son bon sens robuste c'est Celle qui porte mon nom. après quelques hésitations très compréhensibles pour ceux qui connaissent les vengeances des fanatiques. une seule personne m'a soutenu par sa foi ardente dans l'utilité de mes travaux. tOÙRQliOl ET COM>ffiNTJ'AI FAIT CE LlVRË générale. je n'aurais peut-être rien écrit sur le Maroc sans lui. il . à l'allure de derviche un peu timbré. si dénués d'intérêt. par le plus grand des hasards. Enfin. telle qu'elle sera certainement quand la passion des choses frivoles aura fa:t son temps. si incomplets. que. car Moh'ammed ben Tayyéb m'a été d'un tel secours. » Mon musulman algérien s'était acquitté de sa commission.

tu n'es pas chrétien 1 Tu es musulman. dans le cours de cet ouvrage. marquant de temps en temps sa surprise en levant les bras au ciel et en murmurant « O Dieu. qui lui était à moitié retombé sur les épaules. il dressa l'oreille. la barbe d'un blond ardent. De retour à Bougie. sa ville natale. Dès cette époque. toute sa personne maigre. Il avait l'air en effet d'un derviche un peu timbré. bien entendu. car je savais par mon musul- man algérien qu'il s'était vanté de savoir le berbère « Alasedh a%ekha. il était parti.rJI V » II ^jJb. mais ressemblant d'une façon frappante à ces figures de Christ que la peinture a popularisées chez nous. il continua ses études coraniques. connaître çç musulman errant qui a la monomanie des voyages. dont il craignait la méchanceté. semblant rivés sur son nez et sa barbe. de la religion musulmane. Il m'écoutait debout. Les ténèbres de la nuit le protégeaient contre les regards de ses coreligionnaires fanatiques. sans confier à personne ses futurs projets. surtout au Maroc. j'ai appris peu à peu à. Mais là où l'étonnement du derviche ne connut plus de bornes. mais inoffensif. relevé la tête. les yeux bleus. il avait. à venir me voir à la Chaire d'arabe. Vêtu d'une longue djellaba (blouse) de laine blanche à manches courtes. suivre les cours des professeurs de Fas. m'entendant passw de l'arabe au berbère. Au:* premiers mots d'arabe que je lui dis. » La glace était rompue. la démarche oblique et dandinante. au moment où. Vers l'âge de dix ans. qui duraient habituelletrent huit heures par jour. » A\ekha ad aser' répétait-il en riant et en rabattant sur son front le capuchon. Alors commença une série d'interrogations et de réponses. après mon cours. d'un mouvement brusque. s'écria-t-il en arabe. les différentes rjiouiya (séminaires mahométans) de la Tunisie et de la province de Constantine. un soir. ai ameddalioul (1) ?» « Non. ajouta dans le plus pur kabyle « A%ehha ad aser' (2). exact au rendez-vous. du Prophète et des grands hommes de l'Islam. paraissant charmé de m'entendre parler. On verra. mais tu n'es pas un roumi.ouaoua. iË MARÔtiINCONNU se décida. avec d'autres étudiants. presque toujours baissés.ami r (2) Demainje viendrai. arabe ou berbère. le derviche arriva./viJ! "^i . quand ie lui dis brusquement en r. avec la pensée de réaliser en même temps ces trois secrets désirs: voir du pays fuir le contact du chrétien abhorré. une enquête longue et minutieuse dont ce livre est le résultat. . la tête encapuchonnée. leva les yeux sur moi. afin de provoquer la pitié chez ceux qui le voient et de passer inaperçu partout où il va. j'en atteste Celui par-hquel il n'y a de dieu que Dieu . ce fut. d'apparence peu robuste. qu'il s'était donné lui-même cette apparence. dont la renommée. sois béni d'avoir dirigé dans la voie droite (l'Islam) un homme comme celui-ci. et avait visité. il méditait un grand voyage au Maroc. à pied. Le lendemain. tel était l'homme avec lequel je fis connaissance un soir du mois de janvier 1894. le visage un peu émacié par la marche et les privations. quelque (1) Viendras-tudemain. dont il ne peut plus du reste se débarrasser. Dans nos interminables séances. avec le plus grand respect. excellente précaution.

ET COMMENT POURQUOI . Il partit un beau matin de l'année 1872. sortit du port d'Oran. 11 s'embarqua avec eux. et se crut perdu. le dos tourné à l'Fst. le navire en partance pour Tanger sifflait éperdument. II était impossible de se venger i d'ailleurs. suivant le bord de la mer pour ne pas trop s'égarer. sans avertir personne. d'après lui. flanqué de trois ou quatre de ses coreligionnaires. il s'arrêta quelques jours. où il arriva dans un piteux état. il avait réuni une petite somme d'argent nécessaire à son embarquement pour Tanger et à l'achat de sa nourriture pendant la traversée. La veille. les chrétiens et les juifs étaient encore en bien plus grard nombre qu'à Bougie. il fut insulté de la manière la plus grossière.» Bien que ceci fût dit dans l'indicible jargon judéo-franco-arabîco-espagnol dont les israélites africains ont le secret. Il proposa d'arranger l'affaire en offrant deux douros. la prison. qu'ils avaient décidés à s'embarquer ce jour-là pour la côte marocaine. Je suis le Commissaire de police. dépourvu de permis de voyage régulier. et le navire. ou sinon. quittant Bougie et la maison paternelle. il se tira des griffes du pseudo-commissaire en lui abandonnant tout son avoir. Les rabat- teurs musulmans. où les juifs. qui profita de l'occasion pour verser sur la tête du Prophète des Arabes des tombereaux d'injures. criaient à tue-tête el-babour hr'a içodd (le bateau va partir !) chassant devant eux une nuée de Rifains. bousculé et gifflé par ce juif indigne. II pouvait avoir alo:s 16 ou 17 ans. Cette proposition fut rejetée avec mépris. dont le pont. sans dire adieu à aucun de ses parents. il avançait à petites journées. sans un sou. dont il comprenait presque le rude dialecte. était littéralement couvert de Rifains hurlant à pleins poumons les chansons du pays. il lui arriva une mésaventure qui le dégoûta plus que jamais de l'Algérie. A pied. qui s'amusait à éludicr le quartier Israélite. trois pièces de cent sous 1 Comme il lui demandait le passeport auquel il croyait avoir droit. tous vêtus à l'européenne. Il était avec des berbères. recevant des musulmans charitables une nourriture grossière mais suflisantc partout où il passait. accosta le t'aleb errant. qui retournaient dans le Rif après une campagne laborieuse dans la province d'Oran. dit l'impudent hébreu au derviche effaré. ayant pour tout bagage sa planchette d'étudiant. Il continua sa route. étdent les maîtres. A Oran. a survécu à la vieille hégémonie politique et littéraire du Magrib. Il sut apitoyer à son sort quelques âmes charitables parmi ces robustes montagnards. Mais là. Moh'ammcd. A Alger. à la solde de la Compagnie à laquelle appartenait le bateau. Moh'ammed se mit dans le troupeau des partants. le cap sur !e Maroc.l'Ai FAIT Olî UVBK peu exagérée. Un de ces sémites. Montre tes papiers. des frères en somme. cinglant vers 2 . Au Village-Nègre. on lui apprit qu'il venait d'être mystifié par des juifs et que les chrétiens n'étaient pour rien dans l'affaire. dans une collecte faite auprès de ses coréligionnaires. où ils avaient moissonné à bas prix les récoltes de nos colons. Finalement. car il prenait pour un commissaire le drôle qu'il avait devant lui. autant pour visiter la ville que pour se reposer. de l'avant à l'arrière. dont il n'a plus eu depuis des nouvelles. comprit fort bien de quoi il s'agissait.

LK MAROC INCONNU

l'Ouest. Arrive: en vue de J'embouchure de J'Oued-Kis, le capitaine prétendit
qu'une avarie, survenue à la machine, l'obligeait à mettre eu panne, pour
plusieurs jours peut-être. La perspective de se trouver sans vivres et sans eau
potable, le bateau n'en ayant pas pris beaucoup, fit frémir les marocains.
Ils demandèrent eux-mêmes a être débarqués sur la côte algérienne, avec la
promesse de se rembarquer dés que la machine serait réparée. Le capitaine,
peu soucieux d'avoir une révolte à bord, accepta avec empressement cette
proposition. Donna-t-il des ordres secrets aux marins chargés de manœuvrer
les embarcations ? Toujours est-il que les quasi-naufragés furent déposés sur
le sol marocain, comme ils ne tardèrent pas à s'en convaincre d'ailleurs en
voyant s'avancer vers eux une multitude d'indigènes armés, qui leur intimè-
rent l'ordre de repasser la frontière. Tandis qu'ils opéraient cette retraite, la
machine, réparée sans doute, permettait au navire de virer lentement de
bord. Sa proue, se trouvant admirablement orientée vers l'Est, ne tarda pas
à soulever des flots d'écume blanche, tandis, que l'hélice, à l'arrière, faisait
bouillonner la mer. Une immense huée, des cris de fureur, partis du rivage,
saluèrent celle fuite. Outre le prix des places perdu, il fallait se résigner à
gagner à pic le Rif, au milieu de tribus, sinon hostiles, du moins toujours
disposées à rançonner les étrangers porteurs d'argent. A l'unanimité, on
décida de gagner Oujda à. marches forcées, en se tenant constamment sur la
frontière française. La colonne, forte d'un millier d'hommes, ne fut pas
inquiétée et arriva sans encombre a Oujda.
Alors commença pour Moh'ammed ben T'ayyéb cette vie d'étudiant
vagabond, errant à travers l'immense étendue du Maroc qu'il parcourut
dans tous les sens, pendant vingt-deux ans, couchant et mangeant dans les
mosquées avec les autres étudiants, que la charité inépuisable des habitants
nourrit, loge et habille, pendant des années et des années, sans même
demander au nouveau venu qui il est, d'où il vient, où il va. Nul n'était
mieux préparé que le derviche pour une exploration de ce genre. D'origine
kabyle, le berbère est sa langue maternelle et le berbère allait lui être d'un
secours.infini, dans ce pays que le flot arabe est loin d'avoir complètement
submergé. Grâce à sa parfaite connaissance du seul dialecte kabyle de Bougie,
il sera reçu comme un frère dans le Rif, pays sauvage absolument inconnu,
qu'il pourra explorer pas à pas, à son aise, et nous en donner la seule
description qui existe. Grâce a l'arabe et au berbère, il s'enfoncera jusqu'au
cœur des Braber, là où jamais étranger n'a mis le pied. Son aspect de
derviche misérable sera son meilleur sauf-conduit il n'en a jamais eu d'autre.
Il allait, poussé par une force invincible dont il ne se rendait pas compte lui-
même, ne pouvant tenir longtemps en place, ne demandant qu'à voir du
pays, de nouveaux hommes, de nouvelles mœurs, ne prenant aucune note
manuscrite, mais gravant tout dans la plus prodigieuse mémoire géographique
qu'il soit possible de rencontrer. Cette -exploration, sans trêve ni repos,
commencée en 1872, se termina en 1893. Un hasard, que nous qualifiâmes
tous deux de providentiel, nous mît en présence. Malheureusement Je

POURQUOI KT GOMMENT j'Ai FAI? CE UVKE

derviche n'avait pas fait ses voyages en vue de les raconter, et encore moins
de les écrire, car, malgré mes vives instances, je ne suis jamais parvenu à
vaincre l'horreur qu'il a pour l'écriture il m'a été impossible de lui faire
tracer une seule lettre de sa main. Une seule fois, je le vis griffonner à la
hâte un chiffon de papier blanc, En guise d'encre et d'encrier, il se servait d'un
oignon cru, dans lequel il enfonçait sa plume de roseau, pour tracer ensuite
sur le papier des caractères invisibles. C'était une amulette contre le mal de
tête; il se l'appliqua sur sa longue chevelure, dont le désordre et l'odeur
indiquaient que le peigne et les parfums n'étaient jamais passés par A. Ce
mépris de la toilciie, poussé chez le derviche à ses dernières limites, faillit
lui coûter la vie dans le Rif, où l'on s'était aperçu qu'il faisait ses rares
prières, sans se livrer au préalable aux soins de propreté prescrits par le Coran.
1,1fallut donc me résigner à cette double et fatigante besogne, véritable-
ment fatigante s: l'on songe qu'il s'agissait d'un sujet si vaste, si nouveau
interroger et écrire, interroger sans trêve et écrire toujours. JSIoconnaissant pas
un mot de français, n'ayant jamais lu un récit de voyage, ses connaissance11
littéraires se bornant au Coran, le derviche, qui ne se doutait nullement de
la valeur et de l'importance qu'allaient acquérir tout coup ses explorations,
eut le bon sens de se laisser guider. Tel détail lui paraissant avoir
peu de
valeur, en avait beaucoup pour moi tel autre, qu'il croyait palpitant
d'intérêt, aurait semblé puéril à nos Européens. Mais cet homme avait la
géographie du Maroc dans la tête c'est là que j'ai dû aller la chercher c'est
là que j'ai fouillé afin de faire jaillir de cette mémoire extraordinaire les
centaines de noms de localités, de tribus, de rivières, de montagnes, dont
nous venons de doter la Science; c'est là qu'étaient restés gravés les moeurs,
usages, coutumes, traditions, races, langues, population, forces militaires,
richesses forestières, agricoles, métallifères, etc., dont j'offre plus loin un
tableau aussi exact et aussi varié que ma faible plume m'a permis de le foire.
Certes, il m'elt été impossible de voir le Maroc, dans tous ses détails,
aussi bien que notre voyageur. J'avoue sans détour que ma nature n'f.urait
pu supporter ce rôle de Saint-Labre, que le derviche joua, sans un moment
de répugnance, pendant ving-deux ans. Son triple caractère de mendiant, de
t'aleb et derviche lui a permis de voir, de très près, toutes les classes de la
Société Marocaine. Coucher à la belle étoile, dans un palais, ou dans un
taudis grouillant de vermine, lui était souverainement indifférent. Le contact
de toutes les misères, de toutes les maladies, de toutes les horreurs physiques
et morales, le laissait froid, ne lui inspirait aucun dégoût. La nourriture,
bonne ou mauvaise, copieuse ou insuffisante, les privations, les longs jeûnes,
rien n'avait prise sur cet être créé uniquement pour voyager en pays musulman.
Comme t'aleb, il pouvait se mêler à toutes les sociétés, sans provoquer les
soupçons il quittait les mendiants pour entrer dans un palais il sortait
d'un palais pour se replonger dans la Cour des Miracles. Comme
étranger et
voyageur, il pouvait approcher les grands, toujours désireux d'entendre des
relations de voyages, d'avoir des notions, un peu précises, sur un pays si

tfc maroc ikcioMtfu

difficile A connaître. Comme derviche, il se faufilait partout, dans les
mosquées, dans les intérieurs musulmans, et jusque dans les ghettos, car le
fils de T'ayyéb est bien élevé au-dessus des préjugés et du fanatisme étroit
de ses coreligionnaires.
Poussé par une curiosité naturelle, que n'ont plus les Arabes de nos
jours,
mais que les Berbères possèdent encore à un haut degré, il étudiait les
hommes et les choses, non dans un but de mesquine gloriole littéraire ou
scientifique, mais simplement pour satisfaire sa passion des voyages, car il
ne se doutait guère qu'un jour viendrait où il raconterait tout cela à un
chrétien qui saurait le faire parler.
Nous touchons ici à un point délicat. Le derviche m'a-t-il
trompé ? Voici
ma réponse: J'ai contrôlé, chaque fois cela m'a été
que possible, les dires de
cet homme. Des centaines de marocains ont confirmé ceux de ses
renseigne-
ments, sur lesquels ils pouvaient se prononcer en connaissance de cause, et
m'en ont donné d'autres, que j'ai insérés au milieu de
l'incomparable
moisson rapportée du Maroc par notre voyageur. Je n'ai
pas surpris une
seule fois cet homme en flagrant délit de mensonge. Je me suis amusé
souvent à uii poser à l'improviste des questions sur des hameaux perdus des
Braber, du Rif, des Djebala, etc. Il me répondait immédiatement, en me
citant la tribu, la fraction de tribu, l'endroit précis où ils étaient et oil ils
figuraient sur les cartes, que j'étais parvenu à dresser avec la plus grande
peine. Le derviche, très myope, et, se refusant d'ailleurs systématiquement
à tracer une ligne ou un mot, n'ayant jamais vu une carte de sa vie, ne
m'aidait guère. Il me fallut, pour chacune d'elles, le cribler de
questions sur
les points cardinaux, le cours des rivières, les montagnes, les distances, les
villes, harr.eaux recommencer en un mot, pour chaque tribu, l'écrasante
besogne de la relation.
Accablé par mon double service de la Chaire et du Lycée et
par ce rude
travail, je crus un instant que mes forces allaient me trahir et que je
n'arriverais jamais au bout de ma tâche. J'eus raison de ce moment de
défaillance en travaillant avec plus d'acharnement encore, car
je m'apercevais
que le derviche 'lui-même commençait à faiblir. Cette immobilité d'un an,
malgré les avantages pécuniaires qu'il y trouvait, avait trop comprimé ses
instincts de nomade habitué aux grands espaces de plus, il y avait de telles
lacunes dans sa connaissance des parties méridionales du Maroc, qu'un
supplément d'enquête et un nouveau voyage s'imposaient. Enfin, le
jo Janvier 1895, je posai la plume. Cet homme m'avait dit tout ce qu'il
savait, n'avait plus rien à ajouter, Je lui procurai un passeport et je le fis
repartir à mes frais au Maroc, avec des instructions spéciales, qu'il accom-
plira, j'en suis sûr, de tout point, s'il parvient jamais à sortir de la fournaise
marocaine. Depuis cette époque, je n'ai eu de ses nouvelles qu'une seule
fois, Le reverrai-je ? Je le crois, car j'espère que Celui qui l'a
protégé,
durant 22 ans, ne l'abandonnera pas dans ce suprême voyage,
Pendant que le derviche, rendu à sa vie errante, accumule kilomètres sur

POURQUOIET COMMENTJ'AI FAIT CE LIVRE

kilomètres, s'enivre de grand air et se retrouve de nouveau dans le pays de
toutes les libertés, je reste enferrai dans ma cellule de bénédictin, aux prises
avec les nombreux documents que je possède, cherchant à mettre au jour le
premier volume d'une série qui s'arrêtera Dieu sait quand. J'avance lente-
ment dans l'inaccessible Empire, et plus j'avance, plus je comprends la vérité
de ces paroles du grand Livingstone: «Je crois que j'aimerais miens traverser
« de nouveau le continent africain, que de publier un second volume il est
« bien plus facile de faire un voyageque d'en écrire les, détails, »
Toutes mes notes sont en arabe, quelques-unes en berbère. Il ft.it les
coordonner, les revérifier, couper les longueurs, les redites, rectifier les
erreurs, et, enfin, écrire en français, c'est-à-dire recommencer dans notre
langue ce que j'ai ébauché déjà dans deux autres idiomes, malheureusement
inconnus par la presque totalité des Européens.
La publication de mon manuscrit arabe, si mes moyens m'avaient permis
de l'entreprendre, aurait rendu de grands et réels services à ceux qui se
destinent aux explorations en pays musulman, principalement au Maroc.
L'Arabe, parlé de nos jours dans cette contrée, a été l'objet de ma constante
étude, et je cro;s avoir consigné, dans cette partie inédite de mon travail,
presque toutes les expressions usuelles marocaines, dont la connaissance est
indispensable à quiconque veut voyager là-bas sans se faire connaître. Je ne
renonce pas cependant à l'espoir de publier, plus tard, certains fragments au
moins de ce pauvre manuscrit, et de sauver ainsi des flammes qui l'atten-
dent la partie qui me paraîtra la plus utile à nos soldats, à nos commerçants
et a nos voyageurs.

Au moment où je corrigeais les épreuves typographiques des pages précé-
dentes, trois lettres du derviche m'arrivaient coup sur coup. Elles sont en
arabe. La première me fut transmise par un musulman oranais, qui la tenait
d'un rifain la seconde porte le timbre de Tanger la troisième a été mise à
la poste à Laroche (El-Araïche). Chacune est d'une main différente, preuve
évidente que notre voyageur continue à ne jamais toucher une plume mais
il les a dictées. Je le vois aux réticences, aux sous-entendus que lui et moi
seulement pouvons saisir. Les étudiants marocains qui les ont écrites or.t dû
prendre pour ur. aliène cet homme qui leur dictait un pathos absolument
inintelligible.

pendant quelques jours. datée de Galiya (Rif). et maintenant le voici à El-Araïche. sublime déguenillé. qu'il compte traverser de l'Ouest à l'Est La première des trois der- l'a nières lettres. usés à son service au service d'une belle et noble cause 1 A. il m'écrivait du Gourara (en berbère). INTRODUCTION à la rapidité de sa marche. bravo 1 trois fois bravo 1 Poursuis ta course dans le Mystérieux Empire. qui travailles pour la France. apportée ayant différé. M. quand' l'âge et les infirmités auront réduit au repos tes muscles d'acier. me signalant déjà une reconnaissarce poussée en plein Çah'ra par des officiers français. en t'en doutant un peu. La Grande Nation pensera sûrement à toi. . voyageur intrépide que tout le monde prend pour un fou. Je reconnais encore Moh'ammed ben T'ayyéb En Mars dernier. le rifain qni son départ pour Oran. m'a été remise assez tard. sur le point de descendre sans doute dans le Sous. A toi. je m'en porte garant. bravo A toi.

I I ~.. LE rÏ 1 .I I_ Ii INTRODUCTION CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LE MAROC Provinces du Maroc L. Nègres et Juifs Richesse e± Population du Maroc Rôle dévolu à la Fuanee dans le Noud-Ouesi de l'Afrique. .e véritable nom du Maroc Races Ives Beubèues I*es Arabes.

.

Avec un pareil guide. absolument. Tous les renseignements que je donne sont inédits. peu flatteuse pour le grand siècle des décou- vertes V Je ne le. Le Maroc étant. quand ils s'engagent dans une aventure périlleuse: « 0 Dieu. des lujpercrltuiucs et des jaloux n. ne m'ont rien caché. Que ce travail profite à la France. En y pénétrant. il est vrai. à peu prés inconnu. Je les dois. faisons cependant cette prière elle se rapproche de celle que les Musulmans adressent à Dieu. comme je l'ai déjà dit. me prenant pour un de leurs coreligion- naires. Et pourtant il y a là une population ardente elle a prouvé sa vitalité en envahissant l'Kspagne et en la gardant plusieurs siècles. toujours mauvaise. N'ayant mis aucun auteur à contribution. pense pas. qui. a des Voyageurs Musulmans. je n'hésite pas à m'attaquer à cette contrée inexplorée. pour les raisons que j'ai données dans la préface. il nous sera difficile de nous perdre nul n'osera nous dire que nous ne sommes pas chez nous. fallait-il rester indéfiniment dans cette ignorance. escortés de nos autres amis les voyageurs marocains. sans le secours des livres. Elle . malgré la grandeur de la tâche. et entrons avec lui dans le redoutable Empire. malgré les lacunes et les défauts que ce livre présentera certainement. a été faite d'après des observations directes. ce sera ma plus belle récompense. INTRODUCTION CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LE MAROC La description du Maroc. nou- veaux. Aussi. je n'ai a citer personne. Provinces du Maroc Quel est ce pays nouveau ? Ses rivages ont été assez bien relevés. mais l'intérieur est resté dans une obscu- rité presque complète depuis que le monde existe. préserve-nous delà dent. s'il lui est utile. que je commence aujourd'hui par la publication de ce premier volume. Lo derviche nous tend la main donnons-lui la nôtre sans trembler.

2° Dm. Cette division du Maroc. LE MAROC INCONNU a eu des jours de gloire. province importante. (I) Je suis persuadéque la premièrehypothèsese réaliseraavant la seconde. Quel est donc ce pays qu'on ne pourra connaître à fond que dans deux cas: 1° Si une Puissance Chré- tienne en fait la conquête 2» Si les futurs explorateurs se décident enfin à apprendre convenablement l'arabe (1) ? Ce pays.quitte a mettreentre parenthèsesle nom estropié connu en Europe. (2) Nosauteurseuropéens. s'étend à l'ouest d'Oujda et va jusqu'à l'Atlantique. puisqu'elle a pu rivaliser de puissance et d'éclai. sur les bords de la Méditerrannée. à une certaine époque. vous diront les Marocains qui voudront bien répon- dre à vos questions indiscrètes. semble voué à un chaos et la une confusion qu'aucun pays n'offre au même degré. à partir de la frontière occidentale de cette province. bornée à l'est par les Braber ù l'ouest par l'Atlantique 2» Les Braber. formant la frontière Est du Maroc. Trois de ces provinces forment le Maroc septentrional 1° Le Iiif. aussi commune chez les Marocains lettrés quelle est inconnue en Europe. Sapliia (Voir page 4| ). ainsi qu'une assez longue bande du rivage Nord de l'Atlantique. (prononcez TWïaouinc) 2° Les Djebala. jette un jour nouveau sur cet Empire. . court le long de notre limite oranaise depuis Oujda jusqu'à Figig (prononcez Fighig le g devra. V. devant i. nveo le grand Empire des Califes d'Orient. se divise en dix provinces. o). Toutes les lettres des mots arabe» et berbères doivent 8e yrono~zcea°. Quatre provinces bornent le Maroc au midi 1» Sous. Ex guide. conserver toujours le son guttural qu'il a devant les voyelles a. Le Maroc central comprend trois provinces 1» H'ouz-Mermkèeh (province de Merrakêche (Maroc). s'étend depuis la province d'Oran jusqu'à la tribu maritime de R'mara. (3) Prononcez toujours le g guttural. qui. 3° Daîrat-Fa» (province de Fas). au sud du Rif. non loin de Tiffaouin (Tétouan (2)). occupant le cœur du Maroc 3° La Dluilira. y.défigurantcontinuellementlesmots arabeset berbères je maintiensrigoureusementdans tout l'ouvragela transcription réelleet scienti- fiquedesnomspropresMarocains. 3" Sagiat-el-H'amm (3) 4° Eççah'ra (Sahara). au sud des Djebala. p. d:après nos cartes. occupent tout le littoral médi- terranéen. guépard. e. 41.

dans lequel on a peine à reconnaître la prononciation arabe de McrmkMie.fivérité.roo Tous les Ailleurs Européens affirment gravement que les Marocains ne donnent aucun nom à leur pays! (l'est encore une erreur il mettre au compte de leur ignorance de lu It. ou mieux. ù l'expression barbare et baroque de Maroc Sans tenîv compte du pluriel arabe. la voici Les Marocains désignent leur pays. Qui donc peut lutter contre la sainte. la tDute- puissante routine ?Y Races Le vaste territoire qui s'étend du Çah'ra à la Méditerranée.pour faciliter aux KuropC-em la prononciationdu r'ain (r grasseyé). Je ne me fais aucune illusion sur l'échec certain réservé à ces justes rectifi- cations. Les dénominations de Maroc. par le terme commun de El-Ii'arb w^ (l'occident) ils se donnent a eux-mêmes le nom de Mr'arba h jlxt* (occidentaux).*»H (l'occident extrême). devrait- être l'ethnique de la population entière J'El-R'arb. il n'y a pas lieu de l'adopter au détriment du terme commun. désignent le Maroc. INTRODUCTION Lie vésrûtak>le nom du 3VIa. Maroc est un mot. Ii'arbi. Kn arabe littéral. Marocains et Algériens. Mr'arbi. (avec un i). de celle expression. dont le singulier esl Mr'arbi ^>yj> (occidental). El-Mai-'rib-el-Ak'ça c^i!î ^j. La dénomination de El-R'ui-b. atrocement défiguré. El-Ii'arb. devrait être substituée. pour ne pas confondre ce terme avec son homogramme k_>r*Jf El-Mar'reb ou El-Ma</rcb (moment du coucher du soleil). lettrés et ignorants. fut. mais ils prononcent toujours El-Mur'rib ou El-Mutfrib (1). dans nos géographies et sur nos cartes. par lequel. dès. n'étant employé qu'en arabe littoral. de l'Atlantique il la frontière oranaise. Quoi qu'il en soit. justifiée par l'emploi que les différentes populations de l'Afrique du Nord et les Marocains en font eux-mêmes. en parlant. dans non ensemble. on appelle le Maroc. ou par de rares pédants. I-. Plusieurs orientalistes européens n'ont pas fait cette distinc- tion parce qu'ils ignoraient la véritable prononciation de ces deux mots. la plus haute (1) J'ÉcrisMan'rib. pour moins de complication. et de Maromim leur sont totalement inconnues. Arabes et Berbères. El-Mar'rib ou El-Mag'vib. ville princi- pale de la province de ce nom. . Les indigènes lettres seuls se servent quelquefois.nguo arabe. contrairement h monsystèmede transcription.

Du Coran. Les Berbères marocains que j'ai vus (Rif. La puissance formidable de la France les tient actuellement en respect en Algérie. puisqu'il faut l'appeler par ce nom. Les Berbères Deux peuples principaux se trouvent actuellement en présence au Maroc les Berbères et les drabes les premiers. et elle verra se lever l'étendard de la révolte. possédant les plus hautes croupes de l'Allas. les Berbères ont été. Leur type physique les rapproche des races du Midi de l'Europe. Ils occupent. les seconds. il n'observe. Race indomptable. chez eux comme chez les Arabes.cherche vaine- ment à percer l'origine. Vandales. dont ils ont adopté le fanatisme avec la religion. le berceau de peuples dont l'Histoire . de l'Afrique Septentrionale. le Nil excepté. Byzantins. LE MAROCINCONNU antiquité. Formé de plateaux montagneux et d'immenses plaines. Dra) sont en général un peu plus petits que les Arabes. depuis un temps immémorial. mais il ment très souvent cependant. . Suprême fermeté. baigné par deux grandes mers. des races vigoureu- ses et éminemment guerrières. mais qu'elle vienne ai faiblir. L'origine des Berbères est inconnue et le sera peut-être toujours. Arabes. Merrakèch. avec une apparence de vigueur encore plus accentuée que chez nos paysans. qui s'étend des déserts de la Tripolitaine à l'Océan Atlantique. Espagnols et Turks n'ont jamais eu un moment de répit avec ces ennemis toujours menaçants. étrangers. le cauchemar des conquérants qui ont voulu les soumettre. Le Berbère ne ment peut-être pas aussi facilement que l'Arabe. toute cette partie de l'Afrique Septentrionale. toujours prêt à sortir de sa gaine. Romains. il est vrai. le Maroc. Sous. Leurs caractères moraux ne les distinguent pas nettement des Arabes. de la Méditerranée au Soudan. que le jeûne du Ramadhan cela ne l'empêche pas d'être fanatique et intolérant comme ses coreligionnaires du monde entier. Carthaginois. produisit. depuis le commen- cement de leur histoire. Ils ont à peu près la taille des Fiançais. venus en conquérants. probablement autochthones. arrosé par les plus puissants cours d'eau. ou attira a lui de bonne heure.

Ilaa sur nous les mêmes projets que nous avons sur lui. je n'ai pas à le rechercher. nous musulman!- ser. n'embrasse pas. mais l'idée même de la Patrie idée sacrée qui a fait sa force et a été son palladium pendant ses vingt- quatre siècles de luttes acharnées contre les peuples envahis- seurs. qui furent aussi ses précepteurs. Le Bcrbbre Algérien. c'est- à-dire très attachés au sol. intel- . Il veut nous convertir. sa civilisation très réelle. Songer il les assimiler est une utopie généreuse (lui leur fait hausser les épaules. chroniques rédigées par leurs ennemis. son histoire. dont l'épée pèserait lourdement dans la balance des Nations. par la persuasion ou par la force. en particulier. mais sans trouble. il s'entête à croire que le bloc islamique ne sera point entamé. que la victoire décisive lui appartiendra. Depuis qu'il connaît nos desseins. ils forment une race à part. Musulman il est. leurs tendances intellectuelles et leurs évolutions sociales sont à peine connues par de maigres renseignements. aux portes de l'Europe. avec une mauvaise foi et une ignorance manifestes. Le Musulman. ikTRonucnôx suprême justice. De nos jours. telle doit tMre la devise des Nations européen- nes qui ont sous leur sceptre ces ennemis irréconciliables des Chrétiens. s'arabîse de plus en plus. L'homme de génie qui saurait réunir en un seul faisceau toutes ces forces berbères. partout où il s'est arabisé. Il fait cause commune avec ses anciens oppresseurs. que nous avions sur lui des projets analogues. musulman il restera c'est tout dire. un empire puissant. qui s'ignorent et se neutralisent les unes les autres. Il accepte la lutte. sur lequel on s'est plu h fonder des espérances.tout le Maroc il est essentiellement provincial. l'amour de la terre natale a été remplacé chez lui par le fanatisme. au milieu desquels les Arabes sont noyés. par sa religion. sont restés jusqu'ici franchement berbères. Toutefois. obstacle que nous ne pourrons ni tourner ni franchir. Les Berbères marocains. créerait. il ne va pas au-delà des frontières que la nature ou la victoire a assignées à chacune de leurs divisions territoriales. Les destinées politiques des Berbères marocains. Il a appris avec étonnement. il est plus réfractaire que jamais ù notre action civilisatrice. Ce qu'ils furent jadis. nous assimiler â lui. se croit appelé a l'apostolat des peuples. Leur patriotisme. il est vrai. à la région qui les a vus naître. épars dans des chroniques d'une sécheresse désespérante. non seulement l'amour. L'ûiflltration arabe a en sur lui une telle action dissolvante. qu'il a perdu.

fut foudroyante. une certaine civilisation qui les rendait peu inférieurs aux négociants phéniciens. les pays de race berbère étaient couverts de villes populeuses. bien avant cette première invasion. La religion du Christ s'était frayée sa voie avec lenteur. dans lesquelles l'élément étranger entrait pour peu de chose. dès le début de l'occupation carthaginoise.u Ji Tlugga étaiton puniqueet en Ujrbûre. terme significatif donnant à entendre qu'elles sont contemporaines des plus vieux monuments du globe. On nltrilme volontiers aux étrangers. après ceux-ci. avant tout. ce qui s'est fait do grand et de beau dans toute la llerbèrie. obéissait nu sceptre des Califes. L'Islamisme. prodigieusement riches. L'invasion de cetté race. dont on m'a signalé les importantes ruines au cœur môme de la province des Brabr-r. venus eu conquérants. La côte Nord de l'Afrique fut une des premières conquêtes de ce peuple audacieux. L'autre tiers est composé en grande partie par les Arabes. précipita les Arabes à la conquête du monde. de ce peuple étrange et peu connu. sont peu-être antérieures aux époques Carthagi- noise et Romaine. c'était. faisant miroiter aux yeux des disciples de Mahomet les trésors de la terre et les félicités célestes. Sans doute les Tyriens apprirent aux Berbères orientaux. (1) L'insaripMcm . el d'un génie bien plus pratique que celui des Arabes. l'immense surface territoriale. comme un torrent impétueux. dont le génie fut tout l'opposé du génie romain. qui les communi- quèrent à leurs frères de l'Ouest. si difficilement analysable. En moins d'un siècle. bilin^. quelques-unes de leurs industries de luxe la fabrication du verre. viennent les Nègres et les Juifs Une rapide esquisse des causes (le la grandeur et de la décadence des Arabes nous fera peut-être entrevoir Le carac- tère. sans songer que. Les habitants du pays les appellent Ruines de Nemrad. au contraire. venue si tard dans l'histoire. l'art de lisser des étoiles précieuses. qui s'étend du Gange aux Pyrénées. Les Arabes Les Berbères forment environ les deux tiers de la population totale (lu Maroc. industrieuse. LK MAROO INCONNU ligenle. l'écriture alphabétique (1) mais les Berbères possédaient. Les villes détruites. un Être moral à qui il avait été recommandé de ne pi\s tirer l'épée.

chaque nation. lui. sans frein ni limite. ils les mumlmanise j grande et sublime mission. incorporaient à leur immense empire. ces maîtres inconscients et dédaigneux qui n'avaient pas su les manier. il les convertit. tous ces éléments épars et hétérogènes qui peuplaient leurs immenses possessions ? Dans l'état de fractionnement général où chaque race. qui. Les Arabes. en un seul faisceau. en étendant leur puissance sur le monde antique. tout en se chargeant de butin. Itoi il était dans ses déserts. les habitudes indépendantes de sa vie errante de berger nomade et pillard. Les Arabes ont le sentiment profond de leur religion. son orgueil le contraint d'accepter une oligarchie qu'il combat dès qu'il n'en fait plus partie. INTRODUCTION Tondis que celui-ci rapporte tout à l'Klat el veut la centralisa- tion à outrance. n'ont pas songé un seul instant a se fon- dre eux-mêmes en un corps de nation. sous le nom de çoff. il y a des tribus arabes. Les Romains. se trouvaient parquées et comme isolées au milieu du chaos mahométan. l'administration de ces hommes indisciplinables. au milieu de leurs triomphes. selon les circonstances générales ou locales. gardèrent le culte fortifiant de la Patrie. certains même qui se firent musulmans. ont démoli peu a peu le vaste empire arabe. campé au milieu de ses ennemis vaincus. de rester uni avec ses compagnons d'armes. formant et détruisant tour a tour ces coteries ^turbulentes. et. ils n'ont pas conscience de leur nationalité. jeta à la porte. chacun. un missionnaire ardent. encore aujourd'hui. les attacher indissolublement au plus grand empire qui fut jamais. Comment donc auraient-ils pli penser. 11 y a une Arabie. au sens admis de ces mots l'Arabe fut et est encore un prêtre. ou subjugua à son tour. les peuples soumis. mais la Nation Arabe n'a jamais été constituée et ne le sera probablement jamais. et rendent si difficile en Algérie. leie nations qu'ils domptaient. c'esl-a-dire l'ennemi de toute autorité. Opposition singulière! Tandis que son naturel demi-sauvage le porte il aimer la liberté. en les faisant romaines. passé brusquement de l'humble vie pastorale au faîte de la puissance politique. chaque tribu. les assouplir. de tout ce qui peut gêner ses instincts d'homme des grands espaces. a cette apogée. La conquête finie. ennemies les unes des autres. il redevient ce qu'il était avant la guerre sainte. L'Arabe ne fut ni conquérant ni colonisateur. tout lui fait un devoir d'obéir a ses chefs. dont l'unique souci était de répandre leur religion. qui . l'Arabe. nés uniquement pour la guerre et les intrigues. roi il veut être. à réunir. conserve. il ne s'assimile pas les peuples. lorsque.

pour mieux dire. US MAROC INCONNU sufiil seule à sa gloire! Ln préoccupation dominante de ces envahisseurs. poussa son cheval à travers les vagues de la mer en s'écriant: « Dieu de Moh'ammed. avec sa poignée de prêtres armés. la plus éclatante application. le lendemain. n'aime et n-e convoite que la Patrie Céleste. ou. s'était développée d'une manière conforme au génie de ces Nomades. si intéressante. On raconte que ce général. mais pour convertir. provoqué par le manque de patriotisme des Arabes. Les paroles du célèbre Ok'ba beu Nofiâ traduisent clairement cette obsession conslair. L'hégémonie religieuse et intellectuelle des Arabes. ont reçu la plus réelle. où n'irais-je pas la gloire de ton nom. Égalité. avides de guerre sainte et de pillage elle avait acquis sa pleine maturité dans le courant du siècle de llaroun-er-Rachid et rayonnait alors. non pour conquérir. sur le reste du monde. car l'hégémonie strictement politique n'exista point pour ces missionnaires belliqueux qui ignoraient le beau nom de Patrie. avec une intensité s:ans pareille. L'Aral. Ces apôtres farouches. Sa belle religion a résolu. et de l'autre un Coran. si ces ilôts n'étaient pour moi une barrière infranchissable?» Toute l'armée. s'inclina devant la volonté divine en faisant entendre un for- midable Allahou Akbar (Dieu est le plus grand!) On campa ce jour.e de tous les gueiriers mahoinëtans. replongea cette race au chaos et livra de nouveau aux ténèbres de l'igno- rance cette Famille d'hommes. dans laquelle les mots flamboyants de Liberté. épris du rêve. s'enfonça dans les régions méridionales du Maroc. l'heure de mort de cette supréma- tie se laisse déterminer avec une précision rigoureuse ce fut l'instant où le morcellement de l'autorité des Califes d'Orient. fut en elïet de convertir à l'Islam tous les peuples de la terre. et. fous de liberté. dès son apparition. sans se soucier d'ajouter une province de plus a une patrie terrestre qui n'existait. et . si brave. Fraternité. e. ce Sans-Patrie terrestre. suivi de la vaillante petite armée avec laquelle il venait de traverser comme un éclair toute l'Afrique du Nord. gagnaient des âmes a Allah. elle a fait des Mulsumans du monde entier une vaste et indissoluble Confrérie religieuse. brandissant un cimeterre d'une main. Ok'ba. restée derrière son chef.là sur le rivage. pas pour eux. Cette époque marque l'apogée et le commencement de la décadence de la Race qui nous occupe. n'ayant aucun attachement pour le sol qu'il parcourt en nomade ou en conquérant. étant parvenu sur les bords de l'Atlantique. la question sociale qui trouble si grave- ment les Etats Chrétiens. leur unique préoccupation.

avec lequel il rivalise souvent do bravoure. minorité infime et méprisée. aussi fécond. le Maroc. de fanatisme et de générosité. et fontpousser les hautes herbes de ses prairies. donnent une récolte superbe. a étudié de près le Juif du Maroc et l'a fort bien observé. n'aurait à se plaindre que du trop grand nombre des déluges bienfaisants. jetées sur un terrain à peine égratigné par la charrue indigène. dans l'immense Afrique. parmi celles qui ont brillé d'un vif éclat dans le cours des siècles écoulés. notre voisin. avec laquelle nous ferons ample connaissance dans les pages de cet ouvrage. plus varié. Nègres et «Juifs Je ne dirai qu'un mot des Nègres et des Juifs Marocains. assurément. Il n'y a nulle part. en devenant musulman. située dans la zône tempérée. Impitoyables pour leurs esclaves infidèles. devrait être le grenier d'atondance de toute l'Afrique Septentrionale. Il ne diffère en rien de son seigneur. Sa fertilité est incompa- rable quelques poignées de blé. baignée par deux grandes mers. dans =«=• . Le Juif Marocain. à cette dégéné- morale et physique. les Musulmans sont d'une douceur extraordinaire envers leurs coreligion- naires que le' sort des armes ou leurs deniers font tomber entre leurs mains grand exemple de bonté qu'ils ont donné vainement aux Puissances Chrétiennes pendant de longs siècles 1 Richesse et Population du Maroc Le Maroc. car nulle part le sol n'est aussi riche. de territoire plus beau.< . iNthODUCTIOIN* l'une des mieux douées. La contrée. à part quelques rares exceptions. est un magnifique pays. Le Nègre a échappé. lui. fruit de l'intolérance et de l'oppression. abondamment arrosée par les pluies qui lui viennent de l'Atlantique et de la Méditerranée. plus riche. est tombé au dernier degré de l'abjection. qui l'inondent régulièrement tous les hivers. Un seul nuteur Européen. notre compatriote le Vicomte de Foucauld. la salubrité et la douceur de son climat sont proverbiales chez les Arabes. où il a été plongé par la bassesse de sa nature et par la dureté des maîtres du sol. Tandis que ses voisins de l'Est souffrent quelquefois de la sécheresse.

Parmi les surprises agréables qui attendent les futurs maîtres du Maroc. et il s'ensuit que la quantité de produits agricoles. où il y a des Européens. Si l'on veut. sont autant de coups mortels portés à l'agricul- ture marocaine. Dans toutes les provinces. Aussi la population fermière de ce pays reste- t-elle stationnaire. les bœufs et les moutons. l'interdiction absolue d'exporter les céréales. L'expor- tation des animaux n'existant guère que sur notre frontière. à tout prix. les richesses minérales de ce pays dans lequel on trouve en abondanse l'or. On l'Algérie. bœufs. moutons sont la précieuse ressource des Nomades. sont couvertes de grandes forêts. Une autre surprise. Les nombreuses et superbes montagnes marocaines. n'enlevant du reste au pays qu'une partie infinitésimale de ses richesses pastorales. les points précis où se trouvent les gîtes métallifères. montagnes leurs tribus. le cuivre. J'espère démontrer. dont plusieurs sont assez élevées pour avoir des neiges éternelles. avec laquelle toujours ne sait pas. même celles uniquement qui paraissent les plus exagérées. en première ligne. en effet. établir un parallèle entre la popula- . entre sont à vil prix dans tout l'empire. que toutes les appré- ciations fuites jusqu'ici à cet égard. encore inexploités. apportée sur les marchés. c'est le chiffre de la population totale de cet Empire. de fourrés dangereux. le mépris de ces rois du désert pour les tiavaux agricoles. arabisées ou non. le plomb. appréciations basées sur l'imagination de leurs auteurs. sont encore bien au- dessous de la réalité. Un beau mouton vaut trois francs sur le marché un gros bœuf dépasse rarement quarante francs. l'argent. LE MAROCIîiCOttNtf lesquelles paissent les grands troupeaux des nomades. il faut citer. le fer. J'ai relevé soigneuse- ment. In rapacité du fisc. on l'on ne veut pas se rappeler que les Berbères et occupent presque toutes les parties du pays. Le Maroc est infiniment plus peuplé que on s'obstine à le comparer. sauf dans les villes autres. plus grande encore pour tous et surtout pour la puissance qui sera appelée à diriger les destinées du Maroc. etc. suffit tout juste aux besoins des habitants. de hautes futaies. dans les plaines comme sur les plateaux. où se cachent les grands fauves. Toutefois. dans ma relation et sur mes cartes. s'étendent fort loin plaines jusque dans le Sud. chevaux et mulets les chameaux et les chèvres. de cette riche contrée. on s'occupe spécialement de l'élevage des moutons.

qui est de 90 habitants par kilomô- mètre carré. qu'ayant été de tout temps l'asile héréditaire de l'Islam envahi. môme mœurs. le Çah'ra occupant plus du quart de ce vaste territoire. Vers le milieu de Mai de cette année-ci. Le Maroc a même sur notre Kabylie cet avantage. L'expulsion des Maures d'Espagne. par exemple. ici et la-bas. Cette boucherie fut exécutée en moins de trois heures. pour ainsi dire « Le Maroc est une fourmilière (1) PrononcezZnaoène. admettre une moyenne d'habitants de deux tiers moins forte pour tout l'Empire. sauf des particularités dialectales peu compliquées. pour ne pas tomber dans l'exagération et rétablir l'équilibre entre les parties popu- leu'ses et celles qui le sont moins. c'est-à-dire 30 habitants environ par kilomètre carré. la conquête de l'Algérie par nos troupes ont fait bénéficier notre voisin de plusieurs millions d'émigrants. on constate que le Maroc. Ajoutons que la guerre étrangère n'est jamais venue porter ses ravages dans ce camp retranché des Mahométans Africains. non des plus considérables. les Mehaya et les Bem-Znasen(i). avec de mauvais fusils et des sabres. peut à elle seule tenir tête à toutes les forces réunies du Sultan et mettre en ligne de bataille jusqu'à cent mille guerriers. même race. tout près de la frontière Algérienne. Si l'on prend pour terme de comparaison la population moyenne de notre Kabylie. INTRODUCTION* tion marocaine et celle d'une contrée à peu près analogue au Maroc au point de vue du sol et des hommes. . à l'arme blanche.000 kilomètres carrés. sans canon. Ce chiffre modeste. Nos combats du Dahomey et du Tonkin nous paraissent de légères escarmouches si on les compare au carnage épouvantable qui se fait quand deux tribus Maro- caines seulement en viennent aux mains. et auquel toutes nos géographies s'acharnent à n'accorder que 5 à 6 millions d'âmes Il faut bien d'ailleurs que le Maroc soit extrê- mement peuplé. si peu connu. presque autant que la Russie Toutefois. et frès probablement inférieur à la réalité. il doit avoir plus d'habitants qu'elle par kilomètre carré. ne nous donnera pas moins cependant de vingt-quatre à vingt-cinq millions d'habitants pour ce beau pays. avec ses 812. deux tribus. il faut. se sont précipitées l'une contre l'autre. et ont laissé six cents hommes et trois cents chevaux morts sur le champ de bataille. En effet. même sol. puisque telle grande tribu des Braber. c'est notre Kabylie qui doit servir de terme de comparaison. pourrait avoir 73 millions d'habitants. même langue.

Le musulman marocain ne s'arrachera jamais aux la vie longues et douces rêveries. les allées et hermétiquement close. fille chérie du Prophète 1 Si cette contrée privilégiée échappe pendant cent ans encore a l'avidité des Nations conquérantes. à la liberté illimitée. Le Maroc. Sans attendre une date aussi lointaine. où régnent de nos jours les nobles descendants de Fat'ma la Brillante. pour se précipiter de notre activité moderne. une culture intellectuelle surpre- nante régnent jusqu'au fond des campagnes marocaines. figurer dans le concert des Grandes Puissances de la Terre.de la langue et ne voyant rien s'agiter à la surface de cet étrange peuple. Mais il est à prévoir qu'il voudra conserver sa tranquillité et la paix profonde dont il jouit depuis des siècles. Malgré son immensité. le paradis rêvé du Musulman. fruit s'agite dans ce pseudo-cercueil. des préceptes coraniques. en un mot. le bruit des batailles et des venues des abeilles travailleuses. un manque absolu de bien-être et de sécurité. dès à présent. c'est comme six cents gouttes d'eau de moins dans la mer ». m'ont dit les Marocains. d'activité. Six cents hommes de perdus pour lui. une quarantaine de millions d'habitants. ne comprenant pas d'ailleurs les finesses . pour de la stupidité ou de . voilà la terre hospitalière idéale. avec ses 25 millions d'âmes. les Musulmans Africains n'auront plus La Tripolitaine et le bientôt que deux suprêmes refuges Maroc. des alvéoles ne peuvent pas rivalités entre les propriétaires traverser l'impénétrable cloison qui les sépare du dehors. à la fin du XX» siècle. de désirs. ne les attire nullement. elle aura. le camp retranché de l'Islam. le Çah'ra ne leur offre qu'un séjour à peine supportable. s'il se décidait à entrer résolument dans le tourbillon des idées et de la politique européennes. le combien on se désir immodéré des richesses. comme frappée d'un abrutissement incurable 1 Le Maroc ressemble à'une ruche les bourdonnements. cette fourmilière d'hommes tromperait si l'on s'imaginait que est dépourvue de pensées. ont pu prendre. pays aride. en me parlant de ce combat. le sol béni. fcE SÎAftOâ INCONNU d'hommes. tenus systématiquement à l'écart de la vraie Société Musulmane. de passions. Les vi- siteurs Européens. cet Empire pourrait. soumis au joug détesté des Turks. dans laquelle il ne voit que le côté matériel la satisfaction de besoins toujours nouveaux. Et pourtant. i si on se la représentait. victo- Traqués jusqu'au cœur de l'Afrique par les troupes rieuses de l'Europe. à dans l'engrenage dévorant simple et facile. La Tripolitaine. Il faut être une abeille de la ruche pour voir la vie intense qui Une réelle civilisation.

poursuivre. Je ne citerai que les Puis- sances qui peuvent avoir des prétentions à la possession du Maroc. c'est-à-dire dans les cinq sixièmes du Maroc. INTRODUCTION l'extase perpétuelle. connus là-bas sous le nom injurieux deMellah' 5j> Ftôle dévolu à la France dans le Nord-Ouest de l'Afrique On dirait que notre Pays est appelé à succéder aux Arabes dans la suprématie intellectuelle qu'ils ont exercée dans toute la Berbérie depuis leurs premières invasions. avec sa femme et ses enfants.. ont voit. ce que les . a succéder aussi aux Berbères dans l'hégémonie politique que. chacune selon son tempéram-snt. dès l'aurore du XIXe siècle. Le juif marocain lui-même n'est pas plus instruit que les Chrétiens de la vie intime de ses maîtres méprisé. le Romain. un commerçant prosterné devant le Veau d'or. à peine toléré dans les quelques localités où il se trouve. après le laborieux apprentissage de colonisation. un état d'âme auquel ils ne comprenaient rien. prendre tout à coup pour but. un accapareur tyrannique. et. un sauvage. de beaucoup la moins antipathique aux Musulmans. Après les dures leçons des Croisades. et. malgré d'écrasants revers. il est tenu à distance du Seigneur Musulman qui le parque. destinées à gouverner les peuples musulmans. la voie que la plus pure des morales leur avait vainement tracée durant de longs siècles. le Carthaginois. dans leur essor colonial africain. Ceux-ci nous reprochent uniquement la légèreté de notre caractère. Tout autie doit être le rôle des Nations modernes. avec ma franchise habituelle. et . les Nations européennes. tenté dans des conditions défectueuses de demi-science et de demi-civilisation. un idéal qui échappe absolument aux conceptions et aux rêveries des Orientaux. ces rudes guerriers n'ont cessé de posséder effectivement sous la domination contestée des anciens conquérants. dans d'ignobles ghettos. à la tête desquelles ils convient de citer la France. le Vandale. L'Arabe fut un missionnaire turbulent et insatiable. sans aucun doute.je dirai. la France est. frappé de bannissement dans presque toutes les régions indépendantes de l'Empire. Parmi ces Nations. Les défauts qu'ils trouvent aux autres peuples sont autrement graves.

mais pleine de périls. rompue aux joutes oratoires. assimilés à lui. plus énïgma- tique aux autres et quelquefois à lui-même. si les circonstances nous y obligent ». Vous voulez assimiler les Musulmans Vos philosophes. intel- ligente. ses lois. il est connu seule- ment de quelques rarissimes Chrétiens qui ont vécu de sa vie et se sont. C'est tout ce que l'on peut tirer de lui. Le musulman est une énigme. et c'est beaucoup. Avant de songer à assimiler les Musulmans. ses coutumes séculaires. L'extravagance tragi-comique des Italiens. Notre instruction. il faut les connaître. ne le changera point. le bonheur des Humains a été la cause de lourdes erreurs. m'ont-ils dit cent fois. sa foi. la mbrgus et la froideur Anglaises. touchent les cœurs les plus endurcis Mais votre ignorance des hommes et des choses. qui fait son seul bonheur en ce mon- de obtenons seulement son précieux concours pour trois oeu- vres capitales La Guerre. la lour- deur Allemande ». même supérieure. emportée mais sachant attendre. vous ont lancé dans cette voie généreuse. Nature souple. le fanatisme et les idées étroites des Espagnols. tournant admirablement les difficultés. votre générosité insen- sée et sublime attirent à vous les sympathies. ses mœurs. entourée d'ennemis. A notre époque troublée. on ne trou- vera jamais d'esprit plus complexe que le sien. c'est encore la France que nous choisirions pour nous gouverner. Ils ajoutaient « Somme toute. ses croyances très respectables en somme. et le plus tôt sera le mieux. votre volonté bien arrêtée de faire. ses statuts person- nels. L'Elevage. de cruels froissements. laissons-le avec ses idées. ses préjugés. LE MAROC INCONNU Mahométans. envers et contre tous. « Nous n'aimons pas. Bonne et chère France. pensent d'elles. Puisque le Musulman est inassimilable. malgré le penchant un peu trop accusé qu'ils ont pour les juifs. pour ainsi dire. et les Marocains en particulier. nos hommes politiques les plus fins seront toujours de modestes écoliers à côté de lui. Il faudrait pour cela lui enlever sa religion chose impossible qu'il faut se garder de tenter. au moment où la France. L'Agriculture. votre nature loyale et chevaleresque. aura besoin de tous ses enfants pour la défendre contre des voisins . malgré l'éUmrderie des Français. ilfaut que notre pays en profite. Est-ce à dire que nous devons renoncer à utiliser cette grande force qui nous presse au nord et dans le coour de l'Afrique? Bien au contraire! Il fautl'employer. Tout mahométan "st né diplomate. qui n'ont jamais vu un bur- nous. votre amour démesuré des peuples.

INTRODUCTION

bien supérieurs en nombre, trois cent mille épées musul-
manes dans nos rangs ne seront pas a dédaigner. On connaît
la bravoure à toute épreuve des Mabométans, on sait leur
mépris de la mort. Proclamons donc er. Algérie l'obligation
du service militaire pour tous les indigènes. Ils l'accepteront
avec plaisir, si vous leur laissez leurs lois, leurs coutumes,
leurs juges. Que le Musulman non naturalisé reste toujours
sujet français. Traitons-le avec bonté, avec la plus grande
justice, avec la plus grande fermeté. Donnons-lui une admi-
nistration édifiée sur de nouvelles bases, régénérée et guère
différente de l'ancienne, qu'il fallait tout simplement améliorer.
Les rouages compliqués de nos administrations actuelles,, les
lenteurs désespérantes de notre justice, exaspèrent ce peuple
primitif habitué a un juge unique, à compétence illimitée, qui
tranche, séance tenante, des différends dont la solution
demanderait plusieurs mois et des frais considérables devant
nos Tribunaux.
Certes le juif algérien a été favorisé au détriment du
musulman dont il n'a, en général, aucune des belles qualités
mais il n'est jamais trop tard pour repiacer au rang de sujet
l'étranger qui ne mérite pas l'honneur d'être citoyen français.
Remettre Le juif dans la condition où il se trouvait avant
l'Année Terrible' serait une mesure de suprême justice,
d'excellents politique. Sujets musulmans, sujets juifs, doivent
avoir les mêmes devoirs, les mêmes droits..Le Musulman,
qui a versé tant de fois son sang pour la France, est humilié
et révolté t la pensée qu'il peut y avoir chez nous deux poids
et deux mesures, et que l'être, qu'il méprise le plus, est appelé
parfois à devenir son maître et le nôtre.
Si l'Algérie et la Tunisie réunies peuvent nous donner un
jour troîs cent mille épées Musulmanes, que dire du Maroc
lorsqu'il entrera définitivement dans l'orbite de la Fiance? `?
Ce jour-là, notre Patrie sera la maîtresse du Monde, Où est
l'armée européenne capable de résister au choc de deux
millions de Berbères-Arabes, armés et disciplinés à la française?
Et quel Empire colonial magnifique nous aurions dans cette
seule partie de l'Afrique nord-occidentale La Tunisie 1
L'Algérie 1 Le Maroc 1 Le Maroc surtout qui vaut plus que les
deux premières ensemble 1 Le Maroc, pays africain incompa-
rable, qui sera un jour, espérons-le, le plus beau fleuron de
la couronne coloniale de la France La part est belle et
mérite qu'on s'en occupe. Bien pâles seraient, à côté de ce
royal morceau, toutes nos autres possessions.
Si la très grande majorité des Marocains ne s'inquiètent

LE MAROC INCONNU

guère de l'avenir de leur Patrie, les hommes réfléchis, les
responsables des destinées du Maroc distinguent fort bien
l'épée chrétienne, prête à s'enfoncer jusqu'au coeur des pro-
vinces les plus reculées de l'Empire; ils savent que cette belle
contrée ne doit son indépendance actuelle qu'à la jclousie
réciproque des Grandes Puissances ils n'ignorent pas que
la Question Marocaine se réglera, avec beaucoup d'autres,
après la conflagration générale qui suivra le grand Duel
Européen. Aussi cherchent-ils à conjurer l'orage qui gronde
sur leurs têtes.
J'ai débattu souvent la Question Marocaine avec des notables
de Fas et de Merrakèche, très soucieux, à juste titre, de
l'avenir de leur pays. La solution, à laquelle nous nous
sommes arrêtés, offrirait à la France d'incalculables avantages
et au Maroc d'inappréciables bienfaits. Pas une goutte de sang
ne serait versée pour arriver à ce résultat! Mais il n'y a pas de
temps à perdro. Nos rivaux travaillent sans relâche à accroître
leur influence dans ce pays merveilleux, dont ils entrevoient
la richesse et l'importance. La France, dont les droits sur notre
voisin de l'Ouest priment tous les autres droits, fera bien de
méditer ce vers du poète arabe

!t'Fc) ~a~3 ~9 L~
(j=JI ~IS L'")~ ~J.~j
« Souvent les meilleurs avantages échappent à un Peuple par la
u lenteur la vraie résolution veut qu'on soit prompt à agir ».

Oran, Jardin Welsford, le 31 Août 1895.

ÀuofuOT mouué;ras.

1~M~~l~~0~(fN'

DU RIF
EXPLORATION

AVANT-PROPOS
I

Le 35" de latitude N. Le Rif est borné: au nord. Elle a au centre du Rif 180 kilomètres à la frontière orientale. la largeur varie beaucoup. rivage. Il n'a jamais été soumis aux différents maîtres qui se sont succédé sur le trône du Maroc. Mouh'ammed rasoul Allah (1) est un sauf-conduit magique pour tout Européen que la destinée fait tomber entre les mains de ces farouches montagnards. . princes révoltés. à peu près.la. (t) Il n'y a de dieu que Dieu Moh"8i»wdest le prophètede Dieu. par la province d'Oran à l'ouest. Le 7° de longitude 0. renégats. Brigands. pour n'avoir plus rien à redouter. par la province des Djebala au sud. AVANT-PROPOS Er-Rif i}>)ïï est un mot arabe signifiant pays cultivé et fertile. Du nord au sud. De nos jours encore. Il a constamment servi de refuge aux rebelles et aux prétendants. partage le Rif par le milieu. par la province de Dhahra. par cette dernière province. cet asile est inviolable. elle n'atteint que 60 kilomètres et 80 à la limite occidentale. Les Rifains appliquent ce nom à leur pays sans en comprendre le sens. La formule musulmane la ilxha illa Allah. LE MAROC INCONNU EXPLORATION DU RIF II. tous ceux qui ne trouvent plus la sécurité dans les autres parties de l'Empire n'ont qu'à mettre le pied sur cette terre classique de l'indépendance. au sud est. !e sépare de la province des Vjeba. De beaucoup la plus petite des dix provinces Marocaines. par la mer Méditerranée à l'est. et. le ftif a su néanmoins conserver son indépendance depuis les temps préhistoriques. ordinairement sur les bords d'un fleuve et à la suite d'un désert. Les Rifains accueillent volontiers les étrangers et surtout les renégats Espagnols échappés des présides. sur une petite surface. En kabyle rif signifie bord. Sa rive Méditerranéenne a un développement d'environ 230 kilomè- tres sa frontière méridionale est un peu plus longue.

Il exécre le Juif et l'Espagnol le premier comme maudit de Dieu. dont il admire la bonne foi et la douceur relative. comment on vit dans l'intérieur des familles. Et cependant leur pays n'est pas une terre bréhaigne. Mais les convoitises européennes me ramènent malgré moi vers l'irritante poétique les Marocains eux-mêmes me poussent dans cette voie. en deux mois. celle de Galîya. Il prend plaisir à revenir au milieu des Français. A Mliliya. Elle n'a jamais eu la force d'étendre le périmètre de ses p. l'éternelle question des intérêts et de la force respective des Puissances Méditerranéennes revenait sur leurs lèvres. et ne se nuisant pas trop les uns les autres. avec son armée formidable. donner en un mot une idée à peu près exacte de ce pays mystérieux et de l'existence extraordinaire de plusieurs millions d'hommes. les Rifains appartiennent à la grande Famille Berbère. à l'époque des moissons et de la vendange. car. Si les Galîyens avaient des car. libres comme les fauves de leurs forêts. puisque ses villages et sss hameaux se comptent par centaines. venant chercher chez nos colons le précieux métal si rare dans le Rif. daas toutes mes conversations avec eux. Leur taille est inférieure à celle de nos Kabyles Algériens. et étudier de près ce type parfait du travailleur sobre et infatigable. Je voudrais laisser de côté toute considération politique dans un ouvrage purement scientifique comme celui-ci je voudrais me borner à découvrir ce qu'est actuellement la Société Marocaine. Le Rifain vient simplement gagner chez nous. mais ils sont d'une vigueur et d'une résistance extraordi- naires. Garder Cuba est déjà difficile pour cette Nation qui n'a pas su conserver ses immenses possessions d'Amérique. la tient en échec. Deux Nations ont de grands intérêts au Maroc la France et l'Es- pagne. La France. Reste la France. battus par les vagues et par les balles rifaines il s'agit d'une frontière commune immense. La conquête de ce pays serait donc pour elle une entre- prise bien au-dessus de ses forces. sa belle et puissante marine.écaires. de quoi vivre grassement chez lui pendant toute l'année.ons au lieu de leurs antiques mousquetons. On peut les voir chaque année dans notre province. une seule tribu. puisque Ja seule tribu de Galîya tient tête aux forces concentrées par l'Espagne à Mliliya. d'un commerce qui prend chaque jour entre les deux Voisins plus d'impor- . s'emparerait assez facilement du Maroc. Cette dernière est en possession depuis longtemps de quelques rocs isolés du littoral marocain. de quelle manière sont organisées les tribus indépendantes. le second comme ennemi séculaire. est bien évidente. L'Oranie en reçoit plus de vingt mille. La faiblesse relative de l'Espagne. la phase des choses changerait du tout au tout. même en face du Maroc. vivant en sécurité dans une anarchie complète. avec lequel nous avons plusieurs centaines de kilomètres de frontières communes. conquêtes. LE MAROC INCONNU Au point de vue ethnographique. Il ne s'agit plus ici de quelques rocs stériles. dont les intérêts sont encore plus grands que ceux de l'Espagne. sans rien faire.

des Italiens. conseillée. Elle peutbrûler et saccager le littoral marocain. bien de sang. Elle n'ignore pas qu'une pareille conquête nécessiterait la mobilisation de plus de cent mille Anglais. des Allemands. J'ai pu souvent en faire la remarque dans mes cours du Est-ce impuissance ? Lycée d'Oran et dans l'intérieur de notre province. Ce serait donc encore une entreprise au-dessus de ses forces. Les Consuls Européens. n'ont pas su se faire aimer. Sa tactique consistera à prendre quelques villes du littoral. ce peuple répondra que la domination française lui est le moins antipathique. le détroit de Gibraltar et qui voudrait bien avoir Tanger pour fermer tenir ainsi toute la Méditerranée. Les Marocains optent pour la France.elle sérieusement émettre la prétention de porter le flambeau de la civilisation hors d'Europe dans l'état intellectuel où elle se trouve en ce moment ?`? Enfin. à la Cour Ghérifienne. L'arabe et le berbère entrent difficilement dans la tète des Espagnols. l'Angleterre. Ce savant ne connaissait pas un mot d'arabe vulgaire mais. Telles sont les trois Puissances les plus intéressées à faire passer le Maroc sous leur domination. grâce à la supplique rédigée en arabe qu'il présenta au Sultan. lesquels ignorent aussi bien lalanguedu pays que la littérature arabe. malgré un voisinage de plusieurs centaines d'années. Maintenant. en 1922. EXPLORATION DU RIB4 tance il s'agit de savoir à qui appartiendra une simple enclave. n'a fait que des progrès insensibles. il y a une troisième Puissance. entourée de toutes parts par des territoires français. On ne peut pas dire qu'un empereur du Maroc ait jamais eu une conversa- tion particulière avec un des représentants des Puissances Européennes. car elle est assez bien renseignée pour savoir l'intérieur du Maroc résisterait victorieusement à ses armes. et juifs pour la plupart. Tous les travaux d'érudition relatifs à ces deux idiomes ont été faits par des Français. jouissent d'une médiocre estime auprès de la haute société marocaine qui les tient à l'écart et ne les considère que comme des infidèles revêtus d'un caractère sacré et d'une puissance redoutable. Est-ce antipathie de race ? Dernière question L'Espagne peut-. qui. notre politique n'a pas varié là-bas notre influence. Les Espagnols. Elle que sait que ce pays pourrait mettre sur pied plus d'un million d'hommes aguerris. des Anglais. si nous consultons les sentiments d'un peuple destiné tôt ou tard à passer sous le joug étranger. elle n'aura jamais un pouce du territoire intérieur. n'ayant rien de commun avec les musulmans apathiques de l'Egypte ou des Indes. pourrait avoir ce beau pays sans verser une goutte Depuis Louis XIII. insatiable celle-là. obligés de se servir d'interprètes pris dans le pays. Ils n'ont pas voulu ou n'ont pas pu étudier et apprendre les langues arabe et berbère. supplique dont le monarque admira la bellé . Les historiens s'extasient volontiers sur le succès qu'obtint Golius. commo celles de toutes les autres Nations chrétiennes d'ailleurs.

en arabe. il eût pu lui expliquer de vive voix. Terre inexplorée. Il est vrai que cet homme célèbre fit tout ce qu'il fallait pour échouer dans son entreprise. Les divers renseignements que j'ai recueillis à des sources différentes n'évaluent pas à moins de 250. En multipliant par 5 ce chiffre. il fut étonné et irrité de voir les Rifains s'opposer formel- lement à son passage chez eux. à toutes les époques. au lieu de parier espagnol au Sultan. ondulent sous des forêts d'arbres fruitiers et viennent doucement mourir dans les flots de la Méditerranée. le Rif est très peuplé. manière. . une race qui n'a jamais plié scus le joug étranger. elle a su garder son secret et s'envelopper d'un voile impénétrable. quelque peu défectueuse. mangeant devant les indigènes qui observaient alors un jeûne rigoureux. neigeuses en plein été. Ayant à peu près une superficie de 23. elle nourrit une des races les plus vigoureuses du globe. Que n'eût- il pas obtenu si.000 hommes le nombre des guerriers rifains capables de porter les armes. qui vit de loin cette terre promise sans pouvoir y entrer. sauf dans l'affreuse solitude du Garet. quelques-unes étant. LE MAROCÎNCONNO écriture. la seule race peut-être de la terre dont l'Histoire n'ait rien à dire. Sa configuration générale a beaucoup d'analogie avec notre Tell Algérien. aussi bien par ses côtes dangereuses que par ses ravins et ses montagnes. il obtint ce que l'ambassade néerlandaise désirait. et sa supplique et l'objet de la mission dont il faisait partie Ne comprendra-t-on jamais en France que tous nos représentants au Maroc et dans les autres pays arabes devraient être des arabisants de première force. des havres de peu de profondeur servant d'estuaires à des ruîssolets torrentueux dont les sources ne sont guère éloignées de la mer. de son indépendance. ce pays n'est facilement accessible par terre qu'à ses deux frontières maritimes Est et Ouest. mystérieuse. On comprend à présent pourquoi cette contrée minuscule peut braver et le Sultan et l'Espagne. dont il n'est du reste que le prolongement. Vêtu à l'européenne. Aussi le Rifain aime-t-il sa patrie à l'adoration. Presque partout. Flanqué au sud par des montagnes élevées.000 kilomètres carrés. Fortifiée de tous côtés par la nature. Les chaînons du Tell. fumant en plein ramadhan. se détachant des croupes suprêmes méridionales. parait- il. même à la suite du Chérif de Ouazzan. Ce petit peuple a joui. égal par conséquent à trois de nos départements français. Le rivage n'offre aucua abri sûr ça et ià. parlant l'arabe d'une. parlant et écrivant à la perfection la langue du Prophète ? '] Revenons au Ilif. nous avons un' million deuc cent cinquante mille âmes pour toute la population de la plus petite des Provinces Marocaines. Il' a voué une haine implacable à l'Espagne qui a réussi à s'emparer et à garder (au prix de quels efforts !) quelques rochers de ce sol sacré. On se rappelle la tentative infructueuse de notre compatriote Henri Duveyrier. la végétation est magnifique. Aucun Européen ne peut se flatler d'avoir traversé le Rif.

essentiellement gastronomique. J'expli- querai dans mon deuxième volume pourquoi le Chérif de Ouazzan fut impuissant à calmer les soupçons des Ritains et à emmener avec lui Henri Duveyrier. ÈXPtOftATION DU MF Avec un peu plus d'habileté. S'il prenait fantaisie à l'un d'eux de venir dans notre département soutirer l'argent de nos administrés musulmans. dont la mort récente mettra peut-être fin à ces singulières tournées pastorales. On est fermement persuadé en Europe. J'ai préféré donner entièrement la description d'une province avant de passer à la suivante. m'a permis d'établir la liste suivante. et. ni rien qui l'appelât ailleurs. de derviche errant et de mendiant. il obtiendrait encore plus de succès que son faible rival. sauf de légères mésaventures. il y a des milliers de Chérifs bien plus vénérés que Je patriarche de Ouazzan. à me perdre moi-même et à égarer mes lecteurs qu'il eût fallu promener sans transition du nord au sud. Dans le cours de l'ouvrage. Le-Gouvernement français. Il se rappe- lait à merveille les localités où il avait célébré en grande pompe la Fête des Moutons. Sa mémoire. ainsi que la date de sa présence dans telle ou telle province marocaine. Le contraire est vrai. il m'arrivera . ni affaires. Elle révèle en partie l'exploration extraordi- naire du derviche. surtout en France. souvent dans la même page. Ce sans-souci de Moh'ammed. Une très grande difficulté fut d'obtenir les dates des séjours du derviche dans les différentes parties de l'Empire. n'ayant ni mission officielle. Chaque quête faite chez nous par ce pseudo-saint lui rapporte de deux à trois cent mille francs On peut dire que c'est l'argent de la France qui entretient ce santon sans importance. il se couvrait d'une gloire immortelle. Il était réservé à notre voyageur d'explorer pas à pas ce Rif inacces- sible. Amateur de bonne chère. ses souvenirs chronologiques ne se rapportaient qu'aux bons repas. Au Maroc. de l'est à l'ouest. Espérons qu'aucun d'eux n'aura cette idée. alors que dans son propre pays il est à peine toléré. Il ne se passe pas une année sans que la célèbre Zaouiya ne soit pillée par les tribus 'voisines. admirablement exploitée jusqu'ici par le seul Moulaye Abd-es-Selam. que les nobles marabouts de Ouazzan jouissent dans leur pays d'une considération sans bornes. des mois et des années. qu'il fit dans le royaume de Sa Majesté Chérifienne. où. illusionné par de faux rapports. Je n'ai pas suivi exactement le prodigieux itinéraire de Moh'ammed ben T'ayyéb pendant ses 22 ans de courses à travers le Maroc. les longues pérégrinations exécutées par lui dans le courant d'une même année. Je me serais exposé. il traversait le Rif. se laissait vivre doucement sans se préoccuper le moins du monde de la fuite des jours. en le suivant. permet néanmoins au chef de Ouazzan de venir récolter de temps en temps dans la province d'Oran les économies de nos indigènes. il reçut partout l'accueil que comportait son triple caractère de t'aleb. très rares d'ail- leurs. nouveau Colomb de cette Terre inconnue.

c'est assurément l'Arabe et le Berbère. . appelée vulgairement Fête desr Moutons (1) TRIBUS VILLESOU VILLAGES PROVINCES ANNEES Beni-Zeroual Beni-Izzou Djebala 1872 Beni-Zeroual Ar'afsaï Djebala 4873 El-Djaya Aïn Er-Rih'ane Djebala 4S74 Beni-Zeroual El-Kelaîa Djebala 1875 Cefrou (ville de) Cefrou Braber 1876 Beni-Tazr'a El-Menzel Braber 1877 Fas (ville de) Fas Fas 1878 Fas (ville de) Fas Fas 1879 Beni-Mgild(2) Thoulmout Braber 1880 Medr'ra K'çar Moulaye Ali Cherif Tafllalt 1881 Aït Nacer SidïAbmed Zaouiyat benNacer Dra 4882 Taroudant Taroudant Sous 1883 Merrakèche (ville de) Merrakèehe (Maroc) Merrakèche 1884 Fas (ville de) Fas Fas 1885 Oulad-Amor El-Mak'am El-Fouk'ani Dhahra 1886 Gafaït Sidi H'amza Dhahra 1887 Beni-Znasène Cefrou Rif 1888 Galiya Bou-H'amza Rif 1889 Beni-Onriar'el Tizemmourine Rif 1890 Asfi (ville de) Asfi Merrakèche 1891 Debdou (ville de) Debdou Dhahra 4892 es Beni-Znasène Beni-Meugoué El K'alâ Rif 4893 Mode de transcription des mots Arabes et Berbères leur prononciation S'il y a deux langues. dont les mots ont été étrangement défigurés par les Européens. Le lecteur voudra bien venir la chercher dans le tableau que je vais dresser ci- dessous Endroits du Maroc où Moh'ammed ben T'ayyéb a célébré la Fête des Sacrifices. Allez donc Enarabe el-îd el-kebir j$O\ àtfiï p (2) g guttural. tE MAROCINCONNU souvent d'omettre l'époque du voyage de notre explorateur.

s'in- dignerait de la belle façon. entendent toujours fort mal et transcrivent de même les mots apparte- nant à ces deux langues. je pourrais. C'est cette trans- cription qui figure d'ailleurs dans tous mes ouvrages relatifs aux dialectes berbères. pousserait les hauts cris. absolument comme s'il s'agissait d'un djim et d'un k'af toutefois. René Basset (2).£. Basset. L'imprimeur algérien. à qui l'on demanderait de faire l'achat de ces nouveaux caractères. introduire dans mon alphabet les caractères destinés à représenter les lettres berbères tch. n'ayant appris ni l'Arabe ni le Berbère. EXPLORATION DU RIF reconnaître dans Alger le mot arabe El-Djazaïr (i) dans Oran Ouahrane dans Maroc Merrakècha dans Tunis Tonnes dans La Goulette H'alk'-el-Ouad. Je me permettrai cependant d'y apporter de légères modifications que j'indiquerai en temps et lieu. la transcription française donnera la véritable prononciation. (2) Cf. 1887. Manuel de langue Kabyle. j'espère que mes études spéciales me préserveront de commettre les mêmes erreurs que ceux qui. . g (dur). lej par g. Paris. R. in-12. Mais il n'y faut pas songer. à l'exemple de mon ami M. j. Je serai donc forcé de représenter le tch par fj^i. etc Puisque je suis le premier à révéler des centaines de noms géographiques nouveaux concernant le Maroc.etle g (dur) par .. le docte et modeste général Hanoteau. je n'hésite pas à choisir celui de l'auteur de « l'Essai de grammaire Kabyle ». Si les imprimeries Oranaises étaient mieux outillées. etc. (1) Dsaïr dans la prononciation locale. Entre!es mille modes de transcription adoptés par les Orientalistes.

8 r Kna fc/i (jota espagnole.000 £ Fa 80 Kaf k' (g guttural). Noune n. e. ou. th anglais de the. 90 . i i> D'al d' (S grec. 500 Djim dj. espagnoldetinta. 2 O. 100 ^J ^f YMr k. ou (suivant la voyelle convenable). allemand dur). 9 k Dha. chemin). dh (emphatique). 40 j. 20 Lam l. lebêlement (imiter 70 r.*a Dhad dft (emphatique). 3 c: H'a h' (guttural) (expiration violente). cl. LE MAROC INCONNU Tableau représentant l'alphabet arabe avec la valeur que lui donnent les Arabes et les Berbères LETTRESNOMS VAIlEDR H TRANSCRIPTION ArabesdesleMixs numérique t A)f a. 1 Ba b. Ta t. > 900 Aïne à. 6. Tha ih (th anglaisdethin. j. 7 j. 1. 0 grec). 200 j Za z. 800 jo i T'a t' (emphatique). 50 » Ha la (aspirée). Sine s (dur. 400 d.y. 10 . 5 OuaDu ou (w anglais dans wind). i. 60 Chine c/i (comme dans cheval. this). R'aïne r' (grasseyé). 300 jl Cad ç (emphatique). 30 J Mim m. jamais comme s/. quelquefois g (dur). seproaonse quelquefaïs g' (dur). î (guttural) h bélier). o. 6 j Ya i. 600 j> Dal d. 700 Ra r.

ou entre deux voyelles. chaque fois qu'une équivoque pourra se présen- ter. S sonnera toujours comme l's des mots français sauver. voyelle française destinée à représenter le dhamma arabe. dh. savoir. fou. dispensera du trait d'union. etc. songer. avec ces peu récréatives mais importantes observa- tions phonétiques et grammaticales. Mag'rib = Maguerib. aura toujours le son unique que les Français lui donnent dans les mots ou. EXPLORATION DU RIF Observations Afin d'éviter toute confusion. Ex lehem il a soupçonné Çohob être albinos Dehan graisse. y comme devant a. . noir Ç-had chaleur D-han beurre fondu K-hhen dire la. Iger. comme dans le mot français arche. dans le corps d'un même mot. L'interposition d'une voyelle française. je ferai usage du trait d'union. D'ailleurs. Ex Tizemrnourin se prononcera Tizcmmourine Taroudant Taroudanete Mengouch Ménegouche Ait Aïte Angad Anegade Aith sr'er Ouchchen Aïth ser'èr Ouch-chène. le g étant toujours dur comme dans les mots guider. prononcez Béni- Zenacène. kh. entre le (h) et l'une des lettres précédentes. bonne aventure. Ex. etc. soit que cette lettre se trouve au commencement. à la fin des mots. ch. au milieu.. o. u Ex Mgild prononcez Mguild. se prononçact toujours che. Presque partout je dpnne la signification des noms propres arabes et berbères. Ex Eti-hma le soupçon Ak-hi souffler sur ses doigts Ed-hem. Cette tâche. guerre. Fas. simple ou redoublé. d. quand j'aurai dit que toutes les lettres des'mots appartenant à l'arabe et au berbère doivent se pronon- cer. Ainsiles lettres t. cou. kseront immédiatement suivies d'un trait d'union lorsqu'elles auront un s (h) après elles dans le même mot. le ch. toujours délicate et dangereuse quand il s'agit de noms propres. Iguer. Les abrévations (A-BJ et (B-AI signifient arabe berbérisé et berbère arabisé (A) veut dire (Arabe) et (B) (Berbère). G et G' conserveront leur prononciation gutturale devant e. Aussi me pardonnera- t-on sans doute les erreurs que j'ai pu commettre. i. que celui qui ne s'est jamaistrompé me jette la première pierre. prononcez Témeçamane Beni-Znasen. prononcez Face Temsaman. Ou. J'en aurai fini. th. offrait de réelles difficultés.

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~emt'a. Beni-Znasen. Beni-Oulêehehèk. Tafepsith. Lemt'alça. -Beni-Saîd. ~eni-bou-ahleeer. j Beni-Oupfap'el. Benf-bou-ffeeep. | fllep'paoua. Kzennaya. •Benî-Ampelh. . Beni-Touzîn. BeniSeddath. Oulad-gêttout. Benl-it't'ett. ¡ •Benî'Khennous.l_ tE IJRO~: i •«~* • PREMIÈREPARTIE EXPLORATION DURIF TRIBUS DURIF Tap'zouth. Beni-Beehip. .lga. •Benî-Mezdouye. ¡1 Beni-Mah'you. Bek'k'oxxya. Kêbdana. Têmsaman. Tpifa. 'Benl-bou-Fpah'. Beni-bou-Yah'yL Tapgist. mthioua. -Galîya. Benî-Gmil. Zepk'elh.

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les agents du sultan font sentir à leurs admi- nistrés tout le poids d'une autorité sans frein ni limite. au sultan. ils signifient « province ». Daïra est l'abréviation deDaïrat-Fas et II'ouz de IFouz- Merra&èche. Braber et Çah'ra. ne re- connaissant que l'autorité spirituelle du Sultan de Fas. il est vrai. protégé par ses montagnes méridionales et par la mer. ^K-BL^IÊ3K. pays oii Von erre librement. assurant mal. reçoivent le nom d'iftipôt. et à faire rimer les désinences de chaque couple. Il envoie néanmoins des cadeaux. Presque toutes les provinces marocaines sont indépendantes. II'ouz et Dra. a consenti à recevoir quelques soldats chérifiens. . Ce procédé consiste à accoupler deux par deux ces provinces. Ces présents. et la vanité de l'administration marocaine est satisfai:e. L'autre cinquième est appelé Blad el-Makhzen « pays de gouvernement ». Tandis que dans le Blad es-siba l'anarchie a revêtu une sorte de forme républicaine relativement peu tyranaique. Il n'est donc pas étonnant de voir les tribus insoumises manifester peu d'empres- sement à se ranger sous la houlette de Messieurs les caïds impériaux. Ex Rif et Dhahra. tout comme les catholiques en envoient au Pape. au contraire. Partout ailleurs le mejchazni (soldat régulier) est inconnu. parvenus à Fas. Djebala et Daïra.Ei PARTIE EXPLORATION DU RIF Les Marocains se servent d'un procédé mnémotechnique pour apprendre et retenir les noms de leurs dix provinces. La- seule tribu de Galîya. la sécurité individuelle. Le Rif. n'a rien à redouter d'un souverain sous marine et presque sans armée. Le Rif nVamais été soumis. sans tenir compte do leur posi- tion géographique. Il fait partie de cet immense blad es-siba « pays abandonné » (par le sultan). qui occupe les quatre cinquièmes du Maroc. à cause 'de ses démêlés incessants avec Mlil^ya. Les mots dairat et h'ouz sont synonymes. Sons et H'amra. dans le Blad el- Makhzen.

assez rapprochés les uns des antres. Temsaman. Beni-Mah'you. appelée Zcnalia. Kebdana. il franchit le terri- toire qui sépare cette province du Rif occidental et pénétra dans la tribu de Tar'zouth après avoir laissé derrière lui la tribu de Ktama (Djebala). dont nous parlerons dans le second volume. opération toujours dangereuse au Maroc. il lui était relativement facile dépasser d'une tribu dans une autre. Les tribus maritimes. bien qu'étant d'origine berbère. Beni-Znasen. offre une assez grande variété de dialectes. Zerk'eth. de retour d'un voyage dans' la Dhahra. Bek'k'owja. Lemt'ctlça. Benlbou-Yah'yi. B"M It't'eft. Beaii-Mezdouye. Bcni-bou-FraK Beni-Gmil et Mthioua. Trifa et Oulad-Settout sont considérées par les berbères du Rif comme non rifaines leur langue et leurs mœurs s'opposant à es qu'elles soient traitées en tribus- sœurs par les populations de langue Thamazir'th. tribu méridionale du Rif occidental. Beni- Oulechchek.x>Lï (le détroit. Beni-Touzin. Kcbdana. sont Trifa. Beni-Saîd. Kzennaya. Bcni-Bcchir. Oulad-Settout. diffère sensiblement du Thamazir'th. Leur idiome. en allant de l'est à l'ouest. Les quatre dernières tribus. Mer'raoua. Taf&rsit. en aUant de l'est à l'ouest. Beni- Anireth. Presque toutes ces tribus sont habitées par des Berbères auxquels la langue arabe est étrangère. Ses vieux habits. son aspect de derviche errant. Taibu de TAR'ZOUTH iiiy. Galiya. appelé Thamazîr'th. Beni-bou~Necer et Tar'zouth (1). inspirant à ceux qui le voyaient une très grande confiance mêlée de pitié. Trifa et Oulad-Settout sont parcourues par des Arabes nomades. Bmi-Khennous. sauf en ce qui concerne Kcbdana et Beni-Znasen dont la langue. Beni-Ouriar'el. (1) Je ne mo lass irai pas de répéter qu'il faut prononcer toutes les lettres des mots Berbères et Arabes. on trouve les Beni-Znasen. LE MAROC INCONNU Tuibtis du RIF Cette province compte trente tribus. Il fit un séjour d'environ quatre ans dans la province une première fois de 1888 à 1890 et une seconde fois en 1893. Au sud de ces tribus. Targist. dont onze baignées par la Médi- terranée. En 1888. . Beni-Seddath. la réunion) (Bj Je ne change rien à l'itinéraire de Moh'ammed ben T'ayyéb qui a péné- tré pour la première fois dans le Rif par Tar'zouth.

limpide et fraîche. et. Il s'enfuit de Ktama sans dire adieu à ses anciens hôtes et s'engagea bravement dans la tribu de Tarz'outh. fait tourner une multitude de roues de moulins'le long des deux rives. c'est-à-dire huit mille hommes pour toute la.700. par ce moyen. fait allègrement à pied 40 kilomètres par jour. EXPLORATION DU RIF Quand on a eu le bonheur d'être bien reçu dans une tribu marocaine. L'Ouad Tar'zouth. Tar'zouth est bornée au sud et à l'ouest par des tribus de la province des Djebala. Il reçut immédiate- ment l'hospitalité dans la mosquée et il se mit sur le champ. mais il n'en est pas moins vrai qu'avec ce système. n'est pas connue avec une parfaite exactitude. en sortir. Cette rivière a une longueur d'une quarantaine de kilomètres. j'espère que les hypercriti- ques ne me chercheront pas chicane sur le peu de précison de ma triangulation forcément primitive et quelque peu défectueuse. L'eau. Elle se compose de deux fractions Tar'zouth-Fouk'ania (Tar'zouth-Sjpérieur) et Tar'zouth-Tah'tania (Tar'zouth-Inférieur). marcheur infatigable. le seul applicable en la circonstance. sur le territoire des Beni-bou-Necer. ne s'effraya nullement des périls qu'il pouvait rencontrer dans ce pays inconnu et sauvage. à étudier le pays et les habitants. Evidemment les jambes de l'incorrigible vagabond n'ont pas la précision de nos chaînes d'arpentage évidemment nous commettrons quelques erreurs dans l'appréciation des distances. tribu. Il pénétra dans le village d'El-K'alaâ. de chaque pro- vince. le mieux est d'y rester indéfiniment car. il m'a été relativement facile d'obtenir l'aire de chaque tribu. embarrassé de rochers. prend sa source au sommet du Djebel-el-Arez (Montagne des Cèdres). je n'ai eu qu'une erreur de 30 kilomètres sur une ligne aussi longue que l'est tout le rivage rifain depuis l'embouchure de l'Ouad-Kis jusqu'à la tri- bu djebalienne de R'mara Quand on songe que la superficie du territoi- re français lui-même. Son lit.680 hectares à 52. on ne trouve dans tout Tar'zouth que des bœufs et des mulets. Chacune de ces fractions peut lever quatre mille fantassins. est franchi sur six ponis en planches dans la seu e tribu de Tar'zouth.910. désireux de voir le Rif. Parfois l'Ouad coule dans des gorges très encaissées. suivant son habitude.373 hectares. le territoire des lumières et de la science. en suivant le cours sinueux de l'ouad (rivière) du même mon. Ses bords sont peuplés de villages et de hameaux nombreux. beau cours d'eau presque comparable à la Tafna. L'expérience m'ayant prouvé que le derviche. (Voir la carte). les superficies données dans des documents officiels entre les années 1878 et 1886 variant de 52. Tar'zouth a environ 10 kilomètres de long et 10 kilomètres de large (un quart de journée de marche dans tous les sens). Les pâturages manquent pour les chèvres et . En fait d'animaux domestiques. c'est s'eiposer à être pris pour un ennemi par les tribus voisines qui sont presque cons- tamment en guerre entre elles. Moh'ammed.

J'ai signalé dans la carte spéciale de Tar'zouth les points où se trouvent des mines de cuivre. est très boisée. Si beaucoup de Zouaauas commencent à parler l'arabe. Elle est inconnue dans les autres parties du Rif un peu éloignées de la province la plus dépravée de tout l'Empire Chérifien. aux mêmes métiers. de plomb. des genévriers. ignoble personnage nommé dans le pays âïl JjL. nous serons obligés de remuer toute cette fange dont les Djebala semblent avoir le mono- pole. Il se rapproche beaucoup du zouaoua de la Grande Kabylie. de nos jours encore.' Tous deux fabri- quent des armes. Berbère de race et de langue. La tribu. la i . la grande Sodome du Maroc. N'insistons pas pour le moment. en revanche les gens de Tar'zouth ne savent pas un mot de cette langue. prétend que les Zouaouas algériens sont originaires de Tar'zouth même. paraît-il. Dans le second volume. • Le ThamazirHh. le Tar'zouthien et le Zouaoua se livrent aux mêmes travaux. Tar'zouth est renommée dans tout le Maroc pour la fabrication des fusils marocains damasquinés. LE MAROC INCONNU les moutons. s'étendent de beaux jardins où abondent les légumes. Cette haine. Cette hideuse plaie du gitonisme est confinée heureusement sur la frontière djebalienne. tous deux sont colporteurs. située sur de hautes montagnes. très sauvage. Une légende. d'étain. dialecte berbère parlé par les Tar'zouthiens. il a les traits réguliers. des ouvrages rédigés en berbère. Autour de tous les hameaux riverains de l'Ouad Tar'zouth. Leur littérature nationale se compose uniquement de contes populaires et de poésiés. provient des meurtres fréquents dont les hommes des deux fractions se rendent tour à tour coupables. auxquels les armes importées d'Angle- terre et d'Espagne font une concurrence désastreuse.Les jeunes femmes elles mêmes tolèrent cette écœurante rivalité. Le giton. . Très susceptible. Le voisinage des Djebala. fait partie du gynécée. tout comme îes bestiaux. Les forêts contiennent principalement des chênes-liège. est un peu différent des autres idiomes du Rif. s'irrite pour un mot et frappe mortellement quiconque l'injurie ou même le contredit. le Tar'zoutien. ne rougissant pas d'avouer que. rapportée de là-bas par le derviche. et qu'ils ont émigré vers le Jurjura à une époque lointaine. disons seulement que les gitons se vendent sur les marchés de Tar'zouth. On est obligé de nourrir les bœufs à l'écurie avec des feuilles d'arbres.des chênes à glands doux et des cèdres. Les veigers sont couverts de noyers et de vignes grimpantes. entre autres une traduction de Sidi- Khelil et du H'adith. Les deux fractions de Tar'zoulU sont constamment en guerre entre elles. mieux qu'elles. Néanmoins. la taille moyenne. Yâïl sait faire les délices du maître. D'ailleurs. lui a donné des passions contre nature. entre gens issus d'une même origine. Ses mœurs sont dissolues. On trouve chez eux. d'argent. d'or et de fer.

de l'écorce de noyer pour blanchir les dents. quelquefois en palmier nain (chamœrops humilis) ou en h'aïfa (stipa tenacissima).ire cuire le couscous). Bersi-bou- Necer. EXPLORATION DU RIF mouk-h'ala (fusil) t'ar'zouthienne est encore achetée et appréciée par les tribus de l'intérieur où les armes européennes n'auraient aucune chance de parvenir. Les religieux de ces établissements descendent de Sidi Moh'amrned Akhemrich qui fut l'objet des bénédictions du Saint. car elles seraient pillées bien avant d'arriver à leur destination. la tribu envoie chaque année au Sultan de beaux fusils. des amandes. Ils préfèrent mourir de misère sur leur minerai d'or que de compromettre leur chère liberté. On a essayé vainement dans le pays d'exploiter les richesses miné- raies de la contrée. des charpentes. (ampebdes- mos tenax). La maison est l'habitation du Ritain. Il y a des ébénistes qui ne travaillent que le cèdre et le thuya. Les indigènes. Ils fabriquent une grande quantité de ces longs couteaux analogues aux poignards Ka- byles. etc. elle consiste en un simple rez-de-chaussée couvert en dis. zaouiya (séminaire l musulman) se sont réser- vé les mines d'or et] d'argent. dont elles sont loin de tirer tout le parti possible. On raconte aussi que Dek'ious (Decius) avait fait construire. Quoique indépendante. de la poudre et des balles. ils exposent à la vapeur produite par l'eau bouillante les bois résineux convenables. ne savent pas exploiter leurs richesses miné- rales. 'Dans les tribus méridionales. Presque tous les Tar'zouthiens sont armuriers. La tradition prétend que sous le règne du sultan El-AWal ? le gouvernement marocain exploitait lui-même les mines de ces tribus. La profession de goudronneur est exercée par quelques individus qui obtiennent le goudron et la poix de la manière suivante Dans une chaudière percée de trous comme un Keskas (marmite pour fa. De même que leurs frères du Jurjura. Cinq. Quelques charpentiers et menuisiers savent faire de beaux coffres. La plupart de leurs villages sont bâ'is sur des gîtes métal- lifères. Dans le nord. Cette sorte d'impôt ne revient pas à plus de cinq centimes par tête d'habitant. Chérif Moulaye Abd-es-Slam. elles se trouvent dans des régions relativement pauvres. les indigènes des tribus maritimes . et le goudron tombant goutte à goutte est reçu dans une autre chaudière. très ignorants. Beni-Bechir. dont ils font des meubles très recherchés. mais ils redoutent les conséquences que pourrait avoir pour leur indépendance la venue des Européens dans leur pays. des fuseaux. Ils savent bien que les Chrétiens pourraient en tirer un grand parti. de grands-plats de bois (gaçâ). des forts dont on peut voir encore les ru ines. près de chacune de ces mines. les gens de Tar'zouth colpor- tent dans les autres tribus des noix. Les tribus dites Beni-bou-Chibeth. Mernisa et Zèrk'elh n'en payent point davantage i comme Tar'zouth.

magistrat. La chambre du rifin n'a rien de bien remarquable. blanchis à la chaux chez les riches. au goût sucré. Les latrines sont inconnues dans les maisons on va dans les champs. les armes. courent dé massifs et larges bancs en maçonnerie. signale le dangèr. selon son habitude constante. un étudiant. II ne perd cette déno- mination qu'en devenant professeur. Il alla. pour préserver la vertu des jeunes gens de bonne famille. danî les chapelles et les mosquées. Chaque habitation est entourée. . que les indigènss sont (1) L'âge du t'aleb (étudiant) n'est compté pour rien chez les Maiocains. Il y en a. 11 avait emmené avec lui de Ktama un éphèbe. dans lesquels le grain est enfoui. La nourriture est fournie par les habitants charitables. avec terrasse. noirs chez les pauvres. C'était obtenir en même temps la retbct (nourriture et logement à la mosquée). qui croient faire œuvre pie en entretenant pendant de longues années des jeunes gens occupés uniquement à apprendre par cœur les longs chapitres du Coran qu'ils ne comprennent point. Revenons au derviche que nous avons laissé au village d'El-K'alâ. etc. rougeâtre. grâce auquel l'instituteur l'autorisa à rester à la mosquée et à profiter de ses leçons. tout droit à la mosquée. Du haut de son poste. d'un mètre de hauteur. au contraire. les ustensiles de cuisine. appelés par Les arabes Karmous En-Nçara (figues des Chrétiens). quatre rondins monstrueux supportent une haute tour en bois. Le derviche ne dérogea pas à cette règle. servant de sièges pendant le jour et de lits pendant la nuit au-dessus d'eux. Cette cour sert de parc aux troupeaux au milieu. précieuse ressource des misérables qui font une consommation effrayante de ces fruits à la pulpe aqueuse. sur laquelle s'ouvrent toutes les portes des appartements. Le four où l'on cuit le pain est aussi dans la cour. peut-être un peu fade. qu'il en ait 40. reçoit à coups de fusil ceux qui viennent l'attaquer. à un ou deux étages. il obtint de l'instituteur l'autorisation de suivre ses cours (1). LE MAROC INCONNU demeurent dans de vastes maisons. plus élevé que la maison. introduite à Tar'zouth. Son entrée ne fit nullement sensation. C'est une précaution que l'on prend. Le long des quatre murs. L'intérieur du quadrilatère formé par les appartements est réservé à une vaste cour creusée de silos. Qu'il ait 10ans. bâties en pisé. paraît-if. ou en cessant de suivre des cours. La mode djebalienne. La présence des minerais d'or et d'argent. Il coucha dans la mosquée après avoir soupé avec ses nouveaux condisciples. de solides étagères supportent les vêtements. accrochées au mur. sorte d'esclave. le guetteur domine les alentours. veille le chef de la famille quand l'insécurité règne au dehors. Au sommet. Le lendemain. ignoble factotum bon à tout faire. étouffée par des figuiers de Barbarie séculaires (opuntia vulgaris). c'est toujours un écolier. Il s'accroupit à côté de l'un des étudiants et psalmodia avec lui les versets du livre divin. où il trouva des jeunes gens occupés à apprendre le Coran en le récitant à haute voix. veut que chaque étudiant majeur ait avec lui un ail.

Voici le secret et la formule que je traduis de l'arabe « Prenez sept têtes de chauves-souris. autant de peaux de serpents. DU I\U? EXPLORATION incapables d'exploiter. Ou est le pacte conclu entre vous et Soulayemane « fils de Daoud ? Hâtez-vous avant que la foudre ne tombe sur vous I «Apportez-moi ce que je vous ai commandé. Ces mêmes feuilles. les cache sous un voile. Les feuilles se sont changées en beignets ou en crêpes. Yarouchine. sorte de prestidigitation qui a pour objet d'opérer des transformations. ô fils de vos fils. . Que Dieu vous bénisse ». Aouachine. pilez-les prenez sept morceaux d'alun blanc. qu'il faut s'empresser de manger car ses produits ont une tendance déplorable à reprendre . dans sa bourse ou dans sa caisse. prononce sur elles des formules magiques et soulève le voile. « chaque langue proclamant la gloire du Seigneur en mille idiomes « différents Ou est Achine. Au a bout de vingt-un jours. Enfouissez tout cela dans un « vieux tas de fumier ayant au moins trois ou quatre ans de daie. faites en leur présence. manifestez vos prodiges Où est le Maître « du tonnerre ? Où est le Maître des nuages ? Où est le Roi dont le « front est couronné du grand serpent à mille têtes. chaque bouche mille langues. de leurs yeux vu. à la volonté de l'opérateur. Je dévoile ici le secret de la Khank'at'ira métamorphosante que je dédie aux amateurs de connaissances ésotériques en les informant que je tiens à leur disposition le texte arabe de la formule cabalistique. retirez le tout faites-le sécher à l'ombre et « pilez-le bien. C'est là-bas qu'il apprit cette branche de la magie. Elouah'ène? Vite Vite! Immédiatement! 1 « Immédiatement H^itez-vous Hâtez-vous. a donné naissance dans le pays à une fièvre cabalistique dont le derviche ressentit lui-même les effets. des métamorphoses étonnantes. chaque face mille bouches.leur état pritnitif. Kahdouchine.> « pétrissez-les dans de l'eau de céleri. Les Marocains et nos musulmans oranais ont une foi profonde dans la Khank'at'ira. Des gens de bonne foi m'ont assuré avoir vu. ô serviteurs de ces Noms. pourraient se transformer en pièces d'or ou d'argent dont l'existence serait tout aussi éphémère que celle des beignets. « faites brûler le tout prenez sept morceaux de graisse provenant <c d'un bouc noir. « K'anouchine. dont chaque tète a « mille faces. Le prestidigitateur prend par exemple des feuilles sèches. appelée par les Arabes Khank'at'ira. Les Marocains sont les plus grands charlatans du monde musulman. Mettez-le ensuite dans une boîte que vous tiendrez « dans vos mains au moment même de l'opération. « de métamorphoser telle et telle chose [on prononce le nom de l'objet à « métamorphoser!. des feuilles sèches occupant la place des beaux louis d'or de la veille. L'imprudent qui les a acceptées retroHve le lendemain. Chachouchine. si l'on ne se hâtait de les écouler. Alors vous « prononcerez la formule suivante qu'il faut savoir par cœur 0 fils de « vos fils.

Tribu des BKNI-BOU-NECER ya> j} . Instruction primaire très peu répandue. Ainsi Beni-bou-Necer devrait s'écrire en arabe littéraire Benou-aM-Necer. Je lais cette observation une fois pour toutes. 300 feux. sans zo. Akhemrich (B) se pro- nonce Akhemlich dans les pays où r»«se change en l. Je ( Zaouîyat-sîdî Moh'ammed Ah. Elle occupe. 100 feux.rlch (1). . la neige persiste jusqu'au cœur de l'été. L'ouad Tar'zouth et son affluent l'ouad Beni-bou-Chibeth coulent souvent au pied des montagnes. LE MAROC INCONNU Ils exploitent ludifférement la crédulité de leurs coreligionnaires et celle des Infidèles. . A cause des richesses minières de leur pays.frigef ce qu'elles peuvent avoir d'incorrect rglativement à la grammaire arabe. de'ces diseurs de bonne aventure. endroit abondant en tout. Dans les endroits ombragés des hautes vallées. rien que des sentiers muletiers.' cime de la neige en hiver. ont été les dupes de ces découvreurs de Trésors. Principaux Villages de Tar'zouth Aïth Ali (enfants d'Ali) 300 feux. On compte dans cette tribu quarante-cinq villages environ contenant chacun une moyenne de cent feux. danss des gorges profondes.hem._£à> (les enfants du protecteur) (A). Eu 1893. qui accomplissent quelquefois sous vos yeux des prodiges bien faits pour frapper le moral vacillant de ceux qui ont recours à leurs sorti- lèges 1 Les monts de Tar'zouth sont assez élevés pour avoir à leu. le caïd était un nommé Moh'am^ med Akhemrich.000 fantassins. Ikhemlichen signifie béni et correspond à l'arabe \£>jjy> (2) II est bien entendu que je conserve les dénominations locales. Nulle part das routes. et même de Français.AxlîJî Forces militaires 8. Elle a dix kilomètres en longueur et autant en largeur (un quart de journée de marche dans tous les sens). vi>j j jL> M-K'alâ (la forteresse) (A). D'ailleurs Tar'zouth. ^Ju. Population probable 40. signifie aussi mine. (2) Elle est bornée à l'ouest par Tar'zouth (Rif) au sud par les Beni-bou- Chibeth (Djetala) à l'est par Zerk'eth (Rif) et au nord par les Beni- Khennous (Rif). les indigènes de Tar'zouth prétondent que leur tribu fut la mine de laquelle sortit tout le genre humain. Akhemlich plu. dans leur dialecte. avec (1) Séminaire de mon seigneur Mohammedle béni. Que d'Européens. 100 feux. (le petit rocher). (Voir la carte spéciale de Tar'zouth et la carte générale du Rif). Aj^lj a~ U: Jd~ Tazrouth (B).000 habitants.

on est contraint d'allumer du feu. est complètement ccagulé et doux comme du miel. de la zemmita (farine provenant de la graine torréfiée qu'on détrempe dans l'eau pour la manger) et de la h'arira (espèce de bouillie claire. quand le moût. de piments et de citrouilles. Partout de l'eau. La principale culture dans les vallées est le chenti (sorte de blé blanc) et les lentilles. semblable à l'arachide. sert aux femmes à faire des djellaba (longue blouse en laine pour hommes) que l'en vend sur les marchés de la tribu. les plus hautes cimes des Monts Çanhadjens du Rif. partout des sources et des ruisseaux. rapportée par les colporteurs. fuseaux. très sucré. on voit. Une source abondante. des montures de fusil en noyer. Sur la crête du Djebel-ol-Arez (Montagne des Cèdres). massives. Les nombreux potagers sont couverts d'oignons. de vastes chaudrons. L'arguel est un arbuste de la taille du lentisque.. dressés hors des habitations. se dresse le coquet village de Tameddith. Aussi a-t-on donna aux . Sur ses flancs. après chacune desquelles on le laisse se refroidir. C'est dans ces récipients qu'on prépare la gelée de raisin. Le Djebel-el-Arez est très Sa cime est couronnée d'arbres. au piment et à l'ail). oblige les indigènes à n'avoir que des constructions basses. amandes. La grande quantité de neige. utilisant ainsi ce fruit qu'ils font difficilement sécher sous leur rude climat. La montagne entière disparaît sous un tapis de verdure. réduit des deux tiers par l'évaporation. pour le replacer ensuite sur le feu. EXPLORATION DU RIF Jes Beni-Khennous et les Bcni-Seddath. du couscous. en juillet. le moût. recueilli dans un chaudron. de cinq cents feux environ. ne subit qu'une seule cuisson. ainsi obtenue. est moulu la farine. Les hommes s'occupent à fabriquer de la pou- dre. d'arguel ou argal. Dans toute la tribu beaucoup de chèvres et de bœufs. subit une triple cuisson. froid même quelquefois. car il y a une variété de gelée qui provoque l'ivresse. de maïs. au milieu du bourg. car. les indigènes de Beni-bou-Necer colportent dans les autres tribus noix. poix. donne naissance à VOuad-Tamcddith. Le çamet enivrant. parmi lesquels domine le bois précieux du cèdre. Le fruit de l'arguel est noir. On mange cette gelée en la délayant dans de l'eau. sur le soir. qu'ils échangent contre de la laine. Les villages sont en pleine forêt. des balles. Son fruit. de tous côtés. goudron. poussent la vigne et le noyer. L'été y est d'une fraîcheur délicieuse. dont voici la recette Le raisin bien mur est écrasé. Les indigènes font une grande consommation de glands doux. pour se chauffer. sert à faire du pain. On reconnaît que la gelée est faite. On abuse du çamet alcoolique dans les Djebala. qui tombe sur ces sommets. Lés enfants sont friands des tartines de gelée pure. Ils exportent aussi de la gelée de raisin (çamet). La laine. Marchands ambulants. On le verse alors dans de grandes jarres où il se conserve indéfiniment. etc. Dans les villages.

1. le peganum harmala(/an)ieï). Benl-H'emaïd et Tamcddith.500 piétons Population probable 7. Total 1. font du jardinage. Beaucoup de gibier et quelques animaux sauvages dans la tribu. de divorce. des amandes. le thym (zaâter). mènent aux champs les troupeaux. Ce mot. le pouliot (a/Ziou). au nombre d'une 'cinquantaine. Chacune de ces fractions peut lever 500 fusils (fantassins). du chanvre à fumer. Elles servent d'hôtellerie aux étrangers et aux étudiants qui y reçoivent une hospitalité aussi gratuite qu'agréable. de vente. Le rôle de ce magistrat est réduit à peu de chose. la pioche à la main. Tous parlent le berbère. sont situés sur les bords de l'ouad Tameddith et de l'ouad Tar'zouth. Les indigènes des Beni-bou-Necer portent la djellaba rayée de blanc et de noir. sorte de terre blanche qui fait de la mousse et décrasse assez bien le linge. Détail curieux le savon est inconnu chez les Beni-bou-Necer. Principaux Villages des Beni-bou-Necer Tàberrant (le vilebrequin) (A. On trouve aussi dans la' tribu les câpres (el-Kebar). Elles moissonnent. dans un pays où n'existe d'ailleurs aucune autorité reconnue. Les maisons sont très espacées les unes des autres. presque le pur thamazir'ih. v£^> X*lï Ibezzazen (les malpropres) (B) 300 maisons. du tabac à priser.500 habitants. il serait impossible de labourer un sol si accidenté. Chaque tribu rifaine a son cadi. dans beaucoup d'endroits. Il dresse les contrats de mariage. de gros haïks (pièce de laine longue et étroite). kJ^j )j> iV Trimeddith (Le soir) (B) 500 maisons. la pomme de terre (bat'at'a). Les Arabes de l'intérieur viennent chez les Beni-bou-Necer échanger leur blé contre des noix. . des raisins.500 hommes. Les femmes ne se voilent pas. Les hommes ne font rien ou presque rien. Les Beni-bou-Necer sont divisés en trois fractions: Rebô-el-Fou- k'ani (1). Tous les villages des Beni-bou- Necer. ne s'occupant nullement de justice criminelle. LE Maroc INCONNU montagnes Çanhadjiennes du Rifle nom de Çanhadjct es-serra (Çanhadja des bois de fusil). (1) Rebô signi:'ie tribu en dialecte arabe marocain. leurs mœurs sont pures. suivi des termes eî-Fo\ik'«ni et TVi'tfcwH(supérieur et inférieur).-B. et les femmes. Nous parlerons plus loin de l'organisation administrative de ce peuple insoumis. Ce sont elles qui travaillent la terre. Les chapelles et mosquées sont nombreuses. jj/rf Forces militaires.) 300 maisons. car. car la tribu est riche en terre à foulon. indique que ce n'est pas le véritable nom de la fraction de tribu qu'il m'a été itnpossible d^ me procurer.

pour toute pitance. L'on dit môme. Au bout de trois jours seulement passés chez ces sauvages.o temps de manger. qui engraisse consciencieusement. fut entouré. que le sultan ignore certainement l'existence des Beni-Khennous. Pays très acci- denté aucune foute. des pics vertigineux. Meurtres très fréquents. d'immenses forêts. Tribu des BENI-KHENNOUS (jvjkà ?>•> (Les enfants de goret) Perchée sur le sommet des montagnes cette tribu ne reçoit presque jamais la visite des étrangers. Instruction primaire peu répandue. Cinq petits villages dans toute la tribu. Il tombe beaucoup de neige dans cette' horrible tritu où personne ne s'aventure. Le derviche. Forêts partout. le derviche fut debout. les sangliers avec les chèvres. Il cultive pour sa propre consommation des choux. et. Instruction nulle. Il était resté chez eux juste le temps de savoir que leur dialecte est le thamazîr'th et que leur tribu. une bande de sangliers domestiqués fit soudain irruption dan? la tanière avec des grognements significatifs. D'un bond. compte deux fractions El-Ouad et Tatroulh (le petit rocher) (B). 5 . Forces militaires mille fantassins. L'homme des Beni-Khennous ne sort jamais de sa forêt. pêle-mêle. longue et large d'une dizaine de kilomètres. On l'amena dans une sorte de tanière servant d'habitation et on lui servit. Il constata alors que ces peu fervents musulmans élèvent. Tout ça monde vit dans la même caverne. Même caïd que la tribu précédente. il dut abandonner à ces nouveaux hôtes la plus grande partie des glands qu'il n'avait pas eu l. bon gré mal gré. des troupeaux de singes. du tabac à priser. en parfaite harmonie. palpé. en arrivant chez ces sauvages. le derviche. dans le Hif.(Voir les cartes). se hâta de s'esquiver. du chanvre à fumer. Tandis que le voyageur se livrait à une mastication pénible (les glands étaient durs comme du roc). On ne lui fit pourtant aucun mal. une centaine de glands doux. retourné de tous les côtés. EXPLORATION DU RIF Pays montagneux sans routes. avec des glands. y compris le maître du logis. Partout des rochers Énormes. le marcassin dont il adore la chair bouillie. dégoûté d'eux et de leur grossière nourriture.

fils de chrétien 1». viendrait donc de k racine arabe sedd J. A peine le derviche avait-il pénétré sur les terres des Beni-Seddatb. On fait ses approvisionnements vers la fin du printemps et en été. Les deux hommes se séparèrent. Je vais le dévaliser. Trois fractions dans la tribu Oud'rar (montagne) (B). Seddath. Les glands doux et l'arguel servent à faire du pain. au point qu'on en fait des conserves alimentaires. (Je'suis de Ktama). Les grands fauves sont représentés par la panthère. lui dit «. Pays très montagneux forêts. mais il est amer parce que les abeilles butinent les fleurs de l'arbousier (bekhnennou en thamazir'th. tu es ici en blades-siba (pays insoumis). la bouchent de toute part. précipices. tous se levèrent. mot arabe berbèrisê. L'un. Celui qui paraissait être le chef leur dit « Tikhreth fellas. le sanglier. hurlant « Tu n'es pas encore (l) Etymologiedouteuse. Aith Tar'- zouith d'izouggar'en am netta ». Garde-toi de dire que tu viens de Tar'zouth on te tuerait ou l'on te dévaliserait ». Le der viche « Nekki d'akthami ». Le derviche continua sa marche.. A la fin de l'automne. des individus qu'il prit pour des bergers. l'hyène. parce que la neige et les brouillards l'entourent. Les ruchers sont installés dans l'intérieur des maisons à cause de la rigueur du climat. II ajouta « Habits bas. LE MAfiOt: tNCOKNÙ Tribu des BKNI-SEDDATH v*JÂ-^ (1) C'est une petite tribu de 10 kilomètres dans tous les sens. En hiver. asesnou en zouaoua. rencontré sur la route. Alh k'echchether'. Gibier abondant il constitue la nourriture principale des populations. ruisseaux de tous côtés. Beaucoup de miel. Les bergers mangent souvent ce dernier. les pluies commencent déjà. On m'assure que cette tribu a été ainsi dénommée. rendant les sentiers impraticables. l'interpellant en berbère.). Et armant son fusil. le fusil au poing. L'homme « Anisik kedj ? » (D'où es-tu ?). clore hermé- tiquement ? . couchés le long du sentier.Iou achou ou terril' fellaner' esselam ? » (Pourquoi ne nous as-tu pas rendu le salut?) Le derviche « A oulidi. Elle est limitée au nord par Mthioua au sud par les Beni-Khennous l'est par Zerk'eth à l'ouest par la province de Djebala. je n'avais vu personne). criant « Kedj d'athar'zouthi » (Tu es de Tar'zouth !). Tous les gens de Tar'zouth sont blonds comme lui). Itskiddib Netta d'azouggar'. qu'un vieillard. Ikhemlichen (les bénis) (B) et Azila. Chûtes d'eau. silencieux. lui dit « Mon ami. Tout à coup il aperçut. la neige couvre tout.« boucher. sans quitter sa place. cur zrir' hadd» (Mpn cher. A ces mots. il mit le derviche en joue. Il ment Il est blond. En tout une soixantaine de villages de cent feux chacun environ. (Eloignez-vous de lui. Cela n'empêche pas les indigènes d'en être fous.

s'il y a de la neige sur la route ? » L'autre. Il perdit dans cette affaire deux djellaba. lui demanda l'écolier vagabond. ne sachant pas trop où se trouvait le village de Tizdemth. Le derviche. Dans ces hautes montagnes. . n'avançant que prudemment. Il ne savait plus où il était. Certainement Tizdemth devait se trouver à ses pieds. Il était sauvé Il se traîna jusqu'à la porte de la mosquée. Comme il insistait pour avoir ses chaussures (elles étaient presque neuves I). de peur de rouler dans quelque précipice. tu n'en trouveras pas. Plus il avançait. le vent est froid. Quand tu seras au sommet de la montagne. Aussi pourquoi s'était-il si bien vêtu. nous t'égorgeons ». non.Moh'amraed n'en entendit pas d'avantage. Ils semblaient venir du creux d'un profond vallon que ses yeux fatigués n'avaient pas encore aperçu. devant laquelle il tomba épuisé. il vit tout le versant nord couvert de neige. la nuit étant déjà venue. il commençait à désespérer de son salut. opposa à ses pieds une résistancs qu'il appelait de tous ses voeux depuis plusieurs heures. c'est-à- dire 4 ou 5 calottes blanches empilées les unes sur les autres. on lui dit brutalement Sousem aner' aie ~ef'fes (Tais- toi sinon.lui qui d'habitude voyageait en guenilles ? Il redemanda en vain ses babouches. Un écolier qui . mauvais plaisant. à qui il demanda oit était Tizdemth. abandonné en simple chemise de calicot. » Rassuré par ces paroles. la couleùr noire du sol indiquaient que la neige n'existait pas dans cette bienheureuse vallée tempérée qu'il s'agissait d'atteindre sans retard. « Pourrait-on savoir. Un berger. Le voyageur fit un dernier effort. lui dit « Suis toujours le même chemin. une somme de quarante centimes et sa coiffure. Méfie-toi de la neige. quand les aboiements d'un chien parvinrent à son oreille. Il y en a par là-bas. il distingua des maisons enfouies au milieu des grands arbres. La teinte sombre des arbres. C'était Tizdemth. poursuivant sa route. Des ouragans soufflent. » Moh'ammed. Bientôt la terre mouilléa. il était à moitié mort de froid. Quand il fut sur le sommet de la montagne. but de son voyage. On ne lui laissa que sa chemise. Au même moment. d'une violence terrible. tu verras le village. « Non. à quelques centaines de pas de lui. voyant le voyageur en chemise. ne laissait pas<£^i de ressentir douloureusement les effets de la bise glacée qui ne tarda pas à le faire claquer des dents. EXPLORATION Dit RIF déshabillé >. Il marchait pour se réchauffer. une paire de babouches. Une man vigou- reuse venait de le jeter par terre il fut dépouillé en un clin d'œil de tous ses vêtements. le derviche continua son ascension. dans le creux de quelque vallée mais comment le découvrir au milieu des arbres et de ce linceul éblouissant? La descente commença. rencontra i:n autre berger qui chantait en s'accompagnant d'une mandoline. crut spirituel de lui jouer un vilain tour. dit-il. cette terre tant désirée qui marquait la limite des neiges. Vêtu d'une seule chemise. entourées d'un turban. plus ses pieds enfonçaient dans la neige.

maudissait énergiquement et ceux qui l'avait dévalisé et le sinistre farceur de pâtre qui lui avait indiqué ce chemin. ânes. Dès qu'ils le virent complètement ranimé. le derviche ayant demandé dans quel village il était. on lui désigna dans la mosquée un bon coin pour dormir. Cette pénible journée laissa dans la mémoire de Moh'ammed une impression ineffaçable.) Tous les étudiants se mirent à l'œuvre ils eurent bientôt allumé un grand feu de bois de chêne. tout près d'ici. qu'il faillit vif. Depuis . les troupeaux happer un seul de ces animaux. débordant de glands grillés tout chauds. bœufs. on donna à Moh'ammed des vêtements convenables. On lui servit ensuite une assiette remplie d'arbouses confites au sel. Nous lui ferons une flambée afin qu'il se réchauffe. on domine la' Méditerranée dont la nappe bleue se voit dans le lointain. tu es obligé. Le3 indigènes de cette tribu sont convaincus tombeau de Sidi Moham- que tout bateau chrétien. Des Beni-Seddath. car on l'avait tenu si près des flammes. Et puisque tu es chergui (Oriental). après avoir manqué de périr par le froid. plus rapidement peut-être qu'il n'eût être rôti tout voulu. Le lendemain matin. dont la forte chaleur ne tarda pas à ranimer le pauvre derviche. Il rentra aussitôt dans la mosquée. passant en vue du med Djemôun. englouti en quelques minutes 1 Autre miracle du saint: Un jour il réunit las fauves de la forêt et leur tint ce langage « Je ne veux pas que mes chers Beni-Seddath perdent leur temps à garder leurs troupeaux. détruit. juments » cette époque. Chèvres. Un petit panier rond en palmisr nain. il claquait encore des dents. iront sous bois sans gardien défense vous est faite de mulets. 11 vivait au 9" siècle. disant en berbère « Aouïth cd timessl. du chenil (blé blanc). refuge des descendants de Mahomet. N'oublions pas que le Maroc. (baies grillées de l'arguel). Cependant les écoliers de Tizdemth s'empressaient autour de Moh'ammed. les enfonçant ensuite dans le zommit (farine grillée). du miel amer. du zambou des fèves et du sorgho. de te rendre en pèlerinage au tombeau de Sidi Moh'ammed Djemôun. avant d'aller à tout autre endroit. enterré en pleine forêt. placé sur le flanc septentrional de la montagne faisant face à la mer. le plus grand ouali (saint) des Beni-Seddath. LE MAROC INCONNU sortait fut surpris de voir là un homme en chemise par cette tempéra- ture. Les étudiants mangeaient avec lui. fut posé devant lui. Une une vie d'homme et hagiographie complète de cette contrée exigerait cinquante volumes in-octavo. est brisé. Il a fait une multitude de miracles ». et tout le monde se coucha. des figues de Barbarie desséchées (hendiya mcherrah'a). Le repas achevé. En me la racontant. appela ses compagnons. » (Apportez du feu. est la partie du Monde Musulman où il y a le plus de saints. quelqu'un lui fit cette réponse « Tu es dans la dechra (village) de Daroutaner appelée aussi Tizdemth. ils l'introduisirent dans la mosquée. As nâd'el tafgirth ad' izzizen. plongeant leurs doigts dans le miel.

Après chaque salve. alléché par. s'arrêtant au- dessus des genoux leurs pantalons étriqués. Le derviche profita d'un jeudi pour faire le pèlerinage il entra dans le monument élevé au-dessus du tombeau. le crieur public vocifère Bienvenue à la tribu une telle 1» La visite accomplie. Or. une ouadda (fête de charité) près de son tombeau. j. semblables à des soldats. Emporté par sa curiosité naturelle. EXPLORATION DU RIF errent librement en forêt. le bienheureux Sidi Moh'ammed Djemôun prescri- vit à ses contribules de donner. viande. déchargent tous à la fois leurs armes. pâtisseries. ils vivent pour ainsi dire à l'état sauvage dans les mon- tagnes. les Seddathiens ont suivi ponctuellement jusqu'à ce jour les ordres de leur patron. en prononçant la formule obligatoire. La tribu ne possède pas de chevaux. tel est l'aspect truculent de ces sauvages montagnards qui. Le marché qui ce tient autour du monument se rempLt peu à peu. Des centaines de pélerins peuvent y pénétrer en effet. pour lesquels la fête est donnée. les victimes destinées au sacrifice. Le derviche. retourner chez eux quand la ouaâda est finie.l . La légende rapporte qu'un chacal. Toute ouaâda donne lieu à une effrayante consommation de couscous. Les bœufs font exception à cette règle. Alors seulement ils déposent leurs armes. ne descendant eux aussi qu'aux genoux. dans la plus complète sécurité la nuit venue. derrière eux. Ils se placent sur une espèce de balcon. c'est-à-dire de Tétouan. semblait ne plus pouvoir s'arracher au village de Tizdemth. traînant. son air de dévotion si convainquant. Les juments sont fécondées par des étalons choisis dans les pays voisins. transgressant les ordres du saint. tirent de leur gaîne des couteaux finement aiguisés. chaque jeudi. en face de l'entrée du sanctuaire. saint). qu'on finit par lui proposer la place de gardien du lieu saint. etc. en bandoulière. Les Berbères y entrent tout armés. et cachés en grande partie par la djellaba. Leurs djellaba noires et courtes. ne manquent pas de se trouver à ces intéressantes réjouissances. ils reviennent d'eux-mêmes à la maison. Les pauvres. par ce besoin incessant de déplacement. déposés dans l'intérieur du marabout. les repas plantureux qu'il faisait régulièrement au tombeau du saint. à peine entrés dans le sanctuaire du Seyyid (Seigneur. voulut un jour s'attaquer à une chèvre seddathienne il fut immédiatement entouré par tout le troupeau et tué d'un vigou- reux coup de corne. égorgsnt. les guerriers sortent. Ses visites au sanctuaire élaient si fréquentes. les vendre ou les manger. et c'est là qu'est le miracle. Les hommes doivent y entrer désarmés et ne reprendre leurs fusils. Avant de mourir. mais ils se laissent prendre sans dificulté quand on veut les faire travailbr. les victimes dont le sang ruisselle 'tout chaud dans la campagne. deux ou trois cordons en poils de chameau autour de leur tête nue un long fusil bou-chefvr. que pour s'en. fut frappe de ses proportions grandioses et de ses décorations intérieures.

les petits pois et la viande de cèdre (lah'm el-arez). il n'y a chez eux ni exportation ni importation. L'escargot est un mets recherché. lorsqu'un vieillard. (en arabe belloui'a). ne plaisantent jamais. La neige tombait dru et le derviche commençait à en être couvert. le juif et le chrétien sont inconnus. dont je laisse au point de vue du pur dialecte seddouthien toute la responsabilité au derviche. le vieillard dit à Moh'ammed « Ekhser' akoucher' illi. il quitta le village. qui concerne cet aliment. Les bergers. Les indigènes consomment le chanvre à fumer {kîf). sortant de l'enclos par un trou de la haie. est presque aussi nourrissante que la chair des animaux. les mangent crus.roc. considérée comme un devoir sacré par tous les habitants du Mr. Ils ne savent pas ce que c'est que le sucre. le repas terminé. Ici et dans les tribus que nous venons de visiter. très voraces. ce vers iroulï ad immes ad' ietch abiçar et la noteKabylie. Les femmes lumei. lui dit en thamazîr'th « Manis ichouchedh ? » (Que cherches-tu ?) Moh'ammed lai ayant répondu « K'imer' oua ha » (je suis assis et voilà tout). Au bout d'un mois. non loin d'un enclos. Les Seddathiens sont graves. au centre duquel s'élevait une maison. portent des vêtements de laine. le thé. mâna (1) Mot homographe de kebar (câpre) mais il ne s'agit pas ici du produit du câprier. c'est-à- dire cette partie de l'écorce du cèdre qui. La culture dominante est celle du coton. Tous mangent. Une sécurité relative règne dans le pays. LE MAROC INCONNU préféra cependant renoncer à cette grasse sinécure pour se livrer tout entier aux explorations. n'aimant pas à aller chez leurs voisins ni à ce qu'on vienne les voir. couscous mélangé de fères. les bonbons. les lentilles. Le derviche « la Llah » (Allons !) Le voyageur emboîte le pas au vieillard. du chanvre et du tabac à priser. l'opium et une espèce de plante appelée kebar (1). convenablement bouillie. Dans une da ses excursions. ayant des propriétés enivrantes. (2) Voyez-mes Légendes de la Grande tome3'. . pénètre dans le logis. Asssz éloignés du littoral. s'engagea entre eux. dont ils épargnent à peine les eu pu 'es. s'empiffrant en même temps de glands. recevant dans chaque mosquée l'hospitalité. le dialogue suivant.t le kif comme les hommes. alla se réfugier sous un chêne ballote (quercus ballota). Le vieillard « Atad'fedh r'er taddarth inou? » (Entrerais-tu dans ma maison ?). Moh'ammed ben T'ayyéb. le chanvre indien Qievhicha) qu'ils prennent en électuaire. La nourriture principale est le biçar (2). 23" légende. surpris par le mauvais temps. se mit à errer'dans la tribu. couchant chaque soir dans un village nouveau. les cotonnades européennes. Ils sont très casaniers. mentent rarement. trouve la famille occupée à faire rôjr des hérissons et des lièvres (inisyin d'iouthal). le café.

A. le vieillard se leva. Â*iU)| Sidi-Belk'asem (A) 50 feux. Sentiers muletiers partout. Principaux Villages des Beni-Seddath Taddarth (La maison) (B) 50 feux sur l'ouad Azila. Il lui promit de revenir. Tcibu de MTHIOUA ïjjfi (l'énorme) (B) On peut suivre pas à pas._5 fp t Tizdemth (le fagot) (B) 50 feux sur l'ouad Azila. XiJUàVî Es-Zaouiya (le séminaire) (A) 50 feux. Ce pays-ci d^s Beni- Seddath était aux Français mais ils en ont été chassés par les Aith Merin et les Aith Ouat't'as.500 fantassins: Population probable 12. En 1893. Le derviche. sur l'ouad Azila. sur les cartes. et il s'enfonça dans la forêt pour ne plus reparaître chez ce prétendu ami et descendant des Français.500 habitants. sans quitter pour ainsi dire la frontière djebalienne. Le . Le derviche « Ma r'er ? » (Pourquoi ? ). Le vieillard « Tâjiben yi medden enni. EXPLORATION DU RIF anisik. n'osant refuser ouvertement la main de sa fille. caïd Si Moh'am- med Akemrich. Tribu absolument indépendante.) A en croire Moh'ammed. alla chercher un vieux livre dans une caisse et le montrant au derviche « Lektab agi feilas arbâ lek'roun. des sympathies nous attendraient dans cette tribu. ^J jJ El-Akhmalcha (les bénis) (B) 100 feux. » (Ce livre a quatre siècles. Ui> ^O^» Forces militaires 2. toi?) Le derviche « G elh'akama ouroumi. 1 jj^ El-Kalâ (la forteresse) (A) 10 feux. chekk ? » (Je voudrais bien te donner ma fille mais d'où es-tu. Tltira ines tafrancist. Le vieillard « Lejdoud enner' d'Ifranciyin. près de l'ouad Azila. Tamourth a n aith Seddath oufrzncis h'acha souffcr'en ten aith Merin d'aith Ouat't'as. ne crut pas cependant devoir donner suite aux projets matrimoniaux du vieillard. il s'avance lentement vers le nord. ^j> ïy> El-Khemis (le jeudi) (A) 20 feux. A ces mots. Instruction coranique assez répandue. » (Du territoire du chrétien). Ceux d'entre eux qui sont restés se sont faits musulmans. J'aime mieux le croire que d'aller m'en assurer par aioi-même. » (Ces gens-là me plaisent). couvert de forêts. qui s'était séparé de son giton dès son entrée chez les Beni-bou-Necer. Iina i/c'imen d'ououlen d'tMsehKCH. Pays très accidenté. » (Nos ancêtres étaient Français). l'itinéraire du derviche. Parti des tribus méridionales de l'ouest rifain. Il est écrit en français.

Avant de se séparer de ses hôtes de Daroutane. par les chaînes maîtresses du petit Atlas. 2 fr. se rue de temps en temps sur sa voisine rifaine. du côté de la mer. fraction également maritime. ou par les tribus maritimes de l'est rifain. venant de la tribu djebatienne de R'mara. On aura donc raisoa du Rif en domptant d'abord les tribus maritimes. que Mthioua paraît laisser à dessein entre elle et les Djebala. ne constitue pas un obstacle infranchissable pour les armées modernes. le littoral est une plaine ondulée de rocs gigantesques. R'mara. au sud. surtout sur le littoral. infiniment plus grande et plus peuplée que Mthioua. Mthioua présente à la mer un littoral d'une vingtaine de kilomètres. Mthioua a une importance particulière. entre R'mara et Mthioua. Mtlrioua sert de tampon entre cette dernière province et les Djebala et il faut que le tampon soit résistant car le pays présente. L'épaisse muraille de cactus. C'est par ce chemin. puissante tribu djebalienne. Mob'ammed reçut d'eux une blouse en laine (djellaba). Elle est divisée en cinq fractions Les Aith Mh'ammed sur le bord de la mer. De R'mara au village rifain d'El-K'alâ. Aucune barrière naturelle ne s'élève en eiïet. limitrophe des Beni-Gmil (Rif) les Beni-Ali au centre. soit un total de six mille fantassins pour toute la tribu. Chacune de ces fractions peut lever douze cents fusils. des points faibles. Elle sert en effet de passage entre le Rif et la province de Djebala. Ses collines peu élevées sont loin d'opposer aux voyageurs une barrière aussi sérieuse que les hauts monts. . par la tribu de Methioua. à l'est par les Beni-Grnil (Rif) au sud par les Beni-Seddath (Rif) au nord par la Méditerranée. Frontière occidentale du Rif. maintenant. des tribus rifaînes méridionales. une paire de babouches neuves. aboutissant au nord à la Méditerranée et au sud-ouest aux Djebala Aith Abd-Allah (enfants d'Abd-Allah). Cette espèce de Chaussée des Géants est appelée par les indi- gènes Selloum (échelle). dont les vagues de basalte ne peuvent être franchies que par l'oiseau ou par le pied agile de la chèvre. Il alla faire une longue tournée dans les tribus limitrophes de la province de Djebala et il rentra dans le Rif. Elle est bornée à l'ouest par R'mara. LE MAROC INCONNU voici arrivé. Laissant à sa gauche le petit port do T&krnout. qui ne manqueront pas d'opposer une forte résistance dans le retranchement naturel formé. et Rebô-el- Fouk'ani (fraction supérieure). baignée par la Méditerranée. un h'aïk et une petite somme d'argent. et en bloquant ensuite dans leurs montagnes les populations méridionales. Celle-ci finit toujours par la repousser à l'aide des contingents fournis par le Rif alarmé. que devront pénétrer les corps d'armée ayant à opérer dans le Rif. sur toute la ligne du sud. dans la tribu maritime la plus occidentale du Rif. tribu Djebalienne. s'enfonce dans le sud à une journée de marche (40 kilomètres). limitrophes de R'mara Tithoula (les fossés) (B). 25 environ.

-à -d. le cap). demanda le derviche habitué aux mœurs plus douces des Djebala ? » « Que tu es naïf (r'echim). qu'on entendit une vive fusillade. C'est d'ailleurs ce que nous allons faire. le derviche. au village d'El-Kalâ. cordialement accueilli à la mosquée ou il trouva des étudiants et plusieurs voyageurs étrangers. il y a à El-Kalâ une garnison berbère fournie à tour de rôle par chaque fraction de Methioua. Prions sur. remportant les plats vides. Ils n'avaient pas fait cent pas dehors. en plein est donc cette tribu où village. A peine le moued'd'ène (muezzin) eût-il fait entendre son premier appel. Leur oraison funèbre est'vite faite. Situé sur le bord de la mer. depuis des siècles. Tous ses camarades l'imitèrent et sortirent avec lui. 11 attendit patiemment l'heure du sauper. « Quelle l'on se fusille si facilement. le fusil en bandoulière. par leurs ennemis personnels. il parvint. au bout d'une Journée de marche. en eut la preuve un moment après. EXPLORATION DU RIF connu aussi sous le nom d'El-Djebha (le front. marabouts. da la mosquée. On ne connaît guère le pain de blé dans tout le Rif depuis Mthioua du tout. C'est X qui l'a tué. Ils apportaient aux hôtes de la mosquée des poules. Le soir même de son arrivée à El-Kalâ. on en sème très peu. leur p Hère sans lâcher leurs fusils (klaif) de provenance anglaise. du miel. que la mosquée fut envahie par une foule de jeunes gens. La conversation et les rires des hôces de la mosquée ne s'interrompirent pas pour si peu. Le deiviche les suivit. fut apporté par quelques hommes. étudiants. Quelqu'un annonce « Un tel est mort. y jeter l'ancre. venant de R'mara. on vint annoncer que deux des porteurs du souper avaient été tués. bâti sur les deux rives de l'Ouad Tithoula qui a là son estuaire. Cependant le souper. comme d'habitude. jusqu'à Nemours. qui se faisait attendre. ajouta le jeune homme en se Jevant ». Des lampes fumeuses éclairaient . vieillards. L'un des assistants dit négligemment « Tiens On se tue par là-bas ». du pain d'orge.lui'et enterrons-le. Que Dieu lui soit miséricordieux. escorté3 d'une soixantaine d'individus. c. parait-il. du beurre. On se rendit au domicile des deux morts. Un moment après. c'est-à-dire vers neuf heures. du poisson. on ne dîne guère qu'après la dernière prière du soir. La crainte d'une invasion espagnole fait que. El-Kalâ est une sorte de petit port désigné dans le pays sous le nom de Mcrsct sidi Fetouh' (port de monseigneur Ftouh'). Ce spectacle d'un peuple armé en prière fit Il penser au derviche que la confiance ne régnait pas entre ces dévots. pour ne pas dire pas Le repas terminé. qui venaient faire. lui répondit un écolier 1 Nesommes-nous pas dans le Rif? A-t-on jamais vu un rifain mourir de mort naturelle ? Tous périssent par le fer ou les balles. le derviche fut. les soixante individus s'en retournèrent chez eux. dut prendre par le sud des Aith Moh'ammed afin d'éviter les falaises rocheuses du Selloum. Après avoir fait ce détour. Dans tout le R'arb. Les gros navires peuvent.

Malgré sa grossièreté et sim naturel farcuche. il est de tradition chez lui de bien accueillir les hôtes. Dans le Rif. A perte de vue. des combats ensanglantent la tribu. s'étendent des figuiers de Barbarie. LE MAROC INCONNU les deux cadavres. Le derviche voyageait sans se presser. Les chefs de . se rendant au mar- ché du lundi (Souk'~el-Etheniri). l'arrêteraient promptement dans sa course. La nuit se passa à prier. Elles vont à l'eau. Trois hommes restèrent finalement sur le carreau. couvrant collines et vallons de leur messe verte. par deux ou trois maisons confédérées. à manger et à boire. Le lendemain matin. La veillée des morts n'a rien de lugubre dans tout le Rif. s'ils s'avisaient de se montrer pendant le jour. tout en gagnant quelques centimes en récompense des versets du Coran. Les indigènes de Mthioua sont de race berbère. Bien que ce fût l'été. les mœurs et les coutumes des habitants. Le Mthiouien est robuste. allant d'un village à l'autre. sans être jamais inquiétées. très enclins au meurtre. dans le village même de Sidi-Brahim (monseigneur Abraham). du beurre. étudiant le pays. On les a tués ». Presque partout. le derviche quitta Et-K'alâ. aux champs. existent entre eux. sans manifester le moindre chagrin. de maison à maison. inextri- cable. Moh'ammed leur ayant dit « Pourquoi ne pleurez-vous pas ? ». du moins pour Jes écoliers qui trouvent là une excellente occasion de faire ripaille. Les sentiers étroits ne manquent pas cependant dans cette singulière forêt. On se les arrache littéralement de famille à famille. et les vainqueurs emmenèrent triomphale- ment l'étranger dans la chapelle de leur âzoua. n n'est pas rare de rencontrer des jeunes hommes de vingt ans. ânonnés sur les trépassés. les femmes peuvent circuler sans danger dans les' rues. soufflait sans discontinuer. au bois. vivent dans une indépendance complète. parties des âzoua voisines de la sienne. Le derviche fut témoin un jour d'une bataille rangée. dans chaque village. que l'on avait prestement lavés et recouverts d'un suaire. la tête restant visifile. déjà sillonnés de cicatrices de balles ou de coups de couteau. en tout temps pour elles seulement il y a amnistie complète et éternelle. des balles. fort comme un sanglier. ils répondirent «Ils ont tué. Les maîtres de la maison servirent aux étudiants du miel. Il arrive souvent que les différentes âzoua d'un même village sont entre elles à couteaux tirés. Tous parlent le thamazir'th très peu connaissent la langue arabe. la brise de mer rafraîchissait l'atmosphère. occasionnée par un voyageur étranger que se disputaient deux familles. de terribles inimitiés. il se mit à gravir une succession de collines et de petites montagnes couvertes de villages. situé au centre de la tribu. de village à village. du pain mangèrent et burent avec eux. on appelle âzoua un petit clan constitué. Chaque jour. Alors les hommes ne sortent que la nuit. Tournant le dos à la mer. En revanche. Chaque âzoua a sa chapelle particulière. Ils sont braves.

ou rayées de blanc et de noir. Ces mercenaires pour labourer leurs terrains et garder leurs troupeaux. en général. femmes. 5 ou 6 bœufe. de 4 à 5.le montant du douaire. les beautés moyennes valent de 1. il tue 2. Dès qu'il est hors du village. A Mthioua. de la sûreté et du bonheur. C'est pour cela que les rares au Maroc. exposés à tant de périls. Les laides montent jusqu'à 500 fr. en atteignant le territoire de la traction voisine. sort avec le futur «t ses amis et l'on se rend chez le cadi de la tribu qui dresse l'acte de mariage. Il faut être poussé par voyages et les voyageurs sont une impérieuse nécessité pour quitter son hameau. les étrangers voisins.000 fr. 3. lides. sous bois.couscous sont préparées des jarres au ventre rebondi. Cette rece- les étrangers hébergés dans les mosquées. ou son douar. une sécurité relative forêt de rapport à notre Rif mais quelle sécurité La Bondy était. Il part furtivement pendant la nuit en se faufilant de l'annoncer. des bracelets d'argent De riches boucles d'oreilles aux énormes circonférences. Il va sans dire que la. Elles coûtent fort cher aux maris qui les achètent au père ou ar tuteur légal.. les très jolies. mais. N'oublions pas les bagues d'or et (rehif). principale intéressée n'est jamais consultée.500 fr. la mère du jeune homme .000 à 1. et dans tout le Rif du reste. Si la demande est agréée. se remplissent de lait. 4. L'usage du voile est inconnu. Elle est vêtue d'une sorte de des blanche appelée frehiff -elle porte des babouches rouges périscê- d'or ou ornent ses chevilles et ses poignets.voyage. par le séjour de la paix. Des montagnes de. le long des murailles. si c'est possible. accompagné demander au père ou au tuteur la main de la jeune fille et. Les soeurs. court les mêmes dangers que membres. ou le tuteur. Ensuite le fiancé rentre chez lui faire les préparatifs de la noce. toile La femme mthiouienne est belle.. Le prétendant. parmi les pièces de ses colliers. trouvera. Des trêves interviennent de temps à autre entre âzoua et villages A Mthioua. s'ils des vêtements d'une autre couleur n'ont rien à craindre portent du dont les djellaba sont toutes que celle des effets des habitants pays. la les deux pans du de grandes agrafes d'argent retenant sur poitrine ses atours. le père. les tantes. part bijoux. un diadème doré ou argenté. immunité ne concerne que noires. Suivant sa fortune. Les pièces françaises et espagnoles dominent. ses vant l'hospitalité dans une famille. elles durent peu. complètent Peu de monnaie marocaine d'argent dont ses doigts sont chargés. sa ville. des colliers chargés de louis d'or ou de pièces d'argent. Les femmes et les filles se montrent à visage découvert. sont sacrés comme les il se garde bien quand un chef de famille veut entreprendre un. Tout parent ou ami. plus le trousseau et les de trois ou quatre camarades. il se lance à toute Il vitesse dans la campagne. Les vierges se marient très jeunes entre dix et quatorze ans. EXPLORATION DU RIF ` sont obligés de louer des étrangers famille.

annonce à la population du bourg que la jeune fille n'est plus vierge. elles se précipitent à la rencontre de la jeune fille. les invités continuent à festoyer toute la nuit. Il n'est pas rare de voir une mère entourée de sept ou huit enfants. La femme rifaine est très féconde. Dès que l'escorte est en vue. sa virginité. Dans la maison du futur maître. déclamant d'anciennes poésies. baignant dans un océan de miel. Un éclair. On ne néglige rien. Cette nouvelle est accueillie par d'indicibles you-you auxquels répon- dent des feux de salve bien nourris. la conduisent dans sa nouvelle demeure. Il se fait sans tapage. par l'entrebâillement de laquelle s'allonge le canon de son fusil. armés de leurs fusils. Hommes et femmes de ce pays terrible considèrent les nombreuses familles comme une bénédiction du ciel. se dirigent vers la demeure de la jeune fille. donnent le signal du départ par une décharge générale de leurs fusils. Aux premières lueurs du jour. chez ces rudes montagnards. Un moment après. comme il convient d'ailleurs à celle qui a perdu la plus grande partie de sa valeur. Les you-you de l'assistance féminine sont la récompense des rimes bien tournées. il ent'rouvre une croisée. elles se retirent. font monter la mariée sur un mulet sellé d'une élégante bardelle. la ceinture fortement serrée autour des reins. Hommes et femmes chantent tour à tour. la laissant seule. une centaine d'hommes à pied. en entendant les détonations. dans tous les cas. que l'homme soit aux trois-quarts épuisé pour le marier* Le rifain se marie jeune entre 15 et 20 ans. On en cite quelques-unes en ayant eu quinze. l'enlèvent de sa selle. Quelle différence entre ce gars_bien A' . regagnent leur logis en se promettant de recommencer la fête à une prochaine noce. Il les amène chez lui et les invite à boire et à manger. commencent à pousser des you-you étourdissants. dont les salves continuelles de mousqueterie annonçent au loin l'arrivée. La femme. complètement repus. est prévenu par une matrone de l'instant solennel. suivi d'une forte détonation. toujours voilée. Ils déposent entre les mains du père le douaire promis. est placée au milieu du bruyant cortège. les invités.INCONNU confectionnant des piles de m&emmène (crêpe feuilletée). comme à une curée. en improvisant de nouvelles. s'installant avec elle dans une pièce où elles lui tiennent compagnie jusque vers le milieu de la nuit. le futur réunit les habitants du village. les femmes. modestement. qui était resté dehors à jouer et à tirer des coups de fusil avec ses amis. comme on le fait trop souvent en Europe. Dans l'après-midi. Quand tout est bien prêt. A ce moment. (1 quitte furtivement ses compagnons et court trouver sa femme. On n'attend pas. LE MAROC. Le mariage des veuves et des divorcées n'a pas l'éclat de celui des vierges. comme s'ils partaient au combat. pour satisfaire large- ment l'estomac des convives qui accourent avec empressement à toutes ces fêtes. Tandis que les mariés restent enfermés. L9 fiancé.

La députation. après avoir laissé entre les mains des voleurs cadeaux. véritable fardeau consistant le plus souvent en pièces de cent sous. se met en marche. se met en route pour Fas ou Merrakech. ou sa destitution prononcée par ses contri- bules. emportent avec lui 1. sorte de syndicat tout puissant formant la djemaâ (assemblée) suprême de toute la tribu. et nos antiques fiancés de quarante ans. L'infortunée a bien des chances de ne plus se rema- rier elle vit chez ses parents qui l'accablent d'injures et la soumettent aux plus durs travaux. avec des marques non équivoques d'un profond mépris. armée jusqu'aux dents. solide comme un taureau. d'un caïd. après une attente de deux ou trois ans. ces obligeants camarades se chargent eux- mêmes de porter l'argent. dont l'éreintement physique égale la décrépitude morale Les Rifains n'aiment pas les femmes stériles qu'ils répudient. Le nouveau titulaire. Elle rédige l'acte de nomination qui sera ratifié. Cette plaie de nos pays civilisés est extrêmement rare dans leRif où l'on ne plaisante pas avec l'honneur des femmes. chargés de surveiller le nouvel élu ainsi que la précieuse sacoche. destinés à sa Majesté Chérifienne. Elle évite adroitement de tomber dans les nombreuses embuscades qui lui sont tendues. Afin d'éviter toute désagréable aventure. montée sur des mulets. l'homme qui doit occuper le premier rang parmi ses pairs. donne lieu aux opérations suivantes. on les destitue avec une facilité incroyable i on les massacre plus facilement encore. La djemaâ désigne donc l'un de ses membres en remplacement du caïd disparu. quand on veut bien en élire un autre à sa place Les principaux notables du pays. Voilà à quoi se borne sa soumission. je vais dire comment Mhtioua et ses sœurs du Rif se donnent des caïds. habits. muni de cet acte. J'ai déjà dit que toutes les tribus rifaines sont indépendantes et ne reconnaissent nullement l'autorité du sultan de Fas. violente le plus souvent. quand elles veulent bien les tolérer.000 francs de cadeaux. Mais on ne le laisse pas partir seul i on lui adjoint quatre ou cinq de ses anciens collègues. Les caïds rifains sont des fonctionnaires cent fois plus instables encore que nos ministres et mille fois plus exposés qu'eux au fer de leurs concitoyens On les élit.500 ou 2. elle revient bredouille à la tribu. leurs mœurs n'étant pas encore assez démagogiques pour leur permettre d'aller choisir. se réunissent dans une mosquée ou dans un lieu de marché très fréquenté. dans les bas-fonds de la société. pour la forme. qui ne peut être que l'un d'eux. par le sultan. Galiya cependant a une garnison marocaine et paie un impôt régulier. La mort naturelle. Ils se sont entendus d'avance sur le nom du futur élu. Elle n'aura pas la suprême ressource de la paresseuse européenne la prostitution. Si elle n'a pas ce bonheur. EXPLORATIONDU ftlf musclé. mulets et un ou plusieurs de . Pour ne plus revenir sur ce sujet.

est une altération 4e :a particule vocative yal* . c'est-à-dire là ou se trouve l'Empereur. a s (1). voit à la droite et à la gauche du souverain. Resté seul dans celte vaste en si et au Maroc en s. deux rassurants. dans une salle d'attente. très près du venu de s'asseoir sur un siège. placé en face trône. Le futur fonctionnaire car il s'avance lentement jusqu'au pied du trône. L'huissier rompre l'entretien. non sans terreur. rentre dans la salle du à très haute voix trône. elle arrive sans encombre à Fas ou à. aux regards peu archanges parle soudain. attendant audience. ce qu'ils veulent. annonçant « Les Beni X sont arrivés » Le sultan. d'habitude proche parent les petits cadeaux des pauvres montagnards.' c'est-à-dira en s'embrassant le bout des doigts de la main droite. Ce person- poser quelques questions du sultan. Si. L'un de ces terribles gardes du corps. et celui- une ci ne saurait pas d'avantage qu'elle est là. Si la députation s'avi- sait de se soustraira à cet abus. Il fait un geste signifiant: Faites entrer. ses les récoltes. il tourne le dos au Chérif. L'empereur prend le papier il le passe à l'un des ministres assis à ses côtés. le prince fait un geste de la main. pieds- L'huissier de la salle du trône vient leur nus. prévenu d'avance. sans dire un mot. cn ne lui en fait pas un reproche. Si. d'où ils sont. Le nouveau caïd suit l'huissier dans la salle. l'esprit de la population. à sa porte. Alors le sultan adresse la parole au caïd. » (Lève-toi. au contraire. est assis sur un siège élevé. assez riche pour dédaigner nage. Le caïd est conduit par l'huissier dans la salle du conseil (*w^). Une fois satisfaits^ les chambellans introduisent les députés. 1 interroge sur sa tribu. son premier soin est de se rendre à la porte du palais impérial. Elle prévient les cham- bellans de son arrivée et de son désir d'êtrj -introduite auprès de leur maître. Ceux. Le ministre lit l'acte à haute voix. Pour notables. ouvre la porta à deux battants.ci font la sourde oreille jusqu'à ce qu'ils aient prélevé une partie de la somme destinée au souverain. Il salue le prince à lamode marocaine. C'est (1) En Algérie. ô seigneur. ignorant cet usage. politesse connue là-bas sous le nom de bendok' (^J-Xv). elle ne verrait jamais le sultan. sur des sièges moins élevés et moins luxueux que le sien. LÉ MtAROC iKCONNtf ses membres. aussitôt du caïd « Noudh. Le caïd obéit et présente au prince. sidi (monseigneur) a été abrégé pousser un peu loin l'amour de la concision 1 a. debout et l'épée haute. D'une voix brève. son acte de nomination. affectée spécialement aux réunions des caïds à certaines époques de l'année. un peu en arrière. précédant s.) s'approche Le caïd se lève. S'il est au courant de l'étiquette de la cour chérifienne. Merrakeche. Le sultan répond de la même manière à ce salut. On se contente seulement de sourire de la grossièreté du rustre. il se retire à reculons (sy^-tL-). les troupeaux. il ordonne au nouveau du sultan.

dans la salle du trône. escorté de dix cavaliers réguliers (mkho/Zni. à laquelle nul européen n'a jamais assisté. Le lendemain matin. ils seront hébergés dans le temple consacré à Sidi-bel-Abbès Es-Sebti. et l'huissier les fait passer successivement dans là salle du conseil où ils retrouvent leur élu. récite la Fatih'a et lit les voeux écrits sur le papier. suivant l'importance du personnage et celle de sa tribu. pluriel. écrites sur un papier. se tourne vers les étrangers. les cavaliers. repus. retournent dans leur garnison. à reculons. mais ils voient l'huissier. apportant au sultan une infime partie des sommes perçues. Les députés savent que l'audience est terminée ils sortent du à palais. d'exactions. ses ennemis personnels accusés d'être en retard pour le paiement de l'impôt. Après un ou deux mois de cette existence. avait fait face à la salle du trône. qui les emprisonne. Celui-ci qui. "Si l'en est Fas. les villages s'empressent d'apporter des cadeaux à l'élu des notables. des députés et de leur tribu. L'huissier ouvre alors la porte de la salle du conseil toute grande. Le sultan et les députés ne peuvent pas se voir. psalmodient à haute voix le premier chapitre du Coran (El-Fatih'a). Le cachet porte l'inscription suivante « X caïd de telle tribu. à ses contribules émerveillés. rejoindre ses compagnons. caïd. chargés de l'accompagner jusqu'à sa tribu afin d'en rapporter les impôts arriérés. La mission reprend le chemin du Rif avec ces dangereux auxiliaires qui seront logés chez le caïd et deviendront les exécuteurs de ses ven- . Ces prières. Le sultan reçoit les députés les uns après les autres. amènent à celui-ci. élevées à la hauteur du visage. vivent sur les hameaux soupçonnés de sourde hostilité contre le caïd. de gré ou de force. auquel ils ajoutent toujours des invocations et des souhaits en faveur du caïd. comme s'ils lisaient dans un livre. dont la presque totalité s'est engouffrée dans leurs poches. qui part alors. Le chef indigène. une description romanesque. une scène grave et solennelle. gouverne avec l'appui de son çoff. Le tout est destiné au caïd. sont transmises à l'huissier. assis sur leurs sièges. Les mkhazniya font des tournées dans la tribu. privé du concours des agents impériaux.geances. Alors a lieu. jusqu'alors. dont il fera plus tard. » Un beau vêtement et un superbe cheval accompagnent cet envoi. EXPLORATION DU WP pièce. il aura le temps d'admirer les beaux tapis et les riches tentures. mkhazniya). Le dernier personnage présenté au souverain offre les cadeaux il les dépose au pied du trône en disant « Voici l'offrande do. A la vue des cavaliers réguliers. » et il va. jusqu'au . c'est la mosquée de Moulaye Idris qui leur offrira le gîte et le couvert si c'est à Merrakèche. chargés de présents. Le souverain et ses ministres. dont le choix a été ratifié par le sultan. les mains rapprochées et ouvertes. debout sur le seuil de la porte. commet toute sorte d'abus. dans celles du caïd et de ses partisans. le sultan envoie au nouveau caïd un cachet d'or ou d'argent.

les impôts de telle ou telle tribu insoumise 1 Le rifain se prêterait peut-être assez docilement à une perception régulière et équitable des impositions. incapable de les protéger contre la rapacité des caïds impériaux ou indépendants. les quotes-parts sont minimes. Il met en avant sa qualité de petit-fils de l'Apôtre. Ils exemptent leurs partisans de toute charge.Ils finissent par s'entendre entre eux pour pressurer le pauvre monde. des condamnations capitales. Celui-ci. Les cadeaux reprennent le chemin de Fas ou de Merrakèche. fait ou ne fait pas ratifier cette élection par le sultan. Elles nomment une djemaâ qui reçoit le mandat impératif de ne prélever aucun impôt. Il ne ramène ces prétendus sujets à de meilleurs sentiments qu'en pleurant misère dans de longues missives. verain. il finit par imposer une de ses créatures à la tribu rebelle que l'anarchie a épuisée. accablant sous de lourdes taxes leurs adversaires. tE MAROC INCONNU jour où. et les Agences euro- péennes apprennent au monde étonné que Sa Majesté Chérifienne a fait rentrer. les crimes et délits. dans ce dernier cas. qu'il considère plutôt comme un présent dû au descendant de Mahomet que comme une redevance obligatoire. 10 ou 15 francs par an. Les discordes. Il y réussit quelquefois. Au surplus. L'exercice du pouvoir grise ces élus du peuple. Elles sont fixées par la djemaâ au prorata des moyens de chacun. Il use alors de diplomatie pour faire rentrer la tribu rebelle dans le devoir. dans les circonstances graves. les assassinats se multiplient l'anarchie est à son comble. il est assassiné ou obligé de se démettre. même pour les plus riches. que son féal caïd est révoqué ou a succombé sous le poignard des assassins. apprend par hasard. Une révolution est nécessaire pour leur arracher la puissance dont ils abusent. argument irrésistible devant lequel s'inclinent les tribus les plus indépendantes. Le çoff vainqueur lui donne un successeur et. et il . tant bien que mal. par la force. le nombre des mécontents s'étant accru et son parti s'étaht affaibli. selon les circonstances.. La part du pauvre est minime quelques centimes tout au plus. mer. quelques mois plus tard. Aussi quelques-unes ont-elles pris le sage parti de s'administrer elles- mêmes. où il fait honte à ces tièdes musul- mans de ne pas accomplir l'un des préceptes fondamentaux du Coran. C'est ce qui explique l'agitation continuelle des tribus rifaines et leur peu de considération pbu¥ un sou. les caïds et les membres de la djemaâ sont insatiables. les vengeances. Malheureusement. C'est lé moment psychologique attendu patiemment par le sultan. souverainement injustes. Souvent aussi' il attend plusieurs années avant de voir revenir à lui ses enfants égarés et ses contributions impayées. Le rôle de cette Assemblée se borne à répri-. Grâce à ses intrigues et aux quelques partisans qu'il peut avoir. Malheureusement les membres de la djemaâ eux-mêmes ne sont pas incorruptibles. à représenter la tribu dans les relations extérieures et à prononcer. n'excédant jamais.

La nuit venue. décoré du titre de Cadi. ne se réunit que dans les circonstances graves. Mthioua expédie de temps à autre quelques cadeaux au sultan. injustement accusé d'un meurtre. la djemaâ s'in- terpose. obsédé de l'idée fixe de ne pas mourir sans avoir envoyé encore quelques balles à ses derniers ennemis. s'il n'est pas tué dans une battue. et alors malheur à celui qu'elle poursuit 1 Il sera traqué comme une bête fauve. La répression des crimes et délits. les parents des victimes se chargent d'en tirer vengeance eux-mêmes. Depuis dix ans. La djemaâ générale. avait été arrêté par les membres de la djomaâ et fusillé à bout portant. Depuis plusieurs années. Chaque village a sa petite djemaâ. quand un crime revêt des circonstances particulièrement atroces. se jeta dans la broussaille et com- mença contre les assassins de son frère une guerre d'extermination dans laquelle six de ses cousins germains et dix-sept de ses ennemis trouvèrent la mort. entraînant avec lui ses proches parents. 'prononça les bannissements. me racontait cette année son histoire. il attend une occasion favorable.endes. Quelquefois cependant. composée de tous les représentants des diverses fractions. au milieu de sa famille épouvantée. frappe les arr. C'est elle qui décide de la paix Ou de la guerre. guettant la possibilité de rentrer dans ses foyers. 6 .nistre elle-même au moyen de représentants élus dans chaque fraction. dans sa propre demeure. la vendetta est à l'ordre du jour. fraction de Galiya. Un rifain des Beni-bou-Gafer. une vente. le rifain. condamné à vivre éternellement dans la brousse ou à s'expatrier. Ils ont une taille au-dessous de la moyenne. Aucune espèce d'administration n'existant dans le Rif. Mthioua n'a pas de caïd. Il était le seul homme de sa famille restant debout. bien que sa carabine eût abattu huit membres de la djemaâ. Son frère. EXPLORATION DU RIF fait rentrer alors les impôts en retard. est plutôt un scribe dont la plume est utilisée pour fixer sur le papier (scripta manent) quelque événement mémorable: un mariage. femmes et enfants. Une vieille tradition locale prétend que les Mthiouiens sont d'origine espagnole. Malgré son indépendance absolue. particulièrement instructive. Aussi. laissant aux pauvres diables de la tribu quelques hardes avidement partagées. Le t'aleb. non un acte de soumission envers l'Empereur dont la puissance temporelle n'a jamais effrayé les Rifains. Il s'embarqua à Mliliya et vint à Oran chercher du travail et un peu de tranquillité. un divorce. Cette petite répu- blique s'adm. besogne délicate et dangereuse pour le caïd qui s'en charge. Ce sont des présents faits au descendant du Prophète. Leur intelligence. n'incombant à personne. ne put-il plus tenir dans la tribu. Ses biens deviennent la proie des membres de la djemaâ qui s'attribuent les plus gros lots. on ne sera pas surpris d'apprendre que l'autorité judiciaire y est également inconnue. Sur toute l'étendue :lu Ilif.

ils ne parvinrent pas à le retenir. Principaux Villages de Mthioua Takmout (l'entourée de rochers) (B). Toute la campagne. dans l'intérieur des terres. il se dirigea vers le nord-est. l'ouad Tithoula. 100 feux ^j-t£ Lï Sidi-Ftouh' ou El-K'alâ (la forteresse) (A). Ils eurent beau lui repré- senter que ceux-ci étaient en guerre avec Mthioua. 100 feux AidiJI Tithoula sur l'ouad du même nom. Les habitants de Mthioua. prend sa source dans le Rebô-el-Fouk'ani. le seul qu'il possédait. des mines d'or et d'argent. elle présente à la mer un littoral d'une dizaine de kilomètres et s'enfonce. non loin de la mer. Un seul ruisseau un peu important. Les discussions sont généralement closes par des coups de fusil. Il est vrai que Mthioua est limitrophe de R'mara. Trcibu des BKNI~aMII* enfants du bien. pays où la nature semble avoir réuni les plus belles richesses minérales du monde. port de mer. des deux côtés de la frontière de Mthioua et des (1) C'est le mot arabe J^* dont le dj a permuté avec un g. à une vingtaine. Une soixantaine de hameaux. Elle se compose de trois fractions Mest'aça au nord Ichaouiyyin (les Chaouia) (B) l'ouest. C'est en vain que les habitants de Tazayyarth voulurent dissuader le derviche de s'engager dans les Beni-Gmil. ne comprend pas la plaisanterie. court du sud au nord et se jette dans la Méditerranée à El-K'alâ où il forme un petit havre. emplacement où se tient le grand marché de la tribu. LE MAROCINCONNU un peu épaisse. Tazayyarth (la vigne) (B). port de mer. 100 feux ^bjo Forces militaires 6. Ces deux dernières forment le sud de la tribu. Instruction coranique peu répandue. lui attirerait des désagréments chez ses futurs hôtes. et il avait le pressentiment que ce vêtement. 100 feux ^j^> Souk' el-Ethnin (le marché du lundi) (A). On trouve sur la limite occidentale de la tribu. Beni-bou-FraK à l'est.000 fantassins.000 habi- tants. Zerk'eth au sud. du beau) (1) J^J' j^> (les Tribu maritime. . Une seule chose ennuyait Moh'ammed il portait une djellaba mthiouienne. l&s-AUh Ali à l'est. Population probable 30. ne savent exploiter le précieux minerai. Parti de bon matin de Tazayyarth. enclavée entre Mthioua à l'ouest. pas plus que leurs voisins de l'ouest.

à raies blanches et noires. » Moh'ammed se hâta de confirmer ces paroles et de déclarer qu'il avait été simplement l'hôte de cette tribu. il aperçut. notamment chez les Beni-Gmil. fuyant les horreurs de la guerre. alliée à R'mara. Des arbres fruitiers à perte de vue. la mer. leur disant que les Mthiouiens. armés de fusils anglais. A la vue dx derviche et de sa djellaba mthiouienne. à les épouvanter. s'ouvrait large- ment au nord. peu rassuré jui-même. péné- traient dans les habitations. . ceux-ci. aux forces dont ils pouvaient disposer. Au bout de cent pas. ils se mirent à crier en arabe « C'est un mthipui tuons-le». ÈXPLOfiATÎOtf DU Bitf Beni-Gmil. ça et là. gens de Mest'aça. les ruches. Moh'ammed. à l'ombre des arbres. par ses cris. « Le bruit a couru chez nous. et. Chacals. des mares peuplées d'une infinité d'oiseaux de passage. laissait pendre. L'homme dit à ses compagnons qui arrivaient « C'est un ami il n'est pas de Mthioua. Le premier arrivé près de lui le mit en joue. appelée gueVt'aya. regorgeant de miel. du haut d'une colline. La petite ville. s'effrayant à peine quand notre voyageur. que Mthioua. piquant droit sur elle. Ils étaient couchés dans l'herbe. il tomba dans une embuscade de 150 à 200 individus. une mèche de cheveux. vêtus de djellaba noires. Le vagabond dit alors ces seuls mois la bas (1) l'autre releva de suite le canon de son fusil. que le derviche n'avait pu entrevoir que deux ou trois fois à travers le dédale des cactus. dans lesquels le derviche trempa plusieurs fois ses doigts. Nous. sangliers traversaient tranquillement les ruea. une petite ville bâtie sur le flanc d'un coteau. A deux kilomètres devant lui. Les chefs de la troupe le soumirent à un long interrogatoire relative- ment aux intentions de leurs ennemis. Au pied de ce coteau. Un chef lui (1) Dites la basse. Vers le milieu du jour. A côté des maisons vides. Les fruits mûrs jonchaient la terre. renards. complètement nue. était déserte. Les récoltes abandonnées pourris- saient sur place. tout le cuir chevelu était soigneusement rasé. divisée en trois tresses. un petit ouad. Autour de la racine de cette mèche. Et ils se précipitèrent sur le voyageur. nous la' surveillons. bien tranquilles chez eux. La tête. cherchait. Ces deux mots magiques sont arabes ils signifient point de mal. Mais la frontière est bien gardée. Ne pas oublier que toutes les lettres arabes et berbères se prononcent. laissaient couler dans l'herbe des flots d'or. ils ont le sens de je suis un ami je n'apporte pan le mal avec moi. Les habitants avaient abandonné leurs demeu- res. capitale des Beni-Gmil. ne songeaient nullement à se mettre en campagne. d'une longueur extraordinaire. dirent-ils. jusqu'à Zerk'eth. c'était Mest'aça. du côté droit. depuis le littoral jusqu'à la limite des Ichaouiyyin. descendit la colline. dans la direction du nord-est. Les animaux sauvages avaient élu domicile dans les hameaux déserts. étalant. » Le derviche les rassura. Dans le Rif. dait nous attaquer sous peu.

Sa djellaba mthiouienne provoqua un rassemblement. Deux allèrent décrocher du mur un panier bourré de pain d'orge. sur des assiettes en terre vernissée. «C'est un mthioui. la ville n'est point malsaine. LE MAROCINCONNU donna un morceau de pain c'était une énorme tartine de mial. du poulet. On laissa le derviche manger à son aise. ne le suivit pas longtemps. empestant l'atmosphère. se hâta de gagner la mosquée. La brise de mer souffle régulièrement de 10 heures du matin à 6 heures du soir. « Pars. femmes. Malgré tout. en était écœuré. Le repas fini. Hommes. Une cinquan- taine d'étudiants de tout âge. riche et prospère. il n'y avait pas une goutte d'eau dans la rivière. est inconnu dans le Rif. en amont. Imaginez des ruelles torlueuses. cause de tant d'alarmes. s'était assis dans un coin. L'alcoolisme. du beurre. on lui demanda de quel pays il était. aime les étrangers. on lui en apporta immédiatement deux. dit-il. dont l'hostilité s'était subite- ment changée en vénération. Le derviche. Sauf les mares dont nous avons déjà parlé. bâtie sur la rive droite. d'un profond respect. Des figuiers de Barbarie. Moh'ammed. logé à la mosquée. Quant aux gens de Mthioua. On sait que les aliénés sont. étaient accroupis sur des nattes. il eut le temps d'examiner à loisir la ville de Mest'aça. le nom de Ouad Beni-Gmil. Le derviche les endossa et jeta à la rue la djellaba mthiouîenne. Ayant manifesté le désir de changer de djellaba. Te voilà à présent en terre musulmane. des œufs. Les animaux crevés pourrissent au soleil. toutes blanches. D'autres écoliers lui apportèrent. Tu n'as plus rien à craindre. source de tant de démences furieuses chez nous. sans désigner son lieu d'origine. débarrassé des curieux. l'objet d'une grande pitié. des plantes vivaces poussent en plein guano humain. Il arriva dans la vallée de l'Ouad Mest'aça qui porte. Cette localité mérite bien le nom de mdina (ville). emportant au loin l'atroce puanteur. La foule. psalmodiant à tue-tête des varsets du Coran. Elle est presque aussi grande que notre Mostaganem. accentuant encore plus son air habituel de derviche un peu timbré. Leur folie est généralement inoffensive. couleur distinc- tive des hôtes. entra dans une mosquée. Mais quelle cité malpropre Le derviche lui-même. Ils le placèrent devant le voya- geur qui. Notre tribu. du miel. disait-on. poursuivit sa route. dès son entrée. et ce n'est pas peu dire. » Le voyageur. des tas de fumier et d'ordures alternant avec des cloaques où croupit l'urine des animaux. chez tous les musulmans. . le prenant pour un fou. Nourri. enfants l'examinaient curieusement. Moh'ammed déclara qu'il était rifain. laissant là ces guerriers. Moh'ammed traversa le lit rocailleux du torrent et fit son entrée dans la ville de Mest'aça. ce sort des nçara (chrétiens). rendant la circulation difficile. Aucune parole n'avait été échangée.

depuis notre départ de Tar'zouth. l'obliger à divorcer. de marcher courbé et très vite. dès qu'ils ne sont plus sous l'œil paternel. la condition du juif marocain dans le Rif. La ville de Mest'aça compte cinq mosquées. quand il passe devant une mosquée. ainsi que cela a lieu dans les autres cités marocaines. Non-seulement il a su s'introduire au milieu de la population marocaine. telles que le vol. Il taudrait un volume pour détailler les différentes avanies que subit le juif marocain. EXPLORATIONEU RIF Il y a à Mest'aça une nombreuse colonie juive. qui a su. Les parents ont beau leur interdire sévèrement ce jeu barbare. étrangement tenaces et rusés. sans pouvoir faire rapporter à ce cher métal l'intérêt qu'il sait si bien retirer de son argent dans les pays où règne l'usure. les outrages à son adresse sont telle- ment fréquentes. Il a employé pour cela un expédient extrêmement ingénieux il s'est fait le juif du musulman. aux trois quarts. dans tout le Rif. qu'il n'y fait plus attention. la rebel- lion. Elles sont éparpillées un peu partout. II en est réduit à thésauriser sans cesse. Chose remarquable les Juifs de Mest'aça ne sont pas parqués dans un mellah' (ghetto). l'insulte au Prophète. Les galopins musulmans prennent un cruel plaisir à voir détaler devant eux les colosses barbus d'Israël. de le tuer même impunément dans certaines circonstances. lui imposer le choix d'une épouse. sommairement exposée. C'est la première fois. convoi- ter sa fille ou sa femme. Comme compensation. conférant au seigneur le droit de battre son juif. la plus fanatique et la plus intransigeante du monde. Le juif doit toujours appeler le musulman sîdi il est tenu (monseigneur). mais encore il a trouvé le moyen de se faire protéger par elle. Il peut le faire travailler. l'empêcher de se marier. le juif ne peut posséder un pouce de terrain. mais elles appartiennent à des musulmans. et jusque chez ses plus mortels ennemis. la trahison. les Musulmans. enfin l'expédier en voyage pour ses propres affaires. à accumuler des monceaux d'or qu'il enfouit dans le sol. le juif a droit à la protection de son seigneur. C'est un état intermédiaire entre l'esclavage et le vassclago. défendre les Liens. supportant cependant le contact de ces Sémites. Une seule est pourvue . même au péril de sa vie. Telle est. corps et biens. au milieu de popula- tions mahométanes absolument farouches. que nous rencontrons des représen- tants de cette race malheureuse. Les insultes les plus sanglantes. ne tolérant chez elles la présence d'aucun coreligionnaire étranger. qu'ils poursuivent à coups de pierre. la famille et la personne de son vassal. se faufiler partout. car. il ne manquent jamais l'cccasion de le recommencer. qui doit. un seul immeuble. d'enlever ses chaussures. On est surpris de trouver des colonies juives dans des coins perdus du Maroc. Leurs habitations ne se distinguent nullement de celles des rifains. la tentative de viol ou de séduc- tion d'une musulmane. Être le juif d'un musulman c'est lui appartenir.

Mchichou étant venu en personne sur le seuil de la porte. mulets. Alors les djemaâ sont souve- raines. cria à son mari « II y a ici un juif. mais elle bal souvent quand môme Mthioua. Ce monument. A Mest'aça. torrent impétueux complètement desséché l'été. sous prétexte qu'il ramollit ceux qui en font usage. d'observer assez bien le jeûne du ramadhan. Les Beni-Gmil ne reconnaissent nulle- ment l'autorité du sultan. et dans quelques hameaux du centre. A Mest'aça. Beaucoup de figuiers et de vignes dans toute la tribu. attribuant à la vue seule du monstre un effet médusant bien plus grand que toute les bordées de nos plus forts cuirassés. les eaux de l'ouad Beni-Gmil. située à quelques centaines de mètres au nord-ouest. Sur le bord de la mer. Musulmans peu fervents. Le dialecte est le thamazir'th. au ras des flots. tandis que l'orge donne de la force et du courage Sur la frontière méridionale. pour toute pratique extérieure. ressemblait en effet à un rabbin authentique. en hiver. est battu par les vagues furieuses. LE MAROC INCONNU d'un minaret très élevé c'est plutôt un observatoire du haut duquel on domine la Méditerranée et la Crique de Sidi-el-Badj~Es-Sald. Les Aith-Ali et les Ichaouiyyin possèdent de petites montagnes bien boisées. ils ne prient jamais. se dresse le tombeau du saint qui a donné son nom à la baie. La tribu entière ne lève que trois mille fusils. la langue arabe domine. Partout des chèvres. dont les habitants sont appelés par dérision mkerkebin er- ras (à la tête ronde et bosselée). aux dimensions énormes. la gueule menaçant la mer. bœufs. à côté de la demeure d'un juif. Les plus vieux habitants n'ont jamais entendu sa voix ils en sont fiers néammoins. on fait beaucoup de gelée de raisin. Pour expliquer ce fait surprenant. les lentilles. repose sur le sommet de la tour. surmonté d'une assez belle coupole. Il leur arrive souvent de rester sans chef pendant plusieurs années consécutives. avec sa figure de Christ encadrée de longues mèches temporales. Une vieille bombarde toute rouillée. On cultive principalement l'orge. Le blé est méprisé. La baie de Sidi-el-Hadj-Es-Saîd sert de port à Mest'aça. et que c'est pour cette raison que l'arabe est encore en usage dans quelques cantons de ces deux tribus. se contentant. Le derviche. ânes très peu de chevaux. Il se trouvait. Malheureusement le cactus envahit tout. les jours de grande tempête. Je crois que c'est un rabbin ». La banlieue de Mest'aça est une plaine couverte d'arbres fruitiers et de figuiers de Barbarie. avec laquelle elle est constamment en chicane. Une juive d'un âge mûr. ayant ouvert la porte et vu Moh'ammed. lui dit respectueusement « echchelam . le derviche eut une aventure peu ordinaire. les Berbères prétendent que les indigènes des Beni-Gmil et des Beni- bou-Frah' descendent des Maures Andalous. par hasard. elle reçoit. du nom de Mchichou. Ils nomment et destituent leurs caids avec une facilité merveilleuse. les fèves.

homme. EXPLORATION DU RIF âlikoum. le bourrant de nourriture. crut le voyageur sur parole et se mit en devoir de présider (1) Les juifs de langue arabe donnent â Vaun son chuintant qui révèle iminédia- tementleur nationalité. Il avait prononcé rapidement silam (pierres) et non selarn (paix. répondit laconiquement Mchichou. Le voyageur n'hésita pas à répondre qu'il était de la tribu de Juda. depuis le rose tendre j'usqu'à l'écar- late ardent. salut). en passant par toute la gamme des couleurs. enfants on mangea des gâteaux (mek'rouf) et du miel. « Les fils de Juda. tandis que les enfants de Benjamin pullulent dans ce pays. se tira néanmoins de ce mauvais pas en invoquant audacieusement une pré- tendue coutume des enfants de Juda. » il n'appar- Mchir. Il invoqua une excuse quelconque en réalité. invité à dire de quel pays il était. Moh'ammed. sans être ni plus propre ni plus sale que les habitations des musulmans. » (Salut à vous. lui répondit « essilam dlik (que des pierres soient sur toi c'est-à-dire puisses-tu être lapidé !). Le faux rabbin. » « Je reste. était badigeonnée intérieurement d'une manière bizarre. sûr de ne pas être compris. ne cessait de baiser humblement l'habit et les mains du bon apôtre. femme. Moh'ammed. . Dans la phrase arabe ci-dessus. Les murs offraient les teintes les plus variées. grand honneur extrêmement recherché par tous les juifs marocains. il craignait de se démas- ces gens par trop quer par une maladresse qui aurait donné l'éveil à crédules. très ignorant des usages d'une tribu à laquelle tenait pas. répondit que les juifs d'Azila s'énor- gueillissaient de l'avoir pour compatriote et coreligionnaire. lui demandant à chaque instant si sa cuisine lui plaisait. quand ils s'adressent à des mécréants mauvais arabisants. Une dernière question lui fut posée. déclara-t-il. gens de paix). selon la coupable habitude qu'ont certains arabes de dire ce mot. ne doivent jamais diriger la prière chez les étrangers qui les reçoivent. ayant à sortir. Elle lui prodiguait ses soins les plus empressés. Il s'agissait de savoir sil était issu de Benjamin ou de Juda. très dévote et ravie de posséder chez elle un rabbin. qui ignore profondément l'hébreu. ne voulut pas se charger de ce soin. lui reprochant de ne pas manger assez. » épouse. si vous restez. Le derviche s'accroupit sur une vieille natte avec toute la famille. introduit dans la maison. Mchichou rentra au coucher du soleil et pria le derviche de dire la prière. Moh'ammed. ma fille sera votre servante et votre le vagabond. tout. Il déclara qu'il était obligé d'aller. L'hôtesse. Moh'ammed.hou. consulter à cet égard la colonie juive de cette ville. t/œah!ech!a?M(l). remarqua que celle-ci. On insista pour qu'il se décidât à s'installer à Mest'aça où il ferait l'école aux avant à Azila jeunes israélites. malgré sa qualité de rabbin. Il savait en effet que Juda compte très peu de représentants au Maroc. on doit prononcer essetam- et non ecfichelam. tua une poule pour le souper. Elle finit par lui dire « Seigneur.

un vendredi. La conversation continua longtemps sur ce chapitre. devant un mur faisant face à l'est. remonta l'ouad Bèni-Gmil et alla coucher à Ouahran (Oran) (3). montra du doigt le pavillon à Mchichou. Le lendemain matin. bourg de (1)>j.page 40. au sommet du minaret de la grande mosquée. comme tous les ven- dredis.– [n-8% Oran-1895. avait pris place derrière lui. on soupa et l'on se coucha pêle-mêle sur un unique tapis. les deux seuls que Moh'ammed crut saisir. Moh'ammed. à l'article Oran. . il tourna le dos en grommelant: «Les musulmans transgressent les commande- ments de Dieu Ils devraient se reposer le samedi. selon la parole de l'Éternel. un refuge contre Satan le lapidé). La prière finie. qui ne sa lassait pas d'adresser au seigneur (les actions de grâces pour la divine journée qu'elle venait de passer. Elle prouva au derviche que le Juif Marocain exècre tout ce qui n'est pas Israélite* Nous retrouverons notre voyageur à Debdou et à Cefrou. succédaient parfois de longs silences. Mchichou lui donna une cinquantaine de frames. formule que prononcent les musulmans dans les grands dangers. et je reviendrai.lf jLL&JJi>> âSJbiyf (2) Voyez tribu de Bek'k'ouya (délaits sur l'unique cimetière juif de toutle Rif). peu galant de sa nature. » Ce mot de vendredi lui brûlait les lèvres. Dieu exauça sans doute cette prière. y compris Moh'ammed. Le derviche no soufflait mot il observait. répondit le juif. La vue du drapeau et de la mosquée lui portait sur les nerfs. vivant dans les ghettos. contre la malveillance universelle. A de forts éclats de voix de l'homme en extase. Et c'est le vendredi qu'ils choisissent pour ne rien faire!». La prière commença. Il alla se mettre debout. étaient prononcés fréquem- ment. étudiant de près ces êtres extraordinaires qui luttent. Le voyageur. Moh'amme'l dit à ses hôtes « Laissez-moi aller à Snad'a visiter la tombe de mon oncle (2). auprès de Dieu. Toutefois. Les Beni-Isguen (Mxab). La juive les suivait en pleurant. lui tourna le dos en murmurant tout bas aôud'ou biliahi mina chchit'an erradjim 1 ('1) (Je cherche. Mousa et Ilaroun. depuis des siècles. ça indique que le vendredi est un jour de deuil pour les Mahométans. après des adieux très courts. j'ai honte de vous favouer. voulant savoir ce que les juifs du Rif pensent des musulmans et de leur religion. après avoir pris le thé en famille. car la dame Mchichou ne tarda pas à s'endormir profondément. LE MAROC INCONNU lui-m*ême à la prière. quitta ses hôtes. Les deux hommes sortirent dans la rue. (3) Consulte? mon ouvrage. Le voyageur. Deux mots. Je m'embarquerai ensuite à Badès pour Azila. je n'ai pas le sou pour prendre le bateau. Le derviche se trouva placé entre un enfant et la pieuse hôtesse. dans la direction de Jérusalem. « Pourquoi ceci? dit- il Ça. Je demanderai à la colonie juive de cette dernière ville l'autorisation de venir faire l'école ici. Un drapeau vert flottait. Toute la famille. On aurait dit ensuite qu'il comptait sur ses doigts.

Partout des jardins. dans la fraction même de Zerk'eth. abondamment arrosé. A partir d'Ichaouiyyin. Instruction primaire peu répandue. le caroubier. l'amandier. Tribus de KKRK'KTH et de TARGIST (i) <L»!>jj (bleue) (A. Voir ci-dessus. sur l'ouad Beni-Gmil 100 feux.000 fantassins. De nombreux hameaux. sont enfouis dans la verdure. Sentiers muletiers. ^Jj^j Sidi-bou-Zid. dont les arbres touffus et serrés protègent le voyageur. au sud de Ouahran. le jujubier forment le fond commun de la végétation arborescente de toute la région comprise dans les hauts monts méridionaux. Voir ci-dessus. -Xij^ ç-V» Ichaouiyyiih au sud de Sidi-bou-Zid. Il ne pensait déjà plus à Mchichou. le grenadier. La tribu entière de Zerk'eth est comprise dans le massif du Djebel el-Arez (Mon- tagne des Cèdres). fraction de Zerk'eth. o^«Liyw Forces militaires: 3. couvertes de fleurs. Ao UL«o» Ouahran (démonstration) (B). Des ruisselets à l'eau fraîche et limpide courent de toutes parts. il sortit du village d'Ichaouiyyin. Population probable: 15. le pommier. du Rif.) o>u> (glacée) (B) Le derviche ne resta qu'un mois dans les Beni-Gmil. le poirier. Le sol. sur l'oudd du même nom. J)J-à Tamcrt'ast. contre les rayons brûlants du soleil. la vigne. le pays devient ravissant. sur le territoire de Allai. se succédant à de courtes distances. Principaux Villages des Beni-Gmil Mest'aça (ville de). B. le cèdre. le chêne. se dirigeant au Sud. EXPLORATION PU RIF cinquante feux. des vergers. Il y a encore dans la tribu une cinquantaine de hameaux. sur l'ouad Beni-Gmil 100 feux. l'abricotier. au sud de Ichaouiyyin 10 feux. Petites collines boisées au sud. situé au sud de la ville de Mest'aça. le myrte. Des milliers d'oiseaux nichent sur toutes les branches. l'argue!. sous leur voûte de feuillage. . donne naissance à de petites prairies maréca- geuses. Le plan général de cette chaîne de montagnes se relève à mesure qu'on s'éloigne des (1) Prononcez Targuist. dont la croupe suprême se dresse à peu près au centre de la tribu. dans la direction du grand marché du samedi (Souk' es-Sebt). Plaine au nord. mçlent leurs cris assourdissants au bruit des cascatelles. très nombreuses dans cette contrée privilégiée. Par une belle matinée d'automne. dont je n'ai pas pu avoir les noms.000 habi- tants. Le noyer. le laurier d'Apollon.

Mis au pied du mur. Les habitants d'Allal étaient alors occupés à faire sécher des figues. dans ses dépressions. accroché aux flancs d'une des nombreuses ramifications du Djebel-el-Arez. Après plus d'un an de séjour à Oran. pour ses coreligionnaires du Village-Nègre. il disait qu'il était du Sous il confiait aux Rifains qu'il était du Rif. Il se contenta de répondre aux questions qui lui furent posées à cet égard « men hena oua ha (de par là et voilà tout). il se vantait. Ce marché est très important. Installé confortablement à la mosquée. sa supercherie fut dévoilée. pourtant. le derviche fit son entrée dans le bourg d'Allal. Il aurait donc à peu près la môme altitude que le Jurjura Vers la fin du jour. aussi bien cultivées que celles de notre Kaby- lie. for- mule magique qui a le don de satisfaire tous les Marocains. affirmant que le voyayeur était de leur tamazir't (pays). d'être leur compatriote. Cette région. appelé aussi Souk' Targist (Marché de Targist). ni celui de sa tribu. jusqu'au cœur de l'été. Les Zouaoua de la Grande Kabylie. il fut traité en frère par les Zouaouas les Sousiens protestèrent. Étant entré dans un café maure. Le lenderrain de son arrivée à Allai. Un grand nombre de chaîncns de ce massif se prolongent dans tous les sens. soutinrent que Moh'ammed avait vu le jour dans le Rif. l'appe- laient « notrs pays ». où se trouvaient réunis plusieurs de ses soit-disant compa- triotes. conséquence d'une vieille habitude. Sa profonde connaissance de l'Afrique nord-occi- dentale lui permettait de s'attribuer les origines les plus diverses. On trouve quelques hameaux perchés sur les sommets ou pendus aux flancs de ces chaînons. très peuplées. il se considérait comme l'enfant de toutes les contrées qu'il avait visitées. expliquent cette réserve. où ils ne devraient avoir rien à craindre. le prenant pour un des leurs. C'est un gros village d'une centaine de maisons. accueil cordial. En Algérie même. c'est-à-dire de la mer. les Marocains de s'enveloppent mystère. Les Rifains. ni son vrai nom. quoique pierreuse. Moh'ammed. LE MAROC INCONNU Beni-Gmil. le derviche était encore. bien qu'il se trouve sur le territoire de Zerk'eth. Le point culminant du Djebel-el-Arez est assez élevé pour conserver de la neige. selon son invariable habitude. le derviche déclara qu'il était de Tunis. ayant beaucoup voyagé. Elle est admise dans tout le Maroc où jamais un indigène ne dira. son caractère sacré de derviche ne permettait pas qu'on lui tînt rigueur pour si peu. Aux Sousiens. mais que. il . de village à village. des poivrons et des tomates sur des claies recouvertes de feuilles de lentisque (dherou) et de garou (lezaz). Les haines de tribu à tribu. où il reçut ur. disparaît sous les arbres. Une fois. Moh'ammed se joignit à une bande d'étudiants qui se rendaient au marché du samedi (Scuk' es- Sebt). D'ailleurs. Cette excuse fut trouvée bonne. auprès des habitants de Fas. ne dit pas de quel pays il était. indignés. aussi inconnu que le soir de son arrivée. formant entre eux des vallées profondes.

Autour du monument. le plus grand nombre par la perspective de faire un bon repas. le tout est destiné au gardien du sanctuaire qui doit. On trouverait difficilement dix chevaux dans toute cette foule. commençant par ces mots Jcjïj v^XUI tj*> ^Xll ^iijLô' soit Celui dans la main de est l'empire et qui j* JJ> (Béni qui ca Ji" est omnipotent). et préparent de monstrueux plats de couscous. qu'avant de pénétrer sur le marché. Beni-Ourîar'el et Beni-Mezdouye s'y rencontrent avec les Djebaliens des Beni-Ayyache. Pas une femme au Souk' es-Sebt. lourde bâtisse carrée. les bestiaux innombrables et les 15 ou 20 mille hommes qui s'y rassemblent ordinairement tous les samedis. sortis des ateliers de Tar'zouth.r">. Dans le Rif. on ne sera pas étonné d'apprendre qu'au Souk' es-Sebt. Non moins régulièrement. récitent en entrant. le quintal d'orge vaut 2 fr. les gens pieux et charitables égorgent mc-utons. à haute voix. on fasse une visite au tombeau du saint de la contrée. Galîya et les tribus orientales exceptées._f?-5-. à son tour. l'entrée des marchés. plusieurs par dévo- tion. Beni-It't'eft. les crosses par terre. est pris d'assaut lui-même et gémit sous le poids des rustres qui s'y étalent de tout leur long. Le sarcophage en bois. Targist. vernis et multicolores. chèvres. de véritables batailles à coups de fusil se livrent entre les membres des différentes tribus enne- mies. Le Maroc étant le pays du bon mar- ché. Le mok'addem (gardien du tombeau) prélève. Les Rifains ont des fusils et des cartouches de fabrication anglaise et espagnole les Djebaliens sont armés de fusils marocains. dont les carreaux de faïence. s'il n'était relevé chaque année de sa grasse sinécure. des rixes. où se tient le marché. tout l'argent déposé par les fidèles dans un tronc cloué au sarco- phage. ceux du moins qui connais- sent le livre divin. réservés aux hommes. couronnée d'une vaste coupole. par exemple. en outre. La coutume du pays veut. L'immense plateau. sont rangés par grou- pes de tribus. EXPLORATION DU RIF sert de rendez-vous et de lieu d'échanges aux indigènes de plusieurs tribus. Tous ces rudes montagnards sont venus et s'en retournent à pied. les canons appuyés aux murs. Les Rifains de Zerk'eth. etc. Ces riches prébendes feraient des envieux à ce fonctionnaire. poules. Un meurtre. ou à mulet. sans bourse délier. tribu rifaine dont nous avons déjà parlé. Sidi Bou-The- min Le élevé à l'entrée du marché. nourrir les nombreux pélerins attirés là. commis dans cette enceinte inviolable et sacrée. une chèvre 2 fr. placé à l'endroit ou repose le saint. Les visiteurs. le 67' chapitre du Coran. 50 un gros boeuf 25 francs une belle poule 0 fr. Mernisa et Beni-Bechir. l'intérieur du bâtiment ne désemplit pas. Tous les same- dis. On reconnaît ces indigènes à leurs vêtements et surtout à leurs armes. La foule se presse dans l'intérieur du sanctuaire. les boutiques des marchands. est . est une >j y . peut à peine contenir les tentes. étincellent au soleil. Tous les fusils. 24 pour un sou. monument. 20 les oeufs. serait un sacrilège. qui se trouvent là face à face.

Zerk'eth a quatre fractions Ir'madh (B. ou ne savent l'r' pas prononcer grasseyé). Ces deux derniers noms sont arabes. que personne n'exploite. B. LE MAROC INCONNU interdite aux femmes. Elles sont entourées de tribus rifaines (V. Les habitants. On causa de la bataille de la journée. en lui donnant le son i. d'ordi- naire. quatre ou cinq combats au moins se livrent. dont l'habitation est tout près da tombeau. ne tardant pas à jeter sur le carreau une dizaine de belligérants..). sans s'émouvdir des détonations et des cris. et cinquante ou soixante individus y trouvent la mort. V .'on jouit d'un climat tempéré. par compensation. On rencontra pourtant quelques octogénaires ayant échappé. Zerk'cth. d'alun et de soufre. d'argent. la carte). c'est-à-dire élémentaire. est située un peu au sud de la Zaouiyat Sidî-Abd-el-Kerim. à l'escopette de leurs ennemis. très vigoureux. commençant vers la fin d'octobre. chaque tribu réoccupa son emplacement particu- lier. de viande et de fruits. Le premier signifie « Qui donne à boire une seconde fois ». A. Les balles des fusils anglais et espagnols firent merveille. La carte indique les endroits où se trouvent des mines d'or. de plomb. d'où les hommes sont sévèrement exclus. est assez peu répandue. Les pluies. finissent en mai. arriveraient aux dernières limites de la vieillesse. (1) Jjlc . une distance respectueuse du champ de bataille. Moh'ammed passa cette nuit-là sous la coupole du saint. Le combat fini. avec des alternatives de neige et de grêle sur les hauts sommets. L'instruction coranique. Elles ont. au Souk' es--Sebt. L'une des sources du fameux Ouad Ouarfa ou (Ouarg'a pour ceux qui ne peuvent. Targist n'est pas plus grande qu'une de ces fractions.000 fantassins. le second est une altération de ben-el~H'ohem « fils de l'autorité». Tous furent unanimes à déclarer que jamais jour de marché n'avait été plus calme. on faisait ses affaires. les Beni- Ouriar'el et les Beni-Mezdouye (Rif) se prirent de querelle. Dans tout le massif du Djebel El-Arez. A. si le poi- gnard ou les balles ne tranchaient prématurément lo fil de leurs jours. Les épidémiss sont rares dans cette belle région. Ce jour-là. des marchés à elles. battait son plein. par mira- cle. Ces deux tribus-sœurs lèvent 4. en com- pagnie de plusieurs autres berbères. tandis que le Souk' es-Sebt. chaque samedi.W'b On peut écrire Ir'madh avec un initial. gava ses hôtes de couscous. On s'em- pressa de faire le vide autour d'eux. Les étrangers musulmans sont bien accueillis partout. Bien que tribu distincte.) j^Uct (terrain encaissé entre des montagnes) (A. Allal et Bellah'kem (1). on la considère comme une fraction de Zerk'eth. car. à laquelle tant de liens l'unissent. Le gardien. même en éts.

montagnes moyennes nombreux sentiers. Il revint chez les Beni-Gmil où il était déjà connu. mais non escarpées. le caïd était un chérif du nom de Abd-el-Kérim El- Ouazzani (de Ouazzan). Zerk'eth. jïo Sidi-bou-Thmin (monseigneur le précieux). Targist. 100 feux. Ses derniers contreforts viennent plonger dans la Méditerranée.000 habi- tants. il entendait très bien le bruit des vagues déferlant sur la grève. Serait-ce parce que la contrée délicieuse qu'ils habitent a quelques rapports avec nos beaux sites alpestres ? Principaux villages de Zerk'eth et de Targist Allai. Jj>o ^Xa^-Aj Jj îU(JI Il y a encore dans les deux tribus une centaine de hameaux. A Mest'aça. ^*j y ^J-» Zaouiyat Sidi-Abd-el-Kerim (séminaire de). déjà cité. non loin du havre de Sidi-el-H'adj Es-Saîd. Ils lui racontèrent des choses terribles sur les exploits des coupeurs de route retranchés dans les grottes de cette montagne. Population probable: 20. le derviche reprit le chemin du nord. comme une muraille.- Après une vingtaine de jours consacrés à l'exploration de Zerk'eth et de Targist. pays de montagnes élevées. qui se dresse. Il allait vers l'est. en droite ligne. car Moh'ammed ne rencontra per- . ramassis de vauriens appartenant à toutes les tribus rifaines. lui disant qu'il serait très probablement dévalisé et tué dans le Djebel Bou-Khechkhach i^L^^y (Montagne des pavots) (A). ses anciens condisciples de la mosquée fêtèrent son retour ils voulurent le détourner d'aller chez les Beni-bou-Frah'. 50 feux. Le derviche quitta néanmoins Mest'aça. étaient occupés ailleurs. courant. Il faut croire que les rois du Bou- Khechkhach. du sud au nord jusqu'à la mer. Tribu des BENKBOU-FRAH' (Les enfants du père la joie) (A) ~Sji y a. Son autorité temporelle et spirituelle était peu considérable. Dans ces dernières années. 100 feux. Quoique voyageant sous bois et ne pouvant voir la grande nappe bleue que des rares clairières qu'il traversait. qui sépare les deux tribus. dont il n'était guère éloigné. suivant une route mule- tière parallèle au rivage de la mer. EXPLORATION DU RIF La légende attribue aux indigènes de Zerk'eth et de Targist une origine française. Forces militaires: 4. entre les Beni-bou-Frah' et les Beni-Gmil.000 fantassins.

(nom scientifique du souci. Les indigènes sont braves. . plante de la famille des Composées) (A). Plaine partout. est bâtie une assez grande mosquée. qui n'est qu'une vaste plaine très peu ondulée. servant principalement de corps de garde à une centaine de Rifains bien armés. an S. Contrairement à la coutume générale des Rifains. est littéralement enseveli sous la verdure. Le minaret de la mosquée dépasse à peine la cime des grands arbres. II y a enccre une quarantaine de hameaux disséminés dans les arrondissements à' Aougni et d'El-Fouk'i. Population probable 15. situé à quelques centaines de mètres de la mer et de la petite baie de Lcllèch (j&U (calendule). La langue arabe. avec les bandits. On cultive partout avec succès l'orge. Il se hâta de laisser derrière lui le sinistre Djebel Bou-Khechkhach que les berbères des environs ont surnommé ad'rar ad'eg bet't'oun aâouln (la montagne dans laquelle on partage les provisions de route). Dans les villages. s'étalant dans l'intérieur des terres au sud de K'oubiâ. les fèves.-à-d. et autant de l'E. longue tresse dont on a déjà parlé. A*^y Aougni. 200 feux. 300 feux. 200 feux. se dresse lîlot de Lellèch (Djezirat Lellèch). nom inconnu) au S. l'avoine. Des sources abondantes arrosent le pays. alternant avec des jardins parfaitement cultivés. ^xi>j ^o j. C'était le canton de K'oubiâ. le port de la barbe est très fréquent chez les Beni-bou-Frah'. Principaux villages des Beni-bou-Frah' JCouiiâ. plantés d'un grand nombre d'arbres fruitiers. il put voir à ses pieds une magnifique plaine couverte de villages. s'est vulgarisée et a maintenant- des tendances à supplanter le berbère. Les Beni-bou-Frah' comptent trois fractions K'oubiâ au N-O. bien entendu. Rebô-el-Fouk'ani (fraction supérieure. Toute la contrée est couverte de belles et grandes prairies. Du haut d'un dernier piton de la terrible montagne. Tous vont tête nue et rasée. A une petite distance du rivage. Beaucoup de chèvres. et quatre ou cinq seulement dans le district de K'oubiâ. c. Forces militaires 3.000 fantassins. Aougni au N-E. sur le continent. Le grand village d' Aougni (plaine) (B). mulets. JI arriva bientôt au village de K'oubiâ (petite alouette) (A). le chanvre.000 habitante. ont un goût très vif pour l'étude. En face. hospitaliers. boeufs. ^ij Sidi Ali ou Ghaio. la pomme de terre. à l'O. parlée d'abord par les pédants. rocher couvert de cactus. on se livre volontiers à l'étude du Coran. Le vêtement des hommes est la djellaba noire. Leur tribu a environ 1/2 journée de marche (20 kilomètres) du N. laissant pendre seulement la guet't'aya. qui se rasent presque tous le visage. LE MAROC INftONfttJ sonne sur sa route.

a> '\j (Les enfants (A) de l'empoignement) (B) Encadrée au N. (appui. par la Méditerranée. dqs cabarets. Les deux tribus. Un jour. bordé de marécages aux eaux fétides. empoisonne la contrée. au S. ce vers &md ir'i. il fut dispensé de payer les 10 centimes exigés pour la traversée de la terre ferme au peflon. s)U. il prit fantaisie à Moh'ammed de visiter Badès. Snad'a est en plaine. par les Beni-bou.. Beni-Mh'ammed. J. fournissent chaque jour. au S. Ils y font emplette de toutes sortes de marchan- dises. A Snad'a. B. Non loin du rivage. juments. chargés de surveiller les faits et gestes des Espagnols cramponnés à leur rocher (Penon de Yelez). DÛRIF EXPLORATION Tribu des BENI-IT'TEFT •j>?. Des ruelles encombrées de soldats espagnols.) (1). La langue berbère domine dans les deux fractions méridionales. Ils furent arrêtés par les hommes du corps de garde et soumis à une visite en règle. Elle se compose de trois fractions Snad'a.Frab1 à l'E. véritable ville de'7 à 800 maisons. Cependant. même au poids de l'or. Après leur débarquement. chacune à son tour. dix hommes de garde. Beaucoup de champs de fèves et d'orge. les cinq musulmans se présentèrent à la porte du presidio. La fièvre règne sur ses bords. Il s'embarqua. encombré de lauriers-roses. partout où les jujubiers sauvages ne l'ont pas envahi. 2. Il est défendu à ces Européens de mettre le pied sur le continent. 1894. qu'ils refusent de vendra à leur ennemis des vivres ou de l'eau douce. certains individus aux mines patibulaires. l'arabe est très répandu. In-8» Paris. par Zerk'eth-Targist. . Comme ils étaient sans armes. ^jJjîJ. m. au S. à l'O. refuge). 10 de l'E. etc. à l'O. dans un canot manœuvré par quatre rameurs rifains. mes Légendes et Cuntes merveilleux de la grande Kabvlie. Les Rifains au contraire peuvent se rendre au pefion qu'il nomment Djezirat Badès (île de Badès). quelques maisons particulières.& i> et Aoufas. Bek'kouya et Beni-It't'eft. L'Ouad Badès. cette tribu a environ 20 kilomètres du N. avec quatre ou cinq t'olba des Beni-It't'eft. p. La haine de l'espagnol est tellement vivace chez les Berbères. En sa qualité d'hôte. quelques troupeaux de moutons. (A. bœufs. des boutiques. par Bek'k'ouya. voilà ce qui frappa le plus notre voyageur dans sa courte visite au (l) Mot arabe berbérïsé. on les laissa pénétrer dans l'enceinte fortifiée. Ils laissent leurs fusils au corps de garde rifain bâti sur la terre ferme. constamment battu par les flots. le sol est fertile. Snad'a peut être aussi un mot berbère signifiant « baratter » Cf. Ils sont tenus d'y débarquer sans armes. s'élève le rocher aride de Badès.fascicule. Ces deux dernières offrent une série de petites collines courant en général du N..

s'amusèrent à détruire à coups de canon cette ville célèbre. à l'endroit où s'élevait autrefois l'importante cité connue dans l'histoire sous le nom de Bxdès ou Badis. En y séjournant plus longtemps. Partout la roche nue. fort vénéré dans le Rif. la ville détruite. le gros bourg actuel de <SM!)!d'œ. du sucre. Un mouvement du terrain masque cet édifice aux Espa- gnols qui l'ont pris maintes fois pour cible de leurs boulets. ils n'ont jamais pu envoyer un seul projectile dans le temple que protège l'ombre de Sidi-Bou. Les Berbères se plaignent de la grossièraté des maîtres du Penon. Chaque fois que leurs regards se tournent vers l'îlot maudit. ces intrus. L'antique Badès était une grande ville.mais ils réussirent à empêcher les Chrétiens de débarquer pour s'emparer de. sans une goutte d'eau. La légende raconte. Ils ne tolèrent pas. Un minaret très élevé se dresse dans les ruines. au milieu des figuiers de Barbarie. en outre. ils pro- noncent des imprécations terribles. qui se gardent bien. D'après la tradition locale. que les bateaux européens restent plus d'une heure dans ce qu'ils appellent avec emphase Mersat- Badès (le port de Badès). les Musulmans ont élevé une mosquée consacrée à. des bougies. dans l'intérieur des terres. paraît-il. il y a beau temps que l'hégémonie politique et commerciale serait passée de leur côté sur tout le littoral du Rif. etc. 11 a fallu faire venir aussi de la métropole le sable et les pierres destinées à bâtir le fort et les maisons particulières. des cotonnades. Les habitants fondèrent alors. Les Espagnols o:it raison d'agir ainsi ils finiront par attirer à eux une grande partie du commerce de la contrée.Yaâk'oub'. étouffées au milieu des cactus dont la plaine est couverte. Les Berbères ont installé une douane et un corps de garde sur le' continent. Obligés de tirer au jugé. Beaucoup de Rifains heureusement parlent couramment l'espagnol ils vont même assez fréquemment en Espagne acheter 'des armes. La garnison reçoit d'Espagne l'eau et les vivres. les Espagnols. Dans l'intérieur de la forteresse. les navires courent le danger d'être pris pour cible par le poste berbère. demandant à Dieu de les aider à jeter à la mer ces infidèles. d'apprendre un mot d'arabe ou de thamazir'th. du savon. Les Berbères sont per- suadés que leur saint ne permettra à aucune puissance étrangère de . grand saint du Moyen-Age. A en croire Moh'ammed. que le fort de la Djezirat Badès fut construit par les maîtres actuels du Penon en une seule nuit Les Beni-It't'eft et Bek'k'ouya abominent ces conquérants européens. Sidi Bou-Yaâk'oub. 1É MAROÛ INCONNU Penon de Velez. dont ils dévoreraient volontiers les entrailles. lors de leur prise de possession du Penon de Velez. sans une pincée de terre. les relations entre Espagnols et Rifains ne sont pas empreintes de la plus grande cordialité. Dans une dépression du sol. S'ils s'étaient montrés plus doux et plus polis dans leurs rapports avec les indigènes. toutes les marchandises vandues là-bas seraient d'un bas prix excessif. dit-on. On voit encore ses ruines.

ou benian En- Ncmroud (constructions de Nemrod). dallé pour ainsi dire par les pierres tumulaires venues à grands frais de ïit't'aouin (Tétouan). sont ornés de bas-reliefs et d'inscriptions gigantesques. Au nord. dorment sur les roches sous-marines. C'est à Snad'a que se trouve l'unique cimetière juif de tout le Rif. Le cercueil est attaché sur un mulet. Les Beni-It't'eft sont indépendants. la rade de Badès. toutes prêtes à être posées. témoins muets des catastrophes passées. Quelques-unes. dans le: but de maintenir vivace la haine de l'espagnol. l'air navré. perçus à Badès. depuis longtemps. surchargées d'inscriptions hé- braïques. le pied heurte des masses d'airain abandon- nées. Ces grosses pièces d'artillerie du siècle dernier sont. 5 des Beni-It't'eft. Depuis de longues années. les sultans les dispensent même des cadeaux traditionnels. Une seule djemaâ administre les trois tribus elle est composée de 20 membres 10 do Bek'k'ouya. les Rifains accusent les Espagnols du Penon de Volez d'avoir soudoyé des berbères de la côte. viennent porter leurs morts à Snad'a. Le Çadi de tribu habite Snad'a. 11 est encore armé des canons que ce prince envoyait. 5 des Benî-bou-Frah'. avec de nombreuses inscriptions en caractères iaconnus des gens du pays. Les Israélites oieGalî va. on en trouve d'assez bien conservées. bâti par le sultan Moulaye Siiman (1795-1822). existe un ancien donjon massif. ces vestiges du passé sont appelés benian Dek'îous (constructions de Decius). Sur toute l'étendue de ce territoire. et jusque sous des amas de feuilles de cactus pourries. Les Beni-bou-Frah' se contentent des recettes faites à leur poste de K'oubia. un peu partout. Elles n'en menacent pas moins. On m'affirme que les monuments. ou n'ont pas voulu se donner la peine de détruire ces restes précieux d'une civilisation disparue. Suivant la localité. Des mkha- zniya (cavaliers réguliers) accompagnent le convoi funèbre. de leurs longs cous. sont partagés par les 'deux premières tribus. à une portée de fusil de Snad'a. Les droits de douane. heureusement. dans le sable du rivage. Ces faux frères auraient encloué toute cette antique ferraille. Là présence des maîtres du Penon constituant un danger permanent. EXPLORATION 6û Rif s'emparer de ce sol sacré. Les parents mâles suivent à pied. Il occupe. aux endroits les plus menacés de son Empire. alliance défensive a été conclue entre Bek'k'ouya. Pour pallier leur incurie. visibles sous l'eau. un vaste emplacement. Il leur est défendu de troubler par leurs gémissements le repos des musulmans dont ils traversent les hameaux. une. Au milieu des ruines de cette vieille cité. Malgré leur haine irraisonnée de l'antiquité païenne. bonne tout au plus actuellement à figurer dans un musée. assez loin de la cité. les vêtements en désordre. encore debout. les Rifains n'ont pas eu l'idée. Beni-It't'eft et Beni-bou-Frah'. àtroîsjoursde marche. Badès n'est pas le seul point des Boni It't'eft riche en ruines. hors d'usage. la 7 . qui furent autrefois des bouches à feu redoutables.

A part quelques ondulations du sol au nord et au sud. •>(. coranique surtout à Snad'a."(_rL?_. Ces forbans poursuivent à la voile ou à la rame les embarcations. Des sentiers partout. Ojjlj' El H'adj-bou-Beker des Beni-Mh'ammed.SS^ g. depuis Badès jusqu'à la baie d'Igucr Ayyache Ouadda à l'ouest de la presqu'ile termines par le cap du Maure. pêchent le poisson avec des filets.U-" d'autres hameaux. Sur le littoral. J-Cji^J Sidi l-R'adj-Amran. Les habitants ont construit pour eux des citernes profondes dans leurs maisons. Population probable: 30. Sur toute cette étendue. X _y'C Lr" /lïrt-OM-AM. 20 Il y a. 10 feux. Ljf ju*. fils des pirates d'autrefois.000 habitants. et. les petits voiliers qui s'approchent trop près du rivage. siL» Badès. d'im- menses réservoirs creusés dans le roc ou dans la terre imperméable. ^Jj+d ^. de longs canots qui leur servent à la pêche et à la course sur mer.Lxîlj. p.< Er-JRaïs. dans la tribu. Bek'k'ouya est une terre plate où poussent le cactus et l'alfa. et. Tribu de BEK'K'OUYA Aj j.LJl ^ju*. de fèves et de nombreux villages. C'est une plaine rase. l'eau courante n'existe pas l'eau de source y est très rare mais elle n'en renferme pas moins d'immenses champs d'orge. 88). pour les bestiaux. on ne sait comment. Aucune route.h (L'intrépide) (B) L'espace qui s'étend sur la Méditerranée. 88). ^'j-Jùj El-H'adj-bou-Beker de Aoufas. 100 feux. remar- quablement unie. piratss eux- mêmes à l'occasion. 10 feux. coupée en plusieurs endroits par le lit desséché d'anciens torrents. . 10 feux. p. 10 feux. 10 feux (v.00G fantassins. Taliouin (les sources) (B). des hameçons et des cartouches de matière explosive qu'ils fabriquent eux-mêmes. Tazzout (le petit genêt) (B).. 10 feux. Forces mili- taires 6. j. LE MAROC INCONNU Principaux Villages des Beni-It't'eft Snad'a (ville de). les indigènes.l «. Instruction très répandue. appartient à la tribu de Bek'k'ouya. 10 feux. depuis la côte septentrionale jusqu'aux Beni-Amreth au sud. 800 feux (v. Ils se procurent. une vingtaine feux. parcourue dans tous les sens par de grands trou- peaux de bœufs et de chèvres. Celle-ci a environ 20 kilomè- tres de l'Est à l'Ouest et 40 du Nord au Sud. (J^'f Sidi-l-Il'adjdj Moh'ammed.

Ce dernier terme s'applique indistinctement à tous les dialectes berbères. cruel à l'occasion. un moment donné. en revanche. idiomes éloigné de l'étranger. Boutiques. ni la finesse de l'arabe. n'ayant jamais subi l'influence des autres marocains. Beaucoup d'étudiants dans la ville. par delà l'étroit chenal méditerranéen. les berbères firent force de rames. les lois de l'hospi- talité d'une manière franche et cordiale. à peine les cor- saires virent-ils le bateau repartir à toute vitesse. sa longue natte pendant le long du dos. avec ses rues larges et malpropres. véritable arsenal rempli de cartouches. brutal et franc. pantalon de coton blanc s'arrêtant aux genoux. après Mliliya. C'est là que se font les transactions commerciales les plus importantes peut-être de toute la côte. entre Badès et le cap du Maure. Dans le fouillis de ses 700 maisons. jusqu'à Kzennaya. au sud. magasins bondés de mar- chandises. plus ordinai- rement. qu'ils lui envoyèrent une grêle de balles'dont quelques-unes sifflèrent assez près des oreilles du téméraire voyageur. mais toujours sincère. C'est le berbère à tête carrée. détestant la perfidie et le mensonge. Les Berbères eux-mêmes sont désignés. gargotes où des relents de poissons frits vous saisissent à la gorge. grouille une population de plus de 3. lui serre fortement la taille. et. perchée sur un monticule du haut duquel on domine la plaine environnante et la mer. il y a quelques années.000 âmes. cafés où l'on absorbe des quantités invraisemblables de thé anglais à un centime la tasse. ne comprenant aucune plai- santerie. sa ceinture épaisse de cactus qui l'enserre de toutes parts. il y a de tout dans cette métropole de Bek'- k'ouya. à dessein. le rivage du grand empire perdu. des sandales en Une ceinture de cuir. Le fusil à a main. en arabe. La langue parlée est le pur thamazir'th qui règne depuis Bek'k'ouya jusqu'aux Beni-Saîd. s'enfonçant. S'il est tiède musulman. Cette imprudence faillit coûter cher à son auteur car. dont les indigènes sont si fiers. qu'il s'était amusé un jour à se faire donner la chasse par deux chaloupes rifaines.incontestablement une ville. le vapeur ayant. un alfa. Il porte la djellaba noire très courte. chelh'a. Fondée par des Maures andalous. est. . L'homme de Belk'k'ouya est d'une bravoure à toute épreu\ti. s'approchant rapidement de leur proie. tête nue. hérissé de pistolets et de poignards. il pratique. on dirait que l'emplacement sur lequel elle s'élève a été choisi exprès pour apercevoir encore. a est redouté par tous ses voisins. sur le littoral. Cette capitale de Bek'k'ouya. il ressemble à nos plus sauvages guerriers kabyles. A. Les Arabes appellent le thamazir'th rifiya. ralenti sa marche. est le rendez-vous des marchands et des étudiants de toute la tribu. s'il prie peu et se nettoie encore moins. Il n'a ni l'astuce. C'est le cœur du Bif. EXPLORATION DU RIF Le propriétaire d'un minuscule yacht à vapeur me racontait. Ad'ouz.

On m'assure que des ouvrages en langue berbère. de l'ignorance des auteurs qui ont écri: de longues pages sur un peuple dont ils ne connaissaient ni la langue ni les mœurs. Le voisinage des Beni-Ouriar'el. La tribu met sur pied 9. . En voici quelques-unes MOIS B. L'intervention de ces morticoles hila- rants n'est pas toujours grotesque ou anodine.000 fantassins. de se laisser charcuter. Bek'k'ouya jouit d'une indépendance absolue. singulier chelh'i (1). des formules. L'ethnographie. favorise le charlatanisme médical. connues de lui seul. à Ad'ouz et dans les gros bourgs. a rendu les indigènes' de Bek'k'ouya sensibles à la mélodie. SAID B. le médecin n'existe pas dans le Rif. la plupart du temps. sur de mauvais chiffons de papier. Le h'irz (talisman) voilà la panacée du rifain indisposé sa foi profonde fait quelquefois des miracles.OORIAR'ELB. Ceux-ci se distinguent des simples particuliers par leur djellaba noire et un rouleau de cordons en poil de chameau autour de la tête. C'est le chellok l des Auteurs européens. Le t'aleb écrit. refusant énergiquement. Ce talisman. A proprement parler. Très heureu- sement pour eux. Ces mots ont donné naissance à de grave's erreurs dans les ouvrages européens relatifs au Maroc. ou plutôt au bruit des deux instruments les plus en vogue la flûte en roseau et le grand tambour de basque.. J'ai relevé quelques différences dialectales entre les tribus où le lhamazir'th pur est en usage ces divergences ne portent que sur certains mots très employés. et enfermé dans une poche de cuir. les malades acceptent de bonne grâce les talismans.s-U. acheté fort cher dans les cas graves. Elle nomme et révoque ses caïds. La présence de nombreux étudiants. LE SÎAfcOC INCONNU sous l'appellation commune de chelouh'. doit reposer sur la partie malade. . la régularité ortho- graphique ont eu à souffrir. tribu où la musique est en honneur. --jJU. la géographie. le territoire de Bek'k'ouya est très peuplé. qui administrent sous le contrôle souverain des membres de la djemaâ. où le climat est en général fort sain. assignent aux gens de Bek'k'ouya (1) Aar-tij plur. On en a vu d'assez hardis pour pratiquer de douloureuses opérations chirurgicales. existant encore dans certaines bibliothèques. encore une fois.OEECHCHEK BEK'K'OUYA FRANÇAIS BEM-TOUZiNE Demain îhionckk Aitcha Taitcha Enfants [It'raniea Hi'ramoucheaInougba lh'loullouen Œufs IhimedjdjariaThimeddarîa Thimerrarîa Thimellalin Thktararin Poudre Aberkaa Abercha Aharoud1 Abertchaa Aberkan Mbiatenant faklia Rekhthou Rouk'a Louk'a Ilekl'on Malgré son aspect de pays desséché.

comme carte. gui. se compose de trois fractions Ad'ouz. Petite ville de 500 maisons. B). 700 feux. Plaine partout. . §3j (J. uniquement réservé aux femmes. Tafensa (le petit falot. Iguer Ayyache. <t**?M^' Tigid'ith (2) (étagère) (B). de fi H y a encore. Nous parlerons d'eux plus longue- ment quand nous serons chez les Beni-Ouriar'el. se tient un marché. 50 feux. jf*»y. Iguer Ayyache.XJy Sidi Moh'arnmed Amok'ran (le grand). 50 feux.*?Ij Bou-Djah'moum (qui a des merles) (A). rivale de Ad'ouz pour le commerce et les études coraniques. Dans cette tribu. ou ^j'^î Ad'ouz (l'énorme) (B). compte en effet 110 sanctuaires consacrés le lieu où repose un Quant aux petits murs en pierre sèche. Grand marché le lundi. vivent plusieurs renégats espagnols échappés des présides. L. Peu de commerce. Forces militaires: 9. 20 feux.-Cc^ de l'arabe ^r_y L? (fanous). une vingtaine hameaux. EXPLORATION DU RIF une origine romaine cela ne les empêche pas d'avoir une foule de marabouts. gui. Tvjuid'ith. jjil Tigéjd'ith (1) (le poteau) (B). sur la 45. morts en odeur de sainteté dans la foi do l'islam. gue. SidiMalek. 100 Iger (1) Ayyach-ouadda (le champ inférieur de Ayyach). . indiquant bienheureux. 50 feux. 100 Iger (2) Ayyach-oufella (le 6 feux.000 fantassins. ^. ^J/^ J*^ J5^f» Sidi Amor. feux. 50 feux. 500 feux. Cette petite ville est entourée d'un bois d'oliviers. gué. I3!_5 çillcji! champ supérieur de Ayyach). p*j? Thak'ouliêth (petite forteresse) (A. <j£Jl>>^ j-u.Dans ce village chaque samedi.jjj^>' 50 feux. y>o ^V Izemmouren (les oliviers (B). le petit phare). Bek'k'ouya. x (L) Prononcez toujours g guttural gué. 50 feux. Tigvéjd'ith.000 habitants. ils sont innombrables. que. au nord Tigid'ith (2) et foemmouren. c-J^ Bou-Sekkour (qui a des perdrix) (A et B). au sud. mot emprunté au grec <bwbç(falot. (%) Prononcez toujours g guttural'. éparpillés dans toute la tribu. Population prDbable: on le verra. On aux santons do la tribu. lanterne). 10 feux. 50 feux. Principaux Villages de Bek'k'ouya (Voir la carte) Imok'ranen (les grands) (B).

depuis plus de trois siècles. Comme le voyageur hésitait à se dépouiller de ses effets. arriva bientôt à un immense village de 1. les boulets. Ajd'ir renferme cinq mosquées. Ils revinrent en déclarant qu'ils n'avaient rien trouvé. biscaïens et autres projectiles. couvert d'une luxuriante végétation. ainsi que le Pefion de Vêtez. Moh'ammed. Le derviche eut la désagréable surprise d'être dévalisé sur la frontière par trois vauriens qui. ils s'absentèrent un instant. On y lit tous les vendredis la khot'ba (prière publique en l'honneur du souverain). çà et là. celle de Bek'k'ouya. continuant sa route. luidirent « Agga Ibek'k'ouyin khof sen ai netohouch Sers aroudk ennok » (Justement nous cherchions des gens de Bek'- k'ouya Deshabille-toi). prononcent Ouriar'er. Le rocher de Nekour a reçu des Espagnols le nom de Alhucemas (les lavandes/ mot emprunté aux Arabes et légèrement défiguré. mais je n'insiste pas sur cette étymologie. nous passons d'une plaine nue. les bandits ajoutèrent « Ilak'lî sidi bou Khiijar. Situé sur le flanc d'un coteau. lavande se disant en arabe I • Jl El-H'ouzama. l'ayant aperçu ensuite dans ce simple costume. Ajd'iv. La façade princi- pale du monument est tournée du côté du Roc de Nekour (H'adjrat En-Nekour). La racine Jj=j existe en arabe. 1res certainement nous t'égorgerons I) Moh'ammed s'exécuta.al: En pénétrant sur le territoire des Beni-Ouriar'el. Celle dans laquelle le derviche alla demander l'hospita- lité et des vêtements est la plus grande. tout près de la mer. que c'est un pluriel de er-r'oul (A. Lesuns prétendent que c'est une altération de our ier'li (il n'est pas tombé) d'autres. ama our thersedh er-kesoueth rekhthou. B. Trois obusiers (1) Les berbiras que j'ai consultés sur l'étymologie du nom de cette tribu ne mont ` guère hétaïre. LE MAROC INCONNU Tribu des BENI-OXJRIÂR'EL I1) _J. Plusieurs indigènes. On voit. îlot stérile occupé par l'Espagne. à un pays moins plat. le prenant pour un indigène de Bek'k'ouya. si t. h'acha ma nenr'itch » (Par sidi bou- Khiyar. Les indigènes ne songent pas à riposter avec leurs antiques bombardes qui gisent. lui demandèrent ce qu'on lui avait fait.i ne mets pas habits bas immédiatement. amoncelés fi dans la cour de la grande mosquée où ils ont été recueillis. dont les maisons d'Ajd'ir ont été criblées par les maîtres actuels d'El-H'ouzama. ceux du moins qui changent le lam en ra. obus.) (l'ogre). dans les rues ou dans la campagne. On ne lui laissa que sa chemise (ichamir). Après avoir entendu les explications du derviche.000 feux. Les Rifains. pas plus d'aillsurs qus sur les précédentes. • . disant qu'ils allaient à la recherche des malfaiteurs.

arabes ou berbères.) (1) Notre énumération va du N. attirés par le commerce ou l'étude. U. l'ouriar'eli supporte difficilement chez lui la présence des musulmans. Aith-Ze>j>ja>i (A et B). dont on peut lire les noms sur la carte. Rarissime est le jeune homme qui n'est pas criblé de blessures.1 <. Les hommes. F». Aith-H'ad'ifa (A et B). Témsamane à gauche. Tribu remuante. Peu d'indi- vidus arrivent à la vieillesse.fr.). à l'élevage. la Méditerranée qui s'enfonce assez profondément dans les terres pour former le croissant presque parfait du Menât. Méchkour (comblé d'éloges) (A. Les femmes les suppléent heureusement. Bek'kouya au nord. dirigeant à merveille les mercernaires étrangers. On peut y voir aussi l'amour de l'espace.~t~t ~?~ 0L~)0. Homme dur.t. et 20 de l'E. tous armés de fusils à répétition anglais ou espagnols. de maison à maison. au S.tm- jahaden (le Golfe des Martyrs). à cause de leur position géographique. enfouies au milieu des figuiers de Barbarie.Sj¿. à l'agriculture. Chacune de ces fractions lève de 3à 4.1 '\< t.000 hommes envi- ron. Honte. on trouve des tribus rifaines. indomptée et indomptable. EXPLORATION DU RIF à la gueule démesurée gardent l'entrée de la grande mosquée. trois fois honte au guerrier qui n'a pas cinq ou six (1)~~) f. Tel est le cadre qui entoure les Beni-Ouriar'el. mais se décimant elle-même par les guerres fratricides de fraction à fraction. Il a une horreur profonde du juif. c'est-à-dire que les guerriers des Beni-Ouriar'el forment un total de 40. elle vit dans la plus complète anarchie. Immbdhen (les marabouts) (A. réputés. A droite. sont très espacées les unes des autres. Le territoire occupé par la tribu est très vaste il a environ 00 kilo- mètres du N. appelé par les Espagnols Baie d'Alhucemas au sud. à l'O. venus dans la tribu louer leurs bras. Aith-Mousa ou Amor (A et B). bien avant que leur longue tresse de cheveux ne soit devenue grisonnante. Aith-Arous (les fils du fiancé) (A et B). Kemmoun (cumin) (k).):( a~ ~I ~a~t ~C~ . se ruànt rarement sur ses voisines.Aith-Oud'rar (les enfants de la montagne) (B).. sortant rarement à cause de la fréquence des agressions. La tribu géante a 11 fractions Ajd'ir corruption de gj -*=>•(souche) (A). de village à village. Les habitations. sont obligés de renoncer aux transations commerciales. intraitable. lequel ne s'aviserait jamais du reste de mettre le pied dans la redoutable tribu. Aith-Zekri (A et B). pour des hommes de pur sang et de pur langage rifains.J~~t illL>t 0.000 fusils. qui porte l'homme des Boni-Ouria- r'el à considérer ses voisins comme ses ennemis les plus dangereux. Cette disposition est due à un sentiment inné d'hostilité. l'aversion de tout ce qui peut gênerl' des habitudes de grande indépendance. au S. Aith-Abd-Allah (A et B). Ces frères ennemis se moissonnent réciproquement.

mourir n'est rien. Le caïd profite de la présence de ces auxi- liaires pour exercer ses vengeances et commettre le plus d'exactions (1) Voici te preruier vers de cette poésie célèbre ~1-& 0:?' L~ ~<)~ ('1. Aussi considère-t-il la vie d'autrui comme aussi peu importante que celle d'un moucheron. Basset en a donné une bonne traduction. h . S' ). C'est pour leur profit que l'on vend les vêtements du défunt sur sa fosse fraîchement comblée pour eux aussi les friandises servies à la fin du festin funèbre. il faut s'éloigner sans la regarder si l'on ne veut être pris pour cible par les fusils de ses parents. élu par la djemaâ. Puritains intransigeants. la tëte aussi. qui ont suivi le convoi en chantant les vers de la Borda. LE MAROC INCONNU cadavres sur la conscience Un ouriar'eli va à la mort sans pâlir. On se sauve en laissant aux prises les gens du pays. poème arabe en l'honneur du Prophète (1). Les écoliers. violente ou naturelle. on fait ratifier cette élection par le sultan. Les parents offrent un repas pantagruélique à tous ceux qui se présentent. par celui qui écrit ces lignes. sont particulière- ment choyés.. R. In-12. qui s'exter minent avec un courage sans pareil. La mort. dans le Bulletin de Géographie et de la d'Oran (facicules LXH et L~II. chargés de percevoir tout ou partie des impôts arriérés. 3 le mercredi. Chaque fraction a un caïd particulier. Paris. Lorsqu'une bataille le s'engage sur marché(ce quiarrive très souvent). tout commerce serait impossible si l'on n'accordait aux négociants étrangers trois jours de trsve par semaine. Quand on en voit une. trop près de leurs femmes. Leroux. du chef de famille donne lieu presque à des réjouissances. La même coutume salutaire existe à Bek'k'ouya et dans beaucoup d'autres tribus rifaines. ces hommes ter ribles ne tolèrent même pas qu'un homme se trouve. duiliet à Décembre t&9i). tantôt dans le dos. t89~. Celui-ci retourne chez lui avec quelques cavaliers réguliers. Pour lui. tantôt sur la poitrine. les crieurs publics s'empressent de hurler « Que les étrangers sortent! » On comprend ce que ces mots signifient. sauf la longue natte nationale qui leur pend. Eux-mêmes sont de forts beaux hommes. 1 le jeudi et 1 le samedi ce dernier est réservé aux femmes seules. pendant lesquels leur existence n'est relativement pas menacée. Ils ont sujet d'ailleurs d'être jaloux. qui reçoit à cette occasion la visite et les cadeaux du nouveau chef. traduc- tion anatys6osomma!t'etMent. Pour la forme. 1 le mardi. car l'o~r^i~cr'l?/a est très belle. tout échange. Avec des gens aussi peu commcdes que les Beni-Ouriar'el. par hasard ou autrement. 0 I~f~ ~3 0-1 « Est-Mle souvenirdesvoisinsde D'ou-Salam a Quifaitconterdo tes yeuxdes larmesmêléesdosang? M. Sept grands marchés se tiennent chaque semaine dans la tribu 2 le lundi. Le visage est complètement rasé.

Ce comme disent les combattant pour leur foi. se compose caserne aux nombreuses chambres. Les onze hommes de garde. De petites coupoles Rifains. sinistre prison de la mer. qui les cachent aux yeux de leurs ennemis établis sur le roc de Nckour (Alhucemas). la mobilisation de cent nécessite chaque mois. marquent la place où ces Martyrs dorment leur Le poste berbère. en Moh'ammed Aberkan. Ils surveillent notamment les bouche. il redevient simple parti- possible.-non loin d'Ajd'ir. espèce de gnol. Les Rifains ont à leur disposition une centaine de vieux canons. Mosquée et caserne sont protégées par des dunes de sable. i' Alhucemas. fabriqués La présence des Espagnols à H'ajerat En-Nekour (Alhucemas). est à une portée fusil du poste berbère établi sur ferme. A comme un sol trois fois saint. che& les Beni-Ouriar'el. Parmi ces saintes sépultures se trouvent celles de Sidi-el-H'adj Es-Said. Pourra-t-on plus tard. utiliser cette vaste échancrure qui s'ouvre trop largement au souffle de l'aquilon ? de Le Roc de Nekour. est terminé par les deux pointes aura fait place à la Aquilates. situé sur le bord de la mer. chargés de surveiller le maudit rocher. leur famille.. lis vent avec adresse de leurs fusils à répétition. EXPLORATION DU RIF sont partis. arrosée du sang de tant de martyrs. rempart naturel que Dieu. Dès que les Mkhazniya à sa propre sécurité. portent des habits de laine. s'exerçant au tir derrière leurs dunes de sable. grassement soudoyés. disent- annuler l'effet des projectiles lancés par les ils. culier. toute toute tenta- faits et gest3s de la garnison espagnole. sont des Imjahaden ce mot emprunté aux Arabes. dont ils ne savent quo faire. en face de l'Ilot espa- d'un grand bâtiment. Le Golfe des Martyrs (Mersat Injahaden). sous les coups des Infidèles. considérée est un but de pieux pélerinages. pour canons de la place ennemie. Sidi Sidi morts il y a bien longtemps. estropiant dernier sommeil. Les guerriers passent la avec leurs leurs provisions de trente jours sur le bord de mer. a placé là exprès. les nouveaux arrivés font des sacrifices chaque garde montante. solennels sur les tombes des Martyrs enterrés sur le rivage. Hommes et femmes et teints dans la tribu. parce que des milliers de héros musulmans. Ils accusent naturellement les Espagnols d'avoir fait enclouer se ser- ces bouches à feu par de faux frères. quand le fanatisme un peû\ tolérante civilisation. fractions fournissent le poste à tour de rôle. ont succombé là. prêts à repousser tive de débarquement qu'on essaierait d'opérer dans tout le Golfe des Les Rifains ont dénommé ainsi la Baie Martyrs (Mcrsat-Inijahaden). Défense absolue est la terre faite aux Rifains de vendre quoi go€c<3 s$Ï>hx Espagnols. éternellement . et d'une mosquée. abrité des vents d'est et du Cap du Maure et du Cap ouest. occupé uniquement à veiller Le vêtement est le même qu'à Bek'k'ouya. champions de la foi fX^W (Moudjahdin). leurs armes. dans sa bonté. tentes. Cslte grève. Daoud.

dans le but de me prou- ver l'excellence. Dès qu'ils mettent le pied sur la terre ferme. devenu musulman. recevant partout et toujours une large hospi- talité. A Bek'k'ouya. Cela suffit. entrera dans le paradis avant lui et avant les meilleurs soutiens de la foi islamique. Ils . on en trouve beaucoup. Tandis que le juif se refuse absolument à faire du prosélytisme et que le chrétien se refroidit de plus en plus pour ce genre de propagande. d'un lieu d'où ils peuvent voir encore leur ancienne prison. pourquoi les misérables déserteurs des presidios espagnols de la côte rifaine trouvent. Il ne m'est jamais arrivé de causer avec d'honorables mères de famille mahométanes. conséquemment. l'infériorité des autres doctrines.sans qu'elles n'aient abordé. bredouillant affreusement le la ilaha Ma Llah Mouh'- ammed rasoul Allah (il n'y' de dieu que Dieu. Le renégat. ils sont sauvés.de l'islamisme. La plupart sont des évadés du Penon de 'Velez. sans rien faire. On ne le reconnaît qu'à son accent étranger. les personnages les plus huppés s'empressent d'offrir la main de leurs filles. et. On en voit quelques-uns chez les Beni-It't'eft et les Beni-boa-Frah'. jouissant d'une consi- dération qui ne serait certainement pas accordée au Maroc au plus grand homme de la Chrétienté. à Merra- kèch d'autres sont allés se fondre dans les tribus de l'intérieur. la question de religion. mais ils ne s'éloignent pas d'habitude du bord de la mer. r LE MAROC INCONNU bloqués sur leur presidio. j'aurais pu ajouter et la musulmane aussi. Celle qui est choi- sie est fière d'épouser un néophyte dont elle aura à compléter l'instruc- tion religieuse. Il croit encore fermement qu'un roumi. un champ où ils pourront ensemencer le grain libéralement mis à leur disposition. On comprend. Non-seulement les Rifains les protègent contre toute agression. mais encore ils se font un plaisir de leur donner des vêtements et de l'argent. il parcourt la tribu plus facilement que les enfants du pays. maintenant. Habillé comme les autres berbères. qui préfèrent à l'affreux roc la vie du Rifain. On leur désigne une demeure confortable. des ressources qu'il n'eût jamais osé espérer lorsqu'il traînait sa chaîne ou montait sa faction. Ils sont libres d'aller où bon leur semble. Je disais dans la préface que le musulman est un prêtre. Les berbères désarmés peuvent aller faire des achats dans l'îlot. le mahométan est resté l'ardent missionnaire des premiers siècles de l'hégire. On n'accueille sur le continent que les déserteurs ou les galériens èspagnols. On en cite qui ont fait fortune à Fas. profite habilement de sa situation exceptionnelle pour se créer. Moh'ammed est le prophète de Dieu). Si l'un d'eux veut se marier.un si chaleureux accueil chez des berbères que redoutent leurs propres coréligionnaires des autres parties de l'empire chériflen. Presque tous se sauvent à la nage ou dans des canots appartenant aux indigènes. le bruit s'en répand dans la tribu aussitôt. ils lèvent les mains au ciel. les premières.

Au sud. près du poste berbère. etc. se disant tous deux fondés de pouvoirs des Béni Ouriar'el. Tous les villages ont une épaisse ceinture de vergers et de jardins potagers. l'énorme tribu compte plus de 200 hameaux de 10 à 100 feux. sous le rapport des eaux et de la végétation arborescente. dans les Aith Ouad'rar. patron de tous les Beni Ouriar'el. . les vastes plaines. Cette tribu. rédigeaient un acte de vente. et leurs petits-enfants ignorent déjà qu'ils descendent d'un fourni. C'est le Djebel Sidi bou-Khiyar (montagne de monseigneur le possesseur de melons) (A). tous les légumes de la création. aux termes duquel la susdite mine devait être cédée à une Maison française. l'amandier. Les Espagnols font tout venir de la métropole. jusqu'à l'eau nécessaire aux habitants de ce triste rocher. se jette dans le Golfe des Martyrs sous le nom de Ouad En- Nekour. légèrement ondulées. dont l'entablement supérieur forme un large plateau au milieu duquel est bâti un village de 100 feux Zaouîyat (1) Sidi bou-Khiyar. la plus favorisée de la côte. Peuplée d'en- viron 200. qui. s'élève un pâté montagneux couvert d'oliviers. sont ombragés par le figuier. Une douane rifaine. abondamment arrosé par de nombreuses sources. permettent aux indigènes de se livrer en grand à la culture de l'orge. Il y a en plus.000 habitants. Les Beni-Ouriar'el possèdent un territoire fertile. pro- duisant tous les fruits. le grenadier. des fèves et du blé. Sidi bou Khiyar. tout cela existe comme à Badès. le pommier. loin de la rivière. installée sur le continent. depuis la source jusqu'à la mer. de grands vergers. pos- sède. boutiques. EXPLORATION DU RIF font souche dans le pays. Dans les fractions septentrionales. Elle est traversée. le noyer. des endroits hospitaliers où la débauche règne et oit les berbères eux- mêmes sont admis. c'est le trésor inépuisa- ble. cependant. d'une mine d'or située à sa base méridionale. L'intérieur ne diffère aucunement de l'autre bagne. après avoir perdu les trois quarts de son débit par les saignées que lui font ses riverains pour arroser leurs cul- tures. le cadi de Targuist. par J'Ouad R'is (rivière limoneuse) (A). du sud au nord. Cette mine a failli être la cause d'une complication diplomatique entre !a France et le Maroc. Ce qui rend intéressant le Djebel bou Khiyar. galériens. un sieur Et'fennaz. qui s'enorgueillit de posséder les restes du santon moyen-âgeux. Soldats. à laquelle les deux compères avaient préalablement envoyé les plus (1) Séminaire. ancien forçat des bagnes du littoral africain. ses bords. Il y a quelques années. et son complice. le caïd des Aith Ouad'rar. l'abricotier. prélève une certaine redevance sur les marchandises venant d'Espagne par la voie de Nekour. paraît-il. t\ Le presidio de Nekour paraît être tout aussi exigu que celui de Badès. Grâce à ses eaux bienfaisantes. des bois et des prairies qu'inondent les nombreuses sources de la région.

On essaya de débarquer. s'oppo- sèrent énergiquement au débarquement de nos compatriotes. car tout avait été fait à leur insu. battant pavillon français. il promit de châtier avec la dernière rigueur les deux coupables et la maison française en fut pour ses frais. mis au courant de l'affaire. ne sachant ce que signifiait cette invasion d'un nouveau genre. il se paya le luxe d'un secrétaire. Quelques jours après. Les Beni-Ouriar'el. ne fut pas inquiété. l'existence d'une mine d'or chez les Beni-Ouriar'el. le cadi de Targuist. que le navire français jugea prudent de repren- dre. seul propriétaire des richesses minérales de tout le Maroc. s'offrant toutes les douceurs que l'on peut trouver dans le Rif. avec défense à qui que ce soit d'en approcher. Temsa- mane et Bek'k'ouya. Des chaloupes. ne sachant comment employer l'or français si audacieusement subtilisé. Leur attitude devint si menaçante. croyant l'affaire bonne et régulièrement faite. Rarement ils parviennent à dérober. Ceux-ci. Le résultat le plus net de cette affaire fut de révéler au sultan. envoyèrent aussitôt leurs contingents. un navire. grâce à l'éloignement de sa tribu. Sous couleur d'empêcher les Chrétiens de s'emparer de ce trésor. Ainsi. qui pouvaient autrefois faire avec la côte un petit trafic de ces pierres précieuses. avec la duplicité habituelle aux Arabes. Ils poursuivirent le drôle qui s'était réfugié chez les Beni-Touzine. remplies d'ouvriers. La maison française. prévenues du danger. porta ses doléances au sultan. donna les formidables arrhes qu'on exigeait d'elle. après l'avoir mise à sac. Finalement. il établi une petite garnison de soldats chérifiens au point où l'extraction du minerai est facile. ayant à son bord ingénieurs. n'ont même plus aujourd'hui cette ressource. es indigènes de la contrée.000 berbères en armes couvraient de leurs masses sombres le littoral du golfe. se portèrent en foule à sa demeure qu'ils incendièren. La Maison. se tira merveilleusement d'affaire en représen- tant qu'il s'agissait là d'une simple escroquerie. LE MAROC INCONNU beaux minerais d'or qu'ils avaient pu se procurer. esclaves des lois de l'hospitalité. 60. furieux d'avoir été joués par le caïd des Aith Ouad'rar. ouvriers et tout le matériel nécessaire à l'extraction du minerai. pendant la nuit. Devenu riche tout à coup. L'autre coquin. qui l'ignorait. la route de la mère patrie. commise par deux indigènes n'ayant aucune qualité pour traiter au nom du gouvernement marocain. Cependant les Beni-Ouriar'el. lequel. sans plus tarder. En moins de 24 heures. ainsi dupée. ne se privant de rien. vécut dans l'abondance. sa présentait dans les eaux du Golfe des Martyrs. refusèrent de livrer le coupable à ses contribules qui voulaient absolument le mettre en pièces et boire son sang. pour avoir failli introduire les Chrétiens chez eux. un certain Ali ben Yah'ya. . furent mises à la mer. quelques méchants cailloux qu'ils vendent à vil prix.

1. 300 feux. fèves. qui pénètre dans un de leurs villages. Les bergers leur donnent quelquefois la chasse avec leur chiens. ^j^xt^iy ZVènniy'm (les possesseurs de lapins) (A. jis. le marché du mercredi. du bourg. la chorégraphie leur porte de rudes coups. qui font de longues répétitions avant d'aller se faire applaudir dans les tribus voisines. Leur art favori. toute une fraction où l'on ne s'occupe que de musique. <_£-_}> ^•^•"^j}) Tizemmourin (les oliviers) (B). B). 500 feux. 300 feux. jl^j> . J^l Zaouiyat Sidi Yousef (A). o>^> jjù1 Aith-Mousa ou Amor (les enfants de Mousa fils de Amor). 50 feux. vaste mine de plomb. sur la Méditerranée. dont les femmes sont aussi bonnes danseuses que dévergondées. la musique instrumentale et le chant. Beaucoup de sangliers et de chacals dans les bois. tout au moins chez les Aith Arous. 150 feux. La nourriture habituelle de l'ouriar'li se compose de lentilles. également inexploitée. petits pois. ^^s^' Eemmoun (cumin) (A). L'ouad R'is coupe en deux le village. Zaouiyat Sidi bou-Khiyar. ^=-î Ta frast (la serpette) (B). Marché le mercredi. non loin du Djebel bou-Khiyar. j*sj ^^vi^t Tiguerth (le petit champ) (B). fruits et poisson. Les familles aisées mangent. 100 feux. on voit le Djebel Reçaç (montagne de plomb). JLjtaf . oj^ja" El-Khemis (le jeudi) (A). dont les constructions. au N. 500 feux.j?L" TazourèkM (le pélerinage) (A. A l'Est. le samedi. Si la musique adoucit les meurs. 300 feux. sont envahies quelquefois par les crues de la rivière. 500 feux. absorbe tout leur temps. dans une tribu aussi farouche que les Beni-Ouriar'el. OrV • Tazar'in (les desséchées) (B). Un marché réservé aux femmes seules se tient.000 feux. Marché le jeudi. est littérale- ment assourdi par la cacophonie épouvantable des flûtes en roseau et des tambours de basque accompagnant les braillements de ces artistes consciencieux. Il est surprenant de renconter. (Voir ci-dessus). Les Aith-Arous (enfants de fiancé) dédaignent la guerre. (le séminaire de Monseigneur Yousef) (Joseph) (A).-O.c-V*1*' i y Mèchhmr (comblé d'éloges). sur un monticule. ^j^ Moulaye Yàk'oub (Monseigneur Yâk'oub) (Jacob). dans les grands jours. EXPLORATION DU RIE1 Au sud. de la viande de bœuf rôtie ou bouillie. 300 feux. Le voyageur. 300 feux c'est dans ce bourg que le derviche célébra la Fête des moutons en 1890. (Voir ci-dessus). j^V e Iharounèn (les enfants de Haroun). B). 100 feux. 500 feux. Principaux Villages des Beni-Ouriar'el (Voir la carte) Ajd'ir (ville de). peu élégantes. Le gibier abonde dans la tribu.

fraî- chement arrosés. sans le voir. leur donnant une furieuse chasse dans les jardins. Instruction coranique assez développée. et il allait le fusiller comme un lapin. fou •de terreur. bondissait dans la terre grasse des jardins. bien au-delà de la frontière orientale. L'homme. il y a de l'eau. Il expliqua brièvement qu'une centaine d'hommes et de femmes des Aïth-Mousa ou Amor. si le derviche n'avait crié aussitôt « Attention 1 (l) Prononcez têmsamane.000 fantassins. Un homme des Beni-Ouariar'el. sui- vait un sentier parallèle à la mer. Un autre fuyard des Beni-Ouriar'el. en ayant déjà mis trois hors de combat. Le gardien. Population probable: 200. dans les Benî-bou-Daoud (Témsaman). Le voyageur s'était blotti brusquement dans un fourré de jujubiers sauvages. lorsque le bruit d'une vive fusillade parvint à son oreille. tout en perdant son nom. il s'arrêta. LE MAîtoô incoNNu Forces militaires: 40. laissant là le derviche ahuri par les détonations qui semblaient se rap- procher.). il faut faire intervenir l'arabe temess (tu touches) et le Berbère aman (eau). . Pour obtenir ce mauvais calembour. ayant pour objectif la tribu de Témsaman. A la vue du derviche. Ils disent U! !>' U +>)j Partout où vous touches (la sol). au retour d'un pélerinage au tom- beau de Sidi Chalb ou Meftah'. Beaucoup de maisons à un étage. Et voilà que maintenant ils avaient à leurs trousses plus de 50 propriétaires des Beni-bou-Daoud. avait été blessé d'un coup de fusil. volées dans un jardin. Plaine ondulée partout. B. Nombreux sentiers. il reprit sa course dans la direction des Beni-Ouriar'el. Les Berbères demi-savants font un jeu de mots sur cette tribu. Il venait de traverser l'ouad H'adid' (rivière du fer) (A. où il s>3 tenait sans souffler. Encore plus de 200 hameaux dont je n'ai pu avoir les noms. Il laissait derrière lui la vaste plaine de Nekour qui s'étend. volait dans la direction de Moh'ammed. L'çeil perçant de l'Ouriar'eli le découvrit dans sa cachette. eh défendant son bien. les chairs déchirées par des milliers d'épines. ie derviche. qui allait probablement chercher du renfort. avaient voulu se rafraîchir avec des pastèques. La mauvaise étoile du voyageur voulut le soumettre encore à une ncuvelle épreuve. fraction septentrionale des Beni- Ouriar'el. n'en dit pas davantage.000 habitants. petit ruisseau servant de frontière entre les Beni-bou-Dîoud et les Aïth-Mousa ou Amor. fuyant à toutes jambes. le prenant pour un compatriote. Tribu de TÉMSAMANd) jjl»^»)' (feu et eau) (B) Parti des Aïth-Mousa ou Amor. un daoudi.

Cela fait. respira. Ce fut. lui faisant cortège. qui restait debout. puis il épaula son fusil. je suis né dans les Beni- Touzîne. se déshabilla à son tour. « Mon cher. Les écoliers. « Fils de chrétien. tout nu. dont les loques cachaient mal la nudité. On vint voir le malheureux. il mit son fusil en bandoulière. Mais déshabille-toi et donne- moi tous tes vêtements ». du derviche. attirés sur la porte de la mosquée par ce vacarme . EXPLORATION* DU ËÎF Je suis des Beni-Arous » L'homme fila comme un trait sans prononcer une parole. il reprit sa route dans la direction des Beni-Ouriar'el sans plus s'occuper de Moh'ammed. très tranquillement. un à un'. une véritable marche triomphale. « Est-ce que les A"th-Arous sont des hommes ? Justement nous sommes brouillés avec eux ». Le derviche. Son entrée dans le gros bourg de Sidi-Daoud fit sensation. levait les bras au ciel. Celui-ci. surgissant tout à coup près de lui et faisant semblant de le prendre pour un espagnol déguisé en berbère. depuis la porte du village jusqu'à la mosquée. satisfait sans doute de ne plus entendre le bruit de la fusillade qui s'était éteint depuis un moment. L'homme la récita sans se presser. les hommes sérieux et les femmes l'entourant. « De quelle fraction ? •» « Des Aïth-Arous ». les gamins courant devant Mon'ammed. Mes parents m'ont envoyé étudier chez les Aïth-Arous ». que le derviche mit habits bas en une minute. « Très bien. Moh'ammed essaya de discuter. Il était écrit cependant qu'il serait dévalisé par un ouriar'eli sur le propre territoire de Témsaman. Ce qui lui fendait le cœur. Lui. accentuant plus que jamais sa prétende démence. faisant le brave. lui dit l'ouriar'eli. On se l'arrachait pour le faire entrer dans les maisons où on le bourrait de pain et de figues de Barbarie. dit l'homme. tu voulais donc te moquer de moi ? D'où es-tu ? » « Des Beni-Ouriar'el ». bénissant la naïve population qui le prenait pour un mesloub (aliéné). et. c'était de voir ses deux djellaba de bonne laine s'en aller sur le dos du bandit. il avait gardé sa chemise il dut la laisser tomber à ses pieds sur un geste menaçant de son ennemi. quitta sa' chemise. et son œil devint si méchant. et. endossa les vêtements. Un troisième individu des Aith-Mousa ou Amor. sortit de son buisson en disant « Prononce-la toi-même ». Le derviche. L'air effaré du derviche acheva d'attendrir la foule. ne se décidant pas encore à ramasser et à revêtir le haillon dégoûtant de l'ouriar'eli. se hâta d'ajouter le derviche. relativement propres. sonda du regard les buissons et les jardins des environs. Je ne te tue pas. Le berbère épaula de nouveau son arme. Moh'ammed n'en attendit pas davantage. une loque sans nom qu'il* jeta à Moh'ammed. il s'empressa de vociférer la ilaha illa Llah Mouh'ammed rasoul Allah ». lui enjoignit d'avoir à prononcer la formule la ilaha illn Llha (il n'y a de Dieu que Dieu). Par pudeur.

dont le carac- tère doux et enjoué contraste singulièrement avec l'humeur exécrable de leurs voisins de l'ouest. conduisent au loin l'eau des rivières et des sources. à l'O. Aussi la campagne n'est-elle qu'une succession de champs fertiles. toma- tes. non seulement des habitants de Sidi-Daoud. En quelque endroit que l'on gratte un peu le sol. De loin. Comme les Beni-Ouriar'el. Des canaux et des rigoles. Dans le sud. il faut en rabattre. sous des climats meurtriers. fait penser à ces beaux coins de Francs où tout est cultivé. C'est un gros bourg de 4 à 500 à un maisonnettes. dans tous les sens. les fèves. lui sert de port. Par- tout de grands vergers où l'on rencontre tous les fruits du nord de l'Afrique figuiers. limpide. c3 qui vaut infiniment moins que ce que nous avors sous la main. par les Beni-Ouriar'el. jujubiers. firent une réception enthousiaste au nouveau venu. amandiers. a environ 40 kilom. les petits pois. qui se félicitait inté- rieurement d'être tombé chez d'aussi braves gens. La tribu de Témsaman. grenadiers. B. Les figues de Barbarie et les légumes sont en telle quantité. vignes. L'air aimable des étudiants et de leur maitre n'avait pas échappé au derviche. Son haillon fut vite remplacé par de bons et solides vêtements.). où pas un pouce de terrain n'est perdu. etc. poi- riers. la pomme de terre importée d'Algérie ou d'Espagne. où l'homme du nord pourrait respirer à pleins poumons les fraîches brises de l'Océan et de la Méditerranée `? . à nos portes. elle est entièrement comprise dans une grande plaine qu'arrosent trois petites rivières et de nombreuses sources. Le petit hameau de H'adid' (fer) (A. l'ouad Benî-Taâban. vint mettre le comble à la joie du voyageur. à l'E. qu'on n'en vend jamais sur les marchés on les donne à ceux qui. Les trois ruis- seaux. elle est fraîche. qui a gardé le meilleur souvenir. quart d'heure de la mer. dans le nord/où elle est trouble et légèrement sauixuâtre. par hasard. on recueille les eaux de pluie dans "d'immenses citernes. pêchers. Temsaman mérite bien son nom. partout des potagers où sont cultivés tous nos légumes algériens. bornée au N. les lentilles. mais encore de tous les autres indigènes de Temsaman. et l'on attendit le souper en causant gaiement. l'eau jaillit. dans une contrée féériqae. D'épais massifs d'arbres rompent à chaque instant la monotomie de la plaine. L'aspect verdoyant de ce sol fécond. on prendrait Sidi-Daoud pour une petite ville. très bien aménagés. au H. par la Méditerranée. l'ouad Sidi-Idris. l'ouad Merer'ni. par les Beni-Saîd. Pourquoi aller chercher si loin. le maïs. Un diner copieux servi peu après. pro- duisant en abondance l'orge. sont uti- lisés pour l'irrigation des jardins et des terres. pommiers. n'en ont pas. piments. LE MAROCINCONNU inaccoutumé. par des tribus rifaines indiquées sur la carte. De près. etc. très bonne à boire. haricots. abricotiers. soigneu- sement travaillé par une population laborieuse et paisible.

La plupart de ces fanatiques s'abîment dans une dévotion ou:rée. le jeûne et les mortifications cet état de béatitude parfaite tant envié par tous les illuminés de toutes les religions. Beni-Taâban (1) (les enfants du python) (A). de là à croire qu'ils ne s'occupent que de politique. qui végétaient tristement avant 1830..000 hommes pour toute la tribu.y' ? ~c ~. qui n'ont fait aucune difficulté de me dévoiler les soi-disant secrets de leurs confréries. L'aménité des indigènes de Témsaman. qui ont fait trembler l'Europe pendant la première moitié de ce siècle. A toi seul. Ailh-Mercr'ni (les enfants de la vigne) (B). par des gens mal renseignés. nous adressons nos doléances. Nous sommes évidemment influencés encore par les souvenirs des nombreuses sociétés politiques secrètes. Ouchchnanèn (2) (les chacals) (B). Tragouth (la brume) (B).v f~ . ô miséricordieux. il y a loin. c'est la confrérie musulmane. Dans notre grande colonie africaine. Ne pas oublier que toutes les lettres se prononcent. la sécurité dont on jouit chez eux attirent quantité d'étrangers et d'étudiants sur les marchés et dans les écoles de la tribu. fais-nous la faveur de nous accorder ton pardon. qui leur fut imposé. Fondés dans un but avoué de propagande panislamique. et les laïques rien. (2) fic ~9~~> . ô toi qui nous regardes. ne voulant rien savoir de ce qui se passe sur la terre. Mais. 8 . Les plus répandues dans le Rif sont celles de Sidi Ah'med ban Aïssa. cherchant dans la prière. acceptèrent le rôle lucratif et inespéré de' croquemitaine. peu au courant de la langue et des moeurs (1) faâbane. La prière surérogatoire des disciples de SHi Ah'raed ben Aïssa. Elles m'ont été com- muniquées par des frères (Akhouan) (S). dans laquelle ils seraient tout. Les Commu- nautés mahométanes.000 fusils. Sois notre protecteur contre ceux qui nous oppriment.1 < (3) Prononcez Ahliouane. prières dont j'ai le texte arabe dans mes papiers. il en est de fort belles. Chacune lève 4. prière qu'ils répètent du matin au soir et jusque bien avant danss la nuit. la bête noire de l'administration. Les saouhja (séminaires) sont nombreuses. les Ordres Religieux musulmans s'accommoderaient très volontiers d'une théo- cratie universelle. Sidi Ah'med ben Nacer et les ûerk'aoua.» » Parmi les prières de plusieurs autres Ordres.r. A quoi bon t'exposer notre situa- tion? Tu la connais. ËXPLOttATÎOK DU RIF' Témsamaïi a cinq fractions: Beni-bou-Daoud. La longue résistance du clergé catholique n'a pas peu contribué à faire assimiler les Akhouan (3) algériens à leurs confrères Chrétiens. comme toujours. On y étudie le Coran et les Traditions relatives au Prophète on y confère l'ouerd. Aussi bien cette comparaison ne leur déplut nullement. c'est-à-dire l'initiation à l'une des iniïomtrables Confréries religieuses qui existent au Maroc. soit 20.. est la suivante «0 notre maître. très éton- nées de se voir redoutées des conquérants.

Au surplus. ces méthodistes maho- métans. pêcheurs. et le h'aïk léger en été. Rien de semblable dans les autres parties du Maroc.que. Ils voulaient réprimer les abus. la bonne chère. pas plus chez les Arabes que chez les Berbères. Plusieurs d'entre elles firent payer cher à la France leur prétendu dévouement. Les plaisirs des sens. la confrérie purement religieuse. constituent les distractions favorites du témsamanîen. homogène redoutable. quand il plaît à un ambitieux de susciter une révolte contre les Chrétiens. quand il s'agit du monde musulman. Profitons de notre passage dans la tribu la plus gaie du Rif pour révéler un des spectacles les plus goûtés des Rifains le carnaval (1). Ainsi que tous les autres Rifains du littoral. ennemies et jalouses les unes des autres. Il y a dans cette tribu tant et tant de brebis égarées. n'en est pas moins excessif. qui se borne le plus souvent à l'aider seulement de ses vœux et de ses prières. L'éthographie a parfois des nécessités bien dures séculaire.que la politique. se font Quelques-uns. Ce n'est pas pour rien que les Akhouan. On confond trop souvent. avec la société politique secrète proprement dite. été et hiver. devenus hommes. Toutefois les fusils à répétition d'Espagne n'ont pas encore totalement détrôné la moukh'ala tar'zouthienne. elle n'a pour objectif . ramener à la foi pure primitive le peuple égaré. les jeux. sont en si grand nombre à Témsaman. 1 restée <s ignorée uw jus-u~ . La vérité. Leurs institutions n'ont guère dévié de leur but. il agit isolé- ment. le témsa- manien nage comme un poisson. Les gamins de 10 à 15 ans barbotent dans la mer. sans le concours effectif de sa confrérie. Et encore de nos jours. Seuls les Rifains connaissent et pra- (1) J'aborde ici un sujet scabreux. de peuple eucore inconnu. Ce que je viens de dire des Ordres religieux algériens peut s'appliquer au Rif et au Maroc tout entier. leur soi-disant influence.jed'unm'étais. Leur costume et leurs armes sont semblables à ceux des Beni-Ouriar'el. i'aurai= passé sous silence cette description d'une grossière coutume quici. c'est que les innombrables confréries musulmanes. la mus. imposéla loi de tout dire. ne parviendront jamais à à former un bloc s'entendre. Cette dernière existe chez nos voisins de l'Ouest. Le vêtemem de laine est en usage en hiver. LE Maroc încoNnO indigènes. que les innombrables ne pasteurs suffisent pas à les ramener au bercail. Si ne Jévéler les moeurs. Les hommes portent la djellaba noire. bonnes ou mauvaises. le Musulman n'a pas besoin d'être affilié à un Ordre quelconque pour exécrer le Chrétien. Sous couleur de religion. Le dévergondage de certaines femmes et de quelques gitons. les longues soirées. Nous en reparlerons au moment opportun. pour être secret. le poisson se vendant assez bien sur la côte et dans l'intérieur. Il n'était point dans la pensée des fondateurs des Congrégations maho- métanes de créer un instrument politique. passées à absorber du thé au milieu des nuages épais et énivrants du Uf (chanvre à fumer).

Voici l'accoutrement du Ba-Chikh couvert de haillons. préparé la veille. soutenu sur l'épaule par une cordelette de palmier nain. venant de la campagne. qui composent l'unique mascarade de la localité. la foule envahit les rues. deux petites feuilles de figuier de Barbarie figurant les oreilles le visage enfoui dans une citrouille creusée. armée de tous ses piquants. une pile de vieil!es peaux de lapin. savates trouées. Des valves de moule à la place des oreilles de la laine blanche représentant barbe et moustaches dans une mdn. une e~inière de cheval ou une queue de vache tombant de la tête. Soudain. mais ils ne s'eu vantent pas hors de chez eux. mais le henné. c'Est-à-dire les autres masques qui ne tarderont pas d'arriver. ramassée dans l'ordure. une grosse trique de laurier-rose dans l'autre. Faut-il voir dans cette coutume une réminiscence des saturnales de Rome '? Quoiqu'il en soit. jambières en peau de chèvre une outre rigide sur la tête. Dès le lever du soleil. attendant tranquillement sur cet ignoble siège les plaideurs. dents du monstre déguisé. il est coiffé d'un gigantesque cornet vert ou rouge. une cein- ture d'alfa autour des reins. Il y a là le Da-Clbîkib (1) (chef de famille). le carnaval rifain actuel perpétue une tradition séculaire qui se perd dans la nuit des temps. symbole du port exécré de la barbe un poignard et un pistolet de ferula co?KWM)ns (2) (férule commune) à la ceinture un fusil du même bois. antique enveloppe d'un pain de sucre. Ce singulier magistrat porte une robe de toile d'emballage son turban est un petit filet de pêcheur. sachant d'avance avec quel dégoût les autres musulmans accueilleraient cette invraisemblable nouvelle. destinées à représenter le registre où sont' consen'ées les minutes de ses sentences. elle su porte en masse au- devant de quatre masques. à l'époque de El-îd e~-A'ebu' (grande fête) et de FL-îd eç- ce)*'n*(petite fête qui suit le ramadhan). attendant l'apparition des cinq personnages (il ~'y en a jamais plus ni moins).Ç.. trouée à la place des yeux et de la bouche.=~ pour t signi&9ici le vauitre. 1 . Trois fois dans l'année a lieu le grotesque spectacle le jour de l'an musulman. percent le mascue aux commissures des lèv res une peau de hérisson.puit cxceilo?ec (2) (ke1"'rla)C. qui débouchent dans le village. Il escalade un gros tas de fumier.es plus hautes fonctions humaines juger ses semblables. Il n'a pas de masque. voilà l'homme qui va remplir une c. Il est seul. sa femme. s'asseoit au sommet. deux véritables défenses de sanglier. EXPLORATION PTJRI1)' tiquent la mascarade. Tout à coup la foule tourne le dos au cadi. son âne et son juif. (1)~. le rend méconnaissable. les cris des enfants signalent la présence du masque déguisé en cadi. dont son visage est barbouillé.

tout souillé de fiente. est appliquée sur la figure. et deux aubergines oscillent et s'entre-choquent dans un perpétuel balancement. un couf- fin en palmier nain remplace la calotte. des morceaux de fer tordus. à la place des dents. nues jusqu'aux genoux. de la ferraille comme bracelets aux jambes. La femme du Ba-Chikh est un vigoureux gaillard affublé de vieux sacs. qu'il envoie rouler dans la poussière quand il parvient à lui décocher son pied en pleine poitrine. le crâne disparaît sous un sale tablier de cuir aux'poîgncts. s'amuse à lancer de fréquentes ruades à son gardien. un hautbois arabe tout noir. sont rempla- cées par des soies de sanglier ou des crins arrachés à la queue de quel- que autre animal immonde. avec des ouvertures pour les yeux et la bouche. remplie de cailloux plats autour du cou. déchirées. fixé par une sangle sur la tête. encore garni d'un peu de paille. arrosée de lait caillé et de quelques gouttes de raisl pour attirer les mouches. le malheureux juif. des colliers de coquilles d'escargot. les pieds traînent des pantoufles (belr'a) éculées. . L'âne est généralement un gros butor de rifain d'une force hercu- léenne. figurant les oreilles du baudet. un bâton de laurier-rosé qui lui sert à écarter les chiens qu'on lance continuellement à ses trousses. une longue peau de bouc de laquelle s'élancent deux tiges démesurées d'aloès. remplie de goudron destiné à badigeonner le museau des compères. une boîte. Les restes d'une vieille natte en alfa représentent la djellaba. Entre les jambes. pour compléter le hideux accoutrement. enfilées avec une ficElle de palmier nain. LE MAfc'oa iNcokfotî représentant la tresse de cheveux nationale. dans un pli du tellis. D'affreuses loques cachent mal le corps du Juif. au pavillon très évasé. une tige de férule et deux aubergines simulent les organes génitaux du grotesque personnage. un chapelet dont les grains sont des oranges ou des citrons enfin. en poil de chèvre. comme avec un gant. Il se tient constamment à quatre pattes. frottée avec de la cendre mêlée au guano humain. Comme boucles d'oreilles. et d'un antique tellis (long sac). à la façon des mamelles desséchées. bombent la poitrine. Il a sur le dos un bât tout troué. en guise de linge de corps. qui pendent le long des tempes des fils d'Israël. une sacoche en feuilles de palmier nain. pouvant porter au besoin son maître et sa maîtresse. en forme de périscé- lidos. Il tient entre les dents un bridon d'alfa au croupion est fixé un morceau de queue de vache. permettant de voir et de respirer par trois trous correspondant aux yeux et à la bouche de grosses fèves sèches sont enfoncées dans le masque. en guise de melh'afa (robe) Deux énormes boules de liège. Autour du cou. deux fers à cheval. ou tombent bien bas. le masque est une citrouille vide. parfois des chiffons. Marchant en cempa- gnie de son seigneur. Une peau de bouc. Les longues mèches de cheveux. il tient à la main d'ignobles savates avec lesquelles il' empoigne.

chaque pierre claquant sec sur les callosités de ses grosses pattes d'homme habitué à manier la charrue ou la . La voix de son rappelle. Il accourt sous une pluie de crottins. sur ces hémisphères poissées de fiente. Dès leur entrée dans le village* le Ba-Chikh'et sa femme sont désar- çonnés par le baudet. moitié arabe moitié berbère. se débat. rue violemment. le groupe au complet. explique gravement qu'un magistrat qui se respecte ne donne gain de cause qu'à coups de pièces de cent sous. hurle le Ba- Chikh exténué. ce que le vocabulaire rifain contient de mots bas et ignobles. tombe naturelle- ment sur l'échine de l'hébreu qui plie les jarrets et s'abat lourdement. ramasse tes douros » Le magistrat. Le cadi. Enfin on se met en marche. que tous les spectateurs attendent avec une impatience fébrile. des cadeaux. le clou de la pièce. essayer de vendre sa pacotiile. enfin tout le saint-frusquin du camelot juif. La malheureuse tombe sous son mari qui se vautre sur elle. en se démenant comme des démons. Une lutte s'engage. Finalement la femme refuse de se donner avant d'avoir reçu son douaire complet. les attrape au vol. ses transports le reprennent. les loques en lambeaux. La foule se tord. ses miroirs cassés. Le coup. en proie un rut frénétique. EXPLORATIONDU RIF Suspendue au cou par une courroie. Le tellis lui servant de robe est arraché. se précipite sur sa compagne. Le Ba-Cliikh. On arrive devant le cadi. court sur l'Ane. Le Ba-Chikh trouve la proposition très naturelle H ouvre sa sacoche. un nouveau trousseau. L'âne qui. prennent récipro- quement leurs derrières pour leurs figures et appliquent. des baisers retentissants. tout cela est lâché dans un flot toujours montant de folie populacière. Le Ba-Chikh se relève. une grande boite étale aux yeux de la foule goguenarde ses brimborions. Le juif fait semblant de se lamenter en voyant ses maîtres rouler dans la poussière. le bâton levé. sa bouse de vache en guise de ses papiers crasseux. h. sa ferraille. se laisse difficilement ramener par le juif. il fonce de tous côtés. s'acharne. à moitié nu. « Allons chez le cadi. Le peuple en délire lui crie « Pas là Plus haut Plus bas t Les deux pandours. perché sur sa butte de fumier. Elle crie. malgré les maître le torgnioles. ses boîtes d'allumettes vides. très adroit. de son côté. perdu dans la foule. accable d'injures le fils d'Israël. il reste entre les mains du Ba-Chikh qui en fait une petite tente et per- suade à sa femme d'y entrer. Mais voici la scène la plus répugnante. Il s'y glisse à son tour immédiatement. Les propos les plus dégoûtants. dans un baragouin. » Le juif. La tige en main. prend à pleines poignées ses cailloux plats qu'il lance à la tête du cadi en* criant « Juge. Des compli- ments grossiers. dont la joie ne connaît plus de bornes. des discours extravagants se font entendre. faisait par ses gambades le bonheur des enfants. applaudit l'âne et son maître. Ce tournoi oratoire est salué par les huées du public. On se remet en marche. soi-disant destiné à l'animal.

aux yeux des Rifains. d'un vigoureux coup de rein. faisant face au couchant (2). Un pêle- mêle inouï. ni bénédiction ni paradis ». vient de l'arabe Qax:a (paraître au grand jour). vocifère « Que Dieu vous maudisse. coïncidant avec la fète religieuse. conformément à la doctrine du célèbre lbn H'açh'aç (1). c'est le sacrilège que commettent les 5 scélérats en tournant en ridicule la prière musulmane. et mille autres sottises qui font les délices1s de la populace. Ils s'arrachent le bât de l'âne. la plus belle de nos représentations théâtrales. à ceux qui vont à la mosquée. jont les jambes. sur lequel chacun veut faire ses prosternations ils le mettent en pièces. faisant fonction de moued'd'ène (muezzin). le renverse. Mais ce qui est plus grave que toutes ces folies. Vers la fin du jour. Le cadi accourt. ne parvenait pas à se débarrasser du baudet. » Cette sentence porte au plus haut point l'exaspération du Ba-Chikh. Celle-ci rue. appliquant à son ennemi. tout le monde se relève. saisit la femme. tous les deux à la fois. La femme a épuisé son visqueux liquide dans l'épouvantable mêlée. et. H'açh'aç. la fait monter de force sur l'âne. envoie rouler dans les ordures ses deux cavaliers. toujours en l'air. retombant en coups de foudre sur des thorax. . Le Ba-Chikh prie seul. Le Cidi. Le mari et la femme. qui voulait à chaque instant s'échapper. Le magistrat. se dit de la vérité. noir de gou- dron. des tètes ou des échines. exposent leur différend avec des gestes et des expressions ordurières qui font se pâmer tout le monde. se tourne du côté de l'occident. s'acharnant principalement sur son mari et le juge. en sa qualité d'imam. des coups de trique à assommer un bœuf. avant de reprendre la vie commune. monte sur un tas d'ordures. Pendant ce temps. qui fait semblant de dormir. Le juif. Aun moment donné. un salmigondis de tibias et de bras battant l'air. Couchez-vous sans prier. Et la fête profane continue ainsi toute la journée et les jours suivants. doit d'abord passer une nuit sous le toit de l'honorable juge. le cadi court à la femme. commande au juif de piquer la monture. (2) Tout le monde sait que les Musulmans doivent faire face à La Mecque en priant. lui meurtrissaient les os. LE MAROC INCONNU pioche. dans un silence relatif. Il se vengeait pourtant. Il entraîne sa femme. quand il en trouvait l'occasion. rend son arrêt t a La femme X. se met en croupe avec elle. dont le nom sert à confirmer les jugements burles- ques prononcés entre eux par !ss étudiants en droit du Maroc. Qu'il n'accorde. le Ba-Chikh. et fait sur (1) Jurisconsulte imaginaire. atteint le juif en pleine poitrine. Quicon- que prie ne prospère pas ». veut s'en emparer il est terrassé à son tour. veut diriger la prièrel Le Ba-Chikh a la même prétention. Il se prosterne en criant « Que Dieu maudisse les spectateurs. voilà le ta- bleau qui vaut.

100 feux. que le musulman en prière ne s'appartient plus.). en travestissant.£[)&' Ammb'edh Ah'med (Ah'med le marabout) (A. 300 feux. Sidi-Chaîb ou Meftah'. . y» Li' vj^çj (1) /*s5 On peut les faire avec du sable. Il FRACTION DES ATH MERER'NI Sidi-ldris. de la poussière.Lïaj= Tazar'in (2) (les sèches) (B). B. sans s'indigner. 300 feux sur l'ouad Merer'ni qui prend. à l'est de Sidi-Chaîb. 300 feux. quand ces étranges révélations me furent faites. ne doit plus être un mortel c'est une âme ayant quitté momentané- ment la terre. Les enfants et les hommes s'appellent presque tous Chaîb. Enfin on fait la prière en commun. ou en se frottant les mains sur un caillou. chaque mardi. 500 feux (voir ci-dessus) ïj> *S-h.*» ITadid'. Le Ba-Chikh. Elle se révolte une bataille s'engage. Principaux Villages de ïémsaman FRACTION DES BENI-BOU-DAOUD Sidi-Daoud. à l'embouchure de 1 ouad Merer'ni coupole abritant le cénotaphe du célèbre Idris. sur l'ouad Sidi-ldris. 100 feux. j yo y Aïth-Taïr (les enfants nombreux) (B). N'oublions pas que toutes les lettres se prononcent. EXPLORATION DU RIF elle des ablutions sèches (leyemmoum)(l). sur le bord de la mer. le nom de ouad Bou-Azzoun. de la manière la plus infâme.Ju ^cx**» ~. l'âne et le juif interviennent. 300 feux. 100 feux. un grand marché. en se bouscu- lant. Nouvelle bagarre grotesque. Jx> J. au sud-ouest >-ÏLyjj Lï se tient. Lieu de pélerinage très fré- quenté. 50 feux (voir ci-dessus). à l'embouchure de l'ouad Beni-Tâbane. . Tombeau du grand saint moyeu-âgeux. qu'il ccnstitue l'un des cinq dogmes fondamentaux de l'Islam tellement redoutable. un peu en amont. ne devant plus se préoccuper de ce qui l'entoure. l'acte trois fois saint de la prière acte sacré pour tout autre mahométan tellement sacré.^ Sidi-Chaîb ou Méftah' (monseigneur Jôthro fils de la clet). a~l ~1J~P l'azrouth (la petit rocher) (B).j^ \£-h*~ Bou Azzoun (le chéri) (A). (2) Tasar'ine. c'est l'indifférence des gens sérieux (car il y en a parmi ces sauvages). qui voient avilir. patron de toute la tribu. Ce qui m'a le plus surpris. les paroles du Livre sacré. dos à dos. rj*?.

sur l'ouad Merer'ni.^jjîjj5! Aith-Mlékchèn (les enfants des planteurs) (B). LE MAROC INCONNU Sidi~Mâsaôud (monseigneur heureux) (A). 100 feux. Aucun bourg fortifié. nDn loin de l'ouad Mercrni. marché important. l'ancien) (B). 50 feux. . A.. 50 feux. 100feux. le mercredi. 100 feux. près de l'cuad Tâban. 500 feux. 500 feux. B.j! Au sud de cette fraction.000 âmes. *i£l»vi>j' Bou-Yaâk'oub (le père de Jacob). FRACTION DES BENI-TABAN Aith-AU (les enfants d'Ali) (B. Plaine et sentiers partout. A. s->jàx. y^^o L?j yy Un marché se tient..U vi j Thik'çobth-S'énnëj (le fort supérieur) (A. Marché du jeudi. B. 100 feux. sur l'ouad Tâban. jj& FRACTION DE TRAGOUTII Er-Raoudha (le parterre) (A). 100 feux. 503 feux. envoie de temps en temps des cadeaux au sultan. au sud. 300 feux. sur l'ouad Merer'ni Jjjw j^^ Thik'çobth-Ouadda (le fort inférieur) (A et B). 50 feux.). -^jU^yai** Ain-Keihir (source abondante). l'ancien) (B).sr. le lundi.). J. ~.j.). Tribu indépendante.'l Tliaddarth (la maison) (B). jJÏ ^o Amézzaoufou (le premier.lc P Akhechchoub ououmr'ar (les buissons du vieillard) (A. _y Jj. i SI j ^.). marché très fréquenté le dimanche. *> jJU Amêzzaourou (le premier. (1) Dites îçjxier.< y> FRACTION DE OUCUCHANÈN Ain~Ket]tir (source abondante). sur l'ouad Tâban.yÙÀÎt Ifasiyin (les gens de Fas) (A. 300 feux. au sud de la fraction. B.! 1 Tlialiouin (les sources) (B). A. dont je n'ai pu avoir les noms.) 100 feux. jU^j v_. 500 feux. B. w^l?.000 fantassins.Q^aiJ' Decher-n-elh'add (village du dimanche) (A. Toutes les lettres se prononcent.. Les Temsamaniens l'appellent aussi Thak'cofth-n- énnéj (le fort du dessus). Instruction coranique assez répandue.). La tribu contient en outre une quarantaine de villages de 50 à 200 feux. Forces militaires 20. 100 feux. 100 feux. Population probable 100. Jj^j taLJ Iger (1) oufadhîs (le champ du marteau) (B. Nomme elle-même ses caïds. Les Témsaraaniens prononcent aussi Thik'-çofth-Ounouadda (le fort d'en bas). Ai>.

une cin- tes. B). entre calcul. de au milieu des puissants voisins permettant pas de se passer soutien dont elle est entourée. bananiers. Ttiaâmmarth et Tafersith. sans être arboriculteur. où l'on trouve le chêne. (la bien peuplée) (A. med fit son entrée. couvert de grandes le frêne. Sans à celle de de suits que la terre des Beni-Touzin ne ressemblait pas Témsaman il constata également. Beni-Hassan (les enfants de Hassan) (A). peut lever 3. (2) Prononces iguer. dans lequel Moh'am- Iguer Emmaouass (le champ d'aujourd'hui) (B). Iger (2) Emmaouass a la réputation d'une bonne petite université où l'on apprend. emportées sur les pentes d'un terrain généralement accidenté. est littéralement étouffé au milieu d'une forêt d'orangers. soit 15.000 piétons.000 Nous sommes ici dans un pays montagneux. forêts. vignes grimpan- installés à la mosquée. Le voyageur trouva. friable. comme lui. il remarqua tout nouveaux. l'ormeau. beaucoup pour vivre sur la charité publique. cactus. B) y. hommes pour toute la tribu. les éléments du seul la mosquée est assez vaste. venus là.jj ck> (les L' (le défrichement) (B) «J^». Son grand minaret polygonal dépasse cime des grands arbres. Cette dernière. s'imaginant trouver des hommes être géologue. Chacune de ces fractions. (t) Tontine. que les sur le littoral.vert. Sidi Yah'ua (4) bien que tribu distincte. étudier. y compris Tafersith. Le sol des Beni- arbres étaient plus beaux.»? tourna le dos Les hasards de sa vie errante firent que le derviche à la mer. rien ne manquait. Il s'enfonça dans le sud. figuiers. cordiale. La réception fut à la mosquée. ayant vu entrer un nouvel étranger une ration plus forte que d'habitude. Plats de lentilles. est complètement inféodé? aux Beni-Touzin. noyers. de La tribu des Beni-Touzin occupe une surface d'une quarantaine kilomètres en long et en large. leur sa faiblesse et sa petitesse ne lui qui l'ont prise sous protection. des mœurs étranges. Elle a cinq fractions Iger (2) Emmaouas (3). etc. La autres sciences chères aux Marocains. mandariniers. signtacalion de ce mot. Maouas étaat uu nom d'homme. a le grain dur. destinée à résister à l'érosion des pluies hivernales. quelques-uns pour quantaine d'étudiants étrangers. fruits. plus forts que c'est une terre de montagne. le chêne-liège. Les habitants. apportèrent petits pois. peu Touzin est noirâtre. glands grillés. (4) {j^J^î ^V^ ^S-^tr O^3" . EXPLORATION DU RIF Tcibtis des BKKI-TOUKIN (i) et de TâFERSITH enfantsdu pesage)(A. on (3) Voir plus haut la«le peut traduire aussi: champ de Maouas».

complices et associés des européens. On y fait un grand commerce d'orge. Les fusils et les cartouches. quoique très courageux. Cependant. L'olivier surtout est l'objet de soins attentifs. thé et sucre anglais. LE MAROC INCONNU le sapin. l'Angleterre et l'Espagne en savent quelque chose. qui se tient le jeudi. tandis que les indigènes du littoral achètent presque tout aux Espagnols. épouvantent les bambins et les femmes. redoutant mille fois plus les djinn que les rôdeurs nocturnes. Les bœufs. De terre. le sucre. attendent. haïks. modulés d'une façon particulière. tiennent compagnie pen- dant le jour. saute dans le canot qui vient toucher terre pour s'éloi- gner aussitôt de quelques brasses au large. Alors les caisses sont déclouées. racontées aux veillées. soigneusement emballés dans de solides caisses. Au fur et à mesure que les caisses sont débarquées. Le navire. L'embarcation retourne au bâtiment. huile d'olive. dispa- raissent dans la nuit. dont on commence à distinguer dans l'ombre les silhouettes inquiètes. Le thé. on crie aussitôt en espagnol « Est-ce toi. et le canot revient au rivage déposer son chargement. Toutes les productions de la contrée s'y trouvent. le sanglier. Un indigène. ânes. celui de Midher. annoncent l'approche de la barque. aussi innom- brables que variés. tandis que sur les flancs des coteaux. le renard. des voiliers généralement. allant les porter à la maison du principal contre- bandier. les fusils et les cartouches examinés et comptés le musul- man en paye la valeur en beaux deniers trébuchants. C'est dire que la sécurité existe encore moins dans cette tribu que dans celles que nous venons de parcourir. l'énorme cargaison que l'on débarque tou- jours la nuit. sur un point isolé du rivage. Des histoires d'ogres. les chandelles. les fusils européens pénètrent peu à peu dans le sud. sort tranquillement d'un des ports méditerranéens de la Péninsule ibérique ou de l'estuaire de la Tamise. La faune est représentée dans la forpt par le singe. croient absolument à ces sornettss. est de beaucoup le plus fréquenté. faisant ainsi le va-et- . raisins secs. bondé de fusils à coulet bas. dans les vallées. et ils sont nombreux. les indigènes obtiennent des fruits d'une grosseur phénoménale. auxquels les bandits. djellaba. Ces géants couronnent les sommets. chèvres. Par des greffes. le chacal. figues. mulets y sont vendus par centaines. faisant voile vers le Maroc. Les tribus du Rif méridional s'approvisionnent dans cettte capitale. Des coups de sifflet. capitaine un tel ?»Et un dialogue s'engage entre le commandant et les musulmans. les ustensiles de ménage viennent de Fas. un caïd habituellement. i les hommes eux-mêmes. Des quatre marchés des Beni-Touzîn. règnent les arbres fruitiers. quittent le bord sur une embarcation comman- dée par le capitaine en personne. Les contrebandiers de ces deux Puissances affrètent de petits bâti- timents. Les indigènes de la côte. savamment combinées. des indigènes les chargent sur le dos. la hyène et la panthère.

qui distribue. se bravoure à toute épreuve. ne connaît pas L'homme des Beni-Touzinc parle le pur thamazir'th. place. des balles qu'ils vendent au marché. comme mollets protégés par des jambières de cuir. les associés sont réunis. font du jardinage. dans telle tribu. Temsaman et Galîya (1) ». La Puissancequi sans se ter directement avec les populations marocaines indépendantes. la monnaie Dans toutes les tribus du Rif. au Nord comme au Sud. il trouvera de quoi remplir ses flancs du marocain. Le travail des hommes consiste faire de la poudre et. est vendu. et plusieurs année au Maroc cinq ou six cent mille fusils. Revêtues de longs haïks de laine noire. si le pays est troublé. écoulerait chaque au minimum. dans la maison les examinant méticuleusement.' Celle de Sidi-bou-Djeddain (raonsoîgneur aux deux (-i)~L. 120et Europe. des chaussures en H'alfa. livrent au plus rudes travaux. 80 ou '100 francs. de qui je tiens ces détails. Les pièces frappées par Majestée L'argent anglais. est inconnu. m'assurait qu'on Le fusil. pris à 20 ou 30 francs en commerce des gains considérables. des bas aux pieds. italien. allemand. etc. les palpant. les quotes-parts réalise dans ce dier rifaio. et. L'honnête voilier . « Trois tribus possèdent de belles femmes Beni- passé en proverbe découvert. du principal bailleur de fonds.. EXPLORATION DU RIF à bord. Il s'agit comptant les fusils.nouveau mari pendant sept jours le huitième.vient jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien reprend immédiatement la mer. Le vieux contreban- après chaque vente. Elles vont le visage elles suivent les hommes au combat. en second lieu vient la française. cinglant vers son port d'attache. les les greniers et les silos mariages se font à la fin de l'automne. tout est consommé. vont au elles ont les bois et à l'eau. où de nouveau. en mouvement. D'une Touzin.i~J~ ~4- . de la côte. t un mar- d'en envoyer plusieurs centaines le lendemain la vente se fera sur ché très fréquenté ou bien. Les études coraniques sont en honneur dans les trois zaovÀya (sémi- naire) de la tribu. aux Marocains voudrait trai- môme 150 francs aux tribus de l'intérieur. préférée est la monnaie espagnole Sa Chérifienne figurent au 3° rang.la. Très chastes. La fiancée reste vierge chez .. lorsque son regorgent de grains et de fruits. collant très fécondes. La beauté un mot d'arabe. enfants qu'elles allaitent jusqu à 5 ou 6 ans. se vouant à l'éducation de leurs elles mènent une existence laborieuse. dan. Son corps trapu est toujours dont le vers suivant est des femmes a été chantée par un poète local. 'soucier des protestations platoniques du Chérif. sur la'chair. La plupart du temps. moissonnent. demeure aux intéressés. Cependant. millions de cartouches.

par-ci par-là. Aussi. mais moins que Sidi bou-Djeddain. est mis à sécher puis on le moud et on en fait du pain. étalant. fait avec de la farine de glands doux et amers. aimait à parcourir le Rif. se nettoyer au besoin. Après ce bain de trente jours. totalement inconnues avant cette époque. un fort courant d'eau. Les habitués y supportent des températures effroyables. Ces eaux constituent le seul agent médicamenteux pour lequel les indigènes daignent se déranger. le gland. Un grand saint du Moyen Age. les eaux minéra- les. Ce don d'ubiquité L'est pas rare ciiez les saints de l'Islam. Ce qui attire surtout les visiteurs à la célèbre zaouiya. ses larges murs. dans laquelle ses hôtes généreux pouvaient se guérir. les pèlerins viennent en foule se proster- ner sur le tombeau vénéré. Ces derniers perdent leur amertume. La troisième se trouve à Midher. paraît-il. c'est une source ttermale. des mares peu profondes. demandant l'hospitalité dès que la nuit tombait. formant. principale- ment dans les hautes montagnes du midi. Moulaye Yaâk'oub (mon- seigneur Jacob). court entre les maisons. possède les reliques du bienheureux Sidi Ah'med ben Nacer. Juste au-dessous du dôme repose Sidi-bou- Djeddain entouré des tombes de sept de ses descendants. Elles attirent beaucoup de pélerins. dans les Beni- H'assan. Les cinq fractions des Beni-Touzin pourraient se livrer en grand au commerce du liège. appelée Zaouiyat sidi Yah'ya. pendant un mois entier. La seconde zaouiya. leurs forêts étant pleines du bois précieux qui le (1) On m'assure que le grand-père paternel ou maternel de ce saint est enterré à deux endroits à Taza et dans les Beni-Touzin. avec le tombeau de Sidi Moh'ammed bou-Ziyan. LE MAROC INCONNU grands-pères) (1) se distingue de ses sœurs par sa lourde maçonnerie et son immense coupole. Il récompensait ceux qui l'avaient bien traité en faisant jaillir du sol une belle source chaude. dont les eaux très chaudes ont rendu la santé à des milliers de malades. Elle sourd en plein village. blanchis chaque année à la chaux. très vagabond de son vivant. Le Rif est riche en eaux minérales. On le voit de loin comme un amas de neige. sur la crête de la montagne qui le supporte. terme commun désignant toutes les sources thermales du globe. reçurent-elles le nom de H'ammam Moulaye Yaâk'oub (2). (5) v jfjt>c)}yAsA Dénomination employée par les Arabes et les Berbères du du Maroc3t de la province d'Oran. De tous les points du territoire marocain. nourris gratuitement à la zaouiya jusqu'à leur complète guérison. Les légendes rifaines attribuent aux sources thermales une origine miraculeuse. C'était sa façon à lui de payer son écot. logés. devenu doux. dans lesquelles grouille un monde d'invalides. capables de faire bouillir en un quart d'heure les corps délicats de nos européennes. . de cette manière on les met dans des silos on lâche sur eux. La bas3 de l'alimentation est le pain.

Si les richesses forestières restent inexploitées. sans oublier d'en- voyer la plus grosse part aux joyeux écoliers hébergés à la mosquée. Le Rifain. grossi des eaux thermales de l'ouad Beni- Touzine. Au village. Zaouiyat Sidi Bou-Djeddain (voir ci-dessus). L'hiver. revien- nent au logis. capitale de Tafersith. Quant à le vendre aux Marocains de l'intérieur. au centre duquel les gamins et les chiens font un vacarme infernal. A> j\\)) Près du village. ne sachant qu'en faire. . lui. vautours et autres animaux. sont abandonnés sur place à la voracité des chiens. Tout y passe. s'enfuyant éperdus dans toutes les directions. Grand marché le jeudi. renards. la panse prête à éclater. B) (altération de l'arabe mt'ar). quelques maisons couvertes en liège. qui ont le malheur de se trouver dans le cercle fatal.« sur l'ouad du même nom. vi^Uw Sidi Yah'ya (Monseigneur Jean). B). Ceux-ci. dans les tribus montagnardes du Rif. Mais elles ne trouvent aucun débouché du côté du littoral où les Européens pourraient l'acheter. Midher (averse) (A. Alors a lieu un massacre épouvantable. 100 feux. On cerne un grand espace. accompagnés de quel- ques jeunes garçons. ce jour-là. sur l'ouad Beni-Touzin. chats sauvages. Ces toitures doivent être assez résistantes pour supporter parfois de lourdes charges de neige. Principaux Villages des Beni-Touzin et de Tafersith Iguer Emmaouas. 300 feux. les hauts monts du Rif ayant des hivers très rigoureux. porcs-épics. 50 feux. au sud. ne donneraient pas un sou de tout le liège de la création. jEXPtÔhATION Dtl ÎUP produit. Que de richesses se perdent ainsi dans ce magnifique pays On remarque cependant. c'est inutile. c^j«. ratons. Les compagnies de perdreaux s'envolent. le gibier. se trouve un grand plateau où se tient le marché du mardi. très adroit. ^l j£ J. (V.AJjfj 0~1~ Tlwâmmdrth (la bien peuplée) (A. abat à chaque coup sa pièce. jusqu'aux sangliers. chacals. 100 feux. des hommes partent vers la forêt. en effet. les jambes écartées. Ez-Zaouiya (le séminaire). est assez souvent mis en coupe réglée.. trottinant à grand'peine. réputés impars. 500 feux. 100 feux. près d'une superbe forêt de chênes -liège. tombent dans le cercle des tireurs. quand tous les travaux chôment. qui. qaand un épais linceul de neige s'étend sur la campagne silencieuse. les lapins et les lièvres. belettes. Les sangliers. taillé grossièrement en tuiles monstrueuses. plus haut) à l'embouchure '^jj^jh de l'oued Sidi Yah'ya. suivis des chiens de garde du village. on fait le partage du gibier entre les familles des chasseurs. j^.

micocouliers. fuyant peut-être le voisinage dès grands fauves. A).000 fantassins.NI . de ses yeux. Il s'allongea attendant stoïque- dans un coin. Il se trouvait bien petit à côté des géants de la forêt: chênes verts. à son réveil. LE 9AFtÔd INCONNU Forces militaires 15. platanes. Et il allait dwant lui. Ses par Mer'raoua.. Celui-ci vint le premier. Elle était vide ni étranger. lèvent chacune 3. et Ai. I~ ~S~ . trop peuplées pour eux Sur le soir. ~1. cèdres. en élidant malicieusement la première consonne. il se mit sur son séant. Pays forestier accidenté. Tldbü de KZKNNA YA LU. après avoir traversé plusieurs villages où on ne lui fit pas l'accueil qu'il espérait. ni étudiant murs nus et quelques vieilles nattes sur un sol mal damé. pan- thères ou lions. et à l'E. sapins. Lemt'alça. ormeaux. qui voulait pénétrer jusqu'au fin fond du Rif.tti-Daoud (1) (les enfants de David (B. Les premiers habitants qu'il rencontra sous bois furent des sangliers.~ On l'appelle quelquefois Ze2?n~xya(adultère). lentisques. Beaucoup de hameaux. dont les troncs énormes faisaient serpenter l'étroit sentier qu'il suivait. Tafersit. il arriva à Sidi Bennour. genévriers. Le derviche.'releva les bords flottants de ses capuchons. dans tous les sens. la tête perdue dans ses capuchons. et au S. car ces derniers commencent à se montrer. décidé à voir. avec l'intention de pousser jusqu'à Mer'raoua..~d-7)tr (le poitrail de selle) (A). dont elle est séparée à l'extrême sud. Sidi jBcMOM)' le fils de la lumière) (A). Au N. à cette Hmite.Il alla tout droit à la rien que les quatre mosquée. arbousiers. chatai- gniers. en venant Beni-Touzin pour se rendre à Sidi Bennouz°. n'osant pas descendre dans les plaines septentrionales. àl'O. n'était des pas rassuré aa milieu des massifs boisés qu'il traversait. trembles. chênes-liège. elle est limitée par des tribus rifaines: Beni-Touzin.. sur une petite surface. A). bienfai- sant. At~4~ (les enfants d'Ali) (monseigneur (B.000 habitants. Le lendemain matin. ment le souper ou le sommeil. ces montagnards de l'extrême sud rifain.000 hommes pour toute la tribu.000 fantassins.après la grande marche de la journée. il s'était sauvé des Béni- Touzin. emportés dans un galop éperdu. Cette fois encore. elle tcuche les Djebala. soit 12. Plaine au nord de Tafersith. Population probable 75. Elle a 80 kilomètres environ quatre fractions. . sur la sauvagerie desquels on ne tarissait pas dans le nord.os~° a ~. lourd.

jusque dans sa maison. couffins. cordes. des hommes entrèrent. qui vont. DU RIS1 ËXPtORATlON La vue d'une casserole. demanda un petit brun qui se donnait des airs de chef? b « La route habituelle. On le pria de rester à Sidi Bennour. le ravit. Il se laissa faire une douce violence. abondamment arrosés par les innom- brables sources qui sortent à grands flots des flancs profonds de l'Atlas. Il se cantonne dans son village. l'h'alfa se montre déjà. il exècre le juif sans le connaître. non en France. très casanier. paillassons. où rien ne lui manquerait. que le Roi des Déserts a lancé L'alfa jusqu'à la Méditerranée. s'il ne s'était évadé du village. accusant la proximité du Garète. menant une existence patriarcale. comme prononcent les Arabes. que la faim lui faisait trouver délicieuse. vers l'Est. L'indigène de Kzennaya. ils ne font aucun commerce avec le littoral. Les indigènes de Kzennaya ont la spécialité des chaussures. A part les fusils. pour courir dans la tribu.» n « Comment Les lions t'ont laissé passer ? » « Ce qui est écrit arrive. quelques jours après. les divers produits de l'industrie dont il a besoin. fleuve de sable çah'arien. Il se méfie des Arabes. que l'on vend à vil prix aux tribus du nord et de l'ouest. laissant à sa femme une grande liberté. Les famines peuvent sortir. Les jours de marché. La seule province d'Oran en fournit annuellement plus de deux cent mille tonnes. vêtus de longues djelaba de laine noire. C'est à Fas que les Rifains méridionaux vont faira tous leurs achats. aurait pu lui coûter cher. sans oser le réveiller. le visage découvert. Les potagers succèdent aux vergers. nattes ovales. métamorphosées en excellent papier. répondit le derviche. da'gnant promettre d'apprendre à lire à la marmaille. attend que les colporteurs lui apportent. et on l'avait laissée là. n'aimant pas les voyages. déclara sentencieusement l'incorrigible vagabond-. d'où elles nous reviennent. pleine de kouskous d'orge. portant sur le dos d'immenses filets bourrés de sandales d'alfa neuves. pris à la légère. Quel beau pays! Les montagnes. le fusil en ban- doulière. ignorant encore les nombreuses utilisations de cette herbe vivace. hélas mais en Angleterre. ce. Les Marocains. cultivées comme notre chère France. en sont toujours à l'antique fabrication des sanda- les. aucune culture. Cet engagement. On avait dû la lui apporter dans la nuit. assister même aux délibé- . baissent entre elles de larges vallées. (stipa-tenacissima). Elle pousse d'elle-même dans toute l'Afrique du Nord. on rencontre d'interminables files de plus de cinq cents hommes ou femmes. « Quelle route as-tu suivie.» w Il inspira immédiatement une grande confiance. Pendant qu'il avalait goulûment cette grossière pitance. à travers les terres fertiles du Maroc. n'exigeant aucun soin. est une plante précieuse dont l'utilisation va croissant sans cesse. Cependant. ou h'alfa. tamis. hérissées de hautes futaies.

donne naissance à deux ruisseaux l'Ouad Ed-Dir et l'Ouad Kzennaya. dégoûté de la cuisine insipide des montagnards rifains. . de leur costume mal nettoyé. Il tourna le dos à l'Est. Les légendes rifaines racontent que le caustique et vénérable Sidi Ah'med El-Mejd'oub. qui lui apprend les ruses du métier. vont pieds-nus eux-mêmes dans une contrée où l'alfa abande. Les grands troupeaux de chèvres et de bœufs. toujours hérissé d'aiguilles d'h'alfa. refusant d'aller plus loin. faisant des chaussures pour les autres. la dernière partie du dicton satirique s'applique aux Kzennayens. effectivement. ne resta qu'une vingtaine de jours dans la tribu. dont elles se servent d'ailleurs très adroitement. A partir de 8 ans. « Que Dieu nous préserve du pays où règnent le ri et le ra. et. mis en dépaissance sur la lisière des forêts. tout particulièrement. et leur immense chapeau arabe leur donnent un air tout à fait martial. Le derviche. se tient (î) a?W! j i*J j \yij yn >% ^jjl. Enfin. ni devant le sanglier. venu des bords de l'Atlantique avec l'intention de visiter l'Orient. Grâce à ces la précautions. panthère et le lion s'offrent rarement du bœuf ou de la chèvre. sous la direction d'un aîné. sur le territoire de Lemt'alça. Dans le village même. sans lâcher leur inséparable fusil. » Le ri vise le chevrier Kzennayen qui pousse son troupeau devant lui en répétant à satiété ce cri unique Erri. qui font marcher leurs ânes en leur disant continuellement Erra. 100 feux. t6 Maroc itfâoNNtf rations des djemaâ où elles prennent souvent la parole. excellentes bêtes qui ne reculent. Il est vrai que les nombreux sangliers de la contrée leur fournissent une nourriture plus que suffisante. Sidi Ah'med donnait à entendre que ces cordonniers sont plus que mal chaussés ils ne le sont pas du tout. serrée à la taille. ainsi que des contrées où l'on marche pieds-nus et où il y a de l'alfa (1). ni devant la hyiène. à Kzennaya. . le jeune garçon. vécu jusqu'alors sans rien faire à la maison.^«i. devient bouvier ou chevrier. Principaux Villages de Kzennaya Sidi Bennour. 100 feux (voir ci-dessus). Leur longue tunique de laine. s'arrêta à Kzennaya. en cet endroit. Le ra est à l'adresse des indigènes. bâti sur le point culminant du Djebel Kzennaya qui. Il alla à l'Est. jjd L> ^S^ El-Khemîs. Ceux-ci. suivis de leurs intrépides chiens au poil roux. dégoûté lui aussi de la nourriture et de la grossièreté des habitants de Kzennaya. ne doivent s'aventurer sous bois qu'avec de nombreux gardiens. décochant cette épigramme aux tribus méridionales du Rif. qui a.

Dès que vo. indépendante se moque du sultan dans ses montagnes. sans transition. cherchant à y revenir le plus vite possible. s'opérant sous vos yeux par la main invisible du puissant Machiniste qui fait rouler les Mondes. des troupeaux de gazelles. pour la première fois. disparaissant sous s. Les djemaâ gouvernent.conformémentà monsystèmeinvariable.El-Mt'allesa signifie «couverte de.000 habi- tants. froide en hiver. devant des centaures. se plonger dans la Méditerranée. à l'entrée du Garète (Oj>^). 9 . à la surface de l'étrange Gulf-Stream Sablonneux. Devrait s'écrire El-Mt'allesa A^ïi-JI' avecv.s'établirchezelle. en de vastes espaces. (1) Mot arabe berbérisé. Vous êtes sur un sol pierreux. s'étend toujours devant vous. si l'on peut toutefois se servir de ce mot à propos d'un pays où la liberté individuelle est illimitée. vient.la prononciationlocale. comme dans un diorama. Tribu absolument sauvage. Nous quittons la montagne pour la plaine. dans le dérou- lement sans fin de son énervante uniformité.Température fraîche en été. Oui. En arabe algérien. incli- nés en avant pour mieux viser. les fusils épaulés. très boisé. à travers les riantes cultures. chez des Berbères nomades. Neige sur les sommets en décembre et janvier. A la limite de l'horizon. Population probable 60. la plaine s'étend. des autruches défilent. nous sommes bien ici sur un bras du Monstre Çah'arien.venus. Nous voici. sous d'épaisses touffes d'alfa. debout sur leurs étriers.. entre le lac salé de Bou-Erg et la frontière 'oranaise. C'est ici un vrai désert. qui. d'où son nom d'El-Khemis. ne quittant leurs maisons et leurs villages qu'à regret.J t-l!~J Nous n'avons vu jusqu'à présent que des populations sédentaires. Le changement de décor est subit. sorti des profondeurs du Çah'ra. Tribu de UKMT'ÂLÇA (1) . Instruction nulle. disparaissant parfois. le désert de Garète.is êtes au pied des dernières ondulations des collines de l'Ouest. eirbarassé de sables. J'ai conservé.nsine. Forces militaires: 12. Cette tribu a reçu ce nom. radical vrai changement à vue. Ëxï'LOttAT'loNDU RW chaque jeudi un grand marché. Pays montagneux. sur le prolongement du désert des Angad. en vainqueurs. les burnous flottants.parce qu'elle aurait été jadis couverte d'étrangers. sous les buissons verts des jujubiers sauvages.000 fantassins. Il y a encore une soixantaine de hameaux disséminés un peu partout.

signifiant homme de langue thamazir'th. des couffins. Sa prin- cipale. Enveloppé dans ses haïk et ses légers burnous. jamais voilées. se donnent à eux-mêmes le nom de Amazw' pluriel ïmazir'en. sans la protection d'un homme du pays. perchés sur les derniers contreforts de l'Atlas. miel. thé et sucre anglais. pas plus que de son fusil. che- vaux. balles. sa seule industrie c'est l'alfa. des nattes. acheté aux Anglais ou aux Espagnols par l'intermédiaire des contrebandiers de la côte rifaine. à chaque demi-cercle décrit au ras du sol par le terrible instrument. il s'avance dans la plaine. les Rifains de pur dialecte thamazir'th 1 Adieu l'air pur des montagnes. fusils. quelques hameaux dont les habitants sont sédentaires. ils remontent dans le Garète. tout est nouveau. portent des sandales d'alfa. abattant. L'âne et le mulet sont rares dans les sables. . Les femmes sont très libres. Aux grands espaces plats et nus. poudre. on pourra parcourir le vaste emplacement du marché dans une sécurité relative. Cavalier intrépide. en automne. LE MAROC inconnu Adieu le vrai Rif. Les trois marchés de la tribu sont bien achalandés. idiome berbère assez éloigné du thamazir'th. Sous son égide. pour ne pas être confondus avec les autres berbères Zënètes. c'est-à-dire d'une autre branche que ses demi-irères du Rif de langue thamazir'th. La faux à la main. Les animaux domestiques aussi ne sont plus les mêmes que ceux des régions accidentées et froides du Rif. tentes en poil de chèvre ou en laine noire. Le cheval et le chameau remplacent ces utiles serviteurs de la montagne. la fraîcheur de l'atmosphère. vont au marché avec les hom- mes. à faire des sandales. h'alfa. L'indigène de Lemt'alça parle la Zenatia. laine. beurre. sa tête nue et son type fortement berbère. Il serait dangereux de se faufiler parmi ces 15 ou 20 mille individus armés. sans ses sandales en h'alfa. qui. On trouve à l'ouest. tout le monde se met à tresser des cordes. tapis. très disposées à se laisser apprivoiser. la neige. suivi de sa femme. le lemt'alcien ne se sépare jamais de son cheval. changent à chaque instant de campement. ils poussent jusqu'au désert des Angàd. la rude bonne foi du montagnard 1 Quel étrange et aride pays 1 La nature. Lui-même est Zenati. on le prendrait pour un arabe. les habitants. solidement attachées. De retour à la tente. ont l'air crâne d'ailleurs très peu farouches. des tamis. à la recherche d'herbages ou de feuilles pour leurs troupeaux. de larges andains que sa vaillante compagne convertit aussitôt en petites gerbes. Tous les autres indigènes vivent sous la tente. On y fait un grand commerce de moutons. Au printemps. il faut la vitesse unie à la sobriété et à la résistance.

Aussitôt 300 cavaliers lemt'alciena montent à cheval. conduits seulement par cinquante cavaliers des Beni-Gil (2). Ils roulent tous deux leurs eaux terreuses à fleur de terre. voisins et amis de Lemt'alça. qui n'est qu'un affluent de la grande Afë~oM~Mci-). Il y avait là 500 chameaux. en vrai fleuve poudreux. vinrent. Reb6 Ouadda (fraction inférieure) (A et B). le pays est aride. la pronon- ciation des nons arabes et berbères. massacrent tout vain- cus. 4. 42 et 43. . « üÇJI t 1 . pousser lui aussi jusqu'à la mer ses vagues de sable. (2) Dites G~:it. deux lemt'alciens et deux Beni-Gil avaient été tués. qu'ils ramènent deux heures après. Le lendemain. p. (Voir souveat. . EXPLORATION DU RIF La tribu. Un soir. a cinq fractions Ikebdane~a (les gens de coeur) (A. mais ne voulurent pas entendre parler de la restitution du butin. montés sur d'axcellents chevaux. traversé c3pendant par deux ouad aux eaux salées l'ouad Msou~a (0)") (le boueux) (B). installé au milieu d'un grand douar. quelques années auparavant. et l'ouad Mélouyïcx (tortueuse)(A). El- Kart (le ratissage) (A) (1). se frayant péni-. ils pillent. des pillards incorrigibles. voulant. une caravane de 4 à 500 chameaux. Les indigènes de Lemt'alça sont. armés de fusils euro- péens.E!-JÏ7tCMMs(le jeudi). affluent de gauche de la Durance.~ a. désarmes.). dans les parties montagneuses. dans tous les sens). dont les crues sont parfois terribles. Vainqueurs. Dans la bagarre. sans berges. une W .c (~ J~«. B. marchant à pied devant leurs ennemis. qui s'avance d'une poussée irrésistible. vit passer à l'horizon. ce bras du Çah'ra. p. On fit cinq parts des chameaux et de leur une pour chargement. dans la tente des hôtes.5u. d'une grande étendue (80 kilom. sur la lisière de la Dhahra. prêcher la conciliation. Au nord. fondent sur la caravane. dont le nom a été si joliment défiguré par les auteurs européens. Ce mot n'a que la prononciation de commune avec son homophone le Guit. des Berbères. de grands voleurs. desséché. Les Lemt'alciens consen- tirent à mettre en liberté les prisonniers. Ils ont de fréquents démêlés avec les Arabes de la Dhatira. C'étaient de justes repré- sailles. Moh'ammed ben T'ayyéb. au grand complet. les Beni-Gil ayant pillé. A l'ouest. ils se réfugient dans le retranchement formidable de leurs monta- gnes. Souah'eZ (rivages) (A). le j~'e6e<-e<-Me~' (la montagne du sel) est exploité doublement il fournit à la tribu le sel nécessaire à sa consommation ainsi que d'excellentes pierres meulières. le blé et l'orge viennent bien tandis qu'à l'est.000 cavaliers. équipant chacune. Ils s'allient quelquefois avec certaines tribus nomades du désert d'Angad et entrent volontiers dans les ordres religieux des Derk'aoua et de Sidi Abd-el-K'ader.000 hommes. blement un passage dans le Garète. en tout 20.Jé-?J. comme tous les nomades. chaque fraction. char- gés de laine et de dattes.

Principaux villages de Lemt'alça Zaouiyat Kerker (le séminaire de Kerker) (n. Au bout de quelques joura. Les prisonniers partirent. il passa chez les Beni-Amreth. Il savait que toute cette jeunesse ne tarderait pas à aller faire la tournée dans le village pour mendier la pitance quotidienne. Plaine partout. sans lésiner. faisant sa première étape au gros bourg d'Amezzaourou. . au N. son appétit ayant été aiguisé par dix heures de marche en pays accidenté.000 cavaliers. Il tomba au milieu d'une popula- tion en émoi. d'homme ^j^JyJj signifiant traction) A) 200 feux source pure et fraîche au milieu du village. Une vingtaine d'écoliers. fraternellement partagé. pr. faites de force. lui prouvait que les étudiants connaissaient les familles aisées du bourg. l'intrépide voyageur se remit à battre les champs. 0. Il quittait Lemt'alça. sur une colline. trop âgé pour se mêler à ces jeux. heureux d'avoir la vie sauve. Tribu des BENI-AMRKTH (Voir la carte) enfants de la bien peuplée) (A. Cette r'azia avait été faite sous les yeux des Mehaya. Aârk'oub (le mamelon) (A. Uue heure après. s'accroupit dans un coin. criant. en effet. se bousculant. lequel se jette dans l'Ouad Msoun. copieux. qui pourraient en témoigner au besoin. pre- naient leurs ébats dans le Heu saint. B) d>« <-v (les Le derviche. Le voyageur alla tranquil- lement à la mosquée. complètement remis de ses fatigues. ne se souciant 'pas1 plus du Iendem'aîn que de son premier burnous. Des Beni-Touzin. préoccupé seulement de savoir s'il aurait i souper. heureux de se retrouver sur ses jambes après les chevauchées insensées. Le derviche.C00âmes. donnant naissance à l'Ouad Kerker. Indépendance complète. B. Population probable 100. de la t ^_jji p\ tribu. Instruction nulle.) 100 feux. à la suite des escadrons toujours volants des Nomades. truands éternellement joyeux. Forces militaires 20. allant d'un hameau. à l'autre. sauf à l'ouest. voulut revoir le Nord. les bons endroits où l'on donne largement. se préparant fiévreusement à commencer les hostilités contre Agraoua. LÉ mkoa ÎNCONftt) caravane de Lemt'alça qui traversait tranquillement leur territoire. au pied des derniers contreforts du Djebel Kzennaya. village ennemi peu éloigné. un repas. cédant encore à son humeur vagabonde. riant.

grimpant sur l'arbre voisin. Chaque famille fait elle-1 même sa provision de gelée de raisin et de vinaigre. pour fondre aux premiers beaux jours.tj~t ~x~ ~. vivant uniquement sur la forêt. entre lesquelles coule toujours un petit filet d'eau fraîche et limpide. Les femmes portent des habits de laine. Sur ses flancs. noyer. (l) ~I ~p . menuisiers. ormeaux. ne se prête qu'à la culture du maïs et de l'orge. charbonniers. les arbres fruitiers luttent contre l'invasion incessante des figuiers de Barbarie. Une assez haute monfagne. figuier. à peu près égales. Aïth-Oud'rar (B) (les enfants. s'arrêtant aux genoux. Aïth-Saîd (les enfants de Saîd) (A). soigneusement astiqués. oliviers. dès que le petit garçon a un ou deux ans. vont le visage découvert.t. goudronneurs. du nord au sud. la coupe en deux parties. Les gens de la plaine fabriquent de la poudre et des balles ceux de la montagne. malgré sapine à silex. le pantalon' court. Une infinité de villages et de jardins bordent ses deux rives. ne l'oublions pas.j ¿. gonflent les sources. poussant sur le côté droit de la tête nue et rasée. toujours brillants.000 hommes pour toute la tribu. platanes. ne laisse pas d'être redou- table elle a fait. chênes-lièges. L'assolement est inconnu dans ce pays où la tradition séculaire est la règle commune.000 fantassins 12. • II y a quatre fractions dans les Beni-Amreth Aïth-Abd-Aitah (les enfants d'Abd-Allah) (A). EXPLORATIONDU KIF La tribu des Beni-Amreth est petite (20 kilomètres sur 20). faisant d'affreux massacrés dans les armées. Aïth- Ir'zor (les enfants de la rivière) (B). les hameaux s'étagent en amphithéâtre jusque dans la plaine. fin décembre.~ 1 . lesquelles ne reconnaissent aucune autre autorité. amandier ou jujubier (zfizef). Le long fusil de Tar'zouth est le seul en usage. Dans la plaine. sont charpentiers. sont ornées de petits anneaux de cuivre. Le sol. De novembre à mai. percées dans le gras du lobe. les campagnes de la Révolution et du premier Empire. Une longue tresse de cheveux. ~JO. La vigne pousse partout. Le vêtement habituel est toujours la djellaba nationale.t :~t. d'abondantes averses trempent le sol. fauchant impitoyablement des régiments entiers. L'ouad Beni-Amreth arrose la plaine des Aïth-Ir'zor et des Aïth- Abd-Allah. Les oreilles.de la montagne (1). » Les caïds sont nommés par les djemaâ. sur la longue arête du mont principal de la tribu. malgré son infériorité actuelle. le Djebel Beni-Amreth. Cette arme. entourés d'une verdure éter- nelle cèdres. ont une conduite irréprochable. tombe jusqu'à la ceinture. La neige paraît. Quelques champs sont réservés à la culture du chanvre à fumer (ki f) et du tabac à priser. très dur. levant chacune 3.

Principaux Villages des Beni-Amreth Aârk'oub (le mamelon) (A. Une soixantaine de hameaux de 10 à 100 feux disséminés dans la plaine et la montagne. Aucune grande route. ayar trois fractions Tizemmourin (les oliviers) (B). après avoir passé la nuit au miiieu de cette joyeuse société. Population probable 60. Sans trop s'échiner. se hâta de crier Moh'ammed. il s'éloigna pour toujours d'une tribu dans laquelle la vie d'un homme tient à un fil. blême et flageolant. qui faillit tourner au tragique. les tambours de basque faisaient rage.000 habitants.500 fantas- (1) En thamazir'th. f LE MAROC INCONNU Le derviche avait trouvé à Aârk'oub une situation sociale.1 . 100 feux. Tazrouth (le petit rocher) (B). w Tïibu des BENI-MKKDOUYE (Voir-la carte) enfants de la de ^j ï y jo (les pomme pin) (1) C'est une petite tribu de 20 kilomètres dans tous les sens. Le derviche. les r'aït'a (hautbois arabe). sans compter les paniers de raisin sec et de figues qu'on lui donnait et qu'il pouvait vendre au marché. v_c! Agraoua (le couteau) (A. Je suis t'aleb (étudiant). il gagnait 20 centimes par semaine et par élève.000 fantassins. l'arracha à la pédagogie et à la tribu des Beni-Amreth. sans lui faire aucun mal. Le nouveau venu se mit bientôt à l'unisson général en tombant sur les victuailles.Lt ^1 Amezzaourou (le premier) (B). Mais un incident. Les flûtes en roseau. (2) ')~. dans la maison où avait lieu le mariage. Il suppléait l'instituteur qui était tombé malade. il entendit une croisée s'ouvrir au-dessus de sa tête. La balle avait traversé la djellaba du voyageur. B). Une nuit. 500 feux. Instruction coranique assez répandue. Oulad Ali (2)'(les enfants d'Ali) (A). Sentiers partout.>Y. Que ne 19 disais-tu ? grogna l'homme en refermant sa fenêtre. Qui es-tu ? dit une voix qui fut immédiatement couverte par une détonation épouvantable. le pin s'appelle thaid'a et la pigne amezdouye. Aux premiers feux du jour. terrifié par le danger qu'il venait de courir.J'). dans le village même de Aârk'oub. jjj^yï t Forces militaires 12. levant chacune 2. entra. .o. luttant de vacarme avec les you-you des femmes. en se rendant à une noce. 100 feux.))) l)' -J. j(. Tout le monde jubilait. B). sur l'ouad Beni- Amreth.

L'apiculture fleurit en grand dans la tribu. mêmes mœurs. Pays accidenté. alla faire une seconde et rapide tournée dans les mosquées de Kzennaya. Le fruit du pin fait les délices de la population à qui il a donné son nom. On le transporte. à vienne chez eux. l'orge surtout qui est la principale nour- riture des hommes et des animaux. ces indigènes se font res- pecter de leurs puissants voisins. pas à voyager ni ce qu'on Moh'ammed. Forces militaires 7. Ils sont encore plus casaniers que les Beni-Amreth. même très pauvre. armés à la marocaine.-O. B). c'est-à-dire avec le fusil de Tar'zouth. Au N. Ces montagnards rifains ne diffèrent en rien de leurs voisins.. . le blé et l'orge sont cultivés. 100 feux. délicieux. va à Fas où il est renommé. dont le bois est vendu aux gens de Tar'zôuth qui en font des montures de fusils. et grâce à leur bravoure et à la solidarité qui unit entre eux tous les contribules. EXPLORATION DU RIF sîns.jy Vs> La tribu renferme en outre une quarantaine de hameaux. les Beni-Amreth.500 fantassins. même n'aiment langage. dans la grande plaine de Tizemmourin et de Tazrcuth. dans une belle plaine cou- verte d'oliviers. Indépendance complète. On trouverait difficile- ment une famille. Même costume. Malgré leur petit nombre. Le Djebel Beni-Mezdouye. Tribu des BKNI-OUIxÉCHCHÊK • •jX&i j ^> (les enfants du reniflement) (A. Principaux Villages des Benî-Mezdouye Tizemmourin (les oliviers) (B). dans des outres énormes. vaga- bonds comme lui. Beni-Touzin et Tafersit. au sud. tous désireux de voir le plus de pays possible. dont les 200 maisons sont étouffées au milieu d'un dédale inextricable de figuiers de Barbarie.500 ha- bitants. Instruction coranique peu développée. sans son petit rucher. Le miel. ayant trouvé dans cette tribu plusieurs étudiants. très jaune. sur le territoire des Beni-Ouléchchèk. chacun tirant de son côté. Sa première étape. mêmes armes. La joyeuse bande se sépara sur le territoire de Temsaman. la plupart sur les deux rives de l'Ouad Tizemmourin qui arrose les trois fractions. quitta les Beni-Mezdouye. rf. est couvert de pins gigantesques. à dos d'âne ou de mulet. Le derviche quitta ses amis de Temsaman pour s'enfoncer dans le sud-est. Population probable 37. fut le gros bourg de Taliouin.

braillant à tue-tête les versets du Coran. La tribu des Beni-Ouléchchèk occupe une petite surface (20 kilo- mètres sur 20) sur laquelle se pressent quatre fractions: Taliouin (les sources) (B). gâteaux. Ils prirent des couffins. qu'il avale gaîment. d'un morceau de pain. armant chacune 2. le salmigondis) (A). Dès que le soleil fut couché. Aïth-Salem (les enfants de Salem) (A et B). les paniers bourrés d'aliments les plus variés kouskous. s'élancèrent dans les rues du village. Le souper constitue le seul repas copieux de l'étudiant. Ce ruisseau. têtes de mouton rôties. son modeste tribut. sans se donner la peine d'effacer l'écriture arabe qui s'y étalait en caractères biscornus. LE MAROC INCONNU A la mosquée. aux eaux limpides et poisson- neuses. au bout de cent pas. el-mekhlout' (le'mélangé. Moh'ammed. Iiebô Ennej (canton supérieur) (A etB). se trouva dans la brousse. à son déjeuner. en pensant à la ripaille du soir. pastèques. r^ui luttent pour l'existence contre' l'envahis- sement cont:nuel des cactus. change de nom avant de servir de frontière aux Beni-Saîd et à Temsaman. Rebô Es-Sebt (le canton du samedi) (1) (A). ragoûts aux pommes de terre. constituent. miel. leurs cris cessèrent. s'endormit profondément. Les hauteurs méridionales sont couvertes de hautes futaies au nord. Il devient l'Ouad SiM-Çalah'. une des principales ressources des indigènes. Les raisins secs. le voyageur trouva une vingtaine d'étudiants. et va porter à la mer. tous pourvus de fusils à répétition achetés aux contrebandiers espagnols. Aussi les gros fermiers sont-ils (1)~il)' <1 ~j JL. avec le miel. Il se contente. Ce mélange de mets disparates est appelé.000 fantassins. Ils revinrent à la mosquée. provenant des innombrables vignes qui grimpent jusqu'à la cime des plus grands arbres. criant à travers le bois « maârouf lillah » (la charité pour l'amour de Dieu !). dans l'argot des écoliers marocains. donnent des fruits magnifiques que l'on convertit en huile en les écrasant sous d'énormes meules. après avoir fait honneur au salmigon- dis. s'arrêtant à chaque porte. L'élève de la chèvre et du bœuf procure une belle aisance aux pro- priétaires des grands troupeaux. la plaine disparaît sous la verdure des jardins et des vergers qu'arrose l'ouad Beni-Ouléchchèk. Les nombreux oliviers. pendant que ses nouveaux amis jouaient à la main chaude ou se racontaient des histoires fantastiques. sortit de la mosquée sans faire de bruit. un feu trop primitives. beurre. et. Dès la pointe du jour. fruits. viande. œufs durs. Ils accrochèrent au mur leurs planchettes. un peu de tout ce que ces dames de Taliouin avait cuisiné pour leur drner. en un mot. il fut sur pied. poisson. à l'est de Sîdi-Idrîs.t t~~Jt~j .

plus d'inconvénients que d'avantages. Elles'occupe peu allant seulement au bois et à l'eau. Envoie quelquefois. Taliouin ~"1 le samedi. Principaux Villages des Beni-Ouléchchèk Talilith (le petit laurier-rose) (B). la djellaba en été. Instruction coranique très peu répandue. pr. qui Vagabondant toujours sans but bien déterminé. L'indigène des Beni-0u)échchèk est souvent délaissée dans les le h'aik. n'était pas obligé. sur l'ouad Sidi-Çalah'. 300 feux. sur l'ouad Sidi-Çalah' ~. 300 feux. préparant les repas des laboureurs. Ses guenilles armée. familles riches pour l'infâme giton. Il ne faut pas en faire . que nous en voyageait dans le Rif avec autant d'assurance. je crois. 'Tnibu des BENI-BAID (les enfants de Said) (A) (n.4musulmans. qui m'ont répété sur tous les tons. l'arabe était mille fois préférable à tous les firmans et passeports du monde.000 fantassins. d'atten- Algérie. Rifaius qui se contentent habituellement d'une seule femme.1'honneur à la sensibilité de nos Berbères septentrionaux il faut y voir. Tribu indépendante. ma foi. quand elle y pense. Population probable 40. des cadeaux au sultan. tous les a?~tre. sa connaissance du berbère et de protégeait mieux qu'une caravane. dans les champs. Les indi- Es-Sebt (le samedi) (A). quoique belle. d'homme signifiant heureux) le derviche. toujours en appétit.000 ha- bitants. des moissonneurs et de sa nombreuse nichée. 500 feux. ~11 Forces militaires 8. rendant les deux causes déterminantes l'éloignement esclaves très chers l'énorme densité de la population rifaine. grand marché d'un agent impérial se gènes tolèrent dans ce bourg la présence donnant le titre de caïd du Ri f. La femme. porte. C'est l'avis du derviche et de beaucoup d'autres voyageurs rrlahor~étans.Î1~J l? L (les sources) (B). Contrairement à l'opinion reçue en Europe. l'affiliation à un Ordre religieux musulman a peut-être. EXPLORATION DU RIF contrairement à la coutume générale des presque tous polygames. quand il s'agit de parcourir une contrée aussi dangereuse que le Maroc. en hiver.: z . Il est extrêmement curieux de constater que l'esclavage n'existe pas non plus dans le Rif. plus que suffisante pour les travaux agricoles et domestiques. problématique du Çah'ra. comme dre l'occasicn d'un convoi ou d'une caravane pour passer d'un pays valaient une son air effaré le dans un autre.

•Moh'amraed quitta Talilith (le petit laurier-rose). qu'ils faillirent un jour lui enlever. son long et étroit ruban d'argent. Ces misérables bêtes en sont réduites à se nourrir d'excréments. elles se remettent à l'affût.. bue. Et c'est le cas habituel de tous les chiens marocains. me disant que le chien. Dans sa rectitude géométrique. Elle a une vingtaine de kilomètres en long et en large 7 . dont il suivait le cours.. Beni-Ouléchchèk et. Il ne tenait nullement à rencontrer des habitations. Malheur à l'étranger qui se laisse happer Il n'est pas mordu il est avalé.Beni-bou- tah'yi au S. allant s'isoler dans un champ voisin ou derrière son mur. à qui il était redevable de cette diffor- mité. engloutie aussitôt sous ses yeux. coule toujours devant lui. dressant parfois l'oreille quand. Galîya à l'E. une bonne livre de viande. à partir de Talilith. donnant à entendre que les guenilles même sont là- bas un luxe imprudent pour l'explorateur qui en est revêtu. qu'éclairait un ciel sans nuages. l'homme tout nu est protégé par Dieu). pendant la nuit. ce ruisseau ne fait aucun détour.' à proximité des fermes et des hameaux. si l'on ne vient pas à son secours. ou plutôt ce qui lui en restait. Ces sans-cœur de Beni- Ouléchchèk. dans le lointain. tournant le dos aux Beni-Ouléçhchèk. il arriva à Tazar'inx gros bourg s'étageant en amphi- théâtre sur ls flanc d'une colline exposée au nord. sachant combien il est facile de recevoir une balle. en passant. d'un seul coup de gueule. Une fois un rifain me montra son mollet. attendant patiemment la sortie d'un autre membre de la famille. saluant à leur manière le vagabond. Droit comme un I. Le derviche. Il était chez les Beni-Saîd. Lldéal de la sécurité serait donc de pouvoir se promener dans l'Empire chérifien sans aucun vêtement. pour ainsi dire. qui marchait sans se presser. qu'ils auraient certaine- ment mis en pièces s'ils avaient pu sortir des maisons. humé tout entier. une détonation éclatait. nu comme un ver. allait directement au nord. tribu maritime du Rif. au milieu des aboiements furieux des chiens. guidait le vagabond. Ce ramadhan perpétuel décuple leur rage et leur férocité. Aussi n'y eut-il aucune e:ïusion à son départ qui s'effectua la nuit. bien loin de lui donner un habit. qu'aucun voyageur européen ne peut se flatter d'avoir eue jusqu'à présent. Dans ces pays sauvages. lui avait coupé. Remarquez que cette simple cité de costume n'exclue pas cependant la connaissance sérîsuse des langues arabe et berbère. L'horritle repas terminé. sans trouver d'obstacle. Au petit jour. enclavée entre Temsaman à l'O. Elles guettent l'instant où le maître sort du logis. guignaient ses hardes. Il s'était rapproché de l'ouad Sidi Çalah'. dans une déglutition rapide. au moment où ses vieilles loques commençaient à l'abandonner. LE MAROC INCONNU *UI ^U •vL 0L jj\ ^iïïâ– » (Au Maroc. le chien est un animal d'autant plus redou- table qu'il est toujours affamé.

quelques femmes des Beni-bou. résistent néan- moins bravement. Il a fallu construire dans chaque habitation uns ou deux citernes. Un jour. par repousser et rejeter dans le sud leurs féroces ennemis. notre s doit toujours se prononcsr comme un ç.Vous êtes bien jeunettes Vous ne craignez donc rien '? Que diriez-vous si ?» et mille autres sottises que les gens sans éduca- tion excellent à trouver dans leur épaisse cervelle. le littoral est dépeuplé. grâce à leur bonne union. malheureusement. De Tazar'in. à l'O. de l'E. Le goujat crut plaisant de leur dire Hé 1 lit . ne serpentant pas. et A). stérile. (Voyezpages 42 e.àl'E. aussi loin que le regard peut porter. On appelle ainsi une enfilade de hameaux. Il ne se passe pas . Diteg Aïça. arrose très peu de territoire. rien que l'h'alfa.000 (BetA). Sidi-Aisa étant un (1) j-=v t vi>jf j-*=v±. sauf à l'ouest. .. que la destinée (el-mektoub) a malheureusement placés sous l'autorité chrétienne 1 Depuis de longues années déjà. la mer ondulante des blés et des orges. Pendant le séjour que Moh'ammed lit à Bet't'ioua. dans la saison. se succédant sans interruption. plus faibles. parait-il. entendirent des propos gaillards sortir de la bouche d'un homme des Beni-Saîd.de mois sans qu'une irruption de ces derniers ne vienne porter la désolation dans les cam- pagnes méridionales des Beni-Saîd. pierreux.oî J-D d^ 7rj"y' <2) I)ans les mots arabes et berbères. Le Djebel Beni-Saîd. qui. se trouvant en pèlerinage au tombeau de Sidi-Aïsa (2).. les Beni-Saîd et les Beni-bou-Yah'y* ne peuvent plus se sentir. Aïth-Ali (les enfants d'Ali) armant chacune 4. EXPLORATION DU RIF possède quatre fractions Atlh-Ah'med (les enfants d'Ah'med) (Bet A). La plaine est complètement desséchée ni sources ni rivières.t43). pullule de villages sur ses deux versants. allant en droite ligne de rO. Aîth-Amor (les enfants d'Ambr) (B. le fond pavé en carreaux de faïence. au sud de la tribu. fort bien maçonnées. Moh'ammed passa à Zegzaoua. originaires. il eut souvent l'occasion de parler de ces frères algériens. courant en deux la tribu. Pas un arbre sur toute cette immense étendue. succession de monticules. Amtzzouj (1) (la crête de montagne) (B). vivant grassement sur la charité et la crédulité publiques. Non loin de ce gros bourg. La Zegzaoua centrale est uniquement peuplée de mara- bouts. munis de fusils modernes achetés aux contrebandiers espagnols. et. nous remarquons le village de BeCt'îoua. Terrain sablonneux. dont les Berbères d'Arzew (Bet't'ioua) sont. finissant toujours. C'est ce qu'ils affirment eux-mêmes et c'est ce que disent les indigènes des Beni-Saîd qui viennent dans le département d'Oran louer leurs bras aux colons.Yah'yi. Cette vieille haine a une cause assez futile. l'Ouad Sidi-Çalah qui. fantassins.

un canot d'un navire perdu. Les femmes. Quelques coups de sifflet appellent aussitôt les camarades. LE MAROC INCONNU lieu sacré. elle con- tinue chaque année avec des alternatives de succès et de revers. Deux grands marchés dans la tribu le vendredi à Zegzaoua le lundi à Mezzouja. On m'assure qu'un pain de sucre de 4 ou 5 kilogrammes ne vaut pas plus de deux francs Quel génie commercial ont ces Anglais Comment font-ils pour céder à vil prix une denrée si chère en Europe ? Je sais que la contrebande anglaise introduit au Maroc des stocks formidables de marchandises. Elles utilisent l'halfa. laborieux. Leurs canots servent à ces trois industries à la fois. envahirent les Bcnt-Sald. se relevèrent. cependant. incendiant les habitations. par le seul fait d'avoir aperçu le premier la proie inattendue. mais uniquement pour en faire de mauvaises sandales ou des cordes. et. Si le bâtiment signalé est d'une taille res- pectable. Tunique industrie des populations de l'intérieur. ils n'hésiteront pas à lui donner la chasse. ont vite rejoint le paisible pêcheur. même venues par contrebande. dont les embarcations. d'énormes quantités de thé et de sucre de provenance britannique. il est vrai. Mersat Sidi Ah'adhrî et Mersat Sidi Aisa se livrent tranquillement à la pêche. il était évident que les lois divines et humaines devaient punir le sacrilège. obligèrent leurs ennemis à battre en retraite. c'est l'agriculture. les forbans en seront pour une courbature prise en ramant. tandis qu'il jette son filet au milieu d'un banc de poissons ? Ne vous y fiez pas Son œil perçant vient de découvrir "une voile à l'horizon. Le cabotage consiste à transporter des voyageurs à Tit't'aouin (Tétouan). une barque appartenant aux Rifains de la côte. devenu tout S coup chef d'escadre. La récitation de la profession de foi musulmane sauve bien des fois la vie aux Européens faits pri- sonniers par ces sauvages. cha- cun défendant pied à pied son territoire. Les Beni-bou-Yah'yi. faisant main basse sur les trou- peaux. Il vous paraît pacifique. volant sur l'eau. pillant. après des efforts surhumains. Mliliya (Mélilla). Éloignés du théâtre de la guerre. Une expédition en masse fut décidée sur le champ. T'andja (Tanger). Regardez ce pêcheur. Les Beni- Sâid. éjcrasés. C'est là que l'on trouve à acheter. Mais la lutte est éternelle. massacrant tout. venant de Fas. au cabotage et à la piraterie. Et malheur aux chrétiens s'ils sont pris Neuf fois sur dix. Si c'est une petite balancelle européenne. ne manquèrent pas de se plain- dre à leurs parents de l'abominable outrage dont le Saîdi s'était rendu coupable. La seule. paisible. très puissants. à leur retour chez elles. les habitants des trois criques appelées Menât Sidi ITesaïn. ils sont froidement égorgés. vidant les silos de grains. on se demande comment elles peuvent être 'vendues à si bas prix 1 Pourquoi n'avons-nous pas créé des . extrêmement cruels.

Tlemcen. il y a de très mauvais maris. Tandis que chez nous la Famille s'émiette. exercée par des musulmanes sur leurs maris. au milieu des Musulmans. très guindés au dehors. ce que j'ai surpris bien des fois. ne sachant pas un mot d'arabe ou de berbère. noir. cireurs de bottes sur les places publiques ? » Je n'ai pas à'aller chercher bien loin des exemples d'autocratie absolue. sous certains rapports. EXPLORATION DU RtF marcliês francs à Nemours. Elle est ce que le Coran l'a faite dans tous les pays où règne l'Islam. Or. d'immenses avantages sur le nôtre. peu après son arrivée à Oran. n'obéissant presque plus à l'autorité paternelle. chacun tirant de son côté. bien que défectueux. pâteux. unie. J'en appelle au témoignage des Mahométans eux-mêmes et je leur dis « N'avouerez-vous donc jamais la vérité ? Pourquoi ne criez-vous pas ce qui est vrai. n'a cependant rien de succulent c'est toujours le grossier biçar (kouskous d'orge mélangé de fèves). la veuve qu'il avait épousée. Les hommes portent la djellaba de laine à petites raies blanches et noires. a. Les musul- manes ne s'en plaignent pas du reste. ne se voilent pas elles affectionnent les ootonnades espagnoles et anglaises. le pain d'orge. dont un signe est un ordre promptement obéi. tout le long de notre frontière oranaise. Le gaillard s'était flatté devant moi de mener. serrée autour de son Chef vénéré. moins mauvaise que dans le sud du Rif. forte. Leur condition conju- gale n'est ni à envier. telle qu'elle était aux temps bibliques. Nédroma. Les femmes. assez coquettes. le derviche. chez toutes les races. tambour battant. Lalla-Mar'nia. si vous le voulez bien. de très mauvaises épouses -'1? . par l'intermé- diaire d'obligeants amis. ou le moins d'enfants possible. c'est-à-dire très tolérable en somme très en rapport avec le genre d'existence des Mahométans. dans toutes les familles du monde. ni à faire pitié. et il n'y aura jamais lieu de modifier un état social qui. partout où l'on peut faire du commerce ? Ce serait un coup terrible pour l'importation de nos voisins d'outre-Manche 1 La nouriture. c'est-à-dire la royauté incontestable de vos femmes dans vos intérieurs? (1) Pourquoi laissez-vous clabauder contre vous toute cette tourbe d'écrivassiers ignorants. très humbles à la maison. mal cuit. partout où il y a un hameau. je fus plusieurs fois témoin de l'attitude (1) Ecrivant pour une élite. la Famille musulmane est restée jusqu'à présent patriarcale. Elles aiment à prendra des bains de mer sur la plage. ai-jé besoin de dire aux esprits cultivés qui me lisent qn il y a des exceptions à cette régie et que. dont elles se font des tuniques à manches courtes. une tribu. une situation supérieure à celle que lui fait sa religion. prennent des renseignements sur votre société auprès des voyous en chachia. près de Sidi-Aisa quelques-unes savent nager. Prenons. n'ayant en vue qu'un idéal grossier le célibat. qui. Et n'allez pas croire que la femme n'a pas su se créer.

bra- quées sur ses yeux. Gomme je tenais à tout prix à achever mon Maroc. c'était bien pire. on croit tout le contraire parce que personne. je le consolais de mon mieux. me contait ses peines. je vis l'explorateur secoué d'impor- tance par la main nerveuse de la veuve. Quel malheur que les Orientalistes (1) aient laissé les igho- (1) Je parle de ceux qui connaissent et la langue et la littêwtvre ttrctbes. n'a élevé la voix. jlà ISJj » a) L^J I LV V <j£^>j çyAs ~~J) t ~) J~ a. pouvaient se douter des erreurs colossales qu'on leur a fait commettre. Une fois. Ils sont rares. n'entreprenant aucune affaire sans les consulter. respectant profondément leurs compagnes. entre autres. sou à sou. Si les AutEUrs Européens qui ont écrit sur les Arabes et les Berbères. sans savoir un mot de leur langue et de leurs mœurs. . lui arra- chait ses économies pour gaver les trois enfants qu'elle avait eus d'un premier lit. extrêmement mal élevés. ils s'empres- seraient de jeter au feu leurs exemplaires restant encore dans le commerce. aimant. mais il y en a. LE MAROC INCONNU piteuâe du voyageur devant sa terrible épouse. le pro- verbe arabe relatif aux Veuves ? Ecoute bien. il est vrai. sa joue serait- ce elle (plus parfumée qu') un bouquet. qui. déclarant franchement à leurs amis intimes qu'ils les préféraient de beaucoup à leurs propres enfants. très attentionnés pour elles.s ~J~ Jt t j~' t « Je te recommande de ne jamais épouser une veuve. elle exigeait deux francs pour s'acheter du café et du sucre. menés par le bout du nez. le voici La. lui disant souvent Gomment Naïf Si Mouh'ammed. avant tondernier mariage (il en était à son quatrième ou cinquième). décidé à fuir Oran. le' traitaient d'intrus. Le malheureux. il leva la main sur un de ces affreux mioches. soutenus par leur mère. mais il recula épouvanté devant les griffes maternelles. tu ne connaissais donc pas. Les trois galopins. j'ai rencontré maintes fois des arabes et des berbères. Un jour. absolument inféodés à leurs femmes. parmi les Arabisants. En Europe. à planter là l'exécrable veuve. Cramponnée à sa djellaba. « Tandis que tu travailleras vaillamment comme un homme. pour combattre l'erreur. et dé très éradits. elle « dira: « Dieu fasse miséricorde au défunt » Il me serait facile de citer d'autres noms de maris mahométans. Dans mes longues' courses à travers la Tunisie et nos trois provinces algé- riennes. sachant que j'étais au courant de ses infor! unes conjugales. car le derviche lui donnait tout ce qu'il gagnait. dont elle était privée depuis deux jours. très dévoués. disait-elle. n'obéissaient pas au vagabond. Dans son intérieur. Elle mentait.

trouvant leur nourriture dans le bran des bestiaux. les Beni-Said. des con- certs nocturnes suivis de fantasias pédestres. nourri à la maison. Le bon public européen avale toutes ces pilules sur le Maroc. hommes et vieillards choisissent. composé de viandes bouillies dans une huile qui emporte la bouche tellement les piments forts y abondent. des Berbères. On n'est pas difficile pour la monnaie. etc. on fait. périscélides. Les falaises du bord de la mer fournissent d'excellentes-pierres meu- lières que les indigènes convertissent en meules pour les expédier ensuite sur tout le littoral rifain. jusqu'aux environs de TWi'aouin (Tétouan). si imraisem- blablement difficile. la Tunisie et les autres contrées musulmanes. enveloppées dans des phrases creuses. un vaste champ de manoeuvre permettant aux combattants d'évoluer à l'aise. pièces d'or. Les poules courent çà et là dans la cour. qui s'achète ainsi des objets de toilette (peigne. Canards. pièces d'argent. Temstman et Galîya. Après un souper copieux. la volaille est la propriété des femmes. et an les préfère encore aux pièces marocaines. les inconscients pondent. parfums) Le chat est toléré. suivez ce conseil Apptenez d'abord leur langue. Elles élèvent des poules seulement. où les plagiats se coudoient avec les erreurs. un emplacement convenable. fête dé charité donnée en l'honneur des saints d'une contrée. aucun critique compétent décidé à leur mettre le nez dans leur nullité Et le mal gagne chaque jour davantage. on prend tout. EXPLORATION DU MF rants s'emparer de ce beau domaine des Mœurs Arabes. sonores. (1) ÏJx^ Ouaâda. Ecrivains européens qui voulez parler en connaissance de cause des Arabes. L'oubli. enfants. . Dans l'intérieur des maisons. mais par la chasse active qu'il fait aux rats. Encouragés par le silence dédai- gneux des spécialistes. oiseaux. l'Algérie. à l'occasion des ouaâda (1) et des mariages. tout -cela est inconnu. Dans tout le Rif. trouées ou faussées. non par les fins morceaux qu'on ne lui donne jamais. de leur pays. notamment chez. je le sais. ne rencontrant aucun contradicteur. les femmes. miroir. de ces élucubrations. Le produit de leur vente revient entièrement à la maîtresse du logis. à grand effet. fera justice de ces compilations. vous écrirez ensuite. en dehors du village. lézards. pintades. dindons. La tribu des Beni-Saîd élève chèvres. et ce que vous ferez sera bien fait. moutons et mulets. oies. vendus sur les marchés contre l'argent français ou espagnol. bracelets. domaine qu'ils ont massacré à loisir. De grands dépôts de ces meules se trouvent dans les grottes naturelles des falaises. pondent continuelle- ment leurs erreurs. Il en est ainsi dans tout le Rif.

d'homme) (A). Les flûtes et les tambours de basque leur donnent la réplique dans de furieuses ritournelles capables de réveiller un mort. allumé au milieu de cette avenue humaine.\ jûU/ çO^™ Sidi-Aïsa (Monseigneur. ils recommencent à souffler dans leurs roseaux et à tanner vigoureuse- ment leurs peaux d'âne. éclaire le spectacle. Après cette collation. Celui-ci est traversé par un ruisselet. braqués sur le sol. l'ouad Sidi-Aïsa. les joueurs de flûte et les tambours de basque s'accroupissent sur deux lignes parallèles.<«i! £ j^.« (l) Apporte. du nom de Aïsa. Principaux Villages des Beni-Saîd Thîfzouin (les rivages) (B). A l'aube. Les derniers mots sont couverts par une salve générale des vingt fusils. pr. La rencontre a lieu au centre même de la circonférence. les grosses caisses ébran- lent le sol. les instruments se taisent les musiciens improvisent à leur tour. chantent des poésies berbères. sous-entendu la poudre. Une voix s'élève. provoquant chez les spectateurs et les acteurs un enthousiasme qui tient du délire. les guerriers se préparent au simulacre de combat. 100 feux. Un grand feu. dont les canons. . jeunes et vieilles. ~M ~M~ ~w Sidi Mouh'ammed ou Ah'adhrî (monseigneur Mouh'ammed fils de Ah'adhri). dix de chaque côté ils s'avancent les uns contre les autres. Un santon. les you-you des femmes percent les oreilles. on fait circuler des pâtisseries feuilletées (oisemmène) et du thrid (espèce de potage). qui est du masculin en thamazir'lh. les enfants. ^yass. Jésus-Christ). Soudain. Nombreux figuiers de Barbarie. tÈ MAROC INCONNU Les femmes. Tandis' que les belligérants regagnent leur poste respectif. faisant bondir les cœurs dans toutes les poitrines. sur le versant N. 100 feux. Les dames. Ils forment un grand cercle. repose dans une petite chapelle au milieu du hameau. qui apporte à la mer un maigre filet d'eau. au fond d'une baie lieu de pélerinage très fréquenté. recommencent la même manoeuvre et cette même scène dure souvent jusqu'au milieu du jour. 50 feux. criant • Aouith ith id 1 Aouith ith id a ifrakh. y^ vs-Ô Sidi H'esaïn (n. improvisées le plus souvent pour la circonstance. (Apportez-Jà Apportez-là! ô enfants (1). du djebel Beni-Saîd. . Vingt autres fusils s'avancent dans l'arène.~la. Vingt hommes se détachent de deux points opposés du cercle. sur la Méditerranée. Quand ils ont vociféré la dernière rime. font voler dos nuages de poussière. 100 feux. petite crique.

0 Lœ:JI" hi' Zegzaoua (la verte) (B). Mouai pour Mousa. courant ventre à terre. En ttiamazir'th et dans les autres dialectes berbères marocains. cement inhabité où se réunissent tous les lundis des foules considé- rables. Peine perdue 1 le derviche avance toujours. formant. au S. 20 feux. de Zegzaoua. I jJu Soug El-Ethnin (le marché du lundi) (j. 10 . sauf le Djebel Beni-Saîd peu élevé. au centre. 300 feux. debout sur les étriers. Es. et A.). Instruc- tion coranique assez peu développée. Population probable 80. O» ne s'attaquera pas au misérable il est couvert de haillons rien aux pieds. plus A la limite des Beni-Saîd. EXPLORATION DU MF Zegzaoua Et-Tah'taniya (la verte inférieure) (B. AJ lirait l_.). Un 11tourne homme. interpelle le derviche en thamazir'th (l) Pour Beni-bou-Yah'ya. une frontière naturelle entre les Beni-Saîd et Galiya. flétrissant. du marché. s'enfonçant à grands pas dans le sud. tolère néanmoins la présence d'un agent impérial.J . la tête allongée. Un grand diable. un seul a osé quitter Zegzaoua par un temps pareil.^ vaste empla- V I .000 fantassins. à l'époque du passage du derviche à Zegzaoua. sur un long parcours rectiligne. dépourvu d'autorité. Une simple pression sur la bride les arrête net à deux pas de lui. Plaine immense. sans s'inquiéter de l'incendie du ciel que de l'embrasement de la plaine. et A.pj Bet't'îQua (le partage) (B).). un long bâton crochu à la main. le dos à la mer. se rapprochant avec une vitesse une dizaine de peu commune. à Zegzaoua. 300 feux. un nommé El-H'adj El-Arbi El-Ouléchcheki. Cet homme. I j y } Zegzaoua El-Fouk'anhja (la verte supérieure) (B.000 habitants. à cause de la proximité des Espagnols de Mliliya. Tribu des BEKI-BOU-YAH'YI (î) (les enfants du père de Jean) (A. la désinence a des noms propres arabes est fréquemment changée en t. B) s<d y c\> Le siroco souffle. tout près du Soug el-Khemis.lj. rien sur la tête. Forces militaires 16. 300 feux à l'B. rasant le sol. se donne néanmoins le vain titre de caïd. L'ardent soleil d'Afrique darde tous ses feux sur ce crâne de fer. Tribu indépendante. aplàtissant sur le sable brûlant de l'immense Garète les armoises blanches dont le désert est tapissé. L'ouad El-Kert (o> J^ ) passe ài'E. C'était. Il y a plus de '200 hameaux sur les deux versants du Djebel Beni-Saîd. . L'œil exercé du voyageur distingue chevaux. une trombe de sable court sur lui. Yah'yi pour Yah'ya.

faisant. se cramponnant. en simple curieux. lui. et dis-nous ce que tu sais. à quelque distance au sud du Soug el-Khemîs. des chevaux les fers aux pieds.. séparée en deux parties par les perches qui la soutenaient. on alla se coucher. formé par le cercle des cent tentes du douar. dévorant les grands espaces. Le derviche. Le derviche fut introduit dans une vaste tente. qui. obser- vait. Vers minuit. D'un côté. les nomades ne dormant jamais que d'un œil. LE MAROC INCONNU Salut Tu es des Beni-Saîd ? Non. à faire blanchir les cheveux du nourrisson à la mamelle. se déplaçaient parfois en un lent mouvement de houle devant la meute aboyante des trois cents chiens. brandissant sa gaule recourbée. infatigables. en mauvais cavalier qu'il est. Moh'ammed. vous le savez aussi bien que moi les Beni-Saîd ont peur de vous. venu ici pour étudier. s'instruisait. les mou- tons.JI w jLi). interrogea l'homme qui avait fini par emboîter le cou du derviche dans son grappin. envahissaient les tentes. Tu mens. peu rassurés de se trouver en si petit nombre sur le territoire ennemi. dans leur effare- ment. les genoux serrés dans des entraves de laine. les bœufs eux-mêmes. le centaure fait mine de harpon- ner le vagabond qui ne se lasse pas de répéter Je ne suis pas saîdi. Dans le parc. En bon stratège. véritables buveurs d'air . puis il se mit à battre le pays.(<:! . couchant dans les douars. des r'azia téméraires. Alors les moutons. piétinant. chemin faisant. peu loquace. rapides comme l'éclair. derrière un de ces pillards. Des Beni-Ouléchchèk. bœufs. revinrent sur leurs pas. mordus par les chiens qui cherchaient à se frayer un passage au milieu du troupeau. ronflait à poings fermés il en avait vu bien d'autres 1 Il resta deux jours chez ses nouveaux amis. Voyons. je suis t'aleb. Que peuvent faire ces malheureux piétons contre vos chsvaux ? Les cavaliers. On passa la soirée à boire du thé à la belle étoile. Tu es des Beni-Saîd. montant à cheval. il avait eu le soin d'établir son quartier général à El-Kert. dévoré jusqu'aux os. Moh'ammed monta en croupe. Moh'am- med en occupant une des extrémités de l'autre côté. à la crinière des coursiers du désert. chargeant dans tous les sens. à bavarder. Afin de fêter l'arrivée du'voyageur. les chèvres. un mouton fut égorgé. s'étaiî donné pour un grand savant. Et. parle. la famille couchée pêle-mêle sur une longue ligne. quand ils entendaient les aboiements aigus des chacals ou le rire de la hyène. chèvres. et la petite troupe regagna son douar. Il fut question de r'azia. ruminant paisiblement sous la clarté vive des étoiles. bouilli dans plusieurs marmites. écoutait. des chameaux accroupis. Les Beni- Sald ont-ils l'intention de nous attaquer bientôt ?2 Pardieu. zaouiya consacrée à Sidi Mouh'ammed bec K'ad- . d'expéditions hardies.

l'autre Beni-Ah'med (les enfants de Ah'med) (A) El-Kcrt (la rocaille) (B) et Rebô Ouadda (1). Sauf vers l'occident. l'une appelée Garète. le Garète. filets. qui va porter quelques gouttes d'eau à la Méditerranée. le jette pantelant sur le devant de la selle du ravisseur. au centre. dès qu'ils montent à cheval. Les manches courtes. Les Beni-bou- Yah'yi utilisent l'alfa d'une manière originale. ils en font des tentes. équipant chacune 5. arme terrible qui enlève un homme par le cou. la belle laine noire et blanche. long crochet en bois. infiniment moins aléatoires que le rendement des céréales. en s'infléchissantun peu vers l'ouest à son centre. où court du nord au sud. Ils portent aussi la djellaba grise au repos. une longue ligne de collines. tamis pour cuire le kouskous à la vapeur. avec leur adresse habituelle. » (1) JLxr>» *Z>jtë -X*^î <A> o£J| )S\jaJj . cordes. moins embarrassant. très grande.tribu nomade au sud de Galîya. finissent par ronger les colosses formant l'avant-garde des hautes futaies du sommet. compte cinq fractions Ikhiyanen (les voleurs) (A. Nous sommes ici chez les Beni-bou-Yah'yi. au sud. revenant fidèlement se restaurer et prendre du repos dans cet établissement hospitalier. paillassons. malgré son prix modique sur les marchés de la tribu (50 centimes seulement la toison 1) est pour lui une source de revenus. a naturellement rendu nomades les rifains des Benl-bou-Yah'yi. par le sac. Déjà l'alfa a gagné les premières pentes des collines ces touffes d'herbes. l'affouage. par l'habit. coupée seulement par l'ouad El-Kert. formant deux fractions. Cet étrange tentacule du Çah'ra. la lâchant pour le h'aïk. S'ils n'ont plus les mœurs de leurs frères du nord et de l'ouest. Elle a 40 kilomètres de long et de large. le thamazîr'th presque pur. à l'ouest de Gallya. la principale richesse du nomade consiste dans ses trou- peaux. tantôt djebel El-Kert. nattes. il y a des terrains qui se prêtent à la culture de l'orge et même du blé.000 cavaliers. de vastes tentes très solides. irraisonné et bête. au nord Garète (desséché) (A). réduiront sous peu à néant. les dépaissances. étriquées de la djellaba les empêchent d3 manier. il rayonnait partout. Le djebel El-Kert est couronné d'un reste de forêt que l'incendie. EXPLORATION DU RIF dour. le mékht'af f (^j Lk^O. De là. appelée tantôt djebel Beni-bou-Yah'yi. tout le pays est une immense plaine couverte d'armoises et d'alfa. Ai-je besoin de dire que chaussures. B). plus léger. L'élève du mouton et du cheval lui procure de beaux bénéfices. ils en ont conservé l'idiome. tout est en alfa? Mais il n'y a pas que de l'alfa: dans le Désert de Garète. (fraction inférieure) (A et B). Cependant. en brûlant chaque année.

Quatre marchés dans la tribu le vendredi. Elles ont un petit défaut qu'elles partagent d'ailleurs avec les hemmes: elles adorent le thé. 10 feux. Une grande aisance règne parmi les Benibou-Yah'yî. en y faisant fondre un pain de sucre tout entier. 100 feux (voir ci-dessus). Les Beni-bou. sans fausse pruderie. les autruches. Ci^i Souk' el-Khemis (le marché du jeudi). assez jolies. Elles causent' avec les hommes. à Souk' el-Khemis. le cavalier est armé aussi d'un long sabre. 20 feux. il a l'air d'un sauvage étalé au milieu de toutes les broderies d'or et d'argent ornant la bride et la selle. Cn s'en aperçoit aux. en camarades. dans des solitudes connues. LE MAROC INCONNU Outre le redoutable grappin. principalement des contribules. ^Jjw ^^«-i" Soug eUDjoumouâ (le marché du vendredi) (1). reviennent toujours à leur habitat. Les caïds ne s'oublient pas dans le partage. Quatre hommes et quatre femmes avalent facilement dans leur soirée une trentaine de tasses chacun. de pousser jusqu'à la Méditerranée ces animaux inoffensifs. Les femmes. Le Yah'yi monte un cheval superbement harnaché à la mode arabe avec sa tête nue. Quand une r'azia est décidée par les cinq ou six caïds des'tribus confédérées. d'un pistolet. sont adjugées à des sommes dérisoires. aux parures d'or et d'argent. ne se voilant jamais.Yah'yi sont alliés aux tribus du désert d'Angad. toujours en guerre entre eux. Le crochet est destiné uni- quement à faire des prisonniers. dans le Rebô-Ouadda le jeudi. Principaux Villages des Beni-bou-Yah'yi El-Kert (la rocaille) (B). chaque fraction fournit ses contingents celle qui s'abstient est frappée d'une amende de 100 à 150 francs. ses pieds et ses jambes nus. qui. ne posent pas pour des vertus farou- ches. Le butin est partagé entre toutes les tribus qui ont pris part à' l'expédition. dans la fraction de Ikhiyanen (Soug el-Djoumouâ) le lundi. le thé sucré à donner des nausées. Axa^" ^_j> (0 ^jj** se prononce indifféremmea §ouft'ou soug . sa barbe hirsute. sans espoir souvent de les attraper. malgré toutes les tracasseries humaines. Il aime à poursuivre les gazelles. on qu'il veut tuer. uniquement pour le plaisir de fendre l'air avec rapidité. superbes toisons fauchées sur le dos des énormes béliers du Garète. préférées à toutes les autres. Il se sert du fusil contre les étrangers qu'il ne peut capturer. Que de marchandises se vendent là à vil prix Des montagnes de laine. donnant à plus d'un des leçons de sagesse et de bon sens. à El-Kert même le mardi. beaux vêtements. d'un fusil.

Ils sont convaincus cependant qu'aucune puissance au monde ne peut tenir tête à leur petite province. Brusquement. est un mot qu'un laryns inexercé ne parviendra jamais à arlicuU-i-comme il doit l'être.habitants. ranimé par les eaux vives des sources qu'il rencontre sur son passage. principalement dans le département d'Oran. sur Kébdana et Trifa. B. Population probable 125. airsi que le croient les autres Rifains. Si le iiina vous es^ familie. ils le reconnaissent. maïs si peu Immenses troupeaux de moutons. par exemple. ne sont plus les mêmes que • ceux du désert. ils feraient la conquête de ce pays L'igno- (I) Nos caractères ne sauraient randrs la véritabl) prononciation de certaines lettres arabes et berbères. alternant avec d'épais massifs de cactus. obligent le Garète à se jeter à droite. dites Guélafya. ne manquent pas de certaines qualités qu'ils n'ont pas eux-mêmes. Le voisinage de Mliliya leur fait comprendre aussi que les Nçara ne sont pas. Tribu de GrAUYAW A*»' (le châtelet) (A. Désert couvert d'alfa et d'armoises blanches (<r^). se p3uple de villages sur ses deux rives.000 cavaliers. Ils s'obstinent à refuser le concours de leurs voisins dans leurs luttes continuelles avec l'Espagne. ils ont fini par remarquer que les Chrétiens. L'Ouad Et-Kert. formant une digue continue de l'E. les Galiyens passent néanmoins pour des êtres relativement dégrossis. cher- chant à éviter l'engloutissement dans les crevasses desséchées du Garète il coule maintenant sur un sol moins aride... On apprend un peu de Coran sous la tente. tenant la tête de tout le Rif en matière de tolérance religieuse et de civilisation. prononcez franchement Galîya. Rudes. une quantité absolument négligeable.000 .1. quelques vergers. soutenant que. à l'O. Les champs cultivés se succèdent sans interruption. Ce n'est plus le ruisselet sans nom. dès son entrée sur les terres do' Galiya. sans un douar.. Dans lecas contraire. qui doivent leur vie aux eaux de la rivière. Galîya. les collines pelées des Béni boli-Ift-our. les habitants changent. les Français surtout. sans une maison. la plaine se déroule sans un arbre. . s'ils avaient quelques navires. Ainsi que le sol. Cet orgueil irraisonné sera leur perte. encore barbares. EXPLORATION DU RIF Forces militaires 25. En venant fréquemment en Algérie. diminutif de .Xxii) Depuis le village d'El-Djoumouâ jusqu'à la frontière méridionale de Gallya. des potagers.

toutes les pratiques. ils se laissent tenter par l'alcool. toutes les belles leçons de morale. il venait de quitter les Beni-bou-Yah'yi. Mais prenez garde à ce musulman dévoyé 1 En vieillissant. Moh'ammed ben T'ayyéb. des sujets inépuisables de risée. gros bourg de 300 maisons à un étage. se dirigeant au nord à petites journées. ils partagent l'opinion commune de tous les musulmans du globe. tout près de la mer. deviennent. dans une grande plaine sablonneuse. le carême. Que pourrait-il bien faire pour apaiser Allah Taâla (le Dieu Très-Haut)? Quelle offrande. ne s'est jamais lié d'amitié au Maroc avec personne. Il alla établir sa résidence à Asammer. en laissant soigneusement de côté nos qualités. son égoïsme clairvoyant. voudra faire pénitence. et alors ce sont des soûleries. avec la même indifférence qu'il les a répudiées ou abandonnées. que les mahométans vertueux se seraient méfiés de lui. un être abject qu'il faut tenir prudemment à distance. que deux ou trois de leurs tribus suffiraient pour battre à plate couture l'Angle- terre ou l'Allemagne J'ai souvent remarqué la tendance qu'ont les Galîyens à prendre tous nos défauts. erreur funeste à laquelle on peut attribuer toutes les trahisons. s'arrêtant dans les villages dont la rivière est bordée. transformé pour la circonstance en Pontife-Sacrificateur. LE MAROC INCONNU rance du rifain dépasse les bornes permises. il assagira. quel sacrifice lui faire? Il n'en est pas de plus agréable à ce terrible Dieu jaloux que le sang vermeil du roumi. ses erreurs passées. Tous me disent que les Etats Chrétiens payent un tribut au sultan de Constantinople En cela. avec son esprit pratique. rallié à nos vices. c'est lorsqu'ils affirment que la France serait incapable de soumettre le Rif! Et c'est un honneur qu'ils ne font à aucune autre puissance européenne ils prétendent. pas même aux deux ou trois femmes qu'ils a épousées là-bas. s'imaginant que le sectateur de Mahomet. à juste titre. ruisselant tout fumant sous le fer du pécheur repentant. Au moment où nous le retrouvons. expier ses crimes contre la religion. 11 savait trop bien. Nos compatriotes l'oublient trop souvent. recommandées par le Coran. de tous leurs coreligionnaires inconnus. lui. côtoyant les bords de l'Ouad el- Kert. comme ils se méfient. Aussi ne s'est-il attaché à âme qui vive. pour obéir à sa passion des voyages. Le mahométan qui n'observe plus sa religion est un homme dangereux. Après quelques mois de séjour chez nos colons. La prière. le blé et les figuiers de Barbarie sont cependant d'une belle . et il n'ignorait pas qu'il y a tout à redouter des mauvais Croyants. comme les mauvais nahométans seuls excellent à les faire. Erreur profonde. est supérieur à celui qui suit les préceptes du Coran. tous les assassinats dont nos colons inexpérimentés ont été les victimes depuis la prise d'Alger. des noces crapuleuses. Mais là où ils sont exquis. où l'orge. en effet. dans la bouche de ces esprits forts.

comme ils disent. Dans chaque habitation. à tirer à la cible. Des hommes étaient assis devant la mosquée. les écoliers galîyens ne touchant jamais une aiguille. àl'O. qui. On servit. Ferkhana Ai L^j? (la jeunesse) (A. long d'une coudée. Les Galiyens l'appellent aneggoul. mérite à lui seul une mention. couchant chaque soir dans un nouveau village. On ne fit nullement attention au vagabond. Beni- jJxj (les enfants de celui qui a des coudes) (A et B). .). la profession de tailleur est monopolisée par l'étudiant. s'exerçant. une quarantaine de l'E. Beni-Sidal Jt j^« ^v (les enfants des rideaux) (A. obsédée du désir de jeter à la mer les Espagnols de Mliliya. Les Beni-Chiker l'emportent de beaucoup. large d'un empan.). Leurs terres sont plus ». explorant. les uns hurlant des versets du Coran. poisson. on abuse du thé très sucré les étudiants en absorbent de grandes quantités dans les mosquées. au souper. C'est un beau casuel ajouté à celui des funérailles et des amulettes. sur toutes les autres fractions. en population et en surface territoriale. lentilles. causant de leurs affaires en thamazir'th un peu différent de celui des populations centrales du Rif. ou bien aidant leurs oarents dans leur travaux agricoles. B.). ils le font passer. Beni~ bou-Ifrourj t ~« y_ g\> (tes enfants de celui qui a des agneaux ou des cheyreaux altération de l'arabe^ jt?). ceux-là reprisant des djellaba. Au déjeuner. au S. B. de l'habiller il lui fait faire tous les travaux d'aiguille et de coupe dont on a besoin à la maison. œufs durs. (Voir la carte). cette tribu remuante. un pot-pourri composé de biçar (kouskous grossier). Mezz-ovja L» >y (longue crête de montagne (B). L'habitant ne se contente pas de nourrir le taleb. beurre. Le derviche quitta Asammer après un repos de deux ou trois jours. bou-R'omrèn\Aj*àj> BenUbou-Gafer y3 Ls'^j ju (les enfants de celui qui a de l'infertilité) (A. lui paye son salaire. entra dans la mosquée oit il trouva une vingtaine de jeunes gens. Elle a sept fractions Beni-Ghiker . Le derviche fut naturellement bien reçu au milieu de ces amateurs de franches lippées. Le pain d'orge. EXPLORATION DU BIF venue. ceux-ci ravaudant des chaussettes. B. de l'ail ou des poivrons crus. d'autres cousant des chemises. Galîya a une vingtaine de kilomètres du N. B. uniquement préoccupés de savoir dans quelle tribu l'écolier fait la meilleure bombance. les étudiants-tailleurs appartiennent tous à la tribu djebalienne de R'mara. de le loger.£-$& ^k: (les enfants du remerciaient) (A. en dehors des heures de cours. sans se presser. après avoir murmuré un rapide asselamou âleïkoum (que le salut soit sur vous) en passant à côté de la foute.). le fusil entre les jambes.. auquel il ajoute quelques cadeaux par-dessus le marché. la djellaba noire serrée à la taille. A Galiya. avec des œufs cuits à l'huile. Dans les campagnes marocaines et dans le Hif.

peut-être. en effet. poussant spontanément dans des lieux inaccessibles. les anciens racontent il y a bien qu'autrefois. de manière à dominer la campagne environnante. les hameaux. Il pullule partout. laissant émerger seulement les cimes des montagnes du centre. il y a quelques siècles. la pulpe rougeâtre et douce de son fruit épineux. rongés par les eaux de pluie. exaspérant. entourant les maisons. îlots perdus au milieu des flots. près de Mliliya. s'étendait une mer de sables mouvants. Seul. calcinés par les feux d'un soleil torride. peu fertile. Les envahisseurs de tous les temps et de tous les pays n'ont pas toujours respecté ce pain du pauvre. pour expliquer la forma- tion des terrains plats qui entourent leurs montagnes depuis l'embouchure de l'ouad El-Kert jusqu'à Merset Mezzouja. les prétendues nécessités de la défense et de l'attaque firent raser trop souvent des forêts entières de cactus désastre irréparable. ils l'ont fait. celle des affamés. flottant à la cime d'un mât planté au milieu de la cour du lieu saint. Sauf les Ben'i-Chiker. se laissant aller à la paresse. Les Galiyens aiment à construire leurs habitations sur des points élevés. des familles entières. LE MAROC INCONNU fertiles. Partout où les Berbères ont pu empiéter sur ce poulpe vorçice. auraient pris . la Méditerranée elle-même. les terres de Galîya. très longtemps. longtemps. avec les nombreuses sources qui l'aliinsntent. les uns perchés sur leurs sommets. On est étonné de trouver des champs d'orge. le figuier de Barbarie résiste victorieusement à l'aridité du terrain. faute politique grave. de figues de Barbarie. bravent la famine en se bourrant. à l'action dévorante de l'astre enflammé. mieux arrosées que les autres. chez lesquels on trouve quelques bosquets couronnant les sommets et les flancs des collines. notamment aux misérables. plus boisées. pour longtemps contre le vainqueur. qui a allongé. aride et nue. Le voisinage immédiat du Garète a stérilisé. en grande partie. sous le nom de Ouad Ferkhana. Les Espagnols. Les mosquées n'ont point de minaret. les autres tractions sont dépourvues de verdure. Leurs monticules sont pelés. offrant à tous. l'immense majorité humaine. Les anciens de Galîya racontent. emprisonnant au centre les hauteurs. depuis un temps immémorial. Elles se distinguent des autres maisons par un grand pavillon blanc. contribue. les eaux de la mer couvraient toutes leurs plaines. bien avant l'arrivée des Rifains dans le pays. des potagers. qui se jette dans la mer. les autres accrochés à leurs flancs. L'Ouad Beni- Chiker. cruauté inutile. à entretenir un peu de verdure sur ce sol rocailleux. jusqu'au lac salé de Bou-Erg (j jcj> ). une mince langue de terre. à l'Ouest. Mezzouja est incontestablement la dernière ramification septentrio- nale du Garète. Presque toutes les collines comptent plusieurs hameaux. Dans les pays pauvres de toute l'Afrique du Nord. là où. pendant plusieurs mois. et.

appelé aussi Bah'ar Mezzouja L^. Ensuite la mer se serait retirée d'elle-même. poussa ses vagues monstrueuses sur l'isthme. Des tentes nageaient. Les vagues. le chapelet autour du cou. d'autres dans des maisons groupées ensemble. la cartouchière serrée à la taille. salines et habitations. en compagnie d'un t'aleb gallyen. les caravanes de Kébdana et de Trifa ont repris cette antique route de Mliliya. ou Sebkhat Bou-R'omrèn (lac salé de Bou-R'omrèn). il resta sous l'eau mais depuis trois ou quatre ans. Trois douars entiers. Il allait au Souk' el-H'add (marché du dimanche) de Mezzouja. au milieu des éclairs et des convul- sions de la tempête. on dirait qu'il remonte ou que la mer se retire. un homme était étendu sur le ventre. vendant. laissant la plaine libre étaler ses terres salées au pied de l'épine dorsale du djebel Beni-Chiker. La djellaba très propre. hommes. qui leur évite de faire le grand crochet de la Sebkha.j>tsr. le fusil près de lui. comme des brins d'herbes. sortant de son lit. Ils étaient partis de Ferkhana en suivant tranquillement le rivage de la mer. Une nuit. gagnant toujours du terrain./vs-f» (lac salé aux dunes). sombres tentures de ces catafalques mouvants. terriblement mutilé par les Européens. . le passage est libre. eut lieu la première irruption des grandes eaux. ne pouvant . roulant. formant de petits hameaux toutes exploitaient les salines de la Sebkha. Actuellement. déployant sur leurs flancs leurs longues bandes de laine noire. femmes. enlevées sur la crête des lames. s'arrêtant à Mliliya.J. C'est ainsi qu'un grand trou. La plus commune est Sebkhat Bou-Erq ïjcy . EXPLORATION DU MF possession de ces îles. enfants et bestiaux. parce que le sable l'entoure de tous côtés. faisant monter subitement son niveau de plusieurs mètres. La montée des eaux ne se ralentit pas durant quatre jours et quatre nuits. J'ai donné plus haut les trois dénominations sous lesquelles le lac est connu. affolant les malheureux sauniers. se ruèrent enfin dans le lac. le lac de Bou-Erg. comme tous les autres mots arabes et ber- bères du Maroc. une assez large bande de terre séparait le lac de la mer. La Méditerranée. les unes habitant sous la tente. expédiant le sel aux autres tribus rifaines. Personne ne s'était aperçu que la mer rongeait l'isthme peu à peu. Le derviche eut une petite aventure sur l'étroit chemin qui sépare la Méditerranée du Bou-Erg. les plus rapprochés de la mer. A un endroit où le lac et la Méditerranée se touchent presque. L'isthme avait disparu deux années entières. (la mer de Mezzouja). . furent engloutis. pêcliant dans les eaux poissonneuses du lac. il y a cinq ou six ans. se serait formé. détruisant tout ce qui se trouvait sur ses bords.encore remplie de cartouches. ses fonds se trouvant très au-dessous du niveau de la Méditerranée. Jadis. Le nom de celle-ci a été.^Ax^ plus se vider maintenant. Des familles s'y étaient installées.

traversant . dans l'attente des événements. C'était un groupe d'une vingtaine de piétons. tandis que son compagnon retournait le cadavre. Eh bien. nous verrons Ah 1 ils veulent nous couper les communications avec Mliliya C'est bon. Ils virent. palpé. Décidément il était bien mort. le derviche et son condisciple. « Malheureux gémissaient-ils. calottes. Moh'ammed et le galîyen s'empressèrent de répondre à cette politesse en exagérant les marques d'une profonde déférence. pas un centime. la nuit. Les vingt hommes s'approchèrent. l'avaient reconnu. il n'y tenait pas! Emporter le fusil et les cartouches. LE MAROC INCONNU tout semblait indiquer que c'était un dormeur ou un individu ayant succombé tout à coup à une insolation. examiné. se mirent à piétiner le sable des deux pieds. rouge de sang. Ils lâchèrent tout. bien. de Kébdana très probablement. tout fut conscien- cieusement retourné. le hélèrent de loin. Les étrangers n'y firent pas attention. tombèrent sur le dos du berbère toujours immobile. mais quant au reste. puisque tu es parti. percée de part en part la djellaba. fris- sonna en marchant sur le sable. un bon fusil espagnol. A cette vue. Saisis de crainte. D'autres. ils disaient « Les Galiyens ont assassiné notre H'addou. Ils étaient allés au cadavre. d'un coup d'œil. tenant par prudence leurs fusils à la main. Dans leur fureur. Ils soulevèrent le malheureux H'addou. en se rasant eux-mêmes dans le sillon d'une dune. seul. nous savons ce qu'il nous reste à faire ». Pas de réponse. cherchant à déboucler la giberne. se redressant vivement pour voir qui arrivait. appelèrent de toutes leurs forces. Elle était criblée de balles. il ne fallait pas y toucher. Ils côtoyaient le rivage de la mer. adroitement envoyés. les vingt hommes. lorsque des voix frappèrent leurs oreilles. Le derviche. méfiants comme tous les Marocains. avec une force telle. supposant qu'on allait les accuser du meurtre. Il les saluèrent. sans doute. à défaut d'argent. chaussures. découvrirent sa poitrine. Mais comme son camarade fouillait déjà le mort. capuchons. hachée devant et derrière. faisant cercle autour du mort. Les deux écoliers. s'enhardirent à lancer des galets deux ou trois. Rien. un vêtement. que des trous se creusaient sous eux. Ils se rapprochèrent. l'attitude humble. venant de l'Est. tu n'as donc trouvé parmi nous aucun compagnon de route. restaient immobiles. Ah non par exemple Être appelé détrousseur de morts. du sang partout. avaient fait cette opération avant eux. Moh'ammed s'y opposa. peu guerrier de sa nature. en cadence. voulait dépouiller le cadavre de ses habits.. Toutes les cachettes secrètes des rifains. de l'or peut-être Il s'agissait de s'approcher pour voir. il en fit autant. il y consentait. Le galiyen. parlant avec animation. aucun mouvement. que les deux promeneurs étaient des étudiants înof- fensifs. Quelle aubaine Un fusil. Il se baissait déjà pour ramasser le fusil.

contemplant le drame qui passer sous leurs yeux. maintenant. vn'a fait ces jours-ci seulement. Les Kébdamiens partirent. sablée d'une poudre d'or impalpable. A l'extrémité méridionale du Bou-Erg. qu'un témoin oculaire. par une balle. se trouva tout coup cerne par les Berbères. un galiyen.. en arabe) sont eaux marines. un cavalier espagnol. des petits joncs de marais ont réussi dans cette farine jaune. heureux d'en être quittes pour la peur. tous les galiyens l'ayant vu. Le rivage est nu de tous côtés. il s'y lança en éperonnant vigoureusement sa. le supplice do est homme qui devait mourir. croyant échapper à ses terribles ennemis. Moh'ammed et son compagnon s'excusèrent. alléguant qu'ils étaient absolument obligés de se rendre. ayant les proportions monticule. sera la meitlcure preuve que je puisse donner de la profon- deur de la Sebkha. en clapotant. nous sommes la risée de tous les coquins de Galiya ». aux reflets métalliques. Des plantes rabougries. vagues de la Méditerranée jusque dans le lac. L)~>^) (oreilles de poisson). C'est une belle nappe d'eau d'une douzaine de kilomètres de long sur découvre sept ou huit de large. La sebkha est profonde au centre. Venez donc avec nous. vous récite- rez en route des versets du Coran pour notre pauvre frère ». EXPLORATION DU RIF un pays ennsmi ? Aussi. Lui. l'œil une immense plage à pente douce. au centre de laquelle la sonde ne toucherait le fond qu'à 45 ou 20 mètres (1). Des milliers de coquillages (meh'arate dljls:*). Sa proximité de la mer en fera plus tard un port naturel magnifique. cependant. continuèrent leur marche en suivant le bord du lac. Si leurs suppositions sont exacles. sans retard. empêchant ainsi quelque- fois toute circulation sur l'isthme. à son sujet. des forêts en à fixer leurs racines miniature. iso'é de son escadron. Ce lac m'a beaucoup intrigué. à certains endroits.allait se Les Rifains. ils dirent aux deux étudiants Nous sommes de Kébdana. ne se souciant nullement d'abréger. au Souk' el-H'add deMez- zouja. j Lors de la dernière guerre de Mliliya. Les rafales de l'hiver chassent encore. monture. car nul ne s'esi aventuré à la nage oit en bateau sur ces eaux dormantes. pouvant cer en connaissance de cause. brillante. le Bou-Erg. et les deux amis. Les grandes tempêtes soulèvent ses lames courtes. (1) Le r^cit d'un triste événement.j écume. enroulées en spirale (oucCnin el-k'out Cj. des coquilles univalves. m'intrigue encore. coutinuait a ensanglan- . s'imaginant sans doute que l'eau était peu profonde. un gigantesque bloc de sel d'un livre à qui veut la gemme. richesse de ses flancs. s'étaient arrêtés. Ils chargèrent le cadavre sur le mulet qu'ils avaient amené après l'avoir attaché solidement avec des cordes d'halfa et avoir ramassé le fusii. mêlées aux biscuits de mer (os de Seiche ou Sepia) (zebéd les témoins muets de l'invasion récente des vX. en face du lac Ne voyant d'autre issue que la surface unie et tranquille du Bou-Erg. J'ai accablé de se pronon- questions. formerait une cuvette. mourir sur la les plage. étonnés. qui viennent. peu profond près du bord. . que le moindre vent soulève en légers lourbil- Ions.

lampes à pétrole (les Rifains appellent le pétrole gaz. contrairement à l'usage des autres tribus' du Rif. à la surface des eaux dormantes. d'une étreinte désesperée. la bête. LE MAROC INCONNU un second Bizerte. ne jugeant pas prudent de se rapprocher de Kébdana. Tandis que le cavalier. 0. quelques ondulations qui allèrent mourir doucement sur le rivage. l'animal perdit pied. la. L'emplacemen du Souk' se trouve en dehors du hameau il se reconnaît à une petite coupole abritant la margelle d'un puits. près du lac. attendant avec anxiété le dénouement fiual. marchandant. l'allure décidée. assiettes en terre cuite (zlalif) (spécialité du pays). Deux jours après. liées par une corde à l'extrémité supé- rieure. supportés par trois perches en faisceau. voulant aller coucher au Souk' el-Djoumouâ (marché du vendredi). On distinguait maintenant le cavalier. cherchant à se hisser aussi haut que possible au-dessus du gouffre. Emus. céréales. les Berbères sï taisaient. le visage découvert. creusé dans le lit d'un torrent desséché qui coupe en deux le marché. etc. pouvant offrir un abri sûr à des centaines de gros navires. Elles ont Je monopole de la vente des œufs. marmites. Au bout de quelques secondes. du Bou-Erg. pesamment armé. poudre. sorties de Mliliya. sur le sable fin d) la grève. couteaux. beaucoup de moutons. laissant seulement. Alors on vit une chose poignante. venus de très loin quelquefois. Puis lamasse sombre s'enaloutit de nouveau. huile. apportent leurs produits au Souk' el-Djoumouâ. Brusquement. te groupe reparut. le poussant toujours en avant. c'est un centre important de transactions commercicles. thé. l'enlaçant de ses deux bras.Iac rejetait. nière. se dressent les flancs rocailleux du Djebel Beni-bou-R'ornren. couverts de hameaux et de figuiers de Barbarie. achetant ce dont elles ont besoin. des montagnes de laine. mulets. à l'extrémité N. bouteilles. verres. Ce marché est appelé indifféremment Souk' Mezzouja (marché de Mezzouja) ou Souk' el-Djoumouâ. raisins secs. càrtouches. bougies. disparut uue première fois. boeufs. y affluent sacre. Tentes et maison- ter les flancs de son cheval. au milieu pour ainsi dire de la tribu. ânes. Les mar- chands d'étoffes et les droguistes abritent leurs marchandises sous des tentes en toile ou des maisonnettes en pierre sèche. circulent librement sur les marchés. ils s'en servent pour l'éclairage). Les femmes galîyennes. beaucoup de légumes. fusils. Situé en plaine. Des milliers de Rifains. Déjà le niveau de l'eau montait à la croupe. . Les marchandises espagnoles. angoissés quand même par l'horreur duspectacle. contournèrent la Sebkha. se cramponnait éperdument à la pri-. figues. très peu de chevaux. U't cavalier tenait encore son cheval étroitement embrassé. aux pieds des Rilaîns silencieux. entrainant l'ho-nme avec elle. cinquante fois plus grand que la rade d'Alger. deux cadavres. Au nord. Moh'amrred et son compagnon. s'enfonçant sous le fardeau. Des bouchers en plein vent débitent des quartiers de viande de boeuf et de mouton. couche sur l'encolure. dans le lointain. poules. poêles en terre fabriquées dans la tribu. assiettes de faïence de provenance espagnole. Les productions du pays sont représentées par d'énormes piles de vêtements reufs ou vieux à vendre.

fait sonner en marchant ses périscélides et ses bracelets. un pain de sucre de quatre livres. entièrement rasée. sans quoi nous te tuons. de l'Algérie ou de l'Espagne. Ce malheureux était sorti de MlUiya avec cinq mulets chargés de fusils espagnols. car- touches. prèa de son fusil qu'ils nxmpoc- tèrent point. la cartou- chière serrés à la taille. Il prend langue auprès de ses coréligionnaires. venant régulièrement se ravitailler au marché de Mezzouja. La douane chérifienne. On aura une idée de la valeur de tous les produits par les quelques prix suivants une poule. aurait répondu le Kébdanien en épaulant son fusil. sucre. achetant peu. thé. Il croyait qu'en voyageant de nuit personne ne le verrait. le galîyen se promène une journée entière dans le Souk'. L'homme porte. les fantassins impériaux casernés à Sslouane. venus des autres tribus. le corps emprisonné dans d'épais vêtements de laine. presque aussi sévèrement cloîtrées que les musul- manes des villes algériennes. la djellaba à raies blanches et noires la tête. trouvé par le derviche sur l'isthme du Bou-Erg. la tête nue. L'été. c'est plus cher que dans les autres tribus du Rif. Malheureusement on n'aperçoit que des femmes d'un âge mûr. Je tuerai ou je. ËXPLOftAîtOtf DÛ Rlï1 nettes entourent l'emplacement du marché. le fusil en bandoulière. sont assez chers. • II fit feu le premier. 50 centimes les oeufs. formant un cercle presque parfait. le h'aïk remplace la djellaba. un fusil espagnol. 1 fr. Deux ou trois colliers étalent sur la poitrine leurs pièces d'argent et . à cause de la présence dts cavaliers du Makhzen et des juifs qui en font une grande consom- mation. que du meurtre du Kébianien. Les pieds nus. lui auraient dit les Galîyens.de cuivre. La femme. à la base de laquelle s'enroule un turban de coton. Les très belles restent à la maison. qui lui barrèrent le chemin. dont la beauté fanée ne peut plus exciter les passions. établie près de Mliliya. laissant là leur victime. Il serait difficile de trouver un endroit plus favorable que le Souk' el-Djouniouâ pour observ er les représentants des deux sexes de Galîya. Il ne fut question au Souk'. causant beaucoup. l'hiver. buvant du thé. 50. 5 fr. Les cinq maraudeurs le foudroyèrent à bout portant. Mais il était espionné par cinq bandits de Galîya. . à l'endroit le plus étroit de l'isthme. emmenèrent les mulets. de peur d'être reconnus aux marques particulières que les berbères du Rif font à leurs armes. Jamais. est presque toujours couverte d'une chachia rouge.përirai. 50 fr. les ventes clandestines faites aux Espagnols. une belle vache laitière. pétrole. sont la cause de cette hausse inaccoutumée. Somme toute. 50 fr. un sou pièce un beau mouton. ce jour-là.' n'atteignit personne. Abandonne-nous les mulets et sauve-toi. etc.

non loin de Mliliya. Ces militaires sans souliers. ni manœuvres. Les cinq caïds civils. No sommes-nous pas dans le pays de-cocagne des assassins. toujours par le puissant organe du crieur public. Il est là pour empêcher les Berbères d'at'. n'ont absolument rien à faire. à Ferkhana. Il est permis aux Rifains de se tuer. .aquer les Espagnols. de la tribu 7" 1 lundi {El Ethenin). au centre. donne à réfléchir à ceux qui font passer l'appât du gain avant le patriotisme. ils partagent ses dépouilles avec le généralissime et son état-major. appelée aussi K/açbat Sêlouane. prélèvent les contributions de guerre. à Mezzouja et à Bezr'enna 3° le jeudi (El-Khemis). ni exercices. Les officiers du goum (cavalerie) et les préposés de la douane impériale habitent le Dar El-Makhzen (caserne du gouvernement). L'autorité judiciaire et administra- tive n'existe pas. Ils passent leur temps à raccommoder leurs oripeaux. ajoutée à la crainte des tortures féroces qu'une trahison de ce genre ne manquerait pas de leur attirer. en vue de Mliliya. nommés par le sultan. à Mezzouja 2° le dimanche (Souk' El-H'add). des voleurs et des scélérats ? Dans les sept marchés de Galiya. Les sept marchés de Galiya se tiennent 1° le vendredi (Souk' El- DjoumovÂ). ne se dérangeant que pour aller à la maraude ou pour exécuter les ordres secrets de leurs chefs et des particuliers qui les soudoient. Après l'avoir détroussé. aux Beni-bou-Ifrour 4° le mardi (Eth-Thelathà). c'est tout ce que demande le sultan qui tient à vivre en paix avec l'Espagne. La haine invétérée du roumi. Elles vivent sur le pays. c'est leur affaire pourvu qu'ils n'attaquent point le bagne castillan. chacun sait à quoi s'en tenir sur cette préten- due inviolabilité. sans que personne songeât à les faire arrêter. Qn compte environ 500 goumiers réguliers à la K'açba (caserne. Reîtres dangereux. Les Galîyens m'ont souvent répété que les troupes çhérifiennes étalent le fléau de leur tribu. après chacune de leurs agressions contre le presidio. le caïd impérial moins quo tout autre. aux habits d'arlequin. dans les Beni-bou-Gafer 5° et 6° le mardi et le mercredi (Eih-Thelatha oua l-Erbâ). dans les Beni-Chiker. font rentrer les impôts. Nous sommes ici dans l'unique tribu du Rif ayant consenti à tolérer la présence des soldats chêriflens. à l'affût du passant soupçonné de porter de l'or. de se battre et de se voler entre eux. Le chef des troupes n'a pas à s'occuper d'administration. cita- delle) de Ferkhana et un millier de fantassins à la K'açba de Bou-Erg. les crieurs publics ont beau hurler « Paix et sécurité aux négociants étrangers et à nos contribulea 7>.ainsi que cela se pratique dans tous les autres centres commerciaux du Maroc. Cette recommandation est généralement bien observée. sous lesquelles sent écrasés 'es malheureux Galîyens. ils s'embusquent. LE jiAÔÔC INCONNU On savait à peu près quels étaient les coupables. contre les faux frères qui seraient tentés dé vendre des céréales aux Espagnols de Mliliya. Des punitions exemplaires sont annoncées.

furieux contre le Sultan. Les berbères s'arrangent de (1) Dites Er~Mjafidinet Prière instante 'de se souvenir que toutes les lettres des mots berbères et arabes se prononcent. que le Sultan. Er-Mjabdin (1) (les champions de la foi. à Sebta. les indigènes de deux de ces villages. • . idjdji (fille). avec lesquels ils ont vécu jusqu'ici en parfaite harmonie. Les Temsamaniens modifient VI en dj. En thamazir'th.). et le pur thamazir'th de leurs frères du Rif est encore en usage dans l'inté- rieur de ces familles intéressantes qui regrettent toujours la patrie perdue. C'est le nom d'action du verbe rifain emrir (se réunir). conformé- ment aux lois phonétiques constantes de ce dialecte. émigrèrent à Sebta (Ceuta). se retirèrent devant les nouveaux venus. les habitants des cinq villages. L'absence et la distance n'ont rien changé à leur costume primitif. suffisante pour leur permettre de vivre plusieurs mois sans rien faire. cependant. terres livrées à l'étranger. dont les l se sont changés en r en galiyen. Mliliya est pour les Rifains un centre commercial important. qui n'est autre que le zouaoua melil. Aussi ne rencontre- t-on dans les rues que des musulmans sans fusils ni poignards. Leur chapelle modeste sert à leurs réunions et à l'instruction de leurs enfants. ex. du radical arabe J-). est facilement reconnaissable. parce que ses ancêtres sont accusés d'avoir vendu aux Chrétiens les bagnes d3 la côte rifaine. expédient chez nous un ou deux membres. ils disent: Anmmrir g Themrirth (Nous nous rencontrerons à Themrirth. ex. La légende raconte qu'à l'époque lointaine où ce traître d'Empereur livra Mliliya aux Infidèles. une aisance relative la permet à certaines familles de ne pas aller chercher du travail dans province d'Oran. L'accès de la place n'est interdit qu'aux indigènes armés. Leur petit quartier. La plupart.. Themrirth signifie lieu où l'on se rencontre. Si l'Espagnol est exécré. Il faut ajouter. on ferme les portes. A la nuit tombante. c'est-à-dire à Mliliya). EXPLORATIONDU RIF prélevant chaque année une grosse part des récoltes et des troupeaux Malgré l'avidité des agents du fisc et de l'armée. donna à ces braves gens des indemnités qui leur permirent de faire l'acquisition des immeubles qu'ils occupent actuellement dans la cité espagnole. et les Beni-Ouriar'el en d. Lorsque les indigènes de Galiya se donnent rendez-vous à Mliliya. Les Rifains appelent Mliliya Tiaernrirth ^jijj et les Arabes Mliliya s^LJw. pour être juste. en compensation des. iddi (fille). Quelquefois aussi on désigne la ville par ces deux épithèles Jnad'a (camp. qui retournent dans leurs foyers 'en emportant une somme assez ronde. de l'arabe *> j-aLT. le Sultan lui-même n'est guère aimé non plus. furent bien accueillis par les Espagnols. compris dans le périmètre abandonné.

Un morceau de couronne espagnole (pain rond). tonna contre la dépravation générale de ces mahométans saturés de civilisation et de bien-être. En dehors des nombreux prodiges que la légende lui attribue. Mais Galîya lui ayant fait le plus d'avances. se distinguant t des autres par tant de manies excentriques. Il m'affirmait qu'il avait oublié. avant le coucher du soleil. Sîdî-Ouriach (1). mot arabe berbérisé. toujours entichées des dévots vrais ou faux. les cités européennes se sont chargées de le lui rappeler» Non loin de Mliliya. déchirent l'air. un petit parasol qui lui servait. depuis quelque temps. Il fut reçu comme un dieu partout. originaire des Oulad-Ouriach. dès sa plus tendre enfanc3. ar en berbère). où il recevait un accueil enthousiaste des populations fanatiques. Il fut donc obligé de vendre à un espagnol. il opta pour cette tribu. ou une maison amie.. calma la faim du vagabond. Moh'ammed ne manqua pas de visiter Mliliya. exaspèrent le Rifain qui a r en horreur ces écœurantes détonations. sans un centime. ce mot ennuyeux acheter. C'est ce même ermitage qui devint plus tard son tombeau. on voit le tombeau du grand saint de Galiya. pour appeler) du verbe arabe ifej 2a forme de t£> J (arabe marocain et algérien). très venteux. personnage populaire ^jLLjj^x^ du VIle siècle de l'Hégire. à frapper l'esprit des paysans. dans ce camp retranché de toutes les ignorances. Les espagnols de la basse classe. (. (chera en arabe. sur une hauteur. arriva à Tanger avec le désir de se terrer au centre du Rif. éclatant en pleine rue. il passa le détroit. A peine âgé de vingt ans. déjeuner. empoisonnent l'atmosphère. Etant entré dans la ville. à foire de l'effet dans les tribus. LE MAROC INCONNU manière à terminer leurs achats dans la journée pour regagner leurs foyers. se fit bâtir un ermitage où il rendait ses oracles.'était la première fois qu'il achetait quelque chose au Maroc. au moment du. son aversion pour tout ce qui n'était pas musulman. dévoré en marchant. de la main ou du burnous. prodiges identiques à (1) Ouriache. par sa piété. il fut surpris. les villages. De sonores émissions de gaz. tomba au milieu des Maures d'Espagne. parcourant les douars. . moyennant deux sous. Il vivait en ascète. il se rembarqua. s'oublient à dessein en passant près de leurs ennemis mahométans. Berbères et Arabes se plaignent des manières brusques et de la grossièreté des maîtres du presidio. Voyant qu'il prêchait dans le désert. de ne trouver aucune mosquée hospitalière où il aurait pu apaiser les cris de son estomac en détresse. qui prenaient pour un être illuminé cet homme étrange. les campagnes. Le jeune santon se fit remarquer. car il est dangereux de voyager dans le Rif au milieu des ténèbres. campés dans les environs de Sebdou. son zèle religieux. signifie (celui qui fait des gestes. pendant son long séjour dans les mosquées chérifiennes.

sur un terrain contesté Ce jour-là les fusils des Rifains partirent tout seuls. hachés par les terribles projectiles. ignorant le danger. accompli par trois galîyens. Il y a. offrant d'aller. à travers les fentes de la porte. les obus ne tardaient pas à suivre le chemin de la lumière. Le tout était solidement attaché sur la tête. sans tactique. ancré à un ou deux kilomètres de la côte. Mais la mort de quelques-uns de leurs frères. son tombeau. chacun emportant seulement son fusil espagnol et quelques cartouches. se rapprochant peu à peu du monstre. C'était un sacrilège. la source de Sidi-Ouriach. . leur fit comprendre qu'il n'y avait pas à plaisanter avec cette invention moderne du falot électrique. On bénit les trois champions de la foi des prières furent dites leur intention. Dès qu'un groupe était éclairé. nageant sans faire de bruit. les armes et la poudre. sans autorîsation. le falot (1). puisée sur le territoire galiyen. dans cette campagne de Mliliya. quelques soldats. En 1893. des dessous insoupçonnés. Les premières fois. il m'a été impossib'e de recueillir d'autres renseignements sur ce fanatique mystérieux dont la biographie sera difficile à faire. Ils se mirent bravement à l'eau par une nuit sombre. suffisam- ment documenté pour éclairer ces tréfonds du drame rifaîn. faisant des gestes irrévérencieux à l'éblouissant réflecteur. un navire de guerre castillan. urinèrent jusque dans l'intérieur du sanctuaire. Depuis quelques jours dejà. riant. n'obéissant à aucun chef. dont la masse noire se dressait sur une mer absolument calme. on sait avec quelle peine le gouvernement de la Péninsule parvint à repousser ce petit peuple qui combattait pour sa religion et ses foyers il sans canon. voulant à tout prix repousser l'infidèle ou cueillir la palme du martyre. paraît-il. à la nage. Je ne suis pas. exécu- ter ce tour de force. ne bou- geaient pas. Plusieurs rifains m'ont assuré qu'un détachement chrétien étant venu chercher de l'eau. (ï) j lis fnar (arabe algérien et marocain). que l'eau. chacun luttant à la façon des héros d'Homère. par bravade. agaçait les indigènes en inondant chaque soir de rayoas électriques la campagne environnante. Ils tinrent conseil. au dessus d'une pile de vêtements des- tinés à tenir. à jamais perdus pour l'Histoire. en face de Sidi-Ouriach. Comment faire pour pulvériser l'indiscrète lanterne ? Trois forts nageurs se présentèrent. à la nage. les Rifains. d'autant plus grave. des militaires espagnols profanèrent. Qu'il me suffise de citer un trait d'héroïsme invraisemblable. en pleine nuit. devait servir à faire le mortier avec lequel l'Espagne voulait bâtir son nouveau fort. comme ils l'appelaient. EXPLORATION DU RIF ceux des thaumaturges de toutes les religions. aJ. en ce moment. loin du contact des flots. Ils partirent t)ut nus. On connaît les événements de Mliliya.

soit avant ses rares prières. protégés par l'obscurité. ils sont vénérés dans la tribu. La tête nue. Il imitait. < C'est au village d'El-Asara. il annonça un jour son départ au maître et aux élèves. non seulement ne priait presque pas. infiniment plus dépenaillés que lui En Algérie. depuis ce fait d'armes. ils l'arrêtèrent. Des vauriens. il est vrai. On l'insultait il ne répondait pas. il court les pélerinages. je crois. f . abordèrent la côte sains et saufs. mortellement blessés. que l'on s'aperçut que Moh'ammed. on ne connaît pas. mais encore ne faisait aucane ablution. l'émotion fut considérable. des coups de fusil sur l'eau. » r( { rf 01 (1) ^C « I jj> plur. trois détonations retentirent dans le silence de la nuit. à peine vêtu de quelques haillons. installés au mara- bout de Sidi-Ouriach. dans les Beni-bou-Ifrour. le chapelet au cou. On tira. on feignit de croire. abruti par le kif (chanvre à fumer). f Quelle ne fut pas-. On n'eut pas l'idée de lancer des canots à la poursuite des audacieux. Sur le navire. Tout à coup. envoyaient des faisceaux lumineux dans toutes les directions. se laissant retomber à la mer. exerçant le dernier des métiers h para- site des sépulcres. (jj t jjt (victime que l'on conduit à La Mecque)(A). Je vous laisse à penser si. Soudain. au hasard. dit Moh'ammed. cette secte. le suivirent hors du village. Ne voulant pas s'exposer plus longtemps à la méchanceté de ces imbéciles. se tenant près du réflecteur. à se hisser jusqu'à la hauteur du pont. ou l'on crut réellement qu'il était juif. fabriquant quelquefois des sucreries dont il fait présent à la foule. soit au moment de réciter le Coran et les Traditions relatives au Prophète. sachant sans doute qu'il avait de l'argent. « Allons un peu plus loin. un petit sac rempli de kif à son côté. lui enjoi- gnant d'avoir à leur donner ses vêtements. Les trois rifains. Les trois berbères. sa petite pipe en terre dans le sac.. une vingtaine de Hedaoui (1). Les nageurs réussirent. Le réflecteur était brisé. tE MAftOGINCONNU Tout le monde paraissait dormir à bord. On lui faisait des misères il les supportait sans se plaindre. Deux ou trois officiers. un affreux paresseux en somme. vivant sur les victuailles apportées par les fidèles aux tombeaux des santons. Elle paraît confinée dans le Maroc seulement. Le hedaoui est un pélerin-mendiant. une longue lance à la main. les gens du pays mais comme il était étranger. deux officiers. regagnèrent rapidement le rivage.la joie du derviche en trouvant. armés de pistolets. en grimpant après les chaînes des ancres. se constituant lui-même le gardien de ces sanctuaires.Nous sommes encore trop près des habitations. toujours hébété par la fumée du chanvre.

save- tiers. Ils habitent les hameaux. ne pouvant pas plus posséder d'immeu- bles à Galîya qu'ailleurs. jusqu'au buisson dans lequel il avait jeté sa bourse. il se glissa. en Espagne. les pistolets sous le nez du derviche. Ce qu'ils voulaient. exigèrent. On le lâcha. le voyageur trouva le moyen de jeter dans un buisson. le propriétaire se réservant seul le droit de mettre à la porte son locataire qui ne peut. partout où ils veulent. où il se réfugia. Citons seulement les plus célèbres Sidi Bou-Ceber (Mgr qui a de la patience) (A). Les gredins. elle était intacte. Une clause du bail est curieuse la location d'une maison. ils se mirent en fureur. qu'il leur dît où il l'avait caché. orfèvres. s'habillent presque comme eux. des boeufs.~ . à Mezzouja Sidi VH'adjdj Es-Saîd (1) (Mer le pélerin heureux) (A). Ils ne sont nullement malheureux puisqu'ils retournent fidèle- ment dans leurs foyers. auprès desquels on immole des poules. ni donner congé. trouvant qu'ils étaient allés assez loin. se distinguant seulement par leurs longues boucles de cheveux. Les juifs sont extrêmement nombreux dans la tribu de Galiya. c'était l'argent. viennent à Oran. fils de l'esclave de Dieu) (A). quand elle est faite à un juif. Un contact séculaire a calmé les haines de race. EXPLORATION DU RIF Ils y consentirent. la dépouillèrent de tous ses effets. chaudronniers. Chaque juif a un musulman pour seigneur. vont à Tanger.j. comme on a l'air de le croire en Europe. sa bourse qui contenait une trentaine de francs. Ils louent leurs maisons. dure à perpétuité. chez les Beni-Chiker. cordeurs. à manches larges et courtes). Il l'y retrouva. qu'il était plus gueux que jamais. Ils avouent que les Berbères ne les maltraitent point. saisirent leur victime. preuve certaine qu'ils jouissent d'une grande liberté. Les Israélites galîyens voyagent pour leurs affaires.Allah (Mgr le glorifié. véritables anglaises retombant sur les tempes jusqu'q la mâchoire inférieure. C'est (1. à l'insu de ses persécuteurs. Ces victimes ne sont pas offertes aux saints. Sidi-Ouriach est le patron de Galîya. par Sidi-Ouriach. Il jura. N'en trouvant point. on lui donna d'autres vêtements. Quelques jours après.' ne lui laissant que sa gandoura (longue chemise en coton.) << o~lt a. ~j~. Aucun agriculteur parmi eux. Tout en marchant. avec mille précautions. dans les Beni-Bou-Ifrour Sidi Mhammed ben Abd. mais la tribu possède aussi les reliques de plusieurs autres santons fort vénérés. frisant naturellement en épais tire-bouchons. exercent différents métiers cordonniers. On va en pèlerinage à leurs tombeaux. j~f . des chèvres. a forcé les ma- hométans à tolérer ces nomades cosmopolites qui parlent leur langue. ni exiger la moindre réparation. les moutons. gagnés en écrivant des amulettes. A El-Khemis.

poussait des gro- gnements rauques. s'empiffrent de viande et de pâtisseries. sans savoir comment. un énorme chameau. et la bête furieuse le mettait en pièces. ayant un fusii dans la gueule. tremblant de tous ses membres. Elle vint heurter le bois de la porte avec son fusil. il était sorti prendre le frais au milieu des innombrables figuiers de Barbarie qui entourent le mara- bout. plus mort que vif. s'était précipité dans sa direction en poussant d'affreux rugissements. se recueillent. se bourrent de kouskous. dit-on. après mille tours et détours dans le labyrinthe des figuiers de Barbarie. Les malheureux accourent à ces ouaâda. marmot. tent des prières. Les bienheureux. en est la preuve Il y avait près d'un mois qu'il prenait ses leçons et ses^ébats dans le marabout de Sidi Bou-Ceber. leurs morts reposent près de la dernière demeure du grand saint. se familiarise avec le demi- dieu. . La mésa- venture suivante. Tout à coup. il ré- pondit aux questions qu'on lui adressait en disant que quelqu'un l'avait poursuivi jusqu'à la porte du marabout.- Le chameau. s'en retournent chez eux. Enfla. LE MAROC INCONNU une charité faite aux pauvres. se laissa choir à quelques pas de ses camarades. dès qu'ils se trouvent dans la zone d'un marabout. sont frappés de crainte. courant. avec qui l'on aurait tort de se gêner. se trouva devant la façade de la chapelle. Fou de terreur. bondissant par dessus les tombes 'du cimetière établi en cet endroit par les Beni-bou-Ifrour. criant dans l'intérieur du sanctuaire. le considère comme un ami puissant. prolongés. luttant avec ses condisciples jusque sur le tumulus du santon. superstitieux à l'excès. l'estomac plein. rapide comme une flèche. Il était tenps Une minute de plus. car les santons sont souvent enterrés dans des bâtisses attenantes aune mosquée ou à un cimetière. J$ Le voyageur. arrivée à Moh'ammed ben T'ayyéb. indiquant qu'il était au paroxysme de la colère. il fut effrayé par un prodige auquel il ne s'attendait guère. vivant presque toujours dans le voisinage des saintes sépultures. en vue de plaire à Dieu. Les illettrés. en actes et en paroles. acharné à la poursuite du vagabond. dans laquelle il se précipita en fermant derrière lui la porte à clef. Par une chaude nuit d'automne. A vingt pas derrière lui. le fils de T'ayyéb. Les écoliers déclarèrent n'a- voir vu ni entendu personne. L'étudiant. se vengent quelquefois de ces offenses. la tombe du patron des Beni-Bou-Ifrour. afin que. essoufflé. à travers le dédale des cactus. Pâle. ô prodige elle prononça distinctement ce mot arabe éflah' (ouvre). prend des privautés avec lui. et alors. prêts à recommencer à la première occasion. le derviche partit. en un mot. mais débonnaire. profanant.

sous l'influence d'une passion très vive la foi religieuse elle ne cesse que par. les tient constamment dans un état de vibration nerveuse extra-lucide. comme de tous ceux qui m'ontété racontés par les disciples de Mahomet. montre-toi maintenant! Il faut croire que Sidi Bou-Ceber était apaisé. que les musulmans. Moh'ammed. toi qui m'as poursuivi hier. Le soir. pour l'immense majorité des Maho- métans. Ce qu'il y a de surprenant dans leur cas. continue de l'hal- lucination. Elle est née. Dès l'aube. Qu'ils dorment ou qu'ils veillent. de mon incrédulité. à partir de ce jour-là. Cette poursuite du chameau me paraissant invraisemblable. La foi profonde des Mahométans exalte leurs facultés cérébràles. alla à l'endroit où le terrible animal lui était apparu. puisqu'il ne jugea pas à propos de se métamorphoser une seconde fois pour effrayer le der- viche. les lettrés surtout.tu l'as déjà fait. Les saints ne font-ils pas des miracles. se mit à crier de toutes ses forces Chameau. Celui-ci. trop pratique peut-être. à des troubles cérébraux particuliers. qu'il faut se garder de con- fondre avec l'une des formes de l'aliénation mentale. sont sujets àdeshallucinations spéciales. contrairement à son habitude. Ils voient fréquemment en songe les saints. dans ces contrées féeriques de l'au-delà dont nous nous sommes exclus nous-mêmes par la sécheresse de l'esprit moderne. Les Musulmans africains. Vers le milieu de la nuit. de sa propre bouche. positif et pratique. manifesta le plus grand respect pour les saints et leurs tombeaux. comme. il vit en songe Sidi Bou Ceber lui même. qui lui dit en bon arabe vulgaire Sji tu joues encore sous la coupole. c'est-à-dire après la mort. les prophètes. c'est la marche régulière. même après leur mort ? Jeconclusde ce songe extraordinaire. ceux du moins pour lesquels la religion est tout. . font des rêves extraor- dinaires. des conseils ou des avertissements à ses sectateurs. au sein des mondes merveilleux. dès leur bas âge. il sortit à la même heure que la veille. Il parut très étonné de mon insis- tance. d'un cauchemar quelconque. leur vive imagination les transporte en plein surnaturel. procéda à de grandes abbutions et à de non moins grandes prières. EXPLORATION DU RIF Le derviche s'endormit sur cette forte émotion. je te pré- cipiterai dans la troisième partie de la terre inhabitée (1). qui n'est jamais intermittente et persiste chez eux tonte la vie.la perte de cette der- nière. (1) ^J UJ) viJWI J\ viX^i jCii\ <2_ o^J Lf ^xiV c>jLw'jiiy La troisième partie de la terre inhabitée signifie ici le bout du monde. je vou- lus m'assurer si le derviche n'avait pas été le jouet d'une hallucina- tion. et Mahomet lai-même qui ne dédaigne pas de donner.

Marotco. Quedenfeldt. Plusieurs fables en temsamanien. c'est tout. on ne plaisante pas avec l'honneur des femmes. sans rien faire. • hier encore inconnu. dont l'étude a été abordée. j'ai déjà bien avancé mon Dictionnaire Français-Rifain. embarqué actuellement à bord de VAmiral-Baudin. id. X-es noms des métaux et des couleurs en berbère. Le I" ehap. Je la tiens d'un témoin oculaire. il s'était empressé de courir ïtu Village-Nègre pour apprendre à parler la langue du Prophète. quatre malfaiteurs en burnous. armés de matra- ques. entre parenthèses.– Les Evangiles de Sir-Matthieu ?t de St- Jean. Il est bien connu des Galiyens. ont fait l'objet des quelques travaux rudimentaires suivants Hanoteau. Lors de la dernière visite de l'escadre à Oran. Il avait fait la connaissance de notre rifain. on s. pour raconter. Loqmân berbère. il reconnaîtra facilement l'honnête homme de rifain à qui nous allons donner la parole. Bek'k'ouya. un brave garçon de t'aleb rifain. Un point. les dialectes du Rif sont pris comme points de comparaison. les dialectes du Rif auront subi le même sortLorsqueque ce pays sauvage. pu voir. (1). Témsaman. Ses coréligionnaires eurent beau lui répéter: « Laisse-nous détrousser ce chien de chrétien nous partagerons avec toi ». Beni-Ouriar'el. il marabout lui-même. se ruèrent sur l'officier pour le dévaliser. R. préfère piocher les vignes des colonsoranaisquedevivre. que la haine d'une marâtre a chassé de !a maison paternelle. Chose rare. Enil GaHyen. Beni-Said et Beni-Znasen (avec textes). m'a appris le thamazîr'th. arracha le français de leurs mains. Basset Manuel Kabyle. Galiyen. qui fut. sur le verso de la couverture de ce livre. a. Ceux. la scène sauvage suivante. de la 1re série est consacré au Galiyen dans les séries suivantes. Notes de lexicographie berbère. en pur dialecte thamazir'th (1). très suggestive sous tous les rapports «. travail qui aurait déjà paru si mes occupations professionnelles étaient moins absorbantes. grâce aux révélations du derviche et de nos autres voyageurs musulmans. Grammaire Kabyle. Missions ÉVAîqGÉUQUES DE Londkes. S'est occupé aussi des dialectes du Rif. ce marin est un arabisant déterminé. Notes grammaticales sur différents dialectes rifains. lorsque vers onze heures du soir. Etudes sur les Dialectes berbères. s'exprime assez mal en arabe. percé à jour maintenant. L'anecdote que je raconterai tout à l'heure le prouvera. en préparation. lequel. l'annonce d'un Essai sur le Thamazir'th et les Contes populaires du Rif. lui doit la vie. Mais je sais que mon ami Basset. Le marabout prit bravement la défense de son compagnon qu'il connaissait à peine. qui le vénèrent et le respectent doublement com- me t'aleb. et comme marabout. sous la férule de l'euménide qui dirige tout chez lui. Fils de marabout. Les dialectes berbères du Rif sont peu ou point connus. aux s'exposa courageusement coups de trique des bandits. Cet étudiant (il m'a supplié de taire son nom). Un conte en thamazir'th de GaJiya. un travail de grammaire et de lexicographie comparées sur tes dialectes de Galiya. . Un jeune aspirant de marine de mes amis. il ne voulut rien entendre. pendant quelques jours. Eintheilung und Verbreitung der Berberbevblkerung in. Quand ces lignes tomberont sous les yeux de mon compatriote. ces travaux se- ront publiés. mon auditeurassidu à la Chaire d'arabe d'Oran. D'autre part. LE MAROC INCONNU A Galîya. et il se promenait avec lui dans les rues malpropres du quartier musulman. directeur de l'Ecole supérieure des Lettres d'Alger. Enfin.

(2) Les voyelles nasales existent en thamazic'tli. à arroser ce jardin. iras difficile à articuler. Il commença iUessaou râyarast enni. ettour'a Une année. Ed'farenteth arbâ en s'enfuit. il est vrai. d'i ihek'bitt in K'eraîyin. Iebd'a le canal de l'eau. fi) Hng thaseppaniout (fusil).espagnol. Thous ed Elle vint r'ares ijjen temr'art temrech. Il se mit Uek'k'out s eddou ijjen à la posséder sous un ouarthou. Ek'k'imen ayaked'ouya. auprès de lui une femme mariée. Iezar ithen Il vit eux un homme il suscita sur eux îj outltarras yesekkar khaf sen ethr'ouyyith. . se yarouec sauva far ijjen taddart tekhra. Voun de ce mot en est une. figuier. Thamr'art contre eux des gens beaucoup. également. eehchathent s derrière lui. mais on y parvient arec du temps et de la patience. vers une maison inhabitée. ils frappèrent lui avec (1) Je serre le texte de près afin de donner aux amateurs de littérature exotique une idée juste de la langue et du style des Rifains. des cris (c'est-à-dire il appela tout le monde). (5) De espagnol esp'ada. Iebd'a Il s'assirent ensemble. ils couvrirent elle s ijj ouh'ach. L'homme celui ci. C'est é\idi-mment le mot '. thanîa. dans la tribu des Galîyens. La femme tarouer. lui. Ed' furent id' yaoud'an.t Le? Galiyéqs font permuter souvent V l final avec te t. Argaz enni. Ils poursuivirent elle quatre ioud'an. (3) La tilde indique due ai doit se prononcer comme notre gn dans montagne. Il avait ijjen râyarast iarr ed r'ares un jardin il mit dans lui tharja oimgouaman (2). ils coururent aouarn as. il y avait ij ounffouargaz (2) yemrech R'ares un homme marié. dans le village des Beni-Sirial. avec un h'aïk. ils fendirent à elle le ventre d'elle avec Je sabre oujjîntelh d'i barra ed'rintcth ils laissèrent elle dehors dans la campagne). ils tuèrent elle avec des fusils i r'arsen as aâidis s thasboutt (5). Yek'k'en khaf& thaououarth aouarn Il ferma sur lui la porte derrière os. ettarten Ils poursuivirent lui les gens. Mounen d Ils se réunirent khaf sen ioud'an al't'as. prononcée à la ntaine. EXPLORATION DU RIF Rih'kaith en Histoire (Ij d' marié surpris avec ij oungourgas{iï)yemrech oufin t ahed' un homme iecht en temr'art temrech une femme mariée d'i dchar in (3) At-Sid'ar. Ij ousouggas. enr'intelh s thsapounia (4) individus.

s^£S altération de aveuglé par tes abeilles). sur le sol. LE MAROC INCONNU . led'ouer ouar Il devint il ne itouiri our ad' ijjen n voyait absolument plus rien ( := errih'ath(zz. vers le dehors ils renversèrent lui arth. Bed'an youd'an enni ettaryen Ils se mirent ces gens-là à monter akh tezak'k'a. ifassen Ils saisirent lui. Farrer'enkahfsthizizoua.a.=v ^=». du feu dans des bottes d'alfa. fumée. Yanr'a par une fenêtre. la poudre i zz. Et'Çefent. Bed'an net't'aren kafs thimessi Ils se mirent à jeter sur lui du feu. parmi eux sept ( il en tua sept).r echcliek ouar ifàhmen que toi elle n'est pas intelligente azèddïf ennech. yebd'a Quand il fut entré dans la maison. également lui ( il leur tira des coups de fusil). dans des ruches. louiyen d tizizoua ils eurent fait un trou Ils appor- tèrent des abeilles d'i ther'aracin. à sauter sur lui de la terrasse. K'eddaân tih'ania sur la terrasse. ils erbaroud". Ettegged' la tête de toi ( =. Ârami ioud'ef thaddarth. Akhkham La chambre enni iechchour s thizizoua d'ed. Bed'an yioud'an Ils se mirent les gens net't'ouen d kha fs zi thezek'k'a. Ils firent sortir lui r'a barra r'ad'erent r'ar themmou. arami kafs de la terrasse. Ils attachèrent à lui les mains r'ar d'effar. à frapper eux. z«g icht tebouarjet. enni. jusqu'à ce qu'au- dessus de lui snouk'k'eben. Bed'an ek'k'aren Ils se mirent à dire as ath dmmis « à lui les enfants de l'oncle de lui ( rr ses contribules) « Etta d'ergezait ennech âla Ça c'est la récompense de toi parce kha(f. l'arabe vulgaire A. ( firent feu sur lui). tu es une brute). elles le piquèrent. Tfiizizoua ettemounent kh ouargaz Les abeilles s'acharnèrent après cet homme. il se mit yachchath\i\hen d. r anta. celle-ci se remplit d'abeilles et de deklian. Ek'k'arnenn as. Ils allumèrent timessi d'i thesoumadh oungouari(2). Tu as jeté erâïb d'i iharoua âmmick. Essouffer'ent id' par derrière. » le deshonneur sur les enfants de l'oncle de 'tôL » . JU. absolu- ment rien). Ils arrachèrent les solives en tezak'k'a.Ek'k'ed'en Ils versèrent sur lui les abeilles. zaàfent d'ais. Il tua d'aisen sebâ.

Rikhdenni ouryen taddarth ennes. il râlait. il le lui intro- duisit ast d'i thit'. Rïh'ouaij oufin d'i lhaddarth Les objets qu'ils trouvèrent dans la maisoir 1 (IV Cette atrocité fut commise plusieurs fois par les Rifains lors des derniers évé- nements de Mliliya. Ious ed ijjen zeg ath âmmis. jusqu'à ce qu'il fut cuit. K'eçcen as dans lui aucunement il resta du sang.cnwtilés.t 1\ as ammou. yekkez d takhed'mechth. h'add itk'eçcith des bras. de cette manière oâîeuse chaque fois. Netta iddar âd' ouar isr'ouyyou. Alors ils montèrent à la maison de lui. un amputait lui h'add itk'eçcith zi ther'ammar aux cjudes(rr Celui ci lui faisait l'amputation des mains. Il vint un d'entre les fils de l'oncle de lui. il le lui as. . s ermouas zi âra m kour Ils se mirent à taillader dans lui avec des amchan arami ouar dais k'ad couteaux de tous les côtés jusqu'à ce que point ek'k'imen id'ammen. Les cadavres des malheureux soldats espagnols Wren. issah'ralh. eux coupaient dais s etinouas. il ne pleurait pas. Lui vivait encore. ik'eraâas t ed. hed'mentetk. dans lui avec des couteaux ( Tandis qu'ils lui parlaient ain3i. yegg il sortit un couteau. ils versèrent lui sur lui arami yaoungoua (2). Lui vivait encore. ouar issiouir.. Ils abrour ennes. arracha comme il aurait. nitheni etk'eçcen à lui ainsi. dans un œil. Tek'eçcent tania zeg Ils coupèrent lui aussi aux fadden. ils démolirent elle. lui aux poignets.. t ed amekhmi d iestef. Netta iddar âà". un amputait lui zi ther'arov. eggin aslth a coupèrent à lui le pénis de lui. EXPLORATION DU RIF Nitheni ek'k'aren Eux disaient dil'aie.t. un escargot de la coquille.que les pâtres et autres voyous berbères purent £e. ) H'add itk'eçcith Un coupait zi thekherkharin en (3) fassen. seh'ark'enteth. Bed'an tek'eçcen dais genoux (= ils lui xmputèrent les 2 jambes aux genoux). MjLOuad'as ithennedhnW ik'eraâ Il en fit autant pour l'autre. à l'épaule. Yiouiyen Alors ils partirent. il ne disait rien. etc). en (3) r'adden. Rikhdenni rouh'en. extrait ar'rer zeg ouakchour. ils incendièrent elle.n emparer. ils le charcutaient avec leurs couteaux. il le lui arracha. Ils apportèrent d timessi. mirent dans la bouche (1). farrer'enteth khafs du feu. ils le lui ouk'emmoum.

très peu de Rifains tentés de manquer à la foi conjugale. h'achcheth iechsit. quelque chose. les mœurs. la fem- (I). malgré une grande promiscuité. endarent cette orge entièrement. iouyen. déclarent bien haut que le concubinage. it tak'bitt Ik'erpyin t vendit lui la tribu des Galîyens ils fark'enteth akh techouchai partagèrent elle (le prix de la vente). LE MAROC JNCONNU il ouenni. tous. en plein champ. zeida&nt. r'er in oua r'ar ieddi Personne ne la prit. Le terrain de lui. sont irréprochables. ils la semèrent (aux quatre vents). presque tous chevriers. d'eux (entre eux). l'adultère et la prostitution sont des crimes plus hideux. Ouar th dehors. En Algérie. Les hommes vertueux de l'Islam. et nous avons vu plus haut que les marâtres elles- mêmes font trembler les grands fils de leurs maris. k'â. trouvent des circonstances atténuantes à cette bestialité. ne possédait rien. ouenn ioufl de celui-ci. les choses se passent ainsi. très dociles à la maison.. ils s'exposeraient eux-mêmes à d'atroces représailles. connue de tout le monde. bergers ou bouviers. Ettour'a r'ares thratha en Il avait trois (surfin en imendi Echsin d silos d'orge. Passé le mur de son habitation. il ne manquait pas de prendre elle. reçue. il y a peu. régnent au dehors. r'er imezrad' ith yiouiyen. La mère est la souveraine maîtresse du logis. Ils enlevèrent imèndi enni matra. On la chuchote à l'oreille. . Ceux-ci. ils la jetèrent T'a barra. au Maroc. Les jeunes gens. Etant donnés ces supplices épouvantables. dans tous les pays arabes et berbères. tolérée. éludent les rigueurs du célibat en assouvissant. excepté les pauvres Thammouarlh entes. offensant davàntage les lois divines et humaines Dans l'intérieur des familles galîyennes. leurs besoins charnels sur les animaux confiés à leur garde. Leurs proches parents seraient les premiers à les éçharper s'ils ne le faisaient pas. sur les têtes ennsen (1). thezzenz qui la prirent.Je résefvé pour mon prochaintravail &s$ai$ur le Dialecte Thama^ir'th et les Contes populaires du Rif tes remarques que j'aurais pu faire ici sur la grammaire elVétynaologie. elle. celui qui trouvait chan. pour en faire des gorges chaudes. Cette abomination est admise. tout en maudissant les passions inavouables de leurs jeunes coreligion- naires non: mariés. excepté celui qui cha. dans la haute société musulmane.

visite ne s'effectuant qu'une fois ou deux par an lorsque les deux maisons sont éloignées. auquel. grand clerc par- mi les siens. il fit entasser dans la cour des branches de bois mort. L'européen. le rifain se mit sur la dé- fensive. il jeta dans l'ardent foyer. ne se troublant pas pour si peu. glissa de force une dizaine de petits livres dans les mains du berbère. Or. tout de suite reconnus à cause de leur accent britannique. auraient le cou coupé dès leurs premiers pas dans ce pays sauvage. hurlant en arabe Inaâl (i) din oualdihoum el-kafrin (que Dieu maudisse la reli- gion de leurs aïeux infidèles 1 ) Séance tenante. Dès les premières lignes. avec un gigantesque roumi blond. Les Missions apostoliques de la Grande-Bretagne. Quand elle est belle. se trouva nez à nez. Mis au courant de~~ce-€[ui s'était passé. très large.que l'innocent autodafé consumait les deux saints. il entra dans une violente colère. il ne comprit absolument rien. rentra à la tombée de la nuit. étant allé faire quelques emplettes à Mliliya. il me l'avoua. ont essayé de convertir au Christianisme les populations du Rif. elles s'imaginèrent tourner la difficulté en faisant traduire en' thamazir'th les Evangiles de St-Matthieu et de St-Jean. voici comment les Rifains accueillent ces deux productions de la science anglaise Un jour. alluma un grand feu. Se doutant que leurs missionnaires. Son père. Arrivé à la maison. raba- chant à'satiété les paroles paternelles înml din oualdihoum el-kafrin (que Dieu maudisse la religion de leurs aïeux infidèles !) ISLJI yjjtÀ?ççt isj mStothése dç (1) £ ç§> jJ! j ^>iX y)^ ^4$ . en lui faisant signe de les lire et de les distribuer ensuite à ses coreligionnaires. le t'aleb n'eut rien de plus pressé. celui-là même qui vient de nous conter l'horrible supplice des adultères. après avoir mis son âne à l'écurie. le«$présents de l'anglais. voyant qu'il s'agissait d'une autre religion que la sienne. Instinctivement. au coin d'une rue. en les accompagnant d'horribles malédictions. notre jeune marabout. il attendit la fin du souper pour voir ce que pouvaient bien être ces étranges petits livres. Quand les flammes montèrent bien haut. perçant jusqu'au zénith l'épaisseur des ténèbres de la nuit. elle sort rarement elle vit dans l'attente eontiuuelle d'une visite à ses parents. les huit frères et sœurs du t'aleb dansaient autour du bûcher. que d'ouvrir un du ces opuscules. éclairant comme en plein jour les quatre murs de la maison. découvrait une ran- gée de dents formidables. L'usage veut qu'elle détourne la tête si un étranger la voit. ÇXPWBATION DU RIF me redevient un être faible. dont le rire. Tandis . poussées par un zèle religieux auquel la politique n'est peut-être pas étrangère.

compris entièrement dans la fraction du même nom.). B. rateurs de . Alth-Ségctal (les enfants des prairies artificielles.JI >. et l'Ouad Beni- Chik$r. B. I. Elles constituent les deux pointes les plus septentrionales du Rif. (Marché du mardi).) 100 feux. » 5 1^ Chiker.X& <^>3 I (A. que l'Islam gagne du terrain partout où il est en contact ou en corcurren- ce avec le Christianisme ? On peut citer une foule de renégats chré- tiens devenus musulmans je ne connais pas un seul sectateur de Ma- homet ayant renoncé à sa religion pour passer dans le camp des ado. Principaux Villages de Galîya: Fraction DES BENI-CHIKER Jit. FRACTIONde Febkhana ->v la.m §idiEl-H<*dj Es-Saïd (Mgr l'heureux pélerin)(A) j. AUh-Mousa (1) (les enfants de Moïse) (A. le nom de Ouad Ferkhanaî- (l) Dites Mouça. mais surtout pê- cheurs. le Souk' Eth-Thelatka. B. surmonte de trois dents difformes. Grand marché le mer. Voir pages 42 et 43 la prononciation de l's et de toutes les autres lettres. in- destructible. INCONNU Tel est le sort réservé à toutes les tentatives de conversion des Ma hométans. près de l'Ouad Beni. quelle folie Faut-il que nous les connaissions assez peu pour nous abuser à ce point Ne voyez-vous pas. 100 feux.). qui prend sa source à la Zaouiya de Sidi Moh'ammed ben K'addour. entre le Cap Viejo et y !jc) l' le Cap des Trois Fourches. t J j j-jc!1 El-Erbâ (le mercredi) (A). cette foi tenace.. les honorés) (A.) 100 feux. >Jy Lî Aïth-Fahthal. Thak'ouliêth (la petite forteresse) (A. au contraire. 500 feux. lâbdounen (les adorateurs) de Dieu (A. (Voir la carte de Galjya.). qui porte. sur le bord de la mer. »i. .xj)V{ credi. Rif Oriental). Les habitants sont pêcheurs et agriculteurs. B. Deux ruisseaux arrosent la presqu'île l'Ouad El-Kert.Jésus. 100 feux. Au Sud. LE MARQC. La presqu'île de Galîya ressemble à un cône tronqué. les deux extrêmes représentant le Cap Viejo à l'Ouest et le Cap des Trois Fourches à l'Est. 500 feux. Iazz&nen (les chéris. 100 feux. JW5 ^.» y ^> Jnad'a(le camp) (A. B. Vouloir leur faire abjurer la foi de leurs pères. B. `5 . Une cinquantaine de maisons. à partir de cet endroit. près de l'Ouad Beni Chiker. Ls^î ju» lOOfeux. J.).

juste au N. B). au sud de Mliliya. Cf. 100feux. B). succession de ha. y<?v/ à l'ouest de la presqu'île. (qui a les orbites des yeux très grandes) JLb (A.>» Zerroura (ia graveleuse) (A. 100 feux. H'aninaten (les sensibles) (A.). dont le type est l'addax naso. petite baie. 40. 30 feux. 300 feux. 20 feux. ?X>' . 50 feux. vl p. 100 feux. Aî Là. Che 'mlala (rapide à la course. et près de Mliliya. Le derviche y a célébré la fête des moutons en 1889. gros bourg au milieu des dunes. 300 feux (hameaux agglomérés). près de la mer. >V'v.). Azîzaten (les chéris) (A. El-K'alâ (la forteresse) (A).»°fascicule. page 61). . pierreux. . ciiL»^). 3. simple petite crique. (A).pl^rt* vtaculatus). 100 feux. sur l'Oued Bou.. petit hameau sur le bord de la mer. (de l'arabe îl§* plur. B.? appelée pompeusement Mersat Ferkhana (port ou baie de Ferkhana).ce vers A thalek'k'amtfy ouchemlal et la note qui concerne ca dernier mot. conte 23*. ou. (A). B). B). 40 feux. ou de celui qui possède des fusils de Tétouan. bourg impor. près de la mer.j-> sur l'ouad Bou-Gafèr. j^> ù)!J (l) Qf. fj^Uj Bou-H'avîza (le père de H'amza) (A).X6) Lj>]jjî> Mehiyaten (antilopes addax.). AxljJ I En-Nadlwur (la vigie) (A). ïjjjj meaux bâtis sur des terrains accidentés. Asammer (endroit ensoleillé) (B). pays produisant la 'JJX&& meilleure espèce d'oliviers dite Achemlal)(B)l (1). Au sud de ce hameau se trouve le Souk\ Etfr- Thelatha (marché du mardi) Tifaçouâ (luzerne ) (A. Bajjou (morue). 50 feux.. réunion de cinq v>> ou six bourgades assez rapprochées les unes des autres. B). Ter'damiya (le pacage) (A. EXPLORATION DU RlfF Ferkhana (les jeunes gens) (A. yLJi tant. B. 50 feux (de l'arabe ï*j.j>*j>j }*+> Oulad El-H'asen (les enfants de H'asen). p. B. Thnzarint (les belvédères) (B). (A.mes Légendes et Contes merveilleux de la Grande Kabylie. (Cf. 300 feux. le défilé) (B). Mcrsat Bou-Gafer (le port de Bou-Gafer). • Oulad Amor (les enfants de Amor) (A). port de mer de 100 feux. jjidl Fraction DES Beni-bou-Gafer^?1>" y . 300 feux.?!i' e y £mi* Beni-Bou-Gheffari (les enfants du père du coupeur ^>U« y h de bourse.w Tizi (le col.iy* y Gafer. . 300 feux (hameaux agglomérés). 142.

p. (Cf. (Cf. 156). sur l'Ouad El-Kert. qui la mère du ealiyeane vient à l'appui un moment à Bon-H'oua. p. . centre le plus important des Beni-Sidal mos- quée. a. j j I y± U FRACTION DES BENI-SIPAI. }o ^j Jjouaouen (les Zouaoua) (B). sur la rive 5 Bezr'énr'en. Grand marché le mardi. Ai ib FRACTIONDE ME2Z0UJA ^=v j y Sidi-Mousa (Monseigneur Moïse) (A). non loin dela Sjp>S rive gauche de l'Oued El-Kert. 500 feux. (T* Je Jure Parle sa^e ^3 du I /J 1 CoifanXLes commentateurs HTre divin ont vainement cherché le sens de ces deux oonsoages arabes. ^J j~ Marché important. qui commence à s'appeler à cet endroit Ouad Bou-Gafer. *» b ou ^> Ijouaouen (les Zouaoua) (B). 100 feux.Cf. 300 feux. 100 feux.). J^yiy » Ez-Zaouiya (le séminaire) (A).Sourate (chapitre) du Coran. passant par Galtya. 100 feux. 200 feux. p. 100 feux. 154). p. Thelalha (trois) (A). Elle (2) Dites Ya-Sine. à l'extrémité ^» y ^$ septentrionale du lac Bou-Erg. LE MAROC INCONNU Bou ffoua (l'impuissant) (1) (A). ou la baie de Bou-Erg) (A). 500(feux. C'est dans cej $~» o village que se passa le drame raconté plus haut. El-Asara (la difficulté) (A). titre de la 36. étudiants. Ir'il Oumedhr'ar (crête tortueuse) (B). se serait reposée là son nom actuel. bourg important de 500 feux. 150 feux. I* FRACTIONDES BENI-BOU-IFROURj j fi le y JJ Sidi Bou-Ceber (Monseigneur qui a de la patience) (A). 100 feux. ^xà y droite de l'Ouad El-Kert. Nombreux pélerinages à son tombeau. 100 feux. dans le Rif. 145).j l**a> j J~£>U AUh-Arî (les enfants d'Ali) (A'. Jl J-~» A> î At-Sid'ar (en-arabe Beni-Sidal. de sable petite anse séparée du village précédent par l'étroite langue située entre la sebkha et la mer. Mersat Bou-Erg ^joy ^y (le port. 100 feux. y*. j 1-yJI Souk' El-Khemia (le marché du jeudi) (A). Ya-Sin (2) 300 feux. C'est le patron des Benï-bou-IFrour. l'endroit qui possédé de ce dernier sens. On raconte. B. 143). De genre humain. Une légende ( I ) Peut signifier aussi le père d'Eue. Zaouiya. Eve. C'est le commence par ces mots. (Cf. f^y J?J*r qualificatif exagéré si ou se rappelle la colère épouvantable qu'il prit contre Moh'ammed ben T'ayyéb.

150. 0/}' l'Ouad Sidi Mousa. EXPLORATION DU 1\1F Thaliouin (lés Sources) (B). Mliliya est le grand entrepôt où viennent s'approvisionner non seule- ment les Galiyens. non loin des sources d'un ruisselet.) Tribu zénète. 50 feux.que le Gouvernement comprendra bien- tôt la nécessité de cette création. 100 feux. C'est la Molouya des auteurs européens. Tribu de KÉIBDANA yvîjj. 303 feux. K'eçbat Selouan (la caserne du consolé) (A). principalement dans la grande fraction des Beni-Chiker. Cf. toute la Dhahra jusqu'à Figîg.000 ha- bitants. ses cinquante kilomètres d'estuaire. capables de lutter contre cette concur- rence désastreuse. FRACTION des BENr-Bou-R'OMREN ^j<^y cv> Bou-R'omren. Au sud. c'est-à-dire parlant un dialecte berbère appelé Znatia.f (les gens de cœur) (A.000 fantassins. (Cf. p. toute la partie Est des Djebala. Espérons . Ce fleuve desséché ne se laisse pas arrêter par le cours d'eau le plus important du rivage africain de la Méditerranée après le Nil. Population probable 110. À la page 123. Forces militaires 22. B. Ils les appellent Ikhraben Iroumien (ruines chrétiennes). s'arrêtant seulement devant l'immensité de la mer. qui a son embouchure àEn-Nadhour. embouchure démesurée qui s'étend depuis le lac de Bou-Erg jusqu'à la frontière oranaise. Les indigènes me signalent dans cette fraction d'importantes ruines que j'ai indiquées sur la carte. 100 feux. lî >tj x) El-Djoumouâ (le vendredi) (A). dj^1" *'î^* Le petit Ouad Bou-Brg fournit l'eau nécessaire à la garnison ché- rifienne. Instruction coranique très répandue. non loin du Bou-Erg. sur toute notre frontière. Il n'y a que des marchés francs. déployant orgueilleusement. Il la franchit sans pouvoir l'endiguer ou la combler. Kébdana est comprise entièrement dans le désert de Garète. p. Les petits hameaux de trois à quatre maisons sont innombrables. le Soug El-H'add (le marché du t-c y dimanche).une coquille me fait dire Mélouyia c'est Mélouiya qu'it faut lires . la Mélouiya (1). mais encore tout le Rif Oriental. (l) Aj_jI^ (tortueuse) (A). Ce sont peut-être les vestiges d'une vieille cité dont le nom est oublié dans le pays. 148). As j*£\ Bezr'enna. en face de la nappe bleue.

. Il fallut réveiller le derviche qui esquissa un sourire à la vue du kouskous et du gros quartier de viande trônant sur les grains jaunes. petite bourgade d'une vingtaine de feux. rempli d'orge. montée sur des mulets. on plia bagage. "il'n'est pas étonnant qu'il y ait tant de patries de t'Islam dans cet immense couvent mahcmétan que' l'on appelle le Maroc. j'étudierais volon- tiers le Coran sous la direction de vos savants dont on dit tant de bien. et à leur langage. Le Kébdanien offrit l'hospitalité au voyageur dans sa propre maison. Que je voudrais aller avec vous Je suis t'aleb. Le derviche. chaque hameau étant une petite forteresse. l'hôte arriva avec un plat de bois reposant sur un long pied. Il lé fit entrer dans une chambre nue. Allons. sur laquelle Moh'ammed s'étendit immédiatement. le vagabond découvrit peu à peu ses batteries. des chèvres et des moutons. lui apporta une natte d'alfa. Il s'assit avec eux sur un tellis renversé. ensuite le rivage de la mer. activa sa marche. A la tombée de la nuit. La petite caravane. on arriva au pied des premières collines du Djebel Kébdana. détroussent les voyageurs qu'ils y trouvent. Les écumeurs du Garète affectionnent la plaine. Une heure après. mais se gardent bien de s'aventurer au milieu des redoutes des montagnes. de peur d'y rencontrer des détachements d'Oulad-Séttout avec lesquels Kébdana était alors en guerre. moulu par cette chevauchée. la djellaba grise.tribu ayant la prétention d'être meilleure musulmane que les autres. (1) >-i^ '-}=*y* (sois le bienvenu). répondirent ces braves gens. de midi et qu'il fallait faire une longue course. descendit dans le pre- mier hameau où l'un de ses compagnons de route s'arrêta. Ils les reconnut facilement à leur costume. après cette longue marche forcée. endiablée faite sur un animal dont le trot était insupportable. (2) Chaque. Elle parcourait une contrée plate et déserte. Là il n'y avait plus rien à craindre. où ils étaient venus vendre de l'orge. LE MAROC INCONNU Avant de quitter Galîya pour se rendre dans la tribu de Kébdana. s'éloignant à dessein des endroits habités. Merh'aba bik (1). un methrod ( J j&>> )} comme l'appellent les Arabes. énormes de la semoule. Moh'ammed jugea prudent de prendre langue auprès des négociants kébdaniens qu'il trouva au Souk' El-Djoumouâ (marché du vendredi) de Mezzouja. viens avec nous dans la patrie de l'Islam (2). on hissa Moh'ammed sur un mulet et l'on partit en suivant le bord du lac d'abord. courbaturé. très différente du thamazirth. pendant laquelle cavaliers et montures avaient été surmenés. et la causette commença. Gomme il était près. Après avoir parlé de choses indifférentes. On était à Ez-Zaouiya (le séminaire). sans faire halte une seule fois jusqu'au coucher du soleil. la znatia.

Kébdana est bornée au N. ayant cependant quelques bouquets d'arbres sur le littoral.Ditesdeguig. au fond du plat nettoyé. EXPLORATION DU RIS" Les deux hommes. C'est là que Moh'ammed venait se restaurer après ses longues pérégrinations dans la tribu. Kébdana fait partie de la Confédération des Angad. laissant seulement. et jusque dans la plaine. à l'E. c'est-à-dire 5. Elle est dévote. les champs d'orge se succèdent à perte de vue. les hameaux se pressent. chèvres. Aussi. Bou-Ank'oud. accourent en foule dans cette tribu qu'ils ont surnommée Djebel Ed-Degig (1) (la Montagne de la Farine). à l'O. Dans les vallées. affamés depuis le matin. Bou-Ank'oud ïjkkoy (celui qui a des grappes de raisin) (A) et Ez-Zekhanin *J Là} (tes querelleurs) (B). vinrent à bout du methred. mulets. Les lapins. Presque tous sont armés de fusils espagnols. Cf. bœufs. fait de grands sacrifices pour attirer dans ses zaouiya (séminaire) les professeurs renommés. Le lendemain matin. sachant la prédi- lection dont ils sont l'objet. par les Oulad-Séttout et Beni-Znasen. nue. Ils ont (0 <3^ >. par Trifa. ânes et. plus propre à l'agriculture que le sol aride du désert. lièvres. Tout étudiant est le bienvenu dans ses nombreuses mosquées.000 hommes pour toute la tribu. nul- lement remuante. Ses deux fractions. 12 . no différa pas plus longtemps son départ. A l'époque où le derviche était dans la tribu. Peu de blé. un caïd la gouvernait. c'est la plaine rocailleuse. chacals pullu- lent dans les sables du Garète où ils sont rarement inquiétés. Après avoir absorbé encore deux ou trois tasses de thé. Le Djebel Kébdana. perdrix. pas une seule lentille. perchés sur des pitons. Homme énergique. chose rare dans le Rif. Autour et devant lui. dans des lieux difficiles d'accès. adore tout ce qui touche de près ou de loin à la religion. entourés de figuiers de Barbarie. toute la population s'est-elle cantonnée dans les massifs montagneux du Sud. c'est le Garète. Elle s'occupe de l'élève des moutons.page43la prononciationdu g et de toutes les autreslettres arabeset berbères. Il est vrai que la population est sage. le voyageur. il savait se faire obéir. s'avance jusqu'au cœur de la fraction d'Ez-Zekhanin. C'était un nommé Bou-Cefiya. tout le xnondo s'endormit. par la Méditerranée. laborieuse. lèvent chacune 2. un gros os que Moh'ammed donna libéralement au bambin qui leur servait L boire.500 piétons. Les joyeux écoliers. par Galîya et Beni-bou-Yah'yi. gros bourg de 300 maisons. nombreux. ayant appris que les étudiants étaient particulièrement choyés à Bou-Ank'oud. Sur les monticules. succession de petites collines couvertes de lentis- ques (dherou). où le terrain est moins chargé de sable et de gravier. au S. influent. offre en effet une large hospitalité aux écoliers qui viennent apprendre le Coran dans ses mosquées.

Espérons. comme compensation. Mais le navire qu'elle envoya à cet effet avait été précédé. Les hommes de fer qui habitent (1) ~J~a L~ a~). Kébdana. par un vaisseau castillan. est brû- lée en été par un soleil accablant. session venait d'être effectuée au nom du Gouvernement espa- gnol On dut s'incliner devant le fait accompli.-O. à quelques kilomètres de la frontière oranaise. demanda à Dieu de satisfaire tous les désirs de ses contribules. et. très vénéré dans le pays. Sur le rivage de la mer. Des sirocos soufflent. Tout homme valide doit monter sa garde. La France voulut en- fin prendre possession de ces îlots stériles et en faire une position stra- tégique de premier ordre à l'embouchure de la Mélouiya. Dans l'intérieur des terres. que le Maroc ne sera pas escamoté sous notre nez comme une petite muscade. LE MAROC INCONNU également donné ce nom aux monts des Beni-Znasen et des Beni-Snous (cercle de Tlerocen). Sidi Brahim (M«' Abraham). qui apprit à nos compatriotes désappointés que la priss de pos-. presque aussi violents que les simouns çah'riens.i~ .f . ainsi que toutes les tribus situées en plein Garète. de quelques heures seulement. sachànt qu'il est impossible de rendre les humains parfaitement heu- reux. appelées par les Rifains Hajrat Kébdana (rochers île Kébdana) étaient encore inoccupées en 1849. le léger désagrément du pain vert. peu appé- tissante. en leur(infligeant. très connu. occupées par l'Espagne. en face des Iles Zaffarines. à la prière d'un grand saint. parce qu'ils y reçoivent beaucoup de farina avec laquelle ils font eux-mêmes leur pain. on trouva la place prise C'est l'histoire récente des Minquiers. les indigènes ont installé un poste d'une centaine d'hommes pour empêcher leurs ennemis de prendre pied sur le continent. La farine a beau être blanche. est due. On avait attendu 19 ans avant de se décider à planter un drapeau français sur ses rochers déserts. dont personne ne revendiquait la pro- priété. le voici textuellement. le village d'El-Bordj éparpille ses maisons dans le sable dont la plaine est couverte. que vos désirs ne soient point déçus et que votre pain ne cuise pas (1). qui 'a sa zaouiya au N. d'après la croyance générale.a. comme ces Iles Zaffarines. qui sont si près du littoral algérien. au sud du postè berbère. d'Ez-Zekhanin.. quand on songea à faire cet acte si sim- ple. Est-ce parce qu'il manque de levain? Cette couleur extraordinaire.. grand Dieu. Les Iles Zaffarines. tel que la postérité l'a recueilli 0 Kébdaniens. au dernier moment. vendant ensuite celle qu'ils ne peuvent pas consommer. Il fit ce vœu en prose rimée. Ce vertueux personnage. le pain est toujours verdâtre. par exem* pie.

l'Ouad Sidi Brahim (rivière dé Mgr Abraham) (A) est toujours à sec l'autre. apportent. C'est dans le presidio castillan qu!jU achètent ce qui leur est nécessaire sucre. pluvieux. jusqu'à Nemours et Mliliya. très frais. revendiqué comme ancêtre par les Arabes. depuis l'installation des Espa- gnols aux Iles Zaffarines. C'est un bâti- ment lourd. pétrole. En hiver. Les maisons l'entourent. qu'ils vendent aux Arabes du Sud. redonne des forces pour supporter les grandes chaleurs. Il leur est défendu de vendre quoi que ce soit à leurs voisins. l'écrasant encore davantage. ne rappelant en rien le mausolée somptueux d'Ar- témise. détestent le poisson. ses eaux profondes. Le fleuve. savon. nattes ovales. cause de bien des larmes et de sang versé. En vrais nomades. Les deux grandes ressources des Kébdaniens sont leurs richesses pastorales et J'alfa. prétendent qu'elle forme la limite de leur fraction à l'Ouest litige séculaire. après avoir reçu. plus abondante. Le pays du reste n'est point insalubre. Les Ou- lad-El-Hadj. L'Ouad Sidi Brahim. se dirige au N. coupe en deux la tribu. cartouches. la Mélouiya. biscornues. tamis pour lé kouskous. sur la rive droite. Ils ont une prédilection marquée pour Mliliya. thé calicot. qu'ils abhorrent au-delà de toute expression. roule lui aussi depuis'des siècles. descendu du Djebel Kébdana. EXPLORATION Î>U RIF ces régions désolées n'en sont nullement incommodés. dont ils font des sandales. L'hiver. écrasé. l'orge qu'ils vendent aux euro- péens de ces deux villes. sur leurs bêtes de somme. paillassons. car. partout ailleurs. Mais. coule 'au contraire à pleins bords. ils ne recu- lent point devant les longs voyages terrestres. a son cénotaphe dans ce trou perdu du Nord de l'Afrique. don- nant sur des ruelles abruptes. lui fai- sant une ceinture bizarre de constructions basses. on boit l'eau des citernes. les insu- laires chrétiens. chargées de vase. etc. couteaux. ils ne nous prennent presque plus de mar- chandises. couvrant au . La bourgade de Sidi Brahim mérite une mention spéciale. Il n'y a nulle part. de source plus fraîche. dans les sables de la plaine. A la vue de la belle source qui jaillit au milieu du hameau. l'un. en aval du village dont il porte le nom. La Mélouiya pénètre un peu sur le territoire de Kébdana. leurs troupeaux et leurs laines. ei\tre deux berges peu élevées. Le pa- triarche biblique. embarrasséesfde moellons et de cailloux. E. Sidi Brahim étale ses cent feux dans le lit même du torrent. n'ont pas une seule barque. En revanche. il déborde. on comprend pour- quoi les habitants sont venus s'enterrer là. ils n'aiment pas la navigation. où tout est à meilleur compte qu'à Nemours. impassible. rouges. tentes. qu'ils ne pêchent jamais. dans la tribu. sur nos marchés de la frontière. la dénomination de Ouad el-Bordj (rivière du château). aimant mieux les acheter plus près et à meilleur marché. fusils. Les Kébdaniens viennent vendre. Sur les deux ouad de la tribu.

ils le cô- toient. Bou-Ank'cud. (voir ci-dessus). que les indigènes s'empressent de convertir en verdoyants potagers. elle est guéable à certains endroits connus des gens du pays. c'est-à-dirs à des centaines de kilomètres de son embouchure. n'en pêchent jamais. très loin dans le sud.s de profondeur. sans berges. Elle fait une grande courbe jusqu'à Debdou. viennent se désaltérer dans leseaux couleur de sang.plus de deux ans après la bataille d'Isly. le matin. se distinguant seule- ment de la poussière jaune du Garète par l'immense ruban écarlate de ses eaux. elle a encore à Kébdana. entre Tafilalt et le Gourara. aux premiers feux du jour. le descendent jusqu'à la mer. Les voyageurs musulmans assurent que la Mélouiya a sa source dans la tribu d'El-K'nadsa. qu'il fertilise momentanément en déposant à sa surface poudreuse un épais limon. après avoir perdu sur un long parcours la moitié de son débit. on la voit. Chose curieuse. 300 feux. Le fleuve est pour eux un guide sûr. A l'époque des fortes chaleurs. en plein juillet. on raconte que plusieurs partisans du chef arabe se noyèrent en essayant de traverser la rivière dans laquelle ils s'étaient jetés avec leurs chevaux (1). (A). après le désastre d'Isly. 500 feux. attrapant toujours des proies attirées là par la soif. du mardi (Souk' Eth-Thelatha). dès que les eaux se sont retirées. coulant à ras bords. même pour le vendre aux indigènes établis loin du fleuve. LE MAROC INCONNU loin l'aride Garète. cent mètres de large et deux ou troi. Aucuns habitation sur les deux rives. redoutables habitants de ces lieux sauvages. (voir' ci-dessus). formant avec les sables une surface plane. 1 fîM Sidi-BraMm p (Monseigneur Abraham). . Au sud-est de ce village se trouve le marché. Aussi la Mélouiya est-elle la rivière la plus poissonneuse de A tout le versant méditerranéen du Maroc. les fauves. Au milieu des sables altérés du Garète. (1) Ce malheur arriva exactement dans la nuit du 21 décembre 1846. La soir. Principaux villages de Kébdana(voir la carte du Rif Oriental) Bl-Bordj {le château) (A). à la tombée de la nuit. souvent son niveau est à la hauteur de la plaine. Dans le désert. remontent son cours ensuite. n'ayant pas voulu montrer à l'émir Abd-el-K'ader les gués de la Mélouiya. Ceux-ci. 100 feux. seule végétation animant un peu la triste contrée. recevant de tous côtés des tributaires qui la gon- flent et en font la magnifique rivière dont on peut voir l'estuaire à peu de distance des Iles Zaffarines. Kébdana et Trifa méprisent et détestent le poisson. ïjkxcj) (celui qui a des grappes de raisin). remarquablement unie. (voir ci- dessus). rien que des tamarix la t'arfa des Arabes.

exprès pour l'effra- yer. Les Heouara. mis gracieusement à sa dispo- sition par ses compagnons de route. desséché. • Ez-Zaouiya (le séminaire) (A). en se lançant à fond de train sur Moh'ammed. \S \> f8 Berkana (endroit où il y a des noirs) (B). Avant de se séparer du derviche.1~ WI 0L~y. arriva sur le soir au bord de la Mélouiya. répondit le derviche.000 fantassins. Voyons. faisant cabrer. ^J U j I (les querelleurs) (B). au centre de Kéb- dana. presque tous armés de fusils espagnols. déclaré la guerre à leurs voisins de l'Ouest. il tomba dans une embuscade de Heouara. ayant. se demandant ce qui allait advenir. Ils firent cercle autour de lui. sans peur. 50 feux. Marocain. Après une demi-heure de marche. Aj t jjf Forces militaires 5. 0. parti de bon matin de Sidi Brahim. montrant ses haillons. Occidentaux. d'éviter autant que possible les Ileouara qui couraient le pays. tranquille. marché important. l'emprisonnant dans une muraille vivante de poitrails.000 âmes. depuis peu. Pays aride. Marocains. l'homme nu est sous la protection de Dieu »r Et il s'enfonça dans la plaine.Jf « En caravane. leurs voisins de(1) rOuest. ces indigènes lui recommandèrent de se tenir sur ses gardes. Le vagabond. Population probable 25. dis-nous de combien d'hommes les Mr'arba (1) disposent contre nous et tu auras la vie sauve. Ils voulaient parler des Od-El-HV]i. battaient l'air de leurs pattes antérieures. de quel pays es-tu ? crièrent quelques cavaliers du goum. dressées toutes droites-sur leurs pieds de derrière. Souk' El-Il'add j^Vf ^3^ (le marché du dimanche) (A). il dut traverser la rivière sur un cheval. Plaine partout.. de l'autre côté de l'eau. leurs magnifiques bêtes. se contenta de dire -JJt LJ l "1" 0 )\. Instruction coranique très répandue. 100 feux. au sud d'une petite forêt de lentisques. montés sur d'excellents chevaux. Tribu de TRIFA Asj y (Celle qui vit dans l'abondance) (A) Moh'ammed. qui. sachant d'avance qu'on ne ferait aucun mal à un pauvre diable comme lui. 20 feux (voir la relation).• . furent sur le voyageur en une seconde. U \S y Ez-Zekhanin. juste au-dessus de la tête de Moh'ammed. Hé 1 Le t'aleb. en s'arrêtant immédiatement. Ne sachant pas nager. des Oulad El-Hadj qui rentraient chez eux. EXPLORATION DU RIF lberkanen (les noirs) (B). tout seul.

tu viendras avec nous. hennissant. pr. on mit à sa disposition un coursier fougueux. qu'il se sentit enlever comme une plume sous les bons désordonnés de la noble bête qui voulait absolu- ment dévorer l'espace. empalé par une longue per- che. Il eut la bonne fortune d'être pris en amitié par le cadi de Trifa. Le lendemain. puisque tu appartiens à la zaouiya.) (A) (3). enfourcha le pétulant animal que maintenaient péniblement deux Heouara. se cabrant sans cesse. (3)^ ïjj^^j] ïjj^iij] tiJfy>*i. Trifa n'a qu'une vingtaine de kilomètres en long et en large. à un cri particulier du chef.) (A). Mais. (2) signite exactement jurisconsulte. Kébdana à l'O. Quelques-uns mirent pied à fe/re. (1) Séminaire de MgrRemdhan. doit sortir de Cherraâ. c'est un titre de politesse que l'on donne a tort et à travers à quiconque sait lire et écûre. cinquante seulement. Soudain. Les quatre premières équipent chacune 1.u\>yJ\ . Le voyageur ne resta que 24 heures dans cette bour-' gade. disant Pardon. Dès qu'on y fut arrivé. La Méditerranée la borne au N. très flatté. l'escadron tout entier s'ébranla au triple galop. Il alla ensuite à El-Kalâ. fraction des Beni-Mengouch. de sa tète en l'inclinant légèrement à eux. pr. les cavaliers reculèrent. fut dévoré jusqu'aux os par les guerriers affamés. des feux s'allumèrent pour le thé et l'énor- me mouton. Si Abd-er-Rah'man.) (A). Au Maroc. Beni-Znasen au Sud et la province d'Oran à l'E. monte à cheval.500 cavaliers la dernière. répondit simplement le derviche qui savait l'effet magique qu'allaient produire sur les Arabes ces simples mots. qui fut rôti en une seule fois. fk'ih (2) 1 Nous pensions que tu étais de l'Ouest. Heouara (les démolisseurs) (A). Elle compte cinq fractions Oulad-El-E'adj (les enfants du pélerin) (A). pr..'qui le traita de son mieux. le mystérieux Messie des Musulmans.. A peine fut-il en selle. embrassèrent le som- me}. Il est de notoriété publique dans le pays que le moula ssaâ (le maître de l'heure). tribu des Beni- Zenasen ( j <>* j ^X?»). Qulad-Ctr'ir (les enfants de Petit) (n. attendu depuis des siècles. élargissant le cercle autour 4e cet homme. village situé près de l'emplacement du marché qui se tient sur la frontière française. On revenait au douar. Tribu maritime la plus orientale du Rif. Séance tenante. le derviche alla coucher à K'eçbat Cherraâ. si fort dans sa faiblesse. Oulad-Mençour (les enfants de Victorieux (n. Moh'ammed. s'avancèrent respectueusement jusqu'à lui. tout près de l'Ouad Kis. Pour faire honneur à l'illustre inconnu. au-dessus de l'ardent brasier. Beni-Mengouch (les enfants de Ciselé (n. LE MAROC INCONNU Je suis instituteur à la zaouiya de Sidi Remdhan (1). mais n'osant avouer qu'il préférait une monture moins dan- gereuse.

Le second. le jeudi et le lundi. A l'époque du passage de Moh'ammed ben T'ayyéb (1). Il est curieux de voir les indigènes. apporte un peu d'eau dans ce pays desséché c'est VOuad-Cherraâ. à l'embouchure du ruis- seau qui sert de frontière à la colonie française. armés de leurs fusils dans la partie occidentale désarmés. On absorbe aussi beaucoup de thé. chevaux. sans sortir toutefois des limites de leur tribu. Il y a deux marchés dans la tribu Souk' el-Khemis et Souk' el- h'add. D'un côté. ce fortin abritait plusieurs fantassins et cavaliers réguliers. ainsi que son nom l'indique. le manque absolu de gouvernement. constamment blo- qué dans son manoir. pour se distraire. a lieu le dimanche. dont la source se trouve chez les Beni-Znasens où la rivière est connue sous le nom d'Ouad Beni- Ouaklan. paraît-il. extrêmement sucré. sans parler de l'Ouad Kis. pour ne pas compliquerinutilément l'orthographed'un nomqui revientsi souventsous ma plume. moutons. La base de l'alimentation est le kouskous et le pain azyme (jA* ft'ir). nourrissant de nombreux troupeaux de chèvres. Trifa fait partie de la Confédération des Angad. aurait été partagée en deux parties par la frontière oranaise. comme à Kébdana. Unseul ruisseau. Les Trifains sont des Arabes nomades. bœufs. . forte. L'em- placement qui lui est réservé se trouve au pied du village d'El-K'alâ il est coupé en deux par l'Ouad Kis. K'eçbat Saida (citadelle heureuse). est une espèce de castel situé au bord de la mer. EXPLORATION DU RIF Trifa est entièrement comprise dans une plaine produisant en abon- dance l'orge et le blé. habitent sous la tente. Jus- qu'ici j'ai dit. menant l'existence monotone d'un pacha. courbant (t) T'ayyébétant la transcriptionde wJLMdevrait s'écrire Et'^Tayyêl. en terre française. n'ayant. dans la partie orientale. ainsi que son nom l'indique. Le premier se tient tout près du bourg de Cherraâ il est bi-hebdo- madaire. Les labourages se font avec des chevaux aussitôt après les premières pluies d'automne. la liberté illimitée. guère important. la civilisation euro- péenne représentée par une Autorité bienveillante. et je dirai toujours:' •: T'ayyéb. couverts de jujubiers sauvages. Le vieux caïd Bekhari était là depuis plus de vingt ans. Celle-ci. Une moitié du marché se trouve en terre marocaine l'autre moitié. mulets. que la vue des terres plates au sud et de la plaine liquide au nord. Il reste encore de vastes espaces non défrichés. l'anarchie in- vraisemblable de plusieurs millions d'hommes unis seulement par une Foi commune L'Islamisme de l'autre côté. la loi du plus fort. Elle subit les incur- sions des Beni-Znasen et des Mehaya dans ses régions méridionales i la moitié septentrionale reconnaît l'autorité du caïd de Saîda.

les guerriers armés et les femmes non voilées courir à leurs affaires.(Mgr. l'embouchure les deux pointes du Cap de l'Agoua et du promontoire qui se trouve un peu à l'Ouest de la K'eçbat Saida. pour lais- ser. où. n'ont pas les mœurs irréprochables. les laines. laines. enva- hissent la petite contrée à main armée. fortuné) (A). crevassée. durant 8 mois. objets manufacturés. faisant tondre jusqu'au ras du sol les hautes herbes de ses belles prairies. en hiver et au commencement du printemps. mal construites. les œufs. se disputer. parmi ses quarante millions d'administrés de croyances diverses. à la place du vert gazon. le h'aïk en été ils ont aux pieds des babouches (belr'a). (1) Dites Mimoune. Notre voisinage a renchéri toutes les productions de la petite tribu. située à l'extrémité orientale du Garète. L'estuaire de la Mélouiya sera peut- être dans l'avenir un beau port de guerre et de commerce. de provenance tlemcenienne. Les hom- mes portent le burnous en hiver. de ces prairies éphémères qui disparaîtraient quand même. Trifa. n'aiment pas à offrir l'hospitalité. Les Trifains appellent Mersat Mélouiya (Port de la Mélouiya) Jyj _jL» de la grande rivière par y> le golfe formé à. rien ne pousse plus. le Garète tout entier est une fournaise. de beaux pâturages. Maisons en torchis.la Pa- trie Française. dès les premières chaleurs. Etant donnée la proximité du territoire français. Principaux villages de Trifa JCeçbat Cherraâ (la citadelle d'une fermière) (A)* sur A_c I jX A. est un pays pauvre. elle offre. le beurre. basses. On voit. Les femmes sont coquettes. sur laquelle plane un soleil torride. victorieux) (A). Celles-ci. Mèneçour Se rappeler que toutes les lettres se pro- noncent- . par l'Idée. le riche et le pauvre. parler haut. LE MAROC INCONNU sous le même niveau le puissant et le faible. très recherchés par les troupeaux des tribus voisines. D'Avril à Novembre. Néanmoins.^4 l'Ouad du même nom. notre monnaie d'or et d'argent prime les espèces espagnoles et chérifiennes. sur les marchés. Petit hameau très fréquenté par les pèlerins qui viennent se prosterner sur les tombes de deux grands saints Sidi Mi- moun (1) j«x^ ^£ ^-s. et Sidi Mençour (1) jyox/ ^vXj. On dit que les indigènes de Trifa ne sont guère généreux. fai- sant régner la concorde. Elle exporte chez nous tout ce qu'elle peut le gros et le menu bétail. (Mgr. marchander bestiaux. plus fortes que leur faible rivale. à l'aspect desséché. par la Foi nouvelle le Culte de. sortent avec tous leurs bijoux sur elles. une terre aride.

Au Nord. pas uri village. elle engraisse rapidement 'les ani- maux qui la boivent.d'éviter à mescompatriotes la peine de feuilleter sans cesse les pages 4? et $3 où la véritable prononciation de chaquelettre est indiquée. EXPLORATION DU RIF K'eçbat Heouara (la citadelle des démolisseurs) (A). Plaine. on trouve les Oulad-Sétteut. pour couper la soif. Hameau sur la frontière française. Sans lui. afin. . Douars errants partout. les Beni-bou-Yah'yi au S. Tribu des OUI* AD-SÉTTOUT Oj j> 3 Vjl (les enfants d'une mégère) (A) Au sud-ouest de Trifa. Population probable 30. pas nne maison. A l'O. les Nomades ne pourraient guère s'écarter des bords de la Mélouiya. Paraît abandonné depuis quelques années.. Kébdana. C'est la K'açbat Selouan (la Citadelle du Consolé !) c'est-à-dire le repaire et la consolation des sinistres bur- graves qui l'habitent. les troupeaux ne seraient pas si beaux. L'eau saumâtre n'est point ce que les hommes des pays froids peuvent penser.pour cer- tains autres noms propres.. avantage capital pour les peuples passeurs. Ignorance presque générale. tribu arabe nomade. et. Ce ruisseau donné la vie à toute cette région désolée. elle donne de l'embonpoint aux personnes qui en font usage. Si. L'Ouad Garète (Oj -$ ^j) serpente du nord au sud.000 cavaliers.000 habi- tants.jh. Au midi. roulant ses eaux s'aumâ- tres (chlouk' ^J. comme. Zraïb (enclos) (A). les Beni-Zenasen au N. à l'Est Garèle ( 1) (desséché) (A). I O)ji'j 2} ^b J V/vvw Ur? VJ'aurais dû. Sur toute cette étendue (20 kilomètres sur 20). servant de refuge. dans un petit coin de la tribu. formant une cinquantaine de douars immenses. sur les confins de Kébdana. vivant dans les solitudes plates du Garète qui a pris posses- sion du pays en étendant sur lui son jaune manteau de sable. cachés constamment derrière leurs murailles. çj y> A. Telle est du moins l'opinion des Nomades. coule la Mélouiyà. un peu au nord des Beni-Mah'you.. habitant sous la tente.jV«9 fortin abritant quelques soldats marocains. sans lui. à l'Ouest. elle est excellente. XxtsJ! Forces militaires 6.t • J El-K'alâ (la forteresse) (A). Les trois fractions des Oulad-Séttout sont: Oulad-Zaïr (les enfants' d'un visiteur) (A). pas un hameau. Une cinquantaine de maisonnettes. envoyés là par leur maître pour grapiller partout et sur tout. au centre El-Ab^ khasa (1) (les malins). se dresse un castel à moitié délabré. les Beni-Oukil (Dahra) àl'E. Je l'ai fait. conformément a mon systèmede transcription.)} légèrement acidulées. à des cavaliers impériaux. cependant. ecrire-Saretf et non Garète. jusqu'à son confluent avec la Mélouiya. en temps de paix.

extrêmement rusés et adroits. voleurs de grands chemins. un vêtement un peu propre allument leur convoitise. dès que leurs herbages sont tondus. Les Arabes vont avec les Arabes les Berbères. Il parle l'idiome du Prophète avec une pureté remarquable. en plein désert. se soutenir dans les vastes solitudes du Garète et du désert des Angad. le plus attrayant et le plus décourageant des . éternellement contesté. Quelquefois les foules se rencontrent alors les deux races en viennent aux mains pour un maigre filet d'eau. Ce fut. Les Galiyens. dans la conversation. dans le nord ou dans le sud. chaque tribu ayant réussi à se tailler son domaine propre à côté de rivaux puissants ou faibles. Même entre eux ils se pillent. pendant les longues veillées sous un ciel sans nuages.temps de Mahomet et à la belle époque antéisla- mique.. la sanction des anciennes batailles et le souvenir respectable de la tradition. des. La verdure disparaît rapidement sous la dent des milliers de ruminants lâchés en pleine liberté dans la prairie sans limites. Il eut beau essayer de rattraper le barbarisme. après des siècles de luttes meurtrières. Tout comme au . qui ont. fauchant tout sur son passage. les terres de parcours sont assez bien délimitées. pour les maintenir. Les tribus errantes savent se reconnaître. Une paire de babouches neuves. affectant souvent de ss servir d'expressions recherchées. plus de cinq cents tentes étrangères viennent s'irstaller chez les Oulad-Séttout avec leurs familles et leurs troupeaux. L'exode énorme se déplace constamment. que par le mot qu'il a estropié. recrutant et emme- nant dans ses rangs les populations dont les pâturages ont été dévorés. de se disculper il était trop tard. tout en se méfiant de leur rapacité. Le séttoutien est arabe de langue et de costume. connu seulement sous le sobriquet de K'iaïê. t rhétoriciens merveilleux. Et l'on respecte assez bien ces barrières artificielles. L'infortuné. pour la possession d'un terrain de transhumance. un anneau qui brille. et le surnom lui resta. s'était trompé. à l'affût d'une proie à saisir. les Bédouins sont encore les maîtres de la langue. LE MAROC INCONNU En hiver et au printemps. s'allier. Mais gare le moindre solécisme 1 Le malheureux qui l'a commis en supporte les conséquences toute sa vie. avec lesquels ils sont en bons termes. avec les Berbères. les laissent passer sur leur territoire. On m'a cité le cas d'un individu. chaque race. fraternisent avec les nouveaux venus. s'en vont avec eux. voulant dire K'iouê (voiles de navire). C'est chez eux qu'il faut aller étudier le plus idiomes. leur font commettre des meurtres. Les Oulad-Séttout n'obéissent à personne. nomades eux-mêmes. Actuellement. pillards. Là-bas. Les Oulad-Séltout. car ils sont toujours en maraude. Ils s'approvisionnent à Mliliya de fusils espagnols et de marchandises. dans tout le douar. Ce sont des êtres dange- reux. allant toujours en avant. un immense éclat de rire. riche. On ne le désigne plus. on fait assaut d'éloquence.

1. rusé.j. Ces nomades. vivant sous la tente. « Découvrant chaque jour un continent nouveau. Une indemnité quotidienne de cinq francs lui est allouée aux frais de celui ou de ceux qui ont nécessité son envoi dans la tribut Les choses se passent à peu près ainsi dans toute la circons- cription d'Oujda. sur les eaux de là pleine mer. deux livres de farine. envoyé en mission par son maître. il se moque de tout le monde. quand il en vient un dans un douar. EXPLORATION DU RIF Le seul. Il ne se rappelle plus le mot profond de Mahomet . jamais au cheval ou au lévrier par exemple. « Promenant. au milieu des périls. Les familles aisées ont des précepteurs. que leurs pâtres de dix ans comprennent à la première audition.7' 1 J-( Ln1' ~. dont il a finement saisi les défauts.J 1 j 1. « Au milieu de l'Océan engloutisseur. une demi-livre de beurre. errent à l'aventure tes vaisseaux (=: tes pensées). c'est un terme si bas. qu'ils font apprendre par coeur aux é'èves. Roumi (chrétien) est une injure grave quant à ihoudi (juif). « Te voilà. quelques grammes de thé et une ration d'orge pour son cheval. Les cavaliers du caïd sont tolérés. ~. le séttoutien ne se contente pas d'être voleur et parjure. Chaque famille lui fournit. Il Hypocrite. il déclama ces vers.~4-11 1) . n'ont ni mosquée ni école. séttoutien. Dans sa conversation.5~~ . un affront si mortel. surtout des Berbères. qu'on ne l'adresse qu'aux animaux réputés immondes. c'est un médisant. les voiles de tes vaisseazcx..t.) l:f. sans pouvoir le leur expliquer.tD « Tu attends les choses les plus éloignées avec méfiance et hésitation. Tu ne cherches jamais un port où tu trouverais un refuge et un «remède contre le vertige (provoqué par lessecousses du navire). h:c -U! ô hI > a~ 1.1. une livre de sucre.s"1" ~-? L.sd 6.3^ b J-ïy >ilJt (Tous nos malheurs nous viennent de la langue). .i3 A. Ii n'a jamais vu un chrétien ou un juif néanmoins il leur attribue tous les vices de la création. naviguant au loin. parlait l'arabe à la perfection. faites au milieu des Bédouins L't11 YI J1t>. l'unique. faisant allusion au travail colossal que j'avais entrepris.11~I 4 . '¡t j~ .. de le rece- voir convenablement.). L' t j. que je pus consulter sur son pays et le Maroc. Avant de me quitter. un calomniateur effronté. Il est de tradition. une poule. chose impossible à un arabisant européen n'ayant pas plusieurs années d'études constantes.) .)' 0:F) L. tous les jours et à tour de rôle.J (. dont la science se borne à la connaissance du Coran.1~.

sucre. lui enlevant.. si elles trouvaient chez nous et les mêmes prix modiques et les mêmes marchandises que chez les Espagnols' ? Poser la question. contrastaient singulièrement avec le beau cuir ses chaussures. passent sur la. arrivent à Trifa. le fils d3 T'ayyéb s'était payé. cartouches. qu'il venait de quitter. il faut apprendre à nos milliers de voisins marocains le chemin de l'Est et leur prouver que l'industrie française est supérieure à celle de beaucoup d'autres Nations européennes. 50 qu'il avait gagnés en vendant à un bédouin chassieux une amulette. qui rentraient chez eux. origi- naire des' Oulad-Sebâ (province de Merrakèch). au dire de l'esculape errant. article de Fas Cette acquisition l'avait ruiné. les 2 fr. Il faut commencer la lutte commerciale contre Je bagne castillan. Le fond de la nourriture des Oulad-Séttout est le kouskous d'orge. et il regagnait son douar.une magnifique paire de babouches toutes neuves. le nombre des bêtes de somme variant de J00 à 500 pour chacune d'elles 1 Pensez-vous que plusieurs marchés francs. nus et sales. Moh'ammed ben Tayyéb a conservé des Oulad-Séttoùt un mauvais souvenir. constituent des extra très recherchés. n'arrêteraient pas au passage quelques-unes de ces caravanes ? Croyez-vous qu'elles hésiteraient à économiser des centaines de kilomètres. et il marchait gaïment avec ses compagnons. le vagabond n'avait dans son -capuchon il les pas jugé à propos de cacher les babouches avait mises. se dirigent ensuite sur le presidio castillan. dans les tribus maritimes du Rif. silué près du Souk'el-H'add. Il s'était faufilé dans une bande de moissonneurs et de journaliers rifains. Il y avait dans cette foule un homme répondant au nom d'Es-Sebaî. échelonnés sur notre frontière. LE MAROCINCONNU Les caravanes de la Dhahra. souveraine. qui est. de cent au minimum. Un homme si bien chaussé devait avoir de . contre toute sorie d'ophtalmie. en passant sur les terres de Kébdana et de Galiya. cotonnades. se rendant à Mliliya pour y acheter fusils. thé. frontière orientale des Oulad-Séttout. poudre. Cet individu avait épousé une jeune fille des Oulad-Zaïr (tribu des Oulad-Settcut). w jaune de Es-Sebaî n'avait pas été le dernier à s'apercevoir du sybaritisme inaccoutumé du derviche. Les escargots bouillis et la klila (aIJ^) (fromage fait avec du lait de beutre bouilli). Le récit suivant prouve . c'est la résoudre. On fait cailler le lait en y mettant de la présure de fleur d'artichaut (h'okka ï£k). chaque année. On aura une idée de l'importance de ces transactions commerciales par le nombre approximatif des caravanes. où son beau-père et sa femme l'attendaient. Se sentant en sûreté au milieu des moissonneurs. dont les pieds.qu'il n'a pas tout à fait tort de leur garder rancune. d'un seul coup. Aù Soufc'el-Djoumouâ.

changea im- médiatement de tactique. portant de mauvais habits. impassible. Mon cher. amis de la famille. pendant deux ou trois ans. EXfLOftATION t>0 hîF l'argent. que pouvait-on lui faire ? Le tuer ? On ne tue jamais un homme pour rien. Enfin il déclara qu'il se ravisait. s'écria le derviche. laissa son beau-père" prendre Jes devants avec les cinq étrangers. Et puis. beurre. L'explorateur fit des adieux touchants à Es-Sebaî. les voyageurs se dis- posèrent à se mettre en route. Malheureusement. de se livrer au dur travail de la moisson. lorsque le Marocain se mit soudainement à faire l'aimable. lui disant d'un ton goguenard Mon cher. grande démonstration d'amitié chez les Marocains. suppliant le voya- geur d'honorer son toit de laine en s'y reposant un instant. le soleil étant moins chaud. . ne serait pas fâché » d'avoir quelques pièces blanches en récompense de sa complicité. reste avec moi. Allons chez toi. Moh'ammed accepta. aussitôt après le déjeûner. au Souk' el-H'add. Pour cela.lamentait Maudites pierres elles m'ont abîmé les pieds. Il se. Il eût été difficile du reste à Moh'ammed de s'éloigner. qu'il pouvait bien les accompagner lui aussi. En arrivant au douar. il fallait l'attirer jusqu'au douar du beau-père qui. que Dieu te récompense Qu'il peuple ta maison d'enfants qu'il t'enrichisse qu'il t'accorde le bonheur 1 Sous cette pluie de compliments. même au Maroc. L'essentiel était de le dépouiller en toute sécurité. dit-il à Es-Sebaî. un coup d'œil d'Es-Sebaî annonça à son beau- père quelle sorte d'étranger on avait à traiter. semblant de boiter. Celui-ci. Et il quitta les moissonneurs qui continuèrent leur marche. Es-Sebaî. il n'avait pas le sou. On n'était plus qu'à quelques kilomètres de Souk' el-H'add. je me charge quand même de te montrer le chemin. composé de pain de blé. il y avait sous la tente cinq hommes. arrivés la veille. li suivait son hôte en pensant qu'il allait gagner un bon repas et mystifier en même temps le cupide Marocain. N'ayant pas un sou sur lui. et il partit avec eux en tenant la main du derviche. Ça tombe à merveille. Vers quatre heures. J'y vais aussi. qui parlaient de s'en aller. Ce dernier calculait sans doute que les 2 ou 300 francs du derviche le dispenseraient. sans songer un seul instant à ses babouches. faisant Quand on fut à deux ou trois kilomètres du douar. tenu comme il l'était par la poigne de fer du Marocain. tout en flairant la ruse. Après le repas. Nous ferons route ensemble. Es-Sebaî eut l'air de s'attendrir. conseillant au voyageur de partir avec les cinq étrangers qu'escorterait son beau-père. Je m'appuie- rai d'un côté sur toi et de l'autre sur mon bâton. on prit le thé. miel. Il ricanait en regardant son hôte.

Mais il dut les abandonner au plus vite en présence de l'énorme trique levée sur son crâne. se tournant le dos. Es-Sabaî les mit tran^ quillement dans son capuchon^ tourna les talons. espérant toujours qu'une révolution quelconque le rappellerait dans son pays. '0. /vCommetu voudras. il eut la joie de rencontrer d'anciennes connaissances de Mezzouja (Galîya). quitte tes babouches. la bonne. s'en revenant au douar. hurlant sous le nez du derviche As-tu de l'argent ? Non. celle qui te mènera à destination. gronclait-il. on ne voyait déjà plus personne. le derviche et sas amis aperçurent ce coquin d'Es-Sebaî se promenant. à laquelle ont donné'lieu sans doute et la perfidie de ces nomades et le nom de leur tribu (Oulad- Sëttout signant les Enfants de la Mégère ou de l'Ogresse).voyageur. justifiant ainsi le proverbe arabe qui a flétri sa tribu ~i~ L~Ÿ~I 0\' ~) « £es Oulad-Sêttout sont des imposteurs. les populations t . Le caïd vivait avec eux. ayant aux pieds les babouches volées. voulant à toute force persuader au bandit qu'il avait les pisds trop grands pour ses chaussures. Ils en furent peur leurs frais d'éloquence. allèrent chacun de leur côté. Qué Dieu ne leur fasse' « aucune miséricorde le jour de leur mort I » D'après une vieille légende arabe. Moh'ammed arriva dans un grand douar. LE MAROC INCONNU C'est l'autre qui allait être attrapé Ils cheminèrent un bon moment'en silence. espérant les ravoir. au Souk' el-H'add. ". Sa main désignait justement un faux chemin que le derviche se garda de prendre. qui s'étaient expatriés spontanément à la suite du bannissement prononcé contre ce chef par les djemaâ réunies. à l'époque lointaine ofc cet affreux pays était -encore inhabité. s'arrêtant tout à coup. vous sortez de votre pays pour ïj faire vos mauvais coups ailleurs. Les deux hommes. Sous la tente où il reçut l'hospitalité. sans trouver un centime. Les Galîyens l'accostèrent. il se retourna Ah j'oubliais Voilà ta route..yant passé une inspection minutieuse de tous les vêtements du %• '. Aubout de vingt pas. Quelques jours après. Je vais te fouiller. il s'emporta Chiens de Marocains.Au loin. tous les parents du caïd El-H'adjdj H'addou. Es-Sebaî. 11essaya d'ergoter. Allons. jeta le masque. sur un sol brûlant. Moh'ammed ne s'attendait nullement à cet ordre. Après quelques heures d'une marche pénible. le scélérat affirmant qu'elles étaient à lui et que le voyageur mentait.

Pendant tout un mois. A la zaouiya. sans la moindre masure. on ne lui connaissait aucun mâle. sablonneux. chez les Beni-Znasen. Tribus des BKNI-KENASEN (i> et des BENI-MAH' YOU (Voir la carte du Rif Oriental) (Les enfants des Zénètes. le derviche fit de ce bourg sa base d'opération. jurisconsulte arabe. où il y. Elle parcourait le territoire auquel elle a donné son nom. puis il alla passer un. nourrissant ses petits de chair humaine. même en torchis. Instruction presque nulle.000 cavaliers. En quittant le triste pays des Moh'ammed se rendit Oulad-Séttout. le marché du vendredi). Jf* '^i (Les enfants de Mah'you. dans les Beni-Mengouch. altération de Yah'ya (Jean) ou de Mah'i (effaçant) (A). Après avoir désolé la contrée pendant de longues années. On ne savait d'où elle venait. Pays plat. sont nus et plat? comme la main. toujours se déplaçant. au nord de la tribu (Souk' el-H'add. ce qui fit dire plus tard que les Oulad-Séttout n'ont pas de père. EXPLORATION DU RIF voisines remarquèrent un jour la présense d'une ogresse. elle disparut subitement. Indé- pendance absolue. Généralités sur les Oulad-Séttout A part la K'açbat Sélouan. el-Djoumouâ. les Zénètes liT "^J <_gi par excellence). occupés à appren- dre par coeur Sidi Khlii.000 habitants. C'est bien ici le cas d'employer cette vieille locution. car la tribu est comprise presque entièrement dans un vaste massif monta- (U Dites Beni'Znacène. le couvert et le vête- ment à la Zaouiya de Sidi Remdhan. Il alla demander le vivre. Où était- elle allée ? On ne la revit plus. que suivaient toujours sws deux ou trois enfants. dévorant les gens qu'elle parvenait à surprendre. Les endroits où se tiennent les deux marchés. Forces militaires 4. . dignes fils de tels aïeux. toujours trottant par monts et par vaux. un autre mois chez les Beni Ouryimmèch. Mais ses petits restèrent dans le désert de Garète ils furent la souche des Oulad-Séttout actuels. il n'y a aucune construction sur tout le territoire de cette tribu nomade. il y avait une vingtaine d'étudiants sérieux. mois chez les Beni-Atig. ogre ou ho'nme. ayant tous des fusils espagnols Population probable 20. le marché du et Souk' dimanche. a cependant quelques champs d'orge. remarquable par la con- cision et l'obscurité de son style. (Voir souvent pages 42et 43). deux mois dans les Beni-Khaled.

nom propre arabe signifiant ciselé). Angad. dressant vers le ciel. des Garète. Beni-Yaâla.~c ~a < . dans laquelle figurent Beni-Znasen. reparaît ici. des r'azia féroces. couvert d'assez hautes montagnes extrêmement peuplées. Ez-Zkara. par les Oulad-Séttout et les Beni-Mah'you au Sud. Beni-Ouryimmèch (les enfants du groupe) (A et B) (1). compte quatre fractions Beni-Khalèd (les enfants de Khalèd. La forme générale de ces hauteurs serait ~P (i) . Elle a une quarantaine de kilomètres dans tous les sens. Chez les Znata. A peu près indépendante. les Berbères Znata ou Zénètes. Afin. Le massif du Tell. Ez-Zkara. Elle est limitée au Nord-Est. qui semblait s'être englouti dans les sables du dans la saison des frimas.°: R. par la province d'Oran au Nord. Alors ce sont des hors tueries épouvantables. Beni-Oukil. aussi verdoyant que les plus que nous venons de visiter. elle a été obligée. nom propre arabe). par Trifa au Nord-Ouest. les Arabes' de l'autre. à la suite desquelles ils s'enrichis- sent. Une grande solidarité unit les tribus de chaque groupe. La tribu microscopique des Beni-Mah'you devait fatalement se fondre dans l'énorme voisine orientale. Arabes et Berbères sont souvent en mauvais termes entre eux. Les Beni-Znasen possèdent un vaste et beau territoire. Les Arabes sont représentés par Trifa. d'adhérer à la Ligwt des Angad(leff Angad J Ui|^jl). Beni-Bou-Yeh'yi. bien arrosé. Kébdana. à provoquer des guerres. Beni-Oukil. Es-Sedjâ. Es-Sedjâ. Beni-bou-Zeggou. Oulad-Séttout. Beni-Atig (les enfants d'affran- chi. tous nomades. nom propre arabe signifiant éternel). Oulad-Séttout. boisé. 1-1- LE MAfcOC INCONNU belles régions du Rif gneux. Beni-Mah'you. cimes éblouissantes de neige. habitant la plaine et le dé- sert. Beni-Mengouch (les enfants de Mengouch. malgré les efforts continuels du sultan qui fait son possible pour obtenir d'elle un semblant d'obéissance. par des tribus de la Dhahra. par la province d'Oran à l'Ouest. la tribu des Beni-Znasen a des caïds qui sont les premiers à fomenter des troubles. El-Mehaya. Beni-Mah'you. Angad. aussi riant. EI-Mehaya. Beni-bou-Zeggou. mettant pour longtemps de combat le parti vaincu. malgré les citadelles naturelles de ses montagnes. D'un côté. Deux divisions bien tranchées partagent ce groupe formidable. par Kébdana à l'Est. Kébdana. on trouve Beni-Znasen. de ne pas rester isolée à côté des populations arabes et ber- bères confédérées. Beni-bou-Yah'yi. Trifa. à laquelle elle est absolument inféodée depuis des siècles.

le lentisque. les terres plates de Trifa. dfc beau- des chaînons. sur lesquels grimpe la vigne. et Ouad Kis (rivière de la bourse) (A). Sur les sommets. Sauf chez U-^Jt (1)( ^y ju vjo £~oA>^vs0 ^c «j^?*s> ^o. fraîche. jujubiers.. noyers. Kébdana à l'O. un peu plus bas que Cefrou 3° Ain Beni-Atig 4° Aîn Beni- Mousa (1). au Sud et au Nord. Au pied des collines. parfaitement inconnu sous ce nom. règnent d'inombrables arbres fruitiers figuiers. B. ^J làj» Lï au Nord-Ouest des Beni-Atig. 0 '~3 . par sa réunion avec l'Ouad Zigzel. dans une vallée fertile. roulant ses eaux limpides au milieu d'une végétation superbe L'Ouad Beni-Ouaklan (la rivière des enfants des esclaves) (A et B). dans les plaines. pénètre dans ta Dhahra. Les principaux ouad sont VOuad Beni-Ouryimmèch. Toute cette belle contrée est arrosée par des centaines de sources et de nombreux ruisseaux. au S. envoyant.. bien peuplées elles nourrissent une race forte) courageuse. le plus cQnnu. maïs très célèbre dès qu'il s'appelle Ovad Ajroud (rivière des épis rabougris) (A). La chaîne maîtresse. le désert d'Angad à l'E. sur les flancs des coteaux. plus connu sous le nom de Ouad Tagma (rivière de la vallée) (A et B). l'Est à l'Ouest. Ces hauteurs secondaires reçoivent d'habitude le nom de la fraction où elles se trouvent. le formant. L'Ouad Cefrou.c'est incontestablement l'Ouad Kis. grenadiers. parmi les sources: 1» celle de Cefrou (âin Cefrou). appelée par les indigènes Djebel Beni-Znasen. entouré de tous côtés par des plataeâ au de N. abon- dante.. plus grand affluent de la Mélouiya dans le Rif. dqnt coup le plus élevé. on voit le chêne vert. Les fractions sont grandes.mêmeau Maroc. que part le fouillis inextricable les derniers contreforts vont s'enfoncer dans les plaines environnantes. Citons. C'est du massif central. coulant du Sud au Nord. tributaire de la grande Méîouiya VOuad Zigzel (rivière des terrains granitiques) (A et B). DURÎP ÈXPLOftAflON Celle d'un immense cirque. l'ormeau. tenant tête aux tribus pillardes des Arabes.. (2)1 j »sc > f j iyS I j Sur les ifols Ou quatre nomsde ce ruisseau. amandiers. un ruisseau important. des collines cou- vertes de villages et de verdure. caroubiers. d'une limpidité de cristal 2° Ain Eç-Cefa (source do la pureté). la surface horizontale l'infertile Garète. l'alfa et les figuiers de Barbarie sont les maîtres du sol. le territoire légère- ment ondulé de la frontière française. La plus connue est le Djebel Tafour'all (Montagne des Monstres ou des Fruits non mûrs (A. orangers.).. au sud de Moutaye Idris i L'Ouad Beni-Khaled. coulant du nord au sud. le tremble. court de. le chêne-liège. (2). Dans les vallées.

5. des potagers. LE MAROC INCONNU lesBeni-Kfah'you. des vergers charinent la vue. une paix sincère et durable ¡" Voyons maintenant le revers de la médaille. complètement battu à Isly. Sidi-Mouh'amded . d'empêcher toute déprédation sur leur territoire. c'est-à-dire le Maroc actuel. et le Mag'rib El-Aouset' (l'occident central). considéré comme le fossé naturel séparant deux mondes très différents le Mag'rib El- Ak'ça (l'occident extrême). Les hameaux sont bâtis au bord des ruisseaux. combattre lés.. La mauvaise lettre.montrer d'une conciliation extrême envers eux. dont les vagues de sable s'arrêtent au pied du Djebel Beni-Ouryimmèch I La frontière de l'antique Maurétanie Tingitane étant la Mélouiya. c'est-à-dire notre Algérie. le sultan.' On se demande pourquoi le microsco- pique Ouad Kis a supplanté. (lisait ft Repousse ceschiensde chrétiens. pas de quartier pour personne. Sidi Mouh'ammed. Moulaye Abd-er-Rah'man. de se . Quel contraste avec l'affreux Garète. vivant sous des tentes parce que ce petit coin de terre est eh plaine. et les Beni-Khaled 3. encore une fois. des jardins délicieux. lors des délimitations définitives.së sauva du champ de bataille en abandonnant sa teiitej ses bagages et . entre eux seulement. les Beni-Mah'you. Ils m'ont appris comment nous avons été. Le jeune homme. de conclnre. peuplade errante. équipent un millier de cavaliers.000 fantassins. les Français. tous ies autres indigènes sont dernier liés dans des villages fortifiés par la nature. Aucune paix avec ce^ mé- créants 1 » • jl Le 14 Août 1844. le monarque adjurait son général de. observa scrupuleusement ces recommendations. Leurs voisins nomades. eux seuls. tout ce pays' de cocagne des Beni-Znascn devrait faire partie du domaine de'l'Afrique française. l'énorme cours d'eau qui avait été. jamais. Fais ce que je te commanderai dans les mauvaises ne tiens aucun compte des bonnes. une>bonne et une mauvaise. Les Marocains disent. toujours à cheval.000 cavaliers. 1. tue-les partout où tu lesfrou- veras. les Beni-Mengouch mettent en ligne. de tout temps. moitié cavaliers.200 environ. Les Beni-Ouryimmèch sont défendus par 1. qu'après la victoire d'Isly la France était en droit d'exiger tout le territoire qui s'étend jusqu'à la Mélouiya. à proximité des sources autour d'eux. moitié fantassins.000 fusils. lui aurait dit Conserve mes bonnes lettres brûle les mauvaises. les dupes de la diplomatie arabe. le plus tôt possible. Dans la première. Français sur la frontière algérienne. Le rempart des Beni-Znasen. ne. Avant d'envoyer Son fils. Les Benî-Atig n'ont que des piétons. à. attaquer. Chaque courrier lui apportait deux lettres de son père .

chez les Beni-Khaled. Les femmes. 105 et 106). 6° Souk' El-Djemâ (vendredi). disant que le prince ne lui avait pas obéi. Les Français s'extasièrent' sur l'exquise bonté du sultan Celui-ci. ouverte sur le devant. poules. à Cefrou (Beni-Mengouch) 7° Sovk' El-Ethnin (lundi).'elles ne sont pas toutes des Lucrèces. Dans les caisses. des Derk'aoua 2" Zaouiyat Mah'i Ed-Din (ouerd du chikh Abd-el-K'ader) 3° Zaouiyat Sidi Remdhan (ouerd de Ouazzan. toujours chevaleresques. tombèrent dans le piège. comme les Kébdaniens. c'est-à-dire de Mou- laye Et'T'ayyéb) 4° Zaouiyat Sidi Abd-el-K'ader (ouerd de ce saint) 5° Zaouiyat Sidi l-H'adjdj ben Saîd 6° Zaouiyat Sidi Ali l-Bekkaye 7° Zaouiyat Moulaye Idris. àssez coquettes. usité entre Oujda y et Debdoji. à Tazar'in. ne redoutant nullement les regards des hommes. s'empressa de désavouer tout ce qu'avait fait son fils. au village des Beni-Mousi. Sept marchés dans la tribu 10 Souk' el-Arbâ (marché du mercredi). dans les Beni-Mengouch ment chez les Beni-Mengouch. de la meilleure grâce du monde. La richesse de la petite Suisse qui nous occupe se devine aux nom- breuses zaouiya et mosquées que l'on voit partout. fraction des Beni-Atig 4° Souk' El-Ethnin 5° Souk' El-Arbâ (mercredi). En hiver. s'excusant presque deleursvictoires. on trouve toutes les productions du pays bœufa/ moutons. légumes. on trouva les bonnes lettres. mulets. à l'artificieux Abd-er-Rah'man. de ces bons fusils achetés aux Espagnol? de Mliliya et de leurs longs poignards de fabrication tar'zou- thîenne. du reste. (Voir la carte des'Beni-Znasen). p. égale- (lundi). dans les Beni-Ouryimmèch 2° Souk' el-H'add (marché du dimanche). etc. zaouiya et mosquées toujours pleines d'étudiants. Sur les marchés. . le visage décou- vert. fruits. Les mauvaises langues prétendent qu. ânes. fraction des Beni-Atig 3° Souk' Eth-Tthe- latha (le mardi). chevaux. qu'on pouvait s'en convaincre en lisant sa correspondance. regorgeant de victuailles. Ils ne se séparent jamais de leurs armes. JUsparlent l'idiome berbère appelé Znatiya. où l'on confère l'ouerd (v. Nos compatriotes. rien que les bonnes. cédant. Les hommes portent la djellaba grise. Mentionnons parmi les séminaires 1° Zaouiyat Sidi l-H'adjdj Mouh'ammed Et-Habri. chèvres. toujours naïfs. vont sur les marchés. depuis le ventre jusqu'en bas. ils ont Je bur- nous pardessus la djellaba. les mauvaises ayant été brûlées depuis longtemps. le beau territoire qu'ils avaient conquis à la pointe de l'épée. ils se mettent souvent en haïk'. En été.. EXPLORATION DU R:F jusqu'à son fameux parasol qui fit plus tard l'admiration des badauds de Paris. p.

déchirés par les épines des étroites pistes qu'il aimait à suivre dans les massifs montagneux de toute la région- Un soir.particulièrement pour de3 raisons gastronomiques qu'il serait trop long de développer ici. les habits en lambeaux. laine. sans un sou. Poussé par. LÉ MAROC INCONNU orge. Les caroubiers du reste abondent dans toute la tribu. On reste surpris à la' vue des quantités extraordinaires de caroubes mises en vente. en quête d'un bon repas. faire des tournées artistiques dans les endroits les plus fortunés de la tribu. à l'affût des ouaâda. thé. en un mot de tout ce qui se mange. ne manquant jamais l'occasion de se trouver à toutes les ri- pailles. il ramena avec lui à la Zaouiya un individu trouvé au miueu de la forêt. miel diverses marchandises espagnoles et françaises bougies. demandant simplement la faveur de . et le gros bourg de Zigzel lui-même est étouffé au milieu de ce feuillage "éternel. balles. Nemours et Tlemcen. crotté. cou vert de poussière. la Fête des Moutons dans des villages opulents. revenant de ses excursions. ne se croyant pas encore digne d'occuper unej modeste chaire de professeur de grammaire dans l'une des innombrables cha- pelles de la capitale chérifienne. Il avait fait à Fas de solides études. de ces fleurs de neige que chantent les bardes Zenètes quand ils vont. par exemple. perdu dans le fouillis des hautes broussailles. A la Zaouiya de Tazar'in. au printemps. qui est fou des oranges. étoffes. d'énormes charges de fruits d'or qu'Us ven- dent aux colporteurs. affectant souvent des formes bizarres.il toujours sur les routes.de ces gousses longues et plates. il était considéré par ses condisciples comme un t'aleb peu sérieux. les fonctions absorbantes et séden- taires d'un de leurs pédagogues qui venait de rendre à Dieu sa bèlle âme d'instituteur borné et grincheux. s'éclipsant des deux ou trois jours de suite. poudre. rapportant. cartouches. fusils. Le derviche. ce sont tes interminables vergers d'orangers qui embaument les splendides vallées des Beni-Ouryim- mèch l'Ouad Zigzel en est bordé tout le long de ses deux rives. recevant l'hospitalité dans toutes les mosquées où il passait la nuit. trouvait que le pays des Beni-Znasén était un véritable Eden. C'était un homme d'une quarantaine d'années. la destinée. Oujda. au crépuscule. repartant le lendemain à la recherche d'une position sociale. sucre. qu'il affectionnait tout. s'obstinant à travailler avec acharnement pendant plus de vingt ans. Il y vint à deux reprises différentes. pétrole. des fruits. pour prix de leur poèmes. Ils s'en retournent chez eux. il éÇait venu s'échouer dans les Beni-Znasen. des gâteaux. Aussi était. Mais ce qui'est surtout ravissant. égaré. en 1888 et en 1893. incapable de briguer. fort dévotement. Il courait le pays. Les indigènes sont friands. Ceux-ci vont les vendre à leur tour jusqu'à K'açbat El-Ayoun. s'arrangeant de manière à célébrer deux fois.

. pleine de fiel. en imagination. H n'avait rien trouvé. prévenus de la présence d'un concurrent redoutable. de se soutenir. avalant déjà. heureux de s'être rencontrés. A partir de ce moment. Chemin faisant. t Le soir. en le trouvant étendu sous un buisson. conclut le derviche en souriant dans sa barbe. Quand tu auras la chaire de grammaire. lui garantissant d'avance que les jeunes pédants ne feraient aucune difficulté de s'incliner devant son incontestable supériorité. EXPLORATION DU RIF pouvoir enseigner l'alphabet aux bambins de six ans. Le pauvre derviche succomba à son tour. qu'il ne retrouva plus. craignant d'être éclipsé lui-même par le malheureux savant. Les instituteurs l'emportaient 1 Racejalouse. Le chef de la Zaouiya. plus ignorant que lui. disant partout que ce nomade de Moh'ammed avait eu le front de s'ériger en protecteur d'un autre vagabond.es Bçni-Znasen sont trop près d'Oujda pour être complètement indépendants. elle triomphait bruyamment. trop peu instruite pour se rendre compte de son ignorance et de sa royale bêtise. des . ébloui par la réelle science de l'inconnu. il quitta le séminaire pour courir après son protégé. consu- mée par l'envie et l'orgueil. J. sojs la coupole du séminaire. se mit à lui prédire le plus bel avenir. comme deux bons amis. Sa situation devenant difficile à la suite de cet échec. l'avait pris d'a- bord pour un de ces mendiants-pèlerins dont le nombre est incalcu- lable au Maroc. harcelé de questions pendant une grande partie de la nuit. dont les complaisances serviles envers les gros bonnets de l'endroit et l'étroite parenté avec le chef de la Zaouiya constituaient tout le mérite. tous les instituteurs du bourg. Qui pouvait prévoir l'avenir ? Ils marchaient maintenant. se contenta de baisser la tête en signe d'acquies- cement. sortit vainqueur de cette épreuve. Le gouvernement impérial a réussi à leur imposer. L'inconnu. les. un triomphe éclatant à la Zaouiya de Sidi Remdhan. sa parte fut résolue. les deux hommes causèrent. Et cela durait depuis son départ de Fas 1 Le derviche. résigné à tout. ailleurs utiliser ses précieuses connaissances. invita le docte étranger à aller. étaient présents. ayant en outre un neveu dont la candidature à l'emploi vacant s'imposait par le seul fait de sa parfaite nullité. toujours évincé par l'ombrageuse jalousie des cuistres qui re- fusaient impitoyablement à ce rival dangereux le droit de gagner ho- norablement sa vie. montagnes de victuailles données à son protégé par les familles reconnaissantes. Le vaga- bond. L'autre. plus gueux. qu'il s'agissait de conquérir de haute lutte. Et l'on no'nma à la chaire de grammaire le sémillant jeune homme. en camarades. j'espère que tu penseras à moi. d'associer leurs deux faiblesses dans le combat à livrer en vue de la conquête scientifique de la Zaouiya.

peu enviable. portèrent leurs doléances à Fas. ont des clients. Dans chaque contrée in- dépendante du Maroc. et n'imitez pas la conduite de ces traîtres qui sont la honte de l'Empire. Toutefois. mises en coupe ré- glée par ce tyranneau. méprisés et redoutés dans toute la tribu. mille fois supérieure. à toutes les lignées de rois illustres et puissants dont la Chré- tienté peut s'enorgueillir. Ces limiers de la police chérifienne. sujet de perpétuel étonnement pour l'Europe. ayant brisé pendant des siècles. une noblesse de vieille roche. font la loi. Cette étrange anarchie ma- rocaine. désolant au loin la con- trée dans de continuelles r'azia. aux yeux dss Mu- sulmans. les familles riches se liguent. trouvant tout intérêt à être En bons termes avec les chefs indigènes. de posséder quatre caïds: Ali ou Rabah'. trai- tant en petit garçon le gouverneur d'Oujda. déclarant que . LE MAROC INCONNU caïds qu'il fait surveiller par de mystérieux personnages. Les populations. chargés du service des rensei- gnements. était venu à Fas et avait accepté cette ombre de vassalité afin de se rendre encore plus fort dans son pays. caïd des Beni-Quryimmèch. Ces trois espions. leur avait dit le prince. ceux qui ne peuvent pas se défendre» On se rappelle encore là-bas les exploits'des Si bou-1-Enouar. Si 1-Mekki. admirablement constituée. Ils avaient reçu le burnous d'investiture de la propre main du sultan. caïd des Beni- Àtig Ould el-Bachir ou Mesaôud. cette tribu avait l'honneur. s'associent naturellement avec eux pour pressurer les faibles. si la puissance temporelle de ces monarques laisse beaucoup à désirer. n'est au fond qu'une Oligarchie. où il jouissait déjà d'une im- mense renommée. A l'époque du premier séjour du derviche chez les Beni-Znasen. due à ses richesses et à ses nombreux partisans. Les caïds sont des chefs de parti. c'est-à-dire celle du plus fort qui règne dans le Blad Es-Siba (pays insoumis). Il avait fini par annihiler ses collègues des Bepi-Znasen et des Angad. L'aventure tragique de l'ancien caïd des Beni-Znasen restait tou- jours présente à sa pensée. C'est l'adninistration préhistorique. menaçant à chaque instant de se révolter contre son suzerain. qu'ils ont dans les veines quelques gouttes du sang presque divin du prodigieux fondateur de l'Islam. caïd de Beni-Kheiled Ould Agoujil (le fils de l'orphe- lin) (A et B). certes. Allez. avant d'être caïd. Si t'-T'ahar el-Xébdanî. il était devenu un vrai pacha. Lui aussi. désignés dans lé pays sous le nom injurieux de khbardjiya (mouchards). étaient abhorrés. caïd des Beni-Mengouch Ould El-H'ebib. Souvenez-vous qu'ils sont lés petits-fils de l'Apôtre. on aurait tort de conclure que leur autorité spiri- tuelle ne doit pas être bien grande non plus. Entouré d'une puissance formidable. nullement des administrateurs. Il s'appelait Ould El-Bachir ou Mesaôud. sont les souveraines maîtresses. Voilà. pouvant briser encore les vains efforts des roitelets de Merra- kèch.

elles feraient cause commune avec. le sultan employa le suprême traquenard il envoya au caïd son propre chapelet et le tahlil bi-l-aman ( L=V b J-J$" ). Alors. donnant enfin à entendre qué. le chef Zénète commit l'impru- d.un vassal félon. ayant lutté. tout fut inutile. se mirent honteusement en déroute. oiseaux de passage se plaisent dans cet Eldorado où ils. Le gibier abonde dans la tribu.but d'atti- rer à la cour l'ennuyeux personnage.ence de serendre au perfide appel de son souverain. dans ces vastes plaines si recherchées pour leurs pâturages. Lettres. un massacreur déterminé. lièvres. Le tahlil est un petit cahier sur les pages du- quel on a tracà des carrés et des tableaux cabalistiques. Agriculteurs et éleveurs. EXPLORATION DU. domi- cile dans ce beau pays. chèvres.RIF la situation . si elles n'étaient point secourues. où l'atten- dait un cachot. e. Le lyrisme des bardes Zénètes a couvert de trop de fleurs la mémoire d'un homme. Ce fut une débâcle générale. privant ainsi. toute défia. aoiioinpo^ni". sèment de l'orge et du blé. dont les portes ne s'ouvrirent jamais plus devant lui.moutons. belettes et autres petits carnassiers qui ont élu. soit chez les Angad. voyant que ces animaux se vendent bien en Algérie^ commencent à les apporter vivants dans notre département. chevaux. soit à Trifa ils conduisent. Enfin. qu'un chef tyrannique. Les troupes impériales. d'une partie de leur nourriture habituelle. Sa légende. Ainsi périt cet ambitieux qui avait failli restaurer à son profit un petit royaume berbère. Son souvenir est resté 'dans l'Est rifain comme celui d'un vaillant patriote. Dès son arrivée à Fas. renards. ratons. les chacals. leurs troupeaux de. L'impérial chérif de Fas épuisa toutes ses ruses dans le. cadeaux. les Benj-Znasen labourent leurs champs. il fut arrêté et conduit sous bonne escorte à Merrakèch.nce étant dissipée. qui ne fut. est déjà toute formée. le terrible Ould-El-Bachir. Le ` caïd. se donnait déjà des airs de prétendant. de certains chapitres et de certains versets du Coran. C'est la plus haute preu*- ve d'amnistie et de pardon qu'un sultan marocain puisse offrir au re- belle qui craint pour ses jours. grisé par le succès. perdrix. Lapins. Ils louent ou possèdent de vastes étendues de terrain. n'avaient guère été inquiétés jusqu'à ces derniers temps. se laissant volontiers décerner par son entourage le titre de sultan. . lâchèrent pied. messages. au milieu de laquelle j'ai eu toutes les peines du monde à discerner le vrai du faux. une belle légende dorée. Mais les indigènes.n'était plus tolérable.i définitive. dans le but de préserver de tout malheur celui qui le porte. envoyées contre le rebelle. contre la racft délàyale des Arabes. jusqu'au dernier moment. écrit en entier de sa noble main. Ould El-Bachir ne bougeait pas de ses montagnes qi il se sentait inattacuable. . au prin- temps.

LE MAROC INCONNU

Chez les Beni-Znasen, on enterre généralement les morts dans les
mosquées, le lieu saint étant considéré comme infiniment préférable à
tout autre endroit. Des tapis sont étendus sur les tombes, fraîches ou
anciennes, et les fidèles viennent s'y étaler, des journées et des nuits
entières, pour prier, manger et dormir. Si vous leur demandez la
raison de cette coutume étrange, ils vous répondront w
Aucune société ne vaut celle des trépassés. Avec eux, nulle
indiscrétion, nulle trahison n'est à craindre. Ce sont des amis sincères,
agréables, nullement ennuyeux.
Cependant, il arrive un moment où les mosquées ne peuvent plus,
contenir les cadavres qu'on ne cesse d'y enterrer, Alors on est bien
forcé d'avoir un cimetière mais on le choisit aussi près que possible
du temple, c'est-à-dire à l'ombre des figuiers de Barbarie dont toute
mosquée est entourée.
Les nécropoles, situées en plein champ, ne sont l'objet d'aucun
respect. Les indigènes viennent s'isoler au milieu des cactus, sans se
préoccuper de savoir s'ils fument une sépulture ou tout autre terrain.
Cette odieuse profanation est inconsciente elle souille habituellement
des tombes anciennes, dans lesquelles reposent des aïeux oubliés, dont
la dernière demeure n'est marquée par aucun indice, aucune dalle, rien
qui puisse faire soupçonner qu'il y a là, à trois ou quatre pieds du sol,
toute une génération plongée dans l'éternel sommeil.

Principaux Villages des Beni-Znasen (voir la carte du Rif Oriental)

Fraction DESBeni-Ouryimmèch
Oulad-Ali Ech-Chebab(les enfants dubel Ali) (A), ,LûJI ïVj\
L
50 feux, sur l'Ouad Tagma, au nord de la fraction.
Tagma (la vallée) (B), 100feux, sur l'Ouad du même nom. U» L"
Village de marabouts se prétendant tous issus de la fille du Prophète,
Autour de cet immense couvent, on voit quatre hameaux peuplés par
de simples particuliers qui sont ravis de se dire khouddani (servi-
teurs) des religieux de Tagma,
Sidi Saîd (Mgr Heureux, nom propre arabe), 10 feux, 'juxu.'jj' ju»
Sidi l-H'addj Es-Saîd (Mgr le pélerin heu- o^1! i£] jo»
reux) (A), 100 feux, sur l'Ouad Tagma.
h Ould-El-Baehir ou Mesaôud (le fils du porteur i_jxu,j" j j^iu J| jjj
de la bonne nouvelle, fils (B) de fortuné) (A), 100 feux. Position inex-
pugnable au. milieu des montagnes c'est là, dit-on, que lé fameux
Ould El-Bachir avait sa cour, son palais: la célèbre Dar Beïdha (mai-
son blanche), chantée dans un poème arabe que je publierai peut-être
un. jour, texte et traduction^ si Dieu me prête vie. Le SouV el-Arbâ
(marché du mercredi) se trouve au Sud-Ouest du village^

EXPLORATION DU RIF

FRACTIONDES BENI-ATIG

Tazar'in (-es sèches) (B), 300 feux, au Sud du Souk' Eth-
Thelatha (marché du mardi). ,*jAl j Li'

Zigzel (les terrains granitiques) (B), 500 feux, dans une J •,& j
délicieuse vallée d'orangers. C'est là qu'habitent les Oulad-Sidi
1-H'âdjdj
Es-Said, marabouts vénérés, issus de l'idrisite Moulaye Ah'med.
Moulaye Idrh (Mgr Enoch) (A), 300 feux. Des
^j ï\ ^V y
centaines de Zaouiya et de hameaux marocains le nom
portent pres-,
que divin de l'illustre fondateur de la dynastie Idrisite, car la légende
raconte qu'Idris 1« aimait à construire des mosquées partout où il
passait. Le village de Moulaye Idris, dont nous nous occupons en ce
moment, est situé non loin des sources de l'Ouad Zigzel.
Beni-Mousi (les enfants de Moïse) (voir page 137 note 1), j»
500 feux, sur le versant sud du Djebel Beni-Atig. y
Oulad Et'-Tebib (les enfants du médecin) (A), 50
^vJDt jVjI 1
feux, au commencement de la plaine des Beni-Atig.
El-At'eçh (la soif) (A), 100 feux, en plaine, au Nord-Est du t
c/i>«-'
Souk' el-H'add (marché du dimanche). On prétend que ce bourg a re-
çu le nom qu'il porte parce que ses habitants ont la spécialité de fa-
briquer des ât'at'ich, singulier ât'fouch (palanquin de chameau), JLq
Sidi bou-ffouriya (Mgr qui a des silos ou des
greniers) h y> j> j^
(A), tombeau somptueux, à l'extrémité septentrionale du désert d'An-
gad. Les Beni-Znasen et toutes les tribus nomades viennent en péle-
rinage sur la tombe de ce saint personnage, sur lequel je n'ai pu
obtenir aucun renseignement biographique.

FRACTION DES BENI-MENGOUCH
Sidi Remdhan (Mgr Remdhan, nom du 9e mois de
.) 1* j ^5 j.~»
l'année lunaire arabe), 100 feux. Célèbre zaouiya fondée par Sidi
Remdhan. Son descendant direct, Si Ï-Mékki. mort l'année dernière
(1894), était le mok'addem (supérieur) de l'Ordre de Moulaye Et'-Ï'ay-
yèb de Ouazzan. Cette confrérie a de nombreux adeptes chez les Beni-
Znasen et chez nos Beni-Snous. Si Meftah', fils de Si l'Mékki, a succé-
dé à son père dans les hautes fonctions de supérieur de la Congréga-
tion de Moulaye Et'-T'ayyéb.
Moulaye Idris Trifa (Mgr Enoch de Trifa) J ^,j s\ ^gV
y
(A), 10 feux. Population très dévote. Au Sud, le Souk'-el-Arbâ (mar-
ché du mercredi) est situé, comme le hameau, sur J'Ouad Benî-Ouakïan,
Zaouiyat Sidi l-Efthdhar (Séminaire de Mgr ^1 l^1^*» hA
le vert. n. pr. arabe), 10 feux. Population de marabouts.

Zaouiyat Sidi AU l-Békkaye (Sémi- ^£ LC.II <Uo ^g ju^ .jj j

LE MARÇC INCONNU

naire de Mgr Ali le pleureur) (A), 100 feux. Ce village possède une
grande zaouiya peuplée d'adeptes appartenant à la confrérie de Sidi
Mouh'ammsd ben Bou-Ziyan, patron de la ville d'EI-K'hadsa. dans la
Dhahra. Sidi Ali 1-Békkaye était un mejd'oub *_>j àsr*, c'est-à-dire
un extatique célèbre. L'Ouad Beni-Ouaklan est bordé, sur ses deux
rives, de nombreux séminaires. C'est peut-étre pour cette raison qu'il
s'appelle la Rivière des enfants des esclaves, ou, des adorateurs de Dieu.
El-K'alâ (la forteresse) (A), 200 feux, tout près de la source AxJUM
de rOuad Beni-Ouaklan. En 1893, Moh'aramed ben T'ayyéb célébra la
Fête des Moutons dans ce village.
Aïth Abd-el-KrimQ.es enfants (B) de l'esclave du
-j XJ\ aac ^j\
Généreux, épithètede Dieu en arabe), 20 feux, non loin de la source de
l'Ouad Cefrou.
Moulaye ïdris En-Nékhla (Mer Enoch du .A-U^l i ^$^,y
jj-^j
dattier) ,(A), 50 feux, sur l'Ouad Cefrou. Grande zaouiya consacr.ee à
Moulaye Idris. Ce village doit son surnom à un énorme palmier,
plusieurs fois séculaire, planté, dit-on, par l'illustre sultan idrisite'; ce
qui donnerait actuellement à cet arbre l'âge respectable de onze cent
cinq ans
Oulad el-Mimoun (les enfants de Mimoun, n. pr. arabe I
^o^^lt S
signifiant favorisé par le sort), 100 feux; sur l'Ouad Cefrou.
Cefrou (ils devinrent jaunes) (A); 500 feux, sur l'Ouad .«.*= Ce gros
bourg doit son nom? dit la légende, aux prisonniers de guerra qu'un
certain sultan Zénète faisait languir dans les cachots de ce village jus-
qu'au moment où il s'assurait par lui-même de la couleur safranée de'
leur peau. Alors il les mettait en liberté, mais les malheureux, arrivés
au dernier degré de la consomption, ne tardaient pas "àmourir. Cefrou
est une petite ville où les mosquées et les Zaouiya sont nombreuses.
Les étudiants, fort bien traités, y pullulent. Le derviche se, rappelle
encore, avec attendrissement, la grande bombance de 1888, donnée en
l'honneur de la Fête des Moutons. Aussi a-t-il gardé un excellent
souvenir de la capitale des Beni Znasen.;
Moulaye Jdris mtâ, Cefrou (Monseigneur _j ts^a s>Lu<>,y*>j 3 I «JJV_y>
Enci'ch de Cefrou) (A), 10 feux, sur l'Ouad Céfrou, au sud du Souk' el-
Djoumouâ (marché du. vendredi). Petite zaouiya consacrée à Moulaye
Idris..

'<•
FRACTION DES BENI-KHAXED

Ar'bal (le défilé) (B), 100 feux, au sud du Souk' el-Ethnin- J l^\ I
(marché du lundi). Beaucoup d'arbres, beaucoup de sources.
Tar'ejjirlh (garou) (B) (en arabe g j I jJ ), 100 feux. \±a t-j-st* Lï
A,ougni, (la plaine) (B), 100 feux. J^l :•.

EXPLORATION DU RIF

Zaouiyat Mah'i Ed-Din (1) (Séminaire de jJI L* *> j
Mah'i j.»
Ed-Din, n. pr, arabe signifiant Celui qui abroge les autres religions,
surnom donné au Prophète), 10 feux. Cette zaouiya s'appelait autrefois
Zaouiyat Moulaye Abd-el-K'ader El-Djilali. Dans ces dernières années,
elle avait un supérieur nommé Mah'i Ed-Din, qui conférait l'ouérd de
la Confrérie du grand saint musulman. Ce personnage, s'étant fait
remarquer par sa piété austère, devint tellement célébre dans ls pays,
qu'on finit peu à peu par désigner le séminaire sous son nom. Mah'i
Éd-Din est mort en 1892, laissant plusieurs fils qui lui ont succédé dans
la direction de la Zaouiya. Celle-ci, située au pied d'une
maerëagne
faisant face au nord, entourée de beaux vergers, se trouve à peu de
distance de la source de l'Ouad Kis.
Zaouiyat El-Habri (Séminaire de l'homme au morceau ^£ j^\ Xj^l j
de viande) (A), 10 feux, au sud du Djebel BenirZnasen. On y confère
Vouera des Derk'aoua. Son fondateur, Sidi 1-H'adjdj Mouh'ammed Et-
Habri, était généreux à un tel point qu'il donnait toujours des morceaux
de viande sans os aux misérables qui lui demandaient l'aumône de là,
le surnom de la Zaouiya. Ses successeurs actuels sont très hospitaliers.
Il y a encore plus de cent hameaux disséminés dans la tribu,
Forces militaires 11,200 hommes, moitié cavaliers, moitié fantas-
sins, Population «
probable 56,000 habitants. Pays montagneux.
Instruction coranique très développée. Nombreuses mosquées et
zaouiya. Fanatisme excessif.

Tribu de MER'RA0UA(2)
Pj f jk* (la terre du bousillage) (A)

Laissant derrière lui les Beni-Znasen, Moh'ammed ben
T'ayyéb,
qui avait pour objectif l'Ouest de la province des Djebala, passa par le
Sud du Rif à travers les Oulad-Séttout, Beni-Bou-Yah'yi, Lèm'talçâ,
Mer'raôua, Beni-Bechir. Avant de quitter, pour toujours peut-êîré, la
mystérieuse petite province méditerranéenne, il tenait absolument à
en connaître toutes les tribus. Et il allait toujours
en avant,
cette destinée merveilleuse qui devait faire de lui l'un des plus pouss^pâr
extraor- «
dinaires explorateurs de ce siècle. Il traversa, sans s'arrêter, )es terri-
toires rifains déja connus, rencontrant parfois, sur son passage,
d'anciennes connaissances qui le suppliaient en vain de prendre racine
quelque pat t. Lui, plus errant que jamais, se faisait héberger, mangeant
bien, dormant mieux encore le lendemain, après avoir secoué la

(1) Prononcez Etf-Dine, Voyez souvent les pages 42et 43 pour la prononciation
des lettres arabes et berbères.
(?) Si vous ne pouvez pas prononcer,le r'aïne (r grasseyé), dites Még'raoua).

soit un total de 3.J L'immobilité c'est la prison et la prison. n'ai- ment guère leurs voisins. Souvent l'Ouad Mer'raoua coule au fond des gorges profondes. les saules. il se remettait en marche en disant simple- ment à ses hôtes d'un jour ¡. L'absence presque totale des arbres fruitiers et des légumes. l'alfa pousse.000 fantassins et une population probable de 15.rès bon compte. Ils portent la djellaba grise. parlant le vrai thamazir'th. montagnards peu sociables. dont ils redoutent la perfidie. On l'utilise.plùs grand nombre. dans tous tes sens). il arriva à Mer'raoua. Dans certaines parties. Enfin.000 habitants pour toute la tribu. qu'au cœur de l'été. qui court à travers les roches dont le lit du ruisseau est embarrassé. car la température est froide sur leurs sommets. Eux sont des Berbères de pur sang. c'est le tombeau. ( j t j i ) et Imdhalcen (les sournois) (B). Partout la végé- tation est magnifique. Elle. les villages aux villages. les Arabes des Djebala. petite tribu formant la pointe la plus ` méridionale du Rif. US MAROCINCONNU poussière cte ses^lïabits. Et les ha- meaux succèdent aux hameaux. pour le h'aïk. et c'est le. Tout le long de la rivière. il fit un très court séjour dans cette tribu minuscule qui compte deux fractions seulement: Ad'rar (montagne) (B). Mer'raoua est admirable- ment située pour résister aux assauts continuels de ses puissants voisins. parmi lesquels domine l'odorant lentisque. sauf au Nord où elle se rattache à Kzennaya. épârr pillant leurs maisons sur les bords de l'ouad. ( *»J levant chacune 1. lui permet de tenir tout entière dans le retranchement des derniers pics rifains. se frayant avec peine un passage dans ce sol tourmenté. Sa petite étendue (lOkilcm. restent chez eux.occupe les versants septentrionaux de la grande chaîna des montagnes méridionales du Rif. mais très peu. non défrichées. dont les pentes. regardent dans le lointain la grande ville de Fas. Les habitants.500 fusils. Tout y est à . qu'ils ne quittent. Au Nord. t . Encastrée dans les terres djebaliennes qui l'entourent de toutes parts. le Souk' El-Ethnîn (le marché du lundi). le froid et la mauvaise nourriture contribuèrent à hâter le départ du derviche. les trembles forment une épaisse voûte de feuillage au-dessus du petit filet d'eau limpide. les uns cons- truits en pleine forêt. ne comprenant pas' un mot de la langue du Prophète. Les énormes chênes verts abritent à leurs pieds de.gracieux arbustes. réunit chaque lundi la foule des acheteurs et des marchands.:J'F""JI. exposées au Sud. les autres. L'orge est la princi- pale culture.

inactifs. à l'E. si les indigènes savaient tirer parti de leurs richesses forestières. absolument enfouis dans la verdure. Lï) hameau d'une centaine de feux.AUh-Yah'ya ^l v£_J .j^iu. les chênes-liège. sans chercher à vendre un seul frêne ou un chêne vert aux armuriers de Tar'zouth par exemple. elles font tous les vêtem'ents djellaba. Les frênes'. sont bordés de hameaux bâtis sur l'une et l'autre rive. à l'O. Beni-Khennous et Beni-Seddath. Elle est bornée au N. Incurie. font du jardinage presque partout. qu'il s'en alla vers la fin de l'automne. dans laquelle se pressent une soixantaine de hameaux.. ce qui" ne les empêche pas de moissonner. Beni-Bou-Necer. Tout le pays n'est qu'une immense forêt. UQuad Beni-Bechir traverse. Le voisinage des Djebala a introduit l'usage de la langue arabe pàrmi les hommes. Il s'enfonça dans les Djebala. feraient des Beni-Bechir un dès pays les plus prospères du Rif. mêlés aux arbres fruitiers. car le pays est abondamment arrosé par de nombreuses sources. Ils labourent. piochent les endroits où la charrue ne peu passer. cette tribu n'a qu'une vingtaine de kilom. et' au S. 'ne sont pas cependant. sont les'deux mots qui devraient revenir sans cesse sous la plume. quand on parle de ce "merveilleux pays qui s'appelle le Maroc.j LÇ ^w tf. La perspective d'être bloqué par les neiges sur les cimes glacées de la tribu effrayait tellement l'impatient voyageur. à l'eau. en long et en large. gaspillage. dans les familles. Les femmes sont vaillantes. L'hiver approchait. par la province des Djebala. abricotiers. noyers. amandiers. etc. L'Ouad Ez-Zaou. une superbe forêt de frênes.iya (la rivière du* séminaire) est appelé ainsi parce qu'il sort de terre tout près de la Zaouiya de Taslent(le frêne) (. moins vaillants que leurs compagnes. h'aïk. Elles se font remarquer par une conduite absolument irrépro- chable. d'aller au bois. et de garder les chèvres. par Mthioua et Zerk'eth. qui doivént leur existence à ces sources. *U Lï Beni-Behkar (Les enfants de l'homme matineux) (iV). EXPLORATION PURiP Ycibti des BENI-BECHIR • f^f cki (Ies enfants du porteur de bonnes nouvelles) (A) Située en totalité sur les monts Çanhadjiens du Rif. Mais. dans sa partie méridio- nale. Moh'ammed ben . On se contente de ma'h- ger les fruits des arbres. Leur petit courant va du sud au nord. dont les eaux vivifiantes fcnt jaillir la'vie sous toutes ses formes.T'ayyeb ne resta pas longtemps chez les Beni- Bechir. les chênes verts. Les deux ruisselets. non sans s'être assuré d'abord que les Beni-Bechir se composent de trois fractions Taslent (le frêne) (B). sans se douter que le liège est bon à quelque chose. les femmes et les enfonts ne parlent et ne comprennent que le thamazir'th. par Tar'zouth. Rien n'est exploité. Les hommes.

soit 4. par la France. c'est la belle et large existence passée au sein de la royale nature. Pays montagneux nom- breuses pistes et sentiers muletiers. Le long fusil marocain fabriqué à Tar'- zouth est fa seule arme à feu connue. LE MAROC I&CONNO (les enfants de Jean) (A et B). mieux certainement qu'ils ne le sont dans les contrées où règnent d'autres Nations européennes. se croyant à l'abri des indiscrétions et des invasions futures.. troublé seulement.500 hommes. Leur antique simplicité leur suffit.500 fantassins pour la tribu entière. hier encore la dernière partie inconnue du rivage méditerranéen. Qui sait ce que l'avenir lui réserve ? Pour le' moment. car notre Patrie. Population probable 22. toujours jalouse de sa liberté illimitée. par les souffles créateurs venus de l'infini. s'en soucient autant qu un bancal d'un monocycle. etc. Si l'insondable destinée condamne un jour ce pays de toutes les libertés à passer sous le joug étranger. Instruction très peu répandue. les a constamment bien traités. -~a-x~P~ Ne laissons pas le derviche s'éloigner du Rif sans jeter une dernière fois nos regards sur cette petite région. Ce qu'il leur faut à eux. indépendante aujourd'hui comme eMe l'était il y a des centaines de siècles. les Rifains semblent très heureux de vivre dans une ignorance et une anarchie complètes. . Ceux d'entre eux qui ont eu l'occasion de voir chez nous nos inven-' tions modernes chemin de fer. télégraphe. levant chacune 1. c'est le calme pro- fond des forêts. les jours de grande tempête. souhaitons*-lui d'être gouverné.500 habitants. toujours sauvage. toujours douce envers ses sujets musulmans.

qui que vous soyez. un seul. dès à présent. dont j'offre aujourd'hui les prémices à Celle que je ne puis nommer sans émotion. la lettre suivante . causaient toujours. puissant ou faible. leur prouvant que je le connaissais presque aussi bien qu'eux. lentement achevée. ne songeant pas à me quitter. toujours généreuse. causaient. en 32 pages. faisait jaillir des lèvres de ces hommes simples des secrets reli- gieu'sement gardés jusqu'alors C'était le nom glorieux du Prophète. le 17 Octobre 1895. Le voici Ouvrez le livre. le cerveau prodigieux d'où est sorti un Monde. Puissance merveilleuse du langage. lisez-lui la partie concernant sa tribu. qui. à qui. de le' faire suivre des paroles sacramentelles destinées. et de l'étonnement profond des Berbères. il'nous révèle un Monde inconnu.. ce nom sacré qu'un musulman n'invoque jamais en vain. à la campagne. Cette Première Partie de l'Œuvre est expliquée en deux mots par son titre général Le Maroc Inconnu. rien que la vérité. les joies intimes éprouvées devant la moisson extraordinaire. dont je tirais le plus de profit possible. mot magique m'ouvrait les cœurs. la critique malveillante ou bornée. la région qu'il connaît. à notre Mère à tous. des usages. toujours grande. et il est péremptoire. Mais je serais un ingrat. si je n'accordais un. à la France. de la parfaite bonne foi de celui qui écrit ces lignes ? Je n'en vois qu'un seul. Plusieurs de mes. je suis satisfait en songeant qu'il ne mérite pas d'être voué aux dieux infernaux. et."il ne vous a pas trop déplu. Un mot. Pour faire taire. dernier sQuvenir à ti l'homme providentiel qui fut le trésor inestimable. après un quart d'heure de conversation. ou il dit la vérité. pauvre on riche. En présence de ces soupçons. des coutumes qu'ils ne retrouvaient plusis sur la terre étrangère.. S. de la sincérité des explora- teurs. dans l'intérieur de la province. quel sera votre critérium pour bien juger de la valeur scientifique de l'œuvre. lettré ou ignorant. vous qui me lisez. y CONCLUSION Et maintenant. et. Et j'avais l'avan- tage immense de le leur dire dans leur langue. se laissant aller au doux plaisir de parler dé la patrie lointaine. par pitié. ou il est lui-même un imposteur. ïl est encore au Maroc l'énigmatiquô mendiant. je leur parlais longuément de leur pays. une courte explication est nécessaire. incessante. à prouver la vraie foi islamique de celui qui les prononce. amis. le sublime dégue- nillé. Que de fois ai-je fait moi-même cette expérience I Dans les rues d'Oran. se trou- vant par hasard avec moi. partout où je rencontrais des Rifains. la principale source où j'ai puisé. Trois hypothèses se sont présentées naturellement à votre esprit dès les premières lignes de l'ouvrage Ou l'auteur a été trompé par ses voyageurs musulmans. c'est à vous que je dois leè résultats féconds de cette œuvre. n'attendez de moi ni synthèse ni analyse de mon travail. dans ce cas. Sa réponse sera ma condamnation ou ma justification. un. de confidences précieuses. par la Preface et l'Introduction. on donnerait une aumône en voyant sa misère. Je recevais de lui. Leur stupéfaction se traduisait immédiatement par une avalanche de renseignements nouveaux. arrêtez le premier rifain venu. érudit ou demi-savant. ont été souvent les témoins de cette enquête originale. s'il a ajouté quelque chose à vos con- naissances. je les accostais.

Je me trouve actuellement dans la région de Dar El- Beidha (Casablanca). • &» 20 ~Jt. Nous nous reverrons dans trois mois environ.'c'est toute sa fortune! La dernière phrase de sa lettre.1. s'il parvient jamais à sortir du mysté- rieux Empire! L'intrépide explorateur m'a laissé. Et le coréligionnaire.J jl. et il s'en alla nu- pieds. sans très bons. Il faut donc ser que le derviche.¢t d~~s'J~ ~~> d~t ~. empêché à son tour d'en- treprendre immédiatement son voyage. et la lettre n'a été mise à la poste que le 9 Octobre 1 non à Casablanca. aura confié sa missive à un coréligionnaire que ses affaires appelaient à Mogador. exception. et ainsi de suite. jJt I Vf J<>tVuia? iîî i_ ^i ouu 4». Que Dieu le seconde. L'ExvJargiion duRifest terminée. Il est indispensable que tu apprennes à tes amis ce qai est.t r . Si tu demandes de mes nouvelles (je t'annonce que) je suis en bonne santé et en paix. aura dû la passer à un autre indigène. car le naïf voyageur est persuadé que je connais chacun de mes compatriotes en particulier. avant de partir. Salut. cher et pauvre derviche. perdu dans un coin quelconque suppo- du district de Casablanca. CÔKCLlSgïOJ} i. et que tous les descendants des fiers Gaulois sont. près de deux mois après sa'rédaction. là où jamais européen n'a mis le pied.» Cela signifie a Publie donc ton Maroc Inconnu. à son retour. comme elles étaient presque neuves.J C9 (9fl . sur le 'point peut-être de s'enfoncer dans l'intérieur du Maroc. le derviche était en parfaite santé le 41 Août der- nier.r°~ ü u v J' le iJ! .t~ x s is . jusqu'au jour où une main inconnue la jetait h la boîte aux lettres de Mogador.~> J t ` i!"iL" L~tr .. certain de retrouver à la maison. Je suis sûr qu'il erre en ce moment (10 Novembre) dans le cœur même du Maroc.je! . Le 20 Çafer 1313 'correspond au 11 Août 1895. Quelle moisson superbe il va me rapporter.. A Son Excellence Mer Mouliéras. deux précieuses reliques son bâton de voyage et une paire de babouches. mes Voilà qui est fait!. . est très claire pour moi « c*t indispensable que tu apprennes à tes amis ce qui c$t . annonce la bonne nouvelle à tes amis ». mais à Mogador. Moh'ammed ben Et'-Tayyéb. Je n'ai plus qu'à écrire (avec quelle satfsfîcfïgMs: 'FIN FIN DE DÉ LA LA ~tŒMIÈRE PREMIÈRE M^TÎÉ ~IJTÍE > s. Pauvre diable. il préféra me les confier. ili .' Quoi qu'il en soit. c'est-à-dire aux Français.)'0 ú L.. et ce sera un heu- reux moment. Quant aux chaussures. t '5 Ls~t J. Cependant je voudrais bien savoir comment vous vous portei.e.J L. Ecrit le 20 de l'excellent Ça fer de l'année 13i3.~î J~"o ill. Que le salut du Dieu Très-Haut èt pes bénédictions soient sur toi. énigmatique pour tout le monde. mes très intimes amis. comme il ne tenait nullement à les exposer aux convoitises des Maroçains. son petit dépôt. Il avait sans doute une trique de rechange..' t 'J-< Louangeà Dieuseul. avec une mauvaise djellaba sur le dos. ainsi qu'en témoignent les timbres de l'enveloppe.

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30. 105. 113 à 118. 123. Armuriers. 183 à 195. 135. 187 . 91. 58. Canons. 134. 192. Chanteurs. 179. Anarchie marocaine. 19. 175. 123. 140. 51. 96.83. 94 à 101. 200. 138. Beni-Touzin. Bou-Erg (lac de). 61. 16?. 20 à 22. Beni-Amreth. 42. 122. Auteurs européens. 114. Amazir'. 4. 198. 37. 74 à 81.137. 34. 126. 176. 132. 115. 96. Beni-It't'eft. 96. Civilisation. 121. 171. 105. 122. 170. Boisson. 91. 137 à 141. Costume. Beni-Gil. Chiens. 72. Cadi.133. 198. 3. INDEX QÉMÈRAL DE LA PREMIÈRE PARTIE A Beni-Saîd. 83. 187. 175. chaque tribu). 180. Corsaires. 73. 140. Commerce. 78. 130. G Animaux sauvages. 148. 127. 178. 132. Beni-Znasen. 156. 90 à 93. 122. 163. Célibataires. 132. 51. 29 à 32. 184. 149. Chelh'a. Beni-Ouriar'el. Blé. 38. 119.121 191. 135. Berbères nomades. Angad. 22. 128. Beni-Seddath. 122. 167. 39. Assimilation des Musulmans. Beni-Ouléchchèk.97. Animaux domestiques. 50. 40. 159 à 162. 121 à 123. 190. 127. 179. 170. 106. 26. 127. 117. 87. Borda (poème arabe). 183 à 186. 94 à 102. (V. 191. 139. 132. 65.129. Beni-Bou-Necer. 178. 73. Bem-Bechir. 119. Beni-Gmil. 73. 49. 143. 85. 145 à 149. 26. 125. Conclusion. 139. 83. 83. Arabes. Chérifs de Ouazzan. 127à 129. 140. Agriculture. 89. 51. Cactus. 114. 90. 135. Alphabet arabe et berbère. Consuls. Cimetières. Christianisme. 190. B Chasse. 37. Carnaval. 191. 48 (V. 114. 176. Beni-Mah'you. 86. Berbères. zir'th). 22 à 25. 91. 48. Caravanes. 87 à 90.. Armoises. 197. Batailles. 175. 84. 129 à 137. Beni-Khennous. 115. 106 à 111. 106. 61. Adultère. Caïd 67 à 73. Cavaliers. 37. son tombeau. 124 à 126. 197. Beni-Mezdouye. 140. 137. 54 à 57. Condamnation capitale. 88. Chat. 138. 50. 171. 164. Beni-Snous. 167. Algérie. 101. ISi. 144. Bek'k'ouya. 184. 4. 95. 139. 58 à 63. Bou-Thmin (Sidi). Berbère (langue). Confréries musulmanas. 169. 177. 38. 139. Benî-Bou-Frah'. 117. Beni-Bou-Yah'yi. 199. Contrebande. 125. 120. Angleterre. Administration. 132. 88. Armes. Thama- Alfa. 57. Arabe (langue). 50. 27. 180. Alhucemas. 97. lBadès.

la fin de chaque tribu). 'lf Jeux. mades). Garèto (Ouad). teur. Héroïsme de trois rifains. 67. Djebel Tafour'alt. 200. E ï Eaux minérales. 119. 130. 37. Fêtes. 25. 163. 188.197. Kis Filles. 83. 141 à chaque' tribu). 1' 355. 16 Enterrement. 155 Jz Juge. T Inscriptions. 192 à 195. Esclavage. Djebel Sidi-bou-Khiyar. 149 à 151 Ghetto. 40. 175. 134. (Voyez Cadi). 51. Le Lemt'alça. 117. 51.Arcs. 88. 135. Sa (le voyager. 51 Garôte (le désert do). 125. 186. Ebénistes. Impôt. Distances. (Voyez maison Djebel Reçaç. (Voyez chaque tribu). Derviche (le). Djebel Bou Khechkhach. 49. El-Kert (Ouad). 3C. 167. (Voir à t ~MlS:S7.34. H Djebel Kébdana. Il Itinéraire du derviche. 163. Lac de Bou-Erg (Voyez La Bou-En 100. Djebel Beni-Amreth. Le derviche dévalisé lise Garçons. 120. 136. 186'. 74 à 7G. Frontière marocaine et Le algérienne 6 Lellèch. 187. 21 à 25. 38. 186. 63. Eau saumâtre. 190. 69 à 73. 50. K Kébdana. 51. (Voyez Juif).116. 47. ] Homme. (îlot de) 86. marocaine. 136. EJ-Il'ouzama. 151. 126. 95 à 101. Lii j Liège. Diplomatie arabe. F Famille. Giton. 169. 17. 25. 29 Ù37. Gibier. 89. (Voir r t Galiya et Galiyens. 52. (Voyez chaque tribu). 77 à 80. 31.Son dernier mariage. 128. £Kzennaya. ses aventures. 196. 177. Le derviche institu- tu. 180 à 182. 167. Habitation. 141. 139. 141.. 39. 153. Enseignement. 58 a 60. 40. l Instituteurs. (Voyez armes). L~ Légendes. 189. 116. 183. 61.> 147. (Voir chaque tribu). Garnison Sa dernière lettre. 38. IIsly. 151. 109. (. 85. 10?. Industrie. 36. 101. 185. 12). 81. Espagne et Espagnols. 144. Juifs. 99. 167 à 173. 121 à 124. 129. 118 à 121. 58. Evangiles. Goudron. 94. 96. 133. 198. 133. 29.114. . LE MAROC INCONNU D G Danseuses. 86 Djebel El. !29. 63. Djebel Beni-Znasen.1(4. 122. 157. Explorateurs européens. 185. 29. 138. 51. 135.150. i Idris 1»'. 162. Golfe des Martyrs. 129. Espions impériaux. 83. 3 Etudiants.152. 64. Islamisme. î. 47. r°ar~ Gwçons. Duveyrier (Henri). Forces militaires du Rif. 182. 82. 89. 119. 49. Fusils. Hedaoui. 103. 191. Djebala (province des). k (Ouad).142. 185. 199. 177. 88. 66. 39. 176. 149. 36. 133. K Femme (Voyez chaque tribu). Douane marocaine. Hallucinations. 96. 3 à 5. 48. 1Indépendance des tribus. 99. Douars. Figuiers de Barbarie (Voir cactus). 101.

121. medEl-). 30.168. 74. (Voyez chaque Nègres. Sacrifices. Plaine. Erg) 147. Oulad-Séttout. 47. (Voyez chaque tribu). 143. 48. Pin. Soldat espagnol (noyé dans le Bou- Monuments. 172. tribu). 190. 40. 66. 158. 65. meau 156. 61 (Voyez Fêtes). Oujda. Rif. Troupeaux. Savant (histoire d'un). 27 du Rif. 115. Mlillya (Melilla). 163. 184. 181.140. à la fin de chaque tribu). Penon de Velez. Dates de ses voyages 39. 173 à 177. 62. (Voyez chaque tribu). Marabouts.156. (Voyez Alhuecmas). (Lo). Musique. 70 à 72. 177 à 183. 48 à 54. 133. Miel (amer). 131. Métiers. Tômsaman. 4-3. 176. 150. 93. 78. Veillée (des morts). 186. S Mœurs.Sidi). 19 à 25. 175. Ses provinces. 48. 63 à 74. 18. 113. 25.(v. 88. 190. 137. 149. Ould El-Bachir (sa fin). 54. 172. 139. 188. Nomades. 52. 153. Mines (d'or. 131.100. 115. 170. 189. 171. (Voyez chaque Iribu). 175. (V. 26. d'argent. 176. Maison. 58. 163. Moh'ammed ben T'ayyèb. Songes. Prostitution. ?6. 27. 127. 155. 97. 151. Mer'raoua. 106. 101. 48. Polygamie. (Village d') 80. R'azia 123. Méthodistes anglais. 193. 66. 106. Mehaya. ton se métamorphosant en cha- Monnaie. Prestidigitation. Soc'étês secrètes. 55. 178 et pages suivantes. 38. 134. hallucinations). Veuves. 177. Derviche). 85. 179. sa po. Prononciation. Tailleurs. 171. 35 à 200. Meurtres. 40 à 43. H Melilla. Son nom. v Ouaàda.. san- 61. Thamazir'th (dialecte). 81 82. Mthioua. (V. Tribus du Rif. Médecin. 152. 7 à 13. (Voyez chaque tribu). Transcription. 102 à 11?. Marchés. Musulmans. Mariage. (Ouad) 167. 148 à 167. 113. Raisin (gelée de). 51. 135. chaque tribu). Moh'ammed Djemoûn. Djebel). o Trifa. 175. pulation 25 à 29.). (V.101. Renégats. 195. Montagnes. Sa richesse. (Voyez Esclave). Ouriach . Poisson. Rivière. etc. 3. Maroc. Nourriture. Nekour. 95. 65. 98. (V. 185. 189. 47. Tar'zouth. 171. Population du Maroc. Targist. 92. (Voyez Mlilîya). Môlouiya. T H Tafersith. Races. Sultans. 106. 58. 51. 157. (Voyez chaque tribu). 17. (miracles de) Santons. 89. G7 il 69. 98. 42. 175 et suivante. 69. 1?5. 19. INDEX GÉNÉRAL DE LA PREMIÈRE PARTIE M P 1 Pain. Natation. 49. Mejd'oab (dicton satirique de Sidi Ah'. 120. 125. chaque tribu). (V. . 129. Oran. 90. (Voyez chaque tribu). 10. 31. 87. 50. 81. 45. 156. Nemours. 53. 48. Mosquées. 148. Végétation.

de Kébdana.Témsaman.8r. 135. 172. Id. LE MAROC INCONNU Villages de Bek'kouya. 136. tes Beni-Mezdouye. des Beni-Bou Frah'. Volaille. '• 1895 . 137. Id. Id. 126. a_. 111. 140. Villages de Kzennaya. de Tar'zouth. des. des Beni-Bou-Yah'yi. 63.Beni-It't'eft. Id.. de Trifa. 117. (Voir chaque tribu). des Beni-Touzin. 192 à 195. 56.. 90. Id. Zenète. des Beni-Saîd. Id. Zaouiya. de Lemt'alça. Id. 164 à 167. 81. de Methioua. 112. ORAN Imprimerie FOUQUE & C% Imprimeurs-Édîte^ PLACE KLÉBER ET RUE -• ' THUILLIER. Id. 129. 176. 120. 86. des Beni-Gmil. 124. Zerk'elh. Id. Id. Id. 127. des Beni-Bou-Necer. Id. Id. des Beni-Z-uassen. Zaffarines (îles). ¥. 81 à 85. 54. Id. Id. 177. Id. Id. des Benî-Ouriar'el. 170. ces Beni-Seddath. 93. Id. 173. Znatia. de. v $ e. Id. de Galîya. Id. 167. 122. des Beni-Amreth. id. 101. deZerk'eth. 74. des Beni-Ouléchchèk.

~arec en est ~~c~ue ` ~t>4mvert>ecr arab~. iS85 .~ .).(7. :. ~b ~ï ~a' ~°erre est un ~?a:ar~ . ^hïuviwi'5 "I-) y.'' Imprimerie Typographique et lithographique FOUQUE *t Cie Placée Kîéber et nie ThuiUier. ORAN ".. 4.lf L.