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PALÉOGRAPHIE
DES

CLASSIQUES LATINS
I)

APRES LES PLUS BEAUX MANUSCRITS

DE LA BIBLIOTHÈQUE ROYALE DE PARIS.

PARtS.^IMPRIMEAlK PANCKOITKF..
Kiifr df). l'oitcviiis

n. ii.

PALÉOGRAPHIE
DES

D APHES LES PLUS BEAliX MAMSCRITS

DE LA BIBLIOTHÈQUE ROYALE DE PARIS

RECUEIL DE FAC-SIMILE
FIDÈLEMENT EXÉCUTÉS SUR LES ORIGINAUX

ET ACCOMPAGNÉS DE NOTICES HISTORIQUES ET

DESCRIPTIVES

PAR
SKCO>U
B1IP1.0VK
*i;

M. A.
DtPAhTRMK-VT

CHAMPOLLION
ItE-ï

ilA\rSCfllTS

1>E

EIBI.IOTH

AVEC UNE INTRODUCTION

M.

CHAMPOLLION-FIGEAC

PARIS
l^KNEST PAJNCKOUCRE, ÉDITEUR
Rue des Poitevins,
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n.
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14

prinripaux Librair*^
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Timiim

df l'Kironjf'T

1839

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10780H

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PALÉOGRAPHIE
DES

CLASSIQUES LATINS
n'AFHES IKS
fl.trs

BK.tVX lUMXVSCnrTS

DE LA BIBLIOTHÈQUE ROYALE DE PARIS

INTRODUCTION.
Il y a dans
l'histoire

de toute littérature deux

faits essentiels

qui sont à considérer
la

avant tout autre; savoir, l'origine
théorie systématique des signes au

et la constitution

de

la

langue, l'origine et

moyen
les

desquels elle est écrite.

A

l'égard des

langues ,

les

modes de recherche sont
ce qui

mêmes pour

toutes ;
,

il

n'y a qu'à re-

connaître l'ordre de composition et d'arrangement des mots
la loi

après avoir exposé
la

de leur formation

,

comprend

l'étymologie , la grammaire et

syn-

taxe.

Pour

l'écriture,

au contraire, ces moyens sont variés

comme

les
,

espèces diil

verses des signes successivement inventés par l'industrie

humaine

et

tombe

sous les sens que la théorie d'une écriture idéographique, ou figurative, ne peut
avoir les
bétique.

mêmes fondemens que
Pour
l'objet

celle

de l'écriture phonétique, c'est-à-dire alpha,

de notre recueil
:

nous n'aurons à nous occuper que de

l'alphabet de la langue latine

l'Europe n'écrivit pas assez tôt pour avoir une

écriture à inventer; l'Asie avait fait
.sation

pour

elle les

pénibles épreuves de la

civili-

progressive

;

l'Europe adopta donc

un système alphabétique

qui, depuis

bien des siècles avant ses premiers essais littéraires, était d'iin usage général dans
les

contrées d'où

il

lui fut transmis.

Il

en fut de

même

à l'égard des idiomes qui se partagèrent la possession de ce Lie

vaste partie de l'ancien

monde

;

les

peuples qui
;

les

parlèrent les premiers ne sonfaits

gèrent pas à s'enquérir de leur origine

l'examen critique des

ne peut être,

ij

INTRODUCTION.
,

pour une nation
son enfance,
et

que l'occupation de
idiomes de l'Europe
,

1

âge mûr. La critique philologique

,

dans

long-temps encore après, parce qu'elle
les

n'était pas assez instruite,

considéra tous
:

comme réciproquement
,

étrangers

les

uns

aux autres on osa cependant par des conjectures alors hardies signaler quelques affinités entre eux. A la faveur de ces rapprochemens, plus ou moins exacts ou spécieux,

on s'avança

même jusqu'à

classer ces idiomes par familles; enfin,
livres sacrés

au grand
de l'Inde

étonnement du monde des doctes, on exhuma des antiques

une langue dont l'accord
idiomes de l'Europe
,

singulier, dans tous les points importans, avec ces

mêmes

ouvrit une voie nouvelle à l'histoire des institutions hu-

maines, et nous révéla des origines dont l'authenticité ne fut pas long-temps
contestée.

Des hommes habiles dans

l'art

de l'investigation et de l'appréciation

des éléments les plus délicats de la certitude historique, s'attachèrent à l'étude de
ce

phénomène

littéraire, et
la

il

fut

reconnu par l'unanimité de leurs opinions, que
la

le sanskrit,

qui est

langue indienne
les

plus ancienne, a des rapports

nombreux,
les

intimes et certains avec

idiomes de l'Europe; que sa grammaire explique
:

flexions de leurs mots, et

que son vocabulaire reproduit leurs racines
ne nous
les

origines

vénérables

,

quoique

l'histoire écrite
la

explique pas

;

qui toutefois ne

laissent plus rien

au hasard dans

détermination de nos formes orales, et qui nous
,

montrent dans
ron quinze

la

descendance de nos idiomes
,

dans leur

filiation

mutuelle dans
,

leur état perfectionné
siècles

leur source
,

commune
et

déjà perfectionnée elle-même envisérie de siècles avait anté-

avant notre ère
les

dont une autre

rieurement marqué

phases diverses, depuis ses propres origines, primitives

sans doute, jusqu'à cette perfection qui fut son état secondaire.
C'est
les

donc

à cette antique

langue sacrée des brahmes, source
,

commune

de tous

idiomes du vaste empire de l'Inde

qu'on a heureusement rattaché l'origine

des langues anciennes de l'Europe, que le poids

du temps n'épargna pas, sou-

mises
verses

comme
,

elles le

furent à des variations qui ont déterminé leurs fortunes dila

et

ont assigné leur place dans l'arbre généalogique de
slave, à laquelle

famille thrace.

germanique ou

chacune

d'elles

appartenait.
et

Les Pélasges, industrieux aventuriers sur terre
les vestiges

sur mer, et dont on a reconnu
les îles

en Thessalie, en Epire, sur
de
l'Asie

le

continent et dans
,

de

la

Grèce,

sur

les côtes

Mineure

et sur celles d'Italie

transportèrent dans toutes
particuliers, et d'où

ces régions les

germes thraces des idiomes qui leur furent
la

sont sortis
l'osque

le

grec pour

population hellénique

,

l'étrusque

pour

les

Rhasiens

pour les Ausoniens

et toutes les

populations latines;

dont

le

rapprochement

et la

fusion ont produit

hommes de même race pour l'Italie le latin, que Rome
ses brutales

avait la secrète mission de

donner au monde entier en indemnité de

conquêtes.

,

INTRODUCTION.
fois leurs

iij

Ainsi se dévoile la cause des analogies originaires entre le grec et le latin; toute-

anomalies n'y trouvent pas une parfaite explication
, ,

,

et

pour n'en
le

faire

remarquer qu'une seule mais fondamentale nous rappellerons que
ploie à la fois le secours de l'article et de la désinence dans les
latin

grec
et

emle

noms,

que

ne connaît pas l'usage de

l'article.
l'est le

On

nous
:

dit aussi

que

le latin est

plus in?

dien dans sa substance que ne

grec

que penser sur de

telles

données

comment
faits

satisfaire
les

un

esprit à

bon

droit exigeant et avide de lumières sur des
?

dont

causes

demeurent
,

aussi incertaines...

Pourquoi

le

grec et
et

le

latin,

venus également de l'Inde n'en

seraient-ils pas sortis à

deux époques

de deux

régions différentes? pourquoi, enfin, cette explication serait-elle plus merveilleuse

que

l'origine

même

de ces deux riches idiomes

?

La

réalité de leurs rapports intimes avec la
:

langue sanskrite

est

aujourd'hui
,

une doctrine classique en Europe
cette réalité est exposée avec

nous trouvons dans un ouvrage récent
à la fois
la

oîi

une science
,

modeste

et

profonde

',

une phrase

composée en sanskrit
nous semble
étendue
:

et

en latin et dont
lieu, à l'égard

simple transcription interlinéaire
latin,

ici

pouvoir tenir

du

de toute démonstration plus

RAJAM
REGem,

RAJNIM

YlIVA

-

RAJAM

BHRATARN
FRATre^,

SVASARÇ-CA
SORORES-çue,

TAYATAM
TUEAT«r

REGIN«»), JTJVEnew REGIuot,

MAHA-DAIVAS.
MAG/?ttJ-DEUS.

Le rapprochement des
montrer leur
plus grand

syllabes radicales de ces

neuf mots

suffira

pour déle

identité, et cette identité, qui

ne saurait être fortuite, puisque

nombre

des mots des deux idiomes ainsi rapprochés donneraient des

résultats semblables,

démontre

à son tour la parenté originaire des

deux langues.

Les plus habiles critiques de l'antiquité latine ne portèrent pas au-delà du grec
les

recherches sur leurs origines
avec
:

,

et

il

était
la

de doctrine reçue parmi eux
le

,

que

c'était

le dialecte

des Eoliens que

langue latine avait

plus de rapports

évidens
logie

assez semblables

en

ceci

aux critiques modernes qui trouvent l'étymo-

dun mot

français dans l'italien, étymologie qui n'est, au vrai,

que

la

ressem-

blance inévitable entre deux mots provenant d'une souche
critiques, toutefois, généralisaient assez leur doctrine

commune. Ces anciens
usités chez les
,

pour ne pas considérer
Tosro-

comme

étrangers à la langue latine

les

mots particulièrement
:

cans, les Sabins et les Prénestins

même
ils

oinnia italica, disait Quintiiien
les

y;/-o

manis habeo

;

et

en

même

temps

distinguèrent avec soin

mots gaulois

'

Pnralhlr

(fr\

langues de VEurnpv rf dr l'indv

,

par

F.

G. Eiclihoff; Paris, Imprimerie Rovalc, 1830,

in-4*'.

, ,

jv

INTRODUCTION.
les

espagnols ou carthaginois qui s'étaient introduits dans leur langue. Mais cette

langue ne put échapper au destin de tous

idiomes ses contemporains et de
elle

ceux qui en dérivèrent

:

le

temps vint pour

il

y avait déjà un vieux
et ce progrès

langage, malheureusement parce qu'il y en avait

un nouveau,
et les plus

ne

pouvait être que ce qu'il fut

,

le

prélude de sa décadence.

Tel

est le sort réservé

aux créations des hommes,
la

malignes influences
:

ne cessèrent pas de menacer son orthographe
,

langue latine dès son herceau
judicieux critique déjà cité
,

non-seulement
soumise à un
fut

comme
,

le dit le

fut
il

usage variable, et changea souvent par conséquent, mais encore
reculé
,

ajoute-t-il

la

langue latine n'était écrite qu'avec un petit

un temps nombre de

lettres, qui

différaient de
,

forme

et

de valeur d'avec

celles
,

de son temps.

Comla

prend-on assez ce que dans une littérature quelconque
damentales
,

des modifications fon-

telles

que l'augmentation du nombre des
les variations

lettres

de l'alphabet,

mutation de leur forme,
bation
tels
,

dans l'orthographe, y apportent de pertur-

et

par combien de détrimens pour l'intelligence des origines ona chète de
la

perfectionnemens ? L'histoire de

langue latine serait, en ce point,

celle

de

tous les idiomes de l'Occident.
Pline et Tacite
'

disent que l'ancien alphabet latin était

le

même
,

que l'ancien
le

alphabet grec.

Il

fut introduit dans le
;

Latium par
,

les Pélasges

selon Pline et

grammairien Victorinus ^
toutefois,

par Evandre

selon l'opinion la plus

commune
,

,

qui

ne

tire

pas d'un plus grand assentiment une plus grande certitude.

L'histoire des origines italiques, telle

que des poètes

l'ont écrite

est

de sa.nature

trop dépendante de l'économie et de l'intérêt du poème.

On

dit aussi
les

qu'Enée

durant
ceux de

sa navigation
ses

vagabonde
la

,

orna de belles inscriptions
lui ravit
:

mausolées de

compagnons que
la

mort

Enée aurait donc certainement
beaux vers de Virgile pouvaient
et les Pélasges
,

porté en Italie
être de

connaissance de l'écriture,
;

si les

bons témoignages historiques mais Hercule

Evandre

et

Enée, malgré leur célébrité, n'ont pas encore obtenu, d'une critique peu sensible
à
l'éclat

des siècles héroïques
et

,

l'avantage de

descendre à l'humble condition

d'hommes
en

de personnages de

l'histoire.

Tout

ceci se réduit à savoir qu'il n'existe
l'écriture alphabétique

aucune donnée positive sur l'époque de l'introduction de
Italie.

A

ce sujet,

on devrait examiner

l'antiquité relative des
italiotes
,

monumens

écrits qui
l'état

nous sont parvenus des diverses nations

et

rechercher quel fut

de

leur culture intellectuelle avant l'influence grecque, et à diverses époques

du

pé-

riode circonscrit entre la chute de Troie et la naissance
Pi.iMis,

ou plutôt l'accroissement

'

lib.

MI,

c.

58; Tacitcs, .iniial.
latiiia: ./iictores

lib. \i, c.

14

-

PuTSCHivs, Cramm.

antiq., pag.

lOM.

,

INTRODUCTION.
de Rome. Sur ce second point,
les

v

conjectures ne

manquent

pas, mais des conjec-

tures seulement; sur le premier, et d'après l'opinion impartiale et éclairée des cri-

tiques
il

modernes qui

se

sont exercés sur les

faut croire qu'il n'existe aujourd'hui

monumens italiotes aucun monument écrit

de toute origine
de cette origine,

qui soit antérieur à cette époque de

Rome.
pri-

Les anciens grammairiens nous ont appris unanimement que l'alphabet
mitif des Latins fut composé de seize lettres seulement
';

on

sait

avec

la

même
se ser-

certitude que l'alphabet primitif des Grecs, semblable, nous a-t-on dit, à celui

des Latins, avait

le

même nombre

de lettres;

les

Gaulois et

les

Germains

vaient aussi des lettres de l'alphabet grec^; les inscriptions les plus anciennes qui

nous restent des Étrusques

et des autres

peuples de

la

même

famille ne
:

donnent

que

seize lettres primitives,

ou

à son simple,

pour leur alphabet

n'y aurait-il pas

à tirer,

du rapprochement de

ces faits archéologiques, l'idée d'un alphabet de seize

signes, qui dut être

commun,
s'y

dès la plus haute antiquité littéraire en Europe, à
la littérature

tous les peuples qui
et des arts
?

distinguèrent les premiers par la culture de

La considération de
L,

ces

mêmes

faits

nous porte à reconnaître
:

comme

signes
I,

primitifs de l'alphabet latin, les lettres indicatives des sons

A, B, C, D, E, F,

M, N, O,

P,

R,

S, T,

V;

et quelle

que

soit,

en ce point,

la diversité

d'opinion

des grammairiens anciens, cette série de signes, considérés
sa faveur l'assentiment

comme

primitifs, a en

de plusieurs de ces critiques,

et, ce

qui est de plus grande

autorité encore, celui des

monumens.

Dans

l'inscription des frères Arvales, l'un des plus anciens
la sacristie

monumens

latins
elle

(découverte, en 1778, en construisant
est conservée),

de Saint-Pierre de Rome, où

on ne trouve employées, en
lois

effet,

que

ces

mêmes

seize lettres.

Les fragmens des

royales attribuées à Servius Tullius, ceux des lois des
l'état

Douze-Tables, et l'inscription rostralc de Dvillius, dans
littéraires

ces

monumens

nous sont aujourd'hui connus, confirmeraient cette première donnée
primitif de Talphabet latin, et ne nous montreraient
lettres, sans l'adjonction

sur

l'état

non

plus que ces

seize

premières

de G, H, K, Q, X, Y, Z^; mais ces textes

précieux ne nous sont parvenus que par des copies plus ou moins altérées, peut-

'

Apud PiTSCH.;
C/ESAR,
fie

ViCTOBiN., pag. 3468, et Pnisc, pag. 4G2.
gallico, lib. vi, pag. 203, éd. Oberlin; Tacitis, de

'

Rclh

Mnribus Ccrm., pag. 43C, éd.

J.-I,ipsio.
le

'

Verriiis Flacciis suppose
île

que

le 'A fui

employé dans

le texte

des vers des prêtres saliens.

— Pomponius

jurisconsulte, clans

son trailé
la

Origine juris, attribue à Appius Centiinanus l'invention
:

du R; mais des

critiques pensent qu'il s'agit .seulement de
i.aiiikui)

forme de

celte lettre qui i-essemblail primitivement au I)

l'on

trouve, en effet, sur une médaille
lettre ;jus(|uc-là

pour I.AnI^oH»m.

C tenait
on

aussi lieu du

écrivait aussi

G, avant queSpurius Carvilius eût fait adopter cette dernière pacit et pacit pour paxit et faxit; enfin, avant l'usage du Z, il

était

on écrivait acna pour a<;.\a; remplacé par CS, CS, SS, ou bien I)
:

Medentii's pour >Iezentii'».

C

et Ç> se

trou\ent dans quelques copies anciennes des

lois

des Douze-Tables, et

le

-î'dans

l'in-

scription de Dvillius; mais ces copies ne sont encore (pie des copies sans auliienlicité suffisante.

vj

INTRODUCTION.
même
à force d'archaïsmes supposés, et l'identité nécessaire de ces copies avec

être
les

originaux ne nous semble pas assez garantie pour que nous puissions en tirer
la discussion présente.

quelque induction authentique et utile à
Il

nous faut donc, dans l'ordre d'ancienneté, descendre sans intermédiaire

jusqua'ux temps des Scipions, et consulter, dans leurs rapports avec notre sujet,
les

diverses parties
:

du tombeau de

cette race illustre.

Il

fut découvert

en l'année

on y trouva un certain nombre d'inscriptions latines, indiquant les noms des personnages déposés, pendant un intervalle de deux siècles, dans cette modeste sépulture; et la diversité des époques où ces inscriptions furent tracées dans ce
1780

même

tombeau, en

fait

un

véritable

musée de paléographie

et

de critique gram-

maticale pour l'histoire de

la littérature latine.

L'inscription de Scipio Barbatus est considérée

comme

le

plus ancien latin d'une

date certaine

:

ce Scipion fut consul en l'année ^298 avant l'ère chrétienne; les
I

deux premières lignes de notre planche n"
cette inscription;

reproduisent

la

forme des

lettres

de

on y trouve

les

deux

lettres

G

et

Q

déjà introduites dans l'écri-

ture romaine.

Lucius Scipio,

fils

de Barbatus, fut consul en l'année iSg, quarante ans après
(les n°* 3,

son père; trois lignes
reproduites sur notre

4 et 5), tirées de son inscription funéraire, sont

même

planche

de l'alphabet par l'usage de

la lettre

y remarque un nouvel accroissement H. Le X et le K se montrent dans quelques
F".

On

inscriptions postérieures, et l'on
l'Afrique et

comprend qu'à cette époque mémorable où l'Asie, l'Europe fournissaient, comme un tribut, de glorieux surnoms à la
demeurer en
arrière

race des Cornéliens, la langue latine ne pouvait pas grès de toutes les autres institutions nationales.

du pro-

Les lignes 6 et 7 de notre planche F" se lisent

:

Novios Plautios

med romaifecid
,

Dindia Macohiiafdea dédit; ces mots sont gravés sur un miroir mystique considéré

comme

antérieur à l'an 200 avant
les

l'ère

chrétienne.

Ces deux lignes d'écriture, et
réelle soit

cinq qui

les

précèdent, nous montrent
les

la

forme

de l'écriture romaine à ces diverses époques, et nous donnent
la

moyens,

de

comparer avec l'ancien alphabet grec
de mesurer
le

et les l'alphabets

de l'ancienne

Italie, soit

chemin

et le

temps que

la

première écriture romaine eut

a parcourir

pour parvenir, de

ces formes rustiques et sans proportions, à la belle

écriture

monumentale

des siècles d'Auguste et des Antonins; et nous ne pouvons

parler que de l'écriture

monumentale; car pour
,

ce qui est de l'écriture cursive,
reste

usuelle et générale dans l'Europe latine

il

ne nous en

malheureusement

aucun exemple de l'époque romaine.
Il

n'en est pas de

même

de l'orthographe de

la

langue latine;

les

monumens,

l)ar la

succession des époques, jettent

un puissant

intérêt sur l'étude de ses varia-

INTRODUCTION.
lions, et cette étude est, sans nul doute,

vij

une des plus

utiles et des plus fructueuses,

quand on veut remonter aux origines
Les nionumens authentiques sont
gation
:

véritables de toute littérature.

les

meilleurs guides dans cette

difficile investi-

consultons ceux qui nous restent de cette langue latine
la

si

nécessaire à la

connaissance et à

bonne pratique de
est tiré

la nôtre.

Le premier exemple en date
quaient
les divinités

du cantique des

frères Arvales, qui invo-

pour

la

conservation des fruits de la terre. Les premiers mots
fois répété;

sont une prière aux Lares et à Mars, et chaque ligne ou verset est trois
voici les

deux premiers

:

ENOSLASESIVVATE

NEVELVERVEMARMAESIINSINCVRREREINPLEORES.

Les philologues qui se sont exercés sur ce texte antique l'ont lu Enos lases juvate
:

neve luerue

Marmar sins
:

incurrere in pleores , équivalant à ces deux phrases latines

des temps postérieurs
incurrere in flores.

Nos Lares juvate,

neve luerhem (pour luem), Maniars , sines

Caton nous
analogue à

a

conservé une formule usitée dans
Arvales
:

les sacrifices

rustiques, fort

celle des

Mars pater, y

est-il dit, te precor.... uti tu....

intempe-

rias prohibessis....

heneque evenire sinas. Les frères Arvales terminaient leur cantriumphe, répété neuf
fois

tique par le

mot triumpe, pour

pendant leur chant

et

leurs danses.

Nous trouvons, dans un fragment des
orthographe
et

un nouvel exemple d'une d'un système grammatical moins étranges; on y lit:
lois royales,

SEI.

PARENTE3I.

PVER. VERBERIT.

,

AST.

OLOE.

PLORASIT.

,

PVER.

DIVEIS.

PAREINTV»!.

SACER. ESTO.

Les mots verberit, oloe, plorasit ou plorassit sont remarquables par leurs formes
insolites

dans

la belle latinité; verberit

pour verberet,

et l'on disait aussi

dans ce

même
ille;

temps, edim, edis,

edit,

au

lieu de

edam, edes , cdet;

oloe qui est

devenu

plorasit

pour

ploraverit. C'est la loi qui permettait
loi

d'immoler
est

comme une
certainement

victime l'enfant qui frappait ses parens; mais cette

ne nous

point parvenue dans sa pureté ou plutôt son irrégularité primitive.

Pour ne pas

citer d'autres textes d'une origine

également incertaine,

et qui

ne nous ont été conservés que par plusieurs générations de copies dont
puleuse fidélité ne saurait être garantie, nous revenons aux

la scru-

monumens

origiles

naux,

et

d'abord à l'inscription relative à
l'ère

la victoire

navale de Dvillius sur
sait

Carthaginois, vers l'an ci5o avant

chrétienne.

On

que

cette inscription

viij

INTRODUCTION.
encore au Capitole; mais
siècle
elle est

se voit

généralement considérée

comme ne
monuhors de
est

remontant pas au-delà du

de l'empereur Claude, époque où l'ancien

ment, détruit sans doute par
doute que cette circonstance,
à

le laps

de temps, dut être renouvelé.

Il

et tel est l'avis des meilleurs critiques,
si

contribua

corrompre (ou à améliorer,

l'on veut) l'inscription primitive, et
il

duire une orthographe plus régulière, plus analogique,
inutile à consulter

est vrai,

y fit intromais dès-lors

pour

l'historien

de

la

langue latine,

et

trompeuse

même

pour
tou-

ceux qui ne seraient pas avertis de cette substitution de texte.
tefois,

On remarquera
G,
et

dans celui qui nous

est

parvenu, l'exclusion de
s'y

la lettre
I;

et de l'aspiration

des consonnes; que la lettre

E

trouve employée pour
et

O

OV

pour

le

son U;
n'est

que

D

est ajouté

aux mots terminés par une voyelle,

qu'aucune consonne

redoublée.

XIMOSQVE. MACESTRATOS CASTERIS. EXFOCIVNT. ftlACEL PVCNANDOD. CEPET. ENQVE. EODEM. MACESTRATOD NAVEBOS. MARID. CVM. QVE. EIS. NAVEBOVS. CLASES. POENICAS. CONSOL. PRIMOS DICTATORED. OLORVM. OM COPIAS. CARTAGINIENSIS. PRAESENTED. CE TS. ALTOD. MARID. PVCN ARCEINTOM. CAPTOM. PRAEDA.
LECIOÎS

.

.

.

.

NVJIEI

Dans

ce texte

un peu

fruste, les critiques se sont accordés à lire

:

Legiones

maximusqae

magistratus.... castris effugiunt,

macellam pugnando

cepit,

enque

eodem magistrato prospère rem navihus mari consul primiis
navales primus ornavit ,

gessit;

classesque

cumque

eis

navihus classes punicas omîtes paratissimas
dictatore illorum, in alto

copias carthaginienses , prœsente
vicit ,

maximo

mari pugnando

naves cepit,

cum

sociis , etc.

Mais l'hypogée des Scipions nous fournira des documens d'une autorité plus
complète, et leur lecture attentive suffira pour en tirer toutes
utiles
les

conséquences

au sujet de cet

écrit.

Le sarcophage de Lucius Cornélius Scipio Barbatus,

bisaïeul de Scipion l'Asia-

tique et de Scipion l'Africain, est considéré par l'illustre Visconti
plus anciens

comme un
est
:

des

monumens

écrits d'origine

romaine. Ce sarcophage
la

en marbre
l'épitaphe,

blanc et classé parmi

les belles

productions de

sculpture antique

gravée en creux sur sa face antérieure, est ainsi conçue:
CORNELIVS. LVCIVS. SCIPIO. BARBATVS. GNAIVOD. PATRE. PROGNATVS. FORTIS. VIR. SAPIENS. QUE. — QVOIVS. FORMA. VIRTUTEI PARISVMA. = FVIT. — CONSOL. CENSOR. AIDILIS. QVEl. FVIT. APVD. VOS. — TAVRASIA. CISAVNA = SAMINIO. CEPIT. — SVRIGIT. OMNE. LOVCAINA. OPSIDESQVE. ABDOVCIT

'.

'

I.e

double

Irait

= indique le commeiicemenl des lignes

dans

l'original.

INTRODUCTION.
L'inscription funéraire de Lucius Scipio,
fils

jx

de Lucius Baibatus, est ainsi

conçue
HOKC. OINO. PL0IRV3IE. COSENTIOM. R DVOKORO. OPTVMO. FYISE. VTRO. LVCIOM. SCIPIOPSE. FILIOS. BARBATI. CO>SOL. CENSOR. AIDILIS. HIC. FVET. A HEC. CEPIT. CORSICA. ALERIAQVE VRBE. DEDET. TEMPESTATEBVS. AIDE. 3IERET0.

Selon l'orthographe des auteurs latins imprimés, on a lu ainsi ces
Hune unum plurimi consentiunt Romae Bonorum optimum fuisse virum Lucium Sc'ipionem. Filius Barbati
Consul censor
Hic
ccjjit

six lignes

:

aedilis

hic luit a

Corsicam Aleiiamque urbem

Dédit Tempcstatibus

œdcm

merito.

Un

sénatus-consuhe relatif aux Bacchanales, et qui nous est parvenu gravé sur
la

une table de bronze trouvée dans
Vienne,
est postérieur

Calabre et déposée au Musée impérial de
lire.

d'environ soixante ans à l'inscription qu'on vient de

Ce

sénatus-consulte, mentionné par Tite-Live, et qui est de l'an 568 de
quatre-vingt-six ans avant l'ère chrétienne, est fort étendu, et
il

Rome,

cent

suffira à

notre

plan d'en rapporter

ici les

premières lignes

:

MARCIVS. L. F. s. POSTVMILS. L. F. COS. SENATVM. QONSOLVERVIS'T. OCTOB. APVD. AEDEM. DVELONAI. SC. ARF. M. CLAVDI. M. F. L. YALERI. P. F. Q. MI>VCI. C. F. DE BACANALIBVS. QYEI. FOIDERATEI. ESENT. ITA. EXDEICEKDVM. CENSVERE. NEIQVIS. EORVM. S[/J]ACAiNAL. HABVISE. VELET. SEI. QVES. ESEM. QVEI. SIBEI. DEICERENT. NECESVS. ESE. BACANAL. HABERE. EEIS. VTEI. AD. PR. VRBANVM. ROJIAM. VENIRENT. DEQVE. EEIS. REBVS. VBEI. EORVM. VTR AlVERDA]. AVDITA. ESENT, etc.
N.

Ce

texte est terminé par ces dispositions

:

ATQVE. VTEI. HOCE. I>'. TABOLAM. AHENAM. INCEIDERETIS. ITA. SENATVS. AIQVOM. CENSVIT. VTEIQVE. EAM. FIGIER. lOVBEATIS. VBEI. FACILVMED. GNOSCIER. POTISIT. ATQVE. VTEI. EA. BACANALIA. SEI. QVA. SVNT. EXSTRAD. QVAM. Sf:i. QVID. IBEI. SACRI. EST. ITA. VTEI. SVPRAD. SCRIPTVM. EST FACIATIS. VTEI. DISMOTA. SIEIST

On
iif.

lit

dans

le

même
mots

texte

:

oinvorsei. virei, pour unlversi viri;

in.

dqvoltod....

POPLicoD, pour in
et des

occulto....

inpublico; de. senatvos. sententiad, ])Our de senatus

sentenda;

écrits et

arrangés en composition

comme

le

sont ceux de

l'inscription primitive, révèlent

suffisamment

l'état réel

d'une langue et dénoncent
X

X

INTRODUCTION.
les

hautement

métamorphoses nombreuses qu'on
différente.
est

lui a fait subir

pour l'amener

à

une phraséologie notablement
L'examen de
ces textes,

dont l'exactitude
,

monumentalement démontrée,

doit fournir à la critique littéraire

dans

l'intérêt

même

de

l'objet

que nous nous

proposons

,

une
la

foule de

remarques précieuses pour

l'histoire des variations sur;

venues dans

constitution grammaticale de la langue latine
ici

et ces

remarques ne

perdraient rien

de leur autorité quand
,

même

il

serait vrai que,

dans quelques-

uns de CCS

monumcns

on

aurait affecté d'employer certaines formes de langage

qui ne furent réellement en usage que dans des temps antérieurs à l'époque
oîi ces

même

monumens ont
pour nous des

été érigés

-.il

nous

suffit

que

ces formes plus anciennes, ces

archaïsmes aient été réellement employés à une époque quelconque, pour qu'ils
soient
faits

de grande considération. Le lecteur ne peut manquer

de

les

apprécier sous leurs faces diverses ; et sans l'astreindre à
le sujet

un minutieux

exa-

men, dont nous trouverions
lettres

dans

les substitutions

réciproques de quelques
,

consonnes dans
,

le

fréquent emploi des diphthongues

l'irrégulière variété

des désinences, l'absence de certaines règles considérées
la

comme
tel

impératives dans

syntaxe des genres, des nombres, des cas, des temps, des modes, des personnes,
les résultats

nous l'engagerons seulement, pour que

d'un

examen
la

le

frappent

tout d'abord, à comparer attentivement les textes antiques avec
qu'il

transcription

en peut

faire
,

en

latin classique,

en

latin écrit selon les règles finales imposées
les

à cette langue

et

que ne connurent pas

rédacteurs des textes écrits sur ces

monumens.

A

l'époque
,

du dernier que nous avons
était déjà à
était

cité

,

le

sénatus-consulte sur les Bacchala

nales

Ennius

Rome,

:

Plante avait donné au public

plupart de ses

comédies et Térence
se rattachent

c'est le

temps où
,

les

ouvrages des écrivains connus

au texte des

monumens

et les

uns

et les autres

forment

,

par leur
le

liaison, la série

non interrompue
siècle, les

des productions de la langue latine depuis
:

troisième siècle avant l'ère chrétienne jusqu'à nos jours

et

nous ne remontons

pas au-delà de ce troisième
les vers saliens
la

vers fescennins chantés au temps de la moisson,

ou axamenta des
,

prêtres. de

Mars,

les

drames nommés Atellanes,
,

fable de

Menenius Agrippa

comme

les livres

de

Numa

les

commentaires des

pontifes, les livres des magistrats, les livres écrits sur de la toile, et les recueils de
lois, n'étant,

pour notre objet actuel, que des traditions qui ne peuvent pas troufaits

ver place dans une série de
11

avérés et authentiques.
les

nous semble hors de doute que

ouvrages des premiers écrivains

latins,

d'Andronicus, Névius, Ennius, Pacuvius, Attius, Plante, Lucilius, Fabius Pictor,

ceux des Caton, de Cornélius Cethegus, de Licinius Crassus et des autres jurisconsultes qui se distinguèrent avant lui;

que

les livres

des liUeratl et ceux des Uttcra-

,

INTRODUCTION.
tores, des savans et des

xj

grammairiens, furent

écrits avec

une orthographe conforme

à celle des
les

monumens

publics dont nous venons de citer le texte. Les sénateurs,

chevaUers,

les affranchis
le

qui leur appartenaient, auraient-ils écrit leurs ou?

vrages autrement que
tous les quartiers de

sénat n'écrivait ses propres actes
,

Ces actes affichés dans
les

Rome

et ces

ouvrages destinés à tous
intelligibles à tous
?

hommes

instruits

ne devaient-ils pas être également

De

cette antique

orthographe

,

il

ne reste presque aucune trace évidente dans

le

texte de ceux des ouvrages de cette

époque qui sont parvenus jusqu'à nous. La
et adoucit les

Grèce conquise humanisa
tium;
la

l'épée

romaine

mœurs

agrestes

du Lases pri-

langue latine

se perfectionna

en s'éloignant de plus en plus de

mitives habitudes.
classes;

Le progrès de
nul dans
les

ces

changemens

fut sensible

dans

les

hautes

mais

il

fut

autres, et

du temps de Plaute on

distingviait déjà,

à

Rome même,

la lingiia nohilis

de

la

lingua pleheia , la langue des personnes bien
aussi langue urbaine et langue rustique.

élevées et la langue

du peuple, appelées
;

Toutefois ne méprisons pas celle-ci
])eut faire
se

elle

aura eu d'assez hautes destinées

,

si

l'on

remonter jusqu'à son berceau, tout plébéien,
les

l'origine des idiomes qui

partagent aujourd'hui

contrées principales de l'ancienne Europe latine.
le

L'usage de cet idiome rustique fut universel dans

monde romain
le

,

et

il

y a tou-

jours eu des chances de durée pour les idées et les pratiques réellement populaires;
à
le

Rome

d'ailleurs, et

bien plus que dans nos sociétés modernes,

beau monde

et

beau langage étaient une immense exception.
L'art de l'imprimerie fut

inconnu aux anciens; on ne multipliait donc les exem,

plaires des

bons ouvrages que par des copies manuscrites

et

comme

les copistes
,

s'empressaient d'introduire dans les anciens textes l'orthographe nouvelle
textes ont

ces

dû nous parvenir, de copie en copie

,

dans un état qui ne révèle que
s'ils

trop l'active industrie de ces libraires de l'antiquité; et

transcrivirent, du
la

temps de l'Empire,
punique
:

les

premiers vers du poëme de Névius sur

première guerre

Quel

terrai Laliai ion Latiei)

hemones

tiiseruiit

Vires frudesque Poiiiicas fabor,

ils

ne

se firent faute d'écrire

:

Qui

terrae Latiae
il

homines tuderint (ou frcgerint)

Vires fraudesquc Punicas fabor ; et

en fut de

même

des ouvrages de Fabius
,

Pictor, d'Ennius et de tous leurs contemporains. Plus tard encore

les écrits des

poètes et des prosateurs de l'Emjnre furent soumis à des épreuves analogues, et

dans

l'état

actuel des plus anciennes copies de tous ces ouvrages latins ,

il

n'y a

plus de différences sensibles entre l'orthographe des écrits de Caton et celle des

ouvrages de saint Jérôme.

xij

INTRODUCTION.
On peut donc considérer
à

peu près tous
la

les textes latins

qui nous sont parvenus
siècle

par

les

manuscrits
,

,

comme

arrangés à

mode

latine

du quatrième

de

l'ère

chrétienne

et

il

en

est résulté d'assez singulières choses.
c'est

C'est ce latin
latin

qu'on enseigne dans nos établissemens académiques;
les

sur ce

qu'ont été rédigés

grammaires

et les dictionnaires

qui servent à l'étude de
les

cette langue. Les

grammairiens des

siècles

précédens, on ne

comprend

pas

toujours complètement, et l'on est forcé de reconnaître qu'ils s'exercent parfois sur
des mots
est-il

ou sur des locutions

insolites

dans notre latin

'.

Quintilien lui-même nous

toujours intelligible en tous les détails techniques renfermés dans ses pré-

ceptes et ses exemples relatifs à la

grammaire aux
,

qualités et aux vices

du

discours,

à l'influence, sur les langues, de la raison,

du temps, de

l'autorité et de l'usage,
l'effet

enfin à l'orthographe, qu'il définit îxcte scribeiidi scieiitia? Et serait-ce

d'une illusion réellement monstrueuse, que d'éprouver
avec son latin autographe
, ,

la crainte

que Cicéron,
,

avec ses talens et son génie
?

,

n'obtint peut-être

dans

nos écoles que des prix de sagesse ou de vertu

Ce qui

est

absolument vrai

,

c'est qu'il est

né de cette édition universelle des
siècle,

classiques latins,
latin qui
,

uniformément arrangés au quatrième
d'être la règle
,

une autre

sorte de
:

au lieu

est considéré

au contraire
les

comme l'exception
ils

c'est le latin

lapidaire

ou des monumens.
au funeste

On

ne

a pas refaits,

conservent
siècle
:

donc aux mots l'orthographe, l'acception, l'arrangement selon leur propre
la terre les a soustraits jusqu'ici

zèle des libraires et des

grammairiens
s'est

postérieurs aux beaux siècles de l'Empire, et le latin de ces siècles
fidèle à

conservé

lui-même sur

ces

monumens. Ce

latin

étonne quelquefois nos huma-

nistes; l'interprétation

du

latin selon les inscriptions

romaines

est,

en

effet,

une

science à part de la science des humanités latines selon les auteurs. Faut-il donc
d'autre preuve des

métamorphoses que

le texte

de ces auteurs a subies, et de ce
mutilations, a
fait

travail effroyable qui, à la condition

des

mêmes

du

même
s'est

temps

et

du

même

pays, par l'unité de leur langage, tous les auteurs des bons et

des mauvais siècles de la littérature romaine? Oserait-on assurer que ceci
passé sans

dommage pour

l'esprit, la

pensée et

le style

de ces écrivains? Varron

indiquait en ces termes les deux causes principales des variations déjà survenues

de son temps dans la langue latine
iuterpolata;... et

:

«Multa verba

littereis

commutateis sunt
»

multa verba aliud nunc ostendunt, aliud ante significabant.

J'ai sous les yeux des fragmens d'un manuscrit du neuvième siècle, en écriture cursive saxonne, restes de l'ouvrage d'un grammairien, que je n'ai reconnu ni dans les autres manuscrits, ni dans les textes imprimes. Ces fragmens contiennent plusieurs nomenclatures, et l'on trouve dans l'une d'elles les mots canax comme dérivé decaneo, redcla de redeo, tttmax de tumeo, colicula de colo, cuhina de cubo, etc. La comparaison des textes classiques des divers siècles nous foui'nirait aussi
'

une longue
copistes.

liste

de mots tombant en désuétude d'époque en époque, et rien ne nous a préservés en ce point de

la

science des

INTRODUCTION.
Tel
est d'ailleurs le sort réservé à toute littérature, et

xiij

n'avons-nous pas dans

la

nôtre deux ou trois textes anciens, mais inégalement anciens, de notre Joinville?

Sous nos yeux n arrange-t-oii pas
peut-être
il

le style

de Froissard, de Racine
!

le style

de Molière? Bientôt

faudra aussi arranger

le style

Homère
nous
les a

avait écrit ses ouvrages avec l'alphabet de vingt lettres seulement

:

on

transmis, au détriment manifeste de l'antiquité littéraire
et

,

dans un syssiècle

tème orthographique inconnu au poète
de Thucydide; et sans
le

aux

siècles postérieurs,

au

même

témoignage de quelques rares monumens, nous ignore-

rions les formes de la langue ancienne des Grecs, qui est
nôtre.

une des mères delà

A Rome on

inscrivait ces paroles

en l'honneur d'un Scipion

:

HONG OIKO PLOIRVME COSENTIVNT DVOIVORO R OPTVMO FVISE VIRO LVCIOM SCIPIONE DEBET TEMPESTATEBVS AIDE MERETO.

Si cette

phrase

s'était

trouvée dans

manuscrits nous l'auraient
tiunt

un auteur contemporain des Scipions, les transmise en ces termes Hune unum. pliuiini consen;

bonorum ( Romœ ), optimum fuisse virum Lueium Seipionem

dédit tem-

pestatihus

œdem merito ; et sans le soi-disant latin lapidaire, sans le témoignage des monumens, nous serions tenus de croire que les Scipions parlaient et orthographiaient le latin comme Lampride et Vopiscus, comme Alcuin et Abélard, comme Erasme et les orateurs latinisans qui usent encore de cette langue.
Notre admirable Joinville avait
«

écrit cette phrase,

en l'année

i

Sog

:

Il (le

roy)
,

me demanda
et je
li

Se je vouloie estre
;

honorez en ce

siècle et avoir para-

dis à la
faistes

mort

diz oyl

et

il

me

dit

:

doncques vous gardez que vous ne

ne ne

dites à vostre escient nulle riens
:

que

se tout le
»

monde

le savoit,

que

vous ne peussiez congnoistre

je ai ce fait

,

je ai ce dit.

Et

les

translatateurs selon la nouvelle orthographe et le beau langaige
siècle
,

du

quinzième

lui

ont

fait

dire

:

« Il

me demanda une

foiz

si

je

voulois estre

onnouré en

ce

monde
. . .

présent et en la fin de rnoy avoir paradis. Auquel je res,

pondy que ouy.
goigne de dire
jour sous
la

Adonc me
ce fait,

dit-il

,

gardez-vous doncques bien que vous ne

facezne diezaulcune vilaine chose à vostre escient
:

que vous n'ayez onte

et ver-

j'ai

ou

j'ai

ce dit;

»

et ces infidélités se multiplient

chaque

plume ignorante ou paresseuse des récens
mainmises sur

éditeurs

Condamnons
les

hautement

l'usage de ces hardies
si

les textes

de ces langues dont

antiquités sont

nécessaires dans la perquisition des origines de la nôtre.

Qui

tenterait de reconnaître les effets variés d'une telle révolution sur l'état
,

des textes latins qui l'ont subie

s'imposerait

une tâche

à la fois

difficile

et affli-

,

xiv

INTRODUCTION.
;

géante

voyez dans l'Histoire de l'adolescence de
,

la
;

langue latine

'

ce qu'elle était

avant Cicéron
tilien,
il

et dès-lors ce qu'elle

ne fut plus

écoutez attentivement Quin-

vous dira de quelles
,

vétilles (ineptiœ) l'orthographe

de son temps
la

s'était

déjà débarrassée

parce que l'orthograplie aussi est soumise à

mode

,

et

que

pour

cela elle est souvent

changée

^
;

il

vous dira aussi qu'on écrivait dans un

temps Valesius, Fusius, arbos,

lahos, clamos, S étant

employée pour R; Alexanter

Cassantra, Hecoba, notrix, Culchides, Pulixena, dederont, probaveront, Meiierva
lehcr, magester,

œdos, ircos, Graccîs
c'est

,

triumpis

,

et

par

un
il

autre caprice choronœ,
les

chenturiones ; enfin, que

mal-à-propos que l'H a été conservé dans

mots

vehementer , compreheiidere , mihi ; que de son temps
qui s'obstinaient à dire «if<^/mje
sait plus alors calefecere
, ^

y avait encore des gens

scivisse, tribiinale, faciliter,
;

mais qu'on ne

di-

conservavisse

que

d'ailleurs
si

on ne

savait pas encore

comment on
senatui
,

devait décliner le
^

mot
,

senatus, et

l'on devait dire senatus, senatâs,

ou bien senatus
,

s enati

senato ;
et

si

le

milieu du jour devait s'appeler
,

meridies

ou medidies

;

que Virgile

Cicéron écrivaient caussœ

divissiones
/i<?/7^

cassas, et
ce

un peu avant eux

j'usi ])Our j'ussi ;

que

les

anciens disaient

([ue

mot

se trouvait

dans des lettres qu'Auguste avait corrigées de sa main mais
,

que hère

avait prévalu ;

que Caton
sibe
,

écrivait
,

dicem , faciem , pour dicam , faciam ;

que Tite-Live préférait

quase

à sihi , quasi ; qu'il fjdlait s'abstenir soigneuet

sement de certains mots, quoique employés par Caton, Pollion, Messala,Célius
Calvus; qu'on entendait encore journellement, au Cirque et au théâtre,
le

public

pousser des exclamations barbares

:

et Quintilien tirait

de tous ces

faits, et

de leur

rapprochement, cette conclusion importante, qu'autre chose
autre chose parler grammaticalement,

était parler latin, et
loqiii.

a/^W

ej'je /fl/m^_,

aliud grammatice

Nos idiomes modernes prouvent que
riens.

c'est le latin

qui a survécu aux grammai-

C'est

donc après avoir subi

cette

longue série de vicissitudes séculaires, que
de
la littérature latine.
,

nous sont parvenus

les écrivains classiques

La

critique
elle les

corrective n'oublie pas les funestes effets de tels perfectionnemens

quand

considère
le

comme la

cause de tant de monstrueuses variantes; elle y découvre parfois
;

moyen

de rendre à ces textes vénérés leur pureté primitive et
elle

si

elle

y cherche
la

avec intelligence,

y retrouve aussi

les

causes

purement orthographiques de

plupart des exceptions à nos règles

officielles

de

la

prosodie latine, exceptions ima-

ginaires en présence de l'ancienne orthographe, qui n'y fait reconnaître, en effet,

que

ces règles

mêmes dans
,

la

plénitude de leur autorité.

'

Fki.nxk.
"

\crum orthographia quoque

consiielutHni servit, ideoque sîcpe miitata est.

»

{Institutionis orat. lib. i, c. 7.)

,

INTRODUCTION.
Mais pourquoi de
tels

xv

soins sont-ils devenus nécessaires

pour

l'intelligence de

tant de rares et nobles productions de l'esprit

humain ?

C'est bien ici

que

la lettre
,

tue et que l'esprit vivifie
ce nous

:

l'histoire

de l'alphabet d'un peuple devrait donc être
l'histoire

semble

,

le

premier chapitre de

générale de sa littérature et

le

premier objet de son étude.

En

comjjarant

les

exemples n"
,

i*^^"",

et n"

i*"^

his qui est
(

une

ligne

du

sénatus-

consulte relatif aux Bacchanales
quelles variétés de
six siècles qui

avec l'exemple n" i
les signes

planche 1™ ), on voit par
les

forme avaient passé
le

de l'alphabet latin, durant
,

séparent

temps de

l'inscription de Scipio Barbatus

du temps ou

fut écrit l'évanfféliaire d'où est tiré le
l'écriture

modèle
,

n" 2.

On

rcconnait dans ce modèle

romaine

,

majuscule rustique

qui avait succédé aux belles formes des
des siècles d'Auguste et des Antonins
,

lettres des inscriptions

dont

les

monumens
,

furent décorés. Cet évangéliaire
lettres d'or
,

n" 2

,

entièrement écrit sur vélin pourpre en
,

et

qui se voit à

la

Bibliothèque royale de Paris
l'ère

est attribué

,

par

le

savant Mabillon, au quatrième siècle de

chrétienne.
il

L'exemple n" 3 nous
est tiré d'une charte sur

fait

connaître l'écriture cursive du cinquième siècle;
l'an

papyrus d'Egypte, de
,

444? appartenant au Vatican.
traits

Cette écriture cursive

diversement modifiée dans quelques
sa

principaux
dis-

mais sans aucun changement notable dans
tincte
,

physionomie,

et

qui est peu

très-liée

,

très-compliquée , continua d'être en usage dans
les

les chancelleries

d'Italie

pendant

sixième, septième et huitième siècles, et jusqu'à l'époque ou
fut

l'écriture dite

lombarde

généralement adoptée par
le

les notaires

du

saint-siège.
,

Les chartes sur papyrus, connues sous

nom

de chartes de

liaveiiiies

qui

sont de l'année 55^ environ, et la charte de Tournus, de l'an 876, également

sur papyrus, sont aussi de beaux modèles de l'antique écriture cursive et de
ture lombarde
.j'ai

l'écri-

publié en 20 feuilles

les,

fac-similé de ces divers

monumens

paléographiques.

Le numéro suivant
lettres

(

4 ^^

la

planche 1™
;

)

est

majuscules du cinquième siècle
:

il

est

un modèle de calligraphie en tiré du psautier qu'on dit avoir aj),

partenu à saint Germain

volume

in-40, sur vélin

pourpre, écrit en

lettres d'or et

d'argent et appartenant à la Bibliothèque royale.

Notre planche
siècles.

11

renferme
est

trois

exemples d'écritures des sixième et septième
,

L'exemple n" 5

en

lettres cursives gallicanes

tirées

du précieux manuecclésiastique

scrit

de saint Avit, sur papyrus, ouvrage célèbre dans
les

la littérature

et

parmi

monumens
modèle

jKiléographiques.

Le manuscrit de
a fourni le

saint Cyprien, sur vélin,

en

lettres onciales et à

deux colonnes,
,

d'écriture n°

6

,

attribuée au septième siècle de notre ère

et

exécuté très-vraisemblablement en

Italie.

xvj

INTRODUCTION.
de l'exemple suivant
,

L écriture

le

n" 7

,

est
la

également du

même

siècle

;

mais

elle est particulière

aux contrées du nord de

France

;

elle est

appelée cursive

mérovingienne
Tours.
II

,

et l'exemple est tiré d'un
la

magnifique manuscrit de Grégoire de
le saint

appartient à

Bibliothèque royale, ainsi que

Cyprien

et le saint

Avit mentionnés dans

les

deux

articles précédens.
les

Les exemples reproduits sur
modèles,
et le lecteur

planches suivantes continueront
le

la série

de ces

pourra, par

rapprochement de
la

ces Jac-simile , se faire

une idée générale des principaux élémens de
retrace

paléographie latine. Cet écrit en

sommairement

l'histoire.

J.

J.

c. F.

PREMIERS MONUMENS
DE LA PALÉOGRAPHIE LATINE

K"^

1

et

1

his

ir SIÈCLE

N° 2

y'

SIÈCLE

N° 3


'i

d'or, Évangéliairc de St Geiniain, sur vclin pourpre, en lettres Bil)lioth. rovalc de Paris, n" CC3.

Cliarte sur papyrus d'Egypte, de l'an 44
à la Collcetion

,

appartenant

du

Vatiran.

\"

SIECLE

N° 4

d'argent. Psautier de St Gcrniaiii, sur ^élin pourpre, en lettres d'or et Kiblioth. rovalc de Paris, n" f.ni.

PLANCHE

I.

LECTURE DES TEXTES

Cornélius, lucius. scipio. barbatus. enavod
pâtre, prognatus. fortis. vir sapiensque

honc oino. ploirume cosentiont. duonoro. optumo. fuise. viro
luciom. seipione.
filios

r

barbati
fecid

novios

plaiitios.

med romai
filea.

dindia. macolnia

dédit

N" i

bis.

Homines. plous.

v.

oinvorsei. virei. atque. muliere

N" 2.

Et quicumque non receperit vos neque audierit

sermones vestros. exeuntes foras de domo vel
vitate. excutite

ci

pulverem de pedibus

vestris.

Amen dico vobis. toleraribilius erit terrae sodo morum et comorra eorum in die iudicii. quani illi
civitati.

Ne
....r

in

exemplo disciplinae ultioni prosterna.... pro nostris commodis egerit ex lectione....
opto bene valeatis

....esse scribitis

N" 4.

maseorum
ei alat

eos in famé

anima nostra patiens

-p-

HONC

OVO^O^O orTVA\O.FViSEVlR0

OI/VO ruOlf? V^£- CO'iE/^JTlON T R

WCiO/^ ÎCiPtONEFlUoS 0ARQATI

HoMlN^f<'0VJV

OInVoRSE:! VlRCl-ATQVE MVAIE1

VirAIt£vcMniîîg^ERmt)EPEDt0qSVHSIRIS-

M0RyHHCOM0RKX£OîqMlîfPlEll|DICll'Q9AMUU

roAseoRuoD
AlSJirOAMOSTRAPATTeiNJS

Vr SIÈCLE

Supplément

N" 5


rôvale de Paris.

Manuscrit de St Avit, sur papyrus.
latin, n° 068.

— Ribliotli.

Yir SIÈCLE

N" 6

Vn

SIÈCLE
]\"

Manuscrit de St Cyprien, in-4'', sur véliii, lettres onciales, n" 712 (lu Suppl. lat. fol. 32 verso du mss.
,

Manuscrit de Grégoire de Tours, n° 132.— Notre-Dame. Écritnrc mérovingienne.

PLANCHE

II.

LECTURE DES TEXTES

mar '.... statuerani dilictissinii et quantum arbi.... centibus dico silentium quod nuper egressus.
Dicta in basilica scte

!N"

(3.

Cumnioneat dms

'

et di

certamen animus ante
prestruitur

oat vos estis sal ter

quando

se

rae cumq. esse nos iu

adversari eis confite
tur plus timendus est
et

beat ad innocentiani
simplices
ei tamen....

cavendus inimicus

N" 7.

De De De

captivitate in babyllonia

navitate xpi
diversis

^

gentium regnis
sit

Quo tempore lugdunus
De muneribus
infantum

condita

inagoruni et neceni

j.

utc

mar.-' /}our Sanctit

.Mariât'.

-—

a.

iIuu^Hwir

Domiu

3.

X|M pour Clirtjti

W;

#

.r'".'!

^'ÇMC^f(3^^

f^^r
^V'6'

CummONexTôrnserôi
CATu o s esTi s s Aireic RAecum<)•e5se^ïosw BeATxô Ifi N O Cef4T Anr»
I

cera AmeN AN od i iSA.fj.Te fResT RU T uK^ii A.;wôose
i
f

iUKFUisnry)e>rôus€5T
ercAue;^Ôvi5i>;)oiïcifs

simpLiceseiiAmeM

'7

Ylir SIÈCLE

Manvscbit,
11°

5730, Bibliotli- royale de Paris.

TITE-LIVE
MANUSCRIT DU VIIF SIÈCLE.

1

iTE-LivE (Titus Livius), né à Padoue, l'an de

Rome 695
776
(la

(Sg ans avant Jésus-

Christ)
l'ère

mort dans

la

même

ville, l'an

de

Rome

dix-septième année de

vulgaire) et la quatrième année

du règne de Tibère.
composée de cent quarante-deux
livres,

\1 Histoire et

romaine de Tite-Live

était

embrassait les sept cent quarante-quatre premières années de l'histoire de

Rome.
le

Quelques passages de ce grand ouvrage semblent indiquer que l'auteur mit à

composer tout
Drusus
,

le

temps qui s'écoula depuis

la bataille
il

d'Actium jusqu'à

la

mort de

c'est-à-dire

environ vingt ans. Mais

livrait

au public de temps à autre

quelques parties

isolées.
;

La

division de cette Histoire en décades ne doit pas être

attribuée à Tite-Live

elle est

probablement l'œuvre des copistes

,

qui ne repro-

duisirent cet ouvrage que par portions de dix livres, ce qui contribua à la perte

d'un grand

nombre

d'entre eux.
il

En

effet, des

cent quarante-deux livres composés

par notre historien ,
,

ne nous en
ils

est

parvenu que trente-cinq. Quelques-uns sont

encore incomplets et
doit

ne nous ont pas été tous rendus en
les

même

temps.

On

en

deux

livres à Ulric

Huttin, qui

découvrit et

les

publia en i5i8. La biblio-

thèque de Mayence fournit une partie du livre troisième, du livre trentième et
ce qui manquait alors
les

du

livre

quarantième; Simon Grynéus retrouva, en i53i,

cinq derniers livres dans l'abbaye de Saint-Gall,en Suisse, et les fit imprimer. La

première partie du livre troisième et le commencement du trentième furent reconnus

,

9.4

MANUSCRIT DE TITE-LIVE.
livre quatre-vingt-onzième est

dans la bibliothèque deBamberg, par les soins du jésuite Horrion. Enfin un fragment

du
le

dû au

zèle

de P. D. Brunis et Grovenazzi
palimpseste de
la

,

qui

recouvrèrent, en 1772, dans

un manuscrit

bibliothèque du

Vatican. Cette découverte sur Tite-Live fut la dernière, et, malgré la patience
et les. soins éclairés des savans
sible ce qui

de notre temps, pour compléter autant que pos,

manque de

\ Histoire romaine de Tite-Live

l'on

en

est

encore à re-

gretter la partie la plus intéressante et la plus considérable de ce chef-d'œuvre
historique.

On

peut, toutefois, rattacher quelques espérances aux travaux qui
,

s'exécutent simultanément dans plusieurs villes de l'Europe

sur

les

manuscrits
,

palimpsestes,

comme on

le

ftiit

à Paris sur ceux de la Bibliothèque royale

grâce aux procédés chimiques d'un artiste français, M. Simonin, l'on pourra
bientôt savoir ce que contiennent ces anciens écrits dont nous ont privés les religieux des huitième
,

neuvième

et

dixième

siècles

,

qui

les

couvrirent très-souvent
est

de longs et fastidieux textes mystiques. Le procédé chimique de M. Simonin
d'autant plus précieux
altérer
,

qu'il fait revivre la

première écriture du manuscrit sans

en rien

la

seconde.
la

Quant aux espérances fondées sur des recherches dans
rail, à

bibliothèque du sé-

Constantinople

,

il

est aujourd'hui constant qu'elle

ne renferme que des
grecs

manuscrits orientaux,

et

que

le

petit

nombre de manuscrits

ou

latins

échappés à
extraits et

la

destruction ordonnée par le zèle religieux des sultans en ont été

vendus en 1687'. Quelques-uns de ces derniers furent alors achetés
roi de

pour

le

compte du

France
la

,

et sont

maintenant à
la

la

Bibliothèque royale.

Aujourd'hui que l'étude de
velle

Paléographie de

diplomatique reprend une nou-

vigueur

,

espérons encore qu'un examen approfondi des manuscrits des

différentes bibliothèques pourra peut-être fournir quelques découvertes
velles.

nou-

Tite-Live composa son Histoire romaine sur de

nombreux documens enfermés
du

dans

les

archives de

Rome,

et

il

en dut

la

communication à l'empereur Auguste,

dont l'estime
jeune Claude.

et la protection lui
Il

valurent, dit-on, d'être chargé de l'éducation

consulta tous les nionumens tant publics que particuliers , et les
l'histoire

ouvrages qui avaient, avant lui, traité de quelque partie de

romaine.
écrivain

Ainsi son vingtième livre est entièrement pris dans Polybe , et ce

même

grec lui a été d'un grand secours pour les livres suivans. Peu d'historiens ont tracé
les

annales d'un peuple d'une manière aussi brillante. Le style de Tite-Live est
Il

toujours varié et soutenu, simple, élégant et orné sans affectation.

devient
dé-

grand, sublime selon
'

le sujet, et

jamais

il

n'est

au dessous de

l'action qu'il

Dépêches originales de M. Girardin, ambassadeur de France à Constantinople, en date du 15 décembre. Manuscrits de

la

Bibliothèque royale.

MANUSCRIT DE TITE-LIVE.
crit.

25

Les harangues
le

qu'il place

dans

la

bouche de
de
lui.

ses

personnages ne font que

confirmer

jugement que

l'on a porté

Quant au reproche àe patavînite
certaines locutions
reste,

quePollion

lui adresse,

on l'entend généralement de

que Tite-

Live employait en qualité de Padouan.

On
,

sait,
,

du

que

l'amitié d'Auguste
,

n'influença point l'indépendance de l'historien
cet

et qu'elle lui attira

de

la

part de

empereur,

le

surnom de Pompéien

à cause

du grand éloge
dans

(ju'il

faisait

de

Pompée. Peu
d'écrivains ont été aussi souvent cités

que Tite-Live

,

les

ouvrages de

la littérature latine.

Les deux Sénèque, dont l'un fut son contemporain, et Vel-

leius Paterculus

en parlent souvent dans leurs ouvrages. La haine de Caligula
,

pour
les

cet historien

qu'il appelait

verbeux

,

le
;

porta au projet de bannir de toutes
,

bibliothèques son image et ses écrits
siècle
le

mais Quintilien
la

qui vivait dans

le

deuxième

de notre ère,

le

vengea hautement de
et

haine stupide de ce

prince, en

comparant à Hérodote,

en

le

plaçant à côté de Cicéron. «Sa
la clarté la plus pure.
;

narration,

dit-il, est

singulièrement agréable et de

Ses

harangues sont d'une éloquence au dessus de toute expression tout y est parfaitement adapté aux personnes et aux circonstances. Il excelle surtout à exprimer les
sentimens doux
parle pas avec
et

touchans

;

et

nul historien n'est plus pathétique.
siècle

»

Tacite n'en

moins

d'éloge.

Au quatrième

de notre ère, saint Jérôme et
la

Eusèbe

le

nomment
et qui
,

aussi; le premier,

en parlant d'un Espagnol qui, après

lecture de l'Histoire de Tite-Live, était allé exprès de Cadix à

Rome pour voir
:

cet

historien

,

s'en

retournant aussitôt après l'avoir vu

,

s'écria

«

C'était sans
ville telle

doute une chose bien extraordinaire, qu'un étranger entrant dans une

que

Rome y
,

cherchant autre chose que

Rome même

!

»

Les

écrits

de saint Augustin nous apprennent aussi que, pendant ce

même

siècle, la bibliothèque
les

d'Hippone possédait un Tite-Live. Mais malheureusement

exemplaires des ouvrages de cet historien, qui déjà pouvaient être devenus

rares par la haine de Caligula, eurent encore bien plus à souffrir
éclairé de

du

zèle

peu

Grégoire

le

Grand

:

ce pape

fit

brûler toutes
les

les copies

de \ Histoire

romaine

qu'il

put trouver, prétendant que

prodiges qu'elle contenait seraient
])ut s'étendre à

peut-être favorables à la cause

du paganisme. Cette barbarie ne

toutes les bibliothèques de la chrétienté; et l'on sait, par les citations qui se trouvent

dans l'ouvrage d'Isidore de Séville, que
aussi les Histoires de Tite-Live.
siècle

les

bibliothèques d'Espagne possédaient
historien figure encore au
,

Ce

même

neuvième

dans

la

bibliothèque de Loup, abbé de Ferrière
la

et dès le

onzième, on voit,

par

le

catalogue de
,

bibliothèque de l'abbaye de Pompose, près de Ravcnne, que

cette collection

quoiqu'alors citée

comme

très-riche

,

ne comptait pas

])lus

de

soixante-trois volumes; qu'il n'y restait

que sept

classiques latins, et

parmi eux
4

;

26

MANUSCRIT DE TITE-LIVE.
déjà réduit à dix livres seulement, et dont les autres

on remarquait un Tite-Live

étaient devenus dès-lors l'objet des recherches les plus actives. Enfin, au
siècle
,

douzième
,

le

catalogue de l'abbaye de Corbie mentionne aussi

un Ïite-Live
les

et c'est à

partir de cette

époque

même

que

les copies se

multipliant,

manuscrits de cet

historien deviennent plus

nombreux.
l'un d'eux surtout se
le

La Bibliothèque royale en possède plus de vingt-cinq;
distingue par son antiquité et sa belle conservation;
est
il

porte

numéro SySo;

il

de format in-quarto, sur très-beau vélin, écrit au huitième siècle sur deux
;

colonnes et en lettres onciales

c'est celui

qui a fourni

le

fac-similé de notre

planche
à

Ce précieux volume, composé de 470 feuillets, renferme les livres xxi XXX. Le commencement du xxi'' livre et la fin du xxx^ ont été arrachés avant que
III.

ce manuscrit parvînt à la Bibliothèque royale.

Un

historien aussi

marquant que Tite-Live ne devait pas manquer

Ce

d'exciter

de bonne heure l'attention des traducteurs, et l'intérêt de sa narration de captiver
les désirs

des princes à une époque

la

guerre était une des principales occupa-

tions des seigneurs

du moyen

âge.

fut

un

des premiers classiques qui obtin-

rent les honneurs de la traduction en français, et cette traduction fut entreprise

par ordre d'un roi de France, l'infortuné Jean IL Pierre Berchoirc, bénédictin,
prieur de Saint-Eloy, fut l'auteur de cette version française, et
il

la

dédia a prince

de très-souveraine excellence, Jean, roi de France. L'un des successeurs de ce
prince, Henri IV, ne rendit pas

un moindre hommage au
la

célèbre historien latin,

en s'écriant

qu'il

donnerait une de ses provinces pour

découverte d'une décade

de ï Histoire romaine.

L'ouvrage de Tite-Live fut aussi l'une des premières productions de l'impri-

merie naissante;

et la

Bibliothèque royale,

si

riche en

monumcns

des premiers

temps de cette belle invention, possède toutes
romaine.

les éditions rares

de cette Histoire

Nous n'en

citerons que les deux suivantes, qui sont les premières et les

plus rares.

Titi Livii

Historiarum

lihri

qui supersunt ,

cum

epistola JoJiannis

Andreœ episcopi Alericnsis ad Paulum II pontificem maximum ; Romœ, per Conradum Swoynheym et Arnoldum Pannartz; absque nota anni, in-fol. Titi Livi

Historiarum

lihri, etc.; curis

Joan. Ant. Campani;

Romœ, per Udalricum Gallum
celle

absque nota anni.

— Ces deux éditions sont jugées antérieures à
les
1

de Vindelin

de Spire, exécutée en 1470, et l'on croit généralement que
mises au jour vers
469.

premières ont été

Nous terminons
quatorzième
Car
la

cette Notice par la copie

de

la

version française faite dans
:

le

siècle

par

P.

Berchoire, du fragment figuré par notre fac-similé
la

ou

li

consul se retourna de ceste grant desconfiture, de

quelle

il

estoit cause

par

MANUSCRIT DE TITE-LIVE.
la

27
il

plus grant partie, tous

les

ordres lui alerent au devant, et lui rendirent grâces dont
la cite

ne

se

seoit pas désespères

de

la

chose publique, tant estoit, a celui temps,

de grant couraige,

comme

il

fust aussi dignes

de souffrir tous tourmens

comme

se

il

eust este ducs et gouverneres

des Cartagineoys.

Cyfenlst
Punique.

le

second

livre

de la seconde décade de Titus

Liviiis

,

(ini est intitulée

de la Guerre

Cl COMEXCE

LI

TIERS LIVRES DE LA DÏE (deuxième) DECADE.

Hanibal après

la bataille

de Cannes oulcive

et descoufite, la

proye prise, ravie et départie,

sen est partis de Paille pour aler en

Samne, pour

se

que uns

appelles. Stacius lavoit ajipelle et

requis daler es parties de Hirpinie, promettans lui baillier la cite de

Compse, bien

est voir, car

Trebius, qui lors estoit consul de Sannie, nobles homes entre
adance, pour crainte d'une famille de gens qui estoit en
puissance par grâce des Romains; mais

les siens,

nosoit a se donner

la ville, la
la

quelle estoit
la

comme

ceutz oye
le dit

famé de
,

montée en grant bataille cannuense et
la cite

l'avenuement de Hanibal divulge

et

publie par

Trebius

son partissent de
avecques se
la

de

Comps,la
et ses

ditte ville sans

metz débat
son

fut bailliee ans

Penoys

et

garnison Ro-

maine, qui estoit en se lieu, leur a este rehduee.

Si laissa

Hanibal en cette

cite toute sa

proye

empeschemens

et parti

ost. Tlz

tramist

Magon

, .

PLANCHE

III.

LECTURE DU MANUSCRIT.
TITI LIVIl
de cujus ipse causa

ma

xima
et

fuisset redeiinti

Haec hannibal post cannensem pugnam capta
ac direpta confestim

obviam itum freque ter ab omnibus ordi
nibus
tae
sit et

ex apulia in samnium

gratiae ac
rep.

moverat accitus in hir
pinos a statio pollicen
tes se

quod de

non

desperasset qui cartha

compsam

traditu
erat

giniensium ductor
fuisset nihil

rum compsanus

recusan

trebius nobilis inter

dum

supplicii foret

suos set premebat eu

mopsiorum

factio fa

miliae per gratiam ro

manorum potentis post famam cannen
sis

jjugnae volgatum

que trebi sermonib

adventum hanniba

titi. livii.

ab urbe

cum compsam ur bem excessi-ssent si
lis,

ne certaniine tradi
condita
liber, xxii. explic

ta

urps poeno praesi
est

diumq. acceptum
tibi

praeda omni atq.
relie

impedimentis
ineipit. lib. xxiii.
tis

exercitu partito

magonem

région is.

i

TEXTE LATIN.
CVade cujus ipsc caussa inaxima fuisset rcdcunti et obviam itum
quenter ab omnibus ordinibus
sit
,

TRADUCTION.
fré-

et gratiae act.-E ,

quod de rcpublica non

Dans celte circonstance même, Rome déploya tant de giamkur il'tinu qu'au retour du consul, après l'affreux nial\\KUT <lont il avait t'tc la iirincipale cause, tous les ordres de l'état vinrent en corps à sa rencontre, et
on
lui rendit

desperasset; 7ui si Cartbaginiensium ductor fuisset, nihil recusandum
supplicii foret.

blique; tandis que,

des actions de grâces pour n'avoir pas dt'sespcîré de la répus'il eût été général des Carthaginois, il eût expié sa

témérité par toutes sortes de supplices.

LinEK X\Itl.
.£ci.s

.

I.IVRF. XXIII.
la prise et le pillage

Annibal post canncnsem pugn.-iui

capti'.ç

ac dircpti.s, confestim ex

Annibal, vainqueur h Cannes, après
s'était aussitôt

des

,t;ca'

Apulia in

Sanmium moverat

:

aiteitus in Hirpinos a Statio pollicciitc se

porté de l'Apulie dans

le

.Sanmium

;

il

passa ensuite rhe^

Compsam

traditurum. Compsanus crat Trcl>ius, nobilis inter suos. Sc((
faniiliie

premcliat euni Mopsiorum factio,
trntis. Post fainain

pcr ^ralinin

Komnnorum

pu-

ranncnsis pugn.T, vi/lgatumquc Trcbi( serinonibus

adveiitum Annibalis,
tradita urfts
i»((i((liiiii-nti<

7Hum IHopsiaiii urbem

excessissent ; sine certaniine

Pœno,

la prome.s.se <pie lui (It Treli. Statius de lui livrer la de Compsa. Ce Trebius, d'une famille illustre dans le pays, étitit opprimé par la faction dcsMopsius, ihh? la faveur de Rome rendait toutepui.s.sante. A la nomelle de In bataille de Cannes, et sur les bruits de l'arrivée d'Annibal , répandus à des.sein par Trebius les Mupsius avaient quitté Compsa la v illiî fut donc livrée , sans coup férir, au vainqueur, et

les

Hirpiniens, sur

ville

,

;

pr.TP»idium<|uc acrcptmii est. Ihi

pnrda omni atquc

rclictis, exercitu partilo,

Magoncm

rcgionis

reçut garnison carthaginoise l'on y lai.ssa tout le butin et tous les bagages. A In tête d'ime partie de l'armée, Magon
:

Tiit-l.irr, tinduction de A.

I.iri, [luboi'.,

Vcrgrr

et Cor|)ot,

nMothrquc Laline-Fraiirmic

piihllif par C.

I,.

V. l'antlnuckc; Paris, loiuti8

Mil

« t

I

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b ecu iu sip 5 ccxus xr*>\
eio^ui xor^ nu f ivequc TeivxbôooNItsusOK^i
isjiiàus5ueic;tixiixevc

k xecliA.isiNj^xl'TOsxcAj^
vc^1 yjt^ TXCON T<^xi exx]»u li \^>j sxroNiu (r>

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nnoueKXixccixusiivjH^t^

SesreB.x$$ exqu)cv|al>v

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bunosuppl)qifO]^eT N \ > >^ / >» >:

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riMosxsxxxiOToUi ceN xessecorv^tsxmtmv6)xu lUJo^comfsxNuseRxx a^e^iusNOBTUSiwxeK. suossexrB.emeBxxeu' fV) df s <>Ku T XCX1 of \
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vbueNîîO(T)bxNis3iisx

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Ti Bit îOucèxomNixxq.

i

txu Kf ^ f oeis) or Kxe5i S iu(v> q. Kccer xu (V) c5x
irofe^imeivjxisiLelic

xisexei^qxufx^xnc

IX SIÈCLE
Maniscrit,
n"
78!)!), Kibliotli.

royalo do Paiis.

TÉRENCE
MANUSCRIT DU IT SIECLE.

J.

ÉRENCE (Publius Terentius Afer), né probablement à Cartilage, vers

l'an

de

Rome 562 (192 ans avant Jésus-Christ), mourut en 5g5, à l'âge de trente-ueut" ans. Amené à Rome, comme esclave, il fut acheté par un sénateur de la famille
Terentia
;

son surnom, Afer, indiquait sa patrie primitive, l'Afrique, d'où

il

avait

été arraché à sa famille par des pirates.

Ses comédies, au

nombre de

six, l'ont élevé

au premier rang parmi
la

les

auteurs

comiques. La pureté toujours élégante de son style, et

perfection inimitable
latine.

de sa diction, produisirent une révolution dans

la

langue

La
qu'il
lire.

simplicité

j)ittoresque de ses récits, l'intérêt des situations qu'il invente,
les

ou

imite eu

perfectionnant,

le

rendent lun des auteurs
588, qu'il
fit

les

plus agréables à

Ce
celle

fut l'an de

Rome

représenter
le

la

comédie de VAiidrieiuie; puis
et l'Eula

de VHeautontimorumenos, en 591;
l'an 593.

Phormion, l'année suivante,

nuque,
à

Le succès de

cette dernière

comédie

fut

immense,

et

on

joua
il

Rome

jusqu'à deux fois par jour. Térence mit au théâtre VRécyre l'an 594;
les

donna également

Adelphes cette

même

année,

et ce fut

son dernier ouvrage.

Une année

après, l'an SgS, Térence avait cessé de vivre.
tel

Des ouvrages d'un

mérite ne pouvaient être ignorés des écrivains romains
la

qui succédèrent à Térence dans
soit

carrière des lettres, soit

comme

littérateurs,

comme

historiens, et le succès qu'obtinrent ses compositions dramalicpics en

32

MANUSCRIT DE TERENCE.
les

durent rendre

copies très-communes. Les auteurs les plus

marquans de

l'an-

cienne latinité ont parlé des ouvrages de Térence; ses drames occupèrent donc

une place distinguée non -seulement dans
encore dans
les collections particulières

les

bibliothèques publiques,

mais

des illustres et riches

Romains

:

aussi ces

comédies n'ont-elles jamais été perdues.

Pendant

les

deux

siècles

qui suivirent sa mort, Varron, Cicéron,

J.

César et
le

Horace lurent
mier, en
le

ses pièces et leur

consacrèrent publiquement des éloges;

pre-

comparant

à Cécilius et à Plante, le déclare le meilleur moraliste des

trois et le plus habile à

conserver

les caractères

des personnages;

le

second loue sa

philosophie profonde presque autant que l'élégance de sa diction. César jugeait

Térence plus sévèrement
lait

:

il

ne voyait en

lui

qu'un demi-Ménandre , qui n'excel-

que par

la

grâce du style; enfin, Horace lui attribue, sinon plus de génie, du

moins plus
Vers
le

d'art qu'à Cécilius.
l'ère

commencement de
le

vulgaire et pendant son premier siècle, Ovide,

Velleius Paterculus, Quintilien et Pline le Jeune s'occupèrent également de Té-

rence et reconnurent

mérite de ses ouvrages. Aulu-Gelle, grammairien du
la fin

deuxième

siècle,

Eusèbe, chroniqueur de
,

du

troisième, et Ausone, célèbre

poète du quatrième

en parlent avec de

justes éloges.

Les comédies de Térence
sans interruption.

furent donc reproduites par

les copistes

et les calligraphes

Aussi fait-on remonter au quatrième siècle l'antiquité d'un célèbre manuscrit

de Térence, conservé à

la

bibliothèque du Vatican, et dont

le

fac-similé se

trouve dans

la

diplomatique de D. Mabillon, et dans

celle des bénédictins.

Nous

savons par saint Augustin qu'il existait aussi
cette

un

autre manuscrit de Térence, à
les citations

même

époque, dans
les écrits

la

bibliothèque d'Hippone; et

de ses co-

médies dans

de Cassiodore donnent à penser que ce polygraphe, du

sixième siècle, en avait aussi une copie dans sa collection. Enfin, au septième,
Isidore de Séville indique assez, par l'usage qu'il en
fait, l'existence

des comédies

de Térence dans

les

bibliothèques d'Espagne.

nuscrits deviennent

moins rares,

et sont

A partir de cette époque, les mamême nombreux eu égard au petit
bibliothèques des monastères. Les

nombre de volumes que

possédaient alors

les

soins que prit l'abbé de Ferrière, vers l'an 85o, de

demander aux papes, aux
qu'il faisait

évêques d'Angleterre et d'Irlande, de confier à des religieux,

voyager
faire
les

à cet effet, les manuscrits des auteurs anciens qu'ils possédaient,
faire des copies,

pour en

dut aussi
:

les multiplier,
les règles

puisque cet usage

s'établit

dans toutes

abbayes de
effet,

la

chrétienté

des divers ordres religieux prescrivaient, en
la

comme une œuvre

agréable à Dieu,

transcription des manuscrits, et, aux
les relier,

moines qui ne savaient pas écrire, d'apprendre à

La bibliothèque du Vatican possède un autre manuscrit de Térence, estimé.

MANUSCRIT DE TEKENCE.
du huitième ou du neuvième
siècle; les feuillets

33

sont ornés de nombreuses pein-

tures représentant toutes les scènes des comédies, ainsi que les masques scéniques

des personnages. Ces sujets sont gravés dans l'édition de Térence publiée à Ur-

bino, en 1736; et

le style

de ces peintures rappelle tout-à-fait
le sujet

celles

du manuscrit
le

de

la

Bibliothèque royale qui fournit

de notre planche IV, et qui ne

cède ni en beauté, ni en conservation, ni
célèbre

même

peut-être pour l'ancienneté au
à

volume du Vatican;

ce qui

nous porterait

regarder

le

manuscrit de

Rome comme une production du neuvième siècle. On compte quarante-deux manuscrits de Térence
deux sont du neuvième
l'autre
siècle; l'un

à la Bibliothèque royale

:

avec figures, dont nous parlerons plus bas, et

ne contenant qu'une seule comédie. Quatre autres manuscrits sont du
siècle, six

dixième

du onzième, un du douzième,

six

du treizième

et trois
les

du quaperson-

torzième.

Un

de ces derniers est orné de très-gracieuses peintures où

nages romains sont travestis sous des costumes du

moyen
les

âge, ainsi que cela se

remarque dans toutes

les

productions de cette époque;
siècle.

autres volumes de Té-

rence sont du quinzième

Le manuscrit du neuvième
planche IV,
le

siècle,

qui a fourni

\e

fac-similé que nous donnons
Il

est

de format in-quarto, sur vélin, d'une très-belle écriture.
latin ancien, et
il

porte

numéro 7899 du fonds

n'a jamais fait partie de la biblio-

thèque des papes,

comme

l'annonce par erreur feu M. Schœll, dans son Histoire

de la littérature romaine. Ce dernier écrivain n'a pas été plus exact en indiquant

comme
Paris.
il

étant

du dixième

siècle, le

manuscrit du Vatican avec figures,
cette bibliothèque dans celle

et

en anà

nonçant que ce manuscrit avait passé de

du Roi

Le manuscrit de Rome avec
jamais venu à
la

figures date,

au plus tard, du neuvième
,

siècle;

n'est

Bibliothèque royale de Paris

et

Schœll

l'a

confondu avec

celui

dont nous nous occupons.
se

Le manuscrit de Paris
se trouve
x"

compose de 176
lettres

feuillets,

ornés de 149 dessins;

les

sommaires sont alternativement en

rouges et noires.

En

tête

du volume
:

un

portrait de Térence, et les pièces

Andria;

Eunuchus ;

y sont rangées dans cet ordre Z" Heautontimoriimenos ; ^° Adelphi ; ^°Hecfra; & Phorla

mio. ha fac-similé est tiré de

troisième scène

du deuxième
C'est le

acte de l'Eunuque;
fait

nous y avons conservé l'orthographe originale.
sa profession

moment où Gnathon
faire

de

foi, et

que Térence

a

si

habilement choisi pour

une

fine

satire

de son siècle, en mettant en scène ce parasite qui traite de sot celui qui de modestie,
et

est plein

qui appelle

homme

sage,

homme
le

d'esprit, le

coquin

qui, pour aller à son but,

commet

toutes sortes de bassesses. Vingt-six ans plus

tard, dans sa satire de Tirésias, TTorace faisait à

peu près

même

portrait des

Homains de son temps.

34

MANUSCRIT DE TÉRENGE.
La savante madame Dacier, dans
sa traduction

de Térence (Amsterdam, 1724,

3

volumes in-douze) eut l'heureuse idée de
pour orner son édition
il
,

se servir des dessins

de notre manules

scrit

et le célèbre

Bernart Picart en grava

estampes;
Il
:

mais

})laça les

personnages dans des édifices d'architecture moderne.
ce précieux

mannous

quait donc
le

un hon fac-similé de
la

monument du neuvième
dans toute sa naïveté.
le

siècle

donnons aujourd'hui pour
Malgré
la supériorité

première

fois et

de ses ouvrages, et

goût du

moyen

âge pour

les repré-

sentations scéniques, le païen Térence n'a été traduit en français que fort tard.

L'imprimerie, au contraire, s'en empara dès son origine.

L'on a cru long-temps que
nius Zarotiis en 1470
7

la

première édition

était sortie des presses

àîAnlo-

et Guill.

de Bure, par cette indication dans sa Bibliograil

phie, contribua à propager cette erreur; mais

a été

reconnu depuis, que

cette

édition de Térence, qui portait manuscrite la date de 147O5 ^^ fut imprimée que

postérieurement à cette année.

On

considère donc

comme
:

la

véritable édition

Princeps du poète dramatique latin, celle de 147I5 donnée à Venise, par Jean de

Cologne. Elle

est très-rare, et fort

recherchée des curieux

notre Bibliothèque en

possède aujourd'hui

un

bel exemplaire.

L'influence de la littérature grecque sur la langue latine se remarque surtout

dans

les

ouvrages de Térence. Les prédécesseurs de notre poète comique s'étaient
la

appliqués seulement à faire passer dans

langue latine ce qu'on admirait

le

plus dans le grec; mais ces productions, toutes belles qu'elles étaient, assujettissaient toujours l'esprit

du poète au génie
la

et

aux pensées de
et à

l'original, et tout leur
les

mérite consistait à enrichir
la

langue latine

donner

premières idées de

vraie poésie. Térence, le premier, tira la littérature latine de ces bornes étroiil

tes;

comprit aussi qu'une langue qui n'avait ni

la

douceur ni

la

pureté du grec,
les

ne pouvait ni rendre ni supporter

la simplicité
il

que Ton remarquait dans
à

comédies grecques

:

le

premier donc

se

détermina

fondre deux comédies

ensemble, pour en composer une qui
gularité se

ait plus

de vie et plus d'action. Cette sin-

remarque dans VAndrienne , pièce imitée de deux comédies de Méet Perinthia).
le

nandre {Andria

Les Flatteurs de Ménandre fournirent encore
àç,

à
et

notre poète latin

caractère de deux personnages
est

V Eunuque^ Gnathon

Thrason. Cette comédie de Térence
elle

cependant regardée

comme

originale et

rapporta à son auteur 8000 sesterces (environ i5oo francs), que l'on regar-

dait

comme un

prix

si

extraordinaire, que l'on en
et

fit

mention dans

le titre

de

la pièce.

Enfin Ménandre

Apollodore ont également servi à Térence pour ses

comédies.
L'influence, que nous venons de faire remarquer, de
la

littérature

grecque

sur celle de

Rome,

se

retrouve aussi pour

la littérature latine

sur

les écrivains

MANUSCRIT DE TERENCE.
français, et
il

35

v a en France des imitateurs de Térence

comme on
Adelphi,

trouvait a
luiles

Rome même

des imitateurs
suit

du

théâtre grec.

Parmi nos écrivains comiques, Molière
est tirée des
et

Térence dans l'Ecole des pères , qui
,

dans
les

Fourberies de Se apia

imitées du

Phormio ;

enfin, l'on cite encore

parmi

autres

imitateurs de Térence, dans
Il

la littérature

française, Baron,

La Fontaine
de
la

et Bruéys.

n'y a,

du

reste,

pour

la

Grèce

et

pour Rome, que
le

le privilège

priorité de

civilisation, et c'est là,

en toute vérité,

plus légitime des privilèges.

PLANCHE

lY.

LECTURE

DIJ

VlAiMjSCRrT

EViNVCHVS.
GlNATHO
I'AR.\S1TVS
l'A

RM EN O

SKRV VS

(iNA.

nii inniortales" liomiiii liomo to Intel legens

quid praestat'

stui

Quid

interest'

hoc adeo" ex hac re
ordinis

iienit

himentem mihi.
loci.

Conuepi hodie aduenieiis quendain mei
hinc atq
:

lloiniiiem- haut inpuruni- itide patria

:

qui" abli

gurrierat

bona
aegi'uni.
est"

Video sentunr squalidum"

pannis annisq; obsiturn
<|uod

Quid

istut

inquam ornati

quoniam miser

habui perddi.

Ti:xTi: r.MiN.

TRADUCTIOIN.
L'EUNUQUE.

EUNUCHIIS.
ONATHO
,

pamsitus.

l'ARMENO,

seiviis.

ONATHON
(;.'N.\Tii(i;\.

,

iinrasitr.

PARMÉNON

,

esc/mr.

(•>A. Dii immortales!

homini hoiuo quid prxstat! stulto

intell/gen.s

Quelle distante, grands dieux! d'un
liomuK'
!

Quid

interest!

Hoc adeo ex hac re venit

in nieiitem mihi.
loci

d'im

.sol

,

par exemple

,

à

homme à un autre un houune d'esprit Voici
!

Conveni hodie advcnicns quc/Hdam mcl
llominciii liau(/

hinc

,

at(|ne ordini.s
:

à propos de quoi je fais cette réflexion.
,

iwpurum,

matin, dans cette
itidein patria qui abli^iiiicnil l)ona
et

ville, je

rencontre

mon arri\(!e ce un homme de mon pays

—A

de
le

ma

classe;

Video scntum, squaliduin, xgrum, pannis annisqiic olisitum.

défaut, et
.le

un bon vivant, dont ra\aricc n'était pas le qui, comme moi, a mangé tout son patrimoine,
«

Quid

istur,

inquam, ornati est? «Quoniam mi.ser,quod halniiperdidi.<

retrouve cras.scux, malpropre, tout défait, couvert de
,

haillons et chargé d'années.
et

Oh oh
I

!

qu'est-ce ci
j'ai

.'

lui dis-je

:

que

signifie cet

équipage?


,

Qru"

perdu tout ce

<pi<

j'avais. »
('r»KKtf
i-.'i<liirM'nii

t!c

M.

Aiii.tr,

Bibliothèque I.ntîiie-Frant uîse

,

piihlit'o p:ii

V.

PaMckmickc;

l'aiis

.

loim-

I'"'

^

\^HMckMs

GjMxr

KO

TomTelWeTif

^
C
W
V^

uiainTerefrfTocdc{eo5?cbaereue)irc fiimmrenitnihi.
oTiucriihoclic-acliiaiteTifcjiiencLirntrialoa.

hinc^nxjcrdmif
orntnerrf ndttr ÎTipiiruTn
iTidë

p«npa

qat-ixtli

ulcD^bnuîn /diid-licULm

a.6yinn

paîTm/âYiTîijfcriot/înim

^ uiai^ir maiitirnorndTieft\^i^Oln\)crdal•

c:jlwr>icirnrt^lfc^ cjuoci

X SIÈCLE
MANt scniT,
11°

79T

I

.

Hililiotli.

royale de Paris.

HORACE
MANUSCRIT
Dl)

X

SlECLi:.

Il ORAGE (Quintus Hoiatius Flaccus), né à Venosa en Apulie, sur les confins de la Lucanie, le 8 décembre 689 de Rome (65 ans avant l'ère chrétienne), mort à
,

l'âge

de cinquante-sept ans,
a transmis

l'an

de

Rome
sa

746.
:

Horace nous

lui-même
les

biographie dans ses ouvrages

aussi con-

nait-on parfaitement, et dans
sa vie intérieure.

plus grands détails, toutes les circonstances de

On

sait qu'il était fils

d'un affranchi de

la

maison des Horaces,

dont
à

la

profession était celle d'huissier aux ventes publiques.

Son père

le

conduisit
l'an

Rome pour y étudier; il devint ensuite tribun Rome 711, et retourna dans sa patrie deux ans
Virgile d'être
et lui offrit

dans l'armée de Rrutus,
après.
Il

de

dut à
lui

la

protection de

recommandé

à Varuset à Mécène.
il

Ce dernier

accorda son amitié
et, l'année

une maison de campagne;

s'y retira l'an

716 de Rome,

suivante, Horace, Virgile, Mécène, Plotius et Varus firent ensemble
Brindes.

un voyage
la

à

Tous

ces détails sont consignés
livre, la satire v

dans

les

ouvrages d'Horace

:

septième
livre des

ode du second

du premier,

et l'épîtrc xvi

du premier
vie.

Epîtres,sont plus spécialement consacrées aux évènemens de sa

Horace
parurent

livra d'abord
l'an

au public son premier

livre des Satires

[Sermones), qui
720, l'ode au

de

Rome

718; puis, deux ans après,

de

Rome

vaisseau qui portait Virgile.

Le deuxième

livre de ses Satires et l'ode

Quem
livres

viriun

aut hcroa parurent l'un en 72a et l'autre en 780 de Rome. Pendant
nées 733 à 736, Horace donna successivement
les

les

an-

deux premiers

de ses

4o

MANUSCRIT J3HORACE.
le

Odes, sou ode Cœlo tonantem ,
ses Odes. Trois ans après,

premier
il

livre

de ses Epitres et
;

le

troisième de
les

en ySg,

publia son Art poétique

en 740,

odes

Qualem ministnim, Divcs
Odes
fut le dernier

ortc bonis et
:

Qiiœ cura patrum. Le quatrième livre des
il

ouvrage d'Horace

parut en 744, et

le

poète

mourut deux

ans après.

Horace posséda au suprême degré
pur, élégant et le
est vive, juste,

l'art

d'intéresser son lecteur; son langage est

modèle de

l'urbanité; son

rhythme lyrique

est parfait; sa

pensée

gracieuse, profonde, assaisonnée des inspirations d'une douce

philosophie pratique; ses poésies, qui comprennent moins de dix mille vers, ont
suffi

pour lui

faire assigner la

première place parmi

les

poètes latins. Ses ouvrages

n'ont jamais été perdus; toutefois les écrivains contemporains en parlent rare-

ment,

et plus

rarement encore avec éloge, ce qu'on a attribué à

l'envie
les

que dut

exciter ce talent supérieur.

Ovide

est

un de ceux qui
deuxième

le citent.

Parmi

écrivains

du premier
pendant

siècle

de

l'ère

chrétienne, Lucain et Perse en parlent quelquefois dans
siècle;
le

leurs écrits; Martial et Quintilien durant le
le

Ausone,

saint
lui

Jérôme

quatrième, et Sidoine Apollinaire pendant

cinquième,

accordent

aussi quelques

mots

d'éloges.

Ce dernier, poète
de son temps
le préfet

et

prosateur chrétien, nous apdes œuvres d'Horace

prend, de plus,

qu'il existait
la

un manuscrit

parmi ceux de
dans
sa

bibliothèque que
les

Tomance

Ferréol avait assemblée

maison sur

bords du Gardon, près de Nîmes. Les citations d'Horace
les

que

l'on

trouve en parcourant

ouvrages de Cassiodore et ceux d'Isidore de
l'un

Séville,
l'autre

prouvent également que ces deux écrivains,

du sixième

siècle,

et

du commencement du septième, connaissaient des manuscrits d'Horace.
en avait aussi une copie.
fit

L'abbé de Ferrière, qui posséda l'une des plus riches collections du neuvième
siècle,

On

sait

encore que pendant le dixième

siècle l'abbé

d'Altona se

représenter en tête d'un manuscrit, consacrant à saint Etienne les
et l'on cite

ouvrages de notre poète;

une semblable dédicace adressée en quatre
:

vers à saint Benoît, patron de l'abbaye de Fleury
saient
fait

ces espèces d'offrandes se fai-

en déposant sur un autel

le livre

que

l'on

donnait à l'abbaye. Enfin

,

on
la

remonter au

même

temps l'ancienneté de plusieurs manuscrits déposés à

Bibliothèque du Roi, ainsi que celle d'un manuscrit du célèbre Pithou, qui a
passé après sa

mort dans

le

monastère des Pères de l'Oratoire de Troyes'.

du Roi possède environ cinquante manuscrits d'Horace plus ou moins complets de ce nombre cinq sont du dixième siècle, quatre du onzième,

La

Bibliothèfjue

:

huit

du douzième,

sept

du treizième

et six

du quatorzième

siècle; les autres

sont

du

siècle suivant.

Parmi ceux du dixième

siècle, celui

qui a servi à notre planche V,
V

ynyajre UUvrairr

ih-

ih-ux bciiciliclins; Paris, 1717,

ili-4";

t.

l"^',

|>.

;»t

MANUSCRIT D HORACE.
et

4i
le

dont nous donnerons

la

description plus bas, est à tous égards
latin.

plus remar-

quable de nos manuscrits du poète
surtout citer
porte
le le

Parmi ceux du onzième
latin,
et

siècle,

on

doit

volume numéroté 5gi du Supplément

un

autre qui

numéro 7976 du Fonds du Roi. Ce dernier contient d'Horace avec des scolies. C'est un très-beau volume in-quarto,
la reliure historiée

tous les ouvrages

sur vélin, et dont
le

annonce
la

qu'il a

appartenu au roi Henri H, dont

chiffre

royal accompagne celui de

célèbre Diane de Poitiers.
il

Les œuvres d'Horace n'ont été traduites que fort tard, et
bliothèque du Roi de version ancienne de ce poète.
Il

n'existe pas à la Bi-

n'en a pas été de

même

pour

les éditions

:

l'imprimerie naissante s'empressa de reproduire ces admirables
il

écrits. L'édition

Princeps de ce poète est de Milan, 147O5 et

en

existe

un exemla
:

plaire à notre Bibliothèque royale.

On
,

en connaît aussi une autre de
(sic),

même
de

année, avec ce

titre

:

Sermones Oratii
est

en caractères gothiques

celle

Parme, i473, par Antonius Zarotus

également
le

fort rare, et très-recherchée
la

malgré son incorrection. Aide l'Ancien fut
critique

premier éditeur qui s'occupa de

du

texte et de la collation des manuscrits. Estienne

Muret, G. Fabricius
cri-

suivirent l'exemple

donné par Aide; mais

la

première édition véritablement

tique qui parut fut celle de Lambin. Enfin,
faite

on ne doit pas oublier

celle

de

Rome

en 181

1

par Carlo Fea, ni

le petit

chef-d'œuvre typographique sorti des

presses de Henri Didot (Paris, 1828). Cette dernière édition complète d'Horace
offre

aux admirateurs passionnés de ce poète

la faculté
le

de pouvoir
n'a

le

porter tou-

jours avec eux sans en être embarrassés , car

volume

que trente et une lignes

de hauteur sur dix-neuf de largeur et quatre d'épaisseur.

Le manuscrit qui a servi wx fac-similé de notre planche V porte le numéro 797
il

1

;

est

de format in-quarto, sur vélin,

et

contient 22 1 feuillets dorés sur tranche.

La forme des caractères de
rouge;
est

l'écriture est celle

du dixième

siècle.

Le

titre

de l'ou-

vrage, ceux des différentes pièces de poésie et
les

les lettres capitales

sont en encre

marges

et les interlignes sont surchargées

de commentaires. Ce volume

du nombre de ceux qui ont

été reliés sous le

règne du roi Charles IX,

comme
un an:

l'indiquent les armes de ce prince et les initiales
cien feuillet ces

OC entrelacées. On
vel sustraxerit

lit

sur

mots qui paraissent avoir
nisi qui

été écrits vers le treizième siècle

Iste

liber est sti (sancti)

eum Juratusfuerit

anathema
feuillet
,

sit.

Le

nom

propre Herbertus
lit

est aussi plusieurs fois écrit sur le

même

au verso

duquel on

encore

:

Constancius malus puer sivc bonus

liber sancti Benedicti
sit

abbatis monasteriijloriacensis
proditore ,
feuillet, et

— quem

si

quis furatus faerit damnatus

cum Juda
bi-

Anna

et

Caipha. Ces lignes, et d'autres qui se trouvent au troisième

dont nous parlerons aussi, peuvent servir à indiquer dans quelles

bliothèques (e vokimc a passé successivement. Le premier feuillet porte en divers

,

,

42
endroits uu
le

MANUSCRIT D HORACE.
numéro
différent; le

nombre
la

d(;ccclxxxii est probablement celui que

manuscrit reçut à son entrée dans
il

Bibliothèque du Roi; aux anciens catalui

logues
enfin

est signalé

sous

le

numéro

1072; on

donna ensuite

le

numéro 5596;

le
lit

numéro 7971
sur ce

est celui qu'il porte

depuis l'année 1744-

On

même feuillet un commentaire
suivant
:

de

la

première ode.

Au

verso du

second
iNciPiT.
tête

feuillet se lit le titre

<^.

horatii flacci carminum liber primus

Hac

ode Mecenatem alloquitur.

Une

partie de ce titre est reproduite en

de notre planche V. Le troisième feuillet contient l'ode première Mecenas

atavis édite regibus; et en tête de cette page se voient les quatre vers

que nous

allons rapporter, et qui serviront aussi à l'histoire de notre manuscrit'
Hic liber est, Bénédicte, tuus, veiieraiide, pcr aevum;
Obtulit Herbertus servus et ipse tuus

.

Queni

tibi

sce pater

taii

pro munerc poscens

'

Liber ut aeteniain |)ossidcat

patriam^

Le

liber

secundus Sermoiium

e&X.^

dans ce manuscrit,
les

le

dernier des ouvrages

d'Horace. Enfin ce précieux volume, qui contient
poète, est terminé ^?iY\mey4unotatio sive digcstio
liter scaiidi

œuvres complètes de l'illustre
lib ri,

carminum prœcedeiitis
feuillets

qua221

debebant, qui se

lit

aux

feuillets
:

214 à 219. Les
Vitapoetœ.

220

et

sont occupés par

un

écrit

en prose intitulé
la

Nous avons
quatre vers

cité plus

haut

singularité d'un manuscrit d'Horace de l'abbaye de
le

Fleury, consacré à saint Benoît, pendant
latins.

dixième

siècle,

par une dédicace^ en

Ceux que nous venons de rapporter auront sans doute rappelé
et la

cette circonstance,

coïncidence d'âge de notre manuscrit avec celui du
a

volume de

cette

abbaye nous

naturellement porté à examiner
aussi singulière,

si le

nôtre serait

un second exemple d'une offrande
thèque du Roi sous
l'identité

ou

si

plutôt

le

manuscrit de

l'abbaye de Fleury ne serait pas celui
le

même

que

l'on voit aujourd'hui à la Biblio-

numéro

7971. Nos doutes ont été

promptement

levés, et

du manuscrit de Fleury avec
ces

celui de la Bibliothèque

du Roi nous

a été

démontrée par
fini

mots

:

Liber

saticti

Benedicti abbatis moiiasterii fioriaceiisis
celui qui serait tenté de

font partie de l'anathème dont
,

on menace
les

dérober ce

volume

et

dont nous avons déjà rapporté

termes plus haut. Quant aux lignes

qui se trouvent sur l'ancien feuillet servant de garde, elles constataient aussi pro-

'

Ils

sont d'une écriture moins ancienne que celle du corps du manuscrit.
,

cl les lettres sont superposées l'une sur l'autre. est écrit en une ligne verticale Ce dernier vers est écrit au bas du feuillet. Celle dédicace ou offrande a été lue par Vanderbourg, qui la rapporte dans sa Piolice des manuscrits d'Horace, et il ajoute pour tirer parti de l'inscription et du vers, que de trouver qnrlque Benoit abbé de cette abbaye, et Il ne s'agirait peut-être parmi des contemporains quelque seigneur des environs nommé Herbert. - Pour un traducteur d'Horace, l'explication est assez
'

Ce vers

'

'

:

,

naïve

quant aux lettres onciales du manuscrit dont parle également Vanderbourg, nous pouvons assurer une seule qui approche de rrltc forme.
;

qu'il n'y

en

a pas

même

,

MANUSCRIT
bablement
plus
sible

I)

HORACE.
il

43

l'existence
la

du même manuscrit dans
contenait.

l'abbaye de Fleury, à une époque

moderne;
de

première ligne étant, en partie, effacée,

nous a été impos-

lire ce qu'elle

Comment
pendant
les

ce précieux

volume
que
la

est-il

passé de l'abbaye de Fleury dans

la

Biblioi

thèque du Roi ?

On

sait

bibliothèque de ce monastère fut pillée en

Sô-i

guerres de religion. Pierre Daniel, avocat à Orléans et
,

bailli

de

Fleury, s'empara des livres qui restaient

pour
la

les

remettre

,

disait-il
,

,

au cardinal

de Chastillon

,

abbé de ce monastère. Après

mort de Daniel

les

manuscrits fu-

rent vendus k Pétau et à Bonghard. La partie achetée par Bonghard passa plus
tard dans la bibliothèque

du prince Palatin

;

et le

duc de Bavière

,

s'étant

emparé

en 1622 de
fit

la ville

de Heidelberg, se

saisit

de

la

bibliothèque du prince, et en
à l'autre partie,
ses héritiers à la
la

présent au pape Grégoire

XV,

qui

la

mit au Vatican. Quant
,

celle

qui était restée entre

les

mains de Pétau

elle fut

vendue par

reine de Suède, Christine, qui la porta à

Rome,

et qui,

en mourant,

légua au

pape.

La plus grande

partie de la bibliothèque de Saint-Benoit de Fleury est
Il

donc

aujourd'hui au Vatican.

est

probable que notre manuscrit fut du petit nombre
,

de ceux qui échappèrent à P. Daniel

et qu'il arriva

immédiatement après

la des-

truction de cette abbaye dans la Bibliothèque
raît

du

Roi.

Du

moins,
en
bois.

c'est ce

que pa-

indiquer

le chiffre

de Charles IX, qui

est

sur

la reliure

Mais l'ancienneté de notre manuscrit
gnaler ne sont pas ce qui
tous égards
,

et la singularité

que nous venons de
;

si,

le

rend

le

plus précieux à nos yeux
,

il

se

recommande

à

à l'étude et à la vénération des savans

important

:

car ce ne fut point
les

un

copiste

un rapport autrement vulgaire qui composa ce volume mais
sous
,

bien un des érudits

plus distingués

du dixième

siècle,

un

élève

deGerbert qui

donna tant de

célébrité à l'école de

Reims; école fameuse, d'où sortirent Fulbert,
,

Adalberon, Brunon de Langres, Girard de Cambray

et notre

Herbert lui-même.
il

Dans

la

dédicace à saint Benoit, Herbert s'en déclare l'auteur', et
il

l'offre à ce

saint qui préside à l'ordre religieux auquel

s'est

voué, ut aeternam possideat pade cette abbaye
il

triam. Cet Herbert fut plus tard

abbé de Lagny

et le restaurateur
l'an

dévastée par les
«

Normand8^ Herbert mourut en

992

;

et
»

de son vivant

ne

le

cédait à personne en fait de littérature sacrée et profane^.

Le volume que nous venons de
donc être regardé

décrire, et qui a fourni noXre fac-similc , peut
la Bi-

comme

le

plus j)récieux manuscrit d'Horace que possède
les

bliothèque du Roi, et on j)eutle ranger parmi
qui existent dans ce vaste établissement.
'

plus célèbres manuscrits anciens

On

(li.stingiii' tlfiix

mains différentes dans
les
ti , t.
t.

l'écriture

;

l'une explique le texte, l'autre ajoute les variantes et

les

cuniuientaires

:

et l'érudition
'
'

déployée dans

dernières notes ne laisse pas douter qu'elle ne soit l'œuvre plus spéciale d'Herbert.
iv, p. 78.

Annal, ordin. sancti lienctlù

Hnloire

littéraire

de la France,

vi, p. 575.

,

PLANClli: V

LECTURE DU MANUSCRIT
Q.

HORATIl FLACCl

CARMINVM
1.1

BER PRIMVS.
decus nieuni,

MfXKNAS ATAVIS EDITE REGIBVS

O

et presidium. et dulce

Sunt quos curriculo puluerem olympicuin
CoUegisse juuat, metaq* feruidis
Euitata rôtis* palmaq* nobilis
De
atiiletis

Terrarum dominos euehit ad deos Hune si mobilium turba quiritium
Certat ter geniinis toi 1ère honoribus'

Illum

si

pprio condidit liorreo
lybicis uerritur areis

l>K

ÀGRICULTORIBCS

Quicquid de

Gaudentem

patrios findere sarculo

Agros* attalicis condicionibus

Nunquam

dimoueas- ut trabe cypria

Mirtoum pavidus nauta secet mare; Luctantem icareis fluctibus africum Mercator metuens' ocium et oppidi Laudat rura sui mox reficit rates
Quassas indocilis pauperiem pati;
Est qui nec ueteris pocula massici-

I)K

MERCATOniR

;

TEXTE LATIN.
Q

TRADUCTrON.
ODES DE
Q.

HORATIl FLACCl CARMINUM
LIBEB PRIMIIS.
Mécène,
!

HORACE,

IIVRK PREMIER.

Maecenas, atavis

eclitc

regibus,

fils

des rois, ô

mon

appui,

mon bonheur

et

ma
la

gloire! tu le

O

rt pr.csidium et

dulcc ilecus meuin

sais, des

mortels élancés sur un char rapide soulèvent
,

poussière des

Sunt quos curriculo pulverem Olyinpicuni CoUegisse juvat; metaque fervidis
Evitata rôtis palinaquc nobilis

champs d'Olympie
du monde.

et

de leur brûlante roue effleurant

la

borne qu'ils évi,

tent, recueillent la noble

palme qui

les élève

jusqu'aux dieux

domina-

Terrarum dominos cveliit ad deos; Hune, si mobilium turba Quiritium
Certat tcrgeminis tollere honoribus;

teurs

Ceux-ci, avides de captiver

la

faveur populaire, montent triomphan.s
,

proprio condidit horreo Quic(|uid de Libjcis verritur areis

lUuni

aux suprêmes honneurs. D'autres entassent joyeux, dans leurs vastes
greniers, les moissons de la féconde Libye.

,

si

Gaudentem
Agros

patrios lindere sarculo

L'ami des champs cultive dans une douce paix

la

terre paternelle

;

et

Attalicis condirtonibus

dans son timide bonheur, tous
pas à frauchir,

les trésors d'Attalc

ne

le contrainilraionl

Nunquam dimovcas
Luctantem

ut trabe Cypria
secet mare.

M/rtoum, pavidus nauta,

même sur un
,

vaisseau de Chypre, le plus faible détroit.

h-ariis fluctibus .\fricum

Le marchand que, exalte
le

effrayé de la lutte des flots Icariens et des vents de l'Afrila cité et le
il

Mercator raetucns, o/ium et oppidi

repos de

calme des champs; mais

bientiit, inla teMH)êtc.

Laudat rura sui mox reficit rates Quassas, indocilis pauperiem pati.
Est qui nec veteris pooula Ma&sici....
(HoKArii
,

docile au joug de la pauvreté,

dispose ses vaisseaux à braver

L'un remplit sa coupe d'un vieux et savoui-eux Massique....
trniliiftinii (Ir

M.

Ht* Poiipcrville, BililinlhrtjHr

f atinr.Frnnçaisr

,

[>ut)li(-(' [>.ir

t'..

I,.

F.

Panrkoiifkc

;

Varis

.

(iiinr i*'

Q^ Ko R A TUClAC cl

CAP.MINVM.

M
Q
C
l

LIMR

PWMVJS
cLccttfmeums"^

KfMAS
dapreficlmTw

ATXUlS^IWTfRlctBviS'
(jcVUlce-

^r-ccri-

zer5^mlT^tfrollerc-l)<mamtllf•

llum fipt?no condtcftr korr^eoDCAôRlCVllO
tttccjAxict

oelTt'i^^r lierr-tcur^ ccretf
fccrxuio

y^Aaacncem y^wc^of finAer^

J\

rrcf- ArXxrcclxciÇ con^icxonibu-f
txrjattcxrr)

W

oimovxCxxf» ux-n'^bc- crpfut

S\rr^'^^*^^

prrv*iciti(

mvur^v ^ecec^mar^

7

iW enctxror
V^iuxlTAf

raeruefif* <?ctttm

er oi:>pic/t

jnT>ocilTrpcni|.''em<:irj

ycttx:

X

f?

c|iti.Nec

ucten/*

pocvUct

rTicxffict

Xr SIÈCLE
MAMScmT,
II" Til.id,
l'.ililii.lli.

nivale

<lo P.iii^i.

VIRGIIVF
MANUSCRIT DU Xr SIECLE

V iRGiLE (Publius
Jésus-Christ),
Si l'on pouvait

Virgilius

Maro), né

à

Andes,

l'an

de

Rome 684

(70 ans avant

mort

à Brindes

ou

à Tarente, le 11 septembre,

an de

Rome
à
est,

735.

comparer ensemble deux poètes qui appartiennent

deux époaprès

ques et à deux civilisations différentes, on pourrait dire que Virgile

Homère
d'œuvre

,

le

plus parfait génie poétique de l'antiquité.
n'a rien produit qui puisse être

Aucune langue moderne
qu'il

mis

à côté des chefsla litté-

nous a

laissés; et

de tous

les
,

poètes qui ont pris rang dans

rature des différens peuples depuis Virgile
le

aucun d'eux

n'est arrivé à traiter

avec

même

succès, la pastorale, le
la

poème
le

didactique et l'épopée; à réunir au

même

degré l'énergie à

concision dans

langage, et à exprimer avec autant d'exac-

titude tant de pensées délicates, gracieuses

ou sublimes. Notre Racine seul approcha

de toutes ces perfections en s'essayant à
Virgile, quoique né dans

les imiter.

une condition infime, reçut cependant une éducation

soignée à

Crémone

et à Milan.

Ce

fut vers l'année

709 de

Rome

qu'il

pubha
et,

sa

deuxième églogue, yilexis , qui
les sept

est la

première dans l'ordre des temps,

dans

années qui suivirent,
la

les

autres ouvrages
la

du même genre
la

;

d'abord Pal'an

lœmon

,

troisième; Tityre et Daphnis ,

première et

cinquième, dans
la

de

Rome
Mœris;

713, époque du premier voyage de Virgile à Rome; puis
la

neuvième,

rjuatrième, Pollio, et

la

sixième, Sileiuis ; et l'an 716,

la

septième.

Me-

48

MANUSCRIT DE VIRGILE.
,

libœus, et Galliis, la dixième. C'est aussi vers ce temps

7 1 7 de
il

Rome que
,

,

de

l'avis

des grammairiens, Virgile

commença
main
à son

ses

Géorgiques , et

les

acheva après huit
il

années consécutives de travail et de
voulut mettre
la

veilles.

Dix années après, 785 de Rome,

dernière

Enéide ; mais cherchant à
par l'étude des lieux
le
,

se pénétrer plus
il

profondément de son modèle
voyage en Grèce
tières.
,

et à s'éclairer

entreprit

un

dans

le

but de passer sur
visitait la

théâtre de \ Iliade trois années en-

L'empereur Auguste, qui

Grèce à cette époque, rencontra Virgile

à Athènes , et l'engagea à renoncer à son voyage et à retourner à

Rome.

Virgile

voulut cependant voir encore Mégare, et ce fut dans cette
premières atteintes d'une maladie qui ne
fit

ville qu'il sentit les

qu'augmenter pendant la traversée, et il
Ȉ

mourut peu de
11 septembre de

jours après avoir débarqué
l'an

Brindes ou à Tarente

:

c'était le

de

Rome
il

735.

Dans

ses derniers jours,

sa ville chérie, et

demandé que son corps fût transporté à Naples, l'empereur donna les ordres nécessaires pour que la volonté du
avait
svir la

poète fût accomplie; son tombeau fut placé
et le

route de Pouzzoles, entre Naples

second milliaire, à l'entrée d'une grotte;

et l'épitaphe

en deux vers que Virgile

avait

composés pour lui-même, dans
:

les

derniers temps de sa vie, n'y fut point
des côtés

oubliée

on reconnaît encore

ce

tombeau sur un

du mont

Pausilippe.

Pline raconte que le poète Silius Italiens avait acheté , par dévotion à la

mémoire

des deux grands écrivains, la villa de Virgile et celle de Cicéron', et que ce fut au

tombeau de

Virgile qu'il alla s'inspirer. Martial a consigné dans ses vers ces pieux

hommages du

poète historien de
le

la

seconde guerre punique.
il

On

a

néanmoins

cherché quelque temps
par Servius Stace,

tombeau de Virgile;

a fallu consulter les notions laissées
S.

les traditions
les

du monastère de où reposèrent

Maria Pie-di-Gi olta,y o'xûn des
Pétrarque qui a fondé
la

ruines du tombeau,
foi

chroniqueurs de Naples,

et c'est

commune

sur

le lieu précis

autrefois les cendres de Virgile.
et les

Un

laurier

né spontanément sur
la

ces ruines

ne permet plus de doute,

voyageurs
ce lau-

qui viennent y honorer

mémoire du poète respectent traditionnellement
les feuilles

rier merveilleux, et n'en

prennent

qu'avec une bien louable parcimonie.
le

Parmi
cupe pas

les
le

divers

poèmes qui ont immortalisé

nom

de Virgile \ Enéide n'oc,

premier rang, quoique cette épopée

soit la plus parfaite

que

l'on

con-

naisse, après les ouvrages

d'Homère, qui n'ont été surpassés par aucune composi;

tion

du

même

genre. \J Enéide ressemble à la fois à \ Iliade et à \ Odj^ssée

mais

elle est inférieure à plusieurs

égards à \ Iliade. Celle-ci a sur

le

poème

latin l'avanla

tage que tout original a sur ses imitations; toutefois les défauts de

copie sont

sensiblement rachetés par un grand nombre de beautés de

détail.

'

Vjrjçilf

po^scdail

iui,s>>i

a

Home

uni- iiiaison coiiligiic atix jardins

de Mfctnii'

MANUSCRIT DE VIRGILE.
Disons plus
,

49

il

ne faut pas trop s'appesantir sur
si

la

comparaison de deux ousi

vrages d'une facture
policés
:

différente et

composés pour deux peuples

diversement
les

les

grâces mignardes et recherchées de Virgile auraient peu touché
siècle

Grecs du dixième chant de
celle des

avant

l'ère

vulgaire
,

;

et à des

hommes d'une

nature appro,

héros du

autrement hardis,

poème il fallait des pensées plus fortes et des traits que pour la bonne compagnie de Rome au siècle d'Auguste.
bien plus pour
la

Homère
neille et

et Virgile diffèrent

grandeur

,

l'élévation de leurs
le

comson

positions,

pour

l'éclat
:

des pensées, la vigueur des opinions, que ne
s'inspira

font Cor-

Racine

chacun d'eux

aux idées

et

aux formes

sociales de

temps.

On
main,
rent

dit

que

,

mécontent de son ouvrage auquel
,

il

ne put pas mettre

la

dernière

Virgile,

en mourant, en avait ordonné

la

destruction; mais ses amis obtintelle

la

révocation de cet ordre. \J Enéide fut donc publiée
laissée
;

que son auteur
la

l'avait

Lucius Varius et Pollutius Tucca
,

se

conformèrent à

promesse

qu'ils avaient faite à Virgile

au

moment

de sa mort, de ne rien ajouter à ce poème.
ses

Mécène engagea,

dit-on, Virgile à
les

composer

Georgiques ;

les
:

quatre livres
c'est

de ce poème didactique sont

plus accomplis que l'on connaisse
Il est difficile

dans cet

ouvrage que Virgile montre tout son génie.
clarté

de traiter avec plus de
les

un

pareil sujet, et de l'orner plus

heureusement de toutes
cet

beautés et de

toutes les grâces de la poésie. Virgile

commença

ouvrage à
le reste

l'âge
vie.

de trente-

quatre ans

,

et

il

ne cessa de

le

corriger pendant tout

de sa

La

poésie bucolique fut introduite dans la littérature latine par Virgile.
;

Il

a

cherché à imiter Théocrite dans ce genre de composition

toutefois les dix égloelles

gues qui nous sont parvenues n'ont pas été produites dans l'ordre où

sont

placées dans les copies imprimées. Virgile avait vingt-six ans lorsqu'il les

com-

mença

;

à cette

époque

,

il

était

inconnu

à Asinius Pollio , ainsi qu'aux autres

grands

personnages de

Rome, et

ce fut, dit-on, la solitude de sa

demeure champêtre qui

lui inspira l'idée

d'imiter le poète grec.
l'oubli;

La perfection des ouvrages de notre poète les préserva de
cités sans

on

les

trouve
les

interruption depuis qu'ils furent rendus publics à
il

Rome;

et

parmi

plus anciens manuscrits latins venus jusqu'à nous,

y en a plusieurs qui contien-

nent

les

ouvrages de Virgile.

Ses contemporains ne

manquèrent pas de consacrer quelques
le

lignes à sa juste
siècle

renommée,
l'ère

et

de ce nombre sont Horace et Ovide. Pendant
les écrits

premier

de

chrétienne,

de Virgile ne furent pas moins soigneusement étudiés,
les écrits

et

on en trouve des témoignages dans

de Properce, de Velleius Patersiècle suivant, Pline et Ju-

culus, de Stace et de Martial.

Au comnïencement du

vénal citent également

les

vers de cet immortel poète.
7

5o

MANUSCRIT DE VIRGILE.
On
considère

comme
fait

antérieur au quatrième siècle de notre ère
la

le

célèbre

manuscrit de Virgile qui appartient aujourd'hui à
qui avait autrefois
France.

bibliothèque du Vatican, et

partie de la bibliothèque de l'abbaye de Saint-Denis,

en

Un

second manuscrit de Virgile, non moins célèbre par l'ancienneté de
siècle,

son écriture, qu'on dit aussi du quatrième
il

que par

les belles
il

peintures dont
atteste par les

est

orné

',

fait

encore partie de

la

bibliothèque du Vatican, et

corrections des réviseurs, écrites sur les marges, avec quels soins

on

s'appliquait,

dès cette époque, à reproduire les œuvres de Virgile dans leur plus parfaite exactitude.

Du
est

reste, les citations des textes

du poète, qu'on
ne leur

lit

dans

les écrits

d'Au-

sone et de saint Jérôme, démontrent
Il

qu'il

fut pas inconnu.

en

de

même

pour

les siècles

suivans, et des
les

monumens

paléographiques
poète n'ont

d'un grand intérêt nous montreront que

ouvrages de ce

même

point cessé de faire partie des collections de livres qui furent formées, en trèspetit

nombre,

la

il

est vrai,

pendant

le

cinquième

siècle.

Dès-lors
si

on touche presque
l'on

à l'époque

les

manuscrits de tout genre deviennent

nombreux, que

peut

considérer

conservation des ouvrages classiques de l'antiquité

comme

assurée

jusqu'au

moment où

l'imprimerie propagera à tout jamais des chefs-d'œuvre qui

attendent encore des rivaux.

Au cinquième

siècle,

deux très-précieux manuscrits de Virgile occupent

la pre-

mière place au milieu des autres
partie des collections
tre
,

monumens
il

de

la

même
:

époque. L'un

fait aussi

du Vatican, où
,

est coté

manuscrit Palatin , n° i63i. L'ausiècle
c'est le

encore plus célèbre
Il

est

de la fin du

même

Virgile de Médicis

conservé à Florence.
rius, et l'on croit

fut corrigé

par

le

consul Turcius Ruffius Apronianus Aste-

que l'année 498 de

l'ère

chrétienne fut celle où

le

consul

fit

son

travail sur ce

beau manuscrit.

D'autres témoignages fort

nombreux

attestent

que Virgile

fut aussi très-connu

pendant
cette

le

sixième siècle
les

:

et tout

d'abord Jornandès, qui en affirme l'existence à

époque dans

bibliothèques des Goths, peuple chez lequel l'étude des lettres
ans. Les

ne

fleurissait

que depuis deux cents

nombreuses
le

citations de Cassiodorc

confirment encore l'existence du poète latin chez

même

peuple; enfin,

les té-

moignages de
de Macrobe,
tout.

saint Augustin, de Lactance, de
,

Lampride, d'Ammien Marcellin,
se trouvaient alors par-

etc.

indiquent que

les

œuvres de Virgile

Pendant

le

septième

siècle, les

études se ralentirent et furent généralement né-

gligées, jusqu'au

moment où la
les

toute-puissance de Charlemagne vint enfin tout ranilittéraires.

mer, et favoriser aussi
'

travaux

De nombreux monumens, exécutés sous
,

Ces peintures ont été gravées à

Rome

par Pietro Santo-Barloli
la

publiées en 1742, et dédiées au pape Benoll

XIV par Jean

Dominique Campiglia. royez sur ce célèbre manuscrit

Préface de Bottari.

;

MANUSCRIT DE VIRGILE.
ce prince, font encore aujourd'hui l'admiration

5i

des savans, et sont étudiés soi-

gneusement comme témoins irrécusables de
ficence envers les lettres.

l'éclat

de son règne et de sa muni-

Toutefois, Virgile n'avait pas été universellement oublié dans le septième siècle;
Isidore de Séville le

compulse fréquemment

,

et

indique ainsi l'existence de cet

auteur dans

les

bibliothèques d'Espagne avant l'invasion des Maures.

On

sait

encore que, pendant ce

même
parmi

siècle, les

commentaires d'Asper sur Virgile étaient

communs dans Au huitième

plusieurs collections.
siècle,
les

témoignages qu'invoque fréquemment

le saint

apôtre des Saxons occidentaux, Aldhelme, on remarque celui de Virgile et de
plusieurs autres auteurs de l'antiquité profane
:

on trouvait

alors dans Virgile
ses

des prophéties favorables au christianisme.

Un

manuscrit de

poèmes, estimé

du huitième
Pendant
rechercher

siècle, existe aussi

dans

la

bibliothèque du Vatican.

le siècle

suivant, le neuvième,

Loup, abbé de Ferrière,
l'on fixe l'âge de

si

soigneux à

les

bons

livres et à les introduire

en France, possédait aussi un Virdeux manuscrits du

gile; enfin,

c'est à

ce

même

siècle
la

que

Cygne de Mantoue, conservés à

Bibliothèque royale de Paris. Cette
siècl'e

même

bi-

bliothèque en possède huit autres du
siècle qu'appartient le

suivant, le dixième; et c'est au onzième
le

genre d'écriture du manuscrit qui a fourni

fac-similé
biblio-

de notre planche VI
thèque.
C'est
s'être le

;

il

y en a

trois autres

du

même

temps dans

la

même

pendant

les

siècles
:

suivans, que
le

les

manuscrits de Virgile paraissent
siècle, la

plus multipliés

dans

courant du douzième

bibliothèque du

monastère de Corbie en possédait Sept exemplaires; plusieurs manuscrits de ce

même siècle se
dizaine
a la

reconnaissent aussi parmi ceux de

la

Bibliothèque royale; on compte

également, dans cette dernière collection, sept volumes du treizième siècle et une

du

siècle suivant.

Le nombre

total des

manuscrits de Virgile appartenant

Bibliothèque royale est de plus de quatre-vingts.
figuré sur notre planche VI est tiré

\je fac-similé

du manuscrit
contient

n"

7930 de

l'an-

cien fonds latin (feuillet loi, verso).
vélin;

Ce manuscrit

est

de format in-folio, sur beau
il
:

on y trouve quelques

lettres capitales ornées, et

I

'.

P. Firgilii Maronis Eclogœ , Géorgien

et

/Eneis

•>.\

Vita Firgilii;
Moretuni , carmen quod Firgilio trihuitur;
P- Ovidii Nasonis Somniuni
Altereatio nani
et leporis ;
;

Y.
4".
5".

6*.
7*.

Explicationes quarunidam

vocum grœcarum;

Fragmentum de

Talento.

,,

52

MANUSCRIT DE VIRGILE.
De nombreux commentaires surchargent
les

pages de ce texte de Virgile, et

les

titres des pièces

y sont

écrits

en encre rouge. Deux espèces de mappemondes sont

figurées
les

au verso du

feuillet 28; et l'on

remarque surtout au

feuillet

264, verso

deux vers suivans

inscrits

en

tête de ce feuillet, d'une encre plus noire et

d'un caractère plus gros que ceux du reste du volume, et qui sont évidemment
d'une main étrangère
:

Gerberti laudem replicat liber iste per orbem,

Quem solum

iiostiis contulit aniiariis.

Ces
scrit.
1

mêmes
et

vers se trouvent répétés à la fin
lit

du dernier
:

feuillet

de notre manu-

Enfin, on
;

aussi sur le feuillet qui sert de garde
, ,

Karolus dux Aquitaniœ,

469

au dessous avec une signature K. dux Frariciœ.

L'état

du manuscrit, comme
onzième
siècle.

aussi les caractères de son écriture, indiquent qu'il

fut écrit vers le

Quant aux deux vers que nous venons de rapporter,
vir à

ils

pourront peut-être
il

ser-

donnera

l'origine de notre

manuscrit une certaine illustration dont

nous

parait digne à tous égards.

Le
Ce

nom
fut

de Gerbert, qui se trouve dans
plus illustres dans

les vers précités,

rappelle

un

des per-

sonnages

les

la littérature

des dixième et onzième siècles.

Gerbert, moine d'Aurillac, qui, par son puissant génie, renouvela

l'étude

des lettres; l'école qu'il avait fondée à

Reims

n'est

pas moins restée

célèbre pour l'admirable talent

du professeur que pour
la

les élèves

renommés que

Gerbert y forma
pas

;

et

son érudition dans

connaissance des auteurs profanes n'a

moins

illustré

son nom, que

celle qu'il a

montrée dans

les lettres sacrées.

Ce savant
scrit, et

prélat serait-il

pour quelque chose dans l'exécution de notre manuse trouve-t-il sur

pourquoi son

nom

un

des feuillets de ce précieux vo-

lume?
Faisons remarquer d'abord que l'ancienneté de notre manuscrit s'accorde tout-àfait

avec l'époque de la vie de Gerbert.

On sait qu'il fut
le

archevêque de Reims en 992
et transféré, l'an 998,
il

déposé de cet archevêché en 995 par
la

pape Jean XVI,

par

faveur d'Othon

III,

sur

le siège

de

Ra venue,

d'où, enfin,

parvint à

la

papauté

en 999, par la protection du même personnage. Ce fut le premier Français qui occupa le siège pontifical de Rome et une origine italienne se révèle uniformé,

ment dans notre manuscrit par
le style

la

beauté du vélin, l'élégance de l'écriture
les

et
les

de ses lettres capitales. Dans
,

deux vers déjà rapportés, on chante
lui

louanges de Gerbert et on proclame que ce fut
scrit

qui donna ce précieux

manu-

au monastère dont

il

enrichissait la bibliothèque.
les

N'aurions-nous pas sous

yeux un manuscrit exécuté en

Italie

,

envoyé en

MANUSCRIT DE VIRGILE.
présent
à

53

un monastère de France par
que sous son

le

savant Gerbert? Et

comme
que
fût élu

notre
cette

prélat n'est désigné

nom
II?

de Gerbert, n'en

résulte-t-il pas

inscription aurait été tracée sur le manuscrit avant

que Gerbert

pape

en 999, sous

le

nom

de Silvestre

L'époque de l'exécution du volume pourrait

ainsi être celle

de l'épiscopat de Gerbert à Ravenne, c'est-à-dire de l'année 998,

et cette date n'est

nullement en contradiction avec aucun des caractères paléose rappelle l'affection toute filiale

graphiques du manuscrit. Enfin, lorsque l'on

de Gerbert pour

le

monastère où

il

avait fait ses premières études , affection
:

mé-

morable que

les

savans bénédictins ont rappelée en ces termes
faire à

«

Ni

le

grand
les

personnage qu'on va bientôt voir

Gerbert sur
il

le

théâtre des savans, ni

premières dignités de l'Eglise auxquelles
le

fut élevé, jusqu'à se voir

pape sous
'

nom

de Silvestre

II

,

ne furent point capables de

lui faire oublier Aurillac

;

»

ne peut-on pas conjecturer que ce volume fut un présent, envoyé au monastère
d' Aurillac

par Gerbert, éVéque de Ravenne, et qu'un

tel

présent, de

la

part d'un

personnage

comme

Gerbert, devait faire assez de sensation sur

les religieux

d'un

monastère, pour

qu'ils fussent très-empressés d'en constater l'origine
?

par

l'inscrip-

tion que nous venons de transcrire
Il

parait aussi

que plus tard, au quinzième

siècle

,

ce

volume, ayant conservé

toute sa célébrité, fut offert en présent au duc d'Aquitaine.

en

effet,

son noin,

comme

cela

se

pratique assez
sont écrits sur

Ce duc y inscrivit, fréquemment; de là les mots
qui sert de garde
à

Karolus diix Aquitaniœ , 1449?
notre manuscrit.

t[ui

le feuillet

Ce précieux volume pourrait donc bien
ordres et par
taires et
les

être

un manuscrit
envoya
le

exécuté par

les

soins de Gerbert, évéque de
les

Ravenne, qui enrichit de commen,

de variantes

œuvres de Virgile

et qui

volume en préune

sent à l'abbaye d'Aurillac, pour laquelle ce savant prélat conserva toujours

grande

affection.

Une
ger à

autre particularité paraîtrait encore indiquer que Gerbert ne fut pas étran-

la

confection de ce volume; car l'on remarque, au verso du feuillet 28, deux
dessinées à l'époque

mappemondes soigneusement
écrit, et elles

même où

le

manuscrit
et

a été

indiquent

la division

de

la terre

en terra hahitahilis

tenu

iiihahi-

tabilis;

on y

a tracé aussi

quelques signes du zodiaque. Les connaissances
les

(juc

Gerbert possédait en géométrie, en astronomie, et dans

autres sciences, expli-

(jueraient tout naturellement les traces qu'on trouve dans notre
pratifjue de ces sciences.

volume de

la

Ce manuscrit peut donc

être regardé

comme un

des plus précieux parmi ceux

'

Hitloirc littéraire

de France,

t.

vi, p. 23.

54

MANUSCRIT DE VIRGILE.
la

des auteurs classiques du onzième siècle, que possède
Paris.

Bibliothèque royale de

Les oeuvres de Virgile ne furent pas inconnues aux poètes du
l'on pourrait sans

moyen

âge, et

doute en reconnaître quelques citations ou des imitations dans

certains écrivains de cette période. Les différens dialectes nous en ont au

moins

conservé des traductions

:

c'est ainsi

que

la

Bibliothèque royale en possède une
la

qui est toute en patois bourguignon; on y voit aussi
çais, faite

traduction en vers fran-

en i5oo,

[)ar

Octavien de Saint-Gelais, en deux beaux volumes manude miniatures.
les

scrits

:

l'un des

deux

est enrichi

Bien avant ce dernier traducteur, l'imprimerie avait reproduit
Virgile.
celle

œuvres de

On

considère généralement,

comme
la

la

première édition de cet auteur,
in-folio.

de l'année 1470, Venetiis ,per Vindelinum de Spira,
et celui

Les exemplaires

en sont des plus rares,
mérite de

que

Bibliothèque royale possède réunit au
vélin.

la rareté celui d'être
•>

imprimé sur

Après cette édition on peut
la

citer aussi celle de 1471

per

Adam

Rot; une autre de

nom

de lieu ni d'imprimeur, et que l'on attribue aussi à
la

même date, mais sans Adam Rot toutes deux,
:

quoique extrêmement rares, existent à
furent publiées en 147*^
7

Bibliothèque royale. Parmi celles qui
celle

on distingue surtout
la

de Venise,/?^/' Bartholomœum

Cremonensem ,
le

in-folio,

que

Bibliothèque royale possède également.
j'ai

nombre

des éditions de Virgile est fort considérable; mais
lés

Du reste, dû me bor-

ner à ne citer que

plus anciennes

,

qui sont aussi

les

plus recherchées.

Une
aussi

tradition de l'antiquité nous a conservé le souvenir d'une scène profonles

dément touchante dont
pour
,

admirables vers de Virgile furent l'occasion, et qui fut

le

poète celle d'un bien rare triomphe. Virgile, sur l'invitation d'Auet
,

guste

lut

en présence de ce prince
le

de sa sœur Octavie
et ce

,

le

deuxième

,

le

qua-

trième et

sixième livre de X Enéide

sixième avec

un
les

accent particulier,
vers

bien sûr d'intéresser vivement Octavie. Lorsqu'elle entendit

du poète sur
:

son

fils,

sur ce

fils

enlevé

si

jeune, pleuré
et

si

long-temps, et ces mots

Tu Marauraient

cellus eris, elle s'évanouit.
fait

Auguste
si

Octavie fondirent en larmes, et

ils

interrompre cette lecture,
et la peinture

Virgile n'avait averti qu'elle était près de finir.
l'envi cette scène
si

La poésie
plait tant

ont reproduit à

dramatique,

et qui

au cœur

et à l'imagination.

Une
fable;

critique fâcheuse a voulu nous dire

que

cette antique tradition était

une

mais

il

y

a des fables

qu'on doit pré-

férer à la vérité,

quand

elles

émeuvent vraiment notre âme,

et qu'elles
:

honorent
a-t-il

l'humanité. Laissez-nous donc ce séduisant
assez de hideuses réalités.»*

mensonge de

l'antiquité

n'y

pas

Le fragment en français du quatorzième

siècle, tiré

de

la

traduction de Tite-

Live, par P. Berchoire, que nous avons donné, page 27, fournit

un exemple de

,

,

MANUSCRIT DE VIRGILE.
la

55

manière des traducteurs de ce temps.
le

Il

n'est
la

donc pas moins curieux d'étudier
et le

dans Octavien de Saint-Gelais

progrès de
les

langue

poète du seizième

siècle,

dont

la

verve s'appliquait à reproduire

beautés de
le

la littérature

romaine.

On

pourra juger du mérite de sa traduction par
scrit français

fragment suivant,
:

tiré

du manu-

de

la

Bibliothèque du Roi, n" 7129
Pendant ce temps Énée bien certain
J)e

son

allée la

,

tenoit

chemin loingtain
undes,

Dedans

mer

et détranchoil les

Par acquiUon obscures

et parfondes.
la cité

Kn regardant

les

murs de
combien

Lujre de flammes par

l'infélicité

De Dido

roj ne

,

qu'ilz ignoroyent

Cause ponrquoy ticulx feux lors se faisoyent
Jacoit pourtant

que

les

douleurs extresmes,

D'amour trop grande

et les plainctes

mesmes

Sachans aussi que femme furieuse
Est de mal faire trop duytc et curieuse.

Tieulx peucemens et

telles

conjectures

Tenoyent lors en moult

tristes

augures

Les poictraincs d'iceulx pouures Troyens

Par moult diuers

et estranges

moyens

;

Et quant leurs nefz par leurs longues venues Eurent tantost eu plaine mer tenues,
Si

que desja ny eut deuant leurs yeulx
la

Plus terre aulcune fors

mer

et les

cieuk

:

Soudainement sur leur chief fut poussée;
Obscure nue a pluye dispousée;
Pourtant hyuer
et

dangereuse nuyt

Qui trop a coup a leur emprise nuyt,

Par

tieulx téuèbi-es la

mer deuant

troublée

De meiates vagues mesiée et assemblée, Palynurus mesme gubernateur

Du

nauigaige et
:

le

vray directeur,

Dist lors

helas! ciculx, pluycs

ou toimerres

Nous font hores tempestueuses guerres.
Et toy Neptune que vcuix or ou que
faiz

Dont nous prépares vng

si

pénible faix!

,

,

PLANCHE

VI.

LECTURE DU MANUSCRIT
ExFLC

LiB-

un

l^cIl' v.

interea

médium

eneas iam classe tenebat
atros aquilone secabat,
infelicis elisse

Certus

iter* fluctusq-

Menia respiciens que iam
Causa
Triste
latet"

Conlucent flammis; que tantum accenderit igné,
duri

magno

sed

amore dolores

Polluto. netumq- f'urens quid femina possit

p augurium teucrorum pectora ducunt; Ut pelagus tenuere rates* nec iam ampHus ulla
Occurrit
tellus"

maria undiq*

et

undiq* celum*

Olli ceruleus supra caput adstitit

imber

Noctem hiememq-

ferens. et inhorruit

unda tenebris
nimbi?

;

Ipse gubernator puppi palinurus ab alta;

Heu

quia

nam

tanti cinxerunt ethera

Quid ue pater neptune paras? sic deinde locutus, Golligere arma iubet- ualidisq- incumbei^e remis.
Obliquatq- sinus in uentum- ac
talia fatur
:

Magnanime enea non

si

mihi iuppiter auctor

Spondeat. hoc sperem italiam contingere celo; Mutati transuersa fremunt- et uespere ab atro

Consurgunt

uenti. atq* in

nubem

cogitur aer

Nec nos

obniti contra; nec tendere tantum

Sufïicimus' superat

qm

fortuna sequamur*

TEXTE
Interea

LATIIN.
ICI FIIMIT

TRADUCTION.
LE LIVRE
IV

EXPI.ICIT I.IIIKR IV, 1.>CIP1T V.

ET COMME?ICE LE

HVHE

V.

médium
iter,

ytlneas

jam

classe tenebat

Certus

fluctusque atros Aquilone secabat
,

Mœnia

respiciens

qua; jam infelicis Elisœ
sed amore dolores

Cependant, plein deeoniiantw dans l'ordre des dieux, Énée dirige vcr> la haute mer sa flotte qui l'end les vagues noircies par les Aquilons. Il rcgarde les murs de Carthage, et déjft le biu^her de Didon les éclaire de se)i
feux,
l.e
:

Co/Iucent flammis. Qu;e tantum accenderit ignem,
r.ausa latet; duri

héros et ses Troyens ignorent
les violentes

la

cause d'un

si

grand

eiiibraseet

magno

„,ent

mais connaissant

douleurs d'un amour outragé,

notumque furcns (piiil femina po.ssit, riste per augurium Teucrorum pectora ducunt. t pelagus tenuere rates, nec jam amplius ulla occurrit tellus, maria undique, et undique cœlum;
Polluto,
1

tout ^c que peut une

femme en

fureur, leurs

cœurs
la

„^„s prcssentimens. Dès

qu'ils se sont

avancés dans

de profonde mer, que
se remplissent

I

joute terre a disparu, .[u'on n'aperçoit plus que les eaux et les cieux, „„ nuage, qui dans son .sein porte la nuit et la tem|HHe , s'arrête sur U
^,^,,,„,. j.,^^ n.orreur des ténèbres. I.e pilote ^^^^^ ^^ ^^,,,^^,^ ,,^,,j^ , ., /^ , . .. , . lui-raème. Palmure, sur la poupe élevée , s écrie :« Quelle nue mena. , i •

Olli cieruleus

supra ..aput
'
.

ad..titit

imber,
.

Noctem hiememquc ferens; et inhorruit unda tenebris. ,. Ipse gubernator puppi Palmurus ail alta .... ..1 „ ... Heu! quianam tanti cinxerunt a.-tbera nimbi.''
.

,

:

I

.

.

cantc enveloppe '' '
'°"'^''''" "'"''"""•^
•''""

.

,,,..,. que o Neptune
1

étber!

i

!

i

nous prépares-tu
i i ,

,-,..,.
.-^

» 11
.se

dit, et

<

miilve

,

pat..r

Neptune

,

paras

?

Sic deinde locutus

"""

"""«'°'''

'^''

^'^'•"'''^ "-' «"ordages

de

courber
,

(olligere
(

arma jubet,
/linea,

validisque incuml.ere remis;
,

P"=»»"*« '"'""<=;

" présente obliquement
:
..

la voile à l'Aquilon
, ,

et

Ibligatque sinus in ventuin

ac talia fatur

s'adressant au chef des Troyens
:

Magnanime Énée non quand
ils
;

j'au-

Magnanime

non

,

si

milii Jupiter auctor
e(»lo.

rai'*

P*»"" garant la
pa''

promesse de Jupiter, jcn'espérerais point aborder en
I.es

Spondeat, hoc sperem Italiam contingere

"alic

"'

<•'<•

orageux.

vents ont changé;

s'élancent

du coula

Mutati transversa fremunt, et vcspere ab atro

chant obscurci

,

prennent en

travei-s

nos >aisseaux

l'air se

condense, et
tour,

Consurgunt venti atipie in nubem cogitur aer. Nec nos obniti contra, nec tendere tantum
,

n'est bient«'tt plus cpi'un

nuage. Nous ne |>ou\ons lutter contre
la

mente,

et

nos efforts sont inipuis.sans. Puisque

fortune remporte

Sufllcimus. Superat

quoniam fortuna, srqiiamur;
(Vi&uiLk, traducliuii
di- .M.

cédons.... »
VilIcnaTi-, O.btiuthfi/ue I.ulûir-J-'nxnrtisf
,

publUv par C.

L. K. r.iitcLoi.cLi'

;

Paris,

tome Ml

I

;#:

^ Caxuftjcerfixuxafcf jaroCàcnxàcnc^^

Can Uuznc fUmnaf- c{^ tantum. aoot^enrtgnê^

pTrifte' ydttgurumv teumnamt pcctom. ^uc^n^|^

U -r peUguTtenucrc rarcT- ncc utm ampluiTulUt
ccumr tcUuTnuna, lln^u]f• fieuîicluf' œliwv-^
llvcem!eiiffiipmaipitra5fttttron()ct^

ÎV octcm hiemcmif fêrcnTiJemlvrrurr

lln^<tt3e1lc(ïn^•

^mô ue pâter nqjtime
C

pàraf'^fic banbc locutuf

'^

otUgere drmA mbet-nâUxè^c^'

mcmnberc rcmif.

blu^udtijffîmirmuattum'AC'mliafîttïîr'.

Cf^Agrvtmme çn«k-7U)nfitnUn mppitcrauaar'

S

Ywnômt-hocfperemimlidm cancmgerercfioj

C (mfurçDtrtteriasmyittmibcnvcîDçtoraer
tV eciiDrobiiiaûonna.nec«n&efe^tarttum

Xir SIÈCLE
— Maniscrit,
n"7.Siiii, Hihiiotli. ri)\;ilc

de Paris.-

OUINTILIEN
MANDSCUÏT nu
XII SIECLE.

i/uiNTiLiEN (Marcus Fabius Quintilianus), né à Calagurris
Tarraconaise, l'an 4^ de
l'ère
1

,

ville

de l'Espagne

chrétienne.
la

On ignore
ère.

l'année de sa mort, qui arriva

cependant après l'année

18 de

même

Ce savant
premiers
à

critique fut

du nombre des rhéteurs qui

se distinguèrent

pendant

les

siècles

de

l'ère

chrétienne, et qui ouvrirent des écoles. Bien préférable
la

Sénèque, son devancier dans

même

carrière,

il

nous a

laissé

sur l'éloquence
Il

un

travail supérieur à tous les traités

connus sur

la

même

matière.

fut le pre-

mier rhéteur

salarié de la caisse impériale. Flavia
ses élèves.

Domitia

et Pline le

Jeune sont
règne de

comptés parmi
Domitien,

Après avoir obtenu
il

le

consulat pendant
affaires

le

et professé

pendant vingt ans,
de
loisir et

renonça aux

publiques, afin

de travailler avec plus

de soin à ses Institutions de l'orateur [de

fnstitutione oratoria). C'est ce travail qui a sauvé son

nom

de
;

l'oubli, et
il

qui

l'a

recommandé

à l'estime et à

la

reconnaissance du
l'an

monde

civilisé

y employa deux
il

années entières de sa vie, de

92 à

l'an

94 de Jésus-Christ,

et

le

dédia à son

ami Marcellus

Victorius.

Cet ouvrage contient un plan d'études pour un orateur, pour tout
désire posséder

homme

qui
el

une instruction

solide, complète, et ce fut dans
les
,

une longue

attentive expérience

que l'auteur en puisa
du
travail
fie

fondemens.
Quinlilien dépassa de beaucoup ce

Tout en

se servant

Cicéron

,

6o

MANUSCRIT DE QUINTILIEN.
ses observations

grand maitre;

nous révèlent une grande habileté de critique,
les antiquités

et

un

goût épuré par de sérieuses études. Ses remarques sur
latine, sur l'état primitif
italiotes
,

de

la

langue

de son alphabet, sur

le

mélange des anciens idiomes
la civilisation

amené par

l'effet

du temps

et des

mouvemens de

dans ces

belles contrées

l'Orient et l'Occident semblent s'être rencontrés et avoir ter-

miné
et

leurs conquêtes , sur les rapports de la langue latine avec ces
:

mêmes

idiomes
esprit

avec ceux des pays helléniques

tout dans ces remarques nous révèle

un

ingénieux, pénétrant et sévèrement logique; et pour juger du progrès

immense
ou plutôt
les

que

le

même

esprit

fjt

faire

presque subitement à

la critique littéraire
il

,

pour reconnaître

qu'il

en

fut le véritable fondateur,

suffit

de comparer

étymologies latines de Quintilien, entièrement régulières et toujours réservées,
avec
les

absurdes rébus et

les

pitoyables analyses de sons que

l'illustre

Varron dé-

bitait

hautement au monde romain cent ans seulement avant Quintilien. Les
ne seront jamais assez étudiés ni par

premiers chapitres de ses Institutions sont des sources inépuisables d'instruction
et ils
le

les élèves ni

par

les

maîtres;

l'homme

plus instruit y trouverait encore à glaner. Toutefois,

on

doit le dire, son style

n'échappe pas toujours à l'influence de son époque.

Avec
il

les Institutions oratoires

on connaît

aussi sous le

nom

de Quintilien
petits discours

,

et

est d'usage

d'imprimer avec ce grand ouvrage, un amas de
le titre

au
at-

nombre de
tentif
fit

soixante -quatre, portant

de Declamationes.

Un examen

croire à quelques critiques des derniers siècles,

que

ces

Déclamations

ne devaient pas être attribuées à Quintilien.
récent
;

On

les croit
:

surtout d'un siècle plus
le

on

les

attribue

même

à plusieurs rhéteurs

Q. Vossius à Postumius

jeune, et certains manuscrits à Marcus Florus, personnage d'ailleurs inconnu.
Cette question a été longuement débattue;
incontestable, l'usage
l'a

on

n'est

point arrivé à une conclusion

emporté,

et l'on

continue d'imprimer ces Déclamations

à la suite des Institutions

de Quintilien.
le

D'après une certaine tradition,

temps nous aurait conservé deux manuscrits
:

originaux des Institutions de Quintilien'
l'époque
le

l'un était complet, et fut découvert à

du

concile de, Constance, dans
il

une tour de l'abbaye de Saint-Gall, par
une copie qu'on
dit être aujourd'hui
Italie,

célèbre Pogge de Florence, et

en

fit

en

Angleterre. Environ

un

siècle plus tard,

Léonard Arétin découvrit, en
:

un

second manuscrit, mais très-défectueux
dérivèrent, selon la Quintilien;

on ajoute que de

ces

deux originaux

même

tradition, tous les autres manuscrits des ouvrages de

on ignore

ce qu'est

devenu

le

manuscrit de Saint-Gall.

Nous

n'essaierons pas d'examiner quelle importance et quelle authenticité peut

'

Histoire ahrégce

de

la littérature romaint-

,

t.

il, p. 400.

MANUSCRIT DE QUINTILIEN.
avoir cette tradition, qui veut que
le

6i

manuscrit trouvé dans une tour de l'abbaye

de Saint-Gall

soit

un volume

original (on a voulu dire très-ancien, vraisemblableil

ment), ainsi que
n'est point
tilien; et la

le

manuscrit retrouvé par l'Arétin;

nous

suffira d'établir

que ce

de ces deux volumes que proviennent toutes
chose ne sera pas
difficile à

les autres copies les écrits

de Quin-

prouver, quoique

de cet habile

critique n'aient pas été très-répandus, dans les trop rares bibliothèques, antérieu-

rement au onzième
la

siècle

de notre ère. Cependant, bien avant ce
et les lettres
se trouvait

même

siècle,

France possédait cet ouvrage de Quintilien,

de Loup, abbé

de Ferrière, prouvent d'une manière positive

qu'il

dans

la biblio-

thèque de cette abbaye un manuscrit de Quintilien, au milieu du neuvième
siècle;

de

même

que

la lettre

de consolation de Vincent de Beauvais à saint Louis

démontre également que

la

bibliothèque de ce roi de France en possédait aussi

un autre au treizième
L'existence de ce

siècle.

même

auteur, dans les bibliothèques d'Espagne, est constatée,
les

au septième
écrits

siècle,

par Isidore de Se ville, et au sixième, chez

Goths, par

les

de Cassiodore. Les prétendues découvertes de Pogge et de l'Arétin ne doil'Italie
,

vent donc s'entendre qu'à l'égard de
était

puisqu'il est constant

que Quintilien
les

connu, plusieurs

siècles

auparavant, en France, en Espagne et chez

Goths.
tels

La
où,

célébrité de ses ouvrages

ne permettait guère d'en douter; ajoutons que de

écrits

ne pouvaient rester ignorés pendant un long espace de temps, à une époque
siècle,

comme au neuvième

par exemple, de sa vans anachorètes avaient étabH
l'objet

dans toute l'Europe des correspondances actives, dans

de se

communiquer
et

réciproquement

les livres

que leurs bibliothèques ne possédaient pas,
est

de s'en
ici

procurer des copies. Le témoignage positif de l'abbé de Ferrière

donc

d'un

grand poids,
France dès
le

et

il

nous prouve que

les

ouvrages de Quintilien étaient connus en

milieu du neuvième

siècle.

Pourquoi auraient-ils

cessé de se trouver
la pré-

dans des bibliothèques de ce pays, à partir de ce temps jusqu'à celui de
tendue découverte de Pogge
.-^

Il

sera,

du

reste, bien plus facile

encore de reconle

naître qu'elle est sans fondement, lorsque l'on
a servi à notre planche

remarquera que

manuscrit qui

VU

est

de trois

siècles

antérieur à cette prétendue découlUi

verte, et

que

la

Bibliothèque du Roi possède un autre volume de Quintilien

treizième siècle,

conséquemment antérieur encore
une étude toute
deux écrivains de

à l'existence de Poggç.

On
Enfin,

en

faisait

particulière au sixième siècle; Lactancc et Trela

bellius Pollio, tous
si

même

époque, l'affirment par leurs

écrits.

nous remontons, par

l'ordre des

temps, à des époques plus reculées,

et

jusqu'au
les

moment même où

Quintilien écrivait son traité, nous trouvons, parmi

auteurs reconnus par

la supériorité
la

de leurs écrits, et dont

les textes se

sont

perpétués jusqu'à nous, que

plupart d'entre eux ont étudié Quintilien avec.

,,

i^-x

MANUSCRIT DE QUINTILIEN.
le

soin et avec fruit. Tels sont, au cinquième siècle, Sidoine Apollinaire; au qua-

trième, saint Jérôme et

poète Ausone; enfin, parmi
le

les

contemporains de
et

Quintilien ou ses élèves, Martial, Pline

Jeune, Juvénal

Sénèque. Ainsi,

(^uintilien n'a jamais été entièrement négligé par les littérateurs, et, dans les
siècles

qui ont suivi

la

publication de ses écrits, les

hommes

instruits

ont cherché

à se perfectionner

par ses préceptes et par ses exemples.

La Bibliothèque royale ne possède cependant pas de manuscrits de Quintilien
dont on puisse
les trente-six

faire

remonter

l'antiquité au-delà
se

du douzième

siècle, et

parmi

volumes de cet auteur qui

trouvent dans ses collections, quatre

seulement sont de cette dernière époque'. C'est parmi ces quatre volumes que

nous avons choisi l'exemplaire dont une page

est

reproduite par notre planche VII.
le

Des deux autres manuscrits,
l'autre

l'un

ne contient que

dixième livre des Institutions

renferme ce

traité

complet.

Du

reste, à part les prétendus

volumes

origi-

naux trouvés en
de ce

Italie et à Saint-Gall, les

ouvrages de paléographie ne citent
les

aucun manuscrit célèbre des œuvres de Quintilien. Parmi

autres manuscrits
il

même

auteur, qui se trouvent à la Bibliothèque royale,

faut descendre

jusqu'au quinzième siècle pour en remarquer quelques-uns
matérielle mérite d'attirer l'attention.

dont l'exécution

Parmi ceux-là doit être compris le volume numéroté
et

jyi'i des manuscrits

du Roi
emen-

dont

la date se déclare

en ces termes Laurentius Valla hune codicem
:

sibi

davit ipse , millesimo quadringentesimo quadragesimo quarto incnse decembri die

nono.

De

très-belles capitales
qu'il a été

ornent
Italie.

le

premier

feuillet

de ce manuscrit; tout
marges.
siècle, coté

annonce

exécuté en

Des

scolies sont écrites sur les

Un
le

autre manuscrit de petit format, sur vélin,
,

du quinzième

Saint-Germain Latin , n° i63i
manuscrit du douzième

et d'une très-jolie exécution, attribue, ainsi

que
i\

sièle

qui a servi à notre planche ,

les

Déclamations

Quintilien.

Cet ouvrage, malgré son mérite, ne paraît pas avoir été traduit en français
bien anciennement. L'imprimerie cependant s'empara du texte latin de très-

bonne heure,
rare, dont

et l'on fait

remonter à 1470

l'édition Princeps de Quintilien,
in via

ex

recognitione Joannis Ant.

Campani , Romœ ,
le

papœ

,

in-fol., édition très-

on ne porte qu'à deux

nombre

des exemplaires
et

connus,

et

la

Bibliothèque royale en possède
admirable.

un de

la plus

grande beauté,

d'une conservation

Parmi
rares,

les

autres éditions

du

texte de Quintilien considérées encore

comme
et

fort

on

doit citer celle de 1470 5
la

Romœ

,

pcr Conraduni Swejnheim
le

Arnoldum

'

Le Catalogue de
la

Bibliothèque de l'abbaye de Corbie, dressé pendant

dunziènie siècle, n'indique pas de manuscrit do

Quintilien, et

Bibliollvèque royale ne possède qu'un manuscrit des ouvrages de cet auteur, écrit pendant le treizième siècle.

MANUSCRIT DE QUINTILIEN.
Pannartz,
in-folio,

63
:

qui existe également à

la

Bibliothèque du Roi on

l'a

prise tort
a

long-temps pour
dii

la

première; mais l'édition de Campanus, une

fois

connue,

obtenir

la

priorité par son ancienneté. Celle de 147I5 Venetiis ,
la

per NicolauDi
\\\\

Jenson, in-folio, est encore fort rare, et

Bibliothèque royale en conserve

exemplaire imprimé sur vélin. La belle et riche exécution de ce volume ne

le

recommande
plus

pas moins que

la

date de son impression.

Telles sont les éditions les plus précieuses de Quintilien; les autres se trouvent

ou moins communément dans
a servi

le

commerce.
est

Le manuscrit qui
sur vélin
feuillets
,

mn fac-similé de notre planche VII
le

de format in-4°.
ses

écrit à

longues lignes, dans
il

douzième

siècle.

Quelques-uns de

sont en partie arrachés, et
est celle

ne contient que
les

les

Déclamations. La prele

mière de notre manuscrit

que

éditeurs ont placée sous

n" 2, et.

comme

dans
le

les éditions,

on trouve
soft

aussi dans le manuscrit, en tête de cette

Dé-

clamation,

sommaire de

contenu.

,

PLANCHE

Vil.

LECTURE DU MANUSCRIT.
Marcp
fabii

quintiliani.
INCIPIT.

cœcus

in

limine

jLx incendio domiis. adolescens patrem
repeliit" et

extulit.
illi

Duin inatrem

ipsam

et oculos amisit. Induxit

pater.

nouercam
illi

Quae

accessit

quodam tempore ad maritiim,
iuuenis in
si

dixitq- parari

uenenum quod
partem bonor-

sinii

haberet- et sibi

pmissam diinidiam

iilud

marilo porrexisset. Intrauit ad caecu pater
llle

interrogauitq; an baec uera essent.
Recessit pater et mutato teslamto.
nocte. strepitusin

negauit. Exquisiuit et in
llle.

uenit in sinu uenenum. interrogauitq; cui parasset.

tacuit'

nouercam

fecit

heredem. Eadem

domo

fuit.

Intrauit familia in cubiculu dni.

inuenitq; ipsum occisum. et nouercam iuxta cadauer dormienti

similem- caecum in limine cubiculi sui stantem. gladium eius sub puluino cruentatum. Accusant se inuicem. caecus et nouerca.

Oentio" jud* pudori iuuenis p quo minimum est qd parricida non est' grauissimu uideri qd absoluendus est contra nouercam. et plurimum caeco de reuerentia pire uirtutum- cnm in patrocinio sume pietatis aufertur. Quicqd defendet alium innocente. Hoc primu itaq; publicis allegam' adfeclibus. quod p se reus indignât uti corporis pbatione. Solus omniu non reraittit sibi. ni incredibilior sit in parricidio caecus- quam fuit cum uideret. Homo omniu quos* unq miseros fecere uirtutes innocentissimus. parricidium negauit anteq pater occideretur. Et neqd hodierne solliciludini praestari putetis. l'ecit quod est sumu in reb: humanis nefas ne uel
in alio crederetur. Ignoscite

pfîdem qd indignât se iuuenis in

honorem tantu

calamitatis absolui. Filiu qui patrem ex incendio

sua cecitale seruauit. facinus est hoc lanlum innocenlem uideri. qd
illum non poluerit occidere.

defendi n polest

si

Nam qd ad mulierem* iud- ptinef quae patrem caecus occidit. tam impudentem
TRADUCTION.
L'AVEUGLE SUR LE SEUIL DE LA PORTE,
I)ÉCI.AMATIO?i
ipsam
et oculos

TEXTE LATIN.
MARCl FABII QUINTILIANI
C/CCUS IN LIMINE IMCIPIT.
Ex incendio domus adolescens patrem
,™;.:. i».l...:i amisit. Induxit
:ii; Illi

DE MARCIS FABIUS QlINTILIEN.

extulit.

Dum

matrem

repctiît, et

...... pater

»»....^..... n..— novercam.Oux

^^^^^^;t quodam tempore ad accessit .«.«j..... «....«^.^ ™J
,

».....:...«. (tixitqne maritnm, .il.;....... ..........: paran
si

lUivenenum, quodjuvenis

in sinu babcret

et sibi promissaro

dimidiam partem bonornm
.

,

illud inarito porrexisset. Introvit

gavit. Exquisivit

...

,

et invcnil

.... m smu
in

ad caicum pater, interrojjavitque an hicc vera essent.

llle ne.

venenum, mterrogavitqne
,

,,,

cui

parasset. llle

tacuit.

Rec«ssit

pater, et

,

mutato testamento
famiUa

noveream

fecit

heredem. Fadem nocte strepitus in
el

dorao

fuit. Iniravil

cubiculum doniini, invenilque ipsum occisum,

noveream

juxtacadaver dormicntl simileai, caecum

m

limme
et

cubiculi sui stantem

,

gladium ejus sub

pulvino cruentatum. Accusant se invicem carcus

noverca.

son père de l'incendie d'une maison; il retourne pour ctiercher s» lui-même perd lu vue. Son père lui donne une belle-mère. .',.,. que son lus a pn-pare pour lui un poi, J., et lui dit 50U qu'il lient eaebé dan» son sein, it qu'il lui a offert la moitié de sa fortune si elle consentait à le lui faire prendre. Le père va Irouyer son fils aveugle, et lui demande si ce qu'on lui a dit est vrai. .Sur sa i-éponse négative, il chcrcbe dans le sein du jeune bomine et y ,^„„^^ ,, p„i,„„ „ ,„j ,,,„„„d<, p^^r qui il a été prépare. U- fils ayant gardé le silence, le père se retire change les dispositions de son testament et fait la belle mère son héritière, Dans la nuit qui suil, dn hinit se fait enlendi-e d.nns la maison. Ij-s domestique, entrent dans la chamnro du maître rt le trouvent a.ssassine auprès de son cadavre la DPlle-mon' est comme endormie; l'avcu-le est .s.r le seuil de la porte, et sou éjHJe. souillœ do sang . sous l'oreiller. L'aveugle et la belle-mère s'accusent réciproquement. jeune
.

Dn

homme

tire

mère, mais
Celle-ci

_ „

elle loi est ravie, et
.

,

un

jour, vient auprès de son mari

,

.

,

,

,

:

Sentio, judiccs, pudori juvcnis, pro

quo minimum

est,

quod parricida
noverca™,
.

Je le sens, magistrats, pour
li^iîj-'l^lïie'

iiii

jeune

homme

plein de ptideur, quoique

non

est gravissinuun videri ..uod

absCvendus

est contra

et

eriill^î.ni'Sîbu'd'^::;!.^:^^^

plurimum

cseco

de revercntla
.
.
.

rfcperire

.summae pietatis aufertur quu-quid dcfcnderet aluim innoccntem. Hoc

....

.,.,,.,.
.

virtutum,7Mum
quod pro

in patrocinio
,,

primum

itaquc publicis allegamus adfeclibus,

se reus indigna.

tur uti corporis probatione. Solus
bilior sit in parricidio

...

oranmm non remittit sihi ut incredicœcus, quam fuit r/imm vidcrct. Homo omnium
,

,

.....

,.

quos unquam miseros fecere virtutes, innocentis.smius, parricidium negavlt

....

...

....

antequam pater occideretur ;ct ne quid hodierna^soliicltudini

stan putetis,

...... qtiod fecit,
,

.

est

summum m

-Il
'

r rébus humanis nefas, ne vel

prie•• in

alio crederetur. Ignoscite pcr fldcm,

rem

tanttim calamitatis ab.solvi.

quod indignatur se juvenis in honoMlium qui patrem ex incendio sua c«ci'
qu.-r 1

late servavit, facinus est

hoc tantum innocentera vidcri, quod illum non
'

potucrit occidere.
'

Nam quod ad mulierem,ij judiccs, pertinct, II
patrem caecus occidit,

>

de-

fendi

non potcst

nisi

tara irapudentem....

mèrt; ; je scn.s de plus iju'on tiendra peu de compte à l'.neugle do ses vertus, quand tout ce tiui suflirait pour proti'cer fout autre Innocent .sera ^„ p„re perte consacré à la dt'fen.sede la plus'admiral.le tendresse filiale. Aussi est-il une chose que nous laisserons d'aliord appri'cier à la conscience ptildique, l'Indignation avec laquelle l'accusé repousse une iustifieaiion motivée sur son état plnslque. Seul de nous tous , il ne veut pas se donner l'avantage de paraître, étant aveugle, plus incroyable dans son parricide qu'il ne le fut lorsqu'il jouis,sait de la liimii're. Plus innocent [j,,,. ,„„, ,,;, .„„r,.j, i,,,,,,,,,» ,,„e leurs vertus ont rendus malheureux, il a nié le parricide avant que son père fiU tué; et, pour que vous ne pensiez pas qu'il accorde (luelquc chose à l'embarras du moment, il a fait p„ sorte, chose monstru.usV dans les affaires humaineslquc le crime p.v raltrait incroyable même dans un autre. Pardonne-/ , je vous en conjure '""'''«',»'" ^P'''" ''<= '? vu.- l'indigna?."" '"il'"'" *f"'ltifI' être ab.soiis seulement en considération de .son tion qii M éprouverait a .C.'".'!'' malheur oui, pour un fils qui a .sauvé s<m père de riiicendie au prix de "";: ''" ""'"'' "" '.'"'""= ''l"' ''• P"»'«''c innocent parce qu'il n'a pu le tuer. Car pour ce qui regarde cette femme, qui ne peut être justiliée a moins que l'aveugle n'ait tué son père, j'aime mieux, magistrats....
:

f

(Traduction inédite de M. J Chenu, coUaboratenr de

la Biè/hlfièijuf

iMtint-Francaisf

,

pnhlit'e par C.

I,.

F.

Panckoucte

)

#

*

6
uenenutn cfUoci

1NCIplT

muemfmftna Kdberec ci^bt

pmimm drmididm
.

J»jr«'«^t«radcaec.ryMc^ pAmn7i bono0.-fnlU«ltTidr««porrexïO'cr (Urtr *&'în Kacc ooîv cfTernr. ]Ue -h^ai.tr |<q tmcrrosauiT^.-

^

itOMC tnfîm, uencniim.-'mtcrrogaftrc^;

an

psraflèr.

jUer taorn--

Tiodre.-llreprnis ifuJomo fùic
mticnir^; ipfitm occ\(um

jmmuir ^mitiA mcubtraUTc/ru.-'
itjx».

c^iwurcàxa

cAdAuer <ionmenct

^iilem raccuTu mlmtine tii6iatU fîu ^hximm ^^Udutm etuS ^pulimio cruennraim- ^ccu(2uir /c miuœm.-^AccurcS^uercAr
wtOpadcfn mtumifjytjuo mtmtmim efh c^cTjpdmcidA

Siritxo
fiirru^

non cfV gnwufÏÏ"»" tticicn cf^Abfblucnciufcftrcomja. «oucrcAmr' ocr'plunmiifrt C43LCtt> de rcuercrrcui. pire uiraccuim.- cum mpstroanjo
pictstaf atifèrtur^'C/iuoaicicfef«T)der aliutn mnocenrê^- Tloc
pttblicifa.(l«;an?aclfèc?tibur.*'^^uo^l>fê neuTntdlQTidC'

prrmit TCO-cf;

tdicorponÇjpbaaoner' jolus
hitxor frc mpà^rnadio càeaif-

omnuinon remaxtt

fiht

-^uv mcrcoii
OTnniîC

du^m f^uceumuuiereryTtcmo

oiujoftma fm{croffecerr utrrtnKfinno<xnaSftrriufy^ArnctaUurn

n^aiirr Artisa parer occidcncriir:^Gc7ïe«|f<i hodierne fMu:xaiclim
trr^^(h>inpttlxclf.-'f^clCcfuodeihfumumreb: HumAmpric^rtie uel

maUo

crcderaui^- ja^ofave :^<iem

^^indi^ax:

ié mffcnif

m

(ÛA cccaare /crtiducc.-fâcTTiuf

^

F»ocrajrmm

mnocemem

inden-t^'\'

lUam nonponierrr occidcre^

Mâm t^adtmtlterfm

uto-^f'tivec-CÈsxaje

dcfxnàinpo^efhfiv^arem cacoifocadcr.^Atn mpud^ncem.

.''•S'';

Xlir SIÈCLE
— Mam SCniT.
Il"

7739,

Kilillotli. r(iv:ilc

de

l'.iii-

,

CICÉRON
MANUSCRIT DU
XIII

SIECLE.

(jicÉRON (Marcus Tullius Cicero)', né à Arpinum,
de
l'an

ville

du Latiuni

,

le

^ jauviei

de

Rome 648
le

(

106''

avant Jésus-Christ), mort

le 7

décembre 711 (45 ans
genres

avant

l'ère vulgaire).

Cicéron,

plus laborieux écrivain de l'antiquité, s'exerça dans tous
la

les

de littérature, et ses ouvrages, dont
nous, ont toujours été regardés
classes
:

plus grande partie est arrivée jusqu'à

comme

des modèles.
les

On

les divise

en

quatr<>

les

Oraisons,

les

ouvrages de Rhétorique ,
critique a épuisé, par

ouvrages Philosoplùques

et les Lettres familières.

La

un examen qui dure depuis

plusieurs siècles, tout ce qu'elle avait à dire sur les œuvres de Cicéron; l'éloge et
le

blâme, selon
les écrits

la diversité

des jugemens, ont été dispensés, parfois sans mesure,
les

sur

comme
la

sur

actions de cet illustre orateur. L'histoire des évène-

mens de

sa vie est

pour

ainsi dire, à elle seule, l'histoire

même

des évènemeus

qui agitèrent
et ses écrits,

république romaine pendant un demi-siècle: tant
la

sa vie politique^

qui en furent pour

plupart

la

conséquence inévitable,
et

se rattachent
la

aux grandes commotions des derniers jours de cette république,

de

naissance

du pouvoir impérial^!
'

Manus

de

la famille Tl'llia,

surnommé Cicem,

petit-pois, à cause d'une verrue qu'il avait .sur

une joue

'

Elle a été écrite dans la Bibliotht'-que iMtinc-Franraise , par M. de Golbery, admirateur passionné de

et près du nez. l'homme dont il

a

retracé les principales actions et apprécié les
'

nombreux ouvrages.
Hibliothèqiie Laline-Fmncaise de M.

M. Alph. Lucas vient de publier, dans
la Vie et des

la

même

Panckoucke, un Tableau synclirumquiet exacte.

lie

Ouvrages de Cicéron, qui en renferme dans un court espace une analyse succincte

68

MANUSCRIT DE CICERON.
Nous devons nous abstenir de rappeler
ici

les

circonstances marquantes de la
qu'elles

vie de Cicéron; elles
à

ne sont ignorées de personne, parce

appartiennent
et des

une époque mémorable des annales de Rome, toute remplie des actions

paroles de cet orateur. L'histoire littéraire et politique de cet habile et savant
écrivain a été tracée de

main de

maître', et toutes

les littératures

modernes

se

sont enrichies de ce bel ouvrage par de bonnes versions. D'ailleurs, nos érudits
ni nos philosophes

contemporains n'en ont pas encore
le

fini

avec Cicéron.

Sa mort assura

succès
la

du second triumvirat

,

et le

lugubre trophée attaché
la

par l'ordre d'Antoine à

tribune aux harangues indique assez que

même

proscription frappa les écrits

comme

la

personne de Cicéron.

Le règne d'Auguste ne

fut pas plus favorable à leur

renommée

,

et la

mémoire
rie

de Cicéron était bien rarement exhumée. Virgile, Horace, ses contemporains,
])arlent pas de ses ouvrages;

mais

la

juste admiration excitée par tant d'écrits im-

mortels, rendue
parti

un moment

silencieuse par la réprobation et la haine

que

le

vainqueur professait contre son plus terrible adversaire,
le siècle

se manifesta enfin
le

bien plus vive et peut-être plus passionnée, dans

qui suivit
l'ère

règne

d'Auguste; et dès cette époque, jusqu'au septième siècle de

chrétienne,
:

presque tous

les écrivains

dont on connaît

les

ouvrages parlent de Cicéron

les

hommages

qu'ils

s'empressent de lui rendre disent assez qu'il ne cessa pas de leur

servir de maître et de modèle.
C'est aussi à partir

du sixième

siècle

que

la

rareté

du

vélin poussa les

moines

à

une opération qui

fut bien funeste à l'histoire et à la littérature ancienne.

Les

textes des ouvrages profanes furent grattés jusqu'à reblanchir les pages
et à les

du

vélin,

rendre propres à recevoir une nouvelle écriture;

les

anciens textes clas-

siques furent ensevelis dans les élucubrations de la théologie chrétienne, et c'est
ainsi

que

le traité

de

la

République , par Cicéron,
le

et des

fragmens de

ses autres

ouvrages, sont restés cachés pour nous depuis

sixième siècle jusqu'à nos jours,

sous l'encre tenace des Commentaires de saint Augustin sur les

psaumes

,

et des

Actes du concile de Chalcëdoine.
Mais, dans
le

même

temps, un petit nombre d'hommes instruits, presque tous

chefs de congrégations religieuses, et dont la reconnaissance des

modernes

s est

empressée d'inscrire

les

noms parmi ceux

qui ont rendu d'éminens services à
à rassembler les débris

l'histoire et à la littérature, s'occupaient

heureusement aussi

épars de la littérature romaine, pour en former des bibliothèques.

En

France,

le

nom
l'on

de Loup, abbé de Perrière, prend parmi ces personnes ne
lira

le

premier rang,
savant,

et

jamais qu'avec une pieuse gratitude

la lettre

que ce

abbé

'

L'histoire de Cicéron par Middieton, publiée à Londres, 4 vol. in-8°; ouvrage traduit en français par feu Suard.

,

MANUSCRIT DE CICÉRON.
adressa au pape Benoît III, pour lui

69

demander
que

la

communication d'un fragment
pour enrichir

de X Orateur, de Cicéron, que

la

bibliothèque de Ferrière ne possédait pas alors.
ce

Nous avons eu

l'occasion de dire ce

même
latins.

religieux

fit

la

France du texte de plusieurs autres classiques

Après l'abbé de Ferrière
plus tard
le

,

un personnage

plus célèbre encore

,

Gerbert qui
,

fut

pape Silvestre

II,

ne témoigna pas moins de sollicitude pour

les écrits
le

de Cicéron, et son épitre lxxxvh^ nous prouve aussi qu'au dixième siècle
traité

de

la

Republique,
fit

de Cicéron, se trouvait encore en France.
venir à

On
,

sait
les

également que Gerbert
manuscrits de ce
et

Rome, de Reims
s'y

et de Constantinople

même
la

écrivain qui

trouvaient, afin d'en faire faire des copies,

de

les

placer dans

bibliothèque pontificale.
et étudié

On

peut donc assurer que Cicéron n'a pas cessé d'être lu
l'ère

depuis

le

commencement de
lie et

chrétienne.

Au

quatorzième
de parcourir

siècle, le
la

chantre

renommé
l'Ita-

de Vaucluse et de Laure se

faisait gloire

France, l'Angleterre,
c'est

même

la

Grèce, pour rechercher
l'Italie

les

auteurs anciens, et
Il

par cet admiaussi

rable poète que
ce fut
si

connut

les

Oraisons de Cicéron.
siècle,

faut

remarquer

que

pendant ce

même

quatorzième

temps où

les classiques latins étaient

soigneusement recherchés

et protégés,

qu'un autre ouvrage de Cicéron conservé

jusqu'alors, le traité de la Gloire, disparut sans qu'il ait

pu

être retrouvé depuis.

Toutefois,

le

nombre

des manuscrits qui nous restent des ouvrages de Cicéron
il

est très-considérable;

mais

faut

remonter aux manuscrits palimpsestes [ancienait fixé

nement

grattés),

pour désigner quelque volume qui

d'une manière plus
ici

particulière l'attention des érudits et exercé leur patiente persévérance; et c'est

que

se placent les

travaux de

MM. Peyron

et

Maj sur
,

les

manuscrits de Turin et
les

du Vatican. Ces deux savans sont parvenus, par leurs recherches sur
])alimpsestes, à découvrir plusieurs

manuscrits

fragmens de Cicéron
ils les
:

,

qu'ils

ont depuis publiés

avec àes fac-similé de l'écriture des volumes d'où

tiraient.

L'ouvrage de M. Peyron porte

le titre

suivant

M.

Tullii Ciceronis orationum pro
,

Se aura , pro Tullio
ete.,

,

et in Cloclium fragmenta

inedita ; pro Cluentio , pro Cœlio

pro Cœcina,

variantes lectiones ; orationem

pro T. A. Milone a lacunis restitutam ; ex membranis palimpsestis bibliothecœ
fi.

Taurinensis Athenœi edidit

et

cum Ambrosianis parium orationum fragmentis
in-4''-

composuit

Amedeus Peyron;

18:24,

Et

le

savant éditeur reporte au deuxième ou au troisième siècle l'époque de

l'écriture
celle

de ces fragmens de Cicéron, écriture qui nous a paru assez semblable à
à la Bibliothèque royale de Paris

du manuscrit de Prudentius appartenant

attribué généralement au quatrième siècle.

Les fragmens de Cicéron, découverts

et publiés j)ar

M. Angelo Maj sont égale,

,

70

MANUSCRIT DE CICÉRON.
tirés

meut

de manuscrits des quatrième, cinquième et sixième
:

siècles; ils

sont ainsi

placés dans sa collection

Tome Tome
C.

I,

Complectens Ciceronis de Re publica quœ supersunt ; Complectens Ciceronis orationum fragmenta; Item, orationum
in

II,

Verrem partes ; Item, Ciceronis antiquum interpretem; Romce, Tjpis Vaticanis,
Cette découverte

1828, in-8° i^avec des fac-similé^.

du

texte

du

traité

de

la

République

fit

beaucoup
il

d'éclat et à

juste droit; à Paris, elle excita de plus

un piquant

intérêt, car

y avait peu de

temps qu'un savant académicien venait de publier un texte de ce
tel qu'il

même

ouvrage,

avait cru pouvoir le

recomposer d'après

les

nombreuses

citations qu'on

trouve de cette œuvre politique de l'ancienne philosophie, dans l'antiquité latine
tout entière, soit sacrée soit profane; d'après aussi les autres écrits de Cicéron, qui

en parle souvent, particulièrement dans ses Lettres ; enfin, d'après
qu'on pouvait considérer

le traité

des Lois

comme
la

contenant

les

déductions des théories exposées
l'ouvrage recomposé par feu

dans l'ouvrage perdu. L'ouvrage retrouvé ne

laisse à

M. Bernardi que

le

mérite de

réunion des maximes politiques de Cicéron

maximes que

l'écrit

original nous
:

montre comme

très-élevées
,

,

et toutes dérivées

de ce principe sublime
toutes les autres ;
la Cilicie,

La

souveraineté de la justice

antérieure et supérieure a
qui, gouverneur de

maximes saintement pratiquées par Cicéron,

refusa son appui à Brutus contre la ville de Salamine, et malgré les

instances d'Atticus, parce que ce qu'on demandait à l'autorité

du gouverneur
dans

était

contraire aux principes proclamés par le philosophe. Rarissime exemple dans
toutes les histoires de ce

monde, d'un homme

d'état fidèle

ses actions

aux

préceptes qu'il a proclamés dans ses écrits.

La Bibliothèque du Roi renferme un très-grand nombre de manuscrits contenant des ouvrages divers de Cicéron; on peut en porter
le chiffre à

près de 3oo;

mais peu d'entre eux sont remarquables par leur ancienneté, aucun d'eux ne

remontant au-delà du neuvième

siècle. Il

y en quatre de cette époque,

et les deijx

volumes qui sont cotés n° 6732
exécution.
Ils

et

n" 7774 a, se distinguent par
lihri

leur belle

contiennent Tusculanarum quœstionum

quinque ; de Senectute;

Orationes in Verrem; de Inventione

lihri duo ; fragmentum

de Rhetorica. Le n° 6601,

de

Officiis libri très, assez

beau manuscrit,

et le n" 67 Si, sont
la

du dixième siècle. Les

onzième

et

douzième

siècles n'ont

également fourni à
le

Bibliothèque du Roi que

quelques volumes de Cicéron; mais dès
il

treizième

ils

y sont fort nombreux, et
et le

en

est

de

même

pour

les

deux

siècles suivans, le

quatorzième

quinzième.
la

C'est à ce dernier siècle qu'appartient

un

très-beau et précieux manuscrit de

Bibliothèque royale, exécuté en Italie, écrit en lettres rondes, avec des capitales
et des

ornemens rehaussés

d'or, et qui

renferme tous

les

ouvrages de Cicéron, y

''

MANUSCRIT DE CICÉRON.
les traités

71

compris

qui lui sont attribués. Ce volume,

oii

Ton remarque cependant

quelques lacunes,

faisait autrefois partie

de

la

riche collection

du duc de La

Vallière.

On

ne connaît qu'un

complètes de Cicéron.

nombre de manuscrits contenant les œuvres Au commencement du quinzième siècle, vin religieux entretrès-petit

prenait la traduction des ouvrages de l'orateur romain, et la dédiait a trèsexcellent, glorieux et noble prince

Loys , oncle du roy de France, duc de Bourbon,
et

comte de Clermont

et

de Foretz, seigneur de Beaujeu, grand chambérier
la

per de

France. Les lignes suivantes nous apprennent

date de la traduction,
:

le

nom

de l'auteur et en tête de quel livre fut mise
«

la

dédicace

Cy

fine le livre de Tulle, de Vieillesse, translaté de latin
très -excellent,

en françois, du

commandement de
quatre cens et cinq.
»

glorieux

et

noble

prince

Loys, duc de

Bourbon, par moi Laurent de Premierfait, cinquiesme jour de novembre mil

Un
sur

autre volume, numéroté 778g latin

,

nous a conservé

le

nom

de ce traduc-

teur, celui de la

personne à laquelle
,

il

dédia son travail, et cet autre manuscrit est
d'or, écrit à

un

vélin très-blanc

orné d'encadremens rehaussés
c'est le seul

longues lignes;
c[ui soit

son exécution a été très-soignée, et
richi d'assez belles miniatures.
fait,

manuscrit de Cicéron

en-

L'une

d'elles

représente l'auteur, Laurent de Premier-

offrant en

hommage
du
la

sa traduction

au duc de Bourbon. Le volume contient
traduction française.

à la fois le texte latin
C'est aussi

traité
fin

de

la Vieillesse, et à la suite la

avant

de ce

même

siècle,

que

les

ouvrages de Cicéron

étaient déjà répandus par l'imprimerie. L'abbaye des bénédictins de Subbiaco,
petite ville frontière de

Rome,

publiait, en 1467, le de Oratore ,

deux éditions
de Officiis;

de ses Epitres familières , ses épitres ad Quintum fratrem, et
l'an

le traité

1470?

les

Philippiques , et, l'année suivante, les ouvrages philosophiques.

Venise, pendant ce

même

intervalle de temps, avait aussi

donné, en 1469, une
à la fois, à Venise et à
le

édition des Epitres ; l'année suivante, 1470?

on imprimait
^^

Milan, d'autres écrits de ce
à Naples le de Rhetorica.

même

auteur; et en i47^)

Strasbourg,

de Officiis,
est

La première édition complète des œuvres de Cicéron

de 1498 et ï499i Mediolani, per Alexandrum Minutlanum, 4 vol.; édition d'une

extrême
la

rareté.
:

Deux

autres d'une époque postérieure sont aussi assez recherchées;

première M. T. Ciccronis opéra omnia. Pétri Victorii castigationibus illustrata;

Venetiis , Lucas Ant. Junta, i534, i536 et i537,4 vol. in-folio; et l'autre, qui fut

conférée sur

les

manuscrits, a été publiée et imprimée par Robert Estienne,

i

SSg,

en 1

vol. in-folio.

he fac-similé
n" 7739;
il

figuré sur notre planche est tiré
les

du manuscrit
le

latin,

ancien fonds,

contient
offre le

deux

livres

de Inventione, ainsi (jue
belle écriture

Rhetorica ad Herensiècle.

nium, et

il

modèle d'une

du treizième

,

,

PLANCHE

VIII.

LECTURE DU MANUSCRIT
PERSV
DIC

iINIS

cium a *

F

ADERE
TIONE

INTER OFFI
et fine hit"

q

in officio

q

fieri-

i

fine

q

officio cveniat csidat* ut

medici officiu dicim
:

ee curare ad sanadu apposite* fine rone. Ite

sanare eu

gem- c

MUS

M
IN
fleri
;
.

q oratoris officiu. et q fine ee dicam itelli id q face dbt officiu id ee dms. illd ç ca face dbt
fine appellab;*

ATERIAM
ARTIS

EAM

DICI
et arte ver-

QUA OMNIS ARS
que conficitur
si

et facultas

satur* ut
ra*

matiam medicine dms morbos ac vulnequod in his omnibus medicina versât" ite quibus
artis rethorice
alii

in rébus versatur et facultas oratoria* eas res

materiam

nominamus
aJii

bas au res

u plures existimanf

TEXTE LATIN.
Finis, persiiaderc
tcrest
,

TRADUCTION.
et fmera

dictione. Inter officium
,

autem

hoc
,

in-

quod
:

in oftlcio

quid

in fine ,

quid

officio

conveniat

con-

sideratur
site; *
es.se

ut medici officium dicimus esse, curare ad
.

sanandum appo.

tinem, sanare curatione. Item quid oratoris officmm, et quid finem ^ ' '

,

.

dicamus,intelligemus,quum

id,

quod facere débet,

officium, id esse

la persuasion par la parole. La de la fin c'est que le devoir se rapporte à ce qu'il ^""^ ^'"'''= P"""" «"«^'nd" '«^ »^"«' " <!"« '^ «" '^"P'i'nc le but même qu'on veut attemdre. Nous disons que le devoir du médecin est d'administrer /• » („..» i.„ -~™;.j„„ qu ., fin les remèdes „,.>:i faut „„. il pour guérir, et que la guérison est la ^ qu .-, se il propose; ainsi l'on doit me comprendre (|uand, pour expliquer ce que

La

fin qu'il se

propose est d'arriver à
et
,

différence

du devoir

-

dicemus; illud, cujus causa facere débet, finem appcllabimus.

j'entends par le devoir et la fin de l'orateur, je dis que le devoir indique

ce qu'il doit faire pour arriver au but qui est la

fin.

Materiam

artis

eam dicimus, in qua omnis
Ut
si
1•

ars , et ra facultas , quae con-

J'appelle matière de

l'itrt,

ce qui tient au domaine général de l'art, et

tiritur et arte, versatur.

materiam medicina; dicamus morbos, ac
• ... quibus m Item,

:

vulnera, quod
,

1

m

i,his om»t.s medicina versatur

rébus

1

les blessures

""" applications qu'on en peut faire. Comme on dit que les maladies et sont la matière delà médecine, parce que la médecine roule v >^<^—t .v,u,<r
tout entière
.>

.sur

ces objets, ainsi, tout ce qui se rapporte a

....
la
,

'.

'

1

art et

au

versatur «r*. et facultas oratoria , eas res materiam artis r/ietoricœ norai-

talent de l'orateur

forme

matière de

la

rhétorique. Tous les auteurs ne

namus. Has autem

res, alii vero plures cxistimaverunt,alii.... (CicKKOx
,

s'accordent pas sur les limites qu'il faut
Charpentier et Greslou, Bibliolhèquf l.atùii'-Franrmse

donnera son domaine....
t".

traduction de

MM.

publiée par C. L.

P.iiickouclie; Paris, loinp

II

<s

#

wm
TïQNe

foïuc ^x fimccajcm tncdicme dtnf moitoTactiume'-^ in qitod \n \nÇ owmfcttT tiK^uttu ucr Cif. c|mbof
.

W

XIY SIÈCLE
— Manl'SCBIT, n" 7a9G, Bibliotli. royale
(le

Paris.

/

/

1

OVIDE
MANUSCRIT DU XIV SIECLE.

vJviDE (Publias Ovidius Naso), né
(43 ans avant
l'ère

à

Sulmone, le 20 mars de l'année de Rome
l'exil à

7

1

vulgaire),

mort dans
année de

Tomes, sur
ère).
([iie

les

bords du Pont-

Euxin,

l'an

de

Rome

770

(la

17'^

la

même

Ovide, aussi célèbre par
nenl de
ses écrits qui
les

les

malheurs de

sa vie privée et lui

par

le

mérite émides premiers

ont immortalisé son

nom
et

ont

assi^i^né

un

rangs parmi
giaques;
ils

écrivains de l'antiquité,

s'est

surtout distingué par ses vers élé-

nous révèlent un esprit gracieux
la société

une riche imagination, qui
le faire la célébrité

firent

autant rechercher Ovide par de son nom. Presque en
recevait le
il

romaine, que put

même

même

temps que Virgile
à cause
fit
il

s'illustrait

dans

1

épopée, Ovide

surnom de Prince de Vélégie,
11

de l'admirable perfection à laquelle
titres à l'immortalité

atteignit dans ces comj)ositions.
,

se

encore d'autres

par ses Héroïdcs
des

genre d'ouvrage dont

fut l'inventeur, et

dont

il

a fait

un

monumens
l'âge

les

plus remarquables de la littérature latine.

A

de quarante ans environ, Ovide com])Osa son
:

poème de

/'.//•/

dUiiincr

(an de R^omc 7^3

et

il

voulut bientôt après affaiblir

les effets

réprouvés de cet
était

ouvrage en composant
le fruit

le

Jïemède damour.

Il

avoua que ce dernier poème

de sa raison,

comme VArt
la vie

d'aimer celui de l'ardeur de ses passions.

Les premières années de

d'Ovide nous sont peu connues; on ignore pres(juc
il

entièrement quelles charges publi([ues

exerça, quels honneurs lui furent déférés

76
par
le

MANUSCRIT D'OVIDE.
suffrage de ses contemporains; et
la gloire,
si

une éclatante disgrâce n était venue
de
la félicité et

le

frapper au sein de
faveur, le

au temps des

plaisirs,

de

la

plus haute

nom d'Ovide nous serait arrivé entouré d'une auréole moins éclatante; car
du
siècle

l'histoire littéraire

d'Auguste nous
la

est

peu connue

:

les

biographies ro-

maines ne comprenaient que
consacraient
les

vie civile et politique des personnages

dont

elles

noms.
les

Après avoir éprouvé toutes
quitta

douleurs de
l'an

la

plus cruelle séparation, Ovide
Il

Rome
la

,

au mois de novembre de

763, pour n'y jamais revenir.
la

passa,
l'ex-

de

la capitale

du monde

civilisé,

dans un misérable bourg de

Basse-Mésie,à

trémité de

domination romaine, région presque hyperboréenne. Sa navigation
il

fut oragjeuse;

risqua plusieurs fois de perdre
les élégies
,

la vie; et

il

employa

les

longs jours
le

qu'elle

dura à composer

au nombre de dix
il

,

qui forment

premier

livre des Tristes.

Descendu sur

la terre d'exil,

demanda

à la poésie des distracil

tions et

un repos que

rien ne put lui rendre.

Pendant ce temps de douleur,
,

écrivit

un grand nombre d'ouvrages; les quatre livres des Politiques où il rappela pieusement les noms de ceux de ses amis qui déplorèrent et cherchèrent à adoucir ses
chagrins, furent l'occupation des dernières années de sa vie, aussi Cruelles que
gloire et la faveur, qui en avaient embelli le
la

commencement, lui avaient
siècle;

été douces.
et
il

La ou
le

vie d'Ovide fut
la

cependant l'une des plus irréprochables de son temps,
plupart des

se

distingua par-là de

hommes illustres de son
mais non pas de

aucune passion
ses

vile

cruelle ne la flétrit; l'aménité de son caractère et la
la satire,
il

douceur de

mœurs
la

préservèrent des traits de
qui
le

la jalousie

d'Auguste, et de

l'exil

relégua à

Tomes, où

mourut.

On

a

en vain cherché à reconnaître

position de cette ancienne ville, pour y retrouver le

tombeau du
elle

poète;

une préle

tendue découverte fut
léger

faite

au seizième

siècle,

mais

ne put supporter

plus

examen

:

il

en fut de

même

de celle qui fut annoncée en l'année 1802.
l'exil et la

Plusieurs problèmes restent donc à résoudre sur la vie,
Ils

mort d'Ovide.

attirent depuis long-temps l'attention des savans,

mais sans

résultat.

Une

autre

opinion ne mérite peut-être pas plus de confiance,

celle qui attribue l'origine

du surnom de Naso , que porta
aïeux.

la

famille d'Ovide, au

grand nez d'un de

ses

Les livres des Métamorphoses et des Fastes avaient assuré à Ovide une éternelle

renommée; aussi voit-on que ses écrits ont été connus à toutes les époques de la littérature latine. Les témoignages de Velleius Paterculus, de Stace, de Martial, de Quintilien et

de saint Jérôme indiquent assez que

,

pendant

les

quatre premiers

siècles

de

l'ère

vulgaire, les élégantes compositions poétiques d'Ovide ne cessèrent pas
et

d'être

lues

recherchées.

On

fixe aussi

au quatrième
le

siècle la perte

des six

derniers livres des Fastes , le plus savant et

plus parfait ouvrage de notre poète;

MANUSCRIT D'OVIDE.
du moins Lactance
paraît indiquer suffisamment cette époque,
cette perte
il
:

77

comme

étant celle

où la littérature eut à regretter
les six

car

il

cite,

dans

ses Institutions divines,

premiers livres de ce travail, et
si,

ne

se serait pas

abstenu de parler des

autres,

au temps où

il

écrivait, la

seconde partie des Fastes n'eût pas été déjà

perdue.

Les renseignemens particuliers que l'on possède sur
le solitaire Isidore

les livres qu'avait les

assemblés

de Péluse prouvent aussi qu'au cinquième siècle

ouvrages
poète au

d'Ovide n'étaient pas ignorés.

On
le

voit encore figurer les écrits

du

même

nombre de ceux
royale de Paris

qu'étudièrent Isidore de Séville, au septième siècle, et l'abbé de

Fulde, Raban-Maur, pendant

neuvième. Aussi

existe-t-il

à la Bibliothèque

un manuscrit' de
la

ce dernier siècle, contenant des ouvrages de

notre poète.

Les collections de

même

Bibliothèque renferment également

un manuscrit
remarquer
le cata-

du dixième
logue de

siècle^,

cinq du onzième et trois du douzième.

On

doit

cependant que
la

les

ouvrages d'Ovide ne se trouvent pas mentionnés dans

Bibliothèque de Corbie , qui fut dressé à cette dernière époque.

Parmi

les services

rendus à

la civilisation,

au treizième

siècle,

par saint Louis,

on ne doit point oublier les soins que prit ce grand prince pour se procurer des copies
de livres pour
f[uer
sa bibliothèque.

Le témoignage de Vincent de Beauvais

paraît indi-

que

le

choix du saint roi ne porta pas seulement sur des livres que l'austérité
si

de son caractère devait lui faire préférer; et

Louis IX avait exclu de sa collec-

tion royale les ouvrages de la littérature païenne, jamais le livre

composé par
les écrits

Vincent pour l'éducation des
auteurs profanes
:

fils

de France n'aurait mentionné
les citations

des

au contraire, on remarque, parmi
illustré la

des écrivains
le

sacrés, des extraits des auteurs qui ont

langue latine, et

nom

d'Ovide y est mêlé à plusieurs autres.
C'est à partir

de ce

même siècle que les

manuscrits latins paraissent suffisamment

multipliés

pour que leur conservation
la

soit assurée jusqu'à l'époque
les

de l'invention

de l'imprimerie; et

Bibliothèque du Roi, parmi

quatre-vingt-quatorze maet vingt-six

nuscrits d'Ovide qu'elle possède, en

compte vingt-trois du treizième

du quatorzième
autres sont

siècle.

Nous avons
et

déjà indiqué ceux des temps précédens; les
siècle.

du quinzième

du seizième

Les ouvrages d'Ovide sont du nombre de ceux qui ont été traduits en français

Ce beau volume, du neuvième siècle porle le n" 731 1 il consiste en cinquante feuillets environ contenant P. Ovidii Nasumx de Ane amandi libri très ; ejusdem de Remédia amoris //écr;fjusdem Amorum libri primi fragmentum.
'

,

;

,

:

Il

se fait surtout rcmar(|ucr par sa l>clle écriture.
(pi'il

dans celle du Koi. Le texte
dant son
exil à

renferme

est
le

Tomes. On remarque sur

Ce manuscrit a appartenu à Colbert, de la bibliothèque duquel il a passé un ouvrage en vers, sur les poissons, attribué à Ovide, et qu'il aurait conq)osé penpremier feuillet du volume la signature de Pilhou qui a possédé l'une des plus belles
,

collections particulières de manuscrits anciens.

78
très-anciennement;
il

MANUSCRIT D'OVIDE.
parait certain

du moins

qu'ils le

furent dès
reine

du quatorzième
Louis
le

siècle.

L'inventaire

du mobilier de

la

commencement Clémence, femme de
le

Hutin, dans lequel se trouvent aussi énumérés

les livres qu'elle possédait',

paraît indiquer qu'une traduction d'Ovide existait dès avant l'année iSaS^ Philippe de Vitry, vers le milieu de ce

même

siècle, entreprit,

par ordre du roi
les

Charles V, une traduction en vers français des Métamorphoses , en

moralisant

:

le

volume coté 7280

bis

nous

a conservé

un

texte à

peu près contemporain de l'auteur

de cette traduction. Jean Le Fèvre a aussi écrit en vieux français un des ouvraires
attribués à Ovide. Sa traduction existe dans
(n" 7235) avec ce titre: «Ci
latin

un beau volume du quinzième
la Vielle

siècle

commence Ovide de

[de Vetiila)^ translaté de
et fut

en françois, par maistre Jehan Le Fevre, procureur en parlement,

trouvé

ce livre
sa

en un

petit cofret d'ivoire,
frais et entier;

en la sépulture dudit Ovide, Ilir (400) ans après
livre sont

mort, tout
et

ouquel
il

contenuz moult nobles diz

et ensei-

gnemens,

au commencement
la

traicte de la

manière de son

vivre.

»

On

voit

encore dans

même

Bibliothèque plusieurs autres traductions du
et de différentes époques.

même ouvrage,
traduction des
a conservé

en différentes langues

Enfin l'évéque d'Angoulême,
la

Octavien de Saint-Gelais, entreprit, par ordre de Charles VIII,
Epitres d'Ovide.
la

Un

très-beau manuscrit de la Bibliothèque
:

du Roi en

date en ces termes

«

Cy moncent

les espitres

de Ovide translatées de latin en

françois le

XVP jour
)

de février mil

CCCC

lUP''

XVI

(1496);» et l'on en connaît

deux autres également remarquables par deux
(n° 7231

la

beauté de leurs miniatures. L'un des
»

porte sur

le

dos

:

«

Je suis au roy Loys XIV^.
les

Bien avant cette dernière traduction,
duites par l'imprimerie.

œuvres d'Ovide avaient déjà

été repro-

On

cite

parmi

les éditions les

plus rares les quatre sui-

vantes
i".

;

P. Oviclii Nasonis opéra varia; Romae, per
i^'ji'^i vol. in-folio
la

Conradum Sweynheyn
:

et

Arnol-

dum Pannartz,anno Domini
de
la
2".

cette édition priiiccps , qui est

plus grande rareté, existe à

Bibliothèque du Roi;

P. Ovidii Nasonis opéra omnia
1

quœ

extaiit; Bononiai, per

Balthasarem Azzola

guidum, anno
3°.

471, in-folio

:

édition peut-être encore plus rare que

première;

P. Ovidii Nasonis opéra

omnia quœ extant; Venetiis, per Jacobum Rubeum
in-folio;

Gallicum, anno Domini 1474?
4°-

P. Ovidii Nasonis opéra omnia

quœ

extant; Mediolani, per

Antonium Zaro-

'

11

fait partie

des collections manuscrites de
,

la ]5il)liotliè(]ne

du Roi.
:

*

L'inventaire des meubles de cette reine

morte en

1328, désigne ainsi cette traduction
la

n

Un grant rouinans
;

couvert de cuir

mort de J. C. prisé L livres. » ' Nous citerons encore pour méinoiie les traductions en rondeaux par de Ben.serade avec figures de Leclerc en distiques paiTrépagne de Meneville; en vers burlesques, par Rucher; celle de Clément Marot; enfin celle du duc de Bourgogne, l'élcNe de Fénelon, dont on conserve le manuscrit autographe à la Bibliothèque du Roi.
vermeil de fables d'Ovide qui sont ramenées à moralité de
,
, ,

MANUSCRIT D'OVIDE.
tum Parmensem, anno 1477,2
Enfin, parmi
le

79

vol. in-folio

:

la

beauté de l'exécution de cette édi-

tion la fait aussi fort rechercher, mais elle n'est pas
les éditions rares

commune.
on ne
doit pas oublier

des traductions d'Ovide,
vélin, par Vérard, en
1

volume imprimé sur peau de

493, in-folio, gothique,

avec figures peintes en miniature, et dont la Bibliothèque du Roi possède égale-

ment un exemplaire.
Le manuscrit qui
il

a servi au fac-similé de notre planche

IX

porte

le

n" 7996;
il

est

de format petit in-folio, sur vélin, orné de lettres capitales en couleur, et

contient 58 feuillets surchargés de commentaires et de scolies.

Ce volume
les

offre

un beau modèle
la

d'écriture

du quatorzième

siècle. Il

contient

Héroïdes , et provient de
feuillet

bibliothèque du cardinal Mazarin.

Le

qui sert de garde à notre manuscrit nous offre une indication du
siècle.
s.
*

prix d'un

volume au quinzième

On

y

lit

en

effet

:

«

Iste liber ptinet'

mihi

Johani Pluyette que' emi pcio^ 22

p.

*

à fre^

Johane Vallée subpore^ covet" béate

Marie de Carmelo Paris^ die 10 januarii 1461.» Le prix de ce volume vendu en
1461 est loin d'atteindre au taux

moyen

établi par Petit-Radel, d'après des notes
Il

manuscrites ou des catalogues de collections anciennes'''.
avant l'époque où l'invention de l'imprimerie, une
fois

fut

pourtant acheté

bien établie,
aussi

amena une
les

grande baisse dans
scrits usuels

le

prix des volumes.
,

On

doit

remarquer

que

manu-

pour les études étant moins chers au moyen du droit que l'Université

prélevait sur les livres en général et qu'elle répartissait en indemnités

pour obte()C(

nir le bas prix des classiques,

il

put arriver que

le

manuscrit dont nous nous
qu'il ait été

ua

pons

ait été

exécuté pour des étudians, et

conséquemment

vendu

un

prix inférieur à celui

du commerce.

On remarque
à la fin

également sur ce

même

feuillet (verso), ainsi

que sur

celui qui est

du volume, une

collection de proverbes français, en vers, écrits,
lettres,

comme

paraît l'indiquer la

forme des

pendant

le

quinzième

siècle.

'

l'ertiiift.

^

quciii.

^jiivti').

''

viginti duos- solitiox.

'•

parisienscs.

— '/ralrc. —

'

iiil/priiirc.

^conveiitiiu

^'

//)irtMf/i\i.\.

'

'

Hviherrhes sur

lv\ liihliollivqttvs

anciennes.

,

PLANCHE

IX.

LECTURE DU MANUSCRIT
littora
thessalie reduci tetigisse carina

Dicis aurate uellere diues ouis

Gratulor incolumi qnt

sinis

h tn ipo

Debuam

scripto cercior ee tuo.
t'

Nam Com
;

ne pacta

pter

mea régna

redires

cupes uentos no huisse potes

Qlib aduso signetur epla uento
Ysiphile missa digna salute
fuj

Cur

m

fama por

qm

litta

nucia uenit

Isse sacros martis sb iuga

panda boues

Seminib
;

iactis segetes adolesse uiror;

In nece dextra no eguisse tua
Puigile spoliu pecudis suasse dracone
:

Rapta tn

forti uellera fulua
si

manu
ista
:

Hec ego
Ipse

possem timide credentib;
qnta forem

m

scripsit dicere

Q
In

queror

officiu lenti cessasse mariti

:

Obsequiu maneo si tua grande tuliBarba narrât' uenisse uenefîca tecu,

m

promissi parte recepta thori;
J

Credula res amor

ut temaria dicar

Cminbs

fàlsis

insimulasse uirum-

TEXTE LATIN.
Littora ThessaliiE reduci tetigisse carina Diceris
,

TRADUCTION.
On
dit

que ton vaisseau a touché
^^,i„. ,,.„r. je te félicite
,

les

rivages de la Thessalie, riche de la
le

auratie vellcre dives ovis.
,

^^^^^„
'''="''

^^

autant que tu
ta

permets, de ton heu-

Gratulor incolumi

quantum

sinis

:

hoc taraen ipso
'•^*»"'"'
:

Debueram

scripto ccr/ior esse tuo.

cependant un cent de

mam aurait du m en
,

donner
f

l'assu-

Nam ne
,

pacta tibi prœter

mea régna

redires

•'''"ce

car les vents peuvent t'avoir éloigné de

mon empire où

u désirais

Qiium cuperes, ventos non habuisse potes; Quamlilwtadverso signetur epistola vento.
tfypsiprie missa digna salute fui.
,^

aborder, selon ta promesse; mais le vent n'est pas assez contraire, qu'on

„g pyj^g^
X

^^.^^^^
la

u„g
,

,gttre.
,

Hypsipvie fut digne de recevoir ton salut.

Cur

raihi

-i.-^

fama

prior,

quam

..•

nuntia

•„ littera,

vcnit,

Pourquoi ^

..

renommée ma-t-elleappris, avant i-i
>

.

,

ta lettre,
>

quelestaureaux i
jetée par

,

.

Isse sacros

Marti sub juga panda boves?

consacrés à Mars avaient courbé sous
toi avait
j|g

le

joug? qu'une semence

Seminibus

jactis segetes adolesse

virorum,
.

produit des moissons de guerriers, et que, pour leur destruction

Inque nccem dextra non eguisse tua
Pervigilein spolium pecudis servasse ^

Rapta taraen
Ha;c ego
si

forti vellera fui va

„...,.

draconem,
,

manu?

dépouille de
'^'«"*'=

,,

n'avaient pas eu besoin de ton bras? qu'un dragon vigilant gardait la . „ , .. -.i j i i» , a J'aniniiil; que cependant ta main hardie avait enlève la pré. ,

possem timide credentibus, - ista Ipse mihi scripsit, » dicere, quanta forem! Quid queror oflicium lenti cessasse mariti? Obsequiura, maneo si tua , grande tuli. Barbara narratur venisse vencfica tecum,
. .

•°'^°°

' ^'

"""

i'^^-'^dules je

pouvais dire

écrit ,>.

que je

serais glorieuse! Mais pourquoi
j'ai

lent à acquitter le devoir?
^(.jg

obtenu,.si

me l'a « me plaindre d'un mari trop tu me restes, un trop grand
:

Lui-môme

il

^

.

In raihi premissi parte recepta ton.

j^ complaisance. On raconte qu'une enchanteresse barbare accom,. „ , pagne tes pas, et que tu las admise a partager la couche qui m était due. i f r i p
.
.

.

.

,

i

Credula rcs amor est utinam tcmeraria dicar Criminibus falsis insimulasse virum
: !

L'amour

est

chose crédule; plût aux dieux que l'on dise
»
,

:

« Elle a

légère-

ment accusé son époux de crimes mensonger».
II.

(Otidi, traduction de M. V

Cb.ippiivzi

,

fîili/iol/ti/]ue

iMline-Francnisf

,

|iuMito

[Hir

C.

I..

V. r;ntclLOUckc

Paris, tomo î"^.)

\

XV SIÈCLE
— MAMScniT,
11° .'iH3", I',il)liotli.

lojalc

(le l'.iiis.

CORNELIUS NEPOS
MANUSCRIT DU
XY^ SIECLE.

l^oRNELius Nepos,

historieii

romain, passe pour être né dans
le lieu et le

les

environs de Vé-

rone
sa

;

mais on ignore réellement et
et

temps de
,

même

que ceux de

mort,

presque entièrement sa vie

et ses écrits;

il

fut le

contemporain de

Cicéron, qui lui donna l'épithète d'immortel, et l'ami intime de Catulle, qui lui
adressa

une de
,

ses plus jolies compositions.

Ou

sait qu'il florissait

sous César et

sous Auguste

et qu'il

mourut pendant

le

règne de ce dernier empereur.
([ue ses écrits

On demeure
tres auteurs.

assez

généralement d'accord aujourd'hui

ne nous

sont connus que par des extraits,

ou par

les citations
les

qu'on en trouve dans d'aula

On

lui attribue

ordinairement
x''

ouvrages suivans, qui, pour

plupart, ne sont pas arrivés jusqu'à nous:
quité ; i" trois livres de Chroniques;
5"
"6°

Vies des grands capitaines de V anti;

des Exemples

[^
;

des
7"

Hommes

illustres;
lettres

Vies de Caton

et
;

de Cicéron
8" et

;

6° des Historiens grecs

Recueil de

adressées a Cicéron

probablement un Traité de géographie.

Les Vies des capitaines de Vantiquité sont l'ouvrage que l'on regarde
vrai titre de gloire et celui qu'on lui attribue avec le plus de certitude.
a croire,

comme son
Tout porte

cependant, que

l'écrit

que

l'on possède aujourd'hui sous ce titre n'est
fait

qu'un extrait ou un abrégé du véritable travail de Nepos, abrégé
mairien du quatrième
se
siècle,

par un gram-

nommé Emilius Probus. Il est très-difficile, en effet, do
telles

persuader que

les

Vies des grands capitaines ,

que nous
si

les

possédons à préla pari

sent, soient le travail qui mérita à Cornélius

Nepos de

grands éloges de

, ,

84

MANUSCRIT DE CORNELIUS NEPOS.
et, si l'on

de Plutarque, de Pomponius Atticus, de Cicéron;
tous
les

remarque ensuite que
le

manuserits eonteuant eet ouvrage

le

reproduisent sous

nom

de eet

Emilius Probus, on sera tenté de croire que l'on ne connaît aujourd'hui de
l'œuvre originale de l'historien romain, qu'un abrégé
le
fait
le

au quatrième

siècle par

grammairien dont

les

manuscrits nous ont conservé

nom.

Le

travail historique de Cornélius

Nepos

n'est

donc pas arrivé jusqu'à nous;
que Probus
belles pages

l'abrégé qu'on en possède ne saurait le remplacer; et le seul service
lui ait

rendu

est peut-être d'avoir

sauvé d'une entière destruction de

si

historiques, et d'avoir conservé, au moins, le

nom

de celui qui

s'était

immortalisé

dans ce genre, au dire

même

de ses plus

illustres

contemporains.

Cependant Cornélius Nepos
et l'on doit ajouter,

avait été souvent étudié avant le quatrième siècle,
les

aux citations accompagnées d'éloges qu'on en trouve dans

écrivains déjà indiqués, le témoignage des deux Pline et celui de

Pomponius Mêla;

pendant
et

le

deuxième

siècle, celui

d'Aulu-Gelle; au troisième, celui de TertuUien
et d'Ausone; enfin le travail
était

au quatrième ceux de Minucius Félix

mém^

d'Émi-

lius

Probus peut prouver que en
faire

la

composition originale

généralement lue,

])uisqu'il fallut

un abrégé.
la

Mais, à partir de cette époque, l'abrégé a pu tenir
l'a

place

du

texte entier et

peut-être

même

fait

complètement oublier.

On

doit cependant rappeler qu'on

voit encore figurer le

nom et
;

des citations de Cornélius Nepos, au cinquième siècle,
,

dans
et

les écrits

de Macrobe au sixième
la

dans ceux de Jornandès

et

de Lactance

au neuvième dans

Chronique de Fréculphe.

Dès

cette dernière
le

époque, l'abrégé
il

même

d'Emilius Probus ne tarda pas à tom-

ber dans l'oubli

plus complet, et

paraît avoir été entièrement ignoré jus(|u'au
le travail
Il

quinzième

siècle.

Une

des choses qui contribuèrent le plus à faire oublier
c'est la

de Cornélius Nepos et celui de Probus,
est facile,

négligence

même

des copistes.
le travail

en

effet,

de reconnaître que, dès une époque fort ancienne,

de

Cornélius Nepos et l'abrégé d'Emilius Probus furent confondus par ces copistes

avec

les écrits

du même genre

laissés

par Plutarque, Pline, Aurelius Victor,

etc.

Les biographies des grands
seul et
vains.

hommes

de l'antiquité ne formèrent bientôt plus qu'un

même

corps d'ouvrage que l'on attribua indifféremment à l'un de ces écriles

Seulement
:

miers oubliés

aussi

noms de Cornélius Nepos et l'histoire des grands hommes

d'Emilius Probus furent les prea été plus souvent attribuée aux

autres auteurs déjà cités qu'à ces deux derniers. Les manuscrits de Paris,

numé-

rotés 4962,6144 et 8557, nous semblent concourir particulièrement à établir cette

circonstance. Ce sont des recherches faites au quinzième siècle qui firent de

nouveau connaître
fragmens de son

Em.ilius Probus, et fournirent le

moyen de

distinguer les
etc.

travail, qui sont

mêlés avec ceux de Pline, de Plutarque,

MANUSCRIT DE CORNELIUS NEPOS.
On
les

85

attribue, saus contestation, la découverte
siècle,

du

texte d'Emilius Probus,

pendant

premières années du quinzième

au Florentin Pogge, que des travaux sur

des manuscrits de différentes collections ont rendu célèbre à tous égards. C'est

donc
vail

à cette

époque seulement que

se multiplièrent les copies

du prétendu
les critiques

tra-

de Cornélius Nepos, auquel, plus judicieusement peut-être,

mo-

dernes ont conservé pour

nom

d'auteur celui d'Emilius Probus.

Parmi
sède
la

les

manuscrits de Cornélius Nepos, au

nombre de
le

dix environ, que pos-

Bibliothèque du Roi, aucun d'eux, portant
siècle. Ils

nom

d'Emilius Probus, ne

remonte au-delà du quinzième
verte

sont donc tous

le résultat

de

la

décou-

du Pogge;

et si l'on

considère que tous ont été écrits en Italie, on pourra

voir dans ces

circonstances

une confirmation de l'opinion qui attribue au

Pogge

la

découverte de l'ouvrage de ce grammairien.

On

doit cependant remarle travail

quer une particularité qui servira peut-être à mieux discerner
nélius

de Cor-

Nepos d'avec

celui d'Emilius Probus. Les manuscrits de la Bibliothèque
les

du Roi, sans exception, attribuent à Probus
ont soin de placer,

Vies des grands capitaines de diffé-

rentes nations ; et, après avoir indiqué la fin de ce travail

du grammairien,

ils

comme nom
le

d'auteur,

en

titre

de

la vie

de Caton l'Ancien et

de Pomponius Atticus,

nom

de Cornélius Nepos, et d'indiquer ces fragmens
f[iie

comme
Il

tirés

ex

lihro

Historiarum latinarwn Cornelii Nepotis. C'est ce
n"* 58*26,

l'on

remarque dans

les

volumes

583 1

,

6i43

et 8534le

semblerait donc résulter de

que Probus, en abrégeant ou compilant
approprié et
l'a

texte de Cornélius

Nepos,
il

se

l'est

fondu dans un nouvel ou-

vrage, dans lequel

a conservé plus

ou moins

l'esprit et le texte

du premier

auteur; tandis qu'au contraire,
nius Atticus seraient le texte
Histoires latines.

la vie

de Caton l'Ancien et celle de Pompo-

même

de Cornélius Nepos, tiré de son livre des

D'après le manuscrit n" 58^6, fonds

du Roi,

il

faudrait encore regarder
fait

comme

appartenant à Cornélius Nepos, et

comme

ayant

partie

du

même

ouvrage,
la

un fragment que
Nepotis
S'il

l'on

ne retrouve pas dans d'autres manuscrits de
;

même

bibliothèque, et qui a pour titre
lihro.

Verha Cornelii Graccorum matris ex Cornelii
pendant un intervalle de temps ex-

(Folio 127

v".)

paraît, d'après d'autres faits, ([ue,
les

trêmement long,
il

ouvrages de Cornélius Nej)os furent entièrement ignorés,
de cet historien; de vieux manuscrits, en
effet,

lieu fut pas de

même du nom
et

nous sont arrivés,

en assez grand nombre, qui contiennent une prétendue
le

traduction de l'ouvrage grec de Darcs
(>e travail, toutefois,
(jui se

Phrygien,

faite

par Cornélius même.

ne

se

trouve mentionné dans aucun des écrivains romains

sont occupés de Cornélius Nepos, ou qui ont consulté ceux de ses ouvrages

86

MANUSCRIT DE CORNELIUS NEPOS.
le titre.

dont on ne connaît aujourd'hui que
Dares
le

La personne qui, sous
est

le

nom

de

Phrygien, composa

le texte latin

de Bello trojano,

encore inconnue.
l'auteur de cet

Schœll' nous parait avoir

commis une erreur en regardant comme
ou Josephus Devonius, écrivain
siècle,

ouvrage

latin

un Joseph

Iscanius

anglais de naisle

sance, de la fin

du douzième

qui aurait d'abord composé en prose

de

Bcllo trojano , pour en former ensuite

un poëme en

six chants.

La Bibliothèque du

Roi possède en
les

effet

un manuscrit contenant

ce de Bello trojano, précédé

comme

autres de la prétendue lettre de Cornélius
il

Nepos à

Sallustius Crispus, dans
le

laquelle

se déclare le

traducteur de l'ouvrage de Dares

Phrygien, du grec
siècle; plusieurs

en latin; mais l'antiquité de ce manuscrit remonte au neuvième
autres sont certainement

du commencement du douzième

conséquence que
le travail

,

et

par conséquent

antérieurs aussi à l'époque

vivait le Joseph Iscanius désigné par Schœll.
la

On

pourrait peut-être tirer de ceci

le

poëme en
,

six

chants

de Joseph Iscanius fut composé par lui sur
cien, qui

en prose mais bien plus an-

nous

est arrivé

comme
le

étant la traduction latine par Cornélius

Nepos
la-

de l'ouvrage grec de Dares
tine

Phrygien. Les deux compositions en langue
distinctes,

nous paraissent entièrement
l'autre, et elles

quoique l'une

ait servi

probablement
:

de type à

semblent appartenir à deux auteurs différens

le

nom du

plus ancien (texte en prose) serait ignoré, et celui
serait, selon d'hqbiles critiques,

du plus moderne

(texte en vers)

Josephus Iscanius Devonius.
près de quinze manuscrits latins de Dares
l'avons dit (n" 6906), est
le

La Bibliothèque du Roi possède
Phrygien;
le

plus ancien,

comme nous

du neuvième
siècles.

siècle; les autres

sont des douzième, treizième, quatorzième et quinzième

Les traductions françaises de Cornélius Nepos durent naturellement paraître
fort tard, puisque le

nom

de cet historien ne sortit de l'oubli qu'à une époque
celui qui traduisit

presque récente.
la

Il

faut

en excepter

en notre idiome,
le

et

en vers,

prétendue version latine,

faite d'après l'original

grec de Dares

Phrygien, par

Cornélius Nepos, traduction qui peut remonter au douzième siècle, d'après

un ma-

nuscrit de la Bibliothèque Ambroisienne de Milan cité par Montfaucon, et qui,

par conséquent, serait à peu près de
latins

la

de Joseph Iscanius.

Il

en

est

de

même époque que la composition en vers même d'une autre version française de ce
les

même

Dares

le

Phrygien,

faite,

en prose, par Geoffroy de Watefort, au treizième
biographes, mais

siècle; enfin,

de celle de Robert Frcscher, écrivain oublié par
la

dont un manuscrit de
trouve, eu
effet,

Bibliothèque du Roi donne exactement l'époque.

On
fait

dans

le

volume

n° 291

du Supplément français , qui renferme

l'ouvrage de Robert Frescher, une miniature représentant ce personnage qui

hommage
'

de sa traduction au roi de France Louis XIL
t.

Histoirv de la Littérature romaine,

ii,

p. 400.

MANUSCRIT DE CORNELIUS NEPOS.
Ce volume porte
«

87

le titre

suivant

:

Le

livre de

Dares de Plirygie de

la

destruction de Troye lequel fut translaté de
et

grec en latin par

ung historiographe romain nomme Cornélius Nepos

de latin

en frauçoys par maistre Robert Frescher bachellier formé en théologie. »

Dans
ce

le

«Prologue du translateur au
lit
:

très chrestien

Roy Loys douziesme de

nom» on

«Apres toute obedienciale révérence
telle

et reverenciale

obeyssance, je entens

que doibt avoir ung des moindres

et infimes subjectz a

son très hault et

très souverain seigneur
et

en ceste vie humaine, estant a par moy, Sire, pensant

considérant que vostre très illustre et très
,

magnanime

esprit, trop plus divins

que humain

a

une

très

singulière affection et désir a congnoistre la vérité
la

de toutes choses dignes de sçavoir, principalement de ce qui concerne a

con-

gnoissance des anciennes histoires, et ce procède d'aultant que vous estes vray
insmitateur des vertus dont estoient resplandissant
les

empereurs, roys

et princes

qui depuis

le

premier aage du

monde

jusque a vostre temps ont glorieusement

régné, et aussi que vous estes désireux obvier aux vices de ceulx qui en vetupere

ont
le

fini

leur vie; ces choses pressuposees, je
:

me

sui esforcé translater, etc.

»

Enfin

traducteur termine ainsi son Prologue

«

Priant très

humblement

vostre béguin

vouloir. Sire, supporter l'imbecilitc de
a

mon

rude entendement, espérant continu

mieux

faire

mon

peu

sçavoir.

» il

Après ces deux traductions,

faut arriver à la date de i568

pour trouver

une nouvelle version

française des f^ies des grands capitaines de différentes na-

tions; elle fut publiée à cette

époque par

Du

Haillan.

On

en connaît également
et

plusieurs autres, mais plus récentes, écrites en langues
l'Europe. J.-Chr.

du nord

du midi de

Wolff en

a

même

indiqué une version en langue grecque, mais

dont l'époque

et l'auteur sont inconnus.

L'imprimerie ne négligea cependant pas, dès son origine, l'ouvrage de Cornélius Nepos; et \iià\X\oxv princeps parut en

1471

j

Venise, in-4", imprimée par

Jenson, sous

le

nom

d'Emilius Probus. Les autres éditeurs se conformèrent

également aux manuscrits pour ce

nom

d'auteur

:

dans leur nombre on trouve
et

André
eux
rendre

d'Asola, beau-père d'Aide

Manuce, Longueil

Lambin;

ce ne fut qu'a])rès
hii
le

(jue l'on
le

imagina, pour relever sans doute

le

mérite de l'ouvrage, de
a perdu

nom

de celui qui

le

composa véritablement, mais dont on

travail original.

Malgré

ses défauts et

quelques erreurs, l'ouvrage d'Emihus Probus

n'en est pas moins

un morceau
in-4°,

précieux.

Le manuscrit qui
il

a servi ViW fac-similé de notre planche

X

porte

le

n" 58^7;

est

de format

sur peau de vélin d'une blancheur éclatante, écrit a

,

88

MANUSCRIT DE CORNELIUS NEPOS.
les lettres

longues lignes, et orné de lettres capitales rehaussées d'or. L'absence de formes

gothiques dans

de ce volume et
Italie;

la

beauté du vélin indiquent suffisamfleurs et d'oiseaux,
feuillet,

ment

qu'il a été écrit

en

des

ornemens composés de
le
,

exécutés avec une grande élégance, enrichissent

premier

en
,

tète

duquel
suivant

se
:

trouve une couronne ducale

,

et au-dessous

en

lettres

rouges

le titre

Emilius Probus de illustribus ducibus exterarum gentium.

Au

bas du

même
l'écu

feuillet

on remarque des armoiries;

et les capitales G.

M. qui accompagnent

indiquent assez que ce manuscrit a appartenu à Galcas Maria Sforce, duc
le feuillet

de Milan. Sur
I

qui sert de garde au manuscrit on

lit

:

Tabula

historiar.

superficie liber
la

XI,

ce qui devait être l'indication de la place ([ue ce

volume
la

occupait dans
table

bibliothèque de Pavie.

Nous donnerons pour
Elle s'annonce ainsi
contiiientur. Puis
:

plus d'exactitude

du contenu de notre manuscrit.

Hi

surit quor. vita les

ab Emylio Probo descripta hoc codice
Melciades , Themistocles
,

viennent

noms

de

Arisddes, Pausanias , Cimoii , Lysaiider, Alcibiades

Thrasjbulus , Conon, Dion, Iphicrates, Chabrias, Timotheus, Datâmes, Epami-

nundas , Pelopidas , Hagesilaus , Eumenes, Phociou , Timoleon, Amilchar, Annibal, Cato Maior, Pompoiiius Atticus.

Comme
mot
titre

dans

les autres

manuscrits dont nous venons de parler, on remarque
91
,

dans celui-ci que sur
finis,

le feuillet

se

termine

la vie

d'Anuibal, on

lit

le

qui indique probablement

la fin
les

du

travail

d'Emilius Probus sur
le

l'ouvrage de Cornélius

Nepos contenant

Vies des grands capitaines ; et

suivant,

Ex

libro

Historiarum latinarum Cornelii Nepotis Catonis Maioris

vite brevis descriptio, rappelle

probablement que

la vie

de Caton et celle de Pom-

ponius Atticus, qui suivent immédiatement, furent prises textuellement, par ce

grammairien ou par d'autres
le

critiques, d'un autre travail de Cornélius Nepos.

Sur
:

dernier feuillet du texte (feuillet

m

verso)^ après le

mot finis , on

lit

encore

Mli Yi° nonas maias 14^9 Deo laus , mots qui nous donnent le nom du lieu et la date du jour où fut terminé notre manuscrit, à Milan, le 6 des nones de mai i459Enfin
les

mots suivans, qui sont d'une autre écriture que
XII'", «

celle

du corps du volume,
les

«de Pavye y au Roy Loys
rieuses

nous rappellent l'une des parties
Louis XII de ses guerres

plus glo-

du butin que rapporta
que
le

le roi

d'Italie.

On

sait,

en
de
la

effet,
la

premier soin de ce prince, à son entrée à Pavie, fut de

se saisir

bibliothèque des ducs de Milan, fort riche en précieux manuscrits, et dont

collection des classiques latins jouissait alors d'une grande célébrité; elle fut
la bibliotliè([ue

transportée en France dans

du

roi

Louis XII, et ce fut sans doute
d'Italie

pour distinguer d'avec
cesseurs, qu'il

les siens les

manuscrits déjà apportés

par ses prédé-

ordonna

d'y faire inscrire les

mots que nous venons de rapporter.
d'écriture italienne

Notre planche

X

offrira

donc un beau modèle

du

quiii-

,

,,

MANUSCRIT DE CORNELIUS NEPOS.
zième
siècle et
,

89
la

pourra servir de comparaison avec l'écriture française de
planche suivante.
ici le

même

époque qui

se trouvera sur la
faire plaisir

Nous croyons
scrit précité

aux lecteurs instruits en reproduisant

fragment
le

très-peu connu, qui a été recueilli par l'illustre D.

Montfaucon
:

,
'

dans

manude

de

la

Bibliothèque Ambroisienne de Milan
si

les textes français

cette

époque sont

rares, et l'étude des plus anciens essais de notre
le

idiome nalettré,

tional excite aujourd'hui tant d'attention et de curiosité dans
qu'il

monde

ne peut y avoir que de l'avantage pour tous à multi])lier
d'une date certaine.

les

fragmens fran-

çais

DU PROHÈME DU TRANSLATEUR.
Salemons nos enseigne
e
si lit

e dit

hon en son

escrit

Que nus ne
QHP
Se
Ion

deit son sens celer,
si

Ainz se deit hon
i

demonstrer

ait

pren e henor
li

Quensi firent
cil

auceisor.
part/,

qui troverent les

e les granz livres des set artz
les

philosophes
toz
li

les traitiez

Dont

monz

est enseigniez

Se fussent teu veirement
Li siècles vesquist folement

Corne besles eussons vie

Que
ne

fust saveirs ne

que

folie

ne seust hon fors esgarder

km

del autre desseurer.

'

Diarium

italiciini,

cap.

II.

p. 19. Parisiis ,

Anisson, 1702,

in-4".

12

,

PLANCHE

X.

LECTURE DU MANUSCRIT.
on
diibito fore plerosq;

Attice qui hoc genus scri

pture leue et non

satis

dignum summorum ui rorum personis iudicet

cum

relatum legent qs
in

musicam docuerit Epaminondam. aut
eius uirtutibus comemorari. saltasse

eum
ij

co

mode

scienterq; tibijs cantasse. Sed

erut

fere qui expertes litterarum

rectum

nisi

grecarum nih quod ipsorum moribus conue

niât putabunt.

Hi

si

didicerint
:

non eade

omnibus ee honesta aut turpia sed omia maiorum institutis iudicari non admira buntur nos in Gràiorum uirtutibus expo nendis mores eorum secutos. Neq enim Cymoni fuit turpe Atheniensium summo uiro sororem germanam habere in matri monio. quippe cum ciues eius eodem utere tur instituto. At id quidem nris moribus
: :

nefas habetur. Laudi in Grecia ducitur a

TEXTE LATIN.
Mon dubito
sati-s

TRADUCTION.
non
le-

furc picrosquc, Attice, qui hoc genus scripturae levé et
pcrsoni.s judicent,

dignum summoruni \irorum

quum

relatum

Je ne doute pas, Atticus, tjue la plupart de mes lecteurs ne trou>cntcct ouvrage frivole et peu digne des personnages dont il retrace les portraits
lorsqu'ils
le maître de musique d'Épaniinondas, et faire Thébain de son talent comme danseur et comme musicien. Mais je ne puis craindre de pareilles critiques que de la part de gens étrangers à l'histoire de la Grèce, et condamnant tout ce qui n'est pas conforme aux nitturs de leur pays. S'ils pouvaient enlin apprendre que les peuples appliquent diversement les idées d'estime et de mépris, et que l'u-sage est la rt'îgle de nos jugcmens en fait d'institutions. Ils ne seraient pas étonnés que j'aie suivi lidèlement les mœurs des Grecs pour composer le tableau de leurs vertus. Ce ne fut point une tache pour t'Imon l'un des plus grands hommes d'Athènes, d'avoir épousé .sa soeur germaine les coutumes de son pays lui permettaient une alliance <iue nos lois nous défendent. C'était un honneur en Grèce

gent, quis musicam docuerit Epaminondam, aut in ejus virtutibus com-

me

verront citer

un mérite

mcmorari,

saltas.ie

eum commode,

à cet illustre

scientorquc

tibiis cantasse.

Sed

lii

crunt fere, qui, expertes litterarum gra>canun, nihil rectum,

nisi

quod

ipsorum moribus convcniat, putabunt. Hi,

si

didicerint,

non eadcm om-

nibus esse honesta atque turpia, sed omnia majorum institutis judicari,

non admirabuntur, nos
secutos.

in

Gràiorum virtutibus cxponendis mores eorum
fuit turpe,

Ncque enim Ci'moni
at id

Atheniensium

summo

viro, soro-

rem germanam halwrc
iiterentur Instituto
in Graecia
:

in matrinionio;

quippe i/Huni ejus cives codeni

,

quidem

nostris morll>us nefas habetur. Laudi

:

ducitur a
CoR.fKLii's

Nipoi, traduction de >IM. De Calonne

et

Pommier,

Bibliothèque Latim'Francaiie

,

publit^ par C.

!..

F.

PanckourLc

~

On dubtto fertpkrofq;
|>ttijc Icue^ et

non iattè

'ctommitttnmomw ut
ixnum pcrCbtiif ludiort'
I

^

^^_^pa^ vdbbxvtx leocnt

gs

wttficanTHoaieïtt €pkîmmoTi<imi>autin
euif imtuttbuf GÔmemoiaa.Citia1Tê eum co

mode

<i{cntanq|;

ùbijf canta^dc*

5<d^ m»:

fhe quicxpertef ttttaammoiccdiumtiif^
fcâutn m(l(|uodi|3fbTum monbufootnie.
tiut putabunt. Htil ciiclumnt noncafôr

oTmnbuf et boncfta aut tm^u.fàiofTnâ maîorum iniéixMf ûidtcaix non admua buntur nof m otaiomun uirtu^uf vepo
:

ncndrf morcTeotumfôcatDf. Uaqicmm Cymoni ftuttut^/tbcnienfiuni fiimmo

OMD Icmnon germanam hâbaeinniairt monio qittl:^ cum duefauraxlemutetê
tur mititutD.

At icl(|uiclcm nnf monbuf ndàf babetur. JLnidtmcnoKta dudtura

XV SIÈCLE
MÀNISCHIT, n°
.i804, Bibliotli. loyale

de Paris.

SUÉTONE
MANUSCRIT DU XT SIECLE.

OUÉTONE
siècle

(Caïus Sûetonius Tranquillus),

On

ne connaît ni
la

la

date précise de

sa naissance, ni celle

de sa mort; né pendant

seconde moitié du premier
la

de

l'ère

vulgaire,

on

sait qu'il

mourut pendant

durée du second. Les

particularités de sa vie sont également ignorées, et l'on

ne

tire

que de vagues

indications sur sa personne,
le

du

texte

de ses ouvrages', et de ceux de Pline
lettres. 11 paraît,

Jeune, qui

lui adressa
tle

quatre de ses

selon Spartien, qu'après

avoir été secrétaire
s'être

l'empereur Adrien, Suétone perdit cet
qu'il

emploi pour

conduit avec plus de familiarité

ne convenait

à l'égard de l'impératrice

Sabine.

Puisque l'antique littérature fut
privée de cet historien,
été
il

si

peu empressée des circonstances de
ses

la vie

n'est pas

surprenant que plusieurs de
reculées.

ouvrages aient
,

perdus à des époques

même
connu

Suétone en composa

d'après les
assez

indications des écrivains des premiers siècles de l'ère vulgaire,

un

grand

nombre.

Il

nous

est surtout

et

recommandé par son

Histoire des douze

Césars; on a encore, sous son

nom, de

courtes notices sur les grammairiens,

sur les rhéteurs, sur Téreuce, Horace, Lucain, Perse, Juvénal et Pline l'Ancien;

mais, de toutes ces notices, celles qui concernent Horace et Térence sont
'

les

Cependant

comme

il

dit qu'il était fort jeune encore sous

Domitien
années 6t

,

vingt ans après la

mort de Néron,

c'est-à-dire

en

l'an 88,

on

a lieu de croire qu'il naquit sous Vespasien entre les

et 79.

94

MANUSCRIT DE SUÉTONE.
Des doutes plus ou moins

seules qui lui soient incontestablement attribuées.

fondés se sont élevés sur l'origine des autres notices.

On

doit naturellement présumer,

d'après

le

grand nombre des ouvrages

de Suétone qui ne sont pas arrivés jusqu'à nous, qu'il ne fut pas toujours étudié

ou connu. Durant
plètement dans

d'assez

longs intervalles de temps son
s'il

nom tombe comil

l'oubli; et

ne disparait pas entièrement,
à
celui

ne conserve du

moins qu'un rang bien inférieur
douze Césars. Après Pline
cet historien
le

que

lui

assignait son Histoire des

Jeune, ami intime de Suétone,
le

les écrivains

qui font mention de

romain sont, pendant
et Priscus

deuxième
le

siècle,

Aulu-Gelle, Tertullien au'

troisième,
le

Ausone

pendant

c|uatrième, Servius, saint
siècle.

Jérôme pendant
si

cinquième,

et Isidore

de Séville au huitième

L'abbé de Ferrière,

em-

pressé d'exhumer les ouvrages précieux de la littérature latine, n'oublia pas de recueillir aussi,

au neuvième

siècle, les

Vies des douze Césars ; mais il mentionne cet

ouvrage

comme

n'étant divisé qu'en deux livres.

On

remarque

aussi

que certains

manuscrits renferment cette histoire distribuée en huit livres seulement; toutefois, la division

en douze

livres paraîtrait la plus naturelle, quoiqu'elle passe

pour

appartenir aux anciens copistes de Suétone.

Parmi

les

beaux manuscrits du neuvième
,

siècle

qui se trouvent dans la collec-

tion royale de Paris

il

faut surtout signaler

un Suétone d'une exécution vraiment
le n°

remarquable,

et d'une

conservation non moins parfaite. Ce manuscrit provient
il

du

riche cabinet de Bigot, et
Il était,

porte aujourd'hui

6i i5;

il

est

de format in-4"

oblong.

au treizième
,

siècle,

dans

la

bibliothèque de l'abbaye de Saint-

Martin-de-Tours
feuillet
:

comme

l'indiquent les mots suivans, écrits au haut

du premier

Iste liber est

de armario bi [beati) Martini Tur.

Il existe

aujourd'hui environ vingt-quatre manuscrits de Suétone à la Bibliothèet, après le

que du Roi,
citer
et

volume dont nous venons de
siècle (les seuls

parler,

on peut encore en

deux du douzième
très-beau

de cette époque), numérotés 58oi et 6i i6;

un

volume du treizième

(n° 58o2).

Les autres sont des quatorzième

et

quinzième

siècles.
les

Comme
se

premiers

faits

que Suétone nous retrace dans
le

la

Vie de Jules César

rapportent à une époque où
le

dictateur était déjà âgé de seize ans,

on

a sup-

commencement de ce livre était perdu. Un admirateur passionné de Suétone, non moins intrépide que feu Bernadi à l'égard de Cicéron, Louis Vives,
posé que
a consacré ses patientes études à la restitution des premières pages de la

Fie de
louable

Jules César, que l'on croit perdues. Souhaitons toute prospérité à
entreprise, et surtout qu'elle soit protégée par la découverte de
scrits plus

une

si

nouveaux manu-

complets que ceux qui nous restent.

MANUSCRIT DE SUÉTONE.
On
siècle.

95

ne connaît pas de traduction française de Suétone antérieure au seizième

La première qui parut en France
Georges de
italien
,

fut

donnée en

iS-^o par

Michel de Tours,
in-4°.

in-folio; puis vint celle de

la

Boutière, i556,
et autres

Lyon,

A

la

même

époque on mit Suétone en
de Suétone, et, parmi

en allemand

idiomes modernes.

L'imprimerie, avant l'année i5oo, avait déjà produit dix-huit éditions du texte
celles-ci, les plus rares

sont celles de

Rome
et

1470, au mois

d'août, in-foho; c'est l'édition princeps. Celle de

Sweynhein

Pannartz,

Rome,
on

1470, in-folio, est également fort rare et très-recherchée, ainsi que l'édition de

Jenson, Venise,

1

47 1

,

in-folio.

Parmi

les

éditeurs

modernes de
Isaac

cet historien

distingue surtout G. Ant.

Campanus, Egnatius, Erasme,

Casaubon, Gruter,

Grévius

et plusieurs autres

savans non moins recommandables.

La planche XI de notre du Roi. Ce volume
zième
siècle, à

recueil est tirée

du manuscrit de Suétone,

n" 58o4, fonds

est

de format in-folio parvo, d'une très-belle écriture du quintitres

deux colonnes. Les

sont en encre rouge, et l'on remarque sur-

tout, en tête de chaque livre, de très-élégantes lettres capitales gothiques, en or et

couleur, accompagnées d'un

filet

formé de
:

fleurs, qui règne sur toute la

hauteur
moribus

du

feuillet.

Ce manuscrit contient
:

C. Suetonius Tranquillus de vita et

duodecim Çœsarum
Hostilio

prœmittitur scholium de viris romanis illustribus a Tullo
:

ad Pompeum Magnum
feuillets

aiithore

anonymo.
la table

Les premiers
tenus dans
est facile
le

sont occupés par
P^ies

des ouvrages primitivement con&onX. divisées

volume, et les

des douze Césars y

en douze

livres. Il

de reconnaître, par plusieurs passages de ce manuscrit, que
lire le

le copiste

qui

a été
c'est

chargé de sa transcription savait à peine

grec, et encore moins l'écrire;

ce que porte à penser la manière dont se trouvent reproduits différens

mots
le

de cette langue, que l'on remarque sur plusieurs feuillets,
45^ verso et le
Peiresc.
57*^

notamment sur

verso de ce volume qui parait avoir autrefois appartenu à

l'illustre

Les exemples d'écritures de différentes époques, qui sont reproduits sur
ches
I et II

les

plan-

de ce recueil, peuvent donner une idée générale de

la

variété des formes

introduites dans le tracé des signes de l'alphabet latin, jusqu'au huitième siècle de

notre

ère'.

Notre planche

III offre

un exemple d'une
;

belle écriture onciale
est tirée

du hui-

tième siècle (manuscrit de Tite-Live)

et la

planche IV, qni

d'un Horace

manuscrit du neuvième,

est

une preuve de

l'influence de la réforme et de l'améles

lioration apportées dans l'écriture par

Charlemagne, qui, sur

doctes avis d'Al-

chuin, rétablit, par un capitulaire, l'usage des belles formes de l'écriture romaine,
'

Introduction, page XV.

'

96

MANUSCRIT DE SUÉTONE.
contemporaine de
la

appelée, pour cela, Caroline renouvelée , exemple parfait de cette renaissance dans
l'écriture, qui fut
celle des sciences et des arts

durant

le

règne

du chef illustre de
Dans
déjà
la

seconde race.
siècle

planche V, tirée d'un manuscrit du dixième
les belles

(Horace), on observe

un commencement de décadence dans
onzième
siècle

formes de l'écriture Caroline;
ses rois. Cette

car dans ce siècle tout semble devenir fainéant

comme
,

décadence

continue pendant
soit

le

(

planche VI, manuscrit de Virgile), quoiqu'elle
et qui est tiré

moins

sensible par l'exemple

que nous avons donné

d'un ma-

nuscrit exécuté, selon toute probabilité, en Italie.

Enfin on reconnaît encore dans notre planche VII
nuscrit

(

Quintilien)

,

tirée d'un

ma-

du douzième siècle, une époque de

transition,

où l'écriture

n'a pas de

formes

pures

et

bien arrêtées. Le volume qui a servi à cette planche contient des lettres

capitales qui rappellent la belle écriture
lettres

romaine de Cliarlemagne, tandis que
la gothicité

les

minuscules révèlent l'influence aiguë de
la

commençant

à poindre.
les

On

trouvera sur

planche VIII ces formes gothiques dans leurs articulations

plus accusées; et les belles capitales couvertes d'ornemens, et rehaussées des brillantes couleurs bleu et rouge,
C'est le
siècle

annoncent l'influence de l'Orient par
si

les croisades.

temps du beau bleu d'outre-mer,
le

regretté aujourd'hui.

Au quatorzième
qu'il

(planche IX, Ovide),
ses

gothique se soustrait un peu à ce
siècle

y avait de

choquant dans

contours trop articulés au

précédent

,

et cette légère

mo-

dification paraît lui
et

donner tout

le

gracieux que l'on admire encore aujourd'hui,
la

qui

fait

quelquefois désapprouver

bâtarde, imitation des belles formes d'édi-

fices grecs,

introduite au seizième siècle dans l'architecture française.

On

doit reat-

garder, ce nous semble, le quatorzième siècle
teint tout son perfectionnement, et

comme

celui

l'art

gothique a

il

a élevé les plus

beaux monumens
la

soit

d'architecture, soit de peinture

:

et ce

progrès rappelle naturellement
arts par l'infortuné roi

protection,

l'impulsion

donnée aux

lettres et

aux

Jean

et

par son suc-

cesseur Charles V. Les manuscrits exécutés pendant ces deux règnes sont comptés

parmi

les

plus beaux dans la riche collection de la Bibliothèque
fait

du Roi

,

et ils lui

ont servi de base; car on ne
de cette bibliothèque.
L'Italie s'est

pas remonter au-delà de Charles

V

la

fondation

presque toujours soustraite à

l'art

gothique, et pendant qu'il
peine sensible dans
les

était

en pleine prospérité en France, son influence
d'art des contrées méridionales
;

est à

les

ouvrages

c'est ce

que constatent
siècle).

planches

X

et

XI de

ce

recueil (Cornélius

Nepos

et

Suétone, quinzième

On
(

reconnaît au premier
les

coup

d'œil la belle écriture

ronde italienne (planche X), tandis que
planche

formes

gothiques de l'écriture française sont encore en vigueur
Si l'on

XI

).

compare cependant

les

planches des treizième, quatorzième et quin-

,

MANUSCRIT DE SUÉTONE.
zième
siècles,
il

97
l'art

sera facile d'y reconnaître les modifications successives de
et

graphique gothique,
les

de voir

qu'il incline plus

encore, au quinzième siècle, vers
l'Italie, si

formes arrondies, jusqu'à ce que, par l'influence de
le

puissamment
rois appe-

secondée par l'invention de l'imprimerie et

goût des

artistes

que nos

lèrent en France , l'écriture des manuscrits fût

ramenée enfin aux

belles formes

des anciennes lettres romaines.

Mais l'imprimerie, avant d'arriver à cette belle exécution typographique qui
rechercher avec tant de soins
les

fait

volumes dont
Il

le

nom
en

de l'imprimeur
effet, des

est le seul

mérite, passa par de-longs tàtonnemens.

y

a loin,

anciennes plan-

ches eu bois sur lesquelles on gravait la page entière en caractères

non mobiles

comme

aussi

du premier

livre

imprimé

à Paris

en 1470 p^r Ulric Géring, aux

belles éditions qui ont illustré les

noms

des Aide, des Estienne et des Didot. Les

progrès des premiers temps de cette invention, progrès qui ont

amené de
la

si

grandes révolutions morales, seront
notre recueil.

le sujet

de

la

notice suivante,

dernière de

/I

PLANCHE IX

LECTURE DU MANUSCRIT.
Retulerunt ac sepius versu re
petite egerunt- niaiore adeo et fa

uore et auctoritate q gessit impru adeptus est* quamquam multa

documenta
sed
inuisa

egregij principis daret

nequaquam tam
que secus
et intra

grata q

fièrent.

Regebatur
vna
tantes

trium arbitrio qs

palacium habi

adhentes pedegogos vulgo vocabant. Hij
erant T. uinius legatus eius in

ne

vmquam non

hispania cupiditatis immense*

Cornélius laco ex assessore prefec
tus pretorij arrogancia soCordiaq;
intolerabilis- alpertus
lis

Ycelus anu

aureis palestrico certamine or

natus jam

summe

equestris grad'

candidatus. His diuerso vicior

génère grassantibus adeo se abu

tendum permisit
bior parciorq;

et tradidit- vt

vix sibi ipse constaret-

modo

aeer

modo

remissior ac

negligencior q conueniret principi
electo acq; illius etatis.

TEXTE LATIK.
Retulerunt; ac sxpius versu rcpetito egerunt. Majore adeo et fayorc et
auctoritate adeptus est, <iuani
j^essit,
:

TRADUCTION.
Rcfx^tèrent ce vers avec
'•'

beaucoup d'action.
il

Il

jouit de plus de faveur

imperium

;

quamquam multa docu.

<'«

considi'ration

quand

prit possi^ssion

de l'cuipirc , que pendant son

mcnta egregii principis daret
.

sed

nequaquam tam grata erant, quam • o
v

.

invisa,
'

qux secus '

ucrent.

Regebatur trium arbitrio, quos una et intra pala/ium habitantes, nec

u«quam non adbx>rcntcs,pa;dngogos vulgo

.......in legatus ejus

TOcalMint. Hi erant T.Vinius,
:

...

.

Hispania, cupiditatis immcnsa;
,

1-.

..

.

Cornélius Laco, ex as:

..

sessore pra;fcctus pra-lorii

arrogan/ia socordiaquc intolerabilis //4crtus

/rclus, /miilo tinte aiiniilis aureis et Marciain
,

cognommc

ornatiis, ac

jam summse ccpuatris gradus candidatus. Mis divcrso vi/lorum génère
grassantibus, adeo se abutendum permisit et tradidit, ut vix sibi ipse
constaret
:

modo

acerbior parciorqiic,

modo

remissior ac ncgiigen/ior,

Cepcn.lant il y eut beaucoup de circonstances où il se montra fort bon pnnce; mais ce qud faisait de bon était lom d être reçu •• . •» i i. i> avec une bienveillance égale a I aversion que I un manifestait pour ce qui ne lYtalt pas. H se gouvernait selon le bon plaisir de trois hommes qui demeuraient ''''"'* •''"'«^rioT du palais, qui le suivaient partout, et que l'on appelait SCS pédai'ngues. C"i5taient T. Vinius, son lieutenant en Espagne, lioinmc * , ,. •. •. ,. ,• ^ d une étrange cupidité; Corncluis Laco, qui, de simple assesseur, était ,,cvcnu préfet du prétoire et dont l'arrogance et la sottise étaient intolérabtes; cnlln, Icelus, décoré peu auparavant de l'anneau d'or et du surnom de Marcianus, et qui prétendait déjà au suprême degré de l'ordre 'l''scl"-valiers. 11 s'abandonna tellement à ces hommes qui étaient dominés par les vices les plus divers, qu'il n'était plus lui-même, et que tantôt il ^,.,i, p,„s sévère, plus économe, tantôt plus <loux, plus insouciant qu'il
••"i"'i"i'*tration.

••,<.'

.

,

,

,

,

quam

fonvcniret prim^ipi electo, a^juc

illius aîtatis.

ne convenait à un souverain élu, et surtout k un souverain de son âge.
,

Si'trOHE, traduction de M. De {îijibery

Biblittlièjue iMtine'Franeaiie

,

publi<> par

(1.

L. V. PaiicWoiick»', Paris

,

tome

'

II

m

m

^fiUptue'

dUitatM Rd/^nCdUit

J^.
^>^
"

^

Imnc'fe tuitiiiô âcmtue ^lue^m

ÛCf MWSiefCjpAGtfhico

ùnumnmé or

i«^^^ lâ^tiet^tzttiô

XV SIÈCLE
Impression sur
l)ois.
-

PRÉCIS DE L'HISTOIRE
DE

L'IMPRIMERIE

Au
fets

milieu du quinzième siècle , une révolution fondamentale s'opéra dans

l'art

de

multiplier les copies d'un écrit. Cette révolution,

comme

toutes celles dont les ef:

doivent être durables, ne fut toutefois ni subite, ni absolument imprévue

d'antiques inventions et des pratiques récentes avaient préparé insensiblement la

découverte de t imprimerie.

On

imprimait des

livres à la

Chine depuis bien long-temps alors
l'art

:

c'est

vers le

troisième siècle de

l'ère

chrétienne que paraît remonter
;

de l'imprimerie dans

cette vaste région asiatique

depuis , elle y est restée dans les étroites limites où cet
la

art fut laissé par son

premier inventeur; car il créa, non pas l'imprimerie, mais
ce

xylographie.

On donne

nom

au procédé par lequel on multiplie un texte au

moyen

àt planches de bois dont chacune, portant une partie de ce texte gravé en

relief, et

en sens inverse de l'ordre des signes,

le

reproduit par contre-épreuve dans
villes

le sens direct.

Les livres chinois ne sont pas imprimés autrement; des
:

en-

tières

ne sont peuplées que de graveurs

un

calligraphe trace habilement le texte

sur

un papier transparent;

ce papier est appliqué sur la planche; le burin enlève

exactement tout ce qui
conservé eu reproduit
ensuite placées sur

est

demeuré blanc sur
et les phrases.

le

manuscrit
les

,

et tout ce qui est

les

mots

Toutes

planches d'un livre sont

une grande
:

table et encrées;

une

feuille

de papier sans fm

les

couvre toutes ensemble

l'imprimeur appuie sa main sur chacune

d'elles successile

vement;

la feuille

de papier est relevée, pliée en paravent, rognée, cousue vers

dos, et voilà

un

livre chinois j)rêt à être livré

aux acquéreurs. Les

livres chinois

coûtent vingt

fois

moins que

les livres

fabriqués en France.

I02

IMPRIMERIE.
fait le

Le

plus remarquable dans cette série d'opérations, c'est la gravure des

si-

gnes en sens inverse; mais cette idée n'appartient pas aux Chinois. L'usage d'im-

primer des signes par

la

gravure à l'envers fut connu, en

effet,

des peuples de

l'antiquité et pratiqué par

eux

à des

époques fort anciennes. Bien des pierres gra-

vées, antiques, sont taillées en cachet, et devaient en servir.

On

taillait

des lettres

en

relief, sur pierre,

sur métal ou sur bois, pour marquer du
foule d'ustensiles
:

nom du
arts.

propriévilles

taire

ou du fabricant une

ou de productions des

Les

grecques avaient aussi leurs sceaux privés
cusable constatent tous ces
faits.

des

monumens

d'une authenticité irréla

Ces usages se conservèrent par

tradition; et ce

que
ces

les

Chinois ajoutèrent aux pratiques des Grecs et des Romains, en appliquant
à la multiplication des écrits, fut réellement la seconde

moyens

époque de

l'histoire

générale de l'imprimerie.
la troisième, les essais

Nous indiquerons, comme en étant
ractères

d'impression en ca-

non mobiles,
fait

faits

antérieurement à l'année i45o,

et

qui ne sont encore
tiré

que de

la

xylographie. Notre planche XII en offre
partie de la collection des

un exemple,
la

d'un très-beau

volume qui

imprimés de

Bibliothèque royale. La

même
servi à

Bibliothèque conserve aussi plusieurs planches originales en bois, qui ont

imprimer des

livres

analogues à celui dont notre planche XII reproduit un

modèle.

A

une époque presque récente, on a
elles

tiré

de nouvelles épreuves de ces planches

en bois; mais

sont aujourd'hui tellement vermoulues, que ce serait compro-

mettre leur conservation que de tenter

un

essai

du

même

genre.

Le plus ancien exemple de xylographie que
une date connue
il
,

l'on

possède à Paris, du moins avec
la

se voit

au département des estampes de

Bibliothèque royale

;

est

du maître anonyme de i423, qui

a gravé sur bois le Christophore,

estampe
le

qui est accompagnée d'une légende en plusieurs lignes. Après lui on place

grales

veur d'une

feuille

de cartes à jouer, présumée être de l'année i4'i5, et dont
la

personnages portent aussi des noms ou des légendes. Toutefois
cartes
,

gravure des
,

d'après quelques avis
les

,

aurait précédé celle des estampes à légende

et tout
les

porte à croire que
figures des cartes

noms

et les désignations diverses
l'idée
ils

qui accompagnaient

donnèrent bientôt
,

de

faire des

images de saints également

accompagnées d'un texte
dont toutes
les

et qu'enfin

conduisirent à l'usage de faire des livres

pages étaient isolément gravées sur bois. Les deux estampes dont
la

nous venons de parler, surtout

première

,

ne

se

recommandent

ni par la per-

fection de la gravure, ni par l'exactitude

du

dessin; mais leur existence jusqu'il

nos jours et leur belle conservation n'en sont pas moins un sujet de juste admiration

pour

les

amis des

arts.

Parmi

les

autres exemples de xylographie, dont le

nombre

est toutefois extré-

Barijs Jèntenff|6 colkctacurw f(gwt& ab rcfiftcnbû in moïtis aooncbiabolicicruggtftioni valens cui

;

IMPRIMERIE.
mement
1°.

io3
,

restreint ,

on peut

citer les
les

ouvrages suivans

les

quatre premiers ne con:

tenant que des légendes, et

autres étant accompagnés d'un texte

Historiae veteris etnovi testamenti (dite la Bible des pauvres);
Historia sancti Johannis Evangelistae, ejusque visiones apocaljpticae ;

2".

3".
4".

Historia s eu providenda Virginis Mariae ex cantico canticorum ;
Historia beatae Mariae Virginis ex evangelistis et patrihus excerpta et per

figuras demonstrata
5".

Le

livre

de l'Antichrist (en allemand

,

avec texte)

;

6".
7°.
8".

A

î^s

inemorandi notabilis per figuras evangelistarum ;
différentes de cet ouvrage');

Ars moriendi {on compte huit ou neuf éditions
Sujets tirés de l'Ecriture sainte;

9".

Spéculum humanae

salvationis ;

10".

La cliiromantie du docteur
les

Hartlieb.
la

Tels furent
c'est à cette

informes

essais

que produisit

xylographie jusqu'en i45o, et

date qu'il faut rapporter l'association de Guttemberg avec Jean Fust,
,

faite à

Mayence

et qui avait

pour objet de fondre

et

perfectionner des caractères

mobiles ^.
Cette association

produisit d'abord
et Pétri

:

i"

l'Alphabet pour l'usage des écoles;
3" le

Alexandri Galli doctrinale
:

Hispani tractus logicales ;

vocabulaire

latin intitulé Catholicon^

ouvrages encore imprimés en caractères non mobiles.

La Bible de i45o
mobiles par
les

à i455 fut véritablement le
associés.

premier texte imprimé en caractères

deux nouveaux

Les dépenses énormes qu'exigea
des premiers moules,
les essais

la fonte des caractères

mobiles, l'imperfection

du métal, de

l'encre et

du papier entravèrent long-temps

de Guttemberg et de Fust.
fa-

Au

milieu de cet embarras, un de leurs ouvriers imagina une méthode plus

cile, plus siire,

de composer des caractères, et dont
et

les résultats

furent de leur

donner une forme

une mesure plus régulières
est

et

mieux proportionnées.

La

taille

du poinçon

donc due

à l'esprit ingénieux de cet ouvrier, qui fut

'

Heineken, qui a donné dans son
,

livre intitulé, Idée générale d'une collection (Fesiampes, des fac-similé des
,

gravures des

ouvrages de xylographie
avoir été inconnue.
'

n'y a pas reproduit le sujet de notre planche XII

tirée d'une édition de \\4rs moriendi qui paraît lui

Les premiers essais en avaient été

faits

en 1435 par Outlcmberg

André Heilmann; mais ces

essais primitifs

ne produisirent aucun résullat, à cause du procès qui eut lieu après

Dry7.fnh,el qui amena la destruction de cette association. Il reste d'imprimer avec des caractères mobiles ; la rupture de l'association l'empêcha seule de compléter
praticable.
'

André Dri/ehennius ou Dryzenh, Jean Rili et la mort de toujours que, dès celte année 143ô, Guttemberg entreprit
,

associé à

la

découverte el de

la

rendre

le nom du grammairien Donat. Quelques bibliographes ont soutenu qu'il avait été ainsi deux ouvrages précédens, imprimé en caractères mobiles; mais Heineken nous parait trancher la cpiestion dans le sens contraire, puisqu'il déclare (pi'il avu à Paris deux planches en bois sur lesquelles étaient gravés les caractères, non mobiles, qui avaient servi à imprimer les pages du Donat: ce livre était déjà mieux façonné que les anciens livres d'images. {Idée générale

Cet ouvrage est aussi connu sous
les

,

que

d'une collection complète d'estampes,

p. 257.)

, ,

io4
Pierre Schœffer; et

IMPRIMERIE.
on date
ce perfectionnement de l'année i452.

La reconnais-

sance poussa Fust et Guttemberg à s'associer Schœffer; Fust lui donna
fille

même

sa

en mariage. La première production de cette association nouvelle

fut la Bible

de 1452, dont on a contesté l'existence, quoiqu'on en connût, selon Heineken,un
exemplaire en 1771
,

à licipsick.

Un

procès survint entre Fust et Guttemberg en i455', et

amena

la

rupture de

leur société;

Guttemberg
,

fut obligé de céder dès cette

époque son

attirail d'impri-

merie à Fust qui resta associé avec Schœffer seulement. Fust et Schœffer publièrent en 1457 une édition du Psautier, que l'on regarde généralement
plus beau

comme

le

monument

de l'imprimerie naissante. Six exemplaires de cet admirable
:

volume

existent aujourd'hui

un

à la Bibliothèque impériale de Vienne, qui est le
le

plus beau et le

mieux conservé;

second à

la

Bibliothèque royale de Paris;
le

le

troisième à

la

bibliothèque de l'école publique de Freyberg, en Saxe;

quatrième
sixième à

au monastère de Roth, près
la

Memmingen

;

le

cinquième à Hanovre,

et le

bibliothèque de la cathédrale de Mayence. Les

mêmes imprimeurs donnèrent

quelques années après, et successivement, deux éditions du

même

Psautier, l'une

en 1459,

et l'autre

en 14905
,

niais
soit

dans cet intervalle d'autres ouvrages avaient été

mis sous presse à Mayence
tribue aux premiers
tères gothiques, à
:

par Fust et Schœffer, soit par Guttemberg.

On at-

Durandi

rationale divinorum officiorum, in-folio, carac2°

deux colonnes, 14^9;

Catholicon ou

Summa

grammaticalis
:

de Jean de Janua, 1460 (présumé sorti des presses de Guttemberg)

il

reste de ce

gros in-folio encore six exemplaires; celui de la bibliothèque de Grenoble, pre-

mières marges première reliure
,

,

admirablement blanc

,

est le plus
le titre

beau des exemde Opusculum
le

plaires
1

imprimés sur papier;
4"

édition de la Bible , sous

462

;

en

1

465 parurent

les Offices

de Cicéron

,

qui passent pour

chef-d'œuvre

de Fust et Schœffer, et dont
date fut aussi

imprimé

:

d'imprimeur. Fust parait

A cette même Grammatica vêtus rhytmica, sans nom de ville ni avoir abandonné aussi pendant cette même année
la

seconde édition fut publiée en 1466.

son officine d'imprimeur, et avoir
sion qui avait illustré leur

laissé à

Schœffer seul l'exercice d'une profes-

nom;
de

l'ouvrage qui a pour titre
,

Secundœ secunda

B.

Thomœ

de AquitanOy in-folio max.
il

imprimé en

1

467, ne porte en effet que le

nom
En

de Schœffer;

en

est

même

des Epitres de saint Jérôme, imprimées

en 1470Italie, les élèves

de Fust et de Schœffer, Swueynheim, Pannartz et
le

Han
le

re-

çurent l'hospitalité dans

monastère de Sublac, près de Rome,
les

et, après
:

y avoir

fondu des caractères, imprimèrent successivement
'

ouvrages suivans
et

Do-

On

a découvert qu'avant ce procès

,

c'esl-à-dire

en 1454

,

ils

avaient imprimé des lettres d'indulgence

,

probablement aussi

des édits et

mandemens de

l'Électeur.

,

IMPRIMERIE.
nat, sans date; les œuvres de Lactance, en i465;
la

lof)

Cité de Dieu, en 1467. Les

Epitres de Cicéron furent imprimées à
ditations

Rome

la

même
If^s

année', ainsi que
le

les

Méle

du cardinal Turrecremata,
personnage.

et

en 1470

Commentaires sur
le

Psautier

du

même

A

Cologne, en 1467, parut

de Vità cJiristianà et

de

Singularitate clericorum , donnés par Ulric Zel; à Venise, en 1469, Jean de Spire

imprima
de

les livres

de Pline l'Ancien,

les

Epitres de Cicéron, et, l'année sui-

vante (1470), conjointement avec son frère Vindelin de Spire, une autre édition
la

Cité de Dieu, en

même

temps que Nicolas Jenson, Français d'origine don,

nait dans la

même

ville

une autre édition des Epitres de Cicéron.
tous les classiques

Vers ces

mêmes temps, ou pendant l'année suivante, presque
immédiatement mis sous presse
les

latins furent

et

répandus à grand nombre; mais
le

aujourd'hui, on en recherche

exemplaires avec

plus grand soin, et des
les

sommes

considérables sont offertes à ceux qui possèdent

plus rares de ces vo-

lumes. Les établissemens publics s'attachent surtout à enrichir leur collection dr
ces "précieux

monumens

:

celle

de

la

Bibliothèque royale de Paris est
latins,

la

plus

com-

plète
vélin.

en éditions princeps des classiques

imprimés

soit

sur papier, soit sur

En

i832,

elle a fait l'acquisition

au prix de

trois mille six cents

du Pline VAncien (Rome, 1470? sur vélin), francs. Le Martial imprimé à Ferrare, en 1471
année.

?

sur papier, a été acquis dans la

même

H ne manque

à ce riche établisse1

ment que deux
race sans date.

éditions

/>/7/ice/^j

des classiques latins: le Lucrèce de

471

?

et \ Ho-

On

a

pu remarquer un
établies. Il paraît

intervalle assez long (de 1462 à i465)

pendant

le([uel
])arfai-

Fust et Schœffer ne publièrent aucun livre, quoique leurs presses fussent

tement

que

cet intervalle de

temps

fut consacré

par eux

à la

vente des premiers fruits de leurs pénibles labeurs.

On

raconte que Fust apporta à Paris un grand

nombre
la

d'exemplaires de

la

Bible, qu'il vendit d'abord

comme

des manuscrits; mais

fraude ayant été dé-

couverte, Fust fut poursuivi en justice, et obligé de se retirer à Mayence, puis à

Strasbourg; de retour à Paris en 1466,
ville la

il

y mourut de

la

peste qui ravagea cette

même

année.
la

La découverte de

manière d'imprimer selon Guttemberg avait

fait

assez de

bruit pour exciter la curiosité des souverains.

On

rapporte que Charles VII ou

Louis XI aurait envoyé Jenson à Mayence pour y étudier cette découverte;

mais Jenson n'importa
blir à Venise,

])as

dans

sa patrie cet art

nouveau,

et alla

même

s'éta-

il

donna,

comme nous

l'avons déjà dit, des éditions à partir de

l'année 1470-

Ce ne

fut qu'en

1469 que Guillaume Ficliet, recteur de l'Université

Ces mémt>$ imprimeurs avaient été appelés de Sublac

ii

Rome

par

le

cardinal Turrecremala.

Il

io6
pt

IMPRIMERIE.
faire venir à Paris Ulric
l'art

Jean de La Pierre, songèrent à

Géring, Martin Crant/.

et

Michel Friburger, pour y introduire

d'imprimer.
le livre ({ui a

Le premier ouvrage
fut bientôt suivi
in- 4";

qu'ils

exécutèrent fut

pour

titre

:

Gasparini

Pevgamensis clarissimi oratoris epistolarum liber fœliciterincipit;
par Ficheti rhetoriconun
libri

et l'on croit qu'il

III

,

in

Parisiorum Sorbona,
la fin

petit

ouvrage sans date, mais qui dut paraître vers

de 1470 ou au com-

mencement de
du Florus,
celle

1471- Après ces volumes vinrent l'édition que l'on croit princep.s

de Salluste,

etc.

C'est à ce

même

temps

cpiil faudrait aussi rap])orter les

émeutes de

la

confrérie

des copistes, qui, voyant leur industrie entièrement ruinée par cette invention

nouvelle, auraient menacé

les trois

Allemands de leur
la

faire

éprouver toutes
la

les

fureurs de gens subitement réduits à
royale protégea les inventeurs
,

mendicité. Mais un acte de

munificence

et des lettres de naturalité leur furent accordées

par Louis

XI en

i474- Les libraires qui suivirent l'exemple des trois Allemands

furent Guillaume Maynyal, Berthold Rembolt,
Pierre Césaris, Jean Stoll, Pasquier

un moment

associés à

Géring;

Bonhomme, et Antoine Vérard, à qui l'on doit les premières éditions des Chroniques et des Romans de chevalerie, si recherchées aujourd'hui, et achetées à si haut prix, comme pour rendre une nouvelle sorte d'hommage à l'industrie courageuse et résolue de ces hommes qui eurent
ii

lutter contre tant d'obstacles à la fois, et qui réussirent,

par leur persévérance,

à

introduire dans

les principales villes les

de l'Europe

un

art qui devait bientôt se pro-

pager dans toutes
et

contrées du

monde,

et devenir l'agent universel de la pensée

de

la civilisation.
le

Tel fut

résultat de l'invention de l'imprimerie en caractères mobiles, complet
l'art

perfectionnement de

de multiplier à

l'infini l'écriture
le

par l'impression. La

science reconnaissante a voté à

Guttemberg

monument
:

qui vient d'être inauce

guré en son honneur dans

la ville

de Mayence, sa patrie

monument

consacre

des sentimens de reconnaissance qui ne peuvent pas périr.

FIN.

TABLE DES MATIÈRES.

IINTRODUCTION.
PLAXCHE
Écrilurc majuscule du..
l.
. .

— Histoire
siècle.
siècle.

de l'écriture latine dans
etc.

les pieiuieis

temps.
ri"

Ecriture des premiers temps.

Ecriture cursive du.

.

.

.

— Inscripiions du Tombeau des Scipions, — Ëvangéliaire de Sr Germain. Manuscrit IV« — Charte sur papyrus. V"
\'
siècle.

latin

sur vèlin

,

663.

Écriture majuscule du.
Écriture cursive
J

du

VI'
VII'

{ Écriture majuscule du.
(

— l'sautier de St Germain. Manuscrit latin sur vclin, n°661. siècle. — Lettres sur papyrus de St Avit. Supplément latin n° 668. siècle. — St Cyprien. Manuscrit sur vélin. Supplément latin, n"'7l2.
,

Écriture mérovingienne

du Vil"

siècle.

— Grégoire de Tours.

Manuscrit, n" 132. Notrc-D.ime.

Notice historique et bibliographique sur TiTE-LivE.
Écriture onciale

'.

.

.

23
31

du

VIII«

siècle.

— Tite-Live. Manuscrit, — Tébence. — Horace.

n» 5730.
. .

Notice historique et bibliographique sur Térence.
Écriture

du

IX«

siècle.

Manuscrit, n" 7899.

Notice historique et bibliographique sur Horace
Écriture du

39
47

siècle.

Manuscrit, n" 7971.

Notice historique et bibliographique sur Virgile.
Écriture du

XI'

siècle.

— Virgile. Manuscrit — (Jcintilien. — Cicébon.

,

n° 7930.

Notice historique et bibliographique sur Quintiliex.
Écriture du

59

XII'

siècle.

.Manuscrit

,

n" 7800.

Notice historique et bibliographique sur Cicéron.
Écriture italienne

.

67
75

du

.... XIII' siècle.

.Manuscrit, n° 7739.

Notice historique et bibliographique sur Ovide
Écriture anc. bâtarde

du XIV"

siècle.

— Ovide.

Manuscrit, n" 7996.

Notice historique et bibliographique sur Cornélius Nepos.
10.

83

Écriture italienne du.

.

.

.

XV"

siècle.

— Cornelics Nepos. Manuscrit, — Suétone. —
Manuscrit, n'SSOt.

n° 58,37.

Notice historique et bibliographique sur Suétone.
11.

Écriture française du.

.

.

.

XV'

siècle.

Impression sur bois.
1->.

Précis de l'histoire de l'imprimerie.
-\rs moriendi.

lui

Impression sur bois.

Imprimé, Bibliothèque

royale.

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