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Le tercain d'une lutte fondatrice

pulsionnel, élevés unchaudron dans nous Freud montré: sommes l'a raDDelle Patrick Declerck, cedipienne, à la Sinuln'échaDDecrise à dire afin dela reste possibilité traverser d'apprendre <je > la
RECUEILLISPARALEXANDRELACROIX PROPOS

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Anthropologue et philosophe, est il aussimembre de la Société psychanalyftique ll de Paris. a retracédes itinérairesde vie terriblesdans Les Nouirugég Avecles clochords de Poris(Plon, 2001).Sonroman Socrcte dons lo nuit(Gallimard, 2008) met en scèneun homme acculépar la qui maladie, fait le point sur lui-même et sesliens familiaux... ce ou qu'il en reste.

Patrick Declerck

La famille,longtempsconsidérée commeune institution respectable, apparaîtaprèsFreud commeun foyer d'infections, de berceau toutes les névroses. changéla psychanalyse? Qu'a À mesyeux.Freuda fait trois pour incontoumables découvertes de la compréhension l'humain: d'CEdipe le f inconscient, complexe et la pulsionde mon. Le complexe d'CEdipe craquerle vemisde fait Il béatitudebourgeoise. I'apparente montrequela famille n estpasle lieu d'un bonheurtrancuille.maisle
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La terrain d'unelune fondatrice. crise une ædipienne n'estpasseulement c'estaussiune source pathologies, de qui phasedécisive va permettreà en I'enfantde sesûrrcturer tant qu'êtreindMdué et sexué. C'estune conditionde possibilité indispensable du de la naissance sujet.MaisI'affaire qu'onne plus compliquée s'avère I'imagine, il existeaussiun contrecar des Les éprouvent CEdipe. parents agressifs destructeurs et sentiments leur enfantqui estvu par envers chacund'euxcommeun concurrent de maisaussi faceà l'amour I'autre,

il comme objetd'envie: est un jeune,ils sontvieux; savie estdevant lui, leurvie à euxestdéjàjouée. de Dansla tragédie Sophocle, Gdip e-roi,les parentsinterrogent pour connaître l'avenir I'oracle de leur nourrisson. Quandla Pythie leur répondque I'enfantva grandir, tuer sonpèreet aimersamère,ils un Ia croient.Et chargent serrriteur de tuer leur fils. Ceserviteurprend pitié du nourrisson.Il le confieà un bergerqui I'emmènede Thèbesà Corinthe,où il seraélevécommele plus fils du roi. Doutantdesannées

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DOSSIER

LAFAMILLE
tard de sa légitimité, CEdipe à son va tour consulterI'oraclequi réitèrela prédiction.Pourprotégerceuxqu'il croit êue sesparents, CEdipe s'enfuit de Corintheet, commepar hasard, croiseen route son wai père, Laërte (identité qu'il ignore), aveclequel éclateune violentedisputeau cours de laquelle CEdipe le tuer. va semaineà camperdansla neige,il ne m'estplus restéqu'à rentrer,ridicule et penaud.Mon échecde guérillero en herbeconfirmait lamentablement les doutesque mon pèrepouvait enuetenir à mon sujet. Iadolescent fugueur porte en lui les désirsde ses parcntset finit souventpar les réaliser - en cela,il estune figure tragique. te schémaediplen s'applique-t-il ausslaux filles? Pasde manièretout à fait symétrique. Au coursdu développement habituel de I'individu fie dis bien habiuelet tonnormal), il est une différence fondamentaleentre les sexes:pour le petit garçon,le prcmier objet d'amour est une femme,sa mère,et en bout de course,il aimera une autrre femme; pour la petite fille, le premier objet d'amour est aussiune femme, sa mère,mais c'estun homme qu'elle est appeléeplus urd à investir. Pourquoice schémacdlplen uous paraft-llsi éclairant? Il permet d'expliquerI'ambivalence tellement présentedansles rapports humains.LlcEdipe strucnrant. est On sort de cene criseplus ou moins abîmé,maisplus ou moins grandi aussi.Une desconditions de possibilitéde lavie psydrique o sufuamment bonne,, pour parler commeWinnicott, est d'accepterou " d'inuojecter " la castration,c'està-dire,de renoncerau fantasmede la phallique. Lespetits toute-puissance garçonsdoivent cesser s'imaginer de avoir Ie plus groszizi du monde, pouvoir tuer le père,êue pour la mère celui qui dcnslaréalitépowrut remplacerle père,et tout faire sans connaînede limites. Lespetitesfilles doivent cesser seprendrepour des de objetsd'infinie séduction.À défaut, Ieur destin seracelui dtrystériques prisonnièresd'une perpétuelleet narcissique naiveté: tout m'estdû puisquejesuisla plus irrésistible, etc. On peut donc résoudrel'Gdipe? Je me méfie de cette idée de o. psydriques " solution Lesconflits ne s'arrêtentjamais. Jusquà la mort, nous restonsen perpétuelle discussion avecnotre enfance. Un signede bonne santémentaleest de parvenir au cours de savie à > " re-métaboliser cesaffairesen perrnanence, se les raconter à différemment.Je suisen train d'écrfue un livre où il estbeaucoupquestion de mon père.Cequeje pensede lui maintenantn'estpasce quej'en pensaisil y a dix ou vingt ans. Pourtant,à plus de 50 ans,il m'arrive de redécouwir desépisodes et desaffecs passés avecleur ancienne brutalité. On ne fait table rasede rien: Cestlà une leçonde I'anthropologiesobreet pessimiste de Freud.Je croisque, danscette vallée de larmeset de rigolades qu'estïexistence,on rt'estpropriétairc pratiquementde rien sinon, au mieux, de soi-même.De sapropre psychique.C'estpourquoi épaisseur il est une différenceénormeenæ la rébellion adolescente dont j'ai parlé, et la révolte de l'âge mur. À mon avis, I'indice d'une relative maturité, c'est le moment où I'on considèreque son histoire personnellerfest passi que intéressante cel4 et qu'ily a aune choseà penser.Cequi m'intéresse dansIa bonne santémentale, Cest que les conditionssoient réuniespour faire auue drose que de ressasser indéfinimentla mêmehistoire... Pour construlrequelque chose? Ou détruire, avecjoie. [a révolte de lindividu maître de luimême qui s'érigecontre le systèmen'est pas réductible à sa seulenévrose. Il est une partie du mouvement psyùanalytique qui a basculédans une sorte de quiétismesocial, rétorquant aux contestatair€s : derrière I'ordre socialque vousvoulez rcnverse4c'estde voæ pèredont il s'agit! Cequi est à la fois vrai et faux, car ni le politique ni la philosophie ne sont solublesdansla psychanalyse. En tout cas,pastotalement. Pour autant, la gfande questiondemeure: coîlment parvenir à shabiter soi même?À pouvoirenfi1 dùs " je "?
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psychiques Lesconflits nes'arrêtenfjdmais. la fusqu'à môrt,nous en qgstôns. perpétuelle dtscussron noffe avec " enfance
C'estune ironie du destin... Ou une rusede la raison inconsciente. par CEdipe, ereu4 tue sonwai père pour éviter d'aftonter celui qu'il croit êæ son père.Cemythe est d'un grand enseignement pour la psydranalyse la tentative consciente : d'évitementdu conflit familial replongele plus souventle sujet au cæur de la crise.Voilà une caractéristique la révolte de immature: on s'éloignedessiens pour éviter le confliq mais Cest paradoxalementalors, que l'on sombreencoreplus profondément dansle chaudronpulsionnel. Sans mêmeparler du fait que cesparents, dont on cherctreà s'éloigne4nous accompagnent I'intérieur de nousà mêmessousforme de souvenirs, de représentations d'injonctions. et C'estce que I'on appelledes objets " internes Quandj'avais 16 ans, ". révolté contrre tout, j'ai tenté d'aller combatùBavecles Tùpamaros en Uruguay.De Maneille, je comptais m'embarquersur un bateaupour I'Amériquedu Sud,mais après je plusieursperipeties, me suis endormi dansun train et me suis retrouvé à Briançon.Aprèsune

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