Remi HESS

Henri Lefebvre, une pensée du possible
Théorie des moments et construction de la personne

2008

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Sommaire Remerciements Préface : Sociologie et histoire, par Gabriele Weigand Introduction

PREMIERE PARTIE : SUR LE MOMENT
Chapitre 1 : Des moments et du temps, selon Jacques Ardoino Chapitre 2. Le moment : une singularisation anthropologique du sujet Chapitre 3 : La dynamique du moment, concept de la logique dialectique Chapitre 4 : Lectures de l'histoire Chapitre 5 : Le bon moment Interlude 1 : L'année Lefebvre

DEUXIEME PARTIE : LA THEORIE DES MOMENTS DANS L’ŒUVRE D'H. LEFEBVRE
Prélude à la seconde partie : Henri Lefebvre, une vie bien remplie Chapitre 6 D'une philosophie de la conscience à l'expérience de l'exclusion Chapitre 7 : La somme et le reste Chapitre 8 : La critique de la vie quotidienne Chapitre 9 : Le moment de l'œuvre et l'activité créatrice Chapitre 10 : Les moments de l'amour et de la pensée Interlude 2 : Journal du non -moment

TROISIEME PARTIE : CONSTRUIRE LES MOMENTS PAR L'ECRITURE DU JOURNAL
Chapitre 11 : Moment du journal et journal des moments Chapitre 12 : L'entrée dans un moment : Le journal d'un artiste Chapitre 13 : La conception : le moment conçu Bibliographie

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Remerciements
De nombreuses personnes m'ont aidé dans ma recherche sur la théorie des moments. Tout d'abord, Henri Lefebvre (1901-1991) lui-même, qui a su me former à la pensée critique. Il a dirigé ma première thèse (1973) et m'a encouragé à le suivre dans la construction de cette théorie des moments. Ensuite, René Lourau (1933-2000) a rêvé d'écrire ce livre avec moi. Cette coopération ne s'est pas concrétisée, mais durant quinze ans, R. Lourau, qui avait dirigé ma thèse d'état, a suivi l'avancée de cette recherche. Michel Trebitsch, décédé durant l'hiver 2003-2004, m'a aidé sur quelques points décisifs. Ensuite, je dois remercier : Georges Lapassade (Paris 8), qui, par son opposition à cette théorie, m'a contraint à l'affirmer sans cesse davantage. Lucette Colin (Experice, psychanalyse) m'a aidé pour la rédaction du chapitre sur le "bon moment". Ce livre lui doit encore beaucoup, dans la mesure où elle en a suivi les mouvements. G. Weigand (Würzburg/Karlsruhe), a suivi l'écriture de ce livre depuis vingt ans. Ses recherches sur l'horizon des mots, et le moment de la personne (1983-2004) lui permettent, mieux que tout autre, d'entrer dans mon rapport au monde. Christophe Wulf (Institut d'anthropologie historique, Berlin) m'a fait prendre conscience de l'importance de la pensée d'H. Lefebvre pour penser l'anthropologie historique. Christine Delory-Momberger (Experice, Paris 13) m'a fait entrer dans le monde des histoires de vie ; Jean-Louis Le Grand m'a invité à exposer mes idées dans son séminaire ; Liz Claire a organisé à la New York University une conférence décisive, où je fus invité à parler et à discuter avec des collègues américains. René Barbier me soutient intellectuellement depuis 1994. Jacques Ardoino m'a apporté ses questions sur la relation "moment et temps". Véronique Dupont et Bernadette Bellagnech m'ont secondé dans la dimension technique de la production de ce livre. Leur travail de secrétariat s'est toujours doublé d'une entrée dans la discussion de ma problématique. Sophie Amar, Benyounès et Kareen Illiade m'ont aidé dans l'organisation de nos colloques H. Lefebvre, de Paris 8. Ces rencontres aidèrent à clarifier beaucoup de choses. Armand Ajzenberg, Arnaud Spire, et tous les camarades d'Espace-Marx et de la Fondation Gabriel Péri m'ont souvent invité à présenter l'avancée de mes travaux. Ils m'ont associé à leurs propres recherches. Jenny Gabriel a été une interlocutrice essentielle à la fin de cette recherche, puisque sa thèse s'est inscrite au cœur de mon chantier. Le livre qu'elle tire de cette thèse, sera un "moment" de cette recherche qui nous lie. Alcira Bixio (Argentine), Sergio Borba (Brésil), Liz Claire (Etats-Unis), Zhen Hui Hui (Chine), Maja Nemere (Allemagne), Vito d'Armento et Fulvio Palesa (Italie) et Elena Theodoropoulou (Grèce), mes fidèles traducteurs, m'ont aussi apporté leur soutien en m'encourageant à terminer ce livre, me promettant de faire connaître la théorie des moments dans leurs pays. Je remercie tout particulièrement Benyounès Bellagnech, qui m’a accompagné depuis 1999 sur le terrain de l’articulation entre la théorie des moments et la pratique du journal. La parution de son livre Dialectique et pédagogie du possible (2 vol., 830 p.), en février 2008, est un complément de ce travail.

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Préface Sociologie et histoire
par G. Weigand La théorie des moments s'inscrit dans le moment lefebvrien de Remi Hess. L'ouvrage Henri Lefebvre et la pensée du possible montre comment H. Lefebvre indique une voie pour se tourner vers le possible, que cette voie est actuelle, et qu'en prolongeant H. Lefebvre, Remi Hess propose une théorie de l'espérance qui nous engage à regarder l'horizon, plutôt que de rester tournés vers le passé ou engloutis dans un présent sans perspective. Ce livre est aussi, pour nous, le premier moment d'un programme plus vaste, la confrontation théorique et pratique de deux postures, de deux identités épistémiques, que nous voudrions articuler du point de vue de l'anthropologie philosophique : la sociologie et l'histoire. Ce fut le projet théorique de H. Lefebvre. Une recherche lefebvrienne Au moment où je préparais ma thèse sur La pédagogie institutionnelle en France, à 1 l'université de Wurzburg , j'ai découvert l'oeuvre de R. Hess, à côté de celles de H. Lefebvre, G. Lapassade, M. Lobrot, R. Lourau. Dès 1979, j'ai donc lu les quatre premiers livres de R. Hess. A partir de 1985, nous avons été conduits à travailler ensemble, tant sur le terrain de la 2 recherche-action éducative et interculturelle , que dans un effort commun de publications en 3 Allemagne ou en France sur l'analyse institutionnelle . Je puis donc témoigner ici de la fidélité de R. Hess à la théorie des moments. La théorie des moments est une perspective de recherche que R. Hess doit à sa rencontre avec la personne, et avec l’œuvre d’Henri Lefebvre (1901-1991). La pensée de H. Lefebvre fait vivre R. Hess depuis 1967, année où il a rencontré ce philosophe pour la première fois, dans l'amphi B de l'université de Nanterre où H. Lefebvre assurait le cours d'introduction à la sociologie, pour les étudiants de première année de philosophie, sociologie et psychologie. À cette époque, R. Hess était étudiant, un étudiant d'H. Lefebvre, parmi beaucoup d’autres. Et il découvrait ses livres au rythme où H. Lefebvre les publiait (entre 2 et 4 par an à l’époque). Et, en même temps, il arrivait à R. Hess de découvrir un ouvrage antérieur qu'il s'empressait de lire. À cette époque, R. Hess avait 20 ans et H. Lefebvre en avait 67 ! Le philosophe avait déjà publié plus de 30 livres… Dans le même département de sociologie de Nanterre où enseignait H. Lefebvre, se trouvaient plusieurs personnages dont R. Hess suivait aussi les enseignements, et qui jouèrent un rôle important dans sa formation : Jean Baudrillard (né en 1929), René Lourau (1933-2000)… Tout doucement, Henri Lefebvre est devenu le maître de R. Hess ; il a été son directeur de thèse de sociologie (Nanterre, 1973). En 1978, R. Hess publie Centre et périphérie qui s’inspire fortement de De l’État de H. Lefebvre. Régulièrement depuis 1980, en alternance avec des phases où il développait la
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Gabriele Weigand, Erziehung trotz Institutionen ? Die pédagogie institutionnelle in Frankreich, Wurzburg, Königshausen + Neumann, 1983, 207 pages. 2 Dans le cadre de programmes financés par L'Office franco-allemand pour la Jeunesse. 3 Parmi la vingtaine de productions communes : Institutionnelle analyse, Francfort, Athenaum, 1988 ; La relation pédagogique, Paris, Armand Colin, 1994, Cours d'analyse institutionnelle (Cours de la licence en ligne, Paris 8, 2005). 4 H. Lefebvre, De l’État, 4 volumes, 10/18, 1976-77. Le volume 4 est dédié à R. Hess et R. Lourau.

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sociologie d'intervention, l'analyse institutionnelle, l'exploration interculturelle, la pédagogie, les sciences de l'éducation, l'histoire des danses sociales, R. Hess est passé par des périodes où il s'est replongé dans l'œuvre de H. Lefebvre. Au départ, il s’agissait souvent pour lui d’écrire des articles qui lui étaient demandés, en tant que proche de H. Lefebvre. Ainsi, il est l'auteur 5 de la notice Henri Lefebvre, dans le Dictionnaire des philosophes . En 1988, R. Hess publie le premier livre français consacré au philosophe : Henri Lefebvre et l’aventure du siècle. Ses recherches sur la vie et l’œuvre de H. Lefebvre le conduisent alors à découvrir plusieurs ouvrages virtuels que son maître auraient pu écrire, en reprenant des thèmes récurrents dans son itinéraire, mais pas suffisamment dégagés ou autonomisés (la théorie des moments, la méthode régressive progressive, la théorie des résidus, la théorie des possibles...). Si leur différence d’âge n’avait pas été si grande (47 ans), si son statut d’éditeur d'aujourd’hui, R. Hess l’avait eu 25 ans plus tôt, il est probable qu'il aurait commandé à H. Lefebvre ces ouvrages, mais le maître est mort sans qu’il ait été possible de lui proposer ces synthèses. Aussi, après la mort de H. Lefebvre, R. Hess s'est décidé à donner plus d'importance à son moment lefebvrien, pour se consacrer à cette recherche. Ce moment de travail l’a d’ailleurs stimulé à approfondir sa connaissance de l’œuvre de son maître. Ainsi, dans les années 2000-2002, au moment du centenaire de H. Lefebvre, il a 6 accentué son effort d'édition de la partie introuvable de l'œuvre . Editer un auteur suppose qu’on le lise et relise, et ce d’autant plus qu’on souhaite introduire les ouvrages, les enrichir de notes, d’index. Tout ce travail, parfois fastidieux, conduit à des découvertes, à des perceptions nouvelles de l’œuvre. Pour écrire une préface, on s’intéresse à des auteurs contemporains de l’œuvre que l’on redécouvre. Cela permet la construction de liens, la mise au jour de contradictions. Pour élargir son moment lefebvrien, R. Hess a organisé deux colloques internationaux. Le premier eut lieu à la fin juin 2001, à l'occasion du centenaire de la naissance d'H. Lefebvre ; à cette occasion, R. Hess a mis sur pied cinq jours de rencontre à Paris 8. Cent cinquante personnes participèrent à ces journées. Le 8 décembre 2005, il a encore organisé un colloque, en collaboration avec Espace-Marx, sur "De la découverte du quotidien à l'invention de sa critique, autour de l'œuvre d'H. Lefebvre". Là encore deux cents personnes participèrent ! Ces colloques rencontrèrent un vrai succès, au sens où ils mirent en présence de vieux Lefebvriens, des militants, et des étudiants découvrant l'œuvre d'H. Lefebvre. Ces rencontres furent des moments d'intensité, par rapport à la perspective de durée de l'implication de recherche que je tente de décrire. R. Hess n'hésite pas à voyager pour diffuser la pensée d'H. Lefebvre, ainsi en septembre 2006, il participait à une rencontre sur H. Lefebvre à Rio Grande (Brésil).
R. Hess, "H. Lefebvre", in Dictionnaire des philosophes, sous la direction de Denis Huisman, Paris, PUF, 1984, pp. 1542-1546. 6 Liste des livres d'H. Lefebvre édités dans des collections dirigées par R. Hess (la plupart du temps, ces livres font l’objet de préfaces, présentations, postfaces de sa part) : (1988), 2° éd. de : Le nationalisme contre les nations, Méridiens-Klincksieck, coll. “ Analyse institutionnelle ”. (1989), 3° éd. de La somme et le reste, Méridiens-Klincksieck, coll. “ Analyse institutionnelle ”. (2000), 4° éd. de La production de l’espace, Paris, Anthropos, précédé de “ Henri Lefebvre et la pensée de l’espace ”, avant-propos à la quatrième édition de p. V à XXVIII. (2000), Seconde édition d’Espace et politique, Paris, Anthropos, précédé de “ Henri Lefebvre et l’urbain ”, préface, p. 1 à 6. (2001), 3° édition de Du rural à l’urbain, Paris, Anthropos, présentation de la p. V à XXVI. (2001), Seconde édition de L’existentialisme, Paris, Anthropos, précédé de “ Henri Lefebvre philosophe ”, préface, p. VI à XLVIII. (2001), 2° édition de La fin de l’histoire, Paris, Anthropos, précédé de Note de l’éditeur. (2001), Seconde édition du Rabelais, Paris, Anthropos, précédé d’une préface. (2001), Contribution à l’esthétique, 2° édition, Paris, Anthropos, précédé de “ Henri Lefebvre et l’activité créatrice ”, pp. V à LXXIII. (2002), Méthodologie des sciences, inédit de H. Lefebvre, Paris, Anthropos. précédé de “ Henri Lefebvre et le projet avorté du Traité de matérialisme dialectique ”. (2002), 3° éd. de La survie du capitalisme, la reproduction des rapports de production, Paris, Anthropos, suivi de “ La place d’Henri Lefebvre dans le collège invisible, d’une critique des superstructures à l’analyse institutionnelle ”, postface. D'autres livres sont en préparation, notamment une réédition de La somme et le reste.
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Parmi les chantiers théoriques de R. Hess développés ainsi à partir de l’œuvre d’H. Lefebvre, je voudrais en signaler trois. L’un est consacré à la théorie des résidus qu’H. Lefebvre a fortement développé dans Métaphilosophie. Pour H. Lefebvre, la philosophie vise le systématique, mais faire système a un coût : écarter des résidus. Par exemple, le philosophe a tendance à prendre ses distances par rapport au quotidien. Or, ce résidu est précieux. Le résidu peut devenir un irréductible. On peut partir de lui pour critiquer le système. Sur ce terrain, avec ses étudiants, R. Hess a créé 7 une revue : Les irrAIductibles qui se donne pour objet de repérer et de fédérer les résidus du monde actuel pour en faire des irréductibles. Un autre chantier concerne la méthode de H. Lefebvre : la démarche régressive progressive qui a eu un certain écho, puisque Sartre l’a reprise, et développée dans Questions de méthode, dans La critique de la raison dialectique, puis dans son Flaubert… Je travaille avec R. Hess à la rédaction d’un ouvrage de méthode, que H. Lefebvre a probablement eu envie d’écrire, si l’on en juge par son projet de Traité de matérialisme historique qui n’eut que deux volumes : le premier étant publié de son vivant et l’autre, bien qu’écrit en 1947, ne 8 fut édité que de manière posthume . Une autre synthèse était indispensable. R. Hess s'y consacre depuis 1988. Elle concerne la théorie des moments. Le thème est présent dans l’œuvre de H. Lefebvre comme titre de chapitres, mais la problématique des moments est très présente (on pourrait dire : omniprésente), dans l’ensemble de l’œuvre de H. Lefebvre, de 1924 jusqu’à ses derniers écrits philosophiques (Philosophie de la conscience, La somme et le reste, La critique de la vie quotidienne, La présence et l’absence, Qu’est-ce que penser ?). Cette théorie est construite en 1924, solidifiée en 1959, présente en 1962, toujours vivante en 1980… Bref, le terme de moment est constamment présent dans l’œuvre d'H. Lefebvre. Il y est élaboré sur le plan théorique et longuement développé à plusieurs reprises. H. Lefebvre n’est pas le premier à s’intéresser à ce concept de moment. Hegel lui donne une place importante dans son œuvre. Dans la pensée philosophique allemande, cette conceptualisation est d'ailleurs constamment présente, même si R. Hess montre qu'elle reste 9 implicite . Chez Hegel, le concept a d’ailleurs plusieurs significations. R. Hess a trouvé un emploi complexe de ce terme chez les auteurs contemporains de Hegel, par exemple dans Les écrits pédagogiques de Schleiermacher (1826), mais en même temps, à cette époque, la théorie des moments, bien que présente, n’est pas dégagée. En droit, être l’inventeur d’un trésor, c’est le trouver ou, en philosophie, le retrouver, et lui donner de nouvelles dimensions. Dans ce sens, on peut dire que H. Lefebvre a trouvé ce terme, qu’il a rêvé à plusieurs reprises d’en faire un concept. Il l’a préféré à beaucoup d’autres pour penser la complexité des objets du social, qu’il s’était donné : le quotidien, la philosophie, l’urbain, la présence et l'absence, etc. Il me semble qu’il en a fait un bon usage. C’est la perspective que R. Hess dégage ici, même s'il élargit sa recherche aux questions actuelles qui sont les nôtres aujourd’hui. R. Hess est fidèle à la pensée de H. Lefebvre, dans
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Crée en 2002 (après le vote Le Pen), les irrAIductibles ont déjà publié 10 numéros, représentant 4000 pages. H. Lefebvre, Méthodologie des sciences, précédé de "H. Lefebvre et le projet avorté du Traité de matérialisme dialectique", par R. Hess, Paris, Anthropos, 2002, XXVI + 228 p. 9 R. Hess me faisait remarquer que mon livre Schule der Person, Zur anthropologischen Grundlegung einer Theorie der Schule, (Wurzburg, Ergon, 2004, 430 p.) était une illustration de la théorie des moments historiques et philosophiques. J'y dégage les grands moments de la pédagogie de la personne, depuis l'époque de Charlemagne.

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plusieurs chapitres où il restitue l'apport du maître. Sans vouloir faire de plagiat, il cherche alors à coller à ses mots. Dans d'autres chapitres, R. Hess explore le concept avant H. Lefebvre (Hegel, Schleiermacher). Ce travail éclaire un contexte philosophique que H. Lefebvre s'est approprié, et qui modifie forcément la première théorie des moments, celle de 1924, qui ignorait Hegel, Marx, etc. Enfin, R. Hess se réfère à des concepts produits par G. Lapassade, R. Lourau, F. Guattari, tels que dissociation, transduction, transversalité que H. Lefebvre 10 n’emploie pas ou peu . En 1994, il est apparu à R. Hess que le concept de "moment", très vivant dans l’œuvre de H. Lefebvre avait plus de force que celui de situation qui dominait les débats intellectuels, auxquels il participait alors. Avec lui, je me lançais dans la rédaction d’un ouvrage sur Situations et moments, mais une mauvaise manipulation d’ordinateur engendra la destruction de notre texte. Les quelques morceaux qui survécurent furent recyclés dans La relation pédagogique que je terminais avec R. Hess. Nous fûmes assez malheureux de cette mésaventure, mais nous n'avons pas abandonné ce projet. En 1996, R. Hess inscrivait ce projet de La théorie des moments, à côté de celui de La méthode régressive progressive, parmi les premiers titres à produire dans la collection "Ethnosociologie" qu'il lancait. Ces livres sont toujours en chantier. Bien que ce discours sur les moments commence à se faire connaître, notamment par la transmission orale (les cours de R. Hess font un emploi permanent de ce terme, il a dirigé des thèses illustrant ce concept), cette théorie des moments restait à l'état de projet, de perspective. Car, même si R. Hess a 11 utilisé ce terme dans certains de ses titres d'ouvrages , il existe une différence entre les écrits analytiques (illustratifs d’un point de vue) comme les journaux, la correspondance (essentiels pour les Institutionnalistes), etc. et les écrits synthétiques ou théoriques. Dans les années 1996-2004, R. Hess a donné priorité aux textes biographiques, car il tentait une synthèse sur les méthodes biographiques, et il ne voulait pas écrire sur la technique du journal, par exemple, sans pratiquer cette forme d’enquête… Cette forte implication dans ce projet diariste ou autobiographique l’a obligé à remettre le moment théorique à plus tard… Dans la biographie d’un auteur, d’un chercheur, il est parfois des thèmes qui sont présents constamment, mais qui ne parviennent pas à s'expliciter de manière synthétique. Ces termes deviennent alors obsessionnels. Henri Lefebvre lui-même, bloqué pour des raisons techniques (il ne frappait pas ses textes lui-même), a réécrit plusieurs versions de livres qui lui tenaient particulièrement à cœur, à la fin de sa vie, sur la rythmanalyse, le secret, etc. Lorsque nous travaillons à une construction théorique, nous tentons de clarifier des aspects confus de la problématique, de surmonter des contradictions internes, de résoudre des conflits entre plusieurs sens possibles d’un mot qui peuvent entraîner des emplois contradictoires ; nous tentons de résoudre des objections qui peuvent être soulevées, etc. Nous construisons une cohérence plus grande ; bref, le travail théorique formalise. On donne à lire un texte écrit de manière plus élaborée, et cette élaboration nous permet d’aller plus loin, de regarder l’horizon réflexif autrement. Au moment où il se lance dans l’écriture de ce livre, R. Hess a conscience qu’il y a un chemin à parcourir, un travail à accomplir pour faire passer la notion de moment au statut de concept. Il le fait en recensant tout d’abord les morceaux théoriques contenus dans l’œuvre de H. Lefebvre, en y articulant les emplois du terme. En
Concernant la transduction chez H. Lefebvre, voir R. Hess et G. Weigand, De la dissociation à l'autre logique, préface au Mythe de l'identité, éloge de la dissociation, de Patrick Boumard, Georges Lapassade, Michel Lobrot, Paris, Anthropos, 2006. 11 Remi Hess, Le moment tango, Paris, Anthropos, 1997, 320 pages ; R. Hess et Hubert de Luze, Le moment de la création, Paris, Anthropos, 2001, 358 pages ; Remi Hess, Produire son œuvre, le moment de la thèse, Paris, Téraèdre, 2003, etc.
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même temps, il tente une synthèse. Enfin, il tente d’appliquer la théorie à l’analyse d’objets actuels que H. Lefebvre n’a pas explorés. De ce point de vue, R. Hess entretient à H. Lefebvre le rapport que ce dernier voulait entretenir à K. Marx : reprendre sa méthode, pour porter plus loin la théorie et la pratique. La théorie des moments est un premier essai de formalisation. R. Hess a trouvé une forme qui articule les fragments d'une recherche, conduite depuis vingt ans. Il n'est pas inconcevable que cet ouvrage ait une suite, ou soit refondu par l'auteur à l'occasion d'une édition ultérieure.

Sociologie et histoire : un programme
La théorie des moments est le premier volume d'une série "Sociologie et histoire" que nous envisageons de produire ensemble, éventuellement avec l'aide d'autres collaborateurs. Nous travaillons, R. Hess et moi-même, certaines problématiques depuis 1985. Lors de nos premiers terrains communs, R. Hess, sociologue fortement influencé par G. Lapassade, avait une tendance à travailler sur "l'ici et maintenant". Il privilégiait la "structure" sur la genèse. Il avait un parti-pris pour l'ethnographie. Ma formation de philosophe et d'historienne me poussait à explorer l'horizon des mots. Ainsi, même lorsqu'ils employaient des mots identiques (pédagogie, éducation, famille, élève), les instituteurs allemands et français des rencontres de classes que nous observions, ne mettaient pas la même réalité derrière ces mots. Aussi, lors de ces terrains faits avec R. Hess, dans des échanges de classes franco-allemandes (nous avons passé 200 jours ensemble dans des écoles allemandes ou française entre 1985 et 12 1997 ), nous passions de longues heures à discuter nos perceptions des situations que nous étions censées observer. La propension sociologique ou anthropologique de R. Hess se ressent encore dans Le sens de l'histoire (2001). C'est lors de son séjour en Californie (Stanford et Berkeley) en 2005, que R. Hess a 13 tenu un journal "Suis-je un historien ?" où il réfléchit à son rapport à l'histoire . C'est dans ce contexte de recherche où il était invité par des historiens américains, qu'il prend conscience de la dimension historique de certaines de ses recherches (histoire de la danse, histoire de la famille, histoire de l'analyse institutionnelle, histoire de l'écriture diaire, forte implication dans le mouvement des histoires de vie). Il projette alors la concrétisation d'un chantier avec moi pour reprendre les questions que nous nous sommes posées depuis vingt ans. Ce chantier imaginé dès les années 1980, devient envisageable, car j'ai accédé en 2004 au statut de professeur d'université. Jusqu'alors, excepté 5 années où j'ai été maître de conférence à l'université de Würzburg (dans les années 1980), j'avais fait le choix d'être enseignante du secondaire. Cette position me semblait congruente avec mon domaine de recherche : les sciences de l'éducation. Dans cette discipline, trop d'universitaires ignorent la réalité du terrain. La relation entre théorie et pratique est, pour R. Hess et moi-même, une composante essentielle de notre paradigme de recherche. Cependant, il est un moment, dans une biographie, où la mise en forme des résultats de la recherche demande un investissement à plein temps. Quand je vois le travail réalisé par Henri Lefebvre en collaboration avec Norbert 14 Guterman , il me semble que R. Hess inscrit notre relation dans ce continuum. Histoire et Sociologie se fera donc en plusieurs volumes ; tout d'abord : La théorie des moments, La méthode régressive-progressive. Ces deux volumes correspondent à des urgences. Nous avons encore le projet de Théorie et pratique, (sur la pédagogie, sur la recherche-action, notamment), La construction de l’expérience, (à partir d'une relecture de Dilthey, on y explorera biographie, auto-biographie et histoire), L’horizon des mots, (sur
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R. Hess, G. Weigand, L'observation participante dans les situations interculturelles, Paris, Anthropos, 2006, 278 pages. 13 Remi Hess, Suis-je historien ?, colloques en Californie (16-26 mars 2005), 90 pages. 14 H. Lefebvre, La somme et le reste, pp. 45-46.

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d'autres qui reconnaissent plus volontiers les continuités. dans lequel H. le phénomène total (la totalité) relève du social et de la sociologie. Lucien Sève se questionnait alors sur cette philosophie imaginative de H. ne s'est pas justifié. un temps mental. 215. livre de 777 pages. Lefebvre. La différence. 15 multiplicité de parcours et de sens ". 164. La fin de l'histoire. n°7. contrastées. mais toujours en avance vers le possible. Il y voit un travers petitbourgeois. 222 pages. 2° éd. La différence. Il se moque de son emploi du futur : "Un linguiste s'amuserait à étudier dans les derniers chapitres de La somme et le reste. au chantier que nous ouvrons. L’écriture impliquée. Le champ de la conscience (réflexion-action) se diversifie et devient effectivement un champ. H. Les essais de la Nouvelles Critique. la sociologie préférant les discontinuités et les établissant avec force ainsi que leurs conséquences (périodes. Georges Gurvitch établit un lien dialectique entre l'histoire et la sociologie : une lutte dans l'unité. Théorie critique et analyse institutionnelle(dans le mouvement institutionnaliste. régularisé et freiné). Lucien Sève. 1960. Hess une certaine audace qui s'éloigne de la modestie que les Staliniens demandaient à H. Durant ces années. Ce débat n'est donc pas clos. effervescent. c'est la prétendue infécondité de 15 16 H. le contraire de l'esprit de parti ! C'est ainsi qu'il justifie l'exclusion de H. Lefebvre fait de son rapport au marxisme. Dans La fin de l’histoire. Penser le mondial. ou en retard sur le possible. mais chaque temporalité en proie à la différence diffère d'elle-même. cependant. p. H. Il existe des gens qui voient les ruptures temporelles ou structurelles. 17 L. Lefebvre. Entre 1959 et 1989. le grand mot magique découvert. une réponse. on ne montre rien : on montrera. osant mettre le philosophe en avant. Lefebvre du Parti communiste ! Il pronostique la décrépitude du "renégat". on peut dire que l'histoire a jugé le sociologue. Lefebvre. Lefebvre. Théorie des résidus.. Sève. Le chercheur et son objet (sur l'implication). Certains critiques penseront que notre programme est présomptueux. non de l'histoire et de l'historicité. faisait à La somme et le reste. je dirai que le 16 reproche que Lucien Sève. scandé par des opérations et des actes distincts selon les niveaux. le temps n'est jamais contemporain à soi-même. Ils se conçoivent et se perçoivent comme capacités de différer : temps et moments multiples – topies diversifiées. il souligne l'extrême perspicacité du rapport au temps de Gurvitch. d'H. Althusser. 9 . personne n'a encore pris le temps d'inscrire l'analyse institutionnelle dans la théorie critique). p. Cette problématique du rapport à l'histoire a opposé violemment H. typologies). c'est le programmatisme …". il a publié 40 livres. Chez Gurvitch. Ainsi. Lefebvre est sensible à l'approche du temps et des moments de Gurvitch. comme celle de l'espace et par conséquent de l'espace-temps et/ou du temps-espace. Lefebvre à L. "la théorie du temps devient différentielle. Lefebvre a réalisé le programme. on mesure mieux l'énergie qui se dégage de l'auto-évaluation que H. dans La différence (1960) . Avec le recul. Lefebvre dans les années 1950. Commencer notre chantier "histoire et sociologie" par la théorie des moments est un moyen de donner. notre réponse. Pour ce sociologue. il n'y a donc pas seulement un temps social. À l'histoire. Je dois dire qu'il y a chez R. Pour Gurvitch. Lefebvre. appartiennent les continuités dans le temps. d'entrée. tel niveau dominant à tel moment (révolutionnaire. Continuum et rupture… On voit clairement l'inscription de ce programme dans le continuum lefebvrien. tiré de ce bilan et cette "critique" de 1959. Mais pour sa défense. s'inscrivant parfaitement dans le programme conçu dans La somme et le reste. les quarante années qui ont suivies son exclusion du Parti. Lucien Sève écrivait : "Le prétexte de La somme et le reste. comme pour H. un temps physique ou biologique. Lefebvre décrivait son programme philosophique. Ces livres ont été traduits en trente langues ! Quand on relit Lucien Sève. Ce n'est pas seulement que le temps et l'espace se différencient passivement (pour et devant la pensée). la subtilité des modes de l'affirmation verbale … Dans la nouvelle philosophie de H. La grande 17 formule.l’herméneutique depuis Schleiermacher). Mieux encore : on pourrait montrer. ou bien au contraire.

Hess. p. en construisant ses moments ! La sortie de La théorie des moments est donc le premier jalon d'un programme en cours. R. On voit ainsi que. La passion pédagogique. en philosophie et histoire de l'éducation. Anthropos. Je m'y sens fortement impliquée ! Peut-être d'autres. La pratique du journal. avec nous. Hess conçoit le journal comme un outil ethno-sociologique qui permet de capter le quotidien pour 19 en faire la critique . le monde est peuplé de dogmatismes. H. Quelle aurait été sa "fécondité" s'il était resté entravé par les dogmatiques ? Sa leçon est actuelle. Lefebvre. Hess. le fait qu’elle rassemblait des participants venant d’une vingtaine de pays. fragments pour une nouvelle théorie. mais aussi pratique. c'est de donner un outil pour entrer dans cette critique. et un effort constant pour développer une critique de la vie quotidienne. Lefebvre aboutit. 239 p. on se construit en affirmant ses projets. En 2007 a eu lieu un colloque sur l’œuvre de Remi Hess à l’occasion de son 60° anniversaire. Hess au niveau mondial. 18 Gabriele Weigand Professeur d'université à Karlsruhe (Pädagogische Hochschule). 21 Gabriele Weigand. R. Par un juste retour des choses. Lefebvre. H. dans laquelle se mêlent la question politique." L'histoire a jugé le sociologue.la boue nauséeuse que constitueraient le marxisme dogmatique et le communisme stalinisé. le soucis pédagogique 20 . R. Anthropos. Il est aussi prospection. lorsqu'il faisait du terrain. Parmi les apports plus spécifiques de R. il est bien le disciple d’Henri Lefebvre 22 . La construction d'outils est un élément de la pratique. c’est aussi notre intérêt pour une analyse institutionnelle sur les lieux de nos pratiques 21 . Je voudrais terminer cette présentation en disant que la publication du livre de Remi Hess s’inscrit dans un ensemble de textes et d’ouvrages qui s’inscrivent dans une perspective d’ensemble. préface de Mohamed Daoud. H. Hess n'est pas seulement restitution. Quelle éducation pour l’homme total ? Remi Hess et la théorie des moments. Ce furent des dimensions essentielles de l'œuvre de H. Aujourd'hui encore. Hess. Hess. Paris. La critique du quotidien a été posée philosophiquement par H. Lefebvre nous montre qu'il est possible de s'en dégager. 22 Mohamed Daoud. Remi Hess. La somme et le reste. Le thème de la rencontre. montre l’ancrage de la pensée de R. Lefebvre. Lefebvre. 19 18 10 . 2008. Pour R. Hess partage avec H. c’est une reconnaissance de la nécessité d’intervenir dans le camp social pour le transformer . l'enquête au quotidien. telle est l'enjeu de la théorie des moments. se reconnaîtront-ils dans ce programme ? Notre désir de confronter sociologie et histoire ne sera pas seulement théorique. La relation pédagogique. R. Analyse institutionnelle et pédagogie. 20 Gabriele Weigand. Gabriele Weigand. 725. Lefebvre l'idée qu'il faut affirmer haut et fort son projet identificatoire. L’homme total. H. de la praxis. Paris. je voudrais signaler les chapitres du présent livre sur le moment du journal et le journal des moments. Ain M’Lila. L'intérêt de l'apport de R. Notre relation à Henri Lefebvre. Dar El-Houda. mais aussi son critique. Algérie. De ce point de vue. Paris. Hess. Ain M’Lila. 1998. Il s'inscrira dans un effort de comprendre les contradictions de l'époque d'aujourd'hui. Lefebvre a eu raison de se dégager du stalinisme. 2007. Lefebvre ne laisse que peu d'informations sur ses pratiques de recueil de données. et les limites des disciplines académiques fragmentées les analyser. 2007. par rapport à son maître H. Oser jouer la singularité maximum. 2007. Dar Et-Houda. Weigand. C'est une médiation entre théorie et pratique. G. 428 p. nous nous permettons de mettre en question la fécondité de l'attitude à laquelle H. Anthropos. le travail de R. en n'hésitant pas à faire des pas de côté.

11 . le 25 février 2008. Würzburg/Paris.Doyenne de la faculté de philosophie et pédagogie.

est celle qui imagine un saut immédiat de la vie quotidienne dans la fête… Le combat pour s'inventer dans le sens du possible. H." Alors que l'on envoie des fusées dans la lune. ses représentations du possible et de l'impossible ? L'unité et le conflit dialectique du possible et de l'impossible font partie du mouvement réel. Lefebvre. oublis. s'inventer. La technocratie a toujours le "fétichisme de la cohérence. lacunes. H. joie et douleur. Il sera toujours battu sur le plan de la logique. Il devra perpétuellement inventer. il nous propose l'homme. se discutent. Et elle n'y est pas. pour H. Lefebvre montre que c'est dans le quotidien. On ne peut même pas affirmer qu'ils sont en retard. de la rigueur formelle. connaissance et repos. Mais ces moments exigent d'une part une objectivation dans la réalité et dans la société . C'est dans le quotidien que les progrès de la technique doivent pénétrer. En quarante ans. "La totalité ? Dialectiquement parlant. ils ont avoué et entériné leur stagnation (p. 26)". Et contre le cybernanthrope. créer sans crier à la création. H. excès et défaut de conscience. c'est s'affronter à la montée du cybernathrope. La confrontation des projets avec le "réel" (la pratique) exige la participation des intéressés". Lefebvre analyse ce combat que l'homme doit mener contre le développement de la technique pour elle-même. dérèglements. elle est là. Anthropos. 17)". p. p. ironie. se confrontent. Il y a quarante ans. ils attendent également une mise en forme qui les élucide et les propose." L'utopie de gauche. 15). les choses n'ont pas changé. Lefebvre. de la perfection technique. Critique de la vie quotidienne 2 (1961). de la forme et de la structure (p. technique pour la technique.Introduction : "Les propositions portant sur le possible s'examinent. Lefebvre. il nous propose les "fragments d'un manifeste du Possible". désirs. effort et jouissance. on est incapable de produire des logements aux cloisons insonorisées ! Nous nous trouvons face à la loi d'inégal développement. 265 Henri Lefebvre est le théoricien du "Possible". n'ont la moindre proportion avec ce que permettraient les techniques. il y a tous les moments : travail et jeu. en finir avec l'humanité-fiction. Dans tout acte. "l'anthrope" : "L'anthrope devra savoir qu'il ne représente rien et qu'il prescrit une manière de vivre plus qu'une théorie philosophico-scientifique. les plans. sur la voie qui mène au possible.. Dans la mesure même où les "révolutionnaires" ont condamné l'utopie. 54). se réinventer. Paris. "bien instauré dans le creux entre le passé folklorique et les virtualités de la technique (p. Comment un mouvement réel. il ne peut d'abord que valoriser ses imperfections : déséquilibre. qu'il faut introduire l'exploration du possible. Il écrit : "Par rapport aux possibilités. Ni les matériaux. dans Position : contre les technocrates. Lefebvre reste d'actualité. ici et maintenant. Utopie ? "Dès lors qu'il y a mouvement. La pensée de H. Pour vaincre et même engager la bataille. qu'il y a un décalage. la totalité est donc aussi lointaine : immédiateté vécue et horizon". Dans cet ouvrage. troubles. 120. social et politique ne proposerait-il pas. passion. Du rural à l’urbain. 3° éd. Proche en ce sens. ni les procédés d'utilisation. projets et programmes représentent à peu près ce qu'est un briquet par rapport au dispositif de mise à feu d'une fusée. le décevoir et le surprendre. et peut-être selon certains dans la nature . il y a utopie. Il le sait déjà. brouiller les pistes et les cartes du cybernanthrope. H. C'est d'un abîme qu'il faut parler (p. des fonctions et des 12 .

23 visant à décrire et à expliquer un ensemble de faits . unité et diversité. à ceux 23 Grand dictionnaire encyclopédique Larousse. de la dialectique et de l'histoire. mais voudrait jouer un jeu différent de celui de la philosophie. Ce terme de moment n’enferme pas autant que d’autres (situation. Elle a sa place dans une histoire de la philosophie de la conscience." Ce livre participe à la construction d'une théorie du possible. et plus généralement de la société tout entière. il sera le flot. 13 . 10193. instant. Cette théorie peut donc s'inscrire dans un continuum de pensée. dans leur revue. Construire une théorie des moments constitue un enjeu déterminé : apporter des outils à ceux qui veulent penser leur vie au-delà de l’année scolaire. la complexité caractéristique du vécu humain. forme et fragments. structure. La théorie des moments est un effort pour articuler continuité et discontinuité. bien qu’il ait le mérite d’accéder à un niveau complexe de la vie. trop souvent. du continuum et de la rupture. l'élément qui ronge et qui recouvre. celle du XIX° siècle. Il se frayera un chemin entre le sérieux et le jeu. Qu’est-ce qu’une théorie ? Une théorie est "un ensemble organisé de principe. dilemmes. qui en fixe la pratique"… Et en effet. Il mènera le combat du rétiaire contre le myrmidon. pour transformer en ressource ce que l'homme d'aujourd'hui vit comme dispersion. le moment. Alors que la société moderne. l'Athenaum. Cherchant à construire une forme de présence articulant vécu. terme encore assez flou. la post-modernité fait le constat d'une dissociation du sujet. La posture philosophique qui sera la nôtre se trouve à l'intersection de la sociologie (ou anthropologie). Cette recherche relève donc quelque part de la philosophie. la théorie et la pratique sont dans un rapport d'interaction. fonction…). p. Penser sa vie en termes de moments. Ici. comptable ou fiscale. par les Romantiques allemands (1799-1800). l'air. tourmentent la personne. A qui s’adresse cette théorie ? Ce livre voudrait tenter de penser un niveau de la réalité. conçu et perçu. de règles." On trouve aussi cette autre définition : "Ensemble des principes. Il vaincra par le style (p. implique une mise en pratique des moments. une forme de la présence et de l'absence. produits par la montée du système. La théorie résulte de la pratique et à son tour exerce son influence sur la pratique. en matière de théorie des moments. il y a une relation étroite entre théorie et pratique. 1985. avait cru pouvoir construire une identité unifiée du sujet. au niveau de l'œuvre.structures. Accompagnant un mouvement politique qui veut fédérer les résidus des systèmes. le filet contre l'armure. Peut-on sortir des impasses (traumatisantes) des dissociations imposées par le monde d'aujourd'hui ? La théorie des moments voudrait se proposer pour penser la dissociation. dissociations. nous voudrions montrer qu'un effort de l'individu est possible pour développer les germes qu'il porte en lui. 230). Autour des rocs de l'équilibre. un art. pour les développer et se tourner systématiquement vers une création de la personne comme oeuvre. Il vise à trouver une perspective de dépassement des contradictions. fragmentation. ce terme a l’avantage de ses inconvénients. des concepts qui fondent une activité. différents de la société post-moderne. de la bureaucratie qui. l’errance et la demeure. de lois scientifiques. thème déjà réfléchi. en 10 volumes.

les abonnements à renouveler. une cohérence. il y a. Je prends du temps pour moi. quelle est la part de notre volonté. le moment théorique. J'expérimente un moment d’humanisation dans lequel je me sens totalement sujet… Ces moments ne sont pas les mêmes pour tous. 2001. partant que quotidien.). tel est l'enjeu d'une théorie des moments. les exigences des enfants pour les parents. de la prise de distance. Je veux me penser comme une personne qui. analyser et critiquer le quotidien. mais sans projet d’ensemble.qui veulent construire une unité. de l'effort pour objectiver. parfois chez nous. Ainsi. c'est l'effort pour donner de la consistance aux germes que nous portons. le quotidien nous objective… On cherche à le fuir dans des conduites passives (on s’installe devant la télévision. la fac ou la recherche du premier emploi pour le jeune adulte. le repos… Ou des amis surviennent. derrière tout ce flux héraclitéen du quotidien qui pourrait nous submerger. et comme pensée anticipative. du contrôleur des impôts. le quotidien est tellement absorbant qu’il est vécu sur le mode de la passivité ou de l’extro-détermination. d’étudier. les fins de mois à boucler. celles des agents de l’eau ou de l’électricité. Il faut répondre aux sollicitations externes. mais elles sont peu l’objet d’une méditation systématique et d’une réflexion. le métier ou l'absence de travail pour l’adulte) nous objectivent. Ainsi. cette théorie s’adresse surtout à tous ceux qui pensent qu’en une part d’eux-mêmes. C'est une méthode qui. que j'ai décidée : le jeu avec les enfants ou petits-enfants. Je suis heureux de les revoir. Ainsi. mais les observer met au jour qu’ils nous constituent une identité. Lefebvre. l’amour. Ainsi. le moins mal possible. Plus tard. la pratique sportive. Objectiver ce qui nous objective. Je sors une nappe. ou dans la production de ruptures (fêtes)… Pourtant. auxquels je m'identifie. dans sa Métaphilosophie . etc). l’élève a tendance à vivre sa vie d’élève sur le mode du jour le jour. sur le mode du métier. qui croient qu’une avancée conceptuelle peut aider à penser le monde. Ce moment est celui de la distanciation. une force de subjectivation qui transforme les obligations. Le moment. pour en dépasser l'aliénation. En conséquence. les pratiques professionnelles ont tendances à simplifier les représentations à ce qui peut être efficace. conçue comme critique du quotidien. Concrètement. Je décide de lire. 2° édition. les factures à payer. de recevoir nos amis ou mille autres choses ? Comment ces modes de présence peuvent se créer des horizons ? Comment constituons-nous nos moments ? Quelle est la part qui relève de l’héritage du passé. très souvent. Syllepse. Je ressens un fort désir de devenir sujet. Je les reçois. Paris. Elles nous engluent dans un présent. construit son unité dans la diversité. sommeille le moment philosophique. sera donc davantage du côté d’une anthropologie historique et philosophique. je fais des projets. de passer du temps à une activité. Métaphilosophie (1965). J'y mets de la volonté. peut-être de faire notre jardin. 24 H. une totalité dans l’œuvre de leur vie. tente de nos faire entrer dans le possible. au-delà de ses dissociations. Les pratiques obligées (l’école pour l’enfant et l’adolescent. à la fois anthropologique et historique. Ce sont les sollicitations externes qui construisent votre quotidien (les exigences des parents pour les enfants. notre identité. de notre intervention ? Quelle ouverture sur le possible ? Si La théorie des moments s’adresse quelque part aux philosophes et plus généralement aux théoriciens. etc. sans la réduire à une seule de ses dimensions. Je fais le projet de devenir moi. La théorie des moments a sa place dans une posture. L'inscription disciplinaire de cette théorie. Les pratiques du quotidien acceptent davantage la complexité. celle qu’a tenté de dégager Henri 24 Lefebvre. cet ouvrage se veut théorie de l'effort de mise en contexte du vécu. Je travaille à être sujet de mes déterminations. il y a des moments où le quotidien se transforme. de boire. Je prépare un repas. plutôt que purement philosophique. 14 . Comment s’est façonné notre art de manger.

Paris 8. Pierre Varignon énonce. chaque moment est affirmation des deux autres . nous allons tenter une première définition. mathématicien français reprend ce terme dans l’étude mécanique du couple et développe une théorie importante sur la rotation d’un corps (Sylvester et Foucault reprendront cette théorie). Entre 1725 et 1803. Les propriétés des trois moments hégéliens sont les suivantes : chaque moment est négation des deux autres. élément du tout. D’abord. plusieurs théoriciens. I). Il apparaît alors comme le conçu d’une forme que l’on donne à un vécu qui se produit et se reproduit dans un même cadre psychique et/ou matériel. pour la première fois. thèse d’état. Il est polysémique. Définition du moment Le terme de moment est polysémique. la PARTicularité renvoie à la partie. Pour entrer dans cette distinction.. En 1803.Le moment historique Voir à ce sujet la thèse de Patrice Ville. Gens d’école et gens du tas. la particularité et la singularité. le moment historique. Leonhard Euler. Pour aider à avancer. Le moment historique est identifiable dans une dynamique temporelle. II). d’une certaine épaisseur. Le moment anthropologique sera davantage dans la spacialisation. ils sont indissociables . s’intéressant au mouvement.Le moment logique dans la dialectique Dans son acception dynamique. Le moment est alors un espace-temps d’une certaine durée. enfin le moment comme singularisation anthropologique d’un sujet ou d’une société. 25 15 . utilisent le concept de moment. p. Le moment entre dans une dynamique. Ainsi. dans son Traité complet de mécanique (1736) fait entrer le terme de moment dans une analyse et une science du mouvement. 12 septembre 2001. on peut trouver au concept de moment des origines “ mécaniques ”. La dialectique hégélienne distingue l’universalité. la règle de composition des forces concourantes. on peut remarquer que la langue allemande distingue deux genres au terme de "moment". ce pourrait être la conjonction entre le tout et ses parties). mathématicien. Louis Poinsot. au masculin. Une socianalyse institutionnelle. Par contre. C’est dans ce livre que se trouve développée la première théorie des moments. et la SINgularité renvoie au principe de conjonction (sun en grec. Il conviendra donc progressivement d’en dégager les contenus. le neutre : Das Moment renvoie au latin momentum (poids) proche parent de movimentum (mouvement). l’UNiversalité renvoie à l’unité positive. ils sont à la fois en relation négative et en relation positive avec chacun des deux autres 25 .. ou en statique ou en dynamique. Ce contexte sémantique n’échappe pas à Hegel lorsqu’il conçoit sa logique dialectique. Dans son Introduction à la critique de la philosophie du droit. Comme le souligne l’étymologie des mots. 45 à 57. der Moment renvoie à une durée temporelle à confronter à la notion d’instant.Le terme de moment est fort répandu. On peut cependant identifier trois principales instances de ce terme : le moment logique. Hegel élabore le modèle d’une dialectique organisée en trois moments. c’est-à-dire facteur déterminant dans une dynamique. dans son traité La Nouvelle mécanique (1725).

Si Trotski avait gagné cette bataille. K. Chaque moment précisément pédagogique s'avère ainsi comme un moment inhibant. ” Dans l’histoire du sujet. Dans ce contexte historique. Marx distingue les principaux modes de production : l’esclavage. Le “ c’est ça ” est une forme de cette révélation. K. dans l’histoire de la philosophie. dans la genèse historique. temps très bref. nous devons tout d’abord le distinguer de l’instant. Dans le même mouvement. Par opposition le moment a une consistance temporelle. dans ses écrits pédagogiques. à une certaine date historique. La conscience immédiate est égale à zéro. L’instant est éphémère (Kierkegaard). chez Hegel ou Marx. Friedrich Schleiermacher montre que la difficulté de l’école est de mobiliser l’enfant qui vit dans le présent pour travailler à se préparer un avenir. des stades dans l’histoire humaine qui sont les moments de cette histoire. etc (et donc avec eux leurs œuvres) comme des “ moments ” de la pensée systématique. ont permis un avènement. En éducation. Saint Augustin. le salariat. La situation est donc la résultante d’une série de conditions qui adviennent. L’instant se pose comme la “ révélation ”. par exemple. il distingue des phases ou des moments dans le devenir de l’homme : la conception. Descartes. on pourra définir Socrate ou Platon. se mettent en place d’elles-mêmes. Ces événements s’organisent par “ Tâtonnement expérimental ” (C. Par exemple. l’enfance. III). Lefebvre parle de la bataille de Varsovie (1917) comme d’un tel moment. le pourquoi et le futur nous échappent. matériellement parlant. nous devons distinguer le moment de la situation. un mode de production dominant peut voir survivre d’autres moments du travail : il y aura déjà un espace pour le salariat dans une société à dominante féodale. et que nous ne pouvons que constater. Sigmund Freud parlera. celle du sens de l’histoire. Le moment comme singularisation anthropologique d’un sujet ou d’une société Pour définir cette acception. Il ne dure qu’un instant. telle personne etc.Pour définir le moment dans l’histoire. Freinet) et créent un contexte dont l’origine (pourquoi tel moment. Le “ moment décisif ” est une intensité stratégique dans la vie d’une société. la naissance. Mais. On se demande donc si on a le droit d'effecteur de tels sacrifices [p. l’âge adulte. Marx reprendra ce concept en distinguant des phases. et du communisme. on utilisera aussi le terme de moment dans un sens plus limité. le communisme. L’histoire de l’humanité se développe selon une logique. sorte d’ “ insight ”. La situation pose les différents évènements qui. H. Dans l’histoire de l’économie. Ces différents moments s’interpénètrent logiquement dans la dynamique de vie d’un sujet comme. 16 . conditions dont l’origine. Le moment présent lutte contre le moment à venir : “ Dans chaque moment pédagogique. le devenir de l’Europe. on produira donc toujours quelque chose que l'enfant ne veut pas. Francis Lesourd parle de “ moment privilégié ”. Il n’a lieu qu’une fois.) nous échappe en grande partie. par exemple. quant à lui du “ bon moment de l’interprétation ”. le moment garde quelque chose du sens logique. émergent. dans lequel le sujet adulte refonde ses projets et ses perspectives de formation. aurait été autre. en parlant de “ moment décisif ”. instantané. Il s’agit d’intensité dans la vie du sujet. 46]. le servage. ” Et plus loin : “ Chaque influence pédagogique se présente comme le sacrifice d'un moment précis pour un moment futur.

2001. c’est donner forme et signification à ses moments. Anthropos. j'ai pu orienter la pratique des histoires de vie en formation. et lui-même donne forme à son auteur. dans une situation aux conditions similaires. Paris. sinon en développant un sens de l’improvisation permettant de faire face à cet imprévu. En situant ces comparaisons culturelles dans un ensemble plus vaste. peut se développer au niveau d’un moment (dimension ethnographique) : on compare par exemple notre moment du repas ou notre moment de l’école. etc). ou sur le plan historique ou sur le plan géographique. on accède à un niveau encore plus distancé (dimension anthropologique). comme “ singularisation anthropologie d’un sujet ou d’un groupe social ”. comme au carrefour de lignes de fuite. le moment du travail. Nous n’avons pas de prise sur l’instant. dans une constante interaction avec les autres instances. Dans le déroulement du temps. voulu ”. réfléchi. Le moment. Delory-Momberger. moments d'une biographie. dans un mouvement d’ensemble donnant un sentiment d’improvisation. le moment de la rencontre avec les autres. Ch. Par contre. créent le moment anthropologique. on prend également conscience de son épaisseur à la fois dans l’espace (situation) et dans le temps ouvert (le retour du moment sous une forme comparable).C’est la “ sédimentation ” de cette série de situations qui. à partir de ses critères connus. R. Dans ce type de chantier. finit par “ s’instituer ”. en France et en Allemagne. En prenant conscience du moment. déplisser dans une histoire personnelle ou collective. tendant vers. moment de la création) et de pouvoir à nouveau l’identifier. la logique. La rencontre avec l’autre. mais refusant l’absolu 26 . le moment de l’amour. parce qu’il se connaît de mieux en mieux. La prise de conscience d’un déjà vécu. vers une anthropologie des moments du sujet. C'est aussi une possibilité pour concevoir l'advenir. le moment. 414 pages. Se former. ni sur les situations (imprévisibles). Le sens de l'histoire. 26 17 . on va pouvoir distinguer différents moments anthropologiques (le moment du repas. à condition d’être “ conscientisé. Avec Christine Delory-Momberger. Le moment est le lieu où jouent. parce qu’il revient. la rencontre interculturelle. liés aux éléments constituant sa situation. Mais c’est surtout à Henri Lefebvre que l’on doit un développement et une diversification de cette théorisation du moment anthropologique. le moment philosophique. se laisse redéployer. on voit bien comment les différentes instances du concept de moment se ploient et se déploient. Mais la rencontre peut aussi se donner comme objet le principe de production et de reproduction des moments de deux sociétés (dimension ethnologique). Hess. permet de dénommer et de structurer le moment (moment du travail. Son auteur lui donne forme. En 1808. le moment du travail et le moment de l’Etat. qui distingue dans la société le moment de la famille. l’histoire et l’anthropologie. le moment de la formation. existe déjà chez Hegel. et le moment du travail intellectuel. Marc-Antoine Jullien propose de distinguer le moment du corps et de la santé.

nous avons affaire à des nombres. Le “ moment ” est essentiellement un “ intervalle ” de temps (court espace par rapport à une durée totale. Le moment : une singularisation anthropologique du sujet Chapitre 3 : La dynamique du moment. j'ai demandé à Jacques Ardoino de me dire. Lyon. de la dialectique hégélienne). présent. (avec son aimable autorisation). pouvant Cf. l’hic et nunc (centration sur l’ici et maintenant) et le temps (logique ou grammatical . B. d’une force…) 28 . selon Jacques Ardoino En juillet 2001. Je la publie intégralement. Dans les échanges langagiers qui n’ont pas encore fait l’objet d’une critique linguistique et sémantique appropriée. dipolaire. Lefebvre. ici. il est assez précisément défini dans la plupart de ses usages. notamment à travers ses nombreux emplois scientifiques (ce seront. d’un moment à l’autre…).passé. par contraste.PREMIERE PARTIE SUR LE MOMENT Chapitre 1 : Des moments et du temps. 1993 28 Par exemple. littéralement. Essayons de voir comment s’opèrent ces transformations. voire dans la durée. Jacques Ardoino. 1956 27 18 . un “ faux ami ” du temps 27 dans la mesure où il affecte celui-ci d’un nouveau paradigme incontestablement réducteur. en physique. Lefebvre concernant la théorie des moments. “ moment d’un couple ”. comme réponse à mon questionnaire. Dans la plupart de ces emplois. Sont aussi à rapprocher d’un tel concept. concept de la logique dialectique Chapitre 4 : Lectures de l'histoire Chapitre 5 : Le bon moment Chapitre 1 : Des moments et du temps. Dictionnaire des sciences. ou moments. plus indéfini . Ce sera la coïncidence dans le temps. par moments . en insistant sur la brièveté du vécu de cette durée). les rapports entre temps et moments sont finalement beaucoup plus complexes qu’il n’y paraissait plus superficiellement. l’instant (relativement plus bref encore que le moment). temps décomposés par l’analyse d’une séquence historique ou chronologique. dans la mesure où. statistique : “ moment d’un vecteur ” par rapport à un point . cette réponse pourra aider à mieux saisir. l'apport d'H. futur-. Chapman. Uvarov et D. mais qui n'avait pas en mémoire les théories de H. le moment d’un couple est le “ produit de la distance des deux forces du couple par leur intensité commune ”. temps. les moments : cinétique. Actes du colloque de l’AFIRSE 1992. le moment est. dans les chapitres suivants. Paris. Lefebvre. luimême contraction de movimentum (mouvement). E. selon Jacques Ardoino Chapitre 2. en mathématiques. Même s’il peut s’accommoder d’acceptions plus vagues (je vais travailler un moment. à tout moment . Pour reprendre. R. d’inertie. “ moment magnétique ”. de me dire la manière dont il se représentait la relation entre moment et temps. lui qui a tellement réfléchi sur le temps. PUF. au lendemain du colloque du centenaire d'H. La suite de ce chapitre est la réponse qu'il m'a faite. il atteste ainsi son ancrage résolument spatial ou étendu. Provenant du latin momentum (XIIème siècle). une expression devenue familière lorsque nous ânonnions nos “ humanités ” et exercions l’apprentissage des langues étrangères. de moments en moments . en mécanique. “ Le temps dénié dans (et par) l’école ” in Le temps en éducation et en formation. en électro-magnétique. pour lequel il avait participé au conseil scientifique. AFIRSE.

constituer le point de départ d’une nouvelle séquence. se spécifie. À la brièveté s’ajoutera parfois l’intensité. La composition musicale. par rapport au temps philosophique. tierces. (respectivement. crucial. N’y aurait-il pas dans cette représentation apollinienne. le terme y désigne : “ … un aspect . millénaires. avec ses fonctions de repérage. tandis que les sentiments s’éprouveraient plus pleinement dans la durée. la victoire (donc conservant un parfum d’éphémère). mathématiques. phase ou étape – au sein d’un processus global ”. Mais lorsque l’intensité du moment prédomine. quant on l’oppose à Chronos un soupçon de la dialectique des pulsions de mort et de vie ? 30 29 19 . interactifs. chronologique ou chronométrique. va ainsi tout naturellement s’associer à l’espace. dialectique (C). est évidemment temporelle et suppose que son exécution. qui va prédominer. Dans la langue allemande. pour sa part. voire de Kayros 31 . 31 Kayros est une divinité heureuse du panthéon grec. en musique. se place sous les signes de Chronos. justement. passe. PUF. physique. Les notions philosophiques – dictionnaire. homogène (donc susceptible de mesure). Nous sommes plutôt. instant (B) . Tandis que le premier. 1992. L’évolution des conceptions du temps dans l’histoire influera donc sur les genres et les conceptions de la musique supposant toujours l’intelligence des dialectiques du continu et du discontinu. autonome ou non. processus psychiques ou social. le vocable “ moment ” prend surtout le sens psychologique de décisif. mais il constitue en même temps un mouvement essentiellement transitif “ … qui met en lumière la connotation suivante : le moment est toujours une réalité relative et. heures. Paris. elle-même. articles de P-J. renvoient à des vécus singuliers et ou collectifs.partie. Il retient donc les significations courantes d’instant. météorologie). Dans son sens le plus général. comme tel. beaucoup plus explicitement particularisé ou singularisé. se compte ou se conte. La notion de “ moment ”. 1947. intersubjectif. subdivisé en “ physique ” et “ mental ”) . PUF. avec leurs possibilités de conservation et leurs combinatoires propres. à partir de ce moment…). à la faveur des “ moments ”. le moment semblerait correspondre à un vécu plus émotionnel. le temps qui s’égrène. ou en temps-durée (temporalité). Ce seront. Du point du vue psychologique. Paris. dans nos usages. entre plusieurs acceptions : puissance de mouvoir et cause de mouvement (A. objectif. la prouesse. de même. favorisant une concentration sur l’ici et maintenant. désormais seule prise en considération (au moment où. La mesure de l’étendue. Labarrière et D. les moments de l’illumination. culturels. siècles. débouchant au mieux sur une chronologie. vécu. jours. L’Encyclopédie philosophique universelle 30 analyse ainsi ce concept sous les angles de la philosophie générale et de l’esthétique. courte durée. à ce moment. juridiques. évidemment référées à un idéal Vocabulaire technique et critique de la philosophie. d’un son numérique. au problème fondamental de l’existence d’un temps musical. alors. décennies. en temps universel. il est à entendre et à replacer au sein d’une relation et d’un système ”. C’est alors le moment qui devient totalité en estompant tout le reste. cette dernière à partir de l’exemple musical. d’un enchaînement de propositions et d’arguments rationnels. de la jouissance. groupaux. de l’extase. faisant du moment une sorte d’entité temporelle. minutes. L’avènement d’une musique électronique. au mépris d’une rhétorique plus traditionnelle. faciliteront l’émergence de formes musicales modernes. millions ou milliards d’années-lumière…). renvoie. ce peut être au détriment de cette relation à un tout. du sacré. Bosseur). du particulier et de l’universel. et se décompte principalement dans la modernité de façon quantitative en unités de mesure du temps (nano-secondes. fait de mémoire et d’implications. d’où seraient évacuées toutes connotations philosophiques et métaphysiques. chacune des phases qu’on peut assigner dans un développement quelconque (transformation matérielle. secondes. de la sorte. de laps de temps très court. hétérogène. jouent inter subjectivement avec des mémoires. Les philosophes (André Lalande 29 ) distinguent. transgressant la dualité continuité-discontinuité. mois ans. son écoute par l’auditoire. dans le temps logique et abstrait d’un raisonnement. à la fois qualitatif et logico-rationnel. chronique. accompagnant le succès. s’écoule. Tout à fait indépendamment du “ temps qu’il fait ” (climat.

Les “ moments ” juxtaposés s’y succèdent sans aucune référence à une durée. une ré-interrogation critique des excès de la phénoménologie (Claude Lévi-Strauss. conservant l’idée et l’intelligence du vivant et de sa complexité propre. Cornelius Castoriadis. de ce fait. aussi intentionnels et délibérés qu’ils se veuillent. mais des éclectismes. ainsi conçue. totalement construit. elles s’ouvriront nécessairement davantage. Desclée de Brouwer. Penser l’hétérogène. dans l’océan d’un feuilleton inhabité. une propriété spécifique. plus accessible à l’incertitude et à la vanité de l’attente d’une maîtrise totale. quand les entreprises d’intelligibilité tenant à tel ou tel parti-pris épistémologique (cartésien. risque de devenir l’impasse de l’intersubjectivité. Celle-ci nous semble devenir alors la trame ultime de la complexité. Au niveau des pratiques sociales. ne peut-il être regardé comme une dégénérescence médiatique d’une phénoménologie très mal comprise ? La subjectivité. le sujet se cogne en vain la tête contre ses murs. À son tour. plus classique. Une fois enfermé dans l’epoche. “ reconstruction narrative de la réalité ” ou “ narrato-cratie ” (Christian Salmon. 33 Cf. des complémentarismes (Charles Devereux. 1999. Guy Berger. notamment). nous sommes au cœur de toute problématique philosophique : le continu et le discontinu. in Libération du 6 juillet 2001). avec les curiosités empiriques. plus hétérogène. pour ne s’intéresser qu’aux données immédiates d’une conscience et d’une subjectivité (elle même inscrite dans une vie psychique inconsciente quand il s’agira de la psychanalyse) n’en contient pas moins ses enfermements. le second. avec les côtés encombrants de la nature. Paris. on retrouvera facilement trace de ces hétérogénéités avec l’alternance de langages tantôt d’inspiration résolument mécanique privilégiant les métaphores de la machine pour conforter l’ambition de maîtrise et de transparence. La “ durée ” pensée par Henri Bergson. autrement dit avec les philosophies de la représentation. Nous retrouvons. et. l’anecdotisme chronique de “ loft story ” 34 . la relation à l’autre (aussi bien dans ses formes individuelles que collectives. Complexité et complication doivent alors être soigneusement distinguées. une analyse plus approfondie. 1998 34 Nous nous y retrouvons immergés. Quand la durée rejoindra la temporalité (Jean-Paul Sartre) et l’historicité (Henri Lefebvre). Paris. l’un et le multiple. Jacques Ardoino. surtout. Bergson n’échappe pas tout à fait à l’emprise phénoménologique de son temps. Notons qu’avec ces questions. Complicité et complexité sont intimement liées. se feront aussi jour pour reconnaître aux hétérogénéités les vertus de leurs spécificités respectives. l’homogène et l’hétérogène… Comme au monde. d’une philosophie de la continuité. Cf. tantôt biologique. numéro spécial 285. ici. à l’intersubjectivité.d’homogénéité. Bulletin de psychologie. de l’objet étudié. si répandues par ailleurs. conduisant peut être au deuil nécessaire de la toute puissance (dont la rencontre avec la nature était sans doute la première expérience réellement éprouvée). le temps et l’espace. “ La complexité ” in Edgar Morin (dir. les unes comme les autres. Jacques Ardoino et André de Peretti. Le choix d’une rupture avec les dualismes traditionnels. plus qualitatif. elle-même caractéristique d’un élan vital. est déjà d’une toute autre nature que le temps astro-physique calendaire. Le temps est aboli. Paris. Seuil. René Barbier. voire submergés. l’universel et le particulier. 32 20 . affirme sa complexité. s’avèrent impuissantes. écrivain. groupales ou sociales) y reste fondamentale. s’achevant en manteau d’Arlequin. Michel Bataille…). réelle. Jacques Lacan). La durée bergsonienne en garde encore elle même des traces. partiellement biologique et évolutionniste et. manipulé. Celle-ci n’est pas. et mériteraient. factice. ce qui n’empêchera pas de vouloir les articuler ensuite 33 . pour retrouver cet autre qui lui opposerait justement des limites. dès 1969. enfin.) Relier les connaissances. Les balancements de l’histoire des idées feront peut-être du structuralisme. plus centré sur les agencements. mais bien plutôt une hypothèse de travail et de lecture de cet objet étudié. in “ Réflexions sur le psychodrame en tant que situation cruciale ”. de ce point de vue. en ce sens. comme nous avons tenté de le montrer par ailleurs 32 . la distinction plus radicale entre fiction et facticité que nous avions introduite. ne se réduirait plus au même. Elle ne se partage pas facilement. pour ne pas s’abîmer dans la confusion. le défi du XXème siècle. Le prix à payer est notamment le naufrage d’un “ autre ” qui. Edgar Morin) ou des multiréférentialités (Jacques Ardoino. 1969-70.

des fragments de “ visions du monde ”. si la coupure est trop radicale entre le sujet et ses autres 41 . 39 Cf. la gestion manageriale des conflits les digère littéralement. Histoire et conscience de classe. présent : ici et maintenant. inconsidérément réduits et “ traités ”. Mais. nos modes de connaissances. le temps calendaire se transforme facilement en espace ou en étendue 37 (les “ emplois du temps ”. a excellemment mis en lumière. en psychologie. 36 35 21 . avec leurs exigences de mensuration et de quantification. voulu plus universel. PUF. des acquis professionnels. mondialisationglobalisation. celle-ci est effective dès qu’une centration excessive (réification) sur l’un des trois temps (ou moments) du temps (passé avec ses cultes commémoratifs. et des “ moments ” explicitement psychiques ou mentaux. Francis Imbert. Editions de Minuit. Jacques Ardoino. Dans les usages gestionnaires les plus répandus. l’autre ”. voire des temporalités. De Chalendar. mais aussi des temps parfaitement hétérogènes : la durée vécue intersubjective et le temps sidéral. “ politiquement correct ”. plus ou moins. qui influeront. le processus de réification (Luckacs 36 ) caractérisant la modernité. Joseph Gabel. vouloir établir sérieusement des correspondances entre des “ moments ” référés à un “ entendement ”. Georges Luckacs. une telle “ anesthésie sociale ” aboutit à faire de ce cimetière de conflits. quantitativement très différents en fonction de leurs échelles respectives. justement.de la vie de “ l’au-delà ” aux “ lendemains qui chantent ”). in Les avatars de l’éducation. les rapports coûts-efficacité…) . nos organisations conceptuelles. Paris. ils se dévitalisent. le psychiatre et sociologue marxiste de la connaissance. Paris. doivent être mis au jour en vue d’une communication moins babelienne. L’aménagement du temps . toute dialectique. Paris. non plus. de la régulation néo-libérale homéostasique des marchés. tels qu’en physique. concertation au lieu de négociation…) en résulte encourageant une sorte de médiocratisation généralisée. 2000. toujours plus ou moins relatifs à une durée. 1964 40 Cf.. 1971. de l’évitement des conflits. fruits d’une imagination et d’une postulation théoriques. au cœur de laquelle ils se La fausse conscience. évidemment. avec le phénomène de fausse conscience 35 . ou plus temporelles. bien entendu. parfois héritiers clandestins d’une théologie rémanente. nous permettra peut-être de repérer (notamment à travers les langages et les métaphores naturellement privilégiés) ensuite chez nos différents interlocuteurs des formes d’intelligences plus spatiales. Editions de Minuit. On ne saurait donc. Paris. “ D’un sujet. à partir d’une telle approche critique. 1985. en tenant également compte des apports disciplinaires scolaires et universitaires. Editions de Minuit. en biologie. l’hypothèse indémontrable d’un “ big bang ” initial. 1962. se déréalisent et se déshumanisent à partir d’une rupture dialectique avec la praxis (celle-ci soigneusement distinguée des pratiques 38 plus routinières). recherche de conformisation. La Découverte/essais. le rétablissement salutaire de la liaison entre haine des autres et haine de soi deviendra tout à fait impossible. Jean-Pierre Le Goff. Nous devons donc comprendre. vécus. sur leurs formes de représentation. pour mieux les contrôler et les maîtriser 40 . cette fois. 37 Cf. les programmes et les plans. Pi. au fil même de nos expériences de vie. Ces “ allant de soi ” épistémologiques. pédagogie théorique et critique. inscrits dans différents contextes. en physique. La prise en considération de la façon même en fonction de laquelle se constituent et se développent nos structures mentales. et n’entrevoyant plus comme issue que l’éradication pure et simple des “ obstacles ”. 38 Cf. Le mythe de l’entreprise. les échéanciers. Pour une Praxis pédagogique. Ici encore. de façon. que non seulement il y à des temps. en astrophysique. en sociologie. Une homogénéisation galopante que tout contribue aujourd’hui à renforcer (politique-spectacle. J. Paris. À vrai dire. surtout dans leurs formes radicales) entraîne la déchéance de la temporalité. 1992. le “ substantialisant ” littéralement estompe les deux autres. de toute façon constituant toujours. Retrouvant la “ pensée unidimensionnelle ” dénoncée par Herbert Marcuse 39 . Eros et civilisation – contribution à Freud. 1963 et L’homme unidimensionnel. ou futur . Desclée de Brouwer. Collection Education et formation. parce que “ déniant ” la réalité de l’autre en désaccord. 41 Cf. Editions de Minuit. de Bergson (et de Minkowski). Paris. le lit d’une violence beaucoup plus dangereuse.Dans le sillage. d’évaluation. 1960. La spatialisation outrancière du temps (plus sécurisante en regard des attentes de stabilité épistémologique et scientifique. Matrice. Herbert Marcuse. Paris.

Comme le disait très bien Henri Lefebvre : “ Jusqu’à l’époque moderne. Paris. 42 Eléments de rythmanalyse. 1992. encore qu’il reste plus d’une lacune. introduction à la connaissance des rythmes. Cette séparation est en voie d’être comblée. collection “ Explorations et découvertes en terres humaines ”.constituent et s’inscrivent. 22 . on attribuait avec générosité l’espace à l ‘espèce humaine et le temps au seigneur. éditions Syllepse. L’histoire du temps et le temps de l’histoire gardent plus d’une énigme ” 42 .

Son aspect infini. 83. à chaque fois qu’il se sent dépressif. H. c’est une transformation de ces instants furtifs qui se répètent en moments. il avait 24 ans). Ce H. "Les moments ne sont pas inépuisables et ne sont pas en nombre illimité. une couleur du ciel ou de la mer passent en nous comme des instants ” 44 . mais aussi pourquoi l’homme devient conscient du tout et doit devenir tout 46 ". 83. les actes. comme il l’explique. discontinus. 84. Ce livre a été réédité en 2003 chez Syllepse (Paris). probablement à partir de sa lecture de Nietzsche.. En fait. Dans cette citation tirée du Nietzsche d’Henri Lefebvre. ces moments cherchent à se précipiter. “ Le monde est un infini fini. Lefebvre conçoit sa notion du moment. p. une nostalgie ou une sérénité. donner un poème. tel qu’il le développera dans "la théorie des moments" qu’il présente de manière consistante dans La somme et le reste (1959). c’est-à-dire à la fois déterminés. Nietzsche devait nécessairement se proposer ce qu’il avait de plus difficile pour lui : l’organisation systématique. Les énergies et les possibles. Il veut exprimer et retenir ces essences. 1939. “ Le moment peut s’approfondir. un regard. Nietzsche. Et c’est précisément pourquoi le néant nous menace. On ne peut. on trouve une bonne utilisation de ce qu’est le concept de "moment" pour Henri Lefebvre. selon H. les moments sont finis. la puissance n’est pas infinie. Editions sociales internationales. réduire l’être au connaître. C’est même la thèse centrale du nietzschéisme. un style et même le sentiment de la vie – une certaine éternité. Et H. 1939. ces tumultes ou ces grands calmes de l’existence ” 45 . qu’il entreprend dès l’âge de quinze ans et qu’il reprendra. Critique de la vie quotidienne II (1962) et La présence et l’absence (1980). la nature et l’esprit. un thème. une œuvre." H. non épuisables ” 43 . Tout est périodique et cyclique dans la nature. 43 23 . 44 Ibid. ni les considérer comme extérieurs. Pour ce dernier. Lefebvre montre que Nietzsche cherche à nous enfermer dans un dilemme.. ces possibles éternels. Il y a l’être et le connaître. 46 Ibid. Lefebvre. comme le propose la métaphysique idéaliste. Mais ce concept fait partie de sa philosophie avant même sa lecture de Hegel qui date de sa rencontre avec André Breton (1925 . à s’unir. Le moment. Dans les poèmes de Nietzsche.. par méthode et par inspiration. Editions sociales internationales. Lefebvre. c’est le temps. Elle lui donne une piqûre d’orgueil. Lefebvre. p. l’esprit surgit de la nature. Lefebvre poursuit son raisonnement : “ Un instant quelconque réapparaît inéluctablement dans le devenir lorsque toutes les possibilités ont été épuisées. H. et le connaître de l’être. Nietzsche. p. Paris.Chapitre 2 Le moment : Une singularisation anthropologique du sujet "Rhapsodique et discontinu par tempérament. Paris. p. “ Un trouble. 45 Ibid. par extrême individualisation des moments de sa vie. forme produite de l’éternel retour Le “ moment ” a quelque chose à voir avec “ l’éternel retour ” de Nietzsche. l’un à l’autre. 69. Ce que produit Nietzsche. 83. p.

H. Le moment où il avait été possible de concevoir cette grande synthèse. Ainsi. p. nous pouvons être dès maintenant. lorsqu’il présente le style de Nietzsche qui est pour lui élément essentiel de son œuvre. se développe. même si 47 48 Nietzsche. Nietzsche. Le moment tel que le formule ici H. Quand il écrit son Nietzsche. 97. 50 Dans ce contexte. I. 97. ” L’auteur de Zarathoustra montre qu’il faut dire non à tout instant limité et en proie au néant et dire oui à l’accomplissement. "La volonté nietzschéenne est une inflexible volonté de totalité immédiate et pour l’individu. de l’éternel retour. comme la maladie. un effort de l’individu de constituer une synthèse à la fois temporelle et d’un contenu. mais en la nature. Lefebvre a probablement lu le Nietzsche de Stefan Zweig. une Bildung 50 . où ses éléments s’étaient. le fini du possible dans l’infini du temps. un vouloir du divin (faux infini) ou du néant. Il recommence toujours. présentés à la méditation. ils doivent revenir dans cette infinité du temps bien plus effrayante que celle des espaces qui déjà épouvantait Pascal 48 ". la durée dans l’éternité. 52 Ibid. bêtes et homme. p. Pour Nietzsche. p. L’esprit naît. "La cosmopolite". Weigand préfère le mot allemand Form au mot Bildung. terme qu’il emploie. – hic et nunc –. en Dionysos. Il y a. C’est une forme. Stock. 87. “ La mort même recule devant l’alliance de la poésie et de la philosophie. § 317. La volonté de puissance. meurt et surgit à nouveau 47 . traduit en français en 1930 54 . Suivant le mouvement de l’œuvre de Nietzsche. Il peut reconnaître la richesse de cette lecture. le vouloir cessant d’être un vouloir aliéné. en surmontant ses formes successives. C'est le mot qu'utilise Humboldt. se crée et se recrée elle-même dans le devenir. L’impossible n’est pas nietzschéen . Lefebvre montre qu’à partir du moment où l’homme agit sous l’empire de la vision du retour. au bonheur doucereux comme à la douleur qui souhaite la mort 49 ". p. il échappe par cette vision au déroulement mécanique et monotone des instants. Le possible s’ouvre devant cette impatience. En nous. 1939. 53 Ibid. G. tout ce que furent les êtres. 49 Ibid. livre 2. est l’acte dans lequel notre puissance devient volonté et se veut à travers le monde (rapport à l’espace). Lefebvre montre que le poète-philosophe tente une synthèse de ce que furent les philosophes et les poètes. elle se reconnaît. 2004. une forme que l’homme donne à ce qui revient. nouvelle édition. L’hypothèse du retour résout la contradiction entre l’infini et le fini. Le néant... Lefebvre est donc quelque chose qui revient. 85-86. H. à condition de le vouloir ! 53 ". à condition que nous le voulions dans un effort héroïque.mouvement est cyclique. Anticipant ou ravivant les moments suprêmes de tout ce qui fut et de tout ce qui sera. H. et le passé (rapport à la temporalité). était passé 51 ". H. dans le même ouvrage. “ Et puisque les moments. coll. Ce n’est plus en un dieu que Nietzsche veut tout posséder. Nietzsche. doit être utilisé 52 ... Paris. mais l’impatience est nietzschéenne. 26. comme spontanément. finie. dans le moment. L’idée du retour. 51 Ibid. les essences et les êtres géniaux ne sont pas en nombre illimité. 24 . 54 Stefan Zweig. L’impatience est une vertu essentielle : je puis être tout – et tout de suite –. et le passé ressuscite. p. à propos du travail que Marx et Engels avaient opéré par rapport à l’œuvre de Hegel : “ Marx et Engels avaient donné une forme – une Bildung – européenne au sentiment germanique et hégélien du devenir. Les mystiques voulaient devenir divins. il crée pour l’éternité : “ Loin de trouver l’existence vaine parce qu’elle ressuscite et recommence. la puissance. Lefebvre.

59 Ibid. tout à fait fidèle. le charme et le secret de la pudeur. sans plus se soucier d'elles 57 . "Car. "un amour honnête. Hegel et Schopenhauer ont entretenu un rapport à la connaissance qui peut être comparé au modèle conjugal. Toutes les doctrines l'excitent. les choses domestiques. "à l'haleine brûlante." Nietzsche cherche à travers toutes les connaissances. 57 Ibid. Par opposition.. il l'abandonne sans pitié et sans jalousie aux autres après lui. Hegel ou Schopenhauer. Chez Pascal. Kant. 60 Henri Lefebvre se passionnera pour Joaquim de Flore et ses lecteurs hérétiques. aussi. Mais on ne trouve pas cette quête chez Leibniz. C'est un vrai chercheur impliqué. Ils travaillent de main de maître à la valorisation du terrain qui entoure la maison. le sentiment du connaître se situe aux antipodes du conjugal. qui ne s'arrête à aucun résultat et poursuit au-delà de toute réponse son questionnement impatient et rétif 56 ". Mais aucune ne le retient : "Dès qu'un problème a perdu sa virginité. op. Ibid. qui ne se satisfait et ne s'épuise jamais. Nietzsche est d'un autre tempérament. pp 46-47. Stefan Zweig ne voit une telle ardeur que du côté des mystiques du Moyen Age. tout comme don Juan .. une connaissance éternellement irréelle et jamais complètement accessible. Son amour est incertitude. p. Nietzsche est comparable à un don Juan de la connaissance. les hérétiques. Il est soumis à une constante obligation de penser. les saints de l'âge gothique 60 . Zweig. Son attitude par rapport à la vérité est démoniaque. C'est une passion tremblante... il aime non pas la durée du sentiment mais les "moments de grandeur et de ravissement 58 . Kant et les philosophes allemands qui ont suivi ont construit leur maison . 45-46. Pour Zweig. C'est une succession d'épisodes dangereux. 61 Lefebvre écrira un Pascal en deux volumes. Il n'y a pas d'arrêt. une épouse et un bien assuré. Cela rappelle le ménage. du désir flamboyant de consumer et de se consumer soi-même . dans leur vérité." Nietzsche interroge uniquement pour interroger : "Pour don Juan. p. 25 . l'existence s'écoule avec une tranquillité épique. dans tous les problèmes. On est dans des transports permanents. Il ne prête jamais de serment de fidélité vis-à-vis de quelque système ou doctrine. p. l'aventure intellectuelle de Nietzsche prend une forme tout à fait dramatique. durable. Mais cet amour est complètement dépourvu d'érotisme." Alors que chez les autres philosophes allemands. et après lui Schelling. c'est l'éternelle vivacité et non la vie éternelle". 50. Stefan Zweig oppose le style de Nietzsche à celui des philosophes allemands qui l'ont précédé en suggérant que si Emmanuel Kant. la connaissance. pour le psychologue. pour qui "ce qui importe. que pour un moment et il n'y en a pas où elle existe pour toujours 59 . Fichte. Ce n'est pas du côté des philosophes allemands que l'on peut trouver cette tragique exaltation qui pousse à toujours se tourner vers le nouveau. qui sera celle de H.la manière dont Nietzsche apparaît dans ce portrait ne donne pas vraiment la clé de la théorie des moments. surprenants. la vérité n'existe. dont ils ne se séparent jamais qu'à l'heure de la mort et à qui ils ne sont jamais infidèles 55 . Il est contraint d'aller de l'avant. Comme don Juan. dans chacune pour une nuit et dans aucune pour toujours : c'est exactement ainsi que. C'est aussi une souffrance de ne pouvoir s'arrêter.son propre frère en instinct fait pour ses mille e tre. Nietzsche ne connaît pas le repos dans la recherche. p. ils voient dans la vérité. 58 Ibid. le secret est dans toute et dans aucune. Il ne cherche pas à posséder. Sa vie a la forme d'une œuvre d'art. ils y ont installé leur fiancée. avide et nerveuse. plongé dans le purgatoire du doute 61 . Chez lui. 47. C'est le mouvement de conquête qui excite Nietzsche. 48. pour aussi courageuse et résolue que nous apparaisse leur concentration vers le 55 56 S. Nietzsche ne s'installe dans une connaissance de manière durable. Jamais. Kant et les autres ont l'amour de la vérité. cit. pour aussi loyales que soient leurs natures scientifiques." Le rapport de Kant à la vérité est de certitude conjugale.. Lefebvre.

tandis que Nietzsche se risque complètement et entièrement 62 …" Mais. la partie temporelle. au niveau de ces instants les plus précieux. op. Ils concentrent. et revenons à la lecture de ce Nietzsche d'H.. Nous saisissons notre être avec une sorte de force rétroactive qui éclaire le passé. ou la poésie. Nous verrons ultérieurement que cette idée du moment qui veut s’ériger en absolu sera reprise par H. Nietzsche. “ A ces instants. aussi la plus personnelle. Ainsi les idées qui enveloppent toutes les démarches de pensée qui ont permis leur émergence. 26 . "Le problème spirituel des moments de la conscience devenait ainsi le problème philosophique du moment éternel. C’est un infini-fini 67 ". ni limité au sens où l’entendement prend ce mot. L’individu est actif dans la 62 63 Stefan Zweig. qui accumule les vécus instantanés et les organise dans des formes qui ont à la fois une dimension temporelle (le retour) et une dimension d’épaisseur quasi-spatiale qui structure la conscience de la présence dans une singularisation anthropologique de l’humain.. éternellement elle-même dans le devenir. cit. p. et celle de Nietzsche tout particulièrement. Il est donc à la fois infini et déterminé. 64 Ibid. dans le jeu héroïque de la connaissance. donc fini. et la nature dont on reconnaît la réalité énorme.. ou la rigueur logique). une vivante volute. ils cherchent à étendre l’influence de ces moments à toute la conscience. p. sans partage. "Il faut comprendre comment l’un peut sortir de l’autre… 66 ". dans sa présence. une involution de tout le passé. 127. 67 Ibid. scientifique. a pour projet d’approfondir ces moments trop rares qui sont comme la générosité de la vie : "Toute philosophie a cherché (dans la magie. se reconnaît et se saisit dans cet instant 65 ".. Lefebvre. le concentre et le porte au niveau du présent. Certains acquièrent une certaine épaisseur. p. 126. du monde à travers l’infini du temps. laissons un moment Stefan Zweig. Cette théorie nietzschéenne résulte d’une confrontation entre l’esprit en tant que réalité supérieure. de passé et de futur. p. cœur et entrailles. La ligne du temps semble devenir une spirale. avec tout leur être. grâce à l’activité du sujet. 65 Ibid. du départ et du retour de ces moments exceptionnels. L’œuvre d’art. c'est-à-dire seulement par le haut. comme s’ils éclairaient un long cheminement du temps. Lefebvre montre que toute philosophie. Le moment éternel selon Nietzsche se trouve dans la vision du retour : la vie éternelle. ou la prière. En même temps. une plus grande part d’existence. privée et par conséquent. Une partie de leur existence. bien qu’il pense que cette revendication puisse conduire à la folie. Nietzsche. 125-126. H. humain) le caractère déterminé. 66 Ibid. Lefebvre. ils ne se jettent pourtant pas de cette manière. Lefebvre dans sa définition du moment. 54.. par l'esprit. reste toujours à l'abri du destin. poétique. p. Ils ne brûlent jamais qu'à la manière des bougies. avec tout leur destin. 63 ” H. 126. Il constate que les instants ne sont pas d’égale densité. nerfs et chair. et aussi leur intensification et leur union en un moment absolu 64 ". Certains actes se distinguent dans la masse des émotions et des instants. de façon à élever la conscience. Il faut souligner la dimension stable du moment qui cumule. au niveau de ce qu’ils nommaient l’absolu. Il y a aussi des paroles plus expressives que d’autres. Et plus loin : "Nietzsche a admirablement saisi dans tous ses aspects (philosophique. il cesse de se dérouler au niveau de l’activité banale. L’univers ne peut être ni absolument infini. Le contenu de la conscience s’élargit. toute entière. le temps se transforme . Ils veulent saisir dans l’obscurité de la conscience les lois du surgissement. ou la contemplation. suinte d’une densité de présent. à obtenir le retour (la répétition de ces moments. Les philosophes analysent des contenus essentiels de l’esprit et ils veulent agir sur eux. La durée de notre vie semble s’approfondir. 128. par la tête. p.tout. Ils s’enracinent profondément dans la vie.

est constant dans l’ensemble de son œuvre. Lefebvre à propos des moments. 27 .construction de ses moments. que l'on découvre ici dans sa lecture de Nietzsche. Le questionnement de H.

1999. 2° partie : Die subjektive Logik oder der Lehre vom Begrif. 9-138. Der Begriff. Hegel. § 166-180. Suhrkamp. Paris. du jugement 72 et du syllogisme 73 . Hegel. Werke 2. il prend une inflexion différente suivant le contexte dans lequel il est employé. b. Werke 8. Der Begriff als solcher § 163-165. Le phénomène fondamental de la dé-cision originaire est inscrite dès l’un premier écrit de Hegel (Différence ses systèmes philosophiques de Fichte et Schelling) 74 . Suhrkamp. mais en même temps celle-ci l'influence. d’abord présenter le concept de moment comme élément constitutif de la dialectique hégélienne qui sera intégralement. La théorie hégélienne du jugement s’attache à la dé-cision de l’Etre dans la Différence absolue de l’être-en-soi et de l’être-là. 1964. Enzyclopädie der philosophischen Wissenschaften I. Suhrkamp. Le moment. le particulier et le singulier (ou l'individuel). Gap. Suhrkamp. Nous voudrions. Werke 6. I. par Henri Lefebvre et Norbert Guterman. Hegel montre que tout étant s’impose d’abord à nous dans une G." 68 G. W. 2° éd. A. Das Urteil. Dans ce texte. dernier chapitre. du Concept et de l’Etre. I. 71 G. Il y a chez Hegel. 311-316 et G. 316-331 . 2° partie : Die subjektive Logik oder der Lehre vom Begrif. une utilisation constante du concept de moment. Les Éditions de la Passion. Précisons que la théorie hégélienne du jugement ne s’attache pas au jugement. L'analyse institutionnelle. Differenz des Fichtschen und Schelingschen Systems der Philosoiphie (1801). pp. Morceaux choisis. 70 Jean-Marie Brohm. Paris. nous l'appellerons le moment dialectique. F. F.. 3° partie : Die Lehre vom Begriff. Werke 8. W. en en reprenant les acceptions hégéliennes ou marxiennes. livre III . par suite éventuellement comme construction logique. Suhrkamp. Hegel. pp. idées. 3° partie : Die Lehre vom Begriff. 74 G. Suhrkamp. Hegel. p. 68 28 . b. Contre Althusser. pour Marx. Hegel. Enzyclopädie der philosophischen Wissenschaften I. phénomène que l’on ne fait que découvrir et que mettre en œuvre dans les jugements humains. p. Hegel. Die Wissenschaft der Logik. comme forme de la pensée ou de la connaissance. Plus récemment. comme instance logique Hegel distingue à propos du concept 71 . Wissenschaft der Logik. 1. Der Schluss. H. W. p. 2° partie : Die subjektive Logik oder der Lehre vom Begrif. Lefebvre utilise assez fréquemment le mot dans les sens hégéliens. et G. Wissenschaft der Logik. dans sa forme logique et méthodologique. et G. I. dans ce chapitre. même s'il se défend d'avoir déduit sa théorie des moments de sa lecture de Hegel. Ou plutôt. Ophrys. concept de la logique dialectique "Ce moment à la fois synthétique et analytique du jugement par lequel l'universel du début se détermine de lui-même comme l'autre de luimême. Hegel. Hegel. Wissenschaft der Logik. vol. Werke 6. Lefebvre conçoit la théorie des moments avant sa lecture de Hegel. F. Science de la logique. A. F. trad. nous l’avons vu. fr. 73 G. F. Pourtant. Der Schluss. pp. 1969. A. Werke 8. 316-331 . Werke 6. mais comme à un phénomène fondamental de l’Etre-même. ce terme n’a pas toujours la même acception. Suhrkamp. reprise par K. 351-401. F. Die Wissenschaft der Logik. p. F. F. 294.Chapitre 3 : La dynamique du moment. a. W. L'écriture de La somme et le reste en témoigne. 72 Sur le jugement : G. 3° partie : Die Lehre vom Begriff. § 181-193. F. Gallimard. 69 R. 272-301. H. 301-351. W. p. W. de Marcel Méry. W. W. Das Urteil. Minuit. Enzyclopädie der philosophischen Wissenschaften I. Die Wissenschaft der Logik. Hegel. Lourau. Marx dans sa présentation du capitalisme. Paris. 69 René Lourau (dans son effort pour dialectiser le concept d’institution ) ou Jean-Marie 70 Brohm (pour penser la dialectique ) recourent à ce concept. trois moments logiques essentiels : l'universel. W.

le négatif appartient à l’être même du positif et est son négatif qui seul le rend possible comme tel et tel étant. mais l’être-là de l’ici est maintenant s’oppose aussi. Chaque moment spatial ou historique sera conservé dans ce dépassement-élévation (Aufhebung. il se fait besoin. sur l'ambiguïté de la signification et du signe. sans qu'il puisse y avoir conflit insoluble entre ces termes. à la connaissance. désigne une ambiguïté. Hegel montre par exemple que la prairie n’est prairie que dans son opposition à la forêt ou aux champs cultivés. en tant que négatif. action. c'est-à-dire conçue 75 selon un rapport vrai à la totalité . Comme l’explique H. comme point fixe au sein de la diversité du monde et parmi elle pour ainsi dire. se dégage un mouvement. c’est-à-dire un posé . La fleur a été précédé du germe. ne menace pas la vérité : "Le désir veut et se veut. en proie à cet objet. La négativité est donc au cœur de cette pensée hégélienne et de cette tension entre le posé. 299. avec des limites sûres. Le devenir de la fleur sera à son tour le fruit. L’Etre-en-soi n’existera que dans des singularisations multiples. qui a sa place dans la vérité. notion que nous reprenons ultérieurement). Lefebvre dans La fin de l’histoire note en effet que la (double) catégorie de “ signification ” et “ sens ”. de telle sorte que ceci “ qu’il n’est pas ”. on voir que l’étant-. Que veut-il ? Jouir de l'objet. Pour donner un autre exemple de ce mouvement dialectique. un conditionné qui conditionne. ici et maintenant. mais subordonnée à la vérité. à la forme. le tenir. Dès les premiers textes de Hegel. négation de ce positif. Il a besoin d’être complété. à d’autres singularisations. positif. ce qu’à chaque fois il n’est pas. H. on pourrait citer le moment du désir qu’explore Hegel. et dans le travail de dépassement. Il veut s'accomplir. moment de l’ici et maintenant. hic et nunc. celle de s'être supprimé soi-même ". La présence. ne se saisit que dans sa confrontation à son négatif : l’absent de l’Etre-là. un mouvement. L’Etre hégélien est une mobilité. lui-même précédé de la graine. distance. Hegel y regarde de plus près.déterminité claire et univoque. La double signification fait le sens. et l’absence. comme positif en général. Dans son être-saisi. il est le positif déterminé de telle et telle manière et il exclut de soi. le consommer. mais comme conscience de soi objective . 1. et il constate que ce monde fixe et univoque se trouve ébranlé. Il n’est pas autonome. Ainsi agissant. résistance. Les relations entre les étants singuliers apparaissent avec la même fixité et la même univocité : cet étant-ci est cela. ce qui est ailleurs et/ou dans un autre temps. le désir veut sa fin. Lefebvre. signification par rapport à la conscience. sans pour autant cesser d'être désir : désir de désirer. des tensions dans le Concept. Mais. Il se supprime en s'accomplissant dans la jouissance. mais il a 76 aussi une signification négative. En tant que désir double et redoublé. langage. C'est à travers l'objet désiré qu'il est et se connaît et se reconnaît désir. Il devient désir de ceci et de cela. en même temps qu’il est posé comme tel et comme étant. Du fait qu’il est posé. Id. La plante en fleur que je puis observer comme être-là est un être-devenu et devenir d’un autre être. comme un “ moment limité du présent ”. d’intégration des oppositions. chaque être est un opposé. par rapport au contenu et à la forme : expression par rapport à l'être et au contenu. désir d'être désiré. Ainsi se termine son 75 Voir par exemple Phénoménologie. 29 . chez Hegel. il est cela et pas autre chose. Tout étant est un positif. dans le développement du temps. la pensée de Hegel s’organise donc dans une opposition : à la présence. Il se change en besoin d'un objet. Dès l’origine. s’oppose l’absence. L’exemple de la prairie est spatial. "Le plaisir venu à la jouissance a bien la signification positive d'être devenu certitude de soi. il renvoie par delà lui-même. p. moment positif. une dynamique. 76 . obstacle. très élaborée chez Hegel qui la transmet à ses successeurs. le sens. par rapport à la conscience et par rapport à l'être. se trouve simultanément posé un étant qui l’environne et que lui n’est pas. des contradictions. etc. à la fois spatiales et temporelles. n’existe que dans une tension avec sa négation ou spatiale ou temporelle. 263.

Brohm montre que la dialectique doit être comprise comme une série d'unités des contraires. le Sujet reconnaît et la vérité de chaque moment. En effet. G. en chaque acte. Encyclopédie des sciences philosophiques. le singulier ”. Vrin. Les trois moments (l'universel. I. Mais ce concept se particularise dans la mesure où le chien en général est une abstraction qui n'existe pas comme telle. Pourtant. de la réflexion. qui s'appelait Voutsy ne ressemblait à aucun autre : “ il était singulier. W. égal à lui-même . sans altération. 2° éd. les canis vulpes (renard). doberman. le chien comme universel n'est qu'un cas particulier de l'universel englobant canis qui comprend à la fois les canis familiaris (chien). p 242.der Besonderheit. Telle est sa vérité : totalité partielle dans la Totalité (totale). Celles-ci se singularisent dans leur diversité par un pullulement d'existences individuelles de chiens singuliers : le chien de Jean-Marie Brohm. par exemple. du concept. in Les IrrAIductibles. Ce texte est une excellente présentation didactique de la dialectique. Bien que noirs. il y a le moment du Désir. parce que le particulier ne peut se comprendre que par le rapport différentiel avec d'autres particuliers. avec le 77 sens. et la vérité de l'ensemble. la philosophie de la nature. et le singulier. c'est-à-dire que sa compréhension (nombre de caractères distinctifs) était maximale ” 79 . Die Wissenschaft der Logik. F.-M. la détermination concrète. 619. contient en elle-même les trois moments du concept : l'universel. revue interculturelle et planétaire d’analyse institutionnelle n°1. Hegel. Commentant cet exemple du chien. Voir aussi G.histoire. 108. 2001. Anthropos. Brohm. Précis de l'encyclopédie des sciences philosophiques.. der Bestimmtheit. À la fin. etc. écrit Hegel. 1986. c'est-à-dire la vérité totale ". qui se supprime en jouissant pour laisser apparaître la vérité de la conscience. plus universel encore. “ Ainsi. ajoute J. Enzyclopädie der philosophischen Wissenschaften I. als freier Gleichheit mit sich selbst in ihrer Bestimmtheit. les canis aureus (chacal). Tel est son sens. La science de la logique. la philosophie de l'esprit. Mais le Désir n'est jamais qu'un moment. Conflictuellement. “ Au sujet d'une sainte trinité dialectique : l'universel. “ Der Begriff als solcher enthält die Momente des Allgemeinheit. in welcher das Allgemeine ungetrübt sich selbst gleich bleibt. 79 Jean-Marie Brohm. la particularité (Besonderheit). p. de chaque désir. De même. welche negative Einheit mit sich das an und für sich Bestimmte und zugleich mit sich Identische oder Allgemeine ist. 311 (“ Le concept comme tel comprend les moments suivants : l'universalité (Allgemeinheit) comme égalité libre avec elle-même dans sa détermination concrète (Bestimmtheit) . Paris. Werke 8. La logique. Paris. et le niveau ou le statut de la contradiction entre les différents moments. comme le genre prochain (genus proximum). blancs ou multicolores (métissés). en tant que pensée rigide de la différence et de la prétendue supériorité d'une “ race ” sur une autre (ou toutes les autres) oublie que les différences particulières entre les humains ne peuvent se comprendre qu'en référence à l'universalité du genre humain. seuls n’existent que des races particulières : fox. le concept de chien est universel en ceci qu'il comprend dans son extension la totalité des chiens (canis familiaris). les êtres humains manifestent leur H. La signification est actuelle. en tant que totalité des particuliers. où l'universel demeure. § 163. le particulier comme la déterminité du genre (qualitas specifica). Il unit la signification des moments. Hegel. et la singularité (Einzelheit) en tant que réflexion sur soi des déterminations concrètes de l'universalité et de la particularité ”. L'universel est l'unité de l'universel et du particulier dans la mesure où tout universel n'est jamais que le particulier d'un autre universel. Ainsi. J’en reprends ici le mouvement. und der Einzelheit. Paris. “ Ainsi le racisme. p. berger allemand. W. Vrin. de chaque plaisir. Toute analyse concrète d'une situation concrète se doit de repérer l’articulation des différents moments. 78 77 30 . “ La définition. 1978. les canis lupus (loup). le particulier et le singulier) produisent la dialectique. etc. le particulier est l'unité de l'universel et du particulier. Hegel. La fin de l’histoire. le particulier. le sens se révèle après coup. . 3° partie : Die Lehre vom Begriff. juin-juillet 2002. teckel.-M. W. p. 24-25. p. comme l'objet défini lui-même 78 ".“. Y compris le sens du temps et de l'histoire (de la totalité historique). donc dans un rapport avec l'universel. jaunes. J. F. Suhrkamp. als der Reflexion-in-sich der Bestimmtheiten der Allgemeinheit und Besonderheit. F. G. y compris le désir et la jouissance. Lefebvre.

il reste tranquillement lui-même dans son autre. L’idéalisme ne jure que par l'universel abstrait oubliant que les concepts généraux n'existent pas au même titre que les êtres singuliers. Le particulier a une seule et même universalité avec les autres particuliers auxquels il se rapporte.appartenance à l'humanité comme universel concret. Ici aussi le singulier est la négation de la négation (la négation du particulier. il ne détient cette réalité effective que grâce à quelque chose qui se maintient comme soi dans chacune des singularités données à un certain moment. p.. pp. absolue égalité à soi. Autrement dit. c’est toujours une singularisation de l’universalité : c’est le singulier. comme le note Hegel dans une formule paradoxale. 82 G. L'universel est toujours dans le particulier. 84 Ibid. Science de la logique. la diversité de ces mêmes particuliers. demeure là ce qu'il est. Deuxième tome : La logique subjective ou doctrine du concept. de l’allemand par G. p. p. l'universel particularisé. est quelque chose qui se maintient (le Sujet comme Moi) 81 ". est en tant que telle universelle . et a la force d'une auto-conservation invariable. qui n'est concret que par la totalité concrète des différences 80 ". Le particulier ne contient donc pas seulement l'universel.-M. p. Il est l'âme du concret auquel il est immanent. mais se continue inaltéré au travers de ce même devenir. En même temps. c'est-à-dire idéelle. Minuit. Le singulier est alors la particularisation du Jean-Marie Brohm. cit.. c’est-à-dire ce par quoi il est ce qu’il est à un moment donné. 244. Ainsi. “ Le particulier. le particulier. ou. Brohm remarque que l'empirisme et le positivisme refusent de considérer l'existence de l'universel et s'en tiennent aux “ faits ” identifiés à des données particulières. de la particularité et de la singularité représentent par conséquent des contraires qui se médiatisent réciproquement. sans obstacle et égal à soi-même dans la variété et la diversité de ce concret. et donc un étant . identité à soi qui embrasse toutes les particularités contenues en lui et les résume ou médiatise. 1981. écrit en effet Hegel. mais ce faisant ils oublient que “ le particulier est l'universel lui-même ” 83 . elle est totalité. désigne son Etre véritable. même s'il se pose dans une détermination [particulière]. qui constitue sa substance . L’ontologie de Hegel et la théorie de l’historicité. op. p. ce qui reste constamment le même et sert de fondement (subjectum) à chacune de ses singularités. les espèces ne sont pas diverses par rapport à l'universel. contient l'universalité. L'écart entre la réalité et le concept est certes toujours plus ou moins béant. mais présente aussi ce même universel par sa déterminité 84 ". en raison de leur identité avec l'universel. Hegel. Mais quand l’étant est une singularité effectivement réelle. le genre est inchangé dans ses espèces . telle qu’elle est conçue dans le Concept de cet étant. Raulet et H.. 1972. Les moments de l'universalité. être un étant. 71 83 Ibid. A.. Baatsch. Marcuse (Herbert). dans chaque hic et nunc : elle lui vient de sa nature universelle. et qui. l'universel doit toujours être spécifié par des particularités. mais il doit pouvoir être en principe réduit. F. exprimé plus simplement. 81 80 31 . l’universalité du concept est un mode de maintien. L'universel est le moment de la détermination la plus simple. lequel est la négation de l'universel) 85 ". trad. Cette dialectique entre universel et singularité est ainsi commentée par Herbert Marcuse : “ Le Concept est en tant que tel un mode de l’Etre. J. 242. le concept de chien n'aboie pas et les universaux n'ont d'existence que conceptuelle. (…) Le Concept. 1932. Et la précision doit elle-même être précisée jusqu'à l'individualité ou la singularité. "Les concepts se doivent donc d'être étayés sur des réalités empiriques effectivement existantes. op. Aubier. Paris. 124-125. Paris. nature universelle de l’étant. en tant que fondement. Il ne se trouve pas emporté dans le devenir. étant en soi et pour soi. W. 85 Jean-Marie Brohm. immortelle 82 ". 75. mais seulement en regard les unes des autres. cit. 76. Hegel précise : "L'universel. sinon ils risquent de ne représenter que de pures fictions.

laquelle n'est que particularité d'une universalité. que sont l'universalité. il saute aux yeux que chaque détermination qui s'est trouvée faite jusqu'à maintenant dans l'exposition du concept s'est dissoute immédiatement et s'est perdue dans son autre. 89 Roman Rosdolsky. capital fixe ou capital circulant). de chaque somme de valeurs déterminée. cit. Paris. J. Hegel. une genèse qui transcende les particularités. 90 Jean-Marie Brohm.particulier. pp. argent. Nous assistons au procès de sa formation. contradictoirement unis. c'est dire qu'elle est unique. 345. pour laquelle l'acte-d'abstraire les a isolés. Mais en même temps désigner un singulier. “ considérer le capital en général n'est pas une pure abstraction. d'un point de vue physiologique par opposition à l'animal 93 ". certes. p. mais une abstraction qui porte en elle la differentia specifica du capital.. à la différence des capitaux particuliers. Dire par exemple d'une chose qu'elle est singulière. à côté de la forme du particulier et du singulier 92 ". tome II. circulation. ou si je considère le capital comme la base générale économique d'une classe par opposition à une autre classe. Ses relations ultérieures doivent être considérées comme un développement à partir de ce noyau 91 ". par exemple. Brohm note que peu de marxistes. 1980. prix. Chaque différenciation se confond dans la considération qui doit l'isoler et la maintenir-fermement. lui. op. 94. 95 et 96. Ce procès dialectique de formation n'est que l'expression idéale du mouvement réel au cours duquel le capital devient capital. à l'exception notable de Roman Rosdolsky 89 . il est en même temps une forme réelle particulière. Autrement dit. W. 244-245. ou qui. c'est le devenir-réalité d'une abstraction. non pas une abstraction arbitraire. pp. par opposition au travail salarié global (ou encore à la propriété foncière). un immédiat cela. 91 Karl Marx. F. Éditions sociales. c'est le désigner comme singulier d'une particularité. soit leur affirmation positive. soit leur négation (par exemple... le particulier et le singulier 88 ". 249. tout comme le travail. 92 Ibid. qu'une differentia specifica seulement pensée. par opposition aux capitaux particuliers réels. est lui-même une existence réelle [.. Seule la simple représentation. Même si le capital n'apparaît que dans la pluralité concurrentielle des capitaux particuliers. Le capital comme rapport et différence entre valeur et argent est le capital en général. cit. écrit Marx.. Ibid. etc. p.. “ la déterminité déterminée 86 ". 93 Ibid. d'une part. “ Ainsi le singulier est-il un Un ou un ceci qualitatifs 87 ". tome I. un pur ceci.]. Les trois moments dialectiques du concept sont intimement liés. p. font un capital. etc. Valeur. se sont rendus compte que cette trinité dialectique avait été intégralement reprise par Marx dans son analyse du capital 90 . 32 . Maspero. p. Mais 2) le capital en général. Paris.. "c'est-à-dire la quintessence des déterminations qui différencient la valeur comme capital d'elle-même comme simple valeur ou argent. "De soi.. Manuscrits de 1857-1858 (“ Grundrisse ”). se permet de maintenir-fermement en dehors les uns des autres l'universel. 1) seulement comme une abstraction . Mais nous n'avons affaire ni à une forme particulière du capital ni au capital individuel en ce qu'il se distingue d'autres capitaux individuels. 95. etc. 1976. le devenir universel est un procès. 86 87 G.-M. Il aurait pu ajouter Henri Lefebvre.. op. apparaît. Ce sont des déterminations communes à chaque capital en tant que tel. Comme quand je considère l'homme. Et les différences à l'intérieur de cette abstraction sont des particularités tout aussi abstraites. par opposition à toutes les autres formes de la richesse – ou aux modes de développement de la production (sociale). je le considère d'une façon générale. par exemple. etc. 388 et 389. 88 Ibid. Si je considère le capital global d'une nation. pp. Marx retrouve en effet dans la totalité concrète du capitalisme concret les trois moments. caractérisant chaque type de capital qui constitue. sont présupposés. Si l'universel n'est donc.. La Genèse du“ Capital ” chez Karl Marx. “ Le capital en général. la particularité et la singularité du capital.

. les contradictions particulières sont elles-mêmes singulières : "Il ne s'agit pas par exemple de la banque en général.. dans la lutte des classes. pas plus qu'on ne résout la question du dopage et de la violence particulière à tel sport sans résoudre la question du dopage et de la violence sportive en général. en ce lieu et en ce moment – ici et maintenant – dans la contradiction particulière ou dans la contradiction générale. spécifique. a une forme propre de résolution. individuelle. 33 . Brohm. Les chaînes de contradictions comportent un enchevêtrement de contradictions générales.-M. selon son degré de généralité ou de particularité. Mais il est surtout décisif de ne pas noyer la contradiction singulière.. Brohm.-M. explique J. pp. soumis à la dictature du capital. contradiction entre capital commercial et salariés commerciaux. Mao TséToung. son caractère. et notamment de son degré d'universalité dans le temps (sa durée) et dans l'espace (son extension). a produit une synthèse de cet aspect des choses à propos de la guerre des classes en Chine. Si l'on ne comprend pas les conditions de la guerre. La guerre qui a commencé avec l'apparition de la propriété privée et des classes est la forme suprême de lutte pour résoudre. avec leurs agences singulières. du conflit. de la particularité et de la singularité. etc. mais également à des lois spécifiques. Et J. En somme la compréhension de la nature exacte de la contradiction. comme il est juste de rattacher le conflit en cours à tous les conflits similaires propres à cette contradiction particulière-là (par exemple propre à toute la branche de l'industrie automobile en cas de “ restructuration ” massive).]. on est incapable de vaincre. C'est pourquoi nous devons étudier non seulement les lois de la guerre en général. il s'agit de déterminer la spécificité de la contradiction. Ainsi. Et d'autre part. Dans une entreprise en grève. ses rapports avec les autres phénomènes. Il montre que la contradiction entre la bourgeoisie et le prolétariat par exemple est certes une contradiction universelle dans tous les pays. singulier. cit. Les lois de la guerre révolutionnaire en Chine sont un problème que doit étudier et résoudre quiconque dirige une guerre révolutionnaire en Chine [. Si l'on ne comprend 94 Jean-Marie Brohm. La guerre révolutionnaire. on ignore les lois de la guerre. chaque contradiction. à une étape déterminée de leur développement. outre les conditions et le caractère propres à la guerre en général. Les lois de la guerre révolutionnaire sont un problème que doit étudier et résoudre quiconque dirige une guerre révolutionnaire. particulières et singulières et il est essentiel de repérer leur importance relative dans la totalité contradictoire". il est juste de rappeler que le conflit social n'est en dernière instance que la réfraction dialectique de la contradiction générale entre le salariat et le capital. Il serait par exemple irréaliste de vouloir mobiliser sur une grève générale à propos d'un conflit spécifique localisé à une entreprise sans avoir auparavant exacerbé le conflit sur le point précis. a ses conditions et son caractère particuliers. 246-247.J. remarque encore J.. contradictions entre capital financier et employés de banque. qu'elle soit une guerre révolutionnaire de classe ou une guerre révolutionnaire nationale. Brohm montre que ces réflexions peuvent et doivent évidemment s'appliquer à l'analyse des contradictions dans les institutions. entre nations. est au cœur de la méthode dialectique 94 ". de la Société générale. et c'est pourquoi elle est soumise non seulement aux lois de la guerre en général. entre États ou blocs politiques. concrète. il est nécessaire d'articuler concrètement les moments de l'universalité. Mais cette contradiction générale est toujours particularisée : contradiction entre bourgeoisie industrielle et prolétariat industriel. les contradictions entre classes. on ne sait comment la conduire. de la BNP. op.. "Les lois de la guerre sont un problème que doit étudier et résoudre quiconque dirige une guerre. mais du Crédit agricole.-M. Brohm de poursuivre : “ On ne résout pas un conflit conjugal singulier par une proposition de loi de réforme générale du divorce. de la particularité et de la singularité dans la contradiction. L'analyse dialectique concrète se doit en effet de repérer le moment de l'universalité.]. "Au contraire.-M. mais également les lois spécifiques de la guerre révolutionnaire et les lois spécifiques particulières de la guerre révolutionnaire en Chine [. Ainsi.

Problèmes stratégiques de la guerre révolutionnaire en Chine. cit. on ne peut y remporter la victoire. par exemple. 96 Jean-Marie Brohm. il s'ensuit que les lois de la guerre ont leurs particularités à chaque étape. Cette attitude revient à nier la loi essentielle de la dialectique : rien ne reste égal à soi-même. première partie. de présenter d'autres phénomènes que le même mouvement étudié comme partie du mouvement total du capital social. 1967. pp. par ses conditions et son caractère particuliers. La guerre révolutionnaire en Chine. Mao Tsé Toung. On voit que la dialectique marxiste s'efforce d'articuler ces différentes contradictions et surtout de ne pas les confondre. 247-248). les chemins de fer. en tant que mouvement d'un capital individuel isolé. p.. 90 et 91. commerciaux.. pp. déviations et excès du sport sont-ils toujours pris pour des cas isolés.. c'est-à-dire à l'abstraction vide. chaque étape historique présente ses particularités. cit.. et que seule importe la contradiction générale qui est semblable à elle-même dans le temps. on ne peut remporter la victoire dans une guerre révolutionnaire en Chine 95 ". n'empêche nullement ce mouvement. Livre Deuxième. Le fait que le capital social est la somme des capitaux individuels (y compris les capitaux par actions et le capital d'État. inédit. Sur le dogmatisme. Éditions en langues étrangères. si l'on en ignore les lois spécifiques. Avec Marx. on ne peut diriger une guerre révolutionnaire. qui après 1968 répétaient mécaniquement les mots d'ordre de la révolution culturelle chinoise ou les militants de Lutte Ouvrière qui scandent invariablement les mêmes slogans). pp. tout se métamorphose. donc en connexion avec les mouvements des autres parties 97 ". Pékin. tome I. s'en tiennent aux conditions concrètes et récusent l'idée même de contradiction générale en invoquant les faits particuliers. tout se transforme en son contraire : "Les dogmatiques sont incapables de repérer ce qui est nouveau. C'est pourquoi elle a. Lefebvre. 199 et 200. qu'il s'agisse d'une guerre civile ou d'une guerre nationale. L'analyse dialectique combine le singulier et l'universel par la médiation du particulier et cela de double manière : synchroniquement et diachroniquement. et qu'il ne faut pas transposer ces lois mécaniquement d'une étape à l'autre ” (cité par Jean-Marie Brohm. au contraire. chaque capital particulier est la somme des capitaux individuels et c'est cette totalité contradictoire qui constitue le capital social total. des lois qui lui sont propres. Les opportunistes et empiristes. donc la totalité des capitaux particuliers. certes regrettables. etc. par exemple. pp. mais jamais analysés comme les effets particuliers d'une pratique sportive institutionnelle. se déroule dans les conditions propres à la Chine et se distingue de la guerre en général ou de la guerre révolutionnaire en général. on voit qu'avec le temps évoluent et la guerre et les lois de la conduite d'une guerre . Paris. mais surtout de comprendre la spécificité concrète (les maoïstes français. un mouvement tel que celui de chaque capital industriel individuel apparaît dans son sein seulement comme mouvement partiel. en répétant que toutes les contradictions particulières sont identiques. Voir aussi ibid. mais en même temps la forme de mouvement de la somme des capitaux individuels. Le mouvement du capital à un moment donné est donc "non seulement une forme de mouvement commune à tous les capitaux industriels individuels. Si l'on ne connaît pas toutes ces lois.. voir encore H. Le Capital. on peut considérer que la totalité sociale constitue à un moment donné une articulation complexe de contradictions. outre les lois de la guerre en général et les lois de la guerre révolutionnaire en général. dans la mesure où les gouvernements emploient le travail salarié productif dans les mines. Le capital. Les dogmatiques s’attachent toujours à la pure généralité. l'expression particulière d'un problème général : la violence de la compétition de tous contre tous 96 ". 95 34 . De même. 202 : “ Si l'on parle du facteur temps. Éditions sociales. op.. et fonctionnent comme des capitalistes individuels) et que le mouvement total du capital social est égal à la somme algébrique des mouvements des capitaux individuels. La somme et le reste. Ainsi les bavures. op. 1974. in Œuvres choisies. entremêlé à l'autre et conditionné par lui [. tome I. 248-249. C'est donc la forme de mouvement du capital collectif de la classe capitaliste. financiers.pas les conditions et le caractère particuliers de cette guerre. est la totalité des capitaux industriels.]. 97 Karl Marx.

dans L’Analyse institutionnelle 101 . 1970. c’est-à-dire à viser le singulier en tant que combinaison dialectique originale et unique de l'universel et du particulier. Flammarion. par exemple. par René Lourau.À un moment donné. Ainsi. particularité et singularité. La dialectique hégélienne. Autrement dit. au sujet de la notion d'élève. Et quand on envisage sa propre pratique professionnelle. On peut par exemple examiner un événement particulier soit comme répétition du même et donc comme particularité.. Mais dans le cas particulier de l'université française. anonyme.-M. autrement dit comme événement banal. d'un processus général. ou mieux encore de telle ou telle université particulière. l'élève doué. Minuit. concrète. prise dans son sens logique. individuelle. alibi commode pour ne rien faire : ailleurs ce n'est guère différent.. ses tracasseries et ses mesquineries. c'est un drame individuel unique. Vladimir Jankélévich a rappelé de ce point de vue que l'on pouvait penser la mort sous les trois modalités dialectiques : la mort universelle (la mort en troisième personne. Brohm remarque que l’on ne sait pas distinguer les trois moments du concept : “ Quel élève ? Un élément abstrait d'un ensemble statistique (le “ stock ” cher à certains socialistes ?) . 1977. ma mort) 98 . en l'étudiant soit comme aspect particulier d'une contradiction universelle (la particularisation de l'universel). La Mort.-M. les universitaires concernés renvoient toujours à d'autres cas particuliers. la mort d'un proche. dans l'autre un élément d'un ensemble ou d'un échantillon. routinier. En tant que théorie. La méthode dialectique consiste donc à saisir l'universel dans le particulier et le particulier dans l'universel. J. soit comme événement singulier. cit. En effet. dans l'opposition universelle à la bureaucratie en général. Paris. d'un être cher) et la mort singulière (la mort en première personne. op. inédit. il s'agit donc de repérer la place de telle ou telle contradiction dans la totalité sociale et de lui assigner son degré d'universalité ou de particularité. le paradigme de l’analyse institutionnelle n’était pas vraiment constitué théoriquement. même si pragmatiquement des concepts et des pratiques 98 99 Vladimir Jankélévitch. coutumier. p. abstraite. évidemment. L’Analyse institutionnelle. exceptionnel.. Ces considérations théoriques peuvent être appliquées à des situations très concrètes et actuelles. a été développée dans le mouvement de l’analyse institutionnelle. 101 René Lourau. J. l’analyse institutionnelle est fondée par René Lourau dans cet effort pour redéployer les moments de la logique hégélienne pour penser l’institution. Brohm poursuit en prenant l’exemple de la lutte contre la bureaucratie dans l'université. avant cette inscription théorique dans la dialectique. ordinaire. ou tel élève singulier avec son histoire individuelle ? Quand les microcéphales socialistes clament extasiés : “ il faut mettre l'élève au centre du processus éducatif ”. statistique). 100 Ibid. parmi d'autres. 251-252. l'élève récalcitrant . c'est même pire le plus souvent. p. Paris. singulière.. 35 . p. le bureaucrate. c'est toujours l'autre : l'universalité de la bureaucratie ne saurait corrompre ma pureté ou mon innocence singulières : l'unique et sa propriété 100 ". de quel élève parlent-ils donc ? ” 99 . Dans un cas. soit comme aspect universel d'une contradiction particulière (l'universalisation du particulier). Il écrit : "Abstraitement. 251. la mort particulière (la mort en deuxième personne. Un accident de la route. Il reprend les trois moments hégéliens d’universalité. il y a consensus universel : tout le monde est contre la bureaucratie. est à la fois un événement extraordinaire pour ceux qui le subissent douloureusement et un cas parmi de milliers d'autres pour les services de sécurité routière qui établissent des statistiques. on nage dans l'impuissance de l'universel abstrait et l'on accepte résigné le labyrinthe administratif avec ses paperasseries ubuesques. un type particulier d'élève : l'élève en difficulté. Jean-Marie Brohm. alors là.

Certes pour l’Analyse Institutionnelle l’Institution est une forme ou une structure fondamentale. Dans les situations sociales. Enfin. d’organisation. Mais pas forcément. le moment libidinal. Une socianalyse institutionnelle. En fait. ou être instituant et particularité par rapport à un autre universel. 1997. Gens d’école et gens du tas. Semblables aux trois moments hégéliens. Cela donne : l’institué. On peut avoir de l’idéologique institué universel. au désir. de conjonction. Mais l’idéologique peut très bien tenir lieu de singularité.dynamiques. notamment inventés par Georges Lapassade et Félix Guattari. 1970. Patrice Ville rappelle que les propriétés des trois moments hégéliens sont les suivantes : chaque moment est négation des deux autres. ni systématiquement. Le tiers ne dicte pas le lien. comme distinctes. revue de l’Ecole des Mines. notions qu’il réorganise dialectiquement. L’instituant. La forme triadique n’est pas innocente et soutient une intention politique : l’éthique du lien. selon Paul Ricoeur 104 . Mais ce ne sont que des tendances. Mais ils ne sont pas synonymes des trois moments hégéliens. p. Mais paradoxalement il y a de l’institutionnalisation dans certaines formes de non-reconnaissance. chaque moment est affirmation des deux autres. La triade est définie par ce chercheur comme “ la construction permettant à la fois de penser et de vivre Patrice Ville. à partir de réflexions sur les situations socianalytiques et les divers types de déviance qu’il a pu y rencontrer. à des phénomènes marginaux. il existe des combinaisons : des éléments qui vont ensemble et peuvent être identifiés comme proches. ils sont à la fois en relation négative et en relation positive avec chacun des deux autres 102 . 12 septembre 2001. l’institutionnalisation qui ont les mêmes propriétés que les notions hégéliennes. à des émergences particulières. Ce qui caractérise l’intervention est la valorisation de la triade. Paris. c’est-à-dire le caractère novateur de quelque chose. il existe des combinaisons de ces dialectiques et non pas des équivalences. et complète diverses notions à différents courants de pensée. Patrice Ville note encore : "L’idéologique tend à se faire reconnaître comme universel. L’institué tend à être universel. L’institutionnalisation renvoie à la nécessité de reconnaissance. donc aux systèmes d’échanges. ces trois termes sont en étroite relation. le moment organisationnel Patrice Ville précise : "Entre les trois "triplettes". Seuil. donc dans des particularités etc. Au point que ces mots peuvent sembler redondants. Paris. l’instituant. Il explore la spécificité de la lecture institutionnaliste de la dialectique chez René Lourau 103 . Ce dernier emprunte. 102 36 . 105 Herreros (Gilles). EKSA. thèse d’état. 1970. avaient déjà été posés. L’organisation tend au contrôle. mais cette forme est à la fois résultante et enjeu de la dialectique institutionnelle telle qu’elle est décrite par ces trois triades. René Lourau propose une dernière "triplette dialectique" : le moment idéologique. Dans le même chapitre de sa thèse. il est “ le pôle “ il ” pour qu’entre “ je ” et “ tu ” se glisse un référent commun ”. ce qui pourtant est inexact. Paris 8. Le libidinal tend à s’identifier à la pulsion. L’analyse institutionnelle. 104 Ricoeur (Paul). est en général tout à fait associé à de la particularité. in “ Gérer et comprendre ”. Paris. mais il le fait travailler. Le conflit des interprétations. selon Gilles Herreros 105 . à des idées non standardisées. Revisiter l’intervention sociologique. 103 Lourau (René). la pratique montre qu’il est intéressant de considérer ces trois dialectiques. Minuit. ils sont indissociables. supposant cette théorie. au non maîtrisé. 45 à 57.

le lien social ”. il est une reprise très explicite de la méthode dialectique de Hegel. 107 106 37 . est intitulé : l’idée absolue. Circé. Une socianalyse institutionnelle. "la triade est la figure de l’étranger" : pont. impartial 107 . Paris. juste. Le conflit . Simmel 106 (1992). Pour G. 12 septembre 2001. Je renvoie ici à ce chapitre. que l’auteur situe dans l’histoire de la pensée. Patrice Ville. 1992. intrus. En fait. 45 à 57. Gens d’école et gens du tas. On y trouve une réflexion sur l’articulation des moments dans la dialectique. Le moment dialectique Le dernier chapitre de La science de la logique. porte. de Hegel. p. gêneur. thèse d’état. Simmel (Georges). Paris 8.

si l'Esclave devient “ l'homme ” délivré et satisfait (befriedigt). C'est le moment du savoir absolu 108 ". Si la philosophie systématique résume et contient les philosophies antérieures.Chapitre 4 : Lectures de l'histoire Dans La fin de l'histoire. pp. Il nous semble utile ici. La philosophie est réalisée et l'histoire achevée. le système régnant sur le désert de l'essence). Cette notion est-elle un concept ? H. notamment. les réalisant. tous les moments de la société civile et politique. 38 . le rationnel s'incarne dans le réel. politique. 18-19. Voir les 50 premières pages de La somme et le reste. 110 H. p. en renversant le Maître. Ce thème de la réalisation de la philosophie est. Ainsi. elle achève le devenir en le comprenant. concernant l'histoire. le lieu de cette rencontre se découvre dans la finitude. La fin de l'histoire. conservant et abolissant toutes les philosophies. Dans cet ouvrage. Si la nature se transforme (par le travail et par la lutte) en monde historique. de reprendre quelques passages de cette lecture. Le système philosophique et le système politique ne font plus qu'un : nous sommes face à une totalité à double aspect. D'abord dissociés l'un de l'autre (aliénés). un thème récurrent 109 . le réel s'élève au rationnel. Hegel et Marx. donc vraie. à travers l'histoire et les luttes historiques. Pour Hegel. S'il est vrai que la connaissance est dans son fond re-connaissance. C'est le moment de la philosophie totale. Le moment de la praxis H. Pour Hegel. la philosophie est devenue pratique. la connaissance théorique est l'élément dominant de la pratique. La fin de l'histoire. s'il donne lieu à “ l'homme ” porteur du vrai accompli – le Philosophe –. 21. La rationalité (la philosophie) coïncide avec la réalité (l'État). cela met fin à l'histoire. L'histoire aussi est production et produite. Le moment s’acquiert dans une lutte réelle 108 109 H. Lefebvre reprend sa lecture de Nietzsche. Lefebvre commente : "Si c'est l'esclave qui devient l'homme historique en travaillant et luttant. Mais c'est à Hegel qu'il faudrait attribuer ce concept s'il se vérifiait que c'en est bien un. Lefebvre. tout est produit par la pratique théorique. le moment capital est celui où toutes les attitudes philosophiques ont été formulées et réalisées. dans son Introduction à la lecture de Hegel. H. Tout naît chez Hegel de la praxis. Lefebvre. Lefebvre en doute. en le concevant. H. Lefebvre reconnaît à Hegel un mérite : avoir dégagé la notion de praxis 110 . Le moment du savoir absolu : l'histoire et le système chez Hegel La relation entre l'histoire et le système chez Hegel a été soulignée par Alexandre Kojève. la fin souhaitable de ces luttes sanglantes supprime le devenir historique. et par conséquent dans la mort (y compris celle de l'histoire. l'auteur nous montre sa bonne connaissance du "moment historique" chez Hegel. pour H. Lefebvre. c'est précisément ainsi qu'il définit le concept de “ pratique théorique ”.

cette exigence. Hegel ré-écrit ainsi le temps sans le moindre obstacle : "La philosophie fournit le paradigme (tableau systématique et fermé des oppositions) ainsi que le syntagme (liaison. Lefebvre retrouve la fin de l'histoire : "Ce que nous appelons l'histoire se termine par une révolution totale (même si les phases et les “ moments ” de cette révolution se succèdent dans le temps). se voient dominés. De ces remarques. crépuscule. Le fonds opaque de l'être humain. dans cette perspective. Ibid. Mais peut-être cette “ pré-histoire ” devrait-elle s'appeler “ histoire naturelle de l'humanité ”. la post-histoire ? Elle peut se donner pour historicité accomplie. comme mise en forme ultime. On peut les dénombrer. Pour Marx. cela n'annonce-t-il pas la possibilité du tableau (de la synchronisation terminale) ? Oui. éléments. 25. le travailleur et le désabusé.Chez Hegel. que “ l'homme ” tâtonne. appropriés. Les moments et leurs connexions (opposition et enchaînement). une pensée combinatoire ne peut venir que tardivement. 25. La succession des moments de la révolution Chez Marx. en proie à des déterminismes qu'il ne connaît et ne domine pas. Le temps de l'appropriation remplace le temps de l'aveuglement dans lequel l'enchaînement des effets et des causes (y compris les volontés et les idées) échappait à la connaissance. le maître et l'esclave. leur enchaînement permettent ce récit global que Hegel nomme “ histoire ”. lutte contre la nature en son sein. 45 39 . aussi. croissance et développement social) ce double aspect définissant l'historicité. à la raison. Dans la réflexion hégélienne. tour à tour l'esprit fut le désir et l'entendement. Tel est le destin et l'ordre . p. unité réglée de figures dans le mouvement. p. De quelle histoire s'agit-il ? De l'histoire de l'esprit (idéelle et/ou idéale) coïncidant par hypothèse avec l'histoire réelle. Il montre que la logique immanente à l'histoire n'empêche en rien qu'il faille parcourir (et re-parcourir) l'histoire sans sauter du commencement à la fin : "La connaissance philosophique elle-même ne peut abolir le temps et substituer le tableau achevé à l'inachèvement phénoménologique. Lefebvre déduit la fin de l'histoire. Cette contrainte.. nuit. des moments inhérents au devenir. enchaînement) du processus (chaîne vécue sans conscience de l'enchaînement). l’enfant est un “ moment ” de l’homme 111 112 Ibid.. il a fallu les parcourir dans une lutte réelle. pour autant qu'elle se déroule à l'aveuglette. car on ne peut qu'imaginer (non pas concevoir et non pas faire) un temps non historique 112 ". ou plutôt l'esprit. Les figures. L'homme. Mais alors. Leur rapport. Et cependant. sans maîtriser la matière ? L'histoire proprement dite serait alors celle de “ l'humain ”. terminée. Cette histoire finit-elle ? Oui. 113 La fin de l’histoire. L'exigence de la lutte à mort ne vient pas d'une nature mais de l'esprit lui-même : de la finitude en laquelle se réalise l'esprit absolu 111 ". à la prévision 113 ". “ l'homme ”. sagesse. leur re-connaissance. comme préhistoire. Morte l'histoire. sa naturalité. finie. qu'il y ait logique et vérité de l'histoire. H. il y a un nombre fini des figures. sans se détacher d'elle. moments. cette nécessité se rattachent-elles selon Hegel à une naturalité originelle et originaire ? Non. p. La formulation de la Logique coïncide avec la fin : vieillesse. peut-on les combiner par la seule pensée ? Non. passe par les épreuves qui le mènent de l'originel à la connaissance. L'histoire apparaît alors. en désignant ainsi la période pendant laquelle l'être générique. H.

D'ailleurs. Anthropos. ne peuvent s'isoler du devenir global dont ils sont des moments : de l'histoire (naturelle. l'idée de responsabilité – qui apparaît spéculativement dans le système hégélien – n'est alors qu'une apparence. l'État (pour Hegel) vont comme l'individu vers le moment supérieur : la maturité. L'histoire et l'historicité. Le devenir Pour Hegel et pour Marx. de la culture. Pour eux. qui l'a terminée. de la société. dans une harmonie préétablie . Ni l'enfant. 40 . Les fondateurs de la pensée historique ne les séparaient pas. Nietzsche proclame qu'il en est bien ainsi : "Avec l'hypothèse : peut-être l'espèce humaine est-elle ratée. sociale. p. de la société. l'espèce. enfin saisi dans ses différences : dans sa genèse concrète 114 ". les broie. psychique). L’existentialisme (1946). l'histoire se définit par sa fin : l'état adulte de l'homme générique. etc. Dès lors. qui est fini ?" D'où vient cette idée ? De Nietzsche qui a eu le courage de déclarer l'inachèvement de “ l'homme ”. Car l'adulte sort de l'enfant et l'homme du singe : "Le problème est de savoir comment l'enfant mène à l'adulte.et comment le singe a été un moment de l'homme en formation dans la nature. Non l'inverse. assez du singe en l'homme. tâche infinie – fin mortelle. Spontanément. Un vieux problème philosophique va-t-il ressusciter : “ Sollen oder Sein ? ” Oui. la pensée. deviennent-elles modèles ? En admettant que l'achèvement de l'adulte ne soit qu'un mythe. 102. comme le suppose la démarche génétique. de la société. par la théorie dite “ néo-ténique ” (Bolk). 114 115 La fin de l’histoire. à l'Histoire ! – Les hommes. pour que cette marche puisse revenir vers l'actuel. 101 116 Henri Lefebvre. La représentation de l'inachèvement se dédouble – devoir-être sans fin et sans terme. instruments de l'Idée. l'histoire se définit comme maturation (de l'espèce. Aucun doute en ce qui concerne la maturité et sa valeur suprême. nous dit H. l'achèvement. Le devenir historique et ses moments Le devenir. la précipiter dans le passé (Uberwinden et non pas Aufheben). et marche vers l'achèvement. une réponse inverse vient aux lèvres. la société. avenir illimité. c'est-à-dire comme une expression d'une spontanéité. Comment pourrait-il y avoir histoire s'il y a achèvement ? Qu'est-ce que l'achèvement sinon la fin de l'être. irrémédiablement. Or. Il s'interroge : "Inachèvement de qui ? L'enfance. Ils concevaient l'un en l'autre. il se profile cependant un achèvement sans réplique : la mort. p. "aujourd'hui. une sorte d'illusion de la conscience malheureuse à un certain niveau 116 ". Impossible de demander des comptes à l'Idée. 79 La fin de l’histoire. la surpasser. si l'on en reste là. en contient la possibilité tout en étant enfant . l'adolescence. sont en définitive irresponsables . l'état adulte. de la pensée. possèdent chez Hegel un caractère implacable : "Le devenir universel dépasse tous les moments limités. l'histoire. Paris. ni le singe.Marx montre que l'adulte permet de comprendre l'enfant.. l'un par l'autre. et l'homme de connaître le singe. malgré le caractère ambigu (à la fois naturaliste et historisant) de ce concept. par la psycho-sociologie (Georges Lapassade et René Lourau)". ce serait l'inachèvement. 2° éd. c'est-à-dire de l'espèce humaine. il faut la dépasser. Non. les emporte dans son torrent destructeur et créateur. 2001. qui a eu son histoire. L'hypothèse nietzschéenne a été reprise avec audace par la littérature (Witold Gombrovitz). il reste en l'adulte assez de l'enfant. H. Lefebvre. Toutefois. de la pensée). p. Lefebvre fait rebondir la problématique. La relation entre le temps individuel et le temps historique doit s'élever au concept. si l'on trouve un autre sens en évitant de ressusciter une idéologie 115 ".

une hypothèse. Mais. et la continue . dans chaque domaine. à un niveau dans le développement de la connaissance. il va plus loin .Le moment déterminé Chez Hegel. 41 . allant des mathématiques à la physiologie et à la médecine . Comme tout savant. une généralisation". surtout. Lefebvre. Le propre du génie cartésien. et cela dans les domaines les plus différents. sa puissance. son originalité. cette exploration tous azimuts. Henri Lefebvre montre bien l’étendue des domaines étudiés et son apport à chaque question : "La simple lecture de cette série montre le caractère encyclopédique du génie cartésien. à partir des travaux de ses prédécesseurs. Dès ses premiers écrits. logiquement. il en tire ce que ces prédécesseurs n’avaient pas aperçu : une loi. et il cherche à les résoudre. Il prend place à un moment déterminé. explique H. Hegel part donc de ce moment déterminé du présent. avec sa négation : l’ailleurs et dans un autre temps. nous avons vu qu’est posé un rapport particulier à l’hic et nunc qu’il faut saisir. Lorsqu’il recense tous les travaux de Descartes en sciences entre 1618 et 1648. il prend la science acquise. c’est d’abord qu’il s’empare de l’acquis. il trouve des problèmes posés. débouche sur la découverte d’une forme et d’un instrument de connaissance : la méthode.

L’entrée dans le dispositif est le moment du passage de la demande qui s’est formulée à l’intérieur. L’analyse. pour changer son mode d’organisation domestique ou politique 118 . mais aussi somatique). pour se former. notamment lorsqu’il s’agit d’une intervention chirurgicale qui permet d’éviter des complications de santé. La notion d’urgence n’est pas absente. moments d’une biographie. R. Remi Hess. pour aider les acteurs à analyser la crise qui les traverse. Schleiermacher. F. en commande vis-à-vis d’un tiers. le bon moment de refaire son toit peut être la survenance d’une tempête qui a soulevé le toit… En politique. Toute entrée en thérapie (psychologique.D. Les socianalystes ont montré le cheminement qui s’opère entre le moment de la demande conscientisée. dans Centre et périphérie 117 . Le kairos est à la fois une recherche du juste milieu. dans la notion de tact que développera. 117 42 . 118 Christine Delory-Momberger. pour raconter son histoire de vie. 120 Michel Foucault. que l’on retrouvera d’une certaine manière. et plus particulièrement de sa recherche du juste milieu. c’est justement l’analyse des chemins conduisant d’une demande à une commande. etc. 119 Herbart. du travail. 2° éd. lorsqu’il formule pour lui-même l’idée que le dispositif de la cure lui serait utile pour sortir des difficultés qu’il traverse. une introduction à l’analyse institutionnelle. 2001). et le recours à une forme de dispositif d’analyse ou d’intervention fait émerger la notion de "bon moment". 414 pages. La notion de bon moment existe déjà dans la philosophie grecque. Paris. C’est le bon moment pour s’analyser. Chez les Grecs. Cette intervention n’est concevable que lorsqu’une analyse interne a déjà été faite qui a conduit le collectif client à formuler ce constat : “ nous avons besoin de quelqu’un d’extérieur pour nous aider à comprendre nos difficultés. notamment chez Aristote chez qui la notion s’inscrit dans sa recherche de l’équilibre. Paris. ” Ce qui est valable pour un groupe ou une institution vaut également pour la personne. et la commande. Schleiermacher. pour se soigner. 1994. à une demande. Mais l’adéquation temporelle entre la dynamique interne du sujet (individuel ou collectif). etc.. Dans la dynamique d’une institution. 4° éd. Dans la gestion d’une maison. 1984. c’est l’intervention de sociologues institutionnalistes dans un groupe. à la suite de Herbart. 2001. La socianalyse. Paderborn. du débat. j'introduis la notion de moment socianalytique. Ce collectif va appuyer la réforme auprès de ceux qui ne veulent pas changer. Ferdinad Schöningh. L’entrée en psychanalyse survient à un moment particulier de la vie du sujet. du plaisir. le bon moment d’une réforme suppose une prise de conscience d’un collectif assez large sur la nécessité d’un changement. l’appel à des personnes extérieures permet de construire une distance. lorsqu’il développera les qualités requises par le pédagogue 119 . Anthropos. L’usage des plaisirs. F. Gallimard. Centre et périphérie. et de ses outils de travail. correspond à un moment de prise de conscience. Ausgewählte pädagogische Schriften. une introduction à l’analyse institutionnelle (1978. Anthropos.E. c’est la notion de kairos. 311 p. dans l’espace et dans le temps. Paris. Michel Foucault l’a souligné dans L’usage des plaisirs 120 . une organisation ou une institution.Chapitre 5 : Le bon moment Dès 1978. Allgemeine Pädagogik (1806) . Le sens de l’histoire. La commande est le passage à l’acte qui conduit le demandeur à choisir un dispositif de traitement de sa demande. Hess. il y a un bon moment de la rencontre.

c’est d’accepter de ne pas brusquer les choses. Il est important qu’il y ait demande (de distanciation). Dans ces métiers. et donc. général. Scheiermacher. on peut dire que toute sa théorie de l’interprétation est redevable à la posture herméneutique de F. Sigmund Freud connaît bien la démarche herméneutique de F. le kairos est donc un instant quasiment intemporel. et qui correspond à un bon redéploiement de son expérience clinique. traduit et présenté par Jackie Pigeaud. sans durée. L’homme de génie et la mélancolie. Ils ont du mal à se rencontrer. Et à la limite. Selon lui. est incongrue. PUF. 1998. le kairos est lié au temps. la qualité du clinicien. dans lesquels sont installés le jeune et l’adulte. de Freud. cet instant adéquat. in Jacques Le Rider. c’est-à-dire ce temps propice. c’est justement cette maîtrise du "bon moment". propose une définition du kairos comme "moment où le technicien (à l’évidence c’est de l’homme de l’art – tékhnè – qu’il est là question et qui s’oppose au praticien de la science – epistémè). ou encore temps opportun. de dire. Michel Plon montre que cette question du bon moment est un problème central pour les trois métiers impossibles selon Freud : gouverner. au sens où nous employons ici ce mot. le moment est pris ici dans le sens du der Moment allemand (par opposition à das Moment). On touche à la question de l’analyse herméneutique du contexte. le tact concerne non seulement le moment de l’intervention. Henri Rey-Flaud. on pourrait le traduire par instant adéquat ou temps propice. et de décider du moment opportun pour optimiser son intervention. über den Traum. Schleiermacher. et dans Der Witz und seine Beziehung zum Unbewussten. mais aussi la gestion du rapport au temps dans le travail lui-même. soigner. 1988." Comme l’indique J. de formation. l’interprétation brutale. c’est le moment où l’autre a quelque chose à attendre de vous. Schleiermacher. orateur. dans la vie du sujet ou du collectif. Si l’on traduit kairos par bon moment. Sans cette attente. Dans le "bon moment". doit intervenir. par l’urgence que nécessite l’état des choses. et la qualité que le professionnel. Le patient lui répondra : "Tu dois savoir que je n’ai rien à apprendre de toi !". de réforme. Chez Freud.Dans sa présentation à sa traduction de L’homme de génie et la mélancolie. Jackie Pigeaud. même quand on a raison. selon F. L’enfant veut éviter de penser à son futur. 122 Michel Plon “ De la politique dans le Malaise au malaise de la politique ”. se trouve être en demande. comme importante dans le travail pédagogique ou analytique. il faut à nouveau attendre le "bon moment" pour 121 Aristote. Paris. S’il le cite explicitement dans Die Traumdeutung. et immédiate dès qu’elle survient dans la tête de l’analyste. pour qu’il y ait confrontation à un dispositif de soin. Dans sa réflexion à partir du Malaise dans la culture. Le bon moment de parler. Ce qui différencie le bon professionnel du mauvais. 154 pages. Gérard Raulet. F. Pigeaud. dans lequel vit l’enfant. qu’on détient le savoir sur lui. et le moment de l’avenir de l’élève auquel pense le pédagogue lorsqu’il lui propose des apprentissages. rien ne sert de forcer l’autre. Tous les deux ont identifié la notion de moment. Analysieren. bref vous écoute dans ce que vous pensez pouvoir lui dire de lui. Mais à l’intérieur du dispositif lui-même. que dans l’épaisseur du moment. Le kairos est donc davantage dans l’insight de l’instant. le praticien dans sa manière de porter un diagnostic. où l’autre est capable d’entendre ce qu’on veut lui dire. 43 . d’Aristote 121 . Schleiermacher constate qu’il y a un conflit. éduquer (Regieren. Michel Plon. Il faut attendre le "bon moment". Autour de Malaise dans la culture de Freud. et d’être capable d’attendre en espérant parvenir à rencontrer un jour le moment adéquat d’une parole : le bon moment de l’interprétation. la pédagogie est un combat entre les deux moments. qu’il soit médecin. Paris. le juste milieu. entre le moment présent. Du point de vue du temps. la question est toujours de choisir le "bon moment pour intervenir". Erziehen) 122 . Petite Bibliothèque Rivages.

qui fait le choix. précise Lacan. 124 Machiavel. la vraie différence ne vient pas de la naissance. L. Laffont. du talent. H. Faire la bonne analyse de la situation. au moment décisif. Dans cette exploration du "bon moment" en politique. "Il est très important qu’un enfant commence dès son jeune âge à entendre dire du bien ou du mal d’une chose. mais il ne prend pas en compte. Rappelons que pour lui." Et concernant sa conception des rapports entre les hommes. on sait qu’elle anticipe la conception selon laquelle "l’homme est un loup pour l’homme" (Hobbes). n’est pas infaillible. En politique. On se trouve dans un univers qui échappe au contrôle : on se trouve dans l’inachèvement. comme chez l’homme politique. Quand Lacan. 458. car cela l’impressionne nécessairement et il détermine ainsi son comportement sa vie durant 124 . de ne jamais poser d’acte. Ainsi. "Faire la bonne interprétation au moment où il faut. de manquer les occasions d’agir. Michel Plon explore le travail de clinicien du politique qu’opère Machiavel qui. le "métier" du pédagogue. Lacan 123 . Dans ces courriers. ajoute J. c’est le "moment décisif" selon H. mais l’échec est à l’horizon. Paris. Machiavel n’est pas un philosophe. dans une sorte d’idéal de perfection. Paris. Seuil. vient du fait que ces arts reposent en définitive sur la maîtrise du tact. dans l’analyse. comme le médecin ou le politique peuvent toujours se tromper. lui fait perdre la bataille. p. et présentation par Christian Bec. Lefebvre évoque Léon Trotski. Il écrit des textes en relation directe avec sa pratique. de l’intuition. Et il observe. serait dans leur capacité à attendre le "bon moment" avant d’intervenir. Le Moi dans la théorie de Freud et dans la technique de la psychanalyse (1954-1955). 44 . L’art consiste à "répondre ce qu’il faut à un événement en tant qu’il est significatif. Discours sur la première décade de Tite-Live. comme dans l’éducation ou la politique. Plus qu’une théorie du politique. depuis l’époque de Clausewitz. qui relève d’un domaine difficile à contrôler qui est la subjectivité. c’est qu’ils étaient bon psychanalystes". Machiavel reproche aux dirigeants d’hésiter constamment. c’est être bon psychanalyste". la nouvelle portée des canons. mais un praticien. comme métier "impossibles". Il est au service du pouvoir florentin. Trotski croit maîtriser le savoir stratégique. lors de la bataille de Varsovie en 1917. Il réfléchit sur les différences entre les personnes. Lefebvre. trad. lecteur de Clausewitz. d’envoyer ses fantassins. est un enjeu stratégique considérable. Machiavel fonde une clinique de l’expérience. l’ordre donné à la flotte de sortir du Pirée". Le rapprochement qu’a fait Freud entre le gouvernement. Son journal prend la forme de lettres qu’il envoie ici ou là. dit que "si Thémistocle et Périclès ont été de grands hommes. mauvais. Dans cette clinique du politique. c’est celui qui. le soin et l’éducation. l’art est de choisir le bon moment de conclure. depuis l’époque napoléonienne. Cette décision. inadéquate par rapport à l’évolution des batailles. 1978.s’autoriser à l’interprétation. il médite tout particulièrement sur le rapport au temps. entre la situation et la posture. découvre que la réussite de la praxis politique est liée à la capacité de saisir l’occasion lorsque celle-ci se présente. qu’il est fonction d’un échange symbolique entre les êtres humains – ce peut être. il veut souligner que chez le psychanalyste. Ces lettres et rapports de mission confidentiels lui serviront d’ébauche pour l’œuvre à venir. le sort de l’Europe aurait été changé : le communisme aurait gagné toute l’Europe. Le séminaire. impossible à atteindre. entre 1498 et 1512. 1996. Celui qui sera perçu comme "mauvais professionnel". se trompe dans son choix. Cette conception 123 Jacques Lacan. lui aussi. in Œuvres. Celui qui réussit fascine. livre II. Si son choix avait été inverse. évoquant Socrate. avant d’utiliser les canons. au moment opportun. Selon Freud. mais de l’éducation. et d’une certaine manière la guerre. de thérapeute ou du politique. Le maître. Cet art de l’adéquation. ou pour parler comme Machiavel de la virtu.

en comptant sur les hommes du Roi. car il s’est totalement inscrit dans la réalité. in Œuvres. Toutes les lettres de Machiavel. et j’attends mon heure 126 . et surtout les princes. 45 . Il décrit la dimension psychique dans la matérialité du rapport au temps. C’est la substance d’où l’on va tirer les occasions de l’action. parce qu’ils sont plus haut placés. lorsqu’elle se présente. Ce vécu à proximité d’un prince. Il écrit : "Laissant de côté les choses que l’on a imaginées. différent. On verra que cette dialectique a été pensée dès le moment grec de la philosophie. En dehors de lui. Machiavel est stupéfait de la manière. les autres n’aient rien soupçonné de ce qui se préparait ! La ponctuation de cette histoire sera l’élimination des traîtres qui aura lieue le jour de la Saint Sylvestre 1502. d’où il s’ensuit que l’on doit l’excuser et non pas le taxer de négligence 128 . p. je tends l’oreille à tous les bruits. quand les faits sont là et pas autrement. le complot échoue d’un rien : le duc s’en sort. le côté décisionnel du kairos suppose un temps préalable. en donnant une dimension ostentatoire à ses préparatifs de guerre." Dans la vérité des choses. p. La fascination de Machiavel vient du rapport au temps que le prince a construit : il est à la fois dans et hors du moment de l’adversaire . se définissent du fait que le temps pour l’un inclut le temps. Machiavel observe César Borgia. à propos d’un prince et discourant de celles qui sont vraies. 127 Michel Plon. Le politique est celui qui sait saisir l’occasion. où ses paroles et ses gestes se fondent totalement dans la temporalité de la menace. Le rapport de l’autre au temps est un élément essentiel de l’analyse stratégique. il a su jouer sur les lenteurs des adversaires à l’affronter. C’est la matière première de l’action politique. 142. p. Son projet n’est pas de décrire l’idée que l’on se fait des choses. et l’argent du pape. et il déterminera le choix tactique d’intervenir ou pas. quasi impossible. Dans la stratégie. plus d’une fois. cit. tant dans la temporalité que dans son étendue. mais la vérité effective des choses. attesté qu’il ne publie chose aucune qu’au moment même de l’exécuter. qui lui permet de découvrir l’exercice du pouvoir. Il fait beaucoup de bruits autour de la préparation d’une campagne : l’art du politique est cette maîtrise du concret. 2 vol. Il construit des leurres. l’évolution du rapport de force et son devenir. Le prince. Il s’était préparé. Alors que le prince dit calmement qu’il jugera les Seigneurs de Florence sur leurs actes. 148." Quelques jours plus tard. Machiavel s’étonne que." 125 126 Machiavel. vol. 285. qu’il accompagne lors d’une opération que celui-ci mène. 1955. p.implique un certain rapport au politique : l’action politique efficace doit prendre les hommes tels qu’ils sont. durant lequel on a pris soin de construire un dispositif. 1996. on peut proposer une théorie des moments qui soit dialectique. 128 Toutes les lettres de Machiavel. op. personne ne connaît le lieu de l’attentat qu’il organise : "Ce Seigneur est le plus secret des hommes… Ses secrétaires m’ont.. entre octobre 1502 et janvier 1503. comme significative : "Je temporise. 221. Gallimard.. dont procède le prince. Paris. Machiavel observe comment le Prince entre dans ce temps. la dimension du temps apparaît essentielle. Celle-ci est fragile. Lors d’un complot qui se fomente contre lui. lorsqu’on en parle. il glisse une petite phrase que Machiavel note aussitôt. De cet enchevêtrement des temps d’avant le "bon moment". et qu’il ne l’exécute que quand la nécessité le talonne. fugace. derrière ce vacarme. Il nous faudra tenter de la dégager. Comme le remarque Michel Plon 127 . pour agrandir ses territoires. fonctionne comme une Erlebnis (expérience vécue). mais fait du terrain. de l’autre. sont jugés en fonction des qualités qui leur apportent blâme ou louange 125 . je dis que tous les hommes. 1. du prince. Machiavel constate que la bonne maîtrise de la temporalité est liée au fait que le prince ne rêve pas.

in Les irrAIductibles n°6. Mais Freud avait conscience de s’être trompé dans le cas de "l’homme au loup". Les discussions concernant la construction du dispositif ont été très vives. la situation se dénoue. de politique ou d’éducation. La situation est particulière. d’urine. tant sur la durée des séances. Voir également des mêmes auteurs “ Le dispositif de la socianalyse ”. Paris. comme dans la psychanalyse 130 . comprendre et juger. C’est le stade de la stratégie. de ces trois temporalités. On évalue nos propres moyens et nos chances de victoire possible. le dispositif que propose l’intervenant est une assemblée générale. on l’étudie en tant que telle. ce que J. On sait que. le temps pour comprendre. entre l’universel. Lapassade. Imaginer –coopter. de ces trois moments. dans une première période de sa vie. l’autre ne me manquera pas. ses moyens. Anthropos. Lacan s’est beaucoup intéressé à Hegel ! Ces trois moments sont bien antérieurs à Hegel : ils sont déjà présents chez Hippocrate. octobre 2004. R. permettant l’accès aux éléments transversaux les plus divers (transversalité) de l’établissement en analyse 129 . intervenir pour conclure sont donc les trois moments de ce processus qui ouvre sur le "bon moment". Université de Paris 8. de ces trois étapes. Il faut tenir compte de l’adversaire. 46 . dans un mouvement propre et autonome. On fait des prévisions. La socianalyse. Dans toute situation d’analyse. 130 Jacques et Maria Van Bockstaele. 1971. Peut-être ce moment existait-il déjà. qui s’étend jusqu’à l’universel.Tous les auteurs qui se sont intéressés à la théorie du "bon moment". tel qu’il se présente sous ses yeux. Elle a des particularités. sous une forme ou sous une autre. Celle-ci a pu être courte au début. p. dans telle ou telle situation. puis s’est allongée. le temps de l’intervention est limité (trois à cinq jours). le moment de conclure. à la manière hégélienne. Comme le dit le proverbe : "Le lion ne bondit qu’une fois !". Dispositifs I. qui suppose une organisation. Les séances sont plus courtes. mais pensées dans la succession. lors des trois moments. au sein du mouvement psychanalytique. le particulier et le singulier. Dans la socianalyse. qui tient une position antagoniste à l’intervenant. Chez les Van Bockstaele. -Le second moment est celui du diagnostic. les règles sont sensiblement différentes. ses forces. Le temps d’un éclair. Mais sur le plan de la durée. les spécificités de cette situation singulière qui n’a pas d’équivalent. Aussi. telle que nous l’avons pratiquée avec Georges Lapassade et René Lourau. le praticien doit aller jusqu’au boût. 224 pages. Il décrit la situation en dégageant les caractéristiques. agir (formulation des militants de l’action catholique dans les années 1930). etc). 2004. voir. On élabore un pronostic. Lacan reformule dans son célèbre sophisme du temps logique et de la certitude anticipée : l’instant de voir. Ce travail d’enquête demande du temps. Et cette dynamique se développe dans un contexte. Il faut reconnaître cette position puisqu’on veut la modifier ou la vaincre. on va demander des analyses (de sang. Ce moment prend en compte à la fois le temps et l’espace : on mesure la surface de l’autre. 15 à 26. Clefs pour la sociologie. -Le troisième moment est celui de l’intervention. Lourau. juger. le conçu. Seghers. C’est le recueil des données : le praticien examine le cas. développe une temporalité qui dialectise. la plus large possible. refusa-t-il de fixer à l’avance le terme d’une 129 Une première description des règles de la socianalyse est donnée dans G. Le médecin grec inscrit sa théorie du bon moment dans une trilogie du même type : -Hippocrate dégage d’abord le moment de l’enquête. Si je manque mon coup. trois moments : le perçu. La pratique impose donc une prise en compte permanente de l’étendue et de la durée. Cet acte est définitif par rapport à la situation singulière. que sur la longueur de la cure. l’action (H. Soulignons la dialectique. Percevoir. Aujourd’hui. Paris. à l’époque d’Hippocrate ? Toujours est-il que l’enquête demande un temps de travail. Lefebvre).

thèse de sciences de l’éducation. Certains moments comptent davantage que d’autres. un moyen d’accélérer certains processus est la mise en place d’analyseurs construits 131 . apparaissent moins comme des aménagements que comme des altérations radicales des représentations que se donne le sujet de ce qu’il a été. 1971. n’étant que le montage télévisuel de moments décisifs (les buts marqués. 1905. 134 Lesourd. soutenue à Paris 8. Contribution multiréférentielle à la recherche sur les temporalités éducatives chez les adultes en transformation dans les situations liminaires. dans votre souci d’abréger l’analyse. Ce travail veut apporter une intelligibilité nouvelle à la problématique des transformations du sujet adulte. selon que je suis dedans ou dehors. Paris. Lapassade. L’analyseur et l’analyste. Je regarde cela de loin. en football. par rapport au sport. p. par hasard. II. PUF. je fais plusieurs choses à la fois (d’où le fait que je vive mal de devoir écouter les commentaires techniques des coups de pied arrêtés de David Beeckam. La représentation.cure ! Cependant. Francis. Vous commettez une faute grave si. au moment des informations générales. Je regarde ce type de spectacle en étant ailleurs. mais cette veille peut déclencher une mobilisation psychique totale. Gauthier-Villars. et de ce qu’il souhaite devenir. Il vous faut attendre le moment opportun pour communiquer votre interprétation au patient avec quelque chance de succès. J’expérimente une sorte de veille. Ces moments peuvent être heureux. Ecrit sur la conscience phénoménologique de la conscience intime du temps. Bon moment et formation Dans sa thèse sur Les moments privilégiés en formation existentielle 134 . je n’ai plus le même rapport au monde. S. Je puis être ailleurs ou être dedans. idées. Francis Lesourd se donne pour objet. 133 Husserl. mais. Freud. sous la direction de Jean-Louis Le Grand. en pensant à autre chose . LAMCEEP. 1991. 1985. En tant qu'interrogation de discontinuités créatrices. surviendrait un moment décisif du jeu qui ferait basculer la présentation 133 . les moments privilégiés. Dans la socianalyse. 3° éd. mais ne le sont pas nécessairement. qui peut être considérablement affiné par l’expérience. ce travail de 131 132 G. les moments privilégiés désignent les discontinuités qui. Ceux-ci doivent susciter l’appropriation par le collectif client d’un problème resté implicite. “ La question de l’analyse profane. vous jetez vos interprétations à la tête du patient dès que vous les avez trouvées 132 . Chez Freud. trad. une nouvelle tâche se présente à vous. l’analyse des gestes techniques se fait quasiment instantanément sans grande mobilisation. 47 . En l’occurrence. il y a un lien. dans le cheminement du sujet. ” in Résultats. en montrant que toutes les séances ne sont pas vécues avec la même intensité. il voit la possibilité d’accélérer les choses. avec son concept de "bon moment". 29 octobre 2004. qui s’établit entre l’interprétation et le bon moment : “Quand vous avez trouvé les interprétations justes. vol. Pour moi. fr. lorsque l’évaluation du jeu l’implique. dans un parcours de vie. leur caractère privilégié réside dans le potentiel de naissance à soi-même dont ils sont porteurs. par exemple). Les moments privilégiés en formation existentielle. PUF. 204 p. La psychanalyste fragmente aussi le temps. Je ne peux pas dire que lorsque je regarde une émission sur le Tour du Dauphiné ou sur le Grand prix de formule 1 du Canada. mais avec une demande de ne pas être dérangé au cas où. par exemple. Le foot m’absorbe : il me capte. problèmes. L’attente des bons moments : le plaisir du spectacle sportif Il en est de même pour moi. par mon épouse). Paris. je sois "mobilisé" à 100%. 89. de ce qu’il est. À quoi reconnaît-on chaque fois le moment opportun ? C’est l’affaire d’un tact. ” On retrouve ce point de vue dans l’Abrégé de psychanalyse : "Evitons de lui faire immédiatement part de ce que nous avons deviné".

loin d’être donné au monde. l’infrastructure temporelle personnelle constitue la matière première sur quoi et avec quoi le sujet travaille lorsque. La première. une infrastructure temporelle personnelle. elle souligne l’importance de l’action du sujet qui. C’est cette infrastructure temporelle qui se transforme au cours des moments privilégiés.F. à la production et au guidage du processus par quoi il se transforme. l’altère profondément et. il est possible d’envisager le guidage pour le sujet lui-même de ses transformations existentielles comme objet de recherche en formation. De ce point de vue. Le choix de cette approche ne se justifie certes pas de la complexité intrinsèque de l’objet . sont tout particulièrement questionnés. éducatives) favorise l’émergence d’une intelligibilité de l’objet autre que celle à quoi un regard monodisciplinaire aurait pu conduire. pour se former dans des temps est conduit à former ses temps. spécifique. anthropologiques. En outre. Par voie de conséquence. interpersonnelles. pour chaque sujet. La troisième prise de position. nommée savoir-passer en référence au caractère liminaire du processus. en Sciences de l’éducation. les transformations de perspective (Mezirow) et l’émergence des quêtes de sens de l’adulte. sur quoi s’étaye sa cohésion identitaire. Le questionnement des moments privilégiés se fonde sur trois prises de position. tient au choix d’une approche multiréférentielle qui. l’action du sujet adulte se porte sur sa propre infrastructure temporelle. La chrono-formation est définie comme formation de temps formateurs . le temps en provient . les temps successifs d’une vie apparaissent éclairés. le sujet n’est ni tout-puissant ni tout-impuissant. il est produit par les phénomènes. La seconde prise de position. l’accompagnement des sujets en situations liminaires et. il participe. ce travail se réclame d’un pluralisme temporel (Bachelard) selon quoi. épistémologique. Lesourd propose de considérer que cette multiplicité de temps constitue. les actes effectués à ce moment par le sujet. théorique. intrapsychiques se présentent comme un “ système ” complexe en interaction permanente . Cette notion de co-auteur suggère que. les actes. psychologiques. En l’occurrence. sociologiques. ces actes mentaux renvoient à une forme particulière de savoir d’action. Parmi les chantiers de recherche qu’a ouvert. au cours de ces transformations. Au cours des moments privilégiés. implique le renoncement à un point de vue totalisant et achevé. en formation des adultes. En tant qu’ils favorisent le guidage des transformations personnelles. fait émerger ce qui lui apparaît après-coup comme une transformation existentielle. de façon plus générale. interrogent les moments-clés d’engagement dans un processus de formation institué. axiologique. en tant que co-auteur. Dans cette perspective. les œuvres et les vies. s’appuie sur un questionnement des moments privilégiés du point de vue des temps qu’ils mobilisent. d’emblée. de façon semi-délibérée. oblitérés ou reconstruits après-coup en fonction des réorientations des projets du sujet. ce choix axiologique conduit à questionner tout particulièrement l’action – matérielle ou mentale – effectuée par le sujet à l’occasion de ses moments privilégiés. Cette hypothèse est mise à l’épreuve de vécus rapportés par une 48 . cette thèse se situe plus particulièrement dans la filiation des recherches de Gaston Pineau relatives à une chronoformation. partant. la prise en compte d’une multiplicité des temps. L’hypothèse de l'auteur est qu'actes mentaux et savoir-passer sont appris par l’expérience mais peuvent être ultérieurement conscientisés. on peut ainsi considérer une multiplicité de temporalités à la fois synchroniques et diachroniques : les temporalités co-présentes sociétales. consiste à aborder le sujet adulte comme co-auteur de ses propres transformations existentielles. Lesourd rejoint les recherches qui. il relève d’un pari selon quoi l’inter-questionnement d’une pluralité de références (psychanalytiques. F. les turning points mis au travail dans les pratiques d’histoires de vie. institutionnelles. en particulier ses actes mentaux. En d’autres termes.

pour le sujet. L’explicitation biographique constitue un mode d’observation rétrospective de la mise en œuvre concrète des savoir-passer. Le repérage de certaines conditions de conscientisation et d’apprentissage des savoirpasser contribue à enrichir le fonds commun des ressources transitionnelles en éducation et en formation des adultes. un mode d’accompagnement de leur conscientisation.enquête. Il favorise la mobilisation de ses ressources par le sujet en situations et leur compréhension par ceux qui les accompagnent. 49 . Ce mode d’observation des savoir-passer constitue également. Le mode d’observation s’appuie sur des histoires de vie en formation et des entretiens.

De la pourriture. au courrier. et il est difficile de suivre mes propres projets quand je suis avec lui. si. intensément. mais globalement l'idée centrale est juste : la réédition du Dictionnaire des philosophes correspondait à une entreprise de liquidation de la pensée des auteurs influencés par le mouvement de mai 1968. Qu'est-ce que l'espace aujourd'hui ? Aujourd'hui. J’avais emmené le dossier à Jean . en plus. découvrit que le contrat avait été signé et l’avance versée. est un livre fort : j'ai téléphoné à l'auteur pour le féliciter. et ils ont fait la liste des ouvrages urgents à rééditer : le livre de Lefebvre était sur la liste. à Hubert de Luze) “ Et le travail éditorial a donc repris. de recevoir une avance. Lefort. Je n'ai pas eu le temps de me plonger dedans (seulement dans la lettre d'accompagnement) : je suis avec Romain. de Jean-François Raguet. terminé le lendemain matin très tôt. Hier après midi. Comme le livre ne fait que 170 pages. J'ai affiché des informations sur ce colloque dans la salle de l'AI. Celle-ci avait accepté à condition. Il y a un an.H. Mercredi 20 septembre 2000. Il faut le faire vite et bien. l’ensemble du dossier était au CNL. j'ai eu. Le livre pouvait donc être envoyé au CNL. Je m’étais occupé de demander les droits à la veuve d’Henri. Certes. René Lourau aurait beaucoup aimé ce livre. je peux facilement faire 20 pages . celui-ci.” Jeudi 18 mai 2000. il m'égratigne injustement comme beaucoup d'autres. différente de la préface de la Production de l'espace. mais il fallait une préface. en fouillant dans les archives. penser moi-même l'espace. Armand Azjenberg (qui a beaucoup travaillé avec René Lourau en 1985 et 1993) a mis sur le net des textes de René. il me faut faire une préface vraiment originale. Lobrot. Lundi dernier. Il faut aller plus loin. un très beau livre d'un ancien thésard de René Lourau. Lefebvre : grande responsabilité. d’Henri Lefebvre : ce livre avait eu 3 éditions chez Anthropos. d'H. Valence est déjà passé : la vitesse est formidable. Lefebvre. on parvient à se concentrer sur quelque chose. Square Clignancourt Hier. à la maison. Avec Lapassade. mardi midi à table. le Centre national des lettres a décidé d’avoir une politique incitative sur le terrain de l’architecture. depuis quelque temps. Or. Brohm… il voit sa rubrique terriblement réduite. Et ce que l'on enlève est justement ce qui fait politiquement sens. Lundi après midi. Huit pages.INTERLUDE 1 L’Année Lefebvre 14 septembre 1999 (Extrait d’une lettre de R. J’avais transmis le dossier à Anthropos. Lefebvre. On en a parlé avec Dan Ferrand-Bechman. la réunion du groupe de travail sur le colloque H. j’avais proposé de rééditer La production de l’espace. 9 heures. Le fait d'avoir ce carnet dans ma poche est une chance 50 . j'ai trouvé une lettre de Jean Pavlevski me demandant de préfacer la réédition d'Espace et politique. mais n’avais pas eu d’écho à cette demande. car elle est inscrite à ce colloque (Patrice aussi d'ailleurs) qui aura lieu en novembre prochain. Cela va permettre de sortir ce livre à un prix excessivement raisonnable (le même qu’en 1986 : 140 fr pour 500 pages). je me suis mis à écrire ce texte.

Siméoni à Mayotte. Je suis rentré dedans totalement. entre ceux dont on a les adresses et ceux dont on ignore que l'on peut les toucher… La théorie "centre et périphérie" fonctionne donc très fort. Je ne sais pas tout de ses activités. mais nécessaire pour que le travail commence à s'élaborer en moi… Pourquoi est-ce que je donne priorité psychique à ce projet. qui contraste avec l'accueil qu'il a encore dans un certain nombre de pays. et d'écrire. avec les Verts de Munich. cette proximité. Bernard Wattez. Il joue avec des amis . Lefebvre est victime de la 51 . Colloque Henri Lefebvre Georges Labica ouvre les rencontres. y compris avec ses voisins. René Lourau et Raymond Fonvieille sont morts. "Espace Marx" (64 rue Blanqui. Ma préface doit être le texte de mon intervention au colloque H. le texte que je conçois pourrait avoir un impact. Cela modifie fondamentalement mon rapport à l'espace et au temps.-J. Lefebvre de novembre. Samedi 25 novembre 2000. avec Driss à la Réunion. par exemple. Un professeur de Paris VIII (dont je ne connais pas encore le nom) avait avec lui le Rabelais. Je pense à Alain Lipietz. mais la mort de Raymond Fonvieille m'a un peu déstabilisé. Il est à Tétouan. Pierre Lantz. et dans le contexte des municipales. alors qu'il me faudrait terminer le numéro de Pratiques de formation sur René Lourau qui dort dans un coin ? Jacques Ardoino me presse de coups de fil. mais concernant la préparation des Dossiers pédagogiques. Lefebvre. Je lui rendrais demain. Par exemple. Une partie des Verts qui ont un mail dans le 18e ne m'ont pas donné leur adresse. Peut-être Antoine Lagneau dispose-t-il des adresses électroniques des gens des deux clans ? Il faudrait que je le questionne à ce propos. Il me demande conseil et je lui réponds. Cet espace virtuel se superpose à l'espace institutionnel et à l'espace tout court.pour moi. Il rend hommage à René Lourau "qui aurait été là. ou Christine Delory-Momberger. Je vis des relations suivies avec Ahmed Lamihi. dont Nicole Beaurain. etc avec Gaby Weigand à Würzburg. H. livre que je ne connaissais pas encore : il accepte de me le prêter. mais l'idée de publier un texte sur H. J'ai relu Espace et politique hier soir : une lecture rapide. maintenant. je suis la progression du cahier sur Raymond. Il y a donc un cloisonnement technique qui structure les clivages. Il faut que je reprenne à bras le corps ce chantier. notamment sur "espace et politique". 10 h. Lefebvre m'importe. un enjeu important. avant d'avoir eu le temps de découvrir ce monde du virtuel.… Je sais que j'aurai au moins une lectrice : Corinne Jaquand. C'est important. avec un prof argentin sur le tango. Georges Labica parle de l'éclipse d'Henri Lefebvre en France. Dans le public d'une quarantaine de personnes. Jacky Anding n'a pas de mail : il vit par procuration. je ne peux pas les joindre. s'il n'était pas mort en janvier". (qui vient de se lever et qui est très beau). Vert-horizon est un enjeu. Dans le découpage de l'espace virtuel. Je vis actuellement un bouleversement organisationnel : j'ai Internet chez moi depuis 3 mois. il y a donc un clivage entre ceux qui disposent d'un mail et les autres… Mais il y a des clivages aussi. efficace et permet de vivre l'espace autrement : j'ai des contacts aussi avec Sonia Altoé au Brésil. des gens de quartiers voisins. Ce mode de travail est vraiment rapide. Comment concevoir l'espace maintenant ? Cette inscription sur le mail rend aussi plus proches. Bernard l'a et c'est autre chose. Il faut donner les adresses électroniques de chaque adhérent mailé. Paris). et beaucoup de gens qui connaissent H. avec M. Henri Lefebvre. etc. il a l'air heureux : une occasion de prendre le soleil.

Mai 1968 n'a pas donné à H. membre de l’équipe d’animation. j'insiste sur l'importance de la temporalité chez H. Anne Querrien. mais L. Nécessité de décrire et d'accepter ce quotidien singulier et de tenter de le comprendre.. et en même temps le CA refuse la convention avec Mayotte. j'ai appris que 560 exemplaires de La production de l'espace avaient été vendus depuis janvier. Jean-Pierre Lefebvre évoque le "post-modernisme". Robert Joly insiste sur la critique de la vie quotidienne. H. au fond de la salle. L'exigence de la théorie. Il cite Brossat pour critiquer la notion de citoyenneté. L'AI doit être confrontée aux grands thèmes lefebvriens. Je me retourne et regarde le public. Lefebvre n'ignorait pas L. pour fêter la sortie d'Espace et Politique. qui a méconnu et méconnaît la pensée vivante. dans les milieux de l'urbanisme et de l'architecture.. je me dis qu'il y a ici même un constat : la faillite du politique. urbain. Charlot. la théorie de l'information : sa pensée apparaît comme un jaillissement permanent. Je partage son sentiment. Pas d'achèvement dans les voies ouvertes : cet inachèvement est insupportable pour l'intellectuel fermé .. Il a introduit Marx en France. la ville. Pourtant il n'était pas un polygraphe : H. la théorie du chaos.relégation des auteurs qui ont refusé le système . Le sentiment du professeur qui vit le chahut dans sa classe. un très bon chiffre : Jean Pavlevski a donc voulu nous offrir le champagne à Lucette et à moi. de la pensée aussi. Lefebvre acceptait de se contredire. Chez Anthropos. Althusser ignorait H. dit G. Lefebvre comme leur référence. il est un ouvreur de chemins . galvaudée aujourd'hui : cette idée est partagée par B. et qui croit que ce vécu est particulier. En moi-même. puisqu’à Nanterre (où j’étais étudiant). il a ouvert des voies. Jean-Pierre Garnier intervient fortement. vient de faire un texte pour étudier l'influence des Français sur la pensée de l'urbanisme mondial : Henri Lefebvre y est très présent. Henri Lefebvre 2 mètres. que les autres ne vivent pas cela. Reprenant la balle au bond d'une intervention de Makan. Je note la sortie d'Espace et politique (2e édition) que j’ai préfacé : j'en ai apporté vingt-quatre exemplaires et huit exemplaires de La production de l'espace. selon une logique de falsification. par exemple). Les étudiants qui avaient fait mai 1968 dans une optique de changer les choses en profondeur considéraient H. Le débat part très vite. 52 . mais ne l'appliquent pas dans le XVIIIe. La vie institutionnelle se développe. Althusser. qui décroche. Ce point fait l'objet d'une contestation. Peut-être me faudrait-il travailler à la réédition de nouveaux ouvrages. Nicole Beaurain fait appel à La proclamation de la commune. responsable des Annales urbaines. La dialectique entre la théorie et la pratique lui semble être au cœur de ce livre. livre important.fr).. il contestait la cathédrale de concepts. Lefebvre. Qu'est ce que penser ? est évoqué par un enseignant de Saint Denis (militant GFEN) : Pascal Diard (diardmp@wanadoo. cette exaspération contre la pensée ouverte trouve des raisons dans l'éclectisme des références : Sylvie Vartan côtoie Hegel ! -Althusser mesure 25 centimètres dans ma bibliothèque. Lefebvre avait 2000 étudiants dans son amphi ! Makan Rafatdjou. espace et territoire". Sylvia Ostrowetsky fait l'éloge du Droit à la ville. Elle a fait une sortie contre Normale Supérieure. Lefebvre l'importance d'Althusser. Labica. Lefebvre. Robert Joly rappelle le succès de H. H. de la part d’Anne Querrien (du CERFI). Lefebvre : La production de l'espace est un éloge de la méthode régressive-progressive. J'aperçois Benyounes Bellagnech. la sociologie agraire. Clémentine Dujon. Elle parle de l'influence de ce livre sur la technocratie (Delouvrier. Les Verts proclament la proportionnelle comme exigence. Je suis d'accord. Jean semble ouvert à cette possibilité. va être le modérateur de la séance suivante sur le thème de la matinée : "Ville. Paris VIII prétend être une université ouverte aux travailleurs et aux étrangers . à l'intérieur même d'un ouvrage . à la manière de Hegel. mais il s'égare dans une sorte de conférence.

Il a fait du bien au marxisme . c'était confiné .Lourau a été à Besançon. et à peser sur elles. À quoi ça sert l'auto-émancipation? De quoi veut-on s'émanciper ? L'expérience de Lip est évoquée. Sylvain Sangla inscrit dans Nietzsche l'intérêt de H. ”. et j’explique pourquoi H. entre nostalgie du passé et vision de l'avenir.. on se sert. de René Lourau qu’il critique : "mythe de la lutte". Pour lui.comme fondement de la pensée de H. il ne s'agit pas d'une pensée éclatée.devisme@wanadoo. il en parlait avec des militants de base (syndicalistes). La question de la temporalité est centrale aujourd'hui. Pierre raconte Lip en 1973 : l'assemblée générale journalière . Boltanski et Capello distinguent "critique artiste" et "critique sociale" (Gallimard). La question de l'émancipation. Lefebvre. Avant. Au parti. mais sans être idolâtré. quatre tomes) est fondamentalement anarchiste. les concepts forment des constellations . Pierre Lantz : “ Henri Lefebvre a été quelque chose d'important : le suivre était un moyen d'entrer dans le marxisme. la question de l'autogestion sont des thèmes qui intéressaient H. Le temps devient le facteur majeur de la différenciation : privilège et vitesse (Salmon) : ce n'est pas la vitesse en soi. Cette distinction ne se retrouve pas dans toutes les luttes sociales. la tradition utopiste permettait de se représenter un futur différent d'aujourd'hui : le présentisme. je dis que je suis chez les Verts. etc. en matière politique. Le paradoxe du texte de René Lourau : il a transsubstantié un vécu qu'il n'a pas connu de l'intérieur . Lefebvre pour la différence (il a raison !) : différence et égalité doivent être tenues ensemble. un homme passant d'un domaine à un autre. mais les centres de diffusion deviennent diffus : le local peut être repensé. . il a donné de l'air. Relation au mouvement étudiant : les Lip n'étaient pas candidats à gérer leur propre entreprise. le peuple qui se croit en démocratie fait de la figuration. mais ouverte qui s'enracine dans le quotidien. 53 . en disant qu'effectivement H. on vend. Le capital n'est pas évanescent. 15 heures Georges Labica parle du mondial : je le relaie en me situant . Trente six personnes présentes à ce moment de la discussion… Jean-Pierre Garnier évoque L'analyseur Lip. on fabrique. dit Benyounès. j'ai connu la cellule de l'ENS de Saint Cloud. Laurent Devisme (laurent. Comment les acteurs voyaient-ils cette utopie réalisée ? Les ouvriers voulaient garder leur emploi.. il en a fait une œuvre émancipative. Il faut viser à son dépérissement. Une pensée devenue monde est un titre pragmatique et problématique. Georges Labica : chez H. Lefebvre a du sens pour moi. Le mouvement des Lip a été un mouvement au-delà des Lip. Il souligne la tension. Pierre Lantz a relu La présence et l'absence. mais pas dans le stalinisme. La bourgeoisie n'est plus prisonnière de l'espace. le mouvementisme : différence entre une élite délocalisée et une population "assignée à résidence".fr) fait une magnifique intervention sur la transduction chez Lefebvre : j'évoque René Lourau et Implication et transduction. Lefebvre . Samedi 25 novembre 2000. Lefebvre. Anne Querrien me répond. Son analyse (De l'État. Qu'est-ce qu'il y a comme constante dans la pensée d'Henri Lefebvre ? Henri Lefebvre cherche à penser les transformations d'une société. à une époque où l'on dit (Foucault. Ayant été à Besançon. chez Henri Lefebvre. Henri Lefebvre pense profondément que l'État est suspect. la pensée du centre et celle de la périphérie. Lefebvre était le dernier intellectuel. La cohabitation des anciens rapports sociaux dans les nouveaux. une "avancée pour l'émancipation". mais l'accélération des processus qui est à prendre en compte. on ne peut pas produire un discours sur une pratique qui se développe dans les profondeurs de la province. mais Piaget projetait autre chose. par exemple) qu'il n'est plus possible d'être un honnête homme. Pierre Lantz n'est pas d'accord : René Lourau a exagéré en tournant la réalité à ce point : de Paris.

Avec Armand. je regrette que ces notes ne soient pas suffisamment explicites. des ouvertures multiples proposées par les uns et les autres : ces échanges m'ont stimulé. le sens se construit. si on sort quelque chose de nouveau. 135 136 Kurt Meyer. de la richesse des discussions. s'inscrivant dans un droit à la formation. mais le sens ne se donne pas . En relisant ces lignes le lundi 27 novembre. et un Chinois traducteur de H. Henri Lefebvre Ein Romantischer Revolutionnär. Georges Labica dit que. que j'avais dans mon coffre de voiture. Séance animée par David Bénichou et Sylvain Sangla. de Lausanne. Kurt Meyer. de René Lourau. ne pas en avoir rendu compte dans L'humanité . L'expression se retrouve chez F. Wien. Kurt Meyer. 10 heures Thème de la journée : la transformation sociale et l'alternative politique. pour quelqu'un qui n'a pas vécu la rencontre : on s'aperçoit. et leur activité productive est aliénée par la classe des technocrates . réédition d'ouvrages d'Henri Lefebvre (Pierre Lantz a proposé La fin de l'histoire). dans l'avant-propos d'Espace et politique). il est prêt à faire un texte ! On parle du droit à la ville comme d'un socle théorique. 1973. Lourau. L'affaire de Mayotte pose la question d'un nouveau droit : le droit à l'université. au droit à la ville. on veut aller plus loin ensemble dans trois directions : forum Internet. comme livre à paraître. Une élue locale pose la question de l'État : étouffe-t-il ou. produisent et reproduisent le savoir. Arnaud Spire me dit que mon livre sur H. Fin de la matinée. cela fait sens. bref. pourtant. Je regrette de ne pas avoir restituer tous les noms des personnes qui sont intervenues. dans la lutte des classes. manque-t-il dans la vie de quartier ? Le long terme devient de plus en plus court : les personnes peuvent être victimes de décisions prises de leur vivant. Lefebvre est remarquable . un livre qui devait s'appeler Le droit à la différence (Henri Lefebvre le présente ainsi. Plusieurs interventions vont dans ce sens : on est content d'avoir participé à ce forum interdisciplinaire autogéré. création d'une revue. et nombreux sont ceux qui sont restés silencieux ! Notamment ses trois traducteurs anglais ou américains présents. Basaglia et R. un outil de lutte prenant sa place. chez Lefebvre. intégrant l'utopie et l'appel au mouvement. l'accumulation des textes réglementaires va souvent contre le droit : cela me fait penser au Droit à l'université. on s'est décidé à poser les questions organisationnelles . Le manifeste différentialiste est. de penser à partir de lui. on pouvait encore lire Lénine !”. Beaucoup continuent à lire l'œuvre d'Henri. il regrette rétrospectivement. au développement durable. des "criminels de paix 136 " . Lefebvre et que je n'ai pas eu le temps de rencontrer. qui a innové par les échanges électroniques qui ont précédé ces rencontres. auteur du livre : Henri Lefebvre Ein Romantischer Revolutionnär 135 .Daniel Bensaïd raconte qu'il a fait une maîtrise sur Lénine avec Henri Lefebvre en 1967 : “À cette époque. 54 . Dimanche 26 novembre. Europaverlag. La discussion d'hier sur le concept de "transduction" a eu un effet : j'ai vendu les huit exemplaires d'Implication et transduction. produisent la valeur pédagogique. on pourrait même dire que leur travail est empêché par la classe des buveurs de sang. Le juridisme. au contraire. des fascistes ordinaires que sont des gens comme Jeanne Chaos et Martin Bouffon-Poussière. Les professeurs (de première classe) sont les nouveaux prolétaires de l'université : ils bossent au jour le jour. au droit à la centralité. et si L'humanité survit. l'autogestion est un processus. Parmi les acheteurs : Armand. au départ. et pas seulement des intellectuels.

. cela inquiète Odile. Elle me parle du CERFI. pour écrire une thèse qu'elle n'a jamais terminée : nous avons évoqué notre rapport à Henri. mais ils sont jeunes) à être présent à cette rencontre est le signe de quelque chose : je suis celui qui peut maintenir le lien que René Lourau avait construit entre Henri Lefebvre et la pensée institutionnaliste. J'étais le seul institutionnaliste "historique" (car il y avait Clémentine et Benyounès qui sont de vrais institutionnalistes. etc. L'existentialisme. Véronique. En rentrant de la fac. Pour le moment. partie en Alsace pour une semaine : j'en profite pour me lancer dans une opération "rangement général". ayant deux ou trois ans de plus qu'elle. Réfléchir à l'écriture des autres bouquins en cours : au téléphone. haut fonctionnaire . alors qu'elle était déjà en troisième cycle avec H. 7 h 30 Ma sœur Odile est encore dans sa chambre. et qu'elle considérait comme des anciens (Murard. qui me prenait pour A. qui correspondrait mieux aux titres que j'ai envie de sortir. Je veux remonter le courant : faire les livres que j'ai à faire. puis pendant les vacances de Noël : La théorie des moments. et moi en retard. il me faut. La vente de neuf exemplaires d'Implication et transduction de René Lourau aux Lefebvriens est le signe de quelque chose. Aujourd’hui est un nouveau jour : je vais avoir à la maison une secrétaire pour m'aider dans mon travail. a-t-il dit. de Chimère. mais avant. Je lui ai dit que nous étions deux personnes distinctes : je lui ai parlé de mon itinéraire. La fin de l'histoire. Je n'ai pas noté que Benyounès a lu rapidement ce carnet lundi : “Il faut le publier rapidement”. rééditer : Du rural à l'urbain. Lefebvre. sa mère. Anne m'explique ses liens avec F. Reprendre contact avec Catherine devient urgent. Saint André. qu'elle avait réécrit. Lucette. pensant que j'avais fait un livre sur Le Play avec Bernard Kalaora. Guattari. 55 . quelle chance d'être entouré par des femmes aussi charmantes ! Pendant qu'Odile préparait une salade. Hélène et Nolwenn . Liane Mozère. qu'il lui semblait important que je sorte La théorie des moments : il a raison. etc). un par un. et mon désir de le rééditer. Idée de créer une nouvelle collection : "Anthropologie historique". Long appel d'Anne Querrien.. j'ai appelé Jean Pavlevski : je lui ai fait un compte-rendu du colloque H. Elle a lu La somme et le reste à quinze ans . m'invite à la prochaine réunion. Dans la même collection. dans l'ordre. S. Rabelais. Je lui explique que les 9 et 10 décembre. à quelle époque a-t-elle rencontré Félix Guattari ? Elle parle de plusieurs générations d'étudiants. j'étais en première année de sociologie. ce livre se trouvait dans la bibliothèque de son père. Je vais me mettre à la préparation des textes dès aujourd'hui. Voilà le chantier : Véro va être ma secrétaire de direction.Lundi 27 novembre 2000. j'ai rencontré Jean-Sébastien et Véronique : Véro. il faut refondre La relation pédagogique. 7 heures. Je lui dis mon intérêt pour Psychanalyse et transversalité. j'ai trouvé à la maison : Odile. Ce doit être ma priorité intellectuelle. et en attendant mieux. mais elle était en avance à l’école. Armand Ajzenberg me disait hier. il faudrait reprendre L'analyse institutionnelle de René Lourau. je fais passer le café. ne parvient pas à trouver du boulot . Jeudi 30 novembre. Mercredi 29 novembre 2000. Je lui ai parlé de mes propositions de rééditions : il est d'accord. Anne a deux ans de plus que moi. ma nièce. À la sortie du colloque hier. Du coup. mais je dois m'assurer d'abord qu'il n'est plus disponible. après avoir terminé Centre et périphérie 2 rapidement.. Lefebvre.

de l'état du mouvement chez nous . et je peux même te dire que tu vas publier un livre de lui. de mes projets éditoriaux. je pensais. Après réflexion. Armand n'a pas jugé devoir le diffuser. Lefebvre. Lefebvre avait été exclu du PC et que l'on n’a pas évoqué ce point dans le colloque. pour dire que H. Lefebvre par le PC soit oubliée : elle est intégrée . j’étais invité à parler au séminaire de DEA par Florence Giust-Desprairies et J-Y. déjeuner avec Pascal Dibie. comme romantique révolutionnaire ou plutôt comme révolutionnaire romantique. Lefebvre et R. Hier. Lourau. En fait je trouve que ce serait mieux de l’éditer dans une collection Anthropologie historique chez Anthropos. J'ai dit à Anne que je pensais qu'il nous fallait faire un groupe de travail institutionnaliste dans cette mouvance. ma tenue du journal. Lucette.j'anime la réunion de la commission "Éducation. mon livre sur Mayotte doit être une illustration de cette méthode. Je ne le savais pas. Elle me parle des Verts dans le XIVe : Danielle Auffray. Je suis absorbé par la lecture de Kurt Meyer : sa présentation de H. chez Economica. Samedi 9 décembre. en montrant mon accès au terrain. on est seulement au-delà. J’ai choisi de parler de Mayotte. Lefebvre. j'en parlerai avec Armand. formation" des Verts. on peut aider à une remise à l'ordre du jour de H. Elle va m'envoyer ce texte. et c'est cela l'important. qui va paraître chez Economica. dans les rencontres des Verts. Rochex . est tout à fait passionnante. elle m'explique alors sa brouille avec Félix. même si je rencontre ces deux vieux Lefebvriens. en lisant Kurt Meyer. Je lui parle de René Lourau. son hospitalisation suite à la rupture. 11 heures 45 Hier soir. Mercredi 13 décembre. le thème : l’interculturel. Le soir. mais aussi garder contact avec les gens du PC : ensemble. par le biais de la relation entre théories des moments et transduction. Christine Delory et Véronique. Pascal annonce qu’il contribue à un ouvrage de Jean Malory. dîner avec Jean Pavlevski qui m’annonce qu’il a rencontré Jean Malory : Tu connais Malory ? -Oui. sa dépression. enfance. 9 heures Hier midi. On aurait pu parler toute la nuit : Anne aurait voulu passer un texte sur la liste Lefebvre. je ne pense pas que la suspension de H. Lefebvre à l’intérieur du Parti Communiste entre 1928 et 1958 a souvent pris la forme d’une analyse interne : c’est ce 56 . c'est un thème à travailler . mais il est accepté sur le principe. Jean est soufflé : -Comment sais-tu tout cela ? Jean accepte une nouvelle collection "Anthropologie" où l’on pourra placer Christoph Wulf. puis l’élaboration que j’envisage de faire en utilisant la méthode régressive-progressive . En même temps. Le projet reste à engager. H. Henri Lefebvre et Jean Malory. l'ami d'Alain Guillerm est seconde de liste. Lefebvre est très présent dans ma vie : je veux travailler le lien entre H. que le travail de H.

en 1945.” Il était dubitatif. midi Hier soir vers 23 h 30. et que les Communistes français considéraient comme un faux. à la fête donnée en l’honneur de JeanMarie Brohm. L’exclusion de H. contre le stalinisme. qui a un Institut universitaire professionnel sur les métiers du livre à Saint Cloud . quatre mois après son élection. Ainsi. Boris c’est celui qu’avec Lapassade. Samedi 16 décembre. et il avait trouvé une voiture pour rentrer à Montreuil. Ils voulaient aussi refaire La production et l’espace : j’ai eu de la chance de passer avant. Lourau : les Éditions de la passion seraient intéressées de rééditer L’analyse institutionnelle. pour faire passer un texte refusé quatre ans durant : qu’est-ce qu’un comité de lecture ? comment fonctionne la censure ? etc. Lefebvre avait lu à Berlin. il a mis en exergue une phrase de Janov (le censeur stalinien) d’une banalité totale. au département des sciences de l’éducation en 1974. 112-115) : faire ces lectures. Kurt Meyer ne comprend pas que Lefebvre n’ait pas quitté le Parti en 1938. Patrice et Antoine. où il habite. Lefebvre et R. on a fait entrer à l’université de Paris 8. Cette discussion sera prolongée : on s’est promis de se revoir. je trouve que cela manque d’intellectuels capables de repenser politiquement le monde actuel. Lefebvre montrait qu’il suffisait d’écrire deux phrases en exergue. Tout naturellement. etc. et qui. pour faire paraître Contribution à l’esthétique (refusé par la censure). C'est un type d'action qui ressemble beaucoup au dispositif que j’ai construit avec Les cahiers de l’implication. est tout à fait important. Lefebvre . mais cette histoire de fabrication d’une phrase de Marx. la discussion est venue sur H. et en même temps une phrase de Karl Marx qu’il avait totalement inventé : “L’art est la plus belle joie que l’homme se donne à lui-même”. proposait l’exclusion de notre groupe. Le climat de la soirée était “marxiste”. Je lui ai dit : “Actuellement. J’ai lu les passages de K. il ne savait pas que j’ai fait un livre sur lui. On a dû se séparer. en pratiquant le rassemblement de pièces. qu’est-ce que le pouvoir des censeurs ? Vendredi 15 décembre. que construit H. Pourquoi a-t-il attendu d’être suspendu pour partir ? La logique de H. j’ai eu une discussion longue et prolongée avec Marc Perelman. à l’occasion de ses soixante ans. qui ridiculisait totalement la censure soviétique a aussi joué. Lefebvre (pp. Lefebvre du Parti a une cause proche : le rapport Khrouchtchev que H. J’ai envie de me replonger dans le marxisme. il dirige les Éditions de la passion. Boris Fraenkel. qui peuvent s’agencer dans un livre. Lefebvre a été le combat de l’intérieur contre le dogmatisme. n’a pu s’empêcher de me dire : “Pourquoi t’intéresses-tu à Lefebvre ? Tu n’es pas marxiste !” Boris m’a fait raconter ma relation avec H. malgré ses 80 ans. une autobiographie.que je dégage de ma lecture des chapitres sur le stalinisme. Pour moi. Meyer sur la conception de l’œuvre. car il devait être une heure du matin. professeur d’université. 57 . recevant alors l’appui de tous les staliniens du département ! Boris est trop vieux.

et de rajouter une partie pratique (psychothérapie institutionnelle. lors de mes interventions. René Lourau est attiré par une thèse littéraire sur le surréalisme : il a écrit à Henri Lefebvre. je lis la thèse de R. Lourau ? Je ne pense pas. il risque de ne plus être en mesure de changer sa Weltanschauung ! J’ai eu le temps de lui parler de Kurt Meyer et Ulrich Müller-Schöll : pendant ce temps. tu peux expliquer le concept d’institution. pour les prochaines vacances ! 58 . J’ai téléphoné à Economica ! Voici pas mal de travail. Lourau n’avait jamais évoqué H. Marx et R.pour saisir le lien entre K. Lefebvre : voulait-elle dire par là que H. chez Dominique Samson et Régine Angel. lorsque mes livres paraîtront sur cette question. Lucette parlait avec Jacques Ardoino. lui explique G. Lourau de ce projet : il l’initie à l’AI. 1953) . en lui faisant visiter la clinique de La Borde. Oury. que la rencontre ultérieure avec Georges Lapassade. je partage déjà le paradigme : j’anime le séminaire d’AI de Reims (1969-70). Lourau. sur le discours du professeur (son mot à mot). En 1964. devait constituer le corps de la thèse. Lefebvre a accepté une thèse sur le surréalisme . s’est lié avec lui. le manque de mise en perspective laisse sur sa faim. Dimanche 17 décembre. Mercredi 20 décembre. dans un premier moment. Lourau. Du rural à l’urbain… La fin de l’histoire ! On est sur la bonne voie. lorsque naît le Groupe de pédagogie institutionnelle (GPI). c’est dans cette direction qu’il faut aller. J’ai été conduit à parler de H. F. Tarde. dont le bilan paraît en 1970 . je fais alors ma maîtrise avec H. socianalyse) qui. Quand R. Il y a. le Rabelais. H. 8 heures En relisant le compte-rendu du séminaire d’AI d’hier. Lourau . dans son séminaire. Lefebvre. Régine Angel m’a dit. il lui fait rencontrer J. Leur rencontre est aussi importante pour lui. que. Lapassade. R. en lui faisant lire les textes de la psychothérapie institutionnelle . pédagogie institutionnelle. Lefebvre ne comptait pas pour R. René Lourau abandonne l’idée de travailler sur le surréalisme. fait par Gilles Deleuze sur le thème Instinct et institution (Hachette. une centration sur "les mots" de R. mais le manque de contextualisation de sa pensée. Georges Lapassade donne à René le choix des textes. à la sortie. avant même qu’elle ne soit publiée . il y a là des textes d’Hauriou. Lourau soutient sa thèse. Une lettre de Catherine Lefebvre m’autorise à rééditer L’existentialisme. Lapassade détourne R. et il dépose un sujet sur l’analyse institutionnelle. Très vite. déjà pratiquement composé : il suffit de reprendre les textes choisis par G. oublie de contextualiser une réflexion : j’aurais voulu parler d’herméneutique (terme employé par Jean-Louis Le Grand) . Deleuze. -Si tu reprends ces textes. Fais ta thèse à partir de ça. je ressens le besoin de prolonger ma réflexion. La fixation de l’étudiant. de G. G. Lorsqu’il rencontre Georges Lapassade. Lefebvre. Guattari. René Lourau voit ce qu’il peut faire : il s’implique dans sa classe pour mettre en place l’autogestion pédagogique.

j’ai déposé L’existentialisme qui devrait être scanné. à s’articuler : il ne me reste plus qu’à trouver un éditeur pour Le droit à l’université. demandé par Christoph Wulf. L’instituant contre l’institué . Pendant ce temps. Exode a eu la mention assez bien. à moins qu’H. étaient présents à la fondation de l’AI. Quand l’adolescent dénonce ses parents. que j’ai à Sainte Gemme. 59 . Ce livre serait à rééditer : il est quelque part dans la veine “marxiste”. Lefebvre ne soit une ombre entre Georges et René. et quoi d’autre dans la psychologie ? Quand. thème à développer dans la préface à L’existentialisme. par contre. Véronique a rangé toute la journée : les choses avancent vite et bien. est précieuse pour cette maison : il me faut trouver un exemplaire du Rabelais. pour la première) : beaucoup d’étudiants présents. de la post-modernité. je ne voyais pas que les psychologues de l’ARIP que j’affrontais. que j’ai vécu comme un libérateur. il accepte que l’on remette sur le chantier Itinéraire de Georges Lapassade. Lefebvre ? Pourquoi H. m’a dit qu’H. Isabelle Nicolas (sur l’espéranto) a eu la mention très bien. je vais m’occuper de la présentation de Du rural à l’urbain. Lapassade et R. un séminaire improvisé a regroupé 10 personnes dans la salle A 428 : on a signé un manifeste pour créer un site “analyse institutionnelle” sur Internet. entre Georges et moi ? Ma condition d’exister passe par la conciliation de plusieurs héritages. Pourquoi G. 23 heures. et tout se déroulera comme une mécanique bien huilée. du Manuel d’analyse institutionnelle. De plus. comme l’auteur de théories m’aidant à dépasser mes aliénations personnelles (tant psychologiques que politiques). est-il encore aujourd’hui vécu. Lapassade est-il contre H. Vendredi 22 décembre. deux soutenances de DEA avec Patrice Ville (et Daniel Lindenberg. Hier. Jean accepte le principe de rééditer L’analyse institutionnelle de René Lourau. Je suis très actif en ce moment : j’ai une sorte d’hyper vision de ce que je veux faire. pour moi. De mon côté. je suis allé chez Anthropos . Je suis entré dans “le moment créateur”. je me battais contre la psychosociologie. la néotomie. Lucette et Charlotte viennent de prendre la route de Charleville . Tout commence à s’agencer. ou mieux. lorsqu’ils composaient ensemble Les clés pour la sociologie (1971) qui eut un beau succès. qui travaille sur les "Post-modernes" américains. par Georges. Qu’est-ce que Georges rassemble en 1962 ? Sartre.Mercredi 20 décembre. il est réticent pour un livre sur René Lourau . ou mieux. Lefebvre ? N’est-ce pas parce que Sartre doit quelque chose à H. mais elle pensait qu’il n’était jamais paru ! Ma connaissance de la maison Anthropos des origines. Lourau. remonter dans le passé pour dégager les virtualités du présent. Annie Bouffet ne pensait pas que le livre fût sorti chez Anthropos : elle l’a retrouvé comme “annoncé” dans un catalogue. à la fac. dans le “moment de la création” : j’ai connu cette transe chez G. au nom de l’AI. il oublie que ce sont eux qui l’on fait : refonder l’AI passe. Le mouvement institutionnaliste sera la version française. par un travail d’exploration des origines . J’ai écrit ce matin la préface à la seconde édition de Centre et périphérie (rendu ce matin). en 1973. Ensuite. comme un stalinien ? Il faut que je parvienne à parler de ces choses avec lui. Lefebvre était dans toutes les bibliographies américaines : il apparaît comme l’inspirateur du postmodernisme. il préférerait un livre sur Le mouvement institutionnaliste. à condition que l’on trouve un autre titre. Suzy Guth. Lefebvre.

sorti en 1970. j’ai trouvé deux éditions différentes de La survie du capitalisme. À Sainte Gemme. il intègre à la bibliographie : tout F. 2000). Les développements sur le classicisme et le romantisme recoupent la philosophie qui se trouve derrière ma Valse. vers 7 heures. Je suis en phase. Dans Introduction à la modernité 138 . Lefebvre . Dans Introduction à la modernité. de la Louvière 137 : Noël se termine de façon très studieuse . 328 et 338). Guattari. Ce soir. j’ai bien avancé la relecture de ma correspondance avec de Luze : j’ai décidé de supprimer les lettres concernant les conflits à la fac. 60 . par contre. 338) : beaucoup de chose dans ce livre. deux livres de Jacques Guigou. et réédité en 1973. éd. que je termine vers 14 heures 30. 155-157). je me mets à Du rural à l’urbain. dans le texte. à partir de ma lecture de La présence et l’absence. Lefebvre (67 références). Charleville. Lapassade et R. j’ai vu apparaître Simondon . 137 138 R. manière de régler le problème d’attaques éventuelles. Paris. 15 heures. un cadeau de Charlotte et Miguel. l’auteur fait l’éloge de mon livre sur les Maos . 11 heures. de Minuit. Mardi 26 décembre. Lefebvre comme “de l’intérieur” ? Le ton de l’ouvrage est juste. Introduction à la modernité. Lefebvre. 5 sur 5. Mon introduction doit signaler le texte de 1953. il réfléchit sur des aspects peu explorés jusqu’à maintenant. Charleville. Dès que j’aurai terminé cette relecture. de plus. 19 heures. sur la méthode régressiveprogressive. Lucette a choisi de boire un Graves 1994 : un Château L. je me suis mis à une lecture systématique du livre de Laurent Chollet : L’insurrection situationniste (Dagorno. dont Du rural à l’urbain. sur le moment de l’œuvre. Après ce livre. Mon édition sera donc la troisième. sur la théorie des moments (p. les trois pages de développement sur la transduction (p. sur “savoir et connaître” : fondamentales pour une critique de l’équipe Charlot (Rapport au savoir). Dans Qu’est-ce que penser ? je relis attentivement les pages 16 et suivantes. sorties à six mois d’intervalle en 1973. Dans la bibliographie sur l’IS. Hier matin. mais surtout un moyen de centrer l’ouvrage sur le thème du Moment de la création. Lourau. la transduction apparait dans mes lectures du jour. On fait halte à Sainte Gemme où je prends plusieurs ouvrages de H. je relis les pages sur la construction des situations (p. tout H. mais sur papier différent. Mais il y a de très bons passages sur des thèmes variés : livre important. Départ pour Charleville à 13 heures avec Miguel. concernant l’institué et l’instituant social depuis le moyen âge : sa lecture de Stendhal serait autonomisable (12e prélude).Lundi 25 décembre. Ce matin. avec la sensibilité de H. mon livre sur H. avril 1962. est un livre très complet . puis après le petit-déjeuner. Lefebvre. un ouvrage important que j’aime particulièrement. je commence ma relecture de Qu’est-ce que penser ?. Lefebvre. Cet ouvrage récupère H. Lourau habitait rue de la Louvière ! H. aucune référence à G. de la part des personnes concernées. je me mettrai à la rédaction de l’introduction. lire à côté de la cheminée est fort agréable.

En marchant avec lui. qui partageait avec moi cet intérêt pour l’engagement théorique à la périphérie. que je souhaitais rééditer était dédicacé à A. Il faut s’organiser pour dégager du temps. je pense à Lourau : a-t-il pensé ? Que pensait-il ? Quel était son objet ? Qu’est-ce que penser ? (p. Jeudi 28 décembre. Pépé pense que j’ai raison de m’orienter dans cette voie. dont il propose le mode d’emploi.Je viens de terminer La survie du capitalisme : bonne critique sur l’AI de 1971 (p. où nous nous retrouvions : Antoine Savoye. Lefebvre a pensé Campan. 145) : Lefebvre invite à rassembler les textes de Philosophies (1925). Philippe a besoin d’une théorie sur les Ardennes. Lefebvre. Lourau permet de dégager des pistes : Philippe a été stimulé. 77). et que je voulais proposer une issue au mouvement. Patrice Ville. à survoler l’œuvre de H. m’a-t-il dit. -Il faut qu’un intellectuel s’attèle aux Ardennes. Lucette me donne des coups de genoux sous la table : réinvestir sur les Ardennes n’a pas de sens pour elle. Je voulais alors penser les Ardennes. j’ai senti qu’il me fallait penser l’Université de Charleville (voir L’Ardennais du 27 décembre 2000) dans Le droit à l’université. peuvent s’enrichir mutuellement. m’a-t-il demandé. René Lourau Dominique 61 . je viens de relire les pages concernant le 10 juin 1995. comme H. Je me replonge dans Qu’est-ce que penser ? Parallèlement. Dans le livre d’or de Sainte Gemme. je commence une indexation des thèmes à reprendre . Lefebvre. 12 heures. Relisant H. Mercredi 27 décembre. Relire H. que l’on développe parallèlement. -Pourquoi pas. Hier soir. Penser demande une organisation de vie. paru dans Les temps modernes vers 1976. j’ai commencé ma journée par la lecture de 20 pages de Das System und der Rest : j’y trouve une idée pour construire mon livre sur René Lourau. les Pyrénées. Sainte Gemme. mais plusieurs moments différents. en dehors des tribulations bureaucratiques du Parti. a-t-il continué. L’exemplaire de Du rural à l’urbain (1973). Vendredi 29 décembre. Lourau. Lefebvre et R. je ne domine pas Le manifeste différentialiste (à relire de toute urgence). 13 heures Dans Le manifeste différentialiste. 11 heures 15 Ce matin. Navarrenx. en tentant une systématisation. On a pensé son travail intellectuel : -Penses-tu qu’être adjoint au maire de Charleville est conciliable avec l’activité intellectuelle ?. Ulrich MüllerSchöll consacre un passage. Esprit… : un nouveau livre à faire. moyen de redéployer le chapitre du Dictionnaire des philosophes en le réactualisant. Je repense à mon article “La sociologie périphérique dans les Ardennes”. et il est inscrit avec moi en maîtrise sur “Formation au développement durable” : je lui ai expliqué que je m’étais mis à penser. Ce travail peut avoir sa place dans le livre sur R. tête de liste des Verts à Charleville : Philippe a une licence de philosophie. de très beaux passages : ce qui est dit de la religion catholique est proche de ce qui deviendra Éloge du péché. -Il faut que tu nous écrive un projet de développement durable. long moment avec Philippe Lenice.

et nous allons reprendre la route de Paris. c’est sensible à la relecture du numéro bilan. chez lui. en sachant que l’actuel se potentialise. Christine Delory et une dizaine d’autres convives. vers 4 heures 30. Lapassade. Lapassade. Le Play est vraiment réactionnaire et non scientifique (1er chapitre de Du rural à l’urbain) : pourquoi A. Barbier. Je veux vérifier toutes mes sources . où il n’est même plus présent (1978). Je n’ai pas le temps de noter les autres commentaires. personne ne peut faire cela mieux que moi : Gaby est vraiment quelqu’un qui m’encourage. Le droit à la ville. que j’ai développée avec Antoine. Lourau sera important. Il en est de même pour R. Dimanche 31 décembre. j’ai relu avec plaisir la présentation de la troisième édition : brillante et éclairante. R. H. Je travaille depuis deux jours à la préface de Du rural à l’urbain. je l’ai rencontré à Sainte Gemme”. Lourau. était vraiment une réussite. lorsqu’il est parti à Poitiers : il perd sa place (centrale) à Autogestion . Gaby pense que développer une partie sur les relations entre H. On a parlé de mon projet de livre sur R. 62 . où ont écrit G. commentant ce journal : pour mon livre sur R. Lourau m’avait bien aidé pour ce livre. Lefebvre. F. Gancho est rentré du jardin. Lefebvre. Hier. Lourau. à 19 heures 30. J’en suis à 13 pages. Je dois aller le chercher. Je vais écrire une lettre à Catherine Lefebvre pour lui demander de m’accorder les droits de : La survie du capitalisme. et un excellent accueil du maître de céans”. Dans La somme et le reste. Lapassade vient d’appeler : il rentre des Pyrénées. -Il faut être rigoureux. bref : l’avenir existe. S. Yves Etienne. Je travaille sur H. dont G. Lefebvre et R. Lefebvre. C’est mon chantier du centenaire ! Je vais ouvrir un nouveau journal sur H. 9 heures. J’ai chargé deux gros cartons de livres : ma bibliothèque “Lefebvre”. G. pour dissocier mes études lefebvriennes de mes études louraldiennes. Patrice : “Une journée d’exploration des possibles à la lueur des éclairs du passé dans une maison propice. plus précisément sur ma présentation de Du rural à l’urbain. sur le rapport de René à Henri. La soirée a été riche. Lourau. Il faut tout dire. La collection AI.Hocquard. 15 heures. en me donnant trois entretiens faits avec Henri. Contribution à l’esthétique. pour se joindre à R. ce serait bien. dommage que je sois parti à Reims : cet exode est sans aucun doute à l’origine de ma marginalisation de l’équipe parisienne. Qu’est-ce que penser ? Si j’arrivais à republier ces livres cette année. long mail de Gaby Weigand. il y a dix ans . Lefebvre. je suis amené à relire mon livre sur H. au retour de Saint Gemme. Lefebvre : R. Mais je veux aller jusqu’à 20 : cela me demande plus de travail que je ne l’imaginais. Gilles Monceau et moi-même. Samedi 30 décembre. les numéros de revues (1966 à 1980). a dit Georges. Gromer et les Anding qui viennent dîner. Lourau. J’ai reconduit G. René avait écrit ce jour-là : “Actualiser le potentiel. s’est-il embourbé dans l’école le playsienne ? Lundi 1er janvier 2001. Selon elle. Pour H.

j’ai laissé un message à Pierre Lourau. Lorsque Véro arrive. envoyé par Jean-François Marchat : -René Lourau a pris la clé des champs. Le soir. un dessin. mais il faut faire la préface . le 11 janvier 2000. Hier. ce nouveau chantier est urgent. -Je voudrais la disquette. à partir de 18h30. une photo autrefois partagés avec lui. J’y ai répondu immédiatement. pour lui en proposer un abrégé pour sa collection de poche.Je lui ai demandé de mon donner son texte sur la secte. si vous ne pouvez vous joindre à cette réunion. pour lui demander de me procurer la réédition de Pyrénées. À bientôt. Lefebvre qui doit compléter Du rural à l’urbain : elle me relaie dans cette tache. pour en être débarrassé . Ce matin. de Luze. Ce livre est en contrat chez Anthropos : on peut le rééditer. de Constantine. Je veux aller porter ce livre e terminé aujourd’hui. très fort : j’ai fait un courrier à AnneMarie Métailié. Je continue à écrire Le sens de l’histoire. pour ne pas laisser en rade mes tâches administratives ! Il me faut l'accord de Jean. Lourau. pour travailler plus vite… Christine m’a apporté. puis les chapitres sur le jardin. Mardi 2 janvier 2001. j’ai trouvé le message suivant. Un an après. pour la réédition de La survie du capitalisme. ce 31. 38/44 av. de Stalingrad à Saint-Denis. d'envoyer le document que vous auriez apporté : ce sera aussi une façon d'être ensemble. Merci de prévenir les amis de René qui ne figurent pas sur la liste des destinataires de ce message : tous sont attendus. mais je m’impose ce rythme pour l’année de mes 54 ans. -Tu l’as déjà mille fois. de nombreuses pages du Sens de l’histoire : je passe l’après-midi dedans . c’est fatigant d’écrire dix pages le 1er janvier. j’ai bien avancé la bibliographie d’H. ensuite. Travail avec Madame Bensouiki. Je veux tenter une expérience d’écriture totale : j’envoie ces pages à Christine par mail. Merci d'annoncer votre participation en réponse à ce courriel et. ceux qui ont été enrichis de sa présence se retrouveront au Restaurant Violas. je relis sa première partie : parfaite . l’interculturel : cela marche. mais elle est partie à Francfort. Message (de Francfort) de Christine : elle a lu la première ébauche de mon texte. je rédige dix pages pour la troisième partie . de H. Mercredi 3 janvier 2001. pour dire que je serai là. Et si je parvenais à écrire un ou deux rapports de thèse. et le trouve très fort : je suis sur la bonne voie. relecture de mon livre sur H. Lefebvre. Chacun est invité à apporter l'extrait d'une œuvre de René ou encore d'un texte qu'il aimait à citer. quelque part entre Rambouillet et Paris 8. une musique. je me consacrerai à la relecture (2 partie) de ma correspondance avec de H. sur sa thèse. Hier soir. le livre tient la route. avec sa postface et la préface de R. puis à la rédaction de mon introduction sur le moment de l’œuvre. 63 . le jeudi 11 janvier 2001. Lefebvre. Jeudi 4 janvier 2001.

daté mais passionnant sur G. je lui fais lire “L’œuvre”. Charlotte m’apporte son texte "De la notation à l’interprétation en danse contemporaine". Contribution à l’esthétique. Lowy. Elle aime le style d’Henri. Elle me donne aussi "L’anamnèse du visible". Lukacs : pas mal de chose sur Max Weber et la pensée allemande du début du XXe siècle. Lefebvre. chapitre de La présence et l’absence. Lyotard. J’écris aux éditions Casterman. La postface de Pierre Lourau donne un certain nombre d’informations erronées (lieu de la soutenance de thèse. ses parents et Françoise . 64 . 139 Vendredi 5 janvier. Paris. En effet. nous envisageons ensemble quelques développements possibles. 23 h. mais il ne semble pas l’utiliser. Lefebvre avec G. Lefebvre. livre important. que le 139 Michael Lowy. au téléphone. pour lui demander de m’accorder les droits de : La survie du capitalisme. Il m’invite à descendre chez lui. Je passe tout le week-end à écrire mon “retour” sur Le sens de l’histoire : j’ai déjà fait 42 pages. Il faudrait publier en ouvrage autonome. J’avais beaucoup aimé la première édition. que je lis immédiatement et que je trouve bon .J’ai lu également Pour une sociologie des intellectuels révolutionnaires de Michael Lowy . R. il me demand pourquoi je n’ai pas encore édité les inédits de René. d'H. Pour densifier. Ce livre ne mentionne que deux fois le nom de H. trouvée ce soir. qui doit m’aider à élaborer mon texte pour Le sens de l’histoire : cette réflexion est en phase avec mon travail. j’ai appris que Publisud n’a pas épuisé la première édition de Qu’est-ce que penser ? Toute la journée. 30. un mois après sa mort. Lukacs. dans Le lapsus des intellectuels (bibliographie). mais je trouve celle-ci encore plus émouvante avec une préface de René. les préfaces de René aux livres d’Henri. directeur de thèse. ignorant le rencontre de H. en rentrant d’une négociation d’intervention d’analyse institutionnelle à Créteil. je travaille sur Le sens de l’histoire. Samedi 6 et Dimanche 7 janvier 2001. pour leur parler du Centenaire d’Henri Lefebvre. une question pratique assez banale. disparition d’une thèse déjà écrite sur le surréalisme…). de J. mais difficile à présenter à un large public : les auteurs élèvent à un très haut niveau de réflexion. pour parler : il se réjouit que ce livre sur René paraisse . parue en février 2000. il s’est procuré Pyrénées qu’il m’envoie demain matin en colissimo. Armand me dit qu’il connaît M. alors qu’elle n’avait que 10 ans. Ce livre. Gallimard et aux Presses universitaires de France. Je termine la lecture de la seconde édition de Pyrénées. qu’elle a connu. où il y a un paragraphe génial sur Du rural à l’urbain. qui me font prendre avec précaution des anecdotes attrayantes. Georges Lapassade. Le Lapsus était dédié par René à Henri Lefebvre. Lefebvre. F. de H. J’écris une lettre à Catherine Lefebvre. Pour une sociologie des intellectuels révolutionnaires. tout en rangeant la maison avec Véronique : je téléphone à Pierre Lourau . En échange. PUF. vers 19 heures. 1976. j’utilise Âme et compétences. Lourau en cite une édition de 1978. Le droit à la ville. Lundi 8 janvier.

Appel de Pascal Dibie. Ce matin. du coup. l’idée de rééditer l’œuvre d’Henri. Le moment mondain a succédé au moment d’écriture sans transition : je n’ai pas eu le temps de me changer. j’ai évoqué le centenaire de H. rue de Grenelle. Échanges avec Renaud Fabre : il voudrait que je passe le voir à la présidence de Paris VIII . mais je ne veux pas manquer l'occasion de rencontrer Jack Lang et Jean-Luc Mélanchon. Je me suis mis à la correction d'épreuves immédiatement . Invité ce soir à la cérémonie des vœux du Ministère de l'éducation : j'aurais eu envie d'écrire. pour aller 110. dont un certain nombre de connaissances : j’ai pu échanger quelques mots avec Jacques Lang qui était heureux d’apprendre qu’un étudiant de Reims (il y enseignait quand je faisais ma licence de droit) était devenu prof de fac. Mon frère parlerat-il. ainsi de moi ? et mes filles ? et mon fils ? Mardi 9 janvier. avec Romain. Gallimard. que j’ai suspendu à 18 heures 45. et c’est normal d’être différent. J’ai salué Francine Demichel. Lefebvre : chance d’avoir ce témoignage de ce que la famille de René a retenu de lui. mais c’est surtout avec Jean-Luc Mélanchon. Il m’a raconté tous les potins entourant l’aventure du 65 . levé très tôt pour terminer mon texte sur Le sens de l’histoire. je reçois un pli apporté par coursier : les épreuves de mes préfaces de Du rural à l'urbain et de Centre et périphérie. Je lui dis mon idée. de 1964 à 1985 . secrétaire d’état à l’enseignement professionnel. inspecteurs généraux invités au Ministère. plutôt qu’à H. Mercredi 10 janvier 2001.biographe a envie de s’approprier ! Mais il dit quelque chose de lui qui est émouvant. il veut le voir centré sur le mondial. qui fut l’épouse de François. s’étonne que Pierre consacre la postface à son frère. pour un ouvrage collectif qu’il coordonne chez Plon sur L’histoire de la philosophie française. pour le mini-tennis. J’ai discuté avec Denis Huisman qui m’a proposé d’écrire un chapitre sur “Le marxisme français en philosophie”. ayant une certaine importance par rapport à mon projet de livre sur René . ce qui me donnait un look “différent” des recteurs. j'ai aussi découvert la belle bibliographie faite des ouvrages d'Henri : j'ai rajouté la nouvelle édition de Pyrénées. Lefebvre : il est enthousiaste . Ce matin. avant d'aller reporter le tout chez Anthropos. Je mets au propre ma bibliographie pour Centre et périphérie. Lapassade. Lefebvre. 16 heures. G. mais j’étais là pour les Verts. avec lui. Il me propose de lui donner la Théorie des moments. le philosophe. il est prêt à participer à l’une de nos réunions. de publier chez Anne-Marie Métailié un petit livre de poche sur H. avec mon café à la main sans allumer la lumière. elle est l’auteur de onze romans chez Stock. J’étais bien parti pourtant hier soir dans la relecture de ce texte. J’ai également rencontré Noëlle Châtelet. quand on représente les écolos ! Beaucoup de gens. Nous sommes arrivés à l’heure. je rentre dans mon bureau. que j’ai pu parler de notre commission éducation : si nous l’invitions. rangement me permettant de remettre la main sur des documents. Il a lu Logique formelle et logique dialectique (2e édition chez Anthropos) : il trouve bonne. Et je renverse mon café sur le clavier de l’IMAC qui. ne fonctionne plus. en 200 pages.

Jean-François Marchat. on introduit des notes. Lefebvre. Présents à la cérémonie d’hommage à René Lourau.Dictionnaire des philosophes : on a parlé des effets du livre de Jean-François Raguet 140 sur les PUF. À ce moment-là. Lourau. La logique du plan apparaît alors progressivement. 18 h 30. avec Véronique. à la grande époque de Georges Lapassade). Bernard Jabin. celui où l’on élève les murs pour construire l’œuvre. Nous avons fait ce texte. Dominique Samson. relue et corrigée. Tani Dupeyron. Lefebvre : il a suivi ses cours à l’école pratique en 1968-1969 ! Je n’ai pas pu voir E. L’insomniaque. en pleine forme : je pensais commencer mon livre sur R. dont Thierry Talon (qui fut chargé de cours à Paris VIII. que nous aimons particulièrement : je choisis le passage de la préface de Lourau à Pyrénées. à partir de plusieurs bibliographies : celles d’Ulrich Schöll-Müller dans Das System und der Rest. 7 h 30 Réveil à 7 heures. j’avais la bibliographie secondaire concernant les travaux écrits sur H. 262 pages. la construction est une ligne de production de briques : on escamote la seconde phase du travail. Samedi 13 janvier. La relecture est longue : elle est multiple et plurielle. Pour moi. 2000. compariason des deux éditions. Dans le journal. d’Henri Lefebvre. Je commence mon journal L’année Lefebvre . la préface de Georges Labica à Métaphilosophie qui signale 3 textes que j’ignorais. Exode Daplex. pour l’harmonie de l’ensemble. des renvois qui valorisent le texte. sur la méthode régressive-progressive. Alain Grassaud. organisé par J. Marchat au restaurant Violas. dont je partage les perspectives. et il faut savoir finir. 66 . Ourega K. je n’avais pas ouvert de nouveau cahier : je continuais à écrire sur H. 1984 et 1993. mais sur l’écran de mon ordinateur. mélangeant les notations sur R. Lefebvre dans mon journal d’AI. le 11 janvier 2001 : Remi Hess. La deuxième phase est celle où les choses s’agencent : on écrit des transitions. Mostafa Bellagnech. Bernard Lathuillère. De la pourriture. Petit Roland. de mon livre sur H. Hier. je parviens à lire de l’allemand.. qui était là. J’ai donc travaillé cette bibliographie. Lefebvre. jusqu’à aujourd’hui. comme premier exercice matinal. J’ai abandonné U. L’année Lefebvre a commencé avant le 1er janvier : je relirai 140 Jean-François Raguet. Bref. Lefebvre. En direct du Violas. Régine Angel. On a parlé de H.F. dans le Dictionnaire des philosophe : je n’en disposais pas de version numérisée. J’ai retrouvé quelques amis ayant des fonctions au ministère. Anne-Laure Eme. Véronique a encore tapé mon article sur Henri Lefebvre. il y a deux supports distincts. très importante dont je veux connaître à fond l’ensemble des numéros : je repère les lignes réflexives d’auteurs comme Alois Hahn. Chaque jour. et conduit à refaire des morceaux nécessaires. Müller-Schöll pour Paragrana. Lourau et celles sur H. et cinq ou six coupes d’un excellent champagne : le buffet était magnifique. la revue internationale d’anthropologie historique. Maintenant. Morin. Il y a deux moments dans l’écriture d’un livre : celui où l’on façonne les briques. ainsi que tous les travaux récents que j’ai pu archiver. Christine Delory-Monberger. du Dictionnaire des philosophes. trois heures de contacts riches. On a décidé de lire un passage de René.

H. Peut-être l’avais-je lu ? Il me dit quelque chose. Lourau. pour reprendre tout ce qui concerne H. Lefebvre à Sainte Gemme. À cette occasion-là. Lefebvre pour l’intégrer au début de ce journal : je fais le même tri en ce qui concerne Mayotte. pour permettre aux livres de sortir en février. pour avoir ses livres constamment disponibles. commencée à Charleville : en lisant les pp. journées de travail autour du livre sur R.donc mon journal d’AI. Lourau : La mort d’un maître. À 23 heures. mais il y a très longtemps. Hier à midi. Lefebvre devront être relus dans cette perspective. accompagné d’un petit mot d’Armand : Aussitôt. je n’en étais qu’à la page 140 (il y en a 300). et je trie ce qui concerne H. et de manière superficielle. Lefebvre et je le rapporterai ici devant. j’ai reçu Métaphilosophie. mais inconsciemment. mieux centrées sur des objets. paru chez Messidor. j’ai découvert un début d’indexicalisation. 8 h 30. 140 à 225 de Métaphilosophie. je relis l’ensemble de mon journal 2000. Je décide d’élargir ce chantier : tous mes livres de H. Ce livre est difficile. Mercredi 17 janvier 2001. Lundi 15 janvier 2001. j’ai recopié les passages concernant H. j’ai reconstitué à Paris un rayonnage de livres de H. j’ai relu mes lettres à Hubert de Luze (février 1999-février 2000) : là encore. qui va me permettre d’avoir accès immédiatement aux idées que je cherche. Lourau. Ainsi. Je vais donc continuer aujourd’hui. les parties concernant H. Relecture de Conversation avec Henri Lefebvre. mais les choses se sont faites sur une longue durée. j’avais transporté ma bibliothèque H. j’ai construit un index matière. Hier. Ce gros travail permettra une efficacité ultérieure. le texte de Patricia Latour et Francis Combes. Lefebvre. Ce fut assez intuitif. En même temps. J’ai promis à Charlotte de lui donner un exemplaire de ce livre (j’ai souscrit à 20 exemplaires). Depuis que je le connais. Lefebvre : j’achetais ses dernières rééditions en deux exemplaires. 9 heures Relecture de l’ensemble de mon journal d’AI : j’ai dégagé de ce journal. non réfléchi : depuis longtemps. j’ai survolé Contribution à l’esthétique : la préface sera difficile à faire pour moi. Pour m’obliger à une lecture attentive. Ainsi. j’ai donc continué à en faire un index minutieux. un signe : depuis 1990-92. Lefebvre. je veux me mettre à l’écriture du livre sur R. centré sur mes rapports avec R. Samedi et dimanche. Je viens de terminer les 4° de couverture de Du rural à l’urbain et Centre et périphérie. Hier. 67 . que je découvre. que je viens d’envoyer par mail à Caroline Hugo. j’avais l’idée de rééditer La production de l’espace. Lefebvre est présent dans ma vie. À l’occasion de ce travail. J'ai lu des extraits à Charlotte. venue à la maison le soir : elle adore ce texte. je dispose de réflexions. on peut voir les prémices de ce qui va devenir cette année : une recherche systématique. je me suis mis à la lecture de ce livre.

dans le travail de la commission pédagogique. Puis-je confrontater ce terme avec celui d’analyseur (révélateur). non intégrable : la question des Sans Papiers. éclatées. des irréductibles. une perspective. faire référence aux pages de la seconde édition sera une manière de saluer le travail accompli par Syllepse. qui aurait dû être fait par Syllepse : cet outil est essentiel. Une autre occurrence importante dans l’ouvrage. l’irréductible révèle les limites de validité d’un système théorique. les cibles sont la philosophie. politiquement. pour faire de ma Théorie des moments. est un résidu : une théorie du résidu. Une raison qui explique cette résistance : depuis toujours. Le reste. éclatés : lorsqu’ils parviennent à vivre d’une seule activité. Toute mon implication. La praxis contient un projet. Que me révèle ce travail d’élaboration d’un index ? Le “moment” est l’occurrence qui revient le plus fréquemment. lorsque j’ai cherché H. Hier. le structuralisme et la robotique (partie sur la mimesis). ils sont dissociés. mal traité administrativement. il semble qu’il faille se mettre en route pour s’engager dans une praxis : cette pratique part des analyseurs. Il m’est possible de réintégrer dans ce texte ce que j’ai trouvé : sur le terrain de Mayotte. Ce texte était court . et l’exemplaire de la première édition que j’ai feuilleté. ils ont l’impression 68 . mais aussi une perspective révolutionnaire.La théorie des moments est un autre projet que je traîne depuis dix ans : j'y pense. je savais que Métaphilosophie contenait des développements importants sur les moments. dans la théorie de l’analyse institutionnelle ? L’irréductible est toujours l’analyseur de la théorie ou du système . Je termine un index matières. Sylvain Sangla m’a dit qu’un exemplaire de la première édition était disponible place de la Sorbonne (chez Vrin). et plus généralement sur l’interculturel. J’avais donc raison d’attendre la sortie de l’ouvrage. que j’ai pu avoir sur ce terrain n’étaient pas satisfaisantes : elles ne constituaient pas une praxis. sa demande à notre endroit de faire un “miracle”. dans le contexte de la gauche d’aujourd’hui. de La somme et le reste. pas seulement une subversion. Lefebvre. Lefebvre. Les pratiques parcellaires. Métaphilosophie : j’en suis à la page 282. l’analyseur ayant fait son chemin. mais engage dans une pratique d’intervention sociale. non traité. pour la France de la gauche plurielle de prendre en compte cette question. non pensable par la Gauche. pour vivre. livre traduit de l’italien par moi. j’attendais ce livre pour m’y mettre. Das System und der Rest. tous mes engagements dans cette direction me révèlent l’impossibilité. je l’enseigne. L’édition du Mandarin et du clandestin. faute d’une préface à la hauteur de ce texte. je ne l’ai pas trouvé : quand on possède des livres de H. pour l’éditer. qui accepte finalement de voir ce problème rester en plan. on se les garde. de la lutte des Sans Papiers. mais je ne me sentais pas le souffle. totalisation de la pensée de H. l’un des problèmes non pensé. a disparu : comme depuis quatre ans la réédition du livre était annoncée par Syllepse. son désir d’avoir une carte de séjour. Chez H. peut-être lu il y a longtemps (à l’époque de la rédaction d’Henri Lefebvre et l’aventure du siècle). et que je n’ai pas édité. s'impose. Lefebvre chez les bouquinistes. mais sans prendre le temps de l’écrire vraiment. il me fallait faire cinquante pages de préface. d’irréductible : Ulrich Müller-Schöll a développé son dernier livre (1999). c’est la notion de résidu. de lutte politique. Lefebvre sur cette question. de l’irréductible peut être dégagé de l’œuvre de H. L’étranger qui n’a pas de papiers est aliéné : il faut décrire la pathologie que développe Miguel . autour de ce concept. d’ailleurs. l’un des résidus. Pourquoi ? En Argentine. mais je n’ai pas fait les bouquinistes systématiquement . Dans Métaphilosophie. les gens doivent faire trois ou quatre métiers. Le résidu n'est pas seulement l’analyseur. Ainsi. et permettre à mes étudiants d’entrer dans cette lecture avec des outils. Lefebvre. Je ne sentais pas l’inspiration d’un tel texte : tout ce que j’avais sur le sujet était “résiduel” : je ne parvenais pas à trouver un point de vue qui organise tout cela. Charlotte m’a révélé un fait important : Miguel n’aime pas le statut d’étudiant : il veut un statut d’artiste.

j’ai trouvé Actualité de Fourier. en France. Miguel “réussit” : sa danse est appréciée. pour lui permettre d’avoir une carte de séjour. je me suis aperçu que. Or. entre subversion et révolution. d’Ardoino et de Peretti. En comparant cet index avec la préface de Georges Labica. je lui suggère de continuer la fac. et me rendra le livre et les trois pages d’index. pas seulement pour lui. Madame ? exige qu’il ait une “licence d’entrepreneur de spectacle” ! Il y a un an. 10 heures 30. trois ne sont pas vraiment abordés : la théorie des moments. paru en 1975. et qui me demandent une lettre pour retarder leur reconduite à la frontière. Africains que je connais. Voir aussi la distinction d'H. se rendra compte du travail accompli. avec qui je travaille pédagogiquement. s’est acheté son appartement . 14 heures. Idée d’écrire à Desclée de Brouwer. Lefebvre lui-même. en Espagne. peut-être leur obtention de papiers ? 12 heures. Jeudi 18 janvier. mais aussi pour moi. qui veut réaliser son moment d’artiste. Cette lecture révèle que toute l'œuvre de H. au moins pour le dernier tiers de l’index ! Tant que je n’aurais pas récupéré ce travail. 141 Cf. si celui-ci traite bien sept des dix principaux thèmes. Pour permettre à Miguel d’avoir des papiers. ce petit texte pourrait être repris pour être appliqué à d’autres auteurs : Lourau. pour Lucette. je ne serais pas tranquille. Cet index dégage les grands thèmes de cet ouvrage : huit sortent. chez cet éditeur : Penser l’hétérogène. pour leur proposer un livre dans leur collection “Témoins d’humanité 141 ”. de côté : on évite ainsi les résidus. L.d’avoir réussi. etc : elle est partout dans ma vie. Lefebvre est passionnante : tout texte de lui renvoie à un mouvement. il nous faut créer une entreprise de spectacle : il y aurait bien le mariage avec Charlotte. Comment résister à ces Marocains. Je ai présenté aujourd’hui à mes étudiants de licence Métaphilosophie : je leur ai montré le travail d’index que j’ai fait sur ce livre. et je suis parti sans reprendre l’ouvrage. et diriger par H. reconnue. c’est elle qui me vole tout mon temps. Une partie de ses revenus partent en charge. Qui lit Fourier ? se demande-t-il. en Belgique. mais celle-ci n’en veut pas ! La question des Sans Papiers ronge mon quotidien au niveau du domestique. hier. Je leur ai fait passer mon exemplaire du livre avec l’index. on a dû créer une association pour le salarier : cette forme institutionnelle entraîne des coûts importants. Il gagne de l’argent. de faire une maîtrise : ce diplôme n’a pas de sens pour lui. C’est elle qui m’empêche d’avancer dans le travail théorique. Lefebvre : son texte est excellent. par exemple. pour porter mon livre Le moment de la création. et comment ? Pourquoi ? au niveau de son mouvement. dont je n’ai pas de double. pour lui donner une carte de séjour. L’intérêt de l’index est de ne laisser aucun thème. relue au retour d’une sortie de théâtre (Les Bacantes d’Euripide). en Italie. 69 . J’ai oublié de noter qu’étant chez Anthropos. une bureaucratie pas possible ! Voilà un exemple d’aliénation. J’espère que l’étudiant qui l’a entre les mains. Je viens de terminer Métaphilosophie et son index. or. au niveau de ma pratique professionnelle (fac).

m’a-t-il dit. Je connais tous les arbres du parcours. pour participer à un colloque à Sciences Politiques. à propos de H. je note qu’en rentrant hier. Lefebvre : -J’ai apprécié l’œuvre. J’ai parlé le premier : me voici donc libre. et qui “n’existaient pas”. après la sortie de La somme et le reste. J’ai parlé brièvement. “vint faire sa cours à Paris X”. Dans le développement de l’œuvre de H. L’argument lancé par Lefebvre : “J’en ai marre de faire Paris-Strasbourg en train. 15 heures.L. Lefebvre. pour une soutenance de thèse. en poste à Strasbourg. Vendredi 19 janvier. C’est intéressant de tenter de démêler cette complexité”. À propos des “ listes noires ” (des étudiants qui auraient été inscrits sur une liste pour leurs activités subversives). De même que mon livre sur Lourau.L. Que dire sur L’existentialisme ? J’ai relu le premier chapitre. J’avance lentement (du fait de la relecture technique). au lieu d’être clair. À l’occasion du repas de midi. mais cela m’oblige à aller au fond des choses : ce chapitre est une autobiographie de groupe. sur les Scouts de France : nous sommes six dans le jury. -Pour dépasser les tensions entre nous. que je vais corriger dans le train : je ferais la préface ce week-end. j’ai pu formuler quelques questions à René Raymond. “Tu l’as bien connu. ce pourrait être Métaphilosophie. mais l’homme me déplaisait totalement. travail commencé dans le train entre Paris et Lyon ? Je ne sais. en tant que rapporteur de la thèse de Philippe Da Costa. comme l’a souligné R. C’était quelqu’un de complexe. vite et bien . mais personnellement. réflexion philosophique intéressante : on ne peut pas critiquer la production de cette pensée qui se déploie… 142 Cf. 9 heures Avant de partir à Lyon. Ce gros chantier : il faut réussir à le boucler. Colloque de Lefebvre de novembre 2000. Comment ? Tel quel ou retravaillé ? à revoir ! Sur l’existentialisme lui-même. a voulu organiser un repas entre nous. mais d’autres donnent d’autres titres . Mais cela s’est très mal passé. sur les intellectuels français. ensuite. Oserai-je corriger les épreuves de L’existentialisme. Henri Lefebvre n’avait pas fait de vague . soufflant sur le feu en 1967-68 à Nanterre. Lefebvre ? Pour Georges Labica.L. j’ai trouvé les épreuves de L’existentialisme. quinze peuvent être cités 142 : cette question est abordée à la fin du cours. lorsque celui-ci. il a revu H. et je porterais le tout lundi. H. la femme d’Henri Raymond qui était mon étudiante. Raymond. -Il refusait d’assumer toute responsabilité. je pense proposer un index des noms cités et un index des matières. il est important de voir que ce vécu et cette description seront repris dans La Somme et le Reste. intéressante en soi.Quels sont les livres les plus importants de H. pour obtenir le poste de prof de socio. Le premier contact entre H. René Raymond avait invité Henri Lefebvre. L.” J’ai expliqué à Guy Avanzini mon travail sur H. et moi datait de 1959 ou 1960. Il trouve cela très intéressant.. Lefebvre laissait accroire qu’elles existaient. Il évoque l’attitude subversive de H. m’a-t-il dit. 70 . compliqué.

je reprends la relecture des articles de H. j’ai décidé de faire un index auteurs.L. je me lancerai dans l’index des matières : ce sera un travail subtil. sans pause. que je n’ai pas encore commencée. Après avoir tenu mes journaux. Les rapports sont complexes entre H.Métaphilosophie est déjà présent dans cet ouvrage : H. il me faudra être terriblement concentré . ce travail ne m’avait pas demandé la même énergie. j'ai décidé de rééditer ce livre. reprenant telle ou telle pensée ou développement dans d’autres ouvrages. Pourquoi ne pas l’intituler : “De la beauté d’avoir des ennemis” ? Hier. en me laissant entendre que répondre à cette question serait vraiment trop long et difficile. beaucoup de thèmes de Métaphilosophie sont déjà dans L’existentialisme… Pour renvoyer au 71 . qui dit des choses. et aussitôt. montre que J. relire plusieurs fois le texte permet de décider du terme que l’on va appeler. je me suis mis à l’index matières : je n’ai terminé que vers 22 heures. j’ai l’intention comparer les deux ouvrages . hier. dans les postes de la fonction publique. sur une durée plus longue : faire ce travail en une fois. puis j’ai relu la bibliographie de H. Pascal Nicolas-Le Strat. et de ne pas laisser échapper un thème mineur. lui est manœuvre puis chauffeur de taxi : cette expérience est riche pour se confronter à la ville. à la Bibliothèque nationale de France. dans sa biographie. en 1987 : à l’époque j’écrivais mon Lefebvre et l'aventure du siècle. le texte est difficile à comprendre . s’inscrivant dans une logique de construction d’un point de vue sur le monde . l’index de Métaphilosophie.L. pour avoir employé des termes “orduriers” contre leur maître.L. il défend l’idée que la philosophie ne peut pas se faire. Durant l’été à Sainte-Gemme. Samedi 20 janvier 2001. 5 h 30 Réveil trop tôt. Lundi 22 janvier 2001. Cet exercice est totalement fou : dans de nombreux passages. Ensuite.P. pour permettre ainsi au lecteur de comparer les thèmes abordés : dans la préface. Mon index valorise ce texte. je dois le faire d’un trait. permet de coller davantage au texte. que je n’ai jamais assez remercié. mais je l’avais fait. J’avais compris qu’Henri avait été violemment attaqué par les Sartriens. J’ai terminé la bibliographie vers 11 h 45. Lefebvre (livres) : j’ai commencé à relire les articles. En me réveillant. et qu’il avait laissé les choses en l’état. par exemple. dont je disposais depuis 1992 : je l'ai reçu en cadeau d’un ami. qui démontre. idée de donner comme “annexe” à L’existentialisme. Après lecture. Relecture des épreuves de L’existentialisme. H. épuisé que j’étais par la production de l’index-matières de L’existentialisme. Dimanche 21 janvier 2001. mais je me suis couché de bonne heure. La philo se fait aux marges . Lefebvre : je commence à penser à la préface. J'en ai parlé avec Henri : “Pourquoi n’avez-vous jamais réédité ce livre?” Lefebvre avait haussé les épaules. hier. suit un fil. J’avais déjà lu ce livre. je pensais davantage à “Le moment philosophique d’HL”. Pour Métaphilosophie. Sartre ne fait que redonner aux lecteurs des questions déjà explorées en 1928-29. et Sartre.

publié en 1957 dans Les temps modernes. Dans la biblio de Gaby Weigand (1984). Le texte de Michel Contat. nous avons parlé d’H. l'idée de faire un mail collectif à toute ma liste d'AI. à Saint Gemme je dois retrouver mes propres listes de publications : je ne dispose pas de mise au net de mes propres textes ! Hier. Ces textes m'aident à contextualiser le débat. 5 heures. Elle m'a dit qu'Henri avait toujours eu un côté mondain : il ne parlait que de son dernier livre et d'oubliait tout ce qui a pu le précéder. Maïté Clavel m'a téléphoné hier . J’avance la préface de L’existentialisme dont j’ai été reporter les épreuves hier. Lefebvre . Dès que j’aurai lu. travail sur ma préface à L'existentialisme : j'ai regroupé des textes (briques. Mercredi 24 janvier. Mardi 23 janvier 2001.texte de L’existentialisme. et en proposant aux destinataires de me faire parvenir des textes que je ne connais pas. titre à donner à ma présentation. avec Véro. Le même travail coopératif est à faire pour G. telle que je l’ai dans la tête en ce moment : son écriture amènera forcément des développements. au cours de ce travail. plus qu'aux Institutionnalistes. sans explication. Lourau . il me faut avoir la pagination définitive. ainsi que la partie (pas seulement le chapitre) concernant la contextualisation de L'existentialisme dans La somme et le reste. à envoyer aux Lefebvriens. me conduit à retrouver des textes importants dans cette perspective : “Le marxisme et la pensée française” (1956). Elle pense donc que Du rural à l'urbain va marcher. Lefebvre. Mais Caroline m’a rappelé pour me dire que l’idée de publier l’index de Métaphilosophie. j'ai trouvé cette expression d’H. relu hier et avant-hier. Ce matin. sur "Sartre" (Dictionnaire des philosophes de 1984) est une autre ressource. en regardant mon courrier électronique. m'a dit aussi que La production de l'espace était très bien acceptée par les étudiants d'aujourd'hui. en donnant la bibliographie dans l'état. je le crois aussi. et surtout H. Le prix de vente est à 149 francs : j'aurais préféré 140. et lancer une liste de publication trois fois plus longue qu'hier. Dans La somme et le reste. Je vais donc donner à Anthropos le travail déjà accompli. Hier. essentielle car le texte que je donne à lire n'est pas facile à comprendre. Lefebvre concernant son livre : "J'aurais pu lui donner comme sous-titre : l'art de se faire des ennemis". nous avons retrouvé plusieurs listes d'articles de René : Véro les a entrées en mémoire. Nous nous sommes promis de nous revoir : Maïté Clavel. Le travail de gestion d'archives. fait avec Véro.) pouvant trouver leur place dans cette préface. et répondu aux mails qui ont dû s’entasser. constitution d'une bibliographie de R. J'aurais des services de presse. et attendre le retour du prochain jeu d’épreuves pour rendre ma préface. comme annexe de ce livre n’est pas une bonne idée. on trouve douze références nouvelles. je me mettrai à la préface. J'ai corrigé hier les épreuves des couvertures de Du rural à l'urbain et de Centre et périphérie : ces livres seront en librairie en février. 9 heures. mais on n'en a pas parlé avec Jean. Au cours de la journée. 72 . qui le connaissent déjà. qui admire mon efficacité. plusieurs messages de participants au concours : Jacques Guigou et Bernard Lathuillière me donnent quatre nouvelles références chacun. dont je n’ai pas encore l’idée. Lapassade. etc : ce matin. je puis annoncer la première liste de gagnants.

Thierry Paquot m'annonce l'envoi du Rabelais. mais les références anglaises ou américaines manquent dans mes travaux : je suis trop centré sur l'Allemagne.. des époques. j'ai écrit à Suzy Guth. lors de nos entretiens. ou dois-je faire passer avant La survie du capitalisme ? Il y a moins de travail dessus. Paquot : comment arriver à échanger avec lui ? comment l'aider à s'impliquer dans le centenaire d’H. Ce qui me fait plaisir. La productivité est liée à un engagement. de retrouver Th. par ma surimplication : pour desserrer l'étreinte. thème qu'il reprendra dans un article de 1990. suivi et évolution des thèmes sont des questions centrales : éternel retour ? à plusieurs endroits. Avec Lucette. autant pour le Rabelais je risque de devoir rester dans le général : comment faire autant de préfaces sans se répéter ? véritable défi. mais avoir envie de le lire : elle est jeune. dont j'ai perdu les références : chez Henri Lefebvre. il me faut rapidement me mettre à mon livre sur R. j'établis la relation thématique des deux livres. Réussir ces services de presse aidera à la dynamique. Nous faisons du tango ensemble. il développe l’idée de continuum. Les philosophes jouissent de travailler sur un mode artisanal. pour Du rural à l'urbain et Centre et périphérie. Dans Le temps des méprises (1975). j'ai découvert qu'il oublie le Rabelais : cela ne va pas rendre facile la préface : autant je vais pouvoir trouver beaucoup de choses à dire sur L'existentialisme. il relit ses textes de 1924-28 (A) . comme des Traités. il réévalue le tout . hier. 73 . Véro fait avancer les choses de façon remarquable. chance pour moi. professeur de sociologie à Strasbourg. Henri dit que. je vis la superposition des temps. une avancée sur plusieurs points. penser à la mettre sur les services de presse. et moi. en 1943. mais les autres aussi sont excellents. dont il fait le plan. Ce livre sera fantastique : je trouve chaque jour de nouvelles idées et de nouvelles sources. Il faut que j'en parle avec Jean. Dans L'existentialisme (B). le chantier va plus loin. c'est que la fille qui est prof d'urbanisme à Lille (son nom m'échappe) et à qui j'ai donné Espace et politique m'a dit ne pas connaître vraiment H. Lefebvre se donne des programmes. d'autant plus que ces textes deviennent de plus en plus longs. on parlait de la saturation d'Anthropos que je provoque. Hier. je suis d'accord.. Lourau. et c'est amusant de pouvoir ainsi échanger sur son boulot : Corinne Jaquand ne me donne pas signe de vie .. Lefebvre ? Chez Anthropos. La somme et le reste représente un déplacement. Dans La somme et le reste. Véro a commencé à faire des listes de service de presse. Lefebvre. elle aussi enseigne en urbanisme . pour lui. ils sont saturés : ils n'en peuvent plus. Il ne les réalise pas toujours. Pour la littérature. et à la construction d'ethnométhodes particulièrement efficaces. les meilleurs chapitres de L'existentialisme sont ceux sur Kierkegaard et Nietzsche .. dans La somme et le reste. même si les Allemands ont énormément travaillé sur H. Dans ce travail. je suis en train d'inventer une philosophie industrielle. puis à celui sur Les moments qu'Anne-Marie Métailié veut publier. signe encourageant. il relit A+B et quelques autres. Mon but est de tenir le rythme : un livre par mois ! L'index de Métaphilosophie ayant été écarté de la réédition de L'existentialisme. Lefebvre. avec moi. encore une fois : dans le texte de 1958. Comment Henri Lefebvre a-t-il fait pour produire autant ? cette question qui m'est souvent posée. en huit volumes. mais deux livres peuvent sortir d'un tel projet. Il faut penser à L'existentialisme aussi. il parle de l'ennui du communisme. pour lui demander des sources post-modernes sur Henri Lefebvre : je ne sais pas si elle se sentira motivée pour faire ce travail. Dois-je donner d'abord le Rabelais. En relisant La somme et le reste. par exemple : ses "programmes".

en février. au moins d'un point de vue philosophique. bien qu'il ne cite pas H. Malheureusement. Vous voyez que le centenaire d'Henri Lefebvre ne passera pas inaperçu dans notre maison d'édition : je suis très heureux que ce soit vous qui m'aidiez pour le Rabelais. On n'a pas pu parler "Que sais-je ?" et autre. Lefebvre se dit content dans La somme et le reste. Pierre Lantz aurait besoin d'une photocopie du Nietzsche (La fin de l'histoire est marquée par ce livre sur Nietzsche) : peux-tu me procurer cette photo ? S'il y a un coût. Armand me téléphone ce matin : Jacques Rouge a noté des articles d’Henri. Encore merci. je puis payer . que je lui avais demandée). je suis très impressionné de ton courage de lire mon livre en allemand. dans les revues ou la presse. Je prends contact avec lui : il va m’en faire des photos. Syllepse vient de sortir Métaphilosophie. je trouve que ce courant de pensée est très proche de lui. je lui donne les épreuves de L'existentialisme. Avez-vous la première édition de L’existentialisme ? sinon. J'ai relu cette semaine vos entretiens avec H. Je termine ma préface à L'existentialisme qui sortira en mars . Je vais m'en occuper ! Récemment. ” Dimanche 28 janvier. Lefebvre en 1982 (Le Monde et Autogestions) : je rêve de vous trouver une place pour la célébration du centenaire. d'autres journaux aussi . sortira chez Anthropos Du rural à l'urbain. Métaphilosophie est. Pour La fin de l'histoire. comme à paraître. qui va paraître en mai. comme quand nous nous sommes rencontrés à Paris . inspirée de H. Lefebvre. Paquot et Armand Ajzenberg : “Cher Thierry. Pierre Lantz doit le préfacer. il est important d'annoncer ce livre. j'ai écrit un article sur Lefebvre et le problème de l'état. L'École émancipée a retenu 8 pages. 14 h 35 Je viens d’envoyer les messages suivant à T. Bien à toi. Je ne sais pas encore si le Rabelais sera pour avril ou mai : cela dépend de La fin de l'histoire . Qu'en penses-tu ? Je me souviens que vous avez parlé de Christoph Wulf. et je ne connais pas sa vitesse d'écriture. Je vous en remercie. Je te confirme mon véritable intérêt pour les disquettes de La conscience et Méta. Je suis parti précipitamment aux PUF.Samedi 27 janvier 2001. Mon ouvrage sur H. qui publiera également ma Théorie des moments. Je lis les travaux de Christoph Wulf sur l'anthropologie historique . tu m'as tutoyé. les livres de Lefebvre n'ont pas la chance de reparaître en ce moment. merci beaucoup (dans la dernière lettre. Lefebvre. qui n'a pas eu lieu à cause de la 74 . où il y a un chapitre sur Nietzsche. je serais heureux de vous faire parvenir la seconde. après une période d'éclipse. Laquelle ? je voudrais susciter en juin (Henri est né le 16 juin) une pluie d'articles ou de dossiers. De mon côté. je continue donc de la sorte). Lefebvre bénéficie d'une conjoncture favorable en Allemagne et aux États-Unis (qui projettent l'édition de De l'état). pour sa préface. où j'ai vu Prigent. J'ai bien reçu le Rabelais. qui m'a seulement dit qu'il allait m'écrire en réponse à mon courrier (il fait la recherche documentaire. en Allemagne.” “Mon Cher Armand. le livre plus important de Lefebvre. merci beaucoup de ta visite de jeudi : elle est porteuse de possibles ! J'ai oublié de te donner l'index-matières de Métaphilosophie. En effet. dans un livre dédié à Eberhard Braun. qui ne sont pas dans ma biblio. Lefebvre va sortir en poche chez Métailié. en un certain sens. très occupé. H. J'aurais dû faire une conférence sur Lefebvre et l'espace à Dubrovnik. mais ces derniers temps je n'ai rien lu de lui. Ulrich m’écrit : “Cher Remi. dont H.

Armand Ajzenberg pense qu'il faut demander aux éditions sociales de le rééditer (pour les punir). je sollicite des préfaces des uns et des autres. Jean n'était pas contre. sans compter L'existentialisme. Espace et politique. il n'aura aucun lecteur tandis que s'il participe à un paquet. il peut être découvert. En 1991. On en discute dans notre groupe de travail. Pierre Lantz va préfacer La fin de l'histoire. Uli Müller-Schöll ”. mais toi. mais maintenant. L'intention de renouer des fils (ce qui ne signifie pas commémorer. je suis très intéressé de recevoir toute information possible. a été un des fondements de notre revue Temps critiques. en effet. parmi les animateurs du mouvement de renouveau. tu as bien fait de faire rééditer L’existentialisme. pour prendre mon poste à l'IUFM et à l'UPV. j’ai trouvé ce livre en bon état chez un bouquiniste (l’achevé d’imprimer est du 7 novembre 1946). et la contre-dépendance à ces puissances n’est pas non plus très créative. alors qu'il sortait des presses. René Lourau et ses disciples se sont trop souvent stérilisés. Je te remercie de ton message. je cherche des personnes susceptibles de faire des préfaces nouvelles. et trop peu attentif à la suppression du travail productif réalisé par le capital lui-même). ni relégitimer) avec le passé politique de notre génération (les années 55/75). Lourau a préfacé 5 livres différents de Lefebvre de La somme et le reste jusqu'à Pyrénées : j'estime important que l'AI continue à être présente dans ce mouvement. on fait du "Lefebvre pluriel". Comment et pourquoi le capitalisme a-t-il “survécu” ? (La survie du capitalisme de Lefebvre avait déjà bien amorcé cette analyse. Lundi 29 janvier 2001. J'étais intéressé de rééditer La survie du capitalisme que tu évoques : étant donné que j'ai déjà préfacé la série : Production de l'espace. mais il reste trop productiviste. Cela compte pour moi d'avoir cet avis. Labica de préfacer le vol 2 du Traité de matérialisme dialectique qui avait été mis de côté (il est déjà le préfacier de la réédition chez Syllepse de Métaphilosophie qui vient de sortir). Nietzsche).situation politique au Balkan : je saisis toujours les occasions de travailler sur Lefebvre. te sentirais-tu l'envie de faire la préface à ce livre. C'est fou ce que j'ai lu depuis trois mois ! Dans le mouvement de réédition d'Henri. C’est ce qui me fait actuellement écrire une critique de l’institution imaginaire de la société de Castoriadis . N'astu pas parlé d'un truc web sur Lefebvre ? Comme je l'ai déjà écrit. et commenté. en arrivant à Montpellier. ta dernière lettre présente une orientation et un plan de travail intéressant pour l'histoire de l’A. Au départ. que je travaille particulièrement. Tu représentes une sensibilité qui a participé à l'Anthropos de la période Lefebvre.I. L’université. Je cherche quelqu'un pour le Rabelais. Toutes les tendances idéologiques et politiques qui ont lu Lefebvre. Làdessus. Je prends conscience que je ne t'ai pas vraiment lu ces dernières années : je veux rattraper mon retard. dans cette contre-dépendance à l’université. qui a des idées sur La survie du capitalisme. R. il est vraiment pour : je ne me souviens plus si je t'ai dit que L'insurrection situationniste. et mon désir est d'amener les anciens auteurs à retrouver une place dans cette maison. au sein des universités modernistes. il est proche des Minima Moralia d’Adorno. car comme c'est un livre faible. par décision de la censure stalinienne. On envisage de demander à G. sur les activités autour de Lefebvre ! Herzlichste Grüße. détruit. Du Rural à l'urbain. et à plus tard. Jacques”. ont leur place dans ces rééditions . des phénoménologies (Husserl) et des philosophies de la subjectivité (Kierkegaard. mais je préférerais faire cela chez Anthropos. en dehors 75 . Jacques Guigou m’envoie le message suivant : “Cher Rémi. de l’État et de leurs représentations. n’est pas le lieu idéal pour réaliser des activités qui nécessitent une indépendance vis-à-vis du capital. dans toutes ses sensibilités. Bon vent Rémi. s'il est aux éditions sociales. mais il porte une critique politique des métaphysiques (Heidegger). qui vont être le socle idéologique de la domination social-moderniste après la Seconde Guerre mondiale. Bien sûr qu’il comporte des rengaines staliniennes. tout en s’en séparant sur le plan stratégique puisque ce dernier avait finalement choisi le camp du despotisme étasunien. Je lui réponds : “Cher Jacques.

sorti en 1999 : c'est vraiment très fort. Compte tenu du planning assez chargé de Cultures en mouvement. d'une certaine manière. le mieux est que tu lui écrives ici (31. bonjour ! Pour René. Remi. avant d'aborder ta lecture. ce colloque le justifient largement. se narrent maintenant autrement ! Si tu es d'accord pour préfacer La survie du capitalisme. dis-le moi. pour Lefebvre aussi. Sciences humaines et L’homme et la société.” Mardi 30 janvier 2001. comme toi. je ferai le nécessaire pour qu'un contrat soit fait pour nous autoriser à rééditer ce livre (actuellement Catherine a les droits de son mari : elle accepte toutes mes propositions). et la conceptualisation qui en a découlé dans ton travail. À quelle adresse dois-je te faire parvenir ce livre ? espérant que tu accepteras l'idée de préfacer La survie du capitalisme. sur la réédition de ses œuvres. j’ai eu les réponses d’Armand Touati et Nicole Beaurain. D'un volume de 15 000 signes y compris un encadré sur les publications et le colloque de juin. À ce moment-là. Amitiés de Nicole Beaurain. Le soir. Amitiés. Elle m'a même invité chez elle pour l'aider à régler une traduction américaine de De l'état. je te propose de rédiger un article rappelant le travail théorique et la trajectoire d'Henri Lefebvre. Debord.de te citer. Hier. Je suis dans la lecture de Das System und der Rest. rue des Messiers 93100 Montreuil). d'ailleurs. après la mort de G.” 76 . et te préciserai ultérieurement s'il manque un article (mais seulement à partir de 1987 car malheureusement je n'ai pas la collection entière). Il me manque le tome 4. Pour un compte rendu sur HL et Métaphilosophie : Pierre Lantz s'est chargé de faire une longue note critique. mentionne 67 références à Lefebvre. livre introuvable en français d'ailleurs. comme pour R. j’ai pris contact pour des articles éventuels avec Cultures en mouvement. dans la rubrique " idées-histoire du présent". avant de te passer la commande officielle. un dépassement de vieilles histoires qui. Armand Touati : “Cher Rémi. Lis-tu l'allemand ? plusieurs livres importants sur Lefebvre sont sortis ces dernières années dans cette langue. Il est classé comme auteur du mouvement. alors que je n'apparais que dans les auteurs ayant écrit sur le mouvement. Lourau : il y a aussi ma préface qui explique le contexte du travail actuel. Merci pour ta suggestion. Armelle : sa boîte à lettres étant moins que sûre. Cela te donnera l'état de la biblio que l'on enrichit au fur et à mesure.” Nicole Beaurain : “Cher Rémi. Cette œuvre. À très bientôt. une réhabilitation. C'est donc. de Müller-Schöll. Armand Touati. l'actualité éditoriale. texte à nous envoyer avant le 5 mars). Ce texte devrait introduire à l'œuvre des lecteurs qui ne la connaissent pas ou peu. Je vais te faire parvenir un exemplaire du Rural à l'urbain à sa sortie (nouvelle édition). je vais regarder dans les tables de la revue. Qu'en pense-tu ? Je pense pouvoir le publier dans le numéro de mai (parution fin avril. À bientôt.

mais complémentaire… Mais. pour me dicter une traduction approximative que je mettrais en bon français en tapant le texte à la vitesse de l’énonciation ? Avec Véronique. notre livre sur L’école. car cette année. il n’y a plus d’hostilité entre les différents discours. Guattari. Ce livre mérite d’être traduit. Lors d'un petit échange avec Lucette hier (nos relations sont trop dispersées du fait des charges administratives qui pèsent sur elle). L’an prochain. c’est la pédagogie institutionnelle et la posture de l’autogestion pédagogique . Lapassade m’a téléphoné. en en proposant un dépassement ? Mais quel changement proposer aujourd’hui du système éducatif : il y a une tension entre pédagogues et fonctionnaires du savoir. Ce livre situe la pensée de Lefebvre par rapport aux pensées de Bloch. Christine. On va lancer le chantier Lapassade. Je comprends le mouvement de ce livre. On prend conscience. évidemment. d’heures de travail cela me demanderait-il ? Il faudrait le faire à deux. Véronique a formidablement avancé les bibliographies de Lefebvre et Lourau : elles sont pratiquement parfaites. j’ai essayé de lui dire que ma relecture de l’œuvre d’Henri me donne une clé pour aborder l’éducation nouvelle. puis les chantiers Lobrot. Véronique m’aide merveilleusement bien. j’ai commencé à relire les archives de l’AI. chez les syndicalistes qu’il y a une cause pédagogique à certains problèmes : ce qu’il faut repenser. je sens l’importance de lancer un chantier Interculturel et éducation.Hier après-midi. mon livre important. mais aussi L’existentialisme. et à sélectionner quelques textes à faire taper à Véro. d’un auteur à l’autre. 77 . et elle me demande la fin de mon livre : je ne parviens pas à me remettre dedans. d’un système à un autre. Georges suit par téléphone l’avancée du projet… Christine était à Berlin. elle a raison. lorsque Véro est là. il me faudrait faire une sieste après le repas de midi. Je réfléchis à mener de front tous ces projets : mon travail sur Lefebvre n’est pas. En même temps. D’autres choses surgiront alors d’elles-mêmes : traduction de Schleiermacher. je retrouverais une certaine efficacité dans l’après-midi. Je travaille souvent le matin très tôt . Armand m’a demandé si ce livre méritait d’être traduit . Lefebvre. je tente de travailler parallèlement l’AI et Lefebvre. etc. Ce chantier sera conduit avec Lucette . je traverse des phases de fatigue. Je crois qu’alors. mais quel Allemand serait assez motivé. Comment dépasser cela ? J’ai lu dans le Monde hier que les choses bougeaient à la FSU . Je suis trop capté par le chantier R. Pour Lucette. Elle va repartir faire une tournée. il dépasse la philosophie dans une métaphilosophie : aujourd’hui ne. permet la progression de la pensée 143 . contradictoire avec le travail sur l’AI. pour moi. H. Il était rassuré que je travaille sur ce livre . Il faut refaire La relation pédagogique. Championnet. Mon rythme biologique doit être réfléchi . Lefebvre analyse l’histoire de la philosophie. nous sommes sur la bonne voie. Lefebvre. il faudrait refaire un vrai livre sur ces questions. Marcuse. j’ai travaillé sur mes archives d’AI : G. etc. ne faut-il pas refaire l’histoire des grandes étapes de la pensée pédagogique. j’avance un peu dans sa lecture de Métaphilosophie. un ouvrage sur l’éducation nouvelle. Lourau et le chantier H. l’enfant et l’étranger. mais combien de jours. Cette semaine. Je me suis replongé dans Das System und der Rest de Müller-Schöll : tous les jours. comme la résolution de questions parcellaires qui. il n’apprécie pas que je travaille sur H. pourrait y participer. mais je me vois mal traduire 350 pages. par sa réflexion sur l’herméneutique. aujourd’hui je réponds : oui. 143 Métaphilosophie. mais ce livre passe par d’autres détours… Mercredi 31 janvier 2001. cette année : la Théorie des moments . cela fait des chantiers chargés à gérer en même temps.

Globalement. Puisqu'il y a beaucoup de points communs entre H. Comment bien vivre avec Romain. ma préface pour L’existentialisme me demande du temps… Le weekend est le moment le plus adapté pour moi pour me lancer dans un travail solide. Ce dossier doit permettre de penser tous les problèmes actuels de l’AI. voir aussi la Ernst-Bloch-Assoziazion (page web : www. Un texte de trente pages suppose une vue d’ensemble. qui a organisé un colloque sur l'état. merci de te joindre à notre comité. Je travaille à un élargissement du comité d’organisation du colloque Lefebvre. Jeudi 1er février 2001. L’organisation du colloque Lefebvre a beaucoup avancé hier.net).. Si je ne parviens pas à conclure certains chantiers. j’envoie un rapport du travail de la journée à Armand Ajzenberg : 78 . avec le même sérieux que le tennis me fait certainement quelque chose au plus profond de moi. J’ai rêvé que Charlotte acceptait de signer avec moi Les trois temps de la valse. prof de philo à Tübingen (il a fait une conférence sur Lefebvre). de longue durée. récolte une partie de la mise. tout en tenant mon cap ? vraie question ! Il y a aussi le chantier “interventions” que je n’aurais pas dû accepter pour l’académie de Créteil : huit jours. As-tu les coordonnées d'autres Allemands susceptibles d'être intéressés (Heinz Sünker. Nous avons tellement d’avance sur les autres.ernst-bloch.. Dans ce contexte. c’est l’occasion de former Véro à la réalité du terrain. prof à Kassel. informer aussi : Helmut Fahrenbach. Comment faire pour avoir du temps devant soi. Christian Schmidt. et cela est très important. je vais être entièrement noyé. Wolf Dietrich Schmied-Kowarzik. Actuellement il me faut terminer d’urgence mon texte sur Mayotte pour Gaby : elle a besoin d’un délai pour traduire . René Lourau. être calme et garder une vue globale d’un chantier ? Ai-je eu raison d’interrompre ma troisième partie du Sens de l’histoire. alors que je n’avais besoin que de trois heures pour la conclure définitivement ? La version provisoire. Correl Wex (il a écrit sur Lefebvre et l'état). Voilà tout pour le moment. c’est énorme ! En même temps. 72076 Tübingen (c'est sous sa direction que j'ai écrit ma thèse sur Lefebvre (il n'a pas de e-mail). voilà des adresses d'autres Allemands : Heinz Sünker. par exemple) ? Merci”. je suis assez lucide sur ce qu’il faut faire et je le fais. Le fait que Romain se mette au tango. Salut. je dois faire cela bientôt. Les tensions entre moi et Georges. J’invite de nombreuses personnes à s’y associer. mais il y a aussi le texte pour Christine. lors d’une discussion matinale avec Lucette. car les épreuves vont arriver. et le week-end prochain va être bouffé par les Verts : c’est la réunion de la commission Éducation. Lefebvre et Ernst Bloch. c’est le plus urgent. (qui est le plus intéressé en ce qui concerne le marxisme non-dogmatique en Allemagne en ce moment) . lorsque les épreuves de tel ou tel livre vont arriver. Ulrich ” Le soir. Le fait que Christian Dubar passe la soirée d’hier à la maison me fait me demander : ne faudrait-il pas faire un come-back en danse en 2003 ? Il faudrait reprendre des initiatives sur ce terrain aussi. qui était en réserve. mais presque terminée. Il me répond : “Cher Remi. J’écris à Ulrich : “Cher ami. Pour Lefebvre.J’ai relu le dossier du conflit de 1980 (chercheurs et praticiens) : très dur. a permis à Christine de la relire et de la commenter. Eberhard Braun. Paul-Löffler-Weg 7. sont celles que vivent maintenant les étudiants avec moi . un Suisse qui est en train de préparer un "doctorat" sur Lefebvre . il y avait des conférences sur Lefebvre : l'organisatrice s'appelle Doris Zeilinger.

Dazu möchten wir Sie herzlich einladen. Es sind keine langen Vortäge geplant.“Cher Armand. Nicole Beaurain. Bensaïd. de l’explication et de l’explicitation. peu nombreux du fait de la grève. Ahmed Lamihi (Maroc). Henri Lefebvre est décédé en juin 1991. Ulrich Müller-Schöll hat mir 6 Adressen von Lefebvresdeutschenautoren gegeben. und wir würden uns gerade deshalb auch sehr freuen. Zahlreiche Werke von Lefebvre sind ins Deutsche übersetzt. Maïté Clavel. qui viendra. j’ai distribué l’annonce du colloque à mes étudiants. Alain Coulon. Bechman. D. Daniel Bensaïd. Marxiste ayant refusé le dogmatisme. penseur du quotidien et du mondial (matin : la critique de la vie quotidienne aujourd’hui . Arnaud Spire. Kurt Meyer (Suisse). Mardi 26 juin : Lefebvre. A. Authier ne peut pas venir. Comité scientifique et d’organisation en cours de constitution : Armand Ajzenberg. Pierre Lantz. Je les contacte. qui viendront témoigner). Renaud Fabre. Guigou. Ville. son œuvre bénéficie aujourd’hui d’un regain d’intérêt autant aux États-Unis qu’en France. Jeudi 28 juin : Lefebvre pédagogue (le matin : son art de l’enseignement. 79 . Sylvain Sangla. Très long mail de Müller-Schöll. Remi Hess. du local .fr Vendredi 1 février 2001. Laurent Devisme. Né le 16 juin 1901. P. Geburtstags werden wir vom 26. Corrigé de ma lettre par Gaby : “Liebe Leser von Henri Lefebvre in Deutschland. ZENG Zhisheng (Chine). Jacques Guigou. Wichtig erscheint uns vor allem der interindividuelle Austausch. et d’autres chercheurs. Henri Lefebvre ist im Juni 1901 geboren. Kann Ich dieser klein Texte Schicken ? Kannst Du meine Fehler korigieren ? Danke. Clémentine Dujon. arrive l’acceptation d’Arnaud Spire .” Ensuite. Lucien Bonnafé. traduit en trente langues. Pour tout contact : Remi HESS remihess@noos. J’envoie à Gaby le mail suivant : “Chère Gaby. Paquot. Ulrich Müller-Schöll (Berlin).au global). Mercredi 27 juin : Lefebvre métaphilosophe (matin : son travail pour dépasser la philosophie après-midi : théorie des moments et méthode régressive-progressive). Christine Delory-Momberger. Zu Ehren seines 100. Makan Rafatdjou. ” Colloque " Centenaire d’Henri Lefebvre " Université de Paris 8. Anne Querrien. Benyounes Bellagnech. Christian Schmid (Suisse). M. vivants. accepte de présider cette rencontre. J. Dan Bechmann. D. à la fac. Jean-Pierre Lefebvre. après midi : être sujet des processus de mondialisation. Sa pensée nous invite à l’invention. Refus de Th. Peux-tu me la donner. bis 28.la ville . l’après-midi : s’inscrire dans le prolongement de l’œuvre d’Henri : l’œuvre de René Lourau (1933-2000). s'il te plait ? Réponses favorables d'Ahmed Lamihi. L. Elisabeth Lebas (Grande-Bretagne). sondern eher kurze Beiträge zu unterschiedlichen Themen. Coulon. Bonnafé. j'ai dû faire une faute en recopiant l'adresse électronique d'Élisabeth Lucas. Das Treffen wird eher informellen Charakter haben. de la pédagogie. Georges Labica. du mardi 26 juin au jeudi 28 juin 2001. Bist Du einverstranden in unsere Komite zu sein ? Remi. Le président de l’université de Paris 8. à la lutte pour un monde plus humain et à l’ouverture. il a pensé de nouveaux objets. son travail de vulgarisation . Juni 2001 eine kleine Tagung an der Universität Paris 8 (Saint-Denis) veranstalten. etc. Lucette Colin. Auteur de 68 livres. wenn möglichst viele deutschsprachige leser von Lefebvre zu der Tagung kommen könnten. David Benichou. qui me donne les adresses de 6 Allemands branchés sur Lefebvre. Robert Joly. mais est trop chargé. En témoignent le nombre impressionnant de rééditions de ses livres depuis deux ans. comme je l’avais fait la veille auprès des membres du conseil d’UFR : le colloque Lefebvre est sur orbite. Patrice Ville.

je n’ai pas trop réagi . sur des communications déjà connues : pour le moment. Gérard Althabe. proposés par Nicole. alors que j’avançais La mort d’un maître. Eugène Enriquez. Michel Trebitsch. Le Lourau est une exploration concrète de la méthode régressive progressive : il est nécessaire 80 . elle s’étonne que personne n’ait encore pris ma place sur cette question : il est étonnant que le grand nombre d’ouvrages sur H. que j'informe du travail accompli par Nicole Beaurain : il a fait la moue par rapport à certains noms.Falls Sie Interesse an unserem Treffen hätten. Müller-Schöll sur Lefebvre . j’ai reçu un appel d’Armand Ajzenberg. uns in den nächsten Wochen eine kurze Antwort zukommen zu lassen. Ce matin. “ Si on l’invitait. il est clair que nous buttons là sur un clivage concernant ouverture et fermeture. génial : j’ai passé la page 200. italien… Je passe la journée à la Commission éducation. Sylvia Ostrowetsky. würden wir uns sehr freuen und möchten Sie bitten. selon lui. Lipietz. pour permettre tous les échanges possibles. Ma priorité quotidienne reste actuellement la mise en place du comité scientifique du colloque H. Remi Hess”. Je téléphone à la liste d’adresses envoyées par Nicole Beaurain. puis gestion du courrier. H. Lucette pense que je devrais faire ce livre avant le Lourau. Wulf). J’avais la tête ailleurs. François Dosse. ne serait pas capable de ne pas être la vedette de la rencontre. Il me faut faire la même chose en anglais. ce n’est pas possible. mais. échanges téléphoniques avec Madeleine Grawitz. espagnol. mais pour moi. je voudrais faire le point sur ma transversalité. Gaby m’a fait deux brouillons de lettres. Je vais travailler toute la journée à Montreuil. Mit besten Grüßen. mais des moments d’échanges. Alain Bihr. Je n’ai pas encore noté qu’Alain Guillerm et Jean-Marie Vincent ont accepté d’entrer dans le comité scientifique. Sünker. Dans le texte de présentation du colloque. je n’ai pas écrit . ce n’est pas dit. Je m’aperçois que depuis quelques temps. Cohn-Bendit. Le soir. Establet ? Pas de place.Lefebvre : nombre de personnalités sont heureuses de donner leur nom (hier : A. Mercredi 7 février 2001. Lucette me fait prendre conscience de la nécessité de sortir d’urgence ma Théorie des moments. ceux qui veulent faire une communication doivent passer leur texte sur le forum de discussion. Les rencontres elles-mêmes ne seront pas des moments d’exposé. Aujourd’hui. il me faut expliquer comment on va travailler . Il faut faire traduire un texte de présentation générale. Depuis le temps que j’en parle. Sur le plan des autres éléments de ma transversalité. J’envoie l’annonce du colloque Lefebvre à ma liste allemande. Victoria Man. Lundi 5 février 2001. a dit Armand. Ce matin. C. Samedi 3 février 2001. pareil pour Jean Baudrillard et quelques autres. Les trois jours que j’ai prévus pour cette rencontre ne seront pas de trop. Lefebvre n’ait pas dégagé ce sujet. dans ce colloque pour les Althussériens . j’ai été suspendu dans mon travail par une affaire de Sans Papiers (intervention des CRS à la chapelle Saint-Bernard où s’étaient regroupés 200 Sans Papiers). Lever à 5 h 30. lecture à 7 heures. lecture de U.” Dimanche 4 février. Hier soir. je suis absorbé par l’organisation du comité scientifique du colloque Lefebvre.

Si je ne m’oblige pas à faire ces choses vite. un texte pour le groupe de recherche “art et cognitique”. que Philippe Lenice a fait décrypter. je dois être capable de sortir mes deux livres théoriques : La théorie des moments et La méthode régressive-progressive. au séminaire. Ce travail ne me demanderait que trois heures de concentration. Benyounès. la demande vient d’une ancienne étudiante. avant d’écrire un livre théorique dessus. Au cours de l’intervention faite avec Véro à Montreuil. que je devais absolument rendre rapidement. important sur le plan politique. -Un autre chantier urgent : le texte sur Mayotte que Christoph attend avec impatience. aussi pour le texte allemand. en phase avec mon texte de conclusion de La Sens de l’histoire (60 pages). je parle de Métaphilosophie : j’en vends 5 exemplaires (Philippe Lenice. deux nouvelles demandes de texte : une émanant d’une revue allemande : 15 000 signes sur l’anthropologie de la danse . pour cette année du centenaire. lorsque Jack Lang sortira ses mesures pour la formation des enseignants. auparavant je dois sortir La mort d’un maître. pour reprendre un certain nombre de textes déjà écrits. dans lequel je me trouve actuellement. d’une organisation. et quitter l’état de grâce. Hier. un texte précieux. Ce matin. Courrier encourageant reçu hier de Gérard Chalut-Natal . en message mail. encore. Bonheur d’avoir un tel interlocuteur ! Sur l’éducation. Je dois le terminer en corrigeant en même temps les épreuves de la transcription de ma conférence de Toulouse. mais quand les trouver ? Cette semaine. pour pouvoir écrire dessus ensuite. d’une institution. une autre idée : un livre qui s’intitule Le moment socianalytique (Le temps des médiateurs 2). L’institution sur le divan. De même que j’ai pas mal travaillé sur la notion de moment. mais. Or. son frère et deux étudiants inconnus). il peut reprendre ce que je vais trouver dans mon enquête sur René Lourau. 9 heures Hier. La notion de moment socianalytique est présente dans Centre et périphérie : monter comment ce moment survient dans la vie d’un groupe. Ce livre doit se composer de trois textes : La socianalyse (réécrit). Christoph Wulf m’a confirmé sa commande d’un livre sur Le mouvement institutionnaliste (avec Gaby Weigand). je lis le journal de Benyounès dans lequel je veux recopier un passage (daté du 6 février 2001) : 81 . Ce chantier d’écriture est ralenti par des tâches urgentes quotidiennes qu’il me faut tout de même assurer : -ce matin. Ce livre ne sera écrit que durant l’été : il n’est pas urgent . j’ai écrit le compte rendu de la réunion des Verts de samedi dimanche sur l’éducation : un petit texte. L’intervention actuelle auprès des AS de l’académie de Créteil. je risque de perdre pied. Véronique sera d’une aide précieuse. avant d’écrire la théorie des moments. Vendredi 9 février 2001. Kolle. je suis pour sortir un texte dans Le Monde sur les IUFM.d’explorer cette méthode concrètement. Il développe sur quatre pages les points d’accord avec ma théorie des moments : ces échanges sont une vraie recherche scientifique. de même je dois expérimenter la méthode régressive progressive. Sur la danse.

Je me suis replongé dans Nizan. Sartre : Müller dit que leurs relations sont difficiles à expliquer. J’ai lu l’article de Michel Trebitsch sur la correspondance d’Henri avec Norbert Guterman. un jour. j’ai dit à René que je considère Remi comme faisant partie du courant de l’AI. n’a jamais contesté cette évidence. comme mauvais élève. elle fait une photo d’un livre introuvable de H. je faisais le va et vient entre le séminaire de René. et celui de Remi. dans le Dictionnaire des philosophes. important : je ne savais plus que j’avais noté tant de choses. Cette lecture me conduit à relire mon livre sur Lefebvre. pas trop. C’est ce que j’ai compris lors de la dernière réunion à laquelle j’ai assisté en juin 2000. ma fille.“Après le café. Avec Remi. Lefebvre : c’est une erreur de ne pas citer L’existentialisme. En effet René. Sartre n’a pas pu ne pas être marqué par ce livre. elle frappe mon journal de mercredi. journée intense de travail. 9 heures. Je retiens une chose de tout ce qu’il a dit : Remi a pris des notes lors de cette rencontre d’hommage. je me sentais aussi à l’aise dans l’un que dans l’autre. j’étais un véritable zombie. je suis d’accord avec lui. et donne à lire ce qu’il écrit. Gilles Monceau entreprend une manœuvre anti-institutionnaliste. d’après Patrice. et l’écriture prend une grande place. avant même que ce ne soit publié. Il m’est arrivé de parler à l’un ou à l’autre de leurs séminaires respectifs. est venue préparer une chorégraphie chez nous. nous lui avons demandé de nous raconter ce qui s’est passé. même s’il connaît l’AI depuis 10 ans. le lien s’est renforcé et la confiance s’est installée une fois pour toute. que veut lire Kurt Meyer : il faut que je lui demande son adresse pour lui expédier. ce mardi. encore. et le fait de donner ses derniers livres à Remi. J’ai quitté cette réunion. pour les publier ne peut être qu’une consécration et une reconnaissance d’un long parcours commun d’une trentaine d’années. En voulant institutionnaliser le labo. sur le devenir du labo et du courant de l’AI. et ce n’est pas l’esprit de l’AI. je redis cela et je le confirme dans ce séminaire. Patrice explique que le fait de ne pas consulter Remi. En 1999. Mais j’ai eu assez de force hier pour écrire une lettre de huit pages (ironiques) pour défendre Patrice qui était encore davantage attaqué que moi. Ainsi il est en train d’introduire quelque chose de nouveau à l’université : le maître se donne à lire à chaud. nous parlons beaucoup de la situation actuelle de l’AI. car Remi écrit beaucoup. et je n’ai pas senti de distance entre eux. il juge la situation très critique. Mostafa a assisté à la rencontre du 11 janvier en hommage à René Lourau. aucune allusion à H. J’ai l’impression qu’il n’est pas dans le coup. j’ai lu une lettre circulaire du directeur de ma formation doctorale qui me labellisait. j’avance à grands pas le livre de Müller. Nuit très courte encore de samedi à dimanche. Quel boulot que de lire ce livre en allemand ! J’en suis aux rapports avec Sartre.” 19 h. lors de la lutte contre les invalideurs et les scientistes de l’institution universitaire : l'institutionnaliste est principalement critique vis-à-vis des institutions. en me disant que je ne me reconnaissais pas dans ce groupe. Le livre de G. Celle-ci a beaucoup avancé aujourd’hui (dans ma tête). De mon côté. avec un très beau passage sur Sartre que je ne connaissais pas. Lapassade et Lourau . J’avance dans l’éclairage des choses. Je suis tout à fait d’accord avec lui . nous montons au quatrième étage salle 428. Lukacz n’arrive qu’après… Lundi 12 février 2001. Charlotte. L. J’ai passé une nuit blanche. 30. aujourd’hui. J’étais assis à côté de Raymond Fontvieille. et je n’ai fait qu’une demi-heure de pause à midi : Véro met à jour les bibliographies de Lefebvre. C’est pour moi le plus important. Il me faut le reprendre dans ma préface pour L’existentialisme. Samedi. est une grave erreur de la part de Gilles Monceau et d’Antoine Savoye. après la mort de René. Aujourd’hui. Je regardais d’un œil. Aujourd’hui. tout en terminant le livre de Müller-Schöll : agréable de suivre l’analyse comparative de 82 . Patrice dit qu’il reçoit beaucoup d’e-mails en ce moment. dans les échanges entre les acteurs de l’université et de la recherche. Pour moi. Dans l’article Sartre de Michel Contat. J’ai commencé à 4 heures. Elle relit et corrige le journal de Georges. Vendredi soir.

J’ai dû m’occuper de Romain quatre jours. À midi. Entre 1962 (elle a assisté à la première rencontre de R. elle va me l’envoyer. celle-ci apparaît plus compliquée à écrire que je ne me l’imaginais. il m’a fallu relire ma Théorie des moments. Lefebvre sans discontinuer . Cela vient du fait que depuis que j’ai reçu ma préface à l’Existentialisme. passer des vacances. Lefebvre. venue apporter son manuscrit sur La sociologie de l’urbain. Cela fait longtemps que je n’ai pas écrit mon journal. Normalement. Romain n’a rien mangé. C’était la Saint Romain. je prends beaucoup de plaisir à danser avec elle… 83 . je lui montre ce qu’elle a à faire dans les 4 jours qui viennent.la notion de praxis chez Sartre et Lefebvre. Le dernier week-end. J’ai donc interrompu l’écriture de ma préface. se “réaliser” (Verwichlichung) ! Monique Coornaert m’a téléphoné longuement : elle ne veut pas faire partie du comité du colloque Lefebvre. 6 heures. entrepris la semaine passée à Sainte Gemme. je suis parvenu à me mettre à la correction des épreuves de L’existentialisme. tout en regardant Charlotte pratiquer. à relire ce bouquin dont je dois revoir et réécrire la troisième partie. ainsi que le passage sur la transduction). elle a vraiment bien connu Henri. je vais tenter de m’y mettre aujourd’hui. depuis Strasbourg jusqu’à la fin. en fonction de la relecture de la seconde partie. Je crois que je vais alors prendre quelques jours de congé pour me refaire une santé. j’ai passé sept heures avec Maïté Clavel. Deux ou trois choses urgentes sont venues le recouvrir. il y a dix jours… Nous avons dansé 10 heures ensemble et c’est une expérience nouvelle pour moi que d’avoir une partenaire attitrée. le chantier H. et le Sens de l’histoire avance à grands pas : Christine a fini de sortir l’ensemble des 18 chapitres de la seconde partie. Bien qu’elle soit débutante. J’ai relu le volume 2 de La critique de la vie quotidienne (dernier chapitre. Lundi 19 février 2001. Je me contenterai de lire et d’écrire ce journal. dès que Véro arrive. et je tente de boucler la préface… Paris le 28 février 2001. pour voir ce qu’elle pourrait faire sur ce terrain. Mardi dernier (14/02). en essayant de dégager les passages que je veux reprendre dans La théorie des moments. Elle a coordonné le n° d’Espace et société sur H. Je ne connais pas ce numéro de revue . Lefebvre) et 1975. j’ai passé deux fois douze heures. Je n’irai chercher Romain que demain. On a parlé d’H. Véro était venue. Pourquoi ne suis-je pas parvenu à écrire ce journal alors que je travaille beaucoup sur Henri en ce moment ? Il y a eu l’affaire de Paris 8 (volonté de Dany Dufour d’organiser le chaos dans la formation doctorale) qui a pesé sur la qualité de ma présence à moi-même : cependant. Lourau avec H. elle a été pratiquement chaque année à Navarrenx chez Lefebvre. Lundi et mardi. mais j’ai envie d’en commander un autre exemplaire aujourd’hui. pour avancer un texte. Christine est venue déjeuner. je me suis retapé La somme et le reste. j’ai essayé d’avancer dans la préface. quand il dormira… Aujourd’hui. Ce travail m’a pris jusqu’à mercredi. Gérard viendra le conduire à Sainte-Gemme. Lefebvre est passé au second plan. sur une expérience de tango que je vis avec une Allemande débarquée à Paris. Cela suppose de relire pas mal de choses… Christine m’a apporté des chapitres du Sens de l’histoire à relire… Et comme Véro manque de travail pour la semaine qui vient. mais. avec Jean-Pierre Garnier. Ensuite. tout en disant qu’elle veut m’aider.

Avec Christine. Il sera sorti le 15 septembre et en librairie le 4 octobre. hier. J’en attends 600 supplémentaires. Cela fait très longtemps que l’on ne s’est pas vu. Je suis dans le métro. 9 heures. Je vais chez A. Nous étions donc deux. Jean nous a offert le champagne. Ce sera vraiment un beau livre. ce chantier s’est terminé par la couverture : j’ai fait un beau dessin. mais aussi plus branché sur l’actuel. des contradictions du mondial. Je ne puis pas dire que j’oublie Henri. On a fait les services de presse de Du rural à l’urbain et de Centre et périphérie. De plus.M. Mais sur quoi ? L’idée de lui donner La théorie des moments n’est pas bonne. 26-28 juin. Véro m’a accompagné hier chez Anthropos : cela lui a permis de découvrir la maison. Enquête sur le mondial chez Lefebvre. J’ai déjà un contrat chez Anthropos. son tirage a été limité à 200 exemplaires. il plaît à tous ceux qui l’ont vu. Cette solution a un triple avantage : un nouveau livre d’introduction à la pensée de Henri. Il aura 160 pages (320 000 signes). pour mon anniversaire ! *** Je sors de chez Anne-Marie. Je pense que cela crée un nouveau style pour la collection “anthropologie” qui existe maintenant (un contrat m’a été fait par Jean). Je dois le rendre le 12 juin. De plus. et surtout avancée du Printemps du tango.Hajo Schimdt m’a envoyé son livre sur Henri Lefebvre (1990). Armand… Ils ont reçu les services de presse de Du rural à l’urbain et sont heureux de ma préface. Anne-Marie a accepté un ouvrage Penser le mondial : Henri Lefebvre. je pense la distribuer largement aux étudiants de Paris 8. que je vais commencer à lire très bientôt. le temps manquait. D’où le recours à la pensée d’Henri Lefebvre. L’échange a été bref. Jeudi 1er mars. il accepte 8 pages de photos. Plan : La mondialisation aujourd’hui. Mais pour le moment. Mais on a commencé à regarder les photos ramenées de Sainte Gemme. Coup de fil de Sylvain Sangla. Chez Anthropos. Il faut trouver un autre thème. le récit d’une aventure. Nous avons fait une brochure de 12 pages contenant une bibliographie complète de Lefebvre. Il faut que je décroche un contrat. Cette brochure a été distribuée dans l’université. mais productif. et en même temps difficultés de le penser. plus philosophique que le précédent. Je travaille à la préparation du colloque. Métailié. et Véro me seconde merveilleusement. où je tente d’explorer le moment du renouveau et le renouveau des moments. description de cette réalité. J’avais oublié de prévenir Pascal. pour que nous puissions nous dire tout ce qu’il restait à faire. Long moment sans tenir mon journal “Lefebvre” : je suis mobilisé par d’autres textes : relecture des épreuves du Moment de la création. J’ai terminé L’existentialisme . Mercredi 4 avril. Jean a accepté que je fasse passer le Sens de l’histoire de 260 à 320 pages. envoyé aux inscrits du colloque de novembre. 84 .

Beaucoup de simples lecteurs ont été surpris par la verdeur et l'actualité du propos. Sylvain Sangla). auteur d'une récente Microsociologie de la vie scolaire : comment crédibiliser un discours sur l'autogestion. Un vrai dialogue. Une moyenne de cent cinquante sièges occupés en permanence. philosophe. Mieux. Une seule remarque de Christoph Wulf : -Remi. Un succès qui semble avoir été au-delà des prévisions des organisateurs. Cette rencontre ne consistait pas à ressasser le passé. Certains venus d'Italie. du local . d'Allemagne. On évoqua l'urbanisme. mit en évidence l'idée d'une "critique préalable" quasi systématique tout à fait primordiale pour Henri Lefebvre. rendant compte du colloque "Centenaire d’Henri Lefebvre" et publié dans L’Humanité du lundi 9 juillet 2001. dépassait l'opposition entre les spécialistes qui se méfient de la critique philosophique et le sens commun qui rejette volontiers les généralités abstraites. 9 juillet. Lefebvre était un grand auteur.au global". comme le maître les affectionnait.la ville . Dix ans après sa mort. Point d'interventions interminables et rédigées à l'avance. Un long débat s'en suivit sur la question de l'aliénation. l'œuvre et la pensée d'Henri Lefebvre dans la compréhension du moment actuel. sur le mode de la conversation informée. Sans doute davantage pour le continuer que pour le célébrer. Lefebvre à Paris 8. Beaucoup de traces. consacrée à "la critique de la vie quotidienne aujourd'hui". d'un "moment de l'homme total en devenir". du Brésil. R. Il savait les écouter. Georges Labica insista sur le fait qu'Henri Lefebvre. du Maroc. Privilège de l'âge et signe des temps. Beaucoup de jeunes étudiants ont suivi assidûment les travaux. Saluons à cet égard l'émancipante directivité de Remi Hess. fut introduite par Georges Lapassade. de nouvelles lectures. Maïté Clavel. pour le philosophe. une initiative en forme de manifestation ! De nombreux participants sont sortis spontanément de leur réserve. Beaucoup de personnalités illustres se sont enorgueillies de l'avoir fréquenté de son vivant. des témoignages. H. Tant est vert l'arbre de la vie et aussi celui de la théorie lorsqu'elle l'épouse. L’école émancipée sort un dossier de 8 belles pages (articles de Philippe Geneste. de l'université de Berlin. et la proximité du global. De nombreuses communications venues des quatre coins du monde. Robert Joly objecta qu'aujourd'hui la généralisation avait été portée à un point de paroxysme par la publicité et les médias. En somme. et de quelques autres gentils organisateurs. Hess. La partie orale du colloque s'est située au-delà. de Grande-Bretagne. mais à le dépasser afin d'intégrer la vie. le devenir-monde du local. Tu es en train d’en faire un classique. etc. le retour Il aurait eu cent ans en juin. paradoxalement destiné à des autogestionnaires ! L'après-midi fut occupée à savoir qui peut "être le sujet des processus de mondialisation. Soixante-huit livres traduits en trente langues. se sont tenus trois jours de colloque à l'Université Paris VIII (Saint-Denis). Henri Lefebvre savait faire parler ses interlocuteurs. Je viens de lire l’article d’Arnaud Spire. Anne Querrien montra comment la conception lefebvrienne du monde est marquée par l'irruption de la violence dans 85 . d'Armand Ajzenberg. subjugués qu'ils étaient par la mise à jour d'un trésor enfoui sous l'œuvre. Sylvia Ostrowetsky déplora que la Critique de la vie quotidienne ne consacre pas une ligne au partage des rôles entre femmes et hommes.Colloque H. Je n’ai pas le temps d’écrire. La partie électronique du colloque avait commencé dans le sillage de la rencontre "Henri Lefebvre" qui a eu lieu en novembre 2000 dans les locaux d'Espaces Marx. La première matinée. Je le recopie : “ Henri Lefebvre. des États-Unis. Remi Hess soutint qu'il s'agissait. des réflexions. Christoph Wulf. via le quotidien.

Quant à l'après-midi. René Schérer. a remarqué qu'il prenait autant de plaisir à écouter qu'à parler. Un participant ayant souligné la façon dont Lefebvre a été attaché toute sa vie à la dialectique d'Hegel et à ses préliminaires chez Héraclite. même si cet épithète relève un peu . Remi Hess. L'attaque d'Althusser contre le concept d'aliénation a contribué à limiter. Remi Hess a. s'ouvrit par un exposé de Georges Labica sur la manière dont la onzième thèse de Marx sur Feuerbach a travaillé l'itinéraire de Lefebvre : "Les philosophes n'ont fait qu'interpréter diversement le monde. écrit en collaboration avec Norbert Guterman (1999). le "se faisant". le marxisme à sa base économique. qu'il s'agisse de Hegel. et celle de la quotidienneté. professeur en sciences de l'éducation. laissant la place à l'imprévu.. Georges Labica montre comment l'éclatement de la philosophie va. Le concept de quotidienneté renvoie au concept de résidu qui est une véritable transgression de la tradition philosophique. de loin. Ce que la philosophie n'avait jamais pensé avant Lefebvre. Syllepse a réédité La conscience mystifiée. Makan Rafatdjou mit en avant la notion d' "urbain-monde" qui concerne la quasi totalité de la population de la planète. il s'agit de le transformer".dans ce cas . Pascal Diard. a expliqué comment lui-même fondait sa pédagogie de projet sur le dépassement de toute pédagogie. de pair avec la construction d'une nouvelle unité philosophique (la métaphilosophie). faisant de l'enseignant un artisan "débrouillard". Un échange sur l'absence de rencontre entre Henri Lefebvre et Althusser a eu lieu dans la plus grande sérénité. À suivre. Après avoir insisté sur le moment de la praxis . avec patience historique. des effets apologétiques du dépassement (Aufhebung). et d'un point de vue philosophique "sa" discipline. Métaphilosophie (2001).meta. "au-delà". elle fut remplie par différentes réponses à l'interrogation : "qu'est-ce qu'être lefebvrien aujourd'hui ?". para. vécu comme une aspiration. moins connu que les deux précédents : le penseur du quotidien. Georges Labica fit remarquer que la mondialité chez Lefebvre n'est pas le processus de mondialisation mais une conscience historique commune marquée par l'optimisme. Trois questions ouvertes ont finalement été retenues : celle de la critique. Puis. avec un regard en positif. La discussion s'étendit ensuite à l'articulation du concept lefebvrien d'espace avec celui de temps. La troisième journée a permis de tracer le portrait d'un "Henri Lefebvre pédagogue". Cette maison 86 . a insisté sur le fait que son lien avec Henri Lefebvre devait tout autant à son apport créateur sur la pensée de Marx qu'à celle de Charles Fourier. qui a personnellement connu Lefebvre dans le cadre du groupe de Navarrenx. qui vient de publier une Ecosophie de Charles Fourier. après que Georges Labica ait situé l'éventuelle résurrection de la philosophie dans le domaine de l'utopie. enseignant en histoire. consacrée à la métaphilosophie. celle de la relation entre l'espace et le temps. et enfin le moment de la poièsis qui contredit le précédent en lui substituant une franche innovation. Méfionsnous. Le devenir-monde. dans les années 60-70. Le maître préférait "penser à chaud" en public plutôt que d'enseigner la pensée de façon méthodologique. En France.de Qu'est-ce que penser ?. n'a pas hésité à présenter Henri Lefebvre comme fondateur de la pédagogie nouvelle. Christoph Wulf y a rajouté la question du possible : il s'agit de savoir si le futur est ouvert ou prédéterminé par le passé. de Marx ou d'Henri Lefebvre.c'est-à-dire de la pratique investissant la théorie -. a dit Pierre Lantz. de l'urbain.. "théorie qui réfléchit sur sa propre validité". pose la question de la mobilité. Remi Hess a mis l'accent sur "Henri Lefebvre anthropologue" qui a construit avec ténacité. que cette dernière soit choisie ou imposée. chez Lefebvre. La seconde journée. s'est loué de la volonté constante d'Henri Lefebvre de faire sortir l'opinion française de son incompréhension vis-à-vis de la dialectique. Armand Ajzenberg. Encadré : Rééditions en cours. et le philosophe. Ulrich Müller-Schöll et d'autres ont évoqué la polysémie du préfixe "meta" qui signifie à la fois "après". c'est le quotidien. auto . fait profiter de sa connaissance quasi encyclopédique de l'œuvre en renvoyant aux petits préfixes . cette fois-ci encore. le moment de la mimesis où l'imitation l'emporte sur la créativité.la vie quotidienne. Un autre participant a même affirmé qu'Henri Lefebvre avait horreur du "tout fait" et qu'il préférait.du "grand écart".

rencontre d’étudiants : Nathalie Amice. ” Vendredi 14 septembre. André Vachet… Ahmed Lamihi appelle de Tétouan.. etc ? I). par hasard..prépare la réédition du Nietzsche. elles sortent Du rural à l'urbain (3e édition). Première guerre mondiale. Exposé descriptif des faits et les commentaires à travers la presse . Pendant tout ce temps. Conclusion. Gène. cette nuit. 1962. ma problématique : depuis la chute du mur de Berlin. événement analyseur. Organisation d’un réseau d’informations (qui sollicite mes amis. j’ai terminé et envoyé mon introduction à Contribution à l’esthétique. puis de Herder et Fichte à 1870. 1945. nous avons regardé les mêmes images). Virginie Vigne. je n’ai pratiquement pas écrit de journal. On en parle tous les jours. penser le mondial. Je construis mon plan. et les éditions Anthropos ont sorti la quatrième édition de la Production de l'espace. 11 septembre 2001.Philosophie de l’histoire et histoire de la philosophie politique Depuis Héraclite. L'existentialisme (2e édition).. Lefebvre et la construction de la problématique mondiale. aux origines : L’humiliation de Goethe. Introduire le moment du sublime chez Kant complété par l’introduction de Déotte et Brossat (lus. De l’état de H. En 2000. qui s’impose comme un moment historique dans l’histoire de la mondialisation. mes étudiants)… Contact avec Anne-Marie Métailié. La lutte à mort. ce journal. L’avenir : vers un nouveau travail interculturel. et R. II). et se conçoit comme pensée du monde . Le 11 septembre. on est contre : mais se passe-t-il quelque chose d’important à Seattle. 1914. mais je n’ai pas 87 . puis j’ai suivi une rééducation. le mondial se pensait comme spatial . Pour lui proposer de lui rendre le livre fin septembre. L’ofaj.L’éclatement de l’institué symbolique New-York. Moment de la sidération (3 heures durant. puis Rabelais. Le 19 septembre. Véro me seconde magnifiquement. moment de la compassion (volonté de dire à notre voisin américain notre amitié). J’ouvre. qu’en reste-t-il ? (reprendre ici les pages sur l’histoire de la philo dans Métaphilosophie). en 2001. interrompu au moment de mon “accident”. puis j’ai entendu dans la cuisine Lucette dire qu’il se passait quelque chose à New York (elle rentrait de la fac). La fin de l'histoire et La survie du capitalisme. sans aucune autre possibilité que d’être là stupéfaits. je lis la presse mondiale. Parallèlement. Marx et la lutte des classes. Nous avons mis la télé. la philosophie se construit comme logos. on avait oublié l’histoire et la lutte à mort : l’histoire revient. la lutte à mort chez Hegel.La lutte à mort peut-elle être dépassée ? 1914. Une analyse institutionnelle généralisée au niveau mondial se développe. La construction européenne. suite à un appel de Charlotte du Brésil). symbole de l’incendie de la Cathédrale de Reims : le franco-allemand comme lutte à mort . J’ai très vite décidé d’écrire un livre sur ce qui se passe. Elle est d’accord pour La lutte à mort. On est pour. le 11 juillet : j’ai passé sept semaines allongé . Cairn a réédité Pyrénées avec une préface du défunt René Lourau. 16 h. Lundi 8 octobre 2001. j’ai été opéré du ménisque le 29 août. puis moment de l’analyse. Depuis mardi. penser le mondial La mondialisation est à l’ordre du jour. la seconde édition d'Espace et politique . Lourau au niveau de l’AI et de L’État inconscient… III). Lucia Ozorio.

Morin. j’avais récupéré le vol. car j’ai eu la même demande au Brésil et en Iran (Monadi) : j’ai passé la journée sur ce dossier. Guigou qui n’arrive pas. Gabel. Lourau. fin septembre. au colloque Marx 3 à Nanterre l’atelier H. Lucette pense que je devrais donner priorité au dossier La lutte à mort : penser le mondial. Sur le terrain lefevrien. Mise au point du Rabelais. Fin juillet. tout en écrivant sur R. dont je fais la présentation avec Christine DeloryMomberger. sortent le Rabelais et La fin de l’histoire (préface de Pierre Lantz). puis je me lance dans une introduction qui devient un long texte (70 pages) : Henri Lefebvre et l’activité créatrice. Lourau. 4. ici ou là dans un grand hall. Je fais l'index minutieux du volume 3 : tout le passage sur le principe d’équivalence. Lourau. mis en perspective avec L’État inconscient de R. Méthodologie des sciences est partie en fabrication. Lukacs. et de La fin de l’histoire dont j’ai fait les index. Mon rêve : Je devais déménager. c’est la désorganisation : des gens recherchent leurs valises. mes bagages ne sont pas 144 Je renoncerai à ce projet. Index. pour servir à d’introduction à des morceaux choisis. Opportunité de rééditer Contribution à l’esthétique (Tamara peut y travailler) : je lance les choses en juillet. malgré trois mois d’absence à mon journal. J'y découvre l’importance de la présence de R. Je retrouve une version manuscrite de La rythmanalyse. Mardi 9 octobre. J’ai déjà écrit 4 chapitres ! Je n’ai pas pu animer. Italie) d’un texte de 50 pages de moi sur Henri. Marcuse. Syllepse voudrait s’associer à cette réédition). J’en ai quatre remplies de livres . Cette nuit. En septembre.arrêté de lire : Hegel. montre que beaucoup de choses avancent. j’ai rêvé. ressent le nécessité de constituer un dossier CNL . je me mets au travail. Je me lance dans la relecture de plusieurs livres d’Henri. Je me réveille tôt. La survie du capitalisme est bloquée par la préface de J. juste avant l’attaque des tours du Word Trade Center. 5 h 30. Climat d’évacuation (ce doit être le contexte de la guerre qui a débuté dimanche en Afghanistan !). après la mort de Lefebvre 88 . une sorte de gare routière. Lourau dont je relis la moitié de l’œuvre pour avancer La mort d’un maître. mais compte tenu du volume : 1700 pages. Je suis stimulé. donnée par Henri en 1989 : idée de le faire saisir par Véronique qui travaille merveilleusement pour moi 144 . type Tétouan . Lefebvre. que je termine le 11 septembre. Lefebvre. profitant de l’absence de Lucia Ozorio qui devait venir travailler sa thèse à la maison. j’ai l’idée de relire De l’état . Parallèlement sortent : Le moment de la création et Le sens de l’histoire. car René Barbier m’a frappé sur la jambe (sans le faire exprès) et mon genou a regonflé. mille choses : cet été. Axelos… Je me suis replongé dans les auteurs que fréquentaient H. C’est la forme qu’a le livre pour Anne-Marie Métailié depuis le 11 septembre. Il y a des centaines de bagages. qui me manquait : lecture du lexique. idée de ressortir De l’État ( Jean Pavlevski est d’accord. Aujourd’hui. Ce bilan. en découvrant que c’est la même version que celle éditée par Syllepse en 1992. repensant à la demande de Vito d’Armento (Lecce. excité par les idées qui se précipitent dans ma tête. Lefebvre. avec Georges Labica.

Mail de Sao Paulo (Brésil). de les retravailler. et qu’il est hospitalisé à Épernay. La fin de l’histoire. j’y réfléchirai pendant la soutenance de thèse de Paris 7 (à 13 h). il prépare plusieurs ouvrages pour penser les contradictions du mondial d’aujourd’hui. qui met en relief mes retards dans mon programme lefebvrien. Mercredi 10 octobre 2001. et j’essaie de recenser. j’ai appris que Paulo. Je suis étonné du travail accompli sur La fin de l’histoire. est l’auteur de Henri Lefebvre et l’aventure du siècle. une grosse valise plutôt banche. et elle n’est pas finie. J’ai demandé à Yves de me retrouver le Pascal. et partir ce matin m’occuper de lui : Paulo a fait son DEA avec R. rue Montmartre. Chaque ouvrage fait l’objet d’une présentation. les livres qui sont à l’intérieur : ces livres manquants seront-ils un handicap pour sauver ma mémoire intellectuelle. le 7 février 2002 à 18 h 30. aujourd’hui. ancien étudiant de H. je lui ai mis dans la tête de faire sa thèse : il a 89 . comme il m’a retrouvé le 4° volume de De l’État : les rééditer aurait vraiment du sens . à force de les relire. etc. Rabelais.” 10 h 20. etc. Il a réédité en 2000 : La production de l’espace et Espace et politique. est introuvable. Je la cherche. l’étudiant brésilien que j’héberge dans ma maison de Sainte-Gemme a eu un accident de vélo. Méthodologie des sciences. appel d’Arnaud Spire qui m’invite à intervenir au Café philosophique organisé au Croissant. Il me faudrait écrire à plein temps. Cela demanderait un vrai boulot de gestion : pour l’édition française. Dimanche soir. je lisais mes livres globalement . sur Henri Lefebvre : je dois décider aujourd’hui si j’y vais ou non . PUF. dans ma tête. À l’occasion de son centenaire. 7 h. pour me sortir de l’ornière. sociologique considérable.regroupés. Lefebvre. Lefebvre. ma petite introduction ne serait-elle pas suffisante ? Mon objectif de départ est de faire une introduction. Hess s’est lancé dans une réédition méthodique d’ouvrages épuisés. L’existentialisme. faut-il faire une réédition du Pascal en deux volumes ? Alors que je relis ce journal. qui supposerait que je prenne des textes chez d’autres éditeurs qu’Anthropos : beaucoup de livres ont été publiés chez Gallimard. avant. À partir de l’œuvre d’H. sans ces livres ? Ce rêve a un rapport avec l’idée d'hier soir de faire des morceaux choisis de Lefebvre. bibliographie. le Descartes. lorsque je suis allé au Brésil en mai. mais des étudiants occupent mon temps de travail : la thèse de Lucia m’a pris plusieurs semaines cet été. Je parviens à repérer trois colis. Contribution à l’esthétique. professeur à l’université de Paris 8. je rentre dans le détail des raisonnements : j’apprends des passages par cœur. Il poursuivra son effort en 2002 avec La survie du capitalisme. Il avait déjà réédité chez Méridiens Klincksieck : Le nationalisme contre les nations (1988) et La somme et le reste (1989). mais aussi de rédaction d’index. et en 2001 : Du rural à l’urbain. Casterman. Pourrais-je continuer mon œuvre. Remi Hess. Je dois modifier mes projets. Je viens de relire et corriger ce journal. Lourau en 1984 et. Lefebvre. dans les deux collections qu’il anime chez Anthropos. mais le quatrième. Thème : mon travail de réédition d’H. R. où je suis invité pour une conférence le 17 octobre. qui puisse être traduite dans différents pays : ce sont les autres qui pensent à un recueil de textes. que je continue à relire de façon thématique à partir de l’index : il en est de même pour d’autres ouvrages. La lecture n’a jamais autant compté pour moi que ces derniers mois . dîner chez Hélène. Il me faut écrire dix lignes : “Henri Lefebvre (1901-1991) a publié une œuvre philosophique. 1988. 30 Hier. Métailié.

de la pédagogie institutionnelle et de l’autogestion pédagogique. où il n’y a aucune référence à la philo de la différence. Chez Anthropos. Jean Pavlevski n’est pas chaud pour un livre de morceaux choisis d’Henri : il vaut mieux que les lecteurs lisent les textes intégraux. sur ce chantier pour Cultures en mouvement . Je dois parler sur les méthodes pour décrire et critiquer le quotidien : j’ai envie de parler du Sens de l’histoire et de la théorie des moments. on en conclut qu’il faut travailler à des analyses politiques profondes. car pour eux les morceaux choisis ont du sens…”. Robert Joly me téléphone pour me demander de venir ce soir à Espace-Marx. elle a rencontré à Francfort des lecteurs de Lefebvre. Dimanche 21 octobre 2001. Elle veut faire un long papier. Relecture des 120 premières pages de La vie quotidienne dans le monde moderne. qui doivent s’enraciner dans la philosophie. discussions avec Gaby. Le soir. Vendredi 12 octobre. 1962-2002 : le mouvement de la dialectique éducation et politique. Avec Lucette. jusqu’à cette heure. Contribution à l’esthétique doit être paru : je ne l’ai pas encore vu. écris ton texte de 60 pages sur Lefebvre. Il a raison. elle comprend ma logique de réédition des œuvres de Lefebvre. C’est plus fort que ce qu’écrit Michel Wiedworka. Mardi 23 octobre 2001. Il voulait déposer son sujet ces jours-ci : L’évolution du vocabulaire de l’AI. Cette annonce. Dimanche 14 octobre 2001. 90 . pour faire une conférence devant le groupe de recherche : Critique de la vie quotidienne (qui rassemble 12 Lefebvriens). à Paris. évocation des passages d’Henri sur l’interculturel. sans argent. dès sa sortie. intitulées : présentation d’une recherche. sans statut. me dit-il. puis lecture attentive de Le langage et la société. m’a perturbé .tout quitté à Rio pour venir. appel de Christine Delory-Momberger : elle a lu La fin de l’histoire . vers 17 h. “Mais pour l’étranger. Demorgon aussi. J’accepte : je dois aller faire les services de presse de Contribution à l’esthétique. et je serai content de présenter ce nouveau livre à mes amis. Vers 8 h. et quelques autres : on est tous d’accord que Henri Lefebvre peut être relu. J’ai hâte de le voir . Longue discussion avec Michel Cornaton qui me raconte H. ce livre que Jean-René Ladmiral trouve le plus fort de Lefebvre. c’est pour moi un nouveau moment qui s’ouvre : je voudrais continuer à travailler sur l’esthétique. ce matin. dans La différence. Lefebvre chez Vaillant dans les années 1960 . Jean me fait parler longuement de mon analyse du politique depuis le 12 septembre . dans Le langage et la société et dans Le manifeste différencialiste : il faut ouvrir un dossier là-dessus. J. lue ce matin. j’avais bien travaillé.

Mardi 8 octobre 2002. comme outil pour analyser et critiquer la vie quotidienne. Maïté Clavel a reçu son contrat pour Sociologie urbaine : ce livre sort. mais il était aussi à l’intérieur du Parti. suivant les titres. ni le dossier École émancipée. Cet été. Lefebvre. j’ai passé du temps cet été à lire le Descartes. La suite a lieu tous les jours de la semaine dans le même créneau horaire ! ” Dimanche 3 novembre 2002. Mon exposé a été enregistré : la discussion est partie des questions de Chantal. Samedi 27 octobre 2001. un très gros chantier. j’apprends les chiffres des ventes des ouvrages publiés depuis deux ans. à l’intérieur de la pratique sociale. Je vais ouvrir un journal spécifique sur La théorie des moments. le dossier Urbanisme de juillet. J’ai travaillé à l’édition de Méthodologie des sciences. Hier. à partir des exemplaires d’Arnaud Spire. Henri a été beaucoup plus productif qu’à l’intérieur. J’ouvre par hasard ce journal. Il faudrait que je réfléchisse à la manière de faire connaître ces parutions. me dit-il. coupée du social. mais je ne me sens pas exclu des pratiques : j’ai seulement l’impression que la vie de Parti n’est pas vraiment une pratique sociale . Je ne l’ai pas tenu durant cette année 2002. Les ventes sont inégales. Je prends conscience qu’il faut que je me relise pour pouvoir avancer. 91 . il faut que je termine cet ouvrage. Il y a encore pas mal de choses à faire. Armand. ouvrage sorti en octobre. ouvrage sorti au premier semestre. Lorsqu’il s’est trouvé à l’extérieur du Parti. Arnaud et un architecte de Saint-Denis. sur France Culture. le Nietzsche et le Pascal qui me furent aimablement photocopiés.Projets d’écriture : peut-être mettre en forme un texte théorique sur la vie et l’œuvre de Lefebvre. ce matin. je n’ai pas entré les publications Espace et société. solide. elle m'apparaît comme une pratique bureaucratique. Mercredi 24 octobre 2001. dont j’ai oublié de noter le nom. J'actualiserai cette bibliographie . Oui. et le compléter par l’édition de ce journal ? En rentrant chez moi. d’accord. Lefebvre écrivait des livres. j’ai travaillé sur Lefebvre. à Espace-Marx : j’ai exposé longuement la théorie des moments. Il y a quinze jours. Armand pense que j’ai tort de quitter les Verts : H. Message de Brigitte : “J'ai écouté. un entretien d'un journaliste avec Henri Lefebvre (entretien enregistré en 1970). et à La survie du capitalisme. Dans les travaux sur H. De plus. de 11h 30 à midi. numéro spécial sur Lefebvre. je me plonge dans Contribution à l’esthétique : ma préface. je vais continuer dans ce sens. j’ai vraiment travaillé à La théorie des moments. Pourtant. qui est toujours très gentil avec moi. Les personnes autonomes n'ont pas besoin de cette prothése. Relecture de Contribution à l’esthétique. indique une voie . Pour faire avancer mon travail sur Lefebvre.

Ces dernières années. 8 h 55. je demande des exemplaires pour distribuer aux amis… Anne-Marie est étonnée : elle me dit qu’elle va bien vendre ce livre. au réveil. 9 h 30. avant même le 11 septembre 2001 ! Cela explique que j’ai écrit aussitôt après le 11 septembre. à trouver une énergie pour développer les virtualités qu’il contient. Vendredi 17 janvier 2003. 9 h 30 Hier. 92 . Pierre Lantz est excusé. Je refuse les droits d’auteur pour l’édition française de ce livre. un certain nombre de chantiers importants restent en plan. Je pense tout particulièrement à Nayakava. et d’un avertissement pour justifier cet inédit. Mardi 24 décembre 2002. Réunion du comité de rédaction de La Somme et le Reste. Je lui explique que ma carrière universitaire a changé de rythme lorsque j’ai eu mon triomphe médiatique. Pascal Dibie m’a écrit la préface de Voyage à Rio. ainsi que le petit bout écrit sur La théorie des moments. j’ai eu l’intuition de devoir écrire un livre sur Lefebvre et le mondial. Il est beau. car il me semble que je lambine concernant l’écriture de plusieurs textes (Lefebvre. La composition de mes livres peut sortir de cette relecture. J’ai ressenti le besoin de le relire. C’est une idée que je vais creuser en relisant mon journal sur R. AnneMarie me propose 1500 euros d’avance. à la relecture de ce texte : j’ai eu trop de projets ces dernières années. On parle du livre sur R. qui doit avoir lieu début 2003. je me disais qu’il me fallait faire un numéro des irrAIductibles sur Lefebvre et Lourau. et. La Somme et le Reste est une revue qui doit paraître 4 fois par an. Longues discussions sympathiques : je décide avec elle d’une postface. j’ai porté ma Valse 2 à Anne-Marie Métaillié. Armand parle d’un livre brésilien. J’ai terminé la relecture de ce journal. Par contre. Il faut refonder l’association : quels sommaires pour l’avenir ? L’urbain pourrait rassembler pas mal de contributions.Lundi 9 novembre 2002. On parle d'un colloque de La Sorbonne. J’ai l’idée que ce texte serait à publier. Se relire apparaît aujourd’hui comme l’urgence. C’est curieux comme c’est toujours aux environs de Noël que je réinvestis sur Lefebvre ! Jeudi 26 décembre 2002. pour les étudiants qui voudraient s’inspirer de ma méthode de recherche. Constat. Je viens de relire la première moitié de ce journal. Ce matin. en échange. Makan n’est pas là. Lourau. Mais. Lourau). cette écriture a été interrompue. il y a Armand et Sylvain Sangla. grâce à La valse. qui utilise l’œuvre de Lefebvre : il voudrait le faire éditer chez Syllepse. On regarde le numéro 1. Le travail de relecture peut aider à évaluer le travail accumulé. Lourau (chez Syllepse) qui ne dit rien sur les rapports de René à Lefebvre. même si j’en ai conduit plusieurs à terme. Espace Marx. qui cherche à se construire une méthodologie de recherche. Malheureusement.

quand le gouvernement Daladier s'attaque aux maisons d'édition du PC. Mais. vous auriez produit une œuvre plus abondante !”. Cela me motive pour m’y remettre cet été. J.comme à une bouteille de vin. nul n'a pu lire. c'est qu'il est 93 . C'est le cas de celui d'Henri Lefebvre. père putatif de Mai 68. le Nietzsche d'Henri Lefebvre. être daté lui donne tout son intérêt . à propos d'Henri Lefebvre et de la réédition de son NIETZSCHE : Philosophie Lefebvre l'éternel retour Ecrit en 1939. dans sa collection de poche “Suite”. en faire “ un classique ” (Wulf). mais à une époque. depuis. Un colloque serait en préparation pour mars 2004 à la Sorbonne sur “Ontologie et pratique des marxistes du 20° siècle”. Une demi-journée serait consacrée à Henri. j’ai beaucoup amélioré ma lecture de cet auteur. Elle dit seulement : “Ce monsieur a des mains partout !”. Elle se souvient du repas qu’elle avait organisé avec Lefebvre et Haudricourt. il n'a guère eu le temps de vivre : dès l'automne. auteur de 68 livres. début 1940.. Anne-Marie en accepte le principe. J. Nous évoquons les bons moments. Je lui explique que. Trois heures plus tard. il est saisi et mis au pilon. Appel de Robert Joly (Espace Marx). a vieilli comme un grand cru. Syllepse. depuis 1988. Prétextant une grande fatigue. Il n'a jamais. Préface de Michel Trebitsch. n’était absolument pas d’accord. 208 pp. Nietzsche. dans de très nombreux pays.. vécus avec Henri. sur "la destinée spirituelle de Frédéric Nietzsche”. Lundi 19 janvier 2004. celle-ci n’était pas rentrée. Ce vieux Nietzsche est en effet un livre neuf.Henri Lefebvre et l’aventure du siècle. finit par arriver. Henri Lefebvre. il était loisible de dire Renato Cartesio ou Benoît Spinoza. On me propose de traiter la théorie des moments. Vendredi 13 juin 2003. sa diffusion est bloquée par les mesures prises à l'encontre du Parti communiste. l’attachée de presse de la maison se proposa. on le voit à ce détail. Achevé d'imprimer le 18 mai 1939. S'il est néanmoins cité par les historiens des idées qui s'intéressent à la “réception” de Nietzsche en France. Armand Ajzenberg m’envoie l’article de Robert Maggiori paru dans LIBÉRATION du jeudi 15 janvier 2004. plutôt que par péremption en gâter la teneur. Je lui dis que j’ai envie de publier un Lefebvre. pilonné en 1940 et jamais réédité. on me demande un texte bref sur cet auteur qui puisse être traduit. tout ébouriffée. Henri. m’a permis d’avoir une légitimité pour rééditer cet auteur. Il avait alors 87 ans. Quand un ouvrage sur l'un de ces philosophes date un peu. 22 Euros. et que. Anne-Marie s’était inquiétée. été réédité. un inédit. qu'hors quelques proches. Celui-ci avait dit à Henri : “Si vous aviez passé moins de temps avec les femmes. Par Robert MAGGIORI Un Nietzsche arraché au fascisme. il avait demandé à être raccompagné en voiture. et. Personne n'aurait aujourd'hui l'idée de parler de Carlos Marx ou de Ludovic Wittgenstein. aussi.

lorsqu'il élaborera la critique de la quotidienneté. poète.. participait.paru justement à l'heure où le philosophe allemand faisait l'objet des plus âpres luttes d'appropriation. élève de Maurice Blondel. capitaine FFI à Toulouse. de Marx (société) et de Nietzsche (civilisation). comme elle était apparue dans la Fin de l'histoire (1971) ou apparaîtra dans la Présence et l'absence (1980). si on peut dire. etc. Dès la publication en 1936 de la Conscience mystifiée (avec Norbert Guterman) et. se voyait lui-même comme un “chaos subjectif”. à laquelle il était rebelle. aliénation. accusé de “révisionnisme”. Heidegger. la créativité. urbaniste ou architecte. “de façon nietzschéenne”. de la Critique de la vie quotidienne en 1947 (1). mystification. représentés par des intellectuels exilés.et en mettant l'accent sur les concepts de conscience. des pensées qui semblent “incompatibles” : celles de Hegel (Etat). il l'a approfondie en repensant le noeud Marx-Hegel qu'Althusser s'escrimera à délier . on en fait le “père putatif” de Mai 68. une fois ouverts de nouveaux chemins. proche des surréalistes. et. Derrida. “bien plus et bien pire qu'un enchevêtrement de flux”.tente “d'arracher Nietzsche au fascisme”. on ne reconnaît presque plus. homme de théâtre (le Maître et la servante a été joué aux Mathurins). une fois à Paris. Il quittera toute orthodoxie. L'interprétation lefebvrienne de Nietzsche apparaît de la façon la plus claire dans cet ouvragelà. dont il voulait qu'elle pût s'affranchir du rôle qu'elle a sous le capitalisme. Hegel. avec les autres membres du groupe Philosophies (Pierre Morhange. Mais sa passion pour l'auteur du Zarathoustra est bien antérieure. philosophique et surtout politique. ou un explorateur qui. Cacciari. à un Nietzsche qu'aujourd'hui. expulsé de la Nouvelle Critique en 1957. Vattimo. il suivait les cours de Blondel à Aix-en-Provence et. Quant à la définition de la modernité . illustrerait ce moment. la liberté trouvent des voies d'expression autonomes. Henri Raymond et René Lourau). Nietzsche ou le royaume des ombres paraît en 1975. peut-être peintre. Georges Politzer.en consonance avec certains courants allemands. par son projet de “changer la vie”. fils d'une “bigote” et d'un “libertin”. La réflexion marxiste. les mensonges et les trafics idéologiques du pouvoir. indépendamment de l'opération politique décisive qu'il traduit - 94 . Généralement. à un nietzschéisme s'intégrant “naturellement dans la conception marxiste de l'homme”. ainsi. Norbert Guterman. où une part de la pensée marxiste française . révoqué par Vichy en mars 1941.on laisse de côté ses autres travaux. un homme des frontières. Nietzsche est donc comme une carte postale qui. Foucault. la mondialité. d'un côté réévoquerait la figure quelque peu estompée d'Henri Lefebvre. après les lectures de Nietzsche effectuées par Jaspers. décisif dans l'élaboration des manifestes situationnistes (c'est lui qui fait connaître Raoul Vaneigem à Guy Debord et Michèle Bernstein). par Karl Jaspers ou Karl Löwith . qui est de reproduire les caractères imposés à la vie collective par la classe dominante. et évidemment Deleuze. Mais il introduit à une “dialectique tragique”. paysan. Marx. Son Nietzsche de 1939 n'est donc pas une improvisation. -. Lyotard. Aussi. sur la sociologie rurale. et date de l'époque où. d'empêcher que l'imagination. de l'autre. marxistes ou non. laisse passer tous ceux qui suivent. Né en 1901 à Hagetmau (Landes). longtemps professeur de collège (Montargis) avant d'entrer au CNRS puis d'enseigner la sociologie aux universités de Strasbourg et de Nanterre (où il a pour assistants Jean Baudrillard. Lefebvre la bâtit en “mixant”. de constituer une sorte de dépôt chimique où se sédimentent les conventions.). aux expériences avant-gardistes des années 1920. Henri Lefebvre a été l'un des philosophes et sociologues les plus connus en France (sait-on qu'on lui doit le terme de “société de consommation” ?). jeune philosophe. après le travail d'édition critique de Giorgio Colli et Mazzino Montinari. autour du Front populaire. altermondialiste avant l'heure. très tôt attaqué pour son idéalisme hégélien. l'idée de la révolution comme fête et de l'insurrection esthétique contre le quotidien. parvenue avec plus d'un demi-siècle de retard. la ville. surtout.. Il aura été un hérétique. Mais Lefebvre. il eût pu être prêtre. “suspendu” par le Parti en 1958. et. membre du PCF dès 1928.

qu'il continuera à entendre toute sa vie : “Refusez les consolations !” (1) Les éditions Syllepse. 1975). 1975). Sociologie de Marx (PUF. Eléments de rythmanalyse. Du rural à l’urbain. Dans cette maison. il n’y a pas d’autre ouvrage d’Henri Lefebvre publiés chez Syllepse. à l'époque. 95 . Par contre. Et je vous en remercie au nom de tous les Lefebvriens. le Langage et la société (Gallimard. 1966). Du contrat de citoyenneté. annotés. Il est très tonique. Je réagis en envoyant à R.. Espace et politique. Du contrat de citoyenneté. A notre connaissance. Mai 68. J’ai lu avec un vif intérêt votre article Un Nietzsche arraché au fascisme sur la réédition du Nietzsche d’Henri Lefebvre par les éditions Syllepse. malgré les points de suspension qui semblent indiquer d’autres rééditions. savait peut-être qu'il chercherait toujours à concilier “le conçu et le vécu”. Eléments de rythmanalyse. 1968)... La fin de l’histoire. l'irruption. 1946). et ont réédités des livres introuvables comme Contribution à l’esthétique (première éd. 1980). depuis 2000. plaçant les premières balises de son cheminement. l'irruption. Tous ces ouvrages sont indexicalisés. 1985).. la Somme et le reste (Bélibaste. mais qui a été abandonné par cet éditeur. 1970). Manifeste différentialiste (Gallimard. etc. “quelque chose d'infiniment saluble”. 1969). Marx (PUF. Nous prévoyons d’autres rééditions. 1970). l'Irruption de Nanterre au sommet (Anthropos. on citera : le Marxisme (Que sais-je ?). depuis 1999. Sont disponibles : la Conscience mystifiée. j’ai publié également Le nationalisme contre les nations (1988). que vous signalez chez Minuit. Introduction à la modernité (Minuit. préfacés. le Temps des méprises (Stock. Métaphilosophie. qui. le Droit à la ville (Anthropos. Une pensée devenue monde (Fayard. De l'Etat (4 vol. 1968).. Métaphilosophie. rééditent tout Lefebvre.. les collections que je dirige aux éditions Anthropos ont édité un inédit d’Henri Lefebvre : Méthodologie des sciences. le livre dit-il davantage de Lefebvre lui-même. Du rural à l'urbain (Anthropos. L’existentialisme (première édition 1946). Sont disponibles : la Conscience mystifiée. Il est un mot de Nietzsche. Cher Robert MAGGIORI. Production de l’espace (4° édition). Qu'est-ce que penser ? (Publisud. saint Augustin et Pascal. à Robert MAGGIORI Libération. Maggiori le courrier suivant : Paris. 1975-78). Un seul élément nous a un tout petit peu fait frêmir : “Les éditions Syllepse. la Fin de l'histoire (Minuit. depuis 1999. Il y a donc au moins deux maisons qui s’intéressent à rééditer Lefebvre ! J’ai également réédité La somme et le reste chez Méridiens Klincksieck en version intégrale en 1989 (l’édition Bélibaste que vous signalez était allégée)..”. 1970). le 19 janvier 2004. Nietzsche (Castermann. entre Nietzsche et Marx. Parmi les autres livres de Lefebvre. 1964). 10/18. rééditent tout Lefebvre. Marx. Mai 68.consistant à montrer tout ce qui chez Nietzsche ne pouvait pas être récupéré par la pensée d'extrême droite ou “l'idéologie hitlérienne” -. mais aussi La survie du capitalisme. Hegel. 1966). 1962).

Dommage ! Vous aviez rendu compte de façon élogieuse. venu me proposer d’organiser un colloque le 8 décembre 2005. d’Arnaud Spire.J’ai organisé un colloque de 5 jours en juin 2001 pour célébrer le 100° anniversaire d’Henri Lefebvre. J’admire le travail des éditions Syllepse. “mère-terre” de la société moderne. Les intervenants et participants sont venus du monde entier. dans le cadre de notre master. De grands journaux français et étrangers ont suivi ce travail éditorial qui semble vous avoir échappé. cette proposition. Ce travail a été préparé sous la direction de Jean-Claude Bourdin. en son temps. de mon Henri Lefebvre et l’aventure du siècle ! Bien amicalement. Lefebvre. ainsi qu’à Libé. Nous avons accepté. d’une Italienne : Alessandra Dall’Ara. 96 . Remi HESS Mardi 19 septembre 2005. La vie quotidienne. à Poitiers. Lucette et moi. Cette rencontre a réuni 200 personnes à l’Université de Paris 8. cependant le “tout” de votre note me semble superflu. sur La critique de la vie quotidienne d’H. Le prétexte : la thèse. Je n’ai pas noté la visite. la semaine passée. Henri Lefebvre.

à La présence et l’absence. En 1962. Avant d'entrer dans cette théorie. On trouve le thème comme titre de chapitres dans plusieurs ouvrages. H. à La somme et le reste. Lefebvre. le chapitre 7 sera une relecture de La somme et le reste. lors de la rupture du Parti avec H. Celui-ci médite alors à son aliénation politique. De la Philosophie de la conscience. Lefebvre. LEFEBVRE La théorie des moments est un thème récurrent dans toute l’œuvre de H. La théorie des moments l'aide à penser sa traversée du dogmatisme stalinien. 97 . ils seront la lecture du livre La présence et l'absence. Ensuite. qui a eu. dans La présence et l'absence… Bref. On constate qu'elle est toujours vivante en 1980. Et la problématique des moments est omniprésente dans l’ensemble de l’œuvre de H. une vie bien remplie.DEUXIEME PARTIE LA THEORIE DES MOMENTS DANS L’ŒUVRE DE H. Lefebvre. le chapitre 8. Il y est élaboré sur le plan théorique et longuement développé à plusieurs reprises. Quant aux chapitre 9 et 10 (Le moment de l'œuvre et l'activité créatrice et La présence et l'absence). cette théorie apparaît construite en 1924. mais elle évolue fortement en 1959. permettons-nous un pas de côté en nous autorisant à un survol de la vie et de l'œuvre d'H. ou à Qu’est-ce que penser ?. c'est le moins qu'on puisse dire. à La critique de la vie quotidienne. une relecture de La critique de la vie quotidienne. Lefebvre. Lefebvre. le terme de moment est constamment présent dans l’œuvre de H. de 1924 jusqu’à ses derniers écrits philosophiques. Lefebvre fait encore évoluer cette théorie. Essayons de revisiter les grandes étapes de ce travail. Je distinguerai 5 moments essentiels qui se structureront chronologiquement : le chapitre 6 (De philosophie de la conscience à l'expérience de l'exclusion) étudiera cette théorie entre 1924 et 1955.

pour un hérétique. H. à la technique ? Probablement pas… Toujours est-il qu’à Aix son contact avec Maurice Blondel va le déterminer à se donner à fond dans la philosophie. M. comme le concepteur de la post-modernité. L’existentialisme. La rencontre. dans laquelle il se sent impliqué. Lefebvre le désirerait vraiment hérétique. Blondel se veut orthodoxe. Ce groupe cherche donc sa voie de façon autonome. se serait-il autant intéressé à la logique. passionnante. Relue aujourd’hui. Lefebvre rencontre également Max Jacob avec qui il se brouille quand il décide d’adhérer au Parti communiste. Norbert Guterman. Marx. Une amitié lie le professeur à son étudiant qui vit aussi sur le mode paradoxal son contact avec le thomisme. nous donne à lire une évaluation de cette période. De l’étude d’Augustin. il arrive à Paris où il rencontre Pierre Morhange. Hegel puis K. au lycée Louis-le-Grand. c’est qu’ils refusent l’idéologie dominante (bergsonienne) en Sorbonne et la philosophie intellectualiste de Léon Brunschvicg et d’Alain. H. Henri Lefebvre va se trouver mêlé à tous les grands débats philosophiques du "monde moderne". H. Sans cette année de mathématiques spéciales. H. Il lit Nietzsche et Spinoza à quinze ans. H. Georges Politzer et Georges Friedmann avec lesquels il fonde un groupe de philosophes qui va publier la revue Philosophies. Léon Brunschvicg lui déconseille de faire une thèse de philosophie sur ce penseur ! L’évolution de 98 . entre le groupe des philosophes et celui des surréalistes. Lefebvre découvre F. Il se référera souvent à Joaquim de Flore. Une vie bien remplie Philosophe français. H. Lefebvre gardera de sa première orientation vers les mathématiques une empreinte certaine. la revue Philosophie apparaît comme un carrefour de ce qui allait devenir "existentialisme". Ce groupe se forme en compétition avec le groupe des Surréalistes. H. qu'il apparaisse aujourd'hui Outre-Atlantique. et à partir à Aix-en-Provence pour faire du droit et de la philosophie. de cette recherche du groupe des Philosophes ! C’est une dimension autobiographique du livre. C’est une pleurésie assez grave qui l’oblige à interrompre sa préparation à l’École polytechnique. dans les Pyrénées. Il lit aussi des théologiens déviants. Lefebvre. Il trouve que Blondel. H. Il faut dire que dans les années 1920 l’Université ne s’intéressait pas encore à ces auteurs. À vingt ans. notamment de Saint Augustin. Lefebvre tire une bonne connaissance de la philosophie catholique. est complexe. Ce qu’ont en commun les “ philosophes ”. Mais. C'est ce qui explique. Lefebvre se lie pourtant à Tristan Tzara. qui sera reprise et développée en 1959 dans La somme et le reste. Mais sa relation à cette philosophie. "psychanalyse" et "ontologie". peut-être. "phénoménologie". Lefebvre garde une violente antipathie pour la tradition aristotélicienne et pour le Logos véhiculé par elle à travers les âges. ne va pas assez loin.Prélude à la seconde partie Henri Lefebvre. De cet enseignement de Maurice Blondel. suite à un article qu’il a écrit sur Dada en 1924. Car à cette époque. dans son premier chapitre. Si André Breton fait découvrir la Logique de Hegel à H. né en 1901 à Hagetmau. incompréhensions. à ce moment. est difficile : conflits. il se préparait à une carrière d’ingénieur. Lefebvre lit Schopenhauer et Schelling.

travaillé par toutes sortes de contradictions"… H. ni la conscience collective ne peuvent passer pour critère de la vérité. dans le prolongement de sa lecture de Hegel. Lefebvre qui va durer trente ans. Guterman quitta la France pour les États-Unis . La plupart des collaborateurs refusaient l’économisme qui traversait déjà la pensée marxiste. La société moderne tout entière s’est construite sur la méconnaissance de ce 145 146 Le temps des méprises. Guterman les œuvres de jeunesse de Marx. Lefebvre à adhérer au Parti communiste en 1928. Hess.H. C’est en philosophe. Morhange. 99 . La "moindre déviation idéologique se mit à passer pour une opération policière" (H. le communisme est encore un mouvement. Henri Lefebvre et l’aventure du siècle. Lefebvre reste fidèle à luimême . Dès sa première lecture de K. entre K. Les premières difficultés apparaissent à l’occasion de la Revue marxiste. H. En effet. C’est dans cette revue que paraissent également les premiers chapitres de La conscience mystifiée 147 . Marx et Bakounine. Marx pour penser des objets nouveaux) le rend suspect. Sur le contexte de cette affaire. et parallèlement à la réflexion du groupe surréaliste… 1928. G. mais par la théorie. P. Marx le conduit à rappeler continuellement la "prophétie" du mouvement (il ne faut pas appliquer des principes figés. il découvre Marx. Finalement. Il n’y a que quelques malentendus au sujet de la fameuse période de transition. N. H. ce n’est pas par la pratique de la lutte politique qu’il est amené à lire K. Pour H. D’ailleurs. Lefebvre adopte le marxisme sur le plan doctrinal au nom d’une thèse qui a ensuite été annihilée par Staline et le stalinisme. 75 et s. Morhange partit en province… Quant à H. à savoir la théorie du dépérissement de l’État. Marx et ses prédécesseurs. Nizan participèrent à cette initiative. qui va permettre le quiproquo entre le PC et H. Lefebvre écrit. il n’y a pas de désaccord fondamental. Politzer puis P. C’est cette ignorance sur ce qui se passe réellement en Russie à l’époque. sa simple lecture de K. Marx. de F. Lefebvre croit à la force des "soviets" en Russie. C’est donc une coupure politique (et non philosophique ou épistémologique) qui apparaît à H. Lefebvre va être marqué par cette rencontre théorique. Si beaucoup se transforment en intégristes. auprès des militants de base qui sont surtout des empiristes. 147 Ce livre a été réédité en 1999 chez Syllepse. mais parmi les anarchisants" 145 . Lefebvre. Lefebvre entre K. p. l’argent venant à manquer. Quelle est la thèse centrale de ce livre ? Ni la conscience individuelle. Philosophies et L’esprit. voir R. ce qui va l’amener assez souvent dans l’opposition à la direction. Lefebvre). Le groupe des philosophes avait déjà publié deux revues. Cette revue fonctionna comme un analyseur du fait qu’à cette époque déjà une telle initiative qui partait d’un autre lieu que la direction du mouvement communiste était intolérable. Engels et de Lénine. la revue disparut. le groupe des philosophes éclata. 65. Marx. Il commence à publier en collaboration avec N. H. P. N. H. Marx un adversaire du socialisme d’État. Guterman. op. Lefebvre expliquera plus tard que "le mouvement communiste naissant ne se recruta pas parmi les personnalités autoritaires. Friedmann. mais reprendre la méthode de K. cit. Cette découverte intellectuelle de la pensée marxiste conduit H. en dogmatiques. H. qui sera supprimée en 1928-1929. Il n’est pas institutionnalisé : "L’appareil est encore faible. cette revue se voulait très ouverte. La direction du Parti ne fut pas étrangère à la faillite de la Revue 146 … À la suite de cette aventure. Les formes de la conscience sont manipulées. Lefebvre. Lefebvre y adhère donc en voyant dans K. H. dans la revue Avant-Poste. G. avec ses camarades du groupe Philosophie. p. L’adhésion au Parti le conduisit à créer la Revue marxiste qui se voulait une nouvelle étape dans la démarche du groupe. H. Lefebvre ne s’arrêtera pas là puisque. En fait. il est professeur de philosophie à Privas ! En même temps qu’il milite à la base. Lefebvre découvre une critique radicale de l’État.

déjà imprimé. Avec d’autres. Guterman pose des problèmes que ne se posait pas le Parti. il fut proscrit et détruit quelques années plus tard par les Nazis. Lefebvre qui n’arrivait pas à faire admettre au 148 H. Dans les années 1950. et plus encore sa position psychanalytique des débuts. Lutte idéologique. Hegel. Rejeté par les communistes. Le nœud du conflit va être la logique. Il tente de mettre au point un contreenseignement de la philosophie. Ce travail sera complété par de nombreux textes de présentations du marxisme (Le matérialisme dialectique 1939. H. Politzer estime que la politique n’est pas du ressort des militants : "Seul le dirigeant politique. Ils n’impliquent pas en eux-mêmes. de l’humiliation. Rien de plus difficile que de faire entrer cette connaissance dans la classe ouvrière elle-même. pour lui. dans la pratique. Lefebvre reste encore au Parti communiste parce que la lutte interne contre le stalinisme est engagée. chez Anthropos. H. H. dans son lycée de Privas. Ce livre est mal accueilli dans le mouvement communiste. thème de sa thèse soutenue plus tard. le livre de H. 100 . Pour connaître la pensée de K. en 2002. son projet de psychologie concrète. Il se cache dans les Pyrénées où. il s’intéressera à la sociologie rurale. théorique et politique. même G. C’est ce qui permet au fascisme d’imposer des représentations inverses de la réalité. un bel avenir théorique. dont un premier volume. La conscience mystifiée. Le marxisme 1948. Marx 1948. leur propre connaissance mais au contraire leur propre méconnaissance. puis Marx et la liberté 1947. Le fascisme peut se faire passer pour socialisme puisque l’inversion des rapports est possible.). Politzer écrit un article violent contre H. écrit-il. Lefebvre et N. La seconde partie des années 1930 correspond à une énorme activité de traduction (avec Norbert Guterman) et de présentation des œuvres de F. fut un livre maudit. Il y trouve un appui : "Je pense que j’ai évité plus d’une fois une crise personnelle à cause du militantisme". etc. K. Lefebvre retrouve l’opportunité de publier : il écrit presque simultanément L’existentialisme et le premier tome de La critique de la vie quotidienne. Lefebvre que Maurice Thorez juge lui-même dogmatique et sectaire. c’est-à-dire le mécanisme de la plus-value. Lefebvre. Lefebvre de rester au Parti. le chef a le droit à la parole sur ces questions. Méthodologie des sciences. ne fut jamais distribué… Époque difficile pour H." C’est le moment où lui-même abandonne ses ambitions scientifiques. thématique qui aura. C’est la période où H. est retiré de la circulation avant même sa sortie 148 . dans un grenier. Un autre ouvrage consacré à la méthodologie des mathématiques et des sciences (qui devait être le second volume du Traité de matérialisme dialectique). Il écrit un Traité de logique. Nous reviendrons sur ce contexte. H. Dans l’immédiat après-guerre. publié aux éditions du Parti. écrite entre 1933 et 1935 (en partie à New York). En fait. Nizan lui subtilise sa correspondance pour la montrer en haut lieu… Ce climat n’empêche pas H. Dans ces années. À partir de ce travail. À l’époque (1936). Lefebvre est donc resté au Parti durant la guerre : cela l’a conduit à être suspendu de ses fonctions d’enseignant par Vichy. Marx et Lénine. La classe ouvrière elle-même ne connaît pas le mécanisme de sa propre exploitation.qui la fonde. Lefebvre découvre que P. Lefebvre engage une polémique contre l’idée dominante dans le Parti de "sciences prolétarienne". les communistes ne voient dans la montée du nazisme qu’un épisode qui ne pouvait durer. Elle le vit sur le mode de la méconnaissance. il publie des Cahiers du contre-enseignement. édité pour la première fois. La censure soviétique refuse les services de presse. C’est une période de suspicion entre les militants. il explore les archives de la vallée de Campan. et à être recherché.

amorcée dès la fin de la guerre. tout se précipite. Cette thèse de sociologie rurale porte sur La vallée de Campan (parue au PUF. dans lequel il fait le bilan de sa vie philosophique et de son aventure dans le Parti (nous y reviendrons). il écrit une série d’ouvrages consacrés à de grands écrivains français (Descartes.). en France). H. reformulée. 214 et suivantes. Une nouvelle version de L’introduction à la critique de la vie quotidienne est rééditée en 1958. malgré l’aspect déjà monumental de son œuvre. p. Aucune conclusion pratique n’est tirée de la publication de l’essai de Staline sur la linguistique. Les révélations du rapport Khrouchtchev vont bien plus loin que ce que ne pouvaient imaginer les oppositionnels. Cela explique peut-être pourquoi il est entré dans cette nouvelle expérience avec tant 149 150 H. sa réputation de militant communiste. Lefebvre entre dans l’Université. Ensuite. En tant que philosophe. Laurent Chollet. op. C’est l’époque des exclusions du Parti (Morin. Il veut montrer que l’on ne peut pas rejeter ces auteurs comme des penseurs "bourgeois". Le Parti ne les retient pas. Dans Voies nouvelles. 101 . Diderot. Lefebvre a attendu d’avoir plus de soixante ans. Pyrénées. pour se lancer dans l’aventure de l’enseignement universitaire.sein du Parti qu’un plus un égale deux est aussi vrai ou aussi faux à Moscou qu’à Paris… "Les relations d’inclusion ou d’exclusion ne sont pas fausses ici et vrai là-bas. écrit entre juin et octobre 1958 (dans un contexte politique très particulier. à partir de recherches menées pendant la guerre lorsqu’il se cachait dans les Pyrénées. Henri Lefebvre et l’aventure du siècle. il publie encore un ouvrage méditatif et impliqué 149 . Sa critique de la vie quotidienne. Lefebvre qui avait été dénoncé par les Situs dans les années 1960. sur Les fondements d’une sociologie de la quotidienneté. Dans ce livre. réédité en 2000 (avec une préface de R. Il participe à la définition de la base théorique de ce qui va devenir l’Internationale situationniste 150 de Guy Debord. quelques mots d’ordre simplistes suffisent. H. Lefebvre est suspendu en 1958. H. Il choisit de partir et de prendre du large. lui en avait interdit l’accès. À partir de 1965. avec lequel il s’est lié d’amitié. C’est ainsi que prend forme l’activité oppositionnelle de H. paraît en 1961. il va se lancer dans la rédaction d’ouvrages importants. dans la très belle collection Dito). mais qu’il faut voir comment les idées se forment. comment le matérialisme dialectique puise dans ces œuvres les conditions de son émergence. Rabelais) pour construire le mouvement de la pensée de libération de l’homme. Il y a rupture violente 151 . Lefebvre écrit des articles préconisant l’introduction dans le marxisme des développements modernes de la logique. Pour lui. puisque ses œuvres complètes sont inscrites comme "publications du mouvement". comme un "Versaillais de la culture" se trouve entièrement réhabilité. est reprise. Cette année-là. Hess. date de la mort de Staline. Il devient professeur à Strasbourg. H. Cette amitié ne dure pas. Le volume 2. rééditée en 1990." H. Dans les années 1947-1955. Paris. Lefebvre. 2000. Pascal. il s’autorise alors une entière autonomie de pensée. Jusqu’en 1958. L’insurrection situationniste. Cette confrontation avec les situationnistes va stimuler sa grande productivité de l’époque. il produit quelques idées neuves. il entre à Nanterre. de l’informatique et de la cybernétique. 151 Sur le contexte de cette rupture. il travaille au CNRS. Après La somme et le reste. cit. Lourau). voir R. Dagorno. ce dont ne voulaient pas entendre parler ni les philosophes russes ni les penseurs plus ou moins officiels du Parti français comme Roger Garaudy. Musset. Sur les Pyrénées. Lefebvre se bat contre l’idée d’une logique de classe. qui feront leur chemin vingt années plus tard (notamment l’idée de la nécessité de définir un programme avant la prise de pouvoir). H. Il écrit la version définitive de sa thèse. Lefebvre qui se renforcera à partir de 1953. livre essentiel (780 pages). etc. Depuis 1948.

Henri Lefebvre refuse tout système. Lefebvre n’en reste pas là. Tant à Strasbourg qu’à Nanterre. le capitalisme de la marchandise. Le manifeste différentialiste (1970) élabore la notion de différence. Lefebvre laisse ses assistants développer leurs propres recherches. A l’occasion d’un jury de thèse à Lyon (janvier 2001). H. est venu à Paris X pour poser sa candidature sur un poste de professeur de sociologie. pour participer à un colloque à Sciences Politiques sur les intellectuels français. soufflant sur le feu en 1967-68 à Nanterre. qui lui permettent de préciser sa théorie du politique. H. Lefebvre : “ J’ai apprécié l’œuvre. lorsque celui-ci. Ces livres seront lus par certains des étudiants. c’est celle du philosophe qui voit se réaliser socialement. Plusieurs ouvrages sur l’espace et la ville : Le droit à la ville (1968). qui feront 1968. Lefebvre entreprend La proclamation de la commune. René Lourau et Henri Raymond. et moi datait de 1959 ou 1960. où l’assistant était le répétiteur des idées du professeur. aussi. La fin de l’histoire renoue avec la lecture de Nietzsche. dans laquelle vivent les pays développés. Il fait apparaître H. H.de fougue. L. H. après la sortie de La somme et le reste. Ensuite R. 153 152 102 . Rarement un professeur d’Université aura eu autant d’influence sur les étudiants qu’Henri Lefebvre. Rapidement. Il publie un très grand nombre de livres entre 1968 et 1980. Lefebvre n’avait pas fait de vague. Il les encourage à enseigner leur propre pensée. H. du positivisme. Lefebvre se lance dans une synthèse sur la question de l’État : De l’État aura quatre tomes. Lefebvre laissait accroire qu’elles existaient. C’est l’époque de l’émergence d’Althusser à l’École normale supérieure. il élabore le soubassement théorique du mouvement de contestation. Nietzsche. Il continue à travailler. Espace et politique (1973) et surtout La production de l’espace (1974). Il rédige aussi Introduction à la modernité (1962) et Métaphilosophie (1965). de la sexualité. L. depuis de très nombreuses années. H. du profit. Lefebvre attaque le monde bourgeois. du structuralisme. Marx ou le royaume des ombres. H. Lefebvre comme un théoricien proche des auteurs de l’École de Francfort. au niveau du mouvement social. R. Althusser et sa théorie de la "coupure épistémologique" chez Marx seront l’occasion de nouvelles confrontations. C’est ainsi qu’aux enseignements de H. Lefebvre. On parlait de “ listes noires ” sur lesquelles des étudiants auraient été inscrits pour leurs activités subversives et qui “ n’existaient pas ”. Das System und der Rest. Lefebvre. ” René Raymond avait invité H. Au lieu d’être clair. Jean Baudrillard. la majorité des étudiants adhère à l’analyse contestatrice du vécu. Après Hegel. a revu H. historien nanterrois. j’ai partagé un repas avec René Raymond. académicien. en poste à Strasbourg. L’argument lancé par H. Simultanément. Du Rural à l’urbain (1970). Ce dernier livre aura et a toujours une influence considérable en Allemagne 152 . Lefebvre lors du surgissement des évènements de Mai. 1999. Lefebvre : “ J’en ai marre de faire Paris-Strasbourg en train. la femme d’Henri Raymond qui était mon étudiante a voulu organiser un repas entre nous. Maïté Clavel… L’attitude de H. Tout en s’affrontant aux partisans du scientisme. Voir Ulrich Müller-Schöll. ” Mais René Raymond évoque surtout l’attitude subversive de H. La pensée marxiste et la ville (1972). Pour Marx et Lire le capital sont parus en 1965. Ce livre ne paraîtra qu’en 1965. son influence sur les étudiants va être extraordinaire. mais l’homme me déplaisait totalement. Mais cela s’est très mal passé". Je connais tous les arbres du parcours. le monde de l’argent. "Pour dépasser les tensions. qui va se former dans le département de sociologie de Nanterre qu’il dirige. de la vie quotidienne. Au-delà du structuralisme (1971) regroupe tous les articles écrits dans la période antérieure contre Althusser. auquel j’ai posé quelques questions à propos de H. Lefebvre se surajoutent ceux d’Eugène Enriquez. Le premier contact entre H. des conditions concrètes de la société existante que développe H. les intuitions et les concepts qu’ils tentaient de formuler. “ Il refusait d’assumer toute responsabilité ”. ce qui n’était pas fréquent avant Mai 1968. On lui donne la paternité des évènements de Mai 153 . Ce livre tend à indiquer la voie qu’il faut suivre si l’on veut échapper à la standardisation généralisée qui menace la "société bureaucratique de consommation dirigée". L.

plus que jamais. car dans la tragédie. H. Marx. C’est un instrument d’exploration du réel. c’est celle de la philosophie. H. la question qui est posée. il revient plus systématiquement à la philosophie. peut-on philosopher ? H. livre dans lequel H. Zeus perdra le pouvoir. À côté de Musil. il y a victoire sur le temps et la mort. H. Attaché au rocher par le pouvoir et par la force. C’est un livre étonnant. H. Mais Prométhée lui-même peut mourir ! H. Lefebvre évalue encore une fois le marxisme. H. prodigieuse. inachevée. Ce cheminement. Lefebvre a pris sa retraite. Il fait des conférences dans le monde entier. Il relit les tragiques grecs. Ce livre s’inscrit aussi dans cette veine philosophique. La pensée n’est pas un jeu fermé sur soi. Marx. Il faut choisir les représentations fécondes. Lefebvre. et dépasser les représentations illusoires (celles qui fascinent les hommes mais bloquent l’évolution de la société). nous avons besoin aujourd’hui. celles qui permettent d’explorer le possible. Évidemment. C’est de là qu’on peut tirer une philosophie. Lefebvre ne pense pas que l’on puisse tirer quelques choses des mythes. d’une certaine manière. Il écrit chaque matin. Après avoir esquissé une histoire du concept de représentation. L’intérêt de l’ouvrage. Delacampagne).Entre-temps. de les dépasser vers un au-delà accessible seulement au surhomme. Lefebvre renoue pourtant avec l’idée qui a guidé sa première lecture de l’auteur du Capital : Marx est aux antipodes du stalinisme. H. qui paraît en même temps qu’Une pensée devenue monde. mais surtout mû par une pensée frémissante "tendue vers des possibles jamais réalisés. il porte en lui des ferments anti-étatiques dont. À partir de 1978. appelait le philosophe à sortir de la représentation. Prométhée ! Image terrible. H. La tragédie ressuscite le héros tragique qui réapparaît et revit sa mort. Nietzsche proposait de rejeter à la fois philosophie et représentation. Il énonce sa philosophie en tenant compte de la technique mais en la dépassant. lui. H. Lefebvre répond à la question par l’exemple. Lefebvre voit la solution davantage du côté de Prométhée que du côté de Dionysos. Lefebvre s’est imposé comme philosophe et comme sociologue. est une sorte de bilan de l’œuvre philosophique de H. tandis que F. H. Kant ne le croyait pas . Faut-il abandonner Marx ? se demande H. mais qu’il faut savoir choisir. il porte en lui que la libération viendra de la mort des dieux. mais aussi celle de Spinoza ou celle de Joachim de Flore. Marx ne dit-il pas lui-même qu’il a incarné Prométhée ? Ces thèmes seront repris dans Qu’est-ce que penser ?(1985). Il a relu Musil. Après K. René Thom 103 . Le héros de Musil parle en philosophe. Il lit beaucoup. Qu’est-ce que la représentation ? Un intermédiaire entre l’être et le non-être : toute la question est de savoir si la connaissance peut – ou ne peut pas – dépasser cet intermédiaire pour atteindre l’être véritable. Il y explore le moment de l’œuvre. la clé du monde. Il nous donne une théorie philosophique de la représentation. C’est dans le tragique qu’il faut chercher. Cette démarche peut sembler très loin du marxisme. mais il voyage beaucoup. Dans quel sens évolue la pensée de H. les tragiques grecs. Lefebvre n’a pas clos son œuvre. Dans La présence et l’absence. L’homme sans qualité est le roman de la dissolution du monde moderne. reposant sur une culture énorme. Lefebvre l’inscrit aussi dans la Présence et l’absence (1980). qui est toujours illusoire. Lefebvre conclut que la représentation est un fait social et psychique dont on ne peut se passer. ouverte à tous les horizons de la modernité" (C. La présence et l’absence déploie le moment philosophique. c’est de rappeler une fois encore que la philosophie ne peut se laisser enfermer dans aucun dogmatisme. Lefebvre à la fin de sa vie ? C’est difficile à dire. Lefebvre est revenu à l’œuvre d’art. Lefebvre a lu Shakespeare. Auteur de dizaines et de dizaines d’ouvrages. Ce livre qui. Il n’enseigne plus à Nanterre. Mais pas si loin qu’on ne le croit. soit à chercher de ce côté. Il lui semble que la clé de la philosophie. Lefebvre prend en compte la pensée de K. Lefebvre se trouve davantage dans la tragédie que dans le drame. H. E. Pour lui. Celleci est restée ouverte. K. cette évaluation critique est difficile. Marx.

mouvement d’opposition dans le Parti communiste. qu’elle leur a permis de s’accepter. peu importe le statut épistémologique du concept. Une équipe 104 . épuise ses virtualités. Le philosophe en produit alors un autre. Lefebvre le découvre… La chute du mur de Berlin a été un choc pour H. À chaque fois. Pédagogue de talent. Ce qui importe. Peu auparavant. La banque qui le possédait lui proposa de racheter cet appartement. surréalisme. Henri Lefebvre a vécu longtemps au 30 de la rue Rambuteau. Lefebvre refusa. C’est dans le contexte de la confrontation intellectuelle. "mystification". chez les colonisés. la confrontation est une nouvelle aventure. Cette idée est déjà présente dans L’existentialisme. Mais H. Dans la tragédie. Il a restitué la véritable pensée de Marx autour de deux fils conducteurs : la théorie de l’aliénation et la critique de l’État. Entre 1962 et 1973. Il faut souligner l’importance de H. marxisme. Son commentaire politique de cet événement ("à l'est.(théorie des catastrophes). Sa théorie de l’aliénation par exemple s’est imposée chez les jeunes. S’il fallait définir en un mot le mouvement de l’œuvre de H. Lefebvre a vu tomber le mur de Berlin. d’accepter leur monde (leur cosmos). De ce point de vue. Lefebvre. écrivain). Ce que la métaphilosophie de H. incapable de porter une utopie et de mener la critique du quotidien. Cette dialectique permanente entre le vécu (intense) de H. Vécu et conçu s’enrichissent mutuellement. Lefebvre. théoricien. chez les femmes… Trajet foudroyant du concept qui le rend obsolescent. Lefebvre pense que la théorie de l’aliénation traverse Le capital. H. "mondial" et "aliénation" sont des concepts qui entrent en relation mais ne font pas système. que la notion de travail aliénant – aliéné conduit à l’idée que le capital s’autonomise par rapport à la pratique comme toutes les puissances aliénantes – aliénées. ses possibilités. mouvement étudiant…) qu’H. H. Lefebvre comme philosophe marxien. C’est en cela qu’ils sont très distincts des concepts philosophiques classiques qui restent pris dans leur armature. Comment philosopher après K. dans un très bel appartement dont il n'était pas propriétaire. dans la maison familiale. dans leur structure. avec les mouvements d’avant-garde (groupe des philosophes. il a fait passer 96 thèses. La tragédie porte donc en elle une affirmation. "différence ". Lefebvre propose donc un horizon : la métaphilosophie. Lefebvre a formé de nombreux professeurs d'université. Il constate que la tragédie grecque a permis aux Grecs de vivre. pour se retirer à Navarrenx. Leur rôle a été se servir de ferment. trop souvent générateur d’ennui. dans leur architectonique philosophique. Lefebvre et le conçu est ce qui caractérise son apport à la philosophie. c’est une suite de concepts qui ne font pas système. Lefebvre n’a jamais séparé le vécu et le conçu : l’un et l’autre s’entremêlent. H. Ce chiffre exceptionnel s'explique par le fait qu'il était très bien entouré. Lefebvre a développé son activité de philosophe (penseur. Marx ? H. on pourrait dire que c’est autour de la notion d’aventure. Ils ont fécondé la société contemporaine et se sont dissous en elle. pesant. C’est sur cet événement historique qu’il a médité à la fin de sa vie. "quotidien". on peut dire que le travail de H. que celle-ci peut s’organiser. Marx remet en cause la philosophie. Lefebvre a été efficace. Il est mort en juin 1991. où il mourut en 1991. n'a pas étonné ceux qui l'ont connu comme le théoricien de la révolution comme fête. Le contact avec l’œuvre de K. Pour H. il s’était exprimé pour faire le bilan du communisme. ennuyeux"). H. Le succès du concept. la souffrance et la mort sont niées. mais aussi personnelle. c’est son trajet dans la pratique. à Paris. dans le vécu. Ils proviennent de la pratique et ils y reviennent : "espace social". le communisme était lourd. Nietzsche l’a pressenti. Lefebvre. Il quitta alors le centre de Paris. H. Lefebvre a apporté. Il est enterré au cimetière de Navarrenx. de levain. période de sa vie où il a exercé le métier d'universitaire. image ou métaphore. situationnisme.

On retrouve dès ce premier texte une influence nietzschéenne. comme un magicien croit dompter des génies. Cette première partie se termine sur l'annonce d'un humanisme fondé sur la seule forme de pensée valable. que par la loi suivant laquelle le vouloir authentique s'exalte et s'aventure 157 ". 299. des plans irréels ou surréels . celle qui ne pose pas l'absolu "par une transposition d'éléments humains". diffus. et il lui faut se "livrer. il continue à avoir une réelle influence.. de manifester de la rancune à l’égard de ce philosophe." La somme et le reste. était en relation avec moi pour envisager la publication de cet ouvrage. Il venait de terminer un ouvrage (que j'ai eu entre les mains . chercheur lefebvrien. Lefebvre. c'est-à-dire s'absorber en eux . écriture. mouvement des femmes. Fragments de la philosophie de la conscience". 105 . arrête la recherche en réalisant "des forces. "Positions d'attaque et de défense du nouveau mysticisme". Ses voyages le conduisirent à se confronter au mondial. J’ai eu le tort. Lefebvre. des idées. Elle se contredit . c'est pour se posséder qu'il cherche à disparaître. Je pense encore que ce manuscrit (long. Philosophies. Lefebvre utilise déjà le concept de moment. 154 H. voulant posséder elle ne peut éluder l'aventure. les luttes à l'échelle planétaire. et bien d’autres choses encore 154 . La discussion lancée dans le Nietzsche. 241 et sv.. 479-482. mais aussi mouvements de libération.. et qui contenait en vrac la théorie des moments. pp. confus) n’était pas inintéressant. 157 Philosophies." La première théorie (idéaliste) des moments Dans un article écrit en septembre 1924. Lefebvre. il est inédit). voilà pourquoi le mystique veut s'abolir . etc). La pensée magique transpose en absolus des moments de la conscience. dans le chapitre sur Le normal et l'anormal. – "L'absolu ne s'exprimera. Après sa retraite. dans lequel se trouve déjà cette notion de moment. Philosophies. 5-6.. s'abandonner à des signes humains crus magiques.". Chapitre 6 De philosophie de la conscience à l'expérience de l'exclusion La théorie des moments existe chez H. "Critique de la qualité et de l'être. des substances. décédé en 2004. des aperçus risqués sur la conscience transcendantale. qui le reçut avec courtoisie et me le rendit de même. "Positions d'attaque et de défense du nouveau mysticisme". pp. que j’avais envisagée un moment de transformer en thèse. sans y attacher la moindre importance. p. H. Michel Trebietsch. sur La philosophie de la conscience 155 . mais publié en 1925. Il ne pouvait pas comprendre les germes contenus dans ce texte de ce qui devait s’appeler plus tard: L’existentialisme.nombreuse le secondait dans tous les domaines de son activité (recherche. depuis. avant sa lecture de Hegel.. théologiques et métaphysiques. pédagogie).. elle croit alors s'être soumis le monde. p. attaque fondée sur la distinction entre deux formes de pensée : l'une. la pensée magique. sur le plan politique. concernant le fini et l’infini avait donc des prémices. Il entretient des relations avec tous les groupes qui agissaient (partis politiques. 1924. à une longue esquisse d’une "philosophie de la conscience". 156 H. groupes de recherche. enseignement. Lefebvre renvoie ici aux "Fragments" parus dans Philosophies (1924-1925) et L’esprit (1926-1927). Henri Lefebvre écrit : "Je ne voulais pas faire appel à mes essais antérieurs. 155 Un extrait de cet ouvrage est paru : H. et à suivre. n° 5/6.". 471 et sv. mars 1925. Dans La somme et le reste. La note poursuit : " Manuscrit complet remis en 1925 au plus célèbre des professeurs de philosophie en Sorbonne. une première partie contient une attaque contre les mysticismes passés. n° 4. Dans l’article de 1925 156 .

L’existentialisme (1946). 160 H. inquiétude. la tristesse sont d'incontestables réalités. 2° éd. La somme et le reste. H. en un moment privilégié de révélation enivrée ou d'extase. sa référence aux moments. Ainsi. premier chapitre (pp. Paris. ainsi que L'existentialisme.. Le dogmatisme aurait servi de censure. Lefebvre. Anthropos. nous ne voudrons plus trouver le secret de l'univers en un moment privilégié de tristesse ou d'abjection. férocité. publiée. La théorie des moments n’est pas explicitée. pour l'autre. il signale sa théorie dans plusieurs de ses ouvrages. Paris. de l'existence H. H. sans conférer à un moment quelconque un caractère exceptionnel. Dans plusieurs ouvrages. Lefebvre craint que sa théorie ne soit pas conforme à ce qu’on attendait d’un théoricien du Parti communiste 159 ." Et il poursuit : "Affirmer que l'angoisse nous dévoile ou nous révèle le "monde". 3° édition. mais sur le plan de l'immédiat et non sur le plan de la pensée (des idées). Il n'en est rien. justement pour en faire des absolus. L’existentialisme Dans L’existentialisme. 2001. 2° éd. douleur. Abandonnons le rêve. ces moments ont un caractère immédiat . Puisque H. des "moments" de la vie . 1989. Lefebvre établit un lien entre son expérience dans le groupe des philosophes. p.. Il craignait qu'on lui reproche son "idéalisme". Norbert Guterman. p. C’est lors de son exclusion du Parti. L'humanisme doit accepter la vie dans sa totalité. il montre que la philosophie "moderne" a tout essayé : mélancolie. Il vivait déjà selon des moments bien construits 158 . Henri Lefebvre. Entre 1945 et 1959. C'est continuer la métaphysique. dans L’existentialisme. l'humanisme marxiste proteste une fois de plus. le porter à l'absolu en le considérant comme une révélation. 159 Il se pose la question dans La somme et le reste. Méridiens-Klincsieck. d’autonomiser des moments. Lefebvre exprime cette idée. Pourtant. 158 106 . elle traverse tous ses travaux. Kierkegaard affirme l'irréductibilité absolue de l'expérience individuelle. Il oppose les deux expériences. Paul Nizan. et l’existentialisme. voire même ennui et sentiment de l’absurde : "Ici. auparavant. nous serons aussi délivrés du cauchemar . en 1959. qu’il la publie expressément. 1 à 38). ils s'insèrent dans nos relations immédiates. à la différence d'une pensée (d'une idée). l'angoisse. La douleur. Elle n’est pas disponible. avec le "monde".. c'est accomplir l'opération de la pensée métaphysique..Critique de la théorie des moments : une manière d'en parler Vingt ans plus tard. Lefebvre. Lefebvre utilise constamment. mais en même temps montre le risque idéaliste qu’il y a derrière le fait d’isoler. directes. et quelques autres. Isoler un de ces moments. fascination. vertige. Alors nous pourrons accepter la vie ("l'existence") dans sa totalité. y fait référence. en tant que telle. 71. en 1946. Sa critique "marxiste" des "nouveaux existentialistes" (Sartre et les autres) est l'occasion de revisiter le concept de moment. c'est bel et bien retourner à une "pensée magique". mais en régression sur elle – vers la magie 160 ". à la pensée. Pierre Morhange. H. Merleau-Ponty et les autres existentialistes. il a la subtilité de critiquer ce rapport au moment qu'il trouve chez Sartre. du fait de sa dimension "idéaliste". 389 et suivantes. mais très prudemment. dans le chapitre sur "la scolastique moderne et le déclin de la philosophie" . joie et douleur. les "conditions d'existence" d'une vie humaine totalement épanouie. que la pensée idéaliste a tendance d’autonomiser le moment. Ce groupe de 1924-28 regroupait Georges Politzer. 2001. angoisse. Il reprend cette idée dans le chapitre sur Kierkegaard : "On pourrait croire qu'il s'agit de déterminer – en faisant appel s'il le faut à l'histoire. à propos de l’existentialisme. l'espoir de découvrir le Secret. au nom de son effort pour saisir la totalité. à la connaissance objective.

ce n'est pas tant la "description" par M. d’un don venu d’en haut (de ses parents. Moment capital dans l’histoire concrète de l’individualité 164 ". y compris la science. Lefebvre dans la forme qu’elle prend alors. l'action 163 ".. Cette vérité relative. paru en 1947. alors qu’il est un moment. éd. 1947. se transforme en une très grande erreur.individuelle. Comme la psychanalyse. Paris. 107 . Comment passe-t-on de l'un à l'autre ? Par une sorte de mouvement dialectique.. Lefebvre lui-même. en tant que telle. 2° éd. Il conclut son raisonnement : "Non seulement il se prendra pour le point de départ et le commencement absolu.. 163 L’existentialisme. p. que les stades chez Kierkegaard. était déjà inscrit dans l’œuvre de Nietzsche. la connaissance. la phénoménologie a attiré l'attention sur certains "moments" de l'existence peu connus. la pensée ou connaissance sont des produits sociaux que l’individu accueille dès son enfance. c’est de poser l’individu pensant qui se pose et s’affirme : "Il prend toute la pensée en charge. Cette dialectique d’alors entre la critique et l’intérêt d’une théorie à redéployer. assez modeste. et qu’il reçoit sous la forme travestie d’une révélation. obligent à en sortir . au-delà de la critique de Kierkegaard. c’est un acquis important. p. le moment tel que le décrit la phénoménologie. Faire du moment un absolu. Lefebvre montre que le Cogito cartésien est bien un moment de la pensée. H. 2° éd. qui supposent précisément la totalité de l'expérience humaine. du sadisme. En fait. dans le domaine de l'immédiat. Ainsi. p. des autorités. ces descriptions se situent à un degré inférieur de la vérité. 89. L’apport de Descartes. que chacun doit chercher son secret et le sens tragique de son existence. de certains moments absolus et d'ailleurs uniques 161 ". H. dans la vie du microcosme individuel : le stade esthétique et érotique – le stade éthique – le stade religieux. doit être remis en perspective avec le tout. mais ne se reconnaît pas encore. délaissés ou dépréciés par le vieux rationalisme . la pratique sociale. et mettre au premier plan le problème de l'humain. H. celui de la foi. c’est-à-dire un infini. La théorie lefebvrienne des moments sera effectivement mieux articulée. des justifications. La conscience humaine de l’individu naît. d'un stade. Ce sont les contradictions qui. 164 H. dans les descriptions phénoménologiques. Lefebvre. au contraire ! pas de solution pour la "dialectique" existentielle. Pour le critique dialecticien. mais vécu. L’existentialisme. s’affirme comme conscience et centre de pensée – et réel. dès que l'on prétend résoudre par l'immédiat les questions suprêmes. Lefebvre ne rejette pas. en soi et pour soi. cette école de philosophes a. il refuse la prétention de Descartes d’en faire un absolu. mais il se rattachera 161 162 L’existentialisme. le lecteur d'aujourd'hui est bien obligé de sentir la proximité qu’il y a entre les moments dégagés par l’existentialisme. plusieurs moments. à chaque stade. non quelle se réso1vent . pour passer sur un autre plan qui "transcende" le premier 162 ". 127. et l'effort de conceptualisation de H. que rejette H. même lorsqu’on le dégage. non conceptuel et spéculatif. explique-t-il. 2° éd. et libre comme tel. Pourtant. Mais là encore. 104. Avant Descartes. C'est surtout la place de ces descriptions dans l'ensemble des vérités. C'est ainsi qu'il croit poser concrètement. de la fascination. Lefebvre montre cependant que cette acquisition ne s’opère qu’au prix d’un double et illusoire illusion. des ancêtres. d’hier et d’aujourd’hui. Sartre du vertige. on le retrouve dans un passage sur la phénoménologie de Sartre : "Tout n'est pas faux. mais avant lui dans le vertige spéculatif de tout philosophe. p. Ces contradictions obligent à sortir d'une sphère. comme tout idéalisme. 182. des dieux). C'est au cœur de l'individu isolé. en tant que singularisation anthropologique du sujet. Et plus loin : "Il (Kierkegaard) distingue plusieurs "stades". Ce que conteste la critique dialectique. mais il lui semble que le moment. Descartes. Chacun doit descendre dans les profondeurs strictement “ privées ” de sa conscience et comprendre la valeur infinie de certaines découvertes. une base. loin de là. dans son Descartes. Non.

où le chapitre VII s'intitule "théorie des moments".fatalement à une substance métaphysique. organisation. 165 165 166 Descartes. Ce qui m'a permis de survivre. c'est que." La somme et le reste est donc un livre passionnant. je suis toujours resté philosophe. C'est mon appartenance à la philosophie (comme moment autonome) qui m'a permis de survivre au dogmatisme stalinien. G. mais stalinien. malgré cette tendance du Parti à aplatir ses membres à une seule appartenance. Lefebvre ne se réduit pas à une seule appartenance. le rencontrant alors chaque semaine. V° partie (L'inventaire). La somme et le reste. H. S'il n'avait eu qu'une appartenance. "Je me suis beaucoup prêté. Dans Groupe. immobile. se redéploient les moments … Je ne reprends pas ici le détail de la théorie des moments définie dans La somme et le reste. parce qu'il donne à lire une théorie des moments. Quatre chapitres s'y réfèrent explicitement : -trois dans la troisième partie (la vie philosophique) : "Moments". au même moment. durant un an. Paris. institution. 2006). le jeu". "Le moment philosophique". H. Anthropos. j'ai été communiste. D'accord. H. -un dans la cinquième partie (L'inventaire). Son moment du politique ou du marxisme prend une autonomie par rapport au dogmatisme. p. il voit un moment important de sa vie (sur le plan temporel et anthropologique) se dissoudre. car le Parti communiste n'était pas marxiste. Il y avait un qui pro quo. (5° éd. 167 Henri Lefebvre. Pourquoi ? L'idée qui sous-tend le livre est la suivante. ou sous forme implicite. Lefebvre est resté "plusieurs". Je crois que ce thème constituerait un livre en soi. Lefebvre. Lefebvre aurait certainement été détruit par son exclusion. durant toute cette période d'épreuve dogmatique. le rêve. où Lénine 166 nous propose un modèle de militant totalement réduit à son appartenance au Parti . les principes léninistes de Que faire ? (1902). Lefebvre entre l’idéalisme et la tendance à construire les moments comme absolu ! La somme et le reste. le philosophe militant refusait (et quelques autres avec lui). p. 129. Ainsi. Ce qui l'a sauvé : l'appartenance au Parti se trouvant fermée. pour nous aujourd'hui. De ce point de vue. lorsque je préparais mon livre sur lui. éternelle : la Pensée en soi "… Il y a donc un lien établi par H. Lapassade montre que cette conception organisationnelle de Lénine ne diffère en rien de celle de Taylor. mais ce n'est pas le cas. dans l'entreprise capitaliste. je ne me suis jamais donné". La théorie des moments est le levier qui permet au philosophe exclu de rebondir. la théorie des moments s'affirme positivement. a-t-il pu me dire. "Encore sur les moments : l'amour. de renaître. Parce que j'étais marxiste. (et ce ne fut pas de son fait). Pour H. pour montrer la rupture avec le moment de la phase dogmatique. 108 . 167 Je vais me contenter de citer quelques passages de ce chapitre . une affirmation positive Avec La somme et le reste. H. la théorie des moments est présente dans un tiers des chapitres. Lefebvre nous dit en quelque sorte : "Entre 1928 et 1958. mais cette fermeture du moment lui ouvre de nouvelles possibilités. 637 et suivantes. Elle est constamment présente dans l'ouvrage. Sur les 777 pages de cet ouvrage. qui trouve son illustration dans la biographie personnelle et collective du philosophe qui la produit. ce chapitre vise à condenser des aperçus jusqu'ici dispersés. ou sous forme spécifique et dégagée. Chapitre VII..

et r. où tout serait significatif. Mais. les impressions sensibles n’ont rien d'une langue naturelle. et c'est pourquoi la parole vivante exprime. à une chose séparée. la redondance est aussi considérable . 172 H. H. Lefebvre. L'expression 168 H. La signification (l'algèbre des signes) est le désert de l'essentiel.. Lefebvre a déjà défini les moments comme modalités de la présence 168 .. 234. op. 170 H. 638. p. La "modernité".. S. c'est-à-dire plus complexe que les modèles et d'une autre façon 170 ".Chapitre 7 : La somme et le reste Dans le chapitre "Moments" de La somme et le reste... Dans la parole. cit. mais aussi véritablement que les formulations mathématiques et les schémas abstraits.. H. Cette réalité n'est pas seulement sensible. de le dominer. Le sensible ressemble davantage à la parole humaine qu'à la langue. c'est sa profusion. et r. toujours franche et vive. de la cinquième partie de La somme et le reste. "Il n'y a pas deux langues équivalentes. Le jeu de la nature Ce qui surprend toujours Lefebvre. "La poussée des feuillages au printemps.L. au lieu de simplement signifier 171 ". La figure du soleil. Ils ne se maintiennent. Pour lui. Les impressions sensibles ont donc la richesse inutile de la parole. Il montre d'abord que la réalité dément sans cesse les schémas d'équilibre. la musique. p. dès sa première théorie (1924). par laquelle la réalité matérielle nous signifierait ce qui se formule rigoureusement en lois. S. "La profusion dans la nature renouvelle sans cesse l'étonnement". l'épaisseur des feuilles mortes pendant l'automne suggèrent aussi fortement l'abondance 172 ". les frondaisons pendant l'été. S. Les expressions : "jeux de lumière". "elle vient d'un être et présente cet être". C'est de cette idée qu'il part pour nous offrir une première synthèse de sa pensée. 635. la chaleur. les expriment donc autrement. mythique et symbolique. La somme et le reste. "jeux d'eaux". et encore davantage la post-modernité. c'est à cet endroit que se construit l'humain. dans le chapitre VII.L. S. p. mais elle se découvre par contraste avec les modèles autrement complexe. Le monde rationalisé.L. les modèles de stabilité qui fournissent des formes ou des structures formelles capables de cerner un objet. 638. mais lointaine par rapport à la présence du réel objectif.. 637. aussi précises l'une que l'autre pour dire les mêmes choses : le langage des phénomènes. équivaut à un cauchemar absurde. et r. En effet. p. dans le même mouvement. La parole ne peut se réduire à une algèbre . et r. les notes renvoient à La somme et le reste sous la forme : H. et r.L. l'inutile réagit contre lui. Ils éclatent. Elle manifeste leur distance. "jeux de reflets". 169 H. avec l'indication de la page. Lefebvre part de la nature. comme forme et structure. en fonctions mathématiques. Dans la suite de ce chapitre.L. il voyait les germes de ces moments dans la nature 169 . théoriquement et pratiquement. dans la nature. S.. le langage de la science. La réalité les "réduit perpétuellement à leur statut d'abstraction scientifique nécessaire. Le chant.. de le connaître. Elle déborde les schémas d'équilibre. Mais. 109 . ont du sens. vont vers un tel monde. que par un effort incessant pour les protéger. 171 H. Il a déjà montré que. Ce n'est pas la seule image de l'exubérance. p. La parole déborde de phénomènes inutiles pour la signification précise.. évoque. ce qui signifie colorée.. représente l'énergie. suggère. Le jeu de la nature n'a pas de sens si on l'applique à un objet. la lumière répandues à travers l'espace et le temps.

que nous dominerions sans que le règne de la volonté et du savoir se traduise en sécheresse". Dans la hiérarchie des êtres vivants. Mais l’ordre humain n’a rien d'absolu. 641. Le feu dévore en même temps qu'il féconde 175 ". 639. 640. autour de nous. p. et r. exubérance sensorielle retrouvée 174 ". sépare le lié. c'est celle d'une prodigalité insensée. semble soumis au hasard. S. Les modalités élémentaires incombent à des tissus et organes différents. le repos se mêlent inextricablement. H. Tout. La prolixe et généreuse mère se révèle tout à coup muette.L.. y compris chaque espèce et le maintien de telle espèce. "dans la musique. 179 H.L. 639. par exemple) sait se reposer. les éléments tombent les uns hors des autres. de ces spectacles offerts. 110 . p. et r. en nous. la nature est désordre. du soleil ou de la terre sur la mer. Il contient une aliénation qui se révèle à une réflexion plus profonde. Lefebvre retrouve la surabondance. La nature offre des contrastes : tempêtes et calmes. L'inutile disparaît. 639. "Dans la vie biologique. Il y a dans la vie (végétale et animale) une sorte d'immense gratuité. S. Dans les profondeurs originaires de la nature.L. répondent d'inexplicables stagnations. S.L. et se dévore 178 ". le jeu.. terne.. puissance du négatif. les modalités élémentaires de la vie se différencient en même temps que les organismes. elle les fait rentrer dans la danse 177 ". utile. p. tantôt avec une effroyable ironie 179 ". et r. 178 H. les consume et règne sur des déserts. rien qui ne soit fonctionnel. et r. avare. partir en chasse.. "Nous aspirons à la re-naissance. La nature est le plus grand des spectacles. et les vagues de la mer ne sont qu’ondulations. violences et apaisements. l'amour et la reproduction. S. H. Par rapport à l'ordre humain. Nous la re-créons de façon intime et secrète. la lutte.... parfaite et sublime inutilité. la faim. indispensable."jeu" rend bien "l'inutilité et la beauté des reflets et des scintillements de la lumière à la surface des éléments. le soleil inondant d'énergies cosmiques les espaces les brûle. 175 H.L.. et r. S.. "La vie se nourrit de soi. dans la nature sensible. Et cependant. il a ses saisons d'amour 173 174 H. 639. 176 H. p. Cette vue de la nature que nous propose H.L. p. 177 H.. 641. p. Les vivants sont des proies les uns des autres. Et nous avons besoin de ces inutilités. guetter sa proie .. ce qui vivifie est aussi ce qui tue ... l'expansion démesurée de la vie qui ne trouve qu'en elle-même ses propres limites. Lefebvre remarque que "l'animal supérieur (un fauve. "Dans la nature. de ce jeu illimité. qui tantôt peut s'identifier avec la bonté de la nature. elle relie le séparé : "Sans cesse. la loi la plus générale. Aux tumultes et aux tempêtes cosmiques qui les brassent. H. Dans la nature végétale et animale.L.. La réflexion pourchasse dans leurs repaires ces ordres indépendants qui engendreraient le plus grand désordre . Tout est déterminé. Lefebvre veut souligner "l'absence de séparation entre la nature et l'homme (social) même quand le social croit se séparer de la nature 176 ". dans nos œuvres. S. dans un état d'indifférence réciproque. de ce luxe naturel. p. Elles se distinguent dans le temps et l'espace : dans les activités. et r. S. et r. Les “ corps ” s'isolent et s’affirment. Les aspects se proclament chacun pour soi : cette bille n'est que corpuscule. Aucun mot que le jeu ne désigne cet illimité qui se manifeste justement aux limites incertaines et pourtant précises de la nature. La terre qui n’est que terre soustrait ses cavernes à la lumière et aux feux du soleil. La vie joue avec elle-même un jeu mortel L'analyse. de l'aube ou du crépuscule 173 ".

p. p..L.. 641.L.. aussi bien du côté de la vie immédiate et spontanée qui rétablit brusquement ses exigences. préférant faire l'analyse précise du chapitre de synthèse. et r. il aurait tout perdu. de les unir : "Dans l'homme socio-individuel.. et r. Lefebvre l'a déjà abordé dans le chapitre "Encore sur les moments" 187 . 337-343. H. S.L.. Chez l'homme On retrouve dans l'homme les éléments ou attributions élémentaires observés dans les origines de la vie et de la nature matérielle : la lutte. La différence.. p. Mais j'y renvoie le lecteur. p. le moment de la justice et le moment de la poésie. S. Il introduit des illustrations en présentant le moment du jeu. il n'y a que l'esquisse de l'analyse qui suit. il a sa tanière . la lutte.. Signalons que dans les chapitres antérieurs de La somme et le reste. le moment de l'amour 185 . dans la vie animale (disons par exemple : le repos et la lutte) et aussi à relier ce qui restait séparé (disons : la grâce et la puissance). S. la nourriture. 353. ou inversement se séparent et tombent les uns en dehors des autres 182 ". 187 H. et la manière de passer de l'un à l'autre. Les chats ne distinguent pas totalement la poursuite de la proie. Le moment du jeu L'analyse de ce moment est une reprise.L. une hiérarchie entre les moments. "Ainsi. 642.. Mais. p. la raison à l'œuvre dans la civilisation tend à constituer des moments. que du côté de la répartition sociale des biens et des objets. leur distinction.. 186 H. Je ne développe pas ces moments ici. Lefebvre va s'appuyer sur plusieurs "études de cas". le moment du repos. 239-250. Son œuvre rencontre beaucoup d'obstacles. En effet. et r. S.. l'amour et la reproduction. le repos... ni même la volupté de la douleur et de la crainte. l'amour. l'animal supérieur continue à mêler les fonctions. l'homme peut se reconnaître et s'attribuer les possibilités. Il ne dort jamais que d'un œil. 184 H. dans la nature animale comme dans la nature matérielle... S. Ce qui diffère du tout au tout. S. une raison vivante et ordonnatrice tend à distinguer ce qui restait mêlé.. le moment du rêve 186 . Dans l'enfance des sociétés. "Jamais la crainte ou l'inquiétude devant le danger possible ne le quitte complètement 181 ". 111 . et r.L. 183 H. Ainsi... 185 H. Ces fonctions sont celles de la vie la plus primitive. On y apprend cependant que H. c'est qu’elles sont différenciées 180 ".L. les discernables se confondent. Mais en plus.L. et r. H. 182 H. il a donc une série de fonctions réparties avec une sorte de raison intuitive.L. qui ne se soumettent pas à l'ordre que tend à imposer cette raison 183 ". et r.. leur discernement. entre l'animal et l'homme. dans lesquels l'individuel ne se sépare pas du social. 641. p. p. le jeu. car s'il avait joué. H. La présentation de moments À ce moment de sa synthèse. les plus hautes civilisations créent des jeux qui ne sont que des jeux. le jeu se 180 181 H. 642. p. Dans cette page. En s'affinant. et r. S. Lefebvre n'a jamais voulu jouer à aucun jeu. S. il a déjà présenté le moment philosophique 184 . comme dans l'enfance individuelle et dans l'animalité. et r. 343-353. c'est la répartition des moments.. Cette raison tend.

discernait mal de l'action, du travail, de la lutte ; il y a confusion, mélange. L'enfant joue quand il travaille : il travaille en jouant. H. Lefebvre montre que les ethnographes écrivent des sociétés où le jeu prélude à la lutte, où la danse confond les figures de l'amour et de la guerre avec le jeu, etc. "Dans une civilisation avancée, le jeu constitue un moment. Il ne s'isole pas. Les figures de la guerre ou de l'amour s'y intègrent, mais subordonnées aux règles qui font le jeu spécifique. Ainsi les échecs correspondent à une bataille rangée entre les armées royales, mais les combinaisons se définissent rigoureusement sur le terrain de jeu. Ainsi les cartes comprennent les figures de l'amour, mais subordonnées à des règles de nécessité et de hasard. Ces jeux spécifiques ne naissent pas brusquement, produits par une volonté abstraite de jouer 188 ". Dans l'abstrait, la volonté de jouer ne crée que des jeux sans profondeur, sans réalité des petits jeux de société. Les vrais jeux gardent quelque chose de leur participation initiale à la totalité. "Le déplacement vers les jeux des objets magiques s'accompagne évidemment de métamorphoses radicales, telles qu'une formalisation très particulière : la règle du jeu 189 ". Le jeu définit ses catégories : la règle, le partenaire, l'enjeu, le risque et le pari, la chance, l'adresse, la stratégie. "La sphère de ces catégories, les frontières du jeu, ne s'établissent pas de façon absolue. Aucun gardien n'ordonne : "Ici cesse le jeu, ici commence le sérieux". Les frontières des moments dépendent des moments et des hommes. Tout peut se jouer et devenir jeu. L'amour peut se jouer et se présenter comme jeu (mais alors ce n'est pas, ce n'est plus ou ce n'est pas encore l’amour) 190 ". Au théâtre, l’acteur joue, l'auteur dramatique se fait jouer. Mais comme l'acteur a un métier, on ne définira pas l'art ou le spectacle dramatique comme jeux. "La vie sociale peut se feindre, se mimer : se jouer 191 ". La frivolité l'emporte alors sur les intérêts réels qui rendent la vie sociale intéressante. Avec ses catégories propres, le jeu révèle une modalité de la présence : "Mon partenaire apparaît jouant, en tant que joueur ; et bien que je puisse retrouver dans le jeu les qualités ou défauts que je lui connais par ailleurs, il peut s'y montrer extrêmement différent de ce qu'il est par ailleurs. Enfin, parce qu'il a ses catégories propres, le jeu présente un monde". On s'engage jusqu’à s’y laisser prendre : "Parce que le jeu est un moment, il tend un piège. Je deviens un joueur. Il présente quelque chose : un gouffre, un vertige possible. Il y a un absolu dans le moment du jeu ; et cet absolu, comme chaque réalité ou moment porté à l'absolu, représente une aliénation spécifique 192 ". Le moment du jeu est donc une substantialité sans substance (au sens ontologique). Cette substantialité se manifeste par l'existence d'un absolu au sein du relatif. Dans toute substantialité, est posée une tautologie : le jeu, c'est le jeu. H. Lefebvre remarque que "cette proposition identique en apparence, et vide comme l'identité logique ne se réduit absolument pas à un pléonasme. Dans sa première partie, le jeu se présente comme activité spécifique ; dans la deuxième partie, c'est le jeu, se condensent les catégories de cette activité spécifique, qui doivent ensuite s'expliciter ; de sorte que l'identité se déploie indéfiniment en une nonidentité qui dit ce qu’est le jeu : ce que sont les jeux". Ainsi, le jeu relève de la formalisation, mais il ne s'y réduit pas. "Il est bien plutôt gouffre et vertige, fascination, plaisir infernal : aliénation. L’activité élémentaire, née dans les profondeurs obscures de la nature, a pris cette forme transparente pour retrouver les profondeurs obscures 193 ".
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H.L., S. et r., p. 643. H.L., S. et r., p. 643. 190 H.L., S. et r., p. 643. 191 H.L., S. et r., p. 643. 192 H.L., S. et r., p. 644. 193 H.L., S. et r., p. 644.

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Le moment du repos Qu'est-ce que le repos ? Les termes de décontraction ou de détente confondent idéologie, mythe, besoin. "Les techniques du repos existent depuis que la civilisation existe mais assez mal dégagées et utilisées. On s'aperçoit seulement aujourd'hui qu’une science du repos, ménageant les conditions objectives et subjectives de ce moment, doit se constituer. Il n'est pas facile de se reposer pour l'être humain, qui a pour essence l'activité. Il ne suffit pas de s'étendre pour se décontracter, de fermer les yeux et de boucher ses oreilles pour atteindre l'apaisement ou la paix. L’absence du mouvement, ce n’est pas encore la décontraction méthodique, car elle laisse dans des tensions résiduelles et mal proportionnées la plupart des muscles du corps 194 ". Ainsi, notre société constitue le moment du repos. "Elle l'institue par le moyen d'éléments divers, matériels ou non : techniques du corps, lieux de repos, couleurs ou sons apaisants, etc 195 "… Le monde moderne constitue un moment du repos qui ne se rétrécit pas à la relaxation. La re-création prend des formes multiples dans et par le loisir qui s'ébauchent socialement. Le sociologue se donne ces formes pour objet. Le moment de la justice Le moment de la justice et du jugement ne se forme pas dans la nature. Ce moment est invention de l'homme civilisé. La pensée ontologique le projeta en l'être absolu, en voyant en Dieu, le juge suprême. Aujourd'hui, la vie entière relève de la justice et du jugement ; pourtant, le jugement n'est qu'un moment. Longtemps, on a extrapolé la justice dans l'éternité. On concevait le jugement suprême et dernier. Cette image qui grandissait la figure du juge aux proportions de l'univers, s'estompe. H. Lefebvre a rêvé d'écrire un roman pour raviver cette image, qui se serait intitulé : Le jugement dernier : "Un jour, un jour quelconque, à une heure ou à une minute quelconques, le jugement dernier commence ; et les gens ne le savent pas ; ils n'ont pas entendu la trompette des anges. Mais lentement, lentement, ils commencent à revoir leurs souvenirs abolis ; les actes et les événements qu'ils ont oubliés remontent avec mauvais goût à leur conscience et à leurs lèvres ; ils commencent à transparaître les uns pour les autres, sous leurs paroles, sous leurs dissimulations et leurs masques ; ils récupèrent leur passé, pendant que leurs secrets et leurs hontes se révèlent, les lapsus devenant plus nombreux, puis les aveux. Lentement, lentement. Le jugement dernier a le temps devant lui. Lorsque le juge va survenir, les hommes se sont déjà jugés les uns les autres, dans leur vie de chaque jour, maris et femmes, enfants et parents et amis, nus, déjà damnés ou déjà sauvés. Le grand Juge n'a plus qu'à exécuter la suprême sentence 196 ". H. Lefebvre aurait aimé que ce roman se passe dans la famille d'un notable bien-pensant. Aujourd'hui, il n'y a plus de Juge suprême. Pourtant, les thèmes du Juge, du Procès, de la culpabilité obsèdent les consciences. "Le moment de la justice se définit lui aussi par une forme, par une procédure : convocation, comparution, témoignage et confrontation des témoignages, accusations, plaidoirie, délibération, application de la loi, sentence, exécution de la sentence. Tel ou tel moment partiel peut manquer, leur ordre s'intervertir, peu importe. Cette forme est à peu près la même au sein de la conscience individuelle et de la société 197 ".

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H.L., S. et r., p. 645. H.L., S. et r., p. 645. 196 H.L., S. et r., p. 645. 197 H.L., S. et r., p. 646.

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Le rituel de la justice se déroule avec la même gravité et le même ridicule, intérieur ou extérieur : "La justice a son appareil et son Temps. Dans les deux cas, faute d'un Juge absolu, le Juge est toujours en même temps juge et partie. La justice n'est pas de ce monde et il n'y a pas d'autre monde. La justice est une modalité (et n'est qu'une modalité) de la présence. Elle ne parvient ni à se justifier totalement, ni à s'imposer, ni à pleinement légitimer la sentence, ni à imposer pleinement l'exécution, sauf quand elle est injuste 198 ". H. Lefebvre montre que la justice est un absolu. Cet absolu nous donne le vertige : "Comme tout absolu, celui-ci appelle et il aliène. Il y a un absolu de la justice, aussi insaisissable que les autres, aussi prenant, aussi pressant ; pourtant, comme moment, la justice est nécessaire 199 ". H. Lefebvre montrer l'utilisation que Brecht a fait de cette forme dramatique du moment de la justice. Chez lui, le cérémonial devient spectacle. Il se subordonne les éléments de ce spectacle. Le moment dramatique est défini par la comparution, le dialogue est défini par le témoignage et la confrontation des témoins, et le dénouement est défini par la sentence. La figure centrale est le juge. "L'absence du juge, la fin de la grande image du jugement dernier a donné lieu à une grande forme dramatique. Elle correspond au désespoir qui ne croit plus au juge et le recrée dans une fiction. Si la vie sociale offre des éléments et de grandes formes ébauchées, il n’en faut pas moins un penseur ou un artiste pour s'en saisir et les formuler dans une conjoncture définie 200 ". Ce moment de la justice tient à cœur à H. Lefebvre qui le développera dans La critique de la vie quotidienne 201 . Dans ce texte, il insiste sur la proclamation du rituel, du cérémonial, c'est-à-dire d'une forme qui devient formalisme. "Celui qui juge, c'est-à-dire qui veut juger, convoque les actes et les évènements, ceux de sa propre vie et ceux de la vie d'autrui (dans laquelle il s'introduit indûment). Sa conscience se solennise, revêt robe rouge et bonnet carré. L'acte incriminé avance devant l'auditoire des passions et des autres actes accomplis, témoins plus ou moins compromis dans l'affaire litigieuse. Celui qui juge fait comparaître par devers lui, en tant que juge investi par lui-même (indûment, car il est juge et partie) de ce pouvoir 202 ". Le juge instruit le procès. Il recherche les circonstances et les motivations des actes (et généralement s'y perd). Il procède à l'audition de divers témoins. Puis, il se prononce. Il fait exécuter le jugement… H. Lefebvre souligne la coïncidence du cérémonial intérieur, celui de la conscience vertueuse, et du formalisme le plus extérieur, celui de la justice comme institution. Le problème "vertu ou institution" serait donc un faux problème, surmonté par la théorie des moments : "La théorie permet de comprendre comment et pourquoi la justice, dès que conçue, devient un absolu. Celui qui aime et qui veut la justice - le Juste - ne veut plus qu'elle, et juge tout selon la justice. Et cependant, il n'arrive jamais à la définir, encore moins à la réaliser. Il détermine la justice par le juste, et le juste par la justice. Il tombe ainsi dans une aliénation spécifique, celle de la conscience morale qui se veut absolue 203 ". Ainsi, la justice comme but de l'action suppose une action qui va bien au-delà de ce but et s'inspire d'autres motifs. La Justice ne peut se réaliser ni même s'approcher par ses propres forces. Sa réalisation implique sa suppression et son dépassement… Mais revenons à La somme et le reste. H. Lefebvre propose d'inscrire la poésie, dans la liste des moments. Le moment de la poésie

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H.L., S. et r., p. 646. H.L., S. et r., p. 646. 200 H.L., S. et r., p. 646. 201 H. L., Critique de la vie quotidienne, tome 2, p. 353-55. 202 H. L., CVQ2, p. 354. 203 H. L., CVQ2, p. 354.

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Ce moment s'installe dans le langage. "Un objet, un être, un aspect fugitif reçoivent ainsi le privilège d’une charge intolérable, incroyable, inexplicable de présence. Un sourire ou une larme, une maison, un arbre, devient un monde. Ils le sont véritablement, pour un moment qui dure, et qui, se fixant en parole se retrouvera et se répètera presque à volonté dans le devenir. Un sourire, un nuage s'éternisent ainsi 204 ". Le poète suscite une émotion spécifique. Elle ne se définit que par une tautologie : la poésie, c'est la poésie. On peut expliciter cette tautologie indéfiniment. Le moment poétique a sa procédure : chant et sens, surcharge émotionnelle de l'objet, signifiant la sensibilité entière du poète. H. Lefebvre pointe le malentendu fréquent entre le poète lyrique et l'esprit de sérieux. Pour un romantique, "la chute d'une feuille a autant d'importance que la chute d'un État. C'est Amiel, je crois, qui a écrit cette phrase à propos de la poésie romantique allemande. Nous pouvons imaginer un tel poète écrivant un fort beau poème, très pur, sur la chute d'une feuille, en déclarant qu'elle a pour lui une importance capitale, plus d'importance qu'une guerre mondiale ou qu’une révolution 205 ". Le moment de la poésie n'existe que parce qu'il s'impose au poète et à celui qui l'écoute. Chanter son amour, le sourire ou le baiser de la bien-aimée, oblige le poète à y montrer un monde. Sinon, il risque d'entendre celui qui l'écoute lui dire que ce qu'il évoque n'est pas réel, que sa "poésie" n'est qu'une plaisanterie ! Et effectivement, nous pouvons nous questionner sur la chute d'une feuille ! sur l'importance du sourire ou du baiser d'une femme ! " Pour l'esprit de sérieux et de lourdeur, les instants et les moments se valent ; on les passe au crible de l'utilité, au critère politique. L'ennuyeux, c'est évidemment la pédanterie qui en découle. Lorsque l'esprit de sérieux prend entièrement au sérieux le poète et s'écrie : “ Mais non, voyons, tu es frivole, le socialisme interdit que l'on donne autant d'importance à un baiser, que l'on cherche à émouvoir les gens par la chute d'une feuille... ”, et lorsque cet esprit de sérieux envisage l'abus de pouvoir, alors la situation devient délicate". Dans ce cas, H. Lefebvre veut alors restituer les droits du moment de poésie et les pouvoirs de la légèreté comme moment. "Le poète ne ment pas ; il ne trompe pas. Il dévoile une présence, en transférant sur elle le pouvoir, venu d'une totalité qui la dépasse et le dépasse : le langage. Il use d'un sortilège. Mais est-ce qu'on brûle encore les sorciers et sorcières, au XXe siècle ? 206 " Peut-on dénombrer les moments ? Pour H. Lefebvre, les moments sont en nombre limité : jeu, amour, travail, repos, lutte, connaissance, poésie... La liste n'est pas close, mais le nombre des moments ne peut pas être indéfini, car les moments sont justement ce que l'on peut définir. L'énumération n'est cependant jamais exhaustive, puisqu'il est toujours possible de découvrir ou de constituer un nouveau moment, du moins en principe, dans la vie individuelle. Certes, en prenant de la consistance, la théorie devrait énoncer un critère pour déterminer ce qu'est le moment et ce qu'il n'est pas. Mais la théorie n'a pas à assumer la tache d'une énumération exhaustive. Caractères généraux des moments Un moment définit une forme et se définit par une forme. "Partout où s'emploie le terme moment, dans un sens plus ou moins précis, il désigne une certaine constance au cours du déroulement du temps, un élément commun à un ensemble d'instants, d'événements, de
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H.L., S. et r., p. 646-47. H.L., S. et r., p. 647. 206 H.L., S. et r., p. 647-48.

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conjonctures et de mouvements dialectiques (ainsi dans moment historique ou dans moment négatif, moment de la réflexion). Il tend donc à désigner un élément structural que la pensée ne doit séparer du conjoncturel qu'avec précautions. Le mot désigne clairement une forme, mais cette forme a dans chaque cas une spécificité. Qu'est-ce que la forme du jeu ? L’ensemble de règles et de conventions (catégories du jeu). Qu'est-ce que la forme de la justice ? Un rituel extérieur ou intérieur, un cérémonial qui règle la succession des événements, le lien, la convocation ou citation des accusés et témoins, la comparution, etc… Quelle est la forme de l'amour ? Une étiquette qui prescrit la manière et le style, la progression de la cour (déclaration, aveu) aux gestes de la possession et de la volupté. Cette étiquette exclut la brutalité, et inclut en principe le plaisir partagé comme but de l'amour. Elle fixe avec une exigence nécessaire laissant place aux contingences et à l'imprévu le rôle du baiser, de la conversation, de l'audace, du respect, de la discrétion, de la pudeur, de l'impudeur, de l'abandon, de la reprise, etc 207 ". Forme et contenu H. Lefebvre regrette que le terme “ forme ” soit, sous "sa fausse précision", l'un des plus confus de notre vocabulaire. Il ose dire que toute civilisation est créatrice de formes. "Elle diffère en ceci de la société (qui consiste en une structure économique, en un mode de production, en rapports de propriété, etc ...) et de la culture (qui consiste en connaissances, contenus appris, faits retenus, en œuvres admises)". H. Lefebvre veut relier ces trois termes sans les confondre ; il veut les distinguer sans les séparer. "La civilisation crée des formes dont il y aurait lieu de suivre la constitution dans l'histoire. Ainsi le formalisme des paroles et le rituel des gestes, courtoisie et politesse, comme modes de contact et de communication. Le chemin long et sinueux des sociétés archaïques aux civilisations (ou à la civilisation en général) permet la stylisation, des gestes naturels, leur organisation en un agencement de gestes significatifs. Les groupés sociaux partent de paroles et d'actes magiques, destinés à protéger un moment, à désarmer les inimitiés, à mettre ce moment sous le signe de l'accord ou de la poésie (formules qui deviennent ainsi rituel de la vie sociale dans la quotidienneté : salut, bénédiction, serrement de mains). Cela signifie que la théorie de la civilisation ne couvre pas l'ensemble de la réalité (de la praxis). Elle n'empiète ni sur l'étude de la société (de l'économie à l'idéologie) ni sur l'étude de la culture, encore qu'elle doive en tenir compte et ne puisse s'en séparer 208 ". Le rapport entre forme et contenu diffère ici du rapport entre contenu et forme dans la connaissance ou dans la praxis productrice. "La forme de civilisation permet l'introduction d'éléments matériels extrêmement différents ; elle règle leur ordre, leur succession, non leur matérialité 209 ". Ainsi la comparution exige la venue devant le tribunal de personnages quelconques. Le tribunal de la conscience fait comparaître événements, impressions, idées, décisions, sentiments lointains ou proches. La forme ne déforme pas le contenu. Elle lui laisse une certaine liberté. Cependant, elle lui assigne un rôle et une place dans l'ensemble. Les éléments matériels se prélèvent dans l'ensemble de la praxis. La praxis entière relève de la justice, elle est du ressort du jugement, bien que la justice et le jugement ne représentent qu'un moment. Ainsi, "la vie entière d'un individu peut se pénétrer de son amour et son amour peut devenir coextensif à la totalité de sa vie, bien que l'amour ne soit qu'une modalité de la présence 210 ". Rites et cérémoniaux sont élaborés et stylisés dans une civilisation déterminée, par des groupes sociaux déterminés, peuples, classes, dans une conjoncture historique. Ils ne laissent rien hors de leur stylisation : ni les objets usuels, ni les gestes, ni les œuvres d'art, encore que les rituels se forment dans la vie immédiate et dans les rapports directs quotidiens
207 208

H.L., S. et r., p. 648. H.L., S. et r., p. 649. 209 H.L., S. et r., p. 649. 210 H.L., S. et r., p. 649-650.

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: "Non rigoureuses, les formes décrites ici ne sont pas complètement stables ; elles oscillent entre l'extrême sérieux et l'extrême frivolité, entre la facticité conventionnelle et la nature presque spontanée. Malgré ces oscillations, elles existent d'une existence spécifique, et se confirment à travers les éléments circonstantiels 211 ". Moment et totalité Ainsi, chaque moment est une totalité partielle qui reflète ou réfracte la praxis globale. Chaque moment a une modalité de perception spécifique des autres. Il n'existe plus de frontière rigoureuse entre nature et société dans cette théorie des moments. "Les germes qui se développent en moments existent dans les profondeurs de la nature, non-animée ou animée. Cependant, ils y gisent ensevelis, enfouis, à la fois confondus et séparés. Les formes de civilisation prélèvent leurs éléments dans la nature, dans les instincts et besoins naturels. Elles insèrent le naturel dans les structures de la conscience civilisée. Ainsi, la civilisation reflète la nature, matérielle ou vivante ; mais le rapport qu'elle implique diffère radicalement d'un reflet passif. Elle arrache à la nature des éléments naturels pour les métamorphoser profondément en les insérant dans des formes : dans un ordre humain 212 ". Les instincts de la réalité vitale animale se reconnaissent dans leur forme humaine, mais transposés, transformés. La civilisation reprend le naturel. Mais, le processus comble la distance, pour reconstituer la totalité. Il n'y a pas de barrière entre nature et civilisation, mais un espace et un temps dans lequel se constituent les moments. " L'être se réfléchit dans l'homme social - dans la totalité - et non dans un acte privilégié de réflexion. La vie reflète la vie, et non point la pure pensée 213 ". Les moments (et leurs catégories) sont d'abord des réalités sociologiques. "Ainsi les catégories du jeu ne peuvent s'atteindre que sociologiquement. Seule la sociologie peut étudier la diffusion des jeux, les groupes qui s'adonnent à tel ou tel jeu, etc. De même pour l'amour, ou le repos, ou le connaître. Il y a là une sociologie des formes encore mal développée. Pourrait-on l'appeler sociologie structurale ? Le terme paraît scabreux. La sociologie étudie la formation des moments ; plus que les moments elle saisit les groupes qui les élaborent 214 ". Pour H. Lefebvre, les moments et leur théorie se situent au niveau de la philosophie. Mais on pourrait ajouter qu'ils ont une épaisseur historique. L'expression : sociologie structurale est donc bien inadéquate. La théorie des moments n'est concevable que dans une transduction entre le sociologique et l'individuel. Rien ne les sépare : "Les moments que l'individu peut vivre sont élaborés (formés ou formalisés) par l'ensemble de la société à laquelle il participe, ou par tel groupe social qui diffuse dans l'ensemble de la société son œuvre collective (tel rituel, telle forme de sentiments, etc.) 215 ". Ces réalités relèvent de la sociologie. Elles constituent des moments en tant que la nature et le naturel entrent dans les structures de la conscience sociale. "Cette immanence réciproque n'entraîne pas la confusion entre le psychologique et le collectif. Ils ne sont pas la même chose d'autant plus qu'il n'est pas question de choses. La conscience individuelle s'ouvre sur des moments qui font aussi partie de la conscience sociale 216 ". Des tensions demeurent. Elles sont toujours possibles. La conscience individuelle refuse parfois la forme sociale et historique d'un moment. Elle peut concevoir d'autres formes. Les propositions viennent du dehors. La conscience individuelle fait son choix. Elle modifie
211 212

H.L., S. et r., p. 650. H.L., S. et r., p. 650. 213 H.L., S. et r., p. 651. 214 H.L., S. et r., p. 651. 215 H.L., S. et r., p. 651. 216 H.L., S. et r., p. 651.

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les éléments matériels qui s’insèrent dans les formes. Elle adapte et remanie aussi les formes. L’unité de l'individuel et du social se construit dans ces tensions dialectiques, qui tendent vers le dépassement. "La civilisation se conçoit sous cet angle comme ce qui naît des conflits entre l'individuel et le social dans leur unité dialectique, et tend à résoudre le conflit en partant des éléments matériels et formels qui constituent les données du problème 217 ". Les moments, formes de communication Les modalités de la présence que constituent les moments présentent et rendent présentes dans une unité : la nature, les autres et soi. Le moment est une forme dans laquelle l'autre et moi-même nous présentons l'un à l'autre. Le jeu propose un mode d'être pour chaque partenaire. L'acte ne diffère pas de la communication. Une telle conception dépasse le pluralisme comme le totalitarisme : "Discernant une multiplicité de moments, la théorie relève d'un pluralisme ; d'autant qu’elle ne s'affirme ni exhaustive ni close. Elle tient compte d’une pluralité de modes de présence et d'activité ; mais chaque modalité de la présence se détermine elle-même comme totalité partielle ouverte et point de vue sur la totalité, immanent à cette totalité. L’idée du tout naturel et social ou plutôt ce tout lui-même considéré concrètement se manifeste et se saisit en une multiplicité d'attributs et de modes : le jeu, l'amour, la connaissance, la justice, le repos, etc. Aucun de ces modes ne reçoit un privilège métaphysique. En dépassant l'ontologisme, on dépasse les antinomies qui en dérivaient et notamment celles qui séparaient le tout des parties en érigeant le multiple contre le total ou inversement. La théorie des moments reprend ainsi avec une signification nouvelle la théorie de l'homme total 218 ". Conjoncture et structure Cette théorie dépasse l'opposition du conjoncturel et du structural. Elle laisse leur part à chacun de ces aspects du devenir. Elle dépasse encore l’opposition entre l’ontologie et l'axiologie. "Elle exclut l'ontologie, mais conçoit l'être comme réfléchi par la totalité humaine ou l'homme total. Elle exclut l'antinomie entre constater (ou découvrir) et créer ou poser". Pour être vécu, le moment doit être recréé : on le découvre, mais comme forme, de sorte que pour rendre sienne cette forme, on doit la réinventer en réinventant la disposition des éléments. En chaque occasion, on recrée, on réinvente à notre usage le jeu, et chaque fois de façon nouvelle. Dans cette théorie, la "découverte et la constatation, le fait et la valeur, la fréquence et la normativité cessent donc de s'exclure 219 ". Mémoire et son temps spécifique du moment La temporalité du moment consiste en sa répétition. "La répétition des moments oblige à affiner le concept de répétition. Il se libère de la psychologie ou de la métaphysique. Ce n’est plus une répétition de nature ontique ou ontologique ; et ce n'est pas davantage une répétition calquée sur des phénomènes de mémoire, poussés à la limite. La représentation d'une forme, chaque fois redécouverte et réinventée, déborde les concepts antérieurs de la répétition. Elle les enveloppe, d'ailleurs ; car il s'agit aussi de la reprise et de la réintégration à un niveau élevé - dans l'individuel et dans le social - des éléments du passé et du dépassé 220 ". En se confrontant au moment et la théorie des formes, le concept de répétition se reprend et s'affine. Ce concept de répétition, dans le contexte de la pensée psychologique ou
217 218

H.L., S. et r., p. 652. H.L., S. et r., p. 652. 219 H.L., S. et r., p. 653. 220 H.L., S. et r., p. 653.

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métaphysique, restait proche de la matérialité. Or, la répétition d'une forme diffère de la répétition matérielle. La stabilité, l’équilibre et la constance matérielles ne peuvent pas se confondre avec la répétition formelle. H. Lefebvre propose alors ici le projet d'une théorie générale des formes. Cette théorie distingue les différents emplois et les spécificités de la forme. Le moment tend vers l'absolu L'aliénation a aussi sa place dans la théorie des moments. "Chaque moment, modalité de la présence, offre à la pensée et au vivre un absolu. Le critère par l'absurde du moment pourrait même se déterminer ainsi. Le moment peut s'ériger en absolu ; ou plutôt : EST UN MOMENT CE QUI S'ERIGE EN ABSOLU 221 ". Le moment enveloppe et tend à se constituer en absolu. Tout moment va vers l'hypertrophie et l'hypostasie. Ainsi, il y a un absolu du jeu. "Cet absolu aliène et définit une aliénation spécifique. Jouer, c'est une activité normale ou normalisante ; le joueur est un aliéné. Il n'y a d'ailleurs pas, à l'intérieur du moment, séparation nette. L'aliéné s'enferme dans le moment : il s’y rend prisonnier ; en le poussant au paroxysme, il s'y perd ; il y égare sa conscience et son être 222 ". Il en est de même de l'amour et de l'aliénation amoureuse : rien ne peut les démarquer. Même si aucune frontière ne les sépare, le moment et l'aliénation ne peuvent être confondus. Dans le moment, il y forme de communication. Dans l'aliénation, on se confronte à l'isolement et à l'incommunicabilité. "La modalité de la présence se métamorphose en modalité de l'absence. Le mode d'être ou attribut de l'existence se transforme en néantisation. L'action se change en passion, et d'autant plus trouble que plus pure et plus proche de l'absolu. L'absolu se définit ainsi comme tentation permanente, à l'intérieur de chaque moment 223 ". La tentation de l'absolu est une possibilité présente dès la constitution du moment. A vouloir l'éviter, la liberté agissante se stabiliserait au niveau de la vie quotidienne. Celle-ci offre d'abord "le mélange des moments : leurs éléments matériels indispensables, très riches (naturels et sociaux) et même certains éléments formels, stylisés mais encore dépourvus de la structure la plus fine. Des tentatives de structuration se discernent et s'élaborent au niveau de la quotidienneté. Il y faut cependant quelque chose de plus : l'ordonnance 224 ". La quotidienneté est le terreau du moment. Elle lui est nécessaire, mais elle ne suffit pas. Les moments virtuels sont à la fois mêlés et séparés, dans le quotidien. Elle représente à son niveau certains caractères de la vie naturelle. L'émergence du moment se fait par une intervention du sujet : style, ordre, liberté, civilisation, et aussi, peut-être, philosophie. L'intervention sur la vie quotidienne consiste à répartir, les éléments et les instants du quotidien dans les moments, afin d'en intensifier le rendement vital. Extraits de la quotidienneté, les moments permettent une meilleure communication, une meilleure information. Ils permettent aussi de définir de nouveaux modes de jouissance de la vie naturelle et sociale. La théorie des moments ne se situe donc pas hors de la quotidienneté, mais s'articuler avec elle en s'unissant à sa critique pour y introduire ce qui manque à sa richesse. Penser ses moments permet alors de "dépasser au sein du quotidien, dans une forme nouvelle de jouissance particulière unie au total, les vieilles oppositions de la légèreté et de la lourdeur, du sérieux et de l'absence de sérieux 225 ".
221 222

H.L., S. et r., p. 653. H.L., S. et r., p. 654. 223 H.L., S. et r., p. 654. 224 H.L., S. et r., p. 654. 225 H.L., S. et r., p. 655.

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choix. 120 . Ainsi.. est une lutte perpétuelle contre l'aliénation.L. Les considérants sur la liberté ne suppriment pas d'autres aspects de la liberté 227 ". dans d'autres théories . sélections. donc une aliénation. se maintenir dans le chaos et l'informel. elle se réserve ses possibilités. 226 227 H. Point de vue sur la totalité. sans pour autant s'engager à fond dans un moment . même si elle a un rapport plus étroit avec la sociologie qu'avec l'économie politique. "Elle prélève des éléments à d'autres niveaux. "Si le choix absolu entraîne une mutilation. La théorie des moments n'est pas exhaustive. dégagement et engagement relatifs 226 ". les considérants sur l'aliénation ne suppriment en rien la théorie du fétichisme et de la réification économique. loin de les contester. C'est une forme de la philosophie de la présence. Lefebvre a conscience de faire l'esquisse d'une philosophie d'un type nouveau. Cette théorie des moments respecte donc les sciences de la réalité humaine.. En particulier. la théorie des moments indique une certaine notion de la liberté.. 655. Elle doit utiliser les moyens et les médiations que lui offre la quotidienneté". H. Elle se démêle de l'ambiguïté et du mélange.De l'aliénation à la liberté L'émancipation de l'aliénation doit se frayer un passage entre la tendance à faire du moment séparé un absolu. p. Devenir sujet de ses moments. elle leur laisse expressément leurs spécificités. S.. menace aussi d'aliénation la liberté. et r. et la confusion qui vient du mélange et de l'ambiguïté. ne pas choisir. Elle n'empiète donc pas sur l'étude de la formation économique-sociale (l'analyse de la société considérée comme mode de production avec ses répercussions dans l'idéologie) ou la culture (le savoir comme fait social). cette théorie se situe au niveau d'une théorie de la civilisation ou d'une théorie des formes. H. et r. p. hésiter sans fin. La liberté s'affirme dans cette constitution des moments. Elle prélève ici et là les éléments matériels auxquels la forme peut conférer un ordre supérieur. 655.L. La théorie propose une voie et une forme de la liberté (individuelle). S. Celle-ci ne peut se rendre efficace en se voulant arbitraire.

dans le premier volume.. 2° éd. Lefebvre publie le second volume de sa Critique de la vie quotidienne. p. 139 Deux années après la parution de La somme et le reste. le Tome 2 se veut technique. eux. Dans la suite de ce chapitre. 340. élevé. moment et quotidienneté. Lefebvre rappelle que dans les pages qui précédent ce chapitre. Elle révèle la diversité des puissances de l'être humain total. Lefebvre introduisait l'idée de moments. Déjà. tantôt continue. définition du moment. Restituant et réhabilitant le ludique dans son authenticité et son intensité. irréductibles les uns aux autres. j'avais créé moi-même des inter-titres qui n'existent pas dans le chapitre Théorie des moments de La somme et le reste. le 228 H. dans ce tome 2 de la Critique de la vie quotidienne. 121 . L. paru en 1947. moment et langage. Lefebvre donne des outils conceptuels (instruments formels. théorie des processus et enfin théorie des moments (Chapitre VI. Critique de la vie quotidienne tome 2 (Chapitre VI). CVQ2. elle ne lui accorde aucun statut privilégié. p 340. avec leur temporalité linéaire. H. Pas plus au jeu qu'au connaître ou à l'angoisse. qui.Typologie de la répétition H. il a souligné les différences entre plusieurs formes ou types de répétitions. p. supérieur (culturel). H. p. sur ce thème. La théorie des moments de ce tome 2 de la Critique de la vie quotidienne est présentée en 6 paragraphes : typologie de la répétition. Lefebvre. puissances qui viennent à l'homme de son être et de "l'être" (disons. pour éviter l'interprétation spéculative: de la Nature. Lefebvre. catégories spécifiques) pour analyser le quotidien. au désir qu'au repos". Il réfléchissait le rythme de la vie paysanne (l'opposition entre le travail et la fête). Lefebvre montre alors que l'on ne peut pas assimiler la répétition des comportements stimulés par des signaux à la répétition des "états". le second fait partie des processus cumulatifs. Alors que dans le chapitre précédent.. "La répétition des situations (notamment dans les cas pathologiques) doit se distinguer de la répétition postulée par certains systèmes (Kierkegaard. p 340 et 357). Par opposition au Tome 1 qui se voulait la présentation d'une problématique. de sa nature). H. émotions ou attitudes. CVQ2. Il ressent le besoin de donner une suite à un livre. avec leur temporalité propre. 229 H. Lefebvre. 1. H. Nietzsche) 229 ". aucune profondeur ontologique. analytique des moments. les notes se référant à ce chapitre seront indiquées par H. Il poursuit : "La répétition des cycles et rythmes cycliques diffère de la répétition des gestes mécaniques : le premier type fait partie des processus non-cumulatifs. tantôt discontinue 228 ". L.. H. Lefebvre pense que la répétition. Il propose aussi 3 théories : théorie sémantique. je reprends ici les inter-titres proposés par H. Métaphilosophie. la constellation des moments (ce paragraphe se subdivisant lui-même en nombreuses sous-parties).Chapitre 8 : La critique de la vie quotidienne : "La théorie des moments surmonte l'opposition du sérieux (éthique) et du frivole (esthétique) comme celle du quotidien et de ce qui est noble. sont liés à des symboles et à des noyaux émotionnels. H. Il me semble intéressant de reprendre ici ces pages pour les comparer au travail conduit dans La somme et le reste. de la nature en lui.

et non pas quelques types d'amour. qu'est-ce qui fait que je puisse être compris de l'autre. toutes les tensions et jusqu'aux conflits entre ces niveaux . p. de sortir du sous-entendu ou du silence. malgré le changements des situations ? Où se situe cette rencontre entre l'émotion exprimée par l'un et l'émotion suscitée chez l'autre ? "Qu'est-ce qui permet à ceux qui s'aiment ou qui ne s'aiment pas. pour H. jamais complète. ou qui croient s'aimer ou se haïr. Les termes psychologiques (états. Et cependant. le mot amour n'a plus de sens. CVQ2. 341.retour ou le recommencement du même phénomène doit être analysé de manière spécifique dans chaque cas. dépourvu de sens c'est-à-dire d'efficacité. rarement réelle. Les mots reviennent. de susciter des malentendus et de les éclaircir (jusqu'à un certain point). non seulement il n'y a que des amours. ne peut plus se soutenir 231 ". H. 232 H. ne peut s'assimiler à celle du moment". CVQ2. CVQ2. comportements. L. quelque chose demeure. émotions. p. Dans ce paragraphe. avec une forme logique (disjonctive). p. CVQ2. De plus. Serait-il seulement la connotation abstraite d'une diversité d'états et de situations sans rapports concrets les uns avec les autres ? Dans ce cas. mais une multiplicité indéfinie. La communication exige du mouvement et des constantes relatives. Ils se font entendre. et une souplesse. L. Lefebvre considère le mot "amour" : "À quoi correspond-il ? Est-ce une entité supérieure qu'indique le mot et qui lui confère un sens général parce qu'elle se subordonne un ensemble de situations et d'états émotionnels ou affectifs ? Cette théorie classique. L'analyse doit également porter sur le rapport entre ce qui se répète et le nouveau qui jaillit du répétitif : "en musique. il évoque deux notions à opposer au moment : la situation et l'instant. 234 H. de s'entretenir. Pour H. une poussière informe.. H. CVQ2. Le discours a "un sens parce qu'il possède. 233 H. de se dire ce qu'ils sentent ou ne sentent pas. L. de se parler. les répétitions des sons et des rythmes donnent un mouvement perpétuel et perpétuellement inventé 230 ". Ce quelque chose est le moment lefebvrien. 341. Quand j'emploie le mot amour. parce qu'on leur associe des images et des symboles. Le discours fonctionne d'une articulation subtile entre sa forme et sa structure. L. p. ne peut plus se soutenir. ni fluctuant à la façon d'un brouillard 233 ". attitudes.. d'un côté. 341-42. "la répétition de l'instant. Lefebvre. le discours est lié à la praxis.. le pur transitoire dans la perception et le vécu). empiriste et sceptique. dépérirait inévitablement et même aurait depuis longtemps disparu) ? 234 " Malgré le changement des situations. L. etc. Cette théorie également classique... Lefebvre. en bref de ne pas tenir un dialogue de sourds qui serait la somme de deux ou plusieurs soliloques (auquel cas le langage. "La communication présuppose tous les niveaux. si souvent étudiée par les philosophes (le hic et nunc. platonicienne et rationaliste. 340.Moment et langage Le terme : moment correspond au sens (expression + signification = direction) et au contenu vécu d'un mot couramment employé. de se reconnaître. p. efficacement transmis 232 ". car le moment suppose à la fois la re-connaissance d'autrui et 230 231 H. 2. s'il n'y a pas unité des situations et des états dits amoureux. 341. 122 .) sont insuffisants pour le caractériser. un contenu émotionnel et affectif. C'est un niveau de l'expérience. la pure immédiateté. elle suppose que le champ sémantique ne soit ni opaque et dur comme la pierre.

pour qui le lien substantiel (viniculum substantiale) des monades serait aussi une monade. Lefebvre pose que la théorie des moments est un effort pour rendre portée et valeur au langage. H.. la communication n'est pas une communion de "consciences angéliques". une valeur. dans la vie vécue. par la solitude des consciences incapables de la communication 237 ". Au contraire : elle tente de restituer dans sa puissance le langage. sur la trame de continuité qu'il présuppose.. On dit : Ce fut un bon moment.. L. Lefebvre renvoie aux pages de La somme et le reste que nous avons étudiées. dans le chapitre précédent.. Le voyant ébranlé théoriquement par les attaques de quelques philosophes et poètes. H. Il existe des différences entre ceux qui se rencontrent. Dans la rencontre.. Lefebvre. embaumé dans le souvenir. Ici. Un langage parfait les laisseraient dans l'opacité. Et cependant. 342-43. mouvant. Le bergsonisme. et cherche à définir une qualité ou propriété généralisable de certains mots d'usage courant. L. un regret et l'espoir de revivre ce moment ou de le conserver comme un laps de temps privilégié. "Quelque chose" se rencontre à nouveau : "Illusion ou réalité. Chacun vit une modalité spécifique de la répétition.. L. Le terme de moment a donc chez H. 236 235 123 . la fin d'une parade philosophique. de niveaux et de plans. et pratiquement (socialement) par les signaux. En tant qu'attributs divers ou puissances de l'être auraient une réalité égale à celle des consciences reliées. il s'évanouit et se connaît. Lefebvre un sens assez particulier. par les jargons. Lefebvre rattacherait plus volontiers cette théorie à une interprétation de Leibniz. CVQ2. l'amour. Cette posture ne part pas du Logos (discours et langage). 342. ne fût-ce qu'à l'état d'indications ou d'ébauches 238 ". car ce type de communication supposerait une absence de profondeur. Lefebvre renvoie ici au pamphlet philosophique de Georges Politzer. structuré par des constances. 237 H. programmer. p. le mot moment se distingue peu du mot instant. ni un simple instant éphémère et passager 239 ". des moments. Tel qu'il est. p. La re-connaissance s'impose aux deux. transparent n'a même pas la beauté d'un rêve. 238 H. CVQ2. p. il y a reconnaissance de l'analogie et de la différence de l'expérience de chacun dans le temps vécu. le temps vécu se retrouve à travers les épaisseurs et le chemin parcourus. La connaissance. "Elle ne prend pas pour axe de référence le Logos. De plus. Cette théorie aide à "discerner les possibilités et donner à l'être humain une constitution en constituant ses puissances. Ce n'était pas un instant quelconque. CVQ2. le langage est complexe. H. Pour H. L.de soi. 239 H. Cette théorie ne postule pas la valeur ou la réalité substantielle du langage. ce qui implique à la fois une certaine durée. par les imageries audiovisuelles. Aucune détermination proprement sociologique ou historique ne suffit à définir cette temporalité 235 ". en comprenant (en connaissant) certaines conditions de son plein exercice. qui précise l'usage courant du mot. Elle le saisit dans le tissu même du vécu. désincarnées. Ainsi. etc. structurer la vie quotidienne. CVQ2. En même temps. L'idée d'un langage parfait où tout serait tout de suite clair.. H. 343.. il s'en distingue. p. H. "Dans le langage commun. elle y vient et y revient. malgré le mélange des connaissances à des ignorances dans la situation originale qu'ils expérimente ensemble. tel quel.. cette théorie aider à organiser. La théorie des moments permet de revaloriser le discontinu. Elle s'oppose au bergsonisme et à "l'informe continuum psychologique que prônait la philosophie bergsonienne" 236 . Il est utile. 343.

Le moment a sa mémoire.Le moment a également sa forme f.Ce sous-paragraphe n'a pas de titre. les symboles enfin les stéréotypes affectifs 241 ". "Les germes des moments s'y pressent et s'y distinguent mal. CVQ2. p. a. car rien n'interdit l'invention de moments nouveaux. en même temps. e. il faut une pédagogie sévère et un effort pour arriver à particulariser le travail. On reconnaît bien les thèmes explorés dans La somme et le reste.Le moment a son contenu. Ainsi. Lefebvre évoque le système hégélien. d. dépassement par négation de la négation. H.. on parle de moments historiques. Mais. etc. p. les gestes et les comportements. L'histoire de l'individu est son œuvre. Parmi les moments. Ainsi dans l'enfance et l'adolescence. les objets ou les œuvres. 3. H. H. Lefebvre part du constat que la vie naturelle et spontanée (animale ou humaine) n'offre qu'ambiguïté. L'emploi lefebvrien du terme est à fois plus humble et plus large que chez Hegel. Comme dans La somme et le reste. Elle abstrait légitimement. à spécifier 240 241 H. Je les énonce ici pour permettre au lecteur une vue d'ensemble : a. mais nouvelles étapes du devenir et nouvelles figures de la conscience 240 ". 344. b. Lefebvre conçoit le moment en fonction de l'histoire individuelle. mais porte sur la question de l'aliénation. H. Ainsi. et il s'y reconnaît. Lefebvre inscrit ici l'amour. les états stables qui réapparaissent après interruption ou intermittences. le moment désigne les grandes figures de la conscience.Le moment se discerne ou se détache à partir d'un mélange ou d'une confusion. La théorie des moments n'explore pas toutes les relations entre l'individuel et le social.Tout moment devient un absolu. C'est un mélange informe. Cette histoire de l'individu ne se sépare pas d'ailleurs du social. la connaissance. La question qu'il se pose est de savoir ce qui peut décider d'inclure telle activité ou tel "état" parmi les moments. pourtant. A l'égard de cette forme relativement privilégiée. Ainsi. c'est-àdire d'une ambiguïté initiale. les autres formes de répétitions ne seraient donc que du matériau ou du matériel. 124 . à savoir : la succession des instants. L. de la reconnaissance portant sur certains rapports déterminables avec l'autre (ou l'autrui) et avec soi. la conscience malheureuse. la conscience stoïcienne ou sceptique. les germes de tous les possibles. L'analyse y reconnaît. La conscience du maître et celle de l'esclave dans leurs rapports. de la reprise et de la réapparition. par un choix qui le constitue. Il cherche à déterminer les indices ou critères du moment.Le moment se discerne ou se détache à partir d'un mélange ou d'une confusion. le repos.À ce moment de son exposé. Lefebvre montre que Hegel a influencé le langage courant. Il rappelle que leur énumération ne peut pas se vouloir exhaustive. pour dégager son objet. le moment est "une forme supérieure de la répétition. CVQ2.. sont des moments de la dialectique de la conscience de soi. c. H. et aux moments particuliers dans leur rapport au quotidien. 344. dans un sens hégélien. le jeu et le travail. la théorie s'intéresse au moment en général. dans lequel le terme : moment reçoit une promotion. etc. H. g. c'est-àdire d'une ambiguïté initiale. L. Lefebvre rappelle que chez Hegel.Le moment a une certaine durée et une durée propre. par un choix qui le constitue. le moment dialectique "marque le tournant de la réalité et du concept : l'intervention capitale du négatif qui entraîne désaliénation mais aliénation nouvelle. le jeu. H. Le quotidien est banal. le jeu et l'amour.La constellation des moments Ce paragraphe va explorer plusieurs niveaux dans différentes sous-parties.

Le moment a sa mémoire.Le moment a son contenu. un accomplissement et une fin. Chaque moment sort. de la société (et finalement de l'être humain) 244 ". L. 245 H.l'ensemble d'attitudes. Ces jeux précèdent l'amour. c.. p. d'aimer et d'être aimé. L'intensité du moment est paroxystique lorsque. 346. Il n'émerge que tardivement. les ramène au second plan et les relègue dans le méconnu ou le "méconscient"). Le moment a une histoire. L'avant et l'après du moment peuvent être définis. p. Il commence par la tentative du moment (et par la tentation du moment. C'est dans le quotidien que le moment puise les matériaux ou le matériel dont il a besoin. parfois jamais. C'est à l'intérieur de cette mémoire spécifique que se produit la reconnaissance du moment et de ses implications 245 ". 345. S'il joue. la suite de mes "passions amoureuses dans une histoire plus large. Lefebvre s'arrête alors sur le jeu amoureux. a un commencement. Le moment est une dialectique permanente entre une forme et un contenu : la forme est cet ordre que le moment impose au contenu. Les analogies et différences de toutes ces expériences se condensent dans ce que H. Là encore se distinguent mal le badinage. b. il ne peut pas durer trop longtemps. CVQ2. se présente l'inéluctabilité de sa fin. que dans les groupes. 345. Le moment prélève son contenu dans ce qui entoure l'individu (circonstances. symbolisme créent une forme qui s'impose au temps et à l'espace. H. ce que les jeunes d'aujourd'hui nomme la "drague". 345.. p. Lefebvre désigne du terme "moment". Temps et un espace sont à la fois objectifs (socialement réglés) et subjectifs (individuels et inter-individuels). pour se les incorporer. d'un groupe. Il s'insère dans le tissu de la quotidienneté qu'il ne déchire pas mais tend à transformer (partiellement et momentanément.du contenu circonstanciel. L'amour a sa gravité. CVQ2. L. "L'entrée dans le moment appelle une mémoire particularisée (elle n'exclut pas complètement les autres. "Il y a aussi l'urgence du moment et les hasards circonstanciels 247 ". le cérémonial de l'amour sont les formes que se donne le moment. H. L. La mémoire de chaque moment est spécifique. le moment de l'amour est à la fois l'amour que je porte à telle femme.. Le moment. d. En ce sens. mais en même temps se dégage. p. p. à la manière de l'art. Figures et rites. Le moment s'érige en instance et en nécessité tant qu'il dure. comme dans le cas d'une révolution. Il se détache dans le continuum du temps psychique. 246 H. Par exemple. L. La règle du jeu. en tant que modalité de la présence. le flirt. inquiétante et souvent refusée) 243 ". dans sa plénitude. 345. conjoncture). 125 . Le moment dure. celle d'une famille.Le moment a également sa forme. 247 H. il domine le jeu. p. Le moment cherche à durer. L. CVQ2. mais c'est aussi la succession des amours que j'ai pu vivre. L'intensité du moment vient de cette contradiction interne. que ce travail soit matériel ou intellectuel 242 ". Le moment utilise ainsi ce qui passe à sa portée : le contingent et l'accidentel. Chaque moment a sa mémoire tant chez l'individu. Cette durée se définit comme involution. e. elle se les subordonne. CVQ2. de ce mélange équivoque. l'entretien enjoué. de comportements et de gestes qu'il groupe. l'amour implique le projet de l'amour.Le moment a une certaine durée et une durée propre. "L'originalité du moment vient en partie . CVQ2. 242 243 H. "Tant que le jeu et l'amour se distinguent mal.en partie seulement . La durée du moment n'est pas une évolution continue ni à du pur discontinu. 345. Il choisit de constituer le moment.. L'amour se distingue difficilement de l'ambiguïté.. L. Ainsi ma mémoire amoureuse ne coïncidera pas avec celle de mon moment de la connaissance ou celle du jeu. CVQ2. ce n'est pas encore ou ce n'est plus l'amour. Le contenu des moments vient essentiellement de la vie quotidienne. Mais en même temps. le défi. comme un dessin sur ce tissu) 246 ". du quotidien.. 244 H.

De ce destin du moment. CVQ2. "Le lien du tragique avec le quotidien nous apparaît profond . 253 H.. puisqu'il tend vers l'absolu. Tôt ou tard. C'est d'unir la Fête à la vie quotidienne. Mais. p. S'ériger en absolu est pour le moment un critère de sa définition. et par ce repli sur un tout définitif que l'on veut suspendre. Ces voies vers l'accomplissement conduisent à l'échec. avec ses dimensions données. le moment devient lui-même aliénation. L. celle qui menace toute activité au cœur de son accomplissement 250 ". Les moments s'opposent aux faux soleils qui éclairent la vie quotidienne : la morale. p. 348. L. Celui qui change en monde sa passion. par son repli sur soi. Lefebvre comme une constellation. du joueur. CVQ2. Le quotidien occulte la constellation des moments qui monte à l'horizon. 248 249 H. et librement célébrée. le tragique se forme dans le quotidien. p. le moment a une négativité spécifique. L. L'homme. du retour dans le quotidien pour recommencer 251 ". dans la prose du monde. naît sa dimension tragique. c'est la rupture avec les accomplissements imposés. Aliénant et aliéné. la vie spirituelle apparaît à H. donc véritable fête.. mais parfois proche du délire) de l'amant. 347. tant que l'homme n'aura pas transformé ce jour et cette nuit 253 ". Cette aliénation spécifique rentre dans un type général d'aliénation. CVQ2. p. CVQ2. risque l'échec. fête tragique. Ainsi. 250 H. l'idéologie.. C'est l'ordre. librement.. H. etc. choisi comme tel. de l'homme théorique voué au pur connaître.Le moment veut désaliéner l'individu de la trivialité du quotidien. L. C'est la théorie des moments qui ouvre sur l'horizon du dépassement de cette contradiction. Lefebvre n'est pas de supprimer les fêtes ou de les laisser tomber en désuétude. est possible . L. 347-48. La vie spirituelle propose des absolus distincts. se crée en avançant aussi loin que possible sur l'une de ces voies. CVQ2. "Malheureusement les étoiles des possibles ne brillent que la nuit. "Celui qui veut la connaissance sacrifie à la connaissance ce qui n'est pas elle : tout devient pour lui objet à connaître et moyen de connaître l'objet qu'il a désigné 248 ". 126 . 347. L'hypothèse du moment. "Le moment c'est le possible-impossible.. et les soleils (y compris le soleil noir de l'angoisse vide) remontent au zénith. C'est l'idée qu'une fête individuelle.. l'amant ne mérite pas ce titre. Mais l'absolu ne peut ni se concevoir. le jour quotidien se lève. H. Il risque l'échec. Le moment propose donc l'impossible. L'impossible dans le quotidien devient alors le possible. Il s'aliène à un espace de configuration. s'il se veut homme. 251 H. Les étoiles ne brilleront que la nuit. naît du quotidien et y entre : tragique de la décision initiale et constitutive. p. 347.Tout moment devient un absolu. dès l'entrée en amour. Personne n'est obligé de choisir. avec le risque d'une inévitable destruction ou auto-destruction de cet état passionnel. c'est-à-dire avec l'impression d'une irrésistible nécessité intérieure. Ces soleils empêchent l'individu de jouer des possibilités du quotidien. visé. Il adopte ce symbole. 252 H. on admet les compromis. On sait que le moment s'érige en absolu. de l'échec au cœur de l'accomplissement.. La constellation des moments ne se prête à aucune astrologie : point d'horoscope pour la liberté 252 ". "Chacun choisit son étoile. Le moment provoque une aliénation : "la folie (non pathologique. La perspective d'H. qui sont des tentatives de totalisation. et qu'il ne dépend de chacun d'entre nous de la créer. du travailleur acharné. l'État. ni se vivre. p. g. L. CVQ2. Le moment est donc passion.. L'amour se veut amour unique et total ! Si. et même la règle de la possibilité. Alors commence le mouvement dialectique : impossible-possible avec ses conséquences 249 ".f. Lefebvre pense que cette contradiction entre trivialité et tragédie peut se surmonter. voulu. 347.

etc. p. bref de la Fête et de la vie ordinaire. Le moment est né dans la vie quotidienne. Elle ouvre une investigation plus large que la philosophie classique. Surtout. H. Mais elle s'en distingue en se disant essentialiste. CVQ2. elle les applique à la praxis. Il ne veut jamais réduire la totalité de l'expérience. Mais elle refuse tout système et de toute tentative de systématisation. alors qu'elle apparaissait comme le réel solide et certain) 254 ". mais H. puisqu'elle décrit et analyse les formes de l'existence. Cette théorie n'est pas exclusive. car le but pratique de la théorie est "la transformation de ces puissances. L. L. Il s'en nourrit. dégage un sens et le crée. p. car il restitue ce qui a pu être momentanément éliminé. Chez lui. et qui intégrerait la critique radicale de toutes les spécialisations. dans le domaine des sciences sociales. Le Moment se veut librement total . Lefebvre nomme "moment" la tentative visant la réalisation totale d'une possibilité. Cette théorie a un rapport avec l'existentialisme. Le quotidien découvre une possibilité : le jeu. "Les moments pourraient se nommer aussi bien des essences que des attributs et modalités de l'être ou des expériences existentielles". Car celle-ci ne peut échapper à la règle qu'aucune connaissance. 127 . elle se découvre . simultanément. Sa détermination d'une structure de possibilités et de projets. Toute réalisation comme totalité implique une action constitutive. Elle autorise d'autres théories ou d'autres perspectives. situé. H. Elle se veut programme. elle est déterminée et par conséquent limitée et partielle. y compris l'anthropologie. Elle envisage l'expérience critique et totalisante. Cependant. Cette théorie des moments cherche une unité du Moment et du quotidien.4-. au quotidien. la relation du moment au quotidien ne se détermine pas par la seule extériorité. il s'épuise en se vivant. qui ne serait pas un culturalisme (définition de l'homme hors de la nature et de la spontanéité par la culture). Lefebvre s'interroge pour savoir si cette définition est philosophique. totalités partielles vouées à l'échec. à l'état 254 255 H. la description du vécu pourrait se baptiser phénoménologique. Lefebvre n'utilise qu'avec précaution la mise entre parenthèses des phénoménologues.Analytique des moments Chaque moment est discerné. un acte inaugural. la société et soi-même. en quelque chose d'imprévisiblement neuf et véritablement total. au rapport de l'homme individuel avec la nature. mais elle prolonge son effort. La théorie des moments apporte sa contribution à une anthropologie. distancié par rapport à un autre moment et par rapport à la quotidienneté..Définition du moment. l'amour. 5. Dans la théorie des moments. Vouloir la vivre comme totalité. H. il s'agit toujours de possibles.. H. doit se soumettre à une double critique : celle de la réalité à surmonter. Il y prend sa substance. Il pose une structuration sur le fond incertain et transitoire de la quotidienneté (qu'il révèle ainsi : incertaine et transitoire. "La possibilité se donne . le travail. de la poésie et de la prose du monde. qui surmonterait la contradiction trivialité-tragédie 255 ". c'est donc nécessairement l'épuiser en même temps que l'accomplir. celle des connaissances acquises ainsi que des instruments conceptuels de la connaissance à acquérir. 348. sans se réduire à un dogmatisme ou à une pure problématique. Cet acte. 349. CVQ2. Sa description porte sur la praxis et non sur la conscience comme telle. Lefebvre parlerait plus volontiers de puissances que d'essences. s'écarte d'un structuralisme qui prédéterminerait les actes. La théorie des moments utilise des concepts et catégories élaborés par la philosophie.

nous le savons trop bien. il y a dès lors dans sa situation une aventure voulue : une série engagée dès le début d'articulations nécessaires dans le temps et l'espace. Mais le moment disparaît quand triomphe le formalisme. C'est une rupture avec le quotidien. commencement et fin. La contemplation est-elle un moment ? H. la connaissance.. 260 H. après une interruption. 352. 351. il y a moins que la situation. Son accomplissement. CVQ2. lors de la décision. est clos par décision constitutive. H. le choisit entre d'autres possibilités. le discerne. p. un ordre et une forme imposée aux éléments prélevés dans la conjoncture. Les moments se formalisent. C'est une ouverture. L'être conscient en situation vit en proie à une conjoncture extérieure dans laquelle il doit s'insérer . celle qui fonde le moment.. crée des situations. l'impossible devient précisément le critère de possibilité : Elle veut l'impossible . unissant en celle-ci valeur et fait. la philosophie ne peut plus se maintenir. et dans le moment plus qu'une structure. La décision change en possibilité l'impossible lointain. La décision ne peut donner les limites bornant le possible de l'impossible. "S'il y a montée et chute. L. c'est presque la situation. d'une tentative. celui qui mettra fin au magnifique trajet du moment. Ainsi définie. 259 H. 351.. Le moment n'est pas la situation.. comme le temps. Lefebvre montre que le moment commence et re-commence. car. CVQ2. L. On s'y engage alors sans réserve. Il réinvestit sa forme.spontané. L. H. Grâce au moment. Ce qui ne s'y inclut pas s'en voit chassé 259 ". Il condense les situations en les reliant.. 258 H. La contemplation serait ainsi un moment mort 260 ". car il résulte d'un choix. Comment construire comme absolu du relatif et de l'ambigu ? Le possible et l'impossible se mélangent. comme celui de l'amour. Lefebvre remarque que de nombreux philosophes supposent la contemplation comme moment ou la pose comme telle. le jeu. etc. 128 . les situations ne sont plus subies dans le vécu banal. le sujet" veut l'impossible.espace peuplé des symboles retenus et changés en thèmes adoptés (par l'amour. Cette décision accepte un possible. la décision recule effectivement les bornes de l'impossibilité 256 ". Lefebvre éclaire le rapport du moment à la situation en partant de la différence conjoncturestructure : "La conjoncture. "La philosophie se définirait ainsi comme structuration intentionnelle du vécu dans la contemplation. le moment continue donc. 256 257 H. cérémonial. et le moment presque la structure. elle ne risque que le possible pour atteindre l'impossible qui semblait d'abord au-delà même du risque et de l'aventure . mais prise en charge au sein du vivre. etc. La fin d'un moment est une rupture. l'individu pose la décision inaugurale. CVQ2. Toute philosophie est tentée de se refermer sur la contemplation comme moment.) : "L'espace du moment. Ainsi. la décision accepte complètement le risque de l'échec. Le moment est une reprise du moment antérieur (le même moment). p. Nous reconnaissons le mouvement dialectique totalisationnégativité. p. Le moment suscite. Le moment remanie l'espace environnant : espace affectif . "Pour la passion prise en charge. brut. p. CVQ2. 351. Dans le flux du quotidien. p. L. spontanéité et culture. L. s'il tente un moment. Les moments meurent-ils ? Sans doute. Il se déroule selon la forme du moment : rite. c'est sa perte. H. 352. le tragique est omniprésent dans le véritable moment. Elle prend en charge librement (avec l'espérance qu'elle l'évitera) l'échec terminal. CVQ2. Le choix du moment fait. rien n'est encore clair. du jeu. Ce choix a une composante dramatique. succession nécessaire. ambigu. Ce qui constitue proprement et spécifiquement la situation 258 ". ou aliénation-désaliénation-alliénation nouvelle 257 ". Toutefois dans la conjoncture.

et clair. Aujourd'hui. c'est-à-dire comme un moment. le repos se forme comme moment : "Avec beaucoup d'ambiguïté (le non-travail. "Les moments. mais sans participation vivante.parce qu'il en a besoin . le loisir) et beaucoup d'idéologie et de technicité (la "déconcentration". mais cette forme ne peut pas être prise en soi. Ce désir de clôture changerait la théorie en système. H. 6. s'ils ne sont pas en nombre illimité ou indéfini. CVQ2. Dans notre monde. la paternité. CVQ2. dans la période dépérissante de la philosophie. l'homme moderne . Lefebvre. Cette tentative n'est pas un échec tragique. Le moment donne une forme à la quotidienneté. Mais que devrait-on regarder avec clairvoyance : la vie quotidienne des autres ? En tant que fait pratique et social. mais une comédie. Certains moments apparaissent dans un contexte. l'honnêteté. on deviendrait regard pur. la tentative dégénère aussitôt. p. déstructurant ou restructurant la vie quotidienne). 353. Le regard serait alors moment. Et sans cesse on juge mal. intenable. vivent et disparaissent. Car. insoutenable. Cependant. la détente. le "training autogène". mais pour l'invention et la découverte 262 ".Pour H. Sans cesse on juge. qu'il n'accepte donc plus purement et simplement. et même que l'on n'a pas le droit de juger. Cet acte s'accomplit perpétuellement. Le moment permet de sortir du chaos de l'ambiguïté. ils naissent.. ne serait-il pas la Belle Ame des temps modernes ? 261 ".). ne peuvent pas être listés de façon exhaustive. cet acte est donc à la fois possible et impossible et s'efforce de se vivre comme totalité. L. l'amitié. 353. tout devient spectacle pour tous. H. de cette tentative d'extériorité par rapport à ce qui intéresse les gens semble vouée à l'échec. des faux jugements. en proposant un ordre. H.s'efforce de vivre le repos comme une totalité propre... 264 H. 353. le regard. en tant que tels. Si la justice est définie comme une vertu ou comme institution. Pour H. Lefebvre. on observe un balancement perpétuel et toujours ambigu entre le regard et la connaissance : "Un tel mélange ambigu de connaissance effective et de regard "pur" paraît instable. etc. en acte. p. CVQ2. et l'on sait qu'on juge mal. ne constituent pas des moments. Comme ces cas. etc. "une des comédie de notre époque". 354. en fait. Mais cet ordre ne peut pas exister uniquement pour soi. le regard pourrait supporter cette tentative.. Le philosophe. Il prélève ses éléments dans la vie quotidienne. il a des raisons et n'intervient pas sans ces raisons dans la quotidienneté. "Le moment n'apparaît pas n'importe quand ni n'importe où. Lefebvre y verrait plutôt un moment. Lefebvre reprend ici son analyse selon laquelle les moments critiquent. L. Fête. La décision prise. p. la vie quotidienne et la quotidienneté critique. Les moments. Pratiquement. La 261 262 H. Le pur regard n'a pas conscience de cette situation. 263 H. dès le début. Le moment n'est pas purement du quotidien ni de l'exceptionnel. le repos se distinguait mal du jeu et de la vie quotidienne hors du travail 263 ". sont mortels . ce regard apparaît comme désincarné. CVQ2. l'absolu des moments. 129 . L. mais aussi organe sensoriel important. mais point miracle.Moment et quotidienneté Ce rapport du moment au quotidien a déjà été abordé dans La somme et le reste. Dans la philosophie contemporaine. L. n'est pas un moment. même si ces qualités peuvent susciter des tentatives et des situations. le plus souvent. et clairvoyance : voyant et voyeur. comme forme. "Le moment se constitue à partir de la possibilité d'un acte : juger. eux aussi. p. Il y a une place non seulement pour une liberté. que l'on a des préjugés. Il est attrayant d'imaginer se constituer en pur regard.. la maternité. puisqu'il s'efforce de l'apprécier 264 ". merveille. Jusqu'ici. une liberté limitée mais réelle (qui se constitue en structurant.

Lefebvre montre que des hommes qui ne sont ni artistes ni philosophes parviennent aussi à s'élever au dessus du quotidien en se construisant des moments : amour. par rapport à celle de La somme et le reste. Elle sélectionne. travail. tentent de vivre à part. février 1961. les avortements. un moment de la théorie des moments. Dans les deux cas. les lents cheminements souterrains et les étapes à ras de terre du besoin au désir. et en même temps d'en tenter la théorie. p. amour. jeu. avec leurs composantes psychiques et sociologiques. L’homme cultivé unit ce qui se donne séparément à la conscience spontanée : la vie et la mort. Mais il ne s'agit pas vraiment d'une même histoire. action. Quand on réfléchit à ce que nous apporte cette lecture de la Critique de la vie quotidienne. En même temps. laisse apparaître la nature et la culture qu’elle relie. 355. de la vie quotidienne 266 .Fête n'a de sens qu'en tranchant par son éclat sur le fond terne et morne du quotidien. "La lumière fausse qui l’éclaire se dissipe et laisse place à la vraie clarté de la critique. de les vivre de manière tragique.. CVQ2. il y a explication. dont il se servira pour constituer les moments 267 ". la décision. le choix. les monstres. etc. 356. ils échouent. mais si certaines idées sont reprises. C'est ce que je partage avec lui. un moment de son moment philosophique. Les lettres nouvelles. d'observer la naissance et la formation des moments. La théorie permet. chez H. Quand Lukacs parle de "l’anarchie et du clair-obscur de la vie quotidienne" ou Husserl du flux héraclitéen et informe du vécu". les réussites. Mais H. Les actes qui s’érigent en totalité sortent du quotidien. la culture ne se dissocie pas de la nature. 130 . pour lui. s'applique à sa théorie des moments. sa solidité apparente s’ébranle. Ainsi. CVQ2. Lefebvre dit du moment : il est répétition. L. Ce que H. distingue. C’est dans ce travail que les germes des moments trouvent l'humus dont ils ont besoin pour se développer. Les moments se présentent ainsi comme des doubles. unit.. "La vie spontanée n’offre que mélange et confusion : connaissance. Les deux narrations sont proches. loin de l’homme et de l’humain. ne comptant ni les échecs. on s'aperçoit que la théorie des moments se trouve racontée deux fois. tragiquement magnifiés. dépassement…. sert de médiation entre la nature et la culture. L. 267 H. même subie. dans le flux du quotidien. Michel Butor énonce très justement que “l’un des propos du roman sera de rétablir une continuité entre les moments merveilleux et les moments nuls”. Elle dépense en un moment ce qu'accumulèrent la patience et le sérieux de la quotidienneté 265 ". mais à distance. La vie quotidienne est un niveau dans la totalité. Lefebvre. Par rapport à cette vie. p. C'est. la vitalité et le tragique de l’échec. La quotidienneté. Lefebvre cite Michel Butor : “Le roman et la poésie”.. Il y a donc. L. personne ne peut se passer de sa spontanéité. Si la nature apparaît comme un gigantesque gaspillage d’êtres et de formes. Selon cette théorie des moments. à deux années d'intervalle. 268 H. élargissement. les éléments ou formants de la vitalité spontanée. p. Ce lent travail de sélection et d’unification s'élabore dans le quotidien. l’homme cultivé tend à séparer ce qui est donné comme mélangé. p. 356-57. Cependant. ils les opposent aux moments privilégiés que sont l’art ou la philosophie. On peut d'ailleurs se demander si faire la théorie des 265 266 H. jeu. et la nature reprend sa force. la vie quotidienne installe déjà une certaine économie dans ce chaos. la volonté de créer des moments. 53 et sq. bien qu'elle apparaisse encore ambiguë et triviale par rapport aux activités dites supérieures que sont les moments. La culture qui la maintient dans cette situation se dissout théoriquement. D'une part. d'autres émergent. Les moments en tant qu'aventure échappent au quotidien. mais est privée de totalité. qu’il s’agit de redéfinir 268 ". reprise. CVQ2.

moments n'est pas un moment du projet de se construire des moments. 131 .

Lefebvre. Lefebvre montre que le thème représentation apparaît un peu partout. le quatrième s’intitule “ l’œuvre ”. œuvre Avant d’aborder la théorie des moments proprement dite. produit. En même temps.Chapitre 9 : Le moment de l’œuvre et l’action créatrice Il existe. le second montre que la philosophie est une introduction au monde des représentations et aussi une sortie de ce monde. H. 244 pages. L’apport de La présence et l’absence Henri Lefebvre a exploré la théorie des moments en la confrontant à l’œuvre et à la création dans La présence et l’absence 269 . Pour lui. la question des moments dans l’œuvre d’art et la création à partir d’une lecture d’un ouvrage philosophique : La présence et l’absence d’H. il me semble utile de reprendre les grands points de ce chapitre qui servent de cadre à cette réflexion. La représentation est donc un lien entre la présence et l’absence. Dans cet ouvrage. peut-on former un concept et une théorie de la représentation ? La présence et l’absence cherche à répondre à cette question. aussi bien dans le langage courant que dans la philosophie. la représentation est quelque chose qui permet une transition entre la présence et l’absence. plus vaste et plus fécond que ceux d’idéologie. je puis me représenter l’œuvre en dehors de sa présence. cette œuvre se concrétise dans des réalisations : le travail. le chapitre sur l’œuvre définit ce concept d’œuvre. le cinquième “ la présence et l’absence ”. Lefebvre. etc. dans ce chapitre. Lefebvre. La réponse implique une analyse approfondie de son enjeu : la présence et l’absence. Peut-on dégager un sens général du mot qui réunisse et qui explique toutes les significations particulières ? Autrement dit. le jeu. 269 Henri Lefebvre. Le concept de représentation se découvre. le troisième aborde les représentations non philosophiques. Paris. Avant d’entrer dans une lecture analytique de ces textes. l’œuvre d’art… Abordons. l’amour. Casterman. d’imaginaire ou de symbole. Lefebvre sur la théorie des moments. notamment le chapitre sur l’œuvre. Le premier définit le concept de représentation. de notre point de vue. La présence et l’absence. une relation étroite entre la théorie des moments et la question de l’œuvre. Chose. l’œuvre de l’homme. Le livre est organisé autour de cinq chapitres. Je puis me représenter l’autre en dehors de sa présence . chez H. 132 . il convient de souligner le fait que cette théorie surgit ici dans une réflexion sur la représentation. Dans le contexte de l’ouvrage. ces deux chapitres (qui représentent 60 pages) sont essentiellement consacrés à la théorie des moments. c’est sa vie. Ce livre se présente comme une contribution à la théorie des représentations. C’est dans ces deux derniers chapitres qu’apparaît l’un des développements les plus féconds de H. 1980. pour H. Nous allons tenter de reprendre cette élaboration en soulignant le fait que le terme de moment n’apparaît pas dans les titres de chapitres. même si. c’est la production de luimême. l’esthétique. Avant de réfléchir à la partie spécifique qui nous intéresse ici.

on retrouve donc un moment technique et un moment du savoir. un moment du ludique et un moment du sérieux. etc. celle des catégories a priori de la sensibilité et de l’entendement (p. Pour Kant. appréciation spécifique. ce à quoi il ne s’identifie pas tout en le contenant – de sorte que "l’inconscient" n’est autre que la conscience ellemême en acte ?" H. de ces conditions et circonstances. 197). Ainsi dévalorise-t-il l’œuvre. Car autonomiser un aspect : l’économique. Vécu et savoir dans l’œuvre L’œuvre. – ce qu’il méconnaît ou ne reconnaît pas de lui. de sorte que l’espace (par exemple) est produit par l’activité économique et sociale. par exemple. à travers Hegel. la chose en soi ne peut s’atteindre. Lefebvre rappelle que le christianisme distinguait ce qui provient de la nature. le produit. un moment du désir et un moment du travail. ce qui a entraîné de leur part des analyses réductrices. Ainsi. Lefebvre a montré que la représentation est une médiation entre les deux." Quant à l’œuvre. parce qu’elle est ainsi spécifiquement humaine. de ces ressources. mais surestime l’œuvre… Cependant. La civilisation est une œuvre éclatée. mais elle est quelque chose de plus et d’autre que la somme de ces éléments. un moment social et un moment extra-social. Nietzsche méconnaît le produit. Le vécu est quelque chose de flou que les chevaliers du savoir et les champions de la scientificité ne savent que réduire et exclure… Or. Schopenhauer et Heidegger s’inscrivent aussi dans ce mouvement." Expliquer l’œuvre suppose que l’on prenne en compte la complexité de ses moments. le produit et l’œuvre dont nous héritons. car les rapports sociaux sont aussi vécus avant d’être conçus . pour soi). 197)." L’œuvre est le point de rencontre entre le vécu et le conçu. "La différence émerge chez les cartésiens et prend forme à partir de Kant donc à partir du moment philosophique et historique où se découvre comme telle la représentation. le jouir… Pour lui. se développe un rapport complexe entre la chose. 192). Elle propose une forme. un produit (le résultat d’une histoire). c’est que ces auteurs ont eu tendance à préférer l’un de ces termes. mais "la chose pour nous" est le produit d’une activité. mais sans que cette prédominance écrase les autres aspects ou moments (p. ce qui survient de Dieu. l’auteur montre que le discernement entre la chose. ensemble. H. avec le subjectif. (p. Cependant. Marx surestime le produit. intellectuel – avec prédominance de telle ou telle nuance de la sensualité ou de la sensibilité. 189). mis en œuvre par les projets architecturaux et urbanistiques… Le capitalisme et l’étatisme modernes ont eu tendance à écraser la capacité créatrice d’œuvres. introduit la notion de travail productif. Marx. elle relève du jugement. produite par un artiste. le produire. l’œuvre. s’inscrit dans ne tradition philosophique de longue date. l’individuel est œuvre au sens le plus large (p. Lefebvre analyse ainsi "l’inconscient des psychanalystes" comme une représentation (de soi. Il faut éviter d’en faire une théorie qui donnerait des leçons. avec l’individuel. Schelling. ce qui vient de l’homme. mais il ne faut pas non plus le nier. une œuvre (l’ombre du sujet. action de l’homme social sur la nature. Ce que note H. Nietzsche. il s’agit de trouver une solution à la conceptualisation du vécu. mais mis en forme. voire à le porter à l’absolu. l’œuvre doit apparaître dans toute son ampleur. H. H. de telle technique ou idéologie. L’œuvre ne peut s’accomplir sans constituer une totalité.Tout d’abord. Hegel. "Le vécu ne coïncide pas avec le singulier. détruit l’œuvre… "L’œuvre implique du jeu et des enjeux. "Dans toute œuvre. implique un respect qui a une portée éthique. Lefebvre. Il ne faut pas en faire un absolu. il 133 . de tel sens. à le valoriser. sensuel. ils ont permis d’établir que le produit se situe entre la chose brute et l’œuvre. l’autre en moi et pour moi). Lefebvre veut restituer l’œuvre comme moyen de dépasser les tendances réductrices : le faire. avant Marx. qui a un contenu multiforme – sensoriel. "Ce qu’on a l’habitude d’appeler "inconscient" n’est-il pas œuvre ? N’est-il pas ce que le "sujet" en se constituant plus ou moins adroitement comme tel a exclu de soi mais n’a pu ou su expulser.

La créativité. ll lui arrive de passer le long des terres promises . celle qui donne forme à l’œuvre. Le savoir sert à retourner au vécu. et d’autre part par l’ampleur des horizons et par la pluralité des sens. “ Le créateur d’œuvres trouve dans le vécu son lieu de naissance. le créateur reste au cœur des formes qu’il invente. Le savant accumule du savoir. le créateur assimile du savoir. à la marge." L’œuvre lutte pour sa durée. l’immédiateté perdue et retrouvée. Mais il se dégage du vécu. en ayant tendance à réduire le vécu à l’immédiateté… Par opposition à la démarche scientifique qui a eu tendance à chercher à construire un savoir absolu. L’œuvre a donc un temps propre. Alors que le producteur se trouve exproprié de son produit. Il ex-prime le vécu. de moments en moments. Le créateur se distingue du savant. non par le savoir ou le non-savoir. Lefebvre. c’est la volonté des institutions d’encadrer la production de l’œuvre. 198). De plus. Si l’artiste privilégie le savoir ou la technique. jusqu’à ce qu’il aperçoive les lignes lointaines d’un continent inexploré. Lefebvre écrit : "Alors que les gens pris dans la masse n’en aperçoivent qu’un recoin –leur lieu. Découvrir. pour le mesurer du regard et de la pensée. Mais cette expression se fait dans un mouvement où se développent des contradictions et des conflits. c’est sa passion (p. mais aussi par le dépassement des perspectives. Non. l’artiste part du vécu.y a du vécu social lié à l’individuel mais différent de sa singularité (p. coupé de la vie. son terrain nourricier (p. il existe aussi des hommes des frontières qui réussissent à défier le système. Les marginaux sont souvent objectivés par le système. Mais. Elle ne s’opère qu’à la périphérie du système. une beauté mortelle et fugitive. Elle échappe à la division du travail bien qu’elle soit un travail. un acte. L’art et la création se développent dans le registre des représentations. Même si elle se vend. Bergson a été sensible à la question. Elle est totalité. c’est d’exalter le vécu. le retient. L’œuvre restitue la valeur d’usage. la vitalité. Elle cristallise le devenir. un héros… L’oeuvre contient le temps." Husserl a tenté d’avoir une approche du vécu qui en permette l’émergence dans la lucidité. Le créateur dépasse les représentations non seulement par le travail d’écriture. L’homme des frontières Il ne faut pas réduire la création à une “ créativité ” que l’on enseignerait. leur groupe. 199). 134 . mais cela n’aboutit qu’à tuer l’oeuvre. deviennent ensuite des routes et passent alors pour évidences. La création est d’un autre ordre. ce rapport conflictuel entre vécu et savoir débouche sur le maniérisme. Le sujet se constitue dans l’action poiétique. Elle immortalise un instant. le créateur vit les contradictions de la création qu’il dépasse en assimilant le plus de savoir possible. mais. Ici. Il chemine le long des lignes de partage des eaux et choisit la voie qui va vers l’horizon. voire de le transfigurer. ” Cependant. Il s’en dégage. l’œuvre n’a pas de prix. leurs alentours. Il n’y séjourne pas longtemps. selon H. mais par le trajet qui conduit à l’œuvre et qui intègre le savoir dans le processus de création. H. pour faire émerger une connaissance critique. inclus et exclu. il n’entre pas. Il va toujours vers d’autres terres. Mais il n’est pas sujet déjà là qui s’exprimerait dans l’œuvre. savoir et vécu ne sont pas antinomiques. Le créateur d’œuvres trouve dans le vécu son inspiration initiale. Le travail de l’art. L’artiste s’adresse au vécu pour l’intensifier. À la différence du simple producteur. Savoir et vécu interagissent dans la production de l’œuvre. vers l’horizon des horizons. Il ne cherche en aucun cas à le soumettre. leurs intérêts – l’homme des frontières supporte une tension qui en tuerait d’autres : il est à la fois dedans et dehors. Le créateur est sujet. le créateur n’habite pas le vécu. c’est la production de l’œuvre qui produit le sujet. l’impulsion originale et vitale qui suscite l’œuvre. C’est son épreuve. même s’il y revient. Mais la création en sort d’une part par la spontanéité. sans pour autant se déchirer jusqu’à la séparation… L’homme des frontières suit des chemins qui d’abord surprennent. 202). Mais elle n’est pas un produit.

L’œuvre n’est pas immédiatement accessible. qui a proposé de voir l’œuvre comme une monade leibnizienne. sur celui de l’espace architectural et urbanistique. L’ “ expression ”. L’immédiat peut être objectif (la sensation. le terme de moment se préfère à d’autres rendus trop familiers par les sciences humaines ou sociales : niveau. en effet. fonction. inépuisable à l’analyse. Elle explore le possible par les propositions. etc . Toute œuvre a cette qualité. L’œuvre est ouverte. totale et cependant non close. structure. se disperse. L’œuvre s’approprie ces moments en les contournant et en les détournant. du mode de production. Lefebvre a déjà tenté ce type d’analyse sur le terrain de la ville comme œuvre. H. de perspectives plus ou moins éclairantes sur toutes les autres œuvres. L’œuvre est "infiniment riche. c) Projet. L’analyse doit en tenir compte. L’analyse dialectique met à jour le mouvement de l’aliénation et de la désaliénation. Lefebvre aborde la question des moments de manière systématique. de l’économique et du politique. par ailleurs. L’analyse qui discerne les moments s’inscrit dans la tradition philosophique. b) Critique-distanciation-contradiction. Cela signifie que l’on n’y entre pas "comme dans un moulin". L’enjeu de l’œuvre. L’objet de l’œuvre n’a rien à voir avec un objet scientifique. hypercomplexe. au sens habituel. c’est un projet qui peut échouer : se proposer l’unité. dimension. 204)"… C’est à ce moment de sa réflexion que H. des émotions.L’œuvre comme monade C’est Adorno. Le moment de l’immédiateté Difficile à re-connaître. L’œuvre se démarque de la société existante. dans son esthétique. les émotions). le sensoriel. en les approuvant et en les refusant. mais la déborde : a) Unité-totalité-multiplicité. Ce terme veut aider l’analyse à s’assouplir. L’œuvre est une utopie abstraite ou concrète. mais la diversité de ceux-ci est transsubstranciée en une unité d’autant plus forte que la diversité interne est plus grande. indécodable. la perception sensible) ou subjectif (le vécu. Les moments de l’œuvre L’œuvre est un centre provisoire qui rassemble ce qui. se différencier et surtout éviter l’écueil de prétendre épuiser son "objet". La création le surmonte par un codage 135 . ne sort pas de ce moment de l’immédiat. L’analyse sera infinie et surtout imprévisible. la totalité des moments. le spontané. L’œuvre peut se décomposer en différents moments. les représentations. les représentations traversées (adoptées puis rejetées) et surmontées. c’est-à-dire sur la totalité de l’univers… Cette définition de l’œuvre comme monade oublie quelque peu la substance de l’œuvre. D’origine philosophique. Le moment n’apparaît donc que dans sa négation. ouverte sur le monde entier (p. des sentiments… affects inhérents à l’oeuvre. bien que l’on puisse avoir avec elle un contact sensitif et perceptif immédiat. Elle se constitue d’une infinité de points de vue. a pu contourner ou détourner tel pouvoir ou telle catégorie. Et le processus créatif. On peut dissocier la rationalité (des moyens et des buts) et l’irrationalité (du vécu. le symbolique et l’imaginaire. mais elle a le mérite de montrer comment on peut aborder l’œuvre en général et l’œuvre d’art en particulier. ce moment est en effet nié par l’œuvre qui le rétablit transformé ou transfiguré.

l’oeuvre se donne à voir. Au-delà du codage complexe de significations. c’est cette perlaboration de l’oeuvre qui se caractérise par une accumulation de travail qui se dissipe soudain dans un retour à l’immédiat dans la présence. 136 . Le moment de la finitude annonce l’exigence de la finition. Dans ce mouvement. avec l’immédiateté passée ou possible . le travail a déjà cessé. Le travail sur le passé est contourné. Mais le surplus de sens du second terme. le savoir critique. elle s’offre à nous. Le chemin de la création se trouve dans cette tension entre la reproduction et l’invention… Mais le travail n’est lui-même qu’un moment qui va se trouver très vite nié par le non-travail. Mais ce travail sophistiqué. intégré profondément. Mais dans le même temps. oser donner est absolument indispensable… La recherche infinie a tendance à rapprocher l’art de l’accumulation du savoir. finit par revenir à l’immédiat. c’est la notion d’élaboration. détourné. l’œuvre est là. mais de trouver. à la mélodie. le savoir qui ne se définit que par la recherche du savoir ou par la méthode prend l’allure d’une dérision. mieux de perlaboration. Il faut que survienne un moment de l’arrêt. "Le travail patient et appliqué se dépasse constamment par l’inspiration qui reprend contact avec le vécu. comme le disait Picasso. L’œuvre implique un désoeuvrement. se dépasse l’opposition entre “ expression ” et “ signification ” de l’œuvre. 207). de jouissance. Le moment de la mémoire L’œuvre intègre la tradition. Mais il n’y a pas de vraie coïncidence entre les deux. Ce moment où l’on décide que c’est fini. En allemand. quelque soit sa valeur sur un marché. on distingue arbeiten et erarbeiten. mais il faut aussi revenir au travail (p. Mais l’important. c’est-à-dire au son. De toute façon. dissimulé. La création de l’œuvre passe par des phases de contemplation. à entendre. Les deux termes signifient travail. le travail entraîne une trouvaille. Or. La dialectique de la création. l’oubli des opérations accomplies par des moyens techniques appropriés participent de ce travail.subtil du signifiant et du signifié. un repos. Et. le travail est davantage dans la production (on recopie un texte ou une phrase musicale écrite par un autre et qui va être utilisée comme citation dans son propre texte : cette copie est un travail de reproduction) . la mémoire et l’histoire de l’art. à d’autres. L’œuvre donne et se donne. Contrairement au produit qui s’inscrit dans une logique d’échange. de représentations diverses. c’est celui de la détermination. mais il faut comprendre ce terme dans un sens très large. Le moment du travail L’œuvre est une accumulation de travail. On invente en travaillant. présente. de désir. Dans ce retour à l’immédiat. etc. Oser conclure. C’est finalement le moment où l’oeuvre trouve sa forme." Le travail est une médiation entre la production et la création. les œuvres antérieures. De temps en temps. il faut finir. Ce don entraîne un apaisement. Son mouvement est en elle. Aristote l’avait déjà remarquer : il faut commencer. La négation. l’œuvre devient don. l’œuvre a une capacité d’oubli. Le moment interne-externe de la détermination La recherche entre dans le travail. L’œuvre suppose une tension entre infini et fini. à s’approprier. ce n’est pas de chercher. lorsqu’elle se donne. où elle s’invente une forme. au rythme. L’œuvre implique une non-mémoire au profit d’un usage et d’une jouissance donnés dans le présent.

comme totalité rassemblant des éléments éparts. produit d’un travail. Le terme de forme est d’un emploi commun. effets. il incorpore à la fois du vécu. sa technique. Ce qui caractérise la forme. Lefebvre a tenté de faire avancer une théorie de la forme (notamment dans Logique formelle et logique dialectique ou encore dans Le droit à la ville). avait déjà été utilisée comme métaphore par Maurice Merleau-Ponty. C’est la simultanéité. figures) ? On voit bien qu’il existe un moment de la forme et que celui-ci est extrêmement divers en fonction des contextes. Mais dresser cette liste ne permet pas d’élucider la question. la totalité des déterminations. Elles dépendraient de leur contenu… Mais quel est ce contenu ? Comme nous l’avons vu. les contenus peuvent être différents . Le référentiel logique a la plus grande importance. c’est-à-dire la décoder selon diverses grilles de lecture. la contemporanéité des moments donnés ensemble. du milieu. qui persévère dans son être. La forme mathématique se caractérise par l’égalité. car il n’existe pas d’œuvre sans cohésion. L’artiste doit faire le choix d’une détermination. Cette dernière est une chose ou un être qui se maintient. Mais en même temps. Les parties contractantes ne sont que très rarement en position d’égalité… Au niveau de l’art. de contrats de vente… Mais ils ont tous une forme en commun : la réciprocité. le principe d’équivalence joue un rôle considérable dans le monde de la marchandise. bien que je sois le même. Le principe d’identité : A=A est la forme logique pure. On peut reconstruire sa genèse. La forme contractuelle par la réciprocité… Dans les contrats. l’esprit du temps. L’analyse intellectuelle peut les déconstruire. Le savoir qui voudrait supplanter cette présence détruirait l’œuvre. Il doit respecter des règles de composition (qui peuvent se démentir au cours du travail par une innovation). des milieux. Il persiste dans l’effondrement des formes non formelles. les dissocier. significations intégrées et dépassées. La forme c’est l’objet concret. dans la politique. Cette réciprocité postule une égalité formelle entre les parties. je ne suis plus aujourd’hui exactement le même que celui que j’étais hier. Lefebvre peut s’inscrire ici dans une tradition. L’identité concrète se différencie de l’identité abstraite. L’œuvre d’art comme unité. on peut distinguer la forme logique pure des autres formes. mais la forme reste identique. H. On peut la déconstruire. Il réduit les identités concrètes à des identités abstraites. Ce postulat est évidemment faux. Mais l’œuvre est d’abord cohérence. ou au contraire doit-on les ramener à certains caractères limités (symétrie et dissymétrie . cohésion. Peut-on choisir une forme ? Est-on conduit à la découvrir à partir d’un contenu ? Se déduit-elle d’une autre forme ? Par dérivation ? Par déformation ? Par détournement ? Trouve-t-on le contenu à partir de la forme ? D’un point de vue théorique. Les formes esthétiques sont-elles à démultiplier en fonction de la diversité des œuvres. Il abolit les différences dans un processus d’homogénéisation générale. Il doit tenir compte aussi des règles de réception. Dans l’économie. mais ils ne peuvent pas engendrer une antinomie. Ces deux systèmes de règles peuvent différer. Il faut distinguer l’identité abstraite de l’identité concrète. Il y a une multitude de contrats de travail. Il se reconnaît dans le devenir. Or. etc. des idéologies. Il parlait de 137 . Il s’applique partout. c’est de donner dans l’ici et maintenant la totalité des moments de l’œuvre. les formes esthétiques se distinguent des autres formes. La réflexion de H.Le moment de la forme Il n’y a pas d’œuvre sans forme. davantage celle de la phénoménologie plutôt que celle de la psychologie de la forme. dans le jeu institutionnel. une influence de la tradition et de l’histoire de l’art. lorsqu’il cherchait à donner une idée de l’unité et de la synthèse du corps propre. Cette cohésion accepte les contradictions. Mais cette identité pose problème. des situations. C’est une construction qui se donne à travers sa forme. des représentations acceptées ou refusées. mais les domine. de contrats de mariages. L’œuvre est ouverte. mais l’œuvre reste d’abord une présence. sa place et sa date. la notion de forme est confuse. donné avec son contenu dans l’œuvre.

H. Entrer dans l’œuvre suscite la joie. parfois. tout d’un coup. de la négation. Le travail exige du recul. Celui-ci figure-t-il dans le tableau ? N’est-il que suggéré ? "Dans la peinture. De même. répétition. théâtre) et celles qui se déploient dans l’espace (peinture. autre face de son absence. mais les dépassent. par le dessus (en avion) pour permettre une saisie de la globalité. 1945. Gallimard. il a tendance à répondre non dans la mesure où l’intention. On cherche. L’exploration de l’œuvre n’a pas grand-chose à voir avec sa genèse. de la critique. L’architecture fait aussi exister des évènements ou des personnes disparues. L’œuvre. L’auteur. celle de l’acteur au public. l’absence apparaît lorsque l’artiste prend ses distances avec les matériaux qu’il a rassemblés. 1974. amé ou haï. Comment aborder la ville ? Par l’extérieur. ni duper. des disparus (statues ou tombeaux). 89-96). projets. Phénoménologie de la perception. Alors que le producteur ou le politique cherchent à réaliser les représentations. permet de susciter la co-présence : celle de l’auteur à l’œuvre. c’est la tragédie qui fait exister un héros. des correspondances. Ils les utilisent. des renvois de la partie au tout. l’objet s’invoque. par le détour des rues ? Cette hésitation explique la difficulté.la poésie comme quelque chose de plus que la somme de ses parties : "… La poésie. Comment l’approcher ? On hésite. poésie. Elle est l’œuvre suprême 271 . Les grands artistes sont parvenus à tenir en même temps la présence et l’absence. techniques." Le moment de la présence et de l’absence Au moment de la conception de l’oeuvre. Les procédés de composition (annonce du thème. 176. exposition. 4° édition : 2000 (pp. des blancs. Ainsi. Merleau-Ponty. Anthropos. l’art consiste à proposer une simultanéité formelle de l’espace et du temps. puisqu’il ne peut être là en personne (p. comme dans la poésie. Le créateur a besoin de prendre du recul par rapport à ce qu’il a déjà produit ou amassé : expériences. On peut distinguer les œuvres qui se déroulent dans le temps (musique. le créateur joue des représentations. architecture). lointain. Dans les deux cas. Ils créent une sorte d’espace de l’œuvre. Dans Le droit à la ville. de la confrontation. souvenirs. 138 . Lefebvre réfléchit à cette question : la ville est-elle une œuvre ? Contrairement au point de vue défendu dans l’ouvrage que nous abordons ici. Il ne rejette pas les illusions. à entrer dans une œuvre. "L’œuvre a de dures contraintes : permettre et même exiger cette transversalité qui se retrouve dans toutes 270 271 M. Lefebvre a décrit cette simultanéité de l’œuvre. reprise. Dans La production de l’espace. un dieu . etc) aident à produire l’impression de simultanéité. se convoque. la jouissance qu’offre la perception et la conscience de cette présence. Et puis." Le travail de construction et d’élaboration de l’oeuvre consiste à articuler les parties au tout. la divinité (temples ou églises). H. de la trame des rues et des avenues ? Par l’intérieur. l’œuvre qui se déploie dans l’espace joue de la temporalité. elle est de l’ordre du "méta". Sa pensée prend alors la posture du rejet. 210). celle de l’œuvre à l’acteur ou au metteur en scène. Elle suscite une présence… La pièce théâtrale. si elle est par accident narrative et signifiante. l’acteur jouent des apparences sans se laisser attraper. des détails qui attirent l’œil dans une promenade qui s’inscrit dans une certaine temporalité. il existe des rythmes pour les yeux qui suivent la forme. Une sorte d’insight. le projet initial n’existe pas dans la ville. est essentiellement une modulation de l’existence 270 . elle aussi. Le point d’entrer a quelque chose d’arbitraire. il y a pénétration. La ville se caractérise comme la rencontre et le rassemblement de tout ce qui caractérise une société : produits et œuvres. Il devient actuel. Même en architecture. donc présence. c’est un poème qui évoque un être cher mais perdu. mais s'en servent. des vides… Survient alors l’objet. p. leitmotiv. Paris. L’acte créateur passe à travers le monde des représentations qu’il soumet à l’épreuve de l’action poiétique. s’évoque. Elle évoque des victoires (plus que des défaites).

Cependant. la saisie d’une œuvre réclament du temps.les stratégies . il y a une proximité entre le créateur d’œuvre et le philosophe. Cette vie s’organise à partir du centre. à un domaine. offerts et pour ainsi dire disposés et 139 . d’une mélodie choisit les représentations qui permettent de susciter la présence. à une perspective (p. d’un dessin. Le travail du négatif ne se confond pas avec le nontravail (une pure contemplation). ils ont tendance à s’installer dans un espace extra-social. dormir. d’une représentation choisie. des représentations. le sien. par le biais de la couleur. il profite des phases de distanciation pour entrer en contact avec d’autres œuvres. Représentations de la nature. L’œuvre se centre. Le philosophe vit aussi ce destin. du social et du mental. totalité de l’œuvre. Le moment du quotidien Le créateur d’œuvre n’échappe pas au quotidien. Cette dissociation vécue entre le social et l’extra-social rend le créateur d’oeuvre suspect. Le concept de centre se retrouve dans l’action. Il tire du quotidien les représentations dont il a besoin. Centre et périphéries font partie de la composition de l’œuvre. de la vie et de la mort sont passées au crible. du sexe. la compréhension. Il construit son espace d’action poiétique. Il peut se dissimuler. de superficiel dans le rapport "représentation-représenté-représentant". Mais." L’œuvre condense des sentiments. Il peut s’agir d’une émotion. lui. Celuici peut se déplacer. il change selon l’humeur de celui qui perçoit et reçoit l’œuvre. Le créateur d’œuvre. Ils y sont immergés. des affects. Mais la totalité s’organise autour d’un centre. à un secteur. sont ancrés dans le social. Sans être un organisme naturel. Mais il est présent. à une interprétation. Du centre dépendent des périphéries qui évoluent à partir de lui de manière durable ou momentanée. un lieu. comme le philosophe. mais il crée une distance par rapport au quotidien. Il en est de même du rapport au social. dans la connaissance de la nature. Il se l’approprie. Il lui faut une demeure. Le commencement (le moment premier) a quelque chose d’arbitraire . du pouvoir. Il y a une vie entre la partie et le tout. avec d’autres influences. à la différence des gens du sens commun. des passionnés. présents dès le début. un espace où il puisse manger. Mais dans leurs phases créatrices. travailler. mais il a tendance à s’installer dans cette distanciation. Le moment de la représentation traverse. L’ordre des moments n’est pas déterminé d’avance . Le moment de la centralité "L’œuvre concentre pour un moment. des impressions. Le moment utopien "Il va de soi que ces moments ne se succèdent pas dans le temps. À la manière des amants. celles-ci ne s’en tiennent jamais à une donnée. encore moins à une opinion. L’artiste. Ce centre est le point nodal de l’œuvre. les intérêts et les passions (p. le créateur ne se laisse pas engloutir dans le quotidien. L’action poiétique. et cependant tous les moments sont là." Le processus de réalisation implique une attitude critique (qui n’a pas besoin de s’expliciter en tant que telle dans une théorie ou un savoir critique). 213). mais s’en dégage. des sensations. de glissant. ne s’installe pas dans la distance au quotidien. mais ils ne le savent pas. Ainsi. encore que la contemplation. 213). des délinquants. dépasse au sens dialectique en surmontant ce qu’il y a d’incertain. On ne voit pas comment on peut cohabiter dans deux continuités simultanément : la pratique sociale et l’action poiétique. Chaque partie s’articule à l’ensemble. cet ensemble. a un caractère organique.

sans forcément entrer dans la biographie du créateur. une organisation de l’emploi du temps. cérémoniel. En effet. Il invite à un accomplissement. de la souffrance que l’ethos du récepteur comprend en le dominant. Pour arriver à destination. c’est un jeu dans lequel on rencontre. 215). Les moments critiques L’œuvre peut renvoyer à une crise. Le jeu. est occasion de gratuité. à un pathos. Chaque tentative créatrice. politique. sérieuse qui maintient le cap. des obstacles qu’il faut lever ou contourner pour avancer. créatrice de présence. il suscite la présence et l’absence. Il définit une liberté. Le moment critique est souvent pathétique. Mais le jeu est aussi beaucoup plus. identification. Comme dans le jeu. des crises. 217). un projet. de percevoir. il y a constamment présent dans le travail de l’oeuvre une posture rigoureuse. abandon. la découverte de l’enjeu et de son importance (p. mais aussi un espace de 140 . de vivre. les forces adverses. Alors que le capitalisme ou le socialisme d’état ont tenté de faire du travail non seulement un espace de production. En elle-même. le créateur exécute des figures dansantes. Bref. Il propose une autre façon de voir. peut entrer en contact avec ces moments critiques qui sont contenus dans la création. la découverte de l’inconnu et peut-être du mystère. il y a une imbrication du moment du jeu et du moment du sérieux. d’énergie surabondante. Le moment du sérieux implique l’inquiétude. de gaspillage de ressources et de temps. même s’ils ont été dominés. comme dans tous les grands jeux. l’œuvre est une aventure. une raison ou une déraison. il y a toujours dans une œuvre le moment de l’utopie. mais sans que cela ait quelque chose à voir avec l’esprit de sérieux. le prochain et le lointain. un destin. Il se dégage du réel. elle est le dépassement des contradictions. il faut réviser ses plans de départ.disponibles (p. Mais le récepteur de l’œuvre. La tactique permet d’utiliser les ressources rencontrées sur le parcours pour avancer dans la voie dégagée par la stratégie. L’artiste a imaginé. ce qui a tendance à l’autonomiser. Les moments du jeu et du sérieux Dans l’action poiétique. l’aventure. Le jeu comporte un enjeu. un épanouissement. L’œuvre s’approprie la transversalité d’un espace-temps particulier. risque beaucoup : échec. impliquant un savoir et un marché. une médiation universelle (p. On les prend de front ou on les contourne. 216). L’œuvre est "économique. C’est l’aspect sérieux. etc. il faut surmonter les obstacles. blocage en chemin." *** Ce chapitre sur l’œuvre se termine par une réflexion sur la distinction entre produit et œuvre et sur l’abolition du travail. le long du trajet. il y a une règle que le créateur se donne au départ." Entrer dans une œuvre. Il est au cœur du drame. des épisodes critiques. Cela demande une stratégie et une tactique. technique. Alors que le produit se reproduit par répétition. c’est découvrir un pays où règne une utopie. Mais parfois. mais le hasard (chance ou malchance). Elle s’approprie et elle transforme tous les fragments de l’unité éclatée. l’ouverture. Pour cheminer. Ainsi. Faire une œuvre nécessite une discipline. Mais en même temps. Loin de s’autonomiser. lourd. des embûches. "Le moment du jeu implique non seulement le risque. elle établit un lien de communication. et donc un risque. l’œuvre ne peut qu’être du registre de l’appropriation." L’œuvre porte en elle la fin du travail. comme l’amour ou la fête. Il a perçu le possible et l’impossible. sociale. équivalence.

218). les images et les représentations sociales. La lecture de ce chapitre est essentielle pour la construction de la théorie des moments. le propriétaire du terrain ou l’usager… L’art de l’architecte et d’écouter. des techniques. Le vécu des corps qui va traverser le monument ne doit pas être oublié. l’harmonie. si l’on reprend 141 . l’ensemble des compositions ou des textes constitue une autre œuvre. le moment créateur transforme le travail en activité appropriée. les rythmes. de mutilé. H. de les dépasser et de les transsubtancier en œuvre. etc. Dans l’architecture également. politique qui propose des techniques. de l’œuvre de Rameau. La réussite de l’œuvre musicale suppose que le musicien ait une bonne connaissance de la musicologie et de l’histoire de la musique. d’articles. "Le passage du travail au non-travail suppose un déplacement de l’intérêt social du produit à l’œuvre. le planificateur. le commerçant. Mais celle-ci. ou il échoue (p. c’est subordonner la connaissance musicale et l’utiliser. de l’œuvre de Picasso… Chaque créateur invente un style. des symboles. L’analyse montre que trois facteurs entrent dans la composition musicale : la mélodie. Ainsi l’œuvre est-elle transsubstanciation (Lefebvre n’emploie pas ce terme théologique). d’incomplet. si elle doit être appropriée." Mais ce n’est pas tout. l’autorité administrative ou politique. des instruments particuliers qui portent des sonorités. de la valeur d’échange à la valeur d’usage. Et dans le même temps. des symphonies. Beethoven a composé beaucoup : des sonates. la réussite de l’œuvre suppose la maîtrise technique. de les confronter. des représentations et idéologies d’une époque dans la production de quelque chose qui dépasse tous ces éléments dans une construction cohérente. mais de les traiter comme telles et de l’en privilégier aucune. La tentative créatrice qui part du savoir isole trop souvent l’un des moments. telle est la vocation de l’architecte. dépassement de tous les moments qui la constituent. un mouvement d’intégration des savoirs. de poèmes. Lefebvre refuse de donner des exemples pour renforcer ses thèses et hypothèses. Mais. On voit le travail d’agencement et de construction à partir de fragments. Sa vocation est de reprendre ces images. des représentations d’une époque… Beethoven s’inscrit dans la période révolutionnaire et post-révolutionnaire. la composition s’inscrit dans un contexte social. l’urbaniste. Rien à voir avec l’Antiquité où la lyre ou l’aulos (flûte) créent un autre environnement. l’action créatrice est un effort. mais il doit les oublier lorsqu’il se met à composer. Il choisit la musique et l’architecture. 219). 217). de les rassembler. Par contre. Chaque composition ou texte doit résoudre les questions posées par la théorie des moments de l’œuvre. d’entendre toutes ces représentations. ne doit pas déterminer le contenu de l’œuvre. "L’architecte fait de l’espace socialement produit un lieu. Parler d’œuvre ici est peut-être abusif. Chaque composition ou texte est une œuvre en soi. Un musicien qui composerait uniquement à partir de principes théoriques serait ennuyeux. Déplacement difficile. une sorte de nontravail. On parle de l’œuvre de Rousseau. Cette tentative a alors quelque chose de limité. plus largement. C’est lui qui valide l’œuvre architecturale. du conçu. Composer. Réussir à traverser la technique et le savoir appliqué. Lefebvre a beaucoup produit de livres." Chaque agent de production de l’espace a ses représentations. C’est triste. invente un rapport au monde qui lui est spécifique. que les cordes et les cuivres… L’accord et la marche harmonique ont un sens qui dépasse la musique. c’est l’articulation entre l’œuvre comme objet et l’œuvre comme ensemble d’œuvre. Chez Beethoven. Une question qui n’est pas abordée ici." H. de pièces de théâtre. Ils traduisent le lent vécu de l’histoire en un vécu intense et bref. du vécu. Le banquier en a d’autres que le promoteur. qui ne peut aller sans détours ni détournements (p. il choisit d’illustrer son point de vue théorique. L’articulation des trois dimensions ouvre sur "un infini virtuel (p.domination. et par conséquent du quantitatif au qualitatif. du travail productif à l’action poiétique. Les exemples ne prouvent généralement rien. le vécu d’un enthousiasme s’accorde avec la technique et le savoir. trouvant son style.

une relation étroite entre la théorie des moments et la question de l’œuvre. la présence s’atteint par l’imprégnation.les critères énoncés précédemment. c’est-à-dire pendant l’éducation. Plus tard. En effet. 227). Pour rencontrer quelqu’un ou quelque œuvre." La rencontre de l’œuvre ou de l’autre peut s’éviter par des représentations qui bloquent la confrontation. Mais. nous venons de l’explorer à partir de la lecture du chapitre IV de La présence et l’absence. Lefebvre. en l’approfondissant. des représentations en foule (p. Pourtant. il faut aller à la rencontre. Il y a unité et contradiction des deux termes. à l’extrême. c’est qu’elle soit finie. Pas d’absence absolue non plus : même la mort n’empêche pas la pensée. où transparaît la présence (p. Entre les deux. même si chaque œuvre répond à cette exigence de cohérence. à la mort du créateur. chaque œuvre constitue à son tour un moment de l’œuvre d’un artiste. La présence n’a rien de substantiel. On parle de la période bleue pour Picasso. La présence comme la puissance et la création se simulent. d’armature. 142 . à un double. La présence n’advient qu’au prix d’un effort qui précède la surprise. Ce livre se poursuit par un chapitre de synthèse sur l’objet du livre. La présence. ce qui aurait pour effet de l’instrumentaliser. l’angoisse qui s’attache à une ombre. La présence n’est jamais substance. La volonté de puissance entre dans le désir et l’activité poiétique comme moment. Lors de l’enfance et de l’adolescence. de la dissolution. à la limite. d’en faire un objet. une richesse (jamais possédée). La présence se trouve par excellence dans l’œuvre." L’entre-deux est aussi espace de conflits. Elle se donne toujours dans une forme. une plénitude. De l’autre. chez H. c’est-à-dire dépassement de la substance et de la forme pure dans une sorte d’acte poiétique. Cette réflexion est recentrée sur cette tension entre présence et absence. intermédiaires et médiatrices. à une simulation. la représentation… "D’un côté. Alors conviendrait-il mieux de parler de l’art ou du style du créateur. Le troisième terme de la tension entre présence et absence. La présence est un moment. 226). l’amour et le concept. à un écho lointain. à la limite. Il existe des échappatoires à la présence. Mais ces défenses sont des pièges. d’unité et de totalité… Les œuvres complètes d’un auteur répondent parfois au critère de l’œuvre… Il existe. son œuvre reste inachevée. avec ce que ce terme porte en lui (altérité. C’est ce chapitre V que je voudrais maintenant relire. c’est l’Autre. ce qui est une illusion. l’absence Henri Lefebvre rappelle que la présence peut être terrible (la confrontation avec l’adversaire) et l’absence douloureuse (l’éloignement de l’être aimé). et qui continue. On n’atteint alors que l’ombre et le simulacre. des illusions de puissance qui ne font qu’empêcher la présence. la réflexion sur les moments. "Le jeu comme le savoir et le travail et la quête amoureuse (quête de l’autre) ne sont que des moments où se révèle l’absence. des leurres. on peut aussi rechercher la présence dans la représentation. Il n’y a pas de présence absolue. de fermeture qui vise à protéger de l’angoisse. et l’une des conditions pour que l’œuvre existe. Mais il faut s’en dégager pour ne pas fixer l’autre dans la domination. par opposition à d’autres moments (au sens d’espace-temps)… Il me semble que chaque fragment d’une œuvre peut aider à comprendre le projet d’ensemble. Ce que l’on nomme les “ défenses ” est une forme d’armure. L’analyse dialectique du rapport présence-absence oblige à dépasser l’opposition binaire. par le choix qui suppose un risque. altération-aliénation).

Celle-ci est simulée. Ceux qui refusent le risque du désespoir parce qu’ils ne veulent pas souffrir n’ont aucune chance d’accéder à la joie de la présence. obtenir les dons du hasard et de la rencontre. sans pour autant que se manifeste la stimulation de l’absence (p. Magique. 231). Ce centre est ou bien un Être plein. celle de l’action poétique. Ils prétendent le capturer. de l’idéologie. Le signe dit l’absence et l’assigne. tente l’accès à la présence. C’est lorsque le rapport à l’absence s’installe dans l’immobilité que l’angoisse et la maladie surviennent. s’y installer. de discours sur le discours dépouille l’homme de toute essence et définition générique. de discours. 230) ? Les philosophes et les mystiques ont prospecté la voie de la présence. Ils s’y retrouvent sans s’y confondre. la prédominance des représentations laissent l’homme en proie à une absence ressentie comme ressentiment… La critique radicale peut déboucher sur le vertige du néant. l’éclatement de l’unité vécue et conçue. implique un autre rapport du sujet à l’objet. La transe veut. Il n’y a plus d’assise. 143 . La surabondance d’informations. de la pauvreté. en nommant. exorciser l’absence. Pour H." Le savoir a sa magie : il fait croire à la possession de l’objet. 229). il y a des moments plus ou moins profonds et sublimes. On présente le politique ou l’économique comme des vérités. L’absence doit susciter le mouvement de création. Le désespoir (qui n’est pas l’angoisse) est un moment de l’action poiétique. elle ne fonctionne pas comme un référentiel. du mythe ou de la mystification. Le langage. en politique. des absolus. mais toujours relatifs : elle est rare la minute à laquelle je dirais "Arrête-toi" (p. c’est celui de l’échec. de "restituer le présent au sein de l’actuel" (p. l’Un et le Tout. La vérité ne se distingue plus de la représentation. la névrose deviennent la norme. absence absolue. la création ou la connaissance. Elle suscite. Accéder à la présence suppose d’accepter la souffrance qui glisse le désespoir dans le lieu de la joie. une béance. on mime le substantiel en se servant des représentations. un néant. L’image. elle veut suspendre l’absence. Lefebvre. L’anormalité. suppose de prendre des risques. le sujet se constitue (il ne pré-existe pas à l’acte comme une substance) dans le même mouvement qui lui permet de percevoir l’objet. Vouloir pour la retenir. débouchent sur la représentation d’un centre (ontologique) du réel et du spirituel. L’homme normal a dès lors toutes les maladies mentales. se retrouvent les termes de la philosophie classique : le Même et l’Autre. de la cohérence. l’amour. Les signes nomment le lointain. Dans cet acte de construction de l’unité. en elle-même. elle aussi. elle. une origine et une fin. Le risque. la définir ainsi. car ils se relient à la pratique productrice et créatrice. Le traitement ? Ce serait une présence. Dans la présence-absence. en Orient comme en Occident. Ainsi. Mais il ne se fixe sur aucune. avec l’oeuvre. présence absolue. n’est pas pathogénique. imitée. qui laisse blessure et nostalgie." L’absence. la déficience psychique. ou un vide. La simulation sans foi ni crédibilité de la "présence" l’emporte. de moment éternel : "À coup sûr. La consistance s’obtient par la publicité ou la propagande. L’unité se constitue dans la différence du sujet et de l’objet. Le monde moderne se caractérise par la perte des références. Accéder à la présence. Leurs méthodes. Elle incite. La présence a. L’unité du sujet et de l’objet s’opère ici dans l’acte et non dans la représentation. éloigne d’autant plus. ce qui dépasse la philosophie classique. La disparition des références.L’absence ? La représentation comble les vides de l’absence. comme un principe de décodage-codage. comme moment. de communications. Le véritable problème ne serait-il pas de redécouvrir la présence. L’ivresse n’a rien à voir avec l’action poiétique. le Sujet et l’Objet. de la poursuite vaine. celui de la fin du moment de la présence. Mais les actions magiques laissent désabusé. c’est provoquer sa fuite. "Référence dernière. mais la vraie connaissance. il n’y a pas de moment absolu.

Il s’agit d’un élitisme par rapport à ceux qui ne se soucient que du confort et ignorent que "bonheur et malheur sont des jumeaux qui grandissent en même temps 272 . rien ne remplace l’inexplicable qui vient de la naissance et que j’ai gaspillé follement : la présence. mais un élitisme "modeste. dans l’instant quelque chose est arrivé qui modifie. Pourquoi ? C’est difficile à expliquer. C’est la déception. les moments reviennent. dans une conjoncture où joue le hasard. Ils bondissent de ceci à cela à travers les diversités. 234). changent tout (p. Le moment retourne constamment vers sa genèse et la ressaisit grâce au travail de la mémoire et la patience des concepts. Chaque moment a sa mémoire. mais éphémère. Il faut constater qu’il est des situations sans présence. cet instant où. H. Mais dès qu’intervient la tension entre la présence et l’absence. des images." L’aventure est une prise de risque. Définitivement. insolent à l’occasion mais discret et presque secret (p. explosent. S’il fallait indiquer un rythme. le surgissement d’une intuition. une passion. absence peuvent aussi définir des situations. H. C’est l’entrée brusque d’une personne. fragment 338. séparation. une femme lui dit : "C’est un bon produit". Alors que les instants ne se reproduisent pas. 231). Instants et moments Ces deux termes.La recherche de la présence est-elle un élitisme ? Oui. des fractures. Cependant. une forme qui s’identifie et qu’il identifie). Il découvre l’urbain. ce serait l’allegro. C’est bref. de la méditation. Chaque moment a sa cohérence. silence. C’est intense. mais de cet instant va sortir sa recherche sur la critique de la vie quotidienne qu’il développera entre 1947 et 1981 dans une série d’ouvrages importants 274 … La lecture de deux lignes du Capital sur la marchandise le bouleverse. Le moment est une lente maturation qui se parachève. 144 ." Le moment est plus profond. Paris. H. cité par Lefebvre. Lefebvre. devant un objet du quotidien. du savoir. sont deux modes différents de la présence et de l’absence. Lefebvre évoque. Car sur le plan des représentations. dans Le temps des méprises 273 . Le temps des méprises. Tout à coup se cristallise l’impression de platitude dans le quotidien. récompense méritée ou non. celle de la rencontre. Même si je suis de plus en plus malin. Au bout de l’aventure : une présence. Lors du vieillissement." Ce serait une sorte de stoïcisme sans fatum uni à un épicurisme subtil (Épicure prenait le plus grand des plaisirs à boire un verre de bonne eau fraîche). juste avant la seconde guerre 272 273 274 F. éloignement. Nietzsche. 1975. Il dure. on entre dans l’infini des possibles. Stock. Ces lignes "fulgurent. qu’il est maintenant nécessaire d’expliciter. Présence et situation La présence se manifeste dans une situation : celle-ci peut se définir comme un rapport momentané entre des éléments nombreux. l’absence s’installe. Distance. le concept de situation se réduit à une combinaison finie. Le Gai savoir. On prend conscience qu’une source se tarit. d’un événement. les uns grossiers (quotidiens) et les autres fins. son unité qu’il construit autour d’un centre ou foyer autour duquel se rassemblent tous les éléments et les données. c’est un développement qui s’enveloppe (prend. avec le temps. de la lutte. Il est inséré dans le temps. Sa découverte de la ville est un moment. Lefebvre évoque les moments de l’amour. Il a un rythme : en général d’adagio. ses reconnaissances. L’instant est quelque chose en instance et qui se précipite. Les instants sont des déchirures. On tente de la suppléer par des signes. à New York. La présence-absence est constitutive de la situation. Voir bibliographie. même si la temporalité retrouve sa fluidité.

En même temps. car le vécu métamorphose l’instantané de la situation en une cohérence déjà rencontrée. 235) : "Le petit avion nous dépose sur l’aérodrome. Le moment ainsi décrit a quelque chose à voir avec l’œuvre. Toute l’architecture s’évoque. L’espace évoqué.mondiale. la nature. des sociétés. le travail est psychique. Il n’y a plus de passé ni d’avenir. Lefebvre évoque un voyage à Tulan. Le temps évoqué ici. c’est qu’il y a tissu. Ici. pour l’un des protagonistes de la situation. eux. D’une certaine manière ce qu’il nous décrit est une situation. et remonter le temps jusqu’à l’enfance. Elle a à voir avec la production. dans une épaisseur particulière. C’est la répétition qui construit le moment. les ruines mayas en bordure de mer. à…" Il y a une situation : un homme et une femme sont dans l’eau au bord de ruines. les opérations magiques. Deux minutes de taxi. la temporalité et l’espace tout entier de l’histoire humaine. Henri Lefebvre nage-t-il ? Il est dans l’eau. se termine par une méditation sur le désir. procèdent autrement 275 et chacun peut se dire pour lui-même." Parmi les expériences qu’il évoque comme "moment". H. "S’ils déchirent le tissu du temps et de la subjectivité. puis à Mourenx (1954). l’être et la pensée. fusionnées." Car les moments impliquent le souvenir et la re-connaissance : ils éclairent le passé. qui installe psychiquement un morceau de vécu situé dans l’espace d’un moment en lui donnant une unité. à Persépolis. car c’est l’homme qui est l’auteur de cet acte créateur qui transmue une situation en moment. Elle s’accorde au pays. des sentiments. le moment n’est pas une œuvre dans la mesure où le moment n’est pas un produit. en commençant par l’actuel. les faits. Elles s’entremêlent avec des émotions. intégrant la durée. L’œuvre d’art est matière transformée. mais il vit intensément l’histoire de l’homme à travers son architecture. projetée. Les moments en sont la trame . les activités et les actes quotidiens complètent ce tissu (p. avec A. représentant ici des mondes. à Paestum. une épaisseur temporelle. intégrées. Bain de mer. car ici les représentations sont dépassées. parce que le présent reprend l’histoire et l’offre – parce que l’avenir s’accueille avec un espoir… Je rêve au Parthénon. Ce chapitre. 234).. Mais. c’est la pluralité des lieux. qui intègre d’autres temps et d’autres espaces. puis à Bologne (1950). au paysage. Il est avec une femme qui s’accorde au pays (p. le 7 décembre 1975. Le temps se recourbe comme la coque d’un navire. cette situation est vécue comme un moment. avec le travail. puis de nouveau à New York. comme une conque. Les instants. 275 Par condensation ? 145 . imaginée. Le moment de Tulan serait de l’ordre de l’œuvre virtuelle. Le temps et l’espace se condensent soudain dans une durée. ne serait-ce que par la date qui est donnée avec autant de précision. des monuments qu’il a déjà connus et reconnus. les résume en elle. Il n’est pas "objectivable" en luimême. des sensations. qui conclut l’ouvrage. entre les ruines. H. une cohérence. Lefebvre voit dans cette tension entre instants et moments l’espace d’une écriture biographique : "Je pourrais écrire ma vie par instants et moments. Ce n’est pas une représentation. et le contiennent. le réel. qu’il s’est approprié. c’est le temps des hommes et le temps de sa propre histoire. ce ne serait pas un récit ou une autobiographie selon les formes habituelles.

à un peuple". l'instant fait irruption : un mot. Il révèle. Il devient une façon d'être c'est-à-dire présence à soi et aux autres. le repos. 146 . L'identité concrète a deux formes : l'identité culturelle. le moment (dans une acception qui diffère de l'hégélienne tout en l'enveloppant) entre dans une histoire. avant de tenter une réponse. cette énumération ne peut pas être exhaustive. souvent aberrant. comme acte central . Par contre. Provenant d'une rencontre. il en va comme de l'amour : "toujours unique. de la reprise. non sans difficulté et sans risques de perdre une partie des richesses conquises le long de ce parcours qui va de l'amour vers l'amour". le jeu. 83-94. ses représentations. Inégal à soi et à son destin. Car il y a de l'innovation parmi les moments : "Si l'amour a sa mémoire (individuelle et/ou populaire) ainsi que son histoire. il s'approprie le vécu à travers une unité d'ensemble. pose une question préjudicielle : “ Y a-t-il un moment philosophique ou moment du philosophe ? Comment caractériser ce moment ? Selon quel critère ? Comment l'authentifier ou le rejeter comme non-authentique ? ” Henri Lefebvre reprend une question proche dans Qu’est-ce que penser ? 276 Pour Lefebvre. intitulé "Le moment philosophique". et cependant individuel. à un groupe. etc. Il exprime l'instance : ce qui restait au-dessus. Elle est décrite comme telle par les philosophes et les psychologues. ascendant puis se dégradant et parfois reprenant son ascension. d'un détail infime. toujours nouveau. (Diotime. Béatrice) . un geste. H. l’œuvre d'art. le moment se détache de l'ambiguïté vécue pour prendre forme. mais se présente plutôt comme la "constellation changeante des moments qui brillent au-dessus du fleuve héraclitéen du temps"." L'amour est un acte social et en même temps extra-social. c'est-à-dire durable. voire ses lieux et coutumes. bouleversant. rassemblant des paroles et des actes. il y a en amour des inventions : l'amour courtois par exemple . L'amour entre dans une mémoire. un signe.ou l'amour spirituel. les siens. Il se pose à partir d'une circonstance.ou l'amour sacrificiel (Gretchen). d'un mot. au-dehors et attendait l'occasion de se manifester. celle d'une collectivité qui se retrouve ou se reconstitue en reconnaissant ses valeurs. à un peuple. celle de l'individu lié à un groupe. du vécu". au chapitre II. Ces figures ont changé . Le moment est l'inverse de l'instant : "Bref. centre au moins “ momentané ”. Et toujours reprenant ses thèmes. plus individuels : "Forme éminente de la répétition. à une classe. des situations et des attitudes. Dans cette constellation.Chapitre 10 Les moments de l'amour et de la pensée Dans La Somme et le reste. de la mémoire et reconnaissance de certains rapports. reviennent avec une certaine constance : l'amour et la pensée. 276 Henri Lefebvre. et les moments. de la pensée. partant de l'immédiateté antique pour traverser les médiations (l'aimée et l'amour comme médiateurs) et revenir aujourd'hui vers l'immédiateté du désir. éclairant à la manière d'un éclair. La passion est proche de la névrose. Le vécu s'organise autour d'un centre qui n'est pas fixe. Partie prenante d'un moment appartenant comme tel à l'espèce humaine. pp. Acte et non état. celle du vécu individuel et celle du "milieu social" de l'individu. des sentiments et des représentations. Pour Lefebvre. des sens. l'action. Qu’est-ce que penser ?. du corps. Lefebvre.

ou objectif. Béatrice. son trajet : jamais stabilisé. etc. peut alors jeter un regard en arrière. Le moment du jeu a son temps propre. une substance. se refusant à une objectivité figée du savoir : "La pensée qui s'auto-définit ainsi. Il lui faut "l'autre" pour le penser .la dissemblance . Lefebvre sur l'amour. que n'est aperçu que deux fois. Il naît et renaît de sa propre absence. de ses échecs. informe". La pensée peut chercher à persister dans cet état. acte impur. Ne consistant pas en une ex-istence ou ex-stase. sa “ matière première ”. La "res cogitans" est pensante par définition. Pour Dante. "L'amour ne peut se dire ni objet. Nécessaire. Cette interaction fait partie de l'histoire et de la genèse. Elle le rassemble. Les changements dans les contenus . acte plutôt qu'état. la violence. Lefebvre remarque que le “ cogito ” s'est donné pour un état. son parcours. de l'irréductible qui surgit devant la réflexion et d'elle lorsqu'elle s'applique à saisir et à définir une activité quelconque. des groupes où il figure. de son vide. des normes et valeurs de la société où il se déploie ou bien dépérit". qui renaît de ses cendres. il peut aussi le dire du jeu : "La pensée se crée en pensant le jeu.ou plutôt ils sont ces puissances de métamorphose par rapport au “ donné ”. Les philosophes ont proscrit les passions. celle de l'individu. l'amour. rappelle H. encore moins dévorer. mais dans une poursuite de ce qui le fuit et que cependant il peut atteindre mais non captiver et posséder. il ne suffit pas et ne se suffit pas. Lefebvre. Les moments ont ces puissances . et c'est une renaissance perpétuelle. Sans s'arrêter nulle part en un “ état ”. Toujours ayant une forme. à l'amour qui meut le soleil et les étoiles. 147 . spontané. jamais établi. mais la résistance au devenir. ou l'action. l'apaisement. au temps et à l'espace. Lefebvre. car il transforme et le sujet et l'objet". Ces remarques de H. Selon la Vita Nova. les possibilités multiples (enjeux. La pensée reconnaît son trajet. il se crée (auto-création).réagissent sur les formes et par suite sur les moments. l'amour est un état. mais en un acte. au sensible. avec leurs rapports qui n'ont rien de simple . inaltérable. possède un trait commun à tous les moments : une activité d'appropriation". chaque jeu a des règles . reste fragile : elle ne peut durer longtemps. à s'y maintenir. gains et pertes). du lieu de départ jusqu'à l'horizon visé : le jeu. Ce concept d'appropriation renverse et inverse celui de propriété : "L'amour s'approprie la sexualité. en une chose acquise". l'amour humain est un acte en même temps qu'un rapport au monde. Lefebvre voit quelques analogies entre le penser et l'aimer : la différence . parce qu'ils y voyaient une aliénation du penser. à l'ambiguïté du vécu. l'autre dix ans plus tard.ces formes au temps qui vient. Si le penser naît des ambiguïtés. des flux informes du vécu. Par opposition. en intégrant la mémoire à l'acte et à l'immédiateté présente. encore moins comme étranger à la pensée. interne ou externe. de ses régressions. la pensée. sa mémoire propre et spécifique. il les transforme. Elle comprend de l'intérieur. la pensée ne joue pas. la pensée n'est pas un état. qu'il transforme.dans les activités pratiques . Cette opposition de l'état et de l'acte remonte à la plus haute antiquité. l'une lors de sa neuvième année. ni subjectivité. Pour H. une capacité de transfigurer le "réel" autant qu'une réalité psychologique et sociale : "De même le penser. Cette forme d'amour se lie à l'état des choses dans le cosmos. à une vitesse accélérée. ayant atteint son but (son autre). "L'acte de penser revient alors vers sa source et recommence son effort.H. c'est-à-dire le risque. H. et cependant l'amour-état traverse la vie et la mort.ne disparaît pas. cette re-naissance l'oblige à refaire son parcours. Ainsi. La pensée ne peut penser l'amour que parce qu'elle n'est pas l'amour : le moment de l'amour ne peut se situer comme identique. l'on entre dans le jeu en appliquant ces règles . Le jeu s'approprie le hasard et la décision.

le penser cherche à constituer une totalité qui toujours se brise : "Parce que le moment de penser a une relation avec tous les autres moments. le vieillissement . les oeuvres d'art cherchent à proposer un temps absolu (musique) ou un espace absolu (l'architecture). Le penser a la puissance de transformer son lieu de départ. mais elle parvient à surmonter le conflit en considérant les moments dans le devenir. dans leur rapport au monde. Le monde est le fond sur lequel se détachent ces constellations et ces nébuleuses : moments et instants. de sensations et de besoins. Le moment de la pensée "se constitue ainsi par négation de ce lieu de départ. La pensée naît dans l'entre-deux des moments. le moment fait transition entre la connaissance (le concept) et l'art. de la fluidité. puis opte pour l'un d'eux en refusant l'autre. Si les moments sont dans un temps et un espace relatifs.contenant sa dialectique du devenir". sans confusion ni séparation. Les créations esthétiques présentent ou représentent des moments : l'amour. Concept. La réflexion gère sans fin les aspects contradictoires du rapport au monde : "D'un côté. sans fusion ni confusion. c'est-à-dire dans une unité qui se constitue (qui se crée) à partir d'une matière première et naturelle d'émotions et d'activités. acquis) sans s'en tenir aux médiations instituées. De même. ni l'être.de l'autre le risque. etc. Il ne peut y avoir de fermeture. Le Même devient l'Autre et l'Autre se change en le Même. l'action. La force du penser vient de ce mouvement interne-externe. Les moments. révélations subites. qui oscille entre les moments. réalisant une modalité de la présence (à qui ? à soi. sortant de l'ambiguïté. la souffrance. la mort. On ne possède ni soi. et finalement entre le vécu et le “ vivre ” qui comporte lui-même le penser". les menaces". en un lieu de nouveau départ. de gestes et de représentations. Ainsi. le jeu. En tant que moment. comme médiation qui part de l'immédiat et le retrouve. C'est-à-dire en constituant un centre “ momentané ” qui confère un sens (c'est-àdire une signification et une orientation au “ vécu ”. "L'acte de penser entre donc parmi les moments. des interactions entre l'ambiguïté des concepts. il les pense successivement et non simultanément". il se donne une forme. puis par sa restitution qui le situe dans la constellation mouvante des moments. il saisit le vécu comme tel . qui se constituent en “ êtres ” concrets et divers. D'un côté la sécurité et la certitude.et de l'autre la joie. sans s'identifier à aucun. il passe entre le vécu informe et le savoir formalisé (conceptualisé. de même importance. les plaisirs et les voluptés. épreuves. sans quoi celui-ci resterait dans les flux informes et s'y égarerait). intuitions brusques". irruptions bouleversantes. au monde). Elles ne peuvent trouver un objet ni dans le conçu ni dans le vécu qui n'a pas revêtu une forme". évènements et concepts. Le penser ne poursuit son auto-création qu'entre le Même et l'Autre. 148 . "Le moment convient à la fois au conçu et au vécu. La méditation se perd dans l'indéterminé. les jeux et enjeux. la pensée est un rapport au monde en même temps qu'à son autre et à travers cet autre. aux autres et à l'autre. Par cette forme qu'il se donne. s'opposent aux instants. Son auto-reproduction ne fait pas sa fécondité. Une telle confrontation donne lieu à un discours infini. celles du savoir acquis et des institutions stables . en même temps qu'une mémoire et un temps propre (dans le devenir du monde).

J’aperçois aussi Jean-Louis Le Grand. où j’étais invité à faire une petite conférence sur mon Voyage à Rio. de la fluidité du sujet que je suis. un moment non contestable . j’ai regardé mes autres journaux. 149 . Je ne l’ai pas trouvé. donc. découvrir. Je venais de lire le Journal de voyage d’Albert Camus. j’ai pris conscience qu’il n’y avait pas de Journal d’un auteur. et un prof que je ne connais pas (on m’a parlé d’un Allemand). Jean-Marie Barbier. pour le faire connaître. Je suis venu à cette soutenance comme “ auditeur libre ”. Christine Delory-Momberger. une soutenance de thèse. je retrouve Françoise Cros. pour moi. Journal d’un éditeur. et je m’étais replongé dans le très beau livre de Pierre Sansot : Du bon usage de la lenteur. j’ai voulu trouver un bon support pour noter cette nouvelle. du coup. découvert dimanche au “ Salon du livre de voyage ” de Magny-en-Vexin. Gilles Brougères. que je ne décris pas dans mon Journal des moments. dans le jeu de la transversalité. il est nécessaire qu’il y ait du jeu entre les moments. être auteur est. il y a aussi Guy Avanzini et des collègues d’Angers. fluide. Dans le public. de façon "évidente". Alors. Camus. pour lequel Hubert de Luze. Cette prise de conscience m’a conduit à faire un pas de côté. soutenance de thèse de Jean-Yves Robin (Villetaneuse). non installé dans nos moments ? 277 Ce chantier est un ouvrage en préparation sur René Lourau. Si j’ouvre un Journal du Non-Moment.INTERLUDE 2 JOURNAL DU NON-MOMENT (5 mai 2004 – 25 novembre 2004) Mardi 5 mai 2004. Au jury. m'avait signé un contrat dès 2001. David Le Breton sur la marche…). Le jeu des moments (passage de l’un à l’autre) suppose une sorte d’huile de coude. mais pour essayer de penser un nouvel objet : Le non-moment. L’idée s’est imposée à moi ce matin. J’ai donc du vécu qui ne se trouve pas enregistré dans le Journal des Moments. en me posant la question : qu’en est-il de mon vécu. J’ai ouvert La mort d’un maître 277 . Je suis venu avec Sergio Borba. il y a des moments. et je me suis plongé dans ces ouvrages avec une forte implication (puisque je viens de terminer mon Voyage à New York). en sortant du séminaire de Patrice Ville à Saint-Denis. En apprenant la maladie de mon ami Hubert de Luze. Je le promène un peu autour de moi. Mais je ne suis pas là pour raconter. J’en ai profité pour acquérir 6 livres sur le journal de voyage (Gide. D’ailleurs aujourd’hui j’ai passé une partie de la matinée à écrire mon journal. les moments les uns par rapport aux autres. en tant que directeur des éditions Loris Talmart. une fois de plus. En ouvrant Journal d’un lecteur. mais ce n’était pas la place. donc un espace qui est libre. Qu’en est-il du vécu. "dispositif") des moments. On pourrait se dire : le Journal d’un auteur est à ouvrir . c’est qu’il me semble que pour rendre fluides. qui ne rentre pas dans le cadre (framework. C’est cela que je voudrais explorer.

Chez Camus. rentable : contre la vitesse. plutôt que d’un moment. Sansot viennent étayer une réalité essentielle. lors de la lecture en décembre 2003 de deux livres importants. Dans les temps qui viennent. il faudrait reprendre la construction archaïque de la personnalité : Jean Oury ne parle pas vraiment d’autre chose que du moment. Romain. le calme. et donc du moment. d’une certaine manière : un lieu. Qu’est-ce que l’on conçoit transmettre à ses enfants ? ["Est-ce effectivement transmis ?" serait une autre question]. de la rêverie. pour écrire. il y a un entre-deux. du vin. fut riche en auto-célébration de notre commune transversalité (danse/philosophie) : -On est les mêmes. ou plutôt sur les rythmes du nonmoment. même s’il en ignore. par rapport à mes enfants : est-ce analysable. pour parler du nonmoment. Chez Jean Oury. Comment décrire le non-moment. Car le moment est un espace-temps. J. Il me faudrait expliciter pourquoi je suis tenté d’inscrire le quasi-moment. On peut transmettre des maisons. dans le mode de production. de Jean Oury. c’est le non. à son effort pour se donner comme efficace. mais. quand le vécu prend la forme d’un quasi-moment : le moment de la flânerie. le concept. Le non-lieu est virtuellement un non-moment. le risque : en faire un moment ! 150 . encore que le chapitre sur l’écriture est bien une réflexion sur la construction du moment d’auteur. C’est pour moi : une salle chauffée. En la restituant. et qui commente un mémoire de synthèse. dans lequel je me trouve maintenant : la soutenance de HDR. au-delà de nos différences ! On a produit ce manifeste. Je ne suis pas dans le moment de la thèse . elle s’oppose à l’activisme. Elle est utile . il y a l’espace-temps disponible entre ici et là : ici et là sont des moments . j’ai trouvé une critique de la conduite automobile. commencée avant que j’arrive. Je parlerai ici plutôt d’un quasi-moment. le point commun avec ma recherche. Puis-je penser cette question. au fonctionnement mécanique du sujet. Qu’est-ce qu’on laisse derrière soi ? se demande Jean-Yves Robin. ce qu’ils ont repris de mes moments ? En quoi ai-je aidé mes enfants à se construire leurs moments ? Cette question peut être dialectisée par cette autre : comment mes enfants se sont-ils construits des moments. à la manière des grandes émissions de France-Culture. à Rio de Janeiro. et entre les deux. prendre l’air. semble-t-il. que j’entends comme un fond musical ou plutôt culturel. du côté du nonmoment. Sansot. contre moi ? Le repas d’hier midi avec Charlotte. il me semble qu’on transmet surtout des moments. Ce matin. Quelle place faire au non-moment dans la théorie des moments ? J’aime l’éloge de la lenteur que fait P. je lisais Du bon usage de la lenteur. dans une succession imprévue. Gilles. Chez Augé. je suis dans un non-moment. saturés. moi une choucroute ! Il nous manquait du vin frais. Oury. donc. elle mangeant un steak haché. que je n’ai pas lu. Augé. et non structurée. une musique dialogique entre Christine. mais il faut décrire le non-moment qui est tout de même traversé par des moments. des livres. En même temps. utile. Mais la Loburg était excellente. livre sur le non-moment. Dans son effort de théorisation du sujet. je trouve cette première impulsion moins évidente que lors de l’insight (l’insight est de l’ordre de l’instant). Donc M. descriptible ? Puis-je demander à Hélène. Charlotte. des tableaux. sans savoir à quelle heure notre entretien serait suspendu : voilà du non-moment. un espace agréable (une belle table). Ce fut ma première impression. P. intuition. Non-lieux de Marc Augé et Arts et schizophrénie. Manger. observer des classes prendre l’autobus. il s’agissait d’un insight déjà expérimenté. je veux tenter de penser le non-moment .L’idée m’est venue ce matin. que je pose entre deux autres moments. Jean-Yves. suis-je dans le moment de l’écriture ? Non. des vrais. mais comme une sorte de redondance. plutôt que du côté du moment. etc. dans une performance commune : celle d’un repas à la terrasse d’un café .

le 6 mai 2004. Ce sont des activités contraintes . et cette qualification totalitaire du quotidien n’a rien de péjoratif. il y a une dimension totalitaire. Pour un animal. 278 Expression de Husserl. Ainsi. Ma question : y a-t-il des gens. entre deux moments. pas seulement le prisonnier ! Le malade hospitalisé en hôpital psychiatrique. qui vivent en dehors de tout moment ? Le problème : quelqu’un placé en prison se voit détruire progressivement tous ses moments. Le converti. ou par déterminisme familial. du fait de la conscience que j’ai d’accepter ce legs. Ces rituels n’existent pas dans le non-moment. d’autres sont ma fierté. par ma famille. elles étaient rivées au domestique. je rentre dedans. est un moment. Dans les Eglises. qu’il y a à boire et à manger : je fais le tri. pour les paysans. Par extension. dont j’assume l’héritage. dans le quotidien totalitaire . Quand je quitte un moment. contre un autre possible : je l’habite. n’a plus de moment : les rythmes bureaucratiques de l’institution agencent sa vie. on se couche : ces modalités doivent être distinguées du moment du repas. entre ce que je conserve. par statut social. il y a davantage : il y a la conscience du moment. on se promène. comme le moment. il y a de l’objectif.Lyon Perrache. Michel Lobrot trouve que ce rituel est un peu ennuyeux : -On n’a pas suffisamment parlé de nos croyances. je suis tranquille : pas de devoir à la maison. Pour le chronique. pour les femmes. cependant. Ainsi. l’étable n’est pas un moment : c’est un espace-temps. Le rythme des champs décidait chaque matin de leur activité . les institutions totales sont des dispositifs. à propos de sa distinction entre groupe objet et groupe sujet : dans le moment. sans moment : le chronique est dans le non-moment. dans Psychanalyse et transversalité. voire de subjectivation. La vie au Moyen Age. La vie était construite de l'extérieur . celui que l’on appelle un chronique. la volonté du moment. pour entrer dans un autre. était sans surprise : ils travaillaient tout le temps. les institutions totalitaires ne connaissent pas les moments. poussé par le flux héraclitéen du quotidien 278 : beaucoup d’adeptes sont entrés en religion. 12 h 40 J’attends le départ de mon TGV pour Paris . Et d’une certaine manière. le non-moment nous aide à définir ce que serait le moment. qui entraîne le non-moment. Dans le nonmoment. j’ai des rites de passage : notamment des rites d’entrée à respecter . dans le moment. par exemple. l’institué de l’institution objective la vie : on mange. du moment de la marche. ou du moment du repos. qui n’est pas le thème que je voudrais développer aujourd’hui. la seule rupture permise avec le quotidien : la fête. Le moment. mais j’ai refusé le legs). contraints . je suis conscient d’appartenir. je viens de présider la soutenance de thèse d’Antoine Caballé. J’ai refusé certains moments familiaux. ils sont religieux. Cette méditation peut être rapprocher des réflexions de Félix Guattari. mais aussi une grande part de subjectif. le désir de ce moment. qui peut être un non-moment. 151 . on entre un peu au hasard. il me faut distinguer le moment hérité (transmis par ma famille). de la matérialité. des rituels de sortie et des rituels d’entrée sont ménagés. construit son moment religieux. Ayant rédigé le rapport en situation. et ce que j’abandonne de mon héritage. mais. et le moment voulu. de la conjugalité. Je choisis mon moment. il y a une part subjective : le moment est construction du sujet. Sujet de la thèse : Bible et éducation. Mais dans le moment. on peut tous être des chroniques de quelque chose. à une tradition familiale dans laquelle j’estime. le moment refusé (j’aurais pu en hériter. J’ai posé l’hypothèse qu’il n’y a pas de moment. Donc. a-t-il dit. par appartenance culturelle. par ailleurs. par opposition.

R. Cela renvoie à l’institué. Institut catholique. Deux pensées qui contribuent à me maintenir communiste : B. P. malgré mes expériences insatisfaisantes. Patrick Boumard et Driss Alaoui. G. que par des lectures : idéologiquement. Sergio est arrivé . pourtant. Gramsci. entre plusieurs moments. dans ma première valse. un Congolais. L’ensemble du Dictionnaire est une perle. 281 Portrait de mon maître. 2004. vert . je voterai vert. le moment de la thèse en italien. Je me sens bien : je sais qu’il me faudrait rentrer chez moi. peint pour son anniversaire. Gramsci 279 : dans le taxi qui nous conduisait à l’Université. Impression de vivre dans le non-moment.A. puisque je ne l’ai jamais été : je continue à me sentir écologiste. 15 heures 30 Je viens de terminer Du bon usage de la lenteur : excellentes pages sur le nonmoment. je traîne un peu ici.Dans le métro. pour avancer ma toile pour Georges 281 . nous sommes passés devant la librairie Letouzey et Ané. etc. Ce non-moment est alors parfois vécu sur le mode de l’éclatement. Lefebvre. J’y ajouterai la mienne : ma pensée. je retourne à la librairie. les notions de maintenance. Les participants à cette rencontre se présentent : trois doctorants 280 . le titre de cet ouvrage nous a surpris. Mais ce parti-pris est davantage étayé par mon expérience du monde actuel. Santot parle du repos : il parle de la digestion. Je vote vert. Pendant la pause repas. Je suis venu à pied de Saint Placide. Qu’est-ce qui me maintient institutionnaliste ? Pour moi. mais sans angoisse. lors de la fête des 80 ans de Lapassade : j’ai écrit 6 pages. par opposition à l’instituant . de maintien m’intéressent : j’y ai réfléchi. du sommeil. Matrice. je me sens institutionnaliste. Brecht . 152 . acheter le volume sur le péché (1933) : ce volume de 1400 pages m’est vendu 98 euros (mais je pourrais avoir une réduction de 25%. Francesco de Saragosse. Georges Lapassade était là. ce matin. de la grasse matinée. je retrouve un livre commencé en avril : Georges Snyders. Patrick Tapernoux. Les développements sur le péché (450 pages de petits caractères) sont à dévorer avec passion. bien que le mouvement institutionnaliste soit difficile à définir. Colloque de la société européenne d’ethnographie de l’éducation. mes œuvres me maintiennent institutionnaliste . mais peut-être s’agit-il du moment du repos ? Oui. même si j’ai renoncé à l’adhésion à ce Parti. je ne peux pas réfléchir à ce qui me maintient communiste. accompagné de Sergio Borba . Je suis proche des membres de ce groupe. 17 heures. si j’avais un bon de commande de mon éditeur). Mangerot et Amann) : j’ai beaucoup utilisé l’article Danse. un Vietnamien. maintenant. le vendredi 7 mai. 92 pages. à propos de la sieste. vers Saint-Denis. Alors. En me levant. 280 Un Colombien. Vito d’Armento qui vient de traduire mon ouvrage Produire son œuvre. on est dans un non-moment. qui avait changé d’adresse après 1989 (époque où j’avais découvert le Dictionnaire de théologie catholique de Vacant. Brecht . Je sais que je 279 Georges Snyders. Au moment de relecture de mon texte. Lucette téléphonait à Paris 8 pour avoir la présidence… Je me suis senti dissocié. sans harcèlement. incapable de structurer mon identité : quand on se trouve ainsi. chez les Verts. j’ai dû me mettre à la rédaction du discours. mais. trois pensées : H. Sergio Borba. tout pourrait être moment ? En partant à Lyon. ou plutôt de l’implosion du sujet . Jacques André Bizet. je me vis dans un non-moment. Lapassade. que le président Lunel devra prononcer lundi. il s’agit de quelque chose d’instituant. Lourau. Deux pensées qui contribuent à me maintenir communiste : B.A. assez sérieuses. j’en parlais avec Michel Lobrot .

ces entretiens sont riches : ils complètent beaucoup d'informations. quand il est arrivé. intitulé finalement La dissociation. j’ai du mal à suivre son discours. que l’on maîtrise mal. feuillette bruyamment ses notes . Présents dans le groupe : Francesco. chacun d’entre nous peut privilégier l’engagement. parce que ma vie. dans mon livre sur René Lourau : il y a de la matière. Institut catholique. Lapassade. Vito parle en italien : les deux Patrick tentent de le traduire. son œuvre. tout en faisant mille autres choses ? Vivre un moment. Il me fallait donc le lire rapidement : c’est une introduction polémique. Beaucoup de professeurs préparent leurs cours : ils travaillent à la construction d’un dispositif pédagogique. mais.. Idée d'un chapitre Lapassade. en fait. 11 heures 45. du fait des lacunes de mon italien. car Vito parle de moi : mon ami voudrait que je sois davantage présent en Italie. JacquesAndré Bizet. Georges m’a reproché de ne pas avoir lu ce mémoire. avec Le château à la main ! G. mais je n’ai pas conscience d’être dans le moment de l’écriture : j’écris mécaniquement . se heurtant à pareille situation ? Driss Alaoui. Idée de l’amener avec moi pour résoudre ma dissociation : je dois faire mille choses à la fois. j’écris. je lisais le mémoire d’Abdelwahed Mabrouki. à côté de moi. suppose de construire un dispositif avant. qui porte sur Lapassade. dans la théorie des moments sur la dissociation. J’arrive. que j’ai moimême déjà organisées. Hier soir. Lapassade a une posture : Je m’engage. organisations. Que fait l’esprit. est une transduction permanente d’une activité à une autre. Comment peindre un tableau pour lundi. Lapassade a fait sienne cette posture. qui voulait que je fasse un chapitre sur "René et Lefebvre". Le mémoire de Mabrouki donne envie de faire aussi quelque chose. comme l’organisation de la thèse de Mohamed Daoud. un non-moment : celui d’une langue hachée. Patrick Boumard. la prise échappe : on ne comprend pas. pour qu’il me parle de lui . Let espace social. nous rend extérieur à ce qui se passe : cette extériorité est un non-moment. j’ai revu avec Vito une partie de la traduction de mon livre. G. et être disponible pour vivre le performatif. qui rédige des notes du traducteur : je me sentais dans un entre-deux. cité par Trotski). G. Il raconte maintenant une situation dans laquelle il avait demandé à ses étudiants de lire Le château de Kafka. avant la réflexion sur le dispositif. je me sens obligé de me recentrer sur la discussion. un processus organisateur des récits de vie. J’ai envie de partir de cette réunion. et ensuite il eut une autre idée . auquel on tente de s’accrocher. Trotski. Driss Alaoui et Rose-Marie. Patrick Tapernoux. avec une perspective unique : la préparation des 80 ans de Georges. il change son idée en arrivant face à son auditoire : il improvise. qui a du mal à émerger . Vito d’Armento. Je me sentais dissocié. J’avais donné un rendez-vous à Giorgio. J’écris ces remarques dans ce texte. chez Patrick Tapernoux.retrouverai tout ce petit monde dans la soirée : je suis invité au dîner organisé par Patrick Tapernoux.. accompagné de Gorgio de Martino : j’espère qu’il va prendre le pouvoir de la traduction. et ensuite un autre sur "René et Lapassade". et ensuite je vois (Napoléon. langue que je voudrais m’approprier bientôt. échappe . G. difficile. Je suis dans un non-lieu. Lapassade parle 153 . Cette idée me fut donnée jadis par Hubert de Luze. institutions. qu’ils imposent ensuite à leurs étudiants. Lapassade raconte que. Travaille dans une langue. j’ai sommeil. tout à l’heure. les étudiants sont restés. même s’il travaille tout le temps (en rédigeant des textes sur l’observation participante. sa vie. s’installer dans un dispositif. qui est observable dans le social : après Napoléon. opposant le concept de dissociation au concept de moment . Soudain. par exemple). Samedi 8 mai 2004. ce texte est suivi d’entretiens avec Georges Lapassade . Depuis Groupes. Bernard Jabin. Cette perspective me fait écarter d’autres activités importantes.

Elle a fait 4 ans de philosophie à Paris IV . une installation dans le moment. suis-je dans un moment ? Lequel ? La pensée transductive est-elle un moment ? Pour H. mais il ne parle pas du moment de la pensée 282 . mais par simple affirmation de mon Essence : Je suis celui qui est. présent à cette soirée. mais un lieu qui est un non-lieu. qui rassemble. deux moments. -Ah bon. deux idées. on prend le temps de le construire : il y a une transition. dans ce jeu de séduction. et les moments que l’on construit avec d’autres (le repas familial. avant de venir chez P. où tous les participants viendront mettre en commun leur moment Lapassade : c’est un moment historique (donc qui s’inscrit dans la temporalité). moi aussi. Je suis bien là : j'ai un espace. non par ambition ou par orgueil. On m’accepte ici . cette énergie circulent dans l’entre-les-moments. relie.). ne m’a jamais préoccupé : ce que j’ai accepté est d’être son fils. Je suis celui qui devient. le bal. même si elle ne l’est pas théologiquement. J’ai parlé de la situation 282 C'est faux. j’ai eu le temps de lire 20 pages. la transduction est un mouvement. Tapernoux. Les 80 ans de Lapassade est un vécu collectif. dit-il aussi. parce que Vito fait un exposé en italien. Lefebvre. Comment vivre le nonmoment.du transductif. une étudiante de Paris 8 (hypermédia). mon auteur privilégié : Saint Thomas. je me suis mis à couper les pages de mon volume acheté hier du Dictionnaire de théologie catholique . qu’en mon destin de créateur. il y a le moment de la philosophie. puis Sergio Borba est arrivé : il présente sa recherche. Je me suis arrêté d’écrire. la conversion est un changement de posture intérieure et extérieure. -Pourquoi ? Si je suis fils de Dieu. cela ne dérange pas mes collègues que j’écrive. je suis Dieu. 16 heures 50. et que je ne puis me brancher sur ce qu’il dit. Je me lance dans une discussion avec Charlotte : Oui. Je pourrais devenir membre à part entière de la SEEE. sur Saint Thomas d’Aquin. R. Je ne suis pas membre à part entière de la SEEE. Je me remets à écrire. dit Dieu . La pensée associative ne serait-elle pas le non-moment. un lieu qui n'est pas un lieu. je suis passionné de théologie . Assez vite. mais je m’y sens chez moi. Cette théorie me semble évidente. je le deviens. Fils d’André Hess. donc je suis Dieu. suppose une articulation collective de l’espace et du temps. elle était simultanément inscrite à la Catho. Cette installation exige une conversion . Dali disait aussi : Je ne suis pas Dali. par excellence ? Groupe d’ethnographes de l’éducation : j’ai été boire un café avec Driss. Ce mouvement. mon objet : le péché . je suis Hess. Quand je fais ce type d’associations. qui le conduit d’une chose à une autre : cet état fait partie du non-moment. Il élabore le moment de la pensée dans Qu'est-ce que penser ? (Voir le chapitre sur ce thème). Lourau oppose la logique transductive à la logique hypothéticodéductive. J’ai payé les 40 euros d’adhésion à la Société d’ethnographie de l’éducation : j'en suis donc membre à part entière. Que Dieu existe ou non. lorsque Sergio a commencé à parler : j’étais pris. sur un mode cool ? Lien psychologique qui relie deux choses. un non-moment. comme visiteur. 154 . et avec Georges Lapassade. Une différence existe entre les moments individuels (se mettre à l’écriture d’un livre). Impliquer d’autres personnes dans la construction de ses moments. sur la notion de péché : j’ai retenu que Saint Thomas d’Aquin a fait la synthèse de tout ce qui s’est écrit avant lui. assemble des moments anthropologiques traversés par. Or. qui travaille sur l’autodidaxie : elle a lu Christian Verrier. Je dois être un inventeur. Rencontre étrange hier avec Charlotte Tempier. Cette déduction logique ne semble pas évidente aux théologiens présents. Quand on entre dans un moment. par ce qu’il racontait sur sa vie. tu es un hérétique ! me dit Guy Avanzini . j’introduis les fondements de ma théologie : Je suis le fils de Dieu. mais ne le connaît pas. donc d’être Dieu moi-même : je crois moins en Dieu. etc.

le temps de travail est un moment chez Hegel . totalement inutiles qui occupent des gens compétents ! Par exemple. la bureaucratie d’Etat relève d’un autre moment chez Hegel : celui de l’Etat. de professeur d’école normale. 80 ans de Georges Lapassade. Ils ont toujours la posture d’écoute. tout en discutant avec les autres passagers de la voiture. sa vie. je n’écoute que d’une oreille (écoute flottante). me dit Lucette. Notre statut de fonctionnaire implique ce travail de l’institution. mais au bout d’un certain temps. 8 heures 40. puis Patrick Boumard. mais il nous faut maintenant sortir de la salle. je concentre mon attention principalement sur mon écriture. intéressantes. pendant des séquences extrêmement courtes : le temps de lecture de leurs rapports. Ce type de travail (bureaucratique) occupe les journées de gens comme Lucette : elle travaille 7 jours sur 7. psychiquement. le collègue ou ami discute. mais "hors profil". il relève de l’entreprise . Lucette me parlait d’un questionnaire remis aux UFR. le sujet est mobilisé en même temps. ou du moins à être totalement passif : la plupart de mes collègues sont venus pour écouter attentivement cette lecture des 120 rapports. Dans la vie du quotidien bureaucratique. Nous parlions avec Lucette de ce travail. L’université a décidé de répondre par elle-même à ce questionnaire. leur attention s’émousse : ils commencent à associer mentalement sur d'autres objets. je me dis que les rapporteurs ont passé des heures à rédiger ces textes longs. mais je vois bien que le fil de leur pensée commence à échapper au moment du travail bureaucratique (transduction sur d’autres thèmes). mais en même temps. Eh oui. mais le travail institutionnel exige que chaque dossier soit lu par deux rapporteurs (120 rapports à rédiger).à Paris 8. totalement inutiles. parce que je savais que j’allais devoir passer 3 heures à m’ennuyer. on sait déjà qui on va recruter. pour faire des tâches importantes. mais il ne faut pas lui consacrer plus de temps qu’il n'en mérite : j’ai mis moins d’une heure à écrire mes 4 rapports . Quand j’entends lire les rapports. que je juge totalement inutile : c’est le travail de l’institution. Le mémoire de DEA consacré à Lapassade. cependant. Il y a 60 candidats. l’auditeur 155 . l’analyse du vécu des acteurs permet de montrer que ceux-ci ne s’installent pas dans ce moment de façon active . le fumeur surveille son mégot pour empêcher les cendres de tomber dans la voiture. de la situation à Rennes 2. encore aujourd'hui . il y a de nombreuses tâches. lorsqu’il était instituteur. prenons un autre exemple. et de pédagogie ! Ce passage correspond bien à ce que j’ai moi-même vécu : à certains moments de ma carrière de professeur de lycée. et puis ils se remettent en stand bye. Le travail institutionnel estil un moment ou un non-moment ? Le travail. s’il y a un moment du travail institutionnel. Certes. Paris 8. Ils sont honnêtes. Pour décrire cet état. tout en fumant. Réunion de la commission de spécialistes : on recrute un maître de conférence. J’écris maintenant. qui finissent assez souvent à la poubelle. il poursuit ensuite des études de psychologie de l’enfant. pour répondre au projet d’évaluation lancé par le Ministère. et a donc laissé de côté les réponses des UFR : ce travail considérable s’est trouvé mis à la poubelle purement et simplement. dans plusieurs activités : le conducteur suit les aléas de la circulation. Ne suis-je pas en train de faire autre chose que ce que je suis censé faire ? Je suis censé participer à une réunion : j’y suis. comme on dit. Une personne conduit sa voiture. donnant des devoirs aux élèves . il en garde de la culpabilité. ils concernent des dossiers de personnes sympathiques. son œuvre d’Abdelwahed Mabrouki va être soutenu aujourd’hui : j’y ai découvert que Lapassade avoue qu’il lisait Bergson pendant ses classes. en écoutant de la musique. Dans ces situations. l’esprit passe d’une forme à une autre. Du point de vue de la bureaucratie. ce travail a son importance. Lundi 10 mai. leur activité est réelle. ou même de professeur d’université. 10 heures par jour.

Le moment est un espace-temps. de même pour le non-moment. la transduction n’est pas un moment : le plus souvent. Est-ce un non-moment ? C’est un vécu spécifique. on se trouve donc dans une modalité du non-moment. je ne dois pas me décourager . Je n’ai pas envie de m’installer dans la posture du congé sabbatique. même si certaines associations reviennent. le sujet se dissocie en plusieurs personnes. peut-être aussi de fragments de formes sociales. est un combat pour structurer un moment. contre cette dissociation du quotidien. Elisabeth Bautier m’annonce que je suis 4 sur 13 candidats. Je suis le premier recalé. qui pourraient être. Pas de côté. le plus souvent. même si le prof fait son cours. personne n’est vraiment présent dans le pédagogique. je ne veux pas investir la fac outre mesure. nouveau pour le sujet . la transduction n’est pas captée. Très souvent à l’école. la transduction occupe beaucoup de temps . la conversation. mais dérive de forme en forme. dans la vie d’une classe. mais il n’y avait que 3 semestres à attribuer. dans une même conscience qu’il se passe une rencontre pédagogique. celui-ci s’adonne à l’une de ses activités préférées : la transduction ! Dans les situations contraintes. solution pour fuire la situation contrainte . lorsque surviennent des épisodes exigeant une forte présence. il ne s’agit pas d’un moment. La situation n'est pas un moment. à opposer au collectif. La pensée dérive : dans la vie. Peut-on alors parler de moment.. ce serait subversif ! Alors. par exemple. Cette annonce m’installe dans un non-moment. les participants au dispositif ont toujours tendance à transduquer. la présence de tous est requise . il y a des états de garderie. Le moment pédagogique ne peut surgir que lorsque les élèves et le professeur sont mobilisés collectivement. qu’il n’avait pas écouté depuis longtemps. la transduction s’inscrit donc dans le non-moment. on laisse l’esprit à la dérive. du Dictionnaire de théologie catholique ème publié en 1933. au cas où ! Cette situation est caractéristique du non-moment institutionnel : être contraint au pas de 156 . la situation se tisse de situations déjà expérimentées : la conduite automobile. le moment de la peinture . elle n’a pas de statut : elle se caractérise comme non-moment. etc. de la fuite de la présence . Dans les moments groupaux. Les moments peuvent être individuels : le moment de l’écriture. dans les institutions totales qui ne prennent pas en compte les sujets. dans laquelle le vécu donne de temps en temps priorité à la conduite. ou ne serait-il pas plus juste de parler de non-moment ? Selon moi. ils peuvent être collectifs : le moment de la vie associative . mais le plus souvent la mobilisation psychique sur la conduite ne représente que 20% . ou devenir des moments ? Dans ce type de vécu. concernant le rapport à la cigarette.apprécie l’interprétation de l’orchestre philharmonique de Berlin d’un morceau de Beethoven. Dans ce type de situation. les spécificités qui déterminent le moment ne sont pas réunies. Hier. lors de ma lecture de l’article Péché. les membres. écrire un livre ou son journal. il y a plutôt une modalité de l’absence. La transduction est une activité positive. Je dois y introduire une variable nouvelle : celle de l’individuel. ainsi. Selon elle. et en même temps. Le quotidien nous confronte souvent à ces situations exigeant des mobilisations multiples. créatrice et inventive. le Ministère donnera ce 4ème semestre. pour l'obtention d'un congé sabbatique. Que font les élèves ? Sont-ils présents à un autre moment ? Non. cela serait trop voyant . etc. ou à l’audition du triple concerto. Le moment se construit. mais d’une situation. une modalité de la présence : dans la situation décrite. au refoulement. Activité créative. elle retourne à l’oubli. l’essentiel de la mobilisation psychique se fait sur la conversation. Mon travail sur le non-moment avance. car cette activité n’habite pas une forme. mais avec des ruptures. enregistrée : elle n’est pas capitalisée . contre ce type de dissociation du quotidien : construire un projet d’écriture. dans l’exemple donné.

parce qu’elles viennent combler des trous dans sa biographie. mais très centrés. l’écriture. L’Autobiographe. par exemple. contrairement à Guy Hocquengem. ou Michel Foucault. il faudrait revoir les entretiens de Lapassade avec Abdel : en 1983. le risque est de se retrouver à la marge. notamment). dans notre commission. cinq heures plus tôt… Travail de l’institution ! Pour ma part. par rapport au travail routinier : en tant que créateur de moment. sans idée préalable. Lapassade est décidé à vivre coûte que coûte . pour arriver à une décision. ou dans les autres institutions où le travail institutionnel fonctionne sur le mode de la lenteur. Pour Lucette et moi. et fait taper des textes de Georges (plusieurs centaines de pages). Mon enquête sur Georges a suivi une autre procédure : j’ai tapé. Georges a été content de notre investissement dans cette lecture. Le mémoire d’Abdel se centre sur la dissociation. les propos de Georges ont de l’intérêt : plusieurs questions abordées sont riches d’informations. comme modèle d’organisation de l’histoire de vie : Lucette trouve ce choix absurde. Ainsi. Lapassade prend au sérieux les informations sur la maladie. nous relisons maintenant des dossiers déjà lus : on reprend tout . pas de perspective. à autre chose. car il n’y a pas de question. lorsqu’on ne suit pas tous les méandres du cheminement du groupe. Le surdoué s’organise des vies parallèles : il pense. Il a tendance à juger les autres. pas de problématique : on associe. G. Sur la maladie. Selon elle. Nous commentons le travail d’Abdel. Le surdoué ? Il comprend plus vite que les autres : il s’ennuie à l’école. au hasard. il se replie donc. par rapport aux autres moments. à 16 personnes. car elle est un principe de désorganisation. Abdel n’a lu qu’un seul livre de Georges. en particulier. pour cela. la dissociation ne peut rien organiser. vécus dans sa proximité. Pas de côté. au moment de prendre la décision… Il faut penser la situation de surdoué . que ne perçoivent pas les moins doués. dominé par les rallentis. la commission ne s’est pas trompée : mais il a fallu 4 heures 30. 13 heures : 5 candidats sont retenus . le Sida. selon elle. Le surdoué se passionne pour des choses différentes : savant dans des domaines très éloignés. il établit des liens entre ces mondes. donc difficiles à suivre . très organisés autour de la question de l’éducation nouvelle. ce non-lieu est une opportunité d’entrer dans un moment choisi.côté. moins on est doué. Ce mémoire a écarté tout ce qui avait été produit par Abdel en 2002-2003. lui aussi vit souvent avec intensité la transduction : ses associations sont rapides et elliptiques. J’ai pu parler du mémoire d’Abdel avec G. Danielle Lemeunier m’a dit que le portrait 157 . et j’ai également fait des entretiens avec lui (en compagnie de Gaby Weigand). Lapassade : Lucette a dit son mot . la transduction est pauvre. comme il avait renoncé à fumer précédemment . Suivant son mouvement transductif personnel. est-elle un moment ? Pas toujours . Georges fait le choix de briser le cadre du moment pédagogique : ses étudiants le suivent d'abord. Le monde de la science est aussi un monde lent. La maladie d’Hubert : moment ou non-moment ? La maladie. Il domine pas l’œuvre de Georges : peut-on dialoguer avec quelqu’un qui a passé sa vie à écrire. comme fondement de son dispositif pédagogique (situation décrite dans le DEA). plus on travaille dans une transversalité limitée. et puis finissent par abandonner. ce peut être un état parasite. dans la lenteur . construite au fil des trente ans. lorsqu’on a fait le choix de passer à côté de son œuvre ? Malgré tout. assez facilement sur lui. on relit les choses : on évalue. G. Lucette trouve de bonnes remarques sur le contexte d’écriture de certains livres (Le Bordel Andalou. avec Lucette qui trouve ce texte non construit. il décide de renoncer à la sexualité. celui qui sera élu est dans les 5 . dont on connaissait déjà la nature. j’ai l’impression que le seul moment intéressant de cette longue matinée a été la pause. où le surdoué s’ennuie. en fonction de leur incapacité à suivre son mouvement intellectuel .

il a insisté pour qu’une fête ait lieu ce jour-là : notion du moment historique. sans parvenir à le brancher sur le moment du groupe. Boumard. 15 heures. Patrice commente la journée d’hier : il raconte ce qu’il aurait voulu dire. Sergio Borba (Macéio. Yvan Ducos : -Avec Georges. Christine Delory-Momberger. fut superbe : les 35 bouteilles de champagne disparurent bien vite. Le buffet. Jean-Yves Rochex. parmi ceux qui ont travaillé à la construction du dispositif. la directrice de l’UFR Arts. le fils de l’Unité. directrice de l’Enseignement supérieur). La date de mon anniversaire est un non-moment historique. Vers 17 heures. René Schérer. il y a la mise en place de l’événement . au séminaire : je suis d'abord passé au Service des thèses. il faut nommer Abdelwahed (le fils de Dieu. puis nous nous sommes mis au tango. le président de l’Université a prononcé son discours. Puis. Brésil). qui se sont déplacés ? Des retraités du personnel sont venus. Denis Gautherie a chanté des chansons corses (accompagné d’un accordéon). 158 . comme un anniversaire . l’événement se rapproche davantage de l’instant que du moment. le serviteur de l’Unité) Mabrouki . Pascal Dibie (Paris 7). peut-elle rassembler 300 personnes ? Dans l’événement. Le non-moment historique se distingue-t-il du non-moment anthropologique ? Existe-il une qualification du non-moment ? Mardi 11 mai 2004. un groupe des musiciens Gnaouas a joué quelques morceaux . j’avais oublié qu’il fallait maintenant une disquette. par son intensité. à partir de ses entretiens avec Georges Lapassade. Stéphanette Vendeville. Roger Tebib. J’arrive en retard. écrits contre Georges Lapassade . il n’y a pas de répit. Mon résumé ne rentre pas dans les détails : de quoi a-t-on parlé ? qui étaient les gens. qui pose continuellement la question : "qu’estce que je fais là ?" Ma fille Charlotte était contente de sa soirée. Le jury de soutenance était composé de 16 professeurs d’Université : Barbier. -C’est un taureau ! Benyounès : -C’est un praticien de l’analyse interne. offert par l’UFR. puis 1945. pour l’organisation de la soutenance de Mohammed Daoud . 10 jours auparavant. mais à la fin de la soirée il y avait encore du vin blanc et du Perrier. Abdelaziz (Rabat). René Schérer et Jean-Yves Rochex aussi : ils m’ont envoyé des mails pour me remercier. Il suit son discours intérieur. ce fut la fête. Hélène Bézille. occasion pour lui de découvrir la personnalité de Georges Lapassade. fait pour lui . les 170 pages. Ainsi. D'autres professeurs faisaient partie du public. je demande à Roger sa date de naissance . Patrice Ville. a parlé du rapport de Georges au Living Theater. Francine Demichel (ancienne présidente de l’Université. a apprécié : elle se demandait quel peintre de nos amis avait fait cette toile ! Georges Lapassade a voulu construire ses 80 ans. donnèrent lieu à une pré-soutenance d'un texte. Colin. Roger Tebib va me faire des photocopies de textes. sans que l’on puisse vraiment savoir qu’il va avoir lieu : comment une fête improvisée. qui a vocation de devenir un DEA. Jean-Louis Le Grand. peuvent-ils être définis comme un nonmoment ? Ce fut un événement : j’en suis encore soufflé . il ne la connaît pas : il répond 1941.de Georges lui plaisait. aussi. J’ai offert le tableau de Georges. Hess. L’après-midi d’hier ? Les 80 ans de Georges. Un événement survient.

multiplicité de relations sexuelles. Prendre du champ me permettrait de me ré-investir dans d’autres projets : apprentissage des langues. Je suis directeur du mémoire. Je ne parviens pas à faire ces courriers ? De passage à Paris. Cette impression vient de ne pouvoir me consacrer à ce que je voudrais faire : écrire à Hubert de Luze. écriture. une phase de latence dans le non-moment. chez X. je me suis endormi à 4 h 30 . s’était interrogée sur moi. dirigeant un excès de thèses. Parmi les destinataires de lettres à écrire : Cécile et Bernadette. s’il a été polygame. à Paris pour un mois encore. paraît-il. Je vis au jour le jour. Je n’ai pas obtenu mon congé sabbatique. Lucette a répondu aux inspecteurs : "C’est sa spécialité ! Si je comprends bien. mais ils seront à Reims. j’ai longuement discuté avec Audrey. peinture. À midi. La présence de Sergio. ce fut en succession : il oppose son rapport aux femmes à celui de X et Y. alors que je ne me suis pas endormi avant minuit trente. Hier. qui. Nouvelle mauvaise nuit. il n’y a pas à être sur-impliqué : Il n’y aucune raison de faire plus que les autres ! Jeudi 13 mai. dans la réunion du laboratoire LAMCEEP. Ce midi. je ne suis parvenu qu'à répondre à une lettre à Georges Snyders du 29 mars. faire autre chose. bien que fidèles à une épouse. 15 heures : soutenance de maîtrise de Mondher Bouchaoua (L’évaluation scolaire dans les écoles primaires tunisiennes). comme hier. me contraint à penser mon futur. me voilà donc “libéré” de cette responsabilité : je suis dans une phase. mais je suis trop fatigué pour cela : l'écriture de mon journal est ma seule possibilité de fuite. à Saint Denis. impression de ne rien faire : hier. Cela signifie ne plus assurer de cours ! Lucette m’a appris que la Cour des comptes. La perspective de nouveaux moments suppose une phase de déconstruction. Ma vie. Je suis là. mes cousines. je n’apprends donc rien. Je propose à Martine de diriger notre option du Master : il semblait évident au groupe. mais la tête vide : je connais déjà ce mémoire . multiplient les aventures parallèles . le thème : nos amours. Hier à midi. très remplie. mais de faire une élaboration du concept d’événement. repas avec René Barbier : le thème de notre conversation d'hier était l’enfance de René.Pour moi. Mercredi 12 mai. mais 159 . Idée de me construire une situation d’entre-deux : être en sabbatique. ainsi que sur Jean-Marie Vincent et Pierre-Philippe Rey : nous sommes trois professeurs. je me suis réveillé à 4 heures 30. ne me permet pas d'investir aucun moment important. qui traverse une crise personnelle de désimplication : elle ne travaille plus depuis un an. le fil de mon écriture n’est pas de raconter. aujourd’hui. Je voudrais fuir. ma sœur Odile aura son anniversaire dimanche 16 mai. On accepte mes arguments. lors de son inspection à Paris 8. René n’a jamais aimé deux femmes en même temps . qui se lance dans un récit biographique. sans sabbatique. que ce serait moi le responsable. Sergio est dans le jury : ce dispositif est un non-moment. porté par le quotidien. comme non-moment. au Conseil d’UFR (perceuses dans le couloir). où je cherche à me désimpliquer. Je contacte Hélène et Yves.

et quelques étudiants. pour ne pas affaiblir Lu. dans un moment. 283 Ici. s’inscrit au niveau de ma transversalité 283 . peut-être ? Il faudrait y réfléchir . D’une certaine façon. lui. une relation sexuelle n’est pas sortie de certains de mes grandes amours transgressives. je définis la transversalité comme l'harmonique des moments (relecture du 24 janvier 2006). Il existe un fossé entre ce que me rend Laurence. a toujours unifié son moi. ma solitude là-bas. Je n’ai jamais parlé de ce sujet. Que dire ? Il dit lire Karl Marx. correspond une relation : ce découpage géographique questionne la théorie des moments. lui aussi. La plupart de mes relations extra-conjugales se sont inscrites. c'est incompréhensible. on a parlé de son mémoire : très bon. veut que je retrouve un texte qu’il m’a donné. au mieux. de sa recherche sur l’évaluation. Ces réflexions me conduisent à proposer l'idée que ma relation à Lu. un stage et Alex. La date des 5 ans correspond à un mandat de l'institution. je retrouve huit pages dactylographiées. 160 . autour d’un amour : après la mort d’Agnès. Lucette est entière : j’entretiens avec elle. qui organise la transgression dans deux (ou plusieurs) lieux. ou plutôt. Retour à Paris : elle est enceinte .grande maintenance de son mariage . le refus de Lu de me suivre. de fait. une relation très forte depuis si longtemps. dans son entreprise de travail institutionnel : je vis une sorte de fidélité naturelle qui s’oppose. le séminaire de Patrice. d'où ma surprise qu’aujourd’hui. -Oui. elle veut garder l’enfant . je réfléchis. déjà Christoph Wulf parle : à midi. La pratique sportive fut un moment fort de ma vie. Pendant que j'écris. dans ce stage . Depuis 5 ans. -As-tu aimé la mère de ton fils ? me demande René. me dit René. avec Laurence Valentin. Mondher continue à très bien parler. Marseille . Idem chez Y. Mardi 18 mai. une nuit. décision de ne plus être transgressif. une rencontre dans l’aventure d’un moment. et ce projet de DEA qui n’a aucun sens. et plus près de moi à Maja : une femme m’aide à entrer dans un nouveau moment. qui pourraient être de lui : je les lis . D'où une aventure assez forte avec une sportive. Un étudiant comorien qui travaille sur les conflits parents enfants. à la fois branchée sur la théorie et sur la pratique. René me parle de cela. dans un moment nonpartagé avec mon épouse. sa survenance dans ma chambre. K. mais toujours. Je repense au contexte de 1993-94 : mon exil à Reims. En remuant des papiers. avec personne. -Mes amours n’ont pas toujours été sexuels. pour comprendre les conflits de génération. Lu me trouve un poste à Paris 8 : crise aiguë. Lorsqu’on arrive avec Patrice. en 1973 . Je l’ai lu. le non-sens. à une fidélité s’accommodant bien d’une posture transgressive. ce matin. Je repense à F. En ai-je eu dans le non-moment. -La vie ne tient qu’à un fil. j’ai entendu Lu parler hier soir des amours d’A et B. nécessaire. Comment m’inscrire par rapport à lui ? On est dans le non-moment. non partagé ni par Brigitte ou ni par Lucette. ces grandes petites aventures ont été liées à un désir de stimulation intellectuelle. La question me surprend . mes problèmes avec Paris. Je ne vois plus ce que je peux apporter à ce type de personne : c’est le chaos. et l’amour aussi ! Cet écriture impliquée ne m’empêche pas de suivre ce que dit Mondher. désir errant qui inscrit ou non. j’ai conservé. le non-moment. René. À chaque espace. mon identité et mes dissociations. mais sans trop m’y investir : écoute flottante. alors qu’une relation contingente s’inscrit. Son texte est le symptôme de ce qu’est devenu le DEA. à un âge où je retrouvais le désir de reprendre le sport : mes transgressions conjugales s’inscrivent donc dans un moment. S depuis 5 ans.

G. Lapassade lance l’idée d’un numéro des IrrAIductibles sur ce thème : il lance ses troupes sur la question ! Une dynamique se crée. Lundi 24 mai. Il y eut une tension entre les musiciens Gnaouas. etc. Ville. mais négocié entre plusieurs cultures. Comment parler d’Hubert ? Je ne connaîs pas sa biographie : j’ignore sa date de naissance.Dans le séminaire : Sergio Borba. dans le cadre de son groupe de recherche sur l’anthropologie historique (100 personnes titulaires d’un diplôme équivalent au DEA). Lapassade a apporté une énergie. C’est un temps où je puis venir écrire mon journal. Natalia qui travaille sur Makarenko. Benyounès. Mercredi 19 mai. qui traversent Georges : sa famille. pour faire un voyage à Essaouira et nous. : l’énergie d'un évènement vient du frottement des moments. la recherche intellectuelle. et que je relis. audition des candidats au poste de maître de conférences (sociologie de l’éducation). l’Université. sans être dérangé : Christoph parle de la diversité culturelle. et G. on se trouve dans le non-moment. G. L’amitié est un bon sujet. et lui préfèrent-ils le performatif. l’AI. que j’ai donnée comme thème. auxquels s’ajoutaient 3 heures de danse à la pratique de Charlotte. Pourtant. retrouvée dans la réunion du 10 mai. c’est un non-moment. Mardi 25 mai. Tebib. les danseurs de tango. reçu ce matin. j’ai reformulé la question. durant 4 heures et demie. et Christiane Gilon s’investissent sur cette question : on se retrouve à 25 à travailler la question. Celle-ci était heureuse que je sois venu avec Sergio ! La mort d’un ami. 161 . Christoph dit qu’il travaille actuellement sur l’amitié. où 300 personnes sont venus le célébrer. mais pour moi. Hubert était mon co-auteur du Moment de la création. Aziz. qui voulaient faire une quête pour récolter de l’argent. le Maroc. Léonore. Ses 80 ans ont été un dispositif improvisé : un rituel ? Oui. le soir du samedi 22 mai. notion qui n’a aucun sens pour nous ?". Je suis écrasé. une énergie gigantesque. pour une réflexion collective. une force se dégage des conflits. du pouvoir surgit. le Japonais. Hier. D’une cette rivalité pour la conquête de la parole. Le séminaire : j’y viens volontiers. la déstructuration psychologique : on ne peut que mesurer l'importance des personnes présentes absentes qui constituent notre transversalité. nous. Lapassade. Suite à l'écriture de ce journal. Rien. avec les professeurs associés. disqualifie les moments . qui voulaient imposer le bal. Mort d’Hubert de Luze. Un mot. la musique et la danse. P. journée passionnante autour de la question du dispositif : j’ai développé cette problématique dans mon journal de New York. avec derrière une question : "pourquoi les Anglo-Saxons n’ont-ils pas ce concept. Isabelle Nicolas. du jour au lendemain. Je n’ai pas le temps de développer. Mon livre sur René Lourau est à l’eau ! J’ai mal dormi cette nuit. j’avais 4 jours de chantier jardin dans les jambes.

lors d'un déjeuner au Restaurant qu’il aimait. Hubert est mort. même lorsqu’elle est annoncée. L’épreuve de la mort d’un proche. et se détruit lui-même. 162 . H. lorsqu’un joueur s’investit tant dans le jeu qu’il en vient à jouer son patrimoine. qui ont un rapport avec ma réflexion. qui se constitue comme Bildung autonome . Mauvaise nuit encore aujourd’hui . parle des crapuleux (ses ?). Nous avons une photo du groupe : un collectif se forme donc.J'écoute attentivement les candidats qui sont excellents : ils parlent de choses concrètes. Lefebvre donne aussi l’exemple de l’amoureux fou : l’amour élevé en absolu se détruit . Il était mon éditeur. en moment passé. dépassé. travail…) qui sombrent dans le chaos. qui m’aidait à penser mon livre sur René Lourau. lorsqu’il tend vers l’absolu. est une situation qui survient inopinément. comme moi. Je devais lui expliquer l’émergence de ma thèse et le contexte de la discussion. la stimulation de la mémoire. j'ai posé l'hypothèse que le chronique n’a pas de moments. Champagne en apéritif. la non-présence d’Hubert. Il y avait un moment anthropologique. le moment prend une dimension historique : je parle désormais de mon ami sur le mode du passé : ainsi. du possible que portait en lui ce moment. forme du non-moment. Le passage du virtuel à l’accompli est un changement de statut du moment : d’anthropologique. de ce présent déjà passé. je n’intègre pas ce décès . des jeunes déviant(e)s. avec ses possibles La mort de l’ami entraîne une liquidation du virtuel. élevé à l’absolu que critique Henri Lefebvre. je constitue un passé. voire attendue. car même lorsqu’il n’était pas là. est-ce du moment ou du non-moment ? j'associe : un jour. Ce dernier a-t-il connu Hubert ? oui. mais l’ensemble de ses autres moments (famille. On souffre de l’inachèvement : on souffre de tout ce que l’on aurait pu faire ensemble. avec Gérard Althabe. question de l’identité : pour ces jeunes. avec une excellente cuisine gasconne. pour une cérémonie de travail du deuil. son absence était une sorte de structuration de mon rapport au projet. comment en sortir ? Errance : l’amitié est un moment fort. Comment devient-on crapuleux ? Comment sorton de ce statut ? question de l’appartenance de groupe. qu’il est dans le non-moment. à côté de chez lui… 1 juin 2004. nécessaire. Ainsi. la vie en banlieue se rapproche souvent de la chronicité. Le manque définitif de cette présence se fait sentir. Avec qui parler maintenant ? Georges Lapassade vit cette disparition. au 127. produit le chaos. mais la mort de l’ami a pour effet de transformer ce moment de l’amitié vivante. je pleurais énormément : Hubert m’avait conduit à l’hôpital. On parle des banlieues. et que l’on ne fera jamais plus. difficile. à côté de la rue Saint Merry : c’était un repas un peu lourd. le moment. Antérieurement. celui qui mettait de la distance par rapport à l’objet. il se trouve dans le moment. rue Marcadet. Il me propose de dîner mercredi. le moment qui s’érige en absolu tend vers l’autodestruction. Hubert de Luze était un interlocuteur. S. nous avons partagé des repas ensemble. moi : pas trop ! Souvenir ! Le souvenir. Ainsi le jeu. Lucette semble un peu loin de cela : elle n'a rencontré personnellement Hubert qu'assez tard. Un moment se disloque : l’ensemble de ma personnalité est secouée. Le chronique n’est que dans un fragment. Séminaire de Patrice Ville. Hubert aimait le Saumur Champigny. l'amitié. dans La Somme et le Reste : pour Lefebvre. le jaloux détruit celui ou celle qu’il aime. avec Sergio Borba. il détruit non seulement le jeu comme moment. Le manque de cette absence se fera sentir. j’avais pris quelque chose dans l’œil. une sorte de directeur de collection.

: j’ai déjà écrit un texte là-dessus. etc. Moses. Jacques Demorgon parle de l'interculturel. Sergio ne m’a pas dit que son avion partait d’Orly. Il était en forme. etc. Laurence Valentin. malgré l’heure qui pressait. : je suis fier de mon école. Guy Berger était sur le trottoir. aussi. 14 heures 30 Au séminaire de Lucette. Samuel Hess me parlait samedi du moment du nom Hess. Nous avons déjeuné ensemble. parle comme un génie : pour en finir avec la recherche. Sergio me parlait : il allait reprendre l’avion. Antoine a dit : -Monsieur Lapassade. avec les valises de Sergio. je me souviens de cette intervention ! Le numéro 5 des IrrAIductibles est le produit d'une coopération entre Benyounès. Je me suis lavé les cheveux ce matin avant d’aller conduire Sergio à l’aéroport. 16 h 40. La présence de Sergio m’a bien aidé dans ma vie professionnelle. de retrouver le Brésil. Cette incompréhension interculturelle serait intéressante à analyser. vous êtes retraité. qui ont fait des choses importantes et Opapé. Non ou Mon Moment. Jeudi 10 juin 2004. heureux de quitter la France (?). Du coup. j’avais faim. aussi. dans une réunion à la fac en 1992. J’ouvre mon journal parce que j’ai conscience d’être dans un nom moment (lapsus). Vous fermez votre gueule ! -Ah. Opapé. Tour de parole. Excellente séance du séminaire : je suis trop sur un nuage. né en 1929. je suis monté jusqu’à Saint-Denis. même si sa présence constante a aussi représenté une pesanteur. Les deux probablement. évocation du nom Hess : Nom ! Les Cahiers de l’implication m’avaient refusé un article sur ce thème. -Tu es un vrai jeune homme. je restais calme. m’a dit Nelly. des demandes par rapport à Jacques : -D’où vient votre intérêt pour l’interculturel ? dit une jeune femme. Isabelle. Picasso : On a besoin de beaucoup de temps pour devenir jeune ! Pourquoi exclut-on les vieux ? Hubert de Luze avait une épouse de 20 ans de plus que lui. il fait l'éloge de la trouvaille. au Chinois : malgré la chaleur (30°C). Boumarta. dit Patrice. après un séjour de deux mois à Paris. 5 personnes sont restées dans la salle : Sergio est là. Rouler dans les embouteillages des heures durant peut rendre fou : ce ne fut pas mon cas ce matin . Fin du séminaire. Rudolf. Un jour que Georges prenait la parole. Kareen et Aziz. 163 . Pour l’anniversaire de Bernadette. Je ne puis dire. Le moment du non. pour prendre des notes. Yvan. avant le numéro 4 ! A 50 ans. avant le début de son exposé . chez les étudiants. lorsque j’ai pris conscience du quiproquo. mais aussi le moment du nom. je retrouve Jacques Demorgon et Nelly Carpentier.On me demande de faire le compte-rendu de la réunion historique des IrrAIductibles de vendredi dernier : cette réunion vit surgir le numéro 5. Kareen. Kareen me rend son mémoire (167 pages).

Lucette ne pourrait-elle pas prendre la direction de cette revue ? Parallèlement à ces chantiers. Désir d’écouter la musique d’Hubert. itinéraire d’une réflexion. Ethnométhodologie. Repas sympa. vers 1993. Il me faudrait parler du dîner d’hier soir avec Jacques Ardoino. recenser celles qui me manquent. Seconde hypothèse. Lobrot. nécessité. Je me sens mieux : je vois clair dans ce que j’ai à faire. regrouper ses œuvres. il y a la création du LRAI (Laboratoire de Recherche en analyse institutionnelle). et ces pièces rejouées par d’autres orchestres ! Plaisir de la lecture. La direction m’en fut confiée dès sa création . Lucette et moi. Hubert mérite d’ouvrir notre nouvelle revue Attraction Passionnelle. Tombeau pour Henriette : événement ! pour moi. Jacques Demorgon juge cela important . Mon article doit devenir un squelette de dossier. Je fais circuler Tombeau pour Henriette de Luze (1908-2002) : Berger n’est pas admiratif. si ! Lucette s’était levée à 5 heures pour éplucher ce livre : elle rêve de créer une collection Tombeaux. M. Devoir de fidélité rétrospective. Sergio Borba. Première hypothèse. à qui offrir les 10 CD légués par Hubert ? Qui peut apprécier cette musique ? Je ne veux pas que ces CD se perdent. de l’écouter durant mes voyages . il a été fondé par G. Cela signifiait-il la disparition du LAI ? Rien n’est moins sûr.Laurence m’a demandé de lui envoyer la maîtrise sur la traduction des Moments pédagogiques. Moi. lorsqu’il est parti en retraite ! Il parle de transduction : j’aurais dû prendre des notes. A Sainte-Gemme. esquisse panoramique d’une grande aventure intellectuelle à l’usage de ceux qui n’en ont qu’une idée vague. il me faut le compléter. de Korczak. soient oubliés : il faut au contraire faire que ces morceaux soient entendus. Implication Transductions. Ce laboratoire avait une publication : Le Bulletin du Laboratoire d’analyse institutionnelle. Quelle est l’histoire du LAI (Laboratoire d'analyse institutionnelle) ? Né en 1976. J’ai lu son mémoire : ce texte que je lui ai fait parvenir va l’aider à bouger. Jacques Demorgon est parvenu à faire une œuvre assez unifiée. l’enrichir. invite à repenser l’auto-production du courant de l’analyse institutionnelle. 284 164 . Patrice Ville est d’accord pour en assurer la direction. Guy Berger. au moment de la préparation du repas. annonçant la dissolution de ce bulletin. Jacques a lu au plus près le livre de René Lourau. Oeuvres de sciences humaines d’Hubert de Luze : -aux Éditions Loris Talmart : 8 760 heures. au programme : lire tout de Luze 284 . les choses bougent. Regard sur une morale ondulatoire. morale et grammaires génératives des mœurs. J’ai envie d’écrire . Lucette avait tout préparé. j’étais avec Renaud Fabre. de mettre un CD dans la voiture. Je me suis trouvé complètement abattu entre le 22 mai et le 8 juin. Lourau et Jacques Ardoino. Il faudrait ressortir ses numéros 32-33. nécessité de garder présent à l’esprit la fondation de notre revue Attraction passionnelle. Lapassade. Il faut revitaliser le LAI. et la fusion avec Les IrrAIductibles. R. Ce que raconte Jacques sur l’autoorganisation des sociétés. Depuis mardi. l’ancien président de l’Université. dans un premier temps de reprendre mon article sur Hubert de Luze . Photos. journal d’une année quelconque La science de l’homme. enquête chez les sauvages du IVe arrondissement et plus particulièrement de l’île du Marais. Au repas de midi : décision de fonder La Revue interculturelle . On maintient les deux revues. Le deuil d’Hubert m’a beaucoup touché.

et si c’est oui. Parmi les urgences. “ Anthropologie ”. Dès que j’aurai terminé ce travail. la pédagogie institutionnelle et la socianalyse institutionnelle). car en cette période. Tombeau pour Henriette. Le moment de la création. L’idéal serait de rendre ces livres avant le 14 juillet. Ces deux livres sont pour Anthropos. Ce chantier est l’un qui me passionne le plus. A prévoir pour la fin des vacances : Livre sur René Lourau (à rendre à Loris Talmart). Le livre sur La relation pédagogique intéresse le Brésil. dans le métro vers Gare du Nord. 358 pages. me semble prioritaire. Recrutement d’ATER. Il faudrait que je fasse connaissance avec lui. 16 h 10. L’ordre des choses : . On recrute Luc Bruliard comme chargé de cours. où je dois faire une conférence sur le tango.L’observation participante en coopération avec Gaby.Vendredi 11 juin 2004.Manuel d’AI (je voudrais reprendre 3 moments : la psychothérapie institutionnelle. Il est spécialiste de la pédagogie Freinet. édition du Journal d’analyse institutionnelle. Je vais essayer d’avoir confirmation de cette information. 165 . Mon programme éditorial. Je vais beaucoup m’ennuyer. Là encore. -aux Éditions Anthropos : L’ethnométhodologie. coll.Le Petit Traité de l’AI (avec Lapassade et Ville) . (avec Remi Hess).Le second livre à terminer est La relation pédagogique. Lucette me suggère de prendre ce congé sabbatique au second semestre. . les ouvrages qui impliquent d’autres personnes : . je me lance dans la production de livres réflexifs sur l’AI : . je n’ai jamais grand chose à faire dans le jardin. puis la réunion des IrrAIductibles.Moment du journal et journal des moments (livre théorique sur la pratique du journal). essai. 8 heures 45. Tous ces chantiers devraient déboucher pour la rentrée. La journée va être longue : nous avons à recruter des ATER . puis un voyage à Lille. je passerai à La théorie des moments.La théorie des moments . “ Ethnosociologie poche ”. ensuite j’aurai un peu de temps. mais je me demande si je ne devrais pas plutôt profiter de l’hiver pour partir dans l’hémisphère sud. J’ai pu raconter les derniers événements : Le certain et le précaire. au Journal des moments. Jeudi 11 juin. Cette journée s’inscrit encore dans le non-moment. mais Lucette m'annoncé que j’aurais obtenu mon congé sabbatique pour l’an prochain. Parallèlement à ce chantier. Une fois avancé ce chantier. et de tous les autres journaux écrits depuis 2000. je vais entrer dans une période de production intellectuelle. il y a vraiment du travail à faire. échanges de lettres 1999-2000. Je sors de la réunion des IrrAIductibles. 2001. Réunion de la commission de spécialistes. coll.

étant exclu du LES. moi au premier. D’autre part. Dans le train (TGV) vers Lille. un jour. Il faudrait tenir Gaby au courant de tous ces projets. Elle vient d’apprendre qu’elle a eu la place de seconde (sur 1300 candidats). mais ils créent une autre dynamique . qui proposait à Patrice de prendre l’atelier le premier semestre et à moi d’assumer le séminaire au second. Jacques nous a dit que la création d'une Revue interculturelle était une opportunité à ne pas laisser passer : c’est un créneau entièrement neuf . Je suis maintenant quasi sûr de l’avoir. issus de l’AI de Limoges : Vincent Enrico et Patricia Aloux-Bessaoud. a téléphoné à Danielle cette information. se trouve en errance. Le reprenonsnous dans notre équipe ? Oui. personne ne s’est encore engagé dedans. j’ai rendu compte de l’intervention de Jacques Demorgon et de Nelly Carpentier. Patrice Ville. Parmi ces 4. Cette période de l’année est du non-lieu. ils travailleraient pour nous : les 4 revues sont à faire avancer en parallèle.- Le succès de Véronique Dupont au concours de recrutement administratif (catégorie B). Il a déjà pas mal de pages. des institutionnalistes : ils sont irrécupérables pour nous. Je ne veux pas inscrire de gens en DEA. Quoiqu’on dise. 16 h 30. Mais Chantal Hochet. Je veux me casser au mois d’octobre. je vais écrire 4 heures tous les matins : il faut rendre des textes tout azimut. sans oublier Attraction passionnelle. et que j’en étais content : ce nouveau contexte repousse au second semestre le chantier que nous avions décidé de conduire à bien en octobre : le cours commun sur l’AI. J’ai vu Elisabeth Bautier ce matin. hier dans le séminaire de Lucette. Je feuillette ce nouveau carnet commencé en mai. à des gens comme cela. du service du personnel. Dès demain. Lucette veut prendre son congé au second semestre. plutôt que de travailler avec des plus âgés comme Patrice Ville. ils se confronteront à Benyounès. il faudrait avoir continûment un dossier déposé au service “reprographie” : quelque soit l’étiquette de la revue. Augustin Mutuale. Kareen Illiade. Les réunions se succèdent et. évidemment. à notre demande d'habilitation pour prendre une décision. Comment organiser l’année prochaine. L’an prochain. dans la dynamique. des chocs divers se succèdent et provoquent un changement dans le dispositif. Notre secrétaire de rédaction a donc réussi quelque chose d’important. Là encore. Il est certain que Gilles Monceau préfère enseigner l’AI. Mon congé sabbatique. Par ailleurs. Laurence Valentin et les autres. mais Benyounès les connaît : ce sont les petits soldats de Gilles Monceau. Réponse en septembre. excepté les gens proches de mes recherches. d’une certaine manière. Il faut foncer ! Benyounès a rappelé que nous avions aussi le projet d’une revue intitulée Autogestion pédagogique qui avait comme projet de travailler sur l’histoire de l’éducation nouvelle. disent des gens comme Jean-Louis Le Grand. je pense tout de même que ces gens-là sont. Je ne les connais pas. Mais ils veulent attendre la réponse du Ministère. Georges était ému d’apprendre que j’avais un congé sabbatique. (suite de la réunion de tout à l’heure). Au cours de la réunion des IrrAIductibles. solution à mettre en place : je n’ai encore reçu aucune information officielle concernant mon congé. 2 pour le LES. il faudrait s’y mettre. j’ai informé le groupe des IrrAIductibles de l’élection de 4 nouveaux ATER ce matin. Je vais les numéroter… 166 .

sur la cérémonie du lendemain. Sur le livre d’or. elle est une surdouée. Je vais raccrocher. C’est une perfectionniste. parlait fort (il était très sourd ce soir-là). je n’étais pas en train : j’avais les jambes lourdes. Il y avait aussi Sergio Borba. Samedi matin. qui me reconduisait au métro pour la Gare du Nord. J’ai embauché Véro. très triste. lui. beaucoup d’étudiants ! -Aucun collègue de l’Université française n’aura jamais autant d’étudiants le jour de son enterrement. Tard. qui. tout en faisant son boulot à la fac. Lucette. Je l’ai initié à la vie universitaire. On en parlait dans la voiture avec Lucette. Je médite au succès de Véronique Dupont. et à mettre en forme le numéro des IrrAIductibles. et voilà maintenant le décès de Gérard. ne cherchant pas à être entendu par Georges. C’est un beau succès qui s’est construit avec méthode. Enterrement ! Gérard était à l’enterrement de René Lourau. que nous organisons chez nous. Dans son genre. Il avait été stupéfait du nombre de personnes. 10 heures. le soir. je devais partir très tôt à Sainte-Gemme. très heureux ! Ce que je trouve génial chez elle est qu’elle a réussi cette performance. Elle est notre secrétaire de rédaction ! Il faut que je remercie aussi Martine Abdallah-Pretceille. et tellement émus !. Cette transversalisation des activités est fantastique : elle est une illustration de la théorie des moments. il parlait discrètement. "Véro va pouvoir tenter un recrutement de catégorie A". J’ai écouté mes messages téléphoniques. Elle réussira tous les concours qu’elle passera. Georges Lapassade me rappela. je faisais silence cependant. qui étaient présentes à cette cérémonie : des étudiants. j’ai laissé un message à Georges. Lucette l’a fait ensuite recruté comme vacataire à Paris 8. Je ne puis rien dire d’autre. je cherchais un prétexte pour retarder mon départ. Je lui annonçais la mort de Gérard : -C’est triste. laissé la veille : elle m’annonçait la mort de Gérard. dit-il . Je sortais tout doucement de la maladie. Nous nous étions vus le soir du 26 mai. C’est formidable de pouvoir être l’adjointe d’une vice-présidente du Conseil scientifique. mais. dans laquelle j’avais sombré après la mort d’Hubert. Hier. C’est certain. ce soir-là. Gérard avait raconté une autre version de l’époque de Vichy. Hélène l’a préparé au concours pour les épreuves juridiques. Puis je me suis mis à écrire un texte pour annoncer aux IrrAIductibles la nouvelle de cette mort. m’avait-il dit. mais aussi en passant des week-ends à moto avec Jean-Sébastien. car je n’avais pas envie de changer le climat de ces dîners intellectuels. La discussion était passionnante. notre ami Brésilien de Maceo. qui l’a choisi comme secrétaire. Lundi 14 juin 2004. Lucette me donne la parole. J’avais sorti les photos d’Hubert prises Rue Marcadet . Réunion de notre nouveau laboratoire. Je vais écrire un article sur elle dans le prochain numéro des IrrAIductibles. que celle que nous racontait Lapassade. Ce succès de Véronique me rend heureux. C’est formidable ce travail d’équipe. Il y avait Charlotte. veille de l’incinération de notre ami Hubert . et je pensais à Patrice qui participait au dernier dîner où était venu de Luze en 2003. et ensuite la séance commence. Georges me demanda de l’emmener à l’enterrement. et j’ai trouvé le message de Monique Salim. de Hubert de Luze. Gérard avait mesuré ce jour-là. Gérard avait écrit à propos des sorties de Georges : soirée inoubliable ! J’ai téléphoné à Patrice. a dit Lucette. Je suis déstructuré par la mort de Gérard. Je dis quelques mots des décès de Gérard Althabe. Valentin Schaepelink. tendue un peu du fait des positions paradoxales de Georges. étant rentré à une heure du matin de Lille. la présence de René chez les étudiants… 167 . ma nièce.C’est fait.

Les étudiants. lui demandant de prévenir Georges. aspirations de classe était une dialectique qui traversa toute sa scolarité secondaire. mais. Dans l’expérience de l’histoire de vie que l’on fait à deux. c’est son effort pour décrire les situations dures. Ce vécu commun d’un écart important entre origine et position de classe. qu’il a vécues. et pour les élaborer comme expérience. je me suis dit qu’il fallait aller porter mon texte en anthropologie. Moi aussi. La mort de R. que je le prendrai pour partir à Boulogne. de cette auto-reconnaissance de l’expérience. origine de classe. nous nous trouvions dans un mouvement de lutte assez fantastique. Dan Ferrand Bechmann fait un exposé sur la richesse de l’expérience associative. Quand il parlait. issue de la classe bourgeoise. qui avait miné son enfance. en même temps. Lourau survenait dans ce contexte de lutte. plus j’entends la construction de ma propre expérience. Je m’aperçois que je n’ai pas mobilisé mes troupes. Gérard avait ensuite pris quelques distances. Suspension de séance. aux funérailles. Nous étions proches idéologiquement. un anti-colonialiste. plus qu’un “mao”. que j’ai fait tirer par Madame Guichard). René Barbier intervient pour dire qu’il est en phase avec ce que dit Dan : elle a parlé de Saul Alinsky. Paulo Freire. Position de classe. que me donnait mon statut de biographe de René Lourau : écouter Gérard devait m’instruire sur René. et pour cela 168 . Dan a parlé d’engagement. L’entendre parler de son enfance. La position de classe de ses parents lui faisait honte. c’était le départ. d’implication. Cela rendait René malade. Leur amour fut une sorte de dépassement du problème. fut pour lui une douleur. j’ai eu ce conflit en tant qu’élève. ceux-ci voulaient le faire sortir de son milieu : ce désir de ses parents de voir leur fils changer de classe sociale. de son adolescence avait son origine dans la curiosité. Ce que je trouve génial. son adolescence. chez lui. Survivre à Gérard me donne une responsabilité. En terminale. j’avais l’impression d’entendre René. les mêmes problèmes. René avait eu exactement la même enfance. Il raconte un vécu dans lequel je me suis retrouvé. Aucun de nos doctorants n’est présent. Le décès de René nous rapprocha : Gérard avait beaucoup aimé René. il y avait aussi Patrice Ville. Mes difficultés scolaires ne venaient pas d’autre chose que du conflit décrit par Gérard. Des collègues cherchaient à éliminer les étudiants du DEA . Je dois transmettre son expérience. et ce refus du malaise. Pendant que j’écris. explique en partie l’engagement de l’un et de l’autre dans la construction d’une théorie de l’implication. dit Lucette. adolescents. car il souffrait de l’évocation de ses années d’enfance à Gelos. plus Gérard me parle. Cette lutte que Gérard n’ignorait pas totalement. deux ou trois anciens du Mouvement de l’AI. je fais un travail de construction de cette reconnaissance. -La reconnaissance de l’expérience passe par une auto-reconnaissance du poids de l’expérience. J’ai écouté Gérard raconter son histoire de vie. et Pierre-Philippe avec qui nous avons évoqué Gérard. Je vais donner un exemplaire à Danièle Lemeunier. Ensuite. Je suis nul. Frédéric Dages propose d’insister sur la notion de mobilisation… Nous sommes une trentaine. Ce qu’il dit sur le rapport à l’école qui entraîne chez lui une difficulté de socialisation (rupture programmée par sa famille avec sa classe sociale d’origine). il en mesura les effets ensuite très rapidement. mais on peut lui trouver une dimension commune : me faire changer de classe sociale. une tentative de construction de l’expérience. Pierre-Philippe Rey reconnaît dans la personne de Gérard. Il aurait été important pour eux d’être là. qui découle du fait de refuser cette dissociation. et parmi eux. J’y ai vu Marianne. dans leur très grande majorité. ce qui se passe c’est une co-construction d’expériences. Je pars avec un petit paquet de tracts (textes de 4 pages sur Gérard. En écrivant mon journal. Je me battais à ses côtés . il rencontra Josette. étant enfants. Ils avaient eu une amitié très forte. Ça.Il faut dire qu’au moment de la mort de René. Oui. après la mort de René. Le désir de mes parents était plus complexe que celui des parents de Gérard. étaient lancés dans la lutte contre les profs réactionnaires. Tout le travail biographique est une tentation. me porter pour aller vers le haut .

Je ne peux pas dire que. je sois “ mobilisé ” à 100%. qui change de norme en fonction du contexte. -Oui. Du coup. la coproduction de savoir. je regarde ça en étant ailleurs.se sacrifier. praticien de la pédagogie institutionnelle. Jean Biarnès parle maintenant. Je regarde cela de loin. la co-élaboration de l’expérience enrichit la connaissance des différents acteurs. Ed du Rocher. un sport. De Luze a montré l’ambivalence. je n’ai plus le même rapport au monde. Repas amical au chinois avec Michel Manson. par le canal de Véronique. de choses et d’autres : résultats des élections européennes. sur l’élaboration de l’expérience. par mon épouse). René Barbier et Christine Delory Momberger qui doit intervenir maintenant… Christine et René ont bien connu Gérard. Retour au colloque de notre groupe de recherche. de l’homosexuel. Je puis être ailleurs ou être dedans. surviendrait un moment décisif du jeu qui ferait basculer la présentation (Husserl. succès de la France contre l’Angleterre. Michel Manson travaille avec Christine. car je recevais ma fille Hélène. sans grande mobilisation. Comme moi ! Lucette aussi. Je l’ai appris. car mes petites filles sont. Il me capte. est restée jusqu’à la fin du match. Il en est de même pour moi. Michel Authier. permettant la relation adulte-enfant. On ne s’ennuie pas à jouer à “ cheval-gendarme ”. -Oui. de façon très amicale. Pays de connaissance. en ellesmêmes. hier… Silence… G. Nous avons parlé. Le foot m’absorbe. Lapassade me téléphone durant la réunion. Pour moi. quant à lui. mais avec une demande de ne pas être dérangé au cas où. Je n’ai pas noté que j’avais vu Monceau ce matin. Véronique m’a dit que cette expérience devait être dure pour moi. 169 . a été téléspectateur du match d’hier. Mais cette veille peut déclencher une mobilisation psychique totale. Je lui ai demandé s’il savait que Gérard Althabe est mort.1978). Mais. 14 heures 45. 1998. co-auteur avec Jean-Marie Brohm de Quelles pratiques corporelles maintenant (Delarge. lorsque l’évaluation du jeu l’implique. Yves et leurs deux filles. Son itinéraire ? Il est professeur de sciences de l’éducation à Paris XIII. Michel Manson. Il y a de nombreuses dimensions dans une expérience. Il est historien de l’éducation. J’ai loupé Croatie-Suisse. Je vais le prendre avec Rezki pour le conduire à l’enterrement. Si je parviens à prendre la parole. Autre idée. l’analyse des gestes techniques se fait quasiment instantanément. Il est un ancien instituteur. en pensant à autre chose. par rapport à la morale. J’aime bien ce qu’il dit. selon que je suis dedans ou dehors. par hasard. Le vécu avec Constance et Nolwenn fait oublier le sport. et autres excentricités. etc. Je fais plusieurs choses à la fois (d’où le fait que je vive mal de devoir écouter les commentaires techniques des coups de pied arrêtés de David Beeckam. je proposerai de distinguer savoir et connaissance 285 . J’expérimente une sorte de veille. par rapport au sport. Il est né en 1946. dure !. Il a étudié tout particulièrement l’histoire du jeu et des jeux. lui ai-je dit. Mais le travail à deux permet un développement de la réflexivité pour l’un et pour l’autre. Ecrit sur la conscience phénoménologique de la 285 Cf. René Barbier a dit que le football lui donnait la nausée. et il a attendu la fin. lorsque je regarde une émission sur le Tour du Dauphiné ou sur le Grand prix de formule 1 du Canada. qu’il partageait l’analyse de Jean-Marie Brohm.

conscience intime du temps. me disait-il en 1999. je m’y mettrai à plein temps. Je n’ai pas Le Monde chez moi (grève de la distribution). Et je commence à comprendre que j’ai manqué de présence à mon œuvre. Porte de Saint Cloud. qui a assisté la semaine passée au séminaire de Marc Augé et Gérard Althabe à l’EPHEST : Gérard était en forme. Pour moi. Le procès Brohm a été une merde absolue. Seulement. En fait. absolu. J’en veux à Liotard. Aujourd’hui. Georges a dû s’assoupir quelque part. il devient important de construire. 170 . C’était déjà l’idée de De Luze : "Vous perdez votre temps chez les Verts. de nous avoir fait perdre un temps précieux. J’ai rendez-vous avec Lapassade au SCUIO. Cela m’a vraiment touché. 16 heures dans le métro. Nous avons bu 2 bouteilles de Muscadet à midi. La “ représentation ”. Marc Augé et Monique Sélim. aujourd’hui. Lucette m’a dit que les funérailles ne me permettraient pas d’établir des contacts : aucune décision ne sera prise aujourd’hui. Le Monde. échange avec Sarella. Je ferais volontiers une sieste. hier. "La conversation rejoint l’expérience individuelle médiatisée par l’autre…". Je vais partir. j’ai écrit un journal. Le temps perdu dans cette affaire aurait dû être consacré à produire la mémoire collective de notre recherche. Georges n’est pas là. préparé ce matin avant de partir : je pars donc sans savoir où je vais. écrivez !". et quelques copies du texte photocopié ce matin. Il faut que cela sorte en septembre. ces expériences sont des nonmoments. en foot n’étant que le montage télévisuel de moments décisifs. un mot d’Odile ma sœur : . Pourquoi Lapassade m’a-t-il donné rendez-vous. j’espère trouver un plan. Quelle vie ! Quelle mort ! Ce matin. regarder Le Monde de samedi. la queue. Ensuite. Certes. je voudrais pouvoir établir une vraie relation. La mort. il y a 20 ans ! A midi. Je pense à toi. et puis partir Porte de Saint Cloud. où il n’arrive pas. Personne. alors qu'il se passe tellement de choses ! Ce matin. j’en ai 57. etc. J’ai loupé Georges. Mais celui-ci n’est que le témoin de ma dissociation. Il faut aussi le sortir pour septembre. j’ai pris conscience que le temps bien utilisé est la chose la plus précieuse. Je ne le comprenais pas. Je n’ai pas donné de nouvelles à Gaby depuis 107 ans. Selon Maryl. Nous avions rendez-vous pour partir ensemble à l’enterrement d’Althabe. 1905). dans ce non-lieu du SCIUO ? J’entends la voix de Maryl. Je n’ai pas les jambes lourdes. fin des moments : le non-moment total. Comment passe-t-on de la mort à la vie ? Georges ne me fera pas manquer les funérailles de Gérard. Aujourd’hui. avec le fils de Gérard. avec méthode. L’autre social me ramène à ma propre socialité. 15 heures 30. et je tente de rattraper mon retard. Réminiscence : je pense au texte que Gérard m’a rendu sur l’observation participante. En relisant un article d’Althabe. Pas d’étudiant aujourd’hui dans ce service que j’ai dirigé. J’ai décidé de laisser la voiture rue Marcadet et de continuer en métro. Christine parle de l’échange conversationnel (la conversation). Maintenant.J’ai vu dans Le Monde la disparition de Gérard Althabe. J’avais 52 ans. Je n’ai pris que ce Carnet du non-moment. Je crois qu’il était un proche. J’ai laissé mon sac chez moi. Regarder Le Monde. La présence dans un non-moment : l’attente de l’autre dans un rendez-vous. je n’ai pas retrouvé dans ma voiture le plan. l’important serait que nous puissions prendre une décision collective concernant l’histoire de vie de Gérard.

Mais. Personnellement. On parle du dispositif pédagogique de l’année prochaine. avant le retour pour Paris. je continue à être travaillé par mon histoire de vie de Gérard Althabe. Il faut que leur livre paraisse en septembre 286 . En faire une biographie ? Ce matin. 2004. La socianalyse. Patrice m’a proposé de me ramener. Il faut aller au-delà de cela. Il faut y aller. dans le bus 31 entre la Gare du Nord et chez moi. Séminaire de Patrice. Mardi 15 juin 2004. 171 . j’ai travaillé à la correction du premier chapitre. On est soumis à une certaine passivité. 224 pages. sur la forme et sur le fond. Il fait 27°C. On manque de présence à l’événement. 287 Intitulé “ Réponse à un courageux anonyme qui n’a pas encore compris l’autogestion ”. les Van Bockstaele. Sainte-Gemme Attente. On ne parvient pas à se “ mobiliser ”. il devait faire un arrêt à deux pas de la MJC du Point du Jour. À la sortie du cimetière. C’est urgent. J’ai chaud. La situation est émotivement dure. car il donne quelques références précises que je peux reprendre. en ce qui concerne la capacité à se mobiliser psychologiquement. se battre pour écrire pour soi. sur l’Allemagne. Ensuite. Je suis monté avec lui. Encore une station. Le livre est sorti en novembre 2004. il y a eu Marc Augé qui a sorti un papier un peu court.Par exemple. Gérard avait tellement parlé de l’enterrement de René Lourau. Il y a beaucoup de monde aujourd’hui. Anthropos. Y aura-t-il d’autres IrrAIductibles au rendez-vous ? 19 heures 30. On parle de Gérard Althabe. au Khédive. comme s’il me connaissait depuis toujours. Son père m’a appelé Remi. Pour écrire. Ils ont plus de 80 ans ! C’est leur premier livre. Je garde le texte au plus près de sa parole. Je suis arrivé un peu juste au cimetière : Monique Selim parlait. mais important. Il me reste 8 minutes pour trouver le nouveau cimetière de Boulogne. Merde ! Je voulais vraiment prendre des photos. il faut accepter de faire un pas de côté. Amusant de relire cela avec un an de recul. leur donner mon feu vert. Dans un premier temps. 286 Jacques et Maria Van Boackstaele. par rapport à ses parents. Economica. Cela ne facilite en rien la qualité de la présence au monde. Paris. Je retrouve dans mon casier un texte. Samedi 19 juin. Il a lancé la conversation sur la mort de Gérard. pour embrasser ses parents. les parents ne supportent pas qu’on écrive. C’est le père de Patrice Ville qui m’a montré ce texte. Du coup. On parle de la dimension instituante de l’écriture dans la famille (Johan Tilmant). C’était stratégique pour moi. Anne-Catherine annonce sa soutenance à 16 heures 30 en salle CO22 sur La danse de couple. je trouve dans Le Monde daté du 15 juin. écrit l’an passé par Laurence Valentin sur l’autogestion pédagogique 287 . J’ai accepté. Mardi 22 juin. je dois leur écrire. Imaginer – coopter. on craque. Il ne faut pas qu’ils manquent cette joie énorme de voir sortir un livre ! Le livre collectif de leur vie ! J’ai oublié l’appareil photo. à côté de Boulogne. suite et réponse à “ Critiques constructives ”. Il se trouve que les parents de Patrice habitent dans une HLM.

nous faisons une halte à Montélimar. Jeu. pour le procès de Montpellier. car je suis parti avec Hélène. ce procès est reporté. Partir. et aussi de ce qu’elle réussit à tirer de ce pas de côté. ici. Je lui ai parlé du Moment de la création qu’elle a voulu acquérir. Le voyage s’est transformé en vacances familiales : j’ai vu ma sœur Odile. Voir mon avocate là (elle rentrait d’un procès à Poitiers. pour sortir le maximum de livres avant de partir en voyage : au Brésil. Yves et leurs filles. pour moi. Chez René. chez Althabe “ceux d’en haut. Livre fort. je me suis rapproché d’Hélène. manipulation. Elle est repartie avec. Le sabbatique serait une possibilité d’investissement sur la famille. J’en avais un exemplaire à Sainte Gemme. Je m’endors immédiatement. je n’ai pas eu le temps d’écrire mon journal. Passage de Cristian Varela au séminaire. etc. et c’était mon tour de prendre le volant. J’étais dans un état altéré de conscience. Comme il connaît moins bien la voiture que moi. qu’elle a la chance de pouvoir faire. je me couche. J’avais hâte de me coucher. 6 heures 30. et se trouvait aussi dans un état altéré de conscience) ! Je reprends le volant : en arrivant à Aix. l’anthropologue impliqué que je relis depuis avant-hier matin. réalité. Avec Véronique Valette. J’étais crevé. On y allait. Je rêve si rarement qu’il me faut noter mon rêve. Et je rêve. La richesse d'une personne vient en partie des pas de côtés. ce sera. Mon enthousiasme est modéré par mon rapport à la famille. 172 . Mais. Mon idée est de me mettre au travail. à l’apprendre quasiment par cœur. Je le sentais épuisé. Nouvelle expérience du non-moment. voyager. pour terminer mon introduction à Ailleurs. Rezki Assous me donne un double de son entretien avec Gérard Althabe. chez Brigitte. La journée d’hier a été marquée par les 60 ans de Nadine. de mise en forme est un travail terne. Ce travail de relecture. Hélène verrait d’un bon œil que je m’occupe davantage de mes petites filles. je me réveille en ayant des idées. On a donc passé la journée à la Grange au bois : j’y ai retrouvé mon camarade d’enfance Jean-Jacques Valette.Avec Ruben Bag. finalement. “genèse théorique et genèse sociale” . Les morts de De Luze. j’ai quitté Sainte Gemme à 23 heures 30 avec Charlotte et Lucette… Je me suis couché à une heure. je voudrais ajouter les Etats-Unis et l’Italie. Nolwenn rejoindre Constance. Yves avait conduit depuis le péage après Lyon. la famille Chevilotte. sur une aire d’autoroute : je tombe sur Alessandra. nous avons parlé d’histoires de vie. Althabe et Joseph Gabel (12 juin) me font vivre intensément à l’intérieur. Je vais le lire ce soir. du moins en ce qui me concerne . dans le métro pour Montparnasse. donc un désir d’écriture. Du coup. Ce week-end. mon avocate. Je vais entrer dans une phase d’écriture : tous les matins. Il fait très chaud. Proximité étonnante entre les pensées de René et Gérard. À minuit passé. je devais le remplacer. Lundi 5 juillet. et me voilà en route pour Angers où se tient le jury de DEUG. Yves. et son épouse Véronique qui travaille dans la même boîte que mon frère. cela oblige à bien lire le texte. on parle du dispositif. Hier soir. illusion. Embouteillages. Vendredi dernier. nous sommes partis en voiture de Paris vers 18 heures. Un document du Ministère m’annonce mon congé sabbatique : je prends la mesure de l'événement. rompre avec la routine. etc. Apprendre l’italien me semble essentiel. ceux d’en bas”. Je n’ai pas beaucoup dormi. Jeudi 1er juillet.

la pluie n’était pas loin. L’écriture est sans aucun doute. il restera. J’avais envie de découvrir les ressources de notre nouvel abonnement à Canal Satellite : avoir 45 chaînes en allemand. Pour un prof. date à laquelle j’aurai Romain à Sainte Gemme ? Je ne sais pas combien de temps. m’a fait manquer le moment de l’écriture du Journal de Sainte Gemme. un bon dispositif pour faire un saut qualitatif en allemand. un moment. Gigi vivait avec Jean-Marie Brohm. Nous avons effectivement évoqué Jean-Marie. au moins celui du travail. j’ai manqué la narration des journées de samedi (puis dimanche). Je ne passerai pas à côté de cette expérience. et ensuite regarder la télévision dans cette langue ? Apprendre le contenu des chaînes de télévision est une excellente entrée dans l’Allemagne d’aujourd’hui. le semestre sans cours demande une autre organisation. Aujourd’hui. du voyage. et qui sont très proches de moi. une amie de Nadine et Françoise Lourau. le congé sabbatique est une sorte de brouillon de retraite : il fait expérimenter la situation de déconstruction du moment du travail. pour renouer avec des moments autres comme ceux de l’amitié. et donc de refuser les inscriptions en maîtrise ou en DEA. Gigi n’était pas à l’enterrement de René : elle était hospitalisée à cette époque. la vie de Château. Elles étaient ensemble à l’Ecole nationale supérieure d’éducation physique et sportive. et un peu les Lourau. était prioritaire sur les autres. j’ai encore 8 ans à faire. Comment vivre sa retraite dans une perspective où s’articule la gestion des besoins individuels. Par exemple. Je regardais une série à la télévision. pour moi. pour écrire. l’anthropologue impliqué. cette histoire est des plus sérieuses. En 1968. Je continuerai par la Théorie des moments. Lucette rêve d’organiser un voyage en Italie. créatrice d’emploi pour la jeunesse ! J’ai fait rire la compagnie. Elle écrivait dans la revue Partisans. ici. Lucette et moi avons tout mangé ! Ce qui n’était pas sans me donner un léger mal au ventre. Il faut que j’utilise ce temps pour me faire un programme d’écriture : il me faut composer des livres. Mais Charlotte. J’ai donc lancé la conversation sur la question de la retraite. Nadine. J’ai lancé mon idée de Maison de retraite autogérée. les cassis et les groseilles. Véronique et Gigi. Il fallait cueillir les cerises : il est 173 . pour une pédagogue quelque peu surimpliqué comme je puis l’être. organisationnels. Avec Jean-Jacques. car j’ai eu le temps de rentrer dans l’idée. Ginette Michaud. Il faisait un temps mitigé : le ciel était couvert . inter-individuels. des étudiants que je connais très bien. Alors que j’avais raconté en détail la journée de vendredi. et moi. Le jury d’examen d’Angers m’a toujours donné de l’espace. il fallait cueillir les cerises. Jean-Jacques est en pré-retraite. le livre avec Althabe. que beaucoup vivent comme la fin des moments. sans obligation pédagogique. je vais bénéficier d’un long moment de voyage. Je vais m’y mettre dans les jours qui viennent. j’ai choisi de rester au lit jusqu’à 9 heures 30. Puis-je prendre le temps de finir ces ouvrages avant le 22 juillet. Gigi est déjà retraitée. alors que je suis du même âge que Jean-Jacques et que j’ai deux ans et demi de moins que Nadine. que j’allais avoir ce congé. Je n’aurai que 4 nouveaux inscrits sous ma direction. puis de partir. mais je crois jusqu’au 10 août. Mais ce moment exige une suspension des autres moments. Profiter des vacances. La veille. Mais aussi d’une mobilité : comment voyager ? Tenir compte du soleil… Sorte de pré-retraite. Lucette avait cueilli les framboises. J’ai défendu l’idée d’un ancrage au village. Puis-je lire chaque jour une heure en allemand. c’est créer une suspension des moments quotidiens. hier matin. où Lorenzo et Diana s’ennuient de nous. Ensuite. Nadine envisage de faire encore un an en 2004-2005. il était question de retraite.Parmi les autres invités. Or. J’ai donc devant moi 6 mois. J’avais cueilli 3 ou 4 kgs de cerises. groupaux. Je commencerai avec Ailleurs. Le fait de me lever à 9 heures 30 au lieu de 7 heures. Puisque l’on était invité à midi chez Nadine. car il m’est apparu que le chantier cerises.

174 . Elle pense qu’elle va se faire licencier de son boulot : à 56 ans ! Ma sœur aurait une indemnité de licenciement qui lui permettrait. que Lucette et moi l’avions connu. il y a huit jours de m’accompagner au Brésil. préparés.bon pour les arbres d’être allégés de leurs fruits . Dimanche. valse rock. j’étais trop fatigué pour l’aider. écrit deux années plus tard 289 . probablement. 1988. C’est assez curieux d’associer sa vie à un moment. Charlotte va mal. fière de danser avec son père 288 . J’ai aussi un désir d’Italie. Le regard de Mathias. Il est mort après Lefebvre : Gusdorf avait fait venir Lefebvre à Strasbourg. à elle aussi. et R. et elle en était très triste. et cela lui rend la vie pénible. celui de Florence (qui m’a fait penser hier à la mère de Romain) stimulait ma fille. Il s’était installé dans la Cour de la ferme. au prix du kilo de cerises. aussi. Je m’étais installé dans une banquette. Les deux chevaux ne se quittaient plus… La vie reprend. Du coup. Pourquoi chez Nadine ? Elle avait perdu un cheval. Nostalgie : Gusdorf nous laisse son œuvre. valse crusado. parce qu’elle ne parvient pas à se mettre à l’écriture de sa maîtrise. Elle a fait des lectures. j’avais été en porter à Antoinette Hess. Mais pourquoi s’installer dans de tels scénarios. et nous évidemment… Ensuite. Métailié. Odile m’a proposé. Roby a joué de l’accordéon. Paris. J’ai donc remis à plus tard la cueillette ! Mais il a plu toute l’après-midi. Je me sentais à la fois là et ailleurs. Je souffrais de la disparition de Gérard Althabe. sur le Romantisme. Il y avait aussi Jean-René Ladmiral. Charlotte me proposa de danser une valse. que signifie-t-il ? Je me demande si la solitude à laquelle j’aspire n’est pas le besoin de la suspension des moments. nos pas se complexifièrent rapidement. et Lucette s’est mise à lire des pages entières de Gusdorf. à Sainte Gemme. Yves. je voyais un nouveau cheval. mais elle souffre d’un épuisement physique. Samedi. Remi Hess. J’ai fait des sacs de deux ou trois kilos pour Charlotte. Hélène. mais. Elle envisage de mourir à 30 ans ! Ce genre de pensée impressionne Lucette : la disparition de Charlotte serait très douloureuse pour sa mère. Véronique. Valse. et un grand désir de solitude. je crois. de prendre un congé sabbatique. Elle avait apporté une valise pleine de livres. Il avait une connaissance fantastique du Romantisme allemand… Aider Charlotte à faire sa maîtrise me donnerait un surplus de culture germanique. Les gens parlaient. après le départ du vieux. mis en pension par une amie. Cet investissement est assez contradictoire avec le désir du Brésil. J’étais ainsi dans des pensées nostalgiques. et penser à la vie ? Charlotte a envie de sortir du tango. j’en ai cueilli pour apporter aux Neiss. Henri Lefebvre et l’aventure du siècle. Charlotte a beaucoup parlé de sa propre mort. Elle a des idées. n’ont jamais été publiés. ce serait dommage de ne pas cueillir ces fruits. il s’est mis à pleuvoir. Gusdorf avait prononcé un texte que je devais utiliser dans l’introduction de mon livre sur Henri. en 1985. Les actes. Elle n’arrive pas à se trouver un mec. puis pour en rapporter à Paris. Samedi. son propre cheval n’était plus seul. mais un peu distant. qui l’empêche d’entrer dans le moment de l’écriture : elle a peur de ne pouvoir y parvenir. Ce journal sur le non-moment. dans un colloque organisé par la ville natale d’Henri Lefebvre. Henri était là. j’en avais cueilli pour notre consommation personnelle. alors que l’on pourrait vivre. Il s’était installé sous un parasol. et nous sommes donc restés chez Nadine. et en a produit un montage (exposé à Sainte-Gemme). comme on manque d’infirmières. C’était à Hagetmau. et en plus. Je ne me souviens plus. le nouveau couple semblait heureux. J’entendais d’une oreille : passionnant le père Gusdorf ! J’ai dit à Charlotte. il y a deux mois. Ce colloque a dû jouer sur mon désir de travailler sur Henri Lefebvre : quel avait été l’objet de ma communication ? Je ne me souviens plus. elle n’aura pas trop de 288 289 Véronique Valette a fait des photos de cette danse. Lourau. J’étais là. où il pleuvotait. et elle associe la fin d’un moment à sa mort. Or. Vendredi. C’est Anne Gotman qui avait organisé cette manifestation.

Ma méditation sur le non-moment doit donc être prolongée. durant cette période : on va se retrouver comme il y a 50 ans ! Cette semaine sera une occasion de méditer ensemble à notre futur. le second est la tenue de carnets que j’emmène avec moi. j’ai vu Benyounès . Pour l’accueil de mes sœurs. Idée à suivre. à Benyounès. je prenais conscience que je bloque ce journal. Je voudrais terminer ce texte avant les vacances. Hier. Probablement que le journal de Paul trouvera des lecteurs intéressés. Le TGV est arrêté. Mais j’oublie qu’à 280 francs. avec lui.mal à retrouver un travail. Pourquoi ne sont-ils jamais venus ensemble à Sainte Gemme ? Notre maison. Je fais une pause dans mon écriture. que ma mère Claire a eu avec Marthe. nous ne communiquons qu’à travers groupes et journaux interposés. ma marraine. mais j’ai encore pas mal de pages disponibles. Constance va se joindre à nous ! Je pense à Bernadette Bellagnech : c’est un peu pour elle que j’écris. le journal 1939-1947 trouverait aussi ses 800 acheteurs. vers 19 heures. je pensais à elle. par rapport aux moments 175 . Le soir. Hier. Ces derniers temps. Véronique Valette m’a parlé de journaux de cette époque. cela relancerait les ventes du premier ouvrage. Première étape : trier sur papier le journal de Paul. En faire un tirage que l’on corrigerait avant de le faire imprimer. C’est un travail à faire rapidement : Anthropos pourrait être intéressé . et avec qui je ne communique même plus par mail : Gaby Weigand . le faire lire par mes sœurs. Je sais qu’elle est toujours la première à me lire. j’ai des carnets thématiques. notre moment commun semble au point mort. j’évoquais la correspondance de 60 ans. William à qui j'annonçais l'arrivée de mes sœurs le 10 juillet. après deux soutenances de maîtrise) . que j’ai hâte de rendre à Bernadette. Ce sont des thèmes un peu farfelus. Il y aurait le journal de Paul à imprimer. à ses enfants. Je numérote les pages de ce carnet. elle aussi. je recevrai à Sainte Gemme mes deux sœurs : Odile (de Martigues) et Geneviève (de Vienne). ce Journal sur le non-moment. J’ouvre un nouveau carnet. certainement. j’emprunte la maison de William. là où je suis sans mon ordinateur (Sainte-Gemme. en discuter avec Antoinette. mais aussi cet autre sur Les jambes lourdes et cet autre sur Attracteurs étranges et détracteurs intimes. à 15 euros. En parlant avec Véronique. lira ce journal un jour. Va-t-il repartir ? Oui. Ce journal trouverait un public à Reims. Depuis quelques années. La semaine prochaine. Mais il nous reste toutes les lettres de Marthe. il taillait ses haies ! Il veut faire les choses bien. parce que je ne le trouve pas aussi fort que celui de 1914-1918. Lucette envisage d’aller rendre visite à ses parents. voyages). ce premier journal de Paul a trouvé 800 acheteurs . Cette technique instituante oblige à reprendre le vécu en le faisant entrer dans un moment. Mardi. cela ferait un ensemble. mais il a dû repartir avant que je ne sois libéré de mes obligations (beaucoup d’étudiants à ma permanence. Les lettres de Claire ont été détruites par Marthe. lorsque je sens que je puis développer un sujet qui peut structurer la narration du quotidien. Celui-ci justifie une édition. Ne faudrait-il pas faire taper cette correspondance ? Je suppose que l’on va parler de ces choses avec mes sœurs. mais sans retrouver les responsabilités de chef de service qu’elle occupe aujourd’hui. et aussi à celui de nos enfants. actuellement. Le Mans. à la Grange aux bois. Mais quand ? J’ai l’impression d’être proche d’elle et. m'a dit qu’il allait faire des travaux de petites réparations. Celle à qui je pense souvent. j’ai ouvert des carnets sur des sujets étranges : par exemple. Je sais que Gaby. en même temps nous sommes très loin l’un de l’autre. précieusement archivées par Maman. son amie. il y a deux dispositifs : le premier est la frappe directe sur mon ordinateur . En plus. n’est pas en mesure de recevoir beaucoup de monde. Dans mon écriture de journaux. une grande maison qui jouxte la mienne. j’espérais un moment avec lui.

époque où je demandais à mes étudiants. Je n’avais lu que le second volume de La Somme et le Reste. 1978). je peux aussi la définir comme l’ensemble des moments. l’un des concepts qui étaient les plus productifs pour m’aider à me penser moi-même était celui de transversalité. Je nommais cette technique Le journal institutionnel. Mais je montre aussi que les moments comme mode de pensée de mon quotidien étaient déjà bien là dans les années 1976.Saint Laud. Je sors du non-moment pour parler de l’émergence du moment de la théorie des moments dans mon œuvre. Bien au contraire… On arrive à Angers. Son témoignage serait intéressant. Cette théorie des moments. pensée par Henri Lefebvre. Et ce tout est ici synonyme d’institution. La présence et l’absence n’est sortie qu’en 1980. dans le cadre théorique de l’analyse institutionnelle. par le biais de l’ethnométhodologie. Mes premiers commentaires de cette théorie datent de 1988 (Henri Lefebvre. L’édition du journal de mon grand-père pourrait stimuler ma réflexion sur l’édition de mes propres journaux. pour nous conter le Vingtième siècle ! La conversation avec Véronique Valette m’a fait prendre conscience que je devais prendre des décisions par rapport à mon propre journal… Depuis la mort de René Lourau. et j’ai appris hier qu’il avait recueilli l’histoire de vie de mon père. Ma découverte de cet ouvrage à sa parution. car j’ai mis au point la méthode du journal des moments : cette technique était présente en 1976. et j’avais l’intuition du Journal des moments. La notion d’appartenance est alors celle à laquelle nous nous réfèrons. Ce travail serait du plus haut intérêt : cet André Hess qui fut mon (notre) père fut un personnage assez discret! Il a peu écrit lui-même : ses écrits ont été détruits. celle dans laquelle ils travaillaient. Journal de danse. Est-ce vrai ? Qu’en fera-t-il ? Il semble qu’il ait été jusqu’à faire relire par notre père. de centrer l’écriture de leur journal sur la description de leur quotidien dans une institution : la plupart du temps. je situe la socianalyse comme le moment de la refondation (Centre et périphérie. le moment s’inscrit donc dans un creux théorique. Mohamed Rebihi a trouvé que la notion de moment n’est pas définie dans le numéro 3 des IrrAIductibles (article de Morvillers). C’est vrai et faux : le passage que Jean-Manuel a écrit dans son texte sur le journal n’est pas confus. la transversalité est l'ensemble des institutions auxquelles j’appartiens. une notion déjà présente dans L’entrée dans la vie (chapitre sur Freud). pour celui qui a des idées claires sur la théorie des moments. d’édition. En 1978. Je suis obligé de suspendre cette méditation. dont la relecture me permettra de construire la théorie des moments. Dans la vie institutionnelle. nous renouons avec la notion d’affiliation. Il me semble que cette notion venait enrichir chez moi la notion de transversalité. Dans le corpus conceptuel de l’analyse institutionnelle. Je savais déjà à l’époque qu’une mère de famille pouvait écrire son journal institutionnel sur ses enfants. etc.bien identifiés qui fondent d’autres journaux : Journal d’un artiste. La transversalité définit le sujet par tout ce qui le traverse. Plutôt que de définir la transversalité par l’institutionnel. L’aventure du siècle). m’était connue à cette époque. a solidifié ma théorie des moments. Je sais qu’il écrit un journal. le décryptage de leurs entretiens. Dans les années 1972 et suivantes. mais je connaissais le second tome de La critique de la vie quotidienne. mais ce journal était une forme de construction du moment professionnel. Véronique Valette a dit que les enfants de mon frère écrivent : j’aimerai bien voir cela ! Véronique serait précieuse pour moi pour assurer une médiation avec mon frère. Je pensais la socianalyse comme un moment. Dans les années 1984. l’écriture de mes journaux est meilleure. 176 .

de la fonction de président du jury. Le moment qui se trouve est une mise en mots de la pratique. De Luze). relire la bibliothèque de Charlotte. mais le statut de vice-président me permettra l’absentéisme. Sujet d’une prochaine conférence : qu’en est-il de l’enfer. moi. Cela a donc été très vite. n’a pas été développée en France. une idée pour justifier de donner tout cela en vrac au lecteur : l’idée de fragment. Il est accomplissement progressif interactif. Lecerf (donc par H. à la notion de moment. doctorat) : le contenu de la licence va être centré sur la communication et l’on me propose de rétrograder. le 20 juin. master. Cécile Albert et Claudie Rimbaud étaient intéressées par mon apologie du péché mortel. Lapassade (donc par A. ni par G. en tant que président. dans une perspective de psychologie institutionnelle. pour lui signaler mon arrivée. j’ai dérivé sur le christianisme. J’ai annoncé mon absence. Quelqu’un qui ne porterait pas son journal avec lui serait dans le non-moment . Malgré cette absence. pour fait de congé sabbatique l’an prochain ("Je pars au Brésil". C’est horssujet. Le moment. Lundi 6 juillet.Mohamed Rebihi disait aussi que le moment devait être mis en perspective avec le concept d’accomplissement de Garfinkel. après le postmodernisme ? Vous avez dix minutes pour préparer une demi-heure d’exposé introductif. après 6 années de travaux de rénovation (en profondeur) : Constantin Xypas m’accompagnait. je vis cet épisode comme une chance supplémentaire de poursuivre ma méditation. suivi d’un débat avec le public. 177 . celui qui m’a été transmis : ne pas se divertir implique d’éviter la fiction. 16 heures. J’ai parlé du péché. Je suis arrivé à l’Université catholique de l’Ouest. A la suite de Christian Lemeunier. à midi. j’ai été faire une visite au Musée des Beaux Arts d’Angers. J’ai raconté mon péché mortel de l'île Maurice. J’ai été dire bonjour à Constantin Xypas. Entre 10 heures et midi 30. J’y ai rajouté que le colloque auquel je m’étais contraint d’assister était ennuyeux. avec mes complices. entre le niveau de l’expérience vécue et celui de son élaboration théorique. Les documents ne sont pas prêts : il faut attendre. Quand on est “ scientifique ”. relire Gusdorf. Jusqu’à maintenant. le repas était excellent. Un membre du jury a annoncé le passage au LMD (Licence. Le jury a commencé vers 13 heures 30 et s’est terminé vers 15 heures 20. Salon Brissac. l’année prochaine. Coulon). j’ai été dans la salle du jury. pour nous. ai-je dit). la notion d’accomplissement. Le travail était bien préparé. Le ciel est couvert. est une élaboration de l’expérience qui accède à la conceptualisation. ni par Y. mais il fait chaud . Ensuite. par rapport aux essais en relation avec notre objet. essentielle pour Garfinkel. (le hors-sujet est-il un non-moment ?). il vivrait cette attente comme une perte de temps . j’ai toujours du être là. Sur la publication de mes journaux. restant une option de la nouvelle licence). Il vient de réouvrir. On ne lit que des choses utiles. à celle de vice-président (les sciences de l’éducation. Christian Lemeunier a introduit ce débat : pour lui. il faut éviter les romans. À nouveau dans le train pour Paris. tension que Lefebvre nomme vécu et conçu (et qui s’articule pour lui au perçu). Il se sentait une obligation de me guider dans ma découverte des œuvres. Pour la préface à cette édition. Mon nom semble fait tenir l’institution. on me demande de rester membre. Ensuite. cette notion correspond. Tant mieux ! Cela me fera une économie de temps. Ce travail est à penser à travers les moments (anthropologiques) du sujet.

à l’époque . le jury est reporté. Sans Constantin. aurais-je eu le temps de m’organiser pour aller au Musée ? Non. l’opéra. Cependant. donc de péché. Odile m’a dit la semaine dernière. La situation avait été dure. aujourd’hui non plus ailleurs. il faut que je réfléchisse à ce que j’ai écrit cet après-midi. je peux avoir envie de pleurer. de mon ami. Il faudrait que je comprenne pourquoi. Je devais avoir dix ans. Brigitte avait dû subir une césarienne. Mardi 7 juillet 2004. commence à se faire sentir. était une sorte d’interdit intériorisé… L’Opéra n’est-il pas pour moi un interdit de la même famille ? Quelle est la nature de ces moments. Et mon oncle avait conclu : -Une si belle voix ne peut pas être au service de la distraction. sont allées à l’Opéra. Je ne vais pas à l’Opéra. Il parlait de cela avant 1968. Quel rapport cela a-t-il avec le non-moment ? Je rentre de loin pour aller à Angers . 9 h 30.Cela me rappelle un repas avec Lucien Hess. qui nous ont été interdits ? Dans le métro. et de la disponibilité de mon collègue. pour lui. chez moi. Elle chantait dans le chœur de la Cathédrale de Reims qu’il dirigeait. la source d’émotions trop fortes. Lucien Hess (1902-1986) à Dachau refusa d’assister à un concert de musique classique. Quelle philosophie de l’éducation se trouve derrière ce type d’analyse de mon oncle. Sa place est dans la Cathédrale. ma fille. Il parlait de Mademoiselle X (je n’ai pas mémorisé son nom). c’était le jour de la naissance d’Hélène. Il expliquait qu’il ne lui avait jamais fait l’éloge de sa voix : -Elle aurait pu être chanteuse d’Opéra. que la première fois qu’elle m’avait vu pleurer. directeur d’école ? Cécile Albert ne lit pas de roman : cela ne l’intéresse pas. Peut-être était-ce à la fin des années 1950. J’ai pu dire que c’était bourgeois : idiot ! Peut-on transgresser ce type d’allants de soi ? Le péché ne se trouve-t-il pas dans la transgression de ces interdits que l’on a intégré depuis toujours ? Ne pas peindre. Cela ne m’intéresse pas. 178 . Il avait peur d’être submergé par ses émotions. je ne pense pas. d’inessentiel : un divertissement. J’étais jeune. 17 heures 15. Il y a conjoncture d’un peu de temps. Donc. il n’est pas possible d’encourager une chanteuse de la chorale. La fatigue d’une journée chargée suivant une nuit courte. Elle était capable de toutes les prouesses techniques. Le concept d’opéra n’évoquait rien pour moi. mais quand j’arrive à l’UCO. à monter sur scène pour faire du profane. la poésie et pourquoi pas la peinture. Le moment institué ne peut fonctionner : le rituel de l’institué est différé. source d’émotions. et d’en mourir. Mais les choses s’étaient bien terminées. l’acteur est ex-communié. S’ouvre alors un espace du possible… Le non-moment institué ouvre des possibles. Mon épouse. Mon oncle. Mais on peut aussi interdire : le roman. expliquait que cette femme avait une voix exceptionnelle. J’avais 24 ans ! Ma sœur la plus proche de moi ne m’avait jamais vu pleurer ! Par association. Le péché est dans n’importe quel tableau religieux du XV ou XVIème siècle. J’aurais l’impression d’y faire quelque chose de futile. Moi jamais. le théâtre (les tragédiens étaient excommuniés depuis le Moyen-Age). Quand j’entends certaines voix. doit être fui plus que tout spectacle. Alors que le comédien. j’aurais préféré rester à Sainte Gemme hier soir. maître de chapelle à la cathédrale de Reims.

si je meurs à Sainte Gemme. Maurice Gruau dit que Setsuko a fait cette thèse. avec le temps présent. Par contre. La thèse tourne autour de la mort normale. Rue de la Renfermerie. Pendant que j’écris. je pense à Hubert. et c’est Pascal qui a repris la direction de cette thèse. pour refaire le portrait de Barthélemy : il faut rendre Barthélemy à son épouse. avec Maurice Gruau. où j’en suis dans la production de ce texte : nous décidons de nous voir le 23 juillet. à la campagne. la candidate explique comment le mort. le portrait de l’arrière grand-mère Ginat. sans poser cette question aux cousins rassemblés ? Je suis heureux de pouvoir méditer à ces questions. il veut me porter les notes de son père. et de la mort anormale : la mort normale est la mort de vieillesse sur le tatami . La distinction entre les deux est délicate. pour me la montrer. dans les cas de maladie. la fille décide de faire ce travail d’ethnologie . ils étaient placés l’un à côté de l’autre. Une fille n’a pas pu assister aux funérailles de son père : pour se réconcilier avec l’âme du disparu. Certes. Christine. ce qui va me donner le temps pour en prendre connaissance. comme une cérémonie funéraire : "Elle s’est trompée d’institution". et son directeur de recherche disparaît au cours du processus. cependant. Christine parle de la qualité des photographies. Ce que raconte Setsuko me semble intéressant par rapport à mes propres funérailles : où vais-je mourir ? à Paris ou Sainte Gemme ? mon rêve serait d’être incinéré. les Japonais donnent plus d’ampleur aux rituels. la mort anormale est la mort violente. en même temps. les rituels tendent à se confondre. mon âme est en paix. il y a eu dispersion. je ne partage pas son pessimisme : il me semble que l’on est dans une situation extrêmement complexe. décédé il y a trois semaines. au Japon.Je suis à Paris 7. Barthélemy est séparé de sa femme : je trouve cet acte criminel. l’idée de dieu protecteur reste encore très présente : les ancêtres deviennent des esprits protecteurs. et encore . Ce n’est pas une photo-ethnographie (Achutti). d’avoir été à la fac (c’était le jour de l’examen pratique de mes 100 étudiants. et je ne pouvais pas faire faux-bond à ce groupe). mais celui-ci est décédé. dans ma famille des portraits de mes ancêtres. si je meurs à Paris et enterré. Je me suis mis à la peinture. la femme de Barthélemy Hess. On ne croit plus trop à la théorie des esprits malfaisants . et je me sens coupable. j’ai manqué les funérailles de Joseph Gabel. sur Analyse du traitement rituel de la mort au Japon au sein des familles et des collectivités locales. Je ne l’ai pas lu : Christine est passée chez moi ce matin. J’ai. Ma maison. Pascal me place comme président du jury. mort anormale ? on n’en parle pas. Setsuko raconte le rituel des funérailles au Japon : il n’y a pas de si grandes différences avec nos propres rituels. devient un ancêtre. dit-il. chez moi. plus âgé que moi. je reçois le coup de téléphone de Frédéric Althabe : il me dit qu’il veut que je mène à bien l’ouvrage entrepris avec son père . Elle fait ce travail pour se réconcilier avec l’esprit de son père. plutôt que d’avoir été à la cérémonie de funérailles. Je lui explique. Je suis impliqué par rapport à cette soutenance . par rapport à la mort de Gérard Althabe… Hier. Comment ai-je pu aller à l’anniversaire de Bernadette. Pascal va coordonner nos interventions : l’étudiante a travaillé avec Daniel de Coppet. mais le portrait de Barthélemy a été pris par un cousin. Les deux portraits allaient ensemble. Je connais le culte des ancêtres. mais quand même : celui qui a pris Barthélemy a 179 . Comment est-il mort ? mort normale. Pascal pour la soutenance de thèse de Setsuko Kokubo-Deguen. alors que Charlotte survenait à la maison en pleurs. recueille les portraits des ancêtres protecteurs : Par exemple. et je ne comprends pas par quel mystère le cousin (j’ignore lequel) a pu séparer les deux époux. Pour ma part. Sur le plan du rapport de soutenance. vers 17 heures. puis parfois une divinité locale. et à son Tombeau pour Henriette. qui nous sont données à voir.

passage de la boulangère. j’avais avancé le travail ces jours derniers. avant de s’intéresser à l’anthropologie. interprétée par Rubinstein) selon Bernard Haller. On a constaté qu’à la campagne. puis vicaire général . ce portrait. n’était peut être pas Barthélemy. De toute façon. Mais une idée m’est venue. il a fait une licence de sociologie. ici à Sainte Gemme. 180 . pendant qu’il exécute un morceau. à côté de Charles V. ceux où il pleut . et sans histoire. un comédien qui a joué cette sonate en l’accompagnant d’un commentaire à lui : les cheminements de la pensée du pianiste. mais un militaire anonyme (il était gendarme). c’est l’enterrement : beaucoup d’habitants de Sainte Gemme connaissent tous les habitants du village. Vogel. au moment de mon arrivée . l’événement redouté : la grêle. que nous écoutons. ici. je m’entends très bien avec lui. l’événement. tout de même. Il n’y a pas de moments. les jours défilent tranquillement : aucun tracteur aujourd’hui n’est passé. depuis. Pour ma part. Dans le métro. que le département d’ethnologie allait disparaître : Pascal va rejoindre les sociologues pour le master. Le pêcheur et la pénitence : référence d’il y a 20 ans (environ) donnée par Maurice Gruau. un doctorat de linguistique. une voiture ou deux. chose que je n’ai pas faite depuis la mort d’Hubert. Mais d’une certaine manière. je ne suis plus au courant. Repas très sympa au chinois. les jours où il fait soleil. en particulier. je pose le chiffre de 138. il connaît bien aussi le DLC (Dictionnaire de Liturgie catholique). François dit que nous sommes 132 habitants. et la vie à la campagne est forte. rue par rue. J’ai appris incidemment. ils sont dans leurs vignes : il y a le jour et la nuit. Même le jour du Seigneur. les collaborateurs éventuels . nombre d’habitants résidant ici en 1990. et le moment de la fête. Je suis à Sainte Gemme avec Liz Claire. il a été curé de Chichery. sans entendre le commentaire de Bernard Haller. 11 h 30 On parle de la Sonate au Clair de lune. Maurice est né en 1930. Au programme : 20 numéros dont on dégage les thèmes. une formule plutôt qu’une idée : “trop de moments tue le moment”. François peuvent en faire une liste. car c’est une illustration de la dissociation (mot utilisé par Odile) : c’est la déconstruction du moment musical. Quel contraste avec la vie urbaine. Dimanche 11 juillet. Cette opposition entre la vie à la ville. à part cela. et tout particulièrement la vie new-yorkaise. qui sont tiraillés constamment entre de multiples sollicitations. achetée au marché : il a fallu lui expliquer l’itinéraire pour accéder jusqu’ici. Antoinette. convoquent le promeneur : je ne parle pas des New-Yorkais. le camion de François . on voit si peu de monde ! Le camion du menuisier. Samedi 11 septembre. avec Maurice.dû être attiré par son uniforme . quand la nature l’exige. pour lui. On aurait pu distinguer le moment du labeur. est venu aujourd’hui me livrer une table. amie de New York qui se trouvait là-bas il y a 3 ans on crée notre nouvelle revue Attractions passionnelles. Odile ne peut plus écouter ce morceau. à qui nous avons acheté une baguette et deux croissants. on a parlé du DTC (Dictionnaire de théologie catholique) . Cette performance m’intéresse. À la campagne. mais je m’abstiens. mais ici les gens ne portent plus d’habits du dimanche. Idée d’inviter à Sainte Gemme Maurice et Pascal . Anniversaire douloureux. Envie de fumer un cigare. où constamment de nouveaux moments appellent. il le lit régulièrement . on se trouve dans une vie assez simple.

Titre du panel : Fragment.À New York. sportives et habillées. Pourquoi ? Gilbert aussi. Charlotte. des centaines de diaristes du XIXème siècle. dont s’inspirèrent. je passe devant mes pommes de terre. 181 . il faut avoir un certain look au travail. du Kantisme. un programme d’intervention pour un groupe. mais aussi et surtout : correspondances et journaux. donc aucune raison de s’aménager une bibliothèque . Petit vient observer les travaux que je fais chez moi . les Révolutionnaires se formèrent. j’y découvre des doryphores. c’est le travail d’écriture de soi des acteurs. La Révolution française secoue fortement les héritiers du Sturm und Drang. thèses. à la suite de Maine de Biran. Pour ma part : "L’écriture de soi. Liz propose : "Révolution du couple dansant. Le matin. etc. disciples ou fils de disciples de l’auteur des Confessions. Novalis) déplace le projet révolutionnaire du politique (qui semble avoir échoué dans la Terreur). au réveil. pourquoi s’aménager un atelier ? Sainte Gemme. les gens n’ont plus d’habits du dimanche : la vie moderne conduit les gens à s’habiller de façon fonctionnelle . Souvent. les tomates : je vais pouvoir en cueillir demain . mais aussi se racontèrent dans des formes d’écriture impliquée : monographies. mais dans le monde. Que font mes voisins ? Monsieur et Madame Petit. J’essaie de faire le tour de la vie ici : il y a mille choses à faire. non plus. Liz et moi seront les orateurs. sa formation se fit. j’en retire 22 aujourd’hui ! C’est le grand retour . il avait quitté l’école à 16 ans . c’est-à-dire coordinatrice de la table ronde. Liz m’installe maintenant. Il faut suppléer son absence. Goethe. (Herder. trace. à la fois. l’impact de la Révolution à la périphérie. Charlotte aura un sujet : "L’exploration de l’impact de la Révolution à la périphérie : le fragment". depuis un mois. par une correspondance journalière avec sa mère. de son vivant. disciple de Rousseau. Résumé de mon intervention possible : "Un aspect peu exploré de la Révolution. l’Allemagne qui pense. pour jeter le contenu de ma poubelle sur le compost. Par la suite. Le cas de Marc-Antoine Jullien est tout à fait significatif . il devint le théoricien et le pédagogue du journal. Je regarde mes salades. Je vais au jardin. 9 heures Pépé travaille au second. Ils ne chauffent l’hiver que dans leur salle à manger-cuisine : les chambres restent froides. l’imaginaire féminin suspendu au vertige". discours . mais l’on trouve des chaussures qui sont. je prends le temps de regarder la télévision : une heure. je ramasse quelques prunes. responsable de l’Instruction publique sous Robespierre à 19 ans. vers l’esthétique. suspension. dans le moment du travail intellectuel : il faut envoyer ce soir à Stanford. Charlotte. et ainsi de suite : je suis en phase avec la nature. Antoinette et Gilbert n’ont pas de livres. etc) rompt avec le classicisme français inspiré par Rome. avec la vie de la maison. je ralentis. faire des traces" (sur le journal). qui m’a dit hier : "Tu vas avoir une grande maison !" Oui. je ne suis jamais entré chez eux : M. le mercredi 15 septembre 2004. je redescends fermer les fenêtres. c’est vrai. J’ai essayé de lire le Journal de Klee… 15 heures. que je mets au tonneau . Christine serait commentator. La notion de fragment défendue par les Romantiques d’Iéna (Schlegel. qui claquent à cause du vent. traduits en huit langues". jamais plus de deux. cela l’intéresse. On écrit : "En 1775. en France. mais le rythme du jour s’impose à moi. ils ne font pas de peinture. Mémé et Liz sont encore couchées. mais elles sont dictées par le flux du quotidien. dans la même journée. eux ne vivent que dans une pièce. puisque ses travaux furent. à descendre des pierres. en Europe.

Impetus. dit Martine. aujourd’hui. Leonore. Isabelle Nicolas. On entre dans une esthétique de l’inachèvement". On est pris par son écriture. Salvatore Panu. la manière. 182 . Martine Lani-Bayle. Catherine Gall. Bon d’accord. Rezki. Vendredi 17 septembre 2004. Cependant. Je regrette que les délibérations du jury aient duré plus d’une demi-heure. Christine Delory-Momberger et JeanLouis Le Grand. et nous. Je fais signer le procès verbal par Christine Delory-Momberger. "Cette thèse est intellectuelle. je travaille sur le rapport entre les Romantiques d’Iéna (Schlegel. Patrice parle de la dimension agonistique. Zouari Jilani. La seule question que pose Georges : "Tu parles de transe. mais une œuvre dont la forme se cherche sans fin. J’avais lu son texte : ce qu’elle dit ne me surprend donc pas. Ici. rapporteur. Remi Hess. Il me semble que j’ai de la chance d’avoir une vraie œuvre. Martine Lani-Bayle suggère à Jenny l’emploi de l’arbre généalogique. Tebib. Dans la salle. cet été. ce n’est pas vraiment possible. il a introduit la photo. et de Jenny dans notre collectif . Soutenance de maîtrise d’Yvan Ducos Yvan a voulu soutenir avant d’aller manger. tu es en transe : peux-tu nous expliquer ?" Prendre les thèses en diagonale. Jenny expose. jusqu’au bout. ce fut le point de départ du travail soutenu aujourd’hui : L’institutionnalisation du sujet. dit maintenant Christine.Avec Schiller. Ce livre fera 600 pages. C’est un peu notre lot. Et mon éditeur n’aime pas les gros livres. J’ai évoqué le travail de Benyounès. Jenny a eu les félicitations. l’art de le dire m’impressionne. pour moi. mais elle est surtout humaine . c’est très rare". et déterminer l’ordre de passage des membres du jury : Patrice Ville (directeur). de Gaby Weigand (Ergon. Je ne parviens pas à écrire. Il parle de la tenue d’un journal dans lequel il racontait les séances d’entraînement. Ensuite. Roger Tebib. immédiatement. une femme qui a du talent : elle parle très bien. Georges est fatigué : il veut parler tout de suite. Yvan et Madame Ducos. mais quelle discussion ! Fatiguant. d’Attractions passionnelles. tant je suis pris par l’exposé de Jenny. rapport que j’ai beaucoup travaillé à partir des recherches de ma fille Charlotte. La femme d’Yvan (né en 1929) est là. Le jury s’est réuni pour choisir le président (Jean-Louis Le Grand). Georges Lapassade et Patrice Ville. à propos de ton travail . 2004). entre les mains. Le seul problème : elle fait 430 pages de petits caractères. Finalement. 13 heures 10. Zur anthropologischen Grundlegung einer Theorie der Schule. Il me faut la traduire. L’art d’habiter les moments. sa participation aux collectifs des IrrAIductibles. de la bioscopie. Georges Lapassade. Lorsque Jean-Louis Le Grand parle. Mohammed Rebihi. Kareen Illiade. thèse de Jenny Gabriel. Lire Jenny. Heureux d’avoir travaillé avec Martine Lani-Bayle. Je parle en second : j’insiste sur la dimension instituante de Jenny. les Romantiques refondent la vie autour de l’œuvre. quand tu écris. de “ former ” mes jeunes collègues à la direction et l’évaluation des thèses. Je fais une série de photos. qui a quelque chose à voir avec l’impetus : ces moments foudroyants réorientent entièrement la vie du sujet. Novalis). Liz Claire et sept à huit personnes dont les noms m’échappent maintenant. Rencontre foudroyante avec Le sens de l’histoire. avant la pause. j’ose regarder Schule der Person.

Je ne puis pas fuir. je devrais être en congé maladie. Roger Tebib. En fait. Roger Tebib défend l’école. car j’ai mal. et de le donner à Benyounès qui est là. C’est étonnant que la technique de construction n’ait pas évolué en 24 siècles. J’ai envie de clore ce carnet sur le “ non-moment ”. Georges Lapassade prend la parole. Je ne vois pas ma place ici. et le temps fuit. j’en ai marre de ce dispositif. Dispositifs 1. il ne reste plus que des murs d’un mètre au-dessus du sol. dans ma visite de la maison phocéenne. il y a eu des groupes humains. Incroyable ! Certes. la manière dont les murs ont été faits. sciences des traces. ou un héritage du passé (une ruine de maison phocéenne. mais tout de même. je ne reprends pas de nouveaux étudiants. mais en même temps. Je liquide des charges. on en parle. Le fragment du passé ouvre sur des possibles au niveau du régressif. officiellement. 290 Les irrAiductibles n°6. bien installé dans le moment “ soutenances ”. réunion des IrrAIductibles On parle des dispositifs. lors de ma descente chez ma sœur la semaine passée). Il y en a 7 ou 8 prévues pour aujourd’hui. Leonore. avec de la terre. L’archéologie. Nous sommes 24 dans la salle. nous dit qu’à cet endroit (au bord de la mer entre Martigues et Marseille). Liz Claire. Le fragment selon F. Il me faut rester ici. La ruine est donc un fragment qui nous renseigne sur le mode de vie passé. Aziz. Moi. Il faudrait confronter les notions de “ fragment ” à celle de “ moment ”. et qui nous permet de mesurer le surplace de la civilisation pendant toute cette période. Quelle relation avec le “ moment ” ? Le village phocéen du VI ou Vème siècle. ou un morceau de quelque chose qu’un contemporain décide de produire comme quelque chose de non abouti dans sa totalité. Je ne puis pas accepter de gaspiller le temps dont j’ai besoin. est une méditation à partir de fragments.16 heures. Boumarta. Je ferme activement “ le moment universitaire ”. qui ont tenté de vivre à un carrefour maritime où passaient des bateaux grecs. Ce qui m’a frappé. les murs sont faits de pierres tenues entre elles. octobre 2004. Il y a Ruben Bag. pour construire mon moment de l’écriture. pour écrire mon éditorial du numéro 6 290 . Je vis une crise. la culture ? Je ne sais. Salvatore. Peut être Bernadette serait-elle heureuse de retaper un journal de moi. C’est passionnant. Kareen. car en ce moment je suis à l’Université. et la terre pour récolter des fruits. Le temps passe. c’est son “ être là ”. je suis en sabbatique. depuis le VIème siècle avant Jésus Christ. Comme en Champagne au XVIIIème siècle. mais dangereux. Schlegel est. Mohammed Rebihi. dans les jours qui viennent. Il fait une conférence sur le dispositif. Pourquoi écrire dans ce carnet aujourd’hui ? Ce n’est pas très rationnel de vouloir écrire mes méditations ici. comme celle observée à côté de Sainte Croix. mais en même temps. plutôt qu’en sabbatique. Or. Il y avait la mer pour pêcher. 360 pages. mais quels légumes ? Ils n’avaient pas de pomme de terre ! Avaient-ils les olives ? Quels moments vivaient-ils ? La pêche. et pour moi en chantier actuellement à Sainte Gemme. 27 septembre 2004. Des moments me sont imposés. à cet endroit. Georges est en pleine forme. Je souffre. Benyounès. Marie-Fanéla Célestin. ce qui reste permet de bien comprendre la forme de la maison (les différentes pièces utilisées). la chasse. Il faudrait que je rentre. 183 . De quoi pourrais-je parler aujourd’hui ? Il faudrait que je médite sur la notion de fragment.

Je lui donne mon carnet. comme finalité. Dans un moment. Benyounès me demande de lui envoyer des textes par Internet. prendre du recul par rapport à ma transversalité. ou dans la construction du moment parking. La ruine est fragment d’œuvre. est-ce faire œuvre artistique ? Le Musée Dali à Figueras a d’abord été l’espace habité par Dali. Il me faut un an de congé. Il s’agit de propositions d’enseignement. je pense que ces textes ne sont plus d’actualité. La destination d’une maison. Hier et aujourd’hui (ce matin). la dissolution du moment de l’habiter. de fragments matériels hérités du passé. ce peut être la fin.Chez F. En fait. Le meilleur moyen que j’ai de poser une intervention : refaire la genèse de notre histoire collective… Benyounès s’en va. Chez Charlotte. Il y a des exceptions. Laurence Valentin est agacée. ou produits dans le présent. maison d’habitation et devient “ musée ”. Je ne vais plus enseigner cette année. pour y habiter. On me demande de parler. elle a fait un tel volume (180 pages) qu’elle n’a pas réussi à éliminer toutes les fautes. caractérisée par un certain nombre d’éléments. désignée. Je l’ai lue. Elle ne comprend pas le sens de ce dispositif de cette journée de soutenance. etc. Schlegel. Ce n’est pas achevé. pour réaliser une identification psychologique ou sociale d’un individu ou d’un groupe. Je veux sortir de mes moments. qui s’organisent les uns par rapport aux autres. Plusieurs appels ou courriers électroniques me mettent en péril. Le moment. et elle n’est pas une œuvre. qui opère et s’opère dans ce genre de contexte. je me sens pompé. pour faire tout ce que je dois faire cette année. du fait même de sa destination. un même terrain peut entrer dans la construction du moment basket (s’il y a un panier construit). mais l’habiter. La limite entre l’œuvre. Par contre. oui. pas de point de vue que l’on défende avec énergie. Le moment de l’œuvre. il y a donc glissement du sens. Ils sont obsolètes. on le destine à parquer des voitures. Je m’arrête. Ils menacent cette distance que je voudrais construire. J’ai mal au ventre. Le même objet : une maison passe de l’habitat. c’est la décision de poser une forme qui articule dans une Gestalt nommée. au moins pour y vivre. Je ne comprends pas les gens qui ne voient pas le travail transversal. J’en ai marre des étudiants. une ruine. où 5 enseignants travaillent ensemble avec une dizaine de mémoires. A un moment. je trouve génial ce dispositif. mais on sent vraiment l’énergie. de la décoration d’un espace habité. Je ne trouve pas de passion dans les écrits de la plupart de mes étudiants. je trouve que la plupart des mémoires sont sans enjeu.. mais d’un espace aménagé. j’ai relu 180 pages de ma fille Charlotte. Je vais essayer de le faire. je trouve une pensée polémique. Habiter une belle maison. c’est une définition du moment. alors que chez mes étudiants. Il y a aussi des espaces sans destination. qui ne sont pas non plus des œuvres. On trouve cette force aussi chez Johan Tilmant. Mais faire de l’architecture. Le même fragment devient autre chose. Mais s’il s’agit d’une maison. Je cause. une lutte à mort contre la médiocrité. c’est un moment pour soi : un moment qui n’a d’autre finalité qu’esthétique. le fragment est fragment d’œuvre. Sur le plan matériel. Figueras fut atelier. Je sens dans ses pages une énergie qui me ressource. Mais globalement. Ce qu’ils écrivent m’emmerde. Personnellement. si au lieu d’utiliser l’espace pour faire du sport. Il ne s’agissait pas d’une œuvre d’art. La nature se trouve en dehors de toute destination. le plus souvent. Le problème de notre amie Laurence Valentin. ce n’est pas le beau. Il est 16 heures 30. la chose finalisée. il y a souvent du recyclage de fragments de moments antérieurs. Il n’y a pas de thèse. Le moment est l’organisation processuelle. au visiter. Je l’ai déjà entendu. Elle aurait aimé soutenir à 15 heures. l’objet – au départ – avait une finalité. Et en plus. 184 . dans plusieurs versions. c’est que ce qu’elle dit m’apparaît redondant.

et à mon désir de te l'envoyer plus rapidement. J'y réfléchis en te lisant. période qui a marqué apparemment tellement de gens au vu des expériences décrites (expérience de naissance. mais accepté par nécessité. il y a une part de liberté. 185 . je me suis surprise à l'écrire "mon moment" (?). puisque tout lui est étranger. moi parfois. partagée entre un sentiment intuitif et une méfiance dues à mes études et mon expérience de la médecine. de volonté et présence de certaines conditions pour y parvenir. Elle est datée du 16 novembre 2004 : “ Cher Remi. qui est devenu une autre personne (sans ses expériences. L'auteur explique "ces phénomènes" en décrivant d'une manière un peu compliquée la mise en place successive des différences structures du cerveau (se référant aussi à la lente évolution de l'espèce humaine).). le moment de l'un s'articule-t-il avec le moment de l'autre ? Comment dans une famille nombreuse. que sont devenus ses moments et à partir de quoi va-t-il s'en construire d'autres. j'ai très heureuse de lire et de taper ton journal. Je m'interrogeais sur la période (j'allais écrire le moment ?) de notre vie. Tout d'abord. Est-ce un moment ? Il semble avoir eu beaucoup de retentissements et d'influences. j'ai lu un peu par hasard Le corps se souvient d'Arthur Janov (auteur du Cri primal). ses émotions d'avant). à part son deuxième apprentissage ? Cet été.. ses souvenirs. Je découvre la lettre suivante de Bernadette Bellagnech qui a tapé ce journal. mais je continue à me poser des tas de questions. de maltraitance très précoce. est-ce qu'alors le moment du travail est un non-moment. où nous n'avons pas la possibilité de nous exprimer avec des mots. Je l'ai laissé tel que tu l'écrivais. je suis persuadée que dans la notion de moment. Est-ce lié à l'identité de la personne ? Comment dans un couple. totalement ou en partie. même s'il occupe plus de la moitié du temps de la vie ? Ne prend-t-on conscience de son moment qu'après l'avoir dépassé ? Pendant ? Chez l'amnésique. En gros. même si le moment peut être imposé. Cela m'a fait penser à l'auriculothérapie qui agit sur certaines douleurs en appliquant des aiguilles sur certains endroits du pavillon de l'oreille. au moment précis. parfois sans. qui repart à l'âge adulte de zéro.Mercredi 24 novembre 2004. J'avoue que j'ai des difficultés à saisir vraiment ce qu'est le moment. chacun des enfants a-t-il conscience de ses moments propres ? Le moment est-il le même dans un autre pays. où l'espace et le temps sont vécus différemment ? Et dans un milieu professionnel. En y réfléchissant. mais malgré les ennuis informatiques et le bruit de marteau piqueur qui nous accompagne depuis un mois (travail de transformation du réseau d'eau chaude dans le bâtiment). même si le ton de celui-ci est plus grave. le traumatisé crânien. pour l'établir. Je voudrais ensuite m'excuser d'avoir tardé à te l'envoyer. qui a perdu la mémoire. l'essentiel est fait et je te l'envoie.. Le terme "non-moment" est parfois écrit avec un tiret. Si tu l'as écrit parfois "nom moment". pas voulu. le tissu de la forme fétale de l'oreille serait issu des trois premiers tissus de l'embryon qui se seraient différenciés par la suite pour former les différents organes. qu'on n'a pas choisi. me trouvant souvent d'accord avec tes remarques. ses repères. comme différentes couches qui se recouvraient lors du développement du petit humain. Le dispositif à la maison ne s'est pas prêté à la rapidité. sur la vie ensuite de beaucoup.

Si écrire. Avant que mes amies n’arrivent.. alors sois-le ! Prends bien soin de toi. Pour ma part. je suis déjà venue à Sainte Gemme par l'imagination.. Je viens de terminer la relecture de ce journal. car au départ. Pour avoir été confrontée avec la mort de plusieurs êtres chers. mais un chaos.. ou alors un bourgeon ou de la résine de pin. Je souhaiterais que notre groupe lise ce texte avant notre réunion historique de samedi (décision d’une mise en chantier du numéro 0). ainsi que Lucette. ramenant à la conscience des odeurs. c'est être fou. assurément. Il est vrai que cela n'empêche pas de ressentir. pour aller rédiger une convocation pour une réunion du collectif de notre revue.. Je me suis aussi surprise à penser "pourquoi parler de non-moment". Profitant d’une conversation à propos d’un ouvrage de June Jordan. Il semblait qu’on soit dans le non-moment.. Une partie de son expérience m'accompagnera vivante. alors que chaque minute de vie est précieuse. j’avançais la relecture de mon Journal du Non-moment. de peinture et autres. Christine DeloryMomberger. ce qui n'est évident pour personne. Je t'embrasse. samedi prochain.. c'est une pierre précieuse transparente.. créant à partir de tes récits un cadre familier. Je me suis sorti de notre réunion d’Attractions passionnelles pour faire ce travail. et en train. J'ai été heureuse d'avoir lu Le précaire et le certain d'Hubert de Luze avant sa mort. mais imaginaire pour les autres. dans sa forme chaotique. je m’étais éclipsé de la cuisine. je crois fermement que ceux qui sont partis souhaiteraient que l'on vive chaque minute intensément. notre réunion n’était pas un groupe sujet.C'est un peu confus. Je fais ce compte-rendu dans ce journal. Bernadette.. mais sûrement. Jenny Gabriel m’attendent dans la cuisine pour préparer le repas. le chaos renvoie à un état du social où l’organisation vient à manquer. Y-a-t-il une forêt de résineux pas loin ? Ou alors une ancienne mine de sel ? Ou est-ce lié à une Sainte Gemme que je ne connais guère ? J'ai été heureuse d'apprendre que ta santé s'améliorait.. 12 h 30. Nous viendrons à Sainte Gemme un jour. Pourquoi le village est-il nommé ainsi ? Une gemme. mais cela finira par s'arranger avec un peu de temps. et à la théorie des moments. ” Jeudi 25 novembre. Liz Claire. Les enfants sont malades en voiture. avant l'âge de 20 ans. entre Liz et Jenny. même si je ne l'ai pas connu. Pourquoi? Je me pose plus de questions que je n'ai de réponses.. Je me mis à prolonger le travail de secrétariat explicité. Pour ma part. forme particulière du non-moment. Ton évocation des cerises et des doryphores m'ont ramené bien loin. que ce qu'ils ont partagé avec nous germe en nous comme de petites graines maintenant ou un peu plus tard. Je pense que ce serait la meilleure manière de leur être fidèle. plus riches de ce qu'ils nous ont laissé. 15 h 40.. des sensations et des visions familières d'un mois de juillet lointain déjà. et cela nous fait avancer. par une 186 . La description de notre désorganisation apparente me semble nécessaire à restituer. Liz Claire et Jenny Gabriel m’ont demandé de faire un compte-rendu de notre réunion d’aujourd’hui. que je jugeais prioritaire. Pour un Allemand.doucement.. Je te souhaite d'avancer dans tous tes projets d'écriture. pour informer les absents de nos cogitations. mais j'ai pensé à toi. mais pas tant que cela. je suis persuadée qu'ils nous accompagnent.

d’une gousse d’ail. Jenny l’accompagne à la poste. Heidegger. janvier 2003. on a l’impression que notre QI est égal au QI du plus intelligent. Le courrier est-il déjà envoyé ? Oui. épluche les pommes de terre. 1973. par cette confrontation à un texte que j’avais écrit. pour le n°7 des irrAIductibles. pour recouvrir le non dit du non-moment. J’arrose le tout d’huile d’olive. je les entendais parler. une de littérature. F. M. le temps passant. Elles devaient se dire que j’étais un peu long. On se met à table. Paris. Le compte-rendu crée le moment. 187 . On régule. enfin. Maspéro.. Il aurait fallu corriger. Document de recherche O. certain n’aurait pas manqué de proclamer. hypnotisé presque. Je l’enrichis de tomates. J’avais épluché une salade. dans d’autres circonstances. Je ne rentre pas dans le détail. Idée de créer. Mais. M. sorte de vide. je le ferai. Adorno : vers un pacte de l’esthétique moderne. Je dis mon intention de définir la notion de groupe. Nous ne rentrons pas dans le détail de ce numéro. Je ne savais pas bien pourquoi. in Chemins qui ne mènent nulle part. Au moment où je terminais ma relecture. si je ne l’envoyais pas aujourd’hui à quelques lecteurs intéressés par l’élaboration de ma théorie des moments. Christine remarque qu’une énergie se libère dans les groupes sujets. Ce sera l’objet de la réunion de samedi. Jenny est venue pour travailler sur le texte de Liz. si ce n’est que j’étais pris par mon texte. et on se met à table. nous évoquons le lexique. c’est dans le contexte de ce que Félix Guattari a nommé les groupes “ objets ” 291 . L’écriture inscrit. Qu’est-ce qu’un groupe ? Je parle du théorème de Leroy : “ L’intelligence d’un groupe est égale au coefficient intellectuel du moins intelligent du groupe. Christine. Au boût d’un long moment. pensant que je l’oublierais. j’ai laissé Jenny Gabriel travailler dans la cuisine avec Liz Claire. On se met alors à préparer le repas. On a besoin de chacun pour aller plus loin. elle n’était prête. le silence se fit dans la cuisine. psychologiquement. dans notre groupe d’Attractions passionnelles. Par contre. J’imaginais que mes amies prenaient conscience que je les avais abandonnées. ” Nous connaissons des situations où ce théorème se vérifie. Par contre. mais que j’avais oublié. On a faim. fonde le moment qui héberge la terre entière. à ma manière. que je n’avais pas expliqué ce que je faisais. Liz de l’eau. Je justifiais ce manque de savoir-vivre (fuir mes invitées). J’avais oublié de dire à mes deux amies que j’avais invité Christine Delory-Momberger pour déjeuner. Il faudra faire une restitution orale samedi… Alors que l’on était dans le chaos. n°22. On parle encore d’édition. une collection de poésie. Mais elles ne semblaient pas m’en vouloir. Et surtout le commentaire que Gilles Boudinet fait de ce texte in M. et moi du coca ! On parle. voilà surgir une sorte de fulgurance instituante : on est dans le moment de la création. Leur capacité à donner du sens à leur retrouvaille m’exemptait d’une accusation de producteur de chaos. Paris. série “ Didactique de la musique ”. on sonne. C’est concret. on se respecte. D’ailleurs Liz a un courrier à poster. Je l’ai écrit au singulier. On a l’idée de sortir un numéro Zéro en 2004. Alors. Le moment du repas refait la cohésion du groupe de ceux qui “ ont un trou dans l’estomac ”. Psychanalyse et transversalité. Jenny boit du vin rouge. On s’aime.poursuite de cette relecture. On ne peut pas laisser les absents. dans l’orbite d’AP. En conséquence. Nos amies reviennent. en me disant qu’il me fallait terminer la relecture de ce journal. comme dirait Heiddeger. Le groupe a émergé d’une 291 292 Félix Guattari. vertige du nonmoment. En général. T. Il faut faire un compte-rendu. Christine du blanc. On se donne Attractions passionnelles pour objet. au départ sur le texte que je voulais publier de Liz. W. une de performance. à faire le compte-rendu. ce que. et je ne doutais pas des glissements de leur conversation. Dommage. “ L’origine de l’œuvre d’art ”. dans l’ignorance que quelque chose comme la dynamique et l’énergie d’une œuvre nous a saisis. multiplié par le nombre de participants au groupe de travail ! Mais on se trouve dans une situation de groupe “ sujet ”. installe. qui n’a pas vécu le flottement du non-moment. divisé par le nombre de membres du groupe. mais il semble que l’on fasse la queue à la poste. 1962. Heidegger. Gallimad. lorsqu’il se laisse aller à sa transe sur le thème de l’oeuvre 292 . de deux œufs.

188 . en mouvement circulaire. À la fin de son texte. qui multiplie les communications de nous à nous-mêmes… cherche le sens de l’avenir dans le passé et le sens du passé dans l’avenir 295 … ”. l’incarnation de la valeur que nous lui donnons. Ayant oublié mes lunettes à Sainte-Gemme. p. Ai-je encore assez de forces vives pour habiter les Moments ? Telles sont les questions que je me pose en l’écoutant. ” 293 Le groupe Attractions passionnelles (AP) travaille collectivement à la production de fragments philosophiques ayant pour objet une pensée de l’esthétique.. Il faut travailler avec elle. et une situation de fait peut bien être acceptée ou refusée. ou alors il ne pourra pas comprendre mon analyse. Merleau-Ponty.longue période de latence qui a permis à des éléments de transversalité de se tisser entre l’une et l’autre. et de relire le long texte de Jenny Gabriel intitulé “ Le terrain périoecien. Sens et non sens. intitulée “ L’institutionnalisation du sujet ”. Le groupe est sujet. et où tout symbolise tout. Si l’objet de la psychanalyse est de décrire cet échange entre l’avenir et le passé et de montrer comment chaque vie rêve sur des énigmes dont le sens final n’est d’avance inscrit nulle part. mériterait de nombreux développements. Dans ce livre. Jenny travaille avec moi la question du moment depuis quelques années. le quasi-moment et le non-moment ”. c’est que ce texte m’oblige à ré-ouvrir ce journal que je pensais clos. Elle a soutenu cette année une thèse (sur la théorie des moments). ici et maintenant. op. comme situation “ à accepter ” ou “ à refuser ”. La rêverie herméneutique du psychanalyste. elle écrit : “ (Remi) est un bâtisseur. juste avant mon départ pour Metz. Ce groupe travaille également à la production d’un vocabulaire. Merleau-Ponty compare cette posture à celle de notre vie même qui. on n’a pas à exiger d’elle la rigueur inductive. 294 Maurice Merleau-Ponty.. de Maurice Merleau-Ponty 294 . il a l’endurance des pionniers. 42. pour lui permettre de pousser plus loin sa réflexion. cit. Nagel. l’autre et l’un. le quasi-moment et le non-moment ”. mais cette recherche est le fruit d’un échange fort avec moi. 1966. Jenny est une lectrice fortement impliquée du Sens de l’histoire. Son texte “ Le terrain périoecien. lorsque chacun a pu travailler à l’entrée dans l’installation commune du Miteinander-Sein (voir la définition du terme dans le Lexique d’AP 293 ). sous la direction de Patrice Ville. une force de la nature . cette médiation sur les situations : “ Les décisions mêmes qui nous transforment sont toujours prises à l’égard d’une situation de fait. Dimanche 19 décembre 2004. Je viens d’imprimer. Il faut que mon lecteur ait accès à ce texte (15 pages). appuie son avenir à son passé et son passé à son avenir. 295 M. mais ne peut en tout cas manquer de nous fournir notre élan et d’être elle-même pour nous. je ne suis pas dans les meilleures conditions pour travailler intellectuellement. Paris. qui est une lecture de mon Journal du non-moment (5 mai-25 novembre 2004). Faut-il être doté de cette incroyable énergie pour vivre le Moment de l’œuvre conjointement avec d’autres Moments qui sont le sel de la vie ? Faut-il être dans la force de l’âge ? J’ai douze ans de plus que Remi. j’ai trouvé dans le chapitre sur “ Le doute de Cézanne ”. j’ai lu Sens et non sens. Ce qui est bizarre. en le voyant à l’œuvre. En même temps. je ne veux pas laisser sa démarche sans réponse. J’avais regardé rapidement ce texte à son arrivée. À moins que je ne résume la démarche de Jenny. Il me fallait le relire et le commenter. 10 h. Quand les filles sont parties.

Sur ce chapitre. je suis heureux d’être parvenu à peindre une première toile et je dis quelque chose comme : “ Même si je devais mourir aujourd’hui. cours particuliers de musique. ce ne peut pas être le cas. du chant choral. le savoir. Du coup. à propos de certains moments. Cependant. pour lui permettre de suivre le rythme imposé par le conservatoire . De cet assujettissement. pour donner à voir une toile qui correspondrait vraiment à ce que j’ai dans la tête. Je suis devenu un artiste. Henri Lefebvre est assez discret sur l’éducation. et qui à chaque fois. activité sportive le mercredi au club de tennis…). de l’informatique . Mais chez moi. que je visite des expositions.Jenny. je pense 189 . Mais il se contente de dire qu’au début de sa vie. pour avoir travaillé cette année 2004 à la construction de mon moment de la peinture (j’en suis à une trentaine de toiles). et il semble dire que c’est ensuite seulement qu’il peut devenir sujet du processus. Aucune école des BeauxArts ne prévoit de recruter un pré-retraité comme étudiant. pour des raisons de réalisme. dans une notation de la semaine passée (journal d’un artiste). je suis heureux d’être totalement peintre. J’ai écrit 120 pages d’observations. L’enfant y serait assujetti. c’est-à-dire acquérir les mœurs de la corporation ou de la communauté qui se cache derrière chaque appartenance. depuis le 15 novembre 2004. ” La formule est très. L’autodidacte que je suis en peinture. car au fur et à mesure que je produis. on a du mal d’en vivre . disciplines (programmes de l’école. Les premiers moments hérités seraient imposés. étant enfant. que je lis des ouvrages sur la peinture. c’est pour me poser la question “ y a-t-il un “ bon moment ” dans la biographie de quelqu’un pour installer un nouveau moment ? ”. Il y a aussi l’organisation du travail. je pourrais vivre l’entrée dans mon nouveau moment sur le mode dilettante. le tennis. Du coup. Il étudie l’homme déjà bien engagé dans sa biographie. Lefebvre sur ce point précis. en décembre 2003. et je l’observe dans cette période où tout lui est imposé : rythmes scolaires (fous). n’est pas pris en charge par la communauté pour entrer dans un moment (les professionnels me disent même parfois : notre art est difficile. il faut s’assujettir aux gammes imposées par chaque communauté). Dans mon journal d’un artiste. et de contestation de cette imposition. je découvre sans cesse davantage ce qui me reste à faire. l’enfant doit accepter de se laisser imposer la culture. naîtrait une dynamique qui laisserait émerger le sujet… Il me faudrait relire H. une idée m’est venue cette semaine. tout en tenant compte de l’état du contexte de la communauté de ceux qui peignent. ” Sans renier cet optimisme. Dans la mesure où l’entrée dans un moment est l’entrée dans la communauté de ceux qui exercent la même activité. On voit là que la formule de Jenny selon laquelle “ le temps des Moments est celui de la jeunesse du désir ” fonctionne parfaitement. je dois dire que je ne suis plus satisfait du tout de ce que j’ai produit. et que c’est une opposition familiale qui m’a fait passer à côté de ce projet que j’ai pu imaginer reprendre à certains moments de ma vie. Mais je vis actuellement beaucoup avec mon fils Romain (10 ans). mais pour lui en plus : conservatoire où il fait de la harpe. s’appuyant sur une longue citation de Raoul Vaneigem. je me demande si la construction de ce nouveau moment n’est pas un peu tardive. Je suis d’accord. Jenny pose ici une question que je me pose moimême. Pourquoi ? Parce que je pense que ce moment aurait été celui que j’aurais voulu construire vraiment. me fut interdit. du solfège. très belle. sur cette question. Je me souviens qu’il aborde cette question dans La somme et le reste. répond en disant finalement que “ le temps des Moments est celui de la jeunesse du désir. et je suis moins optimiste sur ce que je fais. on ne cherche pas de concurrents nouveaux). Si je raconte cela. car en plus mon fils revendique le droit de jouer avec ses camarades ! Je vois émerger chez lui une dialectique d’acceptation de l’imposition (il aime la harpe. l’informatique et sait que s’il veut être compétent.

qui s’étaient mis à la pratique sportive assez tard. dans une vie de club. Ceci étant. ce sont des compétences spécifiques. Cependant. Cependant. son organisation. pour l’avoir acquis sur d’autres terrains. chaque communauté présente derrière un moment. Hubert sait tout cela. il est évident que cette personne ne pourra pas faire des performances exceptionnelles. On touche là la dialectique entre énergie physique qui décline avec l’âge.que si une entrée tardive dans un moment n’est pas très efficace quant à la production d’une œuvre dans ce domaine. etc. et ce que l’on juge inaccessible. L’objectif de quelqu’un qui commencera la course à pied à 60 ou 70 ans ne pourra pas être de battre le record du monde du 1000 mètres. Quand on voit ce qu’il est parvenu à produire dans ces deux domaines. Hubert de Luze a commencé ses études d’ethnologie à 60 ans. La femme ou l’homme expérimenté ont appris la science de la meilleure utilisation de l’énergie. une telle personne peut aider le groupe à s’épanouir. compte tenu de l’écart trop important entre le moment désiré et l’état actuel de notre transversalité… A suivre ! 190 . cela a d’autres intérêts. Ce qu’il a à acquérir. de même celui qui commencera le piano à cet âge ne pourra pas avoir comme projet de devenir concertiste. Il s’est mis à la composition musicale à 65 ans. Romain. c’est une transversalité riche qui étaie l’entrée dans de nouveaux moments. l’expérience enseignera aussi ce que l’on juge pouvoir créer utilement. on se dit qu’il y a une qualité que le “ grand débutant ” possède par rapport au jeune. lorsqu’il se lance dans ces nouveaux domaines. doit faire une place aux grands débutants. apprend aussi la rigueur d’une discipline. en apprenant la harpe ou le tennis. mais qui est fortement compensée par une meilleure utilisation de l’énergie. J’ai connu des gens très structurants pour des groupes de jeunes. Si l’on prend l’exemple de quelqu’un qui déciderait de se mettre à courir à 70 ans. la nécessité de travailler tous les jours.

Nous allons montrer que cette technique a une histoire. et qu'il existe un continuum de théoriciens qui ont dégager les possibles à travers l'écriture de journaux (Chapitre 11). puis nous donnerons deux exemples de pratiques diaires permettant de montrer l'invention du moment et sa conception.TROISIEME PARTIE : CONSTRUIRE LES MOMENTS PAR L'ECRITURE DU JOURNAL La pratique du journal est un moyen d'entrer dans la construction des moments. 191 .

. A chaque thème exploré peut correspondre un carnet. Marc-Antoine (Chevalier). p. John Locke (1632-1704) John Locke écrit dans son Traité sur l'Entendement humain. introduction.Chapitre 11 : Moment du journal et journal des moments Tenir son journal est une pratique ancienne. 298 Marc-Antoine Jullien. nouvelle édition : Paris. de son esprit et de son âme. H. tournent au profit du développement de son corps. Paris. destiné aux 15-25 ans . Seconde édition augmentée (348 pages) en 1810. Essai sur une méthode. Dans ce registre. plus étendu. J. écrire le journal est un moyen de se construire une identité de chercheur. qui permet la distinction. chez Firmin-Didot. le philosophe John Locke a utilisé cette méthode. et d'une sage répartition de leurs différents emplois. Essai sur une méthode qui a pour objet de bien régler l'emploi du tems. les éducateurs. en lui faisant retrouver une très grande quantité de moments perdus 297 pour tous les autres et qui. 3. extrait d'un travail général. mais aussi de ses idées. 297 Souligné par R. au moyen d'une économie sévère de tous les instants. premier moyen d'être heureux. les agents de développement social. Pour éviter une confusion qui n'existe pas dans d'autres langues (par exemple. et enfin de son instruction et de son bonheur 298 ". vieilli. les formateurs. En français. il existe une tradition du journal de recherche qui commence en 1808 avec un livre de Marc-Antoine Jullien "Essai sur la méthode. pour la commodité de la vie et l'expédition des affaires. 206 pages. l'ouvrage est signé M. en allemand. 192 . régional ou étranger dans lequel nous lisons les nouvelles du jour. au jour le jour : la méthode "montre comment on peut parvenir. Le journal des moments garde des traces de ses trouvailles. de ses réflexions. le journal de ses rencontres. au sens de tenir son journal. dont la racine est encore utilisée en anglais dans le mot Diary et en italien Diario qui signifient "journal". pour le progrès des connaissances. on pourrait utiliser un mot. (vol. recueillis et utilisés par lui. Déjà. On parle du "diariste" (celui qui tient son journal) ou de "diarisme" (pour parler du phénomène social que représente le fait de tenir un journal). A côté de la tradition du journal intime. 2006. 296 Jullien. de Marc-Antoine Jullien et de Janusz Korczak. et le journal de ses acquis scientifiques. A l'usage des jeunes gens de l'age de 16 à 25 ans. elle est pratiquée par les ethnologues. on distingue Tagebuch et Zeitung).. Le fait que le mot remonte à 4 ou 5 siècles montre que c'est une pratique très ancienne. un journal. 1714. le mot "journal" signifie à la fois la pratique d'écriture au jour le jour qui nous intéresse ici. sur l'Éducation. Ces mots viennent de "diaire" (au jour le jour). 425) : "Il n'y a presque rien d'aussi nécessaire. Il existe donc un continuum de l'écriture de journaux. et le "quotidien" national. Je parlerai plus particulièrement de John Locke. que de pouvoir disposer de ses propres idées . 296 " qui invite les jeunes à se former en tenant trois journaux : le journal de sa santé. . Anthropos. Si j'écarte de mon analyse la pratique du journal intime qui est davantage étudiée par les littéraires. Aujourd'hui. je peux donner quelques grands noms de personnes qui ont marqué l'histoire du journal de recherche que je prône ici et qui inspire directement ma pratique pédagogique. à doubler et même à tripler la vie d'un homme. et par extension la presse non quotidienne. 1808. Londres. au XVII° siècle. que la littérature a commenté. A.

John Locke a tenu un journal toute sa vie. ils n’ont pas pris au séminaire 299 l‘habitude 299 En Pologne. à les traduire. NdT 193 . et ce que l’on tire de ces rencontres sur le plan moral). ce qu’il a en trop. ce qu’il exige. la larme. Marc-Antoine Jullien propose aux jeunes. propose une clinique de l’éducation. mais plutôt chercher ce qui lui manque. il a sa place dans le prolongement d’autres recherches qui l’ont précédées. mais l’abandonnent rapidement. d’écrire trois journaux différents : -un journal du corps (santé). Janusz Korczak (1879-1942) Moments pédagogiques. les vomissements sont pour le médecin ce que le sourire. -et un journal intellectuel (où l’on note les connaissances intellectuelles que l’on acquiert ou par rencontre ou par lecture . on désignait le lieu de formation des enseignants par "le Séminaire" ("Seminarium Nauczycielskie"). Ne pas chercher à savoir comment exiger. et il anticipe sur des recherches qui se sont poursuivies après lui. Si la pédagogie accepte de suivre la voie ouverte par la médecine. Marc-Antoine Jullien (1775-1848) Dans son ouvrage de 1808. Le philosophe Maine de Biran a également utilisé cet outil au début du XIX° siècle. l’écriture du journal pédagogique comme structurant le moment. rejeter ce qui est dû au hasard. chercher les lois fondamentales. L’étudiant examine de nombreux individus. les joues rouges sont pour l’éducateur. Le journal apparaissait donc comme une sorte de formation totale de l’être. Certaines formes de correspondance sont très proches de ce type de journal. Il montre que le journal peut être l’espace d’un travail philosophique. pour conseiller leur action. l’art du diagnostic pédagogique. est un texte court. car ils ne connaissent pas la technique de la prise de notes. Marc-Antoine Jullien produit la première systématisation du journal des moments. -un journal de l’âme (où l’on restitue ses rencontres avec les personnes. Ses écrits philosophiques ne sont que la mise en forme organisée de ses médiations au jour le jour. à les associer et à en tirer des conclusions. En effet. lier ce qui est similaire. que de pouvoir s'en rendre tout-à-fait le maître". Machiavel a conservé les doubles des courriers qu’il envoyait aux princes de Florence. apprend à regarder et. Il s’est appuyé ensuite sur ses lettres pour écrire ses écrits politiques. Dans ce livre. Il n’y a pas de symptôme sans signification. qu’il a indexicalisé. ainsi notées. qu’exiger de l’enfant. ayant discerné des symptômes. les connaissances deviennent des savoirs).et il n'y a peut-être rien de plus difficile dans toute la conduite de l'intelligence. Quelles sont ces lignes ? La théorie des moments. elle doit élaborer une science du diagnostic éducatif fondée sur la compréhension des symptômes. Ce livre fut écrit dans un contexte où l’école n’existait pas pour tous. la toux. mais qui s’inscrit dans des lignes temporelles qui font continua sur le long terme. ce qu’il peut donner. jusqu'à la seconde guerre mondiale. La fièvre. Janusz Korczak montre dans Moments pédagogiques que la science du diagnostic occupe une place prépondérante en médecine. "Les bons éducateurs commencent à tenir un journal. de Janusz Korczak. comment contraindre et interdire. Janusz Korczak. Il faut tout noter et tout soumettre à la réflexion. par l'écriture d'un journal.

l’auteur est le sujet du journal. le journal est écrit pour soi. On accepte donc la spontanéité. etc. l’éphéméride est une forme d’écriture collective du journal. dont on discute lors de réunions et de colloques. En effet. bref. en même temps que l’on se reconnaît. La vie n’affranchit jamais qu’en partie. L’auteur est le plus souvent une personne. me décourage. m’étonne. le manque de recul. contrairement à l’histoire de vie ou aux Mémoires. Dans un hôpital. alors que la lettre a un destinataire bien ciblé. C’est un point commun avec la correspondance. examens. il n’a pas atteint le niveau de la chronique que l’on fait lire à un collègue. C’est même ce changement qui s’est opéré en moi que je mesure en relisant mon journal. Même avec un petit décalage.. quelles victoires as-tu fêtées? Que chaque échec soit pour toi un apprentissage conscient. le journal est écrit par une personne. Mais globalement. alors que la correspondance est un écrit pour l’autre. s'interroge : "Quelque chose me réjouit. quelqu’autre m’attriste. on peut remarquer que le journal. Pour Janusz Korczak. mais un écrit dans le coup. la partialité d’un jugement. éventuellement la force des sentiments. L’écriture collective (“ symphilosophique ”) des fragments de la revue Athenaum était une forme collective d’écriture philosophique à rapprocher du journal. c’est que. Mais il peut être un collectif. S’il a dépassé le stade du journal du potache. On pourrait écrire des centaines de 194 . le journal est un écrit pour soi (individuel ou collectif). La seule différence. Le destinataire du journal. Comme lorsque l’on regarde une photo de notre enfance. est un écrit pour l’autre. On peut écrire le soir ce qui s’est passé dans la journée ou le lendemain ce qui s’est passé la veille. Autant de questions que l'on doit traiter dans le journal". Que prendre en notes. ils perdent confiance en leurs capacités . Quelles difficultés. les pensées d’autrui. peut-être. diagnostics. Janusz Korczak. quelles surprises as-tu rencontrées. comme ils ont trop attendu de leurs notes. en même temps on mesure combien on a changé. même si je n’écris le journal que pour le relire moi-même.de prendre systématiquement des notes sur leur travail. à prendre en notes les exposés d’autrui. et une aide pour les autres". quelles erreurs as-tu commises. “ Je est un autre ” (Rimbaud) entre le moment de l’écriture et le moment de la lecture ou de la relecture. elle est inscrite dans le présent de l’écriture au même titre que le journal. I). on écrit toujours au moment même. ne permet de réaliser que des fragments". Tous les soignants contribuent à cette écriture. comment les as-tu corrigées.Les formes générales du journal Le journal est tenu au jour le jour. dissimulé aux yeux de papa sous le matelas. On lui a appris. Ce n’est pas un écrit après coup. Dans un premier temps. On ne peut pas rendre compte de façon exhaustive du quotidien. comment prendre des notes ? On ne le lui a pas appris. Un journal de classe peut être aussi une œuvre collective. où l’on vit ou où l’on pense. quels échecs as-tu subis. bien identifié. dans un premier temps. m’inquiète. Quand on écrit une lettre. ils ne croient plus à leur valeur". me fâche. On peut écrire un journal de voyage à plusieurs. Mais le plus souvent. Trop exigeants vis-à-vis d’euxmêmes. c’est par ces notes que l'on établit un bilan de sa vie : "Elles prouvent que tu ne l’as pas gaspillée. Le journal est une écriture de fragments. Cependant. mais pas les siennes. réactions. On tient à jour les informations concernant des malades d’un service : médicaments administrés. L’écriture du vécu est toujours limitée. cette forme d’écrit personnel est inscrite dans le présent. même intime.

la narration d’un événement. Le journal est une écriture transversale. Prendre du recul.pages sur une seule de ses journées. L’écriture du journal s’accepte donc comme fragmentaire. Et une dimension de ce rapport se trouve dans la distance que l’on construit au journal. plus. Il montre le lien avec un vécu actuel. dans certaines circonstances. moins j’ai un souvenir actualisé de son contenu. le journal se donne des objets diversifiés dans des registres multiples. où ce thème a été traité. et alors on peut écrire dix. comme celui d’Amiel). La lecture survient au cours de l’écriture même du journal. Le journal joue de deux pôles : durée et intensité. etc. il y a une volonté de faire un travail de distanciation plus systématique. on accepte que le recul survienne plus tard. le vécu se déploie sur plusieurs jours. La lecture permet donc de jouer dans l’écriture même. chaque thème renvoie aux dates des jours. Alors que l’on a lu des passages du journal. qui donne sa valeur au journal. le journal tend vers le récit. un sentiment. si l’on voulait être exhaustif. Lorsqu’il est intensif. En effet. Même centré sur un thème. le journal permet des notes à valeur universelle ou particulière. je me souviens avoir écrit quelque chose antérieurement sur le même thème. En matière de journal. Si un diariste écrit davantage. un fait qui vous travaille resurgit le lendemain Sur le plan de la logique dialectique (voir ce terme). sur une recherche. L’archéologue s’interroge-t-il pour savoir si un marteau est scientifique ? Non. je suis conduit à relire plusieurs passages. même si le journal appelle surtout des notations singulières. Si vous avez centré votre écriture de la veille sur un autre thème. Il l’utilise intelligemment ou pas. Le journal est un procédé d’accumulation. En recherchant ce fragment. le journal peut glisser d’une logique de travail dans la durée (on essaie d’écrire une page par jour sur le thème que l’on explore). dans son travail de fouille. Plus le journal est volumineux. Il permet en restituant des souvenirs d’explorer le passé. Le journal se développe sur la durée. s’oppose à l’intensité. et à l’exploitation que l’on fait des données recueillies dans des écrits plus élaborés. la science se trouve dans le rapport adéquat que l'on construit à cette technique de recueil de données. L’écriture du journal est-elle scientifique ? Le journal n’est qu’un outil. Il permet aussi d’explorer différentes dimensions de celui qui écrit. d’une lecture. lors de la relecture. et rendre compte de tous les contextes du vécu. le journal explore une ou deux dimensions du vécu. La durée. Une solution à ce problème se trouve dans l’indexicalisation du journal. Ou la durée n’est pas déterminée au départ (forme du "journal total" de certains journaux intimes. il explore la complexité (voir ce terme) de l’être. le journal compte 365 pages. Alors que je suis en train d’écrire mon journal. la relecture prend en compte le 195 . Plus que tout autre forme d’écrit. À raison d’une page par jour. Plus le diariste centre ses observations sur un ou deux faits chaque jour. une émotion. voire quinze pages par jour). je retrouve des notations passées qui influent sur mon écriture d’aujourd’hui. sur une élaboration d’un thème ou d’un autre. L’objet d’une notation du jour peut être une pensée. son travail est intéressant. ou au contraire celle-ci est déterminée par un contexte : le temps d’un voyage. Nous pouvons distinguer le moment de la lecture du moment de la relecture du journal. se pose alors la question de l’accès aux données accumulées. Or. Même en n’écrivant qu’une page par jour. d’une conversation. Il est donc divers par nature. Dans cette pratique d’écriture. il arrive que l’on ait davantage de temps que dans la vie quotidienne. Que je retrouve ou non le fragment recherché. et sur une plus longue période. Chaque jour. sur le long terme. le journal est un outil rapide d’accumulation de données. d’une recherche. De ce point de vue. Chaque fragment reçoit un titre en fonction de son thème. au bout d’un an. A la fin du journal. le journal n’interdit jamais des mises en perspective transversales. à une forme de travail intensive (en voyage. Dans la relecture. qui est une forme de table analytique qui lui permettait de retrouver ses réflexions rapidement.

Amiel écrit "Une idée qui me frappa est celle-ci : Chaque jour nous laissons une partie de nous-mêmes en chemin. mais aussi les bribes de conçu qui émergent. se situe dans un autre univers que ce que tente de promouvoir J. La lecture du journal d’Amiel montre que l’objet du journal intime est l’exploration de la construction du “ moi ”. en s’appuyant sur l’indexicalisation. monographies). de Hegel. Hess. j’ai pris conscience que le journal permet de passer d’une conscience commune à une conscience philosophique des choses. d’Ernst Bloch. 8 octobre 1840). C’est un tâtonnement quotidien pour débusquer toutes les facettes de la personnalité. Avec le temps. De ce point de vue. c’est un "journal total". dont le volume est considérable (16 000 pages). Alain Girard. Comme les autres formes d’écriture impliquée (autobiographies. dont les limites temporelles ne sont pas fixées a priori. Il a fait l’objet de nombreuses études (Michelle Leleu. inter-individuel.Cette pensée suffirait à faire tenir un journal assidu. Notre travail ne s’inscrit pas dans le prolongement de cette forme de journal. Le journal intime prend comme objet le vécu personnel d'une personne. Journal intime. comment s’est formé la conscience. on serait bien savant. les évènements vécus. organisationnel. II). donc plus construites.Les formes particulières de journal Le journal intime ou personnel est celui que tient l'adolescent ou l'homme de lettres. On comprend d’où viennent les idées. cet été. Hegel n’en a pas fait cet outil central que nous propose J. lorsque celui-ci est terminé. comme en témoignent les travaux de Philippe Lejeune. avec le recul du temps. par exemple. dans la mesure où il prend souvent pour objet un vécu qui ne passe pas dans d'autres sources écrites. Béatrice Didier. du “ Je ”. De ce point de vue. C’est la relecture qui fait prendre conscience de ce non-encore-conscient. correspondances.. Je le regarde avec plaisir. pour reprendre les niveaux de l’analyse multiréférentielle de Jacques Ardoino). le journal est d'un intérêt immense pour l'anthropologie historique (voir P. les entretiens. 1998). Peut-on concevoir une supervision pour le diariste ? Dans sa méthode de 1808. Korczak. mensuels des acquis du journal et de donner à lire ces bilans à un adulte distancé qui permet d’aider à l’évaluation du travail d’écriture. Personnellement. Je suis heureux d’avoir ce journal dans ma bibliothèque de Sainte-Gemme. groupal. comment elle a réussi à dépasser certaines erreurs.. avec un peu de recul. Henri-Frédéric Amiel a passé sa vie à écrire un Journal intime. institutionnel. si le journal de terrain capte. il me semble que cette forme de journal. La capacité anticipatrice du journal. Lorsqu'un journal est découvert ou lu. elles-mêmes plus élaborées ou plus médiatisées. la relecture du journal est un mode de réflexivité sur la pratique. Tout diariste décrit son quotidien. MarcAntoine Jullien conseille de faire des bilans hebdomadaires.. Elle rappelle le mot du prince de Ligne : Si l'on se souvenait de tout ce que l'on a observé ou appris dans sa vie.tout du journal. au jour le jour. il devient une banque de données intéressante pour l'historien. L’approche peut être thématique. 196 . continue à être massivement pratiqué. . Faire lire son journal à l’autre aide ainsi à progresser dans sa recherche. Philippe Lejeune). Le projet d’expliciter le mouvement de la conscience est déjà dans La phénoménologie de l’esprit. En lisant Le Principe espérance. les perceptions. le journal acquiert une dimension historique. La relecture du journal permet donc une démarche régressive-progressive autorisant à se projeter dans l’advenir (voir Méthode régressive-progressive). Ainsi. Mais son travail d’observation minutieux lui fait noter des faits qui ne sont pas encore conscientisés. Bien qui ait pu tenir un journal. même si elle est intéressante. le journal est une ressource pour travailler la congruence entre théorie et pratique. etc. Il est pris comme un ensemble. Le journal intime qui fut à la mode au XIX° siècle. Cette pensée est d'une mélancolie sans égale. ” (Amiel. Une approche multiréférentielle permet de lire le journal sous des angles différents (individuel.

Anthropos. proposé par René Barbier 300 . et qui refuse l’intimité. j’ai un chantier de production avec Gabriele Weigand. cet échange correspond à un suivi d’un travail intellectuel qui accompagne des publications communes 301 . 197 . sur un terrain spécifique. Weigand. Le journal de bord est intéressant. A Saint-Jacques de Compostelle. le journal de terrain de l’anthropologue ou de l’ethnologue. il faudrait traduire… Ce qui pose d’autres problèmes. “ Le journal d’itinérance ”. Les travaux de Raymond Fonvieille s’inscrivent dans cette tradition du journal de recherche pédagogique. La dernière : R. Pratiques de formation n°9. Il prend souvent la forme du "journal total". une grande pédagogue allemande. De ce fait. On explore un voyage intérieur. Il existe aussi des formes de voyage sur place. c’est déjà la recherche. Université de Paris 8. sur le plan scientifique. Pour rendre exploitable notre échange de lettres. Souvent. ou avec la littérature (chez Albert Camus). L'écriture s’organise autour d’une recherche. C’est une autre forme de journal. à propos d'un "objet" qu'il s'est préalablement donné. mais nous ne cessons de discuter. Je m’inscris dans un continuum d’écriture de journaux qui va de Marc-Antoine Jullien (1808). nos hypothèses. C’est une forme de suivi d’une recherche au quotidien. Hess. Par sa dimension sociale. 2005. Cela signifie que nous faisons du terrain ensemble.Korczak. La seule question. L’observation participante dans les groupes interculturels. une correspondance peut s’organiser autour d’une recherche. c’est qu’elle m’écrit en allemand. nos lectures. Je fais lire à Gaby mes journaux (elle-même a tenu un journal de classe). le chercheur pointe ses hypothèses et ses trouvailles. le journal que nous préconisons s’inscrit dans cette tradition. pour ma recherche. M. C’est le cas du “ journal d'itinérance ”. rapports à la classe). Paris. et au fur et à mesure de leur apparition. comme le journal de bord que l'on a tenu sur les navires qui partaient à la découverte du nouveau monde. Dans le journal de recherche. cette forme de journal visent à rassembler des informations que l'auteur ou ses commanditaires imaginent voir exploiter ou traiter d'une manière ou d'une autre dans un temps ultérieur. chez Leiris (L’Afrique fantôme). On écrit un journal pour l’autre. Le journal de voyage ne cherche pas à rendre compte de toute la vie du sujet. Je vis le voyage comme une intensité . Le journal de voyage. car il raconte le vécu d'un groupe. Le journal de formation. R. Sur le plan de la recherche pédagogique. L'espagnol Miguel Zabalza a consacré de nombreux travaux au journal dans la formation d'enseignants. celui qui cherche à ordonner un contenu déterminé à l'avance. car je sais que cette surimplication diaristique ne va pas se prolonger exagérément. Mais sur le fond. De ce point de vue. Lorsque je décide de tenir un journal. Dans le journal philosophique. Nous travaillons ensemble depuis 1985. et moi. par exemple. G. j’ai tendance à écrire davantage de pages chaque jour que lors d’une journée ordinaire. juin 1985. De ce point de vue. Il se limite à la période d’un ou de plusieurs voyages. pour un voyage de courte durée. il s’agit d’une écriture autour de thèmes que l’on peut reprendre. On peut rapprocher de ce type de journal. celui qui gère un ou plusieurs objets de recherche. Korczak (1918). le journal de bord se différencie nettement du journal intime. Comme le journal. Fonvieille (1947-2000)…. Le journal de voyage se combine avec l’anthropologie. J. Il est destiné à être lu par d'autres. Notre correspondance est de la plus haute importance. La description de leurs difficultés vécues en classe (premiers stages) sont lues tant par des 300 301 René Barbier. René Lourau (1988) défend l’idée que le journal de recherche. je lui réponds en français ! Le lectorat est forcément limité aux bilingues. J’ai déjà envisagé de la publier. Zabalza propose aux élèves-professeurs de tenir au jour le jour un journal de leurs difficultés tant didactiques que psychosociologiques (relation pédagogique. nos questionnements. Marcel Mauss invitait ses disciples à tenir un tel journal. le lecteur attentif remarquera que mes journaux de voyages tendent à se confondre avec le récit. je cherche à capter cette intensité des journées. on peut considérer que Moments pédagogiques est un journal de recherche pédagogique.

Ainsi. etc. Stendhal explique qu’il n’écrit son journal que lorsqu’il n’est pas sur autre chose. Alain Coulon parle du journal d'affiliation.formateurs spécialistes des disciplines que des psychopédagogues. Je pense publier ce livre prochainement. Je tiens jusqu’à 18 journaux en parallèle. et Raymond Fonvieille l’avait pointé en commentant mon Lycée au jour le jour. Moins qu’une histoire de vie. Ce journal accompagnait la réforme. Coulon. des journaux de voyage. l’observation porte sur la classe. On parlera alors de journal des moments. Ce texte donne à lire la manière dont se met en place une réforme dans l’institution universitaire. Korczak qui n’est pas loin de prendre en charge la dimension institutionnelle que je tente de souligner. avec son journal de la réforme des DEUG en 1984. En fait. on doit utiliser cet outil du journal. forme de journal utilisée dans un hôpital pour consigner tous les soins donnés aux malades dans un service. Dans ma pratique du journal institutionnel. Korczak. organisationnelles. Chez J. Les conflits à l’intérieur de l’établissement interfèrent sur la vie de la classe. moments d’une biographie. Dans la perspective que je décris. j’ai voulu remettre l’observation de la relation pédagogique dans un contexte : celui de l’établissement. Comment la définir ? Tous les écrivains n’ont pas donné une place au “ moment du journal ”. mais en moments parallèles. L’analyse institutionnelle a besoin du journal pour avancer Le journal des moments est la dernière forme ma recherche. je pense que des gens ont fait des choses proches. je crois être le premier. de raconter mon histoire de vie. un journal des idées. Le journal est un excellent analyseur de la vie institutionnelle. qui interviennent alors pour aider le futur enseignant à répondre aux dilemmes du métier qu'il découvre. Korczak. de ne pas avoir tenu de journaux. d’un “ moment du journal ” qui survient au bon moment temporel dans certains contextes. il faut rendre éducative l’institution pédagogique. mais il a circulé sous forme dactylographiée dans l’université de Paris 8. une consigne ou une norme. comme illustration du processus d’analyse interne. De Montaigne à Pierre Bourdieu. il y a la présence de lecteurs extérieurs qui aide le praticien à dépasser certaines contradictions qu’il a réussies à pointer. dans la vie. Christine Delory-Momberger me propose. sur la relation pédagogique elle-même. J'ai commenté ce travail (Hess. de raconter ma vie 198 . la plupart des journaux pédagogiques (J. pris dans le sens anthropologique. avant moi. Ce texte n’a pas encore été publié. Ce chiffre correspond au nombre de chapitres du Sens de l’histoire. certains ont utilisé cette forme d’écriture constamment. On peut alors parler. Je m’inscrivais dans un champ de cohérence qui était celui de la psychothérapie institutionnelle. on peut passer au journal des moments. au moment même de son écriture. du moment temporel du journal. Je fais le lien avec ce que vous avez nommé le journal institutionnel. 2005). Je décide alors de penser ma vie non pas en moments successifs (chronologie). Personnellement. groupales. Mais ce n’est pas. Ainsi. Pour moi. institutionnelles de la vie d'un établissement. 1989) qui montre que dans tout type de formation professionnelle ou personnelle. Pourtant. Christine et moi. Le sens de l’histoire se veut une cartographie de vie. C’est une idée qui a été dégagée par François Tosquelles lorsqu’il disait : “ il faut soigner l’institution de soin ”. etc. R. le journal institutionnel veut prendre en compte les dimensions individuelles. sont centrés sur la relation pédagogique. je ne me suis pas contenté des trois journaux suggérés par Marc-Antoine Jullien. Dans Le métier d’étudiant. Plus que l'éphéméride. au risque de ne rien écrire d’autre (Amiel). il y a eu Georges Lapassade aussi. cette centration se fait sur l’élève. Je rappelle le contexte d’écriture de ce livre. un jour ou l’autre. C’est dans ce livre que l’on a décidé. ou ont limité l’écriture de leur journal à des périodes où ils ne s’investissaient pas dans l’écriture d’autres textes. Cette forme d’écriture peut aussi être identifiée chez Edgar Morin. Un même diariste pourra tenir plusieurs journaux en parallèle : un journal comptable. à propos des étudiants qui tiennent une forme de journal institutionnel (A. Fonvieille). pour moi. Fonvieille. Parmi les diaristes. il faut pointer les contradictions entre le projet énoncé et les pratiques institutionnelles. Donc. dans un contexte de vie difficile pour moi (perte de mes parents). Là encore. Après moi. Mais. Je fragmente mes journaux en fonction de mes moments. il y a Colonies de J. Chez R. interindividuelles. nombreux sont les intellectuels qui ont regretté.

Dans son cheminement de recherche magnifiquement décrit. mais aussi dans la conscience du groupe. On est heureux quand on peut les consulter. “ Les jambes lourdes ”. pour ne pas rendre trop volumineux ce livre déjà gros (414 pages). il y avait 100 pages sur le lycée . Il y en a 18. il m’est possible de refaire sa recherche. C’est pour ces gens que je veux rendre utilisable ce journal. Comme Janusz Korczak. Il faut pouvoir échanger autour de ce travail d’éclaircissement. le journal d’analyse institutionnelle. mentionnons : le “ journal de lecture ”. c’est qu’il soit mort sans que je puisse échanger sur ces questions avec lui ! 199 . qui est traduit en brésilien et en italien). quand il est ciblé sur un moment. qui rassemble mes commentaires de lecture. “ René Lourau ”. de recherche interculturelle. Mais j’estime que ces textes ont tous des destinataires particuliers : mon journal pédagogique intéresse mon groupe de référence pédagogique. je donnais à mes étudiants la consigne de centrer leurs observations sur un seul thème. mon travail dans des revues. de santé. de cette recherche pédagogique exceptionnelle. j’ai constaté que dans ce journal. Anthropos. le journal professionnel (d’enseignant de lycée. transduction (Paris. qui a voulu publié Moment pédagogiques. Le journal est une traque d’un champ de cohérence. etc. le moment de la thèse. s’ajoutent des journaux de voyage et des journaux sur des thèmes plus étroits de recherches particulières : “ Forme et mouvement ”. Mais quand j’ai voulu faire Le lycée au jour le jour. 1997). etc. le journal des idées. et la conscience du monde. est utile pour une communauté de référence. Quand j’ai découvert que R. de René Lourau. centré sur le lycée au jour le jour. de paternité. “ Henri Lefebvre ”. pour expliquer aux jeunes enseignants l’utilité de ce type de travail. cela rendrait plus fort mon ouvrage. en 1988. puis d’université). j’ai pu identifier les moments où il se trompe. Du coup. d’un artiste… À ces journaux. Lourau. Quand on réussit à identifier un nouveau moment. le journal de danse. on fait un progrès dans la conscience de soi. Fonvieille avait tenu un journal pédagogique durant 20 ans. L’idée de se centrer sur un moment pour atteindre le groupe qui partage avec nous ce moment me vient de loin. Parmi mes titres de journaux. et de la porter plus loin que René lui-même. Donc. Ainsi. à le décrire. déjà en 1976. “ attracteurs étranges et détracteurs intimes ”. cela vient de loin chez moi ! Le journal. Le “ journal de recherche ” qui représente 2/3 du livre est tout à fait important pour pointer les impasses dans lesquelles s’enferme R. C’est une recherche individuelle et collective. Le seul regret que j’ai. mais 250 pages touchaient d’autres thèmes : ma vie familiale. je lui ai demandé de le reprendre au moment de sa retraite. mais il y aurait pu en avoir 19. Dans le cadre de la rédaction du cours d’analyse institutionnelle que j’écrivais en 2005 avec Gabriele Weigand.en 18 moments. j’ai écrit 350 pages dactylographiées sur ma vie de professeur de lycée. de grands pédagogues ont souvent tenu leur journal pédagogique. J’ai pensé que si je sélectionnais les pages “ lycée ”. C’est à ce moment-là que l’idée du “ journal des moments ” s’est définitivement imposée. Plusieurs de ses livres sont cette mise en forme pour l’autre. j’ai passé du temps cette année à relire Implication. Il a fait l’objet d’une publication séparée (Produire son œuvre. après avoir publié des journaux divers depuis 1989. Je ne cherche pas à publier mes journaux sous forme de grands tirages. “ Congé sabbatique ”. En 1982-83. Mais. j'organise l’écriture et la publication de mon journal en moments. pour l’éditer. Le moment de la direction de thèse a été écarté.

qui me secoue encore. J’ai commencé à indexer le Journal d’un génie à partir de la page 35. L’imaginaire. c’est qu’il faut beaucoup corriger . provoqua un rendez-vous. Dali. j’ai recommencé Dali. c’est qu’il ne faut pas trop corriger. dans cette salle dans laquelle je vis chaque semaine… Cela transformerait le quotidien. elle me dit que je dois renoncer à mon idée de peindre une fresque dans la salle C 022. Lucette et moi étions si proches l’un de l’autre. d’en parler tout le temps. comme “ le 200 . me dit-elle. Mon père. qui se prenait pour Breton. Je vais devoir le reprendre par le début. à laquelle je m’identifie. Ils affadissaient tout. Le livre de poche. à la fac. etc. la seconde. magnifié par ma pratique de tango. ” Amélie Nothomb. ” Eugène Delacroix. était le dessin. Alors que jeudi. de manière sympathique. J’en suis à la page 15. pour faire plaisir à mon père. 2001. . mais terni par le gris sale de cette salle.). que lorsque Lucette n’est pas là. ce matin. Le Sabotage amoureux. Martigues. 1994). J’ai besoin d’une œuvre gigantesque. Ma vie d’artiste clandestin a commencé à 15 ans. sur le mode de la confidence. Ligoure. J’ai l’impression que ma dimension d’artiste doit être cachée. Lucette me dit : “ Tu n’auras qu’à faire une fresque à Sainte-Gemme ! ” Elle et sa famille. ainsi que le livre de Robert Descharnes et Gilles Néret.Chapitre 12 : L'entrée dans un moment : Journal d’un artiste clandestin “ Et puis. J’ai découvert le Journal d’un génie (Gallimard. en dehors de la gym. Taschen. J’ai commencé par ce dernier. la première. Je lis Salvator Dali avec méthode et sérieux. Ils n’avaient pas le moindre sens épique. Consciente du désagrément que provoqua son propos. Je découvre que René Lourau. Lundi 3 mars 2003. mais en cachette. Je trouve ce défaitisme idiot. Mais.nous n’avons jamais été aussi proches -. nous détestions que les adultes se mêlent de nos histoires. m’expliqua que je devais renoncer à cette voie. lorsque j’ai voulu entrer aux Beaux-Arts. le 25 février. peut-être pour rattraper sa gaffe. Reims. 53 “ Il y a deux choses que l’expérience doit apprendre . à Paris 8. qui était ami du directeur. Ce dernier. p. J’associe à Martine Abdallah-Pretceille qui m’a désigné un jour. Je ne peux le lire. lu trop vite. Le bouleversement tellurique. me prenait pour Dali. encore que je ne puisse pas m’abstenir. la seule discipline où je réussissais. s’opposèrent à cette idée en 1991 ! Je voulais repeindre les murs intérieurs de notre maison avec les paysages que nous aimons (Cinque Terre. fondamentalement idiot. Ce matin. “ Tout le monde s’opposera à ce projet ! ”. accrochage avec Lucette qui me met hors de moi. et continuer le lycée… Au collège. 1993. est lié à Salvador Dali.

Ce n’est pas vraiment encore solide. Derrière cette révélation. et de l’AI à partir de Dali. Mercredi 12 mars 2003. C’est à la fois intéressant pour la théorie du journal. Tous les dessins que j’ai publiés l’ont été sous un pseudonyme… J’ai commandé dix livres de Dali et Breton. Il sera temps plus tard de reprendre ces idées et de les faire entrer dans des projets plus travaillés. ” Qu’entend-elle par journal dalien ? Est-ce une contraction du présent journal à inventer. encore. comme programme à réaliser durant la journée. Parallèlement à ce journal. pour Après Lourau. Les Champs magnétiques. immédiatement. Mes idées de dessin demanderaient du temps pour être mises au propre et présentables. dans toutes ses dimensions. Mon projet en lisant cet ouvrage est d’acquérir un peu de culture. Où est-il ? Je ne l’ai pas terminé. intitulé Carnet dalien. etc. Qui est ce Dali dont j’appréciais les tableaux ? Je me mets à flasher sur lui. “ Mais. j’éditerai votre journal dalien. refondation des sciences de l’éducation. Ceux-ci ne sont guère présentables. 942 pages. hier. Pour ma part. K. Il n’y a plus que le dessin qui compte pour moi. Mais je ne l’ai découvert qu’en le dessinant sur mon carnet vert. Je dois me constituer un solide rayon de bibliothèque sur l’art… Marie-Paule m’avait offert récemment l’ouvrage de Jean-Claude Kaufmann sur Delacroix. d’autres. Mais je dois le pratiquer en cachette. m’a dit : “ Moi. non ! ”. J’ai dit que j’avais pensé à Benyounès. J’ai expliqué que j’allais éditer mes journaux tenus depuis janvier 2000. (édition revue par Régis Labourdette). Cela va exister. Mais qu’importe. Manifestes du surréalisme. c’est que cette représentation forme un K. Poisson soluble. qui va organiser mes lectures dans les jours qui viennent. fait de dessins. Les Cocus du vieil art moderne.Dali des sciences de l’éducation… ”. depuis que j’ai lu Dali. Pourtant. Hier. repas avec K. Ce matin. cela signifie que je dois devenir Remi Hess. J’y reporte les idées qui s’imposent à moi lors de mes séances oniriques. l’important. Celle de l’art est à la traîne ! Je veux noter que j’ai reçu hier le Journal 1822-1863. je me dis que l’important est de fixer l’idée. 1996. Comme le dit Dali. introduction et notes d’André Joubin. J’ouvre un journal dalien. de Delacroix (Plon. J’ai lu ce matin la présentation et l’introduction. S'il vous plait. Lourau. Ce qui est très drôle.. m’a demandé K. etc). Certaines se présentent comme projets de livres ou d’articles . J’attends aussi la commande dalienne. d’autres enfin sous formes de dessins. 201 . en demandant à des étudiants de les introduire. préface d’Hubert Damish. c’est d’être en mouvement pour devenir Dali. j’ai dit que j’avais ouvert un carnet à dessins. Vous m'oublierez. “ C’est mieux que Dali ? ”. et pour ce chantier de formation dans lequel je me lance sur le terrain de l’art. L'amour fou. j’appelle séance onirique le moment qui suit le réveil et durant lequel une multitude d’idées se proposent à mon esprit. les annoter. et du carnet de dessins. On m’annonce l’arrivée de : La Vie secrète de Salvador Dali. L’Histoire du surréalisme. Ce carnet dalien sera tenu en interaction proche avec ce nouveau journal. il y a une énergie à perspective multidimentionnelle (refonte de mon livre sur R. Cela explique que je ne les dessine jamais. plus la première page de Delacroix. commandé à Mostapha Bellagnech. j’ai voulu noter la représentation de Kareen (K) dansant le tango. Nadja d’André Breton… Mercredi 2 avril 2003. Dans ma journée.

Avant de passer à autre chose. Pourtant. Elle propose de le remettre sur une autre couverture. une de mes meilleures étudiantes. ont dû être lu par René Lourau ! Mercredi 23 avril 2003. je voudrais noter mes dernières acquisitions (mardi chez le bouquiniste du XVIII° arrondissement. trouvés au salon du livre : Asphyxiante culture et Bâtons rompus. chez Anthropos. André Breton. Claude Mauriac. Patrice. Un dessin de temps en temps lorsque j’ai une idée. 1963. suite à une panne d’ordinateur. j’ai passé la journée à dessiner dans le carnet commencé en 2000. J’y ai appris mille choses en relation avec mes désirs du moment. La mort difficile. J’y avais fait deux numéros de La Sainte Église. Du coup. Caroline avait trouvé ce dessin très original et intéressant. André Breton. avec Audrey. “ poètes d’aujourd’hui ”. Dali. sur L’effet de l’éducation moderne au musée dans le développement de l’expression sculpturale colorée des élèves du primaire. Grasset. 202 . j’ai acheté une quantité d’ouvrages. Je vais commencer Crevel. je me suis lancé dans une lecture effrénée des auteurs du surréalisme. sous la direction de Patrick Boumard. Antony. livre essentiel. Il a été imprimé. Laurence. J’en fais des esquisses rapides. dont le Breton de l’Herne.. Pierre Seguers. mais Martine l’a trouvé moche. 1967 . au moment de la mort de René Lourau. j‘ai lu deux de ses ouvrages. Au Salon du livre. qui m’a offert un cadeau très original pour le 25 février (un trésor poétique). j’ai lu la thèse de Adel Mohammed Hassan El Sayed Badr. Jean-Jacques Pauvert. André Breton et son temps. j’ai fait le troisième. J’avance aussi au niveau de mon Carnet dalien. J’ai fait la connaissance d’Audrey. Accord fondamental avec ces idées forces. Arcane 17. Au point fixe du mardi. Johan. puis Breton. À Sainte-Gemme. Je pourrais les reprendre pour en faire des toiles. Carla. 10/18. Celui que j’aurais envie de peindre aujourd’hui : L’aquarium. Le soleil noir. le mardi où j’ai eu mon accident ! Elle m’a fait découvrir Dubuffet (depuis. nous avons parlé de la place à donner à l’art dans l’analyse institutionnelle… Je sens qu’Audrey nous soutient. Beaucoup de ces livres. j’ai peint un bouquet. J’ai des idées qui viennent régulièrement. Nadja.-P. Hier. visité avec K. La clé des champs. On est reparti sur autre chose. pour la couverture du livre de Martine A. André Breton (1949). André Breton. aux éditions de Minuit). intitulé “ Communauté korcazakienne ”. coll. Gérard Legrand. André Breton. C’est un excellent travail. Celui-ci s’ouvre à moi presque chaque jour. C’était une manière originale du vivre le 1er avril. 1976. Livre de poche. Gallimard). Elle a refusé les épreuves. Hier. 1970. Le livre de poche. j’ai bien dessiné dans mon Carnet dalien. Aujourd’hui. et Carla) : André Breton L’amour fou (collection blanche. préparée à Rennes 2. hier. Opapé.Depuis le 12 mars. Je me suis lancé dans la construction d’index. Je l’avais invité au point fixe d’il y a quinze jours. Kareen. par Jean-Louis Bédouin. René Crevel.

On a dit qu’il fallait y mettre des illustrations. Lucette a acheté des cadres. Elle l’a retiré trop vite… En me réveillant. présence de ce moment chaque jour. Je me rends compte que je le fais aussi.Dimanche 25 mai 2003. en principe. même si je ne sais plus où sont mes choses… Dans ce contexte. en rangeant mes papiers hier matin. entre autres choses. Pourtant. le commentaire d’Anne Larue : Le journal mélancolique. Malgré le chaos domestique. hier. Je vais lire ce livre en parallèle à la lecture du journal lui-même. sur le journal. mais elle vient de peindre une toile naïve (une girafe) dont je ne sais que penser. un autre consacré aux irrAIductibles. les voyages. Il passe la soirée chez des copains. Cela me reviendra. Cela a commencé avec les peintures de la grande pièce. J’ai décidé de lire. J’ai passé la journée d’hier à moitié endormi (couché. l’après-midi. Peut-on imaginer un éditeur qui puisse prendre le risque de mettre 8 ou 16 pages couleurs d’ajouts à un livre ? Le 23 mai. Idée que les dessins d’après nature sont plus précis que ceux qui sont produits de mémoire… Dans le prolongement de cette idée. lors de son exposition dans les archives Dolto. Les peintres. je ne voulais que produire des dessins. J’ai feuilleté vendredi son dossier de validation d’acquis de l’an passé (qu’elle voulait consulter pour photocopier des pièces). Je ne peux faire poser les gens. Kareen continue à fonctionner dans mon imaginaire. à la réunion de coordination de la fac. du fait de mon mal de ventre : une hernie ? Ou quelque chose de plus profond ?). je continue mon carnet dalien. j’ai regardé son dossier avec un intérêt réel. chaque papier doit être remué. il me faut faire vite. mais aussi au fait que. Il a fallu. C’est une dimension clandestine chez moi. Je lis l’année 1822… Ce choix est lié au fait qu’hier matin j’ai écrit l’éditorial du n°3 des irrAIductibles. En ayant vu plusieurs en vraie grandeur. pour publication. j’ai pensé que ces photos de toiles devraient être publiées comme illustrations à Morceaux de vie… Il faudrait que je lui dise. Je n’ai pas le temps de faire l’artiste. Cela ne se fait plus. En même temps. Mais quoi ? L’idée de lire m’était venue en soi. j’ai noté une idée dans mon Carnet dalien dans lequel. vendredi. et ils ont donc produit beaucoup de poussière. Léonore est intervenue pour dire que la revue Attractions passionnelles doit avancer. Les chantiers que l’on partage ensemble sont nombreux. je me suis réveillé à 4 h 30. Réveil d’une douleur connue il y a quelque temps… Ce matin. idée de collages : un cadre familial. Idée cette nuit de la photographier dans une pose que j’ai d’ailleurs oubliée. A propos de Delacroix. Cela a entraîné un rangement méthodique. de la cuisine et des toilettes durant mon voyage à Berlin. En même temps. et il faut encore aspirer toute cette poussière partout dans la maison. Je ne puis pas ne pas dessiner. réveil que je veux productif. qui ont bouché les trous dans les murs. Les postures de K m’intéressent. Aujourd’hui. Les plantes ont souffert ! Chaque livre. de nouveaux fauteuils. La photo permet des choses qui n’étaient pas possibles du temps de Delacroix. Celle-ci s’est lancée dans un chantier de restructuration de la maison. un changement d’agencement des meubles. dans lequel elle avait placé une trentaine de photocopies couleurs de ses toiles. je n’ai pas mon appareil photo constamment. 1822-1863. Sous-verres. Delacroix et l’écriture. Elle y travaille en me consultant. Mon bureau qui n’avait pas été rangé depuis deux ans est impeccable. travail de décoration. l’achat d’une banquette. que l’auteur m’avait communiqué au moment du décès de ma mère. Elle travaille à la décoration de la cuisine. j’ai apprécié les remarques de Delacroix sur les postures des bonnes de ses amis. donc. ont fait du plâtre. pour inaugurer la liseuse achetée par Lucette. que m’avait procuré Mostapha Bellagnech. Ainsi. et il observe des attitudes de personnages qui traversent le champ. comme une sorte de muse (elle est beaucoup plus). etc. Je me suis alors levé. J’ouvre le Journal de Delacroix. j’ai aussi retrouvé. 6 h. Je voudrais revoir ce dossier calmement. et un autre aux 203 .

K. Il enseigne la sculpture à l’université du Caire où il veut m’inviter. Va-t-il me falloir fournir la salade à ce restaurant ? Va-t-il me falloir envisager d’ouvrir une table à Paris. à la fin. c’était le beurre. comme programme. Badr reconnaît mon identité d’artiste. à côté du portrait que le même Marek a fait de mon père le 9 septembre 1934. Le sculpteur Badr est passé à Paris. Ainsi. c’est ma sensibilité à ce que l’on mange. et à plusieurs. Ils ont apprécié ce que j’ai dit de son œuvre le jour de la soutenance. Pour donner forme à ce projet. artiste. un atelier… Idée que je retrouve chez Delacroix… S’installer son moment de production est essentiel. On a hâte de découvrir la salade de printemps ! Mais en même temps. Aujourd’hui. mais j’éprouvais à ce moment-là une nostalgie pour les pommes de terre de Sainte-Gemme. Elle a trouvé un Beurre de Baratte de Charentes-Poitou. Je ne manque pas de matériel pour avancer dans ma recherche. Il est d’accord. au moment où Lucette parlait. Lucette me disait : “ les pommes de terre (en robe des champs) sont bonnes. Elles n’étaient pas mauvaises. ” Je ne les trouvais pas excellentes. Je trouve la salade insupportable. Il me faut lire ce qu’Angela m’a écrit. Il est venu m’offrir une sculpture de lui que j’avais remarquée à Rennes. a l’idée d’acheter une maison à Sainte-Gemme. je prends conscience que dans beaucoup de lieux que j’aime. Comment K réussit-elle à s’instituer en position de me commander une œuvre ? Sa commande était pleine de pur génie. C’est cela l’autogestion. dans ma tête. et lui m’aiment beaucoup. pour faire avaler à sa famille des fruits pourris). Il me rappelle le beurre normand que je mangeais en vacances avec ma mère. C’est un premier pas. C’est en découpant des tableaux des naïfs d’Essaouira (tiré d’un livre détruit dans une inondation) que j’ai eu cette idée. Un petit bonheur hier : j’ai retrouvé le dossier de L’Herne sur Breton. Y faire ensemble. que j’ai entreposées à Sainte-Gemme. La seule chose que je trouvais exquise. J’ai trouvé à Sainte-Gemme un carnet vierge du même format que mon carnet dalien. Son épouse. L’idée m’a semblé lumineuse. c’est aussi penser le cadre que l’on se donne pour travailler. Un moment que je ne décris pas dans un journal. Comment leur donner de l’épaisseur ? Vendredi. Être artiste. regroupement des livres surréalistes. Bien que la qualité de notre cuisine dépasse de beaucoup celle de bien d’autres (Hélène nous a décrit l’art d'u proche. Hier. que j’ai envie de terminer. cette idée m’est sortie de la tête. on n’a pas la cuisine qu’il faudrait. La question de l’atelier revient de plus en plus fréquemment comme projet. Elle m’a rendu des textes mardi. Je voudrais qu’il m’enseigne la sculpture. où l’on mange vraiment de la bonne salade ? Jusqu’à maintenant. Sur le moment. Je parvenais à l’atténuer en ajoutant de l’œuf à l’huile d’olive. m’a passé commande d’un texte sur le surréalisme. Je l’avais dessinée le 12 mai dans mon Carnet dalien. Réflexion aussi sur ce que doit devenir mon bureau : quels tableaux veux-je y voir suspendus ? Idée de placer la Trinité de Marek Szwarc. à Veule-les-Roses ou au Domaine aux Loups… Cette discrépance (germanisme) entre Lucette et moi me fit prendre conscience que ma maladie me rendait plus attentif à ce que l’on mange. K. ma salade 204 . Dans le mouvement de rangement. j’ai acheté des toiles à Berlin. Elle avait une amertume difficile. que je trouve vraiment bon. j’ai été ébloui par l’idée de cette idée. Relation entre ma recherche et la théorie des moments. Je ne les ai pas encore regardés.Autogestionnaires. Quand la disciple peut dire au maître ce qui lui reste à faire ! Autre bonheur. elle aussi. et qui pourrait avoir un rapport avec l’art. j’ai fait durer ma salade d’hiver. chez le Yougo. Cela doit avoir un rapport avec Attractions passionnelles.

Peut-être en est-il de même chez elle à propos de l’écriture. Ce serait important d’avoir un espace de ralliement. qu’il puisse circuler. notamment : “ Attraction PASSIONNELLE Comme un aimant Et une nuée d’électrons libres Qui circulent sans direction Se bousculent. compte tenu de mon état de fatigue. pour avoir la sensation de ces choses. c’est tout de même autre chose que la bouffe de survie. Idée de l’urgence d’en semer à nouveau pour juillet. elle se contente de se forger comme mots dans la tête. Puis s’éparpillent. Son véritable intérêt pour Attractions passionnelles est une stimulation. et une réflexion à partir de sa lecture du Moment de la création. Hier après-midi. en d’autres occasions. j’imaginais la salade fondante disponible làbas. J’apprends en lisant Angéla qu’elle est venue jeudi à ma permanence avec Audrey pour me rencontrer… Si j’avais su ! J’aurais fait l’effort de me déplacer plutôt à la fac. Sans réfléchir. Elle existe vraiment. que j’ai donné à 16 h 30. Mais en même temps. Et pourtant ! Un bon produit. les personnes qui travaillent à cette revue ne se rencontrent pas régulièrement. Angéla pense que l’on doit publier quelque chose avant juin ! Se rend-elle compte du chemin à faire ? Son énergie m’a stimulé. En commençant le Journal d’un artiste. Angéla veut donc échanger avec moi une correspondance. j’avais l’impression d’initier quelque chose. Quelquefois elle prend forme . Je me décide à le taper moi-même à la machine pour qu’il existe. je n’étais pas dans mon assiette. depuis longtemps. se frôlent. J’ai retrouvé le texte manuscrit d’Audrey. Je n’en reviens pas de la qualité du cours de tango. La rencontre offre ses nouveaux possibles L’union génère une nouvelle énergie Le frottement crée des étincelles 205 . Je viens de lire les trois textes qu’Angéla m’avaient remis mardi. Et pourtant. Et Attraction. Deux lettres (des 13 et 20 mai). Je ne suis pas pour en faire un plat. en plus. Il faut être un peu malade. l’écriture d’Angéla me montre que le moment de la création est là chez moi. J’ai l’impression que certains élèvent leurs enfants. La dynamique du groupe était extra. La cuisine fait partie des arts. Elle me dit qu’elle n’a jamais écrit. Mais j’étais déjà abîmé. une bonne patate.a du goût. J’essaie d’éduquer les miens au goût des choses simples de la vie. être lu par Angéla. partir à Sainte-Gemme n’était pas possible. Dans l’élan le plus primitif : Le désir On entre en contact En collision Et interaction. Est-ce si vrai ? L’écriture vient et va. ce qui n’est absolument pas le cas au restaurant ou avec la salade du marché. C’est vrai qu’actuellement. après le café. Il existe une différence de nature entre l’élevage et l’éducation. Plus tard. Physiquement. à un prix non mérité. C’est une bonne idée. vendue.

car ce que nous avons en commun c’est le désir de faire exister une transversalité. Voilà. Trop brièvement. Une dimension semble l’intéresser : la généalogie. fait par Lucien. à côté du portrait de mon père fait par Marek Szwarc. Autonome Pour aller répandre ailleurs. Même si j’ai fait 50 livres publiés. Un nouveau collectif vient d’émerger Librement organisé Par les affinités Et la volonté de créer Du “ vivre ensemble ” Avec plaisir. Il faudrait qu’elle développe. surtout pour les gens comme elle que j’aime bien. Elle vit de multiples expériences familiales ou artistiques. Je ne vois pas fondamentalement de différence entre elle et moi. ma grand-mère paternelle. explosion de la matière Initiale Qui se réorganise autrement Création Le jeu prend Et autour de la flamme Se réunissent de tout neufs éléments Qui s’installent pour un moment Dans un foyer convivial et récréatif Où naissent et vivent nos idées. J’en avais changé le cadre suite au bris du cadre à Sainte-Gemme. Elle me parle de projets d’écriture. j’ai placé le portrait de Pauline. Ma manière de lui répondre cette fois-ci serait de lui faire lire ce journal… Angéla me demande d’être un “ professionnel ” qui l’aide à entrer dans l’écriture. mais dans mon bureau hier. Problème de majuscules qui se mettent spontanément en début de ligne (Audrey laissait des minuscules. Je ne me sens professionnel de pas grand-chose. C’est amusant. Un bon mouvement Une histoire qui se réalise Pas à pas. le plus souvent). je ne me sens pas “ professionnel ”. PASSIONNES Bon. Immersion dans le chaos Dont on ressort lavé des conditionnements. Angéla dessine. provoqué par Yves Le Guillou… La question 206 . son fils âgé de 16 ans. en 1916. En gravitant autour d’une même étoile Implosion. Audrey pourra critiquer ma frappe ! Je n’ai pas envie d’écrire une lettre à Angéla. Main dans la main. En avant. Partout. Mon problème : je ne suis qu’un artisan.Puis tout s’emballe. Cela n’a pas été facile. une bonne parole. Je ne voulais pas trahir le style d’Audrey. générosité Et spontanéité. c’est fait . Qui trouvent ici leurs forces Pour agir maintenant Et s’enrichir du dedans Pour grandir Et prendre son envol.

puis je regarde le choix de textes. Paradoxe. Il est 9 heures. Dans le même temps. Je reprends un café avec Lucette qui se lève. puis la réimplication. d’une manière ou d’une autre. Laurence… Oui. Posture drôle. Le faire. je me suis posé la question : qu’est-ce qu’une vie qui échoue ? Luc Ferry. Par transduction. 1976. Je lis 74 pages de la première partie. Relisant ce journal. ils parviennent à écrire 300 pages sur les surréalistes et le cinéma. avec Qu’est-ce qu’une vie réussie ?. Les surréalistes et le cinéma. que je voulais réaliser mardi sur l’autel de l’autogestion ? 207 . les mettre dans mon bureau à côté de ceux de Marek. On quitte le projet scientifique sur la pointe des pieds. Lapassade. Oui. C’est une analyse de la question. Et on commencerait par montrer que “ l’autodissolution de l’état est déjà bien avancée ”. Méditation sur la surimplication. Son œuvre est déjà traduite dans vingt-cinq langues. Du coup. On ferait de même avec les œuvres de Deleuze. 11 h 30. le surréalisme. Je rassemble certains dessins de valse ou de tango. rue Marcadet). Guattari. de l’Education nationale et de la Recherche. Qu’en pense-t-elle ? Elle suit ses cours. On partirait de la non-habilitation du Ministère. Elle s’est contentée de passer dans mon bureau. La première compte 100 pages des auteurs. mot à mot. chacun. M. Elle fait partie du groupe Carla. Et la sculpture de Badr ? Idée d’un collage : De la valse au tango. puis la désimplication. il y a ici les portraits de famille. relue ce matin très vite (3 mn) et sans lunette. Je me risque alors dans Alain et Odette Virmaux. Pour moi. en quoi ai-je échoué dans ma vie ? Idée de faire une chronique de ma vie qui échoue. son nom n’apparaît pas encore dans ce journal. On prend la paie de professeur. On pourrait prendre mes livres. Où ai-je mis les dessins d’Angéla ? Je les ai rangés. Des idées me viennent : je n’ai jamais été institutionnaliste. Pourtant. Il y a aussi la filiation Marek Szwarc. sans habiliter le Labo auquel j’appartiens et qui regroupe dix profs ayant publiés des dizaines et des dizaines de bouquins. On écrirait 1000 pages. archivés quelque part. que l’on n’est en rien exhaustif sur la question. Le livre est composé de deux parties. La seconde est une anthologie. Je vais chercher le cadre de Marek. J’ai envie d’être disciple de Marek. l’auteur. surréaliste en elle-même. et l’on se met à passer son temps à danser et à apprendre la peinture ! Je tiens probablement là le fil de la fiction que K m’invitait à écrire pour me sortir du rêve de concrétude du scénario de meurtre de Bertrand. elle la situe. et montrer en quoi ils n’ont aucun rapport avec l’AI. Les ressortir. Plus tard. en disant. Je lui parle d’Angéla. Il est actuellement ministre de la Jeunesse. et n’ayant pas le goût d’aller corriger la thèse d’A. Mais en même temps. Elle parle de généalogie. aucun film ne peut être explicitement dit “ surréaliste ”. Lourau. mais c’était le chantier ici. ” ou plutôt dans le fait qu’il est parvenu aujourd’hui même à jeter 500 000 personnes dans la rue contre lui ? Et moi. Les auteurs démontrent qu’à la limite. a-t-il réussi sa vie dans cette formule de 4° de couverture : “ Luc Ferry est philosophe. On me fait occuper un poste de professeur de 1er classe. pour renouer avec l’art et la poésie. son rôle sera essentiel dans Attractions passionnelles… Elle est passée vendredi en sortant de chez Yann (84. Seghers.de la généalogie m’intéresse. À propos de Carla. je me suis dit qu’il me fallait renouer avec le surréalisme. dérive intellectuelle qui débouche sur la poésie. On montrerait qu’elles ne sont pas institutionnalistes. on habilite des gens qui ne font rien. comme les auteurs. Idée d’écrire un livre ensemble. J’ai deux dessins d’elle.

je ne puis m’empêcher de noter qu’au niveau de l’organisation du travail. ne la fais pas. J’y allais en fraude. Je me plaignais d’être obligé d’avoir recours à cela . Mais comme dit Liz Claire. le seul monument d’existence qui me reste ? L’avenir est tout noir. ni autre chose que cette jouissance qu’il y a à voir se succéder des objets de la vie quotidienne. là. que puis-je t’écrire ? Dans quelle direction t’inviter à aller ? Je ne sais absolument plus où je vais. parce que je ne veux pas en devoir ce qui peut m’en rester à l’obligation de l’écrire. cela fait un peu “ cinéma de quartier ”. car je viens de recevoir un coup de fil de K. Il me faudrait travailler. tout cela sera donc anéanti. par bravade. Le passé qui n’est point resté. par ma faiblesse humaine. la poésie et la liberté. même idée. Je les regarde en m’endormant au milieu. J’aime les navets. Je veux noter qu’Eugène Delacroix écrit le mercredi 7 avril 1824 dans son Journal : “ Je viens de relire en courant tout ce qui précède : je déplore les lacunes. le passé redeviendra à moi. c’est l’amour. Ne cours pas après une vaine perfection. Je crois que je vais m’offrir l’année 1824… Il faut dire que le soleil inonde mon bureau. Désir de lire ! Je lis. Eugène Delacroix défend l’idée de suivre l’inspiration et les pulsions du moment (11 avril 1824) . cela devient une bonne chose que l’obligation d’un petit devoir qui revient journellement. Je dois m’interrompre. j’ai lu l’année 1823. etc. Je découvre les problèmes de peindre à une époque où il fallait faire poser pour avoir des modèles (la photo n’existait pas). Désir aujourd’hui. Au contraire. Oui. non pas de faire du cinéma. L’avenir est toujours là. qui m’invite à me mettre à un autre chantier (Analyse Institutionnelle et Autogestion pédagogique). Mais je n’ai pas envie de faire autre chose que de lire Delacroix. ” Excellent. Dans quelles ténèbres suis-je plongé ? Faut-il qu’un misérable et fragile papier se trouve être. J’aime le cinéma à la manière des Surréalistes. ils sont comme s’ils n’avaient point été. ou en pensant à autre chose. Par amour du cinéma ? Aussi. Elle me cachait dans son vaste manteau. Et Paris 8 comme décor. alors même que mes parents m’interdisaient le cinéma. ma posture par rapport à la télé. mais pourquoi toujours s’indigner de ma faiblesse ? Puis-je passer un jour sans dormir et sans manger ? Voilà pour le corps. le sens de l’histoire. On prendrait les irrAIductibles et les Autogestionnaires comme acteurs. l’est autant. mais des romans-photos. Il me semble que je suis encore le maître des jours que j’ai inscrits. Ce même jour : “ Mais quand une chose t’ennuiera. exactement ! Mais justement les Surréalistes aimaient les films que l’on va voir sans retenir ni les titres. Ce matin. Nécessité de refaire mon histoire de vie par rapport au cinéma. En conservant l’histoire de ce que j’éprouve. Lundi 26 mai 2003. Mais mon esprit et l’histoire de mon âme. Pour moi. Très agréable. 11 h 15. ordonne tout le reste de la vie : tout vient tourner autour de cela. J’ai vu des quantités de films en tant qu’enfant. Il est certains défauts pour le vulgaire qui donnent souvent la vie. On entrerait dans les fantasmes de Pascal et Bertrand. L’ennui au ciné-club lorsque j’avais 15 ans. On les porterait à l’image. Les séries se succèdent. quoiqu’ils soient passés. Tous les aspects techniques du Journal m’intéressent. Les sorties clandestines avec ma grand-mère pour aller voir les films interdits au moins de 18 ans. Cette citation serait à utiliser dans Le journal philosophique à la suite de Marc-Antoine Jullien.Angéla. périodiquement fixe dans une vie. je vis double . Cela entraînait pour le peintre une certaine forme d’organisation du désir et de la sexualité 208 . Mais ceux que ce papier ne mentionne point. Je méprise Cannes et les films de l’establishment. En même temps. J’ai retrouvé. Une seule occupation. J’ai 25 chaînes non choisies sur le câble et que je regarde sans y penser. mais atténuée sur la fin le 7 mai 1824.

Ascension. lorsque Lu se lève : je vais boire le café avec elle. quand il s’agit d’écrire. sur la fin de tout cela. aussi semble ressentir le besoin de conclure un chantier avant de passer à un autre. Je m’aperçois que ce qui me fascine dans cette lecture. on ne sent pas le plaisir d’en avoir . Que ceux qui travaillent froidement se taisent : mais sait-on ce que c’est que le travail sous la dictée de l’inspiration ? Quelle crainte. simple et vrai. Il est 16 h 15. voilà l’étude de tous les moments et utile toujours. K. le matin 302 Horace Vernet (1789-1863). ” Et un peu plus loin : “ Quelle penses-tu qu’ait été la vie des hommes qui se sont élevés au-dessus du vulgaire ? Un combat continu. c’est mon propre questionnement sur la pratique du journal. par intervalles. C’est sa méditation du 6 juin 1824 que j’ai envie de noter : “ Quelle sera ma destinée ? Sans fortune et sans dispositions propres à rien acquérir. Au réveil (6 h 30). et ce n’est pas par le vain orgueil d’être célèbre seulement qu’il lui obéit. savent se donner une tâche et l’accomplir… ”. je vais terminer comme Jean-René (qu’elle vit comme dépassé. je me sens incapable de faire autre chose que de lire le journal de Delacroix. (c’est moi qui souligne) qu’importe le bien ou non ? C’est une inquiétude. Et mon journal me semble être une sorte d’échappatoire par rapport à mes livres à produire. mais ce n’est pas la plus forte. Ainsi. fameux peintre de tableaux de bataille. dont les rugissements ébranlent tout votre être. Puis. quelles transes de réveiller ce lion qui sommeille. Seul moyen de faire beaucoup. 8 h. ce que j’ai envie de recopier de son journal touche à la question abstraite de la création. on manque des jouissances que le bien procure. Appris un grand principe d’Horace Vernet : finir une chose quand on la tient. Mais pour en revenir. Je m’arrête pour aujourd’hui. et la manière dont Delacroix se confronte à la gestion conjointe de la production de son œuvre picturale. Il se laisse aller de temps en temps à faire de la philosophie.bien décrite par Eugène… Mais. Mais tant que mon imagination sera mon tourment et mon plaisir à la fois. c’est par conscience. et à cette écriture diaire. ” J’ai continué ma lecture jusqu’au 6 mars 1848 (p. par ses disciples). beaucoup trop indolent. Mon œuvre picturale n’est même pas amorcée. hier. sur son propre terrain. par exemple ? Jeudi 29 mai 2003. pour échapper à l’ennui. Il y a des gens qui. s’il est écrivain : parce que son génie lui demande à être manifesté . Lutte contre la paresse qui leur est commune avec l’homme vulgaire. 209 . je m’ennuie. ” Le 14 juin 1824 : “ Tant que l’inspiration n’y est pas. Lucette. La même idée se poursuit tout au long de ce journal. quand on n’en a pas. quoique inquiet. Je croyais que je plongeais dans un journal qui m’intéressait pour son contenu : la peinture. Je parviens jusqu’à la page 170 (fin de l’année 1847). Quand on a du bien. Dans quel ordre s’y mettre ? Comment articuler chantiers et voyages. je me suis assoupi. Je me sens impuissant par rapport à lui. 140 de mon édition). quand il s’agit de se remuer à cet effet. Ursula me demande des textes qu’il faut que je rende ce jour… Mardi 27 mai 2003. être ferme. Mes livres stagnent même si j’ai relu Le journal philosophique rapidement hier. le 19 août 1824 : “ Déjeuné aujourd’hui avec Horace Vernet 302 et Scheffer. me disait que si je ne publie pas La théorie des moments maintenant.

16 h 20. seul. Kaufmann). c’est une qualité de pouvoir montrer sa sensibilité ”. Je lis les années 1851 et 1852. Le journal mélancolique. j’avais lu Anne Larue jusqu’à la page 80 303 . Au départ. de Marek Swarc. J’avais ce livre entre les mains. il y a à peine un mois ! Vendredi 30 mai 2003. Il n’a pas pu enseigner. il me manque quelques photos de personnes que j’aurais voulu associer à cette “ exposition ”. 210 . La pose des deux protagonistes a servi de modèle à l’affiche pour La leçon de tango de Sally Potter (j’ai cette affiche dans ma chambre !). qui apprenaient le métier à son 303 Anne Larue. notamment Opapé et Christine. ne pouvant ni lire ni écrire. Et puis j’ai découvert beaucoup d’informations érudites sur Delacroix qui m’ont intéressé. Je me disais que la lecture de la critique ne vaut pas la lecture directe d’une œuvre. Hier. d’avoir des disciples. le ton d’Anne m’ennuyait. Je vais suspendre cette lecture. à partir de photos de différents étudiants et enseignants du mouvement. le portrait de Pauline. Je me mets immédiatement à la lecture de Delacroix. J’ai des idées. Il appartient au vulgaire d’être toujours dans le faux. où un bruit de perceuse strident m’empêchait tout travail intellectuel. à l’université. mon mal de ventre est moindre. Que les hommes superficiels. La composition mêlant photos couleurs et photos en noir et blanc est assez réussie. Contrairement à ce qui s’est passé les jours derniers. Je ne parviens pas à retrouver le livre offert par Marie-Paule sur Delacroix (écrit par J. sur Delacroix… Il me faut retravailler au rangement de ma bibliothèque. Ses “ élèves ” étaient des petites mains. Il y a aussi un portrait de Lucette. ces derniers temps. C. Je médite à l’image que j’ai donné. Je vais tenter de passer la journée à écrire dans mes différents journaux. Je voudrais feuilleter ce livre en même temps que le livre d’Anne Larue. Le 11 août 1850. Je suis un peu fatigué.Je vais passer la journée. le portrait de mon père par le même peintre. ma grand-mère par Lucien. Je pense que c’est important de me retrouver au milieu de gens que j’aime : la Sainte Trinité. son désir d’être prof. Delacroix et l’écriture (1822-1863). réveil à 6 heures. Un étudiant subtile (son nom m’échappe) avec qui j’ai mangé mardi me disait qu’il m’avait trouvé hypersensible : “ Ce n’est pas une critique. on se convaincra qu’il en est autrement. J’ai passé une partie de la journée à installer des cadres ou toiles dans la maison. ajouta-t-il. Hier après-midi. Malheureusement. en viennent très vite à le trouver comme tout le monde. tapuscrit sans date. Par exemple. Ce matin. et précisément dans mon bureau. il n’y a là rien d’étonnant. Du coup. Le collage que je fais a pour fonction de donner une place aux étudiants que j’aime dans mon quotidien. Le véritable grand homme est bon à voir de près. Delacroix note : “ Je crois qu’en y pensant mieux. Je suis content de l’ensemble. après s’être figuré qu’il était hors de la nature comme des personnages de roman. j’ai tenté de faire un collage : une sorte d’affiche pour les irrAIductibles ou les Autogestionnaires. La couverture représente le Combat de l’ange. Je parviens à la page 270 du Journal dont j’ai lu l’année 1850 cet après-midi. Lucette part en province faire un entretien Voltaire. discutant le proverbe “ Il n’y a point de héros pour son valet de chambre ”. et à côté du vrai… ”. Pour moi. 7 h 20. Au réveil. la maison est calme. je me suis mis à lire avec plaisir l’année 1949 du journal de Delacroix.

ses voyages à Dieppe : j’ai beaucoup aimé cette partie de la Normandie. c’est évident. Elle évoquait ce dessin la dernière fois que nous nous sommes vus. Cette notation me fait réfléchir. le travail de M. Remi Hess sort plusieurs textes qu’il a placé dans ses œuvres posthumes. Ce qui compte. de manière à ce que je ne puisse le retrouver ! On passe quelquefois beaucoup de temps à produire quelque chose. Autre agrément. mais aussi sur les commentaires du travail. texte qui semble être une recherche en relation étroite avec la question de l’art. 304 Traductrice de La pratique du journal. intérêt pour les commentaires sur la pratique du journal elle-même. il faudrait que je travaille sur d’autres affaires… Mais je ne parviens pas à m’y mettre. en un mot tout ce qui travaille lentement et incessamment. lorsqu’il écrit : “ …Il ne faut pas quitter sa tache . c’est ce que je produis aujourd’hui. À partir de cette relation. 211 . Hess : Maja lui fait découvrir le théâtre russe dont elle est spécialiste. “ Il y a quelque chose d’Obermann sur le vague dans mes petits livres bleus ”. en nous plongeant dans Anne Larue ! 8 h 46. Les pages entières lues ce matin sur la composition de la couleur m’ont ennuyé.contact. Les grandes marées à Pourville-lesDieppe me manquent depuis trop longtemps ! Aujourd’hui. d’où son effort pour transformer son journal en traité de peinture. ou plutôt d’une brocante. voilà pourquoi le temps. J’ai l’impression de me retrouver dans ce qu’il commente des paysages. notamment Formes et mouvement. La lecture du journal de Delacroix a évidemment un rapport avec la préoccupation qui me traverse de temps en temps de publier mon journal 2000-2003. Un seul me manque vraiment. Remi Hess rencontre cette jeune femme dans une pratique de tango à Paris où elle est venue pour faire un stage à la Comédie française. dans le cadre de ses études de théâtre à Hambourg. ” (12 mai 1852). Delacroix d’il y a quinze jours : je vais faire à présent le travail de Delacroix de tout à l’heure. Mais je ne sais comment m’y prendre pour le publier. Je me moque finalement de la perte. voilà pourquoi la nature. Il faut renouer la maille. mais il n’a pratiquement pas pu transmettre son art sous une forme pédagogique . Je vais continuer à lire Anne Larue. Quels sont mes textes qui seront commentés ainsi ? Quels sont mes journaux qui auront disparu pour le lecteur du siècle prochain ? Quels sont ceux qui ont déjà disparu ? J’ai supprimé moi-même peu de textes consciemment. C’est l’esquisse faite sur une nappe de café avec Maja 304 . ainsi que Witold Gombrowicz que Remi Hess lit avec passion. Mais certains se sont égarés. Commence entre eux une relation intellectuelle assez productive pour R. Dans ce que j’ai lu ce matin. le tricot sera plus gros ou plus fin. près d’un marché. le livre subversif que j’avais écrit avec Lorenzo sur Christophe Colomb ! Pourquoi l’ai-je caché quelque part. Nous autres. Cela interfère avec ce qui devrait être ma seule préoccupation : la sortie des œuvres d’exposition. citation de Delacroix par Anne Larue qui ajoute en note : “ ces petit livres sont perdus ” . en attendant le réveil de Lucette. enquête au quotidien (en allemand). Cela m’inviterait à avoir la nostalgie d’un rangement de mes affaires dont je sois sujet. avec nos intermittences. Allons ! Accordons-nous quelque transgression. fait de si bonne besogne. Ce texte me semble avoir un intérêt. 9 h. Je suis d’accord avec lui sur de nombreux points. Je faisais. Par exemple. Je ne comprends pas pourquoi je ne vais plus en Normandie. Par exemple. Ce sont les éléments manquants d’une œuvre. Même remarque pour mes dessins. qui disparaît ainsi. Mais je n’y parviens pas. avant mon départ. C’est l’une de mes méditations les plus constantes en ce qui concerne mon œuvre. nous ne filons jamais le même fil jusqu’au bout.

mais cela me calme. de Delacroix (à faire lire à K). je vivais mal la foule. les poses que prend K quand elle dort. C’est un encouragement pour m’y mettre. En 1853. Mon impression d’ensemble est un profond désir d’y retourner et de prendre mon temps. Cette spontanéité m’a plu. avec visite des marchands de peinture). plaisir d’une architecture nouvelle pour moi (la ville de Figeras découverte lors d’une longue dérive sous le soleil. Vraie admiration de découvrir les toiles qui nous appartiennent. Faut-il que je passe commande à K d’un portrait ? Il faudrait une toile de grand format. Au départ. Mais pas de pèlerinage sans calvaire ! J’ai été traîné par K. Sa technique 212 . si elle l’accepte. du dessin. écrire mon journal dans un carnet. Travail sur la perception avec le Lincoln. aller à l’Unesco. n’ayant pas bu de café le matin. ce qui intègre les morceaux à un ensemble. L’acquisition d’un chevalet et de peintures va devenir une urgence. Très intéressant. et le chantier d’aménagement de musée. plaisir de retrouver ma Chérie. que précédemment. durant près d’une heure et demi. où se trouve une série de toiles représentant Galia : K insiste sur la précision des traits. une forme unifiée. Confirmation que j’aime. ayant conduit 200 km en plein soleil (…). Je vais sortir. Moments particulièrement agréables dans la salle sombre. les Pyrénées. Dans de nombreuses toiles. je trouve daliennes. Il me faut donner une toile à cet appartement. Elle connaît ce musée parfaitement. Ces observations m’ont semblé enrichir mes découvertes techniques faites lors de la lecture de Journal. j’étais fatigué en entrant dans le temple sacré. avec K. Je ne lis pas beaucoup en quantité (ce matin du 12 mai au 28 août 1853). Je me replonge dans Delacroix pour sortir d’un état psychique détestable (je suis dispersé. Delacroix a 55 ans. visite du Musée Dali de Figeras (Espagne). c’est-à-dire un an de moins que moi cette année. Samedi 7 juin 2003. Ce premier voyage en Espagne a été une initiation au sens fort du terme : jouissance de paysages nouveaux et inconnus. je me suis dit que ces flux de touristes faisaient partie du dispositif. Désir d’en croquer quelques-unes. Je ralentis ma lecture pour tenter de comprendre comment il vit mon âge. Vendredi 13 juin 2003. aussi dans mon Carnet dalien (cela fait quelques jours que je ne dessine plus !). Discussion avec K sur la beauté des maisons. dessiner. Dans ses commentaires. ayant mal à la tête. au-dessus de toute montagne. de salle en salle. En rentrant à Paris le soir et ce matin. qu’elle a entrepris dans le salon et l’entrée. atomisé). présence de collages qui se trouvent recouverts par de la peinture. aux couleurs usées par le temps. K m’oblige à aller au-delà de ma perception première des choses. puis tout doucement. J’ai lu Larue jusqu’à la page 104. Mais ai-je le droit de saisir l’autre dans son sommeil ? Idée que K pourrait faire. Perception qu’il manque un tableau de K.Jeannette va venir. Enthousiasme de K lorsque je lui ai proposé de m’aider à m’installer mon atelier. derrière les armoires. Hier matin. mais finalement satisfaction d’en connaître nettement plus sur Dali et de son œuvre. Ayant mal dormi. etc. le modèle pour mes premières tentatives de peinture. Impression d’écrasement. Rétrospectivement. et que l’on avait laissé à l’abandon depuis cinq ou six ans. Même idée en ce qui me concerne. Il n’y a plus qu’à la peindre. K m’a fait observer principalement les techniques d’exécution du peintre.

surtout dans une position où je n’ai pas le loisir d’apprendre le métier d’écrivain. j’aurais voulu noter ses remarques sur le portrait dont j’ai parlé avec K. Lourau. puis cet aprèsmidi pour me défouler d’une suite d’entretiens (Mohamed Daoud. Rousseau.d’écriture qu’il décrit le 12 mai est assez importante : “ J’ai beaucoup travaillé au damnable article. Je l’ai pourtant fit “ de mémoire ”.n’est pas trop mauvaise. je crois. La lecture de ce livre me donne vraiment envie de me mettre à écrire mon livre sur R. à Rossini. Lundi 16 juin 2003. C’est l’espace-temps nécessaire pour lui permettre de s’instituer. Il a décidé de se retirer. Beaucoup de proximité avec Delacroix. Jérémie vient de m’appeler. il me faudra m’organiser quatre années Illiade. Alain Marc). aujourd’hui. Je serais tenté de croire que la méthode de Pascal. je commence l’année 1854 (année de ses 56 ans). sur de grandes feuilles de papier. date de son anniversaire. Il se laisse pousser la barbe lorsqu’il est à la campagne. Elle prépare son exposition pour Laurence. Débrouillé comme j’ai pu. Elles m’ont poussé à passer commande à K de plusieurs tableaux de moi. C’est une très bonne scansion. Elle a accepté de lire mon journal depuis la mort de René. Appel de K. Petra Sabisch arrive à 11 h 30 et repart à 15 heures. à ce qu’on dit. -d’écrire chaque pensée détachée sur un petit morceau de papier. Elle a évoqué hier l’idée de 213 . que je pourrai donner à mes trois enfants. Ce sera une œuvre. à Voltaire. au crayon. En feuilletant mon carnet dalien. Elle rebondit. j’entrerai dans une nouvelle phase qu’il faudra tenter de définir. et moi-même. Hier. Thèse en co-tutelle ! Ce matin. ” Et il ajoute : “ L’ordre et l’arrangement physique se mêlent plus qu’on ne croit des choses de l’esprit. Mon livre sera son dernier. je lis le Journal de Delacroix (fin de l’année 1853). au sens esthétique du terme. les idées me viennent lors de mon réveil. Elle peint. Un travail sur le surréalisme. On aurait toutes ses divisions et subdivisions sous les yeux comme un jeu de cartes. C’est une urgence absolue. Charlotte a trouvé réussi mon autoportrait. Sa place est du côté d’Attractions passionnelles. aussi. Hubert de Luze attend mon livre sur Lourau et le surréalisme. Il me faut le faire dans les jours prochains. à Mozart. je me fais le plaisir de lire quelques pages de Delacroix : j’en suis à son séjour à Dieppe (25 août 1854). Ensuite. . J’ai oublié de dire à K que je rêve de mettre un portrait de moi en couverture du Journal des moments que je lui ai demandé de signer à partir d’une lecture de mes recherches sur le journal. au réveil. Avant de partir pour la fac. Son idée : je dois arrêter ce journal le jour où j’aurai terminé mon livre sur René. Son travail est davantage du côté de la danse contemporaine… Elle a travaillé à Hambourg . Peut-être qu’après les années Lourau. les idées leur venaient dans leur lit . en sautant à cloche-pied . Je vais jusqu’en avril. Je ne parvenais pas à trouver une fin à cette recherche. et l’on serait frappé plus facilement de l’ordre à y mettre. Elle était venue jeudi au cours de tango. Telle situation du corps sera plus favorable à la pensée : Bacon composait. elle se dirige vers Christoph Wulf à Berlin. tout ce que j’ai à dire. Samedi 14 juin 2003. L’autoportrait est un exercice qui m’attire effectivement. en se promenant dans la campagne… ” Personnellement.

une certaine énergie pour travailler intellectuellement. Cela me change de ma lecture de Delacroix que j’avais pu reprendre quelques jours auparavant. Je me dis que je préfère Dali à Korczak ! J’ai passé toute la journée dans ce livre que j’ai terminé. C’est vraiment intéressant. Il lit et écrit durant ces périodes. c’est autre chose. C’est un moyen pour se reposer et prendre de la distance… C’est d’autant plus curieux que je me trouvais avec des idées claires sur le travail qui me reste à accomplir pour le livre sur R. Pour moi. Nous devions aller au cinéma avec des amis et au dernier moment je décidai de rester à la maison. Je lis les quatorze premières pages. 16 h 20. Il se décrit comme méchant. non lu. Mercredi. Je suis conquis. aussi. car Lucette m’oblige à ranger nos papiers. Chez Delacroix. jusqu’à 6 heures. Sur la peinture. Gala sortirait avec eux et moi je me coucherais tôt. Il avait 36 ans. du coup. je suis content de retrouver un certain entrain. Il faut que je sache interrompre mes livres pour faire autre chose. Je pense que cela va intéresser Romain de découvrir la peinture à l’huile avec moi. Incroyable. Hier. Une page ou deux à chaque fois. Tous les hasards objectifs sont des occasions d’inventer . et je lis La vie secrète de Salvador Dali. Dali est génial. je les ai lues lentement. La chaleur et le travail intense à Sainte-Gemme expliquent certainement cet état depuis le 12 juillet. Lourau. mais il me faut l’interrompre. Mardi après-midi. Je retrouve un livre de Dali. Insomnie cette nuit après cette visite. Alexandra m’a annoncé qu’elle viendrait m’apporter Romain vendredi. Lucette l’a retrouvé en rangeant nos livres. je restai un moment accoudé à la table. Ensuite. Je le lis d’un trait. puis de Bernard Lathullière. je vais pouvoir me mettre à la peinture. sur l’art. Il faudrait que je commente chaque chapitre. Très bonne idée. j’avais lu l’année 1857. j’ai lu l’année 1858 du Journal de Delacroix. Je trouve qu’il a vraiment eu raison d'écrire cette autobiographie. Je me lève à 3 heures. j’étais dans un état d’épuisement. réfléchissant aux problèmes posés par le “ super-mou ” de ce fromage coulant. et celui sur la théorie des moments… Jeudi 24 juillet 2003. Je me levai et me rendis dans mon atelier pour donner. C’est vraiment un grand livre ! Les passages sur l’enfance sont vraiment extraordinaires . Hier. Cela se passa un soir de fatigue. 214 . Les années précédentes. dispersés au moment des peintures de la maison. Depuis un mois. ce livre est assez explicite sur son rapport au monde. il y a des périodes de fatigue qui lui font couper entièrement avec la peinture. ceux sur sa peinture.faire une licence d’arts plastiques. je me lève à 6 heures pour en avancer la lecture. 351) : “ …Et le jour où je décidai de peindre des montres. Cela reporte mes projets d’écriture. J’ai retrouvé un rythme de lecture satisfaisant. Je voudrais faire partie du mouvement aussi. je les peignis molles. Maintenant. Je regarde dans ma bibliothèque surréaliste. Dali. Mardi 22 juillet. il y avait la fatigue de l’année. Ce matin. Ce sont des années où nos âges se rencontraient. J’avais une migraine. visite de Georges. Mais. malaise extrêmement rare chez moi. c’est le contraire. ce que ne font pas d’ordinaire les gens qui se racontent. lorsque je fus seul. par exemple (p. Nous avions terminé notre dîner avec un excellent camembert et. je cherche un ouvrage à prendre pour attendre à la poste (je veux faire peser des lettres). au moment où Alain Marc passait pour me faire relire son résumé de thèse. J’aurais aimé savoir pourquoi il rompt avec son père. Auparavant.

J’ai été chercher les photos (6 pellicules) sur SainteGemme. à l’idée du “ beau livre ”. je préparai ma palette. Ce paysage devait servir de toile de fond à quelque idée. 10 h 30. et me mis à l’œuvre. 215 . Audrey. et intitulé e : “ Les messages à thématiques sociales du cinéma de fiction : un exercice pédagogique ”. mais laquelle ? Il me fallait une image surprenante et je ne la trouvais pas. surréalisme et danse ne s’était jamais imposé à moi avec autant d’évidence. Jeudi 11 décembre 2003. j’ai fait de la gouache. Deux heures après. Le journal des idées). un dernier coup d’oeil à mon travail. Je regarde (sur Teva) le premier épisode de L’amour en héritage. On a eu un petit comité de rédaction mardi à la fac avec Kareen. J’ai une grippe. J’ai fait deux volumes de mes carnets daliens. Sarah Walden). et à lire sur la création (Jean Oury. et de son travail de l’art brut. revue planétaire d’art et d’éducation. je suis sorti. mais aussi la manière dont viennent les idées (cf. à l’issue d’une très belle thèse de Keng-Ju WU dont je présidais le jury. Cette année 2003 aura été marquée par une frénésie de photos. Vers 16 heures. sur le plan cérébral. ouvrage qui me fait travailler énormément. Au premier plan. j’aurais terminé les 20 pages qui manquent pour clore l’index de Jean Oury. Création et schizophrénie. Je ne sais pas si ce que je suis en train de faire n’est pas de cet ordre. dans lequel je réfléchis. j’ai produit des journaux illustrés. lorsque je vis littéralement la solution : deux montres molles dont l’une pendrait lamentablement à la branche de l’olivier. Il me reste à écrire quelques commentaires pour considérer ce chantier du journal des travaux comme terminé. J’ai fait un cahier d’ethnophotographie (plus de mille photos) sur les travaux à Sainte-Gemme (changement de toit). Cela m’a donné le goût de terminer le collage des photos des travaux. Je continue à dessiner. Depuis cet été. quand Gala revînt du cinéma. Si j’étais davantage en forme. 15 h 20. C’est l’histoire d’un peintre de Montmartre (1925). j’avais esquissé un olivier coupé et sans feuilles. Le tableau que j’étais en train de peindre représentait un paysage des environs de Port Lligat dont les rochers semblaient éclairés par une lumière transparente de fin de jour. Il y a dans cet épisode un bal surréaliste et plusieurs boîtes où l’on danse le charleston. La relation entre milieu artistique. le tableau qui devait être un de mes plus célèbres était achevé… ” Ce passage raconte la production d’une toile célèbre. Ma théorie des moments n’est vraiment pas loin. Je ne puis faire autre chose. à Brasilia de l’huile. Voir mon journal de lectures. Henri Maldiney. Je me sens très proche de Jean Dubuffet. aujourd’hui même. qui descend s’établir dans la région d’Avignon. J’allais éteindre la lumière et sortir. L’installation de la maison était un événement qu’il fallait suivre dans sa progression. 18 h 30. Malgré ma migraine. Je suis content d’avoir fait ce travail manuel. Lundi 15 décembre 2003. sur le cinéma et l’analyse institutionnelle. Mes lectures me donnent le goût de me mettre sérieusement à la fondation d’Attractions passionnelles. J’avais déjà suivi la suite à une autre occasion. En Bretagne. Mercuès.selon mon habitude.

Pourquoi ai-je acquis Fragonard ? Jean Oury a visité une exposition Fragonard. Ces images étaient déjà fortes pour moi en 1960. Création et schizophrénie. lus cet après-midi : -Georges Braque (1994). il aurait eu de quoi se payer un paquet de cigarettes ! ça aurait mieux fallu et il ne se serait peutêtre pas coupé l’oreille ! Quand on pense que ses tableaux servaient de jeu de fléchettes aux gosses de Saint-Rémy. mais pas mes ouvrages d’art. 17 h 25. 1989. p. ou de Rembrandt. En cette période de fête. on fasse apparaître des éléments de sa transversalité : paysage ou réalisations (couverture de livres. -Vincent van Gogh. Les limites de cette toile me font réfléchir à un développement futur de ce style du portrait. et la façon d’appuyer qui peut se rapprocher de la peinture des caractères chinois et japonais. C’est une philosophe amateur qui confronte philosophie et musique. car elle ne l’avait pas daté. Le style même est dans la touche qui fait tache 305 . à la casquette). Création et schizophrénie. échange de lettres avec Hubert de Luze (2001). Walther (Benedikt Taschen. Il y faisait froid. J’ai acquis quatre ouvrages. Aujourd’hui. p. elle m’en a fait une critique très intéressante. 1987. Je lui ai payé 1000 euros. c’est une touche rapide. Elle a acquis Le moment de la création. C’était ça la nouveauté de Fragonard. 216 . J’imagine des toiles où. par exemple). ces deux ouvrages avec illustrations publiés en Italie. ou méprisées. Ce matin. musicienne rencontrée au colloque de philosophie de Dijon. Il commente ce peintre dans le livre que j’ai indexicalisé de lui. j’ai envoyé deux courriers à Christine Vallin. la plupart des œuvres même reconnues sont disqualifiées parce qu’elles ne sont jamais terminées. jeudi et vendredi dernier. Elle m’a apporté ce matin le portrait que je lui avais commandé (on le nommera : Remi. en plus de la figure du personnage. Si c’était fini. du temps du vivant du créateur. étaient restées complètement méconnues. et de prendre le temps de contempler des œuvres qui ont marqué mon enfance. Je sais où se trouvent mes trente-cinq livres d’esthétique. Cologne. Création et schizophrénie : “ Il faut s’approcher des tableaux et voir la touche . 136 pages). -Fragonard. Pensez à Fragonard. Oury. 171. par Jacques Thuillier. C’est un manque qui montre que mon moment de l’art n’est pas très construit. et que ma professionnalité d’artiste est encore à penser. c’est extraordinaire ! Les intérêts esthétiques varient 306 !" Et encore : “ Si on réduit la création à la prétendue œuvre. 307 J. dans Fragonard. mais également à Van Gogh ! S’il avait eu le milliardième de ce que vaut maintenant un de ses tableaux. 177.Lundi 22 décembre. et préparés sous la direction de Luciano Raimondi. 1990. Paris. sont découvertes quelquefois plusieurs siècles plus tard. Elle l’a reprise. la touche rapide du pinceau. ce qui semble cher à Lucette. (Skira. 168. je trouve bon d’acquérir quelques ouvrages d’art. ou de Vermeer. Et c’est ce qui fait la qualité d’une œuvre : ne pas être finie. p. Oury. mais dans une juste mesure. J. 96 pages). Nayakava (K) s’est plainte que je ne lui écrive plus de longues lettres. Création et schizophrénie. J’ai pensé aujourd’hui que j’ai pu acheter des ouvrages d’art. Regardez encore une fois des tableaux tout à fait classiques tels que ceux de Fragonard. mais je ne les ai jamais regroupés dans un endroit précis de ma bibliothèque. Aujourd’hui. et l’a terminé dès hier. Dada (1990) . Galilée. Il me plait. ça perdrait quelque chose : ce serait comme s’il n’y avait pas d’ouvert 307 . ” 305 306 Jean Oury. j’avais donné rendez-vous à Nayakava à la librairie de la rue Marcadet." Et plus loin : “ Des oeuvres d’art qui. sans esquisse préalable. de Ingo F.

Je lis dans l’ouvrage acheté hier ce commentaire du tableau de Charles Sovek : Luke. 308 Greg Albert. J’y avais dessiné cette œuvre en avril dernier. deux brosses de nylon. j’ai créé un espace “ livres d’art ” dans ma bibliothèque. les fonds seront secs. commentant le portrait de Kareen. Le coucher du soleil avait transformé cette zone industrielle en une merveilleuse composition de forme et de couleurs. J’achète un lot de trois châssis. Je ne copierai pas ce tableau de façon pointilliste. ” 13 h. Mercredi 24 décembre. La peinture à l’huile. un petit chevalet à placer sur une table. Mais l’arrivée de Pépé et Mémé interrompt notre méditation. L’odeur du solvant envahit mon bureau. C’est Marek Szwarc qui avait dessiné le portrait de mon père en 1934. J’ai envie de peindre. 2000. La peinture à l’huile. Fleurus. Vers 14 h. Charlotte passe et regarde le tableau de Kareen. Il est nécessaire de commencer la peinture en faisant des choses assez simples. Paris. 217 . 10 h. Je l’ai installé dans mon bureau à Paris. 17 h 30. selon Mark Szwarc. en regardant le cahier rouge (Livre d’or de la Rue Marcadet). 2000. On regarde aussi le Carnet dalien 1. Les effets d’ombre et de lumière donnent du caractère à un tableau et permettent de situer le moment. une boîte de peinture. Fleurus. l’artiste a peint les variations de teintes et de tonalités et terminé par quelques détails. Je me mets à faire les fonds des trois châssis. Demain. 50. Passage au magasin de peinture Artacrea/Graphigro (120 rue Damrémont). Rachel Wolf. Total : 192 euros. Cela me donne envie de peindre. le premier offert par Kareen le 25 février 2003 et le second acquis sur une brocante. de définir la distance entre deux objets. Jeudi 25 décembre 2003. M’est venue l’idée de choisir ce motif. Je l’interpréterai. qui m’inspire. Ce dessin me semble structurant de mon rapport à l’art. la saison. J’acquiers aussi un ouvrage : Greg Albert. Elle est très intéressée par ce tableau. Lucette. offert par le peintre à mon père en 1936). d’unifier un sujet complexe et de révéler la solidité d’une forme. septembre 2003) sont plus forts que le tableau de Kareen. alors que j’étais accompagné par Maja. à la même page : “ L’ombre et la lumière sont de vrais instruments au service du peintre. J’entends bien ce qu’elle me dit. Maryland (40x40 cm) : “ Une heure d’étude pour un moment de quelques minutes. Après avoir ébauché grossièrement les motifs d’ombre et de lumière. (tableau qui trône dans mon bureau. Elles détiennent une sorte de pouvoir magique qui leur permet de créer une atmosphère. plutôt qu’un auto-portrait. De tels moments sont si rapides que l’artiste doit davantage se fier à son instinct qu’aux règles picturales 308 . Elle sort mes peintures de septembre. et elle m’oblige à les dater et les signer. Paris. p. Il y a quelque chose dans ce pastel.Cela y est. mais il est complètement différent. ” Dans le corps du texte. me dit que mes autoportraits (Brasilia. Rachel Wolf. Je vais tenter de peindre La Trinité. le lieu : un paysage au petit matin présente pour l’essentiel les mêmes formes qu’au coucher du soleil. vers mai ou juin (il y avait du soleil). J’ai regroupé les quatre livres achetés aujourd’hui avec les deux livres sur Dali.

en cas de restauration. Ce sera le début d’une série. Ce qu’il faut absolument préserver dans une œuvre.Ce matin. vers 16 h. Mais. jusqu’à la page 126. 26 décembre. c’est l’ensemble des relations à l’intérieur de l’œuvre (p. Je vais tenter une série de portraits des moments. ou les grands moments de la personne (portraits des moments). je me mets à peindre les fonds de ces trois toiles + celle en forme d’ellipse. puisque nous avons décidé d’inscrire notre dossier Vallin/Hess dans la philosophie. ou comment peut la restauration. La Trinité n’occupera pas tout l’espace des tableaux. 17 h 30. Il faut que j’en fasse le fond demain matin en faisant les fonds de trois autres châssis que j’irais chercher chez Artacrea/Graphigro. de sa structure. Paris. je raconte : “ De Hess à Vallin. l’un de mes proches amis Sarah Walden. au réveil. Chère Vallin. Objet : Outrage à la peinture Le 26 décembre. 188). Je vais les travailler par trois. Outrage à la peinture. En arrivant rue Marcadet. Il faut que je me mette à visualiser mon idée. de son principe. que j’ai indexicalisé : c’est un livre vraiment fantastique . Bon. Outrage à la peinture. Seulement un angle (gauche). logiquement. 2003. Chez le droguiste du quartier. Vers 11 h 30. j’ai commencé le livre de Silvianne Forester sur Van Gogh (chez Hélène où j’ai couché). Donc. où j’explorerai la question de la transversalité des moments. 23 h. détruire les chefs-d’œuvre 309 . par opposition au pathos. on cherche à raisonner selon un modèle hypothético-déductif. On n’excluera donc rien a priori. Elle a une formule. 23 h. de ce qui nous passe par la tête. détruire les chefsd’œuvre. 15 h. je lis Sarah Walden que je poursuivrais durant toute la journée. et une série de portraits paysage. Ivrea. Il me faudrait vous écrire quelque chose de sensé. J’achète 3 châssis de 81 x 66. Quelle est-elle ? Le portrait peut donner une image de la personne. je continuerai demain. violant l’image. La philosophie veut s’inscrire dans le logos. la philosophie a besoin de la non-philosophie pour s’incarner. 309 218 . Ce matin. ou comment peut la restauration. Dans une lettre à Vallin. J’indexicalise. C’est l’équivalent de la transversalité pour un individu. J’ai lu 88 pages du livre de Sarah Walden. Mais il doit surtout tenter de représenter ou la transversalité des paysages du sujet (portrait paysage). Il est question de l’identité de l’œuvre. violant l’image. j’avance le Van Gogh de Vivianne Sylvester (jusqu’à la page 40). Je suis content de ce que j’ai fait. Mais je suis tout à fait d’accord avec vous (et avec Deleuze). 175 pages. je passe chez Artacrea/Graphigro. J’ai retrouvé un châssis ovale. L’après-midi. j’ai acquis un très gros pinceau un peu plutôt.

l’instant. C’est un livre qui explique comment ont été faites. un chevalet (mon matériel de peinture acquis cet été est à Sainte-Gemme). Le 24. Ivrea. Cette grandmère est morte en 1962 : j’avais 15 ans. Ce détail pour ma relation aux épicières ! Charlotte fait raconter cette histoire à sa Mémé. a insisté sur le fait que la pensée. Bon. je lis un ouvrage : La peinture à l’huile. Pourquoi ? Eh bien. se développe selon des modes transductifs. techniquement les peintures. Je l’ai bien connue. Elle faisait la marchande. er 219 . J’avale le livre beaucoup plus vite que je ne l’imaginais. J’ai restauré ce matin un cadre de 1916 (cassé par ma fille Hélène. Outrage à la peinture. Madame ! ”) que mon beau-père a rencontré sa future épouse. et je la retrouve avec tendresse dans ce cadre… Lucien est devenu musicien (maître de chapelle à la Cathédrale de Reims durant 25 ans)… Toute mon histoire de vie est donc une partie de cache-cache avec le dessin. Il veut faire des couvertures. mère de deux gosses : 3 et 2 ans) : un dessin de ma grand-mère fait par son fils Lucien (il avait 16 ans). mais enthousiaste par ma lecture. sans dessin. Aujourd’hui que j’ai la tête à cela. etc m’organise un rendez-vous avec le directeur de l’Ecole des beaux-Arts (qui était un de ses amis). Ma belle-mère trouve mes couleurs jolies. c’est le mode qui fait passer d’un moment à un autre sans transition logique. Il accepte. J’ai voulu faire les Beaux-Arts à 15 ans. C’est une méditation historique et technique sur les problèmes de dégradation et de restauration du passé. Je lui dis que je connais un dessinateur qui les ferait pour rien. des pinceaux. le précédent : Jean Oury. Chaque Noël. détruire les chefs-doeuvre (Paris. Celui-ci me dit sérieusement que je ne suis pas doué. Ils habitent Charleville. etc. je prends conscience que j’ai un moment des arts plastiques. Faut-il ou non intervenir sur le travail du temps. mais il me parle.(René Lourau). Cela permet de retrouver immédiatement les endroits où l’on parle d’une notion : le moment. 2003. Je fais trente couvertures que je signe Remi de Sainte-Gemme. Je me dis hier ou avant-hier que je vais faire de grandes peintures avant le 1 janvier pour pouvoir avoir des peintures de moi de 2003. lors d’un voyage à Brasilia en septembre dernier. Là. mon père (décédé) ne m’empêchera plus de faire ce que j’ai décidé de faire… Donc. où j’avais pris une boîte de tubes d’huile alors que je pensais emporter de la gouache). Il a ouvert un magasin de peintures à Givet (Ardennes). C’est en entrant dans le magasin (“ Bonjour. je m’aperçois qu’il y a une tradition de dessin dans ma famille. La transduction. Elle s’y connaît en peinture. livre technique que je veux feuilleter pour éviter de faire de grosses erreurs. J’écoute en lisant un autre ouvrage : Sarah Walden. mon aînée. J’avais peur qu’il soit rébarbatif. hier après-midi. que ma belle-mère a tenu. violant l’image. il y a trois semaines. ils viennent passer quelques jours. Donc. même si globalement je me fais confiance pour oser tâtonner. J’ai acquis Outrage à la peinture. sur le métier de commerçante de sa grand-mère. Ma belle-mère et mon beau-père sont là. selon les principes lus dans La peinture à l’huile. Son père ouvrier-peintre s’est mis à son compte. parfois indiscrètes. Elle pose des questions précises. mon éditeur ne veut plus payer les dessins de couvertures des livres de mes collections. ni vraiment de peinture à l’huile (sauf une fois par erreur. Je peins le 25 décembre trois fonds de cadres moyens (55 x 46 cm). lorsque je lis Dali. etc. Ainsi. Parenthèse. Depuis. que je devais vouloir m’orienter ainsi pour contempler des modèles nus. 175 pages). malheureusement décédé. Avoir trente dessins imprimés n’est pas donné à tout le monde… Mais mon histoire avec le dessin commence vraiment le 25 février dernier. ou comment peut la restauration. Cela ne me prend pas beaucoup de temps. et qu’à mon âge. Non seulement. hier. Mon père qui était persuadé que l’on ne fait pas carrière dans l’art. je commence à en composer l’index (indexicalisation) à partir de la page 18. je vais acheter des châssis. j’en étais là. souvent illogique au sens hypothético-déductif. Je n’ai jamais fait de toile. qu’il me faut rester au lycée pour passer mon bac. j’ai fait l’index de mon livre Le lycée au jour le jour. alors qu’elle été jeune fille. je lis ce livre. parce qu’au plus profond de moi-même il y a une historicité de la peinture. je m’amuse à indexicaliser les ouvrages que je trouve importants. Création et Schizophrénie. On apprend dans l’interaction entre la théorie et la pratique. En 1989. En 1996. une boîte de tubes.

À d’autres époques. je me disais : “ Demain. si je me mets à la peinture. Il est 19 h. si je disparaissais. Depuis aujourd’hui. Plus on est créatif. valeur symbolique. je trouve sa remarque juste. J’ai rempli de peinture à l’huile quatre toiles. en l’état. j’ai la représentation de mon portrait des moments. Comment s’institue le moment ? Donc hier soir. en l’arrangeant pour en faire mon œuvre à moi ! ”. Mais rapidement. Des très grands. C’est un tableau très beau. de poésie et de liberté (maintenant : d’arts. Bon. notre grande revue d’amour. Je prendrai ce qu’il reste ! ”. ” J’ai voulu inscrire cette lettre ici. c’est de tenter de vous décrire les éléments d’indexicalisation qui se sont formés autour de moi pour que je conscientise mon désir de me mettre sérieusement à la peinture. Je me mets au défi de produire quelque chose de consistant rapidement. Ce que je suis en train de faire. Il s’agit d’opérer des transductions entre le réel et le surréel. car elle est importante dans la mise en discours de mon moment peinture… Samedi 27 décembre 2003. Ce matin. ” Et à ce moment. C’est le bon moment ! Le déclic. ” Malgré l’inclination à la jalousie que Lucette peut avoir vis-à-vis de K. etc. L’apport par Kareen de mon portrait. valeur d’usage. du point de vue de la peinture. je me dis : “ Mais au fait. je me considère comme un peintre.qui ronge la plupart des œuvres. Ces tableaux ne sont pas terminés. la créativité était celle de l’instant. Ils n’ont pas flashé sur les cadres. Beaucoup d’œuvres de Léonard de Vinci n’ont pas survécu au temps. Les moments n’étant pas tous du même registre. Pensée aussitôt chassée : je ne pourrais jamais me séparer de ce tableau. Mais je trouve que les deux esquisses d’autoportraits que tu as faites à Brasilia en septembre ont davantage de force d’expression. d’éducation et de philosophie). Marek vivait avec Raïssa Maritain. c’est de la transduction. J’ai encore une copie du dessin qu’il a fait de mon père en 1934. ils laisseraient de moi une image que je ne renie pas. je me dis : La Trinité de Papa doit valoir 50 000 euros. entre le quotidien et l’onirique. la fille du philosophe chrétien… La Trinité. On se moquait de la question de la durée de l’œuvre. Il faut que je la vende pour me construire un atelier dans ma maison de campagne. Je dois m’interrompre pour aller dîner chez Charlotte. Je mesure le maximum acceptable pour mon chevalet. j’ai décidé de faire des travaux qui représentent une personne à travers ses moments (portrait paysage. conçue comme valeur d’échange ! Cela. À certaines époques. Je trouvais normal de laisser mes frères et sœurs se servir. qu’est -ce que je vais faire comme peinture ? Il ne suffit pas d’avoir le matériel (même si l’essentiel) il faut une idée de motif ! ”. les artistes ont tout fait pour trouver des pigments qui résistent au temps. et l’affirmation de Lucette : “ C’est pas mal. je continue intérieurement : “ Mais non. Je tombe devant un grand pastel ((120 x 80 cm) de Marek Szwarc (1936) représentant La Sainte Trinité. Je commence à regarder autour de moi. Marek Szwarc était un ami intime de mon père. c’est pour expliquer à Vallin ma théorie des moments. moins on se pose la question de la dégradation. j’irai acheter 3 nouveaux châssis. Mais. etc. Lire cet ouvrage quand je me remets à la peinture tombe bien. je me dis : “ Je vais reproduire ce motif. ” Depuis que j’ai l’idée d’inventer Attractions passionnelles. Je vais mettre la trinité dans un coin… Je me représente assez bien ce que je vais peindre (j’en ai fait le croquis dans mon Carnet dalien 1). 20 h. Il y a quelque chose entre ce que je veux inventer et le surréalisme. entre le vécu et le rêvé. Dans tout le fatras de cadres. Dans ces 220 . J’avais dit à mes deux sœurs et à mon frère : “ Servez-vous. portrait des moments). au réveil. Hier soir. Mais en même temps. J’ai eu la chance de l’avoir au moment du partage des biens mobiliers de mes parents (ils n’avaient pas de biens immobiliers). il y avait cette œuvre de grande valeur. J’avais déjà les archives de la famille en dépôt. il va falloir les symboliser de manière originale.

“ En art. Nécessité. et qu’en faisant. Faire un tableau par jour ne me semble pas impossible. car il faut que cela sèche pour que l’on puisse travailler. J’ai besoin d’en avoir plusieurs en chantier. j’ai dérapé : je suis entré dans autre chose. Si seulement je pouvais la faire poser encore une fois. Elle trouve que peindre Dieu est une idée bizarre. cela fera dix. il ne faut jamais expliquer ce dont il s’agit ”. Je la signe. Aujourd’hui. Je ne me vois pas travailler à partir de photos. Lucette voudrait que je change de problématique. Dimanche 28 décembre 2003. il n’y a plus qu’à les mettre en œuvre. J’ai beaucoup d’idées pour les valoriser. J’ai pris Hajar en photo dans la pose qu’elle avait prise. Il me satisfait. Il faut que je tienne ce rythme de production durant tout le mois de janvier. d’acheter un pinceau fin pour terminer mon Index. En me réveillant vers 12 h 30. Ce sera ma première toile.. je me mets au travail dès que les parents de Lucette partent. sur le coup de 1 heure du matin. sur une toile de format 73 x 54 cm. Évidemment. Je pense que cela pourrait m’aider si je décidais de retoucher ce tableau (ce que mes amis d’hier me déconseillent). j’ai envie d’aller rechercher des toiles chez Artacrea. puis je me lance dans l’index des noms d’auteurs du Sarah Walden. Elle a envie de se mettre à faire des collages. c’est loin d’être abouti. Voudra-t-elle poser ? Van Gogh n’a jamais peint son frère Théo. Si je veux terminer cette toile. Demain matin.. Charlotte va venir dîner à la maison. il me faudra un pinceau plus petit. Je me demande ce qu’elle va pouvoir dire du portrait d’Hajar. Outrage à la peinture. il y a déjà toute mon œuvre. des vrais. mais je vais y travailler. Hajar m’a semblé vraiment belle. car mon pinceau actuel ne permet pas d’écrire fin. je nettoie cette toile faite à toute vitesse. Si je refais 3 toiles supplémentaires. sa femme enceinte de 8 mois et 3 semaines ! J’ai l’idée de lui faire son portrait. a rajouté Charlotte. Mehdi Farzad et Hajar. Il faudrait qu’elle ait la patience de poser. c’est que j’avais l’idée de faire une toile pour illustrer la théorie de moments. Georges Lapassade et Françoise Attiba. Cornélia l’a trouvé très réussi. je me dis que je ferai autre chose dans ma peinture. 18 h 20. Je pourrais peindre Lucette. Puis je me risque à un autoportrait. Lucette pense qu’i faut faire sauter le terme “ index ”. Repas de réveillon avec Jacques et Cornélia. comme Kareen. En regardant la toile de Marco. Les autres doivent être retravaillé. 221 . J’arrive à la page 61. demain matin. 21 h 50. Je le signe. Je lance deux grandes toiles (toujours le même thème : Jésus sauvé de l’incendie de la cathédrale par l’Esprit Saint). sûrement. Et au Brésil ? Gouache. Je suis heureux de pouvoir travailler à partir de modèles vivants. Le 1er janvier 2004. Je refais deux fonds sur les châssis restants. avant son accouchement ! 20 h 40 Charlotte aime mon portrait d’Hajar. Quand les idées sont là. Stimulation de celui qui regarde l’activiste s’éclater. Ce que je dois constater.quatre toiles.

Je n’ai pas dit que, ce matin avant de me lever, j’avais vécu entre deux eaux (veille, sommeil). Je voyais des couleurs ; je voyais des choses à dessiner. Moment de bonheur, de satisfaction profonde. Malheureusement, après le café, toutes ces visions avaient disparu. Hier, Georges Lapassade m’a demandé si j’avançais dans mon livre sur René Lourau. Je lui ai dit : “ Pas trop ”. C’est ce livre qu’il me faudrait travailler pour reprendre le surréalisme, et une exploration de mes capacités oniriques, jusqu’à maintenant enfouies, très peu stimulées. Leur activation est indispensable pour créer. L’exaltation, la transe créatrice n’est possible que si l’on se laisse aller à rêver. L’atelier que je suis en train de monter autour de moi me fait penser à un jardin. Dans un jardin, il y a toujours quelque chose à faire. Plus on fait, plus il faut faire. Pour la toile “ Portrait d’Hajar ” (N°8 dans mon catalogue des œuvres complètes), je suis vraiment content de l’avoir faite. Vendredi 2 janvier 2004, 15 h, Ce matin, très tôt (je me suis réveillé à 4 h 30), j’ai terminé le livre de S. Walden. Je me suis dit qu’il faudrait en faire un compte-rendu détaillé, un long texte, méditer à partir de cela sur ce qu’est un tableau, sur ce qu’est une toile, à la fois au sens propre, mais aussi au sens que pourrait avoir la peinture comme métaphore de l’âme, du principe de composition et de recomposition du sujet. Le sujet est fait de moments, mais ces moments se combinent, se conjuguent dans une cohérence, dans une unité du sujet… Cette thématique serait à travailler longuement, dans une clinique des moments. Vers 10 h 30, je suis parti avec Lucette et Charlotte pour aller visiter l’exposition Edouard Vuillard : très intéressante, bien qu’il y ait trop de monde pour vraiment en tirer quelque chose. Une telle visite est documentaire. On se rend compte de ce que l’autre a fait (succession de problématiques). Quelques idées : j’ai vu ses petits carnets (les miens sont plus professionnels) ; je n’ai pas vu son journal. Quel forme a-t-il ? Comment apprendre quelque chose sur ce journal ? J’allais à l’exposition, pour en savoir plus sur ce point. Je rentre donc bredouille. Un peintre qui écrit, c’est très utile. Delacroix m’a beaucoup apporté. D’ailleurs, ai-je terminé son journal ? Pas tout à fait. Dans la peinture, on met des choses qui sont des perceptions que l’on a avant d’avoir accès au langage. Ce matin, en cherchant à me rendormir, après le réveil, image d’yeux. Idée que je devrais peindre Georges, lui demander de poser, ce serait important. Hajar me plait bien. Je dois oser me lancer régulièrement dans cet exercice du portrait vivant. A l’exposition, je n’ai pas acheté le catalogue : 99 euros. J’ai eu tord. Mais actuellement, je ne dois pas avoir les moyens de faire cela. Idée aussi de relire mes livres sur Dali (avec les peintures). Il faut que je trouve un mode de travail qui permette d’allier l’inspiration d’un motif, à la construction du détail. Dali est un maître sur ce plan. Idée d’aller voir l’exposition “ Jacqueline ” Picasso, présentée actuellement à Paris. Elle se termine en mars. J’ai donc du temps. Comment se fait-il qu’autant de gens veuille voir de la peinture. Quand j’allais au musée de Reims, voir les Dürer, j’étais souvent tout seul. C’est comme avec la course à pied. Quand je la pratiquais, j’étais seul à courir au parc Pommery. Aujourd’hui, les gens courent en troupeaux ! Je me ferai mon musée à moi, avec mes toiles. Plaisir réel de regarder Hajar. Nécessité profonde de produire mon œuvre peinte. Je l’ai au fond de moi, et elle est là qui attend de sortir. Quand quelque chose sort, je me sens mieux ; je me reconnais vraiment dans ma peinture.

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Avec l’écriture, j’ai déjà beaucoup exprimé, j’ai déjà formulé l’essentiel de ce que j’ai à dire. Je me suis donné 68 livres à écrire dans ma vie. Je dois approcher des cinquante. Ce qu’il me reste à écrire est donc résiduel, même si les derniers livres sont souvent les meilleurs, en ce qui concerne les auteurs de sciences humaines. Pour ce qui est de ma peinture, j’ai évoqué l’idée qu’elle a un rapport au jardinage. Cette idée m’est revenue. Je l’ai exprimée à Lucette. Elle m’a dit : “ Oui, tu fais du jardin comme de la peinture ! ”Idée qu’en cette période de l’année, la pratique du jardin est impossible : la terre est gelée. Par contre, pas de problème pour peindre. Cet été, j’avais déjà acheté tout le matériel de peinture, mais je n’ai pas pu m’y mettre. Je n’ai fait qu’une gouache en deux mois. À Sainte-Gemme, l’été, il y a toujours quelque chose d’autre à faire que de peindre. Il y aurait des saisons pour les moments. Sur le thème du jardinage, le rapprochement avec la peinture, c’est l’idée que dans un jardin, il y a toujours quelque chose à faire. Quand on se met vraiment à la peinture, on a des toiles d’avance. On fait les fonds. Pendant qu’ils sèchent, on peut reprendre une toile déjà commencée, faire une retouche ici, mettre du vernis là, etc… Dans le jardin, on passe d’une chose à l’autre, continûment. Il y a des taches longues et fatigantes qu’il faut programmer (bêcher, labourer), d’autres décident de l’avenir du jardin (semer, planter), d’autres impulsives (couper un arbre), d’autres visent l’allure de l’ensemble (couper et ranger le bois, passer la tondeuse, tailler, enlever des mauvaises herbes), d’autres enfin visent à jouir de la production (cueillir, récolter). Dans la foulée, il y a les ratatouilles, les confitures, la confection de salades, etc. Dans l’atelier du peintre, il y a beaucoup de taches à gérer presque ensemble. Nettoyer les pinceaux, c’est un truc qu’il me faut faire. J’oublie, et c’est mauvais. Pareille pour les palettes. Si je ne les nettoie pas, mes fonds seront de plus en plus gris. Édouard Vuillard dit que les peintres inspirés mettent du jaune pur, sans mélange. Essayons. Mes six premières toiles que j’avais intitulées : “ Jésus sauvé de l’incendie de la cathédrale par l’Esprit Saint ”, déc. 2003 deviennent “ Sauvé du feu ”, déc. 2003. C’est avec Charlotte qu’il nous semble que l’artiste doit être sobre dans ses titres. Autre sujet de discussion avec Lucette : à quel moment une toile doit être arrêtée ? Le bon moment. Eugène Delacroix le formule à sa manière : “ Il y a deux choses que l’expérience doit apprendre ; la première, c’est qu’il faut beaucoup corriger ; la seconde, c’est qu’il ne faut pas trop corriger. ” 16 h 20, Je rentre des photocopies : j’ai fait trois photos couleurs de mon index des matières de Sarah Walden : joli. J’attends maintenant Gaby Weigand, qui doit arriver de Munich. Nous projetons de travailler trois jours ensemble. On voudrait essayer de terminer le livre sur L'observations participante 310 . Je ne puis donc aller au magasin chercher des toiles et mon pinceau… Je n’ai pas noté que j’ai ouvert un Carnet dalien vol. 3 : c’est hier que j’ai eu cette idée. Vers 4 heures du matin, le 1er, Françoise Attiba a parlé peinture avec moi. Elle trouvait que c’était une excellente idée de me mettre à peindre. Je lui ai montré mes carnets daliens (1 et 2). Lucette a voulu que je sorte celui de 2000 (bandes dessinées à partir d’épingles à nourrice)… Le commentaire positif de Françoise m’a entraîné plus tard dans la journée à ouvrir un Carnet 3, alors que le volume 1 n’est pas bouclé. J’ai terminé le 2 (où dominent les
310

R. Hess, G. Weigand, L'observation dans les situations interculturelles, Paris, Anthropos, 2006, 278 pages.

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collages de chutes de photos), mais il reste 1/5 de pages vides dans le volume 1. Or, le volume 3 a la même destination que le 1, à savoir saisir les images qui me traversent l’esprit et que je ne puis formuler autrement que par un dessin. Je me suis aperçu que chez Vuillard, ce procédé était relativement poussé. Il dessinait avec un crayon à mine. Moi, je préfère le stylo bille. Cela se conserve mieux. Il faut que je prépare mon voyage au Brésil. J’aurai du temps. Il faudra peindre, beaucoup peindre, mais sur papier. Je ferai de la gouache. Il me faut préparer mon voyage, notamment en emportant du matériel adapté à ce voyage. Il me faudra emporter mon Carnet dalien. Appel de Pascal Dibie qui nous présente ses meilleurs vœux. Il est à Chichery. Lucette lui dit que je me suis mis à la peinture. Il est curieux de voir cela. Il me faudra le peindre. Hubert De Luze me fait parvenir Remords (sa partition de harpe) qu’il dédie à mon fils Romain. À première vue, c’est trop difficile pour son niveau, mais je suis sûr qu’il sera fier de recevoir une partition signée du compositeur. 17 h 20 Je viens de relire ce journal. Je me demande si je ne vais pas le faire parvenir à V. qui lit actuellement Le sens de l’histoire. Mais elle a déjà pas mal à lire actuellement. Il vaut mieux que je continue un peu mes méditations avant de lui faire parvenir ce texte. Coup de fil de Christine Delory-Momberger. Je lui dis que j’ai passé un 31 janvier déprimé : cela ne s’est pas trop vu. Mais j’avais reçu un courrier qui me faisait douter de mon projet d’œuvre. Il visait à critiquer le projet d’une écriture pour l’autre. Il exaltait l’écriture pour soi. Il était écrit sur un mode très rationnel, mais quelque chose, au fond de moi, résistait : je trouvais qu’il sonnait faux, mais je ne parvenais pas à dire pourquoi. Le réveillon s’est bien passé. Surtout, j’ai eu l’idée de faire le portrait d’Hajar. Quelle résurrection ! Toute la tristesse, que je portais en moi s’est projetée sur ce portrait. C’est injuste, car fondamentalement Hajar est gaie ! Réminiscences. Je pense beaucoup à Jean-Loup et Pierre Hugerot, amis d’enfance un peu plus âgés que moi. Parmi leurs moments : la peinture. Jean-Loup était terriblement inspiré par Van Gogh. Il m’a influencé dans les années 1950. Ils suivaient des cours de dessin. Et Jean-Loup faisait exister le moment de la peinture dans la maison de ses parents, où je prenais beaucoup de plaisir à aller. Leur frère, François, plus jeune, était mon meilleur ami. J’aurais plaisir à retrouver ces garçons, pour évoquer avec eux, ces épisodes artistiques de ma prime enfance : pour cela, projet d’aller à Reims, où de nombreuses manifestations sur Le grand Jeu sont prévues. Chez les Hugerot, il y avait toujours des livres de peinture. 18 h, Je viens de nettoyer mes pinceaux. Il faudrait faire la même chose avec la palette. Sinon, je tendrais vers le gris. Mardi 6 janvier 2004, 7 h 30, Avant de partir à la fac, je veux noter quelques récents épisodes. L’arrivée de Gaby Weigand m’a obligé à travailler sur le livre L’observation participante. Hier, on a travaillé

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jusqu’à midi, heure de son départ. J’aurais été heureux de la peindre. Gaby a le profil des modèles de Dürer. J’ai beaucoup aimé Dürer. Une vingtaine de ses productions sont au Musée de Reims. Quand j’étais jeune, je n’avais que cela à me mettre sous la dent. Avant qu’elle ne parte, j’ai fait quelques photos d’elle, espérant pouvoir en faire quelque chose, peut-être un portrait paysage. Il me faudrait y mettre Ligoure, mais aussi quelques paysages de Wurzburg. Il me faut lui demander de m’envoyer des photos de paysages ou de lieux qu’elle aime. Dès que Gaby est partie, j’en avais marre de l’écriture (on a travaillé trois jours d’arrache-pied). J’ai cassé une petite croûte (du pain et du fromage), bu une bière, puis je me suis mis à lire les ouvrages offerts par Hélène, la veille à l’occasion de notre Noël avec les petites filles. Hélène m’a beaucoup gâté. Elle m’a donné une photo de moi avec Constance, un carnet à dessin de chez Moleskine. C’est le type de carnet qu’utilisaient Van Gogh et Matisse. Il a un format assez grand (21 x 13 cm), différent des minuscules carnets que j’utilise jusqu’à maintenant. Je crois que c’est celui que je vais emporter au Brésil. Hélène m’a offert un petit livre sur, d’Yves Scorsonelli 311 , les Lettres d’amour de George Sand et d’Alfred de Musset 312 , qu’elle destinait à Charlotte, mais celle-ci se les était déjà offertes ! Et enfin de Guy Debord, Rapport sur la construction des situations 313 . J’ai évidemment commencé par cet ouvrage, que j’ai trouvé un peu vieilli, qui m’a un peu ennuyé, mais que je reprendrai dans une autre disposition d’esprit. En fait, son utilisation du concept de situation me semble vraiment datée. Dès 13 h 30, lorsque Jeannette est survenue, Gancho est venu me rejoindre dans mon bureau, et je me suis mis à la peinture. J’ai peint ma dixième toile : “ La Constance et le Roy de la salade ”, 73 x 54 cm. Je ne me suis arrêté, que lorsque Lucette est rentrée de la fac, fatiguée, épuisée. Je lui ai préparé une salade Constance que j’ai photographiée. Je reprendrai cette photo pour terminer ma toile. Il reste de la place pour mettre la salade. L’idée de peindre Gaby rejoint une idée que j’avais beaucoup plus jeune. Quand j’ai acheté la maison de Sainte-Gemme, je rêvais de me mettre à la sculpture. J’aurais voulu faire des statues de mes amis, pour les installer dans mon jardin. En attendant de réaliser cette idée, j’ai envie de faire une galerie de portraits. Ce matin, en regardant ma toile d’hier, j’ai eu l’idée d’une toile à partir de la photo des institutionnalistes. Je me disais qu’il me fallait faire une peinture de René et Georges. Je vais les placer ensemble dans le contexte d’un repas Rue Marcadet. Je pense à la photo de René en robe. La peinture permet des arrangements. Composer le tout avec la figure d’Henri Lefebvre. Hier soir, je n’ai rien pu faire d’autre que de contempler “ Le Roy de la salade ”. La figure de Constance n’est pas terminée. Il faut que je la retouche. Malgré tout, même dans l’état actuel, je pense qu’Hélène va être contente de voir cette toile qui a impressionné Lucette. Elle m’a dit : “ Il va falloir que tu sois très net, pour la transmission de ton œuvre ”. C’est vrai que les “ héritiers ” sont souvent accrochés au même tableau. Moi-même, je suis très accroché à cette toile, que je trouve très drôle. En dehors de la valeur d’échange d’une toile (quand elle en a pris avec le temps), c’est d’abord une question affective. Personnellement, je me demande comment je pourrais vivre, si je n’avais pas Marek Swarz. 22 h 45, En rentrant de la fac, je suis passé chercher le pinceau riquiqui et 9 toiles 46 x 33 cm.
311 312

Yves Scorsonelli, L’huître, dix façon de la préparer, Les éditions de l’épure, 1996, 2002. Lettres d’amour de George Sand et d’Alfred de Musset, présentées par Françoise Sagan (Hermann, 2002, 170 pages). 313 Guy Debord, Rapport sur la construction des situations313 (Paris, Mille et une nuits, 2000).

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Je me suis mis à faire trois fonds. Et je n’ai pas pu m’empêcher de faire un essai sur le thème : “ Lire au lit ”, à partir du croquis “ relecture des épreuves de la valse ” du 8 mars 2003. Il faut le reprendre, car Lucette n’aime pas les quatre gros pieds au premier rang. Je vais être obligé de peindre une couverture à mes personnages ! C’est l’hiver, qu’ils en profitent ! Et comme Edouard Vuillard aime les décors à fleurs, je vais leur faire une couverture à la Vuillard. Charlotte n’a pas vu ce travail , car elle est passée juste avant, en partant à son cour. Elle est enthousiaste de la toile : Le Roy de la salade. “ C’est la meilleure ”, a-t-elle dit. Pour me montrer que l’on a des livres d’art à la maison, Lucette me sort : -Das XX. Jahrhundert, ein Jahrhundert Kunst in Deutschland, National Galerie, Nicolai, 1999, 660 pages. -Féminin, masculin, Le sexe de l’art, Paris, Gallimard/Electa, Centre Georges Pompidou, 1995, 400 pages. Je feuillette ces livres qui sont excellents. Beaucoup d’idées me viennent. Par transduction, je repense à une obsession de René Lourau en art : l’effet de miroir. On voit un tableau, dans lequel un peintre peint un tableau. Et l’on voit ce tableau sur sa toile qui contient une toile sur laquelle on voit la toile, à l’infini. À prendre en compte absolument lorsque je peindrai R. Lourau. J’ai une photo de lui en djellaba, que je vais utiliser pour produire cette image. Jeudi 8 janvier, 8 h 30
De Elizabeth C Claire (New York), Objet : merci ! Date : 7 jan 2004 22 h 53 C’était bien d'avoir entendu ta voix cet après-midi. Merci encore pour tout ce que tu fais pour m'aider. Dès que j'ai une confirmation de mon département pour le date de 30 avril, je rechercherai le vol, etc. Est-ce qu'il t'intéresserait de donner une conférence simple, par exemple, à la Maison Française (à New York University) pendant que tu seras ici ? Je l'organiserais volontiers dès que tu m'indiqueras ta préférence. Tu peux suggérer n'importe quel sujet. Même la peinture, si tu veux... Je t'embrasse, Liz. Chère Liz, Je suis heureux, aussi, d'avoir entendu ta voix. J'ai relu la lettre que je vais faxer. Mon seul problème, c'est que je viens de changer de fax, et je n'ai pas pu le brancher hier soir, mais je vais le faire aujourd'hui. Mon thème de conférence à New-York pourrait être : “ Remi HESS La construction des moments. Le sujet se construit à travers des moments, espace-temps qu'il aménage pour se sentir en sécurité : le moment du travail, du repas, du repos, de l'amour, du rêve, de la création artistique. Comment naissent et meurent les moments du sujet ? Après avoir beaucoup décrit ses pratiques de danse sociale, notamment dans son livre Le moment tango, Remi Hess décrit actuellement son entrée dans le moment de la peinture. En racontant cette création d'un nouveau moment, il réfléchira sur l'invention et la réinvention du sujet. ”

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Merci de tout ce que tu fais pour moi. Je t'embrasse. Je te joins un long curriculum vitae. Tu peux enlever tout ce qui ne t'intéresse pas.

Hier, j’ai commencé une nouvelle toile que j’intitulerai "Aimer, s’aimer 2", à partir d’un scanner d’une photo faite par Yves, à qui j’ai eu l’idée d’aller rendre une petite visite, en lui portant ma toile “ Le Roy de la salade ”. Choix de photos à scanner, que j’ai portées à Yves. Je regarde le livre sur Reims (démolitions après 1914). Je déprime totalement. Je me couche. Je vais avoir du mal à peindre cela.
Vendredi 9 janvier 2004, Hier soir, Christian Lemeunier vient me reconduire après le tango. Il reste jusqu’à 23 h 30. On parle peinture. Il pense que j’ai du talent pour les portraits. Il apprécie N°8 et N°10 : -Tu fais déjà des portraits de personnes dans tes livres. Ils sont toujours décrits, avec des traits, qui leur correspond bien : cela ne m’étonne pas qu’en peinture tu sois attiré par le portrait. J’imagine bien que tu fasses des paysages de personnages. Christian n’aime pas trop la peinture à l’huile. Cela met trop de temps à sécher. Pour moi, ce n’est pas un problème. J’aime bien l’odeur de la peinture. Cela crée une nouvelle ambiance dans mon appartement. Avec Christian, on parle encore de fresques. On aborde les questions techniques. Il préfère travailler sur toiles de jute, que l’on fixe ensuite au mur que directement sur le mur, car la peinture pénètre trop les supports en béton, par exemple. Pouvoir dégager la toile si l’on veut travailler sur le mur est bien utile, aussi ! Longue méditation ensuite en contemplant la toile rapportée du Brésil. Pour lui, le bal ici présenté est vraiment intéressant car il y a, d’une certaine manière, un refus de la perspective. Tous les couples ont la même dimension, quelle que soit la distance qu’ils soient de l’observateur. On essaie de voir comment peindre une fresque avec la pratique de tango de Paris 8, ainsi que la pratique du bord de Seine. Il a fait beaucoup de croquis, mais c’est difficile pour lui de rendre cette pratique. Je suis tenté de me mettre à cet exercice. J’en avais eu l’idée dès cet été, puisque j’avais mis un chevalet à SainteGemme, avec une toile du format qui conviendrait à cette image que j’ai dans la tête. Ce matin, au réveil, je travaille sur ma N°12 (“ Aimer, s’aimer 2 ”, 46 x 33 cm, 7 janvier 2004). Je donnerai maintenant la date de début et la date de fin d’une toile… Le format de cette toile est excellent pour travailler. Je commence à comprendre ce qu’il faut faire, pour faire apparaître progressivement les contrastes. Ce matin, je me disais que mes toiles me sont indispensables. J’ai besoin de regarder où elles en sont. Je ne comprends pas comment j’ai pu vivre sans peindre. Sur ma boîte électronique, ce message de Jean Ferreux :
“ Primo, Il faut ABSOLUMENT que tu ailles faire un tour avenue Matignon, entre la rue Guynemer et la rue de Penthièvre ; il y a là, en effet, plein de galeries qui te donneront des idées pour ta peinture. Non que tu en aies besoin, mais cela te permettra de voir "ce qui se vend". Deuxio : si tu

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ne t'occupes pas du chèque de P8, je risque d'avoir des problèmes graves de trésorerie. Je t'embrasse, J. ”

Dimanche 11 janvier, 12 h 15, Je viens de terminer deux fonds de toiles rapportées de Sainte-Gemme. L’une est bon format : 60 x 50 cm : c’est un châssis que j’avais rapporté de mon voyage à Berlin, en juin 2003, avec Kareen. J’avais acheté plusieurs châssis, mais j’en ai donnés à Romain, mon fils, lorsqu’il m’a montré ce qu’il avait fait. J’ai toujours avec moi sa toile, représentant un animal de bande dessinée, une sorte de moustique ; la toile est à dominante de vert et d’argenté (41 x 33 cm). Il lui manque un nom. Je lui avais payé 70 euros, ce qui avait provoqué des réactions négatives de certains proches : “ Tu fais travailler les enfants ! ”, etc. J’avais donné à Romain des cadres de format : 20 x 20 cm. C’est très petit. Minuscule, même. J’ai entrepris aujourd’hui ma N°13, sur ce format. Je l’intitule, en pensant à mon fils : “ Les escargots de Romain ”. Avec ce petit format, je fais un essai. Je tente de peindre le fond en construisant déjà le projet de la toile. C’est-à-dire que je n’ai pas fait un fond uni, mais le cadre dans lequel va prendre place le sujet. Le cadre est l’évier de Sainte-Gemme. Il reste à y installer le verre, avec ses escargots. Ce ne sera pas un gros chantier, mais il faut que j’attendre que la toile soit sèche pour démarrer. Cela amusera Romain. Hier, à Sainte-Gemme, j’ai pris aussi quelques photos de Reims en 1914, notamment des portraits de mon grand-père. Je pense les incruster dans mes toiles actuelles. Le 4° anniversaire de la mort de René Lourau me fait penser aussi à une belle toile, où je ferais son portrait paysage. Il me faudrait y faire apparaître certains personnages : Gérard Althabe, Michel Authier, son frère, Henri Lefebvre. Je pense aussi à ma toile pour Georges Lapassade. Je vais lui offrir pour ses 80 ans. Il me manque une pose de Georges au piano. Je l’ai à la guitare et à l’accordéon. Lundi 12 janvier 2004, 18 h 50 Je suis heureux de ma journée. J’ai commencé à peindre à 13 h 30 et j’ai terminé à 17 h 30. J’ai commencé 4 toiles : -N°14 “ Paul Hess à son bureau à la Mairie de Reims, le 20 septembre 1915 ”. -N°15 “ Paul Hess et ses amis de la comptabilité, Reims, 1915 ”. -N°16 “ La tireuse de carte ”, 46 x 33 cm. -N°17 “ Clair de lune institutionnaliste ”. Après une journée comme celle-ci, je sens que la peinture me va. Lucette m’a dit en rentrant d’un entretien à Fontainebleau, qu’elle se retrouvait dans mon travail de peintre. Elle rentre mieux dans ma peinture que dans mes journaux ! Hier, j’avais reçu Jenny Gabriel qui m’a expliqué que son père était peintre. Elle est partante pour Attractions passionnelles. Elle est restée une heure trente, pour me parler de sa thèse. Elle était suivie d’Isabelle Nicolas qui m’a laissé un poème. Elle aussi est partante pour Attraction passionnelle. Et aujourd’hui, j’ai accueilli Lucia Osorio (Rio de Janeiro). Elle est partante pour traduire Voyage à Rio.

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En arrêtant ma peinture, je me suis arrêté une heure pour regarder ce que j’avais fait. “ La peinture à l’huile est plus facile que l’aquarelle, m’a dit Jenny, car on peut toujours la reprendre ”. C’est vrai. Il va d’ailleurs falloir que j’arrête de commencer de nouveaux tableaux, et que je reprenne ce que j’ai entrepris. Il me reste 4 châssis. Je voudrais les mettre en œuvre, et essayer de terminer ce que j’ai commencé. En même temps, j’ai quelques idées que je voudrais lancer, mais il est évident que si je commence des dizaines de toiles sans jamais les finir, je vais avoir un problème technique. Les trois qui soient vraiment terminées ou qui peuvent être déjà présentées tel quel sont les 7, 8 et 10. Coup de fil de Georges Lapassade. J’ai eu l’idée de l’inviter pour un repas avec René Schérer. René fait du dessin. Je voudrais voir son œuvre et lui montrer la mienne… Cette activité de peinture s’incruste avec force dans ma vie. J’ai utilisé cette journée libre pour peindre, alors que j’ai trois articles urgents à envoyer à des personnes qui me relancent sans cesse (Christine Delory, Jean-Louis Le Grand et Geneviève Vermès). Si j’en ai le courage, je me mettrai, après le repas, au texte sur le tango interculturel. Mardi 13 janvier 2004, 7 h 55, Je n’ai pas beaucoup de temps avant de partir à la fac. Pourtant, je veux noter que j’ai bien dormi, ce matin, jusqu’à 7 heures, et contrairement à hier où je me suis réveillé vers 5 heures pour me rendormir ensuite, et me lever difficilement vers 9 heures. J’avais alors bu le café, et j’étais parti, plein de torpeur me recoucher en mettant la télévision. J’ai vu un téléfilm : la vie d’une famille recomposée. Tout en me laissant prendre (un peu) par le film, je me disais que j’aurais dû me lever. Or, je ne pouvais pas trouver l’énergie nécessaire pour me mettre au travail : composition de trois articles… Composition, décomposition et recomposition sont à l’ordre du jour de mon psychisme, ou mieux de mon for intérieur. C’est comme cela qu’il faut appeler l’espacetemps où se forment idées et images, entre le moment du réveil et le moment du lever. Je me dis qu’une famille recomposée, c’est une famille qui prend des éléments dans des familles antérieurement composées. Comment se compose, d’abord, une famille ? Comment se décompose-t-elle ? Isabelle Nicolas a vécu longtemps avec un musicien, qui lui a fait deux enfants. Apparemment, ils se sont séparés, mais ils ont gardé des relations fortes. Quand celui-ci est mort le 11 août 2003, d’un arrêt cardiaque en pleine canicule, Isabelle s’est décomposée. Qu’est-ce qui s’est décomposé chez elle ? Je l’ai écouté deux heures dimanche soir. Je n’ai pas posé de questions. Pendant qu’elle parlait, parfois, je me disais dans mon for intérieur : “ Remi Hess a été enseignant de sciences et techniques économiques et d’analyse institutionnelle ; il a été sociologue, psychosociologue, psychopédagogue. Il partage actuellement son temps entre la danse, la peinture et la philosophie. ” Cette phrase se construisait dans ma tête. Une sorte de composition d’un quatrième de couverture. Je me disais que j’étais peintre, avant tout. Quel rapport avec l’écoute que je faisais des propos d’Isabelle, confrontée à un problème de composition de sa thèse : -Comment dois-je procéder ? me demanda-t-elle. J’ai déjà réuni l’essentiel des éléments de ma thèse. Il faut que je m’accroche à cette composition de thèse, car je suis totalement décomposée, déstructurée. Ce travail pourrait m’aider à me refaire. Moi : -La dépression n’est pas négative, si on la contrôle. Lorsque j’ai perdu mes parents, en 1997-98, je suis entré dans une période de décomposition de ma transversalité. Certains moments n’avaient plus de raison d’être ; par exemple, mes longs moments passés à Reims,

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se composer en composant leur œuvre. C’est lui qui parlait de composition d’un livre. Pourquoi est-ce que je continue à être obsédé par ces choses ? La destruction. Il se prend et se reprend. Pourtant. Reims. Je pense à un texte de Christine Vallin sur le bal à cinq temps. Les 17 premières toiles que j’ai commencées renvoient à quelque chose de profond en moi. La fatigue intervient. c’est lui-même ”. quel miracle qu’il ait survécu !). Le détour par la peinture. et les Allemands ”. L’aspect que Christine ne voit pas. la décomposition. au téléphone. Reims est encore là. Le terme de composition est plus souvent utilisé par les musiciens. c’est la croyance qu’il y a des moments qui sont difficiles à formuler par des mots. Pour ne pas me fatiguer de la peinture. Je pense commencer encore 4 toiles. sur un ton péjoratif. on a envie de retourner au bal. c’est cela qui sous-tend ma théorie des moments. disait Henri Lefebvre. c’est que lorsque l’on se fatigue d’un moment. de par son statut de fonctionnaire municipal.auprès de ma mère. me restitue une discussion avec la direction de l’enseignement supérieur à propos de l’habilitation de notre Labo. était compositeur. Comment se compose-t-on ? Autre question proche : comment s’institue-t-on ? La composition et l’institution du sujet. vice-présidente du Conseil scientifique de Paris 8. sur les problèmes franco-allemands. Il y a des gens qui ont su se recomposer. certainement. Cela me déplait profondément. On a envie d’aller se coucher. Et il y en a beaucoup des images ! Comment était Reims avant le bombardement de septembre 1914 ? Une des plus belles villes moyenâgeuse du monde. je les composerai comme des toiles. a perdu son sens. Dans un premier temps. je m’aperçois que si je ne vais plus à Reims. Ensuite. J’y pense. je situe la plupart des situations dans cette ville… -Si je suis une artiste. Aujourd’hui. Elle parle de déjà vu. et que je formule mal sous le terme “ La famille Hess. on retrouve une bonne condition physique. la peinture. la recomposition seraient à inscrire dans mon livre sur René Lourau. puisque dans ma peinture. et à la fin de la semaine. “ L’œuvre de l’homme. Georges. Qu’est ce que c’est devenu ? Un champ de ruines. il faudrait que je compose mes trois articles. a construit sa vie en construisant son œuvre : un journal inestimable que j’ai publié en 1998… Je montre à Isabelle la photo de Paul à son bureau le 20 septembre 1915. Je suis à fond dedans. Comment lui expliquer que la richesse du moment. Mon grand-père entre 1914-1918. J’ai souvent formulé des phrases proches. Cela travaille en moi. Par exemple. que j’ai du mal à mettre en forme livresque. Pour la première fois. A moins de travailler d’arrache-pied et de préparer le centenaire de 1914 ? Penser aussi représenter le dépassement de cela. obligé de rester au milieu des bombardements (22 fois la maison qu’il habitait a été détruite par des bombardements . où il porte un masque à gaz en compagnie de ses camarades du service de la comptabilité… -Oui. je vois le traitement des images sous forme de peinture. puis reprendre les premières. Elle me dit qu’elle a formulé cette phrase : “ J’aime mieux 230 . Idée d’une installation à composer pour le mois de septembre 2004 (vernissage le 19 septembre) : 90 ans. Puis la fête se décompose. je voyais un livre. je pensais que mes méditations sur la composition. celui-ci ne disparaît pas. je dois être capable de transformer l’invivable en œuvre. lorsque l’on est fatigué d’autres moments. pour moi. La ferveur du début. je ferai une pause. Ce matin. et une autre. en 1914. avec les textes écrits par mes ancêtres et leurs descendants. Martine Pretceille. des archives de Champagne m’a toujours perturbé. séparé de sa famille. Hier. Ils vont sortir. Ou mieux. -Oui. Développer le moment Ligoure. J’écrirai mes articles. c’est que le lendemain matin. dit Isabelle. l’ami d’Isabelle. c’est la composition.

dans les autres. ils ne verraient pas bien pourquoi l’Etat me confierait la gestion d’une équipe de recherche. Historique de la commande et de la production. exposé à la galerie de Paris 8 qui m’a donné l’information. Repères biographiques Date et lieu de naissance. Dire d’où elle vient.. L’organisation sociale et artistique qui se met en place n’implique-t-elle pas que l’on porte le masque ? Le nouveau régime exige l’hypocrisie.travailler avec des fous créatifs (elle pensait à moi. Mercredi 14 janvier 2004. Notice concernant l’œuvre Tout ce que l’on peut savoir à propos de cette œuvre. Cette exposition présente des dessins. Exercice difficile pour des personnages comme Picasso. Cela implique des partis pris rigoureux. Quel message transmet cette œuvre ? Aider au déchiffrage de l’œuvre. Etre scientifique. laissés par Vincent en 1885. Etude iconographique et sémiologique de l’œuvre. Le subliminal est un moment important. prévoir 3 fiches : Fiche technique : . Vincent avant Van Gogh. Il faut laisser place aux hypothèses. cette dimension de l’être. Quelle signification va avoir ce masque ? Le masque est un emblème. Y a-t-il une identification ? Ou une métaphore de toute relation sociale ? Autre hypothèse : c’est le contexte historique et politique qui implique ce masque. On m’a dit que ce professeur est l’un des meilleurs d’Arts plastiques. La recherche documentaire permet de trouver des indications de la main de l’artiste lui-même. En cas d’exposition. En 4 lignes. j’ai mis entre parenthèses. Cours de Pascal Bonafoux sur l’autoportrait au XXème siècle). que veut-il dire ? Que veut dire le masque ? Le masque (à l’Auguste) représenterait le clown sérieux. en matière d’œuvre d’art. Ce peintre. tous les matins. Copyright. que cela signifie-t-il ? A Breda. Mais l’œuvre n’est pas que son intention. (Paris 8. de mort. si les gens du Ministère apprenaient que je me suis mis à la peinture. alors en début de carrière. dans l’approche multirérérentielle et clinique de l’expérience (thème de mon laboratoire de recherche). Ce type de texte prend le risque de ne donner qu’une justification à cette œuvre. à tord. Visage masqué qui fait l’affiche de l’exposition (1940). L’autoportrait n’a rien à voir avec la biographie. particulière). faire le choix de répertorier les éléments que l’on a devant soi. dit-il. C’est un peintre. dimensions de l’œuvre. présenter son œuvre. Le collectionneur cherche-t-il à rester anonyme ? (coll. technique utilisée. Autre hypothèse. Donner au lecteur du catalogue les moyens de participer à la définition de l’œuvre. privée ou coll. 9 h 30. Je me décide à prendre des notes dans son cours. sauf rare exception.Titre. Il a une histoire de la Grèce jusqu’à la Comedia del Arte. On risque de mettre la rêverie du spectateur entre parenthèse. c’est comme cela que me perçoivent les experts du Ministère) qu’avec des pervers… ” Effectivement. Il s’agit aujourd’hui de redéployer cette dimension. Le Yongo Mita Popovitch. au moment du réveil : c’est mon for intérieur. Je me laisse gérer maintenant par lui. chez un 231 . n’y at-il pas une place pour la peinture ? C’est pour moi une reprise de l’expérience subliminale : pour être un auteur de l’analyse institutionnelle. pour le catalogue. Et pourtant.

Dès 1905. Le monde des médias consiste fondamentalement à isoler les individus . c’est l’autoportrait de groupe. Travail remarquable. Je dis à Bonafoux que j’ai connu son existence. à la vie des ancêtres. Il m’encourage à consulter son livre à la bibliothèque. mais peu à peu. chez Skira en 1985. on existe en tant que “ fils de ”. dans le cadre de l’économie occidentale. qu’il semble organiser. il faut prendre conscience qu'il est une réalité politique : on prend conscience dans le regard de l’autre. On a la liberté de faire des pas de côté. il y avait de nombreux articles. La bibliographie de l’œuvre n’est pas retenue : la bibliographie sur l’autoportrait est extrêmement réduite. Je vais me présenter à Bonafoux. Quel sens a pour moi cette prise de notes ? J’ai tout à apprendre de suivre avec précision. entrer aux EtatsUnis. Chez moi. Tracabilité du parcours de l’œuvre. La carte d’identité a été inventée au moment de Vichy : c’est une volonté policière. épuisé depuis longtemps. Aujourd’hui. etc. Paul existe à travers le service de la comptabilité . il part à Anvers. je me dis que je suis d’une famille. Ce cours est poursuivi au second semestre. il n’y avait pas d’informatique. Je lui demande les références de ses ouvrages. Il n’y a pas d’interaction avec un présentateur de télévision et son public. Théo meurt. rue Richelieu. La science n’est pas le discours par rapport à l’œuvre : le discours scientifique a donc des limites . on pourra établir qu’il s’agit d’un faux. ce que je rencontre actuellement. cela va être quoi ? L’histoire de l’autoportrait au XXème siècle. le coup de fil vous fiche : vous êtes suivi. j’existe à travers de nombreux collectifs : la Place du 11 novembre (où j'habitais à Reims). il a travaillé dans les bacs à fiches de la BN. Je m’intéresse à l’autoportrait par le biais du biographique. des pigments qui n’existaient pas en 1885. puis à Paris (1886). j’ai regardé longuement mes toiles. L’identité. 1890 : Van Gogh meurt .ami. de choisir sa voie . Hier soir. Si l’on trouve. c’est accepter de donner ses empreintes digitales : nous sommes seuls avec nousmêmes. l’œuvre de Vincent Van Gogh commence à valoir de l’argent : Johanna avait prévu le coup. Elle demande à son frère de récupérer les toiles. La carte bancaire. moi. Pendant la pause. il y a forcément une confrontation au portrait et à l’autoportrait : ce qui me travaille aujourd’hui. avec 20 ou 25 personnes de la famille). fléché minute par minute . En écoutant Bonafoux. En 20 ans. par des analyses. D’autres livres vont sortir du fait d’une grande exposition.). L’autoportrait est en relation avec la question de l’identité : dialectique entre modernité et identité. Après. par le biais de l’exposition. Cette exposition de Breda expose une rigueur au niveau de l’histoire des œuvres. en particulier. Andréas rachète le maximum. de ce qui pèse sur nous. mais souvent on revient à la confrontation aux archives. une voie ?). Je veux faire émerger des collectifs. il y avait alors 3 livres sur l’autoportrait . etc. La maison du voisin est vidée. Dans le monde. le régime démocratique va entraîner le principe : un homme. la télévision met fin à tous les rituels sociaux : on renvoie chacun devant la télévision. 200 tableaux et dessins sont vendus pour rien. la subjectivité de celui qui tient le discours est à prendre en compte. j’ai pu rencontrer une étudiante qui suit le cours depuis le début. par contre. où il y a un tracé qui subsiste. est une histoire de la solitude en tant que telle : pendant des siècles. précis. une voix (pourquoi pas un homme. On s’inscrit dans une filiation : on en hérite. Lorsque Bonafoux a fait sa thèse. cela veut dire que vous comptez moins que… Par rapport à la thématique de l’autoportrait. Il a fait un livre sur l’autoportrait. les choses ont 232 . face à tous les pouvoirs. la famille (je pense à la photo prise à la maîtrise en 1952 ou 53. le Family (club de sport. Retour de Bonafoux. Nous avons de moins en moins conscience d’appartenir à une collectivité : comment ne pas imaginer qu’un catalogue ne soit pas une méditation sur l’identité aujourd’hui ? Pause. En regardant Paul à son bureau. j’ai eu l’idée de relire ma préface à son livre.

changé : de nombreux livres ont été publiés . c’était l’antichambre du Louvre. Comme le spectacle exige des choses qui frappe l’imaginaire. Les textes respectent une double exigence : . Pour mettre en évidence permanence et rupture.ne pas renoncer à la complexité du problème à mettre en évidence. . Barthes. et donc l’aider à entrer dans les références dont il a besoin pour développer sa propre lecture. Les textes d’histoire de l’art sont souvent écrits à partir d’autres textes. L’exposition doit avoir une qualité fondamentale : susciter le débat. C’est un point d’interrogation. Pour la responsabilité artistique. Le commissaire décide : il assume ses choix. Pour mettre en évidence cette extraordinaire dimension. On doit concevoir le catalogue d'une exposition. La force des thèmes va déterminer l’accrochage. c’est un show. Le Palais de Tokyo a pris le relais. Se poser des questions. de Max Ernst est en mauvais état (Cologne). Au Luxembourg. Le mot “ état ” pour une gravure n’est pas connu. L’accrochage doit permettre de comprendre le sens du projet. comme une chambre d’écho : polyphonie. m’avait-on dit. c’est le respect de deux choses : donner à découvrir. Ce Musée du Luxembourg a cessé d’être musée d’art contemporain. 233 . L’ordonnancement de l’expo suppose que l’on soit intraitable sur le regroupement des tableaux. Le Seuil a réédité ce texte. Dans le silence. Jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale. accrochage tableau sur tableau et les uns contre les autres sur toute la hauteur d’un mur. il faut organiser l’exposition par thèmes. Ainsi.le langage. certains bons. Au XVIIème siècle. auquel on est contraint d’avoir recours pour produire l’œuvre.être compris par tout le monde. d’autres mauvais.regard patient sur l’œuvre . On recherche le complémentaire. d’être seul maître d’œuvre du catalogue. c’est un immense geste de générosité : tous les éléments nécessaires à la compréhension. comprendre de quoi il s’agit. ne pas l’utiliser. tradition d’art moderne au XIXème siècle. Le considérer comme ne connaissant pas les contextes. en 1945. vis-à-vis de ceux qui sont dans l’exposition. Chacun des visiteurs a le droit à des égards. On reçoit un coup de fil de celui qui n’est pas dans l’exposition : il faut avoir un discours. Une expo. Barthes met en branle sa réflexion à partir de deux éléments : . Bonafoux pense qu'il faut travailler à partir des œuvres : Daniel Arras a fait le choix d’écrire en regardant les œuvres. S’interdire le vocabulaire spécialisé. Ce à quoi on se livre en organisant une exposition. en dehors du monde des professionnels… Donc. assumer tout. A l’entrée. ne pas tenir compte de leurs exigences pour l’accrochage : l’artiste n’a pas à choisir le lieu où un tableau doit être placé. doivent être donnés. Les quatre chats en mauvais état aussi à Barcelone. il faut imposer le fait. Ne plus regarder les choses après comme avant. de l’essentiel de ce qu’il est. L’expo doit conduire le public à s’interroger. Tous les tableaux doivent être à 80 cm du sol. L’autoportrait de groupes aurait été : Le Rendez-vous des amis. catalogue de Kondbly (Kandbly). tenir compte de la susceptibilité et de la vanité des vivants. En tant qu’organisateur d’exposition. La mise en branle d’une exposition. de bout en bout : avec les artistes vivants. Partir du principe que l’on va avoir pour public des gens curieux. Accrochage. Au Musée du Luxembourg. plutôt que de recopier ce que l’on a écrit sur elles. autour d’un thème. comment organiser la logique de l’accrochage ? Double discours de l’autoportrait : table-rase et permanence.

je reprends la toile N°1 et la N°12 sur laquelle je fais un grand travail au niveau du portrait er (visage). C’est une forme de Saint Suaire. Mercredi 14 janvier. En relisant ma préface à Paul Hess (La vie à Reims…). Elle a passé toute sa vie à faire son autoportrait. 170 toiles. Auparavant. Elle va d’abord dans un petit espace 600 m2 disponibles au Musée du Luxembourg. alors . puis elle s’étalera. Apparaît tout doucement le visage du Christ. Il s’agit de composition. L’exposition bouge. comment s’y prendre ? En dégageant des moments dans le thème. Comme quoi je réussis à éviter les pertes de matière. Mettre en évidence que l’identité fondamentale de l’artiste est son œuvre elle-même. Puis. il y a dix ans. Gaston Bertrand : 2 autoportraits avec 40 ans d’intervalle. Elle est morte en 1950. Quête d’une ligne Deux autoportraits fantastiques 1907-1960 de Brancousi. Jeudi 15 janvier 2004. Hier soir. J’en profite pour noter deux choses qui me sont revenues ce matin dans le Moment du for intérieur. m’est revenu à l’idée qu’en 1967. On présente deux autoportraits qui s’opposent. Cette logique de ne rien vouloir perdre me conduit à faire des mélanges de couleurs qui ne sont pas toujours très heureux. je suspends mon travail. Au moment où je vais me mettre à la n°18 (“ 1 janvier à Rambouillet ”). 170 artistes. Soirée avec Charlotte. Idée d’une toile “ Je pisse. César 1960 La chronologie prend donc sa place. Je fais trois fonds (46 x 33 cm). lorsque je me suis inscrit à Nanterre comme étudiant de première année. 21 h 50. Palazo Stozza où 1200 m2 sont disponibles (Florence). je m’offre quelques moments de peinture. Des artistes qui se prennent comme objet de leur œuvre. Helena Schjerfbeck a été présentée dans Lumière du nord. j’ai trouvé un passage sur sa fréquentation d’un cours aux Beaux-Arts. 170 notices. Dans “ Corps et vanité ”. j’aurai voulu m’inscrire en histoire de l’art (en double cursus). Derain deux toiles : 1899 et 1953 Matisse : 1901 (plagiat de Rembrandt). 9 h.Ce cours me passionne. Je suis seul dans ma salle de cours. D’autre part. en discutant avec Charlotte. Enfin ! Il va falloir que j’apprenne l’entretien de mon matériel. Comment composer une exposition ? C’est la question. Ce n’était pas possible. et 1949 (ligne qui se déploie dans la toile). après mon article sur le tango envoyé à Geneviève Vermès. cette discipline ne commençait pas en première année ou les doubles cursus n’étaient pas possibles à ce niveau. car Lucette rentre de la fac. donc je suis ”. Je nettoie mes pinceaux en les frottant d’abord sur un morceau de carton (60 x 50). 234 .

et qu’il ne me restait personne d’autre à peindre que moi. ce ne sont pas les hommes. 316 Paul Gauguin. (Paul Eluard. 1922. mais je continue à le peindre. 317 Francis Bacon.. Je découvre la toile de James Ensor : Les cuisiniers dangereux (1896). tout cela contribue à nous écorcher aux ronces 315 ”. ” 14 heures 30. qui sont capables de faire plusieurs choses à la fois. Anthropos. 1946. Les moments pédagogiques 318 ). Projet de préface pour son Traité des proportions (cité par P.. ni du passé. “ Devant son chevalet. Je déteste mon propre visage. cité. 1951. Moments pédagogiques. “ Une œuvre d’art est un coin de la création vu à travers un tempérament ”.. une de mes étudiantes de ce matin. Paul Gauguin. ni du présent. 1970 318 J. Il en est de même pour chacun 317 . il aurait toujours quelque chose à déverser en ses œuvres. Il est vrai que… Chaque jour dans la glace.15 janvier.Il y a beaucoup de féminin chez vous. Entretiens avec David Sylvester. En prenant ces notes sur le livre de Pascal Bonafoux. op. A. et s’il était possible de vivre éternellement. Dürer. Paris. Donner à voir). ni de la nature. 235 . ni de son voisin. midi. Zola. Paris. Je consulte le livre de Pascal Bonafoux sur les peintres et l’autoportrait : “ Quand ils faisaient leur portrait. et ce peu d’encouragement des autres. le peintre n’est esclave. encore lui.Veux-tu dire que je suis une femme ? . 1500. faute d’avoir quelqu’un d’autre à faire.. Les peintres et l’autoportrait. Je lis attentivement le commentaire du tableau de Max Ernst. Genève. Paris. Skira. sans songer qu’ils étaient euxmêmes un miroir ”. je vois la mort au travail. La mort épiée. Bonafoux. c’est une des plus jolies choses qu’ait dites Cocteau. parce qu’autour de moi les gens sont morts comme des mouches. parce que j’aime une bonne ossature. 2006. je cesserai de faire des autoportraits. en 1890. dans une réflexion qui pourrait s’intituler : le portrait des moments. Korczak. ce sont des Cranach.Non. J’aime peindre des gens beaux. de ses idées intérieures dont parle Platon ”. Je découvre qu’Albert Dürer a tenu un journal : Pascal Bonafoux le cite (p 27) : “ Un bon peintre est en effet rempli de figures en lui-même. portrait-paysage. mais les femmes. ” Albertus Durerus. Racontars de Papin. 1984. Je déteste mon propre visage et j’ai fait des autoportraits. . Lettre à Emile Bernard. 158 pages.K. et non des Dürer. les résultats toujours en dessous de ce que nous rêvons . c’était en se regardant dans un miroir. c’est vrai. 314 314 315 Pascal Bonafoux. Mes haines.. Au rendez-vous des amis. “ Das malt Ich nach Meiner Gestalt. Lettres de Gauguin à sa femme et à ses amis. 125 (ou 123) du Pascal Bonafoux). Mais maintenant. c’est sûr. L’art de l’impossible. Henri Rousseau peint : Moi-même. “ J’ai fait beaucoup d’autoportraits. (à la bibliothèque de Paris 8). Je trouve quelques citations intéressante : “ Les moments de doute. C’est vraiment intéressant (p. E. août 1889. Elle me contredit : . toujours lui 316 ”. Noricas. Traduction de Janusz Korczak :“ Le moment approximatif ” (J. je repense à Sabrina. p 27). Lui. Genève. A Reims.. Le concept de portrait paysage(s) serait à développer.

et j’en ai commencé une : d’abord. de sa présence intense au monde. et d’y faire passer des doryphores. Charlotte m’a reproché. Reconnaîtra-t-elle son père ? Ce sera pour moi le test. 11 h. Repasser par les modèles des peintres des siècles antérieurs. me semble une propédeutique nécessaire avant de laisser parler l’audace. mais. jusqu’à maintenant. mon challenge était d’utiliser les 236 . je vais avoir du temps pour peindre. où il n’avait que 44 ans. Dois-je changer son visage ? Je n’en ai pas trop envie. mais ce n’est pas trop grave. Car. J’espère trouver ces textes à l’Université. un lien qui n’existe pas sur la photo. que je me suis fait envoyer. avec textes et peintures (autoportraits). Il a publié un livre sur Van Gogh (à lire le plus vite possible). Je n’en suis pas au bout de mes peines. j’ai tendance à le vieillir. que si je produis mes textes en retard. Ensuite. sa fille encore vivante. J’ai commencé la toile n°19 (Fusion maternelle). Dans un premier temps. 10 h 20 Hier. sa photo m’est utile. Samedi 17 janvier 2004. j’ai retravaillé deux toiles. je ne puis rivaliser. Aujourd’hui. mais ce travail d’observation fait remonter mes souvenirs. Je me dis que si je ne m’autorise à peindre. je dois faire un effort d’autoformation technique. Quand je l’ai connu. dans un premier temps. je me rends compte que j’ai vu mon grand-père sur son lit de mort. ce qui n’est pas une invention de ma part. Ma création se limitera à condenser deux évènements successifs en un seul. à partir d’une photo d’Hélène et Nolwenn. Pour faire un portrait de Paul. il avait 76 ans. Dès que j’aurai une heure. mais je ne m’y mettrai que lorsque j’aurai terminé mon article pour Jean-Louis Le Grand “ Théorie des moments et clinique de l’expérience ”. mais que j’y ai trouvé : une sorte de cœur qui fusionne les deux personnages : cela donne quelque chose de profondément différent de l’original. le soir. Le portrait de Paul correspond bien à ce que je voulais mettre en relief de la personnalité de cet homme. Mais. La bibliothèque est bien équipée en arts : c’est une chance pour moi. j’y passerai du temps . Je fais un lien étroit entre théorie des moments et peinture : il faudra l’expliciter. comme l’ont fait les peintres du XX siècle. et que j’ai connu… Ce sont ses mains que je dois blanchir (je les ai faites en jaune). de lui avoir fait un visage cadavérique. Les écarts avec la photo de référence ne me dérangent pas trop. c’était gagné ! Je voudrais faire évoluer mes portraits. au niveau du style. pour oser une recherche. Les couleurs que j’ai choisies renvoient à mes souvenirs de l’appartement de la Rue de la Renfermerie où mes grands parents ont emménagé dans les années 1930. après mon pensum d’écriture. je n’ai pas utilisé les ressources de la bibliothèque : il me faut changer de mode de vie. si je veux travailler dans la direction que je découvre. Il est mort. Ayant laissé un espace exagéré au-dessus du verre. et c’est bien la couleur qu’il avait alors. mais un jeu auquel s’est livré mon fils. de manière à ce que les gens se reconnaissent ! Par rapport aux professionnels. Je viens de consulter la bibliographie de Pascal Bonafoux. ma relation à lui. Je me suis allé à souligner au rouge. Elle m’a invité à remettre du rose sur tout cela. que j’ai connu. Il me faudrait la réaction d’Antoinette. Pour ce travail. passer moins de temps au restaurant. j’ai avancé la N°13 que je renonce à nommer “ Les escargots de Romain ”.Vendredi 16 janvier 2004. quand Nolwenn et Constance ont dit en voyant “ Le Roy de la salade ” : “ Bon Papa et Constance ! ”. par rapport à l’année 1915. j’ai repris la toile N°14. Évidemment. mais plutôt “ Le cirque de Romain ”. quand j’avais 9 ans. Mon idée actuelle : le lien entre autobiographie (écrits autobiographiques) et peinture : Bonafoux y a pensé avant moi. par un serveur spécialisé : énorme. je me vois obligé d’y installer un fil au-dessus de la danse des escargots. mes textes vont avancer.

comme Paul l’avait fait pour son livre sur Reims. je veux peintre une toile où. En regardant longuement ma production d’hier. une sur Charleville. avec association des paysages correspondants (Lorenzo. Avec les couleurs. il faudra peindre “ Lucien. apparaissent au moins 5 générations : Barthélemy. doit être un référent fort. il faut une toile qui lui corresponde. “ Le rendez-vous des amis ” de Max Ernst. par exemple. le groupe Korczak avec K et les autres. De ma lecture de Sarah Walden. Dans ces portraits de groupes. Cela va plaire à Hélène ! J’espère que je ne l’abîmerai pas trop au niveau du visage dans “ Fusion maternelle ” ! Une motivation pour peindre. Je dois prévoir les illustrations. -“ Sauvé du feu ” et les portraits de Paul (1914-18) s’inscrivent dans ce que je nommerai les moments traumatiques de la famille. Dans cette veine. déversées sur ma palette : je voulais nettoyer ma palette . je dois m’arrêter prochainement de commencer de nouvelles toiles : je 237 . les premières couches se font avec les plus grosses bosses.couleurs. si elle existe. etc). Je vais partir au Brésil le 1er février. Chaque reprise avance énormément le chantier. au retour de Dachau ”. je rajouterai Michel Authier et Pascal Dibie. une sur la Réunion. était la prochaine visite de Kareen. alors que la 18 n’est pas commencée. pour aller jusqu’aux pinceaux minuscules . et ensuite. où la famille Le Guillou sert de modèle. Une chose bizarre : la toile 19 existe. L’exposition Edouard Vuillard influence toutes les toiles. on prend des pinceaux plus fins. qui se produit en plusieurs étapes : je dois attendre que la peinture de la première couche soi sèche pour me mettre à la seconde. avant et après. Lefebvre . Ensuite. je me suis dit que j’allais vuillardiser “ Fusion maternelle ” : vuillardiser. dans la réunion AI de la rue Marcadet. Remi et Romain. tenant compte du mouvement de l’œuvre. sur un tableau. Idée d’un portrait de Paul (1930-33) avec son livre. en enlevant ou rajoutant des personnages. il faudrait que je retravaille plusieurs toiles. À chaque fois que j’ai produit un journal. Dans cette veine. un portrait de mon père comme prisonnier de guerre (“ Le barbu ”). Sur le plan technique. Georges. Dans ma perspective. Je sens déjà des fils dans mon œuvre : -Les ancêtres. les agrandissements des photos dont je veux m’inspirer ne sont pas faits : j’ai différé la mise en chantier de cette toile. etc. on laisse aller l’imagination. Je pense qu’elle va remarquer mon évolution. j’ai retiré une chose : il faut être prêt à mettre huit couches. lundi : elle n’a pas vu ma production depuis le 28 décembre. alors que les brosses demandent une vue d’ensemble. que j’ai du devenir d’un tableau. Cependant. cela signifie pour moi jouer entre le fond et les habits de mes personnages. Cette date m’obsède : je ne serai plus le même. on fait des liens. Paul. Je suis sûr que ce sont mes petits-enfants. Cela vient du fait que j’ai déjà la 18 dans la tête. Je veux accentuer la situation de référence. Diana et Cinque Terre ou Ligoure . -Il y aura aussi des portraits paysages : il me faut une toile sur Mayotte. le passé et les images qu’il transporte en soi. et qui puisse servir de couverture à son édition. -Les portraits de famille dans lesquels je dois construire mon image de Bon papa. André. dans une promenade ou dans une situation quelconque du quotidien. mais pour qu’elle se rende bien compte de mon travail. il y a donc cette conscience. avant de les nettoyer. je veux capter le moment : cela signifie que je recomposerai. comme j’ai fait exister l’œuvre de Paul. J’en ai fait un Saint Suaire tachiste. hier. les détails demandent de la minutie. c’est pareil : dans les premières couches. je m’essaie à beaucoup de choses différentes : le style de chaque travail est différent. J’ai peut-être eu tort de présenter mon travail trop tôt à Christine : le témoin ne peut pas se rendre compte du projet lorsque l’on en est à la première couche. -Les portraits de groupes de mes amis. Actuellement. les équipes éditoriales. AI avec René. Ainsi. qui ne me servira que de point de départ. j’ai avancé le carton sur lequel je frotte mes pinceaux. qui feront exister mon œuvre. Donc.

dois plutôt m’attacher à terminer celles que j’ai commencé. J’améliore tout doucement le rendu. je suis content de ma première couche. K est une fée des 238 . que j’ai utilisée pour récupérer de la couleur sur ma palette. Ces jours-ci. Le métier. et à se représenter les différentes couches. Pour finir. ville du moyen âge. en dehors de l’autoportrait. compte tenu de la quantité de White Spirit. Le carton attaqué donnera un effet intéressant. En dehors de la 18. Je pense que lorsque j’aurai posé les lunettes de mon grand-père. Cela ne donne pas grand-chose dans cette première version. Il a suivi des cours aux Beaux-Arts. qui risque de se décomposer. ce n’est pas terrible. le 2 septembre . je nettoie mes pinceaux et sur ma palette : j’en profite pour terminer le Saint Suaire (carton). le 1er septembre 1914. je retouche ma toile N°19 “ Fusion maternelle ” que je vuillardise. je lui expliquais que Pascal Bonafoux a bien compris la théorie des moments. À midi. Les étapes de la destruction sont les moments du chaos. que je recherche. rue d’Angleterre ”. je me décide à symboliser Reims. S’il était vivant. ce serait davantage une fée qui vient sortir le Prince charmant de sa léthargie. il pourrait m’évaluer en connaissance de cause. Mais je laisse sécher. Pour la série “ Sauvé du feu ”. en discutant avec Lucette. a fini son livre ”. car je ne vois pas pourquoi je devrais craindre le regard de celle qui a réveillé en moi ce moment de l’art. je serais dans un nouveau chantier. Je vais donc les reprendre une à une. Enfin. c’est de parvenir à décomposer les tâches. et qu’il est spécialiste. 15 h 30. Reims n’était plus une ville historique : c’était devenu un tas de ruines. En un mois. Plus qu’un maître ou une muse (termes utilisés précédemment dans ce journal). de la nature morte et des écrits sur l’art. Je n’ai pas noté que j’ai appris qu’il est né en 1949. à 62 piges. Avant le repas. Après le 16 février. Au départ. Je me concentre. Finalement. je ferai des photos de l’état de mon chantier. je peindrai le désastre après l’incendie. Je passe à la toile N°21 “ Paul. bonne séance de peinture. dans une première toile. Lundi 19 janvier. Je fais une peinture épaisse. à Paris 8… C’est vraiment le maître dont j’avais besoin pour avancer. Puis j’en ferai une sur l’arrivée des Allemands. Lui. Les figures seront à travailler avec le même sérieux que ce que j’ai fait pour Paul cette semaine. puis une paire sur l’incendie du 19 septembre 1914. Avant de me remettre au travail. 19 h. C’est ainsi qu’il est présenté dans la brochure d’arts plastiques. comme des moments de la composition. Il compose son exposition comme une œuvre. il aura du caractère. Je fais disparaître la dimension tachiste de la veille : je signe ce morceau de carton. bien qu’il ignore probablement cette théorie. Comment cela aura-t-il été possible ? Idée d’une toile : “ L’âne. je n’ai plus de toile disponible. il pourrait être content de ce que j’ai fait cette semaine. Je lance la toile N°20 “ Paul et ses douze collègues ”. je craignais un peu la venue de Kareen. qui me soutient toujours dans mon délire pictural. qui me demande beaucoup d’attention. À tort d’ailleurs. Après le repas. demain. Il faudra reprendre pour donner du caractère. Il fait l’effort de construire 6 moments (je n’ai pas eu le temps de les noter) pour regrouper les éléments de son propos.

j’aurais voulu peindre toute la journée d’hier. Peut-on commenter le détail du journal. car la veille au soir. Je sens une transe s’opérer autour de la peinture. Je lui ai demandé de passer pour voir mon travail de peintre. 2° édition. m’a demandé en situation d’improviser un tango avec Lucette (je n’avais pas dansé avec elle depuis juin. les choses s’affinent avec le temps . Dans ce cours. Il y a donc un vrai problème de communication lorsque l’on donne à lire un journal ou que l’on essaie d’exploiter le journal d’un autre (Delacroix. j’ai été danser . Le tango. Constance ou Nolwenn. je ne me sens pas trop sûr de moi. quelques jours ou semaines après. Je peux le pousser à vingt. Jenny a repris de nombreux passages de mon journal. On m’imposa un morceau que je n’avais pas entendu avant. On a dit de moi (Christian Verrier) que j’étais un créateur de moments . il m'a fallu récupérer. j’avais également un retour de Jenny Gabriel. Au départ. explorée par Husserl lorsqu’il commente l’écoute d’un morceau de musique. à partir de toutes petites photos. texte repris par moi dans le ch. Je suis dans mon trip familial. Dans son commentaire. avec deux toiles à la main. Et ensuite le développer en 120 pages. invité pour fêter ses 50 ans. pour donner la forme de l’œuvre et les premiers contrastes de couleurs. comment je me réinventais dans le moment de la peinture. que je suis en train de tenir. et le lendemain. Il y a une charpente d’exposition satisfaisante de ma théorie des moments. Hess. K est une fée qui les réveille. elle m’avait envoyé un message avec une surprise : ses notes prises à mon cours de DEUST du 8 janvier 2004. Le journal est comme une toile. il reprenait parfaitement le mouvement de mon discours. J’ai donc interrompu la réécriture de Kareen. Elle est arrivée vers 11 h 15. C’est très intéressant… Je sens chez mes proches un groupe de fans. Charlotte qu’Hélène. Yves a travaillé pour moi. il y a donc des remarques qui viennent ensuite sous ma plume même. Ils sont revenus le soir pour dîner. etc. avec Constance. me donnant le désir de le compléter. je racontais la théorie des moments en expliquant aux étudiants de seconde année. pour lire Jenny à qui j’ai envoyé un message bref pour la remercier. qu’elle a voulu que je fasse venir Yves pour l’apéritif. Je suis content des 12 premières pages. remarques. très difficiles à lire. 319 R. Je me suis couché à 2 h 30. Ce texte devenait quelque chose que je voulais enrichir. 22 à 33. Ce texte m’est apparu remarquable. sur mon envoi de ce journal même. la reprise de l’œuvre lui permet de se nuancer. Pour préparer ma rencontre avec K. On est là dans la question de la phénoménologie de la conscience intime du temps. pour la première fois aussi. questions. concernant sa recherche de thèse sur les moments. C’est un processus. Mais ensuite. j’ai des hésitations. Jean-Louis Le Grand. Jenny commente au fur et à mesure de sa progression de lectrice. Cette démonstration fut très réussie. 2 de mon “ Que sais-je ? ” sur le tango 319 . on y dépose les premières couches. et elle y a introduit ses commentaires. Elle a été tellement enthousiaste. aussi bien chez Lucette. Mais cela n’a pas été possible. sans en avoir pris la mesure ? C’est une question technique qu’il me faudra traiter d’une manière ou d’une autre. car un journal est un effort de production d’une pensée. Il a réussi à sortir de son ordinateur de magnifiques images. mais en même temps pour lui dire que je voyais mal comment j’allais répondre point par point à sa lecture si attentive et détaillée.moments. pour l’accompagner au marché. C’est la première fois que je fais l’unanimité autour de ma recherche. mais épuisante. pp. 239 . je me suis mis à la réécriture de ce texte. car même s’il y manquait quelques détails. et que je lui avais fait parvenir dans le prolongement de notre entretien du dimanche précédent. Yves. Hélène m’a fait tomber du lit à 9 heures. mais. pour moi) dans sa propre recherche. et dès 7 heures trente du matin. Mais auparavant. Mais au même courrier. Dans sa lecture chronologique. du fait de son mal de dos). J’ai découvert ce courrier de 24 pages en même temps que le texte de Kareen. Un fragment de journal est difficilement détachable.

Il reste quelques détails à reprendre. pour elle. je me sens un tout petit garçon face à ma palette. Ce qui me plait dans l'idée d'une exposition. c’est l’affiche à créer. Mais cela me demanderait du temps. J’ai l’idée de faire une toile de grand format (73 x 54 cm). Je réussis quelques premiers jets. On a parlé d’exposition. On a l’impression d’y voir quelque chose… On a ensuite commenté ses deux toiles. la plus travaillée jusqu’à maintenant. il faudra 240 . c’est-àdire l’imitation. On pourrait aussi s’exposer cet été à Sainte-Gemme. Bonafoux sur les moments du propos. Nous avons commenté la brochure d’Arts plastiques. Elle a longuement commenté le noir sous le bureau. Mais en même temps. j’ai un propos. ou plusieurs propos à tenir. Elle a trouvé que le mouvement est bien rendu. acheter une blouse Corot. même moment de paresse instituante avec l’autre personnage : une jeune femme juste esquissée. J’en ai conçu une belle l’an dernier. que je suis un peintre (voir le 27 décembre). Je ne dois pas tout mélanger. Puisque nous allons aller à Sainte-Gemme ce week-end.J’ai beau affirmer que je vais faire 300 toiles dans l’année. Mais je ressens de plus en plus tout le travail qui reste à accomplir. en me répétant sa première impression de décembre : elle pense que j’ai de l’inspiration. J’ai l’impression d’avoir tellement de toiles à faire pour pouvoir dégager mes cohérences thématiques ! Cela. pour le colloque Korczak. Et moi. Gebauer et Ch. Il faudrait que j’en introduise quelques éléments qui ont suscité des réactions de ma part. La femme voilée est le produit d’un moment de paresse. K a beaucoup aimé la N° 21. et je dois bien distinguer ce que je puis exprimer ici ou là. signe qu’elle compte pour moi. voulant le faire supposer dans une ombre. avec le peintre. je dois obtenir une photo des deux personnages. est intéressante car elle montre que j’ai le sens de la simplification du trait. Je dois corriger les épreuves du livre de G. Elle me dit que j’ai l’œil sur ce qu’il y a à corriger. Je réussis à donner la profondeur. je dois terminer de toute urgence la N° 15. j’ai bien compris le discours de P. Je lui ai suggéré d’accentuer ses contrastes. Je lui ai dit que mon challenge actuel est de réussir à terminer quelques toiles. Wulf sur Jeux. Mais. Un thème pour une exposition commune : voiles d’hier et d’aujourd’hui. préparer une expo est une motivation pour produire. je ne lui ai pas dit. qui est une toile très expressive. Le thème de l’ouvrage : une réflexion sur la mimésis. me faire photographier dans la pose du peintre. trop légère à mon goût. Elle ne voulait pas se lancer à faire les lèvres de cette femme : lui voiler le bas du visage était donc la meilleure solution technique . 9 h 45 Je viens d’avoir une idée. ne serait-ce que pour une question de séchage et de rangement. et où il y a des soldes. c’est l’heure de la peinture ! Mardi 20 janvier 2004. rituels. Avant de déjeuner d’une salade. gestes. pendant une semaine à la fin de l’année. On est d’accord. K a conclu. Elle reste dans mon bureau. qu’elle ne connaissait pas. Pour elle. Mais elle me dit que techniquement cette toile est presque aboutie : elle est presque présentable. Pour ce faire. que l’on tient dans une exposition. Elle trouve que la N° 14. Mais cette idée ne m’apparaît plus être une première urgence. Maintenant. de la couleur. et me lancer dans cette opération. acheter une toile au format. Elle pense qu’il faudrait obtenir la Galerie. K trouve que l’on devrait s’exposer. et cela compte beaucoup. ou alors de faire apparaître un œil qu’elle n’avait pas fait. Il s’agirait d’un portrait en abîme de Christoph et Gunther. pour servir de couverture au livre. nous sommes allés ensemble faire un tour à Artacrea. mais je vois bien ce qu’il y a à faire. Je dois arrêter d’en commencer de nouvelles. Je lui ai parlé de la C 022. Pour finir.

Hier. Mais j’ai eu une insomnie. Dans une exposition. et je puis donc écrire tranquillement. encore). Je le lis donc avec patience. avec présentation de mes sources. et cela est. etc. Je l’ai nettement amélioré. à la fois sur la question de l’imitation. Par la seconde couche. L’après-midi. une vraie exposition ! Au boulot ! Jeudi 22 janvier 2004. J’espère qu’elle a trouvé P. J’ai ressenti l’ambiance qu’il y avait à la maison. Miguel et Charlotte sont passés. J’ai bu de l’eau. C’est lui qui me pousse à ouvrir mes tubes de rouge. c’est la bouche et le fond aussi. Chez Delacroix. Il faut maintenant travailler le fond. J’ai donc décidé de ne pas me rendre à son cours. Ce sera un gros travail pour ne pas saboter le joli portrait de groupe. Celui-ci avait oublié ses affaires. il faut que je prenne quelques photos du voyage au Brésil. C’est P. Il faut que Sergio Borba existe chez moi. deux photos agrandies par Brigitte. Elle m’invite à en faire des peintures. Miguel a été surpris de la construction de ce nouveau moment. Grosse discussion. Au courrier. un artiste fait signer un livre d’or. très intéressant. une par une. C’était tellement intéressant. je me suis lancé dans la lecture des épreuves du livre de Gebauer et Wulf sur la Mimèsis. entre 3 heures et 6 heures. Or. Cependant. Je me suis rendormi. de celles de Hélène et Yves. Je vais donc pouvoir utiliser le travail de Brigitte pour la troisième couche de ces toiles bien avancées. mais la reproduction de ma toile pourrait être imprimée. la visite de l’atelier est une sorte d’institution. dans le sens discuté avec Kareen. j’ai été interrompu. 9 h 30. En fait. donc de ma recherche sur la peinture. des 13 employés municipaux de Reims en 1915 avec leurs masques à gaz. je l’ai verdi. Je n’ai lu que 70 pages de ce livre intéressant. Je pensais lire les 300 pages dans la journée. que je leur ai proposé d’écrire leurs commentaires sur la visite de l’Atelier. Pour ma part. en plus de 1000 exemplaires. Il n’y a que cinq étudiants (effet de la grève. ce livre m’apporte quelque chose sur la Théorie des moments. j’ai repris plusieurs toiles : le portrait de Paul à 60 piges. Il faut l’enrichir. ils sont restés une heure trente. et de ce point de vue. Vers 17 heures. Pareil pour la toile peinte. Il a signé mon livre d’or. Cela donne un effet assez surréel. Il passait reprendre ses papiers. C’est un moment du travail du peintre.retrouver le tableau offert par René Lourau qui me servira de modèle de base (un classique de l’abîme) : un gros chantier. lorsque mon père montrait les archives de la famille… Ce que je peins. Ils ont regardé mes toiles. en soi. Hier. donc de l’esthétique. par le passage de Catherine Modave et de Ruben Bag. Par exemple. c’était la grève des transports. comme personnage. malgré le rendez-vous donné à Audrey : la semaine passée. liée à un mal d’estomac. mais en me levant je n’étais pas aussi efficace que d’ordinaire. 241 . mais aussi sur les formes que l’on se donne pour se construire . et qu’elle pourra me raconter ce qu’elle y aura vu et entendu. Faut-il mettre du rouge dans cette toile ? J’ai besoin de la visite de Christian Lemeunier. Pour moi. Je vais le photographier avec Lucette. Bonafoux. J’ai donc pris des photos et ouvert un nouveau livre d’or. Ce qui me choque maintenant. Je suis dans mon cours de DEUST. et je tente d’en construire un index. il se trouve que je me suis déjà engagé dans l’utilisation de ces deux photos. ce sont les moments de la famille. Bonafoux qui nous avait prévenu la semaine passée. les photos de Brigitte sont très différentes. elle n’était pas parvenue à trouver la salle du cours. la veille dans mon coffre de voiture. en fin de matinée.

J’ai évoqué cet épisode avec Lucette. quand je l’ai rencontré en Provence. lu la semaine dernière sur l’autoportrait. chez Nahmias. Personnellement. Réminiscence 320 d’un livre qui doit avoir 25 ans. Seulement des couleurs. des histoires. devant 7 étudiants sur l’institutionnalisation du sujet. j’ai réussi à avoir. Lorsque j’ai pris une distance par rapport au tableau. C’est l’année où mes petites filles me rencontrent. Je sais où il est. au costume que portait Louis Aragon.Bruno LATOUR. j'ai associé. plus je pense qu’elle n’est pas montrable. C’était donc avant 1975. Aramis ou l’amour des techniques (La découverte. Par contre. dans la famille à l’avoir connu. à un très bon prix : . je transforme son image en tenant compte de ce que j’ai connu de lui. Le travail de peinture fait donc rencontrer des couleurs. 242 . Je vais en toucher deux mots à Brigitte. 13 h 05. car le vert de son costume contrastait avec du violet type bruyère. Il faudrait que je reconstitue ce que j’ai improvisé. Cela doit faire très longtemps. c’est que j’ai oublié mes lunettes dans ma voiture. encore une remarque. tout d’un coup.Sur Paul à 60 piges. J’ai verdi le costume.Femmes galantes. Peut-être étions-nous ensemble ce jour-là. La peinture me plait pour ses couleurs. Mais ce vert du costume est tout à fait improbable historiquement : mon grand-père n’aurait jamais porté un tel costume. nrf. J’ai encore un tel chemin à accomplir avant de devenir Remi HESS. Plus j’avance dans ma peinture. et qui trône dans ma bibliothèque de Sainte Gemme. Aujourd’hui. C’est une association qui s’impose à moi. à la page 45 : “ Au rendez-vous des amis ”. C’est à la fois intéressant pour Paul (c’est la couleur de la décoration qu’il portait : les palmes académiques). J’imagine que si elles me peignent suite à mon décès. Cela aboutit au résultat contraire de ce qu’avait proposé Yves. Je sens que. B. Mais elle ne vivait pas encore avec moi. Chaque ouvrage ne prend son sens que par rapport à d’autres. Personne n’a pris de note. elles rajouteraient une moustache sur une photo où il n’y en a pas ! Aragon est dans mon grand-père. mais aussi pour ce souvenir d’Aragon. 2003. Voir cela est une activité onirique. quand j’ai rencontré Aragon. ou me contenter d’écrire ? J’ai fait un excellent cours ce matin. en dehors de moi. Je ne puis donc pas avancer dans la lecture de quoique ce soit. je puis écrire. J’ai vécu 56 ans sans moustache. parti d’une photo. car je dispose d’un stylo noir très contrasté… Vais-je retourner chercher mes lunettes. femmes artistes dans le Japon ancien (XI-XIIIème siècle) de Jacqueline PIGEOT (Gallimard. des mouvements. Je vais être obligé de mettre du violet dans ce tableau. 1992) et . J’ai envie de le montrer à Antoinette. 320 Réminiscence (le mot est joli) de la Cité des Egos de Jacques Guigou (Anthropos) : Remi-niscence. je le deviens. Chacun des 10 000 livres de ma bibliothèque est une sorte de touche. qui évoquent des formes. J’ai ouvert le livre de P. Mon problème. je vais à la bibliothèque de l'université. Mais ma 57ème année est celle de la moustache. Bonafoux. Après avoir déjeuné d’un sandwich à la cafétéria. j’aime bien les tons de la peinture à l’huile. Et pourtant. Le portrait de Paul est vraiment intéressant. J’avais oublié que j’avais rencontré Aragon. histoire de m’assurer que je l’ai bien pris ! Elle est la dernière. Catherine trouve l’huile pas suffisamment éblouissante (elle peint à l’acrylique). Je ne me souviens plus du lieu. 373 pages).

Il a tout de suite accepté. Ce qui l’a intéressé. Je le lis très lentement du fait de mes différentes activités. 14 h 30 (Paris 8. Nous avons eu une discussion de deux heures. Note de lecture de J. couleurs que je conçois d’ailleurs à partir de blanc et noir. Liz Claire. Courriers (échanges de lettres). J’ai pris une carte de fidélité. mais qui m’obligent à une exploration intérieure. ici. Cela m’a permis de me garer devant le magasin. Audrey est chômeuse. Christian a signé le Livre d’or de l’atelier. Ils ont vécu comme dans le désert. Cela me concerne. Pourquoi ce vert. J’ai parlé du vert Aragon. Elle me montre encore L’insensé (photo) Japon 77 (520) Jap. DESS). j’ai profité de la présence de Lucette dans la voiture pour passer chercher des tubes de blanc et 3 châssis de 73 cm. Gabriel ? (de mon journal). après le tango. Audrey développe une recherche sur son propre corps… Bijoux. chez Artacrea. simplement à cause d’un rapprochement de couleurs. parlant de mes peintures : “ C’est politiquement plus correct ”. Mimétisme ? Travail des images. Elle me dit. avec des artistes. 243 . suivie d’Attractions passionnelles. c’est le travail autour du masque à gaz. Elle vient me montrer ce qu’elle lit et me dit de voir la page 107 de Hôtel La Chapelle. Audrey est dans la bibliothèque. Elle me raconte sa canicule : une installation sous la tente. dans la construction des moments. L’objectif : voir l’avancée de mes toiles. Ils ont intitulé cette expérience. Georges est venu à la réunion où il y avait aussi Ruben Bag. Vendredi 23 janvier 2004. ce jour-là ? Je lis aussi le volume 5 du journal de Benyounès. Elle vit au milieu des précaires. J’en ai profité. mais aussi du fait que je dégage pour moi de la lecture de ce texte. Au départ. etc. sur un terrain vague. Delacroix. Il faudrait réfléchir à l’argent. près de la Villette : Développement durable. Walden). Ce matin. je voulais un châssis pour L’abîme mimétique. 17 h. Cela a duré un mois. Projet Attraction passionnelle n°1 Manifeste Mon journal Des comptes-rendus de lecture (Oury. mais j’étais trop fatigué pour mémoriser nos échanges. Je pense qu’ils reviendront dans les jours qui viennent. et du violet des bruyères. j’ai proposé à Christian Lemeunier de passer boire une bière à la maison. Hier soir.en dehors de toute raison. en plein Paris. Christian m’encourage à continuer mon chantier “ portraits de groupes ”. Réunion des IrrAIductibles. (77 (73) LAC). Mais ils en proposaient des paquets de trois. “ Le Martyre des dix mille chrétiens ” (1508) se trouve page 33.

Jenny Gabriel. s’aimer 2) à Sainte Gemme. Une idée m’est venue : le gros travail de la peinture. Au mur. Remi Hess. René Schérer. observée. J’ai peint deux Vierges (statues appartenant à ma mère et qui étaient moches comme tout).Comité : Christian Lemeunier. lorsqu’on s’y met. Maria Buttey. Avant que la réunion ne commence. Plus on est dans une gamme de couleurs. Ensuite. Zhen Hui Hui. Le nom de ce tableau m’échappe. dans des couleurs gaies. j’ai fait un fond pour une toile que je destinais. Mais la réponse doit se trouver dans Le rêver de René Lourau. Il faudrait que j’en parle à P. 14 h. Bonafoux : il a certainement la réponse à cette question. Aussi. c’est d’oser entreprendre entre 20 et 30 toiles en parallèle. j’ai rapporté une huile sur carton. Je ne dois pas saboter mon voyage au Brésil. il faut le préparer. J’ai transporté la toile “ Hélène et Nolwenn ” (Aimer. que de se construire dès maintenant une relation épistolaire ? Le temps me manque. (réunion du LAMCEEP). Lundi 26 janvier 2004. Elle avait été mise sous cadre. Je n’ai pu la rapporter. Ce qui m’a frappé. En aije encore une version imprimée (avec ce tableau) ? À Sainte Gemme. J’ai décidé de rapporter ma boîte de gouaches de Sainte Gemme. j’ai ouvert pour la première fois ma boîte de peinture à l’huile. Je pourrais aussi 244 . j’ai utilisé une planche comme palette. pour aller chercher une table qu’elle voulait déposer Rue d’Angleterre. plus il faut l’étaler dans plusieurs toiles. Angela Cumin. Il me faudrait utiliser des planches de format identique. Une autre chose que je dois noter : on a retrouvé la carte postale que René Lourau m’avait offerte sur l’abîme. héritée de ma mère que j’ai l’impression d’utiliser comme fond pour faire un portrait (cette toile représente un coucher de soleil sur la mer). je veux noter qu’hier à Sainte Gemme. Cela permettrait de les monter en séries. il y avait une planche utilisée par Marco Camera lorsque celui-ci a peint la grande fresque que nous lui avons achetée à Ligoure… Charlotte avait eu la présence d’esprit de demander à Marco sa palette ! Quelque bonne idée ! Du coup. Or. Irai-je mercredi à son cours ? Lui écrirai-je un mot ? Pour lui dire quoi ? Ne serait-ce pas trop précipité. Je crois que c’est en Champagne. assez moche. dès juillet au thème “ Tango sur les quais ”. il faut ouvrir l’atelier pour un certain temps. que je terminerai cette toile. j’avais placé la toile entre les modèles et le peintre. Mon talent actuel. Gilles Boudinet. c’est que dans mon souvenir. Je l’ai donc longuement regardée. Pour cela. Kareen Illiade. Liz Claire. Ce matin. idée de produire des palettes au fur à mesure de mon travail. il se trouve à droite des trois personnages. j’ai pensé à Pascal Bonafoux. Hubert de Luze. L’idée m’est venue chez Charlotte où nous sommes passés le vendredi soir. pour faire des basreliefs. En commençant à prendre des notes. Audrey Beugle. Charlotte Hess. c’est de nettoyer les pinceaux.

Du coup. pour recruter Jean-Pierre et les autres.. qu’il me faut racheter la maison d’en face. il faudrait l’isoler ”. Je ne dois pas oublier ce carnet. avec l’expert. et parvenir à en vendre. Il y a une grande différence entre une pièce exposée au nord. Mais en même temps. une tuile. Le problème des clous : ils viennent de l’ancienne charpente. en effet. 245 . Si je veux progresser. la mouture en bois. Prolonger mon effort de septembre dernier à Brasilia. d’y produire des dessins. Mais avec Lucette. continuer à garder des traces quotidiennes de ce que je produis ou tente de produire. Dali a beaucoup travaillé avec des artisans. Relire Gebauer et Wulf. mon atelier est à Paris. j’ai regroupé des clous usés pour en remplir un seau. C’est là que je veux installer mon atelier. je ne me sens pas bien dans cette pièce. et une pièce exposée au sud. face à la vallée. Lucette veut terminer notre maison avant de lancer un autre chantier. un lieu d’exposition et de rencontre. les éléments du chantier seraient intéressants à utiliser : bois. nous sommes passés dans cette pièce. de résidus. Ceux-ci commencent à disparaître (il n’y a plus de gravas). Si Dieu me prête vie ! comme on dit. Tant qu’une forme reste pensée sans être inscrite. L’inquiétude de Lucette : les travaux d’en face vont nous coûter très cher. Elle a raison. ou plus largement comme artiste. Je ferai de Sainte Gemme. avec l’intention d’en faire une sculpture. c’est de terminer tout ce qui doit être fait avant de partir : relire les épreuves de Christoph demande beaucoup de temps . Ce qui me manque. Pour peindre. Il me faut. L’artiste a besoin de matériaux. Lucette me dit : “ Chez nous. il faut regrouper mon matériel à Sainte Gemme. Donc il y a une différence d’appréciation sur ce que nous pouvons nous engager à faire… Le problème est en dernière instance financier. etc. comme en forme de mezzanine.passer à Artacréa. Pour moi. actuellement. la pièce au-dessus du chartil serait idéale pour ton atelier ”. j’ai conscience qu’il me faut regrouper mes dessins. Actuellement. etc. Cela faciliterait les choses. Sainte Gemme m’a rencontré. je veux noter qu’hier. et en même temps une présence intensive. et la confrontation à la pratique picturale. Cette pièce est la plus froide de la maison. Donc. Où vais-je mettre cette sculpture ? Dans le jardin. La seule solution pour gagner du fric : faire de la bonne peinture. ce ne sont pas les idées. aller porter les épreuves chez Anthropos. peut-être ? Et des clous. un atelier. il faudrait que je vende mes toiles au prix où Dali vendait les siennes. il y a des risques de perte ou de métamorphose. Pour trouver l’argent de mon chantier. Nous pourrons donc repartir de zéro. j’installerais une salle d’exposition dans la maison de droite. au rez-de-chaussée. mais dès le 15 avril (les vacances sont le 10). des petits paysages. mais il m’aurait fallu une fenêtre sur la rue (c’est-à-dire sur le Sud) ”. mais l’argent pour les payer. Le problème. On retrouve la question du chantier. impôts. Il y a des travaux urgents à y faire : le toit par exemple. peintures. il est évident maintenant. le cadre est important. L’atelier se déplacera chaque année selon un rythme saisonnier Parmi les éléments qui m’aident à me penser comme peintre. Rêve d’y avoir du temps. d’accueil. exposée au nord. Je pensais que j’allais souder ces clous pour faire surgir une forme. Il m’a dit : “ elle est très fraîche . je voudrais en faire autre chose. Je lui ai dit : “ oui. en un même lieu. le plus haut possible pour avoir une vue plein sud (sur 20 kms). Ce matin. etc. un peu. L’œuvre sera un hommage à l’ancienne maison. Si j’avais la maison d’en face. en profiter pour rapporter quelques bouquins à emporter au Brésil. et réinvestir ce que l’on gagnera dans ce chantier : Figueras a connu Dali . etc. zinc. Je crains que Damien n’élimine tout ce qui reste devant chez moi. Lucette a refusé que je fasse percer une fenêtre sur la rue. Pour cela. C’est du recyclage de chutes. etc. nous avons une toute petite divergence d’appréciation. Il y a un lien entre la survenue des idées. Je voudrais symboliser le chantier de l’été dernier. il faut que le zinc protège le bois. il ne faut pas laisser filer la maison d’en face. Peut-être dois-je recycler rapidement les résidus de mon chantier. L’assurance va nous payer une somme qui va nous permettre d’éponger les dettes actuelles : emprunt à Charlotte. Cela est vrai. Mais aujourd’hui. A l’étage. pour acheter du papier.

Je regarde très vite les œuvres de Bettina Beylerian (céramique) – 01 45 75 05 76. suivie d’une seconde (Comité de rédaction de Pratiques de formation). Cette discussion est partie d’une réflexion sur l’écriture automatique. il étudie tous les enfants. Il aurait pu être peintre. Il évoque un musée à Bourges pour dire qu’un artiste ne fait jamais que la même chose. 15 h. Avant le séminaire. Je vais présider la commission de spécialistes pour le recrutement des professeurs associés. Mardi 27 janvier 2004. Cocteau a fait un jardin merveilleux à Cap d’Ail. Ses sculptures translucides nous “ plongent dans un univers onirique ”. J’en profite pour écrire quelques lignes concernant la soirée d’hier. a-t-il dit. Patrice met les tables en rond (suite à la critique de M. Je regarde aussi le verre soufflé de MarieCatherine Geffroy. Montaigne disait : “ Je suis à moi seul le représentant de l’humaine condition ”. et planté de si beaux arbres. Après un repas super amical avec Michel (Kareen lui a offert le repas). On dévie sur la peinture automatique. Michel la pratique depuis longtemps. Il y avait prévu un théâtre magnifique. Lobrot. 12 h 45 Conférence de Michel Lobrot dans mon cours. 246 . Jeudi 29 janvier. nous revoici dans le séminaire. je passe à la Galerie.Je m’aperçois que je n’ai cessé d’écrire durant toute la première réunion (Lamceep). sur l’effet néfaste des tables dans la salle B 230). En fait. pour en faire un lieu d’art et d’archives. 9 h 10. Je suis content finalement d’être parvenu à cette conclusion : il me faut acheter la maison d’en face ma propre maison champenoise. je m’aperçois que je renoue avec mon rêve d’enfant : je voulais être le gestionnaire de la Maison commune du Chemin vert (Je rêvais de succéder à Monsieur Hugerot). où mon écriture s’est ralentie. Je suis donc le premier arrivé. On se produit dans la reproduction de quelque chose : peut-être l’autre qui est en moi. C’est beau. début juillet 2003. (01 46 95 49 93). mais s’est poursuivie. J’ai pris un vrai plaisir. s’il n’avait pas été professeur. d’y fêter les 40 ans de l’OFAJ. Quand Piaget étudie ses enfants.

j’acquiers plus d’assurance et j’affirme une orientation fortement identifiable que je découvre en la créant ! On vient d’atterrir. Lourau… faites le 1er janvier 2000. nous partons pour un colloque et une série de conférences. d’un portrait de Charlotte. à la Cène comme dispositif. (dans l’avion vers le Brésil. mais aussi du papier (acheté hier soir). 1er février 2004. mais j’ai décidé de mettre la pédale douce : j’emporte deux maillots de bain. mes collections. etc. René Schérer. Elle m’accompagne : moi-même. dans l’histoire de la peinture. sur les ruines de sa maison. Il y a quelque chose d’un fil rouge. Mais en fait. René a fait une analyse écrite de mon œuvre dans mon livre d’or. un très bon livre (sur la théorie chinoise du temps. Les parents de Lucette vont venir s’installer chez nous le temps de notre voyage au Brésil. Je vais me mettre maintenant à la rédaction de textes pour le Brésil. Je vais tenter… 31 janvier 2004. sur mon entrée dans la peinture. J’ai préparé non seulement mes gouaches. C’est la photo la plus forte. Je pense me lancer dans deux portraits de Lucette (à partir de photos du 1er janvier 1990). Dans l’après-midi. debout. Salvador de Bahia). Hier. J’ai repensé. que ce matin : il est très stimulant pour moi. je pense à mon voyage. 14 h 05. René et Audrey ont découvert ma peinture. et des photos que j’ai été faire agrandir. Comment placer plus de trois personnes dans le cadre autour de la table. j’étais passé chez Hélène. L’idée de livre d’or est excellente. Je n’ai pu lire ce commentaire très profond. Escale à Madrid ! 15 h 45 (heure de Paris) Nous nous trouvons donc dans le vol 083 pour Salvador. J’avais un problème technique. Véronique. maintenant ma peinture ! Peu de gens parviennent à comprendre comment. je me suis décidé à m’y mettre avec une telle fougue : j’ai peint 20 toiles depuis décembre 2003 ! Et dans chaque nouvelle toile. Elle a annoncé qu’elle ne parlerait pas en public. Lucette veut d’abord se reposer. Je vais continuer à la gouache mon travail entrepris à l’huile. C’est important de savoir où l’on va. j’ai eu une intuition en parlant avec Christine. Je vais emporter celui du 8 janvier. Georges Lapassade. A cette occasion. je parlerai. Ils ont été très encourageants. Elle m’a donné une photo de Paul. Christine Delory était également venue écrire quelques phrases qui se conjuguent bien avec ce qu’a écrit René. J’ai passé trois jours à corriger des copies (j’ai rendu mes résultats ce matin). et tout 247 . Je lui ai montré les agrandissements des photos de Lefebvre. le journal. Dans l’après-midi. En même temps. Nous avons beaucoup travaillé pour mettre nos bureaux en ordre. et à ce que je veux emporter à Bahia. Il faut que je documente cette intuition. Lucette et moi pour parler d’Attractions passionnelles. Officiellement. décrypté par Kareen. J’espère que je vais parvenir à en faire quelque chose. en masque à gaz. J’essaierai de répondre à la demande. …La seule chose qui me motive actuellement est la production de mon œuvre : les livres. dans ce que j’ai produit jusqu’à maintenant. pour moi.J’avais organisé avec Lucette un dîner avec Audrey. de toute la série. n’ayant jamais fait de peinture à l’huile.

J’ai emporté des photos que je fais agrandir pour m’en inspirer. j’ai passé 15 jours. certainement. cela va faire du relief. op. des toiles que je peins actuellement. dans cette toile. il faut lui redonner de la valeur. J’ai pris un gros volume de papier A3 (du 300 gr) pour faire de la gouache. cit. Je n’ai pas eu le temps de regarder la signature. mais la précipitation de la journée d’hier m’a fait oublier de faire une analyse de contenu de mon chantier valise. Comment l’arrière-fond deviendrait-il proéminent ? 321 Sarah Walden. donc prendre du temps. sur une toile actuelle et de bonne qualité. en tentant de saisir la personnalité des arbres de la propriété où j’étais : le parc était magnifique. j’ai travaillé la gouache. que je dois à mon frère. j’ai l’idée de peindre directement sur les bouteilles. pour les finir (les détourner). elle avait une petite détérioration (1cm2 percé). Au lieu de peindre dessus. Cela donnerait une vue sur le jardin. Aussi. Outrage à la peinture. Donc. J’ai pris le Journal d’un artiste. elle ne vaut plus qu’un euro. J’ai avec moi une très. C’est un chantier que je ne ferai pas au Brésil. Peinte. 248 . Je veux pouvoir faire des séances de 4 heures. J’ai mis de la couleur dans mon Carnet dalien 1. J’ai acheté une boîte de cigares espagnols. je vais au Brésil pour travailler mon moment peinture. Le prix d’une toile neuve pour un tel format serait de 7 euros. J’ai remarqué que la réussite d’un tableau est liée au temps de travail que je me donne. Pour ses 50 ans. la Braderie de la Maison verte fait office d’un événement : acheter une toile pour 1 euro. sans être interrompu. par exemple. Mais si je colle une toile sur mon châssis. je ne sais si je vais peindre les paysages locaux : un peu. J’aime la couleur brésilienne : c’est une vraie palette ! Lors de l’escale. Je les fumerai au Brésil. on est passé dans les Free Duty. Je trouve d’ailleurs que cette toile est sous-évaluée. Serait-ce un sacrilège que de la retoucher ? Je pourrais aussi la coller sur l’une de mes toiles : je la sauverai en l’installant. À penser : Il faut avoir de l’audace pour redonner de la valeur au travail de cet excellent peintre abandonné. pour récupérer la boîte pour mettre mes tubes de gouache. Peut-on coller une toile sur une toile ? Je vais me renseigner chez Artacréa. quand je l’aborde. très belle photo de Lucette (le 1er janvier 1990. Réussir le premier jet est important : c’est essentiel. Il y a. La tradition familiale. Certes. Elle irait très bien dans la toile de “ Paul à 60 piges ”. m’a semblé à la fois agréable et en même temps déprimant. où je tiendrai mon journal. et mon matériel de peinture. De plus. par moment. oui. Il y a quelques mois. seul. à Brasilia. Celle d’hier représente des arbres de Provence. En septembre 2003. J’ai profité des couleurs. autour du costume vert pomme d’Aragon en 1973 ou 74… Je tourne autour de cette couleur. Je veux peindre des choses difficiles. mais c’est vraiment intéressant. Mais je veux aussi travailler sur le thème. mon Journal de danse (au cas où !) et aussi mon carnet dalien (celui où je fais des croquis). À côté des soldes. j’ai pu peindre d’assez belles choses. Idée de mettre mes oliviers dans le cadre d’une fenêtre : celle de la cuisine de Sainte Gemme. Je l’aurais payée 20 ou 30 euros. J’avais du temps.particulièrement des moments). Comment oser détourner un tel tableau ? En même temps. j’avais demandé à Christophe Lotterie de m’acheter des toiles. dans la mesure où elle me semble exister. en suivant les conseils de Sarah Walden 321 . le violet que j’avais vu. Les boîtes de peinture (3) pèsent lourd. Sur le plan de la peinture. peut-être des Oliviers. ai-je emporté avec moi deux autres carnets. c’est de faire une étiquette spéciale. je l’installerai dans ma propre composition. chez René Lourau) : c’est cette pose que je voudrais tenter de rendre. avoir une consistance. Donc. Quand j’évoquais les choses qui me restent à faire : il y a les 50 bouteilles de champagne. Mais je me ferai un devoir de la rénover. Je pensais prendre un autre carnet de croquis.

j’aurais poursuivi ma méditation sur la question du journal. Je dispose de pierres. Le bon matériel est nécessaire. il faut sculpter le jardin lui-même. Je pense que j’écris bien aujourd’hui parce que je dispose d’un carnet d'un bon format pour écrire dans un avion. Mais là. du terrassement à la main. qui ne fuit pas. si l’on se place du point de vue de la contemplation de l’ensemble des journaux tenus. ils existent : en même temps. C’est la période du gel en Champagne… Quand je reviendrai. en lieu d’observation : on peut regarder les voitures qui montent au village. c’est lui-même ”. de l’institutionnalisation du sujet… Si le temps m’était donné. Ma maison deviendra une œuvre d’art. Ces "vacances" arrivent au bon moment. c’est de n’avoir eu que ce carnet de voyage sous la main… Si quelqu’un (pourquoi pas moi d’ailleurs) décidait de publier Le Journal d’un artiste. il faudrait que je parvienne au même traitement progressif. ne devrait-il pas y rajouter ces pages. Je dois penser à installer des sculptures de mes amis dans le jardin. etc. “ L’œuvre de l’homme. certaines pages auraient eu leur place dans Le journal d’un artiste 322 . que je prends et reprends en fonction des couches et des pinceaux à utiliser (du plus gros au plus fin). Nous avons décidé de prélever celles qui. et installer un banc à l’endroit où l’on peut voir devant. Qui a trouvé cela ? C’est vrai que ma destination : c’est moi. à travers les deux fenêtres de la bibliothèque ! C’est un point qu’il faut transformer en point fixe. Il faut mobiliser des machines-outils. Une idée progresse : la rencontre entre Analyse institutionnelle et Théorie des Moments. Je vais pouvoir construire de nouveaux murs. il me faudrait une relecture totale pour corriger l’orthographe : et ayant 322 Les pages que l'on lit furent d'abord écrites dans le journal de voyage (Brésil : Bahia. à la manière de Figueras pour Dali. Cela viendra à son heure. d’autres à d’autres. Concernant la sculpture. et aussi d’un stylo à pointe fine. Ce sera mon fumoir : un fumoir en plein air ne dérange personne. en gagnant du temps sur ma pratique actuelle. John Locke l’a pratiqué dans son propre journal… Pour la peinture. Ce que je dis sur le tableau acheté hier est intéressant dans le cadre de mon journal d’apprentissage de la peinture… Ce qui est décisif. 249 . j’accepte de décomposer les tâches : je me documente. je me lance dans la peinture de la toile. je trouve un motif. J’imagine un livre qui s’intitulerait De l’analyse institutionnelle à la théorie des moments. je ne puis échapper à une formation méthodique. Mais on l’acquiert grâce aux expériences antérieures.Dommage que mon carnet de croquis soit dans la grosse valise. qui se dispersent ici ou là sur le thème d’un moment désigné. pour réaliser tous mes fantasmes ou représentations oniriques. Maceo). À partir du moment où ils sont désignés. Certains se développent à certains moments. Sur ma carte d’accès à bord. ont eu un rapport avec le moment de l'artiste. Dans ce que j’ai écrit aujourd’hui. Je veux rajouter : “ L’œuvre de l’homme. dont la transduction se développe d’un moment à un autre. au cours de ce voyage. puis la question du moment. J’aurais bien changé d’activité. Il n’y a rien à faire dans le jardin. je lis cette phrase qui sert de devise à l’aéroport de Paris : “ Notre plus belle destination. Ce pourrait être un livre sur le mode du récit. il y a un mouvement dans ce journal de voyage qui vient justement de la manière. a dit Lefebvre. Si je voulais publier les 2000 pages écrites depuis l’an 2000. c’est vous ”. la sociologie d’intervention. Je ferai travailler les artisans. même sous la pluie. c’est mon objectif réel. L’AI racontée aux étudiants. La solution serait probablement dans une indexicalisation méthodique. Mes toiles s’inscriront progressivement dans ce nouveau paysage. Avec mes journaux. Mes moments sont nombreux. À cet endroit. je voudrais installer un abri pour qu’on puisse y fumer un cigare. C’est un dilemme pour moi : où écrire une page ? Dans son moment ou dans sa dynamique ? Cette question pourrait être élargie. mais pas illimités. j’aurai la santé et l’énergie de me lancer dans un grand chantier d’aménagement du jardin. c’est son mouvement pour devenir lui-même ”. Dans un premier temps.

trop d’affaires. nous allons à la grande fête qui se prépare. Lucette s’en est immédiatement rendu compte. Je me suis lancé alors dans un dessin à partir de photos. sa puissance de donner naissance à une œuvre. Idée de peindre une favela. je n’ai pas acheté une toile de danseurs de candombé. les gens travaillaient. nous avons fait le tour de la vieille ville à pied. Ce matin. l’après-midi serait férié pour préparer les cérémonies de ce soir. je publierai des volumes autonomes et d’autres regroupant deux ou trois moments. on célèbre YÊMANJA qui représente la fécondité. on monte un étage pour se retrouver au Restaurant typique Sao Pedro. J’ai compris ce qu’est l’acrylique. avec vue sur le port de pêche. On a emporté trop de bagages. que nous avons obtenue pour 220 réals. Nous y prenons un excellent repas. mais j’ai compris qu’il me fallait d’abord dessiner. avec une 250 . J’ai gardé les cartes des boutiques de peinture visitées ce matin. mais de la mer. son pouvoir. Auparavant. le Journal d’un artiste me semble intéressant parce que c’est à la fois un journal d’apprentissage et un commentaire au jour le jour d’une œuvre qui surgit ! À l’œuvre. Les Saints du Candombé pourraient faire l’objet d’une série de peintures. Je dispose des modèles sur des cartes postales. je vais probablement devoir m’adapter. Par exemple. le 2 février. dans son moment désigné. Spectacle (fort) de capoeira : je fais une photo. Je vais tenter quelque chose dans cette direction. On repart en voiture avec Claudio. Salvador de Bahia. Dans les valises : deux appareils photos. 5 heures 40. puis nous regardons. que nous avons visité avec Sergio . Beaucoup de boutiques artisanales. Aujourd’hui. J’y retournerai peut-être à pied. outils essentiels au peintre. après avoir écrit la première tranche de journal. C’est une pièce intéressante. je renonce à publier le tout. Mais il faut la transporter ! J’ai visité une quinzaine de boutiques de peinture. Je commenterai ces visites dans le Journal d’un artiste si j’en ai le temps. La mise en peinture est commencée. Ainsi. À ce moment-là. Je ne construis que quelques volumes particulièrement significatifs. mais j’ai repéré où elle est. en ce moment. On a vu des gens aller lancer des bouquets de roses dans la mer en sortant du restaurant. confortable. le pouvoir de séduction de la mère. Sergio et Carla Bublitz (2 voitures) vers Mercado modelo. où nous avons acheté des cartes postales. Mes deux premiers essais ne sont pas concluants.dégagé les moments structurants du journal. et un souvenir choisi par Lucette : un masque prolongé en marionnette géante. j’ai essayé d’aménager un espace pour peindre. Ce soir. Il est évident que mon domaine reste l’huile. en buvant une bière. Ce matin. Roberto nous a conduit au Mercado modelo. on pourra d’ailleurs rajouter les photos prises au fur et à mesure de la production des tableaux (différentes couches). Mercredi 4 février. je devrais redistribuer les pages égarées ici ou là. J’ai fait des photos. La chambre. Il va falloir transporter tout cela à Maceo… 17 heures 30. sortirait un journal dans son mouvement. assis à une table. Ensuite. au journal. aussi. n’est pas adaptée à mes besoins. Par rapport à mes projets de peinture énoncés ici. Autre possibilité. J’arriverai probablement à huit volumes. en fonction du nombre de pages produites dans chaque moment. Si ce matin. On fête Yémanja qui n’est pas la Sainte de la mère. ensuite. C’est assez intéressant comme travail et abordable : 160 réals.

18 h 30. Nous avons décidé d’aller visiter le Museu d’Arte de Bahia. Rien d’exceptionnel. Une participante le connaissait et l’a travaillé avec ses élèves ! Jeudi 5 février 2004. une sorte de Louvre local. J’ai trouvé un livre de Pierre Verger. J’ai beaucoup de matiériaux.Fejouade et les secrets de Marie. du riz. Lucette apprécie vraiment. Pourtant. j’anticipe. nous avons retrouvé Sergio. C’est lui qui m’a intéressé à la question de la transe. et les hommes ont pris de la caipirinha. A Salvador. Maceo. je vois encore tout le chemin à parcourir. illustré par Carybé. Lourau) . Maceo vue de l’hôtel Ibis. Après cette aventure. Au moment où je voulais la payer. le 6 février 2004.Comme je ne pourrai pas être à Paris ce jour-là. Ensuite. Sans commentaire ! En ce qui me concerne. Lucette : “ Tu ne dois pas avoir de complexe. puisque j’ai fait moins d’huile. Aujourd’hui. je me suis lancé à peindre : G 1 (gouache) Lulu rêveuse (à partir d’une photo du 1er janvier 1999 chez R. et j’ai fait G 5 : Nuit sur la mer. Pourtant. ainsi qu’une nouvelle série des Saints du Candombé. G 3 Paul sur les ruines de sa maison (1915) à partir d’une photo agrandie de l’époque. Ce soir. G 2 Capitaine d’escorte (d’après une photo de Charlotte lorsqu’elle avait 12 ans) . de l’hôtel Ibis). G 5 me plaît davantage que les autres. Nous allons constituer une salle de tableaux de danse à Sainte Gemme. On s’en sort pour 77 réals (à cinq). la seule que j’aimais vraiment. Son avion avait du retard. je me suis vraiment remis à la peinture. 7 h. ma forme de travail correspond davantage à ce qu’exige l’huile. On a bu des jus (marakuja). du piment. pour faire une peinture sur ce thème… Je pense à Georges. que l’huile. Je suis heureux d’avoir acheté ce livre. ce matin. Dans le hall d’embarquement pour Maceo. C’est assez paradoxal. mais elle était à un prix exorbitant : j’ai décidé de ne prendre que la toile de Candombé. Ce que tu fais pourrait être exposé dans ce musée… ”. j’ai commenté le journal de Dali. Je devrais le placer dans le tableau du Candombé… Maceo (Brésil). me dit-elle ! Cela me fit vraiment plaisir : je suis heureux de remporter cette toile. Carla nous reconduit à l’hôtel. Carla a annoncé qu’elle allait me l’offrir pour mon anniversaire ! C’est dans 3 semaines ! . on a été revoir les peintures. comme le soulignait Carla : cette toile plait aussi à Lucette ! Peut-être aurais-je dû acheter l’autre ? Je le regretterai peut-être ? J’ai eu l’impression que je pouvais faire mieux. et du manioc. Cette toile y sera. j’ai repris G 4 (vue sur la mer. 251 . Je n’ai pas noté que dans ma conférence. J’ai trouvé une nouvelle toile de danse. avec celle hors de prix. le peintre dont nous avions vu les dessins sur Yémanja la veille au musée d’art. elle avait un cachet… Il est trop tard pour revenir en arrière. J’ai terminé G 3 aujourd’hui (ce matin). Je viens de m’arrêter de peindre. Mais je m’aperçois que je maîtrise moins bien la technique de la gouache. En plus.

puis nous avons profité d’une sorte de piscine naturelle où nous nous sommes longuement baignés. Il faudrait que je fasse des détails dessinés sur la peinture elle-même. 21 h. Hier. coups de soleil terribles pour moi. grain fin de 32x41cm (Canson) : c’est du très bon papier. Il avait choisi la plage de la Sirène. Audrey dit qu’il faut faire de son corps une œuvre d’art ! C’est fait ! Dimanche 8 février. Nous avons roulé dix kilomètres. J’espère pouvoir continuer demain matin. Le matin au réveil. Il nous a donc conduit à l’hôtel Jatiuca qui est une pure merveille. au niveau des dessins. je me dis que G 3 pourrait être retravaillé (demain) au stylo à bille. Sergio nous a laissé à l’hôtel. Il me faut faire un vrai dessin avant de peindre ces figures. J’en suis assez content. Nous n’avons pas trouvé son ami ! Ensuite. Le décor et la construction sont intégrés au paysage. Je n’ai que 20 feuilles de papier Aquarelle Montval. Ayant peur de m’ennuyer. 300gr/m2 (140Ibs). J’ai laissé la moitié à Salvador. j’ai fait quelques tâches en cherchant à peindre plusieurs pages en même temps. en nous disant qu’il reviendrait le soir pour une petite sortie nocturne. le parfaire. 9 h 30. En partant de Paris.Je voudrais essayer de peindre les figures de Saints du Candomblé : les Arixas. Samedi 7 février 2004. sans compter des photos de la statue de Yêmanja prise sur le port de Salvador de Bahia. nous sommes partis vers la plage de la Sirène. dormant. J’ai pris un coup de soleil maximum. En datant mes dessins (parallèlement à l’écriture de mon journal). en rentrant. Dans la journée. Il faut que je réfléchisse à la meilleure manière de l’utiliser. Pour 252 . au nord de Maceio. car c’est beaucoup plus que ce dont j’ai besoin. j’ai emporté mon carnet dalien 3. J’ai l’impression de m’être transformé en œuvre d’art. Il faut que je boive beaucoup. Cependant. qui me semble pouvoir illustrer la théorie des moments. Je voudrais aller dans le sens du portrait de groupes. il voulait nous présenter à un ami. j’ai vraiment envie de poursuivre le travail engagé. ou des paysages découverts ou des personnes avec qui j’étais (Lucette et Sergio). Lucette s’en sort mieux. Le soir. Le prix à la journée est trois fois ce que l’on paie à Ibis. j’ai fait onze dessins. j’avais emporté tout ce dont je disposais en tube de gouache. en rentrant de la fac. J’ai 4 sources. mais cela vaut vraiment le coup : le site (au bord de la mer) est valorisé par une végétation entretenue. Aujourd’hui. j’ai mis en peinture les dessins du matin. Je me suis alors mis à la peinture. Opération risquée : à éviter si je veux avoir un beau carnet. Malgré tout. J’ai travaillé sur la vue que l’on a de la chambre de l’hôtel. Pour les gravas (G3). Quand Sergio est venu nous chercher hier matin. Nous avons eu tables et parasols pour déjeuner. j’avais fait 6 croquis de Lucette. Sergio Borba voulait nous emmener à la mer.

c’était le Pinto da Madrugada. groupe de Carnaval de Maceio. Pour trouver une contenance. 17 dessins… que je mettrai en couleur le soir en rentrant. Sergio nous a présenté à plusieurs personnes dont Fernando.ma part. parlant français (qui a vendu 600 toiles). mais il ne m’en voulait pas. Sergio nous conduit à la fête préparatoire du Carnaval. J’ai montré à cette dame mes dessins. Il bougeait. Il a alors saisi mon stylo et a voulu écrire (très difficilement) MARCOS. C’est un bar-restaurant. Un enfant de 9 ans couvert de poux et de gale (pelage) sur le cuir chevelu tournait autour de nous. qui fêtait son quatrième anniversaire : une fête assez folle. j’ai loupé cela ! Il faut dire que sous nos fenêtres. Je vais faire le compte-rendu de cette manifestation qui a beaucoup compté pour moi dans mon Journal de danse. J’ai fait des couleurs pour mes dessins d’hier. Il 323 Sur cette rencontre forte. son prénom. Le diagnostic de Sergio : les gens ont dansé tard hier soir. et lui aussi. Sergio nous a conduit à un spectacle de danses assez extraordinaires. je passe l’essentiel de ma journée à dessiner. Je pense que je peux faire un grand dessin. Lundi 9 février 2004. Hier. il y a un orchestre qui joue dans une boîte qui s’appelle Gouvia. un ami à lui. Il semblait s’intéresser à nous. j’ai fait 11 nouveaux dessins dans mon carnet dalien. Ce matin. Et en rentrant vers 17 heures. elle n’est pas en bonne santé). Il est revenu. Sur la plage. Hier soir. et surtout sœur d’un homme considéré comme le plus grand peintre de la cité. me dis-je. 7 h. Vers 10 heures. et qui accepte donc de me recevoir. voir la suite dans le Journal de Maceo.Bon. très absorbé que j’étais par mon dessin. à partir d’un regroupement de trois esquisses faites hier. Lucette voulait prendre des distances par rapport à lui (du fait des maladies qu’il portait . Il a voulu voir mon carnet à dessins. Il s’agissait de la première d’un spectacle du groupe de danse Sururu de Capote. Elle m’a montré deux de ses toiles exposées dans le restaurant A boa mesa. et moi aussi. Cela fait déjà une heure que le soleil est levé. Il m’était reconnaissant de l’avoir pris comme modèle 323 . Repas sympa. Au total. Sergio lui a dit de circuler. il y a du monde. Je pourrais le faire assez vite. J’ai essayé alors de le dessiner sous son nom. je me suis décidé à dessiner les bannières du carnaval (pp. parlant un peu français. j’ai commencé à les mettre en couleurs. dans les bals de carnaval. Elles restent sur la palette. à moi. dans mon carnet. et lui voulait vraiment construire un dialogue avec moi. 18 h 30. 11 h. . 39 et 40 du carnet dalien 3). Je lui ai montré. 253 . où l’on a rencontré une peintre de Maceo. Le dessin que j’ai fait de lui est le plus loupé de tout ce que j’ai fait aujourd’hui. où les discours succédaient aux Sambas. Mais j’étais debout. ayant trouvé les couleurs qui conviennent. mais moins que d’habitude. J’ai continué ce matin à partir de 6 heures. Il avait vu rapidement l’annonce de cette manifestation dans le journal.

que je maîtrisais plutôt mieux. lorsque je les peins. J’ai eu mauvaise conscience le soir de ne pas avoir su décrocher de la peinture : pas d’écriture du journal. L’avantage de la deuxième solution est de faire ressortir le trait . j’ai des difficultés à retrouver les règles de l’aquarelle. Maceio est idéal pour cela. Pour mes dessins.s’agit du carnaval auquel nous avons participé. j’ai peint. C’était le quatrième anniversaire d’un groupe de carnaval : O pinto. que nous nous sommes arrêtés à un kilomètre de l’hôtel. sachant que j’avais du temps devant moi. Nous ne sommes pas restés. et confiture de vieux garçons de goyave pour moi… En rentrant. hier à onze heures. J’ai tort de faire de la peinture un absolu. En même temps. Le soir. ou je repasse au stylo noir par-dessus. Je me suis essayé à les dessiner : en rentrant à l’hôtel. le trait est relativement important : il facilite la lisibilité. la chaleur toujours insoutenable nous a fait nous arrêter sous un arbre. En même temps. Sergio n’est venu nous chercher qu'à 20 h 30 : nous avons eu la journée entièrement à nous. puis me tournant vers la plage. Les gens dansaient. notamment lorsque je ne dispose que de quelques minutes. j’ai pris conscience de la nécessité d’un apprentissage du dessin. et se préparaient à boire et à manger. et j’ai fait une gouache grand format reprenant les théories de la fête de Carnaval. 254 . sortie avec Sergio. lorsque l’on veut construire un moment. Vers midi. Je lui montre mon dessin sur Pinto da Madrubada. et nous avons goûté une brochette de langouste à la “ provençale ”. Donc aventure de goûter une mousse de citron pour Lucette. Mais il n’y en avait pas. pour observer le Carnaval. Nous aurions voulu terminer avec une glace. que je n’aurais pas imaginées être capable de faire : je recule mes limites. cela avance. Nous avions envie de retourner au self découvert dimanche. j’ai peint ces derniers dessins. Excellent. dans les bandes dessinées. avec un verre de vin blanc (pas terrible). et il souhaitait partir de ce dessin dans son atelier. Nous sommes entrés dans un grand restaurant de poisson. Je mets trop de peinture. J’ai plusieurs possibilités. parfois quelques secondes. car c’est à échelle humaine. de dimanche : Pinto da Madrubade. La qualité du dessin est essentielle dans plusieurs situations. j’ai continué. Mais le soleil tapait tellement fort. J’ai fait hier des choses. j’ai vu des chevaux brouter. Mardi 10 février. 8 h 15. Pour ma part. Mais. pas de leçon de brésilien. Hier. dans la mesure où cette fête a un sens dans la mobilisation des adeptes du groupe pour la présentation du Carnaval. Il est enthousiaste. Saisir l’instant peut avoir son importance. il fallait aller déjeuner. carnaval et identité culturelle ”. J’ai l’illusion que je pourrai mettre une seconde couche. l’inconvénient est que cela ne correspond à rien. avant que je ne me mette à l’huile. Il y avait une ambiance agréable. pas de préparation de ma conférence de jeudi. Dans ma discussion avec Simon Anding (qui me présentait ses travaux). Je n’utiliserais pas ce procédé dans le contexte de la peinture à l’huile. je constate que je liquide le trait. etc. pour saisir une ambiance. À 16 heures. Nous rencontrons le responsable de la revue Et Moisés de Melo Santana qui va animer un atelier sur “ Education. J’ai essayé de le dessiner. J’ai envie de m’y mettre pendant qu’il fait chaud. J’ai mis de la couleur dans mes dessins. J’ai vraiment de la chance d’être là. Ou je les laisse ainsi. L’anniversaire du Pinto peut devenir un moment. Mais j’ai fait assez de croquis pour produire un grand dessin.

Par contre. Il va chercher quelqu’un qui vient nous accueillir. Pour le vulgaire. Pierre distingue les primitifs des primitivistes. etc. où il est resté cinq ans. pressée par une femme que nous apercevons de loin dans la maison. style colonial. sur le plateau qui domine la ville. verreries. nous engageons la conversation sur le primitivisme. Nous parlons de sa vie. Pierre nous montre son travail : nous découvrons son œuvre à travers quelques tableaux. écrivain et peintre. Dans l’atelier. Il a fait tout un travail de recherches en amont. il me parle d’un portrait de Popin. Il avait attiré notre attention sur une fissure. C’est un espace géant. mais aussi de la vaisselle. je montre à Pierre mon dessin du carnaval qu’il aime bien. L’atelier est long de 17 mètres. dans lequel sont entreposées des centaines de toiles. En effet. Le groupe se déploie vers un bâtiment construit pour abriter toiles et dispositifs de travail du peintre. dans lequel il apprécie le numéro 42 (c’est aussi celui que je préfère actuellement). de Françoise Sagan. Nous commençons les présentations. etc. Il est inspiré. attaquée par les termites. Il fréquentait l’atelier de Picasso. Actuellement. Nous prenons un jus de mangue. et nous fait faire le tour d’une immense maison. le matin. la différence est difficilement perceptible. poète qui s’est fait un nom dans la peinture. une des activités de Pierre est la restauration de toiles : il restaure des toiles abîmées par le temps ou des accidents. mais aussi des toiles de Jorge de Lima (1893-1953). elle aussi. dans ème lequel nous pouvons admirer des peintures des 17 et 18 siècle. Il a quitté Maceio pour étudier la musique et l’architecture à Rio. meubles. rencontrée au self dimanche. à côté de quantité d’autres fougères et arbustes. Nous y retrouvons Marie-José. Je lui parle de Sarah 255 . Puis le majordome qui nous avait accueilli. dans la peinture d’une toile de son musée personnel. par Delacroix qu’il a beaucoup aimé… La peinture de Pierre a un côté géant avec des allégories qui me firent penser à Delacroix. Il parle du Douanier Rousseau. d’autres plus petites. lustres. Le primitif est authentique. des œuvres plus contemporaines de lui. des statues en bois peintes du XVIII ou XIXème. avant qu’elle ne fasse le choix de l’abstrait. Puis. et au bord de la falaise se trouve une propriété différente de tout ce que j’ai pu voir ici. Puis il est monté à Paris. Nous sommes montés en voiture. Sa peinture primitive n’est pas signe d’une ignorance. Il nous montre des toiles d’amis ou de disciples (il accueille des élèves dans son atelier). secondé par son majordome. Nous recommençons les présentations. et Solange Chalita. certaines géantes (4x3) ont été exposées à Paris. Il me parle de Dubuffet. nous avons vécu la journée la plus richede notre séjour. de Solange. arrive en poussant le fauteuil roulant dans lequel siège Pierre Chalita. 8 h 15. Il nous montre un bouquet peint par Solange. etc. Il s’agit d’un immense jardin dans lequel cohabitent des arbres tropicaux et des rosiers en fleur. large de 10 et d’une hauteur de 6 mètres. Je lui avais parlé de Delacroix dont j’ai lu le journal qu’il ne connaît pas. Pierre Chalita est reconnu dans tout le Brésil. et mon carnet dalien 3. Un gardien signale notre présence. en fait une sorte de musée privé. Je compte 6 employés pour entretenir et garder le domaine. Mais cette fois-ci. Hier. la sœur du peintre. Pierre nous propose alors de visiter sa maison. Il nous décompose toutes les tâches qui s’enchaînent pour rentoiler une vieille toile. Puis Pierre nous propose d’aller visiter son atelier. et mille autre œuvres plus ou moins volumineuses : 4 ou 5 salles sont remplies d’objets divers : vases.Mercredi 11 février. Fernando et Sergio étaient passés pour nous emmener chez le peintre Pierre Chalita. un dessin de Picasso.

2002). Mais cela ne s’est pas encore fait. -En France. Una leitura junguiana do cordel nordestino : dois exemplos (UFAL. François Jullien. 15 h 20. Si ce travail n’était pas trop développé. il gagne. peinture. Je pense que je devrais faire une histoire de vie de Pierre Chalita. Ces toiles m’ont beaucoup inspiré pour me décider à me construire un atelier dans notre ferme champenoise. “ Il faut attendre d’être mort pour que l’on parle de vous ! ” Pierre voudrait que la Ville reprenne son musée personnel. 324 325 Solange Chalita. mais. Il nous invite à aller voir ses toiles exposées au Musée de Maceio. lecture (François Jullien 325 ). Peut-être a-t-il vu mes dessins de Lucette dormant ? J’ai l’idée de le prendre en photo dans son atelier. Vous pouvez faire de très belles choses. Sergio et Fernando participent. Samedi matin serait notre seule possibilité : Pierre insiste auprès de Solange pour qu’elle décommande leur rendez-vous de samedi. 211 p. J’ai seulement vu le musée d’Art de Salvador avec une exposition intéressante de dessins de Carybé sur Yémanja. écriture de ma conférence de Salvador (fin). Pierre me dit qu’il aimerait travailler à partir de modèles vivants. nous devons nous battre contre la chaleur. que d’entrer dans l’intimité existentielle d’un vrai peintre. Je viens d’avoir une idée : peindre mes dessins selon la logique de l’aquarelle. je sens un vrai intérêt de part et d’autre. Puisque Lucette a oublié son appareil photo. Du "temps". lecture du livre de Solange Chalita. Nous venons de passer une journée tranquille à l’hôtel : bain dans la piscine. dit Lucette qui semble retrouver complètement la santé. Non. Elle résiste : finalement. J’ai d’ailleurs trouvé un livre illustré par lui sur les Orixas… Au fur et à mesure que se développe notre conversation. c’est la mode de s’installer des ateliers à la campagne. plutôt que de la gouache. Lucette. Cela devrait rendre le trait ! Jeudi 12 février. Ici. Il y a un Maurice Denis. Pierre nous propose de revenir. je pourrais le publier dans Attractions passionnelles. nous avons fait un repas complet. Pierre se sent autant musicien que peintre : dans toute notre dérive chez Pierre Chalita. Grasset. Paris. pour laisser la femme de chambre faire son travail. Nous sommes sortis de la chambre. Non. bronzage. Cela implique une certaine architecture. l’humidité et les termites. par exemple. Je n’ai pas parlé du magnifique piano à queue qui trône dans son salon. nous les retrouvons ensuite : Solange nous dédicace son dernier ouvrage 324 . Pierre me demande si j’ai visité des musées ici. Ce livre porte sur le "moment" en Chine. Nous irons d’ici samedi. 256 . -Cela me ferait vraiment plaisir si vous acceptiez d’être photographié dans votre atelier… J’ai vu 4 toiles d’Edouard Vuillard représentant ses amis dans leur atelier. Je dis à Pierre que pour moi notre rencontre est historique. mais que Solange s’y oppose. 15 h 30. me dit Pierre. La visite de l’atelier se fait sans Solange et Marie-José.Walden et de son Outrage à la peinture (il faudrait que je lui fasse parvenir de Paris). Nous attendons Sergio pour la visite du musée. J’ai demandé à Pierre s’il avait déjà écrit son autobiographie. “ Très bon ”. Se pose tout de même la question de la reproduction des toiles… Comment faire sur le plan technique (et sur le plan des droits !). Nous avons été manger dans le restaurant voisin de l’hôtel : pour 30 réals. 2001. Ce serait une excellente formation pour moi. nous quittons les Chalita : il faut rejoindre l’université où je dois prononcer une conférence devant les étudiants de sociologie. dessin (une fleur). éléments d'une philosophie du vivre. Vers midi et demi.

Intéressant d’être actif. puis une représentation du Carnaval de Blinda. et dont j’apprécie l’animation. mais avec une autorisation de faire des photos. Les danseurs étaient plus tranquilles. Au niveau supérieur. Mon texte sera publié dans un journal. 16 h 30 (dans l’atelier de Lucette et Sergio). J’ai gardé la liste par ailleurs. Maintenant. ce qui semblait une faute à 257 . signe de l’importance qu’il lui donnait. de peur des courts circuits. fait fonction de guide : il nous a commenté chaque pièce. lorsque j’ai appris que Chalita avait résidé en Espagne à l’époque de Franco. animé par Moisès de Melo Santana. la Ville va lui reprendre ! ” L’employé a répondu : “ Je ne puis dire cela à Chalita : pouvez-vous mettre ce que vous venez de dire par écrit ? ”. il y a des objets anciens et en sous-sol les primitifs contemporains : ce musée mériterait une autre visite de ma part. cette intervention n’était pas toujours utile pour moi. Mais Franco a expulsé Chalita d’Espagne. Hier soir. toiles. le directeur des enseignements doctoraux. On comprend le problème. sur la place du palais du gouverneur (élu de 45 ans. des centaines de statues. Vendredi 13 février. Le recteur est resté pendant mon intervention. par exemple : le bal. On est en plein colloque. après l’atelier de Sergio et Lucette. etc. Ce matin. c’est qu’ils ont le sens des valeurs qui montent ! ” Je me positionne comme artiste. Sergio est toujours excellent dans la traduction. j’ai fait un tour au Musée de la Fondation Pierre Chalita : c’est un immense bâtiment. La pièce la plus ancienne est un tableau d’un élève de Léonard de Vinci. car nous sommes arrivés à la nuit tombante et l’on n’allume pas la lumière à ce niveau. il y a principalement des toiles de Pierre Chalita. Il y a des fils rouges. Il s’est déroulé à la tribune d’un grand amphi où avaient pris place toutes les “ huiles ” de l’UFAL : le recteur. que je connais déjà et Alcino Ferreira qui se débrouille en français. puis je me suis joint au groupe : je suis rentré dans les mimes et les pratiques corporelles. car je sors de l’atelier Carnaval. Il y a aussi des bibelots de toutes sortes. J’ai acheté un catalogue d’une exposition de l’Ecole de Chalita (1989). le directeur du département des sciences de l’éducation. L’un des deux. le rédacteur me demande une peinture pour la couverture (en couleurs) du journal ! Sacré travail ! Lucette dit : “ Ce qu’il y a d’intéressant chez eux. C’est dire l’état du bâtiment gardé par deux fonctionnaires (employés) payés par Pierre Chalita lui-même. de gauche). j’ai demandé à Fernando de quelle tendance politique est Chalita : “ De droite ! ”. Cela ne fait aucun problème. objets divers : autels d’église. c’était beaucoup moins violent. Il y a 3 niveaux d’exposition . J’ai parlé plus d’une heure. Le gouverneur a traversé la Place pour dire à l’employé : “ Si Chalita ne fait pas de travaux dans ce Palais. Le procureur ne l’a pas fait. ils n’hésitaient pas à se toucher. je me suis posé des questions. très émotif et corporel. J’ai été sensible aux remerciements de Laura. réunissant plusieurs dizaines d’exposants. La place de la danse de carnaval est importante dans son œuvre. Pierre Chalita est un personnage incroyable. Au rez-dechaussée. j’ai donné ma conférence. il y a eu 3 questions. Bon. Ma visite m’a donc donné beaucoup d’éléments pour discuter avec le maître lors de notre prochaine rencontre. Je regrette qu’il soit interdit de prendre des photos. Comme j’ai fait circuler mon dessin sur le Carnaval. Sergio et quelques autres. qu’il suit sur de longues périodes. Pour expliquer cette intervention. objets de culte. Par rapport à ce que nous avions vu à Salvador. Ensuite. J’arrive en retard. j’ai d’abord dessiné des masques. le paradis. nous avons assisté à un (long) spectacle de Capoeira de Angola Palmares. De plus. Tout le monde l’a trouvé “ très intéressante ”. ancien élève de Pierre Chalita. J’appréhendais beaucoup cet exercice. Ce que l’on a vu n’est que partiel. la coordinatrice du colloque. Sergio ne traduisant guère. un jour où ce dernier a exposé une toile immense du Christ en croix avec le sexe du crucifié bien apparent.Je suis au Centre culturel de l’UFAL (Université). Hier. Dans cet atelier. Laura.

C’était une sorte de valse. de chapeau. Des chars arrivaient avec le Pinto da Madrubada (le poussin – ou l’érection du petit matin). J’ai voulu retrouver le sommeil. je pus contempler 6 étages au-dessous de moi. Villa-Lobos et Azmir Medeiro. je continuai en griffonnant la queue devant le buffet…Les queues. ne cherchant pas à être le premier servi. Lucette aussi. J’avais dessiné pendant le concert (les musiciens sont pour moi. Le soir. que l’on prit conscience qu’il y avait vraiment du monde dans ce colloque.Salvador qui suspendait immédiatement la confrontation des deux danseurs. des discussions et parfois des roulements de tambour. Vendredi soir. nous étions assez avares de photos. voilà un bon thème à travailler. Des cinq morceaux. voulant en réserver pour notre rencontre avec Solange et Pierre Chalita qui devait avoir lieu à 10 heures. etc. Mozart. 8 h. avec à chaque fois une bonne cinquantaine de musiciens. en descendant au petit-déjeuner. faits dans l’atelier de Moisès de Melo Santana et Alcino Ferreira. Malgré tout. alors que le jour ne paraissait à peine ? Je ne me suis pas levé tout de suite. un alto et un violoncelle) exécuta 5 pièces : Handel. il y avait la séance de clôture du colloque. je pouvais en distinguer quatre. Il y avait les musiciens de plusieurs fanfares ou harmonies. L’ambiance de Carnaval n’était pas négative pour mettre en couleur les dessins de masques. En fin de matinée. Après une prise de parole très courte de la part de Laura. Je pris quelques photos de la fenêtre. Deux entraîneuses de la boîte se joignirent à nous. Samedi. Ce dernier compositeur était le violoniste de l’orchestre. Après le concert. Celle-ci avait lieu dans le grand auditorium où j’avais fait ma conférence. Il y avait les petites carrioles des vendeurs de boissons. après les ateliers. même type d’orchestre. la mise en place progressive d’un défilé de Carnaval. C’est une activité culturelle de l’Université. le réveil s’est fait au clairon vers 5 heures 30. Lucette n’appréciait pas trop d’avoir des putes à notre table. Dimanche 15 février 2004. Je me demandais vraiment quel était le fou qui soufflait des sons désordonnés. Quand j’ouvris les rideaux. Mais impossible : les bruits de la rue ne faisaient qu’amplifier ! On entendait des cris. nous sommes sortis au Lampião pour danser le forro. De ma fenêtre. un bon thème de recherche) . nous ressentions le besoin de faire quelques photos de ces personnages de carnaval que nous avions devant les 258 . Lucette. Mon commanditaire voulait quelque chose de concentré dans le sens de la hauteur. c’est celui qui me séduit le plus. C’est à la queue devant le buffet. je me suis mis à peindre la couverture demandée par João Carlos (de Porto Alegre) pour son journal : je suis content de ce travail. Le groupe de Maceio appartient à l’Université. Un ensemble à corde de l’Université (deux violons. John Lenon. Je pense que cet auteur a vraiment du talent. la veille. Les bruits de la rue ne semblaient pas déranger le sommeil de Lucette. mais il accueille des enfants des rues. d’accessoires divers. Il y avait Sergio. Reprendre un thème permet de le retravailler. Cependant. Dimanche 15 février. le public eut droit à un concert de musique classique. dans les deux cas : même maître qui préside au rituel. des organisateurs avaient prévu un petit cocktail. Jusqu’alors. alors que mon premier dessin était dans le sens de la largeur : d’où mon travail de ce matin. Je me suis mis à la peinture. 6 h. Joaquim et Joao Carlos. La danse qu’il nous proposa plut beaucoup à Lucette.

-Oui. mais d’ici une prochaine rencontre. 2004. les toiles apparaissaient les unes après les autres. et Lucette. Pendant que nous parlions. Celui-ci fut très enthousiaste ! Lorsque nous sommes arrivés chez Pierre Chalita. Ce livre pourrait paraître dans ma collection… -Vous pourriez descendre à la maison. etc. coll. Je la relayais de temps en temps. le gardien de la porte principale nous invita à faire le tour du domaine pour garer la voiture à l’ombre des arbres du jardin. Pour cela. Solange était là qui raccompagnait son frère. gestes. j’ai trouvé le catalogue de l’exposition collective que j’ai acheté. qui a une formation d’anthropologue. Ils n’avaient pu accéder en voiture jusqu’à l’hôtel. venu lui rendre visite : elle nous conduisit à l’atelier où Pierre était installé avec deux employés pour rechercher des toiles. -Oui. était celle sur le bal : je lui disais que j’avais fait 5 livres sur la danse. Fernando et Sergio vinrent nous chercher pour aller chez Solange et Pierre. La conversation s’engagea immédiatement sur notre visite du Musée Chalita. Pierre se mit alors en demeure de retrouver dans son atelier toutes les toiles s’inscrivant dans cette série. Jeux. Anthropos. Nous sommes allés chercher deux nouvelles pellicules de 36 326 . dans son travail. petite. Nos hôtes avaient programmé le visionnage d’un DVD sur L’œuvre de Pierre Chalita. Nous avions décidé d’offrir à Fernando le dessin représentant le quatrième anniversaire du Pinto da Madrubada. Nous primes plusieurs photos du groupe que nous formions. J’expliquais à Pierre que. Pierre ne comprit pas du premier coup mon projet. Nous 326 Une des photos prises par Lucette a été choisie comme couverture du livre de Gunther Gebauer et Christoph Wulf. Par contre. l’enseignement. Il alla le montrer au chef de la banda do Pinto da Madrubada. “ Anthropologie ”. pour le remercier d’une photocopie qu’il nous avait fait d’une classe chinoise. Pierre pourra se pencher sur la démarche. durant une dizaine de jours. il collait de petits bouts de toiles à des endroits où la peinture était déchirée. c’est cela. qui pourrait faire l’objet d’un beau dessin ! Fernando était très fier de ce cadeau. Aidé d’un employé. et que ces toiles me parlaient tout particulièrement. Solange nous invita à gagner la maison pour prendre une petite collation. Au fil de ce chantier.yeux. Paris. Il me permet de refaire des meubles ! dit-il. par lui-même. Nous ne pouvons pas réaliser nos projets cette fois-ci. Nous avons une chambre d’amis. saisit tout de suite le projet : -Pierre a fait exister plusieurs moments dans sa vie : sa passion pour la collection de timbres pourrait faire un bon chapitre. qui était tout à fait d’actualité. Je promis de leur envoyer ces deux livres. On pourrait faire un chapitre sur la musique. les expositions. en leur expliquant mon désir de faire raconter à Pierre sa vie sur le principe de la théorie des moments. nous reviendrons. vous pourriez lire Le sens de l’histoire. un autre sur les voyages. Solange. Lorsque j’ai visité le Musée. la série qui m’intéressait particulièrement. la peinture évidemment. mais agréable. J’offris à Solange et Pierre le seul livre qui me restait ici : Centre et périphérie dans lequel. Il l’avait à la main. rituels. On pourrait mettre des reproductions de toiles dans cet ouvrage. 259 . Puis il pressait l’endroit avec une presse métallique : . Mais cela manque d’un livre de présentation de Pierre. il faudrait que je puisse parler avec Pierre deux heures chaque matin. produit par l’Etat d’Alagoas (ce qui montre la complexité des relations difficiles évoquées plus haut).C’est un outil très utile. assise sur un tabouret les photographiaient les unes après les autres. j’avais placé les prospectus imprimés concernant Le sens de l’histoire et Le moment de la création. Pierre s’était mis à restaurer une toile. Nous traversâmes donc le défilé de Carnaval avec eux. Un photographe jouxtait l’hôtel.

Je le regrette. J’étais tout bouleversé par cette confrontation à cette œuvre. Tout en parlant. absolument indispensable pour se situer dans un voyage comme cela… Cela m’énerve. L’avait-il vu lors de son voyage en Espagne ? Connaissait-il Figueras ? "Oui. Elle se croit encore à Bahia. nous dit-il. 260 . car le soleil va vite se lever et nous serons réveillés par l’intensité de la lumière : elle refuse. C’est vrai qu’avoir une ou deux toiles de Chalita serait une bonne stimulation pour poursuivre mes recherches avec ce personnage. alors que Sergio conduisait la voiture en direction de l’hôtel. on pourrait même travailler à les vendre en France. puisqu’il n’y a pas d’exposition actuellement). Mais ce musée ne rassemble pas les meilleures toiles de Dali". ainsi que quelques-unes sur le bal (notamment un autoportrait de Pierre entouré de danseuses) sont parmi celles que je préfère. Lors de la conversation avec Pierre. Dans l’avion. la visite du Musée public. On imagine un trafic de toiles entre Maceio et Paris : ce type de discussion ludique anime la vie quotidienne. le gardien nous annonça que la galerie était fermée. Dans l’avion Salvador-Madrid. Il devait être pris en charge par ses infirmiers. vue en passant (toiles dites de l’Amazonie). Nous sommes d’accord sur les 3 toiles à acquérir si elles étaient abordables pour nous : Hommage à Dali. Madrid. le lundi 16 février 2004. la visite du Centre d’exposition (que nous n’avons pas vu. j’avais évoqué Dali.bûmes un jus de fruit. Si les toiles de Chalita ne sont pas hors de prix. Il est difficile de rendre compte de la conversation comme elle va. Pierre était fatigué. Nous prîmes congé. Le cinéaste avait réussi à entremêler des images des tableaux sur le bal avec les images d’un bal réel. dans lequel on retrouvait la visite du musée privé. Je propose à Lucette de mettre sa montre à l’heure d’arrivée (ce qui permet de savoir le temps de vol qui reste) : elle refuse. nous avons pris conscience que nous ne connaissons pas les prix des toiles de Chalita. Le film se terminait avec les douze apôtres (13 dit Pierre) que nous avions vus au Musée public : le caméraman tournait autour de la ronde. Mais à quel prix vend-il ? Cette question (que je ne lui ai pas posée) me traversa la tête. Elle ne parvient pas à entrer dans la pensée de l’ici et du là (Jean Oury). Les meilleures sont ou aux Etats-Unis ou en France. beignets. Mais sont-elles dans nos moyens ? L’idée de demander à Fernando de s’informer auprès de la sœur de Pierre nous a semblé la meilleure solution pour ne pas faire de gaffe vis-à-vis de Pierre. 11 h. et cela donnait une impression de mouvement de personnages. Nous eûmes alors l’idée d’aller faire un tour à la galerie qui vend les toiles de Pierre et que nous avait signalé le guide du musée… En arrivant au lieu-dit. Il faudrait organiser une exposition à la sortie de son livre. très bien fait. surmonté d’une céramique de 6 mètres de large de Pierre. en partance pour Salvador de Bahia. Nous évoquons donc le problème avec Fernando. Avec Lucette. après avoir fait l’échange de nos coordonnées. Je lui propose de baisser les rideaux. celles que je serais heureux d’avoir dans mon atelier. boulettes de viande). goûtâmes quelques petites fritures (bananes. puis Solange nous proposa du gâteau ! Nous avons donc regardé le DVD. J’avoue que la toile sur Dali. 14 h 30. il s’était mis en tête de retrouver une toile qu’il avait faite en hommage à Dali ! Cette recherche nous avait permis de voir d’autres toiles. et à celle de Solange. et une petite fête qui s’est déroulée dans le jardin et prenant l’allure d’un bal masqué. ravi de devenir notre homme de confiance. Autoportrait au bal et une troisième de danse.

quelque temps avant sa mort. j’ai passé beaucoup de temps à dessiner. Hier. j’ai installé Pierre dans un décor brésilien : les Orixas ne sont pas loin. Pour retrouver mon calme cet après-midi. dans la réunion de la licence. Lors de sa visite hier. Mon séjour là-bas a été très riche concernant mon travail d’artiste : j’ai écrit mes aventures brésiliennes dans un journal de voyage (Voyage à Salvador et Maceio. J’ai rajouté une couche de bleu dans le ciel. Je l’ai signé. À relire au calme. m’a envoyé une carte. Concernant la peinture. Il voulait me rappeler la mort de Pierre (avril1948-11 février 1984). mais en plus j’ai eu la chance de rencontrer plusieurs peintres de Maceio et tout particulièrement Pierre Chalita qui est un personnage important : des perspectives s’ouvrent à moi concernant la peinture à l’huile. Il y a une théorie du portrait que j’ai lue probablement trop vite en 1983. en retard. Pas de peinture. pour que je lise le chapitre sur l’art. car j’ai passé la journée avec Margolata à traduire Korzcak (Moments pédagogiques). La prochaine fois que je ferai le voyage de Maceo. non seulement. et à mettre mes dessins en peinture. Petite. Jean Vancraeÿenest. Jeudi 19 février. mais je l’ai oublié. Pierre fut mon meilleur ami. hier. les parents de Lucette. Jenny Gabriel m’apporte La dimension cachée d’Edward Hall. mais intéressante. j’ai trouvé une photo de lui. De Salvador. 9 h 40. je l’ai évoqué dans mon journal du Brésil. Je viens d’arriver. (Saint-Denis).J’ai quelques pages encore dans mon carnet pour tirer quelques conclusions de ce voyage au Brésil. Cela nous fait une très belle pièce ! Samedi 21 février 2004. la peinture. Il me faut donc écrire sur l’art. puis j’ai peint les lianes dans les arbres et fait quelques nervures sur les feuilles. Je l’aime bien. La perspective d’un livre sur et avec Pierre est ouverte. dont j’ai repris des passages dans les pages précédentes. j’ai rapporté une toile de danseurs de Candomblé. Samedi 28 février 2004. Ce tableau est presque au point. ont installé des rideaux. la maison a changé. j’en ai fait une toile. mais finalement. En rentrant du Brésil. Aujourd’hui. de Reims. C’est un chantier qui ouvre de nouvelles dimensions à ma recherche. Maurice et Andrée. que j’ai fait agrandir. je sais où trouver des châssis (beaucoup moins chers qu’en France)… Sergio et Pierre sont prêts à m’accueillir pour me permettre de travailler. J’émerge du Brésil. la danse. longuement du fait de ma rencontre avec 261 . je me suis remis à l’huile. J’avais imaginé peindre le contexte de la photo (Montsouris 2). car je ne m’en souvenais pas (alors que le reste du livre m’a profondément marqué). Il me semble que je dois distinguer trois niveaux : le travail universitaire. Lucette a rapporté deux masques d’Amazonie. Aujourd’hui. j’ai repris ma toile “ Pierre ” (n°23). 23 h. 20 h 45. son fils. 1er-16 février 2004). Je croyais avoir emporté avec moi mon journal de danse. Pendant notre absence. L’art. Mardi 2 mars 2004.

On me demande d’aider des documentalistes à penser la question de l’autorité en Afrique. Mardi 9 mars. Actuellement. Mardi 16 mars. On parle de créativité. Idée de peindre une toile à partir de cette visite. et qui met en relief quelque chose de stupéfiant : j’ai eu en moyenne 2 à 300 étudiants par cours. j’ai des collègues qui ont moins de 15 étudiants. Conseil d’UFR. j’ai 262 . parle d’art . 16 h. 14 h 45. j’ai dû me mettre à la rédaction d’un texte que je dois prononcer demain devant un public de documentalistes. avec une moyenne telle qu’il n’y a pas besoin de photo pour me départager du second. (26 février). J’ai parlé à Huguette d’un tableau statistique qui circule dans le département. Je suis donc le n°1. Je ne sais pas ce qu’en pensera ma commanditaire. mais j’ai gagné. émanant d’une documentaliste de l’Académie de Créteil. depuis 5 semestres. Mercredi 10 mars. Elles sont réussies. Je lui ai envoyé plusieurs versions de mon texte. Je suis encore malade. Jeudi dernier. en présence du Recteur de Créteil. Pas de candidat à la direction. Or. Aucun collègue dépasse les 100. etc. Je mesure cet état d’âme : je ne tiens plus mon journal. car aussitôt. je pense à une recherche à mener au niveau du terrain. je me suis battu au tribunal de Montpellier. Gilles Boudinet est là. concernant l’œuvre de Pierre. Il me faut envoyer à Pierre des doubles de ses photos.le peintre Pierre Chalita : je n’ai pas encore écrit que j’avais fait développer les photos de notre visite de son atelier. J’ai donc des traces importantes. je traverse une période de quasi-dépression. Séminaire de Patrice. Elle lit Howard Gardner : Les formes de l’intelligence et elle a terminé un ouvrage sur Matisse. Plus de 50 de ses toiles ont été photographiées. J’y ai travaillé toute la journée d’hier. Il s’agit de comprendre les comportements des élèves. Hier. Je suis content de ce texte. j’avais à affronter mon destin : le procès Brohm. parfois 5. J’ai du mal à savourer cette victoire. Elle n’a réagi qu’à une version de 4 pages. Je suis venu pour parler d’une demande d’intervention. (atelier de Patrice). Ingela Guerrien. venant du Maghreb ou d'Afrique noire. En rentrant du Brésil (le 16 février). 6. Je sors d’un entretien avec Huguette Le Poul. avec 39°C de fièvre.

Il se fait une philosophie du monde à travers une filiation imaginaire. et cette merde devient une œuvre ! Le journal est une forme de critique de la vie quotidienne. dans une famille noble. j’ai perdu le goût de vivre. où seraient tous les groupes. dans le couloir aux portraits de familles. Mais j’ai le courage de l’écrire. d’autant plus que cette technique m’aide à vivre. achat d’un chevalet. Pour d’autres. dans lequel il dit que son rêve aurait été d’écrire un journal total. Et pourtant ! Hier. Tant que je ne l’aurai pas fait. Mon affaissement de ces derniers temps a été lié à une fatigue énorme. mais mes problèmes d’argent m’empêchaient de réaliser ces choses. Pause pendant laquelle je vais voter (élection à la commission de spécialistes). Pourtant. j’ai des traces de journaux. Cela ne concerne pas le travail de l’artiste. lui porter des croissants. achat de livres à la FNAC. Parmi les pages qui m’ont intéressé : quelques-unes sur une promenade. de reprendre des activités. La vie que je mène est une vraie merde. Ce n’est pas aujourd’hui que je dois baisser les bras. où je suis allé témoigner avec 39°C de fièvre. d’une blouse Corot et de châssis pour peindre… Cela faisait longtemps que je voulais faire ces choses. j’ai peint 3 fonds. Je ne veux pas prolonger sur ces points. qui a suivi le procès de Montpellier. Il ne l’a pas fait. Ces pages m’ont plu. Les 5 dernières années pour soutenir Lucette. C’est un texte imaginaire. surtout après 1996.lu un ouvrage de Derrida 327 . Je cherche la liste des postes vacants dans les universités. Lire en anglais. j’ai eu une journée de sursaut. Cela va faire quinze jours. J’essaie de survivre. Elle m’a donné de l’argent qui m’a permis d’aller à Paris faire des courses : billets d’avion pour New-York. Cela fait 10 ans que je suis ici. ces images me travailleront. Jenny Gabriel m’a offert le 25 février Le journal de Malte. faire la méthode Assimil américaine est quelque chose que je vais faire systématiquement. L’Aube. Charlotte voudrait une “ affiche ” de ses cours. Ma cousine Cécile voudrait reprendre contact avec moi : lui montrer mes toiles serait important. j’ai eu la chance de le faire. Je ne les trouve pas. j’en ai tenu plusieurs de front. et dans ce livre de 1999-2000. Cela fait partie du travail d’archives. de Rilke. J’ai d’abord été chez Charlotte. 327 Derrida. il le regrette. tous les collectifs qui furent pour moi des moments. aussi. J’ai des idées à mettre sur toile. et je ne me sens pas bien encore. En les lisant. Certaines années. En lisant cela. je me suis dit que moi. Hier. et arrêter de m’appuyer sur cette pratique . Cela revient. Depuis 1982. Parole. qui avait besoin de moi. Je retrouve une certaine efficacité sociale. 263 . j’ai découvert que c’est ce que je veux faire à Sainte Gemme : une galerie de tableaux. J’ai envie de changer d’affectation.

New York. acheté au Salon du livre. Je m’y plonge. Le Grand jeu (2003). 190 pages. j’ai passé la première partie de la matinée à terminer Michel Random. Oberursel. Le thème de l’expo : le maire. Concernant les toiles et dessins d’Holbein. d’après photo prise rue Marcadet. 2004. Moi aussi. Monet. Thames and Hudson. 264 . J’y avais placé L’écriture du désastre. J’ai encore visité le musée. J’ai oublié de noter que j’avais offert ma toile sur Pierre (N°23 “ Pierre. Je téléphone à Charlotte. Ce matin. Je prendrai la toile en photo. nous nous sommes promenés le long du Main. où j’ai vu une toile de Maurice Denis (Les baigneuses) et beaucoup de toiles de l’époque précédente (Renoir. 2001. Le Seuil. et détruirai les photos ayant servi à faire la toile. Hier. Je renvoie à mon journal de New York où j’ai raconté ma visite du Metropolitan Museum. 1987).Mercredi 17 mars. de Maurice Blanchot. C’est une lecture des fragments de Schlegel. 450 pages (trad. de Picasso créateur. L’ambiance de mon atelier lui plaît (son père était peintre !). 10 h. je regarde mes livres “ surréalistes ”. nous avons passé l’après-midi à Frankfurt : visite du Musée sur le Procès Auschwitz (1963-64) de Francfort. Cela me fait penser que Man Ray a détruit des toiles dont il a gardé les photos. J’ai constaté l’état assez catastrophique de certaines toiles (craquelage de la peinture). etc). Picasso. je fais des photos de mes toiles. Puis avec Marc Genève. HarperCollins. le peintre et sa famille. d’une certaine manière. Taschen. Frida Kahlo. Ouvrage essentiel dans ma recherche sur René Lourau. Lundi 4 mai 2004. Lors du passage de Jenny. Man Ray (1890-1976). Devrais-je les détruire ? Idée d’une toile des institutionnalistes. jusqu’au Musée des Beaux-Arts. nous regardons les photos de Pierre Chalita. On décide de déjeuner ensemble… Je choisis comme marque-page de L’écriture du désastre une photo de N°23 (première couche). Emmanuel de L’Ecottais. 1993. Life and Art. 73 x 60 cm. un des moments forts de mon premier voyage dans cette ville. que je rangerai dans ma bibliothèque surréaliste… 13 h. Je note trois titres rapportés de mon voyage à New York : Pierre Daix. Kirchner. New York. le lundi 29 mars 2004. Le temps m’a manqué. J’aurais voulu y passer plus de temps. Hier. Il y a eu en effet 2 Holbein. North Dighton. En rangeant Man Ray. Salamon Grimberg. 19 février 2004) à ses parents… Je me mets à la lecture de Man Ray. 20 ans déjà ”. la photo est meilleure que la toile elle-même : à méditer. où il y avait une exposition Holbein que j’ai visitée seul. Pour lui. Manet. je note qu’il est mort en 1543. 128 p. J’en fait l’index. j’ai peint trois fonds de toiles que je vais pouvoir entreprendre à partir de vendredi.

mais cette fois-ci avec K. Cela commence à avoir du relief ! Lundi 17 mai. 8 h 50. Je devrais peindre cette fenêtre au fur et à mesure de l’émergence de ce paysage conquis après quinze ans de travaux de terrassement. Elle trouve qu’il y a un problème d’épaule dans mon portrait de Georges. Lapassade me téléphone pour organiser son anniversaire. le fond bleu du ciel donnait beaucoup de force au vert cru des pruniers. Mercredi matin. à partir d’une photo retrouvée par Lucette. Je voulais y chercher l’inspiration pour mon tableau… J’ai été content de cette virée culturelle avec mes petites filles. le soir à Paris. Hier. Je dois dire que je me suis plongé dans l’article péché du Dictionnaire de théologie catholique de Amann. Hier. 9 mai 2004. N’ayant pas mon matériel de peinture ni de palette à Paris. je voudrais noter l’anniversaire de ma sœur Odile. J’ai passé trois bonnes journées à Sainte-Gemme. J’ai terminé ce matin. Sur le fond. j’aurais amélioré les couleurs du visage. Maurice Blanchot a écrit une pétition pour protester contre l’exclusion de Georges de Royaumont qui commençait par “ Il ne nous a pas étonné que… ”. je l’ai peint à l’accordéon. La présence des parents de Lucette m’a obligé à coucher dans la salle aux archives : impression de dépaysement profond dans cette pièce où j’ai très rarement couché. Auparavant. en 36 volumes de 800 pages (cet article fait à lui seul 450 pages). Finalement. 23 mai 2004. Prise de conscience de la force de cette pièce. Je vais partir revoir l’exposition sur Les autoportraits. Si j’avais eu le temps d’une troisième couche. Autoportraits du XX° siècle. Je lui parle de Blanchot. poursuivie par une visite de SaintSulpice et une contemplation de La lutte avec l’ange d’Eugène Delacroix que je n’avais jamais été voir. Pour l’anniversaire de Georges Lapassade. avant de m’y mettre… Je suis heureux de peindre. alors que j’ai lu le livre de Jean-Claude Kaufmann sur ce tableau ! J’ai parfois honte de mon péché d’ignorance. sur mon répondeur. j’ai retouché toute la matinée. à nous. j’étais allé à l’exposition Moi. C’est un peu brut. au Palais du Luxembourg avec Hélène et ses deux filles. Je lui demanderai son avis. j’ai été acheter du matériel mercredi. Je l’avais bien travaillée mercredi. une toile commencée mercredi. L’organisation de cette petite fête. mais cela va. mais j’étais encore loin de ce que j’ai réussi à produire ce matin. Je vais retoucher Georges. Je voulais noter ce fait dans ce journal. je suis content de mon effet : je l’ai terriblement rajeuni. nous a contraint à rentrer de Sainte-Gemme en début de l’après-midi. Je pense à lui. 265 . à 10 heures et demi. chez moi. Jenny Gabriel vient d’arriver pour déjeuner.G. 13 h 30. J’éprouve aussi un sentiment très fort en regardant le jardin à travers la fenêtre de la cuisine lorsque je suis sur la chaise de la salle à manger contre la bibliothèque : impression d’un tableau subtil que je retouche à coup de brouettes et de pelle mécanique. un message de Georges Lapassade m’annonçant l’hospitalisation d’Hubert de Luze. Il l’a connu en 1968 : ils faisaient partie du groupe des écrivains avec Nathalie Sarraute… Plus tard. mais il faut d’abord attendre que cela sèche ! Il me faudrait encore trois jours ! Charlotte va arriver.

ce voyage en voiture a pris le tour de vraies vacances. comme je puis le comprendre aujourd’hui. que j’ai eu une impression de vacances. dès 1999. à lui écrire la lettre dans laquelle je voulais lui raconter les 80 ans de G. semble-t-il. Je devais descendre pour l’appel du procès Brohm qui aura lieu à Montpellier mardi. j’apprends le décès. Nous avons retrouvé Constance. Mauvaise nuit. Ce dernier trouve que nous avons une grande qualité de vie. Je ne veux plus faire de l’activisme. d’Hubert de Luze. je ne connais rien de sa biographie ! G. Lapassade… 24 mai. ces quinze derniers jours. je ne dois pas écrire plus de 5 heures par jour. Idée de peindre l’après-midi : le congé sabbatique dont je vais bénéficier va me permettre de trouver un autre rythme de vie. autrement. Il téléphone. arrivée ici depuis plusieurs jours déjà. mercredi prochain… De Luze est mon premier co-auteur à disparaître. Je l’invite à dîner avec Gérard Althabe. Brigitte acceptait de m’accueillir pour me permettre de travailler avec Alessandra sur le dossier Brohm… Quand j’ai dit à Hélène et Yves mon projet de partir en voiture. Je vais bientôt mourir (Gérard n’avait que quinze ans de plus que moi). où je projette de peindre Gérard Althabe. mais je ne le comprenais pas. Il n’était jamais passé par le tunnel de Fourvière à Lyon. Hubert m’avait alerté. pour ne pas m’épuiser. J’ai envie de peindre ce tableau en Provence. J’ai envie de renouer avec la peinture. Je suis descendu chez Brigitte avec Yves. 26 juin 2004.Excellent week-end à Sainte-Gemme avec Sergio Borba. Le voyage s’engageait tellement différemment de ceux que j’ai pu faire auparavant. la lumière me font penser à Cézanne. ils m’ont dit : “ On t’accompagne ! ” Du coup. Hélène et Nolwenn. de terminer les livres engagés : les morts d’Hubert de Luze et de Gérard Althabe me donnent une force qui me saisit. Il faisait beau sur la route. sur mes erreurs d’investissement : je l’entendais. et il faut que je rende public mon travail de ces dernières années : en même temps. Idée d’écrire un texte sur de Luze pour Le Monde. (Aix-en-Provence). alors qu’il a fait un stage dans cette ville. C’est vraiment douloureux. C’est l’été. Lapassade a envie de parler de cette disparition. Je ne suis pas parvenu. Cela me fait beaucoup de peine. Le temps qui m’est donné est bref. Je me lance dans un tableau (Vol d’oiseaux) à partir de fleurs d’iris que j’écrase sur la toile. la veille. Il faut que je vive autre chose. 266 . et c’était agréable de regarder le paysage. En rentrant à Paris. Les odeurs. Mon idée est d’écrire. Mais. J’ai emporté avec moi mon matériel de peinture et une toile. Yves n’avait jamais pris cette route.

Pour elle. Mais la vraie richesse de ce musée : ce sont les salles des XV° et XVI° siècle. On fait des photos. Traces. malheureusement trop rapide : Niki de Saint Phalle (1930-2002). pour Attractions Passionnelles. se sent Grec. dans Attractions Passionnelles. nous avons été boire un pot. 329 Niki de Saint Phalle. Il y a aussi des tableaux de ruines. le 20 juin. il insistait beaucoup sur les thèmes helléniques traités par les peintres de la période classique : ses remarques ont attiré mon attention sur des œuvres que je n’aurais pas regardées. mais aurait profondément déplu à Sarah Walden. au point que cela donne l’impression que c’est sorti de l’usine hier soir : cette rénovation satisfait Constantin. Autodidacte. il y a de la photo-ethnographie à Angers. il ne faut pas supprimer les traces du temps . que je mettrais volontiers dans mon jardin. Depuis le match Grèce-Portugal d’hier. J’ai découvert un Musée David à côté du Musée municipal. Tout est mis à neuf. Il y a quelques peintures sur bois de toute beauté : la rénovation de ces tableaux anciens a eu pour effet de gommer le temps. Des assemblages aux œuvres monumentales. On demanderait aux Conservateurs de faire la visite des réserves. Entre 10 h et midi trente. Il reste à pouvoir publier des photos en couleur. Il faisait plus chaud à Angers aujourd’hui. 16 h. elle produit des sculptures (une centaine montrée à Angers). c’est la plus belle pièce. manuel de photoethnographie. pour aller regarder de plus près un très beau tableau de Maurice Denis. a photographié le Musée d’Angers avant. 2004. Il faudrait publier dans Attractions passionnelles une rubrique : visite d’un musée. dans la cour du musée : très agréable. il y en a beaucoup à Angers. J’ai été intéressé par les portraits . Je téléphonerai ou j’envoie un mail à un conservateur du Musée d’Angers : je leur demande d’explorer leur cave avec eux. 1999. Avec Constantin. (dans le train entre Angers et Paris). Constantin. Bogdan Konopka. bien que naturalisé français. Comment s’y prendre ? 328 Luiz Eduardo Robinson Achutti. Paris. Et d’une certaine manière. Constantin Xypas m’accompagnait : il se sentait une obligation de me guider dans ma découverte des œuvres. comme “ trois états ” du lieu. j’ai été faire une visite au Musée des Beaux Arts d’Angers : il vient de réouvrir. Elle a bien connu les Etats-Unis (elle est décédée à San Diego en 2002). Acatos. 117. Autre visite. Avec un Monet. p. Du coup. L’homme sur la photo. un jour. 267 . Cela me semblerait intéressant. Prochaine visite en septembre : Le Musée David. La visite a été trop rapide : j’y retournerai seul. l’ensemble de la rénovation du musée est exemplaire au niveau de l’architecture. le fait que mes sculptures procurent aux gens un peu de joie donne un sens à mon existence 329 ”. (préface de Jean Arlaud). pendant et après les grands travaux de restauration et de réaménagement : l’exposition met en relation ces trois “ moments ”. cela dit. après 6 années de travaux de rénovation (en profondeur).Lundi 6 juillet. mais je n’ai pas eu le temps d’aller le voir. cette femme a attendu 24 ans pour trouver définitivement sa voie. Cette expo est une illustration de l’ethnophotographie. comme chez le peintre brésilien Pierre Chalita. Violée par son père à 12 ans. Téraèdre. Un photographe. au bord de la piscine. qu’à Sainte Gemme hier. Je regrette de ne pas avoir emporté avec moi un appareil photo (les photos sont autorisées lorsque l’on n’utilise pas le flash). des salles récentes. de raconter la vie du Musée à travers les sous-sols : je pense à ce qu’à fait Achutti à la Bibliothèque nationale 328 . Pourquoi me suis-je habillé en quasi-hiver ? Le temps change beaucoup. féministe. 140 pages. Elle écrit dans son autobiographie : “ Dans notre monde saturé de malheurs.

Jean-Jacques a étudié l’archéologie : malheureusement. il y avait de la peinture à utiliser. souligne cette réalité des ombres. Le soleil se déplace plus vite ici qu’ailleurs : chez nous. La visite du Musée d’Angers me fait découvrir la richesse du patrimoine artistique de cette ville : ce sera une ressource pour mes prochains voyages. Mais aujourd’hui. relire Gusdorf. Il s’y connaît mieux que moi sur le plan technique. cela ne lui a pas donné un travail dans ce secteur. relire la bibliothèque de Charlotte. en attendant l’arrivée de Geneviève. Pour la préface à cette édition. le 11 juillet 2004. Mes voyages (professionnels) à Angers seront investi dans une dimension nouvelle. Coût de la rénovation du Musée d’Angers : 33 millions d’euros : une jolie somme. chez moi. (Donc elle l’a reconnu). je me suis demandé : “ Qu’est-ce qu’un musée ? ” Qui décide de donner à voir ? Car. Comment passe-t-on du copiage du modèle à son interprétation ? -Les 2 autoportraits de Matisse à l’Expo du Palais du Luxembourg sont significatifs de la purification progressive du trait. C’est vraiment elle. Je me suis lancé dans le portrait de Liz Claire : je l’ai installé devant la cheminée. notre professeur de dessin. Sainte Gemme. alors pour ne pas la laisser sécher sur la palette. Avant-hier. une idée pour justifier de donner tout cela en vrac au lecteur : l’idée de fragment. mais Lucette. Ce que je peins à Sainte Gemme. A moi aussi. il y en a 1100 en réserve ! Je n’ai pas noté qu’avec Jean-Jacques Valette. A Sainte Gemme. nous avions parlé peinture hier aprèsmidi. tout mon combat a été de reculer la butte derrière la maison. partie hier soir à Charleville. -Liz est réussie. Il a suivi des cours. disait un jour P. ne l'apprécie guère. si 400 toiles sont exposées. a dit Lucette. J’ai évoqué Hélène Moscos. Bonafoux. et Brigitte Simon aussi. “ La théorie des moments ” (9/7/2004).Sur la publication de mes journaux. Nom de mes nouvelles toiles : “ Liz Claire devant la cheminée ” (2/7/2004). On la retrouve bien dans sa posture psychotique. Rue d’Angleterre. Beaucoup de créateurs ont ce repli sur eux ! Dans la foulée de cette première couche. je me demande si ce n’est pas le regard qui ne se porte plus que sur l’essentiel. au collège : j’aimerais bien savoir si elle vit encore. je me suis remis à la peinture. 268 . Ce matin. Sybille et Helena. Les gens voient-ils vraiment le jeu de la lumière ? Une gouache faite à l’époque de la canicule m’avait permis de prendre conscience du problème : l’ombre change très vite . J’irai visiter l’exposition permanente David d’Angers. J’avais fait du feu dans la cheminée (il faisait 11°C à midi ce vendredi 9 juillet). je vois presque bouger l’ombre. à Angers. pour faire entrer de la lumière par la fenêtre de la cuisine : le jeu des ombres entre la lumière du Nord et celle du Sud correspond à mon grand œuvre. La théorie des moments : Odile me dit ce matin que cette toile lui plaît. les ouvertures des fenêtres sont plus petites qu’à Paris. avant de créer. Les photos des tableaux de ruines d’Angers sont à placer dans la maîtrise de Charlotte. celle dans laquelle elle se retrouve sûrement. je me suis mis à une autre sorte de création.

à travers son travail à la Comédie française. je me suis engagé à consacrer huit jours à Liz en septembre. dix heures durant. mais Lucette vient de rentrer. J’en suis à la troisième couche. J’ai entrepris ce travail. nous avons parlé. puis la littérature. c’est déjà très ressemblant. de notre projet de revue Attractions passionnelles. mais je suis dans une période de ma vie. tapé par Véro. rue Marcadet. que j’ai entrepris à son contact. j’ai passé la journée à peindre une toile de grand format. décédé quinze jours après de Luze. et je suis un peu fatigué de la journée de peinture d’aujourd’hui : j’ai envie d’écouter mon épouse me raconter Sainte-Gemme. enfin le travail de traduction qu’elle a entrepris de mon livre sur le journal… Aux dernières nouvelles. Sainte Gemme va devenir pour moi un lieu idéal de production : je vais y rapporter le grand chevalet. Mais la différence entre Maja et Liz d’un côté. Hier. Au moment où j’écris. On ne s’ennuie pas. 269 . où j’ai besoin de prendre du recul : je ne veux plus lancer de nouveaux chantiers. Il me reste quelques détails à travailler. pour pouvoir me lancer dans de grands tableaux . il y a eu le tango entre nous.Format : 55 x 38cm pour chacune. Ensuite. j’ai reçu Liz Claire : je ne lui ai pas dit que j’avais commencé une toile d’elle à Sainte-Gemme. je réfléchis à la meilleure façon de vivre d’ici le prochain semestre : je n’ai jamais vécu de telles vacances depuis des années. Maja écrit un roman… En parlant avec Liz. mais en même temps ayant un rapport avec l’art. Je reprendrai ce journal demain pour essayer de noter les idées de notre discussion d’hier. il y a une douzaine de jours. et K de l’autre. puis classé dans mes écrits posthumes. lorsqu’on est ensemble. Depuis 4 jours. puis une méditation de ma part sur Formes et mouvements. qu’elle a rencontré un jour à Paris. pour moi (71x 58 cm) : il s’agit du portrait de Gérard Althabe. mais qu’elles m’inscrivent ou me renforcent dans la production artistique : il aurait fallu tenter de donner une place à K dans cette histoire. 22 juillet 2004. j’en ai l’envie. car j’ai demain la visite de Frédéric Althabe. J’ai raconté à Liz la relation assez spéciale que j’ai eue à Maja. et objectivement. c’est le moins que je puisse dire ! Quelle place donner à Liz dans ma vie ? On pourrait faire beaucoup de choses ensemble. je me suis mis à la cuisine. Il faudrait que je reprenne ce que nous avons pu dire à ce propos. Elles ne sont en rien mes étudiantes : K serait plutôt à rapprocher de Catherine. Par contre. Je me suis un peu pressé entre la seconde et la troisième couche. pour lui traduire son livre en français. Aujourd’hui. je découvre que ces deux relations sont un peu particulières. qui avait beaucoup transformé ma vie aussi. où je veux repartir avec du matériel de peinture pour travailler sérieusement dans les mois qui viennent. sur le même tableau à partir d’une pose en djellaba qu’il avait prise chez moi. mais à un tout autre niveau. Au départ. Finalement. J’avais dessiné pour illustrer ce texte. Maja m’a fait découvrir le théâtre. Depuis que je sais que j'ai obtenu mon congé sabbatique. en 1985. Je ne tiens pas ce journal régulièrement. J’ai l’idée de peindre René Lourau. le fils de Gérard qui doit venir m’apporter des notes de son père pour le bouquin que j’écrivais avec lui. Je lui ai parlé de ces écrits assez intimes. elle a repris l’avion pour New York. c’est que les deux premières surviennent dans ma vie par un autre biais que la fac. mais cela me demanderait un gros effort de synthèse.

président. ce matin. Vrin. car je ne me rendais pas compte vraiment de ce qu’est la mort. les ancêtres deviennent des esprits protecteurs : j’ai réfléchi. c’est que je viens de sortir de l’adolescence. je me suis plongé dans la relecture de plusieurs articles du Dictionnaire des philosophes (PUF. c’est un musée de mes esprits protecteurs. a pris une grande force lors de ma participation à la soutenance de thèse de Madame Setsuko Kokubo Deguen 331 . Maurice Gruau). ont besoin d’exister. E. installée dans notre salle de séjour. Lire de la philosophie donne de l'allant. je sens que les tableaux de personnages ou de groupe. Je voudrais peindre assez de toiles. Pourtant. a été pour moi essentiel : il me semble que ma peinture a besoin d’être vue. On s’est promis une lettre par semaine. J’ai lu également de cet auteur le premier chapitre de L’Introduction aux arts du beau 330 . je ne lui ai posé aucune question sur elle . le matin… Je repense à Liz Claire : j’essaye de lui donner un statut dans ma transversalité. je crois que ce que je cherche à produire. si je parviens à faire ce que j’imagine.Quand Hélène et Yves sont arrivés vers 20 heures hier. j’ai l’impression d’être entré dans une autre période de ma vie : je ne peux plus mettre à demain des choses qui me tiennent à cœur. qui a la vocation Etienne Gilson L’Introduction aux arts du beau . Avec les disparitions d’Hubert de Luze. En me levant. 1984) dans lequel j'ai écrit l’article “ Gilson ”. car. Gérard Althabe et Joseph Gabel en moins d’un mois. Aujourd’hui. je voudrais aller faire agrandir quelques photos. Elle m’a seulement reproché de ne pas avoir répondu à ses mails. à l'université de Paris 7 . de sa mère : Pauline Hess. Cette notion. un échange avec Antoinette Hess. découvrant le tableau que j’ai peint de son père cet hiver. directeur. Vendredi 23 juillet. Analyse du traitement rituel de la mort au Japon au sein des familles et des collectivités locales. pour me faire un univers où je me sente bien. d’ici septembre. je m’en veux un peu. La mort de mes parents m’a effondré. Setsuko Kokubo Deguen. l’auteur montre comment. c’est bien lui !. Je voudrais aussi acheter des cadres pour travailler de façon systématique dans les jours qui viennent… J’écris un morceau de journal avant de m’occuper de la venue de Frédéric Althabe. -Je n’ai jamais aimé ce personnage. a dit Geneviève. avec assez de sérieux. j’ai été surpris : j’avais l’impression d’être au tout début de ma conversation avec Liz . Comme me l'écrivait le philosophe René Schérer. que je prendrais comme base de tableaux futurs. et que je me représente intérieurement : livres. Jury : Pascal Dibie. je veux tenter une toile à partir d’un dessin fait par Lucien Hess. Antoinette réagira. à cette thèse et à ses effets sur moi. "cela sera un choc terrible pour son fils ”. m’a-t-elle dit. La semaine passée. Dans cette thèse. par des gens qu’elle peut émouvoir. 331 330 270 . J’ai eu du mal à me sortir de cette expérience. 1998. Sainte-Gemme est un lieu. mais. Je réfléchis aux filles que j’ai aimées et qui m’ont aidé à m’accomplir : la différence entre avant et maintenant. Odile et Geneviève ne supportaient pas bien cette toile. dans les familles japonaises. Antoinette a trouvé ma toile très sévère : -Mais. d’abord par le regard critique de ceux qui ont connu les personnages. a-t-elle ajouté. toiles. (6 juillet 2004. Gilson est né en 1884 et mort en 1978 : il était donc nettement plus âgé qu’Henri Lefebvre. Lucette pense que je ne dois pas laisser ma toile de Gérard Althabe dans la salle de séjour. encore un peu floue lors de la visite de René Schérer. c’est une galerie d’esprits protecteurs. ce que je suis en train de faire. par ailleurs (dans un autre journal). Ainsi. que j’ai dans la tête. Remi Hess. Christine DeloryMomberger.

Je ne peux lui demander de poser. Mais à Mélissey. C’est Jenny Gabriel qui me pousse à peindre d’après modèle. que je donne alors priorité au sport ou à la danse. utile dans la vie collective. d’Abélard et Héloïse : eux aussi. Dominique a un rapport à la cuisine. elle a commenté mes idées dans sa thèse. mais pas trop. la relecture des carnets de ma mère en témoigne : elle était affolée que je ne révise pas mon bac. l’exclusion du quotidien par les philosophes. me semble être un événement qu’il faut commenter dans Attractions passionnelles. une rationalité. me demande-t-elle. faire des livres. Peut-on composer une photo ? Je vois déjà la toile dans la photo que je prends. seul ou avec des gens. Qu’est-ce qu’un livre ? Il faut construire un texte bref qui ne défende qu’une seule idée. quelle place leurs donner ? Nous parlons de la manière dont nous vivons nous-mêmes dans des lieux. Elle n’est pas contre le fait de voir Lance Amstrong monter l’Alpe d’Uez : elle ne savait pas ce qu’était le Tour de France. je parle de Saint Thomas d’Aquin. une revue. que j’ai l’impression que. je pervertis son innocence. 332 Liz Claire ayant été rendre visite à Lorenzo. qui ne plait pas à Liz : il y a une efficacité. Son choix de rentrer dans les ordres. Je vais lui envoyer. de refuser la femme que lui envoie son frère. et avoir des relations aux femmes ? Le vécu et le conçu d’Henri Lefebvre. etc. mes proches deviennent des ancêtres. elle en fasse un livre. et elle ne connaissait même pas le nom de Lance Amstrong. il faut en parler dans notre revue. Ils meurent : je vais me retrouver seul. je peux vivre avec le souvenir de ces ancêtres. En fait. mais il faudrait que. etc. On continue à parler tout en regardant les images. A Mélissey. Refus de continuer l’activisme. Publier son livre ? Il faudrait essayer chez Métailié. frappe à ma porte et me dit en gros : -J’ai lu tes travaux. J’ouvre la télévision. Liz m’a lu. -Qui est-ce ?. jeune femme de 30 ans. les garder pour d’autres publications. d’ici là. tous les jours. Dans la constitution de mon capital-gens 332 . Je parle à Liz. en Italie. Peut-on être philosophe. pourtant. Je comprends donc ce qu’elle veut dire. nos passions. Je lis sa vie dans le Dictionnaire des philosophes. de ces amis. 271 . Je peux vivre la solitude .d’accueillir ces toiles. Idiot ? Idée que je dois changer de place et réorganiser mon porte feuille relationnel : il faut donner un peu de place à des jeunes. etc. La question est cependant l’urgence : je vieillis . Je veux passer du temps avec toi. Mais laquelle ? Idée de l’aider à traduire sa thèse. qui me connaissent. j’ai beaucoup investi sur des plus vieux. Je veux être ton amie. Je n’imagine pas un modèle qui soit silencieux. A un moment de notre conversation. que j’ai fait réparer la chaudière et que l’on a de l’eau chaude à volonté. En même temps. la passion. ce n’est pas possible : je lui dis que je suis heureux d’avoir pu me laver à Sainte-Gemme. Je préfère avoir des relations avec des gens. a le droit le lire mon Journal de Levanto sur Le capitalgens (classé “ œuvre posthume ”). Quelle place donner à Liz ? Je lui ai dit que j’allais prendre la place de Gérard vis-àvis de moi. et qu’elle occuperait ma place. Liz me semble être un modèle idéal. Le sport ? Le tennis pour moi : ma victoire au Tournoi de Passy ! Grâce à Samuel ! Ai-je le droit d’avoir des relations avec mon neveu ? Il y a un tel fossé culturel entre nous. dès que je lui parle. Liz. Je n’en ai pas envie. Je dois lui faire une place dans ma vie. On parle aussi de la douche : Liz aime prendre une douche. et supprimer toutes les recherches parasites. mais une absence d’espace pour l’improvisation. On est bien : Liz s’installe à côté de moi sur le vieux canapé : -Puis-je faire une photo de toi ? -Oui. qui m’a caractérisé depuis mon adolescence .

je n’ai jamais de journal terminé. mais il fait plus de 60 pages. Il faudrait que j’aille manger. un signal et un symbole. Et en même temps. Idée d’aller fêter ma petite fille. elle attend un enfant. Il va falloir que j’aille me laver. Du coup. du fait qu’on y avait publié un “ article ” de 105 pages ! J’ai écouté René. parce que je ressens très fort sa présence en moi. Ainsi. Mais. une voiture qui ne dépasse pas les 110. j’inscris mon moment peinture à Sainte Gemme. On évoque Attractions Passionnelles. sauf dans le cas des 272 . Il est 10 h 40. et ma voiture est à la gare de Dormans : or. 8 septembre 2004. mais où j’installe tout doucement mon atelier. J’ai passé tout l’été à Sainte-Gemme où j’ai peu peint. il y a ceux que j’écris. montrer une certaine compétence. de m’emmener en voiture à Sainte Gemme. dans le premier numéro. dont j’ai écrit le premier sommaire hier à Paris : je l’ai envoyé aux personnes ayant la vocation d’y écrire. Faire poser quelqu’un demande qu'on puisse donner des gages. La peinture n’occupe pas tout mon univers mental. j’ai eu l’idée d’ouvrir ce journal. Or. en peignant Gérard. J’attends souvent qu’un carnet soit plein. on parle à bâtons rompus. on arrive à l’heure où François rentre de chez lui : nous n’avons pas pu casser la croûte ensemble aujourd’hui. elle a vécu beaucoup. j’ai découvert les Romantiques allemands : ils m’inspirent. j’ai une partie de mon journal sur un support directement utilisable et une autre partie dans des carnets. mais mes journaux ne sont jamais que des fragments. beaucoup de choses . j’ai mille choses à transporter en Champagne. Donc. Sous le parrainage de Kareen. Mardi 7 septembre 2004. concernant mon moment de l’art. au-delà même de la photo. Ce travail a débloqué pas mal de choses : j’avais décidé d’y placer des extraits de mon Journal d’un artiste. 13 h 30. en compagnie de Charlotte. pour y noter mon fort investissement ce matin sur le terrain de l’art : j’ai écrit un premier sommaire du n°1 d’Attractions passionnelles. à la réunion des IrrAIductibles a beaucoup insisté sur le fait que le numéro 4 de notre revue institutionnaliste était délirant. depuis. Lucette dit que je rends bien sa relation à elle-même : cela suppose de bien observer la personne. et. J’ai rapporté de Paris mon livre d’or “ Atelier ” : c’est un signe. Idée de publier un morceau de ce journal dans Attractions passionnelles. proposition de K. notre précédent maçon : elle est plus rapide. Avec Kareen.Jusqu’à maintenant. Il continue à faire des joints. Il y a ceux que je frappe moi-même directement sur mon ordinateur . je regardais l’étape du Tour : faire un va et vient continuel entre l’écran et la toile permet de garder une distance : avoir un débat scientifique avec quelqu’un que l’on peint rend certainement la discussion supportable. Revoir Kareen est une vraie fête pour moi : nous nous sommes quittés le 10 juin 2004. Hier. Cette remarque m’a décidé à créer un nouveau livre : Le Journal des moments. comme aujourd’hui sur un carnet. Je suis rentré en train. vendredi dernier. car il expliquait que de tels textes devaient être édités sous formes de livres. j'ai peint d’après photo : cela évite de bloquer quelqu’un pendant des heures. Sa technique est différente de celle de Pierre. Je continuerai ma méditation sur Liz un peu plus tard. Par contre. (Anniversaire de Nolwenn). Nous partons vers 11 heures dans sa Panda. Je tâtonnais depuis des mois autour de ce projet. C’est pareil pour mon portrait de Gérard : je le fais maintenant. Liz Claire arrive à Paris aujourd’hui. Dans mon portrait de Liz. pour le donner à taper. René Schérer.

il n’y a pas de fond : or. Dans mon atelier : un 333 Edward Weston. Edward Weston) me poussent à me construire un pan “ bibliothèque ” dans mon atelier. Liz m’a apporté en même temps que ce livre de photos. à Antoinette Bornizet. Il s’agit du Edward Weston 333 . il tend vers la forme définitive. Je vais rapporter mes livres d’art de Paris : ils sont actuellement dans mon bureau. elle arrivera demain : il est 20 heures 15. je montre à Kareen ma toile de Gérard Althabe . Il y a donc une unité. même si cela n’est pas encore achevé. Donc. Liz est à Sainte Gemme. ce matin. en banlieue.journaux de voyage dans lequel du début à la fin. Photographies. sans jardin. les animateurs de la revue Athénaum (1799-1802). elle aura un espace pour peindre… J’ai présenté Kareen à François. De plus. qu’elle me restitue. François n’est toujours pas arrivé. Peut-être tente-t-elle de m’appeler au téléphone. dans cette précieuse lecture. J’attends l’arrivée de Liz à la Gare de Dormans : Et elle n’est pas à l’heure. photographe américain (1886-1958) est aussi un diariste. Si l’homme meurt avant d’avoir épuisé toutes ses virtualités. Le paysage portera le personnage. en lui disant qu’elle était loin d’être terminée : le portrait proprement dit n’a pas encore de lunettes. une cohérence d’ensemble que je ne parviens pas à trouver dans les autres “ moments ”. 273 . juste après mon retour ici. un germe. Faire exister une pièce. Elle dort. Paris. J’ai laissé en plan Paul Klee. entre le portrait et son contexte. Hier. et : Journal mexicain. Kareen m’a offert le Journal de Klee. Et l’on passe à autre chose. débarquer avec une jeune femme semble vraiment bizarre : que diront-ils. la traduction du Journal mexicain (1923-26). Le Seuil. Au village. 1995. Son train existe-t-il ? Ne s’est-elle pas trompée d’horaire ? Dans ce cas. je lui avais parlé de cette toile. la personne d’Althabe doit être installée dans un contexte. Kareen apprécie le tableau : elle le juge “ quasiment ” fini : -Vous avez fait d’énormes progrès. Le fragment peut être repris : c’est une idée forte. Tout à l’heure. Taschen. en donnant une transversalité à l’espace. Je vais rentrer : je continuerai à écrire à Sainte Gemme. 10 h. l’œuvre aussi : l’œuvre est un processus. Klee. Dois-je rentrer chez moi ? Dilemme. Bon. Edward Weston. qui se construisent sur une plus longue durée. Elle va emménager dans une maison de 70 m2 habitables. L’inachèvement est au cœur de l’expérience humaine. pour dévorer un livre offert hier soir par Liz. j’écris dans un carnet. assis dans ma voiture. à placer dans une bibliothèque d’art (Dali. Avant de commenter ces lectures. Ils font l’éloge du fragment : le fragment a une unité . le traducteur. me dit-elle. Il y aura un jeu. et elle disait arriver à 20 heures. Mercredi 9 septembre. dans un paysage. J’ai réussi à trouver une solution technique à ce problème en lisant les Romantiques d’Iéna. Elle est arrivée à Dormans. avec une bonne préface de Gilles Mora. Nadine qui la connaît déjà entend les commentaires de François sur Kareen. je veux dire que mes visiteuses d’hier en m’apportant 4 livres. un lien : c’est construire le dispositif. J’ai été la rechercher. s’ils voient arriver Liz Claire demain ? J’écris maintenant. dans des recueils et des supports de nature différente. Je me suis plongé.

11 h. nouveau climat de la pièce : il faut que je parvienne à distinguer les concepts de moment. parfois. on y buvait . mais certaines pièces peuvent voir se superposer plusieurs moments. 274 . permet de renforcer la dimension lieu d’écriture du bureau. Je veux noter qu’hier. cette socialité particulière entre 1750 et 1850. était une institution transversale . en attendant Lapassade). Sainte Gemme. R. On explore la notion de Salon comme espace. J’en suis à la page 61. avec Liz et Christine. Liz Claire travaille. et une virée chez Anthropos pour porter un manuscrit de Christine. c’était le lieu d’élaboration de livres. Liz voulait travailler sur la période 1780-1820. La fonction stockage et archive sera exclusivement à Sainte Gemme. fonction.meuble pour ranger les toiles. le 12 septembre 2004. le travail. J’ai avancé Le Journal mexicain de Edward Weston. depuis 8 mois. on y mangeait. Une maison. le mercredi 15 septembre 2004. il faut explorer la France. d’œuvres diverses. Mes lectures me font me représenter. l’Angleterre. Sainte Gemme. l’Autriche. Au départ. mais il serait intéressant d’élargir : sur le plan géographique. Est-ce bien le peintre préféré de Charlotte ? Je vais aller taper le programme (38 numéros) d’édition d’Attractions passionnelles. 9 h 30 (MGEN). mais il me faut aussi y rassembler mes photos destinées à être reprises dans des toiles… En arrivant à Sainte Gemme. C’est un bon sujet pour développer l’anthropologie de l’éducation informelle. assez bien. Après l’attente de mes résultats d’examens. l’Allemagne. Vide ? Non. Les livres parisiens formeront une bibliothèque vivante. histoire de l’imprimer et de pouvoir travailler dessus à midi. Je lis le catalogue de l’exposition Füssli (1741-1825) : la peinture m’intéresse. etc. de romans. comme moment de formation : le salon. me voici de retour : je vais préparer le repas pour Hélène qui me rend visite à midi. mon bureau était en même temps quelque chose comme un atelier : le déplacement de l’atelier sur Sainte-Gemme. un appartement permettent a priori de s’inscrire dans certains moments : le repos. j’ai été frappé par le rangement opéré dans la salle aux archives : Charlotte a remporté tous les livres. le repas. on pouvait y danser . Mardi 14 septembre. dispositif. La création de l’espace bibliothèque de Sainte Gemme permettra le transport de caisses de livres de Paris vers Sainte Gemme : les livres qui resteront à Paris seront des livres choisis. l’Italie. qu’elle avait étalé durant plusieurs semaines. 9 h. climat : je crois que ma théorie des moments avance par le concret de l’aménagement et du ménagement de l’espace. Lourau était un grand lecteur de journaux : je le deviens. on y écoutait vers et musique . (dans le métro). 11 heures. tenue par une dame. (salle des archives. nous avons réfléchi sur un sujet de thèse pour Liz. A Paris. un autre pour le matériel de peinture.

p. depuis cet été. Paris. ma fille. de l’œuvre. Il me faut acquérir un exemplaire de ce catalogue (de l’expo décembre 2003-mai 2004)… Il me faut revisiter le Musée des Beaux-Arts qu’évoque Roger Vailland. in Le regard froid. à Attractions passionnelles. Hier soir. J’ai essayé de lire le Journal de Klee : j’ai terminé le premier journal. Reims. Attractions passionnelles aura une filiation à mettre à jour avec le Grand Jeu. (en partant pour Saint Denis). Chez ma sœur Odile. Lefebvre. Ce texte est programmatique pour moi : beaucoup d’idées qui y sont analysées ont eu une postérité chez H. Les poètes du Grand Jeu. du mot esprit. au cours de son séjour chez nous. Mémé et Liz sont encore couchées. c’est tout un 335 ”. 336. 1963 . donc réussi. visite de la pratique de tango de Charlotte . pour méditer sur les premières expériences des “ simplistes ” : “ Nous commençâmes à nous entraîner au Musée municipal. etc. il me faut trouver quelque chose. le 20 septembre 2004. entre 1920 et 1925…. à descendre des pierres . Les idées défendues ne me sont plus étrangères. où il 334 Grand Jeu et surréalisme. Il faudrait que j’en recopie des passages entiers dans différents journaux : beaucoup de choses sur l’instant (“ instant éternel ”) à confronter au moment. Cette lecture pose la question de l’esthétique. L