Remi HESS

Henri Lefebvre, une pensée du possible
Théorie des moments et construction de la personne

2008

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Sommaire Remerciements Préface : Sociologie et histoire, par Gabriele Weigand Introduction

PREMIERE PARTIE : SUR LE MOMENT
Chapitre 1 : Des moments et du temps, selon Jacques Ardoino Chapitre 2. Le moment : une singularisation anthropologique du sujet Chapitre 3 : La dynamique du moment, concept de la logique dialectique Chapitre 4 : Lectures de l'histoire Chapitre 5 : Le bon moment Interlude 1 : L'année Lefebvre

DEUXIEME PARTIE : LA THEORIE DES MOMENTS DANS L’ŒUVRE D'H. LEFEBVRE
Prélude à la seconde partie : Henri Lefebvre, une vie bien remplie Chapitre 6 D'une philosophie de la conscience à l'expérience de l'exclusion Chapitre 7 : La somme et le reste Chapitre 8 : La critique de la vie quotidienne Chapitre 9 : Le moment de l'œuvre et l'activité créatrice Chapitre 10 : Les moments de l'amour et de la pensée Interlude 2 : Journal du non -moment

TROISIEME PARTIE : CONSTRUIRE LES MOMENTS PAR L'ECRITURE DU JOURNAL
Chapitre 11 : Moment du journal et journal des moments Chapitre 12 : L'entrée dans un moment : Le journal d'un artiste Chapitre 13 : La conception : le moment conçu Bibliographie

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Remerciements
De nombreuses personnes m'ont aidé dans ma recherche sur la théorie des moments. Tout d'abord, Henri Lefebvre (1901-1991) lui-même, qui a su me former à la pensée critique. Il a dirigé ma première thèse (1973) et m'a encouragé à le suivre dans la construction de cette théorie des moments. Ensuite, René Lourau (1933-2000) a rêvé d'écrire ce livre avec moi. Cette coopération ne s'est pas concrétisée, mais durant quinze ans, R. Lourau, qui avait dirigé ma thèse d'état, a suivi l'avancée de cette recherche. Michel Trebitsch, décédé durant l'hiver 2003-2004, m'a aidé sur quelques points décisifs. Ensuite, je dois remercier : Georges Lapassade (Paris 8), qui, par son opposition à cette théorie, m'a contraint à l'affirmer sans cesse davantage. Lucette Colin (Experice, psychanalyse) m'a aidé pour la rédaction du chapitre sur le "bon moment". Ce livre lui doit encore beaucoup, dans la mesure où elle en a suivi les mouvements. G. Weigand (Würzburg/Karlsruhe), a suivi l'écriture de ce livre depuis vingt ans. Ses recherches sur l'horizon des mots, et le moment de la personne (1983-2004) lui permettent, mieux que tout autre, d'entrer dans mon rapport au monde. Christophe Wulf (Institut d'anthropologie historique, Berlin) m'a fait prendre conscience de l'importance de la pensée d'H. Lefebvre pour penser l'anthropologie historique. Christine Delory-Momberger (Experice, Paris 13) m'a fait entrer dans le monde des histoires de vie ; Jean-Louis Le Grand m'a invité à exposer mes idées dans son séminaire ; Liz Claire a organisé à la New York University une conférence décisive, où je fus invité à parler et à discuter avec des collègues américains. René Barbier me soutient intellectuellement depuis 1994. Jacques Ardoino m'a apporté ses questions sur la relation "moment et temps". Véronique Dupont et Bernadette Bellagnech m'ont secondé dans la dimension technique de la production de ce livre. Leur travail de secrétariat s'est toujours doublé d'une entrée dans la discussion de ma problématique. Sophie Amar, Benyounès et Kareen Illiade m'ont aidé dans l'organisation de nos colloques H. Lefebvre, de Paris 8. Ces rencontres aidèrent à clarifier beaucoup de choses. Armand Ajzenberg, Arnaud Spire, et tous les camarades d'Espace-Marx et de la Fondation Gabriel Péri m'ont souvent invité à présenter l'avancée de mes travaux. Ils m'ont associé à leurs propres recherches. Jenny Gabriel a été une interlocutrice essentielle à la fin de cette recherche, puisque sa thèse s'est inscrite au cœur de mon chantier. Le livre qu'elle tire de cette thèse, sera un "moment" de cette recherche qui nous lie. Alcira Bixio (Argentine), Sergio Borba (Brésil), Liz Claire (Etats-Unis), Zhen Hui Hui (Chine), Maja Nemere (Allemagne), Vito d'Armento et Fulvio Palesa (Italie) et Elena Theodoropoulou (Grèce), mes fidèles traducteurs, m'ont aussi apporté leur soutien en m'encourageant à terminer ce livre, me promettant de faire connaître la théorie des moments dans leurs pays. Je remercie tout particulièrement Benyounès Bellagnech, qui m’a accompagné depuis 1999 sur le terrain de l’articulation entre la théorie des moments et la pratique du journal. La parution de son livre Dialectique et pédagogie du possible (2 vol., 830 p.), en février 2008, est un complément de ce travail.

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Préface Sociologie et histoire
par G. Weigand La théorie des moments s'inscrit dans le moment lefebvrien de Remi Hess. L'ouvrage Henri Lefebvre et la pensée du possible montre comment H. Lefebvre indique une voie pour se tourner vers le possible, que cette voie est actuelle, et qu'en prolongeant H. Lefebvre, Remi Hess propose une théorie de l'espérance qui nous engage à regarder l'horizon, plutôt que de rester tournés vers le passé ou engloutis dans un présent sans perspective. Ce livre est aussi, pour nous, le premier moment d'un programme plus vaste, la confrontation théorique et pratique de deux postures, de deux identités épistémiques, que nous voudrions articuler du point de vue de l'anthropologie philosophique : la sociologie et l'histoire. Ce fut le projet théorique de H. Lefebvre. Une recherche lefebvrienne Au moment où je préparais ma thèse sur La pédagogie institutionnelle en France, à 1 l'université de Wurzburg , j'ai découvert l'oeuvre de R. Hess, à côté de celles de H. Lefebvre, G. Lapassade, M. Lobrot, R. Lourau. Dès 1979, j'ai donc lu les quatre premiers livres de R. Hess. A partir de 1985, nous avons été conduits à travailler ensemble, tant sur le terrain de la 2 recherche-action éducative et interculturelle , que dans un effort commun de publications en 3 Allemagne ou en France sur l'analyse institutionnelle . Je puis donc témoigner ici de la fidélité de R. Hess à la théorie des moments. La théorie des moments est une perspective de recherche que R. Hess doit à sa rencontre avec la personne, et avec l’œuvre d’Henri Lefebvre (1901-1991). La pensée de H. Lefebvre fait vivre R. Hess depuis 1967, année où il a rencontré ce philosophe pour la première fois, dans l'amphi B de l'université de Nanterre où H. Lefebvre assurait le cours d'introduction à la sociologie, pour les étudiants de première année de philosophie, sociologie et psychologie. À cette époque, R. Hess était étudiant, un étudiant d'H. Lefebvre, parmi beaucoup d’autres. Et il découvrait ses livres au rythme où H. Lefebvre les publiait (entre 2 et 4 par an à l’époque). Et, en même temps, il arrivait à R. Hess de découvrir un ouvrage antérieur qu'il s'empressait de lire. À cette époque, R. Hess avait 20 ans et H. Lefebvre en avait 67 ! Le philosophe avait déjà publié plus de 30 livres… Dans le même département de sociologie de Nanterre où enseignait H. Lefebvre, se trouvaient plusieurs personnages dont R. Hess suivait aussi les enseignements, et qui jouèrent un rôle important dans sa formation : Jean Baudrillard (né en 1929), René Lourau (1933-2000)… Tout doucement, Henri Lefebvre est devenu le maître de R. Hess ; il a été son directeur de thèse de sociologie (Nanterre, 1973). En 1978, R. Hess publie Centre et périphérie qui s’inspire fortement de De l’État de H. Lefebvre. Régulièrement depuis 1980, en alternance avec des phases où il développait la
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Gabriele Weigand, Erziehung trotz Institutionen ? Die pédagogie institutionnelle in Frankreich, Wurzburg, Königshausen + Neumann, 1983, 207 pages. 2 Dans le cadre de programmes financés par L'Office franco-allemand pour la Jeunesse. 3 Parmi la vingtaine de productions communes : Institutionnelle analyse, Francfort, Athenaum, 1988 ; La relation pédagogique, Paris, Armand Colin, 1994, Cours d'analyse institutionnelle (Cours de la licence en ligne, Paris 8, 2005). 4 H. Lefebvre, De l’État, 4 volumes, 10/18, 1976-77. Le volume 4 est dédié à R. Hess et R. Lourau.

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sociologie d'intervention, l'analyse institutionnelle, l'exploration interculturelle, la pédagogie, les sciences de l'éducation, l'histoire des danses sociales, R. Hess est passé par des périodes où il s'est replongé dans l'œuvre de H. Lefebvre. Au départ, il s’agissait souvent pour lui d’écrire des articles qui lui étaient demandés, en tant que proche de H. Lefebvre. Ainsi, il est l'auteur 5 de la notice Henri Lefebvre, dans le Dictionnaire des philosophes . En 1988, R. Hess publie le premier livre français consacré au philosophe : Henri Lefebvre et l’aventure du siècle. Ses recherches sur la vie et l’œuvre de H. Lefebvre le conduisent alors à découvrir plusieurs ouvrages virtuels que son maître auraient pu écrire, en reprenant des thèmes récurrents dans son itinéraire, mais pas suffisamment dégagés ou autonomisés (la théorie des moments, la méthode régressive progressive, la théorie des résidus, la théorie des possibles...). Si leur différence d’âge n’avait pas été si grande (47 ans), si son statut d’éditeur d'aujourd’hui, R. Hess l’avait eu 25 ans plus tôt, il est probable qu'il aurait commandé à H. Lefebvre ces ouvrages, mais le maître est mort sans qu’il ait été possible de lui proposer ces synthèses. Aussi, après la mort de H. Lefebvre, R. Hess s'est décidé à donner plus d'importance à son moment lefebvrien, pour se consacrer à cette recherche. Ce moment de travail l’a d’ailleurs stimulé à approfondir sa connaissance de l’œuvre de son maître. Ainsi, dans les années 2000-2002, au moment du centenaire de H. Lefebvre, il a 6 accentué son effort d'édition de la partie introuvable de l'œuvre . Editer un auteur suppose qu’on le lise et relise, et ce d’autant plus qu’on souhaite introduire les ouvrages, les enrichir de notes, d’index. Tout ce travail, parfois fastidieux, conduit à des découvertes, à des perceptions nouvelles de l’œuvre. Pour écrire une préface, on s’intéresse à des auteurs contemporains de l’œuvre que l’on redécouvre. Cela permet la construction de liens, la mise au jour de contradictions. Pour élargir son moment lefebvrien, R. Hess a organisé deux colloques internationaux. Le premier eut lieu à la fin juin 2001, à l'occasion du centenaire de la naissance d'H. Lefebvre ; à cette occasion, R. Hess a mis sur pied cinq jours de rencontre à Paris 8. Cent cinquante personnes participèrent à ces journées. Le 8 décembre 2005, il a encore organisé un colloque, en collaboration avec Espace-Marx, sur "De la découverte du quotidien à l'invention de sa critique, autour de l'œuvre d'H. Lefebvre". Là encore deux cents personnes participèrent ! Ces colloques rencontrèrent un vrai succès, au sens où ils mirent en présence de vieux Lefebvriens, des militants, et des étudiants découvrant l'œuvre d'H. Lefebvre. Ces rencontres furent des moments d'intensité, par rapport à la perspective de durée de l'implication de recherche que je tente de décrire. R. Hess n'hésite pas à voyager pour diffuser la pensée d'H. Lefebvre, ainsi en septembre 2006, il participait à une rencontre sur H. Lefebvre à Rio Grande (Brésil).
R. Hess, "H. Lefebvre", in Dictionnaire des philosophes, sous la direction de Denis Huisman, Paris, PUF, 1984, pp. 1542-1546. 6 Liste des livres d'H. Lefebvre édités dans des collections dirigées par R. Hess (la plupart du temps, ces livres font l’objet de préfaces, présentations, postfaces de sa part) : (1988), 2° éd. de : Le nationalisme contre les nations, Méridiens-Klincksieck, coll. “ Analyse institutionnelle ”. (1989), 3° éd. de La somme et le reste, Méridiens-Klincksieck, coll. “ Analyse institutionnelle ”. (2000), 4° éd. de La production de l’espace, Paris, Anthropos, précédé de “ Henri Lefebvre et la pensée de l’espace ”, avant-propos à la quatrième édition de p. V à XXVIII. (2000), Seconde édition d’Espace et politique, Paris, Anthropos, précédé de “ Henri Lefebvre et l’urbain ”, préface, p. 1 à 6. (2001), 3° édition de Du rural à l’urbain, Paris, Anthropos, présentation de la p. V à XXVI. (2001), Seconde édition de L’existentialisme, Paris, Anthropos, précédé de “ Henri Lefebvre philosophe ”, préface, p. VI à XLVIII. (2001), 2° édition de La fin de l’histoire, Paris, Anthropos, précédé de Note de l’éditeur. (2001), Seconde édition du Rabelais, Paris, Anthropos, précédé d’une préface. (2001), Contribution à l’esthétique, 2° édition, Paris, Anthropos, précédé de “ Henri Lefebvre et l’activité créatrice ”, pp. V à LXXIII. (2002), Méthodologie des sciences, inédit de H. Lefebvre, Paris, Anthropos. précédé de “ Henri Lefebvre et le projet avorté du Traité de matérialisme dialectique ”. (2002), 3° éd. de La survie du capitalisme, la reproduction des rapports de production, Paris, Anthropos, suivi de “ La place d’Henri Lefebvre dans le collège invisible, d’une critique des superstructures à l’analyse institutionnelle ”, postface. D'autres livres sont en préparation, notamment une réédition de La somme et le reste.
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Parmi les chantiers théoriques de R. Hess développés ainsi à partir de l’œuvre d’H. Lefebvre, je voudrais en signaler trois. L’un est consacré à la théorie des résidus qu’H. Lefebvre a fortement développé dans Métaphilosophie. Pour H. Lefebvre, la philosophie vise le systématique, mais faire système a un coût : écarter des résidus. Par exemple, le philosophe a tendance à prendre ses distances par rapport au quotidien. Or, ce résidu est précieux. Le résidu peut devenir un irréductible. On peut partir de lui pour critiquer le système. Sur ce terrain, avec ses étudiants, R. Hess a créé 7 une revue : Les irrAIductibles qui se donne pour objet de repérer et de fédérer les résidus du monde actuel pour en faire des irréductibles. Un autre chantier concerne la méthode de H. Lefebvre : la démarche régressive progressive qui a eu un certain écho, puisque Sartre l’a reprise, et développée dans Questions de méthode, dans La critique de la raison dialectique, puis dans son Flaubert… Je travaille avec R. Hess à la rédaction d’un ouvrage de méthode, que H. Lefebvre a probablement eu envie d’écrire, si l’on en juge par son projet de Traité de matérialisme historique qui n’eut que deux volumes : le premier étant publié de son vivant et l’autre, bien qu’écrit en 1947, ne 8 fut édité que de manière posthume . Une autre synthèse était indispensable. R. Hess s'y consacre depuis 1988. Elle concerne la théorie des moments. Le thème est présent dans l’œuvre de H. Lefebvre comme titre de chapitres, mais la problématique des moments est très présente (on pourrait dire : omniprésente), dans l’ensemble de l’œuvre de H. Lefebvre, de 1924 jusqu’à ses derniers écrits philosophiques (Philosophie de la conscience, La somme et le reste, La critique de la vie quotidienne, La présence et l’absence, Qu’est-ce que penser ?). Cette théorie est construite en 1924, solidifiée en 1959, présente en 1962, toujours vivante en 1980… Bref, le terme de moment est constamment présent dans l’œuvre d'H. Lefebvre. Il y est élaboré sur le plan théorique et longuement développé à plusieurs reprises. H. Lefebvre n’est pas le premier à s’intéresser à ce concept de moment. Hegel lui donne une place importante dans son œuvre. Dans la pensée philosophique allemande, cette conceptualisation est d'ailleurs constamment présente, même si R. Hess montre qu'elle reste 9 implicite . Chez Hegel, le concept a d’ailleurs plusieurs significations. R. Hess a trouvé un emploi complexe de ce terme chez les auteurs contemporains de Hegel, par exemple dans Les écrits pédagogiques de Schleiermacher (1826), mais en même temps, à cette époque, la théorie des moments, bien que présente, n’est pas dégagée. En droit, être l’inventeur d’un trésor, c’est le trouver ou, en philosophie, le retrouver, et lui donner de nouvelles dimensions. Dans ce sens, on peut dire que H. Lefebvre a trouvé ce terme, qu’il a rêvé à plusieurs reprises d’en faire un concept. Il l’a préféré à beaucoup d’autres pour penser la complexité des objets du social, qu’il s’était donné : le quotidien, la philosophie, l’urbain, la présence et l'absence, etc. Il me semble qu’il en a fait un bon usage. C’est la perspective que R. Hess dégage ici, même s'il élargit sa recherche aux questions actuelles qui sont les nôtres aujourd’hui. R. Hess est fidèle à la pensée de H. Lefebvre, dans
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Crée en 2002 (après le vote Le Pen), les irrAIductibles ont déjà publié 10 numéros, représentant 4000 pages. H. Lefebvre, Méthodologie des sciences, précédé de "H. Lefebvre et le projet avorté du Traité de matérialisme dialectique", par R. Hess, Paris, Anthropos, 2002, XXVI + 228 p. 9 R. Hess me faisait remarquer que mon livre Schule der Person, Zur anthropologischen Grundlegung einer Theorie der Schule, (Wurzburg, Ergon, 2004, 430 p.) était une illustration de la théorie des moments historiques et philosophiques. J'y dégage les grands moments de la pédagogie de la personne, depuis l'époque de Charlemagne.

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plusieurs chapitres où il restitue l'apport du maître. Sans vouloir faire de plagiat, il cherche alors à coller à ses mots. Dans d'autres chapitres, R. Hess explore le concept avant H. Lefebvre (Hegel, Schleiermacher). Ce travail éclaire un contexte philosophique que H. Lefebvre s'est approprié, et qui modifie forcément la première théorie des moments, celle de 1924, qui ignorait Hegel, Marx, etc. Enfin, R. Hess se réfère à des concepts produits par G. Lapassade, R. Lourau, F. Guattari, tels que dissociation, transduction, transversalité que H. Lefebvre 10 n’emploie pas ou peu . En 1994, il est apparu à R. Hess que le concept de "moment", très vivant dans l’œuvre de H. Lefebvre avait plus de force que celui de situation qui dominait les débats intellectuels, auxquels il participait alors. Avec lui, je me lançais dans la rédaction d’un ouvrage sur Situations et moments, mais une mauvaise manipulation d’ordinateur engendra la destruction de notre texte. Les quelques morceaux qui survécurent furent recyclés dans La relation pédagogique que je terminais avec R. Hess. Nous fûmes assez malheureux de cette mésaventure, mais nous n'avons pas abandonné ce projet. En 1996, R. Hess inscrivait ce projet de La théorie des moments, à côté de celui de La méthode régressive progressive, parmi les premiers titres à produire dans la collection "Ethnosociologie" qu'il lancait. Ces livres sont toujours en chantier. Bien que ce discours sur les moments commence à se faire connaître, notamment par la transmission orale (les cours de R. Hess font un emploi permanent de ce terme, il a dirigé des thèses illustrant ce concept), cette théorie des moments restait à l'état de projet, de perspective. Car, même si R. Hess a 11 utilisé ce terme dans certains de ses titres d'ouvrages , il existe une différence entre les écrits analytiques (illustratifs d’un point de vue) comme les journaux, la correspondance (essentiels pour les Institutionnalistes), etc. et les écrits synthétiques ou théoriques. Dans les années 1996-2004, R. Hess a donné priorité aux textes biographiques, car il tentait une synthèse sur les méthodes biographiques, et il ne voulait pas écrire sur la technique du journal, par exemple, sans pratiquer cette forme d’enquête… Cette forte implication dans ce projet diariste ou autobiographique l’a obligé à remettre le moment théorique à plus tard… Dans la biographie d’un auteur, d’un chercheur, il est parfois des thèmes qui sont présents constamment, mais qui ne parviennent pas à s'expliciter de manière synthétique. Ces termes deviennent alors obsessionnels. Henri Lefebvre lui-même, bloqué pour des raisons techniques (il ne frappait pas ses textes lui-même), a réécrit plusieurs versions de livres qui lui tenaient particulièrement à cœur, à la fin de sa vie, sur la rythmanalyse, le secret, etc. Lorsque nous travaillons à une construction théorique, nous tentons de clarifier des aspects confus de la problématique, de surmonter des contradictions internes, de résoudre des conflits entre plusieurs sens possibles d’un mot qui peuvent entraîner des emplois contradictoires ; nous tentons de résoudre des objections qui peuvent être soulevées, etc. Nous construisons une cohérence plus grande ; bref, le travail théorique formalise. On donne à lire un texte écrit de manière plus élaborée, et cette élaboration nous permet d’aller plus loin, de regarder l’horizon réflexif autrement. Au moment où il se lance dans l’écriture de ce livre, R. Hess a conscience qu’il y a un chemin à parcourir, un travail à accomplir pour faire passer la notion de moment au statut de concept. Il le fait en recensant tout d’abord les morceaux théoriques contenus dans l’œuvre de H. Lefebvre, en y articulant les emplois du terme. En
Concernant la transduction chez H. Lefebvre, voir R. Hess et G. Weigand, De la dissociation à l'autre logique, préface au Mythe de l'identité, éloge de la dissociation, de Patrick Boumard, Georges Lapassade, Michel Lobrot, Paris, Anthropos, 2006. 11 Remi Hess, Le moment tango, Paris, Anthropos, 1997, 320 pages ; R. Hess et Hubert de Luze, Le moment de la création, Paris, Anthropos, 2001, 358 pages ; Remi Hess, Produire son œuvre, le moment de la thèse, Paris, Téraèdre, 2003, etc.
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même temps, il tente une synthèse. Enfin, il tente d’appliquer la théorie à l’analyse d’objets actuels que H. Lefebvre n’a pas explorés. De ce point de vue, R. Hess entretient à H. Lefebvre le rapport que ce dernier voulait entretenir à K. Marx : reprendre sa méthode, pour porter plus loin la théorie et la pratique. La théorie des moments est un premier essai de formalisation. R. Hess a trouvé une forme qui articule les fragments d'une recherche, conduite depuis vingt ans. Il n'est pas inconcevable que cet ouvrage ait une suite, ou soit refondu par l'auteur à l'occasion d'une édition ultérieure.

Sociologie et histoire : un programme
La théorie des moments est le premier volume d'une série "Sociologie et histoire" que nous envisageons de produire ensemble, éventuellement avec l'aide d'autres collaborateurs. Nous travaillons, R. Hess et moi-même, certaines problématiques depuis 1985. Lors de nos premiers terrains communs, R. Hess, sociologue fortement influencé par G. Lapassade, avait une tendance à travailler sur "l'ici et maintenant". Il privilégiait la "structure" sur la genèse. Il avait un parti-pris pour l'ethnographie. Ma formation de philosophe et d'historienne me poussait à explorer l'horizon des mots. Ainsi, même lorsqu'ils employaient des mots identiques (pédagogie, éducation, famille, élève), les instituteurs allemands et français des rencontres de classes que nous observions, ne mettaient pas la même réalité derrière ces mots. Aussi, lors de ces terrains faits avec R. Hess, dans des échanges de classes franco-allemandes (nous avons passé 200 jours ensemble dans des écoles allemandes ou française entre 1985 et 12 1997 ), nous passions de longues heures à discuter nos perceptions des situations que nous étions censées observer. La propension sociologique ou anthropologique de R. Hess se ressent encore dans Le sens de l'histoire (2001). C'est lors de son séjour en Californie (Stanford et Berkeley) en 2005, que R. Hess a 13 tenu un journal "Suis-je un historien ?" où il réfléchit à son rapport à l'histoire . C'est dans ce contexte de recherche où il était invité par des historiens américains, qu'il prend conscience de la dimension historique de certaines de ses recherches (histoire de la danse, histoire de la famille, histoire de l'analyse institutionnelle, histoire de l'écriture diaire, forte implication dans le mouvement des histoires de vie). Il projette alors la concrétisation d'un chantier avec moi pour reprendre les questions que nous nous sommes posées depuis vingt ans. Ce chantier imaginé dès les années 1980, devient envisageable, car j'ai accédé en 2004 au statut de professeur d'université. Jusqu'alors, excepté 5 années où j'ai été maître de conférence à l'université de Würzburg (dans les années 1980), j'avais fait le choix d'être enseignante du secondaire. Cette position me semblait congruente avec mon domaine de recherche : les sciences de l'éducation. Dans cette discipline, trop d'universitaires ignorent la réalité du terrain. La relation entre théorie et pratique est, pour R. Hess et moi-même, une composante essentielle de notre paradigme de recherche. Cependant, il est un moment, dans une biographie, où la mise en forme des résultats de la recherche demande un investissement à plein temps. Quand je vois le travail réalisé par Henri Lefebvre en collaboration avec Norbert 14 Guterman , il me semble que R. Hess inscrit notre relation dans ce continuum. Histoire et Sociologie se fera donc en plusieurs volumes ; tout d'abord : La théorie des moments, La méthode régressive-progressive. Ces deux volumes correspondent à des urgences. Nous avons encore le projet de Théorie et pratique, (sur la pédagogie, sur la recherche-action, notamment), La construction de l’expérience, (à partir d'une relecture de Dilthey, on y explorera biographie, auto-biographie et histoire), L’horizon des mots, (sur
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R. Hess, G. Weigand, L'observation participante dans les situations interculturelles, Paris, Anthropos, 2006, 278 pages. 13 Remi Hess, Suis-je historien ?, colloques en Californie (16-26 mars 2005), 90 pages. 14 H. Lefebvre, La somme et le reste, pp. 45-46.

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personne n'a encore pris le temps d'inscrire l'analyse institutionnelle dans la théorie critique). ou en retard sur le possible. 1960. Lefebvre. Théorie des résidus. 15 multiplicité de parcours et de sens ". faisait à La somme et le reste. il souligne l'extrême perspicacité du rapport au temps de Gurvitch. un temps physique ou biologique. mais chaque temporalité en proie à la différence diffère d'elle-même. Pour ce sociologue. Cette problématique du rapport à l'histoire a opposé violemment H. Commencer notre chantier "histoire et sociologie" par la théorie des moments est un moyen de donner. comme pour H. Hess une certaine audace qui s'éloigne de la modestie que les Staliniens demandaient à H. les quarante années qui ont suivies son exclusion du Parti. Althusser. le contraire de l'esprit de parti ! C'est ainsi qu'il justifie l'exclusion de H. Lefebvre dans les années 1950. on peut dire que l'histoire a jugé le sociologue. typologies). Il existe des gens qui voient les ruptures temporelles ou structurelles. le grand mot magique découvert. L’écriture impliquée. osant mettre le philosophe en avant. d'entrée. Certains critiques penseront que notre programme est présomptueux. Continuum et rupture… On voit clairement l'inscription de ce programme dans le continuum lefebvrien. régularisé et freiné). Mieux encore : on pourrait montrer. Lefebvre décrivait son programme philosophique. scandé par des opérations et des actes distincts selon les niveaux. Lefebvre à L. La différence. effervescent. il n'y a donc pas seulement un temps social. Ce débat n'est donc pas clos. livre de 777 pages. un temps mental.. je dirai que le 16 reproche que Lucien Sève. le phénomène total (la totalité) relève du social et de la sociologie. comme celle de l'espace et par conséquent de l'espace-temps et/ou du temps-espace. notre réponse. le temps n'est jamais contemporain à soi-même. Lefebvre a réalisé le programme. n°7. Lefebvre. Il se moque de son emploi du futur : "Un linguiste s'amuserait à étudier dans les derniers chapitres de La somme et le reste. 2° éd. p. Lucien Sève se questionnait alors sur cette philosophie imaginative de H. 215. contrastées. mais toujours en avance vers le possible. Georges Gurvitch établit un lien dialectique entre l'histoire et la sociologie : une lutte dans l'unité. c'est la prétendue infécondité de 15 16 H.l’herméneutique depuis Schleiermacher). Ces livres ont été traduits en trente langues ! Quand on relit Lucien Sève. la subtilité des modes de l'affirmation verbale … Dans la nouvelle philosophie de H. "la théorie du temps devient différentielle. tel niveau dominant à tel moment (révolutionnaire. dans lequel H. La grande 17 formule. À l'histoire. Lefebvre fait de son rapport au marxisme. Penser le mondial. Ce n'est pas seulement que le temps et l'espace se différencient passivement (pour et devant la pensée). cependant. Je dois dire qu'il y a chez R. ou bien au contraire. au chantier que nous ouvrons. Lucien Sève. 222 pages. Le chercheur et son objet (sur l'implication). ne s'est pas justifié. d'autres qui reconnaissent plus volontiers les continuités. 9 . Il y voit un travers petitbourgeois. Durant ces années. Pour Gurvitch. c'est le programmatisme …". Ils se conçoivent et se perçoivent comme capacités de différer : temps et moments multiples – topies diversifiées. Lefebvre du Parti communiste ! Il pronostique la décrépitude du "renégat". s'inscrivant parfaitement dans le programme conçu dans La somme et le reste. La différence. Ainsi. dans La différence (1960) . Les essais de la Nouvelles Critique. on mesure mieux l'énergie qui se dégage de l'auto-évaluation que H. il a publié 40 livres. Théorie critique et analyse institutionnelle(dans le mouvement institutionnaliste. Chez Gurvitch. H. tiré de ce bilan et cette "critique" de 1959. Entre 1959 et 1989. Lefebvre. Mais pour sa défense. H. Lucien Sève écrivait : "Le prétexte de La somme et le reste. d'H. 17 L. Lefebvre. Dans La fin de l’histoire. la sociologie préférant les discontinuités et les établissant avec force ainsi que leurs conséquences (périodes. Sève. Lefebvre. Avec le recul. La fin de l'histoire. appartiennent les continuités dans le temps. une réponse. Lefebvre est sensible à l'approche du temps et des moments de Gurvitch. p. Le champ de la conscience (réflexion-action) se diversifie et devient effectivement un champ. 164. non de l'histoire et de l'historicité. on ne montre rien : on montrera.

R. La pratique du journal. dans laquelle se mêlent la question politique. telle est l'enjeu de la théorie des moments. Hess n'est pas seulement restitution. Dar El-Houda. Analyse institutionnelle et pédagogie. H. Parmi les apports plus spécifiques de R. C'est une médiation entre théorie et pratique. R. La passion pédagogique. Ain M’Lila. l'enquête au quotidien. Lefebvre ne laisse que peu d'informations sur ses pratiques de recueil de données. Il est aussi prospection. Lefebvre nous montre qu'il est possible de s'en dégager. 1998. H. Anthropos. 725. Paris. Quelle éducation pour l’homme total ? Remi Hess et la théorie des moments. Je m'y sens fortement impliquée ! Peut-être d'autres. fragments pour une nouvelle théorie. Lefebvre. R. c'est de donner un outil pour entrer dans cette critique. Algérie. Pour R. 2008. Je voudrais terminer cette présentation en disant que la publication du livre de Remi Hess s’inscrit dans un ensemble de textes et d’ouvrages qui s’inscrivent dans une perspective d’ensemble. lorsqu'il faisait du terrain. Paris. Anthropos. de la praxis. En 2007 a eu lieu un colloque sur l’œuvre de Remi Hess à l’occasion de son 60° anniversaire. La somme et le reste. en construisant ses moments ! La sortie de La théorie des moments est donc le premier jalon d'un programme en cours. La relation pédagogique. le monde est peuplé de dogmatismes. 21 Gabriele Weigand. 20 Gabriele Weigand. c’est aussi notre intérêt pour une analyse institutionnelle sur les lieux de nos pratiques 21 . préface de Mohamed Daoud. Lefebvre. 2007. on se construit en affirmant ses projets. par rapport à son maître H. mais aussi pratique. c’est une reconnaissance de la nécessité d’intervenir dans le camp social pour le transformer . Lefebvre. le fait qu’elle rassemblait des participants venant d’une vingtaine de pays. 22 Mohamed Daoud. 2007. On voit ainsi que. le travail de R. 239 p. L’homme total. 428 p. Remi Hess. Weigand. Ain M’Lila." L'histoire a jugé le sociologue. Hess. Quelle aurait été sa "fécondité" s'il était resté entravé par les dogmatiques ? Sa leçon est actuelle. Paris. 18 Gabriele Weigand Professeur d'université à Karlsruhe (Pädagogische Hochschule). Hess.la boue nauséeuse que constitueraient le marxisme dogmatique et le communisme stalinisé. Hess au niveau mondial. Hess. p. Anthropos. Par un juste retour des choses. Lefebvre l'idée qu'il faut affirmer haut et fort son projet identificatoire. Le thème de la rencontre. le soucis pédagogique 20 . je voudrais signaler les chapitres du présent livre sur le moment du journal et le journal des moments. nous nous permettons de mettre en question la fécondité de l'attitude à laquelle H. Hess partage avec H. H. Ce furent des dimensions essentielles de l'œuvre de H. Gabriele Weigand. La construction d'outils est un élément de la pratique. et les limites des disciplines académiques fragmentées les analyser. Oser jouer la singularité maximum. L'intérêt de l'apport de R. Hess. montre l’ancrage de la pensée de R. Lefebvre a eu raison de se dégager du stalinisme. en philosophie et histoire de l'éducation. H. il est bien le disciple d’Henri Lefebvre 22 . Hess. 19 18 10 . avec nous. Il s'inscrira dans un effort de comprendre les contradictions de l'époque d'aujourd'hui. Lefebvre aboutit. Dar Et-Houda. Hess conçoit le journal comme un outil ethno-sociologique qui permet de capter le quotidien pour 19 en faire la critique . Notre relation à Henri Lefebvre. et un effort constant pour développer une critique de la vie quotidienne. se reconnaîtront-ils dans ce programme ? Notre désir de confronter sociologie et histoire ne sera pas seulement théorique. De ce point de vue. 2007. Lefebvre. en n'hésitant pas à faire des pas de côté. Aujourd'hui encore. mais aussi son critique. R. G. La critique du quotidien a été posée philosophiquement par H.

Doyenne de la faculté de philosophie et pédagogie. Würzburg/Paris. le 25 février 2008. 11 .

26)". effort et jouissance. il nous propose l'homme. n'ont la moindre proportion avec ce que permettraient les techniques. C'est d'un abîme qu'il faut parler (p. on est incapable de produire des logements aux cloisons insonorisées ! Nous nous trouvons face à la loi d'inégal développement. désirs. les choses n'ont pas changé. Lefebvre montre que c'est dans le quotidien. La technocratie a toujours le "fétichisme de la cohérence. créer sans crier à la création. de la perfection technique. de la rigueur formelle. Il y a quarante ans. troubles. La pensée de H. "La totalité ? Dialectiquement parlant. Mais ces moments exigent d'une part une objectivation dans la réalité et dans la société . se discutent. "bien instauré dans le creux entre le passé folklorique et les virtualités de la technique (p. Lefebvre. 17)". ni les procédés d'utilisation. en finir avec l'humanité-fiction. joie et douleur. Et contre le cybernanthrope. est celle qui imagine un saut immédiat de la vie quotidienne dans la fête… Le combat pour s'inventer dans le sens du possible. Il écrit : "Par rapport aux possibilités. les plans. qu'il faut introduire l'exploration du possible. connaissance et repos. Dans cet ouvrage. il nous propose les "fragments d'un manifeste du Possible". dérèglements. dans Position : contre les technocrates. Lefebvre. des fonctions et des 12 . La confrontation des projets avec le "réel" (la pratique) exige la participation des intéressés". Comment un mouvement réel. Lefebvre. Utopie ? "Dès lors qu'il y a mouvement." L'utopie de gauche. se réinventer. pour H. se confrontent. ici et maintenant. il y a tous les moments : travail et jeu. passion." Alors que l'on envoie des fusées dans la lune. et peut-être selon certains dans la nature . "l'anthrope" : "L'anthrope devra savoir qu'il ne représente rien et qu'il prescrit une manière de vivre plus qu'une théorie philosophico-scientifique. ils attendent également une mise en forme qui les élucide et les propose. c'est s'affronter à la montée du cybernathrope. H. de la forme et de la structure (p. Lefebvre reste d'actualité. Et elle n'y est pas. 120. Lefebvre analyse ce combat que l'homme doit mener contre le développement de la technique pour elle-même. Dans tout acte. oublis. le décevoir et le surprendre.. Anthropos. qu'il y a un décalage. sur la voie qui mène au possible. H. il ne peut d'abord que valoriser ses imperfections : déséquilibre. social et politique ne proposerait-il pas. 3° éd. C'est dans le quotidien que les progrès de la technique doivent pénétrer. 15). ses représentations du possible et de l'impossible ? L'unité et le conflit dialectique du possible et de l'impossible font partie du mouvement réel. Dans la mesure même où les "révolutionnaires" ont condamné l'utopie. ironie. 265 Henri Lefebvre est le théoricien du "Possible". elle est là. Proche en ce sens. p. brouiller les pistes et les cartes du cybernanthrope. excès et défaut de conscience.Introduction : "Les propositions portant sur le possible s'examinent. Ni les matériaux. Du rural à l’urbain. Il sera toujours battu sur le plan de la logique. 54). technique pour la technique. s'inventer. Paris. H. ils ont avoué et entériné leur stagnation (p. lacunes. projets et programmes représentent à peu près ce qu'est un briquet par rapport au dispositif de mise à feu d'une fusée. la totalité est donc aussi lointaine : immédiateté vécue et horizon". On ne peut même pas affirmer qu'ils sont en retard. p. En quarante ans. Il devra perpétuellement inventer. il y a utopie. Critique de la vie quotidienne 2 (1961). H. Il le sait déjà. Pour vaincre et même engager la bataille.

des concepts qui fondent une activité. bien qu’il ait le mérite d’accéder à un niveau complexe de la vie. mais voudrait jouer un jeu différent de celui de la philosophie. dilemmes. Penser sa vie en termes de moments. nous voudrions montrer qu'un effort de l'individu est possible pour développer les germes qu'il porte en lui. dissociations. la théorie et la pratique sont dans un rapport d'interaction. il sera le flot. pour transformer en ressource ce que l'homme d'aujourd'hui vit comme dispersion. l'élément qui ronge et qui recouvre. Cette recherche relève donc quelque part de la philosophie. l'Athenaum. conçu et perçu. la complexité caractéristique du vécu humain. 13 . fragmentation. Il vise à trouver une perspective de dépassement des contradictions. 23 visant à décrire et à expliquer un ensemble de faits . Autour des rocs de l'équilibre. celle du XIX° siècle. tourmentent la personne. Alors que la société moderne. la post-modernité fait le constat d'une dissociation du sujet. Cherchant à construire une forme de présence articulant vécu. p. différents de la société post-moderne. implique une mise en pratique des moments. Construire une théorie des moments constitue un enjeu déterminé : apporter des outils à ceux qui veulent penser leur vie au-delà de l’année scolaire. de la dialectique et de l'histoire. en 10 volumes. du continuum et de la rupture. Il vaincra par le style (p." Ce livre participe à la construction d'une théorie du possible. le filet contre l'armure." On trouve aussi cette autre définition : "Ensemble des principes. forme et fragments. avait cru pouvoir construire une identité unifiée du sujet. une forme de la présence et de l'absence. de la bureaucratie qui. qui en fixe la pratique"… Et en effet. Qu’est-ce qu’une théorie ? Une théorie est "un ensemble organisé de principe. terme encore assez flou. Ici. 230). en matière de théorie des moments. le moment. comptable ou fiscale. 1985. et plus généralement de la société tout entière. trop souvent. Accompagnant un mouvement politique qui veut fédérer les résidus des systèmes. Elle a sa place dans une histoire de la philosophie de la conscience. La théorie résulte de la pratique et à son tour exerce son influence sur la pratique. 10193. de règles. l’errance et la demeure. Peut-on sortir des impasses (traumatisantes) des dissociations imposées par le monde d'aujourd'hui ? La théorie des moments voudrait se proposer pour penser la dissociation. par les Romantiques allemands (1799-1800). Ce terme de moment n’enferme pas autant que d’autres (situation. La posture philosophique qui sera la nôtre se trouve à l'intersection de la sociologie (ou anthropologie). structure. produits par la montée du système. La théorie des moments est un effort pour articuler continuité et discontinuité. thème déjà réfléchi. unité et diversité. à ceux 23 Grand dictionnaire encyclopédique Larousse. au niveau de l'œuvre. de lois scientifiques. instant. dans leur revue. pour les développer et se tourner systématiquement vers une création de la personne comme oeuvre. A qui s’adresse cette théorie ? Ce livre voudrait tenter de penser un niveau de la réalité. Cette théorie peut donc s'inscrire dans un continuum de pensée. Il se frayera un chemin entre le sérieux et le jeu. il y a une relation étroite entre théorie et pratique. Il mènera le combat du rétiaire contre le myrmidon. ce terme a l’avantage de ses inconvénients. fonction…). l'air. un art.structures.

J'y mets de la volonté. cet ouvrage se veut théorie de l'effort de mise en contexte du vécu. tel est l'enjeu d'une théorie des moments. conçue comme critique du quotidien. de notre intervention ? Quelle ouverture sur le possible ? Si La théorie des moments s’adresse quelque part aux philosophes et plus généralement aux théoriciens. 24 H. L'inscription disciplinaire de cette théorie. le moins mal possible. Je travaille à être sujet de mes déterminations. l’élève a tendance à vivre sa vie d’élève sur le mode du jour le jour. celles des agents de l’eau ou de l’électricité. très souvent. du contrôleur des impôts. une cohérence. construit son unité dans la diversité. Comment s’est façonné notre art de manger. Paris. 2001. derrière tout ce flux héraclitéen du quotidien qui pourrait nous submerger. les pratiques professionnelles ont tendances à simplifier les représentations à ce qui peut être efficace. au-delà de ses dissociations. sera donc davantage du côté d’une anthropologie historique et philosophique. Je ressens un fort désir de devenir sujet. que j'ai décidée : le jeu avec les enfants ou petits-enfants. Ce moment est celui de la distanciation. Je veux me penser comme une personne qui. le métier ou l'absence de travail pour l’adulte) nous objectivent. sans la réduire à une seule de ses dimensions. Concrètement. 2° édition. Les pratiques du quotidien acceptent davantage la complexité. En conséquence. les fins de mois à boucler. Métaphilosophie (1965). Objectiver ce qui nous objective.qui veulent construire une unité. Je suis heureux de les revoir. C'est une méthode qui. la fac ou la recherche du premier emploi pour le jeune adulte. de boire. Ainsi. qui croient qu’une avancée conceptuelle peut aider à penser le monde. quelle est la part de notre volonté. une force de subjectivation qui transforme les obligations. analyser et critiquer le quotidien. Ainsi. Je les reçois. tente de nos faire entrer dans le possible. notre identité. cette théorie s’adresse surtout à tous ceux qui pensent qu’en une part d’eux-mêmes. Plus tard. Lefebvre. peut-être de faire notre jardin. les factures à payer. le quotidien est tellement absorbant qu’il est vécu sur le mode de la passivité ou de l’extro-détermination. Il faut répondre aux sollicitations externes. Je prépare un repas. et comme pensée anticipative. le quotidien nous objective… On cherche à le fuir dans des conduites passives (on s’installe devant la télévision. auxquels je m'identifie. La théorie des moments a sa place dans une posture. Je décide de lire. Syllepse. je fais des projets. Ce sont les sollicitations externes qui construisent votre quotidien (les exigences des parents pour les enfants. Elles nous engluent dans un présent. partant que quotidien. mais les observer met au jour qu’ils nous constituent une identité. Je sors une nappe. Je fais le projet de devenir moi. plutôt que purement philosophique. celle qu’a tenté de dégager Henri 24 Lefebvre. parfois chez nous. Ainsi. une totalité dans l’œuvre de leur vie.). 14 . etc). etc. d’étudier. c'est l'effort pour donner de la consistance aux germes que nous portons. de passer du temps à une activité. sommeille le moment philosophique. J'expérimente un moment d’humanisation dans lequel je me sens totalement sujet… Ces moments ne sont pas les mêmes pour tous. sur le mode du métier. de l'effort pour objectiver. il y a des moments où le quotidien se transforme. il y a. l’amour. ou dans la production de ruptures (fêtes)… Pourtant. la pratique sportive. Je prends du temps pour moi. à la fois anthropologique et historique. mais elles sont peu l’objet d’une méditation systématique et d’une réflexion. les abonnements à renouveler. le moment théorique. de recevoir nos amis ou mille autres choses ? Comment ces modes de présence peuvent se créer des horizons ? Comment constituons-nous nos moments ? Quelle est la part qui relève de l’héritage du passé. dans sa Métaphilosophie . pour en dépasser l'aliénation. le repos… Ou des amis surviennent. de la prise de distance. Le moment. mais sans projet d’ensemble. Les pratiques obligées (l’école pour l’enfant et l’adolescent. les exigences des enfants pour les parents. Ainsi.

Définition du moment Le terme de moment est polysémique.. c’est-à-dire facteur déterminant dans une dynamique. On peut cependant identifier trois principales instances de ce terme : le moment logique. 45 à 57. Leonhard Euler. dans son Traité complet de mécanique (1736) fait entrer le terme de moment dans une analyse et une science du mouvement. le moment historique. 12 septembre 2001. Comme le souligne l’étymologie des mots. p. Il apparaît alors comme le conçu d’une forme que l’on donne à un vécu qui se produit et se reproduit dans un même cadre psychique et/ou matériel. enfin le moment comme singularisation anthropologique d’un sujet ou d’une société. l’UNiversalité renvoie à l’unité positive. on peut remarquer que la langue allemande distingue deux genres au terme de "moment". mathématicien. on peut trouver au concept de moment des origines “ mécaniques ”. élément du tout. plusieurs théoriciens. Il est polysémique. 25 15 . Les propriétés des trois moments hégéliens sont les suivantes : chaque moment est négation des deux autres. Le moment anthropologique sera davantage dans la spacialisation.Le terme de moment est fort répandu. I). et la SINgularité renvoie au principe de conjonction (sun en grec. ils sont à la fois en relation négative et en relation positive avec chacun des deux autres 25 . D’abord. utilisent le concept de moment. le neutre : Das Moment renvoie au latin momentum (poids) proche parent de movimentum (mouvement). chaque moment est affirmation des deux autres . Paris 8. mathématicien français reprend ce terme dans l’étude mécanique du couple et développe une théorie importante sur la rotation d’un corps (Sylvester et Foucault reprendront cette théorie). Ce contexte sémantique n’échappe pas à Hegel lorsqu’il conçoit sa logique dialectique. ou en statique ou en dynamique.Le moment logique dans la dialectique Dans son acception dynamique. Louis Poinsot. ils sont indissociables . la particularité et la singularité. thèse d’état. C’est dans ce livre que se trouve développée la première théorie des moments. la règle de composition des forces concourantes. pour la première fois. Pour entrer dans cette distinction. Le moment est alors un espace-temps d’une certaine durée. au masculin. Hegel élabore le modèle d’une dialectique organisée en trois moments. der Moment renvoie à une durée temporelle à confronter à la notion d’instant.. La dialectique hégélienne distingue l’universalité. s’intéressant au mouvement. Par contre. Dans son Introduction à la critique de la philosophie du droit. nous allons tenter une première définition. la PARTicularité renvoie à la partie. d’une certaine épaisseur. Pour aider à avancer. Entre 1725 et 1803. Le moment historique est identifiable dans une dynamique temporelle.Le moment historique Voir à ce sujet la thèse de Patrice Ville. Ainsi. En 1803. Pierre Varignon énonce. ce pourrait être la conjonction entre le tout et ses parties). dans son traité La Nouvelle mécanique (1725). II). Il conviendra donc progressivement d’en dégager les contenus. Une socianalyse institutionnelle. Gens d’école et gens du tas. Le moment entre dans une dynamique.

Descartes. telle personne etc. III). L’instant est éphémère (Kierkegaard). et que nous ne pouvons que constater. Il ne dure qu’un instant. etc (et donc avec eux leurs œuvres) comme des “ moments ” de la pensée systématique. ” Dans l’histoire du sujet. Sigmund Freud parlera. par exemple. un mode de production dominant peut voir survivre d’autres moments du travail : il y aura déjà un espace pour le salariat dans une société à dominante féodale. 46]. à une certaine date historique. Saint Augustin. Chaque moment précisément pédagogique s'avère ainsi comme un moment inhibant. dans ses écrits pédagogiques. il distingue des phases ou des moments dans le devenir de l’homme : la conception. Marx reprendra ce concept en distinguant des phases. La situation est donc la résultante d’une série de conditions qui adviennent. Dans l’histoire de l’économie. ont permis un avènement.Pour définir le moment dans l’histoire. instantané. on produira donc toujours quelque chose que l'enfant ne veut pas. des stades dans l’histoire humaine qui sont les moments de cette histoire. Le moment présent lutte contre le moment à venir : “ Dans chaque moment pédagogique. L’histoire de l’humanité se développe selon une logique. l’enfance. en parlant de “ moment décisif ”. le salariat. par exemple. l’âge adulte. Si Trotski avait gagné cette bataille. se mettent en place d’elles-mêmes. K. Ces différents moments s’interpénètrent logiquement dans la dynamique de vie d’un sujet comme. Par opposition le moment a une consistance temporelle. Friedrich Schleiermacher montre que la difficulté de l’école est de mobiliser l’enfant qui vit dans le présent pour travailler à se préparer un avenir. Dans ce contexte historique. chez Hegel ou Marx. sorte d’ “ insight ”. nous devons tout d’abord le distinguer de l’instant. on pourra définir Socrate ou Platon. la naissance. aurait été autre. émergent. La conscience immédiate est égale à zéro. dans lequel le sujet adulte refonde ses projets et ses perspectives de formation. temps très bref. Freinet) et créent un contexte dont l’origine (pourquoi tel moment. le devenir de l’Europe. Il n’a lieu qu’une fois. conditions dont l’origine. 16 . nous devons distinguer le moment de la situation. Marx distingue les principaux modes de production : l’esclavage. En éducation. Mais. Francis Lesourd parle de “ moment privilégié ”. et du communisme. dans la genèse historique. le servage. le communisme. On se demande donc si on a le droit d'effecteur de tels sacrifices [p. H. celle du sens de l’histoire. Ces événements s’organisent par “ Tâtonnement expérimental ” (C. le pourquoi et le futur nous échappent. Le “ moment décisif ” est une intensité stratégique dans la vie d’une société. L’instant se pose comme la “ révélation ”. dans l’histoire de la philosophie. quant à lui du “ bon moment de l’interprétation ”. on utilisera aussi le terme de moment dans un sens plus limité. Par exemple. Dans le même mouvement. matériellement parlant. le moment garde quelque chose du sens logique.) nous échappe en grande partie. K. Le “ c’est ça ” est une forme de cette révélation. ” Et plus loin : “ Chaque influence pédagogique se présente comme le sacrifice d'un moment précis pour un moment futur. Le moment comme singularisation anthropologique d’un sujet ou d’une société Pour définir cette acception. Lefebvre parle de la bataille de Varsovie (1917) comme d’un tel moment. Il s’agit d’intensité dans la vie du sujet. La situation pose les différents évènements qui.

414 pages. Avec Christine Delory-Momberger. etc). le moment philosophique. voulu ”. Se former. Mais la rencontre peut aussi se donner comme objet le principe de production et de reproduction des moments de deux sociétés (dimension ethnologique). c’est donner forme et signification à ses moments. on va pouvoir distinguer différents moments anthropologiques (le moment du repas. dans un mouvement d’ensemble donnant un sentiment d’improvisation. sinon en développant un sens de l’improvisation permettant de faire face à cet imprévu. permet de dénommer et de structurer le moment (moment du travail. Le sens de l'histoire. tendant vers. Hess. R. existe déjà chez Hegel. le moment du travail. moments d'une biographie. 2001. parce qu’il revient. à partir de ses critères connus. Dans le déroulement du temps. en France et en Allemagne. Delory-Momberger. la logique. créent le moment anthropologique. le moment de l’amour. le moment du travail et le moment de l’Etat. Anthropos. Nous n’avons pas de prise sur l’instant. liés aux éléments constituant sa situation. réfléchi. on accède à un niveau encore plus distancé (dimension anthropologique). dans une constante interaction avec les autres instances. qui distingue dans la société le moment de la famille. ni sur les situations (imprévisibles). le moment de la formation. En situant ces comparaisons culturelles dans un ensemble plus vaste. mais refusant l’absolu 26 . on voit bien comment les différentes instances du concept de moment se ploient et se déploient. Dans ce type de chantier. la rencontre interculturelle. ou sur le plan historique ou sur le plan géographique. Paris. déplisser dans une histoire personnelle ou collective. Par contre. Marc-Antoine Jullien propose de distinguer le moment du corps et de la santé. En 1808. En prenant conscience du moment. et lui-même donne forme à son auteur. le moment. Son auteur lui donne forme. le moment de la rencontre avec les autres. 26 17 . se laisse redéployer. vers une anthropologie des moments du sujet. peut se développer au niveau d’un moment (dimension ethnographique) : on compare par exemple notre moment du repas ou notre moment de l’école. La rencontre avec l’autre. et le moment du travail intellectuel. parce qu’il se connaît de mieux en mieux. C'est aussi une possibilité pour concevoir l'advenir. Le moment. Mais c’est surtout à Henri Lefebvre que l’on doit un développement et une diversification de cette théorisation du moment anthropologique. comme au carrefour de lignes de fuite. finit par “ s’instituer ”. à condition d’être “ conscientisé. l’histoire et l’anthropologie. Le moment est le lieu où jouent. on prend également conscience de son épaisseur à la fois dans l’espace (situation) et dans le temps ouvert (le retour du moment sous une forme comparable). j'ai pu orienter la pratique des histoires de vie en formation. Ch. dans une situation aux conditions similaires. comme “ singularisation anthropologie d’un sujet ou d’un groupe social ”.C’est la “ sédimentation ” de cette série de situations qui. moment de la création) et de pouvoir à nouveau l’identifier. La prise de conscience d’un déjà vécu.

j'ai demandé à Jacques Ardoino de me dire. cette réponse pourra aider à mieux saisir. à tout moment . futur-. d’un moment à l’autre…). par moments . Lefebvre. Lyon. La suite de ce chapitre est la réponse qu'il m'a faite. Pour reprendre. Essayons de voir comment s’opèrent ces transformations. un “ faux ami ” du temps 27 dans la mesure où il affecte celui-ci d’un nouveau paradigme incontestablement réducteur. Je la publie intégralement. ou moments. le moment est. le moment d’un couple est le “ produit de la distance des deux forces du couple par leur intensité commune ”. Paris. de me dire la manière dont il se représentait la relation entre moment et temps. d’une force…) 28 . selon Jacques Ardoino Chapitre 2. il est assez précisément défini dans la plupart de ses usages. Lefebvre concernant la théorie des moments. ici. luimême contraction de movimentum (mouvement). Jacques Ardoino. de la dialectique hégélienne). Chapman. Même s’il peut s’accommoder d’acceptions plus vagues (je vais travailler un moment. 1993 28 Par exemple. comme réponse à mon questionnaire. lui qui a tellement réfléchi sur le temps. l'apport d'H. statistique : “ moment d’un vecteur ” par rapport à un point . Dans les échanges langagiers qui n’ont pas encore fait l’objet d’une critique linguistique et sémantique appropriée. Le “ moment ” est essentiellement un “ intervalle ” de temps (court espace par rapport à une durée totale. en électro-magnétique. Uvarov et D. notamment à travers ses nombreux emplois scientifiques (ce seront. en mathématiques. concept de la logique dialectique Chapitre 4 : Lectures de l'histoire Chapitre 5 : Le bon moment Chapitre 1 : Des moments et du temps. pouvant Cf. “ moment magnétique ”. Dans la plupart de ces emplois. présent. 1956 27 18 . Sont aussi à rapprocher d’un tel concept. E. en physique. “ moment d’un couple ”. (avec son aimable autorisation). pour lequel il avait participé au conseil scientifique. par contraste. Actes du colloque de l’AFIRSE 1992. Provenant du latin momentum (XIIème siècle). littéralement. d’inertie.passé. plus indéfini . en insistant sur la brièveté du vécu de cette durée). l’hic et nunc (centration sur l’ici et maintenant) et le temps (logique ou grammatical . de moments en moments . dans les chapitres suivants. B. au lendemain du colloque du centenaire d'H. dipolaire. dans la mesure où. nous avons affaire à des nombres. voire dans la durée. PUF. selon Jacques Ardoino En juillet 2001. les moments : cinétique. temps décomposés par l’analyse d’une séquence historique ou chronologique. AFIRSE. mais qui n'avait pas en mémoire les théories de H. R. Dictionnaire des sciences. temps. Lefebvre. l’instant (relativement plus bref encore que le moment).PREMIERE PARTIE SUR LE MOMENT Chapitre 1 : Des moments et du temps. les rapports entre temps et moments sont finalement beaucoup plus complexes qu’il n’y paraissait plus superficiellement. “ Le temps dénié dans (et par) l’école ” in Le temps en éducation et en formation. Ce sera la coïncidence dans le temps. Le moment : une singularisation anthropologique du sujet Chapitre 3 : La dynamique du moment. en mécanique. il atteste ainsi son ancrage résolument spatial ou étendu. une expression devenue familière lorsque nous ânonnions nos “ humanités ” et exercions l’apprentissage des langues étrangères.

autonome ou non. son écoute par l’auditoire. comme tel. du particulier et de l’universel. se spécifie. homogène (donc susceptible de mesure). Dans son sens le plus général. 1992. alors. À la brièveté s’ajoutera parfois l’intensité. juridiques. faisant du moment une sorte d’entité temporelle. transgressant la dualité continuité-discontinuité. PUF. minutes. le temps qui s’égrène. d’où seraient évacuées toutes connotations philosophiques et métaphysiques. chacune des phases qu’on peut assigner dans un développement quelconque (transformation matérielle. voire de Kayros 31 . le terme y désigne : “ … un aspect . Paris. avec ses fonctions de repérage. le moment semblerait correspondre à un vécu plus émotionnel. Mais lorsque l’intensité du moment prédomine. Bosseur). Tout à fait indépendamment du “ temps qu’il fait ” (climat. phase ou étape – au sein d’un processus global ”. vécu. crucial. faciliteront l’émergence de formes musicales modernes. cette dernière à partir de l’exemple musical. passe. mathématiques. la victoire (donc conservant un parfum d’éphémère). quant on l’oppose à Chronos un soupçon de la dialectique des pulsions de mort et de vie ? 30 29 19 .partie. Tandis que le premier. à la faveur des “ moments ”. processus psychiques ou social. de la jouissance. dans nos usages. et se décompte principalement dans la modernité de façon quantitative en unités de mesure du temps (nano-secondes. objectif. au mépris d’une rhétorique plus traditionnelle. renvoie. mais il constitue en même temps un mouvement essentiellement transitif “ … qui met en lumière la connotation suivante : le moment est toujours une réalité relative et. à ce moment. instant (B) . en temps universel. entre plusieurs acceptions : puissance de mouvoir et cause de mouvement (A. intersubjectif. culturels. mois ans. la prouesse. tandis que les sentiments s’éprouveraient plus pleinement dans la durée. articles de P-J. d’un enchaînement de propositions et d’arguments rationnels. heures. renvoient à des vécus singuliers et ou collectifs. Les notions philosophiques – dictionnaire. évidemment référées à un idéal Vocabulaire technique et critique de la philosophie. pour sa part. du sacré. à partir de ce moment…). au problème fondamental de l’existence d’un temps musical. millions ou milliards d’années-lumière…). qui va prédominer. d’un son numérique. Paris. courte durée. siècles. tierces. L’avènement d’une musique électronique. 31 Kayros est une divinité heureuse du panthéon grec. La mesure de l’étendue. L’évolution des conceptions du temps dans l’histoire influera donc sur les genres et les conceptions de la musique supposant toujours l’intelligence des dialectiques du continu et du discontinu. de l’extase. L’Encyclopédie philosophique universelle 30 analyse ainsi ce concept sous les angles de la philosophie générale et de l’esthétique. le vocable “ moment ” prend surtout le sens psychologique de décisif. ce peut être au détriment de cette relation à un tout. jours. Il retient donc les significations courantes d’instant. fait de mémoire et d’implications. elle-même. les moments de l’illumination. par rapport au temps philosophique. dialectique (C). Nous sommes plutôt. secondes. avec leurs possibilités de conservation et leurs combinatoires propres. se place sous les signes de Chronos. s’écoule. physique. jouent inter subjectivement avec des mémoires. ou en temps-durée (temporalité). Du point du vue psychologique. PUF. est évidemment temporelle et suppose que son exécution. va ainsi tout naturellement s’associer à l’espace. millénaires. de laps de temps très court. en musique. Ce seront. favorisant une concentration sur l’ici et maintenant. Dans la langue allemande. chronologique ou chronométrique.constituer le point de départ d’une nouvelle séquence. N’y aurait-il pas dans cette représentation apollinienne. désormais seule prise en considération (au moment où. La notion de “ moment ”. accompagnant le succès. C’est alors le moment qui devient totalité en estompant tout le reste. décennies. La composition musicale. se compte ou se conte. dans le temps logique et abstrait d’un raisonnement. à la fois qualitatif et logico-rationnel. (respectivement. Labarrière et D. chronique. subdivisé en “ physique ” et “ mental ”) . beaucoup plus explicitement particularisé ou singularisé. de la sorte. groupaux. débouchant au mieux sur une chronologie. de même. hétérogène. il est à entendre et à replacer au sein d’une relation et d’un système ”. Les philosophes (André Lalande 29 ) distinguent. justement. météorologie). 1947. interactifs.

ici. 1998 34 Nous nous y retrouvons immergés. tantôt biologique.) Relier les connaissances. Paris. Elle ne se partage pas facilement. Cf. Guy Berger. ainsi conçue. les unes comme les autres. groupales ou sociales) y reste fondamentale. le temps et l’espace. Les balancements de l’histoire des idées feront peut-être du structuralisme. La durée bergsonienne en garde encore elle même des traces. l’universel et le particulier. ne se réduirait plus au même. elles s’ouvriront nécessairement davantage. Notons qu’avec ces questions. numéro spécial 285. Celle-ci n’est pas. de ce fait. mais bien plutôt une hypothèse de travail et de lecture de cet objet étudié. si répandues par ailleurs. de l’objet étudié. Penser l’hétérogène. Bulletin de psychologie. autrement dit avec les philosophies de la représentation. et. elle-même caractéristique d’un élan vital. factice. écrivain. Complicité et complexité sont intimement liées. s’achevant en manteau d’Arlequin. Nous retrouvons. René Barbier. Celle-ci nous semble devenir alors la trame ultime de la complexité. la distinction plus radicale entre fiction et facticité que nous avions introduite. des complémentarismes (Charles Devereux. dès 1969. se feront aussi jour pour reconnaître aux hétérogénéités les vertus de leurs spécificités respectives. d’une philosophie de la continuité. plus classique. la relation à l’autre (aussi bien dans ses formes individuelles que collectives. La “ durée ” pensée par Henri Bergson. ne peut-il être regardé comme une dégénérescence médiatique d’une phénoménologie très mal comprise ? La subjectivité. Seuil. Complexité et complication doivent alors être soigneusement distinguées. aussi intentionnels et délibérés qu’ils se veuillent. totalement construit. Jacques Lacan). Desclée de Brouwer. à l’intersubjectivité. dans l’océan d’un feuilleton inhabité. le second. Le prix à payer est notamment le naufrage d’un “ autre ” qui. Paris. Le temps est aboli. une ré-interrogation critique des excès de la phénoménologie (Claude Lévi-Strauss. 32 20 . Au niveau des pratiques sociales. avec les curiosités empiriques. l’anecdotisme chronique de “ loft story ” 34 . surtout. Michel Bataille…). quand les entreprises d’intelligibilité tenant à tel ou tel parti-pris épistémologique (cartésien. notamment). Une fois enfermé dans l’epoche. Les “ moments ” juxtaposés s’y succèdent sans aucune référence à une durée. partiellement biologique et évolutionniste et. l’un et le multiple. plus centré sur les agencements. “ reconstruction narrative de la réalité ” ou “ narrato-cratie ” (Christian Salmon. Le choix d’une rupture avec les dualismes traditionnels. conduisant peut être au deuil nécessaire de la toute puissance (dont la rencontre avec la nature était sans doute la première expérience réellement éprouvée). on retrouvera facilement trace de ces hétérogénéités avec l’alternance de langages tantôt d’inspiration résolument mécanique privilégiant les métaphores de la machine pour conforter l’ambition de maîtrise et de transparence. pour retrouver cet autre qui lui opposerait justement des limites. manipulé. plus hétérogène. et mériteraient. plus accessible à l’incertitude et à la vanité de l’attente d’une maîtrise totale. plus qualitatif. Cornelius Castoriadis. réelle. comme nous avons tenté de le montrer par ailleurs 32 . À son tour. pour ne s’intéresser qu’aux données immédiates d’une conscience et d’une subjectivité (elle même inscrite dans une vie psychique inconsciente quand il s’agira de la psychanalyse) n’en contient pas moins ses enfermements. de ce point de vue. le défi du XXème siècle. l’homogène et l’hétérogène… Comme au monde. in Libération du 6 juillet 2001). conservant l’idée et l’intelligence du vivant et de sa complexité propre. mais des éclectismes. Paris. ce qui n’empêchera pas de vouloir les articuler ensuite 33 . voire submergés. Bergson n’échappe pas tout à fait à l’emprise phénoménologique de son temps. Jacques Ardoino et André de Peretti. le sujet se cogne en vain la tête contre ses murs. 1969-70. 1999. avec les côtés encombrants de la nature. enfin.d’homogénéité. in “ Réflexions sur le psychodrame en tant que situation cruciale ”. en ce sens. risque de devenir l’impasse de l’intersubjectivité. Jacques Ardoino. nous sommes au cœur de toute problématique philosophique : le continu et le discontinu. une analyse plus approfondie. s’avèrent impuissantes. “ La complexité ” in Edgar Morin (dir. 33 Cf. une propriété spécifique. pour ne pas s’abîmer dans la confusion. affirme sa complexité. Quand la durée rejoindra la temporalité (Jean-Paul Sartre) et l’historicité (Henri Lefebvre). est déjà d’une toute autre nature que le temps astro-physique calendaire. Edgar Morin) ou des multiréférentialités (Jacques Ardoino.

Georges Luckacs. Pour une Praxis pédagogique. recherche de conformisation. Histoire et conscience de classe. au cœur de laquelle ils se La fausse conscience. en tenant également compte des apports disciplinaires scolaires et universitaires. Paris. J. nos modes de connaissances. Collection Education et formation. celle-ci est effective dès qu’une centration excessive (réification) sur l’un des trois temps (ou moments) du temps (passé avec ses cultes commémoratifs. le processus de réification (Luckacs 36 ) caractérisant la modernité. avec leurs exigences de mensuration et de quantification. en sociologie. L’aménagement du temps . bien entendu. Retrouvant la “ pensée unidimensionnelle ” dénoncée par Herbert Marcuse 39 . La Découverte/essais. le psychiatre et sociologue marxiste de la connaissance. ou plus temporelles. Editions de Minuit. et des “ moments ” explicitement psychiques ou mentaux. sur leurs formes de représentation. si la coupure est trop radicale entre le sujet et ses autres 41 . Paris. Ici encore. Matrice. fruits d’une imagination et d’une postulation théoriques. la gestion manageriale des conflits les digère littéralement. surtout dans leurs formes radicales) entraîne la déchéance de la temporalité. a excellemment mis en lumière. de toute façon constituant toujours. de Bergson (et de Minkowski). Eros et civilisation – contribution à Freud. nous permettra peut-être de repérer (notamment à travers les langages et les métaphores naturellement privilégiés) ensuite chez nos différents interlocuteurs des formes d’intelligences plus spatiales. 37 Cf. de façon. Paris. les programmes et les plans.. Herbert Marcuse. ou futur . de l’évitement des conflits. d’évaluation. des acquis professionnels. 1962. Le mythe de l’entreprise. Paris. les rapports coûts-efficacité…) . toute dialectique. vouloir établir sérieusement des correspondances entre des “ moments ” référés à un “ entendement ”. doivent être mis au jour en vue d’une communication moins babelienne. Francis Imbert.de la vie de “ l’au-delà ” aux “ lendemains qui chantent ”). en psychologie. présent : ici et maintenant. l’autre ”. Jean-Pierre Le Goff. mais aussi des temps parfaitement hétérogènes : la durée vécue intersubjective et le temps sidéral. tels qu’en physique. vécus. 2000. Joseph Gabel. toujours plus ou moins relatifs à une durée. 41 Cf. La spatialisation outrancière du temps (plus sécurisante en regard des attentes de stabilité épistémologique et scientifique. On ne saurait donc. Desclée de Brouwer. La prise en considération de la façon même en fonction de laquelle se constituent et se développent nos structures mentales. Paris. À vrai dire. le temps calendaire se transforme facilement en espace ou en étendue 37 (les “ emplois du temps ”. 1971. se déréalisent et se déshumanisent à partir d’une rupture dialectique avec la praxis (celle-ci soigneusement distinguée des pratiques 38 plus routinières). 36 35 21 . au fil même de nos expériences de vie. à partir d’une telle approche critique. voire des temporalités. en astrophysique. le “ substantialisant ” littéralement estompe les deux autres. 1992. Paris. “ D’un sujet. le lit d’une violence beaucoup plus dangereuse. justement. non plus. PUF. Une homogénéisation galopante que tout contribue aujourd’hui à renforcer (politique-spectacle. “ politiquement correct ”. 1985. en physique. Dans les usages gestionnaires les plus répandus. 39 Cf.Dans le sillage. les échéanciers. 38 Cf. mondialisationglobalisation. Editions de Minuit. en biologie. Editions de Minuit. in Les avatars de l’éducation. parfois héritiers clandestins d’une théologie rémanente. que non seulement il y à des temps. plus ou moins. Paris. Nous devons donc comprendre. l’hypothèse indémontrable d’un “ big bang ” initial. le rétablissement salutaire de la liaison entre haine des autres et haine de soi deviendra tout à fait impossible. quantitativement très différents en fonction de leurs échelles respectives. de la régulation néo-libérale homéostasique des marchés. nos organisations conceptuelles. Ces “ allant de soi ” épistémologiques. De Chalendar. avec le phénomène de fausse conscience 35 . Jacques Ardoino. pédagogie théorique et critique. concertation au lieu de négociation…) en résulte encourageant une sorte de médiocratisation généralisée. Editions de Minuit. évidemment. voulu plus universel. Mais. 1963 et L’homme unidimensionnel. des fragments de “ visions du monde ”. qui influeront. 1960. 1964 40 Cf. pour mieux les contrôler et les maîtriser 40 . et n’entrevoyant plus comme issue que l’éradication pure et simple des “ obstacles ”. inconsidérément réduits et “ traités ”. cette fois. Pi. inscrits dans différents contextes. ils se dévitalisent. parce que “ déniant ” la réalité de l’autre en désaccord. une telle “ anesthésie sociale ” aboutit à faire de ce cimetière de conflits.

on attribuait avec générosité l’espace à l ‘espèce humaine et le temps au seigneur. L’histoire du temps et le temps de l’histoire gardent plus d’une énigme ” 42 . Paris. introduction à la connaissance des rythmes. éditions Syllepse. 42 Eléments de rythmanalyse. encore qu’il reste plus d’une lacune.constituent et s’inscrivent. 22 . 1992. Cette séparation est en voie d’être comblée. Comme le disait très bien Henri Lefebvre : “ Jusqu’à l’époque moderne. collection “ Explorations et découvertes en terres humaines ”.

Ce H. “ Le monde est un infini fini. la nature et l’esprit. Tout est périodique et cyclique dans la nature.. “ Le moment peut s’approfondir. une couleur du ciel ou de la mer passent en nous comme des instants ” 44 . une œuvre. Editions sociales internationales. il avait 24 ans). ces tumultes ou ces grands calmes de l’existence ” 45 . 1939. Pour ce dernier. p. Dans les poèmes de Nietzsche. c’est une transformation de ces instants furtifs qui se répètent en moments. mais aussi pourquoi l’homme devient conscient du tout et doit devenir tout 46 ". qu’il entreprend dès l’âge de quinze ans et qu’il reprendra. discontinus. Editions sociales internationales. par méthode et par inspiration. c’est-à-dire à la fois déterminés. 84. "Les moments ne sont pas inépuisables et ne sont pas en nombre illimité. Son aspect infini. donner un poème. Paris. à chaque fois qu’il se sent dépressif. 44 Ibid. la puissance n’est pas infinie. 83. p. p. un thème.. une nostalgie ou une sérénité. Ce que produit Nietzsche. Le moment. Et c’est précisément pourquoi le néant nous menace. Elle lui donne une piqûre d’orgueil. “ Un trouble. p. Lefebvre conçoit sa notion du moment. l’un à l’autre. Nietzsche devait nécessairement se proposer ce qu’il avait de plus difficile pour lui : l’organisation systématique. 83. On ne peut. Ce livre a été réédité en 2003 chez Syllepse (Paris). par extrême individualisation des moments de sa vie. Mais ce concept fait partie de sa philosophie avant même sa lecture de Hegel qui date de sa rencontre avec André Breton (1925 . c’est le temps." H. selon H. forme produite de l’éternel retour Le “ moment ” a quelque chose à voir avec “ l’éternel retour ” de Nietzsche. Et H. H. probablement à partir de sa lecture de Nietzsche. les actes. 46 Ibid. et le connaître de l’être. En fait. C’est même la thèse centrale du nietzschéisme. Lefebvre. H. réduire l’être au connaître. 43 23 . comme il l’explique. les moments sont finis.. Lefebvre poursuit son raisonnement : “ Un instant quelconque réapparaît inéluctablement dans le devenir lorsque toutes les possibilités ont été épuisées. Lefebvre montre que Nietzsche cherche à nous enfermer dans un dilemme. Il veut exprimer et retenir ces essences. non épuisables ” 43 . comme le propose la métaphysique idéaliste. 1939. ces moments cherchent à se précipiter. un regard. 45 Ibid. p. Lefebvre. Nietzsche. à s’unir. Il y a l’être et le connaître. on trouve une bonne utilisation de ce qu’est le concept de "moment" pour Henri Lefebvre. Nietzsche.Chapitre 2 Le moment : Une singularisation anthropologique du sujet "Rhapsodique et discontinu par tempérament. Lefebvre. Dans cette citation tirée du Nietzsche d’Henri Lefebvre. ni les considérer comme extérieurs. l’esprit surgit de la nature. tel qu’il le développera dans "la théorie des moments" qu’il présente de manière consistante dans La somme et le reste (1959). Les énergies et les possibles. Paris. ces possibles éternels. 83. 69. un style et même le sentiment de la vie – une certaine éternité. Critique de la vie quotidienne II (1962) et La présence et l’absence (1980).

"La volonté nietzschéenne est une inflexible volonté de totalité immédiate et pour l’individu. H. nouvelle édition.. où ses éléments s’étaient. H. Paris.. Lefebvre montre que le poète-philosophe tente une synthèse de ce que furent les philosophes et les poètes. nous pouvons être dès maintenant. H. se crée et se recrée elle-même dans le devenir. p. traduit en français en 1930 54 .. 97. comme la maladie. Il recommence toujours. il crée pour l’éternité : “ Loin de trouver l’existence vaine parce qu’elle ressuscite et recommence. en Dionysos. L’impatience est une vertu essentielle : je puis être tout – et tout de suite –. Le possible s’ouvre devant cette impatience. C'est le mot qu'utilise Humboldt. Suivant le mouvement de l’œuvre de Nietzsche.mouvement est cyclique. 52 Ibid. – hic et nunc –. dans le moment. était passé 51 ". elle se reconnaît. la puissance. Il peut reconnaître la richesse de cette lecture. à condition que nous le voulions dans un effort héroïque. p. Le néant. 53 Ibid. Pour Nietzsche. Ainsi. comme spontanément. “ Et puisque les moments. une Bildung 50 . présentés à la méditation. H. Nietzsche. le fini du possible dans l’infini du temps. Lefebvre est donc quelque chose qui revient. 49 Ibid. p. Lefebvre. Le moment tel que le formule ici H. le vouloir cessant d’être un vouloir aliéné. il échappe par cette vision au déroulement mécanique et monotone des instants. dans le même ouvrage. Anticipant ou ravivant les moments suprêmes de tout ce qui fut et de tout ce qui sera. Le moment où il avait été possible de concevoir cette grande synthèse. Ce n’est plus en un dieu que Nietzsche veut tout posséder. en surmontant ses formes successives. tout ce que furent les êtres. coll. est l’acte dans lequel notre puissance devient volonté et se veut à travers le monde (rapport à l’espace). I. ils doivent revenir dans cette infinité du temps bien plus effrayante que celle des espaces qui déjà épouvantait Pascal 48 ". 26. Quand il écrit son Nietzsche. au bonheur doucereux comme à la douleur qui souhaite la mort 49 ". 1939. Lefebvre montre qu’à partir du moment où l’homme agit sous l’empire de la vision du retour. à propos du travail que Marx et Engels avaient opéré par rapport à l’œuvre de Hegel : “ Marx et Engels avaient donné une forme – une Bildung – européenne au sentiment germanique et hégélien du devenir. L’impossible n’est pas nietzschéen . mais en la nature. livre 2. un vouloir du divin (faux infini) ou du néant. finie. G. L’idée du retour. 85-86. 24 . C’est une forme. ” L’auteur de Zarathoustra montre qu’il faut dire non à tout instant limité et en proie au néant et dire oui à l’accomplissement. § 317. “ La mort même recule devant l’alliance de la poésie et de la philosophie. bêtes et homme. 87. de l’éternel retour. terme qu’il emploie. "La cosmopolite". et le passé (rapport à la temporalité). Nietzsche. Stock. En nous. Lefebvre a probablement lu le Nietzsche de Stefan Zweig. p. p. même si 47 48 Nietzsche. 97. un effort de l’individu de constituer une synthèse à la fois temporelle et d’un contenu. mais l’impatience est nietzschéenne. à condition de le vouloir ! 53 ". et le passé ressuscite. lorsqu’il présente le style de Nietzsche qui est pour lui élément essentiel de son œuvre. se développe. L’esprit naît. une forme que l’homme donne à ce qui revient. 50 Dans ce contexte. L’hypothèse du retour résout la contradiction entre l’infini et le fini. 51 Ibid. Il y a. 2004. Les mystiques voulaient devenir divins.. meurt et surgit à nouveau 47 . les essences et les êtres géniaux ne sont pas en nombre illimité. La volonté de puissance. la durée dans l’éternité. 54 Stefan Zweig. doit être utilisé 52 . Weigand préfère le mot allemand Form au mot Bildung.

. Kant et les autres ont l'amour de la vérité. Toutes les doctrines l'excitent. Jamais. pour qui "ce qui importe. C'est le mouvement de conquête qui excite Nietzsche. p. p." Nietzsche cherche à travers toutes les connaissances. qui sera celle de H. la connaissance. p. Fichte.. C'est aussi une souffrance de ne pouvoir s'arrêter. Stefan Zweig oppose le style de Nietzsche à celui des philosophes allemands qui l'ont précédé en suggérant que si Emmanuel Kant. Ils travaillent de main de maître à la valorisation du terrain qui entoure la maison. c'est l'éternelle vivacité et non la vie éternelle". 61 Lefebvre écrira un Pascal en deux volumes. C'est une succession d'épisodes dangereux. le sentiment du connaître se situe aux antipodes du conjugal. 60 Henri Lefebvre se passionnera pour Joaquim de Flore et ses lecteurs hérétiques. Nietzsche ne s'installe dans une connaissance de manière durable. tout à fait fidèle. Il ne cherche pas à posséder. du désir flamboyant de consumer et de se consumer soi-même . Nietzsche est comparable à un don Juan de la connaissance. le secret est dans toute et dans aucune. dont ils ne se séparent jamais qu'à l'heure de la mort et à qui ils ne sont jamais infidèles 55 . le charme et le secret de la pudeur. que pour un moment et il n'y en a pas où elle existe pour toujours 59 . pour aussi loyales que soient leurs natures scientifiques. les hérétiques. dans chacune pour une nuit et dans aucune pour toujours : c'est exactement ainsi que. qui ne se satisfait et ne s'épuise jamais. qui ne s'arrête à aucun résultat et poursuit au-delà de toute réponse son questionnement impatient et rétif 56 ". Sa vie a la forme d'une œuvre d'art. Ibid. Nietzsche est d'un autre tempérament.." Le rapport de Kant à la vérité est de certitude conjugale. il l'abandonne sans pitié et sans jalousie aux autres après lui. la vérité n'existe. et après lui Schelling. Mais aucune ne le retient : "Dès qu'un problème a perdu sa virginité. l'existence s'écoule avec une tranquillité épique. une connaissance éternellement irréelle et jamais complètement accessible. Stefan Zweig ne voit une telle ardeur que du côté des mystiques du Moyen Age.. durable. pp 46-47. Il n'y a pas d'arrêt. Par opposition. Lefebvre. p.. Il est contraint d'aller de l'avant. surprenants.son propre frère en instinct fait pour ses mille e tre. pour aussi courageuse et résolue que nous apparaisse leur concentration vers le 55 56 S. Il ne prête jamais de serment de fidélité vis-à-vis de quelque système ou doctrine. 57 Ibid. Mais cet amour est complètement dépourvu d'érotisme. il aime non pas la durée du sentiment mais les "moments de grandeur et de ravissement 58 . "à l'haleine brûlante. dans tous les problèmes. Chez Pascal. aussi. Hegel et Schopenhauer ont entretenu un rapport à la connaissance qui peut être comparé au modèle conjugal.la manière dont Nietzsche apparaît dans ce portrait ne donne pas vraiment la clé de la théorie des moments. Zweig. 59 Ibid. "un amour honnête." Alors que chez les autres philosophes allemands. Son amour est incertitude. tout comme don Juan . les saints de l'âge gothique 60 . C'est une passion tremblante. Pour Zweig. Kant. l'aventure intellectuelle de Nietzsche prend une forme tout à fait dramatique. pour le psychologue. 58 Ibid. Comme don Juan. ils y ont installé leur fiancée. C'est un vrai chercheur impliqué. On est dans des transports permanents. 25 . ils voient dans la vérité. sans plus se soucier d'elles 57 . Mais on ne trouve pas cette quête chez Leibniz. Hegel ou Schopenhauer." Nietzsche interroge uniquement pour interroger : "Pour don Juan. Chez lui. op. "Car. cit. les choses domestiques. une épouse et un bien assuré. avide et nerveuse. Kant et les philosophes allemands qui ont suivi ont construit leur maison . Il est soumis à une constante obligation de penser. Cela rappelle le ménage. Ce n'est pas du côté des philosophes allemands que l'on peut trouver cette tragique exaltation qui pousse à toujours se tourner vers le nouveau. dans leur vérité. Nietzsche ne connaît pas le repos dans la recherche. 50. 47. plongé dans le purgatoire du doute 61 . 45-46. Son attitude par rapport à la vérité est démoniaque. 48.

par la tête. p. Lefebvre montre que toute philosophie. op. 65 Ibid. et aussi leur intensification et leur union en un moment absolu 64 ". Ils ne brûlent jamais qu'à la manière des bougies. du monde à travers l’infini du temps. toute entière. dans le jeu héroïque de la connaissance. C’est un infini-fini 67 ". p. se reconnaît et se saisit dans cet instant 65 ". qui accumule les vécus instantanés et les organise dans des formes qui ont à la fois une dimension temporelle (le retour) et une dimension d’épaisseur quasi-spatiale qui structure la conscience de la présence dans une singularisation anthropologique de l’humain. Il constate que les instants ne sont pas d’égale densité. dans sa présence. Il y a aussi des paroles plus expressives que d’autres. "Il faut comprendre comment l’un peut sortir de l’autre… 66 ". p. “ A ces instants. éternellement elle-même dans le devenir.. Lefebvre dans sa définition du moment. L’individu est actif dans la 62 63 Stefan Zweig. scientifique. Cette théorie nietzschéenne résulte d’une confrontation entre l’esprit en tant que réalité supérieure.. du départ et du retour de ces moments exceptionnels. donc fini. par l'esprit. avec tout leur destin. Certains acquièrent une certaine épaisseur. p. sans partage. ou la rigueur logique). 54. 26 . et la nature dont on reconnaît la réalité énorme. bien qu’il pense que cette revendication puisse conduire à la folie. Lefebvre. Les philosophes analysent des contenus essentiels de l’esprit et ils veulent agir sur eux. et revenons à la lecture de ce Nietzsche d'H. p. a pour projet d’approfondir ces moments trop rares qui sont comme la générosité de la vie : "Toute philosophie a cherché (dans la magie. une involution de tout le passé. p. Certains actes se distinguent dans la masse des émotions et des instants. 128. suinte d’une densité de présent. Lefebvre. Nietzsche. grâce à l’activité du sujet. 125-126. Le moment éternel selon Nietzsche se trouve dans la vision du retour : la vie éternelle. Le contenu de la conscience s’élargit. 63 ” H. poétique. le temps se transforme . L’œuvre d’art. ou la contemplation. ils ne se jettent pourtant pas de cette manière. le concentre et le porte au niveau du présent. la partie temporelle.. L’univers ne peut être ni absolument infini. Et plus loin : "Nietzsche a admirablement saisi dans tous ses aspects (philosophique. nerfs et chair. une plus grande part d’existence. ni limité au sens où l’entendement prend ce mot. c'est-à-dire seulement par le haut. de passé et de futur. Nous verrons ultérieurement que cette idée du moment qui veut s’ériger en absolu sera reprise par H. de façon à élever la conscience. H. humain) le caractère déterminé.. et celle de Nietzsche tout particulièrement. Il est donc à la fois infini et déterminé. reste toujours à l'abri du destin. à obtenir le retour (la répétition de ces moments. Ils concentrent. cit. Une partie de leur existence. ou la poésie. En même temps. tandis que Nietzsche se risque complètement et entièrement 62 …" Mais. privée et par conséquent. "Le problème spirituel des moments de la conscience devenait ainsi le problème philosophique du moment éternel. Ainsi les idées qui enveloppent toutes les démarches de pensée qui ont permis leur émergence. La ligne du temps semble devenir une spirale. Nous saisissons notre être avec une sorte de force rétroactive qui éclaire le passé. 67 Ibid.tout. 127. ils cherchent à étendre l’influence de ces moments à toute la conscience. au niveau de ce qu’ils nommaient l’absolu. ou la prière. aussi la plus personnelle. Ils s’enracinent profondément dans la vie. 126. Ils veulent saisir dans l’obscurité de la conscience les lois du surgissement. Il faut souligner la dimension stable du moment qui cumule. 66 Ibid. Nietzsche. au niveau de ces instants les plus précieux. une vivante volute. 64 Ibid.. avec tout leur être. cœur et entrailles. 126. il cesse de se dérouler au niveau de l’activité banale. comme s’ils éclairaient un long cheminement du temps. laissons un moment Stefan Zweig. La durée de notre vie semble s’approfondir.

Lefebvre à propos des moments. 27 . que l'on découvre ici dans sa lecture de Nietzsche.construction de ses moments. Le questionnement de H. est constant dans l’ensemble de son œuvre.

W. 3° partie : Die Lehre vom Begriff. W. Suhrkamp. Die Wissenschaft der Logik. W. F. Enzyclopädie der philosophischen Wissenschaften I. 9-138. p. Differenz des Fichtschen und Schelingschen Systems der Philosoiphie (1801). Hegel. Pourtant. b. Paris. Der Begriff. p. 351-401. fr. Lefebvre conçoit la théorie des moments avant sa lecture de Hegel. 3° partie : Die Lehre vom Begriff. trois moments logiques essentiels : l'universel. de Marcel Méry. même s'il se défend d'avoir déduit sa théorie des moments de sa lecture de Hegel. Le phénomène fondamental de la dé-cision originaire est inscrite dès l’un premier écrit de Hegel (Différence ses systèmes philosophiques de Fichte et Schelling) 74 . Hegel. une utilisation constante du concept de moment. I. p. F. d’abord présenter le concept de moment comme élément constitutif de la dialectique hégélienne qui sera intégralement. Der Schluss. Werke 8. 1999. b. 2° partie : Die subjektive Logik oder der Lehre vom Begrif. par Henri Lefebvre et Norbert Guterman. Werke 6. Nous voudrions. Hegel. Werke 2. 2° partie : Die subjektive Logik oder der Lehre vom Begrif. Paris. par suite éventuellement comme construction logique. p. le particulier et le singulier (ou l'individuel). § 166-180. F. Der Begriff als solcher § 163-165." 68 G. Hegel. et G. Minuit. Lourau. Suhrkamp. § 181-193. W. Hegel. W. Gap. Le moment. Suhrkamp. W. Wissenschaft der Logik. 73 G. 71 G. 316-331 . comme forme de la pensée ou de la connaissance.Chapitre 3 : La dynamique du moment. Science de la logique. trad. 70 Jean-Marie Brohm. et G. Werke 8. reprise par K. Werke 6. A. vol. mais comme à un phénomène fondamental de l’Etre-même. Der Schluss. pp. 316-331 . en en reprenant les acceptions hégéliennes ou marxiennes. dernier chapitre. 69 R. pour Marx. nous l’avons vu. Dans ce texte. F. W. 72 Sur le jugement : G. H. concept de la logique dialectique "Ce moment à la fois synthétique et analytique du jugement par lequel l'universel du début se détermine de lui-même comme l'autre de luimême. I. F. Das Urteil. Wissenschaft der Logik. Suhrkamp. Suhrkamp. 294. Marx dans sa présentation du capitalisme. idées. Morceaux choisis. I. Ou plutôt. F. La théorie hégélienne du jugement s’attache à la dé-cision de l’Etre dans la Différence absolue de l’être-en-soi et de l’être-là. dans sa forme logique et méthodologique. il prend une inflexion différente suivant le contexte dans lequel il est employé. pp. 74 G. Hegel. 2° éd. Ophrys. W. phénomène que l’on ne fait que découvrir et que mettre en œuvre dans les jugements humains.. nous l'appellerons le moment dialectique. Hegel. 3° partie : Die Lehre vom Begriff. Plus récemment. Die Wissenschaft der Logik. Enzyclopädie der philosophischen Wissenschaften I. Les Éditions de la Passion. Suhrkamp. 1969. Enzyclopädie der philosophischen Wissenschaften I. Werke 6. F. A. Suhrkamp. A. L'analyse institutionnelle. mais en même temps celle-ci l'influence. 1964. Das Urteil. Précisons que la théorie hégélienne du jugement ne s’attache pas au jugement. pp. 1. comme instance logique Hegel distingue à propos du concept 71 . Il y a chez Hegel. F. 68 28 . livre III . F. 301-351. Gallimard. W. 311-316 et G. Contre Althusser. Hegel montre que tout étant s’impose d’abord à nous dans une G. Die Wissenschaft der Logik. Hegel. Hegel. 2° partie : Die subjektive Logik oder der Lehre vom Begrif. Werke 8. du Concept et de l’Etre. Paris. a. L'écriture de La somme et le reste en témoigne. Lefebvre utilise assez fréquemment le mot dans les sens hégéliens. 272-301. p. 69 René Lourau (dans son effort pour dialectiser le concept d’institution ) ou Jean-Marie 70 Brohm (pour penser la dialectique ) recourent à ce concept. du jugement 72 et du syllogisme 73 . dans ce chapitre. H. Wissenschaft der Logik. ce terme n’a pas toujours la même acception.

celle de s'être supprimé soi-même ". se dégage un mouvement. le tenir.déterminité claire et univoque. Le devenir de la fleur sera à son tour le fruit. La double signification fait le sens. 1. il renvoie par delà lui-même. chez Hegel. le négatif appartient à l’être même du positif et est son négatif qui seul le rend possible comme tel et tel étant. comme positif en général. sans pour autant cesser d'être désir : désir de désirer. sur l'ambiguïté de la signification et du signe. Du fait qu’il est posé. ce qu’à chaque fois il n’est pas. à d’autres singularisations. Mais. Pour donner un autre exemple de ce mouvement dialectique. 76 . La fleur a été précédé du germe. des contradictions. chaque être est un opposé. dans le développement du temps. une dynamique. H. le consommer. mais comme conscience de soi objective . il se fait besoin. Il a besoin d’être complété. on pourrait citer le moment du désir qu’explore Hegel. obstacle. un conditionné qui conditionne. à la fois spatiales et temporelles. L’exemple de la prairie est spatial. comme un “ moment limité du présent ”. avec des limites sûres. Comme l’explique H. La présence. Tout étant est un positif. et l’absence. Il devient désir de ceci et de cela. La plante en fleur que je puis observer comme être-là est un être-devenu et devenir d’un autre être. langage. sans qu'il puisse y avoir conflit insoluble entre ces termes. très élaborée chez Hegel qui la transmet à ses successeurs. notion que nous reprenons ultérieurement). moment positif. distance. hic et nunc. se trouve simultanément posé un étant qui l’environne et que lui n’est pas. C'est à travers l'objet désiré qu'il est et se connaît et se reconnaît désir. ne se saisit que dans sa confrontation à son négatif : l’absent de l’Etre-là. en proie à cet objet. mais il a 76 aussi une signification négative. il est cela et pas autre chose. Hegel montre par exemple que la prairie n’est prairie que dans son opposition à la forêt ou aux champs cultivés. Dans son être-saisi. Il se supprime en s'accomplissant dans la jouissance. Hegel y regarde de plus près. par rapport à la conscience et par rapport à l'être. En tant que désir double et redoublé. à la connaissance. Id. action. de telle sorte que ceci “ qu’il n’est pas ”. négation de ce positif. lui-même précédé de la graine. 299. comme point fixe au sein de la diversité du monde et parmi elle pour ainsi dire. mais l’être-là de l’ici est maintenant s’oppose aussi. le sens. etc. le désir veut sa fin. "Le plaisir venu à la jouissance a bien la signification positive d'être devenu certitude de soi. et il constate que ce monde fixe et univoque se trouve ébranlé. L’Etre hégélien est une mobilité. on voir que l’étant-. un mouvement. Que veut-il ? Jouir de l'objet. c'est-à-dire conçue 75 selon un rapport vrai à la totalité . ne menace pas la vérité : "Le désir veut et se veut. Les relations entre les étants singuliers apparaissent avec la même fixité et la même univocité : cet étant-ci est cela. mais subordonnée à la vérité. Ainsi se termine son 75 Voir par exemple Phénoménologie. Il veut s'accomplir. positif. résistance. moment de l’ici et maintenant. et dans le travail de dépassement. ce qui est ailleurs et/ou dans un autre temps. la pensée de Hegel s’organise donc dans une opposition : à la présence. L’Etre-en-soi n’existera que dans des singularisations multiples. c’est-à-dire un posé . Il se change en besoin d'un objet. 263. à la forme. Dès l’origine. désigne une ambiguïté. Ainsi agissant. n’existe que dans une tension avec sa négation ou spatiale ou temporelle. des tensions dans le Concept. en tant que négatif. il est le positif déterminé de telle et telle manière et il exclut de soi. s’oppose l’absence. par rapport au contenu et à la forme : expression par rapport à l'être et au contenu. 29 . p. La négativité est donc au cœur de cette pensée hégélienne et de cette tension entre le posé. d’intégration des oppositions. Lefebvre. qui a sa place dans la vérité. ici et maintenant. désir d'être désiré. Il n’est pas autonome. en même temps qu’il est posé comme tel et comme étant. Dès les premiers textes de Hegel. Chaque moment spatial ou historique sera conservé dans ce dépassement-élévation (Aufhebung. Lefebvre dans La fin de l’histoire note en effet que la (double) catégorie de “ signification ” et “ sens ”. signification par rapport à la conscience.

W. Paris.der Besonderheit. comme l'objet défini lui-même 78 ". comme le genre prochain (genus proximum). et la vérité de l'ensemble. la particularité (Besonderheit). p. De même. et le niveau ou le statut de la contradiction entre les différents moments. Commentant cet exemple du chien. Vrin. 78 77 30 . les êtres humains manifestent leur H. et la singularité (Einzelheit) en tant que réflexion sur soi des déterminations concrètes de l'universalité et de la particularité ”. le sens se révèle après coup. 108. le singulier ”. Celles-ci se singularisent dans leur diversité par un pullulement d'existences individuelles de chiens singuliers : le chien de Jean-Marie Brohm. in welcher das Allgemeine ungetrübt sich selbst gleich bleibt. de la réflexion. Toute analyse concrète d'une situation concrète se doit de repérer l’articulation des différents moments. Y compris le sens du temps et de l'histoire (de la totalité historique). le particulier. La signification est actuelle. Les trois moments (l'universel. parce que le particulier ne peut se comprendre que par le rapport différentiel avec d'autres particuliers. de chaque désir. p 242. “ Ainsi le racisme. Brohm montre que la dialectique doit être comprise comme une série d'unités des contraires. Hegel. “ La définition. etc. Mais ce concept se particularise dans la mesure où le chien en général est une abstraction qui n'existe pas comme telle. Hegel. F. Enzyclopädie der philosophischen Wissenschaften I. la philosophie de la nature.“. Werke 8. du concept. berger allemand.-M. Bien que noirs. doberman. qui se supprime en jouissant pour laisser apparaître la vérité de la conscience. Paris. Il unit la signification des moments. écrit Hegel. F. Précis de l'encyclopédie des sciences philosophiques. le chien comme universel n'est qu'un cas particulier de l'universel englobant canis qui comprend à la fois les canis familiaris (chien). Brohm. p. les canis lupus (loup). Lefebvre. qui s'appelait Voutsy ne ressemblait à aucun autre : “ il était singulier. seuls n’existent que des races particulières : fox. . 311 (“ Le concept comme tel comprend les moments suivants : l'universalité (Allgemeinheit) comme égalité libre avec elle-même dans sa détermination concrète (Bestimmtheit) . Telle est sa vérité : totalité partielle dans la Totalité (totale). sans altération. Ce texte est une excellente présentation didactique de la dialectique. la détermination concrète. welche negative Einheit mit sich das an und für sich Bestimmte und zugleich mit sich Identische oder Allgemeine ist. § 163.-M. où l'universel demeure. J’en reprends ici le mouvement. les canis aureus (chacal). la philosophie de l'esprit. les canis vulpes (renard). I. contient en elle-même les trois moments du concept : l'universel. Anthropos. Encyclopédie des sciences philosophiques. À la fin. 79 Jean-Marie Brohm. J. und der Einzelheit. W. 619. il y a le moment du Désir. Die Wissenschaft der Logik. ajoute J. par exemple. le particulier comme la déterminité du genre (qualitas specifica). revue interculturelle et planétaire d’analyse institutionnelle n°1. F. le particulier est l'unité de l'universel et du particulier.. blancs ou multicolores (métissés). avec le 77 sens. en chaque acte. En effet. c'est-à-dire que sa compréhension (nombre de caractères distinctifs) était maximale ” 79 . le Sujet reconnaît et la vérité de chaque moment. als der Reflexion-in-sich der Bestimmtheiten der Allgemeinheit und Besonderheit. en tant que totalité des particuliers. “ Ainsi. Conflictuellement. “ Der Begriff als solcher enthält die Momente des Allgemeinheit. Ainsi. G. 3° partie : Die Lehre vom Begriff. La logique. p. Tel est son sens. W. 24-25. le particulier et le singulier) produisent la dialectique. etc. teckel. jaunes. L'universel est l'unité de l'universel et du particulier dans la mesure où tout universel n'est jamais que le particulier d'un autre universel.histoire. égal à lui-même . Hegel. 1986. Mais le Désir n'est jamais qu'un moment. 2001. Vrin. Suhrkamp. 1978. als freier Gleichheit mit sich selbst in ihrer Bestimmtheit. plus universel encore. “ Au sujet d'une sainte trinité dialectique : l'universel. de chaque plaisir. Pourtant. donc dans un rapport avec l'universel. Paris. juin-juillet 2002. et le singulier. Voir aussi G. y compris le désir et la jouissance. en tant que pensée rigide de la différence et de la prétendue supériorité d'une “ race ” sur une autre (ou toutes les autres) oublie que les différences particulières entre les humains ne peuvent se comprendre qu'en référence à l'universalité du genre humain. in Les IrrAIductibles. La science de la logique. p. La fin de l’histoire. der Bestimmtheit. 2° éd. le concept de chien est universel en ceci qu'il comprend dans son extension la totalité des chiens (canis familiaris). G. c'est-à-dire la vérité totale ".

. 242. 71 83 Ibid. nature universelle de l’étant. Brohm remarque que l'empirisme et le positivisme refusent de considérer l'existence de l'universel et s'en tiennent aux “ faits ” identifiés à des données particulières. Il est l'âme du concret auquel il est immanent. pp. même s'il se pose dans une détermination [particulière]. et donc un étant . et a la force d'une auto-conservation invariable. "Les concepts se doivent donc d'être étayés sur des réalités empiriques effectivement existantes. Raulet et H. Paris. cit. A. Le particulier ne contient donc pas seulement l'universel. l'universel doit toujours être spécifié par des particularités. Hegel. contient l'universalité. en tant que fondement. le particulier.. il ne détient cette réalité effective que grâce à quelque chose qui se maintient comme soi dans chacune des singularités données à un certain moment. Le particulier a une seule et même universalité avec les autres particuliers auxquels il se rapporte. en raison de leur identité avec l'universel. il reste tranquillement lui-même dans son autre. telle qu’elle est conçue dans le Concept de cet étant. Et la précision doit elle-même être précisée jusqu'à l'individualité ou la singularité. Minuit. c’est toujours une singularisation de l’universalité : c’est le singulier. sans obstacle et égal à soi-même dans la variété et la diversité de ce concret. “ Le particulier. 124-125. p. Science de la logique. elle est totalité. l'universel particularisé. L’idéalisme ne jure que par l'universel abstrait oubliant que les concepts généraux n'existent pas au même titre que les êtres singuliers. mais il doit pouvoir être en principe réduit. 85 Jean-Marie Brohm. est en tant que telle universelle . 75. F. mais présente aussi ce même universel par sa déterminité 84 ". le genre est inchangé dans ses espèces . mais ce faisant ils oublient que “ le particulier est l'universel lui-même ” 83 . être un étant.appartenance à l'humanité comme universel concret. Paris. qui constitue sa substance . est quelque chose qui se maintient (le Sujet comme Moi) 81 ". ce qui reste constamment le même et sert de fondement (subjectum) à chacune de ses singularités. Baatsch. 81 80 31 . de la particularité et de la singularité représentent par conséquent des contraires qui se médiatisent réciproquement. dans chaque hic et nunc : elle lui vient de sa nature universelle. la diversité de ces mêmes particuliers. 1932. écrit en effet Hegel. absolue égalité à soi.-M. p. ou. qui n'est concret que par la totalité concrète des différences 80 ". Mais quand l’étant est une singularité effectivement réelle. L’ontologie de Hegel et la théorie de l’historicité. immortelle 82 ". (…) Le Concept. L'universel est le moment de la détermination la plus simple. et qui. comme le note Hegel dans une formule paradoxale. p. Hegel précise : "L'universel. op. Marcuse (Herbert).. Cette dialectique entre universel et singularité est ainsi commentée par Herbert Marcuse : “ Le Concept est en tant que tel un mode de l’Etre. Aubier. En même temps. de l’allemand par G. 1981. sinon ils risquent de ne représenter que de pures fictions. mais se continue inaltéré au travers de ce même devenir. désigne son Etre véritable. 82 G. exprimé plus simplement. Les moments de l'universalité. lequel est la négation de l'universel) 85 ". op. le concept de chien n'aboie pas et les universaux n'ont d'existence que conceptuelle. 244. mais seulement en regard les unes des autres. cit. p. Ici aussi le singulier est la négation de la négation (la négation du particulier. Le singulier est alors la particularisation du Jean-Marie Brohm.. L'écart entre la réalité et le concept est certes toujours plus ou moins béant. J. demeure là ce qu'il est. 1972. l’universalité du concept est un mode de maintien. Deuxième tome : La logique subjective ou doctrine du concept. identité à soi qui embrasse toutes les particularités contenues en lui et les résume ou médiatise. c'est-à-dire idéelle. W. les espèces ne sont pas diverses par rapport à l'universel. trad. L'universel est toujours dans le particulier. 76. Ainsi. Autrement dit. Il ne se trouve pas emporté dans le devenir. 84 Ibid. étant en soi et pour soi. c’est-à-dire ce par quoi il est ce qu’il est à un moment donné. p.

244-245. J. Comme quand je considère l'homme. cit. “ considérer le capital en général n'est pas une pure abstraction. Même si le capital n'apparaît que dans la pluralité concurrentielle des capitaux particuliers. Valeur. Si je considère le capital global d'une nation. Seule la simple représentation. je le considère d'une façon générale. le devenir universel est un procès. Chaque différenciation se confond dans la considération qui doit l'isoler et la maintenir-fermement. par exemple. lui. à la différence des capitaux particuliers. etc. Mais nous n'avons affaire ni à une forme particulière du capital ni au capital individuel en ce qu'il se distingue d'autres capitaux individuels. c'est le désigner comme singulier d'une particularité. Les trois moments dialectiques du concept sont intimement liés. pp. Ses relations ultérieures doivent être considérées comme un développement à partir de ce noyau 91 ". un pur ceci.. 89 Roman Rosdolsky.. d'un point de vue physiologique par opposition à l'animal 93 ". pp. 345. il saute aux yeux que chaque détermination qui s'est trouvée faite jusqu'à maintenant dans l'exposition du concept s'est dissoute immédiatement et s'est perdue dans son autre. 32 . 88 Ibid. se sont rendus compte que cette trinité dialectique avait été intégralement reprise par Marx dans son analyse du capital 90 . La Genèse du“ Capital ” chez Karl Marx. Nous assistons au procès de sa formation. argent. pour laquelle l'acte-d'abstraire les a isolés. se permet de maintenir-fermement en dehors les uns des autres l'universel. 90 Jean-Marie Brohm. c'est le devenir-réalité d'une abstraction. Manuscrits de 1857-1858 (“ Grundrisse ”). F.. Ce sont des déterminations communes à chaque capital en tant que tel. 1980.]. cit. est lui-même une existence réelle [. un immédiat cela. font un capital. soit leur négation (par exemple. “ Ainsi le singulier est-il un Un ou un ceci qualitatifs 87 ". Paris. non pas une abstraction arbitraire. à côté de la forme du particulier et du singulier 92 ". le particulier et le singulier 88 ". par opposition aux capitaux particuliers réels. 91 Karl Marx. circulation. W. Maspero. ou si je considère le capital comme la base générale économique d'une classe par opposition à une autre classe.particulier. par exemple. pp. par opposition à toutes les autres formes de la richesse – ou aux modes de développement de la production (sociale). laquelle n'est que particularité d'une universalité. Et les différences à l'intérieur de cette abstraction sont des particularités tout aussi abstraites.. tome II. Autrement dit. apparaît. “ la déterminité déterminée 86 ".. contradictoirement unis. etc. 92 Ibid. p. une genèse qui transcende les particularités. la particularité et la singularité du capital. prix. Le capital comme rapport et différence entre valeur et argent est le capital en général. il est en même temps une forme réelle particulière. “ Le capital en général. "De soi. Dire par exemple d'une chose qu'elle est singulière.. 86 87 G. p. Mais en même temps désigner un singulier. Éditions sociales. Il aurait pu ajouter Henri Lefebvre. qu'une differentia specifica seulement pensée. c'est dire qu'elle est unique. op. 95 et 96. Si l'universel n'est donc. de chaque somme de valeurs déterminée. 1976. 94. ou qui. que sont l'universalité. écrit Marx. etc.. Paris. Hegel. Ibid. sont présupposés. 95. d'une part. Ce procès dialectique de formation n'est que l'expression idéale du mouvement réel au cours duquel le capital devient capital. 93 Ibid. etc. tome I. caractérisant chaque type de capital qui constitue. à l'exception notable de Roman Rosdolsky 89 . p. 1) seulement comme une abstraction .. tout comme le travail. op. Brohm note que peu de marxistes. 388 et 389. Mais 2) le capital en général. 249. par opposition au travail salarié global (ou encore à la propriété foncière). "c'est-à-dire la quintessence des déterminations qui différencient la valeur comme capital d'elle-même comme simple valeur ou argent. Marx retrouve en effet dans la totalité concrète du capitalisme concret les trois moments.-M. certes. p... capital fixe ou capital circulant). mais une abstraction qui porte en elle la differentia specifica du capital. soit leur affirmation positive.

Les lois de la guerre révolutionnaire sont un problème que doit étudier et résoudre quiconque dirige une guerre révolutionnaire. Si l'on ne comprend 94 Jean-Marie Brohm. chaque contradiction.. Ainsi. Il montre que la contradiction entre la bourgeoisie et le prolétariat par exemple est certes une contradiction universelle dans tous les pays. on ne sait comment la conduire. Les lois de la guerre révolutionnaire en Chine sont un problème que doit étudier et résoudre quiconque dirige une guerre révolutionnaire en Chine [. mais du Crédit agricole. à une étape déterminée de leur développement. et notamment de son degré d'universalité dans le temps (sa durée) et dans l'espace (son extension). entre nations. L'analyse dialectique concrète se doit en effet de repérer le moment de l'universalité. Brohm montre que ces réflexions peuvent et doivent évidemment s'appliquer à l'analyse des contradictions dans les institutions. avec leurs agences singulières. on ignore les lois de la guerre.-M. Mais il est surtout décisif de ne pas noyer la contradiction singulière. est au cœur de la méthode dialectique 94 ". Mao TséToung. de la BNP..J. outre les conditions et le caractère propres à la guerre en général. remarque encore J. pp. Brohm de poursuivre : “ On ne résout pas un conflit conjugal singulier par une proposition de loi de réforme générale du divorce.-M. en ce lieu et en ce moment – ici et maintenant – dans la contradiction particulière ou dans la contradiction générale. a ses conditions et son caractère particuliers. C'est pourquoi nous devons étudier non seulement les lois de la guerre en général. Brohm. il est nécessaire d'articuler concrètement les moments de l'universalité.]. Brohm. dans la lutte des classes. et c'est pourquoi elle est soumise non seulement aux lois de la guerre en général. etc. op. entre États ou blocs politiques. les contradictions entre classes. particulières et singulières et il est essentiel de repérer leur importance relative dans la totalité contradictoire". son caractère. du conflit. La guerre révolutionnaire.. "Au contraire. les contradictions particulières sont elles-mêmes singulières : "Il ne s'agit pas par exemple de la banque en général. "Les lois de la guerre sont un problème que doit étudier et résoudre quiconque dirige une guerre. Les chaînes de contradictions comportent un enchevêtrement de contradictions générales.-M. Et J.-M. Mais cette contradiction générale est toujours particularisée : contradiction entre bourgeoisie industrielle et prolétariat industriel.. il est juste de rappeler que le conflit social n'est en dernière instance que la réfraction dialectique de la contradiction générale entre le salariat et le capital. concrète. a produit une synthèse de cet aspect des choses à propos de la guerre des classes en Chine. En somme la compréhension de la nature exacte de la contradiction. La guerre qui a commencé avec l'apparition de la propriété privée et des classes est la forme suprême de lutte pour résoudre. de la particularité et de la singularité dans la contradiction. pas plus qu'on ne résout la question du dopage et de la violence particulière à tel sport sans résoudre la question du dopage et de la violence sportive en général. cit. de la Société générale. mais également les lois spécifiques de la guerre révolutionnaire et les lois spécifiques particulières de la guerre révolutionnaire en Chine [. mais également à des lois spécifiques. qu'elle soit une guerre révolutionnaire de classe ou une guerre révolutionnaire nationale. ses rapports avec les autres phénomènes. explique J. Dans une entreprise en grève. singulier. spécifique. contradictions entre capital financier et employés de banque.]. il s'agit de déterminer la spécificité de la contradiction. Et d'autre part. Ainsi. comme il est juste de rattacher le conflit en cours à tous les conflits similaires propres à cette contradiction particulière-là (par exemple propre à toute la branche de l'industrie automobile en cas de “ restructuration ” massive). de la particularité et de la singularité. on est incapable de vaincre.. Il serait par exemple irréaliste de vouloir mobiliser sur une grève générale à propos d'un conflit spécifique localisé à une entreprise sans avoir auparavant exacerbé le conflit sur le point précis. soumis à la dictature du capital. 33 . selon son degré de généralité ou de particularité. a une forme propre de résolution. Si l'on ne comprend pas les conditions de la guerre. 246-247. contradiction entre capital commercial et salariés commerciaux. individuelle.

p. L'analyse dialectique combine le singulier et l'universel par la médiation du particulier et cela de double manière : synchroniquement et diachroniquement. s'en tiennent aux conditions concrètes et récusent l'idée même de contradiction générale en invoquant les faits particuliers. et fonctionnent comme des capitalistes individuels) et que le mouvement total du capital social est égal à la somme algébrique des mouvements des capitaux individuels. donc en connexion avec les mouvements des autres parties 97 ". mais jamais analysés comme les effets particuliers d'une pratique sportive institutionnelle. Les dogmatiques s’attachent toujours à la pure généralité. première partie. Le Capital. dans la mesure où les gouvernements emploient le travail salarié productif dans les mines. qui après 1968 répétaient mécaniquement les mots d'ordre de la révolution culturelle chinoise ou les militants de Lutte Ouvrière qui scandent invariablement les mêmes slogans). on ne peut remporter la victoire dans une guerre révolutionnaire en Chine 95 ". voir encore H.pas les conditions et le caractère particuliers de cette guerre. Sur le dogmatisme. 199 et 200. en répétant que toutes les contradictions particulières sont identiques. un mouvement tel que celui de chaque capital industriel individuel apparaît dans son sein seulement comme mouvement partiel. De même. 248-249. 247-248). par exemple. qu'il s'agisse d'une guerre civile ou d'une guerre nationale. inédit. Le mouvement du capital à un moment donné est donc "non seulement une forme de mouvement commune à tous les capitaux industriels individuels. l'expression particulière d'un problème général : la violence de la compétition de tous contre tous 96 ". Le fait que le capital social est la somme des capitaux individuels (y compris les capitaux par actions et le capital d'État. Si l'on ne connaît pas toutes ces lois. Les opportunistes et empiristes.. Voir aussi ibid. c'est-à-dire à l'abstraction vide. Cette attitude revient à nier la loi essentielle de la dialectique : rien ne reste égal à soi-même. par exemple. n'empêche nullement ce mouvement. des lois qui lui sont propres. certes regrettables. Livre Deuxième. on voit qu'avec le temps évoluent et la guerre et les lois de la conduite d'une guerre . Mao Tsé Toung. tout se transforme en son contraire : "Les dogmatiques sont incapables de repérer ce qui est nouveau. La somme et le reste. tome I.. les chemins de fer. pp. mais en même temps la forme de mouvement de la somme des capitaux individuels. Le capital. Éditions en langues étrangères. cit.. on ne peut diriger une guerre révolutionnaire. chaque étape historique présente ses particularités. Ainsi les bavures. C'est donc la forme de mouvement du capital collectif de la classe capitaliste. etc. pp. on ne peut y remporter la victoire. il s'ensuit que les lois de la guerre ont leurs particularités à chaque étape. Avec Marx. tout se métamorphose. 97 Karl Marx. op. déviations et excès du sport sont-ils toujours pris pour des cas isolés. Pékin. en tant que mouvement d'un capital individuel isolé. op. 90 et 91.. mais surtout de comprendre la spécificité concrète (les maoïstes français.. et qu'il ne faut pas transposer ces lois mécaniquement d'une étape à l'autre ” (cité par Jean-Marie Brohm. 95 34 . et que seule importe la contradiction générale qui est semblable à elle-même dans le temps. commerciaux. 1967. au contraire. Paris. pp. outre les lois de la guerre en général et les lois de la guerre révolutionnaire en général.].. cit. est la totalité des capitaux industriels. si l'on en ignore les lois spécifiques. 1974. chaque capital particulier est la somme des capitaux individuels et c'est cette totalité contradictoire qui constitue le capital social total. entremêlé à l'autre et conditionné par lui [. Éditions sociales. 202 : “ Si l'on parle du facteur temps. La guerre révolutionnaire en Chine. se déroule dans les conditions propres à la Chine et se distingue de la guerre en général ou de la guerre révolutionnaire en général. 96 Jean-Marie Brohm. On voit que la dialectique marxiste s'efforce d'articuler ces différentes contradictions et surtout de ne pas les confondre. tome I. financiers. Problèmes stratégiques de la guerre révolutionnaire en Chine. C'est pourquoi elle a. par ses conditions et son caractère particuliers. de présenter d'autres phénomènes que le même mouvement étudié comme partie du mouvement total du capital social. on peut considérer que la totalité sociale constitue à un moment donné une articulation complexe de contradictions. Lefebvre. in Œuvres choisies. pp. donc la totalité des capitaux particuliers.

Paris. en l'étudiant soit comme aspect particulier d'une contradiction universelle (la particularisation de l'universel). anonyme. soit comme aspect universel d'une contradiction particulière (l'universalisation du particulier). Brohm remarque que l’on ne sait pas distinguer les trois moments du concept : “ Quel élève ? Un élément abstrait d'un ensemble statistique (le “ stock ” cher à certains socialistes ?) . J. c'est même pire le plus souvent. cit. Il reprend les trois moments hégéliens d’universalité. p. même si pragmatiquement des concepts et des pratiques 98 99 Vladimir Jankélévitch. p. on nage dans l'impuissance de l'universel abstrait et l'on accepte résigné le labyrinthe administratif avec ses paperasseries ubuesques. L’Analyse institutionnelle. 1977.. statistique). prise dans son sens logique. inédit. Ainsi. l'élève récalcitrant . évidemment. 1970. 35 . d'un processus général. ma mort) 98 . J. alibi commode pour ne rien faire : ailleurs ce n'est guère différent. au sujet de la notion d'élève. abstraite. exceptionnel. Flammarion. le bureaucrate. c'est toujours l'autre : l'universalité de la bureaucratie ne saurait corrompre ma pureté ou mon innocence singulières : l'unique et sa propriété 100 ". Il écrit : "Abstraitement. par René Lourau. ou tel élève singulier avec son histoire individuelle ? Quand les microcéphales socialistes clament extasiés : “ il faut mettre l'élève au centre du processus éducatif ”. dans l'autre un élément d'un ensemble ou d'un échantillon. Et quand on envisage sa propre pratique professionnelle. autrement dit comme événement banal. routinier. coutumier. singulière. Minuit. Vladimir Jankélévich a rappelé de ce point de vue que l'on pouvait penser la mort sous les trois modalités dialectiques : la mort universelle (la mort en troisième personne. de quel élève parlent-ils donc ? ” 99 . par exemple. concrète. p. Mais dans le cas particulier de l'université française. dans L’Analyse institutionnelle 101 . 251. 100 Ibid. la mort d'un proche. a été développée dans le mouvement de l’analyse institutionnelle. l'élève doué. La méthode dialectique consiste donc à saisir l'universel dans le particulier et le particulier dans l'universel. 101 René Lourau. alors là.. particularité et singularité. il s'agit donc de repérer la place de telle ou telle contradiction dans la totalité sociale et de lui assigner son degré d'universalité ou de particularité. op. On peut par exemple examiner un événement particulier soit comme répétition du même et donc comme particularité.-M. La Mort. soit comme événement singulier. Dans un cas. Autrement dit.-M. un type particulier d'élève : l'élève en difficulté. Paris. avant cette inscription théorique dans la dialectique. ses tracasseries et ses mesquineries. Brohm poursuit en prenant l’exemple de la lutte contre la bureaucratie dans l'université. Ces considérations théoriques peuvent être appliquées à des situations très concrètes et actuelles. La dialectique hégélienne. En tant que théorie. ordinaire.. d'un être cher) et la mort singulière (la mort en première personne. dans l'opposition universelle à la bureaucratie en général.À un moment donné. Un accident de la route.. c'est un drame individuel unique. 251-252. l’analyse institutionnelle est fondée par René Lourau dans cet effort pour redéployer les moments de la logique hégélienne pour penser l’institution. parmi d'autres. les universitaires concernés renvoient toujours à d'autres cas particuliers. le paradigme de l’analyse institutionnelle n’était pas vraiment constitué théoriquement. individuelle. est à la fois un événement extraordinaire pour ceux qui le subissent douloureusement et un cas parmi de milliers d'autres pour les services de sécurité routière qui établissent des statistiques. Jean-Marie Brohm. la mort particulière (la mort en deuxième personne. En effet. il y a consensus universel : tout le monde est contre la bureaucratie. ou mieux encore de telle ou telle université particulière. c’est-à-dire à viser le singulier en tant que combinaison dialectique originale et unique de l'universel et du particulier.

ni systématiquement. ils sont à la fois en relation négative et en relation positive avec chacun des deux autres 102 . donc aux systèmes d’échanges. Il explore la spécificité de la lecture institutionnaliste de la dialectique chez René Lourau 103 . 45 à 57. ils sont indissociables. La triade est définie par ce chercheur comme “ la construction permettant à la fois de penser et de vivre Patrice Ville. Enfin. L’organisation tend au contrôle. Certes pour l’Analyse Institutionnelle l’Institution est une forme ou une structure fondamentale. 103 Lourau (René). au non maîtrisé. à des phénomènes marginaux. 1970. ces trois termes sont en étroite relation. supposant cette théorie. Le conflit des interprétations. à des émergences particulières. p. Patrice Ville rappelle que les propriétés des trois moments hégéliens sont les suivantes : chaque moment est négation des deux autres. L’institué tend à être universel. mais il le fait travailler. notamment inventés par Georges Lapassade et Félix Guattari. Mais pas forcément. Mais ils ne sont pas synonymes des trois moments hégéliens. thèse d’état. Ce qui caractérise l’intervention est la valorisation de la triade. L’analyse institutionnelle. Mais paradoxalement il y a de l’institutionnalisation dans certaines formes de non-reconnaissance. 12 septembre 2001. L’instituant. 104 Ricoeur (Paul). Mais ce ne sont que des tendances. selon Paul Ricoeur 104 . 105 Herreros (Gilles). Le tiers ne dicte pas le lien. On peut avoir de l’idéologique institué universel. Seuil. donc dans des particularités etc. Cela donne : l’institué. Semblables aux trois moments hégéliens. c’est-à-dire le caractère novateur de quelque chose. à partir de réflexions sur les situations socianalytiques et les divers types de déviance qu’il a pu y rencontrer. La forme triadique n’est pas innocente et soutient une intention politique : l’éthique du lien. et complète diverses notions à différents courants de pensée. ou être instituant et particularité par rapport à un autre universel. l’instituant. 1997. il est “ le pôle “ il ” pour qu’entre “ je ” et “ tu ” se glisse un référent commun ”. En fait. chaque moment est affirmation des deux autres. ce qui pourtant est inexact. Le libidinal tend à s’identifier à la pulsion. il existe des combinaisons de ces dialectiques et non pas des équivalences. EKSA. Dans le même chapitre de sa thèse. le moment libidinal. Paris. est en général tout à fait associé à de la particularité. Ce dernier emprunte. comme distinctes. Dans les situations sociales. le moment organisationnel Patrice Ville précise : "Entre les trois "triplettes". Paris. la pratique montre qu’il est intéressant de considérer ces trois dialectiques. Une socianalyse institutionnelle. 102 36 . Mais l’idéologique peut très bien tenir lieu de singularité. notions qu’il réorganise dialectiquement. in “ Gérer et comprendre ”. l’institutionnalisation qui ont les mêmes propriétés que les notions hégéliennes. au désir. de conjonction. Gens d’école et gens du tas. revue de l’Ecole des Mines. avaient déjà été posés. L’institutionnalisation renvoie à la nécessité de reconnaissance. 1970. selon Gilles Herreros 105 . à des idées non standardisées. Paris 8. mais cette forme est à la fois résultante et enjeu de la dialectique institutionnelle telle qu’elle est décrite par ces trois triades. d’organisation. Revisiter l’intervention sociologique. il existe des combinaisons : des éléments qui vont ensemble et peuvent être identifiés comme proches. Patrice Ville note encore : "L’idéologique tend à se faire reconnaître comme universel. Minuit. Au point que ces mots peuvent sembler redondants. Paris.dynamiques. René Lourau propose une dernière "triplette dialectique" : le moment idéologique.

thèse d’état. Paris. Pour G. gêneur. En fait. Circé. Une socianalyse institutionnelle. "la triade est la figure de l’étranger" : pont. 45 à 57. Le moment dialectique Le dernier chapitre de La science de la logique. Je renvoie ici à ce chapitre. 107 106 37 . Patrice Ville. que l’auteur situe dans l’histoire de la pensée. Gens d’école et gens du tas. Le conflit . juste. intrus. est intitulé : l’idée absolue. de Hegel. 1992. p.le lien social ”. 12 septembre 2001. il est une reprise très explicite de la méthode dialectique de Hegel. porte. On y trouve une réflexion sur l’articulation des moments dans la dialectique. Paris 8. Simmel 106 (1992). impartial 107 . Simmel (Georges).

le rationnel s'incarne dans le réel. le moment capital est celui où toutes les attitudes philosophiques ont été formulées et réalisées. Lefebvre commente : "Si c'est l'esclave qui devient l'homme historique en travaillant et luttant. Pour Hegel. D'abord dissociés l'un de l'autre (aliénés). le réel s'élève au rationnel. Hegel et Marx. Ce thème de la réalisation de la philosophie est. Pour Hegel. C'est le moment de la philosophie totale. cela met fin à l'histoire. conservant et abolissant toutes les philosophies. tout est produit par la pratique théorique. 21. les réalisant. Si la philosophie systématique résume et contient les philosophies antérieures. La fin de l'histoire. politique. L'histoire aussi est production et produite. pour H. le système régnant sur le désert de l'essence). donc vraie. La rationalité (la philosophie) coïncide avec la réalité (l'État). un thème récurrent 109 . dans son Introduction à la lecture de Hegel. la philosophie est devenue pratique. le lieu de cette rencontre se découvre dans la finitude. Mais c'est à Hegel qu'il faudrait attribuer ce concept s'il se vérifiait que c'en est bien un. p. tous les moments de la société civile et politique. Le moment s’acquiert dans une lutte réelle 108 109 H. de reprendre quelques passages de cette lecture. Si la nature se transforme (par le travail et par la lutte) en monde historique. si l'Esclave devient “ l'homme ” délivré et satisfait (befriedigt). en le concevant. H. Cette notion est-elle un concept ? H. notamment. Le moment de la praxis H. Lefebvre. 38 . Ainsi. S'il est vrai que la connaissance est dans son fond re-connaissance. Lefebvre en doute. 110 H. s'il donne lieu à “ l'homme ” porteur du vrai accompli – le Philosophe –. 18-19. Lefebvre. la connaissance théorique est l'élément dominant de la pratique. à travers l'histoire et les luttes historiques. Lefebvre. Tout naît chez Hegel de la praxis. La philosophie est réalisée et l'histoire achevée. Lefebvre reconnaît à Hegel un mérite : avoir dégagé la notion de praxis 110 . La fin de l'histoire. la fin souhaitable de ces luttes sanglantes supprime le devenir historique. Lefebvre reprend sa lecture de Nietzsche.Chapitre 4 : Lectures de l'histoire Dans La fin de l'histoire. Voir les 50 premières pages de La somme et le reste. Il nous semble utile ici. en renversant le Maître. H. elle achève le devenir en le comprenant. concernant l'histoire. et par conséquent dans la mort (y compris celle de l'histoire. l'auteur nous montre sa bonne connaissance du "moment historique" chez Hegel. Le système philosophique et le système politique ne font plus qu'un : nous sommes face à une totalité à double aspect. Le moment du savoir absolu : l'histoire et le système chez Hegel La relation entre l'histoire et le système chez Hegel a été soulignée par Alexandre Kojève. c'est précisément ainsi qu'il définit le concept de “ pratique théorique ”. pp. C'est le moment du savoir absolu 108 ". Dans cet ouvrage.

dans cette perspective. Les figures. finie. crépuscule.. comme mise en forme ultime. en désignant ainsi la période pendant laquelle l'être générique. ou plutôt l'esprit. H. en proie à des déterminismes qu'il ne connaît et ne domine pas. que “ l'homme ” tâtonne. La succession des moments de la révolution Chez Marx. moments. à la raison. Lefebvre retrouve la fin de l'histoire : "Ce que nous appelons l'histoire se termine par une révolution totale (même si les phases et les “ moments ” de cette révolution se succèdent dans le temps). se voient dominés. p. H. des moments inhérents au devenir. pour autant qu'elle se déroule à l'aveuglette. l’enfant est un “ moment ” de l’homme 111 112 Ibid. L'histoire apparaît alors. Il montre que la logique immanente à l'histoire n'empêche en rien qu'il faille parcourir (et re-parcourir) l'histoire sans sauter du commencement à la fin : "La connaissance philosophique elle-même ne peut abolir le temps et substituer le tableau achevé à l'inachèvement phénoménologique. L'homme. appropriés. qu'il y ait logique et vérité de l'histoire. lutte contre la nature en son sein. cela n'annonce-t-il pas la possibilité du tableau (de la synchronisation terminale) ? Oui. leur re-connaissance. Dans la réflexion hégélienne. le travailleur et le désabusé. De quelle histoire s'agit-il ? De l'histoire de l'esprit (idéelle et/ou idéale) coïncidant par hypothèse avec l'histoire réelle. à la prévision 113 ". Mais alors. p. 45 39 . Hegel ré-écrit ainsi le temps sans le moindre obstacle : "La philosophie fournit le paradigme (tableau systématique et fermé des oppositions) ainsi que le syntagme (liaison. enchaînement) du processus (chaîne vécue sans conscience de l'enchaînement). il y a un nombre fini des figures. 113 La fin de l’histoire. sans se détacher d'elle. la post-histoire ? Elle peut se donner pour historicité accomplie. Cette contrainte. Pour Marx. Morte l'histoire. Tel est le destin et l'ordre . passe par les épreuves qui le mènent de l'originel à la connaissance. Le temps de l'appropriation remplace le temps de l'aveuglement dans lequel l'enchaînement des effets et des causes (y compris les volontés et les idées) échappait à la connaissance. 25. sa naturalité. croissance et développement social) ce double aspect définissant l'historicité. nuit. Le fonds opaque de l'être humain. comme préhistoire. unité réglée de figures dans le mouvement. sagesse. cette nécessité se rattachent-elles selon Hegel à une naturalité originelle et originaire ? Non. car on ne peut qu'imaginer (non pas concevoir et non pas faire) un temps non historique 112 ". Cette histoire finit-elle ? Oui. On peut les dénombrer. “ l'homme ”. le maître et l'esclave. cette exigence. Lefebvre déduit la fin de l'histoire. peut-on les combiner par la seule pensée ? Non. Les moments et leurs connexions (opposition et enchaînement). il a fallu les parcourir dans une lutte réelle. Et cependant. sans maîtriser la matière ? L'histoire proprement dite serait alors celle de “ l'humain ”. p. une pensée combinatoire ne peut venir que tardivement. Leur rapport. terminée. leur enchaînement permettent ce récit global que Hegel nomme “ histoire ”. éléments. Mais peut-être cette “ pré-histoire ” devrait-elle s'appeler “ histoire naturelle de l'humanité ”. Ibid. aussi. La formulation de la Logique coïncide avec la fin : vieillesse. tour à tour l'esprit fut le désir et l'entendement. De ces remarques.Chez Hegel. 25.. L'exigence de la lutte à mort ne vient pas d'une nature mais de l'esprit lui-même : de la finitude en laquelle se réalise l'esprit absolu 111 ".

Non. l'histoire. Lefebvre fait rebondir la problématique. nous dit H. l'achèvement. de la pensée. l'un par l'autre. sont en définitive irresponsables . Les fondateurs de la pensée historique ne les séparaient pas. L’existentialisme (1946). instruments de l'Idée. en contient la possibilité tout en étant enfant . p. de la culture. tâche infinie – fin mortelle. il faut la dépasser. enfin saisi dans ses différences : dans sa genèse concrète 114 ". la société. Impossible de demander des comptes à l'Idée. de la pensée). de la société. l'idée de responsabilité – qui apparaît spéculativement dans le système hégélien – n'est alors qu'une apparence. Aucun doute en ce qui concerne la maturité et sa valeur suprême. ne peuvent s'isoler du devenir global dont ils sont des moments : de l'histoire (naturelle. une sorte d'illusion de la conscience malheureuse à un certain niveau 116 ". l'adolescence. Lefebvre. par la théorie dite “ néo-ténique ” (Bolk). sociale. les emporte dans son torrent destructeur et créateur. qui est fini ?" D'où vient cette idée ? De Nietzsche qui a eu le courage de déclarer l'inachèvement de “ l'homme ”. 102.. 2001. Le devenir historique et ses moments Le devenir. malgré le caractère ambigu (à la fois naturaliste et historisant) de ce concept. 101 116 Henri Lefebvre. deviennent-elles modèles ? En admettant que l'achèvement de l'adulte ne soit qu'un mythe. Toutefois. Anthropos. les broie. de la société. ni le singe. la pensée.Marx montre que l'adulte permet de comprendre l'enfant. qui l'a terminée. Pour eux. Un vieux problème philosophique va-t-il ressusciter : “ Sollen oder Sein ? ” Oui. il reste en l'adulte assez de l'enfant. l'histoire se définit comme maturation (de l'espèce. D'ailleurs. Non l'inverse.et comment le singe a été un moment de l'homme en formation dans la nature. l'état adulte. possèdent chez Hegel un caractère implacable : "Le devenir universel dépasse tous les moments limités. 2° éd. Spontanément. L'histoire et l'historicité. si l'on en reste là. comme le suppose la démarche génétique. 79 La fin de l’histoire. l'espèce. etc. il se profile cependant un achèvement sans réplique : la mort. ce serait l'inachèvement. la précipiter dans le passé (Uberwinden et non pas Aufheben). Comment pourrait-il y avoir histoire s'il y a achèvement ? Qu'est-ce que l'achèvement sinon la fin de l'être. Paris. c'est-à-dire de l'espèce humaine. L'hypothèse nietzschéenne a été reprise avec audace par la littérature (Witold Gombrovitz). c'est-à-dire comme une expression d'une spontanéité. l'État (pour Hegel) vont comme l'individu vers le moment supérieur : la maturité. par la psycho-sociologie (Georges Lapassade et René Lourau)". pour que cette marche puisse revenir vers l'actuel. irrémédiablement. psychique). Car l'adulte sort de l'enfant et l'homme du singe : "Le problème est de savoir comment l'enfant mène à l'adulte. si l'on trouve un autre sens en évitant de ressusciter une idéologie 115 ". Il s'interroge : "Inachèvement de qui ? L'enfance. dans une harmonie préétablie . et marche vers l'achèvement. Ils concevaient l'un en l'autre. 114 115 La fin de l’histoire. la surpasser. 40 . à l'Histoire ! – Les hommes. l'histoire se définit par sa fin : l'état adulte de l'homme générique. une réponse inverse vient aux lèvres. Nietzsche proclame qu'il en est bien ainsi : "Avec l'hypothèse : peut-être l'espèce humaine est-elle ratée. de la société. Or. et l'homme de connaître le singe. avenir illimité. Ni l'enfant. assez du singe en l'homme. p. qui a eu son histoire. p. H. Dès lors. La représentation de l'inachèvement se dédouble – devoir-être sans fin et sans terme. Le devenir Pour Hegel et pour Marx. "aujourd'hui. La relation entre le temps individuel et le temps historique doit s'élever au concept.

explique H. allant des mathématiques à la physiologie et à la médecine . et il cherche à les résoudre. débouche sur la découverte d’une forme et d’un instrument de connaissance : la méthode. c’est d’abord qu’il s’empare de l’acquis. et la continue . sa puissance. avec sa négation : l’ailleurs et dans un autre temps. Hegel part donc de ce moment déterminé du présent. 41 . logiquement. il en tire ce que ces prédécesseurs n’avaient pas aperçu : une loi. une généralisation". Henri Lefebvre montre bien l’étendue des domaines étudiés et son apport à chaque question : "La simple lecture de cette série montre le caractère encyclopédique du génie cartésien. une hypothèse. son originalité. surtout.Le moment déterminé Chez Hegel. Mais. à un niveau dans le développement de la connaissance. cette exploration tous azimuts. Lorsqu’il recense tous les travaux de Descartes en sciences entre 1618 et 1648. dans chaque domaine. Comme tout savant. et cela dans les domaines les plus différents. Il prend place à un moment déterminé. il trouve des problèmes posés. Dès ses premiers écrits. il prend la science acquise. Le propre du génie cartésien. il va plus loin . Lefebvre. à partir des travaux de ses prédécesseurs. nous avons vu qu’est posé un rapport particulier à l’hic et nunc qu’il faut saisir.

que l’on retrouvera d’une certaine manière. F. R. à la suite de Herbart. une introduction à l’analyse institutionnelle (1978. C’est le bon moment pour s’analyser. j'introduis la notion de moment socianalytique. Anthropos. pour se soigner. Gallimard. correspond à un moment de prise de conscience. pour changer son mode d’organisation domestique ou politique 118 . c’est l’intervention de sociologues institutionnalistes dans un groupe. Allgemeine Pädagogik (1806) . Paris. 1994. Remi Hess. 4° éd. du travail. Ferdinad Schöningh. F. le bon moment de refaire son toit peut être la survenance d’une tempête qui a soulevé le toit… En politique. une introduction à l’analyse institutionnelle. La notion de bon moment existe déjà dans la philosophie grecque. du plaisir. dans la notion de tact que développera. et de ses outils de travail. 119 Herbart. Hess. moments d’une biographie. L’usage des plaisirs. ” Ce qui est valable pour un groupe ou une institution vaut également pour la personne. 311 p. Dans la gestion d’une maison.E. dans l’espace et dans le temps. en commande vis-à-vis d’un tiers. Schleiermacher. Les socianalystes ont montré le cheminement qui s’opère entre le moment de la demande conscientisée. et plus particulièrement de sa recherche du juste milieu. c’est la notion de kairos. notamment lorsqu’il s’agit d’une intervention chirurgicale qui permet d’éviter des complications de santé. La notion d’urgence n’est pas absente. Le sens de l’histoire. 2001. 2° éd. Chez les Grecs.D. Ausgewählte pädagogische Schriften. etc.Chapitre 5 : Le bon moment Dès 1978. notamment chez Aristote chez qui la notion s’inscrit dans sa recherche de l’équilibre. et le recours à une forme de dispositif d’analyse ou d’intervention fait émerger la notion de "bon moment". le bon moment d’une réforme suppose une prise de conscience d’un collectif assez large sur la nécessité d’un changement. Paderborn. Centre et périphérie. Cette intervention n’est concevable que lorsqu’une analyse interne a déjà été faite qui a conduit le collectif client à formuler ce constat : “ nous avons besoin de quelqu’un d’extérieur pour nous aider à comprendre nos difficultés. dans Centre et périphérie 117 . 2001). 1984. Paris. l’appel à des personnes extérieures permet de construire une distance. La commande est le passage à l’acte qui conduit le demandeur à choisir un dispositif de traitement de sa demande. du débat. lorsqu’il formule pour lui-même l’idée que le dispositif de la cure lui serait utile pour sortir des difficultés qu’il traverse. 120 Michel Foucault. lorsqu’il développera les qualités requises par le pédagogue 119 . Michel Foucault l’a souligné dans L’usage des plaisirs 120 . c’est justement l’analyse des chemins conduisant d’une demande à une commande. L’entrée en psychanalyse survient à un moment particulier de la vie du sujet. 117 42 . Ce collectif va appuyer la réforme auprès de ceux qui ne veulent pas changer. pour se former. 118 Christine Delory-Momberger. à une demande. 414 pages.. Dans la dynamique d’une institution. Anthropos. Mais l’adéquation temporelle entre la dynamique interne du sujet (individuel ou collectif). La socianalyse. etc. et la commande. une organisation ou une institution. Schleiermacher. pour aider les acteurs à analyser la crise qui les traverse. L’entrée dans le dispositif est le moment du passage de la demande qui s’est formulée à l’intérieur. il y a un bon moment de la rencontre. Toute entrée en thérapie (psychologique. L’analyse. Le kairos est à la fois une recherche du juste milieu. mais aussi somatique). pour raconter son histoire de vie. Paris.

" Comme l’indique J. L’homme de génie et la mélancolie. le juste milieu. et de décider du moment opportun pour optimiser son intervention. Scheiermacher. c’est-à-dire ce temps propice. et la qualité que le professionnel. F. où l’autre est capable d’entendre ce qu’on veut lui dire. 1998. qu’on détient le savoir sur lui. orateur. au sens où nous employons ici ce mot. selon F. PUF. Dans ces métiers. doit intervenir. bref vous écoute dans ce que vous pensez pouvoir lui dire de lui. ou encore temps opportun. d’Aristote 121 . se trouve être en demande. Schleiermacher. Sigmund Freud connaît bien la démarche herméneutique de F. Si l’on traduit kairos par bon moment. Autour de Malaise dans la culture de Freud. la qualité du clinicien. On touche à la question de l’analyse herméneutique du contexte. Michel Plon. Pigeaud. Selon lui. le tact concerne non seulement le moment de l’intervention. Henri Rey-Flaud. Dans sa réflexion à partir du Malaise dans la culture.Dans sa présentation à sa traduction de L’homme de génie et la mélancolie. Chez Freud. et d’être capable d’attendre en espérant parvenir à rencontrer un jour le moment adéquat d’une parole : le bon moment de l’interprétation. traduit et présenté par Jackie Pigeaud. Le bon moment de parler. le kairos est donc un instant quasiment intemporel. la question est toujours de choisir le "bon moment pour intervenir". l’interprétation brutale. Il faut attendre le "bon moment". in Jacques Le Rider. il faut à nouveau attendre le "bon moment" pour 121 Aristote. de Freud. de dire. Schleiermacher constate qu’il y a un conflit. et dans Der Witz und seine Beziehung zum Unbewussten. Petite Bibliothèque Rivages. L’enfant veut éviter de penser à son futur. et le moment de l’avenir de l’élève auquel pense le pédagogue lorsqu’il lui propose des apprentissages. dans lequel vit l’enfant. que dans l’épaisseur du moment. Paris. le kairos est lié au temps. de formation. Et à la limite. comme importante dans le travail pédagogique ou analytique. Gérard Raulet. et donc. on peut dire que toute sa théorie de l’interprétation est redevable à la posture herméneutique de F. Du point de vue du temps. soigner. Sans cette attente. c’est justement cette maîtrise du "bon moment". Le kairos est donc davantage dans l’insight de l’instant. c’est le moment où l’autre a quelque chose à attendre de vous. le moment est pris ici dans le sens du der Moment allemand (par opposition à das Moment). et immédiate dès qu’elle survient dans la tête de l’analyste. Paris. 154 pages. dans lesquels sont installés le jeune et l’adulte. le praticien dans sa manière de porter un diagnostic. 122 Michel Plon “ De la politique dans le Malaise au malaise de la politique ”. même quand on a raison. 43 . Analysieren. Tous les deux ont identifié la notion de moment. mais aussi la gestion du rapport au temps dans le travail lui-même. sans durée. Michel Plon montre que cette question du bon moment est un problème central pour les trois métiers impossibles selon Freud : gouverner. Ce qui différencie le bon professionnel du mauvais. dans la vie du sujet ou du collectif. éduquer (Regieren. Il est important qu’il y ait demande (de distanciation). de réforme. qu’il soit médecin. Le patient lui répondra : "Tu dois savoir que je n’ai rien à apprendre de toi !". Dans le "bon moment". on pourrait le traduire par instant adéquat ou temps propice. 1988. rien ne sert de forcer l’autre. Erziehen) 122 . Schleiermacher. est incongrue. über den Traum. Mais à l’intérieur du dispositif lui-même. Jackie Pigeaud. par l’urgence que nécessite l’état des choses. S’il le cite explicitement dans Die Traumdeutung. c’est d’accepter de ne pas brusquer les choses. entre le moment présent. Ils ont du mal à se rencontrer. général. et qui correspond à un bon redéploiement de son expérience clinique. pour qu’il y ait confrontation à un dispositif de soin. cet instant adéquat. propose une définition du kairos comme "moment où le technicien (à l’évidence c’est de l’homme de l’art – tékhnè – qu’il est là question et qui s’oppose au praticien de la science – epistémè). la pédagogie est un combat entre les deux moments.

ajoute J. dans une sorte d’idéal de perfection. découvre que la réussite de la praxis politique est liée à la capacité de saisir l’occasion lorsque celle-ci se présente. Rappelons que pour lui. Cette conception 123 Jacques Lacan. qui fait le choix. impossible à atteindre. 124 Machiavel. 44 . "Il est très important qu’un enfant commence dès son jeune âge à entendre dire du bien ou du mal d’une chose. Dans cette exploration du "bon moment" en politique. n’est pas infaillible. Paris. c’est celui qui. Celui qui sera perçu comme "mauvais professionnel". avant d’utiliser les canons. serait dans leur capacité à attendre le "bon moment" avant d’intervenir. c’est le "moment décisif" selon H. Paris. précise Lacan. Lefebvre évoque Léon Trotski. En politique. Dans cette clinique du politique. H. in Œuvres. de manquer les occasions d’agir. L. mais l’échec est à l’horizon.s’autoriser à l’interprétation. c’est être bon psychanalyste". comme dans l’éducation ou la politique. Le séminaire. Machiavel n’est pas un philosophe. Trotski croit maîtriser le savoir stratégique. Il est au service du pouvoir florentin. la nouvelle portée des canons. entre la situation et la posture. l’art est de choisir le bon moment de conclure. se trompe dans son choix. 1996. lui fait perdre la bataille. Celui qui réussit fascine. mais de l’éducation. mais un praticien. Dans ces courriers. le "métier" du pédagogue. de ne jamais poser d’acte. trad. On se trouve dans un univers qui échappe au contrôle : on se trouve dans l’inachèvement. 458. 1978. comme chez l’homme politique. Machiavel fonde une clinique de l’expérience. comme métier "impossibles". Ces lettres et rapports de mission confidentiels lui serviront d’ébauche pour l’œuvre à venir. Son journal prend la forme de lettres qu’il envoie ici ou là. Machiavel reproche aux dirigeants d’hésiter constamment. Lacan 123 . Le maître. Lefebvre. et présentation par Christian Bec." Et concernant sa conception des rapports entre les hommes. Il réfléchit sur les différences entre les personnes. on sait qu’elle anticipe la conception selon laquelle "l’homme est un loup pour l’homme" (Hobbes). Selon Freud. "Faire la bonne interprétation au moment où il faut. Le rapprochement qu’a fait Freud entre le gouvernement. le sort de l’Europe aurait été changé : le communisme aurait gagné toute l’Europe. c’est qu’ils étaient bon psychanalystes". livre II. le soin et l’éducation. il médite tout particulièrement sur le rapport au temps. depuis l’époque de Clausewitz. Faire la bonne analyse de la situation. est un enjeu stratégique considérable. lecteur de Clausewitz. de thérapeute ou du politique. depuis l’époque napoléonienne. qui relève d’un domaine difficile à contrôler qui est la subjectivité. Il écrit des textes en relation directe avec sa pratique. vient du fait que ces arts reposent en définitive sur la maîtrise du tact. Laffont. Discours sur la première décade de Tite-Live. p. Ainsi. ou pour parler comme Machiavel de la virtu. d’envoyer ses fantassins. lui aussi. et d’une certaine manière la guerre. Cette décision. la vraie différence ne vient pas de la naissance. L’art consiste à "répondre ce qu’il faut à un événement en tant qu’il est significatif. Michel Plon explore le travail de clinicien du politique qu’opère Machiavel qui. inadéquate par rapport à l’évolution des batailles. évoquant Socrate. au moment décisif. qu’il est fonction d’un échange symbolique entre les êtres humains – ce peut être. Cet art de l’adéquation. Quand Lacan. Seuil. mais il ne prend pas en compte. du talent. lors de la bataille de Varsovie en 1917. dit que "si Thémistocle et Périclès ont été de grands hommes. dans l’analyse. il veut souligner que chez le psychanalyste. Et il observe. car cela l’impressionne nécessairement et il détermine ainsi son comportement sa vie durant 124 . de l’intuition. l’ordre donné à la flotte de sortir du Pirée". mauvais. au moment opportun. Le Moi dans la théorie de Freud et dans la technique de la psychanalyse (1954-1955). entre 1498 et 1512. comme le médecin ou le politique peuvent toujours se tromper. Plus qu’une théorie du politique. Si son choix avait été inverse.

vol. qu’il accompagne lors d’une opération que celui-ci mène. qui lui permet de découvrir l’exercice du pouvoir. On verra que cette dialectique a été pensée dès le moment grec de la philosophie. mais la vérité effective des choses. dont procède le prince.. comme significative : "Je temporise. Gallimard. l’évolution du rapport de force et son devenir. Il construit des leurres. et qu’il ne l’exécute que quand la nécessité le talonne. 2 vol. p. en comptant sur les hommes du Roi. 1996. Le rapport de l’autre au temps est un élément essentiel de l’analyse stratégique. Paris. 148.implique un certain rapport au politique : l’action politique efficace doit prendre les hommes tels qu’ils sont. en donnant une dimension ostentatoire à ses préparatifs de guerre. quand les faits sont là et pas autrement. plus d’une fois. cit. p. Son projet n’est pas de décrire l’idée que l’on se fait des choses. mais fait du terrain." Quelques jours plus tard. et l’argent du pape. Comme le remarque Michel Plon 127 . et il déterminera le choix tactique d’intervenir ou pas.. fugace. 1. et surtout les princes. attesté qu’il ne publie chose aucune qu’au moment même de l’exécuter. fonctionne comme une Erlebnis (expérience vécue). p. se définissent du fait que le temps pour l’un inclut le temps. tant dans la temporalité que dans son étendue. sont jugés en fonction des qualités qui leur apportent blâme ou louange 125 . il a su jouer sur les lenteurs des adversaires à l’affronter. 45 . Il s’était préparé. Le politique est celui qui sait saisir l’occasion. Il écrit : "Laissant de côté les choses que l’on a imaginées. 127 Michel Plon. Machiavel est stupéfait de la manière. à propos d’un prince et discourant de celles qui sont vraies. derrière ce vacarme. il glisse une petite phrase que Machiavel note aussitôt. La fascination de Machiavel vient du rapport au temps que le prince a construit : il est à la fois dans et hors du moment de l’adversaire . durant lequel on a pris soin de construire un dispositif. lorsqu’elle se présente. Toutes les lettres de Machiavel. Machiavel observe comment le Prince entre dans ce temps. on peut proposer une théorie des moments qui soit dialectique. Il décrit la dimension psychique dans la matérialité du rapport au temps. C’est la matière première de l’action politique. le complot échoue d’un rien : le duc s’en sort. le côté décisionnel du kairos suppose un temps préalable. 1955. Ce vécu à proximité d’un prince. Alors que le prince dit calmement qu’il jugera les Seigneurs de Florence sur leurs actes. Machiavel observe César Borgia. 142. personne ne connaît le lieu de l’attentat qu’il organise : "Ce Seigneur est le plus secret des hommes… Ses secrétaires m’ont. C’est la substance d’où l’on va tirer les occasions de l’action. de l’autre. les autres n’aient rien soupçonné de ce qui se préparait ! La ponctuation de cette histoire sera l’élimination des traîtres qui aura lieue le jour de la Saint Sylvestre 1502. entre octobre 1502 et janvier 1503. 221. pour agrandir ses territoires. parce qu’ils sont plus haut placés. 128 Toutes les lettres de Machiavel. 285. Machiavel s’étonne que. je dis que tous les hommes. car il s’est totalement inscrit dans la réalité. Machiavel constate que la bonne maîtrise de la temporalité est liée au fait que le prince ne rêve pas." Dans la vérité des choses. Dans la stratégie. op. Lors d’un complot qui se fomente contre lui. Le prince. in Œuvres." 125 126 Machiavel. d’où il s’ensuit que l’on doit l’excuser et non pas le taxer de négligence 128 . différent. Celle-ci est fragile. du prince. Il fait beaucoup de bruits autour de la préparation d’une campagne : l’art du politique est cette maîtrise du concret. la dimension du temps apparaît essentielle. où ses paroles et ses gestes se fondent totalement dans la temporalité de la menace. quasi impossible. lorsqu’on en parle. De cet enchevêtrement des temps d’avant le "bon moment". p. et j’attends mon heure 126 . je tends l’oreille à tous les bruits. Il nous faudra tenter de la dégager. En dehors de lui.

ses moyens. refusa-t-il de fixer à l’avance le terme d’une 129 Une première description des règles de la socianalyse est donnée dans G. le dispositif que propose l’intervenant est une assemblée générale. voir. Aussi. Il faut tenir compte de l’adversaire. Peut-être ce moment existait-il déjà. qui s’étend jusqu’à l’universel. sous une forme ou sous une autre. juger. le conçu. Lapassade. intervenir pour conclure sont donc les trois moments de ce processus qui ouvre sur le "bon moment". à la manière hégélienne. On évalue nos propres moyens et nos chances de victoire possible. Mais sur le plan de la durée. le praticien doit aller jusqu’au boût. 15 à 26. permettant l’accès aux éléments transversaux les plus divers (transversalité) de l’établissement en analyse 129 . Il décrit la situation en dégageant les caractéristiques. Lacan reformule dans son célèbre sophisme du temps logique et de la certitude anticipée : l’instant de voir. l’action (H. Cet acte est définitif par rapport à la situation singulière. Lefebvre). C’est le recueil des données : le praticien examine le cas. On fait des prévisions. dans une première période de sa vie. Paris. Le médecin grec inscrit sa théorie du bon moment dans une trilogie du même type : -Hippocrate dégage d’abord le moment de l’enquête. 2004. qui suppose une organisation. au sein du mouvement psychanalytique. Voir également des mêmes auteurs “ Le dispositif de la socianalyse ”. Dans toute situation d’analyse. Le temps d’un éclair. La pratique impose donc une prise en compte permanente de l’étendue et de la durée. le moment de conclure. on l’étudie en tant que telle. Mais Freud avait conscience de s’être trompé dans le cas de "l’homme au loup". On sait que. Et cette dynamique se développe dans un contexte. de ces trois moments. Les séances sont plus courtes. 224 pages. les spécificités de cette situation singulière qui n’a pas d’équivalent. Percevoir. etc). R. mais pensées dans la succession. p. Imaginer –coopter. agir (formulation des militants de l’action catholique dans les années 1930). Paris. Les discussions concernant la construction du dispositif ont été très vives. qui tient une position antagoniste à l’intervenant.Tous les auteurs qui se sont intéressés à la théorie du "bon moment". à l’époque d’Hippocrate ? Toujours est-il que l’enquête demande un temps de travail. le temps de l’intervention est limité (trois à cinq jours). puis s’est allongée. Lacan s’est beaucoup intéressé à Hegel ! Ces trois moments sont bien antérieurs à Hegel : ils sont déjà présents chez Hippocrate. lors des trois moments. dans telle ou telle situation. Dispositifs I. Comme le dit le proverbe : "Le lion ne bondit qu’une fois !". comme dans la psychanalyse 130 . telle que nous l’avons pratiquée avec Georges Lapassade et René Lourau. octobre 2004. le temps pour comprendre. l’autre ne me manquera pas. Ce travail d’enquête demande du temps. le particulier et le singulier. on va demander des analyses (de sang. Clefs pour la sociologie. comprendre et juger. dans un mouvement propre et autonome. ce que J. in Les irrAIductibles n°6. Il faut reconnaître cette position puisqu’on veut la modifier ou la vaincre. La socianalyse. -Le troisième moment est celui de l’intervention. entre l’universel. développe une temporalité qui dialectise. la plus large possible. tel qu’il se présente sous ses yeux. 1971. de ces trois étapes. Dans la socianalyse. Seghers. que sur la longueur de la cure. la situation se dénoue. Lourau. On élabore un pronostic. Elle a des particularités. Si je manque mon coup. de politique ou d’éducation. -Le second moment est celui du diagnostic. les règles sont sensiblement différentes. d’urine. 130 Jacques et Maria Van Bockstaele. Ce moment prend en compte à la fois le temps et l’espace : on mesure la surface de l’autre. ses forces. tant sur la durée des séances. 46 . C’est le stade de la stratégie. trois moments : le perçu. Celle-ci a pu être courte au début. Anthropos. Chez les Van Bockstaele. La situation est particulière. Université de Paris 8. de ces trois temporalités. Soulignons la dialectique. Aujourd’hui.

Vous commettez une faute grave si. 134 Lesourd. soutenue à Paris 8. dans le cheminement du sujet. Je regarde ce type de spectacle en étant ailleurs. S. les moments privilégiés. 29 octobre 2004. surviendrait un moment décisif du jeu qui ferait basculer la présentation 133 . leur caractère privilégié réside dans le potentiel de naissance à soi-même dont ils sont porteurs. ce travail de 131 132 G. vous jetez vos interprétations à la tête du patient dès que vous les avez trouvées 132 . Freud. il y a un lien. en pensant à autre chose . et de ce qu’il souhaite devenir. 1985. 1971. Bon moment et formation Dans sa thèse sur Les moments privilégiés en formation existentielle 134 . ” in Résultats. avec son concept de "bon moment". Il vous faut attendre le moment opportun pour communiquer votre interprétation au patient avec quelque chance de succès. ” On retrouve ce point de vue dans l’Abrégé de psychanalyse : "Evitons de lui faire immédiatement part de ce que nous avons deviné". II. en football. En l’occurrence. l’analyse des gestes techniques se fait quasiment instantanément sans grande mobilisation. L’attente des bons moments : le plaisir du spectacle sportif Il en est de même pour moi. je sois "mobilisé" à 100%. je fais plusieurs choses à la fois (d’où le fait que je vive mal de devoir écouter les commentaires techniques des coups de pied arrêtés de David Beeckam. À quoi reconnaît-on chaque fois le moment opportun ? C’est l’affaire d’un tact. LAMCEEP. p. les moments privilégiés désignent les discontinuités qui. Lapassade. au moment des informations générales. problèmes. Chez Freud. par rapport au sport. Ce travail veut apporter une intelligibilité nouvelle à la problématique des transformations du sujet adulte. PUF. Francis. 1991. 3° éd. 133 Husserl. Francis Lesourd se donne pour objet. PUF. une nouvelle tâche se présente à vous. Paris. par mon épouse). Je ne peux pas dire que lorsque je regarde une émission sur le Tour du Dauphiné ou sur le Grand prix de formule 1 du Canada. Dans la socianalyse. L’analyseur et l’analyste. Paris. “ La question de l’analyse profane. par hasard. il voit la possibilité d’accélérer les choses. En tant qu'interrogation de discontinuités créatrices. J’expérimente une sorte de veille. mais avec une demande de ne pas être dérangé au cas où. dans un parcours de vie. mais. lorsque l’évaluation du jeu l’implique. 89. Contribution multiréférentielle à la recherche sur les temporalités éducatives chez les adultes en transformation dans les situations liminaires. un moyen d’accélérer certains processus est la mise en place d’analyseurs construits 131 . vol. qui peut être considérablement affiné par l’expérience. apparaissent moins comme des aménagements que comme des altérations radicales des représentations que se donne le sujet de ce qu’il a été. 47 . La psychanalyste fragmente aussi le temps. Gauthier-Villars. selon que je suis dedans ou dehors. Je regarde cela de loin. Le foot m’absorbe : il me capte. mais ne le sont pas nécessairement.cure ! Cependant. Je puis être ailleurs ou être dedans. Ceux-ci doivent susciter l’appropriation par le collectif client d’un problème resté implicite. de ce qu’il est. je n’ai plus le même rapport au monde. n’étant que le montage télévisuel de moments décisifs (les buts marqués. Ces moments peuvent être heureux. qui s’établit entre l’interprétation et le bon moment : “Quand vous avez trouvé les interprétations justes. en montrant que toutes les séances ne sont pas vécues avec la même intensité. par exemple. mais cette veille peut déclencher une mobilisation psychique totale. Ecrit sur la conscience phénoménologique de la conscience intime du temps. 204 p. Pour moi. La représentation. par exemple). trad. dans votre souci d’abréger l’analyse. Les moments privilégiés en formation existentielle. fr. idées. Certains moments comptent davantage que d’autres. 1905. thèse de sciences de l’éducation. sous la direction de Jean-Louis Le Grand.

de façon semi-délibérée. les temps successifs d’une vie apparaissent éclairés. on peut ainsi considérer une multiplicité de temporalités à la fois synchroniques et diachroniques : les temporalités co-présentes sociétales. La première. interrogent les moments-clés d’engagement dans un processus de formation institué. sur quoi s’étaye sa cohésion identitaire. éducatives) favorise l’émergence d’une intelligibilité de l’objet autre que celle à quoi un regard monodisciplinaire aurait pu conduire. elle souligne l’importance de l’action du sujet qui. il relève d’un pari selon quoi l’inter-questionnement d’une pluralité de références (psychanalytiques. les actes effectués à ce moment par le sujet. interpersonnelles. Lesourd propose de considérer que cette multiplicité de temps constitue. ce choix axiologique conduit à questionner tout particulièrement l’action – matérielle ou mentale – effectuée par le sujet à l’occasion de ses moments privilégiés. nommée savoir-passer en référence au caractère liminaire du processus. consiste à aborder le sujet adulte comme co-auteur de ses propres transformations existentielles. intrapsychiques se présentent comme un “ système ” complexe en interaction permanente . cette thèse se situe plus particulièrement dans la filiation des recherches de Gaston Pineau relatives à une chronoformation. à la production et au guidage du processus par quoi il se transforme. pour chaque sujet. de façon plus générale. L’hypothèse de l'auteur est qu'actes mentaux et savoir-passer sont appris par l’expérience mais peuvent être ultérieurement conscientisés. tient au choix d’une approche multiréférentielle qui. De ce point de vue. psychologiques. au cours de ces transformations. en formation des adultes. F. spécifique. l’accompagnement des sujets en situations liminaires et. l’infrastructure temporelle personnelle constitue la matière première sur quoi et avec quoi le sujet travaille lorsque. La chrono-formation est définie comme formation de temps formateurs . les turning points mis au travail dans les pratiques d’histoires de vie. axiologique. il participe. épistémologique. pour se former dans des temps est conduit à former ses temps. fait émerger ce qui lui apparaît après-coup comme une transformation existentielle. d’emblée. ces actes mentaux renvoient à une forme particulière de savoir d’action. La troisième prise de position. Le questionnement des moments privilégiés se fonde sur trois prises de position. il est possible d’envisager le guidage pour le sujet lui-même de ses transformations existentielles comme objet de recherche en formation. partant. Le choix de cette approche ne se justifie certes pas de la complexité intrinsèque de l’objet .F. Au cours des moments privilégiés. C’est cette infrastructure temporelle qui se transforme au cours des moments privilégiés. Dans cette perspective. sociologiques. en tant que co-auteur. le temps en provient . la prise en compte d’une multiplicité des temps. En tant qu’ils favorisent le guidage des transformations personnelles. ce travail se réclame d’un pluralisme temporel (Bachelard) selon quoi. institutionnelles. Cette hypothèse est mise à l’épreuve de vécus rapportés par une 48 . En d’autres termes. La seconde prise de position. Parmi les chantiers de recherche qu’a ouvert. loin d’être donné au monde. en particulier ses actes mentaux. il est produit par les phénomènes. Lesourd rejoint les recherches qui. les actes. anthropologiques. sont tout particulièrement questionnés. les œuvres et les vies. le sujet n’est ni tout-puissant ni tout-impuissant. les transformations de perspective (Mezirow) et l’émergence des quêtes de sens de l’adulte. oblitérés ou reconstruits après-coup en fonction des réorientations des projets du sujet. Cette notion de co-auteur suggère que. l’action du sujet adulte se porte sur sa propre infrastructure temporelle. implique le renoncement à un point de vue totalisant et achevé. En l’occurrence. Par voie de conséquence. En outre. théorique. en Sciences de l’éducation. s’appuie sur un questionnement des moments privilégiés du point de vue des temps qu’ils mobilisent. l’altère profondément et. une infrastructure temporelle personnelle.

enquête. L’explicitation biographique constitue un mode d’observation rétrospective de la mise en œuvre concrète des savoir-passer. Le repérage de certaines conditions de conscientisation et d’apprentissage des savoirpasser contribue à enrichir le fonds commun des ressources transitionnelles en éducation et en formation des adultes. 49 . un mode d’accompagnement de leur conscientisation. Il favorise la mobilisation de ses ressources par le sujet en situations et leur compréhension par ceux qui les accompagnent. Ce mode d’observation des savoir-passer constitue également. Le mode d’observation s’appuie sur des histoires de vie en formation et des entretiens. pour le sujet.

J’avais transmis le dossier à Anthropos. je peux facilement faire 20 pages . Valence est déjà passé : la vitesse est formidable. J’avais emmené le dossier à Jean . Le livre pouvait donc être envoyé au CNL. et ils ont fait la liste des ouvrages urgents à rééditer : le livre de Lefebvre était sur la liste. j'ai trouvé une lettre de Jean Pavlevski me demandant de préfacer la réédition d'Espace et politique. Square Clignancourt Hier. Lefort. Lundi dernier. Le fait d'avoir ce carnet dans ma poche est une chance 50 . le Centre national des lettres a décidé d’avoir une politique incitative sur le terrain de l’architecture. J'ai affiché des informations sur ce colloque dans la salle de l'AI.H. si. De la pourriture. Celle-ci avait accepté à condition. Hier après midi. découvrit que le contrat avait été signé et l’avance versée. d’Henri Lefebvre : ce livre avait eu 3 éditions chez Anthropos. Et ce que l'on enlève est justement ce qui fait politiquement sens. d'H. Lobrot. Lefebvre. mardi midi à table. René Lourau aurait beaucoup aimé ce livre. il me faut faire une préface vraiment originale. Or. mais n’avais pas eu d’écho à cette demande. Lefebvre. je me suis mis à écrire ce texte. Je n'ai pas eu le temps de me plonger dedans (seulement dans la lettre d'accompagnement) : je suis avec Romain. celui-ci. Qu'est-ce que l'espace aujourd'hui ? Aujourd'hui. terminé le lendemain matin très tôt. de recevoir une avance. on parvient à se concentrer sur quelque chose. car elle est inscrite à ce colloque (Patrice aussi d'ailleurs) qui aura lieu en novembre prochain. et il est difficile de suivre mes propres projets quand je suis avec lui. Avec Lapassade. au courrier. à Hubert de Luze) “ Et le travail éditorial a donc repris. 9 heures. j'ai eu. Il y a un an. en fouillant dans les archives. depuis quelque temps. Certes. de Jean-François Raguet. Brohm… il voit sa rubrique terriblement réduite. à la maison. est un livre fort : j'ai téléphoné à l'auteur pour le féliciter. Il faut le faire vite et bien. Il faut aller plus loin. en plus. Lundi après midi. différente de la préface de la Production de l'espace. Armand Azjenberg (qui a beaucoup travaillé avec René Lourau en 1985 et 1993) a mis sur le net des textes de René.” Jeudi 18 mai 2000. j’avais proposé de rééditer La production de l’espace. un très beau livre d'un ancien thésard de René Lourau. intensément. penser moi-même l'espace. il m'égratigne injustement comme beaucoup d'autres. l’ensemble du dossier était au CNL. Lefebvre : grande responsabilité. Je m’étais occupé de demander les droits à la veuve d’Henri. On en a parlé avec Dan Ferrand-Bechman. mais globalement l'idée centrale est juste : la réédition du Dictionnaire des philosophes correspondait à une entreprise de liquidation de la pensée des auteurs influencés par le mouvement de mai 1968. Cela va permettre de sortir ce livre à un prix excessivement raisonnable (le même qu’en 1986 : 140 fr pour 500 pages). mais il fallait une préface. la réunion du groupe de travail sur le colloque H.INTERLUDE 1 L’Année Lefebvre 14 septembre 1999 (Extrait d’une lettre de R. Huit pages. Mercredi 20 septembre 2000. Comme le livre ne fait que 170 pages.

Dans le public d'une quarantaine de personnes. avec un prof argentin sur le tango. Peut-être Antoine Lagneau dispose-t-il des adresses électroniques des gens des deux clans ? Il faudrait que je le questionne à ce propos. mais l'idée de publier un texte sur H. notamment sur "espace et politique".pour moi. ou Christine Delory-Momberger. entre ceux dont on a les adresses et ceux dont on ignore que l'on peut les toucher… La théorie "centre et périphérie" fonctionne donc très fort. Une partie des Verts qui ont un mail dans le 18e ne m'ont pas donné leur adresse. je suis la progression du cahier sur Raymond. et beaucoup de gens qui connaissent H. Henri Lefebvre. Bernard Wattez. avant d'avoir eu le temps de découvrir ce monde du virtuel. Comment concevoir l'espace maintenant ? Cette inscription sur le mail rend aussi plus proches. H. Georges Labica parle de l'éclipse d'Henri Lefebvre en France. Bernard l'a et c'est autre chose. efficace et permet de vivre l'espace autrement : j'ai des contacts aussi avec Sonia Altoé au Brésil. maintenant. Il joue avec des amis . Cela modifie fondamentalement mon rapport à l'espace et au temps. il y a donc un clivage entre ceux qui disposent d'un mail et les autres… Mais il y a des clivages aussi. le texte que je conçois pourrait avoir un impact. Il faut que je reprenne à bras le corps ce chantier. Je vis des relations suivies avec Ahmed Lamihi. "Espace Marx" (64 rue Blanqui. Paris). Lefebvre m'importe. avec Driss à la Réunion. Il est à Tétouan. Ce mode de travail est vraiment rapide. etc avec Gaby Weigand à Würzburg. Il me demande conseil et je lui réponds. et dans le contexte des municipales. je ne peux pas les joindre. cette proximité. livre que je ne connaissais pas encore : il accepte de me le prêter. Je vis actuellement un bouleversement organisationnel : j'ai Internet chez moi depuis 3 mois. mais concernant la préparation des Dossiers pédagogiques. mais la mort de Raymond Fonvieille m'a un peu déstabilisé. Siméoni à Mayotte. par exemple. Pierre Lantz. alors qu'il me faudrait terminer le numéro de Pratiques de formation sur René Lourau qui dort dans un coin ? Jacques Ardoino me presse de coups de fil. Colloque Henri Lefebvre Georges Labica ouvre les rencontres. Cet espace virtuel se superpose à l'espace institutionnel et à l'espace tout court. Je lui rendrais demain. Lefebvre de novembre. y compris avec ses voisins. Vert-horizon est un enjeu. Il rend hommage à René Lourau "qui aurait été là. Je pense à Alain Lipietz.… Je sais que j'aurai au moins une lectrice : Corinne Jaquand. 10 h. qui contraste avec l'accueil qu'il a encore dans un certain nombre de pays. et d'écrire. Lefebvre est victime de la 51 . Jacky Anding n'a pas de mail : il vit par procuration. s'il n'était pas mort en janvier". Il y a donc un cloisonnement technique qui structure les clivages. C'est important. Il faut donner les adresses électroniques de chaque adhérent mailé. (qui vient de se lever et qui est très beau). des gens de quartiers voisins. Un professeur de Paris VIII (dont je ne connais pas encore le nom) avait avec lui le Rabelais. avec M. Je suis rentré dedans totalement. René Lourau et Raymond Fonvieille sont morts. Lefebvre. il a l'air heureux : une occasion de prendre le soleil. Samedi 25 novembre 2000.-J. dont Nicole Beaurain. avec les Verts de Munich. Dans le découpage de l'espace virtuel. un enjeu important. J'ai relu Espace et politique hier soir : une lecture rapide. mais nécessaire pour que le travail commence à s'élaborer en moi… Pourquoi est-ce que je donne priorité psychique à ce projet. Par exemple. Ma préface doit être le texte de mon intervention au colloque H. Je ne sais pas tout de ses activités. etc.

la ville. mais L. la théorie du chaos. qui décroche. et en même temps le CA refuse la convention avec Mayotte. Pourtant il n'était pas un polygraphe : H.fr). En moi-même. espace et territoire". livre important. mais il s'égare dans une sorte de conférence. Jean-Pierre Lefebvre évoque le "post-modernisme". j'insiste sur l'importance de la temporalité chez H. il contestait la cathédrale de concepts. de la pensée aussi. je me dis qu'il y a ici même un constat : la faillite du politique. cette exaspération contre la pensée ouverte trouve des raisons dans l'éclectisme des références : Sylvie Vartan côtoie Hegel ! -Althusser mesure 25 centimètres dans ma bibliothèque. dit G.. que les autres ne vivent pas cela. Reprenant la balle au bond d'une intervention de Makan. qui a méconnu et méconnaît la pensée vivante.. il a ouvert des voies. de la part d’Anne Querrien (du CERFI).. selon une logique de falsification. pour fêter la sortie d'Espace et Politique. Lefebvre. J'aperçois Benyounes Bellagnech. Je suis d'accord. H. à l'intérieur même d'un ouvrage . Il cite Brossat pour critiquer la notion de citoyenneté.. Elle parle de l'influence de ce livre sur la technocratie (Delouvrier. la sociologie agraire. Charlot. Mai 1968 n'a pas donné à H. Il a introduit Marx en France. Lefebvre comme leur référence. dans les milieux de l'urbanisme et de l'architecture. Nicole Beaurain fait appel à La proclamation de la commune. va être le modérateur de la séance suivante sur le thème de la matinée : "Ville. galvaudée aujourd'hui : cette idée est partagée par B. mais ne l'appliquent pas dans le XVIIIe. Clémentine Dujon. il est un ouvreur de chemins . Robert Joly rappelle le succès de H. Althusser. Henri Lefebvre 2 mètres. un très bon chiffre : Jean Pavlevski a donc voulu nous offrir le champagne à Lucette et à moi. Lefebvre : La production de l'espace est un éloge de la méthode régressive-progressive. Nécessité de décrire et d'accepter ce quotidien singulier et de tenter de le comprendre. Je me retourne et regarde le public. Le sentiment du professeur qui vit le chahut dans sa classe. Le débat part très vite. Jean-Pierre Garnier intervient fortement. Lefebvre l'importance d'Althusser. La vie institutionnelle se développe. au fond de la salle. L'exigence de la théorie. Qu'est ce que penser ? est évoqué par un enseignant de Saint Denis (militant GFEN) : Pascal Diard (diardmp@wanadoo. Lefebvre. Je note la sortie d'Espace et politique (2e édition) que j’ai préfacé : j'en ai apporté vingt-quatre exemplaires et huit exemplaires de La production de l'espace. responsable des Annales urbaines. Lefebvre n'ignorait pas L. Les étudiants qui avaient fait mai 1968 dans une optique de changer les choses en profondeur considéraient H. et qui croit que ce vécu est particulier. Peut-être me faudrait-il travailler à la réédition de nouveaux ouvrages. Robert Joly insiste sur la critique de la vie quotidienne. Sylvia Ostrowetsky fait l'éloge du Droit à la ville. membre de l’équipe d’animation.relégation des auteurs qui ont refusé le système . Paris VIII prétend être une université ouverte aux travailleurs et aux étrangers . j'ai appris que 560 exemplaires de La production de l'espace avaient été vendus depuis janvier. La dialectique entre la théorie et la pratique lui semble être au cœur de ce livre. Jean semble ouvert à cette possibilité. Lefebvre acceptait de se contredire. Pas d'achèvement dans les voies ouvertes : cet inachèvement est insupportable pour l'intellectuel fermé . Labica. puisqu’à Nanterre (où j’étais étudiant). vient de faire un texte pour étudier l'influence des Français sur la pensée de l'urbanisme mondial : Henri Lefebvre y est très présent. L'AI doit être confrontée aux grands thèmes lefebvriens. Je partage son sentiment. H. par exemple). Anne Querrien. Lefebvre avait 2000 étudiants dans son amphi ! Makan Rafatdjou. Elle a fait une sortie contre Normale Supérieure. urbain. Chez Anthropos. la théorie de l'information : sa pensée apparaît comme un jaillissement permanent. Ce point fait l'objet d'une contestation. 52 . Les Verts proclament la proportionnelle comme exigence. à la manière de Hegel. Althusser ignorait H.

La question de la temporalité est centrale aujourd'hui. quatre tomes) est fondamentalement anarchiste. . dit Benyounès. Le mouvement des Lip a été un mouvement au-delà des Lip. et j’explique pourquoi H. Comment les acteurs voyaient-ils cette utopie réalisée ? Les ouvriers voulaient garder leur emploi. Il souligne la tension. Il faut viser à son dépérissement. Pour lui. par exemple) qu'il n'est plus possible d'être un honnête homme. il en parlait avec des militants de base (syndicalistes). mais sans être idolâtré. la tradition utopiste permettait de se représenter un futur différent d'aujourd'hui : le présentisme. la question de l'autogestion sont des thèmes qui intéressaient H. Son analyse (De l'État. Le temps devient le facteur majeur de la différenciation : privilège et vitesse (Salmon) : ce n'est pas la vitesse en soi. de René Lourau qu’il critique : "mythe de la lutte". Sylvain Sangla inscrit dans Nietzsche l'intérêt de H. À quoi ça sert l'auto-émancipation? De quoi veut-on s'émanciper ? L'expérience de Lip est évoquée. à une époque où l'on dit (Foucault. Cette distinction ne se retrouve pas dans toutes les luttes sociales.devisme@wanadoo. Ayant été à Besançon. Trente six personnes présentes à ce moment de la discussion… Jean-Pierre Garnier évoque L'analyseur Lip.fr) fait une magnifique intervention sur la transduction chez Lefebvre : j'évoque René Lourau et Implication et transduction. Georges Labica : chez H. 15 heures Georges Labica parle du mondial : je le relaie en me situant . Avant. Laurent Devisme (laurent. un homme passant d'un domaine à un autre. Le paradoxe du texte de René Lourau : il a transsubstantié un vécu qu'il n'a pas connu de l'intérieur . La bourgeoisie n'est plus prisonnière de l'espace. une "avancée pour l'émancipation". mais ouverte qui s'enracine dans le quotidien. Qu'est-ce qu'il y a comme constante dans la pensée d'Henri Lefebvre ? Henri Lefebvre cherche à penser les transformations d'une société. La cohabitation des anciens rapports sociaux dans les nouveaux. Lefebvre. le mouvementisme : différence entre une élite délocalisée et une population "assignée à résidence".. entre nostalgie du passé et vision de l'avenir. Au parti. mais les centres de diffusion deviennent diffus : le local peut être repensé. il ne s'agit pas d'une pensée éclatée. mais pas dans le stalinisme. on vend. Henri Lefebvre pense profondément que l'État est suspect. 53 . Lefebvre. Anne Querrien me répond. chez Henri Lefebvre. en disant qu'effectivement H. on fabrique.comme fondement de la pensée de H. ”. Lefebvre pour la différence (il a raison !) : différence et égalité doivent être tenues ensemble. Une pensée devenue monde est un titre pragmatique et problématique. on ne peut pas produire un discours sur une pratique qui se développe dans les profondeurs de la province. mais l'accélération des processus qui est à prendre en compte. Lefebvre a du sens pour moi. je dis que je suis chez les Verts. Samedi 25 novembre 2000. Pierre Lantz : “ Henri Lefebvre a été quelque chose d'important : le suivre était un moyen d'entrer dans le marxisme. Pierre raconte Lip en 1973 : l'assemblée générale journalière . on se sert.Lourau a été à Besançon.. Boltanski et Capello distinguent "critique artiste" et "critique sociale" (Gallimard). en matière politique. j'ai connu la cellule de l'ENS de Saint Cloud. Pierre Lantz a relu La présence et l'absence. il en a fait une œuvre émancipative. et à peser sur elles. etc. Lefebvre . mais Piaget projetait autre chose. c'était confiné . les concepts forment des constellations . Relation au mouvement étudiant : les Lip n'étaient pas candidats à gérer leur propre entreprise. le peuple qui se croit en démocratie fait de la figuration. il a donné de l'air. Il a fait du bien au marxisme . Lefebvre était le dernier intellectuel. Le capital n'est pas évanescent. Pierre Lantz n'est pas d'accord : René Lourau a exagéré en tournant la réalité à ce point : de Paris. La question de l'émancipation. la pensée du centre et celle de la périphérie.

Avec Armand. des fascistes ordinaires que sont des gens comme Jeanne Chaos et Martin Bouffon-Poussière. au développement durable. Une élue locale pose la question de l'État : étouffe-t-il ou. au droit à la ville. on pouvait encore lire Lénine !”. produisent et reproduisent le savoir. Georges Labica dit que. l'accumulation des textes réglementaires va souvent contre le droit : cela me fait penser au Droit à l'université. je regrette que ces notes ne soient pas suffisamment explicites. cela fait sens. bref. et un Chinois traducteur de H. L'affaire de Mayotte pose la question d'un nouveau droit : le droit à l'université. création d'une revue. et leur activité productive est aliénée par la classe des technocrates . dans la lutte des classes. des ouvertures multiples proposées par les uns et les autres : ces échanges m'ont stimulé. pourtant. Lourau. que j'avais dans mon coffre de voiture. Plusieurs interventions vont dans ce sens : on est content d'avoir participé à ce forum interdisciplinaire autogéré. et nombreux sont ceux qui sont restés silencieux ! Notamment ses trois traducteurs anglais ou américains présents. des "criminels de paix 136 " . et pas seulement des intellectuels. Le manifeste différentialiste est. et si L'humanité survit. Beaucoup continuent à lire l'œuvre d'Henri. Basaglia et R. Fin de la matinée. réédition d'ouvrages d'Henri Lefebvre (Pierre Lantz a proposé La fin de l'histoire). 135 136 Kurt Meyer. au droit à la centralité. Le juridisme. produisent la valeur pédagogique. qui a innové par les échanges électroniques qui ont précédé ces rencontres. pour quelqu'un qui n'a pas vécu la rencontre : on s'aperçoit. on s'est décidé à poser les questions organisationnelles . de René Lourau.Daniel Bensaïd raconte qu'il a fait une maîtrise sur Lénine avec Henri Lefebvre en 1967 : “À cette époque. 1973. auteur du livre : Henri Lefebvre Ein Romantischer Revolutionnär 135 . un livre qui devait s'appeler Le droit à la différence (Henri Lefebvre le présente ainsi. on veut aller plus loin ensemble dans trois directions : forum Internet. Séance animée par David Bénichou et Sylvain Sangla. mais le sens ne se donne pas . Europaverlag. Je regrette de ne pas avoir restituer tous les noms des personnes qui sont intervenues. Henri Lefebvre Ein Romantischer Revolutionnär. comme livre à paraître. le sens se construit. de Lausanne. manque-t-il dans la vie de quartier ? Le long terme devient de plus en plus court : les personnes peuvent être victimes de décisions prises de leur vivant. La discussion d'hier sur le concept de "transduction" a eu un effet : j'ai vendu les huit exemplaires d'Implication et transduction. on pourrait même dire que leur travail est empêché par la classe des buveurs de sang. un outil de lutte prenant sa place. En relisant ces lignes le lundi 27 novembre. Kurt Meyer. de penser à partir de lui. Dimanche 26 novembre. de la richesse des discussions. dans l'avant-propos d'Espace et politique). Kurt Meyer. L'expression se retrouve chez F. au contraire. ne pas en avoir rendu compte dans L'humanité . s'inscrivant dans un droit à la formation. il est prêt à faire un texte ! On parle du droit à la ville comme d'un socle théorique. Arnaud Spire me dit que mon livre sur H. 10 heures Thème de la journée : la transformation sociale et l'alternative politique. au départ. Wien. Lefebvre est remarquable . l'autogestion est un processus. chez Lefebvre. intégrant l'utopie et l'appel au mouvement. si on sort quelque chose de nouveau. Parmi les acheteurs : Armand. il regrette rétrospectivement. Les professeurs (de première classe) sont les nouveaux prolétaires de l'université : ils bossent au jour le jour. Lefebvre et que je n'ai pas eu le temps de rencontrer. 54 .

Lucette. Je lui explique que les 9 et 10 décembre. et mon désir de le rééditer. j'étais en première année de sociologie. La vente de neuf exemplaires d'Implication et transduction de René Lourau aux Lefebvriens est le signe de quelque chose. qui me prenait pour A.Lundi 27 novembre 2000. Je vais me mettre à la préparation des textes dès aujourd'hui. mais avant. ma nièce. il faudrait reprendre L'analyse institutionnelle de René Lourau. partie en Alsace pour une semaine : j'en profite pour me lancer dans une opération "rangement général". après avoir terminé Centre et périphérie 2 rapidement.. Pour le moment. Mercredi 29 novembre 2000. Je lui dis mon intérêt pour Psychanalyse et transversalité. et en attendant mieux. La fin de l'histoire. Voilà le chantier : Véro va être ma secrétaire de direction. Elle a lu La somme et le reste à quinze ans . L'existentialisme. a-t-il dit. dans l'ordre. puis pendant les vacances de Noël : La théorie des moments. J'étais le seul institutionnaliste "historique" (car il y avait Clémentine et Benyounès qui sont de vrais institutionnalistes. Rabelais. pour écrire une thèse qu'elle n'a jamais terminée : nous avons évoqué notre rapport à Henri. mais je dois m'assurer d'abord qu'il n'est plus disponible. quelle chance d'être entouré par des femmes aussi charmantes ! Pendant qu'Odile préparait une salade. pensant que j'avais fait un livre sur Le Play avec Bernard Kalaora. Guattari. sa mère. ne parvient pas à trouver du boulot . 7 heures. Du coup. En rentrant de la fac. mais elle était en avance à l’école. Dans la même collection. mais ils sont jeunes) à être présent à cette rencontre est le signe de quelque chose : je suis celui qui peut maintenir le lien que René Lourau avait construit entre Henri Lefebvre et la pensée institutionnaliste. Véronique. Jeudi 30 novembre. Idée de créer une nouvelle collection : "Anthropologie historique". S. Je veux remonter le courant : faire les livres que j'ai à faire. de Chimère. Aujourd’hui est un nouveau jour : je vais avoir à la maison une secrétaire pour m'aider dans mon travail. et moi en retard. Je lui ai dit que nous étions deux personnes distinctes : je lui ai parlé de mon itinéraire. Liane Mozère. Lefebvre. j'ai appelé Jean Pavlevski : je lui ai fait un compte-rendu du colloque H. À la sortie du colloque hier. Je n'ai pas noté que Benyounès a lu rapidement ce carnet lundi : “Il faut le publier rapidement”. m'invite à la prochaine réunion. il faut refondre La relation pédagogique. Hélène et Nolwenn . et qu'elle considérait comme des anciens (Murard. Saint André. un par un. Lefebvre. Reprendre contact avec Catherine devient urgent. j'ai trouvé à la maison : Odile. ayant deux ou trois ans de plus qu'elle. cela inquiète Odile.. qu'elle avait réécrit. Je lui ai parlé de mes propositions de rééditions : il est d'accord. Long appel d'Anne Querrien. Ce doit être ma priorité intellectuelle. 55 . Armand Ajzenberg me disait hier. qui correspondrait mieux aux titres que j'ai envie de sortir. haut fonctionnaire . alors qu'elle était déjà en troisième cycle avec H. 7 h 30 Ma sœur Odile est encore dans sa chambre. j'ai rencontré Jean-Sébastien et Véronique : Véro. etc). rééditer : Du rural à l'urbain. Anne a deux ans de plus que moi. il me faut. Réfléchir à l'écriture des autres bouquins en cours : au téléphone. je fais passer le café. Elle me parle du CERFI. à quelle époque a-t-elle rencontré Félix Guattari ? Elle parle de plusieurs générations d'étudiants. etc.. Anne m'explique ses liens avec F. ce livre se trouvait dans la bibliothèque de son père. qu'il lui semblait important que je sorte La théorie des moments : il a raison.

Le soir. dans les rencontres des Verts. son hospitalisation suite à la rupture. dîner avec Jean Pavlevski qui m’annonce qu’il a rencontré Jean Malory : Tu connais Malory ? -Oui. l'ami d'Alain Guillerm est seconde de liste. Lourau. et c'est cela l'important. En même temps. Jean est soufflé : -Comment sais-tu tout cela ? Jean accepte une nouvelle collection "Anthropologie" où l’on pourra placer Christoph Wulf. Je suis absorbé par la lecture de Kurt Meyer : sa présentation de H. Lefebvre est très présent dans ma vie : je veux travailler le lien entre H. est tout à fait passionnante. même si je rencontre ces deux vieux Lefebvriens. mais aussi garder contact avec les gens du PC : ensemble. sa dépression. ma tenue du journal. Mercredi 13 décembre. j’étais invité à parler au séminaire de DEA par Florence Giust-Desprairies et J-Y. en montrant mon accès au terrain. Elle me parle des Verts dans le XIVe : Danielle Auffray. par le biais de la relation entre théories des moments et transduction.j'anime la réunion de la commission "Éducation. de l'état du mouvement chez nous . on est seulement au-delà. mais il est accepté sur le principe. que le travail de H. pour dire que H. formation" des Verts. déjeuner avec Pascal Dibie. de mes projets éditoriaux. J’ai choisi de parler de Mayotte. qui va paraître chez Economica. Lefebvre à l’intérieur du Parti Communiste entre 1928 et 1958 a souvent pris la forme d’une analyse interne : c’est ce 56 . c'est un thème à travailler . H. on peut aider à une remise à l'ordre du jour de H. chez Economica. On aurait pu parler toute la nuit : Anne aurait voulu passer un texte sur la liste Lefebvre. j'en parlerai avec Armand. Henri Lefebvre et Jean Malory. Armand n'a pas jugé devoir le diffuser. et je peux même te dire que tu vas publier un livre de lui. Samedi 9 décembre. 11 heures 45 Hier soir. Lefebvre. Lefebvre avait été exclu du PC et que l'on n’a pas évoqué ce point dans le colloque. Pascal annonce qu’il contribue à un ouvrage de Jean Malory. Lefebvre par le PC soit oubliée : elle est intégrée . 9 heures Hier midi. Le projet reste à engager. Christine Delory et Véronique. puis l’élaboration que j’envisage de faire en utilisant la méthode régressive-progressive . Je lui parle de René Lourau. elle m'explique alors sa brouille avec Félix. enfance. Lucette. Je ne le savais pas. Rochex . je pensais. J'ai dit à Anne que je pensais qu'il nous fallait faire un groupe de travail institutionnaliste dans cette mouvance. mon livre sur Mayotte doit être une illustration de cette méthode. Lefebvre et R. Hier. le thème : l’interculturel. Lefebvre. comme romantique révolutionnaire ou plutôt comme révolutionnaire romantique. en lisant Kurt Meyer. je ne pense pas que la suspension de H. Après réflexion. En fait je trouve que ce serait mieux de l’éditer dans une collection Anthropologie historique chez Anthropos. Elle va m'envoyer ce texte.

112-115) : faire ces lectures. malgré ses 80 ans. midi Hier soir vers 23 h 30. quatre mois après son élection. recevant alors l’appui de tous les staliniens du département ! Boris est trop vieux. Lefebvre (pp. Le climat de la soirée était “marxiste”. à la fête donnée en l’honneur de JeanMarie Brohm. pour faire passer un texte refusé quatre ans durant : qu’est-ce qu’un comité de lecture ? comment fonctionne la censure ? etc. à l’occasion de ses soixante ans. Patrice et Antoine. professeur d’université. il ne savait pas que j’ai fait un livre sur lui. Lefebvre et R. qui a un Institut universitaire professionnel sur les métiers du livre à Saint Cloud . et que les Communistes français considéraient comme un faux. qui ridiculisait totalement la censure soviétique a aussi joué. L’exclusion de H. Je lui ai dit : “Actuellement. il a mis en exergue une phrase de Janov (le censeur stalinien) d’une banalité totale. Cette discussion sera prolongée : on s’est promis de se revoir. en 1945. Lefebvre . la discussion est venue sur H. Pourquoi a-t-il attendu d’être suspendu pour partir ? La logique de H. Meyer sur la conception de l’œuvre. on a fait entrer à l’université de Paris 8. mais cette histoire de fabrication d’une phrase de Marx. contre le stalinisme. je trouve que cela manque d’intellectuels capables de repenser politiquement le monde actuel. Lefebvre du Parti a une cause proche : le rapport Khrouchtchev que H. que construit H. Lefebvre a été le combat de l’intérieur contre le dogmatisme. car il devait être une heure du matin. et il avait trouvé une voiture pour rentrer à Montreuil. Tout naturellement. etc. pour faire paraître Contribution à l’esthétique (refusé par la censure). est tout à fait important. Boris Fraenkel. Boris c’est celui qu’avec Lapassade. C'est un type d'action qui ressemble beaucoup au dispositif que j’ai construit avec Les cahiers de l’implication. proposait l’exclusion de notre groupe. en pratiquant le rassemblement de pièces.” Il était dubitatif.que je dégage de ma lecture des chapitres sur le stalinisme. Ils voulaient aussi refaire La production et l’espace : j’ai eu de la chance de passer avant. où il habite. J’ai lu les passages de K. Ainsi. Lefebvre montrait qu’il suffisait d’écrire deux phrases en exergue. j’ai eu une discussion longue et prolongée avec Marc Perelman. Lefebvre avait lu à Berlin. On a dû se séparer. Samedi 16 décembre. Lourau : les Éditions de la passion seraient intéressées de rééditer L’analyse institutionnelle. 57 . qui peuvent s’agencer dans un livre. Kurt Meyer ne comprend pas que Lefebvre n’ait pas quitté le Parti en 1938. au département des sciences de l’éducation en 1974. et en même temps une phrase de Karl Marx qu’il avait totalement inventé : “L’art est la plus belle joie que l’homme se donne à lui-même”. et qui. Pour moi. n’a pu s’empêcher de me dire : “Pourquoi t’intéresses-tu à Lefebvre ? Tu n’es pas marxiste !” Boris m’a fait raconter ma relation avec H. une autobiographie. J’ai envie de me replonger dans le marxisme. qu’est-ce que le pouvoir des censeurs ? Vendredi 15 décembre. il dirige les Éditions de la passion.

Fais ta thèse à partir de ça. Du rural à l’urbain… La fin de l’histoire ! On est sur la bonne voie. René Lourau voit ce qu’il peut faire : il s’implique dans sa classe pour mettre en place l’autogestion pédagogique. Très vite. Lefebvre. Quand R. Il y a. Lefebvre a accepté une thèse sur le surréalisme . Lourau n’avait jamais évoqué H. et il dépose un sujet sur l’analyse institutionnelle. Lapassade. lorsque naît le Groupe de pédagogie institutionnelle (GPI). René Lourau abandonne l’idée de travailler sur le surréalisme. -Si tu reprends ces textes. de G. que la rencontre ultérieure avec Georges Lapassade. fait par Gilles Deleuze sur le thème Instinct et institution (Hachette. Lourau ? Je ne pense pas. Georges Lapassade donne à René le choix des textes. Lourau . lorsque mes livres paraîtront sur cette question. J’ai téléphoné à Economica ! Voici pas mal de travail. socianalyse) qui. à la sortie. déjà pratiquement composé : il suffit de reprendre les textes choisis par G. Marx et R. je lis la thèse de R. Oury. une centration sur "les mots" de R. Une lettre de Catherine Lefebvre m’autorise à rééditer L’existentialisme. dans son séminaire. Leur rencontre est aussi importante pour lui. Lourau de ce projet : il l’initie à l’AI. et de rajouter une partie pratique (psychothérapie institutionnelle. G. en lui faisant visiter la clinique de La Borde. J’ai été conduit à parler de H. 8 heures En relisant le compte-rendu du séminaire d’AI d’hier. Lourau. Deleuze. je ressens le besoin de prolonger ma réflexion. s’est lié avec lui. chez Dominique Samson et Régine Angel. Guattari. R. Tarde. pour les prochaines vacances ! 58 . devait constituer le corps de la thèse.pour saisir le lien entre K. Lefebvre ne comptait pas pour R. le manque de mise en perspective laisse sur sa faim. Lefebvre : voulait-elle dire par là que H. tu peux expliquer le concept d’institution. il lui fait rencontrer J. que. Régine Angel m’a dit. Dimanche 17 décembre. mais le manque de contextualisation de sa pensée. dans un premier moment. Lourau soutient sa thèse. sur le discours du professeur (son mot à mot). je fais alors ma maîtrise avec H. le Rabelais. Lorsqu’il rencontre Georges Lapassade. avant même qu’elle ne soit publiée . La fixation de l’étudiant. Lefebvre. lui explique G. F. oublie de contextualiser une réflexion : j’aurais voulu parler d’herméneutique (terme employé par Jean-Louis Le Grand) . il risque de ne plus être en mesure de changer sa Weltanschauung ! J’ai eu le temps de lui parler de Kurt Meyer et Ulrich Müller-Schöll : pendant ce temps. pédagogie institutionnelle. en lui faisant lire les textes de la psychothérapie institutionnelle . il y a là des textes d’Hauriou. Lucette parlait avec Jacques Ardoino. Mercredi 20 décembre. Lapassade détourne R. En 1964. H. René Lourau est attiré par une thèse littéraire sur le surréalisme : il a écrit à Henri Lefebvre. je partage déjà le paradigme : j’anime le séminaire d’AI de Reims (1969-70). 1953) . c’est dans cette direction qu’il faut aller. Lourau. lors de mes interventions. dont le bilan paraît en 1970 .

Je suis entré dans “le moment créateur”. j’ai déposé L’existentialisme qui devrait être scanné. au nom de l’AI. Véronique a rangé toute la journée : les choses avancent vite et bien. demandé par Christoph Wulf. thème à développer dans la préface à L’existentialisme. Exode a eu la mention assez bien. Lapassade et R. m’a dit qu’H. de la post-modernité. il accepte que l’on remette sur le chantier Itinéraire de Georges Lapassade. Lucette et Charlotte viennent de prendre la route de Charleville . un séminaire improvisé a regroupé 10 personnes dans la salle A 428 : on a signé un manifeste pour créer un site “analyse institutionnelle” sur Internet. Quand l’adolescent dénonce ses parents. il préférerait un livre sur Le mouvement institutionnaliste. Le mouvement institutionnaliste sera la version française. je suis allé chez Anthropos . deux soutenances de DEA avec Patrice Ville (et Daniel Lindenberg. à s’articuler : il ne me reste plus qu’à trouver un éditeur pour Le droit à l’université. Lourau. Qu’est-ce que Georges rassemble en 1962 ? Sartre. Lefebvre. pour moi. à la fac. Lefebvre ne soit une ombre entre Georges et René. J’ai écrit ce matin la préface à la seconde édition de Centre et périphérie (rendu ce matin). la néotomie. Ce livre serait à rééditer : il est quelque part dans la veine “marxiste”. il oublie que ce sont eux qui l’on fait : refonder l’AI passe. Je suis très actif en ce moment : j’ai une sorte d’hyper vision de ce que je veux faire. je me battais contre la psychosociologie. Annie Bouffet ne pensait pas que le livre fût sorti chez Anthropos : elle l’a retrouvé comme “annoncé” dans un catalogue. Pourquoi G. par Georges. par un travail d’exploration des origines . 23 heures. à condition que l’on trouve un autre titre. est-il encore aujourd’hui vécu. remonter dans le passé pour dégager les virtualités du présent. étaient présents à la fondation de l’AI. ou mieux. Pendant ce temps. De mon côté. en 1973. Hier. dans le “moment de la création” : j’ai connu cette transe chez G. Tout commence à s’agencer. entre Georges et moi ? Ma condition d’exister passe par la conciliation de plusieurs héritages. et tout se déroulera comme une mécanique bien huilée. Ensuite. De plus. je vais m’occuper de la présentation de Du rural à l’urbain. à moins qu’H. Isabelle Nicolas (sur l’espéranto) a eu la mention très bien. par contre. Jean accepte le principe de rééditer L’analyse institutionnelle de René Lourau. Lefebvre ? Pourquoi H. que j’ai à Sainte Gemme. 59 . Lapassade est-il contre H. et quoi d’autre dans la psychologie ? Quand. ou mieux. mais elle pensait qu’il n’était jamais paru ! Ma connaissance de la maison Anthropos des origines. est précieuse pour cette maison : il me faut trouver un exemplaire du Rabelais. Vendredi 22 décembre. Suzy Guth.Mercredi 20 décembre. comme un stalinien ? Il faut que je parvienne à parler de ces choses avec lui. pour la première) : beaucoup d’étudiants présents. Lefebvre était dans toutes les bibliographies américaines : il apparaît comme l’inspirateur du postmodernisme. qui travaille sur les "Post-modernes" américains. je ne voyais pas que les psychologues de l’ARIP que j’affrontais. du Manuel d’analyse institutionnelle. lorsqu’ils composaient ensemble Les clés pour la sociologie (1971) qui eut un beau succès. il est réticent pour un livre sur René Lourau . que j’ai vécu comme un libérateur. Lefebvre ? N’est-ce pas parce que Sartre doit quelque chose à H. L’instituant contre l’institué . comme l’auteur de théories m’aidant à dépasser mes aliénations personnelles (tant psychologiques que politiques).

Départ pour Charleville à 13 heures avec Miguel. Ce matin. Guattari. aucune référence à G. 11 heures. Charleville. Dans Qu’est-ce que penser ? je relis attentivement les pages 16 et suivantes. On fait halte à Sainte Gemme où je prends plusieurs ouvrages de H. À Sainte Gemme. mais sur papier différent. manière de régler le problème d’attaques éventuelles. je me suis mis à une lecture systématique du livre de Laurent Chollet : L’insurrection situationniste (Dagorno. Mardi 26 décembre. Lefebvre comme “de l’intérieur” ? Le ton de l’ouvrage est juste. 328 et 338). deux livres de Jacques Guigou. sur la théorie des moments (p. Mon introduction doit signaler le texte de 1953. éd. Cet ouvrage récupère H. Lefebvre. 155-157). par contre. mais surtout un moyen de centrer l’ouvrage sur le thème du Moment de la création.Lundi 25 décembre. je relis les pages sur la construction des situations (p. vers 7 heures. et réédité en 1973. Mais il y a de très bons passages sur des thèmes variés : livre important. de plus. Lucette a choisi de boire un Graves 1994 : un Château L. que je termine vers 14 heures 30. il réfléchit sur des aspects peu explorés jusqu’à maintenant. 5 sur 5. Les développements sur le classicisme et le romantisme recoupent la philosophie qui se trouve derrière ma Valse. Après ce livre. Ce soir. à partir de ma lecture de La présence et l’absence. 2000). 137 138 R. Lapassade et R. Lefebvre. je me mettrai à la rédaction de l’introduction. sur la méthode régressiveprogressive. les trois pages de développement sur la transduction (p. 338) : beaucoup de chose dans ce livre. un ouvrage important que j’aime particulièrement. Charleville. est un livre très complet . mon livre sur H. je me mets à Du rural à l’urbain. sur le moment de l’œuvre. dans le texte. Dans la bibliographie sur l’IS. il intègre à la bibliographie : tout F. Lefebvre. j’ai vu apparaître Simondon . Dans Introduction à la modernité. Dans Introduction à la modernité 138 . l’auteur fait l’éloge de mon livre sur les Maos . avril 1962. un cadeau de Charlotte et Miguel. de la Louvière 137 : Noël se termine de façon très studieuse . puis après le petit-déjeuner. Je suis en phase. 60 . j’ai trouvé deux éditions différentes de La survie du capitalisme. 19 heures. concernant l’institué et l’instituant social depuis le moyen âge : sa lecture de Stendhal serait autonomisable (12e prélude). Introduction à la modernité. dont Du rural à l’urbain. de Minuit. la transduction apparait dans mes lectures du jour. sorti en 1970. je commence ma relecture de Qu’est-ce que penser ?. Hier matin. j’ai bien avancé la relecture de ma correspondance avec de Luze : j’ai décidé de supprimer les lettres concernant les conflits à la fac. Dès que j’aurai terminé cette relecture. sur “savoir et connaître” : fondamentales pour une critique de l’équipe Charlot (Rapport au savoir). Lefebvre (67 références). de la part des personnes concernées. Mon édition sera donc la troisième. avec la sensibilité de H. sorties à six mois d’intervalle en 1973. Lourau. lire à côté de la cheminée est fort agréable. Lefebvre . Paris. 15 heures. tout H. Lourau habitait rue de la Louvière ! H.

Je viens de terminer La survie du capitalisme : bonne critique sur l’AI de 1971 (p. Penser demande une organisation de vie. dont il propose le mode d’emploi. Patrice Ville. Lefebvre. Je me replonge dans Qu’est-ce que penser ? Parallèlement. L’exemplaire de Du rural à l’urbain (1973). Philippe a besoin d’une théorie sur les Ardennes. mais plusieurs moments différents. paru dans Les temps modernes vers 1976. je viens de relire les pages concernant le 10 juin 1995. comme H. et que je voulais proposer une issue au mouvement. Ce travail peut avoir sa place dans le livre sur R. 12 heures. a-t-il continué. -Pourquoi pas. peuvent s’enrichir mutuellement. Lucette me donne des coups de genoux sous la table : réinvestir sur les Ardennes n’a pas de sens pour elle. Je repense à mon article “La sociologie périphérique dans les Ardennes”. 77). Relire H. m’a-t-il demandé. Relisant H. je pense à Lourau : a-t-il pensé ? Que pensait-il ? Quel était son objet ? Qu’est-ce que penser ? (p. je ne domine pas Le manifeste différentialiste (à relire de toute urgence). Lourau permet de dégager des pistes : Philippe a été stimulé. Lefebvre. moyen de redéployer le chapitre du Dictionnaire des philosophes en le réactualisant. René Lourau Dominique 61 . 11 heures 15 Ce matin. en dehors des tribulations bureaucratiques du Parti. Lefebvre a pensé Campan. Lefebvre et R. Mercredi 27 décembre. tête de liste des Verts à Charleville : Philippe a une licence de philosophie. Dans le livre d’or de Sainte Gemme. qui partageait avec moi cet intérêt pour l’engagement théorique à la périphérie. Jeudi 28 décembre. de très beaux passages : ce qui est dit de la religion catholique est proche de ce qui deviendra Éloge du péché. Pépé pense que j’ai raison de m’orienter dans cette voie. où nous nous retrouvions : Antoine Savoye. Ulrich MüllerSchöll consacre un passage. Vendredi 29 décembre. -Il faut qu’un intellectuel s’attèle aux Ardennes. j’ai senti qu’il me fallait penser l’Université de Charleville (voir L’Ardennais du 27 décembre 2000) dans Le droit à l’université. Navarrenx. 13 heures Dans Le manifeste différentialiste. Je voulais alors penser les Ardennes. 145) : Lefebvre invite à rassembler les textes de Philosophies (1925). les Pyrénées. -Il faut que tu nous écrive un projet de développement durable. j’ai commencé ma journée par la lecture de 20 pages de Das System und der Rest : j’y trouve une idée pour construire mon livre sur René Lourau. Il faut s’organiser pour dégager du temps. Lourau. que je souhaitais rééditer était dédicacé à A. Esprit… : un nouveau livre à faire. Sainte Gemme. Hier soir. et il est inscrit avec moi en maîtrise sur “Formation au développement durable” : je lui ai expliqué que je m’étais mis à penser. à survoler l’œuvre de H. je commence une indexation des thèmes à reprendre . en tentant une systématisation. que l’on développe parallèlement. long moment avec Philippe Lenice. m’a-t-il dit. En marchant avec lui. On a pensé son travail intellectuel : -Penses-tu qu’être adjoint au maire de Charleville est conciliable avec l’activité intellectuelle ?.

Pour H. et nous allons reprendre la route de Paris. ce serait bien. Lourau sera important. Lefebvre. Je travaille depuis deux jours à la préface de Du rural à l’urbain. je suis amené à relire mon livre sur H. que j’ai développée avec Antoine. Dimanche 31 décembre. il y a dix ans . J’en suis à 13 pages. en me donnant trois entretiens faits avec Henri. La soirée a été riche. Yves Etienne. C’est mon chantier du centenaire ! Je vais ouvrir un nouveau journal sur H. Je veux vérifier toutes mes sources . à 19 heures 30. Lourau. commentant ce journal : pour mon livre sur R. dommage que je sois parti à Reims : cet exode est sans aucun doute à l’origine de ma marginalisation de l’équipe parisienne. Dans La somme et le reste. F.Hocquard. Lourau. Lefebvre. Lapassade. Lefebvre. dont G. J’ai chargé deux gros cartons de livres : ma bibliothèque “Lefebvre”. Lourau. personne ne peut faire cela mieux que moi : Gaby est vraiment quelqu’un qui m’encourage. pour se joindre à R. Le Play est vraiment réactionnaire et non scientifique (1er chapitre de Du rural à l’urbain) : pourquoi A. Le droit à la ville. où il n’est même plus présent (1978). H. chez lui. j’ai relu avec plaisir la présentation de la troisième édition : brillante et éclairante. Gromer et les Anding qui viennent dîner. R. en sachant que l’actuel se potentialise. sur le rapport de René à Henri. Je vais écrire une lettre à Catherine Lefebvre pour lui demander de m’accorder les droits de : La survie du capitalisme. 15 heures. Je dois aller le chercher. Je n’ai pas le temps de noter les autres commentaires. La collection AI. Qu’est-ce que penser ? Si j’arrivais à republier ces livres cette année. Gaby pense que développer une partie sur les relations entre H. vers 4 heures 30. Gancho est rentré du jardin. René avait écrit ce jour-là : “Actualiser le potentiel. où ont écrit G. Lefebvre. J’ai reconduit G. Hier. Lefebvre : R. 62 . plus précisément sur ma présentation de Du rural à l’urbain. était vraiment une réussite. Lapassade. -Il faut être rigoureux. Mais je veux aller jusqu’à 20 : cela me demande plus de travail que je ne l’imaginais. G. Christine Delory et une dizaine d’autres convives. Lourau. 9 heures. au retour de Saint Gemme. Je travaille sur H. S. je l’ai rencontré à Sainte Gemme”. a dit Georges. bref : l’avenir existe. Il faut tout dire. et un excellent accueil du maître de céans”. les numéros de revues (1966 à 1980). Patrice : “Une journée d’exploration des possibles à la lueur des éclairs du passé dans une maison propice. Samedi 30 décembre. c’est sensible à la relecture du numéro bilan. s’est-il embourbé dans l’école le playsienne ? Lundi 1er janvier 2001. long mail de Gaby Weigand. Gilles Monceau et moi-même. Lourau m’avait bien aidé pour ce livre. Lefebvre et R. On a parlé de mon projet de livre sur R. Contribution à l’esthétique. pour dissocier mes études lefebvriennes de mes études louraldiennes. Lapassade vient d’appeler : il rentre des Pyrénées. Il en est de même pour R. lorsqu’il est parti à Poitiers : il perd sa place (centrale) à Autogestion . Barbier. Selon elle.

le livre tient la route. de H. de Constantine. pour lui en proposer un abrégé pour sa collection de poche. Hier. Travail avec Madame Bensouiki. très fort : j’ai fait un courrier à AnneMarie Métailié. Mardi 2 janvier 2001. pour lui demander de me procurer la réédition de Pyrénées. Je veux tenter une expérience d’écriture totale : j’envoie ces pages à Christine par mail. 38/44 av. Lourau. je me consacrerai à la relecture (2 partie) de ma correspondance avec de H. j’ai bien avancé la bibliographie d’H. Jeudi 4 janvier 2001. ce nouveau chantier est urgent. c’est fatigant d’écrire dix pages le 1er janvier. de Luze. si vous ne pouvez vous joindre à cette réunion. de nombreuses pages du Sens de l’histoire : je passe l’après-midi dedans . J’y ai répondu immédiatement. Lorsque Véro arrive. -Tu l’as déjà mille fois. Ce livre est en contrat chez Anthropos : on peut le rééditer. pour ne pas laisser en rade mes tâches administratives ! Il me faut l'accord de Jean.Je lui ai demandé de mon donner son texte sur la secte. j’ai laissé un message à Pierre Lourau. une musique. Et si je parvenais à écrire un ou deux rapports de thèse. Message (de Francfort) de Christine : elle a lu la première ébauche de mon texte. pour la réédition de La survie du capitalisme. puis les chapitres sur le jardin. Hier soir. Merci d'annoncer votre participation en réponse à ce courriel et. Le soir. ceux qui ont été enrichis de sa présence se retrouveront au Restaurant Violas. Mercredi 3 janvier 2001. 63 . une photo autrefois partagés avec lui. ce 31. Lefebvre. Ce matin. puis à la rédaction de mon introduction sur le moment de l’œuvre. le 11 janvier 2000. et le trouve très fort : je suis sur la bonne voie. l’interculturel : cela marche. Lefebvre. je relis sa première partie : parfaite . le jeudi 11 janvier 2001. d'envoyer le document que vous auriez apporté : ce sera aussi une façon d'être ensemble. avec sa postface et la préface de R. mais il faut faire la préface . mais je m’impose ce rythme pour l’année de mes 54 ans. de Stalingrad à Saint-Denis. -Je voudrais la disquette. mais elle est partie à Francfort. Merci de prévenir les amis de René qui ne figurent pas sur la liste des destinataires de ce message : tous sont attendus. Je continue à écrire Le sens de l’histoire. j’ai trouvé le message suivant. pour en être débarrassé . pour dire que je serai là. un dessin. quelque part entre Rambouillet et Paris 8. sur sa thèse. Lefebvre qui doit compléter Du rural à l’urbain : elle me relaie dans cette tache. Je veux aller porter ce livre e terminé aujourd’hui. relecture de mon livre sur H. pour travailler plus vite… Christine m’a apporté. À bientôt. je rédige dix pages pour la troisième partie . ensuite. envoyé par Jean-François Marchat : -René Lourau a pris la clé des champs. Chacun est invité à apporter l'extrait d'une œuvre de René ou encore d'un texte qu'il aimait à citer. à partir de 18h30. Un an après.

vers 19 heures. Pour une sociologie des intellectuels révolutionnaires. j’ai appris que Publisud n’a pas épuisé la première édition de Qu’est-ce que penser ? Toute la journée. que je lis immédiatement et que je trouve bon . mais je trouve celle-ci encore plus émouvante avec une préface de René. Paris. 64 . que le 139 Michael Lowy. Georges Lapassade. ses parents et Françoise . Pour densifier. Lefebvre. Ce livre. Le Lapsus était dédié par René à Henri Lefebvre. R. qu’elle a connu. au téléphone. qui me font prendre avec précaution des anecdotes attrayantes. Le droit à la ville. Ce livre ne mentionne que deux fois le nom de H. parue en février 2000. J’avais beaucoup aimé la première édition. Lowy. il me demand pourquoi je n’ai pas encore édité les inédits de René. de H. daté mais passionnant sur G. 139 Vendredi 5 janvier. de J.J’ai lu également Pour une sociologie des intellectuels révolutionnaires de Michael Lowy . F. La postface de Pierre Lourau donne un certain nombre d’informations erronées (lieu de la soutenance de thèse. chapitre de La présence et l’absence. pour lui demander de m’accorder les droits de : La survie du capitalisme. je travaille sur Le sens de l’histoire. Lefebvre. PUF. Elle aime le style d’Henri. dans Le lapsus des intellectuels (bibliographie). mais difficile à présenter à un large public : les auteurs élèvent à un très haut niveau de réflexion. J’écris une lettre à Catherine Lefebvre. ignorant le rencontre de H. Lefebvre avec G. Elle me donne aussi "L’anamnèse du visible". Lukacs : pas mal de chose sur Max Weber et la pensée allemande du début du XXe siècle. 23 h. livre important. Samedi 6 et Dimanche 7 janvier 2001. Lundi 8 janvier. Il m’invite à descendre chez lui. les préfaces de René aux livres d’Henri. Armand me dit qu’il connaît M. directeur de thèse. trouvée ce soir. pour leur parler du Centenaire d’Henri Lefebvre. Il faudrait publier en ouvrage autonome. en rentrant d’une négociation d’intervention d’analyse institutionnelle à Créteil. Contribution à l’esthétique. 30. pour parler : il se réjouit que ce livre sur René paraisse . un mois après sa mort. Charlotte m’apporte son texte "De la notation à l’interprétation en danse contemporaine". qui doit m’aider à élaborer mon texte pour Le sens de l’histoire : cette réflexion est en phase avec mon travail. une question pratique assez banale. Lyotard. mais il ne semble pas l’utiliser. il s’est procuré Pyrénées qu’il m’envoie demain matin en colissimo. j’utilise Âme et compétences. En effet. J’écris aux éditions Casterman. disparition d’une thèse déjà écrite sur le surréalisme…). Lourau en cite une édition de 1978. En échange. d'H. Lefebvre. Je termine la lecture de la seconde édition de Pyrénées. Je passe tout le week-end à écrire mon “retour” sur Le sens de l’histoire : j’ai déjà fait 42 pages. où il y a un paragraphe génial sur Du rural à l’urbain. Gallimard et aux Presses universitaires de France. je lui fais lire “L’œuvre”. tout en rangeant la maison avec Véronique : je téléphone à Pierre Lourau . Lukacs. alors qu’elle n’avait que 10 ans. 1976. nous envisageons ensemble quelques développements possibles.

avant d'aller reporter le tout chez Anthropos. en 200 pages. dont un certain nombre de connaissances : j’ai pu échanger quelques mots avec Jacques Lang qui était heureux d’apprendre qu’un étudiant de Reims (il y enseignait quand je faisais ma licence de droit) était devenu prof de fac. Il a lu Logique formelle et logique dialectique (2e édition chez Anthropos) : il trouve bonne. du coup. il veut le voir centré sur le mondial. de 1964 à 1985 . Mon frère parlerat-il. je reçois un pli apporté par coursier : les épreuves de mes préfaces de Du rural à l'urbain et de Centre et périphérie. Le moment mondain a succédé au moment d’écriture sans transition : je n’ai pas eu le temps de me changer. J’ai discuté avec Denis Huisman qui m’a proposé d’écrire un chapitre sur “Le marxisme français en philosophie”. J’ai salué Francine Demichel. que j’ai pu parler de notre commission éducation : si nous l’invitions. Lapassade. qui fut l’épouse de François. inspecteurs généraux invités au Ministère. s’étonne que Pierre consacre la postface à son frère. secrétaire d’état à l’enseignement professionnel.biographe a envie de s’approprier ! Mais il dit quelque chose de lui qui est émouvant. l’idée de rééditer l’œuvre d’Henri. J’étais bien parti pourtant hier soir dans la relecture de ce texte. Ce matin. rangement me permettant de remettre la main sur des documents. j'ai aussi découvert la belle bibliographie faite des ouvrages d'Henri : j'ai rajouté la nouvelle édition de Pyrénées. et c’est normal d’être différent. avec Romain. Lefebvre. mais c’est surtout avec Jean-Luc Mélanchon. ainsi de moi ? et mes filles ? et mon fils ? Mardi 9 janvier. Appel de Pascal Dibie. mais j’étais là pour les Verts. 16 heures. rue de Grenelle. Je mets au propre ma bibliographie pour Centre et périphérie. Je me suis mis à la correction d'épreuves immédiatement . pour le mini-tennis. je rentre dans mon bureau. Nous sommes arrivés à l’heure. de publier chez Anne-Marie Métailié un petit livre de poche sur H. Je lui dis mon idée. j’ai évoqué le centenaire de H. Il m’a raconté tous les potins entourant l’aventure du 65 . Et je renverse mon café sur le clavier de l’IMAC qui. Il me propose de lui donner la Théorie des moments. pour un ouvrage collectif qu’il coordonne chez Plon sur L’histoire de la philosophie française. G. il est prêt à participer à l’une de nos réunions. ne fonctionne plus. ayant une certaine importance par rapport à mon projet de livre sur René . le philosophe. elle est l’auteur de onze romans chez Stock. mais je ne veux pas manquer l'occasion de rencontrer Jack Lang et Jean-Luc Mélanchon. J’ai également rencontré Noëlle Châtelet. levé très tôt pour terminer mon texte sur Le sens de l’histoire. pour aller 110. avec mon café à la main sans allumer la lumière. avec lui. ce qui me donnait un look “différent” des recteurs. Invité ce soir à la cérémonie des vœux du Ministère de l'éducation : j'aurais eu envie d'écrire. Mercredi 10 janvier 2001. quand on représente les écolos ! Beaucoup de gens. Lefebvre : il est enthousiaste . Échanges avec Renaud Fabre : il voudrait que je passe le voir à la présidence de Paris VIII . Lefebvre : chance d’avoir ce témoignage de ce que la famille de René a retenu de lui. plutôt qu’à H. Ce matin. que j’ai suspendu à 18 heures 45. Gallimard.

Anne-Laure Eme. La relecture est longue : elle est multiple et plurielle. Lefebvre. en pleine forme : je pensais commencer mon livre sur R.. Exode Daplex. comme premier exercice matinal. Mostafa Bellagnech. qui était là. du Dictionnaire des philosophes. jusqu’à aujourd’hui. on introduit des notes.F. 1984 et 1993. il y a deux supports distincts. Maintenant. Lefebvre. Lefebvre. Régine Angel. je parviens à lire de l’allemand. Bernard Lathuillère. Véronique a encore tapé mon article sur Henri Lefebvre. 262 pages. On a parlé de H. La logique du plan apparaît alors progressivement. L’insomniaque. mélangeant les notations sur R. la préface de Georges Labica à Métaphilosophie qui signale 3 textes que j’ignorais. la revue internationale d’anthropologie historique. la construction est une ligne de production de briques : on escamote la seconde phase du travail. Tani Dupeyron. Lourau et celles sur H. Alain Grassaud. ainsi que tous les travaux récents que j’ai pu archiver. Müller-Schöll pour Paragrana. des renvois qui valorisent le texte. Ourega K. À ce moment-là. 2000. Dans le journal. Chaque jour. Lefebvre : il a suivi ses cours à l’école pratique en 1968-1969 ! Je n’ai pas pu voir E. On a décidé de lire un passage de René. Nous avons fait ce texte. dont je partage les perspectives. et cinq ou six coupes d’un excellent champagne : le buffet était magnifique. j’avais la bibliographie secondaire concernant les travaux écrits sur H. Samedi 13 janvier. Bernard Jabin. Lefebvre dans mon journal d’AI. très importante dont je veux connaître à fond l’ensemble des numéros : je repère les lignes réflexives d’auteurs comme Alois Hahn. Présents à la cérémonie d’hommage à René Lourau. L’année Lefebvre a commencé avant le 1er janvier : je relirai 140 Jean-François Raguet. Je commence mon journal L’année Lefebvre . J’ai donc travaillé cette bibliographie. Dominique Samson. La deuxième phase est celle où les choses s’agencent : on écrit des transitions. à la grande époque de Georges Lapassade).Dictionnaire des philosophes : on a parlé des effets du livre de Jean-François Raguet 140 sur les PUF. sur la méthode régressive-progressive. Il y a deux moments dans l’écriture d’un livre : celui où l’on façonne les briques. le 11 janvier 2001 : Remi Hess. De la pourriture. trois heures de contacts riches. organisé par J. Bref. je n’avais pas ouvert de nouveau cahier : je continuais à écrire sur H. que nous aimons particulièrement : je choisis le passage de la préface de Lourau à Pyrénées. mais sur l’écran de mon ordinateur. Morin. Marchat au restaurant Violas. dont Thierry Talon (qui fut chargé de cours à Paris VIII. à partir de plusieurs bibliographies : celles d’Ulrich Schöll-Müller dans Das System und der Rest. J’ai abandonné U. 7 h 30 Réveil à 7 heures. Pour moi. 18 h 30. Christine Delory-Monberger. J’ai retrouvé quelques amis ayant des fonctions au ministère. 66 . d’Henri Lefebvre. En direct du Violas. dans le Dictionnaire des philosophe : je n’en disposais pas de version numérisée. Hier. et conduit à refaire des morceaux nécessaires. Petit Roland. avec Véronique. compariason des deux éditions. de mon livre sur H. Jean-François Marchat. relue et corrigée. et il faut savoir finir. pour l’harmonie de l’ensemble. celui où l’on élève les murs pour construire l’œuvre. Lourau.

Lefebvre. j’avais transporté ma bibliothèque H. accompagné d’un petit mot d’Armand : Aussitôt. je relis l’ensemble de mon journal 2000. Ainsi. j’ai reçu Métaphilosophie. 8 h 30. et de manière superficielle. Relecture de Conversation avec Henri Lefebvre. commencée à Charleville : en lisant les pp. Samedi et dimanche. journées de travail autour du livre sur R. pour permettre aux livres de sortir en février. H. je me suis mis à la lecture de ce livre. J’ai promis à Charlotte de lui donner un exemplaire de ce livre (j’ai souscrit à 20 exemplaires). Lefebvre pour l’intégrer au début de ce journal : je fais le même tri en ce qui concerne Mayotte. Je viens de terminer les 4° de couverture de Du rural à l’urbain et Centre et périphérie. Peut-être l’avais-je lu ? Il me dit quelque chose. mais il y a très longtemps. À l’occasion de ce travail. centré sur mes rapports avec R. Lefebvre à Sainte Gemme. j’ai donc continué à en faire un index minutieux. 140 à 225 de Métaphilosophie. Ce gros travail permettra une efficacité ultérieure. j’ai recopié les passages concernant H. Hier. le texte de Patricia Latour et Francis Combes. Lourau. J'ai lu des extraits à Charlotte. Mercredi 17 janvier 2001. Lefebvre et je le rapporterai ici devant. Lefebvre devront être relus dans cette perspective. paru chez Messidor. mais les choses se sont faites sur une longue durée. les parties concernant H. j’ai découvert un début d’indexicalisation.donc mon journal d’AI. un signe : depuis 1990-92. mais inconsciemment. Lourau : La mort d’un maître. Ce livre est difficile. À 23 heures. Depuis que je le connais. pour reprendre tout ce qui concerne H. non réfléchi : depuis longtemps. je dispose de réflexions. Pour m’obliger à une lecture attentive. Lefebvre. Lundi 15 janvier 2001. En même temps. j’avais l’idée de rééditer La production de l’espace. Lefebvre : j’achetais ses dernières rééditions en deux exemplaires. Je décide d’élargir ce chantier : tous mes livres de H. mieux centrées sur des objets. et je trie ce qui concerne H. que je découvre. Lourau. Je vais donc continuer aujourd’hui. j’ai survolé Contribution à l’esthétique : la préface sera difficile à faire pour moi. que je viens d’envoyer par mail à Caroline Hugo. j’ai reconstitué à Paris un rayonnage de livres de H. on peut voir les prémices de ce qui va devenir cette année : une recherche systématique. 9 heures Relecture de l’ensemble de mon journal d’AI : j’ai dégagé de ce journal. Ainsi. je n’en étais qu’à la page 140 (il y en a 300). j’ai relu mes lettres à Hubert de Luze (février 1999-février 2000) : là encore. Hier à midi. À cette occasion-là. Hier. qui va me permettre d’avoir accès immédiatement aux idées que je cherche. 67 . venue à la maison le soir : elle adore ce texte. je veux me mettre à l’écriture du livre sur R. Ce fut assez intuitif. j’ai construit un index matière. Lefebvre est présent dans ma vie. pour avoir ses livres constamment disponibles.

mais je n’ai pas fait les bouquinistes systématiquement . mais sans prendre le temps de l’écrire vraiment. Hier. lorsque j’ai cherché H. on se les garde. ils ont l’impression 68 . des irréductibles. La praxis contient un projet. ils sont dissociés. Ainsi. Lefebvre sur cette question. Il m’est possible de réintégrer dans ce texte ce que j’ai trouvé : sur le terrain de Mayotte. Le reste. qui aurait dû être fait par Syllepse : cet outil est essentiel. mais je ne me sentais pas le souffle. qui accepte finalement de voir ce problème rester en plan. et l’exemplaire de la première édition que j’ai feuilleté. pour l’éditer. s'impose. Une autre occurrence importante dans l’ouvrage. a disparu : comme depuis quatre ans la réédition du livre était annoncée par Syllepse. l’un des résidus. l’irréductible révèle les limites de validité d’un système théorique. de l’irréductible peut être dégagé de l’œuvre de H. Pourquoi ? En Argentine. politiquement. Chez H. pas seulement une subversion. il me fallait faire cinquante pages de préface. livre traduit de l’italien par moi. Charlotte m’a révélé un fait important : Miguel n’aime pas le statut d’étudiant : il veut un statut d’artiste. dans la théorie de l’analyse institutionnelle ? L’irréductible est toujours l’analyseur de la théorie ou du système . pour vivre. non pensable par la Gauche. les cibles sont la philosophie. tous mes engagements dans cette direction me révèlent l’impossibilité. Dans Métaphilosophie. sa demande à notre endroit de faire un “miracle”. mal traité administrativement. dans le contexte de la gauche d’aujourd’hui. de lutte politique. l’un des problèmes non pensé. dans le travail de la commission pédagogique. Lefebvre chez les bouquinistes. est un résidu : une théorie du résidu. mais aussi une perspective révolutionnaire. son désir d’avoir une carte de séjour. totalisation de la pensée de H. d’irréductible : Ulrich Müller-Schöll a développé son dernier livre (1999). une perspective. faire référence aux pages de la seconde édition sera une manière de saluer le travail accompli par Syllepse. les gens doivent faire trois ou quatre métiers. je l’enseigne. Das System und der Rest. je ne l’ai pas trouvé : quand on possède des livres de H. de La somme et le reste. Lefebvre. Que me révèle ce travail d’élaboration d’un index ? Le “moment” est l’occurrence qui revient le plus fréquemment. faute d’une préface à la hauteur de ce texte. pour la France de la gauche plurielle de prendre en compte cette question. c’est la notion de résidu. éclatés : lorsqu’ils parviennent à vivre d’une seule activité. Je termine un index matières. Les pratiques parcellaires. pour faire de ma Théorie des moments. non intégrable : la question des Sans Papiers. Je ne sentais pas l’inspiration d’un tel texte : tout ce que j’avais sur le sujet était “résiduel” : je ne parvenais pas à trouver un point de vue qui organise tout cela. le structuralisme et la robotique (partie sur la mimesis). de la lutte des Sans Papiers. L’édition du Mandarin et du clandestin. Le résidu n'est pas seulement l’analyseur. autour de ce concept. l’analyseur ayant fait son chemin. Sylvain Sangla m’a dit qu’un exemplaire de la première édition était disponible place de la Sorbonne (chez Vrin). j’attendais ce livre pour m’y mettre. Une raison qui explique cette résistance : depuis toujours. et plus généralement sur l’interculturel. Toute mon implication. mais engage dans une pratique d’intervention sociale. Lefebvre. peut-être lu il y a longtemps (à l’époque de la rédaction d’Henri Lefebvre et l’aventure du siècle). L’étranger qui n’a pas de papiers est aliéné : il faut décrire la pathologie que développe Miguel . Ce texte était court . et permettre à mes étudiants d’entrer dans cette lecture avec des outils. que j’ai pu avoir sur ce terrain n’étaient pas satisfaisantes : elles ne constituaient pas une praxis. Métaphilosophie : j’en suis à la page 282. Lefebvre. J’avais donc raison d’attendre la sortie de l’ouvrage. d’ailleurs. je savais que Métaphilosophie contenait des développements importants sur les moments.La théorie des moments est un autre projet que je traîne depuis dix ans : j'y pense. Puis-je confrontater ce terme avec celui d’analyseur (révélateur). il semble qu’il faille se mettre en route pour s’engager dans une praxis : cette pratique part des analyseurs. non traité. et que je n’ai pas édité. éclatées.

pour lui donner une carte de séjour. au moins pour le dernier tiers de l’index ! Tant que je n’aurais pas récupéré ce travail. c’est elle qui me vole tout mon temps. pour porter mon livre Le moment de la création. 14 heures. on a dû créer une association pour le salarier : cette forme institutionnelle entraîne des coûts importants. Comment résister à ces Marocains. Pour permettre à Miguel d’avoir des papiers. C’est elle qui m’empêche d’avancer dans le travail théorique. il nous faut créer une entreprise de spectacle : il y aurait bien le mariage avec Charlotte. L. de côté : on évite ainsi les résidus. Or. mais celle-ci n’en veut pas ! La question des Sans Papiers ronge mon quotidien au niveau du domestique. Madame ? exige qu’il ait une “licence d’entrepreneur de spectacle” ! Il y a un an. et je suis parti sans reprendre l’ouvrage. L’intérêt de l’index est de ne laisser aucun thème. 141 Cf. trois ne sont pas vraiment abordés : la théorie des moments. je lui suggère de continuer la fac. Cet index dégage les grands thèmes de cet ouvrage : huit sortent. qui veut réaliser son moment d’artiste. par exemple. Africains que je connais. pas seulement pour lui. reconnue. Lefebvre lui-même. mais aussi pour moi. et qui me demandent une lettre pour retarder leur reconduite à la frontière. pour Lucette. une bureaucratie pas possible ! Voilà un exemple d’aliénation. se rendra compte du travail accompli. 69 . Il gagne de l’argent. d’Ardoino et de Peretti. je me suis aperçu que. hier. de faire une maîtrise : ce diplôme n’a pas de sens pour lui. or. Lefebvre est passionnante : tout texte de lui renvoie à un mouvement. entre subversion et révolution. Idée d’écrire à Desclée de Brouwer. paru en 1975. peut-être leur obtention de papiers ? 12 heures. au niveau de ma pratique professionnelle (fac). ce petit texte pourrait être repris pour être appliqué à d’autres auteurs : Lourau. en Belgique. Une partie de ses revenus partent en charge. dont je n’ai pas de double. s’est acheté son appartement . pour lui permettre d’avoir une carte de séjour. j’ai trouvé Actualité de Fourier. relue au retour d’une sortie de théâtre (Les Bacantes d’Euripide). Je leur ai fait passer mon exemplaire du livre avec l’index. En comparant cet index avec la préface de Georges Labica. Voir aussi la distinction d'H. J’espère que l’étudiant qui l’a entre les mains. Lefebvre : son texte est excellent. en France. Je ai présenté aujourd’hui à mes étudiants de licence Métaphilosophie : je leur ai montré le travail d’index que j’ai fait sur ce livre. 10 heures 30. Je viens de terminer Métaphilosophie et son index. si celui-ci traite bien sept des dix principaux thèmes. en Italie. Jeudi 18 janvier. en Espagne. pour leur proposer un livre dans leur collection “Témoins d’humanité 141 ”. chez cet éditeur : Penser l’hétérogène. J’ai oublié de noter qu’étant chez Anthropos. et me rendra le livre et les trois pages d’index. Miguel “réussit” : sa danse est appréciée. etc : elle est partout dans ma vie.d’avoir réussi. avec qui je travaille pédagogiquement. Qui lit Fourier ? se demande-t-il. je ne serais pas tranquille. et comment ? Pourquoi ? au niveau de son mouvement. Cette lecture révèle que toute l'œuvre de H. et diriger par H.

m’a-t-il dit. 70 . compliqué. 15 heures. comme l’a souligné R. J’ai parlé brièvement. René Raymond avait invité Henri Lefebvre. H. C’est intéressant de tenter de démêler cette complexité”. quinze peuvent être cités 142 : cette question est abordée à la fin du cours. réflexion philosophique intéressante : on ne peut pas critiquer la production de cette pensée qui se déploie… 142 Cf. il est important de voir que ce vécu et cette description seront repris dans La Somme et le Reste. L. Raymond. Le premier contact entre H. je note qu’en rentrant hier. la femme d’Henri Raymond qui était mon étudiante. il a revu H. Comment ? Tel quel ou retravaillé ? à revoir ! Sur l’existentialisme lui-même. Je connais tous les arbres du parcours. et qui “n’existaient pas”. C’était quelqu’un de complexe. soufflant sur le feu en 1967-68 à Nanterre. après la sortie de La somme et le reste. Vendredi 19 janvier. j’ai pu formuler quelques questions à René Raymond. lorsque celui-ci. À propos des “ listes noires ” (des étudiants qui auraient été inscrits sur une liste pour leurs activités subversives). Lefebvre laissait accroire qu’elles existaient. Mais cela s’est très mal passé. je pense proposer un index des noms cités et un index des matières. Ce gros chantier : il faut réussir à le boucler. pour une soutenance de thèse.. ensuite. Il trouve cela très intéressant. et moi datait de 1959 ou 1960. ce pourrait être Métaphilosophie. Colloque de Lefebvre de novembre 2000. vite et bien . L’argument lancé par Lefebvre : “J’en ai marre de faire Paris-Strasbourg en train. Lefebvre : -J’ai apprécié l’œuvre. J’avance lentement (du fait de la relecture technique). Il évoque l’attitude subversive de H. au lieu d’être clair. sur les intellectuels français. mais d’autres donnent d’autres titres . a voulu organiser un repas entre nous. Oserai-je corriger les épreuves de L’existentialisme. mais personnellement. pour obtenir le poste de prof de socio. intéressante en soi. pour participer à un colloque à Sciences Politiques. et je porterais le tout lundi. 9 heures Avant de partir à Lyon. Dans le développement de l’œuvre de H. “Tu l’as bien connu. “vint faire sa cours à Paris X”. À l’occasion du repas de midi. mais l’homme me déplaisait totalement. -Il refusait d’assumer toute responsabilité. Que dire sur L’existentialisme ? J’ai relu le premier chapitre. -Pour dépasser les tensions entre nous.Quels sont les livres les plus importants de H. m’a-t-il dit. Lefebvre.L. j’ai trouvé les épreuves de L’existentialisme. en poste à Strasbourg. J’ai parlé le premier : me voici donc libre. Lefebvre ? Pour Georges Labica. Henri Lefebvre n’avait pas fait de vague .L. à propos de H. De même que mon livre sur Lourau.” J’ai expliqué à Guy Avanzini mon travail sur H. en tant que rapporteur de la thèse de Philippe Da Costa. mais cela m’oblige à aller au fond des choses : ce chapitre est une autobiographie de groupe. sur les Scouts de France : nous sommes six dans le jury.L. que je vais corriger dans le train : je ferais la préface ce week-end. travail commencé dans le train entre Paris et Lyon ? Je ne sais.

j'ai décidé de rééditer ce livre. Dimanche 21 janvier 2001. Après lecture. La philo se fait aux marges . qui démontre. j’ai l’intention comparer les deux ouvrages . en 1987 : à l’époque j’écrivais mon Lefebvre et l'aventure du siècle. reprenant telle ou telle pensée ou développement dans d’autres ouvrages. par exemple.Métaphilosophie est déjà présent dans cet ouvrage : H.L. mais je me suis couché de bonne heure. Samedi 20 janvier 2001. Mon index valorise ce texte. permet de coller davantage au texte.P. En me réveillant. que je n’ai pas encore commencée.L. Lefebvre : je commence à penser à la préface. H. Ensuite. beaucoup de thèmes de Métaphilosophie sont déjà dans L’existentialisme… Pour renvoyer au 71 . je dois le faire d’un trait. je me suis mis à l’index matières : je n’ai terminé que vers 22 heures. Sartre ne fait que redonner aux lecteurs des questions déjà explorées en 1928-29. Après avoir tenu mes journaux. Lundi 22 janvier 2001. le texte est difficile à comprendre . Cet exercice est totalement fou : dans de nombreux passages. l’index de Métaphilosophie. J’avais déjà lu ce livre. 5 h 30 Réveil trop tôt. et de ne pas laisser échapper un thème mineur. J’ai terminé la bibliographie vers 11 h 45. que je n’ai jamais assez remercié. dans les postes de la fonction publique. et qu’il avait laissé les choses en l’état. pour permettre ainsi au lecteur de comparer les thèmes abordés : dans la préface. il défend l’idée que la philosophie ne peut pas se faire. il me faudra être terriblement concentré . sur une durée plus longue : faire ce travail en une fois. Lefebvre (livres) : j’ai commencé à relire les articles. hier. je pensais davantage à “Le moment philosophique d’HL”. en me laissant entendre que répondre à cette question serait vraiment trop long et difficile.L. mais je l’avais fait. dans sa biographie. hier. et aussitôt. je reprends la relecture des articles de H. idée de donner comme “annexe” à L’existentialisme. suit un fil. sans pause. Pourquoi ne pas l’intituler : “De la beauté d’avoir des ennemis” ? Hier. j’ai décidé de faire un index auteurs. relire plusieurs fois le texte permet de décider du terme que l’on va appeler. lui est manœuvre puis chauffeur de taxi : cette expérience est riche pour se confronter à la ville. Les rapports sont complexes entre H. à la Bibliothèque nationale de France. ce travail ne m’avait pas demandé la même énergie. qui dit des choses. Relecture des épreuves de L’existentialisme. pour avoir employé des termes “orduriers” contre leur maître. puis j’ai relu la bibliographie de H. s’inscrivant dans une logique de construction d’un point de vue sur le monde . montre que J. J'en ai parlé avec Henri : “Pourquoi n’avez-vous jamais réédité ce livre?” Lefebvre avait haussé les épaules. Pascal Nicolas-Le Strat. épuisé que j’étais par la production de l’index-matières de L’existentialisme. Durant l’été à Sainte-Gemme. et Sartre. J’avais compris qu’Henri avait été violemment attaqué par les Sartriens. dont je disposais depuis 1992 : je l'ai reçu en cadeau d’un ami. Pour Métaphilosophie. je me lancerai dans l’index des matières : ce sera un travail subtil.

plusieurs messages de participants au concours : Jacques Guigou et Bernard Lathuillière me donnent quatre nouvelles références chacun. j'ai trouvé cette expression d’H. Ce matin. on trouve douze références nouvelles. J'ai corrigé hier les épreuves des couvertures de Du rural à l'urbain et de Centre et périphérie : ces livres seront en librairie en février. et surtout H. fait avec Véro.) pouvant trouver leur place dans cette préface. Lefebvre . nous avons parlé d’H. Dans La somme et le reste. mais on n'en a pas parlé avec Jean. et répondu aux mails qui ont dû s’entasser. Hier. sans explication. il me faut avoir la pagination définitive. Ces textes m'aident à contextualiser le débat. me conduit à retrouver des textes importants dans cette perspective : “Le marxisme et la pensée française” (1956). relu hier et avant-hier. Mais Caroline m’a rappelé pour me dire que l’idée de publier l’index de Métaphilosophie. Le même travail coopératif est à faire pour G. je puis annoncer la première liste de gagnants. publié en 1957 dans Les temps modernes. essentielle car le texte que je donne à lire n'est pas facile à comprendre. Lourau . Dès que j’aurai lu. dont je n’ai pas encore l’idée. 72 . Au cours de la journée. et en proposant aux destinataires de me faire parvenir des textes que je ne connais pas. Mercredi 24 janvier. m'a dit aussi que La production de l'espace était très bien acceptée par les étudiants d'aujourd'hui. constitution d'une bibliographie de R. qui admire mon efficacité. Nous nous sommes promis de nous revoir : Maïté Clavel. comme annexe de ce livre n’est pas une bonne idée. J'aurais des services de presse. et attendre le retour du prochain jeu d’épreuves pour rendre ma préface. je me mettrai à la préface. au cours de ce travail. à envoyer aux Lefebvriens. Elle m'a dit qu'Henri avait toujours eu un côté mondain : il ne parlait que de son dernier livre et d'oubliait tout ce qui a pu le précéder. Mardi 23 janvier 2001. Elle pense donc que Du rural à l'urbain va marcher. Maïté Clavel m'a téléphoné hier . 5 heures. à Saint Gemme je dois retrouver mes propres listes de publications : je ne dispose pas de mise au net de mes propres textes ! Hier. en donnant la bibliographie dans l'état. ainsi que la partie (pas seulement le chapitre) concernant la contextualisation de L'existentialisme dans La somme et le reste. telle que je l’ai dans la tête en ce moment : son écriture amènera forcément des développements. titre à donner à ma présentation. nous avons retrouvé plusieurs listes d'articles de René : Véro les a entrées en mémoire. Dans la biblio de Gaby Weigand (1984). Le prix de vente est à 149 francs : j'aurais préféré 140. sur "Sartre" (Dictionnaire des philosophes de 1984) est une autre ressource. je le crois aussi. l'idée de faire un mail collectif à toute ma liste d'AI. avec Véro. en regardant mon courrier électronique. 9 heures. Je vais donc donner à Anthropos le travail déjà accompli. travail sur ma préface à L'existentialisme : j'ai regroupé des textes (briques. plus qu'aux Institutionnalistes. et lancer une liste de publication trois fois plus longue qu'hier. qui le connaissent déjà. Lefebvre concernant son livre : "J'aurais pu lui donner comme sous-titre : l'art de se faire des ennemis".texte de L’existentialisme. Lefebvre. Le travail de gestion d'archives. J’avance la préface de L’existentialisme dont j’ai été reporter les épreuves hier. Le texte de Michel Contat. Lapassade. etc : ce matin.

Lefebvre ? Chez Anthropos. dont il fait le plan. La somme et le reste représente un déplacement. Dans La somme et le reste. en 1943. Dois-je donner d'abord le Rabelais. des époques. En relisant La somme et le reste. elle aussi enseigne en urbanisme . Il faut penser à L'existentialisme aussi. Mon but est de tenir le rythme : un livre par mois ! L'index de Métaphilosophie ayant été écarté de la réédition de L'existentialisme. et à la construction d'ethnométhodes particulièrement efficaces. Hier. Paquot : comment arriver à échanger avec lui ? comment l'aider à s'impliquer dans le centenaire d’H. Henri dit que. Ce livre sera fantastique : je trouve chaque jour de nouvelles idées et de nouvelles sources. Lefebvre. Pour la littérature. Les philosophes jouissent de travailler sur un mode artisanal. Avec Lucette. une avancée sur plusieurs points. penser à la mettre sur les services de presse. Réussir ces services de presse aidera à la dynamique. pour Du rural à l'urbain et Centre et périphérie. d'autant plus que ces textes deviennent de plus en plus longs. mais deux livres peuvent sortir d'un tel projet. et moi.Thierry Paquot m'annonce l'envoi du Rabelais. je suis en train d'inventer une philosophie industrielle. j'ai découvert qu'il oublie le Rabelais : cela ne va pas rendre facile la préface : autant je vais pouvoir trouver beaucoup de choses à dire sur L'existentialisme. pour lui demander des sources post-modernes sur Henri Lefebvre : je ne sais pas si elle se sentira motivée pour faire ce travail. je vis la superposition des temps. il parle de l'ennui du communisme. et c'est amusant de pouvoir ainsi échanger sur son boulot : Corinne Jaquand ne me donne pas signe de vie . Lourau. Lefebvre se donne des programmes.. suivi et évolution des thèmes sont des questions centrales : éternel retour ? à plusieurs endroits. Lefebvre. il me faut rapidement me mettre à mon livre sur R. par ma surimplication : pour desserrer l'étreinte.. on parlait de la saturation d'Anthropos que je provoque.. en huit volumes. Il faut que j'en parle avec Jean. professeur de sociologie à Strasbourg. lors de nos entretiens. mais avoir envie de le lire : elle est jeune. Véro fait avancer les choses de façon remarquable. c'est que la fille qui est prof d'urbanisme à Lille (son nom m'échappe) et à qui j'ai donné Espace et politique m'a dit ne pas connaître vraiment H. Il ne les réalise pas toujours. Dans Le temps des méprises (1975). ou dois-je faire passer avant La survie du capitalisme ? Il y a moins de travail dessus. j'établis la relation thématique des deux livres. 73 . il réévalue le tout . autant pour le Rabelais je risque de devoir rester dans le général : comment faire autant de préfaces sans se répéter ? véritable défi. Nous faisons du tango ensemble. Dans ce travail. il relit A+B et quelques autres. le chantier va plus loin. Dans L'existentialisme (B). Ce qui me fait plaisir. Comment Henri Lefebvre a-t-il fait pour produire autant ? cette question qui m'est souvent posée. chance pour moi. de retrouver Th. mais les autres aussi sont excellents. dans La somme et le reste. j'ai écrit à Suzy Guth. je suis d'accord. il développe l’idée de continuum. comme des Traités. avec moi. hier. Véro a commencé à faire des listes de service de presse. pour lui. dont j'ai perdu les références : chez Henri Lefebvre. La productivité est liée à un engagement. thème qu'il reprendra dans un article de 1990. signe encourageant. les meilleurs chapitres de L'existentialisme sont ceux sur Kierkegaard et Nietzsche . par exemple : ses "programmes". même si les Allemands ont énormément travaillé sur H.. il relit ses textes de 1924-28 (A) . ils sont saturés : ils n'en peuvent plus. encore une fois : dans le texte de 1958. puis à celui sur Les moments qu'Anne-Marie Métailié veut publier. mais les références anglaises ou américaines manquent dans mes travaux : je suis trop centré sur l'Allemagne.

je serais heureux de vous faire parvenir la seconde. Encore merci. pour sa préface.” “Mon Cher Armand. Lefebvre. J'aurais dû faire une conférence sur Lefebvre et l'espace à Dubrovnik. mais ces derniers temps je n'ai rien lu de lui. Je te confirme mon véritable intérêt pour les disquettes de La conscience et Méta. comme à paraître. Lefebvre bénéficie d'une conjoncture favorable en Allemagne et aux États-Unis (qui projettent l'édition de De l'état). Je suis parti précipitamment aux PUF. Paquot et Armand Ajzenberg : “Cher Thierry. je lui donne les épreuves de L'existentialisme. Malheureusement. en Allemagne. Je prends contact avec lui : il va m’en faire des photos. merci beaucoup (dans la dernière lettre. sortira chez Anthropos Du rural à l'urbain. je trouve que ce courant de pensée est très proche de lui. les livres de Lefebvre n'ont pas la chance de reparaître en ce moment. je continue donc de la sorte). On n'a pas pu parler "Que sais-je ?" et autre. J'ai relu cette semaine vos entretiens avec H. qui publiera également ma Théorie des moments. après une période d'éclipse. Je ne sais pas encore si le Rabelais sera pour avril ou mai : cela dépend de La fin de l'histoire . Lefebvre se dit content dans La somme et le reste. où il y a un chapitre sur Nietzsche. J'ai bien reçu le Rabelais. au moins d'un point de vue philosophique. dans les revues ou la presse. Avez-vous la première édition de L’existentialisme ? sinon. que je lui avais demandée). Pour La fin de l'histoire. tu m'as tutoyé. L'École émancipée a retenu 8 pages. Je vais m'en occuper ! Récemment. En effet. Lefebvre va sortir en poche chez Métailié. très occupé. ” Dimanche 28 janvier. et je ne connais pas sa vitesse d'écriture. Ulrich m’écrit : “Cher Remi. Pierre Lantz doit le préfacer. Lefebvre en 1982 (Le Monde et Autogestions) : je rêve de vous trouver une place pour la célébration du centenaire. Métaphilosophie est. 14 h 35 Je viens d’envoyer les messages suivant à T. Je termine ma préface à L'existentialisme qui sortira en mars . qui n'a pas eu lieu à cause de la 74 . j'ai écrit un article sur Lefebvre et le problème de l'état. d'autres journaux aussi . Je vous en remercie. comme quand nous nous sommes rencontrés à Paris . H. Lefebvre.Samedi 27 janvier 2001. Laquelle ? je voudrais susciter en juin (Henri est né le 16 juin) une pluie d'articles ou de dossiers. Bien à toi. bien qu'il ne cite pas H. Qu'en penses-tu ? Je me souviens que vous avez parlé de Christoph Wulf. Armand me téléphone ce matin : Jacques Rouge a noté des articles d’Henri. qui ne sont pas dans ma biblio. Pierre Lantz aurait besoin d'une photocopie du Nietzsche (La fin de l'histoire est marquée par ce livre sur Nietzsche) : peux-tu me procurer cette photo ? S'il y a un coût. je puis payer . Je lis les travaux de Christoph Wulf sur l'anthropologie historique . dans un livre dédié à Eberhard Braun. je suis très impressionné de ton courage de lire mon livre en allemand. qui m'a seulement dit qu'il allait m'écrire en réponse à mon courrier (il fait la recherche documentaire. où j'ai vu Prigent. dont H. qui va paraître en mai. Syllepse vient de sortir Métaphilosophie. merci beaucoup de ta visite de jeudi : elle est porteuse de possibles ! J'ai oublié de te donner l'index-matières de Métaphilosophie. le livre plus important de Lefebvre. Mon ouvrage sur H. Vous voyez que le centenaire d'Henri Lefebvre ne passera pas inaperçu dans notre maison d'édition : je suis très heureux que ce soit vous qui m'aidiez pour le Rabelais. en février. De mon côté. il est important d'annoncer ce livre. en un certain sens. inspirée de H.

j’ai trouvé ce livre en bon état chez un bouquiniste (l’achevé d’imprimer est du 7 novembre 1946). Je lui réponds : “Cher Jacques. en effet. détruit. on fait du "Lefebvre pluriel". et à plus tard. il est vraiment pour : je ne me souviens plus si je t'ai dit que L'insurrection situationniste. sans compter L'existentialisme. des phénoménologies (Husserl) et des philosophies de la subjectivité (Kierkegaard. dans toutes ses sensibilités. ni relégitimer) avec le passé politique de notre génération (les années 55/75). dans cette contre-dépendance à l’université. je suis très intéressé de recevoir toute information possible. sur les activités autour de Lefebvre ! Herzlichste Grüße. Nietzsche). Je te remercie de ton message. Labica de préfacer le vol 2 du Traité de matérialisme dialectique qui avait été mis de côté (il est déjà le préfacier de la réédition chez Syllepse de Métaphilosophie qui vient de sortir). ta dernière lettre présente une orientation et un plan de travail intéressant pour l'histoire de l’A. pour prendre mon poste à l'IUFM et à l'UPV. R. Jean n'était pas contre. Bien sûr qu’il comporte des rengaines staliniennes. il peut être découvert. et mon désir est d'amener les anciens auteurs à retrouver une place dans cette maison. mais toi. L’université. il est proche des Minima Moralia d’Adorno. J'étais intéressé de rééditer La survie du capitalisme que tu évoques : étant donné que j'ai déjà préfacé la série : Production de l'espace. Comment et pourquoi le capitalisme a-t-il “survécu” ? (La survie du capitalisme de Lefebvre avait déjà bien amorcé cette analyse. qui a des idées sur La survie du capitalisme. Au départ. Bon vent Rémi. Cela compte pour moi d'avoir cet avis. Je cherche quelqu'un pour le Rabelais. Espace et politique. en arrivant à Montpellier. C'est fou ce que j'ai lu depuis trois mois ! Dans le mouvement de réédition d'Henri. je cherche des personnes susceptibles de faire des préfaces nouvelles.I.situation politique au Balkan : je saisis toujours les occasions de travailler sur Lefebvre. tout en s’en séparant sur le plan stratégique puisque ce dernier avait finalement choisi le camp du despotisme étasunien. tu as bien fait de faire rééditer L’existentialisme. en dehors 75 . alors qu'il sortait des presses. qui vont être le socle idéologique de la domination social-moderniste après la Seconde Guerre mondiale. n’est pas le lieu idéal pour réaliser des activités qui nécessitent une indépendance vis-à-vis du capital. Lourau a préfacé 5 livres différents de Lefebvre de La somme et le reste jusqu'à Pyrénées : j'estime important que l'AI continue à être présente dans ce mouvement. L'intention de renouer des fils (ce qui ne signifie pas commémorer. Làdessus. je sollicite des préfaces des uns et des autres. Je prends conscience que je ne t'ai pas vraiment lu ces dernières années : je veux rattraper mon retard. Armand Ajzenberg pense qu'il faut demander aux éditions sociales de le rééditer (pour les punir). par décision de la censure stalinienne. On envisage de demander à G. René Lourau et ses disciples se sont trop souvent stérilisés. Pierre Lantz va préfacer La fin de l'histoire. que je travaille particulièrement. On en discute dans notre groupe de travail. de l’État et de leurs représentations. N'astu pas parlé d'un truc web sur Lefebvre ? Comme je l'ai déjà écrit. C’est ce qui me fait actuellement écrire une critique de l’institution imaginaire de la société de Castoriadis . et commenté. parmi les animateurs du mouvement de renouveau. Jacques Guigou m’envoie le message suivant : “Cher Rémi. car comme c'est un livre faible. a été un des fondements de notre revue Temps critiques. et trop peu attentif à la suppression du travail productif réalisé par le capital lui-même). au sein des universités modernistes. En 1991. s'il est aux éditions sociales. te sentirais-tu l'envie de faire la préface à ce livre. il n'aura aucun lecteur tandis que s'il participe à un paquet. mais je préférerais faire cela chez Anthropos. Tu représentes une sensibilité qui a participé à l'Anthropos de la période Lefebvre. mais maintenant. et la contre-dépendance à ces puissances n’est pas non plus très créative. Du Rural à l'urbain. mais il reste trop productiviste. Jacques”. Toutes les tendances idéologiques et politiques qui ont lu Lefebvre. Uli Müller-Schöll ”. ont leur place dans ces rééditions . mais il porte une critique politique des métaphysiques (Heidegger). Lundi 29 janvier 2001.

texte à nous envoyer avant le 5 mars).” Nicole Beaurain : “Cher Rémi. Sciences humaines et L’homme et la société. rue des Messiers 93100 Montreuil). Armand Touati : “Cher Rémi. Qu'en pense-tu ? Je pense pouvoir le publier dans le numéro de mai (parution fin avril.de te citer. Amitiés. D'un volume de 15 000 signes y compris un encadré sur les publications et le colloque de juin. C'est donc. après la mort de G.” Mardi 30 janvier 2001. À quelle adresse dois-je te faire parvenir ce livre ? espérant que tu accepteras l'idée de préfacer La survie du capitalisme. sorti en 1999 : c'est vraiment très fort. Il me manque le tome 4. Merci pour ta suggestion. Il est classé comme auteur du mouvement. d'ailleurs. et te préciserai ultérieurement s'il manque un article (mais seulement à partir de 1987 car malheureusement je n'ai pas la collection entière). avant d'aborder ta lecture. Pour un compte rendu sur HL et Métaphilosophie : Pierre Lantz s'est chargé de faire une longue note critique. ce colloque le justifient largement. Armand Touati. Je suis dans la lecture de Das System und der Rest. Cela te donnera l'état de la biblio que l'on enrichit au fur et à mesure. l'actualité éditoriale.” 76 . une réhabilitation. livre introuvable en français d'ailleurs. Lis-tu l'allemand ? plusieurs livres importants sur Lefebvre sont sortis ces dernières années dans cette langue. je vais regarder dans les tables de la revue. d'une certaine manière. avant de te passer la commande officielle. dans la rubrique " idées-histoire du présent". comme pour R. À ce moment-là. un dépassement de vieilles histoires qui. je ferai le nécessaire pour qu'un contrat soit fait pour nous autoriser à rééditer ce livre (actuellement Catherine a les droits de son mari : elle accepte toutes mes propositions). le mieux est que tu lui écrives ici (31. sur la réédition de ses œuvres. comme toi. Ce texte devrait introduire à l'œuvre des lecteurs qui ne la connaissent pas ou peu. Je vais te faire parvenir un exemplaire du Rural à l'urbain à sa sortie (nouvelle édition). Remi. mentionne 67 références à Lefebvre. j’ai eu les réponses d’Armand Touati et Nicole Beaurain. Lourau : il y a aussi ma préface qui explique le contexte du travail actuel. À bientôt. Compte tenu du planning assez chargé de Cultures en mouvement. À très bientôt. Armelle : sa boîte à lettres étant moins que sûre. se narrent maintenant autrement ! Si tu es d'accord pour préfacer La survie du capitalisme. Debord. Hier. de Müller-Schöll. alors que je n'apparais que dans les auteurs ayant écrit sur le mouvement. Le soir. je te propose de rédiger un article rappelant le travail théorique et la trajectoire d'Henri Lefebvre. Cette œuvre. Elle m'a même invité chez elle pour l'aider à régler une traduction américaine de De l'état. pour Lefebvre aussi. j’ai pris contact pour des articles éventuels avec Cultures en mouvement. Amitiés de Nicole Beaurain. bonjour ! Pour René. et la conceptualisation qui en a découlé dans ton travail. dis-le moi.

Véronique a formidablement avancé les bibliographies de Lefebvre et Lourau : elles sont pratiquement parfaites. Je crois qu’alors. mon livre important. Je réfléchis à mener de front tous ces projets : mon travail sur Lefebvre n’est pas. contradictoire avec le travail sur l’AI. Je me suis replongé dans Das System und der Rest de Müller-Schöll : tous les jours. Il était rassuré que je travaille sur ce livre . il me faudrait faire une sieste après le repas de midi. Cette semaine. Armand m’a demandé si ce livre méritait d’être traduit . pour moi. c’est la pédagogie institutionnelle et la posture de l’autogestion pédagogique . Ce livre mérite d’être traduit. pourrait y participer. je traverse des phases de fatigue. Lefebvre analyse l’histoire de la philosophie. mais complémentaire… Mais. elle a raison. Il faut refaire La relation pédagogique. etc. et elle me demande la fin de mon livre : je ne parviens pas à me remettre dedans. D’autres choses surgiront alors d’elles-mêmes : traduction de Schleiermacher. j’ai commencé à relire les archives de l’AI. Je travaille souvent le matin très tôt . car cette année. j’ai essayé de lui dire que ma relecture de l’œuvre d’Henri me donne une clé pour aborder l’éducation nouvelle. Championnet. En même temps. en en proposant un dépassement ? Mais quel changement proposer aujourd’hui du système éducatif : il y a une tension entre pédagogues et fonctionnaires du savoir. l’enfant et l’étranger. Lefebvre. Guattari. pour me dicter une traduction approximative que je mettrais en bon français en tapant le texte à la vitesse de l’énonciation ? Avec Véronique. Ce chantier sera conduit avec Lucette . notre livre sur L’école. évidemment. mais quel Allemand serait assez motivé. Christine. On va lancer le chantier Lapassade. il faudrait refaire un vrai livre sur ces questions. L’an prochain. je retrouverais une certaine efficacité dans l’après-midi. j’ai travaillé sur mes archives d’AI : G. j’avance un peu dans sa lecture de Métaphilosophie. aujourd’hui je réponds : oui. il dépasse la philosophie dans une métaphilosophie : aujourd’hui ne. Je comprends le mouvement de ce livre. On prend conscience. d’heures de travail cela me demanderait-il ? Il faudrait le faire à deux. H. Je suis trop capté par le chantier R. d’un système à un autre. par sa réflexion sur l’herméneutique. et à sélectionner quelques textes à faire taper à Véro. cela fait des chantiers chargés à gérer en même temps. nous sommes sur la bonne voie. cette année : la Théorie des moments . mais ce livre passe par d’autres détours… Mercredi 31 janvier 2001. Marcuse. Mon rythme biologique doit être réfléchi . comme la résolution de questions parcellaires qui.Hier après-midi. ne faut-il pas refaire l’histoire des grandes étapes de la pensée pédagogique. mais aussi L’existentialisme. Comment dépasser cela ? J’ai lu dans le Monde hier que les choses bougeaient à la FSU . chez les syndicalistes qu’il y a une cause pédagogique à certains problèmes : ce qu’il faut repenser. 77 . mais combien de jours. il n’apprécie pas que je travaille sur H. puis les chantiers Lobrot. Lourau et le chantier H. 143 Métaphilosophie. je sens l’importance de lancer un chantier Interculturel et éducation. permet la progression de la pensée 143 . il n’y a plus d’hostilité entre les différents discours. lorsque Véro est là. Elle va repartir faire une tournée. je tente de travailler parallèlement l’AI et Lefebvre. etc. mais je me vois mal traduire 350 pages. d’un auteur à l’autre. Lapassade m’a téléphoné. Lors d'un petit échange avec Lucette hier (nos relations sont trop dispersées du fait des charges administratives qui pèsent sur elle). Pour Lucette. un ouvrage sur l’éducation nouvelle. Georges suit par téléphone l’avancée du projet… Christine était à Berlin. Ce livre situe la pensée de Lefebvre par rapport aux pensées de Bloch. Lefebvre. Véronique m’aide merveilleusement bien.

il y avait des conférences sur Lefebvre : l'organisatrice s'appelle Doris Zeilinger. a permis à Christine de la relire et de la commenter.net).. Dans ce contexte. prof de philo à Tübingen (il a fait une conférence sur Lefebvre). Si je ne parviens pas à conclure certains chantiers. René Lourau. Le fait que Christian Dubar passe la soirée d’hier à la maison me fait me demander : ne faudrait-il pas faire un come-back en danse en 2003 ? Il faudrait reprendre des initiatives sur ce terrain aussi. récolte une partie de la mise. c’est énorme ! En même temps. Comment bien vivre avec Romain. je vais être entièrement noyé. (qui est le plus intéressé en ce qui concerne le marxisme non-dogmatique en Allemagne en ce moment) . Actuellement il me faut terminer d’urgence mon texte sur Mayotte pour Gaby : elle a besoin d’un délai pour traduire . J’écris à Ulrich : “Cher ami. merci de te joindre à notre comité. Jeudi 1er février 2001. Correl Wex (il a écrit sur Lefebvre et l'état). Globalement. un Suisse qui est en train de préparer un "doctorat" sur Lefebvre . Paul-Löffler-Weg 7. sont celles que vivent maintenant les étudiants avec moi . L’organisation du colloque Lefebvre a beaucoup avancé hier. et le week-end prochain va être bouffé par les Verts : c’est la réunion de la commission Éducation. car les épreuves vont arriver. Le fait que Romain se mette au tango. ma préface pour L’existentialisme me demande du temps… Le weekend est le moment le plus adapté pour moi pour me lancer dans un travail solide. mais il y a aussi le texte pour Christine. informer aussi : Helmut Fahrenbach. et cela est très important. mais presque terminée. voilà des adresses d'autres Allemands : Heinz Sünker. de longue durée. Il me répond : “Cher Remi. qui a organisé un colloque sur l'état. Salut. Ulrich ” Le soir. lorsque les épreuves de tel ou tel livre vont arriver. Comment faire pour avoir du temps devant soi. As-tu les coordonnées d'autres Allemands susceptibles d'être intéressés (Heinz Sünker. Christian Schmidt. Je travaille à un élargissement du comité d’organisation du colloque Lefebvre. tout en tenant mon cap ? vraie question ! Il y a aussi le chantier “interventions” que je n’aurais pas dû accepter pour l’académie de Créteil : huit jours. lors d’une discussion matinale avec Lucette. Un texte de trente pages suppose une vue d’ensemble. être calme et garder une vue globale d’un chantier ? Ai-je eu raison d’interrompre ma troisième partie du Sens de l’histoire. 72076 Tübingen (c'est sous sa direction que j'ai écrit ma thèse sur Lefebvre (il n'a pas de e-mail). Puisqu'il y a beaucoup de points communs entre H. Wolf Dietrich Schmied-Kowarzik. Nous avons tellement d’avance sur les autres. Lefebvre et Ernst Bloch. Voilà tout pour le moment. Ce dossier doit permettre de penser tous les problèmes actuels de l’AI. qui était en réserve. J’ai rêvé que Charlotte acceptait de signer avec moi Les trois temps de la valse. je suis assez lucide sur ce qu’il faut faire et je le fais. Pour Lefebvre. Les tensions entre moi et Georges. j’envoie un rapport du travail de la journée à Armand Ajzenberg : 78 . alors que je n’avais besoin que de trois heures pour la conclure définitivement ? La version provisoire. prof à Kassel. J’invite de nombreuses personnes à s’y associer. je dois faire cela bientôt.J’ai relu le dossier du conflit de 1980 (chercheurs et praticiens) : très dur. avec le même sérieux que le tennis me fait certainement quelque chose au plus profond de moi. c’est le plus urgent.ernst-bloch. c’est l’occasion de former Véro à la réalité du terrain. voir aussi la Ernst-Bloch-Assoziazion (page web : www.. par exemple) ? Merci”. Eberhard Braun.

Zu Ehren seines 100. D. j'ai dû faire une faute en recopiant l'adresse électronique d'Élisabeth Lucas. Ahmed Lamihi (Maroc). Bonnafé. Daniel Bensaïd. du mardi 26 juin au jeudi 28 juin 2001.au global). Guigou. Kann Ich dieser klein Texte Schicken ? Kannst Du meine Fehler korigieren ? Danke. Le président de l’université de Paris 8. s'il te plait ? Réponses favorables d'Ahmed Lamihi. l’après-midi : s’inscrire dans le prolongement de l’œuvre d’Henri : l’œuvre de René Lourau (1933-2000). accepte de présider cette rencontre. Zahlreiche Werke von Lefebvre sind ins Deutsche übersetzt. Auteur de 68 livres. ZENG Zhisheng (Chine). son œuvre bénéficie aujourd’hui d’un regain d’intérêt autant aux États-Unis qu’en France. ” Colloque " Centenaire d’Henri Lefebvre " Université de Paris 8. Benyounes Bellagnech. Kurt Meyer (Suisse). Ulrich Müller-Schöll (Berlin). Né le 16 juin 1901. qui viendra. J. Ville. son travail de vulgarisation . il a pensé de nouveaux objets. j’ai distribué l’annonce du colloque à mes étudiants. Sa pensée nous invite à l’invention. Renaud Fabre.la ville . comme je l’avais fait la veille auprès des membres du conseil d’UFR : le colloque Lefebvre est sur orbite. de l’explication et de l’explicitation. vivants. et d’autres chercheurs. Georges Labica. Bist Du einverstranden in unsere Komite zu sein ? Remi. D. arrive l’acceptation d’Arnaud Spire . A. après midi : être sujet des processus de mondialisation. wenn möglichst viele deutschsprachige leser von Lefebvre zu der Tagung kommen könnten. En témoignent le nombre impressionnant de rééditions de ses livres depuis deux ans. Peux-tu me la donner. Refus de Th.” Ensuite. penseur du quotidien et du mondial (matin : la critique de la vie quotidienne aujourd’hui . Jean-Pierre Lefebvre. Corrigé de ma lettre par Gaby : “Liebe Leser von Henri Lefebvre in Deutschland. du local . Laurent Devisme. etc.“Cher Armand. sondern eher kurze Beiträge zu unterschiedlichen Themen. Es sind keine langen Vortäge geplant. de la pédagogie. Dazu möchten wir Sie herzlich einladen. Christian Schmid (Suisse). à la fac. mais est trop chargé. qui me donne les adresses de 6 Allemands branchés sur Lefebvre. Sylvain Sangla. Clémentine Dujon. Dan Bechmann. 79 . Bechman. Paquot. L. qui viendront témoigner). Ulrich Müller-Schöll hat mir 6 Adressen von Lefebvresdeutschenautoren gegeben. Henri Lefebvre ist im Juni 1901 geboren. Geburtstags werden wir vom 26. traduit en trente langues. Nicole Beaurain. und wir würden uns gerade deshalb auch sehr freuen. Pour tout contact : Remi HESS remihess@noos. peu nombreux du fait de la grève. Bensaïd. Remi Hess. Robert Joly. M. Jacques Guigou. bis 28. Maïté Clavel. Elisabeth Lebas (Grande-Bretagne). Je les contacte. Christine Delory-Momberger. Alain Coulon. à la lutte pour un monde plus humain et à l’ouverture. Das Treffen wird eher informellen Charakter haben. Henri Lefebvre est décédé en juin 1991. David Benichou. P. Coulon. Mardi 26 juin : Lefebvre. Marxiste ayant refusé le dogmatisme. Très long mail de Müller-Schöll. J’envoie à Gaby le mail suivant : “Chère Gaby.fr Vendredi 1 février 2001. Mercredi 27 juin : Lefebvre métaphilosophe (matin : son travail pour dépasser la philosophie après-midi : théorie des moments et méthode régressive-progressive). Juni 2001 eine kleine Tagung an der Universität Paris 8 (Saint-Denis) veranstalten. Lucien Bonnafé. Patrice Ville. Jeudi 28 juin : Lefebvre pédagogue (le matin : son art de l’enseignement. Wichtig erscheint uns vor allem der interindividuelle Austausch. Makan Rafatdjou. Arnaud Spire. Anne Querrien. Comité scientifique et d’organisation en cours de constitution : Armand Ajzenberg. Pierre Lantz. Authier ne peut pas venir. Lucette Colin.

Le soir. J’avais la tête ailleurs. François Dosse. je n’ai pas écrit . j’ai reçu un appel d’Armand Ajzenberg. Samedi 3 février 2001. j’ai été suspendu dans mon travail par une affaire de Sans Papiers (intervention des CRS à la chapelle Saint-Bernard où s’étaient regroupés 200 Sans Papiers). Eugène Enriquez. würden wir uns sehr freuen und möchten Sie bitten. génial : j’ai passé la page 200. Establet ? Pas de place. H. pareil pour Jean Baudrillard et quelques autres. alors que j’avançais La mort d’un maître. ne serait pas capable de ne pas être la vedette de la rencontre. Remi Hess”. Lipietz. Le Lourau est une exploration concrète de la méthode régressive progressive : il est nécessaire 80 . a dit Armand. uns in den nächsten Wochen eine kurze Antwort zukommen zu lassen. Gaby m’a fait deux brouillons de lettres. Les trois jours que j’ai prévus pour cette rencontre ne seront pas de trop. Sünker. il est clair que nous buttons là sur un clivage concernant ouverture et fermeture. Victoria Man. Cohn-Bendit. “ Si on l’invitait. Depuis le temps que j’en parle. dans ce colloque pour les Althussériens . Alain Bihr. mais des moments d’échanges. ce n’est pas dit. Il me faut faire la même chose en anglais. échanges téléphoniques avec Madeleine Grawitz. espagnol. mais pour moi. je voudrais faire le point sur ma transversalité. J’envoie l’annonce du colloque Lefebvre à ma liste allemande. italien… Je passe la journée à la Commission éducation. lecture de U. C. Je téléphone à la liste d’adresses envoyées par Nicole Beaurain. lecture à 7 heures. je n’ai pas trop réagi . Mit besten Grüßen. elle s’étonne que personne n’ait encore pris ma place sur cette question : il est étonnant que le grand nombre d’ouvrages sur H. Lundi 5 février 2001. Mercredi 7 février 2001. Je vais travailler toute la journée à Montreuil. Müller-Schöll sur Lefebvre . Lucette me fait prendre conscience de la nécessité de sortir d’urgence ma Théorie des moments. Il faut faire traduire un texte de présentation générale. Sur le plan des autres éléments de ma transversalité. Ce matin.Falls Sie Interesse an unserem Treffen hätten. Lucette pense que je devrais faire ce livre avant le Lourau.Lefebvre : nombre de personnalités sont heureuses de donner leur nom (hier : A. Gérard Althabe. puis gestion du courrier. que j'informe du travail accompli par Nicole Beaurain : il a fait la moue par rapport à certains noms. Je n’ai pas encore noté qu’Alain Guillerm et Jean-Marie Vincent ont accepté d’entrer dans le comité scientifique. Ma priorité quotidienne reste actuellement la mise en place du comité scientifique du colloque H. mais. Je m’aperçois que depuis quelques temps. Ce matin. Lever à 5 h 30. sur des communications déjà connues : pour le moment. Hier soir. il me faut expliquer comment on va travailler . ceux qui veulent faire une communication doivent passer leur texte sur le forum de discussion.” Dimanche 4 février. Aujourd’hui. je suis absorbé par l’organisation du comité scientifique du colloque Lefebvre. proposés par Nicole. Wulf). Les rencontres elles-mêmes ne seront pas des moments d’exposé. Michel Trebitsch. Dans le texte de présentation du colloque. Sylvia Ostrowetsky. Lefebvre n’ait pas dégagé ce sujet. pour permettre tous les échanges possibles. selon lui. ce n’est pas possible.

en message mail. je risque de perdre pied. L’institution sur le divan. pour pouvoir écrire dessus ensuite. pour cette année du centenaire. Courrier encourageant reçu hier de Gérard Chalut-Natal .d’explorer cette méthode concrètement. un texte pour le groupe de recherche “art et cognitique”. avant d’écrire un livre théorique dessus. Hier. 9 heures Hier. Si je ne m’oblige pas à faire ces choses vite. et quitter l’état de grâce. Or. au séminaire. Sur la danse. Ce livre ne sera écrit que durant l’été : il n’est pas urgent . mais. dans lequel je me trouve actuellement. pour reprendre un certain nombre de textes déjà écrits. il peut reprendre ce que je vais trouver dans mon enquête sur René Lourau. encore. Ce travail ne me demanderait que trois heures de concentration. d’une institution. avant d’écrire la théorie des moments. Véronique sera d’une aide précieuse. auparavant je dois sortir La mort d’un maître. son frère et deux étudiants inconnus). que je devais absolument rendre rapidement. L’intervention actuelle auprès des AS de l’académie de Créteil. La notion de moment socianalytique est présente dans Centre et périphérie : monter comment ce moment survient dans la vie d’un groupe. De même que j’ai pas mal travaillé sur la notion de moment. d’une organisation. Au cours de l’intervention faite avec Véro à Montreuil. Ce matin. je parle de Métaphilosophie : j’en vends 5 exemplaires (Philippe Lenice. en phase avec mon texte de conclusion de La Sens de l’histoire (60 pages). lorsque Jack Lang sortira ses mesures pour la formation des enseignants. je lis le journal de Benyounès dans lequel je veux recopier un passage (daté du 6 février 2001) : 81 . Kolle. deux nouvelles demandes de texte : une émanant d’une revue allemande : 15 000 signes sur l’anthropologie de la danse . Ce chantier d’écriture est ralenti par des tâches urgentes quotidiennes qu’il me faut tout de même assurer : -ce matin. -Un autre chantier urgent : le texte sur Mayotte que Christoph attend avec impatience. Je dois le terminer en corrigeant en même temps les épreuves de la transcription de ma conférence de Toulouse. un texte précieux. j’ai écrit le compte rendu de la réunion des Verts de samedi dimanche sur l’éducation : un petit texte. Christoph Wulf m’a confirmé sa commande d’un livre sur Le mouvement institutionnaliste (avec Gaby Weigand). de même je dois expérimenter la méthode régressive progressive. Vendredi 9 février 2001. mais quand les trouver ? Cette semaine. aussi pour le texte allemand. Il développe sur quatre pages les points d’accord avec ma théorie des moments : ces échanges sont une vraie recherche scientifique. une autre idée : un livre qui s’intitule Le moment socianalytique (Le temps des médiateurs 2). que Philippe Lenice a fait décrypter. Benyounès. je suis pour sortir un texte dans Le Monde sur les IUFM. je dois être capable de sortir mes deux livres théoriques : La théorie des moments et La méthode régressive-progressive. important sur le plan politique. Bonheur d’avoir un tel interlocuteur ! Sur l’éducation. Ce livre doit se composer de trois textes : La socianalyse (réécrit). la demande vient d’une ancienne étudiante.

De mon côté. et le fait de donner ses derniers livres à Remi. Lefebvre : c’est une erreur de ne pas citer L’existentialisme. Celle-ci a beaucoup avancé aujourd’hui (dans ma tête). Dans l’article Sartre de Michel Contat. j’avance à grands pas le livre de Müller. J’ai l’impression qu’il n’est pas dans le coup. Il me faut le reprendre dans ma préface pour L’existentialisme. pour les publier ne peut être qu’une consécration et une reconnaissance d’un long parcours commun d’une trentaine d’années. aujourd’hui. Aujourd’hui. Je me suis replongé dans Nizan. je redis cela et je le confirme dans ce séminaire. lors de la lutte contre les invalideurs et les scientistes de l’institution universitaire : l'institutionnaliste est principalement critique vis-à-vis des institutions. Je regardais d’un œil. Vendredi soir. je suis d’accord avec lui. Le livre de G. d’après Patrice. J’avance dans l’éclairage des choses. Charlotte. En 1999. Sartre : Müller dit que leurs relations sont difficiles à expliquer. Avec Remi. est une grave erreur de la part de Gilles Monceau et d’Antoine Savoye. Aujourd’hui. En effet René. Je retiens une chose de tout ce qu’il a dit : Remi a pris des notes lors de cette rencontre d’hommage. comme mauvais élève. et je n’ai pas senti de distance entre eux. Samedi. Patrice explique que le fait de ne pas consulter Remi. même s’il connaît l’AI depuis 10 ans. Lukacz n’arrive qu’après… Lundi 12 février 2001. ma fille. dans le Dictionnaire des philosophes.” 19 h. Gilles Monceau entreprend une manœuvre anti-institutionnaliste. Pour moi. C’est ce que j’ai compris lors de la dernière réunion à laquelle j’ai assisté en juin 2000. encore. dans les échanges entre les acteurs de l’université et de la recherche. ce mardi. j’étais un véritable zombie. Il m’est arrivé de parler à l’un ou à l’autre de leurs séminaires respectifs. Je suis tout à fait d’accord avec lui . il juge la situation très critique. important : je ne savais plus que j’avais noté tant de choses. Patrice dit qu’il reçoit beaucoup d’e-mails en ce moment. nous lui avons demandé de nous raconter ce qui s’est passé. en me disant que je ne me reconnaissais pas dans ce groupe. que veut lire Kurt Meyer : il faut que je lui demande son adresse pour lui expédier. sur le devenir du labo et du courant de l’AI.“Après le café. un jour. elle fait une photo d’un livre introuvable de H. journée intense de travail. Quel boulot que de lire ce livre en allemand ! J’en suis aux rapports avec Sartre. elle frappe mon journal de mercredi. et je n’ai fait qu’une demi-heure de pause à midi : Véro met à jour les bibliographies de Lefebvre. Sartre n’a pas pu ne pas être marqué par ce livre. tout en terminant le livre de Müller-Schöll : agréable de suivre l’analyse comparative de 82 . j’ai dit à René que je considère Remi comme faisant partie du courant de l’AI. Lapassade et Lourau . avec un très beau passage sur Sartre que je ne connaissais pas. pas trop. J’ai quitté cette réunion. est venue préparer une chorégraphie chez nous. et celui de Remi. avant même que ce ne soit publié. 9 heures. J’ai passé une nuit blanche. L. après la mort de René. je me sentais aussi à l’aise dans l’un que dans l’autre. Mostafa a assisté à la rencontre du 11 janvier en hommage à René Lourau. Elle relit et corrige le journal de Georges. J’étais assis à côté de Raymond Fontvieille. n’a jamais contesté cette évidence. Mais j’ai eu assez de force hier pour écrire une lettre de huit pages (ironiques) pour défendre Patrice qui était encore davantage attaqué que moi. je faisais le va et vient entre le séminaire de René. et ce n’est pas l’esprit de l’AI. 30. j’ai lu une lettre circulaire du directeur de ma formation doctorale qui me labellisait. aucune allusion à H. Nuit très courte encore de samedi à dimanche. car Remi écrit beaucoup. C’est pour moi le plus important. J’ai commencé à 4 heures. En voulant institutionnaliser le labo. le lien s’est renforcé et la confiance s’est installée une fois pour toute. nous montons au quatrième étage salle 428. nous parlons beaucoup de la situation actuelle de l’AI. et l’écriture prend une grande place. J’ai lu l’article de Michel Trebitsch sur la correspondance d’Henri avec Norbert Guterman. Cette lecture me conduit à relire mon livre sur Lefebvre. et donne à lire ce qu’il écrit. Ainsi il est en train d’introduire quelque chose de nouveau à l’université : le maître se donne à lire à chaud.

avec Jean-Pierre Garnier. Pourquoi ne suis-je pas parvenu à écrire ce journal alors que je travaille beaucoup sur Henri en ce moment ? Il y a eu l’affaire de Paris 8 (volonté de Dany Dufour d’organiser le chaos dans la formation doctorale) qui a pesé sur la qualité de ma présence à moi-même : cependant. venue apporter son manuscrit sur La sociologie de l’urbain. elle a été pratiquement chaque année à Navarrenx chez Lefebvre. Lundi et mardi. pour voir ce qu’elle pourrait faire sur ce terrain. mais. celle-ci apparaît plus compliquée à écrire que je ne me l’imaginais. Cela suppose de relire pas mal de choses… Christine m’a apporté des chapitres du Sens de l’histoire à relire… Et comme Véro manque de travail pour la semaine qui vient. 6 heures. Lefebvre sans discontinuer . Ce travail m’a pris jusqu’à mercredi. je lui montre ce qu’elle a à faire dans les 4 jours qui viennent. le chantier H. À midi. Romain n’a rien mangé. Lefebvre est passé au second plan. Mardi dernier (14/02). et je tente de boucler la préface… Paris le 28 février 2001. Elle a coordonné le n° d’Espace et société sur H. C’était la Saint Romain. elle a vraiment bien connu Henri. Entre 1962 (elle a assisté à la première rencontre de R. en fonction de la relecture de la seconde partie. tout en disant qu’elle veut m’aider. Véro était venue. Lefebvre) et 1975. J’ai donc interrompu l’écriture de ma préface. j’ai passé sept heures avec Maïté Clavel. Deux ou trois choses urgentes sont venues le recouvrir. Ensuite. elle va me l’envoyer. Je ne connais pas ce numéro de revue . se “réaliser” (Verwichlichung) ! Monique Coornaert m’a téléphoné longuement : elle ne veut pas faire partie du comité du colloque Lefebvre. On a parlé d’H. passer des vacances. il y a dix jours… Nous avons dansé 10 heures ensemble et c’est une expérience nouvelle pour moi que d’avoir une partenaire attitrée. J’ai dû m’occuper de Romain quatre jours. J’ai relu le volume 2 de La critique de la vie quotidienne (dernier chapitre. quand il dormira… Aujourd’hui. Christine est venue déjeuner. j’ai essayé d’avancer dans la préface. dès que Véro arrive. mais j’ai envie d’en commander un autre exemplaire aujourd’hui. Cela vient du fait que depuis que j’ai reçu ma préface à l’Existentialisme. Le dernier week-end. Lundi 19 février 2001. j’ai passé deux fois douze heures. il m’a fallu relire ma Théorie des moments. Bien qu’elle soit débutante. Cela fait longtemps que je n’ai pas écrit mon journal. en essayant de dégager les passages que je veux reprendre dans La théorie des moments.la notion de praxis chez Sartre et Lefebvre. je prends beaucoup de plaisir à danser avec elle… 83 . je me suis retapé La somme et le reste. pour avancer un texte. Je n’irai chercher Romain que demain. Je crois que je vais alors prendre quelques jours de congé pour me refaire une santé. et le Sens de l’histoire avance à grands pas : Christine a fini de sortir l’ensemble des 18 chapitres de la seconde partie. Je me contenterai de lire et d’écrire ce journal. à relire ce bouquin dont je dois revoir et réécrire la troisième partie. je vais tenter de m’y mettre aujourd’hui. Normalement. depuis Strasbourg jusqu’à la fin. Gérard viendra le conduire à Sainte-Gemme. je suis parvenu à me mettre à la correction des épreuves de L’existentialisme. Lefebvre. entrepris la semaine passée à Sainte Gemme. sur une expérience de tango que je vis avec une Allemande débarquée à Paris. tout en regardant Charlotte pratiquer. ainsi que le passage sur la transduction). Lourau avec H.

On a fait les services de presse de Du rural à l’urbain et de Centre et périphérie. Je travaille à la préparation du colloque. J’avais oublié de prévenir Pascal. Cette brochure a été distribuée dans l’université.Hajo Schimdt m’a envoyé son livre sur Henri Lefebvre (1990). hier. Ce sera vraiment un beau livre. Il faut que je décroche un contrat. Je ne puis pas dire que j’oublie Henri. Mais on a commencé à regarder les photos ramenées de Sainte Gemme. 26-28 juin. Mais pour le moment. Cette solution a un triple avantage : un nouveau livre d’introduction à la pensée de Henri. Enquête sur le mondial chez Lefebvre. il accepte 8 pages de photos. Il sera sorti le 15 septembre et en librairie le 4 octobre. que je vais commencer à lire très bientôt. Métailié. 9 heures. 84 . Nous étions donc deux. son tirage a été limité à 200 exemplaires. Mercredi 4 avril.M. pour mon anniversaire ! *** Je sors de chez Anne-Marie. Jean nous a offert le champagne. D’où le recours à la pensée d’Henri Lefebvre. Je dois le rendre le 12 juin. mais productif. Véro m’a accompagné hier chez Anthropos : cela lui a permis de découvrir la maison. ce chantier s’est terminé par la couverture : j’ai fait un beau dessin. plus philosophique que le précédent. et en même temps difficultés de le penser. mais aussi plus branché sur l’actuel. J’ai terminé L’existentialisme . où je tente d’explorer le moment du renouveau et le renouveau des moments. Je suis dans le métro. L’échange a été bref. Coup de fil de Sylvain Sangla. je pense la distribuer largement aux étudiants de Paris 8. J’en attends 600 supplémentaires. De plus. Anne-Marie a accepté un ouvrage Penser le mondial : Henri Lefebvre. Cela fait très longtemps que l’on ne s’est pas vu. Chez Anthropos. Je pense que cela crée un nouveau style pour la collection “anthropologie” qui existe maintenant (un contrat m’a été fait par Jean). J’ai déjà un contrat chez Anthropos. Jean a accepté que je fasse passer le Sens de l’histoire de 260 à 320 pages. Il aura 160 pages (320 000 signes). Je vais chez A. il plaît à tous ceux qui l’ont vu. pour que nous puissions nous dire tout ce qu’il restait à faire. le récit d’une aventure. Avec Christine. De plus. Armand… Ils ont reçu les services de presse de Du rural à l’urbain et sont heureux de ma préface. Il faut trouver un autre thème. Mais sur quoi ? L’idée de lui donner La théorie des moments n’est pas bonne. Jeudi 1er mars. envoyé aux inscrits du colloque de novembre. Long moment sans tenir mon journal “Lefebvre” : je suis mobilisé par d’autres textes : relecture des épreuves du Moment de la création. le temps manquait. et Véro me seconde merveilleusement. et surtout avancée du Printemps du tango. des contradictions du mondial. Nous avons fait une brochure de 12 pages contenant une bibliographie complète de Lefebvre. description de cette réalité. Plan : La mondialisation aujourd’hui.

comme le maître les affectionnait. La partie électronique du colloque avait commencé dans le sillage de la rencontre "Henri Lefebvre" qui a eu lieu en novembre 2000 dans les locaux d'Espaces Marx. Je viens de lire l’article d’Arnaud Spire. Tant est vert l'arbre de la vie et aussi celui de la théorie lorsqu'elle l'épouse. du local . 9 juillet. d'un "moment de l'homme total en devenir". H. l'œuvre et la pensée d'Henri Lefebvre dans la compréhension du moment actuel. d'Armand Ajzenberg. des témoignages. Lefebvre était un grand auteur. de l'université de Berlin. Beaucoup de traces. Point d'interventions interminables et rédigées à l'avance. et de quelques autres gentils organisateurs. De nombreuses communications venues des quatre coins du monde. Une moyenne de cent cinquante sièges occupés en permanence. Certains venus d'Italie. Un long débat s'en suivit sur la question de l'aliénation. auteur d'une récente Microsociologie de la vie scolaire : comment crédibiliser un discours sur l'autogestion. On évoqua l'urbanisme. subjugués qu'ils étaient par la mise à jour d'un trésor enfoui sous l'œuvre. pour le philosophe. de nouvelles lectures. Sylvain Sangla). Robert Joly objecta qu'aujourd'hui la généralisation avait été portée à un point de paroxysme par la publicité et les médias. se sont tenus trois jours de colloque à l'Université Paris VIII (Saint-Denis). Mieux. Une seule remarque de Christoph Wulf : -Remi. mit en évidence l'idée d'une "critique préalable" quasi systématique tout à fait primordiale pour Henri Lefebvre. La première matinée. consacrée à "la critique de la vie quotidienne aujourd'hui". Sylvia Ostrowetsky déplora que la Critique de la vie quotidienne ne consacre pas une ligne au partage des rôles entre femmes et hommes. En somme. et la proximité du global. Privilège de l'âge et signe des temps. du Maroc. Beaucoup de jeunes étudiants ont suivi assidûment les travaux. des États-Unis. Un vrai dialogue. Soixante-huit livres traduits en trente langues. dépassait l'opposition entre les spécialistes qui se méfient de la critique philosophique et le sens commun qui rejette volontiers les généralités abstraites. Maïté Clavel. Beaucoup de simples lecteurs ont été surpris par la verdeur et l'actualité du propos. de Grande-Bretagne. Remi Hess soutint qu'il s'agissait. Il savait les écouter. Un succès qui semble avoir été au-delà des prévisions des organisateurs. Sans doute davantage pour le continuer que pour le célébrer. des réflexions. Hess. du Brésil.au global". paradoxalement destiné à des autogestionnaires ! L'après-midi fut occupée à savoir qui peut "être le sujet des processus de mondialisation. R. le devenir-monde du local. mais à le dépasser afin d'intégrer la vie. Tu es en train d’en faire un classique. L’école émancipée sort un dossier de 8 belles pages (articles de Philippe Geneste. une initiative en forme de manifestation ! De nombreux participants sont sortis spontanément de leur réserve. Saluons à cet égard l'émancipante directivité de Remi Hess. Georges Labica insista sur le fait qu'Henri Lefebvre. Beaucoup de personnalités illustres se sont enorgueillies de l'avoir fréquenté de son vivant. le retour Il aurait eu cent ans en juin. Je n’ai pas le temps d’écrire. Dix ans après sa mort.Colloque H. Anne Querrien montra comment la conception lefebvrienne du monde est marquée par l'irruption de la violence dans 85 . Lefebvre à Paris 8. La partie orale du colloque s'est située au-delà. d'Allemagne. sur le mode de la conversation informée. Christoph Wulf. etc. Je le recopie : “ Henri Lefebvre. fut introduite par Georges Lapassade. rendant compte du colloque "Centenaire d’Henri Lefebvre" et publié dans L’Humanité du lundi 9 juillet 2001. Cette rencontre ne consistait pas à ressasser le passé. Henri Lefebvre savait faire parler ses interlocuteurs.la ville . philosophe. via le quotidien.

Armand Ajzenberg. et celle de la quotidienneté. Le devenir-monde. Métaphilosophie (2001). faisant de l'enseignant un artisan "débrouillard". René Schérer. a dit Pierre Lantz. de l'urbain. de pair avec la construction d'une nouvelle unité philosophique (la métaphilosophie).c'est-à-dire de la pratique investissant la théorie -. Ulrich Müller-Schöll et d'autres ont évoqué la polysémie du préfixe "meta" qui signifie à la fois "après". Ce que la philosophie n'avait jamais pensé avant Lefebvre. c'est le quotidien. Remi Hess a. La troisième journée a permis de tracer le portrait d'un "Henri Lefebvre pédagogue". "théorie qui réfléchit sur sa propre validité". a insisté sur le fait que son lien avec Henri Lefebvre devait tout autant à son apport créateur sur la pensée de Marx qu'à celle de Charles Fourier. Un participant ayant souligné la façon dont Lefebvre a été attaché toute sa vie à la dialectique d'Hegel et à ses préliminaires chez Héraclite. Un autre participant a même affirmé qu'Henri Lefebvre avait horreur du "tout fait" et qu'il préférait. avec un regard en positif. s'ouvrit par un exposé de Georges Labica sur la manière dont la onzième thèse de Marx sur Feuerbach a travaillé l'itinéraire de Lefebvre : "Les philosophes n'ont fait qu'interpréter diversement le monde. le marxisme à sa base économique. para. L'attaque d'Althusser contre le concept d'aliénation a contribué à limiter. il s'agit de le transformer". Trois questions ouvertes ont finalement été retenues : celle de la critique. Christoph Wulf y a rajouté la question du possible : il s'agit de savoir si le futur est ouvert ou prédéterminé par le passé. moins connu que les deux précédents : le penseur du quotidien. Méfionsnous. Georges Labica montre comment l'éclatement de la philosophie va. qu'il s'agisse de Hegel. En France. que cette dernière soit choisie ou imposée. À suivre. qui vient de publier une Ecosophie de Charles Fourier. "au-delà". La discussion s'étendit ensuite à l'articulation du concept lefebvrien d'espace avec celui de temps. Après avoir insisté sur le moment de la praxis . s'est loué de la volonté constante d'Henri Lefebvre de faire sortir l'opinion française de son incompréhension vis-à-vis de la dialectique.dans ce cas . Syllepse a réédité La conscience mystifiée.. cette fois-ci encore. Makan Rafatdjou mit en avant la notion d' "urbain-monde" qui concerne la quasi totalité de la population de la planète. professeur en sciences de l'éducation. dans les années 60-70. fait profiter de sa connaissance quasi encyclopédique de l'œuvre en renvoyant aux petits préfixes . enseignant en histoire. Georges Labica fit remarquer que la mondialité chez Lefebvre n'est pas le processus de mondialisation mais une conscience historique commune marquée par l'optimisme. et d'un point de vue philosophique "sa" discipline. celle de la relation entre l'espace et le temps. pose la question de la mobilité. le "se faisant". La seconde journée.meta. et enfin le moment de la poièsis qui contredit le précédent en lui substituant une franche innovation. a expliqué comment lui-même fondait sa pédagogie de projet sur le dépassement de toute pédagogie. le moment de la mimesis où l'imitation l'emporte sur la créativité. chez Lefebvre. Remi Hess a mis l'accent sur "Henri Lefebvre anthropologue" qui a construit avec ténacité. consacrée à la métaphilosophie. Le concept de quotidienneté renvoie au concept de résidu qui est une véritable transgression de la tradition philosophique. vécu comme une aspiration. après que Georges Labica ait situé l'éventuelle résurrection de la philosophie dans le domaine de l'utopie. Encadré : Rééditions en cours. même si cet épithète relève un peu . elle fut remplie par différentes réponses à l'interrogation : "qu'est-ce qu'être lefebvrien aujourd'hui ?". de Marx ou d'Henri Lefebvre. Le maître préférait "penser à chaud" en public plutôt que d'enseigner la pensée de façon méthodologique. écrit en collaboration avec Norbert Guterman (1999). Pascal Diard. des effets apologétiques du dépassement (Aufhebung). Remi Hess.de Qu'est-ce que penser ?. Quant à l'après-midi.du "grand écart". avec patience historique. Cette maison 86 . qui a personnellement connu Lefebvre dans le cadre du groupe de Navarrenx. Un échange sur l'absence de rencontre entre Henri Lefebvre et Althusser a eu lieu dans la plus grande sérénité. laissant la place à l'imprévu. auto . de loin.la vie quotidienne. n'a pas hésité à présenter Henri Lefebvre comme fondateur de la pédagogie nouvelle. Puis.. a remarqué qu'il prenait autant de plaisir à écouter qu'à parler. et le philosophe.

en 2001. aux origines : L’humiliation de Goethe. le mondial se pensait comme spatial . ma problématique : depuis la chute du mur de Berlin. On est pour.. Je construis mon plan. Introduire le moment du sublime chez Kant complété par l’introduction de Déotte et Brossat (lus. J’ai très vite décidé d’écrire un livre sur ce qui se passe. 1945.. et les éditions Anthropos ont sorti la quatrième édition de la Production de l'espace. mes étudiants)… Contact avec Anne-Marie Métailié. Conclusion. puis j’ai entendu dans la cuisine Lucette dire qu’il se passait quelque chose à New York (elle rentrait de la fac). L’avenir : vers un nouveau travail interculturel. 16 h. Moment de la sidération (3 heures durant. nous avons regardé les mêmes images). Organisation d’un réseau d’informations (qui sollicite mes amis. suite à un appel de Charlotte du Brésil). Gène. puis j’ai suivi une rééducation. elles sortent Du rural à l'urbain (3e édition).L’éclatement de l’institué symbolique New-York. moment de la compassion (volonté de dire à notre voisin américain notre amitié). sans aucune autre possibilité que d’être là stupéfaits. Elle est d’accord pour La lutte à mort. penser le mondial La mondialisation est à l’ordre du jour. La fin de l'histoire et La survie du capitalisme. puis de Herder et Fichte à 1870. événement analyseur. penser le mondial. le 11 juillet : j’ai passé sept semaines allongé . En 2000. qui s’impose comme un moment historique dans l’histoire de la mondialisation.La lutte à mort peut-elle être dépassée ? 1914. Marx et la lutte des classes. On en parle tous les jours. rencontre d’étudiants : Nathalie Amice. Depuis mardi. ” Vendredi 14 septembre. Pour lui proposer de lui rendre le livre fin septembre. et se conçoit comme pensée du monde . La construction européenne. 11 septembre 2001. par hasard. etc ? I). je n’ai pratiquement pas écrit de journal. cette nuit.prépare la réédition du Nietzsche. on avait oublié l’histoire et la lutte à mort : l’histoire revient. La lutte à mort. Le 19 septembre. mais je n’ai pas 87 . on est contre : mais se passe-t-il quelque chose d’important à Seattle. De l’état de H. 1962. Première guerre mondiale. André Vachet… Ahmed Lamihi appelle de Tétouan. Véro me seconde magnifiquement. 1914. interrompu au moment de mon “accident”. Lefebvre et la construction de la problématique mondiale. L’ofaj. puis Rabelais. II). je lis la presse mondiale. symbole de l’incendie de la Cathédrale de Reims : le franco-allemand comme lutte à mort . L'existentialisme (2e édition). Virginie Vigne. j’ai été opéré du ménisque le 29 août. Pendant tout ce temps. ce journal. J’ouvre. Lourau au niveau de l’AI et de L’État inconscient… III). Exposé descriptif des faits et les commentaires à travers la presse . et R.Philosophie de l’histoire et histoire de la philosophie politique Depuis Héraclite. qu’en reste-t-il ? (reprendre ici les pages sur l’histoire de la philo dans Métaphilosophie). puis moment de l’analyse. Lundi 8 octobre 2001. Lucia Ozorio. Nous avons mis la télé. Une analyse institutionnelle généralisée au niveau mondial se développe. Le 11 septembre. Cairn a réédité Pyrénées avec une préface du défunt René Lourau.. la philosophie se construit comme logos. la lutte à mort chez Hegel. la seconde édition d'Espace et politique . Parallèlement. j’ai terminé et envoyé mon introduction à Contribution à l’esthétique.

fin septembre. J’ai déjà écrit 4 chapitres ! Je n’ai pas pu animer. mis en perspective avec L’État inconscient de R. montre que beaucoup de choses avancent. j’ai rêvé. Je me réveille tôt. Opportunité de rééditer Contribution à l’esthétique (Tamara peut y travailler) : je lance les choses en juillet. Mon rêve : Je devais déménager. Ce bilan. malgré trois mois d’absence à mon journal. La survie du capitalisme est bloquée par la préface de J. mille choses : cet été. Mardi 9 octobre. ressent le nécessité de constituer un dossier CNL . idée de ressortir De l’État ( Jean Pavlevski est d’accord. 4. après la mort de Lefebvre 88 . Lefebvre. c’est la désorganisation : des gens recherchent leurs valises. Lucette pense que je devrais donner priorité au dossier La lutte à mort : penser le mondial. repensant à la demande de Vito d’Armento (Lecce. Axelos… Je me suis replongé dans les auteurs que fréquentaient H. et de La fin de l’histoire dont j’ai fait les index. Je fais l'index minutieux du volume 3 : tout le passage sur le principe d’équivalence. en découvrant que c’est la même version que celle éditée par Syllepse en 1992. Lourau. Index. Lourau dont je relis la moitié de l’œuvre pour avancer La mort d’un maître. Lourau. ici ou là dans un grand hall. Lefebvre. Fin juillet. Gabel. Parallèlement sortent : Le moment de la création et Le sens de l’histoire. Mise au point du Rabelais. Il y a des centaines de bagages. tout en écrivant sur R. donnée par Henri en 1989 : idée de le faire saisir par Véronique qui travaille merveilleusement pour moi 144 . j’ai l’idée de relire De l’état . Cette nuit. mes bagages ne sont pas 144 Je renoncerai à ce projet. Méthodologie des sciences est partie en fabrication. profitant de l’absence de Lucia Ozorio qui devait venir travailler sa thèse à la maison. Italie) d’un texte de 50 pages de moi sur Henri. Climat d’évacuation (ce doit être le contexte de la guerre qui a débuté dimanche en Afghanistan !). mais compte tenu du volume : 1700 pages. C’est la forme qu’a le livre pour Anne-Marie Métailié depuis le 11 septembre. Je me lance dans la relecture de plusieurs livres d’Henri. juste avant l’attaque des tours du Word Trade Center. Lefebvre. Lourau. sortent le Rabelais et La fin de l’histoire (préface de Pierre Lantz). Guigou qui n’arrive pas. puis je me lance dans une introduction qui devient un long texte (70 pages) : Henri Lefebvre et l’activité créatrice. Lukacs. 5 h 30. Marcuse.arrêté de lire : Hegel. En septembre. J’en ai quatre remplies de livres . avec Georges Labica. J'y découvre l’importance de la présence de R. une sorte de gare routière. Je retrouve une version manuscrite de La rythmanalyse. Syllepse voudrait s’associer à cette réédition). dont je fais la présentation avec Christine DeloryMomberger. Aujourd’hui. que je termine le 11 septembre. pour servir à d’introduction à des morceaux choisis. car j’ai eu la même demande au Brésil et en Iran (Monadi) : j’ai passé la journée sur ce dossier. Je suis stimulé. au colloque Marx 3 à Nanterre l’atelier H. Morin. qui me manquait : lecture du lexique. Sur le terrain lefevrien. type Tétouan . j’avais récupéré le vol. je me mets au travail. car René Barbier m’a frappé sur la jambe (sans le faire exprès) et mon genou a regonflé. excité par les idées qui se précipitent dans ma tête.

Métailié. Lefebvre. le Descartes. le 7 février 2002 à 18 h 30. J’ai demandé à Yves de me retrouver le Pascal. La lecture n’a jamais autant compté pour moi que ces derniers mois . et elle n’est pas finie. À partir de l’œuvre d’H. Je la cherche. Il poursuivra son effort en 2002 avec La survie du capitalisme. et j’essaie de recenser. ancien étudiant de H. et partir ce matin m’occuper de lui : Paulo a fait son DEA avec R. une grosse valise plutôt banche. j’y réfléchirai pendant la soutenance de thèse de Paris 7 (à 13 h). dans les deux collections qu’il anime chez Anthropos. Casterman. Mercredi 10 octobre 2001. mais le quatrième. R. 30 Hier. Il a réédité en 2000 : La production de l’espace et Espace et politique. 1988. Pourrais-je continuer mon œuvre. de les retravailler. où je suis invité pour une conférence le 17 octobre. qui met en relief mes retards dans mon programme lefebvrien. j’ai appris que Paulo. PUF. professeur à l’université de Paris 8. je lui ai mis dans la tête de faire sa thèse : il a 89 . à force de les relire. Je dois modifier mes projets. lorsque je suis allé au Brésil en mai. les livres qui sont à l’intérieur : ces livres manquants seront-ils un handicap pour sauver ma mémoire intellectuelle. Lefebvre. Rabelais. Thème : mon travail de réédition d’H. qui puisse être traduite dans différents pays : ce sont les autres qui pensent à un recueil de textes. je lisais mes livres globalement . etc. 7 h. Remi Hess. comme il m’a retrouvé le 4° volume de De l’État : les rééditer aurait vraiment du sens . Il avait déjà réédité chez Méridiens Klincksieck : Le nationalisme contre les nations (1988) et La somme et le reste (1989). est l’auteur de Henri Lefebvre et l’aventure du siècle. bibliographie. dans ma tête. il prépare plusieurs ouvrages pour penser les contradictions du mondial d’aujourd’hui. faut-il faire une réédition du Pascal en deux volumes ? Alors que je relis ce journal. Mail de Sao Paulo (Brésil). ma petite introduction ne serait-elle pas suffisante ? Mon objectif de départ est de faire une introduction. mais des étudiants occupent mon temps de travail : la thèse de Lucia m’a pris plusieurs semaines cet été. Je parviens à repérer trois colis. pour me sortir de l’ornière. sans ces livres ? Ce rêve a un rapport avec l’idée d'hier soir de faire des morceaux choisis de Lefebvre. Hess s’est lancé dans une réédition méthodique d’ouvrages épuisés. Dimanche soir.” 10 h 20. La fin de l’histoire. Cela demanderait un vrai boulot de gestion : pour l’édition française. Il me faut écrire dix lignes : “Henri Lefebvre (1901-1991) a publié une œuvre philosophique. avant. je rentre dans le détail des raisonnements : j’apprends des passages par cœur. Il me faudrait écrire à plein temps. À l’occasion de son centenaire. sur Henri Lefebvre : je dois décider aujourd’hui si j’y vais ou non . que je continue à relire de façon thématique à partir de l’index : il en est de même pour d’autres ouvrages. appel d’Arnaud Spire qui m’invite à intervenir au Café philosophique organisé au Croissant. etc. mais aussi de rédaction d’index. dîner chez Hélène. Lefebvre. sociologique considérable. et en 2001 : Du rural à l’urbain.regroupés. est introuvable. qui supposerait que je prenne des textes chez d’autres éditeurs qu’Anthropos : beaucoup de livres ont été publiés chez Gallimard. Lourau en 1984 et. aujourd’hui. Chaque ouvrage fait l’objet d’une présentation. Contribution à l’esthétique. Je suis étonné du travail accompli sur La fin de l’histoire. Méthodologie des sciences. Je viens de relire et corriger ce journal. L’existentialisme. rue Montmartre. l’étudiant brésilien que j’héberge dans ma maison de Sainte-Gemme a eu un accident de vélo. et qu’il est hospitalisé à Épernay.

Robert Joly me téléphone pour me demander de venir ce soir à Espace-Marx. appel de Christine Delory-Momberger : elle a lu La fin de l’histoire . J. Cette annonce. et quelques autres : on est tous d’accord que Henri Lefebvre peut être relu. écris ton texte de 60 pages sur Lefebvre. sans statut. Je dois parler sur les méthodes pour décrire et critiquer le quotidien : j’ai envie de parler du Sens de l’histoire et de la théorie des moments. Jean me fait parler longuement de mon analyse du politique depuis le 12 septembre . ce matin. Chez Anthropos. Dimanche 14 octobre 2001. qui doivent s’enraciner dans la philosophie. Demorgon aussi. Dimanche 21 octobre 2001. c’est pour moi un nouveau moment qui s’ouvre : je voudrais continuer à travailler sur l’esthétique. C’est plus fort que ce qu’écrit Michel Wiedworka. où il n’y a aucune référence à la philo de la différence. et je serai content de présenter ce nouveau livre à mes amis. dans La différence. ce livre que Jean-René Ladmiral trouve le plus fort de Lefebvre.tout quitté à Rio pour venir. lue ce matin. me dit-il. vers 17 h. Longue discussion avec Michel Cornaton qui me raconte H. Il voulait déposer son sujet ces jours-ci : L’évolution du vocabulaire de l’AI. J’accepte : je dois aller faire les services de presse de Contribution à l’esthétique. de la pédagogie institutionnelle et de l’autogestion pédagogique. “Mais pour l’étranger. puis lecture attentive de Le langage et la société. sur ce chantier pour Cultures en mouvement . Le soir. à Paris. intitulées : présentation d’une recherche. Il a raison. Contribution à l’esthétique doit être paru : je ne l’ai pas encore vu. Avec Lucette. 90 . J’ai hâte de le voir . Elle veut faire un long papier. Vendredi 12 octobre. sans argent. Mardi 23 octobre 2001. discussions avec Gaby. on en conclut qu’il faut travailler à des analyses politiques profondes. elle a rencontré à Francfort des lecteurs de Lefebvre. 1962-2002 : le mouvement de la dialectique éducation et politique. elle comprend ma logique de réédition des œuvres de Lefebvre. pour faire une conférence devant le groupe de recherche : Critique de la vie quotidienne (qui rassemble 12 Lefebvriens). m’a perturbé . Lefebvre chez Vaillant dans les années 1960 . jusqu’à cette heure. Relecture des 120 premières pages de La vie quotidienne dans le monde moderne. Jean Pavlevski n’est pas chaud pour un livre de morceaux choisis d’Henri : il vaut mieux que les lecteurs lisent les textes intégraux. dans Le langage et la société et dans Le manifeste différencialiste : il faut ouvrir un dossier là-dessus. j’avais bien travaillé. évocation des passages d’Henri sur l’interculturel. dès sa sortie. car pour eux les morceaux choisis ont du sens…”. Vers 8 h.

comme outil pour analyser et critiquer la vie quotidienne. La suite a lieu tous les jours de la semaine dans le même créneau horaire ! ” Dimanche 3 novembre 2002. Lorsqu’il s’est trouvé à l’extérieur du Parti. Je ne l’ai pas tenu durant cette année 2002. Pour faire avancer mon travail sur Lefebvre. d’accord. Relecture de Contribution à l’esthétique. Les ventes sont inégales. j’apprends les chiffres des ventes des ouvrages publiés depuis deux ans. J’ai travaillé à l’édition de Méthodologie des sciences. De plus. Dans les travaux sur H. indique une voie . j’ai vraiment travaillé à La théorie des moments. ce matin. Message de Brigitte : “J'ai écouté. j’ai passé du temps cet été à lire le Descartes. je n’ai pas entré les publications Espace et société. Je prends conscience qu’il faut que je me relise pour pouvoir avancer. ni le dossier École émancipée. un très gros chantier. à l’intérieur de la pratique sociale. 91 . coupée du social. Il y a encore pas mal de choses à faire. de 11h 30 à midi. mais je ne me sens pas exclu des pratiques : j’ai seulement l’impression que la vie de Parti n’est pas vraiment une pratique sociale . J'actualiserai cette bibliographie . j’ai travaillé sur Lefebvre. numéro spécial sur Lefebvre. le dossier Urbanisme de juillet. elle m'apparaît comme une pratique bureaucratique. Il faudrait que je réfléchisse à la manière de faire connaître ces parutions. solide. je me plonge dans Contribution à l’esthétique : ma préface. Pourtant. mais il était aussi à l’intérieur du Parti. J’ouvre par hasard ce journal. à Espace-Marx : j’ai exposé longuement la théorie des moments. Mon exposé a été enregistré : la discussion est partie des questions de Chantal. me dit-il. je vais continuer dans ce sens. Je vais ouvrir un journal spécifique sur La théorie des moments. ouvrage sorti au premier semestre. Il y a quinze jours. Mardi 8 octobre 2002.Projets d’écriture : peut-être mettre en forme un texte théorique sur la vie et l’œuvre de Lefebvre. Cet été. et le compléter par l’édition de ce journal ? En rentrant chez moi. le Nietzsche et le Pascal qui me furent aimablement photocopiés. ouvrage sorti en octobre. Armand pense que j’ai tort de quitter les Verts : H. il faut que je termine cet ouvrage. Hier. Lefebvre écrivait des livres. à partir des exemplaires d’Arnaud Spire. Henri a été beaucoup plus productif qu’à l’intérieur. Lefebvre. un entretien d'un journaliste avec Henri Lefebvre (entretien enregistré en 1970). sur France Culture. Arnaud et un architecte de Saint-Denis. Mercredi 24 octobre 2001. suivant les titres. et à La survie du capitalisme. Oui. qui est toujours très gentil avec moi. Maïté Clavel a reçu son contrat pour Sociologie urbaine : ce livre sort. Samedi 27 octobre 2001. Les personnes autonomes n'ont pas besoin de cette prothése. Armand. dont j’ai oublié de noter le nom.

Je lui explique que ma carrière universitaire a changé de rythme lorsque j’ai eu mon triomphe médiatique. On parle du livre sur R. AnneMarie me propose 1500 euros d’avance. Lourau (chez Syllepse) qui ne dit rien sur les rapports de René à Lefebvre. à la relecture de ce texte : j’ai eu trop de projets ces dernières années. C’est une idée que je vais creuser en relisant mon journal sur R. pour les étudiants qui voudraient s’inspirer de ma méthode de recherche. Pierre Lantz est excusé. Makan n’est pas là. même si j’en ai conduit plusieurs à terme. j’ai eu l’intuition de devoir écrire un livre sur Lefebvre et le mondial. Mardi 24 décembre 2002. en échange. Longues discussions sympathiques : je décide avec elle d’une postface. Lourau.Lundi 9 novembre 2002. Pascal Dibie m’a écrit la préface de Voyage à Rio. Ce matin. et. et d’un avertissement pour justifier cet inédit. car il me semble que je lambine concernant l’écriture de plusieurs textes (Lefebvre. Lourau). J’ai ressenti le besoin de le relire. Vendredi 17 janvier 2003. Se relire apparaît aujourd’hui comme l’urgence. qui doit avoir lieu début 2003. Le travail de relecture peut aider à évaluer le travail accumulé. Ces dernières années. je me disais qu’il me fallait faire un numéro des irrAIductibles sur Lefebvre et Lourau. La Somme et le Reste est une revue qui doit paraître 4 fois par an. Il est beau. j’ai porté ma Valse 2 à Anne-Marie Métaillié. Espace Marx. qui utilise l’œuvre de Lefebvre : il voudrait le faire éditer chez Syllepse. J’ai terminé la relecture de ce journal. Par contre. cette écriture a été interrompue. Il faut refonder l’association : quels sommaires pour l’avenir ? L’urbain pourrait rassembler pas mal de contributions. Malheureusement. avant même le 11 septembre 2001 ! Cela explique que j’ai écrit aussitôt après le 11 septembre. au réveil. 8 h 55. Je refuse les droits d’auteur pour l’édition française de ce livre. à trouver une énergie pour développer les virtualités qu’il contient. On parle d'un colloque de La Sorbonne. Je viens de relire la première moitié de ce journal. 92 . C’est curieux comme c’est toujours aux environs de Noël que je réinvestis sur Lefebvre ! Jeudi 26 décembre 2002. Armand parle d’un livre brésilien. je demande des exemplaires pour distribuer aux amis… Anne-Marie est étonnée : elle me dit qu’elle va bien vendre ce livre. il y a Armand et Sylvain Sangla. un certain nombre de chantiers importants restent en plan. J’ai l’idée que ce texte serait à publier. Je pense tout particulièrement à Nayakava. ainsi que le petit bout écrit sur La théorie des moments. Réunion du comité de rédaction de La Somme et le Reste. grâce à La valse. Constat. La composition de mes livres peut sortir de cette relecture. On regarde le numéro 1. qui cherche à se construire une méthodologie de recherche. 9 h 30. 9 h 30 Hier. Mais.

aussi. Il n'a jamais. Il avait alors 87 ans. Ce vieux Nietzsche est en effet un livre neuf. le Nietzsche d'Henri Lefebvre. en faire “ un classique ” (Wulf). on le voit à ce détail. Henri Lefebvre. Nietzsche. début 1940. et. sur "la destinée spirituelle de Frédéric Nietzsche”. l’attachée de presse de la maison se proposa. Prétextant une grande fatigue. Syllepse. Une demi-journée serait consacrée à Henri. Par Robert MAGGIORI Un Nietzsche arraché au fascisme. Celui-ci avait dit à Henri : “Si vous aviez passé moins de temps avec les femmes. Je lui explique que.comme à une bouteille de vin. Elle se souvient du repas qu’elle avait organisé avec Lefebvre et Haudricourt. Nous évoquons les bons moments. Je lui dis que j’ai envie de publier un Lefebvre. été réédité. Armand Ajzenberg m’envoie l’article de Robert Maggiori paru dans LIBÉRATION du jeudi 15 janvier 2004. on me demande un texte bref sur cet auteur qui puisse être traduit. pilonné en 1940 et jamais réédité. quand le gouvernement Daladier s'attaque aux maisons d'édition du PC. père putatif de Mai 68. j’ai beaucoup amélioré ma lecture de cet auteur. qu'hors quelques proches. c'est qu'il est 93 . et que. Anne-Marie en accepte le principe. Appel de Robert Joly (Espace Marx). 22 Euros. J. sa diffusion est bloquée par les mesures prises à l'encontre du Parti communiste. J. Un colloque serait en préparation pour mars 2004 à la Sorbonne sur “Ontologie et pratique des marxistes du 20° siècle”. S'il est néanmoins cité par les historiens des idées qui s'intéressent à la “réception” de Nietzsche en France. à propos d'Henri Lefebvre et de la réédition de son NIETZSCHE : Philosophie Lefebvre l'éternel retour Ecrit en 1939. Quand un ouvrage sur l'un de ces philosophes date un peu. Henri. Cela me motive pour m’y remettre cet été. vous auriez produit une œuvre plus abondante !”. depuis 1988. C'est le cas de celui d'Henri Lefebvre. il était loisible de dire Renato Cartesio ou Benoît Spinoza. Vendredi 13 juin 2003. a vieilli comme un grand cru. n’était absolument pas d’accord. dans sa collection de poche “Suite”. il n'a guère eu le temps de vivre : dès l'automne. 208 pp. il avait demandé à être raccompagné en voiture. Trois heures plus tard. un inédit. mais à une époque. celle-ci n’était pas rentrée. être daté lui donne tout son intérêt . Elle dit seulement : “Ce monsieur a des mains partout !”. m’a permis d’avoir une légitimité pour rééditer cet auteur. dans de très nombreux pays. auteur de 68 livres. plutôt que par péremption en gâter la teneur. tout ébouriffée.. depuis. Personne n'aurait aujourd'hui l'idée de parler de Carlos Marx ou de Ludovic Wittgenstein. Achevé d'imprimer le 18 mai 1939. On me propose de traiter la théorie des moments. vécus avec Henri. Anne-Marie s’était inquiétée.Henri Lefebvre et l’aventure du siècle. nul n'a pu lire. Mais. Lundi 19 janvier 2004. Préface de Michel Trebitsch.. il est saisi et mis au pilon. finit par arriver.

Marx. Derrida. L'interprétation lefebvrienne de Nietzsche apparaît de la façon la plus claire dans cet ouvragelà. à un Nietzsche qu'aujourd'hui. révoqué par Vichy en mars 1941. de l'autre. aux expériences avant-gardistes des années 1920. après le travail d'édition critique de Giorgio Colli et Mazzino Montinari. Henri Raymond et René Lourau). la ville.paru justement à l'heure où le philosophe allemand faisait l'objet des plus âpres luttes d'appropriation. Mais Lefebvre. Nietzsche ou le royaume des ombres paraît en 1975. philosophique et surtout politique. décisif dans l'élaboration des manifestes situationnistes (c'est lui qui fait connaître Raoul Vaneigem à Guy Debord et Michèle Bernstein). Mais sa passion pour l'auteur du Zarathoustra est bien antérieure. se voyait lui-même comme un “chaos subjectif”. des pensées qui semblent “incompatibles” : celles de Hegel (Etat). élève de Maurice Blondel. la mondialité.et en mettant l'accent sur les concepts de conscience. Son Nietzsche de 1939 n'est donc pas une improvisation. expulsé de la Nouvelle Critique en 1957. autour du Front populaire. parvenue avec plus d'un demi-siècle de retard. par son projet de “changer la vie”. surtout. Norbert Guterman. Né en 1901 à Hagetmau (Landes). paysan. on ne reconnaît presque plus. Nietzsche est donc comme une carte postale qui. mystification. si on peut dire. Georges Politzer. il eût pu être prêtre. etc. de la Critique de la vie quotidienne en 1947 (1). et. très tôt attaqué pour son idéalisme hégélien. longtemps professeur de collège (Montargis) avant d'entrer au CNRS puis d'enseigner la sociologie aux universités de Strasbourg et de Nanterre (où il a pour assistants Jean Baudrillard. de constituer une sorte de dépôt chimique où se sédimentent les conventions. La réflexion marxiste. à laquelle il était rebelle. peut-être peintre.). de Marx (société) et de Nietzsche (civilisation). d'un côté réévoquerait la figure quelque peu estompée d'Henri Lefebvre. altermondialiste avant l'heure. proche des surréalistes.. représentés par des intellectuels exilés.tente “d'arracher Nietzsche au fascisme”. capitaine FFI à Toulouse. et. ainsi. urbaniste ou architecte. à un nietzschéisme s'intégrant “naturellement dans la conception marxiste de l'homme”. membre du PCF dès 1928. laisse passer tous ceux qui suivent. par Karl Jaspers ou Karl Löwith . avec les autres membres du groupe Philosophies (Pierre Morhange. Généralement. et date de l'époque où. une fois ouverts de nouveaux chemins. aliénation.on laisse de côté ses autres travaux. Vattimo. lorsqu'il élaborera la critique de la quotidienneté.. les mensonges et les trafics idéologiques du pouvoir. Il aura été un hérétique. Quant à la définition de la modernité . Lyotard. comme elle était apparue dans la Fin de l'histoire (1971) ou apparaîtra dans la Présence et l'absence (1980). participait. Il quittera toute orthodoxie. une fois à Paris. il suivait les cours de Blondel à Aix-en-Provence et. -. Dès la publication en 1936 de la Conscience mystifiée (avec Norbert Guterman) et. Henri Lefebvre a été l'un des philosophes et sociologues les plus connus en France (sait-on qu'on lui doit le terme de “société de consommation” ?). dont il voulait qu'elle pût s'affranchir du rôle qu'elle a sous le capitalisme. jeune philosophe. un homme des frontières. l'idée de la révolution comme fête et de l'insurrection esthétique contre le quotidien. qui est de reproduire les caractères imposés à la vie collective par la classe dominante. poète. Mais il introduit à une “dialectique tragique”. homme de théâtre (le Maître et la servante a été joué aux Mathurins). fils d'une “bigote” et d'un “libertin”. la liberté trouvent des voies d'expression autonomes. indépendamment de l'opération politique décisive qu'il traduit - 94 . la créativité. “bien plus et bien pire qu'un enchevêtrement de flux”. où une part de la pensée marxiste française . sur la sociologie rurale. on en fait le “père putatif” de Mai 68.en consonance avec certains courants allemands. Hegel. illustrerait ce moment. ou un explorateur qui. et évidemment Deleuze. Aussi. “suspendu” par le Parti en 1958. “de façon nietzschéenne”. après les lectures de Nietzsche effectuées par Jaspers. Cacciari. il l'a approfondie en repensant le noeud Marx-Hegel qu'Althusser s'escrimera à délier . d'empêcher que l'imagination. Foucault. accusé de “révisionnisme”. Lefebvre la bâtit en “mixant”. marxistes ou non. Heidegger.

1975). saint Augustin et Pascal. A notre connaissance. le Temps des méprises (Stock. Mai 68.. annotés. Il est très tonique. les collections que je dirige aux éditions Anthropos ont édité un inédit d’Henri Lefebvre : Méthodologie des sciences. on citera : le Marxisme (Que sais-je ?). 1985). Nietzsche (Castermann. 1946). Eléments de rythmanalyse. Nous prévoyons d’autres rééditions. plaçant les premières balises de son cheminement. mais aussi La survie du capitalisme. “quelque chose d'infiniment saluble”. De l'Etat (4 vol. 1975). 1968). l'irruption. Marx (PUF. à l'époque. Métaphilosophie. 1975-78).”. Sont disponibles : la Conscience mystifiée. qu'il continuera à entendre toute sa vie : “Refusez les consolations !” (1) Les éditions Syllepse. Il est un mot de Nietzsche. j’ai publié également Le nationalisme contre les nations (1988). 1964). L’existentialisme (première édition 1946). 1966). Du rural à l'urbain (Anthropos. rééditent tout Lefebvre. mais qui a été abandonné par cet éditeur. Manifeste différentialiste (Gallimard. Dans cette maison.. Production de l’espace (4° édition). Introduction à la modernité (Minuit. que vous signalez chez Minuit. Sociologie de Marx (PUF. et ont réédités des livres introuvables comme Contribution à l’esthétique (première éd. rééditent tout Lefebvre. Et je vous en remercie au nom de tous les Lefebvriens. la Fin de l'histoire (Minuit. savait peut-être qu'il chercherait toujours à concilier “le conçu et le vécu”. 1968). le 19 janvier 2004. Qu'est-ce que penser ? (Publisud. Il y a donc au moins deux maisons qui s’intéressent à rééditer Lefebvre ! J’ai également réédité La somme et le reste chez Méridiens Klincksieck en version intégrale en 1989 (l’édition Bélibaste que vous signalez était allégée). l'Irruption de Nanterre au sommet (Anthropos. Eléments de rythmanalyse. Une pensée devenue monde (Fayard. Tous ces ouvrages sont indexicalisés.. le Droit à la ville (Anthropos. le livre dit-il davantage de Lefebvre lui-même. Mai 68. 10/18. Cher Robert MAGGIORI.. Espace et politique. Hegel.consistant à montrer tout ce qui chez Nietzsche ne pouvait pas être récupéré par la pensée d'extrême droite ou “l'idéologie hitlérienne” -. Métaphilosophie. Maggiori le courrier suivant : Paris. J’ai lu avec un vif intérêt votre article Un Nietzsche arraché au fascisme sur la réédition du Nietzsche d’Henri Lefebvre par les éditions Syllepse. 1970). depuis 2000.. il n’y a pas d’autre ouvrage d’Henri Lefebvre publiés chez Syllepse. entre Nietzsche et Marx.. Je réagis en envoyant à R. le Langage et la société (Gallimard. 1966). l'irruption. à Robert MAGGIORI Libération. la Somme et le reste (Bélibaste. depuis 1999. malgré les points de suspension qui semblent indiquer d’autres rééditions. Par contre. 1970). Marx. etc.. préfacés. 1962). La fin de l’histoire. 1969). Un seul élément nous a un tout petit peu fait frêmir : “Les éditions Syllepse. 1970). qui. Du contrat de citoyenneté. depuis 1999. Parmi les autres livres de Lefebvre. 1980). Du contrat de citoyenneté. Du rural à l’urbain. 95 . Sont disponibles : la Conscience mystifiée.

dans le cadre de notre master. cependant le “tout” de votre note me semble superflu. Le prétexte : la thèse. à Poitiers. Lucette et moi.J’ai organisé un colloque de 5 jours en juin 2001 pour célébrer le 100° anniversaire d’Henri Lefebvre. Ce travail a été préparé sous la direction de Jean-Claude Bourdin. cette proposition. ainsi qu’à Libé. Dommage ! Vous aviez rendu compte de façon élogieuse. Remi HESS Mardi 19 septembre 2005. 96 . d’Arnaud Spire. la semaine passée. d’une Italienne : Alessandra Dall’Ara. de mon Henri Lefebvre et l’aventure du siècle ! Bien amicalement. venu me proposer d’organiser un colloque le 8 décembre 2005. Henri Lefebvre. “mère-terre” de la société moderne. Lefebvre. Nous avons accepté. De grands journaux français et étrangers ont suivi ce travail éditorial qui semble vous avoir échappé. sur La critique de la vie quotidienne d’H. Les intervenants et participants sont venus du monde entier. Je n’ai pas noté la visite. J’admire le travail des éditions Syllepse. en son temps. La vie quotidienne. Cette rencontre a réuni 200 personnes à l’Université de Paris 8.

ou à Qu’est-ce que penser ?. La théorie des moments l'aide à penser sa traversée du dogmatisme stalinien. Essayons de revisiter les grandes étapes de ce travail. Lefebvre. Et la problématique des moments est omniprésente dans l’ensemble de l’œuvre de H. Lefebvre. Je distinguerai 5 moments essentiels qui se structureront chronologiquement : le chapitre 6 (De philosophie de la conscience à l'expérience de l'exclusion) étudiera cette théorie entre 1924 et 1955. à La présence et l’absence. dans La présence et l'absence… Bref. H. Il y est élaboré sur le plan théorique et longuement développé à plusieurs reprises. c'est le moins qu'on puisse dire. On constate qu'elle est toujours vivante en 1980. Ensuite. Lefebvre fait encore évoluer cette théorie. En 1962. le chapitre 8. à La critique de la vie quotidienne.DEUXIEME PARTIE LA THEORIE DES MOMENTS DANS L’ŒUVRE DE H. le chapitre 7 sera une relecture de La somme et le reste. 97 . mais elle évolue fortement en 1959. Lefebvre. cette théorie apparaît construite en 1924. Avant d'entrer dans cette théorie. de 1924 jusqu’à ses derniers écrits philosophiques. ils seront la lecture du livre La présence et l'absence. LEFEBVRE La théorie des moments est un thème récurrent dans toute l’œuvre de H. permettons-nous un pas de côté en nous autorisant à un survol de la vie et de l'œuvre d'H. Lefebvre. Celui-ci médite alors à son aliénation politique. Quant aux chapitre 9 et 10 (Le moment de l'œuvre et l'activité créatrice et La présence et l'absence). lors de la rupture du Parti avec H. On trouve le thème comme titre de chapitres dans plusieurs ouvrages. Lefebvre. qui a eu. une vie bien remplie. le terme de moment est constamment présent dans l’œuvre de H. De la Philosophie de la conscience. une relecture de La critique de la vie quotidienne. à La somme et le reste.

Il faut dire que dans les années 1920 l’Université ne s’intéressait pas encore à ces auteurs. L’existentialisme. Henri Lefebvre va se trouver mêlé à tous les grands débats philosophiques du "monde moderne". De cet enseignement de Maurice Blondel. Il se référera souvent à Joaquim de Flore. De l’étude d’Augustin. "psychanalyse" et "ontologie". Lefebvre se lie pourtant à Tristan Tzara. dans les Pyrénées. H. comme le concepteur de la post-modernité. Lefebvre tire une bonne connaissance de la philosophie catholique. H. la revue Philosophie apparaît comme un carrefour de ce qui allait devenir "existentialisme". pour un hérétique. Lefebvre découvre F. incompréhensions. H. Lefebvre le désirerait vraiment hérétique. Car à cette époque. Ce qu’ont en commun les “ philosophes ”. à ce moment. est difficile : conflits. H. dans laquelle il se sent impliqué. Léon Brunschvicg lui déconseille de faire une thèse de philosophie sur ce penseur ! L’évolution de 98 . il se préparait à une carrière d’ingénieur. qu'il apparaisse aujourd'hui Outre-Atlantique. Sans cette année de mathématiques spéciales. Relue aujourd’hui. C’est une pleurésie assez grave qui l’oblige à interrompre sa préparation à l’École polytechnique. Norbert Guterman. dans son premier chapitre. né en 1901 à Hagetmau. Lefebvre lit Schopenhauer et Schelling. qui sera reprise et développée en 1959 dans La somme et le reste. ne va pas assez loin. H. Mais sa relation à cette philosophie. Si André Breton fait découvrir la Logique de Hegel à H. Il lit aussi des théologiens déviants. C'est ce qui explique. et à partir à Aix-en-Provence pour faire du droit et de la philosophie. notamment de Saint Augustin. Hegel puis K. Mais. Une vie bien remplie Philosophe français. Georges Politzer et Georges Friedmann avec lesquels il fonde un groupe de philosophes qui va publier la revue Philosophies. Une amitié lie le professeur à son étudiant qui vit aussi sur le mode paradoxal son contact avec le thomisme. Il trouve que Blondel. c’est qu’ils refusent l’idéologie dominante (bergsonienne) en Sorbonne et la philosophie intellectualiste de Léon Brunschvicg et d’Alain. est complexe. H. au lycée Louis-le-Grand. "phénoménologie". entre le groupe des philosophes et celui des surréalistes. H. La rencontre. peut-être. Lefebvre garde une violente antipathie pour la tradition aristotélicienne et pour le Logos véhiculé par elle à travers les âges. Blondel se veut orthodoxe. À vingt ans. M. suite à un article qu’il a écrit sur Dada en 1924. Il lit Nietzsche et Spinoza à quinze ans. Ce groupe se forme en compétition avec le groupe des Surréalistes. Lefebvre. nous donne à lire une évaluation de cette période.Prélude à la seconde partie Henri Lefebvre. passionnante. H. Ce groupe cherche donc sa voie de façon autonome. il arrive à Paris où il rencontre Pierre Morhange. Marx. Lefebvre gardera de sa première orientation vers les mathématiques une empreinte certaine. Lefebvre rencontre également Max Jacob avec qui il se brouille quand il décide d’adhérer au Parti communiste. à la technique ? Probablement pas… Toujours est-il qu’à Aix son contact avec Maurice Blondel va le déterminer à se donner à fond dans la philosophie. de cette recherche du groupe des Philosophes ! C’est une dimension autobiographique du livre. se serait-il autant intéressé à la logique.

Lefebvre expliquera plus tard que "le mouvement communiste naissant ne se recruta pas parmi les personnalités autoritaires. Marx pour penser des objets nouveaux) le rend suspect. Lefebvre y adhère donc en voyant dans K. N. Lefebvre entre K. Cette découverte intellectuelle de la pensée marxiste conduit H. H. La société moderne tout entière s’est construite sur la méconnaissance de ce 145 146 Le temps des méprises. Lefebvre ne s’arrêtera pas là puisque. Il n’est pas institutionnalisé : "L’appareil est encore faible. il découvre Marx. Marx et ses prédécesseurs. qui sera supprimée en 1928-1929. La "moindre déviation idéologique se mit à passer pour une opération policière" (H. et parallèlement à la réflexion du groupe surréaliste… 1928. Il commence à publier en collaboration avec N. Henri Lefebvre et l’aventure du siècle. C’est cette ignorance sur ce qui se passe réellement en Russie à l’époque. Morhange.H. C’est en philosophe. dans la revue Avant-Poste. H. mais reprendre la méthode de K. Nizan participèrent à cette initiative. Les formes de la conscience sont manipulées. Lefebvre découvre une critique radicale de l’État. voir R. G. Guterman quitta la France pour les États-Unis . Si beaucoup se transforment en intégristes. C’est dans cette revue que paraissent également les premiers chapitres de La conscience mystifiée 147 . Lefebvre. ni la conscience collective ne peuvent passer pour critère de la vérité. Marx. auprès des militants de base qui sont surtout des empiristes. il est professeur de philosophie à Privas ! En même temps qu’il milite à la base. Hess. Lefebvre reste fidèle à luimême . Lefebvre qui va durer trente ans. Le groupe des philosophes avait déjà publié deux revues. 99 . Quelle est la thèse centrale de ce livre ? Ni la conscience individuelle. C’est donc une coupure politique (et non philosophique ou épistémologique) qui apparaît à H. D’ailleurs. de F. Lefebvre écrit. Lefebvre. Marx un adversaire du socialisme d’État. Pour H. Lefebvre à adhérer au Parti communiste en 1928. Marx. ce n’est pas par la pratique de la lutte politique qu’il est amené à lire K. p. La direction du Parti ne fut pas étrangère à la faillite de la Revue 146 … À la suite de cette aventure. P. Sur le contexte de cette affaire. mais par la théorie. Guterman. avec ses camarades du groupe Philosophie. Friedmann. Finalement. H. le communisme est encore un mouvement. Lefebvre va être marqué par cette rencontre théorique. Guterman les œuvres de jeunesse de Marx. l’argent venant à manquer. il n’y a pas de désaccord fondamental. 147 Ce livre a été réédité en 1999 chez Syllepse. op. à savoir la théorie du dépérissement de l’État. sa simple lecture de K. Les premières difficultés apparaissent à l’occasion de la Revue marxiste. cette revue se voulait très ouverte. P. H. Philosophies et L’esprit. La plupart des collaborateurs refusaient l’économisme qui traversait déjà la pensée marxiste. H. travaillé par toutes sortes de contradictions"… H. Il n’y a que quelques malentendus au sujet de la fameuse période de transition. p. en dogmatiques. Morhange partit en province… Quant à H. dans le prolongement de sa lecture de Hegel. Lefebvre adopte le marxisme sur le plan doctrinal au nom d’une thèse qui a ensuite été annihilée par Staline et le stalinisme. Engels et de Lénine. ce qui va l’amener assez souvent dans l’opposition à la direction. Lefebvre croit à la force des "soviets" en Russie. L’adhésion au Parti le conduisit à créer la Revue marxiste qui se voulait une nouvelle étape dans la démarche du groupe. 65. En effet. Cette revue fonctionna comme un analyseur du fait qu’à cette époque déjà une telle initiative qui partait d’un autre lieu que la direction du mouvement communiste était intolérable. qui va permettre le quiproquo entre le PC et H. N. mais parmi les anarchisants" 145 . cit. Politzer puis P. 75 et s. H. En fait. entre K. G. Marx et Bakounine. la revue disparut. Marx le conduit à rappeler continuellement la "prophétie" du mouvement (il ne faut pas appliquer des principes figés. le groupe des philosophes éclata. Dès sa première lecture de K. H. Lefebvre).

Le nœud du conflit va être la logique. dans un grenier. puis Marx et la liberté 1947. il publie des Cahiers du contre-enseignement. et plus encore sa position psychanalytique des débuts. H. H. Marx 1948. édité pour la première fois. chez Anthropos. Il écrit un Traité de logique. Lefebvre que Maurice Thorez juge lui-même dogmatique et sectaire. La conscience mystifiée.qui la fonde. déjà imprimé. il s’intéressera à la sociologie rurale. en 2002. Ils n’impliquent pas en eux-mêmes. Dans ces années. Pour connaître la pensée de K. Lefebvre est donc resté au Parti durant la guerre : cela l’a conduit à être suspendu de ses fonctions d’enseignant par Vichy. de l’humiliation. publié aux éditions du Parti. La censure soviétique refuse les services de presse. 100 . Il tente de mettre au point un contreenseignement de la philosophie. H. pour lui." C’est le moment où lui-même abandonne ses ambitions scientifiques. Lefebvre reste encore au Parti communiste parce que la lutte interne contre le stalinisme est engagée. Politzer écrit un article violent contre H. un bel avenir théorique.). La classe ouvrière elle-même ne connaît pas le mécanisme de sa propre exploitation. Guterman pose des problèmes que ne se posait pas le Parti. Politzer estime que la politique n’est pas du ressort des militants : "Seul le dirigeant politique. les communistes ne voient dans la montée du nazisme qu’un épisode qui ne pouvait durer. fut un livre maudit. Il se cache dans les Pyrénées où. La seconde partie des années 1930 correspond à une énorme activité de traduction (avec Norbert Guterman) et de présentation des œuvres de F. Ce travail sera complété par de nombreux textes de présentations du marxisme (Le matérialisme dialectique 1939. théorique et politique. Lefebvre et N. Lefebvre découvre que P. À partir de ce travail. H. le livre de H. écrit-il. leur propre connaissance mais au contraire leur propre méconnaissance. thème de sa thèse soutenue plus tard. Nous reviendrons sur ce contexte. Dans les années 1950. Avec d’autres. C’est une période de suspicion entre les militants. dans son lycée de Privas. C’est ce qui permet au fascisme d’imposer des représentations inverses de la réalité. Il y trouve un appui : "Je pense que j’ai évité plus d’une fois une crise personnelle à cause du militantisme". Lutte idéologique. écrite entre 1933 et 1935 (en partie à New York). K. Lefebvre qui n’arrivait pas à faire admettre au 148 H. Un autre ouvrage consacré à la méthodologie des mathématiques et des sciences (qui devait être le second volume du Traité de matérialisme dialectique). C’est la période où H. En fait. et à être recherché. c’est-à-dire le mécanisme de la plus-value. son projet de psychologie concrète. À l’époque (1936). Méthodologie des sciences. ne fut jamais distribué… Époque difficile pour H. Le fascisme peut se faire passer pour socialisme puisque l’inversion des rapports est possible. même G. Lefebvre engage une polémique contre l’idée dominante dans le Parti de "sciences prolétarienne". Hegel. etc. Ce livre est mal accueilli dans le mouvement communiste. le chef a le droit à la parole sur ces questions. Lefebvre de rester au Parti. thématique qui aura. est retiré de la circulation avant même sa sortie 148 . Rien de plus difficile que de faire entrer cette connaissance dans la classe ouvrière elle-même. dont un premier volume. Rejeté par les communistes. il fut proscrit et détruit quelques années plus tard par les Nazis. Dans l’immédiat après-guerre. Lefebvre. Le marxisme 1948. dans la pratique. Elle le vit sur le mode de la méconnaissance. Marx et Lénine. Lefebvre retrouve l’opportunité de publier : il écrit presque simultanément L’existentialisme et le premier tome de La critique de la vie quotidienne. Nizan lui subtilise sa correspondance pour la montrer en haut lieu… Ce climat n’empêche pas H. il explore les archives de la vallée de Campan.

Une nouvelle version de L’introduction à la critique de la vie quotidienne est rééditée en 1958. Lourau). reformulée. Dagorno. cit. Dans les années 1947-1955. Cela explique peut-être pourquoi il est entré dans cette nouvelle expérience avec tant 149 150 H. il travaille au CNRS. Musset. sur Les fondements d’une sociologie de la quotidienneté. de l’informatique et de la cybernétique. 214 et suivantes. Sa critique de la vie quotidienne. H. Il y a rupture violente 151 . Les révélations du rapport Khrouchtchev vont bien plus loin que ce que ne pouvaient imaginer les oppositionnels. Il participe à la définition de la base théorique de ce qui va devenir l’Internationale situationniste 150 de Guy Debord. p. Aucune conclusion pratique n’est tirée de la publication de l’essai de Staline sur la linguistique. Pyrénées. amorcée dès la fin de la guerre. est reprise." H. H. Diderot. puisque ses œuvres complètes sont inscrites comme "publications du mouvement". Le Parti ne les retient pas. H. H. rééditée en 1990. Lefebvre qui avait été dénoncé par les Situs dans les années 1960. Lefebvre a attendu d’avoir plus de soixante ans. paraît en 1961. pour se lancer dans l’aventure de l’enseignement universitaire. Il veut montrer que l’on ne peut pas rejeter ces auteurs comme des penseurs "bourgeois". sa réputation de militant communiste. H. qui feront leur chemin vingt années plus tard (notamment l’idée de la nécessité de définir un programme avant la prise de pouvoir). dans la très belle collection Dito). ce dont ne voulaient pas entendre parler ni les philosophes russes ni les penseurs plus ou moins officiels du Parti français comme Roger Garaudy. voir R. En tant que philosophe. comme un "Versaillais de la culture" se trouve entièrement réhabilité. Cette confrontation avec les situationnistes va stimuler sa grande productivité de l’époque. 101 . Il devient professeur à Strasbourg. Il choisit de partir et de prendre du large. etc. il produit quelques idées neuves. Lefebvre qui se renforcera à partir de 1953. Ensuite. C’est ainsi que prend forme l’activité oppositionnelle de H. tout se précipite. op. Paris. lui en avait interdit l’accès. il publie encore un ouvrage méditatif et impliqué 149 . il s’autorise alors une entière autonomie de pensée. Le volume 2.sein du Parti qu’un plus un égale deux est aussi vrai ou aussi faux à Moscou qu’à Paris… "Les relations d’inclusion ou d’exclusion ne sont pas fausses ici et vrai là-bas. quelques mots d’ordre simplistes suffisent. Il écrit la version définitive de sa thèse. Jusqu’en 1958. Dans Voies nouvelles. Lefebvre écrit des articles préconisant l’introduction dans le marxisme des développements modernes de la logique. malgré l’aspect déjà monumental de son œuvre. il entre à Nanterre. livre essentiel (780 pages). date de la mort de Staline. comment le matérialisme dialectique puise dans ces œuvres les conditions de son émergence. Cette thèse de sociologie rurale porte sur La vallée de Campan (parue au PUF. avec lequel il s’est lié d’amitié. Laurent Chollet. Sur les Pyrénées. mais qu’il faut voir comment les idées se forment. écrit entre juin et octobre 1958 (dans un contexte politique très particulier. dans lequel il fait le bilan de sa vie philosophique et de son aventure dans le Parti (nous y reviendrons). Depuis 1948. L’insurrection situationniste. Pascal. Henri Lefebvre et l’aventure du siècle. il écrit une série d’ouvrages consacrés à de grands écrivains français (Descartes. Lefebvre. Lefebvre se bat contre l’idée d’une logique de classe. Lefebvre est suspendu en 1958. Lefebvre entre dans l’Université. 2000. Cette année-là. il va se lancer dans la rédaction d’ouvrages importants. Dans ce livre. réédité en 2000 (avec une préface de R. Cette amitié ne dure pas. Après La somme et le reste. en France). Pour lui. Hess. à partir de recherches menées pendant la guerre lorsqu’il se cachait dans les Pyrénées. Rabelais) pour construire le mouvement de la pensée de libération de l’homme. 151 Sur le contexte de cette rupture. C’est l’époque des exclusions du Parti (Morin. À partir de 1965.).

depuis de très nombreuses années. est venu à Paris X pour poser sa candidature sur un poste de professeur de sociologie. Lefebvre se lance dans une synthèse sur la question de l’État : De l’État aura quatre tomes. 1999. Il fait apparaître H. des conditions concrètes de la société existante que développe H. H. Le premier contact entre H. dans laquelle vivent les pays développés. Lefebvre comme un théoricien proche des auteurs de l’École de Francfort. soufflant sur le feu en 1967-68 à Nanterre. au niveau du mouvement social. L. “ Il refusait d’assumer toute responsabilité ”. le monde de l’argent. de la sexualité. Ce dernier livre aura et a toujours une influence considérable en Allemagne 152 . en poste à Strasbourg. Du Rural à l’urbain (1970). Lefebvre n’en reste pas là. H. Pour Marx et Lire le capital sont parus en 1965. Rapidement. Lefebvre n’avait pas fait de vague. Espace et politique (1973) et surtout La production de l’espace (1974). Après Hegel. Lefebvre se surajoutent ceux d’Eugène Enriquez. Das System und der Rest. qui lui permettent de préciser sa théorie du politique. où l’assistant était le répétiteur des idées du professeur. La pensée marxiste et la ville (1972). pour participer à un colloque à Sciences Politiques sur les intellectuels français. Lefebvre laissait accroire qu’elles existaient. "Pour dépasser les tensions. C’est l’époque de l’émergence d’Althusser à l’École normale supérieure. On lui donne la paternité des évènements de Mai 153 . Tant à Strasbourg qu’à Nanterre. A l’occasion d’un jury de thèse à Lyon (janvier 2001). mais l’homme me déplaisait totalement. auquel j’ai posé quelques questions à propos de H. Lefebvre entreprend La proclamation de la commune. Ce livre tend à indiquer la voie qu’il faut suivre si l’on veut échapper à la standardisation généralisée qui menace la "société bureaucratique de consommation dirigée". Au-delà du structuralisme (1971) regroupe tous les articles écrits dans la période antérieure contre Althusser. Ces livres seront lus par certains des étudiants. Rarement un professeur d’Université aura eu autant d’influence sur les étudiants qu’Henri Lefebvre. L. ” René Raymond avait invité H. Il les encourage à enseigner leur propre pensée. c’est celle du philosophe qui voit se réaliser socialement. Marx ou le royaume des ombres. R. de la vie quotidienne. Lefebvre laisse ses assistants développer leurs propres recherches. Althusser et sa théorie de la "coupure épistémologique" chez Marx seront l’occasion de nouvelles confrontations. Ensuite R. La fin de l’histoire renoue avec la lecture de Nietzsche. qui feront 1968. Lefebvre. ” Mais René Raymond évoque surtout l’attitude subversive de H. 153 152 102 . la femme d’Henri Raymond qui était mon étudiante a voulu organiser un repas entre nous. lorsque celui-ci. j’ai partagé un repas avec René Raymond. Plusieurs ouvrages sur l’espace et la ville : Le droit à la ville (1968). Nietzsche. a revu H. H. Tout en s’affrontant aux partisans du scientisme. et moi datait de 1959 ou 1960. Simultanément. après la sortie de La somme et le reste.de fougue. Lefebvre lors du surgissement des évènements de Mai. Lefebvre. L. Je connais tous les arbres du parcours. le capitalisme de la marchandise. L’argument lancé par H. la majorité des étudiants adhère à l’analyse contestatrice du vécu. ce qui n’était pas fréquent avant Mai 1968. H. historien nanterrois. Lefebvre attaque le monde bourgeois. Mais cela s’est très mal passé". C’est ainsi qu’aux enseignements de H. aussi. qui va se former dans le département de sociologie de Nanterre qu’il dirige. H. du positivisme. les intuitions et les concepts qu’ils tentaient de formuler. Lefebvre : “ J’ai apprécié l’œuvre. Il publie un très grand nombre de livres entre 1968 et 1980. son influence sur les étudiants va être extraordinaire. Voir Ulrich Müller-Schöll. du profit. Ce livre ne paraîtra qu’en 1965. il élabore le soubassement théorique du mouvement de contestation. H. académicien. Henri Lefebvre refuse tout système. Au lieu d’être clair. H. Il continue à travailler. Maïté Clavel… L’attitude de H. Le manifeste différentialiste (1970) élabore la notion de différence. On parlait de “ listes noires ” sur lesquelles des étudiants auraient été inscrits pour leurs activités subversives et qui “ n’existaient pas ”. du structuralisme. Il rédige aussi Introduction à la modernité (1962) et Métaphilosophie (1965). Jean Baudrillard. Lefebvre : “ J’en ai marre de faire Paris-Strasbourg en train. René Lourau et Henri Raymond.

Lefebvre évalue encore une fois le marxisme. H. Zeus perdra le pouvoir. Il écrit chaque matin. peut-on philosopher ? H. Cette démarche peut sembler très loin du marxisme. qui paraît en même temps qu’Une pensée devenue monde. Kant ne le croyait pas . mais il voyage beaucoup. La présence et l’absence déploie le moment philosophique. il revient plus systématiquement à la philosophie. il porte en lui que la libération viendra de la mort des dieux. qui est toujours illusoire. plus que jamais. Celleci est restée ouverte. mais aussi celle de Spinoza ou celle de Joachim de Flore. Dans quel sens évolue la pensée de H. celles qui permettent d’explorer le possible. Auteur de dizaines et de dizaines d’ouvrages. Lefebvre voit la solution davantage du côté de Prométhée que du côté de Dionysos. Ce livre qui.Entre-temps. H. Delacampagne). Il lit beaucoup. Lefebvre est revenu à l’œuvre d’art. Marx ne dit-il pas lui-même qu’il a incarné Prométhée ? Ces thèmes seront repris dans Qu’est-ce que penser ?(1985). d’une certaine manière. Nietzsche proposait de rejeter à la fois philosophie et représentation. Il fait des conférences dans le monde entier. Lefebvre prend en compte la pensée de K. Évidemment. Il nous donne une théorie philosophique de la représentation. mais qu’il faut savoir choisir. et dépasser les représentations illusoires (celles qui fascinent les hommes mais bloquent l’évolution de la société). H. Il énonce sa philosophie en tenant compte de la technique mais en la dépassant. livre dans lequel H. nous avons besoin aujourd’hui. H. Il lui semble que la clé de la philosophie. soit à chercher de ce côté. Lefebvre répond à la question par l’exemple. appelait le philosophe à sortir de la représentation. la clé du monde. Mais pas si loin qu’on ne le croit. de les dépasser vers un au-delà accessible seulement au surhomme. Dans La présence et l’absence. Marx. La pensée n’est pas un jeu fermé sur soi. H. Il faut choisir les représentations fécondes. Marx. H. les tragiques grecs. La tragédie ressuscite le héros tragique qui réapparaît et revit sa mort. Il relit les tragiques grecs. Lefebvre n’a pas clos son œuvre. C’est un livre étonnant. est une sorte de bilan de l’œuvre philosophique de H. inachevée. tandis que F. C’est de là qu’on peut tirer une philosophie. Prométhée ! Image terrible. c’est de rappeler une fois encore que la philosophie ne peut se laisser enfermer dans aucun dogmatisme. René Thom 103 . reposant sur une culture énorme. Il y explore le moment de l’œuvre. Ce livre s’inscrit aussi dans cette veine philosophique. L’homme sans qualité est le roman de la dissolution du monde moderne. ouverte à tous les horizons de la modernité" (C. lui. Attaché au rocher par le pouvoir et par la force. la question qui est posée. mais surtout mû par une pensée frémissante "tendue vers des possibles jamais réalisés. prodigieuse. il porte en lui des ferments anti-étatiques dont. H. Lefebvre a lu Shakespeare. Pour lui. H. cette évaluation critique est difficile. L’intérêt de l’ouvrage. Qu’est-ce que la représentation ? Un intermédiaire entre l’être et le non-être : toute la question est de savoir si la connaissance peut – ou ne peut pas – dépasser cet intermédiaire pour atteindre l’être véritable. Marx. Après avoir esquissé une histoire du concept de représentation. Il n’enseigne plus à Nanterre. Lefebvre se trouve davantage dans la tragédie que dans le drame. C’est un instrument d’exploration du réel. H. Mais Prométhée lui-même peut mourir ! H. Faut-il abandonner Marx ? se demande H. H. À côté de Musil. Lefebvre ne pense pas que l’on puisse tirer quelques choses des mythes. car dans la tragédie. E. Ce cheminement. Lefebvre. Lefebvre s’est imposé comme philosophe et comme sociologue. K. Lefebvre conclut que la représentation est un fait social et psychique dont on ne peut se passer. il y a victoire sur le temps et la mort. Lefebvre l’inscrit aussi dans la Présence et l’absence (1980). Le héros de Musil parle en philosophe. c’est celle de la philosophie. C’est dans le tragique qu’il faut chercher. Lefebvre renoue pourtant avec l’idée qui a guidé sa première lecture de l’auteur du Capital : Marx est aux antipodes du stalinisme. Il a relu Musil. À partir de 1978. Lefebvre a pris sa retraite. Lefebvre à la fin de sa vie ? C’est difficile à dire. Après K.

Lefebvre propose donc un horizon : la métaphilosophie. Lefebvre. Une équipe 104 . marxisme. à Paris. H. Le philosophe en produit alors un autre. De ce point de vue. Henri Lefebvre a vécu longtemps au 30 de la rue Rambuteau. pour se retirer à Navarrenx. dans leur architectonique philosophique. Ce qui importe. chez les femmes… Trajet foudroyant du concept qui le rend obsolescent. dans le vécu. Lefebvre a vu tomber le mur de Berlin. Il est mort en juin 1991. Lefebvre. situationnisme. c’est une suite de concepts qui ne font pas système. dans leur structure. Il constate que la tragédie grecque a permis aux Grecs de vivre. H. Le contact avec l’œuvre de K. "mystification". Dans la tragédie. Ils proviennent de la pratique et ils y reviennent : "espace social". il s’était exprimé pour faire le bilan du communisme. Le succès du concept. Lefebvre a formé de nombreux professeurs d'université. Lefebvre n’a jamais séparé le vécu et le conçu : l’un et l’autre s’entremêlent. mouvement étudiant…) qu’H. Il a restitué la véritable pensée de Marx autour de deux fils conducteurs : la théorie de l’aliénation et la critique de l’État. Lefebvre a apporté. la souffrance et la mort sont niées. de levain. "différence ". Marx ? H. Lefebvre comme philosophe marxien. dans un très bel appartement dont il n'était pas propriétaire. Entre 1962 et 1973. Cette dialectique permanente entre le vécu (intense) de H. Leur rôle a été se servir de ferment. Cette idée est déjà présente dans L’existentialisme. Ce que la métaphilosophie de H. mouvement d’opposition dans le Parti communiste. Lefebvre le découvre… La chute du mur de Berlin a été un choc pour H. Comment philosopher après K. H. le communisme était lourd.(théorie des catastrophes). S’il fallait définir en un mot le mouvement de l’œuvre de H. période de sa vie où il a exercé le métier d'universitaire. d’accepter leur monde (leur cosmos). où il mourut en 1991. on pourrait dire que c’est autour de la notion d’aventure. Peu auparavant. "mondial" et "aliénation" sont des concepts qui entrent en relation mais ne font pas système. C’est en cela qu’ils sont très distincts des concepts philosophiques classiques qui restent pris dans leur armature. À chaque fois. "quotidien". Marx remet en cause la philosophie. Il est enterré au cimetière de Navarrenx. C’est sur cet événement historique qu’il a médité à la fin de sa vie. Sa théorie de l’aliénation par exemple s’est imposée chez les jeunes. écrivain). Nietzsche l’a pressenti. que celle-ci peut s’organiser. La tragédie porte donc en elle une affirmation. Mais H. chez les colonisés. on peut dire que le travail de H. Lefebvre. H. surréalisme. théoricien. Lefebvre et le conçu est ce qui caractérise son apport à la philosophie. épuise ses virtualités. peu importe le statut épistémologique du concept. Ce chiffre exceptionnel s'explique par le fait qu'il était très bien entouré. pesant. Il quitta alors le centre de Paris. Lefebvre a développé son activité de philosophe (penseur. incapable de porter une utopie et de mener la critique du quotidien. Lefebvre refusa. trop souvent générateur d’ennui. Pédagogue de talent. n'a pas étonné ceux qui l'ont connu comme le théoricien de la révolution comme fête. avec les mouvements d’avant-garde (groupe des philosophes. Il faut souligner l’importance de H. Ils ont fécondé la société contemporaine et se sont dissous en elle. Lefebvre a été efficace. ses possibilités. Lefebvre pense que la théorie de l’aliénation traverse Le capital. qu’elle leur a permis de s’accepter. La banque qui le possédait lui proposa de racheter cet appartement. ennuyeux"). image ou métaphore. C’est dans le contexte de la confrontation intellectuelle. Pour H. c’est son trajet dans la pratique. que la notion de travail aliénant – aliéné conduit à l’idée que le capital s’autonomise par rapport à la pratique comme toutes les puissances aliénantes – aliénées. la confrontation est une nouvelle aventure. Son commentaire politique de cet événement ("à l'est. il a fait passer 96 thèses. Vécu et conçu s’enrichissent mutuellement. mais aussi personnelle. dans la maison familiale. H.

Après sa retraite. 1924. "Positions d'attaque et de défense du nouveau mysticisme". n° 5/6. Henri Lefebvre écrit : "Je ne voulais pas faire appel à mes essais antérieurs. "Critique de la qualité et de l'être. pp. 5-6.. n° 4. une première partie contient une attaque contre les mysticismes passés. il continue à avoir une réelle influence.. concernant le fini et l’infini avait donc des prémices. pédagogie). Philosophies. On retrouve dès ce premier texte une influence nietzschéenne. théologiques et métaphysiques. Dans l’article de 1925 156 . sur le plan politique. La discussion lancée dans le Nietzsche. 155 Un extrait de cet ouvrage est paru : H. Lefebvre. s'abandonner à des signes humains crus magiques. c'est pour se posséder qu'il cherche à disparaître. Chapitre 6 De philosophie de la conscience à l'expérience de l'exclusion La théorie des moments existe chez H. que par la loi suivant laquelle le vouloir authentique s'exalte et s'aventure 157 ". dans lequel se trouve déjà cette notion de moment. J’ai eu le tort. Il entretient des relations avec tous les groupes qui agissaient (partis politiques. la pensée magique. Dans La somme et le reste. 471 et sv. 157 Philosophies. Je pense encore que ce manuscrit (long. qui le reçut avec courtoisie et me le rendit de même. Ses voyages le conduisirent à se confronter au mondial. il est inédit). p. 241 et sv.. c'est-à-dire s'absorber en eux . elle croit alors s'être soumis le monde. mouvement des femmes.. des plans irréels ou surréels . attaque fondée sur la distinction entre deux formes de pensée : l'une. Michel Trebietsch.". et à suivre. Il venait de terminer un ouvrage (que j'ai eu entre les mains . écriture. celle qui ne pose pas l'absolu "par une transposition d'éléments humains". etc).. à une longue esquisse d’une "philosophie de la conscience". depuis. mars 1925. 156 H. Lefebvre. Fragments de la philosophie de la conscience". des aperçus risqués sur la conscience transcendantale. Il ne pouvait pas comprendre les germes contenus dans ce texte de ce qui devait s’appeler plus tard: L’existentialisme." La première théorie (idéaliste) des moments Dans un article écrit en septembre 1924. voulant posséder elle ne peut éluder l'aventure. pp. Lefebvre renvoie ici aux "Fragments" parus dans Philosophies (1924-1925) et L’esprit (1926-1927). La note poursuit : " Manuscrit complet remis en 1925 au plus célèbre des professeurs de philosophie en Sorbonne. 154 H. mais publié en 1925. était en relation avec moi pour envisager la publication de cet ouvrage. – "L'absolu ne s'exprimera. que j’avais envisagée un moment de transformer en thèse. Philosophies. chercheur lefebvrien.". les luttes à l'échelle planétaire. diffus.nombreuse le secondait dans tous les domaines de son activité (recherche.. groupes de recherche. décédé en 2004. enseignement. Lefebvre. sur La philosophie de la conscience 155 . sans y attacher la moindre importance. "Positions d'attaque et de défense du nouveau mysticisme". comme un magicien croit dompter des génies. arrête la recherche en réalisant "des forces. Lefebvre utilise déjà le concept de moment. dans le chapitre sur Le normal et l'anormal. et qui contenait en vrac la théorie des moments. p. 479-482." La somme et le reste. des substances. voilà pourquoi le mystique veut s'abolir . et bien d’autres choses encore 154 . 299. des idées. confus) n’était pas inintéressant. La pensée magique transpose en absolus des moments de la conscience. de manifester de la rancune à l’égard de ce philosophe. avant sa lecture de Hegel. Elle se contredit . et il lui faut se "livrer. mais aussi mouvements de libération. 105 . H. Cette première partie se termine sur l'annonce d'un humanisme fondé sur la seule forme de pensée valable.

H. c'est bel et bien retourner à une "pensée magique". douleur. et quelques autres. La théorie des moments n’est pas explicitée. Lefebvre craint que sa théorie ne soit pas conforme à ce qu’on attendait d’un théoricien du Parti communiste 159 .. justement pour en faire des absolus. mais très prudemment. L'humanisme doit accepter la vie dans sa totalité. et l’existentialisme. La somme et le reste. Abandonnons le rêve. directes. mais sur le plan de l'immédiat et non sur le plan de la pensée (des idées). 1 à 38). ces moments ont un caractère immédiat . voire même ennui et sentiment de l’absurde : "Ici. Il n'en est rien. Entre 1945 et 1959. Pourtant. Paris." Et il poursuit : "Affirmer que l'angoisse nous dévoile ou nous révèle le "monde". Il reprend cette idée dans le chapitre sur Kierkegaard : "On pourrait croire qu'il s'agit de déterminer – en faisant appel s'il le faut à l'histoire. en tant que telle. à la connaissance objective. ainsi que L'existentialisme. Kierkegaard affirme l'irréductibilité absolue de l'expérience individuelle. 158 106 . 3° édition.Critique de la théorie des moments : une manière d'en parler Vingt ans plus tard. p. 2001. y fait référence. il a la subtilité de critiquer ce rapport au moment qu'il trouve chez Sartre. sans conférer à un moment quelconque un caractère exceptionnel. Il vivait déjà selon des moments bien construits 158 . nous ne voudrons plus trouver le secret de l'univers en un moment privilégié de tristesse ou d'abjection. Elle n’est pas disponible. Il craignait qu'on lui reproche son "idéalisme". Pierre Morhange. le porter à l'absolu en le considérant comme une révélation. avec le "monde". Paul Nizan. à propos de l’existentialisme. c'est accomplir l'opération de la pensée métaphysique. des "moments" de la vie . nous serons aussi délivrés du cauchemar . angoisse. les "conditions d'existence" d'une vie humaine totalement épanouie. joie et douleur. 2001. Dans plusieurs ouvrages. en 1946. en un moment privilégié de révélation enivrée ou d'extase. férocité. de l'existence H.. Paris. fascination. 389 et suivantes. elle traverse tous ses travaux. qu’il la publie expressément. mais en régression sur elle – vers la magie 160 ". au nom de son effort pour saisir la totalité. Lefebvre. Ce groupe de 1924-28 regroupait Georges Politzer. d’autonomiser des moments. publiée. 2° éd. mais en même temps montre le risque idéaliste qu’il y a derrière le fait d’isoler. Alors nous pourrons accepter la vie ("l'existence") dans sa totalité. que la pensée idéaliste a tendance d’autonomiser le moment. Isoler un de ces moments. il signale sa théorie dans plusieurs de ses ouvrages. dans le chapitre sur "la scolastique moderne et le déclin de la philosophie" . à la pensée. Sa critique "marxiste" des "nouveaux existentialistes" (Sartre et les autres) est l'occasion de revisiter le concept de moment. Méridiens-Klincsieck.. il montre que la philosophie "moderne" a tout essayé : mélancolie. en 1959. Lefebvre. 1989. l'espoir de découvrir le Secret. Lefebvre utilise constamment. Lefebvre exprime cette idée. Anthropos. pour l'autre. 160 H. 159 Il se pose la question dans La somme et le reste. Lefebvre établit un lien entre son expérience dans le groupe des philosophes. Henri Lefebvre. sa référence aux moments. La douleur. Puisque H. H. Il oppose les deux expériences. premier chapitre (pp. L’existentialisme Dans L’existentialisme. Norbert Guterman. p.. H. Le dogmatisme aurait servi de censure. Ainsi. auparavant. 2° éd. l'humanisme marxiste proteste une fois de plus. la tristesse sont d'incontestables réalités. ils s'insèrent dans nos relations immédiates. du fait de sa dimension "idéaliste". inquiétude. 71. à la différence d'une pensée (d'une idée). l'angoisse. C’est lors de son exclusion du Parti. vertige. Merleau-Ponty et les autres existentialistes. dans L’existentialisme. L’existentialisme (1946). C'est continuer la métaphysique.

Faire du moment un absolu. 2° éd. Avant Descartes. Ce que conteste la critique dialectique. 89. explique-t-il. dans les descriptions phénoménologiques. pour passer sur un autre plan qui "transcende" le premier 162 ". dans la vie du microcosme individuel : le stade esthétique et érotique – le stade éthique – le stade religieux. des ancêtres.individuelle. mais il lui semble que le moment. p. la pensée ou connaissance sont des produits sociaux que l’individu accueille dès son enfance. des autorités. plusieurs moments. que chacun doit chercher son secret et le sens tragique de son existence. y compris la science. dans le domaine de l'immédiat. Lefebvre montre cependant que cette acquisition ne s’opère qu’au prix d’un double et illusoire illusion. Paris. des justifications. Lefebvre dans la forme qu’elle prend alors. c’est-à-dire un infini. non quelle se réso1vent . à chaque stade. était déjà inscrit dans l’œuvre de Nietzsche. non conceptuel et spéculatif. Lefebvre lui-même. que rejette H. Ces contradictions obligent à sortir d'une sphère. La conscience humaine de l’individu naît. mais vécu. et qu’il reçoit sous la forme travestie d’une révélation. Descartes. Non. assez modeste. 1947. c’est un acquis important. L’existentialisme. même lorsqu’on le dégage. comme tout idéalisme. la pratique sociale. mais il se rattachera 161 162 L’existentialisme. Pourtant. s’affirme comme conscience et centre de pensée – et réel. dès que l'on prétend résoudre par l'immédiat les questions suprêmes. 164 H. Lefebvre. Ce sont les contradictions qui. c’est de poser l’individu pensant qui se pose et s’affirme : "Il prend toute la pensée en charge. mais ne se reconnaît pas encore. le lecteur d'aujourd'hui est bien obligé de sentir la proximité qu’il y a entre les moments dégagés par l’existentialisme. p. une base. obligent à en sortir . dans son Descartes. 107 . en tant que singularisation anthropologique du sujet. ce n'est pas tant la "description" par M. délaissés ou dépréciés par le vieux rationalisme . que les stades chez Kierkegaard. H. doit être remis en perspective avec le tout. cette école de philosophes a. C'est ainsi qu'il croit poser concrètement. des dieux). paru en 1947. en soi et pour soi. 2° éd. et libre comme tel. de la fascination. H. Mais là encore. H. du sadisme. C'est surtout la place de ces descriptions dans l'ensemble des vérités. l'action 163 ". Il conclut son raisonnement : "Non seulement il se prendra pour le point de départ et le commencement absolu. p. et l'effort de conceptualisation de H. Ainsi. au-delà de la critique de Kierkegaard. La théorie lefebvrienne des moments sera effectivement mieux articulée. Cette dialectique d’alors entre la critique et l’intérêt d’une théorie à redéployer. Et plus loin : "Il (Kierkegaard) distingue plusieurs "stades". 104. Chacun doit descendre dans les profondeurs strictement “ privées ” de sa conscience et comprendre la valeur infinie de certaines découvertes. loin de là. éd.. ces descriptions se situent à un degré inférieur de la vérité. Moment capital dans l’histoire concrète de l’individualité 164 ". la connaissance. et mettre au premier plan le problème de l'humain. Lefebvre ne rejette pas. Comme la psychanalyse. qui supposent précisément la totalité de l'expérience humaine. Pour le critique dialecticien. en tant que telle. Comment passe-t-on de l'un à l'autre ? Par une sorte de mouvement dialectique. 182.. L’apport de Descartes. C'est au cœur de l'individu isolé. En fait. d’hier et d’aujourd’hui. le moment tel que le décrit la phénoménologie. Lefebvre montre que le Cogito cartésien est bien un moment de la pensée. on le retrouve dans un passage sur la phénoménologie de Sartre : "Tout n'est pas faux. Cette vérité relative. au contraire ! pas de solution pour la "dialectique" existentielle.. de certains moments absolus et d'ailleurs uniques 161 ". il refuse la prétention de Descartes d’en faire un absolu. 2° éd. 163 L’existentialisme. 127. la phénoménologie a attiré l'attention sur certains "moments" de l'existence peu connus. mais avant lui dans le vertige spéculatif de tout philosophe. alors qu’il est un moment. celui de la foi. p. se transforme en une très grande erreur. d’un don venu d’en haut (de ses parents. d'un stade. Sartre du vertige.

Ce qui l'a sauvé : l'appartenance au Parti se trouvant fermée. Son moment du politique ou du marxisme prend une autonomie par rapport au dogmatisme. (et ce ne fut pas de son fait). le rêve. G. malgré cette tendance du Parti à aplatir ses membres à une seule appartenance. organisation. se redéploient les moments … Je ne reprends pas ici le détail de la théorie des moments définie dans La somme et le reste. Lefebvre aurait certainement été détruit par son exclusion. le philosophe militant refusait (et quelques autres avec lui). Ainsi. je suis toujours resté philosophe. Lapassade montre que cette conception organisationnelle de Lénine ne diffère en rien de celle de Taylor. Quatre chapitres s'y réfèrent explicitement : -trois dans la troisième partie (la vie philosophique) : "Moments". Sur les 777 pages de cet ouvrage. pour nous aujourd'hui. dans l'entreprise capitaliste. "Le moment philosophique". Chapitre VII. 108 . durant un an. Lefebvre ne se réduit pas à une seule appartenance. -un dans la cinquième partie (L'inventaire). ou sous forme spécifique et dégagée. 2006). Lefebvre. mais stalinien. j'ai été communiste. La théorie des moments est le levier qui permet au philosophe exclu de rebondir. lorsque je préparais mon livre sur lui. H. p. Il y avait un qui pro quo. 165 165 166 Descartes. Elle est constamment présente dans l'ouvrage.fatalement à une substance métaphysique. p. où Lénine 166 nous propose un modèle de militant totalement réduit à son appartenance au Parti . ou sous forme implicite. car le Parti communiste n'était pas marxiste. le jeu". institution. où le chapitre VII s'intitule "théorie des moments"." La somme et le reste est donc un livre passionnant. Anthropos. H. de renaître. Lefebvre est resté "plusieurs". H. (5° éd. mais ce n'est pas le cas. au même moment. parce qu'il donne à lire une théorie des moments. Dans Groupe. Pourquoi ? L'idée qui sous-tend le livre est la suivante. la théorie des moments s'affirme positivement.. la théorie des moments est présente dans un tiers des chapitres. V° partie (L'inventaire). D'accord. c'est que. éternelle : la Pensée en soi "… Il y a donc un lien établi par H. qui trouve son illustration dans la biographie personnelle et collective du philosophe qui la produit. "Encore sur les moments : l'amour. a-t-il pu me dire. 167 Henri Lefebvre. durant toute cette période d'épreuve dogmatique. Pour H. je ne me suis jamais donné". immobile. "Je me suis beaucoup prêté. Je crois que ce thème constituerait un livre en soi. C'est mon appartenance à la philosophie (comme moment autonome) qui m'a permis de survivre au dogmatisme stalinien. De ce point de vue. S'il n'avait eu qu'une appartenance. ce chapitre vise à condenser des aperçus jusqu'ici dispersés. 167 Je vais me contenter de citer quelques passages de ce chapitre . les principes léninistes de Que faire ? (1902). le rencontrant alors chaque semaine. il voit un moment important de sa vie (sur le plan temporel et anthropologique) se dissoudre. 637 et suivantes. Parce que j'étais marxiste. pour montrer la rupture avec le moment de la phase dogmatique. une affirmation positive Avec La somme et le reste. Ce qui m'a permis de survivre. Paris. La somme et le reste. Lefebvre entre l’idéalisme et la tendance à construire les moments comme absolu ! La somme et le reste. mais cette fermeture du moment lui ouvre de nouvelles possibilités. H. 129. Lefebvre nous dit en quelque sorte : "Entre 1928 et 1958.

637. 172 H. S. "Il n'y a pas deux langues équivalentes. et r. La parole ne peut se réduire à une algèbre . c'est sa profusion. et c'est pourquoi la parole vivante exprime. au lieu de simplement signifier 171 ". c'est-à-dire plus complexe que les modèles et d'une autre façon 170 ".. L'expression 168 H. C'est de cette idée qu'il part pour nous offrir une première synthèse de sa pensée. 234. aussi précises l'une que l'autre pour dire les mêmes choses : le langage des phénomènes. Dans la parole. c'est à cet endroit que se construit l'humain. p. Cette réalité n'est pas seulement sensible. suggère. Ils éclatent. Les impressions sensibles ont donc la richesse inutile de la parole. de le connaître. et r.L. En effet. Lefebvre part de la nature. de le dominer. La signification (l'algèbre des signes) est le désert de l'essentiel. S. Elle déborde les schémas d'équilibre. dans la nature. "jeux d'eaux".L. les impressions sensibles n’ont rien d'une langue naturelle. "La poussée des feuillages au printemps. Le jeu de la nature Ce qui surprend toujours Lefebvre.. La parole déborde de phénomènes inutiles pour la signification précise. dans le chapitre VII. La somme et le reste.L. où tout serait significatif. Le jeu de la nature n'a pas de sens si on l'applique à un objet. vont vers un tel monde. le langage de la science. 169 H. les frondaisons pendant l'été. à une chose séparée. cit. que par un effort incessant pour les protéger. et r.. H. S. La réalité les "réduit perpétuellement à leur statut d'abstraction scientifique nécessaire. 638. dans le même mouvement. Pour lui. Il montre d'abord que la réalité dément sans cesse les schémas d'équilibre.. et r. p. la chaleur. Mais.. équivaut à un cauchemar absurde. Ils ne se maintiennent. p. de la cinquième partie de La somme et le reste. H. par laquelle la réalité matérielle nous signifierait ce qui se formule rigoureusement en lois. mais aussi véritablement que les formulations mathématiques et les schémas abstraits.. p. p. Le monde rationalisé. "elle vient d'un être et présente cet être". Ce n'est pas la seule image de l'exubérance. dès sa première théorie (1924).. l'inutile réagit contre lui. la redondance est aussi considérable .L. représente l'énergie.. Les expressions : "jeux de lumière". évoque. les modèles de stabilité qui fournissent des formes ou des structures formelles capables de cerner un objet. ont du sens. "jeux de reflets". 171 H. les notes renvoient à La somme et le reste sous la forme : H.Chapitre 7 : La somme et le reste Dans le chapitre "Moments" de La somme et le reste. S. Elle manifeste leur distance. 638. et encore davantage la post-modernité. S. Lefebvre. et r. 109 . 635. comme forme et structure.. Mais. théoriquement et pratiquement.L. Lefebvre a déjà défini les moments comme modalités de la présence 168 . toujours franche et vive. en fonctions mathématiques. Le sensible ressemble davantage à la parole humaine qu'à la langue. mais elle se découvre par contraste avec les modèles autrement complexe. ce qui signifie colorée. 170 H. "La profusion dans la nature renouvelle sans cesse l'étonnement".. avec l'indication de la page. op. mythique et symbolique. La "modernité". Il a déjà montré que. les expriment donc autrement. il voyait les germes de ces moments dans la nature 169 . La figure du soleil. la lumière répandues à travers l'espace et le temps.. l'épaisseur des feuilles mortes pendant l'automne suggèrent aussi fortement l'abondance 172 ". Dans la suite de ce chapitre. mais lointaine par rapport à la présence du réel objectif. la musique. Le chant.

179 H. et r. le soleil inondant d'énergies cosmiques les espaces les brûle. guetter sa proie .. Les “ corps ” s'isolent et s’affirment. de ce luxe naturel. "Dans la vie biologique. Tout. Les modalités élémentaires incombent à des tissus et organes différents. Lefebvre remarque que "l'animal supérieur (un fauve. de ces spectacles offerts. puissance du négatif. Aucun mot que le jeu ne désigne cet illimité qui se manifeste justement aux limites incertaines et pourtant précises de la nature. Tout est déterminé. la loi la plus générale. "Nous aspirons à la re-naissance. p. Il contient une aliénation qui se révèle à une réflexion plus profonde. L'inutile disparaît. Aux tumultes et aux tempêtes cosmiques qui les brassent. Les vivants sont des proies les uns des autres. sépare le lié. ce qui vivifie est aussi ce qui tue . Lefebvre retrouve la surabondance.. 110 . S. et se dévore 178 ". 178 H.L.. dans la nature sensible. qui tantôt peut s'identifier avec la bonté de la nature. p. les éléments tombent les uns hors des autres. p. par exemple) sait se reposer. La nature est le plus grand des spectacles. Dans la nature végétale et animale.. S.L.. et r.. 176 H. elle relie le séparé : "Sans cesse."jeu" rend bien "l'inutilité et la beauté des reflets et des scintillements de la lumière à la surface des éléments. et r. 639. partir en chasse. p.L. c'est celle d'une prodigalité insensée. et r. et r. et les vagues de la mer ne sont qu’ondulations. Par rapport à l'ordre humain. les modalités élémentaires de la vie se différencient en même temps que les organismes. S. la nature est désordre.L. La terre qui n’est que terre soustrait ses cavernes à la lumière et aux feux du soleil. Les aspects se proclament chacun pour soi : cette bille n'est que corpuscule. y compris chaque espèce et le maintien de telle espèce..L. répondent d'inexplicables stagnations. tantôt avec une effroyable ironie 179 ". H.L. Le feu dévore en même temps qu'il féconde 175 ". La vie joue avec elle-même un jeu mortel L'analyse. que nous dominerions sans que le règne de la volonté et du savoir se traduise en sécheresse". rien qui ne soit fonctionnel. S. "La vie se nourrit de soi. violences et apaisements. S. l'amour et la reproduction. les consume et règne sur des déserts. p. il a ses saisons d'amour 173 174 H. Dans la hiérarchie des êtres vivants. Nous la re-créons de façon intime et secrète. elle les fait rentrer dans la danse 177 ". 639. Et nous avons besoin de ces inutilités. 640. avare.. 641.. Cette vue de la nature que nous propose H. La nature offre des contrastes : tempêtes et calmes. exubérance sensorielle retrouvée 174 ". Mais l’ordre humain n’a rien d'absolu. le jeu. Elles se distinguent dans le temps et l'espace : dans les activités. la faim. p. 641. H. la lutte. l'expansion démesurée de la vie qui ne trouve qu'en elle-même ses propres limites. La réflexion pourchasse dans leurs repaires ces ordres indépendants qui engendreraient le plus grand désordre . Et cependant. "Dans la nature. de l'aube ou du crépuscule 173 ". le repos se mêlent inextricablement. en nous. de ce jeu illimité.. et r. utile. S.. dans nos œuvres. H. 639. Lefebvre veut souligner "l'absence de séparation entre la nature et l'homme (social) même quand le social croit se séparer de la nature 176 ". "dans la musique. 175 H. 639. terne. dans un état d'indifférence réciproque. S. La prolixe et généreuse mère se révèle tout à coup muette. Il y a dans la vie (végétale et animale) une sorte d'immense gratuité.. et r. Dans les profondeurs originaires de la nature. semble soumis au hasard.L. autour de nous. du soleil ou de la terre sur la mer. parfaite et sublime inutilité.. 177 H.. p. indispensable.

L.L. ou inversement se séparent et tombent les uns en dehors des autres 182 ".L. "Jamais la crainte ou l'inquiétude devant le danger possible ne le quitte complètement 181 ". et r. 186 H. que du côté de la répartition sociale des biens et des objets. 353. le jeu. le jeu se 180 181 H. il n'y a que l'esquisse de l'analyse qui suit. 239-250. la lutte. le moment de la justice et le moment de la poésie. En effet. il a déjà présenté le moment philosophique 184 . S.... Chez l'homme On retrouve dans l'homme les éléments ou attributions élémentaires observés dans les origines de la vie et de la nature matérielle : la lutte. Ce qui diffère du tout au tout. 182 H. H. En s'affinant..L. et r. Lefebvre va s'appuyer sur plusieurs "études de cas". de les unir : "Dans l'homme socio-individuel. Je ne développe pas ces moments ici. p. et r. leur discernement.. une hiérarchie entre les moments. S. Ces fonctions sont celles de la vie la plus primitive. S. Dans l'enfance des sociétés. p.. aussi bien du côté de la vie immédiate et spontanée qui rétablit brusquement ses exigences. Lefebvre n'a jamais voulu jouer à aucun jeu. l'animal supérieur continue à mêler les fonctions.. l'homme peut se reconnaître et s'attribuer les possibilités. Il ne dort jamais que d'un œil. 641. et r. La présentation de moments À ce moment de sa synthèse. une raison vivante et ordonnatrice tend à distinguer ce qui restait mêlé. et r. S. le moment de l'amour 185 . c'est qu’elles sont différenciées 180 ". dans lesquels l'individuel ne se sépare pas du social. la raison à l'œuvre dans la civilisation tend à constituer des moments. 184 H. Signalons que dans les chapitres antérieurs de La somme et le reste. il a sa tanière . Mais j'y renvoie le lecteur. l'amour et la reproduction.L. Ainsi. p. les discernables se confondent. leur distinction. La différence. l'amour. et r. dans la vie animale (disons par exemple : le repos et la lutte) et aussi à relier ce qui restait séparé (disons : la grâce et la puissance). il a donc une série de fonctions réparties avec une sorte de raison intuitive. p.. qui ne se soumettent pas à l'ordre que tend à imposer cette raison 183 ". 642. 111 . c'est la répartition des moments. p. Cette raison tend.. 343-353. entre l'animal et l'homme. Le moment du jeu L'analyse de ce moment est une reprise. p.... 187 H. S. le moment du rêve 186 . Dans cette page. 337-343.. H.. S. 642. préférant faire l'analyse précise du chapitre de synthèse. le moment du repos.. le repos. On y apprend cependant que H.. p. et r. 641. la nourriture.. comme dans l'enfance individuelle et dans l'animalité. S. H. "Ainsi.L. S. 185 H. Lefebvre l'a déjà abordé dans le chapitre "Encore sur les moments" 187 . Mais. Son œuvre rencontre beaucoup d'obstacles. dans la nature animale comme dans la nature matérielle.L. Il introduit des illustrations en présentant le moment du jeu. ni même la volupté de la douleur et de la crainte. Les chats ne distinguent pas totalement la poursuite de la proie. et la manière de passer de l'un à l'autre.. les plus hautes civilisations créent des jeux qui ne sont que des jeux. et r. Mais en plus. car s'il avait joué.L.. 183 H. p. il aurait tout perdu.

discernait mal de l'action, du travail, de la lutte ; il y a confusion, mélange. L'enfant joue quand il travaille : il travaille en jouant. H. Lefebvre montre que les ethnographes écrivent des sociétés où le jeu prélude à la lutte, où la danse confond les figures de l'amour et de la guerre avec le jeu, etc. "Dans une civilisation avancée, le jeu constitue un moment. Il ne s'isole pas. Les figures de la guerre ou de l'amour s'y intègrent, mais subordonnées aux règles qui font le jeu spécifique. Ainsi les échecs correspondent à une bataille rangée entre les armées royales, mais les combinaisons se définissent rigoureusement sur le terrain de jeu. Ainsi les cartes comprennent les figures de l'amour, mais subordonnées à des règles de nécessité et de hasard. Ces jeux spécifiques ne naissent pas brusquement, produits par une volonté abstraite de jouer 188 ". Dans l'abstrait, la volonté de jouer ne crée que des jeux sans profondeur, sans réalité des petits jeux de société. Les vrais jeux gardent quelque chose de leur participation initiale à la totalité. "Le déplacement vers les jeux des objets magiques s'accompagne évidemment de métamorphoses radicales, telles qu'une formalisation très particulière : la règle du jeu 189 ". Le jeu définit ses catégories : la règle, le partenaire, l'enjeu, le risque et le pari, la chance, l'adresse, la stratégie. "La sphère de ces catégories, les frontières du jeu, ne s'établissent pas de façon absolue. Aucun gardien n'ordonne : "Ici cesse le jeu, ici commence le sérieux". Les frontières des moments dépendent des moments et des hommes. Tout peut se jouer et devenir jeu. L'amour peut se jouer et se présenter comme jeu (mais alors ce n'est pas, ce n'est plus ou ce n'est pas encore l’amour) 190 ". Au théâtre, l’acteur joue, l'auteur dramatique se fait jouer. Mais comme l'acteur a un métier, on ne définira pas l'art ou le spectacle dramatique comme jeux. "La vie sociale peut se feindre, se mimer : se jouer 191 ". La frivolité l'emporte alors sur les intérêts réels qui rendent la vie sociale intéressante. Avec ses catégories propres, le jeu révèle une modalité de la présence : "Mon partenaire apparaît jouant, en tant que joueur ; et bien que je puisse retrouver dans le jeu les qualités ou défauts que je lui connais par ailleurs, il peut s'y montrer extrêmement différent de ce qu'il est par ailleurs. Enfin, parce qu'il a ses catégories propres, le jeu présente un monde". On s'engage jusqu’à s’y laisser prendre : "Parce que le jeu est un moment, il tend un piège. Je deviens un joueur. Il présente quelque chose : un gouffre, un vertige possible. Il y a un absolu dans le moment du jeu ; et cet absolu, comme chaque réalité ou moment porté à l'absolu, représente une aliénation spécifique 192 ". Le moment du jeu est donc une substantialité sans substance (au sens ontologique). Cette substantialité se manifeste par l'existence d'un absolu au sein du relatif. Dans toute substantialité, est posée une tautologie : le jeu, c'est le jeu. H. Lefebvre remarque que "cette proposition identique en apparence, et vide comme l'identité logique ne se réduit absolument pas à un pléonasme. Dans sa première partie, le jeu se présente comme activité spécifique ; dans la deuxième partie, c'est le jeu, se condensent les catégories de cette activité spécifique, qui doivent ensuite s'expliciter ; de sorte que l'identité se déploie indéfiniment en une nonidentité qui dit ce qu’est le jeu : ce que sont les jeux". Ainsi, le jeu relève de la formalisation, mais il ne s'y réduit pas. "Il est bien plutôt gouffre et vertige, fascination, plaisir infernal : aliénation. L’activité élémentaire, née dans les profondeurs obscures de la nature, a pris cette forme transparente pour retrouver les profondeurs obscures 193 ".
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H.L., S. et r., p. 643. H.L., S. et r., p. 643. 190 H.L., S. et r., p. 643. 191 H.L., S. et r., p. 643. 192 H.L., S. et r., p. 644. 193 H.L., S. et r., p. 644.

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Le moment du repos Qu'est-ce que le repos ? Les termes de décontraction ou de détente confondent idéologie, mythe, besoin. "Les techniques du repos existent depuis que la civilisation existe mais assez mal dégagées et utilisées. On s'aperçoit seulement aujourd'hui qu’une science du repos, ménageant les conditions objectives et subjectives de ce moment, doit se constituer. Il n'est pas facile de se reposer pour l'être humain, qui a pour essence l'activité. Il ne suffit pas de s'étendre pour se décontracter, de fermer les yeux et de boucher ses oreilles pour atteindre l'apaisement ou la paix. L’absence du mouvement, ce n’est pas encore la décontraction méthodique, car elle laisse dans des tensions résiduelles et mal proportionnées la plupart des muscles du corps 194 ". Ainsi, notre société constitue le moment du repos. "Elle l'institue par le moyen d'éléments divers, matériels ou non : techniques du corps, lieux de repos, couleurs ou sons apaisants, etc 195 "… Le monde moderne constitue un moment du repos qui ne se rétrécit pas à la relaxation. La re-création prend des formes multiples dans et par le loisir qui s'ébauchent socialement. Le sociologue se donne ces formes pour objet. Le moment de la justice Le moment de la justice et du jugement ne se forme pas dans la nature. Ce moment est invention de l'homme civilisé. La pensée ontologique le projeta en l'être absolu, en voyant en Dieu, le juge suprême. Aujourd'hui, la vie entière relève de la justice et du jugement ; pourtant, le jugement n'est qu'un moment. Longtemps, on a extrapolé la justice dans l'éternité. On concevait le jugement suprême et dernier. Cette image qui grandissait la figure du juge aux proportions de l'univers, s'estompe. H. Lefebvre a rêvé d'écrire un roman pour raviver cette image, qui se serait intitulé : Le jugement dernier : "Un jour, un jour quelconque, à une heure ou à une minute quelconques, le jugement dernier commence ; et les gens ne le savent pas ; ils n'ont pas entendu la trompette des anges. Mais lentement, lentement, ils commencent à revoir leurs souvenirs abolis ; les actes et les événements qu'ils ont oubliés remontent avec mauvais goût à leur conscience et à leurs lèvres ; ils commencent à transparaître les uns pour les autres, sous leurs paroles, sous leurs dissimulations et leurs masques ; ils récupèrent leur passé, pendant que leurs secrets et leurs hontes se révèlent, les lapsus devenant plus nombreux, puis les aveux. Lentement, lentement. Le jugement dernier a le temps devant lui. Lorsque le juge va survenir, les hommes se sont déjà jugés les uns les autres, dans leur vie de chaque jour, maris et femmes, enfants et parents et amis, nus, déjà damnés ou déjà sauvés. Le grand Juge n'a plus qu'à exécuter la suprême sentence 196 ". H. Lefebvre aurait aimé que ce roman se passe dans la famille d'un notable bien-pensant. Aujourd'hui, il n'y a plus de Juge suprême. Pourtant, les thèmes du Juge, du Procès, de la culpabilité obsèdent les consciences. "Le moment de la justice se définit lui aussi par une forme, par une procédure : convocation, comparution, témoignage et confrontation des témoignages, accusations, plaidoirie, délibération, application de la loi, sentence, exécution de la sentence. Tel ou tel moment partiel peut manquer, leur ordre s'intervertir, peu importe. Cette forme est à peu près la même au sein de la conscience individuelle et de la société 197 ".

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H.L., S. et r., p. 645. H.L., S. et r., p. 645. 196 H.L., S. et r., p. 645. 197 H.L., S. et r., p. 646.

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Le rituel de la justice se déroule avec la même gravité et le même ridicule, intérieur ou extérieur : "La justice a son appareil et son Temps. Dans les deux cas, faute d'un Juge absolu, le Juge est toujours en même temps juge et partie. La justice n'est pas de ce monde et il n'y a pas d'autre monde. La justice est une modalité (et n'est qu'une modalité) de la présence. Elle ne parvient ni à se justifier totalement, ni à s'imposer, ni à pleinement légitimer la sentence, ni à imposer pleinement l'exécution, sauf quand elle est injuste 198 ". H. Lefebvre montre que la justice est un absolu. Cet absolu nous donne le vertige : "Comme tout absolu, celui-ci appelle et il aliène. Il y a un absolu de la justice, aussi insaisissable que les autres, aussi prenant, aussi pressant ; pourtant, comme moment, la justice est nécessaire 199 ". H. Lefebvre montrer l'utilisation que Brecht a fait de cette forme dramatique du moment de la justice. Chez lui, le cérémonial devient spectacle. Il se subordonne les éléments de ce spectacle. Le moment dramatique est défini par la comparution, le dialogue est défini par le témoignage et la confrontation des témoins, et le dénouement est défini par la sentence. La figure centrale est le juge. "L'absence du juge, la fin de la grande image du jugement dernier a donné lieu à une grande forme dramatique. Elle correspond au désespoir qui ne croit plus au juge et le recrée dans une fiction. Si la vie sociale offre des éléments et de grandes formes ébauchées, il n’en faut pas moins un penseur ou un artiste pour s'en saisir et les formuler dans une conjoncture définie 200 ". Ce moment de la justice tient à cœur à H. Lefebvre qui le développera dans La critique de la vie quotidienne 201 . Dans ce texte, il insiste sur la proclamation du rituel, du cérémonial, c'est-à-dire d'une forme qui devient formalisme. "Celui qui juge, c'est-à-dire qui veut juger, convoque les actes et les évènements, ceux de sa propre vie et ceux de la vie d'autrui (dans laquelle il s'introduit indûment). Sa conscience se solennise, revêt robe rouge et bonnet carré. L'acte incriminé avance devant l'auditoire des passions et des autres actes accomplis, témoins plus ou moins compromis dans l'affaire litigieuse. Celui qui juge fait comparaître par devers lui, en tant que juge investi par lui-même (indûment, car il est juge et partie) de ce pouvoir 202 ". Le juge instruit le procès. Il recherche les circonstances et les motivations des actes (et généralement s'y perd). Il procède à l'audition de divers témoins. Puis, il se prononce. Il fait exécuter le jugement… H. Lefebvre souligne la coïncidence du cérémonial intérieur, celui de la conscience vertueuse, et du formalisme le plus extérieur, celui de la justice comme institution. Le problème "vertu ou institution" serait donc un faux problème, surmonté par la théorie des moments : "La théorie permet de comprendre comment et pourquoi la justice, dès que conçue, devient un absolu. Celui qui aime et qui veut la justice - le Juste - ne veut plus qu'elle, et juge tout selon la justice. Et cependant, il n'arrive jamais à la définir, encore moins à la réaliser. Il détermine la justice par le juste, et le juste par la justice. Il tombe ainsi dans une aliénation spécifique, celle de la conscience morale qui se veut absolue 203 ". Ainsi, la justice comme but de l'action suppose une action qui va bien au-delà de ce but et s'inspire d'autres motifs. La Justice ne peut se réaliser ni même s'approcher par ses propres forces. Sa réalisation implique sa suppression et son dépassement… Mais revenons à La somme et le reste. H. Lefebvre propose d'inscrire la poésie, dans la liste des moments. Le moment de la poésie

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H.L., S. et r., p. 646. H.L., S. et r., p. 646. 200 H.L., S. et r., p. 646. 201 H. L., Critique de la vie quotidienne, tome 2, p. 353-55. 202 H. L., CVQ2, p. 354. 203 H. L., CVQ2, p. 354.

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Ce moment s'installe dans le langage. "Un objet, un être, un aspect fugitif reçoivent ainsi le privilège d’une charge intolérable, incroyable, inexplicable de présence. Un sourire ou une larme, une maison, un arbre, devient un monde. Ils le sont véritablement, pour un moment qui dure, et qui, se fixant en parole se retrouvera et se répètera presque à volonté dans le devenir. Un sourire, un nuage s'éternisent ainsi 204 ". Le poète suscite une émotion spécifique. Elle ne se définit que par une tautologie : la poésie, c'est la poésie. On peut expliciter cette tautologie indéfiniment. Le moment poétique a sa procédure : chant et sens, surcharge émotionnelle de l'objet, signifiant la sensibilité entière du poète. H. Lefebvre pointe le malentendu fréquent entre le poète lyrique et l'esprit de sérieux. Pour un romantique, "la chute d'une feuille a autant d'importance que la chute d'un État. C'est Amiel, je crois, qui a écrit cette phrase à propos de la poésie romantique allemande. Nous pouvons imaginer un tel poète écrivant un fort beau poème, très pur, sur la chute d'une feuille, en déclarant qu'elle a pour lui une importance capitale, plus d'importance qu'une guerre mondiale ou qu’une révolution 205 ". Le moment de la poésie n'existe que parce qu'il s'impose au poète et à celui qui l'écoute. Chanter son amour, le sourire ou le baiser de la bien-aimée, oblige le poète à y montrer un monde. Sinon, il risque d'entendre celui qui l'écoute lui dire que ce qu'il évoque n'est pas réel, que sa "poésie" n'est qu'une plaisanterie ! Et effectivement, nous pouvons nous questionner sur la chute d'une feuille ! sur l'importance du sourire ou du baiser d'une femme ! " Pour l'esprit de sérieux et de lourdeur, les instants et les moments se valent ; on les passe au crible de l'utilité, au critère politique. L'ennuyeux, c'est évidemment la pédanterie qui en découle. Lorsque l'esprit de sérieux prend entièrement au sérieux le poète et s'écrie : “ Mais non, voyons, tu es frivole, le socialisme interdit que l'on donne autant d'importance à un baiser, que l'on cherche à émouvoir les gens par la chute d'une feuille... ”, et lorsque cet esprit de sérieux envisage l'abus de pouvoir, alors la situation devient délicate". Dans ce cas, H. Lefebvre veut alors restituer les droits du moment de poésie et les pouvoirs de la légèreté comme moment. "Le poète ne ment pas ; il ne trompe pas. Il dévoile une présence, en transférant sur elle le pouvoir, venu d'une totalité qui la dépasse et le dépasse : le langage. Il use d'un sortilège. Mais est-ce qu'on brûle encore les sorciers et sorcières, au XXe siècle ? 206 " Peut-on dénombrer les moments ? Pour H. Lefebvre, les moments sont en nombre limité : jeu, amour, travail, repos, lutte, connaissance, poésie... La liste n'est pas close, mais le nombre des moments ne peut pas être indéfini, car les moments sont justement ce que l'on peut définir. L'énumération n'est cependant jamais exhaustive, puisqu'il est toujours possible de découvrir ou de constituer un nouveau moment, du moins en principe, dans la vie individuelle. Certes, en prenant de la consistance, la théorie devrait énoncer un critère pour déterminer ce qu'est le moment et ce qu'il n'est pas. Mais la théorie n'a pas à assumer la tache d'une énumération exhaustive. Caractères généraux des moments Un moment définit une forme et se définit par une forme. "Partout où s'emploie le terme moment, dans un sens plus ou moins précis, il désigne une certaine constance au cours du déroulement du temps, un élément commun à un ensemble d'instants, d'événements, de
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H.L., S. et r., p. 646-47. H.L., S. et r., p. 647. 206 H.L., S. et r., p. 647-48.

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conjonctures et de mouvements dialectiques (ainsi dans moment historique ou dans moment négatif, moment de la réflexion). Il tend donc à désigner un élément structural que la pensée ne doit séparer du conjoncturel qu'avec précautions. Le mot désigne clairement une forme, mais cette forme a dans chaque cas une spécificité. Qu'est-ce que la forme du jeu ? L’ensemble de règles et de conventions (catégories du jeu). Qu'est-ce que la forme de la justice ? Un rituel extérieur ou intérieur, un cérémonial qui règle la succession des événements, le lien, la convocation ou citation des accusés et témoins, la comparution, etc… Quelle est la forme de l'amour ? Une étiquette qui prescrit la manière et le style, la progression de la cour (déclaration, aveu) aux gestes de la possession et de la volupté. Cette étiquette exclut la brutalité, et inclut en principe le plaisir partagé comme but de l'amour. Elle fixe avec une exigence nécessaire laissant place aux contingences et à l'imprévu le rôle du baiser, de la conversation, de l'audace, du respect, de la discrétion, de la pudeur, de l'impudeur, de l'abandon, de la reprise, etc 207 ". Forme et contenu H. Lefebvre regrette que le terme “ forme ” soit, sous "sa fausse précision", l'un des plus confus de notre vocabulaire. Il ose dire que toute civilisation est créatrice de formes. "Elle diffère en ceci de la société (qui consiste en une structure économique, en un mode de production, en rapports de propriété, etc ...) et de la culture (qui consiste en connaissances, contenus appris, faits retenus, en œuvres admises)". H. Lefebvre veut relier ces trois termes sans les confondre ; il veut les distinguer sans les séparer. "La civilisation crée des formes dont il y aurait lieu de suivre la constitution dans l'histoire. Ainsi le formalisme des paroles et le rituel des gestes, courtoisie et politesse, comme modes de contact et de communication. Le chemin long et sinueux des sociétés archaïques aux civilisations (ou à la civilisation en général) permet la stylisation, des gestes naturels, leur organisation en un agencement de gestes significatifs. Les groupés sociaux partent de paroles et d'actes magiques, destinés à protéger un moment, à désarmer les inimitiés, à mettre ce moment sous le signe de l'accord ou de la poésie (formules qui deviennent ainsi rituel de la vie sociale dans la quotidienneté : salut, bénédiction, serrement de mains). Cela signifie que la théorie de la civilisation ne couvre pas l'ensemble de la réalité (de la praxis). Elle n'empiète ni sur l'étude de la société (de l'économie à l'idéologie) ni sur l'étude de la culture, encore qu'elle doive en tenir compte et ne puisse s'en séparer 208 ". Le rapport entre forme et contenu diffère ici du rapport entre contenu et forme dans la connaissance ou dans la praxis productrice. "La forme de civilisation permet l'introduction d'éléments matériels extrêmement différents ; elle règle leur ordre, leur succession, non leur matérialité 209 ". Ainsi la comparution exige la venue devant le tribunal de personnages quelconques. Le tribunal de la conscience fait comparaître événements, impressions, idées, décisions, sentiments lointains ou proches. La forme ne déforme pas le contenu. Elle lui laisse une certaine liberté. Cependant, elle lui assigne un rôle et une place dans l'ensemble. Les éléments matériels se prélèvent dans l'ensemble de la praxis. La praxis entière relève de la justice, elle est du ressort du jugement, bien que la justice et le jugement ne représentent qu'un moment. Ainsi, "la vie entière d'un individu peut se pénétrer de son amour et son amour peut devenir coextensif à la totalité de sa vie, bien que l'amour ne soit qu'une modalité de la présence 210 ". Rites et cérémoniaux sont élaborés et stylisés dans une civilisation déterminée, par des groupes sociaux déterminés, peuples, classes, dans une conjoncture historique. Ils ne laissent rien hors de leur stylisation : ni les objets usuels, ni les gestes, ni les œuvres d'art, encore que les rituels se forment dans la vie immédiate et dans les rapports directs quotidiens
207 208

H.L., S. et r., p. 648. H.L., S. et r., p. 649. 209 H.L., S. et r., p. 649. 210 H.L., S. et r., p. 649-650.

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: "Non rigoureuses, les formes décrites ici ne sont pas complètement stables ; elles oscillent entre l'extrême sérieux et l'extrême frivolité, entre la facticité conventionnelle et la nature presque spontanée. Malgré ces oscillations, elles existent d'une existence spécifique, et se confirment à travers les éléments circonstantiels 211 ". Moment et totalité Ainsi, chaque moment est une totalité partielle qui reflète ou réfracte la praxis globale. Chaque moment a une modalité de perception spécifique des autres. Il n'existe plus de frontière rigoureuse entre nature et société dans cette théorie des moments. "Les germes qui se développent en moments existent dans les profondeurs de la nature, non-animée ou animée. Cependant, ils y gisent ensevelis, enfouis, à la fois confondus et séparés. Les formes de civilisation prélèvent leurs éléments dans la nature, dans les instincts et besoins naturels. Elles insèrent le naturel dans les structures de la conscience civilisée. Ainsi, la civilisation reflète la nature, matérielle ou vivante ; mais le rapport qu'elle implique diffère radicalement d'un reflet passif. Elle arrache à la nature des éléments naturels pour les métamorphoser profondément en les insérant dans des formes : dans un ordre humain 212 ". Les instincts de la réalité vitale animale se reconnaissent dans leur forme humaine, mais transposés, transformés. La civilisation reprend le naturel. Mais, le processus comble la distance, pour reconstituer la totalité. Il n'y a pas de barrière entre nature et civilisation, mais un espace et un temps dans lequel se constituent les moments. " L'être se réfléchit dans l'homme social - dans la totalité - et non dans un acte privilégié de réflexion. La vie reflète la vie, et non point la pure pensée 213 ". Les moments (et leurs catégories) sont d'abord des réalités sociologiques. "Ainsi les catégories du jeu ne peuvent s'atteindre que sociologiquement. Seule la sociologie peut étudier la diffusion des jeux, les groupes qui s'adonnent à tel ou tel jeu, etc. De même pour l'amour, ou le repos, ou le connaître. Il y a là une sociologie des formes encore mal développée. Pourrait-on l'appeler sociologie structurale ? Le terme paraît scabreux. La sociologie étudie la formation des moments ; plus que les moments elle saisit les groupes qui les élaborent 214 ". Pour H. Lefebvre, les moments et leur théorie se situent au niveau de la philosophie. Mais on pourrait ajouter qu'ils ont une épaisseur historique. L'expression : sociologie structurale est donc bien inadéquate. La théorie des moments n'est concevable que dans une transduction entre le sociologique et l'individuel. Rien ne les sépare : "Les moments que l'individu peut vivre sont élaborés (formés ou formalisés) par l'ensemble de la société à laquelle il participe, ou par tel groupe social qui diffuse dans l'ensemble de la société son œuvre collective (tel rituel, telle forme de sentiments, etc.) 215 ". Ces réalités relèvent de la sociologie. Elles constituent des moments en tant que la nature et le naturel entrent dans les structures de la conscience sociale. "Cette immanence réciproque n'entraîne pas la confusion entre le psychologique et le collectif. Ils ne sont pas la même chose d'autant plus qu'il n'est pas question de choses. La conscience individuelle s'ouvre sur des moments qui font aussi partie de la conscience sociale 216 ". Des tensions demeurent. Elles sont toujours possibles. La conscience individuelle refuse parfois la forme sociale et historique d'un moment. Elle peut concevoir d'autres formes. Les propositions viennent du dehors. La conscience individuelle fait son choix. Elle modifie
211 212

H.L., S. et r., p. 650. H.L., S. et r., p. 650. 213 H.L., S. et r., p. 651. 214 H.L., S. et r., p. 651. 215 H.L., S. et r., p. 651. 216 H.L., S. et r., p. 651.

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les éléments matériels qui s’insèrent dans les formes. Elle adapte et remanie aussi les formes. L’unité de l'individuel et du social se construit dans ces tensions dialectiques, qui tendent vers le dépassement. "La civilisation se conçoit sous cet angle comme ce qui naît des conflits entre l'individuel et le social dans leur unité dialectique, et tend à résoudre le conflit en partant des éléments matériels et formels qui constituent les données du problème 217 ". Les moments, formes de communication Les modalités de la présence que constituent les moments présentent et rendent présentes dans une unité : la nature, les autres et soi. Le moment est une forme dans laquelle l'autre et moi-même nous présentons l'un à l'autre. Le jeu propose un mode d'être pour chaque partenaire. L'acte ne diffère pas de la communication. Une telle conception dépasse le pluralisme comme le totalitarisme : "Discernant une multiplicité de moments, la théorie relève d'un pluralisme ; d'autant qu’elle ne s'affirme ni exhaustive ni close. Elle tient compte d’une pluralité de modes de présence et d'activité ; mais chaque modalité de la présence se détermine elle-même comme totalité partielle ouverte et point de vue sur la totalité, immanent à cette totalité. L’idée du tout naturel et social ou plutôt ce tout lui-même considéré concrètement se manifeste et se saisit en une multiplicité d'attributs et de modes : le jeu, l'amour, la connaissance, la justice, le repos, etc. Aucun de ces modes ne reçoit un privilège métaphysique. En dépassant l'ontologisme, on dépasse les antinomies qui en dérivaient et notamment celles qui séparaient le tout des parties en érigeant le multiple contre le total ou inversement. La théorie des moments reprend ainsi avec une signification nouvelle la théorie de l'homme total 218 ". Conjoncture et structure Cette théorie dépasse l'opposition du conjoncturel et du structural. Elle laisse leur part à chacun de ces aspects du devenir. Elle dépasse encore l’opposition entre l’ontologie et l'axiologie. "Elle exclut l'ontologie, mais conçoit l'être comme réfléchi par la totalité humaine ou l'homme total. Elle exclut l'antinomie entre constater (ou découvrir) et créer ou poser". Pour être vécu, le moment doit être recréé : on le découvre, mais comme forme, de sorte que pour rendre sienne cette forme, on doit la réinventer en réinventant la disposition des éléments. En chaque occasion, on recrée, on réinvente à notre usage le jeu, et chaque fois de façon nouvelle. Dans cette théorie, la "découverte et la constatation, le fait et la valeur, la fréquence et la normativité cessent donc de s'exclure 219 ". Mémoire et son temps spécifique du moment La temporalité du moment consiste en sa répétition. "La répétition des moments oblige à affiner le concept de répétition. Il se libère de la psychologie ou de la métaphysique. Ce n’est plus une répétition de nature ontique ou ontologique ; et ce n'est pas davantage une répétition calquée sur des phénomènes de mémoire, poussés à la limite. La représentation d'une forme, chaque fois redécouverte et réinventée, déborde les concepts antérieurs de la répétition. Elle les enveloppe, d'ailleurs ; car il s'agit aussi de la reprise et de la réintégration à un niveau élevé - dans l'individuel et dans le social - des éléments du passé et du dépassé 220 ". En se confrontant au moment et la théorie des formes, le concept de répétition se reprend et s'affine. Ce concept de répétition, dans le contexte de la pensée psychologique ou
217 218

H.L., S. et r., p. 652. H.L., S. et r., p. 652. 219 H.L., S. et r., p. 653. 220 H.L., S. et r., p. 653.

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métaphysique, restait proche de la matérialité. Or, la répétition d'une forme diffère de la répétition matérielle. La stabilité, l’équilibre et la constance matérielles ne peuvent pas se confondre avec la répétition formelle. H. Lefebvre propose alors ici le projet d'une théorie générale des formes. Cette théorie distingue les différents emplois et les spécificités de la forme. Le moment tend vers l'absolu L'aliénation a aussi sa place dans la théorie des moments. "Chaque moment, modalité de la présence, offre à la pensée et au vivre un absolu. Le critère par l'absurde du moment pourrait même se déterminer ainsi. Le moment peut s'ériger en absolu ; ou plutôt : EST UN MOMENT CE QUI S'ERIGE EN ABSOLU 221 ". Le moment enveloppe et tend à se constituer en absolu. Tout moment va vers l'hypertrophie et l'hypostasie. Ainsi, il y a un absolu du jeu. "Cet absolu aliène et définit une aliénation spécifique. Jouer, c'est une activité normale ou normalisante ; le joueur est un aliéné. Il n'y a d'ailleurs pas, à l'intérieur du moment, séparation nette. L'aliéné s'enferme dans le moment : il s’y rend prisonnier ; en le poussant au paroxysme, il s'y perd ; il y égare sa conscience et son être 222 ". Il en est de même de l'amour et de l'aliénation amoureuse : rien ne peut les démarquer. Même si aucune frontière ne les sépare, le moment et l'aliénation ne peuvent être confondus. Dans le moment, il y forme de communication. Dans l'aliénation, on se confronte à l'isolement et à l'incommunicabilité. "La modalité de la présence se métamorphose en modalité de l'absence. Le mode d'être ou attribut de l'existence se transforme en néantisation. L'action se change en passion, et d'autant plus trouble que plus pure et plus proche de l'absolu. L'absolu se définit ainsi comme tentation permanente, à l'intérieur de chaque moment 223 ". La tentation de l'absolu est une possibilité présente dès la constitution du moment. A vouloir l'éviter, la liberté agissante se stabiliserait au niveau de la vie quotidienne. Celle-ci offre d'abord "le mélange des moments : leurs éléments matériels indispensables, très riches (naturels et sociaux) et même certains éléments formels, stylisés mais encore dépourvus de la structure la plus fine. Des tentatives de structuration se discernent et s'élaborent au niveau de la quotidienneté. Il y faut cependant quelque chose de plus : l'ordonnance 224 ". La quotidienneté est le terreau du moment. Elle lui est nécessaire, mais elle ne suffit pas. Les moments virtuels sont à la fois mêlés et séparés, dans le quotidien. Elle représente à son niveau certains caractères de la vie naturelle. L'émergence du moment se fait par une intervention du sujet : style, ordre, liberté, civilisation, et aussi, peut-être, philosophie. L'intervention sur la vie quotidienne consiste à répartir, les éléments et les instants du quotidien dans les moments, afin d'en intensifier le rendement vital. Extraits de la quotidienneté, les moments permettent une meilleure communication, une meilleure information. Ils permettent aussi de définir de nouveaux modes de jouissance de la vie naturelle et sociale. La théorie des moments ne se situe donc pas hors de la quotidienneté, mais s'articuler avec elle en s'unissant à sa critique pour y introduire ce qui manque à sa richesse. Penser ses moments permet alors de "dépasser au sein du quotidien, dans une forme nouvelle de jouissance particulière unie au total, les vieilles oppositions de la légèreté et de la lourdeur, du sérieux et de l'absence de sérieux 225 ".
221 222

H.L., S. et r., p. 653. H.L., S. et r., p. 654. 223 H.L., S. et r., p. 654. 224 H.L., S. et r., p. 654. 225 H.L., S. et r., p. 655.

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menace aussi d'aliénation la liberté. cette théorie se situe au niveau d'une théorie de la civilisation ou d'une théorie des formes. Cette théorie des moments respecte donc les sciences de la réalité humaine. se maintenir dans le chaos et l'informel. 226 227 H. 120 . "Si le choix absolu entraîne une mutilation.. elle se réserve ses possibilités. S. la théorie des moments indique une certaine notion de la liberté. Ainsi. H. ne pas choisir. p. et la confusion qui vient du mélange et de l'ambiguïté. "Elle prélève des éléments à d'autres niveaux. sans pour autant s'engager à fond dans un moment . Point de vue sur la totalité. dans d'autres théories . Elle prélève ici et là les éléments matériels auxquels la forme peut conférer un ordre supérieur. 655.. La liberté s'affirme dans cette constitution des moments. elle leur laisse expressément leurs spécificités. loin de les contester.L. En particulier.De l'aliénation à la liberté L'émancipation de l'aliénation doit se frayer un passage entre la tendance à faire du moment séparé un absolu. Elle n'empiète donc pas sur l'étude de la formation économique-sociale (l'analyse de la société considérée comme mode de production avec ses répercussions dans l'idéologie) ou la culture (le savoir comme fait social). Lefebvre a conscience de faire l'esquisse d'une philosophie d'un type nouveau. La théorie des moments n'est pas exhaustive. H. hésiter sans fin. Elle doit utiliser les moyens et les médiations que lui offre la quotidienneté". est une lutte perpétuelle contre l'aliénation. et r. Les considérants sur la liberté ne suppriment pas d'autres aspects de la liberté 227 ". p. les considérants sur l'aliénation ne suppriment en rien la théorie du fétichisme et de la réification économique. S. même si elle a un rapport plus étroit avec la sociologie qu'avec l'économie politique. donc une aliénation. Elle se démêle de l'ambiguïté et du mélange. Celle-ci ne peut se rendre efficace en se voulant arbitraire. Devenir sujet de ses moments. et r.. C'est une forme de la philosophie de la présence. choix.L. La théorie propose une voie et une forme de la liberté (individuelle). 655. sélections.. dégagement et engagement relatifs 226 ".

Lefebvre publie le second volume de sa Critique de la vie quotidienne. Dans la suite de ce chapitre. p 340 et 357). de sa nature). CVQ2. paru en 1947. Restituant et réhabilitant le ludique dans son authenticité et son intensité.. puissances qui viennent à l'homme de son être et de "l'être" (disons. Lefebvre pense que la répétition. catégories spécifiques) pour analyser le quotidien. Nietzsche) 229 ". au désir qu'au repos". Pas plus au jeu qu'au connaître ou à l'angoisse. qui. élevé. pour éviter l'interprétation spéculative: de la Nature. "La répétition des situations (notamment dans les cas pathologiques) doit se distinguer de la répétition postulée par certains systèmes (Kierkegaard. Il réfléchissait le rythme de la vie paysanne (l'opposition entre le travail et la fête). Lefebvre. Lefebvre. le 228 H. H. H. Elle révèle la diversité des puissances de l'être humain total. H. tantôt discontinue 228 ". Déjà. 2° éd. j'avais créé moi-même des inter-titres qui n'existent pas dans le chapitre Théorie des moments de La somme et le reste. Métaphilosophie. je reprends ici les inter-titres proposés par H. H. Lefebvre montre alors que l'on ne peut pas assimiler la répétition des comportements stimulés par des signaux à la répétition des "états". le Tome 2 se veut technique. p. sont liés à des symboles et à des noyaux émotionnels. tantôt continue. Critique de la vie quotidienne tome 2 (Chapitre VI). CVQ2. théorie des processus et enfin théorie des moments (Chapitre VI. dans le premier volume. H. Lefebvre donne des outils conceptuels (instruments formels. Par opposition au Tome 1 qui se voulait la présentation d'une problématique. p. Alors que dans le chapitre précédent. Il propose aussi 3 théories : théorie sémantique. 340. Lefebvre introduisait l'idée de moments.Chapitre 8 : La critique de la vie quotidienne : "La théorie des moments surmonte l'opposition du sérieux (éthique) et du frivole (esthétique) comme celle du quotidien et de ce qui est noble. Il ressent le besoin de donner une suite à un livre. 229 H.. aucune profondeur ontologique. avec leur temporalité propre. H. dans ce tome 2 de la Critique de la vie quotidienne. La théorie des moments de ce tome 2 de la Critique de la vie quotidienne est présentée en 6 paragraphes : typologie de la répétition. 139 Deux années après la parution de La somme et le reste. les notes se référant à ce chapitre seront indiquées par H. avec leur temporalité linéaire. définition du moment. le second fait partie des processus cumulatifs.. Il me semble intéressant de reprendre ici ces pages pour les comparer au travail conduit dans La somme et le reste.Typologie de la répétition H. L. 1. analytique des moments. p. elle ne lui accorde aucun statut privilégié. p 340. 121 . L. Lefebvre rappelle que dans les pages qui précédent ce chapitre. Il poursuit : "La répétition des cycles et rythmes cycliques diffère de la répétition des gestes mécaniques : le premier type fait partie des processus non-cumulatifs. il a souligné les différences entre plusieurs formes ou types de répétitions. la constellation des moments (ce paragraphe se subdivisant lui-même en nombreuses sous-parties). irréductibles les uns aux autres. de la nature en lui. supérieur (culturel). eux. moment et quotidienneté. sur ce thème. émotions ou attitudes. Lefebvre. moment et langage.

340. le pur transitoire dans la perception et le vécu). L. rarement réelle. de sortir du sous-entendu ou du silence.. ne peut s'assimiler à celle du moment". 122 . malgré le changements des situations ? Où se situe cette rencontre entre l'émotion exprimée par l'un et l'émotion suscitée chez l'autre ? "Qu'est-ce qui permet à ceux qui s'aiment ou qui ne s'aiment pas. 232 H. avec une forme logique (disjonctive). Pour H.. et non pas quelques types d'amour. De plus. H. pour H. parce qu'on leur associe des images et des symboles. p. La communication exige du mouvement et des constantes relatives. Serait-il seulement la connotation abstraite d'une diversité d'états et de situations sans rapports concrets les uns avec les autres ? Dans ce cas. ni fluctuant à la façon d'un brouillard 233 ". s'il n'y a pas unité des situations et des états dits amoureux. le discours est lié à la praxis. Le discours fonctionne d'une articulation subtile entre sa forme et sa structure. CVQ2.. p. Lefebvre.retour ou le recommencement du même phénomène doit être analysé de manière spécifique dans chaque cas. 341-42. de se parler. une poussière informe. 341. platonicienne et rationaliste. Lefebvre considère le mot "amour" : "À quoi correspond-il ? Est-ce une entité supérieure qu'indique le mot et qui lui confère un sens général parce qu'elle se subordonne un ensemble de situations et d'états émotionnels ou affectifs ? Cette théorie classique. de se reconnaître. L'analyse doit également porter sur le rapport entre ce qui se répète et le nouveau qui jaillit du répétitif : "en musique. non seulement il n'y a que des amours. etc. Les mots reviennent. Quand j'emploie le mot amour. "La communication présuppose tous les niveaux. Ils se font entendre. L. quelque chose demeure. p. jamais complète. efficacement transmis 232 ". Cette théorie également classique. L. elle suppose que le champ sémantique ne soit ni opaque et dur comme la pierre. empiriste et sceptique. toutes les tensions et jusqu'aux conflits entre ces niveaux . L. Dans ce paragraphe. C'est un niveau de l'expérience. d'un côté. p. 341. de se dire ce qu'ils sentent ou ne sentent pas. dépourvu de sens c'est-à-dire d'efficacité.. émotions. et une souplesse. car le moment suppose à la fois la re-connaissance d'autrui et 230 231 H. attitudes. ou qui croient s'aimer ou se haïr.Moment et langage Le terme : moment correspond au sens (expression + signification = direction) et au contenu vécu d'un mot couramment employé. H. CVQ2. dépérirait inévitablement et même aurait depuis longtemps disparu) ? 234 " Malgré le changement des situations. "la répétition de l'instant. Et cependant. 341. 233 H. si souvent étudiée par les philosophes (le hic et nunc. un contenu émotionnel et affectif. ne peut plus se soutenir. CVQ2. Le discours a "un sens parce qu'il possède. de s'entretenir. il évoque deux notions à opposer au moment : la situation et l'instant. 234 H.) sont insuffisants pour le caractériser. la pure immédiateté. p. Ce quelque chose est le moment lefebvrien. 2. L. Lefebvre.. de susciter des malentendus et de les éclaircir (jusqu'à un certain point). Les termes psychologiques (états. qu'est-ce qui fait que je puisse être compris de l'autre. CVQ2. en bref de ne pas tenir un dialogue de sourds qui serait la somme de deux ou plusieurs soliloques (auquel cas le langage. CVQ2. comportements. les répétitions des sons et des rythmes donnent un mouvement perpétuel et perpétuellement inventé 230 ". ne peut plus se soutenir 231 ". le mot amour n'a plus de sens. mais une multiplicité indéfinie.

désincarnées. une valeur.. On dit : Ce fut un bon moment. en comprenant (en connaissant) certaines conditions de son plein exercice.. "Elle ne prend pas pour axe de référence le Logos. Tel qu'il est. embaumé dans le souvenir. p. la communication n'est pas une communion de "consciences angéliques". 238 H. Dans la rencontre. ne fût-ce qu'à l'état d'indications ou d'ébauches 238 ". 343. Chacun vit une modalité spécifique de la répétition. H. car ce type de communication supposerait une absence de profondeur. En même temps. Ainsi. 237 H. le mot moment se distingue peu du mot instant. Cette théorie ne postule pas la valeur ou la réalité substantielle du langage. De plus. Le bergsonisme. il y a reconnaissance de l'analogie et de la différence de l'expérience de chacun dans le temps vécu.. ce qui implique à la fois une certaine durée. Elle le saisit dans le tissu même du vécu. et cherche à définir une qualité ou propriété généralisable de certains mots d'usage courant. Lefebvre. qui précise l'usage courant du mot. Cette posture ne part pas du Logos (discours et langage). La re-connaissance s'impose aux deux.. Lefebvre un sens assez particulier. Il existe des différences entre ceux qui se rencontrent. tel quel. "Quelque chose" se rencontre à nouveau : "Illusion ou réalité. Lefebvre rattacherait plus volontiers cette théorie à une interprétation de Leibniz. CVQ2. Cette théorie aide à "discerner les possibilités et donner à l'être humain une constitution en constituant ses puissances. mouvant.. pour qui le lien substantiel (viniculum substantiale) des monades serait aussi une monade. et pratiquement (socialement) par les signaux. Un langage parfait les laisseraient dans l'opacité. 342-43. Au contraire : elle tente de restituer dans sa puissance le langage. "Dans le langage commun. H. par la solitude des consciences incapables de la communication 237 ". Lefebvre renvoie ici au pamphlet philosophique de Georges Politzer.. 236 235 123 . transparent n'a même pas la beauté d'un rêve. La théorie des moments permet de revaloriser le discontinu. Elle s'oppose au bergsonisme et à "l'informe continuum psychologique que prônait la philosophie bergsonienne" 236 . Pour H. un regret et l'espoir de revivre ce moment ou de le conserver comme un laps de temps privilégié. structuré par des constances. des moments. structurer la vie quotidienne. programmer. Il est utile. L. il s'évanouit et se connaît. etc. il s'en distingue. Ici. Le terme de moment a donc chez H. En tant qu'attributs divers ou puissances de l'être auraient une réalité égale à celle des consciences reliées. Lefebvre renvoie aux pages de La somme et le reste que nous avons étudiées. 342. Lefebvre pose que la théorie des moments est un effort pour rendre portée et valeur au langage.. p. La connaissance. L.. malgré le mélange des connaissances à des ignorances dans la situation originale qu'ils expérimente ensemble. L. par les imageries audiovisuelles. sur la trame de continuité qu'il présuppose. p. dans le chapitre précédent. L. l'amour. de niveaux et de plans. Ce n'était pas un instant quelconque. ni un simple instant éphémère et passager 239 ". 343.. H. elle y vient et y revient. L'idée d'un langage parfait où tout serait tout de suite clair. p. Aucune détermination proprement sociologique ou historique ne suffit à définir cette temporalité 235 ". H. H. cette théorie aider à organiser. CVQ2. Le voyant ébranlé théoriquement par les attaques de quelques philosophes et poètes. le temps vécu se retrouve à travers les épaisseurs et le chemin parcourus. par les jargons.de soi. CVQ2. la fin d'une parade philosophique. CVQ2. Et cependant. 239 H. le langage est complexe. dans la vie vécue.

Il cherche à déterminer les indices ou critères du moment. la conscience stoïcienne ou sceptique. le jeu et l'amour. p. L. les autres formes de répétitions ne seraient donc que du matériau ou du matériel. Elle abstrait légitimement.Le moment a sa mémoire. les états stables qui réapparaissent après interruption ou intermittences. c'est-àdire d'une ambiguïté initiale. le moment est "une forme supérieure de la répétition. sont des moments de la dialectique de la conscience de soi. pourtant. Lefebvre conçoit le moment en fonction de l'histoire individuelle. dépassement par négation de la négation.. les gestes et les comportements. les germes de tous les possibles. il faut une pédagogie sévère et un effort pour arriver à particulariser le travail. Mais. H. le jeu. a. Il rappelle que leur énumération ne peut pas se vouloir exhaustive. en même temps. 344. H. dans lequel le terme : moment reçoit une promotion.Le moment a son contenu. L'analyse y reconnaît. la théorie s'intéresse au moment en général. La conscience du maître et celle de l'esclave dans leurs rapports. L'emploi lefebvrien du terme est à fois plus humble et plus large que chez Hegel.Le moment se discerne ou se détache à partir d'un mélange ou d'une confusion. la conscience malheureuse. Ainsi. A l'égard de cette forme relativement privilégiée. H. le repos. C'est un mélange informe. c'est-àdire d'une ambiguïté initiale. les symboles enfin les stéréotypes affectifs 241 ". par un choix qui le constitue. Comme dans La somme et le reste. 344. "Les germes des moments s'y pressent et s'y distinguent mal. Lefebvre inscrit ici l'amour. pour dégager son objet. La question qu'il se pose est de savoir ce qui peut décider d'inclure telle activité ou tel "état" parmi les moments. les objets ou les œuvres. la connaissance. Lefebvre part du constat que la vie naturelle et spontanée (animale ou humaine) n'offre qu'ambiguïté. H. à spécifier 240 241 H.Le moment a une certaine durée et une durée propre.Le moment a également sa forme f.Ce sous-paragraphe n'a pas de titre. à savoir : la succession des instants. par un choix qui le constitue. d. CVQ2. et aux moments particuliers dans leur rapport au quotidien. mais porte sur la question de l'aliénation. CVQ2. Lefebvre rappelle que chez Hegel. car rien n'interdit l'invention de moments nouveaux. Ainsi.La constellation des moments Ce paragraphe va explorer plusieurs niveaux dans différentes sous-parties.À ce moment de son exposé. g. dans un sens hégélien. c. L. H. le moment désigne les grandes figures de la conscience. Je les énonce ici pour permettre au lecteur une vue d'ensemble : a. on parle de moments historiques. de la reconnaissance portant sur certains rapports déterminables avec l'autre (ou l'autrui) et avec soi. Ainsi dans l'enfance et l'adolescence. On reconnaît bien les thèmes explorés dans La somme et le reste. 124 . Ainsi. Cette histoire de l'individu ne se sépare pas d'ailleurs du social. Lefebvre montre que Hegel a influencé le langage courant. le moment dialectique "marque le tournant de la réalité et du concept : l'intervention capitale du négatif qui entraîne désaliénation mais aliénation nouvelle. L'histoire de l'individu est son œuvre. Le quotidien est banal. e. H. etc. H.. le jeu et le travail. p. etc. mais nouvelles étapes du devenir et nouvelles figures de la conscience 240 ". b. de la reprise et de la réapparition. Parmi les moments. 3.Tout moment devient un absolu.Le moment se discerne ou se détache à partir d'un mélange ou d'une confusion. La théorie des moments n'explore pas toutes les relations entre l'individuel et le social. Lefebvre évoque le système hégélien. et il s'y reconnaît.

246 H. c. Mais en même temps. Lefebvre s'arrête alors sur le jeu amoureux. 244 H. H. L'avant et l'après du moment peuvent être définis. se présente l'inéluctabilité de sa fin. CVQ2..Le moment a son contenu. Les analogies et différences de toutes ces expériences se condensent dans ce que H. comme un dessin sur ce tissu) 246 ". Le moment. Le moment prélève son contenu dans ce qui entoure l'individu (circonstances. Le moment dure. "L'originalité du moment vient en partie . C'est à l'intérieur de cette mémoire spécifique que se produit la reconnaissance du moment et de ses implications 245 ".. H. p. le flirt. l'entretien enjoué. le moment de l'amour est à la fois l'amour que je porte à telle femme. que ce travail soit matériel ou intellectuel 242 ". p. CVQ2. Cette durée se définit comme involution. Le moment est une dialectique permanente entre une forme et un contenu : la forme est cet ordre que le moment impose au contenu.l'ensemble d'attitudes. La règle du jeu. 245 H. p. pour se les incorporer. Le moment cherche à durer. L'amour se distingue difficilement de l'ambiguïté. Lefebvre désigne du terme "moment". CVQ2. p. Ces jeux précèdent l'amour. b. le cérémonial de l'amour sont les formes que se donne le moment.Le moment a sa mémoire.. "Tant que le jeu et l'amour se distinguent mal. le défi. Le contenu des moments vient essentiellement de la vie quotidienne.. les ramène au second plan et les relègue dans le méconnu ou le "méconscient"). Figures et rites. dans sa plénitude. Le moment s'érige en instance et en nécessité tant qu'il dure. p. L. En ce sens. 346. Par exemple. CVQ2. a un commencement. parfois jamais. du quotidien. symbolisme créent une forme qui s'impose au temps et à l'espace. l'amour implique le projet de l'amour. C'est dans le quotidien que le moment puise les matériaux ou le matériel dont il a besoin. L. 242 243 H. à la manière de l'art. La durée du moment n'est pas une évolution continue ni à du pur discontinu. comme dans le cas d'une révolution. mais en même temps se dégage. Là encore se distinguent mal le badinage. p.Le moment a également sa forme. un accomplissement et une fin. que dans les groupes. celle d'une famille. L. 345. 247 H. L'intensité du moment est paroxystique lorsque. il domine le jeu. d'un groupe. "Il y a aussi l'urgence du moment et les hasards circonstanciels 247 ". de la société (et finalement de l'être humain) 244 ". Le moment utilise ainsi ce qui passe à sa portée : le contingent et l'accidentel.en partie seulement . la suite de mes "passions amoureuses dans une histoire plus large. 345. L'amour a sa gravité. mais c'est aussi la succession des amours que j'ai pu vivre. 345. L. Il commence par la tentative du moment (et par la tentation du moment. ce n'est pas encore ou ce n'est plus l'amour. il ne peut pas durer trop longtemps. CVQ2. "L'entrée dans le moment appelle une mémoire particularisée (elle n'exclut pas complètement les autres. Il se détache dans le continuum du temps psychique. L. inquiétante et souvent refusée) 243 ". Le moment a une histoire. Il choisit de constituer le moment. Ainsi ma mémoire amoureuse ne coïncidera pas avec celle de mon moment de la connaissance ou celle du jeu. La mémoire de chaque moment est spécifique..du contenu circonstanciel. conjoncture). d. 125 . Chaque moment a sa mémoire tant chez l'individu. 345. de comportements et de gestes qu'il groupe. Temps et un espace sont à la fois objectifs (socialement réglés) et subjectifs (individuels et inter-individuels). 345. L'intensité du moment vient de cette contradiction interne. ce que les jeunes d'aujourd'hui nomme la "drague". elle se les subordonne. Chaque moment sort. S'il joue. d'aimer et d'être aimé. Il s'insère dans le tissu de la quotidienneté qu'il ne déchire pas mais tend à transformer (partiellement et momentanément. L.Le moment a une certaine durée et une durée propre. CVQ2. Il n'émerge que tardivement. de ce mélange équivoque. e. en tant que modalité de la présence..

ni se vivre. Ces voies vers l'accomplissement conduisent à l'échec. 251 H. p. p. l'amant ne mérite pas ce titre. H. 250 H. du travailleur acharné. Le moment provoque une aliénation : "la folie (non pathologique. 347. du retour dans le quotidien pour recommencer 251 ".. 126 . puisqu'il tend vers l'absolu. CVQ2. 347. c'est-à-dire avec l'impression d'une irrésistible nécessité intérieure. de l'échec au cœur de l'accomplissement. L. c'est la rupture avec les accomplissements imposés. dès l'entrée en amour. naît sa dimension tragique. C'est l'ordre. s'il se veut homme. CVQ2. avec le risque d'une inévitable destruction ou auto-destruction de cet état passionnel. La perspective d'H. l'idéologie. l'État. du joueur. L'impossible dans le quotidien devient alors le possible. Mais l'absolu ne peut ni se concevoir. et qu'il ne dépend de chacun d'entre nous de la créer. "Le moment c'est le possible-impossible. le moment a une négativité spécifique. fête tragique. Il adopte ce symbole. p. Cette aliénation spécifique rentre dans un type général d'aliénation. Aliénant et aliéné. Lefebvre n'est pas de supprimer les fêtes ou de les laisser tomber en désuétude. on admet les compromis. "Le lien du tragique avec le quotidien nous apparaît profond . L. g. Il s'aliène à un espace de configuration. CVQ2. Personne n'est obligé de choisir. de l'homme théorique voué au pur connaître. donc véritable fête. par son repli sur soi. 347-48. choisi comme tel. voulu. Il risque l'échec. L. C'est la théorie des moments qui ouvre sur l'horizon du dépassement de cette contradiction. Ainsi. 248 249 H. celle qui menace toute activité au cœur de son accomplissement 250 ".f. L. se crée en avançant aussi loin que possible sur l'une de ces voies. visé. et librement célébrée.Tout moment devient un absolu. Mais. CVQ2. CVQ2. Le quotidien occulte la constellation des moments qui monte à l'horizon. 348. Ces soleils empêchent l'individu de jouer des possibilités du quotidien. L... H. L'amour se veut amour unique et total ! Si. L'homme. p. Les étoiles ne brilleront que la nuit. S'ériger en absolu est pour le moment un critère de sa définition. qui sont des tentatives de totalisation. librement. L. Tôt ou tard. le tragique se forme dans le quotidien. mais parfois proche du délire) de l'amant. dans la prose du monde. avec ses dimensions données. 253 H. Lefebvre pense que cette contradiction entre trivialité et tragédie peut se surmonter. 347..Le moment veut désaliéner l'individu de la trivialité du quotidien. 347.. "Celui qui veut la connaissance sacrifie à la connaissance ce qui n'est pas elle : tout devient pour lui objet à connaître et moyen de connaître l'objet qu'il a désigné 248 ".. CVQ2. est possible . On sait que le moment s'érige en absolu. p. naît du quotidien et y entre : tragique de la décision initiale et constitutive. Le moment est donc passion. tant que l'homme n'aura pas transformé ce jour et cette nuit 253 ". et même la règle de la possibilité. La constellation des moments ne se prête à aucune astrologie : point d'horoscope pour la liberté 252 ". le jour quotidien se lève. "Malheureusement les étoiles des possibles ne brillent que la nuit. De ce destin du moment. La vie spirituelle propose des absolus distincts. le moment devient lui-même aliénation. etc. la vie spirituelle apparaît à H. Le moment propose donc l'impossible. Les moments s'opposent aux faux soleils qui éclairent la vie quotidienne : la morale. et les soleils (y compris le soleil noir de l'angoisse vide) remontent au zénith. L'hypothèse du moment... C'est d'unir la Fête à la vie quotidienne. Alors commence le mouvement dialectique : impossible-possible avec ses conséquences 249 ". et par ce repli sur un tout définitif que l'on veut suspendre. risque l'échec. "Chacun choisit son étoile. C'est l'idée qu'une fête individuelle. p. 252 H. Celui qui change en monde sa passion. Lefebvre comme une constellation.

348. de la poésie et de la prose du monde. Lefebvre nomme "moment" la tentative visant la réalisation totale d'une possibilité. dans le domaine des sciences sociales. la relation du moment au quotidien ne se détermine pas par la seule extériorité. y compris l'anthropologie. puisqu'elle décrit et analyse les formes de l'existence. bref de la Fête et de la vie ordinaire. p. distancié par rapport à un autre moment et par rapport à la quotidienneté. il s'épuise en se vivant. L. elle se découvre . Elle autorise d'autres théories ou d'autres perspectives. H. 5. 127 . Il y prend sa substance. Il ne veut jamais réduire la totalité de l'expérience. la société et soi-même. Cette théorie n'est pas exclusive. au quotidien. Elle ouvre une investigation plus large que la philosophie classique. simultanément.4-.. l'amour. mais H. 349. et qui intégrerait la critique radicale de toutes les spécialisations.Analytique des moments Chaque moment est discerné. Dans la théorie des moments. CVQ2. p. Sa détermination d'une structure de possibilités et de projets. elle est déterminée et par conséquent limitée et partielle. sans se réduire à un dogmatisme ou à une pure problématique. Toute réalisation comme totalité implique une action constitutive. Elle se veut programme. Cette théorie des moments cherche une unité du Moment et du quotidien. elle les applique à la praxis. doit se soumettre à une double critique : celle de la réalité à surmonter. H. "La possibilité se donne . La théorie des moments apporte sa contribution à une anthropologie. Elle envisage l'expérience critique et totalisante. Le quotidien découvre une possibilité : le jeu. mais elle prolonge son effort. Lefebvre s'interroge pour savoir si cette définition est philosophique. Sa description porte sur la praxis et non sur la conscience comme telle. celle des connaissances acquises ainsi que des instruments conceptuels de la connaissance à acquérir. La théorie des moments utilise des concepts et catégories élaborés par la philosophie. situé. Car celle-ci ne peut échapper à la règle qu'aucune connaissance. Cependant. un acte inaugural. qui surmonterait la contradiction trivialité-tragédie 255 ". Chez lui. dégage un sens et le crée. "Les moments pourraient se nommer aussi bien des essences que des attributs et modalités de l'être ou des expériences existentielles". il s'agit toujours de possibles. car il restitue ce qui a pu être momentanément éliminé. Mais elle refuse tout système et de toute tentative de systématisation. totalités partielles vouées à l'échec. Il s'en nourrit. L. s'écarte d'un structuralisme qui prédéterminerait les actes. H. Lefebvre parlerait plus volontiers de puissances que d'essences. Mais elle s'en distingue en se disant essentialiste. qui ne serait pas un culturalisme (définition de l'homme hors de la nature et de la spontanéité par la culture).Définition du moment. Le Moment se veut librement total . la description du vécu pourrait se baptiser phénoménologique. au rapport de l'homme individuel avec la nature. etc.. CVQ2. c'est donc nécessairement l'épuiser en même temps que l'accomplir. Il pose une structuration sur le fond incertain et transitoire de la quotidienneté (qu'il révèle ainsi : incertaine et transitoire. H. car le but pratique de la théorie est "la transformation de ces puissances. à l'état 254 255 H. Surtout. Vouloir la vivre comme totalité. le travail. alors qu'elle apparaissait comme le réel solide et certain) 254 ". en quelque chose d'imprévisiblement neuf et véritablement total. Lefebvre n'utilise qu'avec précaution la mise entre parenthèses des phénoménologues. Le moment est né dans la vie quotidienne. Cet acte. Cette théorie a un rapport avec l'existentialisme.

l'impossible devient précisément le critère de possibilité : Elle veut l'impossible . Grâce au moment. les situations ne sont plus subies dans le vécu banal. Il se déroule selon la forme du moment : rite. cérémonial. il y a moins que la situation. Le choix du moment fait.espace peuplé des symboles retenus et changés en thèmes adoptés (par l'amour. Mais le moment disparaît quand triomphe le formalisme. CVQ2. Le moment est une reprise du moment antérieur (le même moment). et dans le moment plus qu'une structure. 128 . "Pour la passion prise en charge. L. p. Le moment suscite. du jeu. la décision recule effectivement les bornes de l'impossibilité 256 ". 259 H. "S'il y a montée et chute. L.. Ainsi. 260 H. Le moment remanie l'espace environnant : espace affectif . p. Les moments se formalisent. 351. Lefebvre remarque que de nombreux philosophes supposent la contemplation comme moment ou la pose comme telle. crée des situations. car. comme le temps. La contemplation serait ainsi un moment mort 260 ". Son accomplissement. et le moment presque la structure. nous le savons trop bien. spontanéité et culture. etc. car il résulte d'un choix. lors de la décision.. Les moments meurent-ils ? Sans doute. unissant en celle-ci valeur et fait. la décision accepte complètement le risque de l'échec. Comment construire comme absolu du relatif et de l'ambigu ? Le possible et l'impossible se mélangent. un ordre et une forme imposée aux éléments prélevés dans la conjoncture. CVQ2. 351. d'une tentative. après une interruption. rien n'est encore clair. ambigu. H. La fin d'un moment est une rupture. 352. le moment continue donc. Cette décision accepte un possible. L'être conscient en situation vit en proie à une conjoncture extérieure dans laquelle il doit s'insérer . Ce choix a une composante dramatique. la connaissance. le tragique est omniprésent dans le véritable moment. Ce qui ne s'y inclut pas s'en voit chassé 259 "..) : "L'espace du moment. la philosophie ne peut plus se maintenir. commencement et fin. Il réinvestit sa forme.. p. celui qui mettra fin au magnifique trajet du moment. Lefebvre éclaire le rapport du moment à la situation en partant de la différence conjoncturestructure : "La conjoncture. elle ne risque que le possible pour atteindre l'impossible qui semblait d'abord au-delà même du risque et de l'aventure . succession nécessaire. CVQ2. Toutefois dans la conjoncture. Nous reconnaissons le mouvement dialectique totalisationnégativité. s'il tente un moment. Dans le flux du quotidien. Elle prend en charge librement (avec l'espérance qu'elle l'évitera) l'échec terminal. C'est une rupture avec le quotidien. L. ou aliénation-désaliénation-alliénation nouvelle 257 ". etc. Toute philosophie est tentée de se refermer sur la contemplation comme moment. c'est sa perte. On s'y engage alors sans réserve. L. le choisit entre d'autres possibilités. est clos par décision constitutive. celle qui fonde le moment. CVQ2. 351. c'est presque la situation. Il condense les situations en les reliant. le discerne. Ainsi définie. mais prise en charge au sein du vivre. Lefebvre montre que le moment commence et re-commence. L. 256 257 H. 352. "La philosophie se définirait ainsi comme structuration intentionnelle du vécu dans la contemplation. p.spontané. brut.. H. l'individu pose la décision inaugurale. p. 258 H. Ce qui constitue proprement et spécifiquement la situation 258 ". il y a dès lors dans sa situation une aventure voulue : une série engagée dès le début d'articulations nécessaires dans le temps et l'espace. comme celui de l'amour. H. CVQ2. le sujet" veut l'impossible. La contemplation est-elle un moment ? H. le jeu. C'est une ouverture. La décision ne peut donner les limites bornant le possible de l'impossible. La décision change en possibilité l'impossible lointain. Le moment n'est pas la situation.

"une des comédie de notre époque". p. ne constituent pas des moments. la tentative dégénère aussitôt. Car. 354. intenable. s'ils ne sont pas en nombre illimité ou indéfini. l'homme moderne . mais une comédie. déstructurant ou restructurant la vie quotidienne).Moment et quotidienneté Ce rapport du moment au quotidien a déjà été abordé dans La somme et le reste. mais sans participation vivante. mais aussi organe sensoriel important. l'absolu des moments. Cette tentative n'est pas un échec tragique. Le pur regard n'a pas conscience de cette situation. Et sans cesse on juge mal.. H. Dans notre monde. vivent et disparaissent. le "training autogène". 264 H. p. en fait. et l'on sait qu'on juge mal. Il est attrayant d'imaginer se constituer en pur regard. Les moments.. ne serait-il pas la Belle Ame des temps modernes ? 261 ". etc. H. c'est-à-dire comme un moment. 353. Si la justice est définie comme une vertu ou comme institution. Certains moments apparaissent dans un contexte. Sans cesse on juge. en tant que tels.parce qu'il en a besoin . la vie quotidienne et la quotidienneté critique. Lefebvre y verrait plutôt un moment. le plus souvent. ne peuvent pas être listés de façon exhaustive. La 261 262 H. L. Mais que devrait-on regarder avec clairvoyance : la vie quotidienne des autres ? En tant que fait pratique et social. La décision prise. et clair. CVQ2. L. une liberté limitée mais réelle (qui se constitue en structurant. mais cette forme ne peut pas être prise en soi. l'honnêteté. Cet acte s'accomplit perpétuellement. le regard. "Les moments. Lefebvre. on observe un balancement perpétuel et toujours ambigu entre le regard et la connaissance : "Un tel mélange ambigu de connaissance effective et de regard "pur" paraît instable. eux aussi. merveille. dans la période dépérissante de la philosophie. Comme ces cas. en acte. ce regard apparaît comme désincarné. Pour H.s'efforce de vivre le repos comme une totalité propre. même si ces qualités peuvent susciter des tentatives et des situations. l'amitié.). mais pour l'invention et la découverte 262 ". Jusqu'ici. cet acte est donc à la fois possible et impossible et s'efforce de se vivre comme totalité. 6. Dans la philosophie contemporaine. Aujourd'hui. p. CVQ2. Ce désir de clôture changerait la théorie en système. dès le début. "Le moment n'apparaît pas n'importe quand ni n'importe où. la paternité. Le philosophe. le loisir) et beaucoup d'idéologie et de technicité (la "déconcentration". 353. le regard pourrait supporter cette tentative.Pour H. comme forme. Il prélève ses éléments dans la vie quotidienne. tout devient spectacle pour tous. etc.. la détente. le repos se forme comme moment : "Avec beaucoup d'ambiguïté (le non-travail. Il y a une place non seulement pour une liberté. Le moment permet de sortir du chaos de l'ambiguïté. CVQ2. 353. Fête. Cependant. en proposant un ordre. puisqu'il s'efforce de l'apprécier 264 ".. Lefebvre. le repos se distinguait mal du jeu et de la vie quotidienne hors du travail 263 ". et clairvoyance : voyant et voyeur. qu'il n'accepte donc plus purement et simplement. 263 H. Le regard serait alors moment. CVQ2. que l'on a des préjugés. de cette tentative d'extériorité par rapport à ce qui intéresse les gens semble vouée à l'échec. la maternité. p. n'est pas un moment. L. ils naissent. Mais cet ordre ne peut pas exister uniquement pour soi. sont mortels . Lefebvre reprend ici son analyse selon laquelle les moments critiquent. mais point miracle. H. Le moment donne une forme à la quotidienneté. Le moment n'est pas purement du quotidien ni de l'exceptionnel. insoutenable. il a des raisons et n'intervient pas sans ces raisons dans la quotidienneté. des faux jugements. L. 129 . on deviendrait regard pur.. et même que l'on n'a pas le droit de juger. "Le moment se constitue à partir de la possibilité d'un acte : juger. Pratiquement.

Fête n'a de sens qu'en tranchant par son éclat sur le fond terne et morne du quotidien. pour lui. d'autres émergent. le choix. Dans les deux cas. Lefebvre dit du moment : il est répétition. 130 . les réussites. 268 H. C'est. Les moments en tant qu'aventure échappent au quotidien. élargissement. L’homme cultivé unit ce qui se donne séparément à la conscience spontanée : la vie et la mort. "La vie spontanée n’offre que mélange et confusion : connaissance. Elle dépense en un moment ce qu'accumulèrent la patience et le sérieux de la quotidienneté 265 ". p. la vitalité et le tragique de l’échec. la volonté de créer des moments. Lefebvre. p. Mais il ne s'agit pas vraiment d'une même histoire. par rapport à celle de La somme et le reste. travail. 356. de les vivre de manière tragique. les monstres. C'est ce que je partage avec lui. loin de l’homme et de l’humain. tentent de vivre à part. Mais H. L. et en même temps d'en tenter la théorie. et la nature reprend sa force. Cependant. 356-57. 53 et sq. bien qu'elle apparaisse encore ambiguë et triviale par rapport aux activités dites supérieures que sont les moments. ils échouent. Les deux narrations sont proches. Lefebvre cite Michel Butor : “Le roman et la poésie”. reprise. La vie quotidienne est un niveau dans la totalité. Quand on réfléchit à ce que nous apporte cette lecture de la Critique de la vie quotidienne. Selon cette théorie des moments. la décision. action. D'une part. Il y a donc. dépassement…. CVQ2. avec leurs composantes psychiques et sociologiques.. s'applique à sa théorie des moments. Lefebvre montre que des hommes qui ne sont ni artistes ni philosophes parviennent aussi à s'élever au dessus du quotidien en se construisant des moments : amour. CVQ2. jeu. mais si certaines idées sont reprises. Les lettres nouvelles. à deux années d'intervalle. Par rapport à cette vie. mais à distance. Si la nature apparaît comme un gigantesque gaspillage d’êtres et de formes. C’est dans ce travail que les germes des moments trouvent l'humus dont ils ont besoin pour se développer. p. ils les opposent aux moments privilégiés que sont l’art ou la philosophie. sa solidité apparente s’ébranle. dont il se servira pour constituer les moments 267 ". jeu. chez H. tragiquement magnifiés. la vie quotidienne installe déjà une certaine économie dans ce chaos.. La quotidienneté. sert de médiation entre la nature et la culture. Ce lent travail de sélection et d’unification s'élabore dans le quotidien. les avortements. Quand Lukacs parle de "l’anarchie et du clair-obscur de la vie quotidienne" ou Husserl du flux héraclitéen et informe du vécu". On peut d'ailleurs se demander si faire la théorie des 265 266 H. Ainsi. ne comptant ni les échecs. on s'aperçoit que la théorie des moments se trouve racontée deux fois. L. L. Michel Butor énonce très justement que “l’un des propos du roman sera de rétablir une continuité entre les moments merveilleux et les moments nuls”. La théorie permet. amour.. qu’il s’agit de redéfinir 268 ". dans le flux du quotidien. un moment de la théorie des moments. 267 H. p. les lents cheminements souterrains et les étapes à ras de terre du besoin au désir. La culture qui la maintient dans cette situation se dissout théoriquement. unit. Les actes qui s’érigent en totalité sortent du quotidien. Ce que H. l’homme cultivé tend à séparer ce qui est donné comme mélangé. CVQ2. mais est privée de totalité. Elle sélectionne. les éléments ou formants de la vitalité spontanée. il y a explication. d'observer la naissance et la formation des moments. un moment de son moment philosophique. février 1961. la culture ne se dissocie pas de la nature. En même temps. "La lumière fausse qui l’éclaire se dissipe et laisse place à la vraie clarté de la critique. 355. distingue. etc. de la vie quotidienne 266 . Les moments se présentent ainsi comme des doubles. laisse apparaître la nature et la culture qu’elle relie. même subie. personne ne peut se passer de sa spontanéité.

moments n'est pas un moment du projet de se construire des moments. 131 .

l’œuvre d’art… Abordons. Avant d’entrer dans une lecture analytique de ces textes. de notre point de vue. Lefebvre. Le livre est organisé autour de cinq chapitres. Je puis me représenter l’autre en dehors de sa présence . Dans le contexte de l’ouvrage. Lefebvre sur la théorie des moments. la représentation est quelque chose qui permet une transition entre la présence et l’absence. même si. Le concept de représentation se découvre. l’œuvre de l’homme. l’esthétique. cette œuvre se concrétise dans des réalisations : le travail.Chapitre 9 : Le moment de l’œuvre et l’action créatrice Il existe. La représentation est donc un lien entre la présence et l’absence. le quatrième s’intitule “ l’œuvre ”. Paris. Avant de réfléchir à la partie spécifique qui nous intéresse ici. 1980. En même temps. aussi bien dans le langage courant que dans la philosophie. d’imaginaire ou de symbole. une relation étroite entre la théorie des moments et la question de l’œuvre. 269 Henri Lefebvre. le jeu. C’est dans ces deux derniers chapitres qu’apparaît l’un des développements les plus féconds de H. pour H. le cinquième “ la présence et l’absence ”. 244 pages. plus vaste et plus fécond que ceux d’idéologie. Ce livre se présente comme une contribution à la théorie des représentations. chez H. le troisième aborde les représentations non philosophiques. Lefebvre. 132 . le second montre que la philosophie est une introduction au monde des représentations et aussi une sortie de ce monde. Casterman. je puis me représenter l’œuvre en dehors de sa présence. il convient de souligner le fait que cette théorie surgit ici dans une réflexion sur la représentation. la question des moments dans l’œuvre d’art et la création à partir d’une lecture d’un ouvrage philosophique : La présence et l’absence d’H. produit. c’est la production de luimême. L’apport de La présence et l’absence Henri Lefebvre a exploré la théorie des moments en la confrontant à l’œuvre et à la création dans La présence et l’absence 269 . dans ce chapitre. La présence et l’absence. ces deux chapitres (qui représentent 60 pages) sont essentiellement consacrés à la théorie des moments. Chose. peut-on former un concept et une théorie de la représentation ? La présence et l’absence cherche à répondre à cette question. le chapitre sur l’œuvre définit ce concept d’œuvre. notamment le chapitre sur l’œuvre. H. Dans cet ouvrage. œuvre Avant d’aborder la théorie des moments proprement dite. il me semble utile de reprendre les grands points de ce chapitre qui servent de cadre à cette réflexion. c’est sa vie. Lefebvre. Le premier définit le concept de représentation. l’amour. Lefebvre montre que le thème représentation apparaît un peu partout. etc. La réponse implique une analyse approfondie de son enjeu : la présence et l’absence. Nous allons tenter de reprendre cette élaboration en soulignant le fait que le terme de moment n’apparaît pas dans les titres de chapitres. Peut-on dégager un sens général du mot qui réunisse et qui explique toutes les significations particulières ? Autrement dit. Pour lui.

avec l’individuel. 197). mais sans que cette prédominance écrase les autres aspects ou moments (p. action de l’homme social sur la nature. de ces ressources. – ce qu’il méconnaît ou ne reconnaît pas de lui. Le vécu est quelque chose de flou que les chevaliers du savoir et les champions de la scientificité ne savent que réduire et exclure… Or. 189). une œuvre (l’ombre du sujet. l’autre en moi et pour moi). avant Marx. ensemble. la chose en soi ne peut s’atteindre. introduit la notion de travail productif. car les rapports sociaux sont aussi vécus avant d’être conçus . elle relève du jugement. mais "la chose pour nous" est le produit d’une activité. Pour Kant. l’individuel est œuvre au sens le plus large (p. qui a un contenu multiforme – sensoriel. Lefebvre analyse ainsi "l’inconscient des psychanalystes" comme une représentation (de soi. ce qui vient de l’homme. le produit et l’œuvre dont nous héritons. on retrouve donc un moment technique et un moment du savoir.Tout d’abord. Schopenhauer et Heidegger s’inscrivent aussi dans ce mouvement. mais surestime l’œuvre… Cependant. ce qui survient de Dieu. Nietzsche méconnaît le produit. l’œuvre. mais elle est quelque chose de plus et d’autre que la somme de ces éléments. il 133 . Lefebvre rappelle que le christianisme distinguait ce qui provient de la nature. mis en œuvre par les projets architecturaux et urbanistiques… Le capitalisme et l’étatisme modernes ont eu tendance à écraser la capacité créatrice d’œuvres. "Ce qu’on a l’habitude d’appeler "inconscient" n’est-il pas œuvre ? N’est-il pas ce que le "sujet" en se constituant plus ou moins adroitement comme tel a exclu de soi mais n’a pu ou su expulser. H. Hegel. Marx surestime le produit. ce qui a entraîné de leur part des analyses réductrices. ils ont permis d’établir que le produit se situe entre la chose brute et l’œuvre. mais mis en forme. etc. Il ne faut pas en faire un absolu. ce à quoi il ne s’identifie pas tout en le contenant – de sorte que "l’inconscient" n’est autre que la conscience ellemême en acte ?" H. pour soi). un moment social et un moment extra-social. celle des catégories a priori de la sensibilité et de l’entendement (p. voire à le porter à l’absolu. Marx. le jouir… Pour lui. Ainsi dévalorise-t-il l’œuvre. à le valoriser. Elle propose une forme." Expliquer l’œuvre suppose que l’on prenne en compte la complexité de ses moments. "Le vécu ne coïncide pas avec le singulier. à travers Hegel. (p. appréciation spécifique. c’est que ces auteurs ont eu tendance à préférer l’un de ces termes. Nietzsche." Quant à l’œuvre. L’œuvre ne peut s’accomplir sans constituer une totalité. implique un respect qui a une portée éthique. se développe un rapport complexe entre la chose. Car autonomiser un aspect : l’économique. H. 192). Schelling. H. Cependant. un moment du ludique et un moment du sérieux. l’œuvre doit apparaître dans toute son ampleur. 197). sensuel. détruit l’œuvre… "L’œuvre implique du jeu et des enjeux. de sorte que l’espace (par exemple) est produit par l’activité économique et sociale. Ce que note H. il s’agit de trouver une solution à la conceptualisation du vécu. parce qu’elle est ainsi spécifiquement humaine. un moment du désir et un moment du travail. le produit. intellectuel – avec prédominance de telle ou telle nuance de la sensualité ou de la sensibilité. Vécu et savoir dans l’œuvre L’œuvre. "La différence émerge chez les cartésiens et prend forme à partir de Kant donc à partir du moment philosophique et historique où se découvre comme telle la représentation. un produit (le résultat d’une histoire). Lefebvre veut restituer l’œuvre comme moyen de dépasser les tendances réductrices : le faire. de ces conditions et circonstances. de telle technique ou idéologie. produite par un artiste. Il faut éviter d’en faire une théorie qui donnerait des leçons. Lefebvre. le produire." L’œuvre est le point de rencontre entre le vécu et le conçu. s’inscrit dans ne tradition philosophique de longue date. par exemple. "Dans toute œuvre. avec le subjectif. de tel sens. Ainsi. Lefebvre a montré que la représentation est une médiation entre les deux. l’auteur montre que le discernement entre la chose. La civilisation est une œuvre éclatée. mais il ne faut pas non plus le nier.

la vitalité. vers l’horizon des horizons. H. coupé de la vie. voire de le transfigurer. selon H. Le savoir sert à retourner au vécu. ll lui arrive de passer le long des terres promises . Il va toujours vers d’autres terres. deviennent ensuite des routes et passent alors pour évidences. Découvrir. Elle cristallise le devenir. L’homme des frontières Il ne faut pas réduire la création à une “ créativité ” que l’on enseignerait. La création est d’un autre ordre. C’est son épreuve. Le créateur est sujet. Bergson a été sensible à la question. À la différence du simple producteur. leur groupe. Elle est totalité. Alors que le producteur se trouve exproprié de son produit. pour le mesurer du regard et de la pensée. 202). le créateur assimile du savoir. il existe aussi des hommes des frontières qui réussissent à défier le système. en ayant tendance à réduire le vécu à l’immédiateté… Par opposition à la démarche scientifique qui a eu tendance à chercher à construire un savoir absolu. l’immédiateté perdue et retrouvée. Elle ne s’opère qu’à la périphérie du système. Le sujet se constitue dans l’action poiétique. ” Cependant. mais aussi par le dépassement des perspectives. “ Le créateur d’œuvres trouve dans le vécu son lieu de naissance. Il ne cherche en aucun cas à le soumettre. Le travail de l’art. L’œuvre a donc un temps propre. Mais la création en sort d’une part par la spontanéité. à la marge. Lefebvre. non par le savoir ou le non-savoir. jusqu’à ce qu’il aperçoive les lignes lointaines d’un continent inexploré. un héros… L’oeuvre contient le temps. Le créateur se distingue du savant. Le créateur dépasse les représentations non seulement par le travail d’écriture. Mais il se dégage du vécu. ce rapport conflictuel entre vécu et savoir débouche sur le maniérisme. Mais elle n’est pas un produit. L’art et la création se développent dans le registre des représentations." L’œuvre lutte pour sa durée. Il chemine le long des lignes de partage des eaux et choisit la voie qui va vers l’horizon. Elle immortalise un instant. Mais. La créativité. Le savant accumule du savoir.y a du vécu social lié à l’individuel mais différent de sa singularité (p." Husserl a tenté d’avoir une approche du vécu qui en permette l’émergence dans la lucidité. Même si elle se vend. il n’entre pas. le créateur n’habite pas le vécu. Elle échappe à la division du travail bien qu’elle soit un travail. de moments en moments. même s’il y revient. Non. sans pour autant se déchirer jusqu’à la séparation… L’homme des frontières suit des chemins qui d’abord surprennent. une beauté mortelle et fugitive. leurs alentours. L’artiste s’adresse au vécu pour l’intensifier. Le créateur d’œuvres trouve dans le vécu son inspiration initiale. le retient. Mais il n’est pas sujet déjà là qui s’exprimerait dans l’œuvre. Savoir et vécu interagissent dans la production de l’œuvre. Ici. Il ex-prime le vécu. L’œuvre restitue la valeur d’usage. le créateur vit les contradictions de la création qu’il dépasse en assimilant le plus de savoir possible. leurs intérêts – l’homme des frontières supporte une tension qui en tuerait d’autres : il est à la fois dedans et dehors. c’est d’exalter le vécu. c’est sa passion (p. un acte. celle qui donne forme à l’œuvre. De plus. c’est la production de l’œuvre qui produit le sujet. l’œuvre n’a pas de prix. Il n’y séjourne pas longtemps. inclus et exclu. pour faire émerger une connaissance critique. Lefebvre écrit : "Alors que les gens pris dans la masse n’en aperçoivent qu’un recoin –leur lieu. savoir et vécu ne sont pas antinomiques. mais cela n’aboutit qu’à tuer l’oeuvre. Les marginaux sont souvent objectivés par le système. Si l’artiste privilégie le savoir ou la technique. et d’autre part par l’ampleur des horizons et par la pluralité des sens. c’est la volonté des institutions d’encadrer la production de l’œuvre. Mais cette expression se fait dans un mouvement où se développent des contradictions et des conflits. 199). son terrain nourricier (p. 134 . l’artiste part du vécu. le créateur reste au cœur des formes qu’il invente. Il s’en dégage. mais par le trajet qui conduit à l’œuvre et qui intègre le savoir dans le processus de création. l’impulsion originale et vitale qui suscite l’œuvre. mais. 198).

le symbolique et l’imaginaire. Cela signifie que l’on n’y entre pas "comme dans un moulin". L’analyse sera infinie et surtout imprévisible. La création le surmonte par un codage 135 . ouverte sur le monde entier (p. au sens habituel. les émotions). H.L’œuvre comme monade C’est Adorno. Les moments de l’œuvre L’œuvre est un centre provisoire qui rassemble ce qui. etc . L’œuvre n’est pas immédiatement accessible. c’est-à-dire sur la totalité de l’univers… Cette définition de l’œuvre comme monade oublie quelque peu la substance de l’œuvre. dans son esthétique. hypercomplexe. le sensoriel. L’œuvre s’approprie ces moments en les contournant et en les détournant. L’objet de l’œuvre n’a rien à voir avec un objet scientifique. L’œuvre est ouverte. D’origine philosophique. Ce terme veut aider l’analyse à s’assouplir. en effet. qui a proposé de voir l’œuvre comme une monade leibnizienne. totale et cependant non close. c’est un projet qui peut échouer : se proposer l’unité. le terme de moment se préfère à d’autres rendus trop familiers par les sciences humaines ou sociales : niveau. structure. inépuisable à l’analyse. Lefebvre aborde la question des moments de manière systématique. L’analyse qui discerne les moments s’inscrit dans la tradition philosophique. L’œuvre est une utopie abstraite ou concrète. du mode de production. Elle explore le possible par les propositions. les représentations. L’œuvre peut se décomposer en différents moments. par ailleurs. mais elle a le mérite de montrer comment on peut aborder l’œuvre en général et l’œuvre d’art en particulier. L’œuvre est "infiniment riche. sur celui de l’espace architectural et urbanistique. Le moment n’apparaît donc que dans sa négation. a pu contourner ou détourner tel pouvoir ou telle catégorie. Et le processus créatif. On peut dissocier la rationalité (des moyens et des buts) et l’irrationalité (du vécu. dimension. ce moment est en effet nié par l’œuvre qui le rétablit transformé ou transfiguré. les représentations traversées (adoptées puis rejetées) et surmontées. bien que l’on puisse avoir avec elle un contact sensitif et perceptif immédiat. des émotions. fonction. des sentiments… affects inhérents à l’oeuvre. 204)"… C’est à ce moment de sa réflexion que H. de perspectives plus ou moins éclairantes sur toutes les autres œuvres. la perception sensible) ou subjectif (le vécu. mais la déborde : a) Unité-totalité-multiplicité. le spontané. indécodable. la totalité des moments. Lefebvre a déjà tenté ce type d’analyse sur le terrain de la ville comme œuvre. L’analyse dialectique met à jour le mouvement de l’aliénation et de la désaliénation. L’immédiat peut être objectif (la sensation. L’œuvre se démarque de la société existante. de l’économique et du politique. mais la diversité de ceux-ci est transsubstranciée en une unité d’autant plus forte que la diversité interne est plus grande. L’enjeu de l’œuvre. c) Projet. ne sort pas de ce moment de l’immédiat. L’analyse doit en tenir compte. L’ “ expression ”. se différencier et surtout éviter l’écueil de prétendre épuiser son "objet". se disperse. Elle se constitue d’une infinité de points de vue. en les approuvant et en les refusant. b) Critique-distanciation-contradiction. Toute œuvre a cette qualité. Le moment de l’immédiateté Difficile à re-connaître.

à s’approprier. C’est finalement le moment où l’oeuvre trouve sa forme. un repos. mais il faut aussi revenir au travail (p. mais il faut comprendre ce terme dans un sens très large. le savoir critique. L’œuvre donne et se donne. Oser conclure. oser donner est absolument indispensable… La recherche infinie a tendance à rapprocher l’art de l’accumulation du savoir. présente. En allemand. finit par revenir à l’immédiat. l’oeuvre se donne à voir. mais de trouver. la mémoire et l’histoire de l’art. le savoir qui ne se définit que par la recherche du savoir ou par la méthode prend l’allure d’une dérision. On invente en travaillant. le travail entraîne une trouvaille. 207). Mais il n’y a pas de vraie coïncidence entre les deux. L’œuvre implique une non-mémoire au profit d’un usage et d’une jouissance donnés dans le présent. le travail a déjà cessé. de désir. De temps en temps. c’est celui de la détermination. à entendre. Dans ce retour à l’immédiat. il faut finir. à la mélodie. Mais le surplus de sens du second terme. de représentations diverses. l’œuvre a une capacité d’oubli. La création de l’œuvre passe par des phases de contemplation. De toute façon. Or. "Le travail patient et appliqué se dépasse constamment par l’inspiration qui reprend contact avec le vécu. l’œuvre devient don. Et. l’oubli des opérations accomplies par des moyens techniques appropriés participent de ce travail.subtil du signifiant et du signifié. de jouissance. Le moment du travail L’œuvre est une accumulation de travail. comme le disait Picasso. Aristote l’avait déjà remarquer : il faut commencer. c’est la notion d’élaboration. Les deux termes signifient travail. se dépasse l’opposition entre “ expression ” et “ signification ” de l’œuvre. etc. on distingue arbeiten et erarbeiten. détourné. c’est-à-dire au son." Le travail est une médiation entre la production et la création. c’est cette perlaboration de l’oeuvre qui se caractérise par une accumulation de travail qui se dissipe soudain dans un retour à l’immédiat dans la présence. elle s’offre à nous. Mais l’important. où elle s’invente une forme. Mais dans le même temps. à d’autres. les œuvres antérieures. l’œuvre est là. Contrairement au produit qui s’inscrit dans une logique d’échange. Le travail sur le passé est contourné. La dialectique de la création. quelque soit sa valeur sur un marché. avec l’immédiateté passée ou possible . mieux de perlaboration. La négation. Mais ce travail sophistiqué. dissimulé. ce n’est pas de chercher. Le moment interne-externe de la détermination La recherche entre dans le travail. Ce moment où l’on décide que c’est fini. 136 . L’œuvre implique un désoeuvrement. le travail est davantage dans la production (on recopie un texte ou une phrase musicale écrite par un autre et qui va être utilisée comme citation dans son propre texte : cette copie est un travail de reproduction) . Au-delà du codage complexe de significations. Le moment de la finitude annonce l’exigence de la finition. intégré profondément. Le moment de la mémoire L’œuvre intègre la tradition. Dans ce mouvement. Son mouvement est en elle. Le chemin de la création se trouve dans cette tension entre la reproduction et l’invention… Mais le travail n’est lui-même qu’un moment qui va se trouver très vite nié par le non-travail. Ce don entraîne un apaisement. L’œuvre suppose une tension entre infini et fini. au rythme. Il faut que survienne un moment de l’arrêt. lorsqu’elle se donne.

le principe d’équivalence joue un rôle considérable dans le monde de la marchandise. produit d’un travail. les formes esthétiques se distinguent des autres formes. Le principe d’identité : A=A est la forme logique pure. bien que je sois le même. Le terme de forme est d’un emploi commun. Il se reconnaît dans le devenir. Le savoir qui voudrait supplanter cette présence détruirait l’œuvre. C’est une construction qui se donne à travers sa forme. Il abolit les différences dans un processus d’homogénéisation générale. Peut-on choisir une forme ? Est-on conduit à la découvrir à partir d’un contenu ? Se déduit-elle d’une autre forme ? Par dérivation ? Par déformation ? Par détournement ? Trouve-t-on le contenu à partir de la forme ? D’un point de vue théorique. Cette cohésion accepte les contradictions. L’artiste doit faire le choix d’une détermination. des idéologies. Ce postulat est évidemment faux. Il réduit les identités concrètes à des identités abstraites. mais la forme reste identique. car il n’existe pas d’œuvre sans cohésion. La forme mathématique se caractérise par l’égalité. mais ils ne peuvent pas engendrer une antinomie. Mais cette identité pose problème. Mais l’œuvre est d’abord cohérence. Il s’applique partout. Ces deux systèmes de règles peuvent différer. les contenus peuvent être différents . donné avec son contenu dans l’œuvre. de contrats de vente… Mais ils ont tous une forme en commun : la réciprocité. dans la politique. sa place et sa date. une influence de la tradition et de l’histoire de l’art. La forme c’est l’objet concret. Il doit respecter des règles de composition (qui peuvent se démentir au cours du travail par une innovation). on peut distinguer la forme logique pure des autres formes. la notion de forme est confuse. du milieu. Or. des représentations acceptées ou refusées. La forme contractuelle par la réciprocité… Dans les contrats. Il y a une multitude de contrats de travail. significations intégrées et dépassées. C’est la simultanéité. Lefebvre a tenté de faire avancer une théorie de la forme (notamment dans Logique formelle et logique dialectique ou encore dans Le droit à la ville). des milieux. c’est de donner dans l’ici et maintenant la totalité des moments de l’œuvre. effets. Les formes esthétiques sont-elles à démultiplier en fonction de la diversité des œuvres. lorsqu’il cherchait à donner une idée de l’unité et de la synthèse du corps propre. comme totalité rassemblant des éléments éparts. la totalité des déterminations. Elles dépendraient de leur contenu… Mais quel est ce contenu ? Comme nous l’avons vu. dans le jeu institutionnel. davantage celle de la phénoménologie plutôt que celle de la psychologie de la forme. La réflexion de H. Les parties contractantes ne sont que très rarement en position d’égalité… Au niveau de l’art. cohésion. sa technique. avait déjà été utilisée comme métaphore par Maurice Merleau-Ponty. Cette dernière est une chose ou un être qui se maintient. Il faut distinguer l’identité abstraite de l’identité concrète. On peut la déconstruire. Il parlait de 137 . Cette réciprocité postule une égalité formelle entre les parties. figures) ? On voit bien qu’il existe un moment de la forme et que celui-ci est extrêmement divers en fonction des contextes.Le moment de la forme Il n’y a pas d’œuvre sans forme. L’identité concrète se différencie de l’identité abstraite. je ne suis plus aujourd’hui exactement le même que celui que j’étais hier. L’œuvre est ouverte. Mais dresser cette liste ne permet pas d’élucider la question. Il persiste dans l’effondrement des formes non formelles. c’est-à-dire la décoder selon diverses grilles de lecture. Ce qui caractérise la forme. l’esprit du temps. qui persévère dans son être. mais l’œuvre reste d’abord une présence. L’analyse intellectuelle peut les déconstruire. L’œuvre d’art comme unité. Mais en même temps. de contrats de mariages. des situations. ou au contraire doit-on les ramener à certains caractères limités (symétrie et dissymétrie . Le référentiel logique a la plus grande importance. etc. H. mais les domine. Dans l’économie. Lefebvre peut s’inscrire ici dans une tradition. On peut reconstruire sa genèse. les dissocier. il incorpore à la fois du vécu. Il doit tenir compte aussi des règles de réception. la contemporanéité des moments donnés ensemble.

" Le moment de la présence et de l’absence Au moment de la conception de l’oeuvre. donc présence. architecture). Dans les deux cas. exposition. mais les dépassent. On cherche. l’acteur jouent des apparences sans se laisser attraper. 4° édition : 2000 (pp. il y a pénétration. reprise. Elle évoque des victoires (plus que des défaites). Le point d’entrer a quelque chose d’arbitraire. des correspondances. l’objet s’invoque. 138 . 1974. souvenirs. On peut distinguer les œuvres qui se déroulent dans le temps (musique. Le créateur a besoin de prendre du recul par rapport à ce qu’il a déjà produit ou amassé : expériences. celle de l’œuvre à l’acteur ou au metteur en scène. etc) aident à produire l’impression de simultanéité. par le dessus (en avion) pour permettre une saisie de la globalité. Entrer dans l’œuvre suscite la joie. le projet initial n’existe pas dans la ville. Les grands artistes sont parvenus à tenir en même temps la présence et l’absence. de la négation. la jouissance qu’offre la perception et la conscience de cette présence. l’œuvre qui se déploie dans l’espace joue de la temporalité. permet de susciter la co-présence : celle de l’auteur à l’œuvre. se convoque. il a tendance à répondre non dans la mesure où l’intention. L’acte créateur passe à travers le monde des représentations qu’il soumet à l’épreuve de l’action poiétique. celle de l’acteur au public. des renvois de la partie au tout. l’absence apparaît lorsque l’artiste prend ses distances avec les matériaux qu’il a rassemblés. répétition. techniques. Il devient actuel. Ils les utilisent. Une sorte d’insight. "L’œuvre a de dures contraintes : permettre et même exiger cette transversalité qui se retrouve dans toutes 270 271 M. 89-96). s’évoque. théâtre) et celles qui se déploient dans l’espace (peinture. Même en architecture. des blancs. ni duper. l’art consiste à proposer une simultanéité formelle de l’espace et du temps. la divinité (temples ou églises). c’est un poème qui évoque un être cher mais perdu. Elle suscite une présence… La pièce théâtrale. Lefebvre a décrit cette simultanéité de l’œuvre. Paris. amé ou haï. Comment l’approcher ? On hésite. autre face de son absence. H. mais s'en servent. parfois. Dans Le droit à la ville. Comment aborder la ville ? Par l’extérieur. p. il existe des rythmes pour les yeux qui suivent la forme. Il ne rejette pas les illusions. projets. Le travail exige du recul. 1945. lointain. est essentiellement une modulation de l’existence 270 ." Le travail de construction et d’élaboration de l’oeuvre consiste à articuler les parties au tout. elle est de l’ordre du "méta". un dieu . poésie. L’architecture fait aussi exister des évènements ou des personnes disparues. Anthropos. tout d’un coup. de la critique. Gallimard. le créateur joue des représentations.la poésie comme quelque chose de plus que la somme de ses parties : "… La poésie. Dans La production de l’espace. des disparus (statues ou tombeaux). des détails qui attirent l’œil dans une promenade qui s’inscrit dans une certaine temporalité. elle aussi. Ils créent une sorte d’espace de l’œuvre. puisqu’il ne peut être là en personne (p. Les procédés de composition (annonce du thème. leitmotiv. comme dans la poésie. 210). des vides… Survient alors l’objet. par le détour des rues ? Cette hésitation explique la difficulté. de la trame des rues et des avenues ? Par l’intérieur. Lefebvre réfléchit à cette question : la ville est-elle une œuvre ? Contrairement au point de vue défendu dans l’ouvrage que nous abordons ici. Phénoménologie de la perception. Celui-ci figure-t-il dans le tableau ? N’est-il que suggéré ? "Dans la peinture. c’est la tragédie qui fait exister un héros. 176. L’œuvre. De même. à entrer dans une œuvre. L’auteur. Merleau-Ponty. Elle est l’œuvre suprême 271 . La ville se caractérise comme la rencontre et le rassemblement de tout ce qui caractérise une société : produits et œuvres. de la confrontation. H. Ainsi. Alors que le producteur ou le politique cherchent à réaliser les représentations. Et puis. L’exploration de l’œuvre n’a pas grand-chose à voir avec sa genèse. si elle est par accident narrative et signifiante. Sa pensée prend alors la posture du rejet.

dans la connaissance de la nature. L’ordre des moments n’est pas déterminé d’avance . mais s’en dégage. la compréhension. à une perspective (p. Ils y sont immergés. du social et du mental. Le moment du quotidien Le créateur d’œuvre n’échappe pas au quotidien. Le travail du négatif ne se confond pas avec le nontravail (une pure contemplation). par le biais de la couleur. Mais la totalité s’organise autour d’un centre. Cette vie s’organise à partir du centre. 213). Mais dans leurs phases créatrices." Le processus de réalisation implique une attitude critique (qui n’a pas besoin de s’expliciter en tant que telle dans une théorie ou un savoir critique). il profite des phases de distanciation pour entrer en contact avec d’autres œuvres. Il peut s’agir d’une émotion. Le philosophe vit aussi ce destin. Il construit son espace d’action poiétique. d’un dessin. celles-ci ne s’en tiennent jamais à une donnée. ils ont tendance à s’installer dans un espace extra-social. À la manière des amants. il y a une proximité entre le créateur d’œuvre et le philosophe. à la différence des gens du sens commun. un lieu. le sien. Le moment de la représentation traverse. L’œuvre se centre. Il se l’approprie. Il peut se dissimuler. il change selon l’humeur de celui qui perçoit et reçoit l’œuvre. à une interprétation. la saisie d’une œuvre réclament du temps. a un caractère organique. Le moment utopien "Il va de soi que ces moments ne se succèdent pas dans le temps. encore moins à une opinion. Celuici peut se déplacer. à un secteur.les stratégies . des passionnés. Ce centre est le point nodal de l’œuvre. encore que la contemplation. 213). les intérêts et les passions (p. Centre et périphéries font partie de la composition de l’œuvre. Le commencement (le moment premier) a quelque chose d’arbitraire . L’artiste. offerts et pour ainsi dire disposés et 139 . du pouvoir. d’une représentation choisie. dépasse au sens dialectique en surmontant ce qu’il y a d’incertain. Mais. de glissant. de superficiel dans le rapport "représentation-représenté-représentant". cet ensemble. Il tire du quotidien les représentations dont il a besoin. mais il a tendance à s’installer dans cette distanciation. Cette dissociation vécue entre le social et l’extra-social rend le créateur d’oeuvre suspect. Le moment de la centralité "L’œuvre concentre pour un moment. un espace où il puisse manger. lui. Représentations de la nature. totalité de l’œuvre. présents dès le début. des sensations. le créateur ne se laisse pas engloutir dans le quotidien. ne s’installe pas dans la distance au quotidien. comme le philosophe. Le créateur d’œuvre. Mais il est présent. des affects. d’une mélodie choisit les représentations qui permettent de susciter la présence. Cependant. mais ils ne le savent pas. travailler. mais il crée une distance par rapport au quotidien. Il lui faut une demeure. Le concept de centre se retrouve dans l’action. L’action poiétique. sont ancrés dans le social. Ainsi. du sexe. Sans être un organisme naturel. Il y a une vie entre la partie et le tout. Chaque partie s’articule à l’ensemble. On ne voit pas comment on peut cohabiter dans deux continuités simultanément : la pratique sociale et l’action poiétique. des impressions. avec d’autres influences." L’œuvre condense des sentiments. Du centre dépendent des périphéries qui évoluent à partir de lui de manière durable ou momentanée. des représentations. à un domaine. dormir. des délinquants. de la vie et de la mort sont passées au crible. Il en est de même du rapport au social. et cependant tous les moments sont là.

sans forcément entrer dans la biographie du créateur. Ainsi. même s’ils ont été dominés. ce qui a tendance à l’autonomiser. le long du trajet. mais aussi un espace de 140 . "Le moment du jeu implique non seulement le risque. identification. à un pathos. équivalence. créatrice de présence. il y a une règle que le créateur se donne au départ. Mais parfois. de vivre. lourd. d’énergie surabondante. une raison ou une déraison. une organisation de l’emploi du temps. Le jeu. Mais le jeu est aussi beaucoup plus. le prochain et le lointain. En elle-même. On les prend de front ou on les contourne. La tactique permet d’utiliser les ressources rencontrées sur le parcours pour avancer dans la voie dégagée par la stratégie. Mais le récepteur de l’œuvre. Les moments critiques L’œuvre peut renvoyer à une crise. Alors que le produit se reproduit par répétition. Il invite à un accomplissement. la découverte de l’inconnu et peut-être du mystère. 217). etc. Faire une œuvre nécessite une discipline. comme l’amour ou la fête. la découverte de l’enjeu et de son importance (p. abandon. 216). Loin de s’autonomiser. il y a toujours dans une œuvre le moment de l’utopie. des obstacles qu’il faut lever ou contourner pour avancer. Chaque tentative créatrice." Entrer dans une œuvre. Le moment du sérieux implique l’inquiétude. c’est un jeu dans lequel on rencontre. les forces adverses. Comme dans le jeu. l’œuvre est une aventure. il faut surmonter les obstacles. peut entrer en contact avec ces moments critiques qui sont contenus dans la création. il y a constamment présent dans le travail de l’oeuvre une posture rigoureuse. En effet. de percevoir. des crises. elle établit un lien de communication. technique. Il se dégage du réel. comme dans tous les grands jeux. il faut réviser ses plans de départ. l’œuvre ne peut qu’être du registre de l’appropriation. Mais en même temps. c’est découvrir un pays où règne une utopie. sérieuse qui maintient le cap. de la souffrance que l’ethos du récepteur comprend en le dominant. politique. et donc un risque. mais sans que cela ait quelque chose à voir avec l’esprit de sérieux. Cela demande une stratégie et une tactique." *** Ce chapitre sur l’œuvre se termine par une réflexion sur la distinction entre produit et œuvre et sur l’abolition du travail. un projet. des épisodes critiques. Bref. Elle s’approprie et elle transforme tous les fragments de l’unité éclatée. elle est le dépassement des contradictions. 215). impliquant un savoir et un marché. l’aventure. des embûches. de gaspillage de ressources et de temps. Le moment critique est souvent pathétique. Pour arriver à destination. cérémoniel. L’œuvre s’approprie la transversalité d’un espace-temps particulier. le créateur exécute des figures dansantes. Pour cheminer." L’œuvre porte en elle la fin du travail. Alors que le capitalisme ou le socialisme d’état ont tenté de faire du travail non seulement un espace de production. Les moments du jeu et du sérieux Dans l’action poiétique. Il est au cœur du drame. risque beaucoup : échec. il suscite la présence et l’absence. une médiation universelle (p. L’artiste a imaginé. L’œuvre est "économique.disponibles (p. un épanouissement. blocage en chemin. Il a perçu le possible et l’impossible. l’ouverture. Le jeu comporte un enjeu. Il propose une autre façon de voir. un destin. Il définit une liberté. C’est l’aspect sérieux. est occasion de gratuité. sociale. il y a une imbrication du moment du jeu et du moment du sérieux. mais le hasard (chance ou malchance).

de poèmes. Chaque composition ou texte doit résoudre les questions posées par la théorie des moments de l’œuvre. La lecture de ce chapitre est essentielle pour la construction de la théorie des moments. mais de les traiter comme telles et de l’en privilégier aucune. Beethoven a composé beaucoup : des sonates. Une question qui n’est pas abordée ici. Le banquier en a d’autres que le promoteur. des instruments particuliers qui portent des sonorités. Lefebvre refuse de donner des exemples pour renforcer ses thèses et hypothèses. des représentations d’une époque… Beethoven s’inscrit dans la période révolutionnaire et post-révolutionnaire. il choisit d’illustrer son point de vue théorique. Mais celle-ci. Un musicien qui composerait uniquement à partir de principes théoriques serait ennuyeux. dépassement de tous les moments qui la constituent. On voit le travail d’agencement et de construction à partir de fragments. Sa vocation est de reprendre ces images.domination. un mouvement d’intégration des savoirs. telle est la vocation de l’architecte. c’est subordonner la connaissance musicale et l’utiliser. des symboles. l’action créatrice est un effort. des représentations et idéologies d’une époque dans la production de quelque chose qui dépasse tous ces éléments dans une construction cohérente. Les exemples ne prouvent généralement rien. Chez Beethoven. le planificateur. Chaque composition ou texte est une œuvre en soi. Déplacement difficile. c’est l’articulation entre l’œuvre comme objet et l’œuvre comme ensemble d’œuvre. des techniques. l’ensemble des compositions ou des textes constitue une autre œuvre. etc. si elle doit être appropriée. "Le passage du travail au non-travail suppose un déplacement de l’intérêt social du produit à l’œuvre. trouvant son style. que les cordes et les cuivres… L’accord et la marche harmonique ont un sens qui dépasse la musique. Rien à voir avec l’Antiquité où la lyre ou l’aulos (flûte) créent un autre environnement. et par conséquent du quantitatif au qualitatif. ou il échoue (p." Mais ce n’est pas tout. le vécu d’un enthousiasme s’accorde avec la technique et le savoir. la composition s’inscrit dans un contexte social. le commerçant. Réussir à traverser la technique et le savoir appliqué. le propriétaire du terrain ou l’usager… L’art de l’architecte et d’écouter. La tentative créatrice qui part du savoir isole trop souvent l’un des moments. Mais. Ainsi l’œuvre est-elle transsubstanciation (Lefebvre n’emploie pas ce terme théologique). de l’œuvre de Picasso… Chaque créateur invente un style. invente un rapport au monde qui lui est spécifique. du travail productif à l’action poiétique. Parler d’œuvre ici est peut-être abusif. C’est lui qui valide l’œuvre architecturale. C’est triste. 219). La réussite de l’œuvre musicale suppose que le musicien ait une bonne connaissance de la musicologie et de l’histoire de la musique. une sorte de nontravail. L’analyse montre que trois facteurs entrent dans la composition musicale : la mélodie. Il choisit la musique et l’architecture. ne doit pas déterminer le contenu de l’œuvre." H. Le vécu des corps qui va traverser le monument ne doit pas être oublié. de l’œuvre de Rameau. politique qui propose des techniques. L’articulation des trois dimensions ouvre sur "un infini virtuel (p. plus largement. l’autorité administrative ou politique. H. Par contre. Et dans le même temps. des symphonies. du conçu. Dans l’architecture également. On parle de l’œuvre de Rousseau. Cette tentative a alors quelque chose de limité. les rythmes. l’harmonie. "L’architecte fait de l’espace socialement produit un lieu. les images et les représentations sociales. la réussite de l’œuvre suppose la maîtrise technique. d’entendre toutes ces représentations. 218). de pièces de théâtre. de la valeur d’échange à la valeur d’usage. Ils traduisent le lent vécu de l’histoire en un vécu intense et bref. d’incomplet. l’urbaniste. mais il doit les oublier lorsqu’il se met à composer. de mutilé. 217). Lefebvre a beaucoup produit de livres. qui ne peut aller sans détours ni détournements (p. du vécu. de les confronter. si l’on reprend 141 . d’articles. Composer. le moment créateur transforme le travail en activité appropriée. de les dépasser et de les transsubtancier en œuvre. de les rassembler." Chaque agent de production de l’espace a ses représentations.

c’est-à-dire pendant l’éducation. Il n’y a pas de présence absolue. En effet. et qui continue. Ce que l’on nomme les “ défenses ” est une forme d’armure. ce qui est une illusion. Plus tard. C’est ce chapitre V que je voudrais maintenant relire. par le choix qui suppose un risque. nous venons de l’explorer à partir de la lecture du chapitre IV de La présence et l’absence. Ce livre se poursuit par un chapitre de synthèse sur l’objet du livre. d’en faire un objet. L’analyse dialectique du rapport présence-absence oblige à dépasser l’opposition binaire. Il existe des échappatoires à la présence. Cette réflexion est recentrée sur cette tension entre présence et absence. La présence se trouve par excellence dans l’œuvre. La présence n’advient qu’au prix d’un effort qui précède la surprise." L’entre-deux est aussi espace de conflits. une relation étroite entre la théorie des moments et la question de l’œuvre. à la mort du créateur. Mais ces défenses sont des pièges. à une simulation. 142 . Pour rencontrer quelqu’un ou quelque œuvre. on peut aussi rechercher la présence dans la représentation. Elle se donne toujours dans une forme. La volonté de puissance entre dans le désir et l’activité poiétique comme moment. chez H. c’est-à-dire dépassement de la substance et de la forme pure dans une sorte d’acte poiétique. des leurres. La présence n’est jamais substance. 226). altération-aliénation). à la limite. à l’extrême. la réflexion sur les moments. Lors de l’enfance et de l’adolescence. à un double. De l’autre. d’armature. intermédiaires et médiatrices. c’est qu’elle soit finie. chaque œuvre constitue à son tour un moment de l’œuvre d’un artiste. l’amour et le concept. c’est l’Autre. Le troisième terme de la tension entre présence et absence. de fermeture qui vise à protéger de l’angoisse. Il y a unité et contradiction des deux termes. d’unité et de totalité… Les œuvres complètes d’un auteur répondent parfois au critère de l’œuvre… Il existe. La présence n’a rien de substantiel. à un écho lointain. avec ce que ce terme porte en lui (altérité. ce qui aurait pour effet de l’instrumentaliser. des représentations en foule (p." La rencontre de l’œuvre ou de l’autre peut s’éviter par des représentations qui bloquent la confrontation. la présence s’atteint par l’imprégnation. On n’atteint alors que l’ombre et le simulacre. La présence est un moment. La présence comme la puissance et la création se simulent. 227). à la limite. où transparaît la présence (p. en l’approfondissant. Mais. et l’une des conditions pour que l’œuvre existe. Pas d’absence absolue non plus : même la mort n’empêche pas la pensée. de la dissolution. une richesse (jamais possédée). "Le jeu comme le savoir et le travail et la quête amoureuse (quête de l’autre) ne sont que des moments où se révèle l’absence. l’angoisse qui s’attache à une ombre. même si chaque œuvre répond à cette exigence de cohérence. son œuvre reste inachevée. la représentation… "D’un côté. On parle de la période bleue pour Picasso. l’absence Henri Lefebvre rappelle que la présence peut être terrible (la confrontation avec l’adversaire) et l’absence douloureuse (l’éloignement de l’être aimé). Entre les deux. par opposition à d’autres moments (au sens d’espace-temps)… Il me semble que chaque fragment d’une œuvre peut aider à comprendre le projet d’ensemble. une plénitude. Alors conviendrait-il mieux de parler de l’art ou du style du créateur. des illusions de puissance qui ne font qu’empêcher la présence. Mais il faut s’en dégager pour ne pas fixer l’autre dans la domination. il faut aller à la rencontre.les critères énoncés précédemment. La présence. Lefebvre. Pourtant.

de discours. qui laisse blessure et nostalgie. Vouloir pour la retenir. du mythe ou de la mystification. celle de l’action poétique. Il n’y a plus d’assise. Ceux qui refusent le risque du désespoir parce qu’ils ne veulent pas souffrir n’ont aucune chance d’accéder à la joie de la présence. de moment éternel : "À coup sûr. 229). Elle suscite. celui de la fin du moment de la présence. en Orient comme en Occident. de l’idéologie. Accéder à la présence. se retrouvent les termes de la philosophie classique : le Même et l’Autre. La simulation sans foi ni crédibilité de la "présence" l’emporte. Leurs méthodes. La présence a. L’homme normal a dès lors toutes les maladies mentales. de "restituer le présent au sein de l’actuel" (p. une origine et une fin. la définir ainsi. la déficience psychique. exorciser l’absence. mais toujours relatifs : elle est rare la minute à laquelle je dirais "Arrête-toi" (p. c’est celui de l’échec. elle. débouchent sur la représentation d’un centre (ontologique) du réel et du spirituel. suppose de prendre des risques. imitée. présence absolue. L’unité se constitue dans la différence du sujet et de l’objet. Ils prétendent le capturer.L’absence ? La représentation comble les vides de l’absence. des absolus. La disparition des références. Le monde moderne se caractérise par la perte des références. de la cohérence. comme moment. il y a des moments plus ou moins profonds et sublimes. c’est provoquer sa fuite. On présente le politique ou l’économique comme des vérités. Le désespoir (qui n’est pas l’angoisse) est un moment de l’action poiétique. Dans la présence-absence. Le traitement ? Ce serait une présence. absence absolue. éloigne d’autant plus." Le savoir a sa magie : il fait croire à la possession de l’objet. Lefebvre. 230) ? Les philosophes et les mystiques ont prospecté la voie de la présence. on mime le substantiel en se servant des représentations. 143 . Accéder à la présence suppose d’accepter la souffrance qui glisse le désespoir dans le lieu de la joie. Pour H. L’unité du sujet et de l’objet s’opère ici dans l’acte et non dans la représentation. un néant. de la pauvreté. elle veut suspendre l’absence. elle aussi. l’Un et le Tout. de communications. comme un principe de décodage-codage. L’absence doit susciter le mouvement de création. en elle-même. la création ou la connaissance." L’absence. "Référence dernière. Elle incite. car ils se relient à la pratique productrice et créatrice. ce qui dépasse la philosophie classique. implique un autre rapport du sujet à l’objet. Ainsi. L’anormalité. sans pour autant que se manifeste la stimulation de l’absence (p. n’est pas pathogénique. L’ivresse n’a rien à voir avec l’action poiétique. il n’y a pas de moment absolu. Magique. l’amour. Ce centre est ou bien un Être plein. elle ne fonctionne pas comme un référentiel. de discours sur le discours dépouille l’homme de toute essence et définition générique. C’est lorsque le rapport à l’absence s’installe dans l’immobilité que l’angoisse et la maladie surviennent. Le langage. ou un vide. une béance. Ils s’y retrouvent sans s’y confondre. La consistance s’obtient par la publicité ou la propagande. le Sujet et l’Objet. Les signes nomment le lointain. Le véritable problème ne serait-il pas de redécouvrir la présence. la névrose deviennent la norme. en politique. Mais il ne se fixe sur aucune. en nommant. obtenir les dons du hasard et de la rencontre. de la poursuite vaine. 231). mais la vraie connaissance. avec l’oeuvre. Mais les actions magiques laissent désabusé. s’y installer. tente l’accès à la présence. L’image. Le signe dit l’absence et l’assigne. le sujet se constitue (il ne pré-existe pas à l’acte comme une substance) dans le même mouvement qui lui permet de percevoir l’objet. la prédominance des représentations laissent l’homme en proie à une absence ressentie comme ressentiment… La critique radicale peut déboucher sur le vertige du néant. La transe veut. Dans cet acte de construction de l’unité. Celle-ci est simulée. l’éclatement de l’unité vécue et conçue. Le risque. La vérité ne se distingue plus de la représentation. La surabondance d’informations.

L’instant est quelque chose en instance et qui se précipite. Le temps des méprises. l’absence s’installe. absence peuvent aussi définir des situations. son unité qu’il construit autour d’un centre ou foyer autour duquel se rassemblent tous les éléments et les données. On tente de la suppléer par des signes. celle de la rencontre. explosent. Le moment est une lente maturation qui se parachève. Mais dès qu’intervient la tension entre la présence et l’absence. dans l’instant quelque chose est arrivé qui modifie. cité par Lefebvre. Pourquoi ? C’est difficile à expliquer. Le Gai savoir. cet instant où. 1975. ses reconnaissances. 231). S’il fallait indiquer un rythme. H. des images. Chaque moment a sa cohérence. Il est inséré dans le temps. C’est intense. dans une conjoncture où joue le hasard. Sa découverte de la ville est un moment. éloignement. rien ne remplace l’inexplicable qui vient de la naissance et que j’ai gaspillé follement : la présence. de la lutte. juste avant la seconde guerre 272 273 274 F. ce serait l’allegro. les uns grossiers (quotidiens) et les autres fins. Il s’agit d’un élitisme par rapport à ceux qui ne se soucient que du confort et ignorent que "bonheur et malheur sont des jumeaux qui grandissent en même temps 272 . On prend conscience qu’une source se tarit. Définitivement. C’est bref. Paris. Il dure. 234). récompense méritée ou non. La présence-absence est constitutive de la situation. Il découvre l’urbain. Instants et moments Ces deux termes." Ce serait une sorte de stoïcisme sans fatum uni à un épicurisme subtil (Épicure prenait le plus grand des plaisirs à boire un verre de bonne eau fraîche). dans Le temps des méprises 273 . Lefebvre évoque les moments de l’amour. Même si je suis de plus en plus malin. des fractures. une femme lui dit : "C’est un bon produit". les moments reviennent. fragment 338. Il a un rythme : en général d’adagio. Cependant. c’est un développement qui s’enveloppe (prend. qu’il est maintenant nécessaire d’expliciter. Le moment retourne constamment vers sa genèse et la ressaisit grâce au travail de la mémoire et la patience des concepts. du savoir. Voir bibliographie. Car sur le plan des représentations." Le moment est plus profond. changent tout (p." L’aventure est une prise de risque. Ils bondissent de ceci à cela à travers les diversités. le concept de situation se réduit à une combinaison finie. mais un élitisme "modeste. C’est la déception. Les instants sont des déchirures. devant un objet du quotidien. de la méditation. Lefebvre évoque. séparation. 144 . mais de cet instant va sortir sa recherche sur la critique de la vie quotidienne qu’il développera entre 1947 et 1981 dans une série d’ouvrages importants 274 … La lecture de deux lignes du Capital sur la marchandise le bouleverse. Ces lignes "fulgurent. Alors que les instants ne se reproduisent pas. d’un événement. Présence et situation La présence se manifeste dans une situation : celle-ci peut se définir comme un rapport momentané entre des éléments nombreux. le surgissement d’une intuition. Distance. avec le temps. C’est l’entrée brusque d’une personne. Lefebvre.La recherche de la présence est-elle un élitisme ? Oui. à New York. Lors du vieillissement. une passion. même si la temporalité retrouve sa fluidité. Il faut constater qu’il est des situations sans présence. Nietzsche. silence. Au bout de l’aventure : une présence. Stock. une forme qui s’identifie et qu’il identifie). H. mais éphémère. on entre dans l’infini des possibles. Tout à coup se cristallise l’impression de platitude dans le quotidien. sont deux modes différents de la présence et de l’absence. Chaque moment a sa mémoire. H. insolent à l’occasion mais discret et presque secret (p.

En même temps. Ce n’est pas une représentation. L’œuvre d’art est matière transformée. les activités et les actes quotidiens complètent ce tissu (p. ne serait-ce que par la date qui est donnée avec autant de précision. c’est la pluralité des lieux. 275 Par condensation ? 145 . intégrées. le travail est psychique. puis à Mourenx (1954). l’être et la pensée. les faits. projetée. dans une épaisseur particulière. puis de nouveau à New York. Ce chapitre. D’une certaine manière ce qu’il nous décrit est une situation. C’est la répétition qui construit le moment. car c’est l’homme qui est l’auteur de cet acte créateur qui transmue une situation en moment. car ici les représentations sont dépassées. à…" Il y a une situation : un homme et une femme sont dans l’eau au bord de ruines. parce que le présent reprend l’histoire et l’offre – parce que l’avenir s’accueille avec un espoir… Je rêve au Parthénon. c’est qu’il y a tissu. comme une conque. Le moment ainsi décrit a quelque chose à voir avec l’œuvre. Les moments en sont la trame . entre les ruines. Il est avec une femme qui s’accorde au pays (p. des sentiments. imaginée. à Persépolis. Deux minutes de taxi. avec le travail. 235) : "Le petit avion nous dépose sur l’aérodrome. avec A. des sensations. intégrant la durée. une cohérence. à Paestum. Henri Lefebvre nage-t-il ? Il est dans l’eau. des sociétés. des monuments qu’il a déjà connus et reconnus. qui installe psychiquement un morceau de vécu situé dans l’espace d’un moment en lui donnant une unité." Parmi les expériences qu’il évoque comme "moment". Mais. Lefebvre voit dans cette tension entre instants et moments l’espace d’une écriture biographique : "Je pourrais écrire ma vie par instants et moments. en commençant par l’actuel. le réel. représentant ici des mondes. fusionnées. le moment n’est pas une œuvre dans la mesure où le moment n’est pas un produit. "S’ils déchirent le tissu du temps et de la subjectivité. ce ne serait pas un récit ou une autobiographie selon les formes habituelles. puis à Bologne (1950). Lefebvre évoque un voyage à Tulan. pour l’un des protagonistes de la situation. eux. le 7 décembre 1975. qu’il s’est approprié. Elle s’accorde au pays. Elles s’entremêlent avec des émotions. Les instants. qui intègre d’autres temps et d’autres espaces.." Car les moments impliquent le souvenir et la re-connaissance : ils éclairent le passé. Ici. c’est le temps des hommes et le temps de sa propre histoire. les opérations magiques. la nature. une épaisseur temporelle. L’espace évoqué. Il n’est pas "objectivable" en luimême. H. Le temps et l’espace se condensent soudain dans une durée. car le vécu métamorphose l’instantané de la situation en une cohérence déjà rencontrée. les résume en elle. et le contiennent. Le moment de Tulan serait de l’ordre de l’œuvre virtuelle. qui conclut l’ouvrage. Elle a à voir avec la production. et remonter le temps jusqu’à l’enfance. les ruines mayas en bordure de mer.mondiale. au paysage. Il n’y a plus de passé ni d’avenir. la temporalité et l’espace tout entier de l’histoire humaine. cette situation est vécue comme un moment. se termine par une méditation sur le désir. procèdent autrement 275 et chacun peut se dire pour lui-même. H. Toute l’architecture s’évoque. mais il vit intensément l’histoire de l’homme à travers son architecture. Le temps évoqué ici. 234). Le temps se recourbe comme la coque d’un navire. Bain de mer.

(Diotime. Elle est décrite comme telle par les philosophes et les psychologues. l'instant fait irruption : un mot. à une classe. Provenant d'une rencontre. à un groupe. celle du vécu individuel et celle du "milieu social" de l'individu. à un peuple". pose une question préjudicielle : “ Y a-t-il un moment philosophique ou moment du philosophe ? Comment caractériser ce moment ? Selon quel critère ? Comment l'authentifier ou le rejeter comme non-authentique ? ” Henri Lefebvre reprend une question proche dans Qu’est-ce que penser ? 276 Pour Lefebvre. La passion est proche de la névrose. d'un détail infime. 146 . Dans cette constellation.ou l'amour sacrificiel (Gretchen). souvent aberrant. pp. et les moments. de la mémoire et reconnaissance de certains rapports. un signe. Acte et non état. centre au moins “ momentané ”. et cependant individuel. Le moment est l'inverse de l'instant : "Bref. H. le moment (dans une acception qui diffère de l'hégélienne tout en l'enveloppant) entre dans une histoire. rassemblant des paroles et des actes. Par contre. avant de tenter une réponse. il en va comme de l'amour : "toujours unique. des sens. Le vécu s'organise autour d'un centre qui n'est pas fixe." L'amour est un acte social et en même temps extra-social. éclairant à la manière d'un éclair. Partie prenante d'un moment appartenant comme tel à l'espèce humaine. Il exprime l'instance : ce qui restait au-dessus. le jeu. ses représentations. Ces figures ont changé . ascendant puis se dégradant et parfois reprenant son ascension. l’œuvre d'art. cette énumération ne peut pas être exhaustive. bouleversant. L'amour entre dans une mémoire. celle d'une collectivité qui se retrouve ou se reconstitue en reconnaissant ses valeurs. partant de l'immédiateté antique pour traverser les médiations (l'aimée et l'amour comme médiateurs) et revenir aujourd'hui vers l'immédiateté du désir.ou l'amour spirituel. Béatrice) . mais se présente plutôt comme la "constellation changeante des moments qui brillent au-dessus du fleuve héraclitéen du temps". du vécu". le repos. d'un mot. Qu’est-ce que penser ?. du corps. intitulé "Le moment philosophique". des sentiments et des représentations. Et toujours reprenant ses thèmes. il s'approprie le vécu à travers une unité d'ensemble. au-dehors et attendait l'occasion de se manifester. de la reprise. à un peuple. les siens. un geste. non sans difficulté et sans risques de perdre une partie des richesses conquises le long de ce parcours qui va de l'amour vers l'amour". de la pensée. Il se pose à partir d'une circonstance. comme acte central .Chapitre 10 Les moments de l'amour et de la pensée Dans La Somme et le reste. Pour Lefebvre. Car il y a de l'innovation parmi les moments : "Si l'amour a sa mémoire (individuelle et/ou populaire) ainsi que son histoire. Il révèle. plus individuels : "Forme éminente de la répétition. des situations et des attitudes. Inégal à soi et à son destin. 276 Henri Lefebvre. au chapitre II. celle de l'individu lié à un groupe. le moment se détache de l'ambiguïté vécue pour prendre forme. etc. toujours nouveau. il y a en amour des inventions : l'amour courtois par exemple . 83-94. reviennent avec une certaine constance : l'amour et la pensée. L'identité concrète a deux formes : l'identité culturelle. c'est-à-dire durable. l'action. voire ses lieux et coutumes. Il devient une façon d'être c'est-à-dire présence à soi et aux autres. Lefebvre.

ayant atteint son but (son autre). Béatrice. encore moins comme étranger à la pensée. Selon la Vita Nova. il peut aussi le dire du jeu : "La pensée se crée en pensant le jeu. de ses régressions. la pensée n'est pas un état. encore moins dévorer. Le moment du jeu a son temps propre. et c'est une renaissance perpétuelle. les possibilités multiples (enjeux. l'amour. mais en un acte. celle de l'individu. "L'acte de penser revient alors vers sa source et recommence son effort.ne disparaît pas.réagissent sur les formes et par suite sur les moments. son parcours. c'est-à-dire le risque. gains et pertes). Elle le rassemble. mais la résistance au devenir. mais dans une poursuite de ce qui le fuit et que cependant il peut atteindre mais non captiver et posséder. 147 . que n'est aperçu que deux fois. qu'il transforme. de ses échecs. avec leurs rapports qui n'ont rien de simple . Les philosophes ont proscrit les passions. l'on entre dans le jeu en appliquant ces règles . jamais établi. Les moments ont ces puissances . au sensible. Toujours ayant une forme. La pensée peut chercher à persister dans cet état. Elle comprend de l'intérieur. peut alors jeter un regard en arrière. spontané. une substance. l'autre dix ans plus tard. Si le penser naît des ambiguïtés. Ainsi. ou objectif. en une chose acquise". il ne suffit pas et ne se suffit pas. la violence. se refusant à une objectivité figée du savoir : "La pensée qui s'auto-définit ainsi. à l'ambiguïté du vécu. l'amour humain est un acte en même temps qu'un rapport au monde. Lefebvre voit quelques analogies entre le penser et l'aimer : la différence . Lefebvre sur l'amour. La pensée ne peut penser l'amour que parce qu'elle n'est pas l'amour : le moment de l'amour ne peut se situer comme identique. parce qu'ils y voyaient une aliénation du penser. interne ou externe.la dissemblance . des flux informes du vécu. la pensée ne joue pas. Pour Dante. cette re-naissance l'oblige à refaire son parcours. car il transforme et le sujet et l'objet". du lieu de départ jusqu'à l'horizon visé : le jeu. Pour H. Il lui faut "l'autre" pour le penser . etc.dans les activités pratiques . ou l'action. il se crée (auto-création). inaltérable. La pensée reconnaît son trajet. reste fragile : elle ne peut durer longtemps. à s'y maintenir. Ces remarques de H. Cette opposition de l'état et de l'acte remonte à la plus haute antiquité. Sans s'arrêter nulle part en un “ état ”. l'une lors de sa neuvième année.ces formes au temps qui vient. Ne consistant pas en une ex-istence ou ex-stase. Les changements dans les contenus . une capacité de transfigurer le "réel" autant qu'une réalité psychologique et sociale : "De même le penser. ni subjectivité. son trajet : jamais stabilisé. sa “ matière première ”. et cependant l'amour-état traverse la vie et la mort. possède un trait commun à tous les moments : une activité d'appropriation". chaque jeu a des règles . Lefebvre. La "res cogitans" est pensante par définition.H. Il naît et renaît de sa propre absence. en intégrant la mémoire à l'acte et à l'immédiateté présente. Ce concept d'appropriation renverse et inverse celui de propriété : "L'amour s'approprie la sexualité. Cette forme d'amour se lie à l'état des choses dans le cosmos. Lefebvre remarque que le “ cogito ” s'est donné pour un état. acte impur. Cette interaction fait partie de l'histoire et de la genèse. à l'amour qui meut le soleil et les étoiles. Le jeu s'approprie le hasard et la décision. H. acte plutôt qu'état. Lefebvre. des groupes où il figure. Par opposition. "L'amour ne peut se dire ni objet. la pensée. il les transforme.ou plutôt ils sont ces puissances de métamorphose par rapport au “ donné ”. qui renaît de ses cendres. Nécessaire. informe". rappelle H. l'amour est un état. l'apaisement. des normes et valeurs de la société où il se déploie ou bien dépérit". à une vitesse accélérée. de son vide. de l'irréductible qui surgit devant la réflexion et d'elle lorsqu'elle s'applique à saisir et à définir une activité quelconque. au temps et à l'espace. sa mémoire propre et spécifique.

le vieillissement . au monde). On ne possède ni soi. de sensations et de besoins. De même. les oeuvres d'art cherchent à proposer un temps absolu (musique) ou un espace absolu (l'architecture). la mort. D'un côté la sécurité et la certitude. ni l'être. Le penser a la puissance de transformer son lieu de départ. sans s'identifier à aucun. la pensée est un rapport au monde en même temps qu'à son autre et à travers cet autre. sortant de l'ambiguïté. les jeux et enjeux. de gestes et de représentations. en même temps qu'une mémoire et un temps propre (dans le devenir du monde). révélations subites. Il ne peut y avoir de fermeture. et finalement entre le vécu et le “ vivre ” qui comporte lui-même le penser". comme médiation qui part de l'immédiat et le retrouve. Le moment de la pensée "se constitue ainsi par négation de ce lieu de départ. de la fluidité. réalisant une modalité de la présence (à qui ? à soi. en un lieu de nouveau départ. La pensée naît dans l'entre-deux des moments. les plaisirs et les voluptés. il les pense successivement et non simultanément". mais elle parvient à surmonter le conflit en considérant les moments dans le devenir. puis par sa restitution qui le situe dans la constellation mouvante des moments. il saisit le vécu comme tel . Son auto-reproduction ne fait pas sa fécondité. Elles ne peuvent trouver un objet ni dans le conçu ni dans le vécu qui n'a pas revêtu une forme".et de l'autre la joie. En tant que moment. acquis) sans s'en tenir aux médiations instituées. il se donne une forme. les menaces". Si les moments sont dans un temps et un espace relatifs. de même importance. évènements et concepts. Le Même devient l'Autre et l'Autre se change en le Même. puis opte pour l'un d'eux en refusant l'autre. intuitions brusques". Le monde est le fond sur lequel se détachent ces constellations et ces nébuleuses : moments et instants. la souffrance. s'opposent aux instants. C'est-à-dire en constituant un centre “ momentané ” qui confère un sens (c'est-àdire une signification et une orientation au “ vécu ”. le jeu. sans fusion ni confusion.contenant sa dialectique du devenir". Le penser ne poursuit son auto-création qu'entre le Même et l'Autre. Ainsi. 148 . sans confusion ni séparation. La réflexion gère sans fin les aspects contradictoires du rapport au monde : "D'un côté. La méditation se perd dans l'indéterminé. "L'acte de penser entre donc parmi les moments. il passe entre le vécu informe et le savoir formalisé (conceptualisé. Les moments. des interactions entre l'ambiguïté des concepts.de l'autre le risque. Concept. La force du penser vient de ce mouvement interne-externe. c'est-à-dire dans une unité qui se constitue (qui se crée) à partir d'une matière première et naturelle d'émotions et d'activités. "Le moment convient à la fois au conçu et au vécu. épreuves. sans quoi celui-ci resterait dans les flux informes et s'y égarerait). etc. celles du savoir acquis et des institutions stables . aux autres et à l'autre. qui se constituent en “ êtres ” concrets et divers. Une telle confrontation donne lieu à un discours infini. le moment fait transition entre la connaissance (le concept) et l'art. irruptions bouleversantes. l'action. qui oscille entre les moments. dans leur rapport au monde. Les créations esthétiques présentent ou représentent des moments : l'amour. Par cette forme qu'il se donne. le penser cherche à constituer une totalité qui toujours se brise : "Parce que le moment de penser a une relation avec tous les autres moments.

que je ne décris pas dans mon Journal des moments. donc un espace qui est libre. J’en ai profité pour acquérir 6 livres sur le journal de voyage (Gide. découvert dimanche au “ Salon du livre de voyage ” de Magny-en-Vexin. Christine Delory-Momberger. J’ai donc du vécu qui ne se trouve pas enregistré dans le Journal des Moments. Je venais de lire le Journal de voyage d’Albert Camus. de façon "évidente". J’ai ouvert La mort d’un maître 277 . soutenance de thèse de Jean-Yves Robin (Villetaneuse). j’ai pris conscience qu’il n’y avait pas de Journal d’un auteur. de la fluidité du sujet que je suis. "dispositif") des moments. Dans le public. non installé dans nos moments ? 277 Ce chantier est un ouvrage en préparation sur René Lourau. donc. pour moi. du coup. qui ne rentre pas dans le cadre (framework. les moments les uns par rapport aux autres. une fois de plus. Cette prise de conscience m’a conduit à faire un pas de côté. il y a aussi Guy Avanzini et des collègues d’Angers. C’est cela que je voudrais explorer. je retrouve Françoise Cros. J’aperçois aussi Jean-Louis Le Grand. m'avait signé un contrat dès 2001. Je ne l’ai pas trouvé. j’ai regardé mes autres journaux. dans le jeu de la transversalité. une soutenance de thèse. il y a des moments. découvrir. Camus. Journal d’un éditeur. et je m’étais replongé dans le très beau livre de Pierre Sansot : Du bon usage de la lenteur. Mais je ne suis pas là pour raconter. un moment non contestable . En apprenant la maladie de mon ami Hubert de Luze. Au jury. Si j’ouvre un Journal du Non-Moment. mais ce n’était pas la place. L’idée s’est imposée à moi ce matin. mais pour essayer de penser un nouvel objet : Le non-moment. il est nécessaire qu’il y ait du jeu entre les moments. fluide. Jean-Marie Barbier. c’est qu’il me semble que pour rendre fluides. Je le promène un peu autour de moi. en sortant du séminaire de Patrice Ville à Saint-Denis. Je suis venu avec Sergio Borba. et je me suis plongé dans ces ouvrages avec une forte implication (puisque je viens de terminer mon Voyage à New York). pour le faire connaître. où j’étais invité à faire une petite conférence sur mon Voyage à Rio. Je suis venu à cette soutenance comme “ auditeur libre ”. être auteur est. Gilles Brougères.INTERLUDE 2 JOURNAL DU NON-MOMENT (5 mai 2004 – 25 novembre 2004) Mardi 5 mai 2004. en me posant la question : qu’en est-il de mon vécu. et un prof que je ne connais pas (on m’a parlé d’un Allemand). En ouvrant Journal d’un lecteur. Qu’en est-il du vécu. Le jeu des moments (passage de l’un à l’autre) suppose une sorte d’huile de coude. D’ailleurs aujourd’hui j’ai passé une partie de la matinée à écrire mon journal. pour lequel Hubert de Luze. j’ai voulu trouver un bon support pour noter cette nouvelle. en tant que directeur des éditions Loris Talmart. David Le Breton sur la marche…). On pourrait se dire : le Journal d’un auteur est à ouvrir . Alors. 149 .

le calme. du vin. il y a l’espace-temps disponible entre ici et là : ici et là sont des moments . semble-t-il. même s’il en ignore. le concept. dans une succession imprévue. prendre l’air. Manger. descriptible ? Puis-je demander à Hélène. je lisais Du bon usage de la lenteur. du côté du nonmoment. P. Chez Camus. donc. Gilles. ce qu’ils ont repris de mes moments ? En quoi ai-je aidé mes enfants à se construire leurs moments ? Cette question peut être dialectisée par cette autre : comment mes enfants se sont-ils construits des moments. Donc M. fut riche en auto-célébration de notre commune transversalité (danse/philosophie) : -On est les mêmes. dans le mode de production. Dans son effort de théorisation du sujet. Sansot.L’idée m’est venue ce matin. dans une performance commune : celle d’un repas à la terrasse d’un café . Je parlerai ici plutôt d’un quasi-moment. et non structurée. Oury. quand le vécu prend la forme d’un quasi-moment : le moment de la flânerie. suis-je dans le moment de l’écriture ? Non. Chez Augé. J. Charlotte. C’est pour moi : une salle chauffée. Augé. sans savoir à quelle heure notre entretien serait suspendu : voilà du non-moment. Romain. de Jean Oury. il y a un entre-deux. Dans les temps qui viennent. mais comme une sorte de redondance. mais il faut décrire le non-moment qui est tout de même traversé par des moments. des vrais. au-delà de nos différences ! On a produit ce manifeste. que j’entends comme un fond musical ou plutôt culturel. je veux tenter de penser le non-moment . Chez Jean Oury. Je ne suis pas dans le moment de la thèse . elle mangeant un steak haché. par rapport à mes enfants : est-ce analysable. encore que le chapitre sur l’écriture est bien une réflexion sur la construction du moment d’auteur. le risque : en faire un moment ! 150 . à la manière des grandes émissions de France-Culture. ou plutôt sur les rythmes du nonmoment. observer des classes prendre l’autobus. En la restituant. pour écrire. Quelle place faire au non-moment dans la théorie des moments ? J’aime l’éloge de la lenteur que fait P. il faudrait reprendre la construction archaïque de la personnalité : Jean Oury ne parle pas vraiment d’autre chose que du moment. Qu’est-ce que l’on conçoit transmettre à ses enfants ? ["Est-ce effectivement transmis ?" serait une autre question]. contre moi ? Le repas d’hier midi avec Charlotte. je suis dans un non-moment. des tableaux. mais. plutôt que d’un moment. saturés. Jean-Yves. rentable : contre la vitesse. que je n’ai pas lu. pour parler du nonmoment. des livres. il me semble qu’on transmet surtout des moments. lors de la lecture en décembre 2003 de deux livres importants. Car le moment est un espace-temps. livre sur le non-moment. Non-lieux de Marc Augé et Arts et schizophrénie. à son effort pour se donner comme efficace. etc. Le non-lieu est virtuellement un non-moment. Mais la Loburg était excellente. j’ai trouvé une critique de la conduite automobile. plutôt que du côté du moment. dans lequel je me trouve maintenant : la soutenance de HDR. Comment décrire le non-moment. commencée avant que j’arrive. Ce matin. Ce fut ma première impression. et qui commente un mémoire de synthèse. moi une choucroute ! Il nous manquait du vin frais. c’est le non. utile. intuition. que je pose entre deux autres moments. d’une certaine manière : un lieu. le point commun avec ma recherche. Qu’est-ce qu’on laisse derrière soi ? se demande Jean-Yves Robin. elle s’oppose à l’activisme. Il me faudrait expliciter pourquoi je suis tenté d’inscrire le quasi-moment. à Rio de Janeiro. En même temps. Puis-je penser cette question. un espace agréable (une belle table). au fonctionnement mécanique du sujet. et donc du moment. Elle est utile . et entre les deux. une musique dialogique entre Christine. Sansot viennent étayer une réalité essentielle. On peut transmettre des maisons. de la rêverie. il s’agissait d’un insight déjà expérimenté. je trouve cette première impulsion moins évidente que lors de l’insight (l’insight est de l’ordre de l’instant).

Ainsi. Ainsi. celui que l’on appelle un chronique. qui entraîne le non-moment. Je choisis mon moment. je viens de présider la soutenance de thèse d’Antoine Caballé. Pour un animal. dans Psychanalyse et transversalité. Ce sont des activités contraintes . on se couche : ces modalités doivent être distinguées du moment du repas. par opposition. Quand je quitte un moment. Ces rituels n’existent pas dans le non-moment. des rituels de sortie et des rituels d’entrée sont ménagés. a-t-il dit. le désir de ce moment. par ma famille. le non-moment nous aide à définir ce que serait le moment. je rentre dedans. il me faut distinguer le moment hérité (transmis par ma famille). Dans les Eglises. qui vivent en dehors de tout moment ? Le problème : quelqu’un placé en prison se voit détruire progressivement tous ses moments. sans moment : le chronique est dans le non-moment. pour entrer dans un autre. qui n’est pas le thème que je voudrais développer aujourd’hui. par appartenance culturelle. par statut social. Sujet de la thèse : Bible et éducation. construit son moment religieux. elles étaient rivées au domestique. entre deux moments. pour les femmes. il y a de l’objectif. il y a davantage : il y a la conscience du moment. 12 h 40 J’attends le départ de mon TGV pour Paris . à une tradition familiale dans laquelle j’estime. Le rythme des champs décidait chaque matin de leur activité . Pour le chronique. du fait de la conscience que j’ai d’accepter ce legs. entre ce que je conserve. Le converti. est un moment. qui peut être un non-moment. les institutions totales sont des dispositifs. J’ai posé l’hypothèse qu’il n’y a pas de moment. 278 Expression de Husserl. on peut tous être des chroniques de quelque chose. la seule rupture permise avec le quotidien : la fête. j’ai des rites de passage : notamment des rites d’entrée à respecter . voire de subjectivation. on entre un peu au hasard. mais j’ai refusé le legs). Donc. poussé par le flux héraclitéen du quotidien 278 : beaucoup d’adeptes sont entrés en religion. dont j’assume l’héritage. comme le moment. mais aussi une grande part de subjectif. le moment refusé (j’aurais pu en hériter. l’étable n’est pas un moment : c’est un espace-temps. par ailleurs. Michel Lobrot trouve que ce rituel est un peu ennuyeux : -On n’a pas suffisamment parlé de nos croyances. et ce que j’abandonne de mon héritage. ou du moment du repos. l’institué de l’institution objective la vie : on mange. pas seulement le prisonnier ! Le malade hospitalisé en hôpital psychiatrique. du moment de la marche. n’a plus de moment : les rythmes bureaucratiques de l’institution agencent sa vie. dans le quotidien totalitaire . et cette qualification totalitaire du quotidien n’a rien de péjoratif. J’ai refusé certains moments familiaux. 151 . par exemple. à propos de sa distinction entre groupe objet et groupe sujet : dans le moment. Ayant rédigé le rapport en situation. les institutions totalitaires ne connaissent pas les moments. d’autres sont ma fierté. il y a une dimension totalitaire. et le moment voulu. La vie au Moyen Age. Et d’une certaine manière. ou par déterminisme familial. Mais dans le moment. était sans surprise : ils travaillaient tout le temps. Dans le nonmoment. le 6 mai 2004. la volonté du moment. mais. de la conjugalité. qu’il y a à boire et à manger : je fais le tri. il y a une part subjective : le moment est construction du sujet. je suis conscient d’appartenir. on se promène. Par extension. je suis tranquille : pas de devoir à la maison. La vie était construite de l'extérieur . ils sont religieux. contre un autre possible : je l’habite. dans le moment. cependant. Cette méditation peut être rapprocher des réflexions de Félix Guattari.Lyon Perrache. pour les paysans. Ma question : y a-t-il des gens. contraints . de la matérialité. Le moment.

mes œuvres me maintiennent institutionnaliste . pourtant. il s’agit de quelque chose d’instituant. on est dans un non-moment. Mangerot et Amann) : j’ai beaucoup utilisé l’article Danse. Les développements sur le péché (450 pages de petits caractères) sont à dévorer avec passion. à propos de la sieste. Deux pensées qui contribuent à me maintenir communiste : B. le vendredi 7 mai. Jacques André Bizet. pour avancer ma toile pour Georges 281 . si j’avais un bon de commande de mon éditeur). dans ma première valse. 281 Portrait de mon maître. je me sens institutionnaliste. Patrick Tapernoux. 280 Un Colombien. que le président Lunel devra prononcer lundi. Sergio est arrivé . 2004. Brecht . je voterai vert. incapable de structurer mon identité : quand on se trouve ainsi. je retourne à la librairie. lors de la fête des 80 ans de Lapassade : j’ai écrit 6 pages. Ce non-moment est alors parfois vécu sur le mode de l’éclatement. puisque je ne l’ai jamais été : je continue à me sentir écologiste. 15 heures 30 Je viens de terminer Du bon usage de la lenteur : excellentes pages sur le nonmoment.Dans le métro. Je sais que je 279 Georges Snyders. mais peut-être s’agit-il du moment du repos ? Oui. acheter le volume sur le péché (1933) : ce volume de 1400 pages m’est vendu 98 euros (mais je pourrais avoir une réduction de 25%. nous sommes passés devant la librairie Letouzey et Ané. etc. Je me sens bien : je sais qu’il me faudrait rentrer chez moi. Impression de vivre dans le non-moment. 92 pages. vert . Alors. mais. assez sérieuses. ce matin. En me levant. Je vote vert. Colloque de la société européenne d’ethnographie de l’éducation. Cela renvoie à l’institué. bien que le mouvement institutionnaliste soit difficile à définir. R. Institut catholique. le moment de la thèse en italien. même si j’ai renoncé à l’adhésion à ce Parti.A. le titre de cet ouvrage nous a surpris. Gramsci. j’en parlais avec Michel Lobrot . mais sans angoisse. 152 . Pendant la pause repas. je retrouve un livre commencé en avril : Georges Snyders. Mais ce parti-pris est davantage étayé par mon expérience du monde actuel. par opposition à l’instituant . Lucette téléphonait à Paris 8 pour avoir la présidence… Je me suis senti dissocié. vers Saint-Denis. je ne peux pas réfléchir à ce qui me maintient communiste. un Congolais. je me vis dans un non-moment. malgré mes expériences insatisfaisantes. Les participants à cette rencontre se présentent : trois doctorants 280 . tout pourrait être moment ? En partant à Lyon. accompagné de Sergio Borba . G. Lapassade. J’y ajouterai la mienne : ma pensée. Francesco de Saragosse. maintenant. Vito d’Armento qui vient de traduire mon ouvrage Produire son œuvre. Georges Lapassade était là.A. Au moment de relecture de mon texte. sans harcèlement. Lefebvre. Sergio Borba. entre plusieurs moments. Deux pensées qui contribuent à me maintenir communiste : B. chez les Verts. je traîne un peu ici. Je suis proche des membres de ce groupe. Matrice. Santot parle du repos : il parle de la digestion. les notions de maintenance. un Vietnamien. L’ensemble du Dictionnaire est une perle. qui avait changé d’adresse après 1989 (époque où j’avais découvert le Dictionnaire de théologie catholique de Vacant. ou plutôt de l’implosion du sujet . de maintien m’intéressent : j’y ai réfléchi. Brecht . trois pensées : H. de la grasse matinée. Patrick Boumard et Driss Alaoui. Gramsci 279 : dans le taxi qui nous conduisait à l’Université. que par des lectures : idéologiquement. Lourau. P. du sommeil. j’ai dû me mettre à la rédaction du discours. Qu’est-ce qui me maintient institutionnaliste ? Pour moi. peint pour son anniversaire. 17 heures. Je suis venu à pied de Saint Placide.

échappe . et ensuite je vois (Napoléon. à côté de moi. par exemple). la prise échappe : on ne comprend pas. Je me sentais dissocié. qui porte sur Lapassade. son œuvre. Il raconte maintenant une situation dans laquelle il avait demandé à ses étudiants de lire Le château de Kafka. Travaille dans une langue. que l’on maîtrise mal. du fait des lacunes de mon italien. Soudain. que j’ai moimême déjà organisées. nous rend extérieur à ce qui se passe : cette extériorité est un non-moment. cité par Trotski). avec Le château à la main ! G. organisations. qui rédige des notes du traducteur : je me sentais dans un entre-deux. Comment peindre un tableau pour lundi. quand il est arrivé. comme l’organisation de la thèse de Mohamed Daoud. Patrick Boumard. Lapassade parle 153 . Il me fallait donc le lire rapidement : c’est une introduction polémique. qui est observable dans le social : après Napoléon. JacquesAndré Bizet. Le mémoire de Mabrouki donne envie de faire aussi quelque chose. chacun d’entre nous peut privilégier l’engagement. G. s’installer dans un dispositif. Idée d'un chapitre Lapassade. j’ai sommeil. J’arrive. Vito parle en italien : les deux Patrick tentent de le traduire. Institut catholique. intitulé finalement La dissociation. Cette perspective me fait écarter d’autres activités importantes. parce que ma vie. langue que je voudrais m’approprier bientôt. un non-moment : celui d’une langue hachée. les étudiants sont restés. auquel on tente de s’accrocher. qui voulait que je fasse un chapitre sur "René et Lefebvre". un processus organisateur des récits de vie. ce texte est suivi d’entretiens avec Georges Lapassade . dans la théorie des moments sur la dissociation. sa vie. J’ai envie de partir de cette réunion. Vito d’Armento. j’écris. en fait. se heurtant à pareille situation ? Driss Alaoui. Idée de l’amener avec moi pour résoudre ma dissociation : je dois faire mille choses à la fois. est une transduction permanente d’une activité à une autre. Beaucoup de professeurs préparent leurs cours : ils travaillent à la construction d’un dispositif pédagogique. tout en faisant mille autres choses ? Vivre un moment. et ensuite un autre sur "René et Lapassade". chez Patrick Tapernoux. G. qu’ils imposent ensuite à leurs étudiants. même s’il travaille tout le temps (en rédigeant des textes sur l’observation participante. Hier soir. Let espace social. Lapassade. il change son idée en arrivant face à son auditoire : il improvise. Depuis Groupes. ces entretiens sont riches : ils complètent beaucoup d'informations. Que fait l’esprit. Georges m’a reproché de ne pas avoir lu ce mémoire. je lisais le mémoire d’Abdelwahed Mabrouki. Lapassade a fait sienne cette posture. Je suis dans un non-lieu. et ensuite il eut une autre idée . difficile. car Vito parle de moi : mon ami voudrait que je sois davantage présent en Italie. Bernard Jabin. Lapassade raconte que. Patrick Tapernoux.retrouverai tout ce petit monde dans la soirée : je suis invité au dîner organisé par Patrick Tapernoux.. G. avant la réflexion sur le dispositif. institutions. J’avais donné un rendez-vous à Giorgio.. Présents dans le groupe : Francesco. 11 heures 45. feuillette bruyamment ses notes . Samedi 8 mai 2004. qui a du mal à émerger . tout à l’heure. j’ai du mal à suivre son discours. Trotski. suppose de construire un dispositif avant. avec une perspective unique : la préparation des 80 ans de Georges. opposant le concept de dissociation au concept de moment . mais je n’ai pas conscience d’être dans le moment de l’écriture : j’écris mécaniquement . pour qu’il me parle de lui . mais. J’écris ces remarques dans ce texte. je me sens obligé de me recentrer sur la discussion. Driss Alaoui et Rose-Marie. dans mon livre sur René Lourau : il y a de la matière. j’ai revu avec Vito une partie de la traduction de mon livre. et être disponible pour vivre le performatif. Lapassade a une posture : Je m’engage. Cette idée me fut donnée jadis par Hubert de Luze. accompagné de Gorgio de Martino : j’espère qu’il va prendre le pouvoir de la traduction.

je suis passionné de théologie . Une différence existe entre les moments individuels (se mettre à l’écriture d’un livre). assemble des moments anthropologiques traversés par. la transduction est un mouvement. suppose une articulation collective de l’espace et du temps. même si elle ne l’est pas théologiquement. j’ai eu le temps de lire 20 pages. donc je suis Dieu. un non-moment.). donc d’être Dieu moi-même : je crois moins en Dieu. mais il ne parle pas du moment de la pensée 282 . la conversion est un changement de posture intérieure et extérieure. relie. J’ai parlé de la situation 282 C'est faux. deux idées. qu’en mon destin de créateur. puis Sergio Borba est arrivé : il présente sa recherche. sur Saint Thomas d’Aquin. Je me suis arrêté d’écrire. ne m’a jamais préoccupé : ce que j’ai accepté est d’être son fils. une étudiante de Paris 8 (hypermédia). etc. cette énergie circulent dans l’entre-les-moments. Impliquer d’autres personnes dans la construction de ses moments. Rencontre étrange hier avec Charlotte Tempier. présent à cette soirée. Cette installation exige une conversion . et que je ne puis me brancher sur ce qu’il dit. moi aussi. suis-je dans un moment ? Lequel ? La pensée transductive est-elle un moment ? Pour H. 154 . tu es un hérétique ! me dit Guy Avanzini . sur la notion de péché : j’ai retenu que Saint Thomas d’Aquin a fait la synthèse de tout ce qui s’est écrit avant lui. comme visiteur. Quand je fais ce type d’associations. Dali disait aussi : Je ne suis pas Dali. où tous les participants viendront mettre en commun leur moment Lapassade : c’est un moment historique (donc qui s’inscrit dans la temporalité). On m’accepte ici . elle était simultanément inscrite à la Catho. cela ne dérange pas mes collègues que j’écrive. La pensée associative ne serait-elle pas le non-moment. -Pourquoi ? Si je suis fils de Dieu. deux moments. une installation dans le moment. Je dois être un inventeur. Tapernoux. il y a le moment de la philosophie. qui le conduit d’une chose à une autre : cet état fait partie du non-moment. qui rassemble. lorsque Sergio a commencé à parler : j’étais pris. 16 heures 50. Je suis celui qui devient. -Ah bon. et avec Georges Lapassade. Assez vite. et les moments que l’on construit avec d’autres (le repas familial. Les 80 ans de Lapassade est un vécu collectif. mais un lieu qui est un non-lieu. Je suis bien là : j'ai un espace. qui travaille sur l’autodidaxie : elle a lu Christian Verrier. Lourau oppose la logique transductive à la logique hypothéticodéductive. je suis Dieu. Cette déduction logique ne semble pas évidente aux théologiens présents. mais ne le connaît pas. Je ne suis pas membre à part entière de la SEEE. Je me lance dans une discussion avec Charlotte : Oui. Il élabore le moment de la pensée dans Qu'est-ce que penser ? (Voir le chapitre sur ce thème). un lieu qui n'est pas un lieu. mon auteur privilégié : Saint Thomas. Que Dieu existe ou non. mon objet : le péché . avant de venir chez P. J’ai payé les 40 euros d’adhésion à la Société d’ethnographie de l’éducation : j'en suis donc membre à part entière. Je pourrais devenir membre à part entière de la SEEE. Elle a fait 4 ans de philosophie à Paris IV . par excellence ? Groupe d’ethnographes de l’éducation : j’ai été boire un café avec Driss. je me suis mis à couper les pages de mon volume acheté hier du Dictionnaire de théologie catholique . Or. mais je m’y sens chez moi. non par ambition ou par orgueil. on prend le temps de le construire : il y a une transition. Lefebvre. Je me remets à écrire.du transductif. dans ce jeu de séduction. par ce qu’il racontait sur sa vie. dit-il aussi. Ce mouvement. parce que Vito fait un exposé en italien. Fils d’André Hess. sur un mode cool ? Lien psychologique qui relie deux choses. dit Dieu . Cette théorie me semble évidente. je le deviens. mais par simple affirmation de mon Essence : Je suis celui qui est. le bal. Quand on entre dans un moment. je suis Hess. Comment vivre le nonmoment. R. j’introduis les fondements de ma théologie : Je suis le fils de Dieu.

Ils ont toujours la posture d’écoute. Certes. prenons un autre exemple. me dit Lucette. Pour décrire cet état. 8 heures 40. lorsqu’il était instituteur. Ils sont honnêtes. Eh oui. Le travail institutionnel estil un moment ou un non-moment ? Le travail. cependant. je concentre mon attention principalement sur mon écriture. qui finissent assez souvent à la poubelle. leur activité est réelle. je n’écoute que d’une oreille (écoute flottante). mais en même temps. de la situation à Rennes 2. et de pédagogie ! Ce passage correspond bien à ce que j’ai moi-même vécu : à certains moments de ma carrière de professeur de lycée. je me dis que les rapporteurs ont passé des heures à rédiger ces textes longs. il y a de nombreuses tâches. l’auditeur 155 . le fumeur surveille son mégot pour empêcher les cendres de tomber dans la voiture. il relève de l’entreprise . Notre statut de fonctionnaire implique ce travail de l’institution. Paris 8. ou même de professeur d’université. le collègue ou ami discute. ou du moins à être totalement passif : la plupart de mes collègues sont venus pour écouter attentivement cette lecture des 120 rapports. Le mémoire de DEA consacré à Lapassade. le sujet est mobilisé en même temps. on sait déjà qui on va recruter. mais "hors profil". l’esprit passe d’une forme à une autre. Lucette me parlait d’un questionnaire remis aux UFR. et a donc laissé de côté les réponses des UFR : ce travail considérable s’est trouvé mis à la poubelle purement et simplement. Ne suis-je pas en train de faire autre chose que ce que je suis censé faire ? Je suis censé participer à une réunion : j’y suis. Nous parlions avec Lucette de ce travail. dans plusieurs activités : le conducteur suit les aléas de la circulation. l’analyse du vécu des acteurs permet de montrer que ceux-ci ne s’installent pas dans ce moment de façon active . Lundi 10 mai.à Paris 8. L’université a décidé de répondre par elle-même à ce questionnaire. puis Patrick Boumard. de professeur d’école normale. J’écris maintenant. mais il ne faut pas lui consacrer plus de temps qu’il n'en mérite : j’ai mis moins d’une heure à écrire mes 4 rapports . tout en fumant. intéressantes. Ce type de travail (bureaucratique) occupe les journées de gens comme Lucette : elle travaille 7 jours sur 7. il en garde de la culpabilité. Quand j’entends lire les rapports. et puis ils se remettent en stand bye. ce travail a son importance. Une personne conduit sa voiture. ils concernent des dossiers de personnes sympathiques. pour répondre au projet d’évaluation lancé par le Ministère. il poursuit ensuite des études de psychologie de l’enfant. psychiquement. 10 heures par jour. en écoutant de la musique. donnant des devoirs aux élèves . s’il y a un moment du travail institutionnel. Dans la vie du quotidien bureaucratique. le temps de travail est un moment chez Hegel . que je juge totalement inutile : c’est le travail de l’institution. sa vie. 80 ans de Georges Lapassade. Dans ces situations. Il y a 60 candidats. mais il nous faut maintenant sortir de la salle. Réunion de la commission de spécialistes : on recrute un maître de conférence. pendant des séquences extrêmement courtes : le temps de lecture de leurs rapports. leur attention s’émousse : ils commencent à associer mentalement sur d'autres objets. encore aujourd'hui . Du point de vue de la bureaucratie. pour faire des tâches importantes. mais je vois bien que le fil de leur pensée commence à échapper au moment du travail bureaucratique (transduction sur d’autres thèmes). totalement inutiles qui occupent des gens compétents ! Par exemple. mais au bout d’un certain temps. totalement inutiles. mais le travail institutionnel exige que chaque dossier soit lu par deux rapporteurs (120 rapports à rédiger). tout en discutant avec les autres passagers de la voiture. comme on dit. la bureaucratie d’Etat relève d’un autre moment chez Hegel : celui de l’Etat. son œuvre d’Abdelwahed Mabrouki va être soutenu aujourd’hui : j’y ai découvert que Lapassade avoue qu’il lisait Bergson pendant ses classes. parce que je savais que j’allais devoir passer 3 heures à m’ennuyer.

les spécificités qui déterminent le moment ne sont pas réunies. elle retourne à l’oubli. ou ne serait-il pas plus juste de parler de non-moment ? Selon moi. celui-ci s’adonne à l’une de ses activités préférées : la transduction ! Dans les situations contraintes. Je dois y introduire une variable nouvelle : celle de l’individuel. les participants au dispositif ont toujours tendance à transduquer. Les moments peuvent être individuels : le moment de l’écriture. le moment de la peinture . ils peuvent être collectifs : le moment de la vie associative . pour l'obtention d'un congé sabbatique. Dans les moments groupaux. Très souvent à l’école. la situation se tisse de situations déjà expérimentées : la conduite automobile.apprécie l’interprétation de l’orchestre philharmonique de Berlin d’un morceau de Beethoven. de même pour le non-moment. La pensée dérive : dans la vie. je ne veux pas investir la fac outre mesure. même si certaines associations reviennent. ce serait subversif ! Alors. peut-être aussi de fragments de formes sociales. solution pour fuire la situation contrainte . dans laquelle le vécu donne de temps en temps priorité à la conduite. enregistrée : elle n’est pas capitalisée . Le moment pédagogique ne peut surgir que lorsque les élèves et le professeur sont mobilisés collectivement. je ne dois pas me décourager . contre cette dissociation du quotidien. Pas de côté. la transduction occupe beaucoup de temps . Mon travail sur le non-moment avance. cela serait trop voyant . le plus souvent. la présence de tous est requise . la transduction s’inscrit donc dans le non-moment. au cas où ! Cette situation est caractéristique du non-moment institutionnel : être contraint au pas de 156 . même si le prof fait son cours. etc. nouveau pour le sujet . Activité créative. on se trouve donc dans une modalité du non-moment. le Ministère donnera ce 4ème semestre. qui pourraient être. Dans ce type de situation. est un combat pour structurer un moment. la transduction n’est pas captée. contre ce type de dissociation du quotidien : construire un projet d’écriture. lorsque surviennent des épisodes exigeant une forte présence. il y a des états de garderie. il y a plutôt une modalité de l’absence. on laisse l’esprit à la dérive. Le moment se construit. la transduction n’est pas un moment : le plus souvent. l’essentiel de la mobilisation psychique se fait sur la conversation. dans les institutions totales qui ne prennent pas en compte les sujets. lors de ma lecture de l’article Péché. au refoulement. dans la vie d’une classe. mais il n’y avait que 3 semestres à attribuer. écrire un livre ou son journal. par exemple. la conversation. La situation n'est pas un moment. mais avec des ruptures. dans une même conscience qu’il se passe une rencontre pédagogique. etc. et en même temps. mais dérive de forme en forme. qu’il n’avait pas écouté depuis longtemps. de la fuite de la présence . une modalité de la présence : dans la situation décrite. Hier. les membres. Je suis le premier recalé. du Dictionnaire de théologie catholique ème publié en 1933. ou à l’audition du triple concerto. Le moment est un espace-temps. Cette annonce m’installe dans un non-moment. dans l’exemple donné. Peut-on alors parler de moment. ou devenir des moments ? Dans ce type de vécu. Je n’ai pas envie de m’installer dans la posture du congé sabbatique. le sujet se dissocie en plusieurs personnes.. à opposer au collectif. La transduction est une activité positive. car cette activité n’habite pas une forme. Selon elle. créatrice et inventive. Est-ce un non-moment ? C’est un vécu spécifique. personne n’est vraiment présent dans le pédagogique. Que font les élèves ? Sont-ils présents à un autre moment ? Non. Le quotidien nous confronte souvent à ces situations exigeant des mobilisations multiples. concernant le rapport à la cigarette. il ne s’agit pas d’un moment. ainsi. mais d’une situation. mais le plus souvent la mobilisation psychique sur la conduite ne représente que 20% . Elisabeth Bautier m’annonce que je suis 4 sur 13 candidats. elle n’a pas de statut : elle se caractérise comme non-moment.

en fonction de leur incapacité à suivre son mouvement intellectuel . pas de perspective. Nous commentons le travail d’Abdel. lorsqu’on ne suit pas tous les méandres du cheminement du groupe. Lucette trouve de bonnes remarques sur le contexte d’écriture de certains livres (Le Bordel Andalou. Abdel n’a lu qu’un seul livre de Georges. et j’ai également fait des entretiens avec lui (en compagnie de Gaby Weigand). L’Autobiographe. Georges a été content de notre investissement dans cette lecture. il décide de renoncer à la sexualité. dans notre commission. selon elle. notamment). à 16 personnes. lui aussi vit souvent avec intensité la transduction : ses associations sont rapides et elliptiques. car il n’y a pas de question. Le surdoué s’organise des vies parallèles : il pense. G. j’ai l’impression que le seul moment intéressant de cette longue matinée a été la pause. sans idée préalable. construite au fil des trente ans. Le monde de la science est aussi un monde lent. dont on connaissait déjà la nature.côté. dans la lenteur . est-elle un moment ? Pas toujours . la dissociation ne peut rien organiser. moins on est doué. Lapassade prend au sérieux les informations sur la maladie. et puis finissent par abandonner. Ainsi. Ce mémoire a écarté tout ce qui avait été produit par Abdel en 2002-2003. Pour Lucette et moi. le Sida. J’ai pu parler du mémoire d’Abdel avec G. le risque est de se retrouver à la marge. ou dans les autres institutions où le travail institutionnel fonctionne sur le mode de la lenteur. pour cela. contrairement à Guy Hocquengem. Le surdoué ? Il comprend plus vite que les autres : il s’ennuie à l’école. à autre chose. Pas de côté. 13 heures : 5 candidats sont retenus . Lapassade : Lucette a dit son mot . ce non-lieu est une opportunité d’entrer dans un moment choisi. lorsqu’on a fait le choix de passer à côté de son œuvre ? Malgré tout. Selon elle. parce qu’elles viennent combler des trous dans sa biographie. Le surdoué se passionne pour des choses différentes : savant dans des domaines très éloignés. Il a tendance à juger les autres. Lapassade est décidé à vivre coûte que coûte . cinq heures plus tôt… Travail de l’institution ! Pour ma part. Mon enquête sur Georges a suivi une autre procédure : j’ai tapé. assez facilement sur lui. donc difficiles à suivre . on relit les choses : on évalue. très organisés autour de la question de l’éducation nouvelle. Sur la maladie. mais très centrés. il faudrait revoir les entretiens de Lapassade avec Abdel : en 1983. avec Lucette qui trouve ce texte non construit. au moment de prendre la décision… Il faut penser la situation de surdoué . la commission ne s’est pas trompée : mais il a fallu 4 heures 30. en particulier. ou Michel Foucault. la transduction est pauvre. au hasard. pour arriver à une décision. Il domine pas l’œuvre de Georges : peut-on dialoguer avec quelqu’un qui a passé sa vie à écrire. Georges fait le choix de briser le cadre du moment pédagogique : ses étudiants le suivent d'abord. Le mémoire d’Abdel se centre sur la dissociation. celui qui sera élu est dans les 5 . l’écriture. que ne perçoivent pas les moins doués. Danielle Lemeunier m’a dit que le portrait 157 . par exemple. plus on travaille dans une transversalité limitée. pas de problématique : on associe. par rapport aux autres moments. car elle est un principe de désorganisation. par rapport au travail routinier : en tant que créateur de moment. La maladie d’Hubert : moment ou non-moment ? La maladie. les propos de Georges ont de l’intérêt : plusieurs questions abordées sont riches d’informations. comme modèle d’organisation de l’histoire de vie : Lucette trouve ce choix absurde. dominé par les rallentis. nous relisons maintenant des dossiers déjà lus : on reprend tout . vécus dans sa proximité. et fait taper des textes de Georges (plusieurs centaines de pages). Suivant son mouvement transductif personnel. comme fondement de son dispositif pédagogique (situation décrite dans le DEA). il établit des liens entre ces mondes. ce peut être un état parasite. comme il avait renoncé à fumer précédemment . G. il se replie donc. où le surdoué s’ennuie.

La date de mon anniversaire est un non-moment historique. fait pour lui . sans parvenir à le brancher sur le moment du groupe. Patrice Ville. le fils de l’Unité. puis nous nous sommes mis au tango. 10 jours auparavant. la directrice de l’UFR Arts. Boumard. par son intensité. Le non-moment historique se distingue-t-il du non-moment anthropologique ? Existe-il une qualification du non-moment ? Mardi 11 mai 2004. qui a vocation de devenir un DEA. au séminaire : je suis d'abord passé au Service des thèses. Denis Gautherie a chanté des chansons corses (accompagné d’un accordéon). -C’est un taureau ! Benyounès : -C’est un praticien de l’analyse interne. occasion pour lui de découvrir la personnalité de Georges Lapassade. Colin. il n’y a pas de répit. Le jury de soutenance était composé de 16 professeurs d’Université : Barbier. Pascal Dibie (Paris 7). a apprécié : elle se demandait quel peintre de nos amis avait fait cette toile ! Georges Lapassade a voulu construire ses 80 ans. mais à la fin de la soirée il y avait encore du vin blanc et du Perrier. Yvan Ducos : -Avec Georges. Vers 17 heures. il ne la connaît pas : il répond 1941. Hélène Bézille. L’après-midi d’hier ? Les 80 ans de Georges. écrits contre Georges Lapassade . Puis. aussi. peuvent-ils être définis comme un nonmoment ? Ce fut un événement : j’en suis encore soufflé . Ainsi. qui se sont déplacés ? Des retraités du personnel sont venus. il a insisté pour qu’une fête ait lieu ce jour-là : notion du moment historique. Il suit son discours intérieur. j’avais oublié qu’il fallait maintenant une disquette. Roger Tebib va me faire des photocopies de textes. René Schérer et Jean-Yves Rochex aussi : ils m’ont envoyé des mails pour me remercier. fut superbe : les 35 bouteilles de champagne disparurent bien vite. D'autres professeurs faisaient partie du public. Roger Tebib. sans que l’on puisse vraiment savoir qu’il va avoir lieu : comment une fête improvisée. comme un anniversaire . l’événement se rapproche davantage de l’instant que du moment. Patrice commente la journée d’hier : il raconte ce qu’il aurait voulu dire. il faut nommer Abdelwahed (le fils de Dieu. Mon résumé ne rentre pas dans les détails : de quoi a-t-on parlé ? qui étaient les gens. 15 heures. peut-elle rassembler 300 personnes ? Dans l’événement. Jean-Louis Le Grand. offert par l’UFR. J’arrive en retard. 158 .de Georges lui plaisait. pour l’organisation de la soutenance de Mohammed Daoud . Stéphanette Vendeville. Un événement survient. Jean-Yves Rochex. J’ai offert le tableau de Georges. Brésil). je demande à Roger sa date de naissance . parmi ceux qui ont travaillé à la construction du dispositif. Hess. qui pose continuellement la question : "qu’estce que je fais là ?" Ma fille Charlotte était contente de sa soirée. directrice de l’Enseignement supérieur). à partir de ses entretiens avec Georges Lapassade. Sergio Borba (Macéio. les 170 pages. puis 1945. Christine Delory-Momberger. ce fut la fête. le serviteur de l’Unité) Mabrouki . le président de l’Université a prononcé son discours. donnèrent lieu à une pré-soutenance d'un texte. a parlé du rapport de Georges au Living Theater. un groupe des musiciens Gnaouas a joué quelques morceaux . il y a la mise en place de l’événement . René Schérer. Francine Demichel (ancienne présidente de l’Université. Abdelaziz (Rabat). Le buffet.

le thème : nos amours. Hier. qui traverse une crise personnelle de désimplication : elle ne travaille plus depuis un an. Je ne parviens pas à faire ces courriers ? De passage à Paris. où je cherche à me désimpliquer. me voilà donc “libéré” de cette responsabilité : je suis dans une phase. René n’a jamais aimé deux femmes en même temps . Idée de me construire une situation d’entre-deux : être en sabbatique. La présence de Sergio. Je contacte Hélène et Yves. j’ai longuement discuté avec Audrey. qui. Je n’ai pas obtenu mon congé sabbatique. faire autre chose. que ce serait moi le responsable. s’était interrogée sur moi. Prendre du champ me permettrait de me ré-investir dans d’autres projets : apprentissage des langues. Je vis au jour le jour. mais ils seront à Reims.Pour moi. très remplie. chez X. je me suis endormi à 4 h 30 . le fil de mon écriture n’est pas de raconter. mes cousines. Je suis là. à Saint Denis. repas avec René Barbier : le thème de notre conversation d'hier était l’enfance de René. Ce midi. lors de son inspection à Paris 8. je ne suis parvenu qu'à répondre à une lettre à Georges Snyders du 29 mars. Nouvelle mauvaise nuit. je n’apprends donc rien. Je voudrais fuir. multiplient les aventures parallèles . Cette impression vient de ne pouvoir me consacrer à ce que je voudrais faire : écrire à Hubert de Luze. aujourd’hui. mais de faire une élaboration du concept d’événement. une phase de latence dans le non-moment. ma sœur Odile aura son anniversaire dimanche 16 mai. me contraint à penser mon futur. s’il a été polygame. sans sabbatique. mais 159 . impression de ne rien faire : hier. Lucette a répondu aux inspecteurs : "C’est sa spécialité ! Si je comprends bien. je me suis réveillé à 4 heures 30. Sergio est dans le jury : ce dispositif est un non-moment. à Paris pour un mois encore. comme non-moment. Cela signifie ne plus assurer de cours ! Lucette m’a appris que la Cour des comptes. On accepte mes arguments. porté par le quotidien. comme hier. Hier à midi. Je propose à Martine de diriger notre option du Master : il semblait évident au groupe. Parmi les destinataires de lettres à écrire : Cécile et Bernadette. La perspective de nouveaux moments suppose une phase de déconstruction. au Conseil d’UFR (perceuses dans le couloir). dans la réunion du laboratoire LAMCEEP. Ma vie. mais je suis trop fatigué pour cela : l'écriture de mon journal est ma seule possibilité de fuite. Mercredi 12 mai. écriture. peinture. dirigeant un excès de thèses. paraît-il. ne me permet pas d'investir aucun moment important. qui se lance dans un récit biographique. il n’y a pas à être sur-impliqué : Il n’y aucune raison de faire plus que les autres ! Jeudi 13 mai. multiplicité de relations sexuelles. 15 heures : soutenance de maîtrise de Mondher Bouchaoua (L’évaluation scolaire dans les écoles primaires tunisiennes). ainsi que sur Jean-Marie Vincent et Pierre-Philippe Rey : nous sommes trois professeurs. bien que fidèles à une épouse. alors que je ne me suis pas endormi avant minuit trente. mais la tête vide : je connais déjà ce mémoire . Je suis directeur du mémoire. À midi. ce fut en succession : il oppose son rapport aux femmes à celui de X et Y.

peut-être ? Il faudrait y réfléchir . je retrouve huit pages dactylographiées. déjà Christoph Wulf parle : à midi. Depuis 5 ans. à un âge où je retrouvais le désir de reprendre le sport : mes transgressions conjugales s’inscrivent donc dans un moment. Que dire ? Il dit lire Karl Marx. -Mes amours n’ont pas toujours été sexuels. À chaque espace. Comment m’inscrire par rapport à lui ? On est dans le non-moment. La date des 5 ans correspond à un mandat de l'institution. on a parlé de son mémoire : très bon. une rencontre dans l’aventure d’un moment. Mardi 18 mai. je réfléchis. pour ne pas affaiblir Lu. Retour à Paris : elle est enceinte . En remuant des papiers. le non-sens. ou plutôt. René. Lucette est entière : j’entretiens avec elle. La pratique sportive fut un moment fort de ma vie. Je repense à F. Je n’ai jamais parlé de ce sujet. à la fois branchée sur la théorie et sur la pratique. veut que je retrouve un texte qu’il m’a donné. La plupart de mes relations extra-conjugales se sont inscrites. de fait. dans son entreprise de travail institutionnel : je vis une sorte de fidélité naturelle qui s’oppose. En ai-je eu dans le non-moment. avec Laurence Valentin. sa survenance dans ma chambre. au mieux. et ce projet de DEA qui n’a aucun sens. a toujours unifié son moi. -La vie ne tient qu’à un fil. le non-moment. et quelques étudiants. elle veut garder l’enfant . en 1973 . une relation très forte depuis si longtemps. j’ai entendu Lu parler hier soir des amours d’A et B. alors qu’une relation contingente s’inscrit. dans un moment. je définis la transversalité comme l'harmonique des moments (relecture du 24 janvier 2006). c'est incompréhensible. et l’amour aussi ! Cet écriture impliquée ne m’empêche pas de suivre ce que dit Mondher. mais toujours. -Oui. K. 160 .grande maintenance de son mariage . Pendant que j'écris. D’une certaine façon. me dit René. une relation sexuelle n’est pas sortie de certains de mes grandes amours transgressives. -As-tu aimé la mère de ton fils ? me demande René. pour comprendre les conflits de génération. D'où une aventure assez forte avec une sportive. à une fidélité s’accommodant bien d’une posture transgressive. La question me surprend . Ces réflexions me conduisent à proposer l'idée que ma relation à Lu. dans ce stage . non partagé ni par Brigitte ou ni par Lucette. S depuis 5 ans. un stage et Alex. ces grandes petites aventures ont été liées à un désir de stimulation intellectuelle. mon identité et mes dissociations. s’inscrit au niveau de ma transversalité 283 . d'où ma surprise qu’aujourd’hui. le refus de Lu de me suivre. autour d’un amour : après la mort d’Agnès. une nuit. Marseille . Je l’ai lu. mais sans trop m’y investir : écoute flottante. Lu me trouve un poste à Paris 8 : crise aiguë. désir errant qui inscrit ou non. de sa recherche sur l’évaluation. 283 Ici. Mondher continue à très bien parler. correspond une relation : ce découpage géographique questionne la théorie des moments. ce matin. avec personne. le séminaire de Patrice. dans un moment nonpartagé avec mon épouse. Je repense au contexte de 1993-94 : mon exil à Reims. René me parle de cela. qui pourraient être de lui : je les lis . et plus près de moi à Maja : une femme m’aide à entrer dans un nouveau moment. décision de ne plus être transgressif. mes problèmes avec Paris. ma solitude là-bas. Il existe un fossé entre ce que me rend Laurence. nécessaire. lui aussi. Idem chez Y. lui. j’ai conservé. Je ne vois plus ce que je peux apporter à ce type de personne : c’est le chaos. Lorsqu’on arrive avec Patrice. qui organise la transgression dans deux (ou plusieurs) lieux. Un étudiant comorien qui travaille sur les conflits parents enfants. Son texte est le symptôme de ce qu’est devenu le DEA.

audition des candidats au poste de maître de conférences (sociologie de l’éducation). on se trouve dans le non-moment. Tebib. Léonore. C’est un temps où je puis venir écrire mon journal. Le séminaire : j’y viens volontiers. Comment parler d’Hubert ? Je ne connaîs pas sa biographie : j’ignore sa date de naissance. reçu ce matin. dans le cadre de son groupe de recherche sur l’anthropologie historique (100 personnes titulaires d’un diplôme équivalent au DEA). où 300 personnes sont venus le célébrer. P. du jour au lendemain. mais négocié entre plusieurs cultures. journée passionnante autour de la question du dispositif : j’ai développé cette problématique dans mon journal de New York. pour une réflexion collective. Je n’ai pas le temps de développer. Lapassade a apporté une énergie. Mon livre sur René Lourau est à l’eau ! J’ai mal dormi cette nuit. Il y eut une tension entre les musiciens Gnaouas. : l’énergie d'un évènement vient du frottement des moments. et G. la déstructuration psychologique : on ne peut que mesurer l'importance des personnes présentes absentes qui constituent notre transversalité. et lui préfèrent-ils le performatif. le Japonais. Natalia qui travaille sur Makarenko. Aziz. j’ai reformulé la question. notion qui n’a aucun sens pour nous ?". Je suis écrasé. Un mot. 161 . sans être dérangé : Christoph parle de la diversité culturelle. qui traversent Georges : sa famille. Rien. avec les professeurs associés. le soir du samedi 22 mai. Christoph dit qu’il travaille actuellement sur l’amitié. c’est un non-moment. l’Université. le Maroc. et que je relis. etc. L’amitié est un bon sujet. Ville. mais pour moi. et Christiane Gilon s’investissent sur cette question : on se retrouve à 25 à travailler la question. Lapassade lance l’idée d’un numéro des IrrAIductibles sur ce thème : il lance ses troupes sur la question ! Une dynamique se crée. Mercredi 19 mai. la recherche intellectuelle. Hubert était mon co-auteur du Moment de la création. nous. Ses 80 ans ont été un dispositif improvisé : un rituel ? Oui. l’AI. D’une cette rivalité pour la conquête de la parole. G. durant 4 heures et demie. avec derrière une question : "pourquoi les Anglo-Saxons n’ont-ils pas ce concept. pour faire un voyage à Essaouira et nous. Mort d’Hubert de Luze. qui voulaient faire une quête pour récolter de l’argent. Lapassade. retrouvée dans la réunion du 10 mai. Benyounès. une force se dégage des conflits.Dans le séminaire : Sergio Borba. qui voulaient imposer le bal. Suite à l'écriture de ce journal. les danseurs de tango. du pouvoir surgit. j’avais 4 jours de chantier jardin dans les jambes. Pourtant. une énergie gigantesque. disqualifie les moments . Mardi 25 mai. Hier. G. que j’ai donnée comme thème. Isabelle Nicolas. auxquels s’ajoutaient 3 heures de danse à la pratique de Charlotte. la musique et la danse. Celle-ci était heureuse que je sois venu avec Sergio ! La mort d’un ami. Lundi 24 mai.

Le passage du virtuel à l’accompli est un changement de statut du moment : d’anthropologique. lorsqu’il tend vers l’absolu. Lefebvre donne aussi l’exemple de l’amoureux fou : l’amour élevé en absolu se détruit . même lorsqu’elle est annoncée. Le manque définitif de cette présence se fait sentir. difficile. Hubert aimait le Saumur Champigny. de ce présent déjà passé. avec une excellente cuisine gasconne. Il était mon éditeur. Je devais lui expliquer l’émergence de ma thèse et le contexte de la discussion. le moment qui s’érige en absolu tend vers l’autodestruction. comment en sortir ? Errance : l’amitié est un moment fort. Ainsi le jeu. forme du non-moment. On parle des banlieues. j'ai posé l'hypothèse que le chronique n’a pas de moments. j’avais pris quelque chose dans l’œil. le moment. Hubert de Luze était un interlocuteur. élevé à l’absolu que critique Henri Lefebvre. l'amitié. Mauvaise nuit encore aujourd’hui . à côté de la rue Saint Merry : c’était un repas un peu lourd. à côté de chez lui… 1 juin 2004. le jaloux détruit celui ou celle qu’il aime. nécessaire. et que l’on ne fera jamais plus. On souffre de l’inachèvement : on souffre de tout ce que l’on aurait pu faire ensemble. en moment passé. Hubert est mort. Ce dernier a-t-il connu Hubert ? oui. du possible que portait en lui ce moment. H. qui m’aidait à penser mon livre sur René Lourau. avec ses possibles La mort de l’ami entraîne une liquidation du virtuel. dans La Somme et le Reste : pour Lefebvre. voire attendue. rue Marcadet. la vie en banlieue se rapproche souvent de la chronicité. Il me propose de dîner mercredi. avec Sergio Borba. il détruit non seulement le jeu comme moment. Antérieurement. 162 . mais la mort de l’ami a pour effet de transformer ce moment de l’amitié vivante. Le manque de cette absence se fera sentir. est une situation qui survient inopinément. son absence était une sorte de structuration de mon rapport au projet. lors d'un déjeuner au Restaurant qu’il aimait. mais l’ensemble de ses autres moments (famille. Le chronique n’est que dans un fragment. Champagne en apéritif. Comment devient-on crapuleux ? Comment sorton de ce statut ? question de l’appartenance de groupe. Il y avait un moment anthropologique.J'écoute attentivement les candidats qui sont excellents : ils parlent de choses concrètes. il se trouve dans le moment. Séminaire de Patrice Ville. Avec qui parler maintenant ? Georges Lapassade vit cette disparition. celui qui mettait de la distance par rapport à l’objet. parle des crapuleux (ses ?). le moment prend une dimension historique : je parle désormais de mon ami sur le mode du passé : ainsi. qu’il est dans le non-moment. qui se constitue comme Bildung autonome . je pleurais énormément : Hubert m’avait conduit à l’hôpital. des jeunes déviant(e)s. produit le chaos. je n’intègre pas ce décès . travail…) qui sombrent dans le chaos. lorsqu’un joueur s’investit tant dans le jeu qu’il en vient à jouer son patrimoine. au 127. nous avons partagé des repas ensemble. Lucette semble un peu loin de cela : elle n'a rencontré personnellement Hubert qu'assez tard. S. est-ce du moment ou du non-moment ? j'associe : un jour. comme moi. Un moment se disloque : l’ensemble de ma personnalité est secouée. moi : pas trop ! Souvenir ! Le souvenir. pour une cérémonie de travail du deuil. qui ont un rapport avec ma réflexion. je constitue un passé. la stimulation de la mémoire. L’épreuve de la mort d’un proche. dépassé. une sorte de directeur de collection. et se détruit lui-même. question de l’identité : pour ces jeunes. la non-présence d’Hubert. car même lorsqu’il n’était pas là. avec Gérard Althabe. Nous avons une photo du groupe : un collectif se forme donc. Ainsi.

qui ont fait des choses importantes et Opapé. etc. Il était en forme. avant le numéro 4 ! A 50 ans. Vous fermez votre gueule ! -Ah. dans une réunion à la fac en 1992. 16 h 40. Kareen et Aziz. Jeudi 10 juin 2004. Yvan. Laurence Valentin. 14 heures 30 Au séminaire de Lucette. chez les étudiants. parle comme un génie : pour en finir avec la recherche. heureux de quitter la France (?). je restais calme. évocation du nom Hess : Nom ! Les Cahiers de l’implication m’avaient refusé un article sur ce thème. lorsque j’ai pris conscience du quiproquo. avant le début de son exposé . : j’ai déjà écrit un texte là-dessus. Sergio ne m’a pas dit que son avion partait d’Orly. il fait l'éloge de la trouvaille. etc. Nous avons déjeuné ensemble. Non ou Mon Moment. au Chinois : malgré la chaleur (30°C). Opapé. avec les valises de Sergio. Du coup. Isabelle. Samuel Hess me parlait samedi du moment du nom Hess. des demandes par rapport à Jacques : -D’où vient votre intérêt pour l’interculturel ? dit une jeune femme. pour prendre des notes. Pour l’anniversaire de Bernadette. après un séjour de deux mois à Paris. : je suis fier de mon école. Rouler dans les embouteillages des heures durant peut rendre fou : ce ne fut pas mon cas ce matin . aussi. vous êtes retraité. je retrouve Jacques Demorgon et Nelly Carpentier. Rudolf. J’ouvre mon journal parce que j’ai conscience d’être dans un nom moment (lapsus). j’avais faim. même si sa présence constante a aussi représenté une pesanteur. Jacques Demorgon parle de l'interculturel. aussi. Picasso : On a besoin de beaucoup de temps pour devenir jeune ! Pourquoi exclut-on les vieux ? Hubert de Luze avait une épouse de 20 ans de plus que lui. je me souviens de cette intervention ! Le numéro 5 des IrrAIductibles est le produit d'une coopération entre Benyounès. Antoine a dit : -Monsieur Lapassade. Je me suis lavé les cheveux ce matin avant d’aller conduire Sergio à l’aéroport. m’a dit Nelly. Cette incompréhension interculturelle serait intéressante à analyser. né en 1929. mais aussi le moment du nom. Les deux probablement. dit Patrice. Tour de parole. Je ne puis dire. Le moment du non. Un jour que Georges prenait la parole. Kareen me rend son mémoire (167 pages). de retrouver le Brésil. La présence de Sergio m’a bien aidé dans ma vie professionnelle. Guy Berger était sur le trottoir. Sergio me parlait : il allait reprendre l’avion. 5 personnes sont restées dans la salle : Sergio est là. Moses. 163 . je suis monté jusqu’à Saint-Denis. Kareen. Fin du séminaire. malgré l’heure qui pressait. -Tu es un vrai jeune homme. Excellente séance du séminaire : je suis trop sur un nuage.On me demande de faire le compte-rendu de la réunion historique des IrrAIductibles de vendredi dernier : cette réunion vit surgir le numéro 5. Boumarta.

Repas sympa. il me faut le compléter. annonçant la dissolution de ce bulletin. Oeuvres de sciences humaines d’Hubert de Luze : -aux Éditions Loris Talmart : 8 760 heures. Lucette et moi. j’étais avec Renaud Fabre. Guy Berger. On maintient les deux revues. de l’écouter durant mes voyages . Lapassade. Hubert mérite d’ouvrir notre nouvelle revue Attraction Passionnelle. Il faut revitaliser le LAI. Première hypothèse. Photos. invite à repenser l’auto-production du courant de l’analyse institutionnelle. Il me faudrait parler du dîner d’hier soir avec Jacques Ardoino. La direction m’en fut confiée dès sa création . enquête chez les sauvages du IVe arrondissement et plus particulièrement de l’île du Marais. Jacques a lu au plus près le livre de René Lourau. les choses bougent. vers 1993. Seconde hypothèse. Je fais circuler Tombeau pour Henriette de Luze (1908-2002) : Berger n’est pas admiratif. 284 164 . A Sainte-Gemme. M. lorsqu’il est parti en retraite ! Il parle de transduction : j’aurais dû prendre des notes. Ethnométhodologie. Implication Transductions. Tombeau pour Henriette : événement ! pour moi. au moment de la préparation du repas. Lucette ne pourrait-elle pas prendre la direction de cette revue ? Parallèlement à ces chantiers. Ce que raconte Jacques sur l’autoorganisation des sociétés. l’ancien président de l’Université. morale et grammaires génératives des mœurs. J’ai lu son mémoire : ce texte que je lui ai fait parvenir va l’aider à bouger. Regard sur une morale ondulatoire. Je me suis trouvé complètement abattu entre le 22 mai et le 8 juin. de Korczak. Au repas de midi : décision de fonder La Revue interculturelle . regrouper ses œuvres. nécessité. Jacques Demorgon juge cela important . il y a la création du LRAI (Laboratoire de Recherche en analyse institutionnelle). de mettre un CD dans la voiture. Il faudrait ressortir ses numéros 32-33. et ces pièces rejouées par d’autres orchestres ! Plaisir de la lecture. Jacques Demorgon est parvenu à faire une œuvre assez unifiée. Moi. Devoir de fidélité rétrospective. Patrice Ville est d’accord pour en assurer la direction. esquisse panoramique d’une grande aventure intellectuelle à l’usage de ceux qui n’en ont qu’une idée vague. Lourau et Jacques Ardoino. si ! Lucette s’était levée à 5 heures pour éplucher ce livre : elle rêve de créer une collection Tombeaux. Mon article doit devenir un squelette de dossier. Désir d’écouter la musique d’Hubert. dans un premier temps de reprendre mon article sur Hubert de Luze . Lobrot. Cela signifiait-il la disparition du LAI ? Rien n’est moins sûr. et la fusion avec Les IrrAIductibles. Ce laboratoire avait une publication : Le Bulletin du Laboratoire d’analyse institutionnelle. journal d’une année quelconque La science de l’homme. Quelle est l’histoire du LAI (Laboratoire d'analyse institutionnelle) ? Né en 1976. J’ai envie d’écrire . itinéraire d’une réflexion. l’enrichir. recenser celles qui me manquent. Le deuil d’Hubert m’a beaucoup touché. Je me sens mieux : je vois clair dans ce que j’ai à faire. il a été fondé par G. au programme : lire tout de Luze 284 . Depuis mardi. à qui offrir les 10 CD légués par Hubert ? Qui peut apprécier cette musique ? Je ne veux pas que ces CD se perdent. soient oubliés : il faut au contraire faire que ces morceaux soient entendus. R. Sergio Borba. nécessité de garder présent à l’esprit la fondation de notre revue Attraction passionnelle.Laurence m’a demandé de lui envoyer la maîtrise sur la traduction des Moments pédagogiques. Lucette avait tout préparé.

car en cette période. 8 heures 45. je me lance dans la production de livres réflexifs sur l’AI : . Tombeau pour Henriette. Dès que j’aurai terminé ce travail. puis un voyage à Lille. Réunion de la commission de spécialistes. me semble prioritaire. (avec Remi Hess). 2001. Je vais beaucoup m’ennuyer. 16 h 10. “ Anthropologie ”. Il est spécialiste de la pédagogie Freinet. Parmi les urgences. je passerai à La théorie des moments. échanges de lettres 1999-2000. 358 pages. Le livre sur La relation pédagogique intéresse le Brésil.Manuel d’AI (je voudrais reprendre 3 moments : la psychothérapie institutionnelle.Le Petit Traité de l’AI (avec Lapassade et Ville) . 165 . Parallèlement à ce chantier. J’ai pu raconter les derniers événements : Le certain et le précaire. Là encore. il y a vraiment du travail à faire. coll. au Journal des moments. -aux Éditions Anthropos : L’ethnométhodologie. Le moment de la création. On recrute Luc Bruliard comme chargé de cours.L’observation participante en coopération avec Gaby. Il faudrait que je fasse connaissance avec lui. Jeudi 11 juin. coll. Ce chantier est l’un qui me passionne le plus. mais je me demande si je ne devrais pas plutôt profiter de l’hiver pour partir dans l’hémisphère sud. Ces deux livres sont pour Anthropos. Une fois avancé ce chantier.Vendredi 11 juin 2004. édition du Journal d’analyse institutionnelle. Recrutement d’ATER. essai. je vais entrer dans une période de production intellectuelle. puis la réunion des IrrAIductibles.Moment du journal et journal des moments (livre théorique sur la pratique du journal). les ouvrages qui impliquent d’autres personnes : . la pédagogie institutionnelle et la socianalyse institutionnelle). dans le métro vers Gare du Nord. Je vais essayer d’avoir confirmation de cette information. L’ordre des choses : . Tous ces chantiers devraient déboucher pour la rentrée.Le second livre à terminer est La relation pédagogique. “ Ethnosociologie poche ”. Je sors de la réunion des IrrAIductibles. . Cette journée s’inscrit encore dans le non-moment. Lucette me suggère de prendre ce congé sabbatique au second semestre. Mon programme éditorial. et si c’est oui.La théorie des moments . je n’ai jamais grand chose à faire dans le jardin. mais Lucette m'annoncé que j’aurais obtenu mon congé sabbatique pour l’an prochain. ensuite j’aurai un peu de temps. A prévoir pour la fin des vacances : Livre sur René Lourau (à rendre à Loris Talmart). et de tous les autres journaux écrits depuis 2000. La journée va être longue : nous avons à recruter des ATER . où je dois faire une conférence sur le tango. L’idéal serait de rendre ces livres avant le 14 juillet.

Je feuillette ce nouveau carnet commencé en mai. ils travailleraient pour nous : les 4 revues sont à faire avancer en parallèle. Il a déjà pas mal de pages. un jour. plutôt que de travailler avec des plus âgés comme Patrice Ville. à des gens comme cela. Je ne veux pas inscrire de gens en DEA. moi au premier. disent des gens comme Jean-Louis Le Grand. Les réunions se succèdent et. Kareen Illiade. mais ils créent une autre dynamique . L’an prochain. excepté les gens proches de mes recherches. j’ai informé le groupe des IrrAIductibles de l’élection de 4 nouveaux ATER ce matin. Mais Chantal Hochet. Jacques nous a dit que la création d'une Revue interculturelle était une opportunité à ne pas laisser passer : c’est un créneau entièrement neuf . à notre demande d'habilitation pour prendre une décision. du service du personnel. Augustin Mutuale. personne ne s’est encore engagé dedans. Là encore. D’autre part. Comment organiser l’année prochaine. je pense tout de même que ces gens-là sont. Georges était ému d’apprendre que j’avais un congé sabbatique. ils se confronteront à Benyounès. des chocs divers se succèdent et provoquent un changement dans le dispositif. 2 pour le LES. Je veux me casser au mois d’octobre. des institutionnalistes : ils sont irrécupérables pour nous. sans oublier Attraction passionnelle. solution à mettre en place : je n’ai encore reçu aucune information officielle concernant mon congé. (suite de la réunion de tout à l’heure). mais Benyounès les connaît : ce sont les petits soldats de Gilles Monceau. Par ailleurs. Notre secrétaire de rédaction a donc réussi quelque chose d’important. Patrice Ville. Au cours de la réunion des IrrAIductibles. d’une certaine manière. Dans le train (TGV) vers Lille. Elle vient d’apprendre qu’elle a eu la place de seconde (sur 1300 candidats). évidemment. Je ne les connais pas. Laurence Valentin et les autres. a téléphoné à Danielle cette information. il faudrait avoir continûment un dossier déposé au service “reprographie” : quelque soit l’étiquette de la revue. étant exclu du LES. Réponse en septembre. Mais ils veulent attendre la réponse du Ministère. je vais écrire 4 heures tous les matins : il faut rendre des textes tout azimut. Lucette veut prendre son congé au second semestre. Mon congé sabbatique. Parmi ces 4. Dès demain. J’ai vu Elisabeth Bautier ce matin. hier dans le séminaire de Lucette. se trouve en errance. 16 h 30. il faudrait s’y mettre. issus de l’AI de Limoges : Vincent Enrico et Patricia Aloux-Bessaoud. dans la dynamique. qui proposait à Patrice de prendre l’atelier le premier semestre et à moi d’assumer le séminaire au second. Le reprenonsnous dans notre équipe ? Oui. Je suis maintenant quasi sûr de l’avoir. Il est certain que Gilles Monceau préfère enseigner l’AI. Quoiqu’on dise. j’ai rendu compte de l’intervention de Jacques Demorgon et de Nelly Carpentier. et que j’en étais content : ce nouveau contexte repousse au second semestre le chantier que nous avions décidé de conduire à bien en octobre : le cours commun sur l’AI. Cette période de l’année est du non-lieu. Il faudrait tenir Gaby au courant de tous ces projets.- Le succès de Véronique Dupont au concours de recrutement administratif (catégorie B). Il faut foncer ! Benyounès a rappelé que nous avions aussi le projet d’une revue intitulée Autogestion pédagogique qui avait comme projet de travailler sur l’histoire de l’éducation nouvelle. Je vais les numéroter… 166 .

m’avait-il dit. et j’ai trouvé le message de Monique Salim. il parlait discrètement. je faisais silence cependant. Réunion de notre nouveau laboratoire. beaucoup d’étudiants ! -Aucun collègue de l’Université française n’aura jamais autant d’étudiants le jour de son enterrement. "Véro va pouvoir tenter un recrutement de catégorie A". C’est certain. C’est une perfectionniste.C’est fait. que nous organisons chez nous. j’ai laissé un message à Georges. On en parlait dans la voiture avec Lucette. Lucette l’a fait ensuite recruté comme vacataire à Paris 8. que celle que nous racontait Lapassade. parlait fort (il était très sourd ce soir-là). Elle est notre secrétaire de rédaction ! Il faut que je remercie aussi Martine Abdallah-Pretceille. la présence de René chez les étudiants… 167 . très triste. Hélène l’a préparé au concours pour les épreuves juridiques. étant rentré à une heure du matin de Lille. elle est une surdouée. Georges Lapassade me rappela. Dans son genre. Ce succès de Véronique me rend heureux. C’est formidable de pouvoir être l’adjointe d’une vice-présidente du Conseil scientifique. car je n’avais pas envie de changer le climat de ces dîners intellectuels. Je vais raccrocher. Je ne puis rien dire d’autre. et à mettre en forme le numéro des IrrAIductibles. ma nièce. Je vais écrire un article sur elle dans le prochain numéro des IrrAIductibles. Elle réussira tous les concours qu’elle passera. qui l’a choisi comme secrétaire. Sur le livre d’or. veille de l’incinération de notre ami Hubert . qui étaient présentes à cette cérémonie : des étudiants. Cette transversalisation des activités est fantastique : elle est une illustration de la théorie des moments. tendue un peu du fait des positions paradoxales de Georges. de Hubert de Luze. Je sortais tout doucement de la maladie. Valentin Schaepelink. Je lui annonçais la mort de Gérard : -C’est triste. a dit Lucette. qui. très heureux ! Ce que je trouve génial chez elle est qu’elle a réussi cette performance. C’est formidable ce travail d’équipe. dit-il . C’est un beau succès qui s’est construit avec méthode. 10 heures. Puis je me suis mis à écrire un texte pour annoncer aux IrrAIductibles la nouvelle de cette mort. sur la cérémonie du lendemain. ne cherchant pas à être entendu par Georges. Hier. Tard. mais aussi en passant des week-ends à moto avec Jean-Sébastien. Il y avait aussi Sergio Borba. laissé la veille : elle m’annonçait la mort de Gérard. Lucette. et je pensais à Patrice qui participait au dernier dîner où était venu de Luze en 2003. Il avait été stupéfait du nombre de personnes. le soir. Lucette me donne la parole. je cherchais un prétexte pour retarder mon départ. Samedi matin. Gérard avait mesuré ce jour-là. J’ai écouté mes messages téléphoniques. Enterrement ! Gérard était à l’enterrement de René Lourau. Il y avait Charlotte. J’ai embauché Véro. J’avais sorti les photos d’Hubert prises Rue Marcadet . Je dis quelques mots des décès de Gérard Althabe. tout en faisant son boulot à la fac. Gérard avait écrit à propos des sorties de Georges : soirée inoubliable ! J’ai téléphoné à Patrice. Lundi 14 juin 2004. Je l’ai initié à la vie universitaire. Je médite au succès de Véronique Dupont. ce soir-là. Nous nous étions vus le soir du 26 mai. Je suis déstructuré par la mort de Gérard. notre ami Brésilien de Maceo. je n’étais pas en train : j’avais les jambes lourdes. dans laquelle j’avais sombré après la mort d’Hubert. Gérard avait raconté une autre version de l’époque de Vichy. lui. La discussion était passionnante. je devais partir très tôt à Sainte-Gemme. et tellement émus !. et ensuite la séance commence. mais. Georges me demanda de l’emmener à l’enterrement. qui me reconduisait au métro pour la Gare du Nord. et voilà maintenant le décès de Gérard.

son adolescence. Pendant que j’écris. nous nous trouvions dans un mouvement de lutte assez fantastique. étant enfants. Leur amour fut une sorte de dépassement du problème. Ce que je trouve génial. plus qu’un “mao”. Tout le travail biographique est une tentation. que je le prendrai pour partir à Boulogne. mais. Je me battais à ses côtés . En écrivant mon journal. car il souffrait de l’évocation de ses années d’enfance à Gelos. Je suis nul. Dan Ferrand Bechmann fait un exposé sur la richesse de l’expérience associative. une tentative de construction de l’expérience. Les étudiants. Ce qu’il dit sur le rapport à l’école qui entraîne chez lui une difficulté de socialisation (rupture programmée par sa famille avec sa classe sociale d’origine). et pour cela 168 . d’implication. Mes difficultés scolaires ne venaient pas d’autre chose que du conflit décrit par Gérard. qui découle du fait de refuser cette dissociation. Le décès de René nous rapprocha : Gérard avait beaucoup aimé René. ce qui se passe c’est une co-construction d’expériences. origine de classe. René avait eu exactement la même enfance. explique en partie l’engagement de l’un et de l’autre dans la construction d’une théorie de l’implication. plus j’entends la construction de ma propre expérience. Cette lutte que Gérard n’ignorait pas totalement. Gérard avait ensuite pris quelques distances. j’ai eu ce conflit en tant qu’élève. En terminale. Ils avaient eu une amitié très forte. Position de classe. Dan a parlé d’engagement. il rencontra Josette. René Barbier intervient pour dire qu’il est en phase avec ce que dit Dan : elle a parlé de Saul Alinsky. -La reconnaissance de l’expérience passe par une auto-reconnaissance du poids de l’expérience. Je pars avec un petit paquet de tracts (textes de 4 pages sur Gérard. de cette auto-reconnaissance de l’expérience. J’ai écouté Gérard raconter son histoire de vie. me porter pour aller vers le haut . issue de la classe bourgeoise. Ça. deux ou trois anciens du Mouvement de l’AI. plus Gérard me parle. Ensuite. Des collègues cherchaient à éliminer les étudiants du DEA . Ce vécu commun d’un écart important entre origine et position de classe. Je dois transmettre son expérience. c’était le départ. Lourau survenait dans ce contexte de lutte. Je m’aperçois que je n’ai pas mobilisé mes troupes. dans leur très grande majorité. La position de classe de ses parents lui faisait honte. mais on peut lui trouver une dimension commune : me faire changer de classe sociale. Le désir de mes parents était plus complexe que celui des parents de Gérard. La mort de R.Il faut dire qu’au moment de la mort de René. et ce refus du malaise. en même temps. Je vais donner un exemplaire à Danièle Lemeunier. adolescents. un anti-colonialiste. et pour les élaborer comme expérience. que me donnait mon statut de biographe de René Lourau : écouter Gérard devait m’instruire sur René. fut pour lui une douleur. Suspension de séance. de son adolescence avait son origine dans la curiosité. Cela rendait René malade. Aucun de nos doctorants n’est présent. dit Lucette. Il aurait été important pour eux d’être là. je fais un travail de construction de cette reconnaissance. aspirations de classe était une dialectique qui traversa toute sa scolarité secondaire. qu’il a vécues. étaient lancés dans la lutte contre les profs réactionnaires. c’est son effort pour décrire les situations dures. j’avais l’impression d’entendre René. ceux-ci voulaient le faire sortir de son milieu : ce désir de ses parents de voir leur fils changer de classe sociale. et parmi eux. chez lui. les mêmes problèmes. et Pierre-Philippe avec qui nous avons évoqué Gérard. Survivre à Gérard me donne une responsabilité. après la mort de René. qui avait miné son enfance. il y avait aussi Patrice Ville. L’entendre parler de son enfance. je me suis dit qu’il fallait aller porter mon texte en anthropologie. Pierre-Philippe Rey reconnaît dans la personne de Gérard. Frédéric Dages propose d’insister sur la notion de mobilisation… Nous sommes une trentaine. Il raconte un vécu dans lequel je me suis retrouvé. Oui. Dans l’expérience de l’histoire de vie que l’on fait à deux. aux funérailles. J’y ai vu Marianne. Paulo Freire. Quand il parlait. Nous étions proches idéologiquement. Moi aussi. il en mesura les effets ensuite très rapidement. que j’ai fait tirer par Madame Guichard). lui demandant de prévenir Georges.

J’expérimente une sorte de veille.se sacrifier. Je l’ai appris. Il y a de nombreuses dimensions dans une expérience. Pour moi. -Oui. praticien de la pédagogie institutionnelle. Je ne peux pas dire que. Retour au colloque de notre groupe de recherche. Son itinéraire ? Il est professeur de sciences de l’éducation à Paris XIII. lui ai-je dit. je regarde ça en étant ailleurs. et il a attendu la fin. Comme moi ! Lucette aussi. Repas amical au chinois avec Michel Manson. par mon épouse). Je puis être ailleurs ou être dedans. l’analyse des gestes techniques se fait quasiment instantanément. qu’il partageait l’analyse de Jean-Marie Brohm. un sport. On ne s’ennuie pas à jouer à “ cheval-gendarme ”. Je vais le prendre avec Rezki pour le conduire à l’enterrement. je n’ai plus le même rapport au monde. car je recevais ma fille Hélène. lorsque je regarde une émission sur le Tour du Dauphiné ou sur le Grand prix de formule 1 du Canada. Jean Biarnès parle maintenant. hier… Silence… G. Du coup. Nous avons parlé. Yves et leurs deux filles. Ecrit sur la conscience phénoménologique de la 285 Cf. car mes petites filles sont. Michel Manson travaille avec Christine. Mais le travail à deux permet un développement de la réflexivité pour l’un et pour l’autre. par rapport à la morale. -Oui. Michel Authier. De Luze a montré l’ambivalence. la co-élaboration de l’expérience enrichit la connaissance des différents acteurs. en ellesmêmes. 169 . Mais. 14 heures 45. Je lui ai demandé s’il savait que Gérard Althabe est mort. de choses et d’autres : résultats des élections européennes.1978). Il est un ancien instituteur. dure !. Mais cette veille peut déclencher une mobilisation psychique totale. je proposerai de distinguer savoir et connaissance 285 . Véronique m’a dit que cette expérience devait être dure pour moi. Je regarde cela de loin. Autre idée. par rapport au sport. lorsque l’évaluation du jeu l’implique. Le vécu avec Constance et Nolwenn fait oublier le sport. la coproduction de savoir. Si je parviens à prendre la parole. sur l’élaboration de l’expérience. mais avec une demande de ne pas être dérangé au cas où. qui change de norme en fonction du contexte. est restée jusqu’à la fin du match. en pensant à autre chose. Je n’ai pas noté que j’avais vu Monceau ce matin. Je fais plusieurs choses à la fois (d’où le fait que je vive mal de devoir écouter les commentaires techniques des coups de pied arrêtés de David Beeckam. je sois “ mobilisé ” à 100%. surviendrait un moment décisif du jeu qui ferait basculer la présentation (Husserl. Il est historien de l’éducation. Le foot m’absorbe. quant à lui. co-auteur avec Jean-Marie Brohm de Quelles pratiques corporelles maintenant (Delarge. permettant la relation adulte-enfant. J’aime bien ce qu’il dit. et autres excentricités. de façon très amicale. Lapassade me téléphone durant la réunion. Il est né en 1946. René Barbier a dit que le football lui donnait la nausée. par le canal de Véronique. 1998. selon que je suis dedans ou dehors. Il me capte. Il a étudié tout particulièrement l’histoire du jeu et des jeux. a été téléspectateur du match d’hier. etc. Il en est de même pour moi. de l’homosexuel. sans grande mobilisation. René Barbier et Christine Delory Momberger qui doit intervenir maintenant… Christine et René ont bien connu Gérard. Michel Manson. par hasard. succès de la France contre l’Angleterre. J’ai loupé Croatie-Suisse. Ed du Rocher. Pays de connaissance.

Ensuite. Je n’ai pas Le Monde chez moi (grève de la distribution). C’était déjà l’idée de De Luze : "Vous perdez votre temps chez les Verts. Il faut aussi le sortir pour septembre. J’ai laissé mon sac chez moi. il devient important de construire. ces expériences sont des nonmoments. Je n’ai pas donné de nouvelles à Gaby depuis 107 ans. Mais celui-ci n’est que le témoin de ma dissociation. l’important serait que nous puissions prendre une décision collective concernant l’histoire de vie de Gérard. un mot d’Odile ma sœur : . Christine parle de l’échange conversationnel (la conversation). Je ne le comprenais pas. En fait. Pour moi. La présence dans un non-moment : l’attente de l’autre dans un rendez-vous. Quelle vie ! Quelle mort ! Ce matin. Georges n’est pas là. et puis partir Porte de Saint Cloud. je voudrais pouvoir établir une vraie relation. j’ai écrit un journal. en foot n’étant que le montage télévisuel de moments décisifs. alors qu'il se passe tellement de choses ! Ce matin. Aujourd’hui. avec le fils de Gérard. Je vais partir. Marc Augé et Monique Sélim. J’ai rendez-vous avec Lapassade au SCUIO. hier. J’ai loupé Georges. Maintenant. 1905). qui a assisté la semaine passée au séminaire de Marc Augé et Gérard Althabe à l’EPHEST : Gérard était en forme. Réminiscence : je pense au texte que Gérard m’a rendu sur l’observation participante. je n’ai pas retrouvé dans ma voiture le plan. Regarder Le Monde. avec méthode. Certes. Comment passe-t-on de la mort à la vie ? Georges ne me fera pas manquer les funérailles de Gérard. Aujourd’hui. dans ce non-lieu du SCIUO ? J’entends la voix de Maryl. Seulement. 15 heures 30.J’ai vu dans Le Monde la disparition de Gérard Althabe.conscience intime du temps. J’en veux à Liotard. Le temps perdu dans cette affaire aurait dû être consacré à produire la mémoire collective de notre recherche. préparé ce matin avant de partir : je pars donc sans savoir où je vais. Pas d’étudiant aujourd’hui dans ce service que j’ai dirigé. où il n’arrive pas. L’autre social me ramène à ma propre socialité. il y a 20 ans ! A midi. 16 heures dans le métro. Selon Maryl. je m’y mettrai à plein temps. Le Monde. Et je commence à comprendre que j’ai manqué de présence à mon œuvre. "La conversation rejoint l’expérience individuelle médiatisée par l’autre…". Lucette m’a dit que les funérailles ne me permettraient pas d’établir des contacts : aucune décision ne sera prise aujourd’hui. regarder Le Monde de samedi. Je pense à toi. 170 . écrivez !". etc. la queue. Georges a dû s’assoupir quelque part. Le procès Brohm a été une merde absolue. J’avais 52 ans. Je n’ai pas les jambes lourdes. Pourquoi Lapassade m’a-t-il donné rendez-vous. La “ représentation ”. j’en ai 57. j’ai pris conscience que le temps bien utilisé est la chose la plus précieuse. Il faut que cela sorte en septembre. En relisant un article d’Althabe. et je tente de rattraper mon retard. J’ai décidé de laisser la voiture rue Marcadet et de continuer en métro. Porte de Saint Cloud. Je n’ai pris que ce Carnet du non-moment. Nous avons bu 2 bouteilles de Muscadet à midi. et quelques copies du texte photocopié ce matin. absolu. aujourd’hui. fin des moments : le non-moment total. La mort. Personne. Nous avions rendez-vous pour partir ensemble à l’enterrement d’Althabe. Je crois qu’il était un proche. me disait-il en 1999. Je ferais volontiers une sieste. Cela m’a vraiment touché. de nous avoir fait perdre un temps précieux. j’espère trouver un plan. échange avec Sarella.

286 Jacques et Maria Van Boackstaele. suite et réponse à “ Critiques constructives ”. on craque. C’était stratégique pour moi. avant le retour pour Paris. On parle du dispositif pédagogique de l’année prochaine. À la sortie du cimetière. Il se trouve que les parents de Patrice habitent dans une HLM. Mais. à côté de Boulogne. Il faut aller au-delà de cela. Personnellement. par rapport à ses parents. j’ai travaillé à la correction du premier chapitre. pour embrasser ses parents. Cela ne facilite en rien la qualité de la présence au monde. Encore une station. En faire une biographie ? Ce matin. C’est urgent. Anthropos. Merde ! Je voulais vraiment prendre des photos. je dois leur écrire. Il y a beaucoup de monde aujourd’hui. Séminaire de Patrice. je continue à être travaillé par mon histoire de vie de Gérard Althabe. les parents ne supportent pas qu’on écrive. Je suis arrivé un peu juste au cimetière : Monique Selim parlait. 2004. Economica. leur donner mon feu vert. sur l’Allemagne. les Van Bockstaele. Il me reste 8 minutes pour trouver le nouveau cimetière de Boulogne. Mardi 22 juin. Amusant de relire cela avec un an de recul. Il faut que leur livre paraisse en septembre 286 . 171 . On parle de Gérard Althabe. au Khédive. car il donne quelques références précises que je peux reprendre. On est soumis à une certaine passivité. On ne parvient pas à se “ mobiliser ”. comme s’il me connaissait depuis toujours. Le livre est sorti en novembre 2004. J’ai chaud. Ils ont plus de 80 ans ! C’est leur premier livre. Il ne faut pas qu’ils manquent cette joie énorme de voir sortir un livre ! Le livre collectif de leur vie ! J’ai oublié l’appareil photo. il faut accepter de faire un pas de côté. Dans un premier temps. Il fait 27°C. Y aura-t-il d’autres IrrAIductibles au rendez-vous ? 19 heures 30. mais important. J’ai accepté. On parle de la dimension instituante de l’écriture dans la famille (Johan Tilmant). Gérard avait tellement parlé de l’enterrement de René Lourau. je trouve dans Le Monde daté du 15 juin. On manque de présence à l’événement. Je retrouve dans mon casier un texte. se battre pour écrire pour soi. Mardi 15 juin 2004.Par exemple. Samedi 19 juin. 224 pages. Son père m’a appelé Remi. Il a lancé la conversation sur la mort de Gérard. dans le bus 31 entre la Gare du Nord et chez moi. en ce qui concerne la capacité à se mobiliser psychologiquement. Anne-Catherine annonce sa soutenance à 16 heures 30 en salle CO22 sur La danse de couple. Du coup. La situation est émotivement dure. Patrice m’a proposé de me ramener. Je suis monté avec lui. Paris. Sainte-Gemme Attente. il y a eu Marc Augé qui a sorti un papier un peu court. sur la forme et sur le fond. La socianalyse. il devait faire un arrêt à deux pas de la MJC du Point du Jour. écrit l’an passé par Laurence Valentin sur l’autogestion pédagogique 287 . 287 Intitulé “ Réponse à un courageux anonyme qui n’a pas encore compris l’autogestion ”. Ensuite. Il faut y aller. Je garde le texte au plus près de sa parole. C’est le père de Patrice Ville qui m’a montré ce texte. Pour écrire. Imaginer – coopter.

et me voilà en route pour Angers où se tient le jury de DEUG. Le voyage s’est transformé en vacances familiales : j’ai vu ma sœur Odile. on parle du dispositif. Althabe et Joseph Gabel (12 juin) me font vivre intensément à l’intérieur. illusion. J’étais dans un état altéré de conscience. Jeu. Mais. ceux d’en bas”. On y allait. Je lui ai parlé du Moment de la création qu’elle a voulu acquérir. Vendredi dernier. à l’apprendre quasiment par cœur. cela oblige à bien lire le texte. Mon idée est de me mettre au travail. ce sera. Je vais entrer dans une phase d’écriture : tous les matins. Yves avait conduit depuis le péage après Lyon. Comme il connaît moins bien la voiture que moi. Je n’ai pas beaucoup dormi. Je rêve si rarement qu’il me faut noter mon rêve. J’étais crevé. pour terminer mon introduction à Ailleurs. Rezki Assous me donne un double de son entretien avec Gérard Althabe. Nouvelle expérience du non-moment. voyager. Un document du Ministère m’annonce mon congé sabbatique : je prends la mesure de l'événement. je devais le remplacer. Mon enthousiasme est modéré par mon rapport à la famille. finalement. Nolwenn rejoindre Constance. À minuit passé. je voudrais ajouter les Etats-Unis et l’Italie. du moins en ce qui me concerne . Du coup. j’ai quitté Sainte Gemme à 23 heures 30 avec Charlotte et Lucette… Je me suis couché à une heure. Hier soir. sur une aire d’autoroute : je tombe sur Alessandra. donc un désir d’écriture. On a donc passé la journée à la Grange au bois : j’y ai retrouvé mon camarade d’enfance Jean-Jacques Valette. chez Althabe “ceux d’en haut. Et je rêve. qu’elle a la chance de pouvoir faire. et c’était mon tour de prendre le volant. etc. Ce travail de relecture. ici. Embouteillages. 6 heures 30. car je suis parti avec Hélène. pour moi. Passage de Cristian Varela au séminaire. je me réveille en ayant des idées. la famille Chevilotte. La journée d’hier a été marquée par les 60 ans de Nadine.Avec Ruben Bag. Voir mon avocate là (elle rentrait d’un procès à Poitiers. Le sabbatique serait une possibilité d’investissement sur la famille. rompre avec la routine. pour le procès de Montpellier. Yves et leurs filles. Les morts de De Luze. Ce week-end. et son épouse Véronique qui travaille dans la même boîte que mon frère. dans le métro pour Montparnasse. Proximité étonnante entre les pensées de René et Gérard. je n’ai pas eu le temps d’écrire mon journal. chez Brigitte. Apprendre l’italien me semble essentiel. Je m’endors immédiatement. Hélène verrait d’un bon œil que je m’occupe davantage de mes petites filles. je me couche. Livre fort. mon avocate. Je vais le lire ce soir. Jeudi 1er juillet. Je le sentais épuisé. pour sortir le maximum de livres avant de partir en voyage : au Brésil. et se trouvait aussi dans un état altéré de conscience) ! Je reprends le volant : en arrivant à Aix. Il fait très chaud. Elle est repartie avec. je me suis rapproché d’Hélène. J’en avais un exemplaire à Sainte Gemme. J’avais hâte de me coucher. “genèse théorique et genèse sociale” . réalité. Avec Véronique Valette. Chez René. de mise en forme est un travail terne. et aussi de ce qu’elle réussit à tirer de ce pas de côté. l’anthropologue impliqué que je relis depuis avant-hier matin. nous sommes partis en voiture de Paris vers 18 heures. etc. nous avons parlé d’histoires de vie. La richesse d'une personne vient en partie des pas de côtés. Lundi 5 juillet. Partir. manipulation. ce procès est reporté. 172 . Yves. nous faisons une halte à Montélimar.

Nous avons effectivement évoqué Jean-Marie. J’ai donc devant moi 6 mois. le livre avec Althabe. j’ai encore 8 ans à faire. L’écriture est sans aucun doute. je vais bénéficier d’un long moment de voyage. j’ai manqué la narration des journées de samedi (puis dimanche). c’est créer une suspension des moments quotidiens. que beaucoup vivent comme la fin des moments. mais je crois jusqu’au 10 août. Pour un prof. Mais ce moment exige une suspension des autres moments. Avec Jean-Jacques. et ensuite regarder la télévision dans cette langue ? Apprendre le contenu des chaînes de télévision est une excellente entrée dans l’Allemagne d’aujourd’hui. Mais aussi d’une mobilité : comment voyager ? Tenir compte du soleil… Sorte de pré-retraite. J’avais envie de découvrir les ressources de notre nouvel abonnement à Canal Satellite : avoir 45 chaînes en allemand. Lucette rêve d’organiser un voyage en Italie. Je continuerai par la Théorie des moments. Il faisait un temps mitigé : le ciel était couvert . pour renouer avec des moments autres comme ceux de l’amitié. ici. Elle écrivait dans la revue Partisans. Puis-je lire chaque jour une heure en allemand. il était question de retraite. Elles étaient ensemble à l’Ecole nationale supérieure d’éducation physique et sportive. m’a fait manquer le moment de l’écriture du Journal de Sainte Gemme. Alors que j’avais raconté en détail la journée de vendredi. La veille. Je regardais une série à la télévision. le congé sabbatique est une sorte de brouillon de retraite : il fait expérimenter la situation de déconstruction du moment du travail. la pluie n’était pas loin. des étudiants que je connais très bien. Le jury d’examen d’Angers m’a toujours donné de l’espace. Il faut que j’utilise ce temps pour me faire un programme d’écriture : il me faut composer des livres. Je vais m’y mettre dans les jours qui viennent. puis de partir. J’avais cueilli 3 ou 4 kgs de cerises. J’ai lancé mon idée de Maison de retraite autogérée. Puis-je prendre le temps de finir ces ouvrages avant le 22 juillet. Gigi n’était pas à l’enterrement de René : elle était hospitalisée à cette époque. et moi. car il m’est apparu que le chantier cerises. où Lorenzo et Diana s’ennuient de nous. car j’ai eu le temps de rentrer dans l’idée. que j’allais avoir ce congé. Je commencerai avec Ailleurs. Comment vivre sa retraite dans une perspective où s’articule la gestion des besoins individuels. du voyage. une amie de Nadine et Françoise Lourau. Lucette avait cueilli les framboises. sans obligation pédagogique. la vie de Château. Or.Parmi les autres invités. les cassis et les groseilles. l’anthropologue impliqué. hier matin. Lucette et moi avons tout mangé ! Ce qui n’était pas sans me donner un léger mal au ventre. cette histoire est des plus sérieuses. pour une pédagogue quelque peu surimpliqué comme je puis l’être. un moment. et qui sont très proches de moi. alors que je suis du même âge que Jean-Jacques et que j’ai deux ans et demi de moins que Nadine. Je n’aurai que 4 nouveaux inscrits sous ma direction. Par exemple. Gigi vivait avec Jean-Marie Brohm. Nadine. date à laquelle j’aurai Romain à Sainte Gemme ? Je ne sais pas combien de temps. et donc de refuser les inscriptions en maîtrise ou en DEA. Le fait de me lever à 9 heures 30 au lieu de 7 heures. J’ai donc lancé la conversation sur la question de la retraite. il restera. pour écrire. le semestre sans cours demande une autre organisation. Je ne passerai pas à côté de cette expérience. Ginette Michaud. Aujourd’hui. un bon dispositif pour faire un saut qualitatif en allemand. Profiter des vacances. Mais Charlotte. Véronique et Gigi. Jean-Jacques est en pré-retraite. Ensuite. organisationnels. Nadine envisage de faire encore un an en 2004-2005. créatrice d’emploi pour la jeunesse ! J’ai fait rire la compagnie. J’ai défendu l’idée d’un ancrage au village. j’ai choisi de rester au lit jusqu’à 9 heures 30. et un peu les Lourau. Puisque l’on était invité à midi chez Nadine. groupaux. inter-individuels. au moins celui du travail. En 1968. il fallait cueillir les cerises. pour moi. Gigi est déjà retraitée. était prioritaire sur les autres. Il fallait cueillir les cerises : il est 173 .

J’ai aussi un désir d’Italie. C’était à Hagetmau. Les actes. sur le Romantisme. Paris. Lourau. n’ont jamais été publiés. mais un peu distant. Elle n’arrive pas à se trouver un mec. Samedi. Le regard de Mathias. Elle avait apporté une valise pleine de livres. Je souffrais de la disparition de Gérard Althabe. Les deux chevaux ne se quittaient plus… La vie reprend. Je ne me souviens plus. Henri Lefebvre et l’aventure du siècle. celui de Florence (qui m’a fait penser hier à la mère de Romain) stimulait ma fille. J’ai fait des sacs de deux ou trois kilos pour Charlotte. il s’est mis à pleuvoir. Il est mort après Lefebvre : Gusdorf avait fait venir Lefebvre à Strasbourg. Yves. Ce journal sur le non-moment. Dimanche. probablement.bon pour les arbres d’être allégés de leurs fruits . Samedi. J’étais là. et elle en était très triste. dans un colloque organisé par la ville natale d’Henri Lefebvre. Il s’était installé dans la Cour de la ferme. Roby a joué de l’accordéon. valse rock. alors que l’on pourrait vivre. Elle a des idées. 174 . Odile m’a proposé. après le départ du vieux. j’avais été en porter à Antoinette Hess. parce qu’elle ne parvient pas à se mettre à l’écriture de sa maîtrise. je crois. il y a deux mois. Il y avait aussi Jean-René Ladmiral. Il s’était installé sous un parasol. au prix du kilo de cerises. Hélène. son propre cheval n’était plus seul. et cela lui rend la vie pénible. et nous sommes donc restés chez Nadine. et un grand désir de solitude. Or. Elle a fait des lectures. valse crusado. de prendre un congé sabbatique. Du coup. Je me sentais à la fois là et ailleurs. mis en pension par une amie. Elle pense qu’elle va se faire licencier de son boulot : à 56 ans ! Ma sœur aurait une indemnité de licenciement qui lui permettrait. Elle envisage de mourir à 30 ans ! Ce genre de pensée impressionne Lucette : la disparition de Charlotte serait très douloureuse pour sa mère. Mais pourquoi s’installer dans de tels scénarios. et elle associe la fin d’un moment à sa mort. Henri était là. ce serait dommage de ne pas cueillir ces fruits. que signifie-t-il ? Je me demande si la solitude à laquelle j’aspire n’est pas le besoin de la suspension des moments. et en plus. Pourquoi chez Nadine ? Elle avait perdu un cheval. préparés. à elle aussi. que Lucette et moi l’avions connu. Véronique. J’ai donc remis à plus tard la cueillette ! Mais il a plu toute l’après-midi. à Sainte Gemme. le nouveau couple semblait heureux. mais elle souffre d’un épuisement physique. elle n’aura pas trop de 288 289 Véronique Valette a fait des photos de cette danse. Métailié. il y a huit jours de m’accompagner au Brésil. j’étais trop fatigué pour l’aider. Valse. Gusdorf avait prononcé un texte que je devais utiliser dans l’introduction de mon livre sur Henri. en 1985. Nostalgie : Gusdorf nous laisse son œuvre. et nous évidemment… Ensuite. et Lucette s’est mise à lire des pages entières de Gusdorf. puis pour en rapporter à Paris. Charlotte va mal. et R. aussi. je voyais un nouveau cheval. Vendredi. écrit deux années plus tard 289 . J’entendais d’une oreille : passionnant le père Gusdorf ! J’ai dit à Charlotte. nos pas se complexifièrent rapidement. Charlotte me proposa de danser une valse. Cet investissement est assez contradictoire avec le désir du Brésil. C’est Anne Gotman qui avait organisé cette manifestation. où il pleuvotait. Je m’étais installé dans une banquette. qui l’empêche d’entrer dans le moment de l’écriture : elle a peur de ne pouvoir y parvenir. Les gens parlaient. comme on manque d’infirmières. j’en avais cueilli pour notre consommation personnelle. J’étais ainsi dans des pensées nostalgiques. j’en ai cueilli pour apporter aux Neiss. Ce colloque a dû jouer sur mon désir de travailler sur Henri Lefebvre : quel avait été l’objet de ma communication ? Je ne me souviens plus. Il avait une connaissance fantastique du Romantisme allemand… Aider Charlotte à faire sa maîtrise me donnerait un surplus de culture germanique. mais. 1988. fière de danser avec son père 288 . et penser à la vie ? Charlotte a envie de sortir du tango. Charlotte a beaucoup parlé de sa propre mort. Remi Hess. et en a produit un montage (exposé à Sainte-Gemme). C’est assez curieux d’associer sa vie à un moment.

Ce sont des thèmes un peu farfelus. je prenais conscience que je bloque ce journal. Depuis quelques années. Pour l’accueil de mes sœurs. que j’ai hâte de rendre à Bernadette. son amie. cela ferait un ensemble. Mais il nous reste toutes les lettres de Marthe. Véronique Valette m’a parlé de journaux de cette époque. à 15 euros. Mardi. précieusement archivées par Maman. La semaine prochaine. j’ai ouvert des carnets sur des sujets étranges : par exemple. Celle à qui je pense souvent. nous ne communiquons qu’à travers groupes et journaux interposés. à Benyounès. Je sais qu’elle est toujours la première à me lire. le second est la tenue de carnets que j’emmène avec moi. Idée à suivre. une grande maison qui jouxte la mienne. certainement. parce que je ne le trouve pas aussi fort que celui de 1914-1918. mais sans retrouver les responsabilités de chef de service qu’elle occupe aujourd’hui. mais il a dû repartir avant que je ne sois libéré de mes obligations (beaucoup d’étudiants à ma permanence. je pensais à elle. j’ai des carnets thématiques. là où je suis sans mon ordinateur (Sainte-Gemme. Ma méditation sur le non-moment doit donc être prolongée. en même temps nous sommes très loin l’un de l’autre. j’emprunte la maison de William. Lucette envisage d’aller rendre visite à ses parents. ce Journal sur le non-moment. m'a dit qu’il allait faire des travaux de petites réparations. actuellement. Le TGV est arrêté. Celui-ci justifie une édition.mal à retrouver un travail. ma marraine. Je sais que Gaby. elle aussi. En plus. Je numérote les pages de ce carnet. Dans mon écriture de journaux. Je voudrais terminer ce texte avant les vacances. Il y aurait le journal de Paul à imprimer. C’est un travail à faire rapidement : Anthropos pourrait être intéressé . avec lui. Le soir. Probablement que le journal de Paul trouvera des lecteurs intéressés. que ma mère Claire a eu avec Marthe. je recevrai à Sainte Gemme mes deux sœurs : Odile (de Martigues) et Geneviève (de Vienne). et avec qui je ne communique même plus par mail : Gaby Weigand . voyages). ce premier journal de Paul a trouvé 800 acheteurs . durant cette période : on va se retrouver comme il y a 50 ans ! Cette semaine sera une occasion de méditer ensemble à notre futur. Va-t-il repartir ? Oui. en discuter avec Antoinette. j’espérais un moment avec lui. William à qui j'annonçais l'arrivée de mes sœurs le 10 juillet. Constance va se joindre à nous ! Je pense à Bernadette Bellagnech : c’est un peu pour elle que j’écris. Ne faudrait-il pas faire taper cette correspondance ? Je suppose que l’on va parler de ces choses avec mes sœurs. Hier. et aussi à celui de nos enfants. Première étape : trier sur papier le journal de Paul. Ces derniers temps. Les lettres de Claire ont été détruites par Marthe. n’est pas en mesure de recevoir beaucoup de monde. Pourquoi ne sont-ils jamais venus ensemble à Sainte Gemme ? Notre maison. à ses enfants. il taillait ses haies ! Il veut faire les choses bien. le faire lire par mes sœurs. J’ouvre un nouveau carnet. cela relancerait les ventes du premier ouvrage. après deux soutenances de maîtrise) . vers 19 heures. Mais quand ? J’ai l’impression d’être proche d’elle et. par rapport aux moments 175 . lorsque je sens que je puis développer un sujet qui peut structurer la narration du quotidien. mais j’ai encore pas mal de pages disponibles. Je fais une pause dans mon écriture. mais aussi cet autre sur Les jambes lourdes et cet autre sur Attracteurs étranges et détracteurs intimes. j’ai vu Benyounès . lira ce journal un jour. Ce journal trouverait un public à Reims. En parlant avec Véronique. à la Grange aux bois. le journal 1939-1947 trouverait aussi ses 800 acheteurs. Le Mans. il y a deux dispositifs : le premier est la frappe directe sur mon ordinateur . notre moment commun semble au point mort. Cette technique instituante oblige à reprendre le vécu en le faisant entrer dans un moment. Hier. j’évoquais la correspondance de 60 ans. Mais j’oublie qu’à 280 francs. En faire un tirage que l’on corrigerait avant de le faire imprimer.

pour nous conter le Vingtième siècle ! La conversation avec Véronique Valette m’a fait prendre conscience que je devais prendre des décisions par rapport à mon propre journal… Depuis la mort de René Lourau. a solidifié ma théorie des moments. La transversalité définit le sujet par tout ce qui le traverse. une notion déjà présente dans L’entrée dans la vie (chapitre sur Freud). mais ce journal était une forme de construction du moment professionnel. et j’avais l’intuition du Journal des moments. Dans la vie institutionnelle. m’était connue à cette époque. Son témoignage serait intéressant. Mais je montre aussi que les moments comme mode de pensée de mon quotidien étaient déjà bien là dans les années 1976. car j’ai mis au point la méthode du journal des moments : cette technique était présente en 1976. Il me semble que cette notion venait enrichir chez moi la notion de transversalité. etc. Je sais qu’il écrit un journal. Est-ce vrai ? Qu’en fera-t-il ? Il semble qu’il ait été jusqu’à faire relire par notre père. Je sors du non-moment pour parler de l’émergence du moment de la théorie des moments dans mon œuvre. Plutôt que de définir la transversalité par l’institutionnel. le décryptage de leurs entretiens. Dans le corpus conceptuel de l’analyse institutionnelle. Journal de danse. Je n’avais lu que le second volume de La Somme et le Reste. Mes premiers commentaires de cette théorie datent de 1988 (Henri Lefebvre. Je nommais cette technique Le journal institutionnel.Saint Laud. je situe la socianalyse comme le moment de la refondation (Centre et périphérie. Je suis obligé de suspendre cette méditation. de centrer l’écriture de leur journal sur la description de leur quotidien dans une institution : la plupart du temps. la transversalité est l'ensemble des institutions auxquelles j’appartiens. 176 . celle dans laquelle ils travaillaient. 1978). pensée par Henri Lefebvre. Véronique Valette a dit que les enfants de mon frère écrivent : j’aimerai bien voir cela ! Véronique serait précieuse pour moi pour assurer une médiation avec mon frère. pour celui qui a des idées claires sur la théorie des moments. En 1978. Dans les années 1984. L’aventure du siècle). Cette théorie des moments. Et ce tout est ici synonyme d’institution. C’est vrai et faux : le passage que Jean-Manuel a écrit dans son texte sur le journal n’est pas confus. Ce travail serait du plus haut intérêt : cet André Hess qui fut mon (notre) père fut un personnage assez discret! Il a peu écrit lui-même : ses écrits ont été détruits. La notion d’appartenance est alors celle à laquelle nous nous réfèrons. dont la relecture me permettra de construire la théorie des moments. l’un des concepts qui étaient les plus productifs pour m’aider à me penser moi-même était celui de transversalité. l’écriture de mes journaux est meilleure. Bien au contraire… On arrive à Angers. mais je connaissais le second tome de La critique de la vie quotidienne. Je savais déjà à l’époque qu’une mère de famille pouvait écrire son journal institutionnel sur ses enfants. La présence et l’absence n’est sortie qu’en 1980. L’édition du journal de mon grand-père pourrait stimuler ma réflexion sur l’édition de mes propres journaux. Dans les années 1972 et suivantes. Ma découverte de cet ouvrage à sa parution. dans le cadre théorique de l’analyse institutionnelle. le moment s’inscrit donc dans un creux théorique. Mohamed Rebihi a trouvé que la notion de moment n’est pas définie dans le numéro 3 des IrrAIductibles (article de Morvillers). nous renouons avec la notion d’affiliation. je peux aussi la définir comme l’ensemble des moments. d’édition. Je pensais la socianalyse comme un moment. et j’ai appris hier qu’il avait recueilli l’histoire de vie de mon père. par le biais de l’ethnométhodologie.bien identifiés qui fondent d’autres journaux : Journal d’un artiste. époque où je demandais à mes étudiants.

Il se sentait une obligation de me guider dans ma découverte des œuvres. le repas était excellent. A la suite de Christian Lemeunier. master. J’ai raconté mon péché mortel de l'île Maurice. Il vient de réouvrir. est une élaboration de l’expérience qui accède à la conceptualisation. j’ai été dans la salle du jury. (le hors-sujet est-il un non-moment ?). j’ai toujours du être là. Cela a donc été très vite. Je suis arrivé à l’Université catholique de l’Ouest. Christian Lemeunier a introduit ce débat : pour lui. l’année prochaine. Mon nom semble fait tenir l’institution. la notion d’accomplissement. à la notion de moment. moi. suivi d’un débat avec le public. Quelqu’un qui ne porterait pas son journal avec lui serait dans le non-moment . pour lui signaler mon arrivée. restant une option de la nouvelle licence). à celle de vice-président (les sciences de l’éducation. 16 heures. entre le niveau de l’expérience vécue et celui de son élaboration théorique. 177 . Cécile Albert et Claudie Rimbaud étaient intéressées par mon apologie du péché mortel. après 6 années de travaux de rénovation (en profondeur) : Constantin Xypas m’accompagnait. essentielle pour Garfinkel. tension que Lefebvre nomme vécu et conçu (et qui s’articule pour lui au perçu). ni par G. une idée pour justifier de donner tout cela en vrac au lecteur : l’idée de fragment. J’ai annoncé mon absence. par rapport aux essais en relation avec notre objet. Il est accomplissement progressif interactif. avec mes complices. doctorat) : le contenu de la licence va être centré sur la communication et l’on me propose de rétrograder. Lapassade (donc par A. relire Gusdorf. Lecerf (donc par H. à midi. Ce travail est à penser à travers les moments (anthropologiques) du sujet. je vis cet épisode comme une chance supplémentaire de poursuivre ma méditation. après le postmodernisme ? Vous avez dix minutes pour préparer une demi-heure d’exposé introductif. cette notion correspond. n’a pas été développée en France. pour nous. C’est horssujet. Le travail était bien préparé. On ne lit que des choses utiles. il faut éviter les romans.Mohamed Rebihi disait aussi que le moment devait être mis en perspective avec le concept d’accomplissement de Garfinkel. J’ai été dire bonjour à Constantin Xypas. Quand on est “ scientifique ”. ni par Y. Le moment qui se trouve est une mise en mots de la pratique. relire la bibliothèque de Charlotte. Un membre du jury a annoncé le passage au LMD (Licence. Lundi 6 juillet. Sujet d’une prochaine conférence : qu’en est-il de l’enfer. Le ciel est couvert. il vivrait cette attente comme une perte de temps . Le jury a commencé vers 13 heures 30 et s’est terminé vers 15 heures 20. on me demande de rester membre. j’ai été faire une visite au Musée des Beaux Arts d’Angers. Sur la publication de mes journaux. Malgré cette absence. ai-je dit). pour fait de congé sabbatique l’an prochain ("Je pars au Brésil". À nouveau dans le train pour Paris. Tant mieux ! Cela me fera une économie de temps. mais le statut de vice-président me permettra l’absentéisme. Salon Brissac. dans une perspective de psychologie institutionnelle. le 20 juin. Les documents ne sont pas prêts : il faut attendre. Entre 10 heures et midi 30. mais il fait chaud . Le moment. celui qui m’a été transmis : ne pas se divertir implique d’éviter la fiction. De Luze). en tant que président. Ensuite. Pour la préface à cette édition. Jusqu’à maintenant. Ensuite. j’ai dérivé sur le christianisme. J’y ai rajouté que le colloque auquel je m’étais contraint d’assister était ennuyeux. J’ai parlé du péché. Coulon). de la fonction de président du jury.

le jury est reporté. 9 h 30. aurais-je eu le temps de m’organiser pour aller au Musée ? Non. J’étais jeune. de mon ami. Brigitte avait dû subir une césarienne. source d’émotions. aujourd’hui non plus ailleurs. Elle chantait dans le chœur de la Cathédrale de Reims qu’il dirigeait. commence à se faire sentir. 17 heures 15. Il parlait de Mademoiselle X (je n’ai pas mémorisé son nom). donc de péché. qui nous ont été interdits ? Dans le métro. J’avais 24 ans ! Ma sœur la plus proche de moi ne m’avait jamais vu pleurer ! Par association. pour lui. et de la disponibilité de mon collègue. doit être fui plus que tout spectacle. Cependant.Cela me rappelle un repas avec Lucien Hess. Elle était capable de toutes les prouesses techniques. Il expliquait qu’il ne lui avait jamais fait l’éloge de sa voix : -Elle aurait pu être chanteuse d’Opéra. c’était le jour de la naissance d’Hélène. Mais les choses s’étaient bien terminées. Mon épouse. Et mon oncle avait conclu : -Une si belle voix ne peut pas être au service de la distraction. la source d’émotions trop fortes. Mais on peut aussi interdire : le roman. Je devais avoir dix ans. la poésie et pourquoi pas la peinture. S’ouvre alors un espace du possible… Le non-moment institué ouvre des possibles. J’ai pu dire que c’était bourgeois : idiot ! Peut-on transgresser ce type d’allants de soi ? Le péché ne se trouve-t-il pas dans la transgression de ces interdits que l’on a intégré depuis toujours ? Ne pas peindre. Sans Constantin. Il parlait de cela avant 1968. Quand j’entends certaines voix. Le concept d’opéra n’évoquait rien pour moi. Quel rapport cela a-t-il avec le non-moment ? Je rentre de loin pour aller à Angers . Donc. Sa place est dans la Cathédrale. Lucien Hess (1902-1986) à Dachau refusa d’assister à un concert de musique classique. directeur d’école ? Cécile Albert ne lit pas de roman : cela ne l’intéresse pas. Le moment institué ne peut fonctionner : le rituel de l’institué est différé. Moi jamais. Il faudrait que je comprenne pourquoi. 178 . Le péché est dans n’importe quel tableau religieux du XV ou XVIème siècle. Mon oncle. l’acteur est ex-communié. il faut que je réfléchisse à ce que j’ai écrit cet après-midi. que la première fois qu’elle m’avait vu pleurer. il n’est pas possible d’encourager une chanteuse de la chorale. J’aurais l’impression d’y faire quelque chose de futile. Il y a conjoncture d’un peu de temps. Mardi 7 juillet 2004. Je ne vais pas à l’Opéra. ma fille. Quelle philosophie de l’éducation se trouve derrière ce type d’analyse de mon oncle. je ne pense pas. j’aurais préféré rester à Sainte Gemme hier soir. La situation avait été dure. Odile m’a dit la semaine dernière. à monter sur scène pour faire du profane. La fatigue d’une journée chargée suivant une nuit courte. l’opéra. Il avait peur d’être submergé par ses émotions. Peut-être était-ce à la fin des années 1950. chez moi. mais quand j’arrive à l’UCO. à l’époque . d’inessentiel : un divertissement. maître de chapelle à la cathédrale de Reims. Cela ne m’intéresse pas. Alors que le comédien. je peux avoir envie de pleurer. le théâtre (les tragédiens étaient excommuniés depuis le Moyen-Age). sont allées à l’Opéra. était une sorte d’interdit intériorisé… L’Opéra n’est-il pas pour moi un interdit de la même famille ? Quelle est la nature de ces moments. expliquait que cette femme avait une voix exceptionnelle. et d’en mourir.

Ma maison. Pascal pour la soutenance de thèse de Setsuko Kokubo-Deguen. Pour ma part. Pendant que j’écris. à la campagne. et je ne comprends pas par quel mystère le cousin (j’ignore lequel) a pu séparer les deux époux.Je suis à Paris 7. puis parfois une divinité locale. pour me la montrer. Comment ai-je pu aller à l’anniversaire de Bernadette. avec le temps présent. la femme de Barthélemy Hess. d’avoir été à la fac (c’était le jour de l’examen pratique de mes 100 étudiants. si je meurs à Paris et enterré. mort anormale ? on n’en parle pas. la fille décide de faire ce travail d’ethnologie . et de la mort anormale : la mort normale est la mort de vieillesse sur le tatami . ils étaient placés l’un à côté de l’autre. en même temps. et son directeur de recherche disparaît au cours du processus. Pascal me place comme président du jury. La distinction entre les deux est délicate. il veut me porter les notes de son père. et c’est Pascal qui a repris la direction de cette thèse. mon âme est en paix. Certes. Rue de la Renfermerie. qui nous sont données à voir. et encore . le portrait de l’arrière grand-mère Ginat. Setsuko raconte le rituel des funérailles au Japon : il n’y a pas de si grandes différences avec nos propres rituels. Je ne l’ai pas lu : Christine est passée chez moi ce matin. par rapport à la mort de Gérard Althabe… Hier. sur Analyse du traitement rituel de la mort au Japon au sein des familles et des collectivités locales. Ce n’est pas une photo-ethnographie (Achutti). ce qui va me donner le temps pour en prendre connaissance. Je lui explique. Par contre. Christine. vers 17 heures. comme une cérémonie funéraire : "Elle s’est trompée d’institution". sans poser cette question aux cousins rassemblés ? Je suis heureux de pouvoir méditer à ces questions. dans les cas de maladie. les Japonais donnent plus d’ampleur aux rituels. la candidate explique comment le mort. devient un ancêtre. je pense à Hubert. chez moi. Christine parle de la qualité des photographies. plus âgé que moi. dit-il. et je me sens coupable. Elle fait ce travail pour se réconcilier avec l’esprit de son père. Les deux portraits allaient ensemble. Je me suis mis à la peinture. si je meurs à Sainte Gemme. mais quand même : celui qui a pris Barthélemy a 179 . et je ne pouvais pas faire faux-bond à ce groupe). je ne partage pas son pessimisme : il me semble que l’on est dans une situation extrêmement complexe. avec Maurice Gruau. au Japon. et à son Tombeau pour Henriette. recueille les portraits des ancêtres protecteurs : Par exemple. plutôt que d’avoir été à la cérémonie de funérailles. Sur le plan du rapport de soutenance. les rituels tendent à se confondre. Barthélemy est séparé de sa femme : je trouve cet acte criminel. La thèse tourne autour de la mort normale. J’ai. j’ai manqué les funérailles de Joseph Gabel. Ce que raconte Setsuko me semble intéressant par rapport à mes propres funérailles : où vais-je mourir ? à Paris ou Sainte Gemme ? mon rêve serait d’être incinéré. On ne croit plus trop à la théorie des esprits malfaisants . pour refaire le portrait de Barthélemy : il faut rendre Barthélemy à son épouse. Pascal va coordonner nos interventions : l’étudiante a travaillé avec Daniel de Coppet. cependant. mais celui-ci est décédé. la mort anormale est la mort violente. l’idée de dieu protecteur reste encore très présente : les ancêtres deviennent des esprits protecteurs. Comment est-il mort ? mort normale. je reçois le coup de téléphone de Frédéric Althabe : il me dit qu’il veut que je mène à bien l’ouvrage entrepris avec son père . où j’en suis dans la production de ce texte : nous décidons de nous voir le 23 juillet. Maurice Gruau dit que Setsuko a fait cette thèse. Je suis impliqué par rapport à cette soutenance . il y a eu dispersion. Je connais le culte des ancêtres. décédé il y a trois semaines. dans ma famille des portraits de mes ancêtres. Une fille n’a pas pu assister aux funérailles de son père : pour se réconcilier avec l’âme du disparu. alors que Charlotte survenait à la maison en pleurs. mais le portrait de Barthélemy a été pris par un cousin.

n’était peut être pas Barthélemy. chose que je n’ai pas faite depuis la mort d’Hubert. les collaborateurs éventuels . François dit que nous sommes 132 habitants. il le lit régulièrement . on se trouve dans une vie assez simple. amie de New York qui se trouvait là-bas il y a 3 ans on crée notre nouvelle revue Attractions passionnelles. et la vie à la campagne est forte. À la campagne. sans entendre le commentaire de Bernard Haller. il a été curé de Chichery. Mais d’une certaine manière. mais ici les gens ne portent plus d’habits du dimanche. 11 h 30 On parle de la Sonate au Clair de lune. mais un militaire anonyme (il était gendarme). que nous écoutons. les jours où il fait soleil. Samedi 11 septembre. De toute façon. l’événement. Pour ma part. ceux où il pleut . On aurait pu distinguer le moment du labeur. Maurice est né en 1930. un doctorat de linguistique. mais je m’abstiens. j’avais avancé le travail ces jours derniers. les jours défilent tranquillement : aucun tracteur aujourd’hui n’est passé. nombre d’habitants résidant ici en 1990. il connaît bien aussi le DLC (Dictionnaire de Liturgie catholique). On a constaté qu’à la campagne. J’ai appris incidemment. Quel contraste avec la vie urbaine. Vogel. Dimanche 11 juillet. pour lui. ils sont dans leurs vignes : il y a le jour et la nuit. je m’entends très bien avec lui. Cette performance m’intéresse. où constamment de nouveaux moments appellent. ici. depuis. et tout particulièrement la vie new-yorkaise. Cette opposition entre la vie à la ville. en particulier. François peuvent en faire une liste. 180 . Idée d’inviter à Sainte Gemme Maurice et Pascal . on a parlé du DTC (Dictionnaire de théologie catholique) . tout de même. Je suis à Sainte Gemme avec Liz Claire. quand la nature l’exige. convoquent le promeneur : je ne parle pas des New-Yorkais. je pose le chiffre de 138. car c’est une illustration de la dissociation (mot utilisé par Odile) : c’est la déconstruction du moment musical. un comédien qui a joué cette sonate en l’accompagnant d’un commentaire à lui : les cheminements de la pensée du pianiste. Il n’y a pas de moments. une formule plutôt qu’une idée : “trop de moments tue le moment”. Dans le métro. Anniversaire douloureux. Odile ne peut plus écouter ce morceau. une voiture ou deux. passage de la boulangère. rue par rue. achetée au marché : il a fallu lui expliquer l’itinéraire pour accéder jusqu’ici. le camion de François . et le moment de la fête. puis vicaire général . interprétée par Rubinstein) selon Bernard Haller. Mais une idée m’est venue. je ne suis plus au courant. ce portrait. avec Maurice. l’événement redouté : la grêle. Le pêcheur et la pénitence : référence d’il y a 20 ans (environ) donnée par Maurice Gruau. on voit si peu de monde ! Le camion du menuisier. au moment de mon arrivée . à part cela. Même le jour du Seigneur. avant de s’intéresser à l’anthropologie. Au programme : 20 numéros dont on dégage les thèmes. Repas très sympa au chinois. est venu aujourd’hui me livrer une table. c’est l’enterrement : beaucoup d’habitants de Sainte Gemme connaissent tous les habitants du village. Envie de fumer un cigare. qui sont tiraillés constamment entre de multiples sollicitations.dû être attiré par son uniforme . Antoinette. à côté de Charles V. et sans histoire. ici à Sainte Gemme. que le département d’ethnologie allait disparaître : Pascal va rejoindre les sociologues pour le master. pendant qu’il exécute un morceau. à qui nous avons acheté une baguette et deux croissants. il a fait une licence de sociologie.

cela l’intéresse. c’est-à-dire coordinatrice de la table ronde. les Révolutionnaires se formèrent. Le cas de Marc-Antoine Jullien est tout à fait significatif . Charlotte aura un sujet : "L’exploration de l’impact de la Révolution à la périphérie : le fragment". Par la suite. responsable de l’Instruction publique sous Robespierre à 19 ans. Pourquoi ? Gilbert aussi. puisque ses travaux furent. faire des traces" (sur le journal). Ils ne chauffent l’hiver que dans leur salle à manger-cuisine : les chambres restent froides. les gens n’ont plus d’habits du dimanche : la vie moderne conduit les gens à s’habiller de façon fonctionnelle . Que font mes voisins ? Monsieur et Madame Petit. eux ne vivent que dans une pièce. thèses. Antoinette et Gilbert n’ont pas de livres. sa formation se fit. 9 heures Pépé travaille au second. il avait quitté l’école à 16 ans . en Europe. donc aucune raison de s’aménager une bibliothèque . J’essaie de faire le tour de la vie ici : il y a mille choses à faire. On écrit : "En 1775. depuis un mois. Liz propose : "Révolution du couple dansant. à la suite de Maine de Biran. le mercredi 15 septembre 2004. à descendre des pierres. je ne suis jamais entré chez eux : M. l’Allemagne qui pense. trace. l’imaginaire féminin suspendu au vertige". Petit vient observer les travaux que je fais chez moi . Christine serait commentator. Pour ma part : "L’écriture de soi. Mémé et Liz sont encore couchées. en France. mais aussi se racontèrent dans des formes d’écriture impliquée : monographies. j’y découvre des doryphores. J’ai essayé de lire le Journal de Klee… 15 heures. ils ne font pas de peinture. je redescends fermer les fenêtres. suspension. disciple de Rousseau. il faut avoir un certain look au travail. pourquoi s’aménager un atelier ? Sainte Gemme.À New York. (Herder. etc) rompt avec le classicisme français inspiré par Rome. par une correspondance journalière avec sa mère. traduits en huit langues". Je vais au jardin. je prends le temps de regarder la télévision : une heure. que je mets au tonneau . Titre du panel : Fragment. mais aussi et surtout : correspondances et journaux. c’est vrai. il devint le théoricien et le pédagogue du journal. au réveil. Liz m’installe maintenant. non plus. dans le moment du travail intellectuel : il faut envoyer ce soir à Stanford. Novalis) déplace le projet révolutionnaire du politique (qui semble avoir échoué dans la Terreur). les tomates : je vais pouvoir en cueillir demain . Je regarde mes salades. Liz et moi seront les orateurs. je ralentis. j’en retire 22 aujourd’hui ! C’est le grand retour . etc. dans la même journée. disciples ou fils de disciples de l’auteur des Confessions. avec la vie de la maison. des centaines de diaristes du XIXème siècle. dont s’inspirèrent. à la fois. pour jeter le contenu de ma poubelle sur le compost. c’est le travail d’écriture de soi des acteurs. un programme d’intervention pour un groupe. je ramasse quelques prunes. discours . Souvent. mais l’on trouve des chaussures qui sont. de son vivant. jamais plus de deux. sportives et habillées. Résumé de mon intervention possible : "Un aspect peu exploré de la Révolution. Il faut suppléer son absence. Charlotte. mais elles sont dictées par le flux du quotidien. La notion de fragment défendue par les Romantiques d’Iéna (Schlegel. mais le rythme du jour s’impose à moi. l’impact de la Révolution à la périphérie. et ainsi de suite : je suis en phase avec la nature. je passe devant mes pommes de terre. Charlotte. Le matin. du Kantisme. La Révolution française secoue fortement les héritiers du Sturm und Drang. 181 . qui m’a dit hier : "Tu vas avoir une grande maison !" Oui. qui claquent à cause du vent. mais dans le monde. Goethe. vers l’esthétique.

Et mon éditeur n’aime pas les gros livres. Isabelle Nicolas. C’est un peu notre lot. 13 heures 10. Zouari Jilani. On entre dans une esthétique de l’inachèvement". j’ose regarder Schule der Person. et nous. Dans la salle. aujourd’hui. Rencontre foudroyante avec Le sens de l’histoire. d’Attractions passionnelles. ce fut le point de départ du travail soutenu aujourd’hui : L’institutionnalisation du sujet. de “ former ” mes jeunes collègues à la direction et l’évaluation des thèses. une femme qui a du talent : elle parle très bien. dit maintenant Christine. il a introduit la photo. et de Jenny dans notre collectif . mais une œuvre dont la forme se cherche sans fin. Cependant. Georges Lapassade et Patrice Ville. Le seul problème : elle fait 430 pages de petits caractères. Impetus. Il parle de la tenue d’un journal dans lequel il racontait les séances d’entraînement. La seule question que pose Georges : "Tu parles de transe. Salvatore Panu. avant la pause. mais quelle discussion ! Fatiguant. ce n’est pas vraiment possible. tu es en transe : peux-tu nous expliquer ?" Prendre les thèses en diagonale. entre les mains. Ensuite. Vendredi 17 septembre 2004. Liz Claire et sept à huit personnes dont les noms m’échappent maintenant. Je fais signer le procès verbal par Christine Delory-Momberger. Lorsque Jean-Louis Le Grand parle. thèse de Jenny Gabriel. sa participation aux collectifs des IrrAIductibles. Georges Lapassade. Catherine Gall. J’ai évoqué le travail de Benyounès. Leonore. de la bioscopie. jusqu’au bout. "Cette thèse est intellectuelle. Novalis). Rezki.Avec Schiller. immédiatement. Patrice parle de la dimension agonistique. rapport que j’ai beaucoup travaillé à partir des recherches de ma fille Charlotte. Soutenance de maîtrise d’Yvan Ducos Yvan a voulu soutenir avant d’aller manger. rapporteur. Martine Lani-Bayle suggère à Jenny l’emploi de l’arbre généalogique. Christine Delory-Momberger et JeanLouis Le Grand. Ce livre fera 600 pages. La femme d’Yvan (né en 1929) est là. Remi Hess. Kareen Illiade. Il me faut la traduire. l’art de le dire m’impressionne. Je regrette que les délibérations du jury aient duré plus d’une demi-heure. Lire Jenny. les Romantiques refondent la vie autour de l’œuvre. Heureux d’avoir travaillé avec Martine Lani-Bayle. je travaille sur le rapport entre les Romantiques d’Iéna (Schlegel. Bon d’accord. de Gaby Weigand (Ergon. Finalement. Je parle en second : j’insiste sur la dimension instituante de Jenny. mais elle est surtout humaine . quand tu écris. et déterminer l’ordre de passage des membres du jury : Patrice Ville (directeur). 2004). cet été. c’est très rare". tant je suis pris par l’exposé de Jenny. à propos de ton travail . Jenny a eu les félicitations. Le jury s’est réuni pour choisir le président (Jean-Louis Le Grand). la manière. Je fais une série de photos. Il me semble que j’ai de la chance d’avoir une vraie œuvre. Tebib. Martine Lani-Bayle. L’art d’habiter les moments. pour moi. Ici. Yvan et Madame Ducos. On est pris par son écriture. Je ne parviens pas à écrire. Roger Tebib. Zur anthropologischen Grundlegung einer Theorie der Schule. J’avais lu son texte : ce qu’elle dit ne me surprend donc pas. qui a quelque chose à voir avec l’impetus : ces moments foudroyants réorientent entièrement la vie du sujet. Mohammed Rebihi. Jenny expose. 182 . dit Martine. Georges est fatigué : il veut parler tout de suite.

mais en même temps. Nous sommes 24 dans la salle. octobre 2004. J’ai envie de clore ce carnet sur le “ non-moment ”. La ruine est donc un fragment qui nous renseigne sur le mode de vie passé. ou un héritage du passé (une ruine de maison phocéenne. Le temps passe. il ne reste plus que des murs d’un mètre au-dessus du sol. depuis le VIème siècle avant Jésus Christ. Schlegel est. Des moments me sont imposés. mais tout de même. C’est étonnant que la technique de construction n’ait pas évolué en 24 siècles. Je souffre. Il faudrait que je rentre. et pour moi en chantier actuellement à Sainte Gemme. Georges Lapassade prend la parole. 360 pages. En fait. Salvatore. je suis en sabbatique. Il y a Ruben Bag. et la terre pour récolter des fruits. la culture ? Je ne sais. pour construire mon moment de l’écriture. il y a eu des groupes humains. réunion des IrrAIductibles On parle des dispositifs. et qui nous permet de mesurer le surplace de la civilisation pendant toute cette période. est une méditation à partir de fragments. Liz Claire. Moi. Il me faut rester ici. Comme en Champagne au XVIIIème siècle. Pourquoi écrire dans ce carnet aujourd’hui ? Ce n’est pas très rationnel de vouloir écrire mes méditations ici.16 heures. officiellement. Quelle relation avec le “ moment ” ? Le village phocéen du VI ou Vème siècle. plutôt qu’en sabbatique. Je ne vois pas ma place ici. et le temps fuit. Or. Marie-Fanéla Célestin. qui ont tenté de vivre à un carrefour maritime où passaient des bateaux grecs. Roger Tebib défend l’école. et de le donner à Benyounès qui est là. mais dangereux. Incroyable ! Certes. je devrais être en congé maladie. L’archéologie. De quoi pourrais-je parler aujourd’hui ? Il faudrait que je médite sur la notion de fragment. avec de la terre. Je ferme activement “ le moment universitaire ”. Il fait une conférence sur le dispositif. la chasse. je ne reprends pas de nouveaux étudiants. Il y en a 7 ou 8 prévues pour aujourd’hui. les murs sont faits de pierres tenues entre elles. 27 septembre 2004. dans les jours qui viennent. Benyounès. Boumarta. dans ma visite de la maison phocéenne. Leonore. bien installé dans le moment “ soutenances ”. Je ne puis pas accepter de gaspiller le temps dont j’ai besoin. Il y avait la mer pour pêcher. j’en ai marre de ce dispositif. Roger Tebib. Je vis une crise. comme celle observée à côté de Sainte Croix. C’est passionnant. Peut être Bernadette serait-elle heureuse de retaper un journal de moi. nous dit qu’à cet endroit (au bord de la mer entre Martigues et Marseille). Ce qui m’a frappé. c’est son “ être là ”. 183 . sciences des traces. Le fragment du passé ouvre sur des possibles au niveau du régressif. Mohammed Rebihi. car en ce moment je suis à l’Université. Aziz. Je ne puis pas fuir. pour écrire mon éditorial du numéro 6 290 . car j’ai mal. Il faudrait confronter les notions de “ fragment ” à celle de “ moment ”. on en parle. à cet endroit. ou un morceau de quelque chose qu’un contemporain décide de produire comme quelque chose de non abouti dans sa totalité. 290 Les irrAiductibles n°6. Kareen. Je liquide des charges. mais en même temps. mais quels légumes ? Ils n’avaient pas de pomme de terre ! Avaient-ils les olives ? Quels moments vivaient-ils ? La pêche. lors de ma descente chez ma sœur la semaine passée). la manière dont les murs ont été faits. Le fragment selon F. ce qui reste permet de bien comprendre la forme de la maison (les différentes pièces utilisées). Georges est en pleine forme. Dispositifs 1.

Ce n’est pas achevé. Il est 16 heures 30. Figueras fut atelier. oui. le plus souvent. La destination d’une maison. si au lieu d’utiliser l’espace pour faire du sport. Je sens dans ses pages une énergie qui me ressource. Je vais essayer de le faire.. une ruine. Le moment. une lutte à mort contre la médiocrité. Le même fragment devient autre chose. l’objet – au départ – avait une finalité. Et en plus. la chose finalisée. mais d’un espace aménagé. Le moment de l’œuvre. est-ce faire œuvre artistique ? Le Musée Dali à Figueras a d’abord été l’espace habité par Dali. la dissolution du moment de l’habiter. dans plusieurs versions.Chez F. Je ne trouve pas de passion dans les écrits de la plupart de mes étudiants. il y a donc glissement du sens. un même terrain peut entrer dans la construction du moment basket (s’il y a un panier construit). comme finalité. je trouve génial ce dispositif. maison d’habitation et devient “ musée ”. Je lui donne mon carnet. etc. Par contre. Ce qu’ils écrivent m’emmerde. A un moment. Mais s’il s’agit d’une maison. Le problème de notre amie Laurence Valentin. La ruine est fragment d’œuvre. j’ai relu 180 pages de ma fille Charlotte. ce n’est pas le beau. Il y a des exceptions. il y a souvent du recyclage de fragments de moments antérieurs. caractérisée par un certain nombre d’éléments. je trouve une pensée polémique. ce peut être la fin. c’est une définition du moment. Mais globalement. Ils sont obsolètes. elle a fait un tel volume (180 pages) qu’elle n’a pas réussi à éliminer toutes les fautes. Sur le plan matériel. Benyounès me demande de lui envoyer des textes par Internet. Je cause. qui opère et s’opère dans ce genre de contexte. Schlegel. Plusieurs appels ou courriers électroniques me mettent en péril. de fragments matériels hérités du passé. En fait. et elle n’est pas une œuvre. je me sens pompé. c’est un moment pour soi : un moment qui n’a d’autre finalité qu’esthétique. Je veux sortir de mes moments. Personnellement. je pense que ces textes ne sont plus d’actualité. La limite entre l’œuvre. Il ne s’agissait pas d’une œuvre d’art. c’est la décision de poser une forme qui articule dans une Gestalt nommée. qui s’organisent les uns par rapport aux autres. Le moment est l’organisation processuelle. Le même objet : une maison passe de l’habitat. Je l’ai lue. On me demande de parler. Laurence Valentin est agacée. c’est que ce qu’elle dit m’apparaît redondant. Hier et aujourd’hui (ce matin). le fragment est fragment d’œuvre. Mais faire de l’architecture. Il y a aussi des espaces sans destination. La nature se trouve en dehors de toute destination. Je ne comprends pas les gens qui ne voient pas le travail transversal. du fait même de sa destination. au moins pour y vivre. qui ne sont pas non plus des œuvres. au visiter. Je l’ai déjà entendu. ou produits dans le présent. où 5 enseignants travaillent ensemble avec une dizaine de mémoires. Il me faut un an de congé. Habiter une belle maison. Il n’y a pas de thèse. pour y habiter. J’ai mal au ventre. Le meilleur moyen que j’ai de poser une intervention : refaire la genèse de notre histoire collective… Benyounès s’en va. Je ne vais plus enseigner cette année. pas de point de vue que l’on défende avec énergie. je trouve que la plupart des mémoires sont sans enjeu. 184 . mais on sent vraiment l’énergie. Elle aurait aimé soutenir à 15 heures. alors que chez mes étudiants. prendre du recul par rapport à ma transversalité. J’en ai marre des étudiants. Elle ne comprend pas le sens de ce dispositif de cette journée de soutenance. désignée. mais l’habiter. pour réaliser une identification psychologique ou sociale d’un individu ou d’un groupe. pour faire tout ce que je dois faire cette année. Il s’agit de propositions d’enseignement. Je m’arrête. ou dans la construction du moment parking. Dans un moment. Ils menacent cette distance que je voudrais construire. on le destine à parquer des voitures. de la décoration d’un espace habité. Chez Charlotte. On trouve cette force aussi chez Johan Tilmant.

même s'il occupe plus de la moitié du temps de la vie ? Ne prend-t-on conscience de son moment qu'après l'avoir dépassé ? Pendant ? Chez l'amnésique. Est-ce lié à l'identité de la personne ? Comment dans un couple. Si tu l'as écrit parfois "nom moment". puisque tout lui est étranger. qui a perdu la mémoire. J'y réfléchis en te lisant. j'ai très heureuse de lire et de taper ton journal. L'auteur explique "ces phénomènes" en décrivant d'une manière un peu compliquée la mise en place successive des différences structures du cerveau (se référant aussi à la lente évolution de l'espèce humaine). j'ai lu un peu par hasard Le corps se souvient d'Arthur Janov (auteur du Cri primal). qu'on n'a pas choisi. sur la vie ensuite de beaucoup. je suis persuadée que dans la notion de moment. il y a une part de liberté. à part son deuxième apprentissage ? Cet été.. même si le ton de celui-ci est plus grave. mais je continue à me poser des tas de questions. En gros.Mercredi 24 novembre 2004. me trouvant souvent d'accord avec tes remarques. J'avoue que j'ai des difficultés à saisir vraiment ce qu'est le moment. est-ce qu'alors le moment du travail est un non-moment. où nous n'avons pas la possibilité de nous exprimer avec des mots. de maltraitance très précoce. de volonté et présence de certaines conditions pour y parvenir. chacun des enfants a-t-il conscience de ses moments propres ? Le moment est-il le même dans un autre pays. totalement ou en partie. je me suis surprise à l'écrire "mon moment" (?). partagée entre un sentiment intuitif et une méfiance dues à mes études et mon expérience de la médecine. pas voulu. même si le moment peut être imposé. parfois sans. moi parfois. Tout d'abord. Je l'ai laissé tel que tu l'écrivais. Je m'interrogeais sur la période (j'allais écrire le moment ?) de notre vie. période qui a marqué apparemment tellement de gens au vu des expériences décrites (expérience de naissance. Je voudrais ensuite m'excuser d'avoir tardé à te l'envoyer. 185 . comme différentes couches qui se recouvraient lors du développement du petit humain. que sont devenus ses moments et à partir de quoi va-t-il s'en construire d'autres. et à mon désir de te l'envoyer plus rapidement. qui repart à l'âge adulte de zéro. Le dispositif à la maison ne s'est pas prêté à la rapidité. ses repères. ses émotions d'avant)..). l'essentiel est fait et je te l'envoie. mais malgré les ennuis informatiques et le bruit de marteau piqueur qui nous accompagne depuis un mois (travail de transformation du réseau d'eau chaude dans le bâtiment). Cela m'a fait penser à l'auriculothérapie qui agit sur certaines douleurs en appliquant des aiguilles sur certains endroits du pavillon de l'oreille. où l'espace et le temps sont vécus différemment ? Et dans un milieu professionnel. En y réfléchissant. au moment précis. ses souvenirs. Elle est datée du 16 novembre 2004 : “ Cher Remi. pour l'établir. le traumatisé crânien. Le terme "non-moment" est parfois écrit avec un tiret. Est-ce un moment ? Il semble avoir eu beaucoup de retentissements et d'influences. mais accepté par nécessité. Je découvre la lettre suivante de Bernadette Bellagnech qui a tapé ce journal. qui est devenu une autre personne (sans ses expériences. le moment de l'un s'articule-t-il avec le moment de l'autre ? Comment dans une famille nombreuse. le tissu de la forme fétale de l'oreille serait issu des trois premiers tissus de l'embryon qui se seraient différenciés par la suite pour former les différents organes.

Une partie de son expérience m'accompagnera vivante. Pourquoi? Je me pose plus de questions que je n'ai de réponses.. dans sa forme chaotique. La description de notre désorganisation apparente me semble nécessaire à restituer. ramenant à la conscience des odeurs. ainsi que Lucette. et cela nous fait avancer. mais pas tant que cela. pour aller rédiger une convocation pour une réunion du collectif de notre revue.doucement.. mais un chaos. Je souhaiterais que notre groupe lise ce texte avant notre réunion historique de samedi (décision d’une mise en chantier du numéro 0). Je pense que ce serait la meilleure manière de leur être fidèle. créant à partir de tes récits un cadre familier. Pour ma part.. avant l'âge de 20 ans. je crois fermement que ceux qui sont partis souhaiteraient que l'on vive chaque minute intensément. Ton évocation des cerises et des doryphores m'ont ramené bien loin. je m’étais éclipsé de la cuisine. même si je ne l'ai pas connu. mais cela finira par s'arranger avec un peu de temps.. car au départ.. pour informer les absents de nos cogitations. Nous viendrons à Sainte Gemme un jour. Pourquoi le village est-il nommé ainsi ? Une gemme. Il semblait qu’on soit dans le non-moment. assurément. mais imaginaire pour les autres. entre Liz et Jenny. J'ai été heureuse d'avoir lu Le précaire et le certain d'Hubert de Luze avant sa mort.. Pour ma part. plus riches de ce qu'ils nous ont laissé. ” Jeudi 25 novembre. Pour un Allemand. ou alors un bourgeon ou de la résine de pin.. de peinture et autres. Je viens de terminer la relecture de ce journal. mais sûrement. Avant que mes amies n’arrivent. Je me suis sorti de notre réunion d’Attractions passionnelles pour faire ce travail. samedi prochain.. mais j'ai pensé à toi. Pour avoir été confrontée avec la mort de plusieurs êtres chers. Je t'embrasse. notre réunion n’était pas un groupe sujet. Je me suis aussi surprise à penser "pourquoi parler de non-moment". Christine DeloryMomberger. le chaos renvoie à un état du social où l’organisation vient à manquer. c'est être fou. je suis déjà venue à Sainte Gemme par l'imagination. et en train. Les enfants sont malades en voiture. ce qui n'est évident pour personne.. c'est une pierre précieuse transparente. 15 h 40. que ce qu'ils ont partagé avec nous germe en nous comme de petites graines maintenant ou un peu plus tard. Profitant d’une conversation à propos d’un ouvrage de June Jordan. Y-a-t-il une forêt de résineux pas loin ? Ou alors une ancienne mine de sel ? Ou est-ce lié à une Sainte Gemme que je ne connais guère ? J'ai été heureuse d'apprendre que ta santé s'améliorait. par une 186 . alors que chaque minute de vie est précieuse.. Liz Claire. Je te souhaite d'avancer dans tous tes projets d'écriture. des sensations et des visions familières d'un mois de juillet lointain déjà. forme particulière du non-moment.. Jenny Gabriel m’attendent dans la cuisine pour préparer le repas. Bernadette.C'est un peu confus. Liz Claire et Jenny Gabriel m’ont demandé de faire un compte-rendu de notre réunion d’aujourd’hui.. Si écrire. Il est vrai que cela n'empêche pas de ressentir. je suis persuadée qu'ils nous accompagnent. 12 h 30. alors sois-le ! Prends bien soin de toi. et à la théorie des moments. j’avançais la relecture de mon Journal du Non-moment. Je fais ce compte-rendu dans ce journal. que je jugeais prioritaire. Je me mis à prolonger le travail de secrétariat explicité.

on sonne. On ne peut pas laisser les absents. On parle encore d’édition. Il aurait fallu corriger. Paris. comme dirait Heiddeger. Document de recherche O. dans d’autres circonstances. ” Nous connaissons des situations où ce théorème se vérifie. in Chemins qui ne mènent nulle part. L’écriture inscrit. Leur capacité à donner du sens à leur retrouvaille m’exemptait d’une accusation de producteur de chaos. Mais elles ne semblaient pas m’en vouloir. Paris. On a l’idée de sortir un numéro Zéro en 2004. je le ferai. Idée de créer. Au boût d’un long moment. Je l’ai écrit au singulier. pensant que je l’oublierais. de deux œufs. pour le n°7 des irrAIductibles. ce que. Christine du blanc. T. on se respecte. n°22. multiplié par le nombre de participants au groupe de travail ! Mais on se trouve dans une situation de groupe “ sujet ”. Jenny boit du vin rouge. Liz de l’eau. Gallimad. et je ne doutais pas des glissements de leur conversation. d’une gousse d’ail. divisé par le nombre de membres du groupe. Le moment du repas refait la cohésion du groupe de ceux qui “ ont un trou dans l’estomac ”. 1962. Il faut faire un compte-rendu. On régule. en me disant qu’il me fallait terminer la relecture de ce journal. on a l’impression que notre QI est égal au QI du plus intelligent. lorsqu’il se laisse aller à sa transe sur le thème de l’oeuvre 292 . une de performance. Nos amies reviennent. sorte de vide. “ L’origine de l’œuvre d’art ”. si ce n’est que j’étais pris par mon texte. hypnotisé presque. une de littérature.. qui n’a pas vécu le flottement du non-moment. une collection de poésie. à ma manière. Christine remarque qu’une énergie se libère dans les groupes sujets. le silence se fit dans la cuisine. installe. On se met à table. Heidegger. Heidegger. Ce sera l’objet de la réunion de samedi. Dommage. Jenny l’accompagne à la poste. le temps passant. Nous ne rentrons pas dans le détail de ce numéro. si je ne l’envoyais pas aujourd’hui à quelques lecteurs intéressés par l’élaboration de ma théorie des moments. Je dis mon intention de définir la notion de groupe. 187 . certain n’aurait pas manqué de proclamer.poursuite de cette relecture. Elles devaient se dire que j’étais un peu long. Christine. j’ai laissé Jenny Gabriel travailler dans la cuisine avec Liz Claire. J’avais oublié de dire à mes deux amies que j’avais invité Christine Delory-Momberger pour déjeuner. c’est dans le contexte de ce que Félix Guattari a nommé les groupes “ objets ” 291 . Adorno : vers un pacte de l’esthétique moderne. On s’aime. Je l’enrichis de tomates. Maspéro. que je n’avais pas expliqué ce que je faisais. fonde le moment qui héberge la terre entière. à faire le compte-rendu. Jenny est venue pour travailler sur le texte de Liz. elle n’était prête. Et surtout le commentaire que Gilles Boudinet fait de ce texte in M. au départ sur le texte que je voulais publier de Liz. épluche les pommes de terre. J’arrose le tout d’huile d’olive. Je ne rentre pas dans le détail. En conséquence. M. Le courrier est-il déjà envoyé ? Oui. W. Qu’est-ce qu’un groupe ? Je parle du théorème de Leroy : “ L’intelligence d’un groupe est égale au coefficient intellectuel du moins intelligent du groupe. et on se met à table. Le compte-rendu crée le moment. mais que j’avais oublié. par cette confrontation à un texte que j’avais écrit. Il faudra faire une restitution orale samedi… Alors que l’on était dans le chaos. F. Psychanalyse et transversalité. dans l’ignorance que quelque chose comme la dynamique et l’énergie d’une œuvre nous a saisis. J’imaginais que mes amies prenaient conscience que je les avais abandonnées. vertige du nonmoment. janvier 2003. nous évoquons le lexique. C’est concret. On a faim. J’avais épluché une salade. 1973. je les entendais parler. Au moment où je terminais ma relecture. Mais. D’ailleurs Liz a un courrier à poster. série “ Didactique de la musique ”. enfin. On a besoin de chacun pour aller plus loin. Je ne savais pas bien pourquoi. On se donne Attractions passionnelles pour objet. voilà surgir une sorte de fulgurance instituante : on est dans le moment de la création. Par contre. Alors. En général. dans notre groupe d’Attractions passionnelles. mais il semble que l’on fasse la queue à la poste. Par contre. dans l’orbite d’AP. On se met alors à préparer le repas. pour recouvrir le non dit du non-moment. Le groupe a émergé d’une 291 292 Félix Guattari. psychologiquement. et moi du coca ! On parle. Je justifiais ce manque de savoir-vivre (fuir mes invitées). M.

Si l’objet de la psychanalyse est de décrire cet échange entre l’avenir et le passé et de montrer comment chaque vie rêve sur des énigmes dont le sens final n’est d’avance inscrit nulle part. Paris. 42. Il faut travailler avec elle. Quand les filles sont parties. je ne suis pas dans les meilleures conditions pour travailler intellectuellement. il a l’endurance des pionniers. c’est que ce texte m’oblige à ré-ouvrir ce journal que je pensais clos. intitulée “ L’institutionnalisation du sujet ”. sous la direction de Patrice Ville. et de relire le long texte de Jenny Gabriel intitulé “ Le terrain périoecien. Le groupe est sujet. À moins que je ne résume la démarche de Jenny. Ce qui est bizarre. Il faut que mon lecteur ait accès à ce texte (15 pages).longue période de latence qui a permis à des éléments de transversalité de se tisser entre l’une et l’autre. Merleau-Ponty. Merleau-Ponty compare cette posture à celle de notre vie même qui. en le voyant à l’œuvre. Elle a soutenu cette année une thèse (sur la théorie des moments). Sens et non sens. ” 293 Le groupe Attractions passionnelles (AP) travaille collectivement à la production de fragments philosophiques ayant pour objet une pensée de l’esthétique. de Maurice Merleau-Ponty 294 . 188 . en mouvement circulaire. Dans ce livre. 295 M. J’avais regardé rapidement ce texte à son arrivée. 10 h. Ai-je encore assez de forces vives pour habiter les Moments ? Telles sont les questions que je me pose en l’écoutant. La rêverie herméneutique du psychanalyste. l’incarnation de la valeur que nous lui donnons.. 294 Maurice Merleau-Ponty. Il me fallait le relire et le commenter. ici et maintenant. Ce groupe travaille également à la production d’un vocabulaire. qui est une lecture de mon Journal du non-moment (5 mai-25 novembre 2004). Son texte “ Le terrain périoecien. une force de la nature . Je viens d’imprimer. cit. l’autre et l’un. je ne veux pas laisser sa démarche sans réponse.. appuie son avenir à son passé et son passé à son avenir. comme situation “ à accepter ” ou “ à refuser ”. pour lui permettre de pousser plus loin sa réflexion. Nagel. Jenny travaille avec moi la question du moment depuis quelques années. j’ai trouvé dans le chapitre sur “ Le doute de Cézanne ”. En même temps. ou alors il ne pourra pas comprendre mon analyse. elle écrit : “ (Remi) est un bâtisseur. Jenny est une lectrice fortement impliquée du Sens de l’histoire. lorsque chacun a pu travailler à l’entrée dans l’installation commune du Miteinander-Sein (voir la définition du terme dans le Lexique d’AP 293 ). p. Ayant oublié mes lunettes à Sainte-Gemme. 1966. et une situation de fait peut bien être acceptée ou refusée. À la fin de son texte. mais cette recherche est le fruit d’un échange fort avec moi. juste avant mon départ pour Metz. et où tout symbolise tout. Dimanche 19 décembre 2004. le quasi-moment et le non-moment ”. j’ai lu Sens et non sens. mériterait de nombreux développements. Faut-il être doté de cette incroyable énergie pour vivre le Moment de l’œuvre conjointement avec d’autres Moments qui sont le sel de la vie ? Faut-il être dans la force de l’âge ? J’ai douze ans de plus que Remi. op. qui multiplie les communications de nous à nous-mêmes… cherche le sens de l’avenir dans le passé et le sens du passé dans l’avenir 295 … ”. le quasi-moment et le non-moment ”. on n’a pas à exiger d’elle la rigueur inductive. mais ne peut en tout cas manquer de nous fournir notre élan et d’être elle-même pour nous. cette médiation sur les situations : “ Les décisions mêmes qui nous transforment sont toujours prises à l’égard d’une situation de fait.

Mais chez moi. Il y a aussi l’organisation du travail. je découvre sans cesse davantage ce qui me reste à faire. mais pour lui en plus : conservatoire où il fait de la harpe. On voit là que la formule de Jenny selon laquelle “ le temps des Moments est celui de la jeunesse du désir ” fonctionne parfaitement. Dans la mesure où l’entrée dans un moment est l’entrée dans la communauté de ceux qui exercent la même activité. et je suis moins optimiste sur ce que je fais. je dois dire que je ne suis plus satisfait du tout de ce que j’ai produit. L’enfant y serait assujetti. Je suis d’accord. étant enfant. et qui à chaque fois. De cet assujettissement. pour avoir travaillé cette année 2004 à la construction de mon moment de la peinture (j’en suis à une trentaine de toiles). Je me souviens qu’il aborde cette question dans La somme et le reste. de l’informatique . c’est pour me poser la question “ y a-t-il un “ bon moment ” dans la biographie de quelqu’un pour installer un nouveau moment ? ”. L’autodidacte que je suis en peinture. dans une notation de la semaine passée (journal d’un artiste).Jenny. du chant choral. je pense 189 . que je visite des expositions. en décembre 2003. Henri Lefebvre est assez discret sur l’éducation. Je suis devenu un artiste. le savoir. Mais il se contente de dire qu’au début de sa vie. Mais je vis actuellement beaucoup avec mon fils Romain (10 ans). je pourrais vivre l’entrée dans mon nouveau moment sur le mode dilettante. pour des raisons de réalisme. Cependant. Jenny pose ici une question que je me pose moimême. on a du mal d’en vivre . et je l’observe dans cette période où tout lui est imposé : rythmes scolaires (fous). Si je raconte cela. c’est-à-dire acquérir les mœurs de la corporation ou de la communauté qui se cache derrière chaque appartenance. ce ne peut pas être le cas. naîtrait une dynamique qui laisserait émerger le sujet… Il me faudrait relire H. et de contestation de cette imposition. sur cette question. je me demande si la construction de ce nouveau moment n’est pas un peu tardive. tout en tenant compte de l’état du contexte de la communauté de ceux qui peignent. disciplines (programmes de l’école. J’ai écrit 120 pages d’observations. le tennis. je suis heureux d’être totalement peintre. on ne cherche pas de concurrents nouveaux). du solfège. s’appuyant sur une longue citation de Raoul Vaneigem. car au fur et à mesure que je produis. et que c’est une opposition familiale qui m’a fait passer à côté de ce projet que j’ai pu imaginer reprendre à certains moments de ma vie. Aucune école des BeauxArts ne prévoit de recruter un pré-retraité comme étudiant. pour donner à voir une toile qui correspondrait vraiment à ce que j’ai dans la tête. activité sportive le mercredi au club de tennis…). depuis le 15 novembre 2004. l’informatique et sait que s’il veut être compétent. à propos de certains moments. ” Sans renier cet optimisme. très belle. Pourquoi ? Parce que je pense que ce moment aurait été celui que j’aurais voulu construire vraiment. Les premiers moments hérités seraient imposés. que je lis des ouvrages sur la peinture. Du coup. répond en disant finalement que “ le temps des Moments est celui de la jeunesse du désir. l’enfant doit accepter de se laisser imposer la culture. Il étudie l’homme déjà bien engagé dans sa biographie. je suis heureux d’être parvenu à peindre une première toile et je dis quelque chose comme : “ Même si je devais mourir aujourd’hui. Lefebvre sur ce point précis. n’est pas pris en charge par la communauté pour entrer dans un moment (les professionnels me disent même parfois : notre art est difficile. il faut s’assujettir aux gammes imposées par chaque communauté). car en plus mon fils revendique le droit de jouer avec ses camarades ! Je vois émerger chez lui une dialectique d’acceptation de l’imposition (il aime la harpe. Sur ce chapitre. ” La formule est très. Du coup. me fut interdit. pour lui permettre de suivre le rythme imposé par le conservatoire . Dans mon journal d’un artiste. et il semble dire que c’est ensuite seulement qu’il peut devenir sujet du processus. une idée m’est venue cette semaine. cours particuliers de musique.

ce sont des compétences spécifiques. doit faire une place aux grands débutants. Quand on voit ce qu’il est parvenu à produire dans ces deux domaines. dans une vie de club. L’objectif de quelqu’un qui commencera la course à pied à 60 ou 70 ans ne pourra pas être de battre le record du monde du 1000 mètres. et ce que l’on juge inaccessible. Cependant. c’est une transversalité riche qui étaie l’entrée dans de nouveaux moments. chaque communauté présente derrière un moment. Ceci étant.que si une entrée tardive dans un moment n’est pas très efficace quant à la production d’une œuvre dans ce domaine. pour l’avoir acquis sur d’autres terrains. l’expérience enseignera aussi ce que l’on juge pouvoir créer utilement. qui s’étaient mis à la pratique sportive assez tard. Hubert sait tout cela. On touche là la dialectique entre énergie physique qui décline avec l’âge. Hubert de Luze a commencé ses études d’ethnologie à 60 ans. de même celui qui commencera le piano à cet âge ne pourra pas avoir comme projet de devenir concertiste. Si l’on prend l’exemple de quelqu’un qui déciderait de se mettre à courir à 70 ans. la nécessité de travailler tous les jours. on se dit qu’il y a une qualité que le “ grand débutant ” possède par rapport au jeune. une telle personne peut aider le groupe à s’épanouir. cela a d’autres intérêts. il est évident que cette personne ne pourra pas faire des performances exceptionnelles. Cependant. Il s’est mis à la composition musicale à 65 ans. en apprenant la harpe ou le tennis. J’ai connu des gens très structurants pour des groupes de jeunes. compte tenu de l’écart trop important entre le moment désiré et l’état actuel de notre transversalité… A suivre ! 190 . lorsqu’il se lance dans ces nouveaux domaines. apprend aussi la rigueur d’une discipline. La femme ou l’homme expérimenté ont appris la science de la meilleure utilisation de l’énergie. etc. Romain. Ce qu’il a à acquérir. son organisation. mais qui est fortement compensée par une meilleure utilisation de l’énergie.

Nous allons montrer que cette technique a une histoire.TROISIEME PARTIE : CONSTRUIRE LES MOMENTS PAR L'ECRITURE DU JOURNAL La pratique du journal est un moyen d'entrer dans la construction des moments. 191 . et qu'il existe un continuum de théoriciens qui ont dégager les possibles à travers l'écriture de journaux (Chapitre 11). puis nous donnerons deux exemples de pratiques diaires permettant de montrer l'invention du moment et sa conception.

que de pouvoir disposer de ses propres idées . les formateurs. à doubler et même à tripler la vie d'un homme. nouvelle édition : Paris. en lui faisant retrouver une très grande quantité de moments perdus 297 pour tous les autres et qui. mais aussi de ses idées. extrait d'un travail général. . Aujourd'hui. 296 " qui invite les jeunes à se former en tenant trois journaux : le journal de sa santé. tournent au profit du développement de son corps. Pour éviter une confusion qui n'existe pas dans d'autres langues (par exemple. (vol. et le "quotidien" national. plus étendu. Paris. En français. Si j'écarte de mon analyse la pratique du journal intime qui est davantage étudiée par les littéraires. vieilli. au jour le jour : la méthode "montre comment on peut parvenir. introduction. de ses réflexions.Chapitre 11 : Moment du journal et journal des moments Tenir son journal est une pratique ancienne. Déjà. 298 Marc-Antoine Jullien.. et le journal de ses acquis scientifiques. et d'une sage répartition de leurs différents emplois. un journal. A. et par extension la presse non quotidienne. A l'usage des jeunes gens de l'age de 16 à 25 ans. qui permet la distinction. elle est pratiquée par les ethnologues. le philosophe John Locke a utilisé cette méthode. pour le progrès des connaissances. 296 Jullien. 2006. le journal de ses rencontres. au sens de tenir son journal. je peux donner quelques grands noms de personnes qui ont marqué l'histoire du journal de recherche que je prône ici et qui inspire directement ma pratique pédagogique. sur l'Éducation. A chaque thème exploré peut correspondre un carnet. Londres. 206 pages. 192 . pour la commodité de la vie et l'expédition des affaires. les éducateurs. On parle du "diariste" (celui qui tient son journal) ou de "diarisme" (pour parler du phénomène social que représente le fait de tenir un journal). écrire le journal est un moyen de se construire une identité de chercheur. 297 Souligné par R. et enfin de son instruction et de son bonheur 298 ". Seconde édition augmentée (348 pages) en 1810. au XVII° siècle.. Dans ce registre. au moyen d'une économie sévère de tous les instants. premier moyen d'être heureux. 1714. les agents de développement social. p. A côté de la tradition du journal intime. en allemand. Le fait que le mot remonte à 4 ou 5 siècles montre que c'est une pratique très ancienne. H. que la littérature a commenté. Je parlerai plus particulièrement de John Locke. 1808. de son esprit et de son âme. l'ouvrage est signé M. le mot "journal" signifie à la fois la pratique d'écriture au jour le jour qui nous intéresse ici. on pourrait utiliser un mot. Anthropos. chez Firmin-Didot. Le journal des moments garde des traces de ses trouvailles. régional ou étranger dans lequel nous lisons les nouvelles du jour. recueillis et utilisés par lui. 3. Ces mots viennent de "diaire" (au jour le jour). John Locke (1632-1704) John Locke écrit dans son Traité sur l'Entendement humain. destiné aux 15-25 ans . Essai sur une méthode qui a pour objet de bien régler l'emploi du tems. on distingue Tagebuch et Zeitung). Essai sur une méthode. Il existe donc un continuum de l'écriture de journaux. dont la racine est encore utilisée en anglais dans le mot Diary et en italien Diario qui signifient "journal". J. il existe une tradition du journal de recherche qui commence en 1808 avec un livre de Marc-Antoine Jullien "Essai sur la méthode. 425) : "Il n'y a presque rien d'aussi nécessaire. de Marc-Antoine Jullien et de Janusz Korczak. Marc-Antoine (Chevalier).

Marc-Antoine Jullien propose aux jeunes. l’écriture du journal pédagogique comme structurant le moment. Dans ce livre. chercher les lois fondamentales. il a sa place dans le prolongement d’autres recherches qui l’ont précédées. et il anticipe sur des recherches qui se sont poursuivies après lui. car ils ne connaissent pas la technique de la prise de notes. Il s’est appuyé ensuite sur ses lettres pour écrire ses écrits politiques. à les traduire. Machiavel a conservé les doubles des courriers qu’il envoyait aux princes de Florence. Janusz Korczak (1879-1942) Moments pédagogiques. les connaissances deviennent des savoirs). l’art du diagnostic pédagogique. apprend à regarder et. -et un journal intellectuel (où l’on note les connaissances intellectuelles que l’on acquiert ou par rencontre ou par lecture . L’étudiant examine de nombreux individus. ils n’ont pas pris au séminaire 299 l‘habitude 299 En Pologne. et ce que l’on tire de ces rencontres sur le plan moral). est un texte court. Si la pédagogie accepte de suivre la voie ouverte par la médecine. Janusz Korczak. Il n’y a pas de symptôme sans signification. Certaines formes de correspondance sont très proches de ce type de journal. à les associer et à en tirer des conclusions. pour conseiller leur action. John Locke a tenu un journal toute sa vie. Quelles sont ces lignes ? La théorie des moments. ce qu’il peut donner.et il n'y a peut-être rien de plus difficile dans toute la conduite de l'intelligence. comment contraindre et interdire. rejeter ce qui est dû au hasard. "Les bons éducateurs commencent à tenir un journal. Il faut tout noter et tout soumettre à la réflexion. propose une clinique de l’éducation. jusqu'à la seconde guerre mondiale. mais l’abandonnent rapidement. Le journal apparaissait donc comme une sorte de formation totale de l’être. lier ce qui est similaire. ce qu’il a en trop. que de pouvoir s'en rendre tout-à-fait le maître". Ce livre fut écrit dans un contexte où l’école n’existait pas pour tous. ce qu’il exige. Le philosophe Maine de Biran a également utilisé cet outil au début du XIX° siècle. elle doit élaborer une science du diagnostic éducatif fondée sur la compréhension des symptômes. Ne pas chercher à savoir comment exiger. mais plutôt chercher ce qui lui manque. ayant discerné des symptômes. la larme. qu’exiger de l’enfant. Marc-Antoine Jullien produit la première systématisation du journal des moments. de Janusz Korczak. NdT 193 . qu’il a indexicalisé. d’écrire trois journaux différents : -un journal du corps (santé). les vomissements sont pour le médecin ce que le sourire. Marc-Antoine Jullien (1775-1848) Dans son ouvrage de 1808. -un journal de l’âme (où l’on restitue ses rencontres avec les personnes. les joues rouges sont pour l’éducateur. La fièvre. ainsi notées. par l'écriture d'un journal. Janusz Korczak montre dans Moments pédagogiques que la science du diagnostic occupe une place prépondérante en médecine. Ses écrits philosophiques ne sont que la mise en forme organisée de ses médiations au jour le jour. Il montre que le journal peut être l’espace d’un travail philosophique. la toux. on désignait le lieu de formation des enseignants par "le Séminaire" ("Seminarium Nauczycielskie"). mais qui s’inscrit dans des lignes temporelles qui font continua sur le long terme. En effet.

On lui a appris. quels échecs as-tu subis. peut-être. mais un écrit dans le coup. Que prendre en notes. dont on discute lors de réunions et de colloques. Dans un premier temps. On peut écrire un journal de voyage à plusieurs. alors que la correspondance est un écrit pour l’autre. s'interroge : "Quelque chose me réjouit. On peut écrire le soir ce qui s’est passé dans la journée ou le lendemain ce qui s’est passé la veille. ils perdent confiance en leurs capacités . m’inquiète. mais pas les siennes. l’auteur est le sujet du journal. L’auteur est le plus souvent une personne.de prendre systématiquement des notes sur leur travail. où l’on vit ou où l’on pense. l’éphéméride est une forme d’écriture collective du journal. Dans un hôpital. On pourrait écrire des centaines de 194 . Même avec un petit décalage. en même temps on mesure combien on a changé. le manque de recul. Cependant. me fâche. comment prendre des notes ? On ne le lui a pas appris. Trop exigeants vis-à-vis d’euxmêmes. les pensées d’autrui. quelqu’autre m’attriste. quelles victoires as-tu fêtées? Que chaque échec soit pour toi un apprentissage conscient. alors que la lettre a un destinataire bien ciblé. “ Je est un autre ” (Rimbaud) entre le moment de l’écriture et le moment de la lecture ou de la relecture. m’étonne. La seule différence. il n’a pas atteint le niveau de la chronique que l’on fait lire à un collègue. Quelles difficultés. Comme lorsque l’on regarde une photo de notre enfance. bien identifié.. le journal est écrit pour soi. diagnostics. cette forme d’écrit personnel est inscrite dans le présent. comme ils ont trop attendu de leurs notes. éventuellement la force des sentiments. Le destinataire du journal. ne permet de réaliser que des fragments". dans un premier temps. La vie n’affranchit jamais qu’en partie. Un journal de classe peut être aussi une œuvre collective. même si je n’écris le journal que pour le relire moi-même. elle est inscrite dans le présent de l’écriture au même titre que le journal. le journal est écrit par une personne. En effet. Mais il peut être un collectif. est un écrit pour l’autre. on écrit toujours au moment même. le journal est un écrit pour soi (individuel ou collectif). en même temps que l’on se reconnaît. Mais le plus souvent. Le journal est une écriture de fragments. etc. C’est un point commun avec la correspondance. bref. quelles surprises as-tu rencontrées. c’est que. on peut remarquer que le journal. réactions. quelles erreurs as-tu commises. Janusz Korczak. On accepte donc la spontanéité. me décourage. même intime. Autant de questions que l'on doit traiter dans le journal". Tous les soignants contribuent à cette écriture. Mais globalement. comment les as-tu corrigées. L’écriture du vécu est toujours limitée. Pour Janusz Korczak. S’il a dépassé le stade du journal du potache. la partialité d’un jugement. Quand on écrit une lettre. dissimulé aux yeux de papa sous le matelas. ils ne croient plus à leur valeur". à prendre en notes les exposés d’autrui. C’est même ce changement qui s’est opéré en moi que je mesure en relisant mon journal. On ne peut pas rendre compte de façon exhaustive du quotidien. L’écriture collective (“ symphilosophique ”) des fragments de la revue Athenaum était une forme collective d’écriture philosophique à rapprocher du journal. examens. c’est par ces notes que l'on établit un bilan de sa vie : "Elles prouvent que tu ne l’as pas gaspillée. contrairement à l’histoire de vie ou aux Mémoires. On tient à jour les informations concernant des malades d’un service : médicaments administrés. Ce n’est pas un écrit après coup. I). et une aide pour les autres".Les formes générales du journal Le journal est tenu au jour le jour.

le journal permet des notes à valeur universelle ou particulière. En recherchant ce fragment. s’oppose à l’intensité. Si vous avez centré votre écriture de la veille sur un autre thème. la narration d’un événement. et rendre compte de tous les contextes du vécu. voire quinze pages par jour). et sur une plus longue période. sur le long terme. qui donne sa valeur au journal. on accepte que le recul survienne plus tard. Alors que l’on a lu des passages du journal. Il l’utilise intelligemment ou pas. En effet. il y a une volonté de faire un travail de distanciation plus systématique. le journal est un outil rapide d’accumulation de données. si l’on voulait être exhaustif. à une forme de travail intensive (en voyage. Le journal est une écriture transversale. Même en n’écrivant qu’une page par jour. En matière de journal. Or. dans certaines circonstances. la relecture prend en compte le 195 . Il est donc divers par nature. d’une lecture. chaque thème renvoie aux dates des jours. le journal tend vers le récit. Chaque jour. le vécu se déploie sur plusieurs jours. d’une recherche. moins j’ai un souvenir actualisé de son contenu. son travail est intéressant. le journal n’interdit jamais des mises en perspective transversales. sur une élaboration d’un thème ou d’un autre. se pose alors la question de l’accès aux données accumulées. L’archéologue s’interroge-t-il pour savoir si un marteau est scientifique ? Non. je me souviens avoir écrit quelque chose antérieurement sur le même thème. Chaque fragment reçoit un titre en fonction de son thème. De ce point de vue. il arrive que l’on ait davantage de temps que dans la vie quotidienne. une émotion. Il montre le lien avec un vécu actuel. la science se trouve dans le rapport adéquat que l'on construit à cette technique de recueil de données. Il permet en restituant des souvenirs d’explorer le passé. plus. etc. et alors on peut écrire dix. Une solution à ce problème se trouve dans l’indexicalisation du journal. le journal compte 365 pages. je retrouve des notations passées qui influent sur mon écriture d’aujourd’hui. le journal explore une ou deux dimensions du vécu. L’écriture du journal est-elle scientifique ? Le journal n’est qu’un outil. dans son travail de fouille. et à l’exploitation que l’on fait des données recueillies dans des écrits plus élaborés. Si un diariste écrit davantage. Plus le diariste centre ses observations sur un ou deux faits chaque jour. Il permet aussi d’explorer différentes dimensions de celui qui écrit. Dans cette pratique d’écriture. La lecture permet donc de jouer dans l’écriture même. Que je retrouve ou non le fragment recherché. Plus le journal est volumineux. sur une recherche. un fait qui vous travaille resurgit le lendemain Sur le plan de la logique dialectique (voir ce terme). Alors que je suis en train d’écrire mon journal. Plus que tout autre forme d’écrit. au bout d’un an. Ou la durée n’est pas déterminée au départ (forme du "journal total" de certains journaux intimes. comme celui d’Amiel). Le journal est un procédé d’accumulation. À raison d’une page par jour. Même centré sur un thème. A la fin du journal. qui est une forme de table analytique qui lui permettait de retrouver ses réflexions rapidement. un sentiment. Prendre du recul. L’objet d’une notation du jour peut être une pensée. il explore la complexité (voir ce terme) de l’être. Le journal se développe sur la durée. je suis conduit à relire plusieurs passages.pages sur une seule de ses journées. La lecture survient au cours de l’écriture même du journal. Et une dimension de ce rapport se trouve dans la distance que l’on construit au journal. où ce thème a été traité. Dans la relecture. lors de la relecture. La durée. L’écriture du journal s’accepte donc comme fragmentaire. Lorsqu’il est intensif. d’une conversation. le journal se donne des objets diversifiés dans des registres multiples. même si le journal appelle surtout des notations singulières. ou au contraire celle-ci est déterminée par un contexte : le temps d’un voyage. Nous pouvons distinguer le moment de la lecture du moment de la relecture du journal. Le journal joue de deux pôles : durée et intensité. le journal peut glisser d’une logique de travail dans la durée (on essaie d’écrire une page par jour sur le thème que l’on explore).

correspondances. Bien qui ait pu tenir un journal. il me semble que cette forme de journal. Le journal intime qui fut à la mode au XIX° siècle. Le projet d’expliciter le mouvement de la conscience est déjà dans La phénoménologie de l’esprit. Peut-on concevoir une supervision pour le diariste ? Dans sa méthode de 1808. Comme les autres formes d’écriture impliquée (autobiographies. si le journal de terrain capte. monographies). L’approche peut être thématique. En lisant Le Principe espérance. le journal est une ressource pour travailler la congruence entre théorie et pratique. Personnellement.Les formes particulières de journal Le journal intime ou personnel est celui que tient l'adolescent ou l'homme de lettres. donc plus construites. La relecture du journal permet donc une démarche régressive-progressive autorisant à se projeter dans l’advenir (voir Méthode régressive-progressive). Le journal intime prend comme objet le vécu personnel d'une personne. De ce point de vue. les perceptions. comme en témoignent les travaux de Philippe Lejeune. on serait bien savant. MarcAntoine Jullien conseille de faire des bilans hebdomadaires. On comprend d’où viennent les idées. au jour le jour.tout du journal. Avec le temps. De ce point de vue. Hess. de Hegel. mensuels des acquis du journal et de donner à lire ces bilans à un adulte distancé qui permet d’aider à l’évaluation du travail d’écriture. ” (Amiel. le journal est d'un intérêt immense pour l'anthropologie historique (voir P. Tout diariste décrit son quotidien. Il a fait l’objet de nombreuses études (Michelle Leleu. Lorsqu'un journal est découvert ou lu. C’est un tâtonnement quotidien pour débusquer toutes les facettes de la personnalité. groupal.. Korczak. j’ai pris conscience que le journal permet de passer d’une conscience commune à une conscience philosophique des choses.. c’est un "journal total". Je le regarde avec plaisir. la relecture du journal est un mode de réflexivité sur la pratique.Cette pensée suffirait à faire tenir un journal assidu. comment elle a réussi à dépasser certaines erreurs. Notre travail ne s’inscrit pas dans le prolongement de cette forme de journal. avec le recul du temps. 1998). dont le volume est considérable (16 000 pages). du “ Je ”. Ainsi. institutionnel. les entretiens. par exemple. avec un peu de recul. Béatrice Didier. organisationnel. se situe dans un autre univers que ce que tente de promouvoir J. le journal acquiert une dimension historique. Henri-Frédéric Amiel a passé sa vie à écrire un Journal intime. 8 octobre 1840). pour reprendre les niveaux de l’analyse multiréférentielle de Jacques Ardoino). Je suis heureux d’avoir ce journal dans ma bibliothèque de Sainte-Gemme. Journal intime. inter-individuel. elles-mêmes plus élaborées ou plus médiatisées. 196 . dans la mesure où il prend souvent pour objet un vécu qui ne passe pas dans d'autres sources écrites. il devient une banque de données intéressante pour l'historien. La lecture du journal d’Amiel montre que l’objet du journal intime est l’exploration de la construction du “ moi ”. II). Elle rappelle le mot du prince de Ligne : Si l'on se souvenait de tout ce que l'on a observé ou appris dans sa vie.. Philippe Lejeune). dont les limites temporelles ne sont pas fixées a priori. les évènements vécus. Mais son travail d’observation minutieux lui fait noter des faits qui ne sont pas encore conscientisés. en s’appuyant sur l’indexicalisation. . lorsque celui-ci est terminé. d’Ernst Bloch. Cette pensée est d'une mélancolie sans égale. mais aussi les bribes de conçu qui émergent. La capacité anticipatrice du journal. Une approche multiréférentielle permet de lire le journal sous des angles différents (individuel. Alain Girard. comment s’est formé la conscience. Il est pris comme un ensemble. continue à être massivement pratiqué. C’est la relecture qui fait prendre conscience de ce non-encore-conscient. même si elle est intéressante. Hegel n’en a pas fait cet outil central que nous propose J. etc. Faire lire son journal à l’autre aide ainsi à progresser dans sa recherche. Amiel écrit "Une idée qui me frappa est celle-ci : Chaque jour nous laissons une partie de nous-mêmes en chemin. cet été.

le journal de bord se différencie nettement du journal intime. une grande pédagogue allemande. 2005. rapports à la classe). par exemple. On explore un voyage intérieur. Dans le journal philosophique. Marcel Mauss invitait ses disciples à tenir un tel journal. Pour rendre exploitable notre échange de lettres. Souvent. Les travaux de Raymond Fonvieille s’inscrivent dans cette tradition du journal de recherche pédagogique. j’ai un chantier de production avec Gabriele Weigand. On peut rapprocher de ce type de journal. je lui réponds en français ! Le lectorat est forcément limité aux bilingues. C’est une autre forme de journal.Korczak. L’observation participante dans les groupes interculturels. Le journal de voyage se combine avec l’anthropologie. Korczak (1918). sur le plan scientifique. Il est destiné à être lu par d'autres. et qui refuse l’intimité. Zabalza propose aux élèves-professeurs de tenir au jour le jour un journal de leurs difficultés tant didactiques que psychosociologiques (relation pédagogique. Je vis le voyage comme une intensité . Il se limite à la période d’un ou de plusieurs voyages. nos lectures. Le journal de voyage ne cherche pas à rendre compte de toute la vie du sujet. il s’agit d’une écriture autour de thèmes que l’on peut reprendre. le journal de terrain de l’anthropologue ou de l’ethnologue. Le journal de bord est intéressant. Cela signifie que nous faisons du terrain ensemble. C’est le cas du “ journal d'itinérance ”. car il raconte le vécu d'un groupe. Mais sur le fond. De ce fait. 197 . Comme le journal. Nous travaillons ensemble depuis 1985. c’est déjà la recherche. L'espagnol Miguel Zabalza a consacré de nombreux travaux au journal dans la formation d'enseignants. C’est une forme de suivi d’une recherche au quotidien. c’est qu’elle m’écrit en allemand. Université de Paris 8. L'écriture s’organise autour d’une recherche. car je sais que cette surimplication diaristique ne va pas se prolonger exagérément. M. proposé par René Barbier 300 . ou avec la littérature (chez Albert Camus). Par sa dimension sociale. De ce point de vue. La description de leurs difficultés vécues en classe (premiers stages) sont lues tant par des 300 301 René Barbier. pour ma recherche. Je m’inscris dans un continuum d’écriture de journaux qui va de Marc-Antoine Jullien (1808). comme le journal de bord que l'on a tenu sur les navires qui partaient à la découverte du nouveau monde. G. il faudrait traduire… Ce qui pose d’autres problèmes. La seule question. chez Leiris (L’Afrique fantôme). et au fur et à mesure de leur apparition. nos questionnements. On écrit un journal pour l’autre. pour un voyage de courte durée. juin 1985. “ Le journal d’itinérance ”. De ce point de vue. Pratiques de formation n°9. Il existe aussi des formes de voyage sur place. Fonvieille (1947-2000)…. Il prend souvent la forme du "journal total". Notre correspondance est de la plus haute importance. celui qui gère un ou plusieurs objets de recherche. nos hypothèses. A Saint-Jacques de Compostelle. mais nous ne cessons de discuter. cette forme de journal visent à rassembler des informations que l'auteur ou ses commanditaires imaginent voir exploiter ou traiter d'une manière ou d'une autre dans un temps ultérieur. J. Hess. La dernière : R. cet échange correspond à un suivi d’un travail intellectuel qui accompagne des publications communes 301 . Paris. je cherche à capter cette intensité des journées. J’ai déjà envisagé de la publier. le lecteur attentif remarquera que mes journaux de voyages tendent à se confondre avec le récit. le chercheur pointe ses hypothèses et ses trouvailles. R. Weigand. on peut considérer que Moments pédagogiques est un journal de recherche pédagogique. Sur le plan de la recherche pédagogique. Je fais lire à Gaby mes journaux (elle-même a tenu un journal de classe). j’ai tendance à écrire davantage de pages chaque jour que lors d’une journée ordinaire. le journal que nous préconisons s’inscrit dans cette tradition. Le journal de voyage. à propos d'un "objet" qu'il s'est préalablement donné. celui qui cherche à ordonner un contenu déterminé à l'avance. et moi. Lorsque je décide de tenir un journal. Anthropos. René Lourau (1988) défend l’idée que le journal de recherche. une correspondance peut s’organiser autour d’une recherche. Le journal de formation. sur un terrain spécifique. Dans le journal de recherche.

qui interviennent alors pour aider le futur enseignant à répondre aux dilemmes du métier qu'il découvre. pour moi. Ce chiffre correspond au nombre de chapitres du Sens de l’histoire. etc. Le journal est un excellent analyseur de la vie institutionnelle. pris dans le sens anthropologique. dans un contexte de vie difficile pour moi (perte de mes parents). au moment même de son écriture. R. avant moi. mais en moments parallèles. 1989) qui montre que dans tout type de formation professionnelle ou personnelle. Korczak. Christine et moi. Je décide alors de penser ma vie non pas en moments successifs (chronologie). C’est une idée qui a été dégagée par François Tosquelles lorsqu’il disait : “ il faut soigner l’institution de soin ”. organisationnelles. à propos des étudiants qui tiennent une forme de journal institutionnel (A. un journal des idées. il faut rendre éducative l’institution pédagogique. Alain Coulon parle du journal d'affiliation. Pourtant.formateurs spécialistes des disciplines que des psychopédagogues. Un même diariste pourra tenir plusieurs journaux en parallèle : un journal comptable. Je pense publier ce livre prochainement. d’un “ moment du journal ” qui survient au bon moment temporel dans certains contextes. on peut passer au journal des moments. On peut alors parler. etc. je pense que des gens ont fait des choses proches. une consigne ou une norme. Mais ce n’est pas. Chez R. Je rappelle le contexte d’écriture de ce livre. Personnellement. nombreux sont les intellectuels qui ont regretté. de raconter ma vie 198 . Christine Delory-Momberger me propose. j’ai voulu remettre l’observation de la relation pédagogique dans un contexte : celui de l’établissement. Les conflits à l’intérieur de l’établissement interfèrent sur la vie de la classe. des journaux de voyage. Korczak. Coulon. Comment la définir ? Tous les écrivains n’ont pas donné une place au “ moment du journal ”. de ne pas avoir tenu de journaux. groupales. il y a Colonies de J. la plupart des journaux pédagogiques (J. je ne me suis pas contenté des trois journaux suggérés par Marc-Antoine Jullien. On parlera alors de journal des moments. sont centrés sur la relation pédagogique. Cette forme d’écriture peut aussi être identifiée chez Edgar Morin. institutionnelles de la vie d'un établissement. En fait. sur la relation pédagogique elle-même. Chez J. Fonvieille). De Montaigne à Pierre Bourdieu. Je fais le lien avec ce que vous avez nommé le journal institutionnel. il y a eu Georges Lapassade aussi. Ce journal accompagnait la réforme. du moment temporel du journal. forme de journal utilisée dans un hôpital pour consigner tous les soins donnés aux malades dans un service. Stendhal explique qu’il n’écrit son journal que lorsqu’il n’est pas sur autre chose. Korczak qui n’est pas loin de prendre en charge la dimension institutionnelle que je tente de souligner. de raconter mon histoire de vie. Fonvieille. interindividuelles. dans la vie. J'ai commenté ce travail (Hess. Ainsi. le journal institutionnel veut prendre en compte les dimensions individuelles. Pour moi. C’est dans ce livre que l’on a décidé. un jour ou l’autre. et Raymond Fonvieille l’avait pointé en commentant mon Lycée au jour le jour. cette centration se fait sur l’élève. avec son journal de la réforme des DEUG en 1984. l’observation porte sur la classe. Plus que l'éphéméride. Mais. Le sens de l’histoire se veut une cartographie de vie. Moins qu’une histoire de vie. on doit utiliser cet outil du journal. il y a la présence de lecteurs extérieurs qui aide le praticien à dépasser certaines contradictions qu’il a réussies à pointer. Je m’inscrivais dans un champ de cohérence qui était celui de la psychothérapie institutionnelle. Donc. Là encore. 2005). certains ont utilisé cette forme d’écriture constamment. moments d’une biographie. Ce texte donne à lire la manière dont se met en place une réforme dans l’institution universitaire. Dans la perspective que je décris. Après moi. Je fragmente mes journaux en fonction de mes moments. Dans ma pratique du journal institutionnel. Dans Le métier d’étudiant. je crois être le premier. Ce texte n’a pas encore été publié. L’analyse institutionnelle a besoin du journal pour avancer Le journal des moments est la dernière forme ma recherche. au risque de ne rien écrire d’autre (Amiel). Ainsi. il faut pointer les contradictions entre le projet énoncé et les pratiques institutionnelles. Parmi les diaristes. comme illustration du processus d’analyse interne. Je tiens jusqu’à 18 journaux en parallèle. mais il a circulé sous forme dactylographiée dans l’université de Paris 8. ou ont limité l’écriture de leur journal à des périodes où ils ne s’investissaient pas dans l’écriture d’autres textes.

Du coup. C’est à ce moment-là que l’idée du “ journal des moments ” s’est définitivement imposée. C’est une recherche individuelle et collective. etc. puis d’université). après avoir publié des journaux divers depuis 1989. de grands pédagogues ont souvent tenu leur journal pédagogique. Le “ journal de recherche ” qui représente 2/3 du livre est tout à fait important pour pointer les impasses dans lesquelles s’enferme R. On est heureux quand on peut les consulter. Dans le cadre de la rédaction du cours d’analyse institutionnelle que j’écrivais en 2005 avec Gabriele Weigand. mais aussi dans la conscience du groupe. Comme Janusz Korczak. le journal d’analyse institutionnelle. est utile pour une communauté de référence. Mais j’estime que ces textes ont tous des destinataires particuliers : mon journal pédagogique intéresse mon groupe de référence pédagogique. à le décrire. Anthropos. Mais quand j’ai voulu faire Le lycée au jour le jour. Parmi mes titres de journaux. pour ne pas rendre trop volumineux ce livre déjà gros (414 pages). je lui ai demandé de le reprendre au moment de sa retraite. d’un artiste… À ces journaux. cela vient de loin chez moi ! Le journal. on fait un progrès dans la conscience de soi. Le seul regret que j’ai. centré sur le lycée au jour le jour. cela rendrait plus fort mon ouvrage. Le journal est une traque d’un champ de cohérence. c’est qu’il soit mort sans que je puisse échanger sur ces questions avec lui ! 199 . Fonvieille avait tenu un journal pédagogique durant 20 ans. j’ai constaté que dans ce journal. s’ajoutent des journaux de voyage et des journaux sur des thèmes plus étroits de recherches particulières : “ Forme et mouvement ”. Il y en a 18. je donnais à mes étudiants la consigne de centrer leurs observations sur un seul thème. il y avait 100 pages sur le lycée . Quand j’ai découvert que R. J’ai pensé que si je sélectionnais les pages “ lycée ”. Il a fait l’objet d’une publication séparée (Produire son œuvre. “ Henri Lefebvre ”. “ attracteurs étranges et détracteurs intimes ”. mais 250 pages touchaient d’autres thèmes : ma vie familiale. etc. en 1988. Ainsi. mais il y aurait pu en avoir 19. de santé. le journal de danse. “ Les jambes lourdes ”. j’ai écrit 350 pages dactylographiées sur ma vie de professeur de lycée. de cette recherche pédagogique exceptionnelle. qui est traduit en brésilien et en italien). Dans son cheminement de recherche magnifiquement décrit. “ Congé sabbatique ”. Le moment de la direction de thèse a été écarté. transduction (Paris. j’ai pu identifier les moments où il se trompe. L’idée de se centrer sur un moment pour atteindre le groupe qui partage avec nous ce moment me vient de loin. j'organise l’écriture et la publication de mon journal en moments. mentionnons : le “ journal de lecture ”. pour l’éditer. et de la porter plus loin que René lui-même. de recherche interculturelle. Donc. 1997). déjà en 1976. Plusieurs de ses livres sont cette mise en forme pour l’autre. Lourau. Mais. le moment de la thèse. qui a voulu publié Moment pédagogiques. j’ai passé du temps cette année à relire Implication. Il faut pouvoir échanger autour de ce travail d’éclaircissement. de René Lourau. C’est pour ces gens que je veux rendre utilisable ce journal. et la conscience du monde. il m’est possible de refaire sa recherche. de paternité. “ René Lourau ”. mon travail dans des revues. le journal professionnel (d’enseignant de lycée. Quand on réussit à identifier un nouveau moment. En 1982-83.en 18 moments. le journal des idées. qui rassemble mes commentaires de lecture. pour expliquer aux jeunes enseignants l’utilité de ce type de travail. quand il est ciblé sur un moment. Je ne cherche pas à publier mes journaux sous forme de grands tirages.

qui était ami du directeur. le 25 février. Ce dernier. J’ai l’impression que ma dimension d’artiste doit être cachée. à Paris 8. lu trop vite. J’ai commencé à indexer le Journal d’un génie à partir de la page 35. qui me secoue encore.). et continuer le lycée… Au collège. J’ai commencé par ce dernier. Lundi 3 mars 2003. d’en parler tout le temps. peut-être pour rattraper sa gaffe. Je vais devoir le reprendre par le début. etc. Je trouve ce défaitisme idiot.nous n’avons jamais été aussi proches -. Le Sabotage amoureux. comme “ le 200 . L’imaginaire. accrochage avec Lucette qui me met hors de moi. 53 “ Il y a deux choses que l’expérience doit apprendre . J’en suis à la page 15. Ligoure. Consciente du désagrément que provoqua son propos. la seule discipline où je réussissais. me prenait pour Dali. dans cette salle dans laquelle je vis chaque semaine… Cela transformerait le quotidien. elle me dit que je dois renoncer à mon idée de peindre une fresque dans la salle C 022. Le livre de poche. J’ai besoin d’une œuvre gigantesque. Mon père. ainsi que le livre de Robert Descharnes et Gilles Néret. en dehors de la gym. m’expliqua que je devais renoncer à cette voie. magnifié par ma pratique de tango. est lié à Salvador Dali. Ma vie d’artiste clandestin a commencé à 15 ans. que lorsque Lucette n’est pas là. la première. mais en cachette. provoqua un rendez-vous. sur le mode de la confidence. Dali. ce matin. Martigues. Lucette et moi étions si proches l’un de l’autre. J’ai découvert le Journal d’un génie (Gallimard. à la fac. . était le dessin. p. mais terni par le gris sale de cette salle. Je découvre que René Lourau. Ils n’avaient pas le moindre sens épique. lorsque j’ai voulu entrer aux Beaux-Arts. s’opposèrent à cette idée en 1991 ! Je voulais repeindre les murs intérieurs de notre maison avec les paysages que nous aimons (Cinque Terre. Alors que jeudi. j’ai recommencé Dali. me dit-elle. fondamentalement idiot. de manière sympathique. Taschen. pour faire plaisir à mon père. la seconde. Je lis Salvator Dali avec méthode et sérieux. c’est qu’il ne faut pas trop corriger. à laquelle je m’identifie. Ils affadissaient tout. J’associe à Martine Abdallah-Pretceille qui m’a désigné un jour. qui se prenait pour Breton. “ Tout le monde s’opposera à ce projet ! ”. c’est qu’il faut beaucoup corriger . ” Amélie Nothomb. Reims.Chapitre 12 : L'entrée dans un moment : Journal d’un artiste clandestin “ Et puis. 2001. encore que je ne puisse pas m’abstenir. 1993. Le bouleversement tellurique. 1994). ” Eugène Delacroix. Je ne peux le lire. Ce matin. Lucette me dit : “ Tu n’auras qu’à faire une fresque à Sainte-Gemme ! ” Elle et sa famille. nous détestions que les adultes se mêlent de nos histoires. Mais.

Mon projet en lisant cet ouvrage est d’acquérir un peu de culture. (édition revue par Régis Labourdette).. c’est d’être en mouvement pour devenir Dali. j’ai voulu noter la représentation de Kareen (K) dansant le tango. immédiatement. je me dis que l’important est de fixer l’idée. Dans ma journée. J’y reporte les idées qui s’imposent à moi lors de mes séances oniriques. 942 pages. Les Champs magnétiques. refondation des sciences de l’éducation. ” Qu’entend-elle par journal dalien ? Est-ce une contraction du présent journal à inventer. Ce carnet dalien sera tenu en interaction proche avec ce nouveau journal. et de l’AI à partir de Dali. Celle de l’art est à la traîne ! Je veux noter que j’ai reçu hier le Journal 1822-1863. les annoter. et du carnet de dessins. Ceux-ci ne sont guère présentables. Mercredi 12 mars 2003. non ! ”. dans toutes ses dimensions. Ce n’est pas vraiment encore solide. Cela explique que je ne les dessine jamais. qui va organiser mes lectures dans les jours qui viennent. plus la première page de Delacroix. commandé à Mostapha Bellagnech. S'il vous plait. Tous les dessins que j’ai publiés l’ont été sous un pseudonyme… J’ai commandé dix livres de Dali et Breton. Où est-il ? Je ne l’ai pas terminé. repas avec K. intitulé Carnet dalien. etc). pour Après Lourau. Les Cocus du vieil art moderne. J’ai expliqué que j’allais éditer mes journaux tenus depuis janvier 2000. L’Histoire du surréalisme. d’autres enfin sous formes de dessins. il y a une énergie à perspective multidimentionnelle (refonte de mon livre sur R. “ C’est mieux que Dali ? ”. J’attends aussi la commande dalienne. Mais je ne l’ai découvert qu’en le dessinant sur mon carnet vert. Mes idées de dessin demanderaient du temps pour être mises au propre et présentables. Poisson soluble. Manifestes du surréalisme. préface d’Hubert Damish. m’a dit : “ Moi. J’ouvre un journal dalien. hier. d’autres. Certaines se présentent comme projets de livres ou d’articles . Ce matin. encore. l’important. j’appelle séance onirique le moment qui suit le réveil et durant lequel une multitude d’idées se proposent à mon esprit.Dali des sciences de l’éducation… ”. comme programme à réaliser durant la journée. fait de dessins. Pourtant. cela signifie que je dois devenir Remi Hess. depuis que j’ai lu Dali. “ Mais. Derrière cette révélation. Cela va exister. de Delacroix (Plon. C’est à la fois intéressant pour la théorie du journal. Qui est ce Dali dont j’appréciais les tableaux ? Je me mets à flasher sur lui. Pour ma part. Nadja d’André Breton… Mercredi 2 avril 2003. m’a demandé K. J’ai lu ce matin la présentation et l’introduction. Mais qu’importe. etc. et pour ce chantier de formation dans lequel je me lance sur le terrain de l’art. j’ai dit que j’avais ouvert un carnet à dessins. j’éditerai votre journal dalien. Il sera temps plus tard de reprendre ces idées et de les faire entrer dans des projets plus travaillés. Mais je dois le pratiquer en cachette. 201 . Comme le dit Dali. Lourau. en demandant à des étudiants de les introduire. Vous m'oublierez. Je dois me constituer un solide rayon de bibliothèque sur l’art… Marie-Paule m’avait offert récemment l’ouvrage de Jean-Claude Kaufmann sur Delacroix. introduction et notes d’André Joubin. Parallèlement à ce journal. Ce qui est très drôle. c’est que cette représentation forme un K. K. L'amour fou. On m’annonce l’arrivée de : La Vie secrète de Salvador Dali. Il n’y a plus que le dessin qui compte pour moi. J’ai dit que j’avais pensé à Benyounès. Hier. 1996.

J’en fais des esquisses rapides. 1963. Celui que j’aurais envie de peindre aujourd’hui : L’aquarium. Grasset. C’est un excellent travail. “ poètes d’aujourd’hui ”. j’ai peint un bouquet. 1967 . Elle propose de le remettre sur une autre couverture. Du coup. Laurence. au moment de la mort de René Lourau. Elle a refusé les épreuves. mais Martine l’a trouvé moche. Je pourrais les reprendre pour en faire des toiles. Pierre Seguers. J’avance aussi au niveau de mon Carnet dalien. dont le Breton de l’Herne. J’ai des idées qui viennent régulièrement. Kareen.Depuis le 12 mars. J’y avais fait deux numéros de La Sainte Église. Caroline avait trouvé ce dessin très original et intéressant. coll. hier. aux éditions de Minuit). j’ai acheté une quantité d’ouvrages. Au point fixe du mardi. Aujourd’hui. Au Salon du livre. 1970. trouvés au salon du livre : Asphyxiante culture et Bâtons rompus. j‘ai lu deux de ses ouvrages. sur L’effet de l’éducation moderne au musée dans le développement de l’expression sculpturale colorée des élèves du primaire. et Carla) : André Breton L’amour fou (collection blanche. La mort difficile. Celui-ci s’ouvre à moi presque chaque jour. j’ai bien dessiné dans mon Carnet dalien. Antony. À Sainte-Gemme. sous la direction de Patrick Boumard. André Breton. je me suis lancé dans une lecture effrénée des auteurs du surréalisme. Livre de poche. visité avec K. Nadja. Dali. Le soleil noir. Carla. Il a été imprimé. Gérard Legrand. André Breton et son temps. le mardi où j’ai eu mon accident ! Elle m’a fait découvrir Dubuffet (depuis. Pourtant. j’ai passé la journée à dessiner dans le carnet commencé en 2000. 202 . une de mes meilleures étudiantes. André Breton.-P. Hier. J’y ai appris mille choses en relation avec mes désirs du moment. Gallimard). Arcane 17. Je me suis lancé dans la construction d’index. par Jean-Louis Bédouin. qui m’a offert un cadeau très original pour le 25 février (un trésor poétique). Beaucoup de ces livres. j’ai fait le troisième. je voudrais noter mes dernières acquisitions (mardi chez le bouquiniste du XVIII° arrondissement. 1976. Claude Mauriac. Opapé. Je vais commencer Crevel. préparée à Rennes 2. Le livre de poche.. André Breton. ont dû être lu par René Lourau ! Mercredi 23 avril 2003. Patrice. Jean-Jacques Pauvert. C’était une manière originale du vivre le 1er avril. j’ai lu la thèse de Adel Mohammed Hassan El Sayed Badr. Avant de passer à autre chose. livre essentiel. André Breton. 10/18. avec Audrey. Johan. René Crevel. chez Anthropos. puis Breton. André Breton (1949). pour la couverture du livre de Martine A. J’ai fait la connaissance d’Audrey. Un dessin de temps en temps lorsque j’ai une idée. Je l’avais invité au point fixe d’il y a quinze jours. intitulé “ Communauté korcazakienne ”. La clé des champs. Accord fondamental avec ces idées forces. Hier. nous avons parlé de la place à donner à l’art dans l’analyse institutionnelle… Je sens qu’Audrey nous soutient. On est reparti sur autre chose. suite à une panne d’ordinateur.

idée de collages : un cadre familial. Je voudrais revoir ce dossier calmement. Kareen continue à fonctionner dans mon imaginaire. il me faut faire vite. j’ai regardé son dossier avec un intérêt réel. et il faut encore aspirer toute cette poussière partout dans la maison. Cela me reviendra. en rangeant mes papiers hier matin. Il passe la soirée chez des copains. A propos de Delacroix. Elle l’a retiré trop vite… En me réveillant. travail de décoration. Elle travaille à la décoration de la cuisine. 1822-1863. présence de ce moment chaque jour. Sous-verres. Mais quoi ? L’idée de lire m’était venue en soi. Les peintres. je me suis réveillé à 4 h 30. Réveil d’une douleur connue il y a quelque temps… Ce matin. Peut-on imaginer un éditeur qui puisse prendre le risque de mettre 8 ou 16 pages couleurs d’ajouts à un livre ? Le 23 mai. En même temps. mais elle vient de peindre une toile naïve (une girafe) dont je ne sais que penser. et un autre aux 203 . Les chantiers que l’on partage ensemble sont nombreux. de la cuisine et des toilettes durant mon voyage à Berlin. Cela a commencé avec les peintures de la grande pièce. Les postures de K m’intéressent. Je ne puis pas ne pas dessiner. le commentaire d’Anne Larue : Le journal mélancolique. j’ai apprécié les remarques de Delacroix sur les postures des bonnes de ses amis. Ainsi. mais aussi au fait que. je continue mon carnet dalien. Je vais lire ce livre en parallèle à la lecture du journal lui-même. vendredi. On a dit qu’il fallait y mettre des illustrations. à la réunion de coordination de la fac. Je me suis alors levé. Malgré le chaos domestique. les voyages. j’ai aussi retrouvé. comme une sorte de muse (elle est beaucoup plus).Dimanche 25 mai 2003. réveil que je veux productif. Cela a entraîné un rangement méthodique. et il observe des attitudes de personnages qui traversent le champ. que l’auteur m’avait communiqué au moment du décès de ma mère. Idée cette nuit de la photographier dans une pose que j’ai d’ailleurs oubliée. lors de son exposition dans les archives Dolto. je ne voulais que produire des dessins. même si je ne sais plus où sont mes choses… Dans ce contexte. Lucette a acheté des cadres. Je ne peux faire poser les gens. l’achat d’une banquette. Je n’ai pas le temps de faire l’artiste. J’ai décidé de lire. sur le journal. donc. etc. Elle y travaille en me consultant. en principe. 6 h. Celle-ci s’est lancée dans un chantier de restructuration de la maison. J’ouvre le Journal de Delacroix. Aujourd’hui. Léonore est intervenue pour dire que la revue Attractions passionnelles doit avancer. l’après-midi. J’ai passé la journée d’hier à moitié endormi (couché. La photo permet des choses qui n’étaient pas possibles du temps de Delacroix. qui ont bouché les trous dans les murs. j’ai pensé que ces photos de toiles devraient être publiées comme illustrations à Morceaux de vie… Il faudrait que je lui dise. je n’ai pas mon appareil photo constamment. de nouveaux fauteuils. Il a fallu. chaque papier doit être remué. hier. En ayant vu plusieurs en vraie grandeur. un changement d’agencement des meubles. En même temps. pour inaugurer la liseuse achetée par Lucette. Cela ne se fait plus. j’ai noté une idée dans mon Carnet dalien dans lequel. C’est une dimension clandestine chez moi. que m’avait procuré Mostapha Bellagnech. entre autres choses. Delacroix et l’écriture. ont fait du plâtre. J’ai feuilleté vendredi son dossier de validation d’acquis de l’an passé (qu’elle voulait consulter pour photocopier des pièces). pour publication. Je me rends compte que je le fais aussi. Idée que les dessins d’après nature sont plus précis que ceux qui sont produits de mémoire… Dans le prolongement de cette idée. Je lis l’année 1822… Ce choix est lié au fait qu’hier matin j’ai écrit l’éditorial du n°3 des irrAIductibles. et ils ont donc produit beaucoup de poussière. Les plantes ont souffert ! Chaque livre. dans lequel elle avait placé une trentaine de photocopies couleurs de ses toiles. Pourtant. du fait de mon mal de ventre : une hernie ? Ou quelque chose de plus profond ?). Mon bureau qui n’avait pas été rangé depuis deux ans est impeccable. un autre consacré aux irrAIductibles.

c’est ma sensibilité à ce que l’on mange. à la fin. Je trouve la salade insupportable. Lucette me disait : “ les pommes de terre (en robe des champs) sont bonnes. chez le Yougo. J’ai trouvé à Sainte-Gemme un carnet vierge du même format que mon carnet dalien. Je voudrais qu’il m’enseigne la sculpture. Pour donner forme à ce projet. Je l’avais dessinée le 12 mai dans mon Carnet dalien. Être artiste. on n’a pas la cuisine qu’il faudrait. au moment où Lucette parlait. On a hâte de découvrir la salade de printemps ! Mais en même temps. L’idée m’a semblé lumineuse. La seule chose que je trouvais exquise. Il me faut lire ce qu’Angela m’a écrit. cette idée m’est sortie de la tête. j’ai acheté des toiles à Berlin. Je parvenais à l’atténuer en ajoutant de l’œuf à l’huile d’olive. Hier. La question de l’atelier revient de plus en plus fréquemment comme projet. que je trouve vraiment bon. à Veule-les-Roses ou au Domaine aux Loups… Cette discrépance (germanisme) entre Lucette et moi me fit prendre conscience que ma maladie me rendait plus attentif à ce que l’on mange. ma salade 204 . Elle m’a rendu des textes mardi. Son épouse. Je ne manque pas de matériel pour avancer dans ma recherche. C’est cela l’autogestion. Dans le mouvement de rangement. Comment K réussit-elle à s’instituer en position de me commander une œuvre ? Sa commande était pleine de pur génie. j’ai fait durer ma salade d’hiver. m’a passé commande d’un texte sur le surréalisme. Ils ont apprécié ce que j’ai dit de son œuvre le jour de la soutenance. Ainsi. où l’on mange vraiment de la bonne salade ? Jusqu’à maintenant. c’est aussi penser le cadre que l’on se donne pour travailler. Badr reconnaît mon identité d’artiste. dans ma tête. et qui pourrait avoir un rapport avec l’art. un atelier… Idée que je retrouve chez Delacroix… S’installer son moment de production est essentiel. que j’ai envie de terminer. et à plusieurs. Cela doit avoir un rapport avec Attractions passionnelles. pour faire avaler à sa famille des fruits pourris). Sur le moment. Elles n’étaient pas mauvaises. Il est venu m’offrir une sculpture de lui que j’avais remarquée à Rennes. a l’idée d’acheter une maison à Sainte-Gemme. C’est en découpant des tableaux des naïfs d’Essaouira (tiré d’un livre détruit dans une inondation) que j’ai eu cette idée. ” Je ne les trouvais pas excellentes. que j’ai entreposées à Sainte-Gemme. j’ai été ébloui par l’idée de cette idée. mais j’éprouvais à ce moment-là une nostalgie pour les pommes de terre de Sainte-Gemme. Le sculpteur Badr est passé à Paris. Comment leur donner de l’épaisseur ? Vendredi. K. Relation entre ma recherche et la théorie des moments. Réflexion aussi sur ce que doit devenir mon bureau : quels tableaux veux-je y voir suspendus ? Idée de placer la Trinité de Marek Szwarc. Va-t-il me falloir fournir la salade à ce restaurant ? Va-t-il me falloir envisager d’ouvrir une table à Paris. Y faire ensemble. Il me rappelle le beurre normand que je mangeais en vacances avec ma mère. Je ne les ai pas encore regardés. Elle avait une amertume difficile. je prends conscience que dans beaucoup de lieux que j’aime. Il est d’accord. comme programme. Quand la disciple peut dire au maître ce qui lui reste à faire ! Autre bonheur. à côté du portrait que le même Marek a fait de mon père le 9 septembre 1934. elle aussi. Aujourd’hui. C’est un premier pas. regroupement des livres surréalistes. artiste. K.Autogestionnaires. Un moment que je ne décris pas dans un journal. Elle a trouvé un Beurre de Baratte de Charentes-Poitou. et lui m’aiment beaucoup. Un petit bonheur hier : j’ai retrouvé le dossier de L’Herne sur Breton. c’était le beurre. Il enseigne la sculpture à l’université du Caire où il veut m’inviter. Bien que la qualité de notre cuisine dépasse de beaucoup celle de bien d’autres (Hélène nous a décrit l’art d'u proche.

Mais j’étais déjà abîmé. Mais en même temps. Son véritable intérêt pour Attractions passionnelles est une stimulation. Je n’en reviens pas de la qualité du cours de tango. se frôlent. C’est une bonne idée. une bonne patate. pour avoir la sensation de ces choses. Je viens de lire les trois textes qu’Angéla m’avaient remis mardi. Plus tard. elle se contente de se forger comme mots dans la tête. La rencontre offre ses nouveaux possibles L’union génère une nouvelle énergie Le frottement crée des étincelles 205 . Il faut être un peu malade. La dynamique du groupe était extra. être lu par Angéla. que j’ai donné à 16 h 30. ce qui n’est absolument pas le cas au restaurant ou avec la salade du marché. à un prix non mérité. je n’étais pas dans mon assiette. Elle existe vraiment. depuis longtemps. Hier après-midi. en d’autres occasions. j’imaginais la salade fondante disponible làbas. La cuisine fait partie des arts. En commençant le Journal d’un artiste. partir à Sainte-Gemme n’était pas possible. C’est vrai qu’actuellement. l’écriture d’Angéla me montre que le moment de la création est là chez moi. j’avais l’impression d’initier quelque chose. c’est tout de même autre chose que la bouffe de survie. Dans l’élan le plus primitif : Le désir On entre en contact En collision Et interaction. qu’il puisse circuler. Deux lettres (des 13 et 20 mai). Puis s’éparpillent. Et Attraction. en plus. les personnes qui travaillent à cette revue ne se rencontrent pas régulièrement. Et pourtant. compte tenu de mon état de fatigue. J’ai retrouvé le texte manuscrit d’Audrey. Il existe une différence de nature entre l’élevage et l’éducation. Est-ce si vrai ? L’écriture vient et va. J’ai l’impression que certains élèvent leurs enfants. Angéla pense que l’on doit publier quelque chose avant juin ! Se rend-elle compte du chemin à faire ? Son énergie m’a stimulé. Sans réfléchir. J’essaie d’éduquer les miens au goût des choses simples de la vie. et une réflexion à partir de sa lecture du Moment de la création. Physiquement. Je ne suis pas pour en faire un plat.a du goût. après le café. Quelquefois elle prend forme . Ce serait important d’avoir un espace de ralliement. Je me décide à le taper moi-même à la machine pour qu’il existe. Idée de l’urgence d’en semer à nouveau pour juillet. Et pourtant ! Un bon produit. vendue. notamment : “ Attraction PASSIONNELLE Comme un aimant Et une nuée d’électrons libres Qui circulent sans direction Se bousculent. Angéla veut donc échanger avec moi une correspondance. J’apprends en lisant Angéla qu’elle est venue jeudi à ma permanence avec Audrey pour me rencontrer… Si j’avais su ! J’aurais fait l’effort de me déplacer plutôt à la fac. Elle me dit qu’elle n’a jamais écrit. Peut-être en est-il de même chez elle à propos de l’écriture.

Elle me parle de projets d’écriture.Puis tout s’emballe. Je ne me sens professionnel de pas grand-chose. Un bon mouvement Une histoire qui se réalise Pas à pas. fait par Lucien. C’est amusant. Une dimension semble l’intéresser : la généalogie. Même si j’ai fait 50 livres publiés. Main dans la main. Elle vit de multiples expériences familiales ou artistiques. Cela n’a pas été facile. je ne me sens pas “ professionnel ”. Partout. Je ne vois pas fondamentalement de différence entre elle et moi. à côté du portrait de mon père fait par Marek Szwarc. ma grand-mère paternelle. Il faudrait qu’elle développe. explosion de la matière Initiale Qui se réorganise autrement Création Le jeu prend Et autour de la flamme Se réunissent de tout neufs éléments Qui s’installent pour un moment Dans un foyer convivial et récréatif Où naissent et vivent nos idées. Mon problème : je ne suis qu’un artisan. Autonome Pour aller répandre ailleurs. En avant. une bonne parole. son fils âgé de 16 ans. c’est fait . provoqué par Yves Le Guillou… La question 206 . en 1916. mais dans mon bureau hier. Un nouveau collectif vient d’émerger Librement organisé Par les affinités Et la volonté de créer Du “ vivre ensemble ” Avec plaisir. Je ne voulais pas trahir le style d’Audrey. J’en avais changé le cadre suite au bris du cadre à Sainte-Gemme. PASSIONNES Bon. Voilà. car ce que nous avons en commun c’est le désir de faire exister une transversalité. Immersion dans le chaos Dont on ressort lavé des conditionnements. Audrey pourra critiquer ma frappe ! Je n’ai pas envie d’écrire une lettre à Angéla. Qui trouvent ici leurs forces Pour agir maintenant Et s’enrichir du dedans Pour grandir Et prendre son envol. générosité Et spontanéité. Problème de majuscules qui se mettent spontanément en début de ligne (Audrey laissait des minuscules. j’ai placé le portrait de Pauline. En gravitant autour d’une même étoile Implosion. surtout pour les gens comme elle que j’aime bien. Angéla dessine. Trop brièvement. le plus souvent). Ma manière de lui répondre cette fois-ci serait de lui faire lire ce journal… Angéla me demande d’être un “ professionnel ” qui l’aide à entrer dans l’écriture.

Du coup. On prend la paie de professeur. Par transduction. Dans le même temps. 11 h 30. l’auteur. Elle s’est contentée de passer dans mon bureau. archivés quelque part. les mettre dans mon bureau à côté de ceux de Marek. surréaliste en elle-même. Elle fait partie du groupe Carla. Oui. d’une manière ou d’une autre. On ferait de même avec les œuvres de Deleuze. Et on commencerait par montrer que “ l’autodissolution de l’état est déjà bien avancée ”. Il y a aussi la filiation Marek Szwarc. ils parviennent à écrire 300 pages sur les surréalistes et le cinéma. je me suis posé la question : qu’est-ce qu’une vie qui échoue ? Luc Ferry. sans habiliter le Labo auquel j’appartiens et qui regroupe dix profs ayant publiés des dizaines et des dizaines de bouquins. Mais en même temps. Les auteurs démontrent qu’à la limite. et n’ayant pas le goût d’aller corriger la thèse d’A. son nom n’apparaît pas encore dans ce journal. Les ressortir. Idée d’écrire un livre ensemble. Posture drôle. Et la sculpture de Badr ? Idée d’un collage : De la valse au tango. Guattari. Pourtant. Relisant ce journal. de l’Education nationale et de la Recherche. elle la situe. en disant.de la généalogie m’intéresse. et montrer en quoi ils n’ont aucun rapport avec l’AI. puis la réimplication. Où ai-je mis les dessins d’Angéla ? Je les ai rangés. Je me risque alors dans Alain et Odette Virmaux. que je voulais réaliser mardi sur l’autel de l’autogestion ? 207 . Son œuvre est déjà traduite dans vingt-cinq langues. Qu’en pense-t-elle ? Elle suit ses cours. À propos de Carla. a-t-il réussi sa vie dans cette formule de 4° de couverture : “ Luc Ferry est philosophe. Seghers. On pourrait prendre mes livres. avec Qu’est-ce qu’une vie réussie ?. La première compte 100 pages des auteurs. Le livre est composé de deux parties. comme les auteurs. puis je regarde le choix de textes. son rôle sera essentiel dans Attractions passionnelles… Elle est passée vendredi en sortant de chez Yann (84. Je reprends un café avec Lucette qui se lève. aucun film ne peut être explicitement dit “ surréaliste ”. Lapassade. mot à mot. rue Marcadet). Les surréalistes et le cinéma. Je rassemble certains dessins de valse ou de tango. en quoi ai-je échoué dans ma vie ? Idée de faire une chronique de ma vie qui échoue. Je vais chercher le cadre de Marek. Il est 9 heures. Laurence… Oui. le surréalisme. Pour moi. relue ce matin très vite (3 mn) et sans lunette. on habilite des gens qui ne font rien. Méditation sur la surimplication. Paradoxe. On écrirait 1000 pages. Plus tard. J’ai envie d’être disciple de Marek. Le faire. mais c’était le chantier ici. et l’on se met à passer son temps à danser et à apprendre la peinture ! Je tiens probablement là le fil de la fiction que K m’invitait à écrire pour me sortir du rêve de concrétude du scénario de meurtre de Bertrand. 1976. C’est une analyse de la question. On me fait occuper un poste de professeur de 1er classe. dérive intellectuelle qui débouche sur la poésie. La seconde est une anthologie. M. On montrerait qu’elles ne sont pas institutionnalistes. J’ai deux dessins d’elle. puis la désimplication. chacun. je me suis dit qu’il me fallait renouer avec le surréalisme. il y a ici les portraits de famille. Des idées me viennent : je n’ai jamais été institutionnaliste. Lourau. ” ou plutôt dans le fait qu’il est parvenu aujourd’hui même à jeter 500 000 personnes dans la rue contre lui ? Et moi. Elle parle de généalogie. Je lui parle d’Angéla. Il est actuellement ministre de la Jeunesse. On partirait de la non-habilitation du Ministère. Je lis 74 pages de la première partie. que l’on n’est en rien exhaustif sur la question. pour renouer avec l’art et la poésie. On quitte le projet scientifique sur la pointe des pieds.

j’ai lu l’année 1823. ordonne tout le reste de la vie : tout vient tourner autour de cela. c’est l’amour. Très agréable. Je me plaignais d’être obligé d’avoir recours à cela . Il me faudrait travailler. le passé redeviendra à moi. tout cela sera donc anéanti. Je veux noter qu’Eugène Delacroix écrit le mercredi 7 avril 1824 dans son Journal : “ Je viens de relire en courant tout ce qui précède : je déplore les lacunes. périodiquement fixe dans une vie. Ce même jour : “ Mais quand une chose t’ennuiera. alors même que mes parents m’interdisaient le cinéma. J’ai vu des quantités de films en tant qu’enfant. On entrerait dans les fantasmes de Pascal et Bertrand. Pour moi. Les sorties clandestines avec ma grand-mère pour aller voir les films interdits au moins de 18 ans. je vis double . que puis-je t’écrire ? Dans quelle direction t’inviter à aller ? Je ne sais absolument plus où je vais. la poésie et la liberté. Nécessité de refaire mon histoire de vie par rapport au cinéma. par ma faiblesse humaine. Il me semble que je suis encore le maître des jours que j’ai inscrits. parce que je ne veux pas en devoir ce qui peut m’en rester à l’obligation de l’écrire. je ne puis m’empêcher de noter qu’au niveau de l’organisation du travail. mais atténuée sur la fin le 7 mai 1824. même idée. L’ennui au ciné-club lorsque j’avais 15 ans. On les porterait à l’image. Les séries se succèdent. J’ai 25 chaînes non choisies sur le câble et que je regarde sans y penser. etc. En même temps. ni autre chose que cette jouissance qu’il y a à voir se succéder des objets de la vie quotidienne. Elle me cachait dans son vaste manteau. ou en pensant à autre chose. Je crois que je vais m’offrir l’année 1824… Il faut dire que le soleil inonde mon bureau. qui m’invite à me mettre à un autre chantier (Analyse Institutionnelle et Autogestion pédagogique). ma posture par rapport à la télé. Je les regarde en m’endormant au milieu. le sens de l’histoire. En conservant l’histoire de ce que j’éprouve. Il est certains défauts pour le vulgaire qui donnent souvent la vie. Je découvre les problèmes de peindre à une époque où il fallait faire poser pour avoir des modèles (la photo n’existait pas). Lundi 26 mai 2003. quoiqu’ils soient passés. L’avenir est toujours là. Oui. par bravade. Je dois m’interrompre. Ce matin. Par amour du cinéma ? Aussi. Eugène Delacroix défend l’idée de suivre l’inspiration et les pulsions du moment (11 avril 1824) . Mais ceux que ce papier ne mentionne point. cela fait un peu “ cinéma de quartier ”. l’est autant. On prendrait les irrAIductibles et les Autogestionnaires comme acteurs. ” Excellent. mais pourquoi toujours s’indigner de ma faiblesse ? Puis-je passer un jour sans dormir et sans manger ? Voilà pour le corps. Cette citation serait à utiliser dans Le journal philosophique à la suite de Marc-Antoine Jullien. exactement ! Mais justement les Surréalistes aimaient les films que l’on va voir sans retenir ni les titres. Mais comme dit Liz Claire. Je méprise Cannes et les films de l’establishment. cela devient une bonne chose que l’obligation d’un petit devoir qui revient journellement. ne la fais pas. Désir de lire ! Je lis. Cela entraînait pour le peintre une certaine forme d’organisation du désir et de la sexualité 208 . J’ai retrouvé. non pas de faire du cinéma. Ne cours pas après une vaine perfection. Mais mon esprit et l’histoire de mon âme. Et Paris 8 comme décor. car je viens de recevoir un coup de fil de K. Désir aujourd’hui. J’aime le cinéma à la manière des Surréalistes. J’y allais en fraude. Une seule occupation. là. ils sont comme s’ils n’avaient point été. le seul monument d’existence qui me reste ? L’avenir est tout noir. Tous les aspects techniques du Journal m’intéressent. 11 h 15. Au contraire. Mais je n’ai pas envie de faire autre chose que de lire Delacroix. J’aime les navets.Angéla. Le passé qui n’est point resté. Dans quelles ténèbres suis-je plongé ? Faut-il qu’un misérable et fragile papier se trouve être. mais des romans-photos.

Appris un grand principe d’Horace Vernet : finir une chose quand on la tient. c’est par conscience. ” Et un peu plus loin : “ Quelle penses-tu qu’ait été la vie des hommes qui se sont élevés au-dessus du vulgaire ? Un combat continu. pour échapper à l’ennui. quand on n’en a pas. fameux peintre de tableaux de bataille. simple et vrai. quoique inquiet. c’est mon propre questionnement sur la pratique du journal. K. le matin 302 Horace Vernet (1789-1863). beaucoup trop indolent. je m’ennuie. et la manière dont Delacroix se confronte à la gestion conjointe de la production de son œuvre picturale. Je parviens jusqu’à la page 170 (fin de l’année 1847). Et mon journal me semble être une sorte d’échappatoire par rapport à mes livres à produire. sur la fin de tout cela. on manque des jouissances que le bien procure. Au réveil (6 h 30). dont les rugissements ébranlent tout votre être. ” Le 14 juin 1824 : “ Tant que l’inspiration n’y est pas. aussi semble ressentir le besoin de conclure un chantier avant de passer à un autre. Je m’arrête pour aujourd’hui. 8 h. Quand on a du bien. par exemple ? Jeudi 29 mai 2003.bien décrite par Eugène… Mais. Je me sens impuissant par rapport à lui. sur son propre terrain. Mes livres stagnent même si j’ai relu Le journal philosophique rapidement hier. Seul moyen de faire beaucoup. me disait que si je ne publie pas La théorie des moments maintenant. Dans quel ordre s’y mettre ? Comment articuler chantiers et voyages. (c’est moi qui souligne) qu’importe le bien ou non ? C’est une inquiétude. on ne sent pas le plaisir d’en avoir . savent se donner une tâche et l’accomplir… ”. 140 de mon édition). quelles transes de réveiller ce lion qui sommeille. je me sens incapable de faire autre chose que de lire le journal de Delacroix. s’il est écrivain : parce que son génie lui demande à être manifesté . Il se laisse aller de temps en temps à faire de la philosophie. ce que j’ai envie de recopier de son journal touche à la question abstraite de la création. je vais terminer comme Jean-René (qu’elle vit comme dépassé. par intervalles. Ascension. quand il s’agit de se remuer à cet effet. Il y a des gens qui. Mon œuvre picturale n’est même pas amorcée. Ainsi. hier. Mais pour en revenir. mais ce n’est pas la plus forte. C’est sa méditation du 6 juin 1824 que j’ai envie de noter : “ Quelle sera ma destinée ? Sans fortune et sans dispositions propres à rien acquérir. Que ceux qui travaillent froidement se taisent : mais sait-on ce que c’est que le travail sous la dictée de l’inspiration ? Quelle crainte. et ce n’est pas par le vain orgueil d’être célèbre seulement qu’il lui obéit. Lutte contre la paresse qui leur est commune avec l’homme vulgaire. par ses disciples). lorsque Lu se lève : je vais boire le café avec elle. Puis. ” J’ai continué ma lecture jusqu’au 6 mars 1848 (p. La même idée se poursuit tout au long de ce journal. je me suis assoupi. le 19 août 1824 : “ Déjeuné aujourd’hui avec Horace Vernet 302 et Scheffer. Il est 16 h 15. être ferme. Mais tant que mon imagination sera mon tourment et mon plaisir à la fois. 209 . voilà l’étude de tous les moments et utile toujours. Lucette. quand il s’agit d’écrire. Je croyais que je plongeais dans un journal qui m’intéressait pour son contenu : la peinture. Ursula me demande des textes qu’il faut que je rende ce jour… Mardi 27 mai 2003. Je m’aperçois que ce qui me fascine dans cette lecture. et à cette écriture diaire.

Kaufmann). Je voudrais feuilleter ce livre en même temps que le livre d’Anne Larue. Un étudiant subtile (son nom m’échappe) avec qui j’ai mangé mardi me disait qu’il m’avait trouvé hypersensible : “ Ce n’est pas une critique. Le 11 août 1850. discutant le proverbe “ Il n’y a point de héros pour son valet de chambre ”. ma grand-mère par Lucien. après s’être figuré qu’il était hors de la nature comme des personnages de roman. J’avais ce livre entre les mains. Le véritable grand homme est bon à voir de près. ne pouvant ni lire ni écrire. Il n’a pas pu enseigner. Je lis les années 1851 et 1852. Le collage que je fais a pour fonction de donner une place aux étudiants que j’aime dans mon quotidien. Je me mets immédiatement à la lecture de Delacroix. Je médite à l’image que j’ai donné. il me manque quelques photos de personnes que j’aurais voulu associer à cette “ exposition ”. Du coup. Delacroix note : “ Je crois qu’en y pensant mieux. Lucette part en province faire un entretien Voltaire. réveil à 6 heures. à l’université. Ce matin. Il y a aussi un portrait de Lucette. 7 h 20. la maison est calme. en viennent très vite à le trouver comme tout le monde. il y a à peine un mois ! Vendredi 30 mai 2003. il n’y a là rien d’étonnant. et à côté du vrai… ”. Hier. on se convaincra qu’il en est autrement. je me suis mis à lire avec plaisir l’année 1949 du journal de Delacroix. J’ai des idées. J’ai passé une partie de la journée à installer des cadres ou toiles dans la maison. Au réveil. à partir de photos de différents étudiants et enseignants du mouvement. 16 h 20. d’avoir des disciples. Delacroix et l’écriture (1822-1863). notamment Opapé et Christine. Je suis content de l’ensemble. La couverture représente le Combat de l’ange. Au départ. Malheureusement. c’est une qualité de pouvoir montrer sa sensibilité ”. mon mal de ventre est moindre. Il appartient au vulgaire d’être toujours dans le faux. seul. son désir d’être prof. Hier après-midi. Je pense que c’est important de me retrouver au milieu de gens que j’aime : la Sainte Trinité. Contrairement à ce qui s’est passé les jours derniers. C. ajouta-t-il. Par exemple. Je vais suspendre cette lecture. le portrait de Pauline. Je me disais que la lecture de la critique ne vaut pas la lecture directe d’une œuvre. le ton d’Anne m’ennuyait. Le journal mélancolique. Et puis j’ai découvert beaucoup d’informations érudites sur Delacroix qui m’ont intéressé. Que les hommes superficiels. Je ne parviens pas à retrouver le livre offert par Marie-Paule sur Delacroix (écrit par J. Je vais tenter de passer la journée à écrire dans mes différents journaux. Je parviens à la page 270 du Journal dont j’ai lu l’année 1850 cet après-midi. j’ai tenté de faire un collage : une sorte d’affiche pour les irrAIductibles ou les Autogestionnaires. où un bruit de perceuse strident m’empêchait tout travail intellectuel. Je suis un peu fatigué. tapuscrit sans date. ces derniers temps. La pose des deux protagonistes a servi de modèle à l’affiche pour La leçon de tango de Sally Potter (j’ai cette affiche dans ma chambre !). 210 . j’avais lu Anne Larue jusqu’à la page 80 303 . le portrait de mon père par le même peintre.Je vais passer la journée. La composition mêlant photos couleurs et photos en noir et blanc est assez réussie. Pour moi. qui apprenaient le métier à son 303 Anne Larue. sur Delacroix… Il me faut retravailler au rangement de ma bibliothèque. de Marek Swarc. et précisément dans mon bureau. Ses “ élèves ” étaient des petites mains.

ainsi que Witold Gombrowicz que Remi Hess lit avec passion. Autre agrément. en un mot tout ce qui travaille lentement et incessamment. Nous autres. Les grandes marées à Pourville-lesDieppe me manquent depuis trop longtemps ! Aujourd’hui. Elle évoquait ce dessin la dernière fois que nous nous sommes vus. en attendant le réveil de Lucette. c’est évident. Delacroix d’il y a quinze jours : je vais faire à présent le travail de Delacroix de tout à l’heure. intérêt pour les commentaires sur la pratique du journal elle-même. La lecture du journal de Delacroix a évidemment un rapport avec la préoccupation qui me traverse de temps en temps de publier mon journal 2000-2003. nous ne filons jamais le même fil jusqu’au bout. en nous plongeant dans Anne Larue ! 8 h 46. il faudrait que je travaille sur d’autres affaires… Mais je ne parviens pas à m’y mettre. près d’un marché. qui disparaît ainsi. ou plutôt d’une brocante. Hess : Maja lui fait découvrir le théâtre russe dont elle est spécialiste. Ce sont les éléments manquants d’une œuvre. Je ne comprends pas pourquoi je ne vais plus en Normandie. Je me moque finalement de la perte. le travail de M. “ Il y a quelque chose d’Obermann sur le vague dans mes petits livres bleus ”. Remi Hess rencontre cette jeune femme dans une pratique de tango à Paris où elle est venue pour faire un stage à la Comédie française. texte qui semble être une recherche en relation étroite avec la question de l’art. J’ai l’impression de me retrouver dans ce qu’il commente des paysages. Ce qui compte. Même remarque pour mes dessins. de manière à ce que je ne puisse le retrouver ! On passe quelquefois beaucoup de temps à produire quelque chose. Cela interfère avec ce qui devrait être ma seule préoccupation : la sortie des œuvres d’exposition. notamment Formes et mouvement. Mais je n’y parviens pas. Mais je ne sais comment m’y prendre pour le publier. C’est l’esquisse faite sur une nappe de café avec Maja 304 . Par exemple.contact. voilà pourquoi la nature. Un seul me manque vraiment. Commence entre eux une relation intellectuelle assez productive pour R. Je faisais. 304 Traductrice de La pratique du journal. dans le cadre de ses études de théâtre à Hambourg. Par exemple. 9 h. Cette notation me fait réfléchir. Les pages entières lues ce matin sur la composition de la couleur m’ont ennuyé. Ce texte me semble avoir un intérêt. mais aussi sur les commentaires du travail. 211 . mais il n’a pratiquement pas pu transmettre son art sous une forme pédagogique . enquête au quotidien (en allemand). le tricot sera plus gros ou plus fin. lorsqu’il écrit : “ …Il ne faut pas quitter sa tache . fait de si bonne besogne. citation de Delacroix par Anne Larue qui ajoute en note : “ ces petit livres sont perdus ” . C’est l’une de mes méditations les plus constantes en ce qui concerne mon œuvre. ” (12 mai 1852). Allons ! Accordons-nous quelque transgression. Quels sont mes textes qui seront commentés ainsi ? Quels sont mes journaux qui auront disparu pour le lecteur du siècle prochain ? Quels sont ceux qui ont déjà disparu ? J’ai supprimé moi-même peu de textes consciemment. Cela m’inviterait à avoir la nostalgie d’un rangement de mes affaires dont je sois sujet. Remi Hess sort plusieurs textes qu’il a placé dans ses œuvres posthumes. Je suis d’accord avec lui sur de nombreux points. d’où son effort pour transformer son journal en traité de peinture. À partir de cette relation. le livre subversif que j’avais écrit avec Lorenzo sur Christophe Colomb ! Pourquoi l’ai-je caché quelque part. avec nos intermittences. voilà pourquoi le temps. Mais certains se sont égarés. Dans ce que j’ai lu ce matin. Il faut renouer la maille. ses voyages à Dieppe : j’ai beaucoup aimé cette partie de la Normandie. Je vais continuer à lire Anne Larue. c’est ce que je produis aujourd’hui. avant mon départ.

plaisir d’une architecture nouvelle pour moi (la ville de Figeras découverte lors d’une longue dérive sous le soleil. Sa technique 212 . ce qui intègre les morceaux à un ensemble. Enthousiasme de K lorsque je lui ai proposé de m’aider à m’installer mon atelier. Impression d’écrasement. de Delacroix (à faire lire à K). J’ai lu Larue jusqu’à la page 104. durant près d’une heure et demi. n’ayant pas bu de café le matin. je me suis dit que ces flux de touristes faisaient partie du dispositif. Hier matin. Même idée en ce qui me concerne. Travail sur la perception avec le Lincoln. ayant conduit 200 km en plein soleil (…). plaisir de retrouver ma Chérie. Vraie admiration de découvrir les toiles qui nous appartiennent. avec visite des marchands de peinture). Désir d’en croquer quelques-unes. j’étais fatigué en entrant dans le temple sacré. En rentrant à Paris le soir et ce matin. Ayant mal dormi. je trouve daliennes. Je me replonge dans Delacroix pour sortir d’un état psychique détestable (je suis dispersé. Elle connaît ce musée parfaitement. Dans de nombreuses toiles. mais cela me calme. avec K. aussi dans mon Carnet dalien (cela fait quelques jours que je ne dessine plus !). Cette spontanéité m’a plu. les poses que prend K quand elle dort. je vivais mal la foule. Moments particulièrement agréables dans la salle sombre. aux couleurs usées par le temps.Jeannette va venir. atomisé). Je ralentis ma lecture pour tenter de comprendre comment il vit mon âge. Perception qu’il manque un tableau de K. présence de collages qui se trouvent recouverts par de la peinture. Mon impression d’ensemble est un profond désir d’y retourner et de prendre mon temps. C’est un encouragement pour m’y mettre. Mais ai-je le droit de saisir l’autre dans son sommeil ? Idée que K pourrait faire. Rétrospectivement. Très intéressant. puis tout doucement. K m’oblige à aller au-delà de ma perception première des choses. Je vais sortir. etc. qu’elle a entrepris dans le salon et l’entrée. Confirmation que j’aime. et le chantier d’aménagement de musée. Au départ. Il me faut donner une toile à cet appartement. ayant mal à la tête. Mais pas de pèlerinage sans calvaire ! J’ai été traîné par K. Il n’y a plus qu’à la peindre. Je ne lis pas beaucoup en quantité (ce matin du 12 mai au 28 août 1853). mais finalement satisfaction d’en connaître nettement plus sur Dali et de son œuvre. K m’a fait observer principalement les techniques d’exécution du peintre. derrière les armoires. Delacroix a 55 ans. En 1853. au-dessus de toute montagne. et que l’on avait laissé à l’abandon depuis cinq ou six ans. si elle l’accepte. le modèle pour mes premières tentatives de peinture. Vendredi 13 juin 2003. du dessin. Ces observations m’ont semblé enrichir mes découvertes techniques faites lors de la lecture de Journal. une forme unifiée. c’est-à-dire un an de moins que moi cette année. écrire mon journal dans un carnet. visite du Musée Dali de Figeras (Espagne). où se trouve une série de toiles représentant Galia : K insiste sur la précision des traits. Dans ses commentaires. Discussion avec K sur la beauté des maisons. les Pyrénées. Samedi 7 juin 2003. Ce premier voyage en Espagne a été une initiation au sens fort du terme : jouissance de paysages nouveaux et inconnus. Faut-il que je passe commande à K d’un portrait ? Il faudrait une toile de grand format. de salle en salle. aller à l’Unesco. que précédemment. dessiner. L’acquisition d’un chevalet et de peintures va devenir une urgence.

aussi. sur de grandes feuilles de papier. en sautant à cloche-pied . Petra Sabisch arrive à 11 h 30 et repart à 15 heures. à ce qu’on dit. et moi-même. Peut-être qu’après les années Lourau. à Voltaire. Elle était venue jeudi au cours de tango.d’écriture qu’il décrit le 12 mai est assez importante : “ J’ai beaucoup travaillé au damnable article. à Mozart. On aurait toutes ses divisions et subdivisions sous les yeux comme un jeu de cartes. Samedi 14 juin 2003. Il se laisse pousser la barbe lorsqu’il est à la campagne. Thèse en co-tutelle ! Ce matin. Débrouillé comme j’ai pu. L’autoportrait est un exercice qui m’attire effectivement. je me fais le plaisir de lire quelques pages de Delacroix : j’en suis à son séjour à Dieppe (25 août 1854). ” Et il ajoute : “ L’ordre et l’arrangement physique se mêlent plus qu’on ne croit des choses de l’esprit. au crayon. Elle prépare son exposition pour Laurence. je crois. Jérémie vient de m’appeler. C’est l’espace-temps nécessaire pour lui permettre de s’instituer. Mon livre sera son dernier. Elle peint. Lourau. . Elle rebondit. Elle a évoqué hier l’idée de 213 . Avant de partir pour la fac. Je serais tenté de croire que la méthode de Pascal. Un travail sur le surréalisme. les idées me viennent lors de mon réveil. Appel de K. j’entrerai dans une nouvelle phase qu’il faudra tenter de définir. Elles m’ont poussé à passer commande à K de plusieurs tableaux de moi. -d’écrire chaque pensée détachée sur un petit morceau de papier. au sens esthétique du terme. C’est une urgence absolue. j’aurais voulu noter ses remarques sur le portrait dont j’ai parlé avec K. Rousseau. Ensuite. Charlotte a trouvé réussi mon autoportrait. il me faudra m’organiser quatre années Illiade. J’ai oublié de dire à K que je rêve de mettre un portrait de moi en couverture du Journal des moments que je lui ai demandé de signer à partir d’une lecture de mes recherches sur le journal. Je vais jusqu’en avril. date de son anniversaire. Son travail est davantage du côté de la danse contemporaine… Elle a travaillé à Hambourg . Il a décidé de se retirer. Hubert de Luze attend mon livre sur Lourau et le surréalisme.n’est pas trop mauvaise. Alain Marc). surtout dans une position où je n’ai pas le loisir d’apprendre le métier d’écrivain. elle se dirige vers Christoph Wulf à Berlin. Je ne parvenais pas à trouver une fin à cette recherche. les idées leur venaient dans leur lit . puis cet aprèsmidi pour me défouler d’une suite d’entretiens (Mohamed Daoud. En feuilletant mon carnet dalien. Lundi 16 juin 2003. Elle a accepté de lire mon journal depuis la mort de René. aujourd’hui. Je l’ai pourtant fit “ de mémoire ”. en se promenant dans la campagne… ” Personnellement. La lecture de ce livre me donne vraiment envie de me mettre à écrire mon livre sur R. que je pourrai donner à mes trois enfants. Il me faut le faire dans les jours prochains. Telle situation du corps sera plus favorable à la pensée : Bacon composait. Son idée : je dois arrêter ce journal le jour où j’aurai terminé mon livre sur René. Hier. et l’on serait frappé plus facilement de l’ordre à y mettre. C’est une très bonne scansion. Ce sera une œuvre. Sa place est du côté d’Attractions passionnelles. je commence l’année 1854 (année de ses 56 ans). tout ce que j’ai à dire. à Rossini. Beaucoup de proximité avec Delacroix. je lis le Journal de Delacroix (fin de l’année 1853). au réveil.

Mardi après-midi. Dali. Je me dis que je préfère Dali à Korczak ! J’ai passé toute la journée dans ce livre que j’ai terminé. j’étais dans un état d’épuisement. par exemple (p. car Lucette m’oblige à ranger nos papiers. Je suis conquis. il y a des périodes de fatigue qui lui font couper entièrement avec la peinture. non lu. Hier. C’est vraiment un grand livre ! Les passages sur l’enfance sont vraiment extraordinaires . ce livre est assez explicite sur son rapport au monde. Nous devions aller au cinéma avec des amis et au dernier moment je décidai de rester à la maison. Depuis un mois. Je me levai et me rendis dans mon atelier pour donner. Gala sortirait avec eux et moi je me coucherais tôt. je cherche un ouvrage à prendre pour attendre à la poste (je veux faire peser des lettres). Très bonne idée. J’aurais aimé savoir pourquoi il rompt avec son père. c’est le contraire. Il lit et écrit durant ces périodes. je vais pouvoir me mettre à la peinture. Mercredi. Je le lis d’un trait. La chaleur et le travail intense à Sainte-Gemme expliquent certainement cet état depuis le 12 juillet. 351) : “ …Et le jour où je décidai de peindre des montres. Mais. ce que ne font pas d’ordinaire les gens qui se racontent. je suis content de retrouver un certain entrain. Il avait 36 ans. Mardi 22 juillet. Tous les hasards objectifs sont des occasions d’inventer . Incroyable. lorsque je fus seul. Lucette l’a retrouvé en rangeant nos livres. J’ai retrouvé un rythme de lecture satisfaisant. je les ai lues lentement. Auparavant. visite de Georges. et je lis La vie secrète de Salvador Dali. Cela se passa un soir de fatigue. Je me lève à 3 heures. j’ai lu l’année 1858 du Journal de Delacroix. Les années précédentes. aussi. Je retrouve un livre de Dali. malaise extrêmement rare chez moi. Cela reporte mes projets d’écriture. Je regarde dans ma bibliothèque surréaliste. jusqu’à 6 heures. il y avait la fatigue de l’année. Je trouve qu’il a vraiment eu raison d'écrire cette autobiographie. j’avais lu l’année 1857. Ensuite. Ce sont des années où nos âges se rencontraient. Hier. sur l’art. je restai un moment accoudé à la table. puis de Bernard Lathullière. une certaine énergie pour travailler intellectuellement. mais il me faut l’interrompre. Chez Delacroix. Alexandra m’a annoncé qu’elle viendrait m’apporter Romain vendredi. Il faudrait que je commente chaque chapitre. Insomnie cette nuit après cette visite. Une page ou deux à chaque fois. 16 h 20. Pour moi. Maintenant. Dali est génial. 214 . je les peignis molles. C’est un moyen pour se reposer et prendre de la distance… C’est d’autant plus curieux que je me trouvais avec des idées claires sur le travail qui me reste à accomplir pour le livre sur R. je me lève à 6 heures pour en avancer la lecture. Nous avions terminé notre dîner avec un excellent camembert et. du coup. Il se décrit comme méchant. Je lis les quatorze premières pages. dispersés au moment des peintures de la maison. Sur la peinture.faire une licence d’arts plastiques. et celui sur la théorie des moments… Jeudi 24 juillet 2003. ceux sur sa peinture. c’est autre chose. Il faut que je sache interrompre mes livres pour faire autre chose. au moment où Alain Marc passait pour me faire relire son résumé de thèse. Ce matin. Je pense que cela va intéresser Romain de découvrir la peinture à l’huile avec moi. Lourau. C’est vraiment intéressant. réfléchissant aux problèmes posés par le “ super-mou ” de ce fromage coulant. Cela me change de ma lecture de Delacroix que j’avais pu reprendre quelques jours auparavant. Je voudrais faire partie du mouvement aussi. J’avais une migraine.

quand Gala revînt du cinéma. et intitulé e : “ Les messages à thématiques sociales du cinéma de fiction : un exercice pédagogique ”. je préparai ma palette. Cela m’a donné le goût de terminer le collage des photos des travaux. j’ai fait de la gouache. surréalisme et danse ne s’était jamais imposé à moi avec autant d’évidence. J’ai une grippe. C’est l’histoire d’un peintre de Montmartre (1925). J’avais déjà suivi la suite à une autre occasion. Je me sens très proche de Jean Dubuffet. ouvrage qui me fait travailler énormément. 215 . Le tableau que j’étais en train de peindre représentait un paysage des environs de Port Lligat dont les rochers semblaient éclairés par une lumière transparente de fin de jour. et à lire sur la création (Jean Oury. et me mis à l’œuvre. Depuis cet été. qui descend s’établir dans la région d’Avignon. Mercuès. On a eu un petit comité de rédaction mardi à la fac avec Kareen. j’aurais terminé les 20 pages qui manquent pour clore l’index de Jean Oury. et de son travail de l’art brut. lorsque je vis littéralement la solution : deux montres molles dont l’une pendrait lamentablement à la branche de l’olivier. Je suis content d’avoir fait ce travail manuel. Deux heures après. J’ai fait deux volumes de mes carnets daliens. Malgré ma migraine. 15 h 20. Voir mon journal de lectures. Mes lectures me donnent le goût de me mettre sérieusement à la fondation d’Attractions passionnelles. La relation entre milieu artistique. Je ne sais pas si ce que je suis en train de faire n’est pas de cet ordre. L’installation de la maison était un événement qu’il fallait suivre dans sa progression. J’allais éteindre la lumière et sortir. Si j’étais davantage en forme. Vers 16 heures. Création et schizophrénie. Ma théorie des moments n’est vraiment pas loin.selon mon habitude. dans lequel je réfléchis. Lundi 15 décembre 2003. Au premier plan. Sarah Walden). 10 h 30. le tableau qui devait être un de mes plus célèbres était achevé… ” Ce passage raconte la production d’une toile célèbre. Le journal des idées). Je ne puis faire autre chose. J’ai été chercher les photos (6 pellicules) sur SainteGemme. Audrey. revue planétaire d’art et d’éducation. à l’idée du “ beau livre ”. j’ai produit des journaux illustrés. 18 h 30. un dernier coup d’oeil à mon travail. sur le cinéma et l’analyse institutionnelle. Henri Maldiney. Ce paysage devait servir de toile de fond à quelque idée. j’avais esquissé un olivier coupé et sans feuilles. à l’issue d’une très belle thèse de Keng-Ju WU dont je présidais le jury. je suis sorti. Cette année 2003 aura été marquée par une frénésie de photos. Jeudi 11 décembre 2003. Je regarde (sur Teva) le premier épisode de L’amour en héritage. Je continue à dessiner. Il me reste à écrire quelques commentaires pour considérer ce chantier du journal des travaux comme terminé. mais laquelle ? Il me fallait une image surprenante et je ne la trouvais pas. à Brasilia de l’huile. mais aussi la manière dont viennent les idées (cf. Il y a dans cet épisode un bal surréaliste et plusieurs boîtes où l’on danse le charleston. En Bretagne. sur le plan cérébral. aujourd’hui même. J’ai fait un cahier d’ethnophotographie (plus de mille photos) sur les travaux à Sainte-Gemme (changement de toit).

17 h 25. et la façon d’appuyer qui peut se rapprocher de la peinture des caractères chinois et japonais. en plus de la figure du personnage. Regardez encore une fois des tableaux tout à fait classiques tels que ceux de Fragonard. Galilée. j’avais donné rendez-vous à Nayakava à la librairie de la rue Marcadet. par exemple). Pensez à Fragonard. Création et schizophrénie. J’imagine des toiles où. 1990. sont découvertes quelquefois plusieurs siècles plus tard. car elle ne l’avait pas daté. 168. ou de Vermeer. mais je ne les ai jamais regroupés dans un endroit précis de ma bibliothèque. mais également à Van Gogh ! S’il avait eu le milliardième de ce que vaut maintenant un de ses tableaux. Il y faisait froid. Les limites de cette toile me font réfléchir à un développement futur de ce style du portrait. J’ai acquis quatre ouvrages. 1989. ou de Rembrandt. Walther (Benedikt Taschen. musicienne rencontrée au colloque de philosophie de Dijon. on fasse apparaître des éléments de sa transversalité : paysage ou réalisations (couverture de livres. ça perdrait quelque chose : ce serait comme s’il n’y avait pas d’ouvert 307 . et de prendre le temps de contempler des œuvres qui ont marqué mon enfance. Et c’est ce qui fait la qualité d’une œuvre : ne pas être finie. dans Fragonard. Je sais où se trouvent mes trente-cinq livres d’esthétique. p. mais dans une juste mesure. 96 pages). sans esquisse préalable. jeudi et vendredi dernier. par Jacques Thuillier. c’est une touche rapide. 216 . En cette période de fête. Cologne. Aujourd’hui. Oury. 136 pages). 177." Et plus loin : “ Des oeuvres d’art qui. C’est une philosophe amateur qui confronte philosophie et musique. mais pas mes ouvrages d’art. Création et schizophrénie. ces deux ouvrages avec illustrations publiés en Italie. échange de lettres avec Hubert de Luze (2001). et préparés sous la direction de Luciano Raimondi. Ce matin. p. Il me plait. Il commente ce peintre dans le livre que j’ai indexicalisé de lui. Je lui ai payé 1000 euros. J’ai pensé aujourd’hui que j’ai pu acheter des ouvrages d’art. 1987. -Vincent van Gogh. Nayakava (K) s’est plainte que je ne lui écrive plus de longues lettres. Paris. C’est un manque qui montre que mon moment de l’art n’est pas très construit. C’était ça la nouveauté de Fragonard. ou méprisées. Dada (1990) . J. et l’a terminé dès hier. il aurait eu de quoi se payer un paquet de cigarettes ! ça aurait mieux fallu et il ne se serait peutêtre pas coupé l’oreille ! Quand on pense que ses tableaux servaient de jeu de fléchettes aux gosses de Saint-Rémy. Pourquoi ai-je acquis Fragonard ? Jean Oury a visité une exposition Fragonard. du temps du vivant du créateur. j’ai envoyé deux courriers à Christine Vallin. (Skira. étaient restées complètement méconnues. ” 305 306 Jean Oury. Elle m’a apporté ce matin le portrait que je lui avais commandé (on le nommera : Remi. lus cet après-midi : -Georges Braque (1994). Le style même est dans la touche qui fait tache 305 . la touche rapide du pinceau. Ces images étaient déjà fortes pour moi en 1960. p.Lundi 22 décembre. Création et schizophrénie : “ Il faut s’approcher des tableaux et voir la touche . c’est extraordinaire ! Les intérêts esthétiques varient 306 !" Et encore : “ Si on réduit la création à la prétendue œuvre. de Ingo F. elle m’en a fait une critique très intéressante. je trouve bon d’acquérir quelques ouvrages d’art. Elle l’a reprise. Aujourd’hui. la plupart des œuvres même reconnues sont disqualifiées parce qu’elles ne sont jamais terminées. -Fragonard. Elle a acquis Le moment de la création. Oury. ce qui semble cher à Lucette. 171. à la casquette). et que ma professionnalité d’artiste est encore à penser. Si c’était fini. 307 J. Création et schizophrénie.

” 13 h. les fonds seront secs. et elle m’oblige à les dater et les signer. 217 . Il est nécessaire de commencer la peinture en faisant des choses assez simples. 50.Cela y est. J’entends bien ce qu’elle me dit. qui m’inspire. le premier offert par Kareen le 25 février 2003 et le second acquis sur une brocante. j’ai créé un espace “ livres d’art ” dans ma bibliothèque. Rachel Wolf. Il y a quelque chose dans ce pastel. la saison. à la même page : “ L’ombre et la lumière sont de vrais instruments au service du peintre. J’achète un lot de trois châssis. Je me mets à faire les fonds des trois châssis. Elles détiennent une sorte de pouvoir magique qui leur permet de créer une atmosphère. alors que j’étais accompagné par Maja. Je ne copierai pas ce tableau de façon pointilliste. J’acquiers aussi un ouvrage : Greg Albert. Maryland (40x40 cm) : “ Une heure d’étude pour un moment de quelques minutes. La peinture à l’huile. me dit que mes autoportraits (Brasilia. 10 h. De tels moments sont si rapides que l’artiste doit davantage se fier à son instinct qu’aux règles picturales 308 . Total : 192 euros. Mercredi 24 décembre. Charlotte passe et regarde le tableau de Kareen. Elle est très intéressée par ce tableau. Le coucher du soleil avait transformé cette zone industrielle en une merveilleuse composition de forme et de couleurs. L’odeur du solvant envahit mon bureau. Après avoir ébauché grossièrement les motifs d’ombre et de lumière. Je vais tenter de peindre La Trinité. commentant le portrait de Kareen. Ce dessin me semble structurant de mon rapport à l’art. On regarde aussi le Carnet dalien 1. Mais l’arrivée de Pépé et Mémé interrompt notre méditation. Je l’ai installé dans mon bureau à Paris. de définir la distance entre deux objets. Demain. 2000. un petit chevalet à placer sur une table. une boîte de peinture. vers mai ou juin (il y avait du soleil). Fleurus. Jeudi 25 décembre 2003. en regardant le cahier rouge (Livre d’or de la Rue Marcadet). Les effets d’ombre et de lumière donnent du caractère à un tableau et permettent de situer le moment. Paris. Rachel Wolf. J’ai envie de peindre. selon Mark Szwarc. Je lis dans l’ouvrage acheté hier ce commentaire du tableau de Charles Sovek : Luke. septembre 2003) sont plus forts que le tableau de Kareen. J’ai regroupé les quatre livres achetés aujourd’hui avec les deux livres sur Dali. plutôt qu’un auto-portrait. ” Dans le corps du texte. Paris. (tableau qui trône dans mon bureau. 308 Greg Albert. deux brosses de nylon. C’est Marek Szwarc qui avait dessiné le portrait de mon père en 1934. Fleurus. 17 h 30. J’y avais dessiné cette œuvre en avril dernier. offert par le peintre à mon père en 1936). Cela me donne envie de peindre. Passage au magasin de peinture Artacrea/Graphigro (120 rue Damrémont). mais il est complètement différent. p. Vers 14 h. M’est venue l’idée de choisir ce motif. Lucette. le lieu : un paysage au petit matin présente pour l’essentiel les mêmes formes qu’au coucher du soleil. d’unifier un sujet complexe et de révéler la solidité d’une forme. Je l’interpréterai. La peinture à l’huile. Elle sort mes peintures de septembre. l’artiste a peint les variations de teintes et de tonalités et terminé par quelques détails. 2000.

violant l’image. j’avance le Van Gogh de Vivianne Sylvester (jusqu’à la page 40). L’après-midi. J’indexicalise. je raconte : “ De Hess à Vallin. ou comment peut la restauration. j’ai acquis un très gros pinceau un peu plutôt. où j’explorerai la question de la transversalité des moments. c’est l’ensemble des relations à l’intérieur de l’œuvre (p. logiquement. je continuerai demain. Paris. j’ai commencé le livre de Silvianne Forester sur Van Gogh (chez Hélène où j’ai couché). Objet : Outrage à la peinture Le 26 décembre. Mais je suis tout à fait d’accord avec vous (et avec Deleuze). On n’excluera donc rien a priori. en cas de restauration. de sa structure. Mais il doit surtout tenter de représenter ou la transversalité des paysages du sujet (portrait paysage). Je vais tenter une série de portraits des moments. au réveil. La philosophie veut s’inscrire dans le logos. 23 h. Seulement un angle (gauche). je me mets à peindre les fonds de ces trois toiles + celle en forme d’ellipse. 17 h 30. Il est question de l’identité de l’œuvre. je passe chez Artacrea/Graphigro.Ce matin. Je suis content de ce que j’ai fait. Il faut que je me mette à visualiser mon idée. 188). ou comment peut la restauration. violant l’image. Chère Vallin. Elle a une formule. Ce matin. Je vais les travailler par trois. puisque nous avons décidé d’inscrire notre dossier Vallin/Hess dans la philosophie. 26 décembre. Dans une lettre à Vallin. l’un de mes proches amis Sarah Walden. En arrivant rue Marcadet. Il me faudrait vous écrire quelque chose de sensé. 309 218 . 15 h. ou les grands moments de la personne (portraits des moments). 2003. J’ai lu 88 pages du livre de Sarah Walden. Il faut que j’en fasse le fond demain matin en faisant les fonds de trois autres châssis que j’irais chercher chez Artacrea/Graphigro. et une série de portraits paysage. La Trinité n’occupera pas tout l’espace des tableaux. Chez le droguiste du quartier. Ce sera le début d’une série. Vers 11 h 30. 175 pages. C’est l’équivalent de la transversalité pour un individu. Outrage à la peinture. détruire les chefsd’œuvre. de ce qui nous passe par la tête. Donc. J’ai retrouvé un châssis ovale. vers 16 h. je lis Sarah Walden que je poursuivrais durant toute la journée. par opposition au pathos. Ce qu’il faut absolument préserver dans une œuvre. Quelle est-elle ? Le portrait peut donner une image de la personne. que j’ai indexicalisé : c’est un livre vraiment fantastique . 23 h. Mais. J’achète 3 châssis de 81 x 66. on cherche à raisonner selon un modèle hypothético-déductif. Outrage à la peinture. de son principe. jusqu’à la page 126. Bon. Ivrea. détruire les chefs-d’œuvre 309 . la philosophie a besoin de la non-philosophie pour s’incarner.

Faut-il ou non intervenir sur le travail du temps. Ils habitent Charleville. mon éditeur ne veut plus payer les dessins de couvertures des livres de mes collections. Cette grandmère est morte en 1962 : j’avais 15 ans. J’ai restauré ce matin un cadre de 1916 (cassé par ma fille Hélène. l’instant. mais il me parle. Je fais trente couvertures que je signe Remi de Sainte-Gemme. je lis un ouvrage : La peinture à l’huile. 175 pages). Madame ! ”) que mon beau-père a rencontré sa future épouse. ni vraiment de peinture à l’huile (sauf une fois par erreur. etc. Je n’ai jamais fait de toile. Je lui dis que je connais un dessinateur qui les ferait pour rien. je commence à en composer l’index (indexicalisation) à partir de la page 18. des pinceaux. Celui-ci me dit sérieusement que je ne suis pas doué. parce qu’au plus profond de moi-même il y a une historicité de la peinture. Il accepte. hier. je prends conscience que j’ai un moment des arts plastiques. C’est un livre qui explique comment ont été faites. que ma belle-mère a tenu. ils viennent passer quelques jours. Ma belle-mère et mon beau-père sont là. Ivrea. détruire les chefs-doeuvre (Paris. Ainsi. j’ai fait l’index de mon livre Le lycée au jour le jour. que je devais vouloir m’orienter ainsi pour contempler des modèles nus. ou comment peut la restauration. et qu’à mon âge. Avoir trente dessins imprimés n’est pas donné à tout le monde… Mais mon histoire avec le dessin commence vraiment le 25 février dernier. Parenthèse. C’est une méditation historique et technique sur les problèmes de dégradation et de restauration du passé. souvent illogique au sens hypothético-déductif. où j’avais pris une boîte de tubes d’huile alors que je pensais emporter de la gouache). J’avale le livre beaucoup plus vite que je ne l’imaginais. Elle s’y connaît en peinture. c’est le mode qui fait passer d’un moment à un autre sans transition logique. Bon. Mon père qui était persuadé que l’on ne fait pas carrière dans l’art. mais enthousiaste par ma lecture. mère de deux gosses : 3 et 2 ans) : un dessin de ma grand-mère fait par son fils Lucien (il avait 16 ans). Pourquoi ? Eh bien. lorsque je lis Dali. Aujourd’hui que j’ai la tête à cela. etc. alors qu’elle été jeune fille. C’est en entrant dans le magasin (“ Bonjour. selon les principes lus dans La peinture à l’huile. mon père (décédé) ne m’empêchera plus de faire ce que j’ai décidé de faire… Donc. une boîte de tubes. er 219 . livre technique que je veux feuilleter pour éviter de faire de grosses erreurs. le précédent : Jean Oury. J’écoute en lisant un autre ouvrage : Sarah Walden. a insisté sur le fait que la pensée. sans dessin. je m’amuse à indexicaliser les ouvrages que je trouve importants. Cela ne me prend pas beaucoup de temps. je vais acheter des châssis. Outrage à la peinture. je m’aperçois qu’il y a une tradition de dessin dans ma famille. Chaque Noël. un chevalet (mon matériel de peinture acquis cet été est à Sainte-Gemme). j’en étais là. violant l’image. lors d’un voyage à Brasilia en septembre dernier. se développe selon des modes transductifs. Donc. mon aînée. Il veut faire des couvertures. Ma belle-mère trouve mes couleurs jolies. 2003. même si globalement je me fais confiance pour oser tâtonner. malheureusement décédé. Le 24. Je me dis hier ou avant-hier que je vais faire de grandes peintures avant le 1 janvier pour pouvoir avoir des peintures de moi de 2003. Elle pose des questions précises. Non seulement. il y a trois semaines. Son père ouvrier-peintre s’est mis à son compte. Là. Ce détail pour ma relation aux épicières ! Charlotte fait raconter cette histoire à sa Mémé. On apprend dans l’interaction entre la théorie et la pratique. Je peins le 25 décembre trois fonds de cadres moyens (55 x 46 cm). Elle faisait la marchande. techniquement les peintures. J’ai acquis Outrage à la peinture. qu’il me faut rester au lycée pour passer mon bac. Il a ouvert un magasin de peintures à Givet (Ardennes). etc m’organise un rendez-vous avec le directeur de l’Ecole des beaux-Arts (qui était un de ses amis). je lis ce livre. En 1989. J’ai voulu faire les Beaux-Arts à 15 ans. et je la retrouve avec tendresse dans ce cadre… Lucien est devenu musicien (maître de chapelle à la Cathédrale de Reims durant 25 ans)… Toute mon histoire de vie est donc une partie de cache-cache avec le dessin. Création et Schizophrénie. Cela permet de retrouver immédiatement les endroits où l’on parle d’une notion : le moment. En 1996. La transduction.(René Lourau). Je l’ai bien connue. Depuis. sur le métier de commerçante de sa grand-mère. hier après-midi. parfois indiscrètes. J’avais peur qu’il soit rébarbatif.

Bon. Il s’agit d’opérer des transductions entre le réel et le surréel. Il y a quelque chose entre ce que je veux inventer et le surréalisme. À certaines époques. Beaucoup d’œuvres de Léonard de Vinci n’ont pas survécu au temps. du point de vue de la peinture. Pensée aussitôt chassée : je ne pourrais jamais me séparer de ce tableau. Je commence à regarder autour de moi. On se moquait de la question de la durée de l’œuvre. ” J’ai voulu inscrire cette lettre ici. Hier soir. Comment s’institue le moment ? Donc hier soir. J’ai encore une copie du dessin qu’il a fait de mon père en 1934. en l’état. J’ai rempli de peinture à l’huile quatre toiles. moins on se pose la question de la dégradation. Je mesure le maximum acceptable pour mon chevalet. ” Depuis que j’ai l’idée d’inventer Attractions passionnelles. et l’affirmation de Lucette : “ C’est pas mal. c’est de la transduction. Marek Szwarc était un ami intime de mon père. Marek vivait avec Raïssa Maritain. valeur symbolique. notre grande revue d’amour. je me disais : “ Demain. qu’est -ce que je vais faire comme peinture ? Il ne suffit pas d’avoir le matériel (même si l’essentiel) il faut une idée de motif ! ”. c’est de tenter de vous décrire les éléments d’indexicalisation qui se sont formés autour de moi pour que je conscientise mon désir de me mettre sérieusement à la peinture. car elle est importante dans la mise en discours de mon moment peinture… Samedi 27 décembre 2003.qui ronge la plupart des œuvres. Mais en même temps. je me dis : La Trinité de Papa doit valoir 50 000 euros. Il est 19 h. Dans tout le fatras de cadres. 20 h. la créativité était celle de l’instant. Lire cet ouvrage quand je me remets à la peinture tombe bien. j’ai décidé de faire des travaux qui représentent une personne à travers ses moments (portrait paysage. de poésie et de liberté (maintenant : d’arts. Ce matin. À d’autres époques. Dans ces 220 . Mais rapidement. ” Malgré l’inclination à la jalousie que Lucette peut avoir vis-à-vis de K. entre le vécu et le rêvé. la fille du philosophe chrétien… La Trinité. si je me mets à la peinture. Je trouvais normal de laisser mes frères et sœurs se servir. d’éducation et de philosophie). J’avais déjà les archives de la famille en dépôt. Ce que je suis en train de faire. valeur d’usage. je me dis : “ Je vais reproduire ce motif. il va falloir les symboliser de manière originale. Je dois m’interrompre pour aller dîner chez Charlotte. C’est le bon moment ! Le déclic. conçue comme valeur d’échange ! Cela. etc. Mais je trouve que les deux esquisses d’autoportraits que tu as faites à Brasilia en septembre ont davantage de force d’expression. c’est pour expliquer à Vallin ma théorie des moments. je me considère comme un peintre. au réveil. Je prendrai ce qu’il reste ! ”. Je vais mettre la trinité dans un coin… Je me représente assez bien ce que je vais peindre (j’en ai fait le croquis dans mon Carnet dalien 1). Il faut que je la vende pour me construire un atelier dans ma maison de campagne. entre le quotidien et l’onirique. j’irai acheter 3 nouveaux châssis. je continue intérieurement : “ Mais non. J’ai eu la chance de l’avoir au moment du partage des biens mobiliers de mes parents (ils n’avaient pas de biens immobiliers). Je me mets au défi de produire quelque chose de consistant rapidement. je me dis : “ Mais au fait. etc. portrait des moments). Plus on est créatif. ” Et à ce moment. Les moments n’étant pas tous du même registre. en l’arrangeant pour en faire mon œuvre à moi ! ”. je trouve sa remarque juste. j’ai la représentation de mon portrait des moments. si je disparaissais. Je tombe devant un grand pastel ((120 x 80 cm) de Marek Szwarc (1936) représentant La Sainte Trinité. Des très grands. Mais. Ces tableaux ne sont pas terminés. ils laisseraient de moi une image que je ne renie pas. les artistes ont tout fait pour trouver des pigments qui résistent au temps. Ils n’ont pas flashé sur les cadres. il y avait cette œuvre de grande valeur. C’est un tableau très beau. J’avais dit à mes deux sœurs et à mon frère : “ Servez-vous. L’apport par Kareen de mon portrait. Depuis aujourd’hui.

c’est que j’avais l’idée de faire une toile pour illustrer la théorie de moments. “ En art. Charlotte va venir dîner à la maison. Puis je me risque à un autoportrait. j’ai envie d’aller rechercher des toiles chez Artacrea. Stimulation de celui qui regarde l’activiste s’éclater. il n’y a plus qu’à les mettre en œuvre. 221 . Évidemment. je me mets au travail dès que les parents de Lucette partent. Le 1er janvier 2004. Si je refais 3 toiles supplémentaires. il ne faut jamais expliquer ce dont il s’agit ”. Il me satisfait. Cornélia l’a trouvé très réussi. mais je vais y travailler. Les autres doivent être retravaillé. je nettoie cette toile faite à toute vitesse. d’acheter un pinceau fin pour terminer mon Index. Hajar m’a semblé vraiment belle. Elle trouve que peindre Dieu est une idée bizarre. Il faudrait qu’elle ait la patience de poser. Dimanche 28 décembre 2003. Nécessité. Je pourrais peindre Lucette. Lucette voudrait que je change de problématique. J’ai beaucoup d’idées pour les valoriser. Je lance deux grandes toiles (toujours le même thème : Jésus sauvé de l’incendie de la cathédrale par l’Esprit Saint). Georges Lapassade et Françoise Attiba. il y a déjà toute mon œuvre. il me faudra un pinceau plus petit. je me dis que je ferai autre chose dans ma peinture. Je la signe. sûrement. Je ne me vois pas travailler à partir de photos. J’ai pris Hajar en photo dans la pose qu’elle avait prise. Il faut que je tienne ce rythme de production durant tout le mois de janvier. sur le coup de 1 heure du matin. Repas de réveillon avec Jacques et Cornélia. Outrage à la peinture. car il faut que cela sèche pour que l’on puisse travailler. J’arrive à la page 61. J’ai besoin d’en avoir plusieurs en chantier. En me réveillant vers 12 h 30. sa femme enceinte de 8 mois et 3 semaines ! J’ai l’idée de lui faire son portrait. Faire un tableau par jour ne me semble pas impossible. comme Kareen. c’est loin d’être abouti. Ce que je dois constater.quatre toiles. Demain matin. j’ai dérapé : je suis entré dans autre chose. car mon pinceau actuel ne permet pas d’écrire fin. Si je veux terminer cette toile. a rajouté Charlotte. Je pense que cela pourrait m’aider si je décidais de retoucher ce tableau (ce que mes amis d’hier me déconseillent). des vrais. Lucette pense qu’i faut faire sauter le terme “ index ”. Voudra-t-elle poser ? Van Gogh n’a jamais peint son frère Théo. Et au Brésil ? Gouache. Aujourd’hui. Je me demande ce qu’elle va pouvoir dire du portrait d’Hajar. avant son accouchement ! 20 h 40 Charlotte aime mon portrait d’Hajar. Je suis heureux de pouvoir travailler à partir de modèles vivants. puis je me lance dans l’index des noms d’auteurs du Sarah Walden. Quand les idées sont là. Mehdi Farzad et Hajar. demain matin. En regardant la toile de Marco. Ce sera ma première toile.. Elle a envie de se mettre à faire des collages. Si seulement je pouvais la faire poser encore une fois.. cela fera dix. 21 h 50. et qu’en faisant. Je refais deux fonds sur les châssis restants. 18 h 20. sur une toile de format 73 x 54 cm. Je le signe.

Je n’ai pas dit que, ce matin avant de me lever, j’avais vécu entre deux eaux (veille, sommeil). Je voyais des couleurs ; je voyais des choses à dessiner. Moment de bonheur, de satisfaction profonde. Malheureusement, après le café, toutes ces visions avaient disparu. Hier, Georges Lapassade m’a demandé si j’avançais dans mon livre sur René Lourau. Je lui ai dit : “ Pas trop ”. C’est ce livre qu’il me faudrait travailler pour reprendre le surréalisme, et une exploration de mes capacités oniriques, jusqu’à maintenant enfouies, très peu stimulées. Leur activation est indispensable pour créer. L’exaltation, la transe créatrice n’est possible que si l’on se laisse aller à rêver. L’atelier que je suis en train de monter autour de moi me fait penser à un jardin. Dans un jardin, il y a toujours quelque chose à faire. Plus on fait, plus il faut faire. Pour la toile “ Portrait d’Hajar ” (N°8 dans mon catalogue des œuvres complètes), je suis vraiment content de l’avoir faite. Vendredi 2 janvier 2004, 15 h, Ce matin, très tôt (je me suis réveillé à 4 h 30), j’ai terminé le livre de S. Walden. Je me suis dit qu’il faudrait en faire un compte-rendu détaillé, un long texte, méditer à partir de cela sur ce qu’est un tableau, sur ce qu’est une toile, à la fois au sens propre, mais aussi au sens que pourrait avoir la peinture comme métaphore de l’âme, du principe de composition et de recomposition du sujet. Le sujet est fait de moments, mais ces moments se combinent, se conjuguent dans une cohérence, dans une unité du sujet… Cette thématique serait à travailler longuement, dans une clinique des moments. Vers 10 h 30, je suis parti avec Lucette et Charlotte pour aller visiter l’exposition Edouard Vuillard : très intéressante, bien qu’il y ait trop de monde pour vraiment en tirer quelque chose. Une telle visite est documentaire. On se rend compte de ce que l’autre a fait (succession de problématiques). Quelques idées : j’ai vu ses petits carnets (les miens sont plus professionnels) ; je n’ai pas vu son journal. Quel forme a-t-il ? Comment apprendre quelque chose sur ce journal ? J’allais à l’exposition, pour en savoir plus sur ce point. Je rentre donc bredouille. Un peintre qui écrit, c’est très utile. Delacroix m’a beaucoup apporté. D’ailleurs, ai-je terminé son journal ? Pas tout à fait. Dans la peinture, on met des choses qui sont des perceptions que l’on a avant d’avoir accès au langage. Ce matin, en cherchant à me rendormir, après le réveil, image d’yeux. Idée que je devrais peindre Georges, lui demander de poser, ce serait important. Hajar me plait bien. Je dois oser me lancer régulièrement dans cet exercice du portrait vivant. A l’exposition, je n’ai pas acheté le catalogue : 99 euros. J’ai eu tord. Mais actuellement, je ne dois pas avoir les moyens de faire cela. Idée aussi de relire mes livres sur Dali (avec les peintures). Il faut que je trouve un mode de travail qui permette d’allier l’inspiration d’un motif, à la construction du détail. Dali est un maître sur ce plan. Idée d’aller voir l’exposition “ Jacqueline ” Picasso, présentée actuellement à Paris. Elle se termine en mars. J’ai donc du temps. Comment se fait-il qu’autant de gens veuille voir de la peinture. Quand j’allais au musée de Reims, voir les Dürer, j’étais souvent tout seul. C’est comme avec la course à pied. Quand je la pratiquais, j’étais seul à courir au parc Pommery. Aujourd’hui, les gens courent en troupeaux ! Je me ferai mon musée à moi, avec mes toiles. Plaisir réel de regarder Hajar. Nécessité profonde de produire mon œuvre peinte. Je l’ai au fond de moi, et elle est là qui attend de sortir. Quand quelque chose sort, je me sens mieux ; je me reconnais vraiment dans ma peinture.

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Avec l’écriture, j’ai déjà beaucoup exprimé, j’ai déjà formulé l’essentiel de ce que j’ai à dire. Je me suis donné 68 livres à écrire dans ma vie. Je dois approcher des cinquante. Ce qu’il me reste à écrire est donc résiduel, même si les derniers livres sont souvent les meilleurs, en ce qui concerne les auteurs de sciences humaines. Pour ce qui est de ma peinture, j’ai évoqué l’idée qu’elle a un rapport au jardinage. Cette idée m’est revenue. Je l’ai exprimée à Lucette. Elle m’a dit : “ Oui, tu fais du jardin comme de la peinture ! ”Idée qu’en cette période de l’année, la pratique du jardin est impossible : la terre est gelée. Par contre, pas de problème pour peindre. Cet été, j’avais déjà acheté tout le matériel de peinture, mais je n’ai pas pu m’y mettre. Je n’ai fait qu’une gouache en deux mois. À Sainte-Gemme, l’été, il y a toujours quelque chose d’autre à faire que de peindre. Il y aurait des saisons pour les moments. Sur le thème du jardinage, le rapprochement avec la peinture, c’est l’idée que dans un jardin, il y a toujours quelque chose à faire. Quand on se met vraiment à la peinture, on a des toiles d’avance. On fait les fonds. Pendant qu’ils sèchent, on peut reprendre une toile déjà commencée, faire une retouche ici, mettre du vernis là, etc… Dans le jardin, on passe d’une chose à l’autre, continûment. Il y a des taches longues et fatigantes qu’il faut programmer (bêcher, labourer), d’autres décident de l’avenir du jardin (semer, planter), d’autres impulsives (couper un arbre), d’autres visent l’allure de l’ensemble (couper et ranger le bois, passer la tondeuse, tailler, enlever des mauvaises herbes), d’autres enfin visent à jouir de la production (cueillir, récolter). Dans la foulée, il y a les ratatouilles, les confitures, la confection de salades, etc. Dans l’atelier du peintre, il y a beaucoup de taches à gérer presque ensemble. Nettoyer les pinceaux, c’est un truc qu’il me faut faire. J’oublie, et c’est mauvais. Pareille pour les palettes. Si je ne les nettoie pas, mes fonds seront de plus en plus gris. Édouard Vuillard dit que les peintres inspirés mettent du jaune pur, sans mélange. Essayons. Mes six premières toiles que j’avais intitulées : “ Jésus sauvé de l’incendie de la cathédrale par l’Esprit Saint ”, déc. 2003 deviennent “ Sauvé du feu ”, déc. 2003. C’est avec Charlotte qu’il nous semble que l’artiste doit être sobre dans ses titres. Autre sujet de discussion avec Lucette : à quel moment une toile doit être arrêtée ? Le bon moment. Eugène Delacroix le formule à sa manière : “ Il y a deux choses que l’expérience doit apprendre ; la première, c’est qu’il faut beaucoup corriger ; la seconde, c’est qu’il ne faut pas trop corriger. ” 16 h 20, Je rentre des photocopies : j’ai fait trois photos couleurs de mon index des matières de Sarah Walden : joli. J’attends maintenant Gaby Weigand, qui doit arriver de Munich. Nous projetons de travailler trois jours ensemble. On voudrait essayer de terminer le livre sur L'observations participante 310 . Je ne puis donc aller au magasin chercher des toiles et mon pinceau… Je n’ai pas noté que j’ai ouvert un Carnet dalien vol. 3 : c’est hier que j’ai eu cette idée. Vers 4 heures du matin, le 1er, Françoise Attiba a parlé peinture avec moi. Elle trouvait que c’était une excellente idée de me mettre à peindre. Je lui ai montré mes carnets daliens (1 et 2). Lucette a voulu que je sorte celui de 2000 (bandes dessinées à partir d’épingles à nourrice)… Le commentaire positif de Françoise m’a entraîné plus tard dans la journée à ouvrir un Carnet 3, alors que le volume 1 n’est pas bouclé. J’ai terminé le 2 (où dominent les
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R. Hess, G. Weigand, L'observation dans les situations interculturelles, Paris, Anthropos, 2006, 278 pages.

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collages de chutes de photos), mais il reste 1/5 de pages vides dans le volume 1. Or, le volume 3 a la même destination que le 1, à savoir saisir les images qui me traversent l’esprit et que je ne puis formuler autrement que par un dessin. Je me suis aperçu que chez Vuillard, ce procédé était relativement poussé. Il dessinait avec un crayon à mine. Moi, je préfère le stylo bille. Cela se conserve mieux. Il faut que je prépare mon voyage au Brésil. J’aurai du temps. Il faudra peindre, beaucoup peindre, mais sur papier. Je ferai de la gouache. Il me faut préparer mon voyage, notamment en emportant du matériel adapté à ce voyage. Il me faudra emporter mon Carnet dalien. Appel de Pascal Dibie qui nous présente ses meilleurs vœux. Il est à Chichery. Lucette lui dit que je me suis mis à la peinture. Il est curieux de voir cela. Il me faudra le peindre. Hubert De Luze me fait parvenir Remords (sa partition de harpe) qu’il dédie à mon fils Romain. À première vue, c’est trop difficile pour son niveau, mais je suis sûr qu’il sera fier de recevoir une partition signée du compositeur. 17 h 20 Je viens de relire ce journal. Je me demande si je ne vais pas le faire parvenir à V. qui lit actuellement Le sens de l’histoire. Mais elle a déjà pas mal à lire actuellement. Il vaut mieux que je continue un peu mes méditations avant de lui faire parvenir ce texte. Coup de fil de Christine Delory-Momberger. Je lui dis que j’ai passé un 31 janvier déprimé : cela ne s’est pas trop vu. Mais j’avais reçu un courrier qui me faisait douter de mon projet d’œuvre. Il visait à critiquer le projet d’une écriture pour l’autre. Il exaltait l’écriture pour soi. Il était écrit sur un mode très rationnel, mais quelque chose, au fond de moi, résistait : je trouvais qu’il sonnait faux, mais je ne parvenais pas à dire pourquoi. Le réveillon s’est bien passé. Surtout, j’ai eu l’idée de faire le portrait d’Hajar. Quelle résurrection ! Toute la tristesse, que je portais en moi s’est projetée sur ce portrait. C’est injuste, car fondamentalement Hajar est gaie ! Réminiscences. Je pense beaucoup à Jean-Loup et Pierre Hugerot, amis d’enfance un peu plus âgés que moi. Parmi leurs moments : la peinture. Jean-Loup était terriblement inspiré par Van Gogh. Il m’a influencé dans les années 1950. Ils suivaient des cours de dessin. Et Jean-Loup faisait exister le moment de la peinture dans la maison de ses parents, où je prenais beaucoup de plaisir à aller. Leur frère, François, plus jeune, était mon meilleur ami. J’aurais plaisir à retrouver ces garçons, pour évoquer avec eux, ces épisodes artistiques de ma prime enfance : pour cela, projet d’aller à Reims, où de nombreuses manifestations sur Le grand Jeu sont prévues. Chez les Hugerot, il y avait toujours des livres de peinture. 18 h, Je viens de nettoyer mes pinceaux. Il faudrait faire la même chose avec la palette. Sinon, je tendrais vers le gris. Mardi 6 janvier 2004, 7 h 30, Avant de partir à la fac, je veux noter quelques récents épisodes. L’arrivée de Gaby Weigand m’a obligé à travailler sur le livre L’observation participante. Hier, on a travaillé

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jusqu’à midi, heure de son départ. J’aurais été heureux de la peindre. Gaby a le profil des modèles de Dürer. J’ai beaucoup aimé Dürer. Une vingtaine de ses productions sont au Musée de Reims. Quand j’étais jeune, je n’avais que cela à me mettre sous la dent. Avant qu’elle ne parte, j’ai fait quelques photos d’elle, espérant pouvoir en faire quelque chose, peut-être un portrait paysage. Il me faudrait y mettre Ligoure, mais aussi quelques paysages de Wurzburg. Il me faut lui demander de m’envoyer des photos de paysages ou de lieux qu’elle aime. Dès que Gaby est partie, j’en avais marre de l’écriture (on a travaillé trois jours d’arrache-pied). J’ai cassé une petite croûte (du pain et du fromage), bu une bière, puis je me suis mis à lire les ouvrages offerts par Hélène, la veille à l’occasion de notre Noël avec les petites filles. Hélène m’a beaucoup gâté. Elle m’a donné une photo de moi avec Constance, un carnet à dessin de chez Moleskine. C’est le type de carnet qu’utilisaient Van Gogh et Matisse. Il a un format assez grand (21 x 13 cm), différent des minuscules carnets que j’utilise jusqu’à maintenant. Je crois que c’est celui que je vais emporter au Brésil. Hélène m’a offert un petit livre sur, d’Yves Scorsonelli 311 , les Lettres d’amour de George Sand et d’Alfred de Musset 312 , qu’elle destinait à Charlotte, mais celle-ci se les était déjà offertes ! Et enfin de Guy Debord, Rapport sur la construction des situations 313 . J’ai évidemment commencé par cet ouvrage, que j’ai trouvé un peu vieilli, qui m’a un peu ennuyé, mais que je reprendrai dans une autre disposition d’esprit. En fait, son utilisation du concept de situation me semble vraiment datée. Dès 13 h 30, lorsque Jeannette est survenue, Gancho est venu me rejoindre dans mon bureau, et je me suis mis à la peinture. J’ai peint ma dixième toile : “ La Constance et le Roy de la salade ”, 73 x 54 cm. Je ne me suis arrêté, que lorsque Lucette est rentrée de la fac, fatiguée, épuisée. Je lui ai préparé une salade Constance que j’ai photographiée. Je reprendrai cette photo pour terminer ma toile. Il reste de la place pour mettre la salade. L’idée de peindre Gaby rejoint une idée que j’avais beaucoup plus jeune. Quand j’ai acheté la maison de Sainte-Gemme, je rêvais de me mettre à la sculpture. J’aurais voulu faire des statues de mes amis, pour les installer dans mon jardin. En attendant de réaliser cette idée, j’ai envie de faire une galerie de portraits. Ce matin, en regardant ma toile d’hier, j’ai eu l’idée d’une toile à partir de la photo des institutionnalistes. Je me disais qu’il me fallait faire une peinture de René et Georges. Je vais les placer ensemble dans le contexte d’un repas Rue Marcadet. Je pense à la photo de René en robe. La peinture permet des arrangements. Composer le tout avec la figure d’Henri Lefebvre. Hier soir, je n’ai rien pu faire d’autre que de contempler “ Le Roy de la salade ”. La figure de Constance n’est pas terminée. Il faut que je la retouche. Malgré tout, même dans l’état actuel, je pense qu’Hélène va être contente de voir cette toile qui a impressionné Lucette. Elle m’a dit : “ Il va falloir que tu sois très net, pour la transmission de ton œuvre ”. C’est vrai que les “ héritiers ” sont souvent accrochés au même tableau. Moi-même, je suis très accroché à cette toile, que je trouve très drôle. En dehors de la valeur d’échange d’une toile (quand elle en a pris avec le temps), c’est d’abord une question affective. Personnellement, je me demande comment je pourrais vivre, si je n’avais pas Marek Swarz. 22 h 45, En rentrant de la fac, je suis passé chercher le pinceau riquiqui et 9 toiles 46 x 33 cm.
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Yves Scorsonelli, L’huître, dix façon de la préparer, Les éditions de l’épure, 1996, 2002. Lettres d’amour de George Sand et d’Alfred de Musset, présentées par Françoise Sagan (Hermann, 2002, 170 pages). 313 Guy Debord, Rapport sur la construction des situations313 (Paris, Mille et une nuits, 2000).

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Je me suis mis à faire trois fonds. Et je n’ai pas pu m’empêcher de faire un essai sur le thème : “ Lire au lit ”, à partir du croquis “ relecture des épreuves de la valse ” du 8 mars 2003. Il faut le reprendre, car Lucette n’aime pas les quatre gros pieds au premier rang. Je vais être obligé de peindre une couverture à mes personnages ! C’est l’hiver, qu’ils en profitent ! Et comme Edouard Vuillard aime les décors à fleurs, je vais leur faire une couverture à la Vuillard. Charlotte n’a pas vu ce travail , car elle est passée juste avant, en partant à son cour. Elle est enthousiaste de la toile : Le Roy de la salade. “ C’est la meilleure ”, a-t-elle dit. Pour me montrer que l’on a des livres d’art à la maison, Lucette me sort : -Das XX. Jahrhundert, ein Jahrhundert Kunst in Deutschland, National Galerie, Nicolai, 1999, 660 pages. -Féminin, masculin, Le sexe de l’art, Paris, Gallimard/Electa, Centre Georges Pompidou, 1995, 400 pages. Je feuillette ces livres qui sont excellents. Beaucoup d’idées me viennent. Par transduction, je repense à une obsession de René Lourau en art : l’effet de miroir. On voit un tableau, dans lequel un peintre peint un tableau. Et l’on voit ce tableau sur sa toile qui contient une toile sur laquelle on voit la toile, à l’infini. À prendre en compte absolument lorsque je peindrai R. Lourau. J’ai une photo de lui en djellaba, que je vais utiliser pour produire cette image. Jeudi 8 janvier, 8 h 30
De Elizabeth C Claire (New York), Objet : merci ! Date : 7 jan 2004 22 h 53 C’était bien d'avoir entendu ta voix cet après-midi. Merci encore pour tout ce que tu fais pour m'aider. Dès que j'ai une confirmation de mon département pour le date de 30 avril, je rechercherai le vol, etc. Est-ce qu'il t'intéresserait de donner une conférence simple, par exemple, à la Maison Française (à New York University) pendant que tu seras ici ? Je l'organiserais volontiers dès que tu m'indiqueras ta préférence. Tu peux suggérer n'importe quel sujet. Même la peinture, si tu veux... Je t'embrasse, Liz. Chère Liz, Je suis heureux, aussi, d'avoir entendu ta voix. J'ai relu la lettre que je vais faxer. Mon seul problème, c'est que je viens de changer de fax, et je n'ai pas pu le brancher hier soir, mais je vais le faire aujourd'hui. Mon thème de conférence à New-York pourrait être : “ Remi HESS La construction des moments. Le sujet se construit à travers des moments, espace-temps qu'il aménage pour se sentir en sécurité : le moment du travail, du repas, du repos, de l'amour, du rêve, de la création artistique. Comment naissent et meurent les moments du sujet ? Après avoir beaucoup décrit ses pratiques de danse sociale, notamment dans son livre Le moment tango, Remi Hess décrit actuellement son entrée dans le moment de la peinture. En racontant cette création d'un nouveau moment, il réfléchira sur l'invention et la réinvention du sujet. ”

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Merci de tout ce que tu fais pour moi. Je t'embrasse. Je te joins un long curriculum vitae. Tu peux enlever tout ce qui ne t'intéresse pas.

Hier, j’ai commencé une nouvelle toile que j’intitulerai "Aimer, s’aimer 2", à partir d’un scanner d’une photo faite par Yves, à qui j’ai eu l’idée d’aller rendre une petite visite, en lui portant ma toile “ Le Roy de la salade ”. Choix de photos à scanner, que j’ai portées à Yves. Je regarde le livre sur Reims (démolitions après 1914). Je déprime totalement. Je me couche. Je vais avoir du mal à peindre cela.
Vendredi 9 janvier 2004, Hier soir, Christian Lemeunier vient me reconduire après le tango. Il reste jusqu’à 23 h 30. On parle peinture. Il pense que j’ai du talent pour les portraits. Il apprécie N°8 et N°10 : -Tu fais déjà des portraits de personnes dans tes livres. Ils sont toujours décrits, avec des traits, qui leur correspond bien : cela ne m’étonne pas qu’en peinture tu sois attiré par le portrait. J’imagine bien que tu fasses des paysages de personnages. Christian n’aime pas trop la peinture à l’huile. Cela met trop de temps à sécher. Pour moi, ce n’est pas un problème. J’aime bien l’odeur de la peinture. Cela crée une nouvelle ambiance dans mon appartement. Avec Christian, on parle encore de fresques. On aborde les questions techniques. Il préfère travailler sur toiles de jute, que l’on fixe ensuite au mur que directement sur le mur, car la peinture pénètre trop les supports en béton, par exemple. Pouvoir dégager la toile si l’on veut travailler sur le mur est bien utile, aussi ! Longue méditation ensuite en contemplant la toile rapportée du Brésil. Pour lui, le bal ici présenté est vraiment intéressant car il y a, d’une certaine manière, un refus de la perspective. Tous les couples ont la même dimension, quelle que soit la distance qu’ils soient de l’observateur. On essaie de voir comment peindre une fresque avec la pratique de tango de Paris 8, ainsi que la pratique du bord de Seine. Il a fait beaucoup de croquis, mais c’est difficile pour lui de rendre cette pratique. Je suis tenté de me mettre à cet exercice. J’en avais eu l’idée dès cet été, puisque j’avais mis un chevalet à SainteGemme, avec une toile du format qui conviendrait à cette image que j’ai dans la tête. Ce matin, au réveil, je travaille sur ma N°12 (“ Aimer, s’aimer 2 ”, 46 x 33 cm, 7 janvier 2004). Je donnerai maintenant la date de début et la date de fin d’une toile… Le format de cette toile est excellent pour travailler. Je commence à comprendre ce qu’il faut faire, pour faire apparaître progressivement les contrastes. Ce matin, je me disais que mes toiles me sont indispensables. J’ai besoin de regarder où elles en sont. Je ne comprends pas comment j’ai pu vivre sans peindre. Sur ma boîte électronique, ce message de Jean Ferreux :
“ Primo, Il faut ABSOLUMENT que tu ailles faire un tour avenue Matignon, entre la rue Guynemer et la rue de Penthièvre ; il y a là, en effet, plein de galeries qui te donneront des idées pour ta peinture. Non que tu en aies besoin, mais cela te permettra de voir "ce qui se vend". Deuxio : si tu

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ne t'occupes pas du chèque de P8, je risque d'avoir des problèmes graves de trésorerie. Je t'embrasse, J. ”

Dimanche 11 janvier, 12 h 15, Je viens de terminer deux fonds de toiles rapportées de Sainte-Gemme. L’une est bon format : 60 x 50 cm : c’est un châssis que j’avais rapporté de mon voyage à Berlin, en juin 2003, avec Kareen. J’avais acheté plusieurs châssis, mais j’en ai donnés à Romain, mon fils, lorsqu’il m’a montré ce qu’il avait fait. J’ai toujours avec moi sa toile, représentant un animal de bande dessinée, une sorte de moustique ; la toile est à dominante de vert et d’argenté (41 x 33 cm). Il lui manque un nom. Je lui avais payé 70 euros, ce qui avait provoqué des réactions négatives de certains proches : “ Tu fais travailler les enfants ! ”, etc. J’avais donné à Romain des cadres de format : 20 x 20 cm. C’est très petit. Minuscule, même. J’ai entrepris aujourd’hui ma N°13, sur ce format. Je l’intitule, en pensant à mon fils : “ Les escargots de Romain ”. Avec ce petit format, je fais un essai. Je tente de peindre le fond en construisant déjà le projet de la toile. C’est-à-dire que je n’ai pas fait un fond uni, mais le cadre dans lequel va prendre place le sujet. Le cadre est l’évier de Sainte-Gemme. Il reste à y installer le verre, avec ses escargots. Ce ne sera pas un gros chantier, mais il faut que j’attendre que la toile soit sèche pour démarrer. Cela amusera Romain. Hier, à Sainte-Gemme, j’ai pris aussi quelques photos de Reims en 1914, notamment des portraits de mon grand-père. Je pense les incruster dans mes toiles actuelles. Le 4° anniversaire de la mort de René Lourau me fait penser aussi à une belle toile, où je ferais son portrait paysage. Il me faudrait y faire apparaître certains personnages : Gérard Althabe, Michel Authier, son frère, Henri Lefebvre. Je pense aussi à ma toile pour Georges Lapassade. Je vais lui offrir pour ses 80 ans. Il me manque une pose de Georges au piano. Je l’ai à la guitare et à l’accordéon. Lundi 12 janvier 2004, 18 h 50 Je suis heureux de ma journée. J’ai commencé à peindre à 13 h 30 et j’ai terminé à 17 h 30. J’ai commencé 4 toiles : -N°14 “ Paul Hess à son bureau à la Mairie de Reims, le 20 septembre 1915 ”. -N°15 “ Paul Hess et ses amis de la comptabilité, Reims, 1915 ”. -N°16 “ La tireuse de carte ”, 46 x 33 cm. -N°17 “ Clair de lune institutionnaliste ”. Après une journée comme celle-ci, je sens que la peinture me va. Lucette m’a dit en rentrant d’un entretien à Fontainebleau, qu’elle se retrouvait dans mon travail de peintre. Elle rentre mieux dans ma peinture que dans mes journaux ! Hier, j’avais reçu Jenny Gabriel qui m’a expliqué que son père était peintre. Elle est partante pour Attractions passionnelles. Elle est restée une heure trente, pour me parler de sa thèse. Elle était suivie d’Isabelle Nicolas qui m’a laissé un poème. Elle aussi est partante pour Attraction passionnelle. Et aujourd’hui, j’ai accueilli Lucia Osorio (Rio de Janeiro). Elle est partante pour traduire Voyage à Rio.

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En arrêtant ma peinture, je me suis arrêté une heure pour regarder ce que j’avais fait. “ La peinture à l’huile est plus facile que l’aquarelle, m’a dit Jenny, car on peut toujours la reprendre ”. C’est vrai. Il va d’ailleurs falloir que j’arrête de commencer de nouveaux tableaux, et que je reprenne ce que j’ai entrepris. Il me reste 4 châssis. Je voudrais les mettre en œuvre, et essayer de terminer ce que j’ai commencé. En même temps, j’ai quelques idées que je voudrais lancer, mais il est évident que si je commence des dizaines de toiles sans jamais les finir, je vais avoir un problème technique. Les trois qui soient vraiment terminées ou qui peuvent être déjà présentées tel quel sont les 7, 8 et 10. Coup de fil de Georges Lapassade. J’ai eu l’idée de l’inviter pour un repas avec René Schérer. René fait du dessin. Je voudrais voir son œuvre et lui montrer la mienne… Cette activité de peinture s’incruste avec force dans ma vie. J’ai utilisé cette journée libre pour peindre, alors que j’ai trois articles urgents à envoyer à des personnes qui me relancent sans cesse (Christine Delory, Jean-Louis Le Grand et Geneviève Vermès). Si j’en ai le courage, je me mettrai, après le repas, au texte sur le tango interculturel. Mardi 13 janvier 2004, 7 h 55, Je n’ai pas beaucoup de temps avant de partir à la fac. Pourtant, je veux noter que j’ai bien dormi, ce matin, jusqu’à 7 heures, et contrairement à hier où je me suis réveillé vers 5 heures pour me rendormir ensuite, et me lever difficilement vers 9 heures. J’avais alors bu le café, et j’étais parti, plein de torpeur me recoucher en mettant la télévision. J’ai vu un téléfilm : la vie d’une famille recomposée. Tout en me laissant prendre (un peu) par le film, je me disais que j’aurais dû me lever. Or, je ne pouvais pas trouver l’énergie nécessaire pour me mettre au travail : composition de trois articles… Composition, décomposition et recomposition sont à l’ordre du jour de mon psychisme, ou mieux de mon for intérieur. C’est comme cela qu’il faut appeler l’espacetemps où se forment idées et images, entre le moment du réveil et le moment du lever. Je me dis qu’une famille recomposée, c’est une famille qui prend des éléments dans des familles antérieurement composées. Comment se compose, d’abord, une famille ? Comment se décompose-t-elle ? Isabelle Nicolas a vécu longtemps avec un musicien, qui lui a fait deux enfants. Apparemment, ils se sont séparés, mais ils ont gardé des relations fortes. Quand celui-ci est mort le 11 août 2003, d’un arrêt cardiaque en pleine canicule, Isabelle s’est décomposée. Qu’est-ce qui s’est décomposé chez elle ? Je l’ai écouté deux heures dimanche soir. Je n’ai pas posé de questions. Pendant qu’elle parlait, parfois, je me disais dans mon for intérieur : “ Remi Hess a été enseignant de sciences et techniques économiques et d’analyse institutionnelle ; il a été sociologue, psychosociologue, psychopédagogue. Il partage actuellement son temps entre la danse, la peinture et la philosophie. ” Cette phrase se construisait dans ma tête. Une sorte de composition d’un quatrième de couverture. Je me disais que j’étais peintre, avant tout. Quel rapport avec l’écoute que je faisais des propos d’Isabelle, confrontée à un problème de composition de sa thèse : -Comment dois-je procéder ? me demanda-t-elle. J’ai déjà réuni l’essentiel des éléments de ma thèse. Il faut que je m’accroche à cette composition de thèse, car je suis totalement décomposée, déstructurée. Ce travail pourrait m’aider à me refaire. Moi : -La dépression n’est pas négative, si on la contrôle. Lorsque j’ai perdu mes parents, en 1997-98, je suis entré dans une période de décomposition de ma transversalité. Certains moments n’avaient plus de raison d’être ; par exemple, mes longs moments passés à Reims,

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Je pense commencer encore 4 toiles. je situe la plupart des situations dans cette ville… -Si je suis une artiste. Pourtant. certainement. que j’ai du mal à mettre en forme livresque. et à la fin de la semaine. La fatigue intervient. Reims. a perdu son sens. vice-présidente du Conseil scientifique de Paris 8. Elle me dit qu’elle a formulé cette phrase : “ J’aime mieux 230 . c’est que lorsque l’on se fatigue d’un moment. J’écrirai mes articles. je voyais un livre. Ensuite. on retrouve une bonne condition physique. Il y a des gens qui ont su se recomposer. J’y pense. Il se prend et se reprend. Ou mieux. l’ami d’Isabelle. Pour ne pas me fatiguer de la peinture. puis reprendre les premières. me restitue une discussion avec la direction de l’enseignement supérieur à propos de l’habilitation de notre Labo. et les Allemands ”. Idée d’une installation à composer pour le mois de septembre 2004 (vernissage le 19 septembre) : 90 ans. avec les textes écrits par mes ancêtres et leurs descendants. Mon grand-père entre 1914-1918. Je pense à un texte de Christine Vallin sur le bal à cinq temps. c’est lui-même ”. je les composerai comme des toiles. il faudrait que je compose mes trois articles. où il porte un masque à gaz en compagnie de ses camarades du service de la comptabilité… -Oui. L’aspect que Christine ne voit pas. Cela travaille en moi. des archives de Champagne m’a toujours perturbé. Développer le moment Ligoure. au téléphone. La ferveur du début. dit Isabelle. Hier. et que je formule mal sous le terme “ La famille Hess. Pour la première fois. la décomposition. sur un ton péjoratif. J’ai souvent formulé des phrases proches. la recomposition seraient à inscrire dans mon livre sur René Lourau. Par exemple. Aujourd’hui. et une autre. a construit sa vie en construisant son œuvre : un journal inestimable que j’ai publié en 1998… Je montre à Isabelle la photo de Paul à son bureau le 20 septembre 1915. Reims est encore là. c’est la composition. sur les problèmes franco-allemands. quel miracle qu’il ait survécu !). Cela me déplait profondément. Les 17 premières toiles que j’ai commencées renvoient à quelque chose de profond en moi. A moins de travailler d’arrache-pied et de préparer le centenaire de 1914 ? Penser aussi représenter le dépassement de cela.auprès de ma mère. Dans un premier temps. obligé de rester au milieu des bombardements (22 fois la maison qu’il habitait a été détruite par des bombardements . je ferai une pause. Le terme de composition est plus souvent utilisé par les musiciens. Elle parle de déjà vu. puisque dans ma peinture. je vois le traitement des images sous forme de peinture. en 1914. Je suis à fond dedans. la peinture. lorsque l’on est fatigué d’autres moments. je m’aperçois que si je ne vais plus à Reims. celui-ci ne disparaît pas. Pourquoi est-ce que je continue à être obsédé par ces choses ? La destruction. Comment lui expliquer que la richesse du moment. Qu’est ce que c’est devenu ? Un champ de ruines. Ils vont sortir. on a envie de retourner au bal. -Oui. Comment se compose-t-on ? Autre question proche : comment s’institue-t-on ? La composition et l’institution du sujet. “ L’œuvre de l’homme. se composer en composant leur œuvre. Et il y en a beaucoup des images ! Comment était Reims avant le bombardement de septembre 1914 ? Une des plus belles villes moyenâgeuse du monde. Le détour par la peinture. je pensais que mes méditations sur la composition. était compositeur. séparé de sa famille. c’est que le lendemain matin. disait Henri Lefebvre. pour moi. c’est cela qui sous-tend ma théorie des moments. Puis la fête se décompose. de par son statut de fonctionnaire municipal. je dois être capable de transformer l’invivable en œuvre. C’est lui qui parlait de composition d’un livre. On a envie d’aller se coucher. Ce matin. Georges. c’est la croyance qu’il y a des moments qui sont difficiles à formuler par des mots. Martine Pretceille.

dit-il.. prévoir 3 fiches : Fiche technique : . au moment du réveil : c’est mon for intérieur. dimensions de l’œuvre. Le subliminal est un moment important. Quel message transmet cette œuvre ? Aider au déchiffrage de l’œuvre. Autre hypothèse. dans l’approche multirérérentielle et clinique de l’expérience (thème de mon laboratoire de recherche). que cela signifie-t-il ? A Breda. Quelle signification va avoir ce masque ? Le masque est un emblème. En cas d’exposition. Notice concernant l’œuvre Tout ce que l’on peut savoir à propos de cette œuvre. Mais l’œuvre n’est pas que son intention. Cours de Pascal Bonafoux sur l’autoportrait au XXème siècle). Donner au lecteur du catalogue les moyens de participer à la définition de l’œuvre. Etre scientifique. Je me décide à prendre des notes dans son cours. laissés par Vincent en 1885. chez un 231 . La recherche documentaire permet de trouver des indications de la main de l’artiste lui-même. technique utilisée. Ce peintre. dans les autres. Le Yongo Mita Popovitch. sauf rare exception. alors en début de carrière. Et pourtant. exposé à la galerie de Paris 8 qui m’a donné l’information. ils ne verraient pas bien pourquoi l’Etat me confierait la gestion d’une équipe de recherche. cette dimension de l’être. Je me laisse gérer maintenant par lui. pour le catalogue. Y a-t-il une identification ? Ou une métaphore de toute relation sociale ? Autre hypothèse : c’est le contexte historique et politique qui implique ce masque.Titre. L’autoportrait n’a rien à voir avec la biographie. tous les matins. Etude iconographique et sémiologique de l’œuvre. Cela implique des partis pris rigoureux.travailler avec des fous créatifs (elle pensait à moi. Repères biographiques Date et lieu de naissance. 9 h 30. En 4 lignes. Dire d’où elle vient. Il s’agit aujourd’hui de redéployer cette dimension. Visage masqué qui fait l’affiche de l’exposition (1940). Il faut laisser place aux hypothèses. Exercice difficile pour des personnages comme Picasso. Mercredi 14 janvier 2004. si les gens du Ministère apprenaient que je me suis mis à la peinture. (Paris 8. Cette exposition présente des dessins. j’ai mis entre parenthèses. de mort. privée ou coll. Copyright. C’est un peintre. n’y at-il pas une place pour la peinture ? C’est pour moi une reprise de l’expérience subliminale : pour être un auteur de l’analyse institutionnelle. à tord. c’est comme cela que me perçoivent les experts du Ministère) qu’avec des pervers… ” Effectivement. particulière). On m’a dit que ce professeur est l’un des meilleurs d’Arts plastiques. faire le choix de répertorier les éléments que l’on a devant soi. Ce type de texte prend le risque de ne donner qu’une justification à cette œuvre. Le collectionneur cherche-t-il à rester anonyme ? (coll. Historique de la commande et de la production. Il a une histoire de la Grèce jusqu’à la Comedia del Arte. que veut-il dire ? Que veut dire le masque ? Le masque (à l’Auguste) représenterait le clown sérieux. On risque de mettre la rêverie du spectateur entre parenthèse. présenter son œuvre. L’organisation sociale et artistique qui se met en place n’implique-t-elle pas que l’on porte le masque ? Le nouveau régime exige l’hypocrisie. Vincent avant Van Gogh. en matière d’œuvre d’art.

j’existe à travers de nombreux collectifs : la Place du 11 novembre (où j'habitais à Reims). il n’y avait pas d’informatique. D’autres livres vont sortir du fait d’une grande exposition. En 20 ans. On a la liberté de faire des pas de côté. Retour de Bonafoux. Dès 1905. Ce cours est poursuivi au second semestre. on pourra établir qu’il s’agit d’un faux. Je dis à Bonafoux que j’ai connu son existence. En regardant Paul à son bureau. Je m’intéresse à l’autoportrait par le biais du biographique. une voix (pourquoi pas un homme. etc. La science n’est pas le discours par rapport à l’œuvre : le discours scientifique a donc des limites . Quel sens a pour moi cette prise de notes ? J’ai tout à apprendre de suivre avec précision. fléché minute par minute . entrer aux EtatsUnis. les choses ont 232 . Aujourd’hui. de ce qui pèse sur nous. il y avait alors 3 livres sur l’autoportrait . à la vie des ancêtres. puis à Paris (1886). Andréas rachète le maximum. des pigments qui n’existaient pas en 1885. le régime démocratique va entraîner le principe : un homme. une voie ?). Je veux faire émerger des collectifs. Dans le monde. il a travaillé dans les bacs à fiches de la BN. La bibliographie de l’œuvre n’est pas retenue : la bibliographie sur l’autoportrait est extrêmement réduite. la télévision met fin à tous les rituels sociaux : on renvoie chacun devant la télévision. je me dis que je suis d’une famille. cela va être quoi ? L’histoire de l’autoportrait au XXème siècle. il y avait de nombreux articles. j’ai regardé longuement mes toiles. par contre. La carte bancaire. j’ai eu l’idée de relire ma préface à son livre. Tracabilité du parcours de l’œuvre. en particulier. c’est accepter de donner ses empreintes digitales : nous sommes seuls avec nousmêmes. par le biais de l’exposition. Nous avons de moins en moins conscience d’appartenir à une collectivité : comment ne pas imaginer qu’un catalogue ne soit pas une méditation sur l’identité aujourd’hui ? Pause. on existe en tant que “ fils de ”. l’œuvre de Vincent Van Gogh commence à valoir de l’argent : Johanna avait prévu le coup. Paul existe à travers le service de la comptabilité . est une histoire de la solitude en tant que telle : pendant des siècles. épuisé depuis longtemps. j’ai pu rencontrer une étudiante qui suit le cours depuis le début. rue Richelieu. La maison du voisin est vidée. Travail remarquable. 1890 : Van Gogh meurt . la subjectivité de celui qui tient le discours est à prendre en compte. face à tous les pouvoirs. Je vais me présenter à Bonafoux. le coup de fil vous fiche : vous êtes suivi. dans le cadre de l’économie occidentale. Je lui demande les références de ses ouvrages. cela veut dire que vous comptez moins que… Par rapport à la thématique de l’autoportrait. Cette exposition de Breda expose une rigueur au niveau de l’histoire des œuvres. Le monde des médias consiste fondamentalement à isoler les individus . le Family (club de sport. Hier soir. Elle demande à son frère de récupérer les toiles. c’est l’autoportrait de groupe. ce que je rencontre actuellement. il faut prendre conscience qu'il est une réalité politique : on prend conscience dans le regard de l’autre. où il y a un tracé qui subsiste. On s’inscrit dans une filiation : on en hérite. Chez moi. L’identité. chez Skira en 1985. Après. Il m’encourage à consulter son livre à la bibliothèque. Si l’on trouve. il part à Anvers. par des analyses. La carte d’identité a été inventée au moment de Vichy : c’est une volonté policière. il y a forcément une confrontation au portrait et à l’autoportrait : ce qui me travaille aujourd’hui. précis. etc. la famille (je pense à la photo prise à la maîtrise en 1952 ou 53. qu’il semble organiser. Théo meurt. moi. avec 20 ou 25 personnes de la famille).ami. Lorsque Bonafoux a fait sa thèse. de choisir sa voie . Il n’y a pas d’interaction avec un présentateur de télévision et son public. Il a fait un livre sur l’autoportrait.). L’autoportrait est en relation avec la question de l’identité : dialectique entre modernité et identité. 200 tableaux et dessins sont vendus pour rien. Pendant la pause. mais peu à peu. En écoutant Bonafoux. mais souvent on revient à la confrontation aux archives.

A l’entrée. c’est un immense geste de générosité : tous les éléments nécessaires à la compréhension. assumer tout. Le mot “ état ” pour une gravure n’est pas connu. Partir du principe que l’on va avoir pour public des gens curieux. plutôt que de recopier ce que l’on a écrit sur elles. L’ordonnancement de l’expo suppose que l’on soit intraitable sur le regroupement des tableaux. et donc l’aider à entrer dans les références dont il a besoin pour développer sa propre lecture. L’expo doit conduire le public à s’interroger. En tant qu’organisateur d’exposition. Les textes respectent une double exigence : .le langage. m’avait-on dit. La force des thèmes va déterminer l’accrochage. Au Luxembourg. il faut organiser l’exposition par thèmes. tenir compte de la susceptibilité et de la vanité des vivants. . Au Musée du Luxembourg. comment organiser la logique de l’accrochage ? Double discours de l’autoportrait : table-rase et permanence. Ce Musée du Luxembourg a cessé d’être musée d’art contemporain. Ainsi. Chacun des visiteurs a le droit à des égards. Le commissaire décide : il assume ses choix. Les quatre chats en mauvais état aussi à Barcelone. Bonafoux pense qu'il faut travailler à partir des œuvres : Daniel Arras a fait le choix d’écrire en regardant les œuvres. c’est un show. d’autres mauvais. Pour mettre en évidence permanence et rupture. Le Seuil a réédité ce texte. C’est un point d’interrogation. Accrochage. S’interdire le vocabulaire spécialisé. La mise en branle d’une exposition. de bout en bout : avec les artistes vivants. ne pas l’utiliser. Tous les tableaux doivent être à 80 cm du sol. 233 . en 1945. Barthes met en branle sa réflexion à partir de deux éléments : . On doit concevoir le catalogue d'une exposition. il faut imposer le fait. vis-à-vis de ceux qui sont dans l’exposition. Le considérer comme ne connaissant pas les contextes. L’exposition doit avoir une qualité fondamentale : susciter le débat. Le Palais de Tokyo a pris le relais. catalogue de Kondbly (Kandbly). On recherche le complémentaire. Au XVIIème siècle. Barthes.ne pas renoncer à la complexité du problème à mettre en évidence. Se poser des questions. doivent être donnés. L’autoportrait de groupes aurait été : Le Rendez-vous des amis. Ne plus regarder les choses après comme avant. de l’essentiel de ce qu’il est.être compris par tout le monde. en dehors du monde des professionnels… Donc.changé : de nombreux livres ont été publiés .regard patient sur l’œuvre . Pour la responsabilité artistique. d’être seul maître d’œuvre du catalogue. comprendre de quoi il s’agit. c’était l’antichambre du Louvre. ne pas tenir compte de leurs exigences pour l’accrochage : l’artiste n’a pas à choisir le lieu où un tableau doit être placé. c’est le respect de deux choses : donner à découvrir. Comme le spectacle exige des choses qui frappe l’imaginaire. Une expo. autour d’un thème. tradition d’art moderne au XIXème siècle. Pour mettre en évidence cette extraordinaire dimension. Jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale. accrochage tableau sur tableau et les uns contre les autres sur toute la hauteur d’un mur. Ce à quoi on se livre en organisant une exposition. de Max Ernst est en mauvais état (Cologne). auquel on est contraint d’avoir recours pour produire l’œuvre. certains bons. Dans le silence. On reçoit un coup de fil de celui qui n’est pas dans l’exposition : il faut avoir un discours. comme une chambre d’écho : polyphonie. Les textes d’histoire de l’art sont souvent écrits à partir d’autres textes. L’accrochage doit permettre de comprendre le sens du projet.

Comment composer une exposition ? C’est la question. Elle a passé toute sa vie à faire son autoportrait. On présente deux autoportraits qui s’opposent. Quête d’une ligne Deux autoportraits fantastiques 1907-1960 de Brancousi. Cette logique de ne rien vouloir perdre me conduit à faire des mélanges de couleurs qui ne sont pas toujours très heureux. j’aurai voulu m’inscrire en histoire de l’art (en double cursus). Idée d’une toile “ Je pisse. m’est revenu à l’idée qu’en 1967. Mercredi 14 janvier. Palazo Stozza où 1200 m2 sont disponibles (Florence). J’en profite pour noter deux choses qui me sont revenues ce matin dans le Moment du for intérieur. Derain deux toiles : 1899 et 1953 Matisse : 1901 (plagiat de Rembrandt). Je suis seul dans ma salle de cours. Ce n’était pas possible. Apparaît tout doucement le visage du Christ. Au moment où je vais me mettre à la n°18 (“ 1 janvier à Rambouillet ”). Auparavant. Elle va d’abord dans un petit espace 600 m2 disponibles au Musée du Luxembourg. en discutant avec Charlotte. cette discipline ne commençait pas en première année ou les doubles cursus n’étaient pas possibles à ce niveau. il y a dix ans. Comme quoi je réussis à éviter les pertes de matière. 170 toiles. 170 notices. Je fais trois fonds (46 x 33 cm). 21 h 50. D’autre part. Elle est morte en 1950. Soirée avec Charlotte. je reprends la toile N°1 et la N°12 sur laquelle je fais un grand travail au niveau du portrait er (visage). Puis. Des artistes qui se prennent comme objet de leur œuvre. Enfin ! Il va falloir que j’apprenne l’entretien de mon matériel. Je nettoie mes pinceaux en les frottant d’abord sur un morceau de carton (60 x 50).Ce cours me passionne. je m’offre quelques moments de peinture. puis elle s’étalera. Jeudi 15 janvier 2004. alors . comment s’y prendre ? En dégageant des moments dans le thème. lorsque je me suis inscrit à Nanterre comme étudiant de première année. Helena Schjerfbeck a été présentée dans Lumière du nord. je suspends mon travail. C’est une forme de Saint Suaire. Dans “ Corps et vanité ”. L’exposition bouge. 234 . car Lucette rentre de la fac. César 1960 La chronologie prend donc sa place. 9 h. Hier soir. En relisant ma préface à Paul Hess (La vie à Reims…). j’ai trouvé un passage sur sa fréquentation d’un cours aux Beaux-Arts. après mon article sur le tango envoyé à Geneviève Vermès. donc je suis ”. Gaston Bertrand : 2 autoportraits avec 40 ans d’intervalle. et 1949 (ligne qui se déploie dans la toile). 170 artistes. Il s’agit de composition. Mettre en évidence que l’identité fondamentale de l’artiste est son œuvre elle-même.

une de mes étudiantes de ce matin. Je trouve quelques citations intéressante : “ Les moments de doute. Lui. Les peintres et l’autoportrait. sans songer qu’ils étaient euxmêmes un miroir ”. je repense à Sabrina.. J’aime peindre des gens beaux. (à la bibliothèque de Paris 8). ce ne sont pas les hommes. tout cela contribue à nous écorcher aux ronces 315 ”.. Skira. 314 314 315 Pascal Bonafoux. Lettres de Gauguin à sa femme et à ses amis. il aurait toujours quelque chose à déverser en ses œuvres. Lettre à Emile Bernard. parce que j’aime une bonne ossature. Anthropos. A. 158 pages.15 janvier. qui sont capables de faire plusieurs choses à la fois. cité. Je découvre qu’Albert Dürer a tenu un journal : Pascal Bonafoux le cite (p 27) : “ Un bon peintre est en effet rempli de figures en lui-même. 1500. c’était en se regardant dans un miroir. (Paul Eluard. Je déteste mon propre visage et j’ai fait des autoportraits. le peintre n’est esclave. “ Devant son chevalet. août 1889. . Mais maintenant. Les moments pédagogiques 318 ). Le concept de portrait paysage(s) serait à développer. 1984. 1951. c’est une des plus jolies choses qu’ait dites Cocteau. Paris. je cesserai de faire des autoportraits. 1970 318 J. Mes haines.Il y a beaucoup de féminin chez vous. toujours lui 316 ”. 125 (ou 123) du Pascal Bonafoux). dans une réflexion qui pourrait s’intituler : le portrait des moments.. L’art de l’impossible. 317 Francis Bacon. C’est vraiment intéressant (p. ni de la nature. “ Das malt Ich nach Meiner Gestalt. Racontars de Papin.. et s’il était possible de vivre éternellement. parce qu’autour de moi les gens sont morts comme des mouches.. op. encore lui. 2006. Zola. mais je continue à le peindre. Bonafoux. c’est vrai. ce sont des Cranach. les résultats toujours en dessous de ce que nous rêvons . ” 14 heures 30. Projet de préface pour son Traité des proportions (cité par P. et ce peu d’encouragement des autres. 316 Paul Gauguin. Henri Rousseau peint : Moi-même. Je lis attentivement le commentaire du tableau de Max Ernst. Donner à voir). Dürer. 1946. Je déteste mon propre visage.Veux-tu dire que je suis une femme ? . Il est vrai que… Chaque jour dans la glace. “ Une œuvre d’art est un coin de la création vu à travers un tempérament ”. ni du passé. je vois la mort au travail. “ J’ai fait beaucoup d’autoportraits. et qu’il ne me restait personne d’autre à peindre que moi. Paris. 235 . c’est sûr.Non. ni du présent. Au rendez-vous des amis. A Reims.. et non des Dürer. La mort épiée. Moments pédagogiques. E.K. Elle me contredit : . faute d’avoir quelqu’un d’autre à faire. de ses idées intérieures dont parle Platon ”. Paris. mais les femmes. ni de son voisin. Entretiens avec David Sylvester. Je découvre la toile de James Ensor : Les cuisiniers dangereux (1896). 1922. Genève. Traduction de Janusz Korczak :“ Le moment approximatif ” (J. Noricas. En prenant ces notes sur le livre de Pascal Bonafoux. midi. portrait-paysage. p 27). ” Albertus Durerus. en 1890. Il en est de même pour chacun 317 . Genève. Je consulte le livre de Pascal Bonafoux sur les peintres et l’autoportrait : “ Quand ils faisaient leur portrait. Paul Gauguin. Korczak.

Charlotte m’a reproché. Je fais un lien étroit entre théorie des moments et peinture : il faudra l’expliciter. Je viens de consulter la bibliographie de Pascal Bonafoux. et que j’ai connu… Ce sont ses mains que je dois blanchir (je les ai faites en jaune). je me rends compte que j’ai vu mon grand-père sur son lit de mort. Ensuite. Je n’en suis pas au bout de mes peines. mon challenge était d’utiliser les 236 . mais que j’y ai trouvé : une sorte de cœur qui fusionne les deux personnages : cela donne quelque chose de profondément différent de l’original. Reconnaîtra-t-elle son père ? Ce sera pour moi le test. mais un jeu auquel s’est livré mon fils. si je veux travailler dans la direction que je découvre. je n’ai pas utilisé les ressources de la bibliothèque : il me faut changer de mode de vie. Aujourd’hui. c’était gagné ! Je voudrais faire évoluer mes portraits. mais je ne m’y mettrai que lorsque j’aurai terminé mon article pour Jean-Louis Le Grand “ Théorie des moments et clinique de l’expérience ”. Pour faire un portrait de Paul. je ne puis rivaliser. Repasser par les modèles des peintres des siècles antérieurs. mais ce travail d’observation fait remonter mes souvenirs. Elle m’a invité à remettre du rose sur tout cela. Mais. que je me suis fait envoyer. un lien qui n’existe pas sur la photo. j’ai tendance à le vieillir. Ma création se limitera à condenser deux évènements successifs en un seul. Ayant laissé un espace exagéré au-dessus du verre. Il est mort.Vendredi 16 janvier 2004. Samedi 17 janvier 2004. Les couleurs que j’ai choisies renvoient à mes souvenirs de l’appartement de la Rue de la Renfermerie où mes grands parents ont emménagé dans les années 1930. 11 h. que si je produis mes textes en retard. comme l’ont fait les peintres du XX siècle. j’y passerai du temps . passer moins de temps au restaurant. mais ce n’est pas trop grave. quand Nolwenn et Constance ont dit en voyant “ Le Roy de la salade ” : “ Bon Papa et Constance ! ”. Pour ce travail. La bibliothèque est bien équipée en arts : c’est une chance pour moi. Mon idée actuelle : le lien entre autobiographie (écrits autobiographiques) et peinture : Bonafoux y a pensé avant moi. je me vois obligé d’y installer un fil au-dessus de la danse des escargots. après mon pensum d’écriture. dans un premier temps. sa photo m’est utile. Le portrait de Paul correspond bien à ce que je voulais mettre en relief de la personnalité de cet homme. quand j’avais 9 ans. J’espère trouver ces textes à l’Université. il avait 76 ans. Dans un premier temps. Dès que j’aurai une heure. je vais avoir du temps pour peindre. mais plutôt “ Le cirque de Romain ”. j’ai repris la toile N°14. ce qui n’est pas une invention de ma part. mes textes vont avancer. J’ai commencé la toile n°19 (Fusion maternelle). Dois-je changer son visage ? Je n’en ai pas trop envie. 10 h 20 Hier. ma relation à lui. et d’y faire passer des doryphores. jusqu’à maintenant. mais. j’ai avancé la N°13 que je renonce à nommer “ Les escargots de Romain ”. j’ai retravaillé deux toiles. de sa présence intense au monde. que j’ai connu. le soir. de lui avoir fait un visage cadavérique. Évidemment. à partir d’une photo d’Hélène et Nolwenn. sa fille encore vivante. pour oser une recherche. Car. par un serveur spécialisé : énorme. Je me suis allé à souligner au rouge. et j’en ai commencé une : d’abord. de manière à ce que les gens se reconnaissent ! Par rapport aux professionnels. Il me faudrait la réaction d’Antoinette. Je me dis que si je ne m’autorise à peindre. où il n’avait que 44 ans. par rapport à l’année 1915. Il a publié un livre sur Van Gogh (à lire le plus vite possible). Quand je l’ai connu. au niveau du style. me semble une propédeutique nécessaire avant de laisser parler l’audace. et c’est bien la couleur qu’il avait alors. Les écarts avec la photo de référence ne me dérangent pas trop. avec textes et peintures (autoportraits). je dois faire un effort d’autoformation technique.

un portrait de mon père comme prisonnier de guerre (“ Le barbu ”). qui ne me servira que de point de départ. si elle existe. c’est pareil : dans les premières couches. Cependant. “ Le rendez-vous des amis ” de Max Ernst. cela signifie pour moi jouer entre le fond et les habits de mes personnages. il faudra peindre “ Lucien. déversées sur ma palette : je voulais nettoyer ma palette . que j’ai du devenir d’un tableau. Georges. avec association des paysages correspondants (Lorenzo. hier. où la famille Le Guillou sert de modèle. qui se produit en plusieurs étapes : je dois attendre que la peinture de la première couche soi sèche pour me mettre à la seconde. alors que la 18 n’est pas commencée. les agrandissements des photos dont je veux m’inspirer ne sont pas faits : j’ai différé la mise en chantier de cette toile. Ainsi. apparaissent au moins 5 générations : Barthélemy. Dans ces portraits de groupes. au retour de Dachau ”. comme j’ai fait exister l’œuvre de Paul. dans une promenade ou dans une situation quelconque du quotidien. Je veux accentuer la situation de référence. doit être un référent fort. en enlevant ou rajoutant des personnages. et qui puisse servir de couverture à son édition. Je vais partir au Brésil le 1er février. Je suis sûr que ce sont mes petits-enfants. Je pense qu’elle va remarquer mon évolution. je m’essaie à beaucoup de choses différentes : le style de chaque travail est différent. on prend des pinceaux plus fins. Dans cette veine. -“ Sauvé du feu ” et les portraits de Paul (1914-18) s’inscrivent dans ce que je nommerai les moments traumatiques de la famille. Idée d’un portrait de Paul (1930-33) avec son livre. tenant compte du mouvement de l’œuvre. Je sens déjà des fils dans mon œuvre : -Les ancêtres. alors que les brosses demandent une vue d’ensemble. AI avec René. Chaque reprise avance énormément le chantier. les équipes éditoriales. comme Paul l’avait fait pour son livre sur Reims. j’ai retiré une chose : il faut être prêt à mettre huit couches. le groupe Korczak avec K et les autres. les détails demandent de la minutie. Remi et Romain. Lefebvre . le passé et les images qu’il transporte en soi. je veux peintre une toile où. Paul. Cela va plaire à Hélène ! J’espère que je ne l’abîmerai pas trop au niveau du visage dans “ Fusion maternelle ” ! Une motivation pour peindre. mais pour qu’elle se rende bien compte de mon travail. on fait des liens. -Il y aura aussi des portraits paysages : il me faut une toile sur Mayotte. Cette date m’obsède : je ne serai plus le même. par exemple. Cela vient du fait que j’ai déjà la 18 dans la tête. À chaque fois que j’ai produit un journal. etc. De ma lecture de Sarah Walden. il faudrait que je retravaille plusieurs toiles. et ensuite. il y a donc cette conscience. J’en ai fait un Saint Suaire tachiste. qui feront exister mon œuvre. Actuellement. une sur la Réunion. sur un tableau. L’exposition Edouard Vuillard influence toutes les toiles. lundi : elle n’a pas vu ma production depuis le 28 décembre. Dans ma perspective. il faut une toile qui lui corresponde. En regardant longuement ma production d’hier. Donc. je me suis dit que j’allais vuillardiser “ Fusion maternelle ” : vuillardiser. les premières couches se font avec les plus grosses bosses. une sur Charleville. Une chose bizarre : la toile 19 existe.couleurs. je rajouterai Michel Authier et Pascal Dibie. Dans cette veine. André. Diana et Cinque Terre ou Ligoure . -Les portraits de famille dans lesquels je dois construire mon image de Bon papa. dans la réunion AI de la rue Marcadet. j’ai avancé le carton sur lequel je frotte mes pinceaux. Je dois prévoir les illustrations. J’ai peut-être eu tort de présenter mon travail trop tôt à Christine : le témoin ne peut pas se rendre compte du projet lorsque l’on en est à la première couche. Avec les couleurs. avant et après. avant de les nettoyer. je veux capter le moment : cela signifie que je recomposerai. était la prochaine visite de Kareen. on laisse aller l’imagination. je dois m’arrêter prochainement de commencer de nouvelles toiles : je 237 . etc). pour aller jusqu’aux pinceaux minuscules . Sur le plan technique. -Les portraits de groupes de mes amis. Ensuite.

Je me concentre. je n’ai plus de toile disponible. le 2 septembre . Ces jours-ci.dois plutôt m’attacher à terminer celles que j’ai commencé. En un mois. qui risque de se décomposer. Le métier. Finalement. c’est de parvenir à décomposer les tâches. Les étapes de la destruction sont les moments du chaos. que je recherche. Lundi 19 janvier. bonne séance de peinture. dans une première toile. C’est ainsi qu’il est présenté dans la brochure d’arts plastiques. le 1er septembre 1914. Je n’ai pas noté que j’ai appris qu’il est né en 1949. ville du moyen âge. ce n’est pas terrible. je peindrai le désastre après l’incendie. Mais je laisse sécher. Je lance la toile N°20 “ Paul et ses douze collègues ”. À midi. puis une paire sur l’incendie du 19 septembre 1914. et qu’il est spécialiste. Plus qu’un maître ou une muse (termes utilisés précédemment dans ce journal). en discutant avec Lucette. il aura du caractère. je me décide à symboliser Reims. je ferai des photos de l’état de mon chantier. Il faudra reprendre pour donner du caractère. Il fait l’effort de construire 6 moments (je n’ai pas eu le temps de les noter) pour regrouper les éléments de son propos. qui me soutient toujours dans mon délire pictural. Il a suivi des cours aux Beaux-Arts. compte tenu de la quantité de White Spirit. Je fais une peinture épaisse. Enfin. je lui expliquais que Pascal Bonafoux a bien compris la théorie des moments. Après le 16 février. Avant de me remettre au travail. S’il était vivant. Reims n’était plus une ville historique : c’était devenu un tas de ruines. J’améliore tout doucement le rendu. Après le repas. que j’ai utilisée pour récupérer de la couleur sur ma palette. je nettoie mes pinceaux et sur ma palette : j’en profite pour terminer le Saint Suaire (carton). je serais dans un nouveau chantier. Je vais donc les reprendre une à une. je retouche ma toile N°19 “ Fusion maternelle ” que je vuillardise. Le carton attaqué donnera un effet intéressant. Je passe à la toile N°21 “ Paul. a fini son livre ”. bien qu’il ignore probablement cette théorie. 15 h 30. Pour la série “ Sauvé du feu ”. En dehors de la 18. comme des moments de la composition. ce serait davantage une fée qui vient sortir le Prince charmant de sa léthargie. Je pense que lorsque j’aurai posé les lunettes de mon grand-père. Les figures seront à travailler avec le même sérieux que ce que j’ai fait pour Paul cette semaine. Comment cela aura-t-il été possible ? Idée d’une toile : “ L’âne. Puis j’en ferai une sur l’arrivée des Allemands. Cela ne donne pas grand-chose dans cette première version. À tort d’ailleurs. je suis content de ma première couche. Au départ. qui me demande beaucoup d’attention. à Paris 8… C’est vraiment le maître dont j’avais besoin pour avancer. car je ne vois pas pourquoi je devrais craindre le regard de celle qui a réveillé en moi ce moment de l’art. et à se représenter les différentes couches. rue d’Angleterre ”. Il compose son exposition comme une œuvre. 19 h. Avant le repas. Je fais disparaître la dimension tachiste de la veille : je signe ce morceau de carton. Lui. à 62 piges. demain. K est une fée des 238 . je craignais un peu la venue de Kareen. il pourrait être content de ce que j’ai fait cette semaine. Pour finir. il pourrait m’évaluer en connaissance de cause. de la nature morte et des écrits sur l’art. en dehors de l’autoportrait.

pp. Le tango. aussi bien chez Lucette. du fait de son mal de dos). Je sens une transe s’opérer autour de la peinture. il y a donc des remarques qui viennent ensuite sous ma plume même. Je lui ai demandé de passer pour voir mon travail de peintre. pour donner la forme de l’œuvre et les premiers contrastes de couleurs. J’ai découvert ce courrier de 24 pages en même temps que le texte de Kareen. Mais au même courrier. très difficiles à lire. Le journal est comme une toile. On a dit de moi (Christian Verrier) que j’étais un créateur de moments . quelques jours ou semaines après. pour l’accompagner au marché. Charlotte qu’Hélène. j’avais également un retour de Jenny Gabriel. Constance ou Nolwenn. Ce texte devenait quelque chose que je voulais enrichir. j’ai été danser . Et ensuite le développer en 120 pages. je racontais la théorie des moments en expliquant aux étudiants de seconde année. Je me suis couché à 2 h 30. K est une fée qui les réveille. Jenny commente au fur et à mesure de sa progression de lectrice. sans en avoir pris la mesure ? C’est une question technique qu’il me faudra traiter d’une manière ou d’une autre. mais en même temps pour lui dire que je voyais mal comment j’allais répondre point par point à sa lecture si attentive et détaillée. remarques. m’a demandé en situation d’improviser un tango avec Lucette (je n’avais pas dansé avec elle depuis juin. On m’imposa un morceau que je n’avais pas entendu avant. car même s’il y manquait quelques détails. pour la première fois aussi. explorée par Husserl lorsqu’il commente l’écoute d’un morceau de musique.moments. mais épuisante. Hess. elle m’avait envoyé un message avec une surprise : ses notes prises à mon cours de DEUST du 8 janvier 2004. Mais cela n’a pas été possible. Dans sa lecture chronologique. Il y a une charpente d’exposition satisfaisante de ma théorie des moments. Cette démonstration fut très réussie. J’ai donc interrompu la réécriture de Kareen. avec deux toiles à la main. et que je lui avais fait parvenir dans le prolongement de notre entretien du dimanche précédent. Il y a donc un vrai problème de communication lorsque l’on donne à lire un journal ou que l’on essaie d’exploiter le journal d’un autre (Delacroix. 22 à 33. pour moi) dans sa propre recherche. Peut-on commenter le détail du journal. Mais auparavant. Je peux le pousser à vingt. Un fragment de journal est difficilement détachable. comment je me réinventais dans le moment de la peinture. 2° édition. 239 . Je suis content des 12 premières pages. car la veille au soir. la reprise de l’œuvre lui permet de se nuancer. et dès 7 heures trente du matin. car un journal est un effort de production d’une pensée. mais. avec Constance. 319 R. C’est très intéressant… Je sens chez mes proches un groupe de fans. Ils sont revenus le soir pour dîner. concernant sa recherche de thèse sur les moments. les choses s’affinent avec le temps . texte repris par moi dans le ch. Elle est arrivée vers 11 h 15. Elle a été tellement enthousiaste. C’est la première fois que je fais l’unanimité autour de ma recherche. Dans ce cours. il reprenait parfaitement le mouvement de mon discours. que je suis en train de tenir. à partir de toutes petites photos. Pour préparer ma rencontre avec K. Il a réussi à sortir de son ordinateur de magnifiques images. il m'a fallu récupérer. j’aurais voulu peindre toute la journée d’hier. Au départ. on y dépose les premières couches. Mais ensuite. Hélène m’a fait tomber du lit à 9 heures. etc. Jenny a repris de nombreux passages de mon journal. qu’elle a voulu que je fasse venir Yves pour l’apéritif. sur mon envoi de ce journal même. 2 de mon “ Que sais-je ? ” sur le tango 319 . Dans son commentaire. Je suis dans mon trip familial. pour lire Jenny à qui j’ai envoyé un message bref pour la remercier. je me suis mis à la réécriture de ce texte. et elle y a introduit ses commentaires. me donnant le désir de le compléter. Jean-Louis Le Grand. Yves a travaillé pour moi. invité pour fêter ses 50 ans. On est là dans la question de la phénoménologie de la conscience intime du temps. Ce texte m’est apparu remarquable. Yves. je ne me sens pas trop sûr de moi. et le lendemain. C’est un processus. j’ai des hésitations. questions.

K a conclu. acheter une toile au format. Je lui ai suggéré d’accentuer ses contrastes. est intéressante car elle montre que j’ai le sens de la simplification du trait. Nous avons commenté la brochure d’Arts plastiques. je ne lui ai pas dit. Pour finir. même moment de paresse instituante avec l’autre personnage : une jeune femme juste esquissée. ou plusieurs propos à tenir. Avant de déjeuner d’une salade. c’est-àdire l’imitation. On a l’impression d’y voir quelque chose… On a ensuite commenté ses deux toiles. Bonafoux sur les moments du propos. avec le peintre. préparer une expo est une motivation pour produire. me faire photographier dans la pose du peintre. Mais cette idée ne m’apparaît plus être une première urgence. ne serait-ce que pour une question de séchage et de rangement. Puisque nous allons aller à Sainte-Gemme ce week-end. 9 h 45 Je viens d’avoir une idée. Le thème de l’ouvrage : une réflexion sur la mimésis. Un thème pour une exposition commune : voiles d’hier et d’aujourd’hui. ou alors de faire apparaître un œil qu’elle n’avait pas fait. qui est une toile très expressive. K trouve que l’on devrait s’exposer. Je réussis à donner la profondeur. de la couleur. On a parlé d’exposition. trop légère à mon goût. La femme voilée est le produit d’un moment de paresse. Ce qui me plait dans l'idée d'une exposition. On est d’accord. je dois terminer de toute urgence la N° 15. Et moi. Je lui ai parlé de la C 022. Pour elle. J’ai l’impression d’avoir tellement de toiles à faire pour pouvoir dégager mes cohérences thématiques ! Cela. je dois obtenir une photo des deux personnages. Gebauer et Ch. Maintenant. pendant une semaine à la fin de l’année. qu’elle ne connaissait pas. signe qu’elle compte pour moi. et où il y a des soldes. Mais en même temps. Il s’agirait d’un portrait en abîme de Christoph et Gunther. et cela compte beaucoup. Je lui ai dit que mon challenge actuel est de réussir à terminer quelques toiles. Elle trouve que la N° 14. Elle me dit que j’ai l’œil sur ce qu’il y a à corriger. Wulf sur Jeux. et je dois bien distinguer ce que je puis exprimer ici ou là. Je ne dois pas tout mélanger. en me répétant sa première impression de décembre : elle pense que j’ai de l’inspiration. la plus travaillée jusqu’à maintenant. c’est l’heure de la peinture ! Mardi 20 janvier 2004. acheter une blouse Corot. Elle ne voulait pas se lancer à faire les lèvres de cette femme : lui voiler le bas du visage était donc la meilleure solution technique . et me lancer dans cette opération. K a beaucoup aimé la N° 21. voulant le faire supposer dans une ombre. mais je vois bien ce qu’il y a à faire. Mais elle me dit que techniquement cette toile est presque aboutie : elle est presque présentable. gestes. Je réussis quelques premiers jets. Elle pense qu’il faudrait obtenir la Galerie. que je suis un peintre (voir le 27 décembre). Je dois arrêter d’en commencer de nouvelles. pour le colloque Korczak. J’ai l’idée de faire une toile de grand format (73 x 54 cm). Elle a trouvé que le mouvement est bien rendu. Mais cela me demanderait du temps. pour servir de couverture au livre. Mais. je me sens un tout petit garçon face à ma palette. Je dois corriger les épreuves du livre de G. Pour ce faire.J’ai beau affirmer que je vais faire 300 toiles dans l’année. j’ai un propos. Il faudrait que j’en introduise quelques éléments qui ont suscité des réactions de ma part. j’ai bien compris le discours de P. que l’on tient dans une exposition. pour elle. On pourrait aussi s’exposer cet été à Sainte-Gemme. Il reste quelques détails à reprendre. J’en ai conçu une belle l’an dernier. Elle a longuement commenté le noir sous le bureau. Elle reste dans mon bureau. il faudra 240 . nous sommes allés ensemble faire un tour à Artacrea. Mais je ressens de plus en plus tout le travail qui reste à accomplir. c’est l’affiche à créer. rituels.

J’ai donc décidé de ne pas me rendre à son cours. j’ai repris plusieurs toiles : le portrait de Paul à 60 piges. Il passait reprendre ses papiers. C’est un moment du travail du peintre. et de ce point de vue. par le passage de Catherine Modave et de Ruben Bag. Pour ma part. Je vais le photographier avec Lucette. Il faut que Sergio Borba existe chez moi. ils sont restés une heure trente. la visite de l’atelier est une sorte d’institution. ce sont les moments de la famille. avec présentation de mes sources. Bonafoux qui nous avait prévenu la semaine passée. Pour moi. Miguel a été surpris de la construction de ce nouveau moment. un artiste fait signer un livre d’or. en soi. En fait. c’est la bouche et le fond aussi. en fin de matinée. de celles de Hélène et Yves. je me suis lancé dans la lecture des épreuves du livre de Gebauer et Wulf sur la Mimèsis. Vers 17 heures. Il n’y a que cinq étudiants (effet de la grève. Je n’ai lu que 70 pages de ce livre intéressant. Pareil pour la toile peinte. Il faut maintenant travailler le fond. Par exemple. Bonafoux. L’après-midi. il faut que je prenne quelques photos du voyage au Brésil. Hier. entre 3 heures et 6 heures. les photos de Brigitte sont très différentes. une par une. Ce sera un gros travail pour ne pas saboter le joli portrait de groupe. comme personnage. encore). Cela donne un effet assez surréel. Cependant. J’espère qu’elle a trouvé P. à la fois sur la question de l’imitation. je l’ai verdi. Chez Delacroix. et qu’elle pourra me raconter ce qu’elle y aura vu et entendu. Il faut l’enrichir. J’ai donc pris des photos et ouvert un nouveau livre d’or. Je le lis donc avec patience. Dans une exposition. lorsque mon père montrait les archives de la famille… Ce que je peins. Miguel et Charlotte sont passés. Celui-ci avait oublié ses affaires. une vraie exposition ! Au boulot ! Jeudi 22 janvier 2004. Faut-il mettre du rouge dans cette toile ? J’ai besoin de la visite de Christian Lemeunier. mais aussi sur les formes que l’on se donne pour se construire . C’est lui qui me pousse à ouvrir mes tubes de rouge. en plus de 1000 exemplaires. et je puis donc écrire tranquillement. liée à un mal d’estomac. mais la reproduction de ma toile pourrait être imprimée. 241 . il se trouve que je me suis déjà engagé dans l’utilisation de ces deux photos. etc. très intéressant. Ce qui me choque maintenant. Par la seconde couche. j’ai été interrompu. Ils ont regardé mes toiles. Elle m’invite à en faire des peintures. 9 h 30. donc de l’esthétique. Je pensais lire les 300 pages dans la journée. et cela est. Mais j’ai eu une insomnie. Il a signé mon livre d’or. Je me suis rendormi. que je leur ai proposé d’écrire leurs commentaires sur la visite de l’Atelier.retrouver le tableau offert par René Lourau qui me servira de modèle de base (un classique de l’abîme) : un gros chantier. la veille dans mon coffre de voiture. mais en me levant je n’étais pas aussi efficace que d’ordinaire. Grosse discussion. malgré le rendez-vous donné à Audrey : la semaine passée. ce livre m’apporte quelque chose sur la Théorie des moments. C’était tellement intéressant. des 13 employés municipaux de Reims en 1915 avec leurs masques à gaz. elle n’était pas parvenue à trouver la salle du cours. Or. J’ai bu de l’eau. Je vais donc pouvoir utiliser le travail de Brigitte pour la troisième couche de ces toiles bien avancées. Au courrier. C’est P. Je suis dans mon cours de DEUST. deux photos agrandies par Brigitte. c’était la grève des transports. J’ai ressenti l’ambiance qu’il y avait à la maison. Je l’ai nettement amélioré. donc de ma recherche sur la peinture. et je tente d’en construire un index. dans le sens discuté avec Kareen. Hier.

des histoires. tout d’un coup. Peut-être étions-nous ensemble ce jour-là. car je dispose d’un stylo noir très contrasté… Vais-je retourner chercher mes lunettes. J’ai vécu 56 ans sans moustache. La peinture me plait pour ses couleurs. Et pourtant. Mon problème. Je vais en toucher deux mots à Brigitte. au costume que portait Louis Aragon. femmes artistes dans le Japon ancien (XI-XIIIème siècle) de Jacqueline PIGEOT (Gallimard. Plus j’avance dans ma peinture. Je ne me souviens plus du lieu. j’ai réussi à avoir. quand j’ai rencontré Aragon.Bruno LATOUR. J’imagine que si elles me peignent suite à mon décès. C’est une association qui s’impose à moi. Je vais être obligé de mettre du violet dans ce tableau. Cela aboutit au résultat contraire de ce qu’avait proposé Yves. je le deviens. encore une remarque. Cela doit faire très longtemps. Le portrait de Paul est vraiment intéressant. histoire de m’assurer que je l’ai bien pris ! Elle est la dernière. plus je pense qu’elle n’est pas montrable. je transforme son image en tenant compte de ce que j’ai connu de lui. 1992) et . Je ne puis donc pas avancer dans la lecture de quoique ce soit. Chacun des 10 000 livres de ma bibliothèque est une sorte de touche. Seulement des couleurs. quand je l’ai rencontré en Provence. chez Nahmias. J’ai envie de le montrer à Antoinette. Par contre. J’avais oublié que j’avais rencontré Aragon. Mais elle ne vivait pas encore avec moi. Aujourd’hui. j’aime bien les tons de la peinture à l’huile.Femmes galantes. Mais ma 57ème année est celle de la moustache. J’ai verdi le costume. Après avoir déjeuné d’un sandwich à la cafétéria. C’est l’année où mes petites filles me rencontrent. à un très bon prix : . Catherine trouve l’huile pas suffisamment éblouissante (elle peint à l’acrylique). devant 7 étudiants sur l’institutionnalisation du sujet. Le travail de peinture fait donc rencontrer des couleurs. 13 h 05. j'ai associé. qui évoquent des formes. mais aussi pour ce souvenir d’Aragon. B. Je sens que. Chaque ouvrage ne prend son sens que par rapport à d’autres. Lorsque j’ai pris une distance par rapport au tableau. C’est à la fois intéressant pour Paul (c’est la couleur de la décoration qu’il portait : les palmes académiques). 2003. à la page 45 : “ Au rendez-vous des amis ”. Mais ce vert du costume est tout à fait improbable historiquement : mon grand-père n’aurait jamais porté un tel costume. J’ai encore un tel chemin à accomplir avant de devenir Remi HESS. parti d’une photo. des mouvements. 373 pages). car le vert de son costume contrastait avec du violet type bruyère. Réminiscence 320 d’un livre qui doit avoir 25 ans. 320 Réminiscence (le mot est joli) de la Cité des Egos de Jacques Guigou (Anthropos) : Remi-niscence. Personnellement. je puis écrire. nrf. J’ai ouvert le livre de P. Aramis ou l’amour des techniques (La découverte.Sur Paul à 60 piges. J’ai évoqué cet épisode avec Lucette. Personne n’a pris de note. C’était donc avant 1975. 242 . lu la semaine dernière sur l’autoportrait. c’est que j’ai oublié mes lunettes dans ma voiture. Je sais où il est. dans la famille à l’avoir connu. ou me contenter d’écrire ? J’ai fait un excellent cours ce matin. Voir cela est une activité onirique. elles rajouteraient une moustache sur une photo où il n’y en a pas ! Aragon est dans mon grand-père. je vais à la bibliothèque de l'université. en dehors de moi. Il faudrait que je reconstitue ce que j’ai improvisé. Bonafoux. et qui trône dans ma bibliothèque de Sainte Gemme.

je voulais un châssis pour L’abîme mimétique. après le tango. “ Le Martyre des dix mille chrétiens ” (1508) se trouve page 33. Georges est venu à la réunion où il y avait aussi Ruben Bag. Audrey est dans la bibliothèque. Audrey est chômeuse. Gabriel ? (de mon journal). Elle vient me montrer ce qu’elle lit et me dit de voir la page 107 de Hôtel La Chapelle. ici. chez Artacrea. J’en ai profité. Delacroix. 243 . Christian m’encourage à continuer mon chantier “ portraits de groupes ”. Elle me dit. sur un terrain vague. Il a tout de suite accepté. et du violet des bruyères. j’ai profité de la présence de Lucette dans la voiture pour passer chercher des tubes de blanc et 3 châssis de 73 cm. DESS). près de la Villette : Développement durable. J’ai parlé du vert Aragon. Mimétisme ? Travail des images. Ce qui l’a intéressé. Vendredi 23 janvier 2004. Liz Claire. Projet Attraction passionnelle n°1 Manifeste Mon journal Des comptes-rendus de lecture (Oury. Christian a signé le Livre d’or de l’atelier. couleurs que je conçois d’ailleurs à partir de blanc et noir.en dehors de toute raison. Cela a duré un mois. suivie d’Attractions passionnelles. Hier soir. simplement à cause d’un rapprochement de couleurs. 14 h 30 (Paris 8. Audrey développe une recherche sur son propre corps… Bijoux. mais qui m’obligent à une exploration intérieure. Ce matin. mais j’étais trop fatigué pour mémoriser nos échanges. Courriers (échanges de lettres). Nous avons eu une discussion de deux heures. mais aussi du fait que je dégage pour moi de la lecture de ce texte. Au départ. (77 (73) LAC). L’objectif : voir l’avancée de mes toiles. c’est le travail autour du masque à gaz. 17 h. Pourquoi ce vert. Je le lis très lentement du fait de mes différentes activités. Ils ont vécu comme dans le désert. Cela me concerne. Réunion des IrrAIductibles. j’ai proposé à Christian Lemeunier de passer boire une bière à la maison. Walden). Cela m’a permis de me garer devant le magasin. avec des artistes. parlant de mes peintures : “ C’est politiquement plus correct ”. Mais ils en proposaient des paquets de trois. Elle me raconte sa canicule : une installation sous la tente. Elle me montre encore L’insensé (photo) Japon 77 (520) Jap. Ils ont intitulé cette expérience. ce jour-là ? Je lis aussi le volume 5 du journal de Benyounès. J’ai pris une carte de fidélité. en plein Paris. dans la construction des moments. etc. Note de lecture de J. Elle vit au milieu des précaires. Il faudrait réfléchir à l’argent. Je pense qu’ils reviendront dans les jours qui viennent.

que je terminerai cette toile. Pour cela. L’idée m’est venue chez Charlotte où nous sommes passés le vendredi soir. Liz Claire. Mon talent actuel. il se trouve à droite des trois personnages. Cela permettrait de les monter en séries. il faut le préparer. Je n’ai pu la rapporter. idée de produire des palettes au fur à mesure de mon travail. Hubert de Luze. je veux noter qu’hier à Sainte Gemme. j’ai ouvert pour la première fois ma boîte de peinture à l’huile. Mais la réponse doit se trouver dans Le rêver de René Lourau. pour aller chercher une table qu’elle voulait déposer Rue d’Angleterre. assez moche. J’ai décidé de rapporter ma boîte de gouaches de Sainte Gemme. Charlotte Hess. En commençant à prendre des notes. que de se construire dès maintenant une relation épistolaire ? Le temps me manque. Gilles Boudinet. j’ai pensé à Pascal Bonafoux. Plus on est dans une gamme de couleurs. Zhen Hui Hui. Je pourrais aussi 244 . Remi Hess. Lundi 26 janvier 2004. Audrey Beugle. Je crois que c’est en Champagne. Je l’ai donc longuement regardée. Maria Buttey. Jenny Gabriel. Angela Cumin. pour faire des basreliefs. il faut ouvrir l’atelier pour un certain temps. 14 h. plus il faut l’étaler dans plusieurs toiles. Le nom de ce tableau m’échappe. Il me faudrait utiliser des planches de format identique. c’est que dans mon souvenir. j’ai fait un fond pour une toile que je destinais. dans des couleurs gaies. Or. Une autre chose que je dois noter : on a retrouvé la carte postale que René Lourau m’avait offerte sur l’abîme. J’ai peint deux Vierges (statues appartenant à ma mère et qui étaient moches comme tout). Il faudrait que j’en parle à P. j’ai utilisé une planche comme palette.Comité : Christian Lemeunier. (réunion du LAMCEEP). En aije encore une version imprimée (avec ce tableau) ? À Sainte Gemme. Ensuite. c’est d’oser entreprendre entre 20 et 30 toiles en parallèle. René Schérer. lorsqu’on s’y met. Elle avait été mise sous cadre. dès juillet au thème “ Tango sur les quais ”. Une idée m’est venue : le gros travail de la peinture. Ce qui m’a frappé. Avant que la réunion ne commence. héritée de ma mère que j’ai l’impression d’utiliser comme fond pour faire un portrait (cette toile représente un coucher de soleil sur la mer). Kareen Illiade. Irai-je mercredi à son cours ? Lui écrirai-je un mot ? Pour lui dire quoi ? Ne serait-ce pas trop précipité. Bonafoux : il a certainement la réponse à cette question. s’aimer 2) à Sainte Gemme. Aussi. Ce matin. observée. Au mur. il y avait une planche utilisée par Marco Camera lorsque celui-ci a peint la grande fresque que nous lui avons achetée à Ligoure… Charlotte avait eu la présence d’esprit de demander à Marco sa palette ! Quelque bonne idée ! Du coup. J’ai transporté la toile “ Hélène et Nolwenn ” (Aimer. Je ne dois pas saboter mon voyage au Brésil. j’avais placé la toile entre les modèles et le peintre. j’ai rapporté une huile sur carton. c’est de nettoyer les pinceaux.

il faut que le zinc protège le bois. Je voudrais symboliser le chantier de l’été dernier. Nous pourrons donc repartir de zéro. nous sommes passés dans cette pièce. L’œuvre sera un hommage à l’ancienne maison. zinc. il faudrait que je vende mes toiles au prix où Dali vendait les siennes. Ce qui me manque. L’inquiétude de Lucette : les travaux d’en face vont nous coûter très cher. ou plus largement comme artiste. etc. avec l’expert. je voudrais en faire autre chose. Lucette a refusé que je fasse percer une fenêtre sur la rue. et parvenir à en vendre. Il y a des travaux urgents à y faire : le toit par exemple. Je lui ai dit : “ oui. un lieu d’exposition et de rencontre. etc. des petits paysages. Pour moi. L’artiste a besoin de matériaux. Lucette veut terminer notre maison avant de lancer un autre chantier. je ne me sens pas bien dans cette pièce. en profiter pour rapporter quelques bouquins à emporter au Brésil. actuellement. continuer à garder des traces quotidiennes de ce que je produis ou tente de produire. Dali a beaucoup travaillé avec des artisans. le cadre est important. pour recruter Jean-Pierre et les autres. Il me faut. Je crains que Damien n’élimine tout ce qui reste devant chez moi. Je ferai de Sainte Gemme. Si j’avais la maison d’en face. etc. Ceux-ci commencent à disparaître (il n’y a plus de gravas). de résidus. impôts. peut-être ? Et des clous. A l’étage. Prolonger mon effort de septembre dernier à Brasilia. la pièce au-dessus du chartil serait idéale pour ton atelier ”. Du coup. aller porter les épreuves chez Anthropos. Le problème des clous : ils viennent de l’ancienne charpente. il y a des risques de perte ou de métamorphose. et une pièce exposée au sud. On retrouve la question du chantier. nous avons une toute petite divergence d’appréciation. Je ne dois pas oublier ce carnet. Il y a un lien entre la survenue des idées. il faudrait l’isoler ”. un atelier. les éléments du chantier seraient intéressants à utiliser : bois. mais il m’aurait fallu une fenêtre sur la rue (c’est-à-dire sur le Sud) ”. Cette pièce est la plus froide de la maison. et en même temps une présence intensive. Pour trouver l’argent de mon chantier. j’ai conscience qu’il me faut regrouper mes dessins. Rêve d’y avoir du temps. Sainte Gemme m’a rencontré. mais dès le 15 avril (les vacances sont le 10). Actuellement. etc. d’accueil. C’est là que je veux installer mon atelier. exposée au nord. un peu. face à la vallée. Le problème. L’atelier se déplacera chaque année selon un rythme saisonnier Parmi les éléments qui m’aident à me penser comme peintre. Donc. il faut regrouper mon matériel à Sainte Gemme. qu’il me faut racheter la maison d’en face. C’est du recyclage de chutes. c’est de terminer tout ce qui doit être fait avant de partir : relire les épreuves de Christoph demande beaucoup de temps . j’ai regroupé des clous usés pour en remplir un seau. Si Dieu me prête vie ! comme on dit. une tuile. pour acheter du papier. Pour peindre. ce ne sont pas les idées. Ce matin. Il y a une grande différence entre une pièce exposée au nord. L’assurance va nous payer une somme qui va nous permettre d’éponger les dettes actuelles : emprunt à Charlotte. avec l’intention d’en faire une sculpture. d’y produire des dessins. La seule solution pour gagner du fric : faire de la bonne peinture. Lucette me dit : “ Chez nous. en un même lieu. et réinvestir ce que l’on gagnera dans ce chantier : Figueras a connu Dali . le plus haut possible pour avoir une vue plein sud (sur 20 kms). et la confrontation à la pratique picturale. Cela faciliterait les choses. il ne faut pas laisser filer la maison d’en face. Il m’a dit : “ elle est très fraîche . etc. je veux noter qu’hier. Cela est vrai. comme en forme de mezzanine. il est évident maintenant. Si je veux progresser. Donc il y a une différence d’appréciation sur ce que nous pouvons nous engager à faire… Le problème est en dernière instance financier. peintures. Mais avec Lucette. en effet. Où vais-je mettre cette sculpture ? Dans le jardin. j’installerais une salle d’exposition dans la maison de droite.passer à Artacréa. mais l’argent pour les payer. la mouture en bois. Tant qu’une forme reste pensée sans être inscrite. Je pensais que j’allais souder ces clous pour faire surgir une forme. au rez-de-chaussée. mon atelier est à Paris.. Mais aujourd’hui. Peut-être dois-je recycler rapidement les résidus de mon chantier. Mais en même temps. Pour cela. Relire Gebauer et Wulf. Elle a raison. 245 .

Ses sculptures translucides nous “ plongent dans un univers onirique ”. sur l’effet néfaste des tables dans la salle B 230). début juillet 2003. 12 h 45 Conférence de Michel Lobrot dans mon cours. 9 h 10. Michel la pratique depuis longtemps. On dévie sur la peinture automatique. suivie d’une seconde (Comité de rédaction de Pratiques de formation). d’y fêter les 40 ans de l’OFAJ. s’il n’avait pas été professeur. Montaigne disait : “ Je suis à moi seul le représentant de l’humaine condition ”. Je vais présider la commission de spécialistes pour le recrutement des professeurs associés. et planté de si beaux arbres. Il évoque un musée à Bourges pour dire qu’un artiste ne fait jamais que la même chose. Je suis donc le premier arrivé. je m’aperçois que je renoue avec mon rêve d’enfant : je voulais être le gestionnaire de la Maison commune du Chemin vert (Je rêvais de succéder à Monsieur Hugerot). je passe à la Galerie. Jeudi 29 janvier. il étudie tous les enfants. Cocteau a fait un jardin merveilleux à Cap d’Ail. Lobrot. On se produit dans la reproduction de quelque chose : peut-être l’autre qui est en moi. mais s’est poursuivie. En fait. Je suis content finalement d’être parvenu à cette conclusion : il me faut acheter la maison d’en face ma propre maison champenoise. Je regarde très vite les œuvres de Bettina Beylerian (céramique) – 01 45 75 05 76. où mon écriture s’est ralentie. Patrice met les tables en rond (suite à la critique de M. Après un repas super amical avec Michel (Kareen lui a offert le repas). J’ai pris un vrai plaisir. Quand Piaget étudie ses enfants. 15 h. pour en faire un lieu d’art et d’archives. Mardi 27 janvier 2004. 246 . (01 46 95 49 93). C’est beau. Il aurait pu être peintre. nous revoici dans le séminaire. Il y avait prévu un théâtre magnifique. Avant le séminaire.Je m’aperçois que je n’ai cessé d’écrire durant toute la première réunion (Lamceep). a-t-il dit. Je regarde aussi le verre soufflé de MarieCatherine Geffroy. J’en profite pour écrire quelques lignes concernant la soirée d’hier. Cette discussion est partie d’une réflexion sur l’écriture automatique.

dans l’histoire de la peinture. Je vais me mettre maintenant à la rédaction de textes pour le Brésil. je pense à mon voyage. Salvador de Bahia). Les parents de Lucette vont venir s’installer chez nous le temps de notre voyage au Brésil. et tout 247 . J’espère que je vais parvenir à en faire quelque chose. Christine Delory était également venue écrire quelques phrases qui se conjuguent bien avec ce qu’a écrit René. Ils ont été très encourageants. C’est important de savoir où l’on va. …La seule chose qui me motive actuellement est la production de mon œuvre : les livres. nous partons pour un colloque et une série de conférences. J’ai préparé non seulement mes gouaches. Dans l’après-midi. Nous avons beaucoup travaillé pour mettre nos bureaux en ordre. pour moi. j’acquiers plus d’assurance et j’affirme une orientation fortement identifiable que je découvre en la créant ! On vient d’atterrir. Je pense me lancer dans deux portraits de Lucette (à partir de photos du 1er janvier 1990). Mais en fait. maintenant ma peinture ! Peu de gens parviennent à comprendre comment. Je vais continuer à la gouache mon travail entrepris à l’huile. le journal. sur mon entrée dans la peinture. Elle m’a donné une photo de Paul. Il y a quelque chose d’un fil rouge. mais j’ai décidé de mettre la pédale douce : j’emporte deux maillots de bain. C’est la photo la plus forte. J’avais un problème technique. je me suis décidé à m’y mettre avec une telle fougue : j’ai peint 20 toiles depuis décembre 2003 ! Et dans chaque nouvelle toile. Dans l’après-midi. Je n’ai pu lire ce commentaire très profond. j’ai eu une intuition en parlant avec Christine. en masque à gaz. je parlerai. Elle m’accompagne : moi-même. j’étais passé chez Hélène. Georges Lapassade. 1er février 2004. à la Cène comme dispositif. que ce matin : il est très stimulant pour moi. Officiellement. Je vais tenter… 31 janvier 2004. n’ayant jamais fait de peinture à l’huile. J’ai passé trois jours à corriger des copies (j’ai rendu mes résultats ce matin). Véronique. Lourau… faites le 1er janvier 2000. Elle a annoncé qu’elle ne parlerait pas en public. debout. décrypté par Kareen. Lucette veut d’abord se reposer. René a fait une analyse écrite de mon œuvre dans mon livre d’or. etc. Je lui ai montré les agrandissements des photos de Lefebvre. Comment placer plus de trois personnes dans le cadre autour de la table. sur les ruines de sa maison. L’idée de livre d’or est excellente. J’ai repensé. A cette occasion. En même temps. Escale à Madrid ! 15 h 45 (heure de Paris) Nous nous trouvons donc dans le vol 083 pour Salvador. (dans l’avion vers le Brésil. mes collections. et à ce que je veux emporter à Bahia.J’avais organisé avec Lucette un dîner avec Audrey. J’essaierai de répondre à la demande. René et Audrey ont découvert ma peinture. Il faut que je documente cette intuition. d’un portrait de Charlotte. dans ce que j’ai produit jusqu’à maintenant. René Schérer. et des photos que j’ai été faire agrandir. Hier. un très bon livre (sur la théorie chinoise du temps. de toute la série. Lucette et moi pour parler d’Attractions passionnelles. mais aussi du papier (acheté hier soir). Je vais emporter celui du 8 janvier. 14 h 05.

en tentant de saisir la personnalité des arbres de la propriété où j’étais : le parc était magnifique. j’ai l’idée de peindre directement sur les bouteilles. En septembre 2003.particulièrement des moments). mais c’est vraiment intéressant. Je trouve d’ailleurs que cette toile est sous-évaluée. le violet que j’avais vu. Il y a. pour récupérer la boîte pour mettre mes tubes de gouache. donc prendre du temps. ai-je emporté avec moi deux autres carnets. La tradition familiale. j’ai pu peindre d’assez belles choses. Je les fumerai au Brésil. Certes. De plus. J’ai profité des couleurs. on est passé dans les Free Duty. Sur le plan de la peinture. en suivant les conseils de Sarah Walden 321 . J’ai pris un gros volume de papier A3 (du 300 gr) pour faire de la gouache. Réussir le premier jet est important : c’est essentiel. Mais je veux aussi travailler sur le thème. Je veux pouvoir faire des séances de 4 heures. pour les finir (les détourner). elle avait une petite détérioration (1cm2 percé). il faut lui redonner de la valeur. Je n’ai pas eu le temps de regarder la signature. j’avais demandé à Christophe Lotterie de m’acheter des toiles. Au lieu de peindre dessus. cela va faire du relief. je l’installerai dans ma propre composition. des toiles que je peins actuellement. À côté des soldes. très belle photo de Lucette (le 1er janvier 1990. Peut-on coller une toile sur une toile ? Je vais me renseigner chez Artacréa. sans être interrompu. Je l’aurais payée 20 ou 30 euros. J’ai mis de la couleur dans mon Carnet dalien 1. par exemple. autour du costume vert pomme d’Aragon en 1973 ou 74… Je tourne autour de cette couleur. Il y a quelques mois. Peinte. Mais je me ferai un devoir de la rénover. Serait-ce un sacrilège que de la retoucher ? Je pourrais aussi la coller sur l’une de mes toiles : je la sauverai en l’installant. cit. que je dois à mon frère. mais la précipitation de la journée d’hier m’a fait oublier de faire une analyse de contenu de mon chantier valise. Je veux peindre des choses difficiles. J’aime la couleur brésilienne : c’est une vraie palette ! Lors de l’escale. 248 . Comment oser détourner un tel tableau ? En même temps. Outrage à la peinture. sur une toile actuelle et de bonne qualité. je vais au Brésil pour travailler mon moment peinture. Pour ses 50 ans. Mais si je colle une toile sur mon châssis. Aussi. Comment l’arrière-fond deviendrait-il proéminent ? 321 Sarah Walden. Quand j’évoquais les choses qui me restent à faire : il y a les 50 bouteilles de champagne. J’avais du temps. J’ai pris le Journal d’un artiste. je ne sais si je vais peindre les paysages locaux : un peu. Les boîtes de peinture (3) pèsent lourd. la Braderie de la Maison verte fait office d’un événement : acheter une toile pour 1 euro. Le prix d’une toile neuve pour un tel format serait de 7 euros. m’a semblé à la fois agréable et en même temps déprimant. J’ai acheté une boîte de cigares espagnols. certainement. chez René Lourau) : c’est cette pose que je voudrais tenter de rendre. C’est un chantier que je ne ferai pas au Brésil. Cela donnerait une vue sur le jardin. j’ai passé 15 jours. Donc. j’ai travaillé la gouache. oui. op. J’ai remarqué que la réussite d’un tableau est liée au temps de travail que je me donne. par moment. Celle d’hier représente des arbres de Provence. quand je l’aborde. et mon matériel de peinture. où je tiendrai mon journal. seul. elle ne vaut plus qu’un euro. Donc. mon Journal de danse (au cas où !) et aussi mon carnet dalien (celui où je fais des croquis). avoir une consistance. à Brasilia. dans cette toile. peut-être des Oliviers. Je pensais prendre un autre carnet de croquis. J’ai avec moi une très. Elle irait très bien dans la toile de “ Paul à 60 piges ”. J’ai emporté des photos que je fais agrandir pour m’en inspirer. Idée de mettre mes oliviers dans le cadre d’une fenêtre : celle de la cuisine de Sainte Gemme. c’est de faire une étiquette spéciale. dans la mesure où elle me semble exister. À penser : Il faut avoir de l’audace pour redonner de la valeur au travail de cet excellent peintre abandonné.

qui se dispersent ici ou là sur le thème d’un moment désigné. J’imagine un livre qui s’intitulerait De l’analyse institutionnelle à la théorie des moments. Mes toiles s’inscriront progressivement dans ce nouveau paysage. puis la question du moment. Je pense que j’écris bien aujourd’hui parce que je dispose d’un carnet d'un bon format pour écrire dans un avion. j’aurais poursuivi ma méditation sur la question du journal. “ L’œuvre de l’homme. Mes moments sont nombreux. John Locke l’a pratiqué dans son propre journal… Pour la peinture. Il n’y a rien à faire dans le jardin. Ce que je dis sur le tableau acheté hier est intéressant dans le cadre de mon journal d’apprentissage de la peinture… Ce qui est décisif. Mais on l’acquiert grâce aux expériences antérieures. pour réaliser tous mes fantasmes ou représentations oniriques. C’est la période du gel en Champagne… Quand je reviendrai. Sur ma carte d’accès à bord. Si je voulais publier les 2000 pages écrites depuis l’an 2000. Concernant la sculpture. dont la transduction se développe d’un moment à un autre. je lis cette phrase qui sert de devise à l’aéroport de Paris : “ Notre plus belle destination. je voudrais installer un abri pour qu’on puisse y fumer un cigare. Je veux rajouter : “ L’œuvre de l’homme. Cela viendra à son heure. Maceo). Qui a trouvé cela ? C’est vrai que ma destination : c’est moi. la sociologie d’intervention. Dans ce que j’ai écrit aujourd’hui. je ne puis échapper à une formation méthodique. Une idée progresse : la rencontre entre Analyse institutionnelle et Théorie des Moments. etc. C’est un dilemme pour moi : où écrire une page ? Dans son moment ou dans sa dynamique ? Cette question pourrait être élargie. ils existent : en même temps. en lieu d’observation : on peut regarder les voitures qui montent au village. À partir du moment où ils sont désignés. qui ne fuit pas. j’accepte de décomposer les tâches : je me documente. L’AI racontée aux étudiants. ne devrait-il pas y rajouter ces pages. mais pas illimités. Ma maison deviendra une œuvre d’art. et aussi d’un stylo à pointe fine. Mais là. Le bon matériel est nécessaire. et installer un banc à l’endroit où l’on peut voir devant. il y a un mouvement dans ce journal de voyage qui vient justement de la manière. c’est son mouvement pour devenir lui-même ”. je me lance dans la peinture de la toile. d’autres à d’autres. À cet endroit. certaines pages auraient eu leur place dans Le journal d’un artiste 322 . à la manière de Figueras pour Dali. 249 . même sous la pluie. Je dispose de pierres. de l’institutionnalisation du sujet… Si le temps m’était donné. il faut sculpter le jardin lui-même. c’est vous ”. à travers les deux fenêtres de la bibliothèque ! C’est un point qu’il faut transformer en point fixe. c’est de n’avoir eu que ce carnet de voyage sous la main… Si quelqu’un (pourquoi pas moi d’ailleurs) décidait de publier Le Journal d’un artiste. au cours de ce voyage. Je ferai travailler les artisans. il faudrait que je parvienne au même traitement progressif. Ces "vacances" arrivent au bon moment. du terrassement à la main. Dans un premier temps. Je dois penser à installer des sculptures de mes amis dans le jardin. J’aurais bien changé d’activité.Dommage que mon carnet de croquis soit dans la grosse valise. en gagnant du temps sur ma pratique actuelle. que je prends et reprends en fonction des couches et des pinceaux à utiliser (du plus gros au plus fin). Ce pourrait être un livre sur le mode du récit. La solution serait probablement dans une indexicalisation méthodique. Il faut mobiliser des machines-outils. c’est lui-même ”. je trouve un motif. Certains se développent à certains moments. j’aurai la santé et l’énergie de me lancer dans un grand chantier d’aménagement du jardin. Je vais pouvoir construire de nouveaux murs. Nous avons décidé de prélever celles qui. c’est mon objectif réel. il me faudrait une relecture totale pour corriger l’orthographe : et ayant 322 Les pages que l'on lit furent d'abord écrites dans le journal de voyage (Brésil : Bahia. Avec mes journaux. Ce sera mon fumoir : un fumoir en plein air ne dérange personne. a dit Lefebvre. ont eu un rapport avec le moment de l'artiste. si l’on se place du point de vue de la contemplation de l’ensemble des journaux tenus.

je devrais redistribuer les pages égarées ici ou là. La chambre. au journal. Je ne construis que quelques volumes particulièrement significatifs. On fête Yémanja qui n’est pas la Sainte de la mère. Lucette s’en est immédiatement rendu compte. nous allons à la grande fête qui se prépare. avec une 250 . où nous avons acheté des cartes postales. On repart en voiture avec Claudio. Auparavant. Les Saints du Candombé pourraient faire l’objet d’une série de peintures. Sergio et Carla Bublitz (2 voitures) vers Mercado modelo. Nous y prenons un excellent repas. Je commenterai ces visites dans le Journal d’un artiste si j’en ai le temps. je publierai des volumes autonomes et d’autres regroupant deux ou trois moments. aussi. sa puissance de donner naissance à une œuvre.dégagé les moments structurants du journal. Je vais tenter quelque chose dans cette direction. on monte un étage pour se retrouver au Restaurant typique Sao Pedro. Ce matin. son pouvoir. On a emporté trop de bagages. puis nous regardons. sortirait un journal dans son mouvement. dans son moment désigné. Spectacle (fort) de capoeira : je fais une photo. Je dispose des modèles sur des cartes postales. confortable. À ce moment-là. on pourra d’ailleurs rajouter les photos prises au fur et à mesure de la production des tableaux (différentes couches). je vais probablement devoir m’adapter. en fonction du nombre de pages produites dans chaque moment. J’y retournerai peut-être à pied. on célèbre YÊMANJA qui représente la fécondité. Mais il faut la transporter ! J’ai visité une quinzaine de boutiques de peinture. j’ai essayé d’aménager un espace pour peindre. Autre possibilité. Mercredi 4 février. l’après-midi serait férié pour préparer les cérémonies de ce soir. je n’ai pas acheté une toile de danseurs de candombé. en buvant une bière. Aujourd’hui. mais j’ai repéré où elle est. outils essentiels au peintre. le pouvoir de séduction de la mère. Roberto nous a conduit au Mercado modelo. Je me suis lancé alors dans un dessin à partir de photos. que nous avons obtenue pour 220 réals. que nous avons visité avec Sergio . mais j’ai compris qu’il me fallait d’abord dessiner. Il est évident que mon domaine reste l’huile. ensuite. en ce moment. assis à une table. Par exemple. le Journal d’un artiste me semble intéressant parce que c’est à la fois un journal d’apprentissage et un commentaire au jour le jour d’une œuvre qui surgit ! À l’œuvre. Idée de peindre une favela. Dans les valises : deux appareils photos. 5 heures 40. je renonce à publier le tout. avec vue sur le port de pêche. Mes deux premiers essais ne sont pas concluants. On a vu des gens aller lancer des bouquets de roses dans la mer en sortant du restaurant. Il va falloir transporter tout cela à Maceo… 17 heures 30. Ainsi. J’ai compris ce qu’est l’acrylique. La mise en peinture est commencée. Salvador de Bahia. nous avons fait le tour de la vieille ville à pied. Ce soir. Beaucoup de boutiques artisanales. C’est assez intéressant comme travail et abordable : 160 réals. mais de la mer. Ensuite. et un souvenir choisi par Lucette : un masque prolongé en marionnette géante. Ce matin. J’ai fait des photos. trop d’affaires. C’est une pièce intéressante. Si ce matin. après avoir écrit la première tranche de journal. n’est pas adaptée à mes besoins. Par rapport à mes projets de peinture énoncés ici. le 2 février. J’arriverai probablement à huit volumes. J’ai gardé les cartes des boutiques de peinture visitées ce matin. les gens travaillaient.

On s’en sort pour 77 réals (à cinq). Mais je m’aperçois que je maîtrise moins bien la technique de la gouache. C’est lui qui m’a intéressé à la question de la transe.Fejouade et les secrets de Marie. du piment. la seule que j’aimais vraiment. Au moment où je voulais la payer. Maceo vue de l’hôtel Ibis. avec celle hors de prix. G 5 me plaît davantage que les autres. Sans commentaire ! En ce qui me concerne. le 6 février 2004. Son avion avait du retard. me dit-elle ! Cela me fit vraiment plaisir : je suis heureux de remporter cette toile. Lucette apprécie vraiment. comme le soulignait Carla : cette toile plait aussi à Lucette ! Peut-être aurais-je dû acheter l’autre ? Je le regretterai peut-être ? J’ai eu l’impression que je pouvais faire mieux. Cette toile y sera. Nous allons constituer une salle de tableaux de danse à Sainte Gemme. Dans le hall d’embarquement pour Maceo. j’anticipe. Maceo. que l’huile. une sorte de Louvre local. et du manioc. Carla nous reconduit à l’hôtel. mais elle était à un prix exorbitant : j’ai décidé de ne prendre que la toile de Candombé. Après cette aventure. Lourau) . J’ai trouvé une nouvelle toile de danse. j’ai repris G 4 (vue sur la mer. je vois encore tout le chemin à parcourir. de l’hôtel Ibis). Je viens de m’arrêter de peindre. Rien d’exceptionnel. Ensuite. Nous avons décidé d’aller visiter le Museu d’Arte de Bahia. J’ai beaucoup de matiériaux. Carla a annoncé qu’elle allait me l’offrir pour mon anniversaire ! C’est dans 3 semaines ! . ce matin. G 2 Capitaine d’escorte (d’après une photo de Charlotte lorsqu’elle avait 12 ans) . On a bu des jus (marakuja). je me suis vraiment remis à la peinture. nous avons retrouvé Sergio. je me suis lancé à peindre : G 1 (gouache) Lulu rêveuse (à partir d’une photo du 1er janvier 1999 chez R. 7 h. Je suis heureux d’avoir acheté ce livre. Ce soir. le peintre dont nous avions vu les dessins sur Yémanja la veille au musée d’art. et j’ai fait G 5 : Nuit sur la mer. Une participante le connaissait et l’a travaillé avec ses élèves ! Jeudi 5 février 2004. A Salvador. pour faire une peinture sur ce thème… Je pense à Georges. elle avait un cachet… Il est trop tard pour revenir en arrière. Pourtant. Lucette : “ Tu ne dois pas avoir de complexe. G 3 Paul sur les ruines de sa maison (1915) à partir d’une photo agrandie de l’époque. C’est assez paradoxal. 251 . En plus.Comme je ne pourrai pas être à Paris ce jour-là. Aujourd’hui. puisque j’ai fait moins d’huile. ma forme de travail correspond davantage à ce qu’exige l’huile. j’ai commenté le journal de Dali. J’ai terminé G 3 aujourd’hui (ce matin). illustré par Carybé. 18 h 30. Je n’ai pas noté que dans ma conférence. ainsi qu’une nouvelle série des Saints du Candombé. Je devrais le placer dans le tableau du Candombé… Maceo (Brésil). Ce que tu fais pourrait être exposé dans ce musée… ”. on a été revoir les peintures. J’ai trouvé un livre de Pierre Verger. Pourtant. du riz. et les hommes ont pris de la caipirinha.

puis nous avons profité d’une sorte de piscine naturelle où nous nous sommes longuement baignés. Il avait choisi la plage de la Sirène. J’espère pouvoir continuer demain matin. Je me suis alors mis à la peinture.Je voudrais essayer de peindre les figures de Saints du Candomblé : les Arixas. Pour les gravas (G3). car c’est beaucoup plus que ce dont j’ai besoin. grain fin de 32x41cm (Canson) : c’est du très bon papier. Nous n’avons pas trouvé son ami ! Ensuite. en rentrant. en nous disant qu’il reviendrait le soir pour une petite sortie nocturne. Audrey dit qu’il faut faire de son corps une œuvre d’art ! C’est fait ! Dimanche 8 février. 300gr/m2 (140Ibs). Le prix à la journée est trois fois ce que l’on paie à Ibis. J’ai l’impression de m’être transformé en œuvre d’art. J’ai 4 sources. en rentrant de la fac. 9 h 30. Je n’ai que 20 feuilles de papier Aquarelle Montval. Quand Sergio est venu nous chercher hier matin. Le décor et la construction sont intégrés au paysage. Ayant peur de m’ennuyer. Aujourd’hui. j’ai vraiment envie de poursuivre le travail engagé. je me dis que G 3 pourrait être retravaillé (demain) au stylo à bille. j’ai emporté mon carnet dalien 3. J’ai laissé la moitié à Salvador. Cependant. au nord de Maceio. au niveau des dessins. 21 h. J’ai pris un coup de soleil maximum. dormant. j’ai mis en peinture les dessins du matin. Dans la journée. Opération risquée : à éviter si je veux avoir un beau carnet. j’ai fait quelques tâches en cherchant à peindre plusieurs pages en même temps. Hier. Nous avons eu tables et parasols pour déjeuner. ou des paysages découverts ou des personnes avec qui j’étais (Lucette et Sergio). J’en suis assez content. Lucette s’en sort mieux. Il faut que je réfléchisse à la meilleure manière de l’utiliser. Sergio Borba voulait nous emmener à la mer. Le matin au réveil. Nous avons roulé dix kilomètres. En datant mes dessins (parallèlement à l’écriture de mon journal). le parfaire. Sergio nous a laissé à l’hôtel. nous sommes partis vers la plage de la Sirène. Il faudrait que je fasse des détails dessinés sur la peinture elle-même. j’ai fait onze dessins. Malgré tout. Il faut que je boive beaucoup. j’avais emporté tout ce dont je disposais en tube de gouache. il voulait nous présenter à un ami. coups de soleil terribles pour moi. En partant de Paris. Samedi 7 février 2004. Il nous a donc conduit à l’hôtel Jatiuca qui est une pure merveille. qui me semble pouvoir illustrer la théorie des moments. J’ai travaillé sur la vue que l’on a de la chambre de l’hôtel. Je voudrais aller dans le sens du portrait de groupes. j’avais fait 6 croquis de Lucette. Pour 252 . Il me faut faire un vrai dessin avant de peindre ces figures. Le soir. mais cela vaut vraiment le coup : le site (au bord de la mer) est valorisé par une végétation entretenue. sans compter des photos de la statue de Yêmanja prise sur le port de Salvador de Bahia.

Sur la plage.ma part. parlant un peu français. et surtout sœur d’un homme considéré comme le plus grand peintre de la cité. . parlant français (qui a vendu 600 toiles). son prénom. Mais j’étais debout.Bon. j’ai loupé cela ! Il faut dire que sous nos fenêtres. Je pourrais le faire assez vite. Et en rentrant vers 17 heures. Pour trouver une contenance. J’ai essayé alors de le dessiner sous son nom. Il 323 Sur cette rencontre forte. Sergio nous conduit à la fête préparatoire du Carnaval. Lucette voulait prendre des distances par rapport à lui (du fait des maladies qu’il portait . elle n’est pas en bonne santé). Il est revenu. et lui aussi. Il semblait s’intéresser à nous. c’était le Pinto da Madrugada. 253 . Vers 10 heures. qui fêtait son quatrième anniversaire : une fête assez folle. et lui voulait vraiment construire un dialogue avec moi. où les discours succédaient aux Sambas. très absorbé que j’étais par mon dessin. Il bougeait. Lundi 9 février 2004. Il avait vu rapidement l’annonce de cette manifestation dans le journal. Sergio nous a présenté à plusieurs personnes dont Fernando. 11 h. Hier soir. Il a alors saisi mon stylo et a voulu écrire (très difficilement) MARCOS. Il a voulu voir mon carnet à dessins. 17 dessins… que je mettrai en couleur le soir en rentrant. Je pense que je peux faire un grand dessin. voir la suite dans le Journal de Maceo. dans les bals de carnaval. Hier. Le diagnostic de Sergio : les gens ont dansé tard hier soir. dans mon carnet. me dis-je. Sergio lui a dit de circuler. Le dessin que j’ai fait de lui est le plus loupé de tout ce que j’ai fait aujourd’hui. je me suis décidé à dessiner les bannières du carnaval (pp. C’est un bar-restaurant. Il s’agissait de la première d’un spectacle du groupe de danse Sururu de Capote. il y a du monde. Repas sympa. 39 et 40 du carnet dalien 3). 18 h 30. Elle m’a montré deux de ses toiles exposées dans le restaurant A boa mesa. Cela fait déjà une heure que le soleil est levé. où l’on a rencontré une peintre de Maceo. à moi. Je vais faire le compte-rendu de cette manifestation qui a beaucoup compté pour moi dans mon Journal de danse. Un enfant de 9 ans couvert de poux et de gale (pelage) sur le cuir chevelu tournait autour de nous. et qui accepte donc de me recevoir. et moi aussi. Il m’était reconnaissant de l’avoir pris comme modèle 323 . J’ai continué ce matin à partir de 6 heures. à partir d’un regroupement de trois esquisses faites hier. J’ai fait des couleurs pour mes dessins d’hier. Ce matin. mais moins que d’habitude. J’ai montré à cette dame mes dessins. Au total. ayant trouvé les couleurs qui conviennent. Elles restent sur la palette. groupe de Carnaval de Maceio. Je lui ai montré. Sergio nous a conduit à un spectacle de danses assez extraordinaires. un ami à lui. je passe l’essentiel de ma journée à dessiner. j’ai commencé à les mettre en couleurs. j’ai fait 11 nouveaux dessins dans mon carnet dalien. mais il ne m’en voulait pas. 7 h. il y a un orchestre qui joue dans une boîte qui s’appelle Gouvia.

Saisir l’instant peut avoir son importance. J’ai envie de m’y mettre pendant qu’il fait chaud. À 16 heures. j’ai peint. Nous sommes entrés dans un grand restaurant de poisson. cela avance. Nous avions envie de retourner au self découvert dimanche. etc. pour saisir une ambiance. j’ai des difficultés à retrouver les règles de l’aquarelle. Je me suis essayé à les dessiner : en rentrant à l’hôtel. hier à onze heures. Je lui montre mon dessin sur Pinto da Madrubada. que je n’aurais pas imaginées être capable de faire : je recule mes limites. et nous avons goûté une brochette de langouste à la “ provençale ”. que je maîtrisais plutôt mieux. de dimanche : Pinto da Madrubade. pour observer le Carnaval. Mardi 10 février. Hier. Les gens dansaient. et confiture de vieux garçons de goyave pour moi… En rentrant. lorsque je les peins. pas de préparation de ma conférence de jeudi. avec un verre de vin blanc (pas terrible). L’anniversaire du Pinto peut devenir un moment. Nous aurions voulu terminer avec une glace. il fallait aller déjeuner. Ou je les laisse ainsi. 254 . notamment lorsque je ne dispose que de quelques minutes. J’ai eu mauvaise conscience le soir de ne pas avoir su décrocher de la peinture : pas d’écriture du journal. sachant que j’avais du temps devant moi. En même temps. et il souhaitait partir de ce dessin dans son atelier. Le soir. J’ai mis de la couleur dans mes dessins. parfois quelques secondes. La qualité du dessin est essentielle dans plusieurs situations. je constate que je liquide le trait. Pour mes dessins. Mais. et se préparaient à boire et à manger. Mais il n’y en avait pas. j’ai pris conscience de la nécessité d’un apprentissage du dessin. J’ai plusieurs possibilités. Dans ma discussion avec Simon Anding (qui me présentait ses travaux). J’ai essayé de le dessiner. 8 h 15. Nous rencontrons le responsable de la revue Et Moisés de Melo Santana qui va animer un atelier sur “ Education. Maceio est idéal pour cela. L’avantage de la deuxième solution est de faire ressortir le trait . J’ai vraiment de la chance d’être là. j’ai continué. puis me tournant vers la plage. le trait est relativement important : il facilite la lisibilité. j’ai vu des chevaux brouter. j’ai peint ces derniers dessins. En même temps. dans les bandes dessinées. que nous nous sommes arrêtés à un kilomètre de l’hôtel. Donc aventure de goûter une mousse de citron pour Lucette. lorsque l’on veut construire un moment. Je n’utiliserais pas ce procédé dans le contexte de la peinture à l’huile. pas de leçon de brésilien. carnaval et identité culturelle ”. Mais j’ai fait assez de croquis pour produire un grand dessin. dans la mesure où cette fête a un sens dans la mobilisation des adeptes du groupe pour la présentation du Carnaval. J’ai tort de faire de la peinture un absolu. car c’est à échelle humaine. et j’ai fait une gouache grand format reprenant les théories de la fête de Carnaval. Sergio n’est venu nous chercher qu'à 20 h 30 : nous avons eu la journée entièrement à nous. J’ai fait hier des choses. l’inconvénient est que cela ne correspond à rien. Pour ma part. la chaleur toujours insoutenable nous a fait nous arrêter sous un arbre.s’agit du carnaval auquel nous avons participé. Nous ne sommes pas restés. sortie avec Sergio. Mais le soleil tapait tellement fort. Il y avait une ambiance agréable. Excellent. avant que je ne me mette à l’huile. ou je repasse au stylo noir par-dessus. Il est enthousiaste. J’ai l’illusion que je pourrai mettre une seconde couche. C’était le quatrième anniversaire d’un groupe de carnaval : O pinto. Vers midi. Je mets trop de peinture.

Actuellement. des statues en bois peintes du XVIII ou XIXème. avant qu’elle ne fasse le choix de l’abstrait. Nous recommençons les présentations. mais aussi de la vaisselle. et nous fait faire le tour d’une immense maison. Fernando et Sergio étaient passés pour nous emmener chez le peintre Pierre Chalita. Nous y retrouvons Marie-José. écrivain et peintre. style colonial. Pierre nous propose alors de visiter sa maison.Mercredi 11 février. Puis. verreries. des œuvres plus contemporaines de lui. Il parle du Douanier Rousseau. arrive en poussant le fauteuil roulant dans lequel siège Pierre Chalita. Nous sommes montés en voiture. Il nous montre des toiles d’amis ou de disciples (il accueille des élèves dans son atelier). Hier. Sa peinture primitive n’est pas signe d’une ignorance. où il est resté cinq ans. et mille autre œuvres plus ou moins volumineuses : 4 ou 5 salles sont remplies d’objets divers : vases. meubles. lustres. dans la peinture d’une toile de son musée personnel. dans lequel il apprécie le numéro 42 (c’est aussi celui que je préfère actuellement). poète qui s’est fait un nom dans la peinture. à côté de quantité d’autres fougères et arbustes. en fait une sorte de musée privé. Nous prenons un jus de mangue. Je compte 6 employés pour entretenir et garder le domaine. mais aussi des toiles de Jorge de Lima (1893-1953). Nous commençons les présentations. Il a fait tout un travail de recherches en amont. etc. de Françoise Sagan. Pierre Chalita est reconnu dans tout le Brésil. par Delacroix qu’il a beaucoup aimé… La peinture de Pierre a un côté géant avec des allégories qui me firent penser à Delacroix. Pierre nous montre son travail : nous découvrons son œuvre à travers quelques tableaux. et au bord de la falaise se trouve une propriété différente de tout ce que j’ai pu voir ici. Je lui avais parlé de Delacroix dont j’ai lu le journal qu’il ne connaît pas. la différence est difficilement perceptible. nous engageons la conversation sur le primitivisme. etc. Le primitif est authentique. secondé par son majordome. un dessin de Picasso. Il est inspiré. L’atelier est long de 17 mètres. Pierre distingue les primitifs des primitivistes. Un gardien signale notre présence. Il s’agit d’un immense jardin dans lequel cohabitent des arbres tropicaux et des rosiers en fleur. Par contre. le matin. Il va chercher quelqu’un qui vient nous accueillir. certaines géantes (4x3) ont été exposées à Paris. Puis il est monté à Paris. il me parle d’un portrait de Popin. Pour le vulgaire. de Solange. Il nous montre un bouquet peint par Solange. Je lui parle de Sarah 255 . d’autres plus petites. Nous parlons de sa vie. pressée par une femme que nous apercevons de loin dans la maison. etc. la sœur du peintre. dans lequel sont entreposées des centaines de toiles. Il fréquentait l’atelier de Picasso. Il a quitté Maceio pour étudier la musique et l’architecture à Rio. Le groupe se déploie vers un bâtiment construit pour abriter toiles et dispositifs de travail du peintre. large de 10 et d’une hauteur de 6 mètres. dans ème lequel nous pouvons admirer des peintures des 17 et 18 siècle. Puis le majordome qui nous avait accueilli. sur le plateau qui domine la ville. je montre à Pierre mon dessin du carnaval qu’il aime bien. Puis Pierre nous propose d’aller visiter son atelier. attaquée par les termites. nous avons vécu la journée la plus richede notre séjour. Dans l’atelier. rencontrée au self dimanche. Il nous décompose toutes les tâches qui s’enchaînent pour rentoiler une vieille toile. Il me parle de Dubuffet. C’est un espace géant. une des activités de Pierre est la restauration de toiles : il restaure des toiles abîmées par le temps ou des accidents. 8 h 15. En effet. elle aussi. et mon carnet dalien 3. Il avait attiré notre attention sur une fissure. et Solange Chalita. Mais cette fois-ci.

-En France. Si ce travail n’était pas trop développé. Pierre me demande si j’ai visité des musées ici. 15 h 30. Nous attendons Sergio pour la visite du musée. mais que Solange s’y oppose. Du "temps". je pourrais le publier dans Attractions passionnelles. Paris. dessin (une fleur). Il y a un Maurice Denis. bronzage. Ce serait une excellente formation pour moi. Nous avons été manger dans le restaurant voisin de l’hôtel : pour 30 réals. 324 325 Solange Chalita. Pierre se sent autant musicien que peintre : dans toute notre dérive chez Pierre Chalita. Lucette. Non. Se pose tout de même la question de la reproduction des toiles… Comment faire sur le plan technique (et sur le plan des droits !). Non. 2001. Je pense que je devrais faire une histoire de vie de Pierre Chalita. “ Il faut attendre d’être mort pour que l’on parle de vous ! ” Pierre voudrait que la Ville reprenne son musée personnel. Cela devrait rendre le trait ! Jeudi 12 février. Je n’ai pas parlé du magnifique piano à queue qui trône dans son salon. plutôt que de la gouache. Je dis à Pierre que pour moi notre rencontre est historique. mais. Nous irons d’ici samedi. 2002). J’ai demandé à Pierre s’il avait déjà écrit son autobiographie. nous les retrouvons ensuite : Solange nous dédicace son dernier ouvrage 324 . me dit Pierre. Nous venons de passer une journée tranquille à l’hôtel : bain dans la piscine. J’ai seulement vu le musée d’Art de Salvador avec une exposition intéressante de dessins de Carybé sur Yémanja. c’est la mode de s’installer des ateliers à la campagne. il gagne. je sens un vrai intérêt de part et d’autre. lecture du livre de Solange Chalita. peinture. Puisque Lucette a oublié son appareil photo. Nous sommes sortis de la chambre. Pierre me dit qu’il aimerait travailler à partir de modèles vivants. Peut-être a-t-il vu mes dessins de Lucette dormant ? J’ai l’idée de le prendre en photo dans son atelier. Vers midi et demi. dit Lucette qui semble retrouver complètement la santé. “ Très bon ”. La visite de l’atelier se fait sans Solange et Marie-José. 15 h 20. 211 p. Je viens d’avoir une idée : peindre mes dessins selon la logique de l’aquarelle. éléments d'une philosophie du vivre. Ici. Pierre nous propose de revenir. Samedi matin serait notre seule possibilité : Pierre insiste auprès de Solange pour qu’elle décommande leur rendez-vous de samedi. l’humidité et les termites. pour laisser la femme de chambre faire son travail. François Jullien. nous avons fait un repas complet. Ce livre porte sur le "moment" en Chine. Vous pouvez faire de très belles choses. par exemple. lecture (François Jullien 325 ). nous quittons les Chalita : il faut rejoindre l’université où je dois prononcer une conférence devant les étudiants de sociologie. Ces toiles m’ont beaucoup inspiré pour me décider à me construire un atelier dans notre ferme champenoise. Cela implique une certaine architecture. que d’entrer dans l’intimité existentielle d’un vrai peintre. J’ai d’ailleurs trouvé un livre illustré par lui sur les Orixas… Au fur et à mesure que se développe notre conversation. Grasset. Elle résiste : finalement. Mais cela ne s’est pas encore fait. Sergio et Fernando participent. Una leitura junguiana do cordel nordestino : dois exemplos (UFAL. Il nous invite à aller voir ses toiles exposées au Musée de Maceio. -Cela me ferait vraiment plaisir si vous acceptiez d’être photographié dans votre atelier… J’ai vu 4 toiles d’Edouard Vuillard représentant ses amis dans leur atelier. 256 . écriture de ma conférence de Salvador (fin). nous devons nous battre contre la chaleur.Walden et de son Outrage à la peinture (il faudrait que je lui fasse parvenir de Paris).

sur la place du palais du gouverneur (élu de 45 ans. Vendredi 13 février. il y a des objets anciens et en sous-sol les primitifs contemporains : ce musée mériterait une autre visite de ma part. la coordinatrice du colloque. J’ai acheté un catalogue d’une exposition de l’Ecole de Chalita (1989). Au niveau supérieur. objets divers : autels d’église. j’ai donné ma conférence. j’ai demandé à Fernando de quelle tendance politique est Chalita : “ De droite ! ”. Mon texte sera publié dans un journal. j’ai d’abord dessiné des masques. Le gouverneur a traversé la Place pour dire à l’employé : “ Si Chalita ne fait pas de travaux dans ce Palais. Maintenant. réunissant plusieurs dizaines d’exposants. que je connais déjà et Alcino Ferreira qui se débrouille en français. J’ai parlé plus d’une heure. Hier. Ce matin. le paradis. ce qui semblait une faute à 257 . Cela ne fait aucun problème. Sergio ne traduisant guère. puis une représentation du Carnaval de Blinda. le rédacteur me demande une peinture pour la couverture (en couleurs) du journal ! Sacré travail ! Lucette dit : “ Ce qu’il y a d’intéressant chez eux. c’est qu’ils ont le sens des valeurs qui montent ! ” Je me positionne comme artiste. Comme j’ai fait circuler mon dessin sur le Carnaval. ancien élève de Pierre Chalita. Au rez-dechaussée. J’arrive en retard. Ce que l’on a vu n’est que partiel. fait fonction de guide : il nous a commenté chaque pièce. il y a eu 3 questions. c’était beaucoup moins violent. cette intervention n’était pas toujours utile pour moi. Je regrette qu’il soit interdit de prendre des photos. mais avec une autorisation de faire des photos. Il y a des fils rouges. Il y a aussi des bibelots de toutes sortes. Ma visite m’a donc donné beaucoup d’éléments pour discuter avec le maître lors de notre prochaine rencontre. J’ai été sensible aux remerciements de Laura. animé par Moisès de Melo Santana. On est en plein colloque. Il y a 3 niveaux d’exposition . Les danseurs étaient plus tranquilles. Hier soir. Intéressant d’être actif. Sergio est toujours excellent dans la traduction. Par rapport à ce que nous avions vu à Salvador. de peur des courts circuits. le directeur du département des sciences de l’éducation. j’ai fait un tour au Musée de la Fondation Pierre Chalita : c’est un immense bâtiment. la Ville va lui reprendre ! ” L’employé a répondu : “ Je ne puis dire cela à Chalita : pouvez-vous mettre ce que vous venez de dire par écrit ? ”. La place de la danse de carnaval est importante dans son œuvre. Pour expliquer cette intervention. ils n’hésitaient pas à se toucher. un jour où ce dernier a exposé une toile immense du Christ en croix avec le sexe du crucifié bien apparent. On comprend le problème. etc. C’est dire l’état du bâtiment gardé par deux fonctionnaires (employés) payés par Pierre Chalita lui-même. car je sors de l’atelier Carnaval. et dont j’apprécie l’animation. 16 h 30 (dans l’atelier de Lucette et Sergio). Il s’est déroulé à la tribune d’un grand amphi où avaient pris place toutes les “ huiles ” de l’UFAL : le recteur. très émotif et corporel. le directeur des enseignements doctoraux. des centaines de statues. car nous sommes arrivés à la nuit tombante et l’on n’allume pas la lumière à ce niveau. toiles. J’appréhendais beaucoup cet exercice. qu’il suit sur de longues périodes. Sergio et quelques autres. après l’atelier de Sergio et Lucette. signe de l’importance qu’il lui donnait. de gauche). Mais Franco a expulsé Chalita d’Espagne. puis je me suis joint au groupe : je suis rentré dans les mimes et les pratiques corporelles. Pierre Chalita est un personnage incroyable. je me suis posé des questions. Dans cet atelier. par exemple : le bal. lorsque j’ai appris que Chalita avait résidé en Espagne à l’époque de Franco. J’ai gardé la liste par ailleurs. Laura. Bon. La pièce la plus ancienne est un tableau d’un élève de Léonard de Vinci. Tout le monde l’a trouvé “ très intéressante ”. L’un des deux. Le recteur est resté pendant mon intervention. nous avons assisté à un (long) spectacle de Capoeira de Angola Palmares. Le procureur ne l’a pas fait.Je suis au Centre culturel de l’UFAL (Université). Ensuite. De plus. il y a principalement des toiles de Pierre Chalita. objets de culte.

la veille. Il y avait Sergio. Quand j’ouvris les rideaux. C’est à la queue devant le buffet. Villa-Lobos et Azmir Medeiro. 8 h. la mise en place progressive d’un défilé de Carnaval. voulant en réserver pour notre rencontre avec Solange et Pierre Chalita qui devait avoir lieu à 10 heures. J’avais dessiné pendant le concert (les musiciens sont pour moi. Lucette. je continuai en griffonnant la queue devant le buffet…Les queues. Un ensemble à corde de l’Université (deux violons. Mozart. nous étions assez avares de photos. nous sommes sortis au Lampião pour danser le forro. après les ateliers. faits dans l’atelier de Moisès de Melo Santana et Alcino Ferreira. que l’on prit conscience qu’il y avait vraiment du monde dans ce colloque. ne cherchant pas à être le premier servi. Le soir. Joaquim et Joao Carlos. Cependant. le public eut droit à un concert de musique classique. c’est celui qui me séduit le plus. en descendant au petit-déjeuner. John Lenon. même type d’orchestre. Deux entraîneuses de la boîte se joignirent à nous. Après une prise de parole très courte de la part de Laura. De ma fenêtre. un bon thème de recherche) . Je me suis mis à la peinture. Dimanche 15 février. Les bruits de la rue ne semblaient pas déranger le sommeil de Lucette. il y avait la séance de clôture du colloque. Je me demandais vraiment quel était le fou qui soufflait des sons désordonnés. nous ressentions le besoin de faire quelques photos de ces personnages de carnaval que nous avions devant les 258 . Lucette n’appréciait pas trop d’avoir des putes à notre table. Lucette aussi. Vendredi soir. L’ambiance de Carnaval n’était pas négative pour mettre en couleur les dessins de masques. je pus contempler 6 étages au-dessous de moi. un alto et un violoncelle) exécuta 5 pièces : Handel. C’était une sorte de valse. Il y avait les musiciens de plusieurs fanfares ou harmonies. de chapeau. J’ai voulu retrouver le sommeil. Reprendre un thème permet de le retravailler. Samedi. Malgré tout. des discussions et parfois des roulements de tambour. 6 h. Mais impossible : les bruits de la rue ne faisaient qu’amplifier ! On entendait des cris. Il y avait les petites carrioles des vendeurs de boissons. Après le concert. alors que mon premier dessin était dans le sens de la largeur : d’où mon travail de ce matin. Mon commanditaire voulait quelque chose de concentré dans le sens de la hauteur. voilà un bon thème à travailler. Dimanche 15 février 2004. etc. La danse qu’il nous proposa plut beaucoup à Lucette. Des chars arrivaient avec le Pinto da Madrubada (le poussin – ou l’érection du petit matin). mais il accueille des enfants des rues. Des cinq morceaux. En fin de matinée. Ce dernier compositeur était le violoniste de l’orchestre. avec à chaque fois une bonne cinquantaine de musiciens.Salvador qui suspendait immédiatement la confrontation des deux danseurs. Celle-ci avait lieu dans le grand auditorium où j’avais fait ma conférence. C’est une activité culturelle de l’Université. Je pris quelques photos de la fenêtre. je me suis mis à peindre la couverture demandée par João Carlos (de Porto Alegre) pour son journal : je suis content de ce travail. le réveil s’est fait au clairon vers 5 heures 30. des organisateurs avaient prévu un petit cocktail. d’accessoires divers. Je pense que cet auteur a vraiment du talent. Jusqu’alors. alors que le jour ne paraissait à peine ? Je ne me suis pas levé tout de suite. je pouvais en distinguer quatre. Le groupe de Maceio appartient à l’Université. dans les deux cas : même maître qui préside au rituel.

j’ai trouvé le catalogue de l’exposition collective que j’ai acheté. coll. Celui-ci fut très enthousiaste ! Lorsque nous sommes arrivés chez Pierre Chalita. Nous avions décidé d’offrir à Fernando le dessin représentant le quatrième anniversaire du Pinto da Madrubada. pour le remercier d’une photocopie qu’il nous avait fait d’une classe chinoise. Pierre pourra se pencher sur la démarche. et que ces toiles me parlaient tout particulièrement. Il l’avait à la main. Pierre ne comprit pas du premier coup mon projet. Je promis de leur envoyer ces deux livres. etc. rituels. par lui-même. vous pourriez lire Le sens de l’histoire. qui a une formation d’anthropologue. 259 . Nous 326 Une des photos prises par Lucette a été choisie comme couverture du livre de Gunther Gebauer et Christoph Wulf. un autre sur les voyages.yeux. j’avais placé les prospectus imprimés concernant Le sens de l’histoire et Le moment de la création. Jeux. était celle sur le bal : je lui disais que j’avais fait 5 livres sur la danse. l’enseignement. Un photographe jouxtait l’hôtel. Nos hôtes avaient programmé le visionnage d’un DVD sur L’œuvre de Pierre Chalita. Pierre s’était mis à restaurer une toile. produit par l’Etat d’Alagoas (ce qui montre la complexité des relations difficiles évoquées plus haut). durant une dizaine de jours. Aidé d’un employé. La conversation s’engagea immédiatement sur notre visite du Musée Chalita. “ Anthropologie ”. Ils n’avaient pu accéder en voiture jusqu’à l’hôtel. dans son travail. Je la relayais de temps en temps. et Lucette. Nous sommes allés chercher deux nouvelles pellicules de 36 326 . Solange nous invita à gagner la maison pour prendre une petite collation. On pourrait mettre des reproductions de toiles dans cet ouvrage. On pourrait faire un chapitre sur la musique. nous reviendrons. Pour cela. les toiles apparaissaient les unes après les autres. Il me permet de refaire des meubles ! dit-il. Nous ne pouvons pas réaliser nos projets cette fois-ci. J’expliquais à Pierre que. qui pourrait faire l’objet d’un beau dessin ! Fernando était très fier de ce cadeau. le gardien de la porte principale nous invita à faire le tour du domaine pour garer la voiture à l’ombre des arbres du jardin. la peinture évidemment. Lorsque j’ai visité le Musée. Il alla le montrer au chef de la banda do Pinto da Madrubada. gestes. il faudrait que je puisse parler avec Pierre deux heures chaque matin. Fernando et Sergio vinrent nous chercher pour aller chez Solange et Pierre. Anthropos. mais agréable. mais d’ici une prochaine rencontre. 2004. venu lui rendre visite : elle nous conduisit à l’atelier où Pierre était installé avec deux employés pour rechercher des toiles. qui était tout à fait d’actualité. Pendant que nous parlions. Solange était là qui raccompagnait son frère. J’offris à Solange et Pierre le seul livre qui me restait ici : Centre et périphérie dans lequel. il collait de petits bouts de toiles à des endroits où la peinture était déchirée. petite. c’est cela. -Oui. Nous avons une chambre d’amis. Mais cela manque d’un livre de présentation de Pierre. Solange. Pierre se mit alors en demeure de retrouver dans son atelier toutes les toiles s’inscrivant dans cette série. Au fil de ce chantier. Nous primes plusieurs photos du groupe que nous formions. la série qui m’intéressait particulièrement. en leur expliquant mon désir de faire raconter à Pierre sa vie sur le principe de la théorie des moments. -Oui.C’est un outil très utile. les expositions. assise sur un tabouret les photographiaient les unes après les autres. saisit tout de suite le projet : -Pierre a fait exister plusieurs moments dans sa vie : sa passion pour la collection de timbres pourrait faire un bon chapitre. Ce livre pourrait paraître dans ma collection… -Vous pourriez descendre à la maison. Paris. Nous traversâmes donc le défilé de Carnaval avec eux. Puis il pressait l’endroit avec une presse métallique : . Par contre.

Dans l’avion Salvador-Madrid. puis Solange nous proposa du gâteau ! Nous avons donc regardé le DVD. Lors de la conversation avec Pierre. Nous évoquons donc le problème avec Fernando. Si les toiles de Chalita ne sont pas hors de prix. le gardien nous annonça que la galerie était fermée. le lundi 16 février 2004. absolument indispensable pour se situer dans un voyage comme cela… Cela m’énerve. Nous sommes d’accord sur les 3 toiles à acquérir si elles étaient abordables pour nous : Hommage à Dali. ravi de devenir notre homme de confiance. en partance pour Salvador de Bahia. vue en passant (toiles dites de l’Amazonie). la visite du Centre d’exposition (que nous n’avons pas vu. Autoportrait au bal et une troisième de danse. goûtâmes quelques petites fritures (bananes. ainsi que quelques-unes sur le bal (notamment un autoportrait de Pierre entouré de danseuses) sont parmi celles que je préfère. Mais à quel prix vend-il ? Cette question (que je ne lui ai pas posée) me traversa la tête. Je lui propose de baisser les rideaux. Le film se terminait avec les douze apôtres (13 dit Pierre) que nous avions vus au Musée public : le caméraman tournait autour de la ronde. 11 h. la visite du Musée public. Elle ne parvient pas à entrer dans la pensée de l’ici et du là (Jean Oury). J’avoue que la toile sur Dali. celles que je serais heureux d’avoir dans mon atelier. il s’était mis en tête de retrouver une toile qu’il avait faite en hommage à Dali ! Cette recherche nous avait permis de voir d’autres toiles. On imagine un trafic de toiles entre Maceio et Paris : ce type de discussion ludique anime la vie quotidienne. puisqu’il n’y a pas d’exposition actuellement). j’avais évoqué Dali. après avoir fait l’échange de nos coordonnées. Il faudrait organiser une exposition à la sortie de son livre. 14 h 30.bûmes un jus de fruit. Avec Lucette. beignets. Il devait être pris en charge par ses infirmiers. surmonté d’une céramique de 6 mètres de large de Pierre. Je propose à Lucette de mettre sa montre à l’heure d’arrivée (ce qui permet de savoir le temps de vol qui reste) : elle refuse. boulettes de viande). 260 . Il est difficile de rendre compte de la conversation comme elle va. alors que Sergio conduisait la voiture en direction de l’hôtel. J’étais tout bouleversé par cette confrontation à cette œuvre. Madrid. Nous prîmes congé. nous dit-il. Mais ce musée ne rassemble pas les meilleures toiles de Dali". et une petite fête qui s’est déroulée dans le jardin et prenant l’allure d’un bal masqué. et à celle de Solange. Je le regrette. Dans l’avion. car le soleil va vite se lever et nous serons réveillés par l’intensité de la lumière : elle refuse. très bien fait. et cela donnait une impression de mouvement de personnages. Elle se croit encore à Bahia. L’avait-il vu lors de son voyage en Espagne ? Connaissait-il Figueras ? "Oui. Nous eûmes alors l’idée d’aller faire un tour à la galerie qui vend les toiles de Pierre et que nous avait signalé le guide du musée… En arrivant au lieu-dit. Les meilleures sont ou aux Etats-Unis ou en France. dans lequel on retrouvait la visite du musée privé. Tout en parlant. Mais sont-elles dans nos moyens ? L’idée de demander à Fernando de s’informer auprès de la sœur de Pierre nous a semblé la meilleure solution pour ne pas faire de gaffe vis-à-vis de Pierre. on pourrait même travailler à les vendre en France. nous avons pris conscience que nous ne connaissons pas les prix des toiles de Chalita. Pierre était fatigué. C’est vrai qu’avoir une ou deux toiles de Chalita serait une bonne stimulation pour poursuivre mes recherches avec ce personnage. Le cinéaste avait réussi à entremêler des images des tableaux sur le bal avec les images d’un bal réel.

Je l’aime bien. quelque temps avant sa mort. Ce tableau est presque au point. Aujourd’hui. la maison a changé. je sais où trouver des châssis (beaucoup moins chers qu’en France)… Sergio et Pierre sont prêts à m’accueillir pour me permettre de travailler. je l’ai évoqué dans mon journal du Brésil. ont installé des rideaux. Pour retrouver mon calme cet après-midi. Jeudi 19 février. longuement du fait de ma rencontre avec 261 . De Salvador. de Reims. Pierre fut mon meilleur ami. En rentrant du Brésil. mais intéressante. 20 h 45. dont j’ai repris des passages dans les pages précédentes. mais je l’ai oublié. Je croyais avoir emporté avec moi mon journal de danse. J’avais imaginé peindre le contexte de la photo (Montsouris 2). Lors de sa visite hier. j’ai repris ma toile “ Pierre ” (n°23). Lucette a rapporté deux masques d’Amazonie. puis j’ai peint les lianes dans les arbres et fait quelques nervures sur les feuilles. je me suis remis à l’huile. 23 h. j’ai passé beaucoup de temps à dessiner. la danse. car je ne m’en souvenais pas (alors que le reste du livre m’a profondément marqué). m’a envoyé une carte. dans la réunion de la licence. car j’ai passé la journée avec Margolata à traduire Korzcak (Moments pédagogiques). et à mettre mes dessins en peinture.J’ai quelques pages encore dans mon carnet pour tirer quelques conclusions de ce voyage au Brésil. Aujourd’hui. j’ai trouvé une photo de lui. (Saint-Denis). non seulement. les parents de Lucette. Il me semble que je dois distinguer trois niveaux : le travail universitaire. Il voulait me rappeler la mort de Pierre (avril1948-11 février 1984). À relire au calme. hier. mais finalement. mais en plus j’ai eu la chance de rencontrer plusieurs peintres de Maceio et tout particulièrement Pierre Chalita qui est un personnage important : des perspectives s’ouvrent à moi concernant la peinture à l’huile. Concernant la peinture. J’ai rajouté une couche de bleu dans le ciel. Mardi 2 mars 2004. L’art. Il y a une théorie du portrait que j’ai lue probablement trop vite en 1983. C’est un chantier qui ouvre de nouvelles dimensions à ma recherche. Maurice et Andrée. son fils. en retard. Jean Vancraeÿenest. j’ai rapporté une toile de danseurs de Candomblé. j’en ai fait une toile. Petite. La prochaine fois que je ferai le voyage de Maceo. Jenny Gabriel m’apporte La dimension cachée d’Edward Hall. Samedi 28 février 2004. la peinture. 9 h 40. Pendant notre absence. Pas de peinture. Je l’ai signé. 1er-16 février 2004). J’émerge du Brésil. Hier. que j’ai fait agrandir. Je viens d’arriver. j’ai installé Pierre dans un décor brésilien : les Orixas ne sont pas loin. Il me faut donc écrire sur l’art. La perspective d’un livre sur et avec Pierre est ouverte. Cela nous fait une très belle pièce ! Samedi 21 février 2004. pour que je lise le chapitre sur l’art. Mon séjour là-bas a été très riche concernant mon travail d’artiste : j’ai écrit mes aventures brésiliennes dans un journal de voyage (Voyage à Salvador et Maceio.

etc. En rentrant du Brésil (le 16 février). avec 39°C de fièvre. Je suis venu pour parler d’une demande d’intervention. Gilles Boudinet est là. Je suis content de ce texte. J’ai parlé à Huguette d’un tableau statistique qui circule dans le département. j’ai 262 . (atelier de Patrice). Il s’agit de comprendre les comportements des élèves. Plus de 50 de ses toiles ont été photographiées. avec une moyenne telle qu’il n’y a pas besoin de photo pour me départager du second. Je mesure cet état d’âme : je ne tiens plus mon journal. depuis 5 semestres. Aucun collègue dépasse les 100. Or. parfois 5. Idée de peindre une toile à partir de cette visite. (26 février). 16 h. On me demande d’aider des documentalistes à penser la question de l’autorité en Afrique. Mardi 16 mars. 14 h 45. venant du Maghreb ou d'Afrique noire. Jeudi dernier. J’ai du mal à savourer cette victoire. j’avais à affronter mon destin : le procès Brohm. car aussitôt. j’ai des collègues qui ont moins de 15 étudiants. mais j’ai gagné. Mercredi 10 mars. J’ai donc des traces importantes. 6. je me suis battu au tribunal de Montpellier. en présence du Recteur de Créteil. On parle de créativité. Conseil d’UFR. Je suis donc le n°1. Elle n’a réagi qu’à une version de 4 pages. et qui met en relief quelque chose de stupéfiant : j’ai eu en moyenne 2 à 300 étudiants par cours. Mardi 9 mars. Je suis encore malade. Ingela Guerrien. Je lui ai envoyé plusieurs versions de mon texte. Elle lit Howard Gardner : Les formes de l’intelligence et elle a terminé un ouvrage sur Matisse. Actuellement. Hier. J’y ai travaillé toute la journée d’hier. Elles sont réussies. Je sors d’un entretien avec Huguette Le Poul. j’ai dû me mettre à la rédaction d’un texte que je dois prononcer demain devant un public de documentalistes.le peintre Pierre Chalita : je n’ai pas encore écrit que j’avais fait développer les photos de notre visite de son atelier. parle d’art . Séminaire de Patrice. je traverse une période de quasi-dépression. émanant d’une documentaliste de l’Académie de Créteil. Il me faut envoyer à Pierre des doubles de ses photos. Pas de candidat à la direction. Je ne sais pas ce qu’en pensera ma commanditaire. concernant l’œuvre de Pierre. je pense à une recherche à mener au niveau du terrain.

Et pourtant ! Hier. Pour d’autres. C’est un texte imaginaire. Je retrouve une certaine efficacité sociale. il le regrette. j’ai peint 3 fonds. En lisant cela. Mais j’ai le courage de l’écrire. j’en ai tenu plusieurs de front. j’ai des traces de journaux. Il se fait une philosophie du monde à travers une filiation imaginaire. Ces pages m’ont plu. faire la méthode Assimil américaine est quelque chose que je vais faire systématiquement. Parmi les pages qui m’ont intéressé : quelques-unes sur une promenade. j’ai eu la chance de le faire. Hier. je me suis dit que moi. tous les collectifs qui furent pour moi des moments. de reprendre des activités. Certaines années. et je ne me sens pas bien encore. surtout après 1996. qui avait besoin de moi. Je ne les trouve pas. J’essaie de survivre. Charlotte voudrait une “ affiche ” de ses cours. Lire en anglais. d’autant plus que cette technique m’aide à vivre. Je ne veux pas prolonger sur ces points. En les lisant. achat d’un chevalet. Parole. achat de livres à la FNAC. et arrêter de m’appuyer sur cette pratique . d’une blouse Corot et de châssis pour peindre… Cela faisait longtemps que je voulais faire ces choses. Mon affaissement de ces derniers temps a été lié à une fatigue énorme. Je cherche la liste des postes vacants dans les universités. Cela va faire quinze jours. Tant que je ne l’aurai pas fait. L’Aube. J’ai envie de changer d’affectation. lui porter des croissants. Il ne l’a pas fait. Depuis 1982. dans lequel il dit que son rêve aurait été d’écrire un journal total. de Rilke. où je suis allé témoigner avec 39°C de fièvre. aussi. mais mes problèmes d’argent m’empêchaient de réaliser ces choses. 263 . J’ai des idées à mettre sur toile. dans le couloir aux portraits de familles. et cette merde devient une œuvre ! Le journal est une forme de critique de la vie quotidienne. Pause pendant laquelle je vais voter (élection à la commission de spécialistes). j’ai perdu le goût de vivre. Cela revient. j’ai eu une journée de sursaut. Cela ne concerne pas le travail de l’artiste. La vie que je mène est une vraie merde. j’ai découvert que c’est ce que je veux faire à Sainte Gemme : une galerie de tableaux. qui a suivi le procès de Montpellier.lu un ouvrage de Derrida 327 . Les 5 dernières années pour soutenir Lucette. Pourtant. Elle m’a donné de l’argent qui m’a permis d’aller à Paris faire des courses : billets d’avion pour New-York. où seraient tous les groupes. J’ai d’abord été chez Charlotte. 327 Derrida. et dans ce livre de 1999-2000. Jenny Gabriel m’a offert le 25 février Le journal de Malte. Ce n’est pas aujourd’hui que je dois baisser les bras. Cela fait 10 ans que je suis ici. ces images me travailleront. dans une famille noble. Ma cousine Cécile voudrait reprendre contact avec moi : lui montrer mes toiles serait important. Cela fait partie du travail d’archives.

Life and Art. je regarde mes livres “ surréalistes ”. 73 x 60 cm. J’aurais voulu y passer plus de temps. que je rangerai dans ma bibliothèque surréaliste… 13 h. Le thème de l’expo : le maire. acheté au Salon du livre. Thames and Hudson. J’y avais placé L’écriture du désastre. Je renvoie à mon journal de New York où j’ai raconté ma visite du Metropolitan Museum. 190 pages. On décide de déjeuner ensemble… Je choisis comme marque-page de L’écriture du désastre une photo de N°23 (première couche). Emmanuel de L’Ecottais. Man Ray (1890-1976). J’ai oublié de noter que j’avais offert ma toile sur Pierre (N°23 “ Pierre. Je note trois titres rapportés de mon voyage à New York : Pierre Daix. C’est une lecture des fragments de Schlegel. Lundi 4 mai 2004. Pour lui. un des moments forts de mon premier voyage dans cette ville. d’une certaine manière. j’ai passé la première partie de la matinée à terminer Michel Random. Oberursel. Taschen. HarperCollins. la photo est meilleure que la toile elle-même : à méditer. Manet. 450 pages (trad. etc). 264 . Salamon Grimberg. Devrais-je les détruire ? Idée d’une toile des institutionnalistes. et détruirai les photos ayant servi à faire la toile. je fais des photos de mes toiles. le lundi 29 mars 2004. Frida Kahlo. Le temps m’a manqué. Je m’y plonge. Le Seuil. de Picasso créateur. 20 ans déjà ”. Puis avec Marc Genève. nous nous sommes promenés le long du Main. Monet. Picasso. où j’ai vu une toile de Maurice Denis (Les baigneuses) et beaucoup de toiles de l’époque précédente (Renoir. le peintre et sa famille. 1987). Ouvrage essentiel dans ma recherche sur René Lourau. North Dighton. Je téléphone à Charlotte. Concernant les toiles et dessins d’Holbein. Hier. nous avons passé l’après-midi à Frankfurt : visite du Musée sur le Procès Auschwitz (1963-64) de Francfort. J’en fait l’index. 2004. Cela me fait penser que Man Ray a détruit des toiles dont il a gardé les photos. Hier. En rangeant Man Ray. 128 p. 10 h. Ce matin. je note qu’il est mort en 1543. Lors du passage de Jenny. d’après photo prise rue Marcadet. où il y avait une exposition Holbein que j’ai visitée seul. Le Grand jeu (2003). jusqu’au Musée des Beaux-Arts. L’ambiance de mon atelier lui plaît (son père était peintre !). New York. New York. j’ai peint trois fonds de toiles que je vais pouvoir entreprendre à partir de vendredi.Mercredi 17 mars. Kirchner. 2001. 1993. de Maurice Blanchot. J’ai constaté l’état assez catastrophique de certaines toiles (craquelage de la peinture). 19 février 2004) à ses parents… Je me mets à la lecture de Man Ray. nous regardons les photos de Pierre Chalita. Je prendrai la toile en photo. J’ai encore visité le musée. Il y a eu en effet 2 Holbein. Moi aussi.

G. en 36 volumes de 800 pages (cet article fait à lui seul 450 pages). poursuivie par une visite de SaintSulpice et une contemplation de La lutte avec l’ange d’Eugène Delacroix que je n’avais jamais été voir. mais cela va. j’aurais amélioré les couleurs du visage. Lapassade me téléphone pour organiser son anniversaire. une toile commencée mercredi. Maurice Blanchot a écrit une pétition pour protester contre l’exclusion de Georges de Royaumont qui commençait par “ Il ne nous a pas étonné que… ”. nous a contraint à rentrer de Sainte-Gemme en début de l’après-midi. le fond bleu du ciel donnait beaucoup de force au vert cru des pruniers. avant de m’y mettre… Je suis heureux de peindre. J’ai passé trois bonnes journées à Sainte-Gemme. au Palais du Luxembourg avec Hélène et ses deux filles. Elle trouve qu’il y a un problème d’épaule dans mon portrait de Georges. J’ai terminé ce matin. Hier. Je dois dire que je me suis plongé dans l’article péché du Dictionnaire de théologie catholique de Amann. Je vais partir revoir l’exposition sur Les autoportraits. 265 . 13 h 30. Je pense à lui. mais cette fois-ci avec K. Si j’avais eu le temps d’une troisième couche. je voudrais noter l’anniversaire de ma sœur Odile. mais j’étais encore loin de ce que j’ai réussi à produire ce matin. à 10 heures et demi. Finalement. je suis content de mon effet : je l’ai terriblement rajeuni. un message de Georges Lapassade m’annonçant l’hospitalisation d’Hubert de Luze. 8 h 50. Hier. Je devrais peindre cette fenêtre au fur et à mesure de l’émergence de ce paysage conquis après quinze ans de travaux de terrassement. Je voulais noter ce fait dans ce journal. 23 mai 2004. sur mon répondeur. Je l’avais bien travaillée mercredi. 9 mai 2004. Prise de conscience de la force de cette pièce. N’ayant pas mon matériel de peinture ni de palette à Paris. je l’ai peint à l’accordéon. à partir d’une photo retrouvée par Lucette. Mercredi matin. j’ai retouché toute la matinée. Je lui demanderai son avis. j’étais allé à l’exposition Moi. Auparavant. Autoportraits du XX° siècle. Jenny Gabriel vient d’arriver pour déjeuner. L’organisation de cette petite fête. alors que j’ai lu le livre de Jean-Claude Kaufmann sur ce tableau ! J’ai parfois honte de mon péché d’ignorance. mais il faut d’abord attendre que cela sèche ! Il me faudrait encore trois jours ! Charlotte va arriver. J’éprouve aussi un sentiment très fort en regardant le jardin à travers la fenêtre de la cuisine lorsque je suis sur la chaise de la salle à manger contre la bibliothèque : impression d’un tableau subtil que je retouche à coup de brouettes et de pelle mécanique. La présence des parents de Lucette m’a obligé à coucher dans la salle aux archives : impression de dépaysement profond dans cette pièce où j’ai très rarement couché. C’est un peu brut. Je vais retoucher Georges. chez moi. j’ai été acheter du matériel mercredi. le soir à Paris. Cela commence à avoir du relief ! Lundi 17 mai. Je voulais y chercher l’inspiration pour mon tableau… J’ai été content de cette virée culturelle avec mes petites filles. Sur le fond. à nous. Je lui parle de Blanchot. Il l’a connu en 1968 : ils faisaient partie du groupe des écrivains avec Nathalie Sarraute… Plus tard. Pour l’anniversaire de Georges Lapassade.

Il n’était jamais passé par le tunnel de Fourvière à Lyon. Je vais bientôt mourir (Gérard n’avait que quinze ans de plus que moi). Lapassade… 24 mai. Yves n’avait jamais pris cette route. Le temps qui m’est donné est bref. pour ne pas m’épuiser. Les odeurs. Mon idée est d’écrire. C’est l’été. et c’était agréable de regarder le paysage. Ce dernier trouve que nous avons une grande qualité de vie. mercredi prochain… De Luze est mon premier co-auteur à disparaître. arrivée ici depuis plusieurs jours déjà. Hélène et Nolwenn. J’ai envie de renouer avec la peinture. Je suis descendu chez Brigitte avec Yves. je ne connais rien de sa biographie ! G. J’ai envie de peindre ce tableau en Provence. Je ne veux plus faire de l’activisme. mais je ne le comprenais pas. j’apprends le décès. Il faut que je vive autre chose. la lumière me font penser à Cézanne. Il faisait beau sur la route. comme je puis le comprendre aujourd’hui. Mauvaise nuit. de terminer les livres engagés : les morts d’Hubert de Luze et de Gérard Althabe me donnent une force qui me saisit. 26 juin 2004. Lapassade a envie de parler de cette disparition. Le voyage s’engageait tellement différemment de ceux que j’ai pu faire auparavant. Je ne suis pas parvenu. la veille. ce voyage en voiture a pris le tour de vraies vacances. Je devais descendre pour l’appel du procès Brohm qui aura lieu à Montpellier mardi. Il téléphone. Cela me fait beaucoup de peine. autrement. Brigitte acceptait de m’accueillir pour me permettre de travailler avec Alessandra sur le dossier Brohm… Quand j’ai dit à Hélène et Yves mon projet de partir en voiture. En rentrant à Paris. où je projette de peindre Gérard Althabe. Hubert m’avait alerté. (Aix-en-Provence). semble-t-il. sur mes erreurs d’investissement : je l’entendais. dès 1999. 266 . J’ai emporté avec moi mon matériel de peinture et une toile. à lui écrire la lettre dans laquelle je voulais lui raconter les 80 ans de G. et il faut que je rende public mon travail de ces dernières années : en même temps. ils m’ont dit : “ On t’accompagne ! ” Du coup. Idée d’écrire un texte sur de Luze pour Le Monde. Je me lance dans un tableau (Vol d’oiseaux) à partir de fleurs d’iris que j’écrase sur la toile. Nous avons retrouvé Constance. d’Hubert de Luze. ces quinze derniers jours. C’est vraiment douloureux. Je l’invite à dîner avec Gérard Althabe. que j’ai eu une impression de vacances. Idée de peindre l’après-midi : le congé sabbatique dont je vais bénéficier va me permettre de trouver un autre rythme de vie. je ne dois pas écrire plus de 5 heures par jour. Mais.Excellent week-end à Sainte-Gemme avec Sergio Borba. alors qu’il a fait un stage dans cette ville.

1999. un jour. J’ai été intéressé par les portraits . Il faudrait publier dans Attractions passionnelles une rubrique : visite d’un musée. Autodidacte. (dans le train entre Angers et Paris). que je mettrais volontiers dans mon jardin. pour aller regarder de plus près un très beau tableau de Maurice Denis. p. cette femme a attendu 24 ans pour trouver définitivement sa voie. Cette expo est une illustration de l’ethnophotographie. après 6 années de travaux de rénovation (en profondeur). Constantin Xypas m’accompagnait : il se sentait une obligation de me guider dans ma découverte des œuvres. Comment s’y prendre ? 328 Luiz Eduardo Robinson Achutti. l’ensemble de la rénovation du musée est exemplaire au niveau de l’architecture.Lundi 6 juillet. Avec un Monet. Il reste à pouvoir publier des photos en couleur. nous avons été boire un pot. Il faisait plus chaud à Angers aujourd’hui. a photographié le Musée d’Angers avant. Constantin. manuel de photoethnographie. Violée par son père à 12 ans. comme chez le peintre brésilien Pierre Chalita. féministe. au bord de la piscine. il insistait beaucoup sur les thèmes helléniques traités par les peintres de la période classique : ses remarques ont attiré mon attention sur des œuvres que je n’aurais pas regardées. 117. au point que cela donne l’impression que c’est sorti de l’usine hier soir : cette rénovation satisfait Constantin. 2004. Pourquoi me suis-je habillé en quasi-hiver ? Le temps change beaucoup. Elle écrit dans son autobiographie : “ Dans notre monde saturé de malheurs. Avec Constantin. qu’à Sainte Gemme hier. mais je n’ai pas eu le temps d’aller le voir. Des assemblages aux œuvres monumentales. bien que naturalisé français. J’ai découvert un Musée David à côté du Musée municipal. c’est la plus belle pièce. Acatos. Un photographe. dans la cour du musée : très agréable. 16 h. il ne faut pas supprimer les traces du temps . Autre visite. 329 Niki de Saint Phalle. dans Attractions Passionnelles. comme “ trois états ” du lieu. Téraèdre. le 20 juin. Entre 10 h et midi trente. Il y a aussi des tableaux de ruines. j’ai été faire une visite au Musée des Beaux Arts d’Angers : il vient de réouvrir. pour Attractions Passionnelles. Je téléphonerai ou j’envoie un mail à un conservateur du Musée d’Angers : je leur demande d’explorer leur cave avec eux. Bogdan Konopka. Traces. pendant et après les grands travaux de restauration et de réaménagement : l’exposition met en relation ces trois “ moments ”. L’homme sur la photo. Pour elle. 267 . elle produit des sculptures (une centaine montrée à Angers). Je regrette de ne pas avoir emporté avec moi un appareil photo (les photos sont autorisées lorsque l’on n’utilise pas le flash). cela dit. Il y a quelques peintures sur bois de toute beauté : la rénovation de ces tableaux anciens a eu pour effet de gommer le temps. mais aurait profondément déplu à Sarah Walden. Cela me semblerait intéressant. On demanderait aux Conservateurs de faire la visite des réserves. La visite a été trop rapide : j’y retournerai seul. des salles récentes. il y en a beaucoup à Angers. Du coup. (préface de Jean Arlaud). de raconter la vie du Musée à travers les sous-sols : je pense à ce qu’à fait Achutti à la Bibliothèque nationale 328 . On fait des photos. Paris. Mais la vraie richesse de ce musée : ce sont les salles des XV° et XVI° siècle. se sent Grec. le fait que mes sculptures procurent aux gens un peu de joie donne un sens à mon existence 329 ”. 140 pages. Elle a bien connu les Etats-Unis (elle est décédée à San Diego en 2002). il y a de la photo-ethnographie à Angers. Et d’une certaine manière. Depuis le match Grèce-Portugal d’hier. Prochaine visite en septembre : Le Musée David. Tout est mis à neuf. malheureusement trop rapide : Niki de Saint Phalle (1930-2002).

ne l'apprécie guère. Beaucoup de créateurs ont ce repli sur eux ! Dans la foulée de cette première couche. J’avais fait du feu dans la cheminée (il faisait 11°C à midi ce vendredi 9 juillet). Ce matin. Mes voyages (professionnels) à Angers seront investi dans une dimension nouvelle. souligne cette réalité des ombres. celle dans laquelle elle se retrouve sûrement. je me suis mis à une autre sorte de création. -Liz est réussie. Les photos des tableaux de ruines d’Angers sont à placer dans la maîtrise de Charlotte. en attendant l’arrivée de Geneviève. cela ne lui a pas donné un travail dans ce secteur. les ouvertures des fenêtres sont plus petites qu’à Paris. tout mon combat a été de reculer la butte derrière la maison. le 11 juillet 2004. notre professeur de dessin. Sainte Gemme. une idée pour justifier de donner tout cela en vrac au lecteur : l’idée de fragment. chez moi. Pour la préface à cette édition. Avant-hier. Je me suis lancé dans le portrait de Liz Claire : je l’ai installé devant la cheminée. nous avions parlé peinture hier aprèsmidi. si 400 toiles sont exposées. il y avait de la peinture à utiliser. “ La théorie des moments ” (9/7/2004). relire la bibliothèque de Charlotte. Jean-Jacques a étudié l’archéologie : malheureusement. pour faire entrer de la lumière par la fenêtre de la cuisine : le jeu des ombres entre la lumière du Nord et celle du Sud correspond à mon grand œuvre. La théorie des moments : Odile me dit ce matin que cette toile lui plaît. et Brigitte Simon aussi. La visite du Musée d’Angers me fait découvrir la richesse du patrimoine artistique de cette ville : ce sera une ressource pour mes prochains voyages. (Donc elle l’a reconnu). A Sainte Gemme. On la retrouve bien dans sa posture psychotique. Comment passe-t-on du copiage du modèle à son interprétation ? -Les 2 autoportraits de Matisse à l’Expo du Palais du Luxembourg sont significatifs de la purification progressive du trait. A moi aussi. avant de créer. C’est vraiment elle. à Angers. je me suis demandé : “ Qu’est-ce qu’un musée ? ” Qui décide de donner à voir ? Car. a dit Lucette. je vois presque bouger l’ombre. il y en a 1100 en réserve ! Je n’ai pas noté qu’avec Jean-Jacques Valette. Ce que je peins à Sainte Gemme. partie hier soir à Charleville. je me demande si ce n’est pas le regard qui ne se porte plus que sur l’essentiel. Bonafoux. Coût de la rénovation du Musée d’Angers : 33 millions d’euros : une jolie somme. 268 . Nom de mes nouvelles toiles : “ Liz Claire devant la cheminée ” (2/7/2004). relire Gusdorf. Mais aujourd’hui. je me suis remis à la peinture. Les gens voient-ils vraiment le jeu de la lumière ? Une gouache faite à l’époque de la canicule m’avait permis de prendre conscience du problème : l’ombre change très vite . Sybille et Helena. Il a suivi des cours. Il s’y connaît mieux que moi sur le plan technique. Le soleil se déplace plus vite ici qu’ailleurs : chez nous. J’ai évoqué Hélène Moscos. Rue d’Angleterre. au collège : j’aimerais bien savoir si elle vit encore. mais Lucette.Sur la publication de mes journaux. alors pour ne pas la laisser sécher sur la palette. disait un jour P. J’irai visiter l’exposition permanente David d’Angers.

On ne s’ennuie pas. en 1985. Sainte Gemme va devenir pour moi un lieu idéal de production : je vais y rapporter le grand chevalet. enfin le travail de traduction qu’elle a entrepris de mon livre sur le journal… Aux dernières nouvelles. Je reprendrai ce journal demain pour essayer de noter les idées de notre discussion d’hier. Il faudrait que je reprenne ce que nous avons pu dire à ce propos. Aujourd’hui. Depuis 4 jours. J’ai entrepris ce travail. Maja m’a fait découvrir le théâtre. Au départ. dix heures durant. J’avais dessiné pour illustrer ce texte. c’est que les deux premières surviennent dans ma vie par un autre biais que la fac. et je suis un peu fatigué de la journée de peinture d’aujourd’hui : j’ai envie d’écouter mon épouse me raconter Sainte-Gemme. Ensuite. Je ne tiens pas ce journal régulièrement. qu’elle a rencontré un jour à Paris. j’ai reçu Liz Claire : je ne lui ai pas dit que j’avais commencé une toile d’elle à Sainte-Gemme. tapé par Véro. il y a une douzaine de jours. et K de l’autre. Mais la différence entre Maja et Liz d’un côté. J’en suis à la troisième couche. mais qu’elles m’inscrivent ou me renforcent dans la production artistique : il aurait fallu tenter de donner une place à K dans cette histoire. à travers son travail à la Comédie française. mais en même temps ayant un rapport avec l’art. lorsqu’on est ensemble. Finalement. J’ai raconté à Liz la relation assez spéciale que j’ai eue à Maja. Je lui ai parlé de ces écrits assez intimes. nous avons parlé. pour pouvoir me lancer dans de grands tableaux . puis la littérature. et objectivement. car j’ai demain la visite de Frédéric Althabe. puis classé dans mes écrits posthumes. que j’ai entrepris à son contact. Depuis que je sais que j'ai obtenu mon congé sabbatique. 22 juillet 2004. où je veux repartir avec du matériel de peinture pour travailler sérieusement dans les mois qui viennent. Hier. pour lui traduire son livre en français. c’est déjà très ressemblant. Elles ne sont en rien mes étudiantes : K serait plutôt à rapprocher de Catherine. J’ai l’idée de peindre René Lourau. mais je suis dans une période de ma vie. Au moment où j’écris. puis une méditation de ma part sur Formes et mouvements. je découvre que ces deux relations sont un peu particulières. c’est le moins que je puisse dire ! Quelle place donner à Liz dans ma vie ? On pourrait faire beaucoup de choses ensemble. mais cela me demanderait un gros effort de synthèse. pour moi (71x 58 cm) : il s’agit du portrait de Gérard Althabe. mais Lucette vient de rentrer. mais à un tout autre niveau. rue Marcadet. Il me reste quelques détails à travailler. le fils de Gérard qui doit venir m’apporter des notes de son père pour le bouquin que j’écrivais avec lui. elle a repris l’avion pour New York. je réfléchis à la meilleure façon de vivre d’ici le prochain semestre : je n’ai jamais vécu de telles vacances depuis des années. je me suis mis à la cuisine. Maja écrit un roman… En parlant avec Liz. il y a eu le tango entre nous. décédé quinze jours après de Luze. de notre projet de revue Attractions passionnelles. je me suis engagé à consacrer huit jours à Liz en septembre. Par contre.Format : 55 x 38cm pour chacune. Je me suis un peu pressé entre la seconde et la troisième couche. j’en ai l’envie. où j’ai besoin de prendre du recul : je ne veux plus lancer de nouveaux chantiers. j’ai passé la journée à peindre une toile de grand format. 269 . sur le même tableau à partir d’une pose en djellaba qu’il avait prise chez moi. qui avait beaucoup transformé ma vie aussi.

ce matin. La semaine passée. En me levant. de sa mère : Pauline Hess. Avec les disparitions d’Hubert de Luze. Setsuko Kokubo Deguen. J’ai lu également de cet auteur le premier chapitre de L’Introduction aux arts du beau 330 . mais. à cette thèse et à ses effets sur moi. Sainte-Gemme est un lieu. (6 juillet 2004. Analyse du traitement rituel de la mort au Japon au sein des familles et des collectivités locales. encore un peu floue lors de la visite de René Schérer. les ancêtres deviennent des esprits protecteurs : j’ai réfléchi. j’ai été surpris : j’avais l’impression d’être au tout début de ma conversation avec Liz . c’est que je viens de sortir de l’adolescence. Maurice Gruau). découvrant le tableau que j’ai peint de son père cet hiver. et que je me représente intérieurement : livres. La mort de mes parents m’a effondré. pour me faire un univers où je me sente bien. 331 330 270 . c’est un musée de mes esprits protecteurs. avec assez de sérieux. que je prendrais comme base de tableaux futurs. Comme me l'écrivait le philosophe René Schérer. Je réfléchis aux filles que j’ai aimées et qui m’ont aidé à m’accomplir : la différence entre avant et maintenant. je voudrais aller faire agrandir quelques photos. Gilson est né en 1884 et mort en 1978 : il était donc nettement plus âgé qu’Henri Lefebvre. d’ici septembre. 1998. Odile et Geneviève ne supportaient pas bien cette toile. On s’est promis une lettre par semaine. je sens que les tableaux de personnages ou de groupe. installée dans notre salle de séjour. Vendredi 23 juillet. je m’en veux un peu. m’a-t-elle dit. ont besoin d’exister. J’ai eu du mal à me sortir de cette expérience. Je voudrais peindre assez de toiles. Jury : Pascal Dibie. ce que je suis en train de faire. E. président. l’auteur montre comment. Antoinette a trouvé ma toile très sévère : -Mais. Pourtant. Lucette pense que je ne dois pas laisser ma toile de Gérard Althabe dans la salle de séjour. Antoinette réagira. que j’ai dans la tête. à l'université de Paris 7 . par des gens qu’elle peut émouvoir.Quand Hélène et Yves sont arrivés vers 20 heures hier. je crois que ce que je cherche à produire. c’est bien lui !. c’est une galerie d’esprits protecteurs. qui a la vocation Etienne Gilson L’Introduction aux arts du beau . Aujourd’hui. car je ne me rendais pas compte vraiment de ce qu’est la mort. si je parviens à faire ce que j’imagine. Elle m’a seulement reproché de ne pas avoir répondu à ses mails. a été pour moi essentiel : il me semble que ma peinture a besoin d’être vue. Lire de la philosophie donne de l'allant. Remi Hess. -Je n’ai jamais aimé ce personnage. Gérard Althabe et Joseph Gabel en moins d’un mois. d’abord par le regard critique de ceux qui ont connu les personnages. Dans cette thèse. je me suis plongé dans la relecture de plusieurs articles du Dictionnaire des philosophes (PUF. par ailleurs (dans un autre journal). a pris une grande force lors de ma participation à la soutenance de thèse de Madame Setsuko Kokubo Deguen 331 . a dit Geneviève. toiles. Ainsi. Vrin. Cette notion. je veux tenter une toile à partir d’un dessin fait par Lucien Hess. Christine DeloryMomberger. j’ai l’impression d’être entré dans une autre période de ma vie : je ne peux plus mettre à demain des choses qui me tiennent à cœur. je ne lui ai posé aucune question sur elle . le matin… Je repense à Liz Claire : j’essaye de lui donner un statut dans ma transversalité. un échange avec Antoinette Hess. 1984) dans lequel j'ai écrit l’article “ Gilson ”. car. "cela sera un choc terrible pour son fils ”. directeur. dans les familles japonaises. Je voudrais aussi acheter des cadres pour travailler de façon systématique dans les jours qui viennent… J’écris un morceau de journal avant de m’occuper de la venue de Frédéric Althabe. a-t-elle ajouté.

je pervertis son innocence. Je comprends donc ce qu’elle veut dire. Le sport ? Le tennis pour moi : ma victoire au Tournoi de Passy ! Grâce à Samuel ! Ai-je le droit d’avoir des relations avec mon neveu ? Il y a un tel fossé culturel entre nous. qui ne plait pas à Liz : il y a une efficacité. nos passions. et qu’elle occuperait ma place. de refuser la femme que lui envoie son frère. la relecture des carnets de ma mère en témoigne : elle était affolée que je ne révise pas mon bac. pourtant. On est bien : Liz s’installe à côté de moi sur le vieux canapé : -Puis-je faire une photo de toi ? -Oui. une rationalité. Peut-on être philosophe. Je n’en ai pas envie. J’ouvre la télévision. et elle ne connaissait même pas le nom de Lance Amstrong. Je lis sa vie dans le Dictionnaire des philosophes. etc. d’ici là. Je veux être ton amie. 332 Liz Claire ayant été rendre visite à Lorenzo. l’exclusion du quotidien par les philosophes. A Mélissey. que j’ai l’impression que. Son choix de rentrer dans les ordres. On continue à parler tout en regardant les images. il faut en parler dans notre revue. Elle n’est pas contre le fait de voir Lance Amstrong monter l’Alpe d’Uez : elle ne savait pas ce qu’était le Tour de France. dès que je lui parle. Quelle place donner à Liz ? Je lui ai dit que j’allais prendre la place de Gérard vis-àvis de moi. Je parle à Liz. Je ne peux lui demander de poser. En même temps. une revue. Mais laquelle ? Idée de l’aider à traduire sa thèse. Dans la constitution de mon capital-gens 332 . Ils meurent : je vais me retrouver seul. Je vais lui envoyer. d’Abélard et Héloïse : eux aussi. la passion. de ces amis. Je n’imagine pas un modèle qui soit silencieux. faire des livres. 271 . en Italie. Refus de continuer l’activisme. utile dans la vie collective. Liz m’a lu. mais pas trop. que je donne alors priorité au sport ou à la danse.d’accueillir ces toiles. La question est cependant l’urgence : je vieillis . Je préfère avoir des relations avec des gens. Dominique a un rapport à la cuisine. ce n’est pas possible : je lui dis que je suis heureux d’avoir pu me laver à Sainte-Gemme. Qu’est-ce qu’un livre ? Il faut construire un texte bref qui ne défende qu’une seule idée. etc. Liz me semble être un modèle idéal. tous les jours. j’ai beaucoup investi sur des plus vieux. Peut-on composer une photo ? Je vois déjà la toile dans la photo que je prends. Mais à Mélissey. et supprimer toutes les recherches parasites. Je peux vivre la solitude . je parle de Saint Thomas d’Aquin. mes proches deviennent des ancêtres. C’est Jenny Gabriel qui me pousse à peindre d’après modèle. quelle place leurs donner ? Nous parlons de la manière dont nous vivons nous-mêmes dans des lieux. Liz. que j’ai fait réparer la chaudière et que l’on a de l’eau chaude à volonté. jeune femme de 30 ans. Je dois lui faire une place dans ma vie. a le droit le lire mon Journal de Levanto sur Le capitalgens (classé “ œuvre posthume ”). mais une absence d’espace pour l’improvisation. je peux vivre avec le souvenir de ces ancêtres. mais il faudrait que. qui me connaissent. etc. me semble être un événement qu’il faut commenter dans Attractions passionnelles. On parle aussi de la douche : Liz aime prendre une douche. En fait. les garder pour d’autres publications. elle a commenté mes idées dans sa thèse. -Qui est-ce ?. Publier son livre ? Il faudrait essayer chez Métailié. A un moment de notre conversation. Idiot ? Idée que je dois changer de place et réorganiser mon porte feuille relationnel : il faut donner un peu de place à des jeunes. et avoir des relations aux femmes ? Le vécu et le conçu d’Henri Lefebvre. elle en fasse un livre. frappe à ma porte et me dit en gros : -J’ai lu tes travaux. me demande-t-elle. seul ou avec des gens. Je veux passer du temps avec toi. qui m’a caractérisé depuis mon adolescence .

j’ai une partie de mon journal sur un support directement utilisable et une autre partie dans des carnets. Lucette dit que je rends bien sa relation à elle-même : cela suppose de bien observer la personne. beaucoup de choses . dont j’ai écrit le premier sommaire hier à Paris : je l’ai envoyé aux personnes ayant la vocation d’y écrire. Je suis rentré en train. une voiture qui ne dépasse pas les 110. Mardi 7 septembre 2004. (Anniversaire de Nolwenn). Sous le parrainage de Kareen. on parle à bâtons rompus. proposition de K. Il continue à faire des joints. notre précédent maçon : elle est plus rapide. elle a vécu beaucoup. vendredi dernier. dans le premier numéro. depuis. j’ai eu l’idée d’ouvrir ce journal. elle attend un enfant. Nous partons vers 11 heures dans sa Panda. de m’emmener en voiture à Sainte Gemme. Mais. Revoir Kareen est une vraie fête pour moi : nous nous sommes quittés le 10 juin 2004. mais mes journaux ne sont jamais que des fragments. Ainsi. mais où j’installe tout doucement mon atelier. J’ai rapporté de Paris mon livre d’or “ Atelier ” : c’est un signe. Cette remarque m’a décidé à créer un nouveau livre : Le Journal des moments. pour y noter mon fort investissement ce matin sur le terrain de l’art : j’ai écrit un premier sommaire du n°1 d’Attractions passionnelles. j’inscris mon moment peinture à Sainte Gemme. on arrive à l’heure où François rentre de chez lui : nous n’avons pas pu casser la croûte ensemble aujourd’hui. Hier. Idée d’aller fêter ma petite fille. car il expliquait que de tels textes devaient être édités sous formes de livres. J’ai passé tout l’été à Sainte-Gemme où j’ai peu peint. pour le donner à taper. et. Faire poser quelqu’un demande qu'on puisse donner des gages. Je continuerai ma méditation sur Liz un peu plus tard. au-delà même de la photo. un signal et un symbole. On évoque Attractions Passionnelles. J’attends souvent qu’un carnet soit plein. C’est pareil pour mon portrait de Gérard : je le fais maintenant. concernant mon moment de l’art. j’ai mille choses à transporter en Champagne. Il va falloir que j’aille me laver. Il est 10 h 40. La peinture n’occupe pas tout mon univers mental. Avec Kareen. 8 septembre 2004. Par contre. comme aujourd’hui sur un carnet. Or.Jusqu’à maintenant. sauf dans le cas des 272 . René Schérer. à la réunion des IrrAIductibles a beaucoup insisté sur le fait que le numéro 4 de notre revue institutionnaliste était délirant. Ce travail a débloqué pas mal de choses : j’avais décidé d’y placer des extraits de mon Journal d’un artiste. en compagnie de Charlotte. 13 h 30. j’ai découvert les Romantiques allemands : ils m’inspirent. en peignant Gérard. du fait qu’on y avait publié un “ article ” de 105 pages ! J’ai écouté René. Et en même temps. Dans mon portrait de Liz. je n’ai jamais de journal terminé. Idée de publier un morceau de ce journal dans Attractions passionnelles. Liz Claire arrive à Paris aujourd’hui. et ma voiture est à la gare de Dormans : or. Donc. Il y a ceux que je frappe moi-même directement sur mon ordinateur . Je tâtonnais depuis des mois autour de ce projet. mais il fait plus de 60 pages. Il faudrait que j’aille manger. parce que je ressens très fort sa présence en moi. je regardais l’étape du Tour : faire un va et vient continuel entre l’écran et la toile permet de garder une distance : avoir un débat scientifique avec quelqu’un que l’on peint rend certainement la discussion supportable. Sa technique est différente de celle de Pierre. montrer une certaine compétence. Du coup. j'ai peint d’après photo : cela évite de bloquer quelqu’un pendant des heures. il y a ceux que j’écris.

Nadine qui la connaît déjà entend les commentaires de François sur Kareen. dans un paysage. Klee. Edward Weston) me poussent à me construire un pan “ bibliothèque ” dans mon atelier. et elle disait arriver à 20 heures. et : Journal mexicain. Elle dort. Je vais rapporter mes livres d’art de Paris : ils sont actuellement dans mon bureau. Il y a donc une unité. Hier. L’inachèvement est au cœur de l’expérience humaine. photographe américain (1886-1958) est aussi un diariste. 273 . il tend vers la forme définitive. pour dévorer un livre offert hier soir par Liz. Peut-être tente-t-elle de m’appeler au téléphone. Je me suis plongé. l’œuvre aussi : l’œuvre est un processus. qui se construisent sur une plus longue durée. entre le portrait et son contexte. J’ai réussi à trouver une solution technique à ce problème en lisant les Romantiques d’Iéna. une cohérence d’ensemble que je ne parviens pas à trouver dans les autres “ moments ”. Kareen apprécie le tableau : elle le juge “ quasiment ” fini : -Vous avez fait d’énormes progrès. assis dans ma voiture. Edward Weston. J’ai été la rechercher. J’attends l’arrivée de Liz à la Gare de Dormans : Et elle n’est pas à l’heure. Photographies. Le paysage portera le personnage. Je vais rentrer : je continuerai à écrire à Sainte Gemme. je montre à Kareen ma toile de Gérard Althabe . Mercredi 9 septembre. Donc. Liz m’a apporté en même temps que ce livre de photos. Il y aura un jeu. Liz est à Sainte Gemme. J’ai laissé en plan Paul Klee. Dois-je rentrer chez moi ? Dilemme. à placer dans une bibliothèque d’art (Dali. Son train existe-t-il ? Ne s’est-elle pas trompée d’horaire ? Dans ce cas. dans cette précieuse lecture. je lui avais parlé de cette toile. elle aura un espace pour peindre… J’ai présenté Kareen à François. Faire exister une pièce. elle arrivera demain : il est 20 heures 15. Elle est arrivée à Dormans. s’ils voient arriver Liz Claire demain ? J’écris maintenant. Ils font l’éloge du fragment : le fragment a une unité . je veux dire que mes visiteuses d’hier en m’apportant 4 livres. Le Seuil. François n’est toujours pas arrivé. dans des recueils et des supports de nature différente. me dit-elle.journaux de voyage dans lequel du début à la fin. Il s’agit du Edward Weston 333 . Bon. il n’y a pas de fond : or. le traducteur. Kareen m’a offert le Journal de Klee. juste après mon retour ici. un lien : c’est construire le dispositif. en banlieue. les animateurs de la revue Athénaum (1799-1802). Si l’homme meurt avant d’avoir épuisé toutes ses virtualités. Elle va emménager dans une maison de 70 m2 habitables. en donnant une transversalité à l’espace. à Antoinette Bornizet. Et l’on passe à autre chose. 10 h. sans jardin. Paris. un germe. Avant de commenter ces lectures. 1995. en lui disant qu’elle était loin d’être terminée : le portrait proprement dit n’a pas encore de lunettes. ce matin. j’écris dans un carnet. débarquer avec une jeune femme semble vraiment bizarre : que diront-ils. Le fragment peut être repris : c’est une idée forte. Taschen. la personne d’Althabe doit être installée dans un contexte. De plus. même si cela n’est pas encore achevé. avec une bonne préface de Gilles Mora. la traduction du Journal mexicain (1923-26). Au village. Dans mon atelier : un 333 Edward Weston. qu’elle me restitue. Tout à l’heure.

mais il serait intéressant d’élargir : sur le plan géographique.meuble pour ranger les toiles. parfois. mais certaines pièces peuvent voir se superposer plusieurs moments. Après l’attente de mes résultats d’examens. en attendant Lapassade). La fonction stockage et archive sera exclusivement à Sainte Gemme. Une maison. était une institution transversale . Est-ce bien le peintre préféré de Charlotte ? Je vais aller taper le programme (38 numéros) d’édition d’Attractions passionnelles. comme moment de formation : le salon. Mes lectures me font me représenter. Je veux noter qu’hier. Lourau était un grand lecteur de journaux : je le deviens. il faut explorer la France. Liz voulait travailler sur la période 1780-1820. Sainte Gemme. nous avons réfléchi sur un sujet de thèse pour Liz. C’est un bon sujet pour développer l’anthropologie de l’éducation informelle. 274 . l’Autriche. nouveau climat de la pièce : il faut que je parvienne à distinguer les concepts de moment. R. c’était le lieu d’élaboration de livres. qu’elle avait étalé durant plusieurs semaines. le repas. on y écoutait vers et musique . 9 h 30 (MGEN). (dans le métro). La création de l’espace bibliothèque de Sainte Gemme permettra le transport de caisses de livres de Paris vers Sainte Gemme : les livres qui resteront à Paris seront des livres choisis. climat : je crois que ma théorie des moments avance par le concret de l’aménagement et du ménagement de l’espace. 11 heures. etc. le mercredi 15 septembre 2004. 9 h. on y mangeait. j’ai été frappé par le rangement opéré dans la salle aux archives : Charlotte a remporté tous les livres. l’Angleterre. le 12 septembre 2004. cette socialité particulière entre 1750 et 1850. fonction. A Paris. On explore la notion de Salon comme espace. l’Italie. histoire de l’imprimer et de pouvoir travailler dessus à midi. dispositif. et une virée chez Anthropos pour porter un manuscrit de Christine. Les livres parisiens formeront une bibliothèque vivante. on y buvait . tenue par une dame. de romans. l’Allemagne. J’en suis à la page 61. me voici de retour : je vais préparer le repas pour Hélène qui me rend visite à midi. depuis 8 mois. Mardi 14 septembre. avec Liz et Christine. Sainte Gemme. Liz Claire travaille. J’ai avancé Le Journal mexicain de Edward Weston. permet de renforcer la dimension lieu d’écriture du bureau. Au départ. un appartement permettent a priori de s’inscrire dans certains moments : le repos. d’œuvres diverses. un autre pour le matériel de peinture. le travail. mon bureau était en même temps quelque chose comme un atelier : le déplacement de l’atelier sur Sainte-Gemme. Je lis le catalogue de l’exposition Füssli (1741-1825) : la peinture m’intéresse. 11 h. Vide ? Non. mais il me faut aussi y rassembler mes photos destinées à être reprises dans des toiles… En arrivant à Sainte Gemme. on pouvait y danser . assez bien. (salle des archives.

rêveries d’un sédentaire endurci ! Martigues. qui lui a été offert par Michèle Gaugand 334 . le 20 septembre 2004. etc. je ne puis m’en satisfaire. pour méditer sur les premières expériences des “ simplistes ” : “ Nous commençâmes à nous entraîner au Musée municipal. p. etc. 336. 2003. la maison est en pleine mutation : nécessité d’une fresque de 5m x 2m à placer sur le mur de la bibliothèque. Henri Lefebvre et Les Philosophes sont présentés comme décisifs dans la naissance du Grand Jeu. passé à Sainte Gemme : Charlotte a écrit l’essentiel de ce texte. que j’ai corrigées attentivement : son texte est vraiment intéressant. La Symphilosophie nous concerne au premier chef. plaisir de danser. cité par Z. après 4 mois d’interruption . A Sainte Gemme.Pépé travaille au second. Lefebvre. Grasset. etc. Chez ma sœur Odile. : ce texte est fondateur d’une théorie qui s’applique aux IrrAIductibles. Tant mieux ! Tant pis pour mes rêveries . Les idées défendues ne me sont plus étrangères. Je rêve ! Pépé vient me chercher : il veut descendre des pierres du second . C’est urgent. de l’œuvre. J’ai essayé de lire le Journal de Klee : j’ai terminé le premier