Remi HESS

Henri Lefebvre, une pensée du possible
Théorie des moments et construction de la personne

2008

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Sommaire Remerciements Préface : Sociologie et histoire, par Gabriele Weigand Introduction

PREMIERE PARTIE : SUR LE MOMENT
Chapitre 1 : Des moments et du temps, selon Jacques Ardoino Chapitre 2. Le moment : une singularisation anthropologique du sujet Chapitre 3 : La dynamique du moment, concept de la logique dialectique Chapitre 4 : Lectures de l'histoire Chapitre 5 : Le bon moment Interlude 1 : L'année Lefebvre

DEUXIEME PARTIE : LA THEORIE DES MOMENTS DANS L’ŒUVRE D'H. LEFEBVRE
Prélude à la seconde partie : Henri Lefebvre, une vie bien remplie Chapitre 6 D'une philosophie de la conscience à l'expérience de l'exclusion Chapitre 7 : La somme et le reste Chapitre 8 : La critique de la vie quotidienne Chapitre 9 : Le moment de l'œuvre et l'activité créatrice Chapitre 10 : Les moments de l'amour et de la pensée Interlude 2 : Journal du non -moment

TROISIEME PARTIE : CONSTRUIRE LES MOMENTS PAR L'ECRITURE DU JOURNAL
Chapitre 11 : Moment du journal et journal des moments Chapitre 12 : L'entrée dans un moment : Le journal d'un artiste Chapitre 13 : La conception : le moment conçu Bibliographie

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Remerciements
De nombreuses personnes m'ont aidé dans ma recherche sur la théorie des moments. Tout d'abord, Henri Lefebvre (1901-1991) lui-même, qui a su me former à la pensée critique. Il a dirigé ma première thèse (1973) et m'a encouragé à le suivre dans la construction de cette théorie des moments. Ensuite, René Lourau (1933-2000) a rêvé d'écrire ce livre avec moi. Cette coopération ne s'est pas concrétisée, mais durant quinze ans, R. Lourau, qui avait dirigé ma thèse d'état, a suivi l'avancée de cette recherche. Michel Trebitsch, décédé durant l'hiver 2003-2004, m'a aidé sur quelques points décisifs. Ensuite, je dois remercier : Georges Lapassade (Paris 8), qui, par son opposition à cette théorie, m'a contraint à l'affirmer sans cesse davantage. Lucette Colin (Experice, psychanalyse) m'a aidé pour la rédaction du chapitre sur le "bon moment". Ce livre lui doit encore beaucoup, dans la mesure où elle en a suivi les mouvements. G. Weigand (Würzburg/Karlsruhe), a suivi l'écriture de ce livre depuis vingt ans. Ses recherches sur l'horizon des mots, et le moment de la personne (1983-2004) lui permettent, mieux que tout autre, d'entrer dans mon rapport au monde. Christophe Wulf (Institut d'anthropologie historique, Berlin) m'a fait prendre conscience de l'importance de la pensée d'H. Lefebvre pour penser l'anthropologie historique. Christine Delory-Momberger (Experice, Paris 13) m'a fait entrer dans le monde des histoires de vie ; Jean-Louis Le Grand m'a invité à exposer mes idées dans son séminaire ; Liz Claire a organisé à la New York University une conférence décisive, où je fus invité à parler et à discuter avec des collègues américains. René Barbier me soutient intellectuellement depuis 1994. Jacques Ardoino m'a apporté ses questions sur la relation "moment et temps". Véronique Dupont et Bernadette Bellagnech m'ont secondé dans la dimension technique de la production de ce livre. Leur travail de secrétariat s'est toujours doublé d'une entrée dans la discussion de ma problématique. Sophie Amar, Benyounès et Kareen Illiade m'ont aidé dans l'organisation de nos colloques H. Lefebvre, de Paris 8. Ces rencontres aidèrent à clarifier beaucoup de choses. Armand Ajzenberg, Arnaud Spire, et tous les camarades d'Espace-Marx et de la Fondation Gabriel Péri m'ont souvent invité à présenter l'avancée de mes travaux. Ils m'ont associé à leurs propres recherches. Jenny Gabriel a été une interlocutrice essentielle à la fin de cette recherche, puisque sa thèse s'est inscrite au cœur de mon chantier. Le livre qu'elle tire de cette thèse, sera un "moment" de cette recherche qui nous lie. Alcira Bixio (Argentine), Sergio Borba (Brésil), Liz Claire (Etats-Unis), Zhen Hui Hui (Chine), Maja Nemere (Allemagne), Vito d'Armento et Fulvio Palesa (Italie) et Elena Theodoropoulou (Grèce), mes fidèles traducteurs, m'ont aussi apporté leur soutien en m'encourageant à terminer ce livre, me promettant de faire connaître la théorie des moments dans leurs pays. Je remercie tout particulièrement Benyounès Bellagnech, qui m’a accompagné depuis 1999 sur le terrain de l’articulation entre la théorie des moments et la pratique du journal. La parution de son livre Dialectique et pédagogie du possible (2 vol., 830 p.), en février 2008, est un complément de ce travail.

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Préface Sociologie et histoire
par G. Weigand La théorie des moments s'inscrit dans le moment lefebvrien de Remi Hess. L'ouvrage Henri Lefebvre et la pensée du possible montre comment H. Lefebvre indique une voie pour se tourner vers le possible, que cette voie est actuelle, et qu'en prolongeant H. Lefebvre, Remi Hess propose une théorie de l'espérance qui nous engage à regarder l'horizon, plutôt que de rester tournés vers le passé ou engloutis dans un présent sans perspective. Ce livre est aussi, pour nous, le premier moment d'un programme plus vaste, la confrontation théorique et pratique de deux postures, de deux identités épistémiques, que nous voudrions articuler du point de vue de l'anthropologie philosophique : la sociologie et l'histoire. Ce fut le projet théorique de H. Lefebvre. Une recherche lefebvrienne Au moment où je préparais ma thèse sur La pédagogie institutionnelle en France, à 1 l'université de Wurzburg , j'ai découvert l'oeuvre de R. Hess, à côté de celles de H. Lefebvre, G. Lapassade, M. Lobrot, R. Lourau. Dès 1979, j'ai donc lu les quatre premiers livres de R. Hess. A partir de 1985, nous avons été conduits à travailler ensemble, tant sur le terrain de la 2 recherche-action éducative et interculturelle , que dans un effort commun de publications en 3 Allemagne ou en France sur l'analyse institutionnelle . Je puis donc témoigner ici de la fidélité de R. Hess à la théorie des moments. La théorie des moments est une perspective de recherche que R. Hess doit à sa rencontre avec la personne, et avec l’œuvre d’Henri Lefebvre (1901-1991). La pensée de H. Lefebvre fait vivre R. Hess depuis 1967, année où il a rencontré ce philosophe pour la première fois, dans l'amphi B de l'université de Nanterre où H. Lefebvre assurait le cours d'introduction à la sociologie, pour les étudiants de première année de philosophie, sociologie et psychologie. À cette époque, R. Hess était étudiant, un étudiant d'H. Lefebvre, parmi beaucoup d’autres. Et il découvrait ses livres au rythme où H. Lefebvre les publiait (entre 2 et 4 par an à l’époque). Et, en même temps, il arrivait à R. Hess de découvrir un ouvrage antérieur qu'il s'empressait de lire. À cette époque, R. Hess avait 20 ans et H. Lefebvre en avait 67 ! Le philosophe avait déjà publié plus de 30 livres… Dans le même département de sociologie de Nanterre où enseignait H. Lefebvre, se trouvaient plusieurs personnages dont R. Hess suivait aussi les enseignements, et qui jouèrent un rôle important dans sa formation : Jean Baudrillard (né en 1929), René Lourau (1933-2000)… Tout doucement, Henri Lefebvre est devenu le maître de R. Hess ; il a été son directeur de thèse de sociologie (Nanterre, 1973). En 1978, R. Hess publie Centre et périphérie qui s’inspire fortement de De l’État de H. Lefebvre. Régulièrement depuis 1980, en alternance avec des phases où il développait la
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Gabriele Weigand, Erziehung trotz Institutionen ? Die pédagogie institutionnelle in Frankreich, Wurzburg, Königshausen + Neumann, 1983, 207 pages. 2 Dans le cadre de programmes financés par L'Office franco-allemand pour la Jeunesse. 3 Parmi la vingtaine de productions communes : Institutionnelle analyse, Francfort, Athenaum, 1988 ; La relation pédagogique, Paris, Armand Colin, 1994, Cours d'analyse institutionnelle (Cours de la licence en ligne, Paris 8, 2005). 4 H. Lefebvre, De l’État, 4 volumes, 10/18, 1976-77. Le volume 4 est dédié à R. Hess et R. Lourau.

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sociologie d'intervention, l'analyse institutionnelle, l'exploration interculturelle, la pédagogie, les sciences de l'éducation, l'histoire des danses sociales, R. Hess est passé par des périodes où il s'est replongé dans l'œuvre de H. Lefebvre. Au départ, il s’agissait souvent pour lui d’écrire des articles qui lui étaient demandés, en tant que proche de H. Lefebvre. Ainsi, il est l'auteur 5 de la notice Henri Lefebvre, dans le Dictionnaire des philosophes . En 1988, R. Hess publie le premier livre français consacré au philosophe : Henri Lefebvre et l’aventure du siècle. Ses recherches sur la vie et l’œuvre de H. Lefebvre le conduisent alors à découvrir plusieurs ouvrages virtuels que son maître auraient pu écrire, en reprenant des thèmes récurrents dans son itinéraire, mais pas suffisamment dégagés ou autonomisés (la théorie des moments, la méthode régressive progressive, la théorie des résidus, la théorie des possibles...). Si leur différence d’âge n’avait pas été si grande (47 ans), si son statut d’éditeur d'aujourd’hui, R. Hess l’avait eu 25 ans plus tôt, il est probable qu'il aurait commandé à H. Lefebvre ces ouvrages, mais le maître est mort sans qu’il ait été possible de lui proposer ces synthèses. Aussi, après la mort de H. Lefebvre, R. Hess s'est décidé à donner plus d'importance à son moment lefebvrien, pour se consacrer à cette recherche. Ce moment de travail l’a d’ailleurs stimulé à approfondir sa connaissance de l’œuvre de son maître. Ainsi, dans les années 2000-2002, au moment du centenaire de H. Lefebvre, il a 6 accentué son effort d'édition de la partie introuvable de l'œuvre . Editer un auteur suppose qu’on le lise et relise, et ce d’autant plus qu’on souhaite introduire les ouvrages, les enrichir de notes, d’index. Tout ce travail, parfois fastidieux, conduit à des découvertes, à des perceptions nouvelles de l’œuvre. Pour écrire une préface, on s’intéresse à des auteurs contemporains de l’œuvre que l’on redécouvre. Cela permet la construction de liens, la mise au jour de contradictions. Pour élargir son moment lefebvrien, R. Hess a organisé deux colloques internationaux. Le premier eut lieu à la fin juin 2001, à l'occasion du centenaire de la naissance d'H. Lefebvre ; à cette occasion, R. Hess a mis sur pied cinq jours de rencontre à Paris 8. Cent cinquante personnes participèrent à ces journées. Le 8 décembre 2005, il a encore organisé un colloque, en collaboration avec Espace-Marx, sur "De la découverte du quotidien à l'invention de sa critique, autour de l'œuvre d'H. Lefebvre". Là encore deux cents personnes participèrent ! Ces colloques rencontrèrent un vrai succès, au sens où ils mirent en présence de vieux Lefebvriens, des militants, et des étudiants découvrant l'œuvre d'H. Lefebvre. Ces rencontres furent des moments d'intensité, par rapport à la perspective de durée de l'implication de recherche que je tente de décrire. R. Hess n'hésite pas à voyager pour diffuser la pensée d'H. Lefebvre, ainsi en septembre 2006, il participait à une rencontre sur H. Lefebvre à Rio Grande (Brésil).
R. Hess, "H. Lefebvre", in Dictionnaire des philosophes, sous la direction de Denis Huisman, Paris, PUF, 1984, pp. 1542-1546. 6 Liste des livres d'H. Lefebvre édités dans des collections dirigées par R. Hess (la plupart du temps, ces livres font l’objet de préfaces, présentations, postfaces de sa part) : (1988), 2° éd. de : Le nationalisme contre les nations, Méridiens-Klincksieck, coll. “ Analyse institutionnelle ”. (1989), 3° éd. de La somme et le reste, Méridiens-Klincksieck, coll. “ Analyse institutionnelle ”. (2000), 4° éd. de La production de l’espace, Paris, Anthropos, précédé de “ Henri Lefebvre et la pensée de l’espace ”, avant-propos à la quatrième édition de p. V à XXVIII. (2000), Seconde édition d’Espace et politique, Paris, Anthropos, précédé de “ Henri Lefebvre et l’urbain ”, préface, p. 1 à 6. (2001), 3° édition de Du rural à l’urbain, Paris, Anthropos, présentation de la p. V à XXVI. (2001), Seconde édition de L’existentialisme, Paris, Anthropos, précédé de “ Henri Lefebvre philosophe ”, préface, p. VI à XLVIII. (2001), 2° édition de La fin de l’histoire, Paris, Anthropos, précédé de Note de l’éditeur. (2001), Seconde édition du Rabelais, Paris, Anthropos, précédé d’une préface. (2001), Contribution à l’esthétique, 2° édition, Paris, Anthropos, précédé de “ Henri Lefebvre et l’activité créatrice ”, pp. V à LXXIII. (2002), Méthodologie des sciences, inédit de H. Lefebvre, Paris, Anthropos. précédé de “ Henri Lefebvre et le projet avorté du Traité de matérialisme dialectique ”. (2002), 3° éd. de La survie du capitalisme, la reproduction des rapports de production, Paris, Anthropos, suivi de “ La place d’Henri Lefebvre dans le collège invisible, d’une critique des superstructures à l’analyse institutionnelle ”, postface. D'autres livres sont en préparation, notamment une réédition de La somme et le reste.
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Parmi les chantiers théoriques de R. Hess développés ainsi à partir de l’œuvre d’H. Lefebvre, je voudrais en signaler trois. L’un est consacré à la théorie des résidus qu’H. Lefebvre a fortement développé dans Métaphilosophie. Pour H. Lefebvre, la philosophie vise le systématique, mais faire système a un coût : écarter des résidus. Par exemple, le philosophe a tendance à prendre ses distances par rapport au quotidien. Or, ce résidu est précieux. Le résidu peut devenir un irréductible. On peut partir de lui pour critiquer le système. Sur ce terrain, avec ses étudiants, R. Hess a créé 7 une revue : Les irrAIductibles qui se donne pour objet de repérer et de fédérer les résidus du monde actuel pour en faire des irréductibles. Un autre chantier concerne la méthode de H. Lefebvre : la démarche régressive progressive qui a eu un certain écho, puisque Sartre l’a reprise, et développée dans Questions de méthode, dans La critique de la raison dialectique, puis dans son Flaubert… Je travaille avec R. Hess à la rédaction d’un ouvrage de méthode, que H. Lefebvre a probablement eu envie d’écrire, si l’on en juge par son projet de Traité de matérialisme historique qui n’eut que deux volumes : le premier étant publié de son vivant et l’autre, bien qu’écrit en 1947, ne 8 fut édité que de manière posthume . Une autre synthèse était indispensable. R. Hess s'y consacre depuis 1988. Elle concerne la théorie des moments. Le thème est présent dans l’œuvre de H. Lefebvre comme titre de chapitres, mais la problématique des moments est très présente (on pourrait dire : omniprésente), dans l’ensemble de l’œuvre de H. Lefebvre, de 1924 jusqu’à ses derniers écrits philosophiques (Philosophie de la conscience, La somme et le reste, La critique de la vie quotidienne, La présence et l’absence, Qu’est-ce que penser ?). Cette théorie est construite en 1924, solidifiée en 1959, présente en 1962, toujours vivante en 1980… Bref, le terme de moment est constamment présent dans l’œuvre d'H. Lefebvre. Il y est élaboré sur le plan théorique et longuement développé à plusieurs reprises. H. Lefebvre n’est pas le premier à s’intéresser à ce concept de moment. Hegel lui donne une place importante dans son œuvre. Dans la pensée philosophique allemande, cette conceptualisation est d'ailleurs constamment présente, même si R. Hess montre qu'elle reste 9 implicite . Chez Hegel, le concept a d’ailleurs plusieurs significations. R. Hess a trouvé un emploi complexe de ce terme chez les auteurs contemporains de Hegel, par exemple dans Les écrits pédagogiques de Schleiermacher (1826), mais en même temps, à cette époque, la théorie des moments, bien que présente, n’est pas dégagée. En droit, être l’inventeur d’un trésor, c’est le trouver ou, en philosophie, le retrouver, et lui donner de nouvelles dimensions. Dans ce sens, on peut dire que H. Lefebvre a trouvé ce terme, qu’il a rêvé à plusieurs reprises d’en faire un concept. Il l’a préféré à beaucoup d’autres pour penser la complexité des objets du social, qu’il s’était donné : le quotidien, la philosophie, l’urbain, la présence et l'absence, etc. Il me semble qu’il en a fait un bon usage. C’est la perspective que R. Hess dégage ici, même s'il élargit sa recherche aux questions actuelles qui sont les nôtres aujourd’hui. R. Hess est fidèle à la pensée de H. Lefebvre, dans
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Crée en 2002 (après le vote Le Pen), les irrAIductibles ont déjà publié 10 numéros, représentant 4000 pages. H. Lefebvre, Méthodologie des sciences, précédé de "H. Lefebvre et le projet avorté du Traité de matérialisme dialectique", par R. Hess, Paris, Anthropos, 2002, XXVI + 228 p. 9 R. Hess me faisait remarquer que mon livre Schule der Person, Zur anthropologischen Grundlegung einer Theorie der Schule, (Wurzburg, Ergon, 2004, 430 p.) était une illustration de la théorie des moments historiques et philosophiques. J'y dégage les grands moments de la pédagogie de la personne, depuis l'époque de Charlemagne.

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plusieurs chapitres où il restitue l'apport du maître. Sans vouloir faire de plagiat, il cherche alors à coller à ses mots. Dans d'autres chapitres, R. Hess explore le concept avant H. Lefebvre (Hegel, Schleiermacher). Ce travail éclaire un contexte philosophique que H. Lefebvre s'est approprié, et qui modifie forcément la première théorie des moments, celle de 1924, qui ignorait Hegel, Marx, etc. Enfin, R. Hess se réfère à des concepts produits par G. Lapassade, R. Lourau, F. Guattari, tels que dissociation, transduction, transversalité que H. Lefebvre 10 n’emploie pas ou peu . En 1994, il est apparu à R. Hess que le concept de "moment", très vivant dans l’œuvre de H. Lefebvre avait plus de force que celui de situation qui dominait les débats intellectuels, auxquels il participait alors. Avec lui, je me lançais dans la rédaction d’un ouvrage sur Situations et moments, mais une mauvaise manipulation d’ordinateur engendra la destruction de notre texte. Les quelques morceaux qui survécurent furent recyclés dans La relation pédagogique que je terminais avec R. Hess. Nous fûmes assez malheureux de cette mésaventure, mais nous n'avons pas abandonné ce projet. En 1996, R. Hess inscrivait ce projet de La théorie des moments, à côté de celui de La méthode régressive progressive, parmi les premiers titres à produire dans la collection "Ethnosociologie" qu'il lancait. Ces livres sont toujours en chantier. Bien que ce discours sur les moments commence à se faire connaître, notamment par la transmission orale (les cours de R. Hess font un emploi permanent de ce terme, il a dirigé des thèses illustrant ce concept), cette théorie des moments restait à l'état de projet, de perspective. Car, même si R. Hess a 11 utilisé ce terme dans certains de ses titres d'ouvrages , il existe une différence entre les écrits analytiques (illustratifs d’un point de vue) comme les journaux, la correspondance (essentiels pour les Institutionnalistes), etc. et les écrits synthétiques ou théoriques. Dans les années 1996-2004, R. Hess a donné priorité aux textes biographiques, car il tentait une synthèse sur les méthodes biographiques, et il ne voulait pas écrire sur la technique du journal, par exemple, sans pratiquer cette forme d’enquête… Cette forte implication dans ce projet diariste ou autobiographique l’a obligé à remettre le moment théorique à plus tard… Dans la biographie d’un auteur, d’un chercheur, il est parfois des thèmes qui sont présents constamment, mais qui ne parviennent pas à s'expliciter de manière synthétique. Ces termes deviennent alors obsessionnels. Henri Lefebvre lui-même, bloqué pour des raisons techniques (il ne frappait pas ses textes lui-même), a réécrit plusieurs versions de livres qui lui tenaient particulièrement à cœur, à la fin de sa vie, sur la rythmanalyse, le secret, etc. Lorsque nous travaillons à une construction théorique, nous tentons de clarifier des aspects confus de la problématique, de surmonter des contradictions internes, de résoudre des conflits entre plusieurs sens possibles d’un mot qui peuvent entraîner des emplois contradictoires ; nous tentons de résoudre des objections qui peuvent être soulevées, etc. Nous construisons une cohérence plus grande ; bref, le travail théorique formalise. On donne à lire un texte écrit de manière plus élaborée, et cette élaboration nous permet d’aller plus loin, de regarder l’horizon réflexif autrement. Au moment où il se lance dans l’écriture de ce livre, R. Hess a conscience qu’il y a un chemin à parcourir, un travail à accomplir pour faire passer la notion de moment au statut de concept. Il le fait en recensant tout d’abord les morceaux théoriques contenus dans l’œuvre de H. Lefebvre, en y articulant les emplois du terme. En
Concernant la transduction chez H. Lefebvre, voir R. Hess et G. Weigand, De la dissociation à l'autre logique, préface au Mythe de l'identité, éloge de la dissociation, de Patrick Boumard, Georges Lapassade, Michel Lobrot, Paris, Anthropos, 2006. 11 Remi Hess, Le moment tango, Paris, Anthropos, 1997, 320 pages ; R. Hess et Hubert de Luze, Le moment de la création, Paris, Anthropos, 2001, 358 pages ; Remi Hess, Produire son œuvre, le moment de la thèse, Paris, Téraèdre, 2003, etc.
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même temps, il tente une synthèse. Enfin, il tente d’appliquer la théorie à l’analyse d’objets actuels que H. Lefebvre n’a pas explorés. De ce point de vue, R. Hess entretient à H. Lefebvre le rapport que ce dernier voulait entretenir à K. Marx : reprendre sa méthode, pour porter plus loin la théorie et la pratique. La théorie des moments est un premier essai de formalisation. R. Hess a trouvé une forme qui articule les fragments d'une recherche, conduite depuis vingt ans. Il n'est pas inconcevable que cet ouvrage ait une suite, ou soit refondu par l'auteur à l'occasion d'une édition ultérieure.

Sociologie et histoire : un programme
La théorie des moments est le premier volume d'une série "Sociologie et histoire" que nous envisageons de produire ensemble, éventuellement avec l'aide d'autres collaborateurs. Nous travaillons, R. Hess et moi-même, certaines problématiques depuis 1985. Lors de nos premiers terrains communs, R. Hess, sociologue fortement influencé par G. Lapassade, avait une tendance à travailler sur "l'ici et maintenant". Il privilégiait la "structure" sur la genèse. Il avait un parti-pris pour l'ethnographie. Ma formation de philosophe et d'historienne me poussait à explorer l'horizon des mots. Ainsi, même lorsqu'ils employaient des mots identiques (pédagogie, éducation, famille, élève), les instituteurs allemands et français des rencontres de classes que nous observions, ne mettaient pas la même réalité derrière ces mots. Aussi, lors de ces terrains faits avec R. Hess, dans des échanges de classes franco-allemandes (nous avons passé 200 jours ensemble dans des écoles allemandes ou française entre 1985 et 12 1997 ), nous passions de longues heures à discuter nos perceptions des situations que nous étions censées observer. La propension sociologique ou anthropologique de R. Hess se ressent encore dans Le sens de l'histoire (2001). C'est lors de son séjour en Californie (Stanford et Berkeley) en 2005, que R. Hess a 13 tenu un journal "Suis-je un historien ?" où il réfléchit à son rapport à l'histoire . C'est dans ce contexte de recherche où il était invité par des historiens américains, qu'il prend conscience de la dimension historique de certaines de ses recherches (histoire de la danse, histoire de la famille, histoire de l'analyse institutionnelle, histoire de l'écriture diaire, forte implication dans le mouvement des histoires de vie). Il projette alors la concrétisation d'un chantier avec moi pour reprendre les questions que nous nous sommes posées depuis vingt ans. Ce chantier imaginé dès les années 1980, devient envisageable, car j'ai accédé en 2004 au statut de professeur d'université. Jusqu'alors, excepté 5 années où j'ai été maître de conférence à l'université de Würzburg (dans les années 1980), j'avais fait le choix d'être enseignante du secondaire. Cette position me semblait congruente avec mon domaine de recherche : les sciences de l'éducation. Dans cette discipline, trop d'universitaires ignorent la réalité du terrain. La relation entre théorie et pratique est, pour R. Hess et moi-même, une composante essentielle de notre paradigme de recherche. Cependant, il est un moment, dans une biographie, où la mise en forme des résultats de la recherche demande un investissement à plein temps. Quand je vois le travail réalisé par Henri Lefebvre en collaboration avec Norbert 14 Guterman , il me semble que R. Hess inscrit notre relation dans ce continuum. Histoire et Sociologie se fera donc en plusieurs volumes ; tout d'abord : La théorie des moments, La méthode régressive-progressive. Ces deux volumes correspondent à des urgences. Nous avons encore le projet de Théorie et pratique, (sur la pédagogie, sur la recherche-action, notamment), La construction de l’expérience, (à partir d'une relecture de Dilthey, on y explorera biographie, auto-biographie et histoire), L’horizon des mots, (sur
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R. Hess, G. Weigand, L'observation participante dans les situations interculturelles, Paris, Anthropos, 2006, 278 pages. 13 Remi Hess, Suis-je historien ?, colloques en Californie (16-26 mars 2005), 90 pages. 14 H. Lefebvre, La somme et le reste, pp. 45-46.

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notre réponse. L’écriture impliquée. Pour Gurvitch. livre de 777 pages. d'entrée. il souligne l'extrême perspicacité du rapport au temps de Gurvitch. mais chaque temporalité en proie à la différence diffère d'elle-même. Dans La fin de l’histoire. on ne montre rien : on montrera. Ils se conçoivent et se perçoivent comme capacités de différer : temps et moments multiples – topies diversifiées. cependant. Chez Gurvitch. Le champ de la conscience (réflexion-action) se diversifie et devient effectivement un champ. 1960. non de l'histoire et de l'historicité. Continuum et rupture… On voit clairement l'inscription de ce programme dans le continuum lefebvrien. un temps physique ou biologique. Le chercheur et son objet (sur l'implication). d'H. appartiennent les continuités dans le temps. 222 pages. osant mettre le philosophe en avant. Pour ce sociologue. effervescent.. le grand mot magique découvert. Lefebvre. le contraire de l'esprit de parti ! C'est ainsi qu'il justifie l'exclusion de H. un temps mental. Ces livres ont été traduits en trente langues ! Quand on relit Lucien Sève. faisait à La somme et le reste. Lefebvre. Lefebvre décrivait son programme philosophique. Les essais de la Nouvelles Critique. Cette problématique du rapport à l'histoire a opposé violemment H. La différence. d'autres qui reconnaissent plus volontiers les continuités. Durant ces années. p. Penser le mondial. 164. H. 2° éd. 17 L. Lefebvre du Parti communiste ! Il pronostique la décrépitude du "renégat". il a publié 40 livres. scandé par des opérations et des actes distincts selon les niveaux. Georges Gurvitch établit un lien dialectique entre l'histoire et la sociologie : une lutte dans l'unité. Lucien Sève. H. Il se moque de son emploi du futur : "Un linguiste s'amuserait à étudier dans les derniers chapitres de La somme et le reste. La fin de l'histoire.l’herméneutique depuis Schleiermacher). Sève. Théorie critique et analyse institutionnelle(dans le mouvement institutionnaliste. À l'histoire. dans lequel H. Lefebvre dans les années 1950. il n'y a donc pas seulement un temps social. Lefebvre a réalisé le programme. le temps n'est jamais contemporain à soi-même. on peut dire que l'histoire a jugé le sociologue. tiré de ce bilan et cette "critique" de 1959. Lucien Sève écrivait : "Le prétexte de La somme et le reste. n°7. la sociologie préférant les discontinuités et les établissant avec force ainsi que leurs conséquences (périodes. mais toujours en avance vers le possible. Avec le recul. une réponse. Entre 1959 et 1989. Théorie des résidus. Lefebvre à L. Mais pour sa défense. contrastées. c'est la prétendue infécondité de 15 16 H. 215. Althusser. on mesure mieux l'énergie qui se dégage de l'auto-évaluation que H. Certains critiques penseront que notre programme est présomptueux. régularisé et freiné). Ainsi. Lefebvre. personne n'a encore pris le temps d'inscrire l'analyse institutionnelle dans la théorie critique). ou en retard sur le possible. la subtilité des modes de l'affirmation verbale … Dans la nouvelle philosophie de H. Ce débat n'est donc pas clos. Mieux encore : on pourrait montrer. Lucien Sève se questionnait alors sur cette philosophie imaginative de H. La différence. "la théorie du temps devient différentielle. Lefebvre est sensible à l'approche du temps et des moments de Gurvitch. Je dois dire qu'il y a chez R. La grande 17 formule. ne s'est pas justifié. 9 . c'est le programmatisme …". p. comme celle de l'espace et par conséquent de l'espace-temps et/ou du temps-espace. 15 multiplicité de parcours et de sens ". s'inscrivant parfaitement dans le programme conçu dans La somme et le reste. je dirai que le 16 reproche que Lucien Sève. dans La différence (1960) . Ce n'est pas seulement que le temps et l'espace se différencient passivement (pour et devant la pensée). les quarante années qui ont suivies son exclusion du Parti. Il existe des gens qui voient les ruptures temporelles ou structurelles. tel niveau dominant à tel moment (révolutionnaire. au chantier que nous ouvrons. Lefebvre. le phénomène total (la totalité) relève du social et de la sociologie. Hess une certaine audace qui s'éloigne de la modestie que les Staliniens demandaient à H. comme pour H. Lefebvre. typologies). ou bien au contraire. Il y voit un travers petitbourgeois. Commencer notre chantier "histoire et sociologie" par la théorie des moments est un moyen de donner. Lefebvre fait de son rapport au marxisme.

Quelle aurait été sa "fécondité" s'il était resté entravé par les dogmatiques ? Sa leçon est actuelle. 2007. L’homme total. en philosophie et histoire de l'éducation. H. l'enquête au quotidien. Dar El-Houda. 725. Anthropos. La passion pédagogique. préface de Mohamed Daoud. Hess au niveau mondial. lorsqu'il faisait du terrain. De ce point de vue. La critique du quotidien a été posée philosophiquement par H. 2007. le monde est peuplé de dogmatismes. Ain M’Lila. Hess conçoit le journal comme un outil ethno-sociologique qui permet de capter le quotidien pour 19 en faire la critique . 20 Gabriele Weigand. il est bien le disciple d’Henri Lefebvre 22 . Hess. Le thème de la rencontre. Hess. Il est aussi prospection. 19 18 10 . en n'hésitant pas à faire des pas de côté. Il s'inscrira dans un effort de comprendre les contradictions de l'époque d'aujourd'hui. Anthropos. Lefebvre. En 2007 a eu lieu un colloque sur l’œuvre de Remi Hess à l’occasion de son 60° anniversaire." L'histoire a jugé le sociologue. Lefebvre l'idée qu'il faut affirmer haut et fort son projet identificatoire. Pour R. le fait qu’elle rassemblait des participants venant d’une vingtaine de pays. Analyse institutionnelle et pédagogie. Aujourd'hui encore. R. R. H. La construction d'outils est un élément de la pratique. fragments pour une nouvelle théorie. Parmi les apports plus spécifiques de R. nous nous permettons de mettre en question la fécondité de l'attitude à laquelle H. La relation pédagogique. p. dans laquelle se mêlent la question politique. Hess. Lefebvre ne laisse que peu d'informations sur ses pratiques de recueil de données. le travail de R. Algérie. 2008.la boue nauséeuse que constitueraient le marxisme dogmatique et le communisme stalinisé. c’est une reconnaissance de la nécessité d’intervenir dans le camp social pour le transformer . Lefebvre aboutit. c’est aussi notre intérêt pour une analyse institutionnelle sur les lieux de nos pratiques 21 . 18 Gabriele Weigand Professeur d'université à Karlsruhe (Pädagogische Hochschule). Quelle éducation pour l’homme total ? Remi Hess et la théorie des moments. Lefebvre. en construisant ses moments ! La sortie de La théorie des moments est donc le premier jalon d'un programme en cours. on se construit en affirmant ses projets. Lefebvre nous montre qu'il est possible de s'en dégager. le soucis pédagogique 20 . Weigand. se reconnaîtront-ils dans ce programme ? Notre désir de confronter sociologie et histoire ne sera pas seulement théorique. Hess. Dar Et-Houda. R. c'est de donner un outil pour entrer dans cette critique. Lefebvre a eu raison de se dégager du stalinisme. H. La somme et le reste. Paris. R. par rapport à son maître H. et un effort constant pour développer une critique de la vie quotidienne. Ain M’Lila. Notre relation à Henri Lefebvre. avec nous. de la praxis. G. 239 p. Lefebvre. L'intérêt de l'apport de R. mais aussi pratique. H. Paris. montre l’ancrage de la pensée de R. 2007. Par un juste retour des choses. 428 p. C'est une médiation entre théorie et pratique. Ce furent des dimensions essentielles de l'œuvre de H. La pratique du journal. Hess. 1998. Paris. On voit ainsi que. telle est l'enjeu de la théorie des moments. 21 Gabriele Weigand. je voudrais signaler les chapitres du présent livre sur le moment du journal et le journal des moments. Remi Hess. Je voudrais terminer cette présentation en disant que la publication du livre de Remi Hess s’inscrit dans un ensemble de textes et d’ouvrages qui s’inscrivent dans une perspective d’ensemble. Gabriele Weigand. Hess n'est pas seulement restitution. 22 Mohamed Daoud. Hess partage avec H. Je m'y sens fortement impliquée ! Peut-être d'autres. mais aussi son critique. Lefebvre. Anthropos. Oser jouer la singularité maximum. et les limites des disciplines académiques fragmentées les analyser.

Doyenne de la faculté de philosophie et pédagogie. le 25 février 2008. 11 . Würzburg/Paris.

connaissance et repos. Mais ces moments exigent d'une part une objectivation dans la réalité et dans la société . se discutent. passion. C'est d'un abîme qu'il faut parler (p. lacunes. 120. s'inventer. et peut-être selon certains dans la nature . c'est s'affronter à la montée du cybernathrope. Il devra perpétuellement inventer. 26)". La technocratie a toujours le "fétichisme de la cohérence. p. Comment un mouvement réel. des fonctions et des 12 . il y a utopie. 54). Dans la mesure même où les "révolutionnaires" ont condamné l'utopie. il nous propose l'homme. troubles. Il le sait déjà. sur la voie qui mène au possible. Du rural à l’urbain. Dans cet ouvrage. On ne peut même pas affirmer qu'ils sont en retard. Critique de la vie quotidienne 2 (1961). les plans. Dans tout acte. 17)". se réinventer. ici et maintenant. En quarante ans. Pour vaincre et même engager la bataille." Alors que l'on envoie des fusées dans la lune. projets et programmes représentent à peu près ce qu'est un briquet par rapport au dispositif de mise à feu d'une fusée. joie et douleur." L'utopie de gauche. Lefebvre analyse ce combat que l'homme doit mener contre le développement de la technique pour elle-même. il y a tous les moments : travail et jeu. Lefebvre. oublis. est celle qui imagine un saut immédiat de la vie quotidienne dans la fête… Le combat pour s'inventer dans le sens du possible. ironie. excès et défaut de conscience. désirs. 3° éd. en finir avec l'humanité-fiction. les choses n'ont pas changé. qu'il y a un décalage. La pensée de H. "La totalité ? Dialectiquement parlant. 265 Henri Lefebvre est le théoricien du "Possible". Il y a quarante ans. dérèglements. brouiller les pistes et les cartes du cybernanthrope. créer sans crier à la création. H. ils attendent également une mise en forme qui les élucide et les propose. il ne peut d'abord que valoriser ses imperfections : déséquilibre. p. le décevoir et le surprendre. H. de la forme et de la structure (p. on est incapable de produire des logements aux cloisons insonorisées ! Nous nous trouvons face à la loi d'inégal développement.Introduction : "Les propositions portant sur le possible s'examinent. Ni les matériaux. ni les procédés d'utilisation. qu'il faut introduire l'exploration du possible. Lefebvre. Il écrit : "Par rapport aux possibilités. dans Position : contre les technocrates. 15). Il sera toujours battu sur le plan de la logique. H. Lefebvre montre que c'est dans le quotidien. technique pour la technique. elle est là. ses représentations du possible et de l'impossible ? L'unité et le conflit dialectique du possible et de l'impossible font partie du mouvement réel. Proche en ce sens. Lefebvre reste d'actualité. de la rigueur formelle.. C'est dans le quotidien que les progrès de la technique doivent pénétrer. "bien instauré dans le creux entre le passé folklorique et les virtualités de la technique (p. Et contre le cybernanthrope. social et politique ne proposerait-il pas. Utopie ? "Dès lors qu'il y a mouvement. La confrontation des projets avec le "réel" (la pratique) exige la participation des intéressés". Lefebvre. n'ont la moindre proportion avec ce que permettraient les techniques. pour H. se confrontent. Et elle n'y est pas. effort et jouissance. Anthropos. Paris. il nous propose les "fragments d'un manifeste du Possible". H. ils ont avoué et entériné leur stagnation (p. "l'anthrope" : "L'anthrope devra savoir qu'il ne représente rien et qu'il prescrit une manière de vivre plus qu'une théorie philosophico-scientifique. de la perfection technique. la totalité est donc aussi lointaine : immédiateté vécue et horizon".

structures. Il se frayera un chemin entre le sérieux et le jeu. Qu’est-ce qu’une théorie ? Une théorie est "un ensemble organisé de principe. implique une mise en pratique des moments." Ce livre participe à la construction d'une théorie du possible. Cherchant à construire une forme de présence articulant vécu. tourmentent la personne. Construire une théorie des moments constitue un enjeu déterminé : apporter des outils à ceux qui veulent penser leur vie au-delà de l’année scolaire. La posture philosophique qui sera la nôtre se trouve à l'intersection de la sociologie (ou anthropologie). Ici. en matière de théorie des moments. 1985. 23 visant à décrire et à expliquer un ensemble de faits . un art. Autour des rocs de l'équilibre. l'air. par les Romantiques allemands (1799-1800). avait cru pouvoir construire une identité unifiée du sujet. structure. dissociations. Accompagnant un mouvement politique qui veut fédérer les résidus des systèmes. p. 10193." On trouve aussi cette autre définition : "Ensemble des principes. pour les développer et se tourner systématiquement vers une création de la personne comme oeuvre. et plus généralement de la société tout entière. Penser sa vie en termes de moments. de règles. le filet contre l'armure. mais voudrait jouer un jeu différent de celui de la philosophie. du continuum et de la rupture. dilemmes. l'Athenaum. Il vise à trouver une perspective de dépassement des contradictions. différents de la société post-moderne. il sera le flot. en 10 volumes. Elle a sa place dans une histoire de la philosophie de la conscience. terme encore assez flou. conçu et perçu. des concepts qui fondent une activité. thème déjà réfléchi. unité et diversité. La théorie résulte de la pratique et à son tour exerce son influence sur la pratique. la post-modernité fait le constat d'une dissociation du sujet. à ceux 23 Grand dictionnaire encyclopédique Larousse. A qui s’adresse cette théorie ? Ce livre voudrait tenter de penser un niveau de la réalité. pour transformer en ressource ce que l'homme d'aujourd'hui vit comme dispersion. de lois scientifiques. forme et fragments. le moment. Il mènera le combat du rétiaire contre le myrmidon. 13 . Ce terme de moment n’enferme pas autant que d’autres (situation. qui en fixe la pratique"… Et en effet. comptable ou fiscale. dans leur revue. la complexité caractéristique du vécu humain. La théorie des moments est un effort pour articuler continuité et discontinuité. une forme de la présence et de l'absence. Peut-on sortir des impasses (traumatisantes) des dissociations imposées par le monde d'aujourd'hui ? La théorie des moments voudrait se proposer pour penser la dissociation. Cette théorie peut donc s'inscrire dans un continuum de pensée. la théorie et la pratique sont dans un rapport d'interaction. Il vaincra par le style (p. il y a une relation étroite entre théorie et pratique. l’errance et la demeure. ce terme a l’avantage de ses inconvénients. l'élément qui ronge et qui recouvre. produits par la montée du système. trop souvent. Cette recherche relève donc quelque part de la philosophie. nous voudrions montrer qu'un effort de l'individu est possible pour développer les germes qu'il porte en lui. fragmentation. celle du XIX° siècle. 230). bien qu’il ait le mérite d’accéder à un niveau complexe de la vie. fonction…). Alors que la société moderne. de la bureaucratie qui. instant. de la dialectique et de l'histoire. au niveau de l'œuvre.

24 H. l’élève a tendance à vivre sa vie d’élève sur le mode du jour le jour. il y a. J'expérimente un moment d’humanisation dans lequel je me sens totalement sujet… Ces moments ne sont pas les mêmes pour tous. très souvent. 2° édition. partant que quotidien. etc. Comment s’est façonné notre art de manger. du contrôleur des impôts. analyser et critiquer le quotidien. Ce sont les sollicitations externes qui construisent votre quotidien (les exigences des parents pour les enfants. En conséquence. construit son unité dans la diversité. Je sors une nappe. de recevoir nos amis ou mille autres choses ? Comment ces modes de présence peuvent se créer des horizons ? Comment constituons-nous nos moments ? Quelle est la part qui relève de l’héritage du passé. tente de nos faire entrer dans le possible. Syllepse. qui croient qu’une avancée conceptuelle peut aider à penser le monde. tel est l'enjeu d'une théorie des moments. les exigences des enfants pour les parents. une cohérence. J'y mets de la volonté. Je veux me penser comme une personne qui. sera donc davantage du côté d’une anthropologie historique et philosophique. de la prise de distance. le quotidien nous objective… On cherche à le fuir dans des conduites passives (on s’installe devant la télévision. Ainsi. le repos… Ou des amis surviennent. les fins de mois à boucler. pour en dépasser l'aliénation. à la fois anthropologique et historique.). celle qu’a tenté de dégager Henri 24 Lefebvre. Ainsi. le moins mal possible. Concrètement. Métaphilosophie (1965). de passer du temps à une activité. parfois chez nous. Je prends du temps pour moi. Je prépare un repas. de boire. la fac ou la recherche du premier emploi pour le jeune adulte. Je ressens un fort désir de devenir sujet. Ainsi. c'est l'effort pour donner de la consistance aux germes que nous portons. Lefebvre. au-delà de ses dissociations. l’amour. il y a des moments où le quotidien se transforme. L'inscription disciplinaire de cette théorie. Je les reçois. sans la réduire à une seule de ses dimensions. le moment théorique. Les pratiques du quotidien acceptent davantage la complexité. C'est une méthode qui. notre identité. Plus tard. Elles nous engluent dans un présent. plutôt que purement philosophique. je fais des projets. Je décide de lire. Ce moment est celui de la distanciation. une totalité dans l’œuvre de leur vie. que j'ai décidée : le jeu avec les enfants ou petits-enfants. quelle est la part de notre volonté. ou dans la production de ruptures (fêtes)… Pourtant. sur le mode du métier. celles des agents de l’eau ou de l’électricité. etc). de l'effort pour objectiver.qui veulent construire une unité. Je suis heureux de les revoir. les factures à payer. auxquels je m'identifie. de notre intervention ? Quelle ouverture sur le possible ? Si La théorie des moments s’adresse quelque part aux philosophes et plus généralement aux théoriciens. Objectiver ce qui nous objective. dans sa Métaphilosophie . le quotidien est tellement absorbant qu’il est vécu sur le mode de la passivité ou de l’extro-détermination. la pratique sportive. Paris. derrière tout ce flux héraclitéen du quotidien qui pourrait nous submerger. mais les observer met au jour qu’ils nous constituent une identité. les pratiques professionnelles ont tendances à simplifier les représentations à ce qui peut être efficace. Le moment. 2001. mais elles sont peu l’objet d’une méditation systématique et d’une réflexion. Je fais le projet de devenir moi. sommeille le moment philosophique. Il faut répondre aux sollicitations externes. une force de subjectivation qui transforme les obligations. d’étudier. le métier ou l'absence de travail pour l’adulte) nous objectivent. les abonnements à renouveler. peut-être de faire notre jardin. La théorie des moments a sa place dans une posture. Ainsi. et comme pensée anticipative. cette théorie s’adresse surtout à tous ceux qui pensent qu’en une part d’eux-mêmes. 14 . Les pratiques obligées (l’école pour l’enfant et l’adolescent. mais sans projet d’ensemble. conçue comme critique du quotidien. cet ouvrage se veut théorie de l'effort de mise en contexte du vécu. Je travaille à être sujet de mes déterminations.

le moment historique. mathématicien. le neutre : Das Moment renvoie au latin momentum (poids) proche parent de movimentum (mouvement). Pierre Varignon énonce. 25 15 . nous allons tenter une première définition. 45 à 57. thèse d’état. Paris 8..Le moment historique Voir à ce sujet la thèse de Patrice Ville. ils sont indissociables . dans son traité La Nouvelle mécanique (1725). la règle de composition des forces concourantes. Pour aider à avancer. l’UNiversalité renvoie à l’unité positive. Les propriétés des trois moments hégéliens sont les suivantes : chaque moment est négation des deux autres. II). C’est dans ce livre que se trouve développée la première théorie des moments. on peut trouver au concept de moment des origines “ mécaniques ”. Le moment anthropologique sera davantage dans la spacialisation. p.Le terme de moment est fort répandu. mathématicien français reprend ce terme dans l’étude mécanique du couple et développe une théorie importante sur la rotation d’un corps (Sylvester et Foucault reprendront cette théorie). chaque moment est affirmation des deux autres .. s’intéressant au mouvement. au masculin. Leonhard Euler. ils sont à la fois en relation négative et en relation positive avec chacun des deux autres 25 . der Moment renvoie à une durée temporelle à confronter à la notion d’instant. plusieurs théoriciens. Il conviendra donc progressivement d’en dégager les contenus. la PARTicularité renvoie à la partie. dans son Traité complet de mécanique (1736) fait entrer le terme de moment dans une analyse et une science du mouvement. D’abord. d’une certaine épaisseur. ou en statique ou en dynamique. Ainsi. En 1803. On peut cependant identifier trois principales instances de ce terme : le moment logique. utilisent le concept de moment. Hegel élabore le modèle d’une dialectique organisée en trois moments. La dialectique hégélienne distingue l’universalité. Dans son Introduction à la critique de la philosophie du droit. élément du tout. enfin le moment comme singularisation anthropologique d’un sujet ou d’une société. Définition du moment Le terme de moment est polysémique. Gens d’école et gens du tas. ce pourrait être la conjonction entre le tout et ses parties).Le moment logique dans la dialectique Dans son acception dynamique. Le moment historique est identifiable dans une dynamique temporelle. Ce contexte sémantique n’échappe pas à Hegel lorsqu’il conçoit sa logique dialectique. et la SINgularité renvoie au principe de conjonction (sun en grec. pour la première fois. Il apparaît alors comme le conçu d’une forme que l’on donne à un vécu qui se produit et se reproduit dans un même cadre psychique et/ou matériel. Comme le souligne l’étymologie des mots. la particularité et la singularité. Par contre. Une socianalyse institutionnelle. I). Pour entrer dans cette distinction. Il est polysémique. Entre 1725 et 1803. 12 septembre 2001. c’est-à-dire facteur déterminant dans une dynamique. Le moment entre dans une dynamique. on peut remarquer que la langue allemande distingue deux genres au terme de "moment". Louis Poinsot. Le moment est alors un espace-temps d’une certaine durée.

Francis Lesourd parle de “ moment privilégié ”. Par opposition le moment a une consistance temporelle. instantané. dans lequel le sujet adulte refonde ses projets et ses perspectives de formation. chez Hegel ou Marx. Ces différents moments s’interpénètrent logiquement dans la dynamique de vie d’un sujet comme. quant à lui du “ bon moment de l’interprétation ”.) nous échappe en grande partie. Si Trotski avait gagné cette bataille. des stades dans l’histoire humaine qui sont les moments de cette histoire. dans l’histoire de la philosophie. Le moment présent lutte contre le moment à venir : “ Dans chaque moment pédagogique. Friedrich Schleiermacher montre que la difficulté de l’école est de mobiliser l’enfant qui vit dans le présent pour travailler à se préparer un avenir. nous devons distinguer le moment de la situation. Freinet) et créent un contexte dont l’origine (pourquoi tel moment. le moment garde quelque chose du sens logique. ” Dans l’histoire du sujet. Saint Augustin. La situation est donc la résultante d’une série de conditions qui adviennent. à une certaine date historique. matériellement parlant. le communisme. K. Il n’a lieu qu’une fois. Le “ moment décisif ” est une intensité stratégique dans la vie d’une société. le pourquoi et le futur nous échappent. émergent. H. ” Et plus loin : “ Chaque influence pédagogique se présente comme le sacrifice d'un moment précis pour un moment futur. aurait été autre. dans la genèse historique. etc (et donc avec eux leurs œuvres) comme des “ moments ” de la pensée systématique. K. par exemple. on pourra définir Socrate ou Platon. le servage. Il ne dure qu’un instant. temps très bref. l’âge adulte. on produira donc toujours quelque chose que l'enfant ne veut pas. La situation pose les différents évènements qui. telle personne etc. sorte d’ “ insight ”. dans ses écrits pédagogiques. Descartes. l’enfance. Le “ c’est ça ” est une forme de cette révélation. Le moment comme singularisation anthropologique d’un sujet ou d’une société Pour définir cette acception. celle du sens de l’histoire. il distingue des phases ou des moments dans le devenir de l’homme : la conception. ont permis un avènement. En éducation. L’histoire de l’humanité se développe selon une logique. L’instant est éphémère (Kierkegaard). Il s’agit d’intensité dans la vie du sujet. on utilisera aussi le terme de moment dans un sens plus limité. 46]. le salariat. Marx reprendra ce concept en distinguant des phases. 16 . la naissance. conditions dont l’origine. en parlant de “ moment décisif ”. et du communisme. Dans le même mouvement. Ces événements s’organisent par “ Tâtonnement expérimental ” (C. L’instant se pose comme la “ révélation ”. Marx distingue les principaux modes de production : l’esclavage. Dans l’histoire de l’économie. La conscience immédiate est égale à zéro. Par exemple. par exemple. Mais. Chaque moment précisément pédagogique s'avère ainsi comme un moment inhibant. Sigmund Freud parlera. Lefebvre parle de la bataille de Varsovie (1917) comme d’un tel moment. nous devons tout d’abord le distinguer de l’instant. un mode de production dominant peut voir survivre d’autres moments du travail : il y aura déjà un espace pour le salariat dans une société à dominante féodale. On se demande donc si on a le droit d'effecteur de tels sacrifices [p. III). se mettent en place d’elles-mêmes.Pour définir le moment dans l’histoire. le devenir de l’Europe. et que nous ne pouvons que constater. Dans ce contexte historique.

comme “ singularisation anthropologie d’un sujet ou d’un groupe social ”. j'ai pu orienter la pratique des histoires de vie en formation. Le moment est le lieu où jouent. l’histoire et l’anthropologie. existe déjà chez Hegel. peut se développer au niveau d’un moment (dimension ethnographique) : on compare par exemple notre moment du repas ou notre moment de l’école. Paris. tendant vers. En prenant conscience du moment. etc). la logique. à condition d’être “ conscientisé. Hess. La prise de conscience d’un déjà vécu. Dans ce type de chantier. moment de la création) et de pouvoir à nouveau l’identifier. 26 17 . à partir de ses critères connus. se laisse redéployer. ou sur le plan historique ou sur le plan géographique. Marc-Antoine Jullien propose de distinguer le moment du corps et de la santé. le moment de l’amour. Dans le déroulement du temps. En situant ces comparaisons culturelles dans un ensemble plus vaste. qui distingue dans la société le moment de la famille. mais refusant l’absolu 26 . liés aux éléments constituant sa situation. parce qu’il revient. finit par “ s’instituer ”. et lui-même donne forme à son auteur. dans un mouvement d’ensemble donnant un sentiment d’improvisation. Par contre. le moment du travail et le moment de l’Etat. le moment de la formation. le moment. moments d'une biographie. la rencontre interculturelle. Mais c’est surtout à Henri Lefebvre que l’on doit un développement et une diversification de cette théorisation du moment anthropologique. La rencontre avec l’autre.C’est la “ sédimentation ” de cette série de situations qui. comme au carrefour de lignes de fuite. en France et en Allemagne. Le sens de l'histoire. permet de dénommer et de structurer le moment (moment du travail. Ch. Son auteur lui donne forme. 2001. voulu ”. on prend également conscience de son épaisseur à la fois dans l’espace (situation) et dans le temps ouvert (le retour du moment sous une forme comparable). Le moment. Delory-Momberger. le moment philosophique. le moment du travail. C'est aussi une possibilité pour concevoir l'advenir. vers une anthropologie des moments du sujet. parce qu’il se connaît de mieux en mieux. créent le moment anthropologique. déplisser dans une histoire personnelle ou collective. on accède à un niveau encore plus distancé (dimension anthropologique). Avec Christine Delory-Momberger. dans une situation aux conditions similaires. ni sur les situations (imprévisibles). sinon en développant un sens de l’improvisation permettant de faire face à cet imprévu. En 1808. Mais la rencontre peut aussi se donner comme objet le principe de production et de reproduction des moments de deux sociétés (dimension ethnologique). dans une constante interaction avec les autres instances. 414 pages. R. Se former. réfléchi. on voit bien comment les différentes instances du concept de moment se ploient et se déploient. c’est donner forme et signification à ses moments. on va pouvoir distinguer différents moments anthropologiques (le moment du repas. Nous n’avons pas de prise sur l’instant. Anthropos. et le moment du travail intellectuel. le moment de la rencontre avec les autres.

l'apport d'H. Lefebvre concernant la théorie des moments. Jacques Ardoino. de la dialectique hégélienne). voire dans la durée. Lyon. j'ai demandé à Jacques Ardoino de me dire. Dans les échanges langagiers qui n’ont pas encore fait l’objet d’une critique linguistique et sémantique appropriée. Dictionnaire des sciences. pour lequel il avait participé au conseil scientifique. d’inertie. plus indéfini . Actes du colloque de l’AFIRSE 1992. par contraste. selon Jacques Ardoino Chapitre 2. en électro-magnétique. pouvant Cf. notamment à travers ses nombreux emplois scientifiques (ce seront. Ce sera la coïncidence dans le temps. (avec son aimable autorisation). cette réponse pourra aider à mieux saisir. Provenant du latin momentum (XIIème siècle). le moment d’un couple est le “ produit de la distance des deux forces du couple par leur intensité commune ”. Le moment : une singularisation anthropologique du sujet Chapitre 3 : La dynamique du moment. “ Le temps dénié dans (et par) l’école ” in Le temps en éducation et en formation. ici. en insistant sur la brièveté du vécu de cette durée). 1993 28 Par exemple. d’un moment à l’autre…). de me dire la manière dont il se représentait la relation entre moment et temps. de moments en moments . ou moments. dans la mesure où. E. nous avons affaire à des nombres. l’instant (relativement plus bref encore que le moment). en physique. au lendemain du colloque du centenaire d'H. le moment est. Uvarov et D. Même s’il peut s’accommoder d’acceptions plus vagues (je vais travailler un moment. par moments . d’une force…) 28 . Lefebvre. Essayons de voir comment s’opèrent ces transformations. Lefebvre. un “ faux ami ” du temps 27 dans la mesure où il affecte celui-ci d’un nouveau paradigme incontestablement réducteur. Sont aussi à rapprocher d’un tel concept. R. en mathématiques. les rapports entre temps et moments sont finalement beaucoup plus complexes qu’il n’y paraissait plus superficiellement. selon Jacques Ardoino En juillet 2001. lui qui a tellement réfléchi sur le temps. à tout moment . Dans la plupart de ces emplois. comme réponse à mon questionnaire. PUF. temps décomposés par l’analyse d’une séquence historique ou chronologique. Pour reprendre. Paris. luimême contraction de movimentum (mouvement). il est assez précisément défini dans la plupart de ses usages. futur-. Chapman. B. Le “ moment ” est essentiellement un “ intervalle ” de temps (court espace par rapport à une durée totale. mais qui n'avait pas en mémoire les théories de H. présent. Je la publie intégralement. 1956 27 18 . concept de la logique dialectique Chapitre 4 : Lectures de l'histoire Chapitre 5 : Le bon moment Chapitre 1 : Des moments et du temps. AFIRSE. “ moment d’un couple ”. dipolaire. une expression devenue familière lorsque nous ânonnions nos “ humanités ” et exercions l’apprentissage des langues étrangères. les moments : cinétique. temps.PREMIERE PARTIE SUR LE MOMENT Chapitre 1 : Des moments et du temps. “ moment magnétique ”. il atteste ainsi son ancrage résolument spatial ou étendu.passé. littéralement. dans les chapitres suivants. l’hic et nunc (centration sur l’ici et maintenant) et le temps (logique ou grammatical . La suite de ce chapitre est la réponse qu'il m'a faite. en mécanique. statistique : “ moment d’un vecteur ” par rapport à un point .

L’avènement d’une musique électronique. faciliteront l’émergence de formes musicales modernes. millions ou milliards d’années-lumière…). autonome ou non. hétérogène. interactifs. d’un son numérique. d’un enchaînement de propositions et d’arguments rationnels. physique. jouent inter subjectivement avec des mémoires. renvoie.partie. avec ses fonctions de repérage. mathématiques. jours. objectif. chacune des phases qu’on peut assigner dans un développement quelconque (transformation matérielle. par rapport au temps philosophique. faisant du moment une sorte d’entité temporelle. PUF. météorologie). 31 Kayros est une divinité heureuse du panthéon grec. comme tel. d’où seraient évacuées toutes connotations philosophiques et métaphysiques. juridiques. voire de Kayros 31 . subdivisé en “ physique ” et “ mental ”) . la prouesse. Nous sommes plutôt. L’évolution des conceptions du temps dans l’histoire influera donc sur les genres et les conceptions de la musique supposant toujours l’intelligence des dialectiques du continu et du discontinu. Les philosophes (André Lalande 29 ) distinguent. favorisant une concentration sur l’ici et maintenant.constituer le point de départ d’une nouvelle séquence. Il retient donc les significations courantes d’instant. cette dernière à partir de l’exemple musical. Dans la langue allemande. s’écoule. le moment semblerait correspondre à un vécu plus émotionnel. tierces. Bosseur). crucial. tandis que les sentiments s’éprouveraient plus pleinement dans la durée. phase ou étape – au sein d’un processus global ”. instant (B) . accompagnant le succès. Labarrière et D. C’est alors le moment qui devient totalité en estompant tout le reste. est évidemment temporelle et suppose que son exécution. groupaux. fait de mémoire et d’implications. chronique. transgressant la dualité continuité-discontinuité. vécu. elle-même. au mépris d’une rhétorique plus traditionnelle. décennies. heures. dans le temps logique et abstrait d’un raisonnement. désormais seule prise en considération (au moment où. les moments de l’illumination. L’Encyclopédie philosophique universelle 30 analyse ainsi ce concept sous les angles de la philosophie générale et de l’esthétique. beaucoup plus explicitement particularisé ou singularisé. à ce moment. Tandis que le premier. débouchant au mieux sur une chronologie. alors. il est à entendre et à replacer au sein d’une relation et d’un système ”. culturels. du particulier et de l’universel. ou en temps-durée (temporalité). courte durée. mais il constitue en même temps un mouvement essentiellement transitif “ … qui met en lumière la connotation suivante : le moment est toujours une réalité relative et. en temps universel. entre plusieurs acceptions : puissance de mouvoir et cause de mouvement (A. Mais lorsque l’intensité du moment prédomine. du sacré. pour sa part. passe. processus psychiques ou social. de la jouissance. Paris. secondes. N’y aurait-il pas dans cette représentation apollinienne. au problème fondamental de l’existence d’un temps musical. qui va prédominer. chronologique ou chronométrique. de laps de temps très court. le vocable “ moment ” prend surtout le sens psychologique de décisif. le temps qui s’égrène. avec leurs possibilités de conservation et leurs combinatoires propres. Dans son sens le plus général. se compte ou se conte. La notion de “ moment ”. se place sous les signes de Chronos. millénaires. va ainsi tout naturellement s’associer à l’espace. se spécifie. et se décompte principalement dans la modernité de façon quantitative en unités de mesure du temps (nano-secondes. Paris. intersubjectif. 1947. justement. La composition musicale. de même. Du point du vue psychologique. de la sorte. le terme y désigne : “ … un aspect . Les notions philosophiques – dictionnaire. évidemment référées à un idéal Vocabulaire technique et critique de la philosophie. 1992. homogène (donc susceptible de mesure). de l’extase. mois ans. dans nos usages. à la faveur des “ moments ”. à la fois qualitatif et logico-rationnel. siècles. quant on l’oppose à Chronos un soupçon de la dialectique des pulsions de mort et de vie ? 30 29 19 . à partir de ce moment…). la victoire (donc conservant un parfum d’éphémère). renvoient à des vécus singuliers et ou collectifs. À la brièveté s’ajoutera parfois l’intensité. La mesure de l’étendue. en musique. dialectique (C). minutes. (respectivement. ce peut être au détriment de cette relation à un tout. articles de P-J. Ce seront. son écoute par l’auditoire. PUF. Tout à fait indépendamment du “ temps qu’il fait ” (climat.

Bulletin de psychologie. 32 20 . plus hétérogène. totalement construit. autrement dit avec les philosophies de la représentation. Une fois enfermé dans l’epoche. Paris. Les balancements de l’histoire des idées feront peut-être du structuralisme. la distinction plus radicale entre fiction et facticité que nous avions introduite. La durée bergsonienne en garde encore elle même des traces. ne peut-il être regardé comme une dégénérescence médiatique d’une phénoménologie très mal comprise ? La subjectivité. Notons qu’avec ces questions. les unes comme les autres. l’un et le multiple. plus accessible à l’incertitude et à la vanité de l’attente d’une maîtrise totale. Bergson n’échappe pas tout à fait à l’emprise phénoménologique de son temps. le sujet se cogne en vain la tête contre ses murs. Elle ne se partage pas facilement. Desclée de Brouwer. de ce point de vue. et mériteraient. René Barbier. Au niveau des pratiques sociales. une propriété spécifique. l’anecdotisme chronique de “ loft story ” 34 . Le temps est aboli. Penser l’hétérogène. 1999. Jacques Lacan). le second. l’homogène et l’hétérogène… Comme au monde. elle-même caractéristique d’un élan vital. ce qui n’empêchera pas de vouloir les articuler ensuite 33 . des complémentarismes (Charles Devereux. ici. dès 1969. enfin. d’une philosophie de la continuité. numéro spécial 285. est déjà d’une toute autre nature que le temps astro-physique calendaire. l’universel et le particulier. conservant l’idée et l’intelligence du vivant et de sa complexité propre. manipulé. Celle-ci n’est pas. le défi du XXème siècle. on retrouvera facilement trace de ces hétérogénéités avec l’alternance de langages tantôt d’inspiration résolument mécanique privilégiant les métaphores de la machine pour conforter l’ambition de maîtrise et de transparence. tantôt biologique. Complicité et complexité sont intimement liées. À son tour. la relation à l’autre (aussi bien dans ses formes individuelles que collectives. 1998 34 Nous nous y retrouvons immergés. Cornelius Castoriadis. affirme sa complexité. 1969-70. comme nous avons tenté de le montrer par ailleurs 32 . Le prix à payer est notamment le naufrage d’un “ autre ” qui. réelle. risque de devenir l’impasse de l’intersubjectivité. factice. 33 Cf. de l’objet étudié. à l’intersubjectivité. ne se réduirait plus au même. avec les côtés encombrants de la nature. nous sommes au cœur de toute problématique philosophique : le continu et le discontinu. et. “ La complexité ” in Edgar Morin (dir. La “ durée ” pensée par Henri Bergson. dans l’océan d’un feuilleton inhabité. le temps et l’espace. plus qualitatif. Complexité et complication doivent alors être soigneusement distinguées. Seuil. Celle-ci nous semble devenir alors la trame ultime de la complexité. de ce fait. plus centré sur les agencements. groupales ou sociales) y reste fondamentale. pour ne pas s’abîmer dans la confusion. quand les entreprises d’intelligibilité tenant à tel ou tel parti-pris épistémologique (cartésien. Jacques Ardoino. Edgar Morin) ou des multiréférentialités (Jacques Ardoino. si répandues par ailleurs. plus classique.) Relier les connaissances. in Libération du 6 juillet 2001). une ré-interrogation critique des excès de la phénoménologie (Claude Lévi-Strauss. conduisant peut être au deuil nécessaire de la toute puissance (dont la rencontre avec la nature était sans doute la première expérience réellement éprouvée). ainsi conçue. s’achevant en manteau d’Arlequin. Paris. Cf. notamment). partiellement biologique et évolutionniste et. Le choix d’une rupture avec les dualismes traditionnels. aussi intentionnels et délibérés qu’ils se veuillent. en ce sens. mais bien plutôt une hypothèse de travail et de lecture de cet objet étudié. “ reconstruction narrative de la réalité ” ou “ narrato-cratie ” (Christian Salmon. Jacques Ardoino et André de Peretti.d’homogénéité. une analyse plus approfondie. écrivain. elles s’ouvriront nécessairement davantage. Quand la durée rejoindra la temporalité (Jean-Paul Sartre) et l’historicité (Henri Lefebvre). mais des éclectismes. Guy Berger. pour retrouver cet autre qui lui opposerait justement des limites. Paris. avec les curiosités empiriques. voire submergés. se feront aussi jour pour reconnaître aux hétérogénéités les vertus de leurs spécificités respectives. s’avèrent impuissantes. in “ Réflexions sur le psychodrame en tant que situation cruciale ”. pour ne s’intéresser qu’aux données immédiates d’une conscience et d’une subjectivité (elle même inscrite dans une vie psychique inconsciente quand il s’agira de la psychanalyse) n’en contient pas moins ses enfermements. Les “ moments ” juxtaposés s’y succèdent sans aucune référence à une durée. Michel Bataille…). surtout. Nous retrouvons.

Ces “ allant de soi ” épistémologiques.Dans le sillage. Paris. l’autre ”. quantitativement très différents en fonction de leurs échelles respectives. Nous devons donc comprendre. Eros et civilisation – contribution à Freud. vécus. à partir d’une telle approche critique. 37 Cf. le “ substantialisant ” littéralement estompe les deux autres. “ D’un sujet. en tenant également compte des apports disciplinaires scolaires et universitaires. de façon. Paris. Francis Imbert. Paris. en psychologie. des fragments de “ visions du monde ”. À vrai dire. si la coupure est trop radicale entre le sujet et ses autres 41 . inconsidérément réduits et “ traités ”. inscrits dans différents contextes. 1963 et L’homme unidimensionnel. 36 35 21 . pédagogie théorique et critique. ou plus temporelles. L’aménagement du temps . doivent être mis au jour en vue d’une communication moins babelienne. toute dialectique. les programmes et les plans. non plus. avec leurs exigences de mensuration et de quantification. 38 Cf. vouloir établir sérieusement des correspondances entre des “ moments ” référés à un “ entendement ”. voulu plus universel. sur leurs formes de représentation. a excellemment mis en lumière. Paris. mais aussi des temps parfaitement hétérogènes : la durée vécue intersubjective et le temps sidéral. 2000. en physique. concertation au lieu de négociation…) en résulte encourageant une sorte de médiocratisation généralisée. une telle “ anesthésie sociale ” aboutit à faire de ce cimetière de conflits. justement.. Editions de Minuit. de l’évitement des conflits. cette fois. Paris. d’évaluation. nous permettra peut-être de repérer (notamment à travers les langages et les métaphores naturellement privilégiés) ensuite chez nos différents interlocuteurs des formes d’intelligences plus spatiales. Herbert Marcuse. 1992. mondialisationglobalisation. de Bergson (et de Minkowski). de la régulation néo-libérale homéostasique des marchés. “ politiquement correct ”. le psychiatre et sociologue marxiste de la connaissance. De Chalendar. parfois héritiers clandestins d’une théologie rémanente. en sociologie. Jean-Pierre Le Goff. les rapports coûts-efficacité…) . la gestion manageriale des conflits les digère littéralement. plus ou moins. Pour une Praxis pédagogique. Paris. en biologie. Paris. J. celle-ci est effective dès qu’une centration excessive (réification) sur l’un des trois temps (ou moments) du temps (passé avec ses cultes commémoratifs. de toute façon constituant toujours. au cœur de laquelle ils se La fausse conscience. Desclée de Brouwer. On ne saurait donc. Le mythe de l’entreprise. Dans les usages gestionnaires les plus répandus. Matrice. l’hypothèse indémontrable d’un “ big bang ” initial. La prise en considération de la façon même en fonction de laquelle se constituent et se développent nos structures mentales. 1985. le lit d’une violence beaucoup plus dangereuse. le temps calendaire se transforme facilement en espace ou en étendue 37 (les “ emplois du temps ”. Retrouvant la “ pensée unidimensionnelle ” dénoncée par Herbert Marcuse 39 . Mais. et des “ moments ” explicitement psychiques ou mentaux. Pi. voire des temporalités. fruits d’une imagination et d’une postulation théoriques. se déréalisent et se déshumanisent à partir d’une rupture dialectique avec la praxis (celle-ci soigneusement distinguée des pratiques 38 plus routinières). La Découverte/essais. des acquis professionnels. Histoire et conscience de classe. PUF. nos organisations conceptuelles. au fil même de nos expériences de vie. toujours plus ou moins relatifs à une durée. ou futur . que non seulement il y à des temps. évidemment. Collection Education et formation. et n’entrevoyant plus comme issue que l’éradication pure et simple des “ obstacles ”. Jacques Ardoino. ils se dévitalisent. Ici encore. Editions de Minuit. in Les avatars de l’éducation. La spatialisation outrancière du temps (plus sécurisante en regard des attentes de stabilité épistémologique et scientifique. les échéanciers. Joseph Gabel. 1964 40 Cf. nos modes de connaissances. 1962. 1971. en astrophysique. pour mieux les contrôler et les maîtriser 40 . qui influeront. parce que “ déniant ” la réalité de l’autre en désaccord. 1960. 41 Cf. tels qu’en physique. avec le phénomène de fausse conscience 35 . le processus de réification (Luckacs 36 ) caractérisant la modernité. Georges Luckacs. recherche de conformisation.de la vie de “ l’au-delà ” aux “ lendemains qui chantent ”). présent : ici et maintenant. Une homogénéisation galopante que tout contribue aujourd’hui à renforcer (politique-spectacle. Editions de Minuit. Editions de Minuit. surtout dans leurs formes radicales) entraîne la déchéance de la temporalité. 39 Cf. bien entendu. le rétablissement salutaire de la liaison entre haine des autres et haine de soi deviendra tout à fait impossible.

1992. Comme le disait très bien Henri Lefebvre : “ Jusqu’à l’époque moderne. 22 .constituent et s’inscrivent. Cette séparation est en voie d’être comblée. collection “ Explorations et découvertes en terres humaines ”. 42 Eléments de rythmanalyse. Paris. on attribuait avec générosité l’espace à l ‘espèce humaine et le temps au seigneur. encore qu’il reste plus d’une lacune. L’histoire du temps et le temps de l’histoire gardent plus d’une énigme ” 42 . éditions Syllepse. introduction à la connaissance des rythmes.

Le moment.Chapitre 2 Le moment : Une singularisation anthropologique du sujet "Rhapsodique et discontinu par tempérament. 83. l’un à l’autre. les actes. et le connaître de l’être. 45 Ibid. Mais ce concept fait partie de sa philosophie avant même sa lecture de Hegel qui date de sa rencontre avec André Breton (1925 . Nietzsche. Il y a l’être et le connaître. l’esprit surgit de la nature. comme le propose la métaphysique idéaliste. un thème. selon H. par extrême individualisation des moments de sa vie. H. qu’il entreprend dès l’âge de quinze ans et qu’il reprendra.. Nietzsche devait nécessairement se proposer ce qu’il avait de plus difficile pour lui : l’organisation systématique. les moments sont finis. tel qu’il le développera dans "la théorie des moments" qu’il présente de manière consistante dans La somme et le reste (1959). p. Son aspect infini. “ Un trouble. Dans cette citation tirée du Nietzsche d’Henri Lefebvre. discontinus. Les énergies et les possibles. forme produite de l’éternel retour Le “ moment ” a quelque chose à voir avec “ l’éternel retour ” de Nietzsche. En fait. Dans les poèmes de Nietzsche. un regard. 84. Nietzsche. ces tumultes ou ces grands calmes de l’existence ” 45 . On ne peut." H. Lefebvre. 83. ces possibles éternels. à chaque fois qu’il se sent dépressif. Il veut exprimer et retenir ces essences. "Les moments ne sont pas inépuisables et ne sont pas en nombre illimité. un style et même le sentiment de la vie – une certaine éternité. il avait 24 ans). “ Le monde est un infini fini. la puissance n’est pas infinie. une œuvre. la nature et l’esprit. ni les considérer comme extérieurs. c’est une transformation de ces instants furtifs qui se répètent en moments. 43 23 . Lefebvre. ces moments cherchent à se précipiter. Lefebvre conçoit sa notion du moment. Lefebvre poursuit son raisonnement : “ Un instant quelconque réapparaît inéluctablement dans le devenir lorsque toutes les possibilités ont été épuisées.. Tout est périodique et cyclique dans la nature. 44 Ibid. Editions sociales internationales. 69. 83. réduire l’être au connaître. une couleur du ciel ou de la mer passent en nous comme des instants ” 44 . p. Critique de la vie quotidienne II (1962) et La présence et l’absence (1980). comme il l’explique. Elle lui donne une piqûre d’orgueil. Paris. Et c’est précisément pourquoi le néant nous menace. on trouve une bonne utilisation de ce qu’est le concept de "moment" pour Henri Lefebvre. Et H. c’est le temps. une nostalgie ou une sérénité. Lefebvre montre que Nietzsche cherche à nous enfermer dans un dilemme. c’est-à-dire à la fois déterminés. Ce livre a été réédité en 2003 chez Syllepse (Paris). C’est même la thèse centrale du nietzschéisme. 46 Ibid. Lefebvre. p. non épuisables ” 43 . 1939. donner un poème. 1939. Ce H. “ Le moment peut s’approfondir. H. Pour ce dernier. à s’unir. p. p. par méthode et par inspiration. Editions sociales internationales. probablement à partir de sa lecture de Nietzsche. Ce que produit Nietzsche.. Paris. mais aussi pourquoi l’homme devient conscient du tout et doit devenir tout 46 ".

L’esprit naît. dans le moment.. un effort de l’individu de constituer une synthèse à la fois temporelle et d’un contenu. livre 2. Ce n’est plus en un dieu que Nietzsche veut tout posséder. H. 51 Ibid. 85-86. nous pouvons être dès maintenant. 1939. à propos du travail que Marx et Engels avaient opéré par rapport à l’œuvre de Hegel : “ Marx et Engels avaient donné une forme – une Bildung – européenne au sentiment germanique et hégélien du devenir. même si 47 48 Nietzsche. § 317. “ Et puisque les moments. En nous. et le passé ressuscite. Pour Nietzsche. "La volonté nietzschéenne est une inflexible volonté de totalité immédiate et pour l’individu. 87. 54 Stefan Zweig. Le néant. 97. le fini du possible dans l’infini du temps. 97. Lefebvre a probablement lu le Nietzsche de Stefan Zweig. Les mystiques voulaient devenir divins. L’impossible n’est pas nietzschéen . tout ce que furent les êtres. 53 Ibid. G. Lefebvre. à condition de le vouloir ! 53 ". est l’acte dans lequel notre puissance devient volonté et se veut à travers le monde (rapport à l’espace). H. p.mouvement est cyclique. au bonheur doucereux comme à la douleur qui souhaite la mort 49 ". coll. une Bildung 50 . 24 . H. Le moment où il avait été possible de concevoir cette grande synthèse. comme spontanément.. doit être utilisé 52 . nouvelle édition. à condition que nous le voulions dans un effort héroïque. Il y a. terme qu’il emploie. Stock. présentés à la méditation. Weigand préfère le mot allemand Form au mot Bildung. les essences et les êtres géniaux ne sont pas en nombre illimité. un vouloir du divin (faux infini) ou du néant. p. L’hypothèse du retour résout la contradiction entre l’infini et le fini. p. se développe. "La cosmopolite". traduit en français en 1930 54 . Il peut reconnaître la richesse de cette lecture. “ La mort même recule devant l’alliance de la poésie et de la philosophie. en Dionysos. Paris.. la durée dans l’éternité. Suivant le mouvement de l’œuvre de Nietzsche. 2004. C’est une forme. était passé 51 ". 26. 50 Dans ce contexte. et le passé (rapport à la temporalité). Anticipant ou ravivant les moments suprêmes de tout ce qui fut et de tout ce qui sera. C'est le mot qu'utilise Humboldt. p. Quand il écrit son Nietzsche. Lefebvre est donc quelque chose qui revient. il crée pour l’éternité : “ Loin de trouver l’existence vaine parce qu’elle ressuscite et recommence. Ainsi. mais en la nature. se crée et se recrée elle-même dans le devenir. H. Le possible s’ouvre devant cette impatience. la puissance. de l’éternel retour. Nietzsche. p. dans le même ouvrage. il échappe par cette vision au déroulement mécanique et monotone des instants. 52 Ibid. L’impatience est une vertu essentielle : je puis être tout – et tout de suite –. en surmontant ses formes successives. Le moment tel que le formule ici H. 49 Ibid. le vouloir cessant d’être un vouloir aliéné. une forme que l’homme donne à ce qui revient. finie. La volonté de puissance. où ses éléments s’étaient. meurt et surgit à nouveau 47 . Lefebvre montre que le poète-philosophe tente une synthèse de ce que furent les philosophes et les poètes. – hic et nunc –. Il recommence toujours. ” L’auteur de Zarathoustra montre qu’il faut dire non à tout instant limité et en proie au néant et dire oui à l’accomplissement. Nietzsche. lorsqu’il présente le style de Nietzsche qui est pour lui élément essentiel de son œuvre. ils doivent revenir dans cette infinité du temps bien plus effrayante que celle des espaces qui déjà épouvantait Pascal 48 ". Lefebvre montre qu’à partir du moment où l’homme agit sous l’empire de la vision du retour. elle se reconnaît. bêtes et homme. I.. comme la maladie. mais l’impatience est nietzschéenne. L’idée du retour.

Mais on ne trouve pas cette quête chez Leibniz.son propre frère en instinct fait pour ses mille e tre. cit. la vérité n'existe. Chez Pascal. Stefan Zweig ne voit une telle ardeur que du côté des mystiques du Moyen Age. les hérétiques.. 47. ils voient dans la vérité. et après lui Schelling. Comme don Juan. la connaissance. C'est aussi une souffrance de ne pouvoir s'arrêter. Cela rappelle le ménage. 45-46. aussi. le sentiment du connaître se situe aux antipodes du conjugal. Ce n'est pas du côté des philosophes allemands que l'on peut trouver cette tragique exaltation qui pousse à toujours se tourner vers le nouveau.. 48. Nietzsche ne s'installe dans une connaissance de manière durable. C'est une succession d'épisodes dangereux. le charme et le secret de la pudeur. p. Il n'y a pas d'arrêt. l'existence s'écoule avec une tranquillité épique. qui sera celle de H. surprenants... durable. Son amour est incertitude. Mais aucune ne le retient : "Dès qu'un problème a perdu sa virginité. Jamais. 60 Henri Lefebvre se passionnera pour Joaquim de Flore et ses lecteurs hérétiques. Ils travaillent de main de maître à la valorisation du terrain qui entoure la maison. 50. sans plus se soucier d'elles 57 . dans leur vérité. C'est une passion tremblante. pour le psychologue. Pour Zweig. c'est l'éternelle vivacité et non la vie éternelle". Il ne prête jamais de serment de fidélité vis-à-vis de quelque système ou doctrine. Fichte. Kant et les philosophes allemands qui ont suivi ont construit leur maison . Hegel et Schopenhauer ont entretenu un rapport à la connaissance qui peut être comparé au modèle conjugal. 59 Ibid. plongé dans le purgatoire du doute 61 . dont ils ne se séparent jamais qu'à l'heure de la mort et à qui ils ne sont jamais infidèles 55 . C'est le mouvement de conquête qui excite Nietzsche." Alors que chez les autres philosophes allemands. p. Chez lui. Hegel ou Schopenhauer. pour aussi loyales que soient leurs natures scientifiques. Kant et les autres ont l'amour de la vérité. Ibid. Nietzsche ne connaît pas le repos dans la recherche. Par opposition. 61 Lefebvre écrira un Pascal en deux volumes. Toutes les doctrines l'excitent. les saints de l'âge gothique 60 . ils y ont installé leur fiancée. p. qui ne se satisfait et ne s'épuise jamais. Kant. C'est un vrai chercheur impliqué. que pour un moment et il n'y en a pas où elle existe pour toujours 59 . le secret est dans toute et dans aucune. tout à fait fidèle. 57 Ibid. pour qui "ce qui importe. "à l'haleine brûlante. Lefebvre. Zweig. dans tous les problèmes. il aime non pas la durée du sentiment mais les "moments de grandeur et de ravissement 58 . Nietzsche est comparable à un don Juan de la connaissance. Mais cet amour est complètement dépourvu d'érotisme." Nietzsche cherche à travers toutes les connaissances. p. Il est contraint d'aller de l'avant. Nietzsche est d'un autre tempérament.la manière dont Nietzsche apparaît dans ce portrait ne donne pas vraiment la clé de la théorie des moments. 25 . Sa vie a la forme d'une œuvre d'art. dans chacune pour une nuit et dans aucune pour toujours : c'est exactement ainsi que." Le rapport de Kant à la vérité est de certitude conjugale. Il est soumis à une constante obligation de penser. On est dans des transports permanents. pour aussi courageuse et résolue que nous apparaisse leur concentration vers le 55 56 S. avide et nerveuse.. qui ne s'arrête à aucun résultat et poursuit au-delà de toute réponse son questionnement impatient et rétif 56 ". "un amour honnête. 58 Ibid. Il ne cherche pas à posséder. il l'abandonne sans pitié et sans jalousie aux autres après lui. une épouse et un bien assuré. les choses domestiques. tout comme don Juan . pp 46-47." Nietzsche interroge uniquement pour interroger : "Pour don Juan. op. Stefan Zweig oppose le style de Nietzsche à celui des philosophes allemands qui l'ont précédé en suggérant que si Emmanuel Kant. une connaissance éternellement irréelle et jamais complètement accessible. "Car. du désir flamboyant de consumer et de se consumer soi-même . l'aventure intellectuelle de Nietzsche prend une forme tout à fait dramatique. Son attitude par rapport à la vérité est démoniaque.

p. Il constate que les instants ne sont pas d’égale densité. ils ne se jettent pourtant pas de cette manière. privée et par conséquent. Certains acquièrent une certaine épaisseur. Ainsi les idées qui enveloppent toutes les démarches de pensée qui ont permis leur émergence. de façon à élever la conscience. le concentre et le porte au niveau du présent. cœur et entrailles. et la nature dont on reconnaît la réalité énorme. au niveau de ces instants les plus précieux. dans sa présence. "Il faut comprendre comment l’un peut sortir de l’autre… 66 ". 128. Nietzsche. au niveau de ce qu’ils nommaient l’absolu. 64 Ibid. ni limité au sens où l’entendement prend ce mot. reste toujours à l'abri du destin. Ils concentrent. p. “ A ces instants. Les philosophes analysent des contenus essentiels de l’esprit et ils veulent agir sur eux. Lefebvre. 126. avec tout leur destin. Lefebvre dans sa définition du moment. grâce à l’activité du sujet. La durée de notre vie semble s’approfondir. a pour projet d’approfondir ces moments trop rares qui sont comme la générosité de la vie : "Toute philosophie a cherché (dans la magie. avec tout leur être. L’œuvre d’art. p. Il est donc à la fois infini et déterminé. p. donc fini. une involution de tout le passé. qui accumule les vécus instantanés et les organise dans des formes qui ont à la fois une dimension temporelle (le retour) et une dimension d’épaisseur quasi-spatiale qui structure la conscience de la présence dans une singularisation anthropologique de l’humain. 125-126.tout. Ils veulent saisir dans l’obscurité de la conscience les lois du surgissement. H. aussi la plus personnelle. à obtenir le retour (la répétition de ces moments. 126. Nous saisissons notre être avec une sorte de force rétroactive qui éclaire le passé. Ils ne brûlent jamais qu'à la manière des bougies. 66 Ibid. tandis que Nietzsche se risque complètement et entièrement 62 …" Mais. du départ et du retour de ces moments exceptionnels. Lefebvre. Le contenu de la conscience s’élargit. une vivante volute. suinte d’une densité de présent. p. ils cherchent à étendre l’influence de ces moments à toute la conscience. C’est un infini-fini 67 ". 127. Il y a aussi des paroles plus expressives que d’autres. une plus grande part d’existence. ou la prière. Lefebvre montre que toute philosophie. le temps se transforme . cit. bien qu’il pense que cette revendication puisse conduire à la folie. éternellement elle-même dans le devenir. laissons un moment Stefan Zweig.. Une partie de leur existence. L’individu est actif dans la 62 63 Stefan Zweig. sans partage. 65 Ibid. humain) le caractère déterminé. op. La ligne du temps semble devenir une spirale. toute entière. ou la poésie. de passé et de futur. comme s’ils éclairaient un long cheminement du temps. ou la contemplation. En même temps. et celle de Nietzsche tout particulièrement. L’univers ne peut être ni absolument infini. Il faut souligner la dimension stable du moment qui cumule. il cesse de se dérouler au niveau de l’activité banale. scientifique. p. dans le jeu héroïque de la connaissance. 63 ” H. par l'esprit. Nietzsche. et aussi leur intensification et leur union en un moment absolu 64 ". par la tête. Et plus loin : "Nietzsche a admirablement saisi dans tous ses aspects (philosophique. Nous verrons ultérieurement que cette idée du moment qui veut s’ériger en absolu sera reprise par H. Cette théorie nietzschéenne résulte d’une confrontation entre l’esprit en tant que réalité supérieure. nerfs et chair. c'est-à-dire seulement par le haut. se reconnaît et se saisit dans cet instant 65 ". du monde à travers l’infini du temps.. poétique. 67 Ibid. 54. "Le problème spirituel des moments de la conscience devenait ainsi le problème philosophique du moment éternel.. ou la rigueur logique). Certains actes se distinguent dans la masse des émotions et des instants. la partie temporelle. Ils s’enracinent profondément dans la vie. Le moment éternel selon Nietzsche se trouve dans la vision du retour : la vie éternelle. et revenons à la lecture de ce Nietzsche d'H.. 26 ..

Le questionnement de H. que l'on découvre ici dans sa lecture de Nietzsche. Lefebvre à propos des moments. est constant dans l’ensemble de son œuvre. 27 .construction de ses moments.

1. Die Wissenschaft der Logik. du jugement 72 et du syllogisme 73 . Gap. 316-331 . trad. en en reprenant les acceptions hégéliennes ou marxiennes. 351-401.. 2° éd. Ou plutôt. Paris. 9-138. 272-301. Werke 6. 3° partie : Die Lehre vom Begriff. une utilisation constante du concept de moment. Il y a chez Hegel. F. Der Schluss. Werke 6. Hegel. Wissenschaft der Logik. Das Urteil. L'écriture de La somme et le reste en témoigne. dans ce chapitre. Suhrkamp. par Henri Lefebvre et Norbert Guterman. W. Suhrkamp. p. Paris. reprise par K. Minuit. 73 G. § 166-180. I. Le phénomène fondamental de la dé-cision originaire est inscrite dès l’un premier écrit de Hegel (Différence ses systèmes philosophiques de Fichte et Schelling) 74 . d’abord présenter le concept de moment comme élément constitutif de la dialectique hégélienne qui sera intégralement. Science de la logique. Enzyclopädie der philosophischen Wissenschaften I. b. W. Contre Althusser. nous l’avons vu. 69 René Lourau (dans son effort pour dialectiser le concept d’institution ) ou Jean-Marie 70 Brohm (pour penser la dialectique ) recourent à ce concept. phénomène que l’on ne fait que découvrir et que mettre en œuvre dans les jugements humains. le particulier et le singulier (ou l'individuel). 3° partie : Die Lehre vom Begriff. H. Hegel. Marx dans sa présentation du capitalisme. Der Schluss. 1969. 71 G. même s'il se défend d'avoir déduit sa théorie des moments de sa lecture de Hegel. mais en même temps celle-ci l'influence. il prend une inflexion différente suivant le contexte dans lequel il est employé. 1964. Die Wissenschaft der Logik. p. Suhrkamp. W. § 181-193. 69 R. concept de la logique dialectique "Ce moment à la fois synthétique et analytique du jugement par lequel l'universel du début se détermine de lui-même comme l'autre de luimême. b. Das Urteil. F. 74 G. Werke 8. A. 294. Paris. Hegel. Hegel." 68 G. vol. Lefebvre utilise assez fréquemment le mot dans les sens hégéliens. 2° partie : Die subjektive Logik oder der Lehre vom Begrif. Le moment. I. p. fr. Morceaux choisis. La théorie hégélienne du jugement s’attache à la dé-cision de l’Etre dans la Différence absolue de l’être-en-soi et de l’être-là. A. pp. Précisons que la théorie hégélienne du jugement ne s’attache pas au jugement. Enzyclopädie der philosophischen Wissenschaften I. Gallimard. dernier chapitre. pp. livre III . F. Lourau. mais comme à un phénomène fondamental de l’Etre-même. W. ce terme n’a pas toujours la même acception. Hegel. F. Hegel. p. idées. comme forme de la pensée ou de la connaissance. H. 2° partie : Die subjektive Logik oder der Lehre vom Begrif. Werke 2. 72 Sur le jugement : G. F. Werke 6. par suite éventuellement comme construction logique. Dans ce texte. trois moments logiques essentiels : l'universel. Wissenschaft der Logik. F. Der Begriff. W. comme instance logique Hegel distingue à propos du concept 71 . W. a. Enzyclopädie der philosophischen Wissenschaften I. 70 Jean-Marie Brohm. Werke 8. L'analyse institutionnelle. pp. Nous voudrions. Die Wissenschaft der Logik. pour Marx. 68 28 . Wissenschaft der Logik. F. 311-316 et G.Chapitre 3 : La dynamique du moment. 2° partie : Die subjektive Logik oder der Lehre vom Begrif. Differenz des Fichtschen und Schelingschen Systems der Philosoiphie (1801). F. Les Éditions de la Passion. p. Suhrkamp. I. et G. du Concept et de l’Etre. Lefebvre conçoit la théorie des moments avant sa lecture de Hegel. Hegel. Ophrys. Hegel. Pourtant. et G. Suhrkamp. Werke 8. dans sa forme logique et méthodologique. nous l'appellerons le moment dialectique. de Marcel Méry. Hegel. F. Plus récemment. 3° partie : Die Lehre vom Begriff. A. Der Begriff als solcher § 163-165. 1999. W. Suhrkamp. Suhrkamp. W. 316-331 . 301-351. W. Hegel montre que tout étant s’impose d’abord à nous dans une G.

et l’absence. la pensée de Hegel s’organise donc dans une opposition : à la présence. on pourrait citer le moment du désir qu’explore Hegel. très élaborée chez Hegel qui la transmet à ses successeurs. il est le positif déterminé de telle et telle manière et il exclut de soi. en même temps qu’il est posé comme tel et comme étant. négation de ce positif. Tout étant est un positif. lui-même précédé de la graine. le désir veut sa fin. "Le plaisir venu à la jouissance a bien la signification positive d'être devenu certitude de soi. à la connaissance. Le devenir de la fleur sera à son tour le fruit. ce qu’à chaque fois il n’est pas. La fleur a été précédé du germe. n’existe que dans une tension avec sa négation ou spatiale ou temporelle. action. langage. Dans son être-saisi. mais l’être-là de l’ici est maintenant s’oppose aussi. 29 . signification par rapport à la conscience. La négativité est donc au cœur de cette pensée hégélienne et de cette tension entre le posé. ce qui est ailleurs et/ou dans un autre temps. c'est-à-dire conçue 75 selon un rapport vrai à la totalité . se trouve simultanément posé un étant qui l’environne et que lui n’est pas. La double signification fait le sens. Dès les premiers textes de Hegel. Ainsi se termine son 75 Voir par exemple Phénoménologie. des contradictions. le négatif appartient à l’être même du positif et est son négatif qui seul le rend possible comme tel et tel étant. Id. résistance. Il devient désir de ceci et de cela. une dynamique. Mais. le consommer. 76 . et dans le travail de dépassement. moment de l’ici et maintenant. un conditionné qui conditionne. Hegel y regarde de plus près. d’intégration des oppositions. etc. chez Hegel. 263. le sens. La plante en fleur que je puis observer comme être-là est un être-devenu et devenir d’un autre être. p. Les relations entre les étants singuliers apparaissent avec la même fixité et la même univocité : cet étant-ci est cela. L’exemple de la prairie est spatial. Du fait qu’il est posé. désir d'être désiré. Ainsi agissant. dans le développement du temps. il est cela et pas autre chose. Lefebvre dans La fin de l’histoire note en effet que la (double) catégorie de “ signification ” et “ sens ”. L’Etre hégélien est une mobilité. L’Etre-en-soi n’existera que dans des singularisations multiples. Il se supprime en s'accomplissant dans la jouissance. Il n’est pas autonome. il se fait besoin. qui a sa place dans la vérité. en proie à cet objet. avec des limites sûres. ne se saisit que dans sa confrontation à son négatif : l’absent de l’Etre-là. à la forme. ne menace pas la vérité : "Le désir veut et se veut. C'est à travers l'objet désiré qu'il est et se connaît et se reconnaît désir. se dégage un mouvement. comme positif en général. notion que nous reprenons ultérieurement). moment positif. mais il a 76 aussi une signification négative. Il veut s'accomplir. ici et maintenant. chaque être est un opposé. par rapport au contenu et à la forme : expression par rapport à l'être et au contenu. il renvoie par delà lui-même. Il se change en besoin d'un objet. des tensions dans le Concept. et il constate que ce monde fixe et univoque se trouve ébranlé. sans qu'il puisse y avoir conflit insoluble entre ces termes. à d’autres singularisations. comme point fixe au sein de la diversité du monde et parmi elle pour ainsi dire. Il a besoin d’être complété. En tant que désir double et redoublé. à la fois spatiales et temporelles. Chaque moment spatial ou historique sera conservé dans ce dépassement-élévation (Aufhebung. Hegel montre par exemple que la prairie n’est prairie que dans son opposition à la forêt ou aux champs cultivés. sans pour autant cesser d'être désir : désir de désirer. de telle sorte que ceci “ qu’il n’est pas ”. 1. mais comme conscience de soi objective . hic et nunc. s’oppose l’absence. Comme l’explique H. positif. sur l'ambiguïté de la signification et du signe. Lefebvre. comme un “ moment limité du présent ”. c’est-à-dire un posé . La présence. désigne une ambiguïté. 299. H. mais subordonnée à la vérité. Que veut-il ? Jouir de l'objet. celle de s'être supprimé soi-même ". le tenir. par rapport à la conscience et par rapport à l'être. obstacle. un mouvement. on voir que l’étant-. Pour donner un autre exemple de ce mouvement dialectique. distance. en tant que négatif.déterminité claire et univoque. Dès l’origine.

le Sujet reconnaît et la vérité de chaque moment.. le chien comme universel n'est qu'un cas particulier de l'universel englobant canis qui comprend à la fois les canis familiaris (chien). de la réflexion. Paris. avec le 77 sens. in welcher das Allgemeine ungetrübt sich selbst gleich bleibt. Vrin. in Les IrrAIductibles. la philosophie de la nature. comme l'objet défini lui-même 78 ". égal à lui-même . Hegel. Voir aussi G. Hegel. 1978. W. il y a le moment du Désir. 3° partie : Die Lehre vom Begriff. 79 Jean-Marie Brohm. J. Pourtant. Ainsi. où l'universel demeure. Ce texte est une excellente présentation didactique de la dialectique. de chaque désir. de chaque plaisir. doberman. Conflictuellement. comme le genre prochain (genus proximum). blancs ou multicolores (métissés). donc dans un rapport avec l'universel. Celles-ci se singularisent dans leur diversité par un pullulement d'existences individuelles de chiens singuliers : le chien de Jean-Marie Brohm. . Il unit la signification des moments. p. Précis de l'encyclopédie des sciences philosophiques. en tant que totalité des particuliers. seuls n’existent que des races particulières : fox. le particulier. en tant que pensée rigide de la différence et de la prétendue supériorité d'une “ race ” sur une autre (ou toutes les autres) oublie que les différences particulières entre les humains ne peuvent se comprendre qu'en référence à l'universalité du genre humain. le particulier est l'unité de l'universel et du particulier. “ Ainsi.“. jaunes. en chaque acte. teckel. La fin de l’histoire. Mais le Désir n'est jamais qu'un moment. § 163. 24-25. plus universel encore. 311 (“ Le concept comme tel comprend les moments suivants : l'universalité (Allgemeinheit) comme égalité libre avec elle-même dans sa détermination concrète (Bestimmtheit) . Anthropos. J’en reprends ici le mouvement. F. Werke 8. Toute analyse concrète d'une situation concrète se doit de repérer l’articulation des différents moments. le singulier ”. sans altération. 108. et le singulier. Bien que noirs. Paris. etc. I. c'est-à-dire que sa compréhension (nombre de caractères distinctifs) était maximale ” 79 . le particulier et le singulier) produisent la dialectique. Lefebvre. le concept de chien est universel en ceci qu'il comprend dans son extension la totalité des chiens (canis familiaris). qui s'appelait Voutsy ne ressemblait à aucun autre : “ il était singulier. qui se supprime en jouissant pour laisser apparaître la vérité de la conscience. la détermination concrète. les canis aureus (chacal). le sens se révèle après coup. als freier Gleichheit mit sich selbst in ihrer Bestimmtheit. y compris le désir et la jouissance.-M. welche negative Einheit mit sich das an und für sich Bestimmte und zugleich mit sich Identische oder Allgemeine ist. du concept.histoire. W. Les trois moments (l'universel. la philosophie de l'esprit. Suhrkamp. 2° éd.der Besonderheit. 1986. Tel est son sens. p. G. Die Wissenschaft der Logik. “ La définition. À la fin. En effet. L'universel est l'unité de l'universel et du particulier dans la mesure où tout universel n'est jamais que le particulier d'un autre universel. Commentant cet exemple du chien. La science de la logique. Brohm. Encyclopédie des sciences philosophiques. der Bestimmtheit. la particularité (Besonderheit). les êtres humains manifestent leur H. berger allemand. Mais ce concept se particularise dans la mesure où le chien en général est une abstraction qui n'existe pas comme telle. F. La logique. les canis vulpes (renard).-M. p. Hegel. De même. c'est-à-dire la vérité totale ". 619. F. “ Au sujet d'une sainte trinité dialectique : l'universel. Brohm montre que la dialectique doit être comprise comme une série d'unités des contraires. p 242. le particulier comme la déterminité du genre (qualitas specifica). etc. par exemple. et la singularité (Einzelheit) en tant que réflexion sur soi des déterminations concrètes de l'universalité et de la particularité ”. Enzyclopädie der philosophischen Wissenschaften I. 78 77 30 . G. et le niveau ou le statut de la contradiction entre les différents moments. “ Der Begriff als solcher enthält die Momente des Allgemeinheit. p. Telle est sa vérité : totalité partielle dans la Totalité (totale). et la vérité de l'ensemble. und der Einzelheit. Vrin. La signification est actuelle. parce que le particulier ne peut se comprendre que par le rapport différentiel avec d'autres particuliers. 2001. Y compris le sens du temps et de l'histoire (de la totalité historique). “ Ainsi le racisme. ajoute J. Paris. les canis lupus (loup). écrit Hegel. als der Reflexion-in-sich der Bestimmtheiten der Allgemeinheit und Besonderheit. contient en elle-même les trois moments du concept : l'universel. revue interculturelle et planétaire d’analyse institutionnelle n°1. juin-juillet 2002. W.

L'écart entre la réalité et le concept est certes toujours plus ou moins béant. p. l'universel doit toujours être spécifié par des particularités. Deuxième tome : La logique subjective ou doctrine du concept. 1972. les espèces ne sont pas diverses par rapport à l'universel. c'est-à-dire idéelle. dans chaque hic et nunc : elle lui vient de sa nature universelle. W. sans obstacle et égal à soi-même dans la variété et la diversité de ce concret.. Le particulier ne contient donc pas seulement l'universel.appartenance à l'humanité comme universel concret. l'universel particularisé. est quelque chose qui se maintient (le Sujet comme Moi) 81 ". Minuit. absolue égalité à soi. écrit en effet Hegel. p. “ Le particulier. 124-125. Les moments de l'universalité. "Les concepts se doivent donc d'être étayés sur des réalités empiriques effectivement existantes. Il ne se trouve pas emporté dans le devenir. elle est totalité. 85 Jean-Marie Brohm. c’est-à-dire ce par quoi il est ce qu’il est à un moment donné. Marcuse (Herbert). sinon ils risquent de ne représenter que de pures fictions. Baatsch. p. Raulet et H. Ici aussi le singulier est la négation de la négation (la négation du particulier. 76. mais se continue inaltéré au travers de ce même devenir. et a la force d'une auto-conservation invariable. est en tant que telle universelle . L’ontologie de Hegel et la théorie de l’historicité. même s'il se pose dans une détermination [particulière]. Le particulier a une seule et même universalité avec les autres particuliers auxquels il se rapporte. en raison de leur identité avec l'universel. telle qu’elle est conçue dans le Concept de cet étant. il ne détient cette réalité effective que grâce à quelque chose qui se maintient comme soi dans chacune des singularités données à un certain moment.. Paris. immortelle 82 ". qui n'est concret que par la totalité concrète des différences 80 ". L'universel est le moment de la détermination la plus simple. op. lequel est la négation de l'universel) 85 ". Science de la logique. de la particularité et de la singularité représentent par conséquent des contraires qui se médiatisent réciproquement. Et la précision doit elle-même être précisée jusqu'à l'individualité ou la singularité.-M. demeure là ce qu'il est. 81 80 31 . mais seulement en regard les unes des autres. la diversité de ces mêmes particuliers. le genre est inchangé dans ses espèces . contient l'universalité. Paris. Brohm remarque que l'empirisme et le positivisme refusent de considérer l'existence de l'universel et s'en tiennent aux “ faits ” identifiés à des données particulières. Il est l'âme du concret auquel il est immanent. mais présente aussi ce même universel par sa déterminité 84 ". Hegel précise : "L'universel. de l’allemand par G. 1932. le concept de chien n'aboie pas et les universaux n'ont d'existence que conceptuelle. L'universel est toujours dans le particulier. 75. Cette dialectique entre universel et singularité est ainsi commentée par Herbert Marcuse : “ Le Concept est en tant que tel un mode de l’Etre. 71 83 Ibid. Mais quand l’étant est une singularité effectivement réelle. l’universalité du concept est un mode de maintien. c’est toujours une singularisation de l’universalité : c’est le singulier. identité à soi qui embrasse toutes les particularités contenues en lui et les résume ou médiatise.. J. trad. cit. étant en soi et pour soi. Hegel.. 242. être un étant. en tant que fondement. qui constitue sa substance . désigne son Etre véritable. il reste tranquillement lui-même dans son autre. op. Autrement dit. ou. nature universelle de l’étant. 244. exprimé plus simplement. Le singulier est alors la particularisation du Jean-Marie Brohm. cit. 1981. ce qui reste constamment le même et sert de fondement (subjectum) à chacune de ses singularités. L’idéalisme ne jure que par l'universel abstrait oubliant que les concepts généraux n'existent pas au même titre que les êtres singuliers. A. comme le note Hegel dans une formule paradoxale. p. pp. Aubier. Ainsi. F. et qui. 82 G. p. le particulier. mais il doit pouvoir être en principe réduit. (…) Le Concept. En même temps. 84 Ibid. mais ce faisant ils oublient que “ le particulier est l'universel lui-même ” 83 . et donc un étant .

argent. il saute aux yeux que chaque détermination qui s'est trouvée faite jusqu'à maintenant dans l'exposition du concept s'est dissoute immédiatement et s'est perdue dans son autre. lui. op. par opposition au travail salarié global (ou encore à la propriété foncière). 90 Jean-Marie Brohm. c'est le devenir-réalité d'une abstraction. 1980.. La Genèse du“ Capital ” chez Karl Marx. Mais 2) le capital en général. le particulier et le singulier 88 ". “ Le capital en général. un immédiat cela.. que sont l'universalité. cit. il est en même temps une forme réelle particulière. Maspero. Même si le capital n'apparaît que dans la pluralité concurrentielle des capitaux particuliers. Ce sont des déterminations communes à chaque capital en tant que tel. W. Seule la simple représentation. 1) seulement comme une abstraction . 95. F. tome II. soit leur négation (par exemple... c'est le désigner comme singulier d'une particularité. par exemple. "De soi.. Valeur. Éditions sociales. Ce procès dialectique de formation n'est que l'expression idéale du mouvement réel au cours duquel le capital devient capital. apparaît. Le capital comme rapport et différence entre valeur et argent est le capital en général. je le considère d'une façon générale. 345. 88 Ibid. font un capital. Nous assistons au procès de sa formation. certes. Manuscrits de 1857-1858 (“ Grundrisse ”). p. sont présupposés. p. 91 Karl Marx. pp. "c'est-à-dire la quintessence des déterminations qui différencient la valeur comme capital d'elle-même comme simple valeur ou argent. Il aurait pu ajouter Henri Lefebvre. etc. Mais en même temps désigner un singulier. etc. etc. écrit Marx. prix. Et les différences à l'intérieur de cette abstraction sont des particularités tout aussi abstraites. qu'une differentia specifica seulement pensée. tout comme le travail. ou si je considère le capital comme la base générale économique d'une classe par opposition à une autre classe. pp. est lui-même une existence réelle [. Marx retrouve en effet dans la totalité concrète du capitalisme concret les trois moments... soit leur affirmation positive. 244-245. Paris. 92 Ibid. la particularité et la singularité du capital. laquelle n'est que particularité d'une universalité. 86 87 G. Paris. Autrement dit. pour laquelle l'acte-d'abstraire les a isolés. “ considérer le capital en général n'est pas une pure abstraction. par opposition aux capitaux particuliers réels. circulation. tome I. p. etc. mais une abstraction qui porte en elle la differentia specifica du capital. ou qui. contradictoirement unis. par opposition à toutes les autres formes de la richesse – ou aux modes de développement de la production (sociale). Si l'universel n'est donc. 388 et 389. se sont rendus compte que cette trinité dialectique avait été intégralement reprise par Marx dans son analyse du capital 90 . 1976.. Les trois moments dialectiques du concept sont intimement liés. à côté de la forme du particulier et du singulier 92 ".]. non pas une abstraction arbitraire. Mais nous n'avons affaire ni à une forme particulière du capital ni au capital individuel en ce qu'il se distingue d'autres capitaux individuels. Chaque différenciation se confond dans la considération qui doit l'isoler et la maintenir-fermement. Hegel. op. p. pp.. cit. Ses relations ultérieures doivent être considérées comme un développement à partir de ce noyau 91 ". de chaque somme de valeurs déterminée. c'est dire qu'elle est unique. à l'exception notable de Roman Rosdolsky 89 . Si je considère le capital global d'une nation. capital fixe ou capital circulant).-M. un pur ceci. d'une part. 93 Ibid. 249. le devenir universel est un procès. Comme quand je considère l'homme.particulier. “ Ainsi le singulier est-il un Un ou un ceci qualitatifs 87 ". une genèse qui transcende les particularités. 89 Roman Rosdolsky. Dire par exemple d'une chose qu'elle est singulière. à la différence des capitaux particuliers. 32 . Brohm note que peu de marxistes. 94. Ibid. d'un point de vue physiologique par opposition à l'animal 93 ". caractérisant chaque type de capital qui constitue. 95 et 96. J. par exemple. se permet de maintenir-fermement en dehors les uns des autres l'universel. “ la déterminité déterminée 86 "..

avec leurs agences singulières. individuelle. en ce lieu et en ce moment – ici et maintenant – dans la contradiction particulière ou dans la contradiction générale. il est juste de rappeler que le conflit social n'est en dernière instance que la réfraction dialectique de la contradiction générale entre le salariat et le capital.-M. La guerre qui a commencé avec l'apparition de la propriété privée et des classes est la forme suprême de lutte pour résoudre. remarque encore J. ses rapports avec les autres phénomènes.. les contradictions entre classes.. pas plus qu'on ne résout la question du dopage et de la violence particulière à tel sport sans résoudre la question du dopage et de la violence sportive en général. contradiction entre capital commercial et salariés commerciaux.J. il est nécessaire d'articuler concrètement les moments de l'universalité. Les lois de la guerre révolutionnaire sont un problème que doit étudier et résoudre quiconque dirige une guerre révolutionnaire. on ignore les lois de la guerre. et c'est pourquoi elle est soumise non seulement aux lois de la guerre en général. Brohm montre que ces réflexions peuvent et doivent évidemment s'appliquer à l'analyse des contradictions dans les institutions. op. L'analyse dialectique concrète se doit en effet de repérer le moment de l'universalité. de la Société générale. à une étape déterminée de leur développement. Mais cette contradiction générale est toujours particularisée : contradiction entre bourgeoisie industrielle et prolétariat industriel.]. C'est pourquoi nous devons étudier non seulement les lois de la guerre en général. spécifique. Mais il est surtout décisif de ne pas noyer la contradiction singulière. 33 . les contradictions particulières sont elles-mêmes singulières : "Il ne s'agit pas par exemple de la banque en général.-M. Brohm de poursuivre : “ On ne résout pas un conflit conjugal singulier par une proposition de loi de réforme générale du divorce. de la particularité et de la singularité. Il montre que la contradiction entre la bourgeoisie et le prolétariat par exemple est certes une contradiction universelle dans tous les pays. Ainsi. on est incapable de vaincre. Et d'autre part. Brohm.]. Ainsi. Et J. "Au contraire. outre les conditions et le caractère propres à la guerre en général. Brohm. on ne sait comment la conduire. a ses conditions et son caractère particuliers. de la particularité et de la singularité dans la contradiction.. La guerre révolutionnaire. a produit une synthèse de cet aspect des choses à propos de la guerre des classes en Chine. qu'elle soit une guerre révolutionnaire de classe ou une guerre révolutionnaire nationale.. du conflit. mais également à des lois spécifiques. pp. contradictions entre capital financier et employés de banque.. Si l'on ne comprend pas les conditions de la guerre. concrète. etc. a une forme propre de résolution. cit. Mao TséToung. il s'agit de déterminer la spécificité de la contradiction. Dans une entreprise en grève. soumis à la dictature du capital. En somme la compréhension de la nature exacte de la contradiction. mais du Crédit agricole. Les chaînes de contradictions comportent un enchevêtrement de contradictions générales.-M. selon son degré de généralité ou de particularité. mais également les lois spécifiques de la guerre révolutionnaire et les lois spécifiques particulières de la guerre révolutionnaire en Chine [. de la BNP. dans la lutte des classes. Les lois de la guerre révolutionnaire en Chine sont un problème que doit étudier et résoudre quiconque dirige une guerre révolutionnaire en Chine [. "Les lois de la guerre sont un problème que doit étudier et résoudre quiconque dirige une guerre. Il serait par exemple irréaliste de vouloir mobiliser sur une grève générale à propos d'un conflit spécifique localisé à une entreprise sans avoir auparavant exacerbé le conflit sur le point précis.-M. 246-247. est au cœur de la méthode dialectique 94 ". Si l'on ne comprend 94 Jean-Marie Brohm. son caractère. chaque contradiction. et notamment de son degré d'universalité dans le temps (sa durée) et dans l'espace (son extension). explique J. entre États ou blocs politiques. particulières et singulières et il est essentiel de repérer leur importance relative dans la totalité contradictoire". singulier. entre nations. comme il est juste de rattacher le conflit en cours à tous les conflits similaires propres à cette contradiction particulière-là (par exemple propre à toute la branche de l'industrie automobile en cas de “ restructuration ” massive).

qui après 1968 répétaient mécaniquement les mots d'ordre de la révolution culturelle chinoise ou les militants de Lutte Ouvrière qui scandent invariablement les mêmes slogans). Éditions en langues étrangères. 90 et 91. on peut considérer que la totalité sociale constitue à un moment donné une articulation complexe de contradictions. par ses conditions et son caractère particuliers. chaque capital particulier est la somme des capitaux individuels et c'est cette totalité contradictoire qui constitue le capital social total.. Les opportunistes et empiristes. cit. entremêlé à l'autre et conditionné par lui [. dans la mesure où les gouvernements emploient le travail salarié productif dans les mines. inédit. op. est la totalité des capitaux industriels. op.. pp. en tant que mouvement d'un capital individuel isolé. Sur le dogmatisme. p. cit. L'analyse dialectique combine le singulier et l'universel par la médiation du particulier et cela de double manière : synchroniquement et diachroniquement. en répétant que toutes les contradictions particulières sont identiques. voir encore H. tome I. Pékin. Le mouvement du capital à un moment donné est donc "non seulement une forme de mouvement commune à tous les capitaux industriels individuels. qu'il s'agisse d'une guerre civile ou d'une guerre nationale. si l'on en ignore les lois spécifiques. Mao Tsé Toung. financiers. certes regrettables. Voir aussi ibid. on ne peut diriger une guerre révolutionnaire. on ne peut remporter la victoire dans une guerre révolutionnaire en Chine 95 ". 248-249.. donc en connexion avec les mouvements des autres parties 97 ". on ne peut y remporter la victoire. et que seule importe la contradiction générale qui est semblable à elle-même dans le temps.. mais jamais analysés comme les effets particuliers d'une pratique sportive institutionnelle. 199 et 200. On voit que la dialectique marxiste s'efforce d'articuler ces différentes contradictions et surtout de ne pas les confondre. chaque étape historique présente ses particularités. tout se transforme en son contraire : "Les dogmatiques sont incapables de repérer ce qui est nouveau. un mouvement tel que celui de chaque capital industriel individuel apparaît dans son sein seulement comme mouvement partiel. mais en même temps la forme de mouvement de la somme des capitaux individuels. pp. Le capital. déviations et excès du sport sont-ils toujours pris pour des cas isolés. Lefebvre. pp. par exemple. n'empêche nullement ce mouvement. tout se métamorphose. La somme et le reste.. et fonctionnent comme des capitalistes individuels) et que le mouvement total du capital social est égal à la somme algébrique des mouvements des capitaux individuels. et qu'il ne faut pas transposer ces lois mécaniquement d'une étape à l'autre ” (cité par Jean-Marie Brohm. 95 34 . 1974. Le fait que le capital social est la somme des capitaux individuels (y compris les capitaux par actions et le capital d'État. première partie. au contraire. on voit qu'avec le temps évoluent et la guerre et les lois de la conduite d'une guerre . 247-248). etc. les chemins de fer. Les dogmatiques s’attachent toujours à la pure généralité. Problèmes stratégiques de la guerre révolutionnaire en Chine. Cette attitude revient à nier la loi essentielle de la dialectique : rien ne reste égal à soi-même. Le Capital.. in Œuvres choisies. 202 : “ Si l'on parle du facteur temps. C'est donc la forme de mouvement du capital collectif de la classe capitaliste. Si l'on ne connaît pas toutes ces lois. mais surtout de comprendre la spécificité concrète (les maoïstes français. par exemple. 97 Karl Marx. pp.pas les conditions et le caractère particuliers de cette guerre. Éditions sociales. Avec Marx. Paris. il s'ensuit que les lois de la guerre ont leurs particularités à chaque étape.]. des lois qui lui sont propres. Livre Deuxième. donc la totalité des capitaux particuliers. De même. outre les lois de la guerre en général et les lois de la guerre révolutionnaire en général. La guerre révolutionnaire en Chine. s'en tiennent aux conditions concrètes et récusent l'idée même de contradiction générale en invoquant les faits particuliers. Ainsi les bavures. de présenter d'autres phénomènes que le même mouvement étudié comme partie du mouvement total du capital social. l'expression particulière d'un problème général : la violence de la compétition de tous contre tous 96 ". commerciaux. c'est-à-dire à l'abstraction vide. se déroule dans les conditions propres à la Chine et se distingue de la guerre en général ou de la guerre révolutionnaire en général. 1967. 96 Jean-Marie Brohm. C'est pourquoi elle a. tome I.

soit comme aspect universel d'une contradiction particulière (l'universalisation du particulier). La dialectique hégélienne. p. Vladimir Jankélévich a rappelé de ce point de vue que l'on pouvait penser la mort sous les trois modalités dialectiques : la mort universelle (la mort en troisième personne. alors là. singulière. individuelle. d'un processus général.À un moment donné. Mais dans le cas particulier de l'université française. Brohm poursuit en prenant l’exemple de la lutte contre la bureaucratie dans l'université. concrète. autrement dit comme événement banal. c'est même pire le plus souvent. l'élève récalcitrant . il s'agit donc de repérer la place de telle ou telle contradiction dans la totalité sociale et de lui assigner son degré d'universalité ou de particularité. Paris. on nage dans l'impuissance de l'universel abstrait et l'on accepte résigné le labyrinthe administratif avec ses paperasseries ubuesques.-M. abstraite. Paris. le bureaucrate. avant cette inscription théorique dans la dialectique. 1977. ordinaire. Dans un cas. Flammarion. dans L’Analyse institutionnelle 101 . Ainsi. d'un être cher) et la mort singulière (la mort en première personne. c’est-à-dire à viser le singulier en tant que combinaison dialectique originale et unique de l'universel et du particulier. est à la fois un événement extraordinaire pour ceux qui le subissent douloureusement et un cas parmi de milliers d'autres pour les services de sécurité routière qui établissent des statistiques. Il reprend les trois moments hégéliens d’universalité. ses tracasseries et ses mesquineries. On peut par exemple examiner un événement particulier soit comme répétition du même et donc comme particularité. l'élève doué. 251. J. routinier. Un accident de la route. alibi commode pour ne rien faire : ailleurs ce n'est guère différent. évidemment. L’Analyse institutionnelle. c'est toujours l'autre : l'universalité de la bureaucratie ne saurait corrompre ma pureté ou mon innocence singulières : l'unique et sa propriété 100 ".-M. p. ou tel élève singulier avec son histoire individuelle ? Quand les microcéphales socialistes clament extasiés : “ il faut mettre l'élève au centre du processus éducatif ”. la mort d'un proche. Il écrit : "Abstraitement. Et quand on envisage sa propre pratique professionnelle. les universitaires concernés renvoient toujours à d'autres cas particuliers. un type particulier d'élève : l'élève en difficulté. la mort particulière (la mort en deuxième personne. 101 René Lourau. Brohm remarque que l’on ne sait pas distinguer les trois moments du concept : “ Quel élève ? Un élément abstrait d'un ensemble statistique (le “ stock ” cher à certains socialistes ?) . par exemple. en l'étudiant soit comme aspect particulier d'une contradiction universelle (la particularisation de l'universel). prise dans son sens logique. Autrement dit. J. le paradigme de l’analyse institutionnelle n’était pas vraiment constitué théoriquement. au sujet de la notion d'élève. La Mort. même si pragmatiquement des concepts et des pratiques 98 99 Vladimir Jankélévitch. particularité et singularité. cit. par René Lourau.. dans l'autre un élément d'un ensemble ou d'un échantillon. parmi d'autres. il y a consensus universel : tout le monde est contre la bureaucratie. Jean-Marie Brohm.. exceptionnel. En effet. La méthode dialectique consiste donc à saisir l'universel dans le particulier et le particulier dans l'universel. soit comme événement singulier. Minuit. 1970. 100 Ibid. de quel élève parlent-ils donc ? ” 99 . ou mieux encore de telle ou telle université particulière. ma mort) 98 . anonyme. En tant que théorie. c'est un drame individuel unique.. 251-252.. l’analyse institutionnelle est fondée par René Lourau dans cet effort pour redéployer les moments de la logique hégélienne pour penser l’institution. dans l'opposition universelle à la bureaucratie en général. p. Ces considérations théoriques peuvent être appliquées à des situations très concrètes et actuelles. 35 . inédit. statistique). a été développée dans le mouvement de l’analyse institutionnelle. coutumier. op.

de conjonction. ni systématiquement. Patrice Ville rappelle que les propriétés des trois moments hégéliens sont les suivantes : chaque moment est négation des deux autres. Patrice Ville note encore : "L’idéologique tend à se faire reconnaître comme universel. 1970. 1970. revue de l’Ecole des Mines. Paris. L’institutionnalisation renvoie à la nécessité de reconnaissance. Revisiter l’intervention sociologique. Seuil. mais il le fait travailler. EKSA. le moment organisationnel Patrice Ville précise : "Entre les trois "triplettes". c’est-à-dire le caractère novateur de quelque chose. 104 Ricoeur (Paul). Le conflit des interprétations. selon Paul Ricoeur 104 . Paris. 105 Herreros (Gilles). Ce dernier emprunte. le moment libidinal. ils sont à la fois en relation négative et en relation positive avec chacun des deux autres 102 . Mais pas forcément. Au point que ces mots peuvent sembler redondants. Mais ils ne sont pas synonymes des trois moments hégéliens. in “ Gérer et comprendre ”. Mais l’idéologique peut très bien tenir lieu de singularité. Enfin. Gens d’école et gens du tas. il existe des combinaisons de ces dialectiques et non pas des équivalences. Paris 8. selon Gilles Herreros 105 . 1997. 45 à 57. Une socianalyse institutionnelle. il est “ le pôle “ il ” pour qu’entre “ je ” et “ tu ” se glisse un référent commun ”. d’organisation. Mais ce ne sont que des tendances. On peut avoir de l’idéologique institué universel. à des phénomènes marginaux. L’institué tend à être universel. au non maîtrisé. notamment inventés par Georges Lapassade et Félix Guattari. l’instituant. avaient déjà été posés. chaque moment est affirmation des deux autres. est en général tout à fait associé à de la particularité. 102 36 . à partir de réflexions sur les situations socianalytiques et les divers types de déviance qu’il a pu y rencontrer. 103 Lourau (René). Le libidinal tend à s’identifier à la pulsion. Cela donne : l’institué. donc dans des particularités etc. Il explore la spécificité de la lecture institutionnaliste de la dialectique chez René Lourau 103 . L’organisation tend au contrôle. Dans les situations sociales. Ce qui caractérise l’intervention est la valorisation de la triade. au désir. à des idées non standardisées. René Lourau propose une dernière "triplette dialectique" : le moment idéologique. L’analyse institutionnelle. En fait. ce qui pourtant est inexact. l’institutionnalisation qui ont les mêmes propriétés que les notions hégéliennes. et complète diverses notions à différents courants de pensée. 12 septembre 2001. Paris. p.dynamiques. La triade est définie par ce chercheur comme “ la construction permettant à la fois de penser et de vivre Patrice Ville. Minuit. thèse d’état. Certes pour l’Analyse Institutionnelle l’Institution est une forme ou une structure fondamentale. à des émergences particulières. ou être instituant et particularité par rapport à un autre universel. ils sont indissociables. ces trois termes sont en étroite relation. il existe des combinaisons : des éléments qui vont ensemble et peuvent être identifiés comme proches. Dans le même chapitre de sa thèse. mais cette forme est à la fois résultante et enjeu de la dialectique institutionnelle telle qu’elle est décrite par ces trois triades. Semblables aux trois moments hégéliens. supposant cette théorie. comme distinctes. La forme triadique n’est pas innocente et soutient une intention politique : l’éthique du lien. notions qu’il réorganise dialectiquement. L’instituant. Le tiers ne dicte pas le lien. la pratique montre qu’il est intéressant de considérer ces trois dialectiques. donc aux systèmes d’échanges. Mais paradoxalement il y a de l’institutionnalisation dans certaines formes de non-reconnaissance.

1992. 107 106 37 . que l’auteur situe dans l’histoire de la pensée. gêneur. Le conflit . p. thèse d’état. Une socianalyse institutionnelle. de Hegel. En fait. Pour G. Gens d’école et gens du tas. juste. Circé. "la triade est la figure de l’étranger" : pont.le lien social ”. Simmel (Georges). On y trouve une réflexion sur l’articulation des moments dans la dialectique. Paris 8. intrus. Paris. il est une reprise très explicite de la méthode dialectique de Hegel. impartial 107 . Le moment dialectique Le dernier chapitre de La science de la logique. 12 septembre 2001. Patrice Ville. Je renvoie ici à ce chapitre. est intitulé : l’idée absolue. Simmel 106 (1992). porte. 45 à 57.

le moment capital est celui où toutes les attitudes philosophiques ont été formulées et réalisées. tout est produit par la pratique théorique. Voir les 50 premières pages de La somme et le reste. Le moment du savoir absolu : l'histoire et le système chez Hegel La relation entre l'histoire et le système chez Hegel a été soulignée par Alexandre Kojève. la fin souhaitable de ces luttes sanglantes supprime le devenir historique. p. Dans cet ouvrage. de reprendre quelques passages de cette lecture. Ce thème de la réalisation de la philosophie est. un thème récurrent 109 . 18-19. Le moment de la praxis H. Tout naît chez Hegel de la praxis. La fin de l'histoire. 21. H. La rationalité (la philosophie) coïncide avec la réalité (l'État). Le moment s’acquiert dans une lutte réelle 108 109 H. Ainsi. le lieu de cette rencontre se découvre dans la finitude. Lefebvre reprend sa lecture de Nietzsche. L'histoire aussi est production et produite. et par conséquent dans la mort (y compris celle de l'histoire. si l'Esclave devient “ l'homme ” délivré et satisfait (befriedigt). le rationnel s'incarne dans le réel. elle achève le devenir en le comprenant. Pour Hegel. C'est le moment du savoir absolu 108 ". Lefebvre commente : "Si c'est l'esclave qui devient l'homme historique en travaillant et luttant. concernant l'histoire. les réalisant. Pour Hegel. pour H. la connaissance théorique est l'élément dominant de la pratique. dans son Introduction à la lecture de Hegel. Si la philosophie systématique résume et contient les philosophies antérieures. Lefebvre. Lefebvre. Lefebvre en doute. D'abord dissociés l'un de l'autre (aliénés). donc vraie. en le concevant. 38 . à travers l'histoire et les luttes historiques. La philosophie est réalisée et l'histoire achevée. Cette notion est-elle un concept ? H. Hegel et Marx. Si la nature se transforme (par le travail et par la lutte) en monde historique. Il nous semble utile ici. Mais c'est à Hegel qu'il faudrait attribuer ce concept s'il se vérifiait que c'en est bien un. l'auteur nous montre sa bonne connaissance du "moment historique" chez Hegel. en renversant le Maître. pp. S'il est vrai que la connaissance est dans son fond re-connaissance. La fin de l'histoire. c'est précisément ainsi qu'il définit le concept de “ pratique théorique ”. la philosophie est devenue pratique. H. s'il donne lieu à “ l'homme ” porteur du vrai accompli – le Philosophe –. Lefebvre. tous les moments de la société civile et politique. 110 H. notamment. C'est le moment de la philosophie totale. le réel s'élève au rationnel.Chapitre 4 : Lectures de l'histoire Dans La fin de l'histoire. Le système philosophique et le système politique ne font plus qu'un : nous sommes face à une totalité à double aspect. politique. Lefebvre reconnaît à Hegel un mérite : avoir dégagé la notion de praxis 110 . conservant et abolissant toutes les philosophies. le système régnant sur le désert de l'essence). cela met fin à l'histoire.

comme préhistoire. moments. p. appropriés. sans se détacher d'elle. Cette contrainte. H. que “ l'homme ” tâtonne. Pour Marx. le travailleur et le désabusé. pour autant qu'elle se déroule à l'aveuglette. lutte contre la nature en son sein. L'homme. l’enfant est un “ moment ” de l’homme 111 112 Ibid. p. aussi. il y a un nombre fini des figures. tour à tour l'esprit fut le désir et l'entendement. L'exigence de la lutte à mort ne vient pas d'une nature mais de l'esprit lui-même : de la finitude en laquelle se réalise l'esprit absolu 111 ".Chez Hegel. Et cependant. la post-histoire ? Elle peut se donner pour historicité accomplie. Morte l'histoire. des moments inhérents au devenir. crépuscule. Le fonds opaque de l'être humain. sagesse. Mais alors. Cette histoire finit-elle ? Oui. cette nécessité se rattachent-elles selon Hegel à une naturalité originelle et originaire ? Non. cela n'annonce-t-il pas la possibilité du tableau (de la synchronisation terminale) ? Oui. Lefebvre retrouve la fin de l'histoire : "Ce que nous appelons l'histoire se termine par une révolution totale (même si les phases et les “ moments ” de cette révolution se succèdent dans le temps). terminée. L'histoire apparaît alors. éléments. 113 La fin de l’histoire. se voient dominés. p. Dans la réflexion hégélienne. On peut les dénombrer. 25. De ces remarques. Les figures. sans maîtriser la matière ? L'histoire proprement dite serait alors celle de “ l'humain ”.. nuit. De quelle histoire s'agit-il ? De l'histoire de l'esprit (idéelle et/ou idéale) coïncidant par hypothèse avec l'histoire réelle. “ l'homme ”. Mais peut-être cette “ pré-histoire ” devrait-elle s'appeler “ histoire naturelle de l'humanité ”. Lefebvre déduit la fin de l'histoire. ou plutôt l'esprit. La formulation de la Logique coïncide avec la fin : vieillesse. comme mise en forme ultime. leur enchaînement permettent ce récit global que Hegel nomme “ histoire ”. cette exigence. en désignant ainsi la période pendant laquelle l'être générique. Le temps de l'appropriation remplace le temps de l'aveuglement dans lequel l'enchaînement des effets et des causes (y compris les volontés et les idées) échappait à la connaissance. Leur rapport. enchaînement) du processus (chaîne vécue sans conscience de l'enchaînement). Tel est le destin et l'ordre . Hegel ré-écrit ainsi le temps sans le moindre obstacle : "La philosophie fournit le paradigme (tableau systématique et fermé des oppositions) ainsi que le syntagme (liaison. en proie à des déterminismes qu'il ne connaît et ne domine pas. dans cette perspective. H. La succession des moments de la révolution Chez Marx. à la raison. finie. 25. Ibid. croissance et développement social) ce double aspect définissant l'historicité. Les moments et leurs connexions (opposition et enchaînement). leur re-connaissance. passe par les épreuves qui le mènent de l'originel à la connaissance. sa naturalité. unité réglée de figures dans le mouvement. une pensée combinatoire ne peut venir que tardivement. à la prévision 113 ". peut-on les combiner par la seule pensée ? Non. car on ne peut qu'imaginer (non pas concevoir et non pas faire) un temps non historique 112 ". 45 39 .. il a fallu les parcourir dans une lutte réelle. le maître et l'esclave. qu'il y ait logique et vérité de l'histoire. Il montre que la logique immanente à l'histoire n'empêche en rien qu'il faille parcourir (et re-parcourir) l'histoire sans sauter du commencement à la fin : "La connaissance philosophique elle-même ne peut abolir le temps et substituer le tableau achevé à l'inachèvement phénoménologique.

par la théorie dite “ néo-ténique ” (Bolk). l'idée de responsabilité – qui apparaît spéculativement dans le système hégélien – n'est alors qu'une apparence. nous dit H. Anthropos. avenir illimité. Impossible de demander des comptes à l'Idée. Non l'inverse. l'histoire.et comment le singe a été un moment de l'homme en formation dans la nature. l'histoire se définit par sa fin : l'état adulte de l'homme générique. 102. Il s'interroge : "Inachèvement de qui ? L'enfance. Car l'adulte sort de l'enfant et l'homme du singe : "Le problème est de savoir comment l'enfant mène à l'adulte. à l'Histoire ! – Les hommes. ne peuvent s'isoler du devenir global dont ils sont des moments : de l'histoire (naturelle. Toutefois. etc. Le devenir historique et ses moments Le devenir. 101 116 Henri Lefebvre. l'achèvement. psychique). l'histoire se définit comme maturation (de l'espèce. Nietzsche proclame qu'il en est bien ainsi : "Avec l'hypothèse : peut-être l'espèce humaine est-elle ratée. "aujourd'hui. D'ailleurs. Or. Comment pourrait-il y avoir histoire s'il y a achèvement ? Qu'est-ce que l'achèvement sinon la fin de l'être. l'État (pour Hegel) vont comme l'individu vers le moment supérieur : la maturité. L’existentialisme (1946). Le devenir Pour Hegel et pour Marx. L'histoire et l'historicité. ce serait l'inachèvement. l'espèce. de la société. La représentation de l'inachèvement se dédouble – devoir-être sans fin et sans terme. deviennent-elles modèles ? En admettant que l'achèvement de l'adulte ne soit qu'un mythe. 2° éd. la société. si l'on trouve un autre sens en évitant de ressusciter une idéologie 115 ". en contient la possibilité tout en étant enfant . Un vieux problème philosophique va-t-il ressusciter : “ Sollen oder Sein ? ” Oui. Les fondateurs de la pensée historique ne les séparaient pas. l'adolescence. Lefebvre fait rebondir la problématique. enfin saisi dans ses différences : dans sa genèse concrète 114 ". pour que cette marche puisse revenir vers l'actuel. instruments de l'Idée. si l'on en reste là. Aucun doute en ce qui concerne la maturité et sa valeur suprême. sociale. la pensée. qui est fini ?" D'où vient cette idée ? De Nietzsche qui a eu le courage de déclarer l'inachèvement de “ l'homme ”. il reste en l'adulte assez de l'enfant. l'un par l'autre. irrémédiablement. il se profile cependant un achèvement sans réplique : la mort. Ils concevaient l'un en l'autre. une sorte d'illusion de la conscience malheureuse à un certain niveau 116 ". la surpasser. 40 . p. une réponse inverse vient aux lèvres. malgré le caractère ambigu (à la fois naturaliste et historisant) de ce concept. c'est-à-dire comme une expression d'une spontanéité. 79 La fin de l’histoire. p. qui l'a terminée. de la pensée. H. et marche vers l'achèvement. dans une harmonie préétablie . de la société. de la pensée). p. de la société. Spontanément. ni le singe. Dès lors. qui a eu son histoire. sont en définitive irresponsables . 114 115 La fin de l’histoire. possèdent chez Hegel un caractère implacable : "Le devenir universel dépasse tous les moments limités. Lefebvre. les emporte dans son torrent destructeur et créateur. assez du singe en l'homme.. par la psycho-sociologie (Georges Lapassade et René Lourau)". Pour eux. Paris. Non. c'est-à-dire de l'espèce humaine. il faut la dépasser. les broie. comme le suppose la démarche génétique. La relation entre le temps individuel et le temps historique doit s'élever au concept. et l'homme de connaître le singe. l'état adulte. Ni l'enfant. tâche infinie – fin mortelle. de la culture. L'hypothèse nietzschéenne a été reprise avec audace par la littérature (Witold Gombrovitz). 2001. la précipiter dans le passé (Uberwinden et non pas Aufheben).Marx montre que l'adulte permet de comprendre l'enfant.

Lorsqu’il recense tous les travaux de Descartes en sciences entre 1618 et 1648. sa puissance. Comme tout savant. une hypothèse. débouche sur la découverte d’une forme et d’un instrument de connaissance : la méthode. Hegel part donc de ce moment déterminé du présent. il va plus loin . il trouve des problèmes posés. et cela dans les domaines les plus différents. allant des mathématiques à la physiologie et à la médecine . surtout. une généralisation". son originalité. à partir des travaux de ses prédécesseurs. nous avons vu qu’est posé un rapport particulier à l’hic et nunc qu’il faut saisir. Dès ses premiers écrits. c’est d’abord qu’il s’empare de l’acquis. Henri Lefebvre montre bien l’étendue des domaines étudiés et son apport à chaque question : "La simple lecture de cette série montre le caractère encyclopédique du génie cartésien. à un niveau dans le développement de la connaissance. Lefebvre.Le moment déterminé Chez Hegel. il en tire ce que ces prédécesseurs n’avaient pas aperçu : une loi. 41 . Il prend place à un moment déterminé. il prend la science acquise. logiquement. et il cherche à les résoudre. cette exploration tous azimuts. avec sa négation : l’ailleurs et dans un autre temps. dans chaque domaine. Le propre du génie cartésien. Mais. et la continue . explique H.

Anthropos. 2° éd. dans Centre et périphérie 117 . Paderborn. à une demande. le bon moment de refaire son toit peut être la survenance d’une tempête qui a soulevé le toit… En politique. Paris. et de ses outils de travail. moments d’une biographie. Allgemeine Pädagogik (1806) . La socianalyse. que l’on retrouvera d’une certaine manière. c’est justement l’analyse des chemins conduisant d’une demande à une commande. notamment lorsqu’il s’agit d’une intervention chirurgicale qui permet d’éviter des complications de santé. l’appel à des personnes extérieures permet de construire une distance. 120 Michel Foucault. Hess. 311 p. pour raconter son histoire de vie. du travail. 1984. 414 pages. une organisation ou une institution. F. 4° éd. mais aussi somatique). du plaisir. dans l’espace et dans le temps. Ferdinad Schöningh. Dans la dynamique d’une institution. pour se soigner. Michel Foucault l’a souligné dans L’usage des plaisirs 120 . Le kairos est à la fois une recherche du juste milieu. notamment chez Aristote chez qui la notion s’inscrit dans sa recherche de l’équilibre. 1994. lorsqu’il formule pour lui-même l’idée que le dispositif de la cure lui serait utile pour sortir des difficultés qu’il traverse. il y a un bon moment de la rencontre. correspond à un moment de prise de conscience. Anthropos. ” Ce qui est valable pour un groupe ou une institution vaut également pour la personne. Paris. le bon moment d’une réforme suppose une prise de conscience d’un collectif assez large sur la nécessité d’un changement. Ce collectif va appuyer la réforme auprès de ceux qui ne veulent pas changer. 119 Herbart.Chapitre 5 : Le bon moment Dès 1978. une introduction à l’analyse institutionnelle (1978. Ausgewählte pädagogische Schriften. L’analyse. Remi Hess. Cette intervention n’est concevable que lorsqu’une analyse interne a déjà été faite qui a conduit le collectif client à formuler ce constat : “ nous avons besoin de quelqu’un d’extérieur pour nous aider à comprendre nos difficultés. Gallimard. Schleiermacher. F.E. c’est l’intervention de sociologues institutionnalistes dans un groupe. L’usage des plaisirs. pour aider les acteurs à analyser la crise qui les traverse. 2001). dans la notion de tact que développera. La commande est le passage à l’acte qui conduit le demandeur à choisir un dispositif de traitement de sa demande. Dans la gestion d’une maison. et plus particulièrement de sa recherche du juste milieu. C’est le bon moment pour s’analyser. 2001. pour changer son mode d’organisation domestique ou politique 118 . Toute entrée en thérapie (psychologique. R.D. et la commande. lorsqu’il développera les qualités requises par le pédagogue 119 . La notion d’urgence n’est pas absente. etc. Mais l’adéquation temporelle entre la dynamique interne du sujet (individuel ou collectif). etc. à la suite de Herbart. du débat. c’est la notion de kairos. L’entrée dans le dispositif est le moment du passage de la demande qui s’est formulée à l’intérieur. Les socianalystes ont montré le cheminement qui s’opère entre le moment de la demande conscientisée. 118 Christine Delory-Momberger. j'introduis la notion de moment socianalytique. Paris. pour se former. Schleiermacher. L’entrée en psychanalyse survient à un moment particulier de la vie du sujet. Le sens de l’histoire. 117 42 . en commande vis-à-vis d’un tiers. Chez les Grecs. La notion de bon moment existe déjà dans la philosophie grecque. une introduction à l’analyse institutionnelle. Centre et périphérie.. et le recours à une forme de dispositif d’analyse ou d’intervention fait émerger la notion de "bon moment".

qu’on détient le savoir sur lui. la qualité du clinicien. la pédagogie est un combat entre les deux moments. c’est le moment où l’autre a quelque chose à attendre de vous. éduquer (Regieren. Michel Plon. Henri Rey-Flaud. Paris. Dans ces métiers. on peut dire que toute sa théorie de l’interprétation est redevable à la posture herméneutique de F. Paris. Schleiermacher. c’est-à-dire ce temps propice. Le bon moment de parler. Dans sa réflexion à partir du Malaise dans la culture. que dans l’épaisseur du moment. Autour de Malaise dans la culture de Freud. même quand on a raison. Ce qui différencie le bon professionnel du mauvais. dans lesquels sont installés le jeune et l’adulte. Tous les deux ont identifié la notion de moment. 1998. de formation. Le patient lui répondra : "Tu dois savoir que je n’ai rien à apprendre de toi !". il faut à nouveau attendre le "bon moment" pour 121 Aristote. le juste milieu. comme importante dans le travail pédagogique ou analytique. le praticien dans sa manière de porter un diagnostic. Sans cette attente. pour qu’il y ait confrontation à un dispositif de soin. est incongrue. Jackie Pigeaud. 1988. sans durée. Schleiermacher. c’est justement cette maîtrise du "bon moment". et le moment de l’avenir de l’élève auquel pense le pédagogue lorsqu’il lui propose des apprentissages. S’il le cite explicitement dans Die Traumdeutung. le tact concerne non seulement le moment de l’intervention. Ils ont du mal à se rencontrer. de réforme. Si l’on traduit kairos par bon moment. Sigmund Freud connaît bien la démarche herméneutique de F. traduit et présenté par Jackie Pigeaud. soigner. Michel Plon montre que cette question du bon moment est un problème central pour les trois métiers impossibles selon Freud : gouverner. le kairos est lié au temps. de dire. Mais à l’intérieur du dispositif lui-même. on pourrait le traduire par instant adéquat ou temps propice. et immédiate dès qu’elle survient dans la tête de l’analyste. rien ne sert de forcer l’autre.Dans sa présentation à sa traduction de L’homme de génie et la mélancolie. bref vous écoute dans ce que vous pensez pouvoir lui dire de lui. Dans le "bon moment". Il faut attendre le "bon moment". Du point de vue du temps. et de décider du moment opportun pour optimiser son intervention. doit intervenir. selon F. in Jacques Le Rider. 43 . au sens où nous employons ici ce mot. Selon lui. Scheiermacher. l’interprétation brutale. où l’autre est capable d’entendre ce qu’on veut lui dire. qu’il soit médecin. d’Aristote 121 . L’homme de génie et la mélancolie. ou encore temps opportun. L’enfant veut éviter de penser à son futur. et la qualité que le professionnel. Il est important qu’il y ait demande (de distanciation). le kairos est donc un instant quasiment intemporel. mais aussi la gestion du rapport au temps dans le travail lui-même." Comme l’indique J. dans la vie du sujet ou du collectif. PUF. F. Le kairos est donc davantage dans l’insight de l’instant. et d’être capable d’attendre en espérant parvenir à rencontrer un jour le moment adéquat d’une parole : le bon moment de l’interprétation. dans lequel vit l’enfant. On touche à la question de l’analyse herméneutique du contexte. et dans Der Witz und seine Beziehung zum Unbewussten. entre le moment présent. 154 pages. de Freud. cet instant adéquat. et donc. c’est d’accepter de ne pas brusquer les choses. le moment est pris ici dans le sens du der Moment allemand (par opposition à das Moment). 122 Michel Plon “ De la politique dans le Malaise au malaise de la politique ”. Pigeaud. propose une définition du kairos comme "moment où le technicien (à l’évidence c’est de l’homme de l’art – tékhnè – qu’il est là question et qui s’oppose au praticien de la science – epistémè). se trouve être en demande. général. Chez Freud. über den Traum. Et à la limite. la question est toujours de choisir le "bon moment pour intervenir". par l’urgence que nécessite l’état des choses. Gérard Raulet. Petite Bibliothèque Rivages. orateur. Erziehen) 122 . Schleiermacher constate qu’il y a un conflit. et qui correspond à un bon redéploiement de son expérience clinique. Analysieren.

depuis l’époque de Clausewitz. "Il est très important qu’un enfant commence dès son jeune âge à entendre dire du bien ou du mal d’une chose. de l’intuition. Dans cette clinique du politique. ou pour parler comme Machiavel de la virtu. lors de la bataille de Varsovie en 1917. Michel Plon explore le travail de clinicien du politique qu’opère Machiavel qui. "Faire la bonne interprétation au moment où il faut. inadéquate par rapport à l’évolution des batailles. c’est être bon psychanalyste". mais l’échec est à l’horizon. est un enjeu stratégique considérable. depuis l’époque napoléonienne. comme dans l’éducation ou la politique. le sort de l’Europe aurait été changé : le communisme aurait gagné toute l’Europe. Ces lettres et rapports de mission confidentiels lui serviront d’ébauche pour l’œuvre à venir. entre la situation et la posture. Machiavel fonde une clinique de l’expérience. c’est qu’ils étaient bon psychanalystes". L’art consiste à "répondre ce qu’il faut à un événement en tant qu’il est significatif. mais de l’éducation. serait dans leur capacité à attendre le "bon moment" avant d’intervenir. Selon Freud. En politique. et présentation par Christian Bec. n’est pas infaillible. Discours sur la première décade de Tite-Live. dans une sorte d’idéal de perfection. 1978. Le Moi dans la théorie de Freud et dans la technique de la psychanalyse (1954-1955). d’envoyer ses fantassins. entre 1498 et 1512. Il écrit des textes en relation directe avec sa pratique. Rappelons que pour lui. Paris. mauvais. qui relève d’un domaine difficile à contrôler qui est la subjectivité. Trotski croit maîtriser le savoir stratégique. Le maître. Son journal prend la forme de lettres qu’il envoie ici ou là. livre II. Lefebvre. au moment opportun. Dans ces courriers. le soin et l’éducation. dans l’analyse. On se trouve dans un univers qui échappe au contrôle : on se trouve dans l’inachèvement. le "métier" du pédagogue. mais il ne prend pas en compte." Et concernant sa conception des rapports entre les hommes. trad. l’ordre donné à la flotte de sortir du Pirée". 44 . Il réfléchit sur les différences entre les personnes. Ainsi. Machiavel reproche aux dirigeants d’hésiter constamment. L. Le séminaire. qui fait le choix. Paris. l’art est de choisir le bon moment de conclure. évoquant Socrate. qu’il est fonction d’un échange symbolique entre les êtres humains – ce peut être. il médite tout particulièrement sur le rapport au temps. dit que "si Thémistocle et Périclès ont été de grands hommes. Lacan 123 .s’autoriser à l’interprétation. Si son choix avait été inverse. Cette décision. Cet art de l’adéquation. Celui qui sera perçu comme "mauvais professionnel". Lefebvre évoque Léon Trotski. se trompe dans son choix. au moment décisif. p. de ne jamais poser d’acte. Seuil. in Œuvres. H. et d’une certaine manière la guerre. de thérapeute ou du politique. c’est celui qui. c’est le "moment décisif" selon H. Cette conception 123 Jacques Lacan. il veut souligner que chez le psychanalyste. Celui qui réussit fascine. 1996. Plus qu’une théorie du politique. comme chez l’homme politique. la nouvelle portée des canons. lui fait perdre la bataille. de manquer les occasions d’agir. 124 Machiavel. comme métier "impossibles". Machiavel n’est pas un philosophe. car cela l’impressionne nécessairement et il détermine ainsi son comportement sa vie durant 124 . vient du fait que ces arts reposent en définitive sur la maîtrise du tact. précise Lacan. découvre que la réussite de la praxis politique est liée à la capacité de saisir l’occasion lorsque celle-ci se présente. avant d’utiliser les canons. Laffont. lui aussi. mais un praticien. impossible à atteindre. Et il observe. Il est au service du pouvoir florentin. comme le médecin ou le politique peuvent toujours se tromper. Le rapprochement qu’a fait Freud entre le gouvernement. Dans cette exploration du "bon moment" en politique. du talent. ajoute J. la vraie différence ne vient pas de la naissance. on sait qu’elle anticipe la conception selon laquelle "l’homme est un loup pour l’homme" (Hobbes). lecteur de Clausewitz. Faire la bonne analyse de la situation. 458. Quand Lacan.

" Quelques jours plus tard. et l’argent du pape. 221. de l’autre. en comptant sur les hommes du Roi. à propos d’un prince et discourant de celles qui sont vraies." 125 126 Machiavel. Gallimard.. Il fait beaucoup de bruits autour de la préparation d’une campagne : l’art du politique est cette maîtrise du concret. C’est la matière première de l’action politique. C’est la substance d’où l’on va tirer les occasions de l’action. 142. car il s’est totalement inscrit dans la réalité. 148. 128 Toutes les lettres de Machiavel. Il s’était préparé. Machiavel est stupéfait de la manière. 285. On verra que cette dialectique a été pensée dès le moment grec de la philosophie. op. différent. plus d’une fois. 2 vol. Il nous faudra tenter de la dégager. attesté qu’il ne publie chose aucune qu’au moment même de l’exécuter. Il décrit la dimension psychique dans la matérialité du rapport au temps. En dehors de lui. lorsqu’elle se présente. fonctionne comme une Erlebnis (expérience vécue). 127 Michel Plon. Le politique est celui qui sait saisir l’occasion. sont jugés en fonction des qualités qui leur apportent blâme ou louange 125 . qu’il accompagne lors d’une opération que celui-ci mène. Toutes les lettres de Machiavel.implique un certain rapport au politique : l’action politique efficace doit prendre les hommes tels qu’ils sont. tant dans la temporalité que dans son étendue. Son projet n’est pas de décrire l’idée que l’on se fait des choses. Machiavel observe comment le Prince entre dans ce temps. la dimension du temps apparaît essentielle. cit. comme significative : "Je temporise. on peut proposer une théorie des moments qui soit dialectique. et qu’il ne l’exécute que quand la nécessité le talonne. dont procède le prince. De cet enchevêtrement des temps d’avant le "bon moment". Machiavel s’étonne que. Dans la stratégie. derrière ce vacarme. Ce vécu à proximité d’un prince. Comme le remarque Michel Plon 127 . et j’attends mon heure 126 . 45 . p. et il déterminera le choix tactique d’intervenir ou pas.. Alors que le prince dit calmement qu’il jugera les Seigneurs de Florence sur leurs actes. in Œuvres. 1996. pour agrandir ses territoires." Dans la vérité des choses. Machiavel constate que la bonne maîtrise de la temporalité est liée au fait que le prince ne rêve pas. 1. p. personne ne connaît le lieu de l’attentat qu’il organise : "Ce Seigneur est le plus secret des hommes… Ses secrétaires m’ont. Celle-ci est fragile. Machiavel observe César Borgia. entre octobre 1502 et janvier 1503. lorsqu’on en parle. Lors d’un complot qui se fomente contre lui. où ses paroles et ses gestes se fondent totalement dans la temporalité de la menace. mais fait du terrain. La fascination de Machiavel vient du rapport au temps que le prince a construit : il est à la fois dans et hors du moment de l’adversaire . il a su jouer sur les lenteurs des adversaires à l’affronter. durant lequel on a pris soin de construire un dispositif. le complot échoue d’un rien : le duc s’en sort. et surtout les princes. je tends l’oreille à tous les bruits. qui lui permet de découvrir l’exercice du pouvoir. mais la vérité effective des choses. Paris. fugace. Le rapport de l’autre au temps est un élément essentiel de l’analyse stratégique. p. vol. p. il glisse une petite phrase que Machiavel note aussitôt. du prince. se définissent du fait que le temps pour l’un inclut le temps. 1955. en donnant une dimension ostentatoire à ses préparatifs de guerre. parce qu’ils sont plus haut placés. les autres n’aient rien soupçonné de ce qui se préparait ! La ponctuation de cette histoire sera l’élimination des traîtres qui aura lieue le jour de la Saint Sylvestre 1502. Il écrit : "Laissant de côté les choses que l’on a imaginées. Le prince. le côté décisionnel du kairos suppose un temps préalable. quasi impossible. d’où il s’ensuit que l’on doit l’excuser et non pas le taxer de négligence 128 . quand les faits sont là et pas autrement. je dis que tous les hommes. l’évolution du rapport de force et son devenir. Il construit des leurres.

Dans toute situation d’analyse. Lourau. Dans la socianalyse. etc). développe une temporalité qui dialectise. comme dans la psychanalyse 130 . La socianalyse. Le médecin grec inscrit sa théorie du bon moment dans une trilogie du même type : -Hippocrate dégage d’abord le moment de l’enquête. dans une première période de sa vie. le praticien doit aller jusqu’au boût. le particulier et le singulier. Il faut reconnaître cette position puisqu’on veut la modifier ou la vaincre. Clefs pour la sociologie. Paris. le conçu. On sait que.Tous les auteurs qui se sont intéressés à la théorie du "bon moment". 46 . On évalue nos propres moyens et nos chances de victoire possible. de politique ou d’éducation. juger. Si je manque mon coup. sous une forme ou sous une autre. Cet acte est définitif par rapport à la situation singulière. Aussi. le dispositif que propose l’intervenant est une assemblée générale. qui s’étend jusqu’à l’universel. Soulignons la dialectique. Elle a des particularités. puis s’est allongée. Université de Paris 8. Imaginer –coopter. à l’époque d’Hippocrate ? Toujours est-il que l’enquête demande un temps de travail. 224 pages. l’autre ne me manquera pas. La situation est particulière. on va demander des analyses (de sang. dans telle ou telle situation. telle que nous l’avons pratiquée avec Georges Lapassade et René Lourau. On élabore un pronostic. ses moyens. Paris. in Les irrAIductibles n°6. trois moments : le perçu. les règles sont sensiblement différentes. Anthropos. le temps pour comprendre. on l’étudie en tant que telle. -Le troisième moment est celui de l’intervention. octobre 2004. Les séances sont plus courtes. qui suppose une organisation. Mais Freud avait conscience de s’être trompé dans le cas de "l’homme au loup". lors des trois moments. de ces trois temporalités. Lefebvre). 130 Jacques et Maria Van Bockstaele. Lacan s’est beaucoup intéressé à Hegel ! Ces trois moments sont bien antérieurs à Hegel : ils sont déjà présents chez Hippocrate. dans un mouvement propre et autonome. Peut-être ce moment existait-il déjà. le temps de l’intervention est limité (trois à cinq jours). Aujourd’hui. Le temps d’un éclair. Lapassade. refusa-t-il de fixer à l’avance le terme d’une 129 Une première description des règles de la socianalyse est donnée dans G. le moment de conclure. p. tant sur la durée des séances. Seghers. Les discussions concernant la construction du dispositif ont été très vives. Il faut tenir compte de l’adversaire. intervenir pour conclure sont donc les trois moments de ce processus qui ouvre sur le "bon moment". agir (formulation des militants de l’action catholique dans les années 1930). ses forces. d’urine. voir. R. Celle-ci a pu être courte au début. mais pensées dans la succession. ce que J. Percevoir. Lacan reformule dans son célèbre sophisme du temps logique et de la certitude anticipée : l’instant de voir. au sein du mouvement psychanalytique. la situation se dénoue. Dispositifs I. permettant l’accès aux éléments transversaux les plus divers (transversalité) de l’établissement en analyse 129 . entre l’universel. Comme le dit le proverbe : "Le lion ne bondit qu’une fois !". 2004. à la manière hégélienne. la plus large possible. Ce moment prend en compte à la fois le temps et l’espace : on mesure la surface de l’autre. qui tient une position antagoniste à l’intervenant. comprendre et juger. Mais sur le plan de la durée. 1971. Et cette dynamique se développe dans un contexte. La pratique impose donc une prise en compte permanente de l’étendue et de la durée. 15 à 26. -Le second moment est celui du diagnostic. Voir également des mêmes auteurs “ Le dispositif de la socianalyse ”. que sur la longueur de la cure. C’est le recueil des données : le praticien examine le cas. l’action (H. tel qu’il se présente sous ses yeux. C’est le stade de la stratégie. de ces trois étapes. de ces trois moments. Chez les Van Bockstaele. On fait des prévisions. les spécificités de cette situation singulière qui n’a pas d’équivalent. Ce travail d’enquête demande du temps. Il décrit la situation en dégageant les caractéristiques.

PUF. dans votre souci d’abréger l’analyse. Dans la socianalyse. dans le cheminement du sujet. J’expérimente une sorte de veille. ” On retrouve ce point de vue dans l’Abrégé de psychanalyse : "Evitons de lui faire immédiatement part de ce que nous avons deviné". par mon épouse). mais. Gauthier-Villars. de ce qu’il est. Chez Freud. je n’ai plus le même rapport au monde. Les moments privilégiés en formation existentielle. vous jetez vos interprétations à la tête du patient dès que vous les avez trouvées 132 . selon que je suis dedans ou dehors. mais cette veille peut déclencher une mobilisation psychique totale. par exemple). S. par rapport au sport. Certains moments comptent davantage que d’autres.cure ! Cependant. L’attente des bons moments : le plaisir du spectacle sportif Il en est de même pour moi. dans un parcours de vie. je fais plusieurs choses à la fois (d’où le fait que je vive mal de devoir écouter les commentaires techniques des coups de pied arrêtés de David Beeckam. et de ce qu’il souhaite devenir. Vous commettez une faute grave si. Freud. avec son concept de "bon moment". Paris. 89. qui peut être considérablement affiné par l’expérience. idées. Ce travail veut apporter une intelligibilité nouvelle à la problématique des transformations du sujet adulte. Ces moments peuvent être heureux. II. en montrant que toutes les séances ne sont pas vécues avec la même intensité. problèmes. mais avec une demande de ne pas être dérangé au cas où. Paris. Il vous faut attendre le moment opportun pour communiquer votre interprétation au patient avec quelque chance de succès. il voit la possibilité d’accélérer les choses. LAMCEEP. fr. La représentation. soutenue à Paris 8. À quoi reconnaît-on chaque fois le moment opportun ? C’est l’affaire d’un tact. n’étant que le montage télévisuel de moments décisifs (les buts marqués. mais ne le sont pas nécessairement. apparaissent moins comme des aménagements que comme des altérations radicales des représentations que se donne le sujet de ce qu’il a été. En l’occurrence. en football. La psychanalyste fragmente aussi le temps. ce travail de 131 132 G. Pour moi. 29 octobre 2004. 3° éd. 1905. “ La question de l’analyse profane. il y a un lien. p. ” in Résultats. qui s’établit entre l’interprétation et le bon moment : “Quand vous avez trouvé les interprétations justes. Bon moment et formation Dans sa thèse sur Les moments privilégiés en formation existentielle 134 . surviendrait un moment décisif du jeu qui ferait basculer la présentation 133 . Je ne peux pas dire que lorsque je regarde une émission sur le Tour du Dauphiné ou sur le Grand prix de formule 1 du Canada. Je regarde ce type de spectacle en étant ailleurs. Contribution multiréférentielle à la recherche sur les temporalités éducatives chez les adultes en transformation dans les situations liminaires. les moments privilégiés. En tant qu'interrogation de discontinuités créatrices. 1991. 1985. Je puis être ailleurs ou être dedans. Francis. lorsque l’évaluation du jeu l’implique. par exemple. sous la direction de Jean-Louis Le Grand. en pensant à autre chose . 47 . les moments privilégiés désignent les discontinuités qui. je sois "mobilisé" à 100%. 133 Husserl. Ceux-ci doivent susciter l’appropriation par le collectif client d’un problème resté implicite. leur caractère privilégié réside dans le potentiel de naissance à soi-même dont ils sont porteurs. Je regarde cela de loin. une nouvelle tâche se présente à vous. PUF. un moyen d’accélérer certains processus est la mise en place d’analyseurs construits 131 . 134 Lesourd. Francis Lesourd se donne pour objet. 1971. l’analyse des gestes techniques se fait quasiment instantanément sans grande mobilisation. 204 p. Le foot m’absorbe : il me capte. vol. par hasard. au moment des informations générales. Ecrit sur la conscience phénoménologique de la conscience intime du temps. L’analyseur et l’analyste. Lapassade. thèse de sciences de l’éducation. trad.

en formation des adultes. partant. sociologiques. implique le renoncement à un point de vue totalisant et achevé. De ce point de vue. ce travail se réclame d’un pluralisme temporel (Bachelard) selon quoi. la prise en compte d’une multiplicité des temps. éducatives) favorise l’émergence d’une intelligibilité de l’objet autre que celle à quoi un regard monodisciplinaire aurait pu conduire. La troisième prise de position. Lesourd rejoint les recherches qui. les œuvres et les vies. institutionnelles. spécifique. à la production et au guidage du processus par quoi il se transforme. l’infrastructure temporelle personnelle constitue la matière première sur quoi et avec quoi le sujet travaille lorsque. Parmi les chantiers de recherche qu’a ouvert. l’altère profondément et. C’est cette infrastructure temporelle qui se transforme au cours des moments privilégiés. oblitérés ou reconstruits après-coup en fonction des réorientations des projets du sujet. sur quoi s’étaye sa cohésion identitaire. En tant qu’ils favorisent le guidage des transformations personnelles. La seconde prise de position. F. Le choix de cette approche ne se justifie certes pas de la complexité intrinsèque de l’objet . intrapsychiques se présentent comme un “ système ” complexe en interaction permanente . fait émerger ce qui lui apparaît après-coup comme une transformation existentielle. en particulier ses actes mentaux. l’accompagnement des sujets en situations liminaires et. il participe. de façon semi-délibérée. Par voie de conséquence. interrogent les moments-clés d’engagement dans un processus de formation institué. les temps successifs d’une vie apparaissent éclairés. En d’autres termes. de façon plus générale. les actes. Le questionnement des moments privilégiés se fonde sur trois prises de position. ces actes mentaux renvoient à une forme particulière de savoir d’action. en tant que co-auteur. En outre. axiologique. Au cours des moments privilégiés. d’emblée. En l’occurrence. interpersonnelles. il est produit par les phénomènes. sont tout particulièrement questionnés. en Sciences de l’éducation. anthropologiques. s’appuie sur un questionnement des moments privilégiés du point de vue des temps qu’ils mobilisent. La première. loin d’être donné au monde. pour se former dans des temps est conduit à former ses temps. ce choix axiologique conduit à questionner tout particulièrement l’action – matérielle ou mentale – effectuée par le sujet à l’occasion de ses moments privilégiés.F. Cette notion de co-auteur suggère que. les actes effectués à ce moment par le sujet. cette thèse se situe plus particulièrement dans la filiation des recherches de Gaston Pineau relatives à une chronoformation. théorique. nommée savoir-passer en référence au caractère liminaire du processus. on peut ainsi considérer une multiplicité de temporalités à la fois synchroniques et diachroniques : les temporalités co-présentes sociétales. les turning points mis au travail dans les pratiques d’histoires de vie. pour chaque sujet. il relève d’un pari selon quoi l’inter-questionnement d’une pluralité de références (psychanalytiques. au cours de ces transformations. La chrono-formation est définie comme formation de temps formateurs . le temps en provient . tient au choix d’une approche multiréférentielle qui. psychologiques. les transformations de perspective (Mezirow) et l’émergence des quêtes de sens de l’adulte. une infrastructure temporelle personnelle. L’hypothèse de l'auteur est qu'actes mentaux et savoir-passer sont appris par l’expérience mais peuvent être ultérieurement conscientisés. le sujet n’est ni tout-puissant ni tout-impuissant. l’action du sujet adulte se porte sur sa propre infrastructure temporelle. il est possible d’envisager le guidage pour le sujet lui-même de ses transformations existentielles comme objet de recherche en formation. elle souligne l’importance de l’action du sujet qui. Dans cette perspective. épistémologique. consiste à aborder le sujet adulte comme co-auteur de ses propres transformations existentielles. Lesourd propose de considérer que cette multiplicité de temps constitue. Cette hypothèse est mise à l’épreuve de vécus rapportés par une 48 .

Ce mode d’observation des savoir-passer constitue également. L’explicitation biographique constitue un mode d’observation rétrospective de la mise en œuvre concrète des savoir-passer. Le repérage de certaines conditions de conscientisation et d’apprentissage des savoirpasser contribue à enrichir le fonds commun des ressources transitionnelles en éducation et en formation des adultes. un mode d’accompagnement de leur conscientisation.enquête. 49 . pour le sujet. Le mode d’observation s’appuie sur des histoires de vie en formation et des entretiens. Il favorise la mobilisation de ses ressources par le sujet en situations et leur compréhension par ceux qui les accompagnent.

en plus. Hier après midi. on parvient à se concentrer sur quelque chose. le Centre national des lettres a décidé d’avoir une politique incitative sur le terrain de l’architecture. Comme le livre ne fait que 170 pages. Cela va permettre de sortir ce livre à un prix excessivement raisonnable (le même qu’en 1986 : 140 fr pour 500 pages). Le livre pouvait donc être envoyé au CNL. depuis quelque temps.INTERLUDE 1 L’Année Lefebvre 14 septembre 1999 (Extrait d’une lettre de R. et il est difficile de suivre mes propres projets quand je suis avec lui. mais globalement l'idée centrale est juste : la réédition du Dictionnaire des philosophes correspondait à une entreprise de liquidation de la pensée des auteurs influencés par le mouvement de mai 1968. Lobrot. De la pourriture. car elle est inscrite à ce colloque (Patrice aussi d'ailleurs) qui aura lieu en novembre prochain. Lefebvre : grande responsabilité. Il faut aller plus loin. je peux facilement faire 20 pages . Je n'ai pas eu le temps de me plonger dedans (seulement dans la lettre d'accompagnement) : je suis avec Romain. en fouillant dans les archives. de recevoir une avance. Huit pages.” Jeudi 18 mai 2000. On en a parlé avec Dan Ferrand-Bechman. d’Henri Lefebvre : ce livre avait eu 3 éditions chez Anthropos. Lefebvre. Square Clignancourt Hier. il m'égratigne injustement comme beaucoup d'autres. Brohm… il voit sa rubrique terriblement réduite. Lundi dernier. 9 heures. j'ai eu. est un livre fort : j'ai téléphoné à l'auteur pour le féliciter. Lundi après midi. un très beau livre d'un ancien thésard de René Lourau. si. à la maison. à Hubert de Luze) “ Et le travail éditorial a donc repris. J’avais emmené le dossier à Jean . Il faut le faire vite et bien. la réunion du groupe de travail sur le colloque H. Avec Lapassade. Armand Azjenberg (qui a beaucoup travaillé avec René Lourau en 1985 et 1993) a mis sur le net des textes de René. terminé le lendemain matin très tôt. Lefebvre. Il y a un an. Lefort. j’avais proposé de rééditer La production de l’espace. Je m’étais occupé de demander les droits à la veuve d’Henri. J'ai affiché des informations sur ce colloque dans la salle de l'AI. Mercredi 20 septembre 2000. Qu'est-ce que l'espace aujourd'hui ? Aujourd'hui. découvrit que le contrat avait été signé et l’avance versée. et ils ont fait la liste des ouvrages urgents à rééditer : le livre de Lefebvre était sur la liste. de Jean-François Raguet. mais il fallait une préface. Or. Certes. d'H. penser moi-même l'espace. différente de la préface de la Production de l'espace.H. l’ensemble du dossier était au CNL. celui-ci. je me suis mis à écrire ce texte. J’avais transmis le dossier à Anthropos. mardi midi à table. Celle-ci avait accepté à condition. René Lourau aurait beaucoup aimé ce livre. au courrier. Valence est déjà passé : la vitesse est formidable. il me faut faire une préface vraiment originale. j'ai trouvé une lettre de Jean Pavlevski me demandant de préfacer la réédition d'Espace et politique. Le fait d'avoir ce carnet dans ma poche est une chance 50 . Et ce que l'on enlève est justement ce qui fait politiquement sens. intensément. mais n’avais pas eu d’écho à cette demande.

Dans le découpage de l'espace virtuel. Colloque Henri Lefebvre Georges Labica ouvre les rencontres.-J. etc avec Gaby Weigand à Würzburg. Lefebvre. ou Christine Delory-Momberger. etc. Henri Lefebvre. Je ne sais pas tout de ses activités. Il joue avec des amis . Siméoni à Mayotte. il a l'air heureux : une occasion de prendre le soleil. notamment sur "espace et politique". Une partie des Verts qui ont un mail dans le 18e ne m'ont pas donné leur adresse. et dans le contexte des municipales. cette proximité. mais la mort de Raymond Fonvieille m'a un peu déstabilisé. H. entre ceux dont on a les adresses et ceux dont on ignore que l'on peut les toucher… La théorie "centre et périphérie" fonctionne donc très fort. avec M. Je vis des relations suivies avec Ahmed Lamihi. Dans le public d'une quarantaine de personnes. mais concernant la préparation des Dossiers pédagogiques. Il me demande conseil et je lui réponds. Je pense à Alain Lipietz. je ne peux pas les joindre. Je suis rentré dedans totalement. et beaucoup de gens qui connaissent H. avec un prof argentin sur le tango. Samedi 25 novembre 2000. J'ai relu Espace et politique hier soir : une lecture rapide. Comment concevoir l'espace maintenant ? Cette inscription sur le mail rend aussi plus proches. Lefebvre de novembre. avant d'avoir eu le temps de découvrir ce monde du virtuel. efficace et permet de vivre l'espace autrement : j'ai des contacts aussi avec Sonia Altoé au Brésil. livre que je ne connaissais pas encore : il accepte de me le prêter. il y a donc un clivage entre ceux qui disposent d'un mail et les autres… Mais il y a des clivages aussi. mais nécessaire pour que le travail commence à s'élaborer en moi… Pourquoi est-ce que je donne priorité psychique à ce projet. je suis la progression du cahier sur Raymond. Peut-être Antoine Lagneau dispose-t-il des adresses électroniques des gens des deux clans ? Il faudrait que je le questionne à ce propos. "Espace Marx" (64 rue Blanqui. y compris avec ses voisins. Par exemple. Ma préface doit être le texte de mon intervention au colloque H. 10 h. Il faut donner les adresses électroniques de chaque adhérent mailé. avec Driss à la Réunion. maintenant. qui contraste avec l'accueil qu'il a encore dans un certain nombre de pays. Il faut que je reprenne à bras le corps ce chantier. Pierre Lantz. alors qu'il me faudrait terminer le numéro de Pratiques de formation sur René Lourau qui dort dans un coin ? Jacques Ardoino me presse de coups de fil.… Je sais que j'aurai au moins une lectrice : Corinne Jaquand. Il est à Tétouan. Jacky Anding n'a pas de mail : il vit par procuration. Vert-horizon est un enjeu. Cet espace virtuel se superpose à l'espace institutionnel et à l'espace tout court. René Lourau et Raymond Fonvieille sont morts. Georges Labica parle de l'éclipse d'Henri Lefebvre en France. Ce mode de travail est vraiment rapide. et d'écrire. un enjeu important. Un professeur de Paris VIII (dont je ne connais pas encore le nom) avait avec lui le Rabelais. des gens de quartiers voisins. Cela modifie fondamentalement mon rapport à l'espace et au temps. le texte que je conçois pourrait avoir un impact. Bernard l'a et c'est autre chose. C'est important. avec les Verts de Munich. Bernard Wattez. s'il n'était pas mort en janvier".pour moi. dont Nicole Beaurain. Il y a donc un cloisonnement technique qui structure les clivages. Il rend hommage à René Lourau "qui aurait été là. (qui vient de se lever et qui est très beau). mais l'idée de publier un texte sur H. Paris). par exemple. Lefebvre est victime de la 51 . Je vis actuellement un bouleversement organisationnel : j'ai Internet chez moi depuis 3 mois. Je lui rendrais demain. Lefebvre m'importe.

Nécessité de décrire et d'accepter ce quotidien singulier et de tenter de le comprendre. Labica. qui décroche. Pas d'achèvement dans les voies ouvertes : cet inachèvement est insupportable pour l'intellectuel fermé . 52 . il contestait la cathédrale de concepts. Je suis d'accord.. Il a introduit Marx en France. livre important. Pourtant il n'était pas un polygraphe : H. H.. membre de l’équipe d’animation. la ville. mais ne l'appliquent pas dans le XVIIIe. Elle parle de l'influence de ce livre sur la technocratie (Delouvrier. Il cite Brossat pour critiquer la notion de citoyenneté. Althusser. Robert Joly rappelle le succès de H. Lefebvre. Lefebvre avait 2000 étudiants dans son amphi ! Makan Rafatdjou. dans les milieux de l'urbanisme et de l'architecture. La dialectique entre la théorie et la pratique lui semble être au cœur de ce livre. un très bon chiffre : Jean Pavlevski a donc voulu nous offrir le champagne à Lucette et à moi. Chez Anthropos. Je partage son sentiment. au fond de la salle. selon une logique de falsification. Althusser ignorait H. de la part d’Anne Querrien (du CERFI). Les Verts proclament la proportionnelle comme exigence. Reprenant la balle au bond d'une intervention de Makan. urbain. vient de faire un texte pour étudier l'influence des Français sur la pensée de l'urbanisme mondial : Henri Lefebvre y est très présent.. Lefebvre acceptait de se contredire. Le sentiment du professeur qui vit le chahut dans sa classe. Qu'est ce que penser ? est évoqué par un enseignant de Saint Denis (militant GFEN) : Pascal Diard (diardmp@wanadoo. L'exigence de la théorie. Lefebvre l'importance d'Althusser. Jean-Pierre Garnier intervient fortement. pour fêter la sortie d'Espace et Politique. il a ouvert des voies. responsable des Annales urbaines. je me dis qu'il y a ici même un constat : la faillite du politique. va être le modérateur de la séance suivante sur le thème de la matinée : "Ville. qui a méconnu et méconnaît la pensée vivante. Le débat part très vite.. à la manière de Hegel. et en même temps le CA refuse la convention avec Mayotte. Peut-être me faudrait-il travailler à la réédition de nouveaux ouvrages. L'AI doit être confrontée aux grands thèmes lefebvriens. la théorie de l'information : sa pensée apparaît comme un jaillissement permanent. la théorie du chaos. j'ai appris que 560 exemplaires de La production de l'espace avaient été vendus depuis janvier. à l'intérieur même d'un ouvrage . Robert Joly insiste sur la critique de la vie quotidienne. Nicole Beaurain fait appel à La proclamation de la commune. Ce point fait l'objet d'une contestation. puisqu’à Nanterre (où j’étais étudiant). Lefebvre comme leur référence. H. mais L. par exemple). Lefebvre : La production de l'espace est un éloge de la méthode régressive-progressive. Anne Querrien. Clémentine Dujon. Jean semble ouvert à cette possibilité. et qui croit que ce vécu est particulier. Henri Lefebvre 2 mètres. Charlot. Lefebvre. la sociologie agraire.fr). j'insiste sur l'importance de la temporalité chez H. que les autres ne vivent pas cela. Je note la sortie d'Espace et politique (2e édition) que j’ai préfacé : j'en ai apporté vingt-quatre exemplaires et huit exemplaires de La production de l'espace. Je me retourne et regarde le public. Elle a fait une sortie contre Normale Supérieure. espace et territoire". Paris VIII prétend être une université ouverte aux travailleurs et aux étrangers . La vie institutionnelle se développe. dit G. mais il s'égare dans une sorte de conférence. Les étudiants qui avaient fait mai 1968 dans une optique de changer les choses en profondeur considéraient H.relégation des auteurs qui ont refusé le système . de la pensée aussi. galvaudée aujourd'hui : cette idée est partagée par B. J'aperçois Benyounes Bellagnech. cette exaspération contre la pensée ouverte trouve des raisons dans l'éclectisme des références : Sylvie Vartan côtoie Hegel ! -Althusser mesure 25 centimètres dans ma bibliothèque. Lefebvre n'ignorait pas L. Jean-Pierre Lefebvre évoque le "post-modernisme". En moi-même. Mai 1968 n'a pas donné à H. il est un ouvreur de chemins . Sylvia Ostrowetsky fait l'éloge du Droit à la ville.

Avant.devisme@wanadoo. mais ouverte qui s'enracine dans le quotidien. Au parti. la question de l'autogestion sont des thèmes qui intéressaient H. Le paradoxe du texte de René Lourau : il a transsubstantié un vécu qu'il n'a pas connu de l'intérieur . je dis que je suis chez les Verts. Pierre Lantz n'est pas d'accord : René Lourau a exagéré en tournant la réalité à ce point : de Paris. Qu'est-ce qu'il y a comme constante dans la pensée d'Henri Lefebvre ? Henri Lefebvre cherche à penser les transformations d'une société. Pour lui. La bourgeoisie n'est plus prisonnière de l'espace. de René Lourau qu’il critique : "mythe de la lutte". etc. il en parlait avec des militants de base (syndicalistes). Pierre Lantz a relu La présence et l'absence. mais sans être idolâtré.comme fondement de la pensée de H. Le temps devient le facteur majeur de la différenciation : privilège et vitesse (Salmon) : ce n'est pas la vitesse en soi. Pierre raconte Lip en 1973 : l'assemblée générale journalière . Il faut viser à son dépérissement. on se sert. entre nostalgie du passé et vision de l'avenir. Lefebvre. ”. Lefebvre . à une époque où l'on dit (Foucault. Samedi 25 novembre 2000. Comment les acteurs voyaient-ils cette utopie réalisée ? Les ouvriers voulaient garder leur emploi. dit Benyounès. mais l'accélération des processus qui est à prendre en compte. on vend. La cohabitation des anciens rapports sociaux dans les nouveaux. et j’explique pourquoi H. les concepts forment des constellations . le peuple qui se croit en démocratie fait de la figuration. La question de l'émancipation. on ne peut pas produire un discours sur une pratique qui se développe dans les profondeurs de la province. Laurent Devisme (laurent. Henri Lefebvre pense profondément que l'État est suspect. en disant qu'effectivement H. le mouvementisme : différence entre une élite délocalisée et une population "assignée à résidence". mais pas dans le stalinisme. chez Henri Lefebvre. Georges Labica : chez H. À quoi ça sert l'auto-émancipation? De quoi veut-on s'émanciper ? L'expérience de Lip est évoquée. une "avancée pour l'émancipation". il a donné de l'air. il en a fait une œuvre émancipative. quatre tomes) est fondamentalement anarchiste. Anne Querrien me répond.. Relation au mouvement étudiant : les Lip n'étaient pas candidats à gérer leur propre entreprise. Son analyse (De l'État. par exemple) qu'il n'est plus possible d'être un honnête homme. Lefebvre a du sens pour moi. Le capital n'est pas évanescent. mais Piaget projetait autre chose. il ne s'agit pas d'une pensée éclatée. Le mouvement des Lip a été un mouvement au-delà des Lip. on fabrique. Cette distinction ne se retrouve pas dans toutes les luttes sociales. mais les centres de diffusion deviennent diffus : le local peut être repensé.. Sylvain Sangla inscrit dans Nietzsche l'intérêt de H. un homme passant d'un domaine à un autre.fr) fait une magnifique intervention sur la transduction chez Lefebvre : j'évoque René Lourau et Implication et transduction. 15 heures Georges Labica parle du mondial : je le relaie en me situant . Il a fait du bien au marxisme . 53 . la tradition utopiste permettait de se représenter un futur différent d'aujourd'hui : le présentisme. en matière politique. Trente six personnes présentes à ce moment de la discussion… Jean-Pierre Garnier évoque L'analyseur Lip. Boltanski et Capello distinguent "critique artiste" et "critique sociale" (Gallimard). Lefebvre pour la différence (il a raison !) : différence et égalité doivent être tenues ensemble. Lefebvre. Lefebvre était le dernier intellectuel. Une pensée devenue monde est un titre pragmatique et problématique. j'ai connu la cellule de l'ENS de Saint Cloud. Il souligne la tension. La question de la temporalité est centrale aujourd'hui.Lourau a été à Besançon. c'était confiné . Ayant été à Besançon. Pierre Lantz : “ Henri Lefebvre a été quelque chose d'important : le suivre était un moyen d'entrer dans le marxisme. . la pensée du centre et celle de la périphérie. et à peser sur elles.

et nombreux sont ceux qui sont restés silencieux ! Notamment ses trois traducteurs anglais ou américains présents. dans la lutte des classes. manque-t-il dans la vie de quartier ? Le long terme devient de plus en plus court : les personnes peuvent être victimes de décisions prises de leur vivant. La discussion d'hier sur le concept de "transduction" a eu un effet : j'ai vendu les huit exemplaires d'Implication et transduction. des "criminels de paix 136 " . Une élue locale pose la question de l'État : étouffe-t-il ou. si on sort quelque chose de nouveau. et si L'humanité survit. Basaglia et R. Arnaud Spire me dit que mon livre sur H. et un Chinois traducteur de H. 1973. Georges Labica dit que. et pas seulement des intellectuels. au droit à la centralité. réédition d'ouvrages d'Henri Lefebvre (Pierre Lantz a proposé La fin de l'histoire). Je regrette de ne pas avoir restituer tous les noms des personnes qui sont intervenues. Fin de la matinée. au contraire. au développement durable. des ouvertures multiples proposées par les uns et les autres : ces échanges m'ont stimulé. intégrant l'utopie et l'appel au mouvement. produisent et reproduisent le savoir. produisent la valeur pédagogique. ne pas en avoir rendu compte dans L'humanité . Les professeurs (de première classe) sont les nouveaux prolétaires de l'université : ils bossent au jour le jour. l'autogestion est un processus. pourtant. des fascistes ordinaires que sont des gens comme Jeanne Chaos et Martin Bouffon-Poussière. L'affaire de Mayotte pose la question d'un nouveau droit : le droit à l'université. Le juridisme. et leur activité productive est aliénée par la classe des technocrates . chez Lefebvre. il est prêt à faire un texte ! On parle du droit à la ville comme d'un socle théorique. L'expression se retrouve chez F. Séance animée par David Bénichou et Sylvain Sangla. Beaucoup continuent à lire l'œuvre d'Henri. un livre qui devait s'appeler Le droit à la différence (Henri Lefebvre le présente ainsi. 135 136 Kurt Meyer. Lourau. il regrette rétrospectivement. 10 heures Thème de la journée : la transformation sociale et l'alternative politique. de René Lourau. on veut aller plus loin ensemble dans trois directions : forum Internet. Europaverlag. un outil de lutte prenant sa place. l'accumulation des textes réglementaires va souvent contre le droit : cela me fait penser au Droit à l'université. Le manifeste différentialiste est. Henri Lefebvre Ein Romantischer Revolutionnär. dans l'avant-propos d'Espace et politique). Lefebvre est remarquable . Lefebvre et que je n'ai pas eu le temps de rencontrer. de Lausanne. de la richesse des discussions. on s'est décidé à poser les questions organisationnelles . au droit à la ville. de penser à partir de lui. bref. Wien. Plusieurs interventions vont dans ce sens : on est content d'avoir participé à ce forum interdisciplinaire autogéré. mais le sens ne se donne pas . Dimanche 26 novembre. qui a innové par les échanges électroniques qui ont précédé ces rencontres. on pourrait même dire que leur travail est empêché par la classe des buveurs de sang. Kurt Meyer. au départ. cela fait sens.Daniel Bensaïd raconte qu'il a fait une maîtrise sur Lénine avec Henri Lefebvre en 1967 : “À cette époque. pour quelqu'un qui n'a pas vécu la rencontre : on s'aperçoit. le sens se construit. je regrette que ces notes ne soient pas suffisamment explicites. que j'avais dans mon coffre de voiture. auteur du livre : Henri Lefebvre Ein Romantischer Revolutionnär 135 . on pouvait encore lire Lénine !”. Parmi les acheteurs : Armand. Avec Armand. création d'une revue. comme livre à paraître. s'inscrivant dans un droit à la formation. En relisant ces lignes le lundi 27 novembre. 54 . Kurt Meyer.

Lefebvre.. partie en Alsace pour une semaine : j'en profite pour me lancer dans une opération "rangement général". Elle me parle du CERFI. Je lui ai dit que nous étions deux personnes distinctes : je lui ai parlé de mon itinéraire. un par un. Armand Ajzenberg me disait hier. À la sortie du colloque hier. Lefebvre.. etc). Jeudi 30 novembre. Hélène et Nolwenn . pensant que j'avais fait un livre sur Le Play avec Bernard Kalaora. Ce doit être ma priorité intellectuelle. Aujourd’hui est un nouveau jour : je vais avoir à la maison une secrétaire pour m'aider dans mon travail. ne parvient pas à trouver du boulot . et qu'elle considérait comme des anciens (Murard. à quelle époque a-t-elle rencontré Félix Guattari ? Elle parle de plusieurs générations d'étudiants. haut fonctionnaire . qu'elle avait réécrit. j'ai appelé Jean Pavlevski : je lui ai fait un compte-rendu du colloque H. L'existentialisme. Voilà le chantier : Véro va être ma secrétaire de direction. 7 heures. Elle a lu La somme et le reste à quinze ans . sa mère. ayant deux ou trois ans de plus qu'elle. j'ai trouvé à la maison : Odile. Dans la même collection. et moi en retard. Anne a deux ans de plus que moi. Long appel d'Anne Querrien. a-t-il dit. qui me prenait pour A. il faut refondre La relation pédagogique. je fais passer le café. 55 . de Chimère. En rentrant de la fac. après avoir terminé Centre et périphérie 2 rapidement.Lundi 27 novembre 2000. alors qu'elle était déjà en troisième cycle avec H. Réfléchir à l'écriture des autres bouquins en cours : au téléphone. rééditer : Du rural à l'urbain. Liane Mozère. il me faut. pour écrire une thèse qu'elle n'a jamais terminée : nous avons évoqué notre rapport à Henri. Je lui dis mon intérêt pour Psychanalyse et transversalité. qu'il lui semblait important que je sorte La théorie des moments : il a raison. j'ai rencontré Jean-Sébastien et Véronique : Véro. Pour le moment. Rabelais. Véronique. il faudrait reprendre L'analyse institutionnelle de René Lourau. Mercredi 29 novembre 2000. Anne m'explique ses liens avec F. ma nièce. Je lui explique que les 9 et 10 décembre. cela inquiète Odile. mais avant. Saint André. et mon désir de le rééditer. Idée de créer une nouvelle collection : "Anthropologie historique". puis pendant les vacances de Noël : La théorie des moments. Je veux remonter le courant : faire les livres que j'ai à faire. m'invite à la prochaine réunion. Je n'ai pas noté que Benyounès a lu rapidement ce carnet lundi : “Il faut le publier rapidement”. Guattari. Je lui ai parlé de mes propositions de rééditions : il est d'accord. etc. ce livre se trouvait dans la bibliothèque de son père. j'étais en première année de sociologie. mais je dois m'assurer d'abord qu'il n'est plus disponible. Reprendre contact avec Catherine devient urgent. Du coup. Lucette. La fin de l'histoire. La vente de neuf exemplaires d'Implication et transduction de René Lourau aux Lefebvriens est le signe de quelque chose. mais elle était en avance à l’école.. S. dans l'ordre. J'étais le seul institutionnaliste "historique" (car il y avait Clémentine et Benyounès qui sont de vrais institutionnalistes. 7 h 30 Ma sœur Odile est encore dans sa chambre. quelle chance d'être entouré par des femmes aussi charmantes ! Pendant qu'Odile préparait une salade. Je vais me mettre à la préparation des textes dès aujourd'hui. qui correspondrait mieux aux titres que j'ai envie de sortir. et en attendant mieux. mais ils sont jeunes) à être présent à cette rencontre est le signe de quelque chose : je suis celui qui peut maintenir le lien que René Lourau avait construit entre Henri Lefebvre et la pensée institutionnaliste.

Elle va m'envoyer ce texte. formation" des Verts. J’ai choisi de parler de Mayotte. enfance. Elle me parle des Verts dans le XIVe : Danielle Auffray. J'ai dit à Anne que je pensais qu'il nous fallait faire un groupe de travail institutionnaliste dans cette mouvance. Lefebvre avait été exclu du PC et que l'on n’a pas évoqué ce point dans le colloque. Je lui parle de René Lourau. déjeuner avec Pascal Dibie. Lefebvre. qui va paraître chez Economica. de mes projets éditoriaux. Mercredi 13 décembre. Lefebvre. dîner avec Jean Pavlevski qui m’annonce qu’il a rencontré Jean Malory : Tu connais Malory ? -Oui. 9 heures Hier midi. Hier. Henri Lefebvre et Jean Malory. en lisant Kurt Meyer. Christine Delory et Véronique. le thème : l’interculturel. est tout à fait passionnante. Lefebvre à l’intérieur du Parti Communiste entre 1928 et 1958 a souvent pris la forme d’une analyse interne : c’est ce 56 . Lefebvre par le PC soit oubliée : elle est intégrée . pour dire que H. en montrant mon accès au terrain. je pensais. Jean est soufflé : -Comment sais-tu tout cela ? Jean accepte une nouvelle collection "Anthropologie" où l’on pourra placer Christoph Wulf. je ne pense pas que la suspension de H. Rochex . Je suis absorbé par la lecture de Kurt Meyer : sa présentation de H. mon livre sur Mayotte doit être une illustration de cette méthode. ma tenue du journal. Pascal annonce qu’il contribue à un ouvrage de Jean Malory. comme romantique révolutionnaire ou plutôt comme révolutionnaire romantique. on est seulement au-delà. et je peux même te dire que tu vas publier un livre de lui. c'est un thème à travailler . son hospitalisation suite à la rupture. Le projet reste à engager. Lucette. chez Economica. j'en parlerai avec Armand. dans les rencontres des Verts. Lourau. que le travail de H. puis l’élaboration que j’envisage de faire en utilisant la méthode régressive-progressive . elle m'explique alors sa brouille avec Félix. Samedi 9 décembre. Le soir. et c'est cela l'important. Armand n'a pas jugé devoir le diffuser. On aurait pu parler toute la nuit : Anne aurait voulu passer un texte sur la liste Lefebvre. Lefebvre est très présent dans ma vie : je veux travailler le lien entre H. 11 heures 45 Hier soir. j’étais invité à parler au séminaire de DEA par Florence Giust-Desprairies et J-Y. sa dépression. Lefebvre et R. En même temps. de l'état du mouvement chez nous . même si je rencontre ces deux vieux Lefebvriens. H. mais il est accepté sur le principe.j'anime la réunion de la commission "Éducation. on peut aider à une remise à l'ordre du jour de H. mais aussi garder contact avec les gens du PC : ensemble. Je ne le savais pas. Après réflexion. par le biais de la relation entre théories des moments et transduction. l'ami d'Alain Guillerm est seconde de liste. En fait je trouve que ce serait mieux de l’éditer dans une collection Anthropologie historique chez Anthropos.

il ne savait pas que j’ai fait un livre sur lui. etc. au département des sciences de l’éducation en 1974. Ils voulaient aussi refaire La production et l’espace : j’ai eu de la chance de passer avant. Lefebvre montrait qu’il suffisait d’écrire deux phrases en exergue.” Il était dubitatif. quatre mois après son élection. midi Hier soir vers 23 h 30. contre le stalinisme. une autobiographie. On a dû se séparer. Kurt Meyer ne comprend pas que Lefebvre n’ait pas quitté le Parti en 1938. C'est un type d'action qui ressemble beaucoup au dispositif que j’ai construit avec Les cahiers de l’implication. Lourau : les Éditions de la passion seraient intéressées de rééditer L’analyse institutionnelle. Lefebvre (pp. Samedi 16 décembre. et il avait trouvé une voiture pour rentrer à Montreuil. L’exclusion de H. et que les Communistes français considéraient comme un faux. car il devait être une heure du matin. et qui. mais cette histoire de fabrication d’une phrase de Marx. Le climat de la soirée était “marxiste”. Boris c’est celui qu’avec Lapassade. Patrice et Antoine. où il habite. il a mis en exergue une phrase de Janov (le censeur stalinien) d’une banalité totale. Lefebvre du Parti a une cause proche : le rapport Khrouchtchev que H. Je lui ai dit : “Actuellement. Lefebvre et R. pour faire passer un texte refusé quatre ans durant : qu’est-ce qu’un comité de lecture ? comment fonctionne la censure ? etc. qui peuvent s’agencer dans un livre. on a fait entrer à l’université de Paris 8. il dirige les Éditions de la passion. j’ai eu une discussion longue et prolongée avec Marc Perelman. Lefebvre . et en même temps une phrase de Karl Marx qu’il avait totalement inventé : “L’art est la plus belle joie que l’homme se donne à lui-même”. professeur d’université. je trouve que cela manque d’intellectuels capables de repenser politiquement le monde actuel. Ainsi. J’ai envie de me replonger dans le marxisme. J’ai lu les passages de K. 112-115) : faire ces lectures. 57 . Pour moi. recevant alors l’appui de tous les staliniens du département ! Boris est trop vieux. Lefebvre a été le combat de l’intérieur contre le dogmatisme. Lefebvre avait lu à Berlin. est tout à fait important. Pourquoi a-t-il attendu d’être suspendu pour partir ? La logique de H. Boris Fraenkel. proposait l’exclusion de notre groupe. Tout naturellement. à la fête donnée en l’honneur de JeanMarie Brohm. Meyer sur la conception de l’œuvre. la discussion est venue sur H. que construit H. malgré ses 80 ans. en 1945. Cette discussion sera prolongée : on s’est promis de se revoir. qu’est-ce que le pouvoir des censeurs ? Vendredi 15 décembre. qui a un Institut universitaire professionnel sur les métiers du livre à Saint Cloud . qui ridiculisait totalement la censure soviétique a aussi joué. n’a pu s’empêcher de me dire : “Pourquoi t’intéresses-tu à Lefebvre ? Tu n’es pas marxiste !” Boris m’a fait raconter ma relation avec H. en pratiquant le rassemblement de pièces. pour faire paraître Contribution à l’esthétique (refusé par la censure).que je dégage de ma lecture des chapitres sur le stalinisme. à l’occasion de ses soixante ans.

s’est lié avec lui. Lefebvre ne comptait pas pour R. avant même qu’elle ne soit publiée . Marx et R. en lui faisant visiter la clinique de La Borde. lorsque mes livres paraîtront sur cette question. Du rural à l’urbain… La fin de l’histoire ! On est sur la bonne voie. Lefebvre : voulait-elle dire par là que H. En 1964. le Rabelais. René Lourau est attiré par une thèse littéraire sur le surréalisme : il a écrit à Henri Lefebvre. Lefebvre. Lapassade. une centration sur "les mots" de R. devait constituer le corps de la thèse. je ressens le besoin de prolonger ma réflexion. Lucette parlait avec Jacques Ardoino. Il y a. il y a là des textes d’Hauriou. René Lourau voit ce qu’il peut faire : il s’implique dans sa classe pour mettre en place l’autogestion pédagogique. il lui fait rencontrer J. Lorsqu’il rencontre Georges Lapassade. Dimanche 17 décembre. René Lourau abandonne l’idée de travailler sur le surréalisme. fait par Gilles Deleuze sur le thème Instinct et institution (Hachette. et il dépose un sujet sur l’analyse institutionnelle. Fais ta thèse à partir de ça. dans son séminaire. Lourau soutient sa thèse. F. et de rajouter une partie pratique (psychothérapie institutionnelle. Une lettre de Catherine Lefebvre m’autorise à rééditer L’existentialisme. à la sortie. lors de mes interventions. Guattari. Mercredi 20 décembre. Très vite. le manque de mise en perspective laisse sur sa faim. Oury. R. dans un premier moment. oublie de contextualiser une réflexion : j’aurais voulu parler d’herméneutique (terme employé par Jean-Louis Le Grand) . Lourau de ce projet : il l’initie à l’AI. Deleuze. Lourau. Lefebvre. lui explique G. dont le bilan paraît en 1970 . déjà pratiquement composé : il suffit de reprendre les textes choisis par G. je fais alors ma maîtrise avec H. Georges Lapassade donne à René le choix des textes. mais le manque de contextualisation de sa pensée. de G. que. pédagogie institutionnelle. que la rencontre ultérieure avec Georges Lapassade. Lourau n’avait jamais évoqué H. en lui faisant lire les textes de la psychothérapie institutionnelle . Quand R. pour les prochaines vacances ! 58 . sur le discours du professeur (son mot à mot). Lapassade détourne R. Tarde. c’est dans cette direction qu’il faut aller. lorsque naît le Groupe de pédagogie institutionnelle (GPI). je partage déjà le paradigme : j’anime le séminaire d’AI de Reims (1969-70). 1953) . il risque de ne plus être en mesure de changer sa Weltanschauung ! J’ai eu le temps de lui parler de Kurt Meyer et Ulrich Müller-Schöll : pendant ce temps. J’ai téléphoné à Economica ! Voici pas mal de travail. chez Dominique Samson et Régine Angel. 8 heures En relisant le compte-rendu du séminaire d’AI d’hier. Lefebvre a accepté une thèse sur le surréalisme .pour saisir le lien entre K. -Si tu reprends ces textes. La fixation de l’étudiant. Leur rencontre est aussi importante pour lui. Lourau ? Je ne pense pas. H. je lis la thèse de R. tu peux expliquer le concept d’institution. Régine Angel m’a dit. G. Lourau. Lourau . socianalyse) qui. J’ai été conduit à parler de H.

deux soutenances de DEA avec Patrice Ville (et Daniel Lindenberg. Je suis très actif en ce moment : j’ai une sorte d’hyper vision de ce que je veux faire. Véronique a rangé toute la journée : les choses avancent vite et bien. que j’ai vécu comme un libérateur. Je suis entré dans “le moment créateur”. 23 heures. Lucette et Charlotte viennent de prendre la route de Charleville . à moins qu’H. je suis allé chez Anthropos . pour moi. Ce livre serait à rééditer : il est quelque part dans la veine “marxiste”. Hier. en 1973. est précieuse pour cette maison : il me faut trouver un exemplaire du Rabelais.Mercredi 20 décembre. au nom de l’AI. De plus. demandé par Christoph Wulf. est-il encore aujourd’hui vécu. et tout se déroulera comme une mécanique bien huilée. mais elle pensait qu’il n’était jamais paru ! Ma connaissance de la maison Anthropos des origines. Lefebvre était dans toutes les bibliographies américaines : il apparaît comme l’inspirateur du postmodernisme. dans le “moment de la création” : j’ai connu cette transe chez G. Pendant ce temps. je ne voyais pas que les psychologues de l’ARIP que j’affrontais. Annie Bouffet ne pensait pas que le livre fût sorti chez Anthropos : elle l’a retrouvé comme “annoncé” dans un catalogue. comme un stalinien ? Il faut que je parvienne à parler de ces choses avec lui. que j’ai à Sainte Gemme. Tout commence à s’agencer. L’instituant contre l’institué . il accepte que l’on remette sur le chantier Itinéraire de Georges Lapassade. ou mieux. la néotomie. du Manuel d’analyse institutionnelle. Quand l’adolescent dénonce ses parents. de la post-modernité. Exode a eu la mention assez bien. il préférerait un livre sur Le mouvement institutionnaliste. j’ai déposé L’existentialisme qui devrait être scanné. Vendredi 22 décembre. il est réticent pour un livre sur René Lourau . et quoi d’autre dans la psychologie ? Quand. Jean accepte le principe de rééditer L’analyse institutionnelle de René Lourau. par un travail d’exploration des origines . il oublie que ce sont eux qui l’on fait : refonder l’AI passe. à la fac. m’a dit qu’H. Lapassade et R. à condition que l’on trouve un autre titre. remonter dans le passé pour dégager les virtualités du présent. entre Georges et moi ? Ma condition d’exister passe par la conciliation de plusieurs héritages. je me battais contre la psychosociologie. pour la première) : beaucoup d’étudiants présents. lorsqu’ils composaient ensemble Les clés pour la sociologie (1971) qui eut un beau succès. Le mouvement institutionnaliste sera la version française. 59 . De mon côté. par Georges. étaient présents à la fondation de l’AI. Qu’est-ce que Georges rassemble en 1962 ? Sartre. J’ai écrit ce matin la préface à la seconde édition de Centre et périphérie (rendu ce matin). Suzy Guth. Lapassade est-il contre H. Lourau. qui travaille sur les "Post-modernes" américains. thème à développer dans la préface à L’existentialisme. Lefebvre ne soit une ombre entre Georges et René. Lefebvre. je vais m’occuper de la présentation de Du rural à l’urbain. ou mieux. Isabelle Nicolas (sur l’espéranto) a eu la mention très bien. un séminaire improvisé a regroupé 10 personnes dans la salle A 428 : on a signé un manifeste pour créer un site “analyse institutionnelle” sur Internet. Lefebvre ? Pourquoi H. par contre. Lefebvre ? N’est-ce pas parce que Sartre doit quelque chose à H. Ensuite. comme l’auteur de théories m’aidant à dépasser mes aliénations personnelles (tant psychologiques que politiques). à s’articuler : il ne me reste plus qu’à trouver un éditeur pour Le droit à l’université. Pourquoi G.

Lefebvre. Ce soir. Dans Introduction à la modernité. j’ai bien avancé la relecture de ma correspondance avec de Luze : j’ai décidé de supprimer les lettres concernant les conflits à la fac. de la Louvière 137 : Noël se termine de façon très studieuse . par contre. je me mettrai à la rédaction de l’introduction. éd. Lourau habitait rue de la Louvière ! H. Charleville. Lefebvre . Lefebvre. la transduction apparait dans mes lectures du jour. deux livres de Jacques Guigou. 155-157). 328 et 338). Départ pour Charleville à 13 heures avec Miguel. vers 7 heures. mais surtout un moyen de centrer l’ouvrage sur le thème du Moment de la création. je relis les pages sur la construction des situations (p. sorti en 1970. un cadeau de Charlotte et Miguel. Charleville. Ce matin. Lefebvre (67 références). Paris. 19 heures. Dans Qu’est-ce que penser ? je relis attentivement les pages 16 et suivantes. tout H. mon livre sur H. sorties à six mois d’intervalle en 1973. que je termine vers 14 heures 30.Lundi 25 décembre. Mon édition sera donc la troisième. Dès que j’aurai terminé cette relecture. Lefebvre comme “de l’intérieur” ? Le ton de l’ouvrage est juste. je me suis mis à une lecture systématique du livre de Laurent Chollet : L’insurrection situationniste (Dagorno. j’ai trouvé deux éditions différentes de La survie du capitalisme. 5 sur 5. 11 heures. Mardi 26 décembre. et réédité en 1973. Guattari. 338) : beaucoup de chose dans ce livre. de Minuit. Lourau. j’ai vu apparaître Simondon . lire à côté de la cheminée est fort agréable. Dans la bibliographie sur l’IS. 60 . Lucette a choisi de boire un Graves 1994 : un Château L. concernant l’institué et l’instituant social depuis le moyen âge : sa lecture de Stendhal serait autonomisable (12e prélude). 2000). Mais il y a de très bons passages sur des thèmes variés : livre important. À Sainte Gemme. avril 1962. un ouvrage important que j’aime particulièrement. l’auteur fait l’éloge de mon livre sur les Maos . mais sur papier différent. Les développements sur le classicisme et le romantisme recoupent la philosophie qui se trouve derrière ma Valse. 15 heures. dans le texte. je me mets à Du rural à l’urbain. à partir de ma lecture de La présence et l’absence. aucune référence à G. de plus. Je suis en phase. il intègre à la bibliographie : tout F. manière de régler le problème d’attaques éventuelles. Après ce livre. dont Du rural à l’urbain. puis après le petit-déjeuner. sur “savoir et connaître” : fondamentales pour une critique de l’équipe Charlot (Rapport au savoir). On fait halte à Sainte Gemme où je prends plusieurs ouvrages de H. sur la méthode régressiveprogressive. Hier matin. Lapassade et R. sur le moment de l’œuvre. est un livre très complet . Introduction à la modernité. sur la théorie des moments (p. de la part des personnes concernées. je commence ma relecture de Qu’est-ce que penser ?. Dans Introduction à la modernité 138 . avec la sensibilité de H. Lefebvre. Cet ouvrage récupère H. 137 138 R. les trois pages de développement sur la transduction (p. Mon introduction doit signaler le texte de 1953. il réfléchit sur des aspects peu explorés jusqu’à maintenant.

-Il faut qu’un intellectuel s’attèle aux Ardennes. peuvent s’enrichir mutuellement. Relisant H. Jeudi 28 décembre. René Lourau Dominique 61 . -Il faut que tu nous écrive un projet de développement durable. Vendredi 29 décembre. j’ai senti qu’il me fallait penser l’Université de Charleville (voir L’Ardennais du 27 décembre 2000) dans Le droit à l’université. Patrice Ville. que l’on développe parallèlement. Je repense à mon article “La sociologie périphérique dans les Ardennes”. Philippe a besoin d’une théorie sur les Ardennes. en tentant une systématisation. Lucette me donne des coups de genoux sous la table : réinvestir sur les Ardennes n’a pas de sens pour elle. tête de liste des Verts à Charleville : Philippe a une licence de philosophie. Pépé pense que j’ai raison de m’orienter dans cette voie. et que je voulais proposer une issue au mouvement. Hier soir. Navarrenx. dont il propose le mode d’emploi. Relire H. m’a-t-il demandé. m’a-t-il dit. On a pensé son travail intellectuel : -Penses-tu qu’être adjoint au maire de Charleville est conciliable avec l’activité intellectuelle ?. Esprit… : un nouveau livre à faire. j’ai commencé ma journée par la lecture de 20 pages de Das System und der Rest : j’y trouve une idée pour construire mon livre sur René Lourau. Sainte Gemme. Penser demande une organisation de vie. en dehors des tribulations bureaucratiques du Parti. Ulrich MüllerSchöll consacre un passage. je pense à Lourau : a-t-il pensé ? Que pensait-il ? Quel était son objet ? Qu’est-ce que penser ? (p. -Pourquoi pas. je viens de relire les pages concernant le 10 juin 1995. Lefebvre. L’exemplaire de Du rural à l’urbain (1973). Dans le livre d’or de Sainte Gemme. je ne domine pas Le manifeste différentialiste (à relire de toute urgence). 145) : Lefebvre invite à rassembler les textes de Philosophies (1925). moyen de redéployer le chapitre du Dictionnaire des philosophes en le réactualisant. 13 heures Dans Le manifeste différentialiste. je commence une indexation des thèmes à reprendre . les Pyrénées. a-t-il continué. Lefebvre a pensé Campan. que je souhaitais rééditer était dédicacé à A. 11 heures 15 Ce matin. Lourau. En marchant avec lui. à survoler l’œuvre de H. Il faut s’organiser pour dégager du temps. Ce travail peut avoir sa place dans le livre sur R. mais plusieurs moments différents. où nous nous retrouvions : Antoine Savoye. Lourau permet de dégager des pistes : Philippe a été stimulé. de très beaux passages : ce qui est dit de la religion catholique est proche de ce qui deviendra Éloge du péché.Je viens de terminer La survie du capitalisme : bonne critique sur l’AI de 1971 (p. Lefebvre et R. Lefebvre. 12 heures. Je voulais alors penser les Ardennes. Mercredi 27 décembre. 77). et il est inscrit avec moi en maîtrise sur “Formation au développement durable” : je lui ai expliqué que je m’étais mis à penser. qui partageait avec moi cet intérêt pour l’engagement théorique à la périphérie. comme H. long moment avec Philippe Lenice. paru dans Les temps modernes vers 1976. Je me replonge dans Qu’est-ce que penser ? Parallèlement.

était vraiment une réussite. Gromer et les Anding qui viennent dîner. 9 heures. Qu’est-ce que penser ? Si j’arrivais à republier ces livres cette année. et un excellent accueil du maître de céans”. Lefebvre et R. s’est-il embourbé dans l’école le playsienne ? Lundi 1er janvier 2001. On a parlé de mon projet de livre sur R. Lourau.Hocquard. Lourau. Patrice : “Une journée d’exploration des possibles à la lueur des éclairs du passé dans une maison propice. pour dissocier mes études lefebvriennes de mes études louraldiennes. Lourau m’avait bien aidé pour ce livre. Christine Delory et une dizaine d’autres convives. Lefebvre. j’ai relu avec plaisir la présentation de la troisième édition : brillante et éclairante. -Il faut être rigoureux. Lefebvre. S. dommage que je sois parti à Reims : cet exode est sans aucun doute à l’origine de ma marginalisation de l’équipe parisienne. sur le rapport de René à Henri. R. lorsqu’il est parti à Poitiers : il perd sa place (centrale) à Autogestion . Lourau. vers 4 heures 30. Gilles Monceau et moi-même. pour se joindre à R. Le Play est vraiment réactionnaire et non scientifique (1er chapitre de Du rural à l’urbain) : pourquoi A. Gaby pense que développer une partie sur les relations entre H. Je dois aller le chercher. Contribution à l’esthétique. Pour H. Il faut tout dire. personne ne peut faire cela mieux que moi : Gaby est vraiment quelqu’un qui m’encourage. J’ai chargé deux gros cartons de livres : ma bibliothèque “Lefebvre”. Yves Etienne. La collection AI. Barbier. René avait écrit ce jour-là : “Actualiser le potentiel. Je travaille sur H. J’en suis à 13 pages. G. 62 . en sachant que l’actuel se potentialise. Il en est de même pour R. à 19 heures 30. bref : l’avenir existe. au retour de Saint Gemme. J’ai reconduit G. Mais je veux aller jusqu’à 20 : cela me demande plus de travail que je ne l’imaginais. Lapassade vient d’appeler : il rentre des Pyrénées. c’est sensible à la relecture du numéro bilan. commentant ce journal : pour mon livre sur R. Je vais écrire une lettre à Catherine Lefebvre pour lui demander de m’accorder les droits de : La survie du capitalisme. où il n’est même plus présent (1978). les numéros de revues (1966 à 1980). où ont écrit G. a dit Georges. C’est mon chantier du centenaire ! Je vais ouvrir un nouveau journal sur H. je l’ai rencontré à Sainte Gemme”. Je travaille depuis deux jours à la préface de Du rural à l’urbain. Dans La somme et le reste. Lapassade. 15 heures. Dimanche 31 décembre. Je n’ai pas le temps de noter les autres commentaires. Le droit à la ville. Selon elle. Je veux vérifier toutes mes sources . H. je suis amené à relire mon livre sur H. Lefebvre : R. plus précisément sur ma présentation de Du rural à l’urbain. il y a dix ans . et nous allons reprendre la route de Paris. en me donnant trois entretiens faits avec Henri. Lourau. Lefebvre. ce serait bien. dont G. Lefebvre. que j’ai développée avec Antoine. Lourau sera important. long mail de Gaby Weigand. Samedi 30 décembre. La soirée a été riche. Hier. Gancho est rentré du jardin. chez lui. F. Lapassade.

une musique. mais il faut faire la préface . Lourau. pour lui demander de me procurer la réédition de Pyrénées. puis à la rédaction de mon introduction sur le moment de l’œuvre. très fort : j’ai fait un courrier à AnneMarie Métailié. J’y ai répondu immédiatement. je rédige dix pages pour la troisième partie . envoyé par Jean-François Marchat : -René Lourau a pris la clé des champs. 63 . d'envoyer le document que vous auriez apporté : ce sera aussi une façon d'être ensemble. pour ne pas laisser en rade mes tâches administratives ! Il me faut l'accord de Jean. pour travailler plus vite… Christine m’a apporté. de nombreuses pages du Sens de l’histoire : je passe l’après-midi dedans . Le soir. Chacun est invité à apporter l'extrait d'une œuvre de René ou encore d'un texte qu'il aimait à citer. Ce matin. j’ai trouvé le message suivant. ce 31. 38/44 av. Un an après. Lefebvre qui doit compléter Du rural à l’urbain : elle me relaie dans cette tache. Travail avec Madame Bensouiki. Lorsque Véro arrive. Hier. relecture de mon livre sur H. sur sa thèse. Hier soir. un dessin. Je continue à écrire Le sens de l’histoire. pour lui en proposer un abrégé pour sa collection de poche. c’est fatigant d’écrire dix pages le 1er janvier. de H. Mardi 2 janvier 2001. À bientôt. et le trouve très fort : je suis sur la bonne voie. avec sa postface et la préface de R. l’interculturel : cela marche. de Luze. Lefebvre. Et si je parvenais à écrire un ou deux rapports de thèse. à partir de 18h30. Mercredi 3 janvier 2001. pour la réédition de La survie du capitalisme. je me consacrerai à la relecture (2 partie) de ma correspondance avec de H. -Je voudrais la disquette. Ce livre est en contrat chez Anthropos : on peut le rééditer. Je veux aller porter ce livre e terminé aujourd’hui. j’ai laissé un message à Pierre Lourau. de Constantine. ensuite. le 11 janvier 2000. je relis sa première partie : parfaite . ceux qui ont été enrichis de sa présence se retrouveront au Restaurant Violas. pour en être débarrassé . le jeudi 11 janvier 2001. mais elle est partie à Francfort. -Tu l’as déjà mille fois. une photo autrefois partagés avec lui. j’ai bien avancé la bibliographie d’H. Message (de Francfort) de Christine : elle a lu la première ébauche de mon texte.Je lui ai demandé de mon donner son texte sur la secte. Je veux tenter une expérience d’écriture totale : j’envoie ces pages à Christine par mail. de Stalingrad à Saint-Denis. Merci d'annoncer votre participation en réponse à ce courriel et. mais je m’impose ce rythme pour l’année de mes 54 ans. quelque part entre Rambouillet et Paris 8. Jeudi 4 janvier 2001. le livre tient la route. si vous ne pouvez vous joindre à cette réunion. puis les chapitres sur le jardin. Lefebvre. pour dire que je serai là. ce nouveau chantier est urgent. Merci de prévenir les amis de René qui ne figurent pas sur la liste des destinataires de ce message : tous sont attendus.

mais je trouve celle-ci encore plus émouvante avec une préface de René. Je termine la lecture de la seconde édition de Pyrénées. Lourau en cite une édition de 1978. Ce livre. Lukacs. parue en février 2000. Gallimard et aux Presses universitaires de France. 30. PUF. Paris. j’utilise Âme et compétences. En échange. Le Lapsus était dédié par René à Henri Lefebvre. 139 Vendredi 5 janvier. livre important. j’ai appris que Publisud n’a pas épuisé la première édition de Qu’est-ce que penser ? Toute la journée. en rentrant d’une négociation d’intervention d’analyse institutionnelle à Créteil. J’avais beaucoup aimé la première édition. disparition d’une thèse déjà écrite sur le surréalisme…). au téléphone. alors qu’elle n’avait que 10 ans. Charlotte m’apporte son texte "De la notation à l’interprétation en danse contemporaine". Lefebvre. Armand me dit qu’il connaît M. d'H. je travaille sur Le sens de l’histoire. 1976. mais il ne semble pas l’utiliser. J’écris aux éditions Casterman. daté mais passionnant sur G. de J. qui me font prendre avec précaution des anecdotes attrayantes. nous envisageons ensemble quelques développements possibles. En effet. qu’elle a connu. que le 139 Michael Lowy. Je passe tout le week-end à écrire mon “retour” sur Le sens de l’histoire : j’ai déjà fait 42 pages. Lefebvre. pour parler : il se réjouit que ce livre sur René paraisse . une question pratique assez banale. 23 h. il s’est procuré Pyrénées qu’il m’envoie demain matin en colissimo. je lui fais lire “L’œuvre”. Lundi 8 janvier. ses parents et Françoise . La postface de Pierre Lourau donne un certain nombre d’informations erronées (lieu de la soutenance de thèse. R. mais difficile à présenter à un large public : les auteurs élèvent à un très haut niveau de réflexion. pour leur parler du Centenaire d’Henri Lefebvre. pour lui demander de m’accorder les droits de : La survie du capitalisme. Lefebvre avec G. F. qui doit m’aider à élaborer mon texte pour Le sens de l’histoire : cette réflexion est en phase avec mon travail. de H. il me demand pourquoi je n’ai pas encore édité les inédits de René. J’écris une lettre à Catherine Lefebvre. où il y a un paragraphe génial sur Du rural à l’urbain. Elle me donne aussi "L’anamnèse du visible". ignorant le rencontre de H. Pour une sociologie des intellectuels révolutionnaires. vers 19 heures. Pour densifier. Contribution à l’esthétique. trouvée ce soir. chapitre de La présence et l’absence. Il faudrait publier en ouvrage autonome. que je lis immédiatement et que je trouve bon . directeur de thèse. un mois après sa mort. Samedi 6 et Dimanche 7 janvier 2001. tout en rangeant la maison avec Véronique : je téléphone à Pierre Lourau . Il m’invite à descendre chez lui. Lowy. Lefebvre. Le droit à la ville. les préfaces de René aux livres d’Henri. Lukacs : pas mal de chose sur Max Weber et la pensée allemande du début du XXe siècle. Georges Lapassade. Lyotard. 64 . Ce livre ne mentionne que deux fois le nom de H. Elle aime le style d’Henri.J’ai lu également Pour une sociologie des intellectuels révolutionnaires de Michael Lowy . dans Le lapsus des intellectuels (bibliographie).

Lefebvre : chance d’avoir ce témoignage de ce que la famille de René a retenu de lui. J’ai salué Francine Demichel. rue de Grenelle. Invité ce soir à la cérémonie des vœux du Ministère de l'éducation : j'aurais eu envie d'écrire. Lapassade. Je mets au propre ma bibliographie pour Centre et périphérie. 16 heures. il est prêt à participer à l’une de nos réunions. avec mon café à la main sans allumer la lumière. Lefebvre. ainsi de moi ? et mes filles ? et mon fils ? Mardi 9 janvier. Nous sommes arrivés à l’heure. de 1964 à 1985 . J’ai discuté avec Denis Huisman qui m’a proposé d’écrire un chapitre sur “Le marxisme français en philosophie”. J’étais bien parti pourtant hier soir dans la relecture de ce texte. je reçois un pli apporté par coursier : les épreuves de mes préfaces de Du rural à l'urbain et de Centre et périphérie. pour le mini-tennis. quand on représente les écolos ! Beaucoup de gens. avec lui. j'ai aussi découvert la belle bibliographie faite des ouvrages d'Henri : j'ai rajouté la nouvelle édition de Pyrénées. mais je ne veux pas manquer l'occasion de rencontrer Jack Lang et Jean-Luc Mélanchon. Je me suis mis à la correction d'épreuves immédiatement . inspecteurs généraux invités au Ministère. je rentre dans mon bureau. le philosophe.biographe a envie de s’approprier ! Mais il dit quelque chose de lui qui est émouvant. Ce matin. elle est l’auteur de onze romans chez Stock. G. Appel de Pascal Dibie. J’ai également rencontré Noëlle Châtelet. Il m’a raconté tous les potins entourant l’aventure du 65 . l’idée de rééditer l’œuvre d’Henri. Lefebvre : il est enthousiaste . et c’est normal d’être différent. secrétaire d’état à l’enseignement professionnel. Il a lu Logique formelle et logique dialectique (2e édition chez Anthropos) : il trouve bonne. Il me propose de lui donner la Théorie des moments. en 200 pages. avant d'aller reporter le tout chez Anthropos. qui fut l’épouse de François. du coup. Échanges avec Renaud Fabre : il voudrait que je passe le voir à la présidence de Paris VIII . mais j’étais là pour les Verts. levé très tôt pour terminer mon texte sur Le sens de l’histoire. que j’ai pu parler de notre commission éducation : si nous l’invitions. ce qui me donnait un look “différent” des recteurs. plutôt qu’à H. ayant une certaine importance par rapport à mon projet de livre sur René . Le moment mondain a succédé au moment d’écriture sans transition : je n’ai pas eu le temps de me changer. j’ai évoqué le centenaire de H. ne fonctionne plus. que j’ai suspendu à 18 heures 45. rangement me permettant de remettre la main sur des documents. Mercredi 10 janvier 2001. pour aller 110. s’étonne que Pierre consacre la postface à son frère. Gallimard. Ce matin. Et je renverse mon café sur le clavier de l’IMAC qui. pour un ouvrage collectif qu’il coordonne chez Plon sur L’histoire de la philosophie française. dont un certain nombre de connaissances : j’ai pu échanger quelques mots avec Jacques Lang qui était heureux d’apprendre qu’un étudiant de Reims (il y enseignait quand je faisais ma licence de droit) était devenu prof de fac. avec Romain. de publier chez Anne-Marie Métailié un petit livre de poche sur H. mais c’est surtout avec Jean-Luc Mélanchon. Je lui dis mon idée. il veut le voir centré sur le mondial. Mon frère parlerat-il.

et cinq ou six coupes d’un excellent champagne : le buffet était magnifique. on introduit des notes. Il y a deux moments dans l’écriture d’un livre : celui où l’on façonne les briques. la préface de Georges Labica à Métaphilosophie qui signale 3 textes que j’ignorais. en pleine forme : je pensais commencer mon livre sur R.Dictionnaire des philosophes : on a parlé des effets du livre de Jean-François Raguet 140 sur les PUF. J’ai abandonné U. En direct du Violas. 18 h 30. Pour moi. il y a deux supports distincts.. Mostafa Bellagnech. dont Thierry Talon (qui fut chargé de cours à Paris VIII. Maintenant. Bernard Lathuillère. très importante dont je veux connaître à fond l’ensemble des numéros : je repère les lignes réflexives d’auteurs comme Alois Hahn. On a décidé de lire un passage de René. ainsi que tous les travaux récents que j’ai pu archiver. des renvois qui valorisent le texte. 1984 et 1993. J’ai retrouvé quelques amis ayant des fonctions au ministère. organisé par J. Chaque jour. Lourau. de mon livre sur H. On a parlé de H. Alain Grassaud. la construction est une ligne de production de briques : on escamote la seconde phase du travail. Bernard Jabin. Hier. comme premier exercice matinal. L’année Lefebvre a commencé avant le 1er janvier : je relirai 140 Jean-François Raguet. à partir de plusieurs bibliographies : celles d’Ulrich Schöll-Müller dans Das System und der Rest. la revue internationale d’anthropologie historique. Lefebvre. dans le Dictionnaire des philosophe : je n’en disposais pas de version numérisée. Dans le journal. Nous avons fait ce texte. Exode Daplex. qui était là. trois heures de contacts riches. L’insomniaque. Ourega K. Samedi 13 janvier. Régine Angel. À ce moment-là. du Dictionnaire des philosophes. avec Véronique. sur la méthode régressive-progressive. J’ai donc travaillé cette bibliographie. Jean-François Marchat. le 11 janvier 2001 : Remi Hess. 2000. Dominique Samson.F. La relecture est longue : elle est multiple et plurielle. De la pourriture. Müller-Schöll pour Paragrana. je parviens à lire de l’allemand. relue et corrigée. compariason des deux éditions. mais sur l’écran de mon ordinateur. Marchat au restaurant Violas. Lefebvre dans mon journal d’AI. Véronique a encore tapé mon article sur Henri Lefebvre. La deuxième phase est celle où les choses s’agencent : on écrit des transitions. Tani Dupeyron. Petit Roland. 7 h 30 Réveil à 7 heures. je n’avais pas ouvert de nouveau cahier : je continuais à écrire sur H. Je commence mon journal L’année Lefebvre . Lefebvre. et il faut savoir finir. pour l’harmonie de l’ensemble. et conduit à refaire des morceaux nécessaires. Christine Delory-Monberger. jusqu’à aujourd’hui. Morin. Lefebvre. mélangeant les notations sur R. 262 pages. La logique du plan apparaît alors progressivement. Bref. que nous aimons particulièrement : je choisis le passage de la préface de Lourau à Pyrénées. Lefebvre : il a suivi ses cours à l’école pratique en 1968-1969 ! Je n’ai pas pu voir E. dont je partage les perspectives. à la grande époque de Georges Lapassade). Lourau et celles sur H. 66 . Présents à la cérémonie d’hommage à René Lourau. j’avais la bibliographie secondaire concernant les travaux écrits sur H. d’Henri Lefebvre. celui où l’on élève les murs pour construire l’œuvre. Anne-Laure Eme.

Lefebvre pour l’intégrer au début de ce journal : je fais le même tri en ce qui concerne Mayotte. Ainsi. j’ai construit un index matière. Lourau. Je décide d’élargir ce chantier : tous mes livres de H. j’ai donc continué à en faire un index minutieux. Lourau. je relis l’ensemble de mon journal 2000. À cette occasion-là. Relecture de Conversation avec Henri Lefebvre. on peut voir les prémices de ce qui va devenir cette année : une recherche systématique. À l’occasion de ce travail. Pour m’obliger à une lecture attentive. Hier. Lourau : La mort d’un maître. qui va me permettre d’avoir accès immédiatement aux idées que je cherche. J’ai promis à Charlotte de lui donner un exemplaire de ce livre (j’ai souscrit à 20 exemplaires). pour avoir ses livres constamment disponibles.donc mon journal d’AI. Hier. un signe : depuis 1990-92. Lundi 15 janvier 2001. Hier à midi. J'ai lu des extraits à Charlotte. centré sur mes rapports avec R. 9 heures Relecture de l’ensemble de mon journal d’AI : j’ai dégagé de ce journal. les parties concernant H. j’avais transporté ma bibliothèque H. commencée à Charleville : en lisant les pp. 8 h 30. paru chez Messidor. Depuis que je le connais. Lefebvre à Sainte Gemme. accompagné d’un petit mot d’Armand : Aussitôt. le texte de Patricia Latour et Francis Combes. venue à la maison le soir : elle adore ce texte. À 23 heures. et je trie ce qui concerne H. je dispose de réflexions. Ce livre est difficile. pour reprendre tout ce qui concerne H. 140 à 225 de Métaphilosophie. Mercredi 17 janvier 2001. Lefebvre. j’ai relu mes lettres à Hubert de Luze (février 1999-février 2000) : là encore. En même temps. que je viens d’envoyer par mail à Caroline Hugo. j’ai reconstitué à Paris un rayonnage de livres de H. j’avais l’idée de rééditer La production de l’espace. et de manière superficielle. Ce fut assez intuitif. que je découvre. mais il y a très longtemps. journées de travail autour du livre sur R. Lefebvre et je le rapporterai ici devant. Peut-être l’avais-je lu ? Il me dit quelque chose. pour permettre aux livres de sortir en février. non réfléchi : depuis longtemps. Lefebvre devront être relus dans cette perspective. Samedi et dimanche. j’ai recopié les passages concernant H. j’ai reçu Métaphilosophie. 67 . je me suis mis à la lecture de ce livre. Ainsi. Je viens de terminer les 4° de couverture de Du rural à l’urbain et Centre et périphérie. j’ai survolé Contribution à l’esthétique : la préface sera difficile à faire pour moi. Lefebvre : j’achetais ses dernières rééditions en deux exemplaires. H. mais inconsciemment. Ce gros travail permettra une efficacité ultérieure. Lefebvre est présent dans ma vie. j’ai découvert un début d’indexicalisation. mieux centrées sur des objets. mais les choses se sont faites sur une longue durée. je n’en étais qu’à la page 140 (il y en a 300). Je vais donc continuer aujourd’hui. je veux me mettre à l’écriture du livre sur R. Lefebvre.

d’irréductible : Ulrich Müller-Schöll a développé son dernier livre (1999). l’irréductible révèle les limites de validité d’un système théorique. des irréductibles. pas seulement une subversion. s'impose. tous mes engagements dans cette direction me révèlent l’impossibilité. non traité. Lefebvre. l’un des résidus. Lefebvre. éclatées. Toute mon implication. mais sans prendre le temps de l’écrire vraiment. mal traité administrativement. que j’ai pu avoir sur ce terrain n’étaient pas satisfaisantes : elles ne constituaient pas une praxis. Das System und der Rest. de lutte politique. livre traduit de l’italien par moi. politiquement. mais je n’ai pas fait les bouquinistes systématiquement . Le reste. mais aussi une perspective révolutionnaire. Je ne sentais pas l’inspiration d’un tel texte : tout ce que j’avais sur le sujet était “résiduel” : je ne parvenais pas à trouver un point de vue qui organise tout cela. lorsque j’ai cherché H. Une raison qui explique cette résistance : depuis toujours. le structuralisme et la robotique (partie sur la mimesis). les gens doivent faire trois ou quatre métiers. et permettre à mes étudiants d’entrer dans cette lecture avec des outils. Sylvain Sangla m’a dit qu’un exemplaire de la première édition était disponible place de la Sorbonne (chez Vrin). il me fallait faire cinquante pages de préface. Ainsi. éclatés : lorsqu’ils parviennent à vivre d’une seule activité. et que je n’ai pas édité. a disparu : comme depuis quatre ans la réédition du livre était annoncée par Syllepse. L’édition du Mandarin et du clandestin. Que me révèle ce travail d’élaboration d’un index ? Le “moment” est l’occurrence qui revient le plus fréquemment. Ce texte était court . non pensable par la Gauche. ils ont l’impression 68 . Charlotte m’a révélé un fait important : Miguel n’aime pas le statut d’étudiant : il veut un statut d’artiste. Le résidu n'est pas seulement l’analyseur. Lefebvre. dans le contexte de la gauche d’aujourd’hui. peut-être lu il y a longtemps (à l’époque de la rédaction d’Henri Lefebvre et l’aventure du siècle). Chez H. l’un des problèmes non pensé. une perspective. Lefebvre sur cette question. et l’exemplaire de la première édition que j’ai feuilleté. je ne l’ai pas trouvé : quand on possède des livres de H. pour la France de la gauche plurielle de prendre en compte cette question. Puis-je confrontater ce terme avec celui d’analyseur (révélateur). Dans Métaphilosophie. mais engage dans une pratique d’intervention sociale. l’analyseur ayant fait son chemin. Métaphilosophie : j’en suis à la page 282. pour faire de ma Théorie des moments. de La somme et le reste. non intégrable : la question des Sans Papiers. j’attendais ce livre pour m’y mettre. de l’irréductible peut être dégagé de l’œuvre de H. Lefebvre chez les bouquinistes. pour l’éditer. faire référence aux pages de la seconde édition sera une manière de saluer le travail accompli par Syllepse. je savais que Métaphilosophie contenait des développements importants sur les moments. il semble qu’il faille se mettre en route pour s’engager dans une praxis : cette pratique part des analyseurs. Pourquoi ? En Argentine. autour de ce concept. Hier. Il m’est possible de réintégrer dans ce texte ce que j’ai trouvé : sur le terrain de Mayotte. Je termine un index matières. La praxis contient un projet. les cibles sont la philosophie. faute d’une préface à la hauteur de ce texte. J’avais donc raison d’attendre la sortie de l’ouvrage. qui aurait dû être fait par Syllepse : cet outil est essentiel. et plus généralement sur l’interculturel. est un résidu : une théorie du résidu. totalisation de la pensée de H. L’étranger qui n’a pas de papiers est aliéné : il faut décrire la pathologie que développe Miguel . je l’enseigne. de la lutte des Sans Papiers. pour vivre. ils sont dissociés. dans le travail de la commission pédagogique. d’ailleurs. sa demande à notre endroit de faire un “miracle”. dans la théorie de l’analyse institutionnelle ? L’irréductible est toujours l’analyseur de la théorie ou du système .La théorie des moments est un autre projet que je traîne depuis dix ans : j'y pense. on se les garde. mais je ne me sentais pas le souffle. Les pratiques parcellaires. Une autre occurrence importante dans l’ouvrage. c’est la notion de résidu. qui accepte finalement de voir ce problème rester en plan. son désir d’avoir une carte de séjour.

je me suis aperçu que. L. par exemple. 10 heures 30. trois ne sont pas vraiment abordés : la théorie des moments. peut-être leur obtention de papiers ? 12 heures. Lefebvre est passionnante : tout texte de lui renvoie à un mouvement. on a dû créer une association pour le salarier : cette forme institutionnelle entraîne des coûts importants. je ne serais pas tranquille. et me rendra le livre et les trois pages d’index. mais celle-ci n’en veut pas ! La question des Sans Papiers ronge mon quotidien au niveau du domestique. et qui me demandent une lettre pour retarder leur reconduite à la frontière. relue au retour d’une sortie de théâtre (Les Bacantes d’Euripide). en Belgique. se rendra compte du travail accompli. qui veut réaliser son moment d’artiste. J’espère que l’étudiant qui l’a entre les mains. Cette lecture révèle que toute l'œuvre de H. Lefebvre lui-même. Je leur ai fait passer mon exemplaire du livre avec l’index. et diriger par H. en Italie. 141 Cf. 14 heures. reconnue. pas seulement pour lui. en Espagne. en France. dont je n’ai pas de double. pour lui permettre d’avoir une carte de séjour. et je suis parti sans reprendre l’ouvrage. Madame ? exige qu’il ait une “licence d’entrepreneur de spectacle” ! Il y a un an. il nous faut créer une entreprise de spectacle : il y aurait bien le mariage avec Charlotte. Lefebvre : son texte est excellent. j’ai trouvé Actualité de Fourier. pour lui donner une carte de séjour. au niveau de ma pratique professionnelle (fac). Pour permettre à Miguel d’avoir des papiers. de faire une maîtrise : ce diplôme n’a pas de sens pour lui. chez cet éditeur : Penser l’hétérogène. etc : elle est partout dans ma vie. une bureaucratie pas possible ! Voilà un exemple d’aliénation. je lui suggère de continuer la fac. Je viens de terminer Métaphilosophie et son index. Miguel “réussit” : sa danse est appréciée. Africains que je connais. Cet index dégage les grands thèmes de cet ouvrage : huit sortent. Je ai présenté aujourd’hui à mes étudiants de licence Métaphilosophie : je leur ai montré le travail d’index que j’ai fait sur ce livre.d’avoir réussi. avec qui je travaille pédagogiquement. Jeudi 18 janvier. pour Lucette. d’Ardoino et de Peretti. paru en 1975. Idée d’écrire à Desclée de Brouwer. mais aussi pour moi. or. ce petit texte pourrait être repris pour être appliqué à d’autres auteurs : Lourau. s’est acheté son appartement . hier. En comparant cet index avec la préface de Georges Labica. Une partie de ses revenus partent en charge. L’intérêt de l’index est de ne laisser aucun thème. C’est elle qui m’empêche d’avancer dans le travail théorique. de côté : on évite ainsi les résidus. Comment résister à ces Marocains. au moins pour le dernier tiers de l’index ! Tant que je n’aurais pas récupéré ce travail. J’ai oublié de noter qu’étant chez Anthropos. si celui-ci traite bien sept des dix principaux thèmes. pour porter mon livre Le moment de la création. Voir aussi la distinction d'H. Il gagne de l’argent. 69 . entre subversion et révolution. et comment ? Pourquoi ? au niveau de son mouvement. c’est elle qui me vole tout mon temps. pour leur proposer un livre dans leur collection “Témoins d’humanité 141 ”. Or. Qui lit Fourier ? se demande-t-il.

À l’occasion du repas de midi. au lieu d’être clair. pour participer à un colloque à Sciences Politiques. a voulu organiser un repas entre nous. intéressante en soi. mais cela m’oblige à aller au fond des choses : ce chapitre est une autobiographie de groupe. pour obtenir le poste de prof de socio. Il évoque l’attitude subversive de H. m’a-t-il dit. j’ai trouvé les épreuves de L’existentialisme. travail commencé dans le train entre Paris et Lyon ? Je ne sais. Lefebvre laissait accroire qu’elles existaient. Colloque de Lefebvre de novembre 2000. 70 . il a revu H. À propos des “ listes noires ” (des étudiants qui auraient été inscrits sur une liste pour leurs activités subversives). Je connais tous les arbres du parcours. Ce gros chantier : il faut réussir à le boucler. -Pour dépasser les tensions entre nous. pour une soutenance de thèse.Quels sont les livres les plus importants de H. et qui “n’existaient pas”. Henri Lefebvre n’avait pas fait de vague . compliqué. Dans le développement de l’œuvre de H. il est important de voir que ce vécu et cette description seront repris dans La Somme et le Reste. J’ai parlé brièvement. sur les intellectuels français. et je porterais le tout lundi. comme l’a souligné R. 9 heures Avant de partir à Lyon.. Comment ? Tel quel ou retravaillé ? à revoir ! Sur l’existentialisme lui-même. et moi datait de 1959 ou 1960. Que dire sur L’existentialisme ? J’ai relu le premier chapitre. sur les Scouts de France : nous sommes six dans le jury. mais personnellement. C’était quelqu’un de complexe. ensuite. Lefebvre. 15 heures. Mais cela s’est très mal passé. après la sortie de La somme et le reste. vite et bien . -Il refusait d’assumer toute responsabilité. m’a-t-il dit. je pense proposer un index des noms cités et un index des matières. C’est intéressant de tenter de démêler cette complexité”. “Tu l’as bien connu. j’ai pu formuler quelques questions à René Raymond. ce pourrait être Métaphilosophie. réflexion philosophique intéressante : on ne peut pas critiquer la production de cette pensée qui se déploie… 142 Cf.L. mais l’homme me déplaisait totalement. L. la femme d’Henri Raymond qui était mon étudiante. J’ai parlé le premier : me voici donc libre. je note qu’en rentrant hier. lorsque celui-ci. que je vais corriger dans le train : je ferais la préface ce week-end. Oserai-je corriger les épreuves de L’existentialisme.L. J’avance lentement (du fait de la relecture technique). quinze peuvent être cités 142 : cette question est abordée à la fin du cours. Raymond. en poste à Strasbourg. L’argument lancé par Lefebvre : “J’en ai marre de faire Paris-Strasbourg en train. De même que mon livre sur Lourau. H. Il trouve cela très intéressant. Lefebvre : -J’ai apprécié l’œuvre. à propos de H. soufflant sur le feu en 1967-68 à Nanterre. en tant que rapporteur de la thèse de Philippe Da Costa. Vendredi 19 janvier.” J’ai expliqué à Guy Avanzini mon travail sur H. “vint faire sa cours à Paris X”. René Raymond avait invité Henri Lefebvre. Le premier contact entre H. Lefebvre ? Pour Georges Labica. mais d’autres donnent d’autres titres .L.

5 h 30 Réveil trop tôt. dans sa biographie. qui dit des choses. je reprends la relecture des articles de H.L. et aussitôt. Lefebvre (livres) : j’ai commencé à relire les articles. épuisé que j’étais par la production de l’index-matières de L’existentialisme. Après avoir tenu mes journaux. l’index de Métaphilosophie. Durant l’été à Sainte-Gemme. Pour Métaphilosophie. j'ai décidé de rééditer ce livre. permet de coller davantage au texte. idée de donner comme “annexe” à L’existentialisme. dans les postes de la fonction publique. Cet exercice est totalement fou : dans de nombreux passages. Ensuite. relire plusieurs fois le texte permet de décider du terme que l’on va appeler. beaucoup de thèmes de Métaphilosophie sont déjà dans L’existentialisme… Pour renvoyer au 71 . Relecture des épreuves de L’existentialisme. j’ai l’intention comparer les deux ouvrages . j’ai décidé de faire un index auteurs. Pourquoi ne pas l’intituler : “De la beauté d’avoir des ennemis” ? Hier. J’avais compris qu’Henri avait été violemment attaqué par les Sartriens. J’ai terminé la bibliographie vers 11 h 45. sur une durée plus longue : faire ce travail en une fois. par exemple. Pascal Nicolas-Le Strat. je me suis mis à l’index matières : je n’ai terminé que vers 22 heures. pour permettre ainsi au lecteur de comparer les thèmes abordés : dans la préface. qui démontre. Lundi 22 janvier 2001.P. et qu’il avait laissé les choses en l’état. Après lecture. Dimanche 21 janvier 2001. Samedi 20 janvier 2001. hier. mais je l’avais fait. mais je me suis couché de bonne heure. pour avoir employé des termes “orduriers” contre leur maître. sans pause. Lefebvre : je commence à penser à la préface. reprenant telle ou telle pensée ou développement dans d’autres ouvrages. je pensais davantage à “Le moment philosophique d’HL”. s’inscrivant dans une logique de construction d’un point de vue sur le monde . à la Bibliothèque nationale de France. montre que J. il me faudra être terriblement concentré . Mon index valorise ce texte. La philo se fait aux marges . suit un fil. puis j’ai relu la bibliographie de H. il défend l’idée que la philosophie ne peut pas se faire. J’avais déjà lu ce livre. dont je disposais depuis 1992 : je l'ai reçu en cadeau d’un ami. que je n’ai jamais assez remercié. Sartre ne fait que redonner aux lecteurs des questions déjà explorées en 1928-29. et Sartre. ce travail ne m’avait pas demandé la même énergie. En me réveillant. Les rapports sont complexes entre H. lui est manœuvre puis chauffeur de taxi : cette expérience est riche pour se confronter à la ville.L. en 1987 : à l’époque j’écrivais mon Lefebvre et l'aventure du siècle. le texte est difficile à comprendre . je dois le faire d’un trait. que je n’ai pas encore commencée. en me laissant entendre que répondre à cette question serait vraiment trop long et difficile.Métaphilosophie est déjà présent dans cet ouvrage : H. et de ne pas laisser échapper un thème mineur. J'en ai parlé avec Henri : “Pourquoi n’avez-vous jamais réédité ce livre?” Lefebvre avait haussé les épaules. je me lancerai dans l’index des matières : ce sera un travail subtil. hier.L. H.

telle que je l’ai dans la tête en ce moment : son écriture amènera forcément des développements. J’avance la préface de L’existentialisme dont j’ai été reporter les épreuves hier. Lefebvre. comme annexe de ce livre n’est pas une bonne idée. Elle m'a dit qu'Henri avait toujours eu un côté mondain : il ne parlait que de son dernier livre et d'oubliait tout ce qui a pu le précéder. et lancer une liste de publication trois fois plus longue qu'hier. Dès que j’aurai lu. et attendre le retour du prochain jeu d’épreuves pour rendre ma préface. constitution d'une bibliographie de R.texte de L’existentialisme. Lourau . sans explication. Nous nous sommes promis de nous revoir : Maïté Clavel. et surtout H. qui le connaissent déjà. nous avons parlé d’H. publié en 1957 dans Les temps modernes. en regardant mon courrier électronique. et en proposant aux destinataires de me faire parvenir des textes que je ne connais pas. dont je n’ai pas encore l’idée. j'ai trouvé cette expression d’H. 9 heures. on trouve douze références nouvelles. Le texte de Michel Contat. Au cours de la journée. Dans la biblio de Gaby Weigand (1984). me conduit à retrouver des textes importants dans cette perspective : “Le marxisme et la pensée française” (1956). Lefebvre concernant son livre : "J'aurais pu lui donner comme sous-titre : l'art de se faire des ennemis". à envoyer aux Lefebvriens. etc : ce matin. Ce matin. fait avec Véro. J'aurais des services de presse. il me faut avoir la pagination définitive. nous avons retrouvé plusieurs listes d'articles de René : Véro les a entrées en mémoire. ainsi que la partie (pas seulement le chapitre) concernant la contextualisation de L'existentialisme dans La somme et le reste. relu hier et avant-hier. à Saint Gemme je dois retrouver mes propres listes de publications : je ne dispose pas de mise au net de mes propres textes ! Hier. titre à donner à ma présentation. travail sur ma préface à L'existentialisme : j'ai regroupé des textes (briques. en donnant la bibliographie dans l'état. Mercredi 24 janvier. l'idée de faire un mail collectif à toute ma liste d'AI. je le crois aussi. qui admire mon efficacité. Hier. Je vais donc donner à Anthropos le travail déjà accompli. avec Véro. m'a dit aussi que La production de l'espace était très bien acceptée par les étudiants d'aujourd'hui. Elle pense donc que Du rural à l'urbain va marcher. Le prix de vente est à 149 francs : j'aurais préféré 140. 72 . 5 heures. je me mettrai à la préface. J'ai corrigé hier les épreuves des couvertures de Du rural à l'urbain et de Centre et périphérie : ces livres seront en librairie en février. au cours de ce travail. Le même travail coopératif est à faire pour G. sur "Sartre" (Dictionnaire des philosophes de 1984) est une autre ressource. Dans La somme et le reste.) pouvant trouver leur place dans cette préface. essentielle car le texte que je donne à lire n'est pas facile à comprendre. je puis annoncer la première liste de gagnants. mais on n'en a pas parlé avec Jean. Ces textes m'aident à contextualiser le débat. plus qu'aux Institutionnalistes. Mais Caroline m’a rappelé pour me dire que l’idée de publier l’index de Métaphilosophie. et répondu aux mails qui ont dû s’entasser. Le travail de gestion d'archives. Maïté Clavel m'a téléphoné hier . Lapassade. Mardi 23 janvier 2001. Lefebvre . plusieurs messages de participants au concours : Jacques Guigou et Bernard Lathuillière me donnent quatre nouvelles références chacun.

La somme et le reste représente un déplacement. il relit ses textes de 1924-28 (A) . il me faut rapidement me mettre à mon livre sur R. Dans Le temps des méprises (1975). pour Du rural à l'urbain et Centre et périphérie. Nous faisons du tango ensemble. Avec Lucette. La productivité est liée à un engagement. je vis la superposition des temps. Ce livre sera fantastique : je trouve chaque jour de nouvelles idées et de nouvelles sources. Les philosophes jouissent de travailler sur un mode artisanal. comme des Traités. chance pour moi. Comment Henri Lefebvre a-t-il fait pour produire autant ? cette question qui m'est souvent posée. lors de nos entretiens. on parlait de la saturation d'Anthropos que je provoque. d'autant plus que ces textes deviennent de plus en plus longs. de retrouver Th. par exemple : ses "programmes". Il faut penser à L'existentialisme aussi. le chantier va plus loin. il réévalue le tout . thème qu'il reprendra dans un article de 1990. j'établis la relation thématique des deux livres. je suis en train d'inventer une philosophie industrielle. une avancée sur plusieurs points. autant pour le Rabelais je risque de devoir rester dans le général : comment faire autant de préfaces sans se répéter ? véritable défi. suivi et évolution des thèmes sont des questions centrales : éternel retour ? à plusieurs endroits. et moi. mais les autres aussi sont excellents. pour lui.. dont j'ai perdu les références : chez Henri Lefebvre. Dans L'existentialisme (B). elle aussi enseigne en urbanisme . il parle de l'ennui du communisme. Paquot : comment arriver à échanger avec lui ? comment l'aider à s'impliquer dans le centenaire d’H. mais deux livres peuvent sortir d'un tel projet. Lefebvre. et à la construction d'ethnométhodes particulièrement efficaces. Henri dit que. Réussir ces services de presse aidera à la dynamique. Il ne les réalise pas toujours. il relit A+B et quelques autres. encore une fois : dans le texte de 1958. Lefebvre se donne des programmes. Lefebvre ? Chez Anthropos. pour lui demander des sources post-modernes sur Henri Lefebvre : je ne sais pas si elle se sentira motivée pour faire ce travail. En relisant La somme et le reste. en 1943... avec moi.. ils sont saturés : ils n'en peuvent plus. Hier. Dans ce travail. Lefebvre. puis à celui sur Les moments qu'Anne-Marie Métailié veut publier. professeur de sociologie à Strasbourg. 73 . hier. ou dois-je faire passer avant La survie du capitalisme ? Il y a moins de travail dessus. Mon but est de tenir le rythme : un livre par mois ! L'index de Métaphilosophie ayant été écarté de la réédition de L'existentialisme. il développe l’idée de continuum. signe encourageant. des époques. dont il fait le plan. Ce qui me fait plaisir. Véro a commencé à faire des listes de service de presse. par ma surimplication : pour desserrer l'étreinte. Il faut que j'en parle avec Jean. penser à la mettre sur les services de presse. dans La somme et le reste. en huit volumes. j'ai écrit à Suzy Guth. Dois-je donner d'abord le Rabelais. mais avoir envie de le lire : elle est jeune. Pour la littérature. je suis d'accord. Véro fait avancer les choses de façon remarquable.Thierry Paquot m'annonce l'envoi du Rabelais. mais les références anglaises ou américaines manquent dans mes travaux : je suis trop centré sur l'Allemagne. Lourau. Dans La somme et le reste. j'ai découvert qu'il oublie le Rabelais : cela ne va pas rendre facile la préface : autant je vais pouvoir trouver beaucoup de choses à dire sur L'existentialisme. même si les Allemands ont énormément travaillé sur H. c'est que la fille qui est prof d'urbanisme à Lille (son nom m'échappe) et à qui j'ai donné Espace et politique m'a dit ne pas connaître vraiment H. les meilleurs chapitres de L'existentialisme sont ceux sur Kierkegaard et Nietzsche . et c'est amusant de pouvoir ainsi échanger sur son boulot : Corinne Jaquand ne me donne pas signe de vie .

je continue donc de la sorte). Je prends contact avec lui : il va m’en faire des photos. Mon ouvrage sur H. De mon côté. qui va paraître en mai. d'autres journaux aussi . Je termine ma préface à L'existentialisme qui sortira en mars . Paquot et Armand Ajzenberg : “Cher Thierry. Pierre Lantz aurait besoin d'une photocopie du Nietzsche (La fin de l'histoire est marquée par ce livre sur Nietzsche) : peux-tu me procurer cette photo ? S'il y a un coût. je suis très impressionné de ton courage de lire mon livre en allemand. sortira chez Anthropos Du rural à l'urbain. Je vais m'en occuper ! Récemment. Métaphilosophie est. qui n'a pas eu lieu à cause de la 74 .Samedi 27 janvier 2001. Syllepse vient de sortir Métaphilosophie. Avez-vous la première édition de L’existentialisme ? sinon. 14 h 35 Je viens d’envoyer les messages suivant à T. qui ne sont pas dans ma biblio. après une période d'éclipse. dans les revues ou la presse. Laquelle ? je voudrais susciter en juin (Henri est né le 16 juin) une pluie d'articles ou de dossiers. je trouve que ce courant de pensée est très proche de lui. Armand me téléphone ce matin : Jacques Rouge a noté des articles d’Henri. En effet. je lui donne les épreuves de L'existentialisme. où il y a un chapitre sur Nietzsche. On n'a pas pu parler "Que sais-je ?" et autre. je serais heureux de vous faire parvenir la seconde. dont H. Lefebvre. J'aurais dû faire une conférence sur Lefebvre et l'espace à Dubrovnik. inspirée de H. J'ai bien reçu le Rabelais. Lefebvre se dit content dans La somme et le reste. Lefebvre va sortir en poche chez Métailié. Bien à toi. Vous voyez que le centenaire d'Henri Lefebvre ne passera pas inaperçu dans notre maison d'édition : je suis très heureux que ce soit vous qui m'aidiez pour le Rabelais. Je te confirme mon véritable intérêt pour les disquettes de La conscience et Méta. L'École émancipée a retenu 8 pages. Pierre Lantz doit le préfacer. Qu'en penses-tu ? Je me souviens que vous avez parlé de Christoph Wulf. en février. tu m'as tutoyé. comme à paraître. pour sa préface. au moins d'un point de vue philosophique. Malheureusement. Lefebvre en 1982 (Le Monde et Autogestions) : je rêve de vous trouver une place pour la célébration du centenaire. Lefebvre. qui m'a seulement dit qu'il allait m'écrire en réponse à mon courrier (il fait la recherche documentaire. Je lis les travaux de Christoph Wulf sur l'anthropologie historique . Encore merci. Pour La fin de l'histoire. H. bien qu'il ne cite pas H. J'ai relu cette semaine vos entretiens avec H. très occupé. Ulrich m’écrit : “Cher Remi. j'ai écrit un article sur Lefebvre et le problème de l'état. je puis payer . que je lui avais demandée). merci beaucoup de ta visite de jeudi : elle est porteuse de possibles ! J'ai oublié de te donner l'index-matières de Métaphilosophie. et je ne connais pas sa vitesse d'écriture. mais ces derniers temps je n'ai rien lu de lui. Je suis parti précipitamment aux PUF.” “Mon Cher Armand. ” Dimanche 28 janvier. il est important d'annoncer ce livre. où j'ai vu Prigent. le livre plus important de Lefebvre. dans un livre dédié à Eberhard Braun. Je ne sais pas encore si le Rabelais sera pour avril ou mai : cela dépend de La fin de l'histoire . les livres de Lefebvre n'ont pas la chance de reparaître en ce moment. en Allemagne. merci beaucoup (dans la dernière lettre. comme quand nous nous sommes rencontrés à Paris . Je vous en remercie. en un certain sens. Lefebvre bénéficie d'une conjoncture favorable en Allemagne et aux États-Unis (qui projettent l'édition de De l'état). qui publiera également ma Théorie des moments.

Armand Ajzenberg pense qu'il faut demander aux éditions sociales de le rééditer (pour les punir). Je cherche quelqu'un pour le Rabelais.situation politique au Balkan : je saisis toujours les occasions de travailler sur Lefebvre. mais il reste trop productiviste. il est vraiment pour : je ne me souviens plus si je t'ai dit que L'insurrection situationniste. et la contre-dépendance à ces puissances n’est pas non plus très créative. il est proche des Minima Moralia d’Adorno. Cela compte pour moi d'avoir cet avis. au sein des universités modernistes. Lourau a préfacé 5 livres différents de Lefebvre de La somme et le reste jusqu'à Pyrénées : j'estime important que l'AI continue à être présente dans ce mouvement. sans compter L'existentialisme. Jacques Guigou m’envoie le message suivant : “Cher Rémi. et à plus tard. et trop peu attentif à la suppression du travail productif réalisé par le capital lui-même). ni relégitimer) avec le passé politique de notre génération (les années 55/75). détruit. C’est ce qui me fait actuellement écrire une critique de l’institution imaginaire de la société de Castoriadis . que je travaille particulièrement. tout en s’en séparant sur le plan stratégique puisque ce dernier avait finalement choisi le camp du despotisme étasunien. de l’État et de leurs représentations. tu as bien fait de faire rééditer L’existentialisme. ta dernière lettre présente une orientation et un plan de travail intéressant pour l'histoire de l’A. j’ai trouvé ce livre en bon état chez un bouquiniste (l’achevé d’imprimer est du 7 novembre 1946). n’est pas le lieu idéal pour réaliser des activités qui nécessitent une indépendance vis-à-vis du capital. mais il porte une critique politique des métaphysiques (Heidegger). dans toutes ses sensibilités. Bon vent Rémi. et mon désir est d'amener les anciens auteurs à retrouver une place dans cette maison. car comme c'est un livre faible. Jean n'était pas contre. Lundi 29 janvier 2001. Jacques”. et commenté. Toutes les tendances idéologiques et politiques qui ont lu Lefebvre. Du Rural à l'urbain. alors qu'il sortait des presses. On envisage de demander à G. par décision de la censure stalinienne. sur les activités autour de Lefebvre ! Herzlichste Grüße. Je te remercie de ton message. en arrivant à Montpellier. en effet. mais maintenant.I. L’université. En 1991. mais toi. Au départ. qui a des idées sur La survie du capitalisme. pour prendre mon poste à l'IUFM et à l'UPV. je suis très intéressé de recevoir toute information possible. ont leur place dans ces rééditions . N'astu pas parlé d'un truc web sur Lefebvre ? Comme je l'ai déjà écrit. Tu représentes une sensibilité qui a participé à l'Anthropos de la période Lefebvre. L'intention de renouer des fils (ce qui ne signifie pas commémorer. Bien sûr qu’il comporte des rengaines staliniennes. C'est fou ce que j'ai lu depuis trois mois ! Dans le mouvement de réédition d'Henri. on fait du "Lefebvre pluriel". en dehors 75 . Comment et pourquoi le capitalisme a-t-il “survécu” ? (La survie du capitalisme de Lefebvre avait déjà bien amorcé cette analyse. Làdessus. parmi les animateurs du mouvement de renouveau. qui vont être le socle idéologique de la domination social-moderniste après la Seconde Guerre mondiale. Je lui réponds : “Cher Jacques. Pierre Lantz va préfacer La fin de l'histoire. mais je préférerais faire cela chez Anthropos. dans cette contre-dépendance à l’université. il n'aura aucun lecteur tandis que s'il participe à un paquet. a été un des fondements de notre revue Temps critiques. Je prends conscience que je ne t'ai pas vraiment lu ces dernières années : je veux rattraper mon retard. Labica de préfacer le vol 2 du Traité de matérialisme dialectique qui avait été mis de côté (il est déjà le préfacier de la réédition chez Syllepse de Métaphilosophie qui vient de sortir). Nietzsche). je sollicite des préfaces des uns et des autres. René Lourau et ses disciples se sont trop souvent stérilisés. Uli Müller-Schöll ”. il peut être découvert. s'il est aux éditions sociales. J'étais intéressé de rééditer La survie du capitalisme que tu évoques : étant donné que j'ai déjà préfacé la série : Production de l'espace. je cherche des personnes susceptibles de faire des préfaces nouvelles. R. Espace et politique. des phénoménologies (Husserl) et des philosophies de la subjectivité (Kierkegaard. te sentirais-tu l'envie de faire la préface à ce livre. On en discute dans notre groupe de travail.

et te préciserai ultérieurement s'il manque un article (mais seulement à partir de 1987 car malheureusement je n'ai pas la collection entière). Armand Touati. texte à nous envoyer avant le 5 mars). avant d'aborder ta lecture. À bientôt. Il me manque le tome 4. mentionne 67 références à Lefebvre. À très bientôt. sur la réédition de ses œuvres. de Müller-Schöll.” 76 . le mieux est que tu lui écrives ici (31. Compte tenu du planning assez chargé de Cultures en mouvement. livre introuvable en français d'ailleurs. une réhabilitation. Qu'en pense-tu ? Je pense pouvoir le publier dans le numéro de mai (parution fin avril. Hier. avant de te passer la commande officielle. bonjour ! Pour René. Lis-tu l'allemand ? plusieurs livres importants sur Lefebvre sont sortis ces dernières années dans cette langue.” Mardi 30 janvier 2001. d'ailleurs. Lourau : il y a aussi ma préface qui explique le contexte du travail actuel. Debord. D'un volume de 15 000 signes y compris un encadré sur les publications et le colloque de juin. Amitiés. j’ai pris contact pour des articles éventuels avec Cultures en mouvement. je te propose de rédiger un article rappelant le travail théorique et la trajectoire d'Henri Lefebvre.” Nicole Beaurain : “Cher Rémi. Elle m'a même invité chez elle pour l'aider à régler une traduction américaine de De l'état. un dépassement de vieilles histoires qui. alors que je n'apparais que dans les auteurs ayant écrit sur le mouvement. d'une certaine manière. Cela te donnera l'état de la biblio que l'on enrichit au fur et à mesure. se narrent maintenant autrement ! Si tu es d'accord pour préfacer La survie du capitalisme. après la mort de G. Armelle : sa boîte à lettres étant moins que sûre. j’ai eu les réponses d’Armand Touati et Nicole Beaurain. Sciences humaines et L’homme et la société. Je vais te faire parvenir un exemplaire du Rural à l'urbain à sa sortie (nouvelle édition). Cette œuvre. comme pour R. sorti en 1999 : c'est vraiment très fort. ce colloque le justifient largement. Je suis dans la lecture de Das System und der Rest. je vais regarder dans les tables de la revue. Ce texte devrait introduire à l'œuvre des lecteurs qui ne la connaissent pas ou peu. C'est donc. comme toi. Armand Touati : “Cher Rémi. Merci pour ta suggestion. l'actualité éditoriale. Amitiés de Nicole Beaurain.de te citer. Pour un compte rendu sur HL et Métaphilosophie : Pierre Lantz s'est chargé de faire une longue note critique. Le soir. pour Lefebvre aussi. dis-le moi. je ferai le nécessaire pour qu'un contrat soit fait pour nous autoriser à rééditer ce livre (actuellement Catherine a les droits de son mari : elle accepte toutes mes propositions). À ce moment-là. dans la rubrique " idées-histoire du présent". et la conceptualisation qui en a découlé dans ton travail. rue des Messiers 93100 Montreuil). Remi. Il est classé comme auteur du mouvement. À quelle adresse dois-je te faire parvenir ce livre ? espérant que tu accepteras l'idée de préfacer La survie du capitalisme.

ne faut-il pas refaire l’histoire des grandes étapes de la pensée pédagogique. Ce livre situe la pensée de Lefebvre par rapport aux pensées de Bloch. par sa réflexion sur l’herméneutique. Marcuse. lorsque Véro est là.Hier après-midi. et à sélectionner quelques textes à faire taper à Véro. Il était rassuré que je travaille sur ce livre . On va lancer le chantier Lapassade. il n’apprécie pas que je travaille sur H. en en proposant un dépassement ? Mais quel changement proposer aujourd’hui du système éducatif : il y a une tension entre pédagogues et fonctionnaires du savoir. Guattari. cela fait des chantiers chargés à gérer en même temps. d’heures de travail cela me demanderait-il ? Il faudrait le faire à deux. j’ai essayé de lui dire que ma relecture de l’œuvre d’Henri me donne une clé pour aborder l’éducation nouvelle. Cette semaine. Elle va repartir faire une tournée. je retrouverais une certaine efficacité dans l’après-midi. c’est la pédagogie institutionnelle et la posture de l’autogestion pédagogique . notre livre sur L’école. d’un auteur à l’autre. Championnet. elle a raison. j’avance un peu dans sa lecture de Métaphilosophie. pourrait y participer. mais complémentaire… Mais. Je comprends le mouvement de ce livre. cette année : la Théorie des moments . 143 Métaphilosophie. nous sommes sur la bonne voie. Pour Lucette. Véronique m’aide merveilleusement bien. mon livre important. l’enfant et l’étranger. En même temps. Lourau et le chantier H. Lefebvre. 77 . Véronique a formidablement avancé les bibliographies de Lefebvre et Lourau : elles sont pratiquement parfaites. permet la progression de la pensée 143 . j’ai commencé à relire les archives de l’AI. Lors d'un petit échange avec Lucette hier (nos relations sont trop dispersées du fait des charges administratives qui pèsent sur elle). car cette année. Il faut refaire La relation pédagogique. mais ce livre passe par d’autres détours… Mercredi 31 janvier 2001. Ce livre mérite d’être traduit. je traverse des phases de fatigue. je sens l’importance de lancer un chantier Interculturel et éducation. Georges suit par téléphone l’avancée du projet… Christine était à Berlin. Je travaille souvent le matin très tôt . contradictoire avec le travail sur l’AI. j’ai travaillé sur mes archives d’AI : G. un ouvrage sur l’éducation nouvelle. Christine. il dépasse la philosophie dans une métaphilosophie : aujourd’hui ne. etc. etc. pour me dicter une traduction approximative que je mettrais en bon français en tapant le texte à la vitesse de l’énonciation ? Avec Véronique. Lapassade m’a téléphoné. chez les syndicalistes qu’il y a une cause pédagogique à certains problèmes : ce qu’il faut repenser. il faudrait refaire un vrai livre sur ces questions. Lefebvre. Je me suis replongé dans Das System und der Rest de Müller-Schöll : tous les jours. D’autres choses surgiront alors d’elles-mêmes : traduction de Schleiermacher. Armand m’a demandé si ce livre méritait d’être traduit . Je réfléchis à mener de front tous ces projets : mon travail sur Lefebvre n’est pas. L’an prochain. pour moi. d’un système à un autre. mais combien de jours. Je crois qu’alors. Je suis trop capté par le chantier R. Comment dépasser cela ? J’ai lu dans le Monde hier que les choses bougeaient à la FSU . je tente de travailler parallèlement l’AI et Lefebvre. mais quel Allemand serait assez motivé. aujourd’hui je réponds : oui. et elle me demande la fin de mon livre : je ne parviens pas à me remettre dedans. Ce chantier sera conduit avec Lucette . il me faudrait faire une sieste après le repas de midi. H. il n’y a plus d’hostilité entre les différents discours. évidemment. puis les chantiers Lobrot. mais aussi L’existentialisme. comme la résolution de questions parcellaires qui. Mon rythme biologique doit être réfléchi . On prend conscience. mais je me vois mal traduire 350 pages. Lefebvre analyse l’histoire de la philosophie.

Dans ce contexte. j’envoie un rapport du travail de la journée à Armand Ajzenberg : 78 . de longue durée. Actuellement il me faut terminer d’urgence mon texte sur Mayotte pour Gaby : elle a besoin d’un délai pour traduire . Nous avons tellement d’avance sur les autres. Ce dossier doit permettre de penser tous les problèmes actuels de l’AI. René Lourau. Il me répond : “Cher Remi. et cela est très important. Pour Lefebvre. J’invite de nombreuses personnes à s’y associer. Salut. Correl Wex (il a écrit sur Lefebvre et l'état). a permis à Christine de la relire et de la commenter. Comment bien vivre avec Romain. c’est l’occasion de former Véro à la réalité du terrain. qui a organisé un colloque sur l'état. c’est le plus urgent. voir aussi la Ernst-Bloch-Assoziazion (page web : www.. (qui est le plus intéressé en ce qui concerne le marxisme non-dogmatique en Allemagne en ce moment) . avec le même sérieux que le tennis me fait certainement quelque chose au plus profond de moi. Un texte de trente pages suppose une vue d’ensemble. un Suisse qui est en train de préparer un "doctorat" sur Lefebvre . par exemple) ? Merci”. Paul-Löffler-Weg 7. As-tu les coordonnées d'autres Allemands susceptibles d'être intéressés (Heinz Sünker.J’ai relu le dossier du conflit de 1980 (chercheurs et praticiens) : très dur. je dois faire cela bientôt.ernst-bloch. Ulrich ” Le soir. Les tensions entre moi et Georges. mais presque terminée. Comment faire pour avoir du temps devant soi. lors d’une discussion matinale avec Lucette. sont celles que vivent maintenant les étudiants avec moi . Puisqu'il y a beaucoup de points communs entre H. ma préface pour L’existentialisme me demande du temps… Le weekend est le moment le plus adapté pour moi pour me lancer dans un travail solide. Wolf Dietrich Schmied-Kowarzik. récolte une partie de la mise. prof de philo à Tübingen (il a fait une conférence sur Lefebvre). Christian Schmidt. je vais être entièrement noyé. Lefebvre et Ernst Bloch. Le fait que Christian Dubar passe la soirée d’hier à la maison me fait me demander : ne faudrait-il pas faire un come-back en danse en 2003 ? Il faudrait reprendre des initiatives sur ce terrain aussi. Je travaille à un élargissement du comité d’organisation du colloque Lefebvre. Globalement. alors que je n’avais besoin que de trois heures pour la conclure définitivement ? La version provisoire. Si je ne parviens pas à conclure certains chantiers. car les épreuves vont arriver. il y avait des conférences sur Lefebvre : l'organisatrice s'appelle Doris Zeilinger.net). Eberhard Braun. et le week-end prochain va être bouffé par les Verts : c’est la réunion de la commission Éducation. c’est énorme ! En même temps.. je suis assez lucide sur ce qu’il faut faire et je le fais. lorsque les épreuves de tel ou tel livre vont arriver. prof à Kassel. voilà des adresses d'autres Allemands : Heinz Sünker. être calme et garder une vue globale d’un chantier ? Ai-je eu raison d’interrompre ma troisième partie du Sens de l’histoire. qui était en réserve. J’écris à Ulrich : “Cher ami. mais il y a aussi le texte pour Christine. tout en tenant mon cap ? vraie question ! Il y a aussi le chantier “interventions” que je n’aurais pas dû accepter pour l’académie de Créteil : huit jours. L’organisation du colloque Lefebvre a beaucoup avancé hier. J’ai rêvé que Charlotte acceptait de signer avec moi Les trois temps de la valse. 72076 Tübingen (c'est sous sa direction que j'ai écrit ma thèse sur Lefebvre (il n'a pas de e-mail). Le fait que Romain se mette au tango. Jeudi 1er février 2001. merci de te joindre à notre comité. Voilà tout pour le moment. informer aussi : Helmut Fahrenbach.

Guigou. En témoignent le nombre impressionnant de rééditions de ses livres depuis deux ans. Das Treffen wird eher informellen Charakter haben. Mercredi 27 juin : Lefebvre métaphilosophe (matin : son travail pour dépasser la philosophie après-midi : théorie des moments et méthode régressive-progressive). D. Lucien Bonnafé. Auteur de 68 livres. qui me donne les adresses de 6 Allemands branchés sur Lefebvre. Authier ne peut pas venir. ZENG Zhisheng (Chine). Paquot. sondern eher kurze Beiträge zu unterschiedlichen Themen. Es sind keine langen Vortäge geplant. de la pédagogie. Juni 2001 eine kleine Tagung an der Universität Paris 8 (Saint-Denis) veranstalten. wenn möglichst viele deutschsprachige leser von Lefebvre zu der Tagung kommen könnten. Pour tout contact : Remi HESS remihess@noos. Remi Hess. Dazu möchten wir Sie herzlich einladen. L. l’après-midi : s’inscrire dans le prolongement de l’œuvre d’Henri : l’œuvre de René Lourau (1933-2000). D. Patrice Ville. Coulon. Renaud Fabre. J’envoie à Gaby le mail suivant : “Chère Gaby. Arnaud Spire. Peux-tu me la donner. et d’autres chercheurs. Elisabeth Lebas (Grande-Bretagne). Nicole Beaurain. qui viendra. Christine Delory-Momberger. peu nombreux du fait de la grève. Ulrich Müller-Schöll hat mir 6 Adressen von Lefebvresdeutschenautoren gegeben. A. du mardi 26 juin au jeudi 28 juin 2001. de l’explication et de l’explicitation. Ahmed Lamihi (Maroc). Christian Schmid (Suisse). Refus de Th. Jeudi 28 juin : Lefebvre pédagogue (le matin : son art de l’enseignement. Benyounes Bellagnech.” Ensuite. Comité scientifique et d’organisation en cours de constitution : Armand Ajzenberg. P. à la fac. Ulrich Müller-Schöll (Berlin). Makan Rafatdjou. J. j’ai distribué l’annonce du colloque à mes étudiants. Clémentine Dujon. Geburtstags werden wir vom 26. Corrigé de ma lettre par Gaby : “Liebe Leser von Henri Lefebvre in Deutschland. Kann Ich dieser klein Texte Schicken ? Kannst Du meine Fehler korigieren ? Danke. Zahlreiche Werke von Lefebvre sind ins Deutsche übersetzt. son travail de vulgarisation . Henri Lefebvre ist im Juni 1901 geboren. Jean-Pierre Lefebvre. accepte de présider cette rencontre. Robert Joly. Ville. à la lutte pour un monde plus humain et à l’ouverture. Georges Labica. etc. Né le 16 juin 1901. s'il te plait ? Réponses favorables d'Ahmed Lamihi. Zu Ehren seines 100.au global). Pierre Lantz. comme je l’avais fait la veille auprès des membres du conseil d’UFR : le colloque Lefebvre est sur orbite. Anne Querrien. Lucette Colin. und wir würden uns gerade deshalb auch sehr freuen. traduit en trente langues. Laurent Devisme. bis 28. Sylvain Sangla. qui viendront témoigner). Très long mail de Müller-Schöll. Maïté Clavel. Sa pensée nous invite à l’invention. Bist Du einverstranden in unsere Komite zu sein ? Remi. vivants. Wichtig erscheint uns vor allem der interindividuelle Austausch. Bonnafé. Dan Bechmann. Daniel Bensaïd. son œuvre bénéficie aujourd’hui d’un regain d’intérêt autant aux États-Unis qu’en France. du local . ” Colloque " Centenaire d’Henri Lefebvre " Université de Paris 8. Alain Coulon. Je les contacte.fr Vendredi 1 février 2001. Bensaïd. David Benichou. mais est trop chargé. 79 . M. Bechman. Mardi 26 juin : Lefebvre.“Cher Armand.la ville . arrive l’acceptation d’Arnaud Spire . j'ai dû faire une faute en recopiant l'adresse électronique d'Élisabeth Lucas. Marxiste ayant refusé le dogmatisme. penseur du quotidien et du mondial (matin : la critique de la vie quotidienne aujourd’hui . Jacques Guigou. Le président de l’université de Paris 8. Henri Lefebvre est décédé en juin 1991. Kurt Meyer (Suisse). après midi : être sujet des processus de mondialisation. il a pensé de nouveaux objets.

Sur le plan des autres éléments de ma transversalité. Lever à 5 h 30. François Dosse. alors que j’avançais La mort d’un maître. Lucette pense que je devrais faire ce livre avant le Lourau. Lundi 5 février 2001. proposés par Nicole. pareil pour Jean Baudrillard et quelques autres. ce n’est pas possible. puis gestion du courrier. Ma priorité quotidienne reste actuellement la mise en place du comité scientifique du colloque H. Je vais travailler toute la journée à Montreuil. elle s’étonne que personne n’ait encore pris ma place sur cette question : il est étonnant que le grand nombre d’ouvrages sur H. Mit besten Grüßen. Le Lourau est une exploration concrète de la méthode régressive progressive : il est nécessaire 80 . Gaby m’a fait deux brouillons de lettres. Ce matin. dans ce colloque pour les Althussériens . selon lui. “ Si on l’invitait. Dans le texte de présentation du colloque. Aujourd’hui. C. j’ai été suspendu dans mon travail par une affaire de Sans Papiers (intervention des CRS à la chapelle Saint-Bernard où s’étaient regroupés 200 Sans Papiers). Mercredi 7 février 2001. Lucette me fait prendre conscience de la nécessité de sortir d’urgence ma Théorie des moments. Les trois jours que j’ai prévus pour cette rencontre ne seront pas de trop. Cohn-Bendit. Sylvia Ostrowetsky. würden wir uns sehr freuen und möchten Sie bitten. il est clair que nous buttons là sur un clivage concernant ouverture et fermeture. H. Je n’ai pas encore noté qu’Alain Guillerm et Jean-Marie Vincent ont accepté d’entrer dans le comité scientifique.Lefebvre : nombre de personnalités sont heureuses de donner leur nom (hier : A. Il faut faire traduire un texte de présentation générale. Je téléphone à la liste d’adresses envoyées par Nicole Beaurain. Sünker. génial : j’ai passé la page 200. Samedi 3 février 2001. mais des moments d’échanges. Les rencontres elles-mêmes ne seront pas des moments d’exposé. J’avais la tête ailleurs. espagnol.Falls Sie Interesse an unserem Treffen hätten. Lefebvre n’ait pas dégagé ce sujet. J’envoie l’annonce du colloque Lefebvre à ma liste allemande. j’ai reçu un appel d’Armand Ajzenberg. échanges téléphoniques avec Madeleine Grawitz. je n’ai pas écrit . Remi Hess”.” Dimanche 4 février. il me faut expliquer comment on va travailler . Müller-Schöll sur Lefebvre . Lipietz. sur des communications déjà connues : pour le moment. Je m’aperçois que depuis quelques temps. uns in den nächsten Wochen eine kurze Antwort zukommen zu lassen. ne serait pas capable de ne pas être la vedette de la rencontre. Gérard Althabe. mais pour moi. Hier soir. je suis absorbé par l’organisation du comité scientifique du colloque Lefebvre. que j'informe du travail accompli par Nicole Beaurain : il a fait la moue par rapport à certains noms. Depuis le temps que j’en parle. italien… Je passe la journée à la Commission éducation. Le soir. lecture à 7 heures. a dit Armand. je n’ai pas trop réagi . mais. pour permettre tous les échanges possibles. Victoria Man. Establet ? Pas de place. ce n’est pas dit. ceux qui veulent faire une communication doivent passer leur texte sur le forum de discussion. lecture de U. Wulf). Eugène Enriquez. Michel Trebitsch. Il me faut faire la même chose en anglais. je voudrais faire le point sur ma transversalité. Ce matin. Alain Bihr.

j’ai écrit le compte rendu de la réunion des Verts de samedi dimanche sur l’éducation : un petit texte. -Un autre chantier urgent : le texte sur Mayotte que Christoph attend avec impatience. en message mail. Véronique sera d’une aide précieuse. Vendredi 9 février 2001. lorsque Jack Lang sortira ses mesures pour la formation des enseignants. dans lequel je me trouve actuellement. que Philippe Lenice a fait décrypter. Au cours de l’intervention faite avec Véro à Montreuil. important sur le plan politique. une autre idée : un livre qui s’intitule Le moment socianalytique (Le temps des médiateurs 2). Ce chantier d’écriture est ralenti par des tâches urgentes quotidiennes qu’il me faut tout de même assurer : -ce matin. Ce livre doit se composer de trois textes : La socianalyse (réécrit). que je devais absolument rendre rapidement. je risque de perdre pied. La notion de moment socianalytique est présente dans Centre et périphérie : monter comment ce moment survient dans la vie d’un groupe. Ce matin. il peut reprendre ce que je vais trouver dans mon enquête sur René Lourau. pour reprendre un certain nombre de textes déjà écrits. encore. Il développe sur quatre pages les points d’accord avec ma théorie des moments : ces échanges sont une vraie recherche scientifique. au séminaire. Courrier encourageant reçu hier de Gérard Chalut-Natal . mais. auparavant je dois sortir La mort d’un maître. L’intervention actuelle auprès des AS de l’académie de Créteil. Je dois le terminer en corrigeant en même temps les épreuves de la transcription de ma conférence de Toulouse. pour cette année du centenaire. Or. je lis le journal de Benyounès dans lequel je veux recopier un passage (daté du 6 février 2001) : 81 . aussi pour le texte allemand. d’une organisation. en phase avec mon texte de conclusion de La Sens de l’histoire (60 pages). la demande vient d’une ancienne étudiante. d’une institution. son frère et deux étudiants inconnus). Ce travail ne me demanderait que trois heures de concentration. L’institution sur le divan. mais quand les trouver ? Cette semaine. Si je ne m’oblige pas à faire ces choses vite. je suis pour sortir un texte dans Le Monde sur les IUFM. et quitter l’état de grâce. un texte précieux. de même je dois expérimenter la méthode régressive progressive. je parle de Métaphilosophie : j’en vends 5 exemplaires (Philippe Lenice. avant d’écrire un livre théorique dessus. Christoph Wulf m’a confirmé sa commande d’un livre sur Le mouvement institutionnaliste (avec Gaby Weigand). Sur la danse. Hier. 9 heures Hier. Benyounès. pour pouvoir écrire dessus ensuite. Bonheur d’avoir un tel interlocuteur ! Sur l’éducation.d’explorer cette méthode concrètement. Kolle. je dois être capable de sortir mes deux livres théoriques : La théorie des moments et La méthode régressive-progressive. deux nouvelles demandes de texte : une émanant d’une revue allemande : 15 000 signes sur l’anthropologie de la danse . De même que j’ai pas mal travaillé sur la notion de moment. avant d’écrire la théorie des moments. Ce livre ne sera écrit que durant l’été : il n’est pas urgent . un texte pour le groupe de recherche “art et cognitique”.

Sartre : Müller dit que leurs relations sont difficiles à expliquer. lors de la lutte contre les invalideurs et les scientistes de l’institution universitaire : l'institutionnaliste est principalement critique vis-à-vis des institutions. nous montons au quatrième étage salle 428.“Après le café. après la mort de René. je me sentais aussi à l’aise dans l’un que dans l’autre. Mais j’ai eu assez de force hier pour écrire une lettre de huit pages (ironiques) pour défendre Patrice qui était encore davantage attaqué que moi. J’étais assis à côté de Raymond Fontvieille. Je me suis replongé dans Nizan. De mon côté. Gilles Monceau entreprend une manœuvre anti-institutionnaliste. aucune allusion à H. et celui de Remi. Je retiens une chose de tout ce qu’il a dit : Remi a pris des notes lors de cette rencontre d’hommage. je redis cela et je le confirme dans ce séminaire. n’a jamais contesté cette évidence. elle fait une photo d’un livre introuvable de H. Lefebvre : c’est une erreur de ne pas citer L’existentialisme. Sartre n’a pas pu ne pas être marqué par ce livre. En effet René. sur le devenir du labo et du courant de l’AI. Il m’est arrivé de parler à l’un ou à l’autre de leurs séminaires respectifs. et l’écriture prend une grande place. En voulant institutionnaliser le labo. le lien s’est renforcé et la confiance s’est installée une fois pour toute. pour les publier ne peut être qu’une consécration et une reconnaissance d’un long parcours commun d’une trentaine d’années. il juge la situation très critique. Avec Remi. Il me faut le reprendre dans ma préface pour L’existentialisme. Charlotte. car Remi écrit beaucoup. Samedi. Pour moi. En 1999. Lapassade et Lourau . Elle relit et corrige le journal de Georges. journée intense de travail. je suis d’accord avec lui. aujourd’hui. Celle-ci a beaucoup avancé aujourd’hui (dans ma tête). Patrice dit qu’il reçoit beaucoup d’e-mails en ce moment. J’ai commencé à 4 heures. J’ai l’impression qu’il n’est pas dans le coup. Patrice explique que le fait de ne pas consulter Remi. pas trop. dans le Dictionnaire des philosophes. avant même que ce ne soit publié. d’après Patrice. Vendredi soir. et le fait de donner ses derniers livres à Remi. Ainsi il est en train d’introduire quelque chose de nouveau à l’université : le maître se donne à lire à chaud. je faisais le va et vient entre le séminaire de René. j’avance à grands pas le livre de Müller. J’ai lu l’article de Michel Trebitsch sur la correspondance d’Henri avec Norbert Guterman.” 19 h. Aujourd’hui. que veut lire Kurt Meyer : il faut que je lui demande son adresse pour lui expédier. même s’il connaît l’AI depuis 10 ans. J’ai quitté cette réunion. j’étais un véritable zombie. j’ai lu une lettre circulaire du directeur de ma formation doctorale qui me labellisait. est venue préparer une chorégraphie chez nous. avec un très beau passage sur Sartre que je ne connaissais pas. Cette lecture me conduit à relire mon livre sur Lefebvre. et je n’ai pas senti de distance entre eux. C’est ce que j’ai compris lors de la dernière réunion à laquelle j’ai assisté en juin 2000. Je suis tout à fait d’accord avec lui . L. nous lui avons demandé de nous raconter ce qui s’est passé. nous parlons beaucoup de la situation actuelle de l’AI. j’ai dit à René que je considère Remi comme faisant partie du courant de l’AI. 9 heures. Je regardais d’un œil. Aujourd’hui. et je n’ai fait qu’une demi-heure de pause à midi : Véro met à jour les bibliographies de Lefebvre. Dans l’article Sartre de Michel Contat. ma fille. et donne à lire ce qu’il écrit. et ce n’est pas l’esprit de l’AI. C’est pour moi le plus important. 30. ce mardi. tout en terminant le livre de Müller-Schöll : agréable de suivre l’analyse comparative de 82 . est une grave erreur de la part de Gilles Monceau et d’Antoine Savoye. elle frappe mon journal de mercredi. J’ai passé une nuit blanche. dans les échanges entre les acteurs de l’université et de la recherche. en me disant que je ne me reconnaissais pas dans ce groupe. J’avance dans l’éclairage des choses. encore. important : je ne savais plus que j’avais noté tant de choses. Le livre de G. Lukacz n’arrive qu’après… Lundi 12 février 2001. Quel boulot que de lire ce livre en allemand ! J’en suis aux rapports avec Sartre. un jour. comme mauvais élève. Nuit très courte encore de samedi à dimanche. Mostafa a assisté à la rencontre du 11 janvier en hommage à René Lourau.

se “réaliser” (Verwichlichung) ! Monique Coornaert m’a téléphoné longuement : elle ne veut pas faire partie du comité du colloque Lefebvre. Ce travail m’a pris jusqu’à mercredi. C’était la Saint Romain. tout en regardant Charlotte pratiquer. il m’a fallu relire ma Théorie des moments. je prends beaucoup de plaisir à danser avec elle… 83 . le chantier H. Entre 1962 (elle a assisté à la première rencontre de R. Gérard viendra le conduire à Sainte-Gemme. ainsi que le passage sur la transduction). elle a été pratiquement chaque année à Navarrenx chez Lefebvre. en fonction de la relecture de la seconde partie.la notion de praxis chez Sartre et Lefebvre. Lundi 19 février 2001. et le Sens de l’histoire avance à grands pas : Christine a fini de sortir l’ensemble des 18 chapitres de la seconde partie. Véro était venue. à relire ce bouquin dont je dois revoir et réécrire la troisième partie. Christine est venue déjeuner. Lefebvre) et 1975. celle-ci apparaît plus compliquée à écrire que je ne me l’imaginais. je lui montre ce qu’elle a à faire dans les 4 jours qui viennent. mais j’ai envie d’en commander un autre exemplaire aujourd’hui. J’ai dû m’occuper de Romain quatre jours. entrepris la semaine passée à Sainte Gemme. je suis parvenu à me mettre à la correction des épreuves de L’existentialisme. dès que Véro arrive. Normalement. Bien qu’elle soit débutante. Pourquoi ne suis-je pas parvenu à écrire ce journal alors que je travaille beaucoup sur Henri en ce moment ? Il y a eu l’affaire de Paris 8 (volonté de Dany Dufour d’organiser le chaos dans la formation doctorale) qui a pesé sur la qualité de ma présence à moi-même : cependant. j’ai essayé d’avancer dans la préface. Cela suppose de relire pas mal de choses… Christine m’a apporté des chapitres du Sens de l’histoire à relire… Et comme Véro manque de travail pour la semaine qui vient. Cela fait longtemps que je n’ai pas écrit mon journal. Je ne connais pas ce numéro de revue . quand il dormira… Aujourd’hui. Cela vient du fait que depuis que j’ai reçu ma préface à l’Existentialisme. Je crois que je vais alors prendre quelques jours de congé pour me refaire une santé. Romain n’a rien mangé. À midi. avec Jean-Pierre Garnier. Je n’irai chercher Romain que demain. venue apporter son manuscrit sur La sociologie de l’urbain. Lefebvre. depuis Strasbourg jusqu’à la fin. Elle a coordonné le n° d’Espace et société sur H. pour voir ce qu’elle pourrait faire sur ce terrain. Lundi et mardi. J’ai donc interrompu l’écriture de ma préface. Deux ou trois choses urgentes sont venues le recouvrir. On a parlé d’H. mais. je vais tenter de m’y mettre aujourd’hui. Lefebvre est passé au second plan. J’ai relu le volume 2 de La critique de la vie quotidienne (dernier chapitre. pour avancer un texte. j’ai passé sept heures avec Maïté Clavel. Je me contenterai de lire et d’écrire ce journal. et je tente de boucler la préface… Paris le 28 février 2001. passer des vacances. Lourau avec H. Ensuite. 6 heures. elle va me l’envoyer. tout en disant qu’elle veut m’aider. il y a dix jours… Nous avons dansé 10 heures ensemble et c’est une expérience nouvelle pour moi que d’avoir une partenaire attitrée. elle a vraiment bien connu Henri. je me suis retapé La somme et le reste. Lefebvre sans discontinuer . en essayant de dégager les passages que je veux reprendre dans La théorie des moments. Le dernier week-end. j’ai passé deux fois douze heures. Mardi dernier (14/02). sur une expérience de tango que je vis avec une Allemande débarquée à Paris.

Cette solution a un triple avantage : un nouveau livre d’introduction à la pensée de Henri. Je vais chez A. Je dois le rendre le 12 juin. il accepte 8 pages de photos. pour que nous puissions nous dire tout ce qu’il restait à faire. que je vais commencer à lire très bientôt. Chez Anthropos. Véro m’a accompagné hier chez Anthropos : cela lui a permis de découvrir la maison. Avec Christine. je pense la distribuer largement aux étudiants de Paris 8. J’ai terminé L’existentialisme . De plus.M. Je suis dans le métro. Armand… Ils ont reçu les services de presse de Du rural à l’urbain et sont heureux de ma préface. Il faut trouver un autre thème. Je travaille à la préparation du colloque. J’avais oublié de prévenir Pascal. Long moment sans tenir mon journal “Lefebvre” : je suis mobilisé par d’autres textes : relecture des épreuves du Moment de la création. et surtout avancée du Printemps du tango. Cette brochure a été distribuée dans l’université.Hajo Schimdt m’a envoyé son livre sur Henri Lefebvre (1990). des contradictions du mondial. Coup de fil de Sylvain Sangla. 84 . Mercredi 4 avril. pour mon anniversaire ! *** Je sors de chez Anne-Marie. 26-28 juin. Je pense que cela crée un nouveau style pour la collection “anthropologie” qui existe maintenant (un contrat m’a été fait par Jean). Anne-Marie a accepté un ouvrage Penser le mondial : Henri Lefebvre. le récit d’une aventure. De plus. Je ne puis pas dire que j’oublie Henri. Nous étions donc deux. Nous avons fait une brochure de 12 pages contenant une bibliographie complète de Lefebvre. On a fait les services de presse de Du rural à l’urbain et de Centre et périphérie. hier. Jean nous a offert le champagne. Il sera sorti le 15 septembre et en librairie le 4 octobre. où je tente d’explorer le moment du renouveau et le renouveau des moments. le temps manquait. Il faut que je décroche un contrat. Ce sera vraiment un beau livre. L’échange a été bref. Métailié. J’en attends 600 supplémentaires. Mais sur quoi ? L’idée de lui donner La théorie des moments n’est pas bonne. description de cette réalité. Jean a accepté que je fasse passer le Sens de l’histoire de 260 à 320 pages. Mais on a commencé à regarder les photos ramenées de Sainte Gemme. Plan : La mondialisation aujourd’hui. son tirage a été limité à 200 exemplaires. Cela fait très longtemps que l’on ne s’est pas vu. ce chantier s’est terminé par la couverture : j’ai fait un beau dessin. et Véro me seconde merveilleusement. Il aura 160 pages (320 000 signes). J’ai déjà un contrat chez Anthropos. envoyé aux inscrits du colloque de novembre. D’où le recours à la pensée d’Henri Lefebvre. Jeudi 1er mars. mais aussi plus branché sur l’actuel. mais productif. Mais pour le moment. et en même temps difficultés de le penser. Enquête sur le mondial chez Lefebvre. plus philosophique que le précédent. 9 heures. il plaît à tous ceux qui l’ont vu.

de nouvelles lectures. du local . d'Allemagne. Christoph Wulf. L’école émancipée sort un dossier de 8 belles pages (articles de Philippe Geneste.Colloque H. En somme. philosophe. via le quotidien. Sylvia Ostrowetsky déplora que la Critique de la vie quotidienne ne consacre pas une ligne au partage des rôles entre femmes et hommes. d'un "moment de l'homme total en devenir". dépassait l'opposition entre les spécialistes qui se méfient de la critique philosophique et le sens commun qui rejette volontiers les généralités abstraites. Robert Joly objecta qu'aujourd'hui la généralisation avait été portée à un point de paroxysme par la publicité et les médias. Beaucoup de personnalités illustres se sont enorgueillies de l'avoir fréquenté de son vivant. H. La partie électronique du colloque avait commencé dans le sillage de la rencontre "Henri Lefebvre" qui a eu lieu en novembre 2000 dans les locaux d'Espaces Marx. subjugués qu'ils étaient par la mise à jour d'un trésor enfoui sous l'œuvre. et de quelques autres gentils organisateurs. le devenir-monde du local. Une seule remarque de Christoph Wulf : -Remi. comme le maître les affectionnait. Beaucoup de jeunes étudiants ont suivi assidûment les travaux. des États-Unis. mit en évidence l'idée d'une "critique préalable" quasi systématique tout à fait primordiale pour Henri Lefebvre. se sont tenus trois jours de colloque à l'Université Paris VIII (Saint-Denis). Anne Querrien montra comment la conception lefebvrienne du monde est marquée par l'irruption de la violence dans 85 . l'œuvre et la pensée d'Henri Lefebvre dans la compréhension du moment actuel. Je viens de lire l’article d’Arnaud Spire. Sylvain Sangla). Beaucoup de traces. du Maroc. De nombreuses communications venues des quatre coins du monde. Lefebvre était un grand auteur. Je le recopie : “ Henri Lefebvre. Je n’ai pas le temps d’écrire. de Grande-Bretagne. une initiative en forme de manifestation ! De nombreux participants sont sortis spontanément de leur réserve. On évoqua l'urbanisme. Georges Labica insista sur le fait qu'Henri Lefebvre. Saluons à cet égard l'émancipante directivité de Remi Hess. des témoignages. Cette rencontre ne consistait pas à ressasser le passé. Henri Lefebvre savait faire parler ses interlocuteurs. du Brésil. Tu es en train d’en faire un classique. fut introduite par Georges Lapassade. de l'université de Berlin. Remi Hess soutint qu'il s'agissait. d'Armand Ajzenberg. et la proximité du global. Soixante-huit livres traduits en trente langues.au global". Dix ans après sa mort. paradoxalement destiné à des autogestionnaires ! L'après-midi fut occupée à savoir qui peut "être le sujet des processus de mondialisation.la ville . Sans doute davantage pour le continuer que pour le célébrer. rendant compte du colloque "Centenaire d’Henri Lefebvre" et publié dans L’Humanité du lundi 9 juillet 2001. mais à le dépasser afin d'intégrer la vie. consacrée à "la critique de la vie quotidienne aujourd'hui". Il savait les écouter. Un succès qui semble avoir été au-delà des prévisions des organisateurs. Tant est vert l'arbre de la vie et aussi celui de la théorie lorsqu'elle l'épouse. Un long débat s'en suivit sur la question de l'aliénation. La partie orale du colloque s'est située au-delà. Point d'interventions interminables et rédigées à l'avance. Maïté Clavel. Privilège de l'âge et signe des temps. des réflexions. Mieux. R. etc. La première matinée. Un vrai dialogue. Une moyenne de cent cinquante sièges occupés en permanence. le retour Il aurait eu cent ans en juin. pour le philosophe. sur le mode de la conversation informée. Beaucoup de simples lecteurs ont été surpris par la verdeur et l'actualité du propos. Lefebvre à Paris 8. Hess. 9 juillet. auteur d'une récente Microsociologie de la vie scolaire : comment crédibiliser un discours sur l'autogestion. Certains venus d'Italie.

a expliqué comment lui-même fondait sa pédagogie de projet sur le dépassement de toute pédagogie. L'attaque d'Althusser contre le concept d'aliénation a contribué à limiter. para. Trois questions ouvertes ont finalement été retenues : celle de la critique. Méfionsnous.du "grand écart". Remi Hess a. Métaphilosophie (2001). vécu comme une aspiration. "théorie qui réfléchit sur sa propre validité". René Schérer. pose la question de la mobilité.la vie quotidienne. a insisté sur le fait que son lien avec Henri Lefebvre devait tout autant à son apport créateur sur la pensée de Marx qu'à celle de Charles Fourier. Pascal Diard. Ulrich Müller-Schöll et d'autres ont évoqué la polysémie du préfixe "meta" qui signifie à la fois "après". Christoph Wulf y a rajouté la question du possible : il s'agit de savoir si le futur est ouvert ou prédéterminé par le passé. Quant à l'après-midi. Syllepse a réédité La conscience mystifiée. enseignant en histoire. Remi Hess a mis l'accent sur "Henri Lefebvre anthropologue" qui a construit avec ténacité. celle de la relation entre l'espace et le temps. Le devenir-monde. de Marx ou d'Henri Lefebvre. elle fut remplie par différentes réponses à l'interrogation : "qu'est-ce qu'être lefebvrien aujourd'hui ?". Georges Labica montre comment l'éclatement de la philosophie va. a remarqué qu'il prenait autant de plaisir à écouter qu'à parler. Un autre participant a même affirmé qu'Henri Lefebvre avait horreur du "tout fait" et qu'il préférait. Cette maison 86 . dans les années 60-70. Encadré : Rééditions en cours. Puis. avec patience historique. laissant la place à l'imprévu.de Qu'est-ce que penser ?.c'est-à-dire de la pratique investissant la théorie -.. Remi Hess. s'est loué de la volonté constante d'Henri Lefebvre de faire sortir l'opinion française de son incompréhension vis-à-vis de la dialectique. faisant de l'enseignant un artisan "débrouillard". de loin. Le concept de quotidienneté renvoie au concept de résidu qui est une véritable transgression de la tradition philosophique. avec un regard en positif. qui vient de publier une Ecosophie de Charles Fourier. le "se faisant". le marxisme à sa base économique. En France. a dit Pierre Lantz. de l'urbain. même si cet épithète relève un peu . écrit en collaboration avec Norbert Guterman (1999). Armand Ajzenberg. Après avoir insisté sur le moment de la praxis . s'ouvrit par un exposé de Georges Labica sur la manière dont la onzième thèse de Marx sur Feuerbach a travaillé l'itinéraire de Lefebvre : "Les philosophes n'ont fait qu'interpréter diversement le monde. cette fois-ci encore. À suivre. des effets apologétiques du dépassement (Aufhebung). La troisième journée a permis de tracer le portrait d'un "Henri Lefebvre pédagogue". Un échange sur l'absence de rencontre entre Henri Lefebvre et Althusser a eu lieu dans la plus grande sérénité. Makan Rafatdjou mit en avant la notion d' "urbain-monde" qui concerne la quasi totalité de la population de la planète. Le maître préférait "penser à chaud" en public plutôt que d'enseigner la pensée de façon méthodologique. Ce que la philosophie n'avait jamais pensé avant Lefebvre. Un participant ayant souligné la façon dont Lefebvre a été attaché toute sa vie à la dialectique d'Hegel et à ses préliminaires chez Héraclite. et celle de la quotidienneté. "au-delà". qu'il s'agisse de Hegel. fait profiter de sa connaissance quasi encyclopédique de l'œuvre en renvoyant aux petits préfixes . professeur en sciences de l'éducation. il s'agit de le transformer". et d'un point de vue philosophique "sa" discipline. moins connu que les deux précédents : le penseur du quotidien. chez Lefebvre. qui a personnellement connu Lefebvre dans le cadre du groupe de Navarrenx. après que Georges Labica ait situé l'éventuelle résurrection de la philosophie dans le domaine de l'utopie. que cette dernière soit choisie ou imposée. et le philosophe.meta. n'a pas hésité à présenter Henri Lefebvre comme fondateur de la pédagogie nouvelle. Georges Labica fit remarquer que la mondialité chez Lefebvre n'est pas le processus de mondialisation mais une conscience historique commune marquée par l'optimisme. et enfin le moment de la poièsis qui contredit le précédent en lui substituant une franche innovation. auto . consacrée à la métaphilosophie. le moment de la mimesis où l'imitation l'emporte sur la créativité. de pair avec la construction d'une nouvelle unité philosophique (la métaphilosophie).dans ce cas . La discussion s'étendit ensuite à l'articulation du concept lefebvrien d'espace avec celui de temps. c'est le quotidien.. La seconde journée.

Introduire le moment du sublime chez Kant complété par l’introduction de Déotte et Brossat (lus. sans aucune autre possibilité que d’être là stupéfaits. Elle est d’accord pour La lutte à mort. Exposé descriptif des faits et les commentaires à travers la presse . le mondial se pensait comme spatial . L’avenir : vers un nouveau travail interculturel. Moment de la sidération (3 heures durant.. J’ouvre. elles sortent Du rural à l'urbain (3e édition).. puis j’ai entendu dans la cuisine Lucette dire qu’il se passait quelque chose à New York (elle rentrait de la fac). Marx et la lutte des classes. ce journal. Pour lui proposer de lui rendre le livre fin septembre. par hasard. moment de la compassion (volonté de dire à notre voisin américain notre amitié). nous avons regardé les mêmes images). Parallèlement. L’ofaj. De l’état de H. et R.La lutte à mort peut-elle être dépassée ? 1914. etc ? I). Une analyse institutionnelle généralisée au niveau mondial se développe. Première guerre mondiale. Organisation d’un réseau d’informations (qui sollicite mes amis. puis moment de l’analyse. 16 h. et se conçoit comme pensée du monde .prépare la réédition du Nietzsche. Lucia Ozorio. Virginie Vigne. André Vachet… Ahmed Lamihi appelle de Tétouan.. Le 11 septembre. L'existentialisme (2e édition). je n’ai pratiquement pas écrit de journal.Philosophie de l’histoire et histoire de la philosophie politique Depuis Héraclite.L’éclatement de l’institué symbolique New-York. puis Rabelais. la lutte à mort chez Hegel. Je construis mon plan. Nous avons mis la télé. interrompu au moment de mon “accident”. Depuis mardi. II). j’ai terminé et envoyé mon introduction à Contribution à l’esthétique. la seconde édition d'Espace et politique . La construction européenne. Véro me seconde magnifiquement. le 11 juillet : j’ai passé sept semaines allongé . en 2001. aux origines : L’humiliation de Goethe. qu’en reste-t-il ? (reprendre ici les pages sur l’histoire de la philo dans Métaphilosophie). cette nuit. Lourau au niveau de l’AI et de L’État inconscient… III). rencontre d’étudiants : Nathalie Amice. 11 septembre 2001. Gène. penser le mondial. puis de Herder et Fichte à 1870. penser le mondial La mondialisation est à l’ordre du jour. je lis la presse mondiale. Lefebvre et la construction de la problématique mondiale. puis j’ai suivi une rééducation. J’ai très vite décidé d’écrire un livre sur ce qui se passe. symbole de l’incendie de la Cathédrale de Reims : le franco-allemand comme lutte à mort . et les éditions Anthropos ont sorti la quatrième édition de la Production de l'espace. on est contre : mais se passe-t-il quelque chose d’important à Seattle. la philosophie se construit comme logos. ” Vendredi 14 septembre. événement analyseur. Lundi 8 octobre 2001. ma problématique : depuis la chute du mur de Berlin. qui s’impose comme un moment historique dans l’histoire de la mondialisation. La lutte à mort. On est pour. Conclusion. 1914. Cairn a réédité Pyrénées avec une préface du défunt René Lourau. Le 19 septembre. La fin de l'histoire et La survie du capitalisme. suite à un appel de Charlotte du Brésil). En 2000. mes étudiants)… Contact avec Anne-Marie Métailié. On en parle tous les jours. 1962. on avait oublié l’histoire et la lutte à mort : l’histoire revient. j’ai été opéré du ménisque le 29 août. 1945. Pendant tout ce temps. mais je n’ai pas 87 .

Index. Je suis stimulé. Mardi 9 octobre. Climat d’évacuation (ce doit être le contexte de la guerre qui a débuté dimanche en Afghanistan !). pour servir à d’introduction à des morceaux choisis. Méthodologie des sciences est partie en fabrication. Marcuse. Lourau dont je relis la moitié de l’œuvre pour avancer La mort d’un maître. au colloque Marx 3 à Nanterre l’atelier H. En septembre. Ce bilan. mais compte tenu du volume : 1700 pages. Italie) d’un texte de 50 pages de moi sur Henri. profitant de l’absence de Lucia Ozorio qui devait venir travailler sa thèse à la maison. après la mort de Lefebvre 88 . Mise au point du Rabelais. une sorte de gare routière. C’est la forme qu’a le livre pour Anne-Marie Métailié depuis le 11 septembre. Je fais l'index minutieux du volume 3 : tout le passage sur le principe d’équivalence. repensant à la demande de Vito d’Armento (Lecce. sortent le Rabelais et La fin de l’histoire (préface de Pierre Lantz). Guigou qui n’arrive pas. Gabel. J’ai déjà écrit 4 chapitres ! Je n’ai pas pu animer. Lucette pense que je devrais donner priorité au dossier La lutte à mort : penser le mondial. Il y a des centaines de bagages. Axelos… Je me suis replongé dans les auteurs que fréquentaient H. j’ai l’idée de relire De l’état . Lefebvre. j’ai rêvé. en découvrant que c’est la même version que celle éditée par Syllepse en 1992. Mon rêve : Je devais déménager. mille choses : cet été. 4. et de La fin de l’histoire dont j’ai fait les index. juste avant l’attaque des tours du Word Trade Center. La survie du capitalisme est bloquée par la préface de J. Lourau. Fin juillet. idée de ressortir De l’État ( Jean Pavlevski est d’accord. Lefebvre. Morin. c’est la désorganisation : des gens recherchent leurs valises. Je me réveille tôt. fin septembre. Lukacs. Lefebvre. car René Barbier m’a frappé sur la jambe (sans le faire exprès) et mon genou a regonflé. mes bagages ne sont pas 144 Je renoncerai à ce projet. car j’ai eu la même demande au Brésil et en Iran (Monadi) : j’ai passé la journée sur ce dossier. avec Georges Labica. Lourau. mis en perspective avec L’État inconscient de R. dont je fais la présentation avec Christine DeloryMomberger. tout en écrivant sur R. Aujourd’hui.arrêté de lire : Hegel. qui me manquait : lecture du lexique. ici ou là dans un grand hall. Syllepse voudrait s’associer à cette réédition). Cette nuit. donnée par Henri en 1989 : idée de le faire saisir par Véronique qui travaille merveilleusement pour moi 144 . ressent le nécessité de constituer un dossier CNL . je me mets au travail. J'y découvre l’importance de la présence de R. type Tétouan . montre que beaucoup de choses avancent. 5 h 30. J’en ai quatre remplies de livres . Opportunité de rééditer Contribution à l’esthétique (Tamara peut y travailler) : je lance les choses en juillet. Parallèlement sortent : Le moment de la création et Le sens de l’histoire. Lourau. malgré trois mois d’absence à mon journal. Sur le terrain lefevrien. que je termine le 11 septembre. Je retrouve une version manuscrite de La rythmanalyse. excité par les idées qui se précipitent dans ma tête. Je me lance dans la relecture de plusieurs livres d’Henri. puis je me lance dans une introduction qui devient un long texte (70 pages) : Henri Lefebvre et l’activité créatrice. j’avais récupéré le vol.

Thème : mon travail de réédition d’H. Il avait déjà réédité chez Méridiens Klincksieck : Le nationalisme contre les nations (1988) et La somme et le reste (1989). rue Montmartre. avant. lorsque je suis allé au Brésil en mai. que je continue à relire de façon thématique à partir de l’index : il en est de même pour d’autres ouvrages. le 7 février 2002 à 18 h 30. Il a réédité en 2000 : La production de l’espace et Espace et politique. mais des étudiants occupent mon temps de travail : la thèse de Lucia m’a pris plusieurs semaines cet été. Pourrais-je continuer mon œuvre. 1988. sans ces livres ? Ce rêve a un rapport avec l’idée d'hier soir de faire des morceaux choisis de Lefebvre. appel d’Arnaud Spire qui m’invite à intervenir au Café philosophique organisé au Croissant. Je dois modifier mes projets. Hess s’est lancé dans une réédition méthodique d’ouvrages épuisés. Je parviens à repérer trois colis. dîner chez Hélène. aujourd’hui. pour me sortir de l’ornière. je rentre dans le détail des raisonnements : j’apprends des passages par cœur. il prépare plusieurs ouvrages pour penser les contradictions du mondial d’aujourd’hui. Remi Hess. à force de les relire. Chaque ouvrage fait l’objet d’une présentation. PUF. ma petite introduction ne serait-elle pas suffisante ? Mon objectif de départ est de faire une introduction. Métailié. je lisais mes livres globalement . et elle n’est pas finie. Je suis étonné du travail accompli sur La fin de l’histoire. l’étudiant brésilien que j’héberge dans ma maison de Sainte-Gemme a eu un accident de vélo. mais aussi de rédaction d’index. Mail de Sao Paulo (Brésil). Lourau en 1984 et. La fin de l’histoire. faut-il faire une réédition du Pascal en deux volumes ? Alors que je relis ce journal. La lecture n’a jamais autant compté pour moi que ces derniers mois . Mercredi 10 octobre 2001. Lefebvre. Méthodologie des sciences. sur Henri Lefebvre : je dois décider aujourd’hui si j’y vais ou non . etc. À partir de l’œuvre d’H. qui met en relief mes retards dans mon programme lefebvrien. etc. L’existentialisme. qui puisse être traduite dans différents pays : ce sont les autres qui pensent à un recueil de textes. Lefebvre. Il me faudrait écrire à plein temps. et en 2001 : Du rural à l’urbain.regroupés. Casterman. est l’auteur de Henri Lefebvre et l’aventure du siècle. Rabelais. Contribution à l’esthétique. qui supposerait que je prenne des textes chez d’autres éditeurs qu’Anthropos : beaucoup de livres ont été publiés chez Gallimard.” 10 h 20. Je la cherche. Cela demanderait un vrai boulot de gestion : pour l’édition française. et j’essaie de recenser. une grosse valise plutôt banche. 30 Hier. R. où je suis invité pour une conférence le 17 octobre. dans les deux collections qu’il anime chez Anthropos. ancien étudiant de H. les livres qui sont à l’intérieur : ces livres manquants seront-ils un handicap pour sauver ma mémoire intellectuelle. sociologique considérable. Je viens de relire et corriger ce journal. Il me faut écrire dix lignes : “Henri Lefebvre (1901-1991) a publié une œuvre philosophique. 7 h. j’y réfléchirai pendant la soutenance de thèse de Paris 7 (à 13 h). J’ai demandé à Yves de me retrouver le Pascal. Lefebvre. comme il m’a retrouvé le 4° volume de De l’État : les rééditer aurait vraiment du sens . professeur à l’université de Paris 8. Dimanche soir. dans ma tête. et partir ce matin m’occuper de lui : Paulo a fait son DEA avec R. bibliographie. Il poursuivra son effort en 2002 avec La survie du capitalisme. et qu’il est hospitalisé à Épernay. mais le quatrième. je lui ai mis dans la tête de faire sa thèse : il a 89 . le Descartes. de les retravailler. j’ai appris que Paulo. À l’occasion de son centenaire. est introuvable.

tout quitté à Rio pour venir. Avec Lucette. car pour eux les morceaux choisis ont du sens…”. J’accepte : je dois aller faire les services de presse de Contribution à l’esthétique. Chez Anthropos. “Mais pour l’étranger. dès sa sortie. sans argent. on en conclut qu’il faut travailler à des analyses politiques profondes. puis lecture attentive de Le langage et la société. discussions avec Gaby. de la pédagogie institutionnelle et de l’autogestion pédagogique. Il voulait déposer son sujet ces jours-ci : L’évolution du vocabulaire de l’AI. qui doivent s’enraciner dans la philosophie. Le soir. ce matin. me dit-il. lue ce matin. à Paris. Robert Joly me téléphone pour me demander de venir ce soir à Espace-Marx. écris ton texte de 60 pages sur Lefebvre. Il a raison. Vers 8 h. sans statut. dans La différence. C’est plus fort que ce qu’écrit Michel Wiedworka. Relecture des 120 premières pages de La vie quotidienne dans le monde moderne. Vendredi 12 octobre. 1962-2002 : le mouvement de la dialectique éducation et politique. appel de Christine Delory-Momberger : elle a lu La fin de l’histoire . Mardi 23 octobre 2001. J. Jean me fait parler longuement de mon analyse du politique depuis le 12 septembre . intitulées : présentation d’une recherche. ce livre que Jean-René Ladmiral trouve le plus fort de Lefebvre. pour faire une conférence devant le groupe de recherche : Critique de la vie quotidienne (qui rassemble 12 Lefebvriens). jusqu’à cette heure. vers 17 h. Jean Pavlevski n’est pas chaud pour un livre de morceaux choisis d’Henri : il vaut mieux que les lecteurs lisent les textes intégraux. où il n’y a aucune référence à la philo de la différence. J’ai hâte de le voir . c’est pour moi un nouveau moment qui s’ouvre : je voudrais continuer à travailler sur l’esthétique. et je serai content de présenter ce nouveau livre à mes amis. m’a perturbé . Demorgon aussi. et quelques autres : on est tous d’accord que Henri Lefebvre peut être relu. Dimanche 14 octobre 2001. évocation des passages d’Henri sur l’interculturel. Dimanche 21 octobre 2001. j’avais bien travaillé. sur ce chantier pour Cultures en mouvement . Longue discussion avec Michel Cornaton qui me raconte H. elle a rencontré à Francfort des lecteurs de Lefebvre. Elle veut faire un long papier. dans Le langage et la société et dans Le manifeste différencialiste : il faut ouvrir un dossier là-dessus. Lefebvre chez Vaillant dans les années 1960 . elle comprend ma logique de réédition des œuvres de Lefebvre. Je dois parler sur les méthodes pour décrire et critiquer le quotidien : j’ai envie de parler du Sens de l’histoire et de la théorie des moments. 90 . Cette annonce. Contribution à l’esthétique doit être paru : je ne l’ai pas encore vu.

Henri a été beaucoup plus productif qu’à l’intérieur. ouvrage sorti en octobre. et à La survie du capitalisme. 91 . J’ouvre par hasard ce journal. Pourtant. Dans les travaux sur H. Les personnes autonomes n'ont pas besoin de cette prothése. Oui. elle m'apparaît comme une pratique bureaucratique. ni le dossier École émancipée. numéro spécial sur Lefebvre. suivant les titres. mais je ne me sens pas exclu des pratiques : j’ai seulement l’impression que la vie de Parti n’est pas vraiment une pratique sociale . je n’ai pas entré les publications Espace et société. Relecture de Contribution à l’esthétique. Je ne l’ai pas tenu durant cette année 2002. il faut que je termine cet ouvrage. Message de Brigitte : “J'ai écouté. j’ai travaillé sur Lefebvre. mais il était aussi à l’intérieur du Parti. Je prends conscience qu’il faut que je me relise pour pouvoir avancer. qui est toujours très gentil avec moi. J'actualiserai cette bibliographie . Samedi 27 octobre 2001. un très gros chantier. ouvrage sorti au premier semestre. Mon exposé a été enregistré : la discussion est partie des questions de Chantal. j’ai passé du temps cet été à lire le Descartes. Mercredi 24 octobre 2001. De plus. Il faudrait que je réfléchisse à la manière de faire connaître ces parutions. Mardi 8 octobre 2002. Maïté Clavel a reçu son contrat pour Sociologie urbaine : ce livre sort. Lefebvre écrivait des livres. Lefebvre. je me plonge dans Contribution à l’esthétique : ma préface. Il y a encore pas mal de choses à faire. coupée du social. indique une voie . d’accord. à Espace-Marx : j’ai exposé longuement la théorie des moments. et le compléter par l’édition de ce journal ? En rentrant chez moi. Hier. me dit-il. J’ai travaillé à l’édition de Méthodologie des sciences. j’apprends les chiffres des ventes des ouvrages publiés depuis deux ans. comme outil pour analyser et critiquer la vie quotidienne. le dossier Urbanisme de juillet. le Nietzsche et le Pascal qui me furent aimablement photocopiés. à partir des exemplaires d’Arnaud Spire. Arnaud et un architecte de Saint-Denis. je vais continuer dans ce sens. un entretien d'un journaliste avec Henri Lefebvre (entretien enregistré en 1970). Cet été. Lorsqu’il s’est trouvé à l’extérieur du Parti. à l’intérieur de la pratique sociale. solide. Pour faire avancer mon travail sur Lefebvre. Armand. Il y a quinze jours.Projets d’écriture : peut-être mettre en forme un texte théorique sur la vie et l’œuvre de Lefebvre. Les ventes sont inégales. dont j’ai oublié de noter le nom. j’ai vraiment travaillé à La théorie des moments. ce matin. La suite a lieu tous les jours de la semaine dans le même créneau horaire ! ” Dimanche 3 novembre 2002. sur France Culture. Je vais ouvrir un journal spécifique sur La théorie des moments. Armand pense que j’ai tort de quitter les Verts : H. de 11h 30 à midi.

Le travail de relecture peut aider à évaluer le travail accumulé. j’ai porté ma Valse 2 à Anne-Marie Métaillié. AnneMarie me propose 1500 euros d’avance. 92 . Il faut refonder l’association : quels sommaires pour l’avenir ? L’urbain pourrait rassembler pas mal de contributions. Espace Marx. La composition de mes livres peut sortir de cette relecture. Je refuse les droits d’auteur pour l’édition française de ce livre. ainsi que le petit bout écrit sur La théorie des moments. Lourau). un certain nombre de chantiers importants restent en plan. Constat. car il me semble que je lambine concernant l’écriture de plusieurs textes (Lefebvre. Vendredi 17 janvier 2003. J’ai ressenti le besoin de le relire. qui cherche à se construire une méthodologie de recherche. et d’un avertissement pour justifier cet inédit. Se relire apparaît aujourd’hui comme l’urgence. cette écriture a été interrompue. 9 h 30. On parle du livre sur R. Je viens de relire la première moitié de ce journal. Malheureusement. Lourau (chez Syllepse) qui ne dit rien sur les rapports de René à Lefebvre. je me disais qu’il me fallait faire un numéro des irrAIductibles sur Lefebvre et Lourau. Mardi 24 décembre 2002. je demande des exemplaires pour distribuer aux amis… Anne-Marie est étonnée : elle me dit qu’elle va bien vendre ce livre. Lourau. Mais. La Somme et le Reste est une revue qui doit paraître 4 fois par an. 8 h 55. qui utilise l’œuvre de Lefebvre : il voudrait le faire éditer chez Syllepse. il y a Armand et Sylvain Sangla. avant même le 11 septembre 2001 ! Cela explique que j’ai écrit aussitôt après le 11 septembre. Longues discussions sympathiques : je décide avec elle d’une postface. et. j’ai eu l’intuition de devoir écrire un livre sur Lefebvre et le mondial.Lundi 9 novembre 2002. On parle d'un colloque de La Sorbonne. Armand parle d’un livre brésilien. J’ai l’idée que ce texte serait à publier. Réunion du comité de rédaction de La Somme et le Reste. à la relecture de ce texte : j’ai eu trop de projets ces dernières années. à trouver une énergie pour développer les virtualités qu’il contient. qui doit avoir lieu début 2003. Par contre. Ces dernières années. grâce à La valse. Pascal Dibie m’a écrit la préface de Voyage à Rio. Il est beau. Makan n’est pas là. J’ai terminé la relecture de ce journal. pour les étudiants qui voudraient s’inspirer de ma méthode de recherche. Pierre Lantz est excusé. Ce matin. au réveil. 9 h 30 Hier. même si j’en ai conduit plusieurs à terme. C’est une idée que je vais creuser en relisant mon journal sur R. C’est curieux comme c’est toujours aux environs de Noël que je réinvestis sur Lefebvre ! Jeudi 26 décembre 2002. Je pense tout particulièrement à Nayakava. Je lui explique que ma carrière universitaire a changé de rythme lorsque j’ai eu mon triomphe médiatique. en échange. On regarde le numéro 1.

Trois heures plus tard. Nietzsche. Celui-ci avait dit à Henri : “Si vous aviez passé moins de temps avec les femmes. le Nietzsche d'Henri Lefebvre. j’ai beaucoup amélioré ma lecture de cet auteur. et que. sur "la destinée spirituelle de Frédéric Nietzsche”. 208 pp. C'est le cas de celui d'Henri Lefebvre. m’a permis d’avoir une légitimité pour rééditer cet auteur. été réédité. J. Henri. celle-ci n’était pas rentrée. auteur de 68 livres. nul n'a pu lire. Préface de Michel Trebitsch.Henri Lefebvre et l’aventure du siècle. Elle se souvient du repas qu’elle avait organisé avec Lefebvre et Haudricourt. Henri Lefebvre. c'est qu'il est 93 . tout ébouriffée. Il avait alors 87 ans. Je lui dis que j’ai envie de publier un Lefebvre. pilonné en 1940 et jamais réédité. il n'a guère eu le temps de vivre : dès l'automne. il était loisible de dire Renato Cartesio ou Benoît Spinoza. mais à une époque. Lundi 19 janvier 2004. vous auriez produit une œuvre plus abondante !”. aussi. Une demi-journée serait consacrée à Henri. un inédit. sa diffusion est bloquée par les mesures prises à l'encontre du Parti communiste.. Mais. début 1940. il avait demandé à être raccompagné en voiture. l’attachée de presse de la maison se proposa. Achevé d'imprimer le 18 mai 1939. en faire “ un classique ” (Wulf). Anne-Marie en accepte le principe. J. Armand Ajzenberg m’envoie l’article de Robert Maggiori paru dans LIBÉRATION du jeudi 15 janvier 2004. Anne-Marie s’était inquiétée. Il n'a jamais. dans sa collection de poche “Suite”. à propos d'Henri Lefebvre et de la réédition de son NIETZSCHE : Philosophie Lefebvre l'éternel retour Ecrit en 1939. dans de très nombreux pays. S'il est néanmoins cité par les historiens des idées qui s'intéressent à la “réception” de Nietzsche en France. On me propose de traiter la théorie des moments. Elle dit seulement : “Ce monsieur a des mains partout !”. vécus avec Henri. Cela me motive pour m’y remettre cet été. quand le gouvernement Daladier s'attaque aux maisons d'édition du PC.comme à une bouteille de vin. Vendredi 13 juin 2003. Syllepse. Prétextant une grande fatigue. être daté lui donne tout son intérêt . a vieilli comme un grand cru. 22 Euros. Nous évoquons les bons moments. Je lui explique que. et. finit par arriver. depuis 1988. il est saisi et mis au pilon. qu'hors quelques proches. on le voit à ce détail. Un colloque serait en préparation pour mars 2004 à la Sorbonne sur “Ontologie et pratique des marxistes du 20° siècle”. plutôt que par péremption en gâter la teneur. Appel de Robert Joly (Espace Marx).. Personne n'aurait aujourd'hui l'idée de parler de Carlos Marx ou de Ludovic Wittgenstein. père putatif de Mai 68. n’était absolument pas d’accord. Quand un ouvrage sur l'un de ces philosophes date un peu. on me demande un texte bref sur cet auteur qui puisse être traduit. depuis. Par Robert MAGGIORI Un Nietzsche arraché au fascisme. Ce vieux Nietzsche est en effet un livre neuf.

Quant à la définition de la modernité . Mais Lefebvre. paysan. expulsé de la Nouvelle Critique en 1957. qui est de reproduire les caractères imposés à la vie collective par la classe dominante. -. illustrerait ce moment. membre du PCF dès 1928. proche des surréalistes. des pensées qui semblent “incompatibles” : celles de Hegel (Etat). marxistes ou non. Il quittera toute orthodoxie. Norbert Guterman. et. si on peut dire. etc. lorsqu'il élaborera la critique de la quotidienneté. une fois à Paris. autour du Front populaire. Il aura été un hérétique. la liberté trouvent des voies d'expression autonomes. ainsi.on laisse de côté ses autres travaux. après le travail d'édition critique de Giorgio Colli et Mazzino Montinari.). la créativité. il eût pu être prêtre. Heidegger. “de façon nietzschéenne”. Henri Raymond et René Lourau). l'idée de la révolution comme fête et de l'insurrection esthétique contre le quotidien. on ne reconnaît presque plus. il suivait les cours de Blondel à Aix-en-Provence et.en consonance avec certains courants allemands. longtemps professeur de collège (Montargis) avant d'entrer au CNRS puis d'enseigner la sociologie aux universités de Strasbourg et de Nanterre (où il a pour assistants Jean Baudrillard. élève de Maurice Blondel. “suspendu” par le Parti en 1958. aux expériences avant-gardistes des années 1920. jeune philosophe.. très tôt attaqué pour son idéalisme hégélien. Georges Politzer. de l'autre. sur la sociologie rurale. Dès la publication en 1936 de la Conscience mystifiée (avec Norbert Guterman) et. Mais sa passion pour l'auteur du Zarathoustra est bien antérieure. comme elle était apparue dans la Fin de l'histoire (1971) ou apparaîtra dans la Présence et l'absence (1980). où une part de la pensée marxiste française . Généralement. peut-être peintre. capitaine FFI à Toulouse. La réflexion marxiste.tente “d'arracher Nietzsche au fascisme”. fils d'une “bigote” et d'un “libertin”. laisse passer tous ceux qui suivent. Henri Lefebvre a été l'un des philosophes et sociologues les plus connus en France (sait-on qu'on lui doit le terme de “société de consommation” ?). poète. d'empêcher que l'imagination. de constituer une sorte de dépôt chimique où se sédimentent les conventions. Lyotard. Mais il introduit à une “dialectique tragique”. il l'a approfondie en repensant le noeud Marx-Hegel qu'Althusser s'escrimera à délier .et en mettant l'accent sur les concepts de conscience. parvenue avec plus d'un demi-siècle de retard. altermondialiste avant l'heure. mystification. à un nietzschéisme s'intégrant “naturellement dans la conception marxiste de l'homme”. à un Nietzsche qu'aujourd'hui. Hegel. révoqué par Vichy en mars 1941. Aussi. Derrida. homme de théâtre (le Maître et la servante a été joué aux Mathurins).paru justement à l'heure où le philosophe allemand faisait l'objet des plus âpres luttes d'appropriation. à laquelle il était rebelle. après les lectures de Nietzsche effectuées par Jaspers. Lefebvre la bâtit en “mixant”. de Marx (société) et de Nietzsche (civilisation). par Karl Jaspers ou Karl Löwith . avec les autres membres du groupe Philosophies (Pierre Morhange. accusé de “révisionnisme”. Nietzsche est donc comme une carte postale qui. décisif dans l'élaboration des manifestes situationnistes (c'est lui qui fait connaître Raoul Vaneigem à Guy Debord et Michèle Bernstein). par son projet de “changer la vie”. aliénation. et date de l'époque où. urbaniste ou architecte. surtout. ou un explorateur qui. Cacciari. se voyait lui-même comme un “chaos subjectif”. et. philosophique et surtout politique. Vattimo. représentés par des intellectuels exilés. une fois ouverts de nouveaux chemins. les mensonges et les trafics idéologiques du pouvoir.. participait. on en fait le “père putatif” de Mai 68. Né en 1901 à Hagetmau (Landes). Son Nietzsche de 1939 n'est donc pas une improvisation. indépendamment de l'opération politique décisive qu'il traduit - 94 . la ville. Foucault. de la Critique de la vie quotidienne en 1947 (1). d'un côté réévoquerait la figure quelque peu estompée d'Henri Lefebvre. un homme des frontières. dont il voulait qu'elle pût s'affranchir du rôle qu'elle a sous le capitalisme. L'interprétation lefebvrienne de Nietzsche apparaît de la façon la plus claire dans cet ouvragelà. “bien plus et bien pire qu'un enchevêtrement de flux”. Nietzsche ou le royaume des ombres paraît en 1975. Marx. la mondialité. et évidemment Deleuze.

Dans cette maison. Par contre. à Robert MAGGIORI Libération.. 1969). Je réagis en envoyant à R. Qu'est-ce que penser ? (Publisud. 1970). A notre connaissance. Du rural à l'urbain (Anthropos. 1980). Sont disponibles : la Conscience mystifiée. 1975). 1970). Il y a donc au moins deux maisons qui s’intéressent à rééditer Lefebvre ! J’ai également réédité La somme et le reste chez Méridiens Klincksieck en version intégrale en 1989 (l’édition Bélibaste que vous signalez était allégée). Hegel. la Somme et le reste (Bélibaste. entre Nietzsche et Marx. Mai 68. Et je vous en remercie au nom de tous les Lefebvriens. 1985). Du contrat de citoyenneté. Du contrat de citoyenneté. Cher Robert MAGGIORI.. les collections que je dirige aux éditions Anthropos ont édité un inédit d’Henri Lefebvre : Méthodologie des sciences. qui. Parmi les autres livres de Lefebvre. le Droit à la ville (Anthropos. 10/18. Nietzsche (Castermann. Il est un mot de Nietzsche. 1970). De l'Etat (4 vol.consistant à montrer tout ce qui chez Nietzsche ne pouvait pas être récupéré par la pensée d'extrême droite ou “l'idéologie hitlérienne” -. à l'époque. plaçant les premières balises de son cheminement. Eléments de rythmanalyse. rééditent tout Lefebvre. préfacés. etc. 1964). Métaphilosophie. depuis 1999. saint Augustin et Pascal. il n’y a pas d’autre ouvrage d’Henri Lefebvre publiés chez Syllepse. Du rural à l’urbain. qu'il continuera à entendre toute sa vie : “Refusez les consolations !” (1) Les éditions Syllepse. depuis 1999. savait peut-être qu'il chercherait toujours à concilier “le conçu et le vécu”. La fin de l’histoire. mais aussi La survie du capitalisme. Tous ces ouvrages sont indexicalisés. Nous prévoyons d’autres rééditions. 1962). “quelque chose d'infiniment saluble”. j’ai publié également Le nationalisme contre les nations (1988). Mai 68. Espace et politique.. Sociologie de Marx (PUF. le Langage et la société (Gallimard. annotés.. l'irruption. rééditent tout Lefebvre. le livre dit-il davantage de Lefebvre lui-même. l'irruption. J’ai lu avec un vif intérêt votre article Un Nietzsche arraché au fascisme sur la réédition du Nietzsche d’Henri Lefebvre par les éditions Syllepse. 1966). que vous signalez chez Minuit. Manifeste différentialiste (Gallimard. 1968). Il est très tonique. Production de l’espace (4° édition). et ont réédités des livres introuvables comme Contribution à l’esthétique (première éd. Sont disponibles : la Conscience mystifiée. mais qui a été abandonné par cet éditeur. le Temps des méprises (Stock. 95 . Marx (PUF.”. Eléments de rythmanalyse.. depuis 2000. Maggiori le courrier suivant : Paris. l'Irruption de Nanterre au sommet (Anthropos. L’existentialisme (première édition 1946).. malgré les points de suspension qui semblent indiquer d’autres rééditions. Métaphilosophie. 1966). 1946). le 19 janvier 2004. la Fin de l'histoire (Minuit. Un seul élément nous a un tout petit peu fait frêmir : “Les éditions Syllepse. 1975). 1975-78). 1968). Une pensée devenue monde (Fayard. Introduction à la modernité (Minuit.. Marx. on citera : le Marxisme (Que sais-je ?).

d’Arnaud Spire. cependant le “tout” de votre note me semble superflu. Le prétexte : la thèse. la semaine passée. de mon Henri Lefebvre et l’aventure du siècle ! Bien amicalement. De grands journaux français et étrangers ont suivi ce travail éditorial qui semble vous avoir échappé. Ce travail a été préparé sous la direction de Jean-Claude Bourdin. Cette rencontre a réuni 200 personnes à l’Université de Paris 8. cette proposition. La vie quotidienne. en son temps. Dommage ! Vous aviez rendu compte de façon élogieuse.J’ai organisé un colloque de 5 jours en juin 2001 pour célébrer le 100° anniversaire d’Henri Lefebvre. à Poitiers. venu me proposer d’organiser un colloque le 8 décembre 2005. Remi HESS Mardi 19 septembre 2005. Henri Lefebvre. d’une Italienne : Alessandra Dall’Ara. J’admire le travail des éditions Syllepse. Lefebvre. “mère-terre” de la société moderne. dans le cadre de notre master. 96 . sur La critique de la vie quotidienne d’H. Je n’ai pas noté la visite. Les intervenants et participants sont venus du monde entier. ainsi qu’à Libé. Nous avons accepté. Lucette et moi.

mais elle évolue fortement en 1959. Lefebvre. à La présence et l’absence. de 1924 jusqu’à ses derniers écrits philosophiques. 97 . une vie bien remplie. à La critique de la vie quotidienne. Essayons de revisiter les grandes étapes de ce travail. Lefebvre. Lefebvre fait encore évoluer cette théorie. De la Philosophie de la conscience. cette théorie apparaît construite en 1924.DEUXIEME PARTIE LA THEORIE DES MOMENTS DANS L’ŒUVRE DE H. Avant d'entrer dans cette théorie. Ensuite. La théorie des moments l'aide à penser sa traversée du dogmatisme stalinien. Lefebvre. le terme de moment est constamment présent dans l’œuvre de H. dans La présence et l'absence… Bref. Lefebvre. On trouve le thème comme titre de chapitres dans plusieurs ouvrages. On constate qu'elle est toujours vivante en 1980. ou à Qu’est-ce que penser ?. Et la problématique des moments est omniprésente dans l’ensemble de l’œuvre de H. le chapitre 7 sera une relecture de La somme et le reste. c'est le moins qu'on puisse dire. permettons-nous un pas de côté en nous autorisant à un survol de la vie et de l'œuvre d'H. Il y est élaboré sur le plan théorique et longuement développé à plusieurs reprises. H. Je distinguerai 5 moments essentiels qui se structureront chronologiquement : le chapitre 6 (De philosophie de la conscience à l'expérience de l'exclusion) étudiera cette théorie entre 1924 et 1955. une relecture de La critique de la vie quotidienne. ils seront la lecture du livre La présence et l'absence. qui a eu. LEFEBVRE La théorie des moments est un thème récurrent dans toute l’œuvre de H. à La somme et le reste. En 1962. Lefebvre. Quant aux chapitre 9 et 10 (Le moment de l'œuvre et l'activité créatrice et La présence et l'absence). lors de la rupture du Parti avec H. le chapitre 8. Celui-ci médite alors à son aliénation politique.

Lefebvre garde une violente antipathie pour la tradition aristotélicienne et pour le Logos véhiculé par elle à travers les âges. Lefebvre lit Schopenhauer et Schelling. dans les Pyrénées. H. entre le groupe des philosophes et celui des surréalistes. Car à cette époque. C'est ce qui explique. H. Il trouve que Blondel. et à partir à Aix-en-Provence pour faire du droit et de la philosophie. Relue aujourd’hui. H. Lefebvre se lie pourtant à Tristan Tzara.Prélude à la seconde partie Henri Lefebvre. Norbert Guterman. Il lit Nietzsche et Spinoza à quinze ans. la revue Philosophie apparaît comme un carrefour de ce qui allait devenir "existentialisme". pour un hérétique. Il lit aussi des théologiens déviants. La rencontre. Ce groupe se forme en compétition avec le groupe des Surréalistes. "psychanalyse" et "ontologie". se serait-il autant intéressé à la logique. Léon Brunschvicg lui déconseille de faire une thèse de philosophie sur ce penseur ! L’évolution de 98 . Lefebvre le désirerait vraiment hérétique. incompréhensions. L’existentialisme. Il se référera souvent à Joaquim de Flore. à ce moment. Il faut dire que dans les années 1920 l’Université ne s’intéressait pas encore à ces auteurs. Lefebvre tire une bonne connaissance de la philosophie catholique. Marx. peut-être. C’est une pleurésie assez grave qui l’oblige à interrompre sa préparation à l’École polytechnique. Henri Lefebvre va se trouver mêlé à tous les grands débats philosophiques du "monde moderne". Lefebvre découvre F. passionnante. notamment de Saint Augustin. né en 1901 à Hagetmau. Lefebvre rencontre également Max Jacob avec qui il se brouille quand il décide d’adhérer au Parti communiste. ne va pas assez loin. "phénoménologie". H. Ce qu’ont en commun les “ philosophes ”. Une amitié lie le professeur à son étudiant qui vit aussi sur le mode paradoxal son contact avec le thomisme. qui sera reprise et développée en 1959 dans La somme et le reste. À vingt ans. c’est qu’ils refusent l’idéologie dominante (bergsonienne) en Sorbonne et la philosophie intellectualiste de Léon Brunschvicg et d’Alain. à la technique ? Probablement pas… Toujours est-il qu’à Aix son contact avec Maurice Blondel va le déterminer à se donner à fond dans la philosophie. comme le concepteur de la post-modernité. Lefebvre. H. nous donne à lire une évaluation de cette période. suite à un article qu’il a écrit sur Dada en 1924. Hegel puis K. est complexe. dans laquelle il se sent impliqué. de cette recherche du groupe des Philosophes ! C’est une dimension autobiographique du livre. qu'il apparaisse aujourd'hui Outre-Atlantique. H. H. est difficile : conflits. dans son premier chapitre. Mais. Lefebvre gardera de sa première orientation vers les mathématiques une empreinte certaine. il arrive à Paris où il rencontre Pierre Morhange. De l’étude d’Augustin. Si André Breton fait découvrir la Logique de Hegel à H. Blondel se veut orthodoxe. Georges Politzer et Georges Friedmann avec lesquels il fonde un groupe de philosophes qui va publier la revue Philosophies. au lycée Louis-le-Grand. il se préparait à une carrière d’ingénieur. Ce groupe cherche donc sa voie de façon autonome. H. M. Mais sa relation à cette philosophie. Sans cette année de mathématiques spéciales. De cet enseignement de Maurice Blondel. Une vie bien remplie Philosophe français.

Cette revue fonctionna comme un analyseur du fait qu’à cette époque déjà une telle initiative qui partait d’un autre lieu que la direction du mouvement communiste était intolérable. Guterman. l’argent venant à manquer. L’adhésion au Parti le conduisit à créer la Revue marxiste qui se voulait une nouvelle étape dans la démarche du groupe. Lefebvre à adhérer au Parti communiste en 1928. Lefebvre y adhère donc en voyant dans K. de F. Marx un adversaire du socialisme d’État. à savoir la théorie du dépérissement de l’État. dans la revue Avant-Poste. C’est donc une coupure politique (et non philosophique ou épistémologique) qui apparaît à H. Marx. cit. Il n’est pas institutionnalisé : "L’appareil est encore faible. Marx pour penser des objets nouveaux) le rend suspect. N. H. ni la conscience collective ne peuvent passer pour critère de la vérité. Hess. G. N. Lefebvre adopte le marxisme sur le plan doctrinal au nom d’une thèse qui a ensuite été annihilée par Staline et le stalinisme. D’ailleurs. Nizan participèrent à cette initiative. et parallèlement à la réflexion du groupe surréaliste… 1928. H. H. p. Lefebvre découvre une critique radicale de l’État. Si beaucoup se transforment en intégristes. H. Lefebvre expliquera plus tard que "le mouvement communiste naissant ne se recruta pas parmi les personnalités autoritaires. p. Marx le conduit à rappeler continuellement la "prophétie" du mouvement (il ne faut pas appliquer des principes figés. Lefebvre. H. 99 . La société moderne tout entière s’est construite sur la méconnaissance de ce 145 146 Le temps des méprises. Friedmann. En fait. mais reprendre la méthode de K. Lefebvre reste fidèle à luimême . qui sera supprimée en 1928-1929. le communisme est encore un mouvement. travaillé par toutes sortes de contradictions"… H. Pour H. H. Marx. en dogmatiques. Guterman les œuvres de jeunesse de Marx. G. Lefebvre. La "moindre déviation idéologique se mit à passer pour une opération policière" (H. Philosophies et L’esprit. Sur le contexte de cette affaire. Finalement.H. C’est dans cette revue que paraissent également les premiers chapitres de La conscience mystifiée 147 . le groupe des philosophes éclata. ce n’est pas par la pratique de la lutte politique qu’il est amené à lire K. En effet. Politzer puis P. il découvre Marx. mais parmi les anarchisants" 145 . P. Dès sa première lecture de K. Henri Lefebvre et l’aventure du siècle. Morhange. 65. Les formes de la conscience sont manipulées. auprès des militants de base qui sont surtout des empiristes. Il commence à publier en collaboration avec N. Marx et Bakounine. Lefebvre entre K. Engels et de Lénine. voir R. il est professeur de philosophie à Privas ! En même temps qu’il milite à la base. ce qui va l’amener assez souvent dans l’opposition à la direction. Lefebvre). Quelle est la thèse centrale de ce livre ? Ni la conscience individuelle. Lefebvre croit à la force des "soviets" en Russie. C’est en philosophe. H. avec ses camarades du groupe Philosophie. Le groupe des philosophes avait déjà publié deux revues. Il n’y a que quelques malentendus au sujet de la fameuse période de transition. Cette découverte intellectuelle de la pensée marxiste conduit H. Lefebvre écrit. Morhange partit en province… Quant à H. Lefebvre ne s’arrêtera pas là puisque. La direction du Parti ne fut pas étrangère à la faillite de la Revue 146 … À la suite de cette aventure. Lefebvre va être marqué par cette rencontre théorique. La plupart des collaborateurs refusaient l’économisme qui traversait déjà la pensée marxiste. 75 et s. Guterman quitta la France pour les États-Unis . Marx et ses prédécesseurs. sa simple lecture de K. cette revue se voulait très ouverte. qui va permettre le quiproquo entre le PC et H. 147 Ce livre a été réédité en 1999 chez Syllepse. Lefebvre qui va durer trente ans. il n’y a pas de désaccord fondamental. P. Les premières difficultés apparaissent à l’occasion de la Revue marxiste. C’est cette ignorance sur ce qui se passe réellement en Russie à l’époque. mais par la théorie. entre K. op. la revue disparut. dans le prolongement de sa lecture de Hegel.

K. Marx 1948. pour lui. le chef a le droit à la parole sur ces questions. théorique et politique. Rien de plus difficile que de faire entrer cette connaissance dans la classe ouvrière elle-même. et à être recherché. en 2002. Ce livre est mal accueilli dans le mouvement communiste. écrit-il. fut un livre maudit. Lefebvre engage une polémique contre l’idée dominante dans le Parti de "sciences prolétarienne". son projet de psychologie concrète. Ce travail sera complété par de nombreux textes de présentations du marxisme (Le matérialisme dialectique 1939. Lefebvre que Maurice Thorez juge lui-même dogmatique et sectaire. déjà imprimé. La seconde partie des années 1930 correspond à une énorme activité de traduction (avec Norbert Guterman) et de présentation des œuvres de F. c’est-à-dire le mécanisme de la plus-value. de l’humiliation. Hegel. Marx et Lénine. Guterman pose des problèmes que ne se posait pas le Parti. Il y trouve un appui : "Je pense que j’ai évité plus d’une fois une crise personnelle à cause du militantisme". publié aux éditions du Parti. Lefebvre. La conscience mystifiée. Avec d’autres. C’est une période de suspicion entre les militants. Ils n’impliquent pas en eux-mêmes. édité pour la première fois. Le marxisme 1948." C’est le moment où lui-même abandonne ses ambitions scientifiques. C’est la période où H. Il tente de mettre au point un contreenseignement de la philosophie. Pour connaître la pensée de K. il fut proscrit et détruit quelques années plus tard par les Nazis. H. écrite entre 1933 et 1935 (en partie à New York). dans la pratique. chez Anthropos. La classe ouvrière elle-même ne connaît pas le mécanisme de sa propre exploitation. Méthodologie des sciences. Lefebvre qui n’arrivait pas à faire admettre au 148 H. les communistes ne voient dans la montée du nazisme qu’un épisode qui ne pouvait durer. puis Marx et la liberté 1947. Elle le vit sur le mode de la méconnaissance. un bel avenir théorique. H. Lefebvre reste encore au Parti communiste parce que la lutte interne contre le stalinisme est engagée. La censure soviétique refuse les services de presse. Dans ces années. thématique qui aura.). Lefebvre et N. ne fut jamais distribué… Époque difficile pour H. il s’intéressera à la sociologie rurale. Le nœud du conflit va être la logique. C’est ce qui permet au fascisme d’imposer des représentations inverses de la réalité. dont un premier volume. Dans l’immédiat après-guerre. Lefebvre découvre que P. Politzer estime que la politique n’est pas du ressort des militants : "Seul le dirigeant politique. Nous reviendrons sur ce contexte. Il écrit un Traité de logique. Rejeté par les communistes. Il se cache dans les Pyrénées où. etc. Lefebvre de rester au Parti. Un autre ouvrage consacré à la méthodologie des mathématiques et des sciences (qui devait être le second volume du Traité de matérialisme dialectique). thème de sa thèse soutenue plus tard. Le fascisme peut se faire passer pour socialisme puisque l’inversion des rapports est possible. Lutte idéologique. À partir de ce travail. H. En fait. et plus encore sa position psychanalytique des débuts. dans son lycée de Privas. Lefebvre est donc resté au Parti durant la guerre : cela l’a conduit à être suspendu de ses fonctions d’enseignant par Vichy. le livre de H. 100 . est retiré de la circulation avant même sa sortie 148 . Dans les années 1950. H. il explore les archives de la vallée de Campan. Politzer écrit un article violent contre H. À l’époque (1936). même G. Nizan lui subtilise sa correspondance pour la montrer en haut lieu… Ce climat n’empêche pas H. dans un grenier.qui la fonde. il publie des Cahiers du contre-enseignement. Lefebvre retrouve l’opportunité de publier : il écrit presque simultanément L’existentialisme et le premier tome de La critique de la vie quotidienne. leur propre connaissance mais au contraire leur propre méconnaissance.

Il écrit la version définitive de sa thèse. Rabelais) pour construire le mouvement de la pensée de libération de l’homme. 151 Sur le contexte de cette rupture. amorcée dès la fin de la guerre. Il choisit de partir et de prendre du large. il publie encore un ouvrage méditatif et impliqué 149 . Aucune conclusion pratique n’est tirée de la publication de l’essai de Staline sur la linguistique. Lefebvre entre dans l’Université. En tant que philosophe. il écrit une série d’ouvrages consacrés à de grands écrivains français (Descartes. p. Paris. dans lequel il fait le bilan de sa vie philosophique et de son aventure dans le Parti (nous y reviendrons). Lourau). dans la très belle collection Dito). il travaille au CNRS. avec lequel il s’est lié d’amitié. voir R. Lefebvre est suspendu en 1958. 2000. rééditée en 1990. Une nouvelle version de L’introduction à la critique de la vie quotidienne est rééditée en 1958. Après La somme et le reste. Les révélations du rapport Khrouchtchev vont bien plus loin que ce que ne pouvaient imaginer les oppositionnels. Dans ce livre. Lefebvre qui se renforcera à partir de 1953. Ensuite. Lefebvre a attendu d’avoir plus de soixante ans. Jusqu’en 1958. Pour lui. H. H. Il veut montrer que l’on ne peut pas rejeter ces auteurs comme des penseurs "bourgeois". date de la mort de Staline. Lefebvre. écrit entre juin et octobre 1958 (dans un contexte politique très particulier. comment le matérialisme dialectique puise dans ces œuvres les conditions de son émergence. 214 et suivantes. Le volume 2. Dans les années 1947-1955. Pyrénées. Pascal. Il y a rupture violente 151 . quelques mots d’ordre simplistes suffisent. ce dont ne voulaient pas entendre parler ni les philosophes russes ni les penseurs plus ou moins officiels du Parti français comme Roger Garaudy. il va se lancer dans la rédaction d’ouvrages importants. H. Depuis 1948. H. C’est ainsi que prend forme l’activité oppositionnelle de H. reformulée. il s’autorise alors une entière autonomie de pensée. Sa critique de la vie quotidienne. Musset. comme un "Versaillais de la culture" se trouve entièrement réhabilité. Cette thèse de sociologie rurale porte sur La vallée de Campan (parue au PUF. est reprise. À partir de 1965. il produit quelques idées neuves. Dans Voies nouvelles. livre essentiel (780 pages). Le Parti ne les retient pas. de l’informatique et de la cybernétique. C’est l’époque des exclusions du Parti (Morin. malgré l’aspect déjà monumental de son œuvre. H. op. puisque ses œuvres complètes sont inscrites comme "publications du mouvement". Lefebvre écrit des articles préconisant l’introduction dans le marxisme des développements modernes de la logique. Il participe à la définition de la base théorique de ce qui va devenir l’Internationale situationniste 150 de Guy Debord. L’insurrection situationniste. lui en avait interdit l’accès. Lefebvre se bat contre l’idée d’une logique de classe. cit." H. etc. 101 . sa réputation de militant communiste. sur Les fondements d’une sociologie de la quotidienneté. pour se lancer dans l’aventure de l’enseignement universitaire. Hess. à partir de recherches menées pendant la guerre lorsqu’il se cachait dans les Pyrénées. Cette confrontation avec les situationnistes va stimuler sa grande productivité de l’époque. Dagorno. qui feront leur chemin vingt années plus tard (notamment l’idée de la nécessité de définir un programme avant la prise de pouvoir). Lefebvre qui avait été dénoncé par les Situs dans les années 1960. paraît en 1961. Diderot. Henri Lefebvre et l’aventure du siècle. Il devient professeur à Strasbourg. Sur les Pyrénées. réédité en 2000 (avec une préface de R. Cela explique peut-être pourquoi il est entré dans cette nouvelle expérience avec tant 149 150 H. il entre à Nanterre.). tout se précipite. mais qu’il faut voir comment les idées se forment.sein du Parti qu’un plus un égale deux est aussi vrai ou aussi faux à Moscou qu’à Paris… "Les relations d’inclusion ou d’exclusion ne sont pas fausses ici et vrai là-bas. Cette année-là. Laurent Chollet. en France). Cette amitié ne dure pas.

Mais cela s’est très mal passé". Après Hegel. le capitalisme de la marchandise. Il continue à travailler. Marx ou le royaume des ombres. ce qui n’était pas fréquent avant Mai 1968. Nietzsche. Henri Lefebvre refuse tout système. L. Lefebvre. Le manifeste différentialiste (1970) élabore la notion de différence. ” Mais René Raymond évoque surtout l’attitude subversive de H. Maïté Clavel… L’attitude de H. Lefebvre : “ J’ai apprécié l’œuvre. René Lourau et Henri Raymond. depuis de très nombreuses années. la majorité des étudiants adhère à l’analyse contestatrice du vécu. de la vie quotidienne. le monde de l’argent. L’argument lancé par H. H. Tant à Strasbourg qu’à Nanterre. "Pour dépasser les tensions. C’est ainsi qu’aux enseignements de H. Ce livre ne paraîtra qu’en 1965. a revu H. historien nanterrois. Lefebvre laisse ses assistants développer leurs propres recherches. après la sortie de La somme et le reste. mais l’homme me déplaisait totalement. Lefebvre entreprend La proclamation de la commune. Rapidement. Lefebvre lors du surgissement des évènements de Mai. du positivisme. en poste à Strasbourg. ” René Raymond avait invité H. académicien. Lefebvre se surajoutent ceux d’Eugène Enriquez. Il publie un très grand nombre de livres entre 1968 et 1980. qui va se former dans le département de sociologie de Nanterre qu’il dirige. La pensée marxiste et la ville (1972). Ensuite R. R. est venu à Paris X pour poser sa candidature sur un poste de professeur de sociologie. Du Rural à l’urbain (1970). Jean Baudrillard. Le premier contact entre H. pour participer à un colloque à Sciences Politiques sur les intellectuels français. Au lieu d’être clair. Tout en s’affrontant aux partisans du scientisme. c’est celle du philosophe qui voit se réaliser socialement. Voir Ulrich Müller-Schöll. Ce livre tend à indiquer la voie qu’il faut suivre si l’on veut échapper à la standardisation généralisée qui menace la "société bureaucratique de consommation dirigée". qui lui permettent de préciser sa théorie du politique. les intuitions et les concepts qu’ils tentaient de formuler. Lefebvre n’en reste pas là. Lefebvre comme un théoricien proche des auteurs de l’École de Francfort. au niveau du mouvement social. H. H. Je connais tous les arbres du parcours. Das System und der Rest. La fin de l’histoire renoue avec la lecture de Nietzsche. Il rédige aussi Introduction à la modernité (1962) et Métaphilosophie (1965). lorsque celui-ci. auquel j’ai posé quelques questions à propos de H. il élabore le soubassement théorique du mouvement de contestation.de fougue. son influence sur les étudiants va être extraordinaire. j’ai partagé un repas avec René Raymond. C’est l’époque de l’émergence d’Althusser à l’École normale supérieure. Lefebvre se lance dans une synthèse sur la question de l’État : De l’État aura quatre tomes. Il fait apparaître H. L. et moi datait de 1959 ou 1960. Au-delà du structuralisme (1971) regroupe tous les articles écrits dans la période antérieure contre Althusser. soufflant sur le feu en 1967-68 à Nanterre. Espace et politique (1973) et surtout La production de l’espace (1974). Lefebvre attaque le monde bourgeois. On lui donne la paternité des évènements de Mai 153 . de la sexualité. aussi. qui feront 1968. A l’occasion d’un jury de thèse à Lyon (janvier 2001). On parlait de “ listes noires ” sur lesquelles des étudiants auraient été inscrits pour leurs activités subversives et qui “ n’existaient pas ”. des conditions concrètes de la société existante que développe H. Althusser et sa théorie de la "coupure épistémologique" chez Marx seront l’occasion de nouvelles confrontations. Rarement un professeur d’Université aura eu autant d’influence sur les étudiants qu’Henri Lefebvre. “ Il refusait d’assumer toute responsabilité ”. du profit. Lefebvre. Simultanément. H. Ce dernier livre aura et a toujours une influence considérable en Allemagne 152 . Lefebvre n’avait pas fait de vague. dans laquelle vivent les pays développés. où l’assistant était le répétiteur des idées du professeur. 1999. Ces livres seront lus par certains des étudiants. H. Pour Marx et Lire le capital sont parus en 1965. H. Il les encourage à enseigner leur propre pensée. L. H. Lefebvre laissait accroire qu’elles existaient. la femme d’Henri Raymond qui était mon étudiante a voulu organiser un repas entre nous. 153 152 102 . Lefebvre : “ J’en ai marre de faire Paris-Strasbourg en train. Plusieurs ouvrages sur l’espace et la ville : Le droit à la ville (1968). du structuralisme.

H. Lefebvre. c’est celle de la philosophie.Entre-temps. cette évaluation critique est difficile. La tragédie ressuscite le héros tragique qui réapparaît et revit sa mort. Il lui semble que la clé de la philosophie. Marx ne dit-il pas lui-même qu’il a incarné Prométhée ? Ces thèmes seront repris dans Qu’est-ce que penser ?(1985). mais il voyage beaucoup. Mais Prométhée lui-même peut mourir ! H. Kant ne le croyait pas . Zeus perdra le pouvoir. H. C’est de là qu’on peut tirer une philosophie. La pensée n’est pas un jeu fermé sur soi. H. C’est dans le tragique qu’il faut chercher. H. Lefebvre a lu Shakespeare. est une sorte de bilan de l’œuvre philosophique de H. Il lit beaucoup. Lefebvre conclut que la représentation est un fait social et psychique dont on ne peut se passer. H. Ce livre qui. Prométhée ! Image terrible. tandis que F. Marx. prodigieuse. il y a victoire sur le temps et la mort. mais qu’il faut savoir choisir. Évidemment. Dans quel sens évolue la pensée de H. soit à chercher de ce côté. L’homme sans qualité est le roman de la dissolution du monde moderne. À partir de 1978. Marx. Lefebvre à la fin de sa vie ? C’est difficile à dire. il porte en lui que la libération viendra de la mort des dieux. ouverte à tous les horizons de la modernité" (C. il porte en lui des ferments anti-étatiques dont. Lefebvre répond à la question par l’exemple. H. reposant sur une culture énorme. K. Il écrit chaque matin. celles qui permettent d’explorer le possible. H. Marx. Pour lui. Il faut choisir les représentations fécondes. Cette démarche peut sembler très loin du marxisme. Il nous donne une théorie philosophique de la représentation. H. Le héros de Musil parle en philosophe. L’intérêt de l’ouvrage. Il n’enseigne plus à Nanterre. Lefebvre l’inscrit aussi dans la Présence et l’absence (1980). Lefebvre n’a pas clos son œuvre. nous avons besoin aujourd’hui. la question qui est posée. Lefebvre se trouve davantage dans la tragédie que dans le drame. inachevée. Il relit les tragiques grecs. Lefebvre prend en compte la pensée de K. et dépasser les représentations illusoires (celles qui fascinent les hommes mais bloquent l’évolution de la société). peut-on philosopher ? H. appelait le philosophe à sortir de la représentation. René Thom 103 . d’une certaine manière. plus que jamais. H. Faut-il abandonner Marx ? se demande H. Après K. les tragiques grecs. Lefebvre a pris sa retraite. de les dépasser vers un au-delà accessible seulement au surhomme. Lefebvre renoue pourtant avec l’idée qui a guidé sa première lecture de l’auteur du Capital : Marx est aux antipodes du stalinisme. E. Mais pas si loin qu’on ne le croit. Ce livre s’inscrit aussi dans cette veine philosophique. Il fait des conférences dans le monde entier. Auteur de dizaines et de dizaines d’ouvrages. Attaché au rocher par le pouvoir et par la force. Delacampagne). Lefebvre s’est imposé comme philosophe et comme sociologue. il revient plus systématiquement à la philosophie. Dans La présence et l’absence. H. car dans la tragédie. livre dans lequel H. Après avoir esquissé une histoire du concept de représentation. Lefebvre voit la solution davantage du côté de Prométhée que du côté de Dionysos. mais aussi celle de Spinoza ou celle de Joachim de Flore. C’est un livre étonnant. Il a relu Musil. À côté de Musil. Nietzsche proposait de rejeter à la fois philosophie et représentation. c’est de rappeler une fois encore que la philosophie ne peut se laisser enfermer dans aucun dogmatisme. qui est toujours illusoire. qui paraît en même temps qu’Une pensée devenue monde. Ce cheminement. Celleci est restée ouverte. mais surtout mû par une pensée frémissante "tendue vers des possibles jamais réalisés. la clé du monde. lui. Il y explore le moment de l’œuvre. Lefebvre ne pense pas que l’on puisse tirer quelques choses des mythes. Qu’est-ce que la représentation ? Un intermédiaire entre l’être et le non-être : toute la question est de savoir si la connaissance peut – ou ne peut pas – dépasser cet intermédiaire pour atteindre l’être véritable. La présence et l’absence déploie le moment philosophique. C’est un instrument d’exploration du réel. Il énonce sa philosophie en tenant compte de la technique mais en la dépassant. Lefebvre est revenu à l’œuvre d’art. Lefebvre évalue encore une fois le marxisme.

De ce point de vue. Ils proviennent de la pratique et ils y reviennent : "espace social". la souffrance et la mort sont niées. dans leur structure. Il quitta alors le centre de Paris. surréalisme. pour se retirer à Navarrenx. H. il a fait passer 96 thèses. "différence ". avec les mouvements d’avant-garde (groupe des philosophes. Leur rôle a été se servir de ferment. c’est une suite de concepts qui ne font pas système.(théorie des catastrophes). théoricien. Lefebvre pense que la théorie de l’aliénation traverse Le capital. on pourrait dire que c’est autour de la notion d’aventure. C’est en cela qu’ils sont très distincts des concepts philosophiques classiques qui restent pris dans leur armature. Lefebvre propose donc un horizon : la métaphilosophie. situationnisme. de levain. n'a pas étonné ceux qui l'ont connu comme le théoricien de la révolution comme fête. le communisme était lourd. il s’était exprimé pour faire le bilan du communisme. Lefebvre a vu tomber le mur de Berlin. Lefebvre a développé son activité de philosophe (penseur. Lefebvre comme philosophe marxien. Dans la tragédie. mouvement étudiant…) qu’H. Lefebvre a apporté. dans un très bel appartement dont il n'était pas propriétaire. pesant. La banque qui le possédait lui proposa de racheter cet appartement. Lefebvre n’a jamais séparé le vécu et le conçu : l’un et l’autre s’entremêlent. chez les femmes… Trajet foudroyant du concept qui le rend obsolescent. "mondial" et "aliénation" sont des concepts qui entrent en relation mais ne font pas système. mais aussi personnelle. marxisme. que celle-ci peut s’organiser. Vécu et conçu s’enrichissent mutuellement. Le philosophe en produit alors un autre. à Paris. Il a restitué la véritable pensée de Marx autour de deux fils conducteurs : la théorie de l’aliénation et la critique de l’État. dans leur architectonique philosophique. c’est son trajet dans la pratique. Le contact avec l’œuvre de K. qu’elle leur a permis de s’accepter. où il mourut en 1991. épuise ses virtualités. Son commentaire politique de cet événement ("à l'est. Entre 1962 et 1973. Ils ont fécondé la société contemporaine et se sont dissous en elle. La tragédie porte donc en elle une affirmation. Cette dialectique permanente entre le vécu (intense) de H. dans la maison familiale. Il faut souligner l’importance de H. incapable de porter une utopie et de mener la critique du quotidien. Lefebvre refusa. Peu auparavant. Comment philosopher après K. Lefebvre a formé de nombreux professeurs d'université. ennuyeux"). Il est mort en juin 1991. Ce que la métaphilosophie de H. trop souvent générateur d’ennui. peu importe le statut épistémologique du concept. chez les colonisés. "quotidien". H. ses possibilités. Ce qui importe. Pédagogue de talent. on peut dire que le travail de H. la confrontation est une nouvelle aventure. Lefebvre. mouvement d’opposition dans le Parti communiste. C’est sur cet événement historique qu’il a médité à la fin de sa vie. Cette idée est déjà présente dans L’existentialisme. Mais H. Lefebvre a été efficace. Lefebvre. "mystification". Une équipe 104 . H. Il est enterré au cimetière de Navarrenx. Sa théorie de l’aliénation par exemple s’est imposée chez les jeunes. Le succès du concept. Marx ? H. écrivain). Il constate que la tragédie grecque a permis aux Grecs de vivre. S’il fallait définir en un mot le mouvement de l’œuvre de H. Lefebvre et le conçu est ce qui caractérise son apport à la philosophie. Pour H. d’accepter leur monde (leur cosmos). Lefebvre. H. Marx remet en cause la philosophie. C’est dans le contexte de la confrontation intellectuelle. Lefebvre le découvre… La chute du mur de Berlin a été un choc pour H. H. que la notion de travail aliénant – aliéné conduit à l’idée que le capital s’autonomise par rapport à la pratique comme toutes les puissances aliénantes – aliénées. Nietzsche l’a pressenti. période de sa vie où il a exercé le métier d'universitaire. image ou métaphore. dans le vécu. À chaque fois. Henri Lefebvre a vécu longtemps au 30 de la rue Rambuteau. Ce chiffre exceptionnel s'explique par le fait qu'il était très bien entouré.

chercheur lefebvrien. mais aussi mouvements de libération. pédagogie). Fragments de la philosophie de la conscience". dans lequel se trouve déjà cette notion de moment. pp. "Positions d'attaque et de défense du nouveau mysticisme". enseignement. confus) n’était pas inintéressant. c'est pour se posséder qu'il cherche à disparaître. Henri Lefebvre écrit : "Je ne voulais pas faire appel à mes essais antérieurs. et bien d’autres choses encore 154 . Je pense encore que ce manuscrit (long. concernant le fini et l’infini avait donc des prémices." La première théorie (idéaliste) des moments Dans un article écrit en septembre 1924. Après sa retraite. Lefebvre renvoie ici aux "Fragments" parus dans Philosophies (1924-1925) et L’esprit (1926-1927). Dans La somme et le reste. "Critique de la qualité et de l'être. des substances. comme un magicien croit dompter des génies. celle qui ne pose pas l'absolu "par une transposition d'éléments humains". sur le plan politique. des aperçus risqués sur la conscience transcendantale.. 241 et sv. groupes de recherche. que par la loi suivant laquelle le vouloir authentique s'exalte et s'aventure 157 ". et qui contenait en vrac la théorie des moments.. mars 1925. La pensée magique transpose en absolus des moments de la conscience. attaque fondée sur la distinction entre deux formes de pensée : l'une. avant sa lecture de Hegel. 155 Un extrait de cet ouvrage est paru : H. les luttes à l'échelle planétaire. 299. Il ne pouvait pas comprendre les germes contenus dans ce texte de ce qui devait s’appeler plus tard: L’existentialisme. c'est-à-dire s'absorber en eux . H. p.nombreuse le secondait dans tous les domaines de son activité (recherche." La somme et le reste. depuis. il continue à avoir une réelle influence. diffus. écriture. 156 H. pp. Philosophies. et à suivre. Cette première partie se termine sur l'annonce d'un humanisme fondé sur la seule forme de pensée valable. n° 4. 471 et sv. 479-482. dans le chapitre sur Le normal et l'anormal. de manifester de la rancune à l’égard de ce philosophe. 154 H. sur La philosophie de la conscience 155 . n° 5/6.. des idées. On retrouve dès ce premier texte une influence nietzschéenne. il est inédit). 5-6. que j’avais envisagée un moment de transformer en thèse. elle croit alors s'être soumis le monde. mais publié en 1925. "Positions d'attaque et de défense du nouveau mysticisme". La note poursuit : " Manuscrit complet remis en 1925 au plus célèbre des professeurs de philosophie en Sorbonne. voilà pourquoi le mystique veut s'abolir . arrête la recherche en réalisant "des forces. la pensée magique. voulant posséder elle ne peut éluder l'aventure. sans y attacher la moindre importance. etc). Lefebvre.". 105 . une première partie contient une attaque contre les mysticismes passés. Lefebvre utilise déjà le concept de moment. des plans irréels ou surréels . – "L'absolu ne s'exprimera. Il entretient des relations avec tous les groupes qui agissaient (partis politiques. Lefebvre.. Philosophies. qui le reçut avec courtoisie et me le rendit de même. La discussion lancée dans le Nietzsche. 157 Philosophies. s'abandonner à des signes humains crus magiques. Lefebvre. Michel Trebietsch. théologiques et métaphysiques. Dans l’article de 1925 156 .. p. J’ai eu le tort.". mouvement des femmes. à une longue esquisse d’une "philosophie de la conscience". était en relation avec moi pour envisager la publication de cet ouvrage. Il venait de terminer un ouvrage (que j'ai eu entre les mains . Ses voyages le conduisirent à se confronter au mondial. Elle se contredit . décédé en 2004. 1924. et il lui faut se "livrer. Chapitre 6 De philosophie de la conscience à l'expérience de l'exclusion La théorie des moments existe chez H..

en tant que telle. en 1946. nous ne voudrons plus trouver le secret de l'univers en un moment privilégié de tristesse ou d'abjection. Anthropos. mais très prudemment. l'espoir de découvrir le Secret. en un moment privilégié de révélation enivrée ou d'extase. 389 et suivantes. du fait de sa dimension "idéaliste". 2001. p. publiée. sans conférer à un moment quelconque un caractère exceptionnel. C’est lors de son exclusion du Parti. H. mais sur le plan de l'immédiat et non sur le plan de la pensée (des idées). justement pour en faire des absolus. L’existentialisme (1946). nous serons aussi délivrés du cauchemar . qu’il la publie expressément. Lefebvre. de l'existence H. L'humanisme doit accepter la vie dans sa totalité. La douleur. mais en même temps montre le risque idéaliste qu’il y a derrière le fait d’isoler. H. Le dogmatisme aurait servi de censure." Et il poursuit : "Affirmer que l'angoisse nous dévoile ou nous révèle le "monde". Henri Lefebvre. Elle n’est pas disponible. fascination. Il reprend cette idée dans le chapitre sur Kierkegaard : "On pourrait croire qu'il s'agit de déterminer – en faisant appel s'il le faut à l'histoire. ces moments ont un caractère immédiat . Puisque H. 158 106 . Méridiens-Klincsieck. premier chapitre (pp. Abandonnons le rêve. 159 Il se pose la question dans La somme et le reste. Pourtant. 2° éd. C'est continuer la métaphysique. Lefebvre exprime cette idée. l'angoisse. à la connaissance objective. Il n'en est rien. douleur.. Lefebvre établit un lien entre son expérience dans le groupe des philosophes. ils s'insèrent dans nos relations immédiates. Alors nous pourrons accepter la vie ("l'existence") dans sa totalité. H. 3° édition. Norbert Guterman. dans le chapitre sur "la scolastique moderne et le déclin de la philosophie" . Dans plusieurs ouvrages. joie et douleur. Il craignait qu'on lui reproche son "idéalisme". 2001. des "moments" de la vie .. directes. c'est accomplir l'opération de la pensée métaphysique. Il vivait déjà selon des moments bien construits 158 . 2° éd. Paris. Lefebvre utilise constamment. L’existentialisme Dans L’existentialisme. pour l'autre. y fait référence. d’autonomiser des moments. Paul Nizan. 160 H. Lefebvre. Sa critique "marxiste" des "nouveaux existentialistes" (Sartre et les autres) est l'occasion de revisiter le concept de moment. à la pensée. les "conditions d'existence" d'une vie humaine totalement épanouie. il montre que la philosophie "moderne" a tout essayé : mélancolie. le porter à l'absolu en le considérant comme une révélation. en 1959. que la pensée idéaliste a tendance d’autonomiser le moment. Ainsi. Ce groupe de 1924-28 regroupait Georges Politzer. voire même ennui et sentiment de l’absurde : "Ici. c'est bel et bien retourner à une "pensée magique". Lefebvre craint que sa théorie ne soit pas conforme à ce qu’on attendait d’un théoricien du Parti communiste 159 . auparavant. l'humanisme marxiste proteste une fois de plus. p.. Kierkegaard affirme l'irréductibilité absolue de l'expérience individuelle. Pierre Morhange. férocité. Il oppose les deux expériences. 1 à 38). ainsi que L'existentialisme. mais en régression sur elle – vers la magie 160 ". Entre 1945 et 1959. au nom de son effort pour saisir la totalité. vertige. dans L’existentialisme. inquiétude. angoisse. La somme et le reste.Critique de la théorie des moments : une manière d'en parler Vingt ans plus tard. La théorie des moments n’est pas explicitée. il signale sa théorie dans plusieurs de ses ouvrages. Merleau-Ponty et les autres existentialistes. 1989. à la différence d'une pensée (d'une idée). Isoler un de ces moments. elle traverse tous ses travaux. à propos de l’existentialisme. sa référence aux moments.. et quelques autres. avec le "monde". il a la subtilité de critiquer ce rapport au moment qu'il trouve chez Sartre. et l’existentialisme. Paris. la tristesse sont d'incontestables réalités. 71.

Lefebvre dans la forme qu’elle prend alors. même lorsqu’on le dégage. pour passer sur un autre plan qui "transcende" le premier 162 ". mais vécu. 2° éd. 182. que chacun doit chercher son secret et le sens tragique de son existence. de la fascination. p. une base. cette école de philosophes a. doit être remis en perspective avec le tout. que rejette H. H. le moment tel que le décrit la phénoménologie. 164 H. En fait. 163 L’existentialisme. c’est de poser l’individu pensant qui se pose et s’affirme : "Il prend toute la pensée en charge. dans le domaine de l'immédiat. des dieux). mais ne se reconnaît pas encore. Et plus loin : "Il (Kierkegaard) distingue plusieurs "stades". comme tout idéalisme. en soi et pour soi. que les stades chez Kierkegaard. des autorités.individuelle. c’est-à-dire un infini. L’existentialisme. Pourtant. celui de la foi. des ancêtres. Sartre du vertige. 107 . 2° éd. L’apport de Descartes. Lefebvre montre que le Cogito cartésien est bien un moment de la pensée. dans les descriptions phénoménologiques. Il conclut son raisonnement : "Non seulement il se prendra pour le point de départ et le commencement absolu. et l'effort de conceptualisation de H. obligent à en sortir . au contraire ! pas de solution pour la "dialectique" existentielle. Lefebvre ne rejette pas. 89. p. Avant Descartes. C'est au cœur de l'individu isolé. et qu’il reçoit sous la forme travestie d’une révélation. Non. Ces contradictions obligent à sortir d'une sphère. Ce que conteste la critique dialectique. le lecteur d'aujourd'hui est bien obligé de sentir la proximité qu’il y a entre les moments dégagés par l’existentialisme. au-delà de la critique de Kierkegaard. Descartes. dès que l'on prétend résoudre par l'immédiat les questions suprêmes. mais il lui semble que le moment. dans son Descartes. 1947. non conceptuel et spéculatif. 127. délaissés ou dépréciés par le vieux rationalisme . Comment passe-t-on de l'un à l'autre ? Par une sorte de mouvement dialectique. Lefebvre montre cependant que cette acquisition ne s’opère qu’au prix d’un double et illusoire illusion. loin de là. en tant que singularisation anthropologique du sujet. assez modeste. La conscience humaine de l’individu naît. C'est ainsi qu'il croit poser concrètement. s’affirme comme conscience et centre de pensée – et réel. p. des justifications. Cette dialectique d’alors entre la critique et l’intérêt d’une théorie à redéployer. et libre comme tel. la connaissance. l'action 163 ". Faire du moment un absolu. Paris. y compris la science. paru en 1947. alors qu’il est un moment. p.. qui supposent précisément la totalité de l'expérience humaine. du sadisme. en tant que telle. la pensée ou connaissance sont des produits sociaux que l’individu accueille dès son enfance. ces descriptions se situent à un degré inférieur de la vérité. Moment capital dans l’histoire concrète de l’individualité 164 ". La théorie lefebvrienne des moments sera effectivement mieux articulée. on le retrouve dans un passage sur la phénoménologie de Sartre : "Tout n'est pas faux. était déjà inscrit dans l’œuvre de Nietzsche.. ce n'est pas tant la "description" par M. explique-t-il. d’un don venu d’en haut (de ses parents. c’est un acquis important. Comme la psychanalyse. se transforme en une très grande erreur. d'un stade. plusieurs moments. Mais là encore. Ainsi. éd. 2° éd. mais avant lui dans le vertige spéculatif de tout philosophe. d’hier et d’aujourd’hui. à chaque stade. mais il se rattachera 161 162 L’existentialisme. dans la vie du microcosme individuel : le stade esthétique et érotique – le stade éthique – le stade religieux. Lefebvre lui-même. Pour le critique dialecticien. la phénoménologie a attiré l'attention sur certains "moments" de l'existence peu connus. H. Cette vérité relative. de certains moments absolus et d'ailleurs uniques 161 ". la pratique sociale. et mettre au premier plan le problème de l'humain. Chacun doit descendre dans les profondeurs strictement “ privées ” de sa conscience et comprendre la valeur infinie de certaines découvertes. C'est surtout la place de ces descriptions dans l'ensemble des vérités. 104. il refuse la prétention de Descartes d’en faire un absolu. H. Ce sont les contradictions qui.. non quelle se réso1vent . Lefebvre.

637 et suivantes." La somme et le reste est donc un livre passionnant. (5° éd. ou sous forme spécifique et dégagée. mais ce n'est pas le cas. où Lénine 166 nous propose un modèle de militant totalement réduit à son appartenance au Parti . le jeu". 108 .fatalement à une substance métaphysique. Lefebvre entre l’idéalisme et la tendance à construire les moments comme absolu ! La somme et le reste. j'ai été communiste. ce chapitre vise à condenser des aperçus jusqu'ici dispersés. une affirmation positive Avec La somme et le reste. "Encore sur les moments : l'amour. p. H. Ainsi. H. pour nous aujourd'hui. H. mais stalinien. le rêve. Sur les 777 pages de cet ouvrage. "Je me suis beaucoup prêté. lorsque je préparais mon livre sur lui. de renaître. Paris. au même moment. Lapassade montre que cette conception organisationnelle de Lénine ne diffère en rien de celle de Taylor. 167 Je vais me contenter de citer quelques passages de ce chapitre . qui trouve son illustration dans la biographie personnelle et collective du philosophe qui la produit. p. la théorie des moments est présente dans un tiers des chapitres. mais cette fermeture du moment lui ouvre de nouvelles possibilités. malgré cette tendance du Parti à aplatir ses membres à une seule appartenance. le philosophe militant refusait (et quelques autres avec lui). D'accord. Pour H. G. -un dans la cinquième partie (L'inventaire). Je crois que ce thème constituerait un livre en soi. V° partie (L'inventaire). éternelle : la Pensée en soi "… Il y a donc un lien établi par H. La somme et le reste. il voit un moment important de sa vie (sur le plan temporel et anthropologique) se dissoudre. Ce qui l'a sauvé : l'appartenance au Parti se trouvant fermée. où le chapitre VII s'intitule "théorie des moments". Lefebvre. durant un an. Anthropos. (et ce ne fut pas de son fait). 167 Henri Lefebvre. a-t-il pu me dire. Parce que j'étais marxiste. Quatre chapitres s'y réfèrent explicitement : -trois dans la troisième partie (la vie philosophique) : "Moments". immobile. dans l'entreprise capitaliste. 2006). Lefebvre nous dit en quelque sorte : "Entre 1928 et 1958. Lefebvre est resté "plusieurs". je suis toujours resté philosophe. je ne me suis jamais donné". Ce qui m'a permis de survivre. S'il n'avait eu qu'une appartenance. Dans Groupe. le rencontrant alors chaque semaine.. c'est que. pour montrer la rupture avec le moment de la phase dogmatique. Elle est constamment présente dans l'ouvrage. H. 129. La théorie des moments est le levier qui permet au philosophe exclu de rebondir. Chapitre VII. "Le moment philosophique". organisation. C'est mon appartenance à la philosophie (comme moment autonome) qui m'a permis de survivre au dogmatisme stalinien. les principes léninistes de Que faire ? (1902). institution. Son moment du politique ou du marxisme prend une autonomie par rapport au dogmatisme. car le Parti communiste n'était pas marxiste. ou sous forme implicite. durant toute cette période d'épreuve dogmatique. se redéploient les moments … Je ne reprends pas ici le détail de la théorie des moments définie dans La somme et le reste. De ce point de vue. parce qu'il donne à lire une théorie des moments. Lefebvre aurait certainement été détruit par son exclusion. la théorie des moments s'affirme positivement. Il y avait un qui pro quo. Lefebvre ne se réduit pas à une seule appartenance. Pourquoi ? L'idée qui sous-tend le livre est la suivante. 165 165 166 Descartes.

où tout serait significatif. L'expression 168 H. mais elle se découvre par contraste avec les modèles autrement complexe.. Ils éclatent. le langage de la science. 638. évoque. Les impressions sensibles ont donc la richesse inutile de la parole. S. de la cinquième partie de La somme et le reste. 172 H. c'est-à-dire plus complexe que les modèles et d'une autre façon 170 ". H. mythique et symbolique. les notes renvoient à La somme et le reste sous la forme : H.. Cette réalité n'est pas seulement sensible. la musique. avec l'indication de la page. Les expressions : "jeux de lumière". mais aussi véritablement que les formulations mathématiques et les schémas abstraits.Chapitre 7 : La somme et le reste Dans le chapitre "Moments" de La somme et le reste. c'est sa profusion. les modèles de stabilité qui fournissent des formes ou des structures formelles capables de cerner un objet. 637. Dans la suite de ce chapitre.L. que par un effort incessant pour les protéger.L.. S. les expriment donc autrement. 638. Elle manifeste leur distance. par laquelle la réalité matérielle nous signifierait ce qui se formule rigoureusement en lois. et c'est pourquoi la parole vivante exprime. Le jeu de la nature n'a pas de sens si on l'applique à un objet. 234. vont vers un tel monde. il voyait les germes de ces moments dans la nature 169 . p. toujours franche et vive. et encore davantage la post-modernité. aussi précises l'une que l'autre pour dire les mêmes choses : le langage des phénomènes. comme forme et structure. les frondaisons pendant l'été. dans la nature. p. Mais. Le monde rationalisé. théoriquement et pratiquement. S. Le chant. Le sensible ressemble davantage à la parole humaine qu'à la langue. Ils ne se maintiennent. "jeux d'eaux". cit. "La profusion dans la nature renouvelle sans cesse l'étonnement". mais lointaine par rapport à la présence du réel objectif. H. la chaleur. p. en fonctions mathématiques. et r. ce qui signifie colorée. la redondance est aussi considérable . Pour lui. p. Lefebvre part de la nature. "Il n'y a pas deux langues équivalentes. S.. 171 H.. Ce n'est pas la seule image de l'exubérance. et r. équivaut à un cauchemar absurde. C'est de cette idée qu'il part pour nous offrir une première synthèse de sa pensée. au lieu de simplement signifier 171 ". l'inutile réagit contre lui. dès sa première théorie (1924). de le dominer. La somme et le reste. p. 170 H. à une chose séparée. En effet.. La "modernité". Elle déborde les schémas d'équilibre. et r. Lefebvre.L. "La poussée des feuillages au printemps.L.. 169 H. la lumière répandues à travers l'espace et le temps. suggère.L. La figure du soleil... Le jeu de la nature Ce qui surprend toujours Lefebvre. 635. Lefebvre a déjà défini les moments comme modalités de la présence 168 . La réalité les "réduit perpétuellement à leur statut d'abstraction scientifique nécessaire. S. "elle vient d'un être et présente cet être". de le connaître. 109 . Mais. La parole ne peut se réduire à une algèbre . l'épaisseur des feuilles mortes pendant l'automne suggèrent aussi fortement l'abondance 172 ". et r. et r. "jeux de reflets". dans le chapitre VII. représente l'énergie.. Il montre d'abord que la réalité dément sans cesse les schémas d'équilibre. les impressions sensibles n’ont rien d'une langue naturelle. Il a déjà montré que. dans le même mouvement. Dans la parole. c'est à cet endroit que se construit l'humain. La parole déborde de phénomènes inutiles pour la signification précise. La signification (l'algèbre des signes) est le désert de l'essentiel. ont du sens. op..

Elles se distinguent dans le temps et l'espace : dans les activités. Aucun mot que le jeu ne désigne cet illimité qui se manifeste justement aux limites incertaines et pourtant précises de la nature. de l'aube ou du crépuscule 173 ". et les vagues de la mer ne sont qu’ondulations. La réflexion pourchasse dans leurs repaires ces ordres indépendants qui engendreraient le plus grand désordre . ce qui vivifie est aussi ce qui tue . H. S. Aux tumultes et aux tempêtes cosmiques qui les brassent. Mais l’ordre humain n’a rien d'absolu. la nature est désordre. Et nous avons besoin de ces inutilités. Tout est déterminé. p. et r. le soleil inondant d'énergies cosmiques les espaces les brûle. les éléments tombent les uns hors des autres. Dans la hiérarchie des êtres vivants. 179 H. Les aspects se proclament chacun pour soi : cette bille n'est que corpuscule. 639. y compris chaque espèce et le maintien de telle espèce. rien qui ne soit fonctionnel. de ce luxe naturel. "Nous aspirons à la re-naissance. p. parfaite et sublime inutilité. et r. indispensable. Nous la re-créons de façon intime et secrète. le jeu. les modalités élémentaires de la vie se différencient en même temps que les organismes. S. La terre qui n’est que terre soustrait ses cavernes à la lumière et aux feux du soleil. sépare le lié. par exemple) sait se reposer.L. p. Les vivants sont des proies les uns des autres. et r. "Dans la vie biologique. S. Les “ corps ” s'isolent et s’affirment. La nature offre des contrastes : tempêtes et calmes. Lefebvre veut souligner "l'absence de séparation entre la nature et l'homme (social) même quand le social croit se séparer de la nature 176 ". S.. elle relie le séparé : "Sans cesse. Dans la nature végétale et animale. elle les fait rentrer dans la danse 177 ". répondent d'inexplicables stagnations. 178 H. 176 H. La prolixe et généreuse mère se révèle tout à coup muette. p. et r. et r. c'est celle d'une prodigalité insensée. de ces spectacles offerts. 175 H. Cette vue de la nature que nous propose H. La vie joue avec elle-même un jeu mortel L'analyse. p. L'inutile disparaît.. Dans les profondeurs originaires de la nature. Il contient une aliénation qui se révèle à une réflexion plus profonde.. 110 . 641. "La vie se nourrit de soi. S. de ce jeu illimité. Tout.L. autour de nous. "dans la musique. et r.. tantôt avec une effroyable ironie 179 ". violences et apaisements. il a ses saisons d'amour 173 174 H. p. exubérance sensorielle retrouvée 174 "."jeu" rend bien "l'inutilité et la beauté des reflets et des scintillements de la lumière à la surface des éléments. S. 177 H. les consume et règne sur des déserts. la lutte. La nature est le plus grand des spectacles. qui tantôt peut s'identifier avec la bonté de la nature. Il y a dans la vie (végétale et animale) une sorte d'immense gratuité. utile. le repos se mêlent inextricablement. "Dans la nature.L. p. Le feu dévore en même temps qu'il féconde 175 ". H. dans la nature sensible. 639..... l'expansion démesurée de la vie qui ne trouve qu'en elle-même ses propres limites. dans un état d'indifférence réciproque. semble soumis au hasard. S. en nous.L. 639. la loi la plus générale.. terne.. 640. Les modalités élémentaires incombent à des tissus et organes différents. H.. guetter sa proie . Lefebvre retrouve la surabondance.L. 641. Lefebvre remarque que "l'animal supérieur (un fauve.L. partir en chasse.L. Et cependant.. la faim. l'amour et la reproduction.. et se dévore 178 ". que nous dominerions sans que le règne de la volonté et du savoir se traduise en sécheresse". avare. et r. Par rapport à l'ordre humain.. puissance du négatif. 639. dans nos œuvres. du soleil ou de la terre sur la mer.

et r. qui ne se soumettent pas à l'ordre que tend à imposer cette raison 183 ". Lefebvre l'a déjà abordé dans le chapitre "Encore sur les moments" 187 . une hiérarchie entre les moments. et r. le repos. Je ne développe pas ces moments ici. leur distinction. 182 H. p. Mais. S. "Jamais la crainte ou l'inquiétude devant le danger possible ne le quitte complètement 181 ". une raison vivante et ordonnatrice tend à distinguer ce qui restait mêlé. et r. l'amour et la reproduction. c'est la répartition des moments.L. aussi bien du côté de la vie immédiate et spontanée qui rétablit brusquement ses exigences. c'est qu’elles sont différenciées 180 ". les discernables se confondent. entre l'animal et l'homme.L. Chez l'homme On retrouve dans l'homme les éléments ou attributions élémentaires observés dans les origines de la vie et de la nature matérielle : la lutte.L.. S. p. et r. le moment du repos. le moment du rêve 186 . et r. le jeu se 180 181 H. H. La différence.. La présentation de moments À ce moment de sa synthèse. p. Ces fonctions sont celles de la vie la plus primitive. ni même la volupté de la douleur et de la crainte. la lutte. "Ainsi. S. la raison à l'œuvre dans la civilisation tend à constituer des moments. comme dans l'enfance individuelle et dans l'animalité.. 239-250. l'amour.. Lefebvre va s'appuyer sur plusieurs "études de cas".. Lefebvre n'a jamais voulu jouer à aucun jeu. S. H. et la manière de passer de l'un à l'autre.L. 353.. Ainsi. Les chats ne distinguent pas totalement la poursuite de la proie.. que du côté de la répartition sociale des biens et des objets. 183 H. En s'affinant. le moment de l'amour 185 . le moment de la justice et le moment de la poésie.. 343-353.. Dans l'enfance des sociétés. H. 642.L. le jeu. Il ne dort jamais que d'un œil. S. leur discernement. et r. 185 H. Mais j'y renvoie le lecteur. 187 H..L. Dans cette page. 641.. préférant faire l'analyse précise du chapitre de synthèse.. dans lesquels l'individuel ne se sépare pas du social. il a déjà présenté le moment philosophique 184 . ou inversement se séparent et tombent les uns en dehors des autres 182 ". 186 H. 641. de les unir : "Dans l'homme socio-individuel. p. p. et r. p. 337-343. l'animal supérieur continue à mêler les fonctions.. Mais en plus. 111 . il aurait tout perdu. S.. p. Ce qui diffère du tout au tout. S. Signalons que dans les chapitres antérieurs de La somme et le reste. On y apprend cependant que H. 184 H. Son œuvre rencontre beaucoup d'obstacles.. Le moment du jeu L'analyse de ce moment est une reprise. l'homme peut se reconnaître et s'attribuer les possibilités. il n'y a que l'esquisse de l'analyse qui suit. dans la nature animale comme dans la nature matérielle.L. et r. la nourriture. il a donc une série de fonctions réparties avec une sorte de raison intuitive. p. Il introduit des illustrations en présentant le moment du jeu. les plus hautes civilisations créent des jeux qui ne sont que des jeux. En effet.. dans la vie animale (disons par exemple : le repos et la lutte) et aussi à relier ce qui restait séparé (disons : la grâce et la puissance).. 642.. Cette raison tend. il a sa tanière . car s'il avait joué. S..L.

discernait mal de l'action, du travail, de la lutte ; il y a confusion, mélange. L'enfant joue quand il travaille : il travaille en jouant. H. Lefebvre montre que les ethnographes écrivent des sociétés où le jeu prélude à la lutte, où la danse confond les figures de l'amour et de la guerre avec le jeu, etc. "Dans une civilisation avancée, le jeu constitue un moment. Il ne s'isole pas. Les figures de la guerre ou de l'amour s'y intègrent, mais subordonnées aux règles qui font le jeu spécifique. Ainsi les échecs correspondent à une bataille rangée entre les armées royales, mais les combinaisons se définissent rigoureusement sur le terrain de jeu. Ainsi les cartes comprennent les figures de l'amour, mais subordonnées à des règles de nécessité et de hasard. Ces jeux spécifiques ne naissent pas brusquement, produits par une volonté abstraite de jouer 188 ". Dans l'abstrait, la volonté de jouer ne crée que des jeux sans profondeur, sans réalité des petits jeux de société. Les vrais jeux gardent quelque chose de leur participation initiale à la totalité. "Le déplacement vers les jeux des objets magiques s'accompagne évidemment de métamorphoses radicales, telles qu'une formalisation très particulière : la règle du jeu 189 ". Le jeu définit ses catégories : la règle, le partenaire, l'enjeu, le risque et le pari, la chance, l'adresse, la stratégie. "La sphère de ces catégories, les frontières du jeu, ne s'établissent pas de façon absolue. Aucun gardien n'ordonne : "Ici cesse le jeu, ici commence le sérieux". Les frontières des moments dépendent des moments et des hommes. Tout peut se jouer et devenir jeu. L'amour peut se jouer et se présenter comme jeu (mais alors ce n'est pas, ce n'est plus ou ce n'est pas encore l’amour) 190 ". Au théâtre, l’acteur joue, l'auteur dramatique se fait jouer. Mais comme l'acteur a un métier, on ne définira pas l'art ou le spectacle dramatique comme jeux. "La vie sociale peut se feindre, se mimer : se jouer 191 ". La frivolité l'emporte alors sur les intérêts réels qui rendent la vie sociale intéressante. Avec ses catégories propres, le jeu révèle une modalité de la présence : "Mon partenaire apparaît jouant, en tant que joueur ; et bien que je puisse retrouver dans le jeu les qualités ou défauts que je lui connais par ailleurs, il peut s'y montrer extrêmement différent de ce qu'il est par ailleurs. Enfin, parce qu'il a ses catégories propres, le jeu présente un monde". On s'engage jusqu’à s’y laisser prendre : "Parce que le jeu est un moment, il tend un piège. Je deviens un joueur. Il présente quelque chose : un gouffre, un vertige possible. Il y a un absolu dans le moment du jeu ; et cet absolu, comme chaque réalité ou moment porté à l'absolu, représente une aliénation spécifique 192 ". Le moment du jeu est donc une substantialité sans substance (au sens ontologique). Cette substantialité se manifeste par l'existence d'un absolu au sein du relatif. Dans toute substantialité, est posée une tautologie : le jeu, c'est le jeu. H. Lefebvre remarque que "cette proposition identique en apparence, et vide comme l'identité logique ne se réduit absolument pas à un pléonasme. Dans sa première partie, le jeu se présente comme activité spécifique ; dans la deuxième partie, c'est le jeu, se condensent les catégories de cette activité spécifique, qui doivent ensuite s'expliciter ; de sorte que l'identité se déploie indéfiniment en une nonidentité qui dit ce qu’est le jeu : ce que sont les jeux". Ainsi, le jeu relève de la formalisation, mais il ne s'y réduit pas. "Il est bien plutôt gouffre et vertige, fascination, plaisir infernal : aliénation. L’activité élémentaire, née dans les profondeurs obscures de la nature, a pris cette forme transparente pour retrouver les profondeurs obscures 193 ".
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H.L., S. et r., p. 643. H.L., S. et r., p. 643. 190 H.L., S. et r., p. 643. 191 H.L., S. et r., p. 643. 192 H.L., S. et r., p. 644. 193 H.L., S. et r., p. 644.

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Le moment du repos Qu'est-ce que le repos ? Les termes de décontraction ou de détente confondent idéologie, mythe, besoin. "Les techniques du repos existent depuis que la civilisation existe mais assez mal dégagées et utilisées. On s'aperçoit seulement aujourd'hui qu’une science du repos, ménageant les conditions objectives et subjectives de ce moment, doit se constituer. Il n'est pas facile de se reposer pour l'être humain, qui a pour essence l'activité. Il ne suffit pas de s'étendre pour se décontracter, de fermer les yeux et de boucher ses oreilles pour atteindre l'apaisement ou la paix. L’absence du mouvement, ce n’est pas encore la décontraction méthodique, car elle laisse dans des tensions résiduelles et mal proportionnées la plupart des muscles du corps 194 ". Ainsi, notre société constitue le moment du repos. "Elle l'institue par le moyen d'éléments divers, matériels ou non : techniques du corps, lieux de repos, couleurs ou sons apaisants, etc 195 "… Le monde moderne constitue un moment du repos qui ne se rétrécit pas à la relaxation. La re-création prend des formes multiples dans et par le loisir qui s'ébauchent socialement. Le sociologue se donne ces formes pour objet. Le moment de la justice Le moment de la justice et du jugement ne se forme pas dans la nature. Ce moment est invention de l'homme civilisé. La pensée ontologique le projeta en l'être absolu, en voyant en Dieu, le juge suprême. Aujourd'hui, la vie entière relève de la justice et du jugement ; pourtant, le jugement n'est qu'un moment. Longtemps, on a extrapolé la justice dans l'éternité. On concevait le jugement suprême et dernier. Cette image qui grandissait la figure du juge aux proportions de l'univers, s'estompe. H. Lefebvre a rêvé d'écrire un roman pour raviver cette image, qui se serait intitulé : Le jugement dernier : "Un jour, un jour quelconque, à une heure ou à une minute quelconques, le jugement dernier commence ; et les gens ne le savent pas ; ils n'ont pas entendu la trompette des anges. Mais lentement, lentement, ils commencent à revoir leurs souvenirs abolis ; les actes et les événements qu'ils ont oubliés remontent avec mauvais goût à leur conscience et à leurs lèvres ; ils commencent à transparaître les uns pour les autres, sous leurs paroles, sous leurs dissimulations et leurs masques ; ils récupèrent leur passé, pendant que leurs secrets et leurs hontes se révèlent, les lapsus devenant plus nombreux, puis les aveux. Lentement, lentement. Le jugement dernier a le temps devant lui. Lorsque le juge va survenir, les hommes se sont déjà jugés les uns les autres, dans leur vie de chaque jour, maris et femmes, enfants et parents et amis, nus, déjà damnés ou déjà sauvés. Le grand Juge n'a plus qu'à exécuter la suprême sentence 196 ". H. Lefebvre aurait aimé que ce roman se passe dans la famille d'un notable bien-pensant. Aujourd'hui, il n'y a plus de Juge suprême. Pourtant, les thèmes du Juge, du Procès, de la culpabilité obsèdent les consciences. "Le moment de la justice se définit lui aussi par une forme, par une procédure : convocation, comparution, témoignage et confrontation des témoignages, accusations, plaidoirie, délibération, application de la loi, sentence, exécution de la sentence. Tel ou tel moment partiel peut manquer, leur ordre s'intervertir, peu importe. Cette forme est à peu près la même au sein de la conscience individuelle et de la société 197 ".

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H.L., S. et r., p. 645. H.L., S. et r., p. 645. 196 H.L., S. et r., p. 645. 197 H.L., S. et r., p. 646.

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Le rituel de la justice se déroule avec la même gravité et le même ridicule, intérieur ou extérieur : "La justice a son appareil et son Temps. Dans les deux cas, faute d'un Juge absolu, le Juge est toujours en même temps juge et partie. La justice n'est pas de ce monde et il n'y a pas d'autre monde. La justice est une modalité (et n'est qu'une modalité) de la présence. Elle ne parvient ni à se justifier totalement, ni à s'imposer, ni à pleinement légitimer la sentence, ni à imposer pleinement l'exécution, sauf quand elle est injuste 198 ". H. Lefebvre montre que la justice est un absolu. Cet absolu nous donne le vertige : "Comme tout absolu, celui-ci appelle et il aliène. Il y a un absolu de la justice, aussi insaisissable que les autres, aussi prenant, aussi pressant ; pourtant, comme moment, la justice est nécessaire 199 ". H. Lefebvre montrer l'utilisation que Brecht a fait de cette forme dramatique du moment de la justice. Chez lui, le cérémonial devient spectacle. Il se subordonne les éléments de ce spectacle. Le moment dramatique est défini par la comparution, le dialogue est défini par le témoignage et la confrontation des témoins, et le dénouement est défini par la sentence. La figure centrale est le juge. "L'absence du juge, la fin de la grande image du jugement dernier a donné lieu à une grande forme dramatique. Elle correspond au désespoir qui ne croit plus au juge et le recrée dans une fiction. Si la vie sociale offre des éléments et de grandes formes ébauchées, il n’en faut pas moins un penseur ou un artiste pour s'en saisir et les formuler dans une conjoncture définie 200 ". Ce moment de la justice tient à cœur à H. Lefebvre qui le développera dans La critique de la vie quotidienne 201 . Dans ce texte, il insiste sur la proclamation du rituel, du cérémonial, c'est-à-dire d'une forme qui devient formalisme. "Celui qui juge, c'est-à-dire qui veut juger, convoque les actes et les évènements, ceux de sa propre vie et ceux de la vie d'autrui (dans laquelle il s'introduit indûment). Sa conscience se solennise, revêt robe rouge et bonnet carré. L'acte incriminé avance devant l'auditoire des passions et des autres actes accomplis, témoins plus ou moins compromis dans l'affaire litigieuse. Celui qui juge fait comparaître par devers lui, en tant que juge investi par lui-même (indûment, car il est juge et partie) de ce pouvoir 202 ". Le juge instruit le procès. Il recherche les circonstances et les motivations des actes (et généralement s'y perd). Il procède à l'audition de divers témoins. Puis, il se prononce. Il fait exécuter le jugement… H. Lefebvre souligne la coïncidence du cérémonial intérieur, celui de la conscience vertueuse, et du formalisme le plus extérieur, celui de la justice comme institution. Le problème "vertu ou institution" serait donc un faux problème, surmonté par la théorie des moments : "La théorie permet de comprendre comment et pourquoi la justice, dès que conçue, devient un absolu. Celui qui aime et qui veut la justice - le Juste - ne veut plus qu'elle, et juge tout selon la justice. Et cependant, il n'arrive jamais à la définir, encore moins à la réaliser. Il détermine la justice par le juste, et le juste par la justice. Il tombe ainsi dans une aliénation spécifique, celle de la conscience morale qui se veut absolue 203 ". Ainsi, la justice comme but de l'action suppose une action qui va bien au-delà de ce but et s'inspire d'autres motifs. La Justice ne peut se réaliser ni même s'approcher par ses propres forces. Sa réalisation implique sa suppression et son dépassement… Mais revenons à La somme et le reste. H. Lefebvre propose d'inscrire la poésie, dans la liste des moments. Le moment de la poésie

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H.L., S. et r., p. 646. H.L., S. et r., p. 646. 200 H.L., S. et r., p. 646. 201 H. L., Critique de la vie quotidienne, tome 2, p. 353-55. 202 H. L., CVQ2, p. 354. 203 H. L., CVQ2, p. 354.

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Ce moment s'installe dans le langage. "Un objet, un être, un aspect fugitif reçoivent ainsi le privilège d’une charge intolérable, incroyable, inexplicable de présence. Un sourire ou une larme, une maison, un arbre, devient un monde. Ils le sont véritablement, pour un moment qui dure, et qui, se fixant en parole se retrouvera et se répètera presque à volonté dans le devenir. Un sourire, un nuage s'éternisent ainsi 204 ". Le poète suscite une émotion spécifique. Elle ne se définit que par une tautologie : la poésie, c'est la poésie. On peut expliciter cette tautologie indéfiniment. Le moment poétique a sa procédure : chant et sens, surcharge émotionnelle de l'objet, signifiant la sensibilité entière du poète. H. Lefebvre pointe le malentendu fréquent entre le poète lyrique et l'esprit de sérieux. Pour un romantique, "la chute d'une feuille a autant d'importance que la chute d'un État. C'est Amiel, je crois, qui a écrit cette phrase à propos de la poésie romantique allemande. Nous pouvons imaginer un tel poète écrivant un fort beau poème, très pur, sur la chute d'une feuille, en déclarant qu'elle a pour lui une importance capitale, plus d'importance qu'une guerre mondiale ou qu’une révolution 205 ". Le moment de la poésie n'existe que parce qu'il s'impose au poète et à celui qui l'écoute. Chanter son amour, le sourire ou le baiser de la bien-aimée, oblige le poète à y montrer un monde. Sinon, il risque d'entendre celui qui l'écoute lui dire que ce qu'il évoque n'est pas réel, que sa "poésie" n'est qu'une plaisanterie ! Et effectivement, nous pouvons nous questionner sur la chute d'une feuille ! sur l'importance du sourire ou du baiser d'une femme ! " Pour l'esprit de sérieux et de lourdeur, les instants et les moments se valent ; on les passe au crible de l'utilité, au critère politique. L'ennuyeux, c'est évidemment la pédanterie qui en découle. Lorsque l'esprit de sérieux prend entièrement au sérieux le poète et s'écrie : “ Mais non, voyons, tu es frivole, le socialisme interdit que l'on donne autant d'importance à un baiser, que l'on cherche à émouvoir les gens par la chute d'une feuille... ”, et lorsque cet esprit de sérieux envisage l'abus de pouvoir, alors la situation devient délicate". Dans ce cas, H. Lefebvre veut alors restituer les droits du moment de poésie et les pouvoirs de la légèreté comme moment. "Le poète ne ment pas ; il ne trompe pas. Il dévoile une présence, en transférant sur elle le pouvoir, venu d'une totalité qui la dépasse et le dépasse : le langage. Il use d'un sortilège. Mais est-ce qu'on brûle encore les sorciers et sorcières, au XXe siècle ? 206 " Peut-on dénombrer les moments ? Pour H. Lefebvre, les moments sont en nombre limité : jeu, amour, travail, repos, lutte, connaissance, poésie... La liste n'est pas close, mais le nombre des moments ne peut pas être indéfini, car les moments sont justement ce que l'on peut définir. L'énumération n'est cependant jamais exhaustive, puisqu'il est toujours possible de découvrir ou de constituer un nouveau moment, du moins en principe, dans la vie individuelle. Certes, en prenant de la consistance, la théorie devrait énoncer un critère pour déterminer ce qu'est le moment et ce qu'il n'est pas. Mais la théorie n'a pas à assumer la tache d'une énumération exhaustive. Caractères généraux des moments Un moment définit une forme et se définit par une forme. "Partout où s'emploie le terme moment, dans un sens plus ou moins précis, il désigne une certaine constance au cours du déroulement du temps, un élément commun à un ensemble d'instants, d'événements, de
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H.L., S. et r., p. 646-47. H.L., S. et r., p. 647. 206 H.L., S. et r., p. 647-48.

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conjonctures et de mouvements dialectiques (ainsi dans moment historique ou dans moment négatif, moment de la réflexion). Il tend donc à désigner un élément structural que la pensée ne doit séparer du conjoncturel qu'avec précautions. Le mot désigne clairement une forme, mais cette forme a dans chaque cas une spécificité. Qu'est-ce que la forme du jeu ? L’ensemble de règles et de conventions (catégories du jeu). Qu'est-ce que la forme de la justice ? Un rituel extérieur ou intérieur, un cérémonial qui règle la succession des événements, le lien, la convocation ou citation des accusés et témoins, la comparution, etc… Quelle est la forme de l'amour ? Une étiquette qui prescrit la manière et le style, la progression de la cour (déclaration, aveu) aux gestes de la possession et de la volupté. Cette étiquette exclut la brutalité, et inclut en principe le plaisir partagé comme but de l'amour. Elle fixe avec une exigence nécessaire laissant place aux contingences et à l'imprévu le rôle du baiser, de la conversation, de l'audace, du respect, de la discrétion, de la pudeur, de l'impudeur, de l'abandon, de la reprise, etc 207 ". Forme et contenu H. Lefebvre regrette que le terme “ forme ” soit, sous "sa fausse précision", l'un des plus confus de notre vocabulaire. Il ose dire que toute civilisation est créatrice de formes. "Elle diffère en ceci de la société (qui consiste en une structure économique, en un mode de production, en rapports de propriété, etc ...) et de la culture (qui consiste en connaissances, contenus appris, faits retenus, en œuvres admises)". H. Lefebvre veut relier ces trois termes sans les confondre ; il veut les distinguer sans les séparer. "La civilisation crée des formes dont il y aurait lieu de suivre la constitution dans l'histoire. Ainsi le formalisme des paroles et le rituel des gestes, courtoisie et politesse, comme modes de contact et de communication. Le chemin long et sinueux des sociétés archaïques aux civilisations (ou à la civilisation en général) permet la stylisation, des gestes naturels, leur organisation en un agencement de gestes significatifs. Les groupés sociaux partent de paroles et d'actes magiques, destinés à protéger un moment, à désarmer les inimitiés, à mettre ce moment sous le signe de l'accord ou de la poésie (formules qui deviennent ainsi rituel de la vie sociale dans la quotidienneté : salut, bénédiction, serrement de mains). Cela signifie que la théorie de la civilisation ne couvre pas l'ensemble de la réalité (de la praxis). Elle n'empiète ni sur l'étude de la société (de l'économie à l'idéologie) ni sur l'étude de la culture, encore qu'elle doive en tenir compte et ne puisse s'en séparer 208 ". Le rapport entre forme et contenu diffère ici du rapport entre contenu et forme dans la connaissance ou dans la praxis productrice. "La forme de civilisation permet l'introduction d'éléments matériels extrêmement différents ; elle règle leur ordre, leur succession, non leur matérialité 209 ". Ainsi la comparution exige la venue devant le tribunal de personnages quelconques. Le tribunal de la conscience fait comparaître événements, impressions, idées, décisions, sentiments lointains ou proches. La forme ne déforme pas le contenu. Elle lui laisse une certaine liberté. Cependant, elle lui assigne un rôle et une place dans l'ensemble. Les éléments matériels se prélèvent dans l'ensemble de la praxis. La praxis entière relève de la justice, elle est du ressort du jugement, bien que la justice et le jugement ne représentent qu'un moment. Ainsi, "la vie entière d'un individu peut se pénétrer de son amour et son amour peut devenir coextensif à la totalité de sa vie, bien que l'amour ne soit qu'une modalité de la présence 210 ". Rites et cérémoniaux sont élaborés et stylisés dans une civilisation déterminée, par des groupes sociaux déterminés, peuples, classes, dans une conjoncture historique. Ils ne laissent rien hors de leur stylisation : ni les objets usuels, ni les gestes, ni les œuvres d'art, encore que les rituels se forment dans la vie immédiate et dans les rapports directs quotidiens
207 208

H.L., S. et r., p. 648. H.L., S. et r., p. 649. 209 H.L., S. et r., p. 649. 210 H.L., S. et r., p. 649-650.

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: "Non rigoureuses, les formes décrites ici ne sont pas complètement stables ; elles oscillent entre l'extrême sérieux et l'extrême frivolité, entre la facticité conventionnelle et la nature presque spontanée. Malgré ces oscillations, elles existent d'une existence spécifique, et se confirment à travers les éléments circonstantiels 211 ". Moment et totalité Ainsi, chaque moment est une totalité partielle qui reflète ou réfracte la praxis globale. Chaque moment a une modalité de perception spécifique des autres. Il n'existe plus de frontière rigoureuse entre nature et société dans cette théorie des moments. "Les germes qui se développent en moments existent dans les profondeurs de la nature, non-animée ou animée. Cependant, ils y gisent ensevelis, enfouis, à la fois confondus et séparés. Les formes de civilisation prélèvent leurs éléments dans la nature, dans les instincts et besoins naturels. Elles insèrent le naturel dans les structures de la conscience civilisée. Ainsi, la civilisation reflète la nature, matérielle ou vivante ; mais le rapport qu'elle implique diffère radicalement d'un reflet passif. Elle arrache à la nature des éléments naturels pour les métamorphoser profondément en les insérant dans des formes : dans un ordre humain 212 ". Les instincts de la réalité vitale animale se reconnaissent dans leur forme humaine, mais transposés, transformés. La civilisation reprend le naturel. Mais, le processus comble la distance, pour reconstituer la totalité. Il n'y a pas de barrière entre nature et civilisation, mais un espace et un temps dans lequel se constituent les moments. " L'être se réfléchit dans l'homme social - dans la totalité - et non dans un acte privilégié de réflexion. La vie reflète la vie, et non point la pure pensée 213 ". Les moments (et leurs catégories) sont d'abord des réalités sociologiques. "Ainsi les catégories du jeu ne peuvent s'atteindre que sociologiquement. Seule la sociologie peut étudier la diffusion des jeux, les groupes qui s'adonnent à tel ou tel jeu, etc. De même pour l'amour, ou le repos, ou le connaître. Il y a là une sociologie des formes encore mal développée. Pourrait-on l'appeler sociologie structurale ? Le terme paraît scabreux. La sociologie étudie la formation des moments ; plus que les moments elle saisit les groupes qui les élaborent 214 ". Pour H. Lefebvre, les moments et leur théorie se situent au niveau de la philosophie. Mais on pourrait ajouter qu'ils ont une épaisseur historique. L'expression : sociologie structurale est donc bien inadéquate. La théorie des moments n'est concevable que dans une transduction entre le sociologique et l'individuel. Rien ne les sépare : "Les moments que l'individu peut vivre sont élaborés (formés ou formalisés) par l'ensemble de la société à laquelle il participe, ou par tel groupe social qui diffuse dans l'ensemble de la société son œuvre collective (tel rituel, telle forme de sentiments, etc.) 215 ". Ces réalités relèvent de la sociologie. Elles constituent des moments en tant que la nature et le naturel entrent dans les structures de la conscience sociale. "Cette immanence réciproque n'entraîne pas la confusion entre le psychologique et le collectif. Ils ne sont pas la même chose d'autant plus qu'il n'est pas question de choses. La conscience individuelle s'ouvre sur des moments qui font aussi partie de la conscience sociale 216 ". Des tensions demeurent. Elles sont toujours possibles. La conscience individuelle refuse parfois la forme sociale et historique d'un moment. Elle peut concevoir d'autres formes. Les propositions viennent du dehors. La conscience individuelle fait son choix. Elle modifie
211 212

H.L., S. et r., p. 650. H.L., S. et r., p. 650. 213 H.L., S. et r., p. 651. 214 H.L., S. et r., p. 651. 215 H.L., S. et r., p. 651. 216 H.L., S. et r., p. 651.

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les éléments matériels qui s’insèrent dans les formes. Elle adapte et remanie aussi les formes. L’unité de l'individuel et du social se construit dans ces tensions dialectiques, qui tendent vers le dépassement. "La civilisation se conçoit sous cet angle comme ce qui naît des conflits entre l'individuel et le social dans leur unité dialectique, et tend à résoudre le conflit en partant des éléments matériels et formels qui constituent les données du problème 217 ". Les moments, formes de communication Les modalités de la présence que constituent les moments présentent et rendent présentes dans une unité : la nature, les autres et soi. Le moment est une forme dans laquelle l'autre et moi-même nous présentons l'un à l'autre. Le jeu propose un mode d'être pour chaque partenaire. L'acte ne diffère pas de la communication. Une telle conception dépasse le pluralisme comme le totalitarisme : "Discernant une multiplicité de moments, la théorie relève d'un pluralisme ; d'autant qu’elle ne s'affirme ni exhaustive ni close. Elle tient compte d’une pluralité de modes de présence et d'activité ; mais chaque modalité de la présence se détermine elle-même comme totalité partielle ouverte et point de vue sur la totalité, immanent à cette totalité. L’idée du tout naturel et social ou plutôt ce tout lui-même considéré concrètement se manifeste et se saisit en une multiplicité d'attributs et de modes : le jeu, l'amour, la connaissance, la justice, le repos, etc. Aucun de ces modes ne reçoit un privilège métaphysique. En dépassant l'ontologisme, on dépasse les antinomies qui en dérivaient et notamment celles qui séparaient le tout des parties en érigeant le multiple contre le total ou inversement. La théorie des moments reprend ainsi avec une signification nouvelle la théorie de l'homme total 218 ". Conjoncture et structure Cette théorie dépasse l'opposition du conjoncturel et du structural. Elle laisse leur part à chacun de ces aspects du devenir. Elle dépasse encore l’opposition entre l’ontologie et l'axiologie. "Elle exclut l'ontologie, mais conçoit l'être comme réfléchi par la totalité humaine ou l'homme total. Elle exclut l'antinomie entre constater (ou découvrir) et créer ou poser". Pour être vécu, le moment doit être recréé : on le découvre, mais comme forme, de sorte que pour rendre sienne cette forme, on doit la réinventer en réinventant la disposition des éléments. En chaque occasion, on recrée, on réinvente à notre usage le jeu, et chaque fois de façon nouvelle. Dans cette théorie, la "découverte et la constatation, le fait et la valeur, la fréquence et la normativité cessent donc de s'exclure 219 ". Mémoire et son temps spécifique du moment La temporalité du moment consiste en sa répétition. "La répétition des moments oblige à affiner le concept de répétition. Il se libère de la psychologie ou de la métaphysique. Ce n’est plus une répétition de nature ontique ou ontologique ; et ce n'est pas davantage une répétition calquée sur des phénomènes de mémoire, poussés à la limite. La représentation d'une forme, chaque fois redécouverte et réinventée, déborde les concepts antérieurs de la répétition. Elle les enveloppe, d'ailleurs ; car il s'agit aussi de la reprise et de la réintégration à un niveau élevé - dans l'individuel et dans le social - des éléments du passé et du dépassé 220 ". En se confrontant au moment et la théorie des formes, le concept de répétition se reprend et s'affine. Ce concept de répétition, dans le contexte de la pensée psychologique ou
217 218

H.L., S. et r., p. 652. H.L., S. et r., p. 652. 219 H.L., S. et r., p. 653. 220 H.L., S. et r., p. 653.

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métaphysique, restait proche de la matérialité. Or, la répétition d'une forme diffère de la répétition matérielle. La stabilité, l’équilibre et la constance matérielles ne peuvent pas se confondre avec la répétition formelle. H. Lefebvre propose alors ici le projet d'une théorie générale des formes. Cette théorie distingue les différents emplois et les spécificités de la forme. Le moment tend vers l'absolu L'aliénation a aussi sa place dans la théorie des moments. "Chaque moment, modalité de la présence, offre à la pensée et au vivre un absolu. Le critère par l'absurde du moment pourrait même se déterminer ainsi. Le moment peut s'ériger en absolu ; ou plutôt : EST UN MOMENT CE QUI S'ERIGE EN ABSOLU 221 ". Le moment enveloppe et tend à se constituer en absolu. Tout moment va vers l'hypertrophie et l'hypostasie. Ainsi, il y a un absolu du jeu. "Cet absolu aliène et définit une aliénation spécifique. Jouer, c'est une activité normale ou normalisante ; le joueur est un aliéné. Il n'y a d'ailleurs pas, à l'intérieur du moment, séparation nette. L'aliéné s'enferme dans le moment : il s’y rend prisonnier ; en le poussant au paroxysme, il s'y perd ; il y égare sa conscience et son être 222 ". Il en est de même de l'amour et de l'aliénation amoureuse : rien ne peut les démarquer. Même si aucune frontière ne les sépare, le moment et l'aliénation ne peuvent être confondus. Dans le moment, il y forme de communication. Dans l'aliénation, on se confronte à l'isolement et à l'incommunicabilité. "La modalité de la présence se métamorphose en modalité de l'absence. Le mode d'être ou attribut de l'existence se transforme en néantisation. L'action se change en passion, et d'autant plus trouble que plus pure et plus proche de l'absolu. L'absolu se définit ainsi comme tentation permanente, à l'intérieur de chaque moment 223 ". La tentation de l'absolu est une possibilité présente dès la constitution du moment. A vouloir l'éviter, la liberté agissante se stabiliserait au niveau de la vie quotidienne. Celle-ci offre d'abord "le mélange des moments : leurs éléments matériels indispensables, très riches (naturels et sociaux) et même certains éléments formels, stylisés mais encore dépourvus de la structure la plus fine. Des tentatives de structuration se discernent et s'élaborent au niveau de la quotidienneté. Il y faut cependant quelque chose de plus : l'ordonnance 224 ". La quotidienneté est le terreau du moment. Elle lui est nécessaire, mais elle ne suffit pas. Les moments virtuels sont à la fois mêlés et séparés, dans le quotidien. Elle représente à son niveau certains caractères de la vie naturelle. L'émergence du moment se fait par une intervention du sujet : style, ordre, liberté, civilisation, et aussi, peut-être, philosophie. L'intervention sur la vie quotidienne consiste à répartir, les éléments et les instants du quotidien dans les moments, afin d'en intensifier le rendement vital. Extraits de la quotidienneté, les moments permettent une meilleure communication, une meilleure information. Ils permettent aussi de définir de nouveaux modes de jouissance de la vie naturelle et sociale. La théorie des moments ne se situe donc pas hors de la quotidienneté, mais s'articuler avec elle en s'unissant à sa critique pour y introduire ce qui manque à sa richesse. Penser ses moments permet alors de "dépasser au sein du quotidien, dans une forme nouvelle de jouissance particulière unie au total, les vieilles oppositions de la légèreté et de la lourdeur, du sérieux et de l'absence de sérieux 225 ".
221 222

H.L., S. et r., p. 653. H.L., S. et r., p. 654. 223 H.L., S. et r., p. 654. 224 H.L., S. et r., p. 654. 225 H.L., S. et r., p. 655.

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hésiter sans fin. Devenir sujet de ses moments. elle se réserve ses possibilités. 226 227 H. ne pas choisir. La liberté s'affirme dans cette constitution des moments. Elle n'empiète donc pas sur l'étude de la formation économique-sociale (l'analyse de la société considérée comme mode de production avec ses répercussions dans l'idéologie) ou la culture (le savoir comme fait social). loin de les contester. est une lutte perpétuelle contre l'aliénation. En particulier. S. Celle-ci ne peut se rendre efficace en se voulant arbitraire. Elle se démêle de l'ambiguïté et du mélange. Ainsi.. Les considérants sur la liberté ne suppriment pas d'autres aspects de la liberté 227 ". La théorie propose une voie et une forme de la liberté (individuelle). p. et la confusion qui vient du mélange et de l'ambiguïté. se maintenir dans le chaos et l'informel. Elle prélève ici et là les éléments matériels auxquels la forme peut conférer un ordre supérieur. choix. Cette théorie des moments respecte donc les sciences de la réalité humaine. p. "Si le choix absolu entraîne une mutilation. dans d'autres théories . C'est une forme de la philosophie de la présence. sélections. Lefebvre a conscience de faire l'esquisse d'une philosophie d'un type nouveau.L. H.. elle leur laisse expressément leurs spécificités. sans pour autant s'engager à fond dans un moment . Point de vue sur la totalité. La théorie des moments n'est pas exhaustive. donc une aliénation. cette théorie se situe au niveau d'une théorie de la civilisation ou d'une théorie des formes.. H. les considérants sur l'aliénation ne suppriment en rien la théorie du fétichisme et de la réification économique. menace aussi d'aliénation la liberté.. la théorie des moments indique une certaine notion de la liberté.L. S. même si elle a un rapport plus étroit avec la sociologie qu'avec l'économie politique. "Elle prélève des éléments à d'autres niveaux. et r. 655. 655. et r. 120 .De l'aliénation à la liberté L'émancipation de l'aliénation doit se frayer un passage entre la tendance à faire du moment séparé un absolu. Elle doit utiliser les moyens et les médiations que lui offre la quotidienneté". dégagement et engagement relatifs 226 ".

théorie des processus et enfin théorie des moments (Chapitre VI. Par opposition au Tome 1 qui se voulait la présentation d'une problématique. elle ne lui accorde aucun statut privilégié. moment et quotidienneté. Restituant et réhabilitant le ludique dans son authenticité et son intensité. pour éviter l'interprétation spéculative: de la Nature. Critique de la vie quotidienne tome 2 (Chapitre VI). Dans la suite de ce chapitre. p.Typologie de la répétition H. qui. Lefebvre. H. "La répétition des situations (notamment dans les cas pathologiques) doit se distinguer de la répétition postulée par certains systèmes (Kierkegaard. Lefebvre montre alors que l'on ne peut pas assimiler la répétition des comportements stimulés par des signaux à la répétition des "états". Il réfléchissait le rythme de la vie paysanne (l'opposition entre le travail et la fête). avec leur temporalité linéaire. sont liés à des symboles et à des noyaux émotionnels. le Tome 2 se veut technique. supérieur (culturel). p.. dans le premier volume. le 228 H. de la nature en lui. dans ce tome 2 de la Critique de la vie quotidienne. CVQ2. le second fait partie des processus cumulatifs. Lefebvre rappelle que dans les pages qui précédent ce chapitre. H. élevé. analytique des moments. Métaphilosophie. aucune profondeur ontologique. définition du moment. j'avais créé moi-même des inter-titres qui n'existent pas dans le chapitre Théorie des moments de La somme et le reste.. eux. Nietzsche) 229 ". Il me semble intéressant de reprendre ici ces pages pour les comparer au travail conduit dans La somme et le reste. 229 H. Alors que dans le chapitre précédent. catégories spécifiques) pour analyser le quotidien. sur ce thème. p 340 et 357). puissances qui viennent à l'homme de son être et de "l'être" (disons. Lefebvre pense que la répétition. Lefebvre donne des outils conceptuels (instruments formels. p 340. Pas plus au jeu qu'au connaître ou à l'angoisse. p. Déjà. 139 Deux années après la parution de La somme et le reste. il a souligné les différences entre plusieurs formes ou types de répétitions. tantôt continue. H. les notes se référant à ce chapitre seront indiquées par H. tantôt discontinue 228 ". Il propose aussi 3 théories : théorie sémantique. moment et langage. je reprends ici les inter-titres proposés par H. Il poursuit : "La répétition des cycles et rythmes cycliques diffère de la répétition des gestes mécaniques : le premier type fait partie des processus non-cumulatifs. 1. H. Lefebvre. de sa nature). irréductibles les uns aux autres. Lefebvre publie le second volume de sa Critique de la vie quotidienne. H. L. émotions ou attitudes. CVQ2. 121 . au désir qu'au repos". Elle révèle la diversité des puissances de l'être humain total. Il ressent le besoin de donner une suite à un livre. la constellation des moments (ce paragraphe se subdivisant lui-même en nombreuses sous-parties). 340. Lefebvre introduisait l'idée de moments..Chapitre 8 : La critique de la vie quotidienne : "La théorie des moments surmonte l'opposition du sérieux (éthique) et du frivole (esthétique) comme celle du quotidien et de ce qui est noble. avec leur temporalité propre. L. 2° éd. paru en 1947. Lefebvre. H. La théorie des moments de ce tome 2 de la Critique de la vie quotidienne est présentée en 6 paragraphes : typologie de la répétition.

Et cependant. et non pas quelques types d'amour. et une souplesse. de se reconnaître. 122 . qu'est-ce qui fait que je puisse être compris de l'autre. Les termes psychologiques (états. CVQ2. ne peut s'assimiler à celle du moment". "la répétition de l'instant. p. CVQ2. efficacement transmis 232 ". 234 H. de se dire ce qu'ils sentent ou ne sentent pas. H. Le discours a "un sens parce qu'il possède. d'un côté. le pur transitoire dans la perception et le vécu). C'est un niveau de l'expérience. de s'entretenir. mais une multiplicité indéfinie. 233 H. en bref de ne pas tenir un dialogue de sourds qui serait la somme de deux ou plusieurs soliloques (auquel cas le langage. L. avec une forme logique (disjonctive). un contenu émotionnel et affectif.. malgré le changements des situations ? Où se situe cette rencontre entre l'émotion exprimée par l'un et l'émotion suscitée chez l'autre ? "Qu'est-ce qui permet à ceux qui s'aiment ou qui ne s'aiment pas. le discours est lié à la praxis. Le discours fonctionne d'une articulation subtile entre sa forme et sa structure. Les mots reviennent. Quand j'emploie le mot amour. 341. ni fluctuant à la façon d'un brouillard 233 ".) sont insuffisants pour le caractériser. empiriste et sceptique. Cette théorie également classique. de se parler. 232 H. si souvent étudiée par les philosophes (le hic et nunc. Ils se font entendre. De plus. 341. 341-42. Pour H. une poussière informe. de sortir du sous-entendu ou du silence. elle suppose que le champ sémantique ne soit ni opaque et dur comme la pierre. dépourvu de sens c'est-à-dire d'efficacité. rarement réelle. s'il n'y a pas unité des situations et des états dits amoureux. 340. pour H. Lefebvre. Dans ce paragraphe. la pure immédiateté. 2. ou qui croient s'aimer ou se haïr. etc. de susciter des malentendus et de les éclaircir (jusqu'à un certain point)... les répétitions des sons et des rythmes donnent un mouvement perpétuel et perpétuellement inventé 230 ". p. non seulement il n'y a que des amours. ne peut plus se soutenir 231 ". CVQ2. CVQ2. Lefebvre considère le mot "amour" : "À quoi correspond-il ? Est-ce une entité supérieure qu'indique le mot et qui lui confère un sens général parce qu'elle se subordonne un ensemble de situations et d'états émotionnels ou affectifs ? Cette théorie classique. 341. "La communication présuppose tous les niveaux. Serait-il seulement la connotation abstraite d'une diversité d'états et de situations sans rapports concrets les uns avec les autres ? Dans ce cas. comportements. parce qu'on leur associe des images et des symboles. p. quelque chose demeure. platonicienne et rationaliste. attitudes. L. p. CVQ2. car le moment suppose à la fois la re-connaissance d'autrui et 230 231 H. Lefebvre. Ce quelque chose est le moment lefebvrien. p. le mot amour n'a plus de sens. L. émotions. L'analyse doit également porter sur le rapport entre ce qui se répète et le nouveau qui jaillit du répétitif : "en musique.. L.Moment et langage Le terme : moment correspond au sens (expression + signification = direction) et au contenu vécu d'un mot couramment employé.. La communication exige du mouvement et des constantes relatives. ne peut plus se soutenir. L. jamais complète. toutes les tensions et jusqu'aux conflits entre ces niveaux . H. il évoque deux notions à opposer au moment : la situation et l'instant. dépérirait inévitablement et même aurait depuis longtemps disparu) ? 234 " Malgré le changement des situations.retour ou le recommencement du même phénomène doit être analysé de manière spécifique dans chaque cas.

embaumé dans le souvenir. ce qui implique à la fois une certaine durée. H. Et cependant. "Dans le langage commun. dans le chapitre précédent..de soi.. 342. et pratiquement (socialement) par les signaux. Au contraire : elle tente de restituer dans sa puissance le langage. car ce type de communication supposerait une absence de profondeur. p. structuré par des constances. De plus. l'amour. le temps vécu se retrouve à travers les épaisseurs et le chemin parcourus.. des moments. par les imageries audiovisuelles. 343. 343. Lefebvre renvoie aux pages de La somme et le reste que nous avons étudiées. "Elle ne prend pas pour axe de référence le Logos. malgré le mélange des connaissances à des ignorances dans la situation originale qu'ils expérimente ensemble. L'idée d'un langage parfait où tout serait tout de suite clair. Lefebvre. Pour H. tel quel. pour qui le lien substantiel (viniculum substantiale) des monades serait aussi une monade. 238 H. H. 239 H. p. Cette théorie ne postule pas la valeur ou la réalité substantielle du langage. sur la trame de continuité qu'il présuppose. structurer la vie quotidienne. Cette posture ne part pas du Logos (discours et langage). cette théorie aider à organiser.. 342-43. la fin d'une parade philosophique. Dans la rencontre. Aucune détermination proprement sociologique ou historique ne suffit à définir cette temporalité 235 ". En même temps. H. Ce n'était pas un instant quelconque. Ainsi. Le terme de moment a donc chez H. en comprenant (en connaissant) certaines conditions de son plein exercice. H. L. "Quelque chose" se rencontre à nouveau : "Illusion ou réalité. L.. mouvant. programmer. CVQ2. Lefebvre un sens assez particulier. Il existe des différences entre ceux qui se rencontrent. Le voyant ébranlé théoriquement par les attaques de quelques philosophes et poètes. la communication n'est pas une communion de "consciences angéliques". Lefebvre pose que la théorie des moments est un effort pour rendre portée et valeur au langage. CVQ2. une valeur. 236 235 123 . un regret et l'espoir de revivre ce moment ou de le conserver comme un laps de temps privilégié. il s'en distingue. Elle s'oppose au bergsonisme et à "l'informe continuum psychologique que prônait la philosophie bergsonienne" 236 . H. L.. En tant qu'attributs divers ou puissances de l'être auraient une réalité égale à celle des consciences reliées. désincarnées. p. CVQ2. qui précise l'usage courant du mot. La connaissance. il s'évanouit et se connaît. p. La re-connaissance s'impose aux deux. CVQ2. Lefebvre rattacherait plus volontiers cette théorie à une interprétation de Leibniz. On dit : Ce fut un bon moment. 237 H. Cette théorie aide à "discerner les possibilités et donner à l'être humain une constitution en constituant ses puissances. La théorie des moments permet de revaloriser le discontinu. Lefebvre renvoie ici au pamphlet philosophique de Georges Politzer. elle y vient et y revient. ne fût-ce qu'à l'état d'indications ou d'ébauches 238 ". de niveaux et de plans. ni un simple instant éphémère et passager 239 ". par la solitude des consciences incapables de la communication 237 ". Ici. Le bergsonisme. Tel qu'il est. Il est utile. Un langage parfait les laisseraient dans l'opacité. le mot moment se distingue peu du mot instant. Chacun vit une modalité spécifique de la répétition. le langage est complexe. Elle le saisit dans le tissu même du vécu. et cherche à définir une qualité ou propriété généralisable de certains mots d'usage courant. transparent n'a même pas la beauté d'un rêve. par les jargons. L... il y a reconnaissance de l'analogie et de la différence de l'expérience de chacun dans le temps vécu. dans la vie vécue. etc..

L. Ainsi. Lefebvre évoque le système hégélien. mais nouvelles étapes du devenir et nouvelles figures de la conscience 240 ". à spécifier 240 241 H. Lefebvre montre que Hegel a influencé le langage courant. Elle abstrait légitimement. Parmi les moments. 3. le moment est "une forme supérieure de la répétition. La conscience du maître et celle de l'esclave dans leurs rapports. sont des moments de la dialectique de la conscience de soi. la conscience malheureuse. le jeu. H.Ce sous-paragraphe n'a pas de titre. H. a. La question qu'il se pose est de savoir ce qui peut décider d'inclure telle activité ou tel "état" parmi les moments. Comme dans La somme et le reste. H. Il rappelle que leur énumération ne peut pas se vouloir exhaustive. e. 344. L'histoire de l'individu est son œuvre. Lefebvre part du constat que la vie naturelle et spontanée (animale ou humaine) n'offre qu'ambiguïté. les gestes et les comportements.Le moment a une certaine durée et une durée propre. 344. les objets ou les œuvres. de la reconnaissance portant sur certains rapports déterminables avec l'autre (ou l'autrui) et avec soi. Le quotidien est banal.Le moment se discerne ou se détache à partir d'un mélange ou d'une confusion. le repos. Lefebvre inscrit ici l'amour. H. de la reprise et de la réapparition. le jeu et le travail. les états stables qui réapparaissent après interruption ou intermittences. H. p. le jeu et l'amour. Ainsi dans l'enfance et l'adolescence.. "Les germes des moments s'y pressent et s'y distinguent mal. et il s'y reconnaît. Ainsi. on parle de moments historiques. la connaissance. il faut une pédagogie sévère et un effort pour arriver à particulariser le travail. etc. c'est-àdire d'une ambiguïté initiale. L.Le moment a son contenu. g. 124 . dans un sens hégélien. La théorie des moments n'explore pas toutes les relations entre l'individuel et le social. Je les énonce ici pour permettre au lecteur une vue d'ensemble : a. Ainsi.Le moment a sa mémoire.Le moment a également sa forme f. etc. p. c'est-àdire d'une ambiguïté initiale. la conscience stoïcienne ou sceptique. On reconnaît bien les thèmes explorés dans La somme et le reste. dans lequel le terme : moment reçoit une promotion. dépassement par négation de la négation. Lefebvre conçoit le moment en fonction de l'histoire individuelle. le moment dialectique "marque le tournant de la réalité et du concept : l'intervention capitale du négatif qui entraîne désaliénation mais aliénation nouvelle. Il cherche à déterminer les indices ou critères du moment. Cette histoire de l'individu ne se sépare pas d'ailleurs du social. les germes de tous les possibles. car rien n'interdit l'invention de moments nouveaux. CVQ2. A l'égard de cette forme relativement privilégiée. CVQ2. la théorie s'intéresse au moment en général. pourtant. L'analyse y reconnaît. H. les autres formes de répétitions ne seraient donc que du matériau ou du matériel. le moment désigne les grandes figures de la conscience. à savoir : la succession des instants. L'emploi lefebvrien du terme est à fois plus humble et plus large que chez Hegel. pour dégager son objet..La constellation des moments Ce paragraphe va explorer plusieurs niveaux dans différentes sous-parties. b.Le moment se discerne ou se détache à partir d'un mélange ou d'une confusion. C'est un mélange informe. par un choix qui le constitue. c. Lefebvre rappelle que chez Hegel. mais porte sur la question de l'aliénation. les symboles enfin les stéréotypes affectifs 241 ".À ce moment de son exposé. en même temps.Tout moment devient un absolu. Mais. par un choix qui le constitue. H. d. et aux moments particuliers dans leur rapport au quotidien.

conjoncture). CVQ2. Temps et un espace sont à la fois objectifs (socialement réglés) et subjectifs (individuels et inter-individuels). H. "Tant que le jeu et l'amour se distinguent mal. le cérémonial de l'amour sont les formes que se donne le moment. "Il y a aussi l'urgence du moment et les hasards circonstanciels 247 ". C'est dans le quotidien que le moment puise les matériaux ou le matériel dont il a besoin. L. de ce mélange équivoque. ce que les jeunes d'aujourd'hui nomme la "drague". l'entretien enjoué. un accomplissement et une fin. Le moment dure. il domine le jeu. p. d'aimer et d'être aimé. En ce sens. S'il joue.. c. Le contenu des moments vient essentiellement de la vie quotidienne. le moment de l'amour est à la fois l'amour que je porte à telle femme. L'amour a sa gravité. 345.. symbolisme créent une forme qui s'impose au temps et à l'espace.l'ensemble d'attitudes. se présente l'inéluctabilité de sa fin. La règle du jeu. L. Chaque moment sort. que ce travail soit matériel ou intellectuel 242 ". e.Le moment a son contenu. que dans les groupes. dans sa plénitude. Là encore se distinguent mal le badinage. en tant que modalité de la présence. Il commence par la tentative du moment (et par la tentation du moment. L. 346. p. mais en même temps se dégage. Le moment prélève son contenu dans ce qui entoure l'individu (circonstances. il ne peut pas durer trop longtemps. 345. L'avant et l'après du moment peuvent être définis. Lefebvre désigne du terme "moment". Par exemple. Il se détache dans le continuum du temps psychique. Il choisit de constituer le moment. 345. Le moment a une histoire. La durée du moment n'est pas une évolution continue ni à du pur discontinu. 246 H. Figures et rites. b. Chaque moment a sa mémoire tant chez l'individu.du contenu circonstanciel. L.. 244 H. Il n'émerge que tardivement. ce n'est pas encore ou ce n'est plus l'amour. parfois jamais. L. Lefebvre s'arrête alors sur le jeu amoureux. Ces jeux précèdent l'amour. "L'entrée dans le moment appelle une mémoire particularisée (elle n'exclut pas complètement les autres. 247 H. l'amour implique le projet de l'amour.Le moment a également sa forme. Les analogies et différences de toutes ces expériences se condensent dans ce que H. le flirt. p. CVQ2. mais c'est aussi la succession des amours que j'ai pu vivre. Ainsi ma mémoire amoureuse ne coïncidera pas avec celle de mon moment de la connaissance ou celle du jeu. inquiétante et souvent refusée) 243 ". Le moment utilise ainsi ce qui passe à sa portée : le contingent et l'accidentel.. 125 . CVQ2. L'intensité du moment vient de cette contradiction interne. H. a un commencement. comme un dessin sur ce tissu) 246 ". pour se les incorporer. 242 243 H. L'amour se distingue difficilement de l'ambiguïté. elle se les subordonne... celle d'une famille. CVQ2. La mémoire de chaque moment est spécifique. "L'originalité du moment vient en partie . p. Le moment cherche à durer. p. Le moment s'érige en instance et en nécessité tant qu'il dure. Cette durée se définit comme involution. le défi. du quotidien. d. p. de comportements et de gestes qu'il groupe. Le moment est une dialectique permanente entre une forme et un contenu : la forme est cet ordre que le moment impose au contenu. la suite de mes "passions amoureuses dans une histoire plus large.en partie seulement . CVQ2. comme dans le cas d'une révolution. 345. 245 H.Le moment a une certaine durée et une durée propre. Il s'insère dans le tissu de la quotidienneté qu'il ne déchire pas mais tend à transformer (partiellement et momentanément. 345. à la manière de l'art. les ramène au second plan et les relègue dans le méconnu ou le "méconscient").Le moment a sa mémoire. Le moment. C'est à l'intérieur de cette mémoire spécifique que se produit la reconnaissance du moment et de ses implications 245 ". d'un groupe. de la société (et finalement de l'être humain) 244 ". Mais en même temps. L. CVQ2. L'intensité du moment est paroxystique lorsque.

CVQ2.. La perspective d'H. 253 H. Ces voies vers l'accomplissement conduisent à l'échec. C'est la théorie des moments qui ouvre sur l'horizon du dépassement de cette contradiction. l'État. 347. CVQ2. est possible . Il adopte ce symbole. et les soleils (y compris le soleil noir de l'angoisse vide) remontent au zénith. p. p. 348. s'il se veut homme. Mais. C'est l'idée qu'une fête individuelle. "Le moment c'est le possible-impossible. 126 . avec le risque d'une inévitable destruction ou auto-destruction de cet état passionnel. puisqu'il tend vers l'absolu. du retour dans le quotidien pour recommencer 251 ". tant que l'homme n'aura pas transformé ce jour et cette nuit 253 ".. "Chacun choisit son étoile. 347-48. p. "Celui qui veut la connaissance sacrifie à la connaissance ce qui n'est pas elle : tout devient pour lui objet à connaître et moyen de connaître l'objet qu'il a désigné 248 ". Celui qui change en monde sa passion. "Le lien du tragique avec le quotidien nous apparaît profond . Lefebvre pense que cette contradiction entre trivialité et tragédie peut se surmonter. celle qui menace toute activité au cœur de son accomplissement 250 ". CVQ2. Cette aliénation spécifique rentre dans un type général d'aliénation. dans la prose du monde.. de l'homme théorique voué au pur connaître. Tôt ou tard. CVQ2. 347. l'idéologie.f. p. L'impossible dans le quotidien devient alors le possible. mais parfois proche du délire) de l'amant. On sait que le moment s'érige en absolu. L'homme. la vie spirituelle apparaît à H. naît du quotidien et y entre : tragique de la décision initiale et constitutive. Ces soleils empêchent l'individu de jouer des possibilités du quotidien. par son repli sur soi.. Alors commence le mouvement dialectique : impossible-possible avec ses conséquences 249 ". L'amour se veut amour unique et total ! Si. p. voulu. p. "Malheureusement les étoiles des possibles ne brillent que la nuit. Il s'aliène à un espace de configuration. de l'échec au cœur de l'accomplissement. CVQ2. Personne n'est obligé de choisir. La vie spirituelle propose des absolus distincts. La constellation des moments ne se prête à aucune astrologie : point d'horoscope pour la liberté 252 ". Aliénant et aliéné.. risque l'échec. Les étoiles ne brilleront que la nuit. L.. L'hypothèse du moment. Le moment provoque une aliénation : "la folie (non pathologique. L.. avec ses dimensions données. naît sa dimension tragique. du joueur. L. se crée en avançant aussi loin que possible sur l'une de ces voies. 347. c'est-à-dire avec l'impression d'une irrésistible nécessité intérieure. le moment devient lui-même aliénation. Lefebvre comme une constellation. Il risque l'échec. 248 249 H. Ainsi. et librement célébrée.Tout moment devient un absolu.Le moment veut désaliéner l'individu de la trivialité du quotidien. qui sont des tentatives de totalisation. Le moment est donc passion. C'est l'ordre. L. 250 H. H. L. CVQ2. Le quotidien occulte la constellation des moments qui monte à l'horizon. le moment a une négativité spécifique. De ce destin du moment. et même la règle de la possibilité. l'amant ne mérite pas ce titre. dès l'entrée en amour. etc. donc véritable fête. 252 H. et qu'il ne dépend de chacun d'entre nous de la créer. L. choisi comme tel. fête tragique. 251 H. et par ce repli sur un tout définitif que l'on veut suspendre. 347.. c'est la rupture avec les accomplissements imposés. Le moment propose donc l'impossible. librement. on admet les compromis. Lefebvre n'est pas de supprimer les fêtes ou de les laisser tomber en désuétude. H. du travailleur acharné. C'est d'unir la Fête à la vie quotidienne. ni se vivre. Mais l'absolu ne peut ni se concevoir. Les moments s'opposent aux faux soleils qui éclairent la vie quotidienne : la morale. le jour quotidien se lève. visé. le tragique se forme dans le quotidien. g. S'ériger en absolu est pour le moment un critère de sa définition.

un acte inaugural. Toute réalisation comme totalité implique une action constitutive. qui ne serait pas un culturalisme (définition de l'homme hors de la nature et de la spontanéité par la culture). Chez lui. doit se soumettre à une double critique : celle de la réalité à surmonter.Définition du moment. etc. Cette théorie a un rapport avec l'existentialisme. Il ne veut jamais réduire la totalité de l'expérience. Elle ouvre une investigation plus large que la philosophie classique. La théorie des moments utilise des concepts et catégories élaborés par la philosophie. CVQ2. Il pose une structuration sur le fond incertain et transitoire de la quotidienneté (qu'il révèle ainsi : incertaine et transitoire. s'écarte d'un structuralisme qui prédéterminerait les actes. Cet acte. H. Elle envisage l'expérience critique et totalisante. L.. de la poésie et de la prose du monde. "Les moments pourraient se nommer aussi bien des essences que des attributs et modalités de l'être ou des expériences existentielles". Le Moment se veut librement total . l'amour. Lefebvre parlerait plus volontiers de puissances que d'essences. Cette théorie des moments cherche une unité du Moment et du quotidien. elle est déterminée et par conséquent limitée et partielle. 127 . p.. Cette théorie n'est pas exclusive. bref de la Fête et de la vie ordinaire. mais elle prolonge son effort. Il s'en nourrit. Cependant. il s'épuise en se vivant. qui surmonterait la contradiction trivialité-tragédie 255 ". puisqu'elle décrit et analyse les formes de l'existence. totalités partielles vouées à l'échec. elle se découvre . au quotidien. Elle autorise d'autres théories ou d'autres perspectives. car le but pratique de la théorie est "la transformation de ces puissances. H. en quelque chose d'imprévisiblement neuf et véritablement total. H. CVQ2. Il y prend sa substance. elle les applique à la praxis. mais H. La théorie des moments apporte sa contribution à une anthropologie. 348. alors qu'elle apparaissait comme le réel solide et certain) 254 ". la description du vécu pourrait se baptiser phénoménologique. p. c'est donc nécessairement l'épuiser en même temps que l'accomplir. Lefebvre n'utilise qu'avec précaution la mise entre parenthèses des phénoménologues. Sa description porte sur la praxis et non sur la conscience comme telle. Surtout. sans se réduire à un dogmatisme ou à une pure problématique. et qui intégrerait la critique radicale de toutes les spécialisations. à l'état 254 255 H. L. simultanément. car il restitue ce qui a pu être momentanément éliminé. "La possibilité se donne . H. y compris l'anthropologie.Analytique des moments Chaque moment est discerné. distancié par rapport à un autre moment et par rapport à la quotidienneté. la société et soi-même. le travail. dans le domaine des sciences sociales. Lefebvre s'interroge pour savoir si cette définition est philosophique. la relation du moment au quotidien ne se détermine pas par la seule extériorité. 5.4-. Lefebvre nomme "moment" la tentative visant la réalisation totale d'une possibilité. il s'agit toujours de possibles. Elle se veut programme. au rapport de l'homme individuel avec la nature. Mais elle refuse tout système et de toute tentative de systématisation. Sa détermination d'une structure de possibilités et de projets. Mais elle s'en distingue en se disant essentialiste. Le moment est né dans la vie quotidienne. Car celle-ci ne peut échapper à la règle qu'aucune connaissance. situé. Vouloir la vivre comme totalité. Dans la théorie des moments. Le quotidien découvre une possibilité : le jeu. dégage un sens et le crée. 349. celle des connaissances acquises ainsi que des instruments conceptuels de la connaissance à acquérir.

spontanéité et culture. Toutefois dans la conjoncture. L'être conscient en situation vit en proie à une conjoncture extérieure dans laquelle il doit s'insérer . ambigu. 352. et le moment presque la structure. Nous reconnaissons le mouvement dialectique totalisationnégativité. etc. Les moments se formalisent. Le choix du moment fait. il y a moins que la situation. c'est presque la situation. L. Toute philosophie est tentée de se refermer sur la contemplation comme moment. "La philosophie se définirait ainsi comme structuration intentionnelle du vécu dans la contemplation. Il se déroule selon la forme du moment : rite. La décision ne peut donner les limites bornant le possible de l'impossible. L.. celle qui fonde le moment. est clos par décision constitutive.. et dans le moment plus qu'une structure. Ce choix a une composante dramatique. L.spontané. la décision accepte complètement le risque de l'échec. car. succession nécessaire. brut. La contemplation est-elle un moment ? H. La fin d'un moment est une rupture. Lefebvre éclaire le rapport du moment à la situation en partant de la différence conjoncturestructure : "La conjoncture. crée des situations. les situations ne sont plus subies dans le vécu banal. Mais le moment disparaît quand triomphe le formalisme. p. d'une tentative. rien n'est encore clair. 260 H. unissant en celle-ci valeur et fait. CVQ2. mais prise en charge au sein du vivre. la philosophie ne peut plus se maintenir. La décision change en possibilité l'impossible lointain. CVQ2. Cette décision accepte un possible. L. la décision recule effectivement les bornes de l'impossibilité 256 ". CVQ2. 352.espace peuplé des symboles retenus et changés en thèmes adoptés (par l'amour.. Le moment est une reprise du moment antérieur (le même moment). C'est une rupture avec le quotidien. le moment continue donc. nous le savons trop bien. Il réinvestit sa forme. l'impossible devient précisément le critère de possibilité : Elle veut l'impossible . 259 H. le jeu. elle ne risque que le possible pour atteindre l'impossible qui semblait d'abord au-delà même du risque et de l'aventure . p. cérémonial. Ainsi définie. il y a dès lors dans sa situation une aventure voulue : une série engagée dès le début d'articulations nécessaires dans le temps et l'espace. Son accomplissement. Le moment suscite. un ordre et une forme imposée aux éléments prélevés dans la conjoncture. c'est sa perte. H. la connaissance. L. Ce qui constitue proprement et spécifiquement la situation 258 ". H. Ainsi. 128 . 351. comme celui de l'amour. CVQ2. après une interruption. La contemplation serait ainsi un moment mort 260 ". p.. Le moment n'est pas la situation. le discerne. car il résulte d'un choix. "Pour la passion prise en charge. Lefebvre remarque que de nombreux philosophes supposent la contemplation comme moment ou la pose comme telle. C'est une ouverture. "S'il y a montée et chute. p. 256 257 H. comme le temps. CVQ2. Ce qui ne s'y inclut pas s'en voit chassé 259 ". Il condense les situations en les reliant. Lefebvre montre que le moment commence et re-commence. le tragique est omniprésent dans le véritable moment. 351.. 351. lors de la décision. Les moments meurent-ils ? Sans doute. commencement et fin. Grâce au moment.) : "L'espace du moment. l'individu pose la décision inaugurale. Comment construire comme absolu du relatif et de l'ambigu ? Le possible et l'impossible se mélangent. le choisit entre d'autres possibilités. Le moment remanie l'espace environnant : espace affectif . celui qui mettra fin au magnifique trajet du moment. H. s'il tente un moment. Dans le flux du quotidien. le sujet" veut l'impossible. On s'y engage alors sans réserve. etc. Elle prend en charge librement (avec l'espérance qu'elle l'évitera) l'échec terminal. p. 258 H. du jeu. ou aliénation-désaliénation-alliénation nouvelle 257 ".

le plus souvent. le regard. 263 H.parce qu'il en a besoin . que l'on a des préjugés. H. 264 H. 129 . 353. Dans la philosophie contemporaine. Fête. "Le moment se constitue à partir de la possibilité d'un acte : juger. vivent et disparaissent. L. 6. CVQ2. p. la détente. Cependant. mais sans participation vivante. le repos se distinguait mal du jeu et de la vie quotidienne hors du travail 263 ". Le regard serait alors moment. Mais cet ordre ne peut pas exister uniquement pour soi. l'homme moderne . p. Pratiquement. même si ces qualités peuvent susciter des tentatives et des situations. p. "Les moments. Comme ces cas. L. le "training autogène". Cette tentative n'est pas un échec tragique. ne constituent pas des moments. mais une comédie. comme forme. en tant que tels. ce regard apparaît comme désincarné. en acte. l'honnêteté. CVQ2. l'amitié. ne serait-il pas la Belle Ame des temps modernes ? 261 ". et l'on sait qu'on juge mal. Le moment donne une forme à la quotidienneté. mais aussi organe sensoriel important. sont mortels . ils naissent. H. intenable. mais pour l'invention et la découverte 262 ". Ce désir de clôture changerait la théorie en système. la paternité.. dans la période dépérissante de la philosophie. c'est-à-dire comme un moment. en fait. L. Aujourd'hui. l'absolu des moments. L. la vie quotidienne et la quotidienneté critique. une liberté limitée mais réelle (qui se constitue en structurant. "une des comédie de notre époque".s'efforce de vivre le repos comme une totalité propre. Il y a une place non seulement pour une liberté.). Lefebvre. tout devient spectacle pour tous.Pour H. et même que l'on n'a pas le droit de juger. Le pur regard n'a pas conscience de cette situation. Sans cesse on juge. Pour H. dès le début. qu'il n'accepte donc plus purement et simplement. et clairvoyance : voyant et voyeur... merveille. déstructurant ou restructurant la vie quotidienne). Lefebvre y verrait plutôt un moment. le repos se forme comme moment : "Avec beaucoup d'ambiguïté (le non-travail. Si la justice est définie comme une vertu ou comme institution. Le moment n'est pas purement du quotidien ni de l'exceptionnel. Lefebvre. des faux jugements. mais cette forme ne peut pas être prise en soi. Le moment permet de sortir du chaos de l'ambiguïté. Dans notre monde. H. la tentative dégénère aussitôt. eux aussi. etc. 353. le loisir) et beaucoup d'idéologie et de technicité (la "déconcentration".. Car. en proposant un ordre. Lefebvre reprend ici son analyse selon laquelle les moments critiquent. de cette tentative d'extériorité par rapport à ce qui intéresse les gens semble vouée à l'échec. Le philosophe. 353. Cet acte s'accomplit perpétuellement. Jusqu'ici. mais point miracle. s'ils ne sont pas en nombre illimité ou indéfini. etc. et clair. Les moments. la maternité.Moment et quotidienneté Ce rapport du moment au quotidien a déjà été abordé dans La somme et le reste. La décision prise. Mais que devrait-on regarder avec clairvoyance : la vie quotidienne des autres ? En tant que fait pratique et social. La 261 262 H. n'est pas un moment. on observe un balancement perpétuel et toujours ambigu entre le regard et la connaissance : "Un tel mélange ambigu de connaissance effective et de regard "pur" paraît instable. Certains moments apparaissent dans un contexte. il a des raisons et n'intervient pas sans ces raisons dans la quotidienneté. ne peuvent pas être listés de façon exhaustive. Et sans cesse on juge mal. insoutenable. Il est attrayant d'imaginer se constituer en pur regard. cet acte est donc à la fois possible et impossible et s'efforce de se vivre comme totalité. le regard pourrait supporter cette tentative. CVQ2. "Le moment n'apparaît pas n'importe quand ni n'importe où. on deviendrait regard pur. p.. puisqu'il s'efforce de l'apprécier 264 ". 354. CVQ2. Il prélève ses éléments dans la vie quotidienne.

Lefebvre montre que des hommes qui ne sont ni artistes ni philosophes parviennent aussi à s'élever au dessus du quotidien en se construisant des moments : amour. les éléments ou formants de la vitalité spontanée. L. on s'aperçoit que la théorie des moments se trouve racontée deux fois. même subie. un moment de la théorie des moments. et la nature reprend sa force. 267 H. Les deux narrations sont proches. personne ne peut se passer de sa spontanéité. Mais il ne s'agit pas vraiment d'une même histoire. par rapport à celle de La somme et le reste. d'autres émergent. élargissement. qu’il s’agit de redéfinir 268 ". mais est privée de totalité. En même temps. d'observer la naissance et la formation des moments. Par rapport à cette vie. 130 . amour. Ainsi. 268 H. La théorie permet. et en même temps d'en tenter la théorie. les avortements. Michel Butor énonce très justement que “l’un des propos du roman sera de rétablir une continuité entre les moments merveilleux et les moments nuls”. Mais H. il y a explication. la volonté de créer des moments. L. l’homme cultivé tend à séparer ce qui est donné comme mélangé. p. C'est ce que je partage avec lui. Les lettres nouvelles. Les moments se présentent ainsi comme des doubles. la vitalité et le tragique de l’échec. chez H. avec leurs composantes psychiques et sociologiques. p. Quand on réfléchit à ce que nous apporte cette lecture de la Critique de la vie quotidienne. CVQ2. CVQ2. reprise. 356. la décision. pour lui. mais si certaines idées sont reprises. les réussites. C’est dans ce travail que les germes des moments trouvent l'humus dont ils ont besoin pour se développer. etc. de la vie quotidienne 266 . Si la nature apparaît comme un gigantesque gaspillage d’êtres et de formes. la culture ne se dissocie pas de la nature. dépassement…. de les vivre de manière tragique. Ce que H. La vie quotidienne est un niveau dans la totalité. Lefebvre dit du moment : il est répétition. 53 et sq. 355. L.. les monstres. action. "La vie spontanée n’offre que mélange et confusion : connaissance. dont il se servira pour constituer les moments 267 ". s'applique à sa théorie des moments. février 1961. Ce lent travail de sélection et d’unification s'élabore dans le quotidien.. jeu. loin de l’homme et de l’humain. la vie quotidienne installe déjà une certaine économie dans ce chaos. p. Elle dépense en un moment ce qu'accumulèrent la patience et le sérieux de la quotidienneté 265 ". bien qu'elle apparaisse encore ambiguë et triviale par rapport aux activités dites supérieures que sont les moments. La culture qui la maintient dans cette situation se dissout théoriquement. dans le flux du quotidien. sert de médiation entre la nature et la culture. Selon cette théorie des moments. La quotidienneté. Il y a donc. Quand Lukacs parle de "l’anarchie et du clair-obscur de la vie quotidienne" ou Husserl du flux héraclitéen et informe du vécu". distingue. 356-57. ils les opposent aux moments privilégiés que sont l’art ou la philosophie. p. sa solidité apparente s’ébranle. mais à distance. D'une part. "La lumière fausse qui l’éclaire se dissipe et laisse place à la vraie clarté de la critique. Lefebvre cite Michel Butor : “Le roman et la poésie”..Fête n'a de sens qu'en tranchant par son éclat sur le fond terne et morne du quotidien. CVQ2. jeu. les lents cheminements souterrains et les étapes à ras de terre du besoin au désir. Lefebvre. ne comptant ni les échecs. Cependant. Dans les deux cas. à deux années d'intervalle. travail. C'est. laisse apparaître la nature et la culture qu’elle relie. On peut d'ailleurs se demander si faire la théorie des 265 266 H. ils échouent. tentent de vivre à part. Les moments en tant qu'aventure échappent au quotidien. un moment de son moment philosophique. tragiquement magnifiés. le choix. L’homme cultivé unit ce qui se donne séparément à la conscience spontanée : la vie et la mort. Elle sélectionne. unit. Les actes qui s’érigent en totalité sortent du quotidien.

131 .moments n'est pas un moment du projet de se construire des moments.

c’est sa vie. Ce livre se présente comme une contribution à la théorie des représentations. plus vaste et plus fécond que ceux d’idéologie. La représentation est donc un lien entre la présence et l’absence. le quatrième s’intitule “ l’œuvre ”. de notre point de vue. Pour lui. Lefebvre. Lefebvre. le jeu. Peut-on dégager un sens général du mot qui réunisse et qui explique toutes les significations particulières ? Autrement dit. 132 . Je puis me représenter l’autre en dehors de sa présence . dans ce chapitre. pour H. chez H. aussi bien dans le langage courant que dans la philosophie. la représentation est quelque chose qui permet une transition entre la présence et l’absence. Avant d’entrer dans une lecture analytique de ces textes. La réponse implique une analyse approfondie de son enjeu : la présence et l’absence. l’amour. 244 pages. je puis me représenter l’œuvre en dehors de sa présence. 269 Henri Lefebvre. Le concept de représentation se découvre. Le livre est organisé autour de cinq chapitres. Le premier définit le concept de représentation. l’œuvre d’art… Abordons. produit. Nous allons tenter de reprendre cette élaboration en soulignant le fait que le terme de moment n’apparaît pas dans les titres de chapitres. H. il convient de souligner le fait que cette théorie surgit ici dans une réflexion sur la représentation. 1980. Chose. Paris. l’esthétique. œuvre Avant d’aborder la théorie des moments proprement dite. L’apport de La présence et l’absence Henri Lefebvre a exploré la théorie des moments en la confrontant à l’œuvre et à la création dans La présence et l’absence 269 . Lefebvre sur la théorie des moments. le cinquième “ la présence et l’absence ”. Avant de réfléchir à la partie spécifique qui nous intéresse ici. etc. Lefebvre montre que le thème représentation apparaît un peu partout. le troisième aborde les représentations non philosophiques. d’imaginaire ou de symbole. peut-on former un concept et une théorie de la représentation ? La présence et l’absence cherche à répondre à cette question. Lefebvre. c’est la production de luimême. le second montre que la philosophie est une introduction au monde des représentations et aussi une sortie de ce monde. une relation étroite entre la théorie des moments et la question de l’œuvre. En même temps. il me semble utile de reprendre les grands points de ce chapitre qui servent de cadre à cette réflexion. Dans cet ouvrage. le chapitre sur l’œuvre définit ce concept d’œuvre. Casterman. même si. La présence et l’absence. l’œuvre de l’homme. cette œuvre se concrétise dans des réalisations : le travail.Chapitre 9 : Le moment de l’œuvre et l’action créatrice Il existe. ces deux chapitres (qui représentent 60 pages) sont essentiellement consacrés à la théorie des moments. notamment le chapitre sur l’œuvre. C’est dans ces deux derniers chapitres qu’apparaît l’un des développements les plus féconds de H. Dans le contexte de l’ouvrage. la question des moments dans l’œuvre d’art et la création à partir d’une lecture d’un ouvrage philosophique : La présence et l’absence d’H.

mais surestime l’œuvre… Cependant. Ce que note H. de sorte que l’espace (par exemple) est produit par l’activité économique et sociale. L’œuvre ne peut s’accomplir sans constituer une totalité. il 133 . pour soi). 197). détruit l’œuvre… "L’œuvre implique du jeu et des enjeux. Nietzsche méconnaît le produit. – ce qu’il méconnaît ou ne reconnaît pas de lui. Lefebvre. sensuel. mais elle est quelque chose de plus et d’autre que la somme de ces éléments.Tout d’abord. un moment du désir et un moment du travail. l’autre en moi et pour moi). H. ils ont permis d’établir que le produit se situe entre la chose brute et l’œuvre. celle des catégories a priori de la sensibilité et de l’entendement (p. l’œuvre doit apparaître dans toute son ampleur. (p." L’œuvre est le point de rencontre entre le vécu et le conçu. La civilisation est une œuvre éclatée. le jouir… Pour lui. s’inscrit dans ne tradition philosophique de longue date. l’auteur montre que le discernement entre la chose. car les rapports sociaux sont aussi vécus avant d’être conçus . implique un respect qui a une portée éthique. voire à le porter à l’absolu. on retrouve donc un moment technique et un moment du savoir. intellectuel – avec prédominance de telle ou telle nuance de la sensualité ou de la sensibilité. le produire. une œuvre (l’ombre du sujet. Ainsi dévalorise-t-il l’œuvre. la chose en soi ne peut s’atteindre. Nietzsche. appréciation spécifique. un moment social et un moment extra-social. Il ne faut pas en faire un absolu. à travers Hegel." Expliquer l’œuvre suppose que l’on prenne en compte la complexité de ses moments. ce qui vient de l’homme. Le vécu est quelque chose de flou que les chevaliers du savoir et les champions de la scientificité ne savent que réduire et exclure… Or. H. l’individuel est œuvre au sens le plus large (p. Car autonomiser un aspect : l’économique. mais "la chose pour nous" est le produit d’une activité. de tel sens." Quant à l’œuvre. etc. il s’agit de trouver une solution à la conceptualisation du vécu. Ainsi. le produit. introduit la notion de travail productif. de ces conditions et circonstances. par exemple. l’œuvre. ce qui a entraîné de leur part des analyses réductrices. "Ce qu’on a l’habitude d’appeler "inconscient" n’est-il pas œuvre ? N’est-il pas ce que le "sujet" en se constituant plus ou moins adroitement comme tel a exclu de soi mais n’a pu ou su expulser. "Le vécu ne coïncide pas avec le singulier. Lefebvre analyse ainsi "l’inconscient des psychanalystes" comme une représentation (de soi. 192). H. mais sans que cette prédominance écrase les autres aspects ou moments (p. "Dans toute œuvre. qui a un contenu multiforme – sensoriel. Il faut éviter d’en faire une théorie qui donnerait des leçons. se développe un rapport complexe entre la chose. ce qui survient de Dieu. mis en œuvre par les projets architecturaux et urbanistiques… Le capitalisme et l’étatisme modernes ont eu tendance à écraser la capacité créatrice d’œuvres. Schopenhauer et Heidegger s’inscrivent aussi dans ce mouvement. Cependant. c’est que ces auteurs ont eu tendance à préférer l’un de ces termes. à le valoriser. 197). avec l’individuel. Lefebvre a montré que la représentation est une médiation entre les deux. Lefebvre rappelle que le christianisme distinguait ce qui provient de la nature. ensemble. le produit et l’œuvre dont nous héritons. de ces ressources. un produit (le résultat d’une histoire). de telle technique ou idéologie. Vécu et savoir dans l’œuvre L’œuvre. Elle propose une forme. mais mis en forme. elle relève du jugement. ce à quoi il ne s’identifie pas tout en le contenant – de sorte que "l’inconscient" n’est autre que la conscience ellemême en acte ?" H. produite par un artiste. "La différence émerge chez les cartésiens et prend forme à partir de Kant donc à partir du moment philosophique et historique où se découvre comme telle la représentation. action de l’homme social sur la nature. Marx. parce qu’elle est ainsi spécifiquement humaine. Lefebvre veut restituer l’œuvre comme moyen de dépasser les tendances réductrices : le faire. Schelling. Marx surestime le produit. 189). un moment du ludique et un moment du sérieux. Pour Kant. avant Marx. avec le subjectif. Hegel. mais il ne faut pas non plus le nier.

voire de le transfigurer. Mais cette expression se fait dans un mouvement où se développent des contradictions et des conflits. Il chemine le long des lignes de partage des eaux et choisit la voie qui va vers l’horizon. Il n’y séjourne pas longtemps. une beauté mortelle et fugitive. Il ex-prime le vécu. Le savant accumule du savoir." Husserl a tenté d’avoir une approche du vécu qui en permette l’émergence dans la lucidité. coupé de la vie. Mais elle n’est pas un produit. Le créateur est sujet." L’œuvre lutte pour sa durée. ce rapport conflictuel entre vécu et savoir débouche sur le maniérisme. le retient. mais.y a du vécu social lié à l’individuel mais différent de sa singularité (p. Le créateur d’œuvres trouve dans le vécu son inspiration initiale. De plus. la vitalité. 202). vers l’horizon des horizons. leurs intérêts – l’homme des frontières supporte une tension qui en tuerait d’autres : il est à la fois dedans et dehors. savoir et vécu ne sont pas antinomiques. Mais il se dégage du vécu. mais cela n’aboutit qu’à tuer l’oeuvre. L’œuvre a donc un temps propre. 198). inclus et exclu. il n’entre pas. son terrain nourricier (p. l’immédiateté perdue et retrouvée. Bergson a été sensible à la question. en ayant tendance à réduire le vécu à l’immédiateté… Par opposition à la démarche scientifique qui a eu tendance à chercher à construire un savoir absolu. un acte. ” Cependant. l’impulsion originale et vitale qui suscite l’œuvre. Mais. C’est son épreuve. de moments en moments. leurs alentours. même s’il y revient. c’est sa passion (p. selon H. Non. Il va toujours vers d’autres terres. l’œuvre n’a pas de prix. Les marginaux sont souvent objectivés par le système. deviennent ensuite des routes et passent alors pour évidences. le créateur n’habite pas le vécu. Elle échappe à la division du travail bien qu’elle soit un travail. Lefebvre écrit : "Alors que les gens pris dans la masse n’en aperçoivent qu’un recoin –leur lieu. Alors que le producteur se trouve exproprié de son produit. La créativité. mais par le trajet qui conduit à l’œuvre et qui intègre le savoir dans le processus de création. Mais la création en sort d’une part par la spontanéité. c’est la volonté des institutions d’encadrer la production de l’œuvre. pour le mesurer du regard et de la pensée. 199). Découvrir. Elle cristallise le devenir. L’artiste s’adresse au vécu pour l’intensifier. le créateur vit les contradictions de la création qu’il dépasse en assimilant le plus de savoir possible. non par le savoir ou le non-savoir. Le créateur dépasse les représentations non seulement par le travail d’écriture. un héros… L’oeuvre contient le temps. ll lui arrive de passer le long des terres promises . “ Le créateur d’œuvres trouve dans le vécu son lieu de naissance. Lefebvre. sans pour autant se déchirer jusqu’à la séparation… L’homme des frontières suit des chemins qui d’abord surprennent. le créateur reste au cœur des formes qu’il invente. celle qui donne forme à l’œuvre. Le savoir sert à retourner au vécu. Elle est totalité. 134 . Le sujet se constitue dans l’action poiétique. il existe aussi des hommes des frontières qui réussissent à défier le système. à la marge. c’est d’exalter le vécu. l’artiste part du vécu. Elle ne s’opère qu’à la périphérie du système. Le travail de l’art. Même si elle se vend. Savoir et vécu interagissent dans la production de l’œuvre. L’art et la création se développent dans le registre des représentations. Le créateur se distingue du savant. La création est d’un autre ordre. c’est la production de l’œuvre qui produit le sujet. et d’autre part par l’ampleur des horizons et par la pluralité des sens. mais aussi par le dépassement des perspectives. leur groupe. L’homme des frontières Il ne faut pas réduire la création à une “ créativité ” que l’on enseignerait. le créateur assimile du savoir. Si l’artiste privilégie le savoir ou la technique. Il ne cherche en aucun cas à le soumettre. Ici. Mais il n’est pas sujet déjà là qui s’exprimerait dans l’œuvre. jusqu’à ce qu’il aperçoive les lignes lointaines d’un continent inexploré. H. pour faire émerger une connaissance critique. L’œuvre restitue la valeur d’usage. Elle immortalise un instant. À la différence du simple producteur. Il s’en dégage.

la totalité des moments. ce moment est en effet nié par l’œuvre qui le rétablit transformé ou transfiguré. On peut dissocier la rationalité (des moyens et des buts) et l’irrationalité (du vécu. L’objet de l’œuvre n’a rien à voir avec un objet scientifique. Le moment de l’immédiateté Difficile à re-connaître. du mode de production. sur celui de l’espace architectural et urbanistique. au sens habituel. L’œuvre n’est pas immédiatement accessible. les émotions). b) Critique-distanciation-contradiction. mais la déborde : a) Unité-totalité-multiplicité. le symbolique et l’imaginaire. etc . c) Projet. des émotions. L’analyse doit en tenir compte. mais elle a le mérite de montrer comment on peut aborder l’œuvre en général et l’œuvre d’art en particulier. des sentiments… affects inhérents à l’oeuvre. totale et cependant non close. de perspectives plus ou moins éclairantes sur toutes les autres œuvres. la perception sensible) ou subjectif (le vécu. 204)"… C’est à ce moment de sa réflexion que H. se différencier et surtout éviter l’écueil de prétendre épuiser son "objet". a pu contourner ou détourner tel pouvoir ou telle catégorie. L’œuvre peut se décomposer en différents moments. Et le processus créatif. de l’économique et du politique. L’analyse qui discerne les moments s’inscrit dans la tradition philosophique. structure. Elle se constitue d’une infinité de points de vue. le spontané. La création le surmonte par un codage 135 . en les approuvant et en les refusant. Elle explore le possible par les propositions. L’œuvre se démarque de la société existante. L’enjeu de l’œuvre. inépuisable à l’analyse. c’est un projet qui peut échouer : se proposer l’unité. Toute œuvre a cette qualité. L’immédiat peut être objectif (la sensation. mais la diversité de ceux-ci est transsubstranciée en une unité d’autant plus forte que la diversité interne est plus grande. L’œuvre est ouverte. L’œuvre est "infiniment riche.L’œuvre comme monade C’est Adorno. c’est-à-dire sur la totalité de l’univers… Cette définition de l’œuvre comme monade oublie quelque peu la substance de l’œuvre. L’analyse dialectique met à jour le mouvement de l’aliénation et de la désaliénation. L’œuvre s’approprie ces moments en les contournant et en les détournant. ne sort pas de ce moment de l’immédiat. L’ “ expression ”. hypercomplexe. ouverte sur le monde entier (p. Le moment n’apparaît donc que dans sa négation. fonction. dimension. le terme de moment se préfère à d’autres rendus trop familiers par les sciences humaines ou sociales : niveau. le sensoriel. Lefebvre aborde la question des moments de manière systématique. se disperse. L’œuvre est une utopie abstraite ou concrète. Ce terme veut aider l’analyse à s’assouplir. Les moments de l’œuvre L’œuvre est un centre provisoire qui rassemble ce qui. Lefebvre a déjà tenté ce type d’analyse sur le terrain de la ville comme œuvre. Cela signifie que l’on n’y entre pas "comme dans un moulin". bien que l’on puisse avoir avec elle un contact sensitif et perceptif immédiat. D’origine philosophique. les représentations traversées (adoptées puis rejetées) et surmontées. qui a proposé de voir l’œuvre comme une monade leibnizienne. en effet. dans son esthétique. les représentations. indécodable. L’analyse sera infinie et surtout imprévisible. par ailleurs. H.

"Le travail patient et appliqué se dépasse constamment par l’inspiration qui reprend contact avec le vécu. à s’approprier. Mais il n’y a pas de vraie coïncidence entre les deux. Dans ce mouvement. Contrairement au produit qui s’inscrit dans une logique d’échange. c’est la notion d’élaboration. avec l’immédiateté passée ou possible . L’œuvre donne et se donne. à d’autres. mais de trouver. etc. La création de l’œuvre passe par des phases de contemplation. où elle s’invente une forme. Le moment du travail L’œuvre est une accumulation de travail. Mais dans le même temps." Le travail est une médiation entre la production et la création. à entendre. lorsqu’elle se donne. un repos. L’œuvre implique une non-mémoire au profit d’un usage et d’une jouissance donnés dans le présent. Le travail sur le passé est contourné. se dépasse l’opposition entre “ expression ” et “ signification ” de l’œuvre.subtil du signifiant et du signifié. le travail est davantage dans la production (on recopie un texte ou une phrase musicale écrite par un autre et qui va être utilisée comme citation dans son propre texte : cette copie est un travail de reproduction) . Son mouvement est en elle. l’œuvre a une capacité d’oubli. le savoir critique. les œuvres antérieures. L’œuvre suppose une tension entre infini et fini. on distingue arbeiten et erarbeiten. l’œuvre est là. Mais l’important. l’oeuvre se donne à voir. la mémoire et l’histoire de l’art. dissimulé. détourné. intégré profondément. De toute façon. C’est finalement le moment où l’oeuvre trouve sa forme. c’est cette perlaboration de l’oeuvre qui se caractérise par une accumulation de travail qui se dissipe soudain dans un retour à l’immédiat dans la présence. quelque soit sa valeur sur un marché. De temps en temps. à la mélodie. mais il faut comprendre ce terme dans un sens très large. mieux de perlaboration. Dans ce retour à l’immédiat. oser donner est absolument indispensable… La recherche infinie a tendance à rapprocher l’art de l’accumulation du savoir. c’est celui de la détermination. Et. 207). présente. Or. Ce moment où l’on décide que c’est fini. de désir. c’est-à-dire au son. le savoir qui ne se définit que par la recherche du savoir ou par la méthode prend l’allure d’une dérision. le travail entraîne une trouvaille. Mais le surplus de sens du second terme. l’oubli des opérations accomplies par des moyens techniques appropriés participent de ce travail. le travail a déjà cessé. En allemand. Ce don entraîne un apaisement. Il faut que survienne un moment de l’arrêt. finit par revenir à l’immédiat. ce n’est pas de chercher. il faut finir. comme le disait Picasso. Au-delà du codage complexe de significations. Le chemin de la création se trouve dans cette tension entre la reproduction et l’invention… Mais le travail n’est lui-même qu’un moment qui va se trouver très vite nié par le non-travail. l’œuvre devient don. Le moment interne-externe de la détermination La recherche entre dans le travail. On invente en travaillant. L’œuvre implique un désoeuvrement. mais il faut aussi revenir au travail (p. Le moment de la mémoire L’œuvre intègre la tradition. Aristote l’avait déjà remarquer : il faut commencer. 136 . Mais ce travail sophistiqué. elle s’offre à nous. Les deux termes signifient travail. La dialectique de la création. de représentations diverses. Oser conclure. Le moment de la finitude annonce l’exigence de la finition. La négation. au rythme. de jouissance.

on peut distinguer la forme logique pure des autres formes. Le référentiel logique a la plus grande importance. Lefebvre peut s’inscrire ici dans une tradition. du milieu. Le terme de forme est d’un emploi commun. Lefebvre a tenté de faire avancer une théorie de la forme (notamment dans Logique formelle et logique dialectique ou encore dans Le droit à la ville). C’est la simultanéité. C’est une construction qui se donne à travers sa forme. mais ils ne peuvent pas engendrer une antinomie. donné avec son contenu dans l’œuvre. la totalité des déterminations. mais l’œuvre reste d’abord une présence. Le principe d’identité : A=A est la forme logique pure. la notion de forme est confuse. l’esprit du temps. Les parties contractantes ne sont que très rarement en position d’égalité… Au niveau de l’art. la contemporanéité des moments donnés ensemble. Il abolit les différences dans un processus d’homogénéisation générale. qui persévère dans son être. mais les domine. Mais cette identité pose problème. Dans l’économie. Les formes esthétiques sont-elles à démultiplier en fonction de la diversité des œuvres. Il se reconnaît dans le devenir. produit d’un travail. sa place et sa date. Ce postulat est évidemment faux. Le savoir qui voudrait supplanter cette présence détruirait l’œuvre. dans le jeu institutionnel. Mais l’œuvre est d’abord cohérence. Elles dépendraient de leur contenu… Mais quel est ce contenu ? Comme nous l’avons vu. mais la forme reste identique. dans la politique. etc. lorsqu’il cherchait à donner une idée de l’unité et de la synthèse du corps propre. Mais dresser cette liste ne permet pas d’élucider la question. c’est-à-dire la décoder selon diverses grilles de lecture. des milieux. Cette réciprocité postule une égalité formelle entre les parties. significations intégrées et dépassées. le principe d’équivalence joue un rôle considérable dans le monde de la marchandise. Il doit respecter des règles de composition (qui peuvent se démentir au cours du travail par une innovation). Ce qui caractérise la forme. bien que je sois le même. il incorpore à la fois du vécu. La forme c’est l’objet concret. car il n’existe pas d’œuvre sans cohésion. L’œuvre d’art comme unité. La réflexion de H. de contrats de mariages. les formes esthétiques se distinguent des autres formes. je ne suis plus aujourd’hui exactement le même que celui que j’étais hier. La forme contractuelle par la réciprocité… Dans les contrats. c’est de donner dans l’ici et maintenant la totalité des moments de l’œuvre. Cette dernière est une chose ou un être qui se maintient. Peut-on choisir une forme ? Est-on conduit à la découvrir à partir d’un contenu ? Se déduit-elle d’une autre forme ? Par dérivation ? Par déformation ? Par détournement ? Trouve-t-on le contenu à partir de la forme ? D’un point de vue théorique. Ces deux systèmes de règles peuvent différer. des situations. les contenus peuvent être différents . des représentations acceptées ou refusées. ou au contraire doit-on les ramener à certains caractères limités (symétrie et dissymétrie . On peut la déconstruire. L’identité concrète se différencie de l’identité abstraite. Mais en même temps. Il faut distinguer l’identité abstraite de l’identité concrète. avait déjà été utilisée comme métaphore par Maurice Merleau-Ponty. de contrats de vente… Mais ils ont tous une forme en commun : la réciprocité. L’analyse intellectuelle peut les déconstruire. On peut reconstruire sa genèse. L’artiste doit faire le choix d’une détermination. figures) ? On voit bien qu’il existe un moment de la forme et que celui-ci est extrêmement divers en fonction des contextes. une influence de la tradition et de l’histoire de l’art.Le moment de la forme Il n’y a pas d’œuvre sans forme. cohésion. Or. Il parlait de 137 . sa technique. effets. Il persiste dans l’effondrement des formes non formelles. des idéologies. Il s’applique partout. Il réduit les identités concrètes à des identités abstraites. Il y a une multitude de contrats de travail. davantage celle de la phénoménologie plutôt que celle de la psychologie de la forme. Cette cohésion accepte les contradictions. Il doit tenir compte aussi des règles de réception. H. La forme mathématique se caractérise par l’égalité. L’œuvre est ouverte. les dissocier. comme totalité rassemblant des éléments éparts.

Comment aborder la ville ? Par l’extérieur. De même. la divinité (temples ou églises). par le détour des rues ? Cette hésitation explique la difficulté. Les procédés de composition (annonce du thème. Alors que le producteur ou le politique cherchent à réaliser les représentations. p. il existe des rythmes pour les yeux qui suivent la forme. "L’œuvre a de dures contraintes : permettre et même exiger cette transversalité qui se retrouve dans toutes 270 271 M. un dieu . l’absence apparaît lorsque l’artiste prend ses distances avec les matériaux qu’il a rassemblés. 1945. si elle est par accident narrative et signifiante. souvenirs. se convoque. lointain. s’évoque. H. celle de l’œuvre à l’acteur ou au metteur en scène. répétition. il a tendance à répondre non dans la mesure où l’intention. celle de l’acteur au public. c’est un poème qui évoque un être cher mais perdu. Elle est l’œuvre suprême 271 . des correspondances. Lefebvre a décrit cette simultanéité de l’œuvre. ni duper. Et puis. Phénoménologie de la perception. Celui-ci figure-t-il dans le tableau ? N’est-il que suggéré ? "Dans la peinture. Dans Le droit à la ville. puisqu’il ne peut être là en personne (p. Le créateur a besoin de prendre du recul par rapport à ce qu’il a déjà produit ou amassé : expériences. Dans les deux cas. Une sorte d’insight. Le travail exige du recul. amé ou haï. L’acte créateur passe à travers le monde des représentations qu’il soumet à l’épreuve de l’action poiétique. 138 . des blancs. etc) aident à produire l’impression de simultanéité. Il devient actuel. On cherche. par le dessus (en avion) pour permettre une saisie de la globalité. donc présence. Il ne rejette pas les illusions. des disparus (statues ou tombeaux). Paris. Lefebvre réfléchit à cette question : la ville est-elle une œuvre ? Contrairement au point de vue défendu dans l’ouvrage que nous abordons ici. elle aussi. projets. techniques. Ils les utilisent. le projet initial n’existe pas dans la ville. exposition. Le point d’entrer a quelque chose d’arbitraire. Même en architecture. de la négation. L’exploration de l’œuvre n’a pas grand-chose à voir avec sa genèse. Sa pensée prend alors la posture du rejet." Le travail de construction et d’élaboration de l’oeuvre consiste à articuler les parties au tout. 4° édition : 2000 (pp. l’œuvre qui se déploie dans l’espace joue de la temporalité. comme dans la poésie. L’architecture fait aussi exister des évènements ou des personnes disparues. il y a pénétration. permet de susciter la co-présence : celle de l’auteur à l’œuvre. de la critique. L’œuvre. Elle évoque des victoires (plus que des défaites). des détails qui attirent l’œil dans une promenade qui s’inscrit dans une certaine temporalité. Anthropos." Le moment de la présence et de l’absence Au moment de la conception de l’oeuvre. le créateur joue des représentations. l’art consiste à proposer une simultanéité formelle de l’espace et du temps. Ils créent une sorte d’espace de l’œuvre. elle est de l’ordre du "méta". architecture). La ville se caractérise comme la rencontre et le rassemblement de tout ce qui caractérise une société : produits et œuvres. la jouissance qu’offre la perception et la conscience de cette présence. 89-96). L’auteur. l’acteur jouent des apparences sans se laisser attraper. Entrer dans l’œuvre suscite la joie. est essentiellement une modulation de l’existence 270 . mais les dépassent. Gallimard.la poésie comme quelque chose de plus que la somme de ses parties : "… La poésie. Ainsi. 176. autre face de son absence. Dans La production de l’espace. parfois. c’est la tragédie qui fait exister un héros. des renvois de la partie au tout. poésie. à entrer dans une œuvre. Elle suscite une présence… La pièce théâtrale. tout d’un coup. de la trame des rues et des avenues ? Par l’intérieur. 1974. de la confrontation. théâtre) et celles qui se déploient dans l’espace (peinture. leitmotiv. des vides… Survient alors l’objet. Comment l’approcher ? On hésite. Merleau-Ponty. l’objet s’invoque. 210). H. mais s'en servent. reprise. On peut distinguer les œuvres qui se déroulent dans le temps (musique. Les grands artistes sont parvenus à tenir en même temps la présence et l’absence.

de la vie et de la mort sont passées au crible. dépasse au sens dialectique en surmontant ce qu’il y a d’incertain. a un caractère organique. 213).les stratégies . des passionnés. encore moins à une opinion. de glissant. Il peut se dissimuler. des affects. encore que la contemplation. ils ont tendance à s’installer dans un espace extra-social. mais il a tendance à s’installer dans cette distanciation. Le moment du quotidien Le créateur d’œuvre n’échappe pas au quotidien. par le biais de la couleur. présents dès le début. des délinquants. Le moment utopien "Il va de soi que ces moments ne se succèdent pas dans le temps. Mais dans leurs phases créatrices. le sien. Il y a une vie entre la partie et le tout. Il tire du quotidien les représentations dont il a besoin. Il peut s’agir d’une émotion. comme le philosophe. Il construit son espace d’action poiétique. des impressions. avec d’autres influences. On ne voit pas comment on peut cohabiter dans deux continuités simultanément : la pratique sociale et l’action poiétique. Il en est de même du rapport au social. la saisie d’une œuvre réclament du temps. et cependant tous les moments sont là. Le concept de centre se retrouve dans l’action. la compréhension. Centre et périphéries font partie de la composition de l’œuvre. Le moment de la représentation traverse. Cette vie s’organise à partir du centre. sont ancrés dans le social. il change selon l’humeur de celui qui perçoit et reçoit l’œuvre. d’une représentation choisie. d’une mélodie choisit les représentations qui permettent de susciter la présence. à un secteur. Sans être un organisme naturel. Mais la totalité s’organise autour d’un centre. à la différence des gens du sens commun. à un domaine. Il lui faut une demeure. Celuici peut se déplacer. de superficiel dans le rapport "représentation-représenté-représentant"." Le processus de réalisation implique une attitude critique (qui n’a pas besoin de s’expliciter en tant que telle dans une théorie ou un savoir critique). lui. un espace où il puisse manger. Ce centre est le point nodal de l’œuvre. d’un dessin. Du centre dépendent des périphéries qui évoluent à partir de lui de manière durable ou momentanée. Chaque partie s’articule à l’ensemble. le créateur ne se laisse pas engloutir dans le quotidien. totalité de l’œuvre. Le philosophe vit aussi ce destin. du pouvoir. Représentations de la nature. du sexe. travailler. des sensations. 213). L’œuvre se centre. mais ils ne le savent pas. À la manière des amants. mais il crée une distance par rapport au quotidien. à une interprétation. cet ensemble. il profite des phases de distanciation pour entrer en contact avec d’autres œuvres. Ainsi. Mais. du social et du mental. Ils y sont immergés. L’artiste. Le moment de la centralité "L’œuvre concentre pour un moment. des représentations. offerts et pour ainsi dire disposés et 139 . ne s’installe pas dans la distance au quotidien." L’œuvre condense des sentiments. dans la connaissance de la nature. Le commencement (le moment premier) a quelque chose d’arbitraire . Le travail du négatif ne se confond pas avec le nontravail (une pure contemplation). L’action poiétique. celles-ci ne s’en tiennent jamais à une donnée. L’ordre des moments n’est pas déterminé d’avance . Mais il est présent. Le créateur d’œuvre. il y a une proximité entre le créateur d’œuvre et le philosophe. un lieu. à une perspective (p. les intérêts et les passions (p. mais s’en dégage. dormir. Cette dissociation vécue entre le social et l’extra-social rend le créateur d’oeuvre suspect. Il se l’approprie. Cependant.

C’est l’aspect sérieux. La tactique permet d’utiliser les ressources rencontrées sur le parcours pour avancer dans la voie dégagée par la stratégie. Faire une œuvre nécessite une discipline. Il définit une liberté. abandon. de vivre. Pour cheminer. le prochain et le lointain. lourd. Il invite à un accomplissement. On les prend de front ou on les contourne. blocage en chemin. à un pathos. mais aussi un espace de 140 . il y a une imbrication du moment du jeu et du moment du sérieux. L’œuvre est "économique. 216). mais le hasard (chance ou malchance). le créateur exécute des figures dansantes. elle est le dépassement des contradictions. l’œuvre ne peut qu’être du registre de l’appropriation." L’œuvre porte en elle la fin du travail. L’œuvre s’approprie la transversalité d’un espace-temps particulier. Le jeu. L’artiste a imaginé. des obstacles qu’il faut lever ou contourner pour avancer. des crises. l’œuvre est une aventure. même s’ils ont été dominés. d’énergie surabondante. "Le moment du jeu implique non seulement le risque. équivalence. Comme dans le jeu. Ainsi. cérémoniel. politique. risque beaucoup : échec. des épisodes critiques. de percevoir. En elle-même. un épanouissement. 217). Le jeu comporte un enjeu. peut entrer en contact avec ces moments critiques qui sont contenus dans la création. sans forcément entrer dans la biographie du créateur. un projet. Elle s’approprie et elle transforme tous les fragments de l’unité éclatée. Loin de s’autonomiser. un destin. de gaspillage de ressources et de temps. 215). créatrice de présence. il suscite la présence et l’absence. une organisation de l’emploi du temps. Pour arriver à destination. une raison ou une déraison. l’aventure. c’est découvrir un pays où règne une utopie. Il est au cœur du drame. sérieuse qui maintient le cap. l’ouverture. il faut surmonter les obstacles. elle établit un lien de communication. Les moments du jeu et du sérieux Dans l’action poiétique. la découverte de l’inconnu et peut-être du mystère. il y a toujours dans une œuvre le moment de l’utopie. est occasion de gratuité. Bref. sociale. Le moment critique est souvent pathétique. il faut réviser ses plans de départ.disponibles (p. une médiation universelle (p. Les moments critiques L’œuvre peut renvoyer à une crise. de la souffrance que l’ethos du récepteur comprend en le dominant. technique. Il a perçu le possible et l’impossible. il y a constamment présent dans le travail de l’oeuvre une posture rigoureuse." Entrer dans une œuvre. comme l’amour ou la fête. ce qui a tendance à l’autonomiser. Cela demande une stratégie et une tactique. comme dans tous les grands jeux. les forces adverses. Mais le récepteur de l’œuvre." *** Ce chapitre sur l’œuvre se termine par une réflexion sur la distinction entre produit et œuvre et sur l’abolition du travail. la découverte de l’enjeu et de son importance (p. impliquant un savoir et un marché. Il propose une autre façon de voir. Il se dégage du réel. Alors que le produit se reproduit par répétition. etc. Alors que le capitalisme ou le socialisme d’état ont tenté de faire du travail non seulement un espace de production. Mais parfois. des embûches. Chaque tentative créatrice. Mais le jeu est aussi beaucoup plus. c’est un jeu dans lequel on rencontre. Le moment du sérieux implique l’inquiétude. En effet. mais sans que cela ait quelque chose à voir avec l’esprit de sérieux. le long du trajet. il y a une règle que le créateur se donne au départ. et donc un risque. identification. Mais en même temps.

des représentations et idéologies d’une époque dans la production de quelque chose qui dépasse tous ces éléments dans une construction cohérente. la composition s’inscrit dans un contexte social. le commerçant. de poèmes. ne doit pas déterminer le contenu de l’œuvre. l’ensemble des compositions ou des textes constitue une autre œuvre. "L’architecte fait de l’espace socialement produit un lieu.domination. Lefebvre refuse de donner des exemples pour renforcer ses thèses et hypothèses. que les cordes et les cuivres… L’accord et la marche harmonique ont un sens qui dépasse la musique. Chez Beethoven. des techniques. la réussite de l’œuvre suppose la maîtrise technique. La réussite de l’œuvre musicale suppose que le musicien ait une bonne connaissance de la musicologie et de l’histoire de la musique. de les rassembler. mais il doit les oublier lorsqu’il se met à composer. le moment créateur transforme le travail en activité appropriée. Ainsi l’œuvre est-elle transsubstanciation (Lefebvre n’emploie pas ce terme théologique). Beethoven a composé beaucoup : des sonates. etc. des symboles. Par contre. H." H. Le vécu des corps qui va traverser le monument ne doit pas être oublié. c’est subordonner la connaissance musicale et l’utiliser." Chaque agent de production de l’espace a ses représentations. l’urbaniste. le propriétaire du terrain ou l’usager… L’art de l’architecte et d’écouter. d’incomplet. 219). si elle doit être appropriée. de mutilé. trouvant son style. les images et les représentations sociales. Une question qui n’est pas abordée ici. Chaque composition ou texte doit résoudre les questions posées par la théorie des moments de l’œuvre. "Le passage du travail au non-travail suppose un déplacement de l’intérêt social du produit à l’œuvre. de l’œuvre de Rameau. le planificateur. La lecture de ce chapitre est essentielle pour la construction de la théorie des moments. des symphonies. Et dans le même temps. et par conséquent du quantitatif au qualitatif. c’est l’articulation entre l’œuvre comme objet et l’œuvre comme ensemble d’œuvre. un mouvement d’intégration des savoirs. des instruments particuliers qui portent des sonorités. Le banquier en a d’autres que le promoteur. Les exemples ne prouvent généralement rien. qui ne peut aller sans détours ni détournements (p. l’harmonie. le vécu d’un enthousiasme s’accorde avec la technique et le savoir. une sorte de nontravail. ou il échoue (p. Rien à voir avec l’Antiquité où la lyre ou l’aulos (flûte) créent un autre environnement. d’entendre toutes ces représentations. du conçu. de les dépasser et de les transsubtancier en œuvre. C’est triste. Mais. L’analyse montre que trois facteurs entrent dans la composition musicale : la mélodie. des représentations d’une époque… Beethoven s’inscrit dans la période révolutionnaire et post-révolutionnaire. telle est la vocation de l’architecte. Un musicien qui composerait uniquement à partir de principes théoriques serait ennuyeux. 217). Dans l’architecture également. Lefebvre a beaucoup produit de livres. mais de les traiter comme telles et de l’en privilégier aucune. du travail productif à l’action poiétique. l’autorité administrative ou politique. si l’on reprend 141 . Composer." Mais ce n’est pas tout. Déplacement difficile. Mais celle-ci. de les confronter. de l’œuvre de Picasso… Chaque créateur invente un style. du vécu. L’articulation des trois dimensions ouvre sur "un infini virtuel (p. On parle de l’œuvre de Rousseau. les rythmes. La tentative créatrice qui part du savoir isole trop souvent l’un des moments. Réussir à traverser la technique et le savoir appliqué. politique qui propose des techniques. il choisit d’illustrer son point de vue théorique. de la valeur d’échange à la valeur d’usage. On voit le travail d’agencement et de construction à partir de fragments. Chaque composition ou texte est une œuvre en soi. de pièces de théâtre. dépassement de tous les moments qui la constituent. Ils traduisent le lent vécu de l’histoire en un vécu intense et bref. Il choisit la musique et l’architecture. 218). l’action créatrice est un effort. plus largement. Cette tentative a alors quelque chose de limité. Parler d’œuvre ici est peut-être abusif. Sa vocation est de reprendre ces images. invente un rapport au monde qui lui est spécifique. C’est lui qui valide l’œuvre architecturale. d’articles.

de la dissolution. il faut aller à la rencontre. à la mort du créateur. ce qui aurait pour effet de l’instrumentaliser. Pourtant." La rencontre de l’œuvre ou de l’autre peut s’éviter par des représentations qui bloquent la confrontation. à un double. intermédiaires et médiatrices. Lors de l’enfance et de l’adolescence. Il y a unité et contradiction des deux termes. Alors conviendrait-il mieux de parler de l’art ou du style du créateur. Mais. La volonté de puissance entre dans le désir et l’activité poiétique comme moment. où transparaît la présence (p. Plus tard. La présence comme la puissance et la création se simulent. par le choix qui suppose un risque. chez H.les critères énoncés précédemment. la présence s’atteint par l’imprégnation. à l’extrême. à une simulation. l’amour et le concept. Le troisième terme de la tension entre présence et absence. Mais ces défenses sont des pièges. nous venons de l’explorer à partir de la lecture du chapitre IV de La présence et l’absence. La présence se trouve par excellence dans l’œuvre. des illusions de puissance qui ne font qu’empêcher la présence. "Le jeu comme le savoir et le travail et la quête amoureuse (quête de l’autre) ne sont que des moments où se révèle l’absence. Elle se donne toujours dans une forme. 226)." L’entre-deux est aussi espace de conflits. On n’atteint alors que l’ombre et le simulacre. ce qui est une illusion. en l’approfondissant. et qui continue. De l’autre. La présence n’advient qu’au prix d’un effort qui précède la surprise. l’absence Henri Lefebvre rappelle que la présence peut être terrible (la confrontation avec l’adversaire) et l’absence douloureuse (l’éloignement de l’être aimé). d’unité et de totalité… Les œuvres complètes d’un auteur répondent parfois au critère de l’œuvre… Il existe. à la limite. c’est-à-dire pendant l’éducation. c’est l’Autre. par opposition à d’autres moments (au sens d’espace-temps)… Il me semble que chaque fragment d’une œuvre peut aider à comprendre le projet d’ensemble. 142 . des représentations en foule (p. C’est ce chapitre V que je voudrais maintenant relire. Ce que l’on nomme les “ défenses ” est une forme d’armure. En effet. même si chaque œuvre répond à cette exigence de cohérence. la réflexion sur les moments. d’armature. L’analyse dialectique du rapport présence-absence oblige à dépasser l’opposition binaire. une relation étroite entre la théorie des moments et la question de l’œuvre. Pas d’absence absolue non plus : même la mort n’empêche pas la pensée. Pour rencontrer quelqu’un ou quelque œuvre. c’est-à-dire dépassement de la substance et de la forme pure dans une sorte d’acte poiétique. son œuvre reste inachevée. Lefebvre. altération-aliénation). Il n’y a pas de présence absolue. c’est qu’elle soit finie. la représentation… "D’un côté. d’en faire un objet. à un écho lointain. Il existe des échappatoires à la présence. à la limite. Ce livre se poursuit par un chapitre de synthèse sur l’objet du livre. chaque œuvre constitue à son tour un moment de l’œuvre d’un artiste. La présence n’est jamais substance. Mais il faut s’en dégager pour ne pas fixer l’autre dans la domination. l’angoisse qui s’attache à une ombre. La présence. On parle de la période bleue pour Picasso. une richesse (jamais possédée). 227). une plénitude. et l’une des conditions pour que l’œuvre existe. Cette réflexion est recentrée sur cette tension entre présence et absence. avec ce que ce terme porte en lui (altérité. des leurres. La présence est un moment. on peut aussi rechercher la présence dans la représentation. La présence n’a rien de substantiel. Entre les deux. de fermeture qui vise à protéger de l’angoisse.

Le monde moderne se caractérise par la perte des références. imitée. La surabondance d’informations. elle ne fonctionne pas comme un référentiel. la névrose deviennent la norme. 229). implique un autre rapport du sujet à l’objet. de "restituer le présent au sein de l’actuel" (p. La vérité ne se distingue plus de la représentation. il y a des moments plus ou moins profonds et sublimes. en politique. 230) ? Les philosophes et les mystiques ont prospecté la voie de la présence. de communications. comme un principe de décodage-codage. de l’idéologie. elle veut suspendre l’absence. tente l’accès à la présence. c’est provoquer sa fuite. ce qui dépasse la philosophie classique. Dans la présence-absence. Ce centre est ou bien un Être plein. L’absence doit susciter le mouvement de création. Lefebvre. Les signes nomment le lointain. Ceux qui refusent le risque du désespoir parce qu’ils ne veulent pas souffrir n’ont aucune chance d’accéder à la joie de la présence. 231). absence absolue. L’homme normal a dès lors toutes les maladies mentales. Le désespoir (qui n’est pas l’angoisse) est un moment de l’action poiétique. suppose de prendre des risques. Ils s’y retrouvent sans s’y confondre. la définir ainsi. Le langage. en Orient comme en Occident. ou un vide. La transe veut. de la pauvreté. n’est pas pathogénique. s’y installer. il n’y a pas de moment absolu. on mime le substantiel en se servant des représentations. La présence a. L’ivresse n’a rien à voir avec l’action poiétique. 143 . Ainsi. le Sujet et l’Objet. elle aussi. Leurs méthodes. en elle-même. de moment éternel : "À coup sûr. "Référence dernière. Il n’y a plus d’assise. Accéder à la présence suppose d’accepter la souffrance qui glisse le désespoir dans le lieu de la joie. Le traitement ? Ce serait une présence. Vouloir pour la retenir. qui laisse blessure et nostalgie. La simulation sans foi ni crédibilité de la "présence" l’emporte. Le risque. c’est celui de l’échec. L’image. mais la vraie connaissance. La disparition des références. elle. comme moment. car ils se relient à la pratique productrice et créatrice. du mythe ou de la mystification. C’est lorsque le rapport à l’absence s’installe dans l’immobilité que l’angoisse et la maladie surviennent. débouchent sur la représentation d’un centre (ontologique) du réel et du spirituel. La consistance s’obtient par la publicité ou la propagande. l’Un et le Tout. présence absolue. Mais les actions magiques laissent désabusé. Le signe dit l’absence et l’assigne. Accéder à la présence." Le savoir a sa magie : il fait croire à la possession de l’objet. sans pour autant que se manifeste la stimulation de l’absence (p. la création ou la connaissance. On présente le politique ou l’économique comme des vérités. L’anormalité. L’unité du sujet et de l’objet s’opère ici dans l’acte et non dans la représentation. de la poursuite vaine. de discours sur le discours dépouille l’homme de toute essence et définition générique. celle de l’action poétique. se retrouvent les termes de la philosophie classique : le Même et l’Autre. Ils prétendent le capturer. Mais il ne se fixe sur aucune. Magique. celui de la fin du moment de la présence. Elle incite. Le véritable problème ne serait-il pas de redécouvrir la présence. Celle-ci est simulée. de discours. l’amour. un néant. éloigne d’autant plus. mais toujours relatifs : elle est rare la minute à laquelle je dirais "Arrête-toi" (p. en nommant. l’éclatement de l’unité vécue et conçue.L’absence ? La représentation comble les vides de l’absence. une béance. une origine et une fin. L’unité se constitue dans la différence du sujet et de l’objet. la déficience psychique. obtenir les dons du hasard et de la rencontre. de la cohérence. Elle suscite. le sujet se constitue (il ne pré-existe pas à l’acte comme une substance) dans le même mouvement qui lui permet de percevoir l’objet. Pour H. exorciser l’absence. avec l’oeuvre. la prédominance des représentations laissent l’homme en proie à une absence ressentie comme ressentiment… La critique radicale peut déboucher sur le vertige du néant. Dans cet acte de construction de l’unité. des absolus." L’absence.

une passion. ses reconnaissances. Lefebvre évoque les moments de l’amour. ce serait l’allegro." Le moment est plus profond. Le moment retourne constamment vers sa genèse et la ressaisit grâce au travail de la mémoire et la patience des concepts. Il faut constater qu’il est des situations sans présence. On tente de la suppléer par des signes. H. 144 . de la lutte. H. mais un élitisme "modeste. des fractures. Stock. qu’il est maintenant nécessaire d’expliciter. On prend conscience qu’une source se tarit. 231)." L’aventure est une prise de risque.La recherche de la présence est-elle un élitisme ? Oui. Car sur le plan des représentations. cet instant où. mais de cet instant va sortir sa recherche sur la critique de la vie quotidienne qu’il développera entre 1947 et 1981 dans une série d’ouvrages importants 274 … La lecture de deux lignes du Capital sur la marchandise le bouleverse. Cependant. des images. Il s’agit d’un élitisme par rapport à ceux qui ne se soucient que du confort et ignorent que "bonheur et malheur sont des jumeaux qui grandissent en même temps 272 . avec le temps. 234). Sa découverte de la ville est un moment. Distance. les moments reviennent. Le Gai savoir. de la méditation. le surgissement d’une intuition. mais éphémère. C’est bref. Nietzsche. Pourquoi ? C’est difficile à expliquer. Paris. changent tout (p. Chaque moment a sa cohérence. sont deux modes différents de la présence et de l’absence. S’il fallait indiquer un rythme. l’absence s’installe. Tout à coup se cristallise l’impression de platitude dans le quotidien. fragment 338. Chaque moment a sa mémoire. récompense méritée ou non. Le moment est une lente maturation qui se parachève. Mais dès qu’intervient la tension entre la présence et l’absence. une forme qui s’identifie et qu’il identifie). silence. le concept de situation se réduit à une combinaison finie. éloignement. Au bout de l’aventure : une présence. Les instants sont des déchirures. C’est la déception. d’un événement. dans une conjoncture où joue le hasard. Il est inséré dans le temps. explosent. les uns grossiers (quotidiens) et les autres fins. rien ne remplace l’inexplicable qui vient de la naissance et que j’ai gaspillé follement : la présence. H. à New York. juste avant la seconde guerre 272 273 274 F. dans l’instant quelque chose est arrivé qui modifie. Lefebvre. devant un objet du quotidien. Le temps des méprises. cité par Lefebvre. Lors du vieillissement. Même si je suis de plus en plus malin. L’instant est quelque chose en instance et qui se précipite. Instants et moments Ces deux termes. son unité qu’il construit autour d’un centre ou foyer autour duquel se rassemblent tous les éléments et les données. Ces lignes "fulgurent. Voir bibliographie. Lefebvre évoque. insolent à l’occasion mais discret et presque secret (p. séparation. Alors que les instants ne se reproduisent pas. dans Le temps des méprises 273 . Il découvre l’urbain. C’est l’entrée brusque d’une personne. Ils bondissent de ceci à cela à travers les diversités. absence peuvent aussi définir des situations. on entre dans l’infini des possibles. 1975. La présence-absence est constitutive de la situation. une femme lui dit : "C’est un bon produit". Présence et situation La présence se manifeste dans une situation : celle-ci peut se définir comme un rapport momentané entre des éléments nombreux. Définitivement." Ce serait une sorte de stoïcisme sans fatum uni à un épicurisme subtil (Épicure prenait le plus grand des plaisirs à boire un verre de bonne eau fraîche). du savoir. Il dure. Il a un rythme : en général d’adagio. c’est un développement qui s’enveloppe (prend. celle de la rencontre. même si la temporalité retrouve sa fluidité. C’est intense.

Il est avec une femme qui s’accorde au pays (p. Le moment ainsi décrit a quelque chose à voir avec l’œuvre. Le temps évoqué ici. représentant ici des mondes. parce que le présent reprend l’histoire et l’offre – parce que l’avenir s’accueille avec un espoir… Je rêve au Parthénon. la temporalité et l’espace tout entier de l’histoire humaine. L’œuvre d’art est matière transformée. qui intègre d’autres temps et d’autres espaces. Il n’y a plus de passé ni d’avenir. des sensations. 275 Par condensation ? 145 . avec A. dans une épaisseur particulière. qui conclut l’ouvrage. H. C’est la répétition qui construit le moment. les opérations magiques. en commençant par l’actuel. imaginée. En même temps. le travail est psychique. puis de nouveau à New York. Il n’est pas "objectivable" en luimême. Mais. ne serait-ce que par la date qui est donnée avec autant de précision. des sociétés. intégrées. procèdent autrement 275 et chacun peut se dire pour lui-même.. comme une conque. au paysage. le moment n’est pas une œuvre dans la mesure où le moment n’est pas un produit. car le vécu métamorphose l’instantané de la situation en une cohérence déjà rencontrée. à Paestum. l’être et la pensée. et remonter le temps jusqu’à l’enfance. car ici les représentations sont dépassées. cette situation est vécue comme un moment. Les moments en sont la trame . Ici. le 7 décembre 1975. puis à Bologne (1950). pour l’un des protagonistes de la situation. car c’est l’homme qui est l’auteur de cet acte créateur qui transmue une situation en moment. Elle a à voir avec la production. qu’il s’est approprié. c’est qu’il y a tissu. D’une certaine manière ce qu’il nous décrit est une situation. Toute l’architecture s’évoque. les activités et les actes quotidiens complètent ce tissu (p. entre les ruines. mais il vit intensément l’histoire de l’homme à travers son architecture. c’est la pluralité des lieux. à Persépolis. Ce n’est pas une représentation. Deux minutes de taxi. ce ne serait pas un récit ou une autobiographie selon les formes habituelles. Le temps et l’espace se condensent soudain dans une durée. Elle s’accorde au pays. 235) : "Le petit avion nous dépose sur l’aérodrome. à…" Il y a une situation : un homme et une femme sont dans l’eau au bord de ruines. qui installe psychiquement un morceau de vécu situé dans l’espace d’un moment en lui donnant une unité. Ce chapitre. se termine par une méditation sur le désir. les faits. projetée. H. puis à Mourenx (1954). avec le travail. les résume en elle. une épaisseur temporelle. Bain de mer. Les instants. Elles s’entremêlent avec des émotions. Lefebvre évoque un voyage à Tulan.mondiale. la nature. des monuments qu’il a déjà connus et reconnus. c’est le temps des hommes et le temps de sa propre histoire." Parmi les expériences qu’il évoque comme "moment". Henri Lefebvre nage-t-il ? Il est dans l’eau." Car les moments impliquent le souvenir et la re-connaissance : ils éclairent le passé. le réel. Le moment de Tulan serait de l’ordre de l’œuvre virtuelle. 234). "S’ils déchirent le tissu du temps et de la subjectivité. des sentiments. fusionnées. intégrant la durée. Lefebvre voit dans cette tension entre instants et moments l’espace d’une écriture biographique : "Je pourrais écrire ma vie par instants et moments. Le temps se recourbe comme la coque d’un navire. les ruines mayas en bordure de mer. une cohérence. L’espace évoqué. eux. et le contiennent.

83-94. Provenant d'une rencontre. Il se pose à partir d'une circonstance. 146 .ou l'amour spirituel. Qu’est-ce que penser ?. souvent aberrant. partant de l'immédiateté antique pour traverser les médiations (l'aimée et l'amour comme médiateurs) et revenir aujourd'hui vers l'immédiateté du désir. de la pensée. Il révèle. les siens. Elle est décrite comme telle par les philosophes et les psychologues.Chapitre 10 Les moments de l'amour et de la pensée Dans La Somme et le reste. Inégal à soi et à son destin. cette énumération ne peut pas être exhaustive. l'instant fait irruption : un mot. ascendant puis se dégradant et parfois reprenant son ascension. celle de l'individu lié à un groupe. rassemblant des paroles et des actes. de la reprise. (Diotime. à un peuple". Acte et non état. l'action. voire ses lieux et coutumes. au chapitre II. le moment se détache de l'ambiguïté vécue pour prendre forme. etc. d'un détail infime. il s'approprie le vécu à travers une unité d'ensemble. avant de tenter une réponse. plus individuels : "Forme éminente de la répétition. centre au moins “ momentané ”. il y a en amour des inventions : l'amour courtois par exemple . au-dehors et attendait l'occasion de se manifester. l’œuvre d'art. ses représentations. pose une question préjudicielle : “ Y a-t-il un moment philosophique ou moment du philosophe ? Comment caractériser ce moment ? Selon quel critère ? Comment l'authentifier ou le rejeter comme non-authentique ? ” Henri Lefebvre reprend une question proche dans Qu’est-ce que penser ? 276 Pour Lefebvre. non sans difficulté et sans risques de perdre une partie des richesses conquises le long de ce parcours qui va de l'amour vers l'amour". comme acte central . Pour Lefebvre. et les moments. des situations et des attitudes. Dans cette constellation. toujours nouveau. des sentiments et des représentations. Béatrice) . il en va comme de l'amour : "toujours unique. le jeu. Il devient une façon d'être c'est-à-dire présence à soi et aux autres. Le vécu s'organise autour d'un centre qui n'est pas fixe. bouleversant. intitulé "Le moment philosophique". L'amour entre dans une mémoire." L'amour est un acte social et en même temps extra-social. 276 Henri Lefebvre. pp. celle d'une collectivité qui se retrouve ou se reconstitue en reconnaissant ses valeurs. c'est-à-dire durable. du vécu". Partie prenante d'un moment appartenant comme tel à l'espèce humaine. Lefebvre. La passion est proche de la névrose. et cependant individuel.ou l'amour sacrificiel (Gretchen). éclairant à la manière d'un éclair. du corps. à un peuple. Le moment est l'inverse de l'instant : "Bref. Car il y a de l'innovation parmi les moments : "Si l'amour a sa mémoire (individuelle et/ou populaire) ainsi que son histoire. H. Il exprime l'instance : ce qui restait au-dessus. le moment (dans une acception qui diffère de l'hégélienne tout en l'enveloppant) entre dans une histoire. à une classe. le repos. un geste. d'un mot. Par contre. reviennent avec une certaine constance : l'amour et la pensée. de la mémoire et reconnaissance de certains rapports. Ces figures ont changé . mais se présente plutôt comme la "constellation changeante des moments qui brillent au-dessus du fleuve héraclitéen du temps". celle du vécu individuel et celle du "milieu social" de l'individu. un signe. Et toujours reprenant ses thèmes. L'identité concrète a deux formes : l'identité culturelle. des sens. à un groupe.

Ainsi. la violence. l'autre dix ans plus tard. l'on entre dans le jeu en appliquant ces règles . de ses régressions. "L'amour ne peut se dire ni objet. ni subjectivité. qu'il transforme. une capacité de transfigurer le "réel" autant qu'une réalité psychologique et sociale : "De même le penser. une substance. Lefebvre remarque que le “ cogito ” s'est donné pour un état. Pour Dante. mais la résistance au devenir. il les transforme. parce qu'ils y voyaient une aliénation du penser. Lefebvre. la pensée ne joue pas. de l'irréductible qui surgit devant la réflexion et d'elle lorsqu'elle s'applique à saisir et à définir une activité quelconque. qui renaît de ses cendres. la pensée. Sans s'arrêter nulle part en un “ état ”. jamais établi. l'amour humain est un acte en même temps qu'un rapport au monde. Ce concept d'appropriation renverse et inverse celui de propriété : "L'amour s'approprie la sexualité. des normes et valeurs de la société où il se déploie ou bien dépérit". de son vide. au temps et à l'espace. il ne suffit pas et ne se suffit pas. c'est-à-dire le risque.la dissemblance . Les moments ont ces puissances . mais en un acte. à l'amour qui meut le soleil et les étoiles. La "res cogitans" est pensante par définition. cette re-naissance l'oblige à refaire son parcours. encore moins comme étranger à la pensée. sa “ matière première ”. Le jeu s'approprie le hasard et la décision. se refusant à une objectivité figée du savoir : "La pensée qui s'auto-définit ainsi. ou objectif. etc. mais dans une poursuite de ce qui le fuit et que cependant il peut atteindre mais non captiver et posséder. Béatrice. Les changements dans les contenus . celle de l'individu. Il naît et renaît de sa propre absence.H. Par opposition. l'une lors de sa neuvième année. Si le penser naît des ambiguïtés. La pensée peut chercher à persister dans cet état. avec leurs rapports qui n'ont rien de simple .ou plutôt ils sont ces puissances de métamorphose par rapport au “ donné ”. Les philosophes ont proscrit les passions. La pensée ne peut penser l'amour que parce qu'elle n'est pas l'amour : le moment de l'amour ne peut se situer comme identique. Il lui faut "l'autre" pour le penser . ou l'action. Toujours ayant une forme. à s'y maintenir. à une vitesse accélérée. informe".ne disparaît pas. l'amour. des flux informes du vécu. son trajet : jamais stabilisé. à l'ambiguïté du vécu. "L'acte de penser revient alors vers sa source et recommence son effort. H. car il transforme et le sujet et l'objet". il se crée (auto-création). les possibilités multiples (enjeux. l'apaisement. la pensée n'est pas un état. Ne consistant pas en une ex-istence ou ex-stase. et cependant l'amour-état traverse la vie et la mort. gains et pertes). ayant atteint son but (son autre). en intégrant la mémoire à l'acte et à l'immédiateté présente.dans les activités pratiques . 147 . possède un trait commun à tous les moments : une activité d'appropriation". Elle le rassemble.réagissent sur les formes et par suite sur les moments. inaltérable. peut alors jeter un regard en arrière. Cette opposition de l'état et de l'acte remonte à la plus haute antiquité. et c'est une renaissance perpétuelle. Cette interaction fait partie de l'histoire et de la genèse. acte impur. Nécessaire. l'amour est un état. Lefebvre sur l'amour. Elle comprend de l'intérieur. il peut aussi le dire du jeu : "La pensée se crée en pensant le jeu. reste fragile : elle ne peut durer longtemps. que n'est aperçu que deux fois. Ces remarques de H. en une chose acquise". son parcours. du lieu de départ jusqu'à l'horizon visé : le jeu. Selon la Vita Nova. rappelle H. Lefebvre voit quelques analogies entre le penser et l'aimer : la différence . encore moins dévorer. sa mémoire propre et spécifique. spontané. Pour H. La pensée reconnaît son trajet. Lefebvre. chaque jeu a des règles . Le moment du jeu a son temps propre. acte plutôt qu'état. interne ou externe. au sensible. Cette forme d'amour se lie à l'état des choses dans le cosmos. de ses échecs. des groupes où il figure.ces formes au temps qui vient.

La pensée naît dans l'entre-deux des moments. puis opte pour l'un d'eux en refusant l'autre. en même temps qu'une mémoire et un temps propre (dans le devenir du monde). Le moment de la pensée "se constitue ainsi par négation de ce lieu de départ. Si les moments sont dans un temps et un espace relatifs. les oeuvres d'art cherchent à proposer un temps absolu (musique) ou un espace absolu (l'architecture). Son auto-reproduction ne fait pas sa fécondité. Une telle confrontation donne lieu à un discours infini. En tant que moment. le penser cherche à constituer une totalité qui toujours se brise : "Parce que le moment de penser a une relation avec tous les autres moments. La méditation se perd dans l'indéterminé. D'un côté la sécurité et la certitude. Le penser ne poursuit son auto-création qu'entre le Même et l'Autre. Les moments. irruptions bouleversantes. C'est-à-dire en constituant un centre “ momentané ” qui confère un sens (c'est-àdire une signification et une orientation au “ vécu ”. au monde). de la fluidité. des interactions entre l'ambiguïté des concepts. sans fusion ni confusion. dans leur rapport au monde. la souffrance. qui oscille entre les moments. le moment fait transition entre la connaissance (le concept) et l'art. Par cette forme qu'il se donne. le jeu. les plaisirs et les voluptés. comme médiation qui part de l'immédiat et le retrouve. aux autres et à l'autre. celles du savoir acquis et des institutions stables . mais elle parvient à surmonter le conflit en considérant les moments dans le devenir. 148 . réalisant une modalité de la présence (à qui ? à soi. Il ne peut y avoir de fermeture. il passe entre le vécu informe et le savoir formalisé (conceptualisé. de gestes et de représentations. de même importance. l'action. sortant de l'ambiguïté. Le penser a la puissance de transformer son lieu de départ. épreuves. sans confusion ni séparation.de l'autre le risque. il saisit le vécu comme tel . les jeux et enjeux. s'opposent aux instants. De même. La force du penser vient de ce mouvement interne-externe. le vieillissement . il les pense successivement et non simultanément". Elles ne peuvent trouver un objet ni dans le conçu ni dans le vécu qui n'a pas revêtu une forme". sans quoi celui-ci resterait dans les flux informes et s'y égarerait). puis par sa restitution qui le situe dans la constellation mouvante des moments. Concept. Le Même devient l'Autre et l'Autre se change en le Même. "L'acte de penser entre donc parmi les moments. les menaces". Ainsi. intuitions brusques". il se donne une forme. évènements et concepts. la pensée est un rapport au monde en même temps qu'à son autre et à travers cet autre.contenant sa dialectique du devenir". On ne possède ni soi. acquis) sans s'en tenir aux médiations instituées. la mort. c'est-à-dire dans une unité qui se constitue (qui se crée) à partir d'une matière première et naturelle d'émotions et d'activités. sans s'identifier à aucun. La réflexion gère sans fin les aspects contradictoires du rapport au monde : "D'un côté. révélations subites. "Le moment convient à la fois au conçu et au vécu. en un lieu de nouveau départ. de sensations et de besoins.et de l'autre la joie. et finalement entre le vécu et le “ vivre ” qui comporte lui-même le penser". ni l'être. qui se constituent en “ êtres ” concrets et divers. Le monde est le fond sur lequel se détachent ces constellations et ces nébuleuses : moments et instants. etc. Les créations esthétiques présentent ou représentent des moments : l'amour.

J’en ai profité pour acquérir 6 livres sur le journal de voyage (Gide. C’est cela que je voudrais explorer. en sortant du séminaire de Patrice Ville à Saint-Denis. pour le faire connaître. donc. "dispositif") des moments. Journal d’un éditeur. pour moi. de la fluidité du sujet que je suis. découvert dimanche au “ Salon du livre de voyage ” de Magny-en-Vexin. non installé dans nos moments ? 277 Ce chantier est un ouvrage en préparation sur René Lourau. il y a aussi Guy Avanzini et des collègues d’Angers. Christine Delory-Momberger. Dans le public. J’ai ouvert La mort d’un maître 277 . Qu’en est-il du vécu. les moments les uns par rapport aux autres. en tant que directeur des éditions Loris Talmart.INTERLUDE 2 JOURNAL DU NON-MOMENT (5 mai 2004 – 25 novembre 2004) Mardi 5 mai 2004. où j’étais invité à faire une petite conférence sur mon Voyage à Rio. être auteur est. En ouvrant Journal d’un lecteur. Gilles Brougères. soutenance de thèse de Jean-Yves Robin (Villetaneuse). Mais je ne suis pas là pour raconter. Cette prise de conscience m’a conduit à faire un pas de côté. Je ne l’ai pas trouvé. et je m’étais replongé dans le très beau livre de Pierre Sansot : Du bon usage de la lenteur. Camus. en me posant la question : qu’en est-il de mon vécu. de façon "évidente". découvrir. mais ce n’était pas la place. j’ai voulu trouver un bon support pour noter cette nouvelle. pour lequel Hubert de Luze. il est nécessaire qu’il y ait du jeu entre les moments. c’est qu’il me semble que pour rendre fluides. J’aperçois aussi Jean-Louis Le Grand. David Le Breton sur la marche…). j’ai regardé mes autres journaux. fluide. Je le promène un peu autour de moi. Alors. donc un espace qui est libre. mais pour essayer de penser un nouvel objet : Le non-moment. Le jeu des moments (passage de l’un à l’autre) suppose une sorte d’huile de coude. une soutenance de thèse. il y a des moments. dans le jeu de la transversalité. Je suis venu avec Sergio Borba. et je me suis plongé dans ces ouvrages avec une forte implication (puisque je viens de terminer mon Voyage à New York). je retrouve Françoise Cros. j’ai pris conscience qu’il n’y avait pas de Journal d’un auteur. du coup. Jean-Marie Barbier. Au jury. En apprenant la maladie de mon ami Hubert de Luze. Je venais de lire le Journal de voyage d’Albert Camus. On pourrait se dire : le Journal d’un auteur est à ouvrir . Je suis venu à cette soutenance comme “ auditeur libre ”. qui ne rentre pas dans le cadre (framework. J’ai donc du vécu qui ne se trouve pas enregistré dans le Journal des Moments. et un prof que je ne connais pas (on m’a parlé d’un Allemand). D’ailleurs aujourd’hui j’ai passé une partie de la matinée à écrire mon journal. une fois de plus. que je ne décris pas dans mon Journal des moments. L’idée s’est imposée à moi ce matin. un moment non contestable . m'avait signé un contrat dès 2001. Si j’ouvre un Journal du Non-Moment. 149 .

J. Elle est utile . pour parler du nonmoment. du vin. il me semble qu’on transmet surtout des moments. Qu’est-ce que l’on conçoit transmettre à ses enfants ? ["Est-ce effectivement transmis ?" serait une autre question]. rentable : contre la vitesse. dans le mode de production. dans une succession imprévue. il faudrait reprendre la construction archaïque de la personnalité : Jean Oury ne parle pas vraiment d’autre chose que du moment. dans lequel je me trouve maintenant : la soutenance de HDR. le calme. des tableaux. à Rio de Janeiro. Chez Augé. des vrais. Ce fut ma première impression. que je pose entre deux autres moments. ce qu’ils ont repris de mes moments ? En quoi ai-je aidé mes enfants à se construire leurs moments ? Cette question peut être dialectisée par cette autre : comment mes enfants se sont-ils construits des moments. Ce matin. de la rêverie. Dans les temps qui viennent. et qui commente un mémoire de synthèse. par rapport à mes enfants : est-ce analysable. quand le vécu prend la forme d’un quasi-moment : le moment de la flânerie. Mais la Loburg était excellente. P. une musique dialogique entre Christine.L’idée m’est venue ce matin. Non-lieux de Marc Augé et Arts et schizophrénie. contre moi ? Le repas d’hier midi avec Charlotte. En la restituant. commencée avant que j’arrive. j’ai trouvé une critique de la conduite automobile. elle s’oppose à l’activisme. observer des classes prendre l’autobus. prendre l’air. Il me faudrait expliciter pourquoi je suis tenté d’inscrire le quasi-moment. le concept. saturés. à son effort pour se donner comme efficace. plutôt que d’un moment. le risque : en faire un moment ! 150 . et non structurée. le point commun avec ma recherche. et entre les deux. encore que le chapitre sur l’écriture est bien une réflexion sur la construction du moment d’auteur. Dans son effort de théorisation du sujet. Manger. Le non-lieu est virtuellement un non-moment. mais il faut décrire le non-moment qui est tout de même traversé par des moments. il y a l’espace-temps disponible entre ici et là : ici et là sont des moments . dans une performance commune : celle d’un repas à la terrasse d’un café . ou plutôt sur les rythmes du nonmoment. lors de la lecture en décembre 2003 de deux livres importants. moi une choucroute ! Il nous manquait du vin frais. pour écrire. Comment décrire le non-moment. fut riche en auto-célébration de notre commune transversalité (danse/philosophie) : -On est les mêmes. utile. que je n’ai pas lu. je trouve cette première impulsion moins évidente que lors de l’insight (l’insight est de l’ordre de l’instant). de Jean Oury. des livres. Je parlerai ici plutôt d’un quasi-moment. Car le moment est un espace-temps. il y a un entre-deux. Romain. Augé. je suis dans un non-moment. Sansot viennent étayer une réalité essentielle. Je ne suis pas dans le moment de la thèse . donc. descriptible ? Puis-je demander à Hélène. suis-je dans le moment de l’écriture ? Non. il s’agissait d’un insight déjà expérimenté. Charlotte. Chez Camus. et donc du moment. En même temps. je veux tenter de penser le non-moment . intuition. au fonctionnement mécanique du sujet. On peut transmettre des maisons. Chez Jean Oury. au-delà de nos différences ! On a produit ce manifeste. plutôt que du côté du moment. Quelle place faire au non-moment dans la théorie des moments ? J’aime l’éloge de la lenteur que fait P. mais comme une sorte de redondance. sans savoir à quelle heure notre entretien serait suspendu : voilà du non-moment. un espace agréable (une belle table). Donc M. etc. mais. Qu’est-ce qu’on laisse derrière soi ? se demande Jean-Yves Robin. livre sur le non-moment. C’est pour moi : une salle chauffée. c’est le non. du côté du nonmoment. même s’il en ignore. Puis-je penser cette question. Sansot. à la manière des grandes émissions de France-Culture. Gilles. d’une certaine manière : un lieu. Oury. que j’entends comme un fond musical ou plutôt culturel. elle mangeant un steak haché. Jean-Yves. je lisais Du bon usage de la lenteur. semble-t-il.

pour les paysans. d’autres sont ma fierté. ou du moment du repos. entre deux moments. Le moment. et cette qualification totalitaire du quotidien n’a rien de péjoratif. les institutions totales sont des dispositifs. à propos de sa distinction entre groupe objet et groupe sujet : dans le moment. Le converti. Ces rituels n’existent pas dans le non-moment. est un moment. l’étable n’est pas un moment : c’est un espace-temps. pour les femmes. à une tradition familiale dans laquelle j’estime. Quand je quitte un moment. qui entraîne le non-moment. Je choisis mon moment. mais j’ai refusé le legs). par ma famille. entre ce que je conserve. La vie au Moyen Age. Ainsi. Par extension. sans moment : le chronique est dans le non-moment. celui que l’on appelle un chronique. je viens de présider la soutenance de thèse d’Antoine Caballé. on peut tous être des chroniques de quelque chose. il y a une part subjective : le moment est construction du sujet. Le rythme des champs décidait chaque matin de leur activité . qui peut être un non-moment. Ma question : y a-t-il des gens. 12 h 40 J’attends le départ de mon TGV pour Paris . Cette méditation peut être rapprocher des réflexions de Félix Guattari. pour entrer dans un autre. contre un autre possible : je l’habite. J’ai refusé certains moments familiaux. par opposition. Michel Lobrot trouve que ce rituel est un peu ennuyeux : -On n’a pas suffisamment parlé de nos croyances. Ainsi. a-t-il dit. 278 Expression de Husserl. des rituels de sortie et des rituels d’entrée sont ménagés. par statut social. il y a davantage : il y a la conscience du moment. qui n’est pas le thème que je voudrais développer aujourd’hui. ils sont religieux. il me faut distinguer le moment hérité (transmis par ma famille).Lyon Perrache. par appartenance culturelle. et ce que j’abandonne de mon héritage. Dans les Eglises. il y a de l’objectif. elles étaient rivées au domestique. du fait de la conscience que j’ai d’accepter ce legs. Mais dans le moment. je suis conscient d’appartenir. dans Psychanalyse et transversalité. les institutions totalitaires ne connaissent pas les moments. par exemple. le désir de ce moment. pas seulement le prisonnier ! Le malade hospitalisé en hôpital psychiatrique. contraints . 151 . qui vivent en dehors de tout moment ? Le problème : quelqu’un placé en prison se voit détruire progressivement tous ses moments. dont j’assume l’héritage. on se couche : ces modalités doivent être distinguées du moment du repas. de la conjugalité. voire de subjectivation. n’a plus de moment : les rythmes bureaucratiques de l’institution agencent sa vie. on se promène. la volonté du moment. je rentre dedans. Sujet de la thèse : Bible et éducation. on entre un peu au hasard. cependant. mais. il y a une dimension totalitaire. le non-moment nous aide à définir ce que serait le moment. je suis tranquille : pas de devoir à la maison. mais aussi une grande part de subjectif. poussé par le flux héraclitéen du quotidien 278 : beaucoup d’adeptes sont entrés en religion. J’ai posé l’hypothèse qu’il n’y a pas de moment. par ailleurs. Pour le chronique. Dans le nonmoment. Ayant rédigé le rapport en situation. dans le quotidien totalitaire . j’ai des rites de passage : notamment des rites d’entrée à respecter . et le moment voulu. La vie était construite de l'extérieur . était sans surprise : ils travaillaient tout le temps. le 6 mai 2004. construit son moment religieux. Et d’une certaine manière. ou par déterminisme familial. du moment de la marche. dans le moment. la seule rupture permise avec le quotidien : la fête. Donc. comme le moment. Pour un animal. le moment refusé (j’aurais pu en hériter. Ce sont des activités contraintes . l’institué de l’institution objective la vie : on mange. de la matérialité. qu’il y a à boire et à manger : je fais le tri.

Mais ce parti-pris est davantage étayé par mon expérience du monde actuel. Au moment de relecture de mon texte. je retrouve un livre commencé en avril : Georges Snyders. Lapassade. Francesco de Saragosse. entre plusieurs moments. Vito d’Armento qui vient de traduire mon ouvrage Produire son œuvre. incapable de structurer mon identité : quand on se trouve ainsi. j’ai dû me mettre à la rédaction du discours. Qu’est-ce qui me maintient institutionnaliste ? Pour moi. assez sérieuses.A. Santot parle du repos : il parle de la digestion. Mangerot et Amann) : j’ai beaucoup utilisé l’article Danse. le titre de cet ouvrage nous a surpris. de maintien m’intéressent : j’y ai réfléchi. Je suis proche des membres de ce groupe. Brecht . on est dans un non-moment. Je sais que je 279 Georges Snyders. puisque je ne l’ai jamais été : je continue à me sentir écologiste. Georges Lapassade était là. ou plutôt de l’implosion du sujet . par opposition à l’instituant .A. Patrick Tapernoux. mais. même si j’ai renoncé à l’adhésion à ce Parti. sans harcèlement. Cela renvoie à l’institué. L’ensemble du Dictionnaire est une perle. je retourne à la librairie. ce matin. chez les Verts. P. Je suis venu à pied de Saint Placide. Les participants à cette rencontre se présentent : trois doctorants 280 . j’en parlais avec Michel Lobrot . qui avait changé d’adresse après 1989 (époque où j’avais découvert le Dictionnaire de théologie catholique de Vacant. Brecht . pour avancer ma toile pour Georges 281 . je voterai vert. le vendredi 7 mai. à propos de la sieste. je ne peux pas réfléchir à ce qui me maintient communiste. accompagné de Sergio Borba . Alors. lors de la fête des 80 ans de Lapassade : j’ai écrit 6 pages. Lucette téléphonait à Paris 8 pour avoir la présidence… Je me suis senti dissocié. J’y ajouterai la mienne : ma pensée. Matrice. mais sans angoisse. Colloque de la société européenne d’ethnographie de l’éducation. Pendant la pause repas. peint pour son anniversaire. Gramsci. bien que le mouvement institutionnaliste soit difficile à définir. 92 pages. Deux pensées qui contribuent à me maintenir communiste : B. pourtant. etc. Ce non-moment est alors parfois vécu sur le mode de l’éclatement. 17 heures. mes œuvres me maintiennent institutionnaliste . un Vietnamien. je me vis dans un non-moment. nous sommes passés devant la librairie Letouzey et Ané. il s’agit de quelque chose d’instituant. 2004. Lefebvre. vers Saint-Denis. 281 Portrait de mon maître. les notions de maintenance. Jacques André Bizet. Sergio est arrivé . 15 heures 30 Je viens de terminer Du bon usage de la lenteur : excellentes pages sur le nonmoment. Institut catholique. je me sens institutionnaliste. trois pensées : H. vert . un Congolais. Gramsci 279 : dans le taxi qui nous conduisait à l’Université. acheter le volume sur le péché (1933) : ce volume de 1400 pages m’est vendu 98 euros (mais je pourrais avoir une réduction de 25%. que le président Lunel devra prononcer lundi. je traîne un peu ici. Les développements sur le péché (450 pages de petits caractères) sont à dévorer avec passion. Je vote vert. Sergio Borba. Impression de vivre dans le non-moment. le moment de la thèse en italien. Patrick Boumard et Driss Alaoui. 280 Un Colombien. dans ma première valse. de la grasse matinée. Je me sens bien : je sais qu’il me faudrait rentrer chez moi. En me levant. R. que par des lectures : idéologiquement. Lourau. du sommeil. Deux pensées qui contribuent à me maintenir communiste : B. malgré mes expériences insatisfaisantes. si j’avais un bon de commande de mon éditeur).Dans le métro. 152 . mais peut-être s’agit-il du moment du repos ? Oui. G. maintenant. tout pourrait être moment ? En partant à Lyon.

avec une perspective unique : la préparation des 80 ans de Georges. s’installer dans un dispositif. difficile. avec Le château à la main ! G. Lapassade raconte que. Patrick Boumard. son œuvre. j’ai revu avec Vito une partie de la traduction de mon livre. ce texte est suivi d’entretiens avec Georges Lapassade . Lapassade a fait sienne cette posture. Beaucoup de professeurs préparent leurs cours : ils travaillent à la construction d’un dispositif pédagogique. opposant le concept de dissociation au concept de moment . Bernard Jabin. feuillette bruyamment ses notes . Idée de l’amener avec moi pour résoudre ma dissociation : je dois faire mille choses à la fois. Lapassade a une posture : Je m’engage. G. Comment peindre un tableau pour lundi. organisations. Idée d'un chapitre Lapassade. Institut catholique. Que fait l’esprit. qui est observable dans le social : après Napoléon. cité par Trotski). nous rend extérieur à ce qui se passe : cette extériorité est un non-moment. comme l’organisation de la thèse de Mohamed Daoud.retrouverai tout ce petit monde dans la soirée : je suis invité au dîner organisé par Patrick Tapernoux. que l’on maîtrise mal. un processus organisateur des récits de vie. Je me sentais dissocié. Let espace social. institutions. du fait des lacunes de mon italien. qui a du mal à émerger . Patrick Tapernoux. Cette idée me fut donnée jadis par Hubert de Luze. et ensuite je vois (Napoléon. mais je n’ai pas conscience d’être dans le moment de l’écriture : j’écris mécaniquement . Cette perspective me fait écarter d’autres activités importantes. tout en faisant mille autres choses ? Vivre un moment. et ensuite un autre sur "René et Lapassade". Georges m’a reproché de ne pas avoir lu ce mémoire. j’écris. sa vie. un non-moment : celui d’une langue hachée. car Vito parle de moi : mon ami voudrait que je sois davantage présent en Italie. à côté de moi. suppose de construire un dispositif avant. tout à l’heure. auquel on tente de s’accrocher. parce que ma vie. se heurtant à pareille situation ? Driss Alaoui. Driss Alaoui et Rose-Marie. Travaille dans une langue. Lapassade. qui porte sur Lapassade. mais. est une transduction permanente d’une activité à une autre. les étudiants sont restés. qui rédige des notes du traducteur : je me sentais dans un entre-deux. Soudain. échappe . langue que je voudrais m’approprier bientôt. que j’ai moimême déjà organisées. G. J’écris ces remarques dans ce texte. pour qu’il me parle de lui . Il me fallait donc le lire rapidement : c’est une introduction polémique. Vito d’Armento. je me sens obligé de me recentrer sur la discussion.. Présents dans le groupe : Francesco. même s’il travaille tout le temps (en rédigeant des textes sur l’observation participante. Lapassade parle 153 . Il raconte maintenant une situation dans laquelle il avait demandé à ses étudiants de lire Le château de Kafka. Le mémoire de Mabrouki donne envie de faire aussi quelque chose. dans mon livre sur René Lourau : il y a de la matière. je lisais le mémoire d’Abdelwahed Mabrouki. 11 heures 45. qu’ils imposent ensuite à leurs étudiants. J’arrive. quand il est arrivé. G. Je suis dans un non-lieu. j’ai sommeil. Trotski. Samedi 8 mai 2004. Depuis Groupes. la prise échappe : on ne comprend pas. en fait. accompagné de Gorgio de Martino : j’espère qu’il va prendre le pouvoir de la traduction. j’ai du mal à suivre son discours. J’ai envie de partir de cette réunion. ces entretiens sont riches : ils complètent beaucoup d'informations. dans la théorie des moments sur la dissociation. avant la réflexion sur le dispositif. JacquesAndré Bizet. Hier soir. il change son idée en arrivant face à son auditoire : il improvise. qui voulait que je fasse un chapitre sur "René et Lefebvre".. chez Patrick Tapernoux. J’avais donné un rendez-vous à Giorgio. par exemple). et être disponible pour vivre le performatif. intitulé finalement La dissociation. et ensuite il eut une autre idée . chacun d’entre nous peut privilégier l’engagement. Vito parle en italien : les deux Patrick tentent de le traduire.

Fils d’André Hess. Je ne suis pas membre à part entière de la SEEE. on prend le temps de le construire : il y a une transition. Les 80 ans de Lapassade est un vécu collectif. deux moments. j’ai eu le temps de lire 20 pages. Cette déduction logique ne semble pas évidente aux théologiens présents. -Pourquoi ? Si je suis fils de Dieu. deux idées. et que je ne puis me brancher sur ce qu’il dit. sur la notion de péché : j’ai retenu que Saint Thomas d’Aquin a fait la synthèse de tout ce qui s’est écrit avant lui. je me suis mis à couper les pages de mon volume acheté hier du Dictionnaire de théologie catholique . Impliquer d’autres personnes dans la construction de ses moments. tu es un hérétique ! me dit Guy Avanzini . 16 heures 50. Cette installation exige une conversion . même si elle ne l’est pas théologiquement. mais il ne parle pas du moment de la pensée 282 . R. lorsque Sergio a commencé à parler : j’étais pris. une étudiante de Paris 8 (hypermédia). dans ce jeu de séduction. dit-il aussi. non par ambition ou par orgueil. Je me suis arrêté d’écrire. Quand on entre dans un moment. je le deviens. assemble des moments anthropologiques traversés par. suppose une articulation collective de l’espace et du temps. mais par simple affirmation de mon Essence : Je suis celui qui est. Or. Je me remets à écrire. une installation dans le moment. un lieu qui n'est pas un lieu. J’ai parlé de la situation 282 C'est faux. puis Sergio Borba est arrivé : il présente sa recherche. dit Dieu .du transductif. j’introduis les fondements de ma théologie : Je suis le fils de Dieu. Je me lance dans une discussion avec Charlotte : Oui. parce que Vito fait un exposé en italien. ne m’a jamais préoccupé : ce que j’ai accepté est d’être son fils. donc d’être Dieu moi-même : je crois moins en Dieu.). je suis Dieu. je suis passionné de théologie . 154 . Assez vite. Une différence existe entre les moments individuels (se mettre à l’écriture d’un livre). par excellence ? Groupe d’ethnographes de l’éducation : j’ai été boire un café avec Driss. Rencontre étrange hier avec Charlotte Tempier. et avec Georges Lapassade. Ce mouvement. -Ah bon. mais ne le connaît pas. elle était simultanément inscrite à la Catho. un non-moment. etc. cette énergie circulent dans l’entre-les-moments. et les moments que l’on construit avec d’autres (le repas familial. le bal. où tous les participants viendront mettre en commun leur moment Lapassade : c’est un moment historique (donc qui s’inscrit dans la temporalité). présent à cette soirée. qu’en mon destin de créateur. Lefebvre. Je suis celui qui devient. Je dois être un inventeur. relie. la transduction est un mouvement. La pensée associative ne serait-elle pas le non-moment. Dali disait aussi : Je ne suis pas Dali. On m’accepte ici . moi aussi. la conversion est un changement de posture intérieure et extérieure. qui rassemble. sur Saint Thomas d’Aquin. Je suis bien là : j'ai un espace. je suis Hess. qui le conduit d’une chose à une autre : cet état fait partie du non-moment. suis-je dans un moment ? Lequel ? La pensée transductive est-elle un moment ? Pour H. sur un mode cool ? Lien psychologique qui relie deux choses. comme visiteur. Cette théorie me semble évidente. donc je suis Dieu. Je pourrais devenir membre à part entière de la SEEE. qui travaille sur l’autodidaxie : elle a lu Christian Verrier. Tapernoux. Il élabore le moment de la pensée dans Qu'est-ce que penser ? (Voir le chapitre sur ce thème). Lourau oppose la logique transductive à la logique hypothéticodéductive. avant de venir chez P. par ce qu’il racontait sur sa vie. mais je m’y sens chez moi. J’ai payé les 40 euros d’adhésion à la Société d’ethnographie de l’éducation : j'en suis donc membre à part entière. Comment vivre le nonmoment. mais un lieu qui est un non-lieu. cela ne dérange pas mes collègues que j’écrive. Quand je fais ce type d’associations. mon objet : le péché . Que Dieu existe ou non. Elle a fait 4 ans de philosophie à Paris IV . il y a le moment de la philosophie. mon auteur privilégié : Saint Thomas.

pour faire des tâches importantes. mais le travail institutionnel exige que chaque dossier soit lu par deux rapporteurs (120 rapports à rédiger). mais au bout d’un certain temps. il relève de l’entreprise . et puis ils se remettent en stand bye. l’auditeur 155 . puis Patrick Boumard. de la situation à Rennes 2. s’il y a un moment du travail institutionnel. leur attention s’émousse : ils commencent à associer mentalement sur d'autres objets. Une personne conduit sa voiture. son œuvre d’Abdelwahed Mabrouki va être soutenu aujourd’hui : j’y ai découvert que Lapassade avoue qu’il lisait Bergson pendant ses classes. mais il nous faut maintenant sortir de la salle. ou même de professeur d’université. on sait déjà qui on va recruter. Lucette me parlait d’un questionnaire remis aux UFR. tout en fumant. le temps de travail est un moment chez Hegel . et de pédagogie ! Ce passage correspond bien à ce que j’ai moi-même vécu : à certains moments de ma carrière de professeur de lycée. mais "hors profil". leur activité est réelle. il poursuit ensuite des études de psychologie de l’enfant. mais en même temps. Quand j’entends lire les rapports. qui finissent assez souvent à la poubelle. intéressantes. pour répondre au projet d’évaluation lancé par le Ministère. Réunion de la commission de spécialistes : on recrute un maître de conférence. Pour décrire cet état. ils concernent des dossiers de personnes sympathiques. L’université a décidé de répondre par elle-même à ce questionnaire. lorsqu’il était instituteur. et a donc laissé de côté les réponses des UFR : ce travail considérable s’est trouvé mis à la poubelle purement et simplement. ce travail a son importance. Certes. de professeur d’école normale. Le travail institutionnel estil un moment ou un non-moment ? Le travail. me dit Lucette. il en garde de la culpabilité. tout en discutant avec les autres passagers de la voiture. Lundi 10 mai. Eh oui. Ce type de travail (bureaucratique) occupe les journées de gens comme Lucette : elle travaille 7 jours sur 7.à Paris 8. mais il ne faut pas lui consacrer plus de temps qu’il n'en mérite : j’ai mis moins d’une heure à écrire mes 4 rapports . Du point de vue de la bureaucratie. encore aujourd'hui . l’analyse du vécu des acteurs permet de montrer que ceux-ci ne s’installent pas dans ce moment de façon active . Le mémoire de DEA consacré à Lapassade. le collègue ou ami discute. parce que je savais que j’allais devoir passer 3 heures à m’ennuyer. Paris 8. donnant des devoirs aux élèves . Il y a 60 candidats. Dans la vie du quotidien bureaucratique. Notre statut de fonctionnaire implique ce travail de l’institution. totalement inutiles qui occupent des gens compétents ! Par exemple. dans plusieurs activités : le conducteur suit les aléas de la circulation. sa vie. psychiquement. comme on dit. le sujet est mobilisé en même temps. en écoutant de la musique. 10 heures par jour. Ne suis-je pas en train de faire autre chose que ce que je suis censé faire ? Je suis censé participer à une réunion : j’y suis. prenons un autre exemple. je n’écoute que d’une oreille (écoute flottante). la bureaucratie d’Etat relève d’un autre moment chez Hegel : celui de l’Etat. Ils sont honnêtes. J’écris maintenant. pendant des séquences extrêmement courtes : le temps de lecture de leurs rapports. Nous parlions avec Lucette de ce travail. l’esprit passe d’une forme à une autre. 8 heures 40. totalement inutiles. le fumeur surveille son mégot pour empêcher les cendres de tomber dans la voiture. je concentre mon attention principalement sur mon écriture. Dans ces situations. je me dis que les rapporteurs ont passé des heures à rédiger ces textes longs. il y a de nombreuses tâches. Ils ont toujours la posture d’écoute. mais je vois bien que le fil de leur pensée commence à échapper au moment du travail bureaucratique (transduction sur d’autres thèmes). 80 ans de Georges Lapassade. que je juge totalement inutile : c’est le travail de l’institution. ou du moins à être totalement passif : la plupart de mes collègues sont venus pour écouter attentivement cette lecture des 120 rapports. cependant.

l’essentiel de la mobilisation psychique se fait sur la conversation. contre ce type de dissociation du quotidien : construire un projet d’écriture. Le moment est un espace-temps. je ne veux pas investir la fac outre mesure. Dans les moments groupaux. personne n’est vraiment présent dans le pédagogique. est un combat pour structurer un moment. La situation n'est pas un moment. ou ne serait-il pas plus juste de parler de non-moment ? Selon moi. Que font les élèves ? Sont-ils présents à un autre moment ? Non. Très souvent à l’école. solution pour fuire la situation contrainte . Elisabeth Bautier m’annonce que je suis 4 sur 13 candidats. au cas où ! Cette situation est caractéristique du non-moment institutionnel : être contraint au pas de 156 .apprécie l’interprétation de l’orchestre philharmonique de Berlin d’un morceau de Beethoven. Hier. mais il n’y avait que 3 semestres à attribuer. on se trouve donc dans une modalité du non-moment. Cette annonce m’installe dans un non-moment. une modalité de la présence : dans la situation décrite. mais avec des ruptures. mais le plus souvent la mobilisation psychique sur la conduite ne représente que 20% . enregistrée : elle n’est pas capitalisée . les membres. ou à l’audition du triple concerto. par exemple. dans la vie d’une classe. je ne dois pas me décourager . ils peuvent être collectifs : le moment de la vie associative . contre cette dissociation du quotidien. le moment de la peinture . dans laquelle le vécu donne de temps en temps priorité à la conduite. la transduction occupe beaucoup de temps . et en même temps. La pensée dérive : dans la vie. Le moment se construit. elle retourne à l’oubli. Activité créative. mais d’une situation. Dans ce type de situation. etc. à opposer au collectif. même si certaines associations reviennent. écrire un livre ou son journal. peut-être aussi de fragments de formes sociales. de même pour le non-moment. le Ministère donnera ce 4ème semestre. la transduction n’est pas un moment : le plus souvent. etc. qui pourraient être. lorsque surviennent des épisodes exigeant une forte présence. ainsi. ce serait subversif ! Alors. cela serait trop voyant . Le quotidien nous confronte souvent à ces situations exigeant des mobilisations multiples. il y a des états de garderie. Selon elle. même si le prof fait son cours. Mon travail sur le non-moment avance. mais dérive de forme en forme. le sujet se dissocie en plusieurs personnes. celui-ci s’adonne à l’une de ses activités préférées : la transduction ! Dans les situations contraintes. la situation se tisse de situations déjà expérimentées : la conduite automobile. dans les institutions totales qui ne prennent pas en compte les sujets. le plus souvent. car cette activité n’habite pas une forme. Pas de côté. Je dois y introduire une variable nouvelle : celle de l’individuel. les participants au dispositif ont toujours tendance à transduquer. de la fuite de la présence . les spécificités qui déterminent le moment ne sont pas réunies. La transduction est une activité positive. la conversation. Est-ce un non-moment ? C’est un vécu spécifique. la présence de tous est requise . il ne s’agit pas d’un moment. Le moment pédagogique ne peut surgir que lorsque les élèves et le professeur sont mobilisés collectivement. du Dictionnaire de théologie catholique ème publié en 1933. lors de ma lecture de l’article Péché. Je suis le premier recalé. Je n’ai pas envie de m’installer dans la posture du congé sabbatique. ou devenir des moments ? Dans ce type de vécu. dans une même conscience qu’il se passe une rencontre pédagogique. pour l'obtention d'un congé sabbatique. créatrice et inventive. la transduction n’est pas captée. la transduction s’inscrit donc dans le non-moment. Les moments peuvent être individuels : le moment de l’écriture. dans l’exemple donné. il y a plutôt une modalité de l’absence. nouveau pour le sujet . qu’il n’avait pas écouté depuis longtemps. elle n’a pas de statut : elle se caractérise comme non-moment. on laisse l’esprit à la dérive. Peut-on alors parler de moment. concernant le rapport à la cigarette.. au refoulement.

ce non-lieu est une opportunité d’entrer dans un moment choisi. car il n’y a pas de question. le Sida. Ce mémoire a écarté tout ce qui avait été produit par Abdel en 2002-2003. avec Lucette qui trouve ce texte non construit. assez facilement sur lui. la commission ne s’est pas trompée : mais il a fallu 4 heures 30. Lapassade prend au sérieux les informations sur la maladie. moins on est doué. dominé par les rallentis. Le surdoué s’organise des vies parallèles : il pense. il faudrait revoir les entretiens de Lapassade avec Abdel : en 1983. Le surdoué se passionne pour des choses différentes : savant dans des domaines très éloignés. donc difficiles à suivre . pour cela. par exemple. Suivant son mouvement transductif personnel. au hasard. et j’ai également fait des entretiens avec lui (en compagnie de Gaby Weigand). au moment de prendre la décision… Il faut penser la situation de surdoué . Mon enquête sur Georges a suivi une autre procédure : j’ai tapé. La maladie d’Hubert : moment ou non-moment ? La maladie. on relit les choses : on évalue. Georges a été content de notre investissement dans cette lecture. la dissociation ne peut rien organiser. par rapport au travail routinier : en tant que créateur de moment. par rapport aux autres moments. en fonction de leur incapacité à suivre son mouvement intellectuel . pour arriver à une décision. L’Autobiographe. il établit des liens entre ces mondes. Selon elle. selon elle. Ainsi. à 16 personnes. est-elle un moment ? Pas toujours . Il domine pas l’œuvre de Georges : peut-on dialoguer avec quelqu’un qui a passé sa vie à écrire. dont on connaissait déjà la nature. notamment). Lapassade est décidé à vivre coûte que coûte . parce qu’elles viennent combler des trous dans sa biographie. J’ai pu parler du mémoire d’Abdel avec G. celui qui sera élu est dans les 5 . car elle est un principe de désorganisation. sans idée préalable. mais très centrés. l’écriture. Nous commentons le travail d’Abdel. très organisés autour de la question de l’éducation nouvelle. comme modèle d’organisation de l’histoire de vie : Lucette trouve ce choix absurde. comme il avait renoncé à fumer précédemment . la transduction est pauvre. lorsqu’on a fait le choix de passer à côté de son œuvre ? Malgré tout. Georges fait le choix de briser le cadre du moment pédagogique : ses étudiants le suivent d'abord. lorsqu’on ne suit pas tous les méandres du cheminement du groupe. Abdel n’a lu qu’un seul livre de Georges. Sur la maladie. le risque est de se retrouver à la marge. j’ai l’impression que le seul moment intéressant de cette longue matinée a été la pause. ou dans les autres institutions où le travail institutionnel fonctionne sur le mode de la lenteur. vécus dans sa proximité. nous relisons maintenant des dossiers déjà lus : on reprend tout . pas de perspective. plus on travaille dans une transversalité limitée. Danielle Lemeunier m’a dit que le portrait 157 . que ne perçoivent pas les moins doués. et fait taper des textes de Georges (plusieurs centaines de pages). Le surdoué ? Il comprend plus vite que les autres : il s’ennuie à l’école. en particulier. Lapassade : Lucette a dit son mot . Le monde de la science est aussi un monde lent.côté. à autre chose. Pas de côté. contrairement à Guy Hocquengem. dans notre commission. il décide de renoncer à la sexualité. où le surdoué s’ennuie. cinq heures plus tôt… Travail de l’institution ! Pour ma part. comme fondement de son dispositif pédagogique (situation décrite dans le DEA). Il a tendance à juger les autres. Lucette trouve de bonnes remarques sur le contexte d’écriture de certains livres (Le Bordel Andalou. les propos de Georges ont de l’intérêt : plusieurs questions abordées sont riches d’informations. ce peut être un état parasite. G. dans la lenteur . lui aussi vit souvent avec intensité la transduction : ses associations sont rapides et elliptiques. G. pas de problématique : on associe. il se replie donc. Le mémoire d’Abdel se centre sur la dissociation. construite au fil des trente ans. Pour Lucette et moi. 13 heures : 5 candidats sont retenus . et puis finissent par abandonner. ou Michel Foucault.

comme un anniversaire . Christine Delory-Momberger. l’événement se rapproche davantage de l’instant que du moment. Jean-Louis Le Grand. D'autres professeurs faisaient partie du public. Abdelaziz (Rabat). Sergio Borba (Macéio. occasion pour lui de découvrir la personnalité de Georges Lapassade. fut superbe : les 35 bouteilles de champagne disparurent bien vite. Il suit son discours intérieur. Mon résumé ne rentre pas dans les détails : de quoi a-t-on parlé ? qui étaient les gens. écrits contre Georges Lapassade . Brésil). René Schérer et Jean-Yves Rochex aussi : ils m’ont envoyé des mails pour me remercier.de Georges lui plaisait. Roger Tebib va me faire des photocopies de textes. il faut nommer Abdelwahed (le fils de Dieu. a apprécié : elle se demandait quel peintre de nos amis avait fait cette toile ! Georges Lapassade a voulu construire ses 80 ans. puis nous nous sommes mis au tango. -C’est un taureau ! Benyounès : -C’est un praticien de l’analyse interne. je demande à Roger sa date de naissance . sans parvenir à le brancher sur le moment du groupe. fait pour lui . J’ai offert le tableau de Georges. au séminaire : je suis d'abord passé au Service des thèses. par son intensité. Denis Gautherie a chanté des chansons corses (accompagné d’un accordéon). Le non-moment historique se distingue-t-il du non-moment anthropologique ? Existe-il une qualification du non-moment ? Mardi 11 mai 2004. qui a vocation de devenir un DEA. offert par l’UFR. a parlé du rapport de Georges au Living Theater. pour l’organisation de la soutenance de Mohammed Daoud . Jean-Yves Rochex. aussi. le président de l’Université a prononcé son discours. donnèrent lieu à une pré-soutenance d'un texte. le serviteur de l’Unité) Mabrouki . sans que l’on puisse vraiment savoir qu’il va avoir lieu : comment une fête improvisée. qui pose continuellement la question : "qu’estce que je fais là ?" Ma fille Charlotte était contente de sa soirée. Colin. L’après-midi d’hier ? Les 80 ans de Georges. Le jury de soutenance était composé de 16 professeurs d’Université : Barbier. J’arrive en retard. directrice de l’Enseignement supérieur). il y a la mise en place de l’événement . Patrice commente la journée d’hier : il raconte ce qu’il aurait voulu dire. 10 jours auparavant. le fils de l’Unité. Roger Tebib. 158 . il a insisté pour qu’une fête ait lieu ce jour-là : notion du moment historique. puis 1945. j’avais oublié qu’il fallait maintenant une disquette. Stéphanette Vendeville. à partir de ses entretiens avec Georges Lapassade. il ne la connaît pas : il répond 1941. peuvent-ils être définis comme un nonmoment ? Ce fut un événement : j’en suis encore soufflé . Yvan Ducos : -Avec Georges. Puis. les 170 pages. peut-elle rassembler 300 personnes ? Dans l’événement. Pascal Dibie (Paris 7). un groupe des musiciens Gnaouas a joué quelques morceaux . ce fut la fête. Boumard. il n’y a pas de répit. Un événement survient. mais à la fin de la soirée il y avait encore du vin blanc et du Perrier. René Schérer. Hélène Bézille. La date de mon anniversaire est un non-moment historique. Patrice Ville. qui se sont déplacés ? Des retraités du personnel sont venus. Francine Demichel (ancienne présidente de l’Université. Le buffet. Vers 17 heures. la directrice de l’UFR Arts. Hess. Ainsi. parmi ceux qui ont travaillé à la construction du dispositif. 15 heures.

Hier à midi. mais la tête vide : je connais déjà ce mémoire . peinture. À midi. Je voudrais fuir. Hier. je me suis réveillé à 4 heures 30. qui se lance dans un récit biographique.Pour moi. Je vis au jour le jour. Je n’ai pas obtenu mon congé sabbatique. comme hier. Parmi les destinataires de lettres à écrire : Cécile et Bernadette. très remplie. ne me permet pas d'investir aucun moment important. mais de faire une élaboration du concept d’événement. paraît-il. Idée de me construire une situation d’entre-deux : être en sabbatique. Ma vie. multiplient les aventures parallèles . le fil de mon écriture n’est pas de raconter. multiplicité de relations sexuelles. écriture. ma sœur Odile aura son anniversaire dimanche 16 mai. 15 heures : soutenance de maîtrise de Mondher Bouchaoua (L’évaluation scolaire dans les écoles primaires tunisiennes). La perspective de nouveaux moments suppose une phase de déconstruction. Je suis directeur du mémoire. s’était interrogée sur moi. me contraint à penser mon futur. Cette impression vient de ne pouvoir me consacrer à ce que je voudrais faire : écrire à Hubert de Luze. comme non-moment. bien que fidèles à une épouse. lors de son inspection à Paris 8. qui traverse une crise personnelle de désimplication : elle ne travaille plus depuis un an. à Paris pour un mois encore. Je propose à Martine de diriger notre option du Master : il semblait évident au groupe. mais ils seront à Reims. mes cousines. Lucette a répondu aux inspecteurs : "C’est sa spécialité ! Si je comprends bien. alors que je ne me suis pas endormi avant minuit trente. je ne suis parvenu qu'à répondre à une lettre à Georges Snyders du 29 mars. au Conseil d’UFR (perceuses dans le couloir). il n’y a pas à être sur-impliqué : Il n’y aucune raison de faire plus que les autres ! Jeudi 13 mai. ce fut en succession : il oppose son rapport aux femmes à celui de X et Y. que ce serait moi le responsable. à Saint Denis. René n’a jamais aimé deux femmes en même temps . sans sabbatique. Je contacte Hélène et Yves. La présence de Sergio. Ce midi. On accepte mes arguments. porté par le quotidien. Je ne parviens pas à faire ces courriers ? De passage à Paris. Nouvelle mauvaise nuit. le thème : nos amours. dirigeant un excès de thèses. où je cherche à me désimpliquer. repas avec René Barbier : le thème de notre conversation d'hier était l’enfance de René. me voilà donc “libéré” de cette responsabilité : je suis dans une phase. mais 159 . dans la réunion du laboratoire LAMCEEP. faire autre chose. ainsi que sur Jean-Marie Vincent et Pierre-Philippe Rey : nous sommes trois professeurs. je n’apprends donc rien. Mercredi 12 mai. mais je suis trop fatigué pour cela : l'écriture de mon journal est ma seule possibilité de fuite. une phase de latence dans le non-moment. Cela signifie ne plus assurer de cours ! Lucette m’a appris que la Cour des comptes. Sergio est dans le jury : ce dispositif est un non-moment. aujourd’hui. Prendre du champ me permettrait de me ré-investir dans d’autres projets : apprentissage des langues. s’il a été polygame. chez X. qui. j’ai longuement discuté avec Audrey. je me suis endormi à 4 h 30 . impression de ne rien faire : hier. Je suis là.

D’une certaine façon. -La vie ne tient qu’à un fil. La question me surprend .grande maintenance de son mariage . désir errant qui inscrit ou non. une nuit. pour ne pas affaiblir Lu. À chaque espace. une relation très forte depuis si longtemps. au mieux. dans ce stage . nécessaire. Je l’ai lu. sa survenance dans ma chambre. le séminaire de Patrice. mon identité et mes dissociations. Mardi 18 mai. Lorsqu’on arrive avec Patrice. veut que je retrouve un texte qu’il m’a donné. Retour à Paris : elle est enceinte . d'où ma surprise qu’aujourd’hui. La date des 5 ans correspond à un mandat de l'institution. René. le refus de Lu de me suivre. mes problèmes avec Paris. René me parle de cela. 283 Ici. et quelques étudiants. je réfléchis. ces grandes petites aventures ont été liées à un désir de stimulation intellectuelle. a toujours unifié son moi. le non-moment. Comment m’inscrire par rapport à lui ? On est dans le non-moment. peut-être ? Il faudrait y réfléchir . de fait. dans son entreprise de travail institutionnel : je vis une sorte de fidélité naturelle qui s’oppose. j’ai conservé. un stage et Alex. le non-sens. c'est incompréhensible. décision de ne plus être transgressif. -Mes amours n’ont pas toujours été sexuels. Je repense au contexte de 1993-94 : mon exil à Reims. me dit René. avec Laurence Valentin. Ces réflexions me conduisent à proposer l'idée que ma relation à Lu. autour d’un amour : après la mort d’Agnès. déjà Christoph Wulf parle : à midi. non partagé ni par Brigitte ou ni par Lucette. correspond une relation : ce découpage géographique questionne la théorie des moments. je définis la transversalité comme l'harmonique des moments (relecture du 24 janvier 2006). alors qu’une relation contingente s’inscrit. mais sans trop m’y investir : écoute flottante. une rencontre dans l’aventure d’un moment. ce matin. S depuis 5 ans. Son texte est le symptôme de ce qu’est devenu le DEA. dans un moment nonpartagé avec mon épouse. La plupart de mes relations extra-conjugales se sont inscrites. En ai-je eu dans le non-moment. et ce projet de DEA qui n’a aucun sens. -Oui. à la fois branchée sur la théorie et sur la pratique. 160 . Lu me trouve un poste à Paris 8 : crise aiguë. j’ai entendu Lu parler hier soir des amours d’A et B. dans un moment. ou plutôt. lui. qui pourraient être de lui : je les lis . pour comprendre les conflits de génération. La pratique sportive fut un moment fort de ma vie. une relation sexuelle n’est pas sortie de certains de mes grandes amours transgressives. je retrouve huit pages dactylographiées. de sa recherche sur l’évaluation. Pendant que j'écris. qui organise la transgression dans deux (ou plusieurs) lieux. -As-tu aimé la mère de ton fils ? me demande René. K. Il existe un fossé entre ce que me rend Laurence. Idem chez Y. Je n’ai jamais parlé de ce sujet. Lucette est entière : j’entretiens avec elle. avec personne. elle veut garder l’enfant . s’inscrit au niveau de ma transversalité 283 . Depuis 5 ans. ma solitude là-bas. on a parlé de son mémoire : très bon. et l’amour aussi ! Cet écriture impliquée ne m’empêche pas de suivre ce que dit Mondher. à un âge où je retrouvais le désir de reprendre le sport : mes transgressions conjugales s’inscrivent donc dans un moment. Mondher continue à très bien parler. En remuant des papiers. D'où une aventure assez forte avec une sportive. Marseille . à une fidélité s’accommodant bien d’une posture transgressive. en 1973 . lui aussi. Que dire ? Il dit lire Karl Marx. Je ne vois plus ce que je peux apporter à ce type de personne : c’est le chaos. Un étudiant comorien qui travaille sur les conflits parents enfants. mais toujours. et plus près de moi à Maja : une femme m’aide à entrer dans un nouveau moment. Je repense à F.

Hubert était mon co-auteur du Moment de la création. Mardi 25 mai. Lundi 24 mai. : l’énergie d'un évènement vient du frottement des moments. avec derrière une question : "pourquoi les Anglo-Saxons n’ont-ils pas ce concept. Mon livre sur René Lourau est à l’eau ! J’ai mal dormi cette nuit. du pouvoir surgit. j’ai reformulé la question. Mort d’Hubert de Luze. Un mot. L’amitié est un bon sujet. mais négocié entre plusieurs cultures. Aziz. et lui préfèrent-ils le performatif. Suite à l'écriture de ce journal. Lapassade a apporté une énergie. Je n’ai pas le temps de développer. notion qui n’a aucun sens pour nous ?". auxquels s’ajoutaient 3 heures de danse à la pratique de Charlotte. qui voulaient imposer le bal. les danseurs de tango. Benyounès. Lapassade lance l’idée d’un numéro des IrrAIductibles sur ce thème : il lance ses troupes sur la question ! Une dynamique se crée. Lapassade. P. le soir du samedi 22 mai. du jour au lendemain. Christoph dit qu’il travaille actuellement sur l’amitié. Comment parler d’Hubert ? Je ne connaîs pas sa biographie : j’ignore sa date de naissance. la musique et la danse. et Christiane Gilon s’investissent sur cette question : on se retrouve à 25 à travailler la question. Ville. Isabelle Nicolas. durant 4 heures et demie. Pourtant. disqualifie les moments . que j’ai donnée comme thème. le Maroc. une énergie gigantesque. sans être dérangé : Christoph parle de la diversité culturelle. mais pour moi. nous. la recherche intellectuelle. dans le cadre de son groupe de recherche sur l’anthropologie historique (100 personnes titulaires d’un diplôme équivalent au DEA). retrouvée dans la réunion du 10 mai. l’AI. Rien. où 300 personnes sont venus le célébrer. avec les professeurs associés. et que je relis. c’est un non-moment. Tebib. pour faire un voyage à Essaouira et nous. la déstructuration psychologique : on ne peut que mesurer l'importance des personnes présentes absentes qui constituent notre transversalité. Léonore. l’Université. journée passionnante autour de la question du dispositif : j’ai développé cette problématique dans mon journal de New York. Hier. et G. Natalia qui travaille sur Makarenko. qui voulaient faire une quête pour récolter de l’argent. G. qui traversent Georges : sa famille. pour une réflexion collective. Je suis écrasé. reçu ce matin. on se trouve dans le non-moment. D’une cette rivalité pour la conquête de la parole. G.Dans le séminaire : Sergio Borba. Celle-ci était heureuse que je sois venu avec Sergio ! La mort d’un ami. le Japonais. j’avais 4 jours de chantier jardin dans les jambes. etc. 161 . Il y eut une tension entre les musiciens Gnaouas. une force se dégage des conflits. Mercredi 19 mai. C’est un temps où je puis venir écrire mon journal. audition des candidats au poste de maître de conférences (sociologie de l’éducation). Le séminaire : j’y viens volontiers. Ses 80 ans ont été un dispositif improvisé : un rituel ? Oui.

Ce dernier a-t-il connu Hubert ? oui. Hubert aimait le Saumur Champigny. en moment passé. produit le chaos. Il me propose de dîner mercredi. la stimulation de la mémoire. le moment. je constitue un passé. S. il détruit non seulement le jeu comme moment. à côté de chez lui… 1 juin 2004. Mauvaise nuit encore aujourd’hui . Le passage du virtuel à l’accompli est un changement de statut du moment : d’anthropologique. je n’intègre pas ce décès . Ainsi le jeu. la non-présence d’Hubert. au 127. j’avais pris quelque chose dans l’œil. Il était mon éditeur. la vie en banlieue se rapproche souvent de la chronicité. comme moi. des jeunes déviant(e)s. de ce présent déjà passé. rue Marcadet. 162 . lorsqu’un joueur s’investit tant dans le jeu qu’il en vient à jouer son patrimoine. nous avons partagé des repas ensemble. et que l’on ne fera jamais plus. Avec qui parler maintenant ? Georges Lapassade vit cette disparition. Je devais lui expliquer l’émergence de ma thèse et le contexte de la discussion. Hubert est mort. Nous avons une photo du groupe : un collectif se forme donc. Le manque définitif de cette présence se fait sentir. lors d'un déjeuner au Restaurant qu’il aimait. mais l’ensemble de ses autres moments (famille. j'ai posé l'hypothèse que le chronique n’a pas de moments. le jaloux détruit celui ou celle qu’il aime. difficile. voire attendue. car même lorsqu’il n’était pas là. avec ses possibles La mort de l’ami entraîne une liquidation du virtuel. forme du non-moment. son absence était une sorte de structuration de mon rapport au projet. Ainsi. élevé à l’absolu que critique Henri Lefebvre. On souffre de l’inachèvement : on souffre de tout ce que l’on aurait pu faire ensemble. je pleurais énormément : Hubert m’avait conduit à l’hôpital. le moment prend une dimension historique : je parle désormais de mon ami sur le mode du passé : ainsi. avec Sergio Borba. Le chronique n’est que dans un fragment. H. du possible que portait en lui ce moment. Séminaire de Patrice Ville. celui qui mettait de la distance par rapport à l’objet. le moment qui s’érige en absolu tend vers l’autodestruction. question de l’identité : pour ces jeunes. à côté de la rue Saint Merry : c’était un repas un peu lourd. travail…) qui sombrent dans le chaos.J'écoute attentivement les candidats qui sont excellents : ils parlent de choses concrètes. il se trouve dans le moment. Hubert de Luze était un interlocuteur. l'amitié. avec Gérard Althabe. qui se constitue comme Bildung autonome . L’épreuve de la mort d’un proche. Comment devient-on crapuleux ? Comment sorton de ce statut ? question de l’appartenance de groupe. Lefebvre donne aussi l’exemple de l’amoureux fou : l’amour élevé en absolu se détruit . Antérieurement. Un moment se disloque : l’ensemble de ma personnalité est secouée. et se détruit lui-même. dans La Somme et le Reste : pour Lefebvre. nécessaire. lorsqu’il tend vers l’absolu. mais la mort de l’ami a pour effet de transformer ce moment de l’amitié vivante. comment en sortir ? Errance : l’amitié est un moment fort. qui ont un rapport avec ma réflexion. Le manque de cette absence se fera sentir. une sorte de directeur de collection. Champagne en apéritif. est une situation qui survient inopinément. Il y avait un moment anthropologique. moi : pas trop ! Souvenir ! Le souvenir. qui m’aidait à penser mon livre sur René Lourau. pour une cérémonie de travail du deuil. On parle des banlieues. Lucette semble un peu loin de cela : elle n'a rencontré personnellement Hubert qu'assez tard. parle des crapuleux (ses ?). dépassé. qu’il est dans le non-moment. est-ce du moment ou du non-moment ? j'associe : un jour. avec une excellente cuisine gasconne. même lorsqu’elle est annoncée.

Je me suis lavé les cheveux ce matin avant d’aller conduire Sergio à l’aéroport. Fin du séminaire. m’a dit Nelly. Sergio ne m’a pas dit que son avion partait d’Orly. Il était en forme. Jeudi 10 juin 2004. parle comme un génie : pour en finir avec la recherche.On me demande de faire le compte-rendu de la réunion historique des IrrAIductibles de vendredi dernier : cette réunion vit surgir le numéro 5. il fait l'éloge de la trouvaille. La présence de Sergio m’a bien aidé dans ma vie professionnelle. Nous avons déjeuné ensemble. : je suis fier de mon école. Excellente séance du séminaire : je suis trop sur un nuage. Opapé. J’ouvre mon journal parce que j’ai conscience d’être dans un nom moment (lapsus). Du coup. : j’ai déjà écrit un texte là-dessus. Kareen et Aziz. aussi. 14 heures 30 Au séminaire de Lucette. Jacques Demorgon parle de l'interculturel. mais aussi le moment du nom. de retrouver le Brésil. je retrouve Jacques Demorgon et Nelly Carpentier. je suis monté jusqu’à Saint-Denis. Laurence Valentin. Picasso : On a besoin de beaucoup de temps pour devenir jeune ! Pourquoi exclut-on les vieux ? Hubert de Luze avait une épouse de 20 ans de plus que lui. Non ou Mon Moment. Moses. des demandes par rapport à Jacques : -D’où vient votre intérêt pour l’interculturel ? dit une jeune femme. Isabelle. qui ont fait des choses importantes et Opapé. malgré l’heure qui pressait. 5 personnes sont restées dans la salle : Sergio est là. évocation du nom Hess : Nom ! Les Cahiers de l’implication m’avaient refusé un article sur ce thème. Guy Berger était sur le trottoir. Boumarta. 16 h 40. j’avais faim. heureux de quitter la France (?). dans une réunion à la fac en 1992. Tour de parole. né en 1929. je me souviens de cette intervention ! Le numéro 5 des IrrAIductibles est le produit d'une coopération entre Benyounès. Kareen. Antoine a dit : -Monsieur Lapassade. Rudolf. Le moment du non. Cette incompréhension interculturelle serait intéressante à analyser. Les deux probablement. avec les valises de Sergio. Rouler dans les embouteillages des heures durant peut rendre fou : ce ne fut pas mon cas ce matin . même si sa présence constante a aussi représenté une pesanteur. vous êtes retraité. Vous fermez votre gueule ! -Ah. -Tu es un vrai jeune homme. après un séjour de deux mois à Paris. Kareen me rend son mémoire (167 pages). etc. au Chinois : malgré la chaleur (30°C). Samuel Hess me parlait samedi du moment du nom Hess. je restais calme. etc. pour prendre des notes. avant le numéro 4 ! A 50 ans. Je ne puis dire. Pour l’anniversaire de Bernadette. lorsque j’ai pris conscience du quiproquo. Sergio me parlait : il allait reprendre l’avion. avant le début de son exposé . 163 . Yvan. dit Patrice. chez les étudiants. aussi. Un jour que Georges prenait la parole.

au programme : lire tout de Luze 284 . J’ai lu son mémoire : ce texte que je lui ai fait parvenir va l’aider à bouger. itinéraire d’une réflexion. Désir d’écouter la musique d’Hubert. Il faut revitaliser le LAI. nécessité. Au repas de midi : décision de fonder La Revue interculturelle . de mettre un CD dans la voiture. Regard sur une morale ondulatoire. Moi. Jacques Demorgon est parvenu à faire une œuvre assez unifiée. invite à repenser l’auto-production du courant de l’analyse institutionnelle. Devoir de fidélité rétrospective. de Korczak. 284 164 . annonçant la dissolution de ce bulletin. A Sainte-Gemme. à qui offrir les 10 CD légués par Hubert ? Qui peut apprécier cette musique ? Je ne veux pas que ces CD se perdent. Hubert mérite d’ouvrir notre nouvelle revue Attraction Passionnelle. recenser celles qui me manquent. Repas sympa.Laurence m’a demandé de lui envoyer la maîtrise sur la traduction des Moments pédagogiques. Lobrot. Mon article doit devenir un squelette de dossier. soient oubliés : il faut au contraire faire que ces morceaux soient entendus. vers 1993. R. les choses bougent. Je me sens mieux : je vois clair dans ce que j’ai à faire. J’ai envie d’écrire . regrouper ses œuvres. On maintient les deux revues. esquisse panoramique d’une grande aventure intellectuelle à l’usage de ceux qui n’en ont qu’une idée vague. de l’écouter durant mes voyages . il a été fondé par G. il me faut le compléter. La direction m’en fut confiée dès sa création . Lucette et moi. Patrice Ville est d’accord pour en assurer la direction. il y a la création du LRAI (Laboratoire de Recherche en analyse institutionnelle). Lourau et Jacques Ardoino. j’étais avec Renaud Fabre. Photos. Lucette avait tout préparé. Le deuil d’Hubert m’a beaucoup touché. Implication Transductions. Jacques a lu au plus près le livre de René Lourau. lorsqu’il est parti en retraite ! Il parle de transduction : j’aurais dû prendre des notes. Ce que raconte Jacques sur l’autoorganisation des sociétés. Tombeau pour Henriette : événement ! pour moi. et ces pièces rejouées par d’autres orchestres ! Plaisir de la lecture. au moment de la préparation du repas. Oeuvres de sciences humaines d’Hubert de Luze : -aux Éditions Loris Talmart : 8 760 heures. l’enrichir. Cela signifiait-il la disparition du LAI ? Rien n’est moins sûr. Quelle est l’histoire du LAI (Laboratoire d'analyse institutionnelle) ? Né en 1976. Sergio Borba. et la fusion avec Les IrrAIductibles. Jacques Demorgon juge cela important . Seconde hypothèse. Lucette ne pourrait-elle pas prendre la direction de cette revue ? Parallèlement à ces chantiers. Ethnométhodologie. journal d’une année quelconque La science de l’homme. enquête chez les sauvages du IVe arrondissement et plus particulièrement de l’île du Marais. Première hypothèse. Il faudrait ressortir ses numéros 32-33. Il me faudrait parler du dîner d’hier soir avec Jacques Ardoino. si ! Lucette s’était levée à 5 heures pour éplucher ce livre : elle rêve de créer une collection Tombeaux. l’ancien président de l’Université. dans un premier temps de reprendre mon article sur Hubert de Luze . nécessité de garder présent à l’esprit la fondation de notre revue Attraction passionnelle. Ce laboratoire avait une publication : Le Bulletin du Laboratoire d’analyse institutionnelle. morale et grammaires génératives des mœurs. Je fais circuler Tombeau pour Henriette de Luze (1908-2002) : Berger n’est pas admiratif. Guy Berger. Je me suis trouvé complètement abattu entre le 22 mai et le 8 juin. Lapassade. M. Depuis mardi.

puis un voyage à Lille. 16 h 10.Le second livre à terminer est La relation pédagogique. Je vais essayer d’avoir confirmation de cette information. je vais entrer dans une période de production intellectuelle. “ Anthropologie ”. coll. coll. les ouvrages qui impliquent d’autres personnes : . dans le métro vers Gare du Nord. et si c’est oui.Moment du journal et journal des moments (livre théorique sur la pratique du journal). “ Ethnosociologie poche ”. On recrute Luc Bruliard comme chargé de cours. Cette journée s’inscrit encore dans le non-moment. La journée va être longue : nous avons à recruter des ATER . 2001. Lucette me suggère de prendre ce congé sabbatique au second semestre. 358 pages. Tous ces chantiers devraient déboucher pour la rentrée. je n’ai jamais grand chose à faire dans le jardin. (avec Remi Hess). Parmi les urgences. me semble prioritaire. édition du Journal d’analyse institutionnelle. car en cette période.Le Petit Traité de l’AI (avec Lapassade et Ville) . -aux Éditions Anthropos : L’ethnométhodologie. Jeudi 11 juin. Parallèlement à ce chantier.Vendredi 11 juin 2004. échanges de lettres 1999-2000. 165 . L’ordre des choses : . 8 heures 45. Mon programme éditorial. Là encore. Je vais beaucoup m’ennuyer. Je sors de la réunion des IrrAIductibles. Tombeau pour Henriette. Recrutement d’ATER. L’idéal serait de rendre ces livres avant le 14 juillet. Il est spécialiste de la pédagogie Freinet. il y a vraiment du travail à faire. la pédagogie institutionnelle et la socianalyse institutionnelle). Réunion de la commission de spécialistes. et de tous les autres journaux écrits depuis 2000. Le livre sur La relation pédagogique intéresse le Brésil. Dès que j’aurai terminé ce travail. essai. Le moment de la création. Ce chantier est l’un qui me passionne le plus. Ces deux livres sont pour Anthropos. mais je me demande si je ne devrais pas plutôt profiter de l’hiver pour partir dans l’hémisphère sud. puis la réunion des IrrAIductibles. A prévoir pour la fin des vacances : Livre sur René Lourau (à rendre à Loris Talmart).La théorie des moments . où je dois faire une conférence sur le tango. Il faudrait que je fasse connaissance avec lui. je me lance dans la production de livres réflexifs sur l’AI : . ensuite j’aurai un peu de temps. au Journal des moments. J’ai pu raconter les derniers événements : Le certain et le précaire.Manuel d’AI (je voudrais reprendre 3 moments : la psychothérapie institutionnelle. Une fois avancé ce chantier. mais Lucette m'annoncé que j’aurais obtenu mon congé sabbatique pour l’an prochain. je passerai à La théorie des moments. .L’observation participante en coopération avec Gaby.

du service du personnel. des institutionnalistes : ils sont irrécupérables pour nous. disent des gens comme Jean-Louis Le Grand. Je suis maintenant quasi sûr de l’avoir. Mais Chantal Hochet. étant exclu du LES. Je veux me casser au mois d’octobre. je vais écrire 4 heures tous les matins : il faut rendre des textes tout azimut. Quoiqu’on dise. Dès demain. issus de l’AI de Limoges : Vincent Enrico et Patricia Aloux-Bessaoud. Il faut foncer ! Benyounès a rappelé que nous avions aussi le projet d’une revue intitulée Autogestion pédagogique qui avait comme projet de travailler sur l’histoire de l’éducation nouvelle. Parmi ces 4. j’ai rendu compte de l’intervention de Jacques Demorgon et de Nelly Carpentier. des chocs divers se succèdent et provoquent un changement dans le dispositif. L’an prochain. j’ai informé le groupe des IrrAIductibles de l’élection de 4 nouveaux ATER ce matin. se trouve en errance. Jacques nous a dit que la création d'une Revue interculturelle était une opportunité à ne pas laisser passer : c’est un créneau entièrement neuf . à des gens comme cela. qui proposait à Patrice de prendre l’atelier le premier semestre et à moi d’assumer le séminaire au second. moi au premier. Je feuillette ce nouveau carnet commencé en mai. Laurence Valentin et les autres. Kareen Illiade. dans la dynamique. Je vais les numéroter… 166 . Au cours de la réunion des IrrAIductibles. Réponse en septembre. Dans le train (TGV) vers Lille. Mais ils veulent attendre la réponse du Ministère. Par ailleurs. sans oublier Attraction passionnelle. Je ne veux pas inscrire de gens en DEA. Notre secrétaire de rédaction a donc réussi quelque chose d’important. évidemment. hier dans le séminaire de Lucette. a téléphoné à Danielle cette information. solution à mettre en place : je n’ai encore reçu aucune information officielle concernant mon congé. Patrice Ville. D’autre part. plutôt que de travailler avec des plus âgés comme Patrice Ville. Mon congé sabbatique. il faudrait s’y mettre. Le reprenonsnous dans notre équipe ? Oui. Comment organiser l’année prochaine. Elle vient d’apprendre qu’elle a eu la place de seconde (sur 1300 candidats). ils se confronteront à Benyounès. Il est certain que Gilles Monceau préfère enseigner l’AI. Les réunions se succèdent et. J’ai vu Elisabeth Bautier ce matin. mais ils créent une autre dynamique . excepté les gens proches de mes recherches. Lucette veut prendre son congé au second semestre.- Le succès de Véronique Dupont au concours de recrutement administratif (catégorie B). Là encore. (suite de la réunion de tout à l’heure). 16 h 30. mais Benyounès les connaît : ce sont les petits soldats de Gilles Monceau. Il a déjà pas mal de pages. un jour. d’une certaine manière. Je ne les connais pas. je pense tout de même que ces gens-là sont. il faudrait avoir continûment un dossier déposé au service “reprographie” : quelque soit l’étiquette de la revue. Georges était ému d’apprendre que j’avais un congé sabbatique. à notre demande d'habilitation pour prendre une décision. Cette période de l’année est du non-lieu. et que j’en étais content : ce nouveau contexte repousse au second semestre le chantier que nous avions décidé de conduire à bien en octobre : le cours commun sur l’AI. Augustin Mutuale. personne ne s’est encore engagé dedans. 2 pour le LES. Il faudrait tenir Gaby au courant de tous ces projets. ils travailleraient pour nous : les 4 revues sont à faire avancer en parallèle.

Samedi matin.C’est fait. Je suis déstructuré par la mort de Gérard. veille de l’incinération de notre ami Hubert . C’est certain. très heureux ! Ce que je trouve génial chez elle est qu’elle a réussi cette performance. Georges me demanda de l’emmener à l’enterrement. je n’étais pas en train : j’avais les jambes lourdes. Elle réussira tous les concours qu’elle passera. 10 heures. je cherchais un prétexte pour retarder mon départ. le soir. et tellement émus !. et je pensais à Patrice qui participait au dernier dîner où était venu de Luze en 2003. de Hubert de Luze. elle est une surdouée. ne cherchant pas à être entendu par Georges. J’ai embauché Véro. Gérard avait mesuré ce jour-là. La discussion était passionnante. tendue un peu du fait des positions paradoxales de Georges. Je dis quelques mots des décès de Gérard Althabe. qui. J’avais sorti les photos d’Hubert prises Rue Marcadet . Réunion de notre nouveau laboratoire. Je l’ai initié à la vie universitaire. et j’ai trouvé le message de Monique Salim. On en parlait dans la voiture avec Lucette. il parlait discrètement. parlait fort (il était très sourd ce soir-là). tout en faisant son boulot à la fac. Hélène l’a préparé au concours pour les épreuves juridiques. Je sortais tout doucement de la maladie. Valentin Schaepelink. qui étaient présentes à cette cérémonie : des étudiants. dit-il . Cette transversalisation des activités est fantastique : elle est une illustration de la théorie des moments. ce soir-là. Je ne puis rien dire d’autre. notre ami Brésilien de Maceo. J’ai écouté mes messages téléphoniques. que nous organisons chez nous. Je médite au succès de Véronique Dupont. Enterrement ! Gérard était à l’enterrement de René Lourau. Gérard avait écrit à propos des sorties de Georges : soirée inoubliable ! J’ai téléphoné à Patrice. la présence de René chez les étudiants… 167 . Lundi 14 juin 2004. Puis je me suis mis à écrire un texte pour annoncer aux IrrAIductibles la nouvelle de cette mort. Je vais écrire un article sur elle dans le prochain numéro des IrrAIductibles. et à mettre en forme le numéro des IrrAIductibles. Nous nous étions vus le soir du 26 mai. je faisais silence cependant. "Véro va pouvoir tenter un recrutement de catégorie A". étant rentré à une heure du matin de Lille. qui l’a choisi comme secrétaire. Elle est notre secrétaire de rédaction ! Il faut que je remercie aussi Martine Abdallah-Pretceille. mais aussi en passant des week-ends à moto avec Jean-Sébastien. Je lui annonçais la mort de Gérard : -C’est triste. Hier. que celle que nous racontait Lapassade. Tard. Il avait été stupéfait du nombre de personnes. Il y avait aussi Sergio Borba. Je vais raccrocher. sur la cérémonie du lendemain. C’est formidable de pouvoir être l’adjointe d’une vice-présidente du Conseil scientifique. ma nièce. Ce succès de Véronique me rend heureux. C’est formidable ce travail d’équipe. C’est un beau succès qui s’est construit avec méthode. j’ai laissé un message à Georges. Il y avait Charlotte. Lucette me donne la parole. je devais partir très tôt à Sainte-Gemme. Lucette. dans laquelle j’avais sombré après la mort d’Hubert. m’avait-il dit. C’est une perfectionniste. Gérard avait raconté une autre version de l’époque de Vichy. car je n’avais pas envie de changer le climat de ces dîners intellectuels. Georges Lapassade me rappela. beaucoup d’étudiants ! -Aucun collègue de l’Université française n’aura jamais autant d’étudiants le jour de son enterrement. lui. mais. et voilà maintenant le décès de Gérard. très triste. Sur le livre d’or. et ensuite la séance commence. a dit Lucette. Dans son genre. laissé la veille : elle m’annonçait la mort de Gérard. Lucette l’a fait ensuite recruté comme vacataire à Paris 8. qui me reconduisait au métro pour la Gare du Nord.

Les étudiants. Ils avaient eu une amitié très forte. deux ou trois anciens du Mouvement de l’AI. Ce que je trouve génial. après la mort de René. Position de classe. j’ai eu ce conflit en tant qu’élève. Pendant que j’écris. son adolescence. me porter pour aller vers le haut . Il raconte un vécu dans lequel je me suis retrouvé. Ça. En terminale. Cette lutte que Gérard n’ignorait pas totalement.Il faut dire qu’au moment de la mort de René. La position de classe de ses parents lui faisait honte. Oui. les mêmes problèmes. dans leur très grande majorité. et parmi eux. origine de classe. Je vais donner un exemplaire à Danièle Lemeunier. Leur amour fut une sorte de dépassement du problème. que je le prendrai pour partir à Boulogne. car il souffrait de l’évocation de ses années d’enfance à Gelos. il rencontra Josette. fut pour lui une douleur. L’entendre parler de son enfance. mais. aspirations de classe était une dialectique qui traversa toute sa scolarité secondaire. ce qui se passe c’est une co-construction d’expériences. il y avait aussi Patrice Ville. dit Lucette. d’implication. Suspension de séance. mais on peut lui trouver une dimension commune : me faire changer de classe sociale. Dans l’expérience de l’histoire de vie que l’on fait à deux. que me donnait mon statut de biographe de René Lourau : écouter Gérard devait m’instruire sur René. qu’il a vécues. Dan Ferrand Bechmann fait un exposé sur la richesse de l’expérience associative. c’est son effort pour décrire les situations dures. nous nous trouvions dans un mouvement de lutte assez fantastique. Tout le travail biographique est une tentation. Le désir de mes parents était plus complexe que celui des parents de Gérard. issue de la classe bourgeoise. en même temps. Je suis nul. Je pars avec un petit paquet de tracts (textes de 4 pages sur Gérard. j’avais l’impression d’entendre René. Quand il parlait. J’ai écouté Gérard raconter son histoire de vie. de son adolescence avait son origine dans la curiosité. il en mesura les effets ensuite très rapidement. adolescents. La mort de R. lui demandant de prévenir Georges. Ce qu’il dit sur le rapport à l’école qui entraîne chez lui une difficulté de socialisation (rupture programmée par sa famille avec sa classe sociale d’origine). Je dois transmettre son expérience. une tentative de construction de l’expérience. qui avait miné son enfance. -La reconnaissance de l’expérience passe par une auto-reconnaissance du poids de l’expérience. Pierre-Philippe Rey reconnaît dans la personne de Gérard. Survivre à Gérard me donne une responsabilité. et ce refus du malaise. Je me battais à ses côtés . Je m’aperçois que je n’ai pas mobilisé mes troupes. je me suis dit qu’il fallait aller porter mon texte en anthropologie. Frédéric Dages propose d’insister sur la notion de mobilisation… Nous sommes une trentaine. Paulo Freire. plus Gérard me parle. Gérard avait ensuite pris quelques distances. et pour les élaborer comme expérience. René avait eu exactement la même enfance. et Pierre-Philippe avec qui nous avons évoqué Gérard. Ce vécu commun d’un écart important entre origine et position de classe. que j’ai fait tirer par Madame Guichard). En écrivant mon journal. explique en partie l’engagement de l’un et de l’autre dans la construction d’une théorie de l’implication. c’était le départ. J’y ai vu Marianne. Cela rendait René malade. un anti-colonialiste. étant enfants. aux funérailles. Aucun de nos doctorants n’est présent. Mes difficultés scolaires ne venaient pas d’autre chose que du conflit décrit par Gérard. Lourau survenait dans ce contexte de lutte. ceux-ci voulaient le faire sortir de son milieu : ce désir de ses parents de voir leur fils changer de classe sociale. plus j’entends la construction de ma propre expérience. et pour cela 168 . je fais un travail de construction de cette reconnaissance. Le décès de René nous rapprocha : Gérard avait beaucoup aimé René. étaient lancés dans la lutte contre les profs réactionnaires. chez lui. qui découle du fait de refuser cette dissociation. René Barbier intervient pour dire qu’il est en phase avec ce que dit Dan : elle a parlé de Saul Alinsky. Ensuite. de cette auto-reconnaissance de l’expérience. Il aurait été important pour eux d’être là. Moi aussi. plus qu’un “mao”. Des collègues cherchaient à éliminer les étudiants du DEA . Dan a parlé d’engagement. Nous étions proches idéologiquement.

Jean Biarnès parle maintenant. Autre idée. a été téléspectateur du match d’hier. Je fais plusieurs choses à la fois (d’où le fait que je vive mal de devoir écouter les commentaires techniques des coups de pied arrêtés de David Beeckam. Il est historien de l’éducation. On ne s’ennuie pas à jouer à “ cheval-gendarme ”. Michel Authier. Michel Manson travaille avec Christine. je regarde ça en étant ailleurs. hier… Silence… G. est restée jusqu’à la fin du match. et autres excentricités.se sacrifier. co-auteur avec Jean-Marie Brohm de Quelles pratiques corporelles maintenant (Delarge. Retour au colloque de notre groupe de recherche. Comme moi ! Lucette aussi. l’analyse des gestes techniques se fait quasiment instantanément. lorsque l’évaluation du jeu l’implique. car mes petites filles sont. Ed du Rocher. Mais le travail à deux permet un développement de la réflexivité pour l’un et pour l’autre. qu’il partageait l’analyse de Jean-Marie Brohm. Je l’ai appris. Lapassade me téléphone durant la réunion. Si je parviens à prendre la parole. Ecrit sur la conscience phénoménologique de la 285 Cf. Son itinéraire ? Il est professeur de sciences de l’éducation à Paris XIII.1978). Du coup. la co-élaboration de l’expérience enrichit la connaissance des différents acteurs. Il y a de nombreuses dimensions dans une expérience. Il a étudié tout particulièrement l’histoire du jeu et des jeux. Il est un ancien instituteur. lui ai-je dit. De Luze a montré l’ambivalence. Véronique m’a dit que cette expérience devait être dure pour moi. Le foot m’absorbe. de façon très amicale. par mon épouse). Je puis être ailleurs ou être dedans. Je ne peux pas dire que. un sport. qui change de norme en fonction du contexte. sans grande mobilisation. J’aime bien ce qu’il dit. etc. Je regarde cela de loin. -Oui. -Oui. par rapport à la morale. surviendrait un moment décisif du jeu qui ferait basculer la présentation (Husserl. de l’homosexuel. succès de la France contre l’Angleterre. et il a attendu la fin. en ellesmêmes. Michel Manson. 1998. par le canal de Véronique. sur l’élaboration de l’expérience. la coproduction de savoir. permettant la relation adulte-enfant. Le vécu avec Constance et Nolwenn fait oublier le sport. je sois “ mobilisé ” à 100%. par hasard. Mais cette veille peut déclencher une mobilisation psychique totale. Je n’ai pas noté que j’avais vu Monceau ce matin. Mais. quant à lui. René Barbier a dit que le football lui donnait la nausée. de choses et d’autres : résultats des élections européennes. je n’ai plus le même rapport au monde. Je lui ai demandé s’il savait que Gérard Althabe est mort. Yves et leurs deux filles. lorsque je regarde une émission sur le Tour du Dauphiné ou sur le Grand prix de formule 1 du Canada. en pensant à autre chose. car je recevais ma fille Hélène. Il en est de même pour moi. Nous avons parlé. J’ai loupé Croatie-Suisse. René Barbier et Christine Delory Momberger qui doit intervenir maintenant… Christine et René ont bien connu Gérard. 14 heures 45. Je vais le prendre avec Rezki pour le conduire à l’enterrement. J’expérimente une sorte de veille. Pays de connaissance. je proposerai de distinguer savoir et connaissance 285 . Il me capte. mais avec une demande de ne pas être dérangé au cas où. dure !. praticien de la pédagogie institutionnelle. Repas amical au chinois avec Michel Manson. 169 . Il est né en 1946. Pour moi. par rapport au sport. selon que je suis dedans ou dehors.

il devient important de construire. Marc Augé et Monique Sélim. Le Monde. Pour moi. je n’ai pas retrouvé dans ma voiture le plan. aujourd’hui. je m’y mettrai à plein temps. Pas d’étudiant aujourd’hui dans ce service que j’ai dirigé. Selon Maryl. j’ai pris conscience que le temps bien utilisé est la chose la plus précieuse. un mot d’Odile ma sœur : . Aujourd’hui. Cela m’a vraiment touché. J’en veux à Liotard. Je ferais volontiers une sieste. Je n’ai pas les jambes lourdes. Et je commence à comprendre que j’ai manqué de présence à mon œuvre. Quelle vie ! Quelle mort ! Ce matin. Aujourd’hui. avec le fils de Gérard. Je pense à toi. regarder Le Monde de samedi. Je ne le comprenais pas. Le temps perdu dans cette affaire aurait dû être consacré à produire la mémoire collective de notre recherche. échange avec Sarella. et quelques copies du texte photocopié ce matin. fin des moments : le non-moment total. La “ représentation ”. il y a 20 ans ! A midi. la queue. Je vais partir. C’était déjà l’idée de De Luze : "Vous perdez votre temps chez les Verts. hier. En fait. "La conversation rejoint l’expérience individuelle médiatisée par l’autre…". Regarder Le Monde. Je crois qu’il était un proche. Lucette m’a dit que les funérailles ne me permettraient pas d’établir des contacts : aucune décision ne sera prise aujourd’hui. Mais celui-ci n’est que le témoin de ma dissociation. Nous avons bu 2 bouteilles de Muscadet à midi. alors qu'il se passe tellement de choses ! Ce matin. et je tente de rattraper mon retard. Certes. J’ai loupé Georges. Georges a dû s’assoupir quelque part. 16 heures dans le métro. où il n’arrive pas. écrivez !". Il faut que cela sorte en septembre. J’ai rendez-vous avec Lapassade au SCUIO. Georges n’est pas là. l’important serait que nous puissions prendre une décision collective concernant l’histoire de vie de Gérard. Je n’ai pas donné de nouvelles à Gaby depuis 107 ans. me disait-il en 1999. avec méthode. Nous avions rendez-vous pour partir ensemble à l’enterrement d’Althabe. 15 heures 30. de nous avoir fait perdre un temps précieux. En relisant un article d’Althabe. L’autre social me ramène à ma propre socialité.J’ai vu dans Le Monde la disparition de Gérard Althabe. J’ai laissé mon sac chez moi. Seulement. Le procès Brohm a été une merde absolue. Pourquoi Lapassade m’a-t-il donné rendez-vous. 170 . Comment passe-t-on de la mort à la vie ? Georges ne me fera pas manquer les funérailles de Gérard. La présence dans un non-moment : l’attente de l’autre dans un rendez-vous. j’ai écrit un journal. préparé ce matin avant de partir : je pars donc sans savoir où je vais. Je n’ai pris que ce Carnet du non-moment. Il faut aussi le sortir pour septembre. Maintenant. en foot n’étant que le montage télévisuel de moments décisifs. dans ce non-lieu du SCIUO ? J’entends la voix de Maryl. J’avais 52 ans. Personne. Je n’ai pas Le Monde chez moi (grève de la distribution). 1905). J’ai décidé de laisser la voiture rue Marcadet et de continuer en métro. Ensuite. Christine parle de l’échange conversationnel (la conversation). j’en ai 57. je voudrais pouvoir établir une vraie relation. Réminiscence : je pense au texte que Gérard m’a rendu sur l’observation participante. etc. absolu. ces expériences sont des nonmoments. La mort.conscience intime du temps. qui a assisté la semaine passée au séminaire de Marc Augé et Gérard Althabe à l’EPHEST : Gérard était en forme. Porte de Saint Cloud. j’espère trouver un plan. et puis partir Porte de Saint Cloud.

Encore une station. Sainte-Gemme Attente. Mais. sur l’Allemagne. J’ai chaud. Amusant de relire cela avec un an de recul. je dois leur écrire. Anne-Catherine annonce sa soutenance à 16 heures 30 en salle CO22 sur La danse de couple. Il faut que leur livre paraisse en septembre 286 . Il a lancé la conversation sur la mort de Gérard. je trouve dans Le Monde daté du 15 juin. Personnellement. car il donne quelques références précises que je peux reprendre. C’était stratégique pour moi. Séminaire de Patrice. à côté de Boulogne. en ce qui concerne la capacité à se mobiliser psychologiquement. 286 Jacques et Maria Van Boackstaele. Mardi 15 juin 2004. j’ai travaillé à la correction du premier chapitre. La socianalyse. Gérard avait tellement parlé de l’enterrement de René Lourau. pour embrasser ses parents. On manque de présence à l’événement. On parle du dispositif pédagogique de l’année prochaine. Pour écrire. Je retrouve dans mon casier un texte. Patrice m’a proposé de me ramener. Ils ont plus de 80 ans ! C’est leur premier livre. C’est urgent. se battre pour écrire pour soi. Je garde le texte au plus près de sa parole. avant le retour pour Paris. Son père m’a appelé Remi. On ne parvient pas à se “ mobiliser ”. Il faut aller au-delà de cela. C’est le père de Patrice Ville qui m’a montré ce texte. leur donner mon feu vert. Anthropos. écrit l’an passé par Laurence Valentin sur l’autogestion pédagogique 287 . On parle de la dimension instituante de l’écriture dans la famille (Johan Tilmant). Samedi 19 juin. 287 Intitulé “ Réponse à un courageux anonyme qui n’a pas encore compris l’autogestion ”. En faire une biographie ? Ce matin. Il se trouve que les parents de Patrice habitent dans une HLM. 2004. Le livre est sorti en novembre 2004. Il y a beaucoup de monde aujourd’hui. Y aura-t-il d’autres IrrAIductibles au rendez-vous ? 19 heures 30. Il ne faut pas qu’ils manquent cette joie énorme de voir sortir un livre ! Le livre collectif de leur vie ! J’ai oublié l’appareil photo. Il fait 27°C. J’ai accepté. Imaginer – coopter.Par exemple. je continue à être travaillé par mon histoire de vie de Gérard Althabe. 224 pages. Paris. Il me reste 8 minutes pour trouver le nouveau cimetière de Boulogne. on craque. On est soumis à une certaine passivité. sur la forme et sur le fond. par rapport à ses parents. mais important. La situation est émotivement dure. Cela ne facilite en rien la qualité de la présence au monde. Du coup. les Van Bockstaele. Ensuite. On parle de Gérard Althabe. Economica. dans le bus 31 entre la Gare du Nord et chez moi. Merde ! Je voulais vraiment prendre des photos. il y a eu Marc Augé qui a sorti un papier un peu court. il devait faire un arrêt à deux pas de la MJC du Point du Jour. Je suis arrivé un peu juste au cimetière : Monique Selim parlait. Dans un premier temps. il faut accepter de faire un pas de côté. Il faut y aller. Mardi 22 juin. À la sortie du cimetière. les parents ne supportent pas qu’on écrive. Je suis monté avec lui. comme s’il me connaissait depuis toujours. suite et réponse à “ Critiques constructives ”. 171 . au Khédive.

Yves et leurs filles. Un document du Ministère m’annonce mon congé sabbatique : je prends la mesure de l'événement. Les morts de De Luze. à l’apprendre quasiment par cœur. Du coup. on parle du dispositif. J’avais hâte de me coucher. réalité. donc un désir d’écriture. nous sommes partis en voiture de Paris vers 18 heures. l’anthropologue impliqué que je relis depuis avant-hier matin. On y allait. je me couche. Le sabbatique serait une possibilité d’investissement sur la famille. 172 . Hélène verrait d’un bon œil que je m’occupe davantage de mes petites filles. J’étais crevé. Je le sentais épuisé. ce procès est reporté. chez Althabe “ceux d’en haut. voyager. Livre fort. Je rêve si rarement qu’il me faut noter mon rêve. la famille Chevilotte. 6 heures 30. Je vais le lire ce soir. Embouteillages. Yves avait conduit depuis le péage après Lyon. Lundi 5 juillet. qu’elle a la chance de pouvoir faire. Ce week-end. Je lui ai parlé du Moment de la création qu’elle a voulu acquérir. Vendredi dernier. Jeudi 1er juillet. etc. Althabe et Joseph Gabel (12 juin) me font vivre intensément à l’intérieur. Voir mon avocate là (elle rentrait d’un procès à Poitiers. je n’ai pas eu le temps d’écrire mon journal. Je n’ai pas beaucoup dormi. La richesse d'une personne vient en partie des pas de côtés.Avec Ruben Bag. et son épouse Véronique qui travaille dans la même boîte que mon frère. Mon idée est de me mettre au travail. Mais. Yves. car je suis parti avec Hélène. Je vais entrer dans une phase d’écriture : tous les matins. On a donc passé la journée à la Grange au bois : j’y ai retrouvé mon camarade d’enfance Jean-Jacques Valette. manipulation. Hier soir. finalement. Nolwenn rejoindre Constance. mon avocate. rompre avec la routine. À minuit passé. pour terminer mon introduction à Ailleurs. je me suis rapproché d’Hélène. Passage de Cristian Varela au séminaire. J’étais dans un état altéré de conscience. Mon enthousiasme est modéré par mon rapport à la famille. Le voyage s’est transformé en vacances familiales : j’ai vu ma sœur Odile. Apprendre l’italien me semble essentiel. et aussi de ce qu’elle réussit à tirer de ce pas de côté. illusion. “genèse théorique et genèse sociale” . J’en avais un exemplaire à Sainte Gemme. Comme il connaît moins bien la voiture que moi. nous faisons une halte à Montélimar. Il fait très chaud. je me réveille en ayant des idées. Ce travail de relecture. pour moi. cela oblige à bien lire le texte. et se trouvait aussi dans un état altéré de conscience) ! Je reprends le volant : en arrivant à Aix. je voudrais ajouter les Etats-Unis et l’Italie. ceux d’en bas”. Nouvelle expérience du non-moment. Partir. je devais le remplacer. nous avons parlé d’histoires de vie. La journée d’hier a été marquée par les 60 ans de Nadine. Je m’endors immédiatement. et c’était mon tour de prendre le volant. dans le métro pour Montparnasse. de mise en forme est un travail terne. Chez René. chez Brigitte. Proximité étonnante entre les pensées de René et Gérard. et me voilà en route pour Angers où se tient le jury de DEUG. du moins en ce qui me concerne . Rezki Assous me donne un double de son entretien avec Gérard Althabe. etc. ce sera. pour le procès de Montpellier. j’ai quitté Sainte Gemme à 23 heures 30 avec Charlotte et Lucette… Je me suis couché à une heure. sur une aire d’autoroute : je tombe sur Alessandra. ici. Avec Véronique Valette. Elle est repartie avec. Et je rêve. pour sortir le maximum de livres avant de partir en voyage : au Brésil. Jeu.

Parmi les autres invités. puis de partir. Véronique et Gigi. organisationnels. du voyage. J’ai défendu l’idée d’un ancrage au village. m’a fait manquer le moment de l’écriture du Journal de Sainte Gemme. pour moi. les cassis et les groseilles. Lucette avait cueilli les framboises. un bon dispositif pour faire un saut qualitatif en allemand. c’est créer une suspension des moments quotidiens. Je continuerai par la Théorie des moments. Je n’aurai que 4 nouveaux inscrits sous ma direction. la pluie n’était pas loin. Comment vivre sa retraite dans une perspective où s’articule la gestion des besoins individuels. J’ai donc lancé la conversation sur la question de la retraite. Mais Charlotte. j’ai manqué la narration des journées de samedi (puis dimanche). l’anthropologue impliqué. J’avais cueilli 3 ou 4 kgs de cerises. j’ai choisi de rester au lit jusqu’à 9 heures 30. Puis-je lire chaque jour une heure en allemand. Elle écrivait dans la revue Partisans. que beaucoup vivent comme la fin des moments. Je regardais une série à la télévision. il fallait cueillir les cerises. date à laquelle j’aurai Romain à Sainte Gemme ? Je ne sais pas combien de temps. Je vais m’y mettre dans les jours qui viennent. J’avais envie de découvrir les ressources de notre nouvel abonnement à Canal Satellite : avoir 45 chaînes en allemand. et qui sont très proches de moi. J’ai donc devant moi 6 mois. J’ai lancé mon idée de Maison de retraite autogérée. et moi. La veille. Puisque l’on était invité à midi chez Nadine. le congé sabbatique est une sorte de brouillon de retraite : il fait expérimenter la situation de déconstruction du moment du travail. Elles étaient ensemble à l’Ecole nationale supérieure d’éducation physique et sportive. et donc de refuser les inscriptions en maîtrise ou en DEA. une amie de Nadine et Françoise Lourau. Nadine envisage de faire encore un an en 2004-2005. pour écrire. pour renouer avec des moments autres comme ceux de l’amitié. Mais ce moment exige une suspension des autres moments. Il fallait cueillir les cerises : il est 173 . Lucette rêve d’organiser un voyage en Italie. Lucette et moi avons tout mangé ! Ce qui n’était pas sans me donner un léger mal au ventre. Aujourd’hui. Il faisait un temps mitigé : le ciel était couvert . Ensuite. Profiter des vacances. Nadine. où Lorenzo et Diana s’ennuient de nous. Or. L’écriture est sans aucun doute. inter-individuels. créatrice d’emploi pour la jeunesse ! J’ai fait rire la compagnie. Jean-Jacques est en pré-retraite. des étudiants que je connais très bien. Avec Jean-Jacques. Gigi n’était pas à l’enterrement de René : elle était hospitalisée à cette époque. Je commencerai avec Ailleurs. Mais aussi d’une mobilité : comment voyager ? Tenir compte du soleil… Sorte de pré-retraite. j’ai encore 8 ans à faire. Ginette Michaud. Je ne passerai pas à côté de cette expérience. car il m’est apparu que le chantier cerises. cette histoire est des plus sérieuses. un moment. En 1968. Par exemple. et un peu les Lourau. groupaux. je vais bénéficier d’un long moment de voyage. sans obligation pédagogique. il restera. était prioritaire sur les autres. la vie de Château. le semestre sans cours demande une autre organisation. alors que je suis du même âge que Jean-Jacques et que j’ai deux ans et demi de moins que Nadine. Alors que j’avais raconté en détail la journée de vendredi. hier matin. au moins celui du travail. Gigi est déjà retraitée. Le jury d’examen d’Angers m’a toujours donné de l’espace. le livre avec Althabe. Puis-je prendre le temps de finir ces ouvrages avant le 22 juillet. mais je crois jusqu’au 10 août. pour une pédagogue quelque peu surimpliqué comme je puis l’être. Le fait de me lever à 9 heures 30 au lieu de 7 heures. Nous avons effectivement évoqué Jean-Marie. Gigi vivait avec Jean-Marie Brohm. Pour un prof. Il faut que j’utilise ce temps pour me faire un programme d’écriture : il me faut composer des livres. il était question de retraite. et ensuite regarder la télévision dans cette langue ? Apprendre le contenu des chaînes de télévision est une excellente entrée dans l’Allemagne d’aujourd’hui. que j’allais avoir ce congé. car j’ai eu le temps de rentrer dans l’idée. ici.

C’est assez curieux d’associer sa vie à un moment. ce serait dommage de ne pas cueillir ces fruits. Je m’étais installé dans une banquette. j’étais trop fatigué pour l’aider. sur le Romantisme. et un grand désir de solitude. J’ai aussi un désir d’Italie. dans un colloque organisé par la ville natale d’Henri Lefebvre. Ce colloque a dû jouer sur mon désir de travailler sur Henri Lefebvre : quel avait été l’objet de ma communication ? Je ne me souviens plus. j’avais été en porter à Antoinette Hess. J’ai donc remis à plus tard la cueillette ! Mais il a plu toute l’après-midi. valse rock. Pourquoi chez Nadine ? Elle avait perdu un cheval. J’étais là. Il y avait aussi Jean-René Ladmiral. Il avait une connaissance fantastique du Romantisme allemand… Aider Charlotte à faire sa maîtrise me donnerait un surplus de culture germanique. Henri était là. écrit deux années plus tard 289 . Roby a joué de l’accordéon. Charlotte me proposa de danser une valse. qui l’empêche d’entrer dans le moment de l’écriture : elle a peur de ne pouvoir y parvenir. Les gens parlaient. Elle n’arrive pas à se trouver un mec. valse crusado. C’est Anne Gotman qui avait organisé cette manifestation. mais. puis pour en rapporter à Paris. Elle envisage de mourir à 30 ans ! Ce genre de pensée impressionne Lucette : la disparition de Charlotte serait très douloureuse pour sa mère. Odile m’a proposé. Il s’était installé sous un parasol. alors que l’on pourrait vivre. au prix du kilo de cerises. Paris. préparés. elle n’aura pas trop de 288 289 Véronique Valette a fait des photos de cette danse. et en plus. après le départ du vieux. Ce journal sur le non-moment. Je me sentais à la fois là et ailleurs. Métailié. Vendredi. Elle a fait des lectures. Cet investissement est assez contradictoire avec le désir du Brésil. Yves. Les deux chevaux ne se quittaient plus… La vie reprend. il y a deux mois. probablement. Lourau. Mais pourquoi s’installer dans de tels scénarios. de prendre un congé sabbatique. J’entendais d’une oreille : passionnant le père Gusdorf ! J’ai dit à Charlotte. C’était à Hagetmau. que Lucette et moi l’avions connu. Du coup. et Lucette s’est mise à lire des pages entières de Gusdorf. Elle pense qu’elle va se faire licencier de son boulot : à 56 ans ! Ma sœur aurait une indemnité de licenciement qui lui permettrait. mais un peu distant. Elle avait apporté une valise pleine de livres. mis en pension par une amie. son propre cheval n’était plus seul. Henri Lefebvre et l’aventure du siècle. et elle en était très triste. que signifie-t-il ? Je me demande si la solitude à laquelle j’aspire n’est pas le besoin de la suspension des moments. nos pas se complexifièrent rapidement. à elle aussi. et nous évidemment… Ensuite. J’ai fait des sacs de deux ou trois kilos pour Charlotte. Hélène. et nous sommes donc restés chez Nadine. où il pleuvotait. aussi. Je ne me souviens plus. comme on manque d’infirmières. mais elle souffre d’un épuisement physique. J’étais ainsi dans des pensées nostalgiques. il s’est mis à pleuvoir. et cela lui rend la vie pénible. à Sainte Gemme. en 1985. Charlotte va mal. et elle associe la fin d’un moment à sa mort. Samedi. celui de Florence (qui m’a fait penser hier à la mère de Romain) stimulait ma fille. il y a huit jours de m’accompagner au Brésil. Elle a des idées. Je souffrais de la disparition de Gérard Althabe. Véronique. je voyais un nouveau cheval. Charlotte a beaucoup parlé de sa propre mort. et R. n’ont jamais été publiés. Dimanche. Nostalgie : Gusdorf nous laisse son œuvre. parce qu’elle ne parvient pas à se mettre à l’écriture de sa maîtrise. Il est mort après Lefebvre : Gusdorf avait fait venir Lefebvre à Strasbourg. 1988. Valse. je crois. Gusdorf avait prononcé un texte que je devais utiliser dans l’introduction de mon livre sur Henri. Le regard de Mathias. Remi Hess. j’en avais cueilli pour notre consommation personnelle. le nouveau couple semblait heureux. j’en ai cueilli pour apporter aux Neiss. et en a produit un montage (exposé à Sainte-Gemme). Les actes. et penser à la vie ? Charlotte a envie de sortir du tango. Or. Il s’était installé dans la Cour de la ferme. Samedi.bon pour les arbres d’être allégés de leurs fruits . 174 . fière de danser avec son père 288 .

Constance va se joindre à nous ! Je pense à Bernadette Bellagnech : c’est un peu pour elle que j’écris. Mais il nous reste toutes les lettres de Marthe. je prenais conscience que je bloque ce journal. Je voudrais terminer ce texte avant les vacances. j’emprunte la maison de William. Mais j’oublie qu’à 280 francs. que j’ai hâte de rendre à Bernadette. actuellement. Ce journal trouverait un public à Reims. Première étape : trier sur papier le journal de Paul. et avec qui je ne communique même plus par mail : Gaby Weigand . Ma méditation sur le non-moment doit donc être prolongée. lira ce journal un jour. lorsque je sens que je puis développer un sujet qui peut structurer la narration du quotidien. une grande maison qui jouxte la mienne. il y a deux dispositifs : le premier est la frappe directe sur mon ordinateur . Ne faudrait-il pas faire taper cette correspondance ? Je suppose que l’on va parler de ces choses avec mes sœurs. j’espérais un moment avec lui. notre moment commun semble au point mort. j’ai ouvert des carnets sur des sujets étranges : par exemple. mais sans retrouver les responsabilités de chef de service qu’elle occupe aujourd’hui. Celle à qui je pense souvent. Cette technique instituante oblige à reprendre le vécu en le faisant entrer dans un moment. précieusement archivées par Maman. Hier. En parlant avec Véronique. Hier. Ces derniers temps. certainement. il taillait ses haies ! Il veut faire les choses bien. mais j’ai encore pas mal de pages disponibles. et aussi à celui de nos enfants. son amie. par rapport aux moments 175 . Véronique Valette m’a parlé de journaux de cette époque. C’est un travail à faire rapidement : Anthropos pourrait être intéressé . Il y aurait le journal de Paul à imprimer. J’ouvre un nouveau carnet. Celui-ci justifie une édition. ma marraine. je pensais à elle. cela ferait un ensemble. Depuis quelques années. Mardi. Ce sont des thèmes un peu farfelus. que ma mère Claire a eu avec Marthe. Le TGV est arrêté. avec lui. La semaine prochaine. le faire lire par mes sœurs. Mais quand ? J’ai l’impression d’être proche d’elle et. cela relancerait les ventes du premier ouvrage. vers 19 heures. après deux soutenances de maîtrise) . à Benyounès. Je numérote les pages de ce carnet. j’ai vu Benyounès . Je sais qu’elle est toujours la première à me lire. En faire un tirage que l’on corrigerait avant de le faire imprimer. en discuter avec Antoinette. en même temps nous sommes très loin l’un de l’autre. le second est la tenue de carnets que j’emmène avec moi. ce Journal sur le non-moment. Probablement que le journal de Paul trouvera des lecteurs intéressés. durant cette période : on va se retrouver comme il y a 50 ans ! Cette semaine sera une occasion de méditer ensemble à notre futur. n’est pas en mesure de recevoir beaucoup de monde. En plus. Va-t-il repartir ? Oui. nous ne communiquons qu’à travers groupes et journaux interposés. j’ai des carnets thématiques. là où je suis sans mon ordinateur (Sainte-Gemme. le journal 1939-1947 trouverait aussi ses 800 acheteurs. mais il a dû repartir avant que je ne sois libéré de mes obligations (beaucoup d’étudiants à ma permanence. Les lettres de Claire ont été détruites par Marthe. à la Grange aux bois. Je sais que Gaby. Lucette envisage d’aller rendre visite à ses parents. à ses enfants. voyages). m'a dit qu’il allait faire des travaux de petites réparations. j’évoquais la correspondance de 60 ans. Je fais une pause dans mon écriture. Pourquoi ne sont-ils jamais venus ensemble à Sainte Gemme ? Notre maison. elle aussi. Dans mon écriture de journaux. parce que je ne le trouve pas aussi fort que celui de 1914-1918.mal à retrouver un travail. Le Mans. Pour l’accueil de mes sœurs. à 15 euros. je recevrai à Sainte Gemme mes deux sœurs : Odile (de Martigues) et Geneviève (de Vienne). Le soir. Idée à suivre. William à qui j'annonçais l'arrivée de mes sœurs le 10 juillet. ce premier journal de Paul a trouvé 800 acheteurs . mais aussi cet autre sur Les jambes lourdes et cet autre sur Attracteurs étranges et détracteurs intimes.

m’était connue à cette époque. Est-ce vrai ? Qu’en fera-t-il ? Il semble qu’il ait été jusqu’à faire relire par notre père. Dans la vie institutionnelle. En 1978. je peux aussi la définir comme l’ensemble des moments. Véronique Valette a dit que les enfants de mon frère écrivent : j’aimerai bien voir cela ! Véronique serait précieuse pour moi pour assurer une médiation avec mon frère. époque où je demandais à mes étudiants. Je savais déjà à l’époque qu’une mère de famille pouvait écrire son journal institutionnel sur ses enfants. Mes premiers commentaires de cette théorie datent de 1988 (Henri Lefebvre. a solidifié ma théorie des moments. une notion déjà présente dans L’entrée dans la vie (chapitre sur Freud). Et ce tout est ici synonyme d’institution. car j’ai mis au point la méthode du journal des moments : cette technique était présente en 1976. par le biais de l’ethnométhodologie. Mohamed Rebihi a trouvé que la notion de moment n’est pas définie dans le numéro 3 des IrrAIductibles (article de Morvillers).bien identifiés qui fondent d’autres journaux : Journal d’un artiste. et j’avais l’intuition du Journal des moments. Je suis obligé de suspendre cette méditation. d’édition. 176 . Je sors du non-moment pour parler de l’émergence du moment de la théorie des moments dans mon œuvre. Cette théorie des moments. nous renouons avec la notion d’affiliation.Saint Laud. mais ce journal était une forme de construction du moment professionnel. mais je connaissais le second tome de La critique de la vie quotidienne. L’aventure du siècle). La transversalité définit le sujet par tout ce qui le traverse. je situe la socianalyse comme le moment de la refondation (Centre et périphérie. celle dans laquelle ils travaillaient. Je n’avais lu que le second volume de La Somme et le Reste. pour nous conter le Vingtième siècle ! La conversation avec Véronique Valette m’a fait prendre conscience que je devais prendre des décisions par rapport à mon propre journal… Depuis la mort de René Lourau. dans le cadre théorique de l’analyse institutionnelle. Je sais qu’il écrit un journal. pensée par Henri Lefebvre. Il me semble que cette notion venait enrichir chez moi la notion de transversalité. etc. Ma découverte de cet ouvrage à sa parution. le décryptage de leurs entretiens. La présence et l’absence n’est sortie qu’en 1980. l’écriture de mes journaux est meilleure. de centrer l’écriture de leur journal sur la description de leur quotidien dans une institution : la plupart du temps. la transversalité est l'ensemble des institutions auxquelles j’appartiens. Je pensais la socianalyse comme un moment. Ce travail serait du plus haut intérêt : cet André Hess qui fut mon (notre) père fut un personnage assez discret! Il a peu écrit lui-même : ses écrits ont été détruits. dont la relecture me permettra de construire la théorie des moments. C’est vrai et faux : le passage que Jean-Manuel a écrit dans son texte sur le journal n’est pas confus. pour celui qui a des idées claires sur la théorie des moments. et j’ai appris hier qu’il avait recueilli l’histoire de vie de mon père. Dans les années 1984. le moment s’inscrit donc dans un creux théorique. Son témoignage serait intéressant. Dans le corpus conceptuel de l’analyse institutionnelle. 1978). Mais je montre aussi que les moments comme mode de pensée de mon quotidien étaient déjà bien là dans les années 1976. L’édition du journal de mon grand-père pourrait stimuler ma réflexion sur l’édition de mes propres journaux. Plutôt que de définir la transversalité par l’institutionnel. Bien au contraire… On arrive à Angers. l’un des concepts qui étaient les plus productifs pour m’aider à me penser moi-même était celui de transversalité. Je nommais cette technique Le journal institutionnel. Dans les années 1972 et suivantes. Journal de danse. La notion d’appartenance est alors celle à laquelle nous nous réfèrons.

restant une option de la nouvelle licence). celui qui m’a été transmis : ne pas se divertir implique d’éviter la fiction. Lapassade (donc par A. en tant que président. ai-je dit). (le hors-sujet est-il un non-moment ?). Salon Brissac. J’ai été dire bonjour à Constantin Xypas. relire Gusdorf. mais il fait chaud . Lundi 6 juillet. tension que Lefebvre nomme vécu et conçu (et qui s’articule pour lui au perçu). de la fonction de président du jury. Les documents ne sont pas prêts : il faut attendre. relire la bibliothèque de Charlotte. Le ciel est couvert. Le travail était bien préparé. On ne lit que des choses utiles. Je suis arrivé à l’Université catholique de l’Ouest. Le moment qui se trouve est une mise en mots de la pratique. pour lui signaler mon arrivée. J’ai parlé du péché. 16 heures. Mon nom semble fait tenir l’institution. je vis cet épisode comme une chance supplémentaire de poursuivre ma méditation. il vivrait cette attente comme une perte de temps . Cela a donc été très vite. Quelqu’un qui ne porterait pas son journal avec lui serait dans le non-moment . Il est accomplissement progressif interactif. la notion d’accomplissement. Quand on est “ scientifique ”. J’y ai rajouté que le colloque auquel je m’étais contraint d’assister était ennuyeux. il faut éviter les romans. Jusqu’à maintenant. j’ai été faire une visite au Musée des Beaux Arts d’Angers. pour fait de congé sabbatique l’an prochain ("Je pars au Brésil". on me demande de rester membre. le repas était excellent. A la suite de Christian Lemeunier. Entre 10 heures et midi 30. avec mes complices. cette notion correspond. Cécile Albert et Claudie Rimbaud étaient intéressées par mon apologie du péché mortel. Lecerf (donc par H. essentielle pour Garfinkel. l’année prochaine. J’ai annoncé mon absence. Ce travail est à penser à travers les moments (anthropologiques) du sujet. ni par Y. n’a pas été développée en France. à midi. entre le niveau de l’expérience vécue et celui de son élaboration théorique. pour nous. est une élaboration de l’expérience qui accède à la conceptualisation. dans une perspective de psychologie institutionnelle. j’ai dérivé sur le christianisme. À nouveau dans le train pour Paris. ni par G. à celle de vice-président (les sciences de l’éducation. Christian Lemeunier a introduit ce débat : pour lui. doctorat) : le contenu de la licence va être centré sur la communication et l’on me propose de rétrograder. suivi d’un débat avec le public. j’ai toujours du être là. après le postmodernisme ? Vous avez dix minutes pour préparer une demi-heure d’exposé introductif. Il se sentait une obligation de me guider dans ma découverte des œuvres. j’ai été dans la salle du jury. Ensuite. Le jury a commencé vers 13 heures 30 et s’est terminé vers 15 heures 20. Sujet d’une prochaine conférence : qu’en est-il de l’enfer. à la notion de moment. De Luze). Ensuite. Malgré cette absence. Pour la préface à cette édition.Mohamed Rebihi disait aussi que le moment devait être mis en perspective avec le concept d’accomplissement de Garfinkel. le 20 juin. C’est horssujet. mais le statut de vice-président me permettra l’absentéisme. moi. master. par rapport aux essais en relation avec notre objet. Sur la publication de mes journaux. Coulon). une idée pour justifier de donner tout cela en vrac au lecteur : l’idée de fragment. Il vient de réouvrir. 177 . J’ai raconté mon péché mortel de l'île Maurice. Le moment. Tant mieux ! Cela me fera une économie de temps. après 6 années de travaux de rénovation (en profondeur) : Constantin Xypas m’accompagnait. Un membre du jury a annoncé le passage au LMD (Licence.

Mais on peut aussi interdire : le roman. Et mon oncle avait conclu : -Une si belle voix ne peut pas être au service de la distraction. source d’émotions. qui nous ont été interdits ? Dans le métro. Il expliquait qu’il ne lui avait jamais fait l’éloge de sa voix : -Elle aurait pu être chanteuse d’Opéra. Il faudrait que je comprenne pourquoi. Alors que le comédien. 17 heures 15. Le péché est dans n’importe quel tableau religieux du XV ou XVIème siècle. pour lui. Je ne vais pas à l’Opéra. le théâtre (les tragédiens étaient excommuniés depuis le Moyen-Age). directeur d’école ? Cécile Albert ne lit pas de roman : cela ne l’intéresse pas. Cela ne m’intéresse pas. chez moi. Quand j’entends certaines voix. S’ouvre alors un espace du possible… Le non-moment institué ouvre des possibles. commence à se faire sentir. l’acteur est ex-communié. je peux avoir envie de pleurer. le jury est reporté. que la première fois qu’elle m’avait vu pleurer. La fatigue d’une journée chargée suivant une nuit courte. Le moment institué ne peut fonctionner : le rituel de l’institué est différé. Il parlait de cela avant 1968. la poésie et pourquoi pas la peinture. donc de péché. Mon oncle. il n’est pas possible d’encourager une chanteuse de la chorale. Sa place est dans la Cathédrale. J’ai pu dire que c’était bourgeois : idiot ! Peut-on transgresser ce type d’allants de soi ? Le péché ne se trouve-t-il pas dans la transgression de ces interdits que l’on a intégré depuis toujours ? Ne pas peindre. à l’époque . La situation avait été dure. Il y a conjoncture d’un peu de temps. de mon ami. Mardi 7 juillet 2004. Mais les choses s’étaient bien terminées. d’inessentiel : un divertissement. à monter sur scène pour faire du profane. 178 . Il avait peur d’être submergé par ses émotions. Il parlait de Mademoiselle X (je n’ai pas mémorisé son nom). 9 h 30. Elle chantait dans le chœur de la Cathédrale de Reims qu’il dirigeait. Lucien Hess (1902-1986) à Dachau refusa d’assister à un concert de musique classique. il faut que je réfléchisse à ce que j’ai écrit cet après-midi. Mon épouse. c’était le jour de la naissance d’Hélène. Sans Constantin. Quelle philosophie de l’éducation se trouve derrière ce type d’analyse de mon oncle. maître de chapelle à la cathédrale de Reims. J’avais 24 ans ! Ma sœur la plus proche de moi ne m’avait jamais vu pleurer ! Par association. Elle était capable de toutes les prouesses techniques. J’étais jeune. Peut-être était-ce à la fin des années 1950. Je devais avoir dix ans. Cependant. et de la disponibilité de mon collègue. j’aurais préféré rester à Sainte Gemme hier soir. sont allées à l’Opéra. Moi jamais.Cela me rappelle un repas avec Lucien Hess. Odile m’a dit la semaine dernière. la source d’émotions trop fortes. aurais-je eu le temps de m’organiser pour aller au Musée ? Non. mais quand j’arrive à l’UCO. expliquait que cette femme avait une voix exceptionnelle. et d’en mourir. ma fille. doit être fui plus que tout spectacle. Donc. J’aurais l’impression d’y faire quelque chose de futile. était une sorte d’interdit intériorisé… L’Opéra n’est-il pas pour moi un interdit de la même famille ? Quelle est la nature de ces moments. Brigitte avait dû subir une césarienne. l’opéra. je ne pense pas. Quel rapport cela a-t-il avec le non-moment ? Je rentre de loin pour aller à Angers . aujourd’hui non plus ailleurs. Le concept d’opéra n’évoquait rien pour moi.

et c’est Pascal qui a repris la direction de cette thèse. j’ai manqué les funérailles de Joseph Gabel. mort anormale ? on n’en parle pas. On ne croit plus trop à la théorie des esprits malfaisants . Sur le plan du rapport de soutenance. décédé il y a trois semaines. Pascal pour la soutenance de thèse de Setsuko Kokubo-Deguen. la fille décide de faire ce travail d’ethnologie . je ne partage pas son pessimisme : il me semble que l’on est dans une situation extrêmement complexe. Ce n’est pas une photo-ethnographie (Achutti). et à son Tombeau pour Henriette. pour refaire le portrait de Barthélemy : il faut rendre Barthélemy à son épouse. mais le portrait de Barthélemy a été pris par un cousin. sur Analyse du traitement rituel de la mort au Japon au sein des familles et des collectivités locales. et de la mort anormale : la mort normale est la mort de vieillesse sur le tatami . Ce que raconte Setsuko me semble intéressant par rapport à mes propres funérailles : où vais-je mourir ? à Paris ou Sainte Gemme ? mon rêve serait d’être incinéré. à la campagne. les Japonais donnent plus d’ampleur aux rituels. mais quand même : celui qui a pris Barthélemy a 179 . au Japon. avec le temps présent. comme une cérémonie funéraire : "Elle s’est trompée d’institution". plutôt que d’avoir été à la cérémonie de funérailles. il y a eu dispersion. où j’en suis dans la production de ce texte : nous décidons de nous voir le 23 juillet. et son directeur de recherche disparaît au cours du processus. il veut me porter les notes de son père. Pendant que j’écris. mon âme est en paix. Christine parle de la qualité des photographies. Pascal va coordonner nos interventions : l’étudiante a travaillé avec Daniel de Coppet. Je lui explique. dans ma famille des portraits de mes ancêtres. Certes. Barthélemy est séparé de sa femme : je trouve cet acte criminel. La distinction entre les deux est délicate.Je suis à Paris 7. si je meurs à Paris et enterré. avec Maurice Gruau. cependant. dit-il. ils étaient placés l’un à côté de l’autre. d’avoir été à la fac (c’était le jour de l’examen pratique de mes 100 étudiants. Elle fait ce travail pour se réconcilier avec l’esprit de son père. Pascal me place comme président du jury. Maurice Gruau dit que Setsuko a fait cette thèse. Rue de la Renfermerie. plus âgé que moi. Comment est-il mort ? mort normale. La thèse tourne autour de la mort normale. Par contre. Comment ai-je pu aller à l’anniversaire de Bernadette. vers 17 heures. sans poser cette question aux cousins rassemblés ? Je suis heureux de pouvoir méditer à ces questions. Christine. J’ai. si je meurs à Sainte Gemme. Ma maison. Une fille n’a pas pu assister aux funérailles de son père : pour se réconcilier avec l’âme du disparu. puis parfois une divinité locale. Je ne l’ai pas lu : Christine est passée chez moi ce matin. mais celui-ci est décédé. le portrait de l’arrière grand-mère Ginat. je pense à Hubert. et encore . la mort anormale est la mort violente. les rituels tendent à se confondre. Les deux portraits allaient ensemble. la femme de Barthélemy Hess. alors que Charlotte survenait à la maison en pleurs. pour me la montrer. et je ne comprends pas par quel mystère le cousin (j’ignore lequel) a pu séparer les deux époux. devient un ancêtre. Pour ma part. Je connais le culte des ancêtres. chez moi. ce qui va me donner le temps pour en prendre connaissance. qui nous sont données à voir. je reçois le coup de téléphone de Frédéric Althabe : il me dit qu’il veut que je mène à bien l’ouvrage entrepris avec son père . en même temps. Setsuko raconte le rituel des funérailles au Japon : il n’y a pas de si grandes différences avec nos propres rituels. Je me suis mis à la peinture. la candidate explique comment le mort. et je me sens coupable. par rapport à la mort de Gérard Althabe… Hier. et je ne pouvais pas faire faux-bond à ce groupe). Je suis impliqué par rapport à cette soutenance . l’idée de dieu protecteur reste encore très présente : les ancêtres deviennent des esprits protecteurs. dans les cas de maladie. recueille les portraits des ancêtres protecteurs : Par exemple.

que nous écoutons. je m’entends très bien avec lui. j’avais avancé le travail ces jours derniers. les jours défilent tranquillement : aucun tracteur aujourd’hui n’est passé. on se trouve dans une vie assez simple. Cette performance m’intéresse. Mais une idée m’est venue. l’événement redouté : la grêle. On a constaté qu’à la campagne. une voiture ou deux. c’est l’enterrement : beaucoup d’habitants de Sainte Gemme connaissent tous les habitants du village. nombre d’habitants résidant ici en 1990. chose que je n’ai pas faite depuis la mort d’Hubert. le camion de François . convoquent le promeneur : je ne parle pas des New-Yorkais. tout de même. pour lui. à part cela. est venu aujourd’hui me livrer une table. Anniversaire douloureux. Dimanche 11 juillet. que le département d’ethnologie allait disparaître : Pascal va rejoindre les sociologues pour le master. on voit si peu de monde ! Le camion du menuisier. 11 h 30 On parle de la Sonate au Clair de lune. ici à Sainte Gemme. et tout particulièrement la vie new-yorkaise. et la vie à la campagne est forte. De toute façon. et sans histoire. un doctorat de linguistique. achetée au marché : il a fallu lui expliquer l’itinéraire pour accéder jusqu’ici. puis vicaire général . et le moment de la fête. avant de s’intéresser à l’anthropologie. Même le jour du Seigneur. François dit que nous sommes 132 habitants. À la campagne. Dans le métro. Antoinette. car c’est une illustration de la dissociation (mot utilisé par Odile) : c’est la déconstruction du moment musical. amie de New York qui se trouvait là-bas il y a 3 ans on crée notre nouvelle revue Attractions passionnelles. il le lit régulièrement . François peuvent en faire une liste. J’ai appris incidemment. Odile ne peut plus écouter ce morceau. Idée d’inviter à Sainte Gemme Maurice et Pascal . pendant qu’il exécute un morceau. l’événement. Cette opposition entre la vie à la ville. au moment de mon arrivée . On aurait pu distinguer le moment du labeur. Pour ma part. Mais d’une certaine manière. il connaît bien aussi le DLC (Dictionnaire de Liturgie catholique). passage de la boulangère. où constamment de nouveaux moments appellent. Maurice est né en 1930. mais un militaire anonyme (il était gendarme). depuis. sans entendre le commentaire de Bernard Haller. ils sont dans leurs vignes : il y a le jour et la nuit. Le pêcheur et la pénitence : référence d’il y a 20 ans (environ) donnée par Maurice Gruau. qui sont tiraillés constamment entre de multiples sollicitations. ici. je pose le chiffre de 138. à qui nous avons acheté une baguette et deux croissants. à côté de Charles V. avec Maurice. n’était peut être pas Barthélemy. 180 . quand la nature l’exige. un comédien qui a joué cette sonate en l’accompagnant d’un commentaire à lui : les cheminements de la pensée du pianiste. Repas très sympa au chinois. je ne suis plus au courant. il a été curé de Chichery.dû être attiré par son uniforme . Au programme : 20 numéros dont on dégage les thèmes. ce portrait. ceux où il pleut . on a parlé du DTC (Dictionnaire de théologie catholique) . mais je m’abstiens. il a fait une licence de sociologie. les jours où il fait soleil. Quel contraste avec la vie urbaine. Envie de fumer un cigare. Samedi 11 septembre. les collaborateurs éventuels . Il n’y a pas de moments. rue par rue. en particulier. mais ici les gens ne portent plus d’habits du dimanche. interprétée par Rubinstein) selon Bernard Haller. une formule plutôt qu’une idée : “trop de moments tue le moment”. Vogel. Je suis à Sainte Gemme avec Liz Claire.

Que font mes voisins ? Monsieur et Madame Petit. je ramasse quelques prunes. mais elles sont dictées par le flux du quotidien. Par la suite. c’est vrai. La notion de fragment défendue par les Romantiques d’Iéna (Schlegel. mais aussi se racontèrent dans des formes d’écriture impliquée : monographies. le mercredi 15 septembre 2004. thèses. mais l’on trouve des chaussures qui sont. des centaines de diaristes du XIXème siècle. Résumé de mon intervention possible : "Un aspect peu exploré de la Révolution. à la suite de Maine de Biran. Antoinette et Gilbert n’ont pas de livres. Charlotte. eux ne vivent que dans une pièce. c’est-à-dire coordinatrice de la table ronde. qui m’a dit hier : "Tu vas avoir une grande maison !" Oui. puisque ses travaux furent. les tomates : je vais pouvoir en cueillir demain . mais le rythme du jour s’impose à moi. il devint le théoricien et le pédagogue du journal. sportives et habillées. Liz m’installe maintenant. les gens n’ont plus d’habits du dimanche : la vie moderne conduit les gens à s’habiller de façon fonctionnelle . Charlotte. Le matin. l’Allemagne qui pense. Titre du panel : Fragment. Novalis) déplace le projet révolutionnaire du politique (qui semble avoir échoué dans la Terreur). par une correspondance journalière avec sa mère. du Kantisme. dont s’inspirèrent. je ne suis jamais entré chez eux : M. je passe devant mes pommes de terre. donc aucune raison de s’aménager une bibliothèque . je ralentis. un programme d’intervention pour un groupe. c’est le travail d’écriture de soi des acteurs. disciple de Rousseau. dans la même journée. qui claquent à cause du vent. jamais plus de deux. 9 heures Pépé travaille au second. 181 . etc. cela l’intéresse. Petit vient observer les travaux que je fais chez moi . Liz propose : "Révolution du couple dansant. l’impact de la Révolution à la périphérie. il avait quitté l’école à 16 ans . responsable de l’Instruction publique sous Robespierre à 19 ans. Je vais au jardin. Souvent. de son vivant. Il faut suppléer son absence. en Europe. Mémé et Liz sont encore couchées. Goethe. Christine serait commentator. discours . en France. depuis un mois. traduits en huit langues". suspension. pourquoi s’aménager un atelier ? Sainte Gemme. J’ai essayé de lire le Journal de Klee… 15 heures. vers l’esthétique. trace. je prends le temps de regarder la télévision : une heure. pour jeter le contenu de ma poubelle sur le compost. (Herder. les Révolutionnaires se formèrent. ils ne font pas de peinture. j’en retire 22 aujourd’hui ! C’est le grand retour . mais aussi et surtout : correspondances et journaux. non plus. disciples ou fils de disciples de l’auteur des Confessions. avec la vie de la maison. il faut avoir un certain look au travail. Le cas de Marc-Antoine Jullien est tout à fait significatif . Liz et moi seront les orateurs. l’imaginaire féminin suspendu au vertige". que je mets au tonneau . J’essaie de faire le tour de la vie ici : il y a mille choses à faire. à descendre des pierres. Pour ma part : "L’écriture de soi. au réveil. je redescends fermer les fenêtres. dans le moment du travail intellectuel : il faut envoyer ce soir à Stanford. etc) rompt avec le classicisme français inspiré par Rome. Ils ne chauffent l’hiver que dans leur salle à manger-cuisine : les chambres restent froides. On écrit : "En 1775. et ainsi de suite : je suis en phase avec la nature. Je regarde mes salades. faire des traces" (sur le journal). La Révolution française secoue fortement les héritiers du Sturm und Drang. mais dans le monde. sa formation se fit. j’y découvre des doryphores. Pourquoi ? Gilbert aussi. Charlotte aura un sujet : "L’exploration de l’impact de la Révolution à la périphérie : le fragment". à la fois.À New York.

Il me semble que j’ai de la chance d’avoir une vraie œuvre. Dans la salle. j’ose regarder Schule der Person. de la bioscopie. Je ne parviens pas à écrire. Ensuite. la manière. On est pris par son écriture. Ce livre fera 600 pages. cet été. Rezki. mais elle est surtout humaine . 13 heures 10. Je fais une série de photos. et déterminer l’ordre de passage des membres du jury : Patrice Ville (directeur). jusqu’au bout. Ici. Jenny expose. 182 . J’ai évoqué le travail de Benyounès.Avec Schiller. Leonore. Je fais signer le procès verbal par Christine Delory-Momberger. Novalis). Georges Lapassade. Tebib. tu es en transe : peux-tu nous expliquer ?" Prendre les thèses en diagonale. avant la pause. Lorsque Jean-Louis Le Grand parle. Catherine Gall. La seule question que pose Georges : "Tu parles de transe. L’art d’habiter les moments. dit maintenant Christine. Roger Tebib. les Romantiques refondent la vie autour de l’œuvre. Zouari Jilani. Martine Lani-Bayle. Yvan et Madame Ducos. mais une œuvre dont la forme se cherche sans fin. La femme d’Yvan (né en 1929) est là. rapport que j’ai beaucoup travaillé à partir des recherches de ma fille Charlotte. c’est très rare". quand tu écris. Salvatore Panu. C’est un peu notre lot. Je regrette que les délibérations du jury aient duré plus d’une demi-heure. Lire Jenny. d’Attractions passionnelles. à propos de ton travail . qui a quelque chose à voir avec l’impetus : ces moments foudroyants réorientent entièrement la vie du sujet. Cependant. l’art de le dire m’impressionne. entre les mains. rapporteur. Christine Delory-Momberger et JeanLouis Le Grand. Mohammed Rebihi. Patrice parle de la dimension agonistique. Le jury s’est réuni pour choisir le président (Jean-Louis Le Grand). tant je suis pris par l’exposé de Jenny. "Cette thèse est intellectuelle. aujourd’hui. et nous. Martine Lani-Bayle suggère à Jenny l’emploi de l’arbre généalogique. Heureux d’avoir travaillé avec Martine Lani-Bayle. je travaille sur le rapport entre les Romantiques d’Iéna (Schlegel. Soutenance de maîtrise d’Yvan Ducos Yvan a voulu soutenir avant d’aller manger. Il me faut la traduire. de Gaby Weigand (Ergon. Zur anthropologischen Grundlegung einer Theorie der Schule. Georges Lapassade et Patrice Ville. de “ former ” mes jeunes collègues à la direction et l’évaluation des thèses. Et mon éditeur n’aime pas les gros livres. il a introduit la photo. Remi Hess. Il parle de la tenue d’un journal dans lequel il racontait les séances d’entraînement. Le seul problème : elle fait 430 pages de petits caractères. immédiatement. J’avais lu son texte : ce qu’elle dit ne me surprend donc pas. Georges est fatigué : il veut parler tout de suite. Bon d’accord. pour moi. Je parle en second : j’insiste sur la dimension instituante de Jenny. ce n’est pas vraiment possible. et de Jenny dans notre collectif . dit Martine. ce fut le point de départ du travail soutenu aujourd’hui : L’institutionnalisation du sujet. mais quelle discussion ! Fatiguant. 2004). thèse de Jenny Gabriel. Finalement. Rencontre foudroyante avec Le sens de l’histoire. On entre dans une esthétique de l’inachèvement". sa participation aux collectifs des IrrAIductibles. Impetus. une femme qui a du talent : elle parle très bien. Kareen Illiade. Vendredi 17 septembre 2004. Jenny a eu les félicitations. Liz Claire et sept à huit personnes dont les noms m’échappent maintenant. Isabelle Nicolas.

Dispositifs 1. Je ne puis pas fuir. nous dit qu’à cet endroit (au bord de la mer entre Martigues et Marseille). Il faudrait que je rentre. Marie-Fanéla Célestin. mais en même temps. Benyounès. réunion des IrrAIductibles On parle des dispositifs. Salvatore.16 heures. mais en même temps. Comme en Champagne au XVIIIème siècle. plutôt qu’en sabbatique. mais tout de même. ou un morceau de quelque chose qu’un contemporain décide de produire comme quelque chose de non abouti dans sa totalité. comme celle observée à côté de Sainte Croix. Il y avait la mer pour pêcher. avec de la terre. octobre 2004. Il faudrait confronter les notions de “ fragment ” à celle de “ moment ”. la culture ? Je ne sais. Il y a Ruben Bag. on en parle. Georges Lapassade prend la parole. pour écrire mon éditorial du numéro 6 290 . Nous sommes 24 dans la salle. Mohammed Rebihi. mais quels légumes ? Ils n’avaient pas de pomme de terre ! Avaient-ils les olives ? Quels moments vivaient-ils ? La pêche. car en ce moment je suis à l’Université. 290 Les irrAiductibles n°6. Pourquoi écrire dans ce carnet aujourd’hui ? Ce n’est pas très rationnel de vouloir écrire mes méditations ici. Moi. la chasse. qui ont tenté de vivre à un carrefour maritime où passaient des bateaux grecs. j’en ai marre de ce dispositif. Roger Tebib défend l’école. lors de ma descente chez ma sœur la semaine passée). et pour moi en chantier actuellement à Sainte Gemme. Le fragment selon F. je ne reprends pas de nouveaux étudiants. ce qui reste permet de bien comprendre la forme de la maison (les différentes pièces utilisées). Roger Tebib. De quoi pourrais-je parler aujourd’hui ? Il faudrait que je médite sur la notion de fragment. Le temps passe. Je souffre. Aziz. car j’ai mal. et de le donner à Benyounès qui est là. il ne reste plus que des murs d’un mètre au-dessus du sol. 183 . La ruine est donc un fragment qui nous renseigne sur le mode de vie passé. 360 pages. Il me faut rester ici. J’ai envie de clore ce carnet sur le “ non-moment ”. Il y en a 7 ou 8 prévues pour aujourd’hui. Le fragment du passé ouvre sur des possibles au niveau du régressif. L’archéologie. Georges est en pleine forme. les murs sont faits de pierres tenues entre elles. Schlegel est. dans ma visite de la maison phocéenne. et qui nous permet de mesurer le surplace de la civilisation pendant toute cette période. Kareen. C’est passionnant. est une méditation à partir de fragments. la manière dont les murs ont été faits. Peut être Bernadette serait-elle heureuse de retaper un journal de moi. Ce qui m’a frappé. En fait. C’est étonnant que la technique de construction n’ait pas évolué en 24 siècles. depuis le VIème siècle avant Jésus Christ. Or. Je ferme activement “ le moment universitaire ”. bien installé dans le moment “ soutenances ”. Je ne puis pas accepter de gaspiller le temps dont j’ai besoin. dans les jours qui viennent. et le temps fuit. Je liquide des charges. je suis en sabbatique. 27 septembre 2004. Je vis une crise. à cet endroit. Des moments me sont imposés. Leonore. ou un héritage du passé (une ruine de maison phocéenne. c’est son “ être là ”. Incroyable ! Certes. mais dangereux. je devrais être en congé maladie. sciences des traces. officiellement. Quelle relation avec le “ moment ” ? Le village phocéen du VI ou Vème siècle. et la terre pour récolter des fruits. il y a eu des groupes humains. Liz Claire. Il fait une conférence sur le dispositif. Je ne vois pas ma place ici. pour construire mon moment de l’écriture. Boumarta.

si au lieu d’utiliser l’espace pour faire du sport. mais l’habiter. Le moment est l’organisation processuelle. ou dans la construction du moment parking. Elle ne comprend pas le sens de ce dispositif de cette journée de soutenance. J’en ai marre des étudiants. pour réaliser une identification psychologique ou sociale d’un individu ou d’un groupe. ce n’est pas le beau. Le moment. Je m’arrête. Habiter une belle maison. Il n’y a pas de thèse. Mais faire de l’architecture. maison d’habitation et devient “ musée ”. et elle n’est pas une œuvre. Je ne comprends pas les gens qui ne voient pas le travail transversal. Le moment de l’œuvre. Personnellement. La nature se trouve en dehors de toute destination. Dans un moment. Le problème de notre amie Laurence Valentin. pour y habiter. On trouve cette force aussi chez Johan Tilmant. au moins pour y vivre. Elle aurait aimé soutenir à 15 heures. Schlegel. On me demande de parler. est-ce faire œuvre artistique ? Le Musée Dali à Figueras a d’abord été l’espace habité par Dali. Mais s’il s’agit d’une maison. Ils menacent cette distance que je voudrais construire. comme finalité.. Benyounès me demande de lui envoyer des textes par Internet. Je ne vais plus enseigner cette année. Je l’ai déjà entendu. Il y a aussi des espaces sans destination. Il est 16 heures 30. En fait. qui opère et s’opère dans ce genre de contexte. caractérisée par un certain nombre d’éléments. pour faire tout ce que je dois faire cette année. où 5 enseignants travaillent ensemble avec une dizaine de mémoires. Hier et aujourd’hui (ce matin). Je l’ai lue. de la décoration d’un espace habité. Il s’agit de propositions d’enseignement. ce peut être la fin. une lutte à mort contre la médiocrité. mais on sent vraiment l’énergie. 184 . l’objet – au départ – avait une finalité. il y a souvent du recyclage de fragments de moments antérieurs. Plusieurs appels ou courriers électroniques me mettent en péril. Il y a des exceptions. qui s’organisent les uns par rapport aux autres. La limite entre l’œuvre. Je cause. c’est la décision de poser une forme qui articule dans une Gestalt nommée. Je lui donne mon carnet. J’ai mal au ventre. Chez Charlotte. c’est que ce qu’elle dit m’apparaît redondant. La ruine est fragment d’œuvre. pas de point de vue que l’on défende avec énergie. Le même fragment devient autre chose. prendre du recul par rapport à ma transversalité. je trouve une pensée polémique. Le meilleur moyen que j’ai de poser une intervention : refaire la genèse de notre histoire collective… Benyounès s’en va. Je sens dans ses pages une énergie qui me ressource. je trouve génial ce dispositif. la dissolution du moment de l’habiter. qui ne sont pas non plus des œuvres. dans plusieurs versions. Mais globalement. Je vais essayer de le faire. désignée. on le destine à parquer des voitures. oui. de fragments matériels hérités du passé. au visiter. Il me faut un an de congé. Je veux sortir de mes moments. le plus souvent. du fait même de sa destination. la chose finalisée. Par contre. Et en plus. il y a donc glissement du sens. une ruine. Le même objet : une maison passe de l’habitat. un même terrain peut entrer dans la construction du moment basket (s’il y a un panier construit). Il ne s’agissait pas d’une œuvre d’art. je pense que ces textes ne sont plus d’actualité.Chez F. Je ne trouve pas de passion dans les écrits de la plupart de mes étudiants. Figueras fut atelier. elle a fait un tel volume (180 pages) qu’elle n’a pas réussi à éliminer toutes les fautes. mais d’un espace aménagé. c’est un moment pour soi : un moment qui n’a d’autre finalité qu’esthétique. Ils sont obsolètes. etc. c’est une définition du moment. ou produits dans le présent. j’ai relu 180 pages de ma fille Charlotte. Sur le plan matériel. je trouve que la plupart des mémoires sont sans enjeu. le fragment est fragment d’œuvre. je me sens pompé. Laurence Valentin est agacée. alors que chez mes étudiants. La destination d’une maison. A un moment. Ce n’est pas achevé. Ce qu’ils écrivent m’emmerde.

Cela m'a fait penser à l'auriculothérapie qui agit sur certaines douleurs en appliquant des aiguilles sur certains endroits du pavillon de l'oreille. Je l'ai laissé tel que tu l'écrivais. pas voulu. ses repères. sur la vie ensuite de beaucoup. de volonté et présence de certaines conditions pour y parvenir. parfois sans. comme différentes couches qui se recouvraient lors du développement du petit humain. au moment précis. En y réfléchissant. où nous n'avons pas la possibilité de nous exprimer avec des mots. à part son deuxième apprentissage ? Cet été.). totalement ou en partie. mais malgré les ennuis informatiques et le bruit de marteau piqueur qui nous accompagne depuis un mois (travail de transformation du réseau d'eau chaude dans le bâtiment). Tout d'abord. qui a perdu la mémoire. En gros. mais je continue à me poser des tas de questions. période qui a marqué apparemment tellement de gens au vu des expériences décrites (expérience de naissance. Si tu l'as écrit parfois "nom moment". le moment de l'un s'articule-t-il avec le moment de l'autre ? Comment dans une famille nombreuse. partagée entre un sentiment intuitif et une méfiance dues à mes études et mon expérience de la médecine. il y a une part de liberté. qui repart à l'âge adulte de zéro. où l'espace et le temps sont vécus différemment ? Et dans un milieu professionnel. j'ai très heureuse de lire et de taper ton journal. qui est devenu une autre personne (sans ses expériences. me trouvant souvent d'accord avec tes remarques. Est-ce un moment ? Il semble avoir eu beaucoup de retentissements et d'influences. et à mon désir de te l'envoyer plus rapidement. Je découvre la lettre suivante de Bernadette Bellagnech qui a tapé ce journal. de maltraitance très précoce. que sont devenus ses moments et à partir de quoi va-t-il s'en construire d'autres.Mercredi 24 novembre 2004. est-ce qu'alors le moment du travail est un non-moment. je suis persuadée que dans la notion de moment.. même si le ton de celui-ci est plus grave. le traumatisé crânien. chacun des enfants a-t-il conscience de ses moments propres ? Le moment est-il le même dans un autre pays. J'y réfléchis en te lisant. Je m'interrogeais sur la période (j'allais écrire le moment ?) de notre vie. ses émotions d'avant). l'essentiel est fait et je te l'envoie. pour l'établir. J'avoue que j'ai des difficultés à saisir vraiment ce qu'est le moment. Je voudrais ensuite m'excuser d'avoir tardé à te l'envoyer. 185 . Est-ce lié à l'identité de la personne ? Comment dans un couple. j'ai lu un peu par hasard Le corps se souvient d'Arthur Janov (auteur du Cri primal). L'auteur explique "ces phénomènes" en décrivant d'une manière un peu compliquée la mise en place successive des différences structures du cerveau (se référant aussi à la lente évolution de l'espèce humaine).. même si le moment peut être imposé. Elle est datée du 16 novembre 2004 : “ Cher Remi. qu'on n'a pas choisi. Le terme "non-moment" est parfois écrit avec un tiret. moi parfois. même s'il occupe plus de la moitié du temps de la vie ? Ne prend-t-on conscience de son moment qu'après l'avoir dépassé ? Pendant ? Chez l'amnésique. ses souvenirs. mais accepté par nécessité. je me suis surprise à l'écrire "mon moment" (?). le tissu de la forme fétale de l'oreille serait issu des trois premiers tissus de l'embryon qui se seraient différenciés par la suite pour former les différents organes. puisque tout lui est étranger. Le dispositif à la maison ne s'est pas prêté à la rapidité.

Je te souhaite d'avancer dans tous tes projets d'écriture.. et en train.C'est un peu confus. je suis persuadée qu'ils nous accompagnent. ainsi que Lucette..doucement. Bernadette. Je t'embrasse. Avant que mes amies n’arrivent. Il est vrai que cela n'empêche pas de ressentir.... je suis déjà venue à Sainte Gemme par l'imagination. Je fais ce compte-rendu dans ce journal. c'est être fou. Je me suis aussi surprise à penser "pourquoi parler de non-moment".. et cela nous fait avancer. le chaos renvoie à un état du social où l’organisation vient à manquer. 15 h 40. Liz Claire. Pour ma part. Liz Claire et Jenny Gabriel m’ont demandé de faire un compte-rendu de notre réunion d’aujourd’hui. dans sa forme chaotique. de peinture et autres. ce qui n'est évident pour personne. Pour ma part. pour informer les absents de nos cogitations. Si écrire. Une partie de son expérience m'accompagnera vivante. Nous viendrons à Sainte Gemme un jour. mais pas tant que cela. et à la théorie des moments. Jenny Gabriel m’attendent dans la cuisine pour préparer le repas. Je me mis à prolonger le travail de secrétariat explicité.. j’avançais la relecture de mon Journal du Non-moment. La description de notre désorganisation apparente me semble nécessaire à restituer. Pourquoi? Je me pose plus de questions que je n'ai de réponses. par une 186 . Je me suis sorti de notre réunion d’Attractions passionnelles pour faire ce travail. Pour un Allemand. Profitant d’une conversation à propos d’un ouvrage de June Jordan. Il semblait qu’on soit dans le non-moment. Christine DeloryMomberger.. alors que chaque minute de vie est précieuse. que ce qu'ils ont partagé avec nous germe en nous comme de petites graines maintenant ou un peu plus tard. mais imaginaire pour les autres. pour aller rédiger une convocation pour une réunion du collectif de notre revue. Y-a-t-il une forêt de résineux pas loin ? Ou alors une ancienne mine de sel ? Ou est-ce lié à une Sainte Gemme que je ne connais guère ? J'ai été heureuse d'apprendre que ta santé s'améliorait. Ton évocation des cerises et des doryphores m'ont ramené bien loin. Je souhaiterais que notre groupe lise ce texte avant notre réunion historique de samedi (décision d’une mise en chantier du numéro 0). c'est une pierre précieuse transparente.. mais j'ai pensé à toi. alors sois-le ! Prends bien soin de toi. notre réunion n’était pas un groupe sujet. je crois fermement que ceux qui sont partis souhaiteraient que l'on vive chaque minute intensément. ou alors un bourgeon ou de la résine de pin. ramenant à la conscience des odeurs. Je viens de terminer la relecture de ce journal. J'ai été heureuse d'avoir lu Le précaire et le certain d'Hubert de Luze avant sa mort.. mais sûrement. 12 h 30.. même si je ne l'ai pas connu. Je pense que ce serait la meilleure manière de leur être fidèle.. des sensations et des visions familières d'un mois de juillet lointain déjà. que je jugeais prioritaire. entre Liz et Jenny. mais un chaos. samedi prochain. Les enfants sont malades en voiture. car au départ. Pour avoir été confrontée avec la mort de plusieurs êtres chers. avant l'âge de 20 ans. plus riches de ce qu'ils nous ont laissé. ” Jeudi 25 novembre. créant à partir de tes récits un cadre familier. Pourquoi le village est-il nommé ainsi ? Une gemme. assurément. forme particulière du non-moment. je m’étais éclipsé de la cuisine. mais cela finira par s'arranger avec un peu de temps.

poursuite de cette relecture. Alors. “ L’origine de l’œuvre d’art ”. lorsqu’il se laisse aller à sa transe sur le thème de l’oeuvre 292 . Christine du blanc. à ma manière. Heidegger. Gallimad. mais que j’avais oublié. épluche les pommes de terre. Leur capacité à donner du sens à leur retrouvaille m’exemptait d’une accusation de producteur de chaos. Ce sera l’objet de la réunion de samedi. multiplié par le nombre de participants au groupe de travail ! Mais on se trouve dans une situation de groupe “ sujet ”. On a besoin de chacun pour aller plus loin. Paris. Jenny boit du vin rouge. sorte de vide. in Chemins qui ne mènent nulle part. Je justifiais ce manque de savoir-vivre (fuir mes invitées). psychologiquement. par cette confrontation à un texte que j’avais écrit. J’arrose le tout d’huile d’olive. Par contre. et moi du coca ! On parle. En conséquence. fonde le moment qui héberge la terre entière. D’ailleurs Liz a un courrier à poster. je le ferai. M. hypnotisé presque. Je ne savais pas bien pourquoi. dans l’orbite d’AP. On parle encore d’édition.. Au boût d’un long moment. Mais. je les entendais parler. enfin. Je ne rentre pas dans le détail. qui n’a pas vécu le flottement du non-moment. Le moment du repas refait la cohésion du groupe de ceux qui “ ont un trou dans l’estomac ”. à faire le compte-rendu. dans notre groupe d’Attractions passionnelles. ce que. Il faut faire un compte-rendu. Liz de l’eau. le silence se fit dans la cuisine. on a l’impression que notre QI est égal au QI du plus intelligent. pour recouvrir le non dit du non-moment. si ce n’est que j’étais pris par mon texte. On s’aime. au départ sur le texte que je voulais publier de Liz. installe. le temps passant. pour le n°7 des irrAIductibles. 1962. Paris. T. Et surtout le commentaire que Gilles Boudinet fait de ce texte in M. une de performance. Jenny l’accompagne à la poste. Christine remarque qu’une énergie se libère dans les groupes sujets. On se met à table. On a l’idée de sortir un numéro Zéro en 2004. On régule. en me disant qu’il me fallait terminer la relecture de ce journal. de deux œufs. voilà surgir une sorte de fulgurance instituante : on est dans le moment de la création. On ne peut pas laisser les absents. vertige du nonmoment. et on se met à table. c’est dans le contexte de ce que Félix Guattari a nommé les groupes “ objets ” 291 . une de littérature. et je ne doutais pas des glissements de leur conversation. mais il semble que l’on fasse la queue à la poste. divisé par le nombre de membres du groupe. on se respecte. J’imaginais que mes amies prenaient conscience que je les avais abandonnées. Je l’ai écrit au singulier. M. Le groupe a émergé d’une 291 292 Félix Guattari. F. pensant que je l’oublierais. une collection de poésie. Il faudra faire une restitution orale samedi… Alors que l’on était dans le chaos. Maspéro. Adorno : vers un pacte de l’esthétique moderne. certain n’aurait pas manqué de proclamer. Il aurait fallu corriger. 1973. Christine. Qu’est-ce qu’un groupe ? Je parle du théorème de Leroy : “ L’intelligence d’un groupe est égale au coefficient intellectuel du moins intelligent du groupe. j’ai laissé Jenny Gabriel travailler dans la cuisine avec Liz Claire. nous évoquons le lexique. Dommage. Idée de créer. elle n’était prête. ” Nous connaissons des situations où ce théorème se vérifie. que je n’avais pas expliqué ce que je faisais. Elles devaient se dire que j’étais un peu long. Au moment où je terminais ma relecture. On se met alors à préparer le repas. série “ Didactique de la musique ”. Heidegger. Par contre. C’est concret. dans l’ignorance que quelque chose comme la dynamique et l’énergie d’une œuvre nous a saisis. On a faim. Je l’enrichis de tomates. Le courrier est-il déjà envoyé ? Oui. Document de recherche O. Je dis mon intention de définir la notion de groupe. n°22. L’écriture inscrit. Nous ne rentrons pas dans le détail de ce numéro. Psychanalyse et transversalité. J’avais épluché une salade. si je ne l’envoyais pas aujourd’hui à quelques lecteurs intéressés par l’élaboration de ma théorie des moments. Le compte-rendu crée le moment. dans d’autres circonstances. Jenny est venue pour travailler sur le texte de Liz. Nos amies reviennent. janvier 2003. W. comme dirait Heiddeger. On se donne Attractions passionnelles pour objet. Mais elles ne semblaient pas m’en vouloir. En général. J’avais oublié de dire à mes deux amies que j’avais invité Christine Delory-Momberger pour déjeuner. on sonne. d’une gousse d’ail. 187 .

Le groupe est sujet. juste avant mon départ pour Metz. Ayant oublié mes lunettes à Sainte-Gemme. j’ai trouvé dans le chapitre sur “ Le doute de Cézanne ”. et où tout symbolise tout. le quasi-moment et le non-moment ”. en le voyant à l’œuvre. qui est une lecture de mon Journal du non-moment (5 mai-25 novembre 2004). l’autre et l’un. 295 M. lorsque chacun a pu travailler à l’entrée dans l’installation commune du Miteinander-Sein (voir la définition du terme dans le Lexique d’AP 293 ). Si l’objet de la psychanalyse est de décrire cet échange entre l’avenir et le passé et de montrer comment chaque vie rêve sur des énigmes dont le sens final n’est d’avance inscrit nulle part. mais cette recherche est le fruit d’un échange fort avec moi. 294 Maurice Merleau-Ponty. cit. mais ne peut en tout cas manquer de nous fournir notre élan et d’être elle-même pour nous. Paris. 42. je ne veux pas laisser sa démarche sans réponse. elle écrit : “ (Remi) est un bâtisseur. mériterait de nombreux développements. Merleau-Ponty compare cette posture à celle de notre vie même qui. le quasi-moment et le non-moment ”. Jenny travaille avec moi la question du moment depuis quelques années. sous la direction de Patrice Ville. Son texte “ Le terrain périoecien. l’incarnation de la valeur que nous lui donnons. Ce qui est bizarre. Dans ce livre. Jenny est une lectrice fortement impliquée du Sens de l’histoire. il a l’endurance des pionniers. Il faut travailler avec elle. Nagel. Merleau-Ponty. Dimanche 19 décembre 2004. appuie son avenir à son passé et son passé à son avenir. ou alors il ne pourra pas comprendre mon analyse. comme situation “ à accepter ” ou “ à refuser ”. Il faut que mon lecteur ait accès à ce texte (15 pages). Sens et non sens. p.longue période de latence qui a permis à des éléments de transversalité de se tisser entre l’une et l’autre. de Maurice Merleau-Ponty 294 . Il me fallait le relire et le commenter. cette médiation sur les situations : “ Les décisions mêmes qui nous transforment sont toujours prises à l’égard d’une situation de fait. intitulée “ L’institutionnalisation du sujet ”. je ne suis pas dans les meilleures conditions pour travailler intellectuellement. j’ai lu Sens et non sens. on n’a pas à exiger d’elle la rigueur inductive. Je viens d’imprimer. et de relire le long texte de Jenny Gabriel intitulé “ Le terrain périoecien. 188 . Elle a soutenu cette année une thèse (sur la théorie des moments). 1966. À moins que je ne résume la démarche de Jenny. Quand les filles sont parties. en mouvement circulaire. En même temps. Faut-il être doté de cette incroyable énergie pour vivre le Moment de l’œuvre conjointement avec d’autres Moments qui sont le sel de la vie ? Faut-il être dans la force de l’âge ? J’ai douze ans de plus que Remi. Ai-je encore assez de forces vives pour habiter les Moments ? Telles sont les questions que je me pose en l’écoutant. 10 h. À la fin de son texte.. ici et maintenant. c’est que ce texte m’oblige à ré-ouvrir ce journal que je pensais clos. op. J’avais regardé rapidement ce texte à son arrivée. La rêverie herméneutique du psychanalyste. pour lui permettre de pousser plus loin sa réflexion. et une situation de fait peut bien être acceptée ou refusée. ” 293 Le groupe Attractions passionnelles (AP) travaille collectivement à la production de fragments philosophiques ayant pour objet une pensée de l’esthétique.. Ce groupe travaille également à la production d’un vocabulaire. qui multiplie les communications de nous à nous-mêmes… cherche le sens de l’avenir dans le passé et le sens du passé dans l’avenir 295 … ”. une force de la nature .

le savoir. le tennis. et je suis moins optimiste sur ce que je fais. et je l’observe dans cette période où tout lui est imposé : rythmes scolaires (fous). et de contestation de cette imposition. pour lui permettre de suivre le rythme imposé par le conservatoire . Mais je vis actuellement beaucoup avec mon fils Romain (10 ans). c’est-à-dire acquérir les mœurs de la corporation ou de la communauté qui se cache derrière chaque appartenance. ” Sans renier cet optimisme. car en plus mon fils revendique le droit de jouer avec ses camarades ! Je vois émerger chez lui une dialectique d’acceptation de l’imposition (il aime la harpe. Du coup. car au fur et à mesure que je produis. très belle. Il y a aussi l’organisation du travail. Mais il se contente de dire qu’au début de sa vie. je suis heureux d’être totalement peintre. tout en tenant compte de l’état du contexte de la communauté de ceux qui peignent. Dans la mesure où l’entrée dans un moment est l’entrée dans la communauté de ceux qui exercent la même activité. que je lis des ouvrages sur la peinture. L’autodidacte que je suis en peinture. Henri Lefebvre est assez discret sur l’éducation. pour des raisons de réalisme. De cet assujettissement. et qui à chaque fois. on a du mal d’en vivre . Aucune école des BeauxArts ne prévoit de recruter un pré-retraité comme étudiant. Je suis devenu un artiste. Jenny pose ici une question que je me pose moimême. disciplines (programmes de l’école. Il étudie l’homme déjà bien engagé dans sa biographie. me fut interdit. ce ne peut pas être le cas. Dans mon journal d’un artiste. que je visite des expositions. naîtrait une dynamique qui laisserait émerger le sujet… Il me faudrait relire H. dans une notation de la semaine passée (journal d’un artiste). je découvre sans cesse davantage ce qui me reste à faire. pour avoir travaillé cette année 2004 à la construction de mon moment de la peinture (j’en suis à une trentaine de toiles). On voit là que la formule de Jenny selon laquelle “ le temps des Moments est celui de la jeunesse du désir ” fonctionne parfaitement. Je me souviens qu’il aborde cette question dans La somme et le reste. je suis heureux d’être parvenu à peindre une première toile et je dis quelque chose comme : “ Même si je devais mourir aujourd’hui. à propos de certains moments. étant enfant. depuis le 15 novembre 2004. je pense 189 . Lefebvre sur ce point précis. et que c’est une opposition familiale qui m’a fait passer à côté de ce projet que j’ai pu imaginer reprendre à certains moments de ma vie. Les premiers moments hérités seraient imposés. une idée m’est venue cette semaine. L’enfant y serait assujetti. Du coup. répond en disant finalement que “ le temps des Moments est celui de la jeunesse du désir. je dois dire que je ne suis plus satisfait du tout de ce que j’ai produit. je pourrais vivre l’entrée dans mon nouveau moment sur le mode dilettante. pour donner à voir une toile qui correspondrait vraiment à ce que j’ai dans la tête. s’appuyant sur une longue citation de Raoul Vaneigem. du chant choral. Si je raconte cela. n’est pas pris en charge par la communauté pour entrer dans un moment (les professionnels me disent même parfois : notre art est difficile. activité sportive le mercredi au club de tennis…). cours particuliers de musique. en décembre 2003. de l’informatique . J’ai écrit 120 pages d’observations. du solfège. c’est pour me poser la question “ y a-t-il un “ bon moment ” dans la biographie de quelqu’un pour installer un nouveau moment ? ”. ” La formule est très. l’informatique et sait que s’il veut être compétent. mais pour lui en plus : conservatoire où il fait de la harpe. sur cette question. Sur ce chapitre. Mais chez moi. il faut s’assujettir aux gammes imposées par chaque communauté). Pourquoi ? Parce que je pense que ce moment aurait été celui que j’aurais voulu construire vraiment. on ne cherche pas de concurrents nouveaux). Cependant. l’enfant doit accepter de se laisser imposer la culture. je me demande si la construction de ce nouveau moment n’est pas un peu tardive. Je suis d’accord. et il semble dire que c’est ensuite seulement qu’il peut devenir sujet du processus.Jenny.

Il s’est mis à la composition musicale à 65 ans. Hubert de Luze a commencé ses études d’ethnologie à 60 ans. cela a d’autres intérêts. La femme ou l’homme expérimenté ont appris la science de la meilleure utilisation de l’énergie.que si une entrée tardive dans un moment n’est pas très efficace quant à la production d’une œuvre dans ce domaine. son organisation. etc. Si l’on prend l’exemple de quelqu’un qui déciderait de se mettre à courir à 70 ans. c’est une transversalité riche qui étaie l’entrée dans de nouveaux moments. la nécessité de travailler tous les jours. de même celui qui commencera le piano à cet âge ne pourra pas avoir comme projet de devenir concertiste. compte tenu de l’écart trop important entre le moment désiré et l’état actuel de notre transversalité… A suivre ! 190 . ce sont des compétences spécifiques. apprend aussi la rigueur d’une discipline. lorsqu’il se lance dans ces nouveaux domaines. Hubert sait tout cela. chaque communauté présente derrière un moment. l’expérience enseignera aussi ce que l’on juge pouvoir créer utilement. dans une vie de club. doit faire une place aux grands débutants. pour l’avoir acquis sur d’autres terrains. On touche là la dialectique entre énergie physique qui décline avec l’âge. il est évident que cette personne ne pourra pas faire des performances exceptionnelles. Ce qu’il a à acquérir. Cependant. une telle personne peut aider le groupe à s’épanouir. mais qui est fortement compensée par une meilleure utilisation de l’énergie. L’objectif de quelqu’un qui commencera la course à pied à 60 ou 70 ans ne pourra pas être de battre le record du monde du 1000 mètres. Cependant. on se dit qu’il y a une qualité que le “ grand débutant ” possède par rapport au jeune. Quand on voit ce qu’il est parvenu à produire dans ces deux domaines. J’ai connu des gens très structurants pour des groupes de jeunes. en apprenant la harpe ou le tennis. Ceci étant. et ce que l’on juge inaccessible. Romain. qui s’étaient mis à la pratique sportive assez tard.

puis nous donnerons deux exemples de pratiques diaires permettant de montrer l'invention du moment et sa conception. Nous allons montrer que cette technique a une histoire. 191 .TROISIEME PARTIE : CONSTRUIRE LES MOMENTS PAR L'ECRITURE DU JOURNAL La pratique du journal est un moyen d'entrer dans la construction des moments. et qu'il existe un continuum de théoriciens qui ont dégager les possibles à travers l'écriture de journaux (Chapitre 11).

l'ouvrage est signé M. Le fait que le mot remonte à 4 ou 5 siècles montre que c'est une pratique très ancienne. Déjà. Aujourd'hui. écrire le journal est un moyen de se construire une identité de chercheur. je peux donner quelques grands noms de personnes qui ont marqué l'histoire du journal de recherche que je prône ici et qui inspire directement ma pratique pédagogique. introduction. le journal de ses rencontres. et par extension la presse non quotidienne..Chapitre 11 : Moment du journal et journal des moments Tenir son journal est une pratique ancienne. Il existe donc un continuum de l'écriture de journaux. 1808. chez Firmin-Didot. les agents de développement social. et le journal de ses acquis scientifiques. de ses réflexions. il existe une tradition du journal de recherche qui commence en 1808 avec un livre de Marc-Antoine Jullien "Essai sur la méthode. les éducateurs. un journal. et enfin de son instruction et de son bonheur 298 ". au XVII° siècle. tournent au profit du développement de son corps. on distingue Tagebuch et Zeitung). nouvelle édition : Paris. Marc-Antoine (Chevalier). et le "quotidien" national. destiné aux 15-25 ans . (vol. 3. le mot "journal" signifie à la fois la pratique d'écriture au jour le jour qui nous intéresse ici. le philosophe John Locke a utilisé cette méthode. de son esprit et de son âme. J. A. recueillis et utilisés par lui. Je parlerai plus particulièrement de John Locke. Le journal des moments garde des traces de ses trouvailles. p. dont la racine est encore utilisée en anglais dans le mot Diary et en italien Diario qui signifient "journal". Seconde édition augmentée (348 pages) en 1810. pour la commodité de la vie et l'expédition des affaires. 296 Jullien. . John Locke (1632-1704) John Locke écrit dans son Traité sur l'Entendement humain. 192 . au jour le jour : la méthode "montre comment on peut parvenir. pour le progrès des connaissances. A l'usage des jeunes gens de l'age de 16 à 25 ans. et d'une sage répartition de leurs différents emplois. Anthropos. extrait d'un travail général. 296 " qui invite les jeunes à se former en tenant trois journaux : le journal de sa santé. 297 Souligné par R. en allemand. elle est pratiquée par les ethnologues. au sens de tenir son journal. 2006. Dans ce registre. que de pouvoir disposer de ses propres idées . 206 pages. 425) : "Il n'y a presque rien d'aussi nécessaire. Londres. régional ou étranger dans lequel nous lisons les nouvelles du jour. 1714. 298 Marc-Antoine Jullien. On parle du "diariste" (celui qui tient son journal) ou de "diarisme" (pour parler du phénomène social que représente le fait de tenir un journal). vieilli. on pourrait utiliser un mot. mais aussi de ses idées. les formateurs.. Paris. Pour éviter une confusion qui n'existe pas dans d'autres langues (par exemple. qui permet la distinction. au moyen d'une économie sévère de tous les instants. Essai sur une méthode qui a pour objet de bien régler l'emploi du tems. en lui faisant retrouver une très grande quantité de moments perdus 297 pour tous les autres et qui. plus étendu. sur l'Éducation. Essai sur une méthode. A chaque thème exploré peut correspondre un carnet. Si j'écarte de mon analyse la pratique du journal intime qui est davantage étudiée par les littéraires. à doubler et même à tripler la vie d'un homme. Ces mots viennent de "diaire" (au jour le jour). A côté de la tradition du journal intime. En français. que la littérature a commenté. de Marc-Antoine Jullien et de Janusz Korczak. premier moyen d'être heureux. H.

elle doit élaborer une science du diagnostic éducatif fondée sur la compréhension des symptômes. pour conseiller leur action. Janusz Korczak montre dans Moments pédagogiques que la science du diagnostic occupe une place prépondérante en médecine. les connaissances deviennent des savoirs).et il n'y a peut-être rien de plus difficile dans toute la conduite de l'intelligence. Il s’est appuyé ensuite sur ses lettres pour écrire ses écrits politiques. ce qu’il a en trop. la larme. Janusz Korczak (1879-1942) Moments pédagogiques. et il anticipe sur des recherches qui se sont poursuivies après lui. chercher les lois fondamentales. on désignait le lieu de formation des enseignants par "le Séminaire" ("Seminarium Nauczycielskie"). propose une clinique de l’éducation. comment contraindre et interdire. Il montre que le journal peut être l’espace d’un travail philosophique. En effet. "Les bons éducateurs commencent à tenir un journal. Marc-Antoine Jullien (1775-1848) Dans son ouvrage de 1808. qu’exiger de l’enfant. -un journal de l’âme (où l’on restitue ses rencontres avec les personnes. car ils ne connaissent pas la technique de la prise de notes. Machiavel a conservé les doubles des courriers qu’il envoyait aux princes de Florence. -et un journal intellectuel (où l’on note les connaissances intellectuelles que l’on acquiert ou par rencontre ou par lecture . et ce que l’on tire de ces rencontres sur le plan moral). à les traduire. les vomissements sont pour le médecin ce que le sourire. Janusz Korczak. Ses écrits philosophiques ne sont que la mise en forme organisée de ses médiations au jour le jour. la toux. L’étudiant examine de nombreux individus. jusqu'à la seconde guerre mondiale. d’écrire trois journaux différents : -un journal du corps (santé). Marc-Antoine Jullien propose aux jeunes. Le philosophe Maine de Biran a également utilisé cet outil au début du XIX° siècle. est un texte court. les joues rouges sont pour l’éducateur. il a sa place dans le prolongement d’autres recherches qui l’ont précédées. Marc-Antoine Jullien produit la première systématisation du journal des moments. à les associer et à en tirer des conclusions. Si la pédagogie accepte de suivre la voie ouverte par la médecine. Ne pas chercher à savoir comment exiger. Dans ce livre. l’écriture du journal pédagogique comme structurant le moment. mais qui s’inscrit dans des lignes temporelles qui font continua sur le long terme. qu’il a indexicalisé. Certaines formes de correspondance sont très proches de ce type de journal. Le journal apparaissait donc comme une sorte de formation totale de l’être. par l'écriture d'un journal. apprend à regarder et. NdT 193 . mais plutôt chercher ce qui lui manque. Il faut tout noter et tout soumettre à la réflexion. Ce livre fut écrit dans un contexte où l’école n’existait pas pour tous. ce qu’il exige. l’art du diagnostic pédagogique. John Locke a tenu un journal toute sa vie. lier ce qui est similaire. ainsi notées. rejeter ce qui est dû au hasard. que de pouvoir s'en rendre tout-à-fait le maître". Il n’y a pas de symptôme sans signification. de Janusz Korczak. ce qu’il peut donner. La fièvre. ayant discerné des symptômes. Quelles sont ces lignes ? La théorie des moments. ils n’ont pas pris au séminaire 299 l‘habitude 299 En Pologne. mais l’abandonnent rapidement.

même si je n’écris le journal que pour le relire moi-même. le journal est écrit pour soi. L’écriture du vécu est toujours limitée. les pensées d’autrui. L’écriture collective (“ symphilosophique ”) des fragments de la revue Athenaum était une forme collective d’écriture philosophique à rapprocher du journal. La seule différence. dans un premier temps. bref. S’il a dépassé le stade du journal du potache. bien identifié. C’est un point commun avec la correspondance. Quand on écrit une lettre. le manque de recul. elle est inscrite dans le présent de l’écriture au même titre que le journal. quelles surprises as-tu rencontrées. on peut remarquer que le journal. On pourrait écrire des centaines de 194 . et une aide pour les autres". Dans un premier temps. quelqu’autre m’attriste. Le journal est une écriture de fragments. c’est que. On lui a appris. On accepte donc la spontanéité. Quelles difficultés. quelles erreurs as-tu commises. ils perdent confiance en leurs capacités . On peut écrire un journal de voyage à plusieurs. Le destinataire du journal. le journal est écrit par une personne. Pour Janusz Korczak. à prendre en notes les exposés d’autrui. Ce n’est pas un écrit après coup. l’éphéméride est une forme d’écriture collective du journal. etc. On peut écrire le soir ce qui s’est passé dans la journée ou le lendemain ce qui s’est passé la veille. I).de prendre systématiquement des notes sur leur travail. comme ils ont trop attendu de leurs notes. quels échecs as-tu subis. où l’on vit ou où l’on pense. On ne peut pas rendre compte de façon exhaustive du quotidien. On tient à jour les informations concernant des malades d’un service : médicaments administrés. le journal est un écrit pour soi (individuel ou collectif). s'interroge : "Quelque chose me réjouit. L’auteur est le plus souvent une personne.Les formes générales du journal Le journal est tenu au jour le jour. La vie n’affranchit jamais qu’en partie. Mais globalement. contrairement à l’histoire de vie ou aux Mémoires. C’est même ce changement qui s’est opéré en moi que je mesure en relisant mon journal. peut-être. Que prendre en notes. l’auteur est le sujet du journal. Autant de questions que l'on doit traiter dans le journal". la partialité d’un jugement. dont on discute lors de réunions et de colloques. en même temps que l’on se reconnaît. ils ne croient plus à leur valeur". dissimulé aux yeux de papa sous le matelas. Même avec un petit décalage. quelles victoires as-tu fêtées? Que chaque échec soit pour toi un apprentissage conscient. réactions. alors que la correspondance est un écrit pour l’autre. examens. est un écrit pour l’autre. Cependant. Mais le plus souvent. Un journal de classe peut être aussi une œuvre collective. m’inquiète. Janusz Korczak. c’est par ces notes que l'on établit un bilan de sa vie : "Elles prouvent que tu ne l’as pas gaspillée. cette forme d’écrit personnel est inscrite dans le présent. Trop exigeants vis-à-vis d’euxmêmes. mais pas les siennes. Dans un hôpital. me décourage. “ Je est un autre ” (Rimbaud) entre le moment de l’écriture et le moment de la lecture ou de la relecture. alors que la lettre a un destinataire bien ciblé. comment les as-tu corrigées. comment prendre des notes ? On ne le lui a pas appris. Comme lorsque l’on regarde une photo de notre enfance. Mais il peut être un collectif. Tous les soignants contribuent à cette écriture. on écrit toujours au moment même. éventuellement la force des sentiments. en même temps on mesure combien on a changé.. il n’a pas atteint le niveau de la chronique que l’on fait lire à un collègue. En effet. mais un écrit dans le coup. m’étonne. diagnostics. même intime. ne permet de réaliser que des fragments". me fâche.

De ce point de vue. il y a une volonté de faire un travail de distanciation plus systématique. le vécu se déploie sur plusieurs jours. le journal explore une ou deux dimensions du vécu. Il permet aussi d’explorer différentes dimensions de celui qui écrit. même si le journal appelle surtout des notations singulières. à une forme de travail intensive (en voyage. plus. la narration d’un événement. comme celui d’Amiel). sur une recherche. Plus que tout autre forme d’écrit. L’écriture du journal est-elle scientifique ? Le journal n’est qu’un outil. et à l’exploitation que l’on fait des données recueillies dans des écrits plus élaborés. La lecture permet donc de jouer dans l’écriture même. Lorsqu’il est intensif. Dans cette pratique d’écriture. je suis conduit à relire plusieurs passages. Nous pouvons distinguer le moment de la lecture du moment de la relecture du journal. la relecture prend en compte le 195 . voire quinze pages par jour). Il l’utilise intelligemment ou pas. d’une lecture. En effet. son travail est intéressant. Chaque jour. À raison d’une page par jour. si l’on voulait être exhaustif. L’archéologue s’interroge-t-il pour savoir si un marteau est scientifique ? Non. il arrive que l’on ait davantage de temps que dans la vie quotidienne. ou au contraire celle-ci est déterminée par un contexte : le temps d’un voyage. le journal tend vers le récit. je retrouve des notations passées qui influent sur mon écriture d’aujourd’hui. on accepte que le recul survienne plus tard. Le journal est une écriture transversale. Alors que l’on a lu des passages du journal. Si vous avez centré votre écriture de la veille sur un autre thème. d’une conversation. au bout d’un an. Or. Même centré sur un thème. Alors que je suis en train d’écrire mon journal. un fait qui vous travaille resurgit le lendemain Sur le plan de la logique dialectique (voir ce terme). Il est donc divers par nature. Et une dimension de ce rapport se trouve dans la distance que l’on construit au journal. d’une recherche. sur une élaboration d’un thème ou d’un autre. dans son travail de fouille. Plus le journal est volumineux. L’objet d’une notation du jour peut être une pensée. le journal se donne des objets diversifiés dans des registres multiples. etc. Le journal est un procédé d’accumulation. le journal permet des notes à valeur universelle ou particulière. il explore la complexité (voir ce terme) de l’être. le journal est un outil rapide d’accumulation de données. chaque thème renvoie aux dates des jours. Prendre du recul. qui donne sa valeur au journal. En recherchant ce fragment. le journal n’interdit jamais des mises en perspective transversales. le journal peut glisser d’une logique de travail dans la durée (on essaie d’écrire une page par jour sur le thème que l’on explore). lors de la relecture. Dans la relecture. et sur une plus longue période. se pose alors la question de l’accès aux données accumulées. En matière de journal. Ou la durée n’est pas déterminée au départ (forme du "journal total" de certains journaux intimes. Une solution à ce problème se trouve dans l’indexicalisation du journal. moins j’ai un souvenir actualisé de son contenu. Il permet en restituant des souvenirs d’explorer le passé. la science se trouve dans le rapport adéquat que l'on construit à cette technique de recueil de données. Chaque fragment reçoit un titre en fonction de son thème. un sentiment. et alors on peut écrire dix. L’écriture du journal s’accepte donc comme fragmentaire. je me souviens avoir écrit quelque chose antérieurement sur le même thème. s’oppose à l’intensité. A la fin du journal. le journal compte 365 pages. Si un diariste écrit davantage. La durée. une émotion. Même en n’écrivant qu’une page par jour. Il montre le lien avec un vécu actuel. qui est une forme de table analytique qui lui permettait de retrouver ses réflexions rapidement.pages sur une seule de ses journées. où ce thème a été traité. Que je retrouve ou non le fragment recherché. sur le long terme. Le journal se développe sur la durée. et rendre compte de tous les contextes du vécu. dans certaines circonstances. Le journal joue de deux pôles : durée et intensité. Plus le diariste centre ses observations sur un ou deux faits chaque jour. La lecture survient au cours de l’écriture même du journal.

de Hegel. mais aussi les bribes de conçu qui émergent. comment s’est formé la conscience. 8 octobre 1840). dont les limites temporelles ne sont pas fixées a priori. Bien qui ait pu tenir un journal. C’est la relecture qui fait prendre conscience de ce non-encore-conscient. La capacité anticipatrice du journal. continue à être massivement pratiqué. le journal est d'un intérêt immense pour l'anthropologie historique (voir P. comment elle a réussi à dépasser certaines erreurs. Lorsqu'un journal est découvert ou lu. Journal intime. Ainsi. 1998). au jour le jour. Il est pris comme un ensemble. lorsque celui-ci est terminé. De ce point de vue. par exemple. Philippe Lejeune). dans la mesure où il prend souvent pour objet un vécu qui ne passe pas dans d'autres sources écrites. ” (Amiel. II).. d’Ernst Bloch. En lisant Le Principe espérance. avec le recul du temps. Hegel n’en a pas fait cet outil central que nous propose J. etc. du “ Je ”. Korczak. Amiel écrit "Une idée qui me frappa est celle-ci : Chaque jour nous laissons une partie de nous-mêmes en chemin. les perceptions. dont le volume est considérable (16 000 pages). Le journal intime qui fut à la mode au XIX° siècle. MarcAntoine Jullien conseille de faire des bilans hebdomadaires. avec un peu de recul. Peut-on concevoir une supervision pour le diariste ? Dans sa méthode de 1808. mensuels des acquis du journal et de donner à lire ces bilans à un adulte distancé qui permet d’aider à l’évaluation du travail d’écriture. Il a fait l’objet de nombreuses études (Michelle Leleu. pour reprendre les niveaux de l’analyse multiréférentielle de Jacques Ardoino). La relecture du journal permet donc une démarche régressive-progressive autorisant à se projeter dans l’advenir (voir Méthode régressive-progressive). la relecture du journal est un mode de réflexivité sur la pratique. groupal. Elle rappelle le mot du prince de Ligne : Si l'on se souvenait de tout ce que l'on a observé ou appris dans sa vie. Personnellement. on serait bien savant. Le journal intime prend comme objet le vécu personnel d'une personne. Cette pensée est d'une mélancolie sans égale. se situe dans un autre univers que ce que tente de promouvoir J. Comme les autres formes d’écriture impliquée (autobiographies. le journal acquiert une dimension historique. institutionnel. Béatrice Didier. Faire lire son journal à l’autre aide ainsi à progresser dans sa recherche. elles-mêmes plus élaborées ou plus médiatisées. inter-individuel. Tout diariste décrit son quotidien. 196 . Mais son travail d’observation minutieux lui fait noter des faits qui ne sont pas encore conscientisés. organisationnel. même si elle est intéressante.. On comprend d’où viennent les idées. donc plus construites. L’approche peut être thématique. Hess. cet été. . La lecture du journal d’Amiel montre que l’objet du journal intime est l’exploration de la construction du “ moi ”. il devient une banque de données intéressante pour l'historien. il me semble que cette forme de journal. Le projet d’expliciter le mouvement de la conscience est déjà dans La phénoménologie de l’esprit. c’est un "journal total". Avec le temps.. monographies). si le journal de terrain capte. en s’appuyant sur l’indexicalisation. comme en témoignent les travaux de Philippe Lejeune. les entretiens. Alain Girard. correspondances.Les formes particulières de journal Le journal intime ou personnel est celui que tient l'adolescent ou l'homme de lettres. Une approche multiréférentielle permet de lire le journal sous des angles différents (individuel. Notre travail ne s’inscrit pas dans le prolongement de cette forme de journal. C’est un tâtonnement quotidien pour débusquer toutes les facettes de la personnalité. Je le regarde avec plaisir. De ce point de vue.Cette pensée suffirait à faire tenir un journal assidu. Henri-Frédéric Amiel a passé sa vie à écrire un Journal intime. les évènements vécus. le journal est une ressource pour travailler la congruence entre théorie et pratique.tout du journal. Je suis heureux d’avoir ce journal dans ma bibliothèque de Sainte-Gemme. j’ai pris conscience que le journal permet de passer d’une conscience commune à une conscience philosophique des choses.

Dans le journal philosophique. L'espagnol Miguel Zabalza a consacré de nombreux travaux au journal dans la formation d'enseignants. c’est qu’elle m’écrit en allemand. Je fais lire à Gaby mes journaux (elle-même a tenu un journal de classe). rapports à la classe). Sur le plan de la recherche pédagogique. De ce fait. le journal que nous préconisons s’inscrit dans cette tradition. Korczak (1918). Il prend souvent la forme du "journal total". Pratiques de formation n°9. La dernière : R. Par sa dimension sociale. mais nous ne cessons de discuter. M. Le journal de voyage ne cherche pas à rendre compte de toute la vie du sujet. je cherche à capter cette intensité des journées. Il est destiné à être lu par d'autres. ou avec la littérature (chez Albert Camus). le lecteur attentif remarquera que mes journaux de voyages tendent à se confondre avec le récit. Cela signifie que nous faisons du terrain ensemble. nos hypothèses. Pour rendre exploitable notre échange de lettres. j’ai tendance à écrire davantage de pages chaque jour que lors d’une journée ordinaire. Zabalza propose aux élèves-professeurs de tenir au jour le jour un journal de leurs difficultés tant didactiques que psychosociologiques (relation pédagogique. je lui réponds en français ! Le lectorat est forcément limité aux bilingues. et moi. le journal de bord se différencie nettement du journal intime. René Lourau (1988) défend l’idée que le journal de recherche. Comme le journal. Je vis le voyage comme une intensité . on peut considérer que Moments pédagogiques est un journal de recherche pédagogique. Paris. Fonvieille (1947-2000)…. Marcel Mauss invitait ses disciples à tenir un tel journal. Il existe aussi des formes de voyage sur place. De ce point de vue. Les travaux de Raymond Fonvieille s’inscrivent dans cette tradition du journal de recherche pédagogique. Il se limite à la période d’un ou de plusieurs voyages. c’est déjà la recherche. Hess. car je sais que cette surimplication diaristique ne va pas se prolonger exagérément. chez Leiris (L’Afrique fantôme). La description de leurs difficultés vécues en classe (premiers stages) sont lues tant par des 300 301 René Barbier. R. G. Notre correspondance est de la plus haute importance. celui qui cherche à ordonner un contenu déterminé à l'avance. il faudrait traduire… Ce qui pose d’autres problèmes. car il raconte le vécu d'un groupe. J’ai déjà envisagé de la publier. 197 . Université de Paris 8. La seule question. celui qui gère un ou plusieurs objets de recherche. le chercheur pointe ses hypothèses et ses trouvailles. et qui refuse l’intimité. Je m’inscris dans un continuum d’écriture de journaux qui va de Marc-Antoine Jullien (1808). On écrit un journal pour l’autre. Nous travaillons ensemble depuis 1985. juin 1985. à propos d'un "objet" qu'il s'est préalablement donné. L’observation participante dans les groupes interculturels. Lorsque je décide de tenir un journal. cette forme de journal visent à rassembler des informations que l'auteur ou ses commanditaires imaginent voir exploiter ou traiter d'une manière ou d'une autre dans un temps ultérieur. cet échange correspond à un suivi d’un travail intellectuel qui accompagne des publications communes 301 . L'écriture s’organise autour d’une recherche. A Saint-Jacques de Compostelle. Le journal de voyage. C’est une autre forme de journal. Le journal de bord est intéressant. et au fur et à mesure de leur apparition. Mais sur le fond. sur un terrain spécifique. “ Le journal d’itinérance ”. C’est une forme de suivi d’une recherche au quotidien. par exemple. j’ai un chantier de production avec Gabriele Weigand. J. pour un voyage de courte durée. De ce point de vue. C’est le cas du “ journal d'itinérance ”. une correspondance peut s’organiser autour d’une recherche. 2005. proposé par René Barbier 300 . pour ma recherche. On peut rapprocher de ce type de journal. Souvent. il s’agit d’une écriture autour de thèmes que l’on peut reprendre. On explore un voyage intérieur. sur le plan scientifique. une grande pédagogue allemande. Weigand. Dans le journal de recherche. Le journal de voyage se combine avec l’anthropologie.Korczak. nos lectures. Le journal de formation. comme le journal de bord que l'on a tenu sur les navires qui partaient à la découverte du nouveau monde. nos questionnements. Anthropos. le journal de terrain de l’anthropologue ou de l’ethnologue.

Korczak. Chez R. mais en moments parallèles. il faut rendre éducative l’institution pédagogique. d’un “ moment du journal ” qui survient au bon moment temporel dans certains contextes. dans un contexte de vie difficile pour moi (perte de mes parents). Dans la perspective que je décris. un journal des idées.formateurs spécialistes des disciplines que des psychopédagogues. Un même diariste pourra tenir plusieurs journaux en parallèle : un journal comptable. l’observation porte sur la classe. R. Le sens de l’histoire se veut une cartographie de vie. à propos des étudiants qui tiennent une forme de journal institutionnel (A. 1989) qui montre que dans tout type de formation professionnelle ou personnelle. dans la vie. de raconter ma vie 198 . Pour moi. C’est une idée qui a été dégagée par François Tosquelles lorsqu’il disait : “ il faut soigner l’institution de soin ”. Pourtant. Cette forme d’écriture peut aussi être identifiée chez Edgar Morin. il y a eu Georges Lapassade aussi. je ne me suis pas contenté des trois journaux suggérés par Marc-Antoine Jullien. Stendhal explique qu’il n’écrit son journal que lorsqu’il n’est pas sur autre chose. Ainsi. cette centration se fait sur l’élève. Donc. Korczak. qui interviennent alors pour aider le futur enseignant à répondre aux dilemmes du métier qu'il découvre. Ainsi. C’est dans ce livre que l’on a décidé. une consigne ou une norme. pour moi. je pense que des gens ont fait des choses proches. le journal institutionnel veut prendre en compte les dimensions individuelles. Fonvieille). On peut alors parler. interindividuelles. groupales. 2005). Christine Delory-Momberger me propose. on doit utiliser cet outil du journal. des journaux de voyage. J'ai commenté ce travail (Hess. Je fais le lien avec ce que vous avez nommé le journal institutionnel. il y a Colonies de J. Ce texte donne à lire la manière dont se met en place une réforme dans l’institution universitaire. comme illustration du processus d’analyse interne. de raconter mon histoire de vie. Je pense publier ce livre prochainement. Christine et moi. institutionnelles de la vie d'un établissement. Fonvieille. Je tiens jusqu’à 18 journaux en parallèle. il faut pointer les contradictions entre le projet énoncé et les pratiques institutionnelles. il y a la présence de lecteurs extérieurs qui aide le praticien à dépasser certaines contradictions qu’il a réussies à pointer. nombreux sont les intellectuels qui ont regretté. au risque de ne rien écrire d’autre (Amiel). Parmi les diaristes. Je décide alors de penser ma vie non pas en moments successifs (chronologie). Comment la définir ? Tous les écrivains n’ont pas donné une place au “ moment du journal ”. j’ai voulu remettre l’observation de la relation pédagogique dans un contexte : celui de l’établissement. sont centrés sur la relation pédagogique. Après moi. etc. Coulon. pris dans le sens anthropologique. Je m’inscrivais dans un champ de cohérence qui était celui de la psychothérapie institutionnelle. Là encore. moments d’une biographie. Je fragmente mes journaux en fonction de mes moments. etc. Dans Le métier d’étudiant. Je rappelle le contexte d’écriture de ce livre. L’analyse institutionnelle a besoin du journal pour avancer Le journal des moments est la dernière forme ma recherche. certains ont utilisé cette forme d’écriture constamment. ou ont limité l’écriture de leur journal à des périodes où ils ne s’investissaient pas dans l’écriture d’autres textes. Chez J. Le journal est un excellent analyseur de la vie institutionnelle. au moment même de son écriture. Ce chiffre correspond au nombre de chapitres du Sens de l’histoire. En fait. forme de journal utilisée dans un hôpital pour consigner tous les soins donnés aux malades dans un service. Plus que l'éphéméride. et Raymond Fonvieille l’avait pointé en commentant mon Lycée au jour le jour. De Montaigne à Pierre Bourdieu. Moins qu’une histoire de vie. on peut passer au journal des moments. du moment temporel du journal. de ne pas avoir tenu de journaux. avant moi. Ce texte n’a pas encore été publié. Mais ce n’est pas. sur la relation pédagogique elle-même. On parlera alors de journal des moments. Dans ma pratique du journal institutionnel. Alain Coulon parle du journal d'affiliation. avec son journal de la réforme des DEUG en 1984. je crois être le premier. Korczak qui n’est pas loin de prendre en charge la dimension institutionnelle que je tente de souligner. organisationnelles. mais il a circulé sous forme dactylographiée dans l’université de Paris 8. Mais. la plupart des journaux pédagogiques (J. Les conflits à l’intérieur de l’établissement interfèrent sur la vie de la classe. Ce journal accompagnait la réforme. Personnellement. un jour ou l’autre.

L’idée de se centrer sur un moment pour atteindre le groupe qui partage avec nous ce moment me vient de loin.en 18 moments. Parmi mes titres de journaux. Mais j’estime que ces textes ont tous des destinataires particuliers : mon journal pédagogique intéresse mon groupe de référence pédagogique. On est heureux quand on peut les consulter. est utile pour une communauté de référence. Anthropos. il m’est possible de refaire sa recherche. le journal d’analyse institutionnelle. Il faut pouvoir échanger autour de ce travail d’éclaircissement. déjà en 1976. Fonvieille avait tenu un journal pédagogique durant 20 ans. “ Henri Lefebvre ”. qui a voulu publié Moment pédagogiques. de santé. après avoir publié des journaux divers depuis 1989. Ainsi. s’ajoutent des journaux de voyage et des journaux sur des thèmes plus étroits de recherches particulières : “ Forme et mouvement ”. mon travail dans des revues. cela rendrait plus fort mon ouvrage. Plusieurs de ses livres sont cette mise en forme pour l’autre. j’ai constaté que dans ce journal. Donc. Quand on réussit à identifier un nouveau moment. j'organise l’écriture et la publication de mon journal en moments. etc. Comme Janusz Korczak. quand il est ciblé sur un moment. mais aussi dans la conscience du groupe. Dans le cadre de la rédaction du cours d’analyse institutionnelle que j’écrivais en 2005 avec Gabriele Weigand. il y avait 100 pages sur le lycée . 1997). de cette recherche pédagogique exceptionnelle. j’ai écrit 350 pages dactylographiées sur ma vie de professeur de lycée. on fait un progrès dans la conscience de soi. le journal des idées. je lui ai demandé de le reprendre au moment de sa retraite. J’ai pensé que si je sélectionnais les pages “ lycée ”. puis d’université). C’est pour ces gens que je veux rendre utilisable ce journal. de recherche interculturelle. Mais. “ René Lourau ”. à le décrire. Du coup. C’est une recherche individuelle et collective. Le moment de la direction de thèse a été écarté. j’ai passé du temps cette année à relire Implication. C’est à ce moment-là que l’idée du “ journal des moments ” s’est définitivement imposée. En 1982-83. Mais quand j’ai voulu faire Le lycée au jour le jour. Le seul regret que j’ai. mais il y aurait pu en avoir 19. de grands pédagogues ont souvent tenu leur journal pédagogique. cela vient de loin chez moi ! Le journal. qui rassemble mes commentaires de lecture. “ Congé sabbatique ”. Dans son cheminement de recherche magnifiquement décrit. Quand j’ai découvert que R. Il y en a 18. j’ai pu identifier les moments où il se trompe. le journal professionnel (d’enseignant de lycée. en 1988. et la conscience du monde. d’un artiste… À ces journaux. mais 250 pages touchaient d’autres thèmes : ma vie familiale. je donnais à mes étudiants la consigne de centrer leurs observations sur un seul thème. etc. pour expliquer aux jeunes enseignants l’utilité de ce type de travail. Lourau. mentionnons : le “ journal de lecture ”. de René Lourau. pour l’éditer. et de la porter plus loin que René lui-même. Le “ journal de recherche ” qui représente 2/3 du livre est tout à fait important pour pointer les impasses dans lesquelles s’enferme R. de paternité. Il a fait l’objet d’une publication séparée (Produire son œuvre. Le journal est une traque d’un champ de cohérence. le moment de la thèse. Je ne cherche pas à publier mes journaux sous forme de grands tirages. qui est traduit en brésilien et en italien). le journal de danse. “ attracteurs étranges et détracteurs intimes ”. pour ne pas rendre trop volumineux ce livre déjà gros (414 pages). “ Les jambes lourdes ”. centré sur le lycée au jour le jour. transduction (Paris. c’est qu’il soit mort sans que je puisse échanger sur ces questions avec lui ! 199 .

provoqua un rendez-vous. mais terni par le gris sale de cette salle. Le livre de poche. était le dessin. à Paris 8. Je lis Salvator Dali avec méthode et sérieux. Taschen. Lucette me dit : “ Tu n’auras qu’à faire une fresque à Sainte-Gemme ! ” Elle et sa famille. comme “ le 200 . Je ne peux le lire. ” Eugène Delacroix. mais en cachette. J’ai commencé par ce dernier. Dali. J’ai commencé à indexer le Journal d’un génie à partir de la page 35. ainsi que le livre de Robert Descharnes et Gilles Néret. est lié à Salvador Dali. lorsque j’ai voulu entrer aux Beaux-Arts. elle me dit que je dois renoncer à mon idée de peindre une fresque dans la salle C 022. en dehors de la gym. pour faire plaisir à mon père. “ Tout le monde s’opposera à ce projet ! ”. sur le mode de la confidence. Lucette et moi étions si proches l’un de l’autre. J’en suis à la page 15. Consciente du désagrément que provoqua son propos. qui était ami du directeur. la seule discipline où je réussissais. magnifié par ma pratique de tango. J’ai besoin d’une œuvre gigantesque. s’opposèrent à cette idée en 1991 ! Je voulais repeindre les murs intérieurs de notre maison avec les paysages que nous aimons (Cinque Terre. d’en parler tout le temps. J’associe à Martine Abdallah-Pretceille qui m’a désigné un jour. Ce matin. Mon père. fondamentalement idiot.nous n’avons jamais été aussi proches -. Je vais devoir le reprendre par le début. 53 “ Il y a deux choses que l’expérience doit apprendre . de manière sympathique. me dit-elle. et continuer le lycée… Au collège. c’est qu’il faut beaucoup corriger . à laquelle je m’identifie. Ligoure. la première.). qui se prenait pour Breton. me prenait pour Dali. J’ai découvert le Journal d’un génie (Gallimard. la seconde. Je découvre que René Lourau. Lundi 3 mars 2003. Ils affadissaient tout. p. à la fac. lu trop vite. Ma vie d’artiste clandestin a commencé à 15 ans. J’ai l’impression que ma dimension d’artiste doit être cachée. Je trouve ce défaitisme idiot. Le Sabotage amoureux. 1994). 2001. dans cette salle dans laquelle je vis chaque semaine… Cela transformerait le quotidien. Le bouleversement tellurique. Alors que jeudi. qui me secoue encore.Chapitre 12 : L'entrée dans un moment : Journal d’un artiste clandestin “ Et puis. ” Amélie Nothomb. que lorsque Lucette n’est pas là. Mais. etc. Ils n’avaient pas le moindre sens épique. 1993. accrochage avec Lucette qui me met hors de moi. peut-être pour rattraper sa gaffe. ce matin. Martigues. Ce dernier. j’ai recommencé Dali. nous détestions que les adultes se mêlent de nos histoires. m’expliqua que je devais renoncer à cette voie. c’est qu’il ne faut pas trop corriger. L’imaginaire. . le 25 février. encore que je ne puisse pas m’abstenir. Reims.

J’ai expliqué que j’allais éditer mes journaux tenus depuis janvier 2000. repas avec K. Ce qui est très drôle. et de l’AI à partir de Dali. plus la première page de Delacroix. Ce matin. et pour ce chantier de formation dans lequel je me lance sur le terrain de l’art. Cela va exister. J’ai dit que j’avais pensé à Benyounès. Hier. Derrière cette révélation. J’ouvre un journal dalien. Tous les dessins que j’ai publiés l’ont été sous un pseudonyme… J’ai commandé dix livres de Dali et Breton. Vous m'oublierez. Ce n’est pas vraiment encore solide. J’y reporte les idées qui s’imposent à moi lors de mes séances oniriques. K. (édition revue par Régis Labourdette). c’est que cette représentation forme un K. “ Mais. Mais je ne l’ai découvert qu’en le dessinant sur mon carnet vert. Mercredi 12 mars 2003. Mon projet en lisant cet ouvrage est d’acquérir un peu de culture. j’appelle séance onirique le moment qui suit le réveil et durant lequel une multitude d’idées se proposent à mon esprit. Pour ma part. Pourtant. cela signifie que je dois devenir Remi Hess. j’ai dit que j’avais ouvert un carnet à dessins. etc. et du carnet de dessins. je me dis que l’important est de fixer l’idée. Où est-il ? Je ne l’ai pas terminé. en demandant à des étudiants de les introduire. qui va organiser mes lectures dans les jours qui viennent. Poisson soluble. Ce carnet dalien sera tenu en interaction proche avec ce nouveau journal. Manifestes du surréalisme. non ! ”. fait de dessins. m’a demandé K. Comme le dit Dali. Nadja d’André Breton… Mercredi 2 avril 2003. Cela explique que je ne les dessine jamais. Mais qu’importe. J’attends aussi la commande dalienne. commandé à Mostapha Bellagnech. de Delacroix (Plon. Il sera temps plus tard de reprendre ces idées et de les faire entrer dans des projets plus travaillés. m’a dit : “ Moi. L’Histoire du surréalisme. J’ai lu ce matin la présentation et l’introduction. ” Qu’entend-elle par journal dalien ? Est-ce une contraction du présent journal à inventer. d’autres. l’important. il y a une énergie à perspective multidimentionnelle (refonte de mon livre sur R. S'il vous plait. Mes idées de dessin demanderaient du temps pour être mises au propre et présentables. etc). d’autres enfin sous formes de dessins. C’est à la fois intéressant pour la théorie du journal. depuis que j’ai lu Dali. immédiatement. 942 pages. introduction et notes d’André Joubin. encore. Les Cocus du vieil art moderne. j’éditerai votre journal dalien. On m’annonce l’arrivée de : La Vie secrète de Salvador Dali.Dali des sciences de l’éducation… ”. c’est d’être en mouvement pour devenir Dali. Les Champs magnétiques.. dans toutes ses dimensions. Certaines se présentent comme projets de livres ou d’articles . refondation des sciences de l’éducation. intitulé Carnet dalien. comme programme à réaliser durant la journée. “ C’est mieux que Dali ? ”. les annoter. Ceux-ci ne sont guère présentables. Je dois me constituer un solide rayon de bibliothèque sur l’art… Marie-Paule m’avait offert récemment l’ouvrage de Jean-Claude Kaufmann sur Delacroix. préface d’Hubert Damish. pour Après Lourau. Dans ma journée. Parallèlement à ce journal. Qui est ce Dali dont j’appréciais les tableaux ? Je me mets à flasher sur lui. Il n’y a plus que le dessin qui compte pour moi. Celle de l’art est à la traîne ! Je veux noter que j’ai reçu hier le Journal 1822-1863. Mais je dois le pratiquer en cachette. j’ai voulu noter la représentation de Kareen (K) dansant le tango. 201 . hier. L'amour fou. 1996. Lourau.

Beaucoup de ces livres. Un dessin de temps en temps lorsque j’ai une idée. 10/18. André Breton. Hier. Au point fixe du mardi. Antony. 1967 . Le soleil noir. André Breton. Accord fondamental avec ces idées forces. La mort difficile. Livre de poche. Caroline avait trouvé ce dessin très original et intéressant. j’ai bien dessiné dans mon Carnet dalien. J’y ai appris mille choses en relation avec mes désirs du moment. dont le Breton de l’Herne. Aujourd’hui. Au Salon du livre. À Sainte-Gemme. Kareen. Je vais commencer Crevel. Avant de passer à autre chose. André Breton et son temps. mais Martine l’a trouvé moche. Grasset. j’ai peint un bouquet. par Jean-Louis Bédouin. avec Audrey. Laurence. Hier. J’ai des idées qui viennent régulièrement. je me suis lancé dans une lecture effrénée des auteurs du surréalisme. C’est un excellent travail. sur L’effet de l’éducation moderne au musée dans le développement de l’expression sculpturale colorée des élèves du primaire. Le livre de poche. “ poètes d’aujourd’hui ”. Pierre Seguers. Johan. qui m’a offert un cadeau très original pour le 25 février (un trésor poétique). Nadja. j’ai passé la journée à dessiner dans le carnet commencé en 2000. C’était une manière originale du vivre le 1er avril. au moment de la mort de René Lourau. et Carla) : André Breton L’amour fou (collection blanche. coll. visité avec K. Je pourrais les reprendre pour en faire des toiles. j’ai lu la thèse de Adel Mohammed Hassan El Sayed Badr. sous la direction de Patrick Boumard. J’en fais des esquisses rapides. Elle propose de le remettre sur une autre couverture. 1976. Gérard Legrand. Elle a refusé les épreuves. 1963. Je me suis lancé dans la construction d’index. Pourtant. intitulé “ Communauté korcazakienne ”.Depuis le 12 mars. j’ai acheté une quantité d’ouvrages. une de mes meilleures étudiantes. j‘ai lu deux de ses ouvrages. nous avons parlé de la place à donner à l’art dans l’analyse institutionnelle… Je sens qu’Audrey nous soutient. Jean-Jacques Pauvert. J’ai fait la connaissance d’Audrey. le mardi où j’ai eu mon accident ! Elle m’a fait découvrir Dubuffet (depuis. 202 . aux éditions de Minuit). Carla. livre essentiel. Patrice. préparée à Rennes 2. Je l’avais invité au point fixe d’il y a quinze jours. pour la couverture du livre de Martine A. hier. André Breton. 1970. trouvés au salon du livre : Asphyxiante culture et Bâtons rompus. J’avance aussi au niveau de mon Carnet dalien. Opapé. chez Anthropos. Dali. J’y avais fait deux numéros de La Sainte Église. Gallimard). Il a été imprimé. puis Breton. j’ai fait le troisième.. Arcane 17. suite à une panne d’ordinateur. René Crevel. André Breton (1949). Celui-ci s’ouvre à moi presque chaque jour. Du coup. On est reparti sur autre chose. La clé des champs. André Breton.-P. je voudrais noter mes dernières acquisitions (mardi chez le bouquiniste du XVIII° arrondissement. Celui que j’aurais envie de peindre aujourd’hui : L’aquarium. ont dû être lu par René Lourau ! Mercredi 23 avril 2003. Claude Mauriac.

Malgré le chaos domestique. Cela a entraîné un rangement méthodique. Peut-on imaginer un éditeur qui puisse prendre le risque de mettre 8 ou 16 pages couleurs d’ajouts à un livre ? Le 23 mai. un autre consacré aux irrAIductibles. qui ont bouché les trous dans les murs. Pourtant. donc. etc. La photo permet des choses qui n’étaient pas possibles du temps de Delacroix. Les plantes ont souffert ! Chaque livre. Lucette a acheté des cadres. l’après-midi. Elle l’a retiré trop vite… En me réveillant. j’ai pensé que ces photos de toiles devraient être publiées comme illustrations à Morceaux de vie… Il faudrait que je lui dise. j’ai noté une idée dans mon Carnet dalien dans lequel. 1822-1863. et un autre aux 203 . Je ne puis pas ne pas dessiner. Les peintres. et il observe des attitudes de personnages qui traversent le champ. Je me rends compte que je le fais aussi. mais elle vient de peindre une toile naïve (une girafe) dont je ne sais que penser. Ainsi. je n’ai pas mon appareil photo constamment. J’ai décidé de lire. que l’auteur m’avait communiqué au moment du décès de ma mère. Aujourd’hui. du fait de mon mal de ventre : une hernie ? Ou quelque chose de plus profond ?). dans lequel elle avait placé une trentaine de photocopies couleurs de ses toiles. de nouveaux fauteuils. J’ai passé la journée d’hier à moitié endormi (couché. Il a fallu. Réveil d’une douleur connue il y a quelque temps… Ce matin. je ne voulais que produire des dessins. ont fait du plâtre. On a dit qu’il fallait y mettre des illustrations. de la cuisine et des toilettes durant mon voyage à Berlin. j’ai apprécié les remarques de Delacroix sur les postures des bonnes de ses amis. Idée que les dessins d’après nature sont plus précis que ceux qui sont produits de mémoire… Dans le prolongement de cette idée. le commentaire d’Anne Larue : Le journal mélancolique. Il passe la soirée chez des copains. Elle travaille à la décoration de la cuisine. J’ouvre le Journal de Delacroix. En ayant vu plusieurs en vraie grandeur. Les postures de K m’intéressent. Cela me reviendra. Les chantiers que l’on partage ensemble sont nombreux. Idée cette nuit de la photographier dans une pose que j’ai d’ailleurs oubliée. Je voudrais revoir ce dossier calmement. En même temps. et il faut encore aspirer toute cette poussière partout dans la maison. Je lis l’année 1822… Ce choix est lié au fait qu’hier matin j’ai écrit l’éditorial du n°3 des irrAIductibles. il me faut faire vite. j’ai regardé son dossier avec un intérêt réel. Delacroix et l’écriture. réveil que je veux productif. pour publication. Cela ne se fait plus. je continue mon carnet dalien. l’achat d’une banquette. lors de son exposition dans les archives Dolto. un changement d’agencement des meubles. les voyages. vendredi. entre autres choses. même si je ne sais plus où sont mes choses… Dans ce contexte. que m’avait procuré Mostapha Bellagnech. j’ai aussi retrouvé. chaque papier doit être remué. pour inaugurer la liseuse achetée par Lucette. comme une sorte de muse (elle est beaucoup plus). 6 h. en principe. C’est une dimension clandestine chez moi. travail de décoration. Léonore est intervenue pour dire que la revue Attractions passionnelles doit avancer. sur le journal. Je ne peux faire poser les gens. Elle y travaille en me consultant. présence de ce moment chaque jour. En même temps. Je vais lire ce livre en parallèle à la lecture du journal lui-même. Mon bureau qui n’avait pas été rangé depuis deux ans est impeccable. Je n’ai pas le temps de faire l’artiste. Mais quoi ? L’idée de lire m’était venue en soi. Celle-ci s’est lancée dans un chantier de restructuration de la maison. hier. mais aussi au fait que. en rangeant mes papiers hier matin. idée de collages : un cadre familial. Kareen continue à fonctionner dans mon imaginaire. je me suis réveillé à 4 h 30. A propos de Delacroix. et ils ont donc produit beaucoup de poussière. à la réunion de coordination de la fac. J’ai feuilleté vendredi son dossier de validation d’acquis de l’an passé (qu’elle voulait consulter pour photocopier des pièces). Je me suis alors levé. Sous-verres. Cela a commencé avec les peintures de la grande pièce.Dimanche 25 mai 2003.

Ils ont apprécié ce que j’ai dit de son œuvre le jour de la soutenance. Aujourd’hui. j’ai été ébloui par l’idée de cette idée. Hier. Il enseigne la sculpture à l’université du Caire où il veut m’inviter. elle aussi. La seule chose que je trouvais exquise. à la fin. Il me faut lire ce qu’Angela m’a écrit. a l’idée d’acheter une maison à Sainte-Gemme. dans ma tête. Elle m’a rendu des textes mardi. c’est aussi penser le cadre que l’on se donne pour travailler. c’est ma sensibilité à ce que l’on mange. pour faire avaler à sa famille des fruits pourris). Dans le mouvement de rangement. Elle a trouvé un Beurre de Baratte de Charentes-Poitou. que j’ai entreposées à Sainte-Gemme. J’ai trouvé à Sainte-Gemme un carnet vierge du même format que mon carnet dalien. ma salade 204 .Autogestionnaires. Je voudrais qu’il m’enseigne la sculpture. c’était le beurre. Je ne manque pas de matériel pour avancer dans ma recherche. on n’a pas la cuisine qu’il faudrait. Je ne les ai pas encore regardés. Je trouve la salade insupportable. Quand la disciple peut dire au maître ce qui lui reste à faire ! Autre bonheur. Y faire ensemble. Il me rappelle le beurre normand que je mangeais en vacances avec ma mère. Son épouse. Bien que la qualité de notre cuisine dépasse de beaucoup celle de bien d’autres (Hélène nous a décrit l’art d'u proche. Être artiste. j’ai acheté des toiles à Berlin. à côté du portrait que le même Marek a fait de mon père le 9 septembre 1934. Un moment que je ne décris pas dans un journal. Pour donner forme à ce projet. Cela doit avoir un rapport avec Attractions passionnelles. Lucette me disait : “ les pommes de terre (en robe des champs) sont bonnes. C’est cela l’autogestion. Sur le moment. chez le Yougo. La question de l’atelier revient de plus en plus fréquemment comme projet. ” Je ne les trouvais pas excellentes. mais j’éprouvais à ce moment-là une nostalgie pour les pommes de terre de Sainte-Gemme. Il est venu m’offrir une sculpture de lui que j’avais remarquée à Rennes. regroupement des livres surréalistes. à Veule-les-Roses ou au Domaine aux Loups… Cette discrépance (germanisme) entre Lucette et moi me fit prendre conscience que ma maladie me rendait plus attentif à ce que l’on mange. et à plusieurs. K. Le sculpteur Badr est passé à Paris. cette idée m’est sortie de la tête. L’idée m’a semblé lumineuse. un atelier… Idée que je retrouve chez Delacroix… S’installer son moment de production est essentiel. C’est en découpant des tableaux des naïfs d’Essaouira (tiré d’un livre détruit dans une inondation) que j’ai eu cette idée. Réflexion aussi sur ce que doit devenir mon bureau : quels tableaux veux-je y voir suspendus ? Idée de placer la Trinité de Marek Szwarc. et lui m’aiment beaucoup. j’ai fait durer ma salade d’hiver. Il est d’accord. Badr reconnaît mon identité d’artiste. comme programme. Va-t-il me falloir fournir la salade à ce restaurant ? Va-t-il me falloir envisager d’ouvrir une table à Paris. Elles n’étaient pas mauvaises. C’est un premier pas. Ainsi. que je trouve vraiment bon. Je l’avais dessinée le 12 mai dans mon Carnet dalien. Elle avait une amertume difficile. Je parvenais à l’atténuer en ajoutant de l’œuf à l’huile d’olive. On a hâte de découvrir la salade de printemps ! Mais en même temps. que j’ai envie de terminer. Un petit bonheur hier : j’ai retrouvé le dossier de L’Herne sur Breton. où l’on mange vraiment de la bonne salade ? Jusqu’à maintenant. artiste. m’a passé commande d’un texte sur le surréalisme. je prends conscience que dans beaucoup de lieux que j’aime. au moment où Lucette parlait. Comment K réussit-elle à s’instituer en position de me commander une œuvre ? Sa commande était pleine de pur génie. Comment leur donner de l’épaisseur ? Vendredi. K. et qui pourrait avoir un rapport avec l’art. Relation entre ma recherche et la théorie des moments.

Hier après-midi. Plus tard. La rencontre offre ses nouveaux possibles L’union génère une nouvelle énergie Le frottement crée des étincelles 205 . La dynamique du groupe était extra. j’imaginais la salade fondante disponible làbas. se frôlent. Je me décide à le taper moi-même à la machine pour qu’il existe. Je ne suis pas pour en faire un plat. c’est tout de même autre chose que la bouffe de survie. Mais en même temps. notamment : “ Attraction PASSIONNELLE Comme un aimant Et une nuée d’électrons libres Qui circulent sans direction Se bousculent. en plus. depuis longtemps. à un prix non mérité. j’avais l’impression d’initier quelque chose. je n’étais pas dans mon assiette. Et pourtant ! Un bon produit. Angéla pense que l’on doit publier quelque chose avant juin ! Se rend-elle compte du chemin à faire ? Son énergie m’a stimulé. ce qui n’est absolument pas le cas au restaurant ou avec la salade du marché. que j’ai donné à 16 h 30. une bonne patate. Deux lettres (des 13 et 20 mai). Elle existe vraiment.a du goût. en d’autres occasions. Idée de l’urgence d’en semer à nouveau pour juillet. les personnes qui travaillent à cette revue ne se rencontrent pas régulièrement. Ce serait important d’avoir un espace de ralliement. qu’il puisse circuler. Il existe une différence de nature entre l’élevage et l’éducation. Dans l’élan le plus primitif : Le désir On entre en contact En collision Et interaction. Sans réfléchir. Et Attraction. Est-ce si vrai ? L’écriture vient et va. J’ai retrouvé le texte manuscrit d’Audrey. Elle me dit qu’elle n’a jamais écrit. Peut-être en est-il de même chez elle à propos de l’écriture. pour avoir la sensation de ces choses. Je viens de lire les trois textes qu’Angéla m’avaient remis mardi. partir à Sainte-Gemme n’était pas possible. Angéla veut donc échanger avec moi une correspondance. après le café. et une réflexion à partir de sa lecture du Moment de la création. vendue. Et pourtant. elle se contente de se forger comme mots dans la tête. En commençant le Journal d’un artiste. être lu par Angéla. Puis s’éparpillent. Son véritable intérêt pour Attractions passionnelles est une stimulation. Mais j’étais déjà abîmé. J’ai l’impression que certains élèvent leurs enfants. compte tenu de mon état de fatigue. Quelquefois elle prend forme . J’essaie d’éduquer les miens au goût des choses simples de la vie. l’écriture d’Angéla me montre que le moment de la création est là chez moi. Il faut être un peu malade. Je n’en reviens pas de la qualité du cours de tango. Physiquement. J’apprends en lisant Angéla qu’elle est venue jeudi à ma permanence avec Audrey pour me rencontrer… Si j’avais su ! J’aurais fait l’effort de me déplacer plutôt à la fac. La cuisine fait partie des arts. C’est vrai qu’actuellement. C’est une bonne idée.

Trop brièvement. Angéla dessine. je ne me sens pas “ professionnel ”. générosité Et spontanéité. Partout. provoqué par Yves Le Guillou… La question 206 . car ce que nous avons en commun c’est le désir de faire exister une transversalité. une bonne parole. Main dans la main. Même si j’ai fait 50 livres publiés. Je ne vois pas fondamentalement de différence entre elle et moi. Elle me parle de projets d’écriture. PASSIONNES Bon. Immersion dans le chaos Dont on ressort lavé des conditionnements. en 1916. Cela n’a pas été facile. Un nouveau collectif vient d’émerger Librement organisé Par les affinités Et la volonté de créer Du “ vivre ensemble ” Avec plaisir. J’en avais changé le cadre suite au bris du cadre à Sainte-Gemme. Un bon mouvement Une histoire qui se réalise Pas à pas. C’est amusant. son fils âgé de 16 ans. Problème de majuscules qui se mettent spontanément en début de ligne (Audrey laissait des minuscules. fait par Lucien. j’ai placé le portrait de Pauline. le plus souvent).Puis tout s’emballe. Je ne me sens professionnel de pas grand-chose. mais dans mon bureau hier. ma grand-mère paternelle. Elle vit de multiples expériences familiales ou artistiques. En avant. En gravitant autour d’une même étoile Implosion. Ma manière de lui répondre cette fois-ci serait de lui faire lire ce journal… Angéla me demande d’être un “ professionnel ” qui l’aide à entrer dans l’écriture. explosion de la matière Initiale Qui se réorganise autrement Création Le jeu prend Et autour de la flamme Se réunissent de tout neufs éléments Qui s’installent pour un moment Dans un foyer convivial et récréatif Où naissent et vivent nos idées. Je ne voulais pas trahir le style d’Audrey. c’est fait . Voilà. Audrey pourra critiquer ma frappe ! Je n’ai pas envie d’écrire une lettre à Angéla. Mon problème : je ne suis qu’un artisan. Autonome Pour aller répandre ailleurs. à côté du portrait de mon père fait par Marek Szwarc. Qui trouvent ici leurs forces Pour agir maintenant Et s’enrichir du dedans Pour grandir Et prendre son envol. Une dimension semble l’intéresser : la généalogie. surtout pour les gens comme elle que j’aime bien. Il faudrait qu’elle développe.

J’ai deux dessins d’elle. chacun. son rôle sera essentiel dans Attractions passionnelles… Elle est passée vendredi en sortant de chez Yann (84. je me suis dit qu’il me fallait renouer avec le surréalisme. et n’ayant pas le goût d’aller corriger la thèse d’A. il y a ici les portraits de famille. Dans le même temps.de la généalogie m’intéresse. Les surréalistes et le cinéma. J’ai envie d’être disciple de Marek. que je voulais réaliser mardi sur l’autel de l’autogestion ? 207 . Idée d’écrire un livre ensemble. La seconde est une anthologie. À propos de Carla. On prend la paie de professeur. l’auteur. avec Qu’est-ce qu’une vie réussie ?. Je reprends un café avec Lucette qui se lève. ils parviennent à écrire 300 pages sur les surréalistes et le cinéma. Elle parle de généalogie. On ferait de même avec les œuvres de Deleuze. 11 h 30. et montrer en quoi ils n’ont aucun rapport avec l’AI. Pourtant. on habilite des gens qui ne font rien. On écrirait 1000 pages. Où ai-je mis les dessins d’Angéla ? Je les ai rangés. que l’on n’est en rien exhaustif sur la question. archivés quelque part. Qu’en pense-t-elle ? Elle suit ses cours. Guattari. Laurence… Oui. relue ce matin très vite (3 mn) et sans lunette. Le faire. ” ou plutôt dans le fait qu’il est parvenu aujourd’hui même à jeter 500 000 personnes dans la rue contre lui ? Et moi. On montrerait qu’elles ne sont pas institutionnalistes. Lourau. Je rassemble certains dessins de valse ou de tango. Le livre est composé de deux parties. puis la désimplication. puis la réimplication. C’est une analyse de la question. Relisant ce journal. en disant. M. Les auteurs démontrent qu’à la limite. Paradoxe. et l’on se met à passer son temps à danser et à apprendre la peinture ! Je tiens probablement là le fil de la fiction que K m’invitait à écrire pour me sortir du rêve de concrétude du scénario de meurtre de Bertrand. Son œuvre est déjà traduite dans vingt-cinq langues. Oui. Il y a aussi la filiation Marek Szwarc. Les ressortir. Et la sculpture de Badr ? Idée d’un collage : De la valse au tango. Mais en même temps. son nom n’apparaît pas encore dans ce journal. de l’Education nationale et de la Recherche. Pour moi. 1976. surréaliste en elle-même. Méditation sur la surimplication. elle la situe. mot à mot. dérive intellectuelle qui débouche sur la poésie. rue Marcadet). en quoi ai-je échoué dans ma vie ? Idée de faire une chronique de ma vie qui échoue. Elle fait partie du groupe Carla. a-t-il réussi sa vie dans cette formule de 4° de couverture : “ Luc Ferry est philosophe. Je lis 74 pages de la première partie. Elle s’est contentée de passer dans mon bureau. je me suis posé la question : qu’est-ce qu’une vie qui échoue ? Luc Ferry. On quitte le projet scientifique sur la pointe des pieds. les mettre dans mon bureau à côté de ceux de Marek. Plus tard. Par transduction. Il est 9 heures. On partirait de la non-habilitation du Ministère. Je vais chercher le cadre de Marek. Posture drôle. On pourrait prendre mes livres. Et on commencerait par montrer que “ l’autodissolution de l’état est déjà bien avancée ”. Du coup. Il est actuellement ministre de la Jeunesse. comme les auteurs. Des idées me viennent : je n’ai jamais été institutionnaliste. aucun film ne peut être explicitement dit “ surréaliste ”. puis je regarde le choix de textes. d’une manière ou d’une autre. pour renouer avec l’art et la poésie. Lapassade. Je me risque alors dans Alain et Odette Virmaux. sans habiliter le Labo auquel j’appartiens et qui regroupe dix profs ayant publiés des dizaines et des dizaines de bouquins. le surréalisme. On me fait occuper un poste de professeur de 1er classe. La première compte 100 pages des auteurs. Seghers. Je lui parle d’Angéla. mais c’était le chantier ici.

c’est l’amour. Ne cours pas après une vaine perfection. Cela entraînait pour le peintre une certaine forme d’organisation du désir et de la sexualité 208 . 11 h 15. etc. mais pourquoi toujours s’indigner de ma faiblesse ? Puis-je passer un jour sans dormir et sans manger ? Voilà pour le corps. Elle me cachait dans son vaste manteau. je ne puis m’empêcher de noter qu’au niveau de l’organisation du travail. exactement ! Mais justement les Surréalistes aimaient les films que l’on va voir sans retenir ni les titres. non pas de faire du cinéma. parce que je ne veux pas en devoir ce qui peut m’en rester à l’obligation de l’écrire. Je méprise Cannes et les films de l’establishment. Il est certains défauts pour le vulgaire qui donnent souvent la vie. Au contraire. là. l’est autant. Lundi 26 mai 2003. Par amour du cinéma ? Aussi. tout cela sera donc anéanti. je vis double . Je veux noter qu’Eugène Delacroix écrit le mercredi 7 avril 1824 dans son Journal : “ Je viens de relire en courant tout ce qui précède : je déplore les lacunes. ma posture par rapport à la télé. Mais comme dit Liz Claire. J’ai vu des quantités de films en tant qu’enfant. Une seule occupation. par ma faiblesse humaine. Mais je n’ai pas envie de faire autre chose que de lire Delacroix. J’aime le cinéma à la manière des Surréalistes. Je les regarde en m’endormant au milieu. Très agréable. Dans quelles ténèbres suis-je plongé ? Faut-il qu’un misérable et fragile papier se trouve être. j’ai lu l’année 1823. que puis-je t’écrire ? Dans quelle direction t’inviter à aller ? Je ne sais absolument plus où je vais. mais des romans-photos. Je découvre les problèmes de peindre à une époque où il fallait faire poser pour avoir des modèles (la photo n’existait pas). On prendrait les irrAIductibles et les Autogestionnaires comme acteurs. J’aime les navets. Cette citation serait à utiliser dans Le journal philosophique à la suite de Marc-Antoine Jullien. le seul monument d’existence qui me reste ? L’avenir est tout noir. car je viens de recevoir un coup de fil de K. même idée. ni autre chose que cette jouissance qu’il y a à voir se succéder des objets de la vie quotidienne. Désir aujourd’hui. J’ai 25 chaînes non choisies sur le câble et que je regarde sans y penser. ils sont comme s’ils n’avaient point été. Oui. le passé redeviendra à moi. Ce matin. cela fait un peu “ cinéma de quartier ”. la poésie et la liberté. Ce même jour : “ Mais quand une chose t’ennuiera. On entrerait dans les fantasmes de Pascal et Bertrand. L’avenir est toujours là. Et Paris 8 comme décor. Les sorties clandestines avec ma grand-mère pour aller voir les films interdits au moins de 18 ans. cela devient une bonne chose que l’obligation d’un petit devoir qui revient journellement. Nécessité de refaire mon histoire de vie par rapport au cinéma. Désir de lire ! Je lis. Tous les aspects techniques du Journal m’intéressent. Le passé qui n’est point resté. Il me semble que je suis encore le maître des jours que j’ai inscrits. ordonne tout le reste de la vie : tout vient tourner autour de cela. Pour moi. quoiqu’ils soient passés.Angéla. alors même que mes parents m’interdisaient le cinéma. J’ai retrouvé. ne la fais pas. Il me faudrait travailler. Je dois m’interrompre. ou en pensant à autre chose. périodiquement fixe dans une vie. En même temps. Eugène Delacroix défend l’idée de suivre l’inspiration et les pulsions du moment (11 avril 1824) . Les séries se succèdent. Mais mon esprit et l’histoire de mon âme. mais atténuée sur la fin le 7 mai 1824. L’ennui au ciné-club lorsque j’avais 15 ans. par bravade. J’y allais en fraude. On les porterait à l’image. En conservant l’histoire de ce que j’éprouve. Je me plaignais d’être obligé d’avoir recours à cela . ” Excellent. qui m’invite à me mettre à un autre chantier (Analyse Institutionnelle et Autogestion pédagogique). le sens de l’histoire. Mais ceux que ce papier ne mentionne point. Je crois que je vais m’offrir l’année 1824… Il faut dire que le soleil inonde mon bureau.

Ursula me demande des textes qu’il faut que je rende ce jour… Mardi 27 mai 2003. quoique inquiet. Il y a des gens qui. je m’ennuie. et à cette écriture diaire. C’est sa méditation du 6 juin 1824 que j’ai envie de noter : “ Quelle sera ma destinée ? Sans fortune et sans dispositions propres à rien acquérir. quand il s’agit d’écrire. quand il s’agit de se remuer à cet effet. 209 . Appris un grand principe d’Horace Vernet : finir une chose quand on la tient.bien décrite par Eugène… Mais. ce que j’ai envie de recopier de son journal touche à la question abstraite de la création. Lucette. par exemple ? Jeudi 29 mai 2003. Je croyais que je plongeais dans un journal qui m’intéressait pour son contenu : la peinture. je me sens incapable de faire autre chose que de lire le journal de Delacroix. Mais tant que mon imagination sera mon tourment et mon plaisir à la fois. le matin 302 Horace Vernet (1789-1863). me disait que si je ne publie pas La théorie des moments maintenant. on manque des jouissances que le bien procure. sur la fin de tout cela. Je m’arrête pour aujourd’hui. lorsque Lu se lève : je vais boire le café avec elle. Ainsi. ” Le 14 juin 1824 : “ Tant que l’inspiration n’y est pas. sur son propre terrain. Puis. 140 de mon édition). Je me sens impuissant par rapport à lui. Lutte contre la paresse qui leur est commune avec l’homme vulgaire. c’est par conscience. Mais pour en revenir. ” Et un peu plus loin : “ Quelle penses-tu qu’ait été la vie des hommes qui se sont élevés au-dessus du vulgaire ? Un combat continu. beaucoup trop indolent. voilà l’étude de tous les moments et utile toujours. Il se laisse aller de temps en temps à faire de la philosophie. Ascension. Il est 16 h 15. (c’est moi qui souligne) qu’importe le bien ou non ? C’est une inquiétude. par ses disciples). Je parviens jusqu’à la page 170 (fin de l’année 1847). hier. quand on n’en a pas. et la manière dont Delacroix se confronte à la gestion conjointe de la production de son œuvre picturale. on ne sent pas le plaisir d’en avoir . s’il est écrivain : parce que son génie lui demande à être manifesté . fameux peintre de tableaux de bataille. pour échapper à l’ennui. Je m’aperçois que ce qui me fascine dans cette lecture. Que ceux qui travaillent froidement se taisent : mais sait-on ce que c’est que le travail sous la dictée de l’inspiration ? Quelle crainte. Quand on a du bien. le 19 août 1824 : “ Déjeuné aujourd’hui avec Horace Vernet 302 et Scheffer. K. être ferme. quelles transes de réveiller ce lion qui sommeille. savent se donner une tâche et l’accomplir… ”. et ce n’est pas par le vain orgueil d’être célèbre seulement qu’il lui obéit. Dans quel ordre s’y mettre ? Comment articuler chantiers et voyages. 8 h. Et mon journal me semble être une sorte d’échappatoire par rapport à mes livres à produire. ” J’ai continué ma lecture jusqu’au 6 mars 1848 (p. aussi semble ressentir le besoin de conclure un chantier avant de passer à un autre. Au réveil (6 h 30). simple et vrai. c’est mon propre questionnement sur la pratique du journal. Mes livres stagnent même si j’ai relu Le journal philosophique rapidement hier. je vais terminer comme Jean-René (qu’elle vit comme dépassé. dont les rugissements ébranlent tout votre être. je me suis assoupi. Mon œuvre picturale n’est même pas amorcée. par intervalles. La même idée se poursuit tout au long de ce journal. Seul moyen de faire beaucoup. mais ce n’est pas la plus forte.

Lucette part en province faire un entretien Voltaire. Le journal mélancolique. Pour moi. J’ai des idées. Il appartient au vulgaire d’être toujours dans le faux. La pose des deux protagonistes a servi de modèle à l’affiche pour La leçon de tango de Sally Potter (j’ai cette affiche dans ma chambre !). en viennent très vite à le trouver comme tout le monde. Et puis j’ai découvert beaucoup d’informations érudites sur Delacroix qui m’ont intéressé. J’avais ce livre entre les mains. tapuscrit sans date. J’ai passé une partie de la journée à installer des cadres ou toiles dans la maison. ma grand-mère par Lucien. Je pense que c’est important de me retrouver au milieu de gens que j’aime : la Sainte Trinité. la maison est calme. Je parviens à la page 270 du Journal dont j’ai lu l’année 1850 cet après-midi. Delacroix note : “ Je crois qu’en y pensant mieux. discutant le proverbe “ Il n’y a point de héros pour son valet de chambre ”. Kaufmann). et précisément dans mon bureau. Hier. La couverture représente le Combat de l’ange. je me suis mis à lire avec plaisir l’année 1949 du journal de Delacroix. Je voudrais feuilleter ce livre en même temps que le livre d’Anne Larue. le portrait de Pauline. le portrait de mon père par le même peintre. Au départ. Il n’a pas pu enseigner. seul. son désir d’être prof. 7 h 20. Je vais tenter de passer la journée à écrire dans mes différents journaux. à l’université. de Marek Swarc. et à côté du vrai… ”. 16 h 20. mon mal de ventre est moindre. C. il y a à peine un mois ! Vendredi 30 mai 2003. Je suis content de l’ensemble. Un étudiant subtile (son nom m’échappe) avec qui j’ai mangé mardi me disait qu’il m’avait trouvé hypersensible : “ Ce n’est pas une critique. il me manque quelques photos de personnes que j’aurais voulu associer à cette “ exposition ”. Contrairement à ce qui s’est passé les jours derniers. à partir de photos de différents étudiants et enseignants du mouvement. j’ai tenté de faire un collage : une sorte d’affiche pour les irrAIductibles ou les Autogestionnaires. après s’être figuré qu’il était hors de la nature comme des personnages de roman. La composition mêlant photos couleurs et photos en noir et blanc est assez réussie. Je lis les années 1851 et 1852. Je ne parviens pas à retrouver le livre offert par Marie-Paule sur Delacroix (écrit par J. j’avais lu Anne Larue jusqu’à la page 80 303 . d’avoir des disciples. on se convaincra qu’il en est autrement. Ce matin. il n’y a là rien d’étonnant. Je médite à l’image que j’ai donné. Par exemple. Delacroix et l’écriture (1822-1863). Ses “ élèves ” étaient des petites mains. 210 . notamment Opapé et Christine. Le collage que je fais a pour fonction de donner une place aux étudiants que j’aime dans mon quotidien. c’est une qualité de pouvoir montrer sa sensibilité ”. ajouta-t-il. Hier après-midi. Au réveil. Je vais suspendre cette lecture. Je suis un peu fatigué. Je me disais que la lecture de la critique ne vaut pas la lecture directe d’une œuvre. Que les hommes superficiels. Le 11 août 1850. ne pouvant ni lire ni écrire. réveil à 6 heures. qui apprenaient le métier à son 303 Anne Larue. ces derniers temps. Le véritable grand homme est bon à voir de près. le ton d’Anne m’ennuyait. sur Delacroix… Il me faut retravailler au rangement de ma bibliothèque. Du coup. Il y a aussi un portrait de Lucette. où un bruit de perceuse strident m’empêchait tout travail intellectuel. Je me mets immédiatement à la lecture de Delacroix. Malheureusement.Je vais passer la journée.

le livre subversif que j’avais écrit avec Lorenzo sur Christophe Colomb ! Pourquoi l’ai-je caché quelque part. Les grandes marées à Pourville-lesDieppe me manquent depuis trop longtemps ! Aujourd’hui. La lecture du journal de Delacroix a évidemment un rapport avec la préoccupation qui me traverse de temps en temps de publier mon journal 2000-2003. À partir de cette relation. texte qui semble être une recherche en relation étroite avec la question de l’art. Même remarque pour mes dessins. c’est ce que je produis aujourd’hui. Ce sont les éléments manquants d’une œuvre. Il faut renouer la maille. Dans ce que j’ai lu ce matin. le travail de M. près d’un marché. C’est l’esquisse faite sur une nappe de café avec Maja 304 . voilà pourquoi la nature. ainsi que Witold Gombrowicz que Remi Hess lit avec passion. fait de si bonne besogne. ” (12 mai 1852). Elle évoquait ce dessin la dernière fois que nous nous sommes vus. Delacroix d’il y a quinze jours : je vais faire à présent le travail de Delacroix de tout à l’heure. voilà pourquoi le temps. Par exemple. Ce texte me semble avoir un intérêt.contact. Je vais continuer à lire Anne Larue. mais aussi sur les commentaires du travail. J’ai l’impression de me retrouver dans ce qu’il commente des paysages. Je me moque finalement de la perte. 304 Traductrice de La pratique du journal. Nous autres. en un mot tout ce qui travaille lentement et incessamment. ses voyages à Dieppe : j’ai beaucoup aimé cette partie de la Normandie. Remi Hess rencontre cette jeune femme dans une pratique de tango à Paris où elle est venue pour faire un stage à la Comédie française. “ Il y a quelque chose d’Obermann sur le vague dans mes petits livres bleus ”. avant mon départ. Commence entre eux une relation intellectuelle assez productive pour R. Autre agrément. Quels sont mes textes qui seront commentés ainsi ? Quels sont mes journaux qui auront disparu pour le lecteur du siècle prochain ? Quels sont ceux qui ont déjà disparu ? J’ai supprimé moi-même peu de textes consciemment. C’est l’une de mes méditations les plus constantes en ce qui concerne mon œuvre. Mais je ne sais comment m’y prendre pour le publier. notamment Formes et mouvement. lorsqu’il écrit : “ …Il ne faut pas quitter sa tache . d’où son effort pour transformer son journal en traité de peinture. 211 . avec nos intermittences. le tricot sera plus gros ou plus fin. Les pages entières lues ce matin sur la composition de la couleur m’ont ennuyé. Mais je n’y parviens pas. Cela m’inviterait à avoir la nostalgie d’un rangement de mes affaires dont je sois sujet. dans le cadre de ses études de théâtre à Hambourg. Cela interfère avec ce qui devrait être ma seule préoccupation : la sortie des œuvres d’exposition. Allons ! Accordons-nous quelque transgression. intérêt pour les commentaires sur la pratique du journal elle-même. Hess : Maja lui fait découvrir le théâtre russe dont elle est spécialiste. citation de Delacroix par Anne Larue qui ajoute en note : “ ces petit livres sont perdus ” . enquête au quotidien (en allemand). nous ne filons jamais le même fil jusqu’au bout. Cette notation me fait réfléchir. en attendant le réveil de Lucette. Je faisais. mais il n’a pratiquement pas pu transmettre son art sous une forme pédagogique . qui disparaît ainsi. Remi Hess sort plusieurs textes qu’il a placé dans ses œuvres posthumes. Ce qui compte. ou plutôt d’une brocante. Par exemple. de manière à ce que je ne puisse le retrouver ! On passe quelquefois beaucoup de temps à produire quelque chose. c’est évident. Je suis d’accord avec lui sur de nombreux points. en nous plongeant dans Anne Larue ! 8 h 46. Mais certains se sont égarés. il faudrait que je travaille sur d’autres affaires… Mais je ne parviens pas à m’y mettre. 9 h. Je ne comprends pas pourquoi je ne vais plus en Normandie. Un seul me manque vraiment.

Enthousiasme de K lorsque je lui ai proposé de m’aider à m’installer mon atelier. Je vais sortir. Impression d’écrasement. Travail sur la perception avec le Lincoln. J’ai lu Larue jusqu’à la page 104. Je ralentis ma lecture pour tenter de comprendre comment il vit mon âge. plaisir d’une architecture nouvelle pour moi (la ville de Figeras découverte lors d’une longue dérive sous le soleil. avec visite des marchands de peinture). Delacroix a 55 ans. puis tout doucement. Très intéressant. de salle en salle. Même idée en ce qui me concerne. Il me faut donner une toile à cet appartement. si elle l’accepte. durant près d’une heure et demi. où se trouve une série de toiles représentant Galia : K insiste sur la précision des traits. Confirmation que j’aime. Rétrospectivement. ayant conduit 200 km en plein soleil (…). avec K. Vraie admiration de découvrir les toiles qui nous appartiennent. K m’a fait observer principalement les techniques d’exécution du peintre. Au départ. Hier matin. et que l’on avait laissé à l’abandon depuis cinq ou six ans. Je me replonge dans Delacroix pour sortir d’un état psychique détestable (je suis dispersé. ce qui intègre les morceaux à un ensemble. K m’oblige à aller au-delà de ma perception première des choses. que précédemment. et le chantier d’aménagement de musée. au-dessus de toute montagne. de Delacroix (à faire lire à K). aux couleurs usées par le temps. Elle connaît ce musée parfaitement. Ces observations m’ont semblé enrichir mes découvertes techniques faites lors de la lecture de Journal. mais finalement satisfaction d’en connaître nettement plus sur Dali et de son œuvre. une forme unifiée. aussi dans mon Carnet dalien (cela fait quelques jours que je ne dessine plus !). derrière les armoires. le modèle pour mes premières tentatives de peinture. ayant mal à la tête. aller à l’Unesco. qu’elle a entrepris dans le salon et l’entrée. plaisir de retrouver ma Chérie. Il n’y a plus qu’à la peindre. les poses que prend K quand elle dort. Dans de nombreuses toiles. Désir d’en croquer quelques-unes. Je ne lis pas beaucoup en quantité (ce matin du 12 mai au 28 août 1853). Moments particulièrement agréables dans la salle sombre. Perception qu’il manque un tableau de K. les Pyrénées. L’acquisition d’un chevalet et de peintures va devenir une urgence.Jeannette va venir. Ayant mal dormi. atomisé). j’étais fatigué en entrant dans le temple sacré. etc. Dans ses commentaires. Vendredi 13 juin 2003. je vivais mal la foule. du dessin. Mon impression d’ensemble est un profond désir d’y retourner et de prendre mon temps. En 1853. visite du Musée Dali de Figeras (Espagne). Sa technique 212 . dessiner. Samedi 7 juin 2003. Mais pas de pèlerinage sans calvaire ! J’ai été traîné par K. Mais ai-je le droit de saisir l’autre dans son sommeil ? Idée que K pourrait faire. En rentrant à Paris le soir et ce matin. c’est-à-dire un an de moins que moi cette année. présence de collages qui se trouvent recouverts par de la peinture. je trouve daliennes. Ce premier voyage en Espagne a été une initiation au sens fort du terme : jouissance de paysages nouveaux et inconnus. Discussion avec K sur la beauté des maisons. Faut-il que je passe commande à K d’un portrait ? Il faudrait une toile de grand format. n’ayant pas bu de café le matin. je me suis dit que ces flux de touristes faisaient partie du dispositif. C’est un encouragement pour m’y mettre. mais cela me calme. Cette spontanéité m’a plu. écrire mon journal dans un carnet.

puis cet aprèsmidi pour me défouler d’une suite d’entretiens (Mohamed Daoud. Ce sera une œuvre. Il a décidé de se retirer. les idées leur venaient dans leur lit . Hier. j’entrerai dans une nouvelle phase qu’il faudra tenter de définir. tout ce que j’ai à dire. Hubert de Luze attend mon livre sur Lourau et le surréalisme. Je l’ai pourtant fit “ de mémoire ”. Un travail sur le surréalisme. Elle était venue jeudi au cours de tango. elle se dirige vers Christoph Wulf à Berlin. Je serais tenté de croire que la méthode de Pascal. Jérémie vient de m’appeler. L’autoportrait est un exercice qui m’attire effectivement. La lecture de ce livre me donne vraiment envie de me mettre à écrire mon livre sur R. Sa place est du côté d’Attractions passionnelles. Peut-être qu’après les années Lourau.n’est pas trop mauvaise. Lundi 16 juin 2003. Mon livre sera son dernier. surtout dans une position où je n’ai pas le loisir d’apprendre le métier d’écrivain. En feuilletant mon carnet dalien. au réveil. je me fais le plaisir de lire quelques pages de Delacroix : j’en suis à son séjour à Dieppe (25 août 1854). à Rossini. je commence l’année 1854 (année de ses 56 ans). Elles m’ont poussé à passer commande à K de plusieurs tableaux de moi. Débrouillé comme j’ai pu. Elle a accepté de lire mon journal depuis la mort de René. il me faudra m’organiser quatre années Illiade. à Mozart. je lis le Journal de Delacroix (fin de l’année 1853). aujourd’hui. à ce qu’on dit. Petra Sabisch arrive à 11 h 30 et repart à 15 heures. C’est l’espace-temps nécessaire pour lui permettre de s’instituer. . Rousseau. ” Et il ajoute : “ L’ordre et l’arrangement physique se mêlent plus qu’on ne croit des choses de l’esprit. Elle prépare son exposition pour Laurence. Charlotte a trouvé réussi mon autoportrait. Thèse en co-tutelle ! Ce matin. Elle a évoqué hier l’idée de 213 . à Voltaire. Elle rebondit. Appel de K. J’ai oublié de dire à K que je rêve de mettre un portrait de moi en couverture du Journal des moments que je lui ai demandé de signer à partir d’une lecture de mes recherches sur le journal. je crois. que je pourrai donner à mes trois enfants. Je ne parvenais pas à trouver une fin à cette recherche. au sens esthétique du terme. -d’écrire chaque pensée détachée sur un petit morceau de papier. j’aurais voulu noter ses remarques sur le portrait dont j’ai parlé avec K. Beaucoup de proximité avec Delacroix. Son travail est davantage du côté de la danse contemporaine… Elle a travaillé à Hambourg . Samedi 14 juin 2003. On aurait toutes ses divisions et subdivisions sous les yeux comme un jeu de cartes. en se promenant dans la campagne… ” Personnellement. en sautant à cloche-pied . Ensuite. C’est une urgence absolue. Il se laisse pousser la barbe lorsqu’il est à la campagne. Lourau.d’écriture qu’il décrit le 12 mai est assez importante : “ J’ai beaucoup travaillé au damnable article. au crayon. date de son anniversaire. les idées me viennent lors de mon réveil. Alain Marc). et l’on serait frappé plus facilement de l’ordre à y mettre. Telle situation du corps sera plus favorable à la pensée : Bacon composait. Avant de partir pour la fac. Je vais jusqu’en avril. aussi. sur de grandes feuilles de papier. et moi-même. Son idée : je dois arrêter ce journal le jour où j’aurai terminé mon livre sur René. Elle peint. Il me faut le faire dans les jours prochains. C’est une très bonne scansion.

ce livre est assez explicite sur son rapport au monde. une certaine énergie pour travailler intellectuellement. 214 . Incroyable. Je le lis d’un trait. et celui sur la théorie des moments… Jeudi 24 juillet 2003. Pour moi. Nous devions aller au cinéma avec des amis et au dernier moment je décidai de rester à la maison. il y a des périodes de fatigue qui lui font couper entièrement avec la peinture. Je pense que cela va intéresser Romain de découvrir la peinture à l’huile avec moi. J’aurais aimé savoir pourquoi il rompt avec son père. Très bonne idée. C’est vraiment un grand livre ! Les passages sur l’enfance sont vraiment extraordinaires . Je me dis que je préfère Dali à Korczak ! J’ai passé toute la journée dans ce livre que j’ai terminé. Je me lève à 3 heures. Alexandra m’a annoncé qu’elle viendrait m’apporter Romain vendredi. Lourau. Mais. et je lis La vie secrète de Salvador Dali. Je lis les quatorze premières pages. Mardi après-midi. J’avais une migraine. dispersés au moment des peintures de la maison. ceux sur sa peinture. Depuis un mois. Je trouve qu’il a vraiment eu raison d'écrire cette autobiographie. La chaleur et le travail intense à Sainte-Gemme expliquent certainement cet état depuis le 12 juillet. Je regarde dans ma bibliothèque surréaliste. aussi. C’est vraiment intéressant. j’avais lu l’année 1857. je les ai lues lentement. Insomnie cette nuit après cette visite. il y avait la fatigue de l’année. j’étais dans un état d’épuisement. jusqu’à 6 heures. Il faut que je sache interrompre mes livres pour faire autre chose. Maintenant. je vais pouvoir me mettre à la peinture. je cherche un ouvrage à prendre pour attendre à la poste (je veux faire peser des lettres). Mercredi. 16 h 20. sur l’art. malaise extrêmement rare chez moi. ce que ne font pas d’ordinaire les gens qui se racontent. par exemple (p. Une page ou deux à chaque fois. Mardi 22 juillet. Chez Delacroix. Hier. Hier. Tous les hasards objectifs sont des occasions d’inventer . Je suis conquis. Je me levai et me rendis dans mon atelier pour donner. Il faudrait que je commente chaque chapitre. je les peignis molles. Auparavant. Dali. je suis content de retrouver un certain entrain. Cela me change de ma lecture de Delacroix que j’avais pu reprendre quelques jours auparavant. J’ai retrouvé un rythme de lecture satisfaisant. Il se décrit comme méchant. Lucette l’a retrouvé en rangeant nos livres. Gala sortirait avec eux et moi je me coucherais tôt. Sur la peinture. Cela se passa un soir de fatigue. je me lève à 6 heures pour en avancer la lecture. Nous avions terminé notre dîner avec un excellent camembert et. c’est le contraire. au moment où Alain Marc passait pour me faire relire son résumé de thèse. car Lucette m’oblige à ranger nos papiers. Il lit et écrit durant ces périodes. visite de Georges. Il avait 36 ans. C’est un moyen pour se reposer et prendre de la distance… C’est d’autant plus curieux que je me trouvais avec des idées claires sur le travail qui me reste à accomplir pour le livre sur R. Je retrouve un livre de Dali. non lu. réfléchissant aux problèmes posés par le “ super-mou ” de ce fromage coulant. du coup. Dali est génial. Les années précédentes. Ensuite. Ce matin. Je voudrais faire partie du mouvement aussi. Ce sont des années où nos âges se rencontraient.faire une licence d’arts plastiques. j’ai lu l’année 1858 du Journal de Delacroix. Cela reporte mes projets d’écriture. 351) : “ …Et le jour où je décidai de peindre des montres. lorsque je fus seul. mais il me faut l’interrompre. puis de Bernard Lathullière. je restai un moment accoudé à la table. c’est autre chose.

Cette année 2003 aura été marquée par une frénésie de photos. Si j’étais davantage en forme. Ma théorie des moments n’est vraiment pas loin. le tableau qui devait être un de mes plus célèbres était achevé… ” Ce passage raconte la production d’une toile célèbre. quand Gala revînt du cinéma. C’est l’histoire d’un peintre de Montmartre (1925). Je ne sais pas si ce que je suis en train de faire n’est pas de cet ordre. Voir mon journal de lectures. 215 . Je regarde (sur Teva) le premier épisode de L’amour en héritage. Henri Maldiney. 18 h 30. 10 h 30. Depuis cet été.selon mon habitude. Je suis content d’avoir fait ce travail manuel. Sarah Walden). mais laquelle ? Il me fallait une image surprenante et je ne la trouvais pas. à l’idée du “ beau livre ”. Création et schizophrénie. dans lequel je réfléchis. L’installation de la maison était un événement qu’il fallait suivre dans sa progression. revue planétaire d’art et d’éducation. En Bretagne. J’ai fait deux volumes de mes carnets daliens. sur le cinéma et l’analyse institutionnelle. Il me reste à écrire quelques commentaires pour considérer ce chantier du journal des travaux comme terminé. qui descend s’établir dans la région d’Avignon. surréalisme et danse ne s’était jamais imposé à moi avec autant d’évidence. Ce paysage devait servir de toile de fond à quelque idée. Je ne puis faire autre chose. Mercuès. aujourd’hui même. On a eu un petit comité de rédaction mardi à la fac avec Kareen. et de son travail de l’art brut. à Brasilia de l’huile. J’avais déjà suivi la suite à une autre occasion. je préparai ma palette. et me mis à l’œuvre. J’allais éteindre la lumière et sortir. J’ai fait un cahier d’ethnophotographie (plus de mille photos) sur les travaux à Sainte-Gemme (changement de toit). et intitulé e : “ Les messages à thématiques sociales du cinéma de fiction : un exercice pédagogique ”. Audrey. Je me sens très proche de Jean Dubuffet. j’aurais terminé les 20 pages qui manquent pour clore l’index de Jean Oury. Il y a dans cet épisode un bal surréaliste et plusieurs boîtes où l’on danse le charleston. J’ai une grippe. Jeudi 11 décembre 2003. Vers 16 heures. Cela m’a donné le goût de terminer le collage des photos des travaux. Le journal des idées). Mes lectures me donnent le goût de me mettre sérieusement à la fondation d’Attractions passionnelles. ouvrage qui me fait travailler énormément. un dernier coup d’oeil à mon travail. j’ai fait de la gouache. et à lire sur la création (Jean Oury. Le tableau que j’étais en train de peindre représentait un paysage des environs de Port Lligat dont les rochers semblaient éclairés par une lumière transparente de fin de jour. Au premier plan. La relation entre milieu artistique. Lundi 15 décembre 2003. 15 h 20. lorsque je vis littéralement la solution : deux montres molles dont l’une pendrait lamentablement à la branche de l’olivier. je suis sorti. Malgré ma migraine. j’ai produit des journaux illustrés. sur le plan cérébral. mais aussi la manière dont viennent les idées (cf. J’ai été chercher les photos (6 pellicules) sur SainteGemme. j’avais esquissé un olivier coupé et sans feuilles. à l’issue d’une très belle thèse de Keng-Ju WU dont je présidais le jury. Je continue à dessiner. Deux heures après.

car elle ne l’avait pas daté. dans Fragonard. ou de Vermeer. mais dans une juste mesure. mais je ne les ai jamais regroupés dans un endroit précis de ma bibliothèque. à la casquette). Oury. p. Le style même est dans la touche qui fait tache 305 . j’ai envoyé deux courriers à Christine Vallin. mais pas mes ouvrages d’art. c’est une touche rapide. Walther (Benedikt Taschen. Je sais où se trouvent mes trente-cinq livres d’esthétique. 17 h 25. p. de Ingo F. musicienne rencontrée au colloque de philosophie de Dijon. Il y faisait froid. la plupart des œuvres même reconnues sont disqualifiées parce qu’elles ne sont jamais terminées. ou méprisées. Les limites de cette toile me font réfléchir à un développement futur de ce style du portrait. ou de Rembrandt. 1990. Il me plait. Création et schizophrénie. sans esquisse préalable. Oury. 177. par Jacques Thuillier. 1987. Ces images étaient déjà fortes pour moi en 1960. -Vincent van Gogh. 136 pages). Aujourd’hui. c’est extraordinaire ! Les intérêts esthétiques varient 306 !" Et encore : “ Si on réduit la création à la prétendue œuvre. En cette période de fête. C’est un manque qui montre que mon moment de l’art n’est pas très construit. j’avais donné rendez-vous à Nayakava à la librairie de la rue Marcadet.Lundi 22 décembre. ça perdrait quelque chose : ce serait comme s’il n’y avait pas d’ouvert 307 . J’ai acquis quatre ouvrages. Elle a acquis Le moment de la création. Elle m’a apporté ce matin le portrait que je lui avais commandé (on le nommera : Remi. Pourquoi ai-je acquis Fragonard ? Jean Oury a visité une exposition Fragonard." Et plus loin : “ Des oeuvres d’art qui. sont découvertes quelquefois plusieurs siècles plus tard. elle m’en a fait une critique très intéressante. et la façon d’appuyer qui peut se rapprocher de la peinture des caractères chinois et japonais. J’imagine des toiles où. étaient restées complètement méconnues. ” 305 306 Jean Oury. 96 pages). Pensez à Fragonard. Elle l’a reprise. 307 J. échange de lettres avec Hubert de Luze (2001). mais également à Van Gogh ! S’il avait eu le milliardième de ce que vaut maintenant un de ses tableaux. par exemple). Et c’est ce qui fait la qualité d’une œuvre : ne pas être finie. C’est une philosophe amateur qui confronte philosophie et musique. (Skira. Si c’était fini. J’ai pensé aujourd’hui que j’ai pu acheter des ouvrages d’art. C’était ça la nouveauté de Fragonard. 216 . lus cet après-midi : -Georges Braque (1994). la touche rapide du pinceau. je trouve bon d’acquérir quelques ouvrages d’art. Dada (1990) . Regardez encore une fois des tableaux tout à fait classiques tels que ceux de Fragonard. Je lui ai payé 1000 euros. il aurait eu de quoi se payer un paquet de cigarettes ! ça aurait mieux fallu et il ne se serait peutêtre pas coupé l’oreille ! Quand on pense que ses tableaux servaient de jeu de fléchettes aux gosses de Saint-Rémy. du temps du vivant du créateur. Cologne. ces deux ouvrages avec illustrations publiés en Italie. et préparés sous la direction de Luciano Raimondi. Aujourd’hui. Il commente ce peintre dans le livre que j’ai indexicalisé de lui. Paris. Nayakava (K) s’est plainte que je ne lui écrive plus de longues lettres. 168. Galilée. ce qui semble cher à Lucette. et de prendre le temps de contempler des œuvres qui ont marqué mon enfance. Création et schizophrénie. et que ma professionnalité d’artiste est encore à penser. Création et schizophrénie. jeudi et vendredi dernier. -Fragonard. Ce matin. Création et schizophrénie : “ Il faut s’approcher des tableaux et voir la touche . 171. et l’a terminé dès hier. en plus de la figure du personnage. J. p. on fasse apparaître des éléments de sa transversalité : paysage ou réalisations (couverture de livres. 1989.

Il est nécessaire de commencer la peinture en faisant des choses assez simples. alors que j’étais accompagné par Maja. J’entends bien ce qu’elle me dit. commentant le portrait de Kareen. le premier offert par Kareen le 25 février 2003 et le second acquis sur une brocante. Je l’ai installé dans mon bureau à Paris. mais il est complètement différent. J’ai envie de peindre. selon Mark Szwarc. p. à la même page : “ L’ombre et la lumière sont de vrais instruments au service du peintre. Elles détiennent une sorte de pouvoir magique qui leur permet de créer une atmosphère. 10 h. Il y a quelque chose dans ce pastel. plutôt qu’un auto-portrait. Demain. Les effets d’ombre et de lumière donnent du caractère à un tableau et permettent de situer le moment. Total : 192 euros. L’odeur du solvant envahit mon bureau. une boîte de peinture. offert par le peintre à mon père en 1936). en regardant le cahier rouge (Livre d’or de la Rue Marcadet). Le coucher du soleil avait transformé cette zone industrielle en une merveilleuse composition de forme et de couleurs. 308 Greg Albert. Rachel Wolf. Après avoir ébauché grossièrement les motifs d’ombre et de lumière. Je me mets à faire les fonds des trois châssis. La peinture à l’huile. l’artiste a peint les variations de teintes et de tonalités et terminé par quelques détails. ” 13 h. le lieu : un paysage au petit matin présente pour l’essentiel les mêmes formes qu’au coucher du soleil. Cela me donne envie de peindre. Je ne copierai pas ce tableau de façon pointilliste. J’achète un lot de trois châssis. J’y avais dessiné cette œuvre en avril dernier. C’est Marek Szwarc qui avait dessiné le portrait de mon père en 1934. Paris. Vers 14 h. vers mai ou juin (il y avait du soleil). Rachel Wolf.Cela y est. J’acquiers aussi un ouvrage : Greg Albert. qui m’inspire. Lucette. Je lis dans l’ouvrage acheté hier ce commentaire du tableau de Charles Sovek : Luke. Mercredi 24 décembre. Fleurus. septembre 2003) sont plus forts que le tableau de Kareen. 50. 2000. Maryland (40x40 cm) : “ Une heure d’étude pour un moment de quelques minutes. j’ai créé un espace “ livres d’art ” dans ma bibliothèque. les fonds seront secs. me dit que mes autoportraits (Brasilia. Je l’interpréterai. 17 h 30. d’unifier un sujet complexe et de révéler la solidité d’une forme. Elle sort mes peintures de septembre. 2000. Fleurus. J’ai regroupé les quatre livres achetés aujourd’hui avec les deux livres sur Dali. La peinture à l’huile. Paris. un petit chevalet à placer sur une table. 217 . de définir la distance entre deux objets. On regarde aussi le Carnet dalien 1. Jeudi 25 décembre 2003. deux brosses de nylon. Mais l’arrivée de Pépé et Mémé interrompt notre méditation. Ce dessin me semble structurant de mon rapport à l’art. (tableau qui trône dans mon bureau. Elle est très intéressée par ce tableau. M’est venue l’idée de choisir ce motif. Charlotte passe et regarde le tableau de Kareen. Passage au magasin de peinture Artacrea/Graphigro (120 rue Damrémont). et elle m’oblige à les dater et les signer. la saison. De tels moments sont si rapides que l’artiste doit davantage se fier à son instinct qu’aux règles picturales 308 . Je vais tenter de peindre La Trinité. ” Dans le corps du texte.

Il faut que je me mette à visualiser mon idée. et une série de portraits paysage. J’ai lu 88 pages du livre de Sarah Walden. On n’excluera donc rien a priori. Seulement un angle (gauche). La philosophie veut s’inscrire dans le logos. J’ai retrouvé un châssis ovale. Mais je suis tout à fait d’accord avec vous (et avec Deleuze). Ivrea. 309 218 . l’un de mes proches amis Sarah Walden. Je vais tenter une série de portraits des moments. Chez le droguiste du quartier. que j’ai indexicalisé : c’est un livre vraiment fantastique . ou comment peut la restauration. Mais il doit surtout tenter de représenter ou la transversalité des paysages du sujet (portrait paysage). C’est l’équivalent de la transversalité pour un individu. Je vais les travailler par trois. puisque nous avons décidé d’inscrire notre dossier Vallin/Hess dans la philosophie. j’avance le Van Gogh de Vivianne Sylvester (jusqu’à la page 40). En arrivant rue Marcadet. je me mets à peindre les fonds de ces trois toiles + celle en forme d’ellipse. j’ai acquis un très gros pinceau un peu plutôt. Il me faudrait vous écrire quelque chose de sensé. Ce matin. 188). c’est l’ensemble des relations à l’intérieur de l’œuvre (p. Objet : Outrage à la peinture Le 26 décembre. Elle a une formule. on cherche à raisonner selon un modèle hypothético-déductif. détruire les chefs-d’œuvre 309 . en cas de restauration. Outrage à la peinture. détruire les chefsd’œuvre. ou comment peut la restauration. Il est question de l’identité de l’œuvre. violant l’image. Mais. Donc. 175 pages. vers 16 h.Ce matin. J’achète 3 châssis de 81 x 66. Je suis content de ce que j’ai fait. Ce qu’il faut absolument préserver dans une œuvre. je raconte : “ De Hess à Vallin. violant l’image. Il faut que j’en fasse le fond demain matin en faisant les fonds de trois autres châssis que j’irais chercher chez Artacrea/Graphigro. 17 h 30. Bon. je passe chez Artacrea/Graphigro. 2003. Chère Vallin. de ce qui nous passe par la tête. J’indexicalise. Ce sera le début d’une série. au réveil. je lis Sarah Walden que je poursuivrais durant toute la journée. de sa structure. jusqu’à la page 126. L’après-midi. j’ai commencé le livre de Silvianne Forester sur Van Gogh (chez Hélène où j’ai couché). Outrage à la peinture. la philosophie a besoin de la non-philosophie pour s’incarner. La Trinité n’occupera pas tout l’espace des tableaux. Paris. Quelle est-elle ? Le portrait peut donner une image de la personne. où j’explorerai la question de la transversalité des moments. ou les grands moments de la personne (portraits des moments). Vers 11 h 30. de son principe. 23 h. 26 décembre. 23 h. logiquement. je continuerai demain. Dans une lettre à Vallin. par opposition au pathos. 15 h.

alors qu’elle été jeune fille. Chaque Noël. j’ai fait l’index de mon livre Le lycée au jour le jour. er 219 . ni vraiment de peinture à l’huile (sauf une fois par erreur. Bon. c’est le mode qui fait passer d’un moment à un autre sans transition logique. je lis un ouvrage : La peinture à l’huile. Je lui dis que je connais un dessinateur qui les ferait pour rien. je vais acheter des châssis. Je fais trente couvertures que je signe Remi de Sainte-Gemme. 2003. Cette grandmère est morte en 1962 : j’avais 15 ans. je lis ce livre. Il a ouvert un magasin de peintures à Givet (Ardennes). un chevalet (mon matériel de peinture acquis cet été est à Sainte-Gemme). Il veut faire des couvertures. On apprend dans l’interaction entre la théorie et la pratique. En 1996. Je n’ai jamais fait de toile. sans dessin. livre technique que je veux feuilleter pour éviter de faire de grosses erreurs. Je me dis hier ou avant-hier que je vais faire de grandes peintures avant le 1 janvier pour pouvoir avoir des peintures de moi de 2003. Je l’ai bien connue. parce qu’au plus profond de moi-même il y a une historicité de la peinture. J’ai restauré ce matin un cadre de 1916 (cassé par ma fille Hélène. malheureusement décédé. a insisté sur le fait que la pensée. lorsque je lis Dali. même si globalement je me fais confiance pour oser tâtonner. Elle s’y connaît en peinture. ou comment peut la restauration. une boîte de tubes. Elle pose des questions précises. Création et Schizophrénie. Parenthèse. qu’il me faut rester au lycée pour passer mon bac. Pourquoi ? Eh bien. mon aînée. Ainsi. mais il me parle. J’écoute en lisant un autre ouvrage : Sarah Walden. où j’avais pris une boîte de tubes d’huile alors que je pensais emporter de la gouache). lors d’un voyage à Brasilia en septembre dernier. Aujourd’hui que j’ai la tête à cela. le précédent : Jean Oury. etc m’organise un rendez-vous avec le directeur de l’Ecole des beaux-Arts (qui était un de ses amis). 175 pages). Cela permet de retrouver immédiatement les endroits où l’on parle d’une notion : le moment. se développe selon des modes transductifs. Non seulement. l’instant. mère de deux gosses : 3 et 2 ans) : un dessin de ma grand-mère fait par son fils Lucien (il avait 16 ans).(René Lourau). il y a trois semaines. Faut-il ou non intervenir sur le travail du temps. Son père ouvrier-peintre s’est mis à son compte. Avoir trente dessins imprimés n’est pas donné à tout le monde… Mais mon histoire avec le dessin commence vraiment le 25 février dernier. mon père (décédé) ne m’empêchera plus de faire ce que j’ai décidé de faire… Donc. La transduction. des pinceaux. souvent illogique au sens hypothético-déductif. hier après-midi. C’est un livre qui explique comment ont été faites. J’avale le livre beaucoup plus vite que je ne l’imaginais. Ce détail pour ma relation aux épicières ! Charlotte fait raconter cette histoire à sa Mémé. J’ai voulu faire les Beaux-Arts à 15 ans. etc. J’avais peur qu’il soit rébarbatif. que je devais vouloir m’orienter ainsi pour contempler des modèles nus. Il accepte. que ma belle-mère a tenu. parfois indiscrètes. Elle faisait la marchande. je prends conscience que j’ai un moment des arts plastiques. violant l’image. J’ai acquis Outrage à la peinture. Ils habitent Charleville. Cela ne me prend pas beaucoup de temps. techniquement les peintures. je commence à en composer l’index (indexicalisation) à partir de la page 18. Ivrea. j’en étais là. mon éditeur ne veut plus payer les dessins de couvertures des livres de mes collections. Je peins le 25 décembre trois fonds de cadres moyens (55 x 46 cm). Madame ! ”) que mon beau-père a rencontré sa future épouse. En 1989. selon les principes lus dans La peinture à l’huile. je m’amuse à indexicaliser les ouvrages que je trouve importants. et qu’à mon âge. je m’aperçois qu’il y a une tradition de dessin dans ma famille. Mon père qui était persuadé que l’on ne fait pas carrière dans l’art. C’est en entrant dans le magasin (“ Bonjour. Celui-ci me dit sérieusement que je ne suis pas doué. Outrage à la peinture. Depuis. Ma belle-mère et mon beau-père sont là. C’est une méditation historique et technique sur les problèmes de dégradation et de restauration du passé. etc. Là. ils viennent passer quelques jours. et je la retrouve avec tendresse dans ce cadre… Lucien est devenu musicien (maître de chapelle à la Cathédrale de Reims durant 25 ans)… Toute mon histoire de vie est donc une partie de cache-cache avec le dessin. hier. Donc. détruire les chefs-doeuvre (Paris. sur le métier de commerçante de sa grand-mère. mais enthousiaste par ma lecture. Le 24. Ma belle-mère trouve mes couleurs jolies.

Je tombe devant un grand pastel ((120 x 80 cm) de Marek Szwarc (1936) représentant La Sainte Trinité. portrait des moments). C’est le bon moment ! Le déclic. J’ai encore une copie du dessin qu’il a fait de mon père en 1934. Dans ces 220 . Je trouvais normal de laisser mes frères et sœurs se servir. je me dis : La Trinité de Papa doit valoir 50 000 euros. les artistes ont tout fait pour trouver des pigments qui résistent au temps. Hier soir. il y avait cette œuvre de grande valeur. Je vais mettre la trinité dans un coin… Je me représente assez bien ce que je vais peindre (j’en ai fait le croquis dans mon Carnet dalien 1). notre grande revue d’amour. Je mesure le maximum acceptable pour mon chevalet. Marek Szwarc était un ami intime de mon père. L’apport par Kareen de mon portrait. Il est 19 h. je me considère comme un peintre. au réveil. j’ai la représentation de mon portrait des moments. C’est un tableau très beau. je trouve sa remarque juste. j’irai acheter 3 nouveaux châssis. Je prendrai ce qu’il reste ! ”. Des très grands. Bon. J’avais déjà les archives de la famille en dépôt. du point de vue de la peinture. Beaucoup d’œuvres de Léonard de Vinci n’ont pas survécu au temps. 20 h. c’est pour expliquer à Vallin ma théorie des moments. entre le vécu et le rêvé. J’avais dit à mes deux sœurs et à mon frère : “ Servez-vous. car elle est importante dans la mise en discours de mon moment peinture… Samedi 27 décembre 2003. si je disparaissais. ” J’ai voulu inscrire cette lettre ici. Il faut que je la vende pour me construire un atelier dans ma maison de campagne. Lire cet ouvrage quand je me remets à la peinture tombe bien. etc. Les moments n’étant pas tous du même registre. valeur d’usage. On se moquait de la question de la durée de l’œuvre. Mais en même temps. Ils n’ont pas flashé sur les cadres. ils laisseraient de moi une image que je ne renie pas. J’ai rempli de peinture à l’huile quatre toiles. Mais. Mais rapidement. Marek vivait avec Raïssa Maritain. Je me mets au défi de produire quelque chose de consistant rapidement. entre le quotidien et l’onirique. Il s’agit d’opérer des transductions entre le réel et le surréel. Comment s’institue le moment ? Donc hier soir. Ces tableaux ne sont pas terminés. moins on se pose la question de la dégradation. Pensée aussitôt chassée : je ne pourrais jamais me séparer de ce tableau. la fille du philosophe chrétien… La Trinité. je me dis : “ Mais au fait. je me disais : “ Demain. si je me mets à la peinture. J’ai eu la chance de l’avoir au moment du partage des biens mobiliers de mes parents (ils n’avaient pas de biens immobiliers). Depuis aujourd’hui. Mais je trouve que les deux esquisses d’autoportraits que tu as faites à Brasilia en septembre ont davantage de force d’expression. et l’affirmation de Lucette : “ C’est pas mal. etc. ” Malgré l’inclination à la jalousie que Lucette peut avoir vis-à-vis de K. c’est de la transduction. Je commence à regarder autour de moi. d’éducation et de philosophie). en l’arrangeant pour en faire mon œuvre à moi ! ”. Ce que je suis en train de faire. qu’est -ce que je vais faire comme peinture ? Il ne suffit pas d’avoir le matériel (même si l’essentiel) il faut une idée de motif ! ”. conçue comme valeur d’échange ! Cela. ” Et à ce moment. c’est de tenter de vous décrire les éléments d’indexicalisation qui se sont formés autour de moi pour que je conscientise mon désir de me mettre sérieusement à la peinture. il va falloir les symboliser de manière originale. Il y a quelque chose entre ce que je veux inventer et le surréalisme. À d’autres époques. la créativité était celle de l’instant. valeur symbolique. de poésie et de liberté (maintenant : d’arts. je me dis : “ Je vais reproduire ce motif.qui ronge la plupart des œuvres. j’ai décidé de faire des travaux qui représentent une personne à travers ses moments (portrait paysage. en l’état. À certaines époques. Plus on est créatif. je continue intérieurement : “ Mais non. Ce matin. Dans tout le fatras de cadres. ” Depuis que j’ai l’idée d’inventer Attractions passionnelles. Je dois m’interrompre pour aller dîner chez Charlotte.

avant son accouchement ! 20 h 40 Charlotte aime mon portrait d’Hajar. a rajouté Charlotte. Je la signe. sûrement. car mon pinceau actuel ne permet pas d’écrire fin. Les autres doivent être retravaillé. comme Kareen. J’ai beaucoup d’idées pour les valoriser. il me faudra un pinceau plus petit. Lucette voudrait que je change de problématique. Nécessité. Il me satisfait. 21 h 50.. je me dis que je ferai autre chose dans ma peinture. J’arrive à la page 61. car il faut que cela sèche pour que l’on puisse travailler. Aujourd’hui. Évidemment. Je suis heureux de pouvoir travailler à partir de modèles vivants. sur le coup de 1 heure du matin. et qu’en faisant. Si je veux terminer cette toile.quatre toiles. J’ai besoin d’en avoir plusieurs en chantier. il y a déjà toute mon œuvre. Et au Brésil ? Gouache. sur une toile de format 73 x 54 cm. je me mets au travail dès que les parents de Lucette partent. En me réveillant vers 12 h 30. Cornélia l’a trouvé très réussi. Je lance deux grandes toiles (toujours le même thème : Jésus sauvé de l’incendie de la cathédrale par l’Esprit Saint). Repas de réveillon avec Jacques et Cornélia. Charlotte va venir dîner à la maison. Hajar m’a semblé vraiment belle. Je me demande ce qu’elle va pouvoir dire du portrait d’Hajar. il ne faut jamais expliquer ce dont il s’agit ”. Mehdi Farzad et Hajar. Le 1er janvier 2004. J’ai pris Hajar en photo dans la pose qu’elle avait prise. 221 . Voudra-t-elle poser ? Van Gogh n’a jamais peint son frère Théo. Lucette pense qu’i faut faire sauter le terme “ index ”. Je le signe. d’acheter un pinceau fin pour terminer mon Index. Elle trouve que peindre Dieu est une idée bizarre. c’est que j’avais l’idée de faire une toile pour illustrer la théorie de moments. Demain matin. sa femme enceinte de 8 mois et 3 semaines ! J’ai l’idée de lui faire son portrait. Ce que je dois constater. Je pourrais peindre Lucette. Si je refais 3 toiles supplémentaires. c’est loin d’être abouti. Il faut que je tienne ce rythme de production durant tout le mois de janvier. des vrais. Faire un tableau par jour ne me semble pas impossible. j’ai dérapé : je suis entré dans autre chose. je nettoie cette toile faite à toute vitesse. Je refais deux fonds sur les châssis restants. demain matin. Quand les idées sont là. Stimulation de celui qui regarde l’activiste s’éclater. 18 h 20. Ce sera ma première toile. “ En art. Georges Lapassade et Françoise Attiba. il n’y a plus qu’à les mettre en œuvre. cela fera dix. Outrage à la peinture. En regardant la toile de Marco. mais je vais y travailler. Il faudrait qu’elle ait la patience de poser. puis je me lance dans l’index des noms d’auteurs du Sarah Walden. j’ai envie d’aller rechercher des toiles chez Artacrea. Dimanche 28 décembre 2003. Je ne me vois pas travailler à partir de photos. Si seulement je pouvais la faire poser encore une fois.. Puis je me risque à un autoportrait. Elle a envie de se mettre à faire des collages. Je pense que cela pourrait m’aider si je décidais de retoucher ce tableau (ce que mes amis d’hier me déconseillent).

Je n’ai pas dit que, ce matin avant de me lever, j’avais vécu entre deux eaux (veille, sommeil). Je voyais des couleurs ; je voyais des choses à dessiner. Moment de bonheur, de satisfaction profonde. Malheureusement, après le café, toutes ces visions avaient disparu. Hier, Georges Lapassade m’a demandé si j’avançais dans mon livre sur René Lourau. Je lui ai dit : “ Pas trop ”. C’est ce livre qu’il me faudrait travailler pour reprendre le surréalisme, et une exploration de mes capacités oniriques, jusqu’à maintenant enfouies, très peu stimulées. Leur activation est indispensable pour créer. L’exaltation, la transe créatrice n’est possible que si l’on se laisse aller à rêver. L’atelier que je suis en train de monter autour de moi me fait penser à un jardin. Dans un jardin, il y a toujours quelque chose à faire. Plus on fait, plus il faut faire. Pour la toile “ Portrait d’Hajar ” (N°8 dans mon catalogue des œuvres complètes), je suis vraiment content de l’avoir faite. Vendredi 2 janvier 2004, 15 h, Ce matin, très tôt (je me suis réveillé à 4 h 30), j’ai terminé le livre de S. Walden. Je me suis dit qu’il faudrait en faire un compte-rendu détaillé, un long texte, méditer à partir de cela sur ce qu’est un tableau, sur ce qu’est une toile, à la fois au sens propre, mais aussi au sens que pourrait avoir la peinture comme métaphore de l’âme, du principe de composition et de recomposition du sujet. Le sujet est fait de moments, mais ces moments se combinent, se conjuguent dans une cohérence, dans une unité du sujet… Cette thématique serait à travailler longuement, dans une clinique des moments. Vers 10 h 30, je suis parti avec Lucette et Charlotte pour aller visiter l’exposition Edouard Vuillard : très intéressante, bien qu’il y ait trop de monde pour vraiment en tirer quelque chose. Une telle visite est documentaire. On se rend compte de ce que l’autre a fait (succession de problématiques). Quelques idées : j’ai vu ses petits carnets (les miens sont plus professionnels) ; je n’ai pas vu son journal. Quel forme a-t-il ? Comment apprendre quelque chose sur ce journal ? J’allais à l’exposition, pour en savoir plus sur ce point. Je rentre donc bredouille. Un peintre qui écrit, c’est très utile. Delacroix m’a beaucoup apporté. D’ailleurs, ai-je terminé son journal ? Pas tout à fait. Dans la peinture, on met des choses qui sont des perceptions que l’on a avant d’avoir accès au langage. Ce matin, en cherchant à me rendormir, après le réveil, image d’yeux. Idée que je devrais peindre Georges, lui demander de poser, ce serait important. Hajar me plait bien. Je dois oser me lancer régulièrement dans cet exercice du portrait vivant. A l’exposition, je n’ai pas acheté le catalogue : 99 euros. J’ai eu tord. Mais actuellement, je ne dois pas avoir les moyens de faire cela. Idée aussi de relire mes livres sur Dali (avec les peintures). Il faut que je trouve un mode de travail qui permette d’allier l’inspiration d’un motif, à la construction du détail. Dali est un maître sur ce plan. Idée d’aller voir l’exposition “ Jacqueline ” Picasso, présentée actuellement à Paris. Elle se termine en mars. J’ai donc du temps. Comment se fait-il qu’autant de gens veuille voir de la peinture. Quand j’allais au musée de Reims, voir les Dürer, j’étais souvent tout seul. C’est comme avec la course à pied. Quand je la pratiquais, j’étais seul à courir au parc Pommery. Aujourd’hui, les gens courent en troupeaux ! Je me ferai mon musée à moi, avec mes toiles. Plaisir réel de regarder Hajar. Nécessité profonde de produire mon œuvre peinte. Je l’ai au fond de moi, et elle est là qui attend de sortir. Quand quelque chose sort, je me sens mieux ; je me reconnais vraiment dans ma peinture.

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Avec l’écriture, j’ai déjà beaucoup exprimé, j’ai déjà formulé l’essentiel de ce que j’ai à dire. Je me suis donné 68 livres à écrire dans ma vie. Je dois approcher des cinquante. Ce qu’il me reste à écrire est donc résiduel, même si les derniers livres sont souvent les meilleurs, en ce qui concerne les auteurs de sciences humaines. Pour ce qui est de ma peinture, j’ai évoqué l’idée qu’elle a un rapport au jardinage. Cette idée m’est revenue. Je l’ai exprimée à Lucette. Elle m’a dit : “ Oui, tu fais du jardin comme de la peinture ! ”Idée qu’en cette période de l’année, la pratique du jardin est impossible : la terre est gelée. Par contre, pas de problème pour peindre. Cet été, j’avais déjà acheté tout le matériel de peinture, mais je n’ai pas pu m’y mettre. Je n’ai fait qu’une gouache en deux mois. À Sainte-Gemme, l’été, il y a toujours quelque chose d’autre à faire que de peindre. Il y aurait des saisons pour les moments. Sur le thème du jardinage, le rapprochement avec la peinture, c’est l’idée que dans un jardin, il y a toujours quelque chose à faire. Quand on se met vraiment à la peinture, on a des toiles d’avance. On fait les fonds. Pendant qu’ils sèchent, on peut reprendre une toile déjà commencée, faire une retouche ici, mettre du vernis là, etc… Dans le jardin, on passe d’une chose à l’autre, continûment. Il y a des taches longues et fatigantes qu’il faut programmer (bêcher, labourer), d’autres décident de l’avenir du jardin (semer, planter), d’autres impulsives (couper un arbre), d’autres visent l’allure de l’ensemble (couper et ranger le bois, passer la tondeuse, tailler, enlever des mauvaises herbes), d’autres enfin visent à jouir de la production (cueillir, récolter). Dans la foulée, il y a les ratatouilles, les confitures, la confection de salades, etc. Dans l’atelier du peintre, il y a beaucoup de taches à gérer presque ensemble. Nettoyer les pinceaux, c’est un truc qu’il me faut faire. J’oublie, et c’est mauvais. Pareille pour les palettes. Si je ne les nettoie pas, mes fonds seront de plus en plus gris. Édouard Vuillard dit que les peintres inspirés mettent du jaune pur, sans mélange. Essayons. Mes six premières toiles que j’avais intitulées : “ Jésus sauvé de l’incendie de la cathédrale par l’Esprit Saint ”, déc. 2003 deviennent “ Sauvé du feu ”, déc. 2003. C’est avec Charlotte qu’il nous semble que l’artiste doit être sobre dans ses titres. Autre sujet de discussion avec Lucette : à quel moment une toile doit être arrêtée ? Le bon moment. Eugène Delacroix le formule à sa manière : “ Il y a deux choses que l’expérience doit apprendre ; la première, c’est qu’il faut beaucoup corriger ; la seconde, c’est qu’il ne faut pas trop corriger. ” 16 h 20, Je rentre des photocopies : j’ai fait trois photos couleurs de mon index des matières de Sarah Walden : joli. J’attends maintenant Gaby Weigand, qui doit arriver de Munich. Nous projetons de travailler trois jours ensemble. On voudrait essayer de terminer le livre sur L'observations participante 310 . Je ne puis donc aller au magasin chercher des toiles et mon pinceau… Je n’ai pas noté que j’ai ouvert un Carnet dalien vol. 3 : c’est hier que j’ai eu cette idée. Vers 4 heures du matin, le 1er, Françoise Attiba a parlé peinture avec moi. Elle trouvait que c’était une excellente idée de me mettre à peindre. Je lui ai montré mes carnets daliens (1 et 2). Lucette a voulu que je sorte celui de 2000 (bandes dessinées à partir d’épingles à nourrice)… Le commentaire positif de Françoise m’a entraîné plus tard dans la journée à ouvrir un Carnet 3, alors que le volume 1 n’est pas bouclé. J’ai terminé le 2 (où dominent les
310

R. Hess, G. Weigand, L'observation dans les situations interculturelles, Paris, Anthropos, 2006, 278 pages.

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collages de chutes de photos), mais il reste 1/5 de pages vides dans le volume 1. Or, le volume 3 a la même destination que le 1, à savoir saisir les images qui me traversent l’esprit et que je ne puis formuler autrement que par un dessin. Je me suis aperçu que chez Vuillard, ce procédé était relativement poussé. Il dessinait avec un crayon à mine. Moi, je préfère le stylo bille. Cela se conserve mieux. Il faut que je prépare mon voyage au Brésil. J’aurai du temps. Il faudra peindre, beaucoup peindre, mais sur papier. Je ferai de la gouache. Il me faut préparer mon voyage, notamment en emportant du matériel adapté à ce voyage. Il me faudra emporter mon Carnet dalien. Appel de Pascal Dibie qui nous présente ses meilleurs vœux. Il est à Chichery. Lucette lui dit que je me suis mis à la peinture. Il est curieux de voir cela. Il me faudra le peindre. Hubert De Luze me fait parvenir Remords (sa partition de harpe) qu’il dédie à mon fils Romain. À première vue, c’est trop difficile pour son niveau, mais je suis sûr qu’il sera fier de recevoir une partition signée du compositeur. 17 h 20 Je viens de relire ce journal. Je me demande si je ne vais pas le faire parvenir à V. qui lit actuellement Le sens de l’histoire. Mais elle a déjà pas mal à lire actuellement. Il vaut mieux que je continue un peu mes méditations avant de lui faire parvenir ce texte. Coup de fil de Christine Delory-Momberger. Je lui dis que j’ai passé un 31 janvier déprimé : cela ne s’est pas trop vu. Mais j’avais reçu un courrier qui me faisait douter de mon projet d’œuvre. Il visait à critiquer le projet d’une écriture pour l’autre. Il exaltait l’écriture pour soi. Il était écrit sur un mode très rationnel, mais quelque chose, au fond de moi, résistait : je trouvais qu’il sonnait faux, mais je ne parvenais pas à dire pourquoi. Le réveillon s’est bien passé. Surtout, j’ai eu l’idée de faire le portrait d’Hajar. Quelle résurrection ! Toute la tristesse, que je portais en moi s’est projetée sur ce portrait. C’est injuste, car fondamentalement Hajar est gaie ! Réminiscences. Je pense beaucoup à Jean-Loup et Pierre Hugerot, amis d’enfance un peu plus âgés que moi. Parmi leurs moments : la peinture. Jean-Loup était terriblement inspiré par Van Gogh. Il m’a influencé dans les années 1950. Ils suivaient des cours de dessin. Et Jean-Loup faisait exister le moment de la peinture dans la maison de ses parents, où je prenais beaucoup de plaisir à aller. Leur frère, François, plus jeune, était mon meilleur ami. J’aurais plaisir à retrouver ces garçons, pour évoquer avec eux, ces épisodes artistiques de ma prime enfance : pour cela, projet d’aller à Reims, où de nombreuses manifestations sur Le grand Jeu sont prévues. Chez les Hugerot, il y avait toujours des livres de peinture. 18 h, Je viens de nettoyer mes pinceaux. Il faudrait faire la même chose avec la palette. Sinon, je tendrais vers le gris. Mardi 6 janvier 2004, 7 h 30, Avant de partir à la fac, je veux noter quelques récents épisodes. L’arrivée de Gaby Weigand m’a obligé à travailler sur le livre L’observation participante. Hier, on a travaillé

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jusqu’à midi, heure de son départ. J’aurais été heureux de la peindre. Gaby a le profil des modèles de Dürer. J’ai beaucoup aimé Dürer. Une vingtaine de ses productions sont au Musée de Reims. Quand j’étais jeune, je n’avais que cela à me mettre sous la dent. Avant qu’elle ne parte, j’ai fait quelques photos d’elle, espérant pouvoir en faire quelque chose, peut-être un portrait paysage. Il me faudrait y mettre Ligoure, mais aussi quelques paysages de Wurzburg. Il me faut lui demander de m’envoyer des photos de paysages ou de lieux qu’elle aime. Dès que Gaby est partie, j’en avais marre de l’écriture (on a travaillé trois jours d’arrache-pied). J’ai cassé une petite croûte (du pain et du fromage), bu une bière, puis je me suis mis à lire les ouvrages offerts par Hélène, la veille à l’occasion de notre Noël avec les petites filles. Hélène m’a beaucoup gâté. Elle m’a donné une photo de moi avec Constance, un carnet à dessin de chez Moleskine. C’est le type de carnet qu’utilisaient Van Gogh et Matisse. Il a un format assez grand (21 x 13 cm), différent des minuscules carnets que j’utilise jusqu’à maintenant. Je crois que c’est celui que je vais emporter au Brésil. Hélène m’a offert un petit livre sur, d’Yves Scorsonelli 311 , les Lettres d’amour de George Sand et d’Alfred de Musset 312 , qu’elle destinait à Charlotte, mais celle-ci se les était déjà offertes ! Et enfin de Guy Debord, Rapport sur la construction des situations 313 . J’ai évidemment commencé par cet ouvrage, que j’ai trouvé un peu vieilli, qui m’a un peu ennuyé, mais que je reprendrai dans une autre disposition d’esprit. En fait, son utilisation du concept de situation me semble vraiment datée. Dès 13 h 30, lorsque Jeannette est survenue, Gancho est venu me rejoindre dans mon bureau, et je me suis mis à la peinture. J’ai peint ma dixième toile : “ La Constance et le Roy de la salade ”, 73 x 54 cm. Je ne me suis arrêté, que lorsque Lucette est rentrée de la fac, fatiguée, épuisée. Je lui ai préparé une salade Constance que j’ai photographiée. Je reprendrai cette photo pour terminer ma toile. Il reste de la place pour mettre la salade. L’idée de peindre Gaby rejoint une idée que j’avais beaucoup plus jeune. Quand j’ai acheté la maison de Sainte-Gemme, je rêvais de me mettre à la sculpture. J’aurais voulu faire des statues de mes amis, pour les installer dans mon jardin. En attendant de réaliser cette idée, j’ai envie de faire une galerie de portraits. Ce matin, en regardant ma toile d’hier, j’ai eu l’idée d’une toile à partir de la photo des institutionnalistes. Je me disais qu’il me fallait faire une peinture de René et Georges. Je vais les placer ensemble dans le contexte d’un repas Rue Marcadet. Je pense à la photo de René en robe. La peinture permet des arrangements. Composer le tout avec la figure d’Henri Lefebvre. Hier soir, je n’ai rien pu faire d’autre que de contempler “ Le Roy de la salade ”. La figure de Constance n’est pas terminée. Il faut que je la retouche. Malgré tout, même dans l’état actuel, je pense qu’Hélène va être contente de voir cette toile qui a impressionné Lucette. Elle m’a dit : “ Il va falloir que tu sois très net, pour la transmission de ton œuvre ”. C’est vrai que les “ héritiers ” sont souvent accrochés au même tableau. Moi-même, je suis très accroché à cette toile, que je trouve très drôle. En dehors de la valeur d’échange d’une toile (quand elle en a pris avec le temps), c’est d’abord une question affective. Personnellement, je me demande comment je pourrais vivre, si je n’avais pas Marek Swarz. 22 h 45, En rentrant de la fac, je suis passé chercher le pinceau riquiqui et 9 toiles 46 x 33 cm.
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Yves Scorsonelli, L’huître, dix façon de la préparer, Les éditions de l’épure, 1996, 2002. Lettres d’amour de George Sand et d’Alfred de Musset, présentées par Françoise Sagan (Hermann, 2002, 170 pages). 313 Guy Debord, Rapport sur la construction des situations313 (Paris, Mille et une nuits, 2000).

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Je me suis mis à faire trois fonds. Et je n’ai pas pu m’empêcher de faire un essai sur le thème : “ Lire au lit ”, à partir du croquis “ relecture des épreuves de la valse ” du 8 mars 2003. Il faut le reprendre, car Lucette n’aime pas les quatre gros pieds au premier rang. Je vais être obligé de peindre une couverture à mes personnages ! C’est l’hiver, qu’ils en profitent ! Et comme Edouard Vuillard aime les décors à fleurs, je vais leur faire une couverture à la Vuillard. Charlotte n’a pas vu ce travail , car elle est passée juste avant, en partant à son cour. Elle est enthousiaste de la toile : Le Roy de la salade. “ C’est la meilleure ”, a-t-elle dit. Pour me montrer que l’on a des livres d’art à la maison, Lucette me sort : -Das XX. Jahrhundert, ein Jahrhundert Kunst in Deutschland, National Galerie, Nicolai, 1999, 660 pages. -Féminin, masculin, Le sexe de l’art, Paris, Gallimard/Electa, Centre Georges Pompidou, 1995, 400 pages. Je feuillette ces livres qui sont excellents. Beaucoup d’idées me viennent. Par transduction, je repense à une obsession de René Lourau en art : l’effet de miroir. On voit un tableau, dans lequel un peintre peint un tableau. Et l’on voit ce tableau sur sa toile qui contient une toile sur laquelle on voit la toile, à l’infini. À prendre en compte absolument lorsque je peindrai R. Lourau. J’ai une photo de lui en djellaba, que je vais utiliser pour produire cette image. Jeudi 8 janvier, 8 h 30
De Elizabeth C Claire (New York), Objet : merci ! Date : 7 jan 2004 22 h 53 C’était bien d'avoir entendu ta voix cet après-midi. Merci encore pour tout ce que tu fais pour m'aider. Dès que j'ai une confirmation de mon département pour le date de 30 avril, je rechercherai le vol, etc. Est-ce qu'il t'intéresserait de donner une conférence simple, par exemple, à la Maison Française (à New York University) pendant que tu seras ici ? Je l'organiserais volontiers dès que tu m'indiqueras ta préférence. Tu peux suggérer n'importe quel sujet. Même la peinture, si tu veux... Je t'embrasse, Liz. Chère Liz, Je suis heureux, aussi, d'avoir entendu ta voix. J'ai relu la lettre que je vais faxer. Mon seul problème, c'est que je viens de changer de fax, et je n'ai pas pu le brancher hier soir, mais je vais le faire aujourd'hui. Mon thème de conférence à New-York pourrait être : “ Remi HESS La construction des moments. Le sujet se construit à travers des moments, espace-temps qu'il aménage pour se sentir en sécurité : le moment du travail, du repas, du repos, de l'amour, du rêve, de la création artistique. Comment naissent et meurent les moments du sujet ? Après avoir beaucoup décrit ses pratiques de danse sociale, notamment dans son livre Le moment tango, Remi Hess décrit actuellement son entrée dans le moment de la peinture. En racontant cette création d'un nouveau moment, il réfléchira sur l'invention et la réinvention du sujet. ”

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Merci de tout ce que tu fais pour moi. Je t'embrasse. Je te joins un long curriculum vitae. Tu peux enlever tout ce qui ne t'intéresse pas.

Hier, j’ai commencé une nouvelle toile que j’intitulerai "Aimer, s’aimer 2", à partir d’un scanner d’une photo faite par Yves, à qui j’ai eu l’idée d’aller rendre une petite visite, en lui portant ma toile “ Le Roy de la salade ”. Choix de photos à scanner, que j’ai portées à Yves. Je regarde le livre sur Reims (démolitions après 1914). Je déprime totalement. Je me couche. Je vais avoir du mal à peindre cela.
Vendredi 9 janvier 2004, Hier soir, Christian Lemeunier vient me reconduire après le tango. Il reste jusqu’à 23 h 30. On parle peinture. Il pense que j’ai du talent pour les portraits. Il apprécie N°8 et N°10 : -Tu fais déjà des portraits de personnes dans tes livres. Ils sont toujours décrits, avec des traits, qui leur correspond bien : cela ne m’étonne pas qu’en peinture tu sois attiré par le portrait. J’imagine bien que tu fasses des paysages de personnages. Christian n’aime pas trop la peinture à l’huile. Cela met trop de temps à sécher. Pour moi, ce n’est pas un problème. J’aime bien l’odeur de la peinture. Cela crée une nouvelle ambiance dans mon appartement. Avec Christian, on parle encore de fresques. On aborde les questions techniques. Il préfère travailler sur toiles de jute, que l’on fixe ensuite au mur que directement sur le mur, car la peinture pénètre trop les supports en béton, par exemple. Pouvoir dégager la toile si l’on veut travailler sur le mur est bien utile, aussi ! Longue méditation ensuite en contemplant la toile rapportée du Brésil. Pour lui, le bal ici présenté est vraiment intéressant car il y a, d’une certaine manière, un refus de la perspective. Tous les couples ont la même dimension, quelle que soit la distance qu’ils soient de l’observateur. On essaie de voir comment peindre une fresque avec la pratique de tango de Paris 8, ainsi que la pratique du bord de Seine. Il a fait beaucoup de croquis, mais c’est difficile pour lui de rendre cette pratique. Je suis tenté de me mettre à cet exercice. J’en avais eu l’idée dès cet été, puisque j’avais mis un chevalet à SainteGemme, avec une toile du format qui conviendrait à cette image que j’ai dans la tête. Ce matin, au réveil, je travaille sur ma N°12 (“ Aimer, s’aimer 2 ”, 46 x 33 cm, 7 janvier 2004). Je donnerai maintenant la date de début et la date de fin d’une toile… Le format de cette toile est excellent pour travailler. Je commence à comprendre ce qu’il faut faire, pour faire apparaître progressivement les contrastes. Ce matin, je me disais que mes toiles me sont indispensables. J’ai besoin de regarder où elles en sont. Je ne comprends pas comment j’ai pu vivre sans peindre. Sur ma boîte électronique, ce message de Jean Ferreux :
“ Primo, Il faut ABSOLUMENT que tu ailles faire un tour avenue Matignon, entre la rue Guynemer et la rue de Penthièvre ; il y a là, en effet, plein de galeries qui te donneront des idées pour ta peinture. Non que tu en aies besoin, mais cela te permettra de voir "ce qui se vend". Deuxio : si tu

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ne t'occupes pas du chèque de P8, je risque d'avoir des problèmes graves de trésorerie. Je t'embrasse, J. ”

Dimanche 11 janvier, 12 h 15, Je viens de terminer deux fonds de toiles rapportées de Sainte-Gemme. L’une est bon format : 60 x 50 cm : c’est un châssis que j’avais rapporté de mon voyage à Berlin, en juin 2003, avec Kareen. J’avais acheté plusieurs châssis, mais j’en ai donnés à Romain, mon fils, lorsqu’il m’a montré ce qu’il avait fait. J’ai toujours avec moi sa toile, représentant un animal de bande dessinée, une sorte de moustique ; la toile est à dominante de vert et d’argenté (41 x 33 cm). Il lui manque un nom. Je lui avais payé 70 euros, ce qui avait provoqué des réactions négatives de certains proches : “ Tu fais travailler les enfants ! ”, etc. J’avais donné à Romain des cadres de format : 20 x 20 cm. C’est très petit. Minuscule, même. J’ai entrepris aujourd’hui ma N°13, sur ce format. Je l’intitule, en pensant à mon fils : “ Les escargots de Romain ”. Avec ce petit format, je fais un essai. Je tente de peindre le fond en construisant déjà le projet de la toile. C’est-à-dire que je n’ai pas fait un fond uni, mais le cadre dans lequel va prendre place le sujet. Le cadre est l’évier de Sainte-Gemme. Il reste à y installer le verre, avec ses escargots. Ce ne sera pas un gros chantier, mais il faut que j’attendre que la toile soit sèche pour démarrer. Cela amusera Romain. Hier, à Sainte-Gemme, j’ai pris aussi quelques photos de Reims en 1914, notamment des portraits de mon grand-père. Je pense les incruster dans mes toiles actuelles. Le 4° anniversaire de la mort de René Lourau me fait penser aussi à une belle toile, où je ferais son portrait paysage. Il me faudrait y faire apparaître certains personnages : Gérard Althabe, Michel Authier, son frère, Henri Lefebvre. Je pense aussi à ma toile pour Georges Lapassade. Je vais lui offrir pour ses 80 ans. Il me manque une pose de Georges au piano. Je l’ai à la guitare et à l’accordéon. Lundi 12 janvier 2004, 18 h 50 Je suis heureux de ma journée. J’ai commencé à peindre à 13 h 30 et j’ai terminé à 17 h 30. J’ai commencé 4 toiles : -N°14 “ Paul Hess à son bureau à la Mairie de Reims, le 20 septembre 1915 ”. -N°15 “ Paul Hess et ses amis de la comptabilité, Reims, 1915 ”. -N°16 “ La tireuse de carte ”, 46 x 33 cm. -N°17 “ Clair de lune institutionnaliste ”. Après une journée comme celle-ci, je sens que la peinture me va. Lucette m’a dit en rentrant d’un entretien à Fontainebleau, qu’elle se retrouvait dans mon travail de peintre. Elle rentre mieux dans ma peinture que dans mes journaux ! Hier, j’avais reçu Jenny Gabriel qui m’a expliqué que son père était peintre. Elle est partante pour Attractions passionnelles. Elle est restée une heure trente, pour me parler de sa thèse. Elle était suivie d’Isabelle Nicolas qui m’a laissé un poème. Elle aussi est partante pour Attraction passionnelle. Et aujourd’hui, j’ai accueilli Lucia Osorio (Rio de Janeiro). Elle est partante pour traduire Voyage à Rio.

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En arrêtant ma peinture, je me suis arrêté une heure pour regarder ce que j’avais fait. “ La peinture à l’huile est plus facile que l’aquarelle, m’a dit Jenny, car on peut toujours la reprendre ”. C’est vrai. Il va d’ailleurs falloir que j’arrête de commencer de nouveaux tableaux, et que je reprenne ce que j’ai entrepris. Il me reste 4 châssis. Je voudrais les mettre en œuvre, et essayer de terminer ce que j’ai commencé. En même temps, j’ai quelques idées que je voudrais lancer, mais il est évident que si je commence des dizaines de toiles sans jamais les finir, je vais avoir un problème technique. Les trois qui soient vraiment terminées ou qui peuvent être déjà présentées tel quel sont les 7, 8 et 10. Coup de fil de Georges Lapassade. J’ai eu l’idée de l’inviter pour un repas avec René Schérer. René fait du dessin. Je voudrais voir son œuvre et lui montrer la mienne… Cette activité de peinture s’incruste avec force dans ma vie. J’ai utilisé cette journée libre pour peindre, alors que j’ai trois articles urgents à envoyer à des personnes qui me relancent sans cesse (Christine Delory, Jean-Louis Le Grand et Geneviève Vermès). Si j’en ai le courage, je me mettrai, après le repas, au texte sur le tango interculturel. Mardi 13 janvier 2004, 7 h 55, Je n’ai pas beaucoup de temps avant de partir à la fac. Pourtant, je veux noter que j’ai bien dormi, ce matin, jusqu’à 7 heures, et contrairement à hier où je me suis réveillé vers 5 heures pour me rendormir ensuite, et me lever difficilement vers 9 heures. J’avais alors bu le café, et j’étais parti, plein de torpeur me recoucher en mettant la télévision. J’ai vu un téléfilm : la vie d’une famille recomposée. Tout en me laissant prendre (un peu) par le film, je me disais que j’aurais dû me lever. Or, je ne pouvais pas trouver l’énergie nécessaire pour me mettre au travail : composition de trois articles… Composition, décomposition et recomposition sont à l’ordre du jour de mon psychisme, ou mieux de mon for intérieur. C’est comme cela qu’il faut appeler l’espacetemps où se forment idées et images, entre le moment du réveil et le moment du lever. Je me dis qu’une famille recomposée, c’est une famille qui prend des éléments dans des familles antérieurement composées. Comment se compose, d’abord, une famille ? Comment se décompose-t-elle ? Isabelle Nicolas a vécu longtemps avec un musicien, qui lui a fait deux enfants. Apparemment, ils se sont séparés, mais ils ont gardé des relations fortes. Quand celui-ci est mort le 11 août 2003, d’un arrêt cardiaque en pleine canicule, Isabelle s’est décomposée. Qu’est-ce qui s’est décomposé chez elle ? Je l’ai écouté deux heures dimanche soir. Je n’ai pas posé de questions. Pendant qu’elle parlait, parfois, je me disais dans mon for intérieur : “ Remi Hess a été enseignant de sciences et techniques économiques et d’analyse institutionnelle ; il a été sociologue, psychosociologue, psychopédagogue. Il partage actuellement son temps entre la danse, la peinture et la philosophie. ” Cette phrase se construisait dans ma tête. Une sorte de composition d’un quatrième de couverture. Je me disais que j’étais peintre, avant tout. Quel rapport avec l’écoute que je faisais des propos d’Isabelle, confrontée à un problème de composition de sa thèse : -Comment dois-je procéder ? me demanda-t-elle. J’ai déjà réuni l’essentiel des éléments de ma thèse. Il faut que je m’accroche à cette composition de thèse, car je suis totalement décomposée, déstructurée. Ce travail pourrait m’aider à me refaire. Moi : -La dépression n’est pas négative, si on la contrôle. Lorsque j’ai perdu mes parents, en 1997-98, je suis entré dans une période de décomposition de ma transversalité. Certains moments n’avaient plus de raison d’être ; par exemple, mes longs moments passés à Reims,

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Hier. c’est cela qui sous-tend ma théorie des moments. puisque dans ma peinture. Le détour par la peinture. Pourtant. je m’aperçois que si je ne vais plus à Reims. L’aspect que Christine ne voit pas. certainement. lorsque l’on est fatigué d’autres moments. je dois être capable de transformer l’invivable en œuvre. Cela me déplait profondément. c’est que le lendemain matin. a construit sa vie en construisant son œuvre : un journal inestimable que j’ai publié en 1998… Je montre à Isabelle la photo de Paul à son bureau le 20 septembre 1915. on a envie de retourner au bal. “ L’œuvre de l’homme. Développer le moment Ligoure. Reims est encore là. Ce matin. où il porte un masque à gaz en compagnie de ses camarades du service de la comptabilité… -Oui. et les Allemands ”. et une autre. On a envie d’aller se coucher. obligé de rester au milieu des bombardements (22 fois la maison qu’il habitait a été détruite par des bombardements . Georges. Comment se compose-t-on ? Autre question proche : comment s’institue-t-on ? La composition et l’institution du sujet. Je pense commencer encore 4 toiles. au téléphone. celui-ci ne disparaît pas. Le terme de composition est plus souvent utilisé par les musiciens. A moins de travailler d’arrache-pied et de préparer le centenaire de 1914 ? Penser aussi représenter le dépassement de cela. pour moi. c’est la composition. Reims. Dans un premier temps. Pourquoi est-ce que je continue à être obsédé par ces choses ? La destruction. J’y pense. La fatigue intervient. a perdu son sens. Comment lui expliquer que la richesse du moment. Pour la première fois. il faudrait que je compose mes trois articles. et que je formule mal sous le terme “ La famille Hess. puis reprendre les premières. quel miracle qu’il ait survécu !). je vois le traitement des images sous forme de peinture. c’est lui-même ”. je pensais que mes méditations sur la composition. me restitue une discussion avec la direction de l’enseignement supérieur à propos de l’habilitation de notre Labo. vice-présidente du Conseil scientifique de Paris 8. Par exemple. que j’ai du mal à mettre en forme livresque. Les 17 premières toiles que j’ai commencées renvoient à quelque chose de profond en moi. Idée d’une installation à composer pour le mois de septembre 2004 (vernissage le 19 septembre) : 90 ans. avec les textes écrits par mes ancêtres et leurs descendants. Qu’est ce que c’est devenu ? Un champ de ruines. l’ami d’Isabelle. La ferveur du début. dit Isabelle. je ferai une pause. on retrouve une bonne condition physique. c’est que lorsque l’on se fatigue d’un moment. était compositeur. Ils vont sortir. la peinture. Aujourd’hui. et à la fin de la semaine. Ou mieux. en 1914. Ensuite. c’est la croyance qu’il y a des moments qui sont difficiles à formuler par des mots. de par son statut de fonctionnaire municipal.auprès de ma mère. sur les problèmes franco-allemands. J’ai souvent formulé des phrases proches. Je pense à un texte de Christine Vallin sur le bal à cinq temps. Martine Pretceille. J’écrirai mes articles. la recomposition seraient à inscrire dans mon livre sur René Lourau. Il y a des gens qui ont su se recomposer. Pour ne pas me fatiguer de la peinture. Cela travaille en moi. Il se prend et se reprend. Je suis à fond dedans. sur un ton péjoratif. C’est lui qui parlait de composition d’un livre. séparé de sa famille. Et il y en a beaucoup des images ! Comment était Reims avant le bombardement de septembre 1914 ? Une des plus belles villes moyenâgeuse du monde. la décomposition. -Oui. disait Henri Lefebvre. se composer en composant leur œuvre. je les composerai comme des toiles. je situe la plupart des situations dans cette ville… -Si je suis une artiste. Elle parle de déjà vu. Puis la fête se décompose. des archives de Champagne m’a toujours perturbé. Elle me dit qu’elle a formulé cette phrase : “ J’aime mieux 230 . je voyais un livre. Mon grand-père entre 1914-1918.

Ce peintre. privée ou coll. Autre hypothèse. Mais l’œuvre n’est pas que son intention. Dire d’où elle vient. sauf rare exception. Le collectionneur cherche-t-il à rester anonyme ? (coll. Cours de Pascal Bonafoux sur l’autoportrait au XXème siècle). L’organisation sociale et artistique qui se met en place n’implique-t-elle pas que l’on porte le masque ? Le nouveau régime exige l’hypocrisie. présenter son œuvre. que cela signifie-t-il ? A Breda. Le subliminal est un moment important. La recherche documentaire permet de trouver des indications de la main de l’artiste lui-même. de mort. 9 h 30. Etre scientifique. si les gens du Ministère apprenaient que je me suis mis à la peinture. Il a une histoire de la Grèce jusqu’à la Comedia del Arte. faire le choix de répertorier les éléments que l’on a devant soi. j’ai mis entre parenthèses.travailler avec des fous créatifs (elle pensait à moi. dit-il. exposé à la galerie de Paris 8 qui m’a donné l’information. laissés par Vincent en 1885. à tord. Vincent avant Van Gogh. dans l’approche multirérérentielle et clinique de l’expérience (thème de mon laboratoire de recherche). Visage masqué qui fait l’affiche de l’exposition (1940). Mercredi 14 janvier 2004. que veut-il dire ? Que veut dire le masque ? Le masque (à l’Auguste) représenterait le clown sérieux. technique utilisée. Il faut laisser place aux hypothèses.. Ce type de texte prend le risque de ne donner qu’une justification à cette œuvre. pour le catalogue. Y a-t-il une identification ? Ou une métaphore de toute relation sociale ? Autre hypothèse : c’est le contexte historique et politique qui implique ce masque. Historique de la commande et de la production. Notice concernant l’œuvre Tout ce que l’on peut savoir à propos de cette œuvre. Repères biographiques Date et lieu de naissance. C’est un peintre. L’autoportrait n’a rien à voir avec la biographie. Le Yongo Mita Popovitch. Je me laisse gérer maintenant par lui. Quel message transmet cette œuvre ? Aider au déchiffrage de l’œuvre. Exercice difficile pour des personnages comme Picasso. Il s’agit aujourd’hui de redéployer cette dimension. On m’a dit que ce professeur est l’un des meilleurs d’Arts plastiques. Et pourtant. En cas d’exposition. dimensions de l’œuvre. cette dimension de l’être. On risque de mettre la rêverie du spectateur entre parenthèse. en matière d’œuvre d’art. Copyright. chez un 231 . particulière).Titre. dans les autres. Etude iconographique et sémiologique de l’œuvre. Cela implique des partis pris rigoureux. Cette exposition présente des dessins. Quelle signification va avoir ce masque ? Le masque est un emblème. Je me décide à prendre des notes dans son cours. c’est comme cela que me perçoivent les experts du Ministère) qu’avec des pervers… ” Effectivement. En 4 lignes. au moment du réveil : c’est mon for intérieur. tous les matins. (Paris 8. prévoir 3 fiches : Fiche technique : . alors en début de carrière. n’y at-il pas une place pour la peinture ? C’est pour moi une reprise de l’expérience subliminale : pour être un auteur de l’analyse institutionnelle. Donner au lecteur du catalogue les moyens de participer à la définition de l’œuvre. ils ne verraient pas bien pourquoi l’Etat me confierait la gestion d’une équipe de recherche.

une voix (pourquoi pas un homme. de choisir sa voie . les choses ont 232 . avec 20 ou 25 personnes de la famille). Je dis à Bonafoux que j’ai connu son existence. où il y a un tracé qui subsiste. le Family (club de sport. Paul existe à travers le service de la comptabilité . Je lui demande les références de ses ouvrages. la famille (je pense à la photo prise à la maîtrise en 1952 ou 53. fléché minute par minute . des pigments qui n’existaient pas en 1885. mais souvent on revient à la confrontation aux archives. la subjectivité de celui qui tient le discours est à prendre en compte. Hier soir. etc. il y avait de nombreux articles. entrer aux EtatsUnis. ce que je rencontre actuellement. Andréas rachète le maximum. La carte d’identité a été inventée au moment de Vichy : c’est une volonté policière. En écoutant Bonafoux. le coup de fil vous fiche : vous êtes suivi. par le biais de l’exposition. chez Skira en 1985. Nous avons de moins en moins conscience d’appartenir à une collectivité : comment ne pas imaginer qu’un catalogue ne soit pas une méditation sur l’identité aujourd’hui ? Pause. il y a forcément une confrontation au portrait et à l’autoportrait : ce qui me travaille aujourd’hui. La science n’est pas le discours par rapport à l’œuvre : le discours scientifique a donc des limites . 200 tableaux et dessins sont vendus pour rien. par contre. j’ai pu rencontrer une étudiante qui suit le cours depuis le début. est une histoire de la solitude en tant que telle : pendant des siècles. on pourra établir qu’il s’agit d’un faux. L’autoportrait est en relation avec la question de l’identité : dialectique entre modernité et identité. La bibliographie de l’œuvre n’est pas retenue : la bibliographie sur l’autoportrait est extrêmement réduite. La carte bancaire. En regardant Paul à son bureau. Aujourd’hui. On a la liberté de faire des pas de côté. Il a fait un livre sur l’autoportrait. en particulier. Il m’encourage à consulter son livre à la bibliothèque. Si l’on trouve. Je m’intéresse à l’autoportrait par le biais du biographique. mais peu à peu. j’ai eu l’idée de relire ma préface à son livre. puis à Paris (1886). Quel sens a pour moi cette prise de notes ? J’ai tout à apprendre de suivre avec précision. précis. D’autres livres vont sortir du fait d’une grande exposition. Chez moi. cela veut dire que vous comptez moins que… Par rapport à la thématique de l’autoportrait. Théo meurt. c’est accepter de donner ses empreintes digitales : nous sommes seuls avec nousmêmes. Je veux faire émerger des collectifs. par des analyses. qu’il semble organiser. on existe en tant que “ fils de ”. Retour de Bonafoux. 1890 : Van Gogh meurt . il n’y avait pas d’informatique. c’est l’autoportrait de groupe. Elle demande à son frère de récupérer les toiles. une voie ?). On s’inscrit dans une filiation : on en hérite. Dans le monde. j’existe à travers de nombreux collectifs : la Place du 11 novembre (où j'habitais à Reims). Le monde des médias consiste fondamentalement à isoler les individus . Lorsque Bonafoux a fait sa thèse. de ce qui pèse sur nous. Ce cours est poursuivi au second semestre. le régime démocratique va entraîner le principe : un homme. Il n’y a pas d’interaction avec un présentateur de télévision et son public. etc. dans le cadre de l’économie occidentale. je me dis que je suis d’une famille. il faut prendre conscience qu'il est une réalité politique : on prend conscience dans le regard de l’autre. La maison du voisin est vidée. j’ai regardé longuement mes toiles. à la vie des ancêtres. Je vais me présenter à Bonafoux. l’œuvre de Vincent Van Gogh commence à valoir de l’argent : Johanna avait prévu le coup.). il a travaillé dans les bacs à fiches de la BN. face à tous les pouvoirs. Après. il y avait alors 3 livres sur l’autoportrait . la télévision met fin à tous les rituels sociaux : on renvoie chacun devant la télévision. moi. Travail remarquable. cela va être quoi ? L’histoire de l’autoportrait au XXème siècle. Tracabilité du parcours de l’œuvre.ami. Pendant la pause. En 20 ans. Dès 1905. il part à Anvers. Cette exposition de Breda expose une rigueur au niveau de l’histoire des œuvres. L’identité. épuisé depuis longtemps. rue Richelieu.

Le commissaire décide : il assume ses choix. Bonafoux pense qu'il faut travailler à partir des œuvres : Daniel Arras a fait le choix d’écrire en regardant les œuvres. Une expo. et donc l’aider à entrer dans les références dont il a besoin pour développer sa propre lecture. Pour mettre en évidence cette extraordinaire dimension. . comprendre de quoi il s’agit. Ne plus regarder les choses après comme avant. c’était l’antichambre du Louvre. autour d’un thème.le langage. il faut organiser l’exposition par thèmes. vis-à-vis de ceux qui sont dans l’exposition. C’est un point d’interrogation. Dans le silence. auquel on est contraint d’avoir recours pour produire l’œuvre. S’interdire le vocabulaire spécialisé. Le Seuil a réédité ce texte.regard patient sur l’œuvre . Se poser des questions. Au Musée du Luxembourg. Le mot “ état ” pour une gravure n’est pas connu. Barthes met en branle sa réflexion à partir de deux éléments : . d’être seul maître d’œuvre du catalogue. tenir compte de la susceptibilité et de la vanité des vivants. Au Luxembourg. c’est un show. Pour mettre en évidence permanence et rupture. La force des thèmes va déterminer l’accrochage. Les textes d’histoire de l’art sont souvent écrits à partir d’autres textes. L’accrochage doit permettre de comprendre le sens du projet. On reçoit un coup de fil de celui qui n’est pas dans l’exposition : il faut avoir un discours. L’exposition doit avoir une qualité fondamentale : susciter le débat. assumer tout. accrochage tableau sur tableau et les uns contre les autres sur toute la hauteur d’un mur. L’autoportrait de groupes aurait été : Le Rendez-vous des amis. Au XVIIème siècle. Le considérer comme ne connaissant pas les contextes. certains bons.être compris par tout le monde. Barthes. On doit concevoir le catalogue d'une exposition. de bout en bout : avec les artistes vivants. catalogue de Kondbly (Kandbly). plutôt que de recopier ce que l’on a écrit sur elles. Ce Musée du Luxembourg a cessé d’être musée d’art contemporain. L’ordonnancement de l’expo suppose que l’on soit intraitable sur le regroupement des tableaux. L’expo doit conduire le public à s’interroger. m’avait-on dit. doivent être donnés. Partir du principe que l’on va avoir pour public des gens curieux. de l’essentiel de ce qu’il est. Accrochage. Ainsi. A l’entrée. On recherche le complémentaire.ne pas renoncer à la complexité du problème à mettre en évidence. Ce à quoi on se livre en organisant une exposition. d’autres mauvais. En tant qu’organisateur d’exposition. 233 . comment organiser la logique de l’accrochage ? Double discours de l’autoportrait : table-rase et permanence. en 1945. il faut imposer le fait. Chacun des visiteurs a le droit à des égards. c’est le respect de deux choses : donner à découvrir. de Max Ernst est en mauvais état (Cologne). Jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale. ne pas l’utiliser. Le Palais de Tokyo a pris le relais. tradition d’art moderne au XIXème siècle. ne pas tenir compte de leurs exigences pour l’accrochage : l’artiste n’a pas à choisir le lieu où un tableau doit être placé. La mise en branle d’une exposition. c’est un immense geste de générosité : tous les éléments nécessaires à la compréhension. Les quatre chats en mauvais état aussi à Barcelone. Les textes respectent une double exigence : . en dehors du monde des professionnels… Donc. comme une chambre d’écho : polyphonie. Pour la responsabilité artistique. Tous les tableaux doivent être à 80 cm du sol.changé : de nombreux livres ont été publiés . Comme le spectacle exige des choses qui frappe l’imaginaire.

je suspends mon travail. cette discipline ne commençait pas en première année ou les doubles cursus n’étaient pas possibles à ce niveau. après mon article sur le tango envoyé à Geneviève Vermès. Des artistes qui se prennent comme objet de leur œuvre. 21 h 50. Dans “ Corps et vanité ”. Palazo Stozza où 1200 m2 sont disponibles (Florence). On présente deux autoportraits qui s’opposent. Idée d’une toile “ Je pisse. et 1949 (ligne qui se déploie dans la toile). En relisant ma préface à Paul Hess (La vie à Reims…). Je fais trois fonds (46 x 33 cm). 170 notices. Au moment où je vais me mettre à la n°18 (“ 1 janvier à Rambouillet ”). en discutant avec Charlotte. Quête d’une ligne Deux autoportraits fantastiques 1907-1960 de Brancousi. Comme quoi je réussis à éviter les pertes de matière. je m’offre quelques moments de peinture. Jeudi 15 janvier 2004. 170 artistes. car Lucette rentre de la fac. lorsque je me suis inscrit à Nanterre comme étudiant de première année. 170 toiles. C’est une forme de Saint Suaire. Hier soir. Puis. Comment composer une exposition ? C’est la question. 234 . Derain deux toiles : 1899 et 1953 Matisse : 1901 (plagiat de Rembrandt). Mettre en évidence que l’identité fondamentale de l’artiste est son œuvre elle-même. Mercredi 14 janvier. m’est revenu à l’idée qu’en 1967. J’en profite pour noter deux choses qui me sont revenues ce matin dans le Moment du for intérieur. j’ai trouvé un passage sur sa fréquentation d’un cours aux Beaux-Arts. Helena Schjerfbeck a été présentée dans Lumière du nord. il y a dix ans. Il s’agit de composition. Elle a passé toute sa vie à faire son autoportrait. Elle va d’abord dans un petit espace 600 m2 disponibles au Musée du Luxembourg. Cette logique de ne rien vouloir perdre me conduit à faire des mélanges de couleurs qui ne sont pas toujours très heureux. Soirée avec Charlotte. Ce n’était pas possible. Apparaît tout doucement le visage du Christ. D’autre part.Ce cours me passionne. Auparavant. Je suis seul dans ma salle de cours. Elle est morte en 1950. 9 h. puis elle s’étalera. Enfin ! Il va falloir que j’apprenne l’entretien de mon matériel. j’aurai voulu m’inscrire en histoire de l’art (en double cursus). alors . donc je suis ”. César 1960 La chronologie prend donc sa place. Je nettoie mes pinceaux en les frottant d’abord sur un morceau de carton (60 x 50). Gaston Bertrand : 2 autoportraits avec 40 ans d’intervalle. L’exposition bouge. comment s’y prendre ? En dégageant des moments dans le thème. je reprends la toile N°1 et la N°12 sur laquelle je fais un grand travail au niveau du portrait er (visage).

le peintre n’est esclave. J’aime peindre des gens beaux.Il y a beaucoup de féminin chez vous. Je découvre qu’Albert Dürer a tenu un journal : Pascal Bonafoux le cite (p 27) : “ Un bon peintre est en effet rempli de figures en lui-même. Le concept de portrait paysage(s) serait à développer. Paul Gauguin. ” 14 heures 30. La mort épiée. Paris. Je déteste mon propre visage. 125 (ou 123) du Pascal Bonafoux). Je consulte le livre de Pascal Bonafoux sur les peintres et l’autoportrait : “ Quand ils faisaient leur portrait. parce qu’autour de moi les gens sont morts comme des mouches. “ Une œuvre d’art est un coin de la création vu à travers un tempérament ”. je cesserai de faire des autoportraits. Paris. “ Devant son chevalet. c’est vrai. “ Das malt Ich nach Meiner Gestalt. une de mes étudiantes de ce matin. Skira. Au rendez-vous des amis. 1984. il aurait toujours quelque chose à déverser en ses œuvres. 316 Paul Gauguin. ce sont des Cranach. faute d’avoir quelqu’un d’autre à faire. Noricas. Lui. Projet de préface pour son Traité des proportions (cité par P.Non. C’est vraiment intéressant (p. je repense à Sabrina. 2006. Mes haines.. 1946. Genève. op. (à la bibliothèque de Paris 8). “ J’ai fait beaucoup d’autoportraits. mais les femmes. A Reims. cité. ” Albertus Durerus. 235 . de ses idées intérieures dont parle Platon ”.15 janvier. p 27). (Paul Eluard.. 317 Francis Bacon. ni de la nature. les résultats toujours en dessous de ce que nous rêvons .. Je découvre la toile de James Ensor : Les cuisiniers dangereux (1896). ni du présent. je vois la mort au travail. En prenant ces notes sur le livre de Pascal Bonafoux. dans une réflexion qui pourrait s’intituler : le portrait des moments.K. Paris. Les moments pédagogiques 318 ). 1500.Veux-tu dire que je suis une femme ? . Mais maintenant. et non des Dürer. Lettre à Emile Bernard. Il est vrai que… Chaque jour dans la glace. Traduction de Janusz Korczak :“ Le moment approximatif ” (J. E. Les peintres et l’autoportrait. sans songer qu’ils étaient euxmêmes un miroir ”. toujours lui 316 ”. portrait-paysage. c’était en se regardant dans un miroir. 158 pages. ni de son voisin. Donner à voir). 1951. L’art de l’impossible. et ce peu d’encouragement des autres.. midi. Lettres de Gauguin à sa femme et à ses amis. Dürer. et qu’il ne me restait personne d’autre à peindre que moi. août 1889. en 1890. qui sont capables de faire plusieurs choses à la fois. ce ne sont pas les hommes. parce que j’aime une bonne ossature. 1970 318 J. Bonafoux. . Entretiens avec David Sylvester. Je lis attentivement le commentaire du tableau de Max Ernst. Zola. Racontars de Papin. c’est une des plus jolies choses qu’ait dites Cocteau. 1922. encore lui. mais je continue à le peindre. ni du passé. Anthropos. Moments pédagogiques. Korczak. Henri Rousseau peint : Moi-même... Genève. Elle me contredit : . c’est sûr. 314 314 315 Pascal Bonafoux. Il en est de même pour chacun 317 . Je déteste mon propre visage et j’ai fait des autoportraits. A. et s’il était possible de vivre éternellement. tout cela contribue à nous écorcher aux ronces 315 ”. Je trouve quelques citations intéressante : “ Les moments de doute.

Les écarts avec la photo de référence ne me dérangent pas trop. Je me dis que si je ne m’autorise à peindre. jusqu’à maintenant. Le portrait de Paul correspond bien à ce que je voulais mettre en relief de la personnalité de cet homme. Mais. et j’en ai commencé une : d’abord. à partir d’une photo d’Hélène et Nolwenn. Dois-je changer son visage ? Je n’en ai pas trop envie. Les couleurs que j’ai choisies renvoient à mes souvenirs de l’appartement de la Rue de la Renfermerie où mes grands parents ont emménagé dans les années 1930. pour oser une recherche. mais plutôt “ Le cirque de Romain ”. et c’est bien la couleur qu’il avait alors. j’ai tendance à le vieillir. Repasser par les modèles des peintres des siècles antérieurs. Pour ce travail. Reconnaîtra-t-elle son père ? Ce sera pour moi le test. Je n’en suis pas au bout de mes peines. Il a publié un livre sur Van Gogh (à lire le plus vite possible). mais ce n’est pas trop grave. passer moins de temps au restaurant. au niveau du style.Vendredi 16 janvier 2004. Elle m’a invité à remettre du rose sur tout cela. Quand je l’ai connu. j’ai retravaillé deux toiles. avec textes et peintures (autoportraits). Évidemment. Charlotte m’a reproché. que je me suis fait envoyer. Dès que j’aurai une heure. Pour faire un portrait de Paul. si je veux travailler dans la direction que je découvre. Ensuite. après mon pensum d’écriture. et que j’ai connu… Ce sont ses mains que je dois blanchir (je les ai faites en jaune). de sa présence intense au monde. mais ce travail d’observation fait remonter mes souvenirs. de lui avoir fait un visage cadavérique. je ne puis rivaliser. mais que j’y ai trouvé : une sorte de cœur qui fusionne les deux personnages : cela donne quelque chose de profondément différent de l’original. de manière à ce que les gens se reconnaissent ! Par rapport aux professionnels. où il n’avait que 44 ans. j’ai avancé la N°13 que je renonce à nommer “ Les escargots de Romain ”. et d’y faire passer des doryphores. quand Nolwenn et Constance ont dit en voyant “ Le Roy de la salade ” : “ Bon Papa et Constance ! ”. sa photo m’est utile. je vais avoir du temps pour peindre. Car. dans un premier temps. sa fille encore vivante. mais un jeu auquel s’est livré mon fils. je me rends compte que j’ai vu mon grand-père sur son lit de mort. mes textes vont avancer. J’ai commencé la toile n°19 (Fusion maternelle). j’y passerai du temps . Il est mort. ma relation à lui. Ma création se limitera à condenser deux évènements successifs en un seul. comme l’ont fait les peintres du XX siècle. me semble une propédeutique nécessaire avant de laisser parler l’audace. que si je produis mes textes en retard. Dans un premier temps. Samedi 17 janvier 2004. Ayant laissé un espace exagéré au-dessus du verre. je dois faire un effort d’autoformation technique. Je fais un lien étroit entre théorie des moments et peinture : il faudra l’expliciter. il avait 76 ans. Mon idée actuelle : le lien entre autobiographie (écrits autobiographiques) et peinture : Bonafoux y a pensé avant moi. ce qui n’est pas une invention de ma part. que j’ai connu. le soir. mon challenge était d’utiliser les 236 . c’était gagné ! Je voudrais faire évoluer mes portraits. par rapport à l’année 1915. Je viens de consulter la bibliographie de Pascal Bonafoux. un lien qui n’existe pas sur la photo. mais. La bibliothèque est bien équipée en arts : c’est une chance pour moi. quand j’avais 9 ans. Il me faudrait la réaction d’Antoinette. par un serveur spécialisé : énorme. Aujourd’hui. mais je ne m’y mettrai que lorsque j’aurai terminé mon article pour Jean-Louis Le Grand “ Théorie des moments et clinique de l’expérience ”. 10 h 20 Hier. j’ai repris la toile N°14. J’espère trouver ces textes à l’Université. 11 h. je n’ai pas utilisé les ressources de la bibliothèque : il me faut changer de mode de vie. je me vois obligé d’y installer un fil au-dessus de la danse des escargots. Je me suis allé à souligner au rouge.

Paul. j’ai avancé le carton sur lequel je frotte mes pinceaux. De ma lecture de Sarah Walden. Idée d’un portrait de Paul (1930-33) avec son livre. les équipes éditoriales. on fait des liens. Dans cette veine. J’ai peut-être eu tort de présenter mon travail trop tôt à Christine : le témoin ne peut pas se rendre compte du projet lorsque l’on en est à la première couche. avant et après. lundi : elle n’a pas vu ma production depuis le 28 décembre. alors que la 18 n’est pas commencée. une sur la Réunion. avec association des paysages correspondants (Lorenzo. Lefebvre . André. le groupe Korczak avec K et les autres. dans une promenade ou dans une situation quelconque du quotidien. L’exposition Edouard Vuillard influence toutes les toiles. Cela va plaire à Hélène ! J’espère que je ne l’abîmerai pas trop au niveau du visage dans “ Fusion maternelle ” ! Une motivation pour peindre. comme j’ai fait exister l’œuvre de Paul. -Il y aura aussi des portraits paysages : il me faut une toile sur Mayotte. une sur Charleville. il faut une toile qui lui corresponde. Je suis sûr que ce sont mes petits-enfants. Donc. Dans ces portraits de groupes. Dans ma perspective. déversées sur ma palette : je voulais nettoyer ma palette . qui ne me servira que de point de départ. il faudrait que je retravaille plusieurs toiles. en enlevant ou rajoutant des personnages. que j’ai du devenir d’un tableau. où la famille Le Guillou sert de modèle. Je dois prévoir les illustrations. Ainsi. au retour de Dachau ”. je dois m’arrêter prochainement de commencer de nouvelles toiles : je 237 . Je vais partir au Brésil le 1er février. Je sens déjà des fils dans mon œuvre : -Les ancêtres. doit être un référent fort. sur un tableau. Diana et Cinque Terre ou Ligoure . À chaque fois que j’ai produit un journal. dans la réunion AI de la rue Marcadet. J’en ai fait un Saint Suaire tachiste. Dans cette veine. il y a donc cette conscience. cela signifie pour moi jouer entre le fond et les habits de mes personnages. un portrait de mon père comme prisonnier de guerre (“ Le barbu ”). c’est pareil : dans les premières couches. hier. par exemple. Actuellement. j’ai retiré une chose : il faut être prêt à mettre huit couches. AI avec René. on prend des pinceaux plus fins. Georges. et qui puisse servir de couverture à son édition.couleurs. -Les portraits de groupes de mes amis. -Les portraits de famille dans lesquels je dois construire mon image de Bon papa. je me suis dit que j’allais vuillardiser “ Fusion maternelle ” : vuillardiser. etc). les détails demandent de la minutie. mais pour qu’elle se rende bien compte de mon travail. Remi et Romain. En regardant longuement ma production d’hier. comme Paul l’avait fait pour son livre sur Reims. Avec les couleurs. pour aller jusqu’aux pinceaux minuscules . Chaque reprise avance énormément le chantier. Ensuite. -“ Sauvé du feu ” et les portraits de Paul (1914-18) s’inscrivent dans ce que je nommerai les moments traumatiques de la famille. tenant compte du mouvement de l’œuvre. qui feront exister mon œuvre. Une chose bizarre : la toile 19 existe. je veux capter le moment : cela signifie que je recomposerai. je rajouterai Michel Authier et Pascal Dibie. Je pense qu’elle va remarquer mon évolution. Cependant. Cela vient du fait que j’ai déjà la 18 dans la tête. on laisse aller l’imagination. alors que les brosses demandent une vue d’ensemble. je veux peintre une toile où. si elle existe. je m’essaie à beaucoup de choses différentes : le style de chaque travail est différent. Sur le plan technique. avant de les nettoyer. le passé et les images qu’il transporte en soi. qui se produit en plusieurs étapes : je dois attendre que la peinture de la première couche soi sèche pour me mettre à la seconde. Cette date m’obsède : je ne serai plus le même. apparaissent au moins 5 générations : Barthélemy. Je veux accentuer la situation de référence. et ensuite. les agrandissements des photos dont je veux m’inspirer ne sont pas faits : j’ai différé la mise en chantier de cette toile. les premières couches se font avec les plus grosses bosses. “ Le rendez-vous des amis ” de Max Ernst. il faudra peindre “ Lucien. était la prochaine visite de Kareen. etc.

je n’ai plus de toile disponible. rue d’Angleterre ”. À tort d’ailleurs. Je pense que lorsque j’aurai posé les lunettes de mon grand-père. C’est ainsi qu’il est présenté dans la brochure d’arts plastiques. demain. Avant le repas. Cela ne donne pas grand-chose dans cette première version. Avant de me remettre au travail. le 1er septembre 1914. comme des moments de la composition. il pourrait m’évaluer en connaissance de cause. Le carton attaqué donnera un effet intéressant. à 62 piges. Après le 16 février. en discutant avec Lucette. Je me concentre. qui me soutient toujours dans mon délire pictural. je lui expliquais que Pascal Bonafoux a bien compris la théorie des moments. Mais je laisse sécher. compte tenu de la quantité de White Spirit. que j’ai utilisée pour récupérer de la couleur sur ma palette. Il fait l’effort de construire 6 moments (je n’ai pas eu le temps de les noter) pour regrouper les éléments de son propos. et qu’il est spécialiste. Les figures seront à travailler avec le même sérieux que ce que j’ai fait pour Paul cette semaine. de la nature morte et des écrits sur l’art. Je n’ai pas noté que j’ai appris qu’il est né en 1949. je retouche ma toile N°19 “ Fusion maternelle ” que je vuillardise. Lui. J’améliore tout doucement le rendu. dans une première toile. c’est de parvenir à décomposer les tâches. je craignais un peu la venue de Kareen. qui me demande beaucoup d’attention. 19 h. Je fais une peinture épaisse. je ferai des photos de l’état de mon chantier. bonne séance de peinture. Je vais donc les reprendre une à une. ville du moyen âge. Le métier. je nettoie mes pinceaux et sur ma palette : j’en profite pour terminer le Saint Suaire (carton). S’il était vivant. Pour finir. car je ne vois pas pourquoi je devrais craindre le regard de celle qui a réveillé en moi ce moment de l’art. Pour la série “ Sauvé du feu ”. à Paris 8… C’est vraiment le maître dont j’avais besoin pour avancer. En dehors de la 18. 15 h 30.dois plutôt m’attacher à terminer celles que j’ai commencé. a fini son livre ”. il aura du caractère. Je lance la toile N°20 “ Paul et ses douze collègues ”. le 2 septembre . Finalement. Puis j’en ferai une sur l’arrivée des Allemands. K est une fée des 238 . Au départ. Plus qu’un maître ou une muse (termes utilisés précédemment dans ce journal). Reims n’était plus une ville historique : c’était devenu un tas de ruines. Comment cela aura-t-il été possible ? Idée d’une toile : “ L’âne. Les étapes de la destruction sont les moments du chaos. en dehors de l’autoportrait. Je passe à la toile N°21 “ Paul. Après le repas. ce serait davantage une fée qui vient sortir le Prince charmant de sa léthargie. À midi. Enfin. bien qu’il ignore probablement cette théorie. qui risque de se décomposer. je peindrai le désastre après l’incendie. Il compose son exposition comme une œuvre. Lundi 19 janvier. Ces jours-ci. il pourrait être content de ce que j’ai fait cette semaine. ce n’est pas terrible. Je fais disparaître la dimension tachiste de la veille : je signe ce morceau de carton. Il a suivi des cours aux Beaux-Arts. je serais dans un nouveau chantier. Il faudra reprendre pour donner du caractère. et à se représenter les différentes couches. En un mois. je me décide à symboliser Reims. je suis content de ma première couche. que je recherche. puis une paire sur l’incendie du 19 septembre 1914.

J’ai découvert ce courrier de 24 pages en même temps que le texte de Kareen. Je suis dans mon trip familial. remarques. 319 R. J’ai donc interrompu la réécriture de Kareen. et elle y a introduit ses commentaires. Hess. et le lendemain. Charlotte qu’Hélène. On est là dans la question de la phénoménologie de la conscience intime du temps. Au départ. il reprenait parfaitement le mouvement de mon discours. quelques jours ou semaines après. Un fragment de journal est difficilement détachable. Le journal est comme une toile. et que je lui avais fait parvenir dans le prolongement de notre entretien du dimanche précédent. On m’imposa un morceau que je n’avais pas entendu avant. texte repris par moi dans le ch. pour moi) dans sa propre recherche. questions. car un journal est un effort de production d’une pensée. à partir de toutes petites photos. la reprise de l’œuvre lui permet de se nuancer. Hélène m’a fait tomber du lit à 9 heures. Yves a travaillé pour moi. pour l’accompagner au marché. invité pour fêter ses 50 ans. Yves. et dès 7 heures trente du matin. Dans sa lecture chronologique. 239 . très difficiles à lire. Dans ce cours. Il a réussi à sortir de son ordinateur de magnifiques images. mais épuisante. 22 à 33. Il y a une charpente d’exposition satisfaisante de ma théorie des moments. je me suis mis à la réécriture de ce texte. il y a donc des remarques qui viennent ensuite sous ma plume même. me donnant le désir de le compléter. Je peux le pousser à vingt. on y dépose les premières couches. il m'a fallu récupérer. Mais auparavant. Mais au même courrier. aussi bien chez Lucette. Je sens une transe s’opérer autour de la peinture. 2 de mon “ Que sais-je ? ” sur le tango 319 . Constance ou Nolwenn. sur mon envoi de ce journal même. j’aurais voulu peindre toute la journée d’hier. Ce texte devenait quelque chose que je voulais enrichir. sans en avoir pris la mesure ? C’est une question technique qu’il me faudra traiter d’une manière ou d’une autre. mais. Je me suis couché à 2 h 30. Ils sont revenus le soir pour dîner. elle m’avait envoyé un message avec une surprise : ses notes prises à mon cours de DEUST du 8 janvier 2004. 2° édition. Elle a été tellement enthousiaste. mais en même temps pour lui dire que je voyais mal comment j’allais répondre point par point à sa lecture si attentive et détaillée. Le tango. Jean-Louis Le Grand. m’a demandé en situation d’improviser un tango avec Lucette (je n’avais pas dansé avec elle depuis juin. C’est très intéressant… Je sens chez mes proches un groupe de fans. Jenny commente au fur et à mesure de sa progression de lectrice. j’avais également un retour de Jenny Gabriel. du fait de son mal de dos).moments. Je suis content des 12 premières pages. avec Constance. pp. Elle est arrivée vers 11 h 15. je ne me sens pas trop sûr de moi. On a dit de moi (Christian Verrier) que j’étais un créateur de moments . j’ai des hésitations. j’ai été danser . je racontais la théorie des moments en expliquant aux étudiants de seconde année. etc. Et ensuite le développer en 120 pages. Pour préparer ma rencontre avec K. qu’elle a voulu que je fasse venir Yves pour l’apéritif. Jenny a repris de nombreux passages de mon journal. Dans son commentaire. Il y a donc un vrai problème de communication lorsque l’on donne à lire un journal ou que l’on essaie d’exploiter le journal d’un autre (Delacroix. avec deux toiles à la main. K est une fée qui les réveille. Peut-on commenter le détail du journal. Mais ensuite. car la veille au soir. Ce texte m’est apparu remarquable. les choses s’affinent avec le temps . pour donner la forme de l’œuvre et les premiers contrastes de couleurs. Mais cela n’a pas été possible. pour la première fois aussi. concernant sa recherche de thèse sur les moments. car même s’il y manquait quelques détails. Cette démonstration fut très réussie. explorée par Husserl lorsqu’il commente l’écoute d’un morceau de musique. comment je me réinventais dans le moment de la peinture. C’est la première fois que je fais l’unanimité autour de ma recherche. que je suis en train de tenir. C’est un processus. Je lui ai demandé de passer pour voir mon travail de peintre. pour lire Jenny à qui j’ai envoyé un message bref pour la remercier.

Il s’agirait d’un portrait en abîme de Christoph et Gunther. c’est l’heure de la peinture ! Mardi 20 janvier 2004. en me répétant sa première impression de décembre : elle pense que j’ai de l’inspiration. La femme voilée est le produit d’un moment de paresse. me faire photographier dans la pose du peintre. Je lui ai dit que mon challenge actuel est de réussir à terminer quelques toiles. On a parlé d’exposition. 9 h 45 Je viens d’avoir une idée. signe qu’elle compte pour moi. gestes. Il reste quelques détails à reprendre. trop légère à mon goût. Je dois arrêter d’en commencer de nouvelles. Bonafoux sur les moments du propos. Mais cette idée ne m’apparaît plus être une première urgence. Le thème de l’ouvrage : une réflexion sur la mimésis. K a beaucoup aimé la N° 21. Elle a longuement commenté le noir sous le bureau. qu’elle ne connaissait pas. Je lui ai suggéré d’accentuer ses contrastes. Pour finir. On a l’impression d’y voir quelque chose… On a ensuite commenté ses deux toiles. acheter une blouse Corot. Puisque nous allons aller à Sainte-Gemme ce week-end. je dois terminer de toute urgence la N° 15. pendant une semaine à la fin de l’année. Elle pense qu’il faudrait obtenir la Galerie. Je réussis quelques premiers jets. pour elle. voulant le faire supposer dans une ombre. Elle trouve que la N° 14. que je suis un peintre (voir le 27 décembre). acheter une toile au format. Mais elle me dit que techniquement cette toile est presque aboutie : elle est presque présentable. nous sommes allés ensemble faire un tour à Artacrea. je ne lui ai pas dit. J’ai l’impression d’avoir tellement de toiles à faire pour pouvoir dégager mes cohérences thématiques ! Cela. J’ai l’idée de faire une toile de grand format (73 x 54 cm). Mais cela me demanderait du temps. je dois obtenir une photo des deux personnages. Pour ce faire. Wulf sur Jeux. Je réussis à donner la profondeur. pour le colloque Korczak. que l’on tient dans une exposition. et où il y a des soldes. ne serait-ce que pour une question de séchage et de rangement. de la couleur. et me lancer dans cette opération. Gebauer et Ch. même moment de paresse instituante avec l’autre personnage : une jeune femme juste esquissée. j’ai bien compris le discours de P. c’est l’affiche à créer. rituels. Maintenant. ou plusieurs propos à tenir. Il faudrait que j’en introduise quelques éléments qui ont suscité des réactions de ma part. Nous avons commenté la brochure d’Arts plastiques. Je dois corriger les épreuves du livre de G. c’est-àdire l’imitation. la plus travaillée jusqu’à maintenant. Mais je ressens de plus en plus tout le travail qui reste à accomplir. Et moi. est intéressante car elle montre que j’ai le sens de la simplification du trait. mais je vois bien ce qu’il y a à faire. Pour elle. K a conclu. avec le peintre. Elle me dit que j’ai l’œil sur ce qu’il y a à corriger. qui est une toile très expressive. Un thème pour une exposition commune : voiles d’hier et d’aujourd’hui. Ce qui me plait dans l'idée d'une exposition. préparer une expo est une motivation pour produire. j’ai un propos. ou alors de faire apparaître un œil qu’elle n’avait pas fait. Elle a trouvé que le mouvement est bien rendu. J’en ai conçu une belle l’an dernier. K trouve que l’on devrait s’exposer. et je dois bien distinguer ce que je puis exprimer ici ou là. Je lui ai parlé de la C 022. On est d’accord. et cela compte beaucoup. Elle reste dans mon bureau. Elle ne voulait pas se lancer à faire les lèvres de cette femme : lui voiler le bas du visage était donc la meilleure solution technique . Avant de déjeuner d’une salade. pour servir de couverture au livre. On pourrait aussi s’exposer cet été à Sainte-Gemme. je me sens un tout petit garçon face à ma palette. Mais en même temps. Je ne dois pas tout mélanger.J’ai beau affirmer que je vais faire 300 toiles dans l’année. il faudra 240 . Mais.

je l’ai verdi. Je vais le photographier avec Lucette. entre 3 heures et 6 heures. J’ai bu de l’eau. ce livre m’apporte quelque chose sur la Théorie des moments. Pour moi. comme personnage. Vers 17 heures. Or. C’est lui qui me pousse à ouvrir mes tubes de rouge. et cela est. j’ai repris plusieurs toiles : le portrait de Paul à 60 piges. les photos de Brigitte sont très différentes. Mais j’ai eu une insomnie. et je puis donc écrire tranquillement. Par exemple. Elle m’invite à en faire des peintures. C’était tellement intéressant. L’après-midi. en fin de matinée. Au courrier. Ils ont regardé mes toiles. en soi. elle n’était pas parvenue à trouver la salle du cours. très intéressant. Je le lis donc avec patience. donc de ma recherche sur la peinture. etc. une par une. Celui-ci avait oublié ses affaires. Miguel a été surpris de la construction de ce nouveau moment. la veille dans mon coffre de voiture. Par la seconde couche. donc de l’esthétique. de celles de Hélène et Yves. mais en me levant je n’étais pas aussi efficace que d’ordinaire. Je suis dans mon cours de DEUST. Il n’y a que cinq étudiants (effet de la grève. j’ai été interrompu. ce sont les moments de la famille. Dans une exposition. c’était la grève des transports. malgré le rendez-vous donné à Audrey : la semaine passée. un artiste fait signer un livre d’or. et qu’elle pourra me raconter ce qu’elle y aura vu et entendu. Ce sera un gros travail pour ne pas saboter le joli portrait de groupe. lorsque mon père montrait les archives de la famille… Ce que je peins. Je vais donc pouvoir utiliser le travail de Brigitte pour la troisième couche de ces toiles bien avancées. avec présentation de mes sources. des 13 employés municipaux de Reims en 1915 avec leurs masques à gaz. il se trouve que je me suis déjà engagé dans l’utilisation de ces deux photos. mais la reproduction de ma toile pourrait être imprimée. dans le sens discuté avec Kareen. J’ai donc pris des photos et ouvert un nouveau livre d’or. Chez Delacroix. Ce qui me choque maintenant. Il passait reprendre ses papiers. Je l’ai nettement amélioré. mais aussi sur les formes que l’on se donne pour se construire . Je pensais lire les 300 pages dans la journée. Je n’ai lu que 70 pages de ce livre intéressant. deux photos agrandies par Brigitte. J’ai donc décidé de ne pas me rendre à son cours. en plus de 1000 exemplaires. Il faut maintenant travailler le fond. et je tente d’en construire un index. il faut que je prenne quelques photos du voyage au Brésil. Bonafoux. que je leur ai proposé d’écrire leurs commentaires sur la visite de l’Atelier. c’est la bouche et le fond aussi. la visite de l’atelier est une sorte d’institution. Cela donne un effet assez surréel. ils sont restés une heure trente. Il faut que Sergio Borba existe chez moi. 9 h 30. Hier. Hier. Pour ma part. J’ai ressenti l’ambiance qu’il y avait à la maison. une vraie exposition ! Au boulot ! Jeudi 22 janvier 2004. encore). je me suis lancé dans la lecture des épreuves du livre de Gebauer et Wulf sur la Mimèsis. C’est un moment du travail du peintre. liée à un mal d’estomac. Pareil pour la toile peinte. Je me suis rendormi. et de ce point de vue. par le passage de Catherine Modave et de Ruben Bag. Il a signé mon livre d’or. Grosse discussion. C’est P.retrouver le tableau offert par René Lourau qui me servira de modèle de base (un classique de l’abîme) : un gros chantier. 241 . En fait. Faut-il mettre du rouge dans cette toile ? J’ai besoin de la visite de Christian Lemeunier. J’espère qu’elle a trouvé P. Cependant. Miguel et Charlotte sont passés. à la fois sur la question de l’imitation. Bonafoux qui nous avait prévenu la semaine passée. Il faut l’enrichir.

Et pourtant. Réminiscence 320 d’un livre qui doit avoir 25 ans. 2003. Je ne me souviens plus du lieu. des mouvements. 320 Réminiscence (le mot est joli) de la Cité des Egos de Jacques Guigou (Anthropos) : Remi-niscence. à la page 45 : “ Au rendez-vous des amis ”.Femmes galantes. Mais elle ne vivait pas encore avec moi. des histoires. La peinture me plait pour ses couleurs. Mais ce vert du costume est tout à fait improbable historiquement : mon grand-père n’aurait jamais porté un tel costume. en dehors de moi. Catherine trouve l’huile pas suffisamment éblouissante (elle peint à l’acrylique). B. car je dispose d’un stylo noir très contrasté… Vais-je retourner chercher mes lunettes. Le travail de peinture fait donc rencontrer des couleurs. dans la famille à l’avoir connu. mais aussi pour ce souvenir d’Aragon. tout d’un coup. et qui trône dans ma bibliothèque de Sainte Gemme. Lorsque j’ai pris une distance par rapport au tableau. j'ai associé. car le vert de son costume contrastait avec du violet type bruyère. Je ne puis donc pas avancer dans la lecture de quoique ce soit. Je vais en toucher deux mots à Brigitte. C’est à la fois intéressant pour Paul (c’est la couleur de la décoration qu’il portait : les palmes académiques). Peut-être étions-nous ensemble ce jour-là. Il faudrait que je reconstitue ce que j’ai improvisé. histoire de m’assurer que je l’ai bien pris ! Elle est la dernière. C’est une association qui s’impose à moi. Aramis ou l’amour des techniques (La découverte. Après avoir déjeuné d’un sandwich à la cafétéria. 13 h 05. Mon problème. Cela aboutit au résultat contraire de ce qu’avait proposé Yves. à un très bon prix : . C’est l’année où mes petites filles me rencontrent. J’ai envie de le montrer à Antoinette.Sur Paul à 60 piges. nrf. Je sais où il est. Personne n’a pris de note. Bonafoux. Je vais être obligé de mettre du violet dans ce tableau. j’ai réussi à avoir. Personnellement. elles rajouteraient une moustache sur une photo où il n’y en a pas ! Aragon est dans mon grand-père. ou me contenter d’écrire ? J’ai fait un excellent cours ce matin. J’ai évoqué cet épisode avec Lucette. parti d’une photo. au costume que portait Louis Aragon. 242 . Je sens que. Plus j’avance dans ma peinture. je vais à la bibliothèque de l'université. je puis écrire. Le portrait de Paul est vraiment intéressant. J’ai ouvert le livre de P. je transforme son image en tenant compte de ce que j’ai connu de lui. 373 pages). Par contre. j’aime bien les tons de la peinture à l’huile. J’ai vécu 56 ans sans moustache. Mais ma 57ème année est celle de la moustache. encore une remarque. C’était donc avant 1975. c’est que j’ai oublié mes lunettes dans ma voiture. qui évoquent des formes. Chacun des 10 000 livres de ma bibliothèque est une sorte de touche. J’ai verdi le costume. 1992) et .Bruno LATOUR. Voir cela est une activité onirique. J’imagine que si elles me peignent suite à mon décès. plus je pense qu’elle n’est pas montrable. quand j’ai rencontré Aragon. je le deviens. J’avais oublié que j’avais rencontré Aragon. quand je l’ai rencontré en Provence. Cela doit faire très longtemps. devant 7 étudiants sur l’institutionnalisation du sujet. Aujourd’hui. Chaque ouvrage ne prend son sens que par rapport à d’autres. chez Nahmias. lu la semaine dernière sur l’autoportrait. Seulement des couleurs. femmes artistes dans le Japon ancien (XI-XIIIème siècle) de Jacqueline PIGEOT (Gallimard. J’ai encore un tel chemin à accomplir avant de devenir Remi HESS.

Elle me dit. suivie d’Attractions passionnelles. L’objectif : voir l’avancée de mes toiles. 17 h. 243 . j’ai proposé à Christian Lemeunier de passer boire une bière à la maison. Cela a duré un mois. Ce qui l’a intéressé. ce jour-là ? Je lis aussi le volume 5 du journal de Benyounès. Nous avons eu une discussion de deux heures. Projet Attraction passionnelle n°1 Manifeste Mon journal Des comptes-rendus de lecture (Oury. Liz Claire. etc. Gabriel ? (de mon journal). Courriers (échanges de lettres). Walden). Cela m’a permis de me garer devant le magasin. Ils ont vécu comme dans le désert. après le tango. c’est le travail autour du masque à gaz. Elle me montre encore L’insensé (photo) Japon 77 (520) Jap. Ce matin. Audrey développe une recherche sur son propre corps… Bijoux. mais j’étais trop fatigué pour mémoriser nos échanges. Elle vit au milieu des précaires. je voulais un châssis pour L’abîme mimétique. en plein Paris. ici. 14 h 30 (Paris 8. Je pense qu’ils reviendront dans les jours qui viennent. Mais ils en proposaient des paquets de trois. Christian m’encourage à continuer mon chantier “ portraits de groupes ”. “ Le Martyre des dix mille chrétiens ” (1508) se trouve page 33. j’ai profité de la présence de Lucette dans la voiture pour passer chercher des tubes de blanc et 3 châssis de 73 cm.en dehors de toute raison. sur un terrain vague. J’en ai profité. dans la construction des moments. Réunion des IrrAIductibles. Ils ont intitulé cette expérience. Elle vient me montrer ce qu’elle lit et me dit de voir la page 107 de Hôtel La Chapelle. Georges est venu à la réunion où il y avait aussi Ruben Bag. parlant de mes peintures : “ C’est politiquement plus correct ”. Pourquoi ce vert. Note de lecture de J. Delacroix. Il a tout de suite accepté. Vendredi 23 janvier 2004. Elle me raconte sa canicule : une installation sous la tente. Hier soir. mais qui m’obligent à une exploration intérieure. mais aussi du fait que je dégage pour moi de la lecture de ce texte. Christian a signé le Livre d’or de l’atelier. Audrey est chômeuse. Audrey est dans la bibliothèque. Il faudrait réfléchir à l’argent. et du violet des bruyères. chez Artacrea. Mimétisme ? Travail des images. simplement à cause d’un rapprochement de couleurs. Cela me concerne. couleurs que je conçois d’ailleurs à partir de blanc et noir. Je le lis très lentement du fait de mes différentes activités. avec des artistes. Au départ. (77 (73) LAC). près de la Villette : Développement durable. J’ai pris une carte de fidélité. DESS). J’ai parlé du vert Aragon.

j’ai rapporté une huile sur carton. Aussi. que de se construire dès maintenant une relation épistolaire ? Le temps me manque. Gilles Boudinet. Je l’ai donc longuement regardée. Il faudrait que j’en parle à P. Mon talent actuel. il y avait une planche utilisée par Marco Camera lorsque celui-ci a peint la grande fresque que nous lui avons achetée à Ligoure… Charlotte avait eu la présence d’esprit de demander à Marco sa palette ! Quelque bonne idée ! Du coup. Elle avait été mise sous cadre. Jenny Gabriel. Avant que la réunion ne commence. il faut le préparer. dès juillet au thème “ Tango sur les quais ”. Je pourrais aussi 244 . René Schérer. idée de produire des palettes au fur à mesure de mon travail. j’ai pensé à Pascal Bonafoux. Ce qui m’a frappé. pour aller chercher une table qu’elle voulait déposer Rue d’Angleterre. J’ai transporté la toile “ Hélène et Nolwenn ” (Aimer. Le nom de ce tableau m’échappe. dans des couleurs gaies. assez moche. Je n’ai pu la rapporter. Mais la réponse doit se trouver dans Le rêver de René Lourau. Audrey Beugle. que je terminerai cette toile. Maria Buttey. Charlotte Hess. lorsqu’on s’y met. Je crois que c’est en Champagne. plus il faut l’étaler dans plusieurs toiles. il se trouve à droite des trois personnages. j’ai ouvert pour la première fois ma boîte de peinture à l’huile. Bonafoux : il a certainement la réponse à cette question. (réunion du LAMCEEP). L’idée m’est venue chez Charlotte où nous sommes passés le vendredi soir. Zhen Hui Hui. Je ne dois pas saboter mon voyage au Brésil. il faut ouvrir l’atelier pour un certain temps. pour faire des basreliefs. Ce matin. c’est que dans mon souvenir. Or. Ensuite. j’ai utilisé une planche comme palette. observée. Pour cela. je veux noter qu’hier à Sainte Gemme. Liz Claire. c’est de nettoyer les pinceaux. Lundi 26 janvier 2004. Kareen Illiade. Remi Hess. Une autre chose que je dois noter : on a retrouvé la carte postale que René Lourau m’avait offerte sur l’abîme. Angela Cumin. J’ai décidé de rapporter ma boîte de gouaches de Sainte Gemme. Irai-je mercredi à son cours ? Lui écrirai-je un mot ? Pour lui dire quoi ? Ne serait-ce pas trop précipité. Il me faudrait utiliser des planches de format identique. J’ai peint deux Vierges (statues appartenant à ma mère et qui étaient moches comme tout). En aije encore une version imprimée (avec ce tableau) ? À Sainte Gemme. j’ai fait un fond pour une toile que je destinais. Une idée m’est venue : le gros travail de la peinture. c’est d’oser entreprendre entre 20 et 30 toiles en parallèle. Hubert de Luze. Au mur.Comité : Christian Lemeunier. Cela permettrait de les monter en séries. Plus on est dans une gamme de couleurs. héritée de ma mère que j’ai l’impression d’utiliser comme fond pour faire un portrait (cette toile représente un coucher de soleil sur la mer). s’aimer 2) à Sainte Gemme. j’avais placé la toile entre les modèles et le peintre. En commençant à prendre des notes. 14 h.

je ne me sens pas bien dans cette pièce. Du coup. Le problème. peut-être ? Et des clous. Mais aujourd’hui. d’y produire des dessins. j’ai regroupé des clous usés pour en remplir un seau. Tant qu’une forme reste pensée sans être inscrite. Rêve d’y avoir du temps. il faudrait que je vende mes toiles au prix où Dali vendait les siennes. Pour cela. continuer à garder des traces quotidiennes de ce que je produis ou tente de produire. L’atelier se déplacera chaque année selon un rythme saisonnier Parmi les éléments qui m’aident à me penser comme peintre.. Il y a des travaux urgents à y faire : le toit par exemple. un lieu d’exposition et de rencontre. nous avons une toute petite divergence d’appréciation. Ce matin. il faut que le zinc protège le bois. Il m’a dit : “ elle est très fraîche . 245 . la mouture en bois. Si j’avais la maison d’en face. face à la vallée. Si Dieu me prête vie ! comme on dit. il ne faut pas laisser filer la maison d’en face. Si je veux progresser. il faudrait l’isoler ”. zinc. Je lui ai dit : “ oui. exposée au nord. L’artiste a besoin de matériaux. impôts. etc. les éléments du chantier seraient intéressants à utiliser : bois. Relire Gebauer et Wulf. d’accueil. mais l’argent pour les payer. On retrouve la question du chantier. Je voudrais symboliser le chantier de l’été dernier. L’assurance va nous payer une somme qui va nous permettre d’éponger les dettes actuelles : emprunt à Charlotte. Cette pièce est la plus froide de la maison. je voudrais en faire autre chose. Cela est vrai. Je ne dois pas oublier ce carnet. Pour trouver l’argent de mon chantier. aller porter les épreuves chez Anthropos. actuellement. une tuile. mon atelier est à Paris. Je pensais que j’allais souder ces clous pour faire surgir une forme. comme en forme de mezzanine. mais il m’aurait fallu une fenêtre sur la rue (c’est-à-dire sur le Sud) ”. Je crains que Damien n’élimine tout ce qui reste devant chez moi. ce ne sont pas les idées. L’œuvre sera un hommage à l’ancienne maison. je veux noter qu’hier. Il y a un lien entre la survenue des idées. Ce qui me manque. nous sommes passés dans cette pièce. etc. Pour moi. en un même lieu. Donc il y a une différence d’appréciation sur ce que nous pouvons nous engager à faire… Le problème est en dernière instance financier. qu’il me faut racheter la maison d’en face. et la confrontation à la pratique picturale. Pour peindre. des petits paysages. etc. c’est de terminer tout ce qui doit être fait avant de partir : relire les épreuves de Christoph demande beaucoup de temps . Où vais-je mettre cette sculpture ? Dans le jardin. Lucette a refusé que je fasse percer une fenêtre sur la rue. Ceux-ci commencent à disparaître (il n’y a plus de gravas). C’est du recyclage de chutes. Prolonger mon effort de septembre dernier à Brasilia. Il y a une grande différence entre une pièce exposée au nord. et en même temps une présence intensive. la pièce au-dessus du chartil serait idéale pour ton atelier ”. de résidus. j’installerais une salle d’exposition dans la maison de droite. Lucette veut terminer notre maison avant de lancer un autre chantier. mais dès le 15 avril (les vacances sont le 10). Cela faciliterait les choses. Peut-être dois-je recycler rapidement les résidus de mon chantier. il est évident maintenant. un atelier. Dali a beaucoup travaillé avec des artisans. au rez-de-chaussée. avec l’intention d’en faire une sculpture. etc. et une pièce exposée au sud. un peu. Mais avec Lucette. en effet. etc. Il me faut. le plus haut possible pour avoir une vue plein sud (sur 20 kms). ou plus largement comme artiste. C’est là que je veux installer mon atelier. Elle a raison. Je ferai de Sainte Gemme. La seule solution pour gagner du fric : faire de la bonne peinture. il y a des risques de perte ou de métamorphose. et réinvestir ce que l’on gagnera dans ce chantier : Figueras a connu Dali . Actuellement. le cadre est important. Le problème des clous : ils viennent de l’ancienne charpente. Lucette me dit : “ Chez nous. Nous pourrons donc repartir de zéro. il faut regrouper mon matériel à Sainte Gemme. Donc. avec l’expert. Sainte Gemme m’a rencontré. et parvenir à en vendre. L’inquiétude de Lucette : les travaux d’en face vont nous coûter très cher. peintures. Mais en même temps. A l’étage. pour recruter Jean-Pierre et les autres. en profiter pour rapporter quelques bouquins à emporter au Brésil. pour acheter du papier.passer à Artacréa. j’ai conscience qu’il me faut regrouper mes dessins.

il étudie tous les enfants. Je regarde très vite les œuvres de Bettina Beylerian (céramique) – 01 45 75 05 76. Lobrot. Cocteau a fait un jardin merveilleux à Cap d’Ail. d’y fêter les 40 ans de l’OFAJ. je m’aperçois que je renoue avec mon rêve d’enfant : je voulais être le gestionnaire de la Maison commune du Chemin vert (Je rêvais de succéder à Monsieur Hugerot). Je regarde aussi le verre soufflé de MarieCatherine Geffroy. nous revoici dans le séminaire. suivie d’une seconde (Comité de rédaction de Pratiques de formation). 9 h 10. Montaigne disait : “ Je suis à moi seul le représentant de l’humaine condition ”. Je suis donc le premier arrivé. On dévie sur la peinture automatique. Patrice met les tables en rond (suite à la critique de M. sur l’effet néfaste des tables dans la salle B 230). pour en faire un lieu d’art et d’archives. 12 h 45 Conférence de Michel Lobrot dans mon cours. 246 . (01 46 95 49 93). Après un repas super amical avec Michel (Kareen lui a offert le repas). 15 h.Je m’aperçois que je n’ai cessé d’écrire durant toute la première réunion (Lamceep). s’il n’avait pas été professeur. Il aurait pu être peintre. a-t-il dit. C’est beau. Michel la pratique depuis longtemps. Il y avait prévu un théâtre magnifique. Avant le séminaire. On se produit dans la reproduction de quelque chose : peut-être l’autre qui est en moi. Je vais présider la commission de spécialistes pour le recrutement des professeurs associés. J’en profite pour écrire quelques lignes concernant la soirée d’hier. je passe à la Galerie. Je suis content finalement d’être parvenu à cette conclusion : il me faut acheter la maison d’en face ma propre maison champenoise. Quand Piaget étudie ses enfants. J’ai pris un vrai plaisir. où mon écriture s’est ralentie. Ses sculptures translucides nous “ plongent dans un univers onirique ”. et planté de si beaux arbres. Mardi 27 janvier 2004. mais s’est poursuivie. Jeudi 29 janvier. début juillet 2003. En fait. Il évoque un musée à Bourges pour dire qu’un artiste ne fait jamais que la même chose. Cette discussion est partie d’une réflexion sur l’écriture automatique.

Elle m’a donné une photo de Paul. Nous avons beaucoup travaillé pour mettre nos bureaux en ordre. A cette occasion. je me suis décidé à m’y mettre avec une telle fougue : j’ai peint 20 toiles depuis décembre 2003 ! Et dans chaque nouvelle toile. Lucette et moi pour parler d’Attractions passionnelles. mes collections. dans l’histoire de la peinture. (dans l’avion vers le Brésil. J’avais un problème technique. Elle a annoncé qu’elle ne parlerait pas en public. j’acquiers plus d’assurance et j’affirme une orientation fortement identifiable que je découvre en la créant ! On vient d’atterrir. Ils ont été très encourageants. Mais en fait. sur mon entrée dans la peinture. je pense à mon voyage. maintenant ma peinture ! Peu de gens parviennent à comprendre comment. C’est important de savoir où l’on va. Véronique. et à ce que je veux emporter à Bahia. sur les ruines de sa maison. Dans l’après-midi. J’espère que je vais parvenir à en faire quelque chose. un très bon livre (sur la théorie chinoise du temps. et des photos que j’ai été faire agrandir. Il faut que je documente cette intuition. Christine Delory était également venue écrire quelques phrases qui se conjuguent bien avec ce qu’a écrit René. J’ai préparé non seulement mes gouaches. Lourau… faites le 1er janvier 2000. dans ce que j’ai produit jusqu’à maintenant. n’ayant jamais fait de peinture à l’huile.J’avais organisé avec Lucette un dîner avec Audrey. que ce matin : il est très stimulant pour moi. Dans l’après-midi. le journal. de toute la série. à la Cène comme dispositif. 1er février 2004. Je lui ai montré les agrandissements des photos de Lefebvre. Je n’ai pu lire ce commentaire très profond. Salvador de Bahia). …La seule chose qui me motive actuellement est la production de mon œuvre : les livres. j’ai eu une intuition en parlant avec Christine. En même temps. Je vais continuer à la gouache mon travail entrepris à l’huile. Je vais tenter… 31 janvier 2004. je parlerai. J’ai repensé. décrypté par Kareen. René a fait une analyse écrite de mon œuvre dans mon livre d’or. Officiellement. Escale à Madrid ! 15 h 45 (heure de Paris) Nous nous trouvons donc dans le vol 083 pour Salvador. mais j’ai décidé de mettre la pédale douce : j’emporte deux maillots de bain. Il y a quelque chose d’un fil rouge. Je vais emporter celui du 8 janvier. J’essaierai de répondre à la demande. mais aussi du papier (acheté hier soir). Je pense me lancer dans deux portraits de Lucette (à partir de photos du 1er janvier 1990). L’idée de livre d’or est excellente. René Schérer. pour moi. Lucette veut d’abord se reposer. j’étais passé chez Hélène. Je vais me mettre maintenant à la rédaction de textes pour le Brésil. Comment placer plus de trois personnes dans le cadre autour de la table. C’est la photo la plus forte. etc. Elle m’accompagne : moi-même. et tout 247 . nous partons pour un colloque et une série de conférences. en masque à gaz. debout. Les parents de Lucette vont venir s’installer chez nous le temps de notre voyage au Brésil. Hier. J’ai passé trois jours à corriger des copies (j’ai rendu mes résultats ce matin). 14 h 05. Georges Lapassade. d’un portrait de Charlotte. René et Audrey ont découvert ma peinture.

Quand j’évoquais les choses qui me restent à faire : il y a les 50 bouteilles de champagne. par exemple. c’est de faire une étiquette spéciale. elle ne vaut plus qu’un euro. La tradition familiale. le violet que j’avais vu. 248 . J’ai profité des couleurs. Le prix d’une toile neuve pour un tel format serait de 7 euros. Serait-ce un sacrilège que de la retoucher ? Je pourrais aussi la coller sur l’une de mes toiles : je la sauverai en l’installant. mais la précipitation de la journée d’hier m’a fait oublier de faire une analyse de contenu de mon chantier valise. Donc. Il y a. C’est un chantier que je ne ferai pas au Brésil. par moment. on est passé dans les Free Duty. J’ai emporté des photos que je fais agrandir pour m’en inspirer. peut-être des Oliviers. Au lieu de peindre dessus. il faut lui redonner de la valeur. Peut-on coller une toile sur une toile ? Je vais me renseigner chez Artacréa. cela va faire du relief. Il y a quelques mois. J’ai mis de la couleur dans mon Carnet dalien 1. mais c’est vraiment intéressant. J’ai pris un gros volume de papier A3 (du 300 gr) pour faire de la gouache. elle avait une petite détérioration (1cm2 percé). Donc. seul. je l’installerai dans ma propre composition. chez René Lourau) : c’est cette pose que je voudrais tenter de rendre. Réussir le premier jet est important : c’est essentiel. donc prendre du temps. j’ai passé 15 jours. j’avais demandé à Christophe Lotterie de m’acheter des toiles. À côté des soldes. J’ai pris le Journal d’un artiste. op. J’ai remarqué que la réussite d’un tableau est liée au temps de travail que je me donne. je ne sais si je vais peindre les paysages locaux : un peu.particulièrement des moments). avoir une consistance. j’ai l’idée de peindre directement sur les bouteilles. dans cette toile. Je veux pouvoir faire des séances de 4 heures. Elle irait très bien dans la toile de “ Paul à 60 piges ”. En septembre 2003. que je dois à mon frère. Je n’ai pas eu le temps de regarder la signature. dans la mesure où elle me semble exister. Je veux peindre des choses difficiles. et mon matériel de peinture. certainement. J’avais du temps. sans être interrompu. je vais au Brésil pour travailler mon moment peinture. À penser : Il faut avoir de l’audace pour redonner de la valeur au travail de cet excellent peintre abandonné. pour les finir (les détourner). Mais si je colle une toile sur mon châssis. Outrage à la peinture. Aussi. très belle photo de Lucette (le 1er janvier 1990. des toiles que je peins actuellement. Je trouve d’ailleurs que cette toile est sous-évaluée. sur une toile actuelle et de bonne qualité. à Brasilia. Les boîtes de peinture (3) pèsent lourd. en suivant les conseils de Sarah Walden 321 . oui. j’ai pu peindre d’assez belles choses. Je l’aurais payée 20 ou 30 euros. Peinte. De plus. quand je l’aborde. J’ai avec moi une très. ai-je emporté avec moi deux autres carnets. Idée de mettre mes oliviers dans le cadre d’une fenêtre : celle de la cuisine de Sainte Gemme. Pour ses 50 ans. en tentant de saisir la personnalité des arbres de la propriété où j’étais : le parc était magnifique. Sur le plan de la peinture. Cela donnerait une vue sur le jardin. Certes. Je pensais prendre un autre carnet de croquis. Je les fumerai au Brésil. Mais je veux aussi travailler sur le thème. Comment oser détourner un tel tableau ? En même temps. j’ai travaillé la gouache. Celle d’hier représente des arbres de Provence. J’ai acheté une boîte de cigares espagnols. mon Journal de danse (au cas où !) et aussi mon carnet dalien (celui où je fais des croquis). J’aime la couleur brésilienne : c’est une vraie palette ! Lors de l’escale. pour récupérer la boîte pour mettre mes tubes de gouache. où je tiendrai mon journal. la Braderie de la Maison verte fait office d’un événement : acheter une toile pour 1 euro. m’a semblé à la fois agréable et en même temps déprimant. Mais je me ferai un devoir de la rénover. Comment l’arrière-fond deviendrait-il proéminent ? 321 Sarah Walden. autour du costume vert pomme d’Aragon en 1973 ou 74… Je tourne autour de cette couleur. cit.

je voudrais installer un abri pour qu’on puisse y fumer un cigare. si l’on se place du point de vue de la contemplation de l’ensemble des journaux tenus. du terrassement à la main. C’est la période du gel en Champagne… Quand je reviendrai. qui se dispersent ici ou là sur le thème d’un moment désigné. Ce pourrait être un livre sur le mode du récit. qui ne fuit pas. j’accepte de décomposer les tâches : je me documente. pour réaliser tous mes fantasmes ou représentations oniriques. de l’institutionnalisation du sujet… Si le temps m’était donné. c’est lui-même ”.Dommage que mon carnet de croquis soit dans la grosse valise. Il n’y a rien à faire dans le jardin. Le bon matériel est nécessaire. Mes toiles s’inscriront progressivement dans ce nouveau paysage. À partir du moment où ils sont désignés. Dans ce que j’ai écrit aujourd’hui. Si je voulais publier les 2000 pages écrites depuis l’an 2000. Mes moments sont nombreux. je me lance dans la peinture de la toile. Qui a trouvé cela ? C’est vrai que ma destination : c’est moi. la sociologie d’intervention. au cours de ce voyage. J’aurais bien changé d’activité. à la manière de Figueras pour Dali. puis la question du moment. que je prends et reprends en fonction des couches et des pinceaux à utiliser (du plus gros au plus fin). L’AI racontée aux étudiants. Certains se développent à certains moments. Mais là. Ces "vacances" arrivent au bon moment. je trouve un motif. Cela viendra à son heure. ne devrait-il pas y rajouter ces pages. Nous avons décidé de prélever celles qui. Mais on l’acquiert grâce aux expériences antérieures. Je veux rajouter : “ L’œuvre de l’homme. il faudrait que je parvienne au même traitement progressif. Je ferai travailler les artisans. J’imagine un livre qui s’intitulerait De l’analyse institutionnelle à la théorie des moments. Je pense que j’écris bien aujourd’hui parce que je dispose d’un carnet d'un bon format pour écrire dans un avion. il faut sculpter le jardin lui-même. c’est vous ”. mais pas illimités. j’aurais poursuivi ma méditation sur la question du journal. a dit Lefebvre. etc. ont eu un rapport avec le moment de l'artiste. et aussi d’un stylo à pointe fine. c’est de n’avoir eu que ce carnet de voyage sous la main… Si quelqu’un (pourquoi pas moi d’ailleurs) décidait de publier Le Journal d’un artiste. dont la transduction se développe d’un moment à un autre. Ce que je dis sur le tableau acheté hier est intéressant dans le cadre de mon journal d’apprentissage de la peinture… Ce qui est décisif. il me faudrait une relecture totale pour corriger l’orthographe : et ayant 322 Les pages que l'on lit furent d'abord écrites dans le journal de voyage (Brésil : Bahia. Je dois penser à installer des sculptures de mes amis dans le jardin. à travers les deux fenêtres de la bibliothèque ! C’est un point qu’il faut transformer en point fixe. La solution serait probablement dans une indexicalisation méthodique. c’est mon objectif réel. Je vais pouvoir construire de nouveaux murs. John Locke l’a pratiqué dans son propre journal… Pour la peinture. Sur ma carte d’accès à bord. 249 . Il faut mobiliser des machines-outils. Ce sera mon fumoir : un fumoir en plein air ne dérange personne. il y a un mouvement dans ce journal de voyage qui vient justement de la manière. j’aurai la santé et l’énergie de me lancer dans un grand chantier d’aménagement du jardin. C’est un dilemme pour moi : où écrire une page ? Dans son moment ou dans sa dynamique ? Cette question pourrait être élargie. et installer un banc à l’endroit où l’on peut voir devant. d’autres à d’autres. c’est son mouvement pour devenir lui-même ”. je ne puis échapper à une formation méthodique. Concernant la sculpture. Avec mes journaux. même sous la pluie. Une idée progresse : la rencontre entre Analyse institutionnelle et Théorie des Moments. Dans un premier temps. À cet endroit. je lis cette phrase qui sert de devise à l’aéroport de Paris : “ Notre plus belle destination. Je dispose de pierres. certaines pages auraient eu leur place dans Le journal d’un artiste 322 . ils existent : en même temps. Maceo). “ L’œuvre de l’homme. en lieu d’observation : on peut regarder les voitures qui montent au village. Ma maison deviendra une œuvre d’art. en gagnant du temps sur ma pratique actuelle.

nous allons à la grande fête qui se prépare. au journal. après avoir écrit la première tranche de journal. Mes deux premiers essais ne sont pas concluants. C’est une pièce intéressante. trop d’affaires. assis à une table. On fête Yémanja qui n’est pas la Sainte de la mère. je renonce à publier le tout. que nous avons visité avec Sergio . confortable. Ce soir. Je ne construis que quelques volumes particulièrement significatifs. on monte un étage pour se retrouver au Restaurant typique Sao Pedro. aussi. nous avons fait le tour de la vieille ville à pied. On repart en voiture avec Claudio. les gens travaillaient. mais de la mer. le 2 février. je publierai des volumes autonomes et d’autres regroupant deux ou trois moments. Je me suis lancé alors dans un dessin à partir de photos. Ensuite. dans son moment désigné. Je dispose des modèles sur des cartes postales. Par exemple. Ce matin. Dans les valises : deux appareils photos. mais j’ai repéré où elle est. sa puissance de donner naissance à une œuvre. Beaucoup de boutiques artisanales. C’est assez intéressant comme travail et abordable : 160 réals. Nous y prenons un excellent repas. outils essentiels au peintre. Spectacle (fort) de capoeira : je fais une photo. Si ce matin. J’ai compris ce qu’est l’acrylique. On a emporté trop de bagages. 5 heures 40. On a vu des gens aller lancer des bouquets de roses dans la mer en sortant du restaurant. mais j’ai compris qu’il me fallait d’abord dessiner. Aujourd’hui. puis nous regardons. n’est pas adaptée à mes besoins. J’ai fait des photos. en fonction du nombre de pages produites dans chaque moment. Je commenterai ces visites dans le Journal d’un artiste si j’en ai le temps. Ce matin. J’ai gardé les cartes des boutiques de peinture visitées ce matin. l’après-midi serait férié pour préparer les cérémonies de ce soir. on célèbre YÊMANJA qui représente la fécondité. ensuite. La mise en peinture est commencée. À ce moment-là. Roberto nous a conduit au Mercado modelo. le pouvoir de séduction de la mère. Salvador de Bahia. Par rapport à mes projets de peinture énoncés ici. Je vais tenter quelque chose dans cette direction. je n’ai pas acheté une toile de danseurs de candombé. le Journal d’un artiste me semble intéressant parce que c’est à la fois un journal d’apprentissage et un commentaire au jour le jour d’une œuvre qui surgit ! À l’œuvre. Sergio et Carla Bublitz (2 voitures) vers Mercado modelo. je devrais redistribuer les pages égarées ici ou là. J’arriverai probablement à huit volumes. Il va falloir transporter tout cela à Maceo… 17 heures 30. j’ai essayé d’aménager un espace pour peindre. sortirait un journal dans son mouvement. Les Saints du Candombé pourraient faire l’objet d’une série de peintures. en buvant une bière. Il est évident que mon domaine reste l’huile. La chambre. avec vue sur le port de pêche. avec une 250 . on pourra d’ailleurs rajouter les photos prises au fur et à mesure de la production des tableaux (différentes couches). et un souvenir choisi par Lucette : un masque prolongé en marionnette géante. que nous avons obtenue pour 220 réals. J’y retournerai peut-être à pied. son pouvoir. Mais il faut la transporter ! J’ai visité une quinzaine de boutiques de peinture. Mercredi 4 février. Lucette s’en est immédiatement rendu compte. en ce moment. où nous avons acheté des cartes postales. je vais probablement devoir m’adapter. Autre possibilité.dégagé les moments structurants du journal. Idée de peindre une favela. Ainsi. Auparavant.

avec celle hors de prix. et j’ai fait G 5 : Nuit sur la mer. ce matin. Je suis heureux d’avoir acheté ce livre. le 6 février 2004. nous avons retrouvé Sergio. J’ai terminé G 3 aujourd’hui (ce matin). 251 . je me suis vraiment remis à la peinture. Une participante le connaissait et l’a travaillé avec ses élèves ! Jeudi 5 février 2004. Je viens de m’arrêter de peindre. une sorte de Louvre local. Rien d’exceptionnel. Son avion avait du retard. la seule que j’aimais vraiment. Aujourd’hui. 18 h 30. Après cette aventure. Mais je m’aperçois que je maîtrise moins bien la technique de la gouache. de l’hôtel Ibis). Dans le hall d’embarquement pour Maceo. Cette toile y sera.Fejouade et les secrets de Marie. Pourtant. J’ai trouvé un livre de Pierre Verger. Pourtant. j’anticipe. C’est assez paradoxal. du riz. Je devrais le placer dans le tableau du Candombé… Maceo (Brésil). Lucette : “ Tu ne dois pas avoir de complexe. Ce que tu fais pourrait être exposé dans ce musée… ”. que l’huile. On s’en sort pour 77 réals (à cinq). Ensuite. G 2 Capitaine d’escorte (d’après une photo de Charlotte lorsqu’elle avait 12 ans) . Au moment où je voulais la payer. illustré par Carybé. me dit-elle ! Cela me fit vraiment plaisir : je suis heureux de remporter cette toile. 7 h. Lucette apprécie vraiment. Ce soir. je vois encore tout le chemin à parcourir. Maceo vue de l’hôtel Ibis. elle avait un cachet… Il est trop tard pour revenir en arrière. puisque j’ai fait moins d’huile. comme le soulignait Carla : cette toile plait aussi à Lucette ! Peut-être aurais-je dû acheter l’autre ? Je le regretterai peut-être ? J’ai eu l’impression que je pouvais faire mieux. J’ai beaucoup de matiériaux. on a été revoir les peintures. C’est lui qui m’a intéressé à la question de la transe. A Salvador. Nous avons décidé d’aller visiter le Museu d’Arte de Bahia. le peintre dont nous avions vu les dessins sur Yémanja la veille au musée d’art.Comme je ne pourrai pas être à Paris ce jour-là. Carla nous reconduit à l’hôtel. On a bu des jus (marakuja). Carla a annoncé qu’elle allait me l’offrir pour mon anniversaire ! C’est dans 3 semaines ! . G 3 Paul sur les ruines de sa maison (1915) à partir d’une photo agrandie de l’époque. je me suis lancé à peindre : G 1 (gouache) Lulu rêveuse (à partir d’une photo du 1er janvier 1999 chez R. Lourau) . ma forme de travail correspond davantage à ce qu’exige l’huile. En plus. Nous allons constituer une salle de tableaux de danse à Sainte Gemme. mais elle était à un prix exorbitant : j’ai décidé de ne prendre que la toile de Candombé. Maceo. et du manioc. j’ai repris G 4 (vue sur la mer. Je n’ai pas noté que dans ma conférence. Sans commentaire ! En ce qui me concerne. j’ai commenté le journal de Dali. ainsi qu’une nouvelle série des Saints du Candombé. G 5 me plaît davantage que les autres. J’ai trouvé une nouvelle toile de danse. du piment. et les hommes ont pris de la caipirinha. pour faire une peinture sur ce thème… Je pense à Georges.

Je voudrais aller dans le sens du portrait de groupes. au niveau des dessins. Audrey dit qu’il faut faire de son corps une œuvre d’art ! C’est fait ! Dimanche 8 février. Nous avons eu tables et parasols pour déjeuner. Le prix à la journée est trois fois ce que l’on paie à Ibis. j’avais fait 6 croquis de Lucette. Il nous a donc conduit à l’hôtel Jatiuca qui est une pure merveille. Le décor et la construction sont intégrés au paysage. en rentrant. Aujourd’hui. dormant. Lucette s’en sort mieux. je me dis que G 3 pourrait être retravaillé (demain) au stylo à bille. Malgré tout. au nord de Maceio. J’ai travaillé sur la vue que l’on a de la chambre de l’hôtel. j’avais emporté tout ce dont je disposais en tube de gouache. Cependant. coups de soleil terribles pour moi. Le matin au réveil. j’ai vraiment envie de poursuivre le travail engagé. mais cela vaut vraiment le coup : le site (au bord de la mer) est valorisé par une végétation entretenue. Opération risquée : à éviter si je veux avoir un beau carnet. Ayant peur de m’ennuyer. Dans la journée. Sergio Borba voulait nous emmener à la mer. Sergio nous a laissé à l’hôtel. Le soir. j’ai fait quelques tâches en cherchant à peindre plusieurs pages en même temps. Pour 252 . 21 h. Il faudrait que je fasse des détails dessinés sur la peinture elle-même. Hier. Je me suis alors mis à la peinture. 9 h 30. ou des paysages découverts ou des personnes avec qui j’étais (Lucette et Sergio). En datant mes dessins (parallèlement à l’écriture de mon journal). j’ai emporté mon carnet dalien 3. Pour les gravas (G3). J’ai 4 sources. en nous disant qu’il reviendrait le soir pour une petite sortie nocturne. Je n’ai que 20 feuilles de papier Aquarelle Montval. puis nous avons profité d’une sorte de piscine naturelle où nous nous sommes longuement baignés. J’espère pouvoir continuer demain matin. j’ai fait onze dessins. J’en suis assez content. J’ai pris un coup de soleil maximum. Samedi 7 février 2004. sans compter des photos de la statue de Yêmanja prise sur le port de Salvador de Bahia. grain fin de 32x41cm (Canson) : c’est du très bon papier. Il me faut faire un vrai dessin avant de peindre ces figures. le parfaire. car c’est beaucoup plus que ce dont j’ai besoin. 300gr/m2 (140Ibs). Nous avons roulé dix kilomètres. Il avait choisi la plage de la Sirène. Quand Sergio est venu nous chercher hier matin. J’ai l’impression de m’être transformé en œuvre d’art. en rentrant de la fac.Je voudrais essayer de peindre les figures de Saints du Candomblé : les Arixas. J’ai laissé la moitié à Salvador. En partant de Paris. Il faut que je boive beaucoup. Il faut que je réfléchisse à la meilleure manière de l’utiliser. il voulait nous présenter à un ami. j’ai mis en peinture les dessins du matin. qui me semble pouvoir illustrer la théorie des moments. nous sommes partis vers la plage de la Sirène. Nous n’avons pas trouvé son ami ! Ensuite.

j’ai loupé cela ! Il faut dire que sous nos fenêtres. un ami à lui. Sergio lui a dit de circuler. J’ai fait des couleurs pour mes dessins d’hier. Il m’était reconnaissant de l’avoir pris comme modèle 323 . Pour trouver une contenance. qui fêtait son quatrième anniversaire : une fête assez folle. Je lui ai montré. Lucette voulait prendre des distances par rapport à lui (du fait des maladies qu’il portait . Mais j’étais debout. Il avait vu rapidement l’annonce de cette manifestation dans le journal. et lui aussi. et qui accepte donc de me recevoir. Hier. Elle m’a montré deux de ses toiles exposées dans le restaurant A boa mesa. mais moins que d’habitude. 17 dessins… que je mettrai en couleur le soir en rentrant. C’est un bar-restaurant. parlant un peu français. où l’on a rencontré une peintre de Maceo. Il a voulu voir mon carnet à dessins. Le diagnostic de Sergio : les gens ont dansé tard hier soir. Elles restent sur la palette. 7 h. Sergio nous a conduit à un spectacle de danses assez extraordinaires. Je vais faire le compte-rendu de cette manifestation qui a beaucoup compté pour moi dans mon Journal de danse. et lui voulait vraiment construire un dialogue avec moi. Il s’agissait de la première d’un spectacle du groupe de danse Sururu de Capote. à moi. Au total. Hier soir. Cela fait déjà une heure que le soleil est levé. très absorbé que j’étais par mon dessin. voir la suite dans le Journal de Maceo. Lundi 9 février 2004. . j’ai fait 11 nouveaux dessins dans mon carnet dalien. Je pense que je peux faire un grand dessin. j’ai commencé à les mettre en couleurs. et moi aussi. Il est revenu. Repas sympa. ayant trouvé les couleurs qui conviennent. Je pourrais le faire assez vite.ma part. dans mon carnet.Bon. parlant français (qui a vendu 600 toiles). me dis-je. 39 et 40 du carnet dalien 3). J’ai essayé alors de le dessiner sous son nom. Il 323 Sur cette rencontre forte. 11 h. Le dessin que j’ai fait de lui est le plus loupé de tout ce que j’ai fait aujourd’hui. J’ai continué ce matin à partir de 6 heures. dans les bals de carnaval. Il bougeait. Ce matin. Sergio nous a présenté à plusieurs personnes dont Fernando. à partir d’un regroupement de trois esquisses faites hier. où les discours succédaient aux Sambas. et surtout sœur d’un homme considéré comme le plus grand peintre de la cité. je me suis décidé à dessiner les bannières du carnaval (pp. Il a alors saisi mon stylo et a voulu écrire (très difficilement) MARCOS. il y a du monde. c’était le Pinto da Madrugada. Sur la plage. Vers 10 heures. elle n’est pas en bonne santé). Et en rentrant vers 17 heures. mais il ne m’en voulait pas. il y a un orchestre qui joue dans une boîte qui s’appelle Gouvia. Un enfant de 9 ans couvert de poux et de gale (pelage) sur le cuir chevelu tournait autour de nous. Il semblait s’intéresser à nous. 253 . son prénom. groupe de Carnaval de Maceio. 18 h 30. Sergio nous conduit à la fête préparatoire du Carnaval. je passe l’essentiel de ma journée à dessiner. J’ai montré à cette dame mes dessins.

Mais j’ai fait assez de croquis pour produire un grand dessin. J’ai essayé de le dessiner. pas de préparation de ma conférence de jeudi. Dans ma discussion avec Simon Anding (qui me présentait ses travaux). avec un verre de vin blanc (pas terrible). Maceio est idéal pour cela. 8 h 15. Je me suis essayé à les dessiner : en rentrant à l’hôtel. Saisir l’instant peut avoir son importance. hier à onze heures. C’était le quatrième anniversaire d’un groupe de carnaval : O pinto. J’ai plusieurs possibilités. de dimanche : Pinto da Madrubade. J’ai envie de m’y mettre pendant qu’il fait chaud. l’inconvénient est que cela ne correspond à rien. En même temps. Donc aventure de goûter une mousse de citron pour Lucette. carnaval et identité culturelle ”. j’ai continué. Vers midi. pas de leçon de brésilien. j’ai peint ces derniers dessins. Mais. J’ai tort de faire de la peinture un absolu. j’ai vu des chevaux brouter. que je n’aurais pas imaginées être capable de faire : je recule mes limites. notamment lorsque je ne dispose que de quelques minutes. Je mets trop de peinture. Mardi 10 février. L’anniversaire du Pinto peut devenir un moment. dans les bandes dessinées. Nous aurions voulu terminer avec une glace. Je lui montre mon dessin sur Pinto da Madrubada. J’ai fait hier des choses. Sergio n’est venu nous chercher qu'à 20 h 30 : nous avons eu la journée entièrement à nous. J’ai vraiment de la chance d’être là. et se préparaient à boire et à manger. Mais le soleil tapait tellement fort. car c’est à échelle humaine. J’ai eu mauvaise conscience le soir de ne pas avoir su décrocher de la peinture : pas d’écriture du journal. Je n’utiliserais pas ce procédé dans le contexte de la peinture à l’huile. Il est enthousiaste. je constate que je liquide le trait. Nous ne sommes pas restés. L’avantage de la deuxième solution est de faire ressortir le trait . et confiture de vieux garçons de goyave pour moi… En rentrant. À 16 heures. etc. Pour mes dessins. lorsque l’on veut construire un moment. En même temps. J’ai mis de la couleur dans mes dessins. Pour ma part. pour saisir une ambiance. La qualité du dessin est essentielle dans plusieurs situations. Excellent. et j’ai fait une gouache grand format reprenant les théories de la fête de Carnaval. Il y avait une ambiance agréable. sortie avec Sergio. ou je repasse au stylo noir par-dessus. sachant que j’avais du temps devant moi. Nous avions envie de retourner au self découvert dimanche. Hier. 254 . puis me tournant vers la plage. parfois quelques secondes. pour observer le Carnaval. lorsque je les peins.s’agit du carnaval auquel nous avons participé. j’ai peint. avant que je ne me mette à l’huile. Nous sommes entrés dans un grand restaurant de poisson. et il souhaitait partir de ce dessin dans son atelier. le trait est relativement important : il facilite la lisibilité. Les gens dansaient. Mais il n’y en avait pas. j’ai des difficultés à retrouver les règles de l’aquarelle. cela avance. Nous rencontrons le responsable de la revue Et Moisés de Melo Santana qui va animer un atelier sur “ Education. j’ai pris conscience de la nécessité d’un apprentissage du dessin. et nous avons goûté une brochette de langouste à la “ provençale ”. que je maîtrisais plutôt mieux. que nous nous sommes arrêtés à un kilomètre de l’hôtel. il fallait aller déjeuner. Le soir. la chaleur toujours insoutenable nous a fait nous arrêter sous un arbre. J’ai l’illusion que je pourrai mettre une seconde couche. dans la mesure où cette fête a un sens dans la mobilisation des adeptes du groupe pour la présentation du Carnaval. Ou je les laisse ainsi.

lustres. la différence est difficilement perceptible. dans lequel sont entreposées des centaines de toiles. dans la peinture d’une toile de son musée personnel. dans ème lequel nous pouvons admirer des peintures des 17 et 18 siècle. attaquée par les termites. Pierre nous propose alors de visiter sa maison. etc. la sœur du peintre. Il me parle de Dubuffet. L’atelier est long de 17 mètres. Nous y retrouvons Marie-José. Je lui avais parlé de Delacroix dont j’ai lu le journal qu’il ne connaît pas. Pierre Chalita est reconnu dans tout le Brésil. certaines géantes (4x3) ont été exposées à Paris. un dessin de Picasso. Nous parlons de sa vie. et mon carnet dalien 3. Pierre nous montre son travail : nous découvrons son œuvre à travers quelques tableaux. de Françoise Sagan. des œuvres plus contemporaines de lui. Il s’agit d’un immense jardin dans lequel cohabitent des arbres tropicaux et des rosiers en fleur. dans lequel il apprécie le numéro 42 (c’est aussi celui que je préfère actuellement). écrivain et peintre. une des activités de Pierre est la restauration de toiles : il restaure des toiles abîmées par le temps ou des accidents. Pour le vulgaire. Il nous montre un bouquet peint par Solange. Puis il est monté à Paris. rencontrée au self dimanche. 8 h 15. Nous commençons les présentations. avant qu’elle ne fasse le choix de l’abstrait. sur le plateau qui domine la ville. Je lui parle de Sarah 255 . etc. Pierre distingue les primitifs des primitivistes. Par contre. Il nous décompose toutes les tâches qui s’enchaînent pour rentoiler une vieille toile. et Solange Chalita. arrive en poussant le fauteuil roulant dans lequel siège Pierre Chalita. et mille autre œuvres plus ou moins volumineuses : 4 ou 5 salles sont remplies d’objets divers : vases. secondé par son majordome. Il a fait tout un travail de recherches en amont. Nous recommençons les présentations. Sa peinture primitive n’est pas signe d’une ignorance. Il fréquentait l’atelier de Picasso. d’autres plus petites. elle aussi. large de 10 et d’une hauteur de 6 mètres. et au bord de la falaise se trouve une propriété différente de tout ce que j’ai pu voir ici. poète qui s’est fait un nom dans la peinture. je montre à Pierre mon dessin du carnaval qu’il aime bien. Il a quitté Maceio pour étudier la musique et l’architecture à Rio. Dans l’atelier. Puis le majordome qui nous avait accueilli. Puis Pierre nous propose d’aller visiter son atelier. nous avons vécu la journée la plus richede notre séjour. Puis. de Solange. Il parle du Douanier Rousseau. en fait une sorte de musée privé. mais aussi des toiles de Jorge de Lima (1893-1953). mais aussi de la vaisselle. nous engageons la conversation sur le primitivisme. Mais cette fois-ci. Actuellement. Nous sommes montés en voiture. Il avait attiré notre attention sur une fissure.Mercredi 11 février. Un gardien signale notre présence. meubles. etc. style colonial. il me parle d’un portrait de Popin. où il est resté cinq ans. Le primitif est authentique. Il est inspiré. Il nous montre des toiles d’amis ou de disciples (il accueille des élèves dans son atelier). par Delacroix qu’il a beaucoup aimé… La peinture de Pierre a un côté géant avec des allégories qui me firent penser à Delacroix. pressée par une femme que nous apercevons de loin dans la maison. Fernando et Sergio étaient passés pour nous emmener chez le peintre Pierre Chalita. Nous prenons un jus de mangue. le matin. Je compte 6 employés pour entretenir et garder le domaine. En effet. Il va chercher quelqu’un qui vient nous accueillir. et nous fait faire le tour d’une immense maison. Hier. des statues en bois peintes du XVIII ou XIXème. à côté de quantité d’autres fougères et arbustes. verreries. Le groupe se déploie vers un bâtiment construit pour abriter toiles et dispositifs de travail du peintre. C’est un espace géant.

Si ce travail n’était pas trop développé. je pourrais le publier dans Attractions passionnelles. dessin (une fleur). J’ai seulement vu le musée d’Art de Salvador avec une exposition intéressante de dessins de Carybé sur Yémanja. Mais cela ne s’est pas encore fait. par exemple. plutôt que de la gouache. écriture de ma conférence de Salvador (fin). Elle résiste : finalement. 256 . peinture. Ici. 324 325 Solange Chalita. Je viens d’avoir une idée : peindre mes dessins selon la logique de l’aquarelle. -Cela me ferait vraiment plaisir si vous acceptiez d’être photographié dans votre atelier… J’ai vu 4 toiles d’Edouard Vuillard représentant ses amis dans leur atelier. La visite de l’atelier se fait sans Solange et Marie-José. l’humidité et les termites. Il nous invite à aller voir ses toiles exposées au Musée de Maceio. Nous avons été manger dans le restaurant voisin de l’hôtel : pour 30 réals. Pierre nous propose de revenir. J’ai d’ailleurs trouvé un livre illustré par lui sur les Orixas… Au fur et à mesure que se développe notre conversation. nous quittons les Chalita : il faut rejoindre l’université où je dois prononcer une conférence devant les étudiants de sociologie. 211 p. Grasset. Lucette. Non. Cela implique une certaine architecture. je sens un vrai intérêt de part et d’autre. Pierre me demande si j’ai visité des musées ici. Du "temps". “ Très bon ”. Ces toiles m’ont beaucoup inspiré pour me décider à me construire un atelier dans notre ferme champenoise. lecture (François Jullien 325 ). me dit Pierre. Je dis à Pierre que pour moi notre rencontre est historique. -En France. Sergio et Fernando participent. lecture du livre de Solange Chalita. c’est la mode de s’installer des ateliers à la campagne. nous devons nous battre contre la chaleur. 15 h 20. Nous venons de passer une journée tranquille à l’hôtel : bain dans la piscine. dit Lucette qui semble retrouver complètement la santé. “ Il faut attendre d’être mort pour que l’on parle de vous ! ” Pierre voudrait que la Ville reprenne son musée personnel. J’ai demandé à Pierre s’il avait déjà écrit son autobiographie. Il y a un Maurice Denis. Nous sommes sortis de la chambre. mais. il gagne. Pierre me dit qu’il aimerait travailler à partir de modèles vivants. Cela devrait rendre le trait ! Jeudi 12 février. bronzage. nous les retrouvons ensuite : Solange nous dédicace son dernier ouvrage 324 . que d’entrer dans l’intimité existentielle d’un vrai peintre. Non. éléments d'une philosophie du vivre. 2001. nous avons fait un repas complet. Peut-être a-t-il vu mes dessins de Lucette dormant ? J’ai l’idée de le prendre en photo dans son atelier. Samedi matin serait notre seule possibilité : Pierre insiste auprès de Solange pour qu’elle décommande leur rendez-vous de samedi. mais que Solange s’y oppose. François Jullien. 2002). Je pense que je devrais faire une histoire de vie de Pierre Chalita. 15 h 30. Ce serait une excellente formation pour moi. pour laisser la femme de chambre faire son travail. Puisque Lucette a oublié son appareil photo. Vers midi et demi. Nous attendons Sergio pour la visite du musée.Walden et de son Outrage à la peinture (il faudrait que je lui fasse parvenir de Paris). Ce livre porte sur le "moment" en Chine. Paris. Nous irons d’ici samedi. Se pose tout de même la question de la reproduction des toiles… Comment faire sur le plan technique (et sur le plan des droits !). Pierre se sent autant musicien que peintre : dans toute notre dérive chez Pierre Chalita. Je n’ai pas parlé du magnifique piano à queue qui trône dans son salon. Una leitura junguiana do cordel nordestino : dois exemplos (UFAL. Vous pouvez faire de très belles choses.

toiles. il y a eu 3 questions. après l’atelier de Sergio et Lucette. Le recteur est resté pendant mon intervention. Les danseurs étaient plus tranquilles. J’ai parlé plus d’une heure. lorsque j’ai appris que Chalita avait résidé en Espagne à l’époque de Franco. J’ai gardé la liste par ailleurs. signe de l’importance qu’il lui donnait. que je connais déjà et Alcino Ferreira qui se débrouille en français. Ensuite. un jour où ce dernier a exposé une toile immense du Christ en croix avec le sexe du crucifié bien apparent. car nous sommes arrivés à la nuit tombante et l’on n’allume pas la lumière à ce niveau. objets de culte. Au niveau supérieur. Mais Franco a expulsé Chalita d’Espagne. objets divers : autels d’église. Vendredi 13 février. car je sors de l’atelier Carnaval. On est en plein colloque. réunissant plusieurs dizaines d’exposants. Ce que l’on a vu n’est que partiel. il y a des objets anciens et en sous-sol les primitifs contemporains : ce musée mériterait une autre visite de ma part. Sergio est toujours excellent dans la traduction. nous avons assisté à un (long) spectacle de Capoeira de Angola Palmares. Mon texte sera publié dans un journal. Intéressant d’être actif. Comme j’ai fait circuler mon dessin sur le Carnaval. etc. et dont j’apprécie l’animation. cette intervention n’était pas toujours utile pour moi. Il s’est déroulé à la tribune d’un grand amphi où avaient pris place toutes les “ huiles ” de l’UFAL : le recteur. Pierre Chalita est un personnage incroyable.Je suis au Centre culturel de l’UFAL (Université). Il y a aussi des bibelots de toutes sortes. le directeur du département des sciences de l’éducation. animé par Moisès de Melo Santana. J’arrive en retard. Pour expliquer cette intervention. Dans cet atelier. des centaines de statues. ancien élève de Pierre Chalita. le paradis. sur la place du palais du gouverneur (élu de 45 ans. 16 h 30 (dans l’atelier de Lucette et Sergio). c’est qu’ils ont le sens des valeurs qui montent ! ” Je me positionne comme artiste. Bon. Hier soir. très émotif et corporel. La place de la danse de carnaval est importante dans son œuvre. mais avec une autorisation de faire des photos. la coordinatrice du colloque. ce qui semblait une faute à 257 . La pièce la plus ancienne est un tableau d’un élève de Léonard de Vinci. c’était beaucoup moins violent. Ce matin. Sergio ne traduisant guère. Il y a 3 niveaux d’exposition . je me suis posé des questions. j’ai fait un tour au Musée de la Fondation Pierre Chalita : c’est un immense bâtiment. C’est dire l’état du bâtiment gardé par deux fonctionnaires (employés) payés par Pierre Chalita lui-même. ils n’hésitaient pas à se toucher. Je regrette qu’il soit interdit de prendre des photos. Cela ne fait aucun problème. la Ville va lui reprendre ! ” L’employé a répondu : “ Je ne puis dire cela à Chalita : pouvez-vous mettre ce que vous venez de dire par écrit ? ”. De plus. fait fonction de guide : il nous a commenté chaque pièce. Il y a des fils rouges. de gauche). qu’il suit sur de longues périodes. Tout le monde l’a trouvé “ très intéressante ”. Laura. On comprend le problème. par exemple : le bal. il y a principalement des toiles de Pierre Chalita. j’ai donné ma conférence. Par rapport à ce que nous avions vu à Salvador. J’appréhendais beaucoup cet exercice. J’ai acheté un catalogue d’une exposition de l’Ecole de Chalita (1989). puis je me suis joint au groupe : je suis rentré dans les mimes et les pratiques corporelles. Le procureur ne l’a pas fait. de peur des courts circuits. L’un des deux. le directeur des enseignements doctoraux. Le gouverneur a traversé la Place pour dire à l’employé : “ Si Chalita ne fait pas de travaux dans ce Palais. Ma visite m’a donc donné beaucoup d’éléments pour discuter avec le maître lors de notre prochaine rencontre. j’ai demandé à Fernando de quelle tendance politique est Chalita : “ De droite ! ”. Sergio et quelques autres. Hier. le rédacteur me demande une peinture pour la couverture (en couleurs) du journal ! Sacré travail ! Lucette dit : “ Ce qu’il y a d’intéressant chez eux. Maintenant. J’ai été sensible aux remerciements de Laura. Au rez-dechaussée. j’ai d’abord dessiné des masques. puis une représentation du Carnaval de Blinda.

C’était une sorte de valse. De ma fenêtre. Celle-ci avait lieu dans le grand auditorium où j’avais fait ma conférence. Un ensemble à corde de l’Université (deux violons. Jusqu’alors. Je me suis mis à la peinture. Deux entraîneuses de la boîte se joignirent à nous. Lucette n’appréciait pas trop d’avoir des putes à notre table. Des chars arrivaient avec le Pinto da Madrubada (le poussin – ou l’érection du petit matin). Je pris quelques photos de la fenêtre. avec à chaque fois une bonne cinquantaine de musiciens. c’est celui qui me séduit le plus. nous étions assez avares de photos. des discussions et parfois des roulements de tambour. L’ambiance de Carnaval n’était pas négative pour mettre en couleur les dessins de masques. J’ai voulu retrouver le sommeil. alors que mon premier dessin était dans le sens de la largeur : d’où mon travail de ce matin. Après le concert. Lucette aussi. le public eut droit à un concert de musique classique. Malgré tout. Des cinq morceaux. Le soir. la mise en place progressive d’un défilé de Carnaval. que l’on prit conscience qu’il y avait vraiment du monde dans ce colloque. etc. alors que le jour ne paraissait à peine ? Je ne me suis pas levé tout de suite. Après une prise de parole très courte de la part de Laura. C’est à la queue devant le buffet. Le groupe de Maceio appartient à l’Université. un alto et un violoncelle) exécuta 5 pièces : Handel. dans les deux cas : même maître qui préside au rituel. Reprendre un thème permet de le retravailler. je pouvais en distinguer quatre. 6 h. Mozart. nous sommes sortis au Lampião pour danser le forro. voulant en réserver pour notre rencontre avec Solange et Pierre Chalita qui devait avoir lieu à 10 heures. nous ressentions le besoin de faire quelques photos de ces personnages de carnaval que nous avions devant les 258 . J’avais dessiné pendant le concert (les musiciens sont pour moi. Mais impossible : les bruits de la rue ne faisaient qu’amplifier ! On entendait des cris. La danse qu’il nous proposa plut beaucoup à Lucette. le réveil s’est fait au clairon vers 5 heures 30. 8 h. mais il accueille des enfants des rues. Villa-Lobos et Azmir Medeiro. Il y avait les petites carrioles des vendeurs de boissons. Les bruits de la rue ne semblaient pas déranger le sommeil de Lucette. un bon thème de recherche) . d’accessoires divers. de chapeau. je pus contempler 6 étages au-dessous de moi. Cependant. En fin de matinée. la veille. Ce dernier compositeur était le violoniste de l’orchestre. Il y avait Sergio. Samedi. Dimanche 15 février. ne cherchant pas à être le premier servi. Mon commanditaire voulait quelque chose de concentré dans le sens de la hauteur. Il y avait les musiciens de plusieurs fanfares ou harmonies. des organisateurs avaient prévu un petit cocktail. voilà un bon thème à travailler. Lucette. Quand j’ouvris les rideaux. Dimanche 15 février 2004. faits dans l’atelier de Moisès de Melo Santana et Alcino Ferreira. Vendredi soir.Salvador qui suspendait immédiatement la confrontation des deux danseurs. Je pense que cet auteur a vraiment du talent. C’est une activité culturelle de l’Université. même type d’orchestre. en descendant au petit-déjeuner. Joaquim et Joao Carlos. Je me demandais vraiment quel était le fou qui soufflait des sons désordonnés. je me suis mis à peindre la couverture demandée par João Carlos (de Porto Alegre) pour son journal : je suis content de ce travail. je continuai en griffonnant la queue devant le buffet…Les queues. il y avait la séance de clôture du colloque. John Lenon. après les ateliers.

La conversation s’engagea immédiatement sur notre visite du Musée Chalita. assise sur un tabouret les photographiaient les unes après les autres. qui pourrait faire l’objet d’un beau dessin ! Fernando était très fier de ce cadeau. Pierre s’était mis à restaurer une toile. Aidé d’un employé. Pendant que nous parlions. Pierre se mit alors en demeure de retrouver dans son atelier toutes les toiles s’inscrivant dans cette série. On pourrait faire un chapitre sur la musique. Je la relayais de temps en temps. il faudrait que je puisse parler avec Pierre deux heures chaque matin. mais agréable. Nous primes plusieurs photos du groupe que nous formions. Nous traversâmes donc le défilé de Carnaval avec eux. et Lucette. il collait de petits bouts de toiles à des endroits où la peinture était déchirée. venu lui rendre visite : elle nous conduisit à l’atelier où Pierre était installé avec deux employés pour rechercher des toiles. le gardien de la porte principale nous invita à faire le tour du domaine pour garer la voiture à l’ombre des arbres du jardin. gestes. nous reviendrons. Il me permet de refaire des meubles ! dit-il. Pierre pourra se pencher sur la démarche. -Oui. On pourrait mettre des reproductions de toiles dans cet ouvrage. J’expliquais à Pierre que. Par contre. Il l’avait à la main. qui a une formation d’anthropologue. Celui-ci fut très enthousiaste ! Lorsque nous sommes arrivés chez Pierre Chalita. Solange. Nous sommes allés chercher deux nouvelles pellicules de 36 326 . rituels. petite. les toiles apparaissaient les unes après les autres. la peinture évidemment. J’offris à Solange et Pierre le seul livre qui me restait ici : Centre et périphérie dans lequel. Nous ne pouvons pas réaliser nos projets cette fois-ci. Nous avions décidé d’offrir à Fernando le dessin représentant le quatrième anniversaire du Pinto da Madrubada. Pierre ne comprit pas du premier coup mon projet. la série qui m’intéressait particulièrement. Je promis de leur envoyer ces deux livres. Il alla le montrer au chef de la banda do Pinto da Madrubada. pour le remercier d’une photocopie qu’il nous avait fait d’une classe chinoise. en leur expliquant mon désir de faire raconter à Pierre sa vie sur le principe de la théorie des moments. j’ai trouvé le catalogue de l’exposition collective que j’ai acheté. Nos hôtes avaient programmé le visionnage d’un DVD sur L’œuvre de Pierre Chalita.yeux. 2004. Solange était là qui raccompagnait son frère. saisit tout de suite le projet : -Pierre a fait exister plusieurs moments dans sa vie : sa passion pour la collection de timbres pourrait faire un bon chapitre. les expositions. produit par l’Etat d’Alagoas (ce qui montre la complexité des relations difficiles évoquées plus haut). l’enseignement. Solange nous invita à gagner la maison pour prendre une petite collation. Ils n’avaient pu accéder en voiture jusqu’à l’hôtel. Fernando et Sergio vinrent nous chercher pour aller chez Solange et Pierre. Ce livre pourrait paraître dans ma collection… -Vous pourriez descendre à la maison. et que ces toiles me parlaient tout particulièrement. -Oui. mais d’ici une prochaine rencontre. Anthropos.C’est un outil très utile. coll. Jeux. durant une dizaine de jours. Pour cela. Paris. était celle sur le bal : je lui disais que j’avais fait 5 livres sur la danse. c’est cela. par lui-même. j’avais placé les prospectus imprimés concernant Le sens de l’histoire et Le moment de la création. dans son travail. “ Anthropologie ”. qui était tout à fait d’actualité. Lorsque j’ai visité le Musée. un autre sur les voyages. Puis il pressait l’endroit avec une presse métallique : . etc. Mais cela manque d’un livre de présentation de Pierre. 259 . Nous 326 Une des photos prises par Lucette a été choisie comme couverture du livre de Gunther Gebauer et Christoph Wulf. Un photographe jouxtait l’hôtel. vous pourriez lire Le sens de l’histoire. Nous avons une chambre d’amis. Au fil de ce chantier.

11 h. Autoportrait au bal et une troisième de danse. après avoir fait l’échange de nos coordonnées. Madrid. J’étais tout bouleversé par cette confrontation à cette œuvre. ainsi que quelques-unes sur le bal (notamment un autoportrait de Pierre entouré de danseuses) sont parmi celles que je préfère. puis Solange nous proposa du gâteau ! Nous avons donc regardé le DVD. vue en passant (toiles dites de l’Amazonie). Mais sont-elles dans nos moyens ? L’idée de demander à Fernando de s’informer auprès de la sœur de Pierre nous a semblé la meilleure solution pour ne pas faire de gaffe vis-à-vis de Pierre. surmonté d’une céramique de 6 mètres de large de Pierre. ravi de devenir notre homme de confiance. L’avait-il vu lors de son voyage en Espagne ? Connaissait-il Figueras ? "Oui. alors que Sergio conduisait la voiture en direction de l’hôtel. Elle se croit encore à Bahia. Nous prîmes congé. C’est vrai qu’avoir une ou deux toiles de Chalita serait une bonne stimulation pour poursuivre mes recherches avec ce personnage. j’avais évoqué Dali. et cela donnait une impression de mouvement de personnages. Elle ne parvient pas à entrer dans la pensée de l’ici et du là (Jean Oury). boulettes de viande). Dans l’avion. très bien fait. et une petite fête qui s’est déroulée dans le jardin et prenant l’allure d’un bal masqué. la visite du Musée public. absolument indispensable pour se situer dans un voyage comme cela… Cela m’énerve. le gardien nous annonça que la galerie était fermée. Les meilleures sont ou aux Etats-Unis ou en France. en partance pour Salvador de Bahia. Tout en parlant. Mais ce musée ne rassemble pas les meilleures toiles de Dali". nous dit-il. Si les toiles de Chalita ne sont pas hors de prix. il s’était mis en tête de retrouver une toile qu’il avait faite en hommage à Dali ! Cette recherche nous avait permis de voir d’autres toiles. Nous évoquons donc le problème avec Fernando. le lundi 16 février 2004. Je lui propose de baisser les rideaux. J’avoue que la toile sur Dali. Nous sommes d’accord sur les 3 toiles à acquérir si elles étaient abordables pour nous : Hommage à Dali. 14 h 30. Il devait être pris en charge par ses infirmiers. dans lequel on retrouvait la visite du musée privé. Il faudrait organiser une exposition à la sortie de son livre. puisqu’il n’y a pas d’exposition actuellement). car le soleil va vite se lever et nous serons réveillés par l’intensité de la lumière : elle refuse. 260 . Dans l’avion Salvador-Madrid. la visite du Centre d’exposition (que nous n’avons pas vu. Il est difficile de rendre compte de la conversation comme elle va. beignets. Je le regrette. nous avons pris conscience que nous ne connaissons pas les prix des toiles de Chalita. Avec Lucette. Le cinéaste avait réussi à entremêler des images des tableaux sur le bal avec les images d’un bal réel.bûmes un jus de fruit. Pierre était fatigué. Mais à quel prix vend-il ? Cette question (que je ne lui ai pas posée) me traversa la tête. goûtâmes quelques petites fritures (bananes. et à celle de Solange. on pourrait même travailler à les vendre en France. Je propose à Lucette de mettre sa montre à l’heure d’arrivée (ce qui permet de savoir le temps de vol qui reste) : elle refuse. Nous eûmes alors l’idée d’aller faire un tour à la galerie qui vend les toiles de Pierre et que nous avait signalé le guide du musée… En arrivant au lieu-dit. Lors de la conversation avec Pierre. Le film se terminait avec les douze apôtres (13 dit Pierre) que nous avions vus au Musée public : le caméraman tournait autour de la ronde. celles que je serais heureux d’avoir dans mon atelier. On imagine un trafic de toiles entre Maceio et Paris : ce type de discussion ludique anime la vie quotidienne.

1er-16 février 2004). car je ne m’en souvenais pas (alors que le reste du livre m’a profondément marqué). hier. Aujourd’hui. L’art. puis j’ai peint les lianes dans les arbres et fait quelques nervures sur les feuilles. Pendant notre absence. en retard. Il voulait me rappeler la mort de Pierre (avril1948-11 février 1984). Aujourd’hui. 20 h 45. car j’ai passé la journée avec Margolata à traduire Korzcak (Moments pédagogiques). Pour retrouver mon calme cet après-midi. Mardi 2 mars 2004. mais je l’ai oublié. la maison a changé. ont installé des rideaux. m’a envoyé une carte. J’avais imaginé peindre le contexte de la photo (Montsouris 2). je me suis remis à l’huile. Ce tableau est presque au point. quelque temps avant sa mort. Je croyais avoir emporté avec moi mon journal de danse. longuement du fait de ma rencontre avec 261 . dans la réunion de la licence. 9 h 40. Jenny Gabriel m’apporte La dimension cachée d’Edward Hall. non seulement. la peinture. mais en plus j’ai eu la chance de rencontrer plusieurs peintres de Maceio et tout particulièrement Pierre Chalita qui est un personnage important : des perspectives s’ouvrent à moi concernant la peinture à l’huile. Jeudi 19 février. Maurice et Andrée. Hier. Jean Vancraeÿenest. j’ai trouvé une photo de lui. pour que je lise le chapitre sur l’art. De Salvador. Samedi 28 février 2004. je l’ai évoqué dans mon journal du Brésil. Je l’ai signé. J’émerge du Brésil. dont j’ai repris des passages dans les pages précédentes. La prochaine fois que je ferai le voyage de Maceo. Concernant la peinture. mais intéressante. La perspective d’un livre sur et avec Pierre est ouverte. Pierre fut mon meilleur ami.J’ai quelques pages encore dans mon carnet pour tirer quelques conclusions de ce voyage au Brésil. Je viens d’arriver. C’est un chantier qui ouvre de nouvelles dimensions à ma recherche. j’ai rapporté une toile de danseurs de Candomblé. Pas de peinture. la danse. Lors de sa visite hier. Il me faut donc écrire sur l’art. 23 h. j’ai installé Pierre dans un décor brésilien : les Orixas ne sont pas loin. les parents de Lucette. (Saint-Denis). mais finalement. Il me semble que je dois distinguer trois niveaux : le travail universitaire. j’ai passé beaucoup de temps à dessiner. et à mettre mes dessins en peinture. Mon séjour là-bas a été très riche concernant mon travail d’artiste : j’ai écrit mes aventures brésiliennes dans un journal de voyage (Voyage à Salvador et Maceio. Il y a une théorie du portrait que j’ai lue probablement trop vite en 1983. que j’ai fait agrandir. son fils. À relire au calme. j’ai repris ma toile “ Pierre ” (n°23). je sais où trouver des châssis (beaucoup moins chers qu’en France)… Sergio et Pierre sont prêts à m’accueillir pour me permettre de travailler. j’en ai fait une toile. Cela nous fait une très belle pièce ! Samedi 21 février 2004. de Reims. Lucette a rapporté deux masques d’Amazonie. En rentrant du Brésil. J’ai rajouté une couche de bleu dans le ciel. Je l’aime bien. Petite.

concernant l’œuvre de Pierre. émanant d’une documentaliste de l’Académie de Créteil. j’ai des collègues qui ont moins de 15 étudiants. Or. Elle lit Howard Gardner : Les formes de l’intelligence et elle a terminé un ouvrage sur Matisse. Je ne sais pas ce qu’en pensera ma commanditaire. Hier. Mardi 16 mars. Gilles Boudinet est là. parle d’art . J’ai parlé à Huguette d’un tableau statistique qui circule dans le département. Je suis donc le n°1. Séminaire de Patrice. je traverse une période de quasi-dépression. (26 février). J’ai du mal à savourer cette victoire. Mercredi 10 mars. Actuellement. Jeudi dernier. parfois 5. j’avais à affronter mon destin : le procès Brohm. J’ai donc des traces importantes. et qui met en relief quelque chose de stupéfiant : j’ai eu en moyenne 2 à 300 étudiants par cours. depuis 5 semestres. mais j’ai gagné. Je mesure cet état d’âme : je ne tiens plus mon journal. Il s’agit de comprendre les comportements des élèves. En rentrant du Brésil (le 16 février). Je suis encore malade. 6. 14 h 45. Aucun collègue dépasse les 100. etc. je me suis battu au tribunal de Montpellier. j’ai 262 . Conseil d’UFR. (atelier de Patrice). On me demande d’aider des documentalistes à penser la question de l’autorité en Afrique. Pas de candidat à la direction. Je lui ai envoyé plusieurs versions de mon texte. avec 39°C de fièvre. Plus de 50 de ses toiles ont été photographiées. Je suis venu pour parler d’une demande d’intervention. Elle n’a réagi qu’à une version de 4 pages. je pense à une recherche à mener au niveau du terrain. Ingela Guerrien. car aussitôt.le peintre Pierre Chalita : je n’ai pas encore écrit que j’avais fait développer les photos de notre visite de son atelier. Elles sont réussies. venant du Maghreb ou d'Afrique noire. Je sors d’un entretien avec Huguette Le Poul. j’ai dû me mettre à la rédaction d’un texte que je dois prononcer demain devant un public de documentalistes. Mardi 9 mars. en présence du Recteur de Créteil. J’y ai travaillé toute la journée d’hier. Il me faut envoyer à Pierre des doubles de ses photos. avec une moyenne telle qu’il n’y a pas besoin de photo pour me départager du second. Je suis content de ce texte. Idée de peindre une toile à partir de cette visite. On parle de créativité. 16 h.

263 . mais mes problèmes d’argent m’empêchaient de réaliser ces choses. En les lisant. dans une famille noble. j’ai perdu le goût de vivre. Les 5 dernières années pour soutenir Lucette. Cela va faire quinze jours. C’est un texte imaginaire. Cela fait partie du travail d’archives. Il ne l’a pas fait. Pourtant. 327 Derrida. En lisant cela. Pour d’autres. tous les collectifs qui furent pour moi des moments. Je ne veux pas prolonger sur ces points. où je suis allé témoigner avec 39°C de fièvre. achat d’un chevalet. d’une blouse Corot et de châssis pour peindre… Cela faisait longtemps que je voulais faire ces choses. Cela fait 10 ans que je suis ici. Hier. Cela ne concerne pas le travail de l’artiste. de Rilke. d’autant plus que cette technique m’aide à vivre. dans le couloir aux portraits de familles. J’ai des idées à mettre sur toile. de reprendre des activités.lu un ouvrage de Derrida 327 . Certaines années. Mon affaissement de ces derniers temps a été lié à une fatigue énorme. ces images me travailleront. Jenny Gabriel m’a offert le 25 février Le journal de Malte. J’ai envie de changer d’affectation. Je retrouve une certaine efficacité sociale. Je ne les trouve pas. Depuis 1982. J’ai d’abord été chez Charlotte. Parole. j’ai eu la chance de le faire. Charlotte voudrait une “ affiche ” de ses cours. L’Aube. où seraient tous les groupes. Parmi les pages qui m’ont intéressé : quelques-unes sur une promenade. j’ai découvert que c’est ce que je veux faire à Sainte Gemme : une galerie de tableaux. Tant que je ne l’aurai pas fait. Il se fait une philosophie du monde à travers une filiation imaginaire. Pause pendant laquelle je vais voter (élection à la commission de spécialistes). qui a suivi le procès de Montpellier. j’ai eu une journée de sursaut. j’en ai tenu plusieurs de front. et cette merde devient une œuvre ! Le journal est une forme de critique de la vie quotidienne. Je cherche la liste des postes vacants dans les universités. qui avait besoin de moi. Lire en anglais. il le regrette. j’ai des traces de journaux. La vie que je mène est une vraie merde. lui porter des croissants. Mais j’ai le courage de l’écrire. Elle m’a donné de l’argent qui m’a permis d’aller à Paris faire des courses : billets d’avion pour New-York. dans lequel il dit que son rêve aurait été d’écrire un journal total. surtout après 1996. J’essaie de survivre. et arrêter de m’appuyer sur cette pratique . et dans ce livre de 1999-2000. Et pourtant ! Hier. j’ai peint 3 fonds. je me suis dit que moi. Ces pages m’ont plu. faire la méthode Assimil américaine est quelque chose que je vais faire systématiquement. Ma cousine Cécile voudrait reprendre contact avec moi : lui montrer mes toiles serait important. achat de livres à la FNAC. Cela revient. et je ne me sens pas bien encore. aussi. Ce n’est pas aujourd’hui que je dois baisser les bras.

je note qu’il est mort en 1543.Mercredi 17 mars. Hier. Thames and Hudson. 1993. 1987). Je téléphone à Charlotte. je regarde mes livres “ surréalistes ”. C’est une lecture des fragments de Schlegel. je fais des photos de mes toiles. North Dighton. Life and Art. Pour lui. 2001. la photo est meilleure que la toile elle-même : à méditer. j’ai peint trois fonds de toiles que je vais pouvoir entreprendre à partir de vendredi. d’après photo prise rue Marcadet. nous nous sommes promenés le long du Main. Lundi 4 mai 2004. un des moments forts de mon premier voyage dans cette ville. New York. d’une certaine manière. Le thème de l’expo : le maire. de Maurice Blanchot. Cela me fait penser que Man Ray a détruit des toiles dont il a gardé les photos. 20 ans déjà ”. HarperCollins. de Picasso créateur. Ouvrage essentiel dans ma recherche sur René Lourau. Le Grand jeu (2003). 128 p. Kirchner. Moi aussi. le peintre et sa famille. En rangeant Man Ray. Monet. où il y avait une exposition Holbein que j’ai visitée seul. j’ai passé la première partie de la matinée à terminer Michel Random. Manet. acheté au Salon du livre. Hier. et détruirai les photos ayant servi à faire la toile. jusqu’au Musée des Beaux-Arts. Concernant les toiles et dessins d’Holbein. Frida Kahlo. J’y avais placé L’écriture du désastre. Il y a eu en effet 2 Holbein. Oberursel. Le temps m’a manqué. J’ai constaté l’état assez catastrophique de certaines toiles (craquelage de la peinture). Taschen. 73 x 60 cm. Je renvoie à mon journal de New York où j’ai raconté ma visite du Metropolitan Museum. J’ai encore visité le musée. New York. Devrais-je les détruire ? Idée d’une toile des institutionnalistes. Je note trois titres rapportés de mon voyage à New York : Pierre Daix. 10 h. 264 . où j’ai vu une toile de Maurice Denis (Les baigneuses) et beaucoup de toiles de l’époque précédente (Renoir. Lors du passage de Jenny. J’en fait l’index. Emmanuel de L’Ecottais. Puis avec Marc Genève. Ce matin. nous avons passé l’après-midi à Frankfurt : visite du Musée sur le Procès Auschwitz (1963-64) de Francfort. nous regardons les photos de Pierre Chalita. 19 février 2004) à ses parents… Je me mets à la lecture de Man Ray. J’aurais voulu y passer plus de temps. que je rangerai dans ma bibliothèque surréaliste… 13 h. Picasso. L’ambiance de mon atelier lui plaît (son père était peintre !). 190 pages. J’ai oublié de noter que j’avais offert ma toile sur Pierre (N°23 “ Pierre. On décide de déjeuner ensemble… Je choisis comme marque-page de L’écriture du désastre une photo de N°23 (première couche). Le Seuil. Salamon Grimberg. Man Ray (1890-1976). le lundi 29 mars 2004. 450 pages (trad. Je m’y plonge. etc). 2004. Je prendrai la toile en photo.

nous a contraint à rentrer de Sainte-Gemme en début de l’après-midi. Prise de conscience de la force de cette pièce. J’ai terminé ce matin. mais cela va. je suis content de mon effet : je l’ai terriblement rajeuni. à nous. Sur le fond. Je dois dire que je me suis plongé dans l’article péché du Dictionnaire de théologie catholique de Amann. Pour l’anniversaire de Georges Lapassade. sur mon répondeur. N’ayant pas mon matériel de peinture ni de palette à Paris. Cela commence à avoir du relief ! Lundi 17 mai. alors que j’ai lu le livre de Jean-Claude Kaufmann sur ce tableau ! J’ai parfois honte de mon péché d’ignorance. J’éprouve aussi un sentiment très fort en regardant le jardin à travers la fenêtre de la cuisine lorsque je suis sur la chaise de la salle à manger contre la bibliothèque : impression d’un tableau subtil que je retouche à coup de brouettes et de pelle mécanique. à 10 heures et demi. je voudrais noter l’anniversaire de ma sœur Odile. un message de Georges Lapassade m’annonçant l’hospitalisation d’Hubert de Luze. C’est un peu brut. mais j’étais encore loin de ce que j’ai réussi à produire ce matin. j’aurais amélioré les couleurs du visage. Mercredi matin. J’ai passé trois bonnes journées à Sainte-Gemme. en 36 volumes de 800 pages (cet article fait à lui seul 450 pages). Finalement. chez moi. une toile commencée mercredi. poursuivie par une visite de SaintSulpice et une contemplation de La lutte avec l’ange d’Eugène Delacroix que je n’avais jamais été voir. L’organisation de cette petite fête. 8 h 50.G. Si j’avais eu le temps d’une troisième couche. je l’ai peint à l’accordéon. Je lui parle de Blanchot. 23 mai 2004. mais cette fois-ci avec K. Hier. Il l’a connu en 1968 : ils faisaient partie du groupe des écrivains avec Nathalie Sarraute… Plus tard. Elle trouve qu’il y a un problème d’épaule dans mon portrait de Georges. Je vais retoucher Georges. Je vais partir revoir l’exposition sur Les autoportraits. 9 mai 2004. Je l’avais bien travaillée mercredi. Hier. Je voulais noter ce fait dans ce journal. Jenny Gabriel vient d’arriver pour déjeuner. Je voulais y chercher l’inspiration pour mon tableau… J’ai été content de cette virée culturelle avec mes petites filles. Lapassade me téléphone pour organiser son anniversaire. Autoportraits du XX° siècle. Je pense à lui. Maurice Blanchot a écrit une pétition pour protester contre l’exclusion de Georges de Royaumont qui commençait par “ Il ne nous a pas étonné que… ”. au Palais du Luxembourg avec Hélène et ses deux filles. j’ai été acheter du matériel mercredi. le fond bleu du ciel donnait beaucoup de force au vert cru des pruniers. Je devrais peindre cette fenêtre au fur et à mesure de l’émergence de ce paysage conquis après quinze ans de travaux de terrassement. à partir d’une photo retrouvée par Lucette. La présence des parents de Lucette m’a obligé à coucher dans la salle aux archives : impression de dépaysement profond dans cette pièce où j’ai très rarement couché. Je lui demanderai son avis. j’ai retouché toute la matinée. 265 . le soir à Paris. avant de m’y mettre… Je suis heureux de peindre. mais il faut d’abord attendre que cela sèche ! Il me faudrait encore trois jours ! Charlotte va arriver. j’étais allé à l’exposition Moi. Auparavant. 13 h 30.

Lapassade a envie de parler de cette disparition. la veille. ces quinze derniers jours. ils m’ont dit : “ On t’accompagne ! ” Du coup. mais je ne le comprenais pas. ce voyage en voiture a pris le tour de vraies vacances. autrement. mercredi prochain… De Luze est mon premier co-auteur à disparaître. Mauvaise nuit. (Aix-en-Provence). Le voyage s’engageait tellement différemment de ceux que j’ai pu faire auparavant. Je me lance dans un tableau (Vol d’oiseaux) à partir de fleurs d’iris que j’écrase sur la toile. J’ai emporté avec moi mon matériel de peinture et une toile. je ne connais rien de sa biographie ! G. j’apprends le décès. 26 juin 2004. Je devais descendre pour l’appel du procès Brohm qui aura lieu à Montpellier mardi. J’ai envie de peindre ce tableau en Provence. Idée d’écrire un texte sur de Luze pour Le Monde. comme je puis le comprendre aujourd’hui. C’est vraiment douloureux. que j’ai eu une impression de vacances. Il téléphone. et il faut que je rende public mon travail de ces dernières années : en même temps. arrivée ici depuis plusieurs jours déjà. alors qu’il a fait un stage dans cette ville. Il faisait beau sur la route. dès 1999. Je suis descendu chez Brigitte avec Yves. Le temps qui m’est donné est bref. et c’était agréable de regarder le paysage. Lapassade… 24 mai. Il faut que je vive autre chose. Je l’invite à dîner avec Gérard Althabe. Brigitte acceptait de m’accueillir pour me permettre de travailler avec Alessandra sur le dossier Brohm… Quand j’ai dit à Hélène et Yves mon projet de partir en voiture. En rentrant à Paris. sur mes erreurs d’investissement : je l’entendais. Yves n’avait jamais pris cette route. Hélène et Nolwenn. à lui écrire la lettre dans laquelle je voulais lui raconter les 80 ans de G. Je ne suis pas parvenu. J’ai envie de renouer avec la peinture. Il n’était jamais passé par le tunnel de Fourvière à Lyon. Mais. Je vais bientôt mourir (Gérard n’avait que quinze ans de plus que moi). Idée de peindre l’après-midi : le congé sabbatique dont je vais bénéficier va me permettre de trouver un autre rythme de vie. semble-t-il. Ce dernier trouve que nous avons une grande qualité de vie. la lumière me font penser à Cézanne. 266 . C’est l’été. où je projette de peindre Gérard Althabe. je ne dois pas écrire plus de 5 heures par jour. Les odeurs. Mon idée est d’écrire. Je ne veux plus faire de l’activisme. d’Hubert de Luze. Hubert m’avait alerté. Cela me fait beaucoup de peine.Excellent week-end à Sainte-Gemme avec Sergio Borba. de terminer les livres engagés : les morts d’Hubert de Luze et de Gérard Althabe me donnent une force qui me saisit. pour ne pas m’épuiser. Nous avons retrouvé Constance.

Pour elle. Elle écrit dans son autobiographie : “ Dans notre monde saturé de malheurs. a photographié le Musée d’Angers avant. un jour. mais aurait profondément déplu à Sarah Walden. cette femme a attendu 24 ans pour trouver définitivement sa voie. Bogdan Konopka. Comment s’y prendre ? 328 Luiz Eduardo Robinson Achutti. bien que naturalisé français. Avec Constantin. Mais la vraie richesse de ce musée : ce sont les salles des XV° et XVI° siècle. (dans le train entre Angers et Paris). Constantin Xypas m’accompagnait : il se sentait une obligation de me guider dans ma découverte des œuvres. Autodidacte. La visite a été trop rapide : j’y retournerai seul. il y en a beaucoup à Angers. Il y a aussi des tableaux de ruines. On fait des photos. nous avons été boire un pot. il y a de la photo-ethnographie à Angers. cela dit. 140 pages. pendant et après les grands travaux de restauration et de réaménagement : l’exposition met en relation ces trois “ moments ”. J’ai été intéressé par les portraits . Je regrette de ne pas avoir emporté avec moi un appareil photo (les photos sont autorisées lorsque l’on n’utilise pas le flash). au point que cela donne l’impression que c’est sorti de l’usine hier soir : cette rénovation satisfait Constantin. Elle a bien connu les Etats-Unis (elle est décédée à San Diego en 2002). Il faisait plus chaud à Angers aujourd’hui. Violée par son père à 12 ans. Du coup. il insistait beaucoup sur les thèmes helléniques traités par les peintres de la période classique : ses remarques ont attiré mon attention sur des œuvres que je n’aurais pas regardées. qu’à Sainte Gemme hier. Acatos. Il y a quelques peintures sur bois de toute beauté : la rénovation de ces tableaux anciens a eu pour effet de gommer le temps. Il faudrait publier dans Attractions passionnelles une rubrique : visite d’un musée. c’est la plus belle pièce. Tout est mis à neuf. féministe. Entre 10 h et midi trente. Autre visite. manuel de photoethnographie. comme “ trois états ” du lieu. le 20 juin. 267 . 1999. On demanderait aux Conservateurs de faire la visite des réserves. dans la cour du musée : très agréable.Lundi 6 juillet. Et d’une certaine manière. L’homme sur la photo. mais je n’ai pas eu le temps d’aller le voir. l’ensemble de la rénovation du musée est exemplaire au niveau de l’architecture. p. Depuis le match Grèce-Portugal d’hier. des salles récentes. le fait que mes sculptures procurent aux gens un peu de joie donne un sens à mon existence 329 ”. J’ai découvert un Musée David à côté du Musée municipal. 117. Constantin. dans Attractions Passionnelles. se sent Grec. de raconter la vie du Musée à travers les sous-sols : je pense à ce qu’à fait Achutti à la Bibliothèque nationale 328 . Cette expo est une illustration de l’ethnophotographie. 16 h. pour aller regarder de plus près un très beau tableau de Maurice Denis. Traces. pour Attractions Passionnelles. Avec un Monet. Des assemblages aux œuvres monumentales. Téraèdre. après 6 années de travaux de rénovation (en profondeur). 2004. Prochaine visite en septembre : Le Musée David. Un photographe. j’ai été faire une visite au Musée des Beaux Arts d’Angers : il vient de réouvrir. Il reste à pouvoir publier des photos en couleur. au bord de la piscine. Paris. Pourquoi me suis-je habillé en quasi-hiver ? Le temps change beaucoup. il ne faut pas supprimer les traces du temps . (préface de Jean Arlaud). 329 Niki de Saint Phalle. comme chez le peintre brésilien Pierre Chalita. elle produit des sculptures (une centaine montrée à Angers). Cela me semblerait intéressant. malheureusement trop rapide : Niki de Saint Phalle (1930-2002). que je mettrais volontiers dans mon jardin. Je téléphonerai ou j’envoie un mail à un conservateur du Musée d’Angers : je leur demande d’explorer leur cave avec eux.

J’avais fait du feu dans la cheminée (il faisait 11°C à midi ce vendredi 9 juillet). au collège : j’aimerais bien savoir si elle vit encore. le 11 juillet 2004. A Sainte Gemme. Sybille et Helena. celle dans laquelle elle se retrouve sûrement. “ La théorie des moments ” (9/7/2004). Je me suis lancé dans le portrait de Liz Claire : je l’ai installé devant la cheminée. à Angers. 268 . Ce matin. (Donc elle l’a reconnu). Ce que je peins à Sainte Gemme. pour faire entrer de la lumière par la fenêtre de la cuisine : le jeu des ombres entre la lumière du Nord et celle du Sud correspond à mon grand œuvre. Il s’y connaît mieux que moi sur le plan technique. et Brigitte Simon aussi. Sainte Gemme. si 400 toiles sont exposées. relire la bibliothèque de Charlotte. relire Gusdorf. tout mon combat a été de reculer la butte derrière la maison. Jean-Jacques a étudié l’archéologie : malheureusement. Nom de mes nouvelles toiles : “ Liz Claire devant la cheminée ” (2/7/2004). Rue d’Angleterre. je me suis remis à la peinture. ne l'apprécie guère. Pour la préface à cette édition. chez moi. Les gens voient-ils vraiment le jeu de la lumière ? Une gouache faite à l’époque de la canicule m’avait permis de prendre conscience du problème : l’ombre change très vite . nous avions parlé peinture hier aprèsmidi. je me suis mis à une autre sorte de création. les ouvertures des fenêtres sont plus petites qu’à Paris. Beaucoup de créateurs ont ce repli sur eux ! Dans la foulée de cette première couche. J’ai évoqué Hélène Moscos. Mes voyages (professionnels) à Angers seront investi dans une dimension nouvelle. Il a suivi des cours. J’irai visiter l’exposition permanente David d’Angers. disait un jour P. une idée pour justifier de donner tout cela en vrac au lecteur : l’idée de fragment. Le soleil se déplace plus vite ici qu’ailleurs : chez nous. je me suis demandé : “ Qu’est-ce qu’un musée ? ” Qui décide de donner à voir ? Car. Avant-hier. Bonafoux. On la retrouve bien dans sa posture psychotique. Coût de la rénovation du Musée d’Angers : 33 millions d’euros : une jolie somme. Comment passe-t-on du copiage du modèle à son interprétation ? -Les 2 autoportraits de Matisse à l’Expo du Palais du Luxembourg sont significatifs de la purification progressive du trait. souligne cette réalité des ombres. je vois presque bouger l’ombre. mais Lucette. cela ne lui a pas donné un travail dans ce secteur. avant de créer. notre professeur de dessin. alors pour ne pas la laisser sécher sur la palette. -Liz est réussie. La théorie des moments : Odile me dit ce matin que cette toile lui plaît. a dit Lucette. je me demande si ce n’est pas le regard qui ne se porte plus que sur l’essentiel. il y avait de la peinture à utiliser.Sur la publication de mes journaux. C’est vraiment elle. La visite du Musée d’Angers me fait découvrir la richesse du patrimoine artistique de cette ville : ce sera une ressource pour mes prochains voyages. Mais aujourd’hui. partie hier soir à Charleville. A moi aussi. Les photos des tableaux de ruines d’Angers sont à placer dans la maîtrise de Charlotte. en attendant l’arrivée de Geneviève. il y en a 1100 en réserve ! Je n’ai pas noté qu’avec Jean-Jacques Valette.

je me suis engagé à consacrer huit jours à Liz en septembre. le fils de Gérard qui doit venir m’apporter des notes de son père pour le bouquin que j’écrivais avec lui. Aujourd’hui. mais qu’elles m’inscrivent ou me renforcent dans la production artistique : il aurait fallu tenter de donner une place à K dans cette histoire. pour moi (71x 58 cm) : il s’agit du portrait de Gérard Althabe. Hier. Depuis 4 jours. Finalement. Sainte Gemme va devenir pour moi un lieu idéal de production : je vais y rapporter le grand chevalet. mais Lucette vient de rentrer. mais cela me demanderait un gros effort de synthèse. j’en ai l’envie. décédé quinze jours après de Luze. Il me reste quelques détails à travailler. de notre projet de revue Attractions passionnelles. je réfléchis à la meilleure façon de vivre d’ici le prochain semestre : je n’ai jamais vécu de telles vacances depuis des années. que j’ai entrepris à son contact. mais je suis dans une période de ma vie. J’ai raconté à Liz la relation assez spéciale que j’ai eue à Maja. où je veux repartir avec du matériel de peinture pour travailler sérieusement dans les mois qui viennent. Il faudrait que je reprenne ce que nous avons pu dire à ce propos. Depuis que je sais que j'ai obtenu mon congé sabbatique.Format : 55 x 38cm pour chacune. c’est déjà très ressemblant. Je me suis un peu pressé entre la seconde et la troisième couche. où j’ai besoin de prendre du recul : je ne veux plus lancer de nouveaux chantiers. je me suis mis à la cuisine. Maja écrit un roman… En parlant avec Liz. pour lui traduire son livre en français. qu’elle a rencontré un jour à Paris. qui avait beaucoup transformé ma vie aussi. sur le même tableau à partir d’une pose en djellaba qu’il avait prise chez moi. 22 juillet 2004. je découvre que ces deux relations sont un peu particulières. lorsqu’on est ensemble. à travers son travail à la Comédie française. Mais la différence entre Maja et Liz d’un côté. rue Marcadet. puis la littérature. Au moment où j’écris. pour pouvoir me lancer dans de grands tableaux . mais à un tout autre niveau. en 1985. elle a repris l’avion pour New York. dix heures durant. puis une méditation de ma part sur Formes et mouvements. c’est le moins que je puisse dire ! Quelle place donner à Liz dans ma vie ? On pourrait faire beaucoup de choses ensemble. et K de l’autre. Elles ne sont en rien mes étudiantes : K serait plutôt à rapprocher de Catherine. On ne s’ennuie pas. Je ne tiens pas ce journal régulièrement. j’ai reçu Liz Claire : je ne lui ai pas dit que j’avais commencé une toile d’elle à Sainte-Gemme. et je suis un peu fatigué de la journée de peinture d’aujourd’hui : j’ai envie d’écouter mon épouse me raconter Sainte-Gemme. J’ai l’idée de peindre René Lourau. et objectivement. 269 . car j’ai demain la visite de Frédéric Althabe. nous avons parlé. il y a eu le tango entre nous. Je reprendrai ce journal demain pour essayer de noter les idées de notre discussion d’hier. Au départ. c’est que les deux premières surviennent dans ma vie par un autre biais que la fac. J’avais dessiné pour illustrer ce texte. Maja m’a fait découvrir le théâtre. tapé par Véro. puis classé dans mes écrits posthumes. J’en suis à la troisième couche. j’ai passé la journée à peindre une toile de grand format. Ensuite. mais en même temps ayant un rapport avec l’art. J’ai entrepris ce travail. enfin le travail de traduction qu’elle a entrepris de mon livre sur le journal… Aux dernières nouvelles. Je lui ai parlé de ces écrits assez intimes. Par contre. il y a une douzaine de jours.

On s’est promis une lettre par semaine. toiles. Ainsi. E.Quand Hélène et Yves sont arrivés vers 20 heures hier. Sainte-Gemme est un lieu. "cela sera un choc terrible pour son fils ”. La semaine passée. Je réfléchis aux filles que j’ai aimées et qui m’ont aidé à m’accomplir : la différence entre avant et maintenant. que j’ai dans la tête. que je prendrais comme base de tableaux futurs. Lucette pense que je ne dois pas laisser ma toile de Gérard Althabe dans la salle de séjour. je voudrais aller faire agrandir quelques photos. l’auteur montre comment. Antoinette réagira. encore un peu floue lors de la visite de René Schérer. Aujourd’hui. de sa mère : Pauline Hess. à cette thèse et à ses effets sur moi. directeur. m’a-t-elle dit. Je voudrais peindre assez de toiles. dans les familles japonaises. a été pour moi essentiel : il me semble que ma peinture a besoin d’être vue. Avec les disparitions d’Hubert de Luze. d’abord par le regard critique de ceux qui ont connu les personnages. je ne lui ai posé aucune question sur elle . Christine DeloryMomberger. ce que je suis en train de faire. Pourtant. c’est que je viens de sortir de l’adolescence. Jury : Pascal Dibie. J’ai lu également de cet auteur le premier chapitre de L’Introduction aux arts du beau 330 . car. je crois que ce que je cherche à produire. 331 330 270 . 1998. je sens que les tableaux de personnages ou de groupe. Vendredi 23 juillet. installée dans notre salle de séjour. mais. Je voudrais aussi acheter des cadres pour travailler de façon systématique dans les jours qui viennent… J’écris un morceau de journal avant de m’occuper de la venue de Frédéric Althabe. d’ici septembre. les ancêtres deviennent des esprits protecteurs : j’ai réfléchi. Elle m’a seulement reproché de ne pas avoir répondu à ses mails. j’ai été surpris : j’avais l’impression d’être au tout début de ma conversation avec Liz . Dans cette thèse. je veux tenter une toile à partir d’un dessin fait par Lucien Hess. si je parviens à faire ce que j’imagine. (6 juillet 2004. c’est une galerie d’esprits protecteurs. ont besoin d’exister. Maurice Gruau). à l'université de Paris 7 . découvrant le tableau que j’ai peint de son père cet hiver. avec assez de sérieux. Remi Hess. Analyse du traitement rituel de la mort au Japon au sein des familles et des collectivités locales. a dit Geneviève. par des gens qu’elle peut émouvoir. Lire de la philosophie donne de l'allant. le matin… Je repense à Liz Claire : j’essaye de lui donner un statut dans ma transversalité. un échange avec Antoinette Hess. je m’en veux un peu. En me levant. président. je me suis plongé dans la relecture de plusieurs articles du Dictionnaire des philosophes (PUF. Setsuko Kokubo Deguen. Vrin. Gilson est né en 1884 et mort en 1978 : il était donc nettement plus âgé qu’Henri Lefebvre. et que je me représente intérieurement : livres. J’ai eu du mal à me sortir de cette expérience. Odile et Geneviève ne supportaient pas bien cette toile. par ailleurs (dans un autre journal). c’est bien lui !. a pris une grande force lors de ma participation à la soutenance de thèse de Madame Setsuko Kokubo Deguen 331 . -Je n’ai jamais aimé ce personnage. pour me faire un univers où je me sente bien. qui a la vocation Etienne Gilson L’Introduction aux arts du beau . Gérard Althabe et Joseph Gabel en moins d’un mois. La mort de mes parents m’a effondré. j’ai l’impression d’être entré dans une autre période de ma vie : je ne peux plus mettre à demain des choses qui me tiennent à cœur. a-t-elle ajouté. Comme me l'écrivait le philosophe René Schérer. car je ne me rendais pas compte vraiment de ce qu’est la mort. Cette notion. ce matin. 1984) dans lequel j'ai écrit l’article “ Gilson ”. c’est un musée de mes esprits protecteurs. Antoinette a trouvé ma toile très sévère : -Mais.

Je lis sa vie dans le Dictionnaire des philosophes. de ces amis. Ils meurent : je vais me retrouver seul. que j’ai fait réparer la chaudière et que l’on a de l’eau chaude à volonté. Peut-on composer une photo ? Je vois déjà la toile dans la photo que je prends. Publier son livre ? Il faudrait essayer chez Métailié. Liz m’a lu. en Italie. Liz. et supprimer toutes les recherches parasites. elle en fasse un livre. tous les jours. On parle aussi de la douche : Liz aime prendre une douche. pourtant. On continue à parler tout en regardant les images. Je peux vivre la solitude . A Mélissey. j’ai beaucoup investi sur des plus vieux. me demande-t-elle. je parle de Saint Thomas d’Aquin. Mais à Mélissey. Le sport ? Le tennis pour moi : ma victoire au Tournoi de Passy ! Grâce à Samuel ! Ai-je le droit d’avoir des relations avec mon neveu ? Il y a un tel fossé culturel entre nous. d’Abélard et Héloïse : eux aussi. nos passions. Je ne peux lui demander de poser. Peut-on être philosophe. Quelle place donner à Liz ? Je lui ai dit que j’allais prendre la place de Gérard vis-àvis de moi. etc. Idiot ? Idée que je dois changer de place et réorganiser mon porte feuille relationnel : il faut donner un peu de place à des jeunes. Liz me semble être un modèle idéal. Qu’est-ce qu’un livre ? Il faut construire un texte bref qui ne défende qu’une seule idée. A un moment de notre conversation. et elle ne connaissait même pas le nom de Lance Amstrong. Je parle à Liz. Je dois lui faire une place dans ma vie. seul ou avec des gens. J’ouvre la télévision. et avoir des relations aux femmes ? Le vécu et le conçu d’Henri Lefebvre. etc. C’est Jenny Gabriel qui me pousse à peindre d’après modèle. -Qui est-ce ?. Dominique a un rapport à la cuisine. Je vais lui envoyer. En même temps. les garder pour d’autres publications. une revue. jeune femme de 30 ans. il faut en parler dans notre revue. elle a commenté mes idées dans sa thèse. mais il faudrait que. Refus de continuer l’activisme. qui m’a caractérisé depuis mon adolescence . Je comprends donc ce qu’elle veut dire. ce n’est pas possible : je lui dis que je suis heureux d’avoir pu me laver à Sainte-Gemme. La question est cependant l’urgence : je vieillis . Je n’en ai pas envie. je peux vivre avec le souvenir de ces ancêtres. Je veux être ton amie. frappe à ma porte et me dit en gros : -J’ai lu tes travaux. Je préfère avoir des relations avec des gens. je pervertis son innocence. et qu’elle occuperait ma place. quelle place leurs donner ? Nous parlons de la manière dont nous vivons nous-mêmes dans des lieux. On est bien : Liz s’installe à côté de moi sur le vieux canapé : -Puis-je faire une photo de toi ? -Oui. la passion. me semble être un événement qu’il faut commenter dans Attractions passionnelles. utile dans la vie collective. l’exclusion du quotidien par les philosophes. Son choix de rentrer dans les ordres. Dans la constitution de mon capital-gens 332 . 332 Liz Claire ayant été rendre visite à Lorenzo. 271 . faire des livres. Elle n’est pas contre le fait de voir Lance Amstrong monter l’Alpe d’Uez : elle ne savait pas ce qu’était le Tour de France. mes proches deviennent des ancêtres. d’ici là. qui me connaissent. mais une absence d’espace pour l’improvisation. mais pas trop. que j’ai l’impression que. En fait. Je n’imagine pas un modèle qui soit silencieux. Mais laquelle ? Idée de l’aider à traduire sa thèse. a le droit le lire mon Journal de Levanto sur Le capitalgens (classé “ œuvre posthume ”).d’accueillir ces toiles. dès que je lui parle. la relecture des carnets de ma mère en témoigne : elle était affolée que je ne révise pas mon bac. de refuser la femme que lui envoie son frère. qui ne plait pas à Liz : il y a une efficacité. Je veux passer du temps avec toi. une rationalité. etc. que je donne alors priorité au sport ou à la danse.

J’ai passé tout l’été à Sainte-Gemme où j’ai peu peint. j’inscris mon moment peinture à Sainte Gemme. j’ai mille choses à transporter en Champagne. Il est 10 h 40. Il continue à faire des joints. pour le donner à taper. Sa technique est différente de celle de Pierre. Dans mon portrait de Liz. j’ai une partie de mon journal sur un support directement utilisable et une autre partie dans des carnets. elle attend un enfant. en peignant Gérard. concernant mon moment de l’art. Hier. du fait qu’on y avait publié un “ article ” de 105 pages ! J’ai écouté René. sauf dans le cas des 272 . à la réunion des IrrAIductibles a beaucoup insisté sur le fait que le numéro 4 de notre revue institutionnaliste était délirant. j'ai peint d’après photo : cela évite de bloquer quelqu’un pendant des heures. proposition de K. Donc. en compagnie de Charlotte. Et en même temps. on parle à bâtons rompus. j’ai eu l’idée d’ouvrir ce journal. Or. depuis. beaucoup de choses . Ce travail a débloqué pas mal de choses : j’avais décidé d’y placer des extraits de mon Journal d’un artiste. Je tâtonnais depuis des mois autour de ce projet. on arrive à l’heure où François rentre de chez lui : nous n’avons pas pu casser la croûte ensemble aujourd’hui. Idée de publier un morceau de ce journal dans Attractions passionnelles. pour y noter mon fort investissement ce matin sur le terrain de l’art : j’ai écrit un premier sommaire du n°1 d’Attractions passionnelles. Nous partons vers 11 heures dans sa Panda. au-delà même de la photo.Jusqu’à maintenant. elle a vécu beaucoup. vendredi dernier. dont j’ai écrit le premier sommaire hier à Paris : je l’ai envoyé aux personnes ayant la vocation d’y écrire. Sous le parrainage de Kareen. Idée d’aller fêter ma petite fille. il y a ceux que j’écris. un signal et un symbole. Revoir Kareen est une vraie fête pour moi : nous nous sommes quittés le 10 juin 2004. (Anniversaire de Nolwenn). René Schérer. Je suis rentré en train. Lucette dit que je rends bien sa relation à elle-même : cela suppose de bien observer la personne. notre précédent maçon : elle est plus rapide. je n’ai jamais de journal terminé. et ma voiture est à la gare de Dormans : or. Mais. et. Avec Kareen. La peinture n’occupe pas tout mon univers mental. Je continuerai ma méditation sur Liz un peu plus tard. Mardi 7 septembre 2004. montrer une certaine compétence. J’attends souvent qu’un carnet soit plein. Faire poser quelqu’un demande qu'on puisse donner des gages. de m’emmener en voiture à Sainte Gemme. On évoque Attractions Passionnelles. Il faudrait que j’aille manger. une voiture qui ne dépasse pas les 110. 13 h 30. Cette remarque m’a décidé à créer un nouveau livre : Le Journal des moments. car il expliquait que de tels textes devaient être édités sous formes de livres. mais où j’installe tout doucement mon atelier. C’est pareil pour mon portrait de Gérard : je le fais maintenant. dans le premier numéro. parce que je ressens très fort sa présence en moi. Par contre. je regardais l’étape du Tour : faire un va et vient continuel entre l’écran et la toile permet de garder une distance : avoir un débat scientifique avec quelqu’un que l’on peint rend certainement la discussion supportable. Ainsi. Du coup. mais mes journaux ne sont jamais que des fragments. 8 septembre 2004. j’ai découvert les Romantiques allemands : ils m’inspirent. J’ai rapporté de Paris mon livre d’or “ Atelier ” : c’est un signe. Il y a ceux que je frappe moi-même directement sur mon ordinateur . comme aujourd’hui sur un carnet. Il va falloir que j’aille me laver. mais il fait plus de 60 pages. Liz Claire arrive à Paris aujourd’hui.

Kareen m’a offert le Journal de Klee. en banlieue. Ils font l’éloge du fragment : le fragment a une unité . J’ai réussi à trouver une solution technique à ce problème en lisant les Romantiques d’Iéna. et elle disait arriver à 20 heures. Elle est arrivée à Dormans. Donc. Et l’on passe à autre chose. le traducteur. entre le portrait et son contexte. la traduction du Journal mexicain (1923-26). Je vais rapporter mes livres d’art de Paris : ils sont actuellement dans mon bureau. Edward Weston. De plus. à placer dans une bibliothèque d’art (Dali. François n’est toujours pas arrivé. Paris. me dit-elle. Au village. je lui avais parlé de cette toile. il n’y a pas de fond : or. qui se construisent sur une plus longue durée. J’ai été la rechercher. sans jardin. Faire exister une pièce. J’attends l’arrivée de Liz à la Gare de Dormans : Et elle n’est pas à l’heure. Photographies. Son train existe-t-il ? Ne s’est-elle pas trompée d’horaire ? Dans ce cas. photographe américain (1886-1958) est aussi un diariste. Peut-être tente-t-elle de m’appeler au téléphone. l’œuvre aussi : l’œuvre est un processus. elle aura un espace pour peindre… J’ai présenté Kareen à François. Hier. dans un paysage.journaux de voyage dans lequel du début à la fin. les animateurs de la revue Athénaum (1799-1802). Le Seuil. en donnant une transversalité à l’espace. elle arrivera demain : il est 20 heures 15. même si cela n’est pas encore achevé. Dans mon atelier : un 333 Edward Weston. Mercredi 9 septembre. un germe. dans cette précieuse lecture. en lui disant qu’elle était loin d’être terminée : le portrait proprement dit n’a pas encore de lunettes. Je vais rentrer : je continuerai à écrire à Sainte Gemme. Je me suis plongé. Dois-je rentrer chez moi ? Dilemme. Liz m’a apporté en même temps que ce livre de photos. et : Journal mexicain. j’écris dans un carnet. Il s’agit du Edward Weston 333 . à Antoinette Bornizet. ce matin. Si l’homme meurt avant d’avoir épuisé toutes ses virtualités. dans des recueils et des supports de nature différente. 1995. Le fragment peut être repris : c’est une idée forte. qu’elle me restitue. Elle va emménager dans une maison de 70 m2 habitables. Kareen apprécie le tableau : elle le juge “ quasiment ” fini : -Vous avez fait d’énormes progrès. une cohérence d’ensemble que je ne parviens pas à trouver dans les autres “ moments ”. Klee. juste après mon retour ici. il tend vers la forme définitive. 10 h. un lien : c’est construire le dispositif. débarquer avec une jeune femme semble vraiment bizarre : que diront-ils. Taschen. L’inachèvement est au cœur de l’expérience humaine. assis dans ma voiture. je veux dire que mes visiteuses d’hier en m’apportant 4 livres. Bon. s’ils voient arriver Liz Claire demain ? J’écris maintenant. 273 . la personne d’Althabe doit être installée dans un contexte. Nadine qui la connaît déjà entend les commentaires de François sur Kareen. Liz est à Sainte Gemme. J’ai laissé en plan Paul Klee. avec une bonne préface de Gilles Mora. pour dévorer un livre offert hier soir par Liz. Avant de commenter ces lectures. je montre à Kareen ma toile de Gérard Althabe . Le paysage portera le personnage. Il y a donc une unité. Edward Weston) me poussent à me construire un pan “ bibliothèque ” dans mon atelier. Elle dort. Il y aura un jeu. Tout à l’heure.

On explore la notion de Salon comme espace. le 12 septembre 2004. Lourau était un grand lecteur de journaux : je le deviens. C’est un bon sujet pour développer l’anthropologie de l’éducation informelle. mais il serait intéressant d’élargir : sur le plan géographique. Une maison. avec Liz et Christine. dispositif. était une institution transversale .meuble pour ranger les toiles. Au départ. 274 . qu’elle avait étalé durant plusieurs semaines. l’Autriche. histoire de l’imprimer et de pouvoir travailler dessus à midi. Vide ? Non. (salle des archives. Mes lectures me font me représenter. et une virée chez Anthropos pour porter un manuscrit de Christine. permet de renforcer la dimension lieu d’écriture du bureau. l’Allemagne. c’était le lieu d’élaboration de livres. on pouvait y danser . le travail. fonction. en attendant Lapassade). A Paris. J’en suis à la page 61. nouveau climat de la pièce : il faut que je parvienne à distinguer les concepts de moment. parfois. (dans le métro). comme moment de formation : le salon. Après l’attente de mes résultats d’examens. de romans. Liz Claire travaille. l’Italie. un appartement permettent a priori de s’inscrire dans certains moments : le repos. me voici de retour : je vais préparer le repas pour Hélène qui me rend visite à midi. depuis 8 mois. 11 heures. Liz voulait travailler sur la période 1780-1820. mais il me faut aussi y rassembler mes photos destinées à être reprises dans des toiles… En arrivant à Sainte Gemme. assez bien. R. Je veux noter qu’hier. La création de l’espace bibliothèque de Sainte Gemme permettra le transport de caisses de livres de Paris vers Sainte Gemme : les livres qui resteront à Paris seront des livres choisis. on y buvait . J’ai avancé Le Journal mexicain de Edward Weston. Les livres parisiens formeront une bibliothèque vivante. Je lis le catalogue de l’exposition Füssli (1741-1825) : la peinture m’intéresse. Sainte Gemme. le mercredi 15 septembre 2004. tenue par une dame. on y écoutait vers et musique . etc. j’ai été frappé par le rangement opéré dans la salle aux archives : Charlotte a remporté tous les livres. mon bureau était en même temps quelque chose comme un atelier : le déplacement de l’atelier sur Sainte-Gemme. climat : je crois que ma théorie des moments avance par le concret de l’aménagement et du ménagement de l’espace. un autre pour le matériel de peinture. Mardi 14 septembre. l’Angleterre. on y mangeait. le repas. 9 h. 9 h 30 (MGEN). mais certaines pièces peuvent voir se superposer plusieurs moments. Est-ce bien le peintre préféré de Charlotte ? Je vais aller taper le programme (38 numéros) d’édition d’Attractions passionnelles. Sainte Gemme. il faut explorer la France. d’œuvres diverses. La fonction stockage et archive sera exclusivement à Sainte Gemme. nous avons réfléchi sur un sujet de thèse pour Liz. cette socialité particulière entre 1750 et 1850. 11 h.

certaines font 50 kgs. etc. Dans ce livre. : ce texte est fondateur d’une théorie qui s’applique aux IrrAIductibles. passé à Sainte Gemme : Charlotte a écrit l’essentiel de ce texte. c’est tout un 335 ”. Il me faut finir le tableau d’Althabe. Faut-il y peindre des personnages de la famille ? des personnages illustres qui ont traversé notre vie ? Relire le fragment de F. Lefebvre. Schlegel. que j’ai connue en 1977. après 4 mois d’interruption . j’ai relu 180 pages (mot à mot) du mémoire de maîtrise de Charlotte. Il me faut acquérir un exemplaire de ce catalogue (de l’expo décembre 2003-mai 2004)… Il me faut revisiter le Musée des Beaux-Arts qu’évoque Roger Vailland. “ Nous étions. beaucoup de monde . depuis cet été. Paris. c’est d’être romantiques… A développer. de l’œuvre. etc. Plaisir d’y trouver Bernadette. Henri Lefebvre et Les Philosophes sont présentés comme décisifs dans la naissance du Grand Jeu. Prague. Tant mieux ! Tant pis pour mes rêveries . donc réussi. en nous recueillant devant les toiles des paysagistes du siècle dernier. En lisant Charlotte. Cette lecture pose la question de l’esthétique. Je rêve ! Pépé vient me chercher : il veut descendre des pierres du second . visite de la pratique de tango de Charlotte . Je lis cet ouvrage d’un trait : il est essentiel pour ma recherche artistique. Reims. les Surréalistes et dans l’analyse institutionnelle. entre 1920 et 1925…. Attractions passionnelles aura une filiation à mettre à jour avec le Grand Jeu. à descendre des pierres . etc. du mot esprit. Je me sens proche du G