Remi HESS

Henri Lefebvre, une pensée du possible
Théorie des moments et construction de la personne

2008

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Sommaire Remerciements Préface : Sociologie et histoire, par Gabriele Weigand Introduction

PREMIERE PARTIE : SUR LE MOMENT
Chapitre 1 : Des moments et du temps, selon Jacques Ardoino Chapitre 2. Le moment : une singularisation anthropologique du sujet Chapitre 3 : La dynamique du moment, concept de la logique dialectique Chapitre 4 : Lectures de l'histoire Chapitre 5 : Le bon moment Interlude 1 : L'année Lefebvre

DEUXIEME PARTIE : LA THEORIE DES MOMENTS DANS L’ŒUVRE D'H. LEFEBVRE
Prélude à la seconde partie : Henri Lefebvre, une vie bien remplie Chapitre 6 D'une philosophie de la conscience à l'expérience de l'exclusion Chapitre 7 : La somme et le reste Chapitre 8 : La critique de la vie quotidienne Chapitre 9 : Le moment de l'œuvre et l'activité créatrice Chapitre 10 : Les moments de l'amour et de la pensée Interlude 2 : Journal du non -moment

TROISIEME PARTIE : CONSTRUIRE LES MOMENTS PAR L'ECRITURE DU JOURNAL
Chapitre 11 : Moment du journal et journal des moments Chapitre 12 : L'entrée dans un moment : Le journal d'un artiste Chapitre 13 : La conception : le moment conçu Bibliographie

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Remerciements
De nombreuses personnes m'ont aidé dans ma recherche sur la théorie des moments. Tout d'abord, Henri Lefebvre (1901-1991) lui-même, qui a su me former à la pensée critique. Il a dirigé ma première thèse (1973) et m'a encouragé à le suivre dans la construction de cette théorie des moments. Ensuite, René Lourau (1933-2000) a rêvé d'écrire ce livre avec moi. Cette coopération ne s'est pas concrétisée, mais durant quinze ans, R. Lourau, qui avait dirigé ma thèse d'état, a suivi l'avancée de cette recherche. Michel Trebitsch, décédé durant l'hiver 2003-2004, m'a aidé sur quelques points décisifs. Ensuite, je dois remercier : Georges Lapassade (Paris 8), qui, par son opposition à cette théorie, m'a contraint à l'affirmer sans cesse davantage. Lucette Colin (Experice, psychanalyse) m'a aidé pour la rédaction du chapitre sur le "bon moment". Ce livre lui doit encore beaucoup, dans la mesure où elle en a suivi les mouvements. G. Weigand (Würzburg/Karlsruhe), a suivi l'écriture de ce livre depuis vingt ans. Ses recherches sur l'horizon des mots, et le moment de la personne (1983-2004) lui permettent, mieux que tout autre, d'entrer dans mon rapport au monde. Christophe Wulf (Institut d'anthropologie historique, Berlin) m'a fait prendre conscience de l'importance de la pensée d'H. Lefebvre pour penser l'anthropologie historique. Christine Delory-Momberger (Experice, Paris 13) m'a fait entrer dans le monde des histoires de vie ; Jean-Louis Le Grand m'a invité à exposer mes idées dans son séminaire ; Liz Claire a organisé à la New York University une conférence décisive, où je fus invité à parler et à discuter avec des collègues américains. René Barbier me soutient intellectuellement depuis 1994. Jacques Ardoino m'a apporté ses questions sur la relation "moment et temps". Véronique Dupont et Bernadette Bellagnech m'ont secondé dans la dimension technique de la production de ce livre. Leur travail de secrétariat s'est toujours doublé d'une entrée dans la discussion de ma problématique. Sophie Amar, Benyounès et Kareen Illiade m'ont aidé dans l'organisation de nos colloques H. Lefebvre, de Paris 8. Ces rencontres aidèrent à clarifier beaucoup de choses. Armand Ajzenberg, Arnaud Spire, et tous les camarades d'Espace-Marx et de la Fondation Gabriel Péri m'ont souvent invité à présenter l'avancée de mes travaux. Ils m'ont associé à leurs propres recherches. Jenny Gabriel a été une interlocutrice essentielle à la fin de cette recherche, puisque sa thèse s'est inscrite au cœur de mon chantier. Le livre qu'elle tire de cette thèse, sera un "moment" de cette recherche qui nous lie. Alcira Bixio (Argentine), Sergio Borba (Brésil), Liz Claire (Etats-Unis), Zhen Hui Hui (Chine), Maja Nemere (Allemagne), Vito d'Armento et Fulvio Palesa (Italie) et Elena Theodoropoulou (Grèce), mes fidèles traducteurs, m'ont aussi apporté leur soutien en m'encourageant à terminer ce livre, me promettant de faire connaître la théorie des moments dans leurs pays. Je remercie tout particulièrement Benyounès Bellagnech, qui m’a accompagné depuis 1999 sur le terrain de l’articulation entre la théorie des moments et la pratique du journal. La parution de son livre Dialectique et pédagogie du possible (2 vol., 830 p.), en février 2008, est un complément de ce travail.

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Préface Sociologie et histoire
par G. Weigand La théorie des moments s'inscrit dans le moment lefebvrien de Remi Hess. L'ouvrage Henri Lefebvre et la pensée du possible montre comment H. Lefebvre indique une voie pour se tourner vers le possible, que cette voie est actuelle, et qu'en prolongeant H. Lefebvre, Remi Hess propose une théorie de l'espérance qui nous engage à regarder l'horizon, plutôt que de rester tournés vers le passé ou engloutis dans un présent sans perspective. Ce livre est aussi, pour nous, le premier moment d'un programme plus vaste, la confrontation théorique et pratique de deux postures, de deux identités épistémiques, que nous voudrions articuler du point de vue de l'anthropologie philosophique : la sociologie et l'histoire. Ce fut le projet théorique de H. Lefebvre. Une recherche lefebvrienne Au moment où je préparais ma thèse sur La pédagogie institutionnelle en France, à 1 l'université de Wurzburg , j'ai découvert l'oeuvre de R. Hess, à côté de celles de H. Lefebvre, G. Lapassade, M. Lobrot, R. Lourau. Dès 1979, j'ai donc lu les quatre premiers livres de R. Hess. A partir de 1985, nous avons été conduits à travailler ensemble, tant sur le terrain de la 2 recherche-action éducative et interculturelle , que dans un effort commun de publications en 3 Allemagne ou en France sur l'analyse institutionnelle . Je puis donc témoigner ici de la fidélité de R. Hess à la théorie des moments. La théorie des moments est une perspective de recherche que R. Hess doit à sa rencontre avec la personne, et avec l’œuvre d’Henri Lefebvre (1901-1991). La pensée de H. Lefebvre fait vivre R. Hess depuis 1967, année où il a rencontré ce philosophe pour la première fois, dans l'amphi B de l'université de Nanterre où H. Lefebvre assurait le cours d'introduction à la sociologie, pour les étudiants de première année de philosophie, sociologie et psychologie. À cette époque, R. Hess était étudiant, un étudiant d'H. Lefebvre, parmi beaucoup d’autres. Et il découvrait ses livres au rythme où H. Lefebvre les publiait (entre 2 et 4 par an à l’époque). Et, en même temps, il arrivait à R. Hess de découvrir un ouvrage antérieur qu'il s'empressait de lire. À cette époque, R. Hess avait 20 ans et H. Lefebvre en avait 67 ! Le philosophe avait déjà publié plus de 30 livres… Dans le même département de sociologie de Nanterre où enseignait H. Lefebvre, se trouvaient plusieurs personnages dont R. Hess suivait aussi les enseignements, et qui jouèrent un rôle important dans sa formation : Jean Baudrillard (né en 1929), René Lourau (1933-2000)… Tout doucement, Henri Lefebvre est devenu le maître de R. Hess ; il a été son directeur de thèse de sociologie (Nanterre, 1973). En 1978, R. Hess publie Centre et périphérie qui s’inspire fortement de De l’État de H. Lefebvre. Régulièrement depuis 1980, en alternance avec des phases où il développait la
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Gabriele Weigand, Erziehung trotz Institutionen ? Die pédagogie institutionnelle in Frankreich, Wurzburg, Königshausen + Neumann, 1983, 207 pages. 2 Dans le cadre de programmes financés par L'Office franco-allemand pour la Jeunesse. 3 Parmi la vingtaine de productions communes : Institutionnelle analyse, Francfort, Athenaum, 1988 ; La relation pédagogique, Paris, Armand Colin, 1994, Cours d'analyse institutionnelle (Cours de la licence en ligne, Paris 8, 2005). 4 H. Lefebvre, De l’État, 4 volumes, 10/18, 1976-77. Le volume 4 est dédié à R. Hess et R. Lourau.

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sociologie d'intervention, l'analyse institutionnelle, l'exploration interculturelle, la pédagogie, les sciences de l'éducation, l'histoire des danses sociales, R. Hess est passé par des périodes où il s'est replongé dans l'œuvre de H. Lefebvre. Au départ, il s’agissait souvent pour lui d’écrire des articles qui lui étaient demandés, en tant que proche de H. Lefebvre. Ainsi, il est l'auteur 5 de la notice Henri Lefebvre, dans le Dictionnaire des philosophes . En 1988, R. Hess publie le premier livre français consacré au philosophe : Henri Lefebvre et l’aventure du siècle. Ses recherches sur la vie et l’œuvre de H. Lefebvre le conduisent alors à découvrir plusieurs ouvrages virtuels que son maître auraient pu écrire, en reprenant des thèmes récurrents dans son itinéraire, mais pas suffisamment dégagés ou autonomisés (la théorie des moments, la méthode régressive progressive, la théorie des résidus, la théorie des possibles...). Si leur différence d’âge n’avait pas été si grande (47 ans), si son statut d’éditeur d'aujourd’hui, R. Hess l’avait eu 25 ans plus tôt, il est probable qu'il aurait commandé à H. Lefebvre ces ouvrages, mais le maître est mort sans qu’il ait été possible de lui proposer ces synthèses. Aussi, après la mort de H. Lefebvre, R. Hess s'est décidé à donner plus d'importance à son moment lefebvrien, pour se consacrer à cette recherche. Ce moment de travail l’a d’ailleurs stimulé à approfondir sa connaissance de l’œuvre de son maître. Ainsi, dans les années 2000-2002, au moment du centenaire de H. Lefebvre, il a 6 accentué son effort d'édition de la partie introuvable de l'œuvre . Editer un auteur suppose qu’on le lise et relise, et ce d’autant plus qu’on souhaite introduire les ouvrages, les enrichir de notes, d’index. Tout ce travail, parfois fastidieux, conduit à des découvertes, à des perceptions nouvelles de l’œuvre. Pour écrire une préface, on s’intéresse à des auteurs contemporains de l’œuvre que l’on redécouvre. Cela permet la construction de liens, la mise au jour de contradictions. Pour élargir son moment lefebvrien, R. Hess a organisé deux colloques internationaux. Le premier eut lieu à la fin juin 2001, à l'occasion du centenaire de la naissance d'H. Lefebvre ; à cette occasion, R. Hess a mis sur pied cinq jours de rencontre à Paris 8. Cent cinquante personnes participèrent à ces journées. Le 8 décembre 2005, il a encore organisé un colloque, en collaboration avec Espace-Marx, sur "De la découverte du quotidien à l'invention de sa critique, autour de l'œuvre d'H. Lefebvre". Là encore deux cents personnes participèrent ! Ces colloques rencontrèrent un vrai succès, au sens où ils mirent en présence de vieux Lefebvriens, des militants, et des étudiants découvrant l'œuvre d'H. Lefebvre. Ces rencontres furent des moments d'intensité, par rapport à la perspective de durée de l'implication de recherche que je tente de décrire. R. Hess n'hésite pas à voyager pour diffuser la pensée d'H. Lefebvre, ainsi en septembre 2006, il participait à une rencontre sur H. Lefebvre à Rio Grande (Brésil).
R. Hess, "H. Lefebvre", in Dictionnaire des philosophes, sous la direction de Denis Huisman, Paris, PUF, 1984, pp. 1542-1546. 6 Liste des livres d'H. Lefebvre édités dans des collections dirigées par R. Hess (la plupart du temps, ces livres font l’objet de préfaces, présentations, postfaces de sa part) : (1988), 2° éd. de : Le nationalisme contre les nations, Méridiens-Klincksieck, coll. “ Analyse institutionnelle ”. (1989), 3° éd. de La somme et le reste, Méridiens-Klincksieck, coll. “ Analyse institutionnelle ”. (2000), 4° éd. de La production de l’espace, Paris, Anthropos, précédé de “ Henri Lefebvre et la pensée de l’espace ”, avant-propos à la quatrième édition de p. V à XXVIII. (2000), Seconde édition d’Espace et politique, Paris, Anthropos, précédé de “ Henri Lefebvre et l’urbain ”, préface, p. 1 à 6. (2001), 3° édition de Du rural à l’urbain, Paris, Anthropos, présentation de la p. V à XXVI. (2001), Seconde édition de L’existentialisme, Paris, Anthropos, précédé de “ Henri Lefebvre philosophe ”, préface, p. VI à XLVIII. (2001), 2° édition de La fin de l’histoire, Paris, Anthropos, précédé de Note de l’éditeur. (2001), Seconde édition du Rabelais, Paris, Anthropos, précédé d’une préface. (2001), Contribution à l’esthétique, 2° édition, Paris, Anthropos, précédé de “ Henri Lefebvre et l’activité créatrice ”, pp. V à LXXIII. (2002), Méthodologie des sciences, inédit de H. Lefebvre, Paris, Anthropos. précédé de “ Henri Lefebvre et le projet avorté du Traité de matérialisme dialectique ”. (2002), 3° éd. de La survie du capitalisme, la reproduction des rapports de production, Paris, Anthropos, suivi de “ La place d’Henri Lefebvre dans le collège invisible, d’une critique des superstructures à l’analyse institutionnelle ”, postface. D'autres livres sont en préparation, notamment une réédition de La somme et le reste.
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Parmi les chantiers théoriques de R. Hess développés ainsi à partir de l’œuvre d’H. Lefebvre, je voudrais en signaler trois. L’un est consacré à la théorie des résidus qu’H. Lefebvre a fortement développé dans Métaphilosophie. Pour H. Lefebvre, la philosophie vise le systématique, mais faire système a un coût : écarter des résidus. Par exemple, le philosophe a tendance à prendre ses distances par rapport au quotidien. Or, ce résidu est précieux. Le résidu peut devenir un irréductible. On peut partir de lui pour critiquer le système. Sur ce terrain, avec ses étudiants, R. Hess a créé 7 une revue : Les irrAIductibles qui se donne pour objet de repérer et de fédérer les résidus du monde actuel pour en faire des irréductibles. Un autre chantier concerne la méthode de H. Lefebvre : la démarche régressive progressive qui a eu un certain écho, puisque Sartre l’a reprise, et développée dans Questions de méthode, dans La critique de la raison dialectique, puis dans son Flaubert… Je travaille avec R. Hess à la rédaction d’un ouvrage de méthode, que H. Lefebvre a probablement eu envie d’écrire, si l’on en juge par son projet de Traité de matérialisme historique qui n’eut que deux volumes : le premier étant publié de son vivant et l’autre, bien qu’écrit en 1947, ne 8 fut édité que de manière posthume . Une autre synthèse était indispensable. R. Hess s'y consacre depuis 1988. Elle concerne la théorie des moments. Le thème est présent dans l’œuvre de H. Lefebvre comme titre de chapitres, mais la problématique des moments est très présente (on pourrait dire : omniprésente), dans l’ensemble de l’œuvre de H. Lefebvre, de 1924 jusqu’à ses derniers écrits philosophiques (Philosophie de la conscience, La somme et le reste, La critique de la vie quotidienne, La présence et l’absence, Qu’est-ce que penser ?). Cette théorie est construite en 1924, solidifiée en 1959, présente en 1962, toujours vivante en 1980… Bref, le terme de moment est constamment présent dans l’œuvre d'H. Lefebvre. Il y est élaboré sur le plan théorique et longuement développé à plusieurs reprises. H. Lefebvre n’est pas le premier à s’intéresser à ce concept de moment. Hegel lui donne une place importante dans son œuvre. Dans la pensée philosophique allemande, cette conceptualisation est d'ailleurs constamment présente, même si R. Hess montre qu'elle reste 9 implicite . Chez Hegel, le concept a d’ailleurs plusieurs significations. R. Hess a trouvé un emploi complexe de ce terme chez les auteurs contemporains de Hegel, par exemple dans Les écrits pédagogiques de Schleiermacher (1826), mais en même temps, à cette époque, la théorie des moments, bien que présente, n’est pas dégagée. En droit, être l’inventeur d’un trésor, c’est le trouver ou, en philosophie, le retrouver, et lui donner de nouvelles dimensions. Dans ce sens, on peut dire que H. Lefebvre a trouvé ce terme, qu’il a rêvé à plusieurs reprises d’en faire un concept. Il l’a préféré à beaucoup d’autres pour penser la complexité des objets du social, qu’il s’était donné : le quotidien, la philosophie, l’urbain, la présence et l'absence, etc. Il me semble qu’il en a fait un bon usage. C’est la perspective que R. Hess dégage ici, même s'il élargit sa recherche aux questions actuelles qui sont les nôtres aujourd’hui. R. Hess est fidèle à la pensée de H. Lefebvre, dans
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Crée en 2002 (après le vote Le Pen), les irrAIductibles ont déjà publié 10 numéros, représentant 4000 pages. H. Lefebvre, Méthodologie des sciences, précédé de "H. Lefebvre et le projet avorté du Traité de matérialisme dialectique", par R. Hess, Paris, Anthropos, 2002, XXVI + 228 p. 9 R. Hess me faisait remarquer que mon livre Schule der Person, Zur anthropologischen Grundlegung einer Theorie der Schule, (Wurzburg, Ergon, 2004, 430 p.) était une illustration de la théorie des moments historiques et philosophiques. J'y dégage les grands moments de la pédagogie de la personne, depuis l'époque de Charlemagne.

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plusieurs chapitres où il restitue l'apport du maître. Sans vouloir faire de plagiat, il cherche alors à coller à ses mots. Dans d'autres chapitres, R. Hess explore le concept avant H. Lefebvre (Hegel, Schleiermacher). Ce travail éclaire un contexte philosophique que H. Lefebvre s'est approprié, et qui modifie forcément la première théorie des moments, celle de 1924, qui ignorait Hegel, Marx, etc. Enfin, R. Hess se réfère à des concepts produits par G. Lapassade, R. Lourau, F. Guattari, tels que dissociation, transduction, transversalité que H. Lefebvre 10 n’emploie pas ou peu . En 1994, il est apparu à R. Hess que le concept de "moment", très vivant dans l’œuvre de H. Lefebvre avait plus de force que celui de situation qui dominait les débats intellectuels, auxquels il participait alors. Avec lui, je me lançais dans la rédaction d’un ouvrage sur Situations et moments, mais une mauvaise manipulation d’ordinateur engendra la destruction de notre texte. Les quelques morceaux qui survécurent furent recyclés dans La relation pédagogique que je terminais avec R. Hess. Nous fûmes assez malheureux de cette mésaventure, mais nous n'avons pas abandonné ce projet. En 1996, R. Hess inscrivait ce projet de La théorie des moments, à côté de celui de La méthode régressive progressive, parmi les premiers titres à produire dans la collection "Ethnosociologie" qu'il lancait. Ces livres sont toujours en chantier. Bien que ce discours sur les moments commence à se faire connaître, notamment par la transmission orale (les cours de R. Hess font un emploi permanent de ce terme, il a dirigé des thèses illustrant ce concept), cette théorie des moments restait à l'état de projet, de perspective. Car, même si R. Hess a 11 utilisé ce terme dans certains de ses titres d'ouvrages , il existe une différence entre les écrits analytiques (illustratifs d’un point de vue) comme les journaux, la correspondance (essentiels pour les Institutionnalistes), etc. et les écrits synthétiques ou théoriques. Dans les années 1996-2004, R. Hess a donné priorité aux textes biographiques, car il tentait une synthèse sur les méthodes biographiques, et il ne voulait pas écrire sur la technique du journal, par exemple, sans pratiquer cette forme d’enquête… Cette forte implication dans ce projet diariste ou autobiographique l’a obligé à remettre le moment théorique à plus tard… Dans la biographie d’un auteur, d’un chercheur, il est parfois des thèmes qui sont présents constamment, mais qui ne parviennent pas à s'expliciter de manière synthétique. Ces termes deviennent alors obsessionnels. Henri Lefebvre lui-même, bloqué pour des raisons techniques (il ne frappait pas ses textes lui-même), a réécrit plusieurs versions de livres qui lui tenaient particulièrement à cœur, à la fin de sa vie, sur la rythmanalyse, le secret, etc. Lorsque nous travaillons à une construction théorique, nous tentons de clarifier des aspects confus de la problématique, de surmonter des contradictions internes, de résoudre des conflits entre plusieurs sens possibles d’un mot qui peuvent entraîner des emplois contradictoires ; nous tentons de résoudre des objections qui peuvent être soulevées, etc. Nous construisons une cohérence plus grande ; bref, le travail théorique formalise. On donne à lire un texte écrit de manière plus élaborée, et cette élaboration nous permet d’aller plus loin, de regarder l’horizon réflexif autrement. Au moment où il se lance dans l’écriture de ce livre, R. Hess a conscience qu’il y a un chemin à parcourir, un travail à accomplir pour faire passer la notion de moment au statut de concept. Il le fait en recensant tout d’abord les morceaux théoriques contenus dans l’œuvre de H. Lefebvre, en y articulant les emplois du terme. En
Concernant la transduction chez H. Lefebvre, voir R. Hess et G. Weigand, De la dissociation à l'autre logique, préface au Mythe de l'identité, éloge de la dissociation, de Patrick Boumard, Georges Lapassade, Michel Lobrot, Paris, Anthropos, 2006. 11 Remi Hess, Le moment tango, Paris, Anthropos, 1997, 320 pages ; R. Hess et Hubert de Luze, Le moment de la création, Paris, Anthropos, 2001, 358 pages ; Remi Hess, Produire son œuvre, le moment de la thèse, Paris, Téraèdre, 2003, etc.
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même temps, il tente une synthèse. Enfin, il tente d’appliquer la théorie à l’analyse d’objets actuels que H. Lefebvre n’a pas explorés. De ce point de vue, R. Hess entretient à H. Lefebvre le rapport que ce dernier voulait entretenir à K. Marx : reprendre sa méthode, pour porter plus loin la théorie et la pratique. La théorie des moments est un premier essai de formalisation. R. Hess a trouvé une forme qui articule les fragments d'une recherche, conduite depuis vingt ans. Il n'est pas inconcevable que cet ouvrage ait une suite, ou soit refondu par l'auteur à l'occasion d'une édition ultérieure.

Sociologie et histoire : un programme
La théorie des moments est le premier volume d'une série "Sociologie et histoire" que nous envisageons de produire ensemble, éventuellement avec l'aide d'autres collaborateurs. Nous travaillons, R. Hess et moi-même, certaines problématiques depuis 1985. Lors de nos premiers terrains communs, R. Hess, sociologue fortement influencé par G. Lapassade, avait une tendance à travailler sur "l'ici et maintenant". Il privilégiait la "structure" sur la genèse. Il avait un parti-pris pour l'ethnographie. Ma formation de philosophe et d'historienne me poussait à explorer l'horizon des mots. Ainsi, même lorsqu'ils employaient des mots identiques (pédagogie, éducation, famille, élève), les instituteurs allemands et français des rencontres de classes que nous observions, ne mettaient pas la même réalité derrière ces mots. Aussi, lors de ces terrains faits avec R. Hess, dans des échanges de classes franco-allemandes (nous avons passé 200 jours ensemble dans des écoles allemandes ou française entre 1985 et 12 1997 ), nous passions de longues heures à discuter nos perceptions des situations que nous étions censées observer. La propension sociologique ou anthropologique de R. Hess se ressent encore dans Le sens de l'histoire (2001). C'est lors de son séjour en Californie (Stanford et Berkeley) en 2005, que R. Hess a 13 tenu un journal "Suis-je un historien ?" où il réfléchit à son rapport à l'histoire . C'est dans ce contexte de recherche où il était invité par des historiens américains, qu'il prend conscience de la dimension historique de certaines de ses recherches (histoire de la danse, histoire de la famille, histoire de l'analyse institutionnelle, histoire de l'écriture diaire, forte implication dans le mouvement des histoires de vie). Il projette alors la concrétisation d'un chantier avec moi pour reprendre les questions que nous nous sommes posées depuis vingt ans. Ce chantier imaginé dès les années 1980, devient envisageable, car j'ai accédé en 2004 au statut de professeur d'université. Jusqu'alors, excepté 5 années où j'ai été maître de conférence à l'université de Würzburg (dans les années 1980), j'avais fait le choix d'être enseignante du secondaire. Cette position me semblait congruente avec mon domaine de recherche : les sciences de l'éducation. Dans cette discipline, trop d'universitaires ignorent la réalité du terrain. La relation entre théorie et pratique est, pour R. Hess et moi-même, une composante essentielle de notre paradigme de recherche. Cependant, il est un moment, dans une biographie, où la mise en forme des résultats de la recherche demande un investissement à plein temps. Quand je vois le travail réalisé par Henri Lefebvre en collaboration avec Norbert 14 Guterman , il me semble que R. Hess inscrit notre relation dans ce continuum. Histoire et Sociologie se fera donc en plusieurs volumes ; tout d'abord : La théorie des moments, La méthode régressive-progressive. Ces deux volumes correspondent à des urgences. Nous avons encore le projet de Théorie et pratique, (sur la pédagogie, sur la recherche-action, notamment), La construction de l’expérience, (à partir d'une relecture de Dilthey, on y explorera biographie, auto-biographie et histoire), L’horizon des mots, (sur
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R. Hess, G. Weigand, L'observation participante dans les situations interculturelles, Paris, Anthropos, 2006, 278 pages. 13 Remi Hess, Suis-je historien ?, colloques en Californie (16-26 mars 2005), 90 pages. 14 H. Lefebvre, La somme et le reste, pp. 45-46.

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"la théorie du temps devient différentielle. effervescent. non de l'histoire et de l'historicité. Sève. Chez Gurvitch. Lefebvre. 1960. H. le grand mot magique découvert. un temps physique ou biologique. livre de 777 pages. Lefebvre a réalisé le programme. dans lequel H. Lucien Sève se questionnait alors sur cette philosophie imaginative de H. Lefebvre dans les années 1950. Certains critiques penseront que notre programme est présomptueux. comme celle de l'espace et par conséquent de l'espace-temps et/ou du temps-espace. 222 pages. Continuum et rupture… On voit clairement l'inscription de ce programme dans le continuum lefebvrien. Durant ces années. L’écriture impliquée. Lefebvre. contrastées. 164. Le chercheur et son objet (sur l'implication). Lucien Sève. Le champ de la conscience (réflexion-action) se diversifie et devient effectivement un champ. une réponse. cependant. il souligne l'extrême perspicacité du rapport au temps de Gurvitch. le temps n'est jamais contemporain à soi-même. 15 multiplicité de parcours et de sens ". Ce débat n'est donc pas clos. Cette problématique du rapport à l'histoire a opposé violemment H. d'autres qui reconnaissent plus volontiers les continuités. d'entrée. régularisé et freiné). Lefebvre. p. Ils se conçoivent et se perçoivent comme capacités de différer : temps et moments multiples – topies diversifiées. Mais pour sa défense.l’herméneutique depuis Schleiermacher). mais toujours en avance vers le possible. n°7. s'inscrivant parfaitement dans le programme conçu dans La somme et le reste. 17 L. ne s'est pas justifié. d'H. Pour ce sociologue. faisait à La somme et le reste. Pour Gurvitch. Ces livres ont été traduits en trente langues ! Quand on relit Lucien Sève. 215. La grande 17 formule. Théorie des résidus. Hess une certaine audace qui s'éloigne de la modestie que les Staliniens demandaient à H. notre réponse. c'est le programmatisme …". appartiennent les continuités dans le temps. Il existe des gens qui voient les ruptures temporelles ou structurelles. 9 . le contraire de l'esprit de parti ! C'est ainsi qu'il justifie l'exclusion de H. Lefebvre est sensible à l'approche du temps et des moments de Gurvitch. Georges Gurvitch établit un lien dialectique entre l'histoire et la sociologie : une lutte dans l'unité. Les essais de la Nouvelles Critique. Entre 1959 et 1989. scandé par des opérations et des actes distincts selon les niveaux. on ne montre rien : on montrera. La différence. c'est la prétendue infécondité de 15 16 H. À l'histoire. au chantier que nous ouvrons. osant mettre le philosophe en avant. Althusser. on mesure mieux l'énergie qui se dégage de l'auto-évaluation que H. on peut dire que l'histoire a jugé le sociologue. Lefebvre décrivait son programme philosophique. 2° éd. Lefebvre. ou bien au contraire. la sociologie préférant les discontinuités et les établissant avec force ainsi que leurs conséquences (périodes. les quarante années qui ont suivies son exclusion du Parti. comme pour H. p. il a publié 40 livres. Commencer notre chantier "histoire et sociologie" par la théorie des moments est un moyen de donner.. Mieux encore : on pourrait montrer. le phénomène total (la totalité) relève du social et de la sociologie. un temps mental. Penser le mondial. Théorie critique et analyse institutionnelle(dans le mouvement institutionnaliste. Ainsi. Lefebvre fait de son rapport au marxisme. H. typologies). La différence. tel niveau dominant à tel moment (révolutionnaire. Lefebvre à L. Ce n'est pas seulement que le temps et l'espace se différencient passivement (pour et devant la pensée). Avec le recul. Il y voit un travers petitbourgeois. Lefebvre du Parti communiste ! Il pronostique la décrépitude du "renégat". personne n'a encore pris le temps d'inscrire l'analyse institutionnelle dans la théorie critique). mais chaque temporalité en proie à la différence diffère d'elle-même. Dans La fin de l’histoire. tiré de ce bilan et cette "critique" de 1959. ou en retard sur le possible. la subtilité des modes de l'affirmation verbale … Dans la nouvelle philosophie de H. Lucien Sève écrivait : "Le prétexte de La somme et le reste. Je dois dire qu'il y a chez R. je dirai que le 16 reproche que Lucien Sève. dans La différence (1960) . Lefebvre. La fin de l'histoire. Il se moque de son emploi du futur : "Un linguiste s'amuserait à étudier dans les derniers chapitres de La somme et le reste. il n'y a donc pas seulement un temps social.

Anthropos. R. On voit ainsi que. Algérie. H. Oser jouer la singularité maximum. Je voudrais terminer cette présentation en disant que la publication du livre de Remi Hess s’inscrit dans un ensemble de textes et d’ouvrages qui s’inscrivent dans une perspective d’ensemble. 2008. Hess. R. Dar Et-Houda. C'est une médiation entre théorie et pratique. La construction d'outils est un élément de la pratique. R. H. mais aussi pratique. Anthropos. Hess n'est pas seulement restitution. dans laquelle se mêlent la question politique. 239 p. de la praxis. c'est de donner un outil pour entrer dans cette critique. lorsqu'il faisait du terrain. La somme et le reste. Lefebvre.la boue nauséeuse que constitueraient le marxisme dogmatique et le communisme stalinisé. 428 p. Hess partage avec H. 1998. le soucis pédagogique 20 . Quelle aurait été sa "fécondité" s'il était resté entravé par les dogmatiques ? Sa leçon est actuelle. Quelle éducation pour l’homme total ? Remi Hess et la théorie des moments. Gabriele Weigand. Lefebvre l'idée qu'il faut affirmer haut et fort son projet identificatoire. je voudrais signaler les chapitres du présent livre sur le moment du journal et le journal des moments. par rapport à son maître H. Je m'y sens fortement impliquée ! Peut-être d'autres. Remi Hess. G. La critique du quotidien a été posée philosophiquement par H. l'enquête au quotidien. Lefebvre. Hess. Paris. Par un juste retour des choses. mais aussi son critique. 18 Gabriele Weigand Professeur d'université à Karlsruhe (Pädagogische Hochschule). De ce point de vue. Lefebvre nous montre qu'il est possible de s'en dégager. H. et un effort constant pour développer une critique de la vie quotidienne. 21 Gabriele Weigand. préface de Mohamed Daoud. en n'hésitant pas à faire des pas de côté. 2007. Le thème de la rencontre. Pour R. Hess. 22 Mohamed Daoud. on se construit en affirmant ses projets. Lefebvre a eu raison de se dégager du stalinisme. nous nous permettons de mettre en question la fécondité de l'attitude à laquelle H. Ain M’Lila. Hess. se reconnaîtront-ils dans ce programme ? Notre désir de confronter sociologie et histoire ne sera pas seulement théorique. Aujourd'hui encore. Ce furent des dimensions essentielles de l'œuvre de H. La relation pédagogique. Lefebvre aboutit. L'intérêt de l'apport de R. Dar El-Houda. R. Lefebvre. Weigand. Il s'inscrira dans un effort de comprendre les contradictions de l'époque d'aujourd'hui. Notre relation à Henri Lefebvre." L'histoire a jugé le sociologue. L’homme total. La pratique du journal. Hess. et les limites des disciplines académiques fragmentées les analyser. 19 18 10 . Paris. telle est l'enjeu de la théorie des moments. Lefebvre. H. En 2007 a eu lieu un colloque sur l’œuvre de Remi Hess à l’occasion de son 60° anniversaire. Hess conçoit le journal comme un outil ethno-sociologique qui permet de capter le quotidien pour 19 en faire la critique . Anthropos. montre l’ancrage de la pensée de R. fragments pour une nouvelle théorie. il est bien le disciple d’Henri Lefebvre 22 . Parmi les apports plus spécifiques de R. p. Analyse institutionnelle et pédagogie. le monde est peuplé de dogmatismes. 725. en construisant ses moments ! La sortie de La théorie des moments est donc le premier jalon d'un programme en cours. Ain M’Lila. Lefebvre ne laisse que peu d'informations sur ses pratiques de recueil de données. La passion pédagogique. 2007. en philosophie et histoire de l'éducation. le fait qu’elle rassemblait des participants venant d’une vingtaine de pays. le travail de R. c’est une reconnaissance de la nécessité d’intervenir dans le camp social pour le transformer . 2007. Hess au niveau mondial. 20 Gabriele Weigand. Il est aussi prospection. avec nous. c’est aussi notre intérêt pour une analyse institutionnelle sur les lieux de nos pratiques 21 . Paris.

le 25 février 2008.Doyenne de la faculté de philosophie et pédagogie. Würzburg/Paris. 11 .

passion. est celle qui imagine un saut immédiat de la vie quotidienne dans la fête… Le combat pour s'inventer dans le sens du possible. Lefebvre montre que c'est dans le quotidien. Dans la mesure même où les "révolutionnaires" ont condamné l'utopie. 15). Lefebvre reste d'actualité. Ni les matériaux. Proche en ce sens. Paris. H. le décevoir et le surprendre. dérèglements. Lefebvre. Du rural à l’urbain. 26)". connaissance et repos.Introduction : "Les propositions portant sur le possible s'examinent. Dans tout acte. on est incapable de produire des logements aux cloisons insonorisées ! Nous nous trouvons face à la loi d'inégal développement. il nous propose l'homme. qu'il y a un décalage. Et contre le cybernanthrope. On ne peut même pas affirmer qu'ils sont en retard. Pour vaincre et même engager la bataille. Il devra perpétuellement inventer. "bien instauré dans le creux entre le passé folklorique et les virtualités de la technique (p. se réinventer. 3° éd. 120. dans Position : contre les technocrates. de la perfection technique." Alors que l'on envoie des fusées dans la lune. ironie. de la rigueur formelle. Comment un mouvement réel. Critique de la vie quotidienne 2 (1961). Lefebvre analyse ce combat que l'homme doit mener contre le développement de la technique pour elle-même. En quarante ans. C'est d'un abîme qu'il faut parler (p. Utopie ? "Dès lors qu'il y a mouvement. troubles. La technocratie a toujours le "fétichisme de la cohérence. n'ont la moindre proportion avec ce que permettraient les techniques. il ne peut d'abord que valoriser ses imperfections : déséquilibre. des fonctions et des 12 .. H. en finir avec l'humanité-fiction. les choses n'ont pas changé. projets et programmes représentent à peu près ce qu'est un briquet par rapport au dispositif de mise à feu d'une fusée. s'inventer. sur la voie qui mène au possible." L'utopie de gauche. et peut-être selon certains dans la nature . Il y a quarante ans. Anthropos. de la forme et de la structure (p. Il sera toujours battu sur le plan de la logique. p. "l'anthrope" : "L'anthrope devra savoir qu'il ne représente rien et qu'il prescrit une manière de vivre plus qu'une théorie philosophico-scientifique. Dans cet ouvrage. la totalité est donc aussi lointaine : immédiateté vécue et horizon". Lefebvre. les plans. désirs. ni les procédés d'utilisation. H. Et elle n'y est pas. Lefebvre. lacunes. il nous propose les "fragments d'un manifeste du Possible". pour H. 54). La confrontation des projets avec le "réel" (la pratique) exige la participation des intéressés". effort et jouissance. 17)". qu'il faut introduire l'exploration du possible. se confrontent. La pensée de H. H. C'est dans le quotidien que les progrès de la technique doivent pénétrer. oublis. créer sans crier à la création. il y a utopie. elle est là. c'est s'affronter à la montée du cybernathrope. brouiller les pistes et les cartes du cybernanthrope. ils attendent également une mise en forme qui les élucide et les propose. excès et défaut de conscience. social et politique ne proposerait-il pas. il y a tous les moments : travail et jeu. "La totalité ? Dialectiquement parlant. joie et douleur. technique pour la technique. Il le sait déjà. 265 Henri Lefebvre est le théoricien du "Possible". Mais ces moments exigent d'une part une objectivation dans la réalité et dans la société . Il écrit : "Par rapport aux possibilités. p. ils ont avoué et entériné leur stagnation (p. ici et maintenant. se discutent. ses représentations du possible et de l'impossible ? L'unité et le conflit dialectique du possible et de l'impossible font partie du mouvement réel.

dissociations. celle du XIX° siècle. A qui s’adresse cette théorie ? Ce livre voudrait tenter de penser un niveau de la réalité. 23 visant à décrire et à expliquer un ensemble de faits . comptable ou fiscale. la théorie et la pratique sont dans un rapport d'interaction. Penser sa vie en termes de moments. Elle a sa place dans une histoire de la philosophie de la conscience. l'Athenaum. Ce terme de moment n’enferme pas autant que d’autres (situation. La théorie résulte de la pratique et à son tour exerce son influence sur la pratique.structures. au niveau de l'œuvre. 230). le moment. 13 . tourmentent la personne. le filet contre l'armure. par les Romantiques allemands (1799-1800). La théorie des moments est un effort pour articuler continuité et discontinuité. Construire une théorie des moments constitue un enjeu déterminé : apporter des outils à ceux qui veulent penser leur vie au-delà de l’année scolaire. à ceux 23 Grand dictionnaire encyclopédique Larousse. de règles. nous voudrions montrer qu'un effort de l'individu est possible pour développer les germes qu'il porte en lui. Il mènera le combat du rétiaire contre le myrmidon. dans leur revue. du continuum et de la rupture. dilemmes. trop souvent. Cherchant à construire une forme de présence articulant vécu. l'air. pour les développer et se tourner systématiquement vers une création de la personne comme oeuvre. Ici. qui en fixe la pratique"… Et en effet. Il vise à trouver une perspective de dépassement des contradictions. terme encore assez flou. Autour des rocs de l'équilibre. p. Il se frayera un chemin entre le sérieux et le jeu. Alors que la société moderne. thème déjà réfléchi. la complexité caractéristique du vécu humain. mais voudrait jouer un jeu différent de celui de la philosophie. une forme de la présence et de l'absence. unité et diversité. Cette recherche relève donc quelque part de la philosophie. différents de la société post-moderne. fonction…). fragmentation. implique une mise en pratique des moments." Ce livre participe à la construction d'une théorie du possible. et plus généralement de la société tout entière. il sera le flot. des concepts qui fondent une activité. forme et fragments. en matière de théorie des moments. produits par la montée du système. 10193. instant. structure. il y a une relation étroite entre théorie et pratique. de la dialectique et de l'histoire. Cette théorie peut donc s'inscrire dans un continuum de pensée. un art. de la bureaucratie qui. Peut-on sortir des impasses (traumatisantes) des dissociations imposées par le monde d'aujourd'hui ? La théorie des moments voudrait se proposer pour penser la dissociation. la post-modernité fait le constat d'une dissociation du sujet. ce terme a l’avantage de ses inconvénients. l'élément qui ronge et qui recouvre. conçu et perçu. de lois scientifiques. Accompagnant un mouvement politique qui veut fédérer les résidus des systèmes. l’errance et la demeure. pour transformer en ressource ce que l'homme d'aujourd'hui vit comme dispersion. avait cru pouvoir construire une identité unifiée du sujet. 1985. en 10 volumes. Il vaincra par le style (p." On trouve aussi cette autre définition : "Ensemble des principes. bien qu’il ait le mérite d’accéder à un niveau complexe de la vie. Qu’est-ce qu’une théorie ? Une théorie est "un ensemble organisé de principe. La posture philosophique qui sera la nôtre se trouve à l'intersection de la sociologie (ou anthropologie).

Elles nous engluent dans un présent. qui croient qu’une avancée conceptuelle peut aider à penser le monde. mais elles sont peu l’objet d’une méditation systématique et d’une réflexion. le métier ou l'absence de travail pour l’adulte) nous objectivent. le quotidien est tellement absorbant qu’il est vécu sur le mode de la passivité ou de l’extro-détermination. les fins de mois à boucler. Il faut répondre aux sollicitations externes. Je suis heureux de les revoir. Je décide de lire. Je les reçois. Comment s’est façonné notre art de manger. de boire. etc. de notre intervention ? Quelle ouverture sur le possible ? Si La théorie des moments s’adresse quelque part aux philosophes et plus généralement aux théoriciens. une totalité dans l’œuvre de leur vie. les exigences des enfants pour les parents. sera donc davantage du côté d’une anthropologie historique et philosophique. cet ouvrage se veut théorie de l'effort de mise en contexte du vécu. auxquels je m'identifie. du contrôleur des impôts. celle qu’a tenté de dégager Henri 24 Lefebvre. mais sans projet d’ensemble. J'y mets de la volonté. celles des agents de l’eau ou de l’électricité. de la prise de distance. les abonnements à renouveler. construit son unité dans la diversité. Je veux me penser comme une personne qui. il y a des moments où le quotidien se transforme. peut-être de faire notre jardin. Ainsi. de l'effort pour objectiver. Je fais le projet de devenir moi. quelle est la part de notre volonté. La théorie des moments a sa place dans une posture. parfois chez nous. Ce sont les sollicitations externes qui construisent votre quotidien (les exigences des parents pour les enfants. Ce moment est celui de la distanciation. la fac ou la recherche du premier emploi pour le jeune adulte. le moment théorique. tente de nos faire entrer dans le possible. cette théorie s’adresse surtout à tous ceux qui pensent qu’en une part d’eux-mêmes. pour en dépasser l'aliénation. les factures à payer. Je ressens un fort désir de devenir sujet. c'est l'effort pour donner de la consistance aux germes que nous portons. Paris. Concrètement. l’amour. dans sa Métaphilosophie . Syllepse. d’étudier. 24 H. Plus tard.). C'est une méthode qui. très souvent. 2001. Je sors une nappe. que j'ai décidée : le jeu avec les enfants ou petits-enfants. sans la réduire à une seule de ses dimensions. tel est l'enjeu d'une théorie des moments. etc). L'inscription disciplinaire de cette théorie. Métaphilosophie (1965). Le moment. Ainsi. 14 . derrière tout ce flux héraclitéen du quotidien qui pourrait nous submerger. il y a. au-delà de ses dissociations. à la fois anthropologique et historique. sommeille le moment philosophique. mais les observer met au jour qu’ils nous constituent une identité. plutôt que purement philosophique. ou dans la production de ruptures (fêtes)… Pourtant. Objectiver ce qui nous objective. une cohérence. conçue comme critique du quotidien. sur le mode du métier. le repos… Ou des amis surviennent. J'expérimente un moment d’humanisation dans lequel je me sens totalement sujet… Ces moments ne sont pas les mêmes pour tous. Je prends du temps pour moi. une force de subjectivation qui transforme les obligations. le moins mal possible. notre identité. et comme pensée anticipative. analyser et critiquer le quotidien. Les pratiques obligées (l’école pour l’enfant et l’adolescent. partant que quotidien. Lefebvre. le quotidien nous objective… On cherche à le fuir dans des conduites passives (on s’installe devant la télévision. Ainsi. Je travaille à être sujet de mes déterminations. Je prépare un repas. de recevoir nos amis ou mille autres choses ? Comment ces modes de présence peuvent se créer des horizons ? Comment constituons-nous nos moments ? Quelle est la part qui relève de l’héritage du passé. de passer du temps à une activité. les pratiques professionnelles ont tendances à simplifier les représentations à ce qui peut être efficace.qui veulent construire une unité. Ainsi. 2° édition. l’élève a tendance à vivre sa vie d’élève sur le mode du jour le jour. En conséquence. la pratique sportive. je fais des projets. Les pratiques du quotidien acceptent davantage la complexité.

Comme le souligne l’étymologie des mots. On peut cependant identifier trois principales instances de ce terme : le moment logique. au masculin. Louis Poinsot. c’est-à-dire facteur déterminant dans une dynamique.Le terme de moment est fort répandu. Les propriétés des trois moments hégéliens sont les suivantes : chaque moment est négation des deux autres. Pour entrer dans cette distinction. Leonhard Euler. En 1803. la particularité et la singularité. I). le neutre : Das Moment renvoie au latin momentum (poids) proche parent de movimentum (mouvement). le moment historique.Le moment historique Voir à ce sujet la thèse de Patrice Ville. ce pourrait être la conjonction entre le tout et ses parties). mathématicien. Le moment entre dans une dynamique. Définition du moment Le terme de moment est polysémique. Il conviendra donc progressivement d’en dégager les contenus. nous allons tenter une première définition. enfin le moment comme singularisation anthropologique d’un sujet ou d’une société. ou en statique ou en dynamique. p. 45 à 57. Paris 8. Par contre. thèse d’état. Il est polysémique. der Moment renvoie à une durée temporelle à confronter à la notion d’instant. ils sont à la fois en relation négative et en relation positive avec chacun des deux autres 25 . Dans son Introduction à la critique de la philosophie du droit.. la règle de composition des forces concourantes. mathématicien français reprend ce terme dans l’étude mécanique du couple et développe une théorie importante sur la rotation d’un corps (Sylvester et Foucault reprendront cette théorie). 12 septembre 2001. dans son traité La Nouvelle mécanique (1725). et la SINgularité renvoie au principe de conjonction (sun en grec. La dialectique hégélienne distingue l’universalité. II). élément du tout. d’une certaine épaisseur. Le moment historique est identifiable dans une dynamique temporelle. Gens d’école et gens du tas. 25 15 . Il apparaît alors comme le conçu d’une forme que l’on donne à un vécu qui se produit et se reproduit dans un même cadre psychique et/ou matériel. l’UNiversalité renvoie à l’unité positive. Pour aider à avancer. Ce contexte sémantique n’échappe pas à Hegel lorsqu’il conçoit sa logique dialectique. la PARTicularité renvoie à la partie. Ainsi.Le moment logique dans la dialectique Dans son acception dynamique. pour la première fois. ils sont indissociables . Hegel élabore le modèle d’une dialectique organisée en trois moments. on peut trouver au concept de moment des origines “ mécaniques ”. dans son Traité complet de mécanique (1736) fait entrer le terme de moment dans une analyse et une science du mouvement. C’est dans ce livre que se trouve développée la première théorie des moments. on peut remarquer que la langue allemande distingue deux genres au terme de "moment". Entre 1725 et 1803. chaque moment est affirmation des deux autres . D’abord. Pierre Varignon énonce. Une socianalyse institutionnelle. Le moment est alors un espace-temps d’une certaine durée. Le moment anthropologique sera davantage dans la spacialisation. s’intéressant au mouvement. plusieurs théoriciens. utilisent le concept de moment..

le salariat. Mais. en parlant de “ moment décisif ”. dans lequel le sujet adulte refonde ses projets et ses perspectives de formation. le devenir de l’Europe. Il s’agit d’intensité dans la vie du sujet. on produira donc toujours quelque chose que l'enfant ne veut pas. instantané. La situation est donc la résultante d’une série de conditions qui adviennent. quant à lui du “ bon moment de l’interprétation ”. L’instant est éphémère (Kierkegaard). émergent. H. Ces différents moments s’interpénètrent logiquement dans la dynamique de vie d’un sujet comme. le communisme. Ces événements s’organisent par “ Tâtonnement expérimental ” (C. Le “ c’est ça ” est une forme de cette révélation. L’instant se pose comme la “ révélation ”. On se demande donc si on a le droit d'effecteur de tels sacrifices [p. Il ne dure qu’un instant. Chaque moment précisément pédagogique s'avère ainsi comme un moment inhibant. Lefebvre parle de la bataille de Varsovie (1917) comme d’un tel moment. et du communisme. le pourquoi et le futur nous échappent. le moment garde quelque chose du sens logique. Par exemple. aurait été autre. Francis Lesourd parle de “ moment privilégié ”. Dans l’histoire de l’économie. Le moment comme singularisation anthropologique d’un sujet ou d’une société Pour définir cette acception. et que nous ne pouvons que constater. des stades dans l’histoire humaine qui sont les moments de cette histoire. III). on pourra définir Socrate ou Platon. Saint Augustin. on utilisera aussi le terme de moment dans un sens plus limité. Le moment présent lutte contre le moment à venir : “ Dans chaque moment pédagogique. l’enfance. ont permis un avènement. L’histoire de l’humanité se développe selon une logique. K. Par opposition le moment a une consistance temporelle. Descartes. Dans le même mouvement.Pour définir le moment dans l’histoire. Marx reprendra ce concept en distinguant des phases. La situation pose les différents évènements qui. 16 . la naissance. K. chez Hegel ou Marx. Marx distingue les principaux modes de production : l’esclavage. l’âge adulte. Sigmund Freud parlera. sorte d’ “ insight ”. dans ses écrits pédagogiques. celle du sens de l’histoire. dans la genèse historique.) nous échappe en grande partie. Si Trotski avait gagné cette bataille. nous devons tout d’abord le distinguer de l’instant. par exemple. 46]. Dans ce contexte historique. Friedrich Schleiermacher montre que la difficulté de l’école est de mobiliser l’enfant qui vit dans le présent pour travailler à se préparer un avenir. conditions dont l’origine. à une certaine date historique. nous devons distinguer le moment de la situation. Il n’a lieu qu’une fois. Le “ moment décisif ” est une intensité stratégique dans la vie d’une société. dans l’histoire de la philosophie. matériellement parlant. un mode de production dominant peut voir survivre d’autres moments du travail : il y aura déjà un espace pour le salariat dans une société à dominante féodale. le servage. temps très bref. ” Et plus loin : “ Chaque influence pédagogique se présente comme le sacrifice d'un moment précis pour un moment futur. etc (et donc avec eux leurs œuvres) comme des “ moments ” de la pensée systématique. telle personne etc. Freinet) et créent un contexte dont l’origine (pourquoi tel moment. se mettent en place d’elles-mêmes. La conscience immédiate est égale à zéro. il distingue des phases ou des moments dans le devenir de l’homme : la conception. par exemple. En éducation. ” Dans l’histoire du sujet.

en France et en Allemagne. Le moment. existe déjà chez Hegel. 414 pages. Le moment est le lieu où jouent. on voit bien comment les différentes instances du concept de moment se ploient et se déploient. on accède à un niveau encore plus distancé (dimension anthropologique). c’est donner forme et signification à ses moments. on prend également conscience de son épaisseur à la fois dans l’espace (situation) et dans le temps ouvert (le retour du moment sous une forme comparable). finit par “ s’instituer ”. R. mais refusant l’absolu 26 . Ch. 26 17 . En situant ces comparaisons culturelles dans un ensemble plus vaste. j'ai pu orienter la pratique des histoires de vie en formation. etc). Avec Christine Delory-Momberger. moments d'une biographie. le moment de la formation. Mais c’est surtout à Henri Lefebvre que l’on doit un développement et une diversification de cette théorisation du moment anthropologique. voulu ”. moment de la création) et de pouvoir à nouveau l’identifier. C'est aussi une possibilité pour concevoir l'advenir.C’est la “ sédimentation ” de cette série de situations qui. Dans ce type de chantier. qui distingue dans la société le moment de la famille. et lui-même donne forme à son auteur. à partir de ses critères connus. déplisser dans une histoire personnelle ou collective. tendant vers. Dans le déroulement du temps. on va pouvoir distinguer différents moments anthropologiques (le moment du repas. le moment philosophique. Se former. dans un mouvement d’ensemble donnant un sentiment d’improvisation. ou sur le plan historique ou sur le plan géographique. la rencontre interculturelle. créent le moment anthropologique. Le sens de l'histoire. l’histoire et l’anthropologie. le moment de la rencontre avec les autres. La prise de conscience d’un déjà vécu. le moment. 2001. dans une situation aux conditions similaires. En prenant conscience du moment. liés aux éléments constituant sa situation. parce qu’il se connaît de mieux en mieux. ni sur les situations (imprévisibles). Delory-Momberger. réfléchi. Paris. vers une anthropologie des moments du sujet. Marc-Antoine Jullien propose de distinguer le moment du corps et de la santé. et le moment du travail intellectuel. Mais la rencontre peut aussi se donner comme objet le principe de production et de reproduction des moments de deux sociétés (dimension ethnologique). Par contre. comme “ singularisation anthropologie d’un sujet ou d’un groupe social ”. la logique. le moment du travail. Anthropos. dans une constante interaction avec les autres instances. La rencontre avec l’autre. Son auteur lui donne forme. Nous n’avons pas de prise sur l’instant. à condition d’être “ conscientisé. parce qu’il revient. sinon en développant un sens de l’improvisation permettant de faire face à cet imprévu. se laisse redéployer. le moment du travail et le moment de l’Etat. En 1808. Hess. peut se développer au niveau d’un moment (dimension ethnographique) : on compare par exemple notre moment du repas ou notre moment de l’école. le moment de l’amour. permet de dénommer et de structurer le moment (moment du travail. comme au carrefour de lignes de fuite.

lui qui a tellement réfléchi sur le temps. Provenant du latin momentum (XIIème siècle). pouvant Cf. l’instant (relativement plus bref encore que le moment). littéralement. Sont aussi à rapprocher d’un tel concept. l'apport d'H. 1993 28 Par exemple. il est assez précisément défini dans la plupart de ses usages. Dans les échanges langagiers qui n’ont pas encore fait l’objet d’une critique linguistique et sémantique appropriée. Je la publie intégralement. une expression devenue familière lorsque nous ânonnions nos “ humanités ” et exercions l’apprentissage des langues étrangères. cette réponse pourra aider à mieux saisir. concept de la logique dialectique Chapitre 4 : Lectures de l'histoire Chapitre 5 : Le bon moment Chapitre 1 : Des moments et du temps. d’inertie. dipolaire. ici. de moments en moments .PREMIERE PARTIE SUR LE MOMENT Chapitre 1 : Des moments et du temps. temps. nous avons affaire à des nombres. Lefebvre. PUF. luimême contraction de movimentum (mouvement). “ moment d’un couple ”. de la dialectique hégélienne). Même s’il peut s’accommoder d’acceptions plus vagues (je vais travailler un moment. le moment est. les moments : cinétique.passé. au lendemain du colloque du centenaire d'H. notamment à travers ses nombreux emplois scientifiques (ce seront. Dictionnaire des sciences. AFIRSE. E. Paris. Lyon. en électro-magnétique. dans la mesure où. il atteste ainsi son ancrage résolument spatial ou étendu. Le moment : une singularisation anthropologique du sujet Chapitre 3 : La dynamique du moment. les rapports entre temps et moments sont finalement beaucoup plus complexes qu’il n’y paraissait plus superficiellement. R. l’hic et nunc (centration sur l’ici et maintenant) et le temps (logique ou grammatical . selon Jacques Ardoino En juillet 2001. plus indéfini . par moments . Actes du colloque de l’AFIRSE 1992. temps décomposés par l’analyse d’une séquence historique ou chronologique. d’une force…) 28 . Lefebvre concernant la théorie des moments. d’un moment à l’autre…). pour lequel il avait participé au conseil scientifique. “ moment magnétique ”. Pour reprendre. La suite de ce chapitre est la réponse qu'il m'a faite. dans les chapitres suivants. à tout moment . mais qui n'avait pas en mémoire les théories de H. 1956 27 18 . (avec son aimable autorisation). en physique. Le “ moment ” est essentiellement un “ intervalle ” de temps (court espace par rapport à une durée totale. comme réponse à mon questionnaire. j'ai demandé à Jacques Ardoino de me dire. statistique : “ moment d’un vecteur ” par rapport à un point . en mécanique. Essayons de voir comment s’opèrent ces transformations. Chapman. selon Jacques Ardoino Chapitre 2. présent. “ Le temps dénié dans (et par) l’école ” in Le temps en éducation et en formation. voire dans la durée. Jacques Ardoino. Lefebvre. futur-. de me dire la manière dont il se représentait la relation entre moment et temps. ou moments. B. Uvarov et D. en insistant sur la brièveté du vécu de cette durée). Dans la plupart de ces emplois. Ce sera la coïncidence dans le temps. en mathématiques. un “ faux ami ” du temps 27 dans la mesure où il affecte celui-ci d’un nouveau paradigme incontestablement réducteur. par contraste. le moment d’un couple est le “ produit de la distance des deux forces du couple par leur intensité commune ”.

(respectivement. siècles. dans le temps logique et abstrait d’un raisonnement. la victoire (donc conservant un parfum d’éphémère). mathématiques. il est à entendre et à replacer au sein d’une relation et d’un système ”. évidemment référées à un idéal Vocabulaire technique et critique de la philosophie. favorisant une concentration sur l’ici et maintenant. culturels. Les notions philosophiques – dictionnaire. 1947. transgressant la dualité continuité-discontinuité. de l’extase. C’est alors le moment qui devient totalité en estompant tout le reste. fait de mémoire et d’implications. groupaux. Paris. et se décompte principalement dans la modernité de façon quantitative en unités de mesure du temps (nano-secondes. PUF. beaucoup plus explicitement particularisé ou singularisé. d’un son numérique.constituer le point de départ d’une nouvelle séquence. le temps qui s’égrène. interactifs. chronique. autonome ou non. qui va prédominer. le moment semblerait correspondre à un vécu plus émotionnel. désormais seule prise en considération (au moment où. mois ans. jours. à partir de ce moment…). de même. passe. renvoient à des vécus singuliers et ou collectifs. dans nos usages. secondes. Paris. le terme y désigne : “ … un aspect . vécu. homogène (donc susceptible de mesure). débouchant au mieux sur une chronologie. le vocable “ moment ” prend surtout le sens psychologique de décisif. L’évolution des conceptions du temps dans l’histoire influera donc sur les genres et les conceptions de la musique supposant toujours l’intelligence des dialectiques du continu et du discontinu. à la faveur des “ moments ”. dialectique (C). La mesure de l’étendue. Ce seront. va ainsi tout naturellement s’associer à l’espace. accompagnant le succès. Il retient donc les significations courantes d’instant. de laps de temps très court. Du point du vue psychologique. chacune des phases qu’on peut assigner dans un développement quelconque (transformation matérielle. Les philosophes (André Lalande 29 ) distinguent. d’un enchaînement de propositions et d’arguments rationnels. subdivisé en “ physique ” et “ mental ”) . la prouesse. articles de P-J. Tout à fait indépendamment du “ temps qu’il fait ” (climat. minutes. comme tel. quant on l’oppose à Chronos un soupçon de la dialectique des pulsions de mort et de vie ? 30 29 19 . À la brièveté s’ajoutera parfois l’intensité. voire de Kayros 31 . au problème fondamental de l’existence d’un temps musical. processus psychiques ou social. avec ses fonctions de repérage. renvoie. tierces. Mais lorsque l’intensité du moment prédomine. heures. millénaires. entre plusieurs acceptions : puissance de mouvoir et cause de mouvement (A. en temps universel. météorologie). s’écoule. pour sa part. justement. jouent inter subjectivement avec des mémoires. son écoute par l’auditoire. 31 Kayros est une divinité heureuse du panthéon grec. courte durée. mais il constitue en même temps un mouvement essentiellement transitif “ … qui met en lumière la connotation suivante : le moment est toujours une réalité relative et. de la sorte. L’Encyclopédie philosophique universelle 30 analyse ainsi ce concept sous les angles de la philosophie générale et de l’esthétique. ou en temps-durée (temporalité). crucial. Bosseur). Tandis que le premier. La composition musicale. Dans la langue allemande. du sacré. à la fois qualitatif et logico-rationnel. Labarrière et D. objectif. faciliteront l’émergence de formes musicales modernes. décennies.partie. N’y aurait-il pas dans cette représentation apollinienne. faisant du moment une sorte d’entité temporelle. L’avènement d’une musique électronique. au mépris d’une rhétorique plus traditionnelle. Nous sommes plutôt. tandis que les sentiments s’éprouveraient plus pleinement dans la durée. juridiques. La notion de “ moment ”. Dans son sens le plus général. 1992. les moments de l’illumination. se spécifie. hétérogène. se place sous les signes de Chronos. physique. à ce moment. du particulier et de l’universel. se compte ou se conte. cette dernière à partir de l’exemple musical. en musique. ce peut être au détriment de cette relation à un tout. PUF. phase ou étape – au sein d’un processus global ”. instant (B) . elle-même. par rapport au temps philosophique. est évidemment temporelle et suppose que son exécution. intersubjectif. de la jouissance. alors. millions ou milliards d’années-lumière…). chronologique ou chronométrique. d’où seraient évacuées toutes connotations philosophiques et métaphysiques. avec leurs possibilités de conservation et leurs combinatoires propres.

Les “ moments ” juxtaposés s’y succèdent sans aucune référence à une durée. surtout. ainsi conçue. d’une philosophie de la continuité. dans l’océan d’un feuilleton inhabité. une analyse plus approfondie. Michel Bataille…). les unes comme les autres. Jacques Ardoino et André de Peretti. la relation à l’autre (aussi bien dans ses formes individuelles que collectives. plus hétérogène. plus centré sur les agencements. La durée bergsonienne en garde encore elle même des traces. Le prix à payer est notamment le naufrage d’un “ autre ” qui. plus classique. tantôt biologique. numéro spécial 285. conduisant peut être au deuil nécessaire de la toute puissance (dont la rencontre avec la nature était sans doute la première expérience réellement éprouvée). in Libération du 6 juillet 2001). autrement dit avec les philosophies de la représentation. s’avèrent impuissantes. en ce sens. conservant l’idée et l’intelligence du vivant et de sa complexité propre. avec les curiosités empiriques. Au niveau des pratiques sociales. ici. Le temps est aboli. “ reconstruction narrative de la réalité ” ou “ narrato-cratie ” (Christian Salmon. Elle ne se partage pas facilement. notamment). in “ Réflexions sur le psychodrame en tant que situation cruciale ”. une ré-interrogation critique des excès de la phénoménologie (Claude Lévi-Strauss. le défi du XXème siècle. de ce point de vue. la distinction plus radicale entre fiction et facticité que nous avions introduite. ne peut-il être regardé comme une dégénérescence médiatique d’une phénoménologie très mal comprise ? La subjectivité. À son tour. Une fois enfermé dans l’epoche. aussi intentionnels et délibérés qu’ils se veuillent.d’homogénéité. factice. elle-même caractéristique d’un élan vital. avec les côtés encombrants de la nature. le temps et l’espace. l’homogène et l’hétérogène… Comme au monde. on retrouvera facilement trace de ces hétérogénéités avec l’alternance de langages tantôt d’inspiration résolument mécanique privilégiant les métaphores de la machine pour conforter l’ambition de maîtrise et de transparence. enfin. risque de devenir l’impasse de l’intersubjectivité. de l’objet étudié. mais bien plutôt une hypothèse de travail et de lecture de cet objet étudié. quand les entreprises d’intelligibilité tenant à tel ou tel parti-pris épistémologique (cartésien. Quand la durée rejoindra la temporalité (Jean-Paul Sartre) et l’historicité (Henri Lefebvre). Jacques Ardoino. Les balancements de l’histoire des idées feront peut-être du structuralisme. est déjà d’une toute autre nature que le temps astro-physique calendaire. Paris. Jacques Lacan). Cornelius Castoriadis. comme nous avons tenté de le montrer par ailleurs 32 . 1999. Paris. Penser l’hétérogène. nous sommes au cœur de toute problématique philosophique : le continu et le discontinu. l’anecdotisme chronique de “ loft story ” 34 . ce qui n’empêchera pas de vouloir les articuler ensuite 33 . Paris. Edgar Morin) ou des multiréférentialités (Jacques Ardoino. pour retrouver cet autre qui lui opposerait justement des limites. Notons qu’avec ces questions. 32 20 . totalement construit. Bulletin de psychologie. 1998 34 Nous nous y retrouvons immergés. manipulé. à l’intersubjectivité. se feront aussi jour pour reconnaître aux hétérogénéités les vertus de leurs spécificités respectives. Seuil. l’un et le multiple. Complicité et complexité sont intimement liées. pour ne pas s’abîmer dans la confusion. voire submergés. Celle-ci n’est pas. partiellement biologique et évolutionniste et. écrivain. des complémentarismes (Charles Devereux. Complexité et complication doivent alors être soigneusement distinguées. réelle. le second. pour ne s’intéresser qu’aux données immédiates d’une conscience et d’une subjectivité (elle même inscrite dans une vie psychique inconsciente quand il s’agira de la psychanalyse) n’en contient pas moins ses enfermements. le sujet se cogne en vain la tête contre ses murs. Desclée de Brouwer. Guy Berger. si répandues par ailleurs. La “ durée ” pensée par Henri Bergson. affirme sa complexité. mais des éclectismes. plus qualitatif. dès 1969. de ce fait. et. et mériteraient. une propriété spécifique. ne se réduirait plus au même. Celle-ci nous semble devenir alors la trame ultime de la complexité. Le choix d’une rupture avec les dualismes traditionnels. l’universel et le particulier. 1969-70. Cf. plus accessible à l’incertitude et à la vanité de l’attente d’une maîtrise totale.) Relier les connaissances. s’achevant en manteau d’Arlequin. groupales ou sociales) y reste fondamentale. 33 Cf. Bergson n’échappe pas tout à fait à l’emprise phénoménologique de son temps. Nous retrouvons. “ La complexité ” in Edgar Morin (dir. elles s’ouvriront nécessairement davantage. René Barbier.

présent : ici et maintenant. le psychiatre et sociologue marxiste de la connaissance. Editions de Minuit. des acquis professionnels. Une homogénéisation galopante que tout contribue aujourd’hui à renforcer (politique-spectacle. bien entendu. Editions de Minuit. Francis Imbert. inscrits dans différents contextes. 1960. Histoire et conscience de classe. in Les avatars de l’éducation. 41 Cf. évidemment.. de la régulation néo-libérale homéostasique des marchés. Pour une Praxis pédagogique.de la vie de “ l’au-delà ” aux “ lendemains qui chantent ”). La spatialisation outrancière du temps (plus sécurisante en regard des attentes de stabilité épistémologique et scientifique. 1992. ils se dévitalisent. le “ substantialisant ” littéralement estompe les deux autres. les rapports coûts-efficacité…) . Nous devons donc comprendre. en astrophysique. PUF. L’aménagement du temps . vécus. parfois héritiers clandestins d’une théologie rémanente. en biologie. au cœur de laquelle ils se La fausse conscience. toujours plus ou moins relatifs à une durée. a excellemment mis en lumière. de toute façon constituant toujours. Georges Luckacs. tels qu’en physique. ou futur . en tenant également compte des apports disciplinaires scolaires et universitaires. inconsidérément réduits et “ traités ”. Collection Education et formation. La Découverte/essais. en physique. surtout dans leurs formes radicales) entraîne la déchéance de la temporalité. si la coupure est trop radicale entre le sujet et ses autres 41 . à partir d’une telle approche critique. 37 Cf. voulu plus universel. voire des temporalités. les échéanciers. d’évaluation. non plus. “ D’un sujet. justement. nous permettra peut-être de repérer (notamment à travers les langages et les métaphores naturellement privilégiés) ensuite chez nos différents interlocuteurs des formes d’intelligences plus spatiales. Paris. une telle “ anesthésie sociale ” aboutit à faire de ce cimetière de conflits. le temps calendaire se transforme facilement en espace ou en étendue 37 (les “ emplois du temps ”. la gestion manageriale des conflits les digère littéralement. en psychologie. des fragments de “ visions du monde ”. cette fois. Eros et civilisation – contribution à Freud. l’autre ”. Paris.Dans le sillage. 1963 et L’homme unidimensionnel. pédagogie théorique et critique. Retrouvant la “ pensée unidimensionnelle ” dénoncée par Herbert Marcuse 39 . 36 35 21 . Editions de Minuit. vouloir établir sérieusement des correspondances entre des “ moments ” référés à un “ entendement ”. de Bergson (et de Minkowski). et des “ moments ” explicitement psychiques ou mentaux. “ politiquement correct ”. parce que “ déniant ” la réalité de l’autre en désaccord. Editions de Minuit. celle-ci est effective dès qu’une centration excessive (réification) sur l’un des trois temps (ou moments) du temps (passé avec ses cultes commémoratifs. Herbert Marcuse. On ne saurait donc. Paris. 2000. toute dialectique. plus ou moins. 1971. avec le phénomène de fausse conscience 35 . recherche de conformisation. Ces “ allant de soi ” épistémologiques. et n’entrevoyant plus comme issue que l’éradication pure et simple des “ obstacles ”. Jacques Ardoino. 38 Cf. Paris. que non seulement il y à des temps. Paris. Ici encore. Dans les usages gestionnaires les plus répandus. Desclée de Brouwer. mais aussi des temps parfaitement hétérogènes : la durée vécue intersubjective et le temps sidéral. Pi. en sociologie. doivent être mis au jour en vue d’une communication moins babelienne. l’hypothèse indémontrable d’un “ big bang ” initial. Matrice. À vrai dire. le processus de réification (Luckacs 36 ) caractérisant la modernité. Jean-Pierre Le Goff. ou plus temporelles. J. mondialisationglobalisation. nos modes de connaissances. Le mythe de l’entreprise. se déréalisent et se déshumanisent à partir d’une rupture dialectique avec la praxis (celle-ci soigneusement distinguée des pratiques 38 plus routinières). de l’évitement des conflits. le lit d’une violence beaucoup plus dangereuse. 39 Cf. pour mieux les contrôler et les maîtriser 40 . De Chalendar. Paris. Joseph Gabel. fruits d’une imagination et d’une postulation théoriques. au fil même de nos expériences de vie. le rétablissement salutaire de la liaison entre haine des autres et haine de soi deviendra tout à fait impossible. avec leurs exigences de mensuration et de quantification. Mais. La prise en considération de la façon même en fonction de laquelle se constituent et se développent nos structures mentales. les programmes et les plans. concertation au lieu de négociation…) en résulte encourageant une sorte de médiocratisation généralisée. 1962. Paris. 1964 40 Cf. sur leurs formes de représentation. 1985. qui influeront. nos organisations conceptuelles. de façon. quantitativement très différents en fonction de leurs échelles respectives.

constituent et s’inscrivent. Comme le disait très bien Henri Lefebvre : “ Jusqu’à l’époque moderne. 42 Eléments de rythmanalyse. on attribuait avec générosité l’espace à l ‘espèce humaine et le temps au seigneur. introduction à la connaissance des rythmes. 22 . L’histoire du temps et le temps de l’histoire gardent plus d’une énigme ” 42 . Paris. Cette séparation est en voie d’être comblée. collection “ Explorations et découvertes en terres humaines ”. éditions Syllepse. encore qu’il reste plus d’une lacune. 1992.

une nostalgie ou une sérénité. Lefebvre. Pour ce dernier. une couleur du ciel ou de la mer passent en nous comme des instants ” 44 . H. p. “ Le moment peut s’approfondir. 83. 1939. 1939. ces moments cherchent à se précipiter. 46 Ibid. les moments sont finis. à s’unir. c’est une transformation de ces instants furtifs qui se répètent en moments. Paris. Nietzsche. donner un poème. réduire l’être au connaître. par extrême individualisation des moments de sa vie. les actes. Lefebvre montre que Nietzsche cherche à nous enfermer dans un dilemme. p. 69. p. ces possibles éternels. l’un à l’autre. Editions sociales internationales. Et c’est précisément pourquoi le néant nous menace. 83. qu’il entreprend dès l’âge de quinze ans et qu’il reprendra. 43 23 . “ Un trouble. Paris. Elle lui donne une piqûre d’orgueil. Lefebvre. à chaque fois qu’il se sent dépressif.Chapitre 2 Le moment : Une singularisation anthropologique du sujet "Rhapsodique et discontinu par tempérament. comme il l’explique. Critique de la vie quotidienne II (1962) et La présence et l’absence (1980). un thème. C’est même la thèse centrale du nietzschéisme. la nature et l’esprit. Nietzsche devait nécessairement se proposer ce qu’il avait de plus difficile pour lui : l’organisation systématique. non épuisables ” 43 . Lefebvre poursuit son raisonnement : “ Un instant quelconque réapparaît inéluctablement dans le devenir lorsque toutes les possibilités ont été épuisées. un regard. discontinus. ces tumultes ou ces grands calmes de l’existence ” 45 . En fait. Il veut exprimer et retenir ces essences. selon H. 84. et le connaître de l’être. Editions sociales internationales. ni les considérer comme extérieurs. p. Ce H. Il y a l’être et le connaître. Ce livre a été réédité en 2003 chez Syllepse (Paris). Et H. tel qu’il le développera dans "la théorie des moments" qu’il présente de manière consistante dans La somme et le reste (1959). un style et même le sentiment de la vie – une certaine éternité. Tout est périodique et cyclique dans la nature. l’esprit surgit de la nature. une œuvre. Le moment. Lefebvre. c’est-à-dire à la fois déterminés. Son aspect infini. Mais ce concept fait partie de sa philosophie avant même sa lecture de Hegel qui date de sa rencontre avec André Breton (1925 . on trouve une bonne utilisation de ce qu’est le concept de "moment" pour Henri Lefebvre. 45 Ibid. p. 44 Ibid. forme produite de l’éternel retour Le “ moment ” a quelque chose à voir avec “ l’éternel retour ” de Nietzsche. Lefebvre conçoit sa notion du moment. il avait 24 ans). Ce que produit Nietzsche." H. Les énergies et les possibles. la puissance n’est pas infinie. 83... Dans les poèmes de Nietzsche. On ne peut. comme le propose la métaphysique idéaliste. Dans cette citation tirée du Nietzsche d’Henri Lefebvre. Nietzsche. par méthode et par inspiration. probablement à partir de sa lecture de Nietzsche. c’est le temps. "Les moments ne sont pas inépuisables et ne sont pas en nombre illimité.. “ Le monde est un infini fini. H. mais aussi pourquoi l’homme devient conscient du tout et doit devenir tout 46 ".

G. Lefebvre est donc quelque chose qui revient. 50 Dans ce contexte. p. Le possible s’ouvre devant cette impatience. L’idée du retour. Lefebvre montre que le poète-philosophe tente une synthèse de ce que furent les philosophes et les poètes. 26. Lefebvre a probablement lu le Nietzsche de Stefan Zweig. C’est une forme. “ La mort même recule devant l’alliance de la poésie et de la philosophie. finie. ” L’auteur de Zarathoustra montre qu’il faut dire non à tout instant limité et en proie au néant et dire oui à l’accomplissement. le vouloir cessant d’être un vouloir aliéné. la durée dans l’éternité. Stock. § 317. en surmontant ses formes successives. L’impossible n’est pas nietzschéen . p. 97. Ce n’est plus en un dieu que Nietzsche veut tout posséder. H. La volonté de puissance. 85-86. I. un effort de l’individu de constituer une synthèse à la fois temporelle et d’un contenu. Paris. à propos du travail que Marx et Engels avaient opéré par rapport à l’œuvre de Hegel : “ Marx et Engels avaient donné une forme – une Bildung – européenne au sentiment germanique et hégélien du devenir. Il y a. "La volonté nietzschéenne est une inflexible volonté de totalité immédiate et pour l’individu. Weigand préfère le mot allemand Form au mot Bildung. les essences et les êtres géniaux ne sont pas en nombre illimité.mouvement est cyclique. En nous. Suivant le mouvement de l’œuvre de Nietzsche. mais l’impatience est nietzschéenne. une forme que l’homme donne à ce qui revient. mais en la nature. Lefebvre. 1939. lorsqu’il présente le style de Nietzsche qui est pour lui élément essentiel de son œuvre. comme la maladie. livre 2. 51 Ibid. 49 Ibid. était passé 51 ". dans le même ouvrage. C'est le mot qu'utilise Humboldt. Anticipant ou ravivant les moments suprêmes de tout ce qui fut et de tout ce qui sera. H. ils doivent revenir dans cette infinité du temps bien plus effrayante que celle des espaces qui déjà épouvantait Pascal 48 ". à condition de le vouloir ! 53 ". Lefebvre montre qu’à partir du moment où l’homme agit sous l’empire de la vision du retour. même si 47 48 Nietzsche. Ainsi. il crée pour l’éternité : “ Loin de trouver l’existence vaine parce qu’elle ressuscite et recommence. tout ce que furent les êtres.. "La cosmopolite". – hic et nunc –. traduit en français en 1930 54 . Il recommence toujours. Il peut reconnaître la richesse de cette lecture. au bonheur doucereux comme à la douleur qui souhaite la mort 49 ". L’impatience est une vertu essentielle : je puis être tout – et tout de suite –. comme spontanément. présentés à la méditation. la puissance. Quand il écrit son Nietzsche. un vouloir du divin (faux infini) ou du néant. 24 . bêtes et homme. 2004. le fini du possible dans l’infini du temps. il échappe par cette vision au déroulement mécanique et monotone des instants. Le moment où il avait été possible de concevoir cette grande synthèse. Les mystiques voulaient devenir divins. nous pouvons être dès maintenant. p. doit être utilisé 52 .. 54 Stefan Zweig. nouvelle édition. Pour Nietzsche. Le moment tel que le formule ici H. 97. L’esprit naît. où ses éléments s’étaient.. 53 Ibid. p. 52 Ibid. et le passé (rapport à la temporalité). se crée et se recrée elle-même dans le devenir. dans le moment.. une Bildung 50 . terme qu’il emploie. Nietzsche. Nietzsche. se développe. elle se reconnaît. coll. est l’acte dans lequel notre puissance devient volonté et se veut à travers le monde (rapport à l’espace). de l’éternel retour. et le passé ressuscite. p. meurt et surgit à nouveau 47 . H. H. L’hypothèse du retour résout la contradiction entre l’infini et le fini. 87. Le néant. “ Et puisque les moments. à condition que nous le voulions dans un effort héroïque. en Dionysos.

aussi. 57 Ibid. avide et nerveuse. Son attitude par rapport à la vérité est démoniaque. Par opposition.. Son amour est incertitude. dans tous les problèmes. les hérétiques. 45-46. 47. Nietzsche est d'un autre tempérament." Le rapport de Kant à la vérité est de certitude conjugale. Zweig. "à l'haleine brûlante.la manière dont Nietzsche apparaît dans ce portrait ne donne pas vraiment la clé de la théorie des moments. p.. Fichte. dont ils ne se séparent jamais qu'à l'heure de la mort et à qui ils ne sont jamais infidèles 55 . dans leur vérité. l'existence s'écoule avec une tranquillité épique. qui ne se satisfait et ne s'épuise jamais. ils y ont installé leur fiancée. pp 46-47.. pour le psychologue." Nietzsche cherche à travers toutes les connaissances. Mais cet amour est complètement dépourvu d'érotisme. surprenants. p. que pour un moment et il n'y en a pas où elle existe pour toujours 59 . "Car. la vérité n'existe. pour qui "ce qui importe. les saints de l'âge gothique 60 . dans chacune pour une nuit et dans aucune pour toujours : c'est exactement ainsi que. Nietzsche ne s'installe dans une connaissance de manière durable. 58 Ibid. Il ne prête jamais de serment de fidélité vis-à-vis de quelque système ou doctrine. Chez Pascal. c'est l'éternelle vivacité et non la vie éternelle". Kant. ils voient dans la vérité." Alors que chez les autres philosophes allemands. C'est le mouvement de conquête qui excite Nietzsche. 61 Lefebvre écrira un Pascal en deux volumes. Il est contraint d'aller de l'avant. et après lui Schelling. 60 Henri Lefebvre se passionnera pour Joaquim de Flore et ses lecteurs hérétiques. Cela rappelle le ménage. 25 . du désir flamboyant de consumer et de se consumer soi-même . Hegel et Schopenhauer ont entretenu un rapport à la connaissance qui peut être comparé au modèle conjugal.. Kant et les philosophes allemands qui ont suivi ont construit leur maison . pour aussi loyales que soient leurs natures scientifiques. qui sera celle de H. les choses domestiques. Nietzsche est comparable à un don Juan de la connaissance. C'est une passion tremblante. On est dans des transports permanents. le secret est dans toute et dans aucune. tout à fait fidèle. 50. Il n'y a pas d'arrêt. Toutes les doctrines l'excitent. 59 Ibid. Chez lui. Hegel ou Schopenhauer. cit. l'aventure intellectuelle de Nietzsche prend une forme tout à fait dramatique. plongé dans le purgatoire du doute 61 ." Nietzsche interroge uniquement pour interroger : "Pour don Juan. Mais on ne trouve pas cette quête chez Leibniz. Nietzsche ne connaît pas le repos dans la recherche. Il est soumis à une constante obligation de penser. la connaissance. Sa vie a la forme d'une œuvre d'art.. qui ne s'arrête à aucun résultat et poursuit au-delà de toute réponse son questionnement impatient et rétif 56 ". p. Stefan Zweig oppose le style de Nietzsche à celui des philosophes allemands qui l'ont précédé en suggérant que si Emmanuel Kant. une connaissance éternellement irréelle et jamais complètement accessible. Comme don Juan. tout comme don Juan . Pour Zweig. C'est aussi une souffrance de ne pouvoir s'arrêter. Ils travaillent de main de maître à la valorisation du terrain qui entoure la maison. Lefebvre. "un amour honnête. Mais aucune ne le retient : "Dès qu'un problème a perdu sa virginité.son propre frère en instinct fait pour ses mille e tre. Kant et les autres ont l'amour de la vérité. p. sans plus se soucier d'elles 57 . Stefan Zweig ne voit une telle ardeur que du côté des mystiques du Moyen Age. 48. il aime non pas la durée du sentiment mais les "moments de grandeur et de ravissement 58 . op. une épouse et un bien assuré. Il ne cherche pas à posséder. Jamais. Ibid. le charme et le secret de la pudeur. durable. le sentiment du connaître se situe aux antipodes du conjugal. pour aussi courageuse et résolue que nous apparaisse leur concentration vers le 55 56 S. il l'abandonne sans pitié et sans jalousie aux autres après lui. C'est un vrai chercheur impliqué. Ce n'est pas du côté des philosophes allemands que l'on peut trouver cette tragique exaltation qui pousse à toujours se tourner vers le nouveau. C'est une succession d'épisodes dangereux.

C’est un infini-fini 67 ". nerfs et chair. Il faut souligner la dimension stable du moment qui cumule. 64 Ibid. ou la rigueur logique).. La durée de notre vie semble s’approfondir. Certains acquièrent une certaine épaisseur. et revenons à la lecture de ce Nietzsche d'H. et celle de Nietzsche tout particulièrement. p. L’œuvre d’art. ou la contemplation. En même temps. une involution de tout le passé. Ils veulent saisir dans l’obscurité de la conscience les lois du surgissement. donc fini. p. grâce à l’activité du sujet. se reconnaît et se saisit dans cet instant 65 ". humain) le caractère déterminé. 127. ni limité au sens où l’entendement prend ce mot. avec tout leur destin. Nietzsche.. Ils s’enracinent profondément dans la vie.tout. du monde à travers l’infini du temps. la partie temporelle. Il y a aussi des paroles plus expressives que d’autres. sans partage. aussi la plus personnelle. le temps se transforme . bien qu’il pense que cette revendication puisse conduire à la folie. dans le jeu héroïque de la connaissance. Il est donc à la fois infini et déterminé. à obtenir le retour (la répétition de ces moments. Une partie de leur existence. 65 Ibid. laissons un moment Stefan Zweig. une plus grande part d’existence. p. tandis que Nietzsche se risque complètement et entièrement 62 …" Mais. op. et aussi leur intensification et leur union en un moment absolu 64 ". p. Lefebvre dans sa définition du moment.. 63 ” H. scientifique. une vivante volute. "Le problème spirituel des moments de la conscience devenait ainsi le problème philosophique du moment éternel. par l'esprit. ou la prière. cit. Nous verrons ultérieurement que cette idée du moment qui veut s’ériger en absolu sera reprise par H. avec tout leur être. par la tête. reste toujours à l'abri du destin. Certains actes se distinguent dans la masse des émotions et des instants. cœur et entrailles. le concentre et le porte au niveau du présent. suinte d’une densité de présent. privée et par conséquent. poétique. 67 Ibid. L’univers ne peut être ni absolument infini. Lefebvre montre que toute philosophie. du départ et du retour de ces moments exceptionnels. au niveau de ce qu’ils nommaient l’absolu. 66 Ibid. “ A ces instants. "Il faut comprendre comment l’un peut sortir de l’autre… 66 ". H. et la nature dont on reconnaît la réalité énorme. ils ne se jettent pourtant pas de cette manière. au niveau de ces instants les plus précieux. Il constate que les instants ne sont pas d’égale densité. Cette théorie nietzschéenne résulte d’une confrontation entre l’esprit en tant que réalité supérieure. Le moment éternel selon Nietzsche se trouve dans la vision du retour : la vie éternelle. p. p. L’individu est actif dans la 62 63 Stefan Zweig. Nous saisissons notre être avec une sorte de force rétroactive qui éclaire le passé. toute entière. Et plus loin : "Nietzsche a admirablement saisi dans tous ses aspects (philosophique.. de façon à élever la conscience. 126. 54. dans sa présence. Ainsi les idées qui enveloppent toutes les démarches de pensée qui ont permis leur émergence. La ligne du temps semble devenir une spirale. 126. 128. Ils ne brûlent jamais qu'à la manière des bougies. 125-126. 26 . Lefebvre. qui accumule les vécus instantanés et les organise dans des formes qui ont à la fois une dimension temporelle (le retour) et une dimension d’épaisseur quasi-spatiale qui structure la conscience de la présence dans une singularisation anthropologique de l’humain. comme s’ils éclairaient un long cheminement du temps. c'est-à-dire seulement par le haut. de passé et de futur. Les philosophes analysent des contenus essentiels de l’esprit et ils veulent agir sur eux.. a pour projet d’approfondir ces moments trop rares qui sont comme la générosité de la vie : "Toute philosophie a cherché (dans la magie. il cesse de se dérouler au niveau de l’activité banale. Le contenu de la conscience s’élargit. Nietzsche. ils cherchent à étendre l’influence de ces moments à toute la conscience. Lefebvre. éternellement elle-même dans le devenir. Ils concentrent. ou la poésie.

27 . Le questionnement de H. que l'on découvre ici dans sa lecture de Nietzsche.construction de ses moments. Lefebvre à propos des moments. est constant dans l’ensemble de son œuvre.

Hegel. F. 9-138. W. F. 3° partie : Die Lehre vom Begriff. § 166-180. F. W. W. p. par suite éventuellement comme construction logique. Das Urteil. de Marcel Méry. d’abord présenter le concept de moment comme élément constitutif de la dialectique hégélienne qui sera intégralement. fr. nous l'appellerons le moment dialectique. F. Wissenschaft der Logik. 316-331 . A. F. W. Paris. Hegel. Enzyclopädie der philosophischen Wissenschaften I. 311-316 et G. Suhrkamp. Précisons que la théorie hégélienne du jugement ne s’attache pas au jugement. Le phénomène fondamental de la dé-cision originaire est inscrite dès l’un premier écrit de Hegel (Différence ses systèmes philosophiques de Fichte et Schelling) 74 . W. H. L'écriture de La somme et le reste en témoigne. I. Die Wissenschaft der Logik." 68 G. Wissenschaft der Logik. 2° partie : Die subjektive Logik oder der Lehre vom Begrif. par Henri Lefebvre et Norbert Guterman. même s'il se défend d'avoir déduit sa théorie des moments de sa lecture de Hegel. livre III . il prend une inflexion différente suivant le contexte dans lequel il est employé. Werke 6. du Concept et de l’Etre. Hegel. F. Morceaux choisis.Chapitre 3 : La dynamique du moment. Gallimard. Der Schluss. pp. Werke 8. Hegel. 1969. p. Il y a chez Hegel. I. Suhrkamp. comme instance logique Hegel distingue à propos du concept 71 . Das Urteil. 71 G. Marx dans sa présentation du capitalisme. a. idées. dans ce chapitre. I. 2° partie : Die subjektive Logik oder der Lehre vom Begrif. 69 R. Contre Althusser. trois moments logiques essentiels : l'universel. Wissenschaft der Logik. Enzyclopädie der philosophischen Wissenschaften I. Dans ce texte. 272-301. le particulier et le singulier (ou l'individuel). trad. Werke 2. 351-401. 3° partie : Die Lehre vom Begriff. Suhrkamp. Hegel montre que tout étant s’impose d’abord à nous dans une G. p. 1964. F. 3° partie : Die Lehre vom Begriff. 70 Jean-Marie Brohm. Ophrys. Hegel. Werke 8. comme forme de la pensée ou de la connaissance. vol. L'analyse institutionnelle. W. W. Suhrkamp. dans sa forme logique et méthodologique. W. 68 28 . Suhrkamp. pour Marx. Suhrkamp. Nous voudrions. 2° éd. p. reprise par K. Les Éditions de la Passion. p. Werke 8. 2° partie : Die subjektive Logik oder der Lehre vom Begrif. 294. en en reprenant les acceptions hégéliennes ou marxiennes. Hegel. concept de la logique dialectique "Ce moment à la fois synthétique et analytique du jugement par lequel l'universel du début se détermine de lui-même comme l'autre de luimême. b. Die Wissenschaft der Logik. Ou plutôt. pp. b. A. 69 René Lourau (dans son effort pour dialectiser le concept d’institution ) ou Jean-Marie 70 Brohm (pour penser la dialectique ) recourent à ce concept. Differenz des Fichtschen und Schelingschen Systems der Philosoiphie (1801). dernier chapitre. nous l’avons vu. 301-351. Paris. 316-331 . mais en même temps celle-ci l'influence. 1999. Werke 6. La théorie hégélienne du jugement s’attache à la dé-cision de l’Etre dans la Différence absolue de l’être-en-soi et de l’être-là. du jugement 72 et du syllogisme 73 . Werke 6. W. 72 Sur le jugement : G. Enzyclopädie der philosophischen Wissenschaften I. 74 G. 1. F.. Minuit. Lourau. Der Begriff als solcher § 163-165. Hegel. Der Begriff. Lefebvre utilise assez fréquemment le mot dans les sens hégéliens. Pourtant. Paris. Hegel. Lefebvre conçoit la théorie des moments avant sa lecture de Hegel. Suhrkamp. ce terme n’a pas toujours la même acception. Der Schluss. § 181-193. Die Wissenschaft der Logik. Plus récemment. Science de la logique. Le moment. et G. A. H. Hegel. pp. F. Gap. et G. une utilisation constante du concept de moment. mais comme à un phénomène fondamental de l’Etre-même. 73 G. phénomène que l’on ne fait que découvrir et que mettre en œuvre dans les jugements humains.

Dès l’origine.déterminité claire et univoque. "Le plaisir venu à la jouissance a bien la signification positive d'être devenu certitude de soi. s’oppose l’absence. désigne une ambiguïté. L’exemple de la prairie est spatial. se trouve simultanément posé un étant qui l’environne et que lui n’est pas. c'est-à-dire conçue 75 selon un rapport vrai à la totalité . à la connaissance. lui-même précédé de la graine. en proie à cet objet. etc. Il devient désir de ceci et de cela. mais il a 76 aussi une signification négative. La fleur a été précédé du germe. il renvoie par delà lui-même. en tant que négatif. action. chez Hegel. à d’autres singularisations. à la forme. il est le positif déterminé de telle et telle manière et il exclut de soi. Le devenir de la fleur sera à son tour le fruit. La plante en fleur que je puis observer comme être-là est un être-devenu et devenir d’un autre être. Il n’est pas autonome. ne menace pas la vérité : "Le désir veut et se veut. en même temps qu’il est posé comme tel et comme étant. ne se saisit que dans sa confrontation à son négatif : l’absent de l’Etre-là. Hegel y regarde de plus près. p. Lefebvre. désir d'être désiré. notion que nous reprenons ultérieurement). on voir que l’étant-. 76 . le désir veut sa fin. on pourrait citer le moment du désir qu’explore Hegel. Id. 299. obstacle. de telle sorte que ceci “ qu’il n’est pas ”. 263. par rapport au contenu et à la forme : expression par rapport à l'être et au contenu. Ainsi agissant. ce qu’à chaque fois il n’est pas. mais subordonnée à la vérité. moment de l’ici et maintenant. la pensée de Hegel s’organise donc dans une opposition : à la présence. Il a besoin d’être complété. un mouvement. distance. hic et nunc. Lefebvre dans La fin de l’histoire note en effet que la (double) catégorie de “ signification ” et “ sens ”. résistance. des tensions dans le Concept. Mais. H. celle de s'être supprimé soi-même ". sans pour autant cesser d'être désir : désir de désirer. Il veut s'accomplir. Dans son être-saisi. très élaborée chez Hegel qui la transmet à ses successeurs. La double signification fait le sens. sur l'ambiguïté de la signification et du signe. des contradictions. La présence. signification par rapport à la conscience. dans le développement du temps. positif. Les relations entre les étants singuliers apparaissent avec la même fixité et la même univocité : cet étant-ci est cela. Il se supprime en s'accomplissant dans la jouissance. sans qu'il puisse y avoir conflit insoluble entre ces termes. comme positif en général. une dynamique. le tenir. et l’absence. Comme l’explique H. Hegel montre par exemple que la prairie n’est prairie que dans son opposition à la forêt ou aux champs cultivés. langage. mais l’être-là de l’ici est maintenant s’oppose aussi. à la fois spatiales et temporelles. il se fait besoin. qui a sa place dans la vérité. En tant que désir double et redoublé. 29 . Chaque moment spatial ou historique sera conservé dans ce dépassement-élévation (Aufhebung. le sens. et il constate que ce monde fixe et univoque se trouve ébranlé. un conditionné qui conditionne. Ainsi se termine son 75 Voir par exemple Phénoménologie. mais comme conscience de soi objective . chaque être est un opposé. Il se change en besoin d'un objet. Pour donner un autre exemple de ce mouvement dialectique. La négativité est donc au cœur de cette pensée hégélienne et de cette tension entre le posé. moment positif. le consommer. se dégage un mouvement. L’Etre hégélien est une mobilité. négation de ce positif. C'est à travers l'objet désiré qu'il est et se connaît et se reconnaît désir. comme point fixe au sein de la diversité du monde et parmi elle pour ainsi dire. il est cela et pas autre chose. L’Etre-en-soi n’existera que dans des singularisations multiples. et dans le travail de dépassement. Que veut-il ? Jouir de l'objet. avec des limites sûres. par rapport à la conscience et par rapport à l'être. 1. Du fait qu’il est posé. d’intégration des oppositions. ce qui est ailleurs et/ou dans un autre temps. Tout étant est un positif. comme un “ moment limité du présent ”. Dès les premiers textes de Hegel. c’est-à-dire un posé . ici et maintenant. n’existe que dans une tension avec sa négation ou spatiale ou temporelle. le négatif appartient à l’être même du positif et est son négatif qui seul le rend possible comme tel et tel étant.

“. où l'universel demeure. Encyclopédie des sciences philosophiques. Werke 8. 1978. en tant que pensée rigide de la différence et de la prétendue supériorité d'une “ race ” sur une autre (ou toutes les autres) oublie que les différences particulières entre les humains ne peuvent se comprendre qu'en référence à l'universalité du genre humain. Vrin. la philosophie de l'esprit. Brohm. comme l'objet défini lui-même 78 ". etc. W. Die Wissenschaft der Logik. Voir aussi G. La science de la logique. 79 Jean-Marie Brohm. La signification est actuelle. de chaque plaisir. la philosophie de la nature. les êtres humains manifestent leur H. le concept de chien est universel en ceci qu'il comprend dans son extension la totalité des chiens (canis familiaris). le singulier ”. Vrin. Ainsi. etc. du concept. contient en elle-même les trois moments du concept : l'universel. F. À la fin. Mais ce concept se particularise dans la mesure où le chien en général est une abstraction qui n'existe pas comme telle. welche negative Einheit mit sich das an und für sich Bestimmte und zugleich mit sich Identische oder Allgemeine ist. Commentant cet exemple du chien. Hegel. écrit Hegel. doberman. 78 77 30 . ajoute J. 311 (“ Le concept comme tel comprend les moments suivants : l'universalité (Allgemeinheit) comme égalité libre avec elle-même dans sa détermination concrète (Bestimmtheit) . § 163. de la réflexion. le particulier et le singulier) produisent la dialectique. donc dans un rapport avec l'universel. Tel est son sens. jaunes. égal à lui-même . Enzyclopädie der philosophischen Wissenschaften I. qui s'appelait Voutsy ne ressemblait à aucun autre : “ il était singulier. 3° partie : Die Lehre vom Begriff. p. J’en reprends ici le mouvement. Hegel. revue interculturelle et planétaire d’analyse institutionnelle n°1. et la singularité (Einzelheit) en tant que réflexion sur soi des déterminations concrètes de l'universalité et de la particularité ”. Lefebvre. et le singulier.-M. W. comme le genre prochain (genus proximum). La fin de l’histoire. “ Ainsi. p. Brohm montre que la dialectique doit être comprise comme une série d'unités des contraires. Paris. I. in Les IrrAIductibles. Y compris le sens du temps et de l'histoire (de la totalité historique).-M. en chaque acte. Bien que noirs. 1986. als freier Gleichheit mit sich selbst in ihrer Bestimmtheit. Toute analyse concrète d'une situation concrète se doit de repérer l’articulation des différents moments. Suhrkamp. le Sujet reconnaît et la vérité de chaque moment. Celles-ci se singularisent dans leur diversité par un pullulement d'existences individuelles de chiens singuliers : le chien de Jean-Marie Brohm. de chaque désir. Les trois moments (l'universel. et le niveau ou le statut de la contradiction entre les différents moments. Telle est sa vérité : totalité partielle dans la Totalité (totale). Ce texte est une excellente présentation didactique de la dialectique. y compris le désir et la jouissance. 619. “ Au sujet d'une sainte trinité dialectique : l'universel. 2001.histoire. juin-juillet 2002. berger allemand. plus universel encore.der Besonderheit. les canis vulpes (renard). . 24-25. et la vérité de l'ensemble. Précis de l'encyclopédie des sciences philosophiques. und der Einzelheit. Hegel. Pourtant. J. le chien comme universel n'est qu'un cas particulier de l'universel englobant canis qui comprend à la fois les canis familiaris (chien). der Bestimmtheit. 108. Mais le Désir n'est jamais qu'un moment. avec le 77 sens.. En effet. F. en tant que totalité des particuliers. als der Reflexion-in-sich der Bestimmtheiten der Allgemeinheit und Besonderheit. seuls n’existent que des races particulières : fox. Paris. le particulier. les canis aureus (chacal). p. qui se supprime en jouissant pour laisser apparaître la vérité de la conscience. “ Ainsi le racisme. parce que le particulier ne peut se comprendre que par le rapport différentiel avec d'autres particuliers. le sens se révèle après coup. les canis lupus (loup). F. la particularité (Besonderheit). “ Der Begriff als solcher enthält die Momente des Allgemeinheit. G. De même. in welcher das Allgemeine ungetrübt sich selbst gleich bleibt. c'est-à-dire que sa compréhension (nombre de caractères distinctifs) était maximale ” 79 . sans altération. Anthropos. teckel. le particulier comme la déterminité du genre (qualitas specifica). “ La définition. p 242. La logique. p. blancs ou multicolores (métissés). Il unit la signification des moments. 2° éd. c'est-à-dire la vérité totale ". le particulier est l'unité de l'universel et du particulier. par exemple. la détermination concrète. Conflictuellement. il y a le moment du Désir. L'universel est l'unité de l'universel et du particulier dans la mesure où tout universel n'est jamais que le particulier d'un autre universel. W. G. Paris.

pp.-M. p. comme le note Hegel dans une formule paradoxale. le genre est inchangé dans ses espèces . A. p. mais il doit pouvoir être en principe réduit. Aubier.. immortelle 82 ". sinon ils risquent de ne représenter que de pures fictions. mais ce faisant ils oublient que “ le particulier est l'universel lui-même ” 83 . p. 85 Jean-Marie Brohm. c’est toujours une singularisation de l’universalité : c’est le singulier. demeure là ce qu'il est. ce qui reste constamment le même et sert de fondement (subjectum) à chacune de ses singularités. Cette dialectique entre universel et singularité est ainsi commentée par Herbert Marcuse : “ Le Concept est en tant que tel un mode de l’Etre. Paris. op. Et la précision doit elle-même être précisée jusqu'à l'individualité ou la singularité. contient l'universalité. Il est l'âme du concret auquel il est immanent. 81 80 31 . étant en soi et pour soi. Autrement dit. Brohm remarque que l'empirisme et le positivisme refusent de considérer l'existence de l'universel et s'en tiennent aux “ faits ” identifiés à des données particulières. les espèces ne sont pas diverses par rapport à l'universel. l’universalité du concept est un mode de maintien. Baatsch. L'écart entre la réalité et le concept est certes toujours plus ou moins béant. et a la force d'une auto-conservation invariable. même s'il se pose dans une détermination [particulière]. Le particulier a une seule et même universalité avec les autres particuliers auxquels il se rapporte. Il ne se trouve pas emporté dans le devenir. exprimé plus simplement. ou. L’idéalisme ne jure que par l'universel abstrait oubliant que les concepts généraux n'existent pas au même titre que les êtres singuliers. l'universel particularisé. il ne détient cette réalité effective que grâce à quelque chose qui se maintient comme soi dans chacune des singularités données à un certain moment. il reste tranquillement lui-même dans son autre. Le particulier ne contient donc pas seulement l'universel. sans obstacle et égal à soi-même dans la variété et la diversité de ce concret. qui constitue sa substance . cit. Hegel précise : "L'universel. p. L'universel est le moment de la détermination la plus simple. Paris. et donc un étant . et qui. Raulet et H. Minuit. mais présente aussi ce même universel par sa déterminité 84 ". de la particularité et de la singularité représentent par conséquent des contraires qui se médiatisent réciproquement.. c'est-à-dire idéelle. 242. désigne son Etre véritable. identité à soi qui embrasse toutes les particularités contenues en lui et les résume ou médiatise. Ainsi. en raison de leur identité avec l'universel. (…) Le Concept. Le singulier est alors la particularisation du Jean-Marie Brohm. J. 75. op. nature universelle de l’étant. Mais quand l’étant est une singularité effectivement réelle. Deuxième tome : La logique subjective ou doctrine du concept. la diversité de ces mêmes particuliers. est en tant que telle universelle . En même temps. le particulier. Ici aussi le singulier est la négation de la négation (la négation du particulier. “ Le particulier. être un étant. est quelque chose qui se maintient (le Sujet comme Moi) 81 ". cit. telle qu’elle est conçue dans le Concept de cet étant. en tant que fondement. Science de la logique. 1981. 71 83 Ibid. 1932.. de l’allemand par G. absolue égalité à soi. L’ontologie de Hegel et la théorie de l’historicité. qui n'est concret que par la totalité concrète des différences 80 ". 76. Les moments de l'universalité. Hegel. mais se continue inaltéré au travers de ce même devenir. 124-125. mais seulement en regard les unes des autres. trad. l'universel doit toujours être spécifié par des particularités. p. elle est totalité. le concept de chien n'aboie pas et les universaux n'ont d'existence que conceptuelle. lequel est la négation de l'universel) 85 ". 82 G.appartenance à l'humanité comme universel concret. W. L'universel est toujours dans le particulier. c’est-à-dire ce par quoi il est ce qu’il est à un moment donné. dans chaque hic et nunc : elle lui vient de sa nature universelle. écrit en effet Hegel. F. 84 Ibid.. 1972. 244. Marcuse (Herbert). "Les concepts se doivent donc d'être étayés sur des réalités empiriques effectivement existantes.

à côté de la forme du particulier et du singulier 92 ". Mais en même temps désigner un singulier. est lui-même une existence réelle [. etc. une genèse qui transcende les particularités. Dire par exemple d'une chose qu'elle est singulière.]. le particulier et le singulier 88 ". pour laquelle l'acte-d'abstraire les a isolés. sont présupposés. font un capital. pp. 95. argent. apparaît. Comme quand je considère l'homme. de chaque somme de valeurs déterminée. Ses relations ultérieures doivent être considérées comme un développement à partir de ce noyau 91 ". Le capital comme rapport et différence entre valeur et argent est le capital en général. Brohm note que peu de marxistes. 32 . Paris. 244-245. 1) seulement comme une abstraction . 92 Ibid. “ Le capital en général..particulier. non pas une abstraction arbitraire. Même si le capital n'apparaît que dans la pluralité concurrentielle des capitaux particuliers. Marx retrouve en effet dans la totalité concrète du capitalisme concret les trois moments. W. Si je considère le capital global d'une nation.. J. p. mais une abstraction qui porte en elle la differentia specifica du capital. 249. p. cit. La Genèse du“ Capital ” chez Karl Marx. Ce procès dialectique de formation n'est que l'expression idéale du mouvement réel au cours duquel le capital devient capital. Hegel. Nous assistons au procès de sa formation. etc. Éditions sociales. op.. Manuscrits de 1857-1858 (“ Grundrisse ”). 88 Ibid.. 345. “ la déterminité déterminée 86 ". Mais 2) le capital en général. p. Il aurait pu ajouter Henri Lefebvre. 94. Et les différences à l'intérieur de cette abstraction sont des particularités tout aussi abstraites. il saute aux yeux que chaque détermination qui s'est trouvée faite jusqu'à maintenant dans l'exposition du concept s'est dissoute immédiatement et s'est perdue dans son autre. Ibid. pp. se permet de maintenir-fermement en dehors les uns des autres l'universel. 95 et 96. c'est le devenir-réalité d'une abstraction. caractérisant chaque type de capital qui constitue. 388 et 389. cit. le devenir universel est un procès. d'un point de vue physiologique par opposition à l'animal 93 ". d'une part. 93 Ibid. Les trois moments dialectiques du concept sont intimement liés. Maspero. capital fixe ou capital circulant). Si l'universel n'est donc. 1980. "c'est-à-dire la quintessence des déterminations qui différencient la valeur comme capital d'elle-même comme simple valeur ou argent. je le considère d'une façon générale.. c'est dire qu'elle est unique. "De soi. par opposition à toutes les autres formes de la richesse – ou aux modes de développement de la production (sociale). Valeur. c'est le désigner comme singulier d'une particularité. “ Ainsi le singulier est-il un Un ou un ceci qualitatifs 87 ". p. soit leur négation (par exemple. la particularité et la singularité du capital. certes. Mais nous n'avons affaire ni à une forme particulière du capital ni au capital individuel en ce qu'il se distingue d'autres capitaux individuels. Ce sont des déterminations communes à chaque capital en tant que tel. tome I. tome II. un pur ceci. 91 Karl Marx.. 1976. par exemple. Seule la simple représentation. contradictoirement unis. 86 87 G. pp. Chaque différenciation se confond dans la considération qui doit l'isoler et la maintenir-fermement. par exemple. circulation. prix.. qu'une differentia specifica seulement pensée. par opposition au travail salarié global (ou encore à la propriété foncière). par opposition aux capitaux particuliers réels.. ou si je considère le capital comme la base générale économique d'une classe par opposition à une autre classe. laquelle n'est que particularité d'une universalité. “ considérer le capital en général n'est pas une pure abstraction. un immédiat cela. tout comme le travail. que sont l'universalité. Paris. 90 Jean-Marie Brohm. ou qui. 89 Roman Rosdolsky. Autrement dit. écrit Marx. lui. etc. soit leur affirmation positive.. op. à l'exception notable de Roman Rosdolsky 89 . etc. F.-M. il est en même temps une forme réelle particulière. se sont rendus compte que cette trinité dialectique avait été intégralement reprise par Marx dans son analyse du capital 90 .. à la différence des capitaux particuliers.

Dans une entreprise en grève. pas plus qu'on ne résout la question du dopage et de la violence particulière à tel sport sans résoudre la question du dopage et de la violence sportive en général. Les chaînes de contradictions comportent un enchevêtrement de contradictions générales.-M. Si l'on ne comprend pas les conditions de la guerre. cit. spécifique. mais également les lois spécifiques de la guerre révolutionnaire et les lois spécifiques particulières de la guerre révolutionnaire en Chine [. et c'est pourquoi elle est soumise non seulement aux lois de la guerre en général. Et d'autre part. qu'elle soit une guerre révolutionnaire de classe ou une guerre révolutionnaire nationale. a une forme propre de résolution. contradiction entre capital commercial et salariés commerciaux. outre les conditions et le caractère propres à la guerre en général. particulières et singulières et il est essentiel de repérer leur importance relative dans la totalité contradictoire". de la particularité et de la singularité. a ses conditions et son caractère particuliers. son caractère. Brohm de poursuivre : “ On ne résout pas un conflit conjugal singulier par une proposition de loi de réforme générale du divorce. il est nécessaire d'articuler concrètement les moments de l'universalité. en ce lieu et en ce moment – ici et maintenant – dans la contradiction particulière ou dans la contradiction générale. chaque contradiction.].].. Il serait par exemple irréaliste de vouloir mobiliser sur une grève générale à propos d'un conflit spécifique localisé à une entreprise sans avoir auparavant exacerbé le conflit sur le point précis.. les contradictions entre classes. du conflit. singulier. explique J. op. 246-247. est au cœur de la méthode dialectique 94 ". Il montre que la contradiction entre la bourgeoisie et le prolétariat par exemple est certes une contradiction universelle dans tous les pays.J. il s'agit de déterminer la spécificité de la contradiction. La guerre révolutionnaire. Brohm. Mais il est surtout décisif de ne pas noyer la contradiction singulière. Ainsi..-M..-M. ses rapports avec les autres phénomènes. mais du Crédit agricole. En somme la compréhension de la nature exacte de la contradiction. individuelle. de la particularité et de la singularité dans la contradiction. contradictions entre capital financier et employés de banque. Mais cette contradiction générale est toujours particularisée : contradiction entre bourgeoisie industrielle et prolétariat industriel. dans la lutte des classes. et notamment de son degré d'universalité dans le temps (sa durée) et dans l'espace (son extension). Les lois de la guerre révolutionnaire sont un problème que doit étudier et résoudre quiconque dirige une guerre révolutionnaire. avec leurs agences singulières. on est incapable de vaincre. L'analyse dialectique concrète se doit en effet de repérer le moment de l'universalité. remarque encore J. C'est pourquoi nous devons étudier non seulement les lois de la guerre en général. entre nations. on ignore les lois de la guerre. Et J. à une étape déterminée de leur développement. Les lois de la guerre révolutionnaire en Chine sont un problème que doit étudier et résoudre quiconque dirige une guerre révolutionnaire en Chine [. de la Société générale. "Les lois de la guerre sont un problème que doit étudier et résoudre quiconque dirige une guerre. comme il est juste de rattacher le conflit en cours à tous les conflits similaires propres à cette contradiction particulière-là (par exemple propre à toute la branche de l'industrie automobile en cas de “ restructuration ” massive). soumis à la dictature du capital. Brohm. etc. mais également à des lois spécifiques. entre États ou blocs politiques. Brohm montre que ces réflexions peuvent et doivent évidemment s'appliquer à l'analyse des contradictions dans les institutions. "Au contraire.-M. Mao TséToung. La guerre qui a commencé avec l'apparition de la propriété privée et des classes est la forme suprême de lutte pour résoudre. Ainsi. concrète. les contradictions particulières sont elles-mêmes singulières : "Il ne s'agit pas par exemple de la banque en général. 33 . il est juste de rappeler que le conflit social n'est en dernière instance que la réfraction dialectique de la contradiction générale entre le salariat et le capital. pp. de la BNP. a produit une synthèse de cet aspect des choses à propos de la guerre des classes en Chine. on ne sait comment la conduire. Si l'on ne comprend 94 Jean-Marie Brohm.. selon son degré de généralité ou de particularité.

1974. La guerre révolutionnaire en Chine. il s'ensuit que les lois de la guerre ont leurs particularités à chaque étape. l'expression particulière d'un problème général : la violence de la compétition de tous contre tous 96 ". C'est pourquoi elle a. commerciaux. On voit que la dialectique marxiste s'efforce d'articuler ces différentes contradictions et surtout de ne pas les confondre. les chemins de fer. et fonctionnent comme des capitalistes individuels) et que le mouvement total du capital social est égal à la somme algébrique des mouvements des capitaux individuels. voir encore H. se déroule dans les conditions propres à la Chine et se distingue de la guerre en général ou de la guerre révolutionnaire en général. on ne peut y remporter la victoire.. pp.. 95 34 . et qu'il ne faut pas transposer ces lois mécaniquement d'une étape à l'autre ” (cité par Jean-Marie Brohm. etc. 247-248). p. outre les lois de la guerre en général et les lois de la guerre révolutionnaire en général. et que seule importe la contradiction générale qui est semblable à elle-même dans le temps. par ses conditions et son caractère particuliers. n'empêche nullement ce mouvement. De même. certes regrettables. C'est donc la forme de mouvement du capital collectif de la classe capitaliste. Lefebvre. par exemple. Le Capital. mais jamais analysés comme les effets particuliers d'une pratique sportive institutionnelle. 1967. des lois qui lui sont propres. Voir aussi ibid. déviations et excès du sport sont-ils toujours pris pour des cas isolés. Les dogmatiques s’attachent toujours à la pure généralité. Cette attitude revient à nier la loi essentielle de la dialectique : rien ne reste égal à soi-même. Pékin. Le mouvement du capital à un moment donné est donc "non seulement une forme de mouvement commune à tous les capitaux industriels individuels. donc la totalité des capitaux particuliers. un mouvement tel que celui de chaque capital industriel individuel apparaît dans son sein seulement comme mouvement partiel. s'en tiennent aux conditions concrètes et récusent l'idée même de contradiction générale en invoquant les faits particuliers. Problèmes stratégiques de la guerre révolutionnaire en Chine. Les opportunistes et empiristes. in Œuvres choisies. on voit qu'avec le temps évoluent et la guerre et les lois de la conduite d'une guerre . on ne peut remporter la victoire dans une guerre révolutionnaire en Chine 95 ". pp. 199 et 200. pp. Sur le dogmatisme.]. au contraire. Si l'on ne connaît pas toutes ces lois. Livre Deuxième. 97 Karl Marx. tome I. donc en connexion avec les mouvements des autres parties 97 ". si l'on en ignore les lois spécifiques. tome I. on ne peut diriger une guerre révolutionnaire. pp. Le fait que le capital social est la somme des capitaux individuels (y compris les capitaux par actions et le capital d'État. par exemple. Mao Tsé Toung. de présenter d'autres phénomènes que le même mouvement étudié comme partie du mouvement total du capital social.. 202 : “ Si l'on parle du facteur temps. inédit. dans la mesure où les gouvernements emploient le travail salarié productif dans les mines. en répétant que toutes les contradictions particulières sont identiques. La somme et le reste. mais surtout de comprendre la spécificité concrète (les maoïstes français. Le capital. entremêlé à l'autre et conditionné par lui [. tout se transforme en son contraire : "Les dogmatiques sont incapables de repérer ce qui est nouveau. mais en même temps la forme de mouvement de la somme des capitaux individuels. 96 Jean-Marie Brohm. 90 et 91. cit. est la totalité des capitaux industriels. Avec Marx. en tant que mouvement d'un capital individuel isolé. 248-249.pas les conditions et le caractère particuliers de cette guerre. cit. L'analyse dialectique combine le singulier et l'universel par la médiation du particulier et cela de double manière : synchroniquement et diachroniquement. Paris. tout se métamorphose. Éditions en langues étrangères. chaque capital particulier est la somme des capitaux individuels et c'est cette totalité contradictoire qui constitue le capital social total. qu'il s'agisse d'une guerre civile ou d'une guerre nationale.... financiers. on peut considérer que la totalité sociale constitue à un moment donné une articulation complexe de contradictions. chaque étape historique présente ses particularités. op. c'est-à-dire à l'abstraction vide. Éditions sociales. Ainsi les bavures. op. première partie. qui après 1968 répétaient mécaniquement les mots d'ordre de la révolution culturelle chinoise ou les militants de Lutte Ouvrière qui scandent invariablement les mêmes slogans).

dans L’Analyse institutionnelle 101 .-M. c'est toujours l'autre : l'universalité de la bureaucratie ne saurait corrompre ma pureté ou mon innocence singulières : l'unique et sa propriété 100 ". La Mort. 1970. p. coutumier. Il reprend les trois moments hégéliens d’universalité. La dialectique hégélienne. ou mieux encore de telle ou telle université particulière. ma mort) 98 . Brohm poursuit en prenant l’exemple de la lutte contre la bureaucratie dans l'université. au sujet de la notion d'élève. exceptionnel..À un moment donné. a été développée dans le mouvement de l’analyse institutionnelle. de quel élève parlent-ils donc ? ” 99 . individuelle.. par exemple. le bureaucrate. L’Analyse institutionnelle. l’analyse institutionnelle est fondée par René Lourau dans cet effort pour redéployer les moments de la logique hégélienne pour penser l’institution. abstraite. Brohm remarque que l’on ne sait pas distinguer les trois moments du concept : “ Quel élève ? Un élément abstrait d'un ensemble statistique (le “ stock ” cher à certains socialistes ?) . c'est même pire le plus souvent. routinier. c'est un drame individuel unique. alibi commode pour ne rien faire : ailleurs ce n'est guère différent. p. dans l'opposition universelle à la bureaucratie en général. cit. Minuit. Jean-Marie Brohm. même si pragmatiquement des concepts et des pratiques 98 99 Vladimir Jankélévitch.. 1977. un type particulier d'élève : l'élève en difficulté. Il écrit : "Abstraitement. prise dans son sens logique. En effet. soit comme aspect universel d'une contradiction particulière (l'universalisation du particulier). Flammarion. l'élève doué. alors là. par René Lourau. ordinaire. 100 Ibid. En tant que théorie. il s'agit donc de repérer la place de telle ou telle contradiction dans la totalité sociale et de lui assigner son degré d'universalité ou de particularité.. Vladimir Jankélévich a rappelé de ce point de vue que l'on pouvait penser la mort sous les trois modalités dialectiques : la mort universelle (la mort en troisième personne. avant cette inscription théorique dans la dialectique. est à la fois un événement extraordinaire pour ceux qui le subissent douloureusement et un cas parmi de milliers d'autres pour les services de sécurité routière qui établissent des statistiques. anonyme. ses tracasseries et ses mesquineries. c’est-à-dire à viser le singulier en tant que combinaison dialectique originale et unique de l'universel et du particulier. La méthode dialectique consiste donc à saisir l'universel dans le particulier et le particulier dans l'universel. concrète. Et quand on envisage sa propre pratique professionnelle.-M. Ces considérations théoriques peuvent être appliquées à des situations très concrètes et actuelles. Paris. 251-252. p. ou tel élève singulier avec son histoire individuelle ? Quand les microcéphales socialistes clament extasiés : “ il faut mettre l'élève au centre du processus éducatif ”. statistique). en l'étudiant soit comme aspect particulier d'une contradiction universelle (la particularisation de l'universel). soit comme événement singulier. inédit. la mort d'un proche. le paradigme de l’analyse institutionnelle n’était pas vraiment constitué théoriquement. J. Un accident de la route. singulière. op. 251. Paris. évidemment. autrement dit comme événement banal. dans l'autre un élément d'un ensemble ou d'un échantillon. Autrement dit. d'un être cher) et la mort singulière (la mort en première personne. il y a consensus universel : tout le monde est contre la bureaucratie. On peut par exemple examiner un événement particulier soit comme répétition du même et donc comme particularité. 101 René Lourau. particularité et singularité. la mort particulière (la mort en deuxième personne. les universitaires concernés renvoient toujours à d'autres cas particuliers. on nage dans l'impuissance de l'universel abstrait et l'on accepte résigné le labyrinthe administratif avec ses paperasseries ubuesques. parmi d'autres. d'un processus général. J. Ainsi. Dans un cas. 35 . l'élève récalcitrant . Mais dans le cas particulier de l'université française.

de conjonction. le moment libidinal. Mais l’idéologique peut très bien tenir lieu de singularité. 12 septembre 2001. La forme triadique n’est pas innocente et soutient une intention politique : l’éthique du lien. revue de l’Ecole des Mines. à des émergences particulières. 104 Ricoeur (Paul). Semblables aux trois moments hégéliens. au non maîtrisé. Enfin. p. Paris. Mais ils ne sont pas synonymes des trois moments hégéliens. Le libidinal tend à s’identifier à la pulsion. Au point que ces mots peuvent sembler redondants. EKSA. le moment organisationnel Patrice Ville précise : "Entre les trois "triplettes". Dans le même chapitre de sa thèse. On peut avoir de l’idéologique institué universel. notions qu’il réorganise dialectiquement. L’instituant. L’analyse institutionnelle. Revisiter l’intervention sociologique. est en général tout à fait associé à de la particularité. avaient déjà été posés. La triade est définie par ce chercheur comme “ la construction permettant à la fois de penser et de vivre Patrice Ville. 45 à 57. selon Gilles Herreros 105 . Le conflit des interprétations. 1997. En fait. Paris. au désir. Ce dernier emprunte. René Lourau propose une dernière "triplette dialectique" : le moment idéologique. 1970. il existe des combinaisons de ces dialectiques et non pas des équivalences. c’est-à-dire le caractère novateur de quelque chose. ce qui pourtant est inexact. donc aux systèmes d’échanges. la pratique montre qu’il est intéressant de considérer ces trois dialectiques. donc dans des particularités etc. in “ Gérer et comprendre ”. Seuil. Mais ce ne sont que des tendances. Mais pas forcément. Il explore la spécificité de la lecture institutionnaliste de la dialectique chez René Lourau 103 . comme distinctes. L’institué tend à être universel. L’institutionnalisation renvoie à la nécessité de reconnaissance. Patrice Ville note encore : "L’idéologique tend à se faire reconnaître comme universel. mais cette forme est à la fois résultante et enjeu de la dialectique institutionnelle telle qu’elle est décrite par ces trois triades. Paris. Minuit. 103 Lourau (René). notamment inventés par Georges Lapassade et Félix Guattari. 105 Herreros (Gilles). Dans les situations sociales. ou être instituant et particularité par rapport à un autre universel.dynamiques. 102 36 . ils sont à la fois en relation négative et en relation positive avec chacun des deux autres 102 . Le tiers ne dicte pas le lien. ni systématiquement. et complète diverses notions à différents courants de pensée. selon Paul Ricoeur 104 . 1970. chaque moment est affirmation des deux autres. à des phénomènes marginaux. Gens d’école et gens du tas. à partir de réflexions sur les situations socianalytiques et les divers types de déviance qu’il a pu y rencontrer. mais il le fait travailler. Mais paradoxalement il y a de l’institutionnalisation dans certaines formes de non-reconnaissance. Cela donne : l’institué. à des idées non standardisées. ces trois termes sont en étroite relation. thèse d’état. supposant cette théorie. Paris 8. il est “ le pôle “ il ” pour qu’entre “ je ” et “ tu ” se glisse un référent commun ”. ils sont indissociables. il existe des combinaisons : des éléments qui vont ensemble et peuvent être identifiés comme proches. L’organisation tend au contrôle. Ce qui caractérise l’intervention est la valorisation de la triade. d’organisation. l’instituant. l’institutionnalisation qui ont les mêmes propriétés que les notions hégéliennes. Patrice Ville rappelle que les propriétés des trois moments hégéliens sont les suivantes : chaque moment est négation des deux autres. Certes pour l’Analyse Institutionnelle l’Institution est une forme ou une structure fondamentale. Une socianalyse institutionnelle.

Gens d’école et gens du tas. Paris. 12 septembre 2001. Une socianalyse institutionnelle. Le moment dialectique Le dernier chapitre de La science de la logique. Le conflit . gêneur. de Hegel. Pour G. En fait. juste. que l’auteur situe dans l’histoire de la pensée. Paris 8. 1992. 107 106 37 . porte. thèse d’état. Simmel (Georges). intrus. impartial 107 . 45 à 57. Je renvoie ici à ce chapitre.le lien social ”. est intitulé : l’idée absolue. p. Circé. Simmel 106 (1992). "la triade est la figure de l’étranger" : pont. Patrice Ville. il est une reprise très explicite de la méthode dialectique de Hegel. On y trouve une réflexion sur l’articulation des moments dans la dialectique.

La fin de l'histoire. Il nous semble utile ici. le moment capital est celui où toutes les attitudes philosophiques ont été formulées et réalisées. H. Lefebvre. le réel s'élève au rationnel. en renversant le Maître. p. La rationalité (la philosophie) coïncide avec la réalité (l'État). tout est produit par la pratique théorique. Le moment s’acquiert dans une lutte réelle 108 109 H. concernant l'histoire. La philosophie est réalisée et l'histoire achevée. D'abord dissociés l'un de l'autre (aliénés). Cette notion est-elle un concept ? H. Hegel et Marx. H. Si la nature se transforme (par le travail et par la lutte) en monde historique. Si la philosophie systématique résume et contient les philosophies antérieures. Le moment du savoir absolu : l'histoire et le système chez Hegel La relation entre l'histoire et le système chez Hegel a été soulignée par Alexandre Kojève. C'est le moment de la philosophie totale. de reprendre quelques passages de cette lecture. donc vraie. Le moment de la praxis H. tous les moments de la société civile et politique. L'histoire aussi est production et produite. Pour Hegel.Chapitre 4 : Lectures de l'histoire Dans La fin de l'histoire. un thème récurrent 109 . si l'Esclave devient “ l'homme ” délivré et satisfait (befriedigt). Lefebvre en doute. Lefebvre commente : "Si c'est l'esclave qui devient l'homme historique en travaillant et luttant. Voir les 50 premières pages de La somme et le reste. la fin souhaitable de ces luttes sanglantes supprime le devenir historique. 18-19. Lefebvre. Dans cet ouvrage. politique. La fin de l'histoire. conservant et abolissant toutes les philosophies. Pour Hegel. le rationnel s'incarne dans le réel. c'est précisément ainsi qu'il définit le concept de “ pratique théorique ”. s'il donne lieu à “ l'homme ” porteur du vrai accompli – le Philosophe –. et par conséquent dans la mort (y compris celle de l'histoire. la philosophie est devenue pratique. cela met fin à l'histoire. le système régnant sur le désert de l'essence). le lieu de cette rencontre se découvre dans la finitude. Mais c'est à Hegel qu'il faudrait attribuer ce concept s'il se vérifiait que c'en est bien un. l'auteur nous montre sa bonne connaissance du "moment historique" chez Hegel. Le système philosophique et le système politique ne font plus qu'un : nous sommes face à une totalité à double aspect. en le concevant. 21. pp. Lefebvre reconnaît à Hegel un mérite : avoir dégagé la notion de praxis 110 . les réalisant. Lefebvre. notamment. S'il est vrai que la connaissance est dans son fond re-connaissance. Ainsi. la connaissance théorique est l'élément dominant de la pratique. dans son Introduction à la lecture de Hegel. Lefebvre reprend sa lecture de Nietzsche. C'est le moment du savoir absolu 108 ". 110 H. pour H. à travers l'histoire et les luttes historiques. Ce thème de la réalisation de la philosophie est. elle achève le devenir en le comprenant. 38 . Tout naît chez Hegel de la praxis.

p. cette nécessité se rattachent-elles selon Hegel à une naturalité originelle et originaire ? Non. terminée. passe par les épreuves qui le mènent de l'originel à la connaissance. Leur rapport. 45 39 . sagesse. Le temps de l'appropriation remplace le temps de l'aveuglement dans lequel l'enchaînement des effets et des causes (y compris les volontés et les idées) échappait à la connaissance. p. cela n'annonce-t-il pas la possibilité du tableau (de la synchronisation terminale) ? Oui. crépuscule. L'exigence de la lutte à mort ne vient pas d'une nature mais de l'esprit lui-même : de la finitude en laquelle se réalise l'esprit absolu 111 ". H. à la raison. éléments. que “ l'homme ” tâtonne. Les moments et leurs connexions (opposition et enchaînement). comme préhistoire. en désignant ainsi la période pendant laquelle l'être générique. peut-on les combiner par la seule pensée ? Non. 113 La fin de l’histoire. Et cependant. De quelle histoire s'agit-il ? De l'histoire de l'esprit (idéelle et/ou idéale) coïncidant par hypothèse avec l'histoire réelle. La succession des moments de la révolution Chez Marx.Chez Hegel. ou plutôt l'esprit. La formulation de la Logique coïncide avec la fin : vieillesse. l’enfant est un “ moment ” de l’homme 111 112 Ibid. H. aussi. la post-histoire ? Elle peut se donner pour historicité accomplie. Le fonds opaque de l'être humain. se voient dominés. Ibid. L'homme. nuit. Cette histoire finit-elle ? Oui.. Il montre que la logique immanente à l'histoire n'empêche en rien qu'il faille parcourir (et re-parcourir) l'histoire sans sauter du commencement à la fin : "La connaissance philosophique elle-même ne peut abolir le temps et substituer le tableau achevé à l'inachèvement phénoménologique. unité réglée de figures dans le mouvement. Dans la réflexion hégélienne. en proie à des déterminismes qu'il ne connaît et ne domine pas. leur enchaînement permettent ce récit global que Hegel nomme “ histoire ”. Mais peut-être cette “ pré-histoire ” devrait-elle s'appeler “ histoire naturelle de l'humanité ”. sa naturalité. Lefebvre retrouve la fin de l'histoire : "Ce que nous appelons l'histoire se termine par une révolution totale (même si les phases et les “ moments ” de cette révolution se succèdent dans le temps).. “ l'homme ”. car on ne peut qu'imaginer (non pas concevoir et non pas faire) un temps non historique 112 ". des moments inhérents au devenir. leur re-connaissance. L'histoire apparaît alors. qu'il y ait logique et vérité de l'histoire. De ces remarques. Tel est le destin et l'ordre . Cette contrainte. On peut les dénombrer. Les figures. finie. p. Lefebvre déduit la fin de l'histoire. il a fallu les parcourir dans une lutte réelle. lutte contre la nature en son sein. 25. une pensée combinatoire ne peut venir que tardivement. moments. cette exigence. il y a un nombre fini des figures. pour autant qu'elle se déroule à l'aveuglette. Pour Marx. Mais alors. comme mise en forme ultime. le travailleur et le désabusé. dans cette perspective. croissance et développement social) ce double aspect définissant l'historicité. Hegel ré-écrit ainsi le temps sans le moindre obstacle : "La philosophie fournit le paradigme (tableau systématique et fermé des oppositions) ainsi que le syntagme (liaison. sans maîtriser la matière ? L'histoire proprement dite serait alors celle de “ l'humain ”. Morte l'histoire. à la prévision 113 ". enchaînement) du processus (chaîne vécue sans conscience de l'enchaînement). tour à tour l'esprit fut le désir et l'entendement. le maître et l'esclave. 25. sans se détacher d'elle. appropriés.

de la culture. l'État (pour Hegel) vont comme l'individu vers le moment supérieur : la maturité. il se profile cependant un achèvement sans réplique : la mort. ni le singe. sont en définitive irresponsables . les emporte dans son torrent destructeur et créateur. deviennent-elles modèles ? En admettant que l'achèvement de l'adulte ne soit qu'un mythe. Pour eux. La relation entre le temps individuel et le temps historique doit s'élever au concept. L'hypothèse nietzschéenne a été reprise avec audace par la littérature (Witold Gombrovitz). l'histoire se définit comme maturation (de l'espèce. en contient la possibilité tout en étant enfant . pour que cette marche puisse revenir vers l'actuel. Le devenir historique et ses moments Le devenir. qui a eu son histoire. Comment pourrait-il y avoir histoire s'il y a achèvement ? Qu'est-ce que l'achèvement sinon la fin de l'être. Nietzsche proclame qu'il en est bien ainsi : "Avec l'hypothèse : peut-être l'espèce humaine est-elle ratée. l'achèvement. nous dit H. à l'Histoire ! – Les hommes. assez du singe en l'homme. La représentation de l'inachèvement se dédouble – devoir-être sans fin et sans terme. 40 . p. de la pensée. l'histoire. H. Dès lors. si l'on en reste là. l'adolescence. de la société. une réponse inverse vient aux lèvres. Non. c'est-à-dire de l'espèce humaine. Toutefois. 2° éd. 79 La fin de l’histoire. les broie.et comment le singe a été un moment de l'homme en formation dans la nature. Paris. malgré le caractère ambigu (à la fois naturaliste et historisant) de ce concept. de la société.Marx montre que l'adulte permet de comprendre l'enfant. sociale. Un vieux problème philosophique va-t-il ressusciter : “ Sollen oder Sein ? ” Oui. il faut la dépasser. si l'on trouve un autre sens en évitant de ressusciter une idéologie 115 ". Car l'adulte sort de l'enfant et l'homme du singe : "Le problème est de savoir comment l'enfant mène à l'adulte. Non l'inverse. Aucun doute en ce qui concerne la maturité et sa valeur suprême. la surpasser. L’existentialisme (1946). la société. la pensée. il reste en l'adulte assez de l'enfant.. par la psycho-sociologie (Georges Lapassade et René Lourau)". "aujourd'hui. enfin saisi dans ses différences : dans sa genèse concrète 114 ". p. ne peuvent s'isoler du devenir global dont ils sont des moments : de l'histoire (naturelle. l'un par l'autre. et marche vers l'achèvement. Il s'interroge : "Inachèvement de qui ? L'enfance. l'idée de responsabilité – qui apparaît spéculativement dans le système hégélien – n'est alors qu'une apparence. dans une harmonie préétablie . tâche infinie – fin mortelle. 114 115 La fin de l’histoire. de la société. instruments de l'Idée. Lefebvre. Impossible de demander des comptes à l'Idée. avenir illimité. 2001. ce serait l'inachèvement. l'espèce. par la théorie dite “ néo-ténique ” (Bolk). possèdent chez Hegel un caractère implacable : "Le devenir universel dépasse tous les moments limités. Or. Lefebvre fait rebondir la problématique. etc. l'état adulte. L'histoire et l'historicité. 101 116 Henri Lefebvre. et l'homme de connaître le singe. irrémédiablement. qui est fini ?" D'où vient cette idée ? De Nietzsche qui a eu le courage de déclarer l'inachèvement de “ l'homme ”. Ni l'enfant. c'est-à-dire comme une expression d'une spontanéité. p. une sorte d'illusion de la conscience malheureuse à un certain niveau 116 ". Anthropos. l'histoire se définit par sa fin : l'état adulte de l'homme générique. Spontanément. 102. D'ailleurs. Le devenir Pour Hegel et pour Marx. Ils concevaient l'un en l'autre. de la pensée). qui l'a terminée. la précipiter dans le passé (Uberwinden et non pas Aufheben). comme le suppose la démarche génétique. psychique). Les fondateurs de la pensée historique ne les séparaient pas.

avec sa négation : l’ailleurs et dans un autre temps. il en tire ce que ces prédécesseurs n’avaient pas aperçu : une loi. à partir des travaux de ses prédécesseurs. il trouve des problèmes posés. Il prend place à un moment déterminé. dans chaque domaine. à un niveau dans le développement de la connaissance. allant des mathématiques à la physiologie et à la médecine . Lefebvre. débouche sur la découverte d’une forme et d’un instrument de connaissance : la méthode. il va plus loin . son originalité. et il cherche à les résoudre. Hegel part donc de ce moment déterminé du présent. logiquement. nous avons vu qu’est posé un rapport particulier à l’hic et nunc qu’il faut saisir. Lorsqu’il recense tous les travaux de Descartes en sciences entre 1618 et 1648. il prend la science acquise. Comme tout savant. surtout. Le propre du génie cartésien. et cela dans les domaines les plus différents. Dès ses premiers écrits. cette exploration tous azimuts. et la continue . Henri Lefebvre montre bien l’étendue des domaines étudiés et son apport à chaque question : "La simple lecture de cette série montre le caractère encyclopédique du génie cartésien.Le moment déterminé Chez Hegel. c’est d’abord qu’il s’empare de l’acquis. Mais. une généralisation". une hypothèse. 41 . explique H. sa puissance.

Mais l’adéquation temporelle entre la dynamique interne du sujet (individuel ou collectif). Dans la gestion d’une maison. Michel Foucault l’a souligné dans L’usage des plaisirs 120 . et la commande. une organisation ou une institution. 2° éd. Schleiermacher. du travail. pour changer son mode d’organisation domestique ou politique 118 . 414 pages. Toute entrée en thérapie (psychologique. 117 42 . Ausgewählte pädagogische Schriften. pour se soigner. une introduction à l’analyse institutionnelle. L’analyse. j'introduis la notion de moment socianalytique. ” Ce qui est valable pour un groupe ou une institution vaut également pour la personne. Cette intervention n’est concevable que lorsqu’une analyse interne a déjà été faite qui a conduit le collectif client à formuler ce constat : “ nous avons besoin de quelqu’un d’extérieur pour nous aider à comprendre nos difficultés. dans Centre et périphérie 117 . Centre et périphérie. pour aider les acteurs à analyser la crise qui les traverse. dans la notion de tact que développera. etc. 118 Christine Delory-Momberger. La notion de bon moment existe déjà dans la philosophie grecque. Hess. 1984. du débat. et de ses outils de travail. c’est la notion de kairos. Ferdinad Schöningh. 1994. lorsqu’il formule pour lui-même l’idée que le dispositif de la cure lui serait utile pour sortir des difficultés qu’il traverse. c’est justement l’analyse des chemins conduisant d’une demande à une commande. à une demande. en commande vis-à-vis d’un tiers. Anthropos.E. dans l’espace et dans le temps. Chez les Grecs. Allgemeine Pädagogik (1806) . 4° éd. pour se former.. et le recours à une forme de dispositif d’analyse ou d’intervention fait émerger la notion de "bon moment". La notion d’urgence n’est pas absente. et plus particulièrement de sa recherche du juste milieu. c’est l’intervention de sociologues institutionnalistes dans un groupe. du plaisir. Le kairos est à la fois une recherche du juste milieu. il y a un bon moment de la rencontre. Remi Hess. F. Les socianalystes ont montré le cheminement qui s’opère entre le moment de la demande conscientisée. 120 Michel Foucault. que l’on retrouvera d’une certaine manière. Gallimard. 2001). Paris. lorsqu’il développera les qualités requises par le pédagogue 119 . C’est le bon moment pour s’analyser. correspond à un moment de prise de conscience. Paris.Chapitre 5 : Le bon moment Dès 1978. La socianalyse. à la suite de Herbart. R. Paderborn. Le sens de l’histoire. F. L’entrée dans le dispositif est le moment du passage de la demande qui s’est formulée à l’intérieur. moments d’une biographie. La commande est le passage à l’acte qui conduit le demandeur à choisir un dispositif de traitement de sa demande. mais aussi somatique). L’entrée en psychanalyse survient à un moment particulier de la vie du sujet. Ce collectif va appuyer la réforme auprès de ceux qui ne veulent pas changer. notamment chez Aristote chez qui la notion s’inscrit dans sa recherche de l’équilibre.D. L’usage des plaisirs. etc. 2001. notamment lorsqu’il s’agit d’une intervention chirurgicale qui permet d’éviter des complications de santé. Paris. 311 p. Anthropos. Dans la dynamique d’une institution. le bon moment d’une réforme suppose une prise de conscience d’un collectif assez large sur la nécessité d’un changement. 119 Herbart. Schleiermacher. pour raconter son histoire de vie. le bon moment de refaire son toit peut être la survenance d’une tempête qui a soulevé le toit… En politique. l’appel à des personnes extérieures permet de construire une distance. une introduction à l’analyse institutionnelle (1978.

entre le moment présent. rien ne sert de forcer l’autre. Le kairos est donc davantage dans l’insight de l’instant. Petite Bibliothèque Rivages. c’est-à-dire ce temps propice. F. doit intervenir. Jackie Pigeaud. traduit et présenté par Jackie Pigeaud. Gérard Raulet. se trouve être en demande. ou encore temps opportun. Il faut attendre le "bon moment". 1988. PUF. de réforme. dans la vie du sujet ou du collectif. Paris. Analysieren. Michel Plon montre que cette question du bon moment est un problème central pour les trois métiers impossibles selon Freud : gouverner. Dans le "bon moment". über den Traum. sans durée. que dans l’épaisseur du moment. bref vous écoute dans ce que vous pensez pouvoir lui dire de lui. On touche à la question de l’analyse herméneutique du contexte. Si l’on traduit kairos par bon moment. Mais à l’intérieur du dispositif lui-même. le praticien dans sa manière de porter un diagnostic. et qui correspond à un bon redéploiement de son expérience clinique. Et à la limite. soigner. Ce qui différencie le bon professionnel du mauvais. 154 pages. de Freud. mais aussi la gestion du rapport au temps dans le travail lui-même. la question est toujours de choisir le "bon moment pour intervenir". on peut dire que toute sa théorie de l’interprétation est redevable à la posture herméneutique de F. Erziehen) 122 . comme importante dans le travail pédagogique ou analytique. propose une définition du kairos comme "moment où le technicien (à l’évidence c’est de l’homme de l’art – tékhnè – qu’il est là question et qui s’oppose au praticien de la science – epistémè). et donc. 43 . Michel Plon. Scheiermacher. et de décider du moment opportun pour optimiser son intervention. c’est justement cette maîtrise du "bon moment". le kairos est donc un instant quasiment intemporel. on pourrait le traduire par instant adéquat ou temps propice. et la qualité que le professionnel. Dans sa réflexion à partir du Malaise dans la culture. c’est d’accepter de ne pas brusquer les choses. Le bon moment de parler. Schleiermacher. dans lesquels sont installés le jeune et l’adulte. c’est le moment où l’autre a quelque chose à attendre de vous. et dans Der Witz und seine Beziehung zum Unbewussten. et d’être capable d’attendre en espérant parvenir à rencontrer un jour le moment adéquat d’une parole : le bon moment de l’interprétation. par l’urgence que nécessite l’état des choses. pour qu’il y ait confrontation à un dispositif de soin. qu’il soit médecin. Henri Rey-Flaud. Selon lui. in Jacques Le Rider. Ils ont du mal à se rencontrer. est incongrue. L’enfant veut éviter de penser à son futur. dans lequel vit l’enfant. 1998. la pédagogie est un combat entre les deux moments. Dans ces métiers." Comme l’indique J. de formation. de dire. et immédiate dès qu’elle survient dans la tête de l’analyste. cet instant adéquat. Autour de Malaise dans la culture de Freud. Schleiermacher constate qu’il y a un conflit. Il est important qu’il y ait demande (de distanciation). Paris. Tous les deux ont identifié la notion de moment. L’homme de génie et la mélancolie. au sens où nous employons ici ce mot. d’Aristote 121 . Pigeaud. Chez Freud. le kairos est lié au temps. même quand on a raison. 122 Michel Plon “ De la politique dans le Malaise au malaise de la politique ”. Sigmund Freud connaît bien la démarche herméneutique de F. S’il le cite explicitement dans Die Traumdeutung. Le patient lui répondra : "Tu dois savoir que je n’ai rien à apprendre de toi !". qu’on détient le savoir sur lui. et le moment de l’avenir de l’élève auquel pense le pédagogue lorsqu’il lui propose des apprentissages. la qualité du clinicien. le tact concerne non seulement le moment de l’intervention. il faut à nouveau attendre le "bon moment" pour 121 Aristote. le juste milieu. orateur. éduquer (Regieren. le moment est pris ici dans le sens du der Moment allemand (par opposition à das Moment). selon F. Sans cette attente. l’interprétation brutale. Du point de vue du temps.Dans sa présentation à sa traduction de L’homme de génie et la mélancolie. général. Schleiermacher. où l’autre est capable d’entendre ce qu’on veut lui dire.

trad. qui relève d’un domaine difficile à contrôler qui est la subjectivité. de thérapeute ou du politique. Michel Plon explore le travail de clinicien du politique qu’opère Machiavel qui. inadéquate par rapport à l’évolution des batailles. 1996. lecteur de Clausewitz. Il écrit des textes en relation directe avec sa pratique. Dans cette clinique du politique. Lefebvre évoque Léon Trotski. le sort de l’Europe aurait été changé : le communisme aurait gagné toute l’Europe. ajoute J. de manquer les occasions d’agir. précise Lacan. Plus qu’une théorie du politique. 1978. Laffont. Le rapprochement qu’a fait Freud entre le gouvernement. "Faire la bonne interprétation au moment où il faut. découvre que la réussite de la praxis politique est liée à la capacité de saisir l’occasion lorsque celle-ci se présente. 44 . de l’intuition. Trotski croit maîtriser le savoir stratégique. dans l’analyse. Ainsi. se trompe dans son choix. H. l’art est de choisir le bon moment de conclure. Cet art de l’adéquation. Le maître. entre la situation et la posture. comme métier "impossibles". dans une sorte d’idéal de perfection. L’art consiste à "répondre ce qu’il faut à un événement en tant qu’il est significatif. Machiavel n’est pas un philosophe. vient du fait que ces arts reposent en définitive sur la maîtrise du tact. il médite tout particulièrement sur le rapport au temps. Le Moi dans la théorie de Freud et dans la technique de la psychanalyse (1954-1955). 124 Machiavel. le "métier" du pédagogue. Lefebvre. mais un praticien. "Il est très important qu’un enfant commence dès son jeune âge à entendre dire du bien ou du mal d’une chose. Discours sur la première décade de Tite-Live. p. Quand Lacan. entre 1498 et 1512. livre II. qu’il est fonction d’un échange symbolique entre les êtres humains – ce peut être. Si son choix avait été inverse. Et il observe. Seuil. Lacan 123 . est un enjeu stratégique considérable. c’est le "moment décisif" selon H." Et concernant sa conception des rapports entre les hommes. Dans cette exploration du "bon moment" en politique. comme chez l’homme politique. Paris. c’est celui qui. Rappelons que pour lui. On se trouve dans un univers qui échappe au contrôle : on se trouve dans l’inachèvement. et présentation par Christian Bec. Son journal prend la forme de lettres qu’il envoie ici ou là. Paris. qui fait le choix. in Œuvres. on sait qu’elle anticipe la conception selon laquelle "l’homme est un loup pour l’homme" (Hobbes). la nouvelle portée des canons. Le séminaire. mais l’échec est à l’horizon. comme dans l’éducation ou la politique. de ne jamais poser d’acte. lui aussi. Celui qui sera perçu comme "mauvais professionnel". Il est au service du pouvoir florentin. il veut souligner que chez le psychanalyste. Machiavel fonde une clinique de l’expérience. Cette décision. impossible à atteindre. serait dans leur capacité à attendre le "bon moment" avant d’intervenir. le soin et l’éducation. Dans ces courriers. mauvais. comme le médecin ou le politique peuvent toujours se tromper. du talent. évoquant Socrate. mais de l’éducation. car cela l’impressionne nécessairement et il détermine ainsi son comportement sa vie durant 124 . Selon Freud. lui fait perdre la bataille. d’envoyer ses fantassins. depuis l’époque napoléonienne. l’ordre donné à la flotte de sortir du Pirée". L. Ces lettres et rapports de mission confidentiels lui serviront d’ébauche pour l’œuvre à venir. En politique. c’est qu’ils étaient bon psychanalystes". Machiavel reproche aux dirigeants d’hésiter constamment. et d’une certaine manière la guerre. avant d’utiliser les canons. ou pour parler comme Machiavel de la virtu. Il réfléchit sur les différences entre les personnes. la vraie différence ne vient pas de la naissance. Celui qui réussit fascine. c’est être bon psychanalyste". dit que "si Thémistocle et Périclès ont été de grands hommes. Faire la bonne analyse de la situation. depuis l’époque de Clausewitz. lors de la bataille de Varsovie en 1917.s’autoriser à l’interprétation. Cette conception 123 Jacques Lacan. 458. n’est pas infaillible. au moment opportun. mais il ne prend pas en compte. au moment décisif.

Machiavel constate que la bonne maîtrise de la temporalité est liée au fait que le prince ne rêve pas. se définissent du fait que le temps pour l’un inclut le temps. les autres n’aient rien soupçonné de ce qui se préparait ! La ponctuation de cette histoire sera l’élimination des traîtres qui aura lieue le jour de la Saint Sylvestre 1502. 142. Le prince. fugace. quasi impossible. Le politique est celui qui sait saisir l’occasion. in Œuvres." Quelques jours plus tard. 285. de l’autre. et j’attends mon heure 126 . personne ne connaît le lieu de l’attentat qu’il organise : "Ce Seigneur est le plus secret des hommes… Ses secrétaires m’ont. mais la vérité effective des choses. l’évolution du rapport de force et son devenir. p. mais fait du terrain. car il s’est totalement inscrit dans la réalité. le côté décisionnel du kairos suppose un temps préalable. 128 Toutes les lettres de Machiavel. et qu’il ne l’exécute que quand la nécessité le talonne. pour agrandir ses territoires. cit. plus d’une fois. en donnant une dimension ostentatoire à ses préparatifs de guerre. du prince. 2 vol. où ses paroles et ses gestes se fondent totalement dans la temporalité de la menace. Paris. parce qu’ils sont plus haut placés. op. p. 1996. Le rapport de l’autre au temps est un élément essentiel de l’analyse stratégique. dont procède le prince.implique un certain rapport au politique : l’action politique efficace doit prendre les hommes tels qu’ils sont. Il nous faudra tenter de la dégager. lorsqu’on en parle. et l’argent du pape. sont jugés en fonction des qualités qui leur apportent blâme ou louange 125 . d’où il s’ensuit que l’on doit l’excuser et non pas le taxer de négligence 128 . En dehors de lui. différent." Dans la vérité des choses. Son projet n’est pas de décrire l’idée que l’on se fait des choses. Machiavel est stupéfait de la manière. Il écrit : "Laissant de côté les choses que l’on a imaginées.. Dans la stratégie. Il construit des leurres. en comptant sur les hommes du Roi. 1955. lorsqu’elle se présente. 127 Michel Plon. Alors que le prince dit calmement qu’il jugera les Seigneurs de Florence sur leurs actes. le complot échoue d’un rien : le duc s’en sort. tant dans la temporalité que dans son étendue. De cet enchevêtrement des temps d’avant le "bon moment". et surtout les princes." 125 126 Machiavel. 221. Il décrit la dimension psychique dans la matérialité du rapport au temps. p. Lors d’un complot qui se fomente contre lui. 1. fonctionne comme une Erlebnis (expérience vécue). Il fait beaucoup de bruits autour de la préparation d’une campagne : l’art du politique est cette maîtrise du concret. durant lequel on a pris soin de construire un dispositif. on peut proposer une théorie des moments qui soit dialectique. Celle-ci est fragile. C’est la matière première de l’action politique. Gallimard. La fascination de Machiavel vient du rapport au temps que le prince a construit : il est à la fois dans et hors du moment de l’adversaire . Machiavel s’étonne que. la dimension du temps apparaît essentielle. Machiavel observe comment le Prince entre dans ce temps. p. qui lui permet de découvrir l’exercice du pouvoir. comme significative : "Je temporise. Toutes les lettres de Machiavel. qu’il accompagne lors d’une opération que celui-ci mène.. et il déterminera le choix tactique d’intervenir ou pas. Machiavel observe César Borgia. On verra que cette dialectique a été pensée dès le moment grec de la philosophie. attesté qu’il ne publie chose aucune qu’au moment même de l’exécuter. vol. C’est la substance d’où l’on va tirer les occasions de l’action. quand les faits sont là et pas autrement. à propos d’un prince et discourant de celles qui sont vraies. derrière ce vacarme. 148. je tends l’oreille à tous les bruits. il a su jouer sur les lenteurs des adversaires à l’affronter. Ce vécu à proximité d’un prince. il glisse une petite phrase que Machiavel note aussitôt. 45 . Il s’était préparé. je dis que tous les hommes. Comme le remarque Michel Plon 127 . entre octobre 1502 et janvier 1503.

Comme le dit le proverbe : "Le lion ne bondit qu’une fois !". Chez les Van Bockstaele. Paris. La pratique impose donc une prise en compte permanente de l’étendue et de la durée. Clefs pour la sociologie. La socianalyse. Ce moment prend en compte à la fois le temps et l’espace : on mesure la surface de l’autre. 1971. 46 . etc). que sur la longueur de la cure. Lacan s’est beaucoup intéressé à Hegel ! Ces trois moments sont bien antérieurs à Hegel : ils sont déjà présents chez Hippocrate. in Les irrAIductibles n°6. Imaginer –coopter. sous une forme ou sous une autre. 224 pages. agir (formulation des militants de l’action catholique dans les années 1930). Il faut reconnaître cette position puisqu’on veut la modifier ou la vaincre. Paris. Université de Paris 8. Ce travail d’enquête demande du temps. qui s’étend jusqu’à l’universel. Dans toute situation d’analyse. trois moments : le perçu. de ces trois temporalités. -Le second moment est celui du diagnostic. comprendre et juger. intervenir pour conclure sont donc les trois moments de ce processus qui ouvre sur le "bon moment". C’est le recueil des données : le praticien examine le cas. Soulignons la dialectique. les spécificités de cette situation singulière qui n’a pas d’équivalent. l’autre ne me manquera pas. Dispositifs I. C’est le stade de la stratégie. comme dans la psychanalyse 130 . ses moyens. Aussi. on va demander des analyses (de sang. ce que J. La situation est particulière. on l’étudie en tant que telle. lors des trois moments. tel qu’il se présente sous ses yeux. On sait que. Peut-être ce moment existait-il déjà. le dispositif que propose l’intervenant est une assemblée générale. mais pensées dans la succession. Il faut tenir compte de l’adversaire. permettant l’accès aux éléments transversaux les plus divers (transversalité) de l’établissement en analyse 129 . Lourau. On fait des prévisions. 2004. entre l’universel. R. dans une première période de sa vie. les règles sont sensiblement différentes. tant sur la durée des séances. le temps de l’intervention est limité (trois à cinq jours). le temps pour comprendre. à l’époque d’Hippocrate ? Toujours est-il que l’enquête demande un temps de travail. Dans la socianalyse. Le médecin grec inscrit sa théorie du bon moment dans une trilogie du même type : -Hippocrate dégage d’abord le moment de l’enquête. qui suppose une organisation. p. Il décrit la situation en dégageant les caractéristiques. voir. Lacan reformule dans son célèbre sophisme du temps logique et de la certitude anticipée : l’instant de voir. Et cette dynamique se développe dans un contexte. Celle-ci a pu être courte au début. Mais sur le plan de la durée. l’action (H. puis s’est allongée. Seghers. de ces trois moments. le moment de conclure. dans un mouvement propre et autonome. Anthropos.Tous les auteurs qui se sont intéressés à la théorie du "bon moment". 130 Jacques et Maria Van Bockstaele. au sein du mouvement psychanalytique. Si je manque mon coup. Voir également des mêmes auteurs “ Le dispositif de la socianalyse ”. le particulier et le singulier. la situation se dénoue. de politique ou d’éducation. dans telle ou telle situation. ses forces. à la manière hégélienne. Cet acte est définitif par rapport à la situation singulière. Le temps d’un éclair. qui tient une position antagoniste à l’intervenant. Mais Freud avait conscience de s’être trompé dans le cas de "l’homme au loup". -Le troisième moment est celui de l’intervention. la plus large possible. juger. refusa-t-il de fixer à l’avance le terme d’une 129 Une première description des règles de la socianalyse est donnée dans G. On évalue nos propres moyens et nos chances de victoire possible. le praticien doit aller jusqu’au boût. 15 à 26. Percevoir. On élabore un pronostic. Les discussions concernant la construction du dispositif ont été très vives. Les séances sont plus courtes. Lefebvre). octobre 2004. de ces trois étapes. le conçu. telle que nous l’avons pratiquée avec Georges Lapassade et René Lourau. développe une temporalité qui dialectise. Aujourd’hui. Elle a des particularités. d’urine. Lapassade.

“ La question de l’analyse profane. avec son concept de "bon moment". trad. ce travail de 131 132 G. vol. Je regarde ce type de spectacle en étant ailleurs. dans le cheminement du sujet. Freud. mais cette veille peut déclencher une mobilisation psychique totale. En tant qu'interrogation de discontinuités créatrices. À quoi reconnaît-on chaque fois le moment opportun ? C’est l’affaire d’un tact. leur caractère privilégié réside dans le potentiel de naissance à soi-même dont ils sont porteurs. 89. il voit la possibilité d’accélérer les choses. n’étant que le montage télévisuel de moments décisifs (les buts marqués. Lapassade. en football. un moyen d’accélérer certains processus est la mise en place d’analyseurs construits 131 . Je ne peux pas dire que lorsque je regarde une émission sur le Tour du Dauphiné ou sur le Grand prix de formule 1 du Canada. La psychanalyste fragmente aussi le temps. apparaissent moins comme des aménagements que comme des altérations radicales des représentations que se donne le sujet de ce qu’il a été. Gauthier-Villars. Chez Freud. dans votre souci d’abréger l’analyse. p. S. les moments privilégiés. fr. de ce qu’il est. Ecrit sur la conscience phénoménologique de la conscience intime du temps. Ces moments peuvent être heureux. La représentation. dans un parcours de vie. 29 octobre 2004. mais.cure ! Cependant. mais avec une demande de ne pas être dérangé au cas où. Ceux-ci doivent susciter l’appropriation par le collectif client d’un problème resté implicite. Paris. en montrant que toutes les séances ne sont pas vécues avec la même intensité. 1991. ” On retrouve ce point de vue dans l’Abrégé de psychanalyse : "Evitons de lui faire immédiatement part de ce que nous avons deviné". Francis. Pour moi. je n’ai plus le même rapport au monde. 1905. au moment des informations générales. soutenue à Paris 8. 1971. 133 Husserl. Je puis être ailleurs ou être dedans. Paris. 134 Lesourd. 204 p. idées. surviendrait un moment décisif du jeu qui ferait basculer la présentation 133 . Bon moment et formation Dans sa thèse sur Les moments privilégiés en formation existentielle 134 . une nouvelle tâche se présente à vous. L’attente des bons moments : le plaisir du spectacle sportif Il en est de même pour moi. 3° éd. Francis Lesourd se donne pour objet. Contribution multiréférentielle à la recherche sur les temporalités éducatives chez les adultes en transformation dans les situations liminaires. mais ne le sont pas nécessairement. Certains moments comptent davantage que d’autres. PUF. PUF. Vous commettez une faute grave si. lorsque l’évaluation du jeu l’implique. Ce travail veut apporter une intelligibilité nouvelle à la problématique des transformations du sujet adulte. sous la direction de Jean-Louis Le Grand. ” in Résultats. et de ce qu’il souhaite devenir. l’analyse des gestes techniques se fait quasiment instantanément sans grande mobilisation. II. Les moments privilégiés en formation existentielle. par exemple. par exemple). qui peut être considérablement affiné par l’expérience. selon que je suis dedans ou dehors. 47 . LAMCEEP. Dans la socianalyse. vous jetez vos interprétations à la tête du patient dès que vous les avez trouvées 132 . thèse de sciences de l’éducation. Il vous faut attendre le moment opportun pour communiquer votre interprétation au patient avec quelque chance de succès. en pensant à autre chose . 1985. Je regarde cela de loin. problèmes. je fais plusieurs choses à la fois (d’où le fait que je vive mal de devoir écouter les commentaires techniques des coups de pied arrêtés de David Beeckam. par hasard. par mon épouse). qui s’établit entre l’interprétation et le bon moment : “Quand vous avez trouvé les interprétations justes. les moments privilégiés désignent les discontinuités qui. par rapport au sport. je sois "mobilisé" à 100%. L’analyseur et l’analyste. J’expérimente une sorte de veille. il y a un lien. Le foot m’absorbe : il me capte. En l’occurrence.

C’est cette infrastructure temporelle qui se transforme au cours des moments privilégiés. épistémologique. Lesourd rejoint les recherches qui. institutionnelles. en tant que co-auteur. il participe. à la production et au guidage du processus par quoi il se transforme. loin d’être donné au monde. sont tout particulièrement questionnés. les œuvres et les vies. les actes. d’emblée. F. implique le renoncement à un point de vue totalisant et achevé. En outre. cette thèse se situe plus particulièrement dans la filiation des recherches de Gaston Pineau relatives à une chronoformation. en Sciences de l’éducation. interpersonnelles. Cette hypothèse est mise à l’épreuve de vécus rapportés par une 48 . La première. les temps successifs d’une vie apparaissent éclairés. La seconde prise de position. Par voie de conséquence. les actes effectués à ce moment par le sujet. pour chaque sujet. les turning points mis au travail dans les pratiques d’histoires de vie. pour se former dans des temps est conduit à former ses temps. Dans cette perspective. éducatives) favorise l’émergence d’une intelligibilité de l’objet autre que celle à quoi un regard monodisciplinaire aurait pu conduire. tient au choix d’une approche multiréférentielle qui. La chrono-formation est définie comme formation de temps formateurs . on peut ainsi considérer une multiplicité de temporalités à la fois synchroniques et diachroniques : les temporalités co-présentes sociétales. au cours de ces transformations. ces actes mentaux renvoient à une forme particulière de savoir d’action. théorique. ce choix axiologique conduit à questionner tout particulièrement l’action – matérielle ou mentale – effectuée par le sujet à l’occasion de ses moments privilégiés. axiologique. En tant qu’ils favorisent le guidage des transformations personnelles. spécifique. l’infrastructure temporelle personnelle constitue la matière première sur quoi et avec quoi le sujet travaille lorsque. en formation des adultes. Au cours des moments privilégiés. Lesourd propose de considérer que cette multiplicité de temps constitue. nommée savoir-passer en référence au caractère liminaire du processus.F. le sujet n’est ni tout-puissant ni tout-impuissant. Le questionnement des moments privilégiés se fonde sur trois prises de position. psychologiques. il est possible d’envisager le guidage pour le sujet lui-même de ses transformations existentielles comme objet de recherche en formation. L’hypothèse de l'auteur est qu'actes mentaux et savoir-passer sont appris par l’expérience mais peuvent être ultérieurement conscientisés. en particulier ses actes mentaux. de façon plus générale. Parmi les chantiers de recherche qu’a ouvert. le temps en provient . En d’autres termes. interrogent les moments-clés d’engagement dans un processus de formation institué. s’appuie sur un questionnement des moments privilégiés du point de vue des temps qu’ils mobilisent. Cette notion de co-auteur suggère que. anthropologiques. de façon semi-délibérée. consiste à aborder le sujet adulte comme co-auteur de ses propres transformations existentielles. une infrastructure temporelle personnelle. La troisième prise de position. elle souligne l’importance de l’action du sujet qui. sur quoi s’étaye sa cohésion identitaire. En l’occurrence. sociologiques. fait émerger ce qui lui apparaît après-coup comme une transformation existentielle. l’accompagnement des sujets en situations liminaires et. intrapsychiques se présentent comme un “ système ” complexe en interaction permanente . De ce point de vue. les transformations de perspective (Mezirow) et l’émergence des quêtes de sens de l’adulte. oblitérés ou reconstruits après-coup en fonction des réorientations des projets du sujet. l’action du sujet adulte se porte sur sa propre infrastructure temporelle. ce travail se réclame d’un pluralisme temporel (Bachelard) selon quoi. partant. l’altère profondément et. la prise en compte d’une multiplicité des temps. Le choix de cette approche ne se justifie certes pas de la complexité intrinsèque de l’objet . il relève d’un pari selon quoi l’inter-questionnement d’une pluralité de références (psychanalytiques. il est produit par les phénomènes.

Le repérage de certaines conditions de conscientisation et d’apprentissage des savoirpasser contribue à enrichir le fonds commun des ressources transitionnelles en éducation et en formation des adultes. Ce mode d’observation des savoir-passer constitue également. un mode d’accompagnement de leur conscientisation.enquête. pour le sujet. L’explicitation biographique constitue un mode d’observation rétrospective de la mise en œuvre concrète des savoir-passer. 49 . Il favorise la mobilisation de ses ressources par le sujet en situations et leur compréhension par ceux qui les accompagnent. Le mode d’observation s’appuie sur des histoires de vie en formation et des entretiens.

J’avais transmis le dossier à Anthropos. en fouillant dans les archives. On en a parlé avec Dan Ferrand-Bechman. on parvient à se concentrer sur quelque chose. découvrit que le contrat avait été signé et l’avance versée. j’avais proposé de rééditer La production de l’espace. Armand Azjenberg (qui a beaucoup travaillé avec René Lourau en 1985 et 1993) a mis sur le net des textes de René. Lefebvre.INTERLUDE 1 L’Année Lefebvre 14 septembre 1999 (Extrait d’une lettre de R. Brohm… il voit sa rubrique terriblement réduite. et ils ont fait la liste des ouvrages urgents à rééditer : le livre de Lefebvre était sur la liste.” Jeudi 18 mai 2000. j'ai trouvé une lettre de Jean Pavlevski me demandant de préfacer la réédition d'Espace et politique. mardi midi à table. J'ai affiché des informations sur ce colloque dans la salle de l'AI. Je m’étais occupé de demander les droits à la veuve d’Henri. mais globalement l'idée centrale est juste : la réédition du Dictionnaire des philosophes correspondait à une entreprise de liquidation de la pensée des auteurs influencés par le mouvement de mai 1968. Valence est déjà passé : la vitesse est formidable. Cela va permettre de sortir ce livre à un prix excessivement raisonnable (le même qu’en 1986 : 140 fr pour 500 pages). Celle-ci avait accepté à condition. Il y a un an. Lefebvre : grande responsabilité. Comme le livre ne fait que 170 pages. j'ai eu. et il est difficile de suivre mes propres projets quand je suis avec lui. il me faut faire une préface vraiment originale. au courrier. Je n'ai pas eu le temps de me plonger dedans (seulement dans la lettre d'accompagnement) : je suis avec Romain. le Centre national des lettres a décidé d’avoir une politique incitative sur le terrain de l’architecture. la réunion du groupe de travail sur le colloque H. depuis quelque temps. celui-ci. De la pourriture. 9 heures. Lobrot. Il faut le faire vite et bien. Huit pages. Square Clignancourt Hier. l’ensemble du dossier était au CNL. différente de la préface de la Production de l'espace. Qu'est-ce que l'espace aujourd'hui ? Aujourd'hui. Lundi dernier. il m'égratigne injustement comme beaucoup d'autres. Le fait d'avoir ce carnet dans ma poche est une chance 50 . de Jean-François Raguet.H. Lefebvre. de recevoir une avance. si. Hier après midi. Avec Lapassade. Le livre pouvait donc être envoyé au CNL. d'H. car elle est inscrite à ce colloque (Patrice aussi d'ailleurs) qui aura lieu en novembre prochain. René Lourau aurait beaucoup aimé ce livre. Lefort. terminé le lendemain matin très tôt. en plus. un très beau livre d'un ancien thésard de René Lourau. Lundi après midi. à Hubert de Luze) “ Et le travail éditorial a donc repris. penser moi-même l'espace. mais il fallait une préface. Certes. Or. J’avais emmené le dossier à Jean . Il faut aller plus loin. à la maison. intensément. d’Henri Lefebvre : ce livre avait eu 3 éditions chez Anthropos. je peux facilement faire 20 pages . Mercredi 20 septembre 2000. Et ce que l'on enlève est justement ce qui fait politiquement sens. mais n’avais pas eu d’écho à cette demande. est un livre fort : j'ai téléphoné à l'auteur pour le féliciter. je me suis mis à écrire ce texte.

Lefebvre de novembre.… Je sais que j'aurai au moins une lectrice : Corinne Jaquand. J'ai relu Espace et politique hier soir : une lecture rapide. Il faut donner les adresses électroniques de chaque adhérent mailé. Cela modifie fondamentalement mon rapport à l'espace et au temps. Un professeur de Paris VIII (dont je ne connais pas encore le nom) avait avec lui le Rabelais. mais l'idée de publier un texte sur H. cette proximité. Siméoni à Mayotte. Cet espace virtuel se superpose à l'espace institutionnel et à l'espace tout court. Colloque Henri Lefebvre Georges Labica ouvre les rencontres. avec un prof argentin sur le tango. Je lui rendrais demain. Lefebvre. qui contraste avec l'accueil qu'il a encore dans un certain nombre de pays. Il est à Tétouan. et dans le contexte des municipales. je ne peux pas les joindre. Lefebvre m'importe. Bernard Wattez. des gens de quartiers voisins. Je vis des relations suivies avec Ahmed Lamihi. et beaucoup de gens qui connaissent H. Je ne sais pas tout de ses activités. entre ceux dont on a les adresses et ceux dont on ignore que l'on peut les toucher… La théorie "centre et périphérie" fonctionne donc très fort. il a l'air heureux : une occasion de prendre le soleil. 10 h. Vert-horizon est un enjeu. Peut-être Antoine Lagneau dispose-t-il des adresses électroniques des gens des deux clans ? Il faudrait que je le questionne à ce propos. notamment sur "espace et politique". y compris avec ses voisins. etc avec Gaby Weigand à Würzburg. Comment concevoir l'espace maintenant ? Cette inscription sur le mail rend aussi plus proches. Samedi 25 novembre 2000. Bernard l'a et c'est autre chose. H. s'il n'était pas mort en janvier".-J. alors qu'il me faudrait terminer le numéro de Pratiques de formation sur René Lourau qui dort dans un coin ? Jacques Ardoino me presse de coups de fil. Je suis rentré dedans totalement. par exemple. Georges Labica parle de l'éclipse d'Henri Lefebvre en France. avant d'avoir eu le temps de découvrir ce monde du virtuel.pour moi. Dans le public d'une quarantaine de personnes. Il y a donc un cloisonnement technique qui structure les clivages. efficace et permet de vivre l'espace autrement : j'ai des contacts aussi avec Sonia Altoé au Brésil. Paris). Lefebvre est victime de la 51 . Ma préface doit être le texte de mon intervention au colloque H. mais concernant la préparation des Dossiers pédagogiques. livre que je ne connaissais pas encore : il accepte de me le prêter. Ce mode de travail est vraiment rapide. etc. il y a donc un clivage entre ceux qui disposent d'un mail et les autres… Mais il y a des clivages aussi. un enjeu important. Dans le découpage de l'espace virtuel. avec Driss à la Réunion. Henri Lefebvre. Pierre Lantz. avec les Verts de Munich. Il joue avec des amis . je suis la progression du cahier sur Raymond. (qui vient de se lever et qui est très beau). dont Nicole Beaurain. "Espace Marx" (64 rue Blanqui. Jacky Anding n'a pas de mail : il vit par procuration. Je pense à Alain Lipietz. Une partie des Verts qui ont un mail dans le 18e ne m'ont pas donné leur adresse. mais nécessaire pour que le travail commence à s'élaborer en moi… Pourquoi est-ce que je donne priorité psychique à ce projet. Par exemple. C'est important. René Lourau et Raymond Fonvieille sont morts. Il me demande conseil et je lui réponds. maintenant. le texte que je conçois pourrait avoir un impact. ou Christine Delory-Momberger. Il faut que je reprenne à bras le corps ce chantier. Il rend hommage à René Lourau "qui aurait été là. et d'écrire. Je vis actuellement un bouleversement organisationnel : j'ai Internet chez moi depuis 3 mois. mais la mort de Raymond Fonvieille m'a un peu déstabilisé. avec M.

Je partage son sentiment.fr).. et en même temps le CA refuse la convention avec Mayotte. cette exaspération contre la pensée ouverte trouve des raisons dans l'éclectisme des références : Sylvie Vartan côtoie Hegel ! -Althusser mesure 25 centimètres dans ma bibliothèque. Althusser ignorait H. je me dis qu'il y a ici même un constat : la faillite du politique. mais il s'égare dans une sorte de conférence. Henri Lefebvre 2 mètres. Sylvia Ostrowetsky fait l'éloge du Droit à la ville. urbain. En moi-même. Les étudiants qui avaient fait mai 1968 dans une optique de changer les choses en profondeur considéraient H. j'insiste sur l'importance de la temporalité chez H. il contestait la cathédrale de concepts. dit G. Le sentiment du professeur qui vit le chahut dans sa classe. H. mais L. pour fêter la sortie d'Espace et Politique. Lefebvre comme leur référence. La vie institutionnelle se développe. Lefebvre avait 2000 étudiants dans son amphi ! Makan Rafatdjou. un très bon chiffre : Jean Pavlevski a donc voulu nous offrir le champagne à Lucette et à moi. à l'intérieur même d'un ouvrage . membre de l’équipe d’animation. j'ai appris que 560 exemplaires de La production de l'espace avaient été vendus depuis janvier. et qui croit que ce vécu est particulier. Paris VIII prétend être une université ouverte aux travailleurs et aux étrangers . Lefebvre acceptait de se contredire. la ville. Nicole Beaurain fait appel à La proclamation de la commune. Clémentine Dujon. à la manière de Hegel. Il cite Brossat pour critiquer la notion de citoyenneté. Chez Anthropos. Robert Joly insiste sur la critique de la vie quotidienne. Je me retourne et regarde le public. Jean-Pierre Garnier intervient fortement. Elle a fait une sortie contre Normale Supérieure.relégation des auteurs qui ont refusé le système . Charlot. Lefebvre n'ignorait pas L. il est un ouvreur de chemins . la théorie du chaos. livre important. Lefebvre.. que les autres ne vivent pas cela. L'AI doit être confrontée aux grands thèmes lefebvriens. Lefebvre l'importance d'Althusser. Peut-être me faudrait-il travailler à la réédition de nouveaux ouvrages. la sociologie agraire. mais ne l'appliquent pas dans le XVIIIe. Pas d'achèvement dans les voies ouvertes : cet inachèvement est insupportable pour l'intellectuel fermé . Nécessité de décrire et d'accepter ce quotidien singulier et de tenter de le comprendre. Les Verts proclament la proportionnelle comme exigence. Mai 1968 n'a pas donné à H. Ce point fait l'objet d'une contestation. Robert Joly rappelle le succès de H. H. Pourtant il n'était pas un polygraphe : H. Lefebvre. Qu'est ce que penser ? est évoqué par un enseignant de Saint Denis (militant GFEN) : Pascal Diard (diardmp@wanadoo. au fond de la salle. galvaudée aujourd'hui : cette idée est partagée par B. espace et territoire". Le débat part très vite. Jean-Pierre Lefebvre évoque le "post-modernisme". Je note la sortie d'Espace et politique (2e édition) que j’ai préfacé : j'en ai apporté vingt-quatre exemplaires et huit exemplaires de La production de l'espace. Althusser.. de la part d’Anne Querrien (du CERFI). Je suis d'accord. 52 . dans les milieux de l'urbanisme et de l'architecture. va être le modérateur de la séance suivante sur le thème de la matinée : "Ville. Lefebvre : La production de l'espace est un éloge de la méthode régressive-progressive. Elle parle de l'influence de ce livre sur la technocratie (Delouvrier.. responsable des Annales urbaines. Jean semble ouvert à cette possibilité. Il a introduit Marx en France. puisqu’à Nanterre (où j’étais étudiant). la théorie de l'information : sa pensée apparaît comme un jaillissement permanent. qui a méconnu et méconnaît la pensée vivante. Labica. vient de faire un texte pour étudier l'influence des Français sur la pensée de l'urbanisme mondial : Henri Lefebvre y est très présent. La dialectique entre la théorie et la pratique lui semble être au cœur de ce livre. L'exigence de la théorie. par exemple). selon une logique de falsification. qui décroche. de la pensée aussi. Reprenant la balle au bond d'une intervention de Makan. J'aperçois Benyounes Bellagnech. Anne Querrien. il a ouvert des voies.

en disant qu'effectivement H. La bourgeoisie n'est plus prisonnière de l'espace. la question de l'autogestion sont des thèmes qui intéressaient H. Sylvain Sangla inscrit dans Nietzsche l'intérêt de H. Pierre Lantz n'est pas d'accord : René Lourau a exagéré en tournant la réalité à ce point : de Paris. la pensée du centre et celle de la périphérie. Cette distinction ne se retrouve pas dans toutes les luttes sociales. Au parti. à une époque où l'on dit (Foucault. il a donné de l'air. Samedi 25 novembre 2000. les concepts forment des constellations . Le mouvement des Lip a été un mouvement au-delà des Lip. le peuple qui se croit en démocratie fait de la figuration. un homme passant d'un domaine à un autre. Lefebvre. c'était confiné . Le capital n'est pas évanescent. par exemple) qu'il n'est plus possible d'être un honnête homme. entre nostalgie du passé et vision de l'avenir. 15 heures Georges Labica parle du mondial : je le relaie en me situant . mais ouverte qui s'enracine dans le quotidien. . À quoi ça sert l'auto-émancipation? De quoi veut-on s'émanciper ? L'expérience de Lip est évoquée. Lefebvre était le dernier intellectuel. une "avancée pour l'émancipation". Lefebvre . Le temps devient le facteur majeur de la différenciation : privilège et vitesse (Salmon) : ce n'est pas la vitesse en soi. Il faut viser à son dépérissement. Anne Querrien me répond. Henri Lefebvre pense profondément que l'État est suspect. et à peser sur elles. en matière politique. Qu'est-ce qu'il y a comme constante dans la pensée d'Henri Lefebvre ? Henri Lefebvre cherche à penser les transformations d'une société. mais les centres de diffusion deviennent diffus : le local peut être repensé. Avant. mais pas dans le stalinisme. Le paradoxe du texte de René Lourau : il a transsubstantié un vécu qu'il n'a pas connu de l'intérieur . il en parlait avec des militants de base (syndicalistes). le mouvementisme : différence entre une élite délocalisée et une population "assignée à résidence". 53 .. Il a fait du bien au marxisme . on ne peut pas produire un discours sur une pratique qui se développe dans les profondeurs de la province. on se sert. Pour lui. on vend. Lefebvre a du sens pour moi. Laurent Devisme (laurent. Trente six personnes présentes à ce moment de la discussion… Jean-Pierre Garnier évoque L'analyseur Lip. Lefebvre.Lourau a été à Besançon. Boltanski et Capello distinguent "critique artiste" et "critique sociale" (Gallimard). on fabrique. Son analyse (De l'État. Comment les acteurs voyaient-ils cette utopie réalisée ? Les ouvriers voulaient garder leur emploi. Relation au mouvement étudiant : les Lip n'étaient pas candidats à gérer leur propre entreprise. Pierre raconte Lip en 1973 : l'assemblée générale journalière . Il souligne la tension. Pierre Lantz : “ Henri Lefebvre a été quelque chose d'important : le suivre était un moyen d'entrer dans le marxisme.. Une pensée devenue monde est un titre pragmatique et problématique. Pierre Lantz a relu La présence et l'absence. je dis que je suis chez les Verts. quatre tomes) est fondamentalement anarchiste. chez Henri Lefebvre.devisme@wanadoo.fr) fait une magnifique intervention sur la transduction chez Lefebvre : j'évoque René Lourau et Implication et transduction. j'ai connu la cellule de l'ENS de Saint Cloud. ”. mais Piaget projetait autre chose. il en a fait une œuvre émancipative. de René Lourau qu’il critique : "mythe de la lutte". etc. La cohabitation des anciens rapports sociaux dans les nouveaux. Ayant été à Besançon. La question de la temporalité est centrale aujourd'hui. La question de l'émancipation. et j’explique pourquoi H. mais sans être idolâtré. dit Benyounès. mais l'accélération des processus qui est à prendre en compte. il ne s'agit pas d'une pensée éclatée. la tradition utopiste permettait de se représenter un futur différent d'aujourd'hui : le présentisme. Lefebvre pour la différence (il a raison !) : différence et égalité doivent être tenues ensemble. Georges Labica : chez H.comme fondement de la pensée de H.

l'autogestion est un processus. et leur activité productive est aliénée par la classe des technocrates . En relisant ces lignes le lundi 27 novembre. on pourrait même dire que leur travail est empêché par la classe des buveurs de sang. Le manifeste différentialiste est. s'inscrivant dans un droit à la formation. au droit à la centralité. ne pas en avoir rendu compte dans L'humanité . Lourau. et pas seulement des intellectuels. Kurt Meyer. des ouvertures multiples proposées par les uns et les autres : ces échanges m'ont stimulé. auteur du livre : Henri Lefebvre Ein Romantischer Revolutionnär 135 . 54 . que j'avais dans mon coffre de voiture. qui a innové par les échanges électroniques qui ont précédé ces rencontres. chez Lefebvre. Le juridisme. Arnaud Spire me dit que mon livre sur H. et un Chinois traducteur de H. création d'une revue. Beaucoup continuent à lire l'œuvre d'Henri. Une élue locale pose la question de l'État : étouffe-t-il ou. de penser à partir de lui. dans l'avant-propos d'Espace et politique). dans la lutte des classes. Georges Labica dit que. Avec Armand. l'accumulation des textes réglementaires va souvent contre le droit : cela me fait penser au Droit à l'université. au développement durable. un outil de lutte prenant sa place. au départ. produisent et reproduisent le savoir. Fin de la matinée. on s'est décidé à poser les questions organisationnelles . produisent la valeur pédagogique. je regrette que ces notes ne soient pas suffisamment explicites. La discussion d'hier sur le concept de "transduction" a eu un effet : j'ai vendu les huit exemplaires d'Implication et transduction. intégrant l'utopie et l'appel au mouvement. L'affaire de Mayotte pose la question d'un nouveau droit : le droit à l'université. 10 heures Thème de la journée : la transformation sociale et l'alternative politique. si on sort quelque chose de nouveau. pour quelqu'un qui n'a pas vécu la rencontre : on s'aperçoit. Lefebvre et que je n'ai pas eu le temps de rencontrer. bref. et si L'humanité survit. 1973. pourtant. Dimanche 26 novembre. 135 136 Kurt Meyer. de Lausanne. des "criminels de paix 136 " . Basaglia et R. Henri Lefebvre Ein Romantischer Revolutionnär. comme livre à paraître. au contraire. cela fait sens. réédition d'ouvrages d'Henri Lefebvre (Pierre Lantz a proposé La fin de l'histoire). Europaverlag. il regrette rétrospectivement. Parmi les acheteurs : Armand. Je regrette de ne pas avoir restituer tous les noms des personnes qui sont intervenues. il est prêt à faire un texte ! On parle du droit à la ville comme d'un socle théorique. on veut aller plus loin ensemble dans trois directions : forum Internet. Wien. Séance animée par David Bénichou et Sylvain Sangla. un livre qui devait s'appeler Le droit à la différence (Henri Lefebvre le présente ainsi. L'expression se retrouve chez F. de René Lourau. Kurt Meyer. des fascistes ordinaires que sont des gens comme Jeanne Chaos et Martin Bouffon-Poussière. on pouvait encore lire Lénine !”. Plusieurs interventions vont dans ce sens : on est content d'avoir participé à ce forum interdisciplinaire autogéré. mais le sens ne se donne pas .Daniel Bensaïd raconte qu'il a fait une maîtrise sur Lénine avec Henri Lefebvre en 1967 : “À cette époque. au droit à la ville. et nombreux sont ceux qui sont restés silencieux ! Notamment ses trois traducteurs anglais ou américains présents. de la richesse des discussions. Lefebvre est remarquable . Les professeurs (de première classe) sont les nouveaux prolétaires de l'université : ils bossent au jour le jour. manque-t-il dans la vie de quartier ? Le long terme devient de plus en plus court : les personnes peuvent être victimes de décisions prises de leur vivant. le sens se construit.

pour écrire une thèse qu'elle n'a jamais terminée : nous avons évoqué notre rapport à Henri. cela inquiète Odile. pensant que j'avais fait un livre sur Le Play avec Bernard Kalaora. Liane Mozère. Aujourd’hui est un nouveau jour : je vais avoir à la maison une secrétaire pour m'aider dans mon travail. S. et qu'elle considérait comme des anciens (Murard. Je lui explique que les 9 et 10 décembre. Réfléchir à l'écriture des autres bouquins en cours : au téléphone.. je fais passer le café. J'étais le seul institutionnaliste "historique" (car il y avait Clémentine et Benyounès qui sont de vrais institutionnalistes. rééditer : Du rural à l'urbain. de Chimère. Je vais me mettre à la préparation des textes dès aujourd'hui. etc). sa mère. 55 . Pour le moment. Hélène et Nolwenn . mais ils sont jeunes) à être présent à cette rencontre est le signe de quelque chose : je suis celui qui peut maintenir le lien que René Lourau avait construit entre Henri Lefebvre et la pensée institutionnaliste. j'étais en première année de sociologie. Jeudi 30 novembre. Lucette. Voilà le chantier : Véro va être ma secrétaire de direction. La fin de l'histoire. ayant deux ou trois ans de plus qu'elle. 7 h 30 Ma sœur Odile est encore dans sa chambre. 7 heures. ma nièce. a-t-il dit. et en attendant mieux. La vente de neuf exemplaires d'Implication et transduction de René Lourau aux Lefebvriens est le signe de quelque chose. j'ai rencontré Jean-Sébastien et Véronique : Véro. qui correspondrait mieux aux titres que j'ai envie de sortir. à quelle époque a-t-elle rencontré Félix Guattari ? Elle parle de plusieurs générations d'étudiants. mais elle était en avance à l’école. Rabelais. il faut refondre La relation pédagogique. et mon désir de le rééditer. quelle chance d'être entouré par des femmes aussi charmantes ! Pendant qu'Odile préparait une salade. j'ai trouvé à la maison : Odile. Lefebvre. puis pendant les vacances de Noël : La théorie des moments. qui me prenait pour A.. un par un. Véronique. L'existentialisme. après avoir terminé Centre et périphérie 2 rapidement. haut fonctionnaire . Du coup. partie en Alsace pour une semaine : j'en profite pour me lancer dans une opération "rangement général". etc. mais je dois m'assurer d'abord qu'il n'est plus disponible.. qu'elle avait réécrit. et moi en retard. Je lui dis mon intérêt pour Psychanalyse et transversalité. m'invite à la prochaine réunion. j'ai appelé Jean Pavlevski : je lui ai fait un compte-rendu du colloque H. il faudrait reprendre L'analyse institutionnelle de René Lourau. Lefebvre. Dans la même collection. À la sortie du colloque hier. mais avant. Elle a lu La somme et le reste à quinze ans . Reprendre contact avec Catherine devient urgent. Anne a deux ans de plus que moi. qu'il lui semblait important que je sorte La théorie des moments : il a raison. Je lui ai dit que nous étions deux personnes distinctes : je lui ai parlé de mon itinéraire. Idée de créer une nouvelle collection : "Anthropologie historique". Armand Ajzenberg me disait hier. Saint André. Long appel d'Anne Querrien. Guattari. Mercredi 29 novembre 2000. Ce doit être ma priorité intellectuelle. Elle me parle du CERFI. dans l'ordre. ne parvient pas à trouver du boulot . En rentrant de la fac. Je veux remonter le courant : faire les livres que j'ai à faire. Je n'ai pas noté que Benyounès a lu rapidement ce carnet lundi : “Il faut le publier rapidement”. ce livre se trouvait dans la bibliothèque de son père. il me faut. Je lui ai parlé de mes propositions de rééditions : il est d'accord. alors qu'elle était déjà en troisième cycle avec H.Lundi 27 novembre 2000. Anne m'explique ses liens avec F.

Samedi 9 décembre. mais aussi garder contact avec les gens du PC : ensemble. qui va paraître chez Economica. Henri Lefebvre et Jean Malory. je ne pense pas que la suspension de H. et je peux même te dire que tu vas publier un livre de lui. de mes projets éditoriaux. que le travail de H. En même temps. Elle va m'envoyer ce texte. Lefebvre à l’intérieur du Parti Communiste entre 1928 et 1958 a souvent pris la forme d’une analyse interne : c’est ce 56 . Christine Delory et Véronique. le thème : l’interculturel. en lisant Kurt Meyer. ma tenue du journal. 9 heures Hier midi. elle m'explique alors sa brouille avec Félix. Lefebvre. Lefebvre. j’étais invité à parler au séminaire de DEA par Florence Giust-Desprairies et J-Y. Lucette. Lefebvre avait été exclu du PC et que l'on n’a pas évoqué ce point dans le colloque. mon livre sur Mayotte doit être une illustration de cette méthode. Lourau. Je ne le savais pas. sa dépression. puis l’élaboration que j’envisage de faire en utilisant la méthode régressive-progressive . comme romantique révolutionnaire ou plutôt comme révolutionnaire romantique. Rochex . même si je rencontre ces deux vieux Lefebvriens.j'anime la réunion de la commission "Éducation. Après réflexion. Pascal annonce qu’il contribue à un ouvrage de Jean Malory. Lefebvre et R. je pensais. Jean est soufflé : -Comment sais-tu tout cela ? Jean accepte une nouvelle collection "Anthropologie" où l’on pourra placer Christoph Wulf. Le projet reste à engager. on peut aider à une remise à l'ordre du jour de H. dîner avec Jean Pavlevski qui m’annonce qu’il a rencontré Jean Malory : Tu connais Malory ? -Oui. dans les rencontres des Verts. Le soir. enfance. Hier. Armand n'a pas jugé devoir le diffuser. Elle me parle des Verts dans le XIVe : Danielle Auffray. j'en parlerai avec Armand. On aurait pu parler toute la nuit : Anne aurait voulu passer un texte sur la liste Lefebvre. est tout à fait passionnante. son hospitalisation suite à la rupture. pour dire que H. Mercredi 13 décembre. on est seulement au-delà. Je lui parle de René Lourau. mais il est accepté sur le principe. J'ai dit à Anne que je pensais qu'il nous fallait faire un groupe de travail institutionnaliste dans cette mouvance. et c'est cela l'important. en montrant mon accès au terrain. En fait je trouve que ce serait mieux de l’éditer dans une collection Anthropologie historique chez Anthropos. par le biais de la relation entre théories des moments et transduction. Je suis absorbé par la lecture de Kurt Meyer : sa présentation de H. H. l'ami d'Alain Guillerm est seconde de liste. J’ai choisi de parler de Mayotte. Lefebvre est très présent dans ma vie : je veux travailler le lien entre H. Lefebvre par le PC soit oubliée : elle est intégrée . formation" des Verts. déjeuner avec Pascal Dibie. c'est un thème à travailler . de l'état du mouvement chez nous . 11 heures 45 Hier soir. chez Economica.

au département des sciences de l’éducation en 1974. en pratiquant le rassemblement de pièces. car il devait être une heure du matin. Lefebvre (pp. et en même temps une phrase de Karl Marx qu’il avait totalement inventé : “L’art est la plus belle joie que l’homme se donne à lui-même”. et qui. malgré ses 80 ans. proposait l’exclusion de notre groupe. pour faire passer un texte refusé quatre ans durant : qu’est-ce qu’un comité de lecture ? comment fonctionne la censure ? etc. je trouve que cela manque d’intellectuels capables de repenser politiquement le monde actuel. pour faire paraître Contribution à l’esthétique (refusé par la censure). Lefebvre . Meyer sur la conception de l’œuvre. Lefebvre du Parti a une cause proche : le rapport Khrouchtchev que H. Pourquoi a-t-il attendu d’être suspendu pour partir ? La logique de H. en 1945. et il avait trouvé une voiture pour rentrer à Montreuil. une autobiographie. quatre mois après son élection. il ne savait pas que j’ai fait un livre sur lui. 57 . Cette discussion sera prolongée : on s’est promis de se revoir. Kurt Meyer ne comprend pas que Lefebvre n’ait pas quitté le Parti en 1938. il a mis en exergue une phrase de Janov (le censeur stalinien) d’une banalité totale. Lefebvre montrait qu’il suffisait d’écrire deux phrases en exergue. à la fête donnée en l’honneur de JeanMarie Brohm. j’ai eu une discussion longue et prolongée avec Marc Perelman. qui a un Institut universitaire professionnel sur les métiers du livre à Saint Cloud . etc. n’a pu s’empêcher de me dire : “Pourquoi t’intéresses-tu à Lefebvre ? Tu n’es pas marxiste !” Boris m’a fait raconter ma relation avec H.que je dégage de ma lecture des chapitres sur le stalinisme. 112-115) : faire ces lectures. Ils voulaient aussi refaire La production et l’espace : j’ai eu de la chance de passer avant. il dirige les Éditions de la passion. Samedi 16 décembre. recevant alors l’appui de tous les staliniens du département ! Boris est trop vieux. C'est un type d'action qui ressemble beaucoup au dispositif que j’ai construit avec Les cahiers de l’implication. qui peuvent s’agencer dans un livre. Tout naturellement. Lefebvre avait lu à Berlin. Je lui ai dit : “Actuellement. professeur d’université. Boris c’est celui qu’avec Lapassade. qui ridiculisait totalement la censure soviétique a aussi joué. Patrice et Antoine. J’ai envie de me replonger dans le marxisme. où il habite.” Il était dubitatif. mais cette histoire de fabrication d’une phrase de Marx. Lourau : les Éditions de la passion seraient intéressées de rééditer L’analyse institutionnelle. J’ai lu les passages de K. que construit H. à l’occasion de ses soixante ans. L’exclusion de H. Le climat de la soirée était “marxiste”. et que les Communistes français considéraient comme un faux. la discussion est venue sur H. On a dû se séparer. Lefebvre et R. Lefebvre a été le combat de l’intérieur contre le dogmatisme. est tout à fait important. contre le stalinisme. Pour moi. on a fait entrer à l’université de Paris 8. Ainsi. Boris Fraenkel. qu’est-ce que le pouvoir des censeurs ? Vendredi 15 décembre. midi Hier soir vers 23 h 30.

Lourau n’avait jamais évoqué H. s’est lié avec lui. pour les prochaines vacances ! 58 . lui explique G. lors de mes interventions. de G. Régine Angel m’a dit. Quand R. dans son séminaire. que. 8 heures En relisant le compte-rendu du séminaire d’AI d’hier. Lorsqu’il rencontre Georges Lapassade. et de rajouter une partie pratique (psychothérapie institutionnelle. J’ai été conduit à parler de H. dans un premier moment. lorsque mes livres paraîtront sur cette question. -Si tu reprends ces textes. que la rencontre ultérieure avec Georges Lapassade. 1953) . sur le discours du professeur (son mot à mot). H. Guattari. René Lourau abandonne l’idée de travailler sur le surréalisme. dont le bilan paraît en 1970 . Lourau ? Je ne pense pas. Lapassade détourne R. lorsque naît le Groupe de pédagogie institutionnelle (GPI). mais le manque de contextualisation de sa pensée. Dimanche 17 décembre. en lui faisant visiter la clinique de La Borde. Fais ta thèse à partir de ça. J’ai téléphoné à Economica ! Voici pas mal de travail. Du rural à l’urbain… La fin de l’histoire ! On est sur la bonne voie. je lis la thèse de R. G. et il dépose un sujet sur l’analyse institutionnelle. Lucette parlait avec Jacques Ardoino. devait constituer le corps de la thèse. en lui faisant lire les textes de la psychothérapie institutionnelle . Lourau . Lapassade.pour saisir le lien entre K. déjà pratiquement composé : il suffit de reprendre les textes choisis par G. Lourau de ce projet : il l’initie à l’AI. Lefebvre ne comptait pas pour R. il y a là des textes d’Hauriou. Très vite. chez Dominique Samson et Régine Angel. une centration sur "les mots" de R. Oury. pédagogie institutionnelle. il risque de ne plus être en mesure de changer sa Weltanschauung ! J’ai eu le temps de lui parler de Kurt Meyer et Ulrich Müller-Schöll : pendant ce temps. René Lourau est attiré par une thèse littéraire sur le surréalisme : il a écrit à Henri Lefebvre. Lourau. le manque de mise en perspective laisse sur sa faim. Il y a. Marx et R. avant même qu’elle ne soit publiée . fait par Gilles Deleuze sur le thème Instinct et institution (Hachette. Deleuze. à la sortie. tu peux expliquer le concept d’institution. Lefebvre. F. Lourau. Mercredi 20 décembre. Tarde. je partage déjà le paradigme : j’anime le séminaire d’AI de Reims (1969-70). je ressens le besoin de prolonger ma réflexion. En 1964. Lefebvre. Leur rencontre est aussi importante pour lui. Une lettre de Catherine Lefebvre m’autorise à rééditer L’existentialisme. Lefebvre : voulait-elle dire par là que H. Lourau soutient sa thèse. La fixation de l’étudiant. Lefebvre a accepté une thèse sur le surréalisme . oublie de contextualiser une réflexion : j’aurais voulu parler d’herméneutique (terme employé par Jean-Louis Le Grand) . Georges Lapassade donne à René le choix des textes. le Rabelais. René Lourau voit ce qu’il peut faire : il s’implique dans sa classe pour mettre en place l’autogestion pédagogique. c’est dans cette direction qu’il faut aller. je fais alors ma maîtrise avec H. socianalyse) qui. R. il lui fait rencontrer J.

L’instituant contre l’institué . Véronique a rangé toute la journée : les choses avancent vite et bien. pour moi. entre Georges et moi ? Ma condition d’exister passe par la conciliation de plusieurs héritages. Lefebvre ? Pourquoi H. De plus. Jean accepte le principe de rééditer L’analyse institutionnelle de René Lourau. Quand l’adolescent dénonce ses parents. Lefebvre ? N’est-ce pas parce que Sartre doit quelque chose à H. il accepte que l’on remette sur le chantier Itinéraire de Georges Lapassade. que j’ai à Sainte Gemme. 59 . ou mieux. je vais m’occuper de la présentation de Du rural à l’urbain. Isabelle Nicolas (sur l’espéranto) a eu la mention très bien. thème à développer dans la préface à L’existentialisme.Mercredi 20 décembre. Qu’est-ce que Georges rassemble en 1962 ? Sartre. Suzy Guth. Lucette et Charlotte viennent de prendre la route de Charleville . il préférerait un livre sur Le mouvement institutionnaliste. à la fac. Hier. et tout se déroulera comme une mécanique bien huilée. en 1973. à s’articuler : il ne me reste plus qu’à trouver un éditeur pour Le droit à l’université. par Georges. mais elle pensait qu’il n’était jamais paru ! Ma connaissance de la maison Anthropos des origines. et quoi d’autre dans la psychologie ? Quand. Le mouvement institutionnaliste sera la version française. Pendant ce temps. 23 heures. par un travail d’exploration des origines . remonter dans le passé pour dégager les virtualités du présent. la néotomie. que j’ai vécu comme un libérateur. je suis allé chez Anthropos . lorsqu’ils composaient ensemble Les clés pour la sociologie (1971) qui eut un beau succès. Lefebvre ne soit une ombre entre Georges et René. j’ai déposé L’existentialisme qui devrait être scanné. au nom de l’AI. Je suis très actif en ce moment : j’ai une sorte d’hyper vision de ce que je veux faire. à moins qu’H. Lapassade et R. J’ai écrit ce matin la préface à la seconde édition de Centre et périphérie (rendu ce matin). qui travaille sur les "Post-modernes" américains. Pourquoi G. est précieuse pour cette maison : il me faut trouver un exemplaire du Rabelais. il est réticent pour un livre sur René Lourau . Lapassade est-il contre H. m’a dit qu’H. Lefebvre était dans toutes les bibliographies américaines : il apparaît comme l’inspirateur du postmodernisme. Vendredi 22 décembre. Je suis entré dans “le moment créateur”. étaient présents à la fondation de l’AI. Exode a eu la mention assez bien. dans le “moment de la création” : j’ai connu cette transe chez G. à condition que l’on trouve un autre titre. il oublie que ce sont eux qui l’on fait : refonder l’AI passe. Lourau. Ce livre serait à rééditer : il est quelque part dans la veine “marxiste”. comme l’auteur de théories m’aidant à dépasser mes aliénations personnelles (tant psychologiques que politiques). du Manuel d’analyse institutionnelle. ou mieux. deux soutenances de DEA avec Patrice Ville (et Daniel Lindenberg. Annie Bouffet ne pensait pas que le livre fût sorti chez Anthropos : elle l’a retrouvé comme “annoncé” dans un catalogue. comme un stalinien ? Il faut que je parvienne à parler de ces choses avec lui. je ne voyais pas que les psychologues de l’ARIP que j’affrontais. un séminaire improvisé a regroupé 10 personnes dans la salle A 428 : on a signé un manifeste pour créer un site “analyse institutionnelle” sur Internet. je me battais contre la psychosociologie. Lefebvre. demandé par Christoph Wulf. est-il encore aujourd’hui vécu. pour la première) : beaucoup d’étudiants présents. Ensuite. par contre. Tout commence à s’agencer. de la post-modernité. De mon côté.

Lefebvre. puis après le petit-déjeuner. vers 7 heures. dans le texte. Mais il y a de très bons passages sur des thèmes variés : livre important. tout H. sorties à six mois d’intervalle en 1973. Mardi 26 décembre. Hier matin. Dans la bibliographie sur l’IS. Introduction à la modernité. un ouvrage important que j’aime particulièrement. Cet ouvrage récupère H. 11 heures. 15 heures. 19 heures. manière de régler le problème d’attaques éventuelles. il intègre à la bibliographie : tout F. sur “savoir et connaître” : fondamentales pour une critique de l’équipe Charlot (Rapport au savoir). j’ai bien avancé la relecture de ma correspondance avec de Luze : j’ai décidé de supprimer les lettres concernant les conflits à la fac. 5 sur 5. de la part des personnes concernées. j’ai trouvé deux éditions différentes de La survie du capitalisme. sur la théorie des moments (p. Dans Introduction à la modernité 138 . un cadeau de Charlotte et Miguel. de Minuit. 155-157). Paris. Lourau habitait rue de la Louvière ! H. éd. Je suis en phase. sorti en 1970. les trois pages de développement sur la transduction (p. je commence ma relecture de Qu’est-ce que penser ?. à partir de ma lecture de La présence et l’absence. de la Louvière 137 : Noël se termine de façon très studieuse . À Sainte Gemme. il réfléchit sur des aspects peu explorés jusqu’à maintenant. Lucette a choisi de boire un Graves 1994 : un Château L. mon livre sur H. Lefebvre (67 références). Charleville. je me mets à Du rural à l’urbain. avec la sensibilité de H. mais surtout un moyen de centrer l’ouvrage sur le thème du Moment de la création. 2000). 328 et 338). 60 . Dans Qu’est-ce que penser ? je relis attentivement les pages 16 et suivantes. Guattari. Les développements sur le classicisme et le romantisme recoupent la philosophie qui se trouve derrière ma Valse. la transduction apparait dans mes lectures du jour. deux livres de Jacques Guigou. Mon introduction doit signaler le texte de 1953. mais sur papier différent. est un livre très complet . Lourau. je me mettrai à la rédaction de l’introduction. Lefebvre. Départ pour Charleville à 13 heures avec Miguel. je relis les pages sur la construction des situations (p.Lundi 25 décembre. aucune référence à G. par contre. dont Du rural à l’urbain. 137 138 R. On fait halte à Sainte Gemme où je prends plusieurs ouvrages de H. Charleville. avril 1962. sur la méthode régressiveprogressive. Après ce livre. l’auteur fait l’éloge de mon livre sur les Maos . Mon édition sera donc la troisième. j’ai vu apparaître Simondon . Lefebvre comme “de l’intérieur” ? Le ton de l’ouvrage est juste. que je termine vers 14 heures 30. Lapassade et R. Lefebvre . Dans Introduction à la modernité. de plus. Lefebvre. sur le moment de l’œuvre. et réédité en 1973. Dès que j’aurai terminé cette relecture. je me suis mis à une lecture systématique du livre de Laurent Chollet : L’insurrection situationniste (Dagorno. 338) : beaucoup de chose dans ce livre. lire à côté de la cheminée est fort agréable. Ce matin. Ce soir. concernant l’institué et l’instituant social depuis le moyen âge : sa lecture de Stendhal serait autonomisable (12e prélude).

Lucette me donne des coups de genoux sous la table : réinvestir sur les Ardennes n’a pas de sens pour elle. de très beaux passages : ce qui est dit de la religion catholique est proche de ce qui deviendra Éloge du péché. Je voulais alors penser les Ardennes. Je me replonge dans Qu’est-ce que penser ? Parallèlement. On a pensé son travail intellectuel : -Penses-tu qu’être adjoint au maire de Charleville est conciliable avec l’activité intellectuelle ?. Vendredi 29 décembre. en dehors des tribulations bureaucratiques du Parti. que je souhaitais rééditer était dédicacé à A. tête de liste des Verts à Charleville : Philippe a une licence de philosophie. en tentant une systématisation. comme H. Lourau permet de dégager des pistes : Philippe a été stimulé. 13 heures Dans Le manifeste différentialiste. Je repense à mon article “La sociologie périphérique dans les Ardennes”. Lourau. Ce travail peut avoir sa place dans le livre sur R. Pépé pense que j’ai raison de m’orienter dans cette voie. j’ai commencé ma journée par la lecture de 20 pages de Das System und der Rest : j’y trouve une idée pour construire mon livre sur René Lourau. j’ai senti qu’il me fallait penser l’Université de Charleville (voir L’Ardennais du 27 décembre 2000) dans Le droit à l’université. je viens de relire les pages concernant le 10 juin 1995. Navarrenx. Il faut s’organiser pour dégager du temps. paru dans Les temps modernes vers 1976. -Il faut que tu nous écrive un projet de développement durable.Je viens de terminer La survie du capitalisme : bonne critique sur l’AI de 1971 (p. et que je voulais proposer une issue au mouvement. dont il propose le mode d’emploi. qui partageait avec moi cet intérêt pour l’engagement théorique à la périphérie. que l’on développe parallèlement. Lefebvre. Patrice Ville. Lefebvre a pensé Campan. Lefebvre et R. Philippe a besoin d’une théorie sur les Ardennes. -Pourquoi pas. long moment avec Philippe Lenice. m’a-t-il dit. Mercredi 27 décembre. Hier soir. Penser demande une organisation de vie. je pense à Lourau : a-t-il pensé ? Que pensait-il ? Quel était son objet ? Qu’est-ce que penser ? (p. Dans le livre d’or de Sainte Gemme. je ne domine pas Le manifeste différentialiste (à relire de toute urgence). a-t-il continué. Lefebvre. 11 heures 15 Ce matin. René Lourau Dominique 61 . Relisant H. Jeudi 28 décembre. moyen de redéployer le chapitre du Dictionnaire des philosophes en le réactualisant. 77). Ulrich MüllerSchöll consacre un passage. Esprit… : un nouveau livre à faire. mais plusieurs moments différents. 145) : Lefebvre invite à rassembler les textes de Philosophies (1925). m’a-t-il demandé. -Il faut qu’un intellectuel s’attèle aux Ardennes. peuvent s’enrichir mutuellement. En marchant avec lui. Relire H. je commence une indexation des thèmes à reprendre . à survoler l’œuvre de H. 12 heures. où nous nous retrouvions : Antoine Savoye. Sainte Gemme. L’exemplaire de Du rural à l’urbain (1973). et il est inscrit avec moi en maîtrise sur “Formation au développement durable” : je lui ai expliqué que je m’étais mis à penser. les Pyrénées.

Lefebvre. pour se joindre à R. Lourau. 9 heures. chez lui. ce serait bien.Hocquard. long mail de Gaby Weigand. Pour H. et nous allons reprendre la route de Paris. et un excellent accueil du maître de céans”. Lefebvre. j’ai relu avec plaisir la présentation de la troisième édition : brillante et éclairante. à 19 heures 30. Samedi 30 décembre. Christine Delory et une dizaine d’autres convives. J’en suis à 13 pages. Lefebvre. pour dissocier mes études lefebvriennes de mes études louraldiennes. Lourau m’avait bien aidé pour ce livre. Barbier. Gromer et les Anding qui viennent dîner. lorsqu’il est parti à Poitiers : il perd sa place (centrale) à Autogestion . Lourau. -Il faut être rigoureux. Je vais écrire une lettre à Catherine Lefebvre pour lui demander de m’accorder les droits de : La survie du capitalisme. où il n’est même plus présent (1978). en me donnant trois entretiens faits avec Henri. Je dois aller le chercher. commentant ce journal : pour mon livre sur R. Lapassade vient d’appeler : il rentre des Pyrénées. Je veux vérifier toutes mes sources . Il faut tout dire. Mais je veux aller jusqu’à 20 : cela me demande plus de travail que je ne l’imaginais. Je n’ai pas le temps de noter les autres commentaires. Yves Etienne. Selon elle. La collection AI. Il en est de même pour R. Patrice : “Une journée d’exploration des possibles à la lueur des éclairs du passé dans une maison propice. plus précisément sur ma présentation de Du rural à l’urbain. Le Play est vraiment réactionnaire et non scientifique (1er chapitre de Du rural à l’urbain) : pourquoi A. R. J’ai chargé deux gros cartons de livres : ma bibliothèque “Lefebvre”. en sachant que l’actuel se potentialise. Je travaille sur H. Hier. 62 . Lefebvre : R. dont G. Lefebvre. Qu’est-ce que penser ? Si j’arrivais à republier ces livres cette année. On a parlé de mon projet de livre sur R. Lourau. G. Dans La somme et le reste. c’est sensible à la relecture du numéro bilan. personne ne peut faire cela mieux que moi : Gaby est vraiment quelqu’un qui m’encourage. que j’ai développée avec Antoine. était vraiment une réussite. La soirée a été riche. bref : l’avenir existe. Dimanche 31 décembre. il y a dix ans . F. Lourau sera important. 15 heures. Le droit à la ville. Lapassade. Lefebvre et R. au retour de Saint Gemme. je suis amené à relire mon livre sur H. S. Lapassade. vers 4 heures 30. je l’ai rencontré à Sainte Gemme”. Gaby pense que développer une partie sur les relations entre H. les numéros de revues (1966 à 1980). Contribution à l’esthétique. où ont écrit G. C’est mon chantier du centenaire ! Je vais ouvrir un nouveau journal sur H. Gilles Monceau et moi-même. René avait écrit ce jour-là : “Actualiser le potentiel. dommage que je sois parti à Reims : cet exode est sans aucun doute à l’origine de ma marginalisation de l’équipe parisienne. Je travaille depuis deux jours à la préface de Du rural à l’urbain. J’ai reconduit G. H. a dit Georges. sur le rapport de René à Henri. s’est-il embourbé dans l’école le playsienne ? Lundi 1er janvier 2001. Gancho est rentré du jardin. Lourau.

je me consacrerai à la relecture (2 partie) de ma correspondance avec de H. Ce livre est en contrat chez Anthropos : on peut le rééditer. Lourau. Je veux tenter une expérience d’écriture totale : j’envoie ces pages à Christine par mail. avec sa postface et la préface de R. Un an après.Je lui ai demandé de mon donner son texte sur la secte. pour lui en proposer un abrégé pour sa collection de poche. et le trouve très fort : je suis sur la bonne voie. Merci d'annoncer votre participation en réponse à ce courriel et. Message (de Francfort) de Christine : elle a lu la première ébauche de mon texte. Mardi 2 janvier 2001. sur sa thèse. une musique. ensuite. c’est fatigant d’écrire dix pages le 1er janvier. quelque part entre Rambouillet et Paris 8. je relis sa première partie : parfaite . pour la réédition de La survie du capitalisme. Et si je parvenais à écrire un ou deux rapports de thèse. Je veux aller porter ce livre e terminé aujourd’hui. le jeudi 11 janvier 2001. pour travailler plus vite… Christine m’a apporté. -Tu l’as déjà mille fois. Chacun est invité à apporter l'extrait d'une œuvre de René ou encore d'un texte qu'il aimait à citer. de Luze. Hier. Je continue à écrire Le sens de l’histoire. pour lui demander de me procurer la réédition de Pyrénées. Hier soir. J’y ai répondu immédiatement. Ce matin. j’ai trouvé le message suivant. 63 . Travail avec Madame Bensouiki. Lefebvre qui doit compléter Du rural à l’urbain : elle me relaie dans cette tache. un dessin. Jeudi 4 janvier 2001. Lefebvre. de H. très fort : j’ai fait un courrier à AnneMarie Métailié. envoyé par Jean-François Marchat : -René Lourau a pris la clé des champs. d'envoyer le document que vous auriez apporté : ce sera aussi une façon d'être ensemble. de Stalingrad à Saint-Denis. mais il faut faire la préface . pour en être débarrassé . ceux qui ont été enrichis de sa présence se retrouveront au Restaurant Violas. 38/44 av. si vous ne pouvez vous joindre à cette réunion. relecture de mon livre sur H. Lorsque Véro arrive. pour dire que je serai là. je rédige dix pages pour la troisième partie . Merci de prévenir les amis de René qui ne figurent pas sur la liste des destinataires de ce message : tous sont attendus. j’ai bien avancé la bibliographie d’H. Lefebvre. l’interculturel : cela marche. Le soir. une photo autrefois partagés avec lui. mais elle est partie à Francfort. le livre tient la route. j’ai laissé un message à Pierre Lourau. de nombreuses pages du Sens de l’histoire : je passe l’après-midi dedans . À bientôt. pour ne pas laisser en rade mes tâches administratives ! Il me faut l'accord de Jean. à partir de 18h30. -Je voudrais la disquette. de Constantine. puis à la rédaction de mon introduction sur le moment de l’œuvre. mais je m’impose ce rythme pour l’année de mes 54 ans. le 11 janvier 2000. ce nouveau chantier est urgent. puis les chapitres sur le jardin. ce 31. Mercredi 3 janvier 2001.

pour parler : il se réjouit que ce livre sur René paraisse . directeur de thèse. Lourau en cite une édition de 1978. Gallimard et aux Presses universitaires de France. Lefebvre. Pour densifier. mais je trouve celle-ci encore plus émouvante avec une préface de René. En échange. les préfaces de René aux livres d’Henri. F. nous envisageons ensemble quelques développements possibles. que le 139 Michael Lowy. Lefebvre avec G. au téléphone. Charlotte m’apporte son texte "De la notation à l’interprétation en danse contemporaine". Pour une sociologie des intellectuels révolutionnaires. mais difficile à présenter à un large public : les auteurs élèvent à un très haut niveau de réflexion. tout en rangeant la maison avec Véronique : je téléphone à Pierre Lourau . il s’est procuré Pyrénées qu’il m’envoie demain matin en colissimo. Lefebvre. Je termine la lecture de la seconde édition de Pyrénées. Elle me donne aussi "L’anamnèse du visible". En effet. parue en février 2000. Lefebvre. J’avais beaucoup aimé la première édition. d'H. un mois après sa mort. Ce livre. Le Lapsus était dédié par René à Henri Lefebvre. Lyotard. mais il ne semble pas l’utiliser. PUF. R. chapitre de La présence et l’absence. que je lis immédiatement et que je trouve bon . Samedi 6 et Dimanche 7 janvier 2001. 23 h. pour leur parler du Centenaire d’Henri Lefebvre. La postface de Pierre Lourau donne un certain nombre d’informations erronées (lieu de la soutenance de thèse. Ce livre ne mentionne que deux fois le nom de H. dans Le lapsus des intellectuels (bibliographie). trouvée ce soir. de H. Armand me dit qu’il connaît M. Lukacs. 30. Il m’invite à descendre chez lui. pour lui demander de m’accorder les droits de : La survie du capitalisme. Elle aime le style d’Henri. j’ai appris que Publisud n’a pas épuisé la première édition de Qu’est-ce que penser ? Toute la journée. Contribution à l’esthétique. Il faudrait publier en ouvrage autonome. il me demand pourquoi je n’ai pas encore édité les inédits de René. livre important. ignorant le rencontre de H. disparition d’une thèse déjà écrite sur le surréalisme…). J’écris une lettre à Catherine Lefebvre. qu’elle a connu. une question pratique assez banale. qui doit m’aider à élaborer mon texte pour Le sens de l’histoire : cette réflexion est en phase avec mon travail. vers 19 heures. j’utilise Âme et compétences.J’ai lu également Pour une sociologie des intellectuels révolutionnaires de Michael Lowy . Georges Lapassade. je travaille sur Le sens de l’histoire. alors qu’elle n’avait que 10 ans. qui me font prendre avec précaution des anecdotes attrayantes. Lundi 8 janvier. Lowy. de J. Paris. je lui fais lire “L’œuvre”. daté mais passionnant sur G. Le droit à la ville. 1976. ses parents et Françoise . 139 Vendredi 5 janvier. 64 . où il y a un paragraphe génial sur Du rural à l’urbain. en rentrant d’une négociation d’intervention d’analyse institutionnelle à Créteil. Je passe tout le week-end à écrire mon “retour” sur Le sens de l’histoire : j’ai déjà fait 42 pages. J’écris aux éditions Casterman. Lukacs : pas mal de chose sur Max Weber et la pensée allemande du début du XXe siècle.

plutôt qu’à H. de publier chez Anne-Marie Métailié un petit livre de poche sur H. J’ai également rencontré Noëlle Châtelet. Invité ce soir à la cérémonie des vœux du Ministère de l'éducation : j'aurais eu envie d'écrire. inspecteurs généraux invités au Ministère. Appel de Pascal Dibie. levé très tôt pour terminer mon texte sur Le sens de l’histoire. j'ai aussi découvert la belle bibliographie faite des ouvrages d'Henri : j'ai rajouté la nouvelle édition de Pyrénées. il veut le voir centré sur le mondial. Ce matin. dont un certain nombre de connaissances : j’ai pu échanger quelques mots avec Jacques Lang qui était heureux d’apprendre qu’un étudiant de Reims (il y enseignait quand je faisais ma licence de droit) était devenu prof de fac. mais j’étais là pour les Verts. il est prêt à participer à l’une de nos réunions. ne fonctionne plus. G. Il me propose de lui donner la Théorie des moments. rangement me permettant de remettre la main sur des documents. que j’ai suspendu à 18 heures 45. 16 heures. ayant une certaine importance par rapport à mon projet de livre sur René . rue de Grenelle. j’ai évoqué le centenaire de H. Lapassade. ainsi de moi ? et mes filles ? et mon fils ? Mardi 9 janvier. avec Romain. Mon frère parlerat-il. avec mon café à la main sans allumer la lumière. Échanges avec Renaud Fabre : il voudrait que je passe le voir à la présidence de Paris VIII . Je lui dis mon idée. J’ai discuté avec Denis Huisman qui m’a proposé d’écrire un chapitre sur “Le marxisme français en philosophie”. je rentre dans mon bureau. quand on représente les écolos ! Beaucoup de gens. Ce matin. que j’ai pu parler de notre commission éducation : si nous l’invitions. de 1964 à 1985 .biographe a envie de s’approprier ! Mais il dit quelque chose de lui qui est émouvant. Le moment mondain a succédé au moment d’écriture sans transition : je n’ai pas eu le temps de me changer. Il m’a raconté tous les potins entourant l’aventure du 65 . secrétaire d’état à l’enseignement professionnel. mais je ne veux pas manquer l'occasion de rencontrer Jack Lang et Jean-Luc Mélanchon. avec lui. Lefebvre : il est enthousiaste . ce qui me donnait un look “différent” des recteurs. J’étais bien parti pourtant hier soir dans la relecture de ce texte. le philosophe. Il a lu Logique formelle et logique dialectique (2e édition chez Anthropos) : il trouve bonne. pour le mini-tennis. en 200 pages. s’étonne que Pierre consacre la postface à son frère. Lefebvre : chance d’avoir ce témoignage de ce que la famille de René a retenu de lui. Mercredi 10 janvier 2001. Gallimard. du coup. Lefebvre. l’idée de rééditer l’œuvre d’Henri. elle est l’auteur de onze romans chez Stock. je reçois un pli apporté par coursier : les épreuves de mes préfaces de Du rural à l'urbain et de Centre et périphérie. Nous sommes arrivés à l’heure. qui fut l’épouse de François. mais c’est surtout avec Jean-Luc Mélanchon. Je mets au propre ma bibliographie pour Centre et périphérie. J’ai salué Francine Demichel. Je me suis mis à la correction d'épreuves immédiatement . pour aller 110. avant d'aller reporter le tout chez Anthropos. et c’est normal d’être différent. Et je renverse mon café sur le clavier de l’IMAC qui. pour un ouvrage collectif qu’il coordonne chez Plon sur L’histoire de la philosophie française.

compariason des deux éditions. Morin. Müller-Schöll pour Paragrana. L’année Lefebvre a commencé avant le 1er janvier : je relirai 140 Jean-François Raguet. le 11 janvier 2001 : Remi Hess. dont je partage les perspectives. Pour moi. et cinq ou six coupes d’un excellent champagne : le buffet était magnifique.F. 1984 et 1993. À ce moment-là. mais sur l’écran de mon ordinateur. Il y a deux moments dans l’écriture d’un livre : celui où l’on façonne les briques. sur la méthode régressive-progressive. L’insomniaque. la construction est une ligne de production de briques : on escamote la seconde phase du travail. Maintenant. J’ai abandonné U. avec Véronique. du Dictionnaire des philosophes. 262 pages. je n’avais pas ouvert de nouveau cahier : je continuais à écrire sur H. Lefebvre. j’avais la bibliographie secondaire concernant les travaux écrits sur H. 18 h 30. Bref. La relecture est longue : elle est multiple et plurielle. dans le Dictionnaire des philosophe : je n’en disposais pas de version numérisée.. Chaque jour. Dans le journal. 66 . je parviens à lire de l’allemand. de mon livre sur H. J’ai retrouvé quelques amis ayant des fonctions au ministère. Bernard Jabin. dont Thierry Talon (qui fut chargé de cours à Paris VIII. très importante dont je veux connaître à fond l’ensemble des numéros : je repère les lignes réflexives d’auteurs comme Alois Hahn. Samedi 13 janvier. Lourau et celles sur H. relue et corrigée. Présents à la cérémonie d’hommage à René Lourau. d’Henri Lefebvre. La logique du plan apparaît alors progressivement. De la pourriture. Christine Delory-Monberger. Véronique a encore tapé mon article sur Henri Lefebvre. Petit Roland. La deuxième phase est celle où les choses s’agencent : on écrit des transitions. Mostafa Bellagnech. On a décidé de lire un passage de René. la préface de Georges Labica à Métaphilosophie qui signale 3 textes que j’ignorais. à la grande époque de Georges Lapassade). Lefebvre. 2000. Jean-François Marchat. Lourau. Lefebvre. jusqu’à aujourd’hui. et il faut savoir finir. que nous aimons particulièrement : je choisis le passage de la préface de Lourau à Pyrénées. En direct du Violas. Je commence mon journal L’année Lefebvre . Bernard Lathuillère. la revue internationale d’anthropologie historique. Lefebvre dans mon journal d’AI. On a parlé de H.Dictionnaire des philosophes : on a parlé des effets du livre de Jean-François Raguet 140 sur les PUF. Alain Grassaud. celui où l’on élève les murs pour construire l’œuvre. on introduit des notes. et conduit à refaire des morceaux nécessaires. en pleine forme : je pensais commencer mon livre sur R. Lefebvre : il a suivi ses cours à l’école pratique en 1968-1969 ! Je n’ai pas pu voir E. mélangeant les notations sur R. organisé par J. comme premier exercice matinal. Ourega K. des renvois qui valorisent le texte. pour l’harmonie de l’ensemble. il y a deux supports distincts. 7 h 30 Réveil à 7 heures. Exode Daplex. J’ai donc travaillé cette bibliographie. Dominique Samson. Régine Angel. Tani Dupeyron. ainsi que tous les travaux récents que j’ai pu archiver. qui était là. à partir de plusieurs bibliographies : celles d’Ulrich Schöll-Müller dans Das System und der Rest. trois heures de contacts riches. Anne-Laure Eme. Hier. Marchat au restaurant Violas. Nous avons fait ce texte.

Depuis que je le connais. H. mais il y a très longtemps. À 23 heures. Lefebvre à Sainte Gemme. Hier. j’ai reçu Métaphilosophie. Je vais donc continuer aujourd’hui. Lourau : La mort d’un maître. que je découvre. Ce fut assez intuitif. un signe : depuis 1990-92. pour avoir ses livres constamment disponibles. Hier à midi. Je décide d’élargir ce chantier : tous mes livres de H. J'ai lu des extraits à Charlotte. j’avais l’idée de rééditer La production de l’espace. centré sur mes rapports avec R. j’ai découvert un début d’indexicalisation. paru chez Messidor. que je viens d’envoyer par mail à Caroline Hugo. mieux centrées sur des objets. 140 à 225 de Métaphilosophie. 9 heures Relecture de l’ensemble de mon journal d’AI : j’ai dégagé de ce journal. j’ai recopié les passages concernant H. je dispose de réflexions. Lefebvre devront être relus dans cette perspective. je me suis mis à la lecture de ce livre. pour reprendre tout ce qui concerne H. journées de travail autour du livre sur R. Lourau. je veux me mettre à l’écriture du livre sur R. je relis l’ensemble de mon journal 2000. J’ai promis à Charlotte de lui donner un exemplaire de ce livre (j’ai souscrit à 20 exemplaires). Ce gros travail permettra une efficacité ultérieure. Ce livre est difficile. Mercredi 17 janvier 2001. 67 . Lefebvre : j’achetais ses dernières rééditions en deux exemplaires. j’avais transporté ma bibliothèque H. j’ai relu mes lettres à Hubert de Luze (février 1999-février 2000) : là encore. j’ai reconstitué à Paris un rayonnage de livres de H. À l’occasion de ce travail. non réfléchi : depuis longtemps. Je viens de terminer les 4° de couverture de Du rural à l’urbain et Centre et périphérie. je n’en étais qu’à la page 140 (il y en a 300). et de manière superficielle.donc mon journal d’AI. Lefebvre pour l’intégrer au début de ce journal : je fais le même tri en ce qui concerne Mayotte. et je trie ce qui concerne H. qui va me permettre d’avoir accès immédiatement aux idées que je cherche. j’ai donc continué à en faire un index minutieux. venue à la maison le soir : elle adore ce texte. on peut voir les prémices de ce qui va devenir cette année : une recherche systématique. le texte de Patricia Latour et Francis Combes. Lefebvre. mais inconsciemment. commencée à Charleville : en lisant les pp. mais les choses se sont faites sur une longue durée. 8 h 30. Peut-être l’avais-je lu ? Il me dit quelque chose. Hier. Pour m’obliger à une lecture attentive. Samedi et dimanche. Lefebvre est présent dans ma vie. les parties concernant H. pour permettre aux livres de sortir en février. j’ai survolé Contribution à l’esthétique : la préface sera difficile à faire pour moi. accompagné d’un petit mot d’Armand : Aussitôt. Relecture de Conversation avec Henri Lefebvre. Lefebvre et je le rapporterai ici devant. Ainsi. Ainsi. Lundi 15 janvier 2001. En même temps. Lefebvre. j’ai construit un index matière. À cette occasion-là. Lourau.

c’est la notion de résidu. Pourquoi ? En Argentine. il me fallait faire cinquante pages de préface. peut-être lu il y a longtemps (à l’époque de la rédaction d’Henri Lefebvre et l’aventure du siècle). l’un des résidus. mal traité administrativement. éclatés : lorsqu’ils parviennent à vivre d’une seule activité. totalisation de la pensée de H. et plus généralement sur l’interculturel. Une raison qui explique cette résistance : depuis toujours. pour l’éditer. Métaphilosophie : j’en suis à la page 282. s'impose. je ne l’ai pas trouvé : quand on possède des livres de H. Lefebvre sur cette question. son désir d’avoir une carte de séjour. d’ailleurs. il semble qu’il faille se mettre en route pour s’engager dans une praxis : cette pratique part des analyseurs. mais aussi une perspective révolutionnaire. Charlotte m’a révélé un fait important : Miguel n’aime pas le statut d’étudiant : il veut un statut d’artiste. Das System und der Rest. L’édition du Mandarin et du clandestin. Je termine un index matières. pour la France de la gauche plurielle de prendre en compte cette question. La praxis contient un projet. l’analyseur ayant fait son chemin. de la lutte des Sans Papiers. Puis-je confrontater ce terme avec celui d’analyseur (révélateur). ils ont l’impression 68 . Sylvain Sangla m’a dit qu’un exemplaire de la première édition était disponible place de la Sorbonne (chez Vrin). éclatées. sa demande à notre endroit de faire un “miracle”. Lefebvre. qui accepte finalement de voir ce problème rester en plan. des irréductibles. de lutte politique. autour de ce concept. L’étranger qui n’a pas de papiers est aliéné : il faut décrire la pathologie que développe Miguel . non traité. j’attendais ce livre pour m’y mettre. Il m’est possible de réintégrer dans ce texte ce que j’ai trouvé : sur le terrain de Mayotte. Je ne sentais pas l’inspiration d’un tel texte : tout ce que j’avais sur le sujet était “résiduel” : je ne parvenais pas à trouver un point de vue qui organise tout cela. les gens doivent faire trois ou quatre métiers. d’irréductible : Ulrich Müller-Schöll a développé son dernier livre (1999). Les pratiques parcellaires. l’un des problèmes non pensé. Lefebvre. dans le contexte de la gauche d’aujourd’hui. non pensable par la Gauche. mais je ne me sentais pas le souffle. Ainsi. Hier. pour faire de ma Théorie des moments. je savais que Métaphilosophie contenait des développements importants sur les moments. pas seulement une subversion. est un résidu : une théorie du résidu. de l’irréductible peut être dégagé de l’œuvre de H. que j’ai pu avoir sur ce terrain n’étaient pas satisfaisantes : elles ne constituaient pas une praxis. Toute mon implication. le structuralisme et la robotique (partie sur la mimesis). et que je n’ai pas édité. mais je n’ai pas fait les bouquinistes systématiquement . faute d’une préface à la hauteur de ce texte. l’irréductible révèle les limites de validité d’un système théorique. mais engage dans une pratique d’intervention sociale. Dans Métaphilosophie. ils sont dissociés. on se les garde. je l’enseigne. Le reste. une perspective. a disparu : comme depuis quatre ans la réédition du livre était annoncée par Syllepse. dans la théorie de l’analyse institutionnelle ? L’irréductible est toujours l’analyseur de la théorie ou du système . faire référence aux pages de la seconde édition sera une manière de saluer le travail accompli par Syllepse. et permettre à mes étudiants d’entrer dans cette lecture avec des outils. Que me révèle ce travail d’élaboration d’un index ? Le “moment” est l’occurrence qui revient le plus fréquemment. livre traduit de l’italien par moi. Lefebvre. Chez H. lorsque j’ai cherché H. et l’exemplaire de la première édition que j’ai feuilleté. J’avais donc raison d’attendre la sortie de l’ouvrage. dans le travail de la commission pédagogique. non intégrable : la question des Sans Papiers. Le résidu n'est pas seulement l’analyseur. de La somme et le reste. politiquement. pour vivre. qui aurait dû être fait par Syllepse : cet outil est essentiel. Une autre occurrence importante dans l’ouvrage. mais sans prendre le temps de l’écrire vraiment. les cibles sont la philosophie.La théorie des moments est un autre projet que je traîne depuis dix ans : j'y pense. Ce texte était court . Lefebvre chez les bouquinistes. tous mes engagements dans cette direction me révèlent l’impossibilité.

or. Cette lecture révèle que toute l'œuvre de H. hier. Comment résister à ces Marocains.d’avoir réussi. dont je n’ai pas de double. Pour permettre à Miguel d’avoir des papiers. L. en Espagne. Lefebvre est passionnante : tout texte de lui renvoie à un mouvement. et me rendra le livre et les trois pages d’index. si celui-ci traite bien sept des dix principaux thèmes. et comment ? Pourquoi ? au niveau de son mouvement. Une partie de ses revenus partent en charge. trois ne sont pas vraiment abordés : la théorie des moments. et diriger par H. Idée d’écrire à Desclée de Brouwer. au moins pour le dernier tiers de l’index ! Tant que je n’aurais pas récupéré ce travail. En comparant cet index avec la préface de Georges Labica. Je ai présenté aujourd’hui à mes étudiants de licence Métaphilosophie : je leur ai montré le travail d’index que j’ai fait sur ce livre. j’ai trouvé Actualité de Fourier. peut-être leur obtention de papiers ? 12 heures. de côté : on évite ainsi les résidus. une bureaucratie pas possible ! Voilà un exemple d’aliénation. qui veut réaliser son moment d’artiste. d’Ardoino et de Peretti. 10 heures 30. en France. Jeudi 18 janvier. et je suis parti sans reprendre l’ouvrage. je me suis aperçu que. Madame ? exige qu’il ait une “licence d’entrepreneur de spectacle” ! Il y a un an. 14 heures. s’est acheté son appartement . L’intérêt de l’index est de ne laisser aucun thème. Or. reconnue. entre subversion et révolution. de faire une maîtrise : ce diplôme n’a pas de sens pour lui. Je viens de terminer Métaphilosophie et son index. au niveau de ma pratique professionnelle (fac). etc : elle est partout dans ma vie. 69 . c’est elle qui me vole tout mon temps. chez cet éditeur : Penser l’hétérogène. Je leur ai fait passer mon exemplaire du livre avec l’index. je lui suggère de continuer la fac. mais aussi pour moi. et qui me demandent une lettre pour retarder leur reconduite à la frontière. en Belgique. pour porter mon livre Le moment de la création. Voir aussi la distinction d'H. on a dû créer une association pour le salarier : cette forme institutionnelle entraîne des coûts importants. C’est elle qui m’empêche d’avancer dans le travail théorique. pour lui donner une carte de séjour. paru en 1975. pas seulement pour lui. mais celle-ci n’en veut pas ! La question des Sans Papiers ronge mon quotidien au niveau du domestique. pour leur proposer un livre dans leur collection “Témoins d’humanité 141 ”. pour Lucette. Il gagne de l’argent. Lefebvre : son texte est excellent. pour lui permettre d’avoir une carte de séjour. il nous faut créer une entreprise de spectacle : il y aurait bien le mariage avec Charlotte. J’espère que l’étudiant qui l’a entre les mains. par exemple. Qui lit Fourier ? se demande-t-il. Lefebvre lui-même. ce petit texte pourrait être repris pour être appliqué à d’autres auteurs : Lourau. en Italie. je ne serais pas tranquille. Cet index dégage les grands thèmes de cet ouvrage : huit sortent. Miguel “réussit” : sa danse est appréciée. Africains que je connais. J’ai oublié de noter qu’étant chez Anthropos. se rendra compte du travail accompli. relue au retour d’une sortie de théâtre (Les Bacantes d’Euripide). avec qui je travaille pédagogiquement. 141 Cf.

je note qu’en rentrant hier. Il évoque l’attitude subversive de H. 15 heures.Quels sont les livres les plus importants de H. Vendredi 19 janvier. m’a-t-il dit. à propos de H.” J’ai expliqué à Guy Avanzini mon travail sur H. travail commencé dans le train entre Paris et Lyon ? Je ne sais. sur les intellectuels français. et moi datait de 1959 ou 1960. J’avance lentement (du fait de la relecture technique). m’a-t-il dit. mais d’autres donnent d’autres titres . soufflant sur le feu en 1967-68 à Nanterre. -Pour dépasser les tensions entre nous. Lefebvre : -J’ai apprécié l’œuvre. lorsque celui-ci. H. mais cela m’oblige à aller au fond des choses : ce chapitre est une autobiographie de groupe. réflexion philosophique intéressante : on ne peut pas critiquer la production de cette pensée qui se déploie… 142 Cf. J’ai parlé brièvement. Lefebvre laissait accroire qu’elles existaient. compliqué. je pense proposer un index des noms cités et un index des matières. ce pourrait être Métaphilosophie. L. 9 heures Avant de partir à Lyon. et je porterais le tout lundi. Colloque de Lefebvre de novembre 2000. au lieu d’être clair. en poste à Strasbourg. comme l’a souligné R. 70 . “vint faire sa cours à Paris X”. après la sortie de La somme et le reste. mais l’homme me déplaisait totalement. Mais cela s’est très mal passé. intéressante en soi. J’ai parlé le premier : me voici donc libre. j’ai pu formuler quelques questions à René Raymond. À propos des “ listes noires ” (des étudiants qui auraient été inscrits sur une liste pour leurs activités subversives). C’était quelqu’un de complexe. Lefebvre. ensuite. pour participer à un colloque à Sciences Politiques.L. “Tu l’as bien connu. a voulu organiser un repas entre nous.L. René Raymond avait invité Henri Lefebvre. Ce gros chantier : il faut réussir à le boucler. L’argument lancé par Lefebvre : “J’en ai marre de faire Paris-Strasbourg en train. À l’occasion du repas de midi. quinze peuvent être cités 142 : cette question est abordée à la fin du cours.. vite et bien . Henri Lefebvre n’avait pas fait de vague . et qui “n’existaient pas”. pour obtenir le poste de prof de socio. en tant que rapporteur de la thèse de Philippe Da Costa. pour une soutenance de thèse. la femme d’Henri Raymond qui était mon étudiante. Le premier contact entre H. Je connais tous les arbres du parcours. que je vais corriger dans le train : je ferais la préface ce week-end. il a revu H. C’est intéressant de tenter de démêler cette complexité”. j’ai trouvé les épreuves de L’existentialisme. mais personnellement. sur les Scouts de France : nous sommes six dans le jury.L. Comment ? Tel quel ou retravaillé ? à revoir ! Sur l’existentialisme lui-même. Lefebvre ? Pour Georges Labica. il est important de voir que ce vécu et cette description seront repris dans La Somme et le Reste. Oserai-je corriger les épreuves de L’existentialisme. De même que mon livre sur Lourau. Il trouve cela très intéressant. Raymond. -Il refusait d’assumer toute responsabilité. Dans le développement de l’œuvre de H. Que dire sur L’existentialisme ? J’ai relu le premier chapitre.

sur une durée plus longue : faire ce travail en une fois. et Sartre. idée de donner comme “annexe” à L’existentialisme. le texte est difficile à comprendre . l’index de Métaphilosophie. il me faudra être terriblement concentré . Lundi 22 janvier 2001. Mon index valorise ce texte. puis j’ai relu la bibliographie de H. Après avoir tenu mes journaux. Les rapports sont complexes entre H. hier. mais je me suis couché de bonne heure. Pourquoi ne pas l’intituler : “De la beauté d’avoir des ennemis” ? Hier. beaucoup de thèmes de Métaphilosophie sont déjà dans L’existentialisme… Pour renvoyer au 71 . reprenant telle ou telle pensée ou développement dans d’autres ouvrages. Lefebvre (livres) : j’ai commencé à relire les articles. J’avais compris qu’Henri avait été violemment attaqué par les Sartriens.L. hier. J'en ai parlé avec Henri : “Pourquoi n’avez-vous jamais réédité ce livre?” Lefebvre avait haussé les épaules. Relecture des épreuves de L’existentialisme. ce travail ne m’avait pas demandé la même énergie. mais je l’avais fait. j’ai décidé de faire un index auteurs. qui dit des choses. suit un fil. sans pause.Métaphilosophie est déjà présent dans cet ouvrage : H. je reprends la relecture des articles de H. je me lancerai dans l’index des matières : ce sera un travail subtil. dans les postes de la fonction publique. lui est manœuvre puis chauffeur de taxi : cette expérience est riche pour se confronter à la ville. En me réveillant. J’avais déjà lu ce livre. permet de coller davantage au texte. dont je disposais depuis 1992 : je l'ai reçu en cadeau d’un ami. il défend l’idée que la philosophie ne peut pas se faire. et aussitôt. je dois le faire d’un trait. 5 h 30 Réveil trop tôt. qui démontre. Durant l’été à Sainte-Gemme. pour permettre ainsi au lecteur de comparer les thèmes abordés : dans la préface. relire plusieurs fois le texte permet de décider du terme que l’on va appeler.L.L. La philo se fait aux marges . à la Bibliothèque nationale de France. je me suis mis à l’index matières : je n’ai terminé que vers 22 heures. Samedi 20 janvier 2001. que je n’ai pas encore commencée. j’ai l’intention comparer les deux ouvrages . pour avoir employé des termes “orduriers” contre leur maître. par exemple. et de ne pas laisser échapper un thème mineur. Lefebvre : je commence à penser à la préface. Sartre ne fait que redonner aux lecteurs des questions déjà explorées en 1928-29. en me laissant entendre que répondre à cette question serait vraiment trop long et difficile. J’ai terminé la bibliographie vers 11 h 45. Pour Métaphilosophie. que je n’ai jamais assez remercié. Cet exercice est totalement fou : dans de nombreux passages. Pascal Nicolas-Le Strat. Dimanche 21 janvier 2001.P. je pensais davantage à “Le moment philosophique d’HL”. Ensuite. et qu’il avait laissé les choses en l’état. H. Après lecture. épuisé que j’étais par la production de l’index-matières de L’existentialisme. montre que J. dans sa biographie. s’inscrivant dans une logique de construction d’un point de vue sur le monde . en 1987 : à l’époque j’écrivais mon Lefebvre et l'aventure du siècle. j'ai décidé de rééditer ce livre.

comme annexe de ce livre n’est pas une bonne idée. Dès que j’aurai lu. titre à donner à ma présentation.) pouvant trouver leur place dans cette préface. Je vais donc donner à Anthropos le travail déjà accompli. Maïté Clavel m'a téléphoné hier . J’avance la préface de L’existentialisme dont j’ai été reporter les épreuves hier. nous avons parlé d’H. et surtout H. Elle pense donc que Du rural à l'urbain va marcher. me conduit à retrouver des textes importants dans cette perspective : “Le marxisme et la pensée française” (1956). Lefebvre. je me mettrai à la préface. en regardant mon courrier électronique. Hier. avec Véro. etc : ce matin. 72 . on trouve douze références nouvelles. Nous nous sommes promis de nous revoir : Maïté Clavel. au cours de ce travail. dont je n’ai pas encore l’idée. Lourau . J'aurais des services de presse. essentielle car le texte que je donne à lire n'est pas facile à comprendre. travail sur ma préface à L'existentialisme : j'ai regroupé des textes (briques. plusieurs messages de participants au concours : Jacques Guigou et Bernard Lathuillière me donnent quatre nouvelles références chacun. et attendre le retour du prochain jeu d’épreuves pour rendre ma préface. sans explication. mais on n'en a pas parlé avec Jean. plus qu'aux Institutionnalistes. je puis annoncer la première liste de gagnants. à envoyer aux Lefebvriens. J'ai corrigé hier les épreuves des couvertures de Du rural à l'urbain et de Centre et périphérie : ces livres seront en librairie en février. Lefebvre . Le prix de vente est à 149 francs : j'aurais préféré 140. nous avons retrouvé plusieurs listes d'articles de René : Véro les a entrées en mémoire. Mais Caroline m’a rappelé pour me dire que l’idée de publier l’index de Métaphilosophie. je le crois aussi. j'ai trouvé cette expression d’H. Dans La somme et le reste. et répondu aux mails qui ont dû s’entasser. telle que je l’ai dans la tête en ce moment : son écriture amènera forcément des développements. Au cours de la journée. Dans la biblio de Gaby Weigand (1984). Ce matin. ainsi que la partie (pas seulement le chapitre) concernant la contextualisation de L'existentialisme dans La somme et le reste. constitution d'une bibliographie de R.texte de L’existentialisme. Lapassade. sur "Sartre" (Dictionnaire des philosophes de 1984) est une autre ressource. Lefebvre concernant son livre : "J'aurais pu lui donner comme sous-titre : l'art de se faire des ennemis". qui admire mon efficacité. Le même travail coopératif est à faire pour G. Ces textes m'aident à contextualiser le débat. 9 heures. il me faut avoir la pagination définitive. Mercredi 24 janvier. Elle m'a dit qu'Henri avait toujours eu un côté mondain : il ne parlait que de son dernier livre et d'oubliait tout ce qui a pu le précéder. Mardi 23 janvier 2001. qui le connaissent déjà. l'idée de faire un mail collectif à toute ma liste d'AI. m'a dit aussi que La production de l'espace était très bien acceptée par les étudiants d'aujourd'hui. publié en 1957 dans Les temps modernes. Le travail de gestion d'archives. en donnant la bibliographie dans l'état. 5 heures. Le texte de Michel Contat. et en proposant aux destinataires de me faire parvenir des textes que je ne connais pas. fait avec Véro. à Saint Gemme je dois retrouver mes propres listes de publications : je ne dispose pas de mise au net de mes propres textes ! Hier. et lancer une liste de publication trois fois plus longue qu'hier. relu hier et avant-hier.

Les philosophes jouissent de travailler sur un mode artisanal.. on parlait de la saturation d'Anthropos que je provoque. suivi et évolution des thèmes sont des questions centrales : éternel retour ? à plusieurs endroits. puis à celui sur Les moments qu'Anne-Marie Métailié veut publier.. les meilleurs chapitres de L'existentialisme sont ceux sur Kierkegaard et Nietzsche . dont j'ai perdu les références : chez Henri Lefebvre. chance pour moi. mais avoir envie de le lire : elle est jeune. La somme et le reste représente un déplacement. en huit volumes. il réévalue le tout . signe encourageant. même si les Allemands ont énormément travaillé sur H.. Il faut que j'en parle avec Jean. je suis d'accord. pour Du rural à l'urbain et Centre et périphérie. Il faut penser à L'existentialisme aussi. thème qu'il reprendra dans un article de 1990. Lefebvre. il développe l’idée de continuum. j'ai écrit à Suzy Guth. encore une fois : dans le texte de 1958. dont il fait le plan. Comment Henri Lefebvre a-t-il fait pour produire autant ? cette question qui m'est souvent posée. des époques. une avancée sur plusieurs points. Lourau. hier. mais les références anglaises ou américaines manquent dans mes travaux : je suis trop centré sur l'Allemagne. Dans La somme et le reste. ils sont saturés : ils n'en peuvent plus. j'ai découvert qu'il oublie le Rabelais : cela ne va pas rendre facile la préface : autant je vais pouvoir trouver beaucoup de choses à dire sur L'existentialisme. d'autant plus que ces textes deviennent de plus en plus longs. lors de nos entretiens. par ma surimplication : pour desserrer l'étreinte. pour lui demander des sources post-modernes sur Henri Lefebvre : je ne sais pas si elle se sentira motivée pour faire ce travail. La productivité est liée à un engagement. avec moi. Nous faisons du tango ensemble. mais les autres aussi sont excellents. il relit ses textes de 1924-28 (A) . En relisant La somme et le reste. ou dois-je faire passer avant La survie du capitalisme ? Il y a moins de travail dessus. Pour la littérature. Ce livre sera fantastique : je trouve chaque jour de nouvelles idées et de nouvelles sources. en 1943. pour lui. dans La somme et le reste. autant pour le Rabelais je risque de devoir rester dans le général : comment faire autant de préfaces sans se répéter ? véritable défi. c'est que la fille qui est prof d'urbanisme à Lille (son nom m'échappe) et à qui j'ai donné Espace et politique m'a dit ne pas connaître vraiment H. penser à la mettre sur les services de presse. il parle de l'ennui du communisme. Réussir ces services de presse aidera à la dynamique. Dans ce travail. Dans Le temps des méprises (1975). il me faut rapidement me mettre à mon livre sur R. Véro fait avancer les choses de façon remarquable. par exemple : ses "programmes". Lefebvre ? Chez Anthropos. Dois-je donner d'abord le Rabelais.Thierry Paquot m'annonce l'envoi du Rabelais. Véro a commencé à faire des listes de service de presse. de retrouver Th. Henri dit que. et c'est amusant de pouvoir ainsi échanger sur son boulot : Corinne Jaquand ne me donne pas signe de vie .. Avec Lucette. Lefebvre. Hier. 73 . j'établis la relation thématique des deux livres. Dans L'existentialisme (B). je vis la superposition des temps. professeur de sociologie à Strasbourg. Ce qui me fait plaisir. comme des Traités. Lefebvre se donne des programmes. Mon but est de tenir le rythme : un livre par mois ! L'index de Métaphilosophie ayant été écarté de la réédition de L'existentialisme. je suis en train d'inventer une philosophie industrielle. Paquot : comment arriver à échanger avec lui ? comment l'aider à s'impliquer dans le centenaire d’H. et à la construction d'ethnométhodes particulièrement efficaces. il relit A+B et quelques autres. Il ne les réalise pas toujours. mais deux livres peuvent sortir d'un tel projet. et moi. le chantier va plus loin. elle aussi enseigne en urbanisme .

en février. je puis payer . dans les revues ou la presse. au moins d'un point de vue philosophique. je serais heureux de vous faire parvenir la seconde. comme quand nous nous sommes rencontrés à Paris . J'aurais dû faire une conférence sur Lefebvre et l'espace à Dubrovnik. le livre plus important de Lefebvre. Malheureusement. merci beaucoup de ta visite de jeudi : elle est porteuse de possibles ! J'ai oublié de te donner l'index-matières de Métaphilosophie. Avez-vous la première édition de L’existentialisme ? sinon.Samedi 27 janvier 2001. qui publiera également ma Théorie des moments. En effet. Je lis les travaux de Christoph Wulf sur l'anthropologie historique . très occupé. Laquelle ? je voudrais susciter en juin (Henri est né le 16 juin) une pluie d'articles ou de dossiers. que je lui avais demandée). Lefebvre en 1982 (Le Monde et Autogestions) : je rêve de vous trouver une place pour la célébration du centenaire. où il y a un chapitre sur Nietzsche. je lui donne les épreuves de L'existentialisme. Vous voyez que le centenaire d'Henri Lefebvre ne passera pas inaperçu dans notre maison d'édition : je suis très heureux que ce soit vous qui m'aidiez pour le Rabelais. Je termine ma préface à L'existentialisme qui sortira en mars . Armand me téléphone ce matin : Jacques Rouge a noté des articles d’Henri. Pierre Lantz doit le préfacer. qui n'a pas eu lieu à cause de la 74 . Je te confirme mon véritable intérêt pour les disquettes de La conscience et Méta. ” Dimanche 28 janvier. bien qu'il ne cite pas H. je continue donc de la sorte). Paquot et Armand Ajzenberg : “Cher Thierry. après une période d'éclipse. Pour La fin de l'histoire. H. Lefebvre se dit content dans La somme et le reste. Lefebvre bénéficie d'une conjoncture favorable en Allemagne et aux États-Unis (qui projettent l'édition de De l'état). sortira chez Anthropos Du rural à l'urbain. J'ai relu cette semaine vos entretiens avec H. d'autres journaux aussi . les livres de Lefebvre n'ont pas la chance de reparaître en ce moment. pour sa préface. Ulrich m’écrit : “Cher Remi. inspirée de H. en Allemagne. On n'a pas pu parler "Que sais-je ?" et autre. Pierre Lantz aurait besoin d'une photocopie du Nietzsche (La fin de l'histoire est marquée par ce livre sur Nietzsche) : peux-tu me procurer cette photo ? S'il y a un coût. il est important d'annoncer ce livre. Je suis parti précipitamment aux PUF. Syllepse vient de sortir Métaphilosophie. Mon ouvrage sur H. J'ai bien reçu le Rabelais. Métaphilosophie est. qui m'a seulement dit qu'il allait m'écrire en réponse à mon courrier (il fait la recherche documentaire. L'École émancipée a retenu 8 pages. tu m'as tutoyé. je trouve que ce courant de pensée est très proche de lui. comme à paraître. Bien à toi. mais ces derniers temps je n'ai rien lu de lui. Je vous en remercie. qui ne sont pas dans ma biblio.” “Mon Cher Armand. Je vais m'en occuper ! Récemment. et je ne connais pas sa vitesse d'écriture. Je ne sais pas encore si le Rabelais sera pour avril ou mai : cela dépend de La fin de l'histoire . Qu'en penses-tu ? Je me souviens que vous avez parlé de Christoph Wulf. en un certain sens. Encore merci. j'ai écrit un article sur Lefebvre et le problème de l'état. merci beaucoup (dans la dernière lettre. dont H. où j'ai vu Prigent. qui va paraître en mai. Lefebvre va sortir en poche chez Métailié. 14 h 35 Je viens d’envoyer les messages suivant à T. je suis très impressionné de ton courage de lire mon livre en allemand. dans un livre dédié à Eberhard Braun. De mon côté. Je prends contact avec lui : il va m’en faire des photos. Lefebvre. Lefebvre.

I. mais maintenant. Pierre Lantz va préfacer La fin de l'histoire. On en discute dans notre groupe de travail. Espace et politique. En 1991. J'étais intéressé de rééditer La survie du capitalisme que tu évoques : étant donné que j'ai déjà préfacé la série : Production de l'espace. de l’État et de leurs représentations. on fait du "Lefebvre pluriel". il n'aura aucun lecteur tandis que s'il participe à un paquet. Je lui réponds : “Cher Jacques. j’ai trouvé ce livre en bon état chez un bouquiniste (l’achevé d’imprimer est du 7 novembre 1946). qui vont être le socle idéologique de la domination social-moderniste après la Seconde Guerre mondiale. et la contre-dépendance à ces puissances n’est pas non plus très créative. mais toi. ta dernière lettre présente une orientation et un plan de travail intéressant pour l'histoire de l’A. Lourau a préfacé 5 livres différents de Lefebvre de La somme et le reste jusqu'à Pyrénées : j'estime important que l'AI continue à être présente dans ce mouvement. On envisage de demander à G. et trop peu attentif à la suppression du travail productif réalisé par le capital lui-même). Uli Müller-Schöll ”. je cherche des personnes susceptibles de faire des préfaces nouvelles. par décision de la censure stalinienne. au sein des universités modernistes. il peut être découvert. Je te remercie de ton message. tu as bien fait de faire rééditer L’existentialisme. qui a des idées sur La survie du capitalisme. mais je préférerais faire cela chez Anthropos. Toutes les tendances idéologiques et politiques qui ont lu Lefebvre. alors qu'il sortait des presses. Lundi 29 janvier 2001. Nietzsche). ont leur place dans ces rééditions . il est vraiment pour : je ne me souviens plus si je t'ai dit que L'insurrection situationniste. Bon vent Rémi. te sentirais-tu l'envie de faire la préface à ce livre. car comme c'est un livre faible. n’est pas le lieu idéal pour réaliser des activités qui nécessitent une indépendance vis-à-vis du capital. a été un des fondements de notre revue Temps critiques. Jacques”.situation politique au Balkan : je saisis toujours les occasions de travailler sur Lefebvre. détruit. Tu représentes une sensibilité qui a participé à l'Anthropos de la période Lefebvre. Cela compte pour moi d'avoir cet avis. que je travaille particulièrement. mais il reste trop productiviste. Labica de préfacer le vol 2 du Traité de matérialisme dialectique qui avait été mis de côté (il est déjà le préfacier de la réédition chez Syllepse de Métaphilosophie qui vient de sortir). en arrivant à Montpellier. Jacques Guigou m’envoie le message suivant : “Cher Rémi. N'astu pas parlé d'un truc web sur Lefebvre ? Comme je l'ai déjà écrit. je sollicite des préfaces des uns et des autres. C'est fou ce que j'ai lu depuis trois mois ! Dans le mouvement de réédition d'Henri. pour prendre mon poste à l'IUFM et à l'UPV. Armand Ajzenberg pense qu'il faut demander aux éditions sociales de le rééditer (pour les punir). en effet. parmi les animateurs du mouvement de renouveau. Du Rural à l'urbain. Comment et pourquoi le capitalisme a-t-il “survécu” ? (La survie du capitalisme de Lefebvre avait déjà bien amorcé cette analyse. dans toutes ses sensibilités. je suis très intéressé de recevoir toute information possible. il est proche des Minima Moralia d’Adorno. Je prends conscience que je ne t'ai pas vraiment lu ces dernières années : je veux rattraper mon retard. Làdessus. René Lourau et ses disciples se sont trop souvent stérilisés. R. Jean n'était pas contre. et mon désir est d'amener les anciens auteurs à retrouver une place dans cette maison. sans compter L'existentialisme. Au départ. en dehors 75 . sur les activités autour de Lefebvre ! Herzlichste Grüße. L’université. L'intention de renouer des fils (ce qui ne signifie pas commémorer. Je cherche quelqu'un pour le Rabelais. et à plus tard. tout en s’en séparant sur le plan stratégique puisque ce dernier avait finalement choisi le camp du despotisme étasunien. et commenté. dans cette contre-dépendance à l’université. mais il porte une critique politique des métaphysiques (Heidegger). ni relégitimer) avec le passé politique de notre génération (les années 55/75). des phénoménologies (Husserl) et des philosophies de la subjectivité (Kierkegaard. C’est ce qui me fait actuellement écrire une critique de l’institution imaginaire de la société de Castoriadis . s'il est aux éditions sociales. Bien sûr qu’il comporte des rengaines staliniennes.

alors que je n'apparais que dans les auteurs ayant écrit sur le mouvement. À ce moment-là. Merci pour ta suggestion. C'est donc. À quelle adresse dois-je te faire parvenir ce livre ? espérant que tu accepteras l'idée de préfacer La survie du capitalisme. et te préciserai ultérieurement s'il manque un article (mais seulement à partir de 1987 car malheureusement je n'ai pas la collection entière). Remi. Pour un compte rendu sur HL et Métaphilosophie : Pierre Lantz s'est chargé de faire une longue note critique. pour Lefebvre aussi. livre introuvable en français d'ailleurs. sorti en 1999 : c'est vraiment très fort. bonjour ! Pour René. rue des Messiers 93100 Montreuil). de Müller-Schöll. Debord. D'un volume de 15 000 signes y compris un encadré sur les publications et le colloque de juin. Amitiés de Nicole Beaurain. je vais regarder dans les tables de la revue.de te citer. un dépassement de vieilles histoires qui. avant de te passer la commande officielle.” 76 . comme toi. je ferai le nécessaire pour qu'un contrat soit fait pour nous autoriser à rééditer ce livre (actuellement Catherine a les droits de son mari : elle accepte toutes mes propositions). Sciences humaines et L’homme et la société. Je suis dans la lecture de Das System und der Rest. Armand Touati : “Cher Rémi. Cette œuvre. texte à nous envoyer avant le 5 mars). Elle m'a même invité chez elle pour l'aider à régler une traduction américaine de De l'état. Il est classé comme auteur du mouvement. sur la réédition de ses œuvres. À bientôt. Il me manque le tome 4. Le soir. Qu'en pense-tu ? Je pense pouvoir le publier dans le numéro de mai (parution fin avril. Lourau : il y a aussi ma préface qui explique le contexte du travail actuel. se narrent maintenant autrement ! Si tu es d'accord pour préfacer La survie du capitalisme. d'ailleurs.” Nicole Beaurain : “Cher Rémi. le mieux est que tu lui écrives ici (31. mentionne 67 références à Lefebvre. et la conceptualisation qui en a découlé dans ton travail. Amitiés. Ce texte devrait introduire à l'œuvre des lecteurs qui ne la connaissent pas ou peu.” Mardi 30 janvier 2001. une réhabilitation. j’ai pris contact pour des articles éventuels avec Cultures en mouvement. ce colloque le justifient largement. dans la rubrique " idées-histoire du présent". Armelle : sa boîte à lettres étant moins que sûre. après la mort de G. comme pour R. l'actualité éditoriale. Compte tenu du planning assez chargé de Cultures en mouvement. dis-le moi. Lis-tu l'allemand ? plusieurs livres importants sur Lefebvre sont sortis ces dernières années dans cette langue. Armand Touati. d'une certaine manière. À très bientôt. Je vais te faire parvenir un exemplaire du Rural à l'urbain à sa sortie (nouvelle édition). avant d'aborder ta lecture. je te propose de rédiger un article rappelant le travail théorique et la trajectoire d'Henri Lefebvre. j’ai eu les réponses d’Armand Touati et Nicole Beaurain. Hier. Cela te donnera l'état de la biblio que l'on enrichit au fur et à mesure.

etc. Mon rythme biologique doit être réfléchi . je traverse des phases de fatigue. mais je me vois mal traduire 350 pages. Lors d'un petit échange avec Lucette hier (nos relations sont trop dispersées du fait des charges administratives qui pèsent sur elle). Armand m’a demandé si ce livre méritait d’être traduit . Lapassade m’a téléphoné. Véronique a formidablement avancé les bibliographies de Lefebvre et Lourau : elles sont pratiquement parfaites. je tente de travailler parallèlement l’AI et Lefebvre. pourrait y participer. il faudrait refaire un vrai livre sur ces questions. Il était rassuré que je travaille sur ce livre . On prend conscience. Lefebvre analyse l’histoire de la philosophie. mon livre important. évidemment. Lourau et le chantier H. Je travaille souvent le matin très tôt . j’ai essayé de lui dire que ma relecture de l’œuvre d’Henri me donne une clé pour aborder l’éducation nouvelle. il n’apprécie pas que je travaille sur H. mais quel Allemand serait assez motivé. il me faudrait faire une sieste après le repas de midi. Ce livre situe la pensée de Lefebvre par rapport aux pensées de Bloch. Véronique m’aide merveilleusement bien. Pour Lucette. il n’y a plus d’hostilité entre les différents discours. j’ai commencé à relire les archives de l’AI. Je suis trop capté par le chantier R. Cette semaine. cela fait des chantiers chargés à gérer en même temps. pour moi. Christine. pour me dicter une traduction approximative que je mettrais en bon français en tapant le texte à la vitesse de l’énonciation ? Avec Véronique. Georges suit par téléphone l’avancée du projet… Christine était à Berlin. et elle me demande la fin de mon livre : je ne parviens pas à me remettre dedans. On va lancer le chantier Lapassade. je retrouverais une certaine efficacité dans l’après-midi.Hier après-midi. je sens l’importance de lancer un chantier Interculturel et éducation. un ouvrage sur l’éducation nouvelle. etc. Lefebvre. l’enfant et l’étranger. lorsque Véro est là. Guattari. Lefebvre. mais combien de jours. cette année : la Théorie des moments . H. par sa réflexion sur l’herméneutique. mais aussi L’existentialisme. chez les syndicalistes qu’il y a une cause pédagogique à certains problèmes : ce qu’il faut repenser. comme la résolution de questions parcellaires qui. En même temps. ne faut-il pas refaire l’histoire des grandes étapes de la pensée pédagogique. contradictoire avec le travail sur l’AI. 143 Métaphilosophie. Ce chantier sera conduit avec Lucette . notre livre sur L’école. Je crois qu’alors. Championnet. c’est la pédagogie institutionnelle et la posture de l’autogestion pédagogique . Je réfléchis à mener de front tous ces projets : mon travail sur Lefebvre n’est pas. Je me suis replongé dans Das System und der Rest de Müller-Schöll : tous les jours. Je comprends le mouvement de ce livre. d’heures de travail cela me demanderait-il ? Il faudrait le faire à deux. j’ai travaillé sur mes archives d’AI : G. Ce livre mérite d’être traduit. mais complémentaire… Mais. car cette année. 77 . Marcuse. il dépasse la philosophie dans une métaphilosophie : aujourd’hui ne. j’avance un peu dans sa lecture de Métaphilosophie. et à sélectionner quelques textes à faire taper à Véro. d’un auteur à l’autre. Comment dépasser cela ? J’ai lu dans le Monde hier que les choses bougeaient à la FSU . Il faut refaire La relation pédagogique. d’un système à un autre. mais ce livre passe par d’autres détours… Mercredi 31 janvier 2001. Elle va repartir faire une tournée. puis les chantiers Lobrot. en en proposant un dépassement ? Mais quel changement proposer aujourd’hui du système éducatif : il y a une tension entre pédagogues et fonctionnaires du savoir. D’autres choses surgiront alors d’elles-mêmes : traduction de Schleiermacher. elle a raison. nous sommes sur la bonne voie. aujourd’hui je réponds : oui. permet la progression de la pensée 143 . L’an prochain.

il y avait des conférences sur Lefebvre : l'organisatrice s'appelle Doris Zeilinger. voir aussi la Ernst-Bloch-Assoziazion (page web : www. et cela est très important. Paul-Löffler-Weg 7. j’envoie un rapport du travail de la journée à Armand Ajzenberg : 78 . informer aussi : Helmut Fahrenbach. Voilà tout pour le moment. je suis assez lucide sur ce qu’il faut faire et je le fais. Actuellement il me faut terminer d’urgence mon texte sur Mayotte pour Gaby : elle a besoin d’un délai pour traduire . Comment faire pour avoir du temps devant soi. car les épreuves vont arriver. lors d’une discussion matinale avec Lucette. qui a organisé un colloque sur l'état. voilà des adresses d'autres Allemands : Heinz Sünker. J’ai rêvé que Charlotte acceptait de signer avec moi Les trois temps de la valse.net). je vais être entièrement noyé. c’est le plus urgent. tout en tenant mon cap ? vraie question ! Il y a aussi le chantier “interventions” que je n’aurais pas dû accepter pour l’académie de Créteil : huit jours. merci de te joindre à notre comité. Nous avons tellement d’avance sur les autres. Pour Lefebvre. As-tu les coordonnées d'autres Allemands susceptibles d'être intéressés (Heinz Sünker. Le fait que Christian Dubar passe la soirée d’hier à la maison me fait me demander : ne faudrait-il pas faire un come-back en danse en 2003 ? Il faudrait reprendre des initiatives sur ce terrain aussi. Dans ce contexte. J’invite de nombreuses personnes à s’y associer. J’écris à Ulrich : “Cher ami. un Suisse qui est en train de préparer un "doctorat" sur Lefebvre . Ce dossier doit permettre de penser tous les problèmes actuels de l’AI. Salut. Ulrich ” Le soir.ernst-bloch. 72076 Tübingen (c'est sous sa direction que j'ai écrit ma thèse sur Lefebvre (il n'a pas de e-mail). Eberhard Braun. Si je ne parviens pas à conclure certains chantiers. ma préface pour L’existentialisme me demande du temps… Le weekend est le moment le plus adapté pour moi pour me lancer dans un travail solide. avec le même sérieux que le tennis me fait certainement quelque chose au plus profond de moi.J’ai relu le dossier du conflit de 1980 (chercheurs et praticiens) : très dur. et le week-end prochain va être bouffé par les Verts : c’est la réunion de la commission Éducation. mais il y a aussi le texte pour Christine. prof à Kassel. L’organisation du colloque Lefebvre a beaucoup avancé hier. mais presque terminée. par exemple) ? Merci”. Wolf Dietrich Schmied-Kowarzik. Comment bien vivre avec Romain. je dois faire cela bientôt. Il me répond : “Cher Remi. Globalement. récolte une partie de la mise. c’est énorme ! En même temps. sont celles que vivent maintenant les étudiants avec moi . Correl Wex (il a écrit sur Lefebvre et l'état). Christian Schmidt.. qui était en réserve. Lefebvre et Ernst Bloch. de longue durée. Je travaille à un élargissement du comité d’organisation du colloque Lefebvre. être calme et garder une vue globale d’un chantier ? Ai-je eu raison d’interrompre ma troisième partie du Sens de l’histoire. Le fait que Romain se mette au tango. (qui est le plus intéressé en ce qui concerne le marxisme non-dogmatique en Allemagne en ce moment) . René Lourau. lorsque les épreuves de tel ou tel livre vont arriver. Les tensions entre moi et Georges. c’est l’occasion de former Véro à la réalité du terrain.. prof de philo à Tübingen (il a fait une conférence sur Lefebvre). Puisqu'il y a beaucoup de points communs entre H. alors que je n’avais besoin que de trois heures pour la conclure définitivement ? La version provisoire. a permis à Christine de la relire et de la commenter. Jeudi 1er février 2001. Un texte de trente pages suppose une vue d’ensemble.

Juni 2001 eine kleine Tagung an der Universität Paris 8 (Saint-Denis) veranstalten. mais est trop chargé. Renaud Fabre. j’ai distribué l’annonce du colloque à mes étudiants. Elisabeth Lebas (Grande-Bretagne). qui viendra. Zu Ehren seines 100.la ville . ZENG Zhisheng (Chine). Refus de Th. David Benichou. Es sind keine langen Vortäge geplant. L. Kurt Meyer (Suisse). Ahmed Lamihi (Maroc). Auteur de 68 livres. Bist Du einverstranden in unsere Komite zu sein ? Remi. Mardi 26 juin : Lefebvre. du mardi 26 juin au jeudi 28 juin 2001. Lucien Bonnafé. Lucette Colin. sondern eher kurze Beiträge zu unterschiedlichen Themen. comme je l’avais fait la veille auprès des membres du conseil d’UFR : le colloque Lefebvre est sur orbite. Ville. Guigou. Bonnafé. wenn möglichst viele deutschsprachige leser von Lefebvre zu der Tagung kommen könnten. Benyounes Bellagnech. Makan Rafatdjou. Comité scientifique et d’organisation en cours de constitution : Armand Ajzenberg. Robert Joly. Bechman. Authier ne peut pas venir. de la pédagogie. vivants. und wir würden uns gerade deshalb auch sehr freuen. Geburtstags werden wir vom 26. penseur du quotidien et du mondial (matin : la critique de la vie quotidienne aujourd’hui . l’après-midi : s’inscrire dans le prolongement de l’œuvre d’Henri : l’œuvre de René Lourau (1933-2000). Henri Lefebvre ist im Juni 1901 geboren.fr Vendredi 1 février 2001. Maïté Clavel. Remi Hess. Pierre Lantz. bis 28. Peux-tu me la donner. Das Treffen wird eher informellen Charakter haben. A. Wichtig erscheint uns vor allem der interindividuelle Austausch. Sa pensée nous invite à l’invention. Daniel Bensaïd. Henri Lefebvre est décédé en juin 1991. Très long mail de Müller-Schöll.au global). Christine Delory-Momberger. Georges Labica. accepte de présider cette rencontre. 79 . à la fac. Mercredi 27 juin : Lefebvre métaphilosophe (matin : son travail pour dépasser la philosophie après-midi : théorie des moments et méthode régressive-progressive). Dazu möchten wir Sie herzlich einladen. Anne Querrien. il a pensé de nouveaux objets. M. Paquot. à la lutte pour un monde plus humain et à l’ouverture. Clémentine Dujon. Coulon. D. son travail de vulgarisation . D. Je les contacte. Dan Bechmann. son œuvre bénéficie aujourd’hui d’un regain d’intérêt autant aux États-Unis qu’en France. Pour tout contact : Remi HESS remihess@noos. qui viendront témoigner). Bensaïd.“Cher Armand. s'il te plait ? Réponses favorables d'Ahmed Lamihi.” Ensuite. Sylvain Sangla. traduit en trente langues. ” Colloque " Centenaire d’Henri Lefebvre " Université de Paris 8. Laurent Devisme. Zahlreiche Werke von Lefebvre sind ins Deutsche übersetzt. Christian Schmid (Suisse). J. Kann Ich dieser klein Texte Schicken ? Kannst Du meine Fehler korigieren ? Danke. Corrigé de ma lettre par Gaby : “Liebe Leser von Henri Lefebvre in Deutschland. Ulrich Müller-Schöll (Berlin). Ulrich Müller-Schöll hat mir 6 Adressen von Lefebvresdeutschenautoren gegeben. de l’explication et de l’explicitation. Alain Coulon. Jacques Guigou. En témoignent le nombre impressionnant de rééditions de ses livres depuis deux ans. J’envoie à Gaby le mail suivant : “Chère Gaby. P. peu nombreux du fait de la grève. du local . Le président de l’université de Paris 8. Jean-Pierre Lefebvre. Patrice Ville. etc. après midi : être sujet des processus de mondialisation. Nicole Beaurain. Marxiste ayant refusé le dogmatisme. Arnaud Spire. Jeudi 28 juin : Lefebvre pédagogue (le matin : son art de l’enseignement. qui me donne les adresses de 6 Allemands branchés sur Lefebvre. Né le 16 juin 1901. et d’autres chercheurs. arrive l’acceptation d’Arnaud Spire . j'ai dû faire une faute en recopiant l'adresse électronique d'Élisabeth Lucas.

lecture de U. sur des communications déjà connues : pour le moment. Je téléphone à la liste d’adresses envoyées par Nicole Beaurain. il est clair que nous buttons là sur un clivage concernant ouverture et fermeture. Alain Bihr. Michel Trebitsch. Il me faut faire la même chose en anglais. pour permettre tous les échanges possibles. Müller-Schöll sur Lefebvre . Establet ? Pas de place. Lundi 5 février 2001. je voudrais faire le point sur ma transversalité. Remi Hess”. selon lui. proposés par Nicole. elle s’étonne que personne n’ait encore pris ma place sur cette question : il est étonnant que le grand nombre d’ouvrages sur H. je suis absorbé par l’organisation du comité scientifique du colloque Lefebvre.Falls Sie Interesse an unserem Treffen hätten. italien… Je passe la journée à la Commission éducation.” Dimanche 4 février. ce n’est pas possible. je n’ai pas trop réagi . Sylvia Ostrowetsky. Sur le plan des autres éléments de ma transversalité. ne serait pas capable de ne pas être la vedette de la rencontre. mais des moments d’échanges. Le Lourau est une exploration concrète de la méthode régressive progressive : il est nécessaire 80 . ceux qui veulent faire une communication doivent passer leur texte sur le forum de discussion. Sünker. espagnol.Lefebvre : nombre de personnalités sont heureuses de donner leur nom (hier : A. lecture à 7 heures. a dit Armand. Gérard Althabe. C. puis gestion du courrier. j’ai été suspendu dans mon travail par une affaire de Sans Papiers (intervention des CRS à la chapelle Saint-Bernard où s’étaient regroupés 200 Sans Papiers). Mercredi 7 février 2001. Aujourd’hui. “ Si on l’invitait. Hier soir. ce n’est pas dit. je n’ai pas écrit . Depuis le temps que j’en parle. génial : j’ai passé la page 200. Je vais travailler toute la journée à Montreuil. alors que j’avançais La mort d’un maître. J’avais la tête ailleurs. Lefebvre n’ait pas dégagé ce sujet. que j'informe du travail accompli par Nicole Beaurain : il a fait la moue par rapport à certains noms. Les rencontres elles-mêmes ne seront pas des moments d’exposé. Il faut faire traduire un texte de présentation générale. échanges téléphoniques avec Madeleine Grawitz. Cohn-Bendit. würden wir uns sehr freuen und möchten Sie bitten. Ce matin. mais pour moi. dans ce colloque pour les Althussériens . J’envoie l’annonce du colloque Lefebvre à ma liste allemande. Lucette me fait prendre conscience de la nécessité de sortir d’urgence ma Théorie des moments. pareil pour Jean Baudrillard et quelques autres. uns in den nächsten Wochen eine kurze Antwort zukommen zu lassen. il me faut expliquer comment on va travailler . Victoria Man. François Dosse. Mit besten Grüßen. Les trois jours que j’ai prévus pour cette rencontre ne seront pas de trop. Je m’aperçois que depuis quelques temps. Ce matin. mais. j’ai reçu un appel d’Armand Ajzenberg. H. Eugène Enriquez. Lucette pense que je devrais faire ce livre avant le Lourau. Samedi 3 février 2001. Je n’ai pas encore noté qu’Alain Guillerm et Jean-Marie Vincent ont accepté d’entrer dans le comité scientifique. Gaby m’a fait deux brouillons de lettres. Lipietz. Dans le texte de présentation du colloque. Lever à 5 h 30. Wulf). Le soir. Ma priorité quotidienne reste actuellement la mise en place du comité scientifique du colloque H.

pour pouvoir écrire dessus ensuite. avant d’écrire la théorie des moments. son frère et deux étudiants inconnus). un texte précieux. Benyounès. Ce chantier d’écriture est ralenti par des tâches urgentes quotidiennes qu’il me faut tout de même assurer : -ce matin. Je dois le terminer en corrigeant en même temps les épreuves de la transcription de ma conférence de Toulouse. Courrier encourageant reçu hier de Gérard Chalut-Natal . avant d’écrire un livre théorique dessus. Vendredi 9 février 2001. Ce livre doit se composer de trois textes : La socianalyse (réécrit). et quitter l’état de grâce. -Un autre chantier urgent : le texte sur Mayotte que Christoph attend avec impatience. Il développe sur quatre pages les points d’accord avec ma théorie des moments : ces échanges sont une vraie recherche scientifique. j’ai écrit le compte rendu de la réunion des Verts de samedi dimanche sur l’éducation : un petit texte. Hier. je lis le journal de Benyounès dans lequel je veux recopier un passage (daté du 6 février 2001) : 81 . en phase avec mon texte de conclusion de La Sens de l’histoire (60 pages). pour reprendre un certain nombre de textes déjà écrits. d’une institution. une autre idée : un livre qui s’intitule Le moment socianalytique (Le temps des médiateurs 2). au séminaire. Si je ne m’oblige pas à faire ces choses vite. dans lequel je me trouve actuellement. je dois être capable de sortir mes deux livres théoriques : La théorie des moments et La méthode régressive-progressive. d’une organisation. pour cette année du centenaire. auparavant je dois sortir La mort d’un maître. deux nouvelles demandes de texte : une émanant d’une revue allemande : 15 000 signes sur l’anthropologie de la danse . Ce matin.d’explorer cette méthode concrètement. que Philippe Lenice a fait décrypter. mais quand les trouver ? Cette semaine. un texte pour le groupe de recherche “art et cognitique”. Ce livre ne sera écrit que durant l’été : il n’est pas urgent . la demande vient d’une ancienne étudiante. Au cours de l’intervention faite avec Véro à Montreuil. important sur le plan politique. Christoph Wulf m’a confirmé sa commande d’un livre sur Le mouvement institutionnaliste (avec Gaby Weigand). que je devais absolument rendre rapidement. en message mail. Bonheur d’avoir un tel interlocuteur ! Sur l’éducation. Kolle. L’institution sur le divan. encore. 9 heures Hier. Véronique sera d’une aide précieuse. De même que j’ai pas mal travaillé sur la notion de moment. Sur la danse. je risque de perdre pied. Or. mais. de même je dois expérimenter la méthode régressive progressive. La notion de moment socianalytique est présente dans Centre et périphérie : monter comment ce moment survient dans la vie d’un groupe. je parle de Métaphilosophie : j’en vends 5 exemplaires (Philippe Lenice. Ce travail ne me demanderait que trois heures de concentration. L’intervention actuelle auprès des AS de l’académie de Créteil. il peut reprendre ce que je vais trouver dans mon enquête sur René Lourau. aussi pour le texte allemand. lorsque Jack Lang sortira ses mesures pour la formation des enseignants. je suis pour sortir un texte dans Le Monde sur les IUFM.

avec un très beau passage sur Sartre que je ne connaissais pas. et donne à lire ce qu’il écrit. j’avance à grands pas le livre de Müller. avant même que ce ne soit publié. Quel boulot que de lire ce livre en allemand ! J’en suis aux rapports avec Sartre. comme mauvais élève. Gilles Monceau entreprend une manœuvre anti-institutionnaliste. Je suis tout à fait d’accord avec lui . nous lui avons demandé de nous raconter ce qui s’est passé. Lefebvre : c’est une erreur de ne pas citer L’existentialisme. J’ai quitté cette réunion. j’ai dit à René que je considère Remi comme faisant partie du courant de l’AI. En 1999. car Remi écrit beaucoup. n’a jamais contesté cette évidence.“Après le café. J’ai lu l’article de Michel Trebitsch sur la correspondance d’Henri avec Norbert Guterman. En voulant institutionnaliser le labo. je me sentais aussi à l’aise dans l’un que dans l’autre. et je n’ai pas senti de distance entre eux. je suis d’accord avec lui. aujourd’hui.” 19 h. un jour. Vendredi soir. Pour moi. Lapassade et Lourau . nous parlons beaucoup de la situation actuelle de l’AI. tout en terminant le livre de Müller-Schöll : agréable de suivre l’analyse comparative de 82 . et le fait de donner ses derniers livres à Remi. L. elle frappe mon journal de mercredi. pas trop. dans le Dictionnaire des philosophes. Nuit très courte encore de samedi à dimanche. Je me suis replongé dans Nizan. Mostafa a assisté à la rencontre du 11 janvier en hommage à René Lourau. Avec Remi. Elle relit et corrige le journal de Georges. J’ai l’impression qu’il n’est pas dans le coup. et l’écriture prend une grande place. important : je ne savais plus que j’avais noté tant de choses. elle fait une photo d’un livre introuvable de H. après la mort de René. en me disant que je ne me reconnaissais pas dans ce groupe. j’ai lu une lettre circulaire du directeur de ma formation doctorale qui me labellisait. Cette lecture me conduit à relire mon livre sur Lefebvre. Celle-ci a beaucoup avancé aujourd’hui (dans ma tête). il juge la situation très critique. lors de la lutte contre les invalideurs et les scientistes de l’institution universitaire : l'institutionnaliste est principalement critique vis-à-vis des institutions. Il m’est arrivé de parler à l’un ou à l’autre de leurs séminaires respectifs. Sartre n’a pas pu ne pas être marqué par ce livre. nous montons au quatrième étage salle 428. Dans l’article Sartre de Michel Contat. journée intense de travail. Sartre : Müller dit que leurs relations sont difficiles à expliquer. Aujourd’hui. Patrice explique que le fait de ne pas consulter Remi. 9 heures. Aujourd’hui. Je retiens une chose de tout ce qu’il a dit : Remi a pris des notes lors de cette rencontre d’hommage. et je n’ai fait qu’une demi-heure de pause à midi : Véro met à jour les bibliographies de Lefebvre. aucune allusion à H. le lien s’est renforcé et la confiance s’est installée une fois pour toute. C’est ce que j’ai compris lors de la dernière réunion à laquelle j’ai assisté en juin 2000. et celui de Remi. J’avance dans l’éclairage des choses. et ce n’est pas l’esprit de l’AI. J’ai commencé à 4 heures. pour les publier ne peut être qu’une consécration et une reconnaissance d’un long parcours commun d’une trentaine d’années. est venue préparer une chorégraphie chez nous. Je regardais d’un œil. je redis cela et je le confirme dans ce séminaire. Charlotte. Lukacz n’arrive qu’après… Lundi 12 février 2001. J’étais assis à côté de Raymond Fontvieille. je faisais le va et vient entre le séminaire de René. même s’il connaît l’AI depuis 10 ans. ce mardi. j’étais un véritable zombie. Patrice dit qu’il reçoit beaucoup d’e-mails en ce moment. d’après Patrice. est une grave erreur de la part de Gilles Monceau et d’Antoine Savoye. J’ai passé une nuit blanche. dans les échanges entre les acteurs de l’université et de la recherche. encore. 30. Mais j’ai eu assez de force hier pour écrire une lettre de huit pages (ironiques) pour défendre Patrice qui était encore davantage attaqué que moi. En effet René. sur le devenir du labo et du courant de l’AI. Samedi. C’est pour moi le plus important. Ainsi il est en train d’introduire quelque chose de nouveau à l’université : le maître se donne à lire à chaud. De mon côté. ma fille. Le livre de G. que veut lire Kurt Meyer : il faut que je lui demande son adresse pour lui expédier. Il me faut le reprendre dans ma préface pour L’existentialisme.

sur une expérience de tango que je vis avec une Allemande débarquée à Paris. je prends beaucoup de plaisir à danser avec elle… 83 . passer des vacances. je me suis retapé La somme et le reste. 6 heures. J’ai donc interrompu l’écriture de ma préface. et le Sens de l’histoire avance à grands pas : Christine a fini de sortir l’ensemble des 18 chapitres de la seconde partie. Christine est venue déjeuner. Lundi et mardi. Pourquoi ne suis-je pas parvenu à écrire ce journal alors que je travaille beaucoup sur Henri en ce moment ? Il y a eu l’affaire de Paris 8 (volonté de Dany Dufour d’organiser le chaos dans la formation doctorale) qui a pesé sur la qualité de ma présence à moi-même : cependant. je vais tenter de m’y mettre aujourd’hui. elle a vraiment bien connu Henri. depuis Strasbourg jusqu’à la fin. il y a dix jours… Nous avons dansé 10 heures ensemble et c’est une expérience nouvelle pour moi que d’avoir une partenaire attitrée. Cela vient du fait que depuis que j’ai reçu ma préface à l’Existentialisme. Lefebvre sans discontinuer . Je me contenterai de lire et d’écrire ce journal. en fonction de la relecture de la seconde partie. mais j’ai envie d’en commander un autre exemplaire aujourd’hui. À midi. tout en disant qu’elle veut m’aider. Romain n’a rien mangé. Entre 1962 (elle a assisté à la première rencontre de R. J’ai dû m’occuper de Romain quatre jours. avec Jean-Pierre Garnier. Deux ou trois choses urgentes sont venues le recouvrir. Je n’irai chercher Romain que demain. Je ne connais pas ce numéro de revue . Lefebvre. venue apporter son manuscrit sur La sociologie de l’urbain. elle a été pratiquement chaque année à Navarrenx chez Lefebvre. et je tente de boucler la préface… Paris le 28 février 2001. Lefebvre est passé au second plan. j’ai passé deux fois douze heures. tout en regardant Charlotte pratiquer. quand il dormira… Aujourd’hui. Mardi dernier (14/02). Le dernier week-end. Cela suppose de relire pas mal de choses… Christine m’a apporté des chapitres du Sens de l’histoire à relire… Et comme Véro manque de travail pour la semaine qui vient. à relire ce bouquin dont je dois revoir et réécrire la troisième partie. Cela fait longtemps que je n’ai pas écrit mon journal. Bien qu’elle soit débutante. pour voir ce qu’elle pourrait faire sur ce terrain. Elle a coordonné le n° d’Espace et société sur H. Gérard viendra le conduire à Sainte-Gemme. j’ai passé sept heures avec Maïté Clavel. se “réaliser” (Verwichlichung) ! Monique Coornaert m’a téléphoné longuement : elle ne veut pas faire partie du comité du colloque Lefebvre. Véro était venue. Lefebvre) et 1975. J’ai relu le volume 2 de La critique de la vie quotidienne (dernier chapitre. On a parlé d’H. dès que Véro arrive.la notion de praxis chez Sartre et Lefebvre. en essayant de dégager les passages que je veux reprendre dans La théorie des moments. Lundi 19 février 2001. je suis parvenu à me mettre à la correction des épreuves de L’existentialisme. Ce travail m’a pris jusqu’à mercredi. il m’a fallu relire ma Théorie des moments. elle va me l’envoyer. Lourau avec H. C’était la Saint Romain. ainsi que le passage sur la transduction). je lui montre ce qu’elle a à faire dans les 4 jours qui viennent. mais. entrepris la semaine passée à Sainte Gemme. pour avancer un texte. le chantier H. Ensuite. celle-ci apparaît plus compliquée à écrire que je ne me l’imaginais. Je crois que je vais alors prendre quelques jours de congé pour me refaire une santé. Normalement. j’ai essayé d’avancer dans la préface.

et Véro me seconde merveilleusement. Long moment sans tenir mon journal “Lefebvre” : je suis mobilisé par d’autres textes : relecture des épreuves du Moment de la création.Hajo Schimdt m’a envoyé son livre sur Henri Lefebvre (1990). Mercredi 4 avril. Enquête sur le mondial chez Lefebvre. Je dois le rendre le 12 juin. le récit d’une aventure. Cette solution a un triple avantage : un nouveau livre d’introduction à la pensée de Henri. et surtout avancée du Printemps du tango. Je ne puis pas dire que j’oublie Henri. Anne-Marie a accepté un ouvrage Penser le mondial : Henri Lefebvre. Avec Christine. D’où le recours à la pensée d’Henri Lefebvre. description de cette réalité. ce chantier s’est terminé par la couverture : j’ai fait un beau dessin. De plus. Métailié. pour que nous puissions nous dire tout ce qu’il restait à faire. Je pense que cela crée un nouveau style pour la collection “anthropologie” qui existe maintenant (un contrat m’a été fait par Jean). Ce sera vraiment un beau livre. mais productif.M. De plus. Mais sur quoi ? L’idée de lui donner La théorie des moments n’est pas bonne. 84 . Chez Anthropos. L’échange a été bref. Jean nous a offert le champagne. Nous étions donc deux. Il sera sorti le 15 septembre et en librairie le 4 octobre. Il faut que je décroche un contrat. J’ai déjà un contrat chez Anthropos. Nous avons fait une brochure de 12 pages contenant une bibliographie complète de Lefebvre. il plaît à tous ceux qui l’ont vu. hier. il accepte 8 pages de photos. Je vais chez A. plus philosophique que le précédent. envoyé aux inscrits du colloque de novembre. Il faut trouver un autre thème. et en même temps difficultés de le penser. que je vais commencer à lire très bientôt. des contradictions du mondial. mais aussi plus branché sur l’actuel. Jean a accepté que je fasse passer le Sens de l’histoire de 260 à 320 pages. Il aura 160 pages (320 000 signes). où je tente d’explorer le moment du renouveau et le renouveau des moments. Véro m’a accompagné hier chez Anthropos : cela lui a permis de découvrir la maison. Je travaille à la préparation du colloque. J’avais oublié de prévenir Pascal. Je suis dans le métro. le temps manquait. Plan : La mondialisation aujourd’hui. Jeudi 1er mars. Mais pour le moment. 26-28 juin. Armand… Ils ont reçu les services de presse de Du rural à l’urbain et sont heureux de ma préface. 9 heures. son tirage a été limité à 200 exemplaires. Coup de fil de Sylvain Sangla. Cette brochure a été distribuée dans l’université. Mais on a commencé à regarder les photos ramenées de Sainte Gemme. J’en attends 600 supplémentaires. J’ai terminé L’existentialisme . pour mon anniversaire ! *** Je sors de chez Anne-Marie. Cela fait très longtemps que l’on ne s’est pas vu. je pense la distribuer largement aux étudiants de Paris 8. On a fait les services de presse de Du rural à l’urbain et de Centre et périphérie.

Privilège de l'âge et signe des temps. fut introduite par Georges Lapassade. Soixante-huit livres traduits en trente langues. Une moyenne de cent cinquante sièges occupés en permanence. Henri Lefebvre savait faire parler ses interlocuteurs. d'un "moment de l'homme total en devenir". Certains venus d'Italie. philosophe. d'Allemagne. R. dépassait l'opposition entre les spécialistes qui se méfient de la critique philosophique et le sens commun qui rejette volontiers les généralités abstraites. et la proximité du global. Je le recopie : “ Henri Lefebvre. Point d'interventions interminables et rédigées à l'avance. Sylvain Sangla). mais à le dépasser afin d'intégrer la vie. Beaucoup de traces. mit en évidence l'idée d'une "critique préalable" quasi systématique tout à fait primordiale pour Henri Lefebvre. 9 juillet. du Maroc. Robert Joly objecta qu'aujourd'hui la généralisation avait été portée à un point de paroxysme par la publicité et les médias.Colloque H. une initiative en forme de manifestation ! De nombreux participants sont sortis spontanément de leur réserve. pour le philosophe. Anne Querrien montra comment la conception lefebvrienne du monde est marquée par l'irruption de la violence dans 85 . Lefebvre était un grand auteur. Lefebvre à Paris 8. se sont tenus trois jours de colloque à l'Université Paris VIII (Saint-Denis). auteur d'une récente Microsociologie de la vie scolaire : comment crédibiliser un discours sur l'autogestion. Tant est vert l'arbre de la vie et aussi celui de la théorie lorsqu'elle l'épouse. via le quotidien. Beaucoup de simples lecteurs ont été surpris par la verdeur et l'actualité du propos. Tu es en train d’en faire un classique. On évoqua l'urbanisme. l'œuvre et la pensée d'Henri Lefebvre dans la compréhension du moment actuel. du local . Sylvia Ostrowetsky déplora que la Critique de la vie quotidienne ne consacre pas une ligne au partage des rôles entre femmes et hommes. consacrée à "la critique de la vie quotidienne aujourd'hui". L’école émancipée sort un dossier de 8 belles pages (articles de Philippe Geneste. rendant compte du colloque "Centenaire d’Henri Lefebvre" et publié dans L’Humanité du lundi 9 juillet 2001. Il savait les écouter. Un vrai dialogue. Une seule remarque de Christoph Wulf : -Remi. des réflexions. Christoph Wulf. De nombreuses communications venues des quatre coins du monde. du Brésil. H. Cette rencontre ne consistait pas à ressasser le passé. et de quelques autres gentils organisateurs. La partie orale du colloque s'est située au-delà. de l'université de Berlin. Un succès qui semble avoir été au-delà des prévisions des organisateurs.au global". subjugués qu'ils étaient par la mise à jour d'un trésor enfoui sous l'œuvre. Beaucoup de jeunes étudiants ont suivi assidûment les travaux. La partie électronique du colloque avait commencé dans le sillage de la rencontre "Henri Lefebvre" qui a eu lieu en novembre 2000 dans les locaux d'Espaces Marx. le devenir-monde du local. Dix ans après sa mort. Un long débat s'en suivit sur la question de l'aliénation. de nouvelles lectures. Je n’ai pas le temps d’écrire.la ville . Je viens de lire l’article d’Arnaud Spire. de Grande-Bretagne. En somme. sur le mode de la conversation informée. Saluons à cet égard l'émancipante directivité de Remi Hess. Maïté Clavel. etc. Georges Labica insista sur le fait qu'Henri Lefebvre. La première matinée. des témoignages. le retour Il aurait eu cent ans en juin. Mieux. d'Armand Ajzenberg. paradoxalement destiné à des autogestionnaires ! L'après-midi fut occupée à savoir qui peut "être le sujet des processus de mondialisation. Hess. Beaucoup de personnalités illustres se sont enorgueillies de l'avoir fréquenté de son vivant. Remi Hess soutint qu'il s'agissait. des États-Unis. Sans doute davantage pour le continuer que pour le célébrer. comme le maître les affectionnait.

après que Georges Labica ait situé l'éventuelle résurrection de la philosophie dans le domaine de l'utopie. Le concept de quotidienneté renvoie au concept de résidu qui est une véritable transgression de la tradition philosophique. Quant à l'après-midi. elle fut remplie par différentes réponses à l'interrogation : "qu'est-ce qu'être lefebvrien aujourd'hui ?". Le maître préférait "penser à chaud" en public plutôt que d'enseigner la pensée de façon méthodologique. de loin. qui a personnellement connu Lefebvre dans le cadre du groupe de Navarrenx.de Qu'est-ce que penser ?. Trois questions ouvertes ont finalement été retenues : celle de la critique. le moment de la mimesis où l'imitation l'emporte sur la créativité. Méfionsnous. le "se faisant". René Schérer. qui vient de publier une Ecosophie de Charles Fourier. le marxisme à sa base économique. Remi Hess. La discussion s'étendit ensuite à l'articulation du concept lefebvrien d'espace avec celui de temps. qu'il s'agisse de Hegel.. Makan Rafatdjou mit en avant la notion d' "urbain-monde" qui concerne la quasi totalité de la population de la planète. enseignant en histoire. n'a pas hésité à présenter Henri Lefebvre comme fondateur de la pédagogie nouvelle. chez Lefebvre.dans ce cas . et celle de la quotidienneté. Puis. s'est loué de la volonté constante d'Henri Lefebvre de faire sortir l'opinion française de son incompréhension vis-à-vis de la dialectique. Pascal Diard. Encadré : Rééditions en cours. "au-delà". moins connu que les deux précédents : le penseur du quotidien. de pair avec la construction d'une nouvelle unité philosophique (la métaphilosophie). Remi Hess a mis l'accent sur "Henri Lefebvre anthropologue" qui a construit avec ténacité. Un autre participant a même affirmé qu'Henri Lefebvre avait horreur du "tout fait" et qu'il préférait. consacrée à la métaphilosophie.du "grand écart". et d'un point de vue philosophique "sa" discipline. il s'agit de le transformer". celle de la relation entre l'espace et le temps. Après avoir insisté sur le moment de la praxis . Un participant ayant souligné la façon dont Lefebvre a été attaché toute sa vie à la dialectique d'Hegel et à ses préliminaires chez Héraclite.meta. Christoph Wulf y a rajouté la question du possible : il s'agit de savoir si le futur est ouvert ou prédéterminé par le passé. L'attaque d'Althusser contre le concept d'aliénation a contribué à limiter. Ce que la philosophie n'avait jamais pensé avant Lefebvre. c'est le quotidien. En France. À suivre. même si cet épithète relève un peu . s'ouvrit par un exposé de Georges Labica sur la manière dont la onzième thèse de Marx sur Feuerbach a travaillé l'itinéraire de Lefebvre : "Les philosophes n'ont fait qu'interpréter diversement le monde. faisant de l'enseignant un artisan "débrouillard".c'est-à-dire de la pratique investissant la théorie -.. de Marx ou d'Henri Lefebvre. Un échange sur l'absence de rencontre entre Henri Lefebvre et Althusser a eu lieu dans la plus grande sérénité. Ulrich Müller-Schöll et d'autres ont évoqué la polysémie du préfixe "meta" qui signifie à la fois "après". La seconde journée. Syllepse a réédité La conscience mystifiée. Cette maison 86 . Georges Labica fit remarquer que la mondialité chez Lefebvre n'est pas le processus de mondialisation mais une conscience historique commune marquée par l'optimisme. avec un regard en positif. Métaphilosophie (2001). et le philosophe. et enfin le moment de la poièsis qui contredit le précédent en lui substituant une franche innovation. de l'urbain. Le devenir-monde. para. que cette dernière soit choisie ou imposée. pose la question de la mobilité. dans les années 60-70. Armand Ajzenberg.la vie quotidienne. a remarqué qu'il prenait autant de plaisir à écouter qu'à parler. avec patience historique. des effets apologétiques du dépassement (Aufhebung). laissant la place à l'imprévu. a insisté sur le fait que son lien avec Henri Lefebvre devait tout autant à son apport créateur sur la pensée de Marx qu'à celle de Charles Fourier. Remi Hess a. fait profiter de sa connaissance quasi encyclopédique de l'œuvre en renvoyant aux petits préfixes . "théorie qui réfléchit sur sa propre validité". vécu comme une aspiration. Georges Labica montre comment l'éclatement de la philosophie va. auto . professeur en sciences de l'éducation. La troisième journée a permis de tracer le portrait d'un "Henri Lefebvre pédagogue". écrit en collaboration avec Norbert Guterman (1999). a expliqué comment lui-même fondait sa pédagogie de projet sur le dépassement de toute pédagogie. a dit Pierre Lantz. cette fois-ci encore.

L'existentialisme (2e édition). et se conçoit comme pensée du monde . Cairn a réédité Pyrénées avec une préface du défunt René Lourau. 16 h. Véro me seconde magnifiquement. J’ai très vite décidé d’écrire un livre sur ce qui se passe.Philosophie de l’histoire et histoire de la philosophie politique Depuis Héraclite. et R. symbole de l’incendie de la Cathédrale de Reims : le franco-allemand comme lutte à mort . Lourau au niveau de l’AI et de L’État inconscient… III). on est contre : mais se passe-t-il quelque chose d’important à Seattle. Pendant tout ce temps. La fin de l'histoire et La survie du capitalisme. On est pour. ” Vendredi 14 septembre. nous avons regardé les mêmes images). 1914. puis j’ai suivi une rééducation. puis j’ai entendu dans la cuisine Lucette dire qu’il se passait quelque chose à New York (elle rentrait de la fac). j’ai terminé et envoyé mon introduction à Contribution à l’esthétique. 1962. Moment de la sidération (3 heures durant. Première guerre mondiale. Pour lui proposer de lui rendre le livre fin septembre.. penser le mondial La mondialisation est à l’ordre du jour. André Vachet… Ahmed Lamihi appelle de Tétouan. et les éditions Anthropos ont sorti la quatrième édition de la Production de l'espace.prépare la réédition du Nietzsche. elles sortent Du rural à l'urbain (3e édition). on avait oublié l’histoire et la lutte à mort : l’histoire revient. je n’ai pratiquement pas écrit de journal. L’avenir : vers un nouveau travail interculturel. le 11 juillet : j’ai passé sept semaines allongé . Lucia Ozorio. J’ouvre. Exposé descriptif des faits et les commentaires à travers la presse . puis moment de l’analyse. 11 septembre 2001. ma problématique : depuis la chute du mur de Berlin. Marx et la lutte des classes. j’ai été opéré du ménisque le 29 août. la seconde édition d'Espace et politique . Lefebvre et la construction de la problématique mondiale. Depuis mardi. événement analyseur. qu’en reste-t-il ? (reprendre ici les pages sur l’histoire de la philo dans Métaphilosophie).. en 2001. ce journal.La lutte à mort peut-elle être dépassée ? 1914. puis Rabelais. interrompu au moment de mon “accident”. Virginie Vigne. Je construis mon plan. L’ofaj. Introduire le moment du sublime chez Kant complété par l’introduction de Déotte et Brossat (lus. Une analyse institutionnelle généralisée au niveau mondial se développe. mes étudiants)… Contact avec Anne-Marie Métailié. le mondial se pensait comme spatial . cette nuit. Organisation d’un réseau d’informations (qui sollicite mes amis. En 2000. Elle est d’accord pour La lutte à mort. Conclusion. Lundi 8 octobre 2001. suite à un appel de Charlotte du Brésil). La construction européenne. II). sans aucune autre possibilité que d’être là stupéfaits. Le 19 septembre. Gène. Le 11 septembre. la lutte à mort chez Hegel. etc ? I). mais je n’ai pas 87 . moment de la compassion (volonté de dire à notre voisin américain notre amitié). Parallèlement.. par hasard. qui s’impose comme un moment historique dans l’histoire de la mondialisation. je lis la presse mondiale. puis de Herder et Fichte à 1870. aux origines : L’humiliation de Goethe. penser le mondial. 1945. Nous avons mis la télé. La lutte à mort. la philosophie se construit comme logos. De l’état de H. On en parle tous les jours.L’éclatement de l’institué symbolique New-York. rencontre d’étudiants : Nathalie Amice.

j’ai rêvé. j’ai l’idée de relire De l’état . j’avais récupéré le vol. Sur le terrain lefevrien. Syllepse voudrait s’associer à cette réédition). Guigou qui n’arrive pas. Gabel. juste avant l’attaque des tours du Word Trade Center. repensant à la demande de Vito d’Armento (Lecce. car René Barbier m’a frappé sur la jambe (sans le faire exprès) et mon genou a regonflé. La survie du capitalisme est bloquée par la préface de J. Je retrouve une version manuscrite de La rythmanalyse. Lourau dont je relis la moitié de l’œuvre pour avancer La mort d’un maître. Lefebvre. Lourau. une sorte de gare routière. tout en écrivant sur R. Opportunité de rééditer Contribution à l’esthétique (Tamara peut y travailler) : je lance les choses en juillet. c’est la désorganisation : des gens recherchent leurs valises. Il y a des centaines de bagages. Lucette pense que je devrais donner priorité au dossier La lutte à mort : penser le mondial. Lourau. Je me réveille tôt. C’est la forme qu’a le livre pour Anne-Marie Métailié depuis le 11 septembre. 5 h 30. puis je me lance dans une introduction qui devient un long texte (70 pages) : Henri Lefebvre et l’activité créatrice. Cette nuit. mes bagages ne sont pas 144 Je renoncerai à ce projet. montre que beaucoup de choses avancent. 4. J’ai déjà écrit 4 chapitres ! Je n’ai pas pu animer. après la mort de Lefebvre 88 . Parallèlement sortent : Le moment de la création et Le sens de l’histoire. type Tétouan . qui me manquait : lecture du lexique. idée de ressortir De l’État ( Jean Pavlevski est d’accord. Italie) d’un texte de 50 pages de moi sur Henri. en découvrant que c’est la même version que celle éditée par Syllepse en 1992. mis en perspective avec L’État inconscient de R. J'y découvre l’importance de la présence de R. pour servir à d’introduction à des morceaux choisis. ici ou là dans un grand hall. Index. donnée par Henri en 1989 : idée de le faire saisir par Véronique qui travaille merveilleusement pour moi 144 . Axelos… Je me suis replongé dans les auteurs que fréquentaient H. Méthodologie des sciences est partie en fabrication. Lukacs. au colloque Marx 3 à Nanterre l’atelier H. Marcuse. excité par les idées qui se précipitent dans ma tête. Aujourd’hui. malgré trois mois d’absence à mon journal. ressent le nécessité de constituer un dossier CNL . que je termine le 11 septembre. car j’ai eu la même demande au Brésil et en Iran (Monadi) : j’ai passé la journée sur ce dossier. fin septembre. dont je fais la présentation avec Christine DeloryMomberger.arrêté de lire : Hegel. Mardi 9 octobre. avec Georges Labica. Lefebvre. Fin juillet. profitant de l’absence de Lucia Ozorio qui devait venir travailler sa thèse à la maison. sortent le Rabelais et La fin de l’histoire (préface de Pierre Lantz). Je fais l'index minutieux du volume 3 : tout le passage sur le principe d’équivalence. J’en ai quatre remplies de livres . Ce bilan. mais compte tenu du volume : 1700 pages. Lourau. Mon rêve : Je devais déménager. et de La fin de l’histoire dont j’ai fait les index. mille choses : cet été. En septembre. je me mets au travail. Morin. Je me lance dans la relecture de plusieurs livres d’Henri. Climat d’évacuation (ce doit être le contexte de la guerre qui a débuté dimanche en Afghanistan !). Mise au point du Rabelais. Lefebvre. Je suis stimulé.

dîner chez Hélène. comme il m’a retrouvé le 4° volume de De l’État : les rééditer aurait vraiment du sens . Il avait déjà réédité chez Méridiens Klincksieck : Le nationalisme contre les nations (1988) et La somme et le reste (1989). Chaque ouvrage fait l’objet d’une présentation. PUF. de les retravailler. 1988. Remi Hess. La fin de l’histoire. Je dois modifier mes projets. Il poursuivra son effort en 2002 avec La survie du capitalisme. bibliographie. pour me sortir de l’ornière. et en 2001 : Du rural à l’urbain. à force de les relire. avant. Lefebvre. La lecture n’a jamais autant compté pour moi que ces derniers mois . mais aussi de rédaction d’index. 30 Hier. Lourau en 1984 et. Lefebvre. J’ai demandé à Yves de me retrouver le Pascal. les livres qui sont à l’intérieur : ces livres manquants seront-ils un handicap pour sauver ma mémoire intellectuelle. mais des étudiants occupent mon temps de travail : la thèse de Lucia m’a pris plusieurs semaines cet été.regroupés. Casterman. mais le quatrième. dans ma tête. faut-il faire une réédition du Pascal en deux volumes ? Alors que je relis ce journal. sur Henri Lefebvre : je dois décider aujourd’hui si j’y vais ou non . l’étudiant brésilien que j’héberge dans ma maison de Sainte-Gemme a eu un accident de vélo. lorsque je suis allé au Brésil en mai. Méthodologie des sciences. sociologique considérable. il prépare plusieurs ouvrages pour penser les contradictions du mondial d’aujourd’hui. Pourrais-je continuer mon œuvre. sans ces livres ? Ce rêve a un rapport avec l’idée d'hier soir de faire des morceaux choisis de Lefebvre. qui puisse être traduite dans différents pays : ce sont les autres qui pensent à un recueil de textes. etc. que je continue à relire de façon thématique à partir de l’index : il en est de même pour d’autres ouvrages. Rabelais. Il a réédité en 2000 : La production de l’espace et Espace et politique. Dimanche soir. qui met en relief mes retards dans mon programme lefebvrien. Lefebvre. À l’occasion de son centenaire. 7 h. Il me faudrait écrire à plein temps. L’existentialisme. le 7 février 2002 à 18 h 30. j’y réfléchirai pendant la soutenance de thèse de Paris 7 (à 13 h). qui supposerait que je prenne des textes chez d’autres éditeurs qu’Anthropos : beaucoup de livres ont été publiés chez Gallimard. Je la cherche. et elle n’est pas finie. Hess s’est lancé dans une réédition méthodique d’ouvrages épuisés. À partir de l’œuvre d’H. Je parviens à repérer trois colis. Je viens de relire et corriger ce journal. et qu’il est hospitalisé à Épernay. je lisais mes livres globalement . Il me faut écrire dix lignes : “Henri Lefebvre (1901-1991) a publié une œuvre philosophique. Contribution à l’esthétique. ancien étudiant de H. où je suis invité pour une conférence le 17 octobre. dans les deux collections qu’il anime chez Anthropos. R. professeur à l’université de Paris 8. Mail de Sao Paulo (Brésil). et partir ce matin m’occuper de lui : Paulo a fait son DEA avec R. j’ai appris que Paulo. appel d’Arnaud Spire qui m’invite à intervenir au Café philosophique organisé au Croissant.” 10 h 20. etc. ma petite introduction ne serait-elle pas suffisante ? Mon objectif de départ est de faire une introduction. aujourd’hui. est introuvable. Cela demanderait un vrai boulot de gestion : pour l’édition française. le Descartes. je rentre dans le détail des raisonnements : j’apprends des passages par cœur. Métailié. rue Montmartre. Mercredi 10 octobre 2001. je lui ai mis dans la tête de faire sa thèse : il a 89 . Je suis étonné du travail accompli sur La fin de l’histoire. est l’auteur de Henri Lefebvre et l’aventure du siècle. et j’essaie de recenser. une grosse valise plutôt banche. Thème : mon travail de réédition d’H.

Lefebvre chez Vaillant dans les années 1960 . Dimanche 14 octobre 2001. Vers 8 h. Mardi 23 octobre 2001. pour faire une conférence devant le groupe de recherche : Critique de la vie quotidienne (qui rassemble 12 Lefebvriens). puis lecture attentive de Le langage et la société. écris ton texte de 60 pages sur Lefebvre. Longue discussion avec Michel Cornaton qui me raconte H. J’ai hâte de le voir . Il a raison. sur ce chantier pour Cultures en mouvement . où il n’y a aucune référence à la philo de la différence. j’avais bien travaillé. m’a perturbé . appel de Christine Delory-Momberger : elle a lu La fin de l’histoire . Cette annonce. Jean Pavlevski n’est pas chaud pour un livre de morceaux choisis d’Henri : il vaut mieux que les lecteurs lisent les textes intégraux. qui doivent s’enraciner dans la philosophie. ce livre que Jean-René Ladmiral trouve le plus fort de Lefebvre. “Mais pour l’étranger. Chez Anthropos. Demorgon aussi. J’accepte : je dois aller faire les services de presse de Contribution à l’esthétique. à Paris. sans statut. Le soir.tout quitté à Rio pour venir. et quelques autres : on est tous d’accord que Henri Lefebvre peut être relu. Relecture des 120 premières pages de La vie quotidienne dans le monde moderne. elle a rencontré à Francfort des lecteurs de Lefebvre. Dimanche 21 octobre 2001. 90 . c’est pour moi un nouveau moment qui s’ouvre : je voudrais continuer à travailler sur l’esthétique. lue ce matin. discussions avec Gaby. Avec Lucette. Vendredi 12 octobre. dans La différence. dans Le langage et la société et dans Le manifeste différencialiste : il faut ouvrir un dossier là-dessus. Il voulait déposer son sujet ces jours-ci : L’évolution du vocabulaire de l’AI. car pour eux les morceaux choisis ont du sens…”. Elle veut faire un long papier. Je dois parler sur les méthodes pour décrire et critiquer le quotidien : j’ai envie de parler du Sens de l’histoire et de la théorie des moments. 1962-2002 : le mouvement de la dialectique éducation et politique. me dit-il. on en conclut qu’il faut travailler à des analyses politiques profondes. intitulées : présentation d’une recherche. jusqu’à cette heure. J. sans argent. de la pédagogie institutionnelle et de l’autogestion pédagogique. C’est plus fort que ce qu’écrit Michel Wiedworka. vers 17 h. dès sa sortie. et je serai content de présenter ce nouveau livre à mes amis. Contribution à l’esthétique doit être paru : je ne l’ai pas encore vu. Jean me fait parler longuement de mon analyse du politique depuis le 12 septembre . elle comprend ma logique de réédition des œuvres de Lefebvre. Robert Joly me téléphone pour me demander de venir ce soir à Espace-Marx. ce matin. évocation des passages d’Henri sur l’interculturel.

indique une voie . coupée du social. j’ai vraiment travaillé à La théorie des moments. à l’intérieur de la pratique sociale. J’ai travaillé à l’édition de Méthodologie des sciences. Lefebvre écrivait des livres. Message de Brigitte : “J'ai écouté. ouvrage sorti en octobre. dont j’ai oublié de noter le nom. elle m'apparaît comme une pratique bureaucratique. Maïté Clavel a reçu son contrat pour Sociologie urbaine : ce livre sort. ni le dossier École émancipée. Dans les travaux sur H. je vais continuer dans ce sens. Pour faire avancer mon travail sur Lefebvre. qui est toujours très gentil avec moi. mais je ne me sens pas exclu des pratiques : j’ai seulement l’impression que la vie de Parti n’est pas vraiment une pratique sociale . sur France Culture. un entretien d'un journaliste avec Henri Lefebvre (entretien enregistré en 1970). Relecture de Contribution à l’esthétique. Cet été. Lorsqu’il s’est trouvé à l’extérieur du Parti. Il faudrait que je réfléchisse à la manière de faire connaître ces parutions. Lefebvre. un très gros chantier. Armand. à Espace-Marx : j’ai exposé longuement la théorie des moments. Oui. j’ai passé du temps cet été à lire le Descartes. le dossier Urbanisme de juillet. 91 . Il y a quinze jours. le Nietzsche et le Pascal qui me furent aimablement photocopiés. à partir des exemplaires d’Arnaud Spire. j’apprends les chiffres des ventes des ouvrages publiés depuis deux ans. j’ai travaillé sur Lefebvre. Samedi 27 octobre 2001. Arnaud et un architecte de Saint-Denis. Henri a été beaucoup plus productif qu’à l’intérieur. il faut que je termine cet ouvrage.Projets d’écriture : peut-être mettre en forme un texte théorique sur la vie et l’œuvre de Lefebvre. je n’ai pas entré les publications Espace et société. J’ouvre par hasard ce journal. ce matin. Mardi 8 octobre 2002. Il y a encore pas mal de choses à faire. Mon exposé a été enregistré : la discussion est partie des questions de Chantal. numéro spécial sur Lefebvre. Armand pense que j’ai tort de quitter les Verts : H. Je ne l’ai pas tenu durant cette année 2002. comme outil pour analyser et critiquer la vie quotidienne. de 11h 30 à midi. ouvrage sorti au premier semestre. Je vais ouvrir un journal spécifique sur La théorie des moments. Pourtant. solide. Mercredi 24 octobre 2001. De plus. et le compléter par l’édition de ce journal ? En rentrant chez moi. et à La survie du capitalisme. mais il était aussi à l’intérieur du Parti. J'actualiserai cette bibliographie . suivant les titres. Les ventes sont inégales. me dit-il. Je prends conscience qu’il faut que je me relise pour pouvoir avancer. d’accord. je me plonge dans Contribution à l’esthétique : ma préface. Les personnes autonomes n'ont pas besoin de cette prothése. La suite a lieu tous les jours de la semaine dans le même créneau horaire ! ” Dimanche 3 novembre 2002. Hier.

qui doit avoir lieu début 2003. 9 h 30. Je refuse les droits d’auteur pour l’édition française de ce livre. Je pense tout particulièrement à Nayakava. Armand parle d’un livre brésilien. Par contre. et. au réveil. 8 h 55. Pascal Dibie m’a écrit la préface de Voyage à Rio. La Somme et le Reste est une revue qui doit paraître 4 fois par an. j’ai eu l’intuition de devoir écrire un livre sur Lefebvre et le mondial. Se relire apparaît aujourd’hui comme l’urgence. J’ai terminé la relecture de ce journal. je demande des exemplaires pour distribuer aux amis… Anne-Marie est étonnée : elle me dit qu’elle va bien vendre ce livre. Lourau (chez Syllepse) qui ne dit rien sur les rapports de René à Lefebvre. J’ai l’idée que ce texte serait à publier. Il faut refonder l’association : quels sommaires pour l’avenir ? L’urbain pourrait rassembler pas mal de contributions. pour les étudiants qui voudraient s’inspirer de ma méthode de recherche. On regarde le numéro 1. Lourau). Vendredi 17 janvier 2003. Il est beau. cette écriture a été interrompue. il y a Armand et Sylvain Sangla. en échange. Espace Marx. grâce à La valse. Makan n’est pas là. à trouver une énergie pour développer les virtualités qu’il contient. J’ai ressenti le besoin de le relire. un certain nombre de chantiers importants restent en plan. qui cherche à se construire une méthodologie de recherche. avant même le 11 septembre 2001 ! Cela explique que j’ai écrit aussitôt après le 11 septembre. Je viens de relire la première moitié de ce journal. On parle d'un colloque de La Sorbonne. Ce matin. Je lui explique que ma carrière universitaire a changé de rythme lorsque j’ai eu mon triomphe médiatique. même si j’en ai conduit plusieurs à terme. On parle du livre sur R. Longues discussions sympathiques : je décide avec elle d’une postface. ainsi que le petit bout écrit sur La théorie des moments. j’ai porté ma Valse 2 à Anne-Marie Métaillié. Constat. La composition de mes livres peut sortir de cette relecture. Pierre Lantz est excusé. AnneMarie me propose 1500 euros d’avance. 92 . je me disais qu’il me fallait faire un numéro des irrAIductibles sur Lefebvre et Lourau. Mardi 24 décembre 2002. Lourau. Le travail de relecture peut aider à évaluer le travail accumulé. car il me semble que je lambine concernant l’écriture de plusieurs textes (Lefebvre. Réunion du comité de rédaction de La Somme et le Reste. Ces dernières années. 9 h 30 Hier. à la relecture de ce texte : j’ai eu trop de projets ces dernières années. et d’un avertissement pour justifier cet inédit. Malheureusement. qui utilise l’œuvre de Lefebvre : il voudrait le faire éditer chez Syllepse. C’est une idée que je vais creuser en relisant mon journal sur R. Mais.Lundi 9 novembre 2002. C’est curieux comme c’est toujours aux environs de Noël que je réinvestis sur Lefebvre ! Jeudi 26 décembre 2002.

sa diffusion est bloquée par les mesures prises à l'encontre du Parti communiste. Nietzsche. m’a permis d’avoir une légitimité pour rééditer cet auteur. il n'a guère eu le temps de vivre : dès l'automne. Celui-ci avait dit à Henri : “Si vous aviez passé moins de temps avec les femmes..comme à une bouteille de vin.. S'il est néanmoins cité par les historiens des idées qui s'intéressent à la “réception” de Nietzsche en France. Anne-Marie en accepte le principe. Achevé d'imprimer le 18 mai 1939. on me demande un texte bref sur cet auteur qui puisse être traduit. j’ai beaucoup amélioré ma lecture de cet auteur. On me propose de traiter la théorie des moments. nul n'a pu lire. aussi. n’était absolument pas d’accord. Par Robert MAGGIORI Un Nietzsche arraché au fascisme. il avait demandé à être raccompagné en voiture. Elle se souvient du repas qu’elle avait organisé avec Lefebvre et Haudricourt. dans de très nombreux pays. depuis. à propos d'Henri Lefebvre et de la réédition de son NIETZSCHE : Philosophie Lefebvre l'éternel retour Ecrit en 1939. début 1940. plutôt que par péremption en gâter la teneur. Henri. être daté lui donne tout son intérêt . finit par arriver. Mais. quand le gouvernement Daladier s'attaque aux maisons d'édition du PC. l’attachée de presse de la maison se proposa. Personne n'aurait aujourd'hui l'idée de parler de Carlos Marx ou de Ludovic Wittgenstein. J. Je lui explique que. Il n'a jamais. Anne-Marie s’était inquiétée. Appel de Robert Joly (Espace Marx). Ce vieux Nietzsche est en effet un livre neuf. 22 Euros. Lundi 19 janvier 2004. auteur de 68 livres. Henri Lefebvre. Syllepse. sur "la destinée spirituelle de Frédéric Nietzsche”. J. Trois heures plus tard. le Nietzsche d'Henri Lefebvre. été réédité. c'est qu'il est 93 . dans sa collection de poche “Suite”. celle-ci n’était pas rentrée. Elle dit seulement : “Ce monsieur a des mains partout !”. vous auriez produit une œuvre plus abondante !”. Il avait alors 87 ans. Armand Ajzenberg m’envoie l’article de Robert Maggiori paru dans LIBÉRATION du jeudi 15 janvier 2004.Henri Lefebvre et l’aventure du siècle. Un colloque serait en préparation pour mars 2004 à la Sorbonne sur “Ontologie et pratique des marxistes du 20° siècle”. qu'hors quelques proches. Prétextant une grande fatigue. depuis 1988. père putatif de Mai 68. et que. Nous évoquons les bons moments. a vieilli comme un grand cru. il est saisi et mis au pilon. vécus avec Henri. tout ébouriffée. C'est le cas de celui d'Henri Lefebvre. il était loisible de dire Renato Cartesio ou Benoît Spinoza. 208 pp. Je lui dis que j’ai envie de publier un Lefebvre. Une demi-journée serait consacrée à Henri. on le voit à ce détail. et. mais à une époque. pilonné en 1940 et jamais réédité. Préface de Michel Trebitsch. Vendredi 13 juin 2003. en faire “ un classique ” (Wulf). Quand un ouvrage sur l'un de ces philosophes date un peu. un inédit. Cela me motive pour m’y remettre cet été.

aux expériences avant-gardistes des années 1920. autour du Front populaire. aliénation. il l'a approfondie en repensant le noeud Marx-Hegel qu'Althusser s'escrimera à délier . indépendamment de l'opération politique décisive qu'il traduit - 94 . Hegel.on laisse de côté ses autres travaux. par Karl Jaspers ou Karl Löwith . Lefebvre la bâtit en “mixant”. comme elle était apparue dans la Fin de l'histoire (1971) ou apparaîtra dans la Présence et l'absence (1980). l'idée de la révolution comme fête et de l'insurrection esthétique contre le quotidien.. Henri Raymond et René Lourau). représentés par des intellectuels exilés. Dès la publication en 1936 de la Conscience mystifiée (avec Norbert Guterman) et. les mensonges et les trafics idéologiques du pouvoir. Né en 1901 à Hagetmau (Landes). paysan. de la Critique de la vie quotidienne en 1947 (1). où une part de la pensée marxiste française . “suspendu” par le Parti en 1958. Foucault. et. Il aura été un hérétique. Marx. la ville. de l'autre. des pensées qui semblent “incompatibles” : celles de Hegel (Etat). se voyait lui-même comme un “chaos subjectif”. la mondialité. il eût pu être prêtre. Mais Lefebvre. -. Mais sa passion pour l'auteur du Zarathoustra est bien antérieure. si on peut dire. laisse passer tous ceux qui suivent. qui est de reproduire les caractères imposés à la vie collective par la classe dominante.et en mettant l'accent sur les concepts de conscience. Derrida. philosophique et surtout politique. mystification. lorsqu'il élaborera la critique de la quotidienneté. proche des surréalistes. participait. un homme des frontières. La réflexion marxiste. Norbert Guterman. d'un côté réévoquerait la figure quelque peu estompée d'Henri Lefebvre. Nietzsche ou le royaume des ombres paraît en 1975. altermondialiste avant l'heure. urbaniste ou architecte. surtout. et. illustrerait ce moment. une fois à Paris. on ne reconnaît presque plus. la créativité. L'interprétation lefebvrienne de Nietzsche apparaît de la façon la plus claire dans cet ouvragelà. membre du PCF dès 1928. Georges Politzer. peut-être peintre. etc. marxistes ou non. à laquelle il était rebelle. élève de Maurice Blondel. avec les autres membres du groupe Philosophies (Pierre Morhange. de Marx (société) et de Nietzsche (civilisation). Cacciari. on en fait le “père putatif” de Mai 68. de constituer une sorte de dépôt chimique où se sédimentent les conventions. à un nietzschéisme s'intégrant “naturellement dans la conception marxiste de l'homme”. une fois ouverts de nouveaux chemins.en consonance avec certains courants allemands. jeune philosophe.tente “d'arracher Nietzsche au fascisme”. à un Nietzsche qu'aujourd'hui. accusé de “révisionnisme”. la liberté trouvent des voies d'expression autonomes. Lyotard. longtemps professeur de collège (Montargis) avant d'entrer au CNRS puis d'enseigner la sociologie aux universités de Strasbourg et de Nanterre (où il a pour assistants Jean Baudrillard. sur la sociologie rurale. décisif dans l'élaboration des manifestes situationnistes (c'est lui qui fait connaître Raoul Vaneigem à Guy Debord et Michèle Bernstein). Généralement. très tôt attaqué pour son idéalisme hégélien. “de façon nietzschéenne”.. et évidemment Deleuze. expulsé de la Nouvelle Critique en 1957. Son Nietzsche de 1939 n'est donc pas une improvisation. après le travail d'édition critique de Giorgio Colli et Mazzino Montinari.). Quant à la définition de la modernité .paru justement à l'heure où le philosophe allemand faisait l'objet des plus âpres luttes d'appropriation. capitaine FFI à Toulouse. “bien plus et bien pire qu'un enchevêtrement de flux”. Aussi. ou un explorateur qui. homme de théâtre (le Maître et la servante a été joué aux Mathurins). révoqué par Vichy en mars 1941. il suivait les cours de Blondel à Aix-en-Provence et. Il quittera toute orthodoxie. Mais il introduit à une “dialectique tragique”. Henri Lefebvre a été l'un des philosophes et sociologues les plus connus en France (sait-on qu'on lui doit le terme de “société de consommation” ?). et date de l'époque où. après les lectures de Nietzsche effectuées par Jaspers. Heidegger. par son projet de “changer la vie”. parvenue avec plus d'un demi-siècle de retard. d'empêcher que l'imagination. ainsi. fils d'une “bigote” et d'un “libertin”. Nietzsche est donc comme une carte postale qui. dont il voulait qu'elle pût s'affranchir du rôle qu'elle a sous le capitalisme. poète. Vattimo.

les collections que je dirige aux éditions Anthropos ont édité un inédit d’Henri Lefebvre : Méthodologie des sciences. 1970). l'irruption. Manifeste différentialiste (Gallimard.. Tous ces ouvrages sont indexicalisés. “quelque chose d'infiniment saluble”. Mai 68. 1985). Cher Robert MAGGIORI. l'irruption. et ont réédités des livres introuvables comme Contribution à l’esthétique (première éd.. Eléments de rythmanalyse. 1975-78). 1969). 1970). le Droit à la ville (Anthropos. 1968). Mai 68. le Langage et la société (Gallimard. 1968). la Somme et le reste (Bélibaste. Il est un mot de Nietzsche. Métaphilosophie. préfacés.. le 19 janvier 2004.consistant à montrer tout ce qui chez Nietzsche ne pouvait pas être récupéré par la pensée d'extrême droite ou “l'idéologie hitlérienne” -. 1975). Du contrat de citoyenneté. Sociologie de Marx (PUF. saint Augustin et Pascal. annotés. qui. qu'il continuera à entendre toute sa vie : “Refusez les consolations !” (1) Les éditions Syllepse. la Fin de l'histoire (Minuit. Il y a donc au moins deux maisons qui s’intéressent à rééditer Lefebvre ! J’ai également réédité La somme et le reste chez Méridiens Klincksieck en version intégrale en 1989 (l’édition Bélibaste que vous signalez était allégée). rééditent tout Lefebvre. Sont disponibles : la Conscience mystifiée. A notre connaissance. 1964). Qu'est-ce que penser ? (Publisud. 10/18. à l'époque. mais aussi La survie du capitalisme. Nous prévoyons d’autres rééditions. le livre dit-il davantage de Lefebvre lui-même. j’ai publié également Le nationalisme contre les nations (1988). que vous signalez chez Minuit.. Il est très tonique. Production de l’espace (4° édition). à Robert MAGGIORI Libération. Maggiori le courrier suivant : Paris. Espace et politique. 95 . Marx (PUF. 1946). Et je vous en remercie au nom de tous les Lefebvriens. Sont disponibles : la Conscience mystifiée. 1980).”. 1966). savait peut-être qu'il chercherait toujours à concilier “le conçu et le vécu”.. le Temps des méprises (Stock. plaçant les premières balises de son cheminement. Du contrat de citoyenneté. Du rural à l’urbain. Métaphilosophie. malgré les points de suspension qui semblent indiquer d’autres rééditions. 1966). Hegel. De l'Etat (4 vol. mais qui a été abandonné par cet éditeur.. Dans cette maison. Un seul élément nous a un tout petit peu fait frêmir : “Les éditions Syllepse. Parmi les autres livres de Lefebvre. depuis 1999. entre Nietzsche et Marx. rééditent tout Lefebvre. Une pensée devenue monde (Fayard. on citera : le Marxisme (Que sais-je ?). 1962). 1975). etc. Par contre. J’ai lu avec un vif intérêt votre article Un Nietzsche arraché au fascisme sur la réédition du Nietzsche d’Henri Lefebvre par les éditions Syllepse. depuis 2000. 1970). Eléments de rythmanalyse. La fin de l’histoire. l'Irruption de Nanterre au sommet (Anthropos. Du rural à l'urbain (Anthropos.. Nietzsche (Castermann. depuis 1999. Marx. Je réagis en envoyant à R. L’existentialisme (première édition 1946). il n’y a pas d’autre ouvrage d’Henri Lefebvre publiés chez Syllepse. Introduction à la modernité (Minuit.

96 . sur La critique de la vie quotidienne d’H. J’admire le travail des éditions Syllepse. Lucette et moi. Nous avons accepté. La vie quotidienne. Le prétexte : la thèse. cependant le “tout” de votre note me semble superflu. en son temps. Cette rencontre a réuni 200 personnes à l’Université de Paris 8. De grands journaux français et étrangers ont suivi ce travail éditorial qui semble vous avoir échappé. Je n’ai pas noté la visite. d’Arnaud Spire. Les intervenants et participants sont venus du monde entier. Dommage ! Vous aviez rendu compte de façon élogieuse. ainsi qu’à Libé. Ce travail a été préparé sous la direction de Jean-Claude Bourdin. dans le cadre de notre master. Remi HESS Mardi 19 septembre 2005. cette proposition. d’une Italienne : Alessandra Dall’Ara. Henri Lefebvre. Lefebvre. venu me proposer d’organiser un colloque le 8 décembre 2005.J’ai organisé un colloque de 5 jours en juin 2001 pour célébrer le 100° anniversaire d’Henri Lefebvre. “mère-terre” de la société moderne. la semaine passée. de mon Henri Lefebvre et l’aventure du siècle ! Bien amicalement. à Poitiers.

à La critique de la vie quotidienne. Lefebvre. H. Lefebvre. 97 . le chapitre 7 sera une relecture de La somme et le reste. LEFEBVRE La théorie des moments est un thème récurrent dans toute l’œuvre de H. En 1962. De la Philosophie de la conscience. à La somme et le reste.DEUXIEME PARTIE LA THEORIE DES MOMENTS DANS L’ŒUVRE DE H. une vie bien remplie. Celui-ci médite alors à son aliénation politique. Avant d'entrer dans cette théorie. ils seront la lecture du livre La présence et l'absence. le chapitre 8. Essayons de revisiter les grandes étapes de ce travail. de 1924 jusqu’à ses derniers écrits philosophiques. dans La présence et l'absence… Bref. Lefebvre. le terme de moment est constamment présent dans l’œuvre de H. On trouve le thème comme titre de chapitres dans plusieurs ouvrages. Lefebvre. cette théorie apparaît construite en 1924. Il y est élaboré sur le plan théorique et longuement développé à plusieurs reprises. Je distinguerai 5 moments essentiels qui se structureront chronologiquement : le chapitre 6 (De philosophie de la conscience à l'expérience de l'exclusion) étudiera cette théorie entre 1924 et 1955. Et la problématique des moments est omniprésente dans l’ensemble de l’œuvre de H. c'est le moins qu'on puisse dire. Ensuite. mais elle évolue fortement en 1959. ou à Qu’est-ce que penser ?. La théorie des moments l'aide à penser sa traversée du dogmatisme stalinien. qui a eu. On constate qu'elle est toujours vivante en 1980. Quant aux chapitre 9 et 10 (Le moment de l'œuvre et l'activité créatrice et La présence et l'absence). Lefebvre fait encore évoluer cette théorie. une relecture de La critique de la vie quotidienne. Lefebvre. à La présence et l’absence. permettons-nous un pas de côté en nous autorisant à un survol de la vie et de l'œuvre d'H. lors de la rupture du Parti avec H.

notamment de Saint Augustin. De cet enseignement de Maurice Blondel. "psychanalyse" et "ontologie". Il lit Nietzsche et Spinoza à quinze ans. au lycée Louis-le-Grand. né en 1901 à Hagetmau. entre le groupe des philosophes et celui des surréalistes. Ce groupe cherche donc sa voie de façon autonome. c’est qu’ils refusent l’idéologie dominante (bergsonienne) en Sorbonne et la philosophie intellectualiste de Léon Brunschvicg et d’Alain. Ce groupe se forme en compétition avec le groupe des Surréalistes. H. M. incompréhensions. est complexe. Il trouve que Blondel. et à partir à Aix-en-Provence pour faire du droit et de la philosophie. Norbert Guterman. nous donne à lire une évaluation de cette période. "phénoménologie". il se préparait à une carrière d’ingénieur. à la technique ? Probablement pas… Toujours est-il qu’à Aix son contact avec Maurice Blondel va le déterminer à se donner à fond dans la philosophie. Henri Lefebvre va se trouver mêlé à tous les grands débats philosophiques du "monde moderne". Si André Breton fait découvrir la Logique de Hegel à H. H. La rencontre. Hegel puis K. Lefebvre garde une violente antipathie pour la tradition aristotélicienne et pour le Logos véhiculé par elle à travers les âges.Prélude à la seconde partie Henri Lefebvre. Lefebvre découvre F. Blondel se veut orthodoxe. Marx. H. Mais. suite à un article qu’il a écrit sur Dada en 1924. Lefebvre le désirerait vraiment hérétique. se serait-il autant intéressé à la logique. comme le concepteur de la post-modernité. H. Lefebvre lit Schopenhauer et Schelling. ne va pas assez loin. Il lit aussi des théologiens déviants. est difficile : conflits. Georges Politzer et Georges Friedmann avec lesquels il fonde un groupe de philosophes qui va publier la revue Philosophies. dans les Pyrénées. Relue aujourd’hui. De l’étude d’Augustin. qui sera reprise et développée en 1959 dans La somme et le reste. Lefebvre. H. H. L’existentialisme. passionnante. Lefebvre rencontre également Max Jacob avec qui il se brouille quand il décide d’adhérer au Parti communiste. peut-être. Ce qu’ont en commun les “ philosophes ”. Il faut dire que dans les années 1920 l’Université ne s’intéressait pas encore à ces auteurs. C'est ce qui explique. de cette recherche du groupe des Philosophes ! C’est une dimension autobiographique du livre. pour un hérétique. il arrive à Paris où il rencontre Pierre Morhange. H. Lefebvre tire une bonne connaissance de la philosophie catholique. Une amitié lie le professeur à son étudiant qui vit aussi sur le mode paradoxal son contact avec le thomisme. Mais sa relation à cette philosophie. Car à cette époque. dans laquelle il se sent impliqué. dans son premier chapitre. Il se référera souvent à Joaquim de Flore. À vingt ans. Une vie bien remplie Philosophe français. C’est une pleurésie assez grave qui l’oblige à interrompre sa préparation à l’École polytechnique. Léon Brunschvicg lui déconseille de faire une thèse de philosophie sur ce penseur ! L’évolution de 98 . la revue Philosophie apparaît comme un carrefour de ce qui allait devenir "existentialisme". qu'il apparaisse aujourd'hui Outre-Atlantique. à ce moment. Sans cette année de mathématiques spéciales. Lefebvre gardera de sa première orientation vers les mathématiques une empreinte certaine. H. Lefebvre se lie pourtant à Tristan Tzara.

La plupart des collaborateurs refusaient l’économisme qui traversait déjà la pensée marxiste. de F. En effet. C’est en philosophe. Marx et Bakounine. Guterman. la revue disparut. H. Philosophies et L’esprit. p. Cette découverte intellectuelle de la pensée marxiste conduit H. Henri Lefebvre et l’aventure du siècle. Lefebvre expliquera plus tard que "le mouvement communiste naissant ne se recruta pas parmi les personnalités autoritaires. D’ailleurs. mais parmi les anarchisants" 145 . Il n’y a que quelques malentendus au sujet de la fameuse période de transition. Lefebvre à adhérer au Parti communiste en 1928. Dès sa première lecture de K. H. Lefebvre découvre une critique radicale de l’État. il n’y a pas de désaccord fondamental. op. 99 . à savoir la théorie du dépérissement de l’État. P. ce n’est pas par la pratique de la lutte politique qu’il est amené à lire K. ce qui va l’amener assez souvent dans l’opposition à la direction. Marx. 147 Ce livre a été réédité en 1999 chez Syllepse. Lefebvre. La société moderne tout entière s’est construite sur la méconnaissance de ce 145 146 Le temps des méprises. cette revue se voulait très ouverte. Lefebvre croit à la force des "soviets" en Russie. 75 et s. auprès des militants de base qui sont surtout des empiristes. N. L’adhésion au Parti le conduisit à créer la Revue marxiste qui se voulait une nouvelle étape dans la démarche du groupe. Lefebvre adopte le marxisme sur le plan doctrinal au nom d’une thèse qui a ensuite été annihilée par Staline et le stalinisme. C’est dans cette revue que paraissent également les premiers chapitres de La conscience mystifiée 147 . en dogmatiques. ni la conscience collective ne peuvent passer pour critère de la vérité. Lefebvre ne s’arrêtera pas là puisque. La "moindre déviation idéologique se mit à passer pour une opération policière" (H. Le groupe des philosophes avait déjà publié deux revues. N. cit. dans le prolongement de sa lecture de Hegel. P. et parallèlement à la réflexion du groupe surréaliste… 1928. Lefebvre écrit. l’argent venant à manquer. Marx un adversaire du socialisme d’État. Lefebvre. H. p. Lefebvre reste fidèle à luimême . qui va permettre le quiproquo entre le PC et H. Lefebvre). Nizan participèrent à cette initiative. Lefebvre va être marqué par cette rencontre théorique. Hess. travaillé par toutes sortes de contradictions"… H. Il n’est pas institutionnalisé : "L’appareil est encore faible. Finalement. H. Les formes de la conscience sont manipulées. 65. Friedmann. mais reprendre la méthode de K. Sur le contexte de cette affaire. Marx. voir R. Morhange. Lefebvre y adhère donc en voyant dans K. qui sera supprimée en 1928-1929. dans la revue Avant-Poste. mais par la théorie. En fait. Cette revue fonctionna comme un analyseur du fait qu’à cette époque déjà une telle initiative qui partait d’un autre lieu que la direction du mouvement communiste était intolérable. Engels et de Lénine. le communisme est encore un mouvement. sa simple lecture de K. Guterman les œuvres de jeunesse de Marx. C’est cette ignorance sur ce qui se passe réellement en Russie à l’époque. La direction du Parti ne fut pas étrangère à la faillite de la Revue 146 … À la suite de cette aventure. Marx le conduit à rappeler continuellement la "prophétie" du mouvement (il ne faut pas appliquer des principes figés. H. Marx et ses prédécesseurs. H. Marx pour penser des objets nouveaux) le rend suspect. C’est donc une coupure politique (et non philosophique ou épistémologique) qui apparaît à H. Morhange partit en province… Quant à H.H. G. Quelle est la thèse centrale de ce livre ? Ni la conscience individuelle. il est professeur de philosophie à Privas ! En même temps qu’il milite à la base. entre K. Si beaucoup se transforment en intégristes. H. G. il découvre Marx. Lefebvre qui va durer trente ans. Il commence à publier en collaboration avec N. Lefebvre entre K. Pour H. Les premières difficultés apparaissent à l’occasion de la Revue marxiste. Guterman quitta la France pour les États-Unis . Politzer puis P. avec ses camarades du groupe Philosophie. le groupe des philosophes éclata.

Pour connaître la pensée de K. Guterman pose des problèmes que ne se posait pas le Parti. 100 . leur propre connaissance mais au contraire leur propre méconnaissance. À partir de ce travail. La seconde partie des années 1930 correspond à une énorme activité de traduction (avec Norbert Guterman) et de présentation des œuvres de F. H. le livre de H. Ils n’impliquent pas en eux-mêmes. est retiré de la circulation avant même sa sortie 148 .). C’est la période où H. de l’humiliation. C’est ce qui permet au fascisme d’imposer des représentations inverses de la réalité. chez Anthropos." C’est le moment où lui-même abandonne ses ambitions scientifiques. Méthodologie des sciences. Lefebvre découvre que P. un bel avenir théorique. À l’époque (1936). Rejeté par les communistes. Dans les années 1950. thème de sa thèse soutenue plus tard. En fait. Marx et Lénine. Lefebvre est donc resté au Parti durant la guerre : cela l’a conduit à être suspendu de ses fonctions d’enseignant par Vichy. le chef a le droit à la parole sur ces questions. les communistes ne voient dans la montée du nazisme qu’un épisode qui ne pouvait durer. Lefebvre. Lefebvre engage une polémique contre l’idée dominante dans le Parti de "sciences prolétarienne". il publie des Cahiers du contre-enseignement. Rien de plus difficile que de faire entrer cette connaissance dans la classe ouvrière elle-même. Avec d’autres. Lefebvre et N. fut un livre maudit. Dans ces années. etc. il s’intéressera à la sociologie rurale. Lefebvre retrouve l’opportunité de publier : il écrit presque simultanément L’existentialisme et le premier tome de La critique de la vie quotidienne. édité pour la première fois. Dans l’immédiat après-guerre. Il se cache dans les Pyrénées où. Il écrit un Traité de logique. il explore les archives de la vallée de Campan. et plus encore sa position psychanalytique des débuts. H. dont un premier volume. Nous reviendrons sur ce contexte. Lefebvre de rester au Parti. ne fut jamais distribué… Époque difficile pour H. en 2002. Il y trouve un appui : "Je pense que j’ai évité plus d’une fois une crise personnelle à cause du militantisme". Le nœud du conflit va être la logique. Hegel. Politzer estime que la politique n’est pas du ressort des militants : "Seul le dirigeant politique. dans un grenier. écrite entre 1933 et 1935 (en partie à New York). H. Elle le vit sur le mode de la méconnaissance. Ce travail sera complété par de nombreux textes de présentations du marxisme (Le matérialisme dialectique 1939. K. déjà imprimé. publié aux éditions du Parti. puis Marx et la liberté 1947. Politzer écrit un article violent contre H.qui la fonde. La classe ouvrière elle-même ne connaît pas le mécanisme de sa propre exploitation. La censure soviétique refuse les services de presse. c’est-à-dire le mécanisme de la plus-value. Ce livre est mal accueilli dans le mouvement communiste. pour lui. théorique et politique. et à être recherché. Lefebvre reste encore au Parti communiste parce que la lutte interne contre le stalinisme est engagée. Lefebvre que Maurice Thorez juge lui-même dogmatique et sectaire. il fut proscrit et détruit quelques années plus tard par les Nazis. Nizan lui subtilise sa correspondance pour la montrer en haut lieu… Ce climat n’empêche pas H. La conscience mystifiée. thématique qui aura. Lutte idéologique. dans son lycée de Privas. Le marxisme 1948. Marx 1948. dans la pratique. C’est une période de suspicion entre les militants. Le fascisme peut se faire passer pour socialisme puisque l’inversion des rapports est possible. écrit-il. son projet de psychologie concrète. Un autre ouvrage consacré à la méthodologie des mathématiques et des sciences (qui devait être le second volume du Traité de matérialisme dialectique). Lefebvre qui n’arrivait pas à faire admettre au 148 H. Il tente de mettre au point un contreenseignement de la philosophie. même G. H.

ce dont ne voulaient pas entendre parler ni les philosophes russes ni les penseurs plus ou moins officiels du Parti français comme Roger Garaudy. Le Parti ne les retient pas. paraît en 1961. Sa critique de la vie quotidienne. voir R. etc. Dans ce livre. Cela explique peut-être pourquoi il est entré dans cette nouvelle expérience avec tant 149 150 H. malgré l’aspect déjà monumental de son œuvre. Il devient professeur à Strasbourg. op. À partir de 1965. Les révélations du rapport Khrouchtchev vont bien plus loin que ce que ne pouvaient imaginer les oppositionnels. Pyrénées. sa réputation de militant communiste. Il choisit de partir et de prendre du large. il va se lancer dans la rédaction d’ouvrages importants. Lefebvre se bat contre l’idée d’une logique de classe. comme un "Versaillais de la culture" se trouve entièrement réhabilité. puisque ses œuvres complètes sont inscrites comme "publications du mouvement"." H. à partir de recherches menées pendant la guerre lorsqu’il se cachait dans les Pyrénées. En tant que philosophe. Une nouvelle version de L’introduction à la critique de la vie quotidienne est rééditée en 1958. date de la mort de Staline. quelques mots d’ordre simplistes suffisent. Cette année-là. Lefebvre a attendu d’avoir plus de soixante ans. Il écrit la version définitive de sa thèse. Dagorno. H. comment le matérialisme dialectique puise dans ces œuvres les conditions de son émergence. Il participe à la définition de la base théorique de ce qui va devenir l’Internationale situationniste 150 de Guy Debord. Depuis 1948. pour se lancer dans l’aventure de l’enseignement universitaire. tout se précipite. Dans les années 1947-1955. il publie encore un ouvrage méditatif et impliqué 149 . Lefebvre qui se renforcera à partir de 1953. livre essentiel (780 pages). Diderot. H. 214 et suivantes. Lefebvre. 2000. C’est ainsi que prend forme l’activité oppositionnelle de H. H. Hess. Laurent Chollet. rééditée en 1990. Dans Voies nouvelles. Il y a rupture violente 151 . mais qu’il faut voir comment les idées se forment. réédité en 2000 (avec une préface de R. H. est reprise. Après La somme et le reste. sur Les fondements d’une sociologie de la quotidienneté.sein du Parti qu’un plus un égale deux est aussi vrai ou aussi faux à Moscou qu’à Paris… "Les relations d’inclusion ou d’exclusion ne sont pas fausses ici et vrai là-bas. Lefebvre est suspendu en 1958. dans la très belle collection Dito). 101 . il écrit une série d’ouvrages consacrés à de grands écrivains français (Descartes. il s’autorise alors une entière autonomie de pensée. en France). p. Ensuite. Lefebvre entre dans l’Université. Jusqu’en 1958. Lefebvre écrit des articles préconisant l’introduction dans le marxisme des développements modernes de la logique. L’insurrection situationniste. dans lequel il fait le bilan de sa vie philosophique et de son aventure dans le Parti (nous y reviendrons). Cette thèse de sociologie rurale porte sur La vallée de Campan (parue au PUF.). Rabelais) pour construire le mouvement de la pensée de libération de l’homme. Sur les Pyrénées. de l’informatique et de la cybernétique. Cette confrontation avec les situationnistes va stimuler sa grande productivité de l’époque. amorcée dès la fin de la guerre. Pour lui. Il veut montrer que l’on ne peut pas rejeter ces auteurs comme des penseurs "bourgeois". écrit entre juin et octobre 1958 (dans un contexte politique très particulier. Paris. Lourau). il travaille au CNRS. C’est l’époque des exclusions du Parti (Morin. 151 Sur le contexte de cette rupture. H. reformulée. Le volume 2. lui en avait interdit l’accès. Cette amitié ne dure pas. avec lequel il s’est lié d’amitié. qui feront leur chemin vingt années plus tard (notamment l’idée de la nécessité de définir un programme avant la prise de pouvoir). Henri Lefebvre et l’aventure du siècle. il entre à Nanterre. Lefebvre qui avait été dénoncé par les Situs dans les années 1960. cit. Pascal. Musset. Aucune conclusion pratique n’est tirée de la publication de l’essai de Staline sur la linguistique. il produit quelques idées neuves.

où l’assistant était le répétiteur des idées du professeur. Du Rural à l’urbain (1970). après la sortie de La somme et le reste. Lefebvre. Ce livre tend à indiquer la voie qu’il faut suivre si l’on veut échapper à la standardisation généralisée qui menace la "société bureaucratique de consommation dirigée". Lefebvre lors du surgissement des évènements de Mai. Lefebvre : “ J’en ai marre de faire Paris-Strasbourg en train. aussi. Lefebvre n’en reste pas là. du structuralisme. R. On parlait de “ listes noires ” sur lesquelles des étudiants auraient été inscrits pour leurs activités subversives et qui “ n’existaient pas ”. La pensée marxiste et la ville (1972). académicien. H. qui va se former dans le département de sociologie de Nanterre qu’il dirige. Ensuite R. au niveau du mouvement social. L’argument lancé par H. auquel j’ai posé quelques questions à propos de H. mais l’homme me déplaisait totalement.de fougue. Lefebvre laissait accroire qu’elles existaient. Henri Lefebvre refuse tout système. le monde de l’argent. Maïté Clavel… L’attitude de H. Lefebvre comme un théoricien proche des auteurs de l’École de Francfort. son influence sur les étudiants va être extraordinaire. Lefebvre attaque le monde bourgeois. Il rédige aussi Introduction à la modernité (1962) et Métaphilosophie (1965). ” Mais René Raymond évoque surtout l’attitude subversive de H. de la vie quotidienne. a revu H. Lefebvre se surajoutent ceux d’Eugène Enriquez. soufflant sur le feu en 1967-68 à Nanterre. 1999. Althusser et sa théorie de la "coupure épistémologique" chez Marx seront l’occasion de nouvelles confrontations. Das System und der Rest. Il fait apparaître H. Rarement un professeur d’Université aura eu autant d’influence sur les étudiants qu’Henri Lefebvre. la femme d’Henri Raymond qui était mon étudiante a voulu organiser un repas entre nous. Lefebvre se lance dans une synthèse sur la question de l’État : De l’État aura quatre tomes. Lefebvre : “ J’ai apprécié l’œuvre. Nietzsche. depuis de très nombreuses années. Il continue à travailler. les intuitions et les concepts qu’ils tentaient de formuler. H. H. H. Ce dernier livre aura et a toujours une influence considérable en Allemagne 152 . Le manifeste différentialiste (1970) élabore la notion de différence. dans laquelle vivent les pays développés. Mais cela s’est très mal passé". en poste à Strasbourg. Au lieu d’être clair. Lefebvre laisse ses assistants développer leurs propres recherches. ce qui n’était pas fréquent avant Mai 1968. ” René Raymond avait invité H. L. c’est celle du philosophe qui voit se réaliser socialement. On lui donne la paternité des évènements de Mai 153 . L. Lefebvre entreprend La proclamation de la commune. C’est l’époque de l’émergence d’Althusser à l’École normale supérieure. du profit. Après Hegel. Jean Baudrillard. 153 152 102 . historien nanterrois. Au-delà du structuralisme (1971) regroupe tous les articles écrits dans la période antérieure contre Althusser. L. Plusieurs ouvrages sur l’espace et la ville : Le droit à la ville (1968). Il les encourage à enseigner leur propre pensée. C’est ainsi qu’aux enseignements de H. Simultanément. H. Le premier contact entre H. et moi datait de 1959 ou 1960. Tout en s’affrontant aux partisans du scientisme. Espace et politique (1973) et surtout La production de l’espace (1974). de la sexualité. la majorité des étudiants adhère à l’analyse contestatrice du vécu. Tant à Strasbourg qu’à Nanterre. Je connais tous les arbres du parcours. Ce livre ne paraîtra qu’en 1965. il élabore le soubassement théorique du mouvement de contestation. pour participer à un colloque à Sciences Politiques sur les intellectuels français. qui lui permettent de préciser sa théorie du politique. H. du positivisme. Ces livres seront lus par certains des étudiants. La fin de l’histoire renoue avec la lecture de Nietzsche. Pour Marx et Lire le capital sont parus en 1965. A l’occasion d’un jury de thèse à Lyon (janvier 2001). le capitalisme de la marchandise. Rapidement. Lefebvre n’avait pas fait de vague. est venu à Paris X pour poser sa candidature sur un poste de professeur de sociologie. René Lourau et Henri Raymond. lorsque celui-ci. qui feront 1968. Marx ou le royaume des ombres. Voir Ulrich Müller-Schöll. Il publie un très grand nombre de livres entre 1968 et 1980. j’ai partagé un repas avec René Raymond. "Pour dépasser les tensions. des conditions concrètes de la société existante que développe H. Lefebvre. H. “ Il refusait d’assumer toute responsabilité ”.

C’est de là qu’on peut tirer une philosophie. Après avoir esquissé une histoire du concept de représentation. de les dépasser vers un au-delà accessible seulement au surhomme. mais surtout mû par une pensée frémissante "tendue vers des possibles jamais réalisés. Qu’est-ce que la représentation ? Un intermédiaire entre l’être et le non-être : toute la question est de savoir si la connaissance peut – ou ne peut pas – dépasser cet intermédiaire pour atteindre l’être véritable. À partir de 1978. Lefebvre conclut que la représentation est un fait social et psychique dont on ne peut se passer. qui paraît en même temps qu’Une pensée devenue monde. d’une certaine manière. il y a victoire sur le temps et la mort. Lefebvre a lu Shakespeare. Il a relu Musil. nous avons besoin aujourd’hui. K. Lefebvre est revenu à l’œuvre d’art. Cette démarche peut sembler très loin du marxisme. Delacampagne). Évidemment. René Thom 103 . Lefebvre s’est imposé comme philosophe et comme sociologue. Ce cheminement. Marx. plus que jamais. Ce livre s’inscrit aussi dans cette veine philosophique. Il faut choisir les représentations fécondes. H. la question qui est posée. appelait le philosophe à sortir de la représentation. Pour lui. Attaché au rocher par le pouvoir et par la force. L’homme sans qualité est le roman de la dissolution du monde moderne. Marx ne dit-il pas lui-même qu’il a incarné Prométhée ? Ces thèmes seront repris dans Qu’est-ce que penser ?(1985). H. inachevée. Le héros de Musil parle en philosophe. Il y explore le moment de l’œuvre. Lefebvre renoue pourtant avec l’idée qui a guidé sa première lecture de l’auteur du Capital : Marx est aux antipodes du stalinisme. c’est celle de la philosophie. Prométhée ! Image terrible. Lefebvre voit la solution davantage du côté de Prométhée que du côté de Dionysos. Après K. L’intérêt de l’ouvrage. H. H. H. Il énonce sa philosophie en tenant compte de la technique mais en la dépassant. mais il voyage beaucoup. Il n’enseigne plus à Nanterre. La pensée n’est pas un jeu fermé sur soi. H. reposant sur une culture énorme. Il nous donne une théorie philosophique de la représentation. Lefebvre prend en compte la pensée de K. il porte en lui des ferments anti-étatiques dont. il porte en lui que la libération viendra de la mort des dieux. H. Celleci est restée ouverte. Mais pas si loin qu’on ne le croit. mais aussi celle de Spinoza ou celle de Joachim de Flore. c’est de rappeler une fois encore que la philosophie ne peut se laisser enfermer dans aucun dogmatisme. il revient plus systématiquement à la philosophie. La tragédie ressuscite le héros tragique qui réapparaît et revit sa mort. mais qu’il faut savoir choisir. Il lui semble que la clé de la philosophie. H. Nietzsche proposait de rejeter à la fois philosophie et représentation. livre dans lequel H. soit à chercher de ce côté. les tragiques grecs. Dans quel sens évolue la pensée de H. est une sorte de bilan de l’œuvre philosophique de H. Marx. celles qui permettent d’explorer le possible. Lefebvre l’inscrit aussi dans la Présence et l’absence (1980). Ce livre qui. Lefebvre. cette évaluation critique est difficile. Il écrit chaque matin. qui est toujours illusoire. la clé du monde. et dépasser les représentations illusoires (celles qui fascinent les hommes mais bloquent l’évolution de la société). Faut-il abandonner Marx ? se demande H. peut-on philosopher ? H. Auteur de dizaines et de dizaines d’ouvrages. Lefebvre évalue encore une fois le marxisme. Dans La présence et l’absence. ouverte à tous les horizons de la modernité" (C. Kant ne le croyait pas . C’est un instrument d’exploration du réel. Marx. H. Lefebvre se trouve davantage dans la tragédie que dans le drame. Lefebvre ne pense pas que l’on puisse tirer quelques choses des mythes. E. Zeus perdra le pouvoir. car dans la tragédie. Lefebvre a pris sa retraite. La présence et l’absence déploie le moment philosophique.Entre-temps. Mais Prométhée lui-même peut mourir ! H. À côté de Musil. Il fait des conférences dans le monde entier. lui. prodigieuse. C’est dans le tragique qu’il faut chercher. Lefebvre à la fin de sa vie ? C’est difficile à dire. tandis que F. Lefebvre n’a pas clos son œuvre. C’est un livre étonnant. Lefebvre répond à la question par l’exemple. H. Il relit les tragiques grecs. Il lit beaucoup.

écrivain). H. Ils ont fécondé la société contemporaine et se sont dissous en elle. Il est enterré au cimetière de Navarrenx. Lefebvre a formé de nombreux professeurs d'université. C’est en cela qu’ils sont très distincts des concepts philosophiques classiques qui restent pris dans leur armature. "différence ". la confrontation est une nouvelle aventure. chez les femmes… Trajet foudroyant du concept qui le rend obsolescent. épuise ses virtualités. Pour H. dans la maison familiale. Une équipe 104 . Comment philosopher après K. De ce point de vue. avec les mouvements d’avant-garde (groupe des philosophes. C’est sur cet événement historique qu’il a médité à la fin de sa vie. Lefebvre propose donc un horizon : la métaphilosophie. pesant. c’est son trajet dans la pratique. marxisme. que la notion de travail aliénant – aliéné conduit à l’idée que le capital s’autonomise par rapport à la pratique comme toutes les puissances aliénantes – aliénées. à Paris. image ou métaphore. Lefebvre. Dans la tragédie. il s’était exprimé pour faire le bilan du communisme. surréalisme. La tragédie porte donc en elle une affirmation. Lefebvre pense que la théorie de l’aliénation traverse Le capital. H. Lefebvre refusa. Lefebvre. la souffrance et la mort sont niées. dans leur architectonique philosophique. S’il fallait définir en un mot le mouvement de l’œuvre de H. Cette dialectique permanente entre le vécu (intense) de H. Lefebvre n’a jamais séparé le vécu et le conçu : l’un et l’autre s’entremêlent. Ils proviennent de la pratique et ils y reviennent : "espace social". théoricien. Pédagogue de talent. C’est dans le contexte de la confrontation intellectuelle. Lefebvre le découvre… La chute du mur de Berlin a été un choc pour H. d’accepter leur monde (leur cosmos). dans leur structure. Lefebvre a développé son activité de philosophe (penseur. Le succès du concept. H. situationnisme. période de sa vie où il a exercé le métier d'universitaire. Il est mort en juin 1991. le communisme était lourd. Marx remet en cause la philosophie. Henri Lefebvre a vécu longtemps au 30 de la rue Rambuteau. Ce chiffre exceptionnel s'explique par le fait qu'il était très bien entouré. Marx ? H. "mondial" et "aliénation" sont des concepts qui entrent en relation mais ne font pas système. "quotidien". que celle-ci peut s’organiser. c’est une suite de concepts qui ne font pas système. La banque qui le possédait lui proposa de racheter cet appartement. pour se retirer à Navarrenx. mais aussi personnelle. Lefebvre comme philosophe marxien. Leur rôle a été se servir de ferment. À chaque fois. Le philosophe en produit alors un autre. on pourrait dire que c’est autour de la notion d’aventure. où il mourut en 1991. Ce qui importe. mouvement d’opposition dans le Parti communiste.(théorie des catastrophes). incapable de porter une utopie et de mener la critique du quotidien. il a fait passer 96 thèses. qu’elle leur a permis de s’accepter. Sa théorie de l’aliénation par exemple s’est imposée chez les jeunes. Le contact avec l’œuvre de K. Nietzsche l’a pressenti. Peu auparavant. Entre 1962 et 1973. chez les colonisés. dans le vécu. Il a restitué la véritable pensée de Marx autour de deux fils conducteurs : la théorie de l’aliénation et la critique de l’État. Lefebvre. n'a pas étonné ceux qui l'ont connu comme le théoricien de la révolution comme fête. peu importe le statut épistémologique du concept. Lefebvre a apporté. H. "mystification". dans un très bel appartement dont il n'était pas propriétaire. Lefebvre a vu tomber le mur de Berlin. ses possibilités. Il quitta alors le centre de Paris. on peut dire que le travail de H. Il faut souligner l’importance de H. Lefebvre a été efficace. trop souvent générateur d’ennui. de levain. H. Cette idée est déjà présente dans L’existentialisme. Mais H. Vécu et conçu s’enrichissent mutuellement. ennuyeux"). Lefebvre et le conçu est ce qui caractérise son apport à la philosophie. Son commentaire politique de cet événement ("à l'est. mouvement étudiant…) qu’H. Il constate que la tragédie grecque a permis aux Grecs de vivre. Ce que la métaphilosophie de H.

pp. voulant posséder elle ne peut éluder l'aventure. Lefebvre.nombreuse le secondait dans tous les domaines de son activité (recherche. Lefebvre. décédé en 2004. mouvement des femmes. confus) n’était pas inintéressant. p. "Positions d'attaque et de défense du nouveau mysticisme". Philosophies. La discussion lancée dans le Nietzsche. des aperçus risqués sur la conscience transcendantale. c'est pour se posséder qu'il cherche à disparaître.". celle qui ne pose pas l'absolu "par une transposition d'éléments humains". voilà pourquoi le mystique veut s'abolir . 1924. Michel Trebietsch. elle croit alors s'être soumis le monde. "Positions d'attaque et de défense du nouveau mysticisme". 241 et sv. et qui contenait en vrac la théorie des moments. sans y attacher la moindre importance. Je pense encore que ce manuscrit (long. écriture. de manifester de la rancune à l’égard de ce philosophe. Il venait de terminer un ouvrage (que j'ai eu entre les mains . 5-6. On retrouve dès ce premier texte une influence nietzschéenne. s'abandonner à des signes humains crus magiques." La première théorie (idéaliste) des moments Dans un article écrit en septembre 1924. H.". comme un magicien croit dompter des génies.. il est inédit). sur le plan politique. et à suivre. Philosophies. 155 Un extrait de cet ouvrage est paru : H. pédagogie). – "L'absolu ne s'exprimera.. dans lequel se trouve déjà cette notion de moment. chercheur lefebvrien. 154 H. concernant le fini et l’infini avait donc des prémices. que par la loi suivant laquelle le vouloir authentique s'exalte et s'aventure 157 ". mais aussi mouvements de libération. etc). Henri Lefebvre écrit : "Je ne voulais pas faire appel à mes essais antérieurs.. des idées. J’ai eu le tort. arrête la recherche en réalisant "des forces. mars 1925. il continue à avoir une réelle influence. 479-482. théologiques et métaphysiques. "Critique de la qualité et de l'être. 471 et sv. mais publié en 1925. 156 H. Ses voyages le conduisirent à se confronter au mondial. p. avant sa lecture de Hegel. Après sa retraite. et bien d’autres choses encore 154 . une première partie contient une attaque contre les mysticismes passés. dans le chapitre sur Le normal et l'anormal. Fragments de la philosophie de la conscience". les luttes à l'échelle planétaire. depuis. 157 Philosophies. La note poursuit : " Manuscrit complet remis en 1925 au plus célèbre des professeurs de philosophie en Sorbonne. enseignement. Elle se contredit . Dans l’article de 1925 156 . Il entretient des relations avec tous les groupes qui agissaient (partis politiques. Lefebvre utilise déjà le concept de moment.. des plans irréels ou surréels . La pensée magique transpose en absolus des moments de la conscience. c'est-à-dire s'absorber en eux . pp. groupes de recherche. Lefebvre. sur La philosophie de la conscience 155 . était en relation avec moi pour envisager la publication de cet ouvrage. qui le reçut avec courtoisie et me le rendit de même. à une longue esquisse d’une "philosophie de la conscience". Chapitre 6 De philosophie de la conscience à l'expérience de l'exclusion La théorie des moments existe chez H. Dans La somme et le reste. diffus. attaque fondée sur la distinction entre deux formes de pensée : l'une. que j’avais envisagée un moment de transformer en thèse. Cette première partie se termine sur l'annonce d'un humanisme fondé sur la seule forme de pensée valable. Lefebvre renvoie ici aux "Fragments" parus dans Philosophies (1924-1925) et L’esprit (1926-1927)." La somme et le reste... des substances. Il ne pouvait pas comprendre les germes contenus dans ce texte de ce qui devait s’appeler plus tard: L’existentialisme. n° 4. et il lui faut se "livrer. la pensée magique. 299. n° 5/6. 105 .

il a la subtilité de critiquer ce rapport au moment qu'il trouve chez Sartre. c'est bel et bien retourner à une "pensée magique". justement pour en faire des absolus. Sa critique "marxiste" des "nouveaux existentialistes" (Sartre et les autres) est l'occasion de revisiter le concept de moment. Henri Lefebvre. Kierkegaard affirme l'irréductibilité absolue de l'expérience individuelle. douleur. nous ne voudrons plus trouver le secret de l'univers en un moment privilégié de tristesse ou d'abjection. 159 Il se pose la question dans La somme et le reste. y fait référence. C'est continuer la métaphysique. L’existentialisme Dans L’existentialisme. joie et douleur. Elle n’est pas disponible. Il vivait déjà selon des moments bien construits 158 . du fait de sa dimension "idéaliste". H. 158 106 . La douleur. l'angoisse. publiée. au nom de son effort pour saisir la totalité. mais sur le plan de l'immédiat et non sur le plan de la pensée (des idées). angoisse. p. et l’existentialisme. mais en régression sur elle – vers la magie 160 ". en tant que telle. Il craignait qu'on lui reproche son "idéalisme". Il n'en est rien. Il oppose les deux expériences. le porter à l'absolu en le considérant comme une révélation. p. férocité..Critique de la théorie des moments : une manière d'en parler Vingt ans plus tard. en 1946. que la pensée idéaliste a tendance d’autonomiser le moment. H. Lefebvre exprime cette idée. il signale sa théorie dans plusieurs de ses ouvrages. sans conférer à un moment quelconque un caractère exceptionnel. vertige. C’est lors de son exclusion du Parti. dans le chapitre sur "la scolastique moderne et le déclin de la philosophie" . Méridiens-Klincsieck. Abandonnons le rêve. Ce groupe de 1924-28 regroupait Georges Politzer. Anthropos. Norbert Guterman. L’existentialisme (1946).. la tristesse sont d'incontestables réalités. Lefebvre. Il reprend cette idée dans le chapitre sur Kierkegaard : "On pourrait croire qu'il s'agit de déterminer – en faisant appel s'il le faut à l'histoire. Paris. Lefebvre établit un lien entre son expérience dans le groupe des philosophes. qu’il la publie expressément. auparavant. 389 et suivantes. l'humanisme marxiste proteste une fois de plus. 2° éd. fascination.. avec le "monde". Alors nous pourrons accepter la vie ("l'existence") dans sa totalité. l'espoir de découvrir le Secret. ils s'insèrent dans nos relations immédiates. les "conditions d'existence" d'une vie humaine totalement épanouie. 2° éd. La somme et le reste." Et il poursuit : "Affirmer que l'angoisse nous dévoile ou nous révèle le "monde". Lefebvre utilise constamment. en 1959. 160 H. Lefebvre. 3° édition. ainsi que L'existentialisme. Pourtant.. des "moments" de la vie . Le dogmatisme aurait servi de censure. en un moment privilégié de révélation enivrée ou d'extase. à la connaissance objective. il montre que la philosophie "moderne" a tout essayé : mélancolie. premier chapitre (pp. 1 à 38). Entre 1945 et 1959. à la différence d'une pensée (d'une idée). 1989. de l'existence H. sa référence aux moments. mais en même temps montre le risque idéaliste qu’il y a derrière le fait d’isoler. Merleau-Ponty et les autres existentialistes. voire même ennui et sentiment de l’absurde : "Ici. L'humanisme doit accepter la vie dans sa totalité. Isoler un de ces moments. c'est accomplir l'opération de la pensée métaphysique. H. 71. dans L’existentialisme. à la pensée. elle traverse tous ses travaux. Ainsi. Dans plusieurs ouvrages. d’autonomiser des moments. Paris. à propos de l’existentialisme. 2001. et quelques autres. Paul Nizan. Pierre Morhange. directes. nous serons aussi délivrés du cauchemar . inquiétude. Lefebvre craint que sa théorie ne soit pas conforme à ce qu’on attendait d’un théoricien du Parti communiste 159 . 2001. La théorie des moments n’est pas explicitée. mais très prudemment. pour l'autre. ces moments ont un caractère immédiat . Puisque H.

163 L’existentialisme. 1947. Paris. mais vécu. 2° éd. délaissés ou dépréciés par le vieux rationalisme . p. s’affirme comme conscience et centre de pensée – et réel. ce n'est pas tant la "description" par M. C'est surtout la place de ces descriptions dans l'ensemble des vérités. Il conclut son raisonnement : "Non seulement il se prendra pour le point de départ et le commencement absolu. y compris la science. Ce que conteste la critique dialectique. était déjà inscrit dans l’œuvre de Nietzsche. cette école de philosophes a. c’est un acquis important. Lefebvre ne rejette pas. paru en 1947. Descartes. 182. mais il se rattachera 161 162 L’existentialisme. Non. que rejette H. non quelle se réso1vent . Mais là encore. C'est au cœur de l'individu isolé. 164 H. de certains moments absolus et d'ailleurs uniques 161 ". dès que l'on prétend résoudre par l'immédiat les questions suprêmes. ces descriptions se situent à un degré inférieur de la vérité. comme tout idéalisme. d’hier et d’aujourd’hui. obligent à en sortir . l'action 163 ". Sartre du vertige. L’existentialisme. Lefebvre dans la forme qu’elle prend alors. Chacun doit descendre dans les profondeurs strictement “ privées ” de sa conscience et comprendre la valeur infinie de certaines découvertes.. loin de là. En fait. H. non conceptuel et spéculatif. des ancêtres. dans son Descartes. la connaissance. Cette dialectique d’alors entre la critique et l’intérêt d’une théorie à redéployer. et libre comme tel. L’apport de Descartes. le lecteur d'aujourd'hui est bien obligé de sentir la proximité qu’il y a entre les moments dégagés par l’existentialisme. mais ne se reconnaît pas encore. éd. se transforme en une très grande erreur. p. Comme la psychanalyse. Moment capital dans l’histoire concrète de l’individualité 164 ". 2° éd. celui de la foi. la pratique sociale. Pour le critique dialecticien. Et plus loin : "Il (Kierkegaard) distingue plusieurs "stades".individuelle. la pensée ou connaissance sont des produits sociaux que l’individu accueille dès son enfance. la phénoménologie a attiré l'attention sur certains "moments" de l'existence peu connus. explique-t-il. mais avant lui dans le vertige spéculatif de tout philosophe. Lefebvre lui-même. en tant que singularisation anthropologique du sujet. Ainsi. dans le domaine de l'immédiat. et qu’il reçoit sous la forme travestie d’une révélation. assez modeste. alors qu’il est un moment. Comment passe-t-on de l'un à l'autre ? Par une sorte de mouvement dialectique. La conscience humaine de l’individu naît. Avant Descartes. on le retrouve dans un passage sur la phénoménologie de Sartre : "Tout n'est pas faux. 89. dans la vie du microcosme individuel : le stade esthétique et érotique – le stade éthique – le stade religieux. à chaque stade. plusieurs moments. qui supposent précisément la totalité de l'expérience humaine. d'un stade. Lefebvre montre cependant que cette acquisition ne s’opère qu’au prix d’un double et illusoire illusion. pour passer sur un autre plan qui "transcende" le premier 162 ". Ces contradictions obligent à sortir d'une sphère. p. H. Lefebvre. une base. de la fascination. Lefebvre montre que le Cogito cartésien est bien un moment de la pensée. H. en tant que telle. des dieux). que chacun doit chercher son secret et le sens tragique de son existence. que les stades chez Kierkegaard. même lorsqu’on le dégage. du sadisme. Ce sont les contradictions qui. il refuse la prétention de Descartes d’en faire un absolu. des justifications. mais il lui semble que le moment. c’est de poser l’individu pensant qui se pose et s’affirme : "Il prend toute la pensée en charge. dans les descriptions phénoménologiques. au contraire ! pas de solution pour la "dialectique" existentielle. et mettre au premier plan le problème de l'humain. 127.. Faire du moment un absolu. en soi et pour soi. d’un don venu d’en haut (de ses parents. Pourtant. 104. 2° éd. C'est ainsi qu'il croit poser concrètement.. le moment tel que le décrit la phénoménologie. Cette vérité relative. au-delà de la critique de Kierkegaard. des autorités. c’est-à-dire un infini. et l'effort de conceptualisation de H. 107 . La théorie lefebvrienne des moments sera effectivement mieux articulée. p. doit être remis en perspective avec le tout.

" La somme et le reste est donc un livre passionnant. le philosophe militant refusait (et quelques autres avec lui). H. D'accord. Chapitre VII. ou sous forme spécifique et dégagée. la théorie des moments s'affirme positivement. Lefebvre. c'est que. le rêve. Lapassade montre que cette conception organisationnelle de Lénine ne diffère en rien de celle de Taylor. malgré cette tendance du Parti à aplatir ses membres à une seule appartenance. Lefebvre nous dit en quelque sorte : "Entre 1928 et 1958. Anthropos. De ce point de vue. les principes léninistes de Que faire ? (1902). immobile. durant un an. "Je me suis beaucoup prêté. dans l'entreprise capitaliste. -un dans la cinquième partie (L'inventaire). 2006). institution. pour montrer la rupture avec le moment de la phase dogmatique. H. mais ce n'est pas le cas. H. p. 129. car le Parti communiste n'était pas marxiste. Lefebvre est resté "plusieurs". je suis toujours resté philosophe. au même moment. ce chapitre vise à condenser des aperçus jusqu'ici dispersés. la théorie des moments est présente dans un tiers des chapitres. lorsque je préparais mon livre sur lui. durant toute cette période d'épreuve dogmatique. 167 Je vais me contenter de citer quelques passages de ce chapitre . S'il n'avait eu qu'une appartenance. (et ce ne fut pas de son fait). où Lénine 166 nous propose un modèle de militant totalement réduit à son appartenance au Parti . 637 et suivantes. le jeu". Dans Groupe. se redéploient les moments … Je ne reprends pas ici le détail de la théorie des moments définie dans La somme et le reste. G. Lefebvre entre l’idéalisme et la tendance à construire les moments comme absolu ! La somme et le reste. Lefebvre ne se réduit pas à une seule appartenance. Ce qui m'a permis de survivre. V° partie (L'inventaire). (5° éd. "Le moment philosophique". le rencontrant alors chaque semaine. Paris. Parce que j'étais marxiste. 167 Henri Lefebvre. C'est mon appartenance à la philosophie (comme moment autonome) qui m'a permis de survivre au dogmatisme stalinien. parce qu'il donne à lire une théorie des moments. qui trouve son illustration dans la biographie personnelle et collective du philosophe qui la produit. éternelle : la Pensée en soi "… Il y a donc un lien établi par H. Pourquoi ? L'idée qui sous-tend le livre est la suivante. pour nous aujourd'hui. Elle est constamment présente dans l'ouvrage. H.fatalement à une substance métaphysique. une affirmation positive Avec La somme et le reste. Ce qui l'a sauvé : l'appartenance au Parti se trouvant fermée. ou sous forme implicite. La théorie des moments est le levier qui permet au philosophe exclu de rebondir. Quatre chapitres s'y réfèrent explicitement : -trois dans la troisième partie (la vie philosophique) : "Moments". mais cette fermeture du moment lui ouvre de nouvelles possibilités. Sur les 777 pages de cet ouvrage. j'ai été communiste. Son moment du politique ou du marxisme prend une autonomie par rapport au dogmatisme. Ainsi. il voit un moment important de sa vie (sur le plan temporel et anthropologique) se dissoudre. "Encore sur les moments : l'amour. 108 . Je crois que ce thème constituerait un livre en soi. 165 165 166 Descartes. organisation. mais stalinien. Il y avait un qui pro quo. a-t-il pu me dire. je ne me suis jamais donné". p. Pour H. La somme et le reste. où le chapitre VII s'intitule "théorie des moments". de renaître. Lefebvre aurait certainement été détruit par son exclusion..

l'inutile réagit contre lui. Le sensible ressemble davantage à la parole humaine qu'à la langue. 234. Il montre d'abord que la réalité dément sans cesse les schémas d'équilibre. En effet. dès sa première théorie (1924).L. Ils éclatent. et r. et r. S. "Il n'y a pas deux langues équivalentes. 170 H.L. c'est-à-dire plus complexe que les modèles et d'une autre façon 170 ". au lieu de simplement signifier 171 ". aussi précises l'une que l'autre pour dire les mêmes choses : le langage des phénomènes. p. dans la nature.L. de le dominer. p. Dans la parole. et encore davantage la post-modernité. C'est de cette idée qu'il part pour nous offrir une première synthèse de sa pensée. 637. les impressions sensibles n’ont rien d'une langue naturelle. mais aussi véritablement que les formulations mathématiques et les schémas abstraits. équivaut à un cauchemar absurde. Dans la suite de ce chapitre. dans le même mouvement. S. Il a déjà montré que. Ce n'est pas la seule image de l'exubérance. toujours franche et vive. 638. "jeux de reflets". comme forme et structure. mais lointaine par rapport à la présence du réel objectif. et r. ce qui signifie colorée. Le monde rationalisé. La réalité les "réduit perpétuellement à leur statut d'abstraction scientifique nécessaire... p. 172 H. 638. La parole ne peut se réduire à une algèbre . Cette réalité n'est pas seulement sensible. la lumière répandues à travers l'espace et le temps. Pour lui. Mais. et r. S. évoque. p.. 171 H. Mais. en fonctions mathématiques. op. la musique.. La parole déborde de phénomènes inutiles pour la signification précise. "jeux d'eaux". 109 . Les impressions sensibles ont donc la richesse inutile de la parole. l'épaisseur des feuilles mortes pendant l'automne suggèrent aussi fortement l'abondance 172 ". La signification (l'algèbre des signes) est le désert de l'essentiel. Elle déborde les schémas d'équilibre. théoriquement et pratiquement. c'est à cet endroit que se construit l'humain. La figure du soleil. Les expressions : "jeux de lumière". les notes renvoient à La somme et le reste sous la forme : H.. "elle vient d'un être et présente cet être". Elle manifeste leur distance. Ils ne se maintiennent. S.. "La poussée des feuillages au printemps. c'est sa profusion. les modèles de stabilité qui fournissent des formes ou des structures formelles capables de cerner un objet. 635. dans le chapitre VII. et c'est pourquoi la parole vivante exprime. Lefebvre. la chaleur.. il voyait les germes de ces moments dans la nature 169 .. où tout serait significatif. Le chant. de la cinquième partie de La somme et le reste. La somme et le reste. p. ont du sens.. H. que par un effort incessant pour les protéger. et r. L'expression 168 H. mais elle se découvre par contraste avec les modèles autrement complexe. de le connaître.. la redondance est aussi considérable . mythique et symbolique. S. Lefebvre a déjà défini les moments comme modalités de la présence 168 . La "modernité". 169 H. par laquelle la réalité matérielle nous signifierait ce qui se formule rigoureusement en lois. les expriment donc autrement. suggère. représente l'énergie. Lefebvre part de la nature.L. les frondaisons pendant l'été..Chapitre 7 : La somme et le reste Dans le chapitre "Moments" de La somme et le reste. cit. H.L. "La profusion dans la nature renouvelle sans cesse l'étonnement". Le jeu de la nature n'a pas de sens si on l'applique à un objet. vont vers un tel monde. Le jeu de la nature Ce qui surprend toujours Lefebvre. à une chose séparée. avec l'indication de la page. le langage de la science.

La terre qui n’est que terre soustrait ses cavernes à la lumière et aux feux du soleil. 640. 110 . qui tantôt peut s'identifier avec la bonté de la nature. "Dans la nature. la nature est désordre. c'est celle d'une prodigalité insensée. la faim. et se dévore 178 ".. que nous dominerions sans que le règne de la volonté et du savoir se traduise en sécheresse". Les vivants sont des proies les uns des autres. Aux tumultes et aux tempêtes cosmiques qui les brassent. guetter sa proie .L. 639.. de ce luxe naturel. S. 639. Mais l’ordre humain n’a rien d'absolu. la loi la plus générale. 179 H. "Nous aspirons à la re-naissance. violences et apaisements.L. indispensable.L. La nature est le plus grand des spectacles. Nous la re-créons de façon intime et secrète. le repos se mêlent inextricablement. 177 H. L'inutile disparaît.L.. dans un état d'indifférence réciproque. semble soumis au hasard. p. Dans la hiérarchie des êtres vivants. Par rapport à l'ordre humain. puissance du négatif.. La nature offre des contrastes : tempêtes et calmes.. p. H. La réflexion pourchasse dans leurs repaires ces ordres indépendants qui engendreraient le plus grand désordre . Dans la nature végétale et animale. par exemple) sait se reposer. p. les éléments tombent les uns hors des autres. La vie joue avec elle-même un jeu mortel L'analyse. le soleil inondant d'énergies cosmiques les espaces les brûle. La prolixe et généreuse mère se révèle tout à coup muette. Tout. utile. et r. Les modalités élémentaires incombent à des tissus et organes différents. p. de ces spectacles offerts. "dans la musique.. p. Lefebvre veut souligner "l'absence de séparation entre la nature et l'homme (social) même quand le social croit se séparer de la nature 176 ". S. dans nos œuvres. répondent d'inexplicables stagnations. autour de nous. "La vie se nourrit de soi. Et nous avons besoin de ces inutilités. sépare le lié. partir en chasse. 639. S. la lutte. S. terne.. les modalités élémentaires de la vie se différencient en même temps que les organismes. l'expansion démesurée de la vie qui ne trouve qu'en elle-même ses propres limites. exubérance sensorielle retrouvée 174 ". le jeu. avare. et r. Il y a dans la vie (végétale et animale) une sorte d'immense gratuité. S. et r.. Lefebvre retrouve la surabondance. et r. Elles se distinguent dans le temps et l'espace : dans les activités. du soleil ou de la terre sur la mer. y compris chaque espèce et le maintien de telle espèce.L.L. et r.. l'amour et la reproduction. et les vagues de la mer ne sont qu’ondulations. les consume et règne sur des déserts. Lefebvre remarque que "l'animal supérieur (un fauve. dans la nature sensible. 175 H. S. Le feu dévore en même temps qu'il féconde 175 ". Dans les profondeurs originaires de la nature. elle les fait rentrer dans la danse 177 "... S. Cette vue de la nature que nous propose H. ce qui vivifie est aussi ce qui tue .. et r. Et cependant. H. 641. en nous. 178 H.L. 639. rien qui ne soit fonctionnel. de ce jeu illimité. il a ses saisons d'amour 173 174 H. elle relie le séparé : "Sans cesse."jeu" rend bien "l'inutilité et la beauté des reflets et des scintillements de la lumière à la surface des éléments. "Dans la vie biologique. et r. H... 176 H. p. Aucun mot que le jeu ne désigne cet illimité qui se manifeste justement aux limites incertaines et pourtant précises de la nature. parfaite et sublime inutilité. 641. tantôt avec une effroyable ironie 179 ". Tout est déterminé. de l'aube ou du crépuscule 173 ". p. Les “ corps ” s'isolent et s’affirment. Les aspects se proclament chacun pour soi : cette bille n'est que corpuscule. Il contient une aliénation qui se révèle à une réflexion plus profonde.

et r. Mais. comme dans l'enfance individuelle et dans l'animalité.L. la lutte. l'amour et la reproduction. S. et r. ni même la volupté de la douleur et de la crainte. En s'affinant.. S. le repos.. Ainsi. les plus hautes civilisations créent des jeux qui ne sont que des jeux. H. c'est la répartition des moments. S. Lefebvre n'a jamais voulu jouer à aucun jeu.. p..L. le moment de la justice et le moment de la poésie. Son œuvre rencontre beaucoup d'obstacles. Chez l'homme On retrouve dans l'homme les éléments ou attributions élémentaires observés dans les origines de la vie et de la nature matérielle : la lutte. la nourriture. il a sa tanière . le jeu se 180 181 H.L. dans lesquels l'individuel ne se sépare pas du social. qui ne se soumettent pas à l'ordre que tend à imposer cette raison 183 ".. Ce qui diffère du tout au tout.. il a déjà présenté le moment philosophique 184 . Cette raison tend. Je ne développe pas ces moments ici.. ou inversement se séparent et tombent les uns en dehors des autres 182 ". de les unir : "Dans l'homme socio-individuel.. S. La différence. c'est qu’elles sont différenciées 180 ".. leur distinction. 343-353. l'amour.L. S. Il introduit des illustrations en présentant le moment du jeu. Mais en plus. p. p. le moment de l'amour 185 . Le moment du jeu L'analyse de ce moment est une reprise. 337-343. On y apprend cependant que H.. 187 H. dans la nature animale comme dans la nature matérielle.L. p. une hiérarchie entre les moments.. une raison vivante et ordonnatrice tend à distinguer ce qui restait mêlé. 111 . 353. car s'il avait joué. les discernables se confondent. S. 641. leur discernement. il aurait tout perdu. p. S. p. La présentation de moments À ce moment de sa synthèse. 182 H. 183 H. Lefebvre va s'appuyer sur plusieurs "études de cas". et la manière de passer de l'un à l'autre. le moment du rêve 186 .. et r.L.. Dans l'enfance des sociétés. entre l'animal et l'homme. "Jamais la crainte ou l'inquiétude devant le danger possible ne le quitte complètement 181 ". Signalons que dans les chapitres antérieurs de La somme et le reste. aussi bien du côté de la vie immédiate et spontanée qui rétablit brusquement ses exigences. p.. et r. Ces fonctions sont celles de la vie la plus primitive. la raison à l'œuvre dans la civilisation tend à constituer des moments. et r. Il ne dort jamais que d'un œil. Dans cette page.. 239-250. que du côté de la répartition sociale des biens et des objets. "Ainsi.. le moment du repos.L. le jeu. 642. Mais j'y renvoie le lecteur. 184 H. 186 H. et r. H. S. Les chats ne distinguent pas totalement la poursuite de la proie. 642. et r.L. il a donc une série de fonctions réparties avec une sorte de raison intuitive. 641. 185 H. préférant faire l'analyse précise du chapitre de synthèse. Lefebvre l'a déjà abordé dans le chapitre "Encore sur les moments" 187 . l'animal supérieur continue à mêler les fonctions. En effet.. et r.. H. l'homme peut se reconnaître et s'attribuer les possibilités. dans la vie animale (disons par exemple : le repos et la lutte) et aussi à relier ce qui restait séparé (disons : la grâce et la puissance). p. il n'y a que l'esquisse de l'analyse qui suit..

discernait mal de l'action, du travail, de la lutte ; il y a confusion, mélange. L'enfant joue quand il travaille : il travaille en jouant. H. Lefebvre montre que les ethnographes écrivent des sociétés où le jeu prélude à la lutte, où la danse confond les figures de l'amour et de la guerre avec le jeu, etc. "Dans une civilisation avancée, le jeu constitue un moment. Il ne s'isole pas. Les figures de la guerre ou de l'amour s'y intègrent, mais subordonnées aux règles qui font le jeu spécifique. Ainsi les échecs correspondent à une bataille rangée entre les armées royales, mais les combinaisons se définissent rigoureusement sur le terrain de jeu. Ainsi les cartes comprennent les figures de l'amour, mais subordonnées à des règles de nécessité et de hasard. Ces jeux spécifiques ne naissent pas brusquement, produits par une volonté abstraite de jouer 188 ". Dans l'abstrait, la volonté de jouer ne crée que des jeux sans profondeur, sans réalité des petits jeux de société. Les vrais jeux gardent quelque chose de leur participation initiale à la totalité. "Le déplacement vers les jeux des objets magiques s'accompagne évidemment de métamorphoses radicales, telles qu'une formalisation très particulière : la règle du jeu 189 ". Le jeu définit ses catégories : la règle, le partenaire, l'enjeu, le risque et le pari, la chance, l'adresse, la stratégie. "La sphère de ces catégories, les frontières du jeu, ne s'établissent pas de façon absolue. Aucun gardien n'ordonne : "Ici cesse le jeu, ici commence le sérieux". Les frontières des moments dépendent des moments et des hommes. Tout peut se jouer et devenir jeu. L'amour peut se jouer et se présenter comme jeu (mais alors ce n'est pas, ce n'est plus ou ce n'est pas encore l’amour) 190 ". Au théâtre, l’acteur joue, l'auteur dramatique se fait jouer. Mais comme l'acteur a un métier, on ne définira pas l'art ou le spectacle dramatique comme jeux. "La vie sociale peut se feindre, se mimer : se jouer 191 ". La frivolité l'emporte alors sur les intérêts réels qui rendent la vie sociale intéressante. Avec ses catégories propres, le jeu révèle une modalité de la présence : "Mon partenaire apparaît jouant, en tant que joueur ; et bien que je puisse retrouver dans le jeu les qualités ou défauts que je lui connais par ailleurs, il peut s'y montrer extrêmement différent de ce qu'il est par ailleurs. Enfin, parce qu'il a ses catégories propres, le jeu présente un monde". On s'engage jusqu’à s’y laisser prendre : "Parce que le jeu est un moment, il tend un piège. Je deviens un joueur. Il présente quelque chose : un gouffre, un vertige possible. Il y a un absolu dans le moment du jeu ; et cet absolu, comme chaque réalité ou moment porté à l'absolu, représente une aliénation spécifique 192 ". Le moment du jeu est donc une substantialité sans substance (au sens ontologique). Cette substantialité se manifeste par l'existence d'un absolu au sein du relatif. Dans toute substantialité, est posée une tautologie : le jeu, c'est le jeu. H. Lefebvre remarque que "cette proposition identique en apparence, et vide comme l'identité logique ne se réduit absolument pas à un pléonasme. Dans sa première partie, le jeu se présente comme activité spécifique ; dans la deuxième partie, c'est le jeu, se condensent les catégories de cette activité spécifique, qui doivent ensuite s'expliciter ; de sorte que l'identité se déploie indéfiniment en une nonidentité qui dit ce qu’est le jeu : ce que sont les jeux". Ainsi, le jeu relève de la formalisation, mais il ne s'y réduit pas. "Il est bien plutôt gouffre et vertige, fascination, plaisir infernal : aliénation. L’activité élémentaire, née dans les profondeurs obscures de la nature, a pris cette forme transparente pour retrouver les profondeurs obscures 193 ".
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H.L., S. et r., p. 643. H.L., S. et r., p. 643. 190 H.L., S. et r., p. 643. 191 H.L., S. et r., p. 643. 192 H.L., S. et r., p. 644. 193 H.L., S. et r., p. 644.

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Le moment du repos Qu'est-ce que le repos ? Les termes de décontraction ou de détente confondent idéologie, mythe, besoin. "Les techniques du repos existent depuis que la civilisation existe mais assez mal dégagées et utilisées. On s'aperçoit seulement aujourd'hui qu’une science du repos, ménageant les conditions objectives et subjectives de ce moment, doit se constituer. Il n'est pas facile de se reposer pour l'être humain, qui a pour essence l'activité. Il ne suffit pas de s'étendre pour se décontracter, de fermer les yeux et de boucher ses oreilles pour atteindre l'apaisement ou la paix. L’absence du mouvement, ce n’est pas encore la décontraction méthodique, car elle laisse dans des tensions résiduelles et mal proportionnées la plupart des muscles du corps 194 ". Ainsi, notre société constitue le moment du repos. "Elle l'institue par le moyen d'éléments divers, matériels ou non : techniques du corps, lieux de repos, couleurs ou sons apaisants, etc 195 "… Le monde moderne constitue un moment du repos qui ne se rétrécit pas à la relaxation. La re-création prend des formes multiples dans et par le loisir qui s'ébauchent socialement. Le sociologue se donne ces formes pour objet. Le moment de la justice Le moment de la justice et du jugement ne se forme pas dans la nature. Ce moment est invention de l'homme civilisé. La pensée ontologique le projeta en l'être absolu, en voyant en Dieu, le juge suprême. Aujourd'hui, la vie entière relève de la justice et du jugement ; pourtant, le jugement n'est qu'un moment. Longtemps, on a extrapolé la justice dans l'éternité. On concevait le jugement suprême et dernier. Cette image qui grandissait la figure du juge aux proportions de l'univers, s'estompe. H. Lefebvre a rêvé d'écrire un roman pour raviver cette image, qui se serait intitulé : Le jugement dernier : "Un jour, un jour quelconque, à une heure ou à une minute quelconques, le jugement dernier commence ; et les gens ne le savent pas ; ils n'ont pas entendu la trompette des anges. Mais lentement, lentement, ils commencent à revoir leurs souvenirs abolis ; les actes et les événements qu'ils ont oubliés remontent avec mauvais goût à leur conscience et à leurs lèvres ; ils commencent à transparaître les uns pour les autres, sous leurs paroles, sous leurs dissimulations et leurs masques ; ils récupèrent leur passé, pendant que leurs secrets et leurs hontes se révèlent, les lapsus devenant plus nombreux, puis les aveux. Lentement, lentement. Le jugement dernier a le temps devant lui. Lorsque le juge va survenir, les hommes se sont déjà jugés les uns les autres, dans leur vie de chaque jour, maris et femmes, enfants et parents et amis, nus, déjà damnés ou déjà sauvés. Le grand Juge n'a plus qu'à exécuter la suprême sentence 196 ". H. Lefebvre aurait aimé que ce roman se passe dans la famille d'un notable bien-pensant. Aujourd'hui, il n'y a plus de Juge suprême. Pourtant, les thèmes du Juge, du Procès, de la culpabilité obsèdent les consciences. "Le moment de la justice se définit lui aussi par une forme, par une procédure : convocation, comparution, témoignage et confrontation des témoignages, accusations, plaidoirie, délibération, application de la loi, sentence, exécution de la sentence. Tel ou tel moment partiel peut manquer, leur ordre s'intervertir, peu importe. Cette forme est à peu près la même au sein de la conscience individuelle et de la société 197 ".

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H.L., S. et r., p. 645. H.L., S. et r., p. 645. 196 H.L., S. et r., p. 645. 197 H.L., S. et r., p. 646.

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Le rituel de la justice se déroule avec la même gravité et le même ridicule, intérieur ou extérieur : "La justice a son appareil et son Temps. Dans les deux cas, faute d'un Juge absolu, le Juge est toujours en même temps juge et partie. La justice n'est pas de ce monde et il n'y a pas d'autre monde. La justice est une modalité (et n'est qu'une modalité) de la présence. Elle ne parvient ni à se justifier totalement, ni à s'imposer, ni à pleinement légitimer la sentence, ni à imposer pleinement l'exécution, sauf quand elle est injuste 198 ". H. Lefebvre montre que la justice est un absolu. Cet absolu nous donne le vertige : "Comme tout absolu, celui-ci appelle et il aliène. Il y a un absolu de la justice, aussi insaisissable que les autres, aussi prenant, aussi pressant ; pourtant, comme moment, la justice est nécessaire 199 ". H. Lefebvre montrer l'utilisation que Brecht a fait de cette forme dramatique du moment de la justice. Chez lui, le cérémonial devient spectacle. Il se subordonne les éléments de ce spectacle. Le moment dramatique est défini par la comparution, le dialogue est défini par le témoignage et la confrontation des témoins, et le dénouement est défini par la sentence. La figure centrale est le juge. "L'absence du juge, la fin de la grande image du jugement dernier a donné lieu à une grande forme dramatique. Elle correspond au désespoir qui ne croit plus au juge et le recrée dans une fiction. Si la vie sociale offre des éléments et de grandes formes ébauchées, il n’en faut pas moins un penseur ou un artiste pour s'en saisir et les formuler dans une conjoncture définie 200 ". Ce moment de la justice tient à cœur à H. Lefebvre qui le développera dans La critique de la vie quotidienne 201 . Dans ce texte, il insiste sur la proclamation du rituel, du cérémonial, c'est-à-dire d'une forme qui devient formalisme. "Celui qui juge, c'est-à-dire qui veut juger, convoque les actes et les évènements, ceux de sa propre vie et ceux de la vie d'autrui (dans laquelle il s'introduit indûment). Sa conscience se solennise, revêt robe rouge et bonnet carré. L'acte incriminé avance devant l'auditoire des passions et des autres actes accomplis, témoins plus ou moins compromis dans l'affaire litigieuse. Celui qui juge fait comparaître par devers lui, en tant que juge investi par lui-même (indûment, car il est juge et partie) de ce pouvoir 202 ". Le juge instruit le procès. Il recherche les circonstances et les motivations des actes (et généralement s'y perd). Il procède à l'audition de divers témoins. Puis, il se prononce. Il fait exécuter le jugement… H. Lefebvre souligne la coïncidence du cérémonial intérieur, celui de la conscience vertueuse, et du formalisme le plus extérieur, celui de la justice comme institution. Le problème "vertu ou institution" serait donc un faux problème, surmonté par la théorie des moments : "La théorie permet de comprendre comment et pourquoi la justice, dès que conçue, devient un absolu. Celui qui aime et qui veut la justice - le Juste - ne veut plus qu'elle, et juge tout selon la justice. Et cependant, il n'arrive jamais à la définir, encore moins à la réaliser. Il détermine la justice par le juste, et le juste par la justice. Il tombe ainsi dans une aliénation spécifique, celle de la conscience morale qui se veut absolue 203 ". Ainsi, la justice comme but de l'action suppose une action qui va bien au-delà de ce but et s'inspire d'autres motifs. La Justice ne peut se réaliser ni même s'approcher par ses propres forces. Sa réalisation implique sa suppression et son dépassement… Mais revenons à La somme et le reste. H. Lefebvre propose d'inscrire la poésie, dans la liste des moments. Le moment de la poésie

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H.L., S. et r., p. 646. H.L., S. et r., p. 646. 200 H.L., S. et r., p. 646. 201 H. L., Critique de la vie quotidienne, tome 2, p. 353-55. 202 H. L., CVQ2, p. 354. 203 H. L., CVQ2, p. 354.

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Ce moment s'installe dans le langage. "Un objet, un être, un aspect fugitif reçoivent ainsi le privilège d’une charge intolérable, incroyable, inexplicable de présence. Un sourire ou une larme, une maison, un arbre, devient un monde. Ils le sont véritablement, pour un moment qui dure, et qui, se fixant en parole se retrouvera et se répètera presque à volonté dans le devenir. Un sourire, un nuage s'éternisent ainsi 204 ". Le poète suscite une émotion spécifique. Elle ne se définit que par une tautologie : la poésie, c'est la poésie. On peut expliciter cette tautologie indéfiniment. Le moment poétique a sa procédure : chant et sens, surcharge émotionnelle de l'objet, signifiant la sensibilité entière du poète. H. Lefebvre pointe le malentendu fréquent entre le poète lyrique et l'esprit de sérieux. Pour un romantique, "la chute d'une feuille a autant d'importance que la chute d'un État. C'est Amiel, je crois, qui a écrit cette phrase à propos de la poésie romantique allemande. Nous pouvons imaginer un tel poète écrivant un fort beau poème, très pur, sur la chute d'une feuille, en déclarant qu'elle a pour lui une importance capitale, plus d'importance qu'une guerre mondiale ou qu’une révolution 205 ". Le moment de la poésie n'existe que parce qu'il s'impose au poète et à celui qui l'écoute. Chanter son amour, le sourire ou le baiser de la bien-aimée, oblige le poète à y montrer un monde. Sinon, il risque d'entendre celui qui l'écoute lui dire que ce qu'il évoque n'est pas réel, que sa "poésie" n'est qu'une plaisanterie ! Et effectivement, nous pouvons nous questionner sur la chute d'une feuille ! sur l'importance du sourire ou du baiser d'une femme ! " Pour l'esprit de sérieux et de lourdeur, les instants et les moments se valent ; on les passe au crible de l'utilité, au critère politique. L'ennuyeux, c'est évidemment la pédanterie qui en découle. Lorsque l'esprit de sérieux prend entièrement au sérieux le poète et s'écrie : “ Mais non, voyons, tu es frivole, le socialisme interdit que l'on donne autant d'importance à un baiser, que l'on cherche à émouvoir les gens par la chute d'une feuille... ”, et lorsque cet esprit de sérieux envisage l'abus de pouvoir, alors la situation devient délicate". Dans ce cas, H. Lefebvre veut alors restituer les droits du moment de poésie et les pouvoirs de la légèreté comme moment. "Le poète ne ment pas ; il ne trompe pas. Il dévoile une présence, en transférant sur elle le pouvoir, venu d'une totalité qui la dépasse et le dépasse : le langage. Il use d'un sortilège. Mais est-ce qu'on brûle encore les sorciers et sorcières, au XXe siècle ? 206 " Peut-on dénombrer les moments ? Pour H. Lefebvre, les moments sont en nombre limité : jeu, amour, travail, repos, lutte, connaissance, poésie... La liste n'est pas close, mais le nombre des moments ne peut pas être indéfini, car les moments sont justement ce que l'on peut définir. L'énumération n'est cependant jamais exhaustive, puisqu'il est toujours possible de découvrir ou de constituer un nouveau moment, du moins en principe, dans la vie individuelle. Certes, en prenant de la consistance, la théorie devrait énoncer un critère pour déterminer ce qu'est le moment et ce qu'il n'est pas. Mais la théorie n'a pas à assumer la tache d'une énumération exhaustive. Caractères généraux des moments Un moment définit une forme et se définit par une forme. "Partout où s'emploie le terme moment, dans un sens plus ou moins précis, il désigne une certaine constance au cours du déroulement du temps, un élément commun à un ensemble d'instants, d'événements, de
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H.L., S. et r., p. 646-47. H.L., S. et r., p. 647. 206 H.L., S. et r., p. 647-48.

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conjonctures et de mouvements dialectiques (ainsi dans moment historique ou dans moment négatif, moment de la réflexion). Il tend donc à désigner un élément structural que la pensée ne doit séparer du conjoncturel qu'avec précautions. Le mot désigne clairement une forme, mais cette forme a dans chaque cas une spécificité. Qu'est-ce que la forme du jeu ? L’ensemble de règles et de conventions (catégories du jeu). Qu'est-ce que la forme de la justice ? Un rituel extérieur ou intérieur, un cérémonial qui règle la succession des événements, le lien, la convocation ou citation des accusés et témoins, la comparution, etc… Quelle est la forme de l'amour ? Une étiquette qui prescrit la manière et le style, la progression de la cour (déclaration, aveu) aux gestes de la possession et de la volupté. Cette étiquette exclut la brutalité, et inclut en principe le plaisir partagé comme but de l'amour. Elle fixe avec une exigence nécessaire laissant place aux contingences et à l'imprévu le rôle du baiser, de la conversation, de l'audace, du respect, de la discrétion, de la pudeur, de l'impudeur, de l'abandon, de la reprise, etc 207 ". Forme et contenu H. Lefebvre regrette que le terme “ forme ” soit, sous "sa fausse précision", l'un des plus confus de notre vocabulaire. Il ose dire que toute civilisation est créatrice de formes. "Elle diffère en ceci de la société (qui consiste en une structure économique, en un mode de production, en rapports de propriété, etc ...) et de la culture (qui consiste en connaissances, contenus appris, faits retenus, en œuvres admises)". H. Lefebvre veut relier ces trois termes sans les confondre ; il veut les distinguer sans les séparer. "La civilisation crée des formes dont il y aurait lieu de suivre la constitution dans l'histoire. Ainsi le formalisme des paroles et le rituel des gestes, courtoisie et politesse, comme modes de contact et de communication. Le chemin long et sinueux des sociétés archaïques aux civilisations (ou à la civilisation en général) permet la stylisation, des gestes naturels, leur organisation en un agencement de gestes significatifs. Les groupés sociaux partent de paroles et d'actes magiques, destinés à protéger un moment, à désarmer les inimitiés, à mettre ce moment sous le signe de l'accord ou de la poésie (formules qui deviennent ainsi rituel de la vie sociale dans la quotidienneté : salut, bénédiction, serrement de mains). Cela signifie que la théorie de la civilisation ne couvre pas l'ensemble de la réalité (de la praxis). Elle n'empiète ni sur l'étude de la société (de l'économie à l'idéologie) ni sur l'étude de la culture, encore qu'elle doive en tenir compte et ne puisse s'en séparer 208 ". Le rapport entre forme et contenu diffère ici du rapport entre contenu et forme dans la connaissance ou dans la praxis productrice. "La forme de civilisation permet l'introduction d'éléments matériels extrêmement différents ; elle règle leur ordre, leur succession, non leur matérialité 209 ". Ainsi la comparution exige la venue devant le tribunal de personnages quelconques. Le tribunal de la conscience fait comparaître événements, impressions, idées, décisions, sentiments lointains ou proches. La forme ne déforme pas le contenu. Elle lui laisse une certaine liberté. Cependant, elle lui assigne un rôle et une place dans l'ensemble. Les éléments matériels se prélèvent dans l'ensemble de la praxis. La praxis entière relève de la justice, elle est du ressort du jugement, bien que la justice et le jugement ne représentent qu'un moment. Ainsi, "la vie entière d'un individu peut se pénétrer de son amour et son amour peut devenir coextensif à la totalité de sa vie, bien que l'amour ne soit qu'une modalité de la présence 210 ". Rites et cérémoniaux sont élaborés et stylisés dans une civilisation déterminée, par des groupes sociaux déterminés, peuples, classes, dans une conjoncture historique. Ils ne laissent rien hors de leur stylisation : ni les objets usuels, ni les gestes, ni les œuvres d'art, encore que les rituels se forment dans la vie immédiate et dans les rapports directs quotidiens
207 208

H.L., S. et r., p. 648. H.L., S. et r., p. 649. 209 H.L., S. et r., p. 649. 210 H.L., S. et r., p. 649-650.

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: "Non rigoureuses, les formes décrites ici ne sont pas complètement stables ; elles oscillent entre l'extrême sérieux et l'extrême frivolité, entre la facticité conventionnelle et la nature presque spontanée. Malgré ces oscillations, elles existent d'une existence spécifique, et se confirment à travers les éléments circonstantiels 211 ". Moment et totalité Ainsi, chaque moment est une totalité partielle qui reflète ou réfracte la praxis globale. Chaque moment a une modalité de perception spécifique des autres. Il n'existe plus de frontière rigoureuse entre nature et société dans cette théorie des moments. "Les germes qui se développent en moments existent dans les profondeurs de la nature, non-animée ou animée. Cependant, ils y gisent ensevelis, enfouis, à la fois confondus et séparés. Les formes de civilisation prélèvent leurs éléments dans la nature, dans les instincts et besoins naturels. Elles insèrent le naturel dans les structures de la conscience civilisée. Ainsi, la civilisation reflète la nature, matérielle ou vivante ; mais le rapport qu'elle implique diffère radicalement d'un reflet passif. Elle arrache à la nature des éléments naturels pour les métamorphoser profondément en les insérant dans des formes : dans un ordre humain 212 ". Les instincts de la réalité vitale animale se reconnaissent dans leur forme humaine, mais transposés, transformés. La civilisation reprend le naturel. Mais, le processus comble la distance, pour reconstituer la totalité. Il n'y a pas de barrière entre nature et civilisation, mais un espace et un temps dans lequel se constituent les moments. " L'être se réfléchit dans l'homme social - dans la totalité - et non dans un acte privilégié de réflexion. La vie reflète la vie, et non point la pure pensée 213 ". Les moments (et leurs catégories) sont d'abord des réalités sociologiques. "Ainsi les catégories du jeu ne peuvent s'atteindre que sociologiquement. Seule la sociologie peut étudier la diffusion des jeux, les groupes qui s'adonnent à tel ou tel jeu, etc. De même pour l'amour, ou le repos, ou le connaître. Il y a là une sociologie des formes encore mal développée. Pourrait-on l'appeler sociologie structurale ? Le terme paraît scabreux. La sociologie étudie la formation des moments ; plus que les moments elle saisit les groupes qui les élaborent 214 ". Pour H. Lefebvre, les moments et leur théorie se situent au niveau de la philosophie. Mais on pourrait ajouter qu'ils ont une épaisseur historique. L'expression : sociologie structurale est donc bien inadéquate. La théorie des moments n'est concevable que dans une transduction entre le sociologique et l'individuel. Rien ne les sépare : "Les moments que l'individu peut vivre sont élaborés (formés ou formalisés) par l'ensemble de la société à laquelle il participe, ou par tel groupe social qui diffuse dans l'ensemble de la société son œuvre collective (tel rituel, telle forme de sentiments, etc.) 215 ". Ces réalités relèvent de la sociologie. Elles constituent des moments en tant que la nature et le naturel entrent dans les structures de la conscience sociale. "Cette immanence réciproque n'entraîne pas la confusion entre le psychologique et le collectif. Ils ne sont pas la même chose d'autant plus qu'il n'est pas question de choses. La conscience individuelle s'ouvre sur des moments qui font aussi partie de la conscience sociale 216 ". Des tensions demeurent. Elles sont toujours possibles. La conscience individuelle refuse parfois la forme sociale et historique d'un moment. Elle peut concevoir d'autres formes. Les propositions viennent du dehors. La conscience individuelle fait son choix. Elle modifie
211 212

H.L., S. et r., p. 650. H.L., S. et r., p. 650. 213 H.L., S. et r., p. 651. 214 H.L., S. et r., p. 651. 215 H.L., S. et r., p. 651. 216 H.L., S. et r., p. 651.

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les éléments matériels qui s’insèrent dans les formes. Elle adapte et remanie aussi les formes. L’unité de l'individuel et du social se construit dans ces tensions dialectiques, qui tendent vers le dépassement. "La civilisation se conçoit sous cet angle comme ce qui naît des conflits entre l'individuel et le social dans leur unité dialectique, et tend à résoudre le conflit en partant des éléments matériels et formels qui constituent les données du problème 217 ". Les moments, formes de communication Les modalités de la présence que constituent les moments présentent et rendent présentes dans une unité : la nature, les autres et soi. Le moment est une forme dans laquelle l'autre et moi-même nous présentons l'un à l'autre. Le jeu propose un mode d'être pour chaque partenaire. L'acte ne diffère pas de la communication. Une telle conception dépasse le pluralisme comme le totalitarisme : "Discernant une multiplicité de moments, la théorie relève d'un pluralisme ; d'autant qu’elle ne s'affirme ni exhaustive ni close. Elle tient compte d’une pluralité de modes de présence et d'activité ; mais chaque modalité de la présence se détermine elle-même comme totalité partielle ouverte et point de vue sur la totalité, immanent à cette totalité. L’idée du tout naturel et social ou plutôt ce tout lui-même considéré concrètement se manifeste et se saisit en une multiplicité d'attributs et de modes : le jeu, l'amour, la connaissance, la justice, le repos, etc. Aucun de ces modes ne reçoit un privilège métaphysique. En dépassant l'ontologisme, on dépasse les antinomies qui en dérivaient et notamment celles qui séparaient le tout des parties en érigeant le multiple contre le total ou inversement. La théorie des moments reprend ainsi avec une signification nouvelle la théorie de l'homme total 218 ". Conjoncture et structure Cette théorie dépasse l'opposition du conjoncturel et du structural. Elle laisse leur part à chacun de ces aspects du devenir. Elle dépasse encore l’opposition entre l’ontologie et l'axiologie. "Elle exclut l'ontologie, mais conçoit l'être comme réfléchi par la totalité humaine ou l'homme total. Elle exclut l'antinomie entre constater (ou découvrir) et créer ou poser". Pour être vécu, le moment doit être recréé : on le découvre, mais comme forme, de sorte que pour rendre sienne cette forme, on doit la réinventer en réinventant la disposition des éléments. En chaque occasion, on recrée, on réinvente à notre usage le jeu, et chaque fois de façon nouvelle. Dans cette théorie, la "découverte et la constatation, le fait et la valeur, la fréquence et la normativité cessent donc de s'exclure 219 ". Mémoire et son temps spécifique du moment La temporalité du moment consiste en sa répétition. "La répétition des moments oblige à affiner le concept de répétition. Il se libère de la psychologie ou de la métaphysique. Ce n’est plus une répétition de nature ontique ou ontologique ; et ce n'est pas davantage une répétition calquée sur des phénomènes de mémoire, poussés à la limite. La représentation d'une forme, chaque fois redécouverte et réinventée, déborde les concepts antérieurs de la répétition. Elle les enveloppe, d'ailleurs ; car il s'agit aussi de la reprise et de la réintégration à un niveau élevé - dans l'individuel et dans le social - des éléments du passé et du dépassé 220 ". En se confrontant au moment et la théorie des formes, le concept de répétition se reprend et s'affine. Ce concept de répétition, dans le contexte de la pensée psychologique ou
217 218

H.L., S. et r., p. 652. H.L., S. et r., p. 652. 219 H.L., S. et r., p. 653. 220 H.L., S. et r., p. 653.

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métaphysique, restait proche de la matérialité. Or, la répétition d'une forme diffère de la répétition matérielle. La stabilité, l’équilibre et la constance matérielles ne peuvent pas se confondre avec la répétition formelle. H. Lefebvre propose alors ici le projet d'une théorie générale des formes. Cette théorie distingue les différents emplois et les spécificités de la forme. Le moment tend vers l'absolu L'aliénation a aussi sa place dans la théorie des moments. "Chaque moment, modalité de la présence, offre à la pensée et au vivre un absolu. Le critère par l'absurde du moment pourrait même se déterminer ainsi. Le moment peut s'ériger en absolu ; ou plutôt : EST UN MOMENT CE QUI S'ERIGE EN ABSOLU 221 ". Le moment enveloppe et tend à se constituer en absolu. Tout moment va vers l'hypertrophie et l'hypostasie. Ainsi, il y a un absolu du jeu. "Cet absolu aliène et définit une aliénation spécifique. Jouer, c'est une activité normale ou normalisante ; le joueur est un aliéné. Il n'y a d'ailleurs pas, à l'intérieur du moment, séparation nette. L'aliéné s'enferme dans le moment : il s’y rend prisonnier ; en le poussant au paroxysme, il s'y perd ; il y égare sa conscience et son être 222 ". Il en est de même de l'amour et de l'aliénation amoureuse : rien ne peut les démarquer. Même si aucune frontière ne les sépare, le moment et l'aliénation ne peuvent être confondus. Dans le moment, il y forme de communication. Dans l'aliénation, on se confronte à l'isolement et à l'incommunicabilité. "La modalité de la présence se métamorphose en modalité de l'absence. Le mode d'être ou attribut de l'existence se transforme en néantisation. L'action se change en passion, et d'autant plus trouble que plus pure et plus proche de l'absolu. L'absolu se définit ainsi comme tentation permanente, à l'intérieur de chaque moment 223 ". La tentation de l'absolu est une possibilité présente dès la constitution du moment. A vouloir l'éviter, la liberté agissante se stabiliserait au niveau de la vie quotidienne. Celle-ci offre d'abord "le mélange des moments : leurs éléments matériels indispensables, très riches (naturels et sociaux) et même certains éléments formels, stylisés mais encore dépourvus de la structure la plus fine. Des tentatives de structuration se discernent et s'élaborent au niveau de la quotidienneté. Il y faut cependant quelque chose de plus : l'ordonnance 224 ". La quotidienneté est le terreau du moment. Elle lui est nécessaire, mais elle ne suffit pas. Les moments virtuels sont à la fois mêlés et séparés, dans le quotidien. Elle représente à son niveau certains caractères de la vie naturelle. L'émergence du moment se fait par une intervention du sujet : style, ordre, liberté, civilisation, et aussi, peut-être, philosophie. L'intervention sur la vie quotidienne consiste à répartir, les éléments et les instants du quotidien dans les moments, afin d'en intensifier le rendement vital. Extraits de la quotidienneté, les moments permettent une meilleure communication, une meilleure information. Ils permettent aussi de définir de nouveaux modes de jouissance de la vie naturelle et sociale. La théorie des moments ne se situe donc pas hors de la quotidienneté, mais s'articuler avec elle en s'unissant à sa critique pour y introduire ce qui manque à sa richesse. Penser ses moments permet alors de "dépasser au sein du quotidien, dans une forme nouvelle de jouissance particulière unie au total, les vieilles oppositions de la légèreté et de la lourdeur, du sérieux et de l'absence de sérieux 225 ".
221 222

H.L., S. et r., p. 653. H.L., S. et r., p. 654. 223 H.L., S. et r., p. 654. 224 H.L., S. et r., p. 654. 225 H.L., S. et r., p. 655.

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.L. Devenir sujet de ses moments. loin de les contester. cette théorie se situe au niveau d'une théorie de la civilisation ou d'une théorie des formes. La liberté s'affirme dans cette constitution des moments. En particulier.L. Celle-ci ne peut se rendre efficace en se voulant arbitraire. elle leur laisse expressément leurs spécificités. est une lutte perpétuelle contre l'aliénation. p. les considérants sur l'aliénation ne suppriment en rien la théorie du fétichisme et de la réification économique. La théorie des moments n'est pas exhaustive. Point de vue sur la totalité. Lefebvre a conscience de faire l'esquisse d'une philosophie d'un type nouveau. sans pour autant s'engager à fond dans un moment . hésiter sans fin. S. sélections. 120 . "Si le choix absolu entraîne une mutilation. H. menace aussi d'aliénation la liberté. p. C'est une forme de la philosophie de la présence. H. elle se réserve ses possibilités.. Les considérants sur la liberté ne suppriment pas d'autres aspects de la liberté 227 ". même si elle a un rapport plus étroit avec la sociologie qu'avec l'économie politique. "Elle prélève des éléments à d'autres niveaux. se maintenir dans le chaos et l'informel. Elle n'empiète donc pas sur l'étude de la formation économique-sociale (l'analyse de la société considérée comme mode de production avec ses répercussions dans l'idéologie) ou la culture (le savoir comme fait social). Elle se démêle de l'ambiguïté et du mélange.De l'aliénation à la liberté L'émancipation de l'aliénation doit se frayer un passage entre la tendance à faire du moment séparé un absolu. la théorie des moments indique une certaine notion de la liberté. choix. Elle prélève ici et là les éléments matériels auxquels la forme peut conférer un ordre supérieur. 655. et r. donc une aliénation. S.. Cette théorie des moments respecte donc les sciences de la réalité humaine. et la confusion qui vient du mélange et de l'ambiguïté. Elle doit utiliser les moyens et les médiations que lui offre la quotidienneté". et r. ne pas choisir. dégagement et engagement relatifs 226 ".. Ainsi. dans d'autres théories . La théorie propose une voie et une forme de la liberté (individuelle). 655. 226 227 H.

qui. Pas plus au jeu qu'au connaître ou à l'angoisse. Lefebvre introduisait l'idée de moments. 2° éd. Déjà. la constellation des moments (ce paragraphe se subdivisant lui-même en nombreuses sous-parties).. CVQ2. p. j'avais créé moi-même des inter-titres qui n'existent pas dans le chapitre Théorie des moments de La somme et le reste. Il propose aussi 3 théories : théorie sémantique. de la nature en lui. sur ce thème. de sa nature). CVQ2. eux. les notes se référant à ce chapitre seront indiquées par H. 229 H. dans le premier volume. élevé.Typologie de la répétition H. analytique des moments.Chapitre 8 : La critique de la vie quotidienne : "La théorie des moments surmonte l'opposition du sérieux (éthique) et du frivole (esthétique) comme celle du quotidien et de ce qui est noble. émotions ou attitudes. Il poursuit : "La répétition des cycles et rythmes cycliques diffère de la répétition des gestes mécaniques : le premier type fait partie des processus non-cumulatifs. moment et langage. le Tome 2 se veut technique. p 340. Il me semble intéressant de reprendre ici ces pages pour les comparer au travail conduit dans La somme et le reste. supérieur (culturel). Lefebvre. p. Par opposition au Tome 1 qui se voulait la présentation d'une problématique. dans ce tome 2 de la Critique de la vie quotidienne. "La répétition des situations (notamment dans les cas pathologiques) doit se distinguer de la répétition postulée par certains systèmes (Kierkegaard. tantôt discontinue 228 ". 121 . je reprends ici les inter-titres proposés par H. p 340 et 357). sont liés à des symboles et à des noyaux émotionnels. Il ressent le besoin de donner une suite à un livre. Lefebvre donne des outils conceptuels (instruments formels. Lefebvre. définition du moment. paru en 1947. Elle révèle la diversité des puissances de l'être humain total. Alors que dans le chapitre précédent. Restituant et réhabilitant le ludique dans son authenticité et son intensité. irréductibles les uns aux autres. Métaphilosophie. pour éviter l'interprétation spéculative: de la Nature. La théorie des moments de ce tome 2 de la Critique de la vie quotidienne est présentée en 6 paragraphes : typologie de la répétition. le second fait partie des processus cumulatifs.. Il réfléchissait le rythme de la vie paysanne (l'opposition entre le travail et la fête). H. puissances qui viennent à l'homme de son être et de "l'être" (disons. H. au désir qu'au repos". p. elle ne lui accorde aucun statut privilégié. L. Nietzsche) 229 ". il a souligné les différences entre plusieurs formes ou types de répétitions. Lefebvre publie le second volume de sa Critique de la vie quotidienne. moment et quotidienneté. avec leur temporalité linéaire. H. L. avec leur temporalité propre. Critique de la vie quotidienne tome 2 (Chapitre VI). 1. Lefebvre montre alors que l'on ne peut pas assimiler la répétition des comportements stimulés par des signaux à la répétition des "états". Lefebvre rappelle que dans les pages qui précédent ce chapitre. théorie des processus et enfin théorie des moments (Chapitre VI. H. 139 Deux années après la parution de La somme et le reste. le 228 H. 340. H. H. Lefebvre pense que la répétition. catégories spécifiques) pour analyser le quotidien. Dans la suite de ce chapitre. Lefebvre. aucune profondeur ontologique. tantôt continue..

"la répétition de l'instant. une poussière informe. empiriste et sceptique. Serait-il seulement la connotation abstraite d'une diversité d'états et de situations sans rapports concrets les uns avec les autres ? Dans ce cas.retour ou le recommencement du même phénomène doit être analysé de manière spécifique dans chaque cas. elle suppose que le champ sémantique ne soit ni opaque et dur comme la pierre. p. p. Ce quelque chose est le moment lefebvrien.. de se reconnaître. De plus. CVQ2. le pur transitoire dans la perception et le vécu). ou qui croient s'aimer ou se haïr. il évoque deux notions à opposer au moment : la situation et l'instant. qu'est-ce qui fait que je puisse être compris de l'autre. la pure immédiateté. avec une forme logique (disjonctive). L. H. malgré le changements des situations ? Où se situe cette rencontre entre l'émotion exprimée par l'un et l'émotion suscitée chez l'autre ? "Qu'est-ce qui permet à ceux qui s'aiment ou qui ne s'aiment pas. quelque chose demeure. pour H. et non pas quelques types d'amour. Dans ce paragraphe. Le discours fonctionne d'une articulation subtile entre sa forme et sa structure. et une souplesse. dépérirait inévitablement et même aurait depuis longtemps disparu) ? 234 " Malgré le changement des situations. Lefebvre considère le mot "amour" : "À quoi correspond-il ? Est-ce une entité supérieure qu'indique le mot et qui lui confère un sens général parce qu'elle se subordonne un ensemble de situations et d'états émotionnels ou affectifs ? Cette théorie classique. 340. C'est un niveau de l'expérience. 341-42. ne peut s'assimiler à celle du moment".. mais une multiplicité indéfinie. Les termes psychologiques (états. ni fluctuant à la façon d'un brouillard 233 ". 341. le mot amour n'a plus de sens. de se dire ce qu'ils sentent ou ne sentent pas.. de susciter des malentendus et de les éclaircir (jusqu'à un certain point). non seulement il n'y a que des amours. ne peut plus se soutenir 231 ". 341. CVQ2. 233 H. L'analyse doit également porter sur le rapport entre ce qui se répète et le nouveau qui jaillit du répétitif : "en musique. L. CVQ2. Lefebvre. Le discours a "un sens parce qu'il possède. dépourvu de sens c'est-à-dire d'efficacité. CVQ2. platonicienne et rationaliste. Les mots reviennent. toutes les tensions et jusqu'aux conflits entre ces niveaux .. attitudes. comportements. de sortir du sous-entendu ou du silence. Et cependant. La communication exige du mouvement et des constantes relatives. L. le discours est lié à la praxis. un contenu émotionnel et affectif. si souvent étudiée par les philosophes (le hic et nunc. Lefebvre. 2.) sont insuffisants pour le caractériser. ne peut plus se soutenir. Quand j'emploie le mot amour. 341. émotions.Moment et langage Le terme : moment correspond au sens (expression + signification = direction) et au contenu vécu d'un mot couramment employé. en bref de ne pas tenir un dialogue de sourds qui serait la somme de deux ou plusieurs soliloques (auquel cas le langage. de se parler. les répétitions des sons et des rythmes donnent un mouvement perpétuel et perpétuellement inventé 230 ". Pour H. L. p. parce qu'on leur associe des images et des symboles. rarement réelle. etc. de s'entretenir. s'il n'y a pas unité des situations et des états dits amoureux.. 234 H. Cette théorie également classique. "La communication présuppose tous les niveaux. p. 122 . Ils se font entendre. jamais complète. 232 H. car le moment suppose à la fois la re-connaissance d'autrui et 230 231 H. L. H. CVQ2. p. d'un côté. efficacement transmis 232 ".

ce qui implique à la fois une certaine durée. CVQ2. Le voyant ébranlé théoriquement par les attaques de quelques philosophes et poètes.de soi. Le bergsonisme. sur la trame de continuité qu'il présuppose. p. H.. L. une valeur. et pratiquement (socialement) par les signaux. 239 H. On dit : Ce fut un bon moment. En même temps. Un langage parfait les laisseraient dans l'opacité. embaumé dans le souvenir. Et cependant. par les jargons. 342. la fin d'une parade philosophique. L. Lefebvre rattacherait plus volontiers cette théorie à une interprétation de Leibniz. "Dans le langage commun.. cette théorie aider à organiser. Cette posture ne part pas du Logos (discours et langage).. L. p. en comprenant (en connaissant) certaines conditions de son plein exercice. 237 H... par la solitude des consciences incapables de la communication 237 ". Lefebvre renvoie aux pages de La somme et le reste que nous avons étudiées. Aucune détermination proprement sociologique ou historique ne suffit à définir cette temporalité 235 ". dans le chapitre précédent. un regret et l'espoir de revivre ce moment ou de le conserver comme un laps de temps privilégié. CVQ2. des moments. Lefebvre pose que la théorie des moments est un effort pour rendre portée et valeur au langage. la communication n'est pas une communion de "consciences angéliques".. 343. De plus. ne fût-ce qu'à l'état d'indications ou d'ébauches 238 ".. le langage est complexe. le mot moment se distingue peu du mot instant. structuré par des constances.. elle y vient et y revient. Ainsi. il s'évanouit et se connaît. il y a reconnaissance de l'analogie et de la différence de l'expérience de chacun dans le temps vécu. pour qui le lien substantiel (viniculum substantiale) des monades serait aussi une monade. Il est utile. ni un simple instant éphémère et passager 239 ". Ici. structurer la vie quotidienne. le temps vécu se retrouve à travers les épaisseurs et le chemin parcourus. Chacun vit une modalité spécifique de la répétition. Lefebvre. malgré le mélange des connaissances à des ignorances dans la situation originale qu'ils expérimente ensemble. Cette théorie aide à "discerner les possibilités et donner à l'être humain une constitution en constituant ses puissances. 238 H. La re-connaissance s'impose aux deux. de niveaux et de plans. CVQ2. CVQ2. L. En tant qu'attributs divers ou puissances de l'être auraient une réalité égale à celle des consciences reliées. etc. La théorie des moments permet de revaloriser le discontinu. Cette théorie ne postule pas la valeur ou la réalité substantielle du langage. car ce type de communication supposerait une absence de profondeur. "Elle ne prend pas pour axe de référence le Logos. 236 235 123 . tel quel. 342-43. Au contraire : elle tente de restituer dans sa puissance le langage. l'amour. p. Lefebvre un sens assez particulier. "Quelque chose" se rencontre à nouveau : "Illusion ou réalité. et cherche à définir une qualité ou propriété généralisable de certains mots d'usage courant. p. dans la vie vécue. H. il s'en distingue. Le terme de moment a donc chez H. La connaissance. programmer. Elle s'oppose au bergsonisme et à "l'informe continuum psychologique que prônait la philosophie bergsonienne" 236 . Pour H. par les imageries audiovisuelles.. Lefebvre renvoie ici au pamphlet philosophique de Georges Politzer. transparent n'a même pas la beauté d'un rêve. Ce n'était pas un instant quelconque. H. Tel qu'il est. mouvant. Dans la rencontre. 343. H. Il existe des différences entre ceux qui se rencontrent. H. qui précise l'usage courant du mot. désincarnées. L'idée d'un langage parfait où tout serait tout de suite clair. Elle le saisit dans le tissu même du vécu.

a. L. de la reconnaissance portant sur certains rapports déterminables avec l'autre (ou l'autrui) et avec soi. Elle abstrait légitimement. le moment désigne les grandes figures de la conscience. Le quotidien est banal. H. H. et aux moments particuliers dans leur rapport au quotidien. pour dégager son objet. à savoir : la succession des instants. dans lequel le terme : moment reçoit une promotion.Ce sous-paragraphe n'a pas de titre. pourtant. CVQ2. 124 . Ainsi dans l'enfance et l'adolescence.Le moment a une certaine durée et une durée propre. On reconnaît bien les thèmes explorés dans La somme et le reste. les objets ou les œuvres. Lefebvre conçoit le moment en fonction de l'histoire individuelle. dépassement par négation de la négation. La question qu'il se pose est de savoir ce qui peut décider d'inclure telle activité ou tel "état" parmi les moments.À ce moment de son exposé. c. etc. Lefebvre rappelle que chez Hegel. c'est-àdire d'une ambiguïté initiale. le jeu et l'amour. le moment est "une forme supérieure de la répétition.Le moment a également sa forme f. Parmi les moments. L'emploi lefebvrien du terme est à fois plus humble et plus large que chez Hegel. etc. la théorie s'intéresse au moment en général.Le moment a son contenu. à spécifier 240 241 H. L. Cette histoire de l'individu ne se sépare pas d'ailleurs du social. Il rappelle que leur énumération ne peut pas se vouloir exhaustive. et il s'y reconnaît. e. Ainsi. par un choix qui le constitue. 3. car rien n'interdit l'invention de moments nouveaux. "Les germes des moments s'y pressent et s'y distinguent mal. La conscience du maître et celle de l'esclave dans leurs rapports. Il cherche à déterminer les indices ou critères du moment. les germes de tous les possibles. H. les autres formes de répétitions ne seraient donc que du matériau ou du matériel. p. g. 344. b. il faut une pédagogie sévère et un effort pour arriver à particulariser le travail. les états stables qui réapparaissent après interruption ou intermittences. la conscience stoïcienne ou sceptique. L'histoire de l'individu est son œuvre. dans un sens hégélien. le jeu et le travail. Lefebvre évoque le système hégélien. la connaissance. Comme dans La somme et le reste. H. H. Ainsi. Ainsi. le moment dialectique "marque le tournant de la réalité et du concept : l'intervention capitale du négatif qui entraîne désaliénation mais aliénation nouvelle. 344. mais nouvelles étapes du devenir et nouvelles figures de la conscience 240 ". Lefebvre part du constat que la vie naturelle et spontanée (animale ou humaine) n'offre qu'ambiguïté. La théorie des moments n'explore pas toutes les relations entre l'individuel et le social. on parle de moments historiques. le jeu. H. Lefebvre montre que Hegel a influencé le langage courant. de la reprise et de la réapparition. d. les gestes et les comportements. sont des moments de la dialectique de la conscience de soi. en même temps. C'est un mélange informe. H. A l'égard de cette forme relativement privilégiée.Le moment se discerne ou se détache à partir d'un mélange ou d'une confusion. p.Le moment a sa mémoire.Le moment se discerne ou se détache à partir d'un mélange ou d'une confusion..Tout moment devient un absolu. le repos. L'analyse y reconnaît. Lefebvre inscrit ici l'amour.La constellation des moments Ce paragraphe va explorer plusieurs niveaux dans différentes sous-parties. Mais. c'est-àdire d'une ambiguïté initiale.. mais porte sur la question de l'aliénation. les symboles enfin les stéréotypes affectifs 241 ". par un choix qui le constitue. la conscience malheureuse. Je les énonce ici pour permettre au lecteur une vue d'ensemble : a. CVQ2.

p. pour se les incorporer. conjoncture). Là encore se distinguent mal le badinage.. L. Le moment est une dialectique permanente entre une forme et un contenu : la forme est cet ordre que le moment impose au contenu. CVQ2. S'il joue. 345. 246 H. p. ce n'est pas encore ou ce n'est plus l'amour.du contenu circonstanciel. un accomplissement et une fin. Il commence par la tentative du moment (et par la tentation du moment. Ainsi ma mémoire amoureuse ne coïncidera pas avec celle de mon moment de la connaissance ou celle du jeu. 346. L. 125 . Figures et rites. Le moment. Temps et un espace sont à la fois objectifs (socialement réglés) et subjectifs (individuels et inter-individuels). 245 H. elle se les subordonne.. l'entretien enjoué. CVQ2. mais en même temps se dégage. H. dans sa plénitude. d. comme un dessin sur ce tissu) 246 ". C'est dans le quotidien que le moment puise les matériaux ou le matériel dont il a besoin. se présente l'inéluctabilité de sa fin. d'aimer et d'être aimé.. "Il y a aussi l'urgence du moment et les hasards circonstanciels 247 ". d'un groupe.Le moment a sa mémoire. Lefebvre s'arrête alors sur le jeu amoureux. La règle du jeu. Le moment s'érige en instance et en nécessité tant qu'il dure. Les analogies et différences de toutes ces expériences se condensent dans ce que H. L. 244 H..l'ensemble d'attitudes. les ramène au second plan et les relègue dans le méconnu ou le "méconscient"). Le moment prélève son contenu dans ce qui entoure l'individu (circonstances. L'intensité du moment est paroxystique lorsque. 345. CVQ2. Le moment utilise ainsi ce qui passe à sa portée : le contingent et l'accidentel. que ce travail soit matériel ou intellectuel 242 ". le moment de l'amour est à la fois l'amour que je porte à telle femme. b. de la société (et finalement de l'être humain) 244 ". La mémoire de chaque moment est spécifique. inquiétante et souvent refusée) 243 ". L. 345. Cette durée se définit comme involution. L. "L'originalité du moment vient en partie . Lefebvre désigne du terme "moment". Le moment a une histoire. L'amour a sa gravité.. que dans les groupes. celle d'une famille. ce que les jeunes d'aujourd'hui nomme la "drague". p. il domine le jeu. H. parfois jamais. p. c. Le contenu des moments vient essentiellement de la vie quotidienne. Par exemple.Le moment a une certaine durée et une durée propre. Chaque moment a sa mémoire tant chez l'individu. Il n'émerge que tardivement. CVQ2. Il se détache dans le continuum du temps psychique. Chaque moment sort. a un commencement. L. CVQ2. l'amour implique le projet de l'amour. Le moment cherche à durer. Il s'insère dans le tissu de la quotidienneté qu'il ne déchire pas mais tend à transformer (partiellement et momentanément. p.en partie seulement . Il choisit de constituer le moment. 247 H.. comme dans le cas d'une révolution. Mais en même temps. C'est à l'intérieur de cette mémoire spécifique que se produit la reconnaissance du moment et de ses implications 245 ". "L'entrée dans le moment appelle une mémoire particularisée (elle n'exclut pas complètement les autres. la suite de mes "passions amoureuses dans une histoire plus large. 345. e. L'amour se distingue difficilement de l'ambiguïté. 242 243 H. le flirt. La durée du moment n'est pas une évolution continue ni à du pur discontinu.Le moment a son contenu. du quotidien. le cérémonial de l'amour sont les formes que se donne le moment. symbolisme créent une forme qui s'impose au temps et à l'espace. de comportements et de gestes qu'il groupe. à la manière de l'art. le défi. "Tant que le jeu et l'amour se distinguent mal. il ne peut pas durer trop longtemps. mais c'est aussi la succession des amours que j'ai pu vivre. 345. de ce mélange équivoque. L'avant et l'après du moment peuvent être définis. en tant que modalité de la présence. Le moment dure.Le moment a également sa forme. L'intensité du moment vient de cette contradiction interne. Ces jeux précèdent l'amour. p. En ce sens. CVQ2.

C'est l'idée qu'une fête individuelle. g. Il adopte ce symbole. De ce destin du moment. p. c'est-à-dire avec l'impression d'une irrésistible nécessité intérieure. c'est la rupture avec les accomplissements imposés. Ces voies vers l'accomplissement conduisent à l'échec. visé. p. Lefebvre comme une constellation. ni se vivre.... etc. dès l'entrée en amour. dans la prose du monde. Aliénant et aliéné. 347-48. Le moment est donc passion. "Malheureusement les étoiles des possibles ne brillent que la nuit. L'impossible dans le quotidien devient alors le possible. on admet les compromis. le moment devient lui-même aliénation. 347. La perspective d'H.. risque l'échec. Tôt ou tard. "Celui qui veut la connaissance sacrifie à la connaissance ce qui n'est pas elle : tout devient pour lui objet à connaître et moyen de connaître l'objet qu'il a désigné 248 ". La constellation des moments ne se prête à aucune astrologie : point d'horoscope pour la liberté 252 ". Cette aliénation spécifique rentre dans un type général d'aliénation. du joueur. "Le lien du tragique avec le quotidien nous apparaît profond . l'idéologie. l'État. Mais l'absolu ne peut ni se concevoir. p. Le moment propose donc l'impossible.Le moment veut désaliéner l'individu de la trivialité du quotidien. et par ce repli sur un tout définitif que l'on veut suspendre. celle qui menace toute activité au cœur de son accomplissement 250 ". Ainsi. l'amant ne mérite pas ce titre. et qu'il ne dépend de chacun d'entre nous de la créer. L. C'est la théorie des moments qui ouvre sur l'horizon du dépassement de cette contradiction. "Chacun choisit son étoile. donc véritable fête. le moment a une négativité spécifique. C'est l'ordre. L. et librement célébrée. Lefebvre pense que cette contradiction entre trivialité et tragédie peut se surmonter. CVQ2. fête tragique. s'il se veut homme. puisqu'il tend vers l'absolu. H. L'hypothèse du moment. et même la règle de la possibilité. 248 249 H. par son repli sur soi. L.. mais parfois proche du délire) de l'amant. CVQ2. p. Il risque l'échec. 348. Mais. L. Le quotidien occulte la constellation des moments qui monte à l'horizon. CVQ2. avec ses dimensions données. L'homme. voulu. le jour quotidien se lève. "Le moment c'est le possible-impossible. le tragique se forme dans le quotidien. S'ériger en absolu est pour le moment un critère de sa définition. p. de l'homme théorique voué au pur connaître. du retour dans le quotidien pour recommencer 251 ". On sait que le moment s'érige en absolu.f. Alors commence le mouvement dialectique : impossible-possible avec ses conséquences 249 ".. avec le risque d'une inévitable destruction ou auto-destruction de cet état passionnel. L'amour se veut amour unique et total ! Si. librement. se crée en avançant aussi loin que possible sur l'une de ces voies. L. de l'échec au cœur de l'accomplissement. 251 H. Lefebvre n'est pas de supprimer les fêtes ou de les laisser tomber en désuétude.. L. p.Tout moment devient un absolu. Les étoiles ne brilleront que la nuit. CVQ2. du travailleur acharné. 347. Il s'aliène à un espace de configuration. C'est d'unir la Fête à la vie quotidienne. 250 H. CVQ2. 347. choisi comme tel. la vie spirituelle apparaît à H. Les moments s'opposent aux faux soleils qui éclairent la vie quotidienne : la morale. CVQ2. naît sa dimension tragique. Ces soleils empêchent l'individu de jouer des possibilités du quotidien. Celui qui change en monde sa passion. 126 . tant que l'homme n'aura pas transformé ce jour et cette nuit 253 ". naît du quotidien et y entre : tragique de la décision initiale et constitutive. et les soleils (y compris le soleil noir de l'angoisse vide) remontent au zénith. qui sont des tentatives de totalisation. est possible . Le moment provoque une aliénation : "la folie (non pathologique. 347. Personne n'est obligé de choisir.. 252 H. 253 H. H. La vie spirituelle propose des absolus distincts.

la relation du moment au quotidien ne se détermine pas par la seule extériorité. situé. Elle envisage l'expérience critique et totalisante. Mais elle s'en distingue en se disant essentialiste. H. 349. alors qu'elle apparaissait comme le réel solide et certain) 254 ".Définition du moment. simultanément. il s'épuise en se vivant. Cependant. 5. La théorie des moments apporte sa contribution à une anthropologie. CVQ2. Lefebvre s'interroge pour savoir si cette définition est philosophique. bref de la Fête et de la vie ordinaire. Cette théorie n'est pas exclusive. la société et soi-même. La théorie des moments utilise des concepts et catégories élaborés par la philosophie. c'est donc nécessairement l'épuiser en même temps que l'accomplir.. un acte inaugural. Toute réalisation comme totalité implique une action constitutive. H. Il s'en nourrit. H.. L. Cet acte. Lefebvre nomme "moment" la tentative visant la réalisation totale d'une possibilité. y compris l'anthropologie. etc. celle des connaissances acquises ainsi que des instruments conceptuels de la connaissance à acquérir. qui surmonterait la contradiction trivialité-tragédie 255 ". 348. elle se découvre . mais elle prolonge son effort. au rapport de l'homme individuel avec la nature. p. qui ne serait pas un culturalisme (définition de l'homme hors de la nature et de la spontanéité par la culture). Sa description porte sur la praxis et non sur la conscience comme telle. Le quotidien découvre une possibilité : le jeu. p. dans le domaine des sciences sociales. elle est déterminée et par conséquent limitée et partielle. Surtout. car le but pratique de la théorie est "la transformation de ces puissances. au quotidien. l'amour. Mais elle refuse tout système et de toute tentative de systématisation. Sa détermination d'une structure de possibilités et de projets. mais H. Cette théorie a un rapport avec l'existentialisme. Le moment est né dans la vie quotidienne. CVQ2. 127 . Il pose une structuration sur le fond incertain et transitoire de la quotidienneté (qu'il révèle ainsi : incertaine et transitoire. Cette théorie des moments cherche une unité du Moment et du quotidien. le travail.Analytique des moments Chaque moment est discerné. dégage un sens et le crée. doit se soumettre à une double critique : celle de la réalité à surmonter. Le Moment se veut librement total . Il y prend sa substance. H. s'écarte d'un structuralisme qui prédéterminerait les actes. totalités partielles vouées à l'échec. sans se réduire à un dogmatisme ou à une pure problématique. car il restitue ce qui a pu être momentanément éliminé. elle les applique à la praxis. Elle autorise d'autres théories ou d'autres perspectives. distancié par rapport à un autre moment et par rapport à la quotidienneté. en quelque chose d'imprévisiblement neuf et véritablement total. puisqu'elle décrit et analyse les formes de l'existence. de la poésie et de la prose du monde.4-. Il ne veut jamais réduire la totalité de l'expérience. Lefebvre parlerait plus volontiers de puissances que d'essences. Lefebvre n'utilise qu'avec précaution la mise entre parenthèses des phénoménologues. Dans la théorie des moments. Car celle-ci ne peut échapper à la règle qu'aucune connaissance. Elle ouvre une investigation plus large que la philosophie classique. Vouloir la vivre comme totalité. Elle se veut programme. "Les moments pourraient se nommer aussi bien des essences que des attributs et modalités de l'être ou des expériences existentielles". et qui intégrerait la critique radicale de toutes les spécialisations. il s'agit toujours de possibles. Chez lui. L. à l'état 254 255 H. la description du vécu pourrait se baptiser phénoménologique. "La possibilité se donne .

259 H. d'une tentative. Le moment remanie l'espace environnant : espace affectif . il y a moins que la situation. 351. Ce choix a une composante dramatique. la décision recule effectivement les bornes de l'impossibilité 256 ". Il réinvestit sa forme. CVQ2. et dans le moment plus qu'une structure. est clos par décision constitutive. c'est sa perte. Ainsi. Elle prend en charge librement (avec l'espérance qu'elle l'évitera) l'échec terminal. p. l'individu pose la décision inaugurale. rien n'est encore clair. succession nécessaire. C'est une rupture avec le quotidien. Toute philosophie est tentée de se refermer sur la contemplation comme moment. Cette décision accepte un possible. Ainsi définie. comme le temps. c'est presque la situation. Il condense les situations en les reliant. La fin d'un moment est une rupture. le sujet" veut l'impossible. "Pour la passion prise en charge. nous le savons trop bien. L. commencement et fin. Ce qui ne s'y inclut pas s'en voit chassé 259 ". la connaissance. unissant en celle-ci valeur et fait. 352.) : "L'espace du moment. Il se déroule selon la forme du moment : rite. La contemplation serait ainsi un moment mort 260 ". La décision change en possibilité l'impossible lointain. mais prise en charge au sein du vivre. 352. le choisit entre d'autres possibilités. car. 256 257 H.. ambigu. La contemplation est-elle un moment ? H. Toutefois dans la conjoncture. Lefebvre éclaire le rapport du moment à la situation en partant de la différence conjoncturestructure : "La conjoncture. Le moment est une reprise du moment antérieur (le même moment). p.espace peuplé des symboles retenus et changés en thèmes adoptés (par l'amour. la philosophie ne peut plus se maintenir. après une interruption. L. Les moments se formalisent. "La philosophie se définirait ainsi comme structuration intentionnelle du vécu dans la contemplation. 351. Lefebvre montre que le moment commence et re-commence. Les moments meurent-ils ? Sans doute. Ce qui constitue proprement et spécifiquement la situation 258 ". spontanéité et culture. Son accomplissement. brut. H. CVQ2. le moment continue donc. L. le jeu.spontané. p. CVQ2. Dans le flux du quotidien. H... L. Le choix du moment fait. 260 H. 128 . p. les situations ne sont plus subies dans le vécu banal. Comment construire comme absolu du relatif et de l'ambigu ? Le possible et l'impossible se mélangent. crée des situations. p. On s'y engage alors sans réserve. etc. etc. comme celui de l'amour. celui qui mettra fin au magnifique trajet du moment. le tragique est omniprésent dans le véritable moment. Lefebvre remarque que de nombreux philosophes supposent la contemplation comme moment ou la pose comme telle. La décision ne peut donner les limites bornant le possible de l'impossible. Nous reconnaissons le mouvement dialectique totalisationnégativité. C'est une ouverture. L'être conscient en situation vit en proie à une conjoncture extérieure dans laquelle il doit s'insérer . du jeu. Le moment n'est pas la situation. car il résulte d'un choix. "S'il y a montée et chute. la décision accepte complètement le risque de l'échec. Grâce au moment. 258 H.. celle qui fonde le moment. CVQ2. s'il tente un moment. CVQ2.. ou aliénation-désaliénation-alliénation nouvelle 257 ". L. un ordre et une forme imposée aux éléments prélevés dans la conjoncture. cérémonial. et le moment presque la structure. H. il y a dès lors dans sa situation une aventure voulue : une série engagée dès le début d'articulations nécessaires dans le temps et l'espace. lors de la décision. Le moment suscite. Mais le moment disparaît quand triomphe le formalisme. l'impossible devient précisément le critère de possibilité : Elle veut l'impossible . le discerne. 351. elle ne risque que le possible pour atteindre l'impossible qui semblait d'abord au-delà même du risque et de l'aventure .

mais une comédie. Lefebvre. et clairvoyance : voyant et voyeur. en acte. la maternité. Le moment permet de sortir du chaos de l'ambiguïté. Pratiquement. et clair. vivent et disparaissent. 353. sont mortels . mais pour l'invention et la découverte 262 ".s'efforce de vivre le repos comme une totalité propre. 353. CVQ2. merveille. Le pur regard n'a pas conscience de cette situation. Lefebvre.parce qu'il en a besoin . Il est attrayant d'imaginer se constituer en pur regard. Car. CVQ2. dans la période dépérissante de la philosophie. eux aussi. cet acte est donc à la fois possible et impossible et s'efforce de se vivre comme totalité. Pour H. etc. même si ces qualités peuvent susciter des tentatives et des situations. Certains moments apparaissent dans un contexte. le plus souvent. Lefebvre reprend ici son analyse selon laquelle les moments critiquent. c'est-à-dire comme un moment. Fête. Le moment n'est pas purement du quotidien ni de l'exceptionnel. et même que l'on n'a pas le droit de juger. L. Comme ces cas. déstructurant ou restructurant la vie quotidienne). mais cette forme ne peut pas être prise en soi. mais sans participation vivante. Le philosophe... p. l'homme moderne . ils naissent. Il y a une place non seulement pour une liberté. Le moment donne une forme à la quotidienneté. Mais que devrait-on regarder avec clairvoyance : la vie quotidienne des autres ? En tant que fait pratique et social. Cependant. intenable. L. L. la paternité. le regard pourrait supporter cette tentative. mais point miracle. La 261 262 H. La décision prise. il a des raisons et n'intervient pas sans ces raisons dans la quotidienneté. "Le moment n'apparaît pas n'importe quand ni n'importe où. Les moments. en proposant un ordre. en tant que tels. n'est pas un moment. ne peuvent pas être listés de façon exhaustive. H. CVQ2. le repos se distinguait mal du jeu et de la vie quotidienne hors du travail 263 ". mais aussi organe sensoriel important. et l'on sait qu'on juge mal. Et sans cesse on juge mal. 354. p. L. H. ce regard apparaît comme désincarné. Il prélève ses éléments dans la vie quotidienne. "Le moment se constitue à partir de la possibilité d'un acte : juger. l'honnêteté. Dans la philosophie contemporaine. de cette tentative d'extériorité par rapport à ce qui intéresse les gens semble vouée à l'échec. la détente. qu'il n'accepte donc plus purement et simplement.Pour H. dès le début. le "training autogène". "une des comédie de notre époque". l'absolu des moments.). ne constituent pas des moments. H. Sans cesse on juge. l'amitié. 6.. puisqu'il s'efforce de l'apprécier 264 ". le loisir) et beaucoup d'idéologie et de technicité (la "déconcentration". on deviendrait regard pur. p. Cette tentative n'est pas un échec tragique. le repos se forme comme moment : "Avec beaucoup d'ambiguïté (le non-travail. s'ils ne sont pas en nombre illimité ou indéfini. 264 H. insoutenable. la tentative dégénère aussitôt. en fait. 353. Cet acte s'accomplit perpétuellement.Moment et quotidienneté Ce rapport du moment au quotidien a déjà été abordé dans La somme et le reste. comme forme. 263 H. des faux jugements. tout devient spectacle pour tous. le regard. la vie quotidienne et la quotidienneté critique. Jusqu'ici. etc. on observe un balancement perpétuel et toujours ambigu entre le regard et la connaissance : "Un tel mélange ambigu de connaissance effective et de regard "pur" paraît instable. que l'on a des préjugés. CVQ2. p. une liberté limitée mais réelle (qui se constitue en structurant. Mais cet ordre ne peut pas exister uniquement pour soi. Si la justice est définie comme une vertu ou comme institution. "Les moments. 129 . Lefebvre y verrait plutôt un moment. Ce désir de clôture changerait la théorie en système.. Dans notre monde.. ne serait-il pas la Belle Ame des temps modernes ? 261 ". Aujourd'hui. Le regard serait alors moment.

ne comptant ni les échecs. un moment de la théorie des moments. de les vivre de manière tragique. la vie quotidienne installe déjà une certaine économie dans ce chaos. par rapport à celle de La somme et le reste. La culture qui la maintient dans cette situation se dissout théoriquement. les avortements. Quand on réfléchit à ce que nous apporte cette lecture de la Critique de la vie quotidienne. d'observer la naissance et la formation des moments. jeu. 53 et sq. il y a explication. tentent de vivre à part. CVQ2. les réussites. la volonté de créer des moments. 268 H. Ce lent travail de sélection et d’unification s'élabore dans le quotidien. En même temps. L’homme cultivé unit ce qui se donne séparément à la conscience spontanée : la vie et la mort. Selon cette théorie des moments. avec leurs composantes psychiques et sociologiques. on s'aperçoit que la théorie des moments se trouve racontée deux fois. laisse apparaître la nature et la culture qu’elle relie.. On peut d'ailleurs se demander si faire la théorie des 265 266 H. D'une part. Quand Lukacs parle de "l’anarchie et du clair-obscur de la vie quotidienne" ou Husserl du flux héraclitéen et informe du vécu". élargissement. p. reprise. chez H. Mais H. Michel Butor énonce très justement que “l’un des propos du roman sera de rétablir une continuité entre les moments merveilleux et les moments nuls”. Lefebvre cite Michel Butor : “Le roman et la poésie”. La vie quotidienne est un niveau dans la totalité. Les actes qui s’érigent en totalité sortent du quotidien. distingue. dépassement…. et en même temps d'en tenter la théorie. L. d'autres émergent. Ainsi. et la nature reprend sa force. mais est privée de totalité. C’est dans ce travail que les germes des moments trouvent l'humus dont ils ont besoin pour se développer. s'applique à sa théorie des moments. Les deux narrations sont proches. Cependant. 267 H. La quotidienneté. bien qu'elle apparaisse encore ambiguë et triviale par rapport aux activités dites supérieures que sont les moments. Si la nature apparaît comme un gigantesque gaspillage d’êtres et de formes. amour. 130 . pour lui. C'est ce que je partage avec lui. action. les lents cheminements souterrains et les étapes à ras de terre du besoin au désir. sert de médiation entre la nature et la culture. p. ils les opposent aux moments privilégiés que sont l’art ou la philosophie. CVQ2. mais à distance. l’homme cultivé tend à séparer ce qui est donné comme mélangé. les monstres. même subie. 356-57. loin de l’homme et de l’humain. Les moments en tant qu'aventure échappent au quotidien. jeu. mais si certaines idées sont reprises. Les moments se présentent ainsi comme des doubles. de la vie quotidienne 266 . tragiquement magnifiés. Mais il ne s'agit pas vraiment d'une même histoire.Fête n'a de sens qu'en tranchant par son éclat sur le fond terne et morne du quotidien. etc. CVQ2. février 1961. 355. L. L. travail. C'est. ils échouent. Les lettres nouvelles. personne ne peut se passer de sa spontanéité. dont il se servira pour constituer les moments 267 ". Il y a donc. le choix. Elle dépense en un moment ce qu'accumulèrent la patience et le sérieux de la quotidienneté 265 ". sa solidité apparente s’ébranle. "La vie spontanée n’offre que mélange et confusion : connaissance. Lefebvre.. les éléments ou formants de la vitalité spontanée. p. un moment de son moment philosophique. p. Par rapport à cette vie. à deux années d'intervalle. "La lumière fausse qui l’éclaire se dissipe et laisse place à la vraie clarté de la critique. Lefebvre montre que des hommes qui ne sont ni artistes ni philosophes parviennent aussi à s'élever au dessus du quotidien en se construisant des moments : amour. la décision. unit. Dans les deux cas. la culture ne se dissocie pas de la nature.. La théorie permet. 356. Lefebvre dit du moment : il est répétition. Elle sélectionne. Ce que H. qu’il s’agit de redéfinir 268 ". dans le flux du quotidien. la vitalité et le tragique de l’échec.

131 .moments n'est pas un moment du projet de se construire des moments.

Paris. dans ce chapitre. la représentation est quelque chose qui permet une transition entre la présence et l’absence. le chapitre sur l’œuvre définit ce concept d’œuvre. le jeu. 132 . il me semble utile de reprendre les grands points de ce chapitre qui servent de cadre à cette réflexion. pour H. La représentation est donc un lien entre la présence et l’absence. je puis me représenter l’œuvre en dehors de sa présence. Pour lui. Nous allons tenter de reprendre cette élaboration en soulignant le fait que le terme de moment n’apparaît pas dans les titres de chapitres. Lefebvre sur la théorie des moments. Avant de réfléchir à la partie spécifique qui nous intéresse ici. La réponse implique une analyse approfondie de son enjeu : la présence et l’absence. L’apport de La présence et l’absence Henri Lefebvre a exploré la théorie des moments en la confrontant à l’œuvre et à la création dans La présence et l’absence 269 . Le premier définit le concept de représentation. notamment le chapitre sur l’œuvre. plus vaste et plus fécond que ceux d’idéologie. Le concept de représentation se découvre. œuvre Avant d’aborder la théorie des moments proprement dite. 1980. Avant d’entrer dans une lecture analytique de ces textes. d’imaginaire ou de symbole. Le livre est organisé autour de cinq chapitres.Chapitre 9 : Le moment de l’œuvre et l’action créatrice Il existe. H. ces deux chapitres (qui représentent 60 pages) sont essentiellement consacrés à la théorie des moments. l’amour. Ce livre se présente comme une contribution à la théorie des représentations. l’œuvre d’art… Abordons. l’œuvre de l’homme. le cinquième “ la présence et l’absence ”. il convient de souligner le fait que cette théorie surgit ici dans une réflexion sur la représentation. 244 pages. En même temps. Dans le contexte de l’ouvrage. Peut-on dégager un sens général du mot qui réunisse et qui explique toutes les significations particulières ? Autrement dit. même si. aussi bien dans le langage courant que dans la philosophie. Lefebvre. Lefebvre. l’esthétique. Lefebvre montre que le thème représentation apparaît un peu partout. peut-on former un concept et une théorie de la représentation ? La présence et l’absence cherche à répondre à cette question. etc. Dans cet ouvrage. de notre point de vue. Lefebvre. la question des moments dans l’œuvre d’art et la création à partir d’une lecture d’un ouvrage philosophique : La présence et l’absence d’H. C’est dans ces deux derniers chapitres qu’apparaît l’un des développements les plus féconds de H. le second montre que la philosophie est une introduction au monde des représentations et aussi une sortie de ce monde. une relation étroite entre la théorie des moments et la question de l’œuvre. Chose. 269 Henri Lefebvre. chez H. Je puis me représenter l’autre en dehors de sa présence . produit. Casterman. cette œuvre se concrétise dans des réalisations : le travail. La présence et l’absence. le quatrième s’intitule “ l’œuvre ”. c’est la production de luimême. le troisième aborde les représentations non philosophiques. c’est sa vie.

Ainsi dévalorise-t-il l’œuvre. l’œuvre doit apparaître dans toute son ampleur. Cependant. se développe un rapport complexe entre la chose. mais il ne faut pas non plus le nier. Ainsi. H. pour soi). L’œuvre ne peut s’accomplir sans constituer une totalité. de sorte que l’espace (par exemple) est produit par l’activité économique et sociale. "Dans toute œuvre. Lefebvre analyse ainsi "l’inconscient des psychanalystes" comme une représentation (de soi. Lefebvre a montré que la représentation est une médiation entre les deux. introduit la notion de travail productif. mis en œuvre par les projets architecturaux et urbanistiques… Le capitalisme et l’étatisme modernes ont eu tendance à écraser la capacité créatrice d’œuvres. de ces conditions et circonstances. – ce qu’il méconnaît ou ne reconnaît pas de lui. l’autre en moi et pour moi). "Le vécu ne coïncide pas avec le singulier. avant Marx." Expliquer l’œuvre suppose que l’on prenne en compte la complexité de ses moments. mais sans que cette prédominance écrase les autres aspects ou moments (p. avec l’individuel. à le valoriser. mais "la chose pour nous" est le produit d’une activité. de telle technique ou idéologie. H. Ce que note H. l’individuel est œuvre au sens le plus large (p.Tout d’abord. Il ne faut pas en faire un absolu. H. de tel sens. Elle propose une forme. une œuvre (l’ombre du sujet. ensemble. de ces ressources. Nietzsche. un moment du ludique et un moment du sérieux. Hegel. qui a un contenu multiforme – sensoriel. la chose en soi ne peut s’atteindre. Lefebvre veut restituer l’œuvre comme moyen de dépasser les tendances réductrices : le faire. par exemple. mais elle est quelque chose de plus et d’autre que la somme de ces éléments. 189). ils ont permis d’établir que le produit se situe entre la chose brute et l’œuvre. Lefebvre. Car autonomiser un aspect : l’économique. le jouir… Pour lui. Pour Kant. car les rapports sociaux sont aussi vécus avant d’être conçus . appréciation spécifique. 192). l’auteur montre que le discernement entre la chose. détruit l’œuvre… "L’œuvre implique du jeu et des enjeux. (p. Nietzsche méconnaît le produit. ce qui a entraîné de leur part des analyses réductrices. etc. on retrouve donc un moment technique et un moment du savoir. sensuel. Il faut éviter d’en faire une théorie qui donnerait des leçons. s’inscrit dans ne tradition philosophique de longue date. un moment social et un moment extra-social. Marx. celle des catégories a priori de la sensibilité et de l’entendement (p. le produit et l’œuvre dont nous héritons. Marx surestime le produit. à travers Hegel. l’œuvre. un produit (le résultat d’une histoire). ce qui vient de l’homme. Vécu et savoir dans l’œuvre L’œuvre. voire à le porter à l’absolu. Lefebvre rappelle que le christianisme distinguait ce qui provient de la nature. il 133 . mais surestime l’œuvre… Cependant. ce à quoi il ne s’identifie pas tout en le contenant – de sorte que "l’inconscient" n’est autre que la conscience ellemême en acte ?" H. La civilisation est une œuvre éclatée. Schopenhauer et Heidegger s’inscrivent aussi dans ce mouvement. mais mis en forme. c’est que ces auteurs ont eu tendance à préférer l’un de ces termes. "La différence émerge chez les cartésiens et prend forme à partir de Kant donc à partir du moment philosophique et historique où se découvre comme telle la représentation. elle relève du jugement. produite par un artiste. implique un respect qui a une portée éthique. Le vécu est quelque chose de flou que les chevaliers du savoir et les champions de la scientificité ne savent que réduire et exclure… Or. un moment du désir et un moment du travail. le produit. "Ce qu’on a l’habitude d’appeler "inconscient" n’est-il pas œuvre ? N’est-il pas ce que le "sujet" en se constituant plus ou moins adroitement comme tel a exclu de soi mais n’a pu ou su expulser. intellectuel – avec prédominance de telle ou telle nuance de la sensualité ou de la sensibilité." L’œuvre est le point de rencontre entre le vécu et le conçu. 197). parce qu’elle est ainsi spécifiquement humaine. avec le subjectif." Quant à l’œuvre. action de l’homme social sur la nature. il s’agit de trouver une solution à la conceptualisation du vécu. Schelling. 197). ce qui survient de Dieu. le produire.

" Husserl a tenté d’avoir une approche du vécu qui en permette l’émergence dans la lucidité. L’œuvre restitue la valeur d’usage. ll lui arrive de passer le long des terres promises . son terrain nourricier (p. L’art et la création se développent dans le registre des représentations. un acte. Il va toujours vers d’autres terres. jusqu’à ce qu’il aperçoive les lignes lointaines d’un continent inexploré. Mais elle n’est pas un produit. Il ex-prime le vécu. voire de le transfigurer. en ayant tendance à réduire le vécu à l’immédiateté… Par opposition à la démarche scientifique qui a eu tendance à chercher à construire un savoir absolu. Elle cristallise le devenir. ” Cependant. De plus. La création est d’un autre ordre. Découvrir. 202). Il n’y séjourne pas longtemps. leur groupe. 198). Le créateur est sujet. Le créateur dépasse les représentations non seulement par le travail d’écriture. Savoir et vécu interagissent dans la production de l’œuvre. La créativité. l’immédiateté perdue et retrouvée. L’œuvre a donc un temps propre. Il ne cherche en aucun cas à le soumettre. Mais la création en sort d’une part par la spontanéité. Elle échappe à la division du travail bien qu’elle soit un travail. L’artiste s’adresse au vécu pour l’intensifier. Elle est totalité. Lefebvre. Mais. Le savoir sert à retourner au vécu. 199). c’est sa passion (p. sans pour autant se déchirer jusqu’à la séparation… L’homme des frontières suit des chemins qui d’abord surprennent. L’homme des frontières Il ne faut pas réduire la création à une “ créativité ” que l’on enseignerait. Mais il se dégage du vécu.y a du vécu social lié à l’individuel mais différent de sa singularité (p. pour faire émerger une connaissance critique. Bergson a été sensible à la question. À la différence du simple producteur. H. Si l’artiste privilégie le savoir ou la technique. ce rapport conflictuel entre vécu et savoir débouche sur le maniérisme. à la marge. il existe aussi des hommes des frontières qui réussissent à défier le système. Elle immortalise un instant. de moments en moments. la vitalité. mais cela n’aboutit qu’à tuer l’oeuvre. c’est d’exalter le vécu. C’est son épreuve. un héros… L’oeuvre contient le temps. Lefebvre écrit : "Alors que les gens pris dans la masse n’en aperçoivent qu’un recoin –leur lieu. mais. inclus et exclu. mais aussi par le dépassement des perspectives. Mais il n’est pas sujet déjà là qui s’exprimerait dans l’œuvre." L’œuvre lutte pour sa durée. Le créateur d’œuvres trouve dans le vécu son inspiration initiale. Même si elle se vend. le créateur assimile du savoir. coupé de la vie. vers l’horizon des horizons. Elle ne s’opère qu’à la périphérie du système. non par le savoir ou le non-savoir. il n’entre pas. c’est la production de l’œuvre qui produit le sujet. le retient. celle qui donne forme à l’œuvre. deviennent ensuite des routes et passent alors pour évidences. Non. pour le mesurer du regard et de la pensée. leurs alentours. Le sujet se constitue dans l’action poiétique. même s’il y revient. Il s’en dégage. Les marginaux sont souvent objectivés par le système. c’est la volonté des institutions d’encadrer la production de l’œuvre. 134 . le créateur vit les contradictions de la création qu’il dépasse en assimilant le plus de savoir possible. le créateur reste au cœur des formes qu’il invente. le créateur n’habite pas le vécu. Mais cette expression se fait dans un mouvement où se développent des contradictions et des conflits. savoir et vécu ne sont pas antinomiques. Alors que le producteur se trouve exproprié de son produit. Le créateur se distingue du savant. l’impulsion originale et vitale qui suscite l’œuvre. leurs intérêts – l’homme des frontières supporte une tension qui en tuerait d’autres : il est à la fois dedans et dehors. mais par le trajet qui conduit à l’œuvre et qui intègre le savoir dans le processus de création. et d’autre part par l’ampleur des horizons et par la pluralité des sens. l’artiste part du vécu. selon H. “ Le créateur d’œuvres trouve dans le vécu son lieu de naissance. Il chemine le long des lignes de partage des eaux et choisit la voie qui va vers l’horizon. Le savant accumule du savoir. une beauté mortelle et fugitive. Ici. l’œuvre n’a pas de prix. Le travail de l’art.

204)"… C’est à ce moment de sa réflexion que H. de l’économique et du politique. L’immédiat peut être objectif (la sensation. Ce terme veut aider l’analyse à s’assouplir. Lefebvre aborde la question des moments de manière systématique. L’ “ expression ”. L’œuvre s’approprie ces moments en les contournant et en les détournant. ne sort pas de ce moment de l’immédiat. Elle se constitue d’une infinité de points de vue. les représentations traversées (adoptées puis rejetées) et surmontées. la perception sensible) ou subjectif (le vécu. mais la déborde : a) Unité-totalité-multiplicité. L’analyse doit en tenir compte. du mode de production. L’œuvre est ouverte. indécodable. L’œuvre peut se décomposer en différents moments. L’objet de l’œuvre n’a rien à voir avec un objet scientifique.L’œuvre comme monade C’est Adorno. Lefebvre a déjà tenté ce type d’analyse sur le terrain de la ville comme œuvre. au sens habituel. la totalité des moments. totale et cependant non close. mais elle a le mérite de montrer comment on peut aborder l’œuvre en général et l’œuvre d’art en particulier. ce moment est en effet nié par l’œuvre qui le rétablit transformé ou transfiguré. Le moment n’apparaît donc que dans sa négation. dimension. L’analyse qui discerne les moments s’inscrit dans la tradition philosophique. L’analyse dialectique met à jour le mouvement de l’aliénation et de la désaliénation. des sentiments… affects inhérents à l’oeuvre. c’est un projet qui peut échouer : se proposer l’unité. qui a proposé de voir l’œuvre comme une monade leibnizienne. structure. le terme de moment se préfère à d’autres rendus trop familiers par les sciences humaines ou sociales : niveau. Et le processus créatif. Toute œuvre a cette qualité. L’œuvre est "infiniment riche. le sensoriel. L’œuvre n’est pas immédiatement accessible. etc . La création le surmonte par un codage 135 . sur celui de l’espace architectural et urbanistique. le spontané. fonction. se différencier et surtout éviter l’écueil de prétendre épuiser son "objet". D’origine philosophique. dans son esthétique. H. en effet. en les approuvant et en les refusant. par ailleurs. L’œuvre est une utopie abstraite ou concrète. de perspectives plus ou moins éclairantes sur toutes les autres œuvres. bien que l’on puisse avoir avec elle un contact sensitif et perceptif immédiat. des émotions. se disperse. c’est-à-dire sur la totalité de l’univers… Cette définition de l’œuvre comme monade oublie quelque peu la substance de l’œuvre. L’œuvre se démarque de la société existante. L’enjeu de l’œuvre. L’analyse sera infinie et surtout imprévisible. Elle explore le possible par les propositions. Le moment de l’immédiateté Difficile à re-connaître. mais la diversité de ceux-ci est transsubstranciée en une unité d’autant plus forte que la diversité interne est plus grande. le symbolique et l’imaginaire. ouverte sur le monde entier (p. c) Projet. les émotions). On peut dissocier la rationalité (des moyens et des buts) et l’irrationalité (du vécu. Cela signifie que l’on n’y entre pas "comme dans un moulin". inépuisable à l’analyse. les représentations. Les moments de l’œuvre L’œuvre est un centre provisoire qui rassemble ce qui. b) Critique-distanciation-contradiction. hypercomplexe. a pu contourner ou détourner tel pouvoir ou telle catégorie.

mais de trouver. c’est-à-dire au son. Mais le surplus de sens du second terme. Dans ce retour à l’immédiat. Ce don entraîne un apaisement. On invente en travaillant. La dialectique de la création. 207). présente. se dépasse l’opposition entre “ expression ” et “ signification ” de l’œuvre. à la mélodie. etc.subtil du signifiant et du signifié. Mais dans le même temps. à s’approprier. les œuvres antérieures. La création de l’œuvre passe par des phases de contemplation. Aristote l’avait déjà remarquer : il faut commencer. Le moment de la mémoire L’œuvre intègre la tradition. Les deux termes signifient travail. où elle s’invente une forme. Contrairement au produit qui s’inscrit dans une logique d’échange. Au-delà du codage complexe de significations. Le moment du travail L’œuvre est une accumulation de travail. ce n’est pas de chercher. l’œuvre devient don. le travail est davantage dans la production (on recopie un texte ou une phrase musicale écrite par un autre et qui va être utilisée comme citation dans son propre texte : cette copie est un travail de reproduction) . Son mouvement est en elle. Le travail sur le passé est contourné. intégré profondément. de jouissance. L’œuvre implique une non-mémoire au profit d’un usage et d’une jouissance donnés dans le présent. Dans ce mouvement. quelque soit sa valeur sur un marché. Oser conclure. De temps en temps. le savoir qui ne se définit que par la recherche du savoir ou par la méthode prend l’allure d’une dérision. un repos. le savoir critique. le travail a déjà cessé. comme le disait Picasso. elle s’offre à nous. L’œuvre implique un désoeuvrement. 136 . de désir. C’est finalement le moment où l’oeuvre trouve sa forme. mais il faut aussi revenir au travail (p. En allemand. l’œuvre a une capacité d’oubli. La négation. "Le travail patient et appliqué se dépasse constamment par l’inspiration qui reprend contact avec le vécu. L’œuvre donne et se donne. la mémoire et l’histoire de l’art. l’œuvre est là. mais il faut comprendre ce terme dans un sens très large. dissimulé. Mais ce travail sophistiqué. Mais l’important. il faut finir. Or. Le chemin de la création se trouve dans cette tension entre la reproduction et l’invention… Mais le travail n’est lui-même qu’un moment qui va se trouver très vite nié par le non-travail. De toute façon. l’oubli des opérations accomplies par des moyens techniques appropriés participent de ce travail. à d’autres. avec l’immédiateté passée ou possible . finit par revenir à l’immédiat. Il faut que survienne un moment de l’arrêt. à entendre. c’est celui de la détermination. Ce moment où l’on décide que c’est fini. Mais il n’y a pas de vraie coïncidence entre les deux. détourné." Le travail est une médiation entre la production et la création. au rythme. Et. le travail entraîne une trouvaille. c’est la notion d’élaboration. Le moment de la finitude annonce l’exigence de la finition. l’oeuvre se donne à voir. L’œuvre suppose une tension entre infini et fini. c’est cette perlaboration de l’oeuvre qui se caractérise par une accumulation de travail qui se dissipe soudain dans un retour à l’immédiat dans la présence. on distingue arbeiten et erarbeiten. oser donner est absolument indispensable… La recherche infinie a tendance à rapprocher l’art de l’accumulation du savoir. mieux de perlaboration. Le moment interne-externe de la détermination La recherche entre dans le travail. de représentations diverses. lorsqu’elle se donne.

La forme mathématique se caractérise par l’égalité. ou au contraire doit-on les ramener à certains caractères limités (symétrie et dissymétrie . de contrats de mariages. Il doit tenir compte aussi des règles de réception. on peut distinguer la forme logique pure des autres formes. La forme contractuelle par la réciprocité… Dans les contrats. Il faut distinguer l’identité abstraite de l’identité concrète. des situations. produit d’un travail. mais les domine. Mais dresser cette liste ne permet pas d’élucider la question. sa place et sa date. Ces deux systèmes de règles peuvent différer. Cette cohésion accepte les contradictions. les formes esthétiques se distinguent des autres formes. des milieux. les contenus peuvent être différents . L’analyse intellectuelle peut les déconstruire. cohésion. Mais cette identité pose problème. mais l’œuvre reste d’abord une présence. il incorpore à la fois du vécu. L’œuvre est ouverte. c’est de donner dans l’ici et maintenant la totalité des moments de l’œuvre. comme totalité rassemblant des éléments éparts. dans la politique. l’esprit du temps. Les parties contractantes ne sont que très rarement en position d’égalité… Au niveau de l’art. Mais l’œuvre est d’abord cohérence. L’œuvre d’art comme unité. Cette réciprocité postule une égalité formelle entre les parties. Mais en même temps. Lefebvre a tenté de faire avancer une théorie de la forme (notamment dans Logique formelle et logique dialectique ou encore dans Le droit à la ville). Il parlait de 137 . du milieu. Ce postulat est évidemment faux. Dans l’économie.Le moment de la forme Il n’y a pas d’œuvre sans forme. donné avec son contenu dans l’œuvre. une influence de la tradition et de l’histoire de l’art. Lefebvre peut s’inscrire ici dans une tradition. Le terme de forme est d’un emploi commun. Le principe d’identité : A=A est la forme logique pure. significations intégrées et dépassées. je ne suis plus aujourd’hui exactement le même que celui que j’étais hier. Cette dernière est une chose ou un être qui se maintient. effets. car il n’existe pas d’œuvre sans cohésion. Le savoir qui voudrait supplanter cette présence détruirait l’œuvre. Le référentiel logique a la plus grande importance. les dissocier. Il doit respecter des règles de composition (qui peuvent se démentir au cours du travail par une innovation). mais la forme reste identique. Il réduit les identités concrètes à des identités abstraites. des idéologies. Les formes esthétiques sont-elles à démultiplier en fonction de la diversité des œuvres. mais ils ne peuvent pas engendrer une antinomie. des représentations acceptées ou refusées. L’artiste doit faire le choix d’une détermination. le principe d’équivalence joue un rôle considérable dans le monde de la marchandise. H. On peut la déconstruire. Or. Il s’applique partout. lorsqu’il cherchait à donner une idée de l’unité et de la synthèse du corps propre. sa technique. Il persiste dans l’effondrement des formes non formelles. c’est-à-dire la décoder selon diverses grilles de lecture. Il y a une multitude de contrats de travail. L’identité concrète se différencie de l’identité abstraite. On peut reconstruire sa genèse. la contemporanéité des moments donnés ensemble. la notion de forme est confuse. la totalité des déterminations. de contrats de vente… Mais ils ont tous une forme en commun : la réciprocité. dans le jeu institutionnel. La forme c’est l’objet concret. La réflexion de H. bien que je sois le même. qui persévère dans son être. davantage celle de la phénoménologie plutôt que celle de la psychologie de la forme. avait déjà été utilisée comme métaphore par Maurice Merleau-Ponty. Ce qui caractérise la forme. etc. C’est une construction qui se donne à travers sa forme. Il abolit les différences dans un processus d’homogénéisation générale. Peut-on choisir une forme ? Est-on conduit à la découvrir à partir d’un contenu ? Se déduit-elle d’une autre forme ? Par dérivation ? Par déformation ? Par détournement ? Trouve-t-on le contenu à partir de la forme ? D’un point de vue théorique. C’est la simultanéité. Elles dépendraient de leur contenu… Mais quel est ce contenu ? Comme nous l’avons vu. figures) ? On voit bien qu’il existe un moment de la forme et que celui-ci est extrêmement divers en fonction des contextes. Il se reconnaît dans le devenir.

se convoque. Le travail exige du recul. Lefebvre réfléchit à cette question : la ville est-elle une œuvre ? Contrairement au point de vue défendu dans l’ouvrage que nous abordons ici. il y a pénétration. donc présence. est essentiellement une modulation de l’existence 270 . l’acteur jouent des apparences sans se laisser attraper. de la confrontation. de la négation. Elle évoque des victoires (plus que des défaites). Les grands artistes sont parvenus à tenir en même temps la présence et l’absence. H. L’acte créateur passe à travers le monde des représentations qu’il soumet à l’épreuve de l’action poiétique. permet de susciter la co-présence : celle de l’auteur à l’œuvre. Dans La production de l’espace. ni duper. des correspondances." Le travail de construction et d’élaboration de l’oeuvre consiste à articuler les parties au tout. L’œuvre. parfois. l’art consiste à proposer une simultanéité formelle de l’espace et du temps. 4° édition : 2000 (pp. On peut distinguer les œuvres qui se déroulent dans le temps (musique. Dans les deux cas. Lefebvre a décrit cette simultanéité de l’œuvre. Les procédés de composition (annonce du thème. Et puis. des blancs. par le détour des rues ? Cette hésitation explique la difficulté. Gallimard. l’œuvre qui se déploie dans l’espace joue de la temporalité. Paris. L’architecture fait aussi exister des évènements ou des personnes disparues. par le dessus (en avion) pour permettre une saisie de la globalité. 1974. c’est la tragédie qui fait exister un héros. poésie. Comment aborder la ville ? Par l’extérieur. Comment l’approcher ? On hésite. des renvois de la partie au tout. "L’œuvre a de dures contraintes : permettre et même exiger cette transversalité qui se retrouve dans toutes 270 271 M. la divinité (temples ou églises). elle aussi. Le point d’entrer a quelque chose d’arbitraire. 176. elle est de l’ordre du "méta". leitmotiv. amé ou haï. Elle est l’œuvre suprême 271 . il a tendance à répondre non dans la mesure où l’intention. 138 . l’absence apparaît lorsque l’artiste prend ses distances avec les matériaux qu’il a rassemblés. si elle est par accident narrative et signifiante. Il devient actuel. la jouissance qu’offre la perception et la conscience de cette présence. Alors que le producteur ou le politique cherchent à réaliser les représentations. 89-96). 1945. c’est un poème qui évoque un être cher mais perdu. répétition. le créateur joue des représentations. Le créateur a besoin de prendre du recul par rapport à ce qu’il a déjà produit ou amassé : expériences. Ils les utilisent. L’auteur. Il ne rejette pas les illusions. un dieu . des disparus (statues ou tombeaux). lointain. Phénoménologie de la perception. etc) aident à produire l’impression de simultanéité. Ils créent une sorte d’espace de l’œuvre. mais s'en servent. On cherche. celle de l’acteur au public. Dans Le droit à la ville. des vides… Survient alors l’objet. à entrer dans une œuvre. Merleau-Ponty. souvenirs. théâtre) et celles qui se déploient dans l’espace (peinture. Entrer dans l’œuvre suscite la joie. 210). techniques. Celui-ci figure-t-il dans le tableau ? N’est-il que suggéré ? "Dans la peinture. le projet initial n’existe pas dans la ville. de la trame des rues et des avenues ? Par l’intérieur. reprise. Une sorte d’insight. architecture). de la critique. exposition. puisqu’il ne peut être là en personne (p. H. Ainsi. comme dans la poésie. Elle suscite une présence… La pièce théâtrale.la poésie comme quelque chose de plus que la somme de ses parties : "… La poésie." Le moment de la présence et de l’absence Au moment de la conception de l’oeuvre. L’exploration de l’œuvre n’a pas grand-chose à voir avec sa genèse. il existe des rythmes pour les yeux qui suivent la forme. l’objet s’invoque. p. tout d’un coup. De même. La ville se caractérise comme la rencontre et le rassemblement de tout ce qui caractérise une société : produits et œuvres. s’évoque. Même en architecture. projets. celle de l’œuvre à l’acteur ou au metteur en scène. Sa pensée prend alors la posture du rejet. autre face de son absence. mais les dépassent. des détails qui attirent l’œil dans une promenade qui s’inscrit dans une certaine temporalité. Anthropos.

L’artiste. mais il a tendance à s’installer dans cette distanciation. L’ordre des moments n’est pas déterminé d’avance . encore moins à une opinion. Cette vie s’organise à partir du centre. la saisie d’une œuvre réclament du temps. sont ancrés dans le social. Il en est de même du rapport au social. présents dès le début. encore que la contemplation. 213). le créateur ne se laisse pas engloutir dans le quotidien. ne s’installe pas dans la distance au quotidien. un espace où il puisse manger. à un secteur.les stratégies . cet ensemble. Le commencement (le moment premier) a quelque chose d’arbitraire . Il construit son espace d’action poiétique. de glissant. Mais dans leurs phases créatrices. les intérêts et les passions (p. Cependant. Du centre dépendent des périphéries qui évoluent à partir de lui de manière durable ou momentanée. des passionnés. Centre et périphéries font partie de la composition de l’œuvre. de la vie et de la mort sont passées au crible. Représentations de la nature. du social et du mental. Ils y sont immergés. des impressions." Le processus de réalisation implique une attitude critique (qui n’a pas besoin de s’expliciter en tant que telle dans une théorie ou un savoir critique). comme le philosophe. lui. Ce centre est le point nodal de l’œuvre. On ne voit pas comment on peut cohabiter dans deux continuités simultanément : la pratique sociale et l’action poiétique. Il se l’approprie. 213). à la différence des gens du sens commun. de superficiel dans le rapport "représentation-représenté-représentant". des délinquants. Le philosophe vit aussi ce destin. Le travail du négatif ne se confond pas avec le nontravail (une pure contemplation). Il y a une vie entre la partie et le tout. Le moment de la centralité "L’œuvre concentre pour un moment. mais s’en dégage. Sans être un organisme naturel. Mais la totalité s’organise autour d’un centre. d’une représentation choisie. Cette dissociation vécue entre le social et l’extra-social rend le créateur d’oeuvre suspect. Mais il est présent. Il tire du quotidien les représentations dont il a besoin. travailler. L’œuvre se centre. un lieu. à une perspective (p." L’œuvre condense des sentiments. la compréhension. Celuici peut se déplacer. il y a une proximité entre le créateur d’œuvre et le philosophe. par le biais de la couleur. des représentations. mais ils ne le savent pas. dépasse au sens dialectique en surmontant ce qu’il y a d’incertain. d’une mélodie choisit les représentations qui permettent de susciter la présence. L’action poiétique. il change selon l’humeur de celui qui perçoit et reçoit l’œuvre. mais il crée une distance par rapport au quotidien. à un domaine. Le concept de centre se retrouve dans l’action. des affects. Le moment de la représentation traverse. Il peut s’agir d’une émotion. d’un dessin. le sien. dans la connaissance de la nature. a un caractère organique. des sensations. et cependant tous les moments sont là. Chaque partie s’articule à l’ensemble. ils ont tendance à s’installer dans un espace extra-social. Il lui faut une demeure. dormir. il profite des phases de distanciation pour entrer en contact avec d’autres œuvres. du sexe. du pouvoir. totalité de l’œuvre. À la manière des amants. avec d’autres influences. Le moment du quotidien Le créateur d’œuvre n’échappe pas au quotidien. Mais. Ainsi. Le créateur d’œuvre. Il peut se dissimuler. offerts et pour ainsi dire disposés et 139 . celles-ci ne s’en tiennent jamais à une donnée. Le moment utopien "Il va de soi que ces moments ne se succèdent pas dans le temps. à une interprétation.

des épisodes critiques. le long du trajet. Alors que le produit se reproduit par répétition. blocage en chemin. l’aventure. il suscite la présence et l’absence. L’œuvre est "économique. Faire une œuvre nécessite une discipline. des embûches. abandon. Le moment critique est souvent pathétique. d’énergie surabondante. Pour arriver à destination. ce qui a tendance à l’autonomiser. de percevoir. un projet. Il se dégage du réel. technique. de gaspillage de ressources et de temps. risque beaucoup : échec. il y a toujours dans une œuvre le moment de l’utopie. sociale." Entrer dans une œuvre. Pour cheminer. En elle-même. Il définit une liberté. impliquant un savoir et un marché. Mais le jeu est aussi beaucoup plus. 217). l’œuvre ne peut qu’être du registre de l’appropriation. Alors que le capitalisme ou le socialisme d’état ont tenté de faire du travail non seulement un espace de production. comme dans tous les grands jeux. Loin de s’autonomiser. elle établit un lien de communication. il faut réviser ses plans de départ. une organisation de l’emploi du temps. On les prend de front ou on les contourne. sans forcément entrer dans la biographie du créateur. lourd. "Le moment du jeu implique non seulement le risque. il y a constamment présent dans le travail de l’oeuvre une posture rigoureuse. c’est un jeu dans lequel on rencontre. Le jeu comporte un enjeu. Il a perçu le possible et l’impossible. L’artiste a imaginé. il faut surmonter les obstacles. Elle s’approprie et elle transforme tous les fragments de l’unité éclatée. il y a une imbrication du moment du jeu et du moment du sérieux. Il est au cœur du drame. à un pathos. Bref. identification. la découverte de l’inconnu et peut-être du mystère. comme l’amour ou la fête. peut entrer en contact avec ces moments critiques qui sont contenus dans la création. de la souffrance que l’ethos du récepteur comprend en le dominant. une raison ou une déraison. des crises. même s’ils ont été dominés. mais aussi un espace de 140 . l’œuvre est une aventure. c’est découvrir un pays où règne une utopie. la découverte de l’enjeu et de son importance (p. l’ouverture. La tactique permet d’utiliser les ressources rencontrées sur le parcours pour avancer dans la voie dégagée par la stratégie. Mais parfois. est occasion de gratuité. cérémoniel. Mais le récepteur de l’œuvre. Le jeu.disponibles (p. 215). Les moments critiques L’œuvre peut renvoyer à une crise. Mais en même temps." L’œuvre porte en elle la fin du travail. il y a une règle que le créateur se donne au départ. Comme dans le jeu. Cela demande une stratégie et une tactique. une médiation universelle (p. de vivre. et donc un risque. Il invite à un accomplissement. un épanouissement. Il propose une autre façon de voir. C’est l’aspect sérieux. elle est le dépassement des contradictions. mais le hasard (chance ou malchance). etc. sérieuse qui maintient le cap. le prochain et le lointain. un destin. équivalence. le créateur exécute des figures dansantes." *** Ce chapitre sur l’œuvre se termine par une réflexion sur la distinction entre produit et œuvre et sur l’abolition du travail. politique. Le moment du sérieux implique l’inquiétude. les forces adverses. créatrice de présence. mais sans que cela ait quelque chose à voir avec l’esprit de sérieux. des obstacles qu’il faut lever ou contourner pour avancer. 216). Les moments du jeu et du sérieux Dans l’action poiétique. L’œuvre s’approprie la transversalité d’un espace-temps particulier. Ainsi. Chaque tentative créatrice. En effet.

On parle de l’œuvre de Rousseau. Ainsi l’œuvre est-elle transsubstanciation (Lefebvre n’emploie pas ce terme théologique). le moment créateur transforme le travail en activité appropriée. Chaque composition ou texte est une œuvre en soi. les rythmes. dépassement de tous les moments qui la constituent. plus largement. la réussite de l’œuvre suppose la maîtrise technique. du vécu. invente un rapport au monde qui lui est spécifique. Chez Beethoven. Rien à voir avec l’Antiquité où la lyre ou l’aulos (flûte) créent un autre environnement. des techniques. Le vécu des corps qui va traverser le monument ne doit pas être oublié. Sa vocation est de reprendre ces images. Le banquier en a d’autres que le promoteur. "L’architecte fait de l’espace socialement produit un lieu. 217). d’incomplet. Et dans le même temps. de l’œuvre de Picasso… Chaque créateur invente un style. la composition s’inscrit dans un contexte social. ou il échoue (p. Lefebvre refuse de donner des exemples pour renforcer ses thèses et hypothèses. les images et les représentations sociales. Composer. des symphonies. Par contre. de l’œuvre de Rameau. si l’on reprend 141 . telle est la vocation de l’architecte. On voit le travail d’agencement et de construction à partir de fragments. du travail productif à l’action poiétique. des instruments particuliers qui portent des sonorités. Il choisit la musique et l’architecture. Les exemples ne prouvent généralement rien. de mutilé." H. du conçu. La tentative créatrice qui part du savoir isole trop souvent l’un des moments. La réussite de l’œuvre musicale suppose que le musicien ait une bonne connaissance de la musicologie et de l’histoire de la musique. l’harmonie. C’est lui qui valide l’œuvre architecturale. Un musicien qui composerait uniquement à partir de principes théoriques serait ennuyeux. l’action créatrice est un effort. il choisit d’illustrer son point de vue théorique. L’analyse montre que trois facteurs entrent dans la composition musicale : la mélodie. qui ne peut aller sans détours ni détournements (p. que les cordes et les cuivres… L’accord et la marche harmonique ont un sens qui dépasse la musique. de les dépasser et de les transsubtancier en œuvre. d’articles. de pièces de théâtre. etc. c’est subordonner la connaissance musicale et l’utiliser. le vécu d’un enthousiasme s’accorde avec la technique et le savoir. La lecture de ce chapitre est essentielle pour la construction de la théorie des moments. Dans l’architecture également.domination. le planificateur." Mais ce n’est pas tout. et par conséquent du quantitatif au qualitatif. de les confronter. des représentations et idéologies d’une époque dans la production de quelque chose qui dépasse tous ces éléments dans une construction cohérente. mais il doit les oublier lorsqu’il se met à composer. Beethoven a composé beaucoup : des sonates. Ils traduisent le lent vécu de l’histoire en un vécu intense et bref. Chaque composition ou texte doit résoudre les questions posées par la théorie des moments de l’œuvre. Lefebvre a beaucoup produit de livres. 218). de la valeur d’échange à la valeur d’usage. Une question qui n’est pas abordée ici. mais de les traiter comme telles et de l’en privilégier aucune. Cette tentative a alors quelque chose de limité. Réussir à traverser la technique et le savoir appliqué. Mais celle-ci. politique qui propose des techniques. le commerçant. d’entendre toutes ces représentations. si elle doit être appropriée." Chaque agent de production de l’espace a ses représentations. de les rassembler. Parler d’œuvre ici est peut-être abusif. l’autorité administrative ou politique. 219). trouvant son style. des symboles. ne doit pas déterminer le contenu de l’œuvre. Déplacement difficile. Mais. de poèmes. c’est l’articulation entre l’œuvre comme objet et l’œuvre comme ensemble d’œuvre. des représentations d’une époque… Beethoven s’inscrit dans la période révolutionnaire et post-révolutionnaire. L’articulation des trois dimensions ouvre sur "un infini virtuel (p. une sorte de nontravail. "Le passage du travail au non-travail suppose un déplacement de l’intérêt social du produit à l’œuvre. l’ensemble des compositions ou des textes constitue une autre œuvre. H. le propriétaire du terrain ou l’usager… L’art de l’architecte et d’écouter. l’urbaniste. un mouvement d’intégration des savoirs. C’est triste.

une relation étroite entre la théorie des moments et la question de l’œuvre. à une simulation. Pas d’absence absolue non plus : même la mort n’empêche pas la pensée. où transparaît la présence (p. 227). Mais il faut s’en dégager pour ne pas fixer l’autre dans la domination. chez H. On parle de la période bleue pour Picasso. des représentations en foule (p. d’en faire un objet. en l’approfondissant. La présence n’a rien de substantiel. "Le jeu comme le savoir et le travail et la quête amoureuse (quête de l’autre) ne sont que des moments où se révèle l’absence. c’est l’Autre. Il existe des échappatoires à la présence. altération-aliénation). son œuvre reste inachevée. C’est ce chapitre V que je voudrais maintenant relire. La volonté de puissance entre dans le désir et l’activité poiétique comme moment. Plus tard. Ce livre se poursuit par un chapitre de synthèse sur l’objet du livre. La présence n’advient qu’au prix d’un effort qui précède la surprise. la réflexion sur les moments. Mais. Le troisième terme de la tension entre présence et absence. En effet. Ce que l’on nomme les “ défenses ” est une forme d’armure. des illusions de puissance qui ne font qu’empêcher la présence. chaque œuvre constitue à son tour un moment de l’œuvre d’un artiste. La présence. L’analyse dialectique du rapport présence-absence oblige à dépasser l’opposition binaire. 226). par opposition à d’autres moments (au sens d’espace-temps)… Il me semble que chaque fragment d’une œuvre peut aider à comprendre le projet d’ensemble. Mais ces défenses sont des pièges. même si chaque œuvre répond à cette exigence de cohérence. Pour rencontrer quelqu’un ou quelque œuvre. la présence s’atteint par l’imprégnation. l’absence Henri Lefebvre rappelle que la présence peut être terrible (la confrontation avec l’adversaire) et l’absence douloureuse (l’éloignement de l’être aimé). 142 . l’amour et le concept. de la dissolution. l’angoisse qui s’attache à une ombre. d’armature. Cette réflexion est recentrée sur cette tension entre présence et absence. à l’extrême. des leurres. nous venons de l’explorer à partir de la lecture du chapitre IV de La présence et l’absence. à la mort du créateur. La présence se trouve par excellence dans l’œuvre. Entre les deux. La présence n’est jamais substance. ce qui est une illusion." L’entre-deux est aussi espace de conflits. intermédiaires et médiatrices. une plénitude. et qui continue. à la limite. d’unité et de totalité… Les œuvres complètes d’un auteur répondent parfois au critère de l’œuvre… Il existe. Elle se donne toujours dans une forme. Il n’y a pas de présence absolue. c’est-à-dire dépassement de la substance et de la forme pure dans une sorte d’acte poiétique. ce qui aurait pour effet de l’instrumentaliser. Lors de l’enfance et de l’adolescence. Pourtant. à un double. La présence est un moment. à la limite. une richesse (jamais possédée). à un écho lointain. On n’atteint alors que l’ombre et le simulacre. on peut aussi rechercher la présence dans la représentation.les critères énoncés précédemment. de fermeture qui vise à protéger de l’angoisse. il faut aller à la rencontre. et l’une des conditions pour que l’œuvre existe." La rencontre de l’œuvre ou de l’autre peut s’éviter par des représentations qui bloquent la confrontation. Alors conviendrait-il mieux de parler de l’art ou du style du créateur. Lefebvre. par le choix qui suppose un risque. avec ce que ce terme porte en lui (altérité. c’est-à-dire pendant l’éducation. La présence comme la puissance et la création se simulent. Il y a unité et contradiction des deux termes. c’est qu’elle soit finie. De l’autre. la représentation… "D’un côté.

La disparition des références. suppose de prendre des risques. on mime le substantiel en se servant des représentations. l’amour. Magique. elle ne fonctionne pas comme un référentiel." Le savoir a sa magie : il fait croire à la possession de l’objet. imitée. Celle-ci est simulée. Dans la présence-absence. de la pauvreté. Lefebvre. On présente le politique ou l’économique comme des vérités. n’est pas pathogénique. du mythe ou de la mystification. de l’idéologie. "Référence dernière. la névrose deviennent la norme. de la cohérence. L’anormalité. ou un vide. Les signes nomment le lointain. Le traitement ? Ce serait une présence. en politique. Ils s’y retrouvent sans s’y confondre. il n’y a pas de moment absolu. de la poursuite vaine. Mais il ne se fixe sur aucune. elle. une béance. de discours sur le discours dépouille l’homme de toute essence et définition générique. le sujet se constitue (il ne pré-existe pas à l’acte comme une substance) dans le même mouvement qui lui permet de percevoir l’objet. Elle incite. La vérité ne se distingue plus de la représentation. 231). implique un autre rapport du sujet à l’objet. présence absolue. La transe veut. Leurs méthodes. Dans cet acte de construction de l’unité. la prédominance des représentations laissent l’homme en proie à une absence ressentie comme ressentiment… La critique radicale peut déboucher sur le vertige du néant. débouchent sur la représentation d’un centre (ontologique) du réel et du spirituel. se retrouvent les termes de la philosophie classique : le Même et l’Autre. elle veut suspendre l’absence. un néant. le Sujet et l’Objet. comme moment. obtenir les dons du hasard et de la rencontre. c’est provoquer sa fuite. Le monde moderne se caractérise par la perte des références. de moment éternel : "À coup sûr. Accéder à la présence suppose d’accepter la souffrance qui glisse le désespoir dans le lieu de la joie. une origine et une fin. en Orient comme en Occident. des absolus. exorciser l’absence. ce qui dépasse la philosophie classique. éloigne d’autant plus. Accéder à la présence. La surabondance d’informations. 229). Le désespoir (qui n’est pas l’angoisse) est un moment de l’action poiétique. de "restituer le présent au sein de l’actuel" (p. Mais les actions magiques laissent désabusé. Ils prétendent le capturer. sans pour autant que se manifeste la stimulation de l’absence (p. Ainsi. mais toujours relatifs : elle est rare la minute à laquelle je dirais "Arrête-toi" (p. La consistance s’obtient par la publicité ou la propagande. absence absolue. de discours. l’éclatement de l’unité vécue et conçue. celle de l’action poétique. Le langage. il y a des moments plus ou moins profonds et sublimes. Pour H. L’homme normal a dès lors toutes les maladies mentales. Le signe dit l’absence et l’assigne. la définir ainsi. en nommant. elle aussi. s’y installer. Ceux qui refusent le risque du désespoir parce qu’ils ne veulent pas souffrir n’ont aucune chance d’accéder à la joie de la présence. avec l’oeuvre. c’est celui de l’échec.L’absence ? La représentation comble les vides de l’absence. Vouloir pour la retenir. Ce centre est ou bien un Être plein. La simulation sans foi ni crédibilité de la "présence" l’emporte. L’absence doit susciter le mouvement de création. en elle-même. Il n’y a plus d’assise. la déficience psychique. L’ivresse n’a rien à voir avec l’action poiétique. car ils se relient à la pratique productrice et créatrice." L’absence. 230) ? Les philosophes et les mystiques ont prospecté la voie de la présence. celui de la fin du moment de la présence. Elle suscite. l’Un et le Tout. mais la vraie connaissance. 143 . L’image. L’unité se constitue dans la différence du sujet et de l’objet. comme un principe de décodage-codage. L’unité du sujet et de l’objet s’opère ici dans l’acte et non dans la représentation. Le risque. la création ou la connaissance. C’est lorsque le rapport à l’absence s’installe dans l’immobilité que l’angoisse et la maladie surviennent. tente l’accès à la présence. qui laisse blessure et nostalgie. Le véritable problème ne serait-il pas de redécouvrir la présence. La présence a. de communications.

Ils bondissent de ceci à cela à travers les diversités. Paris. des fractures. Il découvre l’urbain. S’il fallait indiquer un rythme. les moments reviennent. On prend conscience qu’une source se tarit. Il faut constater qu’il est des situations sans présence. 234)." L’aventure est une prise de risque. Alors que les instants ne se reproduisent pas. L’instant est quelque chose en instance et qui se précipite. silence. Le temps des méprises. une forme qui s’identifie et qu’il identifie). Il a un rythme : en général d’adagio. des images. Lefebvre évoque. le concept de situation se réduit à une combinaison finie. La présence-absence est constitutive de la situation. son unité qu’il construit autour d’un centre ou foyer autour duquel se rassemblent tous les éléments et les données. Lefebvre évoque les moments de l’amour. fragment 338. dans l’instant quelque chose est arrivé qui modifie. Lefebvre. dans une conjoncture où joue le hasard. sont deux modes différents de la présence et de l’absence. Car sur le plan des représentations. celle de la rencontre. mais un élitisme "modeste. même si la temporalité retrouve sa fluidité. changent tout (p. Cependant. Sa découverte de la ville est un moment. une passion. 1975. Le moment est une lente maturation qui se parachève. Distance. Le moment retourne constamment vers sa genèse et la ressaisit grâce au travail de la mémoire et la patience des concepts. l’absence s’installe. Instants et moments Ces deux termes.La recherche de la présence est-elle un élitisme ? Oui. Les instants sont des déchirures. qu’il est maintenant nécessaire d’expliciter. Présence et situation La présence se manifeste dans une situation : celle-ci peut se définir comme un rapport momentané entre des éléments nombreux. devant un objet du quotidien. Voir bibliographie. du savoir. Mais dès qu’intervient la tension entre la présence et l’absence. 231). ses reconnaissances. cité par Lefebvre. 144 . mais de cet instant va sortir sa recherche sur la critique de la vie quotidienne qu’il développera entre 1947 et 1981 dans une série d’ouvrages importants 274 … La lecture de deux lignes du Capital sur la marchandise le bouleverse. Ces lignes "fulgurent." Le moment est plus profond. Tout à coup se cristallise l’impression de platitude dans le quotidien. le surgissement d’une intuition. dans Le temps des méprises 273 . Chaque moment a sa cohérence. ce serait l’allegro. rien ne remplace l’inexplicable qui vient de la naissance et que j’ai gaspillé follement : la présence. C’est intense. Chaque moment a sa mémoire. Nietzsche. Le Gai savoir. de la méditation. à New York. Lors du vieillissement. Définitivement. mais éphémère. insolent à l’occasion mais discret et presque secret (p. explosent. c’est un développement qui s’enveloppe (prend. Stock. Il est inséré dans le temps. cet instant où. Pourquoi ? C’est difficile à expliquer. H. les uns grossiers (quotidiens) et les autres fins. Il s’agit d’un élitisme par rapport à ceux qui ne se soucient que du confort et ignorent que "bonheur et malheur sont des jumeaux qui grandissent en même temps 272 . juste avant la seconde guerre 272 273 274 F. éloignement. absence peuvent aussi définir des situations. avec le temps. C’est l’entrée brusque d’une personne." Ce serait une sorte de stoïcisme sans fatum uni à un épicurisme subtil (Épicure prenait le plus grand des plaisirs à boire un verre de bonne eau fraîche). récompense méritée ou non. Au bout de l’aventure : une présence. C’est la déception. Il dure. H. Même si je suis de plus en plus malin. de la lutte. on entre dans l’infini des possibles. d’un événement. séparation. H. On tente de la suppléer par des signes. C’est bref. une femme lui dit : "C’est un bon produit".

H. intégrées. se termine par une méditation sur le désir. Le moment de Tulan serait de l’ordre de l’œuvre virtuelle. Ici. des monuments qu’il a déjà connus et reconnus." Car les moments impliquent le souvenir et la re-connaissance : ils éclairent le passé. comme une conque. dans une épaisseur particulière. puis à Bologne (1950). L’espace évoqué. Il n’est pas "objectivable" en luimême. avec A. avec le travail. 275 Par condensation ? 145 . Le temps évoqué ici. la temporalité et l’espace tout entier de l’histoire humaine. une cohérence. la nature. qu’il s’est approprié. qui intègre d’autres temps et d’autres espaces. à Paestum. mais il vit intensément l’histoire de l’homme à travers son architecture. les activités et les actes quotidiens complètent ce tissu (p. à…" Il y a une situation : un homme et une femme sont dans l’eau au bord de ruines. à Persépolis. une épaisseur temporelle. Elle a à voir avec la production. des sensations. entre les ruines. projetée. imaginée. qui conclut l’ouvrage. Deux minutes de taxi. représentant ici des mondes. les opérations magiques. en commençant par l’actuel. des sentiments. c’est le temps des hommes et le temps de sa propre histoire. Bain de mer. Lefebvre évoque un voyage à Tulan. Les instants. pour l’un des protagonistes de la situation. Il n’y a plus de passé ni d’avenir. ce ne serait pas un récit ou une autobiographie selon les formes habituelles. car le vécu métamorphose l’instantané de la situation en une cohérence déjà rencontrée. cette situation est vécue comme un moment. le moment n’est pas une œuvre dans la mesure où le moment n’est pas un produit. le réel. Elle s’accorde au pays. le travail est psychique. Elles s’entremêlent avec des émotions. intégrant la durée. Ce n’est pas une représentation. c’est qu’il y a tissu. Le temps et l’espace se condensent soudain dans une durée. puis à Mourenx (1954). qui installe psychiquement un morceau de vécu situé dans l’espace d’un moment en lui donnant une unité. eux. "S’ils déchirent le tissu du temps et de la subjectivité. Lefebvre voit dans cette tension entre instants et moments l’espace d’une écriture biographique : "Je pourrais écrire ma vie par instants et moments. parce que le présent reprend l’histoire et l’offre – parce que l’avenir s’accueille avec un espoir… Je rêve au Parthénon. et le contiennent. les résume en elle.. car c’est l’homme qui est l’auteur de cet acte créateur qui transmue une situation en moment. au paysage. Ce chapitre. procèdent autrement 275 et chacun peut se dire pour lui-même. les ruines mayas en bordure de mer. H. Le temps se recourbe comme la coque d’un navire. 234). car ici les représentations sont dépassées.mondiale. Les moments en sont la trame . et remonter le temps jusqu’à l’enfance. Henri Lefebvre nage-t-il ? Il est dans l’eau. Mais. le 7 décembre 1975. puis de nouveau à New York. c’est la pluralité des lieux. Il est avec une femme qui s’accorde au pays (p. D’une certaine manière ce qu’il nous décrit est une situation. Toute l’architecture s’évoque. des sociétés." Parmi les expériences qu’il évoque comme "moment". fusionnées. Le moment ainsi décrit a quelque chose à voir avec l’œuvre. C’est la répétition qui construit le moment. L’œuvre d’art est matière transformée. l’être et la pensée. les faits. ne serait-ce que par la date qui est donnée avec autant de précision. En même temps. 235) : "Le petit avion nous dépose sur l’aérodrome.

des sens. Il révèle. des sentiments et des représentations. l'action. centre au moins “ momentané ”. Lefebvre. il y a en amour des inventions : l'amour courtois par exemple . l'instant fait irruption : un mot. Il se pose à partir d'une circonstance. Et toujours reprenant ses thèmes. et les moments. Dans cette constellation. Par contre. celle du vécu individuel et celle du "milieu social" de l'individu. à une classe. de la reprise. au chapitre II. Provenant d'une rencontre. cette énumération ne peut pas être exhaustive. l’œuvre d'art. Le vécu s'organise autour d'un centre qui n'est pas fixe. à un groupe. de la pensée. reviennent avec une certaine constance : l'amour et la pensée. Pour Lefebvre. il en va comme de l'amour : "toujours unique. au-dehors et attendait l'occasion de se manifester. Ces figures ont changé .ou l'amour sacrificiel (Gretchen). (Diotime. ses représentations. rassemblant des paroles et des actes. celle d'une collectivité qui se retrouve ou se reconstitue en reconnaissant ses valeurs. toujours nouveau. L'identité concrète a deux formes : l'identité culturelle. à un peuple. non sans difficulté et sans risques de perdre une partie des richesses conquises le long de ce parcours qui va de l'amour vers l'amour". Béatrice) . 146 . le moment se détache de l'ambiguïté vécue pour prendre forme. Il devient une façon d'être c'est-à-dire présence à soi et aux autres. pp. souvent aberrant. du corps. pose une question préjudicielle : “ Y a-t-il un moment philosophique ou moment du philosophe ? Comment caractériser ce moment ? Selon quel critère ? Comment l'authentifier ou le rejeter comme non-authentique ? ” Henri Lefebvre reprend une question proche dans Qu’est-ce que penser ? 276 Pour Lefebvre. 83-94.Chapitre 10 Les moments de l'amour et de la pensée Dans La Somme et le reste. Le moment est l'inverse de l'instant : "Bref. ascendant puis se dégradant et parfois reprenant son ascension. intitulé "Le moment philosophique". voire ses lieux et coutumes. un geste. 276 Henri Lefebvre. plus individuels : "Forme éminente de la répétition." L'amour est un acte social et en même temps extra-social. mais se présente plutôt comme la "constellation changeante des moments qui brillent au-dessus du fleuve héraclitéen du temps". Qu’est-ce que penser ?. c'est-à-dire durable. Car il y a de l'innovation parmi les moments : "Si l'amour a sa mémoire (individuelle et/ou populaire) ainsi que son histoire. de la mémoire et reconnaissance de certains rapports. partant de l'immédiateté antique pour traverser les médiations (l'aimée et l'amour comme médiateurs) et revenir aujourd'hui vers l'immédiateté du désir. éclairant à la manière d'un éclair. comme acte central . et cependant individuel. le moment (dans une acception qui diffère de l'hégélienne tout en l'enveloppant) entre dans une histoire. d'un mot. Acte et non état. bouleversant. un signe. d'un détail infime. Il exprime l'instance : ce qui restait au-dessus. à un peuple". le repos. Inégal à soi et à son destin. des situations et des attitudes. celle de l'individu lié à un groupe. le jeu. Partie prenante d'un moment appartenant comme tel à l'espèce humaine. les siens. du vécu".ou l'amour spirituel. La passion est proche de la névrose. il s'approprie le vécu à travers une unité d'ensemble. etc. Elle est décrite comme telle par les philosophes et les psychologues. H. avant de tenter une réponse. L'amour entre dans une mémoire.

ayant atteint son but (son autre).H. que n'est aperçu que deux fois. informe". rappelle H. la pensée n'est pas un état. l'amour est un état. La pensée reconnaît son trajet. 147 . en intégrant la mémoire à l'acte et à l'immédiateté présente. des groupes où il figure. Les changements dans les contenus . Si le penser naît des ambiguïtés.ou plutôt ils sont ces puissances de métamorphose par rapport au “ donné ”. et c'est une renaissance perpétuelle. de ses échecs. interne ou externe. car il transforme et le sujet et l'objet". Toujours ayant une forme. du lieu de départ jusqu'à l'horizon visé : le jeu. la pensée ne joue pas. Cette forme d'amour se lie à l'état des choses dans le cosmos. Les moments ont ces puissances . "L'acte de penser revient alors vers sa source et recommence son effort. se refusant à une objectivité figée du savoir : "La pensée qui s'auto-définit ainsi. parce qu'ils y voyaient une aliénation du penser. encore moins dévorer. de ses régressions. Le jeu s'approprie le hasard et la décision. Cette opposition de l'état et de l'acte remonte à la plus haute antiquité.ne disparaît pas. etc. Cette interaction fait partie de l'histoire et de la genèse. l'amour. Lefebvre. chaque jeu a des règles . Ne consistant pas en une ex-istence ou ex-stase. une capacité de transfigurer le "réel" autant qu'une réalité psychologique et sociale : "De même le penser. la violence. Ainsi. Nécessaire. La "res cogitans" est pensante par définition. gains et pertes). de son vide. Le moment du jeu a son temps propre. Pour Dante. à l'amour qui meut le soleil et les étoiles. l'apaisement. celle de l'individu. Lefebvre. cette re-naissance l'oblige à refaire son parcours. Pour H. Par opposition. l'une lors de sa neuvième année. Ces remarques de H. Il lui faut "l'autre" pour le penser . inaltérable. l'autre dix ans plus tard.réagissent sur les formes et par suite sur les moments. sa “ matière première ”. Il naît et renaît de sa propre absence. Lefebvre sur l'amour. une substance. à une vitesse accélérée. ou objectif. il les transforme. il se crée (auto-création). Les philosophes ont proscrit les passions. Selon la Vita Nova. il peut aussi le dire du jeu : "La pensée se crée en pensant le jeu. mais dans une poursuite de ce qui le fuit et que cependant il peut atteindre mais non captiver et posséder. l'amour humain est un acte en même temps qu'un rapport au monde. "L'amour ne peut se dire ni objet. Béatrice. mais la résistance au devenir. mais en un acte. La pensée peut chercher à persister dans cet état. Ce concept d'appropriation renverse et inverse celui de propriété : "L'amour s'approprie la sexualité. ou l'action. il ne suffit pas et ne se suffit pas. les possibilités multiples (enjeux. Elle comprend de l'intérieur. au sensible.dans les activités pratiques . reste fragile : elle ne peut durer longtemps. jamais établi. Elle le rassemble. sa mémoire propre et spécifique. et cependant l'amour-état traverse la vie et la mort. acte plutôt qu'état.ces formes au temps qui vient. qu'il transforme. des flux informes du vécu. son parcours. acte impur. à s'y maintenir. peut alors jeter un regard en arrière. de l'irréductible qui surgit devant la réflexion et d'elle lorsqu'elle s'applique à saisir et à définir une activité quelconque. Lefebvre remarque que le “ cogito ” s'est donné pour un état. avec leurs rapports qui n'ont rien de simple . qui renaît de ses cendres. l'on entre dans le jeu en appliquant ces règles . H. encore moins comme étranger à la pensée. en une chose acquise". spontané. Sans s'arrêter nulle part en un “ état ”. ni subjectivité. son trajet : jamais stabilisé. La pensée ne peut penser l'amour que parce qu'elle n'est pas l'amour : le moment de l'amour ne peut se situer comme identique. la pensée. à l'ambiguïté du vécu. au temps et à l'espace. des normes et valeurs de la société où il se déploie ou bien dépérit".la dissemblance . possède un trait commun à tous les moments : une activité d'appropriation". c'est-à-dire le risque. Lefebvre voit quelques analogies entre le penser et l'aimer : la différence .

et finalement entre le vécu et le “ vivre ” qui comporte lui-même le penser". c'est-à-dire dans une unité qui se constitue (qui se crée) à partir d'une matière première et naturelle d'émotions et d'activités. de la fluidité. La force du penser vient de ce mouvement interne-externe. le penser cherche à constituer une totalité qui toujours se brise : "Parce que le moment de penser a une relation avec tous les autres moments. Par cette forme qu'il se donne. il passe entre le vécu informe et le savoir formalisé (conceptualisé. sans quoi celui-ci resterait dans les flux informes et s'y égarerait). les oeuvres d'art cherchent à proposer un temps absolu (musique) ou un espace absolu (l'architecture). Concept. la pensée est un rapport au monde en même temps qu'à son autre et à travers cet autre. On ne possède ni soi. l'action. puis opte pour l'un d'eux en refusant l'autre. "L'acte de penser entre donc parmi les moments. le moment fait transition entre la connaissance (le concept) et l'art. etc. il se donne une forme. qui oscille entre les moments. Le moment de la pensée "se constitue ainsi par négation de ce lieu de départ. sans fusion ni confusion. de gestes et de représentations. mais elle parvient à surmonter le conflit en considérant les moments dans le devenir. irruptions bouleversantes. La méditation se perd dans l'indéterminé. des interactions entre l'ambiguïté des concepts. épreuves. Le monde est le fond sur lequel se détachent ces constellations et ces nébuleuses : moments et instants.contenant sa dialectique du devenir". en un lieu de nouveau départ. Les moments. La réflexion gère sans fin les aspects contradictoires du rapport au monde : "D'un côté. le jeu. Le penser a la puissance de transformer son lieu de départ. le vieillissement . Si les moments sont dans un temps et un espace relatifs. les menaces". les jeux et enjeux. dans leur rapport au monde. de même importance. au monde). Le penser ne poursuit son auto-création qu'entre le Même et l'Autre. intuitions brusques". Son auto-reproduction ne fait pas sa fécondité. Elles ne peuvent trouver un objet ni dans le conçu ni dans le vécu qui n'a pas revêtu une forme". Une telle confrontation donne lieu à un discours infini. Il ne peut y avoir de fermeture. La pensée naît dans l'entre-deux des moments. 148 . ni l'être. la souffrance. évènements et concepts. s'opposent aux instants.et de l'autre la joie. De même. D'un côté la sécurité et la certitude. sans s'identifier à aucun. comme médiation qui part de l'immédiat et le retrouve. sans confusion ni séparation. il les pense successivement et non simultanément". aux autres et à l'autre. réalisant une modalité de la présence (à qui ? à soi. qui se constituent en “ êtres ” concrets et divers. de sensations et de besoins. la mort. acquis) sans s'en tenir aux médiations instituées. en même temps qu'une mémoire et un temps propre (dans le devenir du monde). puis par sa restitution qui le situe dans la constellation mouvante des moments. C'est-à-dire en constituant un centre “ momentané ” qui confère un sens (c'est-àdire une signification et une orientation au “ vécu ”.de l'autre le risque. révélations subites. Les créations esthétiques présentent ou représentent des moments : l'amour. il saisit le vécu comme tel . Le Même devient l'Autre et l'Autre se change en le Même. "Le moment convient à la fois au conçu et au vécu. les plaisirs et les voluptés. sortant de l'ambiguïté. celles du savoir acquis et des institutions stables . En tant que moment. Ainsi.

Mais je ne suis pas là pour raconter. être auteur est. On pourrait se dire : le Journal d’un auteur est à ouvrir . découvert dimanche au “ Salon du livre de voyage ” de Magny-en-Vexin. une fois de plus. mais ce n’était pas la place. et je me suis plongé dans ces ouvrages avec une forte implication (puisque je viens de terminer mon Voyage à New York). il est nécessaire qu’il y ait du jeu entre les moments. Dans le public. 149 . donc un espace qui est libre. D’ailleurs aujourd’hui j’ai passé une partie de la matinée à écrire mon journal. J’en ai profité pour acquérir 6 livres sur le journal de voyage (Gide. donc. c’est qu’il me semble que pour rendre fluides. mais pour essayer de penser un nouvel objet : Le non-moment. J’ai donc du vécu qui ne se trouve pas enregistré dans le Journal des Moments. Gilles Brougères. pour lequel Hubert de Luze. J’ai ouvert La mort d’un maître 277 . j’ai pris conscience qu’il n’y avait pas de Journal d’un auteur. j’ai voulu trouver un bon support pour noter cette nouvelle. En ouvrant Journal d’un lecteur. que je ne décris pas dans mon Journal des moments. de façon "évidente". David Le Breton sur la marche…). Je venais de lire le Journal de voyage d’Albert Camus. non installé dans nos moments ? 277 Ce chantier est un ouvrage en préparation sur René Lourau. Le jeu des moments (passage de l’un à l’autre) suppose une sorte d’huile de coude. un moment non contestable . il y a aussi Guy Avanzini et des collègues d’Angers. pour moi. "dispositif") des moments. du coup. J’aperçois aussi Jean-Louis Le Grand. une soutenance de thèse. Journal d’un éditeur. de la fluidité du sujet que je suis. découvrir. En apprenant la maladie de mon ami Hubert de Luze. Je suis venu à cette soutenance comme “ auditeur libre ”. Camus. qui ne rentre pas dans le cadre (framework. je retrouve Françoise Cros. C’est cela que je voudrais explorer. et je m’étais replongé dans le très beau livre de Pierre Sansot : Du bon usage de la lenteur.INTERLUDE 2 JOURNAL DU NON-MOMENT (5 mai 2004 – 25 novembre 2004) Mardi 5 mai 2004. soutenance de thèse de Jean-Yves Robin (Villetaneuse). j’ai regardé mes autres journaux. les moments les uns par rapport aux autres. Jean-Marie Barbier. Je ne l’ai pas trouvé. L’idée s’est imposée à moi ce matin. en tant que directeur des éditions Loris Talmart. en sortant du séminaire de Patrice Ville à Saint-Denis. fluide. et un prof que je ne connais pas (on m’a parlé d’un Allemand). Si j’ouvre un Journal du Non-Moment. m'avait signé un contrat dès 2001. Qu’en est-il du vécu. en me posant la question : qu’en est-il de mon vécu. Alors. Au jury. Cette prise de conscience m’a conduit à faire un pas de côté. dans le jeu de la transversalité. pour le faire connaître. il y a des moments. où j’étais invité à faire une petite conférence sur mon Voyage à Rio. Je suis venu avec Sergio Borba. Je le promène un peu autour de moi. Christine Delory-Momberger.

à son effort pour se donner comme efficace. pour écrire. je veux tenter de penser le non-moment . d’une certaine manière : un lieu. je trouve cette première impulsion moins évidente que lors de l’insight (l’insight est de l’ordre de l’instant). des vrais. à la manière des grandes émissions de France-Culture. elle mangeant un steak haché. Car le moment est un espace-temps. que je n’ai pas lu. et entre les deux. Romain. Comment décrire le non-moment. le concept. Quelle place faire au non-moment dans la théorie des moments ? J’aime l’éloge de la lenteur que fait P. Chez Jean Oury. Je parlerai ici plutôt d’un quasi-moment. par rapport à mes enfants : est-ce analysable. des livres. et non structurée. plutôt que du côté du moment. mais il faut décrire le non-moment qui est tout de même traversé par des moments. j’ai trouvé une critique de la conduite automobile. En même temps. Donc M. Chez Augé. il me semble qu’on transmet surtout des moments. une musique dialogique entre Christine. intuition. c’est le non. dans le mode de production. dans une performance commune : celle d’un repas à la terrasse d’un café . que je pose entre deux autres moments. contre moi ? Le repas d’hier midi avec Charlotte. je suis dans un non-moment. il s’agissait d’un insight déjà expérimenté. et qui commente un mémoire de synthèse. Ce matin. Dans les temps qui viennent. suis-je dans le moment de l’écriture ? Non. que j’entends comme un fond musical ou plutôt culturel. de Jean Oury. elle s’oppose à l’activisme. descriptible ? Puis-je demander à Hélène. Qu’est-ce qu’on laisse derrière soi ? se demande Jean-Yves Robin. J. prendre l’air. commencée avant que j’arrive. Mais la Loburg était excellente. Non-lieux de Marc Augé et Arts et schizophrénie. Charlotte. moi une choucroute ! Il nous manquait du vin frais. encore que le chapitre sur l’écriture est bien une réflexion sur la construction du moment d’auteur. En la restituant. Sansot. Manger. dans lequel je me trouve maintenant : la soutenance de HDR. il y a l’espace-temps disponible entre ici et là : ici et là sont des moments . Chez Camus. je lisais Du bon usage de la lenteur. donc. à Rio de Janeiro. utile. Dans son effort de théorisation du sujet. ou plutôt sur les rythmes du nonmoment. sans savoir à quelle heure notre entretien serait suspendu : voilà du non-moment. il y a un entre-deux. Il me faudrait expliciter pourquoi je suis tenté d’inscrire le quasi-moment. le point commun avec ma recherche. Jean-Yves. Gilles.L’idée m’est venue ce matin. Ce fut ma première impression. au-delà de nos différences ! On a produit ce manifeste. Le non-lieu est virtuellement un non-moment. le calme. dans une succession imprévue. un espace agréable (une belle table). On peut transmettre des maisons. Sansot viennent étayer une réalité essentielle. livre sur le non-moment. fut riche en auto-célébration de notre commune transversalité (danse/philosophie) : -On est les mêmes. Oury. lors de la lecture en décembre 2003 de deux livres importants. et donc du moment. même s’il en ignore. mais comme une sorte de redondance. Je ne suis pas dans le moment de la thèse . semble-t-il. rentable : contre la vitesse. au fonctionnement mécanique du sujet. il faudrait reprendre la construction archaïque de la personnalité : Jean Oury ne parle pas vraiment d’autre chose que du moment. de la rêverie. quand le vécu prend la forme d’un quasi-moment : le moment de la flânerie. le risque : en faire un moment ! 150 . Elle est utile . pour parler du nonmoment. des tableaux. Qu’est-ce que l’on conçoit transmettre à ses enfants ? ["Est-ce effectivement transmis ?" serait une autre question]. plutôt que d’un moment. Augé. P. du vin. du côté du nonmoment. C’est pour moi : une salle chauffée. etc. observer des classes prendre l’autobus. ce qu’ils ont repris de mes moments ? En quoi ai-je aidé mes enfants à se construire leurs moments ? Cette question peut être dialectisée par cette autre : comment mes enfants se sont-ils construits des moments. saturés. Puis-je penser cette question. mais.

elles étaient rivées au domestique. les institutions totalitaires ne connaissent pas les moments. à propos de sa distinction entre groupe objet et groupe sujet : dans le moment. pour les femmes. Sujet de la thèse : Bible et éducation. par ailleurs. qu’il y a à boire et à manger : je fais le tri.Lyon Perrache. Michel Lobrot trouve que ce rituel est un peu ennuyeux : -On n’a pas suffisamment parlé de nos croyances. pour les paysans. on peut tous être des chroniques de quelque chose. il y a davantage : il y a la conscience du moment. mais j’ai refusé le legs). Mais dans le moment. ou par déterminisme familial. dans Psychanalyse et transversalité. était sans surprise : ils travaillaient tout le temps. mais aussi une grande part de subjectif. par ma famille. est un moment. il me faut distinguer le moment hérité (transmis par ma famille). j’ai des rites de passage : notamment des rites d’entrée à respecter . J’ai refusé certains moments familiaux. entre deux moments. je viens de présider la soutenance de thèse d’Antoine Caballé. je rentre dedans. on se promène. la volonté du moment. Je choisis mon moment. Le converti. du fait de la conscience que j’ai d’accepter ce legs. du moment de la marche. Cette méditation peut être rapprocher des réflexions de Félix Guattari. contraints . il y a une part subjective : le moment est construction du sujet. Le moment. Dans les Eglises. 151 . l’institué de l’institution objective la vie : on mange. dont j’assume l’héritage. dans le quotidien totalitaire . par exemple. pour entrer dans un autre. par appartenance culturelle. La vie au Moyen Age. dans le moment. à une tradition familiale dans laquelle j’estime. il y a une dimension totalitaire. comme le moment. et le moment voulu. le désir de ce moment. ils sont religieux. contre un autre possible : je l’habite. de la conjugalité. on se couche : ces modalités doivent être distinguées du moment du repas. on entre un peu au hasard. J’ai posé l’hypothèse qu’il n’y a pas de moment. l’étable n’est pas un moment : c’est un espace-temps. Donc. par statut social. le moment refusé (j’aurais pu en hériter. par opposition. et ce que j’abandonne de mon héritage. Pour un animal. Et d’une certaine manière. Ce sont des activités contraintes . pas seulement le prisonnier ! Le malade hospitalisé en hôpital psychiatrique. celui que l’on appelle un chronique. je suis conscient d’appartenir. le non-moment nous aide à définir ce que serait le moment. qui peut être un non-moment. je suis tranquille : pas de devoir à la maison. qui vivent en dehors de tout moment ? Le problème : quelqu’un placé en prison se voit détruire progressivement tous ses moments. 12 h 40 J’attends le départ de mon TGV pour Paris . sans moment : le chronique est dans le non-moment. construit son moment religieux. Dans le nonmoment. le 6 mai 2004. Le rythme des champs décidait chaque matin de leur activité . poussé par le flux héraclitéen du quotidien 278 : beaucoup d’adeptes sont entrés en religion. il y a de l’objectif. Pour le chronique. entre ce que je conserve. cependant. 278 Expression de Husserl. Ainsi. voire de subjectivation. qui n’est pas le thème que je voudrais développer aujourd’hui. La vie était construite de l'extérieur . Par extension. les institutions totales sont des dispositifs. d’autres sont ma fierté. qui entraîne le non-moment. Ainsi. Quand je quitte un moment. mais. la seule rupture permise avec le quotidien : la fête. n’a plus de moment : les rythmes bureaucratiques de l’institution agencent sa vie. de la matérialité. ou du moment du repos. Ces rituels n’existent pas dans le non-moment. a-t-il dit. des rituels de sortie et des rituels d’entrée sont ménagés. et cette qualification totalitaire du quotidien n’a rien de péjoratif. Ma question : y a-t-il des gens. Ayant rédigé le rapport en situation.

même si j’ai renoncé à l’adhésion à ce Parti. trois pensées : H. je voterai vert. Alors. etc. Je suis proche des membres de ce groupe. je me sens institutionnaliste. accompagné de Sergio Borba . mais sans angoisse. bien que le mouvement institutionnaliste soit difficile à définir. Sergio est arrivé . 281 Portrait de mon maître. chez les Verts. les notions de maintenance. Mais ce parti-pris est davantage étayé par mon expérience du monde actuel. on est dans un non-moment. Les développements sur le péché (450 pages de petits caractères) sont à dévorer avec passion. G. je retourne à la librairie. Jacques André Bizet. maintenant. Gramsci 279 : dans le taxi qui nous conduisait à l’Université. J’y ajouterai la mienne : ma pensée. pourtant. 2004. qui avait changé d’adresse après 1989 (époque où j’avais découvert le Dictionnaire de théologie catholique de Vacant. Colloque de la société européenne d’ethnographie de l’éducation. Patrick Boumard et Driss Alaoui.A. Gramsci. Qu’est-ce qui me maintient institutionnaliste ? Pour moi. Lucette téléphonait à Paris 8 pour avoir la présidence… Je me suis senti dissocié. Santot parle du repos : il parle de la digestion. L’ensemble du Dictionnaire est une perle. Deux pensées qui contribuent à me maintenir communiste : B. un Congolais. Au moment de relecture de mon texte. Mangerot et Amann) : j’ai beaucoup utilisé l’article Danse. puisque je ne l’ai jamais été : je continue à me sentir écologiste. acheter le volume sur le péché (1933) : ce volume de 1400 pages m’est vendu 98 euros (mais je pourrais avoir une réduction de 25%. Je me sens bien : je sais qu’il me faudrait rentrer chez moi. du sommeil. que le président Lunel devra prononcer lundi. tout pourrait être moment ? En partant à Lyon. assez sérieuses. Brecht . sans harcèlement. Francesco de Saragosse. mais. vert . malgré mes expériences insatisfaisantes. Sergio Borba. Lefebvre. Je vote vert. Je suis venu à pied de Saint Placide. Brecht .A. le vendredi 7 mai. vers Saint-Denis. Lourau. Georges Lapassade était là. ce matin. Institut catholique. le titre de cet ouvrage nous a surpris. Cela renvoie à l’institué. mais peut-être s’agit-il du moment du repos ? Oui. que par des lectures : idéologiquement. 17 heures. incapable de structurer mon identité : quand on se trouve ainsi. je me vis dans un non-moment. dans ma première valse. je traîne un peu ici. peint pour son anniversaire. lors de la fête des 80 ans de Lapassade : j’ai écrit 6 pages. un Vietnamien. il s’agit de quelque chose d’instituant. j’en parlais avec Michel Lobrot . 152 . Lapassade. Patrick Tapernoux. Impression de vivre dans le non-moment. Les participants à cette rencontre se présentent : trois doctorants 280 . de la grasse matinée. 92 pages. j’ai dû me mettre à la rédaction du discours. le moment de la thèse en italien. je retrouve un livre commencé en avril : Georges Snyders. de maintien m’intéressent : j’y ai réfléchi. si j’avais un bon de commande de mon éditeur). entre plusieurs moments. je ne peux pas réfléchir à ce qui me maintient communiste. pour avancer ma toile pour Georges 281 . ou plutôt de l’implosion du sujet . Je sais que je 279 Georges Snyders. à propos de la sieste. 15 heures 30 Je viens de terminer Du bon usage de la lenteur : excellentes pages sur le nonmoment. Ce non-moment est alors parfois vécu sur le mode de l’éclatement. Pendant la pause repas. Vito d’Armento qui vient de traduire mon ouvrage Produire son œuvre. 280 Un Colombien. par opposition à l’instituant . Matrice. R. mes œuvres me maintiennent institutionnaliste . Deux pensées qui contribuent à me maintenir communiste : B. nous sommes passés devant la librairie Letouzey et Ané. P.Dans le métro. En me levant.

un processus organisateur des récits de vie. est une transduction permanente d’une activité à une autre. Idée de l’amener avec moi pour résoudre ma dissociation : je dois faire mille choses à la fois. avec Le château à la main ! G. Hier soir. avec une perspective unique : la préparation des 80 ans de Georges. J’arrive. Lapassade. en fait. j’ai du mal à suivre son discours. son œuvre. se heurtant à pareille situation ? Driss Alaoui. Comment peindre un tableau pour lundi. Lapassade raconte que. avant la réflexion sur le dispositif. Lapassade a fait sienne cette posture.retrouverai tout ce petit monde dans la soirée : je suis invité au dîner organisé par Patrick Tapernoux. Georges m’a reproché de ne pas avoir lu ce mémoire. G. Présents dans le groupe : Francesco. il change son idée en arrivant face à son auditoire : il improvise. Je me sentais dissocié. Lapassade a une posture : Je m’engage. Vito d’Armento. un non-moment : celui d’une langue hachée. Patrick Boumard. dans la théorie des moments sur la dissociation. échappe . et être disponible pour vivre le performatif. j’ai sommeil. et ensuite un autre sur "René et Lapassade". Beaucoup de professeurs préparent leurs cours : ils travaillent à la construction d’un dispositif pédagogique. qui a du mal à émerger . sa vie. j’ai revu avec Vito une partie de la traduction de mon livre. Bernard Jabin. parce que ma vie. qu’ils imposent ensuite à leurs étudiants. ce texte est suivi d’entretiens avec Georges Lapassade . J’avais donné un rendez-vous à Giorgio. Let espace social. Lapassade parle 153 . mais. Depuis Groupes. car Vito parle de moi : mon ami voudrait que je sois davantage présent en Italie. Cette perspective me fait écarter d’autres activités importantes. Trotski. du fait des lacunes de mon italien.. cité par Trotski). même s’il travaille tout le temps (en rédigeant des textes sur l’observation participante. Institut catholique. et ensuite je vois (Napoléon. Samedi 8 mai 2004. la prise échappe : on ne comprend pas. tout à l’heure. institutions. chez Patrick Tapernoux. chacun d’entre nous peut privilégier l’engagement. J’écris ces remarques dans ce texte. JacquesAndré Bizet. s’installer dans un dispositif. Soudain. Il raconte maintenant une situation dans laquelle il avait demandé à ses étudiants de lire Le château de Kafka. langue que je voudrais m’approprier bientôt. Idée d'un chapitre Lapassade. feuillette bruyamment ses notes . G. que j’ai moimême déjà organisées. nous rend extérieur à ce qui se passe : cette extériorité est un non-moment. à côté de moi. qui est observable dans le social : après Napoléon. Driss Alaoui et Rose-Marie. je me sens obligé de me recentrer sur la discussion.. Cette idée me fut donnée jadis par Hubert de Luze. je lisais le mémoire d’Abdelwahed Mabrouki. qui voulait que je fasse un chapitre sur "René et Lefebvre". Vito parle en italien : les deux Patrick tentent de le traduire. ces entretiens sont riches : ils complètent beaucoup d'informations. J’ai envie de partir de cette réunion. suppose de construire un dispositif avant. et ensuite il eut une autre idée . que l’on maîtrise mal. mais je n’ai pas conscience d’être dans le moment de l’écriture : j’écris mécaniquement . j’écris. dans mon livre sur René Lourau : il y a de la matière. tout en faisant mille autres choses ? Vivre un moment. difficile. opposant le concept de dissociation au concept de moment . intitulé finalement La dissociation. Travaille dans une langue. quand il est arrivé. accompagné de Gorgio de Martino : j’espère qu’il va prendre le pouvoir de la traduction. Que fait l’esprit. organisations. qui rédige des notes du traducteur : je me sentais dans un entre-deux. par exemple). Patrick Tapernoux. 11 heures 45. Il me fallait donc le lire rapidement : c’est une introduction polémique. auquel on tente de s’accrocher. les étudiants sont restés. qui porte sur Lapassade. pour qu’il me parle de lui . comme l’organisation de la thèse de Mohamed Daoud. Je suis dans un non-lieu. G. Le mémoire de Mabrouki donne envie de faire aussi quelque chose.

du transductif. -Ah bon. Les 80 ans de Lapassade est un vécu collectif. sur la notion de péché : j’ai retenu que Saint Thomas d’Aquin a fait la synthèse de tout ce qui s’est écrit avant lui. tu es un hérétique ! me dit Guy Avanzini . j’ai eu le temps de lire 20 pages. Elle a fait 4 ans de philosophie à Paris IV . dit-il aussi. Je suis bien là : j'ai un espace. Lourau oppose la logique transductive à la logique hypothéticodéductive. la transduction est un mouvement. Ce mouvement. même si elle ne l’est pas théologiquement. dans ce jeu de séduction. puis Sergio Borba est arrivé : il présente sa recherche. Que Dieu existe ou non. 16 heures 50. Cette installation exige une conversion . une installation dans le moment. Lefebvre. et les moments que l’on construit avec d’autres (le repas familial. parce que Vito fait un exposé en italien. donc je suis Dieu. mais ne le connaît pas. un lieu qui n'est pas un lieu. Or. par excellence ? Groupe d’ethnographes de l’éducation : j’ai été boire un café avec Driss. je suis Hess. comme visiteur. Je me lance dans une discussion avec Charlotte : Oui. par ce qu’il racontait sur sa vie. qu’en mon destin de créateur. je suis passionné de théologie . Je ne suis pas membre à part entière de la SEEE. suppose une articulation collective de l’espace et du temps. Une différence existe entre les moments individuels (se mettre à l’écriture d’un livre). cela ne dérange pas mes collègues que j’écrive. mais par simple affirmation de mon Essence : Je suis celui qui est. mais il ne parle pas du moment de la pensée 282 . sur un mode cool ? Lien psychologique qui relie deux choses. mais je m’y sens chez moi. Cette déduction logique ne semble pas évidente aux théologiens présents. Quand on entre dans un moment. qui travaille sur l’autodidaxie : elle a lu Christian Verrier. assemble des moments anthropologiques traversés par. elle était simultanément inscrite à la Catho. Comment vivre le nonmoment. et que je ne puis me brancher sur ce qu’il dit. qui rassemble. mais un lieu qui est un non-lieu. Je dois être un inventeur. je le deviens. un non-moment. où tous les participants viendront mettre en commun leur moment Lapassade : c’est un moment historique (donc qui s’inscrit dans la temporalité). cette énergie circulent dans l’entre-les-moments. Assez vite. Tapernoux. on prend le temps de le construire : il y a une transition. La pensée associative ne serait-elle pas le non-moment. Je me remets à écrire. je me suis mis à couper les pages de mon volume acheté hier du Dictionnaire de théologie catholique . suis-je dans un moment ? Lequel ? La pensée transductive est-elle un moment ? Pour H. Il élabore le moment de la pensée dans Qu'est-ce que penser ? (Voir le chapitre sur ce thème). dit Dieu . il y a le moment de la philosophie. R. présent à cette soirée. Impliquer d’autres personnes dans la construction de ses moments. la conversion est un changement de posture intérieure et extérieure. avant de venir chez P. Quand je fais ce type d’associations. Fils d’André Hess. qui le conduit d’une chose à une autre : cet état fait partie du non-moment. deux moments. lorsque Sergio a commencé à parler : j’étais pris. donc d’être Dieu moi-même : je crois moins en Dieu. -Pourquoi ? Si je suis fils de Dieu. 154 . j’introduis les fondements de ma théologie : Je suis le fils de Dieu. deux idées. J’ai payé les 40 euros d’adhésion à la Société d’ethnographie de l’éducation : j'en suis donc membre à part entière. sur Saint Thomas d’Aquin. moi aussi. ne m’a jamais préoccupé : ce que j’ai accepté est d’être son fils. Cette théorie me semble évidente. je suis Dieu. mon objet : le péché . non par ambition ou par orgueil. le bal. Je pourrais devenir membre à part entière de la SEEE. etc. Je suis celui qui devient. Dali disait aussi : Je ne suis pas Dali. On m’accepte ici . J’ai parlé de la situation 282 C'est faux. et avec Georges Lapassade. mon auteur privilégié : Saint Thomas. relie.). une étudiante de Paris 8 (hypermédia). Je me suis arrêté d’écrire. Rencontre étrange hier avec Charlotte Tempier.

la bureaucratie d’Etat relève d’un autre moment chez Hegel : celui de l’Etat. de la situation à Rennes 2.à Paris 8. son œuvre d’Abdelwahed Mabrouki va être soutenu aujourd’hui : j’y ai découvert que Lapassade avoue qu’il lisait Bergson pendant ses classes. parce que je savais que j’allais devoir passer 3 heures à m’ennuyer. intéressantes. en écoutant de la musique. Quand j’entends lire les rapports. totalement inutiles qui occupent des gens compétents ! Par exemple. l’analyse du vécu des acteurs permet de montrer que ceux-ci ne s’installent pas dans ce moment de façon active . et de pédagogie ! Ce passage correspond bien à ce que j’ai moi-même vécu : à certains moments de ma carrière de professeur de lycée. ou même de professeur d’université. donnant des devoirs aux élèves . Certes. 8 heures 40. prenons un autre exemple. et puis ils se remettent en stand bye. Dans ces situations. J’écris maintenant. mais au bout d’un certain temps. il poursuit ensuite des études de psychologie de l’enfant. Ce type de travail (bureaucratique) occupe les journées de gens comme Lucette : elle travaille 7 jours sur 7. mais le travail institutionnel exige que chaque dossier soit lu par deux rapporteurs (120 rapports à rédiger). le fumeur surveille son mégot pour empêcher les cendres de tomber dans la voiture. ce travail a son importance. Du point de vue de la bureaucratie. Lucette me parlait d’un questionnaire remis aux UFR. L’université a décidé de répondre par elle-même à ce questionnaire. 80 ans de Georges Lapassade. Le mémoire de DEA consacré à Lapassade. je concentre mon attention principalement sur mon écriture. Ils ont toujours la posture d’écoute. je n’écoute que d’une oreille (écoute flottante). Pour décrire cet état. Eh oui. 10 heures par jour. Paris 8. leur attention s’émousse : ils commencent à associer mentalement sur d'autres objets. l’auditeur 155 . cependant. Réunion de la commission de spécialistes : on recrute un maître de conférence. Dans la vie du quotidien bureaucratique. mais en même temps. l’esprit passe d’une forme à une autre. ils concernent des dossiers de personnes sympathiques. leur activité est réelle. Lundi 10 mai. Ils sont honnêtes. il relève de l’entreprise . pour faire des tâches importantes. mais "hors profil". mais il ne faut pas lui consacrer plus de temps qu’il n'en mérite : j’ai mis moins d’une heure à écrire mes 4 rapports . que je juge totalement inutile : c’est le travail de l’institution. Une personne conduit sa voiture. qui finissent assez souvent à la poubelle. Ne suis-je pas en train de faire autre chose que ce que je suis censé faire ? Je suis censé participer à une réunion : j’y suis. dans plusieurs activités : le conducteur suit les aléas de la circulation. de professeur d’école normale. puis Patrick Boumard. le sujet est mobilisé en même temps. totalement inutiles. me dit Lucette. tout en discutant avec les autres passagers de la voiture. Il y a 60 candidats. et a donc laissé de côté les réponses des UFR : ce travail considérable s’est trouvé mis à la poubelle purement et simplement. mais je vois bien que le fil de leur pensée commence à échapper au moment du travail bureaucratique (transduction sur d’autres thèmes). Le travail institutionnel estil un moment ou un non-moment ? Le travail. je me dis que les rapporteurs ont passé des heures à rédiger ces textes longs. s’il y a un moment du travail institutionnel. on sait déjà qui on va recruter. ou du moins à être totalement passif : la plupart de mes collègues sont venus pour écouter attentivement cette lecture des 120 rapports. lorsqu’il était instituteur. encore aujourd'hui . le collègue ou ami discute. Notre statut de fonctionnaire implique ce travail de l’institution. mais il nous faut maintenant sortir de la salle. pour répondre au projet d’évaluation lancé par le Ministère. sa vie. il en garde de la culpabilité. tout en fumant. Nous parlions avec Lucette de ce travail. comme on dit. il y a de nombreuses tâches. le temps de travail est un moment chez Hegel . psychiquement. pendant des séquences extrêmement courtes : le temps de lecture de leurs rapports.

il y a plutôt une modalité de l’absence. du Dictionnaire de théologie catholique ème publié en 1933. La transduction est une activité positive. la transduction n’est pas un moment : le plus souvent. La situation n'est pas un moment. Que font les élèves ? Sont-ils présents à un autre moment ? Non. peut-être aussi de fragments de formes sociales. lors de ma lecture de l’article Péché. mais dérive de forme en forme. Elisabeth Bautier m’annonce que je suis 4 sur 13 candidats. Peut-on alors parler de moment. Dans les moments groupaux. de la fuite de la présence . les membres. Activité créative. ainsi. dans la vie d’une classe. La pensée dérive : dans la vie. le sujet se dissocie en plusieurs personnes. Je n’ai pas envie de m’installer dans la posture du congé sabbatique. Mon travail sur le non-moment avance. mais le plus souvent la mobilisation psychique sur la conduite ne représente que 20% . Selon elle. les spécificités qui déterminent le moment ne sont pas réunies. pour l'obtention d'un congé sabbatique. ou ne serait-il pas plus juste de parler de non-moment ? Selon moi. Très souvent à l’école. on se trouve donc dans une modalité du non-moment. etc. ou à l’audition du triple concerto. etc. Je dois y introduire une variable nouvelle : celle de l’individuel. les participants au dispositif ont toujours tendance à transduquer. Je suis le premier recalé. ou devenir des moments ? Dans ce type de vécu. mais avec des ruptures. au cas où ! Cette situation est caractéristique du non-moment institutionnel : être contraint au pas de 156 . dans une même conscience qu’il se passe une rencontre pédagogique. écrire un livre ou son journal. concernant le rapport à la cigarette. on laisse l’esprit à la dérive. même si certaines associations reviennent. Est-ce un non-moment ? C’est un vécu spécifique. Le moment est un espace-temps. Cette annonce m’installe dans un non-moment. et en même temps. car cette activité n’habite pas une forme.apprécie l’interprétation de l’orchestre philharmonique de Berlin d’un morceau de Beethoven. même si le prof fait son cours. qu’il n’avait pas écouté depuis longtemps. nouveau pour le sujet . il ne s’agit pas d’un moment. Pas de côté. le moment de la peinture . de même pour le non-moment. la transduction occupe beaucoup de temps .. il y a des états de garderie. Le moment pédagogique ne peut surgir que lorsque les élèves et le professeur sont mobilisés collectivement. dans l’exemple donné. qui pourraient être. personne n’est vraiment présent dans le pédagogique. le plus souvent. la situation se tisse de situations déjà expérimentées : la conduite automobile. au refoulement. elle n’a pas de statut : elle se caractérise comme non-moment. est un combat pour structurer un moment. la conversation. mais il n’y avait que 3 semestres à attribuer. une modalité de la présence : dans la situation décrite. la transduction s’inscrit donc dans le non-moment. elle retourne à l’oubli. l’essentiel de la mobilisation psychique se fait sur la conversation. créatrice et inventive. solution pour fuire la situation contrainte . contre ce type de dissociation du quotidien : construire un projet d’écriture. Dans ce type de situation. ils peuvent être collectifs : le moment de la vie associative . je ne dois pas me décourager . le Ministère donnera ce 4ème semestre. Le moment se construit. lorsque surviennent des épisodes exigeant une forte présence. par exemple. la transduction n’est pas captée. mais d’une situation. je ne veux pas investir la fac outre mesure. Les moments peuvent être individuels : le moment de l’écriture. la présence de tous est requise . enregistrée : elle n’est pas capitalisée . celui-ci s’adonne à l’une de ses activités préférées : la transduction ! Dans les situations contraintes. dans les institutions totales qui ne prennent pas en compte les sujets. ce serait subversif ! Alors. Hier. cela serait trop voyant . dans laquelle le vécu donne de temps en temps priorité à la conduite. à opposer au collectif. contre cette dissociation du quotidien. Le quotidien nous confronte souvent à ces situations exigeant des mobilisations multiples.

Le monde de la science est aussi un monde lent. notamment). très organisés autour de la question de l’éducation nouvelle. Il a tendance à juger les autres. la commission ne s’est pas trompée : mais il a fallu 4 heures 30. comme fondement de son dispositif pédagogique (situation décrite dans le DEA). Ce mémoire a écarté tout ce qui avait été produit par Abdel en 2002-2003. Nous commentons le travail d’Abdel. il faudrait revoir les entretiens de Lapassade avec Abdel : en 1983. Danielle Lemeunier m’a dit que le portrait 157 .côté. Sur la maladie. ou Michel Foucault. lorsqu’on ne suit pas tous les méandres du cheminement du groupe. au moment de prendre la décision… Il faut penser la situation de surdoué . en particulier. au hasard. G. on relit les choses : on évalue. le Sida. cinq heures plus tôt… Travail de l’institution ! Pour ma part. la dissociation ne peut rien organiser. lorsqu’on a fait le choix de passer à côté de son œuvre ? Malgré tout. Georges a été content de notre investissement dans cette lecture. L’Autobiographe. et j’ai également fait des entretiens avec lui (en compagnie de Gaby Weigand). les propos de Georges ont de l’intérêt : plusieurs questions abordées sont riches d’informations. dans notre commission. assez facilement sur lui. nous relisons maintenant des dossiers déjà lus : on reprend tout . Pas de côté. J’ai pu parler du mémoire d’Abdel avec G. Ainsi. G. Lapassade est décidé à vivre coûte que coûte . selon elle. car il n’y a pas de question. que ne perçoivent pas les moins doués. et fait taper des textes de Georges (plusieurs centaines de pages). dominé par les rallentis. construite au fil des trente ans. Lapassade prend au sérieux les informations sur la maladie. j’ai l’impression que le seul moment intéressant de cette longue matinée a été la pause. Le surdoué ? Il comprend plus vite que les autres : il s’ennuie à l’école. et puis finissent par abandonner. dans la lenteur . pour cela. Mon enquête sur Georges a suivi une autre procédure : j’ai tapé. où le surdoué s’ennuie. est-elle un moment ? Pas toujours . Suivant son mouvement transductif personnel. le risque est de se retrouver à la marge. l’écriture. ce peut être un état parasite. parce qu’elles viennent combler des trous dans sa biographie. par exemple. Selon elle. 13 heures : 5 candidats sont retenus . pas de perspective. Lapassade : Lucette a dit son mot . ou dans les autres institutions où le travail institutionnel fonctionne sur le mode de la lenteur. ce non-lieu est une opportunité d’entrer dans un moment choisi. il se replie donc. contrairement à Guy Hocquengem. Le surdoué s’organise des vies parallèles : il pense. pour arriver à une décision. celui qui sera élu est dans les 5 . par rapport aux autres moments. Georges fait le choix de briser le cadre du moment pédagogique : ses étudiants le suivent d'abord. Abdel n’a lu qu’un seul livre de Georges. Il domine pas l’œuvre de Georges : peut-on dialoguer avec quelqu’un qui a passé sa vie à écrire. Lucette trouve de bonnes remarques sur le contexte d’écriture de certains livres (Le Bordel Andalou. il établit des liens entre ces mondes. mais très centrés. avec Lucette qui trouve ce texte non construit. moins on est doué. à 16 personnes. vécus dans sa proximité. La maladie d’Hubert : moment ou non-moment ? La maladie. à autre chose. la transduction est pauvre. pas de problématique : on associe. il décide de renoncer à la sexualité. comme modèle d’organisation de l’histoire de vie : Lucette trouve ce choix absurde. sans idée préalable. plus on travaille dans une transversalité limitée. Le surdoué se passionne pour des choses différentes : savant dans des domaines très éloignés. en fonction de leur incapacité à suivre son mouvement intellectuel . dont on connaissait déjà la nature. Le mémoire d’Abdel se centre sur la dissociation. car elle est un principe de désorganisation. par rapport au travail routinier : en tant que créateur de moment. comme il avait renoncé à fumer précédemment . Pour Lucette et moi. donc difficiles à suivre . lui aussi vit souvent avec intensité la transduction : ses associations sont rapides et elliptiques.

un groupe des musiciens Gnaouas a joué quelques morceaux . Il suit son discours intérieur. je demande à Roger sa date de naissance . les 170 pages. Christine Delory-Momberger. Abdelaziz (Rabat). L’après-midi d’hier ? Les 80 ans de Georges. à partir de ses entretiens avec Georges Lapassade. J’ai offert le tableau de Georges. René Schérer et Jean-Yves Rochex aussi : ils m’ont envoyé des mails pour me remercier. a parlé du rapport de Georges au Living Theater. il faut nommer Abdelwahed (le fils de Dieu. donnèrent lieu à une pré-soutenance d'un texte. le serviteur de l’Unité) Mabrouki . occasion pour lui de découvrir la personnalité de Georges Lapassade. Le jury de soutenance était composé de 16 professeurs d’Université : Barbier. Le non-moment historique se distingue-t-il du non-moment anthropologique ? Existe-il une qualification du non-moment ? Mardi 11 mai 2004. Roger Tebib. Jean-Louis Le Grand. parmi ceux qui ont travaillé à la construction du dispositif. René Schérer. au séminaire : je suis d'abord passé au Service des thèses. Pascal Dibie (Paris 7). peut-elle rassembler 300 personnes ? Dans l’événement. J’arrive en retard. sans que l’on puisse vraiment savoir qu’il va avoir lieu : comment une fête improvisée. mais à la fin de la soirée il y avait encore du vin blanc et du Perrier. ce fut la fête. peuvent-ils être définis comme un nonmoment ? Ce fut un événement : j’en suis encore soufflé . Jean-Yves Rochex. sans parvenir à le brancher sur le moment du groupe. Francine Demichel (ancienne présidente de l’Université. il y a la mise en place de l’événement . -C’est un taureau ! Benyounès : -C’est un praticien de l’analyse interne. Hess. Stéphanette Vendeville. Roger Tebib va me faire des photocopies de textes. fait pour lui . Sergio Borba (Macéio. puis 1945. Vers 17 heures. Boumard. a apprécié : elle se demandait quel peintre de nos amis avait fait cette toile ! Georges Lapassade a voulu construire ses 80 ans. Patrice Ville. l’événement se rapproche davantage de l’instant que du moment. 10 jours auparavant. 15 heures. Brésil). il n’y a pas de répit. aussi.de Georges lui plaisait. écrits contre Georges Lapassade . le président de l’Université a prononcé son discours. la directrice de l’UFR Arts. Le buffet. puis nous nous sommes mis au tango. Denis Gautherie a chanté des chansons corses (accompagné d’un accordéon). pour l’organisation de la soutenance de Mohammed Daoud . qui pose continuellement la question : "qu’estce que je fais là ?" Ma fille Charlotte était contente de sa soirée. il a insisté pour qu’une fête ait lieu ce jour-là : notion du moment historique. fut superbe : les 35 bouteilles de champagne disparurent bien vite. j’avais oublié qu’il fallait maintenant une disquette. Un événement survient. directrice de l’Enseignement supérieur). 158 . Puis. Yvan Ducos : -Avec Georges. offert par l’UFR. qui se sont déplacés ? Des retraités du personnel sont venus. Patrice commente la journée d’hier : il raconte ce qu’il aurait voulu dire. Hélène Bézille. le fils de l’Unité. qui a vocation de devenir un DEA. il ne la connaît pas : il répond 1941. Colin. Ainsi. La date de mon anniversaire est un non-moment historique. D'autres professeurs faisaient partie du public. Mon résumé ne rentre pas dans les détails : de quoi a-t-on parlé ? qui étaient les gens. comme un anniversaire . par son intensité.

15 heures : soutenance de maîtrise de Mondher Bouchaoua (L’évaluation scolaire dans les écoles primaires tunisiennes). Cette impression vient de ne pouvoir me consacrer à ce que je voudrais faire : écrire à Hubert de Luze. À midi. me voilà donc “libéré” de cette responsabilité : je suis dans une phase. mais je suis trop fatigué pour cela : l'écriture de mon journal est ma seule possibilité de fuite. René n’a jamais aimé deux femmes en même temps . à Saint Denis. me contraint à penser mon futur. Ce midi. Parmi les destinataires de lettres à écrire : Cécile et Bernadette. mais 159 . je ne suis parvenu qu'à répondre à une lettre à Georges Snyders du 29 mars. mais de faire une élaboration du concept d’événement. chez X. écriture. bien que fidèles à une épouse. La perspective de nouveaux moments suppose une phase de déconstruction. Je n’ai pas obtenu mon congé sabbatique. Nouvelle mauvaise nuit. Idée de me construire une situation d’entre-deux : être en sabbatique. Je voudrais fuir. repas avec René Barbier : le thème de notre conversation d'hier était l’enfance de René. lors de son inspection à Paris 8. Hier à midi. porté par le quotidien. Sergio est dans le jury : ce dispositif est un non-moment. sans sabbatique. Cela signifie ne plus assurer de cours ! Lucette m’a appris que la Cour des comptes. Je suis là. Lucette a répondu aux inspecteurs : "C’est sa spécialité ! Si je comprends bien. impression de ne rien faire : hier. à Paris pour un mois encore. ainsi que sur Jean-Marie Vincent et Pierre-Philippe Rey : nous sommes trois professeurs. j’ai longuement discuté avec Audrey. où je cherche à me désimpliquer. Hier. s’était interrogée sur moi. je n’apprends donc rien. faire autre chose. s’il a été polygame. qui. qui se lance dans un récit biographique. une phase de latence dans le non-moment. multiplient les aventures parallèles . dans la réunion du laboratoire LAMCEEP. On accepte mes arguments. mais la tête vide : je connais déjà ce mémoire . mais ils seront à Reims. il n’y a pas à être sur-impliqué : Il n’y aucune raison de faire plus que les autres ! Jeudi 13 mai. Je ne parviens pas à faire ces courriers ? De passage à Paris.Pour moi. comme hier. le thème : nos amours. Prendre du champ me permettrait de me ré-investir dans d’autres projets : apprentissage des langues. dirigeant un excès de thèses. ma sœur Odile aura son anniversaire dimanche 16 mai. peinture. que ce serait moi le responsable. je me suis endormi à 4 h 30 . aujourd’hui. Ma vie. Je propose à Martine de diriger notre option du Master : il semblait évident au groupe. très remplie. Je contacte Hélène et Yves. multiplicité de relations sexuelles. ce fut en succession : il oppose son rapport aux femmes à celui de X et Y. Je vis au jour le jour. qui traverse une crise personnelle de désimplication : elle ne travaille plus depuis un an. alors que je ne me suis pas endormi avant minuit trente. je me suis réveillé à 4 heures 30. Mercredi 12 mai. paraît-il. mes cousines. ne me permet pas d'investir aucun moment important. comme non-moment. le fil de mon écriture n’est pas de raconter. au Conseil d’UFR (perceuses dans le couloir). La présence de Sergio. Je suis directeur du mémoire.

ma solitude là-bas. En ai-je eu dans le non-moment. s’inscrit au niveau de ma transversalité 283 . Idem chez Y. D'où une aventure assez forte avec une sportive. mon identité et mes dissociations. au mieux. on a parlé de son mémoire : très bon. René me parle de cela. À chaque espace. de sa recherche sur l’évaluation. lui aussi. elle veut garder l’enfant . La question me surprend . sa survenance dans ma chambre. avec Laurence Valentin. une nuit. mais toujours. Je ne vois plus ce que je peux apporter à ce type de personne : c’est le chaos. le séminaire de Patrice. Que dire ? Il dit lire Karl Marx. décision de ne plus être transgressif. une relation sexuelle n’est pas sortie de certains de mes grandes amours transgressives. Comment m’inscrire par rapport à lui ? On est dans le non-moment. Lu me trouve un poste à Paris 8 : crise aiguë. et plus près de moi à Maja : une femme m’aide à entrer dans un nouveau moment. La plupart de mes relations extra-conjugales se sont inscrites. j’ai conservé. le non-sens. une rencontre dans l’aventure d’un moment. avec personne. un stage et Alex. Je l’ai lu. Marseille . Lucette est entière : j’entretiens avec elle. ce matin. et l’amour aussi ! Cet écriture impliquée ne m’empêche pas de suivre ce que dit Mondher. de fait. pour ne pas affaiblir Lu. mes problèmes avec Paris. je réfléchis. dans son entreprise de travail institutionnel : je vis une sorte de fidélité naturelle qui s’oppose. j’ai entendu Lu parler hier soir des amours d’A et B.grande maintenance de son mariage . Lorsqu’on arrive avec Patrice. ou plutôt. Ces réflexions me conduisent à proposer l'idée que ma relation à Lu. c'est incompréhensible. à la fois branchée sur la théorie et sur la pratique. lui. D’une certaine façon. veut que je retrouve un texte qu’il m’a donné. Un étudiant comorien qui travaille sur les conflits parents enfants. et ce projet de DEA qui n’a aucun sens. Retour à Paris : elle est enceinte . En remuant des papiers. peut-être ? Il faudrait y réfléchir . Je n’ai jamais parlé de ce sujet. à un âge où je retrouvais le désir de reprendre le sport : mes transgressions conjugales s’inscrivent donc dans un moment. le non-moment. autour d’un amour : après la mort d’Agnès. Je repense au contexte de 1993-94 : mon exil à Reims. nécessaire. -As-tu aimé la mère de ton fils ? me demande René. René. une relation très forte depuis si longtemps. La date des 5 ans correspond à un mandat de l'institution. qui pourraient être de lui : je les lis . 283 Ici. à une fidélité s’accommodant bien d’une posture transgressive. a toujours unifié son moi. non partagé ni par Brigitte ou ni par Lucette. me dit René. en 1973 . -Oui. pour comprendre les conflits de génération. ces grandes petites aventures ont été liées à un désir de stimulation intellectuelle. alors qu’une relation contingente s’inscrit. Mondher continue à très bien parler. dans ce stage . qui organise la transgression dans deux (ou plusieurs) lieux. je définis la transversalité comme l'harmonique des moments (relecture du 24 janvier 2006). et quelques étudiants. 160 . S depuis 5 ans. -La vie ne tient qu’à un fil. dans un moment nonpartagé avec mon épouse. déjà Christoph Wulf parle : à midi. Il existe un fossé entre ce que me rend Laurence. -Mes amours n’ont pas toujours été sexuels. K. Son texte est le symptôme de ce qu’est devenu le DEA. Pendant que j'écris. correspond une relation : ce découpage géographique questionne la théorie des moments. Mardi 18 mai. je retrouve huit pages dactylographiées. le refus de Lu de me suivre. mais sans trop m’y investir : écoute flottante. Depuis 5 ans. désir errant qui inscrit ou non. d'où ma surprise qu’aujourd’hui. dans un moment. Je repense à F. La pratique sportive fut un moment fort de ma vie.

Léonore. qui voulaient faire une quête pour récolter de l’argent. Il y eut une tension entre les musiciens Gnaouas. que j’ai donnée comme thème. Lapassade a apporté une énergie. journée passionnante autour de la question du dispositif : j’ai développé cette problématique dans mon journal de New York. retrouvée dans la réunion du 10 mai. notion qui n’a aucun sens pour nous ?". G. Isabelle Nicolas. Mon livre sur René Lourau est à l’eau ! J’ai mal dormi cette nuit. etc. pour une réflexion collective. la déstructuration psychologique : on ne peut que mesurer l'importance des personnes présentes absentes qui constituent notre transversalité. et que je relis. la musique et la danse. c’est un non-moment. Pourtant. j’avais 4 jours de chantier jardin dans les jambes. D’une cette rivalité pour la conquête de la parole. les danseurs de tango. P. Hubert était mon co-auteur du Moment de la création. Celle-ci était heureuse que je sois venu avec Sergio ! La mort d’un ami. Je suis écrasé. et lui préfèrent-ils le performatif. L’amitié est un bon sujet. le Japonais. une force se dégage des conflits. Ville. disqualifie les moments . Lapassade lance l’idée d’un numéro des IrrAIductibles sur ce thème : il lance ses troupes sur la question ! Une dynamique se crée. Rien. qui voulaient imposer le bal. et Christiane Gilon s’investissent sur cette question : on se retrouve à 25 à travailler la question. nous. Lundi 24 mai. Le séminaire : j’y viens volontiers. l’AI. Aziz. du jour au lendemain. l’Université. mais négocié entre plusieurs cultures. C’est un temps où je puis venir écrire mon journal. où 300 personnes sont venus le célébrer. Hier. durant 4 heures et demie. pour faire un voyage à Essaouira et nous. Natalia qui travaille sur Makarenko. 161 . Ses 80 ans ont été un dispositif improvisé : un rituel ? Oui. une énergie gigantesque. j’ai reformulé la question. avec derrière une question : "pourquoi les Anglo-Saxons n’ont-ils pas ce concept. la recherche intellectuelle. avec les professeurs associés.Dans le séminaire : Sergio Borba. Un mot. on se trouve dans le non-moment. le Maroc. Tebib. du pouvoir surgit. reçu ce matin. dans le cadre de son groupe de recherche sur l’anthropologie historique (100 personnes titulaires d’un diplôme équivalent au DEA). Suite à l'écriture de ce journal. audition des candidats au poste de maître de conférences (sociologie de l’éducation). le soir du samedi 22 mai. Je n’ai pas le temps de développer. sans être dérangé : Christoph parle de la diversité culturelle. qui traversent Georges : sa famille. et G. auxquels s’ajoutaient 3 heures de danse à la pratique de Charlotte. G. Mercredi 19 mai. Christoph dit qu’il travaille actuellement sur l’amitié. Comment parler d’Hubert ? Je ne connaîs pas sa biographie : j’ignore sa date de naissance. : l’énergie d'un évènement vient du frottement des moments. Mort d’Hubert de Luze. Benyounès. Lapassade. mais pour moi. Mardi 25 mai.

Ainsi. car même lorsqu’il n’était pas là. Le manque définitif de cette présence se fait sentir. 162 . produit le chaos. je pleurais énormément : Hubert m’avait conduit à l’hôpital. le moment qui s’érige en absolu tend vers l’autodestruction. qu’il est dans le non-moment. à côté de chez lui… 1 juin 2004. qui m’aidait à penser mon livre sur René Lourau. Le chronique n’est que dans un fragment. Le passage du virtuel à l’accompli est un changement de statut du moment : d’anthropologique. est-ce du moment ou du non-moment ? j'associe : un jour. l'amitié. Comment devient-on crapuleux ? Comment sorton de ce statut ? question de l’appartenance de groupe. Lucette semble un peu loin de cela : elle n'a rencontré personnellement Hubert qu'assez tard. pour une cérémonie de travail du deuil. du possible que portait en lui ce moment. L’épreuve de la mort d’un proche. est une situation qui survient inopinément. je n’intègre pas ce décès . le moment. difficile. Nous avons une photo du groupe : un collectif se forme donc. On souffre de l’inachèvement : on souffre de tout ce que l’on aurait pu faire ensemble. Séminaire de Patrice Ville. j’avais pris quelque chose dans l’œil. et se détruit lui-même. son absence était une sorte de structuration de mon rapport au projet. avec Gérard Althabe. la stimulation de la mémoire. lorsqu’un joueur s’investit tant dans le jeu qu’il en vient à jouer son patrimoine. rue Marcadet. S. travail…) qui sombrent dans le chaos. nécessaire. Champagne en apéritif. même lorsqu’elle est annoncée. la non-présence d’Hubert. voire attendue. je constitue un passé.J'écoute attentivement les candidats qui sont excellents : ils parlent de choses concrètes. au 127. moi : pas trop ! Souvenir ! Le souvenir. et que l’on ne fera jamais plus. comme moi. mais l’ensemble de ses autres moments (famille. à côté de la rue Saint Merry : c’était un repas un peu lourd. comment en sortir ? Errance : l’amitié est un moment fort. élevé à l’absolu que critique Henri Lefebvre. la vie en banlieue se rapproche souvent de la chronicité. celui qui mettait de la distance par rapport à l’objet. il détruit non seulement le jeu comme moment. avec Sergio Borba. dans La Somme et le Reste : pour Lefebvre. des jeunes déviant(e)s. Hubert est mort. Je devais lui expliquer l’émergence de ma thèse et le contexte de la discussion. en moment passé. avec une excellente cuisine gasconne. mais la mort de l’ami a pour effet de transformer ce moment de l’amitié vivante. lors d'un déjeuner au Restaurant qu’il aimait. il se trouve dans le moment. Ce dernier a-t-il connu Hubert ? oui. On parle des banlieues. Ainsi le jeu. Avec qui parler maintenant ? Georges Lapassade vit cette disparition. j'ai posé l'hypothèse que le chronique n’a pas de moments. forme du non-moment. H. dépassé. nous avons partagé des repas ensemble. qui se constitue comme Bildung autonome . Hubert aimait le Saumur Champigny. question de l’identité : pour ces jeunes. Hubert de Luze était un interlocuteur. avec ses possibles La mort de l’ami entraîne une liquidation du virtuel. Il me propose de dîner mercredi. Il était mon éditeur. le moment prend une dimension historique : je parle désormais de mon ami sur le mode du passé : ainsi. Le manque de cette absence se fera sentir. Antérieurement. de ce présent déjà passé. Un moment se disloque : l’ensemble de ma personnalité est secouée. Lefebvre donne aussi l’exemple de l’amoureux fou : l’amour élevé en absolu se détruit . parle des crapuleux (ses ?). qui ont un rapport avec ma réflexion. lorsqu’il tend vers l’absolu. le jaloux détruit celui ou celle qu’il aime. Il y avait un moment anthropologique. une sorte de directeur de collection. Mauvaise nuit encore aujourd’hui .

heureux de quitter la France (?). Les deux probablement. avec les valises de Sergio. je retrouve Jacques Demorgon et Nelly Carpentier. etc. Yvan. j’avais faim. 163 . Je ne puis dire. Jacques Demorgon parle de l'interculturel. Sergio ne m’a pas dit que son avion partait d’Orly. dans une réunion à la fac en 1992. Excellente séance du séminaire : je suis trop sur un nuage. je me souviens de cette intervention ! Le numéro 5 des IrrAIductibles est le produit d'une coopération entre Benyounès. avant le début de son exposé . Laurence Valentin. parle comme un génie : pour en finir avec la recherche. Kareen et Aziz. lorsque j’ai pris conscience du quiproquo. Kareen. de retrouver le Brésil. des demandes par rapport à Jacques : -D’où vient votre intérêt pour l’interculturel ? dit une jeune femme. Un jour que Georges prenait la parole. : j’ai déjà écrit un texte là-dessus. : je suis fier de mon école. avant le numéro 4 ! A 50 ans. Jeudi 10 juin 2004. né en 1929. Rouler dans les embouteillages des heures durant peut rendre fou : ce ne fut pas mon cas ce matin . Non ou Mon Moment. Boumarta. 16 h 40. je suis monté jusqu’à Saint-Denis. même si sa présence constante a aussi représenté une pesanteur. 5 personnes sont restées dans la salle : Sergio est là. vous êtes retraité. Antoine a dit : -Monsieur Lapassade. Le moment du non. chez les étudiants.On me demande de faire le compte-rendu de la réunion historique des IrrAIductibles de vendredi dernier : cette réunion vit surgir le numéro 5. après un séjour de deux mois à Paris. au Chinois : malgré la chaleur (30°C). Vous fermez votre gueule ! -Ah. Kareen me rend son mémoire (167 pages). évocation du nom Hess : Nom ! Les Cahiers de l’implication m’avaient refusé un article sur ce thème. Samuel Hess me parlait samedi du moment du nom Hess. pour prendre des notes. Sergio me parlait : il allait reprendre l’avion. J’ouvre mon journal parce que j’ai conscience d’être dans un nom moment (lapsus). 14 heures 30 Au séminaire de Lucette. etc. La présence de Sergio m’a bien aidé dans ma vie professionnelle. -Tu es un vrai jeune homme. aussi. Guy Berger était sur le trottoir. Tour de parole. il fait l'éloge de la trouvaille. Isabelle. malgré l’heure qui pressait. Du coup. je restais calme. Il était en forme. m’a dit Nelly. Moses. Rudolf. Je me suis lavé les cheveux ce matin avant d’aller conduire Sergio à l’aéroport. Nous avons déjeuné ensemble. dit Patrice. Fin du séminaire. mais aussi le moment du nom. Opapé. qui ont fait des choses importantes et Opapé. aussi. Picasso : On a besoin de beaucoup de temps pour devenir jeune ! Pourquoi exclut-on les vieux ? Hubert de Luze avait une épouse de 20 ans de plus que lui. Cette incompréhension interculturelle serait intéressante à analyser. Pour l’anniversaire de Bernadette.

Je me sens mieux : je vois clair dans ce que j’ai à faire. itinéraire d’une réflexion. dans un premier temps de reprendre mon article sur Hubert de Luze . R. Il faudrait ressortir ses numéros 32-33. Quelle est l’histoire du LAI (Laboratoire d'analyse institutionnelle) ? Né en 1976. Il faut revitaliser le LAI. il a été fondé par G. Photos. lorsqu’il est parti en retraite ! Il parle de transduction : j’aurais dû prendre des notes. nécessité de garder présent à l’esprit la fondation de notre revue Attraction passionnelle. A Sainte-Gemme. au moment de la préparation du repas. nécessité. J’ai lu son mémoire : ce texte que je lui ai fait parvenir va l’aider à bouger. M. Guy Berger. J’ai envie d’écrire . de mettre un CD dans la voiture. Ethnométhodologie. j’étais avec Renaud Fabre. Lucette ne pourrait-elle pas prendre la direction de cette revue ? Parallèlement à ces chantiers. Regard sur une morale ondulatoire. Sergio Borba. Jacques Demorgon juge cela important .Laurence m’a demandé de lui envoyer la maîtrise sur la traduction des Moments pédagogiques. On maintient les deux revues. si ! Lucette s’était levée à 5 heures pour éplucher ce livre : elle rêve de créer une collection Tombeaux. Depuis mardi. regrouper ses œuvres. Tombeau pour Henriette : événement ! pour moi. au programme : lire tout de Luze 284 . l’enrichir. il y a la création du LRAI (Laboratoire de Recherche en analyse institutionnelle). esquisse panoramique d’une grande aventure intellectuelle à l’usage de ceux qui n’en ont qu’une idée vague. annonçant la dissolution de ce bulletin. et la fusion avec Les IrrAIductibles. de l’écouter durant mes voyages . morale et grammaires génératives des mœurs. Ce que raconte Jacques sur l’autoorganisation des sociétés. Devoir de fidélité rétrospective. vers 1993. enquête chez les sauvages du IVe arrondissement et plus particulièrement de l’île du Marais. Première hypothèse. Repas sympa. Lapassade. Jacques a lu au plus près le livre de René Lourau. recenser celles qui me manquent. Je fais circuler Tombeau pour Henriette de Luze (1908-2002) : Berger n’est pas admiratif. Ce laboratoire avait une publication : Le Bulletin du Laboratoire d’analyse institutionnelle. à qui offrir les 10 CD légués par Hubert ? Qui peut apprécier cette musique ? Je ne veux pas que ces CD se perdent. Le deuil d’Hubert m’a beaucoup touché. Seconde hypothèse. Patrice Ville est d’accord pour en assurer la direction. Lourau et Jacques Ardoino. journal d’une année quelconque La science de l’homme. Au repas de midi : décision de fonder La Revue interculturelle . Lucette avait tout préparé. La direction m’en fut confiée dès sa création . de Korczak. les choses bougent. Moi. Implication Transductions. Il me faudrait parler du dîner d’hier soir avec Jacques Ardoino. Je me suis trouvé complètement abattu entre le 22 mai et le 8 juin. Jacques Demorgon est parvenu à faire une œuvre assez unifiée. et ces pièces rejouées par d’autres orchestres ! Plaisir de la lecture. Lucette et moi. Cela signifiait-il la disparition du LAI ? Rien n’est moins sûr. 284 164 . il me faut le compléter. l’ancien président de l’Université. Hubert mérite d’ouvrir notre nouvelle revue Attraction Passionnelle. soient oubliés : il faut au contraire faire que ces morceaux soient entendus. Oeuvres de sciences humaines d’Hubert de Luze : -aux Éditions Loris Talmart : 8 760 heures. Désir d’écouter la musique d’Hubert. invite à repenser l’auto-production du courant de l’analyse institutionnelle. Lobrot. Mon article doit devenir un squelette de dossier.

La journée va être longue : nous avons à recruter des ATER . (avec Remi Hess). Tous ces chantiers devraient déboucher pour la rentrée. Jeudi 11 juin. mais Lucette m'annoncé que j’aurais obtenu mon congé sabbatique pour l’an prochain. 16 h 10. je vais entrer dans une période de production intellectuelle. Mon programme éditorial. Il faudrait que je fasse connaissance avec lui. puis la réunion des IrrAIductibles. Je vais beaucoup m’ennuyer. -aux Éditions Anthropos : L’ethnométhodologie. et de tous les autres journaux écrits depuis 2000. 8 heures 45. car en cette période. je me lance dans la production de livres réflexifs sur l’AI : . Lucette me suggère de prendre ce congé sabbatique au second semestre. me semble prioritaire. Le moment de la création. 2001. 165 . Il est spécialiste de la pédagogie Freinet. mais je me demande si je ne devrais pas plutôt profiter de l’hiver pour partir dans l’hémisphère sud. L’ordre des choses : . Je vais essayer d’avoir confirmation de cette information. Parmi les urgences. échanges de lettres 1999-2000. Réunion de la commission de spécialistes. “ Ethnosociologie poche ”. Recrutement d’ATER. J’ai pu raconter les derniers événements : Le certain et le précaire. les ouvrages qui impliquent d’autres personnes : . où je dois faire une conférence sur le tango.L’observation participante en coopération avec Gaby. je passerai à La théorie des moments. Dès que j’aurai terminé ce travail. On recrute Luc Bruliard comme chargé de cours. Parallèlement à ce chantier. Ce chantier est l’un qui me passionne le plus. Ces deux livres sont pour Anthropos.Manuel d’AI (je voudrais reprendre 3 moments : la psychothérapie institutionnelle. Tombeau pour Henriette. la pédagogie institutionnelle et la socianalyse institutionnelle). coll.Moment du journal et journal des moments (livre théorique sur la pratique du journal).Le second livre à terminer est La relation pédagogique. édition du Journal d’analyse institutionnelle. puis un voyage à Lille. Cette journée s’inscrit encore dans le non-moment. et si c’est oui. je n’ai jamais grand chose à faire dans le jardin.La théorie des moments . 358 pages. Là encore. il y a vraiment du travail à faire. ensuite j’aurai un peu de temps. Le livre sur La relation pédagogique intéresse le Brésil. . Une fois avancé ce chantier. dans le métro vers Gare du Nord. coll. essai.Le Petit Traité de l’AI (avec Lapassade et Ville) . Je sors de la réunion des IrrAIductibles. “ Anthropologie ”. A prévoir pour la fin des vacances : Livre sur René Lourau (à rendre à Loris Talmart).Vendredi 11 juin 2004. au Journal des moments. L’idéal serait de rendre ces livres avant le 14 juillet.

Réponse en septembre. dans la dynamique. Au cours de la réunion des IrrAIductibles. j’ai informé le groupe des IrrAIductibles de l’élection de 4 nouveaux ATER ce matin. excepté les gens proches de mes recherches. un jour. à notre demande d'habilitation pour prendre une décision. je vais écrire 4 heures tous les matins : il faut rendre des textes tout azimut. Là encore.- Le succès de Véronique Dupont au concours de recrutement administratif (catégorie B). 16 h 30. Kareen Illiade. Les réunions se succèdent et. qui proposait à Patrice de prendre l’atelier le premier semestre et à moi d’assumer le séminaire au second. issus de l’AI de Limoges : Vincent Enrico et Patricia Aloux-Bessaoud. Notre secrétaire de rédaction a donc réussi quelque chose d’important. mais ils créent une autre dynamique . à des gens comme cela. Mais Chantal Hochet. d’une certaine manière. Dès demain. Je feuillette ce nouveau carnet commencé en mai. évidemment. je pense tout de même que ces gens-là sont. Il est certain que Gilles Monceau préfère enseigner l’AI. hier dans le séminaire de Lucette. solution à mettre en place : je n’ai encore reçu aucune information officielle concernant mon congé. étant exclu du LES. Lucette veut prendre son congé au second semestre. Je ne les connais pas. des institutionnalistes : ils sont irrécupérables pour nous. Jacques nous a dit que la création d'une Revue interculturelle était une opportunité à ne pas laisser passer : c’est un créneau entièrement neuf . Le reprenonsnous dans notre équipe ? Oui. se trouve en errance. Patrice Ville. Dans le train (TGV) vers Lille. sans oublier Attraction passionnelle. Je veux me casser au mois d’octobre. et que j’en étais content : ce nouveau contexte repousse au second semestre le chantier que nous avions décidé de conduire à bien en octobre : le cours commun sur l’AI. Comment organiser l’année prochaine. (suite de la réunion de tout à l’heure). plutôt que de travailler avec des plus âgés comme Patrice Ville. moi au premier. Augustin Mutuale. Il a déjà pas mal de pages. Je ne veux pas inscrire de gens en DEA. Il faut foncer ! Benyounès a rappelé que nous avions aussi le projet d’une revue intitulée Autogestion pédagogique qui avait comme projet de travailler sur l’histoire de l’éducation nouvelle. Mon congé sabbatique. j’ai rendu compte de l’intervention de Jacques Demorgon et de Nelly Carpentier. Georges était ému d’apprendre que j’avais un congé sabbatique. du service du personnel. Cette période de l’année est du non-lieu. Je vais les numéroter… 166 . personne ne s’est encore engagé dedans. Il faudrait tenir Gaby au courant de tous ces projets. Quoiqu’on dise. Mais ils veulent attendre la réponse du Ministère. ils se confronteront à Benyounès. L’an prochain. il faudrait avoir continûment un dossier déposé au service “reprographie” : quelque soit l’étiquette de la revue. disent des gens comme Jean-Louis Le Grand. Laurence Valentin et les autres. des chocs divers se succèdent et provoquent un changement dans le dispositif. Elle vient d’apprendre qu’elle a eu la place de seconde (sur 1300 candidats). ils travailleraient pour nous : les 4 revues sont à faire avancer en parallèle. J’ai vu Elisabeth Bautier ce matin. il faudrait s’y mettre. mais Benyounès les connaît : ce sont les petits soldats de Gilles Monceau. 2 pour le LES. Je suis maintenant quasi sûr de l’avoir. Par ailleurs. a téléphoné à Danielle cette information. D’autre part. Parmi ces 4.

Il y avait Charlotte. Je médite au succès de Véronique Dupont. On en parlait dans la voiture avec Lucette. je faisais silence cependant. a dit Lucette. "Véro va pouvoir tenter un recrutement de catégorie A". Puis je me suis mis à écrire un texte pour annoncer aux IrrAIductibles la nouvelle de cette mort. Gérard avait mesuré ce jour-là. Je dis quelques mots des décès de Gérard Althabe. elle est une surdouée. Elle est notre secrétaire de rédaction ! Il faut que je remercie aussi Martine Abdallah-Pretceille. Réunion de notre nouveau laboratoire. j’ai laissé un message à Georges. Je lui annonçais la mort de Gérard : -C’est triste. Lucette me donne la parole. très heureux ! Ce que je trouve génial chez elle est qu’elle a réussi cette performance. le soir. Je vais écrire un article sur elle dans le prochain numéro des IrrAIductibles.C’est fait. Je vais raccrocher. qui l’a choisi comme secrétaire. Georges me demanda de l’emmener à l’enterrement. C’est certain. mais. Sur le livre d’or. qui. que celle que nous racontait Lapassade. J’ai écouté mes messages téléphoniques. tendue un peu du fait des positions paradoxales de Georges. la présence de René chez les étudiants… 167 . de Hubert de Luze. Cette transversalisation des activités est fantastique : elle est une illustration de la théorie des moments. je cherchais un prétexte pour retarder mon départ. Je l’ai initié à la vie universitaire. très triste. Lucette l’a fait ensuite recruté comme vacataire à Paris 8. Tard. J’ai embauché Véro. notre ami Brésilien de Maceo. Nous nous étions vus le soir du 26 mai. Samedi matin. La discussion était passionnante. qui me reconduisait au métro pour la Gare du Nord. Georges Lapassade me rappela. Hier. C’est formidable de pouvoir être l’adjointe d’une vice-présidente du Conseil scientifique. et à mettre en forme le numéro des IrrAIductibles. que nous organisons chez nous. je n’étais pas en train : j’avais les jambes lourdes. ce soir-là. il parlait discrètement. J’avais sorti les photos d’Hubert prises Rue Marcadet . Gérard avait raconté une autre version de l’époque de Vichy. dit-il . Il avait été stupéfait du nombre de personnes. Dans son genre. m’avait-il dit. Lundi 14 juin 2004. sur la cérémonie du lendemain. Enterrement ! Gérard était à l’enterrement de René Lourau. parlait fort (il était très sourd ce soir-là). Elle réussira tous les concours qu’elle passera. mais aussi en passant des week-ends à moto avec Jean-Sébastien. Je ne puis rien dire d’autre. Valentin Schaepelink. lui. étant rentré à une heure du matin de Lille. et ensuite la séance commence. qui étaient présentes à cette cérémonie : des étudiants. Ce succès de Véronique me rend heureux. et voilà maintenant le décès de Gérard. C’est un beau succès qui s’est construit avec méthode. ma nièce. C’est une perfectionniste. Lucette. et j’ai trouvé le message de Monique Salim. Il y avait aussi Sergio Borba. 10 heures. dans laquelle j’avais sombré après la mort d’Hubert. laissé la veille : elle m’annonçait la mort de Gérard. Gérard avait écrit à propos des sorties de Georges : soirée inoubliable ! J’ai téléphoné à Patrice. et tellement émus !. beaucoup d’étudiants ! -Aucun collègue de l’Université française n’aura jamais autant d’étudiants le jour de son enterrement. Je sortais tout doucement de la maladie. ne cherchant pas à être entendu par Georges. et je pensais à Patrice qui participait au dernier dîner où était venu de Luze en 2003. Hélène l’a préparé au concours pour les épreuves juridiques. Je suis déstructuré par la mort de Gérard. tout en faisant son boulot à la fac. je devais partir très tôt à Sainte-Gemme. veille de l’incinération de notre ami Hubert . car je n’avais pas envie de changer le climat de ces dîners intellectuels. C’est formidable ce travail d’équipe.

qui découle du fait de refuser cette dissociation. il en mesura les effets ensuite très rapidement. Ce que je trouve génial. En écrivant mon journal. explique en partie l’engagement de l’un et de l’autre dans la construction d’une théorie de l’implication. une tentative de construction de l’expérience. J’y ai vu Marianne. Je vais donner un exemplaire à Danièle Lemeunier. fut pour lui une douleur. et Pierre-Philippe avec qui nous avons évoqué Gérard. car il souffrait de l’évocation de ses années d’enfance à Gelos. et ce refus du malaise. Je m’aperçois que je n’ai pas mobilisé mes troupes. aspirations de classe était une dialectique qui traversa toute sa scolarité secondaire. Pendant que j’écris. que me donnait mon statut de biographe de René Lourau : écouter Gérard devait m’instruire sur René. Nous étions proches idéologiquement. L’entendre parler de son enfance. Mes difficultés scolaires ne venaient pas d’autre chose que du conflit décrit par Gérard. Il aurait été important pour eux d’être là. deux ou trois anciens du Mouvement de l’AI. Dans l’expérience de l’histoire de vie que l’on fait à deux. Je pars avec un petit paquet de tracts (textes de 4 pages sur Gérard. Ce vécu commun d’un écart important entre origine et position de classe. et pour les élaborer comme expérience. En terminale. étant enfants. dans leur très grande majorité. -La reconnaissance de l’expérience passe par une auto-reconnaissance du poids de l’expérience. je fais un travail de construction de cette reconnaissance. nous nous trouvions dans un mouvement de lutte assez fantastique. chez lui. d’implication. et parmi eux. son adolescence. Pierre-Philippe Rey reconnaît dans la personne de Gérard. Quand il parlait. Aucun de nos doctorants n’est présent. La position de classe de ses parents lui faisait honte. lui demandant de prévenir Georges. en même temps. c’était le départ. Le décès de René nous rapprocha : Gérard avait beaucoup aimé René. Position de classe. Survivre à Gérard me donne une responsabilité. il rencontra Josette. Suspension de séance. après la mort de René. Oui. que je le prendrai pour partir à Boulogne. mais on peut lui trouver une dimension commune : me faire changer de classe sociale. Moi aussi. La mort de R. René Barbier intervient pour dire qu’il est en phase avec ce que dit Dan : elle a parlé de Saul Alinsky. mais. Il raconte un vécu dans lequel je me suis retrouvé. ceux-ci voulaient le faire sortir de son milieu : ce désir de ses parents de voir leur fils changer de classe sociale. aux funérailles. plus Gérard me parle. un anti-colonialiste. Gérard avait ensuite pris quelques distances. Paulo Freire. issue de la classe bourgeoise. Tout le travail biographique est une tentation. c’est son effort pour décrire les situations dures. Leur amour fut une sorte de dépassement du problème. Les étudiants. Des collègues cherchaient à éliminer les étudiants du DEA . me porter pour aller vers le haut . que j’ai fait tirer par Madame Guichard). J’ai écouté Gérard raconter son histoire de vie. Dan a parlé d’engagement. je me suis dit qu’il fallait aller porter mon texte en anthropologie. de cette auto-reconnaissance de l’expérience. Je me battais à ses côtés . dit Lucette. étaient lancés dans la lutte contre les profs réactionnaires. de son adolescence avait son origine dans la curiosité. les mêmes problèmes. origine de classe. plus j’entends la construction de ma propre expérience. Ce qu’il dit sur le rapport à l’école qui entraîne chez lui une difficulté de socialisation (rupture programmée par sa famille avec sa classe sociale d’origine). ce qui se passe c’est une co-construction d’expériences. j’avais l’impression d’entendre René. adolescents. Ensuite. j’ai eu ce conflit en tant qu’élève. plus qu’un “mao”. Je dois transmettre son expérience. et pour cela 168 . René avait eu exactement la même enfance. Ils avaient eu une amitié très forte. qu’il a vécues. Ça. qui avait miné son enfance. Cela rendait René malade.Il faut dire qu’au moment de la mort de René. Frédéric Dages propose d’insister sur la notion de mobilisation… Nous sommes une trentaine. Lourau survenait dans ce contexte de lutte. Dan Ferrand Bechmann fait un exposé sur la richesse de l’expérience associative. il y avait aussi Patrice Ville. Cette lutte que Gérard n’ignorait pas totalement. Je suis nul. Le désir de mes parents était plus complexe que celui des parents de Gérard.

lorsque l’évaluation du jeu l’implique. Mais le travail à deux permet un développement de la réflexivité pour l’un et pour l’autre. Pays de connaissance. qui change de norme en fonction du contexte. Retour au colloque de notre groupe de recherche. la co-élaboration de l’expérience enrichit la connaissance des différents acteurs. etc. Je vais le prendre avec Rezki pour le conduire à l’enterrement. car mes petites filles sont. 169 . Michel Manson travaille avec Christine. car je recevais ma fille Hélène.se sacrifier. je proposerai de distinguer savoir et connaissance 285 . Je puis être ailleurs ou être dedans. J’ai loupé Croatie-Suisse. lorsque je regarde une émission sur le Tour du Dauphiné ou sur le Grand prix de formule 1 du Canada. je n’ai plus le même rapport au monde. Repas amical au chinois avec Michel Manson. Le vécu avec Constance et Nolwenn fait oublier le sport. Du coup. René Barbier et Christine Delory Momberger qui doit intervenir maintenant… Christine et René ont bien connu Gérard. par rapport au sport. J’expérimente une sorte de veille. Il est un ancien instituteur. On ne s’ennuie pas à jouer à “ cheval-gendarme ”. l’analyse des gestes techniques se fait quasiment instantanément. Nous avons parlé. Comme moi ! Lucette aussi. De Luze a montré l’ambivalence. Mais. co-auteur avec Jean-Marie Brohm de Quelles pratiques corporelles maintenant (Delarge. Michel Manson. 1998. Michel Authier. je sois “ mobilisé ” à 100%. permettant la relation adulte-enfant. praticien de la pédagogie institutionnelle. Jean Biarnès parle maintenant. par hasard. Je fais plusieurs choses à la fois (d’où le fait que je vive mal de devoir écouter les commentaires techniques des coups de pied arrêtés de David Beeckam. a été téléspectateur du match d’hier. -Oui. succès de la France contre l’Angleterre. sans grande mobilisation. de l’homosexuel. Il y a de nombreuses dimensions dans une expérience. par rapport à la morale. de choses et d’autres : résultats des élections européennes. Je n’ai pas noté que j’avais vu Monceau ce matin. Autre idée. J’aime bien ce qu’il dit. sur l’élaboration de l’expérience. Ecrit sur la conscience phénoménologique de la 285 Cf. selon que je suis dedans ou dehors. en ellesmêmes. Je ne peux pas dire que. Il est né en 1946. de façon très amicale. et autres excentricités. Lapassade me téléphone durant la réunion. Je regarde cela de loin. Je l’ai appris. quant à lui. dure !. je regarde ça en étant ailleurs. Pour moi. Je lui ai demandé s’il savait que Gérard Althabe est mort. par mon épouse). Il a étudié tout particulièrement l’histoire du jeu et des jeux. qu’il partageait l’analyse de Jean-Marie Brohm. mais avec une demande de ne pas être dérangé au cas où. Ed du Rocher. la coproduction de savoir. en pensant à autre chose. Véronique m’a dit que cette expérience devait être dure pour moi. Son itinéraire ? Il est professeur de sciences de l’éducation à Paris XIII. hier… Silence… G. surviendrait un moment décisif du jeu qui ferait basculer la présentation (Husserl. Il est historien de l’éducation. est restée jusqu’à la fin du match. Yves et leurs deux filles. Il en est de même pour moi. -Oui. 14 heures 45. et il a attendu la fin. lui ai-je dit.1978). René Barbier a dit que le football lui donnait la nausée. Il me capte. Si je parviens à prendre la parole. par le canal de Véronique. un sport. Le foot m’absorbe. Mais cette veille peut déclencher une mobilisation psychique totale.

je n’ai pas retrouvé dans ma voiture le plan. regarder Le Monde de samedi. Je n’ai pris que ce Carnet du non-moment. Pas d’étudiant aujourd’hui dans ce service que j’ai dirigé.conscience intime du temps. Pour moi. La “ représentation ”. je voudrais pouvoir établir une vraie relation. En fait. me disait-il en 1999. Réminiscence : je pense au texte que Gérard m’a rendu sur l’observation participante. 15 heures 30. Nous avions rendez-vous pour partir ensemble à l’enterrement d’Althabe. avec le fils de Gérard. Je n’ai pas les jambes lourdes. J’ai loupé Georges. je m’y mettrai à plein temps. Maintenant. j’espère trouver un plan. Porte de Saint Cloud. J’ai décidé de laisser la voiture rue Marcadet et de continuer en métro. En relisant un article d’Althabe. j’ai pris conscience que le temps bien utilisé est la chose la plus précieuse. il devient important de construire. Quelle vie ! Quelle mort ! Ce matin. et quelques copies du texte photocopié ce matin.J’ai vu dans Le Monde la disparition de Gérard Althabe. J’en veux à Liotard. Je n’ai pas Le Monde chez moi (grève de la distribution). fin des moments : le non-moment total. Cela m’a vraiment touché. La présence dans un non-moment : l’attente de l’autre dans un rendez-vous. il y a 20 ans ! A midi. Aujourd’hui. Et je commence à comprendre que j’ai manqué de présence à mon œuvre. J’avais 52 ans. J’ai laissé mon sac chez moi. 1905). qui a assisté la semaine passée au séminaire de Marc Augé et Gérard Althabe à l’EPHEST : Gérard était en forme. Lucette m’a dit que les funérailles ne me permettraient pas d’établir des contacts : aucune décision ne sera prise aujourd’hui. et puis partir Porte de Saint Cloud. Georges a dû s’assoupir quelque part. de nous avoir fait perdre un temps précieux. Le Monde. échange avec Sarella. Mais celui-ci n’est que le témoin de ma dissociation. Je vais partir. Personne. l’important serait que nous puissions prendre une décision collective concernant l’histoire de vie de Gérard. Nous avons bu 2 bouteilles de Muscadet à midi. Certes. etc. Georges n’est pas là. 170 . dans ce non-lieu du SCIUO ? J’entends la voix de Maryl. Christine parle de l’échange conversationnel (la conversation). j’ai écrit un journal. où il n’arrive pas. Je pense à toi. alors qu'il se passe tellement de choses ! Ce matin. Il faut que cela sorte en septembre. Le procès Brohm a été une merde absolue. Regarder Le Monde. La mort. en foot n’étant que le montage télévisuel de moments décisifs. Selon Maryl. 16 heures dans le métro. Ensuite. avec méthode. Pourquoi Lapassade m’a-t-il donné rendez-vous. j’en ai 57. Marc Augé et Monique Sélim. Je crois qu’il était un proche. aujourd’hui. Je n’ai pas donné de nouvelles à Gaby depuis 107 ans. la queue. hier. Comment passe-t-on de la mort à la vie ? Georges ne me fera pas manquer les funérailles de Gérard. Seulement. Je ferais volontiers une sieste. un mot d’Odile ma sœur : . préparé ce matin avant de partir : je pars donc sans savoir où je vais. J’ai rendez-vous avec Lapassade au SCUIO. Il faut aussi le sortir pour septembre. Le temps perdu dans cette affaire aurait dû être consacré à produire la mémoire collective de notre recherche. écrivez !". L’autre social me ramène à ma propre socialité. Aujourd’hui. absolu. "La conversation rejoint l’expérience individuelle médiatisée par l’autre…". ces expériences sont des nonmoments. C’était déjà l’idée de De Luze : "Vous perdez votre temps chez les Verts. Je ne le comprenais pas. et je tente de rattraper mon retard.

Patrice m’a proposé de me ramener. à côté de Boulogne. Je retrouve dans mon casier un texte. sur la forme et sur le fond. Mais. Je garde le texte au plus près de sa parole. Mardi 22 juin. on craque. Paris. Il faut aller au-delà de cela. Amusant de relire cela avec un an de recul. il devait faire un arrêt à deux pas de la MJC du Point du Jour. Mardi 15 juin 2004. On manque de présence à l’événement. C’est urgent. se battre pour écrire pour soi. Le livre est sorti en novembre 2004. 224 pages. La socianalyse. pour embrasser ses parents. J’ai accepté. mais important. 286 Jacques et Maria Van Boackstaele. Ensuite. C’est le père de Patrice Ville qui m’a montré ce texte. Cela ne facilite en rien la qualité de la présence au monde. Il faut que leur livre paraisse en septembre 286 . je dois leur écrire. J’ai chaud. Samedi 19 juin. les Van Bockstaele. Anne-Catherine annonce sa soutenance à 16 heures 30 en salle CO22 sur La danse de couple. La situation est émotivement dure. 287 Intitulé “ Réponse à un courageux anonyme qui n’a pas encore compris l’autogestion ”. Du coup. comme s’il me connaissait depuis toujours. Il faut y aller. je continue à être travaillé par mon histoire de vie de Gérard Althabe. il faut accepter de faire un pas de côté. C’était stratégique pour moi. 171 . au Khédive. On parle du dispositif pédagogique de l’année prochaine. En faire une biographie ? Ce matin. Il fait 27°C. dans le bus 31 entre la Gare du Nord et chez moi. car il donne quelques références précises que je peux reprendre. avant le retour pour Paris. Séminaire de Patrice. Economica. par rapport à ses parents. Dans un premier temps. On parle de Gérard Althabe. Il se trouve que les parents de Patrice habitent dans une HLM. Pour écrire. Je suis monté avec lui. Merde ! Je voulais vraiment prendre des photos. On est soumis à une certaine passivité. je trouve dans Le Monde daté du 15 juin. j’ai travaillé à la correction du premier chapitre. Encore une station. en ce qui concerne la capacité à se mobiliser psychologiquement. À la sortie du cimetière. écrit l’an passé par Laurence Valentin sur l’autogestion pédagogique 287 . Il y a beaucoup de monde aujourd’hui. Il ne faut pas qu’ils manquent cette joie énorme de voir sortir un livre ! Le livre collectif de leur vie ! J’ai oublié l’appareil photo.Par exemple. Personnellement. Il me reste 8 minutes pour trouver le nouveau cimetière de Boulogne. Sainte-Gemme Attente. sur l’Allemagne. Il a lancé la conversation sur la mort de Gérard. il y a eu Marc Augé qui a sorti un papier un peu court. Anthropos. suite et réponse à “ Critiques constructives ”. Imaginer – coopter. Gérard avait tellement parlé de l’enterrement de René Lourau. Son père m’a appelé Remi. Y aura-t-il d’autres IrrAIductibles au rendez-vous ? 19 heures 30. Je suis arrivé un peu juste au cimetière : Monique Selim parlait. 2004. leur donner mon feu vert. On parle de la dimension instituante de l’écriture dans la famille (Johan Tilmant). les parents ne supportent pas qu’on écrive. Ils ont plus de 80 ans ! C’est leur premier livre. On ne parvient pas à se “ mobiliser ”.

je me couche. Hier soir. Elle est repartie avec. Avec Véronique Valette. Le sabbatique serait une possibilité d’investissement sur la famille. J’étais crevé. je me suis rapproché d’Hélène. La richesse d'une personne vient en partie des pas de côtés. finalement. Voir mon avocate là (elle rentrait d’un procès à Poitiers. 172 . Je vais le lire ce soir. etc.Avec Ruben Bag. Mon enthousiasme est modéré par mon rapport à la famille. Vendredi dernier. chez Althabe “ceux d’en haut. Et je rêve. chez Brigitte. la famille Chevilotte. Mais. je me réveille en ayant des idées. nous avons parlé d’histoires de vie. pour terminer mon introduction à Ailleurs. Je n’ai pas beaucoup dormi. Il fait très chaud. J’étais dans un état altéré de conscience. pour moi. Du coup. On a donc passé la journée à la Grange au bois : j’y ai retrouvé mon camarade d’enfance Jean-Jacques Valette. l’anthropologue impliqué que je relis depuis avant-hier matin. qu’elle a la chance de pouvoir faire. ce procès est reporté. Rezki Assous me donne un double de son entretien avec Gérard Althabe. dans le métro pour Montparnasse. J’avais hâte de me coucher. Un document du Ministère m’annonce mon congé sabbatique : je prends la mesure de l'événement. manipulation. Passage de Cristian Varela au séminaire. Partir. Les morts de De Luze. Althabe et Joseph Gabel (12 juin) me font vivre intensément à l’intérieur. Livre fort. Yves et leurs filles. ce sera. et c’était mon tour de prendre le volant. je devais le remplacer. pour le procès de Montpellier. je n’ai pas eu le temps d’écrire mon journal. du moins en ce qui me concerne . et aussi de ce qu’elle réussit à tirer de ce pas de côté. ceux d’en bas”. Je rêve si rarement qu’il me faut noter mon rêve. et me voilà en route pour Angers où se tient le jury de DEUG. sur une aire d’autoroute : je tombe sur Alessandra. Jeudi 1er juillet. j’ai quitté Sainte Gemme à 23 heures 30 avec Charlotte et Lucette… Je me suis couché à une heure. J’en avais un exemplaire à Sainte Gemme. Jeu. on parle du dispositif. ici. Hélène verrait d’un bon œil que je m’occupe davantage de mes petites filles. Mon idée est de me mettre au travail. Embouteillages. Proximité étonnante entre les pensées de René et Gérard. Je vais entrer dans une phase d’écriture : tous les matins. La journée d’hier a été marquée par les 60 ans de Nadine. de mise en forme est un travail terne. cela oblige à bien lire le texte. Je le sentais épuisé. On y allait. Chez René. Apprendre l’italien me semble essentiel. rompre avec la routine. et se trouvait aussi dans un état altéré de conscience) ! Je reprends le volant : en arrivant à Aix. “genèse théorique et genèse sociale” . mon avocate. À minuit passé. Nouvelle expérience du non-moment. Ce travail de relecture. réalité. etc. Yves avait conduit depuis le péage après Lyon. nous sommes partis en voiture de Paris vers 18 heures. à l’apprendre quasiment par cœur. donc un désir d’écriture. Nolwenn rejoindre Constance. voyager. Ce week-end. Lundi 5 juillet. car je suis parti avec Hélène. Comme il connaît moins bien la voiture que moi. 6 heures 30. Le voyage s’est transformé en vacances familiales : j’ai vu ma sœur Odile. et son épouse Véronique qui travaille dans la même boîte que mon frère. pour sortir le maximum de livres avant de partir en voyage : au Brésil. Je lui ai parlé du Moment de la création qu’elle a voulu acquérir. nous faisons une halte à Montélimar. je voudrais ajouter les Etats-Unis et l’Italie. Yves. Je m’endors immédiatement. illusion.

J’avais envie de découvrir les ressources de notre nouvel abonnement à Canal Satellite : avoir 45 chaînes en allemand. Lucette rêve d’organiser un voyage en Italie. Ensuite. que beaucoup vivent comme la fin des moments. pour moi. hier matin. car j’ai eu le temps de rentrer dans l’idée. puis de partir. Je regardais une série à la télévision. j’ai encore 8 ans à faire. pour une pédagogue quelque peu surimpliqué comme je puis l’être. alors que je suis du même âge que Jean-Jacques et que j’ai deux ans et demi de moins que Nadine. Le jury d’examen d’Angers m’a toujours donné de l’espace. Alors que j’avais raconté en détail la journée de vendredi. que j’allais avoir ce congé. et un peu les Lourau. J’ai donc lancé la conversation sur la question de la retraite. j’ai manqué la narration des journées de samedi (puis dimanche). Elles étaient ensemble à l’Ecole nationale supérieure d’éducation physique et sportive. Elle écrivait dans la revue Partisans. Puisque l’on était invité à midi chez Nadine. Gigi n’était pas à l’enterrement de René : elle était hospitalisée à cette époque. Aujourd’hui. Lucette avait cueilli les framboises. inter-individuels. car il m’est apparu que le chantier cerises. groupaux. et ensuite regarder la télévision dans cette langue ? Apprendre le contenu des chaînes de télévision est une excellente entrée dans l’Allemagne d’aujourd’hui. le congé sabbatique est une sorte de brouillon de retraite : il fait expérimenter la situation de déconstruction du moment du travail. créatrice d’emploi pour la jeunesse ! J’ai fait rire la compagnie. J’avais cueilli 3 ou 4 kgs de cerises. je vais bénéficier d’un long moment de voyage.Parmi les autres invités. Avec Jean-Jacques. Gigi est déjà retraitée. Mais aussi d’une mobilité : comment voyager ? Tenir compte du soleil… Sorte de pré-retraite. le semestre sans cours demande une autre organisation. Or. il fallait cueillir les cerises. les cassis et les groseilles. l’anthropologue impliqué. Pour un prof. c’est créer une suspension des moments quotidiens. En 1968. et moi. il était question de retraite. la pluie n’était pas loin. un moment. au moins celui du travail. Je continuerai par la Théorie des moments. ici. et donc de refuser les inscriptions en maîtrise ou en DEA. cette histoire est des plus sérieuses. Jean-Jacques est en pré-retraite. Gigi vivait avec Jean-Marie Brohm. Nous avons effectivement évoqué Jean-Marie. J’ai défendu l’idée d’un ancrage au village. Je vais m’y mettre dans les jours qui viennent. Par exemple. Puis-je lire chaque jour une heure en allemand. du voyage. Je ne passerai pas à côté de cette expérience. où Lorenzo et Diana s’ennuient de nous. Je n’aurai que 4 nouveaux inscrits sous ma direction. Il fallait cueillir les cerises : il est 173 . Puis-je prendre le temps de finir ces ouvrages avant le 22 juillet. des étudiants que je connais très bien. la vie de Château. Lucette et moi avons tout mangé ! Ce qui n’était pas sans me donner un léger mal au ventre. pour écrire. Nadine envisage de faire encore un an en 2004-2005. une amie de Nadine et Françoise Lourau. le livre avec Althabe. Nadine. date à laquelle j’aurai Romain à Sainte Gemme ? Je ne sais pas combien de temps. sans obligation pédagogique. Ginette Michaud. était prioritaire sur les autres. organisationnels. il restera. un bon dispositif pour faire un saut qualitatif en allemand. Le fait de me lever à 9 heures 30 au lieu de 7 heures. pour renouer avec des moments autres comme ceux de l’amitié. mais je crois jusqu’au 10 août. Mais Charlotte. Véronique et Gigi. La veille. Mais ce moment exige une suspension des autres moments. et qui sont très proches de moi. Il faut que j’utilise ce temps pour me faire un programme d’écriture : il me faut composer des livres. Je commencerai avec Ailleurs. J’ai donc devant moi 6 mois. j’ai choisi de rester au lit jusqu’à 9 heures 30. m’a fait manquer le moment de l’écriture du Journal de Sainte Gemme. Profiter des vacances. J’ai lancé mon idée de Maison de retraite autogérée. Il faisait un temps mitigé : le ciel était couvert . L’écriture est sans aucun doute. Comment vivre sa retraite dans une perspective où s’articule la gestion des besoins individuels.

et cela lui rend la vie pénible. Roby a joué de l’accordéon. valse rock. Elle pense qu’elle va se faire licencier de son boulot : à 56 ans ! Ma sœur aurait une indemnité de licenciement qui lui permettrait. Elle n’arrive pas à se trouver un mec. et en plus. ce serait dommage de ne pas cueillir ces fruits. et un grand désir de solitude. j’en avais cueilli pour notre consommation personnelle. Il est mort après Lefebvre : Gusdorf avait fait venir Lefebvre à Strasbourg. Lourau. Or. que Lucette et moi l’avions connu. Il s’était installé sous un parasol. celui de Florence (qui m’a fait penser hier à la mère de Romain) stimulait ma fille. Charlotte a beaucoup parlé de sa propre mort. Elle envisage de mourir à 30 ans ! Ce genre de pensée impressionne Lucette : la disparition de Charlotte serait très douloureuse pour sa mère. il s’est mis à pleuvoir. Pourquoi chez Nadine ? Elle avait perdu un cheval. il y a deux mois. comme on manque d’infirmières. Cet investissement est assez contradictoire avec le désir du Brésil. écrit deux années plus tard 289 . Je ne me souviens plus. J’étais ainsi dans des pensées nostalgiques. dans un colloque organisé par la ville natale d’Henri Lefebvre. j’avais été en porter à Antoinette Hess. n’ont jamais été publiés. au prix du kilo de cerises. j’en ai cueilli pour apporter aux Neiss. J’ai fait des sacs de deux ou trois kilos pour Charlotte. Ce journal sur le non-moment. à elle aussi. qui l’empêche d’entrer dans le moment de l’écriture : elle a peur de ne pouvoir y parvenir. préparés. en 1985. et penser à la vie ? Charlotte a envie de sortir du tango. Les deux chevaux ne se quittaient plus… La vie reprend. aussi. Je me sentais à la fois là et ailleurs. Charlotte me proposa de danser une valse. puis pour en rapporter à Paris. Odile m’a proposé. je voyais un nouveau cheval. j’étais trop fatigué pour l’aider. C’est Anne Gotman qui avait organisé cette manifestation. C’était à Hagetmau. nos pas se complexifièrent rapidement. Les gens parlaient. Dimanche. Valse. mais elle souffre d’un épuisement physique. 1988. je crois. Ce colloque a dû jouer sur mon désir de travailler sur Henri Lefebvre : quel avait été l’objet de ma communication ? Je ne me souviens plus. Il avait une connaissance fantastique du Romantisme allemand… Aider Charlotte à faire sa maîtrise me donnerait un surplus de culture germanique. Du coup. il y a huit jours de m’accompagner au Brésil. alors que l’on pourrait vivre. et en a produit un montage (exposé à Sainte-Gemme). Gusdorf avait prononcé un texte que je devais utiliser dans l’introduction de mon livre sur Henri. parce qu’elle ne parvient pas à se mettre à l’écriture de sa maîtrise. Hélène. J’ai donc remis à plus tard la cueillette ! Mais il a plu toute l’après-midi. elle n’aura pas trop de 288 289 Véronique Valette a fait des photos de cette danse. et Lucette s’est mise à lire des pages entières de Gusdorf. où il pleuvotait. probablement. Samedi. Véronique. Elle a fait des lectures. Le regard de Mathias. fière de danser avec son père 288 . Charlotte va mal. et elle en était très triste. J’entendais d’une oreille : passionnant le père Gusdorf ! J’ai dit à Charlotte. et nous évidemment… Ensuite. J’étais là. et R. sur le Romantisme. valse crusado. Elle a des idées. Henri était là. Elle avait apporté une valise pleine de livres. Yves. à Sainte Gemme. que signifie-t-il ? Je me demande si la solitude à laquelle j’aspire n’est pas le besoin de la suspension des moments. Les actes. Il s’était installé dans la Cour de la ferme. Il y avait aussi Jean-René Ladmiral. C’est assez curieux d’associer sa vie à un moment. J’ai aussi un désir d’Italie. Métailié. Henri Lefebvre et l’aventure du siècle. le nouveau couple semblait heureux. Mais pourquoi s’installer dans de tels scénarios. après le départ du vieux. de prendre un congé sabbatique. Vendredi.bon pour les arbres d’être allégés de leurs fruits . et nous sommes donc restés chez Nadine. Samedi. Remi Hess. Paris. Je m’étais installé dans une banquette. Nostalgie : Gusdorf nous laisse son œuvre. Je souffrais de la disparition de Gérard Althabe. son propre cheval n’était plus seul. et elle associe la fin d’un moment à sa mort. 174 . mais. mis en pension par une amie. mais un peu distant.

En faire un tirage que l’on corrigerait avant de le faire imprimer. parce que je ne le trouve pas aussi fort que celui de 1914-1918. elle aussi. Cette technique instituante oblige à reprendre le vécu en le faisant entrer dans un moment. Mais quand ? J’ai l’impression d’être proche d’elle et. Première étape : trier sur papier le journal de Paul. précieusement archivées par Maman. William à qui j'annonçais l'arrivée de mes sœurs le 10 juillet. que ma mère Claire a eu avec Marthe. Idée à suivre. Il y aurait le journal de Paul à imprimer. Véronique Valette m’a parlé de journaux de cette époque. voyages). le faire lire par mes sœurs. il y a deux dispositifs : le premier est la frappe directe sur mon ordinateur . durant cette période : on va se retrouver comme il y a 50 ans ! Cette semaine sera une occasion de méditer ensemble à notre futur. Hier. et avec qui je ne communique même plus par mail : Gaby Weigand . Pour l’accueil de mes sœurs. Ce journal trouverait un public à Reims. je prenais conscience que je bloque ce journal. Depuis quelques années. nous ne communiquons qu’à travers groupes et journaux interposés. Je sais qu’elle est toujours la première à me lire. ce Journal sur le non-moment. j’emprunte la maison de William. C’est un travail à faire rapidement : Anthropos pourrait être intéressé . Mais j’oublie qu’à 280 francs. mais aussi cet autre sur Les jambes lourdes et cet autre sur Attracteurs étranges et détracteurs intimes. Constance va se joindre à nous ! Je pense à Bernadette Bellagnech : c’est un peu pour elle que j’écris. En plus. mais j’ai encore pas mal de pages disponibles. cela relancerait les ventes du premier ouvrage. après deux soutenances de maîtrise) . en discuter avec Antoinette. Ce sont des thèmes un peu farfelus. lorsque je sens que je puis développer un sujet qui peut structurer la narration du quotidien. il taillait ses haies ! Il veut faire les choses bien. à la Grange aux bois. j’ai des carnets thématiques. cela ferait un ensemble. lira ce journal un jour. Ma méditation sur le non-moment doit donc être prolongée. je pensais à elle. Le soir. Celle à qui je pense souvent. Je fais une pause dans mon écriture. j’espérais un moment avec lui. Va-t-il repartir ? Oui. le journal 1939-1947 trouverait aussi ses 800 acheteurs. vers 19 heures. ma marraine. Les lettres de Claire ont été détruites par Marthe. Ne faudrait-il pas faire taper cette correspondance ? Je suppose que l’on va parler de ces choses avec mes sœurs. à 15 euros. et aussi à celui de nos enfants. là où je suis sans mon ordinateur (Sainte-Gemme. je recevrai à Sainte Gemme mes deux sœurs : Odile (de Martigues) et Geneviève (de Vienne). le second est la tenue de carnets que j’emmène avec moi. son amie. Je voudrais terminer ce texte avant les vacances. Le TGV est arrêté. Mais il nous reste toutes les lettres de Marthe. par rapport aux moments 175 . j’évoquais la correspondance de 60 ans. J’ouvre un nouveau carnet. Pourquoi ne sont-ils jamais venus ensemble à Sainte Gemme ? Notre maison. j’ai ouvert des carnets sur des sujets étranges : par exemple. ce premier journal de Paul a trouvé 800 acheteurs . La semaine prochaine. Dans mon écriture de journaux. certainement. Lucette envisage d’aller rendre visite à ses parents. Je sais que Gaby. Probablement que le journal de Paul trouvera des lecteurs intéressés. Ces derniers temps. Celui-ci justifie une édition. mais sans retrouver les responsabilités de chef de service qu’elle occupe aujourd’hui. à Benyounès. Je numérote les pages de ce carnet. n’est pas en mesure de recevoir beaucoup de monde. notre moment commun semble au point mort. Mardi. j’ai vu Benyounès . En parlant avec Véronique. actuellement. que j’ai hâte de rendre à Bernadette.mal à retrouver un travail. mais il a dû repartir avant que je ne sois libéré de mes obligations (beaucoup d’étudiants à ma permanence. Le Mans. Hier. en même temps nous sommes très loin l’un de l’autre. avec lui. une grande maison qui jouxte la mienne. m'a dit qu’il allait faire des travaux de petites réparations. à ses enfants.

celle dans laquelle ils travaillaient. L’édition du journal de mon grand-père pourrait stimuler ma réflexion sur l’édition de mes propres journaux. L’aventure du siècle). Cette théorie des moments. car j’ai mis au point la méthode du journal des moments : cette technique était présente en 1976. La présence et l’absence n’est sortie qu’en 1980. Véronique Valette a dit que les enfants de mon frère écrivent : j’aimerai bien voir cela ! Véronique serait précieuse pour moi pour assurer une médiation avec mon frère. et j’avais l’intuition du Journal des moments. Journal de danse. Et ce tout est ici synonyme d’institution. pour nous conter le Vingtième siècle ! La conversation avec Véronique Valette m’a fait prendre conscience que je devais prendre des décisions par rapport à mon propre journal… Depuis la mort de René Lourau. La transversalité définit le sujet par tout ce qui le traverse. Est-ce vrai ? Qu’en fera-t-il ? Il semble qu’il ait été jusqu’à faire relire par notre père. nous renouons avec la notion d’affiliation. etc. mais je connaissais le second tome de La critique de la vie quotidienne. Plutôt que de définir la transversalité par l’institutionnel. 1978). pensée par Henri Lefebvre. Mes premiers commentaires de cette théorie datent de 1988 (Henri Lefebvre. Dans les années 1972 et suivantes. et j’ai appris hier qu’il avait recueilli l’histoire de vie de mon père. En 1978. Dans le corpus conceptuel de l’analyse institutionnelle. Dans les années 1984. Il me semble que cette notion venait enrichir chez moi la notion de transversalité. Je n’avais lu que le second volume de La Somme et le Reste. Bien au contraire… On arrive à Angers. Je suis obligé de suspendre cette méditation.bien identifiés qui fondent d’autres journaux : Journal d’un artiste. le moment s’inscrit donc dans un creux théorique. Dans la vie institutionnelle. l’écriture de mes journaux est meilleure. époque où je demandais à mes étudiants. 176 . La notion d’appartenance est alors celle à laquelle nous nous réfèrons.Saint Laud. Mais je montre aussi que les moments comme mode de pensée de mon quotidien étaient déjà bien là dans les années 1976. la transversalité est l'ensemble des institutions auxquelles j’appartiens. a solidifié ma théorie des moments. une notion déjà présente dans L’entrée dans la vie (chapitre sur Freud). mais ce journal était une forme de construction du moment professionnel. d’édition. par le biais de l’ethnométhodologie. le décryptage de leurs entretiens. de centrer l’écriture de leur journal sur la description de leur quotidien dans une institution : la plupart du temps. C’est vrai et faux : le passage que Jean-Manuel a écrit dans son texte sur le journal n’est pas confus. pour celui qui a des idées claires sur la théorie des moments. Je pensais la socianalyse comme un moment. Ce travail serait du plus haut intérêt : cet André Hess qui fut mon (notre) père fut un personnage assez discret! Il a peu écrit lui-même : ses écrits ont été détruits. Je savais déjà à l’époque qu’une mère de famille pouvait écrire son journal institutionnel sur ses enfants. dans le cadre théorique de l’analyse institutionnelle. je peux aussi la définir comme l’ensemble des moments. je situe la socianalyse comme le moment de la refondation (Centre et périphérie. l’un des concepts qui étaient les plus productifs pour m’aider à me penser moi-même était celui de transversalité. Je sais qu’il écrit un journal. Je nommais cette technique Le journal institutionnel. Je sors du non-moment pour parler de l’émergence du moment de la théorie des moments dans mon œuvre. Son témoignage serait intéressant. Ma découverte de cet ouvrage à sa parution. Mohamed Rebihi a trouvé que la notion de moment n’est pas définie dans le numéro 3 des IrrAIductibles (article de Morvillers). dont la relecture me permettra de construire la théorie des moments. m’était connue à cette époque.

pour lui signaler mon arrivée. Jusqu’à maintenant. master. je vis cet épisode comme une chance supplémentaire de poursuivre ma méditation. à la notion de moment. Il est accomplissement progressif interactif. Lundi 6 juillet. après 6 années de travaux de rénovation (en profondeur) : Constantin Xypas m’accompagnait. Quelqu’un qui ne porterait pas son journal avec lui serait dans le non-moment . doctorat) : le contenu de la licence va être centré sur la communication et l’on me propose de rétrograder. De Luze). il vivrait cette attente comme une perte de temps . 177 . Les documents ne sont pas prêts : il faut attendre. relire Gusdorf. la notion d’accomplissement. j’ai toujours du être là. celui qui m’a été transmis : ne pas se divertir implique d’éviter la fiction. le 20 juin. Quand on est “ scientifique ”. par rapport aux essais en relation avec notre objet. Il vient de réouvrir. suivi d’un débat avec le public. mais le statut de vice-président me permettra l’absentéisme. J’ai parlé du péché. Le moment. J’y ai rajouté que le colloque auquel je m’étais contraint d’assister était ennuyeux. à celle de vice-président (les sciences de l’éducation. Un membre du jury a annoncé le passage au LMD (Licence. A la suite de Christian Lemeunier. j’ai été faire une visite au Musée des Beaux Arts d’Angers. ni par Y. Sur la publication de mes journaux.Mohamed Rebihi disait aussi que le moment devait être mis en perspective avec le concept d’accomplissement de Garfinkel. après le postmodernisme ? Vous avez dix minutes pour préparer une demi-heure d’exposé introductif. J’ai été dire bonjour à Constantin Xypas. J’ai annoncé mon absence. Ensuite. à midi. Mon nom semble fait tenir l’institution. avec mes complices. Sujet d’une prochaine conférence : qu’en est-il de l’enfer. dans une perspective de psychologie institutionnelle. Salon Brissac. Tant mieux ! Cela me fera une économie de temps. (le hors-sujet est-il un non-moment ?). Le travail était bien préparé. Je suis arrivé à l’Université catholique de l’Ouest. entre le niveau de l’expérience vécue et celui de son élaboration théorique. Pour la préface à cette édition. est une élaboration de l’expérience qui accède à la conceptualisation. j’ai dérivé sur le christianisme. tension que Lefebvre nomme vécu et conçu (et qui s’articule pour lui au perçu). essentielle pour Garfinkel. C’est horssujet. le repas était excellent. pour nous. 16 heures. moi. Lapassade (donc par A. cette notion correspond. Christian Lemeunier a introduit ce débat : pour lui. on me demande de rester membre. ai-je dit). j’ai été dans la salle du jury. Entre 10 heures et midi 30. Le jury a commencé vers 13 heures 30 et s’est terminé vers 15 heures 20. Cela a donc été très vite. Le moment qui se trouve est une mise en mots de la pratique. pour fait de congé sabbatique l’an prochain ("Je pars au Brésil". n’a pas été développée en France. Il se sentait une obligation de me guider dans ma découverte des œuvres. Coulon). À nouveau dans le train pour Paris. On ne lit que des choses utiles. relire la bibliothèque de Charlotte. il faut éviter les romans. J’ai raconté mon péché mortel de l'île Maurice. l’année prochaine. Ensuite. Le ciel est couvert. ni par G. Ce travail est à penser à travers les moments (anthropologiques) du sujet. en tant que président. mais il fait chaud . Cécile Albert et Claudie Rimbaud étaient intéressées par mon apologie du péché mortel. Malgré cette absence. Lecerf (donc par H. restant une option de la nouvelle licence). de la fonction de président du jury. une idée pour justifier de donner tout cela en vrac au lecteur : l’idée de fragment.

Peut-être était-ce à la fin des années 1950. J’ai pu dire que c’était bourgeois : idiot ! Peut-on transgresser ce type d’allants de soi ? Le péché ne se trouve-t-il pas dans la transgression de ces interdits que l’on a intégré depuis toujours ? Ne pas peindre. Le concept d’opéra n’évoquait rien pour moi. Mais les choses s’étaient bien terminées. l’opéra. La fatigue d’une journée chargée suivant une nuit courte. Le moment institué ne peut fonctionner : le rituel de l’institué est différé. Mardi 7 juillet 2004. qui nous ont été interdits ? Dans le métro. Mais on peut aussi interdire : le roman. Moi jamais. Sa place est dans la Cathédrale. Sans Constantin. le théâtre (les tragédiens étaient excommuniés depuis le Moyen-Age). Il expliquait qu’il ne lui avait jamais fait l’éloge de sa voix : -Elle aurait pu être chanteuse d’Opéra. j’aurais préféré rester à Sainte Gemme hier soir. J’étais jeune. Il y a conjoncture d’un peu de temps. ma fille. Elle chantait dans le chœur de la Cathédrale de Reims qu’il dirigeait. c’était le jour de la naissance d’Hélène. chez moi. J’aurais l’impression d’y faire quelque chose de futile. 9 h 30. Il parlait de cela avant 1968. commence à se faire sentir. Cela ne m’intéresse pas. était une sorte d’interdit intériorisé… L’Opéra n’est-il pas pour moi un interdit de la même famille ? Quelle est la nature de ces moments. à l’époque . la poésie et pourquoi pas la peinture. l’acteur est ex-communié. je peux avoir envie de pleurer. il n’est pas possible d’encourager une chanteuse de la chorale. à monter sur scène pour faire du profane. Le péché est dans n’importe quel tableau religieux du XV ou XVIème siècle. Lucien Hess (1902-1986) à Dachau refusa d’assister à un concert de musique classique. aurais-je eu le temps de m’organiser pour aller au Musée ? Non. Je ne vais pas à l’Opéra. Il faudrait que je comprenne pourquoi. sont allées à l’Opéra. Mon épouse. pour lui. maître de chapelle à la cathédrale de Reims. le jury est reporté. mais quand j’arrive à l’UCO. expliquait que cette femme avait une voix exceptionnelle. Il avait peur d’être submergé par ses émotions. directeur d’école ? Cécile Albert ne lit pas de roman : cela ne l’intéresse pas. d’inessentiel : un divertissement. Odile m’a dit la semaine dernière. Elle était capable de toutes les prouesses techniques. je ne pense pas. Cependant. 17 heures 15. Brigitte avait dû subir une césarienne. Quand j’entends certaines voix. J’avais 24 ans ! Ma sœur la plus proche de moi ne m’avait jamais vu pleurer ! Par association. aujourd’hui non plus ailleurs. S’ouvre alors un espace du possible… Le non-moment institué ouvre des possibles. doit être fui plus que tout spectacle. Donc. Et mon oncle avait conclu : -Une si belle voix ne peut pas être au service de la distraction. que la première fois qu’elle m’avait vu pleurer. et d’en mourir. source d’émotions. il faut que je réfléchisse à ce que j’ai écrit cet après-midi. Alors que le comédien. Il parlait de Mademoiselle X (je n’ai pas mémorisé son nom). donc de péché. et de la disponibilité de mon collègue. Quel rapport cela a-t-il avec le non-moment ? Je rentre de loin pour aller à Angers . 178 . Quelle philosophie de l’éducation se trouve derrière ce type d’analyse de mon oncle. Je devais avoir dix ans.Cela me rappelle un repas avec Lucien Hess. la source d’émotions trop fortes. Mon oncle. La situation avait été dure. de mon ami.

plus âgé que moi. et je me sens coupable. Je me suis mis à la peinture. Ce n’est pas une photo-ethnographie (Achutti). sans poser cette question aux cousins rassemblés ? Je suis heureux de pouvoir méditer à ces questions. Setsuko raconte le rituel des funérailles au Japon : il n’y a pas de si grandes différences avec nos propres rituels. en même temps. il veut me porter les notes de son père. et de la mort anormale : la mort normale est la mort de vieillesse sur le tatami . Pascal me place comme président du jury. Je lui explique. Comment ai-je pu aller à l’anniversaire de Bernadette. la candidate explique comment le mort. avec le temps présent. avec Maurice Gruau. vers 17 heures. Elle fait ce travail pour se réconcilier avec l’esprit de son père. cependant. La thèse tourne autour de la mort normale. il y a eu dispersion. Comment est-il mort ? mort normale. et à son Tombeau pour Henriette. Pour ma part. Sur le plan du rapport de soutenance. si je meurs à Paris et enterré. ils étaient placés l’un à côté de l’autre. recueille les portraits des ancêtres protecteurs : Par exemple. pour me la montrer. la mort anormale est la mort violente. décédé il y a trois semaines. Barthélemy est séparé de sa femme : je trouve cet acte criminel. je pense à Hubert. pour refaire le portrait de Barthélemy : il faut rendre Barthélemy à son épouse. mais celui-ci est décédé. Rue de la Renfermerie. dans les cas de maladie. Pascal pour la soutenance de thèse de Setsuko Kokubo-Deguen. Certes. et encore . j’ai manqué les funérailles de Joseph Gabel. d’avoir été à la fac (c’était le jour de l’examen pratique de mes 100 étudiants. au Japon. mort anormale ? on n’en parle pas. par rapport à la mort de Gérard Althabe… Hier. Je ne l’ai pas lu : Christine est passée chez moi ce matin. J’ai. plutôt que d’avoir été à la cérémonie de funérailles. mais le portrait de Barthélemy a été pris par un cousin. Je suis impliqué par rapport à cette soutenance . Ma maison. les Japonais donnent plus d’ampleur aux rituels. La distinction entre les deux est délicate. mon âme est en paix. Maurice Gruau dit que Setsuko a fait cette thèse. ce qui va me donner le temps pour en prendre connaissance. où j’en suis dans la production de ce texte : nous décidons de nous voir le 23 juillet. puis parfois une divinité locale. Ce que raconte Setsuko me semble intéressant par rapport à mes propres funérailles : où vais-je mourir ? à Paris ou Sainte Gemme ? mon rêve serait d’être incinéré. sur Analyse du traitement rituel de la mort au Japon au sein des familles et des collectivités locales. à la campagne. Par contre. les rituels tendent à se confondre.Je suis à Paris 7. Je connais le culte des ancêtres. le portrait de l’arrière grand-mère Ginat. si je meurs à Sainte Gemme. et son directeur de recherche disparaît au cours du processus. je ne partage pas son pessimisme : il me semble que l’on est dans une situation extrêmement complexe. et je ne comprends pas par quel mystère le cousin (j’ignore lequel) a pu séparer les deux époux. devient un ancêtre. alors que Charlotte survenait à la maison en pleurs. Christine parle de la qualité des photographies. Pendant que j’écris. mais quand même : celui qui a pris Barthélemy a 179 . dit-il. qui nous sont données à voir. comme une cérémonie funéraire : "Elle s’est trompée d’institution". l’idée de dieu protecteur reste encore très présente : les ancêtres deviennent des esprits protecteurs. la fille décide de faire ce travail d’ethnologie . Une fille n’a pas pu assister aux funérailles de son père : pour se réconcilier avec l’âme du disparu. On ne croit plus trop à la théorie des esprits malfaisants . et c’est Pascal qui a repris la direction de cette thèse. chez moi. la femme de Barthélemy Hess. dans ma famille des portraits de mes ancêtres. et je ne pouvais pas faire faux-bond à ce groupe). Pascal va coordonner nos interventions : l’étudiante a travaillé avec Daniel de Coppet. je reçois le coup de téléphone de Frédéric Althabe : il me dit qu’il veut que je mène à bien l’ouvrage entrepris avec son père . Les deux portraits allaient ensemble. Christine.

mais ici les gens ne portent plus d’habits du dimanche. il le lit régulièrement . Anniversaire douloureux. 180 . il a fait une licence de sociologie. amie de New York qui se trouvait là-bas il y a 3 ans on crée notre nouvelle revue Attractions passionnelles. Cette performance m’intéresse. chose que je n’ai pas faite depuis la mort d’Hubert. François dit que nous sommes 132 habitants. rue par rue. depuis. Envie de fumer un cigare. 11 h 30 On parle de la Sonate au Clair de lune. Mais d’une certaine manière. Vogel. De toute façon. un comédien qui a joué cette sonate en l’accompagnant d’un commentaire à lui : les cheminements de la pensée du pianiste. on se trouve dans une vie assez simple. Dimanche 11 juillet. convoquent le promeneur : je ne parle pas des New-Yorkais. on voit si peu de monde ! Le camion du menuisier. où constamment de nouveaux moments appellent. car c’est une illustration de la dissociation (mot utilisé par Odile) : c’est la déconstruction du moment musical. Je suis à Sainte Gemme avec Liz Claire. Idée d’inviter à Sainte Gemme Maurice et Pascal . on a parlé du DTC (Dictionnaire de théologie catholique) . ici. Odile ne peut plus écouter ce morceau. je pose le chiffre de 138. n’était peut être pas Barthélemy. que nous écoutons. mais un militaire anonyme (il était gendarme). quand la nature l’exige. interprétée par Rubinstein) selon Bernard Haller. mais je m’abstiens.dû être attiré par son uniforme . à qui nous avons acheté une baguette et deux croissants. Même le jour du Seigneur. On a constaté qu’à la campagne. Il n’y a pas de moments. Mais une idée m’est venue. On aurait pu distinguer le moment du labeur. ceux où il pleut . et tout particulièrement la vie new-yorkaise. Antoinette. nombre d’habitants résidant ici en 1990. ce portrait. avec Maurice. et le moment de la fête. les jours défilent tranquillement : aucun tracteur aujourd’hui n’est passé. Quel contraste avec la vie urbaine. pour lui. je m’entends très bien avec lui. tout de même. un doctorat de linguistique. ici à Sainte Gemme. passage de la boulangère. au moment de mon arrivée . une voiture ou deux. à côté de Charles V. Le pêcheur et la pénitence : référence d’il y a 20 ans (environ) donnée par Maurice Gruau. François peuvent en faire une liste. Cette opposition entre la vie à la ville. avant de s’intéresser à l’anthropologie. et la vie à la campagne est forte. Pour ma part. J’ai appris incidemment. que le département d’ethnologie allait disparaître : Pascal va rejoindre les sociologues pour le master. une formule plutôt qu’une idée : “trop de moments tue le moment”. l’événement redouté : la grêle. ils sont dans leurs vignes : il y a le jour et la nuit. Maurice est né en 1930. Samedi 11 septembre. sans entendre le commentaire de Bernard Haller. qui sont tiraillés constamment entre de multiples sollicitations. l’événement. puis vicaire général . en particulier. est venu aujourd’hui me livrer une table. À la campagne. il a été curé de Chichery. à part cela. les jours où il fait soleil. les collaborateurs éventuels . Repas très sympa au chinois. Au programme : 20 numéros dont on dégage les thèmes. j’avais avancé le travail ces jours derniers. et sans histoire. il connaît bien aussi le DLC (Dictionnaire de Liturgie catholique). achetée au marché : il a fallu lui expliquer l’itinéraire pour accéder jusqu’ici. pendant qu’il exécute un morceau. Dans le métro. je ne suis plus au courant. le camion de François . c’est l’enterrement : beaucoup d’habitants de Sainte Gemme connaissent tous les habitants du village.

il avait quitté l’école à 16 ans . mais aussi se racontèrent dans des formes d’écriture impliquée : monographies. Antoinette et Gilbert n’ont pas de livres. Que font mes voisins ? Monsieur et Madame Petit. Par la suite. mais le rythme du jour s’impose à moi. Résumé de mon intervention possible : "Un aspect peu exploré de la Révolution. La Révolution française secoue fortement les héritiers du Sturm und Drang. J’essaie de faire le tour de la vie ici : il y a mille choses à faire. mais elles sont dictées par le flux du quotidien. Christine serait commentator. il faut avoir un certain look au travail. par une correspondance journalière avec sa mère. etc. donc aucune raison de s’aménager une bibliothèque . les gens n’ont plus d’habits du dimanche : la vie moderne conduit les gens à s’habiller de façon fonctionnelle . Ils ne chauffent l’hiver que dans leur salle à manger-cuisine : les chambres restent froides. sportives et habillées. Pourquoi ? Gilbert aussi. depuis un mois. c’est-à-dire coordinatrice de la table ronde. mais dans le monde. au réveil. à descendre des pierres. vers l’esthétique. je ralentis. jamais plus de deux. je passe devant mes pommes de terre. j’y découvre des doryphores. mais l’on trouve des chaussures qui sont. que je mets au tonneau . à la suite de Maine de Biran. (Herder. J’ai essayé de lire le Journal de Klee… 15 heures. cela l’intéresse. suspension. pourquoi s’aménager un atelier ? Sainte Gemme. Liz et moi seront les orateurs. La notion de fragment défendue par les Romantiques d’Iéna (Schlegel. dans le moment du travail intellectuel : il faut envoyer ce soir à Stanford. Je vais au jardin.À New York. Petit vient observer les travaux que je fais chez moi . Liz m’installe maintenant. je prends le temps de regarder la télévision : une heure. du Kantisme. etc) rompt avec le classicisme français inspiré par Rome. 181 . c’est vrai. disciples ou fils de disciples de l’auteur des Confessions. il devint le théoricien et le pédagogue du journal. On écrit : "En 1775. disciple de Rousseau. faire des traces" (sur le journal). puisque ses travaux furent. mais aussi et surtout : correspondances et journaux. Charlotte aura un sujet : "L’exploration de l’impact de la Révolution à la périphérie : le fragment". qui m’a dit hier : "Tu vas avoir une grande maison !" Oui. Liz propose : "Révolution du couple dansant. traduits en huit langues". dont s’inspirèrent. les Révolutionnaires se formèrent. en Europe. Goethe. le mercredi 15 septembre 2004. des centaines de diaristes du XIXème siècle. un programme d’intervention pour un groupe. Titre du panel : Fragment. dans la même journée. je redescends fermer les fenêtres. Charlotte. thèses. Charlotte. Le matin. Il faut suppléer son absence. ils ne font pas de peinture. de son vivant. eux ne vivent que dans une pièce. et ainsi de suite : je suis en phase avec la nature. à la fois. l’impact de la Révolution à la périphérie. Souvent. Novalis) déplace le projet révolutionnaire du politique (qui semble avoir échoué dans la Terreur). Mémé et Liz sont encore couchées. Pour ma part : "L’écriture de soi. pour jeter le contenu de ma poubelle sur le compost. trace. non plus. qui claquent à cause du vent. sa formation se fit. je ramasse quelques prunes. Je regarde mes salades. l’imaginaire féminin suspendu au vertige". discours . c’est le travail d’écriture de soi des acteurs. l’Allemagne qui pense. en France. Le cas de Marc-Antoine Jullien est tout à fait significatif . 9 heures Pépé travaille au second. responsable de l’Instruction publique sous Robespierre à 19 ans. je ne suis jamais entré chez eux : M. les tomates : je vais pouvoir en cueillir demain . avec la vie de la maison. j’en retire 22 aujourd’hui ! C’est le grand retour .

Rezki. 2004). Lire Jenny. cet été. Martine Lani-Bayle suggère à Jenny l’emploi de l’arbre généalogique. mais quelle discussion ! Fatiguant. Je regrette que les délibérations du jury aient duré plus d’une demi-heure. C’est un peu notre lot. Rencontre foudroyante avec Le sens de l’histoire. sa participation aux collectifs des IrrAIductibles. Zur anthropologischen Grundlegung einer Theorie der Schule. Je ne parviens pas à écrire. On entre dans une esthétique de l’inachèvement". Et mon éditeur n’aime pas les gros livres. entre les mains. Il parle de la tenue d’un journal dans lequel il racontait les séances d’entraînement. tant je suis pris par l’exposé de Jenny. Martine Lani-Bayle. Finalement. Je fais une série de photos. et de Jenny dans notre collectif . Tebib. d’Attractions passionnelles. Ensuite. Georges Lapassade et Patrice Ville. dit maintenant Christine.Avec Schiller. Yvan et Madame Ducos. Georges est fatigué : il veut parler tout de suite. rapporteur. de la bioscopie. Impetus. Ce livre fera 600 pages. jusqu’au bout. immédiatement. La seule question que pose Georges : "Tu parles de transe. Leonore. Georges Lapassade. Patrice parle de la dimension agonistique. aujourd’hui. à propos de ton travail . et nous. il a introduit la photo. Liz Claire et sept à huit personnes dont les noms m’échappent maintenant. Isabelle Nicolas. quand tu écris. et déterminer l’ordre de passage des membres du jury : Patrice Ville (directeur). Remi Hess. Bon d’accord. 182 . Catherine Gall. J’avais lu son texte : ce qu’elle dit ne me surprend donc pas. Christine Delory-Momberger et JeanLouis Le Grand. Le seul problème : elle fait 430 pages de petits caractères. Zouari Jilani. l’art de le dire m’impressionne. les Romantiques refondent la vie autour de l’œuvre. je travaille sur le rapport entre les Romantiques d’Iéna (Schlegel. mais elle est surtout humaine . Salvatore Panu. Jenny expose. ce fut le point de départ du travail soutenu aujourd’hui : L’institutionnalisation du sujet. j’ose regarder Schule der Person. Roger Tebib. dit Martine. Novalis). Mohammed Rebihi. Vendredi 17 septembre 2004. Dans la salle. la manière. une femme qui a du talent : elle parle très bien. Il me semble que j’ai de la chance d’avoir une vraie œuvre. Ici. 13 heures 10. On est pris par son écriture. de “ former ” mes jeunes collègues à la direction et l’évaluation des thèses. c’est très rare". mais une œuvre dont la forme se cherche sans fin. J’ai évoqué le travail de Benyounès. Soutenance de maîtrise d’Yvan Ducos Yvan a voulu soutenir avant d’aller manger. Le jury s’est réuni pour choisir le président (Jean-Louis Le Grand). Kareen Illiade. Je fais signer le procès verbal par Christine Delory-Momberger. "Cette thèse est intellectuelle. Cependant. Jenny a eu les félicitations. Lorsque Jean-Louis Le Grand parle. ce n’est pas vraiment possible. Il me faut la traduire. thèse de Jenny Gabriel. pour moi. qui a quelque chose à voir avec l’impetus : ces moments foudroyants réorientent entièrement la vie du sujet. L’art d’habiter les moments. tu es en transe : peux-tu nous expliquer ?" Prendre les thèses en diagonale. La femme d’Yvan (né en 1929) est là. rapport que j’ai beaucoup travaillé à partir des recherches de ma fille Charlotte. Heureux d’avoir travaillé avec Martine Lani-Bayle. de Gaby Weigand (Ergon. avant la pause. Je parle en second : j’insiste sur la dimension instituante de Jenny.

et le temps fuit.16 heures. dans les jours qui viennent. C’est passionnant. qui ont tenté de vivre à un carrefour maritime où passaient des bateaux grecs. Quelle relation avec le “ moment ” ? Le village phocéen du VI ou Vème siècle. Je ne puis pas accepter de gaspiller le temps dont j’ai besoin. car j’ai mal. Peut être Bernadette serait-elle heureuse de retaper un journal de moi. les murs sont faits de pierres tenues entre elles. il y a eu des groupes humains. et qui nous permet de mesurer le surplace de la civilisation pendant toute cette période. 183 . 290 Les irrAiductibles n°6. Il faudrait que je rentre. Comme en Champagne au XVIIIème siècle. 27 septembre 2004. depuis le VIème siècle avant Jésus Christ. mais tout de même. Pourquoi écrire dans ce carnet aujourd’hui ? Ce n’est pas très rationnel de vouloir écrire mes méditations ici. En fait. Il fait une conférence sur le dispositif. J’ai envie de clore ce carnet sur le “ non-moment ”. bien installé dans le moment “ soutenances ”. plutôt qu’en sabbatique. Il y a Ruben Bag. la manière dont les murs ont été faits. Ce qui m’a frappé. Salvatore. Leonore. ou un héritage du passé (une ruine de maison phocéenne. sciences des traces. Le temps passe. Il y en a 7 ou 8 prévues pour aujourd’hui. mais en même temps. pour écrire mon éditorial du numéro 6 290 . Je vis une crise. Or. mais dangereux. et de le donner à Benyounès qui est là. Schlegel est. Il me faut rester ici. Marie-Fanéla Célestin. 360 pages. Incroyable ! Certes. Je ne vois pas ma place ici. De quoi pourrais-je parler aujourd’hui ? Il faudrait que je médite sur la notion de fragment. Kareen. je suis en sabbatique. Georges Lapassade prend la parole. on en parle. Benyounès. c’est son “ être là ”. pour construire mon moment de l’écriture. Je ferme activement “ le moment universitaire ”. officiellement. Mohammed Rebihi. octobre 2004. il ne reste plus que des murs d’un mètre au-dessus du sol. Roger Tebib. Le fragment selon F. Moi. et la terre pour récolter des fruits. la culture ? Je ne sais. lors de ma descente chez ma sœur la semaine passée). Je liquide des charges. Nous sommes 24 dans la salle. comme celle observée à côté de Sainte Croix. je ne reprends pas de nouveaux étudiants. Le fragment du passé ouvre sur des possibles au niveau du régressif. ou un morceau de quelque chose qu’un contemporain décide de produire comme quelque chose de non abouti dans sa totalité. Aziz. j’en ai marre de ce dispositif. Il y avait la mer pour pêcher. La ruine est donc un fragment qui nous renseigne sur le mode de vie passé. Des moments me sont imposés. L’archéologie. mais en même temps. mais quels légumes ? Ils n’avaient pas de pomme de terre ! Avaient-ils les olives ? Quels moments vivaient-ils ? La pêche. Georges est en pleine forme. Liz Claire. Je souffre. avec de la terre. à cet endroit. et pour moi en chantier actuellement à Sainte Gemme. Roger Tebib défend l’école. nous dit qu’à cet endroit (au bord de la mer entre Martigues et Marseille). dans ma visite de la maison phocéenne. car en ce moment je suis à l’Université. ce qui reste permet de bien comprendre la forme de la maison (les différentes pièces utilisées). Boumarta. réunion des IrrAIductibles On parle des dispositifs. la chasse. Dispositifs 1. Je ne puis pas fuir. C’est étonnant que la technique de construction n’ait pas évolué en 24 siècles. est une méditation à partir de fragments. Il faudrait confronter les notions de “ fragment ” à celle de “ moment ”. je devrais être en congé maladie.

prendre du recul par rapport à ma transversalité. Schlegel. ou produits dans le présent. Le moment de l’œuvre. ou dans la construction du moment parking. Je ne trouve pas de passion dans les écrits de la plupart de mes étudiants. Je cause. une lutte à mort contre la médiocrité. et elle n’est pas une œuvre. Le même fragment devient autre chose. Dans un moment. Elle ne comprend pas le sens de ce dispositif de cette journée de soutenance. Ce qu’ils écrivent m’emmerde. mais l’habiter. la dissolution du moment de l’habiter. il y a souvent du recyclage de fragments de moments antérieurs. Habiter une belle maison. la chose finalisée. j’ai relu 180 pages de ma fille Charlotte. Personnellement. En fait. maison d’habitation et devient “ musée ”. Le même objet : une maison passe de l’habitat. Il ne s’agissait pas d’une œuvre d’art. Le moment. de la décoration d’un espace habité. l’objet – au départ – avait une finalité. Il s’agit de propositions d’enseignement. Elle aurait aimé soutenir à 15 heures. qui ne sont pas non plus des œuvres. Il me faut un an de congé. ce peut être la fin. il y a donc glissement du sens. c’est que ce qu’elle dit m’apparaît redondant. c’est un moment pour soi : un moment qui n’a d’autre finalité qu’esthétique. 184 . Chez Charlotte. de fragments matériels hérités du passé. ce n’est pas le beau. dans plusieurs versions. Sur le plan matériel. on le destine à parquer des voitures. où 5 enseignants travaillent ensemble avec une dizaine de mémoires. Plusieurs appels ou courriers électroniques me mettent en péril. On trouve cette force aussi chez Johan Tilmant. Je ne vais plus enseigner cette année. oui. Laurence Valentin est agacée. je me sens pompé. c’est la décision de poser une forme qui articule dans une Gestalt nommée. le plus souvent. Ils sont obsolètes. mais on sent vraiment l’énergie. est-ce faire œuvre artistique ? Le Musée Dali à Figueras a d’abord été l’espace habité par Dali. J’ai mal au ventre. Le problème de notre amie Laurence Valentin. au moins pour y vivre. Mais s’il s’agit d’une maison. Benyounès me demande de lui envoyer des textes par Internet. Il y a des exceptions. La ruine est fragment d’œuvre. J’en ai marre des étudiants. désignée. je trouve que la plupart des mémoires sont sans enjeu. caractérisée par un certain nombre d’éléments. c’est une définition du moment. Il y a aussi des espaces sans destination. Il n’y a pas de thèse. Et en plus. Je veux sortir de mes moments. Je sens dans ses pages une énergie qui me ressource. La destination d’une maison. un même terrain peut entrer dans la construction du moment basket (s’il y a un panier construit). Le moment est l’organisation processuelle. Je vais essayer de le faire. pas de point de vue que l’on défende avec énergie. A un moment. Mais globalement. etc. le fragment est fragment d’œuvre. du fait même de sa destination. qui opère et s’opère dans ce genre de contexte. Par contre. je trouve génial ce dispositif. alors que chez mes étudiants. pour y habiter. qui s’organisent les uns par rapport aux autres. je pense que ces textes ne sont plus d’actualité. Je l’ai lue. une ruine. Mais faire de l’architecture. je trouve une pensée polémique. Le meilleur moyen que j’ai de poser une intervention : refaire la genèse de notre histoire collective… Benyounès s’en va. si au lieu d’utiliser l’espace pour faire du sport. On me demande de parler. Ce n’est pas achevé. au visiter. Il est 16 heures 30. Je ne comprends pas les gens qui ne voient pas le travail transversal. Je l’ai déjà entendu. elle a fait un tel volume (180 pages) qu’elle n’a pas réussi à éliminer toutes les fautes.. Je m’arrête.Chez F. pour réaliser une identification psychologique ou sociale d’un individu ou d’un groupe. Hier et aujourd’hui (ce matin). La limite entre l’œuvre. La nature se trouve en dehors de toute destination. pour faire tout ce que je dois faire cette année. comme finalité. mais d’un espace aménagé. Figueras fut atelier. Je lui donne mon carnet. Ils menacent cette distance que je voudrais construire.

comme différentes couches qui se recouvraient lors du développement du petit humain. En y réfléchissant. de maltraitance très précoce. qui est devenu une autre personne (sans ses expériences. où l'espace et le temps sont vécus différemment ? Et dans un milieu professionnel. Elle est datée du 16 novembre 2004 : “ Cher Remi. ses souvenirs. je suis persuadée que dans la notion de moment. pour l'établir. Est-ce un moment ? Il semble avoir eu beaucoup de retentissements et d'influences. à part son deuxième apprentissage ? Cet été. ses émotions d'avant). Je l'ai laissé tel que tu l'écrivais. Je m'interrogeais sur la période (j'allais écrire le moment ?) de notre vie. moi parfois.Mercredi 24 novembre 2004. même si le moment peut être imposé. sur la vie ensuite de beaucoup. Est-ce lié à l'identité de la personne ? Comment dans un couple. Je voudrais ensuite m'excuser d'avoir tardé à te l'envoyer. totalement ou en partie. même si le ton de celui-ci est plus grave. il y a une part de liberté. me trouvant souvent d'accord avec tes remarques. Je découvre la lettre suivante de Bernadette Bellagnech qui a tapé ce journal. puisque tout lui est étranger. Tout d'abord. je me suis surprise à l'écrire "mon moment" (?). J'avoue que j'ai des difficultés à saisir vraiment ce qu'est le moment.. mais accepté par nécessité. qui repart à l'âge adulte de zéro. 185 . j'ai lu un peu par hasard Le corps se souvient d'Arthur Janov (auteur du Cri primal). le traumatisé crânien. chacun des enfants a-t-il conscience de ses moments propres ? Le moment est-il le même dans un autre pays. au moment précis.). période qui a marqué apparemment tellement de gens au vu des expériences décrites (expérience de naissance. Le terme "non-moment" est parfois écrit avec un tiret. Le dispositif à la maison ne s'est pas prêté à la rapidité. de volonté et présence de certaines conditions pour y parvenir. j'ai très heureuse de lire et de taper ton journal.. que sont devenus ses moments et à partir de quoi va-t-il s'en construire d'autres. qui a perdu la mémoire. l'essentiel est fait et je te l'envoie. mais malgré les ennuis informatiques et le bruit de marteau piqueur qui nous accompagne depuis un mois (travail de transformation du réseau d'eau chaude dans le bâtiment). où nous n'avons pas la possibilité de nous exprimer avec des mots. parfois sans. J'y réfléchis en te lisant. Cela m'a fait penser à l'auriculothérapie qui agit sur certaines douleurs en appliquant des aiguilles sur certains endroits du pavillon de l'oreille. pas voulu. est-ce qu'alors le moment du travail est un non-moment. En gros. et à mon désir de te l'envoyer plus rapidement. qu'on n'a pas choisi. partagée entre un sentiment intuitif et une méfiance dues à mes études et mon expérience de la médecine. Si tu l'as écrit parfois "nom moment". le tissu de la forme fétale de l'oreille serait issu des trois premiers tissus de l'embryon qui se seraient différenciés par la suite pour former les différents organes. même s'il occupe plus de la moitié du temps de la vie ? Ne prend-t-on conscience de son moment qu'après l'avoir dépassé ? Pendant ? Chez l'amnésique. ses repères. mais je continue à me poser des tas de questions. le moment de l'un s'articule-t-il avec le moment de l'autre ? Comment dans une famille nombreuse. L'auteur explique "ces phénomènes" en décrivant d'une manière un peu compliquée la mise en place successive des différences structures du cerveau (se référant aussi à la lente évolution de l'espèce humaine).

et en train. Pour ma part..... Je te souhaite d'avancer dans tous tes projets d'écriture. mais imaginaire pour les autres. Les enfants sont malades en voiture. Ton évocation des cerises et des doryphores m'ont ramené bien loin. créant à partir de tes récits un cadre familier. Je pense que ce serait la meilleure manière de leur être fidèle. Avant que mes amies n’arrivent. Y-a-t-il une forêt de résineux pas loin ? Ou alors une ancienne mine de sel ? Ou est-ce lié à une Sainte Gemme que je ne connais guère ? J'ai été heureuse d'apprendre que ta santé s'améliorait. que ce qu'ils ont partagé avec nous germe en nous comme de petites graines maintenant ou un peu plus tard. forme particulière du non-moment. Pour un Allemand. Profitant d’une conversation à propos d’un ouvrage de June Jordan. mais pas tant que cela.. dans sa forme chaotique... assurément. Si écrire. entre Liz et Jenny. pour aller rédiger une convocation pour une réunion du collectif de notre revue. samedi prochain. j’avançais la relecture de mon Journal du Non-moment. je suis persuadée qu'ils nous accompagnent. mais sûrement. Je souhaiterais que notre groupe lise ce texte avant notre réunion historique de samedi (décision d’une mise en chantier du numéro 0). alors que chaque minute de vie est précieuse. c'est une pierre précieuse transparente. Christine DeloryMomberger. Pourquoi? Je me pose plus de questions que je n'ai de réponses. pour informer les absents de nos cogitations. et cela nous fait avancer.. c'est être fou. Je me mis à prolonger le travail de secrétariat explicité. mais cela finira par s'arranger avec un peu de temps. ramenant à la conscience des odeurs.. des sensations et des visions familières d'un mois de juillet lointain déjà. Je me suis sorti de notre réunion d’Attractions passionnelles pour faire ce travail. Pour avoir été confrontée avec la mort de plusieurs êtres chers. Bernadette. Je fais ce compte-rendu dans ce journal. je crois fermement que ceux qui sont partis souhaiteraient que l'on vive chaque minute intensément.. car au départ. 15 h 40. Pour ma part. Pourquoi le village est-il nommé ainsi ? Une gemme.. mais un chaos. Liz Claire. Je viens de terminer la relecture de ce journal. La description de notre désorganisation apparente me semble nécessaire à restituer. et à la théorie des moments. notre réunion n’était pas un groupe sujet. Il est vrai que cela n'empêche pas de ressentir. alors sois-le ! Prends bien soin de toi. J'ai été heureuse d'avoir lu Le précaire et le certain d'Hubert de Luze avant sa mort. ainsi que Lucette.doucement. ” Jeudi 25 novembre. Une partie de son expérience m'accompagnera vivante. je m’étais éclipsé de la cuisine. Liz Claire et Jenny Gabriel m’ont demandé de faire un compte-rendu de notre réunion d’aujourd’hui. je suis déjà venue à Sainte Gemme par l'imagination. Je me suis aussi surprise à penser "pourquoi parler de non-moment". le chaos renvoie à un état du social où l’organisation vient à manquer. plus riches de ce qu'ils nous ont laissé. Je t'embrasse. ou alors un bourgeon ou de la résine de pin.C'est un peu confus. que je jugeais prioritaire.. mais j'ai pensé à toi. Nous viendrons à Sainte Gemme un jour. de peinture et autres. ce qui n'est évident pour personne. avant l'âge de 20 ans. 12 h 30. par une 186 . même si je ne l'ai pas connu. Il semblait qu’on soit dans le non-moment. Jenny Gabriel m’attendent dans la cuisine pour préparer le repas.

“ L’origine de l’œuvre d’art ”. j’ai laissé Jenny Gabriel travailler dans la cuisine avec Liz Claire. T. Le compte-rendu crée le moment. On régule. W. J’avais oublié de dire à mes deux amies que j’avais invité Christine Delory-Momberger pour déjeuner. ” Nous connaissons des situations où ce théorème se vérifie. on sonne. Idée de créer. Adorno : vers un pacte de l’esthétique moderne. Alors. au départ sur le texte que je voulais publier de Liz.poursuite de cette relecture. Il aurait fallu corriger. Et surtout le commentaire que Gilles Boudinet fait de ce texte in M. dans notre groupe d’Attractions passionnelles. Document de recherche O. voilà surgir une sorte de fulgurance instituante : on est dans le moment de la création. dans l’orbite d’AP. pour recouvrir le non dit du non-moment. nous évoquons le lexique. On se met alors à préparer le repas. je le ferai. Qu’est-ce qu’un groupe ? Je parle du théorème de Leroy : “ L’intelligence d’un groupe est égale au coefficient intellectuel du moins intelligent du groupe. Jenny l’accompagne à la poste. in Chemins qui ne mènent nulle part. Au moment où je terminais ma relecture. Je ne savais pas bien pourquoi. si ce n’est que j’étais pris par mon texte. ce que. on a l’impression que notre QI est égal au QI du plus intelligent. d’une gousse d’ail. n°22. Ce sera l’objet de la réunion de samedi. Mais elles ne semblaient pas m’en vouloir. vertige du nonmoment. le temps passant. L’écriture inscrit. Je l’ai écrit au singulier. Heidegger. et moi du coca ! On parle. à ma manière. mais il semble que l’on fasse la queue à la poste. Christine du blanc. psychologiquement. Je dis mon intention de définir la notion de groupe. elle n’était prête. je les entendais parler. Christine remarque qu’une énergie se libère dans les groupes sujets. J’imaginais que mes amies prenaient conscience que je les avais abandonnées. J’avais épluché une salade. Au boût d’un long moment. Paris. On a l’idée de sortir un numéro Zéro en 2004. D’ailleurs Liz a un courrier à poster. On a faim. Il faudra faire une restitution orale samedi… Alors que l’on était dans le chaos. Le courrier est-il déjà envoyé ? Oui. dans l’ignorance que quelque chose comme la dynamique et l’énergie d’une œuvre nous a saisis. Paris. dans d’autres circonstances. c’est dans le contexte de ce que Félix Guattari a nommé les groupes “ objets ” 291 . On ne peut pas laisser les absents. Christine. 1962. certain n’aurait pas manqué de proclamer. multiplié par le nombre de participants au groupe de travail ! Mais on se trouve dans une situation de groupe “ sujet ”. C’est concret. On parle encore d’édition. hypnotisé presque. On s’aime. Elles devaient se dire que j’étais un peu long. Nos amies reviennent. Je ne rentre pas dans le détail. On se donne Attractions passionnelles pour objet. par cette confrontation à un texte que j’avais écrit. Liz de l’eau. à faire le compte-rendu. sorte de vide. divisé par le nombre de membres du groupe. et on se met à table. mais que j’avais oublié. pensant que je l’oublierais. une de littérature. On a besoin de chacun pour aller plus loin. Maspéro. si je ne l’envoyais pas aujourd’hui à quelques lecteurs intéressés par l’élaboration de ma théorie des moments. enfin. Par contre. Heidegger. Nous ne rentrons pas dans le détail de ce numéro. série “ Didactique de la musique ”. On se met à table. une collection de poésie. Jenny est venue pour travailler sur le texte de Liz. M. Le moment du repas refait la cohésion du groupe de ceux qui “ ont un trou dans l’estomac ”. lorsqu’il se laisse aller à sa transe sur le thème de l’oeuvre 292 . en me disant qu’il me fallait terminer la relecture de ce journal. Par contre. 1973. pour le n°7 des irrAIductibles. une de performance. M. que je n’avais pas expliqué ce que je faisais. on se respecte. épluche les pommes de terre. comme dirait Heiddeger. En général. qui n’a pas vécu le flottement du non-moment. le silence se fit dans la cuisine. En conséquence. Je l’enrichis de tomates. janvier 2003.. fonde le moment qui héberge la terre entière. Il faut faire un compte-rendu. F. Dommage. J’arrose le tout d’huile d’olive. installe. 187 . Leur capacité à donner du sens à leur retrouvaille m’exemptait d’une accusation de producteur de chaos. Gallimad. Mais. Psychanalyse et transversalité. Le groupe a émergé d’une 291 292 Félix Guattari. Jenny boit du vin rouge. Je justifiais ce manque de savoir-vivre (fuir mes invitées). de deux œufs. et je ne doutais pas des glissements de leur conversation.

Nagel. je ne veux pas laisser sa démarche sans réponse. ou alors il ne pourra pas comprendre mon analyse. 295 M. l’autre et l’un. Ayant oublié mes lunettes à Sainte-Gemme. Si l’objet de la psychanalyse est de décrire cet échange entre l’avenir et le passé et de montrer comment chaque vie rêve sur des énigmes dont le sens final n’est d’avance inscrit nulle part. Dimanche 19 décembre 2004. le quasi-moment et le non-moment ”. La rêverie herméneutique du psychanalyste. juste avant mon départ pour Metz. comme situation “ à accepter ” ou “ à refuser ”. j’ai lu Sens et non sens. elle écrit : “ (Remi) est un bâtisseur. 42. il a l’endurance des pionniers. op. ” 293 Le groupe Attractions passionnelles (AP) travaille collectivement à la production de fragments philosophiques ayant pour objet une pensée de l’esthétique. on n’a pas à exiger d’elle la rigueur inductive. mais ne peut en tout cas manquer de nous fournir notre élan et d’être elle-même pour nous. une force de la nature . 10 h. Faut-il être doté de cette incroyable énergie pour vivre le Moment de l’œuvre conjointement avec d’autres Moments qui sont le sel de la vie ? Faut-il être dans la force de l’âge ? J’ai douze ans de plus que Remi. Jenny est une lectrice fortement impliquée du Sens de l’histoire. le quasi-moment et le non-moment ”.. Ce groupe travaille également à la production d’un vocabulaire. en mouvement circulaire. mais cette recherche est le fruit d’un échange fort avec moi. mériterait de nombreux développements. j’ai trouvé dans le chapitre sur “ Le doute de Cézanne ”.. Merleau-Ponty compare cette posture à celle de notre vie même qui. cette médiation sur les situations : “ Les décisions mêmes qui nous transforment sont toujours prises à l’égard d’une situation de fait. Quand les filles sont parties. À moins que je ne résume la démarche de Jenny. Elle a soutenu cette année une thèse (sur la théorie des moments). Je viens d’imprimer. et une situation de fait peut bien être acceptée ou refusée. 294 Maurice Merleau-Ponty. Jenny travaille avec moi la question du moment depuis quelques années. qui est une lecture de mon Journal du non-moment (5 mai-25 novembre 2004). En même temps. Dans ce livre. l’incarnation de la valeur que nous lui donnons. 1966. Ce qui est bizarre. Merleau-Ponty. en le voyant à l’œuvre. 188 . p. Ai-je encore assez de forces vives pour habiter les Moments ? Telles sont les questions que je me pose en l’écoutant. ici et maintenant. et de relire le long texte de Jenny Gabriel intitulé “ Le terrain périoecien. Le groupe est sujet. Son texte “ Le terrain périoecien. intitulée “ L’institutionnalisation du sujet ”. sous la direction de Patrice Ville. pour lui permettre de pousser plus loin sa réflexion. c’est que ce texte m’oblige à ré-ouvrir ce journal que je pensais clos. je ne suis pas dans les meilleures conditions pour travailler intellectuellement. Il faut travailler avec elle. lorsque chacun a pu travailler à l’entrée dans l’installation commune du Miteinander-Sein (voir la définition du terme dans le Lexique d’AP 293 ). À la fin de son texte. de Maurice Merleau-Ponty 294 .longue période de latence qui a permis à des éléments de transversalité de se tisser entre l’une et l’autre. cit. Paris. Il me fallait le relire et le commenter. J’avais regardé rapidement ce texte à son arrivée. et où tout symbolise tout. Il faut que mon lecteur ait accès à ce texte (15 pages). Sens et non sens. qui multiplie les communications de nous à nous-mêmes… cherche le sens de l’avenir dans le passé et le sens du passé dans l’avenir 295 … ”. appuie son avenir à son passé et son passé à son avenir.

l’informatique et sait que s’il veut être compétent. tout en tenant compte de l’état du contexte de la communauté de ceux qui peignent. le tennis. et il semble dire que c’est ensuite seulement qu’il peut devenir sujet du processus. Je suis devenu un artiste. Du coup. je dois dire que je ne suis plus satisfait du tout de ce que j’ai produit. l’enfant doit accepter de se laisser imposer la culture. Les premiers moments hérités seraient imposés. Du coup. Cependant. et je suis moins optimiste sur ce que je fais. me fut interdit. Dans la mesure où l’entrée dans un moment est l’entrée dans la communauté de ceux qui exercent la même activité. une idée m’est venue cette semaine. à propos de certains moments. pour donner à voir une toile qui correspondrait vraiment à ce que j’ai dans la tête. Je me souviens qu’il aborde cette question dans La somme et le reste. je pense 189 . c’est pour me poser la question “ y a-t-il un “ bon moment ” dans la biographie de quelqu’un pour installer un nouveau moment ? ”. pour lui permettre de suivre le rythme imposé par le conservatoire . c’est-à-dire acquérir les mœurs de la corporation ou de la communauté qui se cache derrière chaque appartenance. dans une notation de la semaine passée (journal d’un artiste). Jenny pose ici une question que je me pose moimême. je pourrais vivre l’entrée dans mon nouveau moment sur le mode dilettante. depuis le 15 novembre 2004. Lefebvre sur ce point précis. L’enfant y serait assujetti. mais pour lui en plus : conservatoire où il fait de la harpe. Pourquoi ? Parce que je pense que ce moment aurait été celui que j’aurais voulu construire vraiment. Sur ce chapitre. je me demande si la construction de ce nouveau moment n’est pas un peu tardive. activité sportive le mercredi au club de tennis…). disciplines (programmes de l’école. très belle. De cet assujettissement. Dans mon journal d’un artiste. Mais je vis actuellement beaucoup avec mon fils Romain (10 ans). en décembre 2003. que je visite des expositions.Jenny. je suis heureux d’être totalement peintre. n’est pas pris en charge par la communauté pour entrer dans un moment (les professionnels me disent même parfois : notre art est difficile. on a du mal d’en vivre . de l’informatique . le savoir. Je suis d’accord. car au fur et à mesure que je produis. du chant choral. on ne cherche pas de concurrents nouveaux). Mais il se contente de dire qu’au début de sa vie. Henri Lefebvre est assez discret sur l’éducation. J’ai écrit 120 pages d’observations. Aucune école des BeauxArts ne prévoit de recruter un pré-retraité comme étudiant. Il y a aussi l’organisation du travail. ” Sans renier cet optimisme. Il étudie l’homme déjà bien engagé dans sa biographie. répond en disant finalement que “ le temps des Moments est celui de la jeunesse du désir. ” La formule est très. Si je raconte cela. que je lis des ouvrages sur la peinture. ce ne peut pas être le cas. L’autodidacte que je suis en peinture. sur cette question. et que c’est une opposition familiale qui m’a fait passer à côté de ce projet que j’ai pu imaginer reprendre à certains moments de ma vie. étant enfant. pour avoir travaillé cette année 2004 à la construction de mon moment de la peinture (j’en suis à une trentaine de toiles). je découvre sans cesse davantage ce qui me reste à faire. je suis heureux d’être parvenu à peindre une première toile et je dis quelque chose comme : “ Même si je devais mourir aujourd’hui. il faut s’assujettir aux gammes imposées par chaque communauté). et de contestation de cette imposition. On voit là que la formule de Jenny selon laquelle “ le temps des Moments est celui de la jeunesse du désir ” fonctionne parfaitement. s’appuyant sur une longue citation de Raoul Vaneigem. du solfège. Mais chez moi. car en plus mon fils revendique le droit de jouer avec ses camarades ! Je vois émerger chez lui une dialectique d’acceptation de l’imposition (il aime la harpe. naîtrait une dynamique qui laisserait émerger le sujet… Il me faudrait relire H. et je l’observe dans cette période où tout lui est imposé : rythmes scolaires (fous). et qui à chaque fois. cours particuliers de musique. pour des raisons de réalisme.

chaque communauté présente derrière un moment. Hubert sait tout cela. dans une vie de club. de même celui qui commencera le piano à cet âge ne pourra pas avoir comme projet de devenir concertiste. Cependant. doit faire une place aux grands débutants. l’expérience enseignera aussi ce que l’on juge pouvoir créer utilement. Ceci étant. une telle personne peut aider le groupe à s’épanouir. il est évident que cette personne ne pourra pas faire des performances exceptionnelles. et ce que l’on juge inaccessible. La femme ou l’homme expérimenté ont appris la science de la meilleure utilisation de l’énergie. apprend aussi la rigueur d’une discipline. On touche là la dialectique entre énergie physique qui décline avec l’âge. Hubert de Luze a commencé ses études d’ethnologie à 60 ans. etc. Ce qu’il a à acquérir. Quand on voit ce qu’il est parvenu à produire dans ces deux domaines. Il s’est mis à la composition musicale à 65 ans. on se dit qu’il y a une qualité que le “ grand débutant ” possède par rapport au jeune. J’ai connu des gens très structurants pour des groupes de jeunes. L’objectif de quelqu’un qui commencera la course à pied à 60 ou 70 ans ne pourra pas être de battre le record du monde du 1000 mètres. compte tenu de l’écart trop important entre le moment désiré et l’état actuel de notre transversalité… A suivre ! 190 . qui s’étaient mis à la pratique sportive assez tard. cela a d’autres intérêts. Romain. Si l’on prend l’exemple de quelqu’un qui déciderait de se mettre à courir à 70 ans. lorsqu’il se lance dans ces nouveaux domaines. pour l’avoir acquis sur d’autres terrains. son organisation. c’est une transversalité riche qui étaie l’entrée dans de nouveaux moments. la nécessité de travailler tous les jours. en apprenant la harpe ou le tennis. Cependant. mais qui est fortement compensée par une meilleure utilisation de l’énergie.que si une entrée tardive dans un moment n’est pas très efficace quant à la production d’une œuvre dans ce domaine. ce sont des compétences spécifiques.

Nous allons montrer que cette technique a une histoire. puis nous donnerons deux exemples de pratiques diaires permettant de montrer l'invention du moment et sa conception. et qu'il existe un continuum de théoriciens qui ont dégager les possibles à travers l'écriture de journaux (Chapitre 11).TROISIEME PARTIE : CONSTRUIRE LES MOMENTS PAR L'ECRITURE DU JOURNAL La pratique du journal est un moyen d'entrer dans la construction des moments. 191 .

. introduction. Paris. 425) : "Il n'y a presque rien d'aussi nécessaire. l'ouvrage est signé M. le mot "journal" signifie à la fois la pratique d'écriture au jour le jour qui nous intéresse ici. Marc-Antoine (Chevalier). 298 Marc-Antoine Jullien. elle est pratiquée par les ethnologues. et le "quotidien" national. J. Pour éviter une confusion qui n'existe pas dans d'autres langues (par exemple. A.Chapitre 11 : Moment du journal et journal des moments Tenir son journal est une pratique ancienne. et d'une sage répartition de leurs différents emplois. de ses réflexions. John Locke (1632-1704) John Locke écrit dans son Traité sur l'Entendement humain. les éducateurs. A côté de la tradition du journal intime. 3.. on distingue Tagebuch et Zeitung). Ces mots viennent de "diaire" (au jour le jour). il existe une tradition du journal de recherche qui commence en 1808 avec un livre de Marc-Antoine Jullien "Essai sur la méthode. plus étendu. Déjà. En français.. écrire le journal est un moyen de se construire une identité de chercheur. et par extension la presse non quotidienne. A chaque thème exploré peut correspondre un carnet. régional ou étranger dans lequel nous lisons les nouvelles du jour. 192 . en allemand. les formateurs. H. Londres. tournent au profit du développement de son corps. Anthropos. je peux donner quelques grands noms de personnes qui ont marqué l'histoire du journal de recherche que je prône ici et qui inspire directement ma pratique pédagogique. au moyen d'une économie sévère de tous les instants. 1808. un journal. chez Firmin-Didot. 1714. et le journal de ses acquis scientifiques. de Marc-Antoine Jullien et de Janusz Korczak. Seconde édition augmentée (348 pages) en 1810. au jour le jour : la méthode "montre comment on peut parvenir. au XVII° siècle. sur l'Éducation. 296 " qui invite les jeunes à se former en tenant trois journaux : le journal de sa santé. de son esprit et de son âme. les agents de développement social. qui permet la distinction. mais aussi de ses idées. Je parlerai plus particulièrement de John Locke. 206 pages. destiné aux 15-25 ans . nouvelle édition : Paris. pour la commodité de la vie et l'expédition des affaires. dont la racine est encore utilisée en anglais dans le mot Diary et en italien Diario qui signifient "journal". Dans ce registre. (vol. Essai sur une méthode qui a pour objet de bien régler l'emploi du tems. p. 297 Souligné par R. On parle du "diariste" (celui qui tient son journal) ou de "diarisme" (pour parler du phénomène social que représente le fait de tenir un journal). recueillis et utilisés par lui. Il existe donc un continuum de l'écriture de journaux. Essai sur une méthode. 296 Jullien. que de pouvoir disposer de ses propres idées . A l'usage des jeunes gens de l'age de 16 à 25 ans. pour le progrès des connaissances. en lui faisant retrouver une très grande quantité de moments perdus 297 pour tous les autres et qui. extrait d'un travail général. Le fait que le mot remonte à 4 ou 5 siècles montre que c'est une pratique très ancienne. 2006. Aujourd'hui. Le journal des moments garde des traces de ses trouvailles. on pourrait utiliser un mot. au sens de tenir son journal. vieilli. le journal de ses rencontres. le philosophe John Locke a utilisé cette méthode. Si j'écarte de mon analyse la pratique du journal intime qui est davantage étudiée par les littéraires. à doubler et même à tripler la vie d'un homme. que la littérature a commenté. premier moyen d'être heureux. et enfin de son instruction et de son bonheur 298 ".

que de pouvoir s'en rendre tout-à-fait le maître". propose une clinique de l’éducation. mais l’abandonnent rapidement. NdT 193 . Janusz Korczak. est un texte court. l’écriture du journal pédagogique comme structurant le moment. qu’exiger de l’enfant. il a sa place dans le prolongement d’autres recherches qui l’ont précédées. chercher les lois fondamentales. pour conseiller leur action. Il montre que le journal peut être l’espace d’un travail philosophique. Le journal apparaissait donc comme une sorte de formation totale de l’être. qu’il a indexicalisé. Si la pédagogie accepte de suivre la voie ouverte par la médecine. Marc-Antoine Jullien produit la première systématisation du journal des moments. ayant discerné des symptômes. l’art du diagnostic pédagogique. Le philosophe Maine de Biran a également utilisé cet outil au début du XIX° siècle. lier ce qui est similaire. mais plutôt chercher ce qui lui manque. la toux. apprend à regarder et.et il n'y a peut-être rien de plus difficile dans toute la conduite de l'intelligence. la larme. de Janusz Korczak. Marc-Antoine Jullien (1775-1848) Dans son ouvrage de 1808. ils n’ont pas pris au séminaire 299 l‘habitude 299 En Pologne. rejeter ce qui est dû au hasard. Il faut tout noter et tout soumettre à la réflexion. elle doit élaborer une science du diagnostic éducatif fondée sur la compréhension des symptômes. à les associer et à en tirer des conclusions. Certaines formes de correspondance sont très proches de ce type de journal. les connaissances deviennent des savoirs). Marc-Antoine Jullien propose aux jeunes. mais qui s’inscrit dans des lignes temporelles qui font continua sur le long terme. L’étudiant examine de nombreux individus. et il anticipe sur des recherches qui se sont poursuivies après lui. Ce livre fut écrit dans un contexte où l’école n’existait pas pour tous. Ne pas chercher à savoir comment exiger. jusqu'à la seconde guerre mondiale. ce qu’il a en trop. et ce que l’on tire de ces rencontres sur le plan moral). -un journal de l’âme (où l’on restitue ses rencontres avec les personnes. les joues rouges sont pour l’éducateur. Il n’y a pas de symptôme sans signification. Janusz Korczak (1879-1942) Moments pédagogiques. -et un journal intellectuel (où l’on note les connaissances intellectuelles que l’on acquiert ou par rencontre ou par lecture . car ils ne connaissent pas la technique de la prise de notes. La fièvre. par l'écriture d'un journal. John Locke a tenu un journal toute sa vie. Dans ce livre. "Les bons éducateurs commencent à tenir un journal. Il s’est appuyé ensuite sur ses lettres pour écrire ses écrits politiques. les vomissements sont pour le médecin ce que le sourire. Ses écrits philosophiques ne sont que la mise en forme organisée de ses médiations au jour le jour. comment contraindre et interdire. on désignait le lieu de formation des enseignants par "le Séminaire" ("Seminarium Nauczycielskie"). Machiavel a conservé les doubles des courriers qu’il envoyait aux princes de Florence. Quelles sont ces lignes ? La théorie des moments. ainsi notées. Janusz Korczak montre dans Moments pédagogiques que la science du diagnostic occupe une place prépondérante en médecine. à les traduire. ce qu’il peut donner. ce qu’il exige. d’écrire trois journaux différents : -un journal du corps (santé). En effet.

me fâche. l’éphéméride est une forme d’écriture collective du journal. On tient à jour les informations concernant des malades d’un service : médicaments administrés. Janusz Korczak. dissimulé aux yeux de papa sous le matelas. S’il a dépassé le stade du journal du potache. mais un écrit dans le coup. comme ils ont trop attendu de leurs notes. le journal est écrit pour soi. Dans un hôpital. elle est inscrite dans le présent de l’écriture au même titre que le journal. dans un premier temps. et une aide pour les autres". diagnostics. même intime. Même avec un petit décalage. Quelles difficultés. Le destinataire du journal. Que prendre en notes. même si je n’écris le journal que pour le relire moi-même. mais pas les siennes. L’écriture du vécu est toujours limitée. bien identifié. quelles surprises as-tu rencontrées. comment prendre des notes ? On ne le lui a pas appris. C’est un point commun avec la correspondance. On peut écrire un journal de voyage à plusieurs. Quand on écrit une lettre. Tous les soignants contribuent à cette écriture. le journal est écrit par une personne. il n’a pas atteint le niveau de la chronique que l’on fait lire à un collègue. en même temps que l’on se reconnaît. On pourrait écrire des centaines de 194 . quelles erreurs as-tu commises. On accepte donc la spontanéité. on peut remarquer que le journal. est un écrit pour l’autre. Trop exigeants vis-à-vis d’euxmêmes. On lui a appris. quelqu’autre m’attriste. la partialité d’un jugement. s'interroge : "Quelque chose me réjouit. on écrit toujours au moment même. I). Un journal de classe peut être aussi une œuvre collective. examens. ne permet de réaliser que des fragments". ils perdent confiance en leurs capacités . quelles victoires as-tu fêtées? Que chaque échec soit pour toi un apprentissage conscient. alors que la lettre a un destinataire bien ciblé. m’étonne. le journal est un écrit pour soi (individuel ou collectif). On peut écrire le soir ce qui s’est passé dans la journée ou le lendemain ce qui s’est passé la veille. me décourage.Les formes générales du journal Le journal est tenu au jour le jour. peut-être. “ Je est un autre ” (Rimbaud) entre le moment de l’écriture et le moment de la lecture ou de la relecture. On ne peut pas rendre compte de façon exhaustive du quotidien. dont on discute lors de réunions et de colloques. cette forme d’écrit personnel est inscrite dans le présent. etc. Le journal est une écriture de fragments. La vie n’affranchit jamais qu’en partie. Mais le plus souvent. alors que la correspondance est un écrit pour l’autre. L’auteur est le plus souvent une personne. La seule différence. Dans un premier temps. Mais il peut être un collectif. le manque de recul.de prendre systématiquement des notes sur leur travail. c’est que. m’inquiète. contrairement à l’histoire de vie ou aux Mémoires. Comme lorsque l’on regarde une photo de notre enfance. réactions. Pour Janusz Korczak. l’auteur est le sujet du journal. Mais globalement. quels échecs as-tu subis. en même temps on mesure combien on a changé. Ce n’est pas un écrit après coup. comment les as-tu corrigées. Cependant. c’est par ces notes que l'on établit un bilan de sa vie : "Elles prouvent que tu ne l’as pas gaspillée. les pensées d’autrui. à prendre en notes les exposés d’autrui. où l’on vit ou où l’on pense. éventuellement la force des sentiments. bref. Autant de questions que l'on doit traiter dans le journal". L’écriture collective (“ symphilosophique ”) des fragments de la revue Athenaum était une forme collective d’écriture philosophique à rapprocher du journal.. En effet. ils ne croient plus à leur valeur". C’est même ce changement qui s’est opéré en moi que je mesure en relisant mon journal.

le journal se donne des objets diversifiés dans des registres multiples. Le journal joue de deux pôles : durée et intensité. au bout d’un an. sur une élaboration d’un thème ou d’un autre. Il l’utilise intelligemment ou pas. dans son travail de fouille. à une forme de travail intensive (en voyage. Ou la durée n’est pas déterminée au départ (forme du "journal total" de certains journaux intimes. qui est une forme de table analytique qui lui permettait de retrouver ses réflexions rapidement. De ce point de vue. La durée. chaque thème renvoie aux dates des jours. un sentiment. lors de la relecture. L’archéologue s’interroge-t-il pour savoir si un marteau est scientifique ? Non. En recherchant ce fragment. L’écriture du journal s’accepte donc comme fragmentaire. le journal compte 365 pages. qui donne sa valeur au journal. la narration d’un événement. Plus le journal est volumineux. une émotion. Chaque fragment reçoit un titre en fonction de son thème. je me souviens avoir écrit quelque chose antérieurement sur le même thème. le journal permet des notes à valeur universelle ou particulière. Or. le journal n’interdit jamais des mises en perspective transversales. A la fin du journal. En effet. je suis conduit à relire plusieurs passages. À raison d’une page par jour. le vécu se déploie sur plusieurs jours. et alors on peut écrire dix. voire quinze pages par jour). Le journal se développe sur la durée. on accepte que le recul survienne plus tard. Le journal est un procédé d’accumulation. Que je retrouve ou non le fragment recherché. Chaque jour. le journal peut glisser d’une logique de travail dans la durée (on essaie d’écrire une page par jour sur le thème que l’on explore). L’objet d’une notation du jour peut être une pensée. plus. La lecture permet donc de jouer dans l’écriture même. Il permet en restituant des souvenirs d’explorer le passé. L’écriture du journal est-elle scientifique ? Le journal n’est qu’un outil. la science se trouve dans le rapport adéquat que l'on construit à cette technique de recueil de données. dans certaines circonstances. Alors que l’on a lu des passages du journal. Nous pouvons distinguer le moment de la lecture du moment de la relecture du journal. le journal tend vers le récit. Dans la relecture. un fait qui vous travaille resurgit le lendemain Sur le plan de la logique dialectique (voir ce terme). s’oppose à l’intensité. d’une recherche. Alors que je suis en train d’écrire mon journal. son travail est intéressant. il arrive que l’on ait davantage de temps que dans la vie quotidienne. etc. si l’on voulait être exhaustif. En matière de journal. il explore la complexité (voir ce terme) de l’être. Prendre du recul. Même en n’écrivant qu’une page par jour. Et une dimension de ce rapport se trouve dans la distance que l’on construit au journal. comme celui d’Amiel). sur le long terme. Plus le diariste centre ses observations sur un ou deux faits chaque jour. et rendre compte de tous les contextes du vécu. la relecture prend en compte le 195 . le journal est un outil rapide d’accumulation de données.pages sur une seule de ses journées. Dans cette pratique d’écriture. Il montre le lien avec un vécu actuel. d’une lecture. La lecture survient au cours de l’écriture même du journal. et à l’exploitation que l’on fait des données recueillies dans des écrits plus élaborés. et sur une plus longue période. d’une conversation. Plus que tout autre forme d’écrit. où ce thème a été traité. il y a une volonté de faire un travail de distanciation plus systématique. je retrouve des notations passées qui influent sur mon écriture d’aujourd’hui. se pose alors la question de l’accès aux données accumulées. même si le journal appelle surtout des notations singulières. ou au contraire celle-ci est déterminée par un contexte : le temps d’un voyage. Si un diariste écrit davantage. moins j’ai un souvenir actualisé de son contenu. Une solution à ce problème se trouve dans l’indexicalisation du journal. Il est donc divers par nature. le journal explore une ou deux dimensions du vécu. sur une recherche. Même centré sur un thème. Si vous avez centré votre écriture de la veille sur un autre thème. Il permet aussi d’explorer différentes dimensions de celui qui écrit. Lorsqu’il est intensif. Le journal est une écriture transversale.

Amiel écrit "Une idée qui me frappa est celle-ci : Chaque jour nous laissons une partie de nous-mêmes en chemin.. Le projet d’expliciter le mouvement de la conscience est déjà dans La phénoménologie de l’esprit. Il a fait l’objet de nombreuses études (Michelle Leleu. en s’appuyant sur l’indexicalisation. MarcAntoine Jullien conseille de faire des bilans hebdomadaires.Les formes particulières de journal Le journal intime ou personnel est celui que tient l'adolescent ou l'homme de lettres. Elle rappelle le mot du prince de Ligne : Si l'on se souvenait de tout ce que l'on a observé ou appris dans sa vie. le journal est une ressource pour travailler la congruence entre théorie et pratique. Hess. mensuels des acquis du journal et de donner à lire ces bilans à un adulte distancé qui permet d’aider à l’évaluation du travail d’écriture. inter-individuel. Cette pensée est d'une mélancolie sans égale. De ce point de vue. les évènements vécus. Je suis heureux d’avoir ce journal dans ma bibliothèque de Sainte-Gemme. d’Ernst Bloch. Hegel n’en a pas fait cet outil central que nous propose J. du “ Je ”. La relecture du journal permet donc une démarche régressive-progressive autorisant à se projeter dans l’advenir (voir Méthode régressive-progressive). on serait bien savant. avec le recul du temps. Alain Girard. dont les limites temporelles ne sont pas fixées a priori. Le journal intime prend comme objet le vécu personnel d'une personne. les entretiens. C’est la relecture qui fait prendre conscience de ce non-encore-conscient. Béatrice Didier. Avec le temps. les perceptions. 8 octobre 1840). En lisant Le Principe espérance. Ainsi. de Hegel. Mais son travail d’observation minutieux lui fait noter des faits qui ne sont pas encore conscientisés. Philippe Lejeune). Comme les autres formes d’écriture impliquée (autobiographies. groupal.Cette pensée suffirait à faire tenir un journal assidu. On comprend d’où viennent les idées. comme en témoignent les travaux de Philippe Lejeune. même si elle est intéressante. Tout diariste décrit son quotidien. etc. le journal acquiert une dimension historique. mais aussi les bribes de conçu qui émergent. continue à être massivement pratiqué. La capacité anticipatrice du journal. avec un peu de recul. L’approche peut être thématique. elles-mêmes plus élaborées ou plus médiatisées. Journal intime. lorsque celui-ci est terminé. au jour le jour. pour reprendre les niveaux de l’analyse multiréférentielle de Jacques Ardoino). cet été. le journal est d'un intérêt immense pour l'anthropologie historique (voir P. la relecture du journal est un mode de réflexivité sur la pratique. organisationnel. Henri-Frédéric Amiel a passé sa vie à écrire un Journal intime.. comment s’est formé la conscience. Le journal intime qui fut à la mode au XIX° siècle. Korczak. dont le volume est considérable (16 000 pages). 196 .tout du journal. il me semble que cette forme de journal. II). j’ai pris conscience que le journal permet de passer d’une conscience commune à une conscience philosophique des choses. Peut-on concevoir une supervision pour le diariste ? Dans sa méthode de 1808. 1998). De ce point de vue. institutionnel. dans la mesure où il prend souvent pour objet un vécu qui ne passe pas dans d'autres sources écrites. La lecture du journal d’Amiel montre que l’objet du journal intime est l’exploration de la construction du “ moi ”.. correspondances. Je le regarde avec plaisir. ” (Amiel. se situe dans un autre univers que ce que tente de promouvoir J. comment elle a réussi à dépasser certaines erreurs. Il est pris comme un ensemble. donc plus construites. par exemple. c’est un "journal total". Une approche multiréférentielle permet de lire le journal sous des angles différents (individuel. monographies). Notre travail ne s’inscrit pas dans le prolongement de cette forme de journal. C’est un tâtonnement quotidien pour débusquer toutes les facettes de la personnalité. . Lorsqu'un journal est découvert ou lu. si le journal de terrain capte. Bien qui ait pu tenir un journal. Faire lire son journal à l’autre aide ainsi à progresser dans sa recherche. il devient une banque de données intéressante pour l'historien. Personnellement.

G. mais nous ne cessons de discuter. J’ai déjà envisagé de la publier. Il prend souvent la forme du "journal total". je cherche à capter cette intensité des journées. c’est déjà la recherche. pour ma recherche. le chercheur pointe ses hypothèses et ses trouvailles. on peut considérer que Moments pédagogiques est un journal de recherche pédagogique.Korczak. Les travaux de Raymond Fonvieille s’inscrivent dans cette tradition du journal de recherche pédagogique. sur un terrain spécifique. 197 . Notre correspondance est de la plus haute importance. juin 1985. La seule question. et au fur et à mesure de leur apparition. Le journal de voyage. René Lourau (1988) défend l’idée que le journal de recherche. Zabalza propose aux élèves-professeurs de tenir au jour le jour un journal de leurs difficultés tant didactiques que psychosociologiques (relation pédagogique. Le journal de formation. Lorsque je décide de tenir un journal. le journal que nous préconisons s’inscrit dans cette tradition. Le journal de voyage ne cherche pas à rendre compte de toute la vie du sujet. Cela signifie que nous faisons du terrain ensemble. nos lectures. et moi. cet échange correspond à un suivi d’un travail intellectuel qui accompagne des publications communes 301 . C’est une autre forme de journal. proposé par René Barbier 300 . La dernière : R. sur le plan scientifique. Je m’inscris dans un continuum d’écriture de journaux qui va de Marc-Antoine Jullien (1808). On écrit un journal pour l’autre. car il raconte le vécu d'un groupe. Mais sur le fond. celui qui cherche à ordonner un contenu déterminé à l'avance. cette forme de journal visent à rassembler des informations que l'auteur ou ses commanditaires imaginent voir exploiter ou traiter d'une manière ou d'une autre dans un temps ultérieur. De ce fait. c’est qu’elle m’écrit en allemand. il s’agit d’une écriture autour de thèmes que l’on peut reprendre. Université de Paris 8. Le journal de bord est intéressant. Anthropos. R. j’ai tendance à écrire davantage de pages chaque jour que lors d’une journée ordinaire. C’est une forme de suivi d’une recherche au quotidien. L'espagnol Miguel Zabalza a consacré de nombreux travaux au journal dans la formation d'enseignants. Hess. j’ai un chantier de production avec Gabriele Weigand. rapports à la classe). nos questionnements. une grande pédagogue allemande. Il existe aussi des formes de voyage sur place. car je sais que cette surimplication diaristique ne va pas se prolonger exagérément. Sur le plan de la recherche pédagogique. L'écriture s’organise autour d’une recherche. L’observation participante dans les groupes interculturels. Il se limite à la période d’un ou de plusieurs voyages. par exemple. De ce point de vue. 2005. Le journal de voyage se combine avec l’anthropologie. Paris. Pratiques de formation n°9. Je vis le voyage comme une intensité . nos hypothèses. à propos d'un "objet" qu'il s'est préalablement donné. il faudrait traduire… Ce qui pose d’autres problèmes. une correspondance peut s’organiser autour d’une recherche. Weigand. Il est destiné à être lu par d'autres. On peut rapprocher de ce type de journal. Marcel Mauss invitait ses disciples à tenir un tel journal. La description de leurs difficultés vécues en classe (premiers stages) sont lues tant par des 300 301 René Barbier. Comme le journal. A Saint-Jacques de Compostelle. Nous travaillons ensemble depuis 1985. “ Le journal d’itinérance ”. celui qui gère un ou plusieurs objets de recherche. le lecteur attentif remarquera que mes journaux de voyages tendent à se confondre avec le récit. et qui refuse l’intimité. Dans le journal de recherche. M. Je fais lire à Gaby mes journaux (elle-même a tenu un journal de classe). De ce point de vue. Par sa dimension sociale. chez Leiris (L’Afrique fantôme). J. le journal de bord se différencie nettement du journal intime. comme le journal de bord que l'on a tenu sur les navires qui partaient à la découverte du nouveau monde. On explore un voyage intérieur. Dans le journal philosophique. Souvent. je lui réponds en français ! Le lectorat est forcément limité aux bilingues. C’est le cas du “ journal d'itinérance ”. Fonvieille (1947-2000)…. le journal de terrain de l’anthropologue ou de l’ethnologue. ou avec la littérature (chez Albert Camus). Pour rendre exploitable notre échange de lettres. Korczak (1918). pour un voyage de courte durée.

formateurs spécialistes des disciplines que des psychopédagogues. Ainsi. Ce chiffre correspond au nombre de chapitres du Sens de l’histoire. Christine et moi. Dans Le métier d’étudiant. Comment la définir ? Tous les écrivains n’ont pas donné une place au “ moment du journal ”. On parlera alors de journal des moments. Là encore. C’est une idée qui a été dégagée par François Tosquelles lorsqu’il disait : “ il faut soigner l’institution de soin ”. Pour moi. il y a la présence de lecteurs extérieurs qui aide le praticien à dépasser certaines contradictions qu’il a réussies à pointer. Pourtant. Stendhal explique qu’il n’écrit son journal que lorsqu’il n’est pas sur autre chose. organisationnelles. interindividuelles. de ne pas avoir tenu de journaux. des journaux de voyage. 1989) qui montre que dans tout type de formation professionnelle ou personnelle. de raconter mon histoire de vie. Dans ma pratique du journal institutionnel. et Raymond Fonvieille l’avait pointé en commentant mon Lycée au jour le jour. Je rappelle le contexte d’écriture de ce livre. Dans la perspective que je décris. Christine Delory-Momberger me propose. Chez J. à propos des étudiants qui tiennent une forme de journal institutionnel (A. avec son journal de la réforme des DEUG en 1984. du moment temporel du journal. le journal institutionnel veut prendre en compte les dimensions individuelles. mais il a circulé sous forme dactylographiée dans l’université de Paris 8. on doit utiliser cet outil du journal. forme de journal utilisée dans un hôpital pour consigner tous les soins donnés aux malades dans un service. nombreux sont les intellectuels qui ont regretté. pour moi. Fonvieille). l’observation porte sur la classe. Parmi les diaristes. certains ont utilisé cette forme d’écriture constamment. un journal des idées. Après moi. Ainsi. Fonvieille. la plupart des journaux pédagogiques (J. Je fragmente mes journaux en fonction de mes moments. institutionnelles de la vie d'un établissement. Je tiens jusqu’à 18 journaux en parallèle. C’est dans ce livre que l’on a décidé. On peut alors parler. Coulon. Plus que l'éphéméride. il y a Colonies de J. dans la vie. cette centration se fait sur l’élève. ou ont limité l’écriture de leur journal à des périodes où ils ne s’investissaient pas dans l’écriture d’autres textes. il faut rendre éducative l’institution pédagogique. une consigne ou une norme. moments d’une biographie. Je décide alors de penser ma vie non pas en moments successifs (chronologie). au moment même de son écriture. Un même diariste pourra tenir plusieurs journaux en parallèle : un journal comptable. R. Cette forme d’écriture peut aussi être identifiée chez Edgar Morin. Ce journal accompagnait la réforme. L’analyse institutionnelle a besoin du journal pour avancer Le journal des moments est la dernière forme ma recherche. dans un contexte de vie difficile pour moi (perte de mes parents). je pense que des gens ont fait des choses proches. Korczak. Mais. Ce texte n’a pas encore été publié. Donc. il faut pointer les contradictions entre le projet énoncé et les pratiques institutionnelles. Le journal est un excellent analyseur de la vie institutionnelle. Korczak qui n’est pas loin de prendre en charge la dimension institutionnelle que je tente de souligner. d’un “ moment du journal ” qui survient au bon moment temporel dans certains contextes. etc. mais en moments parallèles. Moins qu’une histoire de vie. sur la relation pédagogique elle-même. J'ai commenté ce travail (Hess. au risque de ne rien écrire d’autre (Amiel). qui interviennent alors pour aider le futur enseignant à répondre aux dilemmes du métier qu'il découvre. sont centrés sur la relation pédagogique. de raconter ma vie 198 . Mais ce n’est pas. Je pense publier ce livre prochainement. comme illustration du processus d’analyse interne. pris dans le sens anthropologique. Alain Coulon parle du journal d'affiliation. je ne me suis pas contenté des trois journaux suggérés par Marc-Antoine Jullien. j’ai voulu remettre l’observation de la relation pédagogique dans un contexte : celui de l’établissement. 2005). je crois être le premier. En fait. Je m’inscrivais dans un champ de cohérence qui était celui de la psychothérapie institutionnelle. Je fais le lien avec ce que vous avez nommé le journal institutionnel. groupales. avant moi. on peut passer au journal des moments. Chez R. Le sens de l’histoire se veut une cartographie de vie. Ce texte donne à lire la manière dont se met en place une réforme dans l’institution universitaire. il y a eu Georges Lapassade aussi. Personnellement. etc. Korczak. De Montaigne à Pierre Bourdieu. un jour ou l’autre. Les conflits à l’intérieur de l’établissement interfèrent sur la vie de la classe.

à le décrire. Mais. pour ne pas rendre trop volumineux ce livre déjà gros (414 pages). Du coup. “ Les jambes lourdes ”. déjà en 1976. Mais quand j’ai voulu faire Le lycée au jour le jour. mentionnons : le “ journal de lecture ”. Lourau. on fait un progrès dans la conscience de soi. qui rassemble mes commentaires de lecture. Quand on réussit à identifier un nouveau moment. qui a voulu publié Moment pédagogiques. je lui ai demandé de le reprendre au moment de sa retraite. s’ajoutent des journaux de voyage et des journaux sur des thèmes plus étroits de recherches particulières : “ Forme et mouvement ”. C’est à ce moment-là que l’idée du “ journal des moments ” s’est définitivement imposée. Plusieurs de ses livres sont cette mise en forme pour l’autre. cela rendrait plus fort mon ouvrage. le journal d’analyse institutionnelle. Donc. Il a fait l’objet d’une publication séparée (Produire son œuvre. Mais j’estime que ces textes ont tous des destinataires particuliers : mon journal pédagogique intéresse mon groupe de référence pédagogique. de santé. Dans le cadre de la rédaction du cours d’analyse institutionnelle que j’écrivais en 2005 avec Gabriele Weigand. le moment de la thèse. On est heureux quand on peut les consulter. mais 250 pages touchaient d’autres thèmes : ma vie familiale. et la conscience du monde. le journal de danse. “ Congé sabbatique ”. centré sur le lycée au jour le jour. Le journal est une traque d’un champ de cohérence. Parmi mes titres de journaux. pour l’éditer. “ attracteurs étranges et détracteurs intimes ”. Quand j’ai découvert que R. “ René Lourau ”. Le “ journal de recherche ” qui représente 2/3 du livre est tout à fait important pour pointer les impasses dans lesquelles s’enferme R. j’ai écrit 350 pages dactylographiées sur ma vie de professeur de lycée. Le moment de la direction de thèse a été écarté. en 1988. est utile pour une communauté de référence. Anthropos. de René Lourau. pour expliquer aux jeunes enseignants l’utilité de ce type de travail. C’est pour ces gens que je veux rendre utilisable ce journal. j’ai passé du temps cette année à relire Implication. de paternité. mais il y aurait pu en avoir 19. Dans son cheminement de recherche magnifiquement décrit. etc. le journal professionnel (d’enseignant de lycée. Ainsi. c’est qu’il soit mort sans que je puisse échanger sur ces questions avec lui ! 199 . le journal des idées. En 1982-83.en 18 moments. transduction (Paris. C’est une recherche individuelle et collective. je donnais à mes étudiants la consigne de centrer leurs observations sur un seul thème. il m’est possible de refaire sa recherche. quand il est ciblé sur un moment. mon travail dans des revues. puis d’université). j'organise l’écriture et la publication de mon journal en moments. mais aussi dans la conscience du groupe. de recherche interculturelle. j’ai constaté que dans ce journal. Je ne cherche pas à publier mes journaux sous forme de grands tirages. L’idée de se centrer sur un moment pour atteindre le groupe qui partage avec nous ce moment me vient de loin. d’un artiste… À ces journaux. etc. J’ai pensé que si je sélectionnais les pages “ lycée ”. après avoir publié des journaux divers depuis 1989. de cette recherche pédagogique exceptionnelle. Il y en a 18. cela vient de loin chez moi ! Le journal. Comme Janusz Korczak. Fonvieille avait tenu un journal pédagogique durant 20 ans. il y avait 100 pages sur le lycée . 1997). et de la porter plus loin que René lui-même. “ Henri Lefebvre ”. de grands pédagogues ont souvent tenu leur journal pédagogique. Le seul regret que j’ai. j’ai pu identifier les moments où il se trompe. Il faut pouvoir échanger autour de ce travail d’éclaircissement. qui est traduit en brésilien et en italien).

encore que je ne puisse pas m’abstenir. Je vais devoir le reprendre par le début. Lucette et moi étions si proches l’un de l’autre. la première. Le bouleversement tellurique.Chapitre 12 : L'entrée dans un moment : Journal d’un artiste clandestin “ Et puis. c’est qu’il ne faut pas trop corriger. à laquelle je m’identifie. J’ai besoin d’une œuvre gigantesque. de manière sympathique. etc. Mais. le 25 février. Le Sabotage amoureux. qui se prenait pour Breton. Lundi 3 mars 2003. et continuer le lycée… Au collège. ainsi que le livre de Robert Descharnes et Gilles Néret. 53 “ Il y a deux choses que l’expérience doit apprendre . Dali. à Paris 8. c’est qu’il faut beaucoup corriger . peut-être pour rattraper sa gaffe. Je ne peux le lire. Ce dernier. lu trop vite. la seule discipline où je réussissais. mais en cachette. en dehors de la gym. est lié à Salvador Dali. mais terni par le gris sale de cette salle. ” Amélie Nothomb. Lucette me dit : “ Tu n’auras qu’à faire une fresque à Sainte-Gemme ! ” Elle et sa famille. Reims. était le dessin. elle me dit que je dois renoncer à mon idée de peindre une fresque dans la salle C 022. la seconde. Consciente du désagrément que provoqua son propos. d’en parler tout le temps. j’ai recommencé Dali. ” Eugène Delacroix. Mon père. Je trouve ce défaitisme idiot. ce matin. accrochage avec Lucette qui me met hors de moi. J’associe à Martine Abdallah-Pretceille qui m’a désigné un jour. sur le mode de la confidence. Alors que jeudi. magnifié par ma pratique de tango. Je découvre que René Lourau. “ Tout le monde s’opposera à ce projet ! ”. . Ma vie d’artiste clandestin a commencé à 15 ans. lorsque j’ai voulu entrer aux Beaux-Arts. Ce matin.). qui était ami du directeur. L’imaginaire. J’ai commencé à indexer le Journal d’un génie à partir de la page 35. m’expliqua que je devais renoncer à cette voie.nous n’avons jamais été aussi proches -. fondamentalement idiot. qui me secoue encore. s’opposèrent à cette idée en 1991 ! Je voulais repeindre les murs intérieurs de notre maison avec les paysages que nous aimons (Cinque Terre. 1993. J’en suis à la page 15. dans cette salle dans laquelle je vis chaque semaine… Cela transformerait le quotidien. 1994). Le livre de poche. Ils n’avaient pas le moindre sens épique. à la fac. Taschen. Martigues. J’ai l’impression que ma dimension d’artiste doit être cachée. p. que lorsque Lucette n’est pas là. me dit-elle. Je lis Salvator Dali avec méthode et sérieux. Ligoure. comme “ le 200 . Ils affadissaient tout. pour faire plaisir à mon père. nous détestions que les adultes se mêlent de nos histoires. me prenait pour Dali. 2001. provoqua un rendez-vous. J’ai commencé par ce dernier. J’ai découvert le Journal d’un génie (Gallimard.

Ce n’est pas vraiment encore solide. en demandant à des étudiants de les introduire. 1996. Nadja d’André Breton… Mercredi 2 avril 2003. repas avec K. qui va organiser mes lectures dans les jours qui viennent. commandé à Mostapha Bellagnech. Mercredi 12 mars 2003. Mais je ne l’ai découvert qu’en le dessinant sur mon carnet vert. Manifestes du surréalisme. hier. K. préface d’Hubert Damish. depuis que j’ai lu Dali. J’ai dit que j’avais pensé à Benyounès. Derrière cette révélation. Mais qu’importe. Ce carnet dalien sera tenu en interaction proche avec ce nouveau journal. d’autres. et du carnet de dessins. comme programme à réaliser durant la journée. m’a demandé K. Parallèlement à ce journal. intitulé Carnet dalien. L’Histoire du surréalisme. Certaines se présentent comme projets de livres ou d’articles . Cela va exister. de Delacroix (Plon. il y a une énergie à perspective multidimentionnelle (refonte de mon livre sur R. j’ai voulu noter la représentation de Kareen (K) dansant le tango. j’ai dit que j’avais ouvert un carnet à dessins. Où est-il ? Je ne l’ai pas terminé. je me dis que l’important est de fixer l’idée. J’attends aussi la commande dalienne. Celle de l’art est à la traîne ! Je veux noter que j’ai reçu hier le Journal 1822-1863. et pour ce chantier de formation dans lequel je me lance sur le terrain de l’art. Les Champs magnétiques. Les Cocus du vieil art moderne. Il n’y a plus que le dessin qui compte pour moi. m’a dit : “ Moi. Je dois me constituer un solide rayon de bibliothèque sur l’art… Marie-Paule m’avait offert récemment l’ouvrage de Jean-Claude Kaufmann sur Delacroix. Ce qui est très drôle. etc. Ceux-ci ne sont guère présentables. J’ai expliqué que j’allais éditer mes journaux tenus depuis janvier 2000. 201 . “ Mais. fait de dessins. c’est d’être en mouvement pour devenir Dali. Il sera temps plus tard de reprendre ces idées et de les faire entrer dans des projets plus travaillés. Hier. d’autres enfin sous formes de dessins.Dali des sciences de l’éducation… ”. Ce matin. C’est à la fois intéressant pour la théorie du journal. “ C’est mieux que Dali ? ”. etc). (édition revue par Régis Labourdette). J’ouvre un journal dalien. Mes idées de dessin demanderaient du temps pour être mises au propre et présentables. encore. J’y reporte les idées qui s’imposent à moi lors de mes séances oniriques. cela signifie que je dois devenir Remi Hess. j’appelle séance onirique le moment qui suit le réveil et durant lequel une multitude d’idées se proposent à mon esprit. Mais je dois le pratiquer en cachette. pour Après Lourau. S'il vous plait. On m’annonce l’arrivée de : La Vie secrète de Salvador Dali. plus la première page de Delacroix. Poisson soluble. Dans ma journée. Tous les dessins que j’ai publiés l’ont été sous un pseudonyme… J’ai commandé dix livres de Dali et Breton. Comme le dit Dali. non ! ”. Pourtant. 942 pages. J’ai lu ce matin la présentation et l’introduction. refondation des sciences de l’éducation. introduction et notes d’André Joubin. Qui est ce Dali dont j’appréciais les tableaux ? Je me mets à flasher sur lui. dans toutes ses dimensions. j’éditerai votre journal dalien. les annoter. l’important. Vous m'oublierez. immédiatement. c’est que cette représentation forme un K. et de l’AI à partir de Dali.. Mon projet en lisant cet ouvrage est d’acquérir un peu de culture. Lourau. ” Qu’entend-elle par journal dalien ? Est-ce une contraction du présent journal à inventer. Cela explique que je ne les dessine jamais. L'amour fou. Pour ma part.

André Breton. je voudrais noter mes dernières acquisitions (mardi chez le bouquiniste du XVIII° arrondissement. Elle propose de le remettre sur une autre couverture. avec Audrey. Elle a refusé les épreuves. 1976. mais Martine l’a trouvé moche. j‘ai lu deux de ses ouvrages. André Breton (1949). Pourtant. On est reparti sur autre chose. Du coup. Je l’avais invité au point fixe d’il y a quinze jours. trouvés au salon du livre : Asphyxiante culture et Bâtons rompus. ont dû être lu par René Lourau ! Mercredi 23 avril 2003. Caroline avait trouvé ce dessin très original et intéressant. 10/18. Opapé. Gallimard). André Breton. 1967 . Antony. Pierre Seguers. intitulé “ Communauté korcazakienne ”. et Carla) : André Breton L’amour fou (collection blanche. Jean-Jacques Pauvert. 202 . j’ai lu la thèse de Adel Mohammed Hassan El Sayed Badr. j’ai peint un bouquet. Carla. Le soleil noir. hier. Laurence. Gérard Legrand. dont le Breton de l’Herne. C’est un excellent travail. Hier. André Breton et son temps. j’ai bien dessiné dans mon Carnet dalien. Accord fondamental avec ces idées forces. Au point fixe du mardi.-P. chez Anthropos. Patrice. La clé des champs. Livre de poche. Dali. “ poètes d’aujourd’hui ”. Beaucoup de ces livres. Celui que j’aurais envie de peindre aujourd’hui : L’aquarium. préparée à Rennes 2. Le livre de poche. livre essentiel. Je me suis lancé dans la construction d’index. le mardi où j’ai eu mon accident ! Elle m’a fait découvrir Dubuffet (depuis. par Jean-Louis Bédouin. Kareen.. aux éditions de Minuit). Je vais commencer Crevel. Nadja. André Breton. La mort difficile. Aujourd’hui. qui m’a offert un cadeau très original pour le 25 février (un trésor poétique).Depuis le 12 mars. J’y avais fait deux numéros de La Sainte Église. au moment de la mort de René Lourau. coll. Je pourrais les reprendre pour en faire des toiles. sur L’effet de l’éducation moderne au musée dans le développement de l’expression sculpturale colorée des élèves du primaire. 1970. Il a été imprimé. J’en fais des esquisses rapides. visité avec K. René Crevel. je me suis lancé dans une lecture effrénée des auteurs du surréalisme. Grasset. Celui-ci s’ouvre à moi presque chaque jour. À Sainte-Gemme. André Breton. Claude Mauriac. suite à une panne d’ordinateur. pour la couverture du livre de Martine A. J’ai fait la connaissance d’Audrey. j’ai acheté une quantité d’ouvrages. une de mes meilleures étudiantes. Hier. Avant de passer à autre chose. Au Salon du livre. Johan. Arcane 17. J’ai des idées qui viennent régulièrement. Un dessin de temps en temps lorsque j’ai une idée. j’ai passé la journée à dessiner dans le carnet commencé en 2000. nous avons parlé de la place à donner à l’art dans l’analyse institutionnelle… Je sens qu’Audrey nous soutient. C’était une manière originale du vivre le 1er avril. J’avance aussi au niveau de mon Carnet dalien. j’ai fait le troisième. sous la direction de Patrick Boumard. puis Breton. J’y ai appris mille choses en relation avec mes désirs du moment. 1963.

que l’auteur m’avait communiqué au moment du décès de ma mère. idée de collages : un cadre familial. il me faut faire vite. les voyages. en principe. et il faut encore aspirer toute cette poussière partout dans la maison. C’est une dimension clandestine chez moi. chaque papier doit être remué. Celle-ci s’est lancée dans un chantier de restructuration de la maison. pour publication. j’ai regardé son dossier avec un intérêt réel. La photo permet des choses qui n’étaient pas possibles du temps de Delacroix.Dimanche 25 mai 2003. J’ai passé la journée d’hier à moitié endormi (couché. Cela a entraîné un rangement méthodique. On a dit qu’il fallait y mettre des illustrations. Je vais lire ce livre en parallèle à la lecture du journal lui-même. comme une sorte de muse (elle est beaucoup plus). dans lequel elle avait placé une trentaine de photocopies couleurs de ses toiles. Elle y travaille en me consultant. donc. Lucette a acheté des cadres. pour inaugurer la liseuse achetée par Lucette. l’après-midi. hier. En même temps. Cela ne se fait plus. Léonore est intervenue pour dire que la revue Attractions passionnelles doit avancer. Kareen continue à fonctionner dans mon imaginaire. J’ai feuilleté vendredi son dossier de validation d’acquis de l’an passé (qu’elle voulait consulter pour photocopier des pièces). mais aussi au fait que. et ils ont donc produit beaucoup de poussière. mais elle vient de peindre une toile naïve (une girafe) dont je ne sais que penser. Les postures de K m’intéressent. Pourtant. de nouveaux fauteuils. en rangeant mes papiers hier matin. Il a fallu. Je me suis alors levé. Les peintres. Idée cette nuit de la photographier dans une pose que j’ai d’ailleurs oubliée. Cela me reviendra. Delacroix et l’écriture. l’achat d’une banquette. de la cuisine et des toilettes durant mon voyage à Berlin. Je me rends compte que je le fais aussi. un autre consacré aux irrAIductibles. et un autre aux 203 . Je ne peux faire poser les gens. Je voudrais revoir ce dossier calmement. Mais quoi ? L’idée de lire m’était venue en soi. J’ouvre le Journal de Delacroix. je continue mon carnet dalien. du fait de mon mal de ventre : une hernie ? Ou quelque chose de plus profond ?). je me suis réveillé à 4 h 30. Malgré le chaos domestique. j’ai pensé que ces photos de toiles devraient être publiées comme illustrations à Morceaux de vie… Il faudrait que je lui dise. j’ai apprécié les remarques de Delacroix sur les postures des bonnes de ses amis. je ne voulais que produire des dessins. réveil que je veux productif. un changement d’agencement des meubles. En même temps. Elle l’a retiré trop vite… En me réveillant. Elle travaille à la décoration de la cuisine. J’ai décidé de lire. Peut-on imaginer un éditeur qui puisse prendre le risque de mettre 8 ou 16 pages couleurs d’ajouts à un livre ? Le 23 mai. que m’avait procuré Mostapha Bellagnech. et il observe des attitudes de personnages qui traversent le champ. qui ont bouché les trous dans les murs. Les plantes ont souffert ! Chaque livre. j’ai noté une idée dans mon Carnet dalien dans lequel. lors de son exposition dans les archives Dolto. vendredi. A propos de Delacroix. En ayant vu plusieurs en vraie grandeur. j’ai aussi retrouvé. Idée que les dessins d’après nature sont plus précis que ceux qui sont produits de mémoire… Dans le prolongement de cette idée. le commentaire d’Anne Larue : Le journal mélancolique. même si je ne sais plus où sont mes choses… Dans ce contexte. Je n’ai pas le temps de faire l’artiste. Cela a commencé avec les peintures de la grande pièce. ont fait du plâtre. Mon bureau qui n’avait pas été rangé depuis deux ans est impeccable. je n’ai pas mon appareil photo constamment. 6 h. Il passe la soirée chez des copains. Les chantiers que l’on partage ensemble sont nombreux. travail de décoration. Aujourd’hui. Je ne puis pas ne pas dessiner. présence de ce moment chaque jour. à la réunion de coordination de la fac. Ainsi. Je lis l’année 1822… Ce choix est lié au fait qu’hier matin j’ai écrit l’éditorial du n°3 des irrAIductibles. entre autres choses. sur le journal. Réveil d’une douleur connue il y a quelque temps… Ce matin. Sous-verres. 1822-1863. etc.

Relation entre ma recherche et la théorie des moments. Le sculpteur Badr est passé à Paris. Y faire ensemble. Aujourd’hui. Sur le moment. Un moment que je ne décris pas dans un journal. au moment où Lucette parlait. Je trouve la salade insupportable. c’est aussi penser le cadre que l’on se donne pour travailler. Pour donner forme à ce projet. cette idée m’est sortie de la tête.Autogestionnaires. Elle m’a rendu des textes mardi. Je voudrais qu’il m’enseigne la sculpture. pour faire avaler à sa famille des fruits pourris). et à plusieurs. que j’ai entreposées à Sainte-Gemme. j’ai acheté des toiles à Berlin. Quand la disciple peut dire au maître ce qui lui reste à faire ! Autre bonheur. Je ne manque pas de matériel pour avancer dans ma recherche. regroupement des livres surréalistes. Ils ont apprécié ce que j’ai dit de son œuvre le jour de la soutenance. c’était le beurre. La question de l’atelier revient de plus en plus fréquemment comme projet. L’idée m’a semblé lumineuse. artiste. J’ai trouvé à Sainte-Gemme un carnet vierge du même format que mon carnet dalien. Je l’avais dessinée le 12 mai dans mon Carnet dalien. à Veule-les-Roses ou au Domaine aux Loups… Cette discrépance (germanisme) entre Lucette et moi me fit prendre conscience que ma maladie me rendait plus attentif à ce que l’on mange. K. Il me rappelle le beurre normand que je mangeais en vacances avec ma mère. m’a passé commande d’un texte sur le surréalisme. c’est ma sensibilité à ce que l’on mange. Je parvenais à l’atténuer en ajoutant de l’œuf à l’huile d’olive. Réflexion aussi sur ce que doit devenir mon bureau : quels tableaux veux-je y voir suspendus ? Idée de placer la Trinité de Marek Szwarc. à côté du portrait que le même Marek a fait de mon père le 9 septembre 1934. Il est d’accord. Comment K réussit-elle à s’instituer en position de me commander une œuvre ? Sa commande était pleine de pur génie. j’ai fait durer ma salade d’hiver. à la fin. Son épouse. ma salade 204 . et lui m’aiment beaucoup. j’ai été ébloui par l’idée de cette idée. Il enseigne la sculpture à l’université du Caire où il veut m’inviter. C’est un premier pas. elle aussi. on n’a pas la cuisine qu’il faudrait. Elles n’étaient pas mauvaises. chez le Yougo. comme programme. un atelier… Idée que je retrouve chez Delacroix… S’installer son moment de production est essentiel. Cela doit avoir un rapport avec Attractions passionnelles. Badr reconnaît mon identité d’artiste. Hier. C’est en découpant des tableaux des naïfs d’Essaouira (tiré d’un livre détruit dans une inondation) que j’ai eu cette idée. Bien que la qualité de notre cuisine dépasse de beaucoup celle de bien d’autres (Hélène nous a décrit l’art d'u proche. et qui pourrait avoir un rapport avec l’art. mais j’éprouvais à ce moment-là une nostalgie pour les pommes de terre de Sainte-Gemme. où l’on mange vraiment de la bonne salade ? Jusqu’à maintenant. dans ma tête. Un petit bonheur hier : j’ai retrouvé le dossier de L’Herne sur Breton. On a hâte de découvrir la salade de printemps ! Mais en même temps. ” Je ne les trouvais pas excellentes. La seule chose que je trouvais exquise. Ainsi. que j’ai envie de terminer. Va-t-il me falloir fournir la salade à ce restaurant ? Va-t-il me falloir envisager d’ouvrir une table à Paris. que je trouve vraiment bon. Elle a trouvé un Beurre de Baratte de Charentes-Poitou. Comment leur donner de l’épaisseur ? Vendredi. Elle avait une amertume difficile. Lucette me disait : “ les pommes de terre (en robe des champs) sont bonnes. Il est venu m’offrir une sculpture de lui que j’avais remarquée à Rennes. Je ne les ai pas encore regardés. Être artiste. Dans le mouvement de rangement. C’est cela l’autogestion. K. Il me faut lire ce qu’Angela m’a écrit. je prends conscience que dans beaucoup de lieux que j’aime. a l’idée d’acheter une maison à Sainte-Gemme.

Je viens de lire les trois textes qu’Angéla m’avaient remis mardi. Deux lettres (des 13 et 20 mai). Physiquement. et une réflexion à partir de sa lecture du Moment de la création. La dynamique du groupe était extra. depuis longtemps. Sans réfléchir. les personnes qui travaillent à cette revue ne se rencontrent pas régulièrement. j’imaginais la salade fondante disponible làbas. ce qui n’est absolument pas le cas au restaurant ou avec la salade du marché. Ce serait important d’avoir un espace de ralliement. Je n’en reviens pas de la qualité du cours de tango. Je me décide à le taper moi-même à la machine pour qu’il existe. Et Attraction. Son véritable intérêt pour Attractions passionnelles est une stimulation. Quelquefois elle prend forme . vendue. Elle existe vraiment. en plus. une bonne patate. Je ne suis pas pour en faire un plat. après le café. en d’autres occasions. notamment : “ Attraction PASSIONNELLE Comme un aimant Et une nuée d’électrons libres Qui circulent sans direction Se bousculent. Et pourtant. Est-ce si vrai ? L’écriture vient et va. Elle me dit qu’elle n’a jamais écrit. pour avoir la sensation de ces choses. Hier après-midi. C’est vrai qu’actuellement. que j’ai donné à 16 h 30. Angéla veut donc échanger avec moi une correspondance. se frôlent. La rencontre offre ses nouveaux possibles L’union génère une nouvelle énergie Le frottement crée des étincelles 205 . En commençant le Journal d’un artiste. Et pourtant ! Un bon produit. J’essaie d’éduquer les miens au goût des choses simples de la vie. C’est une bonne idée. elle se contente de se forger comme mots dans la tête. à un prix non mérité. Angéla pense que l’on doit publier quelque chose avant juin ! Se rend-elle compte du chemin à faire ? Son énergie m’a stimulé. j’avais l’impression d’initier quelque chose. J’ai retrouvé le texte manuscrit d’Audrey. être lu par Angéla. Il existe une différence de nature entre l’élevage et l’éducation. J’ai l’impression que certains élèvent leurs enfants. Puis s’éparpillent. Mais en même temps. J’apprends en lisant Angéla qu’elle est venue jeudi à ma permanence avec Audrey pour me rencontrer… Si j’avais su ! J’aurais fait l’effort de me déplacer plutôt à la fac. Plus tard. partir à Sainte-Gemme n’était pas possible. compte tenu de mon état de fatigue. Dans l’élan le plus primitif : Le désir On entre en contact En collision Et interaction. je n’étais pas dans mon assiette.a du goût. Mais j’étais déjà abîmé. Idée de l’urgence d’en semer à nouveau pour juillet. La cuisine fait partie des arts. Peut-être en est-il de même chez elle à propos de l’écriture. qu’il puisse circuler. l’écriture d’Angéla me montre que le moment de la création est là chez moi. c’est tout de même autre chose que la bouffe de survie. Il faut être un peu malade.

à côté du portrait de mon père fait par Marek Szwarc. Un nouveau collectif vient d’émerger Librement organisé Par les affinités Et la volonté de créer Du “ vivre ensemble ” Avec plaisir. je ne me sens pas “ professionnel ”. Immersion dans le chaos Dont on ressort lavé des conditionnements. C’est amusant. explosion de la matière Initiale Qui se réorganise autrement Création Le jeu prend Et autour de la flamme Se réunissent de tout neufs éléments Qui s’installent pour un moment Dans un foyer convivial et récréatif Où naissent et vivent nos idées. fait par Lucien. provoqué par Yves Le Guillou… La question 206 . J’en avais changé le cadre suite au bris du cadre à Sainte-Gemme. générosité Et spontanéité. Même si j’ai fait 50 livres publiés. car ce que nous avons en commun c’est le désir de faire exister une transversalité. Autonome Pour aller répandre ailleurs. c’est fait . Je ne voulais pas trahir le style d’Audrey. Partout. une bonne parole. Qui trouvent ici leurs forces Pour agir maintenant Et s’enrichir du dedans Pour grandir Et prendre son envol. j’ai placé le portrait de Pauline. En gravitant autour d’une même étoile Implosion. le plus souvent).Puis tout s’emballe. Voilà. Cela n’a pas été facile. surtout pour les gens comme elle que j’aime bien. Elle me parle de projets d’écriture. Un bon mouvement Une histoire qui se réalise Pas à pas. mais dans mon bureau hier. Trop brièvement. Une dimension semble l’intéresser : la généalogie. Main dans la main. PASSIONNES Bon. Elle vit de multiples expériences familiales ou artistiques. en 1916. son fils âgé de 16 ans. Je ne vois pas fondamentalement de différence entre elle et moi. Audrey pourra critiquer ma frappe ! Je n’ai pas envie d’écrire une lettre à Angéla. Ma manière de lui répondre cette fois-ci serait de lui faire lire ce journal… Angéla me demande d’être un “ professionnel ” qui l’aide à entrer dans l’écriture. ma grand-mère paternelle. Je ne me sens professionnel de pas grand-chose. Problème de majuscules qui se mettent spontanément en début de ligne (Audrey laissait des minuscules. Il faudrait qu’elle développe. En avant. Angéla dessine. Mon problème : je ne suis qu’un artisan.

Lapassade. Idée d’écrire un livre ensemble. son rôle sera essentiel dans Attractions passionnelles… Elle est passée vendredi en sortant de chez Yann (84. Et la sculpture de Badr ? Idée d’un collage : De la valse au tango. dérive intellectuelle qui débouche sur la poésie. Et on commencerait par montrer que “ l’autodissolution de l’état est déjà bien avancée ”. Les surréalistes et le cinéma. Guattari. comme les auteurs. pour renouer avec l’art et la poésie. Pourtant. On prend la paie de professeur. les mettre dans mon bureau à côté de ceux de Marek. puis je regarde le choix de textes. La première compte 100 pages des auteurs. archivés quelque part. en quoi ai-je échoué dans ma vie ? Idée de faire une chronique de ma vie qui échoue. et montrer en quoi ils n’ont aucun rapport avec l’AI. On me fait occuper un poste de professeur de 1er classe. M. On partirait de la non-habilitation du Ministère. Il y a aussi la filiation Marek Szwarc. en disant. a-t-il réussi sa vie dans cette formule de 4° de couverture : “ Luc Ferry est philosophe. Relisant ce journal. chacun. Son œuvre est déjà traduite dans vingt-cinq langues. ils parviennent à écrire 300 pages sur les surréalistes et le cinéma. Je lis 74 pages de la première partie. et n’ayant pas le goût d’aller corriger la thèse d’A. le surréalisme.de la généalogie m’intéresse. La seconde est une anthologie. que je voulais réaliser mardi sur l’autel de l’autogestion ? 207 . On pourrait prendre mes livres. Oui. mais c’était le chantier ici. Les auteurs démontrent qu’à la limite. l’auteur. Elle s’est contentée de passer dans mon bureau. Le livre est composé de deux parties. Je me risque alors dans Alain et Odette Virmaux. d’une manière ou d’une autre. et l’on se met à passer son temps à danser et à apprendre la peinture ! Je tiens probablement là le fil de la fiction que K m’invitait à écrire pour me sortir du rêve de concrétude du scénario de meurtre de Bertrand. On ferait de même avec les œuvres de Deleuze. Où ai-je mis les dessins d’Angéla ? Je les ai rangés. 11 h 30. À propos de Carla. puis la réimplication. Je vais chercher le cadre de Marek. je me suis posé la question : qu’est-ce qu’une vie qui échoue ? Luc Ferry. Je reprends un café avec Lucette qui se lève. Elle parle de généalogie. 1976. on habilite des gens qui ne font rien. Lourau. Qu’en pense-t-elle ? Elle suit ses cours. rue Marcadet). Je lui parle d’Angéla. relue ce matin très vite (3 mn) et sans lunette. On quitte le projet scientifique sur la pointe des pieds. Des idées me viennent : je n’ai jamais été institutionnaliste. On écrirait 1000 pages. puis la désimplication. elle la situe. que l’on n’est en rien exhaustif sur la question. aucun film ne peut être explicitement dit “ surréaliste ”. sans habiliter le Labo auquel j’appartiens et qui regroupe dix profs ayant publiés des dizaines et des dizaines de bouquins. Il est actuellement ministre de la Jeunesse. Du coup. surréaliste en elle-même. On montrerait qu’elles ne sont pas institutionnalistes. avec Qu’est-ce qu’une vie réussie ?. J’ai deux dessins d’elle. Paradoxe. Laurence… Oui. Elle fait partie du groupe Carla. Seghers. mot à mot. Pour moi. ” ou plutôt dans le fait qu’il est parvenu aujourd’hui même à jeter 500 000 personnes dans la rue contre lui ? Et moi. Je rassemble certains dessins de valse ou de tango. C’est une analyse de la question. Méditation sur la surimplication. je me suis dit qu’il me fallait renouer avec le surréalisme. Le faire. il y a ici les portraits de famille. Dans le même temps. Il est 9 heures. de l’Education nationale et de la Recherche. Par transduction. Les ressortir. Posture drôle. Plus tard. Mais en même temps. son nom n’apparaît pas encore dans ce journal. J’ai envie d’être disciple de Marek.

le passé redeviendra à moi. En même temps. En conservant l’histoire de ce que j’éprouve. ne la fais pas. Mais je n’ai pas envie de faire autre chose que de lire Delacroix. l’est autant. Cette citation serait à utiliser dans Le journal philosophique à la suite de Marc-Antoine Jullien. je ne puis m’empêcher de noter qu’au niveau de l’organisation du travail. Et Paris 8 comme décor. ma posture par rapport à la télé. Je crois que je vais m’offrir l’année 1824… Il faut dire que le soleil inonde mon bureau. ils sont comme s’ils n’avaient point été. L’avenir est toujours là. J’y allais en fraude. Désir aujourd’hui. On les porterait à l’image. Il me semble que je suis encore le maître des jours que j’ai inscrits. etc. car je viens de recevoir un coup de fil de K. parce que je ne veux pas en devoir ce qui peut m’en rester à l’obligation de l’écrire. Désir de lire ! Je lis. Lundi 26 mai 2003. Je veux noter qu’Eugène Delacroix écrit le mercredi 7 avril 1824 dans son Journal : “ Je viens de relire en courant tout ce qui précède : je déplore les lacunes. ni autre chose que cette jouissance qu’il y a à voir se succéder des objets de la vie quotidienne. qui m’invite à me mettre à un autre chantier (Analyse Institutionnelle et Autogestion pédagogique). Le passé qui n’est point resté. Mais comme dit Liz Claire. Dans quelles ténèbres suis-je plongé ? Faut-il qu’un misérable et fragile papier se trouve être. Les séries se succèdent. J’aime le cinéma à la manière des Surréalistes. 11 h 15. Cela entraînait pour le peintre une certaine forme d’organisation du désir et de la sexualité 208 . Elle me cachait dans son vaste manteau. Il est certains défauts pour le vulgaire qui donnent souvent la vie. L’ennui au ciné-club lorsque j’avais 15 ans. mais pourquoi toujours s’indigner de ma faiblesse ? Puis-je passer un jour sans dormir et sans manger ? Voilà pour le corps. Il me faudrait travailler. J’ai retrouvé. J’ai vu des quantités de films en tant qu’enfant. On prendrait les irrAIductibles et les Autogestionnaires comme acteurs. exactement ! Mais justement les Surréalistes aimaient les films que l’on va voir sans retenir ni les titres. Tous les aspects techniques du Journal m’intéressent. périodiquement fixe dans une vie. non pas de faire du cinéma. Nécessité de refaire mon histoire de vie par rapport au cinéma. Ce même jour : “ Mais quand une chose t’ennuiera. que puis-je t’écrire ? Dans quelle direction t’inviter à aller ? Je ne sais absolument plus où je vais. Je méprise Cannes et les films de l’establishment. Par amour du cinéma ? Aussi. par ma faiblesse humaine. par bravade. J’aime les navets. Mais mon esprit et l’histoire de mon âme. Je découvre les problèmes de peindre à une époque où il fallait faire poser pour avoir des modèles (la photo n’existait pas). alors même que mes parents m’interdisaient le cinéma. ” Excellent. tout cela sera donc anéanti. Je dois m’interrompre. Les sorties clandestines avec ma grand-mère pour aller voir les films interdits au moins de 18 ans. Je les regarde en m’endormant au milieu. cela fait un peu “ cinéma de quartier ”. Mais ceux que ce papier ne mentionne point. j’ai lu l’année 1823.Angéla. Oui. Une seule occupation. je vis double . J’ai 25 chaînes non choisies sur le câble et que je regarde sans y penser. le seul monument d’existence qui me reste ? L’avenir est tout noir. le sens de l’histoire. Ne cours pas après une vaine perfection. ou en pensant à autre chose. même idée. la poésie et la liberté. quoiqu’ils soient passés. Eugène Delacroix défend l’idée de suivre l’inspiration et les pulsions du moment (11 avril 1824) . Je me plaignais d’être obligé d’avoir recours à cela . Au contraire. mais atténuée sur la fin le 7 mai 1824. On entrerait dans les fantasmes de Pascal et Bertrand. cela devient une bonne chose que l’obligation d’un petit devoir qui revient journellement. là. c’est l’amour. Pour moi. Très agréable. ordonne tout le reste de la vie : tout vient tourner autour de cela. mais des romans-photos. Ce matin.

sur son propre terrain. je me suis assoupi. être ferme. K. Ascension. hier. sur la fin de tout cela. le 19 août 1824 : “ Déjeuné aujourd’hui avec Horace Vernet 302 et Scheffer. Il est 16 h 15. on manque des jouissances que le bien procure. quand il s’agit de se remuer à cet effet. Il se laisse aller de temps en temps à faire de la philosophie. Au réveil (6 h 30). par ses disciples). ” Et un peu plus loin : “ Quelle penses-tu qu’ait été la vie des hommes qui se sont élevés au-dessus du vulgaire ? Un combat continu. s’il est écrivain : parce que son génie lui demande à être manifesté . Dans quel ordre s’y mettre ? Comment articuler chantiers et voyages. Lucette. ce que j’ai envie de recopier de son journal touche à la question abstraite de la création. Je me sens impuissant par rapport à lui. 8 h. quand il s’agit d’écrire. dont les rugissements ébranlent tout votre être. par exemple ? Jeudi 29 mai 2003. Mais pour en revenir.bien décrite par Eugène… Mais. Je m’arrête pour aujourd’hui. Mon œuvre picturale n’est même pas amorcée. Je croyais que je plongeais dans un journal qui m’intéressait pour son contenu : la peinture. ” Le 14 juin 1824 : “ Tant que l’inspiration n’y est pas. et à cette écriture diaire. 209 . je m’ennuie. Appris un grand principe d’Horace Vernet : finir une chose quand on la tient. quelles transes de réveiller ce lion qui sommeille. La même idée se poursuit tout au long de ce journal. savent se donner une tâche et l’accomplir… ”. Que ceux qui travaillent froidement se taisent : mais sait-on ce que c’est que le travail sous la dictée de l’inspiration ? Quelle crainte. Et mon journal me semble être une sorte d’échappatoire par rapport à mes livres à produire. je vais terminer comme Jean-René (qu’elle vit comme dépassé. par intervalles. Quand on a du bien. Je parviens jusqu’à la page 170 (fin de l’année 1847). me disait que si je ne publie pas La théorie des moments maintenant. quoique inquiet. et la manière dont Delacroix se confronte à la gestion conjointe de la production de son œuvre picturale. Mes livres stagnent même si j’ai relu Le journal philosophique rapidement hier. pour échapper à l’ennui. c’est par conscience. Puis. c’est mon propre questionnement sur la pratique du journal. fameux peintre de tableaux de bataille. Ainsi. Ursula me demande des textes qu’il faut que je rende ce jour… Mardi 27 mai 2003. voilà l’étude de tous les moments et utile toujours. on ne sent pas le plaisir d’en avoir . 140 de mon édition). C’est sa méditation du 6 juin 1824 que j’ai envie de noter : “ Quelle sera ma destinée ? Sans fortune et sans dispositions propres à rien acquérir. (c’est moi qui souligne) qu’importe le bien ou non ? C’est une inquiétude. le matin 302 Horace Vernet (1789-1863). beaucoup trop indolent. Lutte contre la paresse qui leur est commune avec l’homme vulgaire. Seul moyen de faire beaucoup. ” J’ai continué ma lecture jusqu’au 6 mars 1848 (p. mais ce n’est pas la plus forte. Je m’aperçois que ce qui me fascine dans cette lecture. lorsque Lu se lève : je vais boire le café avec elle. Mais tant que mon imagination sera mon tourment et mon plaisir à la fois. je me sens incapable de faire autre chose que de lire le journal de Delacroix. aussi semble ressentir le besoin de conclure un chantier avant de passer à un autre. simple et vrai. Il y a des gens qui. quand on n’en a pas. et ce n’est pas par le vain orgueil d’être célèbre seulement qu’il lui obéit.

Je lis les années 1851 et 1852. Delacroix note : “ Je crois qu’en y pensant mieux. Le véritable grand homme est bon à voir de près. tapuscrit sans date. en viennent très vite à le trouver comme tout le monde. Le 11 août 1850. Je pense que c’est important de me retrouver au milieu de gens que j’aime : la Sainte Trinité. sur Delacroix… Il me faut retravailler au rangement de ma bibliothèque. Par exemple. 210 . le portrait de mon père par le même peintre.Je vais passer la journée. La pose des deux protagonistes a servi de modèle à l’affiche pour La leçon de tango de Sally Potter (j’ai cette affiche dans ma chambre !). Je me mets immédiatement à la lecture de Delacroix. Contrairement à ce qui s’est passé les jours derniers. c’est une qualité de pouvoir montrer sa sensibilité ”. Lucette part en province faire un entretien Voltaire. Le journal mélancolique. J’avais ce livre entre les mains. La composition mêlant photos couleurs et photos en noir et blanc est assez réussie. ma grand-mère par Lucien. où un bruit de perceuse strident m’empêchait tout travail intellectuel. Malheureusement. à partir de photos de différents étudiants et enseignants du mouvement. Au réveil. j’avais lu Anne Larue jusqu’à la page 80 303 . qui apprenaient le métier à son 303 Anne Larue. Un étudiant subtile (son nom m’échappe) avec qui j’ai mangé mardi me disait qu’il m’avait trouvé hypersensible : “ Ce n’est pas une critique. Pour moi. Le collage que je fais a pour fonction de donner une place aux étudiants que j’aime dans mon quotidien. seul. Il n’a pas pu enseigner. Je vais tenter de passer la journée à écrire dans mes différents journaux. il me manque quelques photos de personnes que j’aurais voulu associer à cette “ exposition ”. et précisément dans mon bureau. on se convaincra qu’il en est autrement. le portrait de Pauline. ne pouvant ni lire ni écrire. Au départ. ajouta-t-il. 7 h 20. mon mal de ventre est moindre. après s’être figuré qu’il était hors de la nature comme des personnages de roman. Je suis content de l’ensemble. réveil à 6 heures. la maison est calme. j’ai tenté de faire un collage : une sorte d’affiche pour les irrAIductibles ou les Autogestionnaires. il y a à peine un mois ! Vendredi 30 mai 2003. d’avoir des disciples. notamment Opapé et Christine. Que les hommes superficiels. Hier après-midi. Et puis j’ai découvert beaucoup d’informations érudites sur Delacroix qui m’ont intéressé. le ton d’Anne m’ennuyait. Kaufmann). Je ne parviens pas à retrouver le livre offert par Marie-Paule sur Delacroix (écrit par J. Je parviens à la page 270 du Journal dont j’ai lu l’année 1850 cet après-midi. ces derniers temps. Je me disais que la lecture de la critique ne vaut pas la lecture directe d’une œuvre. Ses “ élèves ” étaient des petites mains. Il y a aussi un portrait de Lucette. je me suis mis à lire avec plaisir l’année 1949 du journal de Delacroix. son désir d’être prof. Delacroix et l’écriture (1822-1863). J’ai passé une partie de la journée à installer des cadres ou toiles dans la maison. discutant le proverbe “ Il n’y a point de héros pour son valet de chambre ”. il n’y a là rien d’étonnant. Je suis un peu fatigué. Hier. Je voudrais feuilleter ce livre en même temps que le livre d’Anne Larue. Ce matin. Je médite à l’image que j’ai donné. Du coup. 16 h 20. Je vais suspendre cette lecture. Il appartient au vulgaire d’être toujours dans le faux. J’ai des idées. à l’université. de Marek Swarc. La couverture représente le Combat de l’ange. et à côté du vrai… ”. C.

304 Traductrice de La pratique du journal. notamment Formes et mouvement. en attendant le réveil de Lucette. Mais je ne sais comment m’y prendre pour le publier. “ Il y a quelque chose d’Obermann sur le vague dans mes petits livres bleus ”. avant mon départ. Il faut renouer la maille. le tricot sera plus gros ou plus fin. Ce qui compte. Un seul me manque vraiment. ainsi que Witold Gombrowicz que Remi Hess lit avec passion. dans le cadre de ses études de théâtre à Hambourg. il faudrait que je travaille sur d’autres affaires… Mais je ne parviens pas à m’y mettre. Je vais continuer à lire Anne Larue. Autre agrément. Les grandes marées à Pourville-lesDieppe me manquent depuis trop longtemps ! Aujourd’hui. Nous autres. Ce sont les éléments manquants d’une œuvre. Par exemple. Même remarque pour mes dessins. 211 . Cette notation me fait réfléchir. Commence entre eux une relation intellectuelle assez productive pour R. La lecture du journal de Delacroix a évidemment un rapport avec la préoccupation qui me traverse de temps en temps de publier mon journal 2000-2003. Allons ! Accordons-nous quelque transgression.contact. Ce texte me semble avoir un intérêt. Remi Hess rencontre cette jeune femme dans une pratique de tango à Paris où elle est venue pour faire un stage à la Comédie française. Dans ce que j’ai lu ce matin. c’est ce que je produis aujourd’hui. Remi Hess sort plusieurs textes qu’il a placé dans ses œuvres posthumes. C’est l’esquisse faite sur une nappe de café avec Maja 304 . Cela interfère avec ce qui devrait être ma seule préoccupation : la sortie des œuvres d’exposition. nous ne filons jamais le même fil jusqu’au bout. Je ne comprends pas pourquoi je ne vais plus en Normandie. Delacroix d’il y a quinze jours : je vais faire à présent le travail de Delacroix de tout à l’heure. voilà pourquoi la nature. près d’un marché. Par exemple. Mais je n’y parviens pas. qui disparaît ainsi. Je faisais. en nous plongeant dans Anne Larue ! 8 h 46. citation de Delacroix par Anne Larue qui ajoute en note : “ ces petit livres sont perdus ” . Hess : Maja lui fait découvrir le théâtre russe dont elle est spécialiste. J’ai l’impression de me retrouver dans ce qu’il commente des paysages. fait de si bonne besogne. en un mot tout ce qui travaille lentement et incessamment. Les pages entières lues ce matin sur la composition de la couleur m’ont ennuyé. C’est l’une de mes méditations les plus constantes en ce qui concerne mon œuvre. 9 h. Quels sont mes textes qui seront commentés ainsi ? Quels sont mes journaux qui auront disparu pour le lecteur du siècle prochain ? Quels sont ceux qui ont déjà disparu ? J’ai supprimé moi-même peu de textes consciemment. intérêt pour les commentaires sur la pratique du journal elle-même. Elle évoquait ce dessin la dernière fois que nous nous sommes vus. mais aussi sur les commentaires du travail. ses voyages à Dieppe : j’ai beaucoup aimé cette partie de la Normandie. ” (12 mai 1852). ou plutôt d’une brocante. texte qui semble être une recherche en relation étroite avec la question de l’art. Mais certains se sont égarés. enquête au quotidien (en allemand). Je suis d’accord avec lui sur de nombreux points. Cela m’inviterait à avoir la nostalgie d’un rangement de mes affaires dont je sois sujet. À partir de cette relation. Je me moque finalement de la perte. lorsqu’il écrit : “ …Il ne faut pas quitter sa tache . c’est évident. voilà pourquoi le temps. de manière à ce que je ne puisse le retrouver ! On passe quelquefois beaucoup de temps à produire quelque chose. avec nos intermittences. le livre subversif que j’avais écrit avec Lorenzo sur Christophe Colomb ! Pourquoi l’ai-je caché quelque part. mais il n’a pratiquement pas pu transmettre son art sous une forme pédagogique . d’où son effort pour transformer son journal en traité de peinture. le travail de M.

Sa technique 212 . Mais pas de pèlerinage sans calvaire ! J’ai été traîné par K. de salle en salle. atomisé). Travail sur la perception avec le Lincoln. le modèle pour mes premières tentatives de peinture. J’ai lu Larue jusqu’à la page 104. Vendredi 13 juin 2003. Au départ. Hier matin. écrire mon journal dans un carnet. Ce premier voyage en Espagne a été une initiation au sens fort du terme : jouissance de paysages nouveaux et inconnus. Perception qu’il manque un tableau de K. plaisir d’une architecture nouvelle pour moi (la ville de Figeras découverte lors d’une longue dérive sous le soleil. Même idée en ce qui me concerne. Mais ai-je le droit de saisir l’autre dans son sommeil ? Idée que K pourrait faire. je me suis dit que ces flux de touristes faisaient partie du dispositif. En rentrant à Paris le soir et ce matin. Delacroix a 55 ans. je vivais mal la foule. Confirmation que j’aime. Désir d’en croquer quelques-unes. Enthousiasme de K lorsque je lui ai proposé de m’aider à m’installer mon atelier. derrière les armoires. Il n’y a plus qu’à la peindre. En 1853. les poses que prend K quand elle dort. aller à l’Unesco. avec visite des marchands de peinture). etc. mais finalement satisfaction d’en connaître nettement plus sur Dali et de son œuvre. Il me faut donner une toile à cet appartement. visite du Musée Dali de Figeras (Espagne). Samedi 7 juin 2003. Dans ses commentaires. et que l’on avait laissé à l’abandon depuis cinq ou six ans. Dans de nombreuses toiles. mais cela me calme. Je vais sortir. qu’elle a entrepris dans le salon et l’entrée. Faut-il que je passe commande à K d’un portrait ? Il faudrait une toile de grand format. Ayant mal dormi. je trouve daliennes. durant près d’une heure et demi. du dessin. K m’a fait observer principalement les techniques d’exécution du peintre. ce qui intègre les morceaux à un ensemble. Je ne lis pas beaucoup en quantité (ce matin du 12 mai au 28 août 1853). Moments particulièrement agréables dans la salle sombre. de Delacroix (à faire lire à K). Impression d’écrasement. n’ayant pas bu de café le matin. Je me replonge dans Delacroix pour sortir d’un état psychique détestable (je suis dispersé. avec K. ayant mal à la tête. les Pyrénées. j’étais fatigué en entrant dans le temple sacré. Elle connaît ce musée parfaitement. puis tout doucement. Discussion avec K sur la beauté des maisons. où se trouve une série de toiles représentant Galia : K insiste sur la précision des traits. Je ralentis ma lecture pour tenter de comprendre comment il vit mon âge. si elle l’accepte. au-dessus de toute montagne. Cette spontanéité m’a plu. ayant conduit 200 km en plein soleil (…). Mon impression d’ensemble est un profond désir d’y retourner et de prendre mon temps. que précédemment. une forme unifiée. K m’oblige à aller au-delà de ma perception première des choses. et le chantier d’aménagement de musée. Vraie admiration de découvrir les toiles qui nous appartiennent. aussi dans mon Carnet dalien (cela fait quelques jours que je ne dessine plus !).Jeannette va venir. aux couleurs usées par le temps. Rétrospectivement. Très intéressant. C’est un encouragement pour m’y mettre. c’est-à-dire un an de moins que moi cette année. L’acquisition d’un chevalet et de peintures va devenir une urgence. plaisir de retrouver ma Chérie. présence de collages qui se trouvent recouverts par de la peinture. dessiner. Ces observations m’ont semblé enrichir mes découvertes techniques faites lors de la lecture de Journal.

en sautant à cloche-pied . C’est une très bonne scansion. et l’on serait frappé plus facilement de l’ordre à y mettre. Rousseau. au sens esthétique du terme. Telle situation du corps sera plus favorable à la pensée : Bacon composait. au réveil. -d’écrire chaque pensée détachée sur un petit morceau de papier. Appel de K. Peut-être qu’après les années Lourau. J’ai oublié de dire à K que je rêve de mettre un portrait de moi en couverture du Journal des moments que je lui ai demandé de signer à partir d’une lecture de mes recherches sur le journal. Hier. Beaucoup de proximité avec Delacroix. elle se dirige vers Christoph Wulf à Berlin. Je ne parvenais pas à trouver une fin à cette recherche. Elle rebondit.d’écriture qu’il décrit le 12 mai est assez importante : “ J’ai beaucoup travaillé au damnable article. Thèse en co-tutelle ! Ce matin. Il a décidé de se retirer. Débrouillé comme j’ai pu. les idées me viennent lors de mon réveil. L’autoportrait est un exercice qui m’attire effectivement. Lourau. je crois. Son travail est davantage du côté de la danse contemporaine… Elle a travaillé à Hambourg . en se promenant dans la campagne… ” Personnellement. au crayon. à Voltaire. Je l’ai pourtant fit “ de mémoire ”. Lundi 16 juin 2003. Son idée : je dois arrêter ce journal le jour où j’aurai terminé mon livre sur René. Charlotte a trouvé réussi mon autoportrait. sur de grandes feuilles de papier. j’entrerai dans une nouvelle phase qu’il faudra tenter de définir. il me faudra m’organiser quatre années Illiade. Elle était venue jeudi au cours de tango.n’est pas trop mauvaise. Il me faut le faire dans les jours prochains. En feuilletant mon carnet dalien. date de son anniversaire. à Mozart. ” Et il ajoute : “ L’ordre et l’arrangement physique se mêlent plus qu’on ne croit des choses de l’esprit. On aurait toutes ses divisions et subdivisions sous les yeux comme un jeu de cartes. Jérémie vient de m’appeler. Samedi 14 juin 2003. Ensuite. puis cet aprèsmidi pour me défouler d’une suite d’entretiens (Mohamed Daoud. que je pourrai donner à mes trois enfants. Un travail sur le surréalisme. tout ce que j’ai à dire. aujourd’hui. Petra Sabisch arrive à 11 h 30 et repart à 15 heures. j’aurais voulu noter ses remarques sur le portrait dont j’ai parlé avec K. Avant de partir pour la fac. . C’est l’espace-temps nécessaire pour lui permettre de s’instituer. je commence l’année 1854 (année de ses 56 ans). Il se laisse pousser la barbe lorsqu’il est à la campagne. Mon livre sera son dernier. les idées leur venaient dans leur lit . je lis le Journal de Delacroix (fin de l’année 1853). Alain Marc). aussi. je me fais le plaisir de lire quelques pages de Delacroix : j’en suis à son séjour à Dieppe (25 août 1854). Elle peint. La lecture de ce livre me donne vraiment envie de me mettre à écrire mon livre sur R. Elle prépare son exposition pour Laurence. Elle a accepté de lire mon journal depuis la mort de René. surtout dans une position où je n’ai pas le loisir d’apprendre le métier d’écrivain. Ce sera une œuvre. Sa place est du côté d’Attractions passionnelles. C’est une urgence absolue. et moi-même. Elles m’ont poussé à passer commande à K de plusieurs tableaux de moi. à ce qu’on dit. Je vais jusqu’en avril. Elle a évoqué hier l’idée de 213 . à Rossini. Je serais tenté de croire que la méthode de Pascal. Hubert de Luze attend mon livre sur Lourau et le surréalisme.

Je lis les quatorze premières pages. J’ai retrouvé un rythme de lecture satisfaisant. Pour moi. par exemple (p. j’avais lu l’année 1857. réfléchissant aux problèmes posés par le “ super-mou ” de ce fromage coulant. je suis content de retrouver un certain entrain. et celui sur la théorie des moments… Jeudi 24 juillet 2003. Alexandra m’a annoncé qu’elle viendrait m’apporter Romain vendredi. C’est vraiment intéressant. Je me dis que je préfère Dali à Korczak ! J’ai passé toute la journée dans ce livre que j’ai terminé. sur l’art. Auparavant. C’est vraiment un grand livre ! Les passages sur l’enfance sont vraiment extraordinaires . Les années précédentes. Je le lis d’un trait. Je regarde dans ma bibliothèque surréaliste. du coup. ce livre est assez explicite sur son rapport au monde. Très bonne idée. Une page ou deux à chaque fois. Je me levai et me rendis dans mon atelier pour donner. J’avais une migraine. Insomnie cette nuit après cette visite. Ensuite. je les ai lues lentement. Incroyable. J’aurais aimé savoir pourquoi il rompt avec son père. dispersés au moment des peintures de la maison. Je trouve qu’il a vraiment eu raison d'écrire cette autobiographie. Lucette l’a retrouvé en rangeant nos livres. Tous les hasards objectifs sont des occasions d’inventer . Je suis conquis. non lu. Il se décrit comme méchant. je les peignis molles. aussi. Cela reporte mes projets d’écriture. Sur la peinture. une certaine énergie pour travailler intellectuellement. jusqu’à 6 heures. Cela me change de ma lecture de Delacroix que j’avais pu reprendre quelques jours auparavant. Je me lève à 3 heures. Depuis un mois. mais il me faut l’interrompre. et je lis La vie secrète de Salvador Dali. Gala sortirait avec eux et moi je me coucherais tôt. je me lève à 6 heures pour en avancer la lecture. Mardi après-midi. 351) : “ …Et le jour où je décidai de peindre des montres. Nous devions aller au cinéma avec des amis et au dernier moment je décidai de rester à la maison. c’est le contraire. Lourau. au moment où Alain Marc passait pour me faire relire son résumé de thèse. La chaleur et le travail intense à Sainte-Gemme expliquent certainement cet état depuis le 12 juillet. j’étais dans un état d’épuisement. Mercredi. Nous avions terminé notre dîner avec un excellent camembert et. Hier. car Lucette m’oblige à ranger nos papiers. Dali. 214 . lorsque je fus seul. puis de Bernard Lathullière. ceux sur sa peinture. Dali est génial. Il faut que je sache interrompre mes livres pour faire autre chose. visite de Georges. je cherche un ouvrage à prendre pour attendre à la poste (je veux faire peser des lettres). Je pense que cela va intéresser Romain de découvrir la peinture à l’huile avec moi.faire une licence d’arts plastiques. Hier. il y a des périodes de fatigue qui lui font couper entièrement avec la peinture. je vais pouvoir me mettre à la peinture. Je voudrais faire partie du mouvement aussi. C’est un moyen pour se reposer et prendre de la distance… C’est d’autant plus curieux que je me trouvais avec des idées claires sur le travail qui me reste à accomplir pour le livre sur R. malaise extrêmement rare chez moi. Ce matin. Il faudrait que je commente chaque chapitre. Je retrouve un livre de Dali. j’ai lu l’année 1858 du Journal de Delacroix. Maintenant. il y avait la fatigue de l’année. Cela se passa un soir de fatigue. Chez Delacroix. Mais. Il lit et écrit durant ces périodes. Il avait 36 ans. Mardi 22 juillet. je restai un moment accoudé à la table. c’est autre chose. Ce sont des années où nos âges se rencontraient. ce que ne font pas d’ordinaire les gens qui se racontent. 16 h 20.

Henri Maldiney. surréalisme et danse ne s’était jamais imposé à moi avec autant d’évidence. un dernier coup d’oeil à mon travail. Je me sens très proche de Jean Dubuffet. ouvrage qui me fait travailler énormément. Depuis cet été. Sarah Walden). à l’issue d’une très belle thèse de Keng-Ju WU dont je présidais le jury. Je regarde (sur Teva) le premier épisode de L’amour en héritage. mais aussi la manière dont viennent les idées (cf. mais laquelle ? Il me fallait une image surprenante et je ne la trouvais pas. Mes lectures me donnent le goût de me mettre sérieusement à la fondation d’Attractions passionnelles. j’aurais terminé les 20 pages qui manquent pour clore l’index de Jean Oury. J’avais déjà suivi la suite à une autre occasion. 18 h 30. et à lire sur la création (Jean Oury. sur le cinéma et l’analyse institutionnelle. Le journal des idées). aujourd’hui même.selon mon habitude. Vers 16 heures. qui descend s’établir dans la région d’Avignon. je suis sorti. revue planétaire d’art et d’éducation. et me mis à l’œuvre. lorsque je vis littéralement la solution : deux montres molles dont l’une pendrait lamentablement à la branche de l’olivier. Il me reste à écrire quelques commentaires pour considérer ce chantier du journal des travaux comme terminé. sur le plan cérébral. J’ai une grippe. Mercuès. Cela m’a donné le goût de terminer le collage des photos des travaux. Jeudi 11 décembre 2003. quand Gala revînt du cinéma. 15 h 20. Au premier plan. Ma théorie des moments n’est vraiment pas loin. Si j’étais davantage en forme. à l’idée du “ beau livre ”. Ce paysage devait servir de toile de fond à quelque idée. à Brasilia de l’huile. Lundi 15 décembre 2003. J’ai fait un cahier d’ethnophotographie (plus de mille photos) sur les travaux à Sainte-Gemme (changement de toit). J’ai fait deux volumes de mes carnets daliens. C’est l’histoire d’un peintre de Montmartre (1925). Il y a dans cet épisode un bal surréaliste et plusieurs boîtes où l’on danse le charleston. Je continue à dessiner. Audrey. et intitulé e : “ Les messages à thématiques sociales du cinéma de fiction : un exercice pédagogique ”. j’ai produit des journaux illustrés. La relation entre milieu artistique. je préparai ma palette. Deux heures après. Je ne sais pas si ce que je suis en train de faire n’est pas de cet ordre. Création et schizophrénie. On a eu un petit comité de rédaction mardi à la fac avec Kareen. Je suis content d’avoir fait ce travail manuel. Malgré ma migraine. j’ai fait de la gouache. j’avais esquissé un olivier coupé et sans feuilles. J’ai été chercher les photos (6 pellicules) sur SainteGemme. 215 . et de son travail de l’art brut. le tableau qui devait être un de mes plus célèbres était achevé… ” Ce passage raconte la production d’une toile célèbre. Je ne puis faire autre chose. dans lequel je réfléchis. L’installation de la maison était un événement qu’il fallait suivre dans sa progression. 10 h 30. Cette année 2003 aura été marquée par une frénésie de photos. Voir mon journal de lectures. Le tableau que j’étais en train de peindre représentait un paysage des environs de Port Lligat dont les rochers semblaient éclairés par une lumière transparente de fin de jour. En Bretagne. J’allais éteindre la lumière et sortir.

Je lui ai payé 1000 euros. C’était ça la nouveauté de Fragonard. En cette période de fête. 168. Ce matin. Pourquoi ai-je acquis Fragonard ? Jean Oury a visité une exposition Fragonard. Regardez encore une fois des tableaux tout à fait classiques tels que ceux de Fragonard.Lundi 22 décembre. C’est un manque qui montre que mon moment de l’art n’est pas très construit. ” 305 306 Jean Oury. sans esquisse préalable. Walther (Benedikt Taschen. p. musicienne rencontrée au colloque de philosophie de Dijon. Création et schizophrénie. Les limites de cette toile me font réfléchir à un développement futur de ce style du portrait. Il y faisait froid. par exemple). Elle a acquis Le moment de la création. Dada (1990) . j’avais donné rendez-vous à Nayakava à la librairie de la rue Marcadet. C’est une philosophe amateur qui confronte philosophie et musique. -Fragonard. Galilée. Elle l’a reprise." Et plus loin : “ Des oeuvres d’art qui. sont découvertes quelquefois plusieurs siècles plus tard. j’ai envoyé deux courriers à Christine Vallin. Oury. et que ma professionnalité d’artiste est encore à penser. Si c’était fini. Création et schizophrénie. du temps du vivant du créateur. car elle ne l’avait pas daté. Je sais où se trouvent mes trente-cinq livres d’esthétique. Et c’est ce qui fait la qualité d’une œuvre : ne pas être finie. mais dans une juste mesure. Ces images étaient déjà fortes pour moi en 1960. Elle m’a apporté ce matin le portrait que je lui avais commandé (on le nommera : Remi. ces deux ouvrages avec illustrations publiés en Italie. la touche rapide du pinceau. je trouve bon d’acquérir quelques ouvrages d’art. lus cet après-midi : -Georges Braque (1994). de Ingo F. Création et schizophrénie : “ Il faut s’approcher des tableaux et voir la touche . ou de Vermeer. mais pas mes ouvrages d’art. 1987. -Vincent van Gogh. J’ai pensé aujourd’hui que j’ai pu acheter des ouvrages d’art. 17 h 25. il aurait eu de quoi se payer un paquet de cigarettes ! ça aurait mieux fallu et il ne se serait peutêtre pas coupé l’oreille ! Quand on pense que ses tableaux servaient de jeu de fléchettes aux gosses de Saint-Rémy. Il commente ce peintre dans le livre que j’ai indexicalisé de lui. elle m’en a fait une critique très intéressante. Il me plait. par Jacques Thuillier. et l’a terminé dès hier. et préparés sous la direction de Luciano Raimondi. p. étaient restées complètement méconnues. et la façon d’appuyer qui peut se rapprocher de la peinture des caractères chinois et japonais. échange de lettres avec Hubert de Luze (2001). ce qui semble cher à Lucette. ou méprisées. J’imagine des toiles où. Aujourd’hui. Le style même est dans la touche qui fait tache 305 . 1990. Paris. J. Cologne. à la casquette). c’est extraordinaire ! Les intérêts esthétiques varient 306 !" Et encore : “ Si on réduit la création à la prétendue œuvre. 307 J. dans Fragonard. p. c’est une touche rapide. J’ai acquis quatre ouvrages. (Skira. ou de Rembrandt. mais également à Van Gogh ! S’il avait eu le milliardième de ce que vaut maintenant un de ses tableaux. mais je ne les ai jamais regroupés dans un endroit précis de ma bibliothèque. Nayakava (K) s’est plainte que je ne lui écrive plus de longues lettres. 177. ça perdrait quelque chose : ce serait comme s’il n’y avait pas d’ouvert 307 . la plupart des œuvres même reconnues sont disqualifiées parce qu’elles ne sont jamais terminées. 136 pages). en plus de la figure du personnage. on fasse apparaître des éléments de sa transversalité : paysage ou réalisations (couverture de livres. 1989. 216 . Pensez à Fragonard. 171. Aujourd’hui. et de prendre le temps de contempler des œuvres qui ont marqué mon enfance. Oury. 96 pages). Création et schizophrénie. jeudi et vendredi dernier.

Rachel Wolf. ” 13 h. 17 h 30. Je l’ai installé dans mon bureau à Paris. j’ai créé un espace “ livres d’art ” dans ma bibliothèque. J’entends bien ce qu’elle me dit. J’ai regroupé les quatre livres achetés aujourd’hui avec les deux livres sur Dali. Je me mets à faire les fonds des trois châssis. offert par le peintre à mon père en 1936). Ce dessin me semble structurant de mon rapport à l’art. qui m’inspire. Il est nécessaire de commencer la peinture en faisant des choses assez simples. à la même page : “ L’ombre et la lumière sont de vrais instruments au service du peintre. Le coucher du soleil avait transformé cette zone industrielle en une merveilleuse composition de forme et de couleurs. septembre 2003) sont plus forts que le tableau de Kareen. J’acquiers aussi un ouvrage : Greg Albert. Demain. alors que j’étais accompagné par Maja. Jeudi 25 décembre 2003. J’achète un lot de trois châssis. La peinture à l’huile. et elle m’oblige à les dater et les signer. une boîte de peinture. Total : 192 euros. Je vais tenter de peindre La Trinité. la saison. M’est venue l’idée de choisir ce motif. mais il est complètement différent. Elle sort mes peintures de septembre. de définir la distance entre deux objets. (tableau qui trône dans mon bureau. Fleurus. Vers 14 h. 217 . Il y a quelque chose dans ce pastel. C’est Marek Szwarc qui avait dessiné le portrait de mon père en 1934. De tels moments sont si rapides que l’artiste doit davantage se fier à son instinct qu’aux règles picturales 308 . La peinture à l’huile. Rachel Wolf. J’y avais dessiné cette œuvre en avril dernier. plutôt qu’un auto-portrait. deux brosses de nylon. selon Mark Szwarc. Maryland (40x40 cm) : “ Une heure d’étude pour un moment de quelques minutes. Lucette. d’unifier un sujet complexe et de révéler la solidité d’une forme. en regardant le cahier rouge (Livre d’or de la Rue Marcadet). Mais l’arrivée de Pépé et Mémé interrompt notre méditation. l’artiste a peint les variations de teintes et de tonalités et terminé par quelques détails. Je lis dans l’ouvrage acheté hier ce commentaire du tableau de Charles Sovek : Luke. 10 h. Les effets d’ombre et de lumière donnent du caractère à un tableau et permettent de situer le moment. Après avoir ébauché grossièrement les motifs d’ombre et de lumière. 2000. le lieu : un paysage au petit matin présente pour l’essentiel les mêmes formes qu’au coucher du soleil. Mercredi 24 décembre. les fonds seront secs. un petit chevalet à placer sur une table. Je l’interpréterai. Paris. 308 Greg Albert. Elles détiennent une sorte de pouvoir magique qui leur permet de créer une atmosphère. 2000. 50.Cela y est. Elle est très intéressée par ce tableau. commentant le portrait de Kareen. p. Fleurus. vers mai ou juin (il y avait du soleil). On regarde aussi le Carnet dalien 1. le premier offert par Kareen le 25 février 2003 et le second acquis sur une brocante. Passage au magasin de peinture Artacrea/Graphigro (120 rue Damrémont). ” Dans le corps du texte. Je ne copierai pas ce tableau de façon pointilliste. L’odeur du solvant envahit mon bureau. Cela me donne envie de peindre. me dit que mes autoportraits (Brasilia. Paris. J’ai envie de peindre. Charlotte passe et regarde le tableau de Kareen.

je raconte : “ De Hess à Vallin. Mais. La Trinité n’occupera pas tout l’espace des tableaux. 188). je continuerai demain. Je suis content de ce que j’ai fait. Seulement un angle (gauche). de son principe. c’est l’ensemble des relations à l’intérieur de l’œuvre (p. où j’explorerai la question de la transversalité des moments. 23 h. Bon. jusqu’à la page 126. au réveil. ou les grands moments de la personne (portraits des moments). détruire les chefsd’œuvre. j’ai commencé le livre de Silvianne Forester sur Van Gogh (chez Hélène où j’ai couché). on cherche à raisonner selon un modèle hypothético-déductif. Il faut que je me mette à visualiser mon idée. 17 h 30. C’est l’équivalent de la transversalité pour un individu. de sa structure. J’indexicalise. 15 h. Outrage à la peinture. 23 h. L’après-midi. Mais je suis tout à fait d’accord avec vous (et avec Deleuze). Chère Vallin. J’achète 3 châssis de 81 x 66. J’ai retrouvé un châssis ovale. Ce sera le début d’une série. Mais il doit surtout tenter de représenter ou la transversalité des paysages du sujet (portrait paysage). de ce qui nous passe par la tête. La philosophie veut s’inscrire dans le logos.Ce matin. Ce qu’il faut absolument préserver dans une œuvre. je me mets à peindre les fonds de ces trois toiles + celle en forme d’ellipse. Vers 11 h 30. Je vais les travailler par trois. détruire les chefs-d’œuvre 309 . que j’ai indexicalisé : c’est un livre vraiment fantastique . Il est question de l’identité de l’œuvre. Elle a une formule. 2003. Outrage à la peinture. Il faut que j’en fasse le fond demain matin en faisant les fonds de trois autres châssis que j’irais chercher chez Artacrea/Graphigro. 26 décembre. puisque nous avons décidé d’inscrire notre dossier Vallin/Hess dans la philosophie. violant l’image. ou comment peut la restauration. Donc. logiquement. je lis Sarah Walden que je poursuivrais durant toute la journée. Objet : Outrage à la peinture Le 26 décembre. 309 218 . et une série de portraits paysage. en cas de restauration. ou comment peut la restauration. j’ai acquis un très gros pinceau un peu plutôt. Quelle est-elle ? Le portrait peut donner une image de la personne. Paris. Je vais tenter une série de portraits des moments. En arrivant rue Marcadet. Ivrea. Dans une lettre à Vallin. J’ai lu 88 pages du livre de Sarah Walden. violant l’image. 175 pages. Chez le droguiste du quartier. je passe chez Artacrea/Graphigro. par opposition au pathos. Ce matin. la philosophie a besoin de la non-philosophie pour s’incarner. vers 16 h. l’un de mes proches amis Sarah Walden. On n’excluera donc rien a priori. j’avance le Van Gogh de Vivianne Sylvester (jusqu’à la page 40). Il me faudrait vous écrire quelque chose de sensé.

Avoir trente dessins imprimés n’est pas donné à tout le monde… Mais mon histoire avec le dessin commence vraiment le 25 février dernier. 2003. Ce détail pour ma relation aux épicières ! Charlotte fait raconter cette histoire à sa Mémé. La transduction. techniquement les peintures. le précédent : Jean Oury. Faut-il ou non intervenir sur le travail du temps. C’est en entrant dans le magasin (“ Bonjour. une boîte de tubes. hier après-midi. Il accepte. ou comment peut la restauration. En 1996. souvent illogique au sens hypothético-déductif. alors qu’elle été jeune fille. hier. parfois indiscrètes. où j’avais pris une boîte de tubes d’huile alors que je pensais emporter de la gouache). j’ai fait l’index de mon livre Le lycée au jour le jour. Elle faisait la marchande. mère de deux gosses : 3 et 2 ans) : un dessin de ma grand-mère fait par son fils Lucien (il avait 16 ans). Elle pose des questions précises. Cette grandmère est morte en 1962 : j’avais 15 ans. que je devais vouloir m’orienter ainsi pour contempler des modèles nus. En 1989. Je lui dis que je connais un dessinateur qui les ferait pour rien. Il veut faire des couvertures. et qu’à mon âge. selon les principes lus dans La peinture à l’huile. Ivrea. détruire les chefs-doeuvre (Paris. sur le métier de commerçante de sa grand-mère. parce qu’au plus profond de moi-même il y a une historicité de la peinture. 175 pages). Depuis. Ainsi. Il a ouvert un magasin de peintures à Givet (Ardennes). Elle s’y connaît en peinture. a insisté sur le fait que la pensée. il y a trois semaines. Celui-ci me dit sérieusement que je ne suis pas doué. er 219 . je lis un ouvrage : La peinture à l’huile. Aujourd’hui que j’ai la tête à cela. J’ai acquis Outrage à la peinture. J’avale le livre beaucoup plus vite que je ne l’imaginais. je vais acheter des châssis. que ma belle-mère a tenu. Je peins le 25 décembre trois fonds de cadres moyens (55 x 46 cm). Ma belle-mère trouve mes couleurs jolies. Je me dis hier ou avant-hier que je vais faire de grandes peintures avant le 1 janvier pour pouvoir avoir des peintures de moi de 2003. des pinceaux. C’est un livre qui explique comment ont été faites. livre technique que je veux feuilleter pour éviter de faire de grosses erreurs. mais il me parle. Chaque Noël. même si globalement je me fais confiance pour oser tâtonner. J’ai voulu faire les Beaux-Arts à 15 ans. ils viennent passer quelques jours. qu’il me faut rester au lycée pour passer mon bac. se développe selon des modes transductifs. Je fais trente couvertures que je signe Remi de Sainte-Gemme. J’écoute en lisant un autre ouvrage : Sarah Walden. Bon. Non seulement. On apprend dans l’interaction entre la théorie et la pratique. l’instant. J’ai restauré ce matin un cadre de 1916 (cassé par ma fille Hélène. sans dessin. j’en étais là. Création et Schizophrénie. mon aînée. etc. Parenthèse. je m’amuse à indexicaliser les ouvrages que je trouve importants. Cela ne me prend pas beaucoup de temps. un chevalet (mon matériel de peinture acquis cet été est à Sainte-Gemme). Outrage à la peinture. Je l’ai bien connue. mon père (décédé) ne m’empêchera plus de faire ce que j’ai décidé de faire… Donc. Donc. etc m’organise un rendez-vous avec le directeur de l’Ecole des beaux-Arts (qui était un de ses amis). Ils habitent Charleville. je m’aperçois qu’il y a une tradition de dessin dans ma famille. mon éditeur ne veut plus payer les dessins de couvertures des livres de mes collections. je commence à en composer l’index (indexicalisation) à partir de la page 18. je lis ce livre. Là. Son père ouvrier-peintre s’est mis à son compte. mais enthousiaste par ma lecture. ni vraiment de peinture à l’huile (sauf une fois par erreur. Mon père qui était persuadé que l’on ne fait pas carrière dans l’art. C’est une méditation historique et technique sur les problèmes de dégradation et de restauration du passé. lors d’un voyage à Brasilia en septembre dernier.(René Lourau). Madame ! ”) que mon beau-père a rencontré sa future épouse. Je n’ai jamais fait de toile. lorsque je lis Dali. Pourquoi ? Eh bien. Le 24. et je la retrouve avec tendresse dans ce cadre… Lucien est devenu musicien (maître de chapelle à la Cathédrale de Reims durant 25 ans)… Toute mon histoire de vie est donc une partie de cache-cache avec le dessin. malheureusement décédé. violant l’image. J’avais peur qu’il soit rébarbatif. je prends conscience que j’ai un moment des arts plastiques. etc. Cela permet de retrouver immédiatement les endroits où l’on parle d’une notion : le moment. c’est le mode qui fait passer d’un moment à un autre sans transition logique. Ma belle-mère et mon beau-père sont là.

C’est un tableau très beau. Des très grands. en l’état. ” Depuis que j’ai l’idée d’inventer Attractions passionnelles. J’avais déjà les archives de la famille en dépôt. etc. au réveil. Lire cet ouvrage quand je me remets à la peinture tombe bien. en l’arrangeant pour en faire mon œuvre à moi ! ”. Mais. Je mesure le maximum acceptable pour mon chevalet. Mais rapidement. Ces tableaux ne sont pas terminés. je me dis : “ Je vais reproduire ce motif. Marek Szwarc était un ami intime de mon père. il va falloir les symboliser de manière originale. valeur d’usage. il y avait cette œuvre de grande valeur. la créativité était celle de l’instant. Je dois m’interrompre pour aller dîner chez Charlotte. Il s’agit d’opérer des transductions entre le réel et le surréel. entre le quotidien et l’onirique. etc. Marek vivait avec Raïssa Maritain. je me disais : “ Demain.qui ronge la plupart des œuvres. Je me mets au défi de produire quelque chose de consistant rapidement. Ils n’ont pas flashé sur les cadres. je me considère comme un peintre. Je commence à regarder autour de moi. On se moquait de la question de la durée de l’œuvre. c’est de la transduction. si je disparaissais. moins on se pose la question de la dégradation. c’est de tenter de vous décrire les éléments d’indexicalisation qui se sont formés autour de moi pour que je conscientise mon désir de me mettre sérieusement à la peinture. et l’affirmation de Lucette : “ C’est pas mal. J’avais dit à mes deux sœurs et à mon frère : “ Servez-vous. si je me mets à la peinture. Il est 19 h. Dans ces 220 . c’est pour expliquer à Vallin ma théorie des moments. ” Malgré l’inclination à la jalousie que Lucette peut avoir vis-à-vis de K. du point de vue de la peinture. je me dis : “ Mais au fait. Plus on est créatif. À d’autres époques. car elle est importante dans la mise en discours de mon moment peinture… Samedi 27 décembre 2003. Pensée aussitôt chassée : je ne pourrais jamais me séparer de ce tableau. ” J’ai voulu inscrire cette lettre ici. d’éducation et de philosophie). j’ai la représentation de mon portrait des moments. ils laisseraient de moi une image que je ne renie pas. j’ai décidé de faire des travaux qui représentent une personne à travers ses moments (portrait paysage. Mais je trouve que les deux esquisses d’autoportraits que tu as faites à Brasilia en septembre ont davantage de force d’expression. 20 h. je trouve sa remarque juste. valeur symbolique. les artistes ont tout fait pour trouver des pigments qui résistent au temps. portrait des moments). Il faut que je la vende pour me construire un atelier dans ma maison de campagne. Je trouvais normal de laisser mes frères et sœurs se servir. C’est le bon moment ! Le déclic. L’apport par Kareen de mon portrait. Ce matin. ” Et à ce moment. J’ai encore une copie du dessin qu’il a fait de mon père en 1934. J’ai eu la chance de l’avoir au moment du partage des biens mobiliers de mes parents (ils n’avaient pas de biens immobiliers). Je prendrai ce qu’il reste ! ”. qu’est -ce que je vais faire comme peinture ? Il ne suffit pas d’avoir le matériel (même si l’essentiel) il faut une idée de motif ! ”. notre grande revue d’amour. Hier soir. j’irai acheter 3 nouveaux châssis. conçue comme valeur d’échange ! Cela. Depuis aujourd’hui. je continue intérieurement : “ Mais non. Comment s’institue le moment ? Donc hier soir. Les moments n’étant pas tous du même registre. de poésie et de liberté (maintenant : d’arts. Beaucoup d’œuvres de Léonard de Vinci n’ont pas survécu au temps. Bon. Dans tout le fatras de cadres. Ce que je suis en train de faire. À certaines époques. J’ai rempli de peinture à l’huile quatre toiles. Je tombe devant un grand pastel ((120 x 80 cm) de Marek Szwarc (1936) représentant La Sainte Trinité. entre le vécu et le rêvé. je me dis : La Trinité de Papa doit valoir 50 000 euros. Je vais mettre la trinité dans un coin… Je me représente assez bien ce que je vais peindre (j’en ai fait le croquis dans mon Carnet dalien 1). la fille du philosophe chrétien… La Trinité. Il y a quelque chose entre ce que je veux inventer et le surréalisme. Mais en même temps.

“ En art. sûrement. Je le signe. avant son accouchement ! 20 h 40 Charlotte aime mon portrait d’Hajar. Si je veux terminer cette toile. demain matin. puis je me lance dans l’index des noms d’auteurs du Sarah Walden. Je la signe. c’est que j’avais l’idée de faire une toile pour illustrer la théorie de moments. Et au Brésil ? Gouache. il ne faut jamais expliquer ce dont il s’agit ”. Quand les idées sont là. Elle a envie de se mettre à faire des collages. J’arrive à la page 61. Je me demande ce qu’elle va pouvoir dire du portrait d’Hajar. d’acheter un pinceau fin pour terminer mon Index. Je suis heureux de pouvoir travailler à partir de modèles vivants. En me réveillant vers 12 h 30. Charlotte va venir dîner à la maison. 21 h 50. Il me satisfait. il y a déjà toute mon œuvre. 221 .quatre toiles.. Les autres doivent être retravaillé. Lucette pense qu’i faut faire sauter le terme “ index ”. Mehdi Farzad et Hajar. mais je vais y travailler. J’ai besoin d’en avoir plusieurs en chantier. il me faudra un pinceau plus petit. Je ne me vois pas travailler à partir de photos. je me dis que je ferai autre chose dans ma peinture. sur une toile de format 73 x 54 cm. Je pourrais peindre Lucette. Ce sera ma première toile. sa femme enceinte de 8 mois et 3 semaines ! J’ai l’idée de lui faire son portrait. car il faut que cela sèche pour que l’on puisse travailler. Puis je me risque à un autoportrait. Ce que je dois constater. Outrage à la peinture. Je pense que cela pourrait m’aider si je décidais de retoucher ce tableau (ce que mes amis d’hier me déconseillent). 18 h 20. Elle trouve que peindre Dieu est une idée bizarre.. et qu’en faisant. Si seulement je pouvais la faire poser encore une fois. comme Kareen. Georges Lapassade et Françoise Attiba. Il faudrait qu’elle ait la patience de poser. a rajouté Charlotte. Évidemment. J’ai beaucoup d’idées pour les valoriser. il n’y a plus qu’à les mettre en œuvre. Nécessité. Je lance deux grandes toiles (toujours le même thème : Jésus sauvé de l’incendie de la cathédrale par l’Esprit Saint). Repas de réveillon avec Jacques et Cornélia. Lucette voudrait que je change de problématique. Cornélia l’a trouvé très réussi. Stimulation de celui qui regarde l’activiste s’éclater. Aujourd’hui. car mon pinceau actuel ne permet pas d’écrire fin. Il faut que je tienne ce rythme de production durant tout le mois de janvier. des vrais. Le 1er janvier 2004. j’ai dérapé : je suis entré dans autre chose. j’ai envie d’aller rechercher des toiles chez Artacrea. sur le coup de 1 heure du matin. J’ai pris Hajar en photo dans la pose qu’elle avait prise. Voudra-t-elle poser ? Van Gogh n’a jamais peint son frère Théo. je me mets au travail dès que les parents de Lucette partent. Je refais deux fonds sur les châssis restants. Faire un tableau par jour ne me semble pas impossible. Hajar m’a semblé vraiment belle. Dimanche 28 décembre 2003. cela fera dix. c’est loin d’être abouti. Demain matin. En regardant la toile de Marco. Si je refais 3 toiles supplémentaires. je nettoie cette toile faite à toute vitesse.

Je n’ai pas dit que, ce matin avant de me lever, j’avais vécu entre deux eaux (veille, sommeil). Je voyais des couleurs ; je voyais des choses à dessiner. Moment de bonheur, de satisfaction profonde. Malheureusement, après le café, toutes ces visions avaient disparu. Hier, Georges Lapassade m’a demandé si j’avançais dans mon livre sur René Lourau. Je lui ai dit : “ Pas trop ”. C’est ce livre qu’il me faudrait travailler pour reprendre le surréalisme, et une exploration de mes capacités oniriques, jusqu’à maintenant enfouies, très peu stimulées. Leur activation est indispensable pour créer. L’exaltation, la transe créatrice n’est possible que si l’on se laisse aller à rêver. L’atelier que je suis en train de monter autour de moi me fait penser à un jardin. Dans un jardin, il y a toujours quelque chose à faire. Plus on fait, plus il faut faire. Pour la toile “ Portrait d’Hajar ” (N°8 dans mon catalogue des œuvres complètes), je suis vraiment content de l’avoir faite. Vendredi 2 janvier 2004, 15 h, Ce matin, très tôt (je me suis réveillé à 4 h 30), j’ai terminé le livre de S. Walden. Je me suis dit qu’il faudrait en faire un compte-rendu détaillé, un long texte, méditer à partir de cela sur ce qu’est un tableau, sur ce qu’est une toile, à la fois au sens propre, mais aussi au sens que pourrait avoir la peinture comme métaphore de l’âme, du principe de composition et de recomposition du sujet. Le sujet est fait de moments, mais ces moments se combinent, se conjuguent dans une cohérence, dans une unité du sujet… Cette thématique serait à travailler longuement, dans une clinique des moments. Vers 10 h 30, je suis parti avec Lucette et Charlotte pour aller visiter l’exposition Edouard Vuillard : très intéressante, bien qu’il y ait trop de monde pour vraiment en tirer quelque chose. Une telle visite est documentaire. On se rend compte de ce que l’autre a fait (succession de problématiques). Quelques idées : j’ai vu ses petits carnets (les miens sont plus professionnels) ; je n’ai pas vu son journal. Quel forme a-t-il ? Comment apprendre quelque chose sur ce journal ? J’allais à l’exposition, pour en savoir plus sur ce point. Je rentre donc bredouille. Un peintre qui écrit, c’est très utile. Delacroix m’a beaucoup apporté. D’ailleurs, ai-je terminé son journal ? Pas tout à fait. Dans la peinture, on met des choses qui sont des perceptions que l’on a avant d’avoir accès au langage. Ce matin, en cherchant à me rendormir, après le réveil, image d’yeux. Idée que je devrais peindre Georges, lui demander de poser, ce serait important. Hajar me plait bien. Je dois oser me lancer régulièrement dans cet exercice du portrait vivant. A l’exposition, je n’ai pas acheté le catalogue : 99 euros. J’ai eu tord. Mais actuellement, je ne dois pas avoir les moyens de faire cela. Idée aussi de relire mes livres sur Dali (avec les peintures). Il faut que je trouve un mode de travail qui permette d’allier l’inspiration d’un motif, à la construction du détail. Dali est un maître sur ce plan. Idée d’aller voir l’exposition “ Jacqueline ” Picasso, présentée actuellement à Paris. Elle se termine en mars. J’ai donc du temps. Comment se fait-il qu’autant de gens veuille voir de la peinture. Quand j’allais au musée de Reims, voir les Dürer, j’étais souvent tout seul. C’est comme avec la course à pied. Quand je la pratiquais, j’étais seul à courir au parc Pommery. Aujourd’hui, les gens courent en troupeaux ! Je me ferai mon musée à moi, avec mes toiles. Plaisir réel de regarder Hajar. Nécessité profonde de produire mon œuvre peinte. Je l’ai au fond de moi, et elle est là qui attend de sortir. Quand quelque chose sort, je me sens mieux ; je me reconnais vraiment dans ma peinture.

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Avec l’écriture, j’ai déjà beaucoup exprimé, j’ai déjà formulé l’essentiel de ce que j’ai à dire. Je me suis donné 68 livres à écrire dans ma vie. Je dois approcher des cinquante. Ce qu’il me reste à écrire est donc résiduel, même si les derniers livres sont souvent les meilleurs, en ce qui concerne les auteurs de sciences humaines. Pour ce qui est de ma peinture, j’ai évoqué l’idée qu’elle a un rapport au jardinage. Cette idée m’est revenue. Je l’ai exprimée à Lucette. Elle m’a dit : “ Oui, tu fais du jardin comme de la peinture ! ”Idée qu’en cette période de l’année, la pratique du jardin est impossible : la terre est gelée. Par contre, pas de problème pour peindre. Cet été, j’avais déjà acheté tout le matériel de peinture, mais je n’ai pas pu m’y mettre. Je n’ai fait qu’une gouache en deux mois. À Sainte-Gemme, l’été, il y a toujours quelque chose d’autre à faire que de peindre. Il y aurait des saisons pour les moments. Sur le thème du jardinage, le rapprochement avec la peinture, c’est l’idée que dans un jardin, il y a toujours quelque chose à faire. Quand on se met vraiment à la peinture, on a des toiles d’avance. On fait les fonds. Pendant qu’ils sèchent, on peut reprendre une toile déjà commencée, faire une retouche ici, mettre du vernis là, etc… Dans le jardin, on passe d’une chose à l’autre, continûment. Il y a des taches longues et fatigantes qu’il faut programmer (bêcher, labourer), d’autres décident de l’avenir du jardin (semer, planter), d’autres impulsives (couper un arbre), d’autres visent l’allure de l’ensemble (couper et ranger le bois, passer la tondeuse, tailler, enlever des mauvaises herbes), d’autres enfin visent à jouir de la production (cueillir, récolter). Dans la foulée, il y a les ratatouilles, les confitures, la confection de salades, etc. Dans l’atelier du peintre, il y a beaucoup de taches à gérer presque ensemble. Nettoyer les pinceaux, c’est un truc qu’il me faut faire. J’oublie, et c’est mauvais. Pareille pour les palettes. Si je ne les nettoie pas, mes fonds seront de plus en plus gris. Édouard Vuillard dit que les peintres inspirés mettent du jaune pur, sans mélange. Essayons. Mes six premières toiles que j’avais intitulées : “ Jésus sauvé de l’incendie de la cathédrale par l’Esprit Saint ”, déc. 2003 deviennent “ Sauvé du feu ”, déc. 2003. C’est avec Charlotte qu’il nous semble que l’artiste doit être sobre dans ses titres. Autre sujet de discussion avec Lucette : à quel moment une toile doit être arrêtée ? Le bon moment. Eugène Delacroix le formule à sa manière : “ Il y a deux choses que l’expérience doit apprendre ; la première, c’est qu’il faut beaucoup corriger ; la seconde, c’est qu’il ne faut pas trop corriger. ” 16 h 20, Je rentre des photocopies : j’ai fait trois photos couleurs de mon index des matières de Sarah Walden : joli. J’attends maintenant Gaby Weigand, qui doit arriver de Munich. Nous projetons de travailler trois jours ensemble. On voudrait essayer de terminer le livre sur L'observations participante 310 . Je ne puis donc aller au magasin chercher des toiles et mon pinceau… Je n’ai pas noté que j’ai ouvert un Carnet dalien vol. 3 : c’est hier que j’ai eu cette idée. Vers 4 heures du matin, le 1er, Françoise Attiba a parlé peinture avec moi. Elle trouvait que c’était une excellente idée de me mettre à peindre. Je lui ai montré mes carnets daliens (1 et 2). Lucette a voulu que je sorte celui de 2000 (bandes dessinées à partir d’épingles à nourrice)… Le commentaire positif de Françoise m’a entraîné plus tard dans la journée à ouvrir un Carnet 3, alors que le volume 1 n’est pas bouclé. J’ai terminé le 2 (où dominent les
310

R. Hess, G. Weigand, L'observation dans les situations interculturelles, Paris, Anthropos, 2006, 278 pages.

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collages de chutes de photos), mais il reste 1/5 de pages vides dans le volume 1. Or, le volume 3 a la même destination que le 1, à savoir saisir les images qui me traversent l’esprit et que je ne puis formuler autrement que par un dessin. Je me suis aperçu que chez Vuillard, ce procédé était relativement poussé. Il dessinait avec un crayon à mine. Moi, je préfère le stylo bille. Cela se conserve mieux. Il faut que je prépare mon voyage au Brésil. J’aurai du temps. Il faudra peindre, beaucoup peindre, mais sur papier. Je ferai de la gouache. Il me faut préparer mon voyage, notamment en emportant du matériel adapté à ce voyage. Il me faudra emporter mon Carnet dalien. Appel de Pascal Dibie qui nous présente ses meilleurs vœux. Il est à Chichery. Lucette lui dit que je me suis mis à la peinture. Il est curieux de voir cela. Il me faudra le peindre. Hubert De Luze me fait parvenir Remords (sa partition de harpe) qu’il dédie à mon fils Romain. À première vue, c’est trop difficile pour son niveau, mais je suis sûr qu’il sera fier de recevoir une partition signée du compositeur. 17 h 20 Je viens de relire ce journal. Je me demande si je ne vais pas le faire parvenir à V. qui lit actuellement Le sens de l’histoire. Mais elle a déjà pas mal à lire actuellement. Il vaut mieux que je continue un peu mes méditations avant de lui faire parvenir ce texte. Coup de fil de Christine Delory-Momberger. Je lui dis que j’ai passé un 31 janvier déprimé : cela ne s’est pas trop vu. Mais j’avais reçu un courrier qui me faisait douter de mon projet d’œuvre. Il visait à critiquer le projet d’une écriture pour l’autre. Il exaltait l’écriture pour soi. Il était écrit sur un mode très rationnel, mais quelque chose, au fond de moi, résistait : je trouvais qu’il sonnait faux, mais je ne parvenais pas à dire pourquoi. Le réveillon s’est bien passé. Surtout, j’ai eu l’idée de faire le portrait d’Hajar. Quelle résurrection ! Toute la tristesse, que je portais en moi s’est projetée sur ce portrait. C’est injuste, car fondamentalement Hajar est gaie ! Réminiscences. Je pense beaucoup à Jean-Loup et Pierre Hugerot, amis d’enfance un peu plus âgés que moi. Parmi leurs moments : la peinture. Jean-Loup était terriblement inspiré par Van Gogh. Il m’a influencé dans les années 1950. Ils suivaient des cours de dessin. Et Jean-Loup faisait exister le moment de la peinture dans la maison de ses parents, où je prenais beaucoup de plaisir à aller. Leur frère, François, plus jeune, était mon meilleur ami. J’aurais plaisir à retrouver ces garçons, pour évoquer avec eux, ces épisodes artistiques de ma prime enfance : pour cela, projet d’aller à Reims, où de nombreuses manifestations sur Le grand Jeu sont prévues. Chez les Hugerot, il y avait toujours des livres de peinture. 18 h, Je viens de nettoyer mes pinceaux. Il faudrait faire la même chose avec la palette. Sinon, je tendrais vers le gris. Mardi 6 janvier 2004, 7 h 30, Avant de partir à la fac, je veux noter quelques récents épisodes. L’arrivée de Gaby Weigand m’a obligé à travailler sur le livre L’observation participante. Hier, on a travaillé

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jusqu’à midi, heure de son départ. J’aurais été heureux de la peindre. Gaby a le profil des modèles de Dürer. J’ai beaucoup aimé Dürer. Une vingtaine de ses productions sont au Musée de Reims. Quand j’étais jeune, je n’avais que cela à me mettre sous la dent. Avant qu’elle ne parte, j’ai fait quelques photos d’elle, espérant pouvoir en faire quelque chose, peut-être un portrait paysage. Il me faudrait y mettre Ligoure, mais aussi quelques paysages de Wurzburg. Il me faut lui demander de m’envoyer des photos de paysages ou de lieux qu’elle aime. Dès que Gaby est partie, j’en avais marre de l’écriture (on a travaillé trois jours d’arrache-pied). J’ai cassé une petite croûte (du pain et du fromage), bu une bière, puis je me suis mis à lire les ouvrages offerts par Hélène, la veille à l’occasion de notre Noël avec les petites filles. Hélène m’a beaucoup gâté. Elle m’a donné une photo de moi avec Constance, un carnet à dessin de chez Moleskine. C’est le type de carnet qu’utilisaient Van Gogh et Matisse. Il a un format assez grand (21 x 13 cm), différent des minuscules carnets que j’utilise jusqu’à maintenant. Je crois que c’est celui que je vais emporter au Brésil. Hélène m’a offert un petit livre sur, d’Yves Scorsonelli 311 , les Lettres d’amour de George Sand et d’Alfred de Musset 312 , qu’elle destinait à Charlotte, mais celle-ci se les était déjà offertes ! Et enfin de Guy Debord, Rapport sur la construction des situations 313 . J’ai évidemment commencé par cet ouvrage, que j’ai trouvé un peu vieilli, qui m’a un peu ennuyé, mais que je reprendrai dans une autre disposition d’esprit. En fait, son utilisation du concept de situation me semble vraiment datée. Dès 13 h 30, lorsque Jeannette est survenue, Gancho est venu me rejoindre dans mon bureau, et je me suis mis à la peinture. J’ai peint ma dixième toile : “ La Constance et le Roy de la salade ”, 73 x 54 cm. Je ne me suis arrêté, que lorsque Lucette est rentrée de la fac, fatiguée, épuisée. Je lui ai préparé une salade Constance que j’ai photographiée. Je reprendrai cette photo pour terminer ma toile. Il reste de la place pour mettre la salade. L’idée de peindre Gaby rejoint une idée que j’avais beaucoup plus jeune. Quand j’ai acheté la maison de Sainte-Gemme, je rêvais de me mettre à la sculpture. J’aurais voulu faire des statues de mes amis, pour les installer dans mon jardin. En attendant de réaliser cette idée, j’ai envie de faire une galerie de portraits. Ce matin, en regardant ma toile d’hier, j’ai eu l’idée d’une toile à partir de la photo des institutionnalistes. Je me disais qu’il me fallait faire une peinture de René et Georges. Je vais les placer ensemble dans le contexte d’un repas Rue Marcadet. Je pense à la photo de René en robe. La peinture permet des arrangements. Composer le tout avec la figure d’Henri Lefebvre. Hier soir, je n’ai rien pu faire d’autre que de contempler “ Le Roy de la salade ”. La figure de Constance n’est pas terminée. Il faut que je la retouche. Malgré tout, même dans l’état actuel, je pense qu’Hélène va être contente de voir cette toile qui a impressionné Lucette. Elle m’a dit : “ Il va falloir que tu sois très net, pour la transmission de ton œuvre ”. C’est vrai que les “ héritiers ” sont souvent accrochés au même tableau. Moi-même, je suis très accroché à cette toile, que je trouve très drôle. En dehors de la valeur d’échange d’une toile (quand elle en a pris avec le temps), c’est d’abord une question affective. Personnellement, je me demande comment je pourrais vivre, si je n’avais pas Marek Swarz. 22 h 45, En rentrant de la fac, je suis passé chercher le pinceau riquiqui et 9 toiles 46 x 33 cm.
311 312

Yves Scorsonelli, L’huître, dix façon de la préparer, Les éditions de l’épure, 1996, 2002. Lettres d’amour de George Sand et d’Alfred de Musset, présentées par Françoise Sagan (Hermann, 2002, 170 pages). 313 Guy Debord, Rapport sur la construction des situations313 (Paris, Mille et une nuits, 2000).

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Je me suis mis à faire trois fonds. Et je n’ai pas pu m’empêcher de faire un essai sur le thème : “ Lire au lit ”, à partir du croquis “ relecture des épreuves de la valse ” du 8 mars 2003. Il faut le reprendre, car Lucette n’aime pas les quatre gros pieds au premier rang. Je vais être obligé de peindre une couverture à mes personnages ! C’est l’hiver, qu’ils en profitent ! Et comme Edouard Vuillard aime les décors à fleurs, je vais leur faire une couverture à la Vuillard. Charlotte n’a pas vu ce travail , car elle est passée juste avant, en partant à son cour. Elle est enthousiaste de la toile : Le Roy de la salade. “ C’est la meilleure ”, a-t-elle dit. Pour me montrer que l’on a des livres d’art à la maison, Lucette me sort : -Das XX. Jahrhundert, ein Jahrhundert Kunst in Deutschland, National Galerie, Nicolai, 1999, 660 pages. -Féminin, masculin, Le sexe de l’art, Paris, Gallimard/Electa, Centre Georges Pompidou, 1995, 400 pages. Je feuillette ces livres qui sont excellents. Beaucoup d’idées me viennent. Par transduction, je repense à une obsession de René Lourau en art : l’effet de miroir. On voit un tableau, dans lequel un peintre peint un tableau. Et l’on voit ce tableau sur sa toile qui contient une toile sur laquelle on voit la toile, à l’infini. À prendre en compte absolument lorsque je peindrai R. Lourau. J’ai une photo de lui en djellaba, que je vais utiliser pour produire cette image. Jeudi 8 janvier, 8 h 30
De Elizabeth C Claire (New York), Objet : merci ! Date : 7 jan 2004 22 h 53 C’était bien d'avoir entendu ta voix cet après-midi. Merci encore pour tout ce que tu fais pour m'aider. Dès que j'ai une confirmation de mon département pour le date de 30 avril, je rechercherai le vol, etc. Est-ce qu'il t'intéresserait de donner une conférence simple, par exemple, à la Maison Française (à New York University) pendant que tu seras ici ? Je l'organiserais volontiers dès que tu m'indiqueras ta préférence. Tu peux suggérer n'importe quel sujet. Même la peinture, si tu veux... Je t'embrasse, Liz. Chère Liz, Je suis heureux, aussi, d'avoir entendu ta voix. J'ai relu la lettre que je vais faxer. Mon seul problème, c'est que je viens de changer de fax, et je n'ai pas pu le brancher hier soir, mais je vais le faire aujourd'hui. Mon thème de conférence à New-York pourrait être : “ Remi HESS La construction des moments. Le sujet se construit à travers des moments, espace-temps qu'il aménage pour se sentir en sécurité : le moment du travail, du repas, du repos, de l'amour, du rêve, de la création artistique. Comment naissent et meurent les moments du sujet ? Après avoir beaucoup décrit ses pratiques de danse sociale, notamment dans son livre Le moment tango, Remi Hess décrit actuellement son entrée dans le moment de la peinture. En racontant cette création d'un nouveau moment, il réfléchira sur l'invention et la réinvention du sujet. ”

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Merci de tout ce que tu fais pour moi. Je t'embrasse. Je te joins un long curriculum vitae. Tu peux enlever tout ce qui ne t'intéresse pas.

Hier, j’ai commencé une nouvelle toile que j’intitulerai "Aimer, s’aimer 2", à partir d’un scanner d’une photo faite par Yves, à qui j’ai eu l’idée d’aller rendre une petite visite, en lui portant ma toile “ Le Roy de la salade ”. Choix de photos à scanner, que j’ai portées à Yves. Je regarde le livre sur Reims (démolitions après 1914). Je déprime totalement. Je me couche. Je vais avoir du mal à peindre cela.
Vendredi 9 janvier 2004, Hier soir, Christian Lemeunier vient me reconduire après le tango. Il reste jusqu’à 23 h 30. On parle peinture. Il pense que j’ai du talent pour les portraits. Il apprécie N°8 et N°10 : -Tu fais déjà des portraits de personnes dans tes livres. Ils sont toujours décrits, avec des traits, qui leur correspond bien : cela ne m’étonne pas qu’en peinture tu sois attiré par le portrait. J’imagine bien que tu fasses des paysages de personnages. Christian n’aime pas trop la peinture à l’huile. Cela met trop de temps à sécher. Pour moi, ce n’est pas un problème. J’aime bien l’odeur de la peinture. Cela crée une nouvelle ambiance dans mon appartement. Avec Christian, on parle encore de fresques. On aborde les questions techniques. Il préfère travailler sur toiles de jute, que l’on fixe ensuite au mur que directement sur le mur, car la peinture pénètre trop les supports en béton, par exemple. Pouvoir dégager la toile si l’on veut travailler sur le mur est bien utile, aussi ! Longue méditation ensuite en contemplant la toile rapportée du Brésil. Pour lui, le bal ici présenté est vraiment intéressant car il y a, d’une certaine manière, un refus de la perspective. Tous les couples ont la même dimension, quelle que soit la distance qu’ils soient de l’observateur. On essaie de voir comment peindre une fresque avec la pratique de tango de Paris 8, ainsi que la pratique du bord de Seine. Il a fait beaucoup de croquis, mais c’est difficile pour lui de rendre cette pratique. Je suis tenté de me mettre à cet exercice. J’en avais eu l’idée dès cet été, puisque j’avais mis un chevalet à SainteGemme, avec une toile du format qui conviendrait à cette image que j’ai dans la tête. Ce matin, au réveil, je travaille sur ma N°12 (“ Aimer, s’aimer 2 ”, 46 x 33 cm, 7 janvier 2004). Je donnerai maintenant la date de début et la date de fin d’une toile… Le format de cette toile est excellent pour travailler. Je commence à comprendre ce qu’il faut faire, pour faire apparaître progressivement les contrastes. Ce matin, je me disais que mes toiles me sont indispensables. J’ai besoin de regarder où elles en sont. Je ne comprends pas comment j’ai pu vivre sans peindre. Sur ma boîte électronique, ce message de Jean Ferreux :
“ Primo, Il faut ABSOLUMENT que tu ailles faire un tour avenue Matignon, entre la rue Guynemer et la rue de Penthièvre ; il y a là, en effet, plein de galeries qui te donneront des idées pour ta peinture. Non que tu en aies besoin, mais cela te permettra de voir "ce qui se vend". Deuxio : si tu

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ne t'occupes pas du chèque de P8, je risque d'avoir des problèmes graves de trésorerie. Je t'embrasse, J. ”

Dimanche 11 janvier, 12 h 15, Je viens de terminer deux fonds de toiles rapportées de Sainte-Gemme. L’une est bon format : 60 x 50 cm : c’est un châssis que j’avais rapporté de mon voyage à Berlin, en juin 2003, avec Kareen. J’avais acheté plusieurs châssis, mais j’en ai donnés à Romain, mon fils, lorsqu’il m’a montré ce qu’il avait fait. J’ai toujours avec moi sa toile, représentant un animal de bande dessinée, une sorte de moustique ; la toile est à dominante de vert et d’argenté (41 x 33 cm). Il lui manque un nom. Je lui avais payé 70 euros, ce qui avait provoqué des réactions négatives de certains proches : “ Tu fais travailler les enfants ! ”, etc. J’avais donné à Romain des cadres de format : 20 x 20 cm. C’est très petit. Minuscule, même. J’ai entrepris aujourd’hui ma N°13, sur ce format. Je l’intitule, en pensant à mon fils : “ Les escargots de Romain ”. Avec ce petit format, je fais un essai. Je tente de peindre le fond en construisant déjà le projet de la toile. C’est-à-dire que je n’ai pas fait un fond uni, mais le cadre dans lequel va prendre place le sujet. Le cadre est l’évier de Sainte-Gemme. Il reste à y installer le verre, avec ses escargots. Ce ne sera pas un gros chantier, mais il faut que j’attendre que la toile soit sèche pour démarrer. Cela amusera Romain. Hier, à Sainte-Gemme, j’ai pris aussi quelques photos de Reims en 1914, notamment des portraits de mon grand-père. Je pense les incruster dans mes toiles actuelles. Le 4° anniversaire de la mort de René Lourau me fait penser aussi à une belle toile, où je ferais son portrait paysage. Il me faudrait y faire apparaître certains personnages : Gérard Althabe, Michel Authier, son frère, Henri Lefebvre. Je pense aussi à ma toile pour Georges Lapassade. Je vais lui offrir pour ses 80 ans. Il me manque une pose de Georges au piano. Je l’ai à la guitare et à l’accordéon. Lundi 12 janvier 2004, 18 h 50 Je suis heureux de ma journée. J’ai commencé à peindre à 13 h 30 et j’ai terminé à 17 h 30. J’ai commencé 4 toiles : -N°14 “ Paul Hess à son bureau à la Mairie de Reims, le 20 septembre 1915 ”. -N°15 “ Paul Hess et ses amis de la comptabilité, Reims, 1915 ”. -N°16 “ La tireuse de carte ”, 46 x 33 cm. -N°17 “ Clair de lune institutionnaliste ”. Après une journée comme celle-ci, je sens que la peinture me va. Lucette m’a dit en rentrant d’un entretien à Fontainebleau, qu’elle se retrouvait dans mon travail de peintre. Elle rentre mieux dans ma peinture que dans mes journaux ! Hier, j’avais reçu Jenny Gabriel qui m’a expliqué que son père était peintre. Elle est partante pour Attractions passionnelles. Elle est restée une heure trente, pour me parler de sa thèse. Elle était suivie d’Isabelle Nicolas qui m’a laissé un poème. Elle aussi est partante pour Attraction passionnelle. Et aujourd’hui, j’ai accueilli Lucia Osorio (Rio de Janeiro). Elle est partante pour traduire Voyage à Rio.

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En arrêtant ma peinture, je me suis arrêté une heure pour regarder ce que j’avais fait. “ La peinture à l’huile est plus facile que l’aquarelle, m’a dit Jenny, car on peut toujours la reprendre ”. C’est vrai. Il va d’ailleurs falloir que j’arrête de commencer de nouveaux tableaux, et que je reprenne ce que j’ai entrepris. Il me reste 4 châssis. Je voudrais les mettre en œuvre, et essayer de terminer ce que j’ai commencé. En même temps, j’ai quelques idées que je voudrais lancer, mais il est évident que si je commence des dizaines de toiles sans jamais les finir, je vais avoir un problème technique. Les trois qui soient vraiment terminées ou qui peuvent être déjà présentées tel quel sont les 7, 8 et 10. Coup de fil de Georges Lapassade. J’ai eu l’idée de l’inviter pour un repas avec René Schérer. René fait du dessin. Je voudrais voir son œuvre et lui montrer la mienne… Cette activité de peinture s’incruste avec force dans ma vie. J’ai utilisé cette journée libre pour peindre, alors que j’ai trois articles urgents à envoyer à des personnes qui me relancent sans cesse (Christine Delory, Jean-Louis Le Grand et Geneviève Vermès). Si j’en ai le courage, je me mettrai, après le repas, au texte sur le tango interculturel. Mardi 13 janvier 2004, 7 h 55, Je n’ai pas beaucoup de temps avant de partir à la fac. Pourtant, je veux noter que j’ai bien dormi, ce matin, jusqu’à 7 heures, et contrairement à hier où je me suis réveillé vers 5 heures pour me rendormir ensuite, et me lever difficilement vers 9 heures. J’avais alors bu le café, et j’étais parti, plein de torpeur me recoucher en mettant la télévision. J’ai vu un téléfilm : la vie d’une famille recomposée. Tout en me laissant prendre (un peu) par le film, je me disais que j’aurais dû me lever. Or, je ne pouvais pas trouver l’énergie nécessaire pour me mettre au travail : composition de trois articles… Composition, décomposition et recomposition sont à l’ordre du jour de mon psychisme, ou mieux de mon for intérieur. C’est comme cela qu’il faut appeler l’espacetemps où se forment idées et images, entre le moment du réveil et le moment du lever. Je me dis qu’une famille recomposée, c’est une famille qui prend des éléments dans des familles antérieurement composées. Comment se compose, d’abord, une famille ? Comment se décompose-t-elle ? Isabelle Nicolas a vécu longtemps avec un musicien, qui lui a fait deux enfants. Apparemment, ils se sont séparés, mais ils ont gardé des relations fortes. Quand celui-ci est mort le 11 août 2003, d’un arrêt cardiaque en pleine canicule, Isabelle s’est décomposée. Qu’est-ce qui s’est décomposé chez elle ? Je l’ai écouté deux heures dimanche soir. Je n’ai pas posé de questions. Pendant qu’elle parlait, parfois, je me disais dans mon for intérieur : “ Remi Hess a été enseignant de sciences et techniques économiques et d’analyse institutionnelle ; il a été sociologue, psychosociologue, psychopédagogue. Il partage actuellement son temps entre la danse, la peinture et la philosophie. ” Cette phrase se construisait dans ma tête. Une sorte de composition d’un quatrième de couverture. Je me disais que j’étais peintre, avant tout. Quel rapport avec l’écoute que je faisais des propos d’Isabelle, confrontée à un problème de composition de sa thèse : -Comment dois-je procéder ? me demanda-t-elle. J’ai déjà réuni l’essentiel des éléments de ma thèse. Il faut que je m’accroche à cette composition de thèse, car je suis totalement décomposée, déstructurée. Ce travail pourrait m’aider à me refaire. Moi : -La dépression n’est pas négative, si on la contrôle. Lorsque j’ai perdu mes parents, en 1997-98, je suis entré dans une période de décomposition de ma transversalité. Certains moments n’avaient plus de raison d’être ; par exemple, mes longs moments passés à Reims,

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il faudrait que je compose mes trois articles. je dois être capable de transformer l’invivable en œuvre. “ L’œuvre de l’homme. au téléphone. celui-ci ne disparaît pas. je m’aperçois que si je ne vais plus à Reims. Comment lui expliquer que la richesse du moment. c’est lui-même ”. et les Allemands ”. avec les textes écrits par mes ancêtres et leurs descendants. Il se prend et se reprend. C’est lui qui parlait de composition d’un livre. Cela me déplait profondément. je situe la plupart des situations dans cette ville… -Si je suis une artiste. c’est cela qui sous-tend ma théorie des moments. Elle parle de déjà vu. Je pense commencer encore 4 toiles. disait Henri Lefebvre. était compositeur. lorsque l’on est fatigué d’autres moments. en 1914. Mon grand-père entre 1914-1918. a perdu son sens. sur un ton péjoratif. la décomposition. de par son statut de fonctionnaire municipal. L’aspect que Christine ne voit pas. on a envie de retourner au bal. Idée d’une installation à composer pour le mois de septembre 2004 (vernissage le 19 septembre) : 90 ans. Dans un premier temps. et à la fin de la semaine. Georges. puis reprendre les premières. et que je formule mal sous le terme “ La famille Hess. Elle me dit qu’elle a formulé cette phrase : “ J’aime mieux 230 . je pensais que mes méditations sur la composition. vice-présidente du Conseil scientifique de Paris 8. et une autre. me restitue une discussion avec la direction de l’enseignement supérieur à propos de l’habilitation de notre Labo. A moins de travailler d’arrache-pied et de préparer le centenaire de 1914 ? Penser aussi représenter le dépassement de cela. On a envie d’aller se coucher. Reims. Pourquoi est-ce que je continue à être obsédé par ces choses ? La destruction. la recomposition seraient à inscrire dans mon livre sur René Lourau. a construit sa vie en construisant son œuvre : un journal inestimable que j’ai publié en 1998… Je montre à Isabelle la photo de Paul à son bureau le 20 septembre 1915. dit Isabelle. je voyais un livre. Pour la première fois. Le détour par la peinture. c’est que le lendemain matin. La fatigue intervient. J’ai souvent formulé des phrases proches. Martine Pretceille. puisque dans ma peinture. quel miracle qu’il ait survécu !).auprès de ma mère. Le terme de composition est plus souvent utilisé par les musiciens. Comment se compose-t-on ? Autre question proche : comment s’institue-t-on ? La composition et l’institution du sujet. certainement. Il y a des gens qui ont su se recomposer. Et il y en a beaucoup des images ! Comment était Reims avant le bombardement de septembre 1914 ? Une des plus belles villes moyenâgeuse du monde. Ou mieux. Ils vont sortir. Les 17 premières toiles que j’ai commencées renvoient à quelque chose de profond en moi. Je pense à un texte de Christine Vallin sur le bal à cinq temps. Je suis à fond dedans. je les composerai comme des toiles. J’y pense. -Oui. séparé de sa famille. que j’ai du mal à mettre en forme livresque. Développer le moment Ligoure. Ce matin. Par exemple. sur les problèmes franco-allemands. des archives de Champagne m’a toujours perturbé. la peinture. c’est la croyance qu’il y a des moments qui sont difficiles à formuler par des mots. c’est que lorsque l’on se fatigue d’un moment. se composer en composant leur œuvre. Puis la fête se décompose. l’ami d’Isabelle. Cela travaille en moi. Pour ne pas me fatiguer de la peinture. Ensuite. où il porte un masque à gaz en compagnie de ses camarades du service de la comptabilité… -Oui. Pourtant. Hier. c’est la composition. je vois le traitement des images sous forme de peinture. obligé de rester au milieu des bombardements (22 fois la maison qu’il habitait a été détruite par des bombardements . Aujourd’hui. on retrouve une bonne condition physique. Qu’est ce que c’est devenu ? Un champ de ruines. La ferveur du début. je ferai une pause. pour moi. Reims est encore là. J’écrirai mes articles.

Vincent avant Van Gogh. laissés par Vincent en 1885. sauf rare exception. dit-il. Y a-t-il une identification ? Ou une métaphore de toute relation sociale ? Autre hypothèse : c’est le contexte historique et politique qui implique ce masque. Le Yongo Mita Popovitch. On risque de mettre la rêverie du spectateur entre parenthèse. c’est comme cela que me perçoivent les experts du Ministère) qu’avec des pervers… ” Effectivement. dans l’approche multirérérentielle et clinique de l’expérience (thème de mon laboratoire de recherche). Notice concernant l’œuvre Tout ce que l’on peut savoir à propos de cette œuvre. C’est un peintre. tous les matins. Il s’agit aujourd’hui de redéployer cette dimension. On m’a dit que ce professeur est l’un des meilleurs d’Arts plastiques. pour le catalogue. dimensions de l’œuvre. dans les autres. Je me laisse gérer maintenant par lui. La recherche documentaire permet de trouver des indications de la main de l’artiste lui-même. Etude iconographique et sémiologique de l’œuvre. Cours de Pascal Bonafoux sur l’autoportrait au XXème siècle). Le subliminal est un moment important.. Cette exposition présente des dessins. faire le choix de répertorier les éléments que l’on a devant soi. Il a une histoire de la Grèce jusqu’à la Comedia del Arte. au moment du réveil : c’est mon for intérieur. (Paris 8. en matière d’œuvre d’art. particulière). Autre hypothèse. Ce peintre. Mercredi 14 janvier 2004. présenter son œuvre. L’autoportrait n’a rien à voir avec la biographie. exposé à la galerie de Paris 8 qui m’a donné l’information. En 4 lignes. L’organisation sociale et artistique qui se met en place n’implique-t-elle pas que l’on porte le masque ? Le nouveau régime exige l’hypocrisie. que cela signifie-t-il ? A Breda.travailler avec des fous créatifs (elle pensait à moi. Dire d’où elle vient. Cela implique des partis pris rigoureux. privée ou coll. Je me décide à prendre des notes dans son cours. Repères biographiques Date et lieu de naissance. Exercice difficile pour des personnages comme Picasso. Visage masqué qui fait l’affiche de l’exposition (1940). Mais l’œuvre n’est pas que son intention. j’ai mis entre parenthèses. Et pourtant. 9 h 30. Historique de la commande et de la production. Il faut laisser place aux hypothèses. n’y at-il pas une place pour la peinture ? C’est pour moi une reprise de l’expérience subliminale : pour être un auteur de l’analyse institutionnelle. alors en début de carrière. Etre scientifique. ils ne verraient pas bien pourquoi l’Etat me confierait la gestion d’une équipe de recherche. cette dimension de l’être. Le collectionneur cherche-t-il à rester anonyme ? (coll. Copyright. prévoir 3 fiches : Fiche technique : . que veut-il dire ? Que veut dire le masque ? Le masque (à l’Auguste) représenterait le clown sérieux. à tord. chez un 231 . Quel message transmet cette œuvre ? Aider au déchiffrage de l’œuvre. Ce type de texte prend le risque de ne donner qu’une justification à cette œuvre. de mort. Quelle signification va avoir ce masque ? Le masque est un emblème. En cas d’exposition. technique utilisée. si les gens du Ministère apprenaient que je me suis mis à la peinture.Titre. Donner au lecteur du catalogue les moyens de participer à la définition de l’œuvre.

Andréas rachète le maximum. face à tous les pouvoirs. est une histoire de la solitude en tant que telle : pendant des siècles. Pendant la pause. Quel sens a pour moi cette prise de notes ? J’ai tout à apprendre de suivre avec précision. Elle demande à son frère de récupérer les toiles. etc. les choses ont 232 . avec 20 ou 25 personnes de la famille). l’œuvre de Vincent Van Gogh commence à valoir de l’argent : Johanna avait prévu le coup. On a la liberté de faire des pas de côté. il n’y avait pas d’informatique. mais souvent on revient à la confrontation aux archives. Il a fait un livre sur l’autoportrait. c’est accepter de donner ses empreintes digitales : nous sommes seuls avec nousmêmes. ce que je rencontre actuellement. Chez moi. j’ai eu l’idée de relire ma préface à son livre. Dès 1905. épuisé depuis longtemps. j’ai pu rencontrer une étudiante qui suit le cours depuis le début. Retour de Bonafoux. la famille (je pense à la photo prise à la maîtrise en 1952 ou 53. en particulier. Paul existe à travers le service de la comptabilité . Cette exposition de Breda expose une rigueur au niveau de l’histoire des œuvres. des pigments qui n’existaient pas en 1885. on existe en tant que “ fils de ”. mais peu à peu. rue Richelieu. La carte d’identité a été inventée au moment de Vichy : c’est une volonté policière. une voie ?). Le monde des médias consiste fondamentalement à isoler les individus . de choisir sa voie . il part à Anvers. il y a forcément une confrontation au portrait et à l’autoportrait : ce qui me travaille aujourd’hui. il a travaillé dans les bacs à fiches de la BN. Je lui demande les références de ses ouvrages. Je vais me présenter à Bonafoux. puis à Paris (1886). dans le cadre de l’économie occidentale. le Family (club de sport. Théo meurt. La bibliographie de l’œuvre n’est pas retenue : la bibliographie sur l’autoportrait est extrêmement réduite. La maison du voisin est vidée. le coup de fil vous fiche : vous êtes suivi. il y avait de nombreux articles. moi.). La science n’est pas le discours par rapport à l’œuvre : le discours scientifique a donc des limites . entrer aux EtatsUnis. etc. je me dis que je suis d’une famille. Après. Dans le monde. Je dis à Bonafoux que j’ai connu son existence. par le biais de l’exposition. Il n’y a pas d’interaction avec un présentateur de télévision et son public. cela veut dire que vous comptez moins que… Par rapport à la thématique de l’autoportrait. cela va être quoi ? L’histoire de l’autoportrait au XXème siècle. Je m’intéresse à l’autoportrait par le biais du biographique. On s’inscrit dans une filiation : on en hérite. la télévision met fin à tous les rituels sociaux : on renvoie chacun devant la télévision. le régime démocratique va entraîner le principe : un homme. une voix (pourquoi pas un homme. j’existe à travers de nombreux collectifs : la Place du 11 novembre (où j'habitais à Reims). Ce cours est poursuivi au second semestre. 1890 : Van Gogh meurt . Aujourd’hui. En écoutant Bonafoux. il faut prendre conscience qu'il est une réalité politique : on prend conscience dans le regard de l’autre. j’ai regardé longuement mes toiles. La carte bancaire. c’est l’autoportrait de groupe. En 20 ans. En regardant Paul à son bureau. Lorsque Bonafoux a fait sa thèse. 200 tableaux et dessins sont vendus pour rien. de ce qui pèse sur nous. par des analyses. fléché minute par minute . qu’il semble organiser. L’autoportrait est en relation avec la question de l’identité : dialectique entre modernité et identité. Si l’on trouve. L’identité. à la vie des ancêtres. précis. par contre. D’autres livres vont sortir du fait d’une grande exposition. la subjectivité de celui qui tient le discours est à prendre en compte. Je veux faire émerger des collectifs. Hier soir. Il m’encourage à consulter son livre à la bibliothèque. Nous avons de moins en moins conscience d’appartenir à une collectivité : comment ne pas imaginer qu’un catalogue ne soit pas une méditation sur l’identité aujourd’hui ? Pause. il y avait alors 3 livres sur l’autoportrait . Travail remarquable.ami. Tracabilité du parcours de l’œuvre. on pourra établir qu’il s’agit d’un faux. où il y a un tracé qui subsiste. chez Skira en 1985.

On reçoit un coup de fil de celui qui n’est pas dans l’exposition : il faut avoir un discours. Pour mettre en évidence permanence et rupture. c’est le respect de deux choses : donner à découvrir. comme une chambre d’écho : polyphonie. Ne plus regarder les choses après comme avant. plutôt que de recopier ce que l’on a écrit sur elles. accrochage tableau sur tableau et les uns contre les autres sur toute la hauteur d’un mur. L’expo doit conduire le public à s’interroger. L’ordonnancement de l’expo suppose que l’on soit intraitable sur le regroupement des tableaux. comment organiser la logique de l’accrochage ? Double discours de l’autoportrait : table-rase et permanence. ne pas l’utiliser. Une expo. c’était l’antichambre du Louvre. tenir compte de la susceptibilité et de la vanité des vivants. Barthes. La force des thèmes va déterminer l’accrochage. assumer tout. La mise en branle d’une exposition. Barthes met en branle sa réflexion à partir de deux éléments : . S’interdire le vocabulaire spécialisé. L’accrochage doit permettre de comprendre le sens du projet. . On recherche le complémentaire. vis-à-vis de ceux qui sont dans l’exposition. Ce à quoi on se livre en organisant une exposition. doivent être donnés. Ainsi. auquel on est contraint d’avoir recours pour produire l’œuvre. m’avait-on dit. c’est un immense geste de générosité : tous les éléments nécessaires à la compréhension. Le mot “ état ” pour une gravure n’est pas connu. Jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale. de l’essentiel de ce qu’il est. Dans le silence. d’être seul maître d’œuvre du catalogue.être compris par tout le monde. Pour la responsabilité artistique. Le Palais de Tokyo a pris le relais. Partir du principe que l’on va avoir pour public des gens curieux. de bout en bout : avec les artistes vivants. Chacun des visiteurs a le droit à des égards. On doit concevoir le catalogue d'une exposition. 233 . Le Seuil a réédité ce texte.regard patient sur l’œuvre . c’est un show. catalogue de Kondbly (Kandbly). C’est un point d’interrogation. Ce Musée du Luxembourg a cessé d’être musée d’art contemporain. L’exposition doit avoir une qualité fondamentale : susciter le débat. autour d’un thème. A l’entrée. Les quatre chats en mauvais état aussi à Barcelone. Au Musée du Luxembourg. Le commissaire décide : il assume ses choix. Au Luxembourg. Comme le spectacle exige des choses qui frappe l’imaginaire. comprendre de quoi il s’agit. en dehors du monde des professionnels… Donc. Le considérer comme ne connaissant pas les contextes. En tant qu’organisateur d’exposition. en 1945. de Max Ernst est en mauvais état (Cologne). Les textes d’histoire de l’art sont souvent écrits à partir d’autres textes. il faut imposer le fait. Pour mettre en évidence cette extraordinaire dimension. Se poser des questions. Au XVIIème siècle. Bonafoux pense qu'il faut travailler à partir des œuvres : Daniel Arras a fait le choix d’écrire en regardant les œuvres. ne pas tenir compte de leurs exigences pour l’accrochage : l’artiste n’a pas à choisir le lieu où un tableau doit être placé.changé : de nombreux livres ont été publiés . Tous les tableaux doivent être à 80 cm du sol.le langage. L’autoportrait de groupes aurait été : Le Rendez-vous des amis. d’autres mauvais. Les textes respectent une double exigence : . Accrochage. certains bons. et donc l’aider à entrer dans les références dont il a besoin pour développer sa propre lecture.ne pas renoncer à la complexité du problème à mettre en évidence. tradition d’art moderne au XIXème siècle. il faut organiser l’exposition par thèmes.

Jeudi 15 janvier 2004. j’aurai voulu m’inscrire en histoire de l’art (en double cursus). car Lucette rentre de la fac. comment s’y prendre ? En dégageant des moments dans le thème. Cette logique de ne rien vouloir perdre me conduit à faire des mélanges de couleurs qui ne sont pas toujours très heureux. Je nettoie mes pinceaux en les frottant d’abord sur un morceau de carton (60 x 50). il y a dix ans. L’exposition bouge. 9 h. Auparavant. cette discipline ne commençait pas en première année ou les doubles cursus n’étaient pas possibles à ce niveau. m’est revenu à l’idée qu’en 1967. Au moment où je vais me mettre à la n°18 (“ 1 janvier à Rambouillet ”). Ce n’était pas possible. 170 artistes. Puis. Des artistes qui se prennent comme objet de leur œuvre. Gaston Bertrand : 2 autoportraits avec 40 ans d’intervalle. Elle a passé toute sa vie à faire son autoportrait. j’ai trouvé un passage sur sa fréquentation d’un cours aux Beaux-Arts. Enfin ! Il va falloir que j’apprenne l’entretien de mon matériel. Idée d’une toile “ Je pisse. lorsque je me suis inscrit à Nanterre comme étudiant de première année. 21 h 50. je suspends mon travail. Derain deux toiles : 1899 et 1953 Matisse : 1901 (plagiat de Rembrandt). Elle est morte en 1950. Je suis seul dans ma salle de cours. Apparaît tout doucement le visage du Christ.Ce cours me passionne. 170 toiles. je reprends la toile N°1 et la N°12 sur laquelle je fais un grand travail au niveau du portrait er (visage). C’est une forme de Saint Suaire. en discutant avec Charlotte. après mon article sur le tango envoyé à Geneviève Vermès. puis elle s’étalera. Comment composer une exposition ? C’est la question. Hier soir. Elle va d’abord dans un petit espace 600 m2 disponibles au Musée du Luxembourg. On présente deux autoportraits qui s’opposent. Il s’agit de composition. Je fais trois fonds (46 x 33 cm). 170 notices. Mettre en évidence que l’identité fondamentale de l’artiste est son œuvre elle-même. Palazo Stozza où 1200 m2 sont disponibles (Florence). 234 . J’en profite pour noter deux choses qui me sont revenues ce matin dans le Moment du for intérieur. je m’offre quelques moments de peinture. Mercredi 14 janvier. Quête d’une ligne Deux autoportraits fantastiques 1907-1960 de Brancousi. D’autre part. En relisant ma préface à Paul Hess (La vie à Reims…). et 1949 (ligne qui se déploie dans la toile). César 1960 La chronologie prend donc sa place. Helena Schjerfbeck a été présentée dans Lumière du nord. Comme quoi je réussis à éviter les pertes de matière. alors . Dans “ Corps et vanité ”. Soirée avec Charlotte. donc je suis ”.

de ses idées intérieures dont parle Platon ”.Il y a beaucoup de féminin chez vous.15 janvier. Noricas. ni du passé. Paul Gauguin. Paris.. je repense à Sabrina. ce ne sont pas les hommes. 1922. “ Das malt Ich nach Meiner Gestalt. toujours lui 316 ”. Je découvre la toile de James Ensor : Les cuisiniers dangereux (1896). 317 Francis Bacon. Au rendez-vous des amis. et non des Dürer. Bonafoux. et qu’il ne me restait personne d’autre à peindre que moi. Paris. (Paul Eluard. Je découvre qu’Albert Dürer a tenu un journal : Pascal Bonafoux le cite (p 27) : “ Un bon peintre est en effet rempli de figures en lui-même. Genève. sans songer qu’ils étaient euxmêmes un miroir ”. je cesserai de faire des autoportraits. le peintre n’est esclave. J’aime peindre des gens beaux. Mais maintenant.. Korczak. août 1889. Henri Rousseau peint : Moi-même. Skira. et ce peu d’encouragement des autres. il aurait toujours quelque chose à déverser en ses œuvres.. 1500. En prenant ces notes sur le livre de Pascal Bonafoux. ” Albertus Durerus. 314 314 315 Pascal Bonafoux. Paris. C’est vraiment intéressant (p. 158 pages. Donner à voir). c’est une des plus jolies choses qu’ait dites Cocteau. cité. faute d’avoir quelqu’un d’autre à faire. mais les femmes. 316 Paul Gauguin. c’est sûr. La mort épiée. op. Genève. Je déteste mon propre visage et j’ai fait des autoportraits. Il en est de même pour chacun 317 . 235 . Il est vrai que… Chaque jour dans la glace. ni de son voisin. 1946.K. ni du présent. qui sont capables de faire plusieurs choses à la fois. 1984. parce qu’autour de moi les gens sont morts comme des mouches. “ Une œuvre d’art est un coin de la création vu à travers un tempérament ”. et s’il était possible de vivre éternellement. c’était en se regardant dans un miroir. ni de la nature. E. Racontars de Papin. (à la bibliothèque de Paris 8). Traduction de Janusz Korczak :“ Le moment approximatif ” (J.Non.Veux-tu dire que je suis une femme ? . Je lis attentivement le commentaire du tableau de Max Ernst. A. Je consulte le livre de Pascal Bonafoux sur les peintres et l’autoportrait : “ Quand ils faisaient leur portrait. c’est vrai. une de mes étudiantes de ce matin. 1951. Moments pédagogiques. Projet de préface pour son Traité des proportions (cité par P. dans une réflexion qui pourrait s’intituler : le portrait des moments. Lettres de Gauguin à sa femme et à ses amis. Le concept de portrait paysage(s) serait à développer. parce que j’aime une bonne ossature. ce sont des Cranach. Entretiens avec David Sylvester. portrait-paysage. L’art de l’impossible.. Elle me contredit : . mais je continue à le peindre. ” 14 heures 30. midi. “ J’ai fait beaucoup d’autoportraits.. “ Devant son chevalet. Lui. p 27). 125 (ou 123) du Pascal Bonafoux). en 1890. les résultats toujours en dessous de ce que nous rêvons . je vois la mort au travail. Les peintres et l’autoportrait. Zola. Les moments pédagogiques 318 ). . Dürer. Lettre à Emile Bernard.. tout cela contribue à nous écorcher aux ronces 315 ”. Je déteste mon propre visage. encore lui. 1970 318 J. Mes haines. Anthropos. Je trouve quelques citations intéressante : “ Les moments de doute. 2006. A Reims.

que j’ai connu. mais plutôt “ Le cirque de Romain ”. je dois faire un effort d’autoformation technique. Je viens de consulter la bibliographie de Pascal Bonafoux. mais je ne m’y mettrai que lorsque j’aurai terminé mon article pour Jean-Louis Le Grand “ Théorie des moments et clinique de l’expérience ”. je ne puis rivaliser. Il me faudrait la réaction d’Antoinette. je vais avoir du temps pour peindre. Ayant laissé un espace exagéré au-dessus du verre. par un serveur spécialisé : énorme. 10 h 20 Hier. Évidemment. Charlotte m’a reproché. et c’est bien la couleur qu’il avait alors. que je me suis fait envoyer. pour oser une recherche. sa fille encore vivante. Aujourd’hui. dans un premier temps. et que j’ai connu… Ce sont ses mains que je dois blanchir (je les ai faites en jaune). Je fais un lien étroit entre théorie des moments et peinture : il faudra l’expliciter. Il a publié un livre sur Van Gogh (à lire le plus vite possible). Dans un premier temps. Les écarts avec la photo de référence ne me dérangent pas trop. mais. mais que j’y ai trouvé : une sorte de cœur qui fusionne les deux personnages : cela donne quelque chose de profondément différent de l’original. Je me suis allé à souligner au rouge. j’ai avancé la N°13 que je renonce à nommer “ Les escargots de Romain ”. je me rends compte que j’ai vu mon grand-père sur son lit de mort. mon challenge était d’utiliser les 236 . quand j’avais 9 ans. mes textes vont avancer. c’était gagné ! Je voudrais faire évoluer mes portraits. de manière à ce que les gens se reconnaissent ! Par rapport aux professionnels. ce qui n’est pas une invention de ma part. et j’en ai commencé une : d’abord. j’ai repris la toile N°14. Les couleurs que j’ai choisies renvoient à mes souvenirs de l’appartement de la Rue de la Renfermerie où mes grands parents ont emménagé dans les années 1930. avec textes et peintures (autoportraits).Vendredi 16 janvier 2004. un lien qui n’existe pas sur la photo. Reconnaîtra-t-elle son père ? Ce sera pour moi le test. Pour faire un portrait de Paul. de sa présence intense au monde. j’ai tendance à le vieillir. après mon pensum d’écriture. passer moins de temps au restaurant. ma relation à lui. je n’ai pas utilisé les ressources de la bibliothèque : il me faut changer de mode de vie. Dois-je changer son visage ? Je n’en ai pas trop envie. je me vois obligé d’y installer un fil au-dessus de la danse des escargots. Car. et d’y faire passer des doryphores. de lui avoir fait un visage cadavérique. si je veux travailler dans la direction que je découvre. Mais. mais ce n’est pas trop grave. Ensuite. sa photo m’est utile. Je me dis que si je ne m’autorise à peindre. Ma création se limitera à condenser deux évènements successifs en un seul. que si je produis mes textes en retard. Elle m’a invité à remettre du rose sur tout cela. il avait 76 ans. au niveau du style. me semble une propédeutique nécessaire avant de laisser parler l’audace. Pour ce travail. j’y passerai du temps . à partir d’une photo d’Hélène et Nolwenn. où il n’avait que 44 ans. Dès que j’aurai une heure. Il est mort. Quand je l’ai connu. jusqu’à maintenant. le soir. Le portrait de Paul correspond bien à ce que je voulais mettre en relief de la personnalité de cet homme. quand Nolwenn et Constance ont dit en voyant “ Le Roy de la salade ” : “ Bon Papa et Constance ! ”. 11 h. Je n’en suis pas au bout de mes peines. comme l’ont fait les peintres du XX siècle. mais ce travail d’observation fait remonter mes souvenirs. La bibliothèque est bien équipée en arts : c’est une chance pour moi. par rapport à l’année 1915. Mon idée actuelle : le lien entre autobiographie (écrits autobiographiques) et peinture : Bonafoux y a pensé avant moi. J’ai commencé la toile n°19 (Fusion maternelle). Samedi 17 janvier 2004. J’espère trouver ces textes à l’Université. mais un jeu auquel s’est livré mon fils. j’ai retravaillé deux toiles. Repasser par les modèles des peintres des siècles antérieurs.

qui feront exister mon œuvre. Dans cette veine. dans une promenade ou dans une situation quelconque du quotidien. une sur la Réunion. Lefebvre . Je veux accentuer la situation de référence. qui ne me servira que de point de départ. cela signifie pour moi jouer entre le fond et les habits de mes personnages. -Il y aura aussi des portraits paysages : il me faut une toile sur Mayotte. Donc. on fait des liens. Chaque reprise avance énormément le chantier. alors que les brosses demandent une vue d’ensemble. il faudrait que je retravaille plusieurs toiles. doit être un référent fort. si elle existe. je veux peintre une toile où. AI avec René. où la famille Le Guillou sert de modèle. À chaque fois que j’ai produit un journal. Ainsi. sur un tableau. Je vais partir au Brésil le 1er février. dans la réunion AI de la rue Marcadet. mais pour qu’elle se rende bien compte de mon travail. était la prochaine visite de Kareen. lundi : elle n’a pas vu ma production depuis le 28 décembre. Avec les couleurs. -Les portraits de famille dans lesquels je dois construire mon image de Bon papa. le groupe Korczak avec K et les autres. comme j’ai fait exister l’œuvre de Paul. Je pense qu’elle va remarquer mon évolution. -Les portraits de groupes de mes amis. comme Paul l’avait fait pour son livre sur Reims. Idée d’un portrait de Paul (1930-33) avec son livre. qui se produit en plusieurs étapes : je dois attendre que la peinture de la première couche soi sèche pour me mettre à la seconde. Actuellement. les détails demandent de la minutie. il faut une toile qui lui corresponde. Dans ma perspective. il faudra peindre “ Lucien. alors que la 18 n’est pas commencée. pour aller jusqu’aux pinceaux minuscules . les premières couches se font avec les plus grosses bosses. en enlevant ou rajoutant des personnages. un portrait de mon père comme prisonnier de guerre (“ Le barbu ”). Cette date m’obsède : je ne serai plus le même. je me suis dit que j’allais vuillardiser “ Fusion maternelle ” : vuillardiser. J’en ai fait un Saint Suaire tachiste. les équipes éditoriales. j’ai avancé le carton sur lequel je frotte mes pinceaux. je dois m’arrêter prochainement de commencer de nouvelles toiles : je 237 . que j’ai du devenir d’un tableau. Je dois prévoir les illustrations. une sur Charleville. tenant compte du mouvement de l’œuvre. je rajouterai Michel Authier et Pascal Dibie. avant de les nettoyer.couleurs. j’ai retiré une chose : il faut être prêt à mettre huit couches. au retour de Dachau ”. les agrandissements des photos dont je veux m’inspirer ne sont pas faits : j’ai différé la mise en chantier de cette toile. Cependant. c’est pareil : dans les premières couches. Remi et Romain. etc). J’ai peut-être eu tort de présenter mon travail trop tôt à Christine : le témoin ne peut pas se rendre compte du projet lorsque l’on en est à la première couche. etc. Paul. il y a donc cette conscience. “ Le rendez-vous des amis ” de Max Ernst. -“ Sauvé du feu ” et les portraits de Paul (1914-18) s’inscrivent dans ce que je nommerai les moments traumatiques de la famille. je veux capter le moment : cela signifie que je recomposerai. je m’essaie à beaucoup de choses différentes : le style de chaque travail est différent. avec association des paysages correspondants (Lorenzo. André. Cela va plaire à Hélène ! J’espère que je ne l’abîmerai pas trop au niveau du visage dans “ Fusion maternelle ” ! Une motivation pour peindre. apparaissent au moins 5 générations : Barthélemy. déversées sur ma palette : je voulais nettoyer ma palette . Sur le plan technique. Cela vient du fait que j’ai déjà la 18 dans la tête. et qui puisse servir de couverture à son édition. Dans ces portraits de groupes. L’exposition Edouard Vuillard influence toutes les toiles. Georges. Ensuite. on prend des pinceaux plus fins. Dans cette veine. hier. En regardant longuement ma production d’hier. par exemple. De ma lecture de Sarah Walden. Je suis sûr que ce sont mes petits-enfants. et ensuite. Une chose bizarre : la toile 19 existe. Je sens déjà des fils dans mon œuvre : -Les ancêtres. avant et après. le passé et les images qu’il transporte en soi. on laisse aller l’imagination. Diana et Cinque Terre ou Ligoure .

Pour la série “ Sauvé du feu ”. je lui expliquais que Pascal Bonafoux a bien compris la théorie des moments. Lundi 19 janvier. Cela ne donne pas grand-chose dans cette première version. je suis content de ma première couche. je serais dans un nouveau chantier. bien qu’il ignore probablement cette théorie. Enfin. Je fais une peinture épaisse. je craignais un peu la venue de Kareen. Ces jours-ci. à Paris 8… C’est vraiment le maître dont j’avais besoin pour avancer. c’est de parvenir à décomposer les tâches. 15 h 30. de la nature morte et des écrits sur l’art. à 62 piges. que je recherche. le 2 septembre . À midi. il pourrait être content de ce que j’ai fait cette semaine. Les figures seront à travailler avec le même sérieux que ce que j’ai fait pour Paul cette semaine. il aura du caractère. J’améliore tout doucement le rendu. Après le 16 février. Je n’ai pas noté que j’ai appris qu’il est né en 1949. qui me demande beaucoup d’attention. Il faudra reprendre pour donner du caractère. en discutant avec Lucette. je peindrai le désastre après l’incendie. Après le repas. Plus qu’un maître ou une muse (termes utilisés précédemment dans ce journal). Je me concentre. je retouche ma toile N°19 “ Fusion maternelle ” que je vuillardise. et qu’il est spécialiste. Avant de me remettre au travail. Je lance la toile N°20 “ Paul et ses douze collègues ”. Comment cela aura-t-il été possible ? Idée d’une toile : “ L’âne. Reims n’était plus une ville historique : c’était devenu un tas de ruines. je n’ai plus de toile disponible. Le métier. Je vais donc les reprendre une à une. Les étapes de la destruction sont les moments du chaos. que j’ai utilisée pour récupérer de la couleur sur ma palette.dois plutôt m’attacher à terminer celles que j’ai commencé. qui risque de se décomposer. 19 h. Avant le repas. Je fais disparaître la dimension tachiste de la veille : je signe ce morceau de carton. Pour finir. Mais je laisse sécher. ville du moyen âge. Finalement. S’il était vivant. ce serait davantage une fée qui vient sortir le Prince charmant de sa léthargie. dans une première toile. C’est ainsi qu’il est présenté dans la brochure d’arts plastiques. et à se représenter les différentes couches. Le carton attaqué donnera un effet intéressant. K est une fée des 238 . ce n’est pas terrible. je me décide à symboliser Reims. Lui. je ferai des photos de l’état de mon chantier. Je passe à la toile N°21 “ Paul. Il fait l’effort de construire 6 moments (je n’ai pas eu le temps de les noter) pour regrouper les éléments de son propos. Il compose son exposition comme une œuvre. En un mois. compte tenu de la quantité de White Spirit. je nettoie mes pinceaux et sur ma palette : j’en profite pour terminer le Saint Suaire (carton). le 1er septembre 1914. Au départ. car je ne vois pas pourquoi je devrais craindre le regard de celle qui a réveillé en moi ce moment de l’art. Puis j’en ferai une sur l’arrivée des Allemands. En dehors de la 18. bonne séance de peinture. a fini son livre ”. comme des moments de la composition. demain. en dehors de l’autoportrait. À tort d’ailleurs. Je pense que lorsque j’aurai posé les lunettes de mon grand-père. Il a suivi des cours aux Beaux-Arts. puis une paire sur l’incendie du 19 septembre 1914. qui me soutient toujours dans mon délire pictural. il pourrait m’évaluer en connaissance de cause. rue d’Angleterre ”.

Cette démonstration fut très réussie. remarques. 22 à 33. Un fragment de journal est difficilement détachable. pour moi) dans sa propre recherche. je ne me sens pas trop sûr de moi. Je peux le pousser à vingt. qu’elle a voulu que je fasse venir Yves pour l’apéritif. Ce texte devenait quelque chose que je voulais enrichir. Ce texte m’est apparu remarquable. car un journal est un effort de production d’une pensée. comment je me réinventais dans le moment de la peinture. Il a réussi à sortir de son ordinateur de magnifiques images. j’avais également un retour de Jenny Gabriel. je racontais la théorie des moments en expliquant aux étudiants de seconde année. C’est très intéressant… Je sens chez mes proches un groupe de fans. pp. Jenny a repris de nombreux passages de mon journal. et le lendemain. explorée par Husserl lorsqu’il commente l’écoute d’un morceau de musique. il m'a fallu récupérer. Hess. Je suis dans mon trip familial. on y dépose les premières couches. Jenny commente au fur et à mesure de sa progression de lectrice. du fait de son mal de dos). Je sens une transe s’opérer autour de la peinture. Charlotte qu’Hélène. Et ensuite le développer en 120 pages. Yves. Dans son commentaire. et elle y a introduit ses commentaires. Je lui ai demandé de passer pour voir mon travail de peintre. J’ai découvert ce courrier de 24 pages en même temps que le texte de Kareen. J’ai donc interrompu la réécriture de Kareen. Il y a une charpente d’exposition satisfaisante de ma théorie des moments. C’est la première fois que je fais l’unanimité autour de ma recherche. Peut-on commenter le détail du journal. C’est un processus. et dès 7 heures trente du matin. Dans sa lecture chronologique. pour lire Jenny à qui j’ai envoyé un message bref pour la remercier. il y a donc des remarques qui viennent ensuite sous ma plume même. Le journal est comme une toile. Mais au même courrier. les choses s’affinent avec le temps . Hélène m’a fait tomber du lit à 9 heures. questions. Je me suis couché à 2 h 30. Elle est arrivée vers 11 h 15. m’a demandé en situation d’improviser un tango avec Lucette (je n’avais pas dansé avec elle depuis juin. Mais cela n’a pas été possible. Constance ou Nolwenn. pour donner la forme de l’œuvre et les premiers contrastes de couleurs. invité pour fêter ses 50 ans. Jean-Louis Le Grand. Mais auparavant. me donnant le désir de le compléter. Elle a été tellement enthousiaste. 2 de mon “ Que sais-je ? ” sur le tango 319 .moments. Dans ce cours. sans en avoir pris la mesure ? C’est une question technique qu’il me faudra traiter d’une manière ou d’une autre. Je suis content des 12 premières pages. car même s’il y manquait quelques détails. On a dit de moi (Christian Verrier) que j’étais un créateur de moments . elle m’avait envoyé un message avec une surprise : ses notes prises à mon cours de DEUST du 8 janvier 2004. avec Constance. mais. Mais ensuite. Yves a travaillé pour moi. etc. avec deux toiles à la main. très difficiles à lire. mais épuisante. je me suis mis à la réécriture de ce texte. 319 R. On m’imposa un morceau que je n’avais pas entendu avant. pour l’accompagner au marché. il reprenait parfaitement le mouvement de mon discours. et que je lui avais fait parvenir dans le prolongement de notre entretien du dimanche précédent. 2° édition. concernant sa recherche de thèse sur les moments. quelques jours ou semaines après. à partir de toutes petites photos. car la veille au soir. Il y a donc un vrai problème de communication lorsque l’on donne à lire un journal ou que l’on essaie d’exploiter le journal d’un autre (Delacroix. j’ai des hésitations. aussi bien chez Lucette. la reprise de l’œuvre lui permet de se nuancer. que je suis en train de tenir. 239 . Au départ. sur mon envoi de ce journal même. Ils sont revenus le soir pour dîner. texte repris par moi dans le ch. mais en même temps pour lui dire que je voyais mal comment j’allais répondre point par point à sa lecture si attentive et détaillée. j’ai été danser . j’aurais voulu peindre toute la journée d’hier. Le tango. Pour préparer ma rencontre avec K. On est là dans la question de la phénoménologie de la conscience intime du temps. K est une fée qui les réveille. pour la première fois aussi.

La femme voilée est le produit d’un moment de paresse. et où il y a des soldes. Je lui ai suggéré d’accentuer ses contrastes. ne serait-ce que pour une question de séchage et de rangement. Ce qui me plait dans l'idée d'une exposition. On pourrait aussi s’exposer cet été à Sainte-Gemme. voulant le faire supposer dans une ombre. nous sommes allés ensemble faire un tour à Artacrea. je ne lui ai pas dit. je me sens un tout petit garçon face à ma palette. que je suis un peintre (voir le 27 décembre). J’ai l’impression d’avoir tellement de toiles à faire pour pouvoir dégager mes cohérences thématiques ! Cela. Avant de déjeuner d’une salade. Mais. Maintenant. J’en ai conçu une belle l’an dernier. Mais elle me dit que techniquement cette toile est presque aboutie : elle est presque présentable. c’est l’affiche à créer. signe qu’elle compte pour moi. Je dois corriger les épreuves du livre de G. J’ai l’idée de faire une toile de grand format (73 x 54 cm). Un thème pour une exposition commune : voiles d’hier et d’aujourd’hui. Mais en même temps. Je lui ai dit que mon challenge actuel est de réussir à terminer quelques toiles. Elle a longuement commenté le noir sous le bureau. Et moi. Il reste quelques détails à reprendre. préparer une expo est une motivation pour produire. même moment de paresse instituante avec l’autre personnage : une jeune femme juste esquissée. Je ne dois pas tout mélanger. et je dois bien distinguer ce que je puis exprimer ici ou là. pendant une semaine à la fin de l’année. Il faudrait que j’en introduise quelques éléments qui ont suscité des réactions de ma part. Elle ne voulait pas se lancer à faire les lèvres de cette femme : lui voiler le bas du visage était donc la meilleure solution technique . avec le peintre. Elle a trouvé que le mouvement est bien rendu. qu’elle ne connaissait pas. Je dois arrêter d’en commencer de nouvelles. la plus travaillée jusqu’à maintenant. Pour finir. Mais je ressens de plus en plus tout le travail qui reste à accomplir.J’ai beau affirmer que je vais faire 300 toiles dans l’année. je dois terminer de toute urgence la N° 15. ou alors de faire apparaître un œil qu’elle n’avait pas fait. Je réussis quelques premiers jets. pour elle. 9 h 45 Je viens d’avoir une idée. K a beaucoup aimé la N° 21. Je lui ai parlé de la C 022. On a l’impression d’y voir quelque chose… On a ensuite commenté ses deux toiles. c’est-àdire l’imitation. et me lancer dans cette opération. qui est une toile très expressive. Elle me dit que j’ai l’œil sur ce qu’il y a à corriger. On a parlé d’exposition. mais je vois bien ce qu’il y a à faire. c’est l’heure de la peinture ! Mardi 20 janvier 2004. Gebauer et Ch. il faudra 240 . j’ai bien compris le discours de P. j’ai un propos. Pour elle. Nous avons commenté la brochure d’Arts plastiques. que l’on tient dans une exposition. est intéressante car elle montre que j’ai le sens de la simplification du trait. Le thème de l’ouvrage : une réflexion sur la mimésis. rituels. Elle pense qu’il faudrait obtenir la Galerie. Il s’agirait d’un portrait en abîme de Christoph et Gunther. de la couleur. gestes. Wulf sur Jeux. On est d’accord. en me répétant sa première impression de décembre : elle pense que j’ai de l’inspiration. acheter une blouse Corot. Mais cette idée ne m’apparaît plus être une première urgence. pour le colloque Korczak. Elle reste dans mon bureau. ou plusieurs propos à tenir. me faire photographier dans la pose du peintre. trop légère à mon goût. Mais cela me demanderait du temps. Pour ce faire. Je réussis à donner la profondeur. je dois obtenir une photo des deux personnages. K a conclu. pour servir de couverture au livre. Elle trouve que la N° 14. Bonafoux sur les moments du propos. K trouve que l’on devrait s’exposer. Puisque nous allons aller à Sainte-Gemme ce week-end. et cela compte beaucoup. acheter une toile au format.

la veille dans mon coffre de voiture. Hier. Hier. j’ai été interrompu. Chez Delacroix. Il faut que Sergio Borba existe chez moi. lorsque mon père montrait les archives de la famille… Ce que je peins. une par une. Or. Par exemple. Miguel a été surpris de la construction de ce nouveau moment. les photos de Brigitte sont très différentes. je me suis lancé dans la lecture des épreuves du livre de Gebauer et Wulf sur la Mimèsis. malgré le rendez-vous donné à Audrey : la semaine passée. donc de l’esthétique. ils sont restés une heure trente. un artiste fait signer un livre d’or. c’est la bouche et le fond aussi. Pareil pour la toile peinte. il se trouve que je me suis déjà engagé dans l’utilisation de ces deux photos. Ils ont regardé mes toiles. Je pensais lire les 300 pages dans la journée. Je le lis donc avec patience. C’était tellement intéressant. ce sont les moments de la famille. mais aussi sur les formes que l’on se donne pour se construire . Il passait reprendre ses papiers. Je vais donc pouvoir utiliser le travail de Brigitte pour la troisième couche de ces toiles bien avancées. entre 3 heures et 6 heures. Grosse discussion. Bonafoux qui nous avait prévenu la semaine passée. et je puis donc écrire tranquillement. Je me suis rendormi. mais en me levant je n’étais pas aussi efficace que d’ordinaire. J’ai ressenti l’ambiance qu’il y avait à la maison. la visite de l’atelier est une sorte d’institution. donc de ma recherche sur la peinture. c’était la grève des transports. J’ai donc pris des photos et ouvert un nouveau livre d’or. j’ai repris plusieurs toiles : le portrait de Paul à 60 piges. dans le sens discuté avec Kareen. par le passage de Catherine Modave et de Ruben Bag. C’est P. à la fois sur la question de l’imitation. Par la seconde couche. C’est lui qui me pousse à ouvrir mes tubes de rouge. Je n’ai lu que 70 pages de ce livre intéressant. deux photos agrandies par Brigitte. Il faut l’enrichir. Mais j’ai eu une insomnie. J’ai bu de l’eau. très intéressant. liée à un mal d’estomac. en soi. Cela donne un effet assez surréel. 241 . en plus de 1000 exemplaires. Faut-il mettre du rouge dans cette toile ? J’ai besoin de la visite de Christian Lemeunier. Cependant. une vraie exposition ! Au boulot ! Jeudi 22 janvier 2004. J’ai donc décidé de ne pas me rendre à son cours. je l’ai verdi. J’espère qu’elle a trouvé P. Miguel et Charlotte sont passés. comme personnage. de celles de Hélène et Yves. ce livre m’apporte quelque chose sur la Théorie des moments. Je vais le photographier avec Lucette. Je l’ai nettement amélioré. il faut que je prenne quelques photos du voyage au Brésil. Dans une exposition. C’est un moment du travail du peintre. Celui-ci avait oublié ses affaires. Il faut maintenant travailler le fond. En fait. Il n’y a que cinq étudiants (effet de la grève. L’après-midi. et je tente d’en construire un index. et qu’elle pourra me raconter ce qu’elle y aura vu et entendu. et de ce point de vue. Ce sera un gros travail pour ne pas saboter le joli portrait de groupe. mais la reproduction de ma toile pourrait être imprimée. Bonafoux. 9 h 30. Pour moi.retrouver le tableau offert par René Lourau qui me servira de modèle de base (un classique de l’abîme) : un gros chantier. avec présentation de mes sources. Ce qui me choque maintenant. Pour ma part. et cela est. des 13 employés municipaux de Reims en 1915 avec leurs masques à gaz. etc. Au courrier. elle n’était pas parvenue à trouver la salle du cours. Il a signé mon livre d’or. encore). Je suis dans mon cours de DEUST. Vers 17 heures. que je leur ai proposé d’écrire leurs commentaires sur la visite de l’Atelier. Elle m’invite à en faire des peintures. en fin de matinée.

car je dispose d’un stylo noir très contrasté… Vais-je retourner chercher mes lunettes. devant 7 étudiants sur l’institutionnalisation du sujet. Personne n’a pris de note. je le deviens.Femmes galantes.Sur Paul à 60 piges. Après avoir déjeuné d’un sandwich à la cafétéria. à un très bon prix : . J’imagine que si elles me peignent suite à mon décès. 320 Réminiscence (le mot est joli) de la Cité des Egos de Jacques Guigou (Anthropos) : Remi-niscence. Je sens que. Mon problème. plus je pense qu’elle n’est pas montrable. Lorsque j’ai pris une distance par rapport au tableau. ou me contenter d’écrire ? J’ai fait un excellent cours ce matin. Seulement des couleurs. J’ai encore un tel chemin à accomplir avant de devenir Remi HESS. chez Nahmias. Chacun des 10 000 livres de ma bibliothèque est une sorte de touche. Je sais où il est. C’est à la fois intéressant pour Paul (c’est la couleur de la décoration qu’il portait : les palmes académiques). Voir cela est une activité onirique. c’est que j’ai oublié mes lunettes dans ma voiture. C’est une association qui s’impose à moi. 2003. des mouvements. tout d’un coup. j'ai associé. C’est l’année où mes petites filles me rencontrent. 1992) et . Plus j’avance dans ma peinture. Il faudrait que je reconstitue ce que j’ai improvisé. Et pourtant. C’était donc avant 1975. J’ai évoqué cet épisode avec Lucette. Je ne puis donc pas avancer dans la lecture de quoique ce soit. lu la semaine dernière sur l’autoportrait. Réminiscence 320 d’un livre qui doit avoir 25 ans. qui évoquent des formes. Je ne me souviens plus du lieu. Mais ma 57ème année est celle de la moustache. Cela aboutit au résultat contraire de ce qu’avait proposé Yves. à la page 45 : “ Au rendez-vous des amis ”. Je vais être obligé de mettre du violet dans ce tableau. Aramis ou l’amour des techniques (La découverte. elles rajouteraient une moustache sur une photo où il n’y en a pas ! Aragon est dans mon grand-père. encore une remarque. je transforme son image en tenant compte de ce que j’ai connu de lui. J’ai vécu 56 ans sans moustache. 373 pages). Le portrait de Paul est vraiment intéressant. Aujourd’hui. J’ai verdi le costume. dans la famille à l’avoir connu. en dehors de moi.Bruno LATOUR. quand j’ai rencontré Aragon. nrf. et qui trône dans ma bibliothèque de Sainte Gemme. Chaque ouvrage ne prend son sens que par rapport à d’autres. J’ai ouvert le livre de P. j’aime bien les tons de la peinture à l’huile. quand je l’ai rencontré en Provence. des histoires. Bonafoux. Le travail de peinture fait donc rencontrer des couleurs. mais aussi pour ce souvenir d’Aragon. j’ai réussi à avoir. Catherine trouve l’huile pas suffisamment éblouissante (elle peint à l’acrylique). parti d’une photo. Mais ce vert du costume est tout à fait improbable historiquement : mon grand-père n’aurait jamais porté un tel costume. Par contre. Cela doit faire très longtemps. je vais à la bibliothèque de l'université. 13 h 05. J’ai envie de le montrer à Antoinette. 242 . Peut-être étions-nous ensemble ce jour-là. B. femmes artistes dans le Japon ancien (XI-XIIIème siècle) de Jacqueline PIGEOT (Gallimard. Mais elle ne vivait pas encore avec moi. je puis écrire. car le vert de son costume contrastait avec du violet type bruyère. La peinture me plait pour ses couleurs. J’avais oublié que j’avais rencontré Aragon. Personnellement. au costume que portait Louis Aragon. Je vais en toucher deux mots à Brigitte. histoire de m’assurer que je l’ai bien pris ! Elle est la dernière.

(77 (73) LAC). Ce qui l’a intéressé. Réunion des IrrAIductibles.en dehors de toute raison. J’ai pris une carte de fidélité. et du violet des bruyères. Au départ. Hier soir. Walden). j’ai proposé à Christian Lemeunier de passer boire une bière à la maison. etc. L’objectif : voir l’avancée de mes toiles. simplement à cause d’un rapprochement de couleurs. Vendredi 23 janvier 2004. J’ai parlé du vert Aragon. Elle vient me montrer ce qu’elle lit et me dit de voir la page 107 de Hôtel La Chapelle. Gabriel ? (de mon journal). mais j’étais trop fatigué pour mémoriser nos échanges. Cela m’a permis de me garer devant le magasin. Je le lis très lentement du fait de mes différentes activités. Audrey est chômeuse. Elle me montre encore L’insensé (photo) Japon 77 (520) Jap. Christian m’encourage à continuer mon chantier “ portraits de groupes ”. Elle me raconte sa canicule : une installation sous la tente. mais qui m’obligent à une exploration intérieure. c’est le travail autour du masque à gaz. ce jour-là ? Je lis aussi le volume 5 du journal de Benyounès. Mais ils en proposaient des paquets de trois. je voulais un châssis pour L’abîme mimétique. Il faudrait réfléchir à l’argent. Projet Attraction passionnelle n°1 Manifeste Mon journal Des comptes-rendus de lecture (Oury. j’ai profité de la présence de Lucette dans la voiture pour passer chercher des tubes de blanc et 3 châssis de 73 cm. Elle me dit. Elle vit au milieu des précaires. Ils ont intitulé cette expérience. dans la construction des moments. 14 h 30 (Paris 8. chez Artacrea. sur un terrain vague. parlant de mes peintures : “ C’est politiquement plus correct ”. Mimétisme ? Travail des images. Nous avons eu une discussion de deux heures. 17 h. Il a tout de suite accepté. DESS). Courriers (échanges de lettres). J’en ai profité. en plein Paris. 243 . Georges est venu à la réunion où il y avait aussi Ruben Bag. après le tango. avec des artistes. Delacroix. près de la Villette : Développement durable. ici. Je pense qu’ils reviendront dans les jours qui viennent. “ Le Martyre des dix mille chrétiens ” (1508) se trouve page 33. Ce matin. Audrey développe une recherche sur son propre corps… Bijoux. Liz Claire. Ils ont vécu comme dans le désert. couleurs que je conçois d’ailleurs à partir de blanc et noir. Christian a signé le Livre d’or de l’atelier. Pourquoi ce vert. Note de lecture de J. Audrey est dans la bibliothèque. Cela a duré un mois. mais aussi du fait que je dégage pour moi de la lecture de ce texte. Cela me concerne. suivie d’Attractions passionnelles.

Comité : Christian Lemeunier. Liz Claire. il faut le préparer. lorsqu’on s’y met. Maria Buttey. que de se construire dès maintenant une relation épistolaire ? Le temps me manque. Il faudrait que j’en parle à P. J’ai peint deux Vierges (statues appartenant à ma mère et qui étaient moches comme tout). c’est de nettoyer les pinceaux. assez moche. Aussi. c’est d’oser entreprendre entre 20 et 30 toiles en parallèle. s’aimer 2) à Sainte Gemme. j’ai pensé à Pascal Bonafoux. je veux noter qu’hier à Sainte Gemme. Or. Je pourrais aussi 244 . Ensuite. il se trouve à droite des trois personnages. Elle avait été mise sous cadre. dans des couleurs gaies. Je n’ai pu la rapporter. Lundi 26 janvier 2004. Mon talent actuel. Hubert de Luze. En commençant à prendre des notes. Zhen Hui Hui. (réunion du LAMCEEP). j’ai utilisé une planche comme palette. dès juillet au thème “ Tango sur les quais ”. pour aller chercher une table qu’elle voulait déposer Rue d’Angleterre. pour faire des basreliefs. j’ai ouvert pour la première fois ma boîte de peinture à l’huile. Plus on est dans une gamme de couleurs. L’idée m’est venue chez Charlotte où nous sommes passés le vendredi soir. Kareen Illiade. plus il faut l’étaler dans plusieurs toiles. c’est que dans mon souvenir. il y avait une planche utilisée par Marco Camera lorsque celui-ci a peint la grande fresque que nous lui avons achetée à Ligoure… Charlotte avait eu la présence d’esprit de demander à Marco sa palette ! Quelque bonne idée ! Du coup. René Schérer. Gilles Boudinet. J’ai décidé de rapporter ma boîte de gouaches de Sainte Gemme. Je l’ai donc longuement regardée. Jenny Gabriel. Je ne dois pas saboter mon voyage au Brésil. que je terminerai cette toile. Pour cela. Mais la réponse doit se trouver dans Le rêver de René Lourau. Audrey Beugle. Le nom de ce tableau m’échappe. Ce matin. En aije encore une version imprimée (avec ce tableau) ? À Sainte Gemme. Au mur. observée. j’ai rapporté une huile sur carton. j’avais placé la toile entre les modèles et le peintre. Cela permettrait de les monter en séries. j’ai fait un fond pour une toile que je destinais. Je crois que c’est en Champagne. Irai-je mercredi à son cours ? Lui écrirai-je un mot ? Pour lui dire quoi ? Ne serait-ce pas trop précipité. Angela Cumin. Une idée m’est venue : le gros travail de la peinture. Bonafoux : il a certainement la réponse à cette question. Avant que la réunion ne commence. Ce qui m’a frappé. idée de produire des palettes au fur à mesure de mon travail. héritée de ma mère que j’ai l’impression d’utiliser comme fond pour faire un portrait (cette toile représente un coucher de soleil sur la mer). 14 h. Une autre chose que je dois noter : on a retrouvé la carte postale que René Lourau m’avait offerte sur l’abîme. J’ai transporté la toile “ Hélène et Nolwenn ” (Aimer. Il me faudrait utiliser des planches de format identique. Remi Hess. il faut ouvrir l’atelier pour un certain temps. Charlotte Hess.

Cela est vrai. Si je veux progresser. de résidus. et en même temps une présence intensive. c’est de terminer tout ce qui doit être fait avant de partir : relire les épreuves de Christoph demande beaucoup de temps . Nous pourrons donc repartir de zéro. il faut que le zinc protège le bois. Je ne dois pas oublier ce carnet. j’ai regroupé des clous usés pour en remplir un seau. Elle a raison. une tuile. etc. la pièce au-dessus du chartil serait idéale pour ton atelier ”. etc. peintures. Où vais-je mettre cette sculpture ? Dans le jardin. L’atelier se déplacera chaque année selon un rythme saisonnier Parmi les éléments qui m’aident à me penser comme peintre. le plus haut possible pour avoir une vue plein sud (sur 20 kms). Si Dieu me prête vie ! comme on dit. Lucette a refusé que je fasse percer une fenêtre sur la rue. Il m’a dit : “ elle est très fraîche . face à la vallée. etc. avec l’expert. je voudrais en faire autre chose. continuer à garder des traces quotidiennes de ce que je produis ou tente de produire. Prolonger mon effort de septembre dernier à Brasilia. Lucette me dit : “ Chez nous. Si j’avais la maison d’en face. ou plus largement comme artiste. Sainte Gemme m’a rencontré. Donc. le cadre est important. Pour peindre. Pour cela. j’ai conscience qu’il me faut regrouper mes dessins. nous sommes passés dans cette pièce. Ce matin. il faut regrouper mon matériel à Sainte Gemme. j’installerais une salle d’exposition dans la maison de droite. et une pièce exposée au sud. d’y produire des dessins. Pour moi. Cette pièce est la plus froide de la maison. qu’il me faut racheter la maison d’en face. Tant qu’une forme reste pensée sans être inscrite. Il y a des travaux urgents à y faire : le toit par exemple. en effet. Mais avec Lucette. Il y a une grande différence entre une pièce exposée au nord. peut-être ? Et des clous. d’accueil. comme en forme de mezzanine. il ne faut pas laisser filer la maison d’en face. impôts. Relire Gebauer et Wulf. Ceux-ci commencent à disparaître (il n’y a plus de gravas). il est évident maintenant.. Mais aujourd’hui. un peu. pour recruter Jean-Pierre et les autres. il faudrait que je vende mes toiles au prix où Dali vendait les siennes. je ne me sens pas bien dans cette pièce. mais l’argent pour les payer. un atelier. ce ne sont pas les idées. etc. des petits paysages. et parvenir à en vendre. Peut-être dois-je recycler rapidement les résidus de mon chantier. Ce qui me manque. exposée au nord. L’assurance va nous payer une somme qui va nous permettre d’éponger les dettes actuelles : emprunt à Charlotte. Je ferai de Sainte Gemme. Pour trouver l’argent de mon chantier. avec l’intention d’en faire une sculpture. en profiter pour rapporter quelques bouquins à emporter au Brésil. Je voudrais symboliser le chantier de l’été dernier. nous avons une toute petite divergence d’appréciation. mon atelier est à Paris. etc. 245 . Il y a un lien entre la survenue des idées. L’artiste a besoin de matériaux. L’œuvre sera un hommage à l’ancienne maison. au rez-de-chaussée. zinc. A l’étage. il y a des risques de perte ou de métamorphose. mais dès le 15 avril (les vacances sont le 10). les éléments du chantier seraient intéressants à utiliser : bois. Rêve d’y avoir du temps. il faudrait l’isoler ”. Je pensais que j’allais souder ces clous pour faire surgir une forme. en un même lieu. Le problème. Lucette veut terminer notre maison avant de lancer un autre chantier. un lieu d’exposition et de rencontre. Cela faciliterait les choses. Je lui ai dit : “ oui. C’est là que je veux installer mon atelier. actuellement. Je crains que Damien n’élimine tout ce qui reste devant chez moi. On retrouve la question du chantier. et la confrontation à la pratique picturale. Le problème des clous : ils viennent de l’ancienne charpente. et réinvestir ce que l’on gagnera dans ce chantier : Figueras a connu Dali . la mouture en bois. Donc il y a une différence d’appréciation sur ce que nous pouvons nous engager à faire… Le problème est en dernière instance financier. Dali a beaucoup travaillé avec des artisans. pour acheter du papier. je veux noter qu’hier.passer à Artacréa. Du coup. mais il m’aurait fallu une fenêtre sur la rue (c’est-à-dire sur le Sud) ”. Il me faut. C’est du recyclage de chutes. Mais en même temps. aller porter les épreuves chez Anthropos. La seule solution pour gagner du fric : faire de la bonne peinture. L’inquiétude de Lucette : les travaux d’en face vont nous coûter très cher. Actuellement.

s’il n’avait pas été professeur. En fait. Il évoque un musée à Bourges pour dire qu’un artiste ne fait jamais que la même chose. J’ai pris un vrai plaisir. début juillet 2003. 9 h 10. Je regarde aussi le verre soufflé de MarieCatherine Geffroy. je passe à la Galerie. Cocteau a fait un jardin merveilleux à Cap d’Ail. Je suis content finalement d’être parvenu à cette conclusion : il me faut acheter la maison d’en face ma propre maison champenoise. Il aurait pu être peintre. Mardi 27 janvier 2004. Je vais présider la commission de spécialistes pour le recrutement des professeurs associés. C’est beau. il étudie tous les enfants. Je suis donc le premier arrivé. et planté de si beaux arbres. sur l’effet néfaste des tables dans la salle B 230). Je regarde très vite les œuvres de Bettina Beylerian (céramique) – 01 45 75 05 76. Michel la pratique depuis longtemps. Il y avait prévu un théâtre magnifique. 15 h. Quand Piaget étudie ses enfants. J’en profite pour écrire quelques lignes concernant la soirée d’hier. suivie d’une seconde (Comité de rédaction de Pratiques de formation). Cette discussion est partie d’une réflexion sur l’écriture automatique. Après un repas super amical avec Michel (Kareen lui a offert le repas). où mon écriture s’est ralentie. Montaigne disait : “ Je suis à moi seul le représentant de l’humaine condition ”.Je m’aperçois que je n’ai cessé d’écrire durant toute la première réunion (Lamceep). nous revoici dans le séminaire. Lobrot. Avant le séminaire. Jeudi 29 janvier. 246 . d’y fêter les 40 ans de l’OFAJ. je m’aperçois que je renoue avec mon rêve d’enfant : je voulais être le gestionnaire de la Maison commune du Chemin vert (Je rêvais de succéder à Monsieur Hugerot). Patrice met les tables en rond (suite à la critique de M. On se produit dans la reproduction de quelque chose : peut-être l’autre qui est en moi. pour en faire un lieu d’art et d’archives. mais s’est poursuivie. Ses sculptures translucides nous “ plongent dans un univers onirique ”. a-t-il dit. 12 h 45 Conférence de Michel Lobrot dans mon cours. On dévie sur la peinture automatique. (01 46 95 49 93).

et tout 247 . sur mon entrée dans la peinture. mes collections. dans l’histoire de la peinture. Lourau… faites le 1er janvier 2000. (dans l’avion vers le Brésil. je me suis décidé à m’y mettre avec une telle fougue : j’ai peint 20 toiles depuis décembre 2003 ! Et dans chaque nouvelle toile. J’avais un problème technique. Je n’ai pu lire ce commentaire très profond. Je pense me lancer dans deux portraits de Lucette (à partir de photos du 1er janvier 1990). Mais en fait. Véronique. j’ai eu une intuition en parlant avec Christine. Salvador de Bahia). Dans l’après-midi. Elle a annoncé qu’elle ne parlerait pas en public.J’avais organisé avec Lucette un dîner avec Audrey. Georges Lapassade. Il faut que je documente cette intuition. que ce matin : il est très stimulant pour moi. le journal. J’ai repensé. je parlerai. et des photos que j’ai été faire agrandir. et à ce que je veux emporter à Bahia. Elle m’accompagne : moi-même. Les parents de Lucette vont venir s’installer chez nous le temps de notre voyage au Brésil. en masque à gaz. J’ai préparé non seulement mes gouaches. 1er février 2004. Je vais me mettre maintenant à la rédaction de textes pour le Brésil. décrypté par Kareen. j’acquiers plus d’assurance et j’affirme une orientation fortement identifiable que je découvre en la créant ! On vient d’atterrir. debout. J’ai passé trois jours à corriger des copies (j’ai rendu mes résultats ce matin). René a fait une analyse écrite de mon œuvre dans mon livre d’or. n’ayant jamais fait de peinture à l’huile. Lucette veut d’abord se reposer. Je vais emporter celui du 8 janvier. d’un portrait de Charlotte. Elle m’a donné une photo de Paul. je pense à mon voyage. à la Cène comme dispositif. C’est la photo la plus forte. maintenant ma peinture ! Peu de gens parviennent à comprendre comment. Je vais continuer à la gouache mon travail entrepris à l’huile. dans ce que j’ai produit jusqu’à maintenant. Escale à Madrid ! 15 h 45 (heure de Paris) Nous nous trouvons donc dans le vol 083 pour Salvador. Lucette et moi pour parler d’Attractions passionnelles. René Schérer. Comment placer plus de trois personnes dans le cadre autour de la table. J’essaierai de répondre à la demande. un très bon livre (sur la théorie chinoise du temps. Nous avons beaucoup travaillé pour mettre nos bureaux en ordre. J’espère que je vais parvenir à en faire quelque chose. René et Audrey ont découvert ma peinture. Ils ont été très encourageants. En même temps. sur les ruines de sa maison. 14 h 05. Hier. A cette occasion. Officiellement. Je vais tenter… 31 janvier 2004. Dans l’après-midi. Il y a quelque chose d’un fil rouge. …La seule chose qui me motive actuellement est la production de mon œuvre : les livres. mais aussi du papier (acheté hier soir). mais j’ai décidé de mettre la pédale douce : j’emporte deux maillots de bain. Je lui ai montré les agrandissements des photos de Lefebvre. Christine Delory était également venue écrire quelques phrases qui se conjuguent bien avec ce qu’a écrit René. de toute la série. j’étais passé chez Hélène. etc. C’est important de savoir où l’on va. pour moi. L’idée de livre d’or est excellente. nous partons pour un colloque et une série de conférences.

Réussir le premier jet est important : c’est essentiel. Je l’aurais payée 20 ou 30 euros. Mais je veux aussi travailler sur le thème. à Brasilia. quand je l’aborde. J’avais du temps. J’ai emporté des photos que je fais agrandir pour m’en inspirer. Comment l’arrière-fond deviendrait-il proéminent ? 321 Sarah Walden. Elle irait très bien dans la toile de “ Paul à 60 piges ”. op. La tradition familiale. je vais au Brésil pour travailler mon moment peinture. en tentant de saisir la personnalité des arbres de la propriété où j’étais : le parc était magnifique. je ne sais si je vais peindre les paysages locaux : un peu. Celle d’hier représente des arbres de Provence. j’ai l’idée de peindre directement sur les bouteilles. Serait-ce un sacrilège que de la retoucher ? Je pourrais aussi la coller sur l’une de mes toiles : je la sauverai en l’installant. où je tiendrai mon journal. le violet que j’avais vu. sur une toile actuelle et de bonne qualité. Mais si je colle une toile sur mon châssis. Peut-on coller une toile sur une toile ? Je vais me renseigner chez Artacréa. avoir une consistance. Pour ses 50 ans. j’ai passé 15 jours. J’ai avec moi une très. dans cette toile. J’ai mis de la couleur dans mon Carnet dalien 1. on est passé dans les Free Duty. Aussi. À côté des soldes. en suivant les conseils de Sarah Walden 321 . En septembre 2003. Quand j’évoquais les choses qui me restent à faire : il y a les 50 bouteilles de champagne. oui. certainement. des toiles que je peins actuellement. J’ai pris un gros volume de papier A3 (du 300 gr) pour faire de la gouache. il faut lui redonner de la valeur. mais la précipitation de la journée d’hier m’a fait oublier de faire une analyse de contenu de mon chantier valise. pour récupérer la boîte pour mettre mes tubes de gouache. Outrage à la peinture. Donc. J’ai pris le Journal d’un artiste. elle ne vaut plus qu’un euro. De plus. Je veux peindre des choses difficiles. chez René Lourau) : c’est cette pose que je voudrais tenter de rendre. Donc. seul. donc prendre du temps. Au lieu de peindre dessus. peut-être des Oliviers. et mon matériel de peinture. 248 . elle avait une petite détérioration (1cm2 percé). cela va faire du relief. Je n’ai pas eu le temps de regarder la signature. Le prix d’une toile neuve pour un tel format serait de 7 euros. Les boîtes de peinture (3) pèsent lourd. mon Journal de danse (au cas où !) et aussi mon carnet dalien (celui où je fais des croquis). Sur le plan de la peinture. Je les fumerai au Brésil. J’ai profité des couleurs. Je veux pouvoir faire des séances de 4 heures. j’ai pu peindre d’assez belles choses. Idée de mettre mes oliviers dans le cadre d’une fenêtre : celle de la cuisine de Sainte Gemme. Il y a. autour du costume vert pomme d’Aragon en 1973 ou 74… Je tourne autour de cette couleur. Peinte. mais c’est vraiment intéressant. Comment oser détourner un tel tableau ? En même temps. j’ai travaillé la gouache. par moment. J’ai acheté une boîte de cigares espagnols. J’aime la couleur brésilienne : c’est une vraie palette ! Lors de l’escale. J’ai remarqué que la réussite d’un tableau est liée au temps de travail que je me donne. Il y a quelques mois. Je pensais prendre un autre carnet de croquis. par exemple. Je trouve d’ailleurs que cette toile est sous-évaluée. sans être interrompu. À penser : Il faut avoir de l’audace pour redonner de la valeur au travail de cet excellent peintre abandonné. dans la mesure où elle me semble exister. Mais je me ferai un devoir de la rénover. c’est de faire une étiquette spéciale. j’avais demandé à Christophe Lotterie de m’acheter des toiles. C’est un chantier que je ne ferai pas au Brésil. très belle photo de Lucette (le 1er janvier 1990.particulièrement des moments). Cela donnerait une vue sur le jardin. ai-je emporté avec moi deux autres carnets. cit. que je dois à mon frère. Certes. m’a semblé à la fois agréable et en même temps déprimant. pour les finir (les détourner). je l’installerai dans ma propre composition. la Braderie de la Maison verte fait office d’un événement : acheter une toile pour 1 euro.

Il faut mobiliser des machines-outils. Ma maison deviendra une œuvre d’art. À partir du moment où ils sont désignés. c’est de n’avoir eu que ce carnet de voyage sous la main… Si quelqu’un (pourquoi pas moi d’ailleurs) décidait de publier Le Journal d’un artiste. j’aurais poursuivi ma méditation sur la question du journal. Je ferai travailler les artisans. C’est un dilemme pour moi : où écrire une page ? Dans son moment ou dans sa dynamique ? Cette question pourrait être élargie. Dans ce que j’ai écrit aujourd’hui. en lieu d’observation : on peut regarder les voitures qui montent au village. Mais on l’acquiert grâce aux expériences antérieures. Nous avons décidé de prélever celles qui. certaines pages auraient eu leur place dans Le journal d’un artiste 322 . Ce pourrait être un livre sur le mode du récit. je ne puis échapper à une formation méthodique. ne devrait-il pas y rajouter ces pages. “ L’œuvre de l’homme. j’accepte de décomposer les tâches : je me documente. À cet endroit. même sous la pluie. il faudrait que je parvienne au même traitement progressif. Ce que je dis sur le tableau acheté hier est intéressant dans le cadre de mon journal d’apprentissage de la peinture… Ce qui est décisif. Je dois penser à installer des sculptures de mes amis dans le jardin. Mais là. c’est lui-même ”. C’est la période du gel en Champagne… Quand je reviendrai. qui ne fuit pas. Je pense que j’écris bien aujourd’hui parce que je dispose d’un carnet d'un bon format pour écrire dans un avion. en gagnant du temps sur ma pratique actuelle. J’imagine un livre qui s’intitulerait De l’analyse institutionnelle à la théorie des moments. la sociologie d’intervention. Sur ma carte d’accès à bord. Je vais pouvoir construire de nouveaux murs. ils existent : en même temps. si l’on se place du point de vue de la contemplation de l’ensemble des journaux tenus. pour réaliser tous mes fantasmes ou représentations oniriques. Ce sera mon fumoir : un fumoir en plein air ne dérange personne. je voudrais installer un abri pour qu’on puisse y fumer un cigare. Mes moments sont nombreux. John Locke l’a pratiqué dans son propre journal… Pour la peinture. il y a un mouvement dans ce journal de voyage qui vient justement de la manière. de l’institutionnalisation du sujet… Si le temps m’était donné. Mes toiles s’inscriront progressivement dans ce nouveau paysage. à la manière de Figueras pour Dali. je trouve un motif. il faut sculpter le jardin lui-même. J’aurais bien changé d’activité. L’AI racontée aux étudiants. il me faudrait une relecture totale pour corriger l’orthographe : et ayant 322 Les pages que l'on lit furent d'abord écrites dans le journal de voyage (Brésil : Bahia. Certains se développent à certains moments. que je prends et reprends en fonction des couches et des pinceaux à utiliser (du plus gros au plus fin). a dit Lefebvre. Une idée progresse : la rencontre entre Analyse institutionnelle et Théorie des Moments. Il n’y a rien à faire dans le jardin. Si je voulais publier les 2000 pages écrites depuis l’an 2000. Je veux rajouter : “ L’œuvre de l’homme. dont la transduction se développe d’un moment à un autre. 249 . j’aurai la santé et l’énergie de me lancer dans un grand chantier d’aménagement du jardin. Le bon matériel est nécessaire. et installer un banc à l’endroit où l’on peut voir devant. qui se dispersent ici ou là sur le thème d’un moment désigné. Ces "vacances" arrivent au bon moment. Concernant la sculpture. c’est son mouvement pour devenir lui-même ”.Dommage que mon carnet de croquis soit dans la grosse valise. etc. ont eu un rapport avec le moment de l'artiste. La solution serait probablement dans une indexicalisation méthodique. c’est vous ”. Cela viendra à son heure. d’autres à d’autres. Dans un premier temps. au cours de ce voyage. je lis cette phrase qui sert de devise à l’aéroport de Paris : “ Notre plus belle destination. Avec mes journaux. mais pas illimités. et aussi d’un stylo à pointe fine. du terrassement à la main. je me lance dans la peinture de la toile. Maceo). à travers les deux fenêtres de la bibliothèque ! C’est un point qu’il faut transformer en point fixe. Je dispose de pierres. puis la question du moment. c’est mon objectif réel. Qui a trouvé cela ? C’est vrai que ma destination : c’est moi.

Je vais tenter quelque chose dans cette direction.dégagé les moments structurants du journal. trop d’affaires. mais j’ai repéré où elle est. je vais probablement devoir m’adapter. Ce matin. en buvant une bière. outils essentiels au peintre. n’est pas adaptée à mes besoins. Je me suis lancé alors dans un dessin à partir de photos. où nous avons acheté des cartes postales. Sergio et Carla Bublitz (2 voitures) vers Mercado modelo. Mes deux premiers essais ne sont pas concluants. Ainsi. mais j’ai compris qu’il me fallait d’abord dessiner. nous avons fait le tour de la vieille ville à pied. nous allons à la grande fête qui se prépare. On a vu des gens aller lancer des bouquets de roses dans la mer en sortant du restaurant. en fonction du nombre de pages produites dans chaque moment. en ce moment. mais de la mer. Nous y prenons un excellent repas. Les Saints du Candombé pourraient faire l’objet d’une série de peintures. après avoir écrit la première tranche de journal. j’ai essayé d’aménager un espace pour peindre. C’est assez intéressant comme travail et abordable : 160 réals. Autre possibilité. l’après-midi serait férié pour préparer les cérémonies de ce soir. je devrais redistribuer les pages égarées ici ou là. le Journal d’un artiste me semble intéressant parce que c’est à la fois un journal d’apprentissage et un commentaire au jour le jour d’une œuvre qui surgit ! À l’œuvre. Aujourd’hui. J’ai compris ce qu’est l’acrylique. Par rapport à mes projets de peinture énoncés ici. que nous avons visité avec Sergio . confortable. avec une 250 . assis à une table. Salvador de Bahia. sortirait un journal dans son mouvement. On fête Yémanja qui n’est pas la Sainte de la mère. je renonce à publier le tout. on célèbre YÊMANJA qui représente la fécondité. Ce soir. Idée de peindre une favela. je n’ai pas acheté une toile de danseurs de candombé. Il est évident que mon domaine reste l’huile. Je commenterai ces visites dans le Journal d’un artiste si j’en ai le temps. je publierai des volumes autonomes et d’autres regroupant deux ou trois moments. Mais il faut la transporter ! J’ai visité une quinzaine de boutiques de peinture. La chambre. Ensuite. puis nous regardons. Beaucoup de boutiques artisanales. Dans les valises : deux appareils photos. On a emporté trop de bagages. Roberto nous a conduit au Mercado modelo. J’ai fait des photos. on pourra d’ailleurs rajouter les photos prises au fur et à mesure de la production des tableaux (différentes couches). 5 heures 40. que nous avons obtenue pour 220 réals. C’est une pièce intéressante. J’ai gardé les cartes des boutiques de peinture visitées ce matin. Je ne construis que quelques volumes particulièrement significatifs. aussi. avec vue sur le port de pêche. dans son moment désigné. on monte un étage pour se retrouver au Restaurant typique Sao Pedro. Par exemple. Mercredi 4 février. J’arriverai probablement à huit volumes. Ce matin. On repart en voiture avec Claudio. Je dispose des modèles sur des cartes postales. Il va falloir transporter tout cela à Maceo… 17 heures 30. le pouvoir de séduction de la mère. et un souvenir choisi par Lucette : un masque prolongé en marionnette géante. son pouvoir. au journal. Auparavant. À ce moment-là. J’y retournerai peut-être à pied. le 2 février. Lucette s’en est immédiatement rendu compte. Spectacle (fort) de capoeira : je fais une photo. Si ce matin. les gens travaillaient. La mise en peinture est commencée. sa puissance de donner naissance à une œuvre. ensuite.

Après cette aventure. et j’ai fait G 5 : Nuit sur la mer. 251 . Maceo. Lucette apprécie vraiment. ma forme de travail correspond davantage à ce qu’exige l’huile. 7 h.Fejouade et les secrets de Marie. comme le soulignait Carla : cette toile plait aussi à Lucette ! Peut-être aurais-je dû acheter l’autre ? Je le regretterai peut-être ? J’ai eu l’impression que je pouvais faire mieux. Je n’ai pas noté que dans ma conférence. Lourau) . me dit-elle ! Cela me fit vraiment plaisir : je suis heureux de remporter cette toile. mais elle était à un prix exorbitant : j’ai décidé de ne prendre que la toile de Candombé. C’est lui qui m’a intéressé à la question de la transe. Je devrais le placer dans le tableau du Candombé… Maceo (Brésil). Je suis heureux d’avoir acheté ce livre. je vois encore tout le chemin à parcourir. Sans commentaire ! En ce qui me concerne. le 6 février 2004. G 3 Paul sur les ruines de sa maison (1915) à partir d’une photo agrandie de l’époque. Ce que tu fais pourrait être exposé dans ce musée… ”. Son avion avait du retard. G 5 me plaît davantage que les autres. Nous allons constituer une salle de tableaux de danse à Sainte Gemme. Aujourd’hui. Pourtant. que l’huile. je me suis vraiment remis à la peinture. On s’en sort pour 77 réals (à cinq). du piment. J’ai trouvé un livre de Pierre Verger. ce matin. En plus. elle avait un cachet… Il est trop tard pour revenir en arrière. nous avons retrouvé Sergio. Une participante le connaissait et l’a travaillé avec ses élèves ! Jeudi 5 février 2004. le peintre dont nous avions vu les dessins sur Yémanja la veille au musée d’art. Pourtant. A Salvador. j’ai commenté le journal de Dali.Comme je ne pourrai pas être à Paris ce jour-là. Je viens de m’arrêter de peindre. J’ai beaucoup de matiériaux. illustré par Carybé. et les hommes ont pris de la caipirinha. une sorte de Louvre local. On a bu des jus (marakuja). j’anticipe. avec celle hors de prix. Carla nous reconduit à l’hôtel. ainsi qu’une nouvelle série des Saints du Candombé. Cette toile y sera. J’ai terminé G 3 aujourd’hui (ce matin). Rien d’exceptionnel. Carla a annoncé qu’elle allait me l’offrir pour mon anniversaire ! C’est dans 3 semaines ! . Ce soir. du riz. on a été revoir les peintures. Dans le hall d’embarquement pour Maceo. Nous avons décidé d’aller visiter le Museu d’Arte de Bahia. Mais je m’aperçois que je maîtrise moins bien la technique de la gouache. Lucette : “ Tu ne dois pas avoir de complexe. Au moment où je voulais la payer. 18 h 30. C’est assez paradoxal. et du manioc. Ensuite. J’ai trouvé une nouvelle toile de danse. j’ai repris G 4 (vue sur la mer. Maceo vue de l’hôtel Ibis. de l’hôtel Ibis). je me suis lancé à peindre : G 1 (gouache) Lulu rêveuse (à partir d’une photo du 1er janvier 1999 chez R. G 2 Capitaine d’escorte (d’après une photo de Charlotte lorsqu’elle avait 12 ans) . pour faire une peinture sur ce thème… Je pense à Georges. la seule que j’aimais vraiment. puisque j’ai fait moins d’huile.

au nord de Maceio. Sergio Borba voulait nous emmener à la mer. J’espère pouvoir continuer demain matin.Je voudrais essayer de peindre les figures de Saints du Candomblé : les Arixas. Nous avons roulé dix kilomètres. Pour 252 . Il faut que je boive beaucoup. 21 h. Il nous a donc conduit à l’hôtel Jatiuca qui est une pure merveille. le parfaire. Cependant. Dans la journée. Le prix à la journée est trois fois ce que l’on paie à Ibis. J’ai laissé la moitié à Salvador. Aujourd’hui. Opération risquée : à éviter si je veux avoir un beau carnet. 9 h 30. en rentrant de la fac. en nous disant qu’il reviendrait le soir pour une petite sortie nocturne. qui me semble pouvoir illustrer la théorie des moments. Malgré tout. car c’est beaucoup plus que ce dont j’ai besoin. il voulait nous présenter à un ami. J’ai 4 sources. Il me faut faire un vrai dessin avant de peindre ces figures. j’ai fait quelques tâches en cherchant à peindre plusieurs pages en même temps. J’ai l’impression de m’être transformé en œuvre d’art. j’ai fait onze dessins. dormant. Lucette s’en sort mieux. J’ai pris un coup de soleil maximum. puis nous avons profité d’une sorte de piscine naturelle où nous nous sommes longuement baignés. j’avais emporté tout ce dont je disposais en tube de gouache. je me dis que G 3 pourrait être retravaillé (demain) au stylo à bille. Nous avons eu tables et parasols pour déjeuner. Sergio nous a laissé à l’hôtel. Il avait choisi la plage de la Sirène. Il faut que je réfléchisse à la meilleure manière de l’utiliser. Samedi 7 février 2004. Ayant peur de m’ennuyer. nous sommes partis vers la plage de la Sirène. 300gr/m2 (140Ibs). Pour les gravas (G3). Quand Sergio est venu nous chercher hier matin. Le décor et la construction sont intégrés au paysage. Le matin au réveil. j’ai mis en peinture les dessins du matin. En datant mes dessins (parallèlement à l’écriture de mon journal). Je n’ai que 20 feuilles de papier Aquarelle Montval. au niveau des dessins. Nous n’avons pas trouvé son ami ! Ensuite. coups de soleil terribles pour moi. sans compter des photos de la statue de Yêmanja prise sur le port de Salvador de Bahia. En partant de Paris. j’ai emporté mon carnet dalien 3. j’ai vraiment envie de poursuivre le travail engagé. grain fin de 32x41cm (Canson) : c’est du très bon papier. J’ai travaillé sur la vue que l’on a de la chambre de l’hôtel. Audrey dit qu’il faut faire de son corps une œuvre d’art ! C’est fait ! Dimanche 8 février. j’avais fait 6 croquis de Lucette. Je voudrais aller dans le sens du portrait de groupes. en rentrant. Il faudrait que je fasse des détails dessinés sur la peinture elle-même. Le soir. ou des paysages découverts ou des personnes avec qui j’étais (Lucette et Sergio). Hier. J’en suis assez content. Je me suis alors mis à la peinture. mais cela vaut vraiment le coup : le site (au bord de la mer) est valorisé par une végétation entretenue.

Le diagnostic de Sergio : les gens ont dansé tard hier soir. Je lui ai montré. très absorbé que j’étais par mon dessin. un ami à lui. elle n’est pas en bonne santé). Il s’agissait de la première d’un spectacle du groupe de danse Sururu de Capote. Je pourrais le faire assez vite. voir la suite dans le Journal de Maceo. J’ai fait des couleurs pour mes dessins d’hier. et lui voulait vraiment construire un dialogue avec moi. Sergio nous conduit à la fête préparatoire du Carnaval. Il 323 Sur cette rencontre forte. Il avait vu rapidement l’annonce de cette manifestation dans le journal. Il bougeait. me dis-je. groupe de Carnaval de Maceio. Lundi 9 février 2004. et moi aussi. 39 et 40 du carnet dalien 3). j’ai commencé à les mettre en couleurs. Pour trouver une contenance. je passe l’essentiel de ma journée à dessiner. Mais j’étais debout.Bon. mais il ne m’en voulait pas. 11 h. Sur la plage. Il m’était reconnaissant de l’avoir pris comme modèle 323 . . parlant français (qui a vendu 600 toiles). Elle m’a montré deux de ses toiles exposées dans le restaurant A boa mesa. Repas sympa. Hier soir. 18 h 30. Sergio lui a dit de circuler. où l’on a rencontré une peintre de Maceo. c’était le Pinto da Madrugada. Je vais faire le compte-rendu de cette manifestation qui a beaucoup compté pour moi dans mon Journal de danse. ayant trouvé les couleurs qui conviennent. Sergio nous a conduit à un spectacle de danses assez extraordinaires. et surtout sœur d’un homme considéré comme le plus grand peintre de la cité. qui fêtait son quatrième anniversaire : une fête assez folle. J’ai montré à cette dame mes dessins. son prénom. Il a voulu voir mon carnet à dessins. Sergio nous a présenté à plusieurs personnes dont Fernando. Elles restent sur la palette. Au total. à partir d’un regroupement de trois esquisses faites hier. Il est revenu. Il semblait s’intéresser à nous. parlant un peu français.ma part. il y a un orchestre qui joue dans une boîte qui s’appelle Gouvia. Ce matin. Le dessin que j’ai fait de lui est le plus loupé de tout ce que j’ai fait aujourd’hui. dans les bals de carnaval. Je pense que je peux faire un grand dessin. mais moins que d’habitude. Lucette voulait prendre des distances par rapport à lui (du fait des maladies qu’il portait . j’ai fait 11 nouveaux dessins dans mon carnet dalien. Et en rentrant vers 17 heures. J’ai essayé alors de le dessiner sous son nom. Il a alors saisi mon stylo et a voulu écrire (très difficilement) MARCOS. 7 h. il y a du monde. et lui aussi. Hier. je me suis décidé à dessiner les bannières du carnaval (pp. à moi. où les discours succédaient aux Sambas. j’ai loupé cela ! Il faut dire que sous nos fenêtres. dans mon carnet. Un enfant de 9 ans couvert de poux et de gale (pelage) sur le cuir chevelu tournait autour de nous. 17 dessins… que je mettrai en couleur le soir en rentrant. Cela fait déjà une heure que le soleil est levé. Vers 10 heures. et qui accepte donc de me recevoir. C’est un bar-restaurant. J’ai continué ce matin à partir de 6 heures. 253 .

cela avance. pas de préparation de ma conférence de jeudi. etc. j’ai peint ces derniers dessins. Vers midi. 8 h 15. J’ai tort de faire de la peinture un absolu. L’avantage de la deuxième solution est de faire ressortir le trait . Hier. Mais il n’y en avait pas. Mais. que nous nous sommes arrêtés à un kilomètre de l’hôtel. Mardi 10 février. et j’ai fait une gouache grand format reprenant les théories de la fête de Carnaval. le trait est relativement important : il facilite la lisibilité. dans la mesure où cette fête a un sens dans la mobilisation des adeptes du groupe pour la présentation du Carnaval. Mais j’ai fait assez de croquis pour produire un grand dessin. ou je repasse au stylo noir par-dessus. Excellent. pas de leçon de brésilien. dans les bandes dessinées. Sergio n’est venu nous chercher qu'à 20 h 30 : nous avons eu la journée entièrement à nous. Je n’utiliserais pas ce procédé dans le contexte de la peinture à l’huile. 254 . carnaval et identité culturelle ”. je constate que je liquide le trait. J’ai l’illusion que je pourrai mettre une seconde couche. J’ai vraiment de la chance d’être là. L’anniversaire du Pinto peut devenir un moment. avec un verre de vin blanc (pas terrible). Nous ne sommes pas restés. J’ai eu mauvaise conscience le soir de ne pas avoir su décrocher de la peinture : pas d’écriture du journal. et nous avons goûté une brochette de langouste à la “ provençale ”. j’ai vu des chevaux brouter. et se préparaient à boire et à manger. Dans ma discussion avec Simon Anding (qui me présentait ses travaux). parfois quelques secondes. que je maîtrisais plutôt mieux. avant que je ne me mette à l’huile. Nous rencontrons le responsable de la revue Et Moisés de Melo Santana qui va animer un atelier sur “ Education. Mais le soleil tapait tellement fort. À 16 heures. lorsque je les peins. Il y avait une ambiance agréable. Maceio est idéal pour cela. l’inconvénient est que cela ne correspond à rien. car c’est à échelle humaine. Nous avions envie de retourner au self découvert dimanche. de dimanche : Pinto da Madrubade. Les gens dansaient. Donc aventure de goûter une mousse de citron pour Lucette. sachant que j’avais du temps devant moi. J’ai mis de la couleur dans mes dessins. lorsque l’on veut construire un moment. J’ai essayé de le dessiner. J’ai envie de m’y mettre pendant qu’il fait chaud. pour observer le Carnaval. puis me tournant vers la plage. C’était le quatrième anniversaire d’un groupe de carnaval : O pinto. et confiture de vieux garçons de goyave pour moi… En rentrant. La qualité du dessin est essentielle dans plusieurs situations. Je lui montre mon dessin sur Pinto da Madrubada.s’agit du carnaval auquel nous avons participé. que je n’aurais pas imaginées être capable de faire : je recule mes limites. J’ai plusieurs possibilités. j’ai peint. Ou je les laisse ainsi. En même temps. Saisir l’instant peut avoir son importance. Pour ma part. En même temps. J’ai fait hier des choses. Il est enthousiaste. Le soir. Je me suis essayé à les dessiner : en rentrant à l’hôtel. Je mets trop de peinture. la chaleur toujours insoutenable nous a fait nous arrêter sous un arbre. hier à onze heures. pour saisir une ambiance. j’ai continué. notamment lorsque je ne dispose que de quelques minutes. Nous sommes entrés dans un grand restaurant de poisson. et il souhaitait partir de ce dessin dans son atelier. Nous aurions voulu terminer avec une glace. j’ai des difficultés à retrouver les règles de l’aquarelle. il fallait aller déjeuner. sortie avec Sergio. j’ai pris conscience de la nécessité d’un apprentissage du dessin. Pour mes dessins.

etc. etc. Dans l’atelier. et mille autre œuvres plus ou moins volumineuses : 4 ou 5 salles sont remplies d’objets divers : vases. Pierre nous montre son travail : nous découvrons son œuvre à travers quelques tableaux. L’atelier est long de 17 mètres. Sa peinture primitive n’est pas signe d’une ignorance. de Solange. sur le plateau qui domine la ville. Pierre Chalita est reconnu dans tout le Brésil. Pour le vulgaire. Fernando et Sergio étaient passés pour nous emmener chez le peintre Pierre Chalita. Nous commençons les présentations. Il parle du Douanier Rousseau. mais aussi de la vaisselle. Le primitif est authentique. Il avait attiré notre attention sur une fissure. Nous y retrouvons Marie-José. lustres. par Delacroix qu’il a beaucoup aimé… La peinture de Pierre a un côté géant avec des allégories qui me firent penser à Delacroix. Pierre distingue les primitifs des primitivistes. En effet. la différence est difficilement perceptible. secondé par son majordome. dans lequel sont entreposées des centaines de toiles. Il a quitté Maceio pour étudier la musique et l’architecture à Rio. Nous prenons un jus de mangue. Il nous décompose toutes les tâches qui s’enchaînent pour rentoiler une vieille toile. et mon carnet dalien 3. et au bord de la falaise se trouve une propriété différente de tout ce que j’ai pu voir ici.Mercredi 11 février. etc. large de 10 et d’une hauteur de 6 mètres. je montre à Pierre mon dessin du carnaval qu’il aime bien. Le groupe se déploie vers un bâtiment construit pour abriter toiles et dispositifs de travail du peintre. Il va chercher quelqu’un qui vient nous accueillir. la sœur du peintre. poète qui s’est fait un nom dans la peinture. Mais cette fois-ci. Je lui parle de Sarah 255 . Un gardien signale notre présence. où il est resté cinq ans. Pierre nous propose alors de visiter sa maison. Il nous montre un bouquet peint par Solange. Nous parlons de sa vie. style colonial. Hier. des statues en bois peintes du XVIII ou XIXème. il me parle d’un portrait de Popin. et nous fait faire le tour d’une immense maison. elle aussi. en fait une sorte de musée privé. rencontrée au self dimanche. dans lequel il apprécie le numéro 42 (c’est aussi celui que je préfère actuellement). Actuellement. meubles. le matin. Puis le majordome qui nous avait accueilli. Il s’agit d’un immense jardin dans lequel cohabitent des arbres tropicaux et des rosiers en fleur. d’autres plus petites. un dessin de Picasso. dans la peinture d’une toile de son musée personnel. à côté de quantité d’autres fougères et arbustes. Puis. verreries. Puis Pierre nous propose d’aller visiter son atelier. attaquée par les termites. Il fréquentait l’atelier de Picasso. C’est un espace géant. de Françoise Sagan. nous avons vécu la journée la plus richede notre séjour. des œuvres plus contemporaines de lui. Il est inspiré. avant qu’elle ne fasse le choix de l’abstrait. Nous recommençons les présentations. Par contre. certaines géantes (4x3) ont été exposées à Paris. Je lui avais parlé de Delacroix dont j’ai lu le journal qu’il ne connaît pas. Je compte 6 employés pour entretenir et garder le domaine. une des activités de Pierre est la restauration de toiles : il restaure des toiles abîmées par le temps ou des accidents. dans ème lequel nous pouvons admirer des peintures des 17 et 18 siècle. mais aussi des toiles de Jorge de Lima (1893-1953). 8 h 15. Il nous montre des toiles d’amis ou de disciples (il accueille des élèves dans son atelier). écrivain et peintre. Il a fait tout un travail de recherches en amont. Puis il est monté à Paris. et Solange Chalita. Il me parle de Dubuffet. pressée par une femme que nous apercevons de loin dans la maison. Nous sommes montés en voiture. arrive en poussant le fauteuil roulant dans lequel siège Pierre Chalita. nous engageons la conversation sur le primitivisme.

Je viens d’avoir une idée : peindre mes dessins selon la logique de l’aquarelle.Walden et de son Outrage à la peinture (il faudrait que je lui fasse parvenir de Paris). il gagne. dessin (une fleur). écriture de ma conférence de Salvador (fin). Paris. Je n’ai pas parlé du magnifique piano à queue qui trône dans son salon. Lucette. Vers midi et demi. Pierre se sent autant musicien que peintre : dans toute notre dérive chez Pierre Chalita. J’ai d’ailleurs trouvé un livre illustré par lui sur les Orixas… Au fur et à mesure que se développe notre conversation. Pierre nous propose de revenir. Non. J’ai demandé à Pierre s’il avait déjà écrit son autobiographie. J’ai seulement vu le musée d’Art de Salvador avec une exposition intéressante de dessins de Carybé sur Yémanja. je pourrais le publier dans Attractions passionnelles. Peut-être a-t-il vu mes dessins de Lucette dormant ? J’ai l’idée de le prendre en photo dans son atelier. 2001. éléments d'une philosophie du vivre. Nous venons de passer une journée tranquille à l’hôtel : bain dans la piscine. 211 p. Je pense que je devrais faire une histoire de vie de Pierre Chalita. nous les retrouvons ensuite : Solange nous dédicace son dernier ouvrage 324 . La visite de l’atelier se fait sans Solange et Marie-José. plutôt que de la gouache. Nous avons été manger dans le restaurant voisin de l’hôtel : pour 30 réals. 256 . me dit Pierre. Sergio et Fernando participent. Mais cela ne s’est pas encore fait. Ce livre porte sur le "moment" en Chine. Non. Je dis à Pierre que pour moi notre rencontre est historique. Pierre me dit qu’il aimerait travailler à partir de modèles vivants. mais. je sens un vrai intérêt de part et d’autre. Se pose tout de même la question de la reproduction des toiles… Comment faire sur le plan technique (et sur le plan des droits !). Una leitura junguiana do cordel nordestino : dois exemplos (UFAL. Nous irons d’ici samedi. par exemple. Nous attendons Sergio pour la visite du musée. Cela devrait rendre le trait ! Jeudi 12 février. François Jullien. Il y a un Maurice Denis. Puisque Lucette a oublié son appareil photo. Nous sommes sortis de la chambre. c’est la mode de s’installer des ateliers à la campagne. nous quittons les Chalita : il faut rejoindre l’université où je dois prononcer une conférence devant les étudiants de sociologie. 324 325 Solange Chalita. dit Lucette qui semble retrouver complètement la santé. 15 h 20. -Cela me ferait vraiment plaisir si vous acceptiez d’être photographié dans votre atelier… J’ai vu 4 toiles d’Edouard Vuillard représentant ses amis dans leur atelier. Si ce travail n’était pas trop développé. lecture du livre de Solange Chalita. Du "temps". 15 h 30. Vous pouvez faire de très belles choses. nous avons fait un repas complet. Ces toiles m’ont beaucoup inspiré pour me décider à me construire un atelier dans notre ferme champenoise. Il nous invite à aller voir ses toiles exposées au Musée de Maceio. bronzage. -En France. Elle résiste : finalement. Samedi matin serait notre seule possibilité : Pierre insiste auprès de Solange pour qu’elle décommande leur rendez-vous de samedi. Ce serait une excellente formation pour moi. Pierre me demande si j’ai visité des musées ici. pour laisser la femme de chambre faire son travail. peinture. lecture (François Jullien 325 ). Cela implique une certaine architecture. 2002). l’humidité et les termites. Grasset. Ici. que d’entrer dans l’intimité existentielle d’un vrai peintre. mais que Solange s’y oppose. “ Il faut attendre d’être mort pour que l’on parle de vous ! ” Pierre voudrait que la Ville reprenne son musée personnel. nous devons nous battre contre la chaleur. “ Très bon ”.

Je suis au Centre culturel de l’UFAL (Université). il y a eu 3 questions. et dont j’apprécie l’animation. car je sors de l’atelier Carnaval. la Ville va lui reprendre ! ” L’employé a répondu : “ Je ne puis dire cela à Chalita : pouvez-vous mettre ce que vous venez de dire par écrit ? ”. car nous sommes arrivés à la nuit tombante et l’on n’allume pas la lumière à ce niveau. Il y a des fils rouges. le paradis. Ma visite m’a donc donné beaucoup d’éléments pour discuter avec le maître lors de notre prochaine rencontre. Bon. Au niveau supérieur. Il y a 3 niveaux d’exposition . lorsque j’ai appris que Chalita avait résidé en Espagne à l’époque de Franco. objets de culte. animé par Moisès de Melo Santana. J’ai gardé la liste par ailleurs. Il y a aussi des bibelots de toutes sortes. il y a principalement des toiles de Pierre Chalita. J’ai parlé plus d’une heure. Au rez-dechaussée. On est en plein colloque. objets divers : autels d’église. Je regrette qu’il soit interdit de prendre des photos. j’ai demandé à Fernando de quelle tendance politique est Chalita : “ De droite ! ”. c’est qu’ils ont le sens des valeurs qui montent ! ” Je me positionne comme artiste. ils n’hésitaient pas à se toucher. mais avec une autorisation de faire des photos. Le recteur est resté pendant mon intervention. Comme j’ai fait circuler mon dessin sur le Carnaval. Les danseurs étaient plus tranquilles. etc. de peur des courts circuits. L’un des deux. La pièce la plus ancienne est un tableau d’un élève de Léonard de Vinci. J’arrive en retard. Cela ne fait aucun problème. 16 h 30 (dans l’atelier de Lucette et Sergio). puis je me suis joint au groupe : je suis rentré dans les mimes et les pratiques corporelles. la coordinatrice du colloque. le directeur du département des sciences de l’éducation. Par rapport à ce que nous avions vu à Salvador. puis une représentation du Carnaval de Blinda. je me suis posé des questions. qu’il suit sur de longues périodes. Intéressant d’être actif. Maintenant. Ce que l’on a vu n’est que partiel. Le gouverneur a traversé la Place pour dire à l’employé : “ Si Chalita ne fait pas de travaux dans ce Palais. de gauche). réunissant plusieurs dizaines d’exposants. par exemple : le bal. Mais Franco a expulsé Chalita d’Espagne. De plus. que je connais déjà et Alcino Ferreira qui se débrouille en français. des centaines de statues. sur la place du palais du gouverneur (élu de 45 ans. le rédacteur me demande une peinture pour la couverture (en couleurs) du journal ! Sacré travail ! Lucette dit : “ Ce qu’il y a d’intéressant chez eux. Dans cet atelier. Ensuite. ce qui semblait une faute à 257 . Mon texte sera publié dans un journal. très émotif et corporel. C’est dire l’état du bâtiment gardé par deux fonctionnaires (employés) payés par Pierre Chalita lui-même. fait fonction de guide : il nous a commenté chaque pièce. Ce matin. c’était beaucoup moins violent. un jour où ce dernier a exposé une toile immense du Christ en croix avec le sexe du crucifié bien apparent. On comprend le problème. Le procureur ne l’a pas fait. Laura. nous avons assisté à un (long) spectacle de Capoeira de Angola Palmares. Sergio ne traduisant guère. ancien élève de Pierre Chalita. après l’atelier de Sergio et Lucette. J’ai été sensible aux remerciements de Laura. Pierre Chalita est un personnage incroyable. J’ai acheté un catalogue d’une exposition de l’Ecole de Chalita (1989). Hier soir. Sergio est toujours excellent dans la traduction. le directeur des enseignements doctoraux. il y a des objets anciens et en sous-sol les primitifs contemporains : ce musée mériterait une autre visite de ma part. j’ai donné ma conférence. cette intervention n’était pas toujours utile pour moi. signe de l’importance qu’il lui donnait. Tout le monde l’a trouvé “ très intéressante ”. La place de la danse de carnaval est importante dans son œuvre. Pour expliquer cette intervention. Vendredi 13 février. Sergio et quelques autres. toiles. Il s’est déroulé à la tribune d’un grand amphi où avaient pris place toutes les “ huiles ” de l’UFAL : le recteur. J’appréhendais beaucoup cet exercice. Hier. j’ai d’abord dessiné des masques. j’ai fait un tour au Musée de la Fondation Pierre Chalita : c’est un immense bâtiment.

Je pris quelques photos de la fenêtre. Celle-ci avait lieu dans le grand auditorium où j’avais fait ma conférence. C’était une sorte de valse. un bon thème de recherche) . alors que mon premier dessin était dans le sens de la largeur : d’où mon travail de ce matin. le public eut droit à un concert de musique classique. Quand j’ouvris les rideaux. Des cinq morceaux. il y avait la séance de clôture du colloque. voilà un bon thème à travailler. 6 h. L’ambiance de Carnaval n’était pas négative pour mettre en couleur les dessins de masques. après les ateliers. Villa-Lobos et Azmir Medeiro.Salvador qui suspendait immédiatement la confrontation des deux danseurs. Un ensemble à corde de l’Université (deux violons. nous ressentions le besoin de faire quelques photos de ces personnages de carnaval que nous avions devant les 258 . Malgré tout. La danse qu’il nous proposa plut beaucoup à Lucette. Le groupe de Maceio appartient à l’Université. Après une prise de parole très courte de la part de Laura. Joaquim et Joao Carlos. Il y avait les musiciens de plusieurs fanfares ou harmonies. nous sommes sortis au Lampião pour danser le forro. Dimanche 15 février 2004. faits dans l’atelier de Moisès de Melo Santana et Alcino Ferreira. Il y avait Sergio. Mais impossible : les bruits de la rue ne faisaient qu’amplifier ! On entendait des cris. je continuai en griffonnant la queue devant le buffet…Les queues. Je me demandais vraiment quel était le fou qui soufflait des sons désordonnés. dans les deux cas : même maître qui préside au rituel. J’ai voulu retrouver le sommeil. je me suis mis à peindre la couverture demandée par João Carlos (de Porto Alegre) pour son journal : je suis content de ce travail. Lucette n’appréciait pas trop d’avoir des putes à notre table. de chapeau. Mon commanditaire voulait quelque chose de concentré dans le sens de la hauteur. En fin de matinée. Lucette. De ma fenêtre. même type d’orchestre. Mozart. Dimanche 15 février. la veille. C’est une activité culturelle de l’Université. que l’on prit conscience qu’il y avait vraiment du monde dans ce colloque. 8 h. Vendredi soir. je pus contempler 6 étages au-dessous de moi. Samedi. Reprendre un thème permet de le retravailler. Le soir. des organisateurs avaient prévu un petit cocktail. John Lenon. Il y avait les petites carrioles des vendeurs de boissons. Jusqu’alors. un alto et un violoncelle) exécuta 5 pièces : Handel. Les bruits de la rue ne semblaient pas déranger le sommeil de Lucette. Lucette aussi. voulant en réserver pour notre rencontre avec Solange et Pierre Chalita qui devait avoir lieu à 10 heures. d’accessoires divers. Je pense que cet auteur a vraiment du talent. la mise en place progressive d’un défilé de Carnaval. mais il accueille des enfants des rues. Cependant. avec à chaque fois une bonne cinquantaine de musiciens. alors que le jour ne paraissait à peine ? Je ne me suis pas levé tout de suite. etc. J’avais dessiné pendant le concert (les musiciens sont pour moi. je pouvais en distinguer quatre. Deux entraîneuses de la boîte se joignirent à nous. c’est celui qui me séduit le plus. Ce dernier compositeur était le violoniste de l’orchestre. C’est à la queue devant le buffet. nous étions assez avares de photos. le réveil s’est fait au clairon vers 5 heures 30. en descendant au petit-déjeuner. ne cherchant pas à être le premier servi. Je me suis mis à la peinture. Des chars arrivaient avec le Pinto da Madrubada (le poussin – ou l’érection du petit matin). des discussions et parfois des roulements de tambour. Après le concert.

Solange. venu lui rendre visite : elle nous conduisit à l’atelier où Pierre était installé avec deux employés pour rechercher des toiles. Au fil de ce chantier. Pierre se mit alors en demeure de retrouver dans son atelier toutes les toiles s’inscrivant dans cette série. Il alla le montrer au chef de la banda do Pinto da Madrubada. Il me permet de refaire des meubles ! dit-il. Anthropos. Puis il pressait l’endroit avec une presse métallique : . pour le remercier d’une photocopie qu’il nous avait fait d’une classe chinoise. Mais cela manque d’un livre de présentation de Pierre. les expositions. produit par l’Etat d’Alagoas (ce qui montre la complexité des relations difficiles évoquées plus haut). J’offris à Solange et Pierre le seul livre qui me restait ici : Centre et périphérie dans lequel. en leur expliquant mon désir de faire raconter à Pierre sa vie sur le principe de la théorie des moments. -Oui. Solange était là qui raccompagnait son frère. la série qui m’intéressait particulièrement. Aidé d’un employé. rituels. petite. Celui-ci fut très enthousiaste ! Lorsque nous sommes arrivés chez Pierre Chalita. Nous 326 Une des photos prises par Lucette a été choisie comme couverture du livre de Gunther Gebauer et Christoph Wulf. Pierre ne comprit pas du premier coup mon projet. Solange nous invita à gagner la maison pour prendre une petite collation. assise sur un tabouret les photographiaient les unes après les autres. Fernando et Sergio vinrent nous chercher pour aller chez Solange et Pierre. Je la relayais de temps en temps. Nous sommes allés chercher deux nouvelles pellicules de 36 326 . Nous avons une chambre d’amis. On pourrait mettre des reproductions de toiles dans cet ouvrage. et que ces toiles me parlaient tout particulièrement. Pierre s’était mis à restaurer une toile. vous pourriez lire Le sens de l’histoire. un autre sur les voyages. Par contre. 2004. Je promis de leur envoyer ces deux livres. gestes. et Lucette. durant une dizaine de jours. il faudrait que je puisse parler avec Pierre deux heures chaque matin. Lorsque j’ai visité le Musée. 259 . Pierre pourra se pencher sur la démarche. Un photographe jouxtait l’hôtel. Nous avions décidé d’offrir à Fernando le dessin représentant le quatrième anniversaire du Pinto da Madrubada. coll. j’ai trouvé le catalogue de l’exposition collective que j’ai acheté. il collait de petits bouts de toiles à des endroits où la peinture était déchirée. Nous traversâmes donc le défilé de Carnaval avec eux. le gardien de la porte principale nous invita à faire le tour du domaine pour garer la voiture à l’ombre des arbres du jardin. l’enseignement. nous reviendrons.C’est un outil très utile. j’avais placé les prospectus imprimés concernant Le sens de l’histoire et Le moment de la création. la peinture évidemment. Nous ne pouvons pas réaliser nos projets cette fois-ci. les toiles apparaissaient les unes après les autres. Jeux. La conversation s’engagea immédiatement sur notre visite du Musée Chalita. Pour cela. Ils n’avaient pu accéder en voiture jusqu’à l’hôtel. mais d’ici une prochaine rencontre. On pourrait faire un chapitre sur la musique. dans son travail. était celle sur le bal : je lui disais que j’avais fait 5 livres sur la danse. c’est cela. mais agréable. “ Anthropologie ”. Nos hôtes avaient programmé le visionnage d’un DVD sur L’œuvre de Pierre Chalita. J’expliquais à Pierre que. saisit tout de suite le projet : -Pierre a fait exister plusieurs moments dans sa vie : sa passion pour la collection de timbres pourrait faire un bon chapitre. qui était tout à fait d’actualité. par lui-même. Il l’avait à la main. Pendant que nous parlions. qui pourrait faire l’objet d’un beau dessin ! Fernando était très fier de ce cadeau.yeux. etc. Nous primes plusieurs photos du groupe que nous formions. -Oui. Ce livre pourrait paraître dans ma collection… -Vous pourriez descendre à la maison. Paris. qui a une formation d’anthropologue.

très bien fait. puisqu’il n’y a pas d’exposition actuellement). le lundi 16 février 2004. absolument indispensable pour se situer dans un voyage comme cela… Cela m’énerve. Il est difficile de rendre compte de la conversation comme elle va. et une petite fête qui s’est déroulée dans le jardin et prenant l’allure d’un bal masqué. Le film se terminait avec les douze apôtres (13 dit Pierre) que nous avions vus au Musée public : le caméraman tournait autour de la ronde. vue en passant (toiles dites de l’Amazonie). il s’était mis en tête de retrouver une toile qu’il avait faite en hommage à Dali ! Cette recherche nous avait permis de voir d’autres toiles. Tout en parlant. puis Solange nous proposa du gâteau ! Nous avons donc regardé le DVD. 14 h 30. Mais ce musée ne rassemble pas les meilleures toiles de Dali". 11 h. Il faudrait organiser une exposition à la sortie de son livre. en partance pour Salvador de Bahia. nous avons pris conscience que nous ne connaissons pas les prix des toiles de Chalita. Si les toiles de Chalita ne sont pas hors de prix. C’est vrai qu’avoir une ou deux toiles de Chalita serait une bonne stimulation pour poursuivre mes recherches avec ce personnage. Pierre était fatigué. On imagine un trafic de toiles entre Maceio et Paris : ce type de discussion ludique anime la vie quotidienne. surmonté d’une céramique de 6 mètres de large de Pierre. Je lui propose de baisser les rideaux. Autoportrait au bal et une troisième de danse. on pourrait même travailler à les vendre en France. Je le regrette. Nous eûmes alors l’idée d’aller faire un tour à la galerie qui vend les toiles de Pierre et que nous avait signalé le guide du musée… En arrivant au lieu-dit. et à celle de Solange. Avec Lucette. dans lequel on retrouvait la visite du musée privé. la visite du Centre d’exposition (que nous n’avons pas vu. Mais à quel prix vend-il ? Cette question (que je ne lui ai pas posée) me traversa la tête. Je propose à Lucette de mettre sa montre à l’heure d’arrivée (ce qui permet de savoir le temps de vol qui reste) : elle refuse. Madrid. goûtâmes quelques petites fritures (bananes. Dans l’avion. la visite du Musée public. boulettes de viande). Nous sommes d’accord sur les 3 toiles à acquérir si elles étaient abordables pour nous : Hommage à Dali. Elle se croit encore à Bahia. Les meilleures sont ou aux Etats-Unis ou en France. Il devait être pris en charge par ses infirmiers. alors que Sergio conduisait la voiture en direction de l’hôtel. ravi de devenir notre homme de confiance. j’avais évoqué Dali. le gardien nous annonça que la galerie était fermée. Nous évoquons donc le problème avec Fernando. Dans l’avion Salvador-Madrid. 260 . ainsi que quelques-unes sur le bal (notamment un autoportrait de Pierre entouré de danseuses) sont parmi celles que je préfère. Elle ne parvient pas à entrer dans la pensée de l’ici et du là (Jean Oury). J’avoue que la toile sur Dali.bûmes un jus de fruit. beignets. car le soleil va vite se lever et nous serons réveillés par l’intensité de la lumière : elle refuse. J’étais tout bouleversé par cette confrontation à cette œuvre. nous dit-il. celles que je serais heureux d’avoir dans mon atelier. Le cinéaste avait réussi à entremêler des images des tableaux sur le bal avec les images d’un bal réel. Nous prîmes congé. et cela donnait une impression de mouvement de personnages. L’avait-il vu lors de son voyage en Espagne ? Connaissait-il Figueras ? "Oui. après avoir fait l’échange de nos coordonnées. Mais sont-elles dans nos moyens ? L’idée de demander à Fernando de s’informer auprès de la sœur de Pierre nous a semblé la meilleure solution pour ne pas faire de gaffe vis-à-vis de Pierre. Lors de la conversation avec Pierre.

j’ai installé Pierre dans un décor brésilien : les Orixas ne sont pas loin. La perspective d’un livre sur et avec Pierre est ouverte. Mon séjour là-bas a été très riche concernant mon travail d’artiste : j’ai écrit mes aventures brésiliennes dans un journal de voyage (Voyage à Salvador et Maceio. Jenny Gabriel m’apporte La dimension cachée d’Edward Hall. Je viens d’arriver. Il me semble que je dois distinguer trois niveaux : le travail universitaire. Il me faut donc écrire sur l’art. je me suis remis à l’huile. Aujourd’hui. 9 h 40. La prochaine fois que je ferai le voyage de Maceo. mais finalement. je sais où trouver des châssis (beaucoup moins chers qu’en France)… Sergio et Pierre sont prêts à m’accueillir pour me permettre de travailler. J’ai rajouté une couche de bleu dans le ciel. Ce tableau est presque au point. ont installé des rideaux. mais je l’ai oublié. Pierre fut mon meilleur ami. que j’ai fait agrandir. Pendant notre absence. Pas de peinture. son fils. pour que je lise le chapitre sur l’art. j’ai repris ma toile “ Pierre ” (n°23). dans la réunion de la licence. Je l’aime bien. hier. longuement du fait de ma rencontre avec 261 . et à mettre mes dessins en peinture. j’ai rapporté une toile de danseurs de Candomblé. Maurice et Andrée. Mardi 2 mars 2004. j’ai trouvé une photo de lui. mais en plus j’ai eu la chance de rencontrer plusieurs peintres de Maceio et tout particulièrement Pierre Chalita qui est un personnage important : des perspectives s’ouvrent à moi concernant la peinture à l’huile. À relire au calme. quelque temps avant sa mort. Pour retrouver mon calme cet après-midi. en retard. je l’ai évoqué dans mon journal du Brésil. 20 h 45. Je croyais avoir emporté avec moi mon journal de danse. Il y a une théorie du portrait que j’ai lue probablement trop vite en 1983. Concernant la peinture.J’ai quelques pages encore dans mon carnet pour tirer quelques conclusions de ce voyage au Brésil. la peinture. Cela nous fait une très belle pièce ! Samedi 21 février 2004. la maison a changé. J’émerge du Brésil. car j’ai passé la journée avec Margolata à traduire Korzcak (Moments pédagogiques). L’art. Petite. puis j’ai peint les lianes dans les arbres et fait quelques nervures sur les feuilles. En rentrant du Brésil. Lucette a rapporté deux masques d’Amazonie. Je l’ai signé. C’est un chantier qui ouvre de nouvelles dimensions à ma recherche. j’en ai fait une toile. j’ai passé beaucoup de temps à dessiner. J’avais imaginé peindre le contexte de la photo (Montsouris 2). les parents de Lucette. car je ne m’en souvenais pas (alors que le reste du livre m’a profondément marqué). Hier. de Reims. dont j’ai repris des passages dans les pages précédentes. (Saint-Denis). non seulement. De Salvador. mais intéressante. 23 h. Jean Vancraeÿenest. Il voulait me rappeler la mort de Pierre (avril1948-11 février 1984). Lors de sa visite hier. la danse. Samedi 28 février 2004. Aujourd’hui. m’a envoyé une carte. 1er-16 février 2004). Jeudi 19 février.

j’avais à affronter mon destin : le procès Brohm. Mardi 16 mars. avec 39°C de fièvre. Séminaire de Patrice. J’ai donc des traces importantes. Pas de candidat à la direction. Je suis encore malade. J’ai parlé à Huguette d’un tableau statistique qui circule dans le département. parle d’art . Je sors d’un entretien avec Huguette Le Poul. J’y ai travaillé toute la journée d’hier. je traverse une période de quasi-dépression. Hier. Conseil d’UFR. 6. (atelier de Patrice). et qui met en relief quelque chose de stupéfiant : j’ai eu en moyenne 2 à 300 étudiants par cours. Elle n’a réagi qu’à une version de 4 pages. Or. J’ai du mal à savourer cette victoire. Actuellement. en présence du Recteur de Créteil. avec une moyenne telle qu’il n’y a pas besoin de photo pour me départager du second. (26 février). je me suis battu au tribunal de Montpellier. parfois 5. Je mesure cet état d’âme : je ne tiens plus mon journal. 14 h 45. etc. Plus de 50 de ses toiles ont été photographiées. 16 h. En rentrant du Brésil (le 16 février). je pense à une recherche à mener au niveau du terrain. Aucun collègue dépasse les 100. j’ai 262 . Gilles Boudinet est là. mais j’ai gagné. Je suis venu pour parler d’une demande d’intervention. Je lui ai envoyé plusieurs versions de mon texte. Je suis donc le n°1. Elles sont réussies. Jeudi dernier. concernant l’œuvre de Pierre. Il s’agit de comprendre les comportements des élèves. On me demande d’aider des documentalistes à penser la question de l’autorité en Afrique. venant du Maghreb ou d'Afrique noire. j’ai des collègues qui ont moins de 15 étudiants. Il me faut envoyer à Pierre des doubles de ses photos. Elle lit Howard Gardner : Les formes de l’intelligence et elle a terminé un ouvrage sur Matisse. Ingela Guerrien. On parle de créativité. Mercredi 10 mars. Idée de peindre une toile à partir de cette visite. j’ai dû me mettre à la rédaction d’un texte que je dois prononcer demain devant un public de documentalistes. depuis 5 semestres. émanant d’une documentaliste de l’Académie de Créteil. Je ne sais pas ce qu’en pensera ma commanditaire. car aussitôt. Je suis content de ce texte. Mardi 9 mars.le peintre Pierre Chalita : je n’ai pas encore écrit que j’avais fait développer les photos de notre visite de son atelier.

Cela fait partie du travail d’archives. d’autant plus que cette technique m’aide à vivre. dans une famille noble. Pause pendant laquelle je vais voter (élection à la commission de spécialistes). Charlotte voudrait une “ affiche ” de ses cours. j’en ai tenu plusieurs de front. achat d’un chevalet. qui a suivi le procès de Montpellier. Jenny Gabriel m’a offert le 25 février Le journal de Malte. J’ai envie de changer d’affectation. qui avait besoin de moi. Et pourtant ! Hier.lu un ouvrage de Derrida 327 . dans le couloir aux portraits de familles. Il ne l’a pas fait. et arrêter de m’appuyer sur cette pratique . de reprendre des activités. de Rilke. Elle m’a donné de l’argent qui m’a permis d’aller à Paris faire des courses : billets d’avion pour New-York. 327 Derrida. et je ne me sens pas bien encore. Ce n’est pas aujourd’hui que je dois baisser les bras. j’ai eu une journée de sursaut. lui porter des croissants. En les lisant. j’ai peint 3 fonds. Parmi les pages qui m’ont intéressé : quelques-unes sur une promenade. Cela va faire quinze jours. mais mes problèmes d’argent m’empêchaient de réaliser ces choses. j’ai découvert que c’est ce que je veux faire à Sainte Gemme : une galerie de tableaux. surtout après 1996. C’est un texte imaginaire. Hier. J’essaie de survivre. J’ai d’abord été chez Charlotte. Je ne les trouve pas. et cette merde devient une œuvre ! Le journal est une forme de critique de la vie quotidienne. Mais j’ai le courage de l’écrire. je me suis dit que moi. il le regrette. dans lequel il dit que son rêve aurait été d’écrire un journal total. ces images me travailleront. j’ai eu la chance de le faire. d’une blouse Corot et de châssis pour peindre… Cela faisait longtemps que je voulais faire ces choses. Les 5 dernières années pour soutenir Lucette. tous les collectifs qui furent pour moi des moments. j’ai perdu le goût de vivre. où seraient tous les groupes. Ma cousine Cécile voudrait reprendre contact avec moi : lui montrer mes toiles serait important. Certaines années. En lisant cela. Mon affaissement de ces derniers temps a été lié à une fatigue énorme. Il se fait une philosophie du monde à travers une filiation imaginaire. Je cherche la liste des postes vacants dans les universités. où je suis allé témoigner avec 39°C de fièvre. Parole. 263 . Cela ne concerne pas le travail de l’artiste. Je ne veux pas prolonger sur ces points. aussi. faire la méthode Assimil américaine est quelque chose que je vais faire systématiquement. Pourtant. Pour d’autres. J’ai des idées à mettre sur toile. Lire en anglais. Depuis 1982. Cela fait 10 ans que je suis ici. Cela revient. L’Aube. j’ai des traces de journaux. Ces pages m’ont plu. La vie que je mène est une vraie merde. Tant que je ne l’aurai pas fait. achat de livres à la FNAC. et dans ce livre de 1999-2000. Je retrouve une certaine efficacité sociale.

Je téléphone à Charlotte. 264 . je note qu’il est mort en 1543. nous nous sommes promenés le long du Main. J’en fait l’index. Moi aussi. où il y avait une exposition Holbein que j’ai visitée seul. L’ambiance de mon atelier lui plaît (son père était peintre !). de Picasso créateur. 2001. que je rangerai dans ma bibliothèque surréaliste… 13 h. Le thème de l’expo : le maire. le lundi 29 mars 2004. Cela me fait penser que Man Ray a détruit des toiles dont il a gardé les photos. Ce matin. Le Grand jeu (2003). Je renvoie à mon journal de New York où j’ai raconté ma visite du Metropolitan Museum. On décide de déjeuner ensemble… Je choisis comme marque-page de L’écriture du désastre une photo de N°23 (première couche). nous regardons les photos de Pierre Chalita. Monet. Life and Art. nous avons passé l’après-midi à Frankfurt : visite du Musée sur le Procès Auschwitz (1963-64) de Francfort. J’ai constaté l’état assez catastrophique de certaines toiles (craquelage de la peinture). Je m’y plonge. le peintre et sa famille. Je note trois titres rapportés de mon voyage à New York : Pierre Daix. d’une certaine manière. la photo est meilleure que la toile elle-même : à méditer. Le temps m’a manqué. C’est une lecture des fragments de Schlegel. HarperCollins. Man Ray (1890-1976). d’après photo prise rue Marcadet. je regarde mes livres “ surréalistes ”. où j’ai vu une toile de Maurice Denis (Les baigneuses) et beaucoup de toiles de l’époque précédente (Renoir. Puis avec Marc Genève. etc). un des moments forts de mon premier voyage dans cette ville. 73 x 60 cm. 19 février 2004) à ses parents… Je me mets à la lecture de Man Ray. Il y a eu en effet 2 Holbein. Oberursel. 2004. Salamon Grimberg. En rangeant Man Ray. Pour lui. 450 pages (trad. North Dighton. je fais des photos de mes toiles. Lors du passage de Jenny. Je prendrai la toile en photo. Picasso. J’ai encore visité le musée. de Maurice Blanchot. jusqu’au Musée des Beaux-Arts. 1987). 1993. Frida Kahlo. Devrais-je les détruire ? Idée d’une toile des institutionnalistes. acheté au Salon du livre. Kirchner. Emmanuel de L’Ecottais. J’y avais placé L’écriture du désastre. Le Seuil. J’aurais voulu y passer plus de temps. Taschen. et détruirai les photos ayant servi à faire la toile. Thames and Hudson. Ouvrage essentiel dans ma recherche sur René Lourau. Hier. j’ai passé la première partie de la matinée à terminer Michel Random. Hier. 20 ans déjà ”. Concernant les toiles et dessins d’Holbein. New York.Mercredi 17 mars. New York. 128 p. 190 pages. 10 h. J’ai oublié de noter que j’avais offert ma toile sur Pierre (N°23 “ Pierre. Manet. Lundi 4 mai 2004. j’ai peint trois fonds de toiles que je vais pouvoir entreprendre à partir de vendredi.

je l’ai peint à l’accordéon. J’ai passé trois bonnes journées à Sainte-Gemme. Jenny Gabriel vient d’arriver pour déjeuner. Sur le fond. Pour l’anniversaire de Georges Lapassade. mais il faut d’abord attendre que cela sèche ! Il me faudrait encore trois jours ! Charlotte va arriver. J’éprouve aussi un sentiment très fort en regardant le jardin à travers la fenêtre de la cuisine lorsque je suis sur la chaise de la salle à manger contre la bibliothèque : impression d’un tableau subtil que je retouche à coup de brouettes et de pelle mécanique. Lapassade me téléphone pour organiser son anniversaire. mais cette fois-ci avec K. 13 h 30. je voudrais noter l’anniversaire de ma sœur Odile. Il l’a connu en 1968 : ils faisaient partie du groupe des écrivains avec Nathalie Sarraute… Plus tard. j’étais allé à l’exposition Moi.G. Je vais retoucher Georges. à partir d’une photo retrouvée par Lucette. Je pense à lui. Maurice Blanchot a écrit une pétition pour protester contre l’exclusion de Georges de Royaumont qui commençait par “ Il ne nous a pas étonné que… ”. Cela commence à avoir du relief ! Lundi 17 mai. le fond bleu du ciel donnait beaucoup de force au vert cru des pruniers. alors que j’ai lu le livre de Jean-Claude Kaufmann sur ce tableau ! J’ai parfois honte de mon péché d’ignorance. une toile commencée mercredi. à nous. un message de Georges Lapassade m’annonçant l’hospitalisation d’Hubert de Luze. chez moi. Je lui demanderai son avis. sur mon répondeur. Je l’avais bien travaillée mercredi. Hier. Elle trouve qu’il y a un problème d’épaule dans mon portrait de Georges. 23 mai 2004. je suis content de mon effet : je l’ai terriblement rajeuni. La présence des parents de Lucette m’a obligé à coucher dans la salle aux archives : impression de dépaysement profond dans cette pièce où j’ai très rarement couché. Finalement. J’ai terminé ce matin. au Palais du Luxembourg avec Hélène et ses deux filles. mais j’étais encore loin de ce que j’ai réussi à produire ce matin. Hier. Je devrais peindre cette fenêtre au fur et à mesure de l’émergence de ce paysage conquis après quinze ans de travaux de terrassement. j’aurais amélioré les couleurs du visage. avant de m’y mettre… Je suis heureux de peindre. N’ayant pas mon matériel de peinture ni de palette à Paris. Autoportraits du XX° siècle. nous a contraint à rentrer de Sainte-Gemme en début de l’après-midi. C’est un peu brut. Je lui parle de Blanchot. Auparavant. j’ai été acheter du matériel mercredi. Je voulais noter ce fait dans ce journal. Mercredi matin. à 10 heures et demi. L’organisation de cette petite fête. Je voulais y chercher l’inspiration pour mon tableau… J’ai été content de cette virée culturelle avec mes petites filles. Prise de conscience de la force de cette pièce. mais cela va. 8 h 50. 265 . Si j’avais eu le temps d’une troisième couche. 9 mai 2004. Je dois dire que je me suis plongé dans l’article péché du Dictionnaire de théologie catholique de Amann. j’ai retouché toute la matinée. poursuivie par une visite de SaintSulpice et une contemplation de La lutte avec l’ange d’Eugène Delacroix que je n’avais jamais été voir. le soir à Paris. en 36 volumes de 800 pages (cet article fait à lui seul 450 pages). Je vais partir revoir l’exposition sur Les autoportraits.

Il téléphone. la veille. arrivée ici depuis plusieurs jours déjà. 26 juin 2004. que j’ai eu une impression de vacances. Il faisait beau sur la route. Le voyage s’engageait tellement différemment de ceux que j’ai pu faire auparavant. J’ai emporté avec moi mon matériel de peinture et une toile. C’est vraiment douloureux. Idée d’écrire un texte sur de Luze pour Le Monde. Il faut que je vive autre chose. et c’était agréable de regarder le paysage. dès 1999. Je devais descendre pour l’appel du procès Brohm qui aura lieu à Montpellier mardi. Il n’était jamais passé par le tunnel de Fourvière à Lyon. ce voyage en voiture a pris le tour de vraies vacances. et il faut que je rende public mon travail de ces dernières années : en même temps. Je suis descendu chez Brigitte avec Yves. Le temps qui m’est donné est bref. Mon idée est d’écrire. Mais. Hubert m’avait alerté. Les odeurs. Ce dernier trouve que nous avons une grande qualité de vie. mais je ne le comprenais pas. autrement. J’ai envie de renouer avec la peinture. Nous avons retrouvé Constance. pour ne pas m’épuiser. ils m’ont dit : “ On t’accompagne ! ” Du coup. Lapassade… 24 mai. Je ne suis pas parvenu. à lui écrire la lettre dans laquelle je voulais lui raconter les 80 ans de G. Je me lance dans un tableau (Vol d’oiseaux) à partir de fleurs d’iris que j’écrase sur la toile. Idée de peindre l’après-midi : le congé sabbatique dont je vais bénéficier va me permettre de trouver un autre rythme de vie. de terminer les livres engagés : les morts d’Hubert de Luze et de Gérard Althabe me donnent une force qui me saisit. Hélène et Nolwenn. J’ai envie de peindre ce tableau en Provence. semble-t-il. alors qu’il a fait un stage dans cette ville. Je l’invite à dîner avec Gérard Althabe. Brigitte acceptait de m’accueillir pour me permettre de travailler avec Alessandra sur le dossier Brohm… Quand j’ai dit à Hélène et Yves mon projet de partir en voiture. Lapassade a envie de parler de cette disparition. Yves n’avait jamais pris cette route. mercredi prochain… De Luze est mon premier co-auteur à disparaître. En rentrant à Paris. ces quinze derniers jours. où je projette de peindre Gérard Althabe. C’est l’été. la lumière me font penser à Cézanne. Cela me fait beaucoup de peine. je ne connais rien de sa biographie ! G. 266 . sur mes erreurs d’investissement : je l’entendais. comme je puis le comprendre aujourd’hui. Je vais bientôt mourir (Gérard n’avait que quinze ans de plus que moi). d’Hubert de Luze. (Aix-en-Provence). je ne dois pas écrire plus de 5 heures par jour. Mauvaise nuit. j’apprends le décès. Je ne veux plus faire de l’activisme.Excellent week-end à Sainte-Gemme avec Sergio Borba.

Autodidacte. Il reste à pouvoir publier des photos en couleur. Elle écrit dans son autobiographie : “ Dans notre monde saturé de malheurs. a photographié le Musée d’Angers avant. comme chez le peintre brésilien Pierre Chalita. j’ai été faire une visite au Musée des Beaux Arts d’Angers : il vient de réouvrir. 267 . Il y a aussi des tableaux de ruines. mais je n’ai pas eu le temps d’aller le voir. 329 Niki de Saint Phalle. p. Et d’une certaine manière. L’homme sur la photo. Avec Constantin. Pour elle. Comment s’y prendre ? 328 Luiz Eduardo Robinson Achutti. La visite a été trop rapide : j’y retournerai seul. Bogdan Konopka. On fait des photos. 140 pages. cette femme a attendu 24 ans pour trouver définitivement sa voie. Pourquoi me suis-je habillé en quasi-hiver ? Le temps change beaucoup. un jour. après 6 années de travaux de rénovation (en profondeur). Il y a quelques peintures sur bois de toute beauté : la rénovation de ces tableaux anciens a eu pour effet de gommer le temps. Autre visite. Un photographe. Il faisait plus chaud à Angers aujourd’hui. Traces. Je regrette de ne pas avoir emporté avec moi un appareil photo (les photos sont autorisées lorsque l’on n’utilise pas le flash). (préface de Jean Arlaud). Depuis le match Grèce-Portugal d’hier. Tout est mis à neuf. Cela me semblerait intéressant. mais aurait profondément déplu à Sarah Walden. Il faudrait publier dans Attractions passionnelles une rubrique : visite d’un musée. pour aller regarder de plus près un très beau tableau de Maurice Denis. au bord de la piscine. J’ai découvert un Musée David à côté du Musée municipal. malheureusement trop rapide : Niki de Saint Phalle (1930-2002). Téraèdre. 1999. Constantin. Mais la vraie richesse de ce musée : ce sont les salles des XV° et XVI° siècle. J’ai été intéressé par les portraits . Entre 10 h et midi trente. Avec un Monet. Je téléphonerai ou j’envoie un mail à un conservateur du Musée d’Angers : je leur demande d’explorer leur cave avec eux. dans Attractions Passionnelles. l’ensemble de la rénovation du musée est exemplaire au niveau de l’architecture. comme “ trois états ” du lieu. bien que naturalisé français. féministe. nous avons été boire un pot. il ne faut pas supprimer les traces du temps . des salles récentes. Des assemblages aux œuvres monumentales.Lundi 6 juillet. pour Attractions Passionnelles. dans la cour du musée : très agréable. le fait que mes sculptures procurent aux gens un peu de joie donne un sens à mon existence 329 ”. Acatos. Violée par son père à 12 ans. 117. que je mettrais volontiers dans mon jardin. On demanderait aux Conservateurs de faire la visite des réserves. 16 h. elle produit des sculptures (une centaine montrée à Angers). au point que cela donne l’impression que c’est sorti de l’usine hier soir : cette rénovation satisfait Constantin. manuel de photoethnographie. de raconter la vie du Musée à travers les sous-sols : je pense à ce qu’à fait Achutti à la Bibliothèque nationale 328 . il y a de la photo-ethnographie à Angers. Prochaine visite en septembre : Le Musée David. qu’à Sainte Gemme hier. se sent Grec. il insistait beaucoup sur les thèmes helléniques traités par les peintres de la période classique : ses remarques ont attiré mon attention sur des œuvres que je n’aurais pas regardées. il y en a beaucoup à Angers. Paris. le 20 juin. cela dit. Cette expo est une illustration de l’ethnophotographie. 2004. (dans le train entre Angers et Paris). Constantin Xypas m’accompagnait : il se sentait une obligation de me guider dans ma découverte des œuvres. Elle a bien connu les Etats-Unis (elle est décédée à San Diego en 2002). c’est la plus belle pièce. Du coup. pendant et après les grands travaux de restauration et de réaménagement : l’exposition met en relation ces trois “ moments ”.

mais Lucette. je me demande si ce n’est pas le regard qui ne se porte plus que sur l’essentiel. Sybille et Helena. le 11 juillet 2004. Le soleil se déplace plus vite ici qu’ailleurs : chez nous. Il s’y connaît mieux que moi sur le plan technique. ne l'apprécie guère. relire Gusdorf. Ce que je peins à Sainte Gemme. Mais aujourd’hui. partie hier soir à Charleville. A Sainte Gemme. Coût de la rénovation du Musée d’Angers : 33 millions d’euros : une jolie somme. Je me suis lancé dans le portrait de Liz Claire : je l’ai installé devant la cheminée. J’ai évoqué Hélène Moscos. Mes voyages (professionnels) à Angers seront investi dans une dimension nouvelle. en attendant l’arrivée de Geneviève. Beaucoup de créateurs ont ce repli sur eux ! Dans la foulée de cette première couche. pour faire entrer de la lumière par la fenêtre de la cuisine : le jeu des ombres entre la lumière du Nord et celle du Sud correspond à mon grand œuvre. Nom de mes nouvelles toiles : “ Liz Claire devant la cheminée ” (2/7/2004). je me suis mis à une autre sorte de création. je me suis remis à la peinture. Avant-hier. les ouvertures des fenêtres sont plus petites qu’à Paris. chez moi. a dit Lucette. Bonafoux. J’irai visiter l’exposition permanente David d’Angers. J’avais fait du feu dans la cheminée (il faisait 11°C à midi ce vendredi 9 juillet). Les photos des tableaux de ruines d’Angers sont à placer dans la maîtrise de Charlotte. souligne cette réalité des ombres. relire la bibliothèque de Charlotte. au collège : j’aimerais bien savoir si elle vit encore. La visite du Musée d’Angers me fait découvrir la richesse du patrimoine artistique de cette ville : ce sera une ressource pour mes prochains voyages. On la retrouve bien dans sa posture psychotique. 268 . Pour la préface à cette édition. Ce matin. “ La théorie des moments ” (9/7/2004). (Donc elle l’a reconnu). Jean-Jacques a étudié l’archéologie : malheureusement. -Liz est réussie. si 400 toiles sont exposées. A moi aussi. C’est vraiment elle. une idée pour justifier de donner tout cela en vrac au lecteur : l’idée de fragment. à Angers. Rue d’Angleterre. il y en a 1100 en réserve ! Je n’ai pas noté qu’avec Jean-Jacques Valette. celle dans laquelle elle se retrouve sûrement. Comment passe-t-on du copiage du modèle à son interprétation ? -Les 2 autoportraits de Matisse à l’Expo du Palais du Luxembourg sont significatifs de la purification progressive du trait. Les gens voient-ils vraiment le jeu de la lumière ? Une gouache faite à l’époque de la canicule m’avait permis de prendre conscience du problème : l’ombre change très vite . disait un jour P. tout mon combat a été de reculer la butte derrière la maison. nous avions parlé peinture hier aprèsmidi. La théorie des moments : Odile me dit ce matin que cette toile lui plaît. alors pour ne pas la laisser sécher sur la palette. je vois presque bouger l’ombre. il y avait de la peinture à utiliser. notre professeur de dessin. avant de créer.Sur la publication de mes journaux. Sainte Gemme. et Brigitte Simon aussi. cela ne lui a pas donné un travail dans ce secteur. Il a suivi des cours. je me suis demandé : “ Qu’est-ce qu’un musée ? ” Qui décide de donner à voir ? Car.

Je lui ai parlé de ces écrits assez intimes. je me suis mis à la cuisine. il y a eu le tango entre nous. Finalement. mais à un tout autre niveau. j’en ai l’envie. mais je suis dans une période de ma vie. puis classé dans mes écrits posthumes. en 1985. Je me suis un peu pressé entre la seconde et la troisième couche.Format : 55 x 38cm pour chacune. j’ai reçu Liz Claire : je ne lui ai pas dit que j’avais commencé une toile d’elle à Sainte-Gemme. nous avons parlé. décédé quinze jours après de Luze. J’ai raconté à Liz la relation assez spéciale que j’ai eue à Maja. elle a repris l’avion pour New York. J’en suis à la troisième couche. puis la littérature. Aujourd’hui. et K de l’autre. Depuis que je sais que j'ai obtenu mon congé sabbatique. à travers son travail à la Comédie française. pour pouvoir me lancer dans de grands tableaux . c’est déjà très ressemblant. que j’ai entrepris à son contact. dix heures durant. car j’ai demain la visite de Frédéric Althabe. j’ai passé la journée à peindre une toile de grand format. On ne s’ennuie pas. Ensuite. tapé par Véro. je découvre que ces deux relations sont un peu particulières. puis une méditation de ma part sur Formes et mouvements. rue Marcadet. Maja m’a fait découvrir le théâtre. qu’elle a rencontré un jour à Paris. mais qu’elles m’inscrivent ou me renforcent dans la production artistique : il aurait fallu tenter de donner une place à K dans cette histoire. Il faudrait que je reprenne ce que nous avons pu dire à ce propos. je réfléchis à la meilleure façon de vivre d’ici le prochain semestre : je n’ai jamais vécu de telles vacances depuis des années. c’est le moins que je puisse dire ! Quelle place donner à Liz dans ma vie ? On pourrait faire beaucoup de choses ensemble. et je suis un peu fatigué de la journée de peinture d’aujourd’hui : j’ai envie d’écouter mon épouse me raconter Sainte-Gemme. J’ai l’idée de peindre René Lourau. je me suis engagé à consacrer huit jours à Liz en septembre. le fils de Gérard qui doit venir m’apporter des notes de son père pour le bouquin que j’écrivais avec lui. où j’ai besoin de prendre du recul : je ne veux plus lancer de nouveaux chantiers. il y a une douzaine de jours. pour lui traduire son livre en français. J’ai entrepris ce travail. lorsqu’on est ensemble. c’est que les deux premières surviennent dans ma vie par un autre biais que la fac. pour moi (71x 58 cm) : il s’agit du portrait de Gérard Althabe. Il me reste quelques détails à travailler. Je ne tiens pas ce journal régulièrement. de notre projet de revue Attractions passionnelles. Au moment où j’écris. Mais la différence entre Maja et Liz d’un côté. enfin le travail de traduction qu’elle a entrepris de mon livre sur le journal… Aux dernières nouvelles. Hier. mais cela me demanderait un gros effort de synthèse. sur le même tableau à partir d’une pose en djellaba qu’il avait prise chez moi. Maja écrit un roman… En parlant avec Liz. J’avais dessiné pour illustrer ce texte. Depuis 4 jours. Par contre. mais en même temps ayant un rapport avec l’art. et objectivement. Je reprendrai ce journal demain pour essayer de noter les idées de notre discussion d’hier. 269 . Sainte Gemme va devenir pour moi un lieu idéal de production : je vais y rapporter le grand chevalet. mais Lucette vient de rentrer. où je veux repartir avec du matériel de peinture pour travailler sérieusement dans les mois qui viennent. Elles ne sont en rien mes étudiantes : K serait plutôt à rapprocher de Catherine. 22 juillet 2004. Au départ. qui avait beaucoup transformé ma vie aussi.

je m’en veux un peu. On s’est promis une lettre par semaine. c’est bien lui !. E. Antoinette réagira. En me levant. a dit Geneviève. je ne lui ai posé aucune question sur elle . je voudrais aller faire agrandir quelques photos. et que je me représente intérieurement : livres. car je ne me rendais pas compte vraiment de ce qu’est la mort. Lucette pense que je ne dois pas laisser ma toile de Gérard Althabe dans la salle de séjour. Je réfléchis aux filles que j’ai aimées et qui m’ont aidé à m’accomplir : la différence entre avant et maintenant. Je voudrais peindre assez de toiles. d’abord par le regard critique de ceux qui ont connu les personnages. ce que je suis en train de faire. a-t-elle ajouté. par des gens qu’elle peut émouvoir. l’auteur montre comment. dans les familles japonaises. les ancêtres deviennent des esprits protecteurs : j’ai réfléchi. je crois que ce que je cherche à produire. qui a la vocation Etienne Gilson L’Introduction aux arts du beau . directeur. de sa mère : Pauline Hess. par ailleurs (dans un autre journal). Christine DeloryMomberger. avec assez de sérieux. découvrant le tableau que j’ai peint de son père cet hiver. si je parviens à faire ce que j’imagine. Je voudrais aussi acheter des cadres pour travailler de façon systématique dans les jours qui viennent… J’écris un morceau de journal avant de m’occuper de la venue de Frédéric Althabe. 1998. Setsuko Kokubo Deguen. Vrin. Analyse du traitement rituel de la mort au Japon au sein des familles et des collectivités locales. Dans cette thèse. toiles. La semaine passée. c’est que je viens de sortir de l’adolescence. ce matin. Cette notion. d’ici septembre. à cette thèse et à ses effets sur moi. m’a-t-elle dit. c’est un musée de mes esprits protecteurs. que j’ai dans la tête. ont besoin d’exister. (6 juillet 2004. c’est une galerie d’esprits protecteurs. car. un échange avec Antoinette Hess. Antoinette a trouvé ma toile très sévère : -Mais. Pourtant. je sens que les tableaux de personnages ou de groupe. Comme me l'écrivait le philosophe René Schérer. Ainsi. 331 330 270 . Remi Hess. Gérard Althabe et Joseph Gabel en moins d’un mois. président. 1984) dans lequel j'ai écrit l’article “ Gilson ”. Elle m’a seulement reproché de ne pas avoir répondu à ses mails. Maurice Gruau). Aujourd’hui.Quand Hélène et Yves sont arrivés vers 20 heures hier. Jury : Pascal Dibie. mais. -Je n’ai jamais aimé ce personnage. pour me faire un univers où je me sente bien. a été pour moi essentiel : il me semble que ma peinture a besoin d’être vue. j’ai l’impression d’être entré dans une autre période de ma vie : je ne peux plus mettre à demain des choses qui me tiennent à cœur. j’ai été surpris : j’avais l’impression d’être au tout début de ma conversation avec Liz . Lire de la philosophie donne de l'allant. que je prendrais comme base de tableaux futurs. La mort de mes parents m’a effondré. J’ai eu du mal à me sortir de cette expérience. je veux tenter une toile à partir d’un dessin fait par Lucien Hess. "cela sera un choc terrible pour son fils ”. le matin… Je repense à Liz Claire : j’essaye de lui donner un statut dans ma transversalité. installée dans notre salle de séjour. Avec les disparitions d’Hubert de Luze. Sainte-Gemme est un lieu. a pris une grande force lors de ma participation à la soutenance de thèse de Madame Setsuko Kokubo Deguen 331 . je me suis plongé dans la relecture de plusieurs articles du Dictionnaire des philosophes (PUF. Odile et Geneviève ne supportaient pas bien cette toile. encore un peu floue lors de la visite de René Schérer. J’ai lu également de cet auteur le premier chapitre de L’Introduction aux arts du beau 330 . Vendredi 23 juillet. Gilson est né en 1884 et mort en 1978 : il était donc nettement plus âgé qu’Henri Lefebvre. à l'université de Paris 7 .

une rationalité. et elle ne connaissait même pas le nom de Lance Amstrong. Je n’en ai pas envie. Mais laquelle ? Idée de l’aider à traduire sa thèse. La question est cependant l’urgence : je vieillis . Ils meurent : je vais me retrouver seul. d’Abélard et Héloïse : eux aussi. je pervertis son innocence. nos passions. que je donne alors priorité au sport ou à la danse. qui ne plait pas à Liz : il y a une efficacité. ce n’est pas possible : je lui dis que je suis heureux d’avoir pu me laver à Sainte-Gemme. En fait. Je vais lui envoyer. elle a commenté mes idées dans sa thèse. la relecture des carnets de ma mère en témoigne : elle était affolée que je ne révise pas mon bac. A Mélissey. Le sport ? Le tennis pour moi : ma victoire au Tournoi de Passy ! Grâce à Samuel ! Ai-je le droit d’avoir des relations avec mon neveu ? Il y a un tel fossé culturel entre nous. mais pas trop. Je préfère avoir des relations avec des gens. etc. Elle n’est pas contre le fait de voir Lance Amstrong monter l’Alpe d’Uez : elle ne savait pas ce qu’était le Tour de France. mais il faudrait que. En même temps. de refuser la femme que lui envoie son frère. Je n’imagine pas un modèle qui soit silencieux. Quelle place donner à Liz ? Je lui ai dit que j’allais prendre la place de Gérard vis-àvis de moi. que j’ai l’impression que. d’ici là. Peut-on être philosophe. j’ai beaucoup investi sur des plus vieux. me demande-t-elle. frappe à ma porte et me dit en gros : -J’ai lu tes travaux. la passion. C’est Jenny Gabriel qui me pousse à peindre d’après modèle. Je lis sa vie dans le Dictionnaire des philosophes. Publier son livre ? Il faudrait essayer chez Métailié. faire des livres. tous les jours. a le droit le lire mon Journal de Levanto sur Le capitalgens (classé “ œuvre posthume ”). On continue à parler tout en regardant les images. Liz me semble être un modèle idéal. 271 . Dans la constitution de mon capital-gens 332 . Je veux passer du temps avec toi. Je peux vivre la solitude . utile dans la vie collective. jeune femme de 30 ans. je parle de Saint Thomas d’Aquin. Je comprends donc ce qu’elle veut dire. il faut en parler dans notre revue. en Italie. et avoir des relations aux femmes ? Le vécu et le conçu d’Henri Lefebvre. J’ouvre la télévision. Liz m’a lu. Qu’est-ce qu’un livre ? Il faut construire un texte bref qui ne défende qu’une seule idée. A un moment de notre conversation. Idiot ? Idée que je dois changer de place et réorganiser mon porte feuille relationnel : il faut donner un peu de place à des jeunes. Son choix de rentrer dans les ordres. qui m’a caractérisé depuis mon adolescence . Dominique a un rapport à la cuisine. dès que je lui parle. 332 Liz Claire ayant été rendre visite à Lorenzo. On parle aussi de la douche : Liz aime prendre une douche. de ces amis. pourtant. je peux vivre avec le souvenir de ces ancêtres. -Qui est-ce ?. l’exclusion du quotidien par les philosophes. elle en fasse un livre. Liz. une revue. Peut-on composer une photo ? Je vois déjà la toile dans la photo que je prends. etc. etc.d’accueillir ces toiles. et supprimer toutes les recherches parasites. Je ne peux lui demander de poser. seul ou avec des gens. mes proches deviennent des ancêtres. Mais à Mélissey. qui me connaissent. mais une absence d’espace pour l’improvisation. me semble être un événement qu’il faut commenter dans Attractions passionnelles. quelle place leurs donner ? Nous parlons de la manière dont nous vivons nous-mêmes dans des lieux. les garder pour d’autres publications. Refus de continuer l’activisme. Je veux être ton amie. Je parle à Liz. que j’ai fait réparer la chaudière et que l’on a de l’eau chaude à volonté. On est bien : Liz s’installe à côté de moi sur le vieux canapé : -Puis-je faire une photo de toi ? -Oui. et qu’elle occuperait ma place. Je dois lui faire une place dans ma vie.

un signal et un symbole. J’ai rapporté de Paris mon livre d’or “ Atelier ” : c’est un signe. car il expliquait que de tels textes devaient être édités sous formes de livres. elle attend un enfant. Lucette dit que je rends bien sa relation à elle-même : cela suppose de bien observer la personne. Je suis rentré en train. Idée de publier un morceau de ce journal dans Attractions passionnelles. Je continuerai ma méditation sur Liz un peu plus tard. j’ai mille choses à transporter en Champagne. proposition de K.Jusqu’à maintenant. j’ai eu l’idée d’ouvrir ce journal. Nous partons vers 11 heures dans sa Panda. Liz Claire arrive à Paris aujourd’hui. j’ai une partie de mon journal sur un support directement utilisable et une autre partie dans des carnets. Faire poser quelqu’un demande qu'on puisse donner des gages. Avec Kareen. mais où j’installe tout doucement mon atelier. pour le donner à taper. pour y noter mon fort investissement ce matin sur le terrain de l’art : j’ai écrit un premier sommaire du n°1 d’Attractions passionnelles. de m’emmener en voiture à Sainte Gemme. en compagnie de Charlotte. mais il fait plus de 60 pages. Or. Il y a ceux que je frappe moi-même directement sur mon ordinateur . à la réunion des IrrAIductibles a beaucoup insisté sur le fait que le numéro 4 de notre revue institutionnaliste était délirant. René Schérer. Je tâtonnais depuis des mois autour de ce projet. je n’ai jamais de journal terminé. et. je regardais l’étape du Tour : faire un va et vient continuel entre l’écran et la toile permet de garder une distance : avoir un débat scientifique avec quelqu’un que l’on peint rend certainement la discussion supportable. Ainsi. Hier. notre précédent maçon : elle est plus rapide. comme aujourd’hui sur un carnet. concernant mon moment de l’art. j’ai découvert les Romantiques allemands : ils m’inspirent. montrer une certaine compétence. (Anniversaire de Nolwenn). Il est 10 h 40. J’ai passé tout l’été à Sainte-Gemme où j’ai peu peint. en peignant Gérard. dans le premier numéro. sauf dans le cas des 272 . et ma voiture est à la gare de Dormans : or. Sa technique est différente de celle de Pierre. Donc. elle a vécu beaucoup. Mardi 7 septembre 2004. on arrive à l’heure où François rentre de chez lui : nous n’avons pas pu casser la croûte ensemble aujourd’hui. 13 h 30. Ce travail a débloqué pas mal de choses : j’avais décidé d’y placer des extraits de mon Journal d’un artiste. Sous le parrainage de Kareen. au-delà même de la photo. vendredi dernier. Cette remarque m’a décidé à créer un nouveau livre : Le Journal des moments. La peinture n’occupe pas tout mon univers mental. depuis. Du coup. mais mes journaux ne sont jamais que des fragments. Idée d’aller fêter ma petite fille. Il faudrait que j’aille manger. Il continue à faire des joints. j'ai peint d’après photo : cela évite de bloquer quelqu’un pendant des heures. on parle à bâtons rompus. Et en même temps. On évoque Attractions Passionnelles. 8 septembre 2004. j’inscris mon moment peinture à Sainte Gemme. Dans mon portrait de Liz. dont j’ai écrit le premier sommaire hier à Paris : je l’ai envoyé aux personnes ayant la vocation d’y écrire. il y a ceux que j’écris. C’est pareil pour mon portrait de Gérard : je le fais maintenant. Mais. Par contre. du fait qu’on y avait publié un “ article ” de 105 pages ! J’ai écouté René. une voiture qui ne dépasse pas les 110. parce que je ressens très fort sa présence en moi. Il va falloir que j’aille me laver. J’attends souvent qu’un carnet soit plein. beaucoup de choses . Revoir Kareen est une vraie fête pour moi : nous nous sommes quittés le 10 juin 2004.

Liz m’a apporté en même temps que ce livre de photos. les animateurs de la revue Athénaum (1799-1802). L’inachèvement est au cœur de l’expérience humaine. Dois-je rentrer chez moi ? Dilemme. 1995. juste après mon retour ici. la personne d’Althabe doit être installée dans un contexte. De plus. Ils font l’éloge du fragment : le fragment a une unité . Je vais rapporter mes livres d’art de Paris : ils sont actuellement dans mon bureau. dans des recueils et des supports de nature différente. Liz est à Sainte Gemme. la traduction du Journal mexicain (1923-26). Son train existe-t-il ? Ne s’est-elle pas trompée d’horaire ? Dans ce cas. Elle dort. elle aura un espace pour peindre… J’ai présenté Kareen à François. J’ai été la rechercher. ce matin. Bon. et : Journal mexicain. qui se construisent sur une plus longue durée. à Antoinette Bornizet. Klee. dans un paysage. Le paysage portera le personnage. Je vais rentrer : je continuerai à écrire à Sainte Gemme. Nadine qui la connaît déjà entend les commentaires de François sur Kareen. le traducteur. une cohérence d’ensemble que je ne parviens pas à trouver dans les autres “ moments ”. Peut-être tente-t-elle de m’appeler au téléphone. Si l’homme meurt avant d’avoir épuisé toutes ses virtualités. elle arrivera demain : il est 20 heures 15. l’œuvre aussi : l’œuvre est un processus. je veux dire que mes visiteuses d’hier en m’apportant 4 livres. J’ai laissé en plan Paul Klee. me dit-elle. 273 . un germe. Il y aura un jeu. Kareen apprécie le tableau : elle le juge “ quasiment ” fini : -Vous avez fait d’énormes progrès. en banlieue. Tout à l’heure. Et l’on passe à autre chose. à placer dans une bibliothèque d’art (Dali. s’ils voient arriver Liz Claire demain ? J’écris maintenant. Dans mon atelier : un 333 Edward Weston. Elle est arrivée à Dormans. en donnant une transversalité à l’espace. sans jardin.journaux de voyage dans lequel du début à la fin. Le fragment peut être repris : c’est une idée forte. Donc. Hier. débarquer avec une jeune femme semble vraiment bizarre : que diront-ils. Elle va emménager dans une maison de 70 m2 habitables. avec une bonne préface de Gilles Mora. dans cette précieuse lecture. pour dévorer un livre offert hier soir par Liz. même si cela n’est pas encore achevé. il tend vers la forme définitive. un lien : c’est construire le dispositif. J’ai réussi à trouver une solution technique à ce problème en lisant les Romantiques d’Iéna. Edward Weston) me poussent à me construire un pan “ bibliothèque ” dans mon atelier. je montre à Kareen ma toile de Gérard Althabe . Je me suis plongé. Photographies. je lui avais parlé de cette toile. j’écris dans un carnet. Edward Weston. assis dans ma voiture. et elle disait arriver à 20 heures. Mercredi 9 septembre. Au village. en lui disant qu’elle était loin d’être terminée : le portrait proprement dit n’a pas encore de lunettes. il n’y a pas de fond : or. Faire exister une pièce. Avant de commenter ces lectures. Le Seuil. Il s’agit du Edward Weston 333 . Taschen. Kareen m’a offert le Journal de Klee. qu’elle me restitue. J’attends l’arrivée de Liz à la Gare de Dormans : Et elle n’est pas à l’heure. photographe américain (1886-1958) est aussi un diariste. Il y a donc une unité. François n’est toujours pas arrivé. Paris. 10 h. entre le portrait et son contexte.

La création de l’espace bibliothèque de Sainte Gemme permettra le transport de caisses de livres de Paris vers Sainte Gemme : les livres qui resteront à Paris seront des livres choisis. mais il serait intéressant d’élargir : sur le plan géographique. Une maison. l’Angleterre. nouveau climat de la pièce : il faut que je parvienne à distinguer les concepts de moment. le travail. La fonction stockage et archive sera exclusivement à Sainte Gemme. etc. nous avons réfléchi sur un sujet de thèse pour Liz. Lourau était un grand lecteur de journaux : je le deviens. j’ai été frappé par le rangement opéré dans la salle aux archives : Charlotte a remporté tous les livres. l’Italie. on y écoutait vers et musique . (salle des archives. Sainte Gemme. tenue par une dame. climat : je crois que ma théorie des moments avance par le concret de l’aménagement et du ménagement de l’espace. c’était le lieu d’élaboration de livres. cette socialité particulière entre 1750 et 1850. le repas. d’œuvres diverses.meuble pour ranger les toiles. Liz voulait travailler sur la période 1780-1820. me voici de retour : je vais préparer le repas pour Hélène qui me rend visite à midi. le mercredi 15 septembre 2004. J’ai avancé Le Journal mexicain de Edward Weston. Liz Claire travaille. en attendant Lapassade). de romans. un appartement permettent a priori de s’inscrire dans certains moments : le repos. Vide ? Non. dispositif. Je veux noter qu’hier. Les livres parisiens formeront une bibliothèque vivante. Est-ce bien le peintre préféré de Charlotte ? Je vais aller taper le programme (38 numéros) d’édition d’Attractions passionnelles. Mes lectures me font me représenter. 11 h. qu’elle avait étalé durant plusieurs semaines. histoire de l’imprimer et de pouvoir travailler dessus à midi. mais certaines pièces peuvent voir se superposer plusieurs moments. mais il me faut aussi y rassembler mes photos destinées à être reprises dans des toiles… En arrivant à Sainte Gemme. 9 h. le 12 septembre 2004. C’est un bon sujet pour développer l’anthropologie de l’éducation informelle. parfois. Sainte Gemme. permet de renforcer la dimension lieu d’écriture du bureau. Mardi 14 septembre. il faut explorer la France. était une institution transversale . on y mangeait. A Paris. Au départ. J’en suis à la page 61. On explore la notion de Salon comme espace. depuis 8 mois. Après l’attente de mes résultats d’examens. on pouvait y danser . 274 . un autre pour le matériel de peinture. mon bureau était en même temps quelque chose comme un atelier : le déplacement de l’atelier sur Sainte-Gemme. comme moment de formation : le salon. l’Autriche. assez bien. et une virée chez Anthropos pour porter un manuscrit de Christine. on y buvait . l’Allemagne. fonction. avec Liz et Christine. 11 heures. Je lis le catalogue de l’exposition Füssli (1741-1825) : la peinture m’intéresse. 9 h 30 (MGEN). R. (dans le métro).

Je me sens proche du Grand jeu. Grasset. : ce texte est fondateur d’une théorie qui s’applique aux IrrAIductibles. je ne puis m’en satisfaire. visite de la pratique de tango de Charlotte . En lisant Charlotte. après 4 mois d’interruption . “ Nous étions. J’ai essayé de lire le Journal de Klee : j’ai terminé le premier journal. le 20 septembre 2004. J’aime le peintre Sima. étonnement de toujours savoir danser ! Fatigue tout de même.Pépé travaille au second. 1963 . 2003. Plaisir d’y trouver Bernadette. Prague. Béamu. d’entrer dans notre conseil de rédaction d’AP. Attractions passionnelles aura une filiation à mettre à jour avec le Grand Jeu. Hier soir. j’ai relu 180 pages (mot à mot) du mémoire de maîtrise de Charlotte. certaines font 50 kgs. (en partant pour Saint Denis). Reims. de l’artiste. Idée de proposer au directeur de l’Ecole des Beaux-Arts de Reims. Faut-il y peindre des personnages de la famille ? des personnages illustres qui ont traversé notre vie ? Relire le fragment de F. passé à Sainte Gemme : Charlotte a écrit l’essentiel de ce texte. ma fille. etc. L’art et la poésie. du mot esprit. Ce texte est programmatique pour moi : beaucoup d’idées qui y sont analysées ont eu une postérité chez H. depuis cet été. il me faut trouver quelque chose. Paris. Il faudrait que j’en recopie des passages entiers dans différents journaux : beaucoup de choses sur l’instant (“ instant éternel ”) à confronter au moment. Que dire dans ce carnet ? Je dois reprendre la peinture. Chez ma sœur Odile. 275 . p. Il a besoin d’aide : i