Remi HESS

Henri Lefebvre, une pensée du possible
Théorie des moments et construction de la personne

2008

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Sommaire Remerciements Préface : Sociologie et histoire, par Gabriele Weigand Introduction

PREMIERE PARTIE : SUR LE MOMENT
Chapitre 1 : Des moments et du temps, selon Jacques Ardoino Chapitre 2. Le moment : une singularisation anthropologique du sujet Chapitre 3 : La dynamique du moment, concept de la logique dialectique Chapitre 4 : Lectures de l'histoire Chapitre 5 : Le bon moment Interlude 1 : L'année Lefebvre

DEUXIEME PARTIE : LA THEORIE DES MOMENTS DANS L’ŒUVRE D'H. LEFEBVRE
Prélude à la seconde partie : Henri Lefebvre, une vie bien remplie Chapitre 6 D'une philosophie de la conscience à l'expérience de l'exclusion Chapitre 7 : La somme et le reste Chapitre 8 : La critique de la vie quotidienne Chapitre 9 : Le moment de l'œuvre et l'activité créatrice Chapitre 10 : Les moments de l'amour et de la pensée Interlude 2 : Journal du non -moment

TROISIEME PARTIE : CONSTRUIRE LES MOMENTS PAR L'ECRITURE DU JOURNAL
Chapitre 11 : Moment du journal et journal des moments Chapitre 12 : L'entrée dans un moment : Le journal d'un artiste Chapitre 13 : La conception : le moment conçu Bibliographie

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Remerciements
De nombreuses personnes m'ont aidé dans ma recherche sur la théorie des moments. Tout d'abord, Henri Lefebvre (1901-1991) lui-même, qui a su me former à la pensée critique. Il a dirigé ma première thèse (1973) et m'a encouragé à le suivre dans la construction de cette théorie des moments. Ensuite, René Lourau (1933-2000) a rêvé d'écrire ce livre avec moi. Cette coopération ne s'est pas concrétisée, mais durant quinze ans, R. Lourau, qui avait dirigé ma thèse d'état, a suivi l'avancée de cette recherche. Michel Trebitsch, décédé durant l'hiver 2003-2004, m'a aidé sur quelques points décisifs. Ensuite, je dois remercier : Georges Lapassade (Paris 8), qui, par son opposition à cette théorie, m'a contraint à l'affirmer sans cesse davantage. Lucette Colin (Experice, psychanalyse) m'a aidé pour la rédaction du chapitre sur le "bon moment". Ce livre lui doit encore beaucoup, dans la mesure où elle en a suivi les mouvements. G. Weigand (Würzburg/Karlsruhe), a suivi l'écriture de ce livre depuis vingt ans. Ses recherches sur l'horizon des mots, et le moment de la personne (1983-2004) lui permettent, mieux que tout autre, d'entrer dans mon rapport au monde. Christophe Wulf (Institut d'anthropologie historique, Berlin) m'a fait prendre conscience de l'importance de la pensée d'H. Lefebvre pour penser l'anthropologie historique. Christine Delory-Momberger (Experice, Paris 13) m'a fait entrer dans le monde des histoires de vie ; Jean-Louis Le Grand m'a invité à exposer mes idées dans son séminaire ; Liz Claire a organisé à la New York University une conférence décisive, où je fus invité à parler et à discuter avec des collègues américains. René Barbier me soutient intellectuellement depuis 1994. Jacques Ardoino m'a apporté ses questions sur la relation "moment et temps". Véronique Dupont et Bernadette Bellagnech m'ont secondé dans la dimension technique de la production de ce livre. Leur travail de secrétariat s'est toujours doublé d'une entrée dans la discussion de ma problématique. Sophie Amar, Benyounès et Kareen Illiade m'ont aidé dans l'organisation de nos colloques H. Lefebvre, de Paris 8. Ces rencontres aidèrent à clarifier beaucoup de choses. Armand Ajzenberg, Arnaud Spire, et tous les camarades d'Espace-Marx et de la Fondation Gabriel Péri m'ont souvent invité à présenter l'avancée de mes travaux. Ils m'ont associé à leurs propres recherches. Jenny Gabriel a été une interlocutrice essentielle à la fin de cette recherche, puisque sa thèse s'est inscrite au cœur de mon chantier. Le livre qu'elle tire de cette thèse, sera un "moment" de cette recherche qui nous lie. Alcira Bixio (Argentine), Sergio Borba (Brésil), Liz Claire (Etats-Unis), Zhen Hui Hui (Chine), Maja Nemere (Allemagne), Vito d'Armento et Fulvio Palesa (Italie) et Elena Theodoropoulou (Grèce), mes fidèles traducteurs, m'ont aussi apporté leur soutien en m'encourageant à terminer ce livre, me promettant de faire connaître la théorie des moments dans leurs pays. Je remercie tout particulièrement Benyounès Bellagnech, qui m’a accompagné depuis 1999 sur le terrain de l’articulation entre la théorie des moments et la pratique du journal. La parution de son livre Dialectique et pédagogie du possible (2 vol., 830 p.), en février 2008, est un complément de ce travail.

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Préface Sociologie et histoire
par G. Weigand La théorie des moments s'inscrit dans le moment lefebvrien de Remi Hess. L'ouvrage Henri Lefebvre et la pensée du possible montre comment H. Lefebvre indique une voie pour se tourner vers le possible, que cette voie est actuelle, et qu'en prolongeant H. Lefebvre, Remi Hess propose une théorie de l'espérance qui nous engage à regarder l'horizon, plutôt que de rester tournés vers le passé ou engloutis dans un présent sans perspective. Ce livre est aussi, pour nous, le premier moment d'un programme plus vaste, la confrontation théorique et pratique de deux postures, de deux identités épistémiques, que nous voudrions articuler du point de vue de l'anthropologie philosophique : la sociologie et l'histoire. Ce fut le projet théorique de H. Lefebvre. Une recherche lefebvrienne Au moment où je préparais ma thèse sur La pédagogie institutionnelle en France, à 1 l'université de Wurzburg , j'ai découvert l'oeuvre de R. Hess, à côté de celles de H. Lefebvre, G. Lapassade, M. Lobrot, R. Lourau. Dès 1979, j'ai donc lu les quatre premiers livres de R. Hess. A partir de 1985, nous avons été conduits à travailler ensemble, tant sur le terrain de la 2 recherche-action éducative et interculturelle , que dans un effort commun de publications en 3 Allemagne ou en France sur l'analyse institutionnelle . Je puis donc témoigner ici de la fidélité de R. Hess à la théorie des moments. La théorie des moments est une perspective de recherche que R. Hess doit à sa rencontre avec la personne, et avec l’œuvre d’Henri Lefebvre (1901-1991). La pensée de H. Lefebvre fait vivre R. Hess depuis 1967, année où il a rencontré ce philosophe pour la première fois, dans l'amphi B de l'université de Nanterre où H. Lefebvre assurait le cours d'introduction à la sociologie, pour les étudiants de première année de philosophie, sociologie et psychologie. À cette époque, R. Hess était étudiant, un étudiant d'H. Lefebvre, parmi beaucoup d’autres. Et il découvrait ses livres au rythme où H. Lefebvre les publiait (entre 2 et 4 par an à l’époque). Et, en même temps, il arrivait à R. Hess de découvrir un ouvrage antérieur qu'il s'empressait de lire. À cette époque, R. Hess avait 20 ans et H. Lefebvre en avait 67 ! Le philosophe avait déjà publié plus de 30 livres… Dans le même département de sociologie de Nanterre où enseignait H. Lefebvre, se trouvaient plusieurs personnages dont R. Hess suivait aussi les enseignements, et qui jouèrent un rôle important dans sa formation : Jean Baudrillard (né en 1929), René Lourau (1933-2000)… Tout doucement, Henri Lefebvre est devenu le maître de R. Hess ; il a été son directeur de thèse de sociologie (Nanterre, 1973). En 1978, R. Hess publie Centre et périphérie qui s’inspire fortement de De l’État de H. Lefebvre. Régulièrement depuis 1980, en alternance avec des phases où il développait la
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Gabriele Weigand, Erziehung trotz Institutionen ? Die pédagogie institutionnelle in Frankreich, Wurzburg, Königshausen + Neumann, 1983, 207 pages. 2 Dans le cadre de programmes financés par L'Office franco-allemand pour la Jeunesse. 3 Parmi la vingtaine de productions communes : Institutionnelle analyse, Francfort, Athenaum, 1988 ; La relation pédagogique, Paris, Armand Colin, 1994, Cours d'analyse institutionnelle (Cours de la licence en ligne, Paris 8, 2005). 4 H. Lefebvre, De l’État, 4 volumes, 10/18, 1976-77. Le volume 4 est dédié à R. Hess et R. Lourau.

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sociologie d'intervention, l'analyse institutionnelle, l'exploration interculturelle, la pédagogie, les sciences de l'éducation, l'histoire des danses sociales, R. Hess est passé par des périodes où il s'est replongé dans l'œuvre de H. Lefebvre. Au départ, il s’agissait souvent pour lui d’écrire des articles qui lui étaient demandés, en tant que proche de H. Lefebvre. Ainsi, il est l'auteur 5 de la notice Henri Lefebvre, dans le Dictionnaire des philosophes . En 1988, R. Hess publie le premier livre français consacré au philosophe : Henri Lefebvre et l’aventure du siècle. Ses recherches sur la vie et l’œuvre de H. Lefebvre le conduisent alors à découvrir plusieurs ouvrages virtuels que son maître auraient pu écrire, en reprenant des thèmes récurrents dans son itinéraire, mais pas suffisamment dégagés ou autonomisés (la théorie des moments, la méthode régressive progressive, la théorie des résidus, la théorie des possibles...). Si leur différence d’âge n’avait pas été si grande (47 ans), si son statut d’éditeur d'aujourd’hui, R. Hess l’avait eu 25 ans plus tôt, il est probable qu'il aurait commandé à H. Lefebvre ces ouvrages, mais le maître est mort sans qu’il ait été possible de lui proposer ces synthèses. Aussi, après la mort de H. Lefebvre, R. Hess s'est décidé à donner plus d'importance à son moment lefebvrien, pour se consacrer à cette recherche. Ce moment de travail l’a d’ailleurs stimulé à approfondir sa connaissance de l’œuvre de son maître. Ainsi, dans les années 2000-2002, au moment du centenaire de H. Lefebvre, il a 6 accentué son effort d'édition de la partie introuvable de l'œuvre . Editer un auteur suppose qu’on le lise et relise, et ce d’autant plus qu’on souhaite introduire les ouvrages, les enrichir de notes, d’index. Tout ce travail, parfois fastidieux, conduit à des découvertes, à des perceptions nouvelles de l’œuvre. Pour écrire une préface, on s’intéresse à des auteurs contemporains de l’œuvre que l’on redécouvre. Cela permet la construction de liens, la mise au jour de contradictions. Pour élargir son moment lefebvrien, R. Hess a organisé deux colloques internationaux. Le premier eut lieu à la fin juin 2001, à l'occasion du centenaire de la naissance d'H. Lefebvre ; à cette occasion, R. Hess a mis sur pied cinq jours de rencontre à Paris 8. Cent cinquante personnes participèrent à ces journées. Le 8 décembre 2005, il a encore organisé un colloque, en collaboration avec Espace-Marx, sur "De la découverte du quotidien à l'invention de sa critique, autour de l'œuvre d'H. Lefebvre". Là encore deux cents personnes participèrent ! Ces colloques rencontrèrent un vrai succès, au sens où ils mirent en présence de vieux Lefebvriens, des militants, et des étudiants découvrant l'œuvre d'H. Lefebvre. Ces rencontres furent des moments d'intensité, par rapport à la perspective de durée de l'implication de recherche que je tente de décrire. R. Hess n'hésite pas à voyager pour diffuser la pensée d'H. Lefebvre, ainsi en septembre 2006, il participait à une rencontre sur H. Lefebvre à Rio Grande (Brésil).
R. Hess, "H. Lefebvre", in Dictionnaire des philosophes, sous la direction de Denis Huisman, Paris, PUF, 1984, pp. 1542-1546. 6 Liste des livres d'H. Lefebvre édités dans des collections dirigées par R. Hess (la plupart du temps, ces livres font l’objet de préfaces, présentations, postfaces de sa part) : (1988), 2° éd. de : Le nationalisme contre les nations, Méridiens-Klincksieck, coll. “ Analyse institutionnelle ”. (1989), 3° éd. de La somme et le reste, Méridiens-Klincksieck, coll. “ Analyse institutionnelle ”. (2000), 4° éd. de La production de l’espace, Paris, Anthropos, précédé de “ Henri Lefebvre et la pensée de l’espace ”, avant-propos à la quatrième édition de p. V à XXVIII. (2000), Seconde édition d’Espace et politique, Paris, Anthropos, précédé de “ Henri Lefebvre et l’urbain ”, préface, p. 1 à 6. (2001), 3° édition de Du rural à l’urbain, Paris, Anthropos, présentation de la p. V à XXVI. (2001), Seconde édition de L’existentialisme, Paris, Anthropos, précédé de “ Henri Lefebvre philosophe ”, préface, p. VI à XLVIII. (2001), 2° édition de La fin de l’histoire, Paris, Anthropos, précédé de Note de l’éditeur. (2001), Seconde édition du Rabelais, Paris, Anthropos, précédé d’une préface. (2001), Contribution à l’esthétique, 2° édition, Paris, Anthropos, précédé de “ Henri Lefebvre et l’activité créatrice ”, pp. V à LXXIII. (2002), Méthodologie des sciences, inédit de H. Lefebvre, Paris, Anthropos. précédé de “ Henri Lefebvre et le projet avorté du Traité de matérialisme dialectique ”. (2002), 3° éd. de La survie du capitalisme, la reproduction des rapports de production, Paris, Anthropos, suivi de “ La place d’Henri Lefebvre dans le collège invisible, d’une critique des superstructures à l’analyse institutionnelle ”, postface. D'autres livres sont en préparation, notamment une réédition de La somme et le reste.
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Parmi les chantiers théoriques de R. Hess développés ainsi à partir de l’œuvre d’H. Lefebvre, je voudrais en signaler trois. L’un est consacré à la théorie des résidus qu’H. Lefebvre a fortement développé dans Métaphilosophie. Pour H. Lefebvre, la philosophie vise le systématique, mais faire système a un coût : écarter des résidus. Par exemple, le philosophe a tendance à prendre ses distances par rapport au quotidien. Or, ce résidu est précieux. Le résidu peut devenir un irréductible. On peut partir de lui pour critiquer le système. Sur ce terrain, avec ses étudiants, R. Hess a créé 7 une revue : Les irrAIductibles qui se donne pour objet de repérer et de fédérer les résidus du monde actuel pour en faire des irréductibles. Un autre chantier concerne la méthode de H. Lefebvre : la démarche régressive progressive qui a eu un certain écho, puisque Sartre l’a reprise, et développée dans Questions de méthode, dans La critique de la raison dialectique, puis dans son Flaubert… Je travaille avec R. Hess à la rédaction d’un ouvrage de méthode, que H. Lefebvre a probablement eu envie d’écrire, si l’on en juge par son projet de Traité de matérialisme historique qui n’eut que deux volumes : le premier étant publié de son vivant et l’autre, bien qu’écrit en 1947, ne 8 fut édité que de manière posthume . Une autre synthèse était indispensable. R. Hess s'y consacre depuis 1988. Elle concerne la théorie des moments. Le thème est présent dans l’œuvre de H. Lefebvre comme titre de chapitres, mais la problématique des moments est très présente (on pourrait dire : omniprésente), dans l’ensemble de l’œuvre de H. Lefebvre, de 1924 jusqu’à ses derniers écrits philosophiques (Philosophie de la conscience, La somme et le reste, La critique de la vie quotidienne, La présence et l’absence, Qu’est-ce que penser ?). Cette théorie est construite en 1924, solidifiée en 1959, présente en 1962, toujours vivante en 1980… Bref, le terme de moment est constamment présent dans l’œuvre d'H. Lefebvre. Il y est élaboré sur le plan théorique et longuement développé à plusieurs reprises. H. Lefebvre n’est pas le premier à s’intéresser à ce concept de moment. Hegel lui donne une place importante dans son œuvre. Dans la pensée philosophique allemande, cette conceptualisation est d'ailleurs constamment présente, même si R. Hess montre qu'elle reste 9 implicite . Chez Hegel, le concept a d’ailleurs plusieurs significations. R. Hess a trouvé un emploi complexe de ce terme chez les auteurs contemporains de Hegel, par exemple dans Les écrits pédagogiques de Schleiermacher (1826), mais en même temps, à cette époque, la théorie des moments, bien que présente, n’est pas dégagée. En droit, être l’inventeur d’un trésor, c’est le trouver ou, en philosophie, le retrouver, et lui donner de nouvelles dimensions. Dans ce sens, on peut dire que H. Lefebvre a trouvé ce terme, qu’il a rêvé à plusieurs reprises d’en faire un concept. Il l’a préféré à beaucoup d’autres pour penser la complexité des objets du social, qu’il s’était donné : le quotidien, la philosophie, l’urbain, la présence et l'absence, etc. Il me semble qu’il en a fait un bon usage. C’est la perspective que R. Hess dégage ici, même s'il élargit sa recherche aux questions actuelles qui sont les nôtres aujourd’hui. R. Hess est fidèle à la pensée de H. Lefebvre, dans
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Crée en 2002 (après le vote Le Pen), les irrAIductibles ont déjà publié 10 numéros, représentant 4000 pages. H. Lefebvre, Méthodologie des sciences, précédé de "H. Lefebvre et le projet avorté du Traité de matérialisme dialectique", par R. Hess, Paris, Anthropos, 2002, XXVI + 228 p. 9 R. Hess me faisait remarquer que mon livre Schule der Person, Zur anthropologischen Grundlegung einer Theorie der Schule, (Wurzburg, Ergon, 2004, 430 p.) était une illustration de la théorie des moments historiques et philosophiques. J'y dégage les grands moments de la pédagogie de la personne, depuis l'époque de Charlemagne.

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plusieurs chapitres où il restitue l'apport du maître. Sans vouloir faire de plagiat, il cherche alors à coller à ses mots. Dans d'autres chapitres, R. Hess explore le concept avant H. Lefebvre (Hegel, Schleiermacher). Ce travail éclaire un contexte philosophique que H. Lefebvre s'est approprié, et qui modifie forcément la première théorie des moments, celle de 1924, qui ignorait Hegel, Marx, etc. Enfin, R. Hess se réfère à des concepts produits par G. Lapassade, R. Lourau, F. Guattari, tels que dissociation, transduction, transversalité que H. Lefebvre 10 n’emploie pas ou peu . En 1994, il est apparu à R. Hess que le concept de "moment", très vivant dans l’œuvre de H. Lefebvre avait plus de force que celui de situation qui dominait les débats intellectuels, auxquels il participait alors. Avec lui, je me lançais dans la rédaction d’un ouvrage sur Situations et moments, mais une mauvaise manipulation d’ordinateur engendra la destruction de notre texte. Les quelques morceaux qui survécurent furent recyclés dans La relation pédagogique que je terminais avec R. Hess. Nous fûmes assez malheureux de cette mésaventure, mais nous n'avons pas abandonné ce projet. En 1996, R. Hess inscrivait ce projet de La théorie des moments, à côté de celui de La méthode régressive progressive, parmi les premiers titres à produire dans la collection "Ethnosociologie" qu'il lancait. Ces livres sont toujours en chantier. Bien que ce discours sur les moments commence à se faire connaître, notamment par la transmission orale (les cours de R. Hess font un emploi permanent de ce terme, il a dirigé des thèses illustrant ce concept), cette théorie des moments restait à l'état de projet, de perspective. Car, même si R. Hess a 11 utilisé ce terme dans certains de ses titres d'ouvrages , il existe une différence entre les écrits analytiques (illustratifs d’un point de vue) comme les journaux, la correspondance (essentiels pour les Institutionnalistes), etc. et les écrits synthétiques ou théoriques. Dans les années 1996-2004, R. Hess a donné priorité aux textes biographiques, car il tentait une synthèse sur les méthodes biographiques, et il ne voulait pas écrire sur la technique du journal, par exemple, sans pratiquer cette forme d’enquête… Cette forte implication dans ce projet diariste ou autobiographique l’a obligé à remettre le moment théorique à plus tard… Dans la biographie d’un auteur, d’un chercheur, il est parfois des thèmes qui sont présents constamment, mais qui ne parviennent pas à s'expliciter de manière synthétique. Ces termes deviennent alors obsessionnels. Henri Lefebvre lui-même, bloqué pour des raisons techniques (il ne frappait pas ses textes lui-même), a réécrit plusieurs versions de livres qui lui tenaient particulièrement à cœur, à la fin de sa vie, sur la rythmanalyse, le secret, etc. Lorsque nous travaillons à une construction théorique, nous tentons de clarifier des aspects confus de la problématique, de surmonter des contradictions internes, de résoudre des conflits entre plusieurs sens possibles d’un mot qui peuvent entraîner des emplois contradictoires ; nous tentons de résoudre des objections qui peuvent être soulevées, etc. Nous construisons une cohérence plus grande ; bref, le travail théorique formalise. On donne à lire un texte écrit de manière plus élaborée, et cette élaboration nous permet d’aller plus loin, de regarder l’horizon réflexif autrement. Au moment où il se lance dans l’écriture de ce livre, R. Hess a conscience qu’il y a un chemin à parcourir, un travail à accomplir pour faire passer la notion de moment au statut de concept. Il le fait en recensant tout d’abord les morceaux théoriques contenus dans l’œuvre de H. Lefebvre, en y articulant les emplois du terme. En
Concernant la transduction chez H. Lefebvre, voir R. Hess et G. Weigand, De la dissociation à l'autre logique, préface au Mythe de l'identité, éloge de la dissociation, de Patrick Boumard, Georges Lapassade, Michel Lobrot, Paris, Anthropos, 2006. 11 Remi Hess, Le moment tango, Paris, Anthropos, 1997, 320 pages ; R. Hess et Hubert de Luze, Le moment de la création, Paris, Anthropos, 2001, 358 pages ; Remi Hess, Produire son œuvre, le moment de la thèse, Paris, Téraèdre, 2003, etc.
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même temps, il tente une synthèse. Enfin, il tente d’appliquer la théorie à l’analyse d’objets actuels que H. Lefebvre n’a pas explorés. De ce point de vue, R. Hess entretient à H. Lefebvre le rapport que ce dernier voulait entretenir à K. Marx : reprendre sa méthode, pour porter plus loin la théorie et la pratique. La théorie des moments est un premier essai de formalisation. R. Hess a trouvé une forme qui articule les fragments d'une recherche, conduite depuis vingt ans. Il n'est pas inconcevable que cet ouvrage ait une suite, ou soit refondu par l'auteur à l'occasion d'une édition ultérieure.

Sociologie et histoire : un programme
La théorie des moments est le premier volume d'une série "Sociologie et histoire" que nous envisageons de produire ensemble, éventuellement avec l'aide d'autres collaborateurs. Nous travaillons, R. Hess et moi-même, certaines problématiques depuis 1985. Lors de nos premiers terrains communs, R. Hess, sociologue fortement influencé par G. Lapassade, avait une tendance à travailler sur "l'ici et maintenant". Il privilégiait la "structure" sur la genèse. Il avait un parti-pris pour l'ethnographie. Ma formation de philosophe et d'historienne me poussait à explorer l'horizon des mots. Ainsi, même lorsqu'ils employaient des mots identiques (pédagogie, éducation, famille, élève), les instituteurs allemands et français des rencontres de classes que nous observions, ne mettaient pas la même réalité derrière ces mots. Aussi, lors de ces terrains faits avec R. Hess, dans des échanges de classes franco-allemandes (nous avons passé 200 jours ensemble dans des écoles allemandes ou française entre 1985 et 12 1997 ), nous passions de longues heures à discuter nos perceptions des situations que nous étions censées observer. La propension sociologique ou anthropologique de R. Hess se ressent encore dans Le sens de l'histoire (2001). C'est lors de son séjour en Californie (Stanford et Berkeley) en 2005, que R. Hess a 13 tenu un journal "Suis-je un historien ?" où il réfléchit à son rapport à l'histoire . C'est dans ce contexte de recherche où il était invité par des historiens américains, qu'il prend conscience de la dimension historique de certaines de ses recherches (histoire de la danse, histoire de la famille, histoire de l'analyse institutionnelle, histoire de l'écriture diaire, forte implication dans le mouvement des histoires de vie). Il projette alors la concrétisation d'un chantier avec moi pour reprendre les questions que nous nous sommes posées depuis vingt ans. Ce chantier imaginé dès les années 1980, devient envisageable, car j'ai accédé en 2004 au statut de professeur d'université. Jusqu'alors, excepté 5 années où j'ai été maître de conférence à l'université de Würzburg (dans les années 1980), j'avais fait le choix d'être enseignante du secondaire. Cette position me semblait congruente avec mon domaine de recherche : les sciences de l'éducation. Dans cette discipline, trop d'universitaires ignorent la réalité du terrain. La relation entre théorie et pratique est, pour R. Hess et moi-même, une composante essentielle de notre paradigme de recherche. Cependant, il est un moment, dans une biographie, où la mise en forme des résultats de la recherche demande un investissement à plein temps. Quand je vois le travail réalisé par Henri Lefebvre en collaboration avec Norbert 14 Guterman , il me semble que R. Hess inscrit notre relation dans ce continuum. Histoire et Sociologie se fera donc en plusieurs volumes ; tout d'abord : La théorie des moments, La méthode régressive-progressive. Ces deux volumes correspondent à des urgences. Nous avons encore le projet de Théorie et pratique, (sur la pédagogie, sur la recherche-action, notamment), La construction de l’expérience, (à partir d'une relecture de Dilthey, on y explorera biographie, auto-biographie et histoire), L’horizon des mots, (sur
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R. Hess, G. Weigand, L'observation participante dans les situations interculturelles, Paris, Anthropos, 2006, 278 pages. 13 Remi Hess, Suis-je historien ?, colloques en Californie (16-26 mars 2005), 90 pages. 14 H. Lefebvre, La somme et le reste, pp. 45-46.

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un temps physique ou biologique. 1960. mais chaque temporalité en proie à la différence diffère d'elle-même. Certains critiques penseront que notre programme est présomptueux. H. Lefebvre fait de son rapport au marxisme. Sève. La différence. scandé par des opérations et des actes distincts selon les niveaux. Lefebvre. Lefebvre. il n'y a donc pas seulement un temps social. Cette problématique du rapport à l'histoire a opposé violemment H. osant mettre le philosophe en avant. H. d'entrée. 215. p. contrastées. La grande 17 formule. Lefebvre à L. d'H. 164. s'inscrivant parfaitement dans le programme conçu dans La somme et le reste. un temps mental. Je dois dire qu'il y a chez R. il souligne l'extrême perspicacité du rapport au temps de Gurvitch. La fin de l'histoire. Entre 1959 et 1989. Hess une certaine audace qui s'éloigne de la modestie que les Staliniens demandaient à H. personne n'a encore pris le temps d'inscrire l'analyse institutionnelle dans la théorie critique). mais toujours en avance vers le possible. Lefebvre décrivait son programme philosophique. Les essais de la Nouvelles Critique. dans La différence (1960) . Althusser. je dirai que le 16 reproche que Lucien Sève. appartiennent les continuités dans le temps. 15 multiplicité de parcours et de sens ". Théorie critique et analyse institutionnelle(dans le mouvement institutionnaliste. Mieux encore : on pourrait montrer. Lucien Sève se questionnait alors sur cette philosophie imaginative de H. 2° éd. typologies). Ce n'est pas seulement que le temps et l'espace se différencient passivement (pour et devant la pensée). le grand mot magique découvert. Ces livres ont été traduits en trente langues ! Quand on relit Lucien Sève. Continuum et rupture… On voit clairement l'inscription de ce programme dans le continuum lefebvrien. "la théorie du temps devient différentielle. cependant. Le champ de la conscience (réflexion-action) se diversifie et devient effectivement un champ. 9 . tel niveau dominant à tel moment (révolutionnaire. on peut dire que l'histoire a jugé le sociologue. Ils se conçoivent et se perçoivent comme capacités de différer : temps et moments multiples – topies diversifiées. une réponse. le phénomène total (la totalité) relève du social et de la sociologie. Pour ce sociologue. Dans La fin de l’histoire. Il se moque de son emploi du futur : "Un linguiste s'amuserait à étudier dans les derniers chapitres de La somme et le reste. on ne montre rien : on montrera. c'est le programmatisme …".l’herméneutique depuis Schleiermacher). les quarante années qui ont suivies son exclusion du Parti. régularisé et freiné). Le chercheur et son objet (sur l'implication). Mais pour sa défense. Lefebvre. Lucien Sève écrivait : "Le prétexte de La somme et le reste. Lefebvre a réalisé le programme. le temps n'est jamais contemporain à soi-même. 17 L. notre réponse. on mesure mieux l'énergie qui se dégage de l'auto-évaluation que H. c'est la prétendue infécondité de 15 16 H. comme pour H. Il existe des gens qui voient les ruptures temporelles ou structurelles. ou en retard sur le possible. Penser le mondial. n°7. au chantier que nous ouvrons. La différence.. L’écriture impliquée. À l'histoire. Ce débat n'est donc pas clos. Ainsi. ne s'est pas justifié. ou bien au contraire. la subtilité des modes de l'affirmation verbale … Dans la nouvelle philosophie de H. Georges Gurvitch établit un lien dialectique entre l'histoire et la sociologie : une lutte dans l'unité. non de l'histoire et de l'historicité. Pour Gurvitch. livre de 777 pages. la sociologie préférant les discontinuités et les établissant avec force ainsi que leurs conséquences (périodes. faisait à La somme et le reste. tiré de ce bilan et cette "critique" de 1959. 222 pages. Lefebvre dans les années 1950. le contraire de l'esprit de parti ! C'est ainsi qu'il justifie l'exclusion de H. Lefebvre est sensible à l'approche du temps et des moments de Gurvitch. comme celle de l'espace et par conséquent de l'espace-temps et/ou du temps-espace. dans lequel H. Théorie des résidus. Lefebvre. il a publié 40 livres. Avec le recul. Lucien Sève. Lefebvre. effervescent. p. Chez Gurvitch. d'autres qui reconnaissent plus volontiers les continuités. Il y voit un travers petitbourgeois. Durant ces années. Commencer notre chantier "histoire et sociologie" par la théorie des moments est un moyen de donner. Lefebvre du Parti communiste ! Il pronostique la décrépitude du "renégat".

Je m'y sens fortement impliquée ! Peut-être d'autres. 20 Gabriele Weigand. Hess. 22 Mohamed Daoud. le soucis pédagogique 20 . Oser jouer la singularité maximum. Lefebvre aboutit. Hess. mais aussi son critique. 2007. Hess. R. je voudrais signaler les chapitres du présent livre sur le moment du journal et le journal des moments. Lefebvre. La critique du quotidien a été posée philosophiquement par H. Lefebvre a eu raison de se dégager du stalinisme. il est bien le disciple d’Henri Lefebvre 22 . R. R. La pratique du journal. Il s'inscrira dans un effort de comprendre les contradictions de l'époque d'aujourd'hui. Algérie. Lefebvre. 1998. en philosophie et histoire de l'éducation. Paris. Le thème de la rencontre. fragments pour une nouvelle théorie. 2007. 428 p. De ce point de vue. 239 p. Hess au niveau mondial. se reconnaîtront-ils dans ce programme ? Notre désir de confronter sociologie et histoire ne sera pas seulement théorique. Par un juste retour des choses. Anthropos. dans laquelle se mêlent la question politique. Lefebvre. et les limites des disciplines académiques fragmentées les analyser.la boue nauséeuse que constitueraient le marxisme dogmatique et le communisme stalinisé. Remi Hess. Hess conçoit le journal comme un outil ethno-sociologique qui permet de capter le quotidien pour 19 en faire la critique . La passion pédagogique. Pour R. 2008. G. Lefebvre nous montre qu'il est possible de s'en dégager. mais aussi pratique. nous nous permettons de mettre en question la fécondité de l'attitude à laquelle H. Analyse institutionnelle et pédagogie. Gabriele Weigand. par rapport à son maître H. Il est aussi prospection. l'enquête au quotidien. Aujourd'hui encore. Weigand. Paris. en n'hésitant pas à faire des pas de côté. H. le travail de R. Paris. 725. Dar Et-Houda. c’est aussi notre intérêt pour une analyse institutionnelle sur les lieux de nos pratiques 21 ." L'histoire a jugé le sociologue. En 2007 a eu lieu un colloque sur l’œuvre de Remi Hess à l’occasion de son 60° anniversaire. Ce furent des dimensions essentielles de l'œuvre de H. La relation pédagogique. La somme et le reste. en construisant ses moments ! La sortie de La théorie des moments est donc le premier jalon d'un programme en cours. Parmi les apports plus spécifiques de R. Hess n'est pas seulement restitution. C'est une médiation entre théorie et pratique. Lefebvre ne laisse que peu d'informations sur ses pratiques de recueil de données. c’est une reconnaissance de la nécessité d’intervenir dans le camp social pour le transformer . R. 2007. Ain M’Lila. H. 18 Gabriele Weigand Professeur d'université à Karlsruhe (Pädagogische Hochschule). Ain M’Lila. de la praxis. Dar El-Houda. H. préface de Mohamed Daoud. montre l’ancrage de la pensée de R. p. Quelle aurait été sa "fécondité" s'il était resté entravé par les dogmatiques ? Sa leçon est actuelle. L'intérêt de l'apport de R. telle est l'enjeu de la théorie des moments. c'est de donner un outil pour entrer dans cette critique. La construction d'outils est un élément de la pratique. L’homme total. le fait qu’elle rassemblait des participants venant d’une vingtaine de pays. Je voudrais terminer cette présentation en disant que la publication du livre de Remi Hess s’inscrit dans un ensemble de textes et d’ouvrages qui s’inscrivent dans une perspective d’ensemble. et un effort constant pour développer une critique de la vie quotidienne. on se construit en affirmant ses projets. Notre relation à Henri Lefebvre. Anthropos. 19 18 10 . Lefebvre. 21 Gabriele Weigand. le monde est peuplé de dogmatismes. lorsqu'il faisait du terrain. H. On voit ainsi que. Hess partage avec H. Hess. Lefebvre l'idée qu'il faut affirmer haut et fort son projet identificatoire. Quelle éducation pour l’homme total ? Remi Hess et la théorie des moments. avec nous. Hess. Anthropos.

Würzburg/Paris. le 25 février 2008.Doyenne de la faculté de philosophie et pédagogie. 11 .

connaissance et repos. La confrontation des projets avec le "réel" (la pratique) exige la participation des intéressés". le décevoir et le surprendre. se discutent. p. est celle qui imagine un saut immédiat de la vie quotidienne dans la fête… Le combat pour s'inventer dans le sens du possible. H. lacunes. qu'il y a un décalage. Il sera toujours battu sur le plan de la logique. H. Comment un mouvement réel. Paris. Lefebvre analyse ce combat que l'homme doit mener contre le développement de la technique pour elle-même. 26)". de la rigueur formelle. en finir avec l'humanité-fiction. Il y a quarante ans. les plans. dans Position : contre les technocrates. créer sans crier à la création. des fonctions et des 12 . 17)". "bien instauré dans le creux entre le passé folklorique et les virtualités de la technique (p. 265 Henri Lefebvre est le théoricien du "Possible". Et contre le cybernanthrope. C'est dans le quotidien que les progrès de la technique doivent pénétrer. Lefebvre reste d'actualité. passion. Il écrit : "Par rapport aux possibilités. ironie. ni les procédés d'utilisation. il y a tous les moments : travail et jeu. projets et programmes représentent à peu près ce qu'est un briquet par rapport au dispositif de mise à feu d'une fusée. c'est s'affronter à la montée du cybernathrope. Dans tout acte. Il devra perpétuellement inventer. n'ont la moindre proportion avec ce que permettraient les techniques. sur la voie qui mène au possible. Utopie ? "Dès lors qu'il y a mouvement. il ne peut d'abord que valoriser ses imperfections : déséquilibre. 15). se réinventer. dérèglements. de la forme et de la structure (p. de la perfection technique. Dans cet ouvrage. Du rural à l’urbain. Pour vaincre et même engager la bataille. Critique de la vie quotidienne 2 (1961). Ni les matériaux. effort et jouissance. ici et maintenant. Il le sait déjà. ses représentations du possible et de l'impossible ? L'unité et le conflit dialectique du possible et de l'impossible font partie du mouvement réel. désirs. H. Lefebvre. social et politique ne proposerait-il pas. troubles. s'inventer. 120." Alors que l'on envoie des fusées dans la lune. La pensée de H. il nous propose les "fragments d'un manifeste du Possible". les choses n'ont pas changé. ils ont avoué et entériné leur stagnation (p. Anthropos. ils attendent également une mise en forme qui les élucide et les propose. Et elle n'y est pas. il nous propose l'homme. on est incapable de produire des logements aux cloisons insonorisées ! Nous nous trouvons face à la loi d'inégal développement." L'utopie de gauche. oublis. "l'anthrope" : "L'anthrope devra savoir qu'il ne représente rien et qu'il prescrit une manière de vivre plus qu'une théorie philosophico-scientifique. 3° éd. "La totalité ? Dialectiquement parlant. Proche en ce sens. il y a utopie. En quarante ans. On ne peut même pas affirmer qu'ils sont en retard. excès et défaut de conscience. elle est là. pour H. p. La technocratie a toujours le "fétichisme de la cohérence. brouiller les pistes et les cartes du cybernanthrope. Lefebvre. se confrontent. H. qu'il faut introduire l'exploration du possible. technique pour la technique. Lefebvre montre que c'est dans le quotidien. Dans la mesure même où les "révolutionnaires" ont condamné l'utopie. Mais ces moments exigent d'une part une objectivation dans la réalité et dans la société . joie et douleur. la totalité est donc aussi lointaine : immédiateté vécue et horizon". et peut-être selon certains dans la nature . 54). C'est d'un abîme qu'il faut parler (p..Introduction : "Les propositions portant sur le possible s'examinent. Lefebvre.

structures. Accompagnant un mouvement politique qui veut fédérer les résidus des systèmes. l’errance et la demeure. thème déjà réfléchi. Autour des rocs de l'équilibre. trop souvent. Cette théorie peut donc s'inscrire dans un continuum de pensée. il sera le flot. p. l'air. Il se frayera un chemin entre le sérieux et le jeu. implique une mise en pratique des moments." On trouve aussi cette autre définition : "Ensemble des principes. comptable ou fiscale. mais voudrait jouer un jeu différent de celui de la philosophie. 10193. de règles. Construire une théorie des moments constitue un enjeu déterminé : apporter des outils à ceux qui veulent penser leur vie au-delà de l’année scolaire. en 10 volumes. Cherchant à construire une forme de présence articulant vécu. terme encore assez flou. Ce terme de moment n’enferme pas autant que d’autres (situation. la théorie et la pratique sont dans un rapport d'interaction." Ce livre participe à la construction d'une théorie du possible. la post-modernité fait le constat d'une dissociation du sujet. tourmentent la personne. La posture philosophique qui sera la nôtre se trouve à l'intersection de la sociologie (ou anthropologie). dans leur revue. et plus généralement de la société tout entière. dilemmes. Il vaincra par le style (p. 230). fragmentation. en matière de théorie des moments. Il vise à trouver une perspective de dépassement des contradictions. Cette recherche relève donc quelque part de la philosophie. 1985. forme et fragments. qui en fixe la pratique"… Et en effet. La théorie des moments est un effort pour articuler continuité et discontinuité. de la bureaucratie qui. Peut-on sortir des impasses (traumatisantes) des dissociations imposées par le monde d'aujourd'hui ? La théorie des moments voudrait se proposer pour penser la dissociation. Ici. différents de la société post-moderne. unité et diversité. de lois scientifiques. de la dialectique et de l'histoire. l'Athenaum. la complexité caractéristique du vécu humain. Qu’est-ce qu’une théorie ? Une théorie est "un ensemble organisé de principe. un art. au niveau de l'œuvre. le filet contre l'armure. l'élément qui ronge et qui recouvre. à ceux 23 Grand dictionnaire encyclopédique Larousse. structure. il y a une relation étroite entre théorie et pratique. pour les développer et se tourner systématiquement vers une création de la personne comme oeuvre. avait cru pouvoir construire une identité unifiée du sujet. Il mènera le combat du rétiaire contre le myrmidon. La théorie résulte de la pratique et à son tour exerce son influence sur la pratique. 23 visant à décrire et à expliquer un ensemble de faits . par les Romantiques allemands (1799-1800). conçu et perçu. dissociations. pour transformer en ressource ce que l'homme d'aujourd'hui vit comme dispersion. 13 . celle du XIX° siècle. du continuum et de la rupture. Penser sa vie en termes de moments. instant. ce terme a l’avantage de ses inconvénients. le moment. A qui s’adresse cette théorie ? Ce livre voudrait tenter de penser un niveau de la réalité. des concepts qui fondent une activité. fonction…). nous voudrions montrer qu'un effort de l'individu est possible pour développer les germes qu'il porte en lui. produits par la montée du système. Elle a sa place dans une histoire de la philosophie de la conscience. Alors que la société moderne. bien qu’il ait le mérite d’accéder à un niveau complexe de la vie. une forme de la présence et de l'absence.

les fins de mois à boucler. J'y mets de la volonté. Ainsi. Syllepse. Métaphilosophie (1965). de recevoir nos amis ou mille autres choses ? Comment ces modes de présence peuvent se créer des horizons ? Comment constituons-nous nos moments ? Quelle est la part qui relève de l’héritage du passé. 2001. La théorie des moments a sa place dans une posture. cette théorie s’adresse surtout à tous ceux qui pensent qu’en une part d’eux-mêmes. mais les observer met au jour qu’ils nous constituent une identité. tente de nos faire entrer dans le possible. sans la réduire à une seule de ses dimensions. Je sors une nappe. L'inscription disciplinaire de cette théorie. l’amour. les pratiques professionnelles ont tendances à simplifier les représentations à ce qui peut être efficace. à la fois anthropologique et historique. Je prépare un repas. quelle est la part de notre volonté. Lefebvre. Elles nous engluent dans un présent. En conséquence. le moins mal possible. de la prise de distance. pour en dépasser l'aliénation. celles des agents de l’eau ou de l’électricité. Le moment. J'expérimente un moment d’humanisation dans lequel je me sens totalement sujet… Ces moments ne sont pas les mêmes pour tous. 14 . que j'ai décidée : le jeu avec les enfants ou petits-enfants. Paris. le quotidien nous objective… On cherche à le fuir dans des conduites passives (on s’installe devant la télévision. auxquels je m'identifie. Objectiver ce qui nous objective. de boire. parfois chez nous. une force de subjectivation qui transforme les obligations.). le métier ou l'absence de travail pour l’adulte) nous objectivent. sommeille le moment philosophique. conçue comme critique du quotidien. Concrètement. construit son unité dans la diversité. le quotidien est tellement absorbant qu’il est vécu sur le mode de la passivité ou de l’extro-détermination. 24 H. Je travaille à être sujet de mes déterminations. C'est une méthode qui. Les pratiques du quotidien acceptent davantage la complexité. Plus tard. la pratique sportive. sur le mode du métier. celle qu’a tenté de dégager Henri 24 Lefebvre. Ainsi. dans sa Métaphilosophie . de notre intervention ? Quelle ouverture sur le possible ? Si La théorie des moments s’adresse quelque part aux philosophes et plus généralement aux théoriciens. il y a des moments où le quotidien se transforme. Comment s’est façonné notre art de manger. Ce moment est celui de la distanciation. Je veux me penser comme une personne qui. une cohérence. Je ressens un fort désir de devenir sujet. de passer du temps à une activité. Ainsi. sera donc davantage du côté d’une anthropologie historique et philosophique. Les pratiques obligées (l’école pour l’enfant et l’adolescent. tel est l'enjeu d'une théorie des moments. très souvent. plutôt que purement philosophique. c'est l'effort pour donner de la consistance aux germes que nous portons. notre identité. le repos… Ou des amis surviennent. au-delà de ses dissociations. la fac ou la recherche du premier emploi pour le jeune adulte. analyser et critiquer le quotidien. mais elles sont peu l’objet d’une méditation systématique et d’une réflexion. etc). etc. derrière tout ce flux héraclitéen du quotidien qui pourrait nous submerger. le moment théorique.qui veulent construire une unité. Je les reçois. 2° édition. cet ouvrage se veut théorie de l'effort de mise en contexte du vécu. Je prends du temps pour moi. Ainsi. de l'effort pour objectiver. l’élève a tendance à vivre sa vie d’élève sur le mode du jour le jour. je fais des projets. mais sans projet d’ensemble. Il faut répondre aux sollicitations externes. il y a. les factures à payer. d’étudier. qui croient qu’une avancée conceptuelle peut aider à penser le monde. une totalité dans l’œuvre de leur vie. peut-être de faire notre jardin. ou dans la production de ruptures (fêtes)… Pourtant. et comme pensée anticipative. Je décide de lire. Je suis heureux de les revoir. du contrôleur des impôts. les abonnements à renouveler. Ce sont les sollicitations externes qui construisent votre quotidien (les exigences des parents pour les enfants. les exigences des enfants pour les parents. partant que quotidien. Je fais le projet de devenir moi.

plusieurs théoriciens. pour la première fois. p. et la SINgularité renvoie au principe de conjonction (sun en grec. En 1803. s’intéressant au mouvement. le moment historique. on peut remarquer que la langue allemande distingue deux genres au terme de "moment". ils sont à la fois en relation négative et en relation positive avec chacun des deux autres 25 . Paris 8. mathématicien. dans son Traité complet de mécanique (1736) fait entrer le terme de moment dans une analyse et une science du mouvement. on peut trouver au concept de moment des origines “ mécaniques ”. Gens d’école et gens du tas. Ce contexte sémantique n’échappe pas à Hegel lorsqu’il conçoit sa logique dialectique. Le moment entre dans une dynamique. chaque moment est affirmation des deux autres . enfin le moment comme singularisation anthropologique d’un sujet ou d’une société. La dialectique hégélienne distingue l’universalité. Il apparaît alors comme le conçu d’une forme que l’on donne à un vécu qui se produit et se reproduit dans un même cadre psychique et/ou matériel. 45 à 57. II). 12 septembre 2001. l’UNiversalité renvoie à l’unité positive. Comme le souligne l’étymologie des mots. Il conviendra donc progressivement d’en dégager les contenus. ce pourrait être la conjonction entre le tout et ses parties). Ainsi. Hegel élabore le modèle d’une dialectique organisée en trois moments. Dans son Introduction à la critique de la philosophie du droit. Louis Poinsot.Le moment historique Voir à ce sujet la thèse de Patrice Ville... nous allons tenter une première définition.Le terme de moment est fort répandu. Par contre. la règle de composition des forces concourantes. thèse d’état. C’est dans ce livre que se trouve développée la première théorie des moments. ils sont indissociables . Une socianalyse institutionnelle. Le moment historique est identifiable dans une dynamique temporelle.Le moment logique dans la dialectique Dans son acception dynamique. Pierre Varignon énonce. Le moment est alors un espace-temps d’une certaine durée. On peut cependant identifier trois principales instances de ce terme : le moment logique. d’une certaine épaisseur. élément du tout. la PARTicularité renvoie à la partie. 25 15 . Les propriétés des trois moments hégéliens sont les suivantes : chaque moment est négation des deux autres. I). c’est-à-dire facteur déterminant dans une dynamique. le neutre : Das Moment renvoie au latin momentum (poids) proche parent de movimentum (mouvement). der Moment renvoie à une durée temporelle à confronter à la notion d’instant. Pour entrer dans cette distinction. Il est polysémique. Entre 1725 et 1803. mathématicien français reprend ce terme dans l’étude mécanique du couple et développe une théorie importante sur la rotation d’un corps (Sylvester et Foucault reprendront cette théorie). utilisent le concept de moment. Définition du moment Le terme de moment est polysémique. dans son traité La Nouvelle mécanique (1725). Le moment anthropologique sera davantage dans la spacialisation. Leonhard Euler. Pour aider à avancer. D’abord. au masculin. ou en statique ou en dynamique. la particularité et la singularité.

par exemple. Il s’agit d’intensité dans la vie du sujet. Il ne dure qu’un instant. etc (et donc avec eux leurs œuvres) comme des “ moments ” de la pensée systématique. temps très bref. L’histoire de l’humanité se développe selon une logique. le communisme. dans la genèse historique. dans lequel le sujet adulte refonde ses projets et ses perspectives de formation. Friedrich Schleiermacher montre que la difficulté de l’école est de mobiliser l’enfant qui vit dans le présent pour travailler à se préparer un avenir. nous devons distinguer le moment de la situation. 46]. III). 16 . Chaque moment précisément pédagogique s'avère ainsi comme un moment inhibant. nous devons tout d’abord le distinguer de l’instant. le salariat. Descartes. Dans ce contexte historique. La situation pose les différents évènements qui. Mais. émergent. Par exemple. l’enfance. Le moment comme singularisation anthropologique d’un sujet ou d’une société Pour définir cette acception. Le moment présent lutte contre le moment à venir : “ Dans chaque moment pédagogique. à une certaine date historique. Il n’a lieu qu’une fois. ” Dans l’histoire du sujet. un mode de production dominant peut voir survivre d’autres moments du travail : il y aura déjà un espace pour le salariat dans une société à dominante féodale. Ces événements s’organisent par “ Tâtonnement expérimental ” (C. celle du sens de l’histoire. K. Marx distingue les principaux modes de production : l’esclavage. ont permis un avènement. on produira donc toujours quelque chose que l'enfant ne veut pas. le pourquoi et le futur nous échappent. Francis Lesourd parle de “ moment privilégié ”. Sigmund Freud parlera. et du communisme. sorte d’ “ insight ”. H. Ces différents moments s’interpénètrent logiquement dans la dynamique de vie d’un sujet comme. la naissance. Lefebvre parle de la bataille de Varsovie (1917) comme d’un tel moment. K. dans l’histoire de la philosophie. le moment garde quelque chose du sens logique. il distingue des phases ou des moments dans le devenir de l’homme : la conception. Le “ moment décisif ” est une intensité stratégique dans la vie d’une société. Par opposition le moment a une consistance temporelle. telle personne etc. en parlant de “ moment décisif ”. On se demande donc si on a le droit d'effecteur de tels sacrifices [p. ” Et plus loin : “ Chaque influence pédagogique se présente comme le sacrifice d'un moment précis pour un moment futur. Dans le même mouvement.) nous échappe en grande partie. se mettent en place d’elles-mêmes. on utilisera aussi le terme de moment dans un sens plus limité. matériellement parlant. des stades dans l’histoire humaine qui sont les moments de cette histoire. le servage. La conscience immédiate est égale à zéro. Dans l’histoire de l’économie. Saint Augustin. L’instant est éphémère (Kierkegaard). et que nous ne pouvons que constater. le devenir de l’Europe. on pourra définir Socrate ou Platon. Freinet) et créent un contexte dont l’origine (pourquoi tel moment. Marx reprendra ce concept en distinguant des phases. conditions dont l’origine. par exemple. dans ses écrits pédagogiques. Si Trotski avait gagné cette bataille.Pour définir le moment dans l’histoire. Le “ c’est ça ” est une forme de cette révélation. La situation est donc la résultante d’une série de conditions qui adviennent. L’instant se pose comme la “ révélation ”. aurait été autre. l’âge adulte. En éducation. quant à lui du “ bon moment de l’interprétation ”. instantané. chez Hegel ou Marx.

peut se développer au niveau d’un moment (dimension ethnographique) : on compare par exemple notre moment du repas ou notre moment de l’école. Le moment est le lieu où jouent. moments d'une biographie. 2001. on prend également conscience de son épaisseur à la fois dans l’espace (situation) et dans le temps ouvert (le retour du moment sous une forme comparable). C'est aussi une possibilité pour concevoir l'advenir. existe déjà chez Hegel. mais refusant l’absolu 26 . Mais c’est surtout à Henri Lefebvre que l’on doit un développement et une diversification de cette théorisation du moment anthropologique. 414 pages. dans un mouvement d’ensemble donnant un sentiment d’improvisation. R. Par contre. sinon en développant un sens de l’improvisation permettant de faire face à cet imprévu. liés aux éléments constituant sa situation. la logique. La prise de conscience d’un déjà vécu. dans une situation aux conditions similaires. La rencontre avec l’autre. Ch. En 1808. Dans le déroulement du temps. Delory-Momberger. parce qu’il revient.C’est la “ sédimentation ” de cette série de situations qui. Son auteur lui donne forme. finit par “ s’instituer ”. Hess. et le moment du travail intellectuel. déplisser dans une histoire personnelle ou collective. à partir de ses critères connus. Le sens de l'histoire. le moment de la formation. créent le moment anthropologique. Paris. le moment de la rencontre avec les autres. le moment du travail. c’est donner forme et signification à ses moments. on accède à un niveau encore plus distancé (dimension anthropologique). comme “ singularisation anthropologie d’un sujet ou d’un groupe social ”. Mais la rencontre peut aussi se donner comme objet le principe de production et de reproduction des moments de deux sociétés (dimension ethnologique). se laisse redéployer. Marc-Antoine Jullien propose de distinguer le moment du corps et de la santé. voulu ”. parce qu’il se connaît de mieux en mieux. j'ai pu orienter la pratique des histoires de vie en formation. réfléchi. le moment du travail et le moment de l’Etat. qui distingue dans la société le moment de la famille. le moment de l’amour. Se former. Avec Christine Delory-Momberger. le moment. on voit bien comment les différentes instances du concept de moment se ploient et se déploient. comme au carrefour de lignes de fuite. et lui-même donne forme à son auteur. Nous n’avons pas de prise sur l’instant. dans une constante interaction avec les autres instances. on va pouvoir distinguer différents moments anthropologiques (le moment du repas. tendant vers. l’histoire et l’anthropologie. le moment philosophique. permet de dénommer et de structurer le moment (moment du travail. En prenant conscience du moment. Le moment. vers une anthropologie des moments du sujet. 26 17 . en France et en Allemagne. En situant ces comparaisons culturelles dans un ensemble plus vaste. moment de la création) et de pouvoir à nouveau l’identifier. la rencontre interculturelle. ni sur les situations (imprévisibles). à condition d’être “ conscientisé. etc). Dans ce type de chantier. ou sur le plan historique ou sur le plan géographique. Anthropos.

le moment d’un couple est le “ produit de la distance des deux forces du couple par leur intensité commune ”. R. Lyon. pouvant Cf. le moment est. d’inertie. d’une force…) 28 . Uvarov et D. Dictionnaire des sciences. Je la publie intégralement.passé. selon Jacques Ardoino En juillet 2001. Chapman. voire dans la durée. plus indéfini . Lefebvre. “ Le temps dénié dans (et par) l’école ” in Le temps en éducation et en formation. comme réponse à mon questionnaire. de me dire la manière dont il se représentait la relation entre moment et temps. Jacques Ardoino. au lendemain du colloque du centenaire d'H. en insistant sur la brièveté du vécu de cette durée). Dans les échanges langagiers qui n’ont pas encore fait l’objet d’une critique linguistique et sémantique appropriée. ou moments. d’un moment à l’autre…). Sont aussi à rapprocher d’un tel concept. “ moment magnétique ”. PUF. de la dialectique hégélienne). concept de la logique dialectique Chapitre 4 : Lectures de l'histoire Chapitre 5 : Le bon moment Chapitre 1 : Des moments et du temps. Provenant du latin momentum (XIIème siècle). une expression devenue familière lorsque nous ânonnions nos “ humanités ” et exercions l’apprentissage des langues étrangères. nous avons affaire à des nombres. Lefebvre. statistique : “ moment d’un vecteur ” par rapport à un point . AFIRSE. Dans la plupart de ces emplois. temps. j'ai demandé à Jacques Ardoino de me dire. Même s’il peut s’accommoder d’acceptions plus vagues (je vais travailler un moment. dipolaire. il atteste ainsi son ancrage résolument spatial ou étendu. Ce sera la coïncidence dans le temps. pour lequel il avait participé au conseil scientifique. temps décomposés par l’analyse d’une séquence historique ou chronologique. B. notamment à travers ses nombreux emplois scientifiques (ce seront. dans les chapitres suivants. ici. selon Jacques Ardoino Chapitre 2. un “ faux ami ” du temps 27 dans la mesure où il affecte celui-ci d’un nouveau paradigme incontestablement réducteur. (avec son aimable autorisation). 1993 28 Par exemple. de moments en moments . La suite de ce chapitre est la réponse qu'il m'a faite. l’hic et nunc (centration sur l’ici et maintenant) et le temps (logique ou grammatical . Pour reprendre. les moments : cinétique. E. “ moment d’un couple ”. cette réponse pourra aider à mieux saisir. Essayons de voir comment s’opèrent ces transformations. Lefebvre concernant la théorie des moments. lui qui a tellement réfléchi sur le temps. à tout moment . littéralement. en électro-magnétique. en mathématiques. Paris. en mécanique. mais qui n'avait pas en mémoire les théories de H. par moments . l’instant (relativement plus bref encore que le moment). l'apport d'H. les rapports entre temps et moments sont finalement beaucoup plus complexes qu’il n’y paraissait plus superficiellement. Actes du colloque de l’AFIRSE 1992. 1956 27 18 . par contraste. dans la mesure où. en physique. présent. futur-. Le “ moment ” est essentiellement un “ intervalle ” de temps (court espace par rapport à une durée totale. il est assez précisément défini dans la plupart de ses usages. luimême contraction de movimentum (mouvement). Le moment : une singularisation anthropologique du sujet Chapitre 3 : La dynamique du moment.PREMIERE PARTIE SUR LE MOMENT Chapitre 1 : Des moments et du temps.

avec ses fonctions de repérage. instant (B) . crucial. ou en temps-durée (temporalité). le moment semblerait correspondre à un vécu plus émotionnel. Dans la langue allemande. Bosseur). passe. mois ans. s’écoule. est évidemment temporelle et suppose que son exécution. Dans son sens le plus général. quant on l’oppose à Chronos un soupçon de la dialectique des pulsions de mort et de vie ? 30 29 19 . son écoute par l’auditoire. tandis que les sentiments s’éprouveraient plus pleinement dans la durée. il est à entendre et à replacer au sein d’une relation et d’un système ”. à ce moment. La notion de “ moment ”. d’un enchaînement de propositions et d’arguments rationnels. se compte ou se conte. 31 Kayros est une divinité heureuse du panthéon grec. de laps de temps très court. processus psychiques ou social. de la sorte. accompagnant le succès. chronique. PUF. Il retient donc les significations courantes d’instant. mais il constitue en même temps un mouvement essentiellement transitif “ … qui met en lumière la connotation suivante : le moment est toujours une réalité relative et. en musique. faisant du moment une sorte d’entité temporelle. faciliteront l’émergence de formes musicales modernes. fait de mémoire et d’implications. dans nos usages. elle-même. subdivisé en “ physique ” et “ mental ”) . Paris. du sacré. 1947. dialectique (C). alors. physique. L’évolution des conceptions du temps dans l’histoire influera donc sur les genres et les conceptions de la musique supposant toujours l’intelligence des dialectiques du continu et du discontinu. d’où seraient évacuées toutes connotations philosophiques et métaphysiques. minutes. autonome ou non. 1992. en temps universel. courte durée. au mépris d’une rhétorique plus traditionnelle. vécu. le temps qui s’égrène. millions ou milliards d’années-lumière…). évidemment référées à un idéal Vocabulaire technique et critique de la philosophie. hétérogène. La composition musicale. et se décompte principalement dans la modernité de façon quantitative en unités de mesure du temps (nano-secondes. tierces. de même. à la faveur des “ moments ”. articles de P-J. à la fois qualitatif et logico-rationnel. Tout à fait indépendamment du “ temps qu’il fait ” (climat. La mesure de l’étendue. va ainsi tout naturellement s’associer à l’espace. justement. Tandis que le premier. transgressant la dualité continuité-discontinuité. objectif. se place sous les signes de Chronos. chronologique ou chronométrique. avec leurs possibilités de conservation et leurs combinatoires propres. N’y aurait-il pas dans cette représentation apollinienne. chacune des phases qu’on peut assigner dans un développement quelconque (transformation matérielle.constituer le point de départ d’une nouvelle séquence. ce peut être au détriment de cette relation à un tout. voire de Kayros 31 . millénaires. par rapport au temps philosophique. se spécifie. débouchant au mieux sur une chronologie. Mais lorsque l’intensité du moment prédomine. phase ou étape – au sein d’un processus global ”. (respectivement. L’Encyclopédie philosophique universelle 30 analyse ainsi ce concept sous les angles de la philosophie générale et de l’esthétique. intersubjectif. le terme y désigne : “ … un aspect . désormais seule prise en considération (au moment où. Ce seront. homogène (donc susceptible de mesure). secondes. renvoie. pour sa part. le vocable “ moment ” prend surtout le sens psychologique de décisif. au problème fondamental de l’existence d’un temps musical. Paris. interactifs. Labarrière et D. la victoire (donc conservant un parfum d’éphémère). météorologie). d’un son numérique. les moments de l’illumination. C’est alors le moment qui devient totalité en estompant tout le reste. à partir de ce moment…). Du point du vue psychologique. heures. la prouesse. culturels. mathématiques. jours. Nous sommes plutôt. PUF. qui va prédominer. juridiques. comme tel. de l’extase. jouent inter subjectivement avec des mémoires. groupaux. dans le temps logique et abstrait d’un raisonnement. entre plusieurs acceptions : puissance de mouvoir et cause de mouvement (A. cette dernière à partir de l’exemple musical. À la brièveté s’ajoutera parfois l’intensité. favorisant une concentration sur l’ici et maintenant. beaucoup plus explicitement particularisé ou singularisé. renvoient à des vécus singuliers et ou collectifs. Les notions philosophiques – dictionnaire. décennies. L’avènement d’une musique électronique. siècles.partie. du particulier et de l’universel. de la jouissance. Les philosophes (André Lalande 29 ) distinguent.

de ce point de vue. surtout. affirme sa complexité.) Relier les connaissances. le défi du XXème siècle. elle-même caractéristique d’un élan vital. une analyse plus approfondie. Elle ne se partage pas facilement. totalement construit. s’achevant en manteau d’Arlequin. Les “ moments ” juxtaposés s’y succèdent sans aucune référence à une durée. l’universel et le particulier. dans l’océan d’un feuilleton inhabité. Paris. si répandues par ailleurs. Penser l’hétérogène. ne peut-il être regardé comme une dégénérescence médiatique d’une phénoménologie très mal comprise ? La subjectivité. dès 1969. aussi intentionnels et délibérés qu’ils se veuillent. on retrouvera facilement trace de ces hétérogénéités avec l’alternance de langages tantôt d’inspiration résolument mécanique privilégiant les métaphores de la machine pour conforter l’ambition de maîtrise et de transparence. 1998 34 Nous nous y retrouvons immergés. Celle-ci n’est pas. de l’objet étudié.d’homogénéité. autrement dit avec les philosophies de la représentation. et. in Libération du 6 juillet 2001). Notons qu’avec ces questions. plus classique. d’une philosophie de la continuité. plus centré sur les agencements. pour retrouver cet autre qui lui opposerait justement des limites. plus hétérogène. l’anecdotisme chronique de “ loft story ” 34 . le temps et l’espace. enfin. à l’intersubjectivité. in “ Réflexions sur le psychodrame en tant que situation cruciale ”. Paris. voire submergés. Le temps est aboli. nous sommes au cœur de toute problématique philosophique : le continu et le discontinu. 1999. écrivain. la distinction plus radicale entre fiction et facticité que nous avions introduite. la relation à l’autre (aussi bien dans ses formes individuelles que collectives. La durée bergsonienne en garde encore elle même des traces. une ré-interrogation critique des excès de la phénoménologie (Claude Lévi-Strauss. Desclée de Brouwer. une propriété spécifique. Complexité et complication doivent alors être soigneusement distinguées. À son tour. réelle. Complicité et complexité sont intimement liées. 33 Cf. conduisant peut être au deuil nécessaire de la toute puissance (dont la rencontre avec la nature était sans doute la première expérience réellement éprouvée). Seuil. Paris. pour ne s’intéresser qu’aux données immédiates d’une conscience et d’une subjectivité (elle même inscrite dans une vie psychique inconsciente quand il s’agira de la psychanalyse) n’en contient pas moins ses enfermements. quand les entreprises d’intelligibilité tenant à tel ou tel parti-pris épistémologique (cartésien. La “ durée ” pensée par Henri Bergson. Au niveau des pratiques sociales. Michel Bataille…). Bulletin de psychologie. Nous retrouvons. elles s’ouvriront nécessairement davantage. manipulé. des complémentarismes (Charles Devereux. de ce fait. avec les curiosités empiriques. factice. l’homogène et l’hétérogène… Comme au monde. partiellement biologique et évolutionniste et. en ce sens. se feront aussi jour pour reconnaître aux hétérogénéités les vertus de leurs spécificités respectives. mais bien plutôt une hypothèse de travail et de lecture de cet objet étudié. plus accessible à l’incertitude et à la vanité de l’attente d’une maîtrise totale. avec les côtés encombrants de la nature. risque de devenir l’impasse de l’intersubjectivité. ne se réduirait plus au même. comme nous avons tenté de le montrer par ailleurs 32 . le sujet se cogne en vain la tête contre ses murs. René Barbier. mais des éclectismes. le second. Quand la durée rejoindra la temporalité (Jean-Paul Sartre) et l’historicité (Henri Lefebvre). ce qui n’empêchera pas de vouloir les articuler ensuite 33 . les unes comme les autres. numéro spécial 285. Cornelius Castoriadis. l’un et le multiple. ainsi conçue. Les balancements de l’histoire des idées feront peut-être du structuralisme. et mériteraient. Edgar Morin) ou des multiréférentialités (Jacques Ardoino. 32 20 . s’avèrent impuissantes. pour ne pas s’abîmer dans la confusion. Le prix à payer est notamment le naufrage d’un “ autre ” qui. conservant l’idée et l’intelligence du vivant et de sa complexité propre. Une fois enfermé dans l’epoche. Jacques Ardoino. Le choix d’une rupture avec les dualismes traditionnels. “ reconstruction narrative de la réalité ” ou “ narrato-cratie ” (Christian Salmon. est déjà d’une toute autre nature que le temps astro-physique calendaire. ici. Bergson n’échappe pas tout à fait à l’emprise phénoménologique de son temps. Guy Berger. “ La complexité ” in Edgar Morin (dir. 1969-70. notamment). Celle-ci nous semble devenir alors la trame ultime de la complexité. groupales ou sociales) y reste fondamentale. Jacques Lacan). Cf. Jacques Ardoino et André de Peretti. plus qualitatif. tantôt biologique.

Pour une Praxis pédagogique. Histoire et conscience de classe. À vrai dire. doivent être mis au jour en vue d’une communication moins babelienne. Jacques Ardoino. Paris. en biologie. “ D’un sujet. mondialisationglobalisation. Paris. au fil même de nos expériences de vie. mais aussi des temps parfaitement hétérogènes : la durée vécue intersubjective et le temps sidéral. justement. 38 Cf. vécus. si la coupure est trop radicale entre le sujet et ses autres 41 . en physique. bien entendu. Le mythe de l’entreprise. Une homogénéisation galopante que tout contribue aujourd’hui à renforcer (politique-spectacle.Dans le sillage. Mais. le “ substantialisant ” littéralement estompe les deux autres. surtout dans leurs formes radicales) entraîne la déchéance de la temporalité. Pi. 1962. les programmes et les plans. quantitativement très différents en fonction de leurs échelles respectives. présent : ici et maintenant. La Découverte/essais. PUF. les échéanciers. inscrits dans différents contextes. l’hypothèse indémontrable d’un “ big bang ” initial. Paris. 41 Cf. le processus de réification (Luckacs 36 ) caractérisant la modernité. parce que “ déniant ” la réalité de l’autre en désaccord. nous permettra peut-être de repérer (notamment à travers les langages et les métaphores naturellement privilégiés) ensuite chez nos différents interlocuteurs des formes d’intelligences plus spatiales. 36 35 21 . La spatialisation outrancière du temps (plus sécurisante en regard des attentes de stabilité épistémologique et scientifique. recherche de conformisation. Matrice. en psychologie. Ces “ allant de soi ” épistémologiques. en astrophysique. tels qu’en physique. non plus. fruits d’une imagination et d’une postulation théoriques. le temps calendaire se transforme facilement en espace ou en étendue 37 (les “ emplois du temps ”. Joseph Gabel. in Les avatars de l’éducation. 1992. La prise en considération de la façon même en fonction de laquelle se constituent et se développent nos structures mentales. a excellemment mis en lumière. de façon. toujours plus ou moins relatifs à une durée. les rapports coûts-efficacité…) . Ici encore. L’aménagement du temps . Editions de Minuit. que non seulement il y à des temps. et des “ moments ” explicitement psychiques ou mentaux. en tenant également compte des apports disciplinaires scolaires et universitaires. Editions de Minuit. concertation au lieu de négociation…) en résulte encourageant une sorte de médiocratisation généralisée. 1963 et L’homme unidimensionnel. cette fois. ou plus temporelles. évidemment. voire des temporalités. 1960. 1985. Nous devons donc comprendre. pour mieux les contrôler et les maîtriser 40 . de Bergson (et de Minkowski). Dans les usages gestionnaires les plus répandus. 39 Cf. sur leurs formes de représentation. Editions de Minuit. de la régulation néo-libérale homéostasique des marchés. Georges Luckacs. De Chalendar. pédagogie théorique et critique. la gestion manageriale des conflits les digère littéralement. ou futur . parfois héritiers clandestins d’une théologie rémanente. Herbert Marcuse. des acquis professionnels. Eros et civilisation – contribution à Freud. le psychiatre et sociologue marxiste de la connaissance. celle-ci est effective dès qu’une centration excessive (réification) sur l’un des trois temps (ou moments) du temps (passé avec ses cultes commémoratifs. Paris. une telle “ anesthésie sociale ” aboutit à faire de ce cimetière de conflits. Francis Imbert. qui influeront. Paris. J. d’évaluation. Desclée de Brouwer. 2000. ils se dévitalisent. en sociologie. Editions de Minuit. au cœur de laquelle ils se La fausse conscience. nos organisations conceptuelles. Paris. se déréalisent et se déshumanisent à partir d’une rupture dialectique avec la praxis (celle-ci soigneusement distinguée des pratiques 38 plus routinières). le lit d’une violence beaucoup plus dangereuse. avec leurs exigences de mensuration et de quantification. Collection Education et formation. vouloir établir sérieusement des correspondances entre des “ moments ” référés à un “ entendement ”.. Retrouvant la “ pensée unidimensionnelle ” dénoncée par Herbert Marcuse 39 . l’autre ”. 1964 40 Cf. et n’entrevoyant plus comme issue que l’éradication pure et simple des “ obstacles ”. de toute façon constituant toujours. toute dialectique. voulu plus universel. On ne saurait donc.de la vie de “ l’au-delà ” aux “ lendemains qui chantent ”). nos modes de connaissances. 1971. 37 Cf. à partir d’une telle approche critique. plus ou moins. des fragments de “ visions du monde ”. avec le phénomène de fausse conscience 35 . “ politiquement correct ”. le rétablissement salutaire de la liaison entre haine des autres et haine de soi deviendra tout à fait impossible. de l’évitement des conflits. Paris. Jean-Pierre Le Goff. inconsidérément réduits et “ traités ”.

constituent et s’inscrivent. collection “ Explorations et découvertes en terres humaines ”. 22 . L’histoire du temps et le temps de l’histoire gardent plus d’une énigme ” 42 . introduction à la connaissance des rythmes. 1992. on attribuait avec générosité l’espace à l ‘espèce humaine et le temps au seigneur. éditions Syllepse. encore qu’il reste plus d’une lacune. Comme le disait très bien Henri Lefebvre : “ Jusqu’à l’époque moderne. 42 Eléments de rythmanalyse. Paris. Cette séparation est en voie d’être comblée.

comme il l’explique." H. forme produite de l’éternel retour Le “ moment ” a quelque chose à voir avec “ l’éternel retour ” de Nietzsche. à s’unir. Ce H. En fait. donner un poème. un style et même le sentiment de la vie – une certaine éternité. p. Paris. On ne peut. 44 Ibid. Editions sociales internationales. “ Le monde est un infini fini. Lefebvre montre que Nietzsche cherche à nous enfermer dans un dilemme. Ce que produit Nietzsche. une nostalgie ou une sérénité. ces moments cherchent à se précipiter. tel qu’il le développera dans "la théorie des moments" qu’il présente de manière consistante dans La somme et le reste (1959). 83. Lefebvre. discontinus. 45 Ibid. “ Le moment peut s’approfondir. Il y a l’être et le connaître. 43 23 . 69. 83. ces possibles éternels. Lefebvre poursuit son raisonnement : “ Un instant quelconque réapparaît inéluctablement dans le devenir lorsque toutes les possibilités ont été épuisées. 83. Nietzsche. Editions sociales internationales. Le moment. Lefebvre. Paris. il avait 24 ans). probablement à partir de sa lecture de Nietzsche. p. un regard. Et c’est précisément pourquoi le néant nous menace. qu’il entreprend dès l’âge de quinze ans et qu’il reprendra. p. Nietzsche. les moments sont finis. H. 1939. Ce livre a été réédité en 2003 chez Syllepse (Paris). Mais ce concept fait partie de sa philosophie avant même sa lecture de Hegel qui date de sa rencontre avec André Breton (1925 . Son aspect infini. non épuisables ” 43 . Dans les poèmes de Nietzsche. "Les moments ne sont pas inépuisables et ne sont pas en nombre illimité. l’esprit surgit de la nature. p.. Critique de la vie quotidienne II (1962) et La présence et l’absence (1980).Chapitre 2 Le moment : Une singularisation anthropologique du sujet "Rhapsodique et discontinu par tempérament. on trouve une bonne utilisation de ce qu’est le concept de "moment" pour Henri Lefebvre. un thème. Les énergies et les possibles. Pour ce dernier. la puissance n’est pas infinie. Nietzsche devait nécessairement se proposer ce qu’il avait de plus difficile pour lui : l’organisation systématique.. Tout est périodique et cyclique dans la nature. Et H. selon H. par extrême individualisation des moments de sa vie. une couleur du ciel ou de la mer passent en nous comme des instants ” 44 . ces tumultes ou ces grands calmes de l’existence ” 45 .. comme le propose la métaphysique idéaliste. Dans cette citation tirée du Nietzsche d’Henri Lefebvre. c’est une transformation de ces instants furtifs qui se répètent en moments. p. 84. C’est même la thèse centrale du nietzschéisme. mais aussi pourquoi l’homme devient conscient du tout et doit devenir tout 46 ". une œuvre. la nature et l’esprit. à chaque fois qu’il se sent dépressif. Lefebvre. réduire l’être au connaître. Il veut exprimer et retenir ces essences. c’est le temps. les actes. par méthode et par inspiration. “ Un trouble. H. 1939. et le connaître de l’être. l’un à l’autre. Elle lui donne une piqûre d’orgueil. ni les considérer comme extérieurs. 46 Ibid. Lefebvre conçoit sa notion du moment. c’est-à-dire à la fois déterminés.

L’hypothèse du retour résout la contradiction entre l’infini et le fini. 85-86. mais l’impatience est nietzschéenne. Weigand préfère le mot allemand Form au mot Bildung. "La volonté nietzschéenne est une inflexible volonté de totalité immédiate et pour l’individu. bêtes et homme. une Bildung 50 . Nietzsche. la durée dans l’éternité. p. Lefebvre montre que le poète-philosophe tente une synthèse de ce que furent les philosophes et les poètes. de l’éternel retour. "La cosmopolite". livre 2. il échappe par cette vision au déroulement mécanique et monotone des instants. à condition que nous le voulions dans un effort héroïque. Quand il écrit son Nietzsche. En nous. était passé 51 ". dans le même ouvrage. p. Ce n’est plus en un dieu que Nietzsche veut tout posséder. ils doivent revenir dans cette infinité du temps bien plus effrayante que celle des espaces qui déjà épouvantait Pascal 48 ". – hic et nunc –. la puissance. L’impossible n’est pas nietzschéen . 50 Dans ce contexte. coll. le vouloir cessant d’être un vouloir aliéné. en surmontant ses formes successives. I. à condition de le vouloir ! 53 ".. les essences et les êtres géniaux ne sont pas en nombre illimité. Pour Nietzsche. 51 Ibid. doit être utilisé 52 . traduit en français en 1930 54 . 49 Ibid. 26. ” L’auteur de Zarathoustra montre qu’il faut dire non à tout instant limité et en proie au néant et dire oui à l’accomplissement. une forme que l’homme donne à ce qui revient.. finie. 53 Ibid. H. 52 Ibid. un effort de l’individu de constituer une synthèse à la fois temporelle et d’un contenu. est l’acte dans lequel notre puissance devient volonté et se veut à travers le monde (rapport à l’espace). Il peut reconnaître la richesse de cette lecture. Anticipant ou ravivant les moments suprêmes de tout ce qui fut et de tout ce qui sera. même si 47 48 Nietzsche. nous pouvons être dès maintenant. comme la maladie. où ses éléments s’étaient.. 97. Lefebvre a probablement lu le Nietzsche de Stefan Zweig. présentés à la méditation. La volonté de puissance. Ainsi. se développe. Nietzsche. dans le moment. en Dionysos. § 317. C’est une forme. Lefebvre montre qu’à partir du moment où l’homme agit sous l’empire de la vision du retour. Paris. 1939. G. meurt et surgit à nouveau 47 . et le passé ressuscite. p. au bonheur doucereux comme à la douleur qui souhaite la mort 49 ". Il recommence toujours. H. à propos du travail que Marx et Engels avaient opéré par rapport à l’œuvre de Hegel : “ Marx et Engels avaient donné une forme – une Bildung – européenne au sentiment germanique et hégélien du devenir. nouvelle édition. tout ce que furent les êtres. L’impatience est une vertu essentielle : je puis être tout – et tout de suite –. Il y a. et le passé (rapport à la temporalité). p. 54 Stefan Zweig. C'est le mot qu'utilise Humboldt. H. le fini du possible dans l’infini du temps. mais en la nature. elle se reconnaît. L’idée du retour. “ La mort même recule devant l’alliance de la poésie et de la philosophie. Suivant le mouvement de l’œuvre de Nietzsche. Le moment où il avait été possible de concevoir cette grande synthèse. Le possible s’ouvre devant cette impatience. Lefebvre. comme spontanément. lorsqu’il présente le style de Nietzsche qui est pour lui élément essentiel de son œuvre. un vouloir du divin (faux infini) ou du néant. terme qu’il emploie. Stock. L’esprit naît. p. se crée et se recrée elle-même dans le devenir. 97. 87. “ Et puisque les moments. H. il crée pour l’éternité : “ Loin de trouver l’existence vaine parce qu’elle ressuscite et recommence. 24 .. Le moment tel que le formule ici H.mouvement est cyclique. 2004. Les mystiques voulaient devenir divins. Le néant. Lefebvre est donc quelque chose qui revient.

p. p. Son amour est incertitude. ils y ont installé leur fiancée. Lefebvre. le sentiment du connaître se situe aux antipodes du conjugal. qui sera celle de H.. et après lui Schelling. plongé dans le purgatoire du doute 61 . dans leur vérité. que pour un moment et il n'y en a pas où elle existe pour toujours 59 . Il est soumis à une constante obligation de penser. qui ne s'arrête à aucun résultat et poursuit au-delà de toute réponse son questionnement impatient et rétif 56 ". Zweig. Nietzsche ne connaît pas le repos dans la recherche. Toutes les doctrines l'excitent. Mais cet amour est complètement dépourvu d'érotisme. pour qui "ce qui importe. durable. C'est une passion tremblante. qui ne se satisfait et ne s'épuise jamais. 48. Mais on ne trouve pas cette quête chez Leibniz. Comme don Juan. C'est une succession d'épisodes dangereux. Fichte. Il ne cherche pas à posséder. Stefan Zweig oppose le style de Nietzsche à celui des philosophes allemands qui l'ont précédé en suggérant que si Emmanuel Kant. tout à fait fidèle. une connaissance éternellement irréelle et jamais complètement accessible. aussi. cit. Ce n'est pas du côté des philosophes allemands que l'on peut trouver cette tragique exaltation qui pousse à toujours se tourner vers le nouveau. p.la manière dont Nietzsche apparaît dans ce portrait ne donne pas vraiment la clé de la théorie des moments. Nietzsche est d'un autre tempérament. pour aussi loyales que soient leurs natures scientifiques. pour aussi courageuse et résolue que nous apparaisse leur concentration vers le 55 56 S. les saints de l'âge gothique 60 . l'aventure intellectuelle de Nietzsche prend une forme tout à fait dramatique. il l'abandonne sans pitié et sans jalousie aux autres après lui. Hegel ou Schopenhauer.son propre frère en instinct fait pour ses mille e tre. Pour Zweig.. pour le psychologue. le charme et le secret de la pudeur.. la connaissance. 60 Henri Lefebvre se passionnera pour Joaquim de Flore et ses lecteurs hérétiques. Il n'y a pas d'arrêt. l'existence s'écoule avec une tranquillité épique. il aime non pas la durée du sentiment mais les "moments de grandeur et de ravissement 58 .. Il est contraint d'aller de l'avant. les choses domestiques. Son attitude par rapport à la vérité est démoniaque. Kant et les philosophes allemands qui ont suivi ont construit leur maison ." Nietzsche cherche à travers toutes les connaissances. dans tous les problèmes. "Car. avide et nerveuse. 50. 61 Lefebvre écrira un Pascal en deux volumes. Hegel et Schopenhauer ont entretenu un rapport à la connaissance qui peut être comparé au modèle conjugal. Stefan Zweig ne voit une telle ardeur que du côté des mystiques du Moyen Age. C'est un vrai chercheur impliqué. 57 Ibid. une épouse et un bien assuré." Nietzsche interroge uniquement pour interroger : "Pour don Juan. On est dans des transports permanents. ils voient dans la vérité. Kant. surprenants. p. les hérétiques. 58 Ibid.. op. C'est aussi une souffrance de ne pouvoir s'arrêter. Ils travaillent de main de maître à la valorisation du terrain qui entoure la maison. Nietzsche est comparable à un don Juan de la connaissance." Le rapport de Kant à la vérité est de certitude conjugale. C'est le mouvement de conquête qui excite Nietzsche. la vérité n'existe. Il ne prête jamais de serment de fidélité vis-à-vis de quelque système ou doctrine. tout comme don Juan . Ibid. Mais aucune ne le retient : "Dès qu'un problème a perdu sa virginité. Kant et les autres ont l'amour de la vérité. Par opposition. Sa vie a la forme d'une œuvre d'art. 47. Jamais. pp 46-47. 25 . Chez Pascal. Nietzsche ne s'installe dans une connaissance de manière durable. le secret est dans toute et dans aucune. 59 Ibid. c'est l'éternelle vivacité et non la vie éternelle". dans chacune pour une nuit et dans aucune pour toujours : c'est exactement ainsi que. Cela rappelle le ménage. dont ils ne se séparent jamais qu'à l'heure de la mort et à qui ils ne sont jamais infidèles 55 . du désir flamboyant de consumer et de se consumer soi-même . "un amour honnête." Alors que chez les autres philosophes allemands. 45-46. Chez lui. sans plus se soucier d'elles 57 . "à l'haleine brûlante.

tout. La durée de notre vie semble s’approfondir. ou la poésie. Il faut souligner la dimension stable du moment qui cumule. p. Nietzsche.. Ils ne brûlent jamais qu'à la manière des bougies. qui accumule les vécus instantanés et les organise dans des formes qui ont à la fois une dimension temporelle (le retour) et une dimension d’épaisseur quasi-spatiale qui structure la conscience de la présence dans une singularisation anthropologique de l’humain. p. au niveau de ce qu’ils nommaient l’absolu. et revenons à la lecture de ce Nietzsche d'H. ni limité au sens où l’entendement prend ce mot. Ainsi les idées qui enveloppent toutes les démarches de pensée qui ont permis leur émergence. Ils concentrent. p. cœur et entrailles. Nous verrons ultérieurement que cette idée du moment qui veut s’ériger en absolu sera reprise par H. le temps se transforme . 65 Ibid. Il y a aussi des paroles plus expressives que d’autres. dans le jeu héroïque de la connaissance. Lefebvre. une plus grande part d’existence. cit. donc fini. une involution de tout le passé.. Il est donc à la fois infini et déterminé. Le moment éternel selon Nietzsche se trouve dans la vision du retour : la vie éternelle. Cette théorie nietzschéenne résulte d’une confrontation entre l’esprit en tant que réalité supérieure. il cesse de se dérouler au niveau de l’activité banale. op. scientifique. une vivante volute. laissons un moment Stefan Zweig. 26 . la partie temporelle. Et plus loin : "Nietzsche a admirablement saisi dans tous ses aspects (philosophique. "Il faut comprendre comment l’un peut sortir de l’autre… 66 ". ou la rigueur logique). par la tête. Ils s’enracinent profondément dans la vie. 67 Ibid. 63 ” H.. L’univers ne peut être ni absolument infini. sans partage. au niveau de ces instants les plus précieux. C’est un infini-fini 67 ". p. Ils veulent saisir dans l’obscurité de la conscience les lois du surgissement. toute entière. Lefebvre montre que toute philosophie. p. 125-126. L’individu est actif dans la 62 63 Stefan Zweig. L’œuvre d’art. se reconnaît et se saisit dans cet instant 65 ". bien qu’il pense que cette revendication puisse conduire à la folie. poétique. 126. suinte d’une densité de présent. La ligne du temps semble devenir une spirale. Il constate que les instants ne sont pas d’égale densité. a pour projet d’approfondir ces moments trop rares qui sont comme la générosité de la vie : "Toute philosophie a cherché (dans la magie. c'est-à-dire seulement par le haut. ils cherchent à étendre l’influence de ces moments à toute la conscience. Une partie de leur existence. 54. comme s’ils éclairaient un long cheminement du temps. et celle de Nietzsche tout particulièrement. p.. tandis que Nietzsche se risque complètement et entièrement 62 …" Mais. Les philosophes analysent des contenus essentiels de l’esprit et ils veulent agir sur eux. de façon à élever la conscience. 127. ou la contemplation. ou la prière. de passé et de futur. avec tout leur destin. H. reste toujours à l'abri du destin. Lefebvre dans sa définition du moment. Nous saisissons notre être avec une sorte de force rétroactive qui éclaire le passé. Certains acquièrent une certaine épaisseur. aussi la plus personnelle. du départ et du retour de ces moments exceptionnels. et aussi leur intensification et leur union en un moment absolu 64 ".. avec tout leur être. du monde à travers l’infini du temps. 126. le concentre et le porte au niveau du présent. dans sa présence. Lefebvre. 128. En même temps. privée et par conséquent. humain) le caractère déterminé. Nietzsche. éternellement elle-même dans le devenir. nerfs et chair. 66 Ibid. par l'esprit. ils ne se jettent pourtant pas de cette manière. grâce à l’activité du sujet. 64 Ibid. Certains actes se distinguent dans la masse des émotions et des instants. à obtenir le retour (la répétition de ces moments. Le contenu de la conscience s’élargit. "Le problème spirituel des moments de la conscience devenait ainsi le problème philosophique du moment éternel. “ A ces instants. et la nature dont on reconnaît la réalité énorme.

construction de ses moments. Lefebvre à propos des moments. 27 . que l'on découvre ici dans sa lecture de Nietzsche. Le questionnement de H. est constant dans l’ensemble de son œuvre.

Suhrkamp. phénomène que l’on ne fait que découvrir et que mettre en œuvre dans les jugements humains. 72 Sur le jugement : G. Suhrkamp. Werke 6. b. A. W. en en reprenant les acceptions hégéliennes ou marxiennes. Werke 2. L'écriture de La somme et le reste en témoigne. F. 1999. une utilisation constante du concept de moment. 68 28 . Lourau. Enzyclopädie der philosophischen Wissenschaften I. trad. Il y a chez Hegel. Werke 8. Werke 6. 2° partie : Die subjektive Logik oder der Lehre vom Begrif. Hegel. Ou plutôt. fr. et G. Lefebvre utilise assez fréquemment le mot dans les sens hégéliens.. I. d’abord présenter le concept de moment comme élément constitutif de la dialectique hégélienne qui sera intégralement. W. 1969. dans ce chapitre. Der Schluss. W. Hegel. du jugement 72 et du syllogisme 73 . W. 301-351. et G. Der Schluss. Das Urteil. 294. Suhrkamp. trois moments logiques essentiels : l'universel. nous l'appellerons le moment dialectique. 311-316 et G. Wissenschaft der Logik. I. 2° partie : Die subjektive Logik oder der Lehre vom Begrif. Wissenschaft der Logik. Hegel. mais comme à un phénomène fondamental de l’Etre-même. Enzyclopädie der philosophischen Wissenschaften I. dernier chapitre. Suhrkamp. vol. Werke 8. dans sa forme logique et méthodologique. p. 3° partie : Die Lehre vom Begriff. F. Die Wissenschaft der Logik. Hegel. H. Le moment. Les Éditions de la Passion. comme instance logique Hegel distingue à propos du concept 71 . F. pour Marx. Die Wissenschaft der Logik. Ophrys. I. Dans ce texte. 69 R. La théorie hégélienne du jugement s’attache à la dé-cision de l’Etre dans la Différence absolue de l’être-en-soi et de l’être-là. pp. L'analyse institutionnelle. Paris. F. 351-401. Hegel montre que tout étant s’impose d’abord à nous dans une G. Differenz des Fichtschen und Schelingschen Systems der Philosoiphie (1801). F. il prend une inflexion différente suivant le contexte dans lequel il est employé. Gallimard. Hegel. Hegel. Hegel. Morceaux choisis. ce terme n’a pas toujours la même acception. 272-301. pp. F. b. Der Begriff. Paris. Science de la logique. pp. Plus récemment. F. Marx dans sa présentation du capitalisme. livre III . 9-138.Chapitre 3 : La dynamique du moment. Paris. 2° partie : Die subjektive Logik oder der Lehre vom Begrif. F. Lefebvre conçoit la théorie des moments avant sa lecture de Hegel. nous l’avons vu. p. H. 74 G. a. p. W. A. § 181-193. Das Urteil. 316-331 . 73 G. W. Suhrkamp. Suhrkamp. par suite éventuellement comme construction logique. Werke 8. 71 G. le particulier et le singulier (ou l'individuel). W. Enzyclopädie der philosophischen Wissenschaften I. 1. Der Begriff als solcher § 163-165. 316-331 . Die Wissenschaft der Logik. concept de la logique dialectique "Ce moment à la fois synthétique et analytique du jugement par lequel l'universel du début se détermine de lui-même comme l'autre de luimême. 2° éd. Gap. A. 3° partie : Die Lehre vom Begriff. Hegel. Wissenschaft der Logik. Werke 6. Le phénomène fondamental de la dé-cision originaire est inscrite dès l’un premier écrit de Hegel (Différence ses systèmes philosophiques de Fichte et Schelling) 74 . W. 70 Jean-Marie Brohm. Nous voudrions. même s'il se défend d'avoir déduit sa théorie des moments de sa lecture de Hegel. de Marcel Méry. idées. par Henri Lefebvre et Norbert Guterman. Contre Althusser. p. 1964. W. 3° partie : Die Lehre vom Begriff." 68 G. Pourtant. reprise par K. Précisons que la théorie hégélienne du jugement ne s’attache pas au jugement. F. mais en même temps celle-ci l'influence. 69 René Lourau (dans son effort pour dialectiser le concept d’institution ) ou Jean-Marie 70 Brohm (pour penser la dialectique ) recourent à ce concept. du Concept et de l’Etre. Hegel. Suhrkamp. comme forme de la pensée ou de la connaissance. Minuit. § 166-180. p.

L’Etre-en-soi n’existera que dans des singularisations multiples. positif. comme positif en général. une dynamique. Chaque moment spatial ou historique sera conservé dans ce dépassement-élévation (Aufhebung. Les relations entre les étants singuliers apparaissent avec la même fixité et la même univocité : cet étant-ci est cela. Du fait qu’il est posé. hic et nunc. L’Etre hégélien est une mobilité. se dégage un mouvement. on pourrait citer le moment du désir qu’explore Hegel. c'est-à-dire conçue 75 selon un rapport vrai à la totalité . Il se supprime en s'accomplissant dans la jouissance. 1. signification par rapport à la conscience. qui a sa place dans la vérité. il est le positif déterminé de telle et telle manière et il exclut de soi. 29 . des contradictions. et dans le travail de dépassement. très élaborée chez Hegel qui la transmet à ses successeurs. ne se saisit que dans sa confrontation à son négatif : l’absent de l’Etre-là. sans pour autant cesser d'être désir : désir de désirer. négation de ce positif. Comme l’explique H. Il se change en besoin d'un objet. La négativité est donc au cœur de cette pensée hégélienne et de cette tension entre le posé. Il devient désir de ceci et de cela. le désir veut sa fin. "Le plaisir venu à la jouissance a bien la signification positive d'être devenu certitude de soi. Dans son être-saisi. ici et maintenant. Hegel montre par exemple que la prairie n’est prairie que dans son opposition à la forêt ou aux champs cultivés. En tant que désir double et redoublé. n’existe que dans une tension avec sa négation ou spatiale ou temporelle. Dès l’origine. à la fois spatiales et temporelles. le consommer. comme un “ moment limité du présent ”. La présence. Lefebvre. le tenir. Tout étant est un positif. avec des limites sûres. etc. Mais. 263. ce qu’à chaque fois il n’est pas. Dès les premiers textes de Hegel. on voir que l’étant-. Pour donner un autre exemple de ce mouvement dialectique. Il n’est pas autonome. et il constate que ce monde fixe et univoque se trouve ébranlé. s’oppose l’absence. Ainsi se termine son 75 Voir par exemple Phénoménologie. H. moment positif. La fleur a été précédé du germe. Le devenir de la fleur sera à son tour le fruit. action. se trouve simultanément posé un étant qui l’environne et que lui n’est pas. le négatif appartient à l’être même du positif et est son négatif qui seul le rend possible comme tel et tel étant. Ainsi agissant. L’exemple de la prairie est spatial. C'est à travers l'objet désiré qu'il est et se connaît et se reconnaît désir. en proie à cet objet. des tensions dans le Concept. mais comme conscience de soi objective . et l’absence. Que veut-il ? Jouir de l'objet. Id. lui-même précédé de la graine. langage. un mouvement. sur l'ambiguïté de la signification et du signe. à la connaissance. ce qui est ailleurs et/ou dans un autre temps. sans qu'il puisse y avoir conflit insoluble entre ces termes. par rapport au contenu et à la forme : expression par rapport à l'être et au contenu. distance. celle de s'être supprimé soi-même ". mais il a 76 aussi une signification négative. d’intégration des oppositions. ne menace pas la vérité : "Le désir veut et se veut. La double signification fait le sens. obstacle. il se fait besoin. p. à la forme. en tant que négatif. de telle sorte que ceci “ qu’il n’est pas ”. il est cela et pas autre chose. chez Hegel. un conditionné qui conditionne. désir d'être désiré. chaque être est un opposé. dans le développement du temps. moment de l’ici et maintenant. désigne une ambiguïté. notion que nous reprenons ultérieurement). il renvoie par delà lui-même. Il veut s'accomplir. mais subordonnée à la vérité. par rapport à la conscience et par rapport à l'être. en même temps qu’il est posé comme tel et comme étant. la pensée de Hegel s’organise donc dans une opposition : à la présence. le sens. mais l’être-là de l’ici est maintenant s’oppose aussi. Il a besoin d’être complété. Hegel y regarde de plus près.déterminité claire et univoque. 299. comme point fixe au sein de la diversité du monde et parmi elle pour ainsi dire. à d’autres singularisations. résistance. Lefebvre dans La fin de l’histoire note en effet que la (double) catégorie de “ signification ” et “ sens ”. c’est-à-dire un posé . La plante en fleur que je puis observer comme être-là est un être-devenu et devenir d’un autre être. 76 .

Ainsi. les êtres humains manifestent leur H. du concept. le particulier comme la déterminité du genre (qualitas specifica). W. la philosophie de l'esprit. sans altération. Y compris le sens du temps et de l'histoire (de la totalité historique). où l'universel demeure. il y a le moment du Désir. c'est-à-dire la vérité totale ". et le singulier. contient en elle-même les trois moments du concept : l'universel. écrit Hegel.. en tant que pensée rigide de la différence et de la prétendue supériorité d'une “ race ” sur une autre (ou toutes les autres) oublie que les différences particulières entre les humains ne peuvent se comprendre qu'en référence à l'universalité du genre humain. . “ Au sujet d'une sainte trinité dialectique : l'universel. teckel. p. Suhrkamp. qui se supprime en jouissant pour laisser apparaître la vérité de la conscience. 2° éd. J’en reprends ici le mouvement. avec le 77 sens. de chaque plaisir.histoire. donc dans un rapport avec l'universel. und der Einzelheit. der Bestimmtheit. de chaque désir. etc. parce que le particulier ne peut se comprendre que par le rapport différentiel avec d'autres particuliers. Celles-ci se singularisent dans leur diversité par un pullulement d'existences individuelles de chiens singuliers : le chien de Jean-Marie Brohm. 24-25. par exemple.“. Pourtant.-M. Brohm. Paris. la détermination concrète. le singulier ”. Toute analyse concrète d'une situation concrète se doit de repérer l’articulation des différents moments. in Les IrrAIductibles. Vrin. doberman. La science de la logique. Enzyclopädie der philosophischen Wissenschaften I. I. Brohm montre que la dialectique doit être comprise comme une série d'unités des contraires. Encyclopédie des sciences philosophiques. de la réflexion. “ Ainsi. Paris. 1978. F. etc. 108. jaunes. seuls n’existent que des races particulières : fox. G. J. Précis de l'encyclopédie des sciences philosophiques. “ La définition. 2001. 78 77 30 . 619. Paris. “ Der Begriff als solcher enthält die Momente des Allgemeinheit. les canis lupus (loup). p. berger allemand. et la singularité (Einzelheit) en tant que réflexion sur soi des déterminations concrètes de l'universalité et de la particularité ”. Werke 8. le particulier est l'unité de l'universel et du particulier. Voir aussi G. les canis aureus (chacal). F. 3° partie : Die Lehre vom Begriff. “ Ainsi le racisme. Commentant cet exemple du chien. p. ajoute J. p. La logique. Hegel. le Sujet reconnaît et la vérité de chaque moment. y compris le désir et la jouissance. De même. juin-juillet 2002. Les trois moments (l'universel. La signification est actuelle. en tant que totalité des particuliers. W.der Besonderheit. qui s'appelait Voutsy ne ressemblait à aucun autre : “ il était singulier. À la fin. En effet. welche negative Einheit mit sich das an und für sich Bestimmte und zugleich mit sich Identische oder Allgemeine ist. et la vérité de l'ensemble. égal à lui-même . 311 (“ Le concept comme tel comprend les moments suivants : l'universalité (Allgemeinheit) comme égalité libre avec elle-même dans sa détermination concrète (Bestimmtheit) . L'universel est l'unité de l'universel et du particulier dans la mesure où tout universel n'est jamais que le particulier d'un autre universel. les canis vulpes (renard). Il unit la signification des moments. le particulier et le singulier) produisent la dialectique. Telle est sa vérité : totalité partielle dans la Totalité (totale). Mais le Désir n'est jamais qu'un moment. La fin de l’histoire. 79 Jean-Marie Brohm. Conflictuellement. Hegel. Vrin. le sens se révèle après coup. p 242. Mais ce concept se particularise dans la mesure où le chien en général est une abstraction qui n'existe pas comme telle. la particularité (Besonderheit). le particulier. G. Hegel. plus universel encore. § 163.-M. le chien comme universel n'est qu'un cas particulier de l'universel englobant canis qui comprend à la fois les canis familiaris (chien). c'est-à-dire que sa compréhension (nombre de caractères distinctifs) était maximale ” 79 . Lefebvre. comme l'objet défini lui-même 78 ". en chaque acte. la philosophie de la nature. 1986. blancs ou multicolores (métissés). als der Reflexion-in-sich der Bestimmtheiten der Allgemeinheit und Besonderheit. Bien que noirs. als freier Gleichheit mit sich selbst in ihrer Bestimmtheit. comme le genre prochain (genus proximum). Ce texte est une excellente présentation didactique de la dialectique. le concept de chien est universel en ceci qu'il comprend dans son extension la totalité des chiens (canis familiaris). in welcher das Allgemeine ungetrübt sich selbst gleich bleibt. Anthropos. W. F. Tel est son sens. Die Wissenschaft der Logik. revue interculturelle et planétaire d’analyse institutionnelle n°1. et le niveau ou le statut de la contradiction entre les différents moments.

Et la précision doit elle-même être précisée jusqu'à l'individualité ou la singularité. Hegel précise : "L'universel. L’ontologie de Hegel et la théorie de l’historicité. la diversité de ces mêmes particuliers. A. désigne son Etre véritable. p. Minuit. “ Le particulier. Deuxième tome : La logique subjective ou doctrine du concept. p. l’universalité du concept est un mode de maintien. il reste tranquillement lui-même dans son autre. F. Hegel. dans chaque hic et nunc : elle lui vient de sa nature universelle. le genre est inchangé dans ses espèces . sans obstacle et égal à soi-même dans la variété et la diversité de ce concret. (…) Le Concept. En même temps. est en tant que telle universelle . même s'il se pose dans une détermination [particulière]. Mais quand l’étant est une singularité effectivement réelle. contient l'universalité. le particulier. l'universel doit toujours être spécifié par des particularités. les espèces ne sont pas diverses par rapport à l'universel. Autrement dit. op. en tant que fondement. L’idéalisme ne jure que par l'universel abstrait oubliant que les concepts généraux n'existent pas au même titre que les êtres singuliers. 1932. Le singulier est alors la particularisation du Jean-Marie Brohm. p. ou. Raulet et H. L'universel est toujours dans le particulier. mais il doit pouvoir être en principe réduit. telle qu’elle est conçue dans le Concept de cet étant. exprimé plus simplement. c’est toujours une singularisation de l’universalité : c’est le singulier.. c'est-à-dire idéelle. il ne détient cette réalité effective que grâce à quelque chose qui se maintient comme soi dans chacune des singularités données à un certain moment. mais présente aussi ce même universel par sa déterminité 84 ". étant en soi et pour soi. le concept de chien n'aboie pas et les universaux n'ont d'existence que conceptuelle. comme le note Hegel dans une formule paradoxale. sinon ils risquent de ne représenter que de pures fictions. L'universel est le moment de la détermination la plus simple. Marcuse (Herbert). W. 1972. absolue égalité à soi. identité à soi qui embrasse toutes les particularités contenues en lui et les résume ou médiatise. Science de la logique. J. 242. Le particulier ne contient donc pas seulement l'universel.-M. p. nature universelle de l’étant. 76. 244. Paris. et qui.. Aubier. p.. 75. mais ce faisant ils oublient que “ le particulier est l'universel lui-même ” 83 . 81 80 31 . 71 83 Ibid. Il est l'âme du concret auquel il est immanent. mais seulement en regard les unes des autres. ce qui reste constamment le même et sert de fondement (subjectum) à chacune de ses singularités. Paris. elle est totalité. 1981. lequel est la négation de l'universel) 85 ". 85 Jean-Marie Brohm. cit. de la particularité et de la singularité représentent par conséquent des contraires qui se médiatisent réciproquement. mais se continue inaltéré au travers de ce même devenir. Baatsch.appartenance à l'humanité comme universel concret. en raison de leur identité avec l'universel. immortelle 82 ". Brohm remarque que l'empirisme et le positivisme refusent de considérer l'existence de l'universel et s'en tiennent aux “ faits ” identifiés à des données particulières. Ici aussi le singulier est la négation de la négation (la négation du particulier. op. 124-125. Ainsi. 82 G. l'universel particularisé. Le particulier a une seule et même universalité avec les autres particuliers auxquels il se rapporte. cit. qui constitue sa substance . 84 Ibid. "Les concepts se doivent donc d'être étayés sur des réalités empiriques effectivement existantes. et donc un étant . demeure là ce qu'il est. écrit en effet Hegel. L'écart entre la réalité et le concept est certes toujours plus ou moins béant. Cette dialectique entre universel et singularité est ainsi commentée par Herbert Marcuse : “ Le Concept est en tant que tel un mode de l’Etre. qui n'est concret que par la totalité concrète des différences 80 ". trad.. Il ne se trouve pas emporté dans le devenir. de l’allemand par G. être un étant. est quelque chose qui se maintient (le Sujet comme Moi) 81 ". et a la force d'une auto-conservation invariable. c’est-à-dire ce par quoi il est ce qu’il est à un moment donné. Les moments de l'universalité. pp.

Ce sont des déterminations communes à chaque capital en tant que tel. p. par exemple. Valeur. "De soi. W. J. que sont l'universalité. p. "c'est-à-dire la quintessence des déterminations qui différencient la valeur comme capital d'elle-même comme simple valeur ou argent. 388 et 389. sont présupposés. “ la déterminité déterminée 86 ". je le considère d'une façon générale. 244-245.. etc. pp. il saute aux yeux que chaque détermination qui s'est trouvée faite jusqu'à maintenant dans l'exposition du concept s'est dissoute immédiatement et s'est perdue dans son autre. Et les différences à l'intérieur de cette abstraction sont des particularités tout aussi abstraites. “ considérer le capital en général n'est pas une pure abstraction.]. mais une abstraction qui porte en elle la differentia specifica du capital. 92 Ibid. Hegel. op. c'est dire qu'elle est unique. lui. qu'une differentia specifica seulement pensée. Nous assistons au procès de sa formation. 89 Roman Rosdolsky. caractérisant chaque type de capital qui constitue. de chaque somme de valeurs déterminée. une genèse qui transcende les particularités. tome II.. pp. par exemple. “ Ainsi le singulier est-il un Un ou un ceci qualitatifs 87 ". Éditions sociales. 95 et 96. Seule la simple représentation. Chaque différenciation se confond dans la considération qui doit l'isoler et la maintenir-fermement. Maspero.. 345. se permet de maintenir-fermement en dehors les uns des autres l'universel. cit. Ibid.. écrit Marx. 249. d'un point de vue physiologique par opposition à l'animal 93 ". 1) seulement comme une abstraction . tome I. pour laquelle l'acte-d'abstraire les a isolés. Brohm note que peu de marxistes. prix. La Genèse du“ Capital ” chez Karl Marx. se sont rendus compte que cette trinité dialectique avait été intégralement reprise par Marx dans son analyse du capital 90 .. un immédiat cela. le devenir universel est un procès. à l'exception notable de Roman Rosdolsky 89 . certes. Mais nous n'avons affaire ni à une forme particulière du capital ni au capital individuel en ce qu'il se distingue d'autres capitaux individuels. Paris. cit... Si l'universel n'est donc. Mais 2) le capital en général. 94. Mais en même temps désigner un singulier. 32 . par opposition au travail salarié global (ou encore à la propriété foncière). Paris. un pur ceci. p. la particularité et la singularité du capital. font un capital. à côté de la forme du particulier et du singulier 92 ". Marx retrouve en effet dans la totalité concrète du capitalisme concret les trois moments. par opposition aux capitaux particuliers réels. c'est le désigner comme singulier d'une particularité. il est en même temps une forme réelle particulière. op...particulier. argent. à la différence des capitaux particuliers. tout comme le travail. soit leur affirmation positive.. 88 Ibid. etc. capital fixe ou capital circulant). c'est le devenir-réalité d'une abstraction. p. soit leur négation (par exemple. 90 Jean-Marie Brohm. 86 87 G. Dire par exemple d'une chose qu'elle est singulière. ou si je considère le capital comme la base générale économique d'une classe par opposition à une autre classe. le particulier et le singulier 88 ". laquelle n'est que particularité d'une universalité. Ses relations ultérieures doivent être considérées comme un développement à partir de ce noyau 91 ". pp. par opposition à toutes les autres formes de la richesse – ou aux modes de développement de la production (sociale). “ Le capital en général. ou qui. Manuscrits de 1857-1858 (“ Grundrisse ”). 1976. 1980. Le capital comme rapport et différence entre valeur et argent est le capital en général. F. contradictoirement unis. apparaît. est lui-même une existence réelle [. Il aurait pu ajouter Henri Lefebvre. Autrement dit. 95. 93 Ibid. Si je considère le capital global d'une nation. d'une part. Les trois moments dialectiques du concept sont intimement liés. circulation.-M. Même si le capital n'apparaît que dans la pluralité concurrentielle des capitaux particuliers. 91 Karl Marx. etc. Ce procès dialectique de formation n'est que l'expression idéale du mouvement réel au cours duquel le capital devient capital. non pas une abstraction arbitraire. Comme quand je considère l'homme. etc.

. en ce lieu et en ce moment – ici et maintenant – dans la contradiction particulière ou dans la contradiction générale. Si l'on ne comprend pas les conditions de la guerre. concrète. entre États ou blocs politiques. de la particularité et de la singularité dans la contradiction. explique J. ses rapports avec les autres phénomènes. les contradictions entre classes. a ses conditions et son caractère particuliers. C'est pourquoi nous devons étudier non seulement les lois de la guerre en général. op. du conflit. et notamment de son degré d'universalité dans le temps (sa durée) et dans l'espace (son extension). particulières et singulières et il est essentiel de repérer leur importance relative dans la totalité contradictoire". Les chaînes de contradictions comportent un enchevêtrement de contradictions générales. comme il est juste de rattacher le conflit en cours à tous les conflits similaires propres à cette contradiction particulière-là (par exemple propre à toute la branche de l'industrie automobile en cas de “ restructuration ” massive). mais du Crédit agricole. mais également à des lois spécifiques. pp. 246-247. selon son degré de généralité ou de particularité. "Au contraire. Brohm de poursuivre : “ On ne résout pas un conflit conjugal singulier par une proposition de loi de réforme générale du divorce. Ainsi. mais également les lois spécifiques de la guerre révolutionnaire et les lois spécifiques particulières de la guerre révolutionnaire en Chine [. Les lois de la guerre révolutionnaire sont un problème que doit étudier et résoudre quiconque dirige une guerre révolutionnaire. on ne sait comment la conduire. singulier.. Mais cette contradiction générale est toujours particularisée : contradiction entre bourgeoisie industrielle et prolétariat industriel. En somme la compréhension de la nature exacte de la contradiction.-M. qu'elle soit une guerre révolutionnaire de classe ou une guerre révolutionnaire nationale.]. outre les conditions et le caractère propres à la guerre en général. Il serait par exemple irréaliste de vouloir mobiliser sur une grève générale à propos d'un conflit spécifique localisé à une entreprise sans avoir auparavant exacerbé le conflit sur le point précis.-M. Et d'autre part. contradiction entre capital commercial et salariés commerciaux.J. dans la lutte des classes. Et J. spécifique. entre nations. avec leurs agences singulières. Si l'on ne comprend 94 Jean-Marie Brohm. Brohm montre que ces réflexions peuvent et doivent évidemment s'appliquer à l'analyse des contradictions dans les institutions. on ignore les lois de la guerre. il est juste de rappeler que le conflit social n'est en dernière instance que la réfraction dialectique de la contradiction générale entre le salariat et le capital. de la particularité et de la singularité. contradictions entre capital financier et employés de banque.-M. il est nécessaire d'articuler concrètement les moments de l'universalité.. Brohm. Mais il est surtout décisif de ne pas noyer la contradiction singulière. son caractère. individuelle... La guerre qui a commencé avec l'apparition de la propriété privée et des classes est la forme suprême de lutte pour résoudre. Mao TséToung. de la BNP. L'analyse dialectique concrète se doit en effet de repérer le moment de l'universalité. 33 . remarque encore J. Dans une entreprise en grève. cit. a une forme propre de résolution. Brohm. Les lois de la guerre révolutionnaire en Chine sont un problème que doit étudier et résoudre quiconque dirige une guerre révolutionnaire en Chine [. à une étape déterminée de leur développement. on est incapable de vaincre. "Les lois de la guerre sont un problème que doit étudier et résoudre quiconque dirige une guerre. et c'est pourquoi elle est soumise non seulement aux lois de la guerre en général. les contradictions particulières sont elles-mêmes singulières : "Il ne s'agit pas par exemple de la banque en général. Il montre que la contradiction entre la bourgeoisie et le prolétariat par exemple est certes une contradiction universelle dans tous les pays. Ainsi.-M. La guerre révolutionnaire. soumis à la dictature du capital. a produit une synthèse de cet aspect des choses à propos de la guerre des classes en Chine.]. pas plus qu'on ne résout la question du dopage et de la violence particulière à tel sport sans résoudre la question du dopage et de la violence sportive en général. est au cœur de la méthode dialectique 94 ". il s'agit de déterminer la spécificité de la contradiction. etc. de la Société générale. chaque contradiction.

un mouvement tel que celui de chaque capital industriel individuel apparaît dans son sein seulement comme mouvement partiel. première partie. de présenter d'autres phénomènes que le même mouvement étudié comme partie du mouvement total du capital social. déviations et excès du sport sont-ils toujours pris pour des cas isolés. chaque capital particulier est la somme des capitaux individuels et c'est cette totalité contradictoire qui constitue le capital social total. n'empêche nullement ce mouvement. entremêlé à l'autre et conditionné par lui [. 90 et 91. et que seule importe la contradiction générale qui est semblable à elle-même dans le temps. on ne peut diriger une guerre révolutionnaire. Sur le dogmatisme. tome I. op. Le fait que le capital social est la somme des capitaux individuels (y compris les capitaux par actions et le capital d'État. commerciaux. La guerre révolutionnaire en Chine. tout se métamorphose. Mao Tsé Toung. on voit qu'avec le temps évoluent et la guerre et les lois de la conduite d'une guerre . 199 et 200. C'est pourquoi elle a. on peut considérer que la totalité sociale constitue à un moment donné une articulation complexe de contradictions. Les opportunistes et empiristes. tout se transforme en son contraire : "Les dogmatiques sont incapables de repérer ce qui est nouveau. 97 Karl Marx. op. outre les lois de la guerre en général et les lois de la guerre révolutionnaire en général. 247-248). Les dogmatiques s’attachent toujours à la pure généralité. qui après 1968 répétaient mécaniquement les mots d'ordre de la révolution culturelle chinoise ou les militants de Lutte Ouvrière qui scandent invariablement les mêmes slogans). certes regrettables. les chemins de fer. chaque étape historique présente ses particularités. si l'on en ignore les lois spécifiques. Éditions en langues étrangères. Éditions sociales. inédit. Voir aussi ibid. 96 Jean-Marie Brohm. et fonctionnent comme des capitalistes individuels) et que le mouvement total du capital social est égal à la somme algébrique des mouvements des capitaux individuels. est la totalité des capitaux industriels. Le capital. Le Capital. Le mouvement du capital à un moment donné est donc "non seulement une forme de mouvement commune à tous les capitaux industriels individuels. en tant que mouvement d'un capital individuel isolé. cit. Avec Marx. par exemple. Ainsi les bavures.. pp. financiers. etc. in Œuvres choisies. se déroule dans les conditions propres à la Chine et se distingue de la guerre en général ou de la guerre révolutionnaire en général. p.]. qu'il s'agisse d'une guerre civile ou d'une guerre nationale.. C'est donc la forme de mouvement du capital collectif de la classe capitaliste. Cette attitude revient à nier la loi essentielle de la dialectique : rien ne reste égal à soi-même. on ne peut y remporter la victoire. 95 34 . mais en même temps la forme de mouvement de la somme des capitaux individuels.. Problèmes stratégiques de la guerre révolutionnaire en Chine.. Si l'on ne connaît pas toutes ces lois.. voir encore H. De même. des lois qui lui sont propres.. La somme et le reste. dans la mesure où les gouvernements emploient le travail salarié productif dans les mines. en répétant que toutes les contradictions particulières sont identiques. pp. par exemple. c'est-à-dire à l'abstraction vide. pp. l'expression particulière d'un problème général : la violence de la compétition de tous contre tous 96 ". pp. mais jamais analysés comme les effets particuliers d'une pratique sportive institutionnelle. donc en connexion avec les mouvements des autres parties 97 ". On voit que la dialectique marxiste s'efforce d'articuler ces différentes contradictions et surtout de ne pas les confondre. on ne peut remporter la victoire dans une guerre révolutionnaire en Chine 95 ". il s'ensuit que les lois de la guerre ont leurs particularités à chaque étape.pas les conditions et le caractère particuliers de cette guerre. mais surtout de comprendre la spécificité concrète (les maoïstes français. Lefebvre. s'en tiennent aux conditions concrètes et récusent l'idée même de contradiction générale en invoquant les faits particuliers. 1967. Paris. 202 : “ Si l'on parle du facteur temps. 1974. tome I. 248-249. cit. donc la totalité des capitaux particuliers. par ses conditions et son caractère particuliers. Livre Deuxième. au contraire. Pékin. L'analyse dialectique combine le singulier et l'universel par la médiation du particulier et cela de double manière : synchroniquement et diachroniquement. et qu'il ne faut pas transposer ces lois mécaniquement d'une étape à l'autre ” (cité par Jean-Marie Brohm.

Ces considérations théoriques peuvent être appliquées à des situations très concrètes et actuelles. 100 Ibid. singulière. autrement dit comme événement banal. Minuit. évidemment. Il reprend les trois moments hégéliens d’universalité. la mort d'un proche. l’analyse institutionnelle est fondée par René Lourau dans cet effort pour redéployer les moments de la logique hégélienne pour penser l’institution. cit. On peut par exemple examiner un événement particulier soit comme répétition du même et donc comme particularité. Mais dans le cas particulier de l'université française. Et quand on envisage sa propre pratique professionnelle. par exemple. soit comme aspect universel d'une contradiction particulière (l'universalisation du particulier). est à la fois un événement extraordinaire pour ceux qui le subissent douloureusement et un cas parmi de milliers d'autres pour les services de sécurité routière qui établissent des statistiques. exceptionnel. La Mort. Brohm poursuit en prenant l’exemple de la lutte contre la bureaucratie dans l'université. anonyme. Paris. le paradigme de l’analyse institutionnelle n’était pas vraiment constitué théoriquement. individuelle. Paris.. 101 René Lourau. p. 1977. inédit. statistique). ou tel élève singulier avec son histoire individuelle ? Quand les microcéphales socialistes clament extasiés : “ il faut mettre l'élève au centre du processus éducatif ”. il y a consensus universel : tout le monde est contre la bureaucratie. parmi d'autres. Dans un cas. il s'agit donc de repérer la place de telle ou telle contradiction dans la totalité sociale et de lui assigner son degré d'universalité ou de particularité. même si pragmatiquement des concepts et des pratiques 98 99 Vladimir Jankélévitch. soit comme événement singulier. c'est même pire le plus souvent. au sujet de la notion d'élève. les universitaires concernés renvoient toujours à d'autres cas particuliers. 251.-M. La dialectique hégélienne. Autrement dit. le bureaucrate. J. abstraite. a été développée dans le mouvement de l’analyse institutionnelle.À un moment donné.. la mort particulière (la mort en deuxième personne. alors là. c’est-à-dire à viser le singulier en tant que combinaison dialectique originale et unique de l'universel et du particulier. dans L’Analyse institutionnelle 101 . l'élève doué. 251-252. Un accident de la route. en l'étudiant soit comme aspect particulier d'une contradiction universelle (la particularisation de l'universel). Brohm remarque que l’on ne sait pas distinguer les trois moments du concept : “ Quel élève ? Un élément abstrait d'un ensemble statistique (le “ stock ” cher à certains socialistes ?) . op. routinier.. En effet. prise dans son sens logique. de quel élève parlent-ils donc ? ” 99 . alibi commode pour ne rien faire : ailleurs ce n'est guère différent. un type particulier d'élève : l'élève en difficulté. avant cette inscription théorique dans la dialectique. dans l'autre un élément d'un ensemble ou d'un échantillon. ordinaire. on nage dans l'impuissance de l'universel abstrait et l'on accepte résigné le labyrinthe administratif avec ses paperasseries ubuesques. J. L’Analyse institutionnelle. par René Lourau. Flammarion. Vladimir Jankélévich a rappelé de ce point de vue que l'on pouvait penser la mort sous les trois modalités dialectiques : la mort universelle (la mort en troisième personne. concrète. ma mort) 98 . particularité et singularité. La méthode dialectique consiste donc à saisir l'universel dans le particulier et le particulier dans l'universel. 35 . d'un processus général. l'élève récalcitrant . c'est un drame individuel unique. Ainsi. 1970. ou mieux encore de telle ou telle université particulière.-M. coutumier. Jean-Marie Brohm. En tant que théorie.. Il écrit : "Abstraitement. dans l'opposition universelle à la bureaucratie en général. p. ses tracasseries et ses mesquineries. p. c'est toujours l'autre : l'universalité de la bureaucratie ne saurait corrompre ma pureté ou mon innocence singulières : l'unique et sa propriété 100 ". d'un être cher) et la mort singulière (la mort en première personne.

et complète diverses notions à différents courants de pensée. mais il le fait travailler. Dans le même chapitre de sa thèse. L’institutionnalisation renvoie à la nécessité de reconnaissance. La forme triadique n’est pas innocente et soutient une intention politique : l’éthique du lien. Cela donne : l’institué. Le tiers ne dicte pas le lien. Mais pas forcément. Gens d’école et gens du tas. 1997. notions qu’il réorganise dialectiquement. c’est-à-dire le caractère novateur de quelque chose. Mais paradoxalement il y a de l’institutionnalisation dans certaines formes de non-reconnaissance. Le libidinal tend à s’identifier à la pulsion. le moment libidinal. il existe des combinaisons : des éléments qui vont ensemble et peuvent être identifiés comme proches.dynamiques. 105 Herreros (Gilles). comme distinctes. Dans les situations sociales. d’organisation. On peut avoir de l’idéologique institué universel. 103 Lourau (René). Paris. avaient déjà été posés. p. Il explore la spécificité de la lecture institutionnaliste de la dialectique chez René Lourau 103 . au désir. à des émergences particulières. Seuil. Paris. Le conflit des interprétations. Mais l’idéologique peut très bien tenir lieu de singularité. Ce dernier emprunte. Minuit. donc aux systèmes d’échanges. l’instituant. 1970. Patrice Ville note encore : "L’idéologique tend à se faire reconnaître comme universel. EKSA. le moment organisationnel Patrice Ville précise : "Entre les trois "triplettes". Ce qui caractérise l’intervention est la valorisation de la triade. ils sont à la fois en relation négative et en relation positive avec chacun des deux autres 102 . L’instituant. notamment inventés par Georges Lapassade et Félix Guattari. L’organisation tend au contrôle. au non maîtrisé. supposant cette théorie. ni systématiquement. donc dans des particularités etc. Revisiter l’intervention sociologique. l’institutionnalisation qui ont les mêmes propriétés que les notions hégéliennes. à partir de réflexions sur les situations socianalytiques et les divers types de déviance qu’il a pu y rencontrer. la pratique montre qu’il est intéressant de considérer ces trois dialectiques. in “ Gérer et comprendre ”. ce qui pourtant est inexact. il existe des combinaisons de ces dialectiques et non pas des équivalences. 102 36 . Patrice Ville rappelle que les propriétés des trois moments hégéliens sont les suivantes : chaque moment est négation des deux autres. La triade est définie par ce chercheur comme “ la construction permettant à la fois de penser et de vivre Patrice Ville. En fait. Paris. Une socianalyse institutionnelle. 104 Ricoeur (Paul). Certes pour l’Analyse Institutionnelle l’Institution est une forme ou une structure fondamentale. L’analyse institutionnelle. selon Gilles Herreros 105 . Paris 8. Semblables aux trois moments hégéliens. à des phénomènes marginaux. il est “ le pôle “ il ” pour qu’entre “ je ” et “ tu ” se glisse un référent commun ”. ces trois termes sont en étroite relation. René Lourau propose une dernière "triplette dialectique" : le moment idéologique. L’institué tend à être universel. thèse d’état. à des idées non standardisées. de conjonction. revue de l’Ecole des Mines. Mais ce ne sont que des tendances. chaque moment est affirmation des deux autres. 12 septembre 2001. est en général tout à fait associé à de la particularité. ou être instituant et particularité par rapport à un autre universel. Mais ils ne sont pas synonymes des trois moments hégéliens. Au point que ces mots peuvent sembler redondants. 1970. 45 à 57. Enfin. ils sont indissociables. mais cette forme est à la fois résultante et enjeu de la dialectique institutionnelle telle qu’elle est décrite par ces trois triades. selon Paul Ricoeur 104 .

Circé. est intitulé : l’idée absolue. 1992. Pour G. p. porte. intrus. Simmel 106 (1992). En fait. thèse d’état. il est une reprise très explicite de la méthode dialectique de Hegel. que l’auteur situe dans l’histoire de la pensée. Gens d’école et gens du tas. Patrice Ville. Le moment dialectique Le dernier chapitre de La science de la logique. On y trouve une réflexion sur l’articulation des moments dans la dialectique. Le conflit . gêneur. 45 à 57.le lien social ”. "la triade est la figure de l’étranger" : pont. Paris. 12 septembre 2001. 107 106 37 . de Hegel. Paris 8. Simmel (Georges). impartial 107 . Je renvoie ici à ce chapitre. Une socianalyse institutionnelle. juste.

La fin de l'histoire. le lieu de cette rencontre se découvre dans la finitude. H. Cette notion est-elle un concept ? H. l'auteur nous montre sa bonne connaissance du "moment historique" chez Hegel. de reprendre quelques passages de cette lecture. s'il donne lieu à “ l'homme ” porteur du vrai accompli – le Philosophe –. la connaissance théorique est l'élément dominant de la pratique. elle achève le devenir en le comprenant. Lefebvre reconnaît à Hegel un mérite : avoir dégagé la notion de praxis 110 . Mais c'est à Hegel qu'il faudrait attribuer ce concept s'il se vérifiait que c'en est bien un. Lefebvre. 21. Lefebvre. Tout naît chez Hegel de la praxis. Si la nature se transforme (par le travail et par la lutte) en monde historique. c'est précisément ainsi qu'il définit le concept de “ pratique théorique ”. pour H. S'il est vrai que la connaissance est dans son fond re-connaissance. la fin souhaitable de ces luttes sanglantes supprime le devenir historique. le rationnel s'incarne dans le réel. à travers l'histoire et les luttes historiques. pp. cela met fin à l'histoire. H. Voir les 50 premières pages de La somme et le reste. Lefebvre. politique. Le moment de la praxis H. 18-19. 110 H. en le concevant. Pour Hegel. Lefebvre reprend sa lecture de Nietzsche. en renversant le Maître. et par conséquent dans la mort (y compris celle de l'histoire. dans son Introduction à la lecture de Hegel. C'est le moment de la philosophie totale. Hegel et Marx. concernant l'histoire. tout est produit par la pratique théorique. Pour Hegel. Le moment s’acquiert dans une lutte réelle 108 109 H. Lefebvre en doute. La rationalité (la philosophie) coïncide avec la réalité (l'État). conservant et abolissant toutes les philosophies. si l'Esclave devient “ l'homme ” délivré et satisfait (befriedigt). le réel s'élève au rationnel. donc vraie. le moment capital est celui où toutes les attitudes philosophiques ont été formulées et réalisées. Ainsi. notamment. le système régnant sur le désert de l'essence). la philosophie est devenue pratique. les réalisant. D'abord dissociés l'un de l'autre (aliénés). La fin de l'histoire. La philosophie est réalisée et l'histoire achevée. Le moment du savoir absolu : l'histoire et le système chez Hegel La relation entre l'histoire et le système chez Hegel a été soulignée par Alexandre Kojève. L'histoire aussi est production et produite. Ce thème de la réalisation de la philosophie est. Le système philosophique et le système politique ne font plus qu'un : nous sommes face à une totalité à double aspect.Chapitre 4 : Lectures de l'histoire Dans La fin de l'histoire. Dans cet ouvrage. p. Il nous semble utile ici. un thème récurrent 109 . Lefebvre commente : "Si c'est l'esclave qui devient l'homme historique en travaillant et luttant. 38 . tous les moments de la société civile et politique. Si la philosophie systématique résume et contient les philosophies antérieures. C'est le moment du savoir absolu 108 ".

De quelle histoire s'agit-il ? De l'histoire de l'esprit (idéelle et/ou idéale) coïncidant par hypothèse avec l'histoire réelle. croissance et développement social) ce double aspect définissant l'historicité. en désignant ainsi la période pendant laquelle l'être générique. peut-on les combiner par la seule pensée ? Non. La succession des moments de la révolution Chez Marx. 25. il y a un nombre fini des figures. lutte contre la nature en son sein. appropriés. p. se voient dominés. éléments. p. 45 39 . Morte l'histoire. 25.Chez Hegel. leur enchaînement permettent ce récit global que Hegel nomme “ histoire ”. Et cependant. sans maîtriser la matière ? L'histoire proprement dite serait alors celle de “ l'humain ”. enchaînement) du processus (chaîne vécue sans conscience de l'enchaînement). pour autant qu'elle se déroule à l'aveuglette. crépuscule. sagesse. leur re-connaissance. passe par les épreuves qui le mènent de l'originel à la connaissance. l’enfant est un “ moment ” de l’homme 111 112 Ibid. terminée. cette exigence. Pour Marx. Dans la réflexion hégélienne.. Cette contrainte. car on ne peut qu'imaginer (non pas concevoir et non pas faire) un temps non historique 112 ". tour à tour l'esprit fut le désir et l'entendement. H. comme mise en forme ultime. 113 La fin de l’histoire. p. La formulation de la Logique coïncide avec la fin : vieillesse. des moments inhérents au devenir. Cette histoire finit-elle ? Oui. en proie à des déterminismes qu'il ne connaît et ne domine pas. Mais peut-être cette “ pré-histoire ” devrait-elle s'appeler “ histoire naturelle de l'humanité ”. Les figures. qu'il y ait logique et vérité de l'histoire. comme préhistoire. le travailleur et le désabusé. Tel est le destin et l'ordre . Le fonds opaque de l'être humain. Lefebvre retrouve la fin de l'histoire : "Ce que nous appelons l'histoire se termine par une révolution totale (même si les phases et les “ moments ” de cette révolution se succèdent dans le temps). moments. il a fallu les parcourir dans une lutte réelle.. cette nécessité se rattachent-elles selon Hegel à une naturalité originelle et originaire ? Non. unité réglée de figures dans le mouvement. dans cette perspective. sa naturalité. cela n'annonce-t-il pas la possibilité du tableau (de la synchronisation terminale) ? Oui. H. sans se détacher d'elle. “ l'homme ”. Les moments et leurs connexions (opposition et enchaînement). le maître et l'esclave. L'histoire apparaît alors. Le temps de l'appropriation remplace le temps de l'aveuglement dans lequel l'enchaînement des effets et des causes (y compris les volontés et les idées) échappait à la connaissance. L'homme. nuit. De ces remarques. Lefebvre déduit la fin de l'histoire. à la raison. une pensée combinatoire ne peut venir que tardivement. finie. à la prévision 113 ". Hegel ré-écrit ainsi le temps sans le moindre obstacle : "La philosophie fournit le paradigme (tableau systématique et fermé des oppositions) ainsi que le syntagme (liaison. Leur rapport. ou plutôt l'esprit. aussi. que “ l'homme ” tâtonne. la post-histoire ? Elle peut se donner pour historicité accomplie. Mais alors. On peut les dénombrer. Ibid. Il montre que la logique immanente à l'histoire n'empêche en rien qu'il faille parcourir (et re-parcourir) l'histoire sans sauter du commencement à la fin : "La connaissance philosophique elle-même ne peut abolir le temps et substituer le tableau achevé à l'inachèvement phénoménologique. L'exigence de la lutte à mort ne vient pas d'une nature mais de l'esprit lui-même : de la finitude en laquelle se réalise l'esprit absolu 111 ".

sont en définitive irresponsables . comme le suppose la démarche génétique. les broie. L'histoire et l'historicité. irrémédiablement. et marche vers l'achèvement. Les fondateurs de la pensée historique ne les séparaient pas. la société. 40 . Lefebvre fait rebondir la problématique. D'ailleurs. "aujourd'hui. et l'homme de connaître le singe. pour que cette marche puisse revenir vers l'actuel. Non. Spontanément. Anthropos. c'est-à-dire comme une expression d'une spontanéité. par la psycho-sociologie (Georges Lapassade et René Lourau)". deviennent-elles modèles ? En admettant que l'achèvement de l'adulte ne soit qu'un mythe. Ils concevaient l'un en l'autre. Aucun doute en ce qui concerne la maturité et sa valeur suprême. il reste en l'adulte assez de l'enfant. L’existentialisme (1946). qui a eu son histoire. La relation entre le temps individuel et le temps historique doit s'élever au concept. enfin saisi dans ses différences : dans sa genèse concrète 114 ". 114 115 La fin de l’histoire. Lefebvre. dans une harmonie préétablie . 79 La fin de l’histoire. etc. Il s'interroge : "Inachèvement de qui ? L'enfance. l'histoire se définit par sa fin : l'état adulte de l'homme générique. assez du singe en l'homme. instruments de l'Idée. Nietzsche proclame qu'il en est bien ainsi : "Avec l'hypothèse : peut-être l'espèce humaine est-elle ratée. la surpasser. une réponse inverse vient aux lèvres. Car l'adulte sort de l'enfant et l'homme du singe : "Le problème est de savoir comment l'enfant mène à l'adulte. 2001. Dès lors. ne peuvent s'isoler du devenir global dont ils sont des moments : de l'histoire (naturelle. qui est fini ?" D'où vient cette idée ? De Nietzsche qui a eu le courage de déclarer l'inachèvement de “ l'homme ”.. la précipiter dans le passé (Uberwinden et non pas Aufheben). Non l'inverse. 101 116 Henri Lefebvre. Paris. l'idée de responsabilité – qui apparaît spéculativement dans le système hégélien – n'est alors qu'une apparence. Ni l'enfant. Un vieux problème philosophique va-t-il ressusciter : “ Sollen oder Sein ? ” Oui. La représentation de l'inachèvement se dédouble – devoir-être sans fin et sans terme. si l'on en reste là. nous dit H. qui l'a terminée. p. Toutefois. H. avenir illimité. Impossible de demander des comptes à l'Idée. possèdent chez Hegel un caractère implacable : "Le devenir universel dépasse tous les moments limités. c'est-à-dire de l'espèce humaine. l'histoire se définit comme maturation (de l'espèce. Pour eux. Le devenir historique et ses moments Le devenir. de la société. l'espèce. p. de la culture. 2° éd. Le devenir Pour Hegel et pour Marx. par la théorie dite “ néo-ténique ” (Bolk). p. l'histoire.Marx montre que l'adulte permet de comprendre l'enfant. une sorte d'illusion de la conscience malheureuse à un certain niveau 116 ". de la société. il se profile cependant un achèvement sans réplique : la mort. ce serait l'inachèvement. si l'on trouve un autre sens en évitant de ressusciter une idéologie 115 ". Or. les emporte dans son torrent destructeur et créateur. l'achèvement. 102. sociale. l'un par l'autre. de la pensée). L'hypothèse nietzschéenne a été reprise avec audace par la littérature (Witold Gombrovitz). psychique). l'État (pour Hegel) vont comme l'individu vers le moment supérieur : la maturité. malgré le caractère ambigu (à la fois naturaliste et historisant) de ce concept. il faut la dépasser. Comment pourrait-il y avoir histoire s'il y a achèvement ? Qu'est-ce que l'achèvement sinon la fin de l'être. à l'Histoire ! – Les hommes. la pensée. l'adolescence. l'état adulte. tâche infinie – fin mortelle.et comment le singe a été un moment de l'homme en formation dans la nature. de la société. ni le singe. de la pensée. en contient la possibilité tout en étant enfant .

surtout. Hegel part donc de ce moment déterminé du présent. Il prend place à un moment déterminé. Lorsqu’il recense tous les travaux de Descartes en sciences entre 1618 et 1648. Dès ses premiers écrits. et il cherche à les résoudre. explique H. il va plus loin . cette exploration tous azimuts.Le moment déterminé Chez Hegel. 41 . débouche sur la découverte d’une forme et d’un instrument de connaissance : la méthode. et la continue . Mais. Comme tout savant. c’est d’abord qu’il s’empare de l’acquis. Lefebvre. une hypothèse. nous avons vu qu’est posé un rapport particulier à l’hic et nunc qu’il faut saisir. dans chaque domaine. à un niveau dans le développement de la connaissance. sa puissance. et cela dans les domaines les plus différents. Henri Lefebvre montre bien l’étendue des domaines étudiés et son apport à chaque question : "La simple lecture de cette série montre le caractère encyclopédique du génie cartésien. à partir des travaux de ses prédécesseurs. une généralisation". son originalité. avec sa négation : l’ailleurs et dans un autre temps. logiquement. il trouve des problèmes posés. Le propre du génie cartésien. allant des mathématiques à la physiologie et à la médecine . il prend la science acquise. il en tire ce que ces prédécesseurs n’avaient pas aperçu : une loi.

une introduction à l’analyse institutionnelle. une organisation ou une institution. Remi Hess. dans Centre et périphérie 117 . 118 Christine Delory-Momberger. et plus particulièrement de sa recherche du juste milieu. F. C’est le bon moment pour s’analyser. Michel Foucault l’a souligné dans L’usage des plaisirs 120 . 119 Herbart. La socianalyse. j'introduis la notion de moment socianalytique. etc. que l’on retrouvera d’une certaine manière. correspond à un moment de prise de conscience. etc. pour raconter son histoire de vie. 1984. La commande est le passage à l’acte qui conduit le demandeur à choisir un dispositif de traitement de sa demande. c’est l’intervention de sociologues institutionnalistes dans un groupe. et le recours à une forme de dispositif d’analyse ou d’intervention fait émerger la notion de "bon moment". Ce collectif va appuyer la réforme auprès de ceux qui ne veulent pas changer. Ferdinad Schöningh. Toute entrée en thérapie (psychologique. dans l’espace et dans le temps. et de ses outils de travail. Centre et périphérie. 2° éd. pour se former. lorsqu’il développera les qualités requises par le pédagogue 119 . L’entrée dans le dispositif est le moment du passage de la demande qui s’est formulée à l’intérieur. La notion d’urgence n’est pas absente. ” Ce qui est valable pour un groupe ou une institution vaut également pour la personne. Allgemeine Pädagogik (1806) . La notion de bon moment existe déjà dans la philosophie grecque. Gallimard. dans la notion de tact que développera. 2001. Schleiermacher.. Paris. du débat. 1994. L’entrée en psychanalyse survient à un moment particulier de la vie du sujet. 120 Michel Foucault. c’est la notion de kairos. à la suite de Herbart. Les socianalystes ont montré le cheminement qui s’opère entre le moment de la demande conscientisée. L’analyse. du plaisir. Paris. une introduction à l’analyse institutionnelle (1978. 117 42 . Paderborn. 4° éd.Chapitre 5 : Le bon moment Dès 1978. Paris. et la commande. Mais l’adéquation temporelle entre la dynamique interne du sujet (individuel ou collectif). 2001). 311 p. F. Anthropos. 414 pages. moments d’une biographie. le bon moment d’une réforme suppose une prise de conscience d’un collectif assez large sur la nécessité d’un changement. pour aider les acteurs à analyser la crise qui les traverse. Le kairos est à la fois une recherche du juste milieu. pour se soigner.D. il y a un bon moment de la rencontre. Le sens de l’histoire. R. pour changer son mode d’organisation domestique ou politique 118 . Cette intervention n’est concevable que lorsqu’une analyse interne a déjà été faite qui a conduit le collectif client à formuler ce constat : “ nous avons besoin de quelqu’un d’extérieur pour nous aider à comprendre nos difficultés. Chez les Grecs. c’est justement l’analyse des chemins conduisant d’une demande à une commande. Schleiermacher. notamment chez Aristote chez qui la notion s’inscrit dans sa recherche de l’équilibre. Dans la dynamique d’une institution. mais aussi somatique). lorsqu’il formule pour lui-même l’idée que le dispositif de la cure lui serait utile pour sortir des difficultés qu’il traverse. Ausgewählte pädagogische Schriften. du travail. Hess. en commande vis-à-vis d’un tiers. à une demande. l’appel à des personnes extérieures permet de construire une distance. notamment lorsqu’il s’agit d’une intervention chirurgicale qui permet d’éviter des complications de santé. le bon moment de refaire son toit peut être la survenance d’une tempête qui a soulevé le toit… En politique. L’usage des plaisirs. Anthropos. Dans la gestion d’une maison.E.

orateur. 122 Michel Plon “ De la politique dans le Malaise au malaise de la politique ”. c’est le moment où l’autre a quelque chose à attendre de vous. il faut à nouveau attendre le "bon moment" pour 121 Aristote. Sans cette attente. in Jacques Le Rider. 1988. L’homme de génie et la mélancolie. le kairos est lié au temps. Schleiermacher constate qu’il y a un conflit. über den Traum. Sigmund Freud connaît bien la démarche herméneutique de F. de dire. Le patient lui répondra : "Tu dois savoir que je n’ai rien à apprendre de toi !". On touche à la question de l’analyse herméneutique du contexte. Dans ces métiers. entre le moment présent. Pigeaud. 1998. Tous les deux ont identifié la notion de moment. ou encore temps opportun. dans lequel vit l’enfant. Il est important qu’il y ait demande (de distanciation). traduit et présenté par Jackie Pigeaud. général. Michel Plon montre que cette question du bon moment est un problème central pour les trois métiers impossibles selon Freud : gouverner. et la qualité que le professionnel. cet instant adéquat. Le bon moment de parler. même quand on a raison. mais aussi la gestion du rapport au temps dans le travail lui-même. doit intervenir. Schleiermacher. propose une définition du kairos comme "moment où le technicien (à l’évidence c’est de l’homme de l’art – tékhnè – qu’il est là question et qui s’oppose au praticien de la science – epistémè). rien ne sert de forcer l’autre. l’interprétation brutale. Paris. on peut dire que toute sa théorie de l’interprétation est redevable à la posture herméneutique de F. la pédagogie est un combat entre les deux moments. PUF. Ce qui différencie le bon professionnel du mauvais. Le kairos est donc davantage dans l’insight de l’instant. dans lesquels sont installés le jeune et l’adulte. et donc. selon F. comme importante dans le travail pédagogique ou analytique. le kairos est donc un instant quasiment intemporel. la question est toujours de choisir le "bon moment pour intervenir". Michel Plon. où l’autre est capable d’entendre ce qu’on veut lui dire. Paris. que dans l’épaisseur du moment. 154 pages. d’Aristote 121 . Selon lui. Dans sa réflexion à partir du Malaise dans la culture. et immédiate dès qu’elle survient dans la tête de l’analyste. de réforme. Henri Rey-Flaud. on pourrait le traduire par instant adéquat ou temps propice. le praticien dans sa manière de porter un diagnostic. et qui correspond à un bon redéploiement de son expérience clinique. Ils ont du mal à se rencontrer. Scheiermacher. de formation. et de décider du moment opportun pour optimiser son intervention. Mais à l’intérieur du dispositif lui-même. est incongrue. et le moment de l’avenir de l’élève auquel pense le pédagogue lorsqu’il lui propose des apprentissages. S’il le cite explicitement dans Die Traumdeutung. Dans le "bon moment". et d’être capable d’attendre en espérant parvenir à rencontrer un jour le moment adéquat d’une parole : le bon moment de l’interprétation. Autour de Malaise dans la culture de Freud. par l’urgence que nécessite l’état des choses. F. c’est d’accepter de ne pas brusquer les choses. Petite Bibliothèque Rivages. Du point de vue du temps. Et à la limite. et dans Der Witz und seine Beziehung zum Unbewussten. éduquer (Regieren.Dans sa présentation à sa traduction de L’homme de génie et la mélancolie. Gérard Raulet." Comme l’indique J. Si l’on traduit kairos par bon moment. qu’on détient le savoir sur lui. Erziehen) 122 . au sens où nous employons ici ce mot. Schleiermacher. dans la vie du sujet ou du collectif. pour qu’il y ait confrontation à un dispositif de soin. le moment est pris ici dans le sens du der Moment allemand (par opposition à das Moment). de Freud. L’enfant veut éviter de penser à son futur. le tact concerne non seulement le moment de l’intervention. Il faut attendre le "bon moment". c’est justement cette maîtrise du "bon moment". bref vous écoute dans ce que vous pensez pouvoir lui dire de lui. qu’il soit médecin. 43 . se trouve être en demande. sans durée. Chez Freud. Analysieren. la qualité du clinicien. le juste milieu. soigner. Jackie Pigeaud. c’est-à-dire ce temps propice.

de l’intuition. Machiavel fonde une clinique de l’expérience. le soin et l’éducation. Dans ces courriers. Faire la bonne analyse de la situation. mais de l’éducation." Et concernant sa conception des rapports entre les hommes. in Œuvres. 1978. depuis l’époque napoléonienne. trad. Laffont. et d’une certaine manière la guerre. comme métier "impossibles". L’art consiste à "répondre ce qu’il faut à un événement en tant qu’il est significatif. car cela l’impressionne nécessairement et il détermine ainsi son comportement sa vie durant 124 . Le rapprochement qu’a fait Freud entre le gouvernement. de manquer les occasions d’agir. précise Lacan. Plus qu’une théorie du politique. Son journal prend la forme de lettres qu’il envoie ici ou là. c’est celui qui. entre 1498 et 1512. Cette conception 123 Jacques Lacan. mais l’échec est à l’horizon. lui fait perdre la bataille. Dans cette exploration du "bon moment" en politique. Trotski croit maîtriser le savoir stratégique. se trompe dans son choix. la nouvelle portée des canons. mauvais. 124 Machiavel. Rappelons que pour lui. comme le médecin ou le politique peuvent toujours se tromper. "Il est très important qu’un enfant commence dès son jeune âge à entendre dire du bien ou du mal d’une chose. "Faire la bonne interprétation au moment où il faut. Paris. il médite tout particulièrement sur le rapport au temps. c’est le "moment décisif" selon H. Il réfléchit sur les différences entre les personnes. le sort de l’Europe aurait été changé : le communisme aurait gagné toute l’Europe.s’autoriser à l’interprétation. il veut souligner que chez le psychanalyste. qui relève d’un domaine difficile à contrôler qui est la subjectivité. Lacan 123 . de ne jamais poser d’acte. L. Lefebvre. évoquant Socrate. Il est au service du pouvoir florentin. mais un praticien. Celui qui réussit fascine. ajoute J. impossible à atteindre. est un enjeu stratégique considérable. vient du fait que ces arts reposent en définitive sur la maîtrise du tact. Cet art de l’adéquation. On se trouve dans un univers qui échappe au contrôle : on se trouve dans l’inachèvement. Paris. Michel Plon explore le travail de clinicien du politique qu’opère Machiavel qui. Celui qui sera perçu comme "mauvais professionnel". lors de la bataille de Varsovie en 1917. dit que "si Thémistocle et Périclès ont été de grands hommes. entre la situation et la posture. on sait qu’elle anticipe la conception selon laquelle "l’homme est un loup pour l’homme" (Hobbes). Ces lettres et rapports de mission confidentiels lui serviront d’ébauche pour l’œuvre à venir. En politique. Lefebvre évoque Léon Trotski. le "métier" du pédagogue. Machiavel reproche aux dirigeants d’hésiter constamment. 1996. Ainsi. Selon Freud. Dans cette clinique du politique. lui aussi. Le maître. ou pour parler comme Machiavel de la virtu. depuis l’époque de Clausewitz. Le Moi dans la théorie de Freud et dans la technique de la psychanalyse (1954-1955). Discours sur la première décade de Tite-Live. lecteur de Clausewitz. dans l’analyse. qui fait le choix. mais il ne prend pas en compte. serait dans leur capacité à attendre le "bon moment" avant d’intervenir. dans une sorte d’idéal de perfection. Il écrit des textes en relation directe avec sa pratique. l’art est de choisir le bon moment de conclure. Quand Lacan. Seuil. comme chez l’homme politique. au moment décisif. avant d’utiliser les canons. Et il observe. c’est être bon psychanalyste". au moment opportun. p. qu’il est fonction d’un échange symbolique entre les êtres humains – ce peut être. c’est qu’ils étaient bon psychanalystes". comme dans l’éducation ou la politique. Machiavel n’est pas un philosophe. du talent. Le séminaire. d’envoyer ses fantassins. l’ordre donné à la flotte de sortir du Pirée". inadéquate par rapport à l’évolution des batailles. livre II. Si son choix avait été inverse. de thérapeute ou du politique. 458. Cette décision. H. découvre que la réussite de la praxis politique est liée à la capacité de saisir l’occasion lorsque celle-ci se présente. la vraie différence ne vient pas de la naissance. 44 . et présentation par Christian Bec. n’est pas infaillible.

Toutes les lettres de Machiavel. tant dans la temporalité que dans son étendue. Comme le remarque Michel Plon 127 . qui lui permet de découvrir l’exercice du pouvoir. les autres n’aient rien soupçonné de ce qui se préparait ! La ponctuation de cette histoire sera l’élimination des traîtres qui aura lieue le jour de la Saint Sylvestre 1502. durant lequel on a pris soin de construire un dispositif.. Machiavel constate que la bonne maîtrise de la temporalité est liée au fait que le prince ne rêve pas. Son projet n’est pas de décrire l’idée que l’on se fait des choses. C’est la matière première de l’action politique. p. 221. 127 Michel Plon. Il construit des leurres. Il nous faudra tenter de la dégager. 2 vol. et surtout les princes. op. où ses paroles et ses gestes se fondent totalement dans la temporalité de la menace. lorsqu’on en parle. se définissent du fait que le temps pour l’un inclut le temps. Alors que le prince dit calmement qu’il jugera les Seigneurs de Florence sur leurs actes. p. lorsqu’elle se présente. Il s’était préparé. l’évolution du rapport de force et son devenir. Paris. On verra que cette dialectique a été pensée dès le moment grec de la philosophie. je tends l’oreille à tous les bruits. mais fait du terrain. cit. Ce vécu à proximité d’un prince. 148. sont jugés en fonction des qualités qui leur apportent blâme ou louange 125 . Lors d’un complot qui se fomente contre lui.implique un certain rapport au politique : l’action politique efficace doit prendre les hommes tels qu’ils sont. 1. 285. Machiavel observe comment le Prince entre dans ce temps. qu’il accompagne lors d’une opération que celui-ci mène. la dimension du temps apparaît essentielle. en comptant sur les hommes du Roi. je dis que tous les hommes. parce qu’ils sont plus haut placés. entre octobre 1502 et janvier 1503. Il fait beaucoup de bruits autour de la préparation d’une campagne : l’art du politique est cette maîtrise du concret. Gallimard. derrière ce vacarme. quand les faits sont là et pas autrement. 142." Quelques jours plus tard. on peut proposer une théorie des moments qui soit dialectique. il a su jouer sur les lenteurs des adversaires à l’affronter. Le politique est celui qui sait saisir l’occasion. comme significative : "Je temporise. et j’attends mon heure 126 . mais la vérité effective des choses. plus d’une fois. Machiavel observe César Borgia. De cet enchevêtrement des temps d’avant le "bon moment". d’où il s’ensuit que l’on doit l’excuser et non pas le taxer de négligence 128 . p. 1996. et il déterminera le choix tactique d’intervenir ou pas. fonctionne comme une Erlebnis (expérience vécue). personne ne connaît le lieu de l’attentat qu’il organise : "Ce Seigneur est le plus secret des hommes… Ses secrétaires m’ont. Le rapport de l’autre au temps est un élément essentiel de l’analyse stratégique. à propos d’un prince et discourant de celles qui sont vraies. dont procède le prince. Celle-ci est fragile. Machiavel est stupéfait de la manière. Machiavel s’étonne que. En dehors de lui. 1955. 128 Toutes les lettres de Machiavel. Il décrit la dimension psychique dans la matérialité du rapport au temps. en donnant une dimension ostentatoire à ses préparatifs de guerre." Dans la vérité des choses. attesté qu’il ne publie chose aucune qu’au moment même de l’exécuter. du prince. et l’argent du pape. p. et qu’il ne l’exécute que quand la nécessité le talonne. le côté décisionnel du kairos suppose un temps préalable. Dans la stratégie. 45 . pour agrandir ses territoires. fugace. quasi impossible." 125 126 Machiavel. in Œuvres. le complot échoue d’un rien : le duc s’en sort. différent. La fascination de Machiavel vient du rapport au temps que le prince a construit : il est à la fois dans et hors du moment de l’adversaire . Le prince. C’est la substance d’où l’on va tirer les occasions de l’action. car il s’est totalement inscrit dans la réalité. vol. Il écrit : "Laissant de côté les choses que l’on a imaginées.. il glisse une petite phrase que Machiavel note aussitôt. de l’autre.

Les discussions concernant la construction du dispositif ont été très vives. dans un mouvement propre et autonome. de ces trois temporalités. etc). -Le troisième moment est celui de l’intervention. mais pensées dans la succession. l’autre ne me manquera pas. on l’étudie en tant que telle. développe une temporalité qui dialectise. Il faut reconnaître cette position puisqu’on veut la modifier ou la vaincre. Dispositifs I. On élabore un pronostic. le temps pour comprendre. comme dans la psychanalyse 130 . de politique ou d’éducation. On évalue nos propres moyens et nos chances de victoire possible. intervenir pour conclure sont donc les trois moments de ce processus qui ouvre sur le "bon moment". Ce travail d’enquête demande du temps. Lefebvre). Anthropos. 1971. entre l’universel. dans telle ou telle situation. ce que J. voir. Ce moment prend en compte à la fois le temps et l’espace : on mesure la surface de l’autre. Les séances sont plus courtes. p. la situation se dénoue. à la manière hégélienne. trois moments : le perçu. Il faut tenir compte de l’adversaire. de ces trois moments. le temps de l’intervention est limité (trois à cinq jours). la plus large possible. lors des trois moments. On sait que. Dans toute situation d’analyse. Celle-ci a pu être courte au début. Le médecin grec inscrit sa théorie du bon moment dans une trilogie du même type : -Hippocrate dégage d’abord le moment de l’enquête. ses forces. Et cette dynamique se développe dans un contexte. à l’époque d’Hippocrate ? Toujours est-il que l’enquête demande un temps de travail. qui suppose une organisation. C’est le stade de la stratégie. Percevoir. Imaginer –coopter. C’est le recueil des données : le praticien examine le cas. Comme le dit le proverbe : "Le lion ne bondit qu’une fois !". On fait des prévisions. Chez les Van Bockstaele. puis s’est allongée. le moment de conclure. tant sur la durée des séances. Université de Paris 8. de ces trois étapes. octobre 2004. in Les irrAIductibles n°6. ses moyens. Lacan s’est beaucoup intéressé à Hegel ! Ces trois moments sont bien antérieurs à Hegel : ils sont déjà présents chez Hippocrate. dans une première période de sa vie. comprendre et juger. juger. 224 pages. 46 . que sur la longueur de la cure. refusa-t-il de fixer à l’avance le terme d’une 129 Une première description des règles de la socianalyse est donnée dans G. Mais sur le plan de la durée. Mais Freud avait conscience de s’être trompé dans le cas de "l’homme au loup". les spécificités de cette situation singulière qui n’a pas d’équivalent. 2004. le conçu. Cet acte est définitif par rapport à la situation singulière.Tous les auteurs qui se sont intéressés à la théorie du "bon moment". le particulier et le singulier. La situation est particulière. Paris. Paris. on va demander des analyses (de sang. d’urine. Soulignons la dialectique. Aussi. Lacan reformule dans son célèbre sophisme du temps logique et de la certitude anticipée : l’instant de voir. au sein du mouvement psychanalytique. agir (formulation des militants de l’action catholique dans les années 1930). Peut-être ce moment existait-il déjà. Clefs pour la sociologie. qui s’étend jusqu’à l’universel. Lourau. tel qu’il se présente sous ses yeux. Seghers. La socianalyse. Il décrit la situation en dégageant les caractéristiques. sous une forme ou sous une autre. 15 à 26. Lapassade. 130 Jacques et Maria Van Bockstaele. les règles sont sensiblement différentes. le praticien doit aller jusqu’au boût. Elle a des particularités. le dispositif que propose l’intervenant est une assemblée générale. R. l’action (H. -Le second moment est celui du diagnostic. Aujourd’hui. qui tient une position antagoniste à l’intervenant. telle que nous l’avons pratiquée avec Georges Lapassade et René Lourau. Dans la socianalyse. permettant l’accès aux éléments transversaux les plus divers (transversalité) de l’établissement en analyse 129 . Si je manque mon coup. Voir également des mêmes auteurs “ Le dispositif de la socianalyse ”. La pratique impose donc une prise en compte permanente de l’étendue et de la durée. Le temps d’un éclair.

La représentation. mais ne le sont pas nécessairement. dans votre souci d’abréger l’analyse. les moments privilégiés. 29 octobre 2004. je n’ai plus le même rapport au monde. 1971. Contribution multiréférentielle à la recherche sur les temporalités éducatives chez les adultes en transformation dans les situations liminaires. thèse de sciences de l’éducation. Francis Lesourd se donne pour objet. sous la direction de Jean-Louis Le Grand. de ce qu’il est. surviendrait un moment décisif du jeu qui ferait basculer la présentation 133 . Bon moment et formation Dans sa thèse sur Les moments privilégiés en formation existentielle 134 . Chez Freud. Ces moments peuvent être heureux. Dans la socianalyse. À quoi reconnaît-on chaque fois le moment opportun ? C’est l’affaire d’un tact. LAMCEEP. Il vous faut attendre le moment opportun pour communiquer votre interprétation au patient avec quelque chance de succès. l’analyse des gestes techniques se fait quasiment instantanément sans grande mobilisation. PUF. J’expérimente une sorte de veille. Freud. II. 134 Lesourd. Pour moi. 3° éd. vol. S. Paris. par exemple). par rapport au sport. En l’occurrence. 1991. une nouvelle tâche se présente à vous. et de ce qu’il souhaite devenir. L’analyseur et l’analyste. vous jetez vos interprétations à la tête du patient dès que vous les avez trouvées 132 . 1905. 204 p. par exemple. PUF. Gauthier-Villars. dans le cheminement du sujet. p. Ce travail veut apporter une intelligibilité nouvelle à la problématique des transformations du sujet adulte. Vous commettez une faute grave si. Lapassade. Je regarde ce type de spectacle en étant ailleurs. dans un parcours de vie. 1985. En tant qu'interrogation de discontinuités créatrices. problèmes. trad. un moyen d’accélérer certains processus est la mise en place d’analyseurs construits 131 . mais. Le foot m’absorbe : il me capte. fr. Je puis être ailleurs ou être dedans. selon que je suis dedans ou dehors. en montrant que toutes les séances ne sont pas vécues avec la même intensité.cure ! Cependant. soutenue à Paris 8. leur caractère privilégié réside dans le potentiel de naissance à soi-même dont ils sont porteurs. 89. mais avec une demande de ne pas être dérangé au cas où. Paris. Je ne peux pas dire que lorsque je regarde une émission sur le Tour du Dauphiné ou sur le Grand prix de formule 1 du Canada. Certains moments comptent davantage que d’autres. Les moments privilégiés en formation existentielle. en pensant à autre chose . Je regarde cela de loin. ” in Résultats. idées. avec son concept de "bon moment". qui peut être considérablement affiné par l’expérience. L’attente des bons moments : le plaisir du spectacle sportif Il en est de même pour moi. apparaissent moins comme des aménagements que comme des altérations radicales des représentations que se donne le sujet de ce qu’il a été. ” On retrouve ce point de vue dans l’Abrégé de psychanalyse : "Evitons de lui faire immédiatement part de ce que nous avons deviné". Ecrit sur la conscience phénoménologique de la conscience intime du temps. je sois "mobilisé" à 100%. qui s’établit entre l’interprétation et le bon moment : “Quand vous avez trouvé les interprétations justes. ce travail de 131 132 G. par mon épouse). Francis. n’étant que le montage télévisuel de moments décisifs (les buts marqués. il y a un lien. au moment des informations générales. par hasard. 47 . La psychanalyste fragmente aussi le temps. “ La question de l’analyse profane. il voit la possibilité d’accélérer les choses. Ceux-ci doivent susciter l’appropriation par le collectif client d’un problème resté implicite. les moments privilégiés désignent les discontinuités qui. mais cette veille peut déclencher une mobilisation psychique totale. je fais plusieurs choses à la fois (d’où le fait que je vive mal de devoir écouter les commentaires techniques des coups de pied arrêtés de David Beeckam. lorsque l’évaluation du jeu l’implique. 133 Husserl. en football.

une infrastructure temporelle personnelle. les actes. pour chaque sujet. l’action du sujet adulte se porte sur sa propre infrastructure temporelle. institutionnelles. La seconde prise de position. La première. En tant qu’ils favorisent le guidage des transformations personnelles. d’emblée. sont tout particulièrement questionnés. les actes effectués à ce moment par le sujet. en particulier ses actes mentaux. l’accompagnement des sujets en situations liminaires et. ces actes mentaux renvoient à une forme particulière de savoir d’action. le temps en provient . au cours de ces transformations. axiologique. en tant que co-auteur. l’infrastructure temporelle personnelle constitue la matière première sur quoi et avec quoi le sujet travaille lorsque. ce travail se réclame d’un pluralisme temporel (Bachelard) selon quoi. C’est cette infrastructure temporelle qui se transforme au cours des moments privilégiés. Le choix de cette approche ne se justifie certes pas de la complexité intrinsèque de l’objet . interpersonnelles. les temps successifs d’une vie apparaissent éclairés. Le questionnement des moments privilégiés se fonde sur trois prises de position. En d’autres termes. spécifique. partant. En l’occurrence. en formation des adultes. il participe. Lesourd propose de considérer que cette multiplicité de temps constitue. elle souligne l’importance de l’action du sujet qui. Parmi les chantiers de recherche qu’a ouvert. les œuvres et les vies. fait émerger ce qui lui apparaît après-coup comme une transformation existentielle. Lesourd rejoint les recherches qui. Cette hypothèse est mise à l’épreuve de vécus rapportés par une 48 . s’appuie sur un questionnement des moments privilégiés du point de vue des temps qu’ils mobilisent. Au cours des moments privilégiés. les transformations de perspective (Mezirow) et l’émergence des quêtes de sens de l’adulte. les turning points mis au travail dans les pratiques d’histoires de vie. éducatives) favorise l’émergence d’une intelligibilité de l’objet autre que celle à quoi un regard monodisciplinaire aurait pu conduire. épistémologique. implique le renoncement à un point de vue totalisant et achevé. La chrono-formation est définie comme formation de temps formateurs . cette thèse se situe plus particulièrement dans la filiation des recherches de Gaston Pineau relatives à une chronoformation. nommée savoir-passer en référence au caractère liminaire du processus. à la production et au guidage du processus par quoi il se transforme. L’hypothèse de l'auteur est qu'actes mentaux et savoir-passer sont appris par l’expérience mais peuvent être ultérieurement conscientisés. oblitérés ou reconstruits après-coup en fonction des réorientations des projets du sujet. intrapsychiques se présentent comme un “ système ” complexe en interaction permanente . sur quoi s’étaye sa cohésion identitaire. sociologiques. l’altère profondément et. En outre. consiste à aborder le sujet adulte comme co-auteur de ses propres transformations existentielles. la prise en compte d’une multiplicité des temps. il est produit par les phénomènes. le sujet n’est ni tout-puissant ni tout-impuissant.F. de façon semi-délibérée. La troisième prise de position. pour se former dans des temps est conduit à former ses temps. interrogent les moments-clés d’engagement dans un processus de formation institué. on peut ainsi considérer une multiplicité de temporalités à la fois synchroniques et diachroniques : les temporalités co-présentes sociétales. il relève d’un pari selon quoi l’inter-questionnement d’une pluralité de références (psychanalytiques. ce choix axiologique conduit à questionner tout particulièrement l’action – matérielle ou mentale – effectuée par le sujet à l’occasion de ses moments privilégiés. F. anthropologiques. tient au choix d’une approche multiréférentielle qui. psychologiques. il est possible d’envisager le guidage pour le sujet lui-même de ses transformations existentielles comme objet de recherche en formation. Par voie de conséquence. Dans cette perspective. De ce point de vue. en Sciences de l’éducation. théorique. de façon plus générale. loin d’être donné au monde. Cette notion de co-auteur suggère que.

un mode d’accompagnement de leur conscientisation. L’explicitation biographique constitue un mode d’observation rétrospective de la mise en œuvre concrète des savoir-passer. Ce mode d’observation des savoir-passer constitue également. 49 . Le repérage de certaines conditions de conscientisation et d’apprentissage des savoirpasser contribue à enrichir le fonds commun des ressources transitionnelles en éducation et en formation des adultes.enquête. Le mode d’observation s’appuie sur des histoires de vie en formation et des entretiens. pour le sujet. Il favorise la mobilisation de ses ressources par le sujet en situations et leur compréhension par ceux qui les accompagnent.

Mercredi 20 septembre 2000. différente de la préface de la Production de l'espace. la réunion du groupe de travail sur le colloque H. Il y a un an. de recevoir une avance. Il faut le faire vite et bien. et il est difficile de suivre mes propres projets quand je suis avec lui. celui-ci.” Jeudi 18 mai 2000. est un livre fort : j'ai téléphoné à l'auteur pour le féliciter. Lefebvre : grande responsabilité. J’avais emmené le dossier à Jean . j'ai trouvé une lettre de Jean Pavlevski me demandant de préfacer la réédition d'Espace et politique. j'ai eu. Il faut aller plus loin. on parvient à se concentrer sur quelque chose. Valence est déjà passé : la vitesse est formidable. Huit pages. d'H. terminé le lendemain matin très tôt. Hier après midi. Comme le livre ne fait que 170 pages. Cela va permettre de sortir ce livre à un prix excessivement raisonnable (le même qu’en 1986 : 140 fr pour 500 pages). Le livre pouvait donc être envoyé au CNL. Lefebvre.INTERLUDE 1 L’Année Lefebvre 14 septembre 1999 (Extrait d’une lettre de R. depuis quelque temps. Celle-ci avait accepté à condition. mais n’avais pas eu d’écho à cette demande. Armand Azjenberg (qui a beaucoup travaillé avec René Lourau en 1985 et 1993) a mis sur le net des textes de René. Avec Lapassade. mais il fallait une préface. Or. découvrit que le contrat avait été signé et l’avance versée. De la pourriture.H. Je m’étais occupé de demander les droits à la veuve d’Henri. Square Clignancourt Hier. je me suis mis à écrire ce texte. 9 heures. intensément. J’avais transmis le dossier à Anthropos. mardi midi à table. car elle est inscrite à ce colloque (Patrice aussi d'ailleurs) qui aura lieu en novembre prochain. Lobrot. le Centre national des lettres a décidé d’avoir une politique incitative sur le terrain de l’architecture. René Lourau aurait beaucoup aimé ce livre. au courrier. Lefort. Le fait d'avoir ce carnet dans ma poche est une chance 50 . d’Henri Lefebvre : ce livre avait eu 3 éditions chez Anthropos. et ils ont fait la liste des ouvrages urgents à rééditer : le livre de Lefebvre était sur la liste. en plus. mais globalement l'idée centrale est juste : la réédition du Dictionnaire des philosophes correspondait à une entreprise de liquidation de la pensée des auteurs influencés par le mouvement de mai 1968. J'ai affiché des informations sur ce colloque dans la salle de l'AI. Lundi après midi. Certes. Lefebvre. l’ensemble du dossier était au CNL. il me faut faire une préface vraiment originale. à Hubert de Luze) “ Et le travail éditorial a donc repris. On en a parlé avec Dan Ferrand-Bechman. en fouillant dans les archives. je peux facilement faire 20 pages . si. un très beau livre d'un ancien thésard de René Lourau. penser moi-même l'espace. Et ce que l'on enlève est justement ce qui fait politiquement sens. Lundi dernier. Qu'est-ce que l'espace aujourd'hui ? Aujourd'hui. à la maison. Brohm… il voit sa rubrique terriblement réduite. Je n'ai pas eu le temps de me plonger dedans (seulement dans la lettre d'accompagnement) : je suis avec Romain. de Jean-François Raguet. il m'égratigne injustement comme beaucoup d'autres. j’avais proposé de rééditer La production de l’espace.

Par exemple. J'ai relu Espace et politique hier soir : une lecture rapide. Vert-horizon est un enjeu. Jacky Anding n'a pas de mail : il vit par procuration. 10 h. Cela modifie fondamentalement mon rapport à l'espace et au temps. mais nécessaire pour que le travail commence à s'élaborer en moi… Pourquoi est-ce que je donne priorité psychique à ce projet. mais la mort de Raymond Fonvieille m'a un peu déstabilisé. efficace et permet de vivre l'espace autrement : j'ai des contacts aussi avec Sonia Altoé au Brésil. mais l'idée de publier un texte sur H. et d'écrire. livre que je ne connaissais pas encore : il accepte de me le prêter. Il est à Tétouan. H. ou Christine Delory-Momberger. Une partie des Verts qui ont un mail dans le 18e ne m'ont pas donné leur adresse. mais concernant la préparation des Dossiers pédagogiques. maintenant. avec Driss à la Réunion. Je lui rendrais demain. Bernard Wattez. avec un prof argentin sur le tango. Il faut donner les adresses électroniques de chaque adhérent mailé. Paris). "Espace Marx" (64 rue Blanqui. C'est important. il y a donc un clivage entre ceux qui disposent d'un mail et les autres… Mais il y a des clivages aussi. Il faut que je reprenne à bras le corps ce chantier. et dans le contexte des municipales. Georges Labica parle de l'éclipse d'Henri Lefebvre en France. alors qu'il me faudrait terminer le numéro de Pratiques de formation sur René Lourau qui dort dans un coin ? Jacques Ardoino me presse de coups de fil. il a l'air heureux : une occasion de prendre le soleil. Il joue avec des amis . Un professeur de Paris VIII (dont je ne connais pas encore le nom) avait avec lui le Rabelais. Pierre Lantz. Je pense à Alain Lipietz. notamment sur "espace et politique". Lefebvre m'importe. Bernard l'a et c'est autre chose. et beaucoup de gens qui connaissent H. je ne peux pas les joindre.… Je sais que j'aurai au moins une lectrice : Corinne Jaquand. avant d'avoir eu le temps de découvrir ce monde du virtuel. entre ceux dont on a les adresses et ceux dont on ignore que l'on peut les toucher… La théorie "centre et périphérie" fonctionne donc très fort. qui contraste avec l'accueil qu'il a encore dans un certain nombre de pays. Je vis des relations suivies avec Ahmed Lamihi. le texte que je conçois pourrait avoir un impact. un enjeu important.-J. Dans le public d'une quarantaine de personnes. Colloque Henri Lefebvre Georges Labica ouvre les rencontres. etc avec Gaby Weigand à Würzburg. je suis la progression du cahier sur Raymond. Siméoni à Mayotte. dont Nicole Beaurain. Cet espace virtuel se superpose à l'espace institutionnel et à l'espace tout court. avec les Verts de Munich. Il rend hommage à René Lourau "qui aurait été là. cette proximité. des gens de quartiers voisins. Dans le découpage de l'espace virtuel. René Lourau et Raymond Fonvieille sont morts. s'il n'était pas mort en janvier". Je suis rentré dedans totalement. Il me demande conseil et je lui réponds. Je ne sais pas tout de ses activités. avec M. Henri Lefebvre.pour moi. Comment concevoir l'espace maintenant ? Cette inscription sur le mail rend aussi plus proches. par exemple. Je vis actuellement un bouleversement organisationnel : j'ai Internet chez moi depuis 3 mois. Lefebvre. (qui vient de se lever et qui est très beau). Lefebvre de novembre. Samedi 25 novembre 2000. etc. Lefebvre est victime de la 51 . Il y a donc un cloisonnement technique qui structure les clivages. Peut-être Antoine Lagneau dispose-t-il des adresses électroniques des gens des deux clans ? Il faudrait que je le questionne à ce propos. Ma préface doit être le texte de mon intervention au colloque H. Ce mode de travail est vraiment rapide. y compris avec ses voisins.

Althusser. Charlot. à l'intérieur même d'un ouvrage . il est un ouvreur de chemins . L'AI doit être confrontée aux grands thèmes lefebvriens. un très bon chiffre : Jean Pavlevski a donc voulu nous offrir le champagne à Lucette et à moi. Elle a fait une sortie contre Normale Supérieure. H. vient de faire un texte pour étudier l'influence des Français sur la pensée de l'urbanisme mondial : Henri Lefebvre y est très présent. responsable des Annales urbaines. Anne Querrien. Elle parle de l'influence de ce livre sur la technocratie (Delouvrier. dans les milieux de l'urbanisme et de l'architecture. Clémentine Dujon. H. dit G. je me dis qu'il y a ici même un constat : la faillite du politique. Je partage son sentiment. Jean-Pierre Lefebvre évoque le "post-modernisme". et qui croit que ce vécu est particulier. La dialectique entre la théorie et la pratique lui semble être au cœur de ce livre. Labica. la théorie de l'information : sa pensée apparaît comme un jaillissement permanent. au fond de la salle. Sylvia Ostrowetsky fait l'éloge du Droit à la ville. Henri Lefebvre 2 mètres. selon une logique de falsification. puisqu’à Nanterre (où j’étais étudiant). Nécessité de décrire et d'accepter ce quotidien singulier et de tenter de le comprendre. Jean-Pierre Garnier intervient fortement. Les Verts proclament la proportionnelle comme exigence. Reprenant la balle au bond d'une intervention de Makan. galvaudée aujourd'hui : cette idée est partagée par B. Lefebvre : La production de l'espace est un éloge de la méthode régressive-progressive. par exemple). Mai 1968 n'a pas donné à H. à la manière de Hegel. Le débat part très vite. J'aperçois Benyounes Bellagnech. de la pensée aussi. 52 . la théorie du chaos. va être le modérateur de la séance suivante sur le thème de la matinée : "Ville. il contestait la cathédrale de concepts. Il a introduit Marx en France. Les étudiants qui avaient fait mai 1968 dans une optique de changer les choses en profondeur considéraient H. Le sentiment du professeur qui vit le chahut dans sa classe. membre de l’équipe d’animation.fr).. Lefebvre. Lefebvre avait 2000 étudiants dans son amphi ! Makan Rafatdjou. En moi-même. Je note la sortie d'Espace et politique (2e édition) que j’ai préfacé : j'en ai apporté vingt-quatre exemplaires et huit exemplaires de La production de l'espace. j'ai appris que 560 exemplaires de La production de l'espace avaient été vendus depuis janvier. que les autres ne vivent pas cela. Pas d'achèvement dans les voies ouvertes : cet inachèvement est insupportable pour l'intellectuel fermé . et en même temps le CA refuse la convention avec Mayotte. Robert Joly insiste sur la critique de la vie quotidienne. la sociologie agraire. Lefebvre l'importance d'Althusser. j'insiste sur l'importance de la temporalité chez H. L'exigence de la théorie.. pour fêter la sortie d'Espace et Politique. de la part d’Anne Querrien (du CERFI). Lefebvre. il a ouvert des voies. cette exaspération contre la pensée ouverte trouve des raisons dans l'éclectisme des références : Sylvie Vartan côtoie Hegel ! -Althusser mesure 25 centimètres dans ma bibliothèque. espace et territoire". la ville. Lefebvre acceptait de se contredire. Lefebvre n'ignorait pas L. Nicole Beaurain fait appel à La proclamation de la commune. mais ne l'appliquent pas dans le XVIIIe. Robert Joly rappelle le succès de H. livre important.relégation des auteurs qui ont refusé le système . Je suis d'accord. Il cite Brossat pour critiquer la notion de citoyenneté. Qu'est ce que penser ? est évoqué par un enseignant de Saint Denis (militant GFEN) : Pascal Diard (diardmp@wanadoo. urbain.. Ce point fait l'objet d'une contestation. Chez Anthropos.. Peut-être me faudrait-il travailler à la réédition de nouveaux ouvrages. qui décroche. Paris VIII prétend être une université ouverte aux travailleurs et aux étrangers . Lefebvre comme leur référence. Pourtant il n'était pas un polygraphe : H. Althusser ignorait H. Je me retourne et regarde le public. qui a méconnu et méconnaît la pensée vivante. mais il s'égare dans une sorte de conférence. Jean semble ouvert à cette possibilité. La vie institutionnelle se développe. mais L.

Avant. Le paradoxe du texte de René Lourau : il a transsubstantié un vécu qu'il n'a pas connu de l'intérieur . 53 . Samedi 25 novembre 2000. entre nostalgie du passé et vision de l'avenir. À quoi ça sert l'auto-émancipation? De quoi veut-on s'émanciper ? L'expérience de Lip est évoquée. Sylvain Sangla inscrit dans Nietzsche l'intérêt de H. La question de l'émancipation. Henri Lefebvre pense profondément que l'État est suspect. à une époque où l'on dit (Foucault. il en parlait avec des militants de base (syndicalistes). on fabrique. de René Lourau qu’il critique : "mythe de la lutte". mais les centres de diffusion deviennent diffus : le local peut être repensé. Pour lui. ”. mais sans être idolâtré. je dis que je suis chez les Verts. Lefebvre. j'ai connu la cellule de l'ENS de Saint Cloud. les concepts forment des constellations . Lefebvre.devisme@wanadoo. par exemple) qu'il n'est plus possible d'être un honnête homme. Cette distinction ne se retrouve pas dans toutes les luttes sociales.comme fondement de la pensée de H.. un homme passant d'un domaine à un autre. et à peser sur elles. en matière politique. en disant qu'effectivement H. mais l'accélération des processus qui est à prendre en compte. une "avancée pour l'émancipation". Lefebvre était le dernier intellectuel. etc. mais Piaget projetait autre chose. chez Henri Lefebvre.fr) fait une magnifique intervention sur la transduction chez Lefebvre : j'évoque René Lourau et Implication et transduction. Relation au mouvement étudiant : les Lip n'étaient pas candidats à gérer leur propre entreprise. Pierre Lantz a relu La présence et l'absence. quatre tomes) est fondamentalement anarchiste. Pierre raconte Lip en 1973 : l'assemblée générale journalière . Lefebvre . le mouvementisme : différence entre une élite délocalisée et une population "assignée à résidence". La cohabitation des anciens rapports sociaux dans les nouveaux. 15 heures Georges Labica parle du mondial : je le relaie en me situant . Le mouvement des Lip a été un mouvement au-delà des Lip. Laurent Devisme (laurent. il en a fait une œuvre émancipative. La question de la temporalité est centrale aujourd'hui. Boltanski et Capello distinguent "critique artiste" et "critique sociale" (Gallimard). Trente six personnes présentes à ce moment de la discussion… Jean-Pierre Garnier évoque L'analyseur Lip. Pierre Lantz : “ Henri Lefebvre a été quelque chose d'important : le suivre était un moyen d'entrer dans le marxisme. Ayant été à Besançon. le peuple qui se croit en démocratie fait de la figuration. la question de l'autogestion sont des thèmes qui intéressaient H.Lourau a été à Besançon. on vend. . Pierre Lantz n'est pas d'accord : René Lourau a exagéré en tournant la réalité à ce point : de Paris. et j’explique pourquoi H. Qu'est-ce qu'il y a comme constante dans la pensée d'Henri Lefebvre ? Henri Lefebvre cherche à penser les transformations d'une société. Il a fait du bien au marxisme . mais ouverte qui s'enracine dans le quotidien. la tradition utopiste permettait de se représenter un futur différent d'aujourd'hui : le présentisme. Lefebvre pour la différence (il a raison !) : différence et égalité doivent être tenues ensemble. Le capital n'est pas évanescent. dit Benyounès. on se sert. Une pensée devenue monde est un titre pragmatique et problématique. il a donné de l'air. mais pas dans le stalinisme. on ne peut pas produire un discours sur une pratique qui se développe dans les profondeurs de la province. Il souligne la tension. La bourgeoisie n'est plus prisonnière de l'espace. c'était confiné . Comment les acteurs voyaient-ils cette utopie réalisée ? Les ouvriers voulaient garder leur emploi. la pensée du centre et celle de la périphérie. Il faut viser à son dépérissement. Georges Labica : chez H. Anne Querrien me répond. Au parti. il ne s'agit pas d'une pensée éclatée. Lefebvre a du sens pour moi. Le temps devient le facteur majeur de la différenciation : privilège et vitesse (Salmon) : ce n'est pas la vitesse en soi.. Son analyse (De l'État.

et un Chinois traducteur de H. comme livre à paraître. Wien. Le manifeste différentialiste est. et pas seulement des intellectuels. En relisant ces lignes le lundi 27 novembre. et nombreux sont ceux qui sont restés silencieux ! Notamment ses trois traducteurs anglais ou américains présents. Fin de la matinée. Dimanche 26 novembre. 54 . le sens se construit. pourtant.Daniel Bensaïd raconte qu'il a fait une maîtrise sur Lénine avec Henri Lefebvre en 1967 : “À cette époque. au développement durable. pour quelqu'un qui n'a pas vécu la rencontre : on s'aperçoit. 10 heures Thème de la journée : la transformation sociale et l'alternative politique. on veut aller plus loin ensemble dans trois directions : forum Internet. on pouvait encore lire Lénine !”. l'accumulation des textes réglementaires va souvent contre le droit : cela me fait penser au Droit à l'université. L'affaire de Mayotte pose la question d'un nouveau droit : le droit à l'université. et si L'humanité survit. Avec Armand. Séance animée par David Bénichou et Sylvain Sangla. Kurt Meyer. au droit à la ville. Arnaud Spire me dit que mon livre sur H. Beaucoup continuent à lire l'œuvre d'Henri. produisent la valeur pédagogique. Les professeurs (de première classe) sont les nouveaux prolétaires de l'université : ils bossent au jour le jour. qui a innové par les échanges électroniques qui ont précédé ces rencontres. Lourau. auteur du livre : Henri Lefebvre Ein Romantischer Revolutionnär 135 . L'expression se retrouve chez F. s'inscrivant dans un droit à la formation. 1973. de penser à partir de lui. au droit à la centralité. de René Lourau. que j'avais dans mon coffre de voiture. produisent et reproduisent le savoir. l'autogestion est un processus. Henri Lefebvre Ein Romantischer Revolutionnär. si on sort quelque chose de nouveau. bref. 135 136 Kurt Meyer. au contraire. ne pas en avoir rendu compte dans L'humanité . des fascistes ordinaires que sont des gens comme Jeanne Chaos et Martin Bouffon-Poussière. manque-t-il dans la vie de quartier ? Le long terme devient de plus en plus court : les personnes peuvent être victimes de décisions prises de leur vivant. réédition d'ouvrages d'Henri Lefebvre (Pierre Lantz a proposé La fin de l'histoire). des "criminels de paix 136 " . un livre qui devait s'appeler Le droit à la différence (Henri Lefebvre le présente ainsi. création d'une revue. Kurt Meyer. au départ. cela fait sens. Une élue locale pose la question de l'État : étouffe-t-il ou. mais le sens ne se donne pas . de la richesse des discussions. et leur activité productive est aliénée par la classe des technocrates . on s'est décidé à poser les questions organisationnelles . il regrette rétrospectivement. Plusieurs interventions vont dans ce sens : on est content d'avoir participé à ce forum interdisciplinaire autogéré. Georges Labica dit que. un outil de lutte prenant sa place. dans la lutte des classes. Je regrette de ne pas avoir restituer tous les noms des personnes qui sont intervenues. Lefebvre est remarquable . on pourrait même dire que leur travail est empêché par la classe des buveurs de sang. des ouvertures multiples proposées par les uns et les autres : ces échanges m'ont stimulé. il est prêt à faire un texte ! On parle du droit à la ville comme d'un socle théorique. Lefebvre et que je n'ai pas eu le temps de rencontrer. Europaverlag. intégrant l'utopie et l'appel au mouvement. Parmi les acheteurs : Armand. je regrette que ces notes ne soient pas suffisamment explicites. chez Lefebvre. de Lausanne. dans l'avant-propos d'Espace et politique). La discussion d'hier sur le concept de "transduction" a eu un effet : j'ai vendu les huit exemplaires d'Implication et transduction. Le juridisme. Basaglia et R.

Jeudi 30 novembre. pour écrire une thèse qu'elle n'a jamais terminée : nous avons évoqué notre rapport à Henri. et moi en retard. Guattari. Hélène et Nolwenn . Reprendre contact avec Catherine devient urgent. Lefebvre. à quelle époque a-t-elle rencontré Félix Guattari ? Elle parle de plusieurs générations d'étudiants. La vente de neuf exemplaires d'Implication et transduction de René Lourau aux Lefebvriens est le signe de quelque chose. 55 . j'ai trouvé à la maison : Odile. À la sortie du colloque hier. La fin de l'histoire. quelle chance d'être entouré par des femmes aussi charmantes ! Pendant qu'Odile préparait une salade.. Mercredi 29 novembre 2000. 7 h 30 Ma sœur Odile est encore dans sa chambre. ne parvient pas à trouver du boulot . ce livre se trouvait dans la bibliothèque de son père. j'ai rencontré Jean-Sébastien et Véronique : Véro. qui me prenait pour A. sa mère. Dans la même collection. Long appel d'Anne Querrien. Ce doit être ma priorité intellectuelle. il faudrait reprendre L'analyse institutionnelle de René Lourau. J'étais le seul institutionnaliste "historique" (car il y avait Clémentine et Benyounès qui sont de vrais institutionnalistes. un par un. et qu'elle considérait comme des anciens (Murard. a-t-il dit. qu'il lui semblait important que je sorte La théorie des moments : il a raison. Idée de créer une nouvelle collection : "Anthropologie historique". Anne m'explique ses liens avec F. Rabelais. et mon désir de le rééditer. rééditer : Du rural à l'urbain. Aujourd’hui est un nouveau jour : je vais avoir à la maison une secrétaire pour m'aider dans mon travail. puis pendant les vacances de Noël : La théorie des moments. alors qu'elle était déjà en troisième cycle avec H.. Anne a deux ans de plus que moi. après avoir terminé Centre et périphérie 2 rapidement. mais je dois m'assurer d'abord qu'il n'est plus disponible.. pensant que j'avais fait un livre sur Le Play avec Bernard Kalaora. ayant deux ou trois ans de plus qu'elle. Véronique. Lucette. de Chimère. mais ils sont jeunes) à être présent à cette rencontre est le signe de quelque chose : je suis celui qui peut maintenir le lien que René Lourau avait construit entre Henri Lefebvre et la pensée institutionnaliste. Je lui ai parlé de mes propositions de rééditions : il est d'accord. Réfléchir à l'écriture des autres bouquins en cours : au téléphone. il me faut. dans l'ordre. qu'elle avait réécrit. Saint André. il faut refondre La relation pédagogique. Je n'ai pas noté que Benyounès a lu rapidement ce carnet lundi : “Il faut le publier rapidement”. je fais passer le café. j'ai appelé Jean Pavlevski : je lui ai fait un compte-rendu du colloque H. partie en Alsace pour une semaine : j'en profite pour me lancer dans une opération "rangement général". Je lui dis mon intérêt pour Psychanalyse et transversalité. mais elle était en avance à l’école. Pour le moment. haut fonctionnaire . En rentrant de la fac. Armand Ajzenberg me disait hier. Elle me parle du CERFI. cela inquiète Odile. m'invite à la prochaine réunion. Liane Mozère. Je lui explique que les 9 et 10 décembre. ma nièce. etc. etc). L'existentialisme. Je veux remonter le courant : faire les livres que j'ai à faire.Lundi 27 novembre 2000. qui correspondrait mieux aux titres que j'ai envie de sortir. Du coup. Voilà le chantier : Véro va être ma secrétaire de direction. Je lui ai dit que nous étions deux personnes distinctes : je lui ai parlé de mon itinéraire. Lefebvre. Je vais me mettre à la préparation des textes dès aujourd'hui. Elle a lu La somme et le reste à quinze ans . j'étais en première année de sociologie. 7 heures. S. et en attendant mieux. mais avant.

Elle me parle des Verts dans le XIVe : Danielle Auffray. Henri Lefebvre et Jean Malory. c'est un thème à travailler . déjeuner avec Pascal Dibie. Hier. pour dire que H. Je lui parle de René Lourau. Jean est soufflé : -Comment sais-tu tout cela ? Jean accepte une nouvelle collection "Anthropologie" où l’on pourra placer Christoph Wulf. puis l’élaboration que j’envisage de faire en utilisant la méthode régressive-progressive . son hospitalisation suite à la rupture. en montrant mon accès au terrain. 11 heures 45 Hier soir. je pensais.j'anime la réunion de la commission "Éducation. mais il est accepté sur le principe. En même temps. mais aussi garder contact avec les gens du PC : ensemble. Armand n'a pas jugé devoir le diffuser. mon livre sur Mayotte doit être une illustration de cette méthode. même si je rencontre ces deux vieux Lefebvriens. Rochex . par le biais de la relation entre théories des moments et transduction. formation" des Verts. Elle va m'envoyer ce texte. Lefebvre. Je suis absorbé par la lecture de Kurt Meyer : sa présentation de H. enfance. je ne pense pas que la suspension de H. qui va paraître chez Economica. de mes projets éditoriaux. Mercredi 13 décembre. le thème : l’interculturel. dans les rencontres des Verts. H. Lefebvre. Lefebvre est très présent dans ma vie : je veux travailler le lien entre H. est tout à fait passionnante. Lefebvre et R. Lefebvre avait été exclu du PC et que l'on n’a pas évoqué ce point dans le colloque. chez Economica. Je ne le savais pas. et je peux même te dire que tu vas publier un livre de lui. 9 heures Hier midi. on peut aider à une remise à l'ordre du jour de H. En fait je trouve que ce serait mieux de l’éditer dans une collection Anthropologie historique chez Anthropos. comme romantique révolutionnaire ou plutôt comme révolutionnaire romantique. sa dépression. Christine Delory et Véronique. que le travail de H. J’ai choisi de parler de Mayotte. Pascal annonce qu’il contribue à un ouvrage de Jean Malory. Lefebvre à l’intérieur du Parti Communiste entre 1928 et 1958 a souvent pris la forme d’une analyse interne : c’est ce 56 . Lefebvre par le PC soit oubliée : elle est intégrée . On aurait pu parler toute la nuit : Anne aurait voulu passer un texte sur la liste Lefebvre. dîner avec Jean Pavlevski qui m’annonce qu’il a rencontré Jean Malory : Tu connais Malory ? -Oui. j’étais invité à parler au séminaire de DEA par Florence Giust-Desprairies et J-Y. l'ami d'Alain Guillerm est seconde de liste. elle m'explique alors sa brouille avec Félix. et c'est cela l'important. Après réflexion. ma tenue du journal. de l'état du mouvement chez nous . J'ai dit à Anne que je pensais qu'il nous fallait faire un groupe de travail institutionnaliste dans cette mouvance. Le projet reste à engager. Lucette. Lourau. j'en parlerai avec Armand. en lisant Kurt Meyer. Samedi 9 décembre. Le soir. on est seulement au-delà.

qui a un Institut universitaire professionnel sur les métiers du livre à Saint Cloud . Ils voulaient aussi refaire La production et l’espace : j’ai eu de la chance de passer avant. Je lui ai dit : “Actuellement. pour faire paraître Contribution à l’esthétique (refusé par la censure). n’a pu s’empêcher de me dire : “Pourquoi t’intéresses-tu à Lefebvre ? Tu n’es pas marxiste !” Boris m’a fait raconter ma relation avec H. Lefebvre montrait qu’il suffisait d’écrire deux phrases en exergue. 112-115) : faire ces lectures. Samedi 16 décembre.que je dégage de ma lecture des chapitres sur le stalinisme. professeur d’université. car il devait être une heure du matin. une autobiographie. il dirige les Éditions de la passion. Pourquoi a-t-il attendu d’être suspendu pour partir ? La logique de H. et qui. je trouve que cela manque d’intellectuels capables de repenser politiquement le monde actuel. C'est un type d'action qui ressemble beaucoup au dispositif que j’ai construit avec Les cahiers de l’implication. Patrice et Antoine. est tout à fait important. Lefebvre et R. Boris Fraenkel. qui ridiculisait totalement la censure soviétique a aussi joué. la discussion est venue sur H. recevant alors l’appui de tous les staliniens du département ! Boris est trop vieux. il a mis en exergue une phrase de Janov (le censeur stalinien) d’une banalité totale. proposait l’exclusion de notre groupe. Lefebvre avait lu à Berlin. contre le stalinisme. en 1945. mais cette histoire de fabrication d’une phrase de Marx. malgré ses 80 ans. J’ai envie de me replonger dans le marxisme. Cette discussion sera prolongée : on s’est promis de se revoir. Pour moi.” Il était dubitatif. et que les Communistes français considéraient comme un faux. au département des sciences de l’éducation en 1974. quatre mois après son élection. pour faire passer un texte refusé quatre ans durant : qu’est-ce qu’un comité de lecture ? comment fonctionne la censure ? etc. Lefebvre (pp. Lefebvre a été le combat de l’intérieur contre le dogmatisme. à l’occasion de ses soixante ans. Tout naturellement. j’ai eu une discussion longue et prolongée avec Marc Perelman. où il habite. Lefebvre du Parti a une cause proche : le rapport Khrouchtchev que H. 57 . Lourau : les Éditions de la passion seraient intéressées de rééditer L’analyse institutionnelle. à la fête donnée en l’honneur de JeanMarie Brohm. Meyer sur la conception de l’œuvre. etc. on a fait entrer à l’université de Paris 8. L’exclusion de H. Boris c’est celui qu’avec Lapassade. Ainsi. et il avait trouvé une voiture pour rentrer à Montreuil. en pratiquant le rassemblement de pièces. midi Hier soir vers 23 h 30. Le climat de la soirée était “marxiste”. et en même temps une phrase de Karl Marx qu’il avait totalement inventé : “L’art est la plus belle joie que l’homme se donne à lui-même”. J’ai lu les passages de K. qu’est-ce que le pouvoir des censeurs ? Vendredi 15 décembre. il ne savait pas que j’ai fait un livre sur lui. On a dû se séparer. Kurt Meyer ne comprend pas que Lefebvre n’ait pas quitté le Parti en 1938. qui peuvent s’agencer dans un livre. Lefebvre . que construit H.

lors de mes interventions. il risque de ne plus être en mesure de changer sa Weltanschauung ! J’ai eu le temps de lui parler de Kurt Meyer et Ulrich Müller-Schöll : pendant ce temps. pour les prochaines vacances ! 58 . en lui faisant visiter la clinique de La Borde. je ressens le besoin de prolonger ma réflexion. et il dépose un sujet sur l’analyse institutionnelle. à la sortie. Oury. dont le bilan paraît en 1970 . René Lourau voit ce qu’il peut faire : il s’implique dans sa classe pour mettre en place l’autogestion pédagogique. Lapassade. Lourau de ce projet : il l’initie à l’AI. avant même qu’elle ne soit publiée . devait constituer le corps de la thèse. J’ai été conduit à parler de H. Georges Lapassade donne à René le choix des textes. de G. je fais alors ma maîtrise avec H. Lefebvre : voulait-elle dire par là que H. En 1964. La fixation de l’étudiant. Il y a. Très vite. J’ai téléphoné à Economica ! Voici pas mal de travail. sur le discours du professeur (son mot à mot). le manque de mise en perspective laisse sur sa faim. Lefebvre. Lourau n’avait jamais évoqué H. lui explique G. Une lettre de Catherine Lefebvre m’autorise à rééditer L’existentialisme. je lis la thèse de R. 8 heures En relisant le compte-rendu du séminaire d’AI d’hier. René Lourau abandonne l’idée de travailler sur le surréalisme. Lourau . pédagogie institutionnelle. que la rencontre ultérieure avec Georges Lapassade. -Si tu reprends ces textes. Mercredi 20 décembre. F. lorsque mes livres paraîtront sur cette question. Lucette parlait avec Jacques Ardoino. Régine Angel m’a dit. dans son séminaire. R. Marx et R. oublie de contextualiser une réflexion : j’aurais voulu parler d’herméneutique (terme employé par Jean-Louis Le Grand) . je partage déjà le paradigme : j’anime le séminaire d’AI de Reims (1969-70). Lourau. en lui faisant lire les textes de la psychothérapie institutionnelle . H. Lourau ? Je ne pense pas. Lorsqu’il rencontre Georges Lapassade. une centration sur "les mots" de R. lorsque naît le Groupe de pédagogie institutionnelle (GPI). il lui fait rencontrer J. Lourau soutient sa thèse. 1953) . dans un premier moment. c’est dans cette direction qu’il faut aller. Lefebvre. et de rajouter une partie pratique (psychothérapie institutionnelle. Lefebvre ne comptait pas pour R. déjà pratiquement composé : il suffit de reprendre les textes choisis par G. Tarde. s’est lié avec lui. tu peux expliquer le concept d’institution. Du rural à l’urbain… La fin de l’histoire ! On est sur la bonne voie. Dimanche 17 décembre. mais le manque de contextualisation de sa pensée. socianalyse) qui. Quand R. Fais ta thèse à partir de ça. le Rabelais. Guattari. chez Dominique Samson et Régine Angel. fait par Gilles Deleuze sur le thème Instinct et institution (Hachette. que. G. Deleuze. René Lourau est attiré par une thèse littéraire sur le surréalisme : il a écrit à Henri Lefebvre.pour saisir le lien entre K. il y a là des textes d’Hauriou. Lourau. Leur rencontre est aussi importante pour lui. Lefebvre a accepté une thèse sur le surréalisme . Lapassade détourne R.

Véronique a rangé toute la journée : les choses avancent vite et bien. je ne voyais pas que les psychologues de l’ARIP que j’affrontais. De plus. à la fac. mais elle pensait qu’il n’était jamais paru ! Ma connaissance de la maison Anthropos des origines. Lapassade est-il contre H. j’ai déposé L’existentialisme qui devrait être scanné. remonter dans le passé pour dégager les virtualités du présent. dans le “moment de la création” : j’ai connu cette transe chez G. que j’ai à Sainte Gemme. Hier. il accepte que l’on remette sur le chantier Itinéraire de Georges Lapassade. Jean accepte le principe de rééditer L’analyse institutionnelle de René Lourau. Isabelle Nicolas (sur l’espéranto) a eu la mention très bien. deux soutenances de DEA avec Patrice Ville (et Daniel Lindenberg. comme l’auteur de théories m’aidant à dépasser mes aliénations personnelles (tant psychologiques que politiques). il est réticent pour un livre sur René Lourau . ou mieux. ou mieux. Pourquoi G. et quoi d’autre dans la psychologie ? Quand. Lefebvre était dans toutes les bibliographies américaines : il apparaît comme l’inspirateur du postmodernisme. la néotomie. étaient présents à la fondation de l’AI. qui travaille sur les "Post-modernes" américains. par Georges. L’instituant contre l’institué . en 1973. Exode a eu la mention assez bien. Lefebvre ? N’est-ce pas parce que Sartre doit quelque chose à H. Lucette et Charlotte viennent de prendre la route de Charleville . entre Georges et moi ? Ma condition d’exister passe par la conciliation de plusieurs héritages. est-il encore aujourd’hui vécu. Qu’est-ce que Georges rassemble en 1962 ? Sartre. Tout commence à s’agencer. Ce livre serait à rééditer : il est quelque part dans la veine “marxiste”. Quand l’adolescent dénonce ses parents. Lourau. et tout se déroulera comme une mécanique bien huilée. à moins qu’H. Suzy Guth. J’ai écrit ce matin la préface à la seconde édition de Centre et périphérie (rendu ce matin).Mercredi 20 décembre. demandé par Christoph Wulf. il préférerait un livre sur Le mouvement institutionnaliste. à condition que l’on trouve un autre titre. est précieuse pour cette maison : il me faut trouver un exemplaire du Rabelais. thème à développer dans la préface à L’existentialisme. Ensuite. je suis allé chez Anthropos . un séminaire improvisé a regroupé 10 personnes dans la salle A 428 : on a signé un manifeste pour créer un site “analyse institutionnelle” sur Internet. Annie Bouffet ne pensait pas que le livre fût sorti chez Anthropos : elle l’a retrouvé comme “annoncé” dans un catalogue. m’a dit qu’H. 23 heures. Je suis très actif en ce moment : j’ai une sorte d’hyper vision de ce que je veux faire. il oublie que ce sont eux qui l’on fait : refonder l’AI passe. Pendant ce temps. pour moi. Lapassade et R. De mon côté. que j’ai vécu comme un libérateur. de la post-modernité. Lefebvre ? Pourquoi H. Lefebvre ne soit une ombre entre Georges et René. Vendredi 22 décembre. Je suis entré dans “le moment créateur”. pour la première) : beaucoup d’étudiants présents. je vais m’occuper de la présentation de Du rural à l’urbain. Lefebvre. par contre. comme un stalinien ? Il faut que je parvienne à parler de ces choses avec lui. du Manuel d’analyse institutionnelle. lorsqu’ils composaient ensemble Les clés pour la sociologie (1971) qui eut un beau succès. par un travail d’exploration des origines . je me battais contre la psychosociologie. 59 . à s’articuler : il ne me reste plus qu’à trouver un éditeur pour Le droit à l’université. Le mouvement institutionnaliste sera la version française. au nom de l’AI.

Départ pour Charleville à 13 heures avec Miguel. Mais il y a de très bons passages sur des thèmes variés : livre important. je me suis mis à une lecture systématique du livre de Laurent Chollet : L’insurrection situationniste (Dagorno. Ce soir. manière de régler le problème d’attaques éventuelles. avec la sensibilité de H. la transduction apparait dans mes lectures du jour. Lefebvre. de Minuit. Lourau. 155-157). dont Du rural à l’urbain. j’ai bien avancé la relecture de ma correspondance avec de Luze : j’ai décidé de supprimer les lettres concernant les conflits à la fac. je me mets à Du rural à l’urbain. Après ce livre. 2000). 15 heures. 338) : beaucoup de chose dans ce livre. Charleville. les trois pages de développement sur la transduction (p. 11 heures. À Sainte Gemme. Lucette a choisi de boire un Graves 1994 : un Château L. Ce matin. Guattari. 60 . je relis les pages sur la construction des situations (p. de plus. concernant l’institué et l’instituant social depuis le moyen âge : sa lecture de Stendhal serait autonomisable (12e prélude). tout H. lire à côté de la cheminée est fort agréable. Introduction à la modernité. Lefebvre (67 références). à partir de ma lecture de La présence et l’absence. et réédité en 1973. de la Louvière 137 : Noël se termine de façon très studieuse . sur “savoir et connaître” : fondamentales pour une critique de l’équipe Charlot (Rapport au savoir). dans le texte. par contre. Paris. est un livre très complet . sorti en 1970. mais surtout un moyen de centrer l’ouvrage sur le thème du Moment de la création. Mardi 26 décembre. Dans Introduction à la modernité 138 . aucune référence à G. de la part des personnes concernées.Lundi 25 décembre. On fait halte à Sainte Gemme où je prends plusieurs ouvrages de H. 137 138 R. Lefebvre. 328 et 338). Lourau habitait rue de la Louvière ! H. je me mettrai à la rédaction de l’introduction. Charleville. il intègre à la bibliographie : tout F. sur le moment de l’œuvre. que je termine vers 14 heures 30. sur la méthode régressiveprogressive. Mon introduction doit signaler le texte de 1953. mais sur papier différent. Cet ouvrage récupère H. Dans Qu’est-ce que penser ? je relis attentivement les pages 16 et suivantes. 19 heures. j’ai trouvé deux éditions différentes de La survie du capitalisme. éd. Hier matin. Dès que j’aurai terminé cette relecture. Lefebvre . vers 7 heures. puis après le petit-déjeuner. Lefebvre. Je suis en phase. sur la théorie des moments (p. avril 1962. 5 sur 5. l’auteur fait l’éloge de mon livre sur les Maos . un cadeau de Charlotte et Miguel. Lapassade et R. je commence ma relecture de Qu’est-ce que penser ?. Lefebvre comme “de l’intérieur” ? Le ton de l’ouvrage est juste. Les développements sur le classicisme et le romantisme recoupent la philosophie qui se trouve derrière ma Valse. deux livres de Jacques Guigou. mon livre sur H. Dans la bibliographie sur l’IS. il réfléchit sur des aspects peu explorés jusqu’à maintenant. Dans Introduction à la modernité. j’ai vu apparaître Simondon . Mon édition sera donc la troisième. un ouvrage important que j’aime particulièrement. sorties à six mois d’intervalle en 1973.

Lourau permet de dégager des pistes : Philippe a été stimulé. -Il faut qu’un intellectuel s’attèle aux Ardennes. René Lourau Dominique 61 . Philippe a besoin d’une théorie sur les Ardennes. Relisant H. 11 heures 15 Ce matin. je pense à Lourau : a-t-il pensé ? Que pensait-il ? Quel était son objet ? Qu’est-ce que penser ? (p. Navarrenx. Sainte Gemme. 77). Hier soir. je ne domine pas Le manifeste différentialiste (à relire de toute urgence). Lefebvre. Je voulais alors penser les Ardennes. en tentant une systématisation. en dehors des tribulations bureaucratiques du Parti. Penser demande une organisation de vie. où nous nous retrouvions : Antoine Savoye. j’ai senti qu’il me fallait penser l’Université de Charleville (voir L’Ardennais du 27 décembre 2000) dans Le droit à l’université. mais plusieurs moments différents. Patrice Ville. Lefebvre a pensé Campan. qui partageait avec moi cet intérêt pour l’engagement théorique à la périphérie. 145) : Lefebvre invite à rassembler les textes de Philosophies (1925). paru dans Les temps modernes vers 1976. Mercredi 27 décembre. 13 heures Dans Le manifeste différentialiste.Je viens de terminer La survie du capitalisme : bonne critique sur l’AI de 1971 (p. de très beaux passages : ce qui est dit de la religion catholique est proche de ce qui deviendra Éloge du péché. que l’on développe parallèlement. à survoler l’œuvre de H. On a pensé son travail intellectuel : -Penses-tu qu’être adjoint au maire de Charleville est conciliable avec l’activité intellectuelle ?. peuvent s’enrichir mutuellement. L’exemplaire de Du rural à l’urbain (1973). Il faut s’organiser pour dégager du temps. comme H. Vendredi 29 décembre. long moment avec Philippe Lenice. Dans le livre d’or de Sainte Gemme. Esprit… : un nouveau livre à faire. m’a-t-il demandé. j’ai commencé ma journée par la lecture de 20 pages de Das System und der Rest : j’y trouve une idée pour construire mon livre sur René Lourau. m’a-t-il dit. Jeudi 28 décembre. Lourau. tête de liste des Verts à Charleville : Philippe a une licence de philosophie. et il est inscrit avec moi en maîtrise sur “Formation au développement durable” : je lui ai expliqué que je m’étais mis à penser. Ce travail peut avoir sa place dans le livre sur R. que je souhaitais rééditer était dédicacé à A. je commence une indexation des thèmes à reprendre . et que je voulais proposer une issue au mouvement. -Il faut que tu nous écrive un projet de développement durable. Je me replonge dans Qu’est-ce que penser ? Parallèlement. Je repense à mon article “La sociologie périphérique dans les Ardennes”. -Pourquoi pas. Lefebvre. Lucette me donne des coups de genoux sous la table : réinvestir sur les Ardennes n’a pas de sens pour elle. Pépé pense que j’ai raison de m’orienter dans cette voie. les Pyrénées. En marchant avec lui. je viens de relire les pages concernant le 10 juin 1995. 12 heures. Ulrich MüllerSchöll consacre un passage. a-t-il continué. Relire H. Lefebvre et R. dont il propose le mode d’emploi. moyen de redéployer le chapitre du Dictionnaire des philosophes en le réactualisant.

Christine Delory et une dizaine d’autres convives. les numéros de revues (1966 à 1980). personne ne peut faire cela mieux que moi : Gaby est vraiment quelqu’un qui m’encourage. s’est-il embourbé dans l’école le playsienne ? Lundi 1er janvier 2001. Je travaille depuis deux jours à la préface de Du rural à l’urbain. et un excellent accueil du maître de céans”. Dimanche 31 décembre. Je vais écrire une lettre à Catherine Lefebvre pour lui demander de m’accorder les droits de : La survie du capitalisme. R. Lourau sera important. Lefebvre. Gancho est rentré du jardin. au retour de Saint Gemme. René avait écrit ce jour-là : “Actualiser le potentiel. C’est mon chantier du centenaire ! Je vais ouvrir un nouveau journal sur H. Samedi 30 décembre. F. j’ai relu avec plaisir la présentation de la troisième édition : brillante et éclairante. Gaby pense que développer une partie sur les relations entre H. commentant ce journal : pour mon livre sur R. pour se joindre à R. dont G. J’en suis à 13 pages. chez lui. Lapassade. 15 heures. Le droit à la ville. bref : l’avenir existe. Lourau. vers 4 heures 30. Lourau m’avait bien aidé pour ce livre. ce serait bien. Yves Etienne. Lourau. Hier. où ont écrit G. Lefebvre. Je travaille sur H. Lapassade vient d’appeler : il rentre des Pyrénées.Hocquard. Lefebvre : R. a dit Georges. que j’ai développée avec Antoine. On a parlé de mon projet de livre sur R. Le Play est vraiment réactionnaire et non scientifique (1er chapitre de Du rural à l’urbain) : pourquoi A. Lourau. plus précisément sur ma présentation de Du rural à l’urbain. dommage que je sois parti à Reims : cet exode est sans aucun doute à l’origine de ma marginalisation de l’équipe parisienne. je l’ai rencontré à Sainte Gemme”. en me donnant trois entretiens faits avec Henri. et nous allons reprendre la route de Paris. sur le rapport de René à Henri. G. Patrice : “Une journée d’exploration des possibles à la lueur des éclairs du passé dans une maison propice. Lapassade. long mail de Gaby Weigand. à 19 heures 30. 9 heures. -Il faut être rigoureux. Contribution à l’esthétique. en sachant que l’actuel se potentialise. Dans La somme et le reste. Gromer et les Anding qui viennent dîner. Je veux vérifier toutes mes sources . il y a dix ans . c’est sensible à la relecture du numéro bilan. La soirée a été riche. La collection AI. Lefebvre et R. lorsqu’il est parti à Poitiers : il perd sa place (centrale) à Autogestion . Lefebvre. je suis amené à relire mon livre sur H. pour dissocier mes études lefebvriennes de mes études louraldiennes. Lourau. Lefebvre. J’ai reconduit G. S. Mais je veux aller jusqu’à 20 : cela me demande plus de travail que je ne l’imaginais. était vraiment une réussite. Il faut tout dire. Pour H. Barbier. Je dois aller le chercher. Gilles Monceau et moi-même. H. Selon elle. où il n’est même plus présent (1978). Je n’ai pas le temps de noter les autres commentaires. Il en est de même pour R. J’ai chargé deux gros cartons de livres : ma bibliothèque “Lefebvre”. 62 . Qu’est-ce que penser ? Si j’arrivais à republier ces livres cette année.

et le trouve très fort : je suis sur la bonne voie. Message (de Francfort) de Christine : elle a lu la première ébauche de mon texte. Chacun est invité à apporter l'extrait d'une œuvre de René ou encore d'un texte qu'il aimait à citer. Travail avec Madame Bensouiki. d'envoyer le document que vous auriez apporté : ce sera aussi une façon d'être ensemble. l’interculturel : cela marche. j’ai laissé un message à Pierre Lourau. quelque part entre Rambouillet et Paris 8. mais je m’impose ce rythme pour l’année de mes 54 ans. pour en être débarrassé . J’y ai répondu immédiatement. mais elle est partie à Francfort. Le soir. un dessin. -Tu l’as déjà mille fois. de H. c’est fatigant d’écrire dix pages le 1er janvier. le 11 janvier 2000. une musique. de nombreuses pages du Sens de l’histoire : je passe l’après-midi dedans . Lourau. Un an après. je me consacrerai à la relecture (2 partie) de ma correspondance avec de H. j’ai trouvé le message suivant. puis à la rédaction de mon introduction sur le moment de l’œuvre. Hier. ensuite. Je veux tenter une expérience d’écriture totale : j’envoie ces pages à Christine par mail. envoyé par Jean-François Marchat : -René Lourau a pris la clé des champs. Jeudi 4 janvier 2001. Merci de prévenir les amis de René qui ne figurent pas sur la liste des destinataires de ce message : tous sont attendus. ceux qui ont été enrichis de sa présence se retrouveront au Restaurant Violas. le jeudi 11 janvier 2001. pour lui en proposer un abrégé pour sa collection de poche. je relis sa première partie : parfaite . très fort : j’ai fait un courrier à AnneMarie Métailié. Mardi 2 janvier 2001. Et si je parvenais à écrire un ou deux rapports de thèse. Ce matin. pour la réédition de La survie du capitalisme. Lefebvre qui doit compléter Du rural à l’urbain : elle me relaie dans cette tache. -Je voudrais la disquette. Lefebvre. mais il faut faire la préface . j’ai bien avancé la bibliographie d’H. le livre tient la route. de Stalingrad à Saint-Denis. à partir de 18h30. de Luze. pour travailler plus vite… Christine m’a apporté. avec sa postface et la préface de R. 63 . Lefebvre. je rédige dix pages pour la troisième partie . Lorsque Véro arrive. puis les chapitres sur le jardin. À bientôt. Merci d'annoncer votre participation en réponse à ce courriel et. de Constantine. pour ne pas laisser en rade mes tâches administratives ! Il me faut l'accord de Jean. Je veux aller porter ce livre e terminé aujourd’hui. Mercredi 3 janvier 2001. ce nouveau chantier est urgent. pour dire que je serai là. ce 31. relecture de mon livre sur H. une photo autrefois partagés avec lui. sur sa thèse. pour lui demander de me procurer la réédition de Pyrénées. 38/44 av. Je continue à écrire Le sens de l’histoire. Hier soir.Je lui ai demandé de mon donner son texte sur la secte. si vous ne pouvez vous joindre à cette réunion. Ce livre est en contrat chez Anthropos : on peut le rééditer.

Samedi 6 et Dimanche 7 janvier 2001. une question pratique assez banale. de H. tout en rangeant la maison avec Véronique : je téléphone à Pierre Lourau . que je lis immédiatement et que je trouve bon . Je passe tout le week-end à écrire mon “retour” sur Le sens de l’histoire : j’ai déjà fait 42 pages. 30. Il m’invite à descendre chez lui. Contribution à l’esthétique. Lefebvre. Elle me donne aussi "L’anamnèse du visible". il s’est procuré Pyrénées qu’il m’envoie demain matin en colissimo. Pour densifier. pour lui demander de m’accorder les droits de : La survie du capitalisme. Lefebvre avec G. dans Le lapsus des intellectuels (bibliographie). qui doit m’aider à élaborer mon texte pour Le sens de l’histoire : cette réflexion est en phase avec mon travail. parue en février 2000. qui me font prendre avec précaution des anecdotes attrayantes. ses parents et Françoise . 23 h. Armand me dit qu’il connaît M. Il faudrait publier en ouvrage autonome. je lui fais lire “L’œuvre”. je travaille sur Le sens de l’histoire. mais difficile à présenter à un large public : les auteurs élèvent à un très haut niveau de réflexion. mais je trouve celle-ci encore plus émouvante avec une préface de René. PUF. mais il ne semble pas l’utiliser. pour parler : il se réjouit que ce livre sur René paraisse . j’ai appris que Publisud n’a pas épuisé la première édition de Qu’est-ce que penser ? Toute la journée. en rentrant d’une négociation d’intervention d’analyse institutionnelle à Créteil. Lundi 8 janvier. nous envisageons ensemble quelques développements possibles. d'H. Georges Lapassade. livre important. il me demand pourquoi je n’ai pas encore édité les inédits de René. Le Lapsus était dédié par René à Henri Lefebvre. En échange. Lyotard. Lukacs : pas mal de chose sur Max Weber et la pensée allemande du début du XXe siècle. où il y a un paragraphe génial sur Du rural à l’urbain. Je termine la lecture de la seconde édition de Pyrénées. 64 . Ce livre ne mentionne que deux fois le nom de H. daté mais passionnant sur G. chapitre de La présence et l’absence. 1976. Gallimard et aux Presses universitaires de France. La postface de Pierre Lourau donne un certain nombre d’informations erronées (lieu de la soutenance de thèse. J’avais beaucoup aimé la première édition.J’ai lu également Pour une sociologie des intellectuels révolutionnaires de Michael Lowy . Lefebvre. alors qu’elle n’avait que 10 ans. les préfaces de René aux livres d’Henri. j’utilise Âme et compétences. Lefebvre. Pour une sociologie des intellectuels révolutionnaires. ignorant le rencontre de H. Charlotte m’apporte son texte "De la notation à l’interprétation en danse contemporaine". un mois après sa mort. Ce livre. Le droit à la ville. J’écris une lettre à Catherine Lefebvre. F. que le 139 Michael Lowy. de J. Elle aime le style d’Henri. Lukacs. vers 19 heures. trouvée ce soir. directeur de thèse. En effet. Lowy. R. Lourau en cite une édition de 1978. qu’elle a connu. pour leur parler du Centenaire d’Henri Lefebvre. J’écris aux éditions Casterman. disparition d’une thèse déjà écrite sur le surréalisme…). au téléphone. 139 Vendredi 5 janvier. Paris.

Invité ce soir à la cérémonie des vœux du Ministère de l'éducation : j'aurais eu envie d'écrire. Il a lu Logique formelle et logique dialectique (2e édition chez Anthropos) : il trouve bonne. il est prêt à participer à l’une de nos réunions. mais j’étais là pour les Verts. rangement me permettant de remettre la main sur des documents. elle est l’auteur de onze romans chez Stock. J’ai salué Francine Demichel. Lefebvre. de 1964 à 1985 . pour un ouvrage collectif qu’il coordonne chez Plon sur L’histoire de la philosophie française. ne fonctionne plus. G. dont un certain nombre de connaissances : j’ai pu échanger quelques mots avec Jacques Lang qui était heureux d’apprendre qu’un étudiant de Reims (il y enseignait quand je faisais ma licence de droit) était devenu prof de fac. Il m’a raconté tous les potins entourant l’aventure du 65 . Ce matin. avec Romain. plutôt qu’à H. que j’ai pu parler de notre commission éducation : si nous l’invitions. quand on représente les écolos ! Beaucoup de gens. Appel de Pascal Dibie. ayant une certaine importance par rapport à mon projet de livre sur René . pour le mini-tennis. rue de Grenelle. mais c’est surtout avec Jean-Luc Mélanchon. Je mets au propre ma bibliographie pour Centre et périphérie. levé très tôt pour terminer mon texte sur Le sens de l’histoire. 16 heures. mais je ne veux pas manquer l'occasion de rencontrer Jack Lang et Jean-Luc Mélanchon. l’idée de rééditer l’œuvre d’Henri. en 200 pages. ce qui me donnait un look “différent” des recteurs.biographe a envie de s’approprier ! Mais il dit quelque chose de lui qui est émouvant. Lefebvre : chance d’avoir ce témoignage de ce que la famille de René a retenu de lui. avant d'aller reporter le tout chez Anthropos. le philosophe. J’ai également rencontré Noëlle Châtelet. avec mon café à la main sans allumer la lumière. de publier chez Anne-Marie Métailié un petit livre de poche sur H. Je lui dis mon idée. pour aller 110. je rentre dans mon bureau. inspecteurs généraux invités au Ministère. avec lui. du coup. s’étonne que Pierre consacre la postface à son frère. et c’est normal d’être différent. Je me suis mis à la correction d'épreuves immédiatement . Et je renverse mon café sur le clavier de l’IMAC qui. j'ai aussi découvert la belle bibliographie faite des ouvrages d'Henri : j'ai rajouté la nouvelle édition de Pyrénées. il veut le voir centré sur le mondial. J’ai discuté avec Denis Huisman qui m’a proposé d’écrire un chapitre sur “Le marxisme français en philosophie”. Le moment mondain a succédé au moment d’écriture sans transition : je n’ai pas eu le temps de me changer. Lapassade. Lefebvre : il est enthousiaste . ainsi de moi ? et mes filles ? et mon fils ? Mardi 9 janvier. je reçois un pli apporté par coursier : les épreuves de mes préfaces de Du rural à l'urbain et de Centre et périphérie. Échanges avec Renaud Fabre : il voudrait que je passe le voir à la présidence de Paris VIII . qui fut l’épouse de François. j’ai évoqué le centenaire de H. Il me propose de lui donner la Théorie des moments. Mercredi 10 janvier 2001. Gallimard. Ce matin. Nous sommes arrivés à l’heure. que j’ai suspendu à 18 heures 45. secrétaire d’état à l’enseignement professionnel. J’étais bien parti pourtant hier soir dans la relecture de ce texte. Mon frère parlerat-il.

sur la méthode régressive-progressive. Christine Delory-Monberger. dans le Dictionnaire des philosophe : je n’en disposais pas de version numérisée. De la pourriture. Tani Dupeyron. J’ai donc travaillé cette bibliographie. Il y a deux moments dans l’écriture d’un livre : celui où l’on façonne les briques.Dictionnaire des philosophes : on a parlé des effets du livre de Jean-François Raguet 140 sur les PUF. Présents à la cérémonie d’hommage à René Lourau. Lefebvre. du Dictionnaire des philosophes. Pour moi. La relecture est longue : elle est multiple et plurielle. Maintenant. Morin. Chaque jour. Lefebvre. j’avais la bibliographie secondaire concernant les travaux écrits sur H. très importante dont je veux connaître à fond l’ensemble des numéros : je repère les lignes réflexives d’auteurs comme Alois Hahn. 18 h 30. il y a deux supports distincts. qui était là. Anne-Laure Eme. Nous avons fait ce texte. à la grande époque de Georges Lapassade). Hier. 7 h 30 Réveil à 7 heures. Jean-François Marchat. Alain Grassaud. 262 pages. relue et corrigée. Petit Roland. Mostafa Bellagnech. Dominique Samson. le 11 janvier 2001 : Remi Hess. À ce moment-là. ainsi que tous les travaux récents que j’ai pu archiver. Je commence mon journal L’année Lefebvre .. et conduit à refaire des morceaux nécessaires. En direct du Violas. Dans le journal. à partir de plusieurs bibliographies : celles d’Ulrich Schöll-Müller dans Das System und der Rest. Ourega K. comme premier exercice matinal. Bernard Jabin. J’ai abandonné U. Lourau et celles sur H. la construction est une ligne de production de briques : on escamote la seconde phase du travail. pour l’harmonie de l’ensemble. de mon livre sur H. organisé par J. J’ai retrouvé quelques amis ayant des fonctions au ministère. Lefebvre. mais sur l’écran de mon ordinateur. dont je partage les perspectives. Müller-Schöll pour Paragrana. et cinq ou six coupes d’un excellent champagne : le buffet était magnifique. Régine Angel. trois heures de contacts riches. des renvois qui valorisent le texte. celui où l’on élève les murs pour construire l’œuvre. dont Thierry Talon (qui fut chargé de cours à Paris VIII. Lefebvre dans mon journal d’AI. Lefebvre : il a suivi ses cours à l’école pratique en 1968-1969 ! Je n’ai pas pu voir E. L’année Lefebvre a commencé avant le 1er janvier : je relirai 140 Jean-François Raguet. et il faut savoir finir. Exode Daplex. 2000. L’insomniaque. je n’avais pas ouvert de nouveau cahier : je continuais à écrire sur H. La deuxième phase est celle où les choses s’agencent : on écrit des transitions. Bernard Lathuillère. On a parlé de H. je parviens à lire de l’allemand. on introduit des notes. la préface de Georges Labica à Métaphilosophie qui signale 3 textes que j’ignorais. avec Véronique. La logique du plan apparaît alors progressivement. la revue internationale d’anthropologie historique.F. Marchat au restaurant Violas. 66 . Bref. que nous aimons particulièrement : je choisis le passage de la préface de Lourau à Pyrénées. Véronique a encore tapé mon article sur Henri Lefebvre. jusqu’à aujourd’hui. en pleine forme : je pensais commencer mon livre sur R. mélangeant les notations sur R. compariason des deux éditions. d’Henri Lefebvre. 1984 et 1993. Lourau. On a décidé de lire un passage de René. Samedi 13 janvier.

Ainsi. Lefebvre. pour reprendre tout ce qui concerne H. mais inconsciemment. j’ai construit un index matière. que je viens d’envoyer par mail à Caroline Hugo. H. Mercredi 17 janvier 2001. j’avais transporté ma bibliothèque H. Lefebvre pour l’intégrer au début de ce journal : je fais le même tri en ce qui concerne Mayotte. Hier à midi. Ainsi. Lourau. mieux centrées sur des objets. Lefebvre et je le rapporterai ici devant. Je viens de terminer les 4° de couverture de Du rural à l’urbain et Centre et périphérie. Hier. venue à la maison le soir : elle adore ce texte. Lefebvre : j’achetais ses dernières rééditions en deux exemplaires. À 23 heures. les parties concernant H.donc mon journal d’AI. je dispose de réflexions. je veux me mettre à l’écriture du livre sur R. Relecture de Conversation avec Henri Lefebvre. centré sur mes rapports avec R. Lundi 15 janvier 2001. Pour m’obliger à une lecture attentive. que je découvre. journées de travail autour du livre sur R. Peut-être l’avais-je lu ? Il me dit quelque chose. j’ai relu mes lettres à Hubert de Luze (février 1999-février 2000) : là encore. je me suis mis à la lecture de ce livre. je relis l’ensemble de mon journal 2000. mais il y a très longtemps. En même temps. j’avais l’idée de rééditer La production de l’espace. j’ai recopié les passages concernant H. 8 h 30. et de manière superficielle. je n’en étais qu’à la page 140 (il y en a 300). Hier. mais les choses se sont faites sur une longue durée. j’ai découvert un début d’indexicalisation. Je décide d’élargir ce chantier : tous mes livres de H. Samedi et dimanche. Je vais donc continuer aujourd’hui. paru chez Messidor. Lefebvre. 67 . À cette occasion-là. Ce livre est difficile. j’ai reconstitué à Paris un rayonnage de livres de H. un signe : depuis 1990-92. Lourau : La mort d’un maître. Ce fut assez intuitif. Lefebvre devront être relus dans cette perspective. j’ai reçu Métaphilosophie. j’ai survolé Contribution à l’esthétique : la préface sera difficile à faire pour moi. qui va me permettre d’avoir accès immédiatement aux idées que je cherche. pour permettre aux livres de sortir en février. j’ai donc continué à en faire un index minutieux. et je trie ce qui concerne H. Ce gros travail permettra une efficacité ultérieure. 9 heures Relecture de l’ensemble de mon journal d’AI : j’ai dégagé de ce journal. J’ai promis à Charlotte de lui donner un exemplaire de ce livre (j’ai souscrit à 20 exemplaires). Lefebvre à Sainte Gemme. accompagné d’un petit mot d’Armand : Aussitôt. on peut voir les prémices de ce qui va devenir cette année : une recherche systématique. 140 à 225 de Métaphilosophie. le texte de Patricia Latour et Francis Combes. non réfléchi : depuis longtemps. Lourau. Depuis que je le connais. À l’occasion de ce travail. J'ai lu des extraits à Charlotte. commencée à Charleville : en lisant les pp. Lefebvre est présent dans ma vie. pour avoir ses livres constamment disponibles.

Charlotte m’a révélé un fait important : Miguel n’aime pas le statut d’étudiant : il veut un statut d’artiste. des irréductibles. Dans Métaphilosophie. et que je n’ai pas édité. politiquement. Une raison qui explique cette résistance : depuis toujours. mal traité administrativement. l’un des résidus. mais aussi une perspective révolutionnaire. L’édition du Mandarin et du clandestin. j’attendais ce livre pour m’y mettre. tous mes engagements dans cette direction me révèlent l’impossibilité. l’irréductible révèle les limites de validité d’un système théorique. Ainsi. Lefebvre. est un résidu : une théorie du résidu. faire référence aux pages de la seconde édition sera une manière de saluer le travail accompli par Syllepse. a disparu : comme depuis quatre ans la réédition du livre était annoncée par Syllepse. Puis-je confrontater ce terme avec celui d’analyseur (révélateur). les gens doivent faire trois ou quatre métiers. Pourquoi ? En Argentine. Lefebvre. Une autre occurrence importante dans l’ouvrage. Lefebvre sur cette question. l’un des problèmes non pensé. Toute mon implication. mais je ne me sentais pas le souffle. lorsque j’ai cherché H. éclatées. Les pratiques parcellaires. Ce texte était court . d’ailleurs. il semble qu’il faille se mettre en route pour s’engager dans une praxis : cette pratique part des analyseurs. dans le contexte de la gauche d’aujourd’hui. de l’irréductible peut être dégagé de l’œuvre de H. de La somme et le reste. pas seulement une subversion. Chez H. je ne l’ai pas trouvé : quand on possède des livres de H. Sylvain Sangla m’a dit qu’un exemplaire de la première édition était disponible place de la Sorbonne (chez Vrin). le structuralisme et la robotique (partie sur la mimesis). c’est la notion de résidu. on se les garde. l’analyseur ayant fait son chemin. que j’ai pu avoir sur ce terrain n’étaient pas satisfaisantes : elles ne constituaient pas une praxis. qui aurait dû être fait par Syllepse : cet outil est essentiel. Lefebvre chez les bouquinistes. mais sans prendre le temps de l’écrire vraiment. mais engage dans une pratique d’intervention sociale. Que me révèle ce travail d’élaboration d’un index ? Le “moment” est l’occurrence qui revient le plus fréquemment. Il m’est possible de réintégrer dans ce texte ce que j’ai trouvé : sur le terrain de Mayotte. d’irréductible : Ulrich Müller-Schöll a développé son dernier livre (1999). et plus généralement sur l’interculturel. autour de ce concept. pour la France de la gauche plurielle de prendre en compte cette question. non traité. les cibles sont la philosophie. Le résidu n'est pas seulement l’analyseur. s'impose. Lefebvre. Das System und der Rest. pour vivre. non intégrable : la question des Sans Papiers.La théorie des moments est un autre projet que je traîne depuis dix ans : j'y pense. livre traduit de l’italien par moi. dans la théorie de l’analyse institutionnelle ? L’irréductible est toujours l’analyseur de la théorie ou du système . Je termine un index matières. totalisation de la pensée de H. La praxis contient un projet. sa demande à notre endroit de faire un “miracle”. une perspective. Je ne sentais pas l’inspiration d’un tel texte : tout ce que j’avais sur le sujet était “résiduel” : je ne parvenais pas à trouver un point de vue qui organise tout cela. de la lutte des Sans Papiers. Hier. éclatés : lorsqu’ils parviennent à vivre d’une seule activité. son désir d’avoir une carte de séjour. et l’exemplaire de la première édition que j’ai feuilleté. Le reste. peut-être lu il y a longtemps (à l’époque de la rédaction d’Henri Lefebvre et l’aventure du siècle). ils ont l’impression 68 . il me fallait faire cinquante pages de préface. pour faire de ma Théorie des moments. qui accepte finalement de voir ce problème rester en plan. dans le travail de la commission pédagogique. je savais que Métaphilosophie contenait des développements importants sur les moments. mais je n’ai pas fait les bouquinistes systématiquement . et permettre à mes étudiants d’entrer dans cette lecture avec des outils. ils sont dissociés. J’avais donc raison d’attendre la sortie de l’ouvrage. non pensable par la Gauche. de lutte politique. faute d’une préface à la hauteur de ce texte. je l’enseigne. Métaphilosophie : j’en suis à la page 282. pour l’éditer. L’étranger qui n’a pas de papiers est aliéné : il faut décrire la pathologie que développe Miguel .

je lui suggère de continuer la fac. pour Lucette. or. au niveau de ma pratique professionnelle (fac). Idée d’écrire à Desclée de Brouwer. en Belgique. Il gagne de l’argent. si celui-ci traite bien sept des dix principaux thèmes. j’ai trouvé Actualité de Fourier. d’Ardoino et de Peretti. J’ai oublié de noter qu’étant chez Anthropos. mais celle-ci n’en veut pas ! La question des Sans Papiers ronge mon quotidien au niveau du domestique. il nous faut créer une entreprise de spectacle : il y aurait bien le mariage avec Charlotte. Cette lecture révèle que toute l'œuvre de H. Je ai présenté aujourd’hui à mes étudiants de licence Métaphilosophie : je leur ai montré le travail d’index que j’ai fait sur ce livre. paru en 1975. L’intérêt de l’index est de ne laisser aucun thème. reconnue. Je leur ai fait passer mon exemplaire du livre avec l’index. dont je n’ai pas de double. Pour permettre à Miguel d’avoir des papiers. de côté : on évite ainsi les résidus. peut-être leur obtention de papiers ? 12 heures. pour porter mon livre Le moment de la création. hier. et diriger par H. pas seulement pour lui. au moins pour le dernier tiers de l’index ! Tant que je n’aurais pas récupéré ce travail. mais aussi pour moi. Cet index dégage les grands thèmes de cet ouvrage : huit sortent. s’est acheté son appartement . en Espagne. qui veut réaliser son moment d’artiste. L. chez cet éditeur : Penser l’hétérogène. on a dû créer une association pour le salarier : cette forme institutionnelle entraîne des coûts importants. par exemple. Africains que je connais. pour leur proposer un livre dans leur collection “Témoins d’humanité 141 ”. Lefebvre : son texte est excellent. Lefebvre lui-même. 14 heures. de faire une maîtrise : ce diplôme n’a pas de sens pour lui. en France. J’espère que l’étudiant qui l’a entre les mains.d’avoir réussi. etc : elle est partout dans ma vie. trois ne sont pas vraiment abordés : la théorie des moments. c’est elle qui me vole tout mon temps. je me suis aperçu que. Madame ? exige qu’il ait une “licence d’entrepreneur de spectacle” ! Il y a un an. pour lui permettre d’avoir une carte de séjour. C’est elle qui m’empêche d’avancer dans le travail théorique. pour lui donner une carte de séjour. et comment ? Pourquoi ? au niveau de son mouvement. 141 Cf. Voir aussi la distinction d'H. Miguel “réussit” : sa danse est appréciée. Comment résister à ces Marocains. Lefebvre est passionnante : tout texte de lui renvoie à un mouvement. 10 heures 30. relue au retour d’une sortie de théâtre (Les Bacantes d’Euripide). en Italie. une bureaucratie pas possible ! Voilà un exemple d’aliénation. Une partie de ses revenus partent en charge. 69 . se rendra compte du travail accompli. avec qui je travaille pédagogiquement. Or. En comparant cet index avec la préface de Georges Labica. entre subversion et révolution. Jeudi 18 janvier. je ne serais pas tranquille. Je viens de terminer Métaphilosophie et son index. et qui me demandent une lettre pour retarder leur reconduite à la frontière. ce petit texte pourrait être repris pour être appliqué à d’autres auteurs : Lourau. Qui lit Fourier ? se demande-t-il. et me rendra le livre et les trois pages d’index. et je suis parti sans reprendre l’ouvrage.

“vint faire sa cours à Paris X”. il a revu H. 70 . j’ai pu formuler quelques questions à René Raymond. J’ai parlé le premier : me voici donc libre. Lefebvre : -J’ai apprécié l’œuvre. Colloque de Lefebvre de novembre 2000. je pense proposer un index des noms cités et un index des matières. il est important de voir que ce vécu et cette description seront repris dans La Somme et le Reste. 15 heures. vite et bien . en tant que rapporteur de la thèse de Philippe Da Costa. pour participer à un colloque à Sciences Politiques. J’ai parlé brièvement. Lefebvre ? Pour Georges Labica. sur les intellectuels français. J’avance lentement (du fait de la relecture technique).L. a voulu organiser un repas entre nous. Dans le développement de l’œuvre de H. Vendredi 19 janvier.L. Comment ? Tel quel ou retravaillé ? à revoir ! Sur l’existentialisme lui-même. comme l’a souligné R. je note qu’en rentrant hier. -Il refusait d’assumer toute responsabilité. m’a-t-il dit. À l’occasion du repas de midi. intéressante en soi. sur les Scouts de France : nous sommes six dans le jury. 9 heures Avant de partir à Lyon. “Tu l’as bien connu. au lieu d’être clair. ensuite.L. pour obtenir le poste de prof de socio. à propos de H. pour une soutenance de thèse. mais personnellement. -Pour dépasser les tensions entre nous. m’a-t-il dit. compliqué. soufflant sur le feu en 1967-68 à Nanterre. j’ai trouvé les épreuves de L’existentialisme. C’est intéressant de tenter de démêler cette complexité”. L. travail commencé dans le train entre Paris et Lyon ? Je ne sais. et je porterais le tout lundi. quinze peuvent être cités 142 : cette question est abordée à la fin du cours. lorsque celui-ci. Ce gros chantier : il faut réussir à le boucler. À propos des “ listes noires ” (des étudiants qui auraient été inscrits sur une liste pour leurs activités subversives). mais l’homme me déplaisait totalement. mais d’autres donnent d’autres titres . Il évoque l’attitude subversive de H. C’était quelqu’un de complexe. H. et moi datait de 1959 ou 1960. Lefebvre. Oserai-je corriger les épreuves de L’existentialisme. la femme d’Henri Raymond qui était mon étudiante. Que dire sur L’existentialisme ? J’ai relu le premier chapitre.. L’argument lancé par Lefebvre : “J’en ai marre de faire Paris-Strasbourg en train. Mais cela s’est très mal passé. René Raymond avait invité Henri Lefebvre. Je connais tous les arbres du parcours. ce pourrait être Métaphilosophie. Raymond.Quels sont les livres les plus importants de H. en poste à Strasbourg. réflexion philosophique intéressante : on ne peut pas critiquer la production de cette pensée qui se déploie… 142 Cf. que je vais corriger dans le train : je ferais la préface ce week-end. Le premier contact entre H. Il trouve cela très intéressant. mais cela m’oblige à aller au fond des choses : ce chapitre est une autobiographie de groupe. et qui “n’existaient pas”. De même que mon livre sur Lourau. après la sortie de La somme et le reste. Lefebvre laissait accroire qu’elles existaient.” J’ai expliqué à Guy Avanzini mon travail sur H. Henri Lefebvre n’avait pas fait de vague .

j’ai l’intention comparer les deux ouvrages . l’index de Métaphilosophie. et de ne pas laisser échapper un thème mineur. Samedi 20 janvier 2001. J’avais déjà lu ce livre. Les rapports sont complexes entre H. j’ai décidé de faire un index auteurs. à la Bibliothèque nationale de France. et Sartre.P. Pourquoi ne pas l’intituler : “De la beauté d’avoir des ennemis” ? Hier.L. mais je me suis couché de bonne heure. Pascal Nicolas-Le Strat. je me suis mis à l’index matières : je n’ai terminé que vers 22 heures. reprenant telle ou telle pensée ou développement dans d’autres ouvrages. je pensais davantage à “Le moment philosophique d’HL”. Après avoir tenu mes journaux. Pour Métaphilosophie. mais je l’avais fait. H. puis j’ai relu la bibliographie de H. hier. 5 h 30 Réveil trop tôt. je dois le faire d’un trait. je me lancerai dans l’index des matières : ce sera un travail subtil. dans les postes de la fonction publique.L. J’avais compris qu’Henri avait été violemment attaqué par les Sartriens. le texte est difficile à comprendre . relire plusieurs fois le texte permet de décider du terme que l’on va appeler. il défend l’idée que la philosophie ne peut pas se faire. il me faudra être terriblement concentré . Dimanche 21 janvier 2001. La philo se fait aux marges . Lefebvre (livres) : j’ai commencé à relire les articles. que je n’ai pas encore commencée. Mon index valorise ce texte. en me laissant entendre que répondre à cette question serait vraiment trop long et difficile. en 1987 : à l’époque j’écrivais mon Lefebvre et l'aventure du siècle. dont je disposais depuis 1992 : je l'ai reçu en cadeau d’un ami. je reprends la relecture des articles de H. Relecture des épreuves de L’existentialisme. sur une durée plus longue : faire ce travail en une fois. Durant l’été à Sainte-Gemme. qui démontre. beaucoup de thèmes de Métaphilosophie sont déjà dans L’existentialisme… Pour renvoyer au 71 . hier. qui dit des choses. que je n’ai jamais assez remercié. épuisé que j’étais par la production de l’index-matières de L’existentialisme. dans sa biographie. s’inscrivant dans une logique de construction d’un point de vue sur le monde . J'en ai parlé avec Henri : “Pourquoi n’avez-vous jamais réédité ce livre?” Lefebvre avait haussé les épaules. permet de coller davantage au texte. Après lecture. Cet exercice est totalement fou : dans de nombreux passages. ce travail ne m’avait pas demandé la même énergie. pour permettre ainsi au lecteur de comparer les thèmes abordés : dans la préface. suit un fil. sans pause. montre que J. j'ai décidé de rééditer ce livre. et qu’il avait laissé les choses en l’état. Lundi 22 janvier 2001. pour avoir employé des termes “orduriers” contre leur maître. et aussitôt.L. Lefebvre : je commence à penser à la préface. J’ai terminé la bibliographie vers 11 h 45. En me réveillant. Sartre ne fait que redonner aux lecteurs des questions déjà explorées en 1928-29.Métaphilosophie est déjà présent dans cet ouvrage : H. idée de donner comme “annexe” à L’existentialisme. Ensuite. par exemple. lui est manœuvre puis chauffeur de taxi : cette expérience est riche pour se confronter à la ville.

etc : ce matin. je puis annoncer la première liste de gagnants. Mardi 23 janvier 2001. Dans la biblio de Gaby Weigand (1984). fait avec Véro. Maïté Clavel m'a téléphoné hier . Lefebvre. Nous nous sommes promis de nous revoir : Maïté Clavel.) pouvant trouver leur place dans cette préface. telle que je l’ai dans la tête en ce moment : son écriture amènera forcément des développements. titre à donner à ma présentation. j'ai trouvé cette expression d’H. Au cours de la journée. sans explication. je le crois aussi. et lancer une liste de publication trois fois plus longue qu'hier. nous avons parlé d’H. Ce matin. 72 . Dans La somme et le reste. Lourau . dont je n’ai pas encore l’idée. l'idée de faire un mail collectif à toute ma liste d'AI. nous avons retrouvé plusieurs listes d'articles de René : Véro les a entrées en mémoire. travail sur ma préface à L'existentialisme : j'ai regroupé des textes (briques. Mercredi 24 janvier. et surtout H. Lapassade. Lefebvre concernant son livre : "J'aurais pu lui donner comme sous-titre : l'art de se faire des ennemis". je me mettrai à la préface. plusieurs messages de participants au concours : Jacques Guigou et Bernard Lathuillière me donnent quatre nouvelles références chacun. ainsi que la partie (pas seulement le chapitre) concernant la contextualisation de L'existentialisme dans La somme et le reste. et en proposant aux destinataires de me faire parvenir des textes que je ne connais pas. il me faut avoir la pagination définitive. 5 heures. en regardant mon courrier électronique. Lefebvre . qui admire mon efficacité. Le travail de gestion d'archives. plus qu'aux Institutionnalistes. mais on n'en a pas parlé avec Jean. qui le connaissent déjà. comme annexe de ce livre n’est pas une bonne idée. Mais Caroline m’a rappelé pour me dire que l’idée de publier l’index de Métaphilosophie. et attendre le retour du prochain jeu d’épreuves pour rendre ma préface. Je vais donc donner à Anthropos le travail déjà accompli. sur "Sartre" (Dictionnaire des philosophes de 1984) est une autre ressource. à envoyer aux Lefebvriens. relu hier et avant-hier. Elle pense donc que Du rural à l'urbain va marcher. Ces textes m'aident à contextualiser le débat. Le prix de vente est à 149 francs : j'aurais préféré 140. à Saint Gemme je dois retrouver mes propres listes de publications : je ne dispose pas de mise au net de mes propres textes ! Hier. on trouve douze références nouvelles. avec Véro. Le même travail coopératif est à faire pour G. au cours de ce travail. Le texte de Michel Contat. publié en 1957 dans Les temps modernes. J'ai corrigé hier les épreuves des couvertures de Du rural à l'urbain et de Centre et périphérie : ces livres seront en librairie en février. me conduit à retrouver des textes importants dans cette perspective : “Le marxisme et la pensée française” (1956). J'aurais des services de presse. et répondu aux mails qui ont dû s’entasser. Hier. constitution d'une bibliographie de R. m'a dit aussi que La production de l'espace était très bien acceptée par les étudiants d'aujourd'hui. en donnant la bibliographie dans l'état. Elle m'a dit qu'Henri avait toujours eu un côté mondain : il ne parlait que de son dernier livre et d'oubliait tout ce qui a pu le précéder.texte de L’existentialisme. J’avance la préface de L’existentialisme dont j’ai été reporter les épreuves hier. 9 heures. essentielle car le texte que je donne à lire n'est pas facile à comprendre. Dès que j’aurai lu.

Il faut que j'en parle avec Jean. hier. les meilleurs chapitres de L'existentialisme sont ceux sur Kierkegaard et Nietzsche . je suis d'accord. par ma surimplication : pour desserrer l'étreinte. suivi et évolution des thèmes sont des questions centrales : éternel retour ? à plusieurs endroits. et c'est amusant de pouvoir ainsi échanger sur son boulot : Corinne Jaquand ne me donne pas signe de vie .. Lefebvre. une avancée sur plusieurs points. signe encourageant. il parle de l'ennui du communisme. c'est que la fille qui est prof d'urbanisme à Lille (son nom m'échappe) et à qui j'ai donné Espace et politique m'a dit ne pas connaître vraiment H. même si les Allemands ont énormément travaillé sur H. Henri dit que. il me faut rapidement me mettre à mon livre sur R. Mon but est de tenir le rythme : un livre par mois ! L'index de Métaphilosophie ayant été écarté de la réédition de L'existentialisme. thème qu'il reprendra dans un article de 1990. Paquot : comment arriver à échanger avec lui ? comment l'aider à s'impliquer dans le centenaire d’H. Véro a commencé à faire des listes de service de presse. encore une fois : dans le texte de 1958. pour Du rural à l'urbain et Centre et périphérie. Ce livre sera fantastique : je trouve chaque jour de nouvelles idées et de nouvelles sources. lors de nos entretiens. d'autant plus que ces textes deviennent de plus en plus longs. La productivité est liée à un engagement. Lefebvre ? Chez Anthropos. je vis la superposition des temps. Lefebvre.. avec moi. Dans Le temps des méprises (1975). ou dois-je faire passer avant La survie du capitalisme ? Il y a moins de travail dessus. j'ai écrit à Suzy Guth.. Lourau. on parlait de la saturation d'Anthropos que je provoque. Ce qui me fait plaisir. mais deux livres peuvent sortir d'un tel projet.Thierry Paquot m'annonce l'envoi du Rabelais. le chantier va plus loin. pour lui demander des sources post-modernes sur Henri Lefebvre : je ne sais pas si elle se sentira motivée pour faire ce travail. professeur de sociologie à Strasbourg. Il ne les réalise pas toujours. mais avoir envie de le lire : elle est jeune. Comment Henri Lefebvre a-t-il fait pour produire autant ? cette question qui m'est souvent posée. il relit ses textes de 1924-28 (A) . penser à la mettre sur les services de presse. et à la construction d'ethnométhodes particulièrement efficaces. puis à celui sur Les moments qu'Anne-Marie Métailié veut publier. Avec Lucette. Dans La somme et le reste. par exemple : ses "programmes". il développe l’idée de continuum. de retrouver Th. dans La somme et le reste. Lefebvre se donne des programmes. comme des Traités. en huit volumes. 73 . Pour la littérature. La somme et le reste représente un déplacement. Dans ce travail. dont j'ai perdu les références : chez Henri Lefebvre. pour lui. et moi. En relisant La somme et le reste. autant pour le Rabelais je risque de devoir rester dans le général : comment faire autant de préfaces sans se répéter ? véritable défi. je suis en train d'inventer une philosophie industrielle. j'établis la relation thématique des deux livres.. Hier. Dois-je donner d'abord le Rabelais. des époques. dont il fait le plan. Les philosophes jouissent de travailler sur un mode artisanal. mais les autres aussi sont excellents. en 1943. Véro fait avancer les choses de façon remarquable. mais les références anglaises ou américaines manquent dans mes travaux : je suis trop centré sur l'Allemagne. il relit A+B et quelques autres. j'ai découvert qu'il oublie le Rabelais : cela ne va pas rendre facile la préface : autant je vais pouvoir trouver beaucoup de choses à dire sur L'existentialisme. Nous faisons du tango ensemble. Dans L'existentialisme (B). elle aussi enseigne en urbanisme . il réévalue le tout . ils sont saturés : ils n'en peuvent plus. Réussir ces services de presse aidera à la dynamique. chance pour moi. Il faut penser à L'existentialisme aussi.

Lefebvre. merci beaucoup (dans la dernière lettre. Je vous en remercie. J'aurais dû faire une conférence sur Lefebvre et l'espace à Dubrovnik. en Allemagne.” “Mon Cher Armand. J'ai bien reçu le Rabelais. J'ai relu cette semaine vos entretiens avec H. inspirée de H. Je ne sais pas encore si le Rabelais sera pour avril ou mai : cela dépend de La fin de l'histoire . Je te confirme mon véritable intérêt pour les disquettes de La conscience et Méta. Qu'en penses-tu ? Je me souviens que vous avez parlé de Christoph Wulf. Pour La fin de l'histoire. mais ces derniers temps je n'ai rien lu de lui. je continue donc de la sorte). Ulrich m’écrit : “Cher Remi. Laquelle ? je voudrais susciter en juin (Henri est né le 16 juin) une pluie d'articles ou de dossiers. il est important d'annoncer ce livre. après une période d'éclipse. En effet. le livre plus important de Lefebvre. Je termine ma préface à L'existentialisme qui sortira en mars . en un certain sens. sortira chez Anthropos Du rural à l'urbain. je serais heureux de vous faire parvenir la seconde. Je lis les travaux de Christoph Wulf sur l'anthropologie historique . Encore merci. je suis très impressionné de ton courage de lire mon livre en allemand. Pierre Lantz aurait besoin d'une photocopie du Nietzsche (La fin de l'histoire est marquée par ce livre sur Nietzsche) : peux-tu me procurer cette photo ? S'il y a un coût. au moins d'un point de vue philosophique. où j'ai vu Prigent. où il y a un chapitre sur Nietzsche. Syllepse vient de sortir Métaphilosophie. je trouve que ce courant de pensée est très proche de lui. merci beaucoup de ta visite de jeudi : elle est porteuse de possibles ! J'ai oublié de te donner l'index-matières de Métaphilosophie. Je prends contact avec lui : il va m’en faire des photos. que je lui avais demandée). Paquot et Armand Ajzenberg : “Cher Thierry.Samedi 27 janvier 2001. pour sa préface. qui ne sont pas dans ma biblio. je lui donne les épreuves de L'existentialisme. les livres de Lefebvre n'ont pas la chance de reparaître en ce moment. dont H. tu m'as tutoyé. Lefebvre. Avez-vous la première édition de L’existentialisme ? sinon. très occupé. On n'a pas pu parler "Que sais-je ?" et autre. Lefebvre se dit content dans La somme et le reste. qui va paraître en mai. d'autres journaux aussi . Malheureusement. qui publiera également ma Théorie des moments. Lefebvre en 1982 (Le Monde et Autogestions) : je rêve de vous trouver une place pour la célébration du centenaire. dans un livre dédié à Eberhard Braun. qui m'a seulement dit qu'il allait m'écrire en réponse à mon courrier (il fait la recherche documentaire. comme à paraître. De mon côté. 14 h 35 Je viens d’envoyer les messages suivant à T. L'École émancipée a retenu 8 pages. Je vais m'en occuper ! Récemment. Je suis parti précipitamment aux PUF. qui n'a pas eu lieu à cause de la 74 . je puis payer . Pierre Lantz doit le préfacer. Bien à toi. Métaphilosophie est. H. dans les revues ou la presse. Vous voyez que le centenaire d'Henri Lefebvre ne passera pas inaperçu dans notre maison d'édition : je suis très heureux que ce soit vous qui m'aidiez pour le Rabelais. Lefebvre va sortir en poche chez Métailié. ” Dimanche 28 janvier. Armand me téléphone ce matin : Jacques Rouge a noté des articles d’Henri. et je ne connais pas sa vitesse d'écriture. Mon ouvrage sur H. en février. j'ai écrit un article sur Lefebvre et le problème de l'état. comme quand nous nous sommes rencontrés à Paris . bien qu'il ne cite pas H. Lefebvre bénéficie d'une conjoncture favorable en Allemagne et aux États-Unis (qui projettent l'édition de De l'état).

il n'aura aucun lecteur tandis que s'il participe à un paquet. et commenté. dans toutes ses sensibilités. Du Rural à l'urbain. Bien sûr qu’il comporte des rengaines staliniennes. Jean n'était pas contre. ont leur place dans ces rééditions . Je prends conscience que je ne t'ai pas vraiment lu ces dernières années : je veux rattraper mon retard. Labica de préfacer le vol 2 du Traité de matérialisme dialectique qui avait été mis de côté (il est déjà le préfacier de la réédition chez Syllepse de Métaphilosophie qui vient de sortir). En 1991. alors qu'il sortait des presses. il est vraiment pour : je ne me souviens plus si je t'ai dit que L'insurrection situationniste. et la contre-dépendance à ces puissances n’est pas non plus très créative. Armand Ajzenberg pense qu'il faut demander aux éditions sociales de le rééditer (pour les punir). mais il reste trop productiviste. et mon désir est d'amener les anciens auteurs à retrouver une place dans cette maison. Espace et politique. J'étais intéressé de rééditer La survie du capitalisme que tu évoques : étant donné que j'ai déjà préfacé la série : Production de l'espace. je suis très intéressé de recevoir toute information possible. mais je préférerais faire cela chez Anthropos. René Lourau et ses disciples se sont trop souvent stérilisés. au sein des universités modernistes. des phénoménologies (Husserl) et des philosophies de la subjectivité (Kierkegaard. L’université.situation politique au Balkan : je saisis toujours les occasions de travailler sur Lefebvre. Au départ. Pierre Lantz va préfacer La fin de l'histoire. Je lui réponds : “Cher Jacques. en dehors 75 . On en discute dans notre groupe de travail. sur les activités autour de Lefebvre ! Herzlichste Grüße. Jacques Guigou m’envoie le message suivant : “Cher Rémi. s'il est aux éditions sociales. sans compter L'existentialisme. N'astu pas parlé d'un truc web sur Lefebvre ? Comme je l'ai déjà écrit. Làdessus. n’est pas le lieu idéal pour réaliser des activités qui nécessitent une indépendance vis-à-vis du capital. Uli Müller-Schöll ”. te sentirais-tu l'envie de faire la préface à ce livre. Lundi 29 janvier 2001. C'est fou ce que j'ai lu depuis trois mois ! Dans le mouvement de réédition d'Henri. Lourau a préfacé 5 livres différents de Lefebvre de La somme et le reste jusqu'à Pyrénées : j'estime important que l'AI continue à être présente dans ce mouvement. Jacques”. que je travaille particulièrement. de l’État et de leurs représentations. je sollicite des préfaces des uns et des autres. qui a des idées sur La survie du capitalisme. on fait du "Lefebvre pluriel". tu as bien fait de faire rééditer L’existentialisme. Bon vent Rémi. Tu représentes une sensibilité qui a participé à l'Anthropos de la période Lefebvre. en arrivant à Montpellier. et à plus tard. pour prendre mon poste à l'IUFM et à l'UPV. il peut être découvert. Comment et pourquoi le capitalisme a-t-il “survécu” ? (La survie du capitalisme de Lefebvre avait déjà bien amorcé cette analyse. mais toi. en effet. Je te remercie de ton message. j’ai trouvé ce livre en bon état chez un bouquiniste (l’achevé d’imprimer est du 7 novembre 1946). parmi les animateurs du mouvement de renouveau. je cherche des personnes susceptibles de faire des préfaces nouvelles. ta dernière lettre présente une orientation et un plan de travail intéressant pour l'histoire de l’A. mais maintenant. C’est ce qui me fait actuellement écrire une critique de l’institution imaginaire de la société de Castoriadis . L'intention de renouer des fils (ce qui ne signifie pas commémorer. Toutes les tendances idéologiques et politiques qui ont lu Lefebvre. qui vont être le socle idéologique de la domination social-moderniste après la Seconde Guerre mondiale. mais il porte une critique politique des métaphysiques (Heidegger). ni relégitimer) avec le passé politique de notre génération (les années 55/75). Cela compte pour moi d'avoir cet avis. il est proche des Minima Moralia d’Adorno. On envisage de demander à G. Nietzsche). a été un des fondements de notre revue Temps critiques. R. Je cherche quelqu'un pour le Rabelais. dans cette contre-dépendance à l’université. détruit. par décision de la censure stalinienne.I. et trop peu attentif à la suppression du travail productif réalisé par le capital lui-même). car comme c'est un livre faible. tout en s’en séparant sur le plan stratégique puisque ce dernier avait finalement choisi le camp du despotisme étasunien.

livre introuvable en français d'ailleurs. avant d'aborder ta lecture. une réhabilitation. un dépassement de vieilles histoires qui. À quelle adresse dois-je te faire parvenir ce livre ? espérant que tu accepteras l'idée de préfacer La survie du capitalisme. j’ai pris contact pour des articles éventuels avec Cultures en mouvement.” Mardi 30 janvier 2001. alors que je n'apparais que dans les auteurs ayant écrit sur le mouvement.” Nicole Beaurain : “Cher Rémi. Armand Touati. Cette œuvre. Debord. d'une certaine manière. et te préciserai ultérieurement s'il manque un article (mais seulement à partir de 1987 car malheureusement je n'ai pas la collection entière). À bientôt. Il est classé comme auteur du mouvement. Compte tenu du planning assez chargé de Cultures en mouvement. se narrent maintenant autrement ! Si tu es d'accord pour préfacer La survie du capitalisme. Amitiés de Nicole Beaurain. d'ailleurs. après la mort de G. Je suis dans la lecture de Das System und der Rest. texte à nous envoyer avant le 5 mars). sur la réédition de ses œuvres. le mieux est que tu lui écrives ici (31. Elle m'a même invité chez elle pour l'aider à régler une traduction américaine de De l'état. avant de te passer la commande officielle. dis-le moi. Hier. Sciences humaines et L’homme et la société. j’ai eu les réponses d’Armand Touati et Nicole Beaurain. Merci pour ta suggestion. Qu'en pense-tu ? Je pense pouvoir le publier dans le numéro de mai (parution fin avril. pour Lefebvre aussi. Je vais te faire parvenir un exemplaire du Rural à l'urbain à sa sortie (nouvelle édition). rue des Messiers 93100 Montreuil). l'actualité éditoriale. je te propose de rédiger un article rappelant le travail théorique et la trajectoire d'Henri Lefebvre. comme toi. Amitiés. ce colloque le justifient largement. Cela te donnera l'état de la biblio que l'on enrichit au fur et à mesure. Remi. À très bientôt. je vais regarder dans les tables de la revue. Pour un compte rendu sur HL et Métaphilosophie : Pierre Lantz s'est chargé de faire une longue note critique. Armand Touati : “Cher Rémi. Lourau : il y a aussi ma préface qui explique le contexte du travail actuel. Le soir. À ce moment-là. de Müller-Schöll. dans la rubrique " idées-histoire du présent". Lis-tu l'allemand ? plusieurs livres importants sur Lefebvre sont sortis ces dernières années dans cette langue. je ferai le nécessaire pour qu'un contrat soit fait pour nous autoriser à rééditer ce livre (actuellement Catherine a les droits de son mari : elle accepte toutes mes propositions). sorti en 1999 : c'est vraiment très fort. D'un volume de 15 000 signes y compris un encadré sur les publications et le colloque de juin. C'est donc.” 76 . bonjour ! Pour René. Ce texte devrait introduire à l'œuvre des lecteurs qui ne la connaissent pas ou peu. Il me manque le tome 4. comme pour R. et la conceptualisation qui en a découlé dans ton travail.de te citer. mentionne 67 références à Lefebvre. Armelle : sa boîte à lettres étant moins que sûre.

Lourau et le chantier H. d’heures de travail cela me demanderait-il ? Il faudrait le faire à deux. Armand m’a demandé si ce livre méritait d’être traduit . Lefebvre. Il était rassuré que je travaille sur ce livre . Je réfléchis à mener de front tous ces projets : mon travail sur Lefebvre n’est pas. On va lancer le chantier Lapassade. j’ai commencé à relire les archives de l’AI. Lapassade m’a téléphoné.Hier après-midi. contradictoire avec le travail sur l’AI. d’un auteur à l’autre. il dépasse la philosophie dans une métaphilosophie : aujourd’hui ne. mais complémentaire… Mais. cette année : la Théorie des moments . etc. aujourd’hui je réponds : oui. Je travaille souvent le matin très tôt . permet la progression de la pensée 143 . pour me dicter une traduction approximative que je mettrais en bon français en tapant le texte à la vitesse de l’énonciation ? Avec Véronique. lorsque Véro est là. Lefebvre analyse l’histoire de la philosophie. Lefebvre. il me faudrait faire une sieste après le repas de midi. Elle va repartir faire une tournée. 143 Métaphilosophie. l’enfant et l’étranger. je traverse des phases de fatigue. Christine. Ce livre mérite d’être traduit. En même temps. mais combien de jours. j’ai essayé de lui dire que ma relecture de l’œuvre d’Henri me donne une clé pour aborder l’éducation nouvelle. évidemment. Véronique m’aide merveilleusement bien. elle a raison. Marcuse. L’an prochain. je tente de travailler parallèlement l’AI et Lefebvre. mais quel Allemand serait assez motivé. On prend conscience. ne faut-il pas refaire l’histoire des grandes étapes de la pensée pédagogique. il n’y a plus d’hostilité entre les différents discours. H. et à sélectionner quelques textes à faire taper à Véro. Comment dépasser cela ? J’ai lu dans le Monde hier que les choses bougeaient à la FSU . Championnet. Il faut refaire La relation pédagogique. Je me suis replongé dans Das System und der Rest de Müller-Schöll : tous les jours. notre livre sur L’école. Mon rythme biologique doit être réfléchi . un ouvrage sur l’éducation nouvelle. Je suis trop capté par le chantier R. D’autres choses surgiront alors d’elles-mêmes : traduction de Schleiermacher. il faudrait refaire un vrai livre sur ces questions. etc. c’est la pédagogie institutionnelle et la posture de l’autogestion pédagogique . Cette semaine. d’un système à un autre. chez les syndicalistes qu’il y a une cause pédagogique à certains problèmes : ce qu’il faut repenser. Pour Lucette. en en proposant un dépassement ? Mais quel changement proposer aujourd’hui du système éducatif : il y a une tension entre pédagogues et fonctionnaires du savoir. Ce chantier sera conduit avec Lucette . et elle me demande la fin de mon livre : je ne parviens pas à me remettre dedans. je retrouverais une certaine efficacité dans l’après-midi. car cette année. par sa réflexion sur l’herméneutique. pourrait y participer. nous sommes sur la bonne voie. puis les chantiers Lobrot. il n’apprécie pas que je travaille sur H. Lors d'un petit échange avec Lucette hier (nos relations sont trop dispersées du fait des charges administratives qui pèsent sur elle). mais je me vois mal traduire 350 pages. mais ce livre passe par d’autres détours… Mercredi 31 janvier 2001. je sens l’importance de lancer un chantier Interculturel et éducation. j’avance un peu dans sa lecture de Métaphilosophie. 77 . Guattari. j’ai travaillé sur mes archives d’AI : G. mon livre important. pour moi. cela fait des chantiers chargés à gérer en même temps. mais aussi L’existentialisme. Georges suit par téléphone l’avancée du projet… Christine était à Berlin. Véronique a formidablement avancé les bibliographies de Lefebvre et Lourau : elles sont pratiquement parfaites. Je crois qu’alors. Je comprends le mouvement de ce livre. Ce livre situe la pensée de Lefebvre par rapport aux pensées de Bloch. comme la résolution de questions parcellaires qui.

Dans ce contexte. Globalement. voir aussi la Ernst-Bloch-Assoziazion (page web : www. Le fait que Romain se mette au tango. ma préface pour L’existentialisme me demande du temps… Le weekend est le moment le plus adapté pour moi pour me lancer dans un travail solide. L’organisation du colloque Lefebvre a beaucoup avancé hier. 72076 Tübingen (c'est sous sa direction que j'ai écrit ma thèse sur Lefebvre (il n'a pas de e-mail). Paul-Löffler-Weg 7. mais presque terminée. je dois faire cela bientôt. Wolf Dietrich Schmied-Kowarzik. Correl Wex (il a écrit sur Lefebvre et l'état). Les tensions entre moi et Georges. avec le même sérieux que le tennis me fait certainement quelque chose au plus profond de moi. je vais être entièrement noyé. il y avait des conférences sur Lefebvre : l'organisatrice s'appelle Doris Zeilinger. Ce dossier doit permettre de penser tous les problèmes actuels de l’AI. Actuellement il me faut terminer d’urgence mon texte sur Mayotte pour Gaby : elle a besoin d’un délai pour traduire . car les épreuves vont arriver. c’est le plus urgent. qui a organisé un colloque sur l'état. Un texte de trente pages suppose une vue d’ensemble. (qui est le plus intéressé en ce qui concerne le marxisme non-dogmatique en Allemagne en ce moment) . informer aussi : Helmut Fahrenbach.net). et cela est très important. lors d’une discussion matinale avec Lucette. Il me répond : “Cher Remi.. Lefebvre et Ernst Bloch. Nous avons tellement d’avance sur les autres. Le fait que Christian Dubar passe la soirée d’hier à la maison me fait me demander : ne faudrait-il pas faire un come-back en danse en 2003 ? Il faudrait reprendre des initiatives sur ce terrain aussi. Comment faire pour avoir du temps devant soi. J’invite de nombreuses personnes à s’y associer. qui était en réserve. As-tu les coordonnées d'autres Allemands susceptibles d'être intéressés (Heinz Sünker. j’envoie un rapport du travail de la journée à Armand Ajzenberg : 78 . Christian Schmidt. J’écris à Ulrich : “Cher ami.. merci de te joindre à notre comité. a permis à Christine de la relire et de la commenter. prof à Kassel.J’ai relu le dossier du conflit de 1980 (chercheurs et praticiens) : très dur. René Lourau. c’est énorme ! En même temps. tout en tenant mon cap ? vraie question ! Il y a aussi le chantier “interventions” que je n’aurais pas dû accepter pour l’académie de Créteil : huit jours. Ulrich ” Le soir. Eberhard Braun. lorsque les épreuves de tel ou tel livre vont arriver. par exemple) ? Merci”. sont celles que vivent maintenant les étudiants avec moi . Comment bien vivre avec Romain. Si je ne parviens pas à conclure certains chantiers. J’ai rêvé que Charlotte acceptait de signer avec moi Les trois temps de la valse. Puisqu'il y a beaucoup de points communs entre H. Salut. voilà des adresses d'autres Allemands : Heinz Sünker. un Suisse qui est en train de préparer un "doctorat" sur Lefebvre . et le week-end prochain va être bouffé par les Verts : c’est la réunion de la commission Éducation. Pour Lefebvre. alors que je n’avais besoin que de trois heures pour la conclure définitivement ? La version provisoire. être calme et garder une vue globale d’un chantier ? Ai-je eu raison d’interrompre ma troisième partie du Sens de l’histoire. de longue durée. Voilà tout pour le moment. prof de philo à Tübingen (il a fait une conférence sur Lefebvre). mais il y a aussi le texte pour Christine. Je travaille à un élargissement du comité d’organisation du colloque Lefebvre. Jeudi 1er février 2001. récolte une partie de la mise.ernst-bloch. je suis assez lucide sur ce qu’il faut faire et je le fais. c’est l’occasion de former Véro à la réalité du terrain.

Remi Hess. Henri Lefebvre ist im Juni 1901 geboren. Corrigé de ma lettre par Gaby : “Liebe Leser von Henri Lefebvre in Deutschland.fr Vendredi 1 février 2001. Nicole Beaurain. Elisabeth Lebas (Grande-Bretagne). ” Colloque " Centenaire d’Henri Lefebvre " Université de Paris 8. Arnaud Spire. son œuvre bénéficie aujourd’hui d’un regain d’intérêt autant aux États-Unis qu’en France. P. traduit en trente langues. à la lutte pour un monde plus humain et à l’ouverture. accepte de présider cette rencontre. Robert Joly. Clémentine Dujon. M. j’ai distribué l’annonce du colloque à mes étudiants. Anne Querrien. Jeudi 28 juin : Lefebvre pédagogue (le matin : son art de l’enseignement. Daniel Bensaïd. Georges Labica. J’envoie à Gaby le mail suivant : “Chère Gaby. arrive l’acceptation d’Arnaud Spire . sondern eher kurze Beiträge zu unterschiedlichen Themen. J. Ulrich Müller-Schöll hat mir 6 Adressen von Lefebvresdeutschenautoren gegeben. Zu Ehren seines 100. Geburtstags werden wir vom 26. il a pensé de nouveaux objets. Ahmed Lamihi (Maroc). après midi : être sujet des processus de mondialisation. David Benichou. D. Le président de l’université de Paris 8.“Cher Armand. comme je l’avais fait la veille auprès des membres du conseil d’UFR : le colloque Lefebvre est sur orbite. Dan Bechmann. Sylvain Sangla. Bist Du einverstranden in unsere Komite zu sein ? Remi. penseur du quotidien et du mondial (matin : la critique de la vie quotidienne aujourd’hui . qui me donne les adresses de 6 Allemands branchés sur Lefebvre. wenn möglichst viele deutschsprachige leser von Lefebvre zu der Tagung kommen könnten. Das Treffen wird eher informellen Charakter haben. qui viendront témoigner). und wir würden uns gerade deshalb auch sehr freuen. ZENG Zhisheng (Chine). Jean-Pierre Lefebvre. Laurent Devisme. Christine Delory-Momberger. Sa pensée nous invite à l’invention. Patrice Ville. vivants. Refus de Th. Paquot. Dazu möchten wir Sie herzlich einladen. mais est trop chargé. Ulrich Müller-Schöll (Berlin). Zahlreiche Werke von Lefebvre sind ins Deutsche übersetzt. qui viendra. En témoignent le nombre impressionnant de rééditions de ses livres depuis deux ans. Je les contacte. Juni 2001 eine kleine Tagung an der Universität Paris 8 (Saint-Denis) veranstalten. Makan Rafatdjou. Bensaïd. Mercredi 27 juin : Lefebvre métaphilosophe (matin : son travail pour dépasser la philosophie après-midi : théorie des moments et méthode régressive-progressive). Lucette Colin. peu nombreux du fait de la grève. L. A. Kurt Meyer (Suisse). à la fac. Guigou. Kann Ich dieser klein Texte Schicken ? Kannst Du meine Fehler korigieren ? Danke. Mardi 26 juin : Lefebvre. Maïté Clavel. Très long mail de Müller-Schöll. s'il te plait ? Réponses favorables d'Ahmed Lamihi.la ville . Christian Schmid (Suisse). Wichtig erscheint uns vor allem der interindividuelle Austausch. du local . de l’explication et de l’explicitation. Ville. Benyounes Bellagnech. Bechman. Henri Lefebvre est décédé en juin 1991. Comité scientifique et d’organisation en cours de constitution : Armand Ajzenberg. Alain Coulon. Renaud Fabre. D.” Ensuite. Auteur de 68 livres.au global). etc. de la pédagogie. Authier ne peut pas venir. et d’autres chercheurs. bis 28. Peux-tu me la donner. Lucien Bonnafé. Pierre Lantz. Jacques Guigou. 79 . du mardi 26 juin au jeudi 28 juin 2001. Bonnafé. l’après-midi : s’inscrire dans le prolongement de l’œuvre d’Henri : l’œuvre de René Lourau (1933-2000). son travail de vulgarisation . Pour tout contact : Remi HESS remihess@noos. Es sind keine langen Vortäge geplant. Marxiste ayant refusé le dogmatisme. Coulon. Né le 16 juin 1901. j'ai dû faire une faute en recopiant l'adresse électronique d'Élisabeth Lucas.

Samedi 3 février 2001. Aujourd’hui. mais des moments d’échanges. Les rencontres elles-mêmes ne seront pas des moments d’exposé. Lucette pense que je devrais faire ce livre avant le Lourau. Cohn-Bendit. génial : j’ai passé la page 200. il me faut expliquer comment on va travailler . Je vais travailler toute la journée à Montreuil. würden wir uns sehr freuen und möchten Sie bitten. je n’ai pas trop réagi . j’ai reçu un appel d’Armand Ajzenberg. Il me faut faire la même chose en anglais. “ Si on l’invitait. Remi Hess”. puis gestion du courrier. mais pour moi. Le Lourau est une exploration concrète de la méthode régressive progressive : il est nécessaire 80 . pareil pour Jean Baudrillard et quelques autres. Il faut faire traduire un texte de présentation générale. Lucette me fait prendre conscience de la nécessité de sortir d’urgence ma Théorie des moments. Je n’ai pas encore noté qu’Alain Guillerm et Jean-Marie Vincent ont accepté d’entrer dans le comité scientifique. Depuis le temps que j’en parle. H. ce n’est pas dit. il est clair que nous buttons là sur un clivage concernant ouverture et fermeture. Sur le plan des autres éléments de ma transversalité. Sünker. ne serait pas capable de ne pas être la vedette de la rencontre. ceux qui veulent faire une communication doivent passer leur texte sur le forum de discussion. Ma priorité quotidienne reste actuellement la mise en place du comité scientifique du colloque H. Sylvia Ostrowetsky. ce n’est pas possible. lecture à 7 heures. Michel Trebitsch. pour permettre tous les échanges possibles. Victoria Man. proposés par Nicole. Ce matin. Lipietz. J’avais la tête ailleurs. Gaby m’a fait deux brouillons de lettres. Lundi 5 février 2001. Wulf).Lefebvre : nombre de personnalités sont heureuses de donner leur nom (hier : A.” Dimanche 4 février. dans ce colloque pour les Althussériens .Falls Sie Interesse an unserem Treffen hätten. François Dosse. Je m’aperçois que depuis quelques temps. je voudrais faire le point sur ma transversalité. Ce matin. que j'informe du travail accompli par Nicole Beaurain : il a fait la moue par rapport à certains noms. Müller-Schöll sur Lefebvre . mais. italien… Je passe la journée à la Commission éducation. Hier soir. Mercredi 7 février 2001. Alain Bihr. Lever à 5 h 30. J’envoie l’annonce du colloque Lefebvre à ma liste allemande. Establet ? Pas de place. Gérard Althabe. lecture de U. Mit besten Grüßen. Les trois jours que j’ai prévus pour cette rencontre ne seront pas de trop. alors que j’avançais La mort d’un maître. j’ai été suspendu dans mon travail par une affaire de Sans Papiers (intervention des CRS à la chapelle Saint-Bernard où s’étaient regroupés 200 Sans Papiers). Dans le texte de présentation du colloque. C. selon lui. espagnol. je suis absorbé par l’organisation du comité scientifique du colloque Lefebvre. Lefebvre n’ait pas dégagé ce sujet. Je téléphone à la liste d’adresses envoyées par Nicole Beaurain. sur des communications déjà connues : pour le moment. uns in den nächsten Wochen eine kurze Antwort zukommen zu lassen. échanges téléphoniques avec Madeleine Grawitz. Eugène Enriquez. elle s’étonne que personne n’ait encore pris ma place sur cette question : il est étonnant que le grand nombre d’ouvrages sur H. a dit Armand. je n’ai pas écrit . Le soir.

en message mail. Christoph Wulf m’a confirmé sa commande d’un livre sur Le mouvement institutionnaliste (avec Gaby Weigand). je parle de Métaphilosophie : j’en vends 5 exemplaires (Philippe Lenice. L’institution sur le divan.d’explorer cette méthode concrètement. avant d’écrire un livre théorique dessus. mais quand les trouver ? Cette semaine. auparavant je dois sortir La mort d’un maître. -Un autre chantier urgent : le texte sur Mayotte que Christoph attend avec impatience. je dois être capable de sortir mes deux livres théoriques : La théorie des moments et La méthode régressive-progressive. encore. L’intervention actuelle auprès des AS de l’académie de Créteil. Si je ne m’oblige pas à faire ces choses vite. Ce matin. je risque de perdre pied. au séminaire. Ce livre doit se composer de trois textes : La socianalyse (réécrit). son frère et deux étudiants inconnus). de même je dois expérimenter la méthode régressive progressive. avant d’écrire la théorie des moments. Bonheur d’avoir un tel interlocuteur ! Sur l’éducation. pour reprendre un certain nombre de textes déjà écrits. Véronique sera d’une aide précieuse. Je dois le terminer en corrigeant en même temps les épreuves de la transcription de ma conférence de Toulouse. dans lequel je me trouve actuellement. deux nouvelles demandes de texte : une émanant d’une revue allemande : 15 000 signes sur l’anthropologie de la danse . Au cours de l’intervention faite avec Véro à Montreuil. De même que j’ai pas mal travaillé sur la notion de moment. Kolle. Vendredi 9 février 2001. important sur le plan politique. je suis pour sortir un texte dans Le Monde sur les IUFM. pour pouvoir écrire dessus ensuite. lorsque Jack Lang sortira ses mesures pour la formation des enseignants. une autre idée : un livre qui s’intitule Le moment socianalytique (Le temps des médiateurs 2). d’une institution. pour cette année du centenaire. Benyounès. 9 heures Hier. et quitter l’état de grâce. Courrier encourageant reçu hier de Gérard Chalut-Natal . d’une organisation. aussi pour le texte allemand. un texte pour le groupe de recherche “art et cognitique”. j’ai écrit le compte rendu de la réunion des Verts de samedi dimanche sur l’éducation : un petit texte. Or. Il développe sur quatre pages les points d’accord avec ma théorie des moments : ces échanges sont une vraie recherche scientifique. Hier. mais. un texte précieux. Ce travail ne me demanderait que trois heures de concentration. il peut reprendre ce que je vais trouver dans mon enquête sur René Lourau. que je devais absolument rendre rapidement. que Philippe Lenice a fait décrypter. en phase avec mon texte de conclusion de La Sens de l’histoire (60 pages). Sur la danse. La notion de moment socianalytique est présente dans Centre et périphérie : monter comment ce moment survient dans la vie d’un groupe. Ce chantier d’écriture est ralenti par des tâches urgentes quotidiennes qu’il me faut tout de même assurer : -ce matin. la demande vient d’une ancienne étudiante. je lis le journal de Benyounès dans lequel je veux recopier un passage (daté du 6 février 2001) : 81 . Ce livre ne sera écrit que durant l’été : il n’est pas urgent .

lors de la lutte contre les invalideurs et les scientistes de l’institution universitaire : l'institutionnaliste est principalement critique vis-à-vis des institutions. comme mauvais élève. je suis d’accord avec lui. aucune allusion à H. Gilles Monceau entreprend une manœuvre anti-institutionnaliste. Vendredi soir. Patrice explique que le fait de ne pas consulter Remi. j’avance à grands pas le livre de Müller. elle fait une photo d’un livre introuvable de H. Patrice dit qu’il reçoit beaucoup d’e-mails en ce moment. et je n’ai fait qu’une demi-heure de pause à midi : Véro met à jour les bibliographies de Lefebvre. Charlotte. nous montons au quatrième étage salle 428. Aujourd’hui. Quel boulot que de lire ce livre en allemand ! J’en suis aux rapports avec Sartre. Pour moi. aujourd’hui. J’ai l’impression qu’il n’est pas dans le coup. et donne à lire ce qu’il écrit. je me sentais aussi à l’aise dans l’un que dans l’autre. et ce n’est pas l’esprit de l’AI. ce mardi. Cette lecture me conduit à relire mon livre sur Lefebvre. Elle relit et corrige le journal de Georges. nous lui avons demandé de nous raconter ce qui s’est passé. Mostafa a assisté à la rencontre du 11 janvier en hommage à René Lourau. un jour. il juge la situation très critique. J’avance dans l’éclairage des choses. avec un très beau passage sur Sartre que je ne connaissais pas. elle frappe mon journal de mercredi. J’étais assis à côté de Raymond Fontvieille. 9 heures. avant même que ce ne soit publié. et le fait de donner ses derniers livres à Remi. ma fille. nous parlons beaucoup de la situation actuelle de l’AI. En voulant institutionnaliser le labo. En 1999. Mais j’ai eu assez de force hier pour écrire une lettre de huit pages (ironiques) pour défendre Patrice qui était encore davantage attaqué que moi. en me disant que je ne me reconnaissais pas dans ce groupe. J’ai quitté cette réunion. Celle-ci a beaucoup avancé aujourd’hui (dans ma tête). Sartre : Müller dit que leurs relations sont difficiles à expliquer. Samedi. je faisais le va et vient entre le séminaire de René. journée intense de travail. après la mort de René. Ainsi il est en train d’introduire quelque chose de nouveau à l’université : le maître se donne à lire à chaud. d’après Patrice. tout en terminant le livre de Müller-Schöll : agréable de suivre l’analyse comparative de 82 .” 19 h. est une grave erreur de la part de Gilles Monceau et d’Antoine Savoye. sur le devenir du labo et du courant de l’AI. J’ai lu l’article de Michel Trebitsch sur la correspondance d’Henri avec Norbert Guterman. je redis cela et je le confirme dans ce séminaire. n’a jamais contesté cette évidence. C’est ce que j’ai compris lors de la dernière réunion à laquelle j’ai assisté en juin 2000. Avec Remi. Il m’est arrivé de parler à l’un ou à l’autre de leurs séminaires respectifs. pas trop. dans les échanges entre les acteurs de l’université et de la recherche. car Remi écrit beaucoup. le lien s’est renforcé et la confiance s’est installée une fois pour toute. Lefebvre : c’est une erreur de ne pas citer L’existentialisme. même s’il connaît l’AI depuis 10 ans. Sartre n’a pas pu ne pas être marqué par ce livre. et je n’ai pas senti de distance entre eux. Je regardais d’un œil. Le livre de G. Je retiens une chose de tout ce qu’il a dit : Remi a pris des notes lors de cette rencontre d’hommage. De mon côté. et celui de Remi. et l’écriture prend une grande place. encore. C’est pour moi le plus important. En effet René. Nuit très courte encore de samedi à dimanche. Aujourd’hui. Lukacz n’arrive qu’après… Lundi 12 février 2001. Je me suis replongé dans Nizan. est venue préparer une chorégraphie chez nous. Il me faut le reprendre dans ma préface pour L’existentialisme. Lapassade et Lourau . J’ai passé une nuit blanche.“Après le café. 30. J’ai commencé à 4 heures. dans le Dictionnaire des philosophes. j’ai dit à René que je considère Remi comme faisant partie du courant de l’AI. Je suis tout à fait d’accord avec lui . important : je ne savais plus que j’avais noté tant de choses. j’ai lu une lettre circulaire du directeur de ma formation doctorale qui me labellisait. pour les publier ne peut être qu’une consécration et une reconnaissance d’un long parcours commun d’une trentaine d’années. Dans l’article Sartre de Michel Contat. que veut lire Kurt Meyer : il faut que je lui demande son adresse pour lui expédier. j’étais un véritable zombie. L.

Bien qu’elle soit débutante. je prends beaucoup de plaisir à danser avec elle… 83 . en fonction de la relecture de la seconde partie. pour avancer un texte. Lefebvre sans discontinuer . avec Jean-Pierre Garnier. depuis Strasbourg jusqu’à la fin. j’ai essayé d’avancer dans la préface. Lourau avec H. Pourquoi ne suis-je pas parvenu à écrire ce journal alors que je travaille beaucoup sur Henri en ce moment ? Il y a eu l’affaire de Paris 8 (volonté de Dany Dufour d’organiser le chaos dans la formation doctorale) qui a pesé sur la qualité de ma présence à moi-même : cependant. passer des vacances. et le Sens de l’histoire avance à grands pas : Christine a fini de sortir l’ensemble des 18 chapitres de la seconde partie. je me suis retapé La somme et le reste. Christine est venue déjeuner. Romain n’a rien mangé. On a parlé d’H. Elle a coordonné le n° d’Espace et société sur H. il y a dix jours… Nous avons dansé 10 heures ensemble et c’est une expérience nouvelle pour moi que d’avoir une partenaire attitrée. Je n’irai chercher Romain que demain. Cela suppose de relire pas mal de choses… Christine m’a apporté des chapitres du Sens de l’histoire à relire… Et comme Véro manque de travail pour la semaine qui vient. Le dernier week-end. sur une expérience de tango que je vis avec une Allemande débarquée à Paris. Cela fait longtemps que je n’ai pas écrit mon journal. Ensuite. Cela vient du fait que depuis que j’ai reçu ma préface à l’Existentialisme. et je tente de boucler la préface… Paris le 28 février 2001. Je ne connais pas ce numéro de revue . Véro était venue. Je crois que je vais alors prendre quelques jours de congé pour me refaire une santé. J’ai donc interrompu l’écriture de ma préface. Deux ou trois choses urgentes sont venues le recouvrir. Lefebvre est passé au second plan. entrepris la semaine passée à Sainte Gemme. elle a été pratiquement chaque année à Navarrenx chez Lefebvre. Lefebvre. À midi. je vais tenter de m’y mettre aujourd’hui. je lui montre ce qu’elle a à faire dans les 4 jours qui viennent. pour voir ce qu’elle pourrait faire sur ce terrain. à relire ce bouquin dont je dois revoir et réécrire la troisième partie. tout en disant qu’elle veut m’aider. ainsi que le passage sur la transduction). celle-ci apparaît plus compliquée à écrire que je ne me l’imaginais. dès que Véro arrive. tout en regardant Charlotte pratiquer. en essayant de dégager les passages que je veux reprendre dans La théorie des moments. Normalement. C’était la Saint Romain. Ce travail m’a pris jusqu’à mercredi. J’ai relu le volume 2 de La critique de la vie quotidienne (dernier chapitre. quand il dormira… Aujourd’hui.la notion de praxis chez Sartre et Lefebvre. elle va me l’envoyer. Mardi dernier (14/02). elle a vraiment bien connu Henri. Lundi et mardi. Gérard viendra le conduire à Sainte-Gemme. mais. Je me contenterai de lire et d’écrire ce journal. le chantier H. J’ai dû m’occuper de Romain quatre jours. venue apporter son manuscrit sur La sociologie de l’urbain. Lefebvre) et 1975. j’ai passé sept heures avec Maïté Clavel. 6 heures. Entre 1962 (elle a assisté à la première rencontre de R. il m’a fallu relire ma Théorie des moments. Lundi 19 février 2001. se “réaliser” (Verwichlichung) ! Monique Coornaert m’a téléphoné longuement : elle ne veut pas faire partie du comité du colloque Lefebvre. je suis parvenu à me mettre à la correction des épreuves de L’existentialisme. mais j’ai envie d’en commander un autre exemplaire aujourd’hui. j’ai passé deux fois douze heures.

ce chantier s’est terminé par la couverture : j’ai fait un beau dessin. Je travaille à la préparation du colloque. le récit d’une aventure. le temps manquait. envoyé aux inscrits du colloque de novembre. et Véro me seconde merveilleusement. D’où le recours à la pensée d’Henri Lefebvre. Jean nous a offert le champagne. description de cette réalité. Jean a accepté que je fasse passer le Sens de l’histoire de 260 à 320 pages. Véro m’a accompagné hier chez Anthropos : cela lui a permis de découvrir la maison. De plus. 9 heures. Coup de fil de Sylvain Sangla. Je pense que cela crée un nouveau style pour la collection “anthropologie” qui existe maintenant (un contrat m’a été fait par Jean). il accepte 8 pages de photos. De plus. J’ai terminé L’existentialisme . Métailié. Chez Anthropos. plus philosophique que le précédent. Long moment sans tenir mon journal “Lefebvre” : je suis mobilisé par d’autres textes : relecture des épreuves du Moment de la création. et surtout avancée du Printemps du tango. Cela fait très longtemps que l’on ne s’est pas vu. Anne-Marie a accepté un ouvrage Penser le mondial : Henri Lefebvre. son tirage a été limité à 200 exemplaires.Hajo Schimdt m’a envoyé son livre sur Henri Lefebvre (1990). Mais sur quoi ? L’idée de lui donner La théorie des moments n’est pas bonne. Je suis dans le métro. Il sera sorti le 15 septembre et en librairie le 4 octobre. pour mon anniversaire ! *** Je sors de chez Anne-Marie. hier. Il aura 160 pages (320 000 signes). Avec Christine. Ce sera vraiment un beau livre. On a fait les services de presse de Du rural à l’urbain et de Centre et périphérie. L’échange a été bref. des contradictions du mondial. Je dois le rendre le 12 juin. Cette brochure a été distribuée dans l’université. Je vais chez A. Jeudi 1er mars. je pense la distribuer largement aux étudiants de Paris 8. pour que nous puissions nous dire tout ce qu’il restait à faire. Enquête sur le mondial chez Lefebvre. où je tente d’explorer le moment du renouveau et le renouveau des moments. et en même temps difficultés de le penser. 26-28 juin. mais productif. Mercredi 4 avril. Mais pour le moment. J’en attends 600 supplémentaires. 84 . Nous étions donc deux. Nous avons fait une brochure de 12 pages contenant une bibliographie complète de Lefebvre. Cette solution a un triple avantage : un nouveau livre d’introduction à la pensée de Henri. Il faut que je décroche un contrat. Plan : La mondialisation aujourd’hui. il plaît à tous ceux qui l’ont vu. mais aussi plus branché sur l’actuel.M. Mais on a commencé à regarder les photos ramenées de Sainte Gemme. que je vais commencer à lire très bientôt. Il faut trouver un autre thème. Je ne puis pas dire que j’oublie Henri. Armand… Ils ont reçu les services de presse de Du rural à l’urbain et sont heureux de ma préface. J’avais oublié de prévenir Pascal. J’ai déjà un contrat chez Anthropos.

Je viens de lire l’article d’Arnaud Spire. philosophe. Sylvain Sangla). Une moyenne de cent cinquante sièges occupés en permanence. Dix ans après sa mort. du local . H. d'un "moment de l'homme total en devenir". Sylvia Ostrowetsky déplora que la Critique de la vie quotidienne ne consacre pas une ligne au partage des rôles entre femmes et hommes. subjugués qu'ils étaient par la mise à jour d'un trésor enfoui sous l'œuvre. Il savait les écouter. Beaucoup de simples lecteurs ont été surpris par la verdeur et l'actualité du propos. Tant est vert l'arbre de la vie et aussi celui de la théorie lorsqu'elle l'épouse. Hess. R. de nouvelles lectures. On évoqua l'urbanisme. et la proximité du global. consacrée à "la critique de la vie quotidienne aujourd'hui". Beaucoup de personnalités illustres se sont enorgueillies de l'avoir fréquenté de son vivant. Georges Labica insista sur le fait qu'Henri Lefebvre. et de quelques autres gentils organisateurs. mit en évidence l'idée d'une "critique préalable" quasi systématique tout à fait primordiale pour Henri Lefebvre. auteur d'une récente Microsociologie de la vie scolaire : comment crédibiliser un discours sur l'autogestion. Sans doute davantage pour le continuer que pour le célébrer. l'œuvre et la pensée d'Henri Lefebvre dans la compréhension du moment actuel.au global". Certains venus d'Italie. Saluons à cet égard l'émancipante directivité de Remi Hess. rendant compte du colloque "Centenaire d’Henri Lefebvre" et publié dans L’Humanité du lundi 9 juillet 2001. Anne Querrien montra comment la conception lefebvrienne du monde est marquée par l'irruption de la violence dans 85 . La partie électronique du colloque avait commencé dans le sillage de la rencontre "Henri Lefebvre" qui a eu lieu en novembre 2000 dans les locaux d'Espaces Marx.la ville . pour le philosophe. Privilège de l'âge et signe des temps. Mieux. Soixante-huit livres traduits en trente langues. du Maroc. se sont tenus trois jours de colloque à l'Université Paris VIII (Saint-Denis). dépassait l'opposition entre les spécialistes qui se méfient de la critique philosophique et le sens commun qui rejette volontiers les généralités abstraites. d'Armand Ajzenberg. Beaucoup de jeunes étudiants ont suivi assidûment les travaux. De nombreuses communications venues des quatre coins du monde. le devenir-monde du local. Un vrai dialogue. Beaucoup de traces. fut introduite par Georges Lapassade.Colloque H. Un long débat s'en suivit sur la question de l'aliénation. une initiative en forme de manifestation ! De nombreux participants sont sortis spontanément de leur réserve. Lefebvre à Paris 8. le retour Il aurait eu cent ans en juin. Je le recopie : “ Henri Lefebvre. Maïté Clavel. La première matinée. Je n’ai pas le temps d’écrire. comme le maître les affectionnait. sur le mode de la conversation informée. Un succès qui semble avoir été au-delà des prévisions des organisateurs. Robert Joly objecta qu'aujourd'hui la généralisation avait été portée à un point de paroxysme par la publicité et les médias. Henri Lefebvre savait faire parler ses interlocuteurs. Tu es en train d’en faire un classique. via le quotidien. d'Allemagne. Christoph Wulf. mais à le dépasser afin d'intégrer la vie. Lefebvre était un grand auteur. Une seule remarque de Christoph Wulf : -Remi. des États-Unis. de Grande-Bretagne. du Brésil. Remi Hess soutint qu'il s'agissait. L’école émancipée sort un dossier de 8 belles pages (articles de Philippe Geneste. de l'université de Berlin. La partie orale du colloque s'est située au-delà. paradoxalement destiné à des autogestionnaires ! L'après-midi fut occupée à savoir qui peut "être le sujet des processus de mondialisation. 9 juillet. En somme. des témoignages. etc. des réflexions. Point d'interventions interminables et rédigées à l'avance. Cette rencontre ne consistait pas à ressasser le passé.

moins connu que les deux précédents : le penseur du quotidien. Le concept de quotidienneté renvoie au concept de résidu qui est une véritable transgression de la tradition philosophique. s'est loué de la volonté constante d'Henri Lefebvre de faire sortir l'opinion française de son incompréhension vis-à-vis de la dialectique. vécu comme une aspiration. de loin. Ce que la philosophie n'avait jamais pensé avant Lefebvre. c'est le quotidien. pose la question de la mobilité. des effets apologétiques du dépassement (Aufhebung). Un autre participant a même affirmé qu'Henri Lefebvre avait horreur du "tout fait" et qu'il préférait. n'a pas hésité à présenter Henri Lefebvre comme fondateur de la pédagogie nouvelle. René Schérer. Le maître préférait "penser à chaud" en public plutôt que d'enseigner la pensée de façon méthodologique. Armand Ajzenberg. Après avoir insisté sur le moment de la praxis . Un participant ayant souligné la façon dont Lefebvre a été attaché toute sa vie à la dialectique d'Hegel et à ses préliminaires chez Héraclite. il s'agit de le transformer". et d'un point de vue philosophique "sa" discipline. Syllepse a réédité La conscience mystifiée. Le devenir-monde.de Qu'est-ce que penser ?. le marxisme à sa base économique. Georges Labica fit remarquer que la mondialité chez Lefebvre n'est pas le processus de mondialisation mais une conscience historique commune marquée par l'optimisme. Un échange sur l'absence de rencontre entre Henri Lefebvre et Althusser a eu lieu dans la plus grande sérénité. auto . Métaphilosophie (2001). qui vient de publier une Ecosophie de Charles Fourier. écrit en collaboration avec Norbert Guterman (1999). et celle de la quotidienneté. s'ouvrit par un exposé de Georges Labica sur la manière dont la onzième thèse de Marx sur Feuerbach a travaillé l'itinéraire de Lefebvre : "Les philosophes n'ont fait qu'interpréter diversement le monde. a dit Pierre Lantz. a remarqué qu'il prenait autant de plaisir à écouter qu'à parler. qui a personnellement connu Lefebvre dans le cadre du groupe de Navarrenx.la vie quotidienne. L'attaque d'Althusser contre le concept d'aliénation a contribué à limiter. de l'urbain. a insisté sur le fait que son lien avec Henri Lefebvre devait tout autant à son apport créateur sur la pensée de Marx qu'à celle de Charles Fourier.du "grand écart". professeur en sciences de l'éducation. La troisième journée a permis de tracer le portrait d'un "Henri Lefebvre pédagogue". Ulrich Müller-Schöll et d'autres ont évoqué la polysémie du préfixe "meta" qui signifie à la fois "après". Remi Hess a mis l'accent sur "Henri Lefebvre anthropologue" qui a construit avec ténacité. Pascal Diard. Christoph Wulf y a rajouté la question du possible : il s'agit de savoir si le futur est ouvert ou prédéterminé par le passé. après que Georges Labica ait situé l'éventuelle résurrection de la philosophie dans le domaine de l'utopie. Cette maison 86 . que cette dernière soit choisie ou imposée. celle de la relation entre l'espace et le temps. avec patience historique. chez Lefebvre. consacrée à la métaphilosophie. fait profiter de sa connaissance quasi encyclopédique de l'œuvre en renvoyant aux petits préfixes . de pair avec la construction d'une nouvelle unité philosophique (la métaphilosophie). La seconde journée. Encadré : Rééditions en cours. Puis. cette fois-ci encore. avec un regard en positif. Makan Rafatdjou mit en avant la notion d' "urbain-monde" qui concerne la quasi totalité de la population de la planète. elle fut remplie par différentes réponses à l'interrogation : "qu'est-ce qu'être lefebvrien aujourd'hui ?".c'est-à-dire de la pratique investissant la théorie -. En France. même si cet épithète relève un peu . faisant de l'enseignant un artisan "débrouillard".dans ce cas . La discussion s'étendit ensuite à l'articulation du concept lefebvrien d'espace avec celui de temps. dans les années 60-70. enseignant en histoire. laissant la place à l'imprévu. Remi Hess. "théorie qui réfléchit sur sa propre validité". Trois questions ouvertes ont finalement été retenues : celle de la critique. de Marx ou d'Henri Lefebvre. et enfin le moment de la poièsis qui contredit le précédent en lui substituant une franche innovation. a expliqué comment lui-même fondait sa pédagogie de projet sur le dépassement de toute pédagogie. "au-delà". Remi Hess a. et le philosophe.. Georges Labica montre comment l'éclatement de la philosophie va.meta. À suivre. qu'il s'agisse de Hegel. Méfionsnous. Quant à l'après-midi. le moment de la mimesis où l'imitation l'emporte sur la créativité.. le "se faisant". para.

J’ai très vite décidé d’écrire un livre sur ce qui se passe.La lutte à mort peut-elle être dépassée ? 1914. Marx et la lutte des classes. en 2001. j’ai été opéré du ménisque le 29 août. Conclusion. 1945. Pendant tout ce temps. aux origines : L’humiliation de Goethe. 11 septembre 2001. le 11 juillet : j’ai passé sept semaines allongé . nous avons regardé les mêmes images). puis j’ai suivi une rééducation. Véro me seconde magnifiquement. En 2000.. par hasard. et les éditions Anthropos ont sorti la quatrième édition de la Production de l'espace. Cairn a réédité Pyrénées avec une préface du défunt René Lourau. L’avenir : vers un nouveau travail interculturel.. sans aucune autre possibilité que d’être là stupéfaits. on avait oublié l’histoire et la lutte à mort : l’histoire revient. 1914. La fin de l'histoire et La survie du capitalisme. événement analyseur.Philosophie de l’histoire et histoire de la philosophie politique Depuis Héraclite. on est contre : mais se passe-t-il quelque chose d’important à Seattle. André Vachet… Ahmed Lamihi appelle de Tétouan. Le 19 septembre. la lutte à mort chez Hegel. Pour lui proposer de lui rendre le livre fin septembre. Nous avons mis la télé. penser le mondial. rencontre d’étudiants : Nathalie Amice. Lucia Ozorio. On en parle tous les jours. et se conçoit comme pensée du monde . Introduire le moment du sublime chez Kant complété par l’introduction de Déotte et Brossat (lus. puis moment de l’analyse. elles sortent Du rural à l'urbain (3e édition). ma problématique : depuis la chute du mur de Berlin. qu’en reste-t-il ? (reprendre ici les pages sur l’histoire de la philo dans Métaphilosophie). Gène. Moment de la sidération (3 heures durant. cette nuit. la seconde édition d'Espace et politique . Depuis mardi. Lourau au niveau de l’AI et de L’État inconscient… III). J’ouvre. De l’état de H. ce journal. penser le mondial La mondialisation est à l’ordre du jour. La lutte à mort. puis j’ai entendu dans la cuisine Lucette dire qu’il se passait quelque chose à New York (elle rentrait de la fac). je lis la presse mondiale. L’ofaj. Exposé descriptif des faits et les commentaires à travers la presse .prépare la réédition du Nietzsche. symbole de l’incendie de la Cathédrale de Reims : le franco-allemand comme lutte à mort . j’ai terminé et envoyé mon introduction à Contribution à l’esthétique. qui s’impose comme un moment historique dans l’histoire de la mondialisation. Elle est d’accord pour La lutte à mort. puis Rabelais. La construction européenne. Première guerre mondiale.. Parallèlement. et R. Lundi 8 octobre 2001. le mondial se pensait comme spatial . 1962. la philosophie se construit comme logos. 16 h. Le 11 septembre. On est pour. Virginie Vigne. moment de la compassion (volonté de dire à notre voisin américain notre amitié). ” Vendredi 14 septembre. suite à un appel de Charlotte du Brésil). etc ? I). Je construis mon plan. Organisation d’un réseau d’informations (qui sollicite mes amis. L'existentialisme (2e édition). interrompu au moment de mon “accident”. II). mes étudiants)… Contact avec Anne-Marie Métailié.L’éclatement de l’institué symbolique New-York. Une analyse institutionnelle généralisée au niveau mondial se développe. Lefebvre et la construction de la problématique mondiale. mais je n’ai pas 87 . je n’ai pratiquement pas écrit de journal. puis de Herder et Fichte à 1870.

j’ai rêvé. Je retrouve une version manuscrite de La rythmanalyse. donnée par Henri en 1989 : idée de le faire saisir par Véronique qui travaille merveilleusement pour moi 144 . Gabel.arrêté de lire : Hegel. J’en ai quatre remplies de livres . Méthodologie des sciences est partie en fabrication. Fin juillet. Ce bilan. Mardi 9 octobre. que je termine le 11 septembre. dont je fais la présentation avec Christine DeloryMomberger. car j’ai eu la même demande au Brésil et en Iran (Monadi) : j’ai passé la journée sur ce dossier. j’avais récupéré le vol. tout en écrivant sur R. avec Georges Labica. Guigou qui n’arrive pas. mais compte tenu du volume : 1700 pages. Aujourd’hui. car René Barbier m’a frappé sur la jambe (sans le faire exprès) et mon genou a regonflé. une sorte de gare routière. montre que beaucoup de choses avancent. Je me réveille tôt. j’ai l’idée de relire De l’état . Je fais l'index minutieux du volume 3 : tout le passage sur le principe d’équivalence. pour servir à d’introduction à des morceaux choisis. Il y a des centaines de bagages. La survie du capitalisme est bloquée par la préface de J. Lourau. Lefebvre. Lourau. Syllepse voudrait s’associer à cette réédition). J'y découvre l’importance de la présence de R. mille choses : cet été. Lukacs. juste avant l’attaque des tours du Word Trade Center. Mise au point du Rabelais. Axelos… Je me suis replongé dans les auteurs que fréquentaient H. repensant à la demande de Vito d’Armento (Lecce. et de La fin de l’histoire dont j’ai fait les index. 4. idée de ressortir De l’État ( Jean Pavlevski est d’accord. au colloque Marx 3 à Nanterre l’atelier H. Parallèlement sortent : Le moment de la création et Le sens de l’histoire. sortent le Rabelais et La fin de l’histoire (préface de Pierre Lantz). Mon rêve : Je devais déménager. fin septembre. je me mets au travail. malgré trois mois d’absence à mon journal. ressent le nécessité de constituer un dossier CNL . Index. c’est la désorganisation : des gens recherchent leurs valises. Opportunité de rééditer Contribution à l’esthétique (Tamara peut y travailler) : je lance les choses en juillet. après la mort de Lefebvre 88 . 5 h 30. Lefebvre. ici ou là dans un grand hall. puis je me lance dans une introduction qui devient un long texte (70 pages) : Henri Lefebvre et l’activité créatrice. Lourau dont je relis la moitié de l’œuvre pour avancer La mort d’un maître. Morin. Marcuse. profitant de l’absence de Lucia Ozorio qui devait venir travailler sa thèse à la maison. qui me manquait : lecture du lexique. Italie) d’un texte de 50 pages de moi sur Henri. Lourau. Climat d’évacuation (ce doit être le contexte de la guerre qui a débuté dimanche en Afghanistan !). Lefebvre. Sur le terrain lefevrien. mis en perspective avec L’État inconscient de R. Lucette pense que je devrais donner priorité au dossier La lutte à mort : penser le mondial. Je suis stimulé. Cette nuit. en découvrant que c’est la même version que celle éditée par Syllepse en 1992. Je me lance dans la relecture de plusieurs livres d’Henri. En septembre. C’est la forme qu’a le livre pour Anne-Marie Métailié depuis le 11 septembre. type Tétouan . excité par les idées qui se précipitent dans ma tête. mes bagages ne sont pas 144 Je renoncerai à ce projet. J’ai déjà écrit 4 chapitres ! Je n’ai pas pu animer.

et qu’il est hospitalisé à Épernay. Je viens de relire et corriger ce journal. R. et en 2001 : Du rural à l’urbain. il prépare plusieurs ouvrages pour penser les contradictions du mondial d’aujourd’hui. Lefebvre. Métailié. dîner chez Hélène. lorsque je suis allé au Brésil en mai. qui supposerait que je prenne des textes chez d’autres éditeurs qu’Anthropos : beaucoup de livres ont été publiés chez Gallimard. sociologique considérable.regroupés. Mail de Sao Paulo (Brésil). professeur à l’université de Paris 8. Mercredi 10 octobre 2001. rue Montmartre. est introuvable.” 10 h 20. comme il m’a retrouvé le 4° volume de De l’État : les rééditer aurait vraiment du sens . Hess s’est lancé dans une réédition méthodique d’ouvrages épuisés. Il me faudrait écrire à plein temps. le Descartes. Contribution à l’esthétique. dans les deux collections qu’il anime chez Anthropos. j’ai appris que Paulo. sur Henri Lefebvre : je dois décider aujourd’hui si j’y vais ou non . je rentre dans le détail des raisonnements : j’apprends des passages par cœur. mais aussi de rédaction d’index. Pourrais-je continuer mon œuvre. Méthodologie des sciences. Dimanche soir. 7 h. La fin de l’histoire. Rabelais. faut-il faire une réédition du Pascal en deux volumes ? Alors que je relis ce journal. avant. pour me sortir de l’ornière. qui puisse être traduite dans différents pays : ce sont les autres qui pensent à un recueil de textes. et j’essaie de recenser. Remi Hess. aujourd’hui. qui met en relief mes retards dans mon programme lefebvrien. et elle n’est pas finie. La lecture n’a jamais autant compté pour moi que ces derniers mois . Il me faut écrire dix lignes : “Henri Lefebvre (1901-1991) a publié une œuvre philosophique. je lisais mes livres globalement . mais le quatrième. etc. à force de les relire. est l’auteur de Henri Lefebvre et l’aventure du siècle. j’y réfléchirai pendant la soutenance de thèse de Paris 7 (à 13 h). PUF. Je la cherche. Lefebvre. 1988. À l’occasion de son centenaire. ma petite introduction ne serait-elle pas suffisante ? Mon objectif de départ est de faire une introduction. sans ces livres ? Ce rêve a un rapport avec l’idée d'hier soir de faire des morceaux choisis de Lefebvre. je lui ai mis dans la tête de faire sa thèse : il a 89 . une grosse valise plutôt banche. que je continue à relire de façon thématique à partir de l’index : il en est de même pour d’autres ouvrages. le 7 février 2002 à 18 h 30. L’existentialisme. Chaque ouvrage fait l’objet d’une présentation. J’ai demandé à Yves de me retrouver le Pascal. À partir de l’œuvre d’H. Il a réédité en 2000 : La production de l’espace et Espace et politique. l’étudiant brésilien que j’héberge dans ma maison de Sainte-Gemme a eu un accident de vélo. Lefebvre. bibliographie. de les retravailler. Casterman. etc. Il avait déjà réédité chez Méridiens Klincksieck : Le nationalisme contre les nations (1988) et La somme et le reste (1989). dans ma tête. ancien étudiant de H. Il poursuivra son effort en 2002 avec La survie du capitalisme. mais des étudiants occupent mon temps de travail : la thèse de Lucia m’a pris plusieurs semaines cet été. Lourau en 1984 et. Je dois modifier mes projets. Je parviens à repérer trois colis. et partir ce matin m’occuper de lui : Paulo a fait son DEA avec R. appel d’Arnaud Spire qui m’invite à intervenir au Café philosophique organisé au Croissant. Cela demanderait un vrai boulot de gestion : pour l’édition française. 30 Hier. Je suis étonné du travail accompli sur La fin de l’histoire. Thème : mon travail de réédition d’H. où je suis invité pour une conférence le 17 octobre. les livres qui sont à l’intérieur : ces livres manquants seront-ils un handicap pour sauver ma mémoire intellectuelle.

Il a raison. J. m’a perturbé . à Paris. puis lecture attentive de Le langage et la société. Chez Anthropos. me dit-il. Jean Pavlevski n’est pas chaud pour un livre de morceaux choisis d’Henri : il vaut mieux que les lecteurs lisent les textes intégraux. vers 17 h. Vendredi 12 octobre. Dimanche 21 octobre 2001. J’accepte : je dois aller faire les services de presse de Contribution à l’esthétique. jusqu’à cette heure. sans statut. qui doivent s’enraciner dans la philosophie. Contribution à l’esthétique doit être paru : je ne l’ai pas encore vu. elle a rencontré à Francfort des lecteurs de Lefebvre. Cette annonce. Je dois parler sur les méthodes pour décrire et critiquer le quotidien : j’ai envie de parler du Sens de l’histoire et de la théorie des moments. ce matin. et je serai content de présenter ce nouveau livre à mes amis. ce livre que Jean-René Ladmiral trouve le plus fort de Lefebvre. 1962-2002 : le mouvement de la dialectique éducation et politique. écris ton texte de 60 pages sur Lefebvre. lue ce matin. Mardi 23 octobre 2001. intitulées : présentation d’une recherche. Avec Lucette. Longue discussion avec Michel Cornaton qui me raconte H. Lefebvre chez Vaillant dans les années 1960 . dans La différence. j’avais bien travaillé. c’est pour moi un nouveau moment qui s’ouvre : je voudrais continuer à travailler sur l’esthétique. dans Le langage et la société et dans Le manifeste différencialiste : il faut ouvrir un dossier là-dessus. Demorgon aussi. évocation des passages d’Henri sur l’interculturel.tout quitté à Rio pour venir. Robert Joly me téléphone pour me demander de venir ce soir à Espace-Marx. elle comprend ma logique de réédition des œuvres de Lefebvre. “Mais pour l’étranger. Relecture des 120 premières pages de La vie quotidienne dans le monde moderne. sans argent. Il voulait déposer son sujet ces jours-ci : L’évolution du vocabulaire de l’AI. dès sa sortie. pour faire une conférence devant le groupe de recherche : Critique de la vie quotidienne (qui rassemble 12 Lefebvriens). sur ce chantier pour Cultures en mouvement . Jean me fait parler longuement de mon analyse du politique depuis le 12 septembre . 90 . et quelques autres : on est tous d’accord que Henri Lefebvre peut être relu. où il n’y a aucune référence à la philo de la différence. on en conclut qu’il faut travailler à des analyses politiques profondes. J’ai hâte de le voir . car pour eux les morceaux choisis ont du sens…”. Le soir. C’est plus fort que ce qu’écrit Michel Wiedworka. Elle veut faire un long papier. appel de Christine Delory-Momberger : elle a lu La fin de l’histoire . Vers 8 h. de la pédagogie institutionnelle et de l’autogestion pédagogique. Dimanche 14 octobre 2001. discussions avec Gaby.

Les ventes sont inégales. j’apprends les chiffres des ventes des ouvrages publiés depuis deux ans. un très gros chantier. Il y a encore pas mal de choses à faire. le dossier Urbanisme de juillet. j’ai vraiment travaillé à La théorie des moments. à l’intérieur de la pratique sociale. Les personnes autonomes n'ont pas besoin de cette prothése. Il y a quinze jours. Mon exposé a été enregistré : la discussion est partie des questions de Chantal. de 11h 30 à midi. ouvrage sorti en octobre. Maïté Clavel a reçu son contrat pour Sociologie urbaine : ce livre sort. De plus. J'actualiserai cette bibliographie . qui est toujours très gentil avec moi. Relecture de Contribution à l’esthétique. ni le dossier École émancipée. solide. suivant les titres. et à La survie du capitalisme. à Espace-Marx : j’ai exposé longuement la théorie des moments. coupée du social. d’accord. comme outil pour analyser et critiquer la vie quotidienne. Mardi 8 octobre 2002. Arnaud et un architecte de Saint-Denis. à partir des exemplaires d’Arnaud Spire. mais il était aussi à l’intérieur du Parti. Dans les travaux sur H. J’ouvre par hasard ce journal. Hier. Lefebvre écrivait des livres. ce matin.Projets d’écriture : peut-être mettre en forme un texte théorique sur la vie et l’œuvre de Lefebvre. je me plonge dans Contribution à l’esthétique : ma préface. Cet été. La suite a lieu tous les jours de la semaine dans le même créneau horaire ! ” Dimanche 3 novembre 2002. Armand pense que j’ai tort de quitter les Verts : H. Armand. ouvrage sorti au premier semestre. sur France Culture. Lefebvre. mais je ne me sens pas exclu des pratiques : j’ai seulement l’impression que la vie de Parti n’est pas vraiment une pratique sociale . Je ne l’ai pas tenu durant cette année 2002. me dit-il. Il faudrait que je réfléchisse à la manière de faire connaître ces parutions. il faut que je termine cet ouvrage. Message de Brigitte : “J'ai écouté. Pour faire avancer mon travail sur Lefebvre. J’ai travaillé à l’édition de Méthodologie des sciences. un entretien d'un journaliste avec Henri Lefebvre (entretien enregistré en 1970). je n’ai pas entré les publications Espace et société. je vais continuer dans ce sens. dont j’ai oublié de noter le nom. Oui. Je vais ouvrir un journal spécifique sur La théorie des moments. 91 . j’ai travaillé sur Lefebvre. Je prends conscience qu’il faut que je me relise pour pouvoir avancer. Samedi 27 octobre 2001. numéro spécial sur Lefebvre. le Nietzsche et le Pascal qui me furent aimablement photocopiés. Mercredi 24 octobre 2001. elle m'apparaît comme une pratique bureaucratique. et le compléter par l’édition de ce journal ? En rentrant chez moi. indique une voie . Lorsqu’il s’est trouvé à l’extérieur du Parti. j’ai passé du temps cet été à lire le Descartes. Pourtant. Henri a été beaucoup plus productif qu’à l’intérieur.

à trouver une énergie pour développer les virtualités qu’il contient. Longues discussions sympathiques : je décide avec elle d’une postface. Ces dernières années. Il est beau. il y a Armand et Sylvain Sangla. et. 9 h 30 Hier. On regarde le numéro 1. C’est une idée que je vais creuser en relisant mon journal sur R. Vendredi 17 janvier 2003. qui utilise l’œuvre de Lefebvre : il voudrait le faire éditer chez Syllepse. grâce à La valse. On parle du livre sur R. Lourau. qui cherche à se construire une méthodologie de recherche. pour les étudiants qui voudraient s’inspirer de ma méthode de recherche. je me disais qu’il me fallait faire un numéro des irrAIductibles sur Lefebvre et Lourau. Je lui explique que ma carrière universitaire a changé de rythme lorsque j’ai eu mon triomphe médiatique. Je refuse les droits d’auteur pour l’édition française de ce livre. j’ai porté ma Valse 2 à Anne-Marie Métaillié. cette écriture a été interrompue. La composition de mes livres peut sortir de cette relecture. Le travail de relecture peut aider à évaluer le travail accumulé. au réveil. Je pense tout particulièrement à Nayakava. Réunion du comité de rédaction de La Somme et le Reste. Mais. J’ai terminé la relecture de ce journal. qui doit avoir lieu début 2003. 8 h 55. avant même le 11 septembre 2001 ! Cela explique que j’ai écrit aussitôt après le 11 septembre. je demande des exemplaires pour distribuer aux amis… Anne-Marie est étonnée : elle me dit qu’elle va bien vendre ce livre. Lourau (chez Syllepse) qui ne dit rien sur les rapports de René à Lefebvre. en échange. Armand parle d’un livre brésilien. Mardi 24 décembre 2002. Pierre Lantz est excusé. Se relire apparaît aujourd’hui comme l’urgence. Constat. à la relecture de ce texte : j’ai eu trop de projets ces dernières années. 9 h 30.Lundi 9 novembre 2002. car il me semble que je lambine concernant l’écriture de plusieurs textes (Lefebvre. et d’un avertissement pour justifier cet inédit. Malheureusement. Makan n’est pas là. Espace Marx. même si j’en ai conduit plusieurs à terme. La Somme et le Reste est une revue qui doit paraître 4 fois par an. Par contre. AnneMarie me propose 1500 euros d’avance. ainsi que le petit bout écrit sur La théorie des moments. Il faut refonder l’association : quels sommaires pour l’avenir ? L’urbain pourrait rassembler pas mal de contributions. Pascal Dibie m’a écrit la préface de Voyage à Rio. C’est curieux comme c’est toujours aux environs de Noël que je réinvestis sur Lefebvre ! Jeudi 26 décembre 2002. Ce matin. Lourau). Je viens de relire la première moitié de ce journal. On parle d'un colloque de La Sorbonne. J’ai l’idée que ce texte serait à publier. j’ai eu l’intuition de devoir écrire un livre sur Lefebvre et le mondial. un certain nombre de chantiers importants restent en plan. J’ai ressenti le besoin de le relire. 92 .

finit par arriver. Je lui explique que. un inédit. et que. Achevé d'imprimer le 18 mai 1939.. aussi. depuis. Elle dit seulement : “Ce monsieur a des mains partout !”.Henri Lefebvre et l’aventure du siècle. il avait demandé à être raccompagné en voiture. auteur de 68 livres. Un colloque serait en préparation pour mars 2004 à la Sorbonne sur “Ontologie et pratique des marxistes du 20° siècle”. dans sa collection de poche “Suite”. sa diffusion est bloquée par les mesures prises à l'encontre du Parti communiste. vécus avec Henri. il était loisible de dire Renato Cartesio ou Benoît Spinoza. mais à une époque. Lundi 19 janvier 2004. tout ébouriffée. nul n'a pu lire. à propos d'Henri Lefebvre et de la réédition de son NIETZSCHE : Philosophie Lefebvre l'éternel retour Ecrit en 1939. été réédité. en faire “ un classique ” (Wulf). Cela me motive pour m’y remettre cet été. Il n'a jamais. le Nietzsche d'Henri Lefebvre. a vieilli comme un grand cru. Il avait alors 87 ans. il est saisi et mis au pilon. Appel de Robert Joly (Espace Marx). Prétextant une grande fatigue. Anne-Marie en accepte le principe. Quand un ouvrage sur l'un de ces philosophes date un peu. plutôt que par péremption en gâter la teneur. C'est le cas de celui d'Henri Lefebvre. Nous évoquons les bons moments. Anne-Marie s’était inquiétée. c'est qu'il est 93 . quand le gouvernement Daladier s'attaque aux maisons d'édition du PC. Celui-ci avait dit à Henri : “Si vous aviez passé moins de temps avec les femmes. Préface de Michel Trebitsch. Nietzsche. début 1940. On me propose de traiter la théorie des moments. S'il est néanmoins cité par les historiens des idées qui s'intéressent à la “réception” de Nietzsche en France. J. dans de très nombreux pays. Syllepse. Par Robert MAGGIORI Un Nietzsche arraché au fascisme. pilonné en 1940 et jamais réédité. Henri. Trois heures plus tard. sur "la destinée spirituelle de Frédéric Nietzsche”.comme à une bouteille de vin. père putatif de Mai 68. Armand Ajzenberg m’envoie l’article de Robert Maggiori paru dans LIBÉRATION du jeudi 15 janvier 2004. Une demi-journée serait consacrée à Henri. n’était absolument pas d’accord. 22 Euros. J. Personne n'aurait aujourd'hui l'idée de parler de Carlos Marx ou de Ludovic Wittgenstein. et. il n'a guère eu le temps de vivre : dès l'automne. vous auriez produit une œuvre plus abondante !”. on me demande un texte bref sur cet auteur qui puisse être traduit. 208 pp. m’a permis d’avoir une légitimité pour rééditer cet auteur. on le voit à ce détail. Henri Lefebvre. Elle se souvient du repas qu’elle avait organisé avec Lefebvre et Haudricourt. Ce vieux Nietzsche est en effet un livre neuf. Mais.. celle-ci n’était pas rentrée. l’attachée de presse de la maison se proposa. depuis 1988. qu'hors quelques proches. j’ai beaucoup amélioré ma lecture de cet auteur. être daté lui donne tout son intérêt . Je lui dis que j’ai envie de publier un Lefebvre. Vendredi 13 juin 2003.

philosophique et surtout politique. parvenue avec plus d'un demi-siècle de retard.en consonance avec certains courants allemands. Mais il introduit à une “dialectique tragique”. Il quittera toute orthodoxie. Marx. la ville. “bien plus et bien pire qu'un enchevêtrement de flux”.tente “d'arracher Nietzsche au fascisme”. représentés par des intellectuels exilés. d'empêcher que l'imagination. accusé de “révisionnisme”. et. Son Nietzsche de 1939 n'est donc pas une improvisation. surtout. aliénation.et en mettant l'accent sur les concepts de conscience. Heidegger. ou un explorateur qui. et.on laisse de côté ses autres travaux. ainsi. une fois à Paris. -. Henri Raymond et René Lourau). urbaniste ou architecte. laisse passer tous ceux qui suivent. peut-être peintre. indépendamment de l'opération politique décisive qu'il traduit - 94 . par Karl Jaspers ou Karl Löwith . Vattimo. d'un côté réévoquerait la figure quelque peu estompée d'Henri Lefebvre. comme elle était apparue dans la Fin de l'histoire (1971) ou apparaîtra dans la Présence et l'absence (1980). Nietzsche est donc comme une carte postale qui. après le travail d'édition critique de Giorgio Colli et Mazzino Montinari. par son projet de “changer la vie”. un homme des frontières. sur la sociologie rurale. à un nietzschéisme s'intégrant “naturellement dans la conception marxiste de l'homme”. où une part de la pensée marxiste française . très tôt attaqué pour son idéalisme hégélien. “suspendu” par le Parti en 1958. Derrida. après les lectures de Nietzsche effectuées par Jaspers. décisif dans l'élaboration des manifestes situationnistes (c'est lui qui fait connaître Raoul Vaneigem à Guy Debord et Michèle Bernstein). on en fait le “père putatif” de Mai 68. Hegel. Dès la publication en 1936 de la Conscience mystifiée (avec Norbert Guterman) et. à laquelle il était rebelle. illustrerait ce moment. élève de Maurice Blondel. lorsqu'il élaborera la critique de la quotidienneté. Lyotard. qui est de reproduire les caractères imposés à la vie collective par la classe dominante. de la Critique de la vie quotidienne en 1947 (1). il l'a approfondie en repensant le noeud Marx-Hegel qu'Althusser s'escrimera à délier . Foucault. Il aura été un hérétique. expulsé de la Nouvelle Critique en 1957. il eût pu être prêtre. de constituer une sorte de dépôt chimique où se sédimentent les conventions. des pensées qui semblent “incompatibles” : celles de Hegel (Etat). il suivait les cours de Blondel à Aix-en-Provence et. jeune philosophe. L'interprétation lefebvrienne de Nietzsche apparaît de la façon la plus claire dans cet ouvragelà. Quant à la définition de la modernité . Norbert Guterman. Nietzsche ou le royaume des ombres paraît en 1975. la liberté trouvent des voies d'expression autonomes. Né en 1901 à Hagetmau (Landes). la créativité. Cacciari. de l'autre. poète. Aussi. homme de théâtre (le Maître et la servante a été joué aux Mathurins). les mensonges et les trafics idéologiques du pouvoir. longtemps professeur de collège (Montargis) avant d'entrer au CNRS puis d'enseigner la sociologie aux universités de Strasbourg et de Nanterre (où il a pour assistants Jean Baudrillard. altermondialiste avant l'heure.. aux expériences avant-gardistes des années 1920. etc. La réflexion marxiste.. proche des surréalistes. l'idée de la révolution comme fête et de l'insurrection esthétique contre le quotidien. Georges Politzer. la mondialité. paysan. révoqué par Vichy en mars 1941. Lefebvre la bâtit en “mixant”.paru justement à l'heure où le philosophe allemand faisait l'objet des plus âpres luttes d'appropriation. à un Nietzsche qu'aujourd'hui. capitaine FFI à Toulouse. de Marx (société) et de Nietzsche (civilisation). et date de l'époque où. une fois ouverts de nouveaux chemins.). si on peut dire. mystification. avec les autres membres du groupe Philosophies (Pierre Morhange. fils d'une “bigote” et d'un “libertin”. et évidemment Deleuze. participait. “de façon nietzschéenne”. marxistes ou non. on ne reconnaît presque plus. Henri Lefebvre a été l'un des philosophes et sociologues les plus connus en France (sait-on qu'on lui doit le terme de “société de consommation” ?). Mais Lefebvre. se voyait lui-même comme un “chaos subjectif”. autour du Front populaire. membre du PCF dès 1928. dont il voulait qu'elle pût s'affranchir du rôle qu'elle a sous le capitalisme. Mais sa passion pour l'auteur du Zarathoustra est bien antérieure. Généralement.

l'Irruption de Nanterre au sommet (Anthropos. Manifeste différentialiste (Gallimard. 1975). 1975-78).. le Droit à la ville (Anthropos. Et je vous en remercie au nom de tous les Lefebvriens. le 19 janvier 2004. Production de l’espace (4° édition). qui. entre Nietzsche et Marx. 10/18. Du contrat de citoyenneté.. 1969). Du rural à l'urbain (Anthropos. J’ai lu avec un vif intérêt votre article Un Nietzsche arraché au fascisme sur la réédition du Nietzsche d’Henri Lefebvre par les éditions Syllepse. Sont disponibles : la Conscience mystifiée. mais aussi La survie du capitalisme. Tous ces ouvrages sont indexicalisés. à l'époque. A notre connaissance. il n’y a pas d’autre ouvrage d’Henri Lefebvre publiés chez Syllepse. Il est très tonique. depuis 1999. savait peut-être qu'il chercherait toujours à concilier “le conçu et le vécu”. on citera : le Marxisme (Que sais-je ?). Qu'est-ce que penser ? (Publisud. rééditent tout Lefebvre. La fin de l’histoire. Je réagis en envoyant à R. Il y a donc au moins deux maisons qui s’intéressent à rééditer Lefebvre ! J’ai également réédité La somme et le reste chez Méridiens Klincksieck en version intégrale en 1989 (l’édition Bélibaste que vous signalez était allégée). Nietzsche (Castermann. Cher Robert MAGGIORI. mais qui a été abandonné par cet éditeur.. De l'Etat (4 vol. l'irruption. 1946). Parmi les autres livres de Lefebvre. Du contrat de citoyenneté. le Temps des méprises (Stock. que vous signalez chez Minuit. Marx (PUF. Marx. à Robert MAGGIORI Libération. Sont disponibles : la Conscience mystifiée. 1968).. 1966). Maggiori le courrier suivant : Paris. les collections que je dirige aux éditions Anthropos ont édité un inédit d’Henri Lefebvre : Méthodologie des sciences. L’existentialisme (première édition 1946). 1970). Un seul élément nous a un tout petit peu fait frêmir : “Les éditions Syllepse. annotés. Mai 68. 95 . Eléments de rythmanalyse. depuis 2000. saint Augustin et Pascal. 1966). Métaphilosophie. Espace et politique. la Somme et le reste (Bélibaste. l'irruption. la Fin de l'histoire (Minuit. plaçant les premières balises de son cheminement.. Eléments de rythmanalyse. rééditent tout Lefebvre... Métaphilosophie. Hegel. 1980). Du rural à l’urbain. le livre dit-il davantage de Lefebvre lui-même. Introduction à la modernité (Minuit. préfacés. 1962). 1964). Par contre. qu'il continuera à entendre toute sa vie : “Refusez les consolations !” (1) Les éditions Syllepse. malgré les points de suspension qui semblent indiquer d’autres rééditions. et ont réédités des livres introuvables comme Contribution à l’esthétique (première éd. etc. j’ai publié également Le nationalisme contre les nations (1988). depuis 1999. 1970).consistant à montrer tout ce qui chez Nietzsche ne pouvait pas être récupéré par la pensée d'extrême droite ou “l'idéologie hitlérienne” -. “quelque chose d'infiniment saluble”.”. Sociologie de Marx (PUF. 1970). 1985). Dans cette maison. le Langage et la société (Gallimard. Mai 68. Nous prévoyons d’autres rééditions. 1968). Une pensée devenue monde (Fayard. Il est un mot de Nietzsche. 1975).

cette proposition. De grands journaux français et étrangers ont suivi ce travail éditorial qui semble vous avoir échappé. Nous avons accepté. Lefebvre. Je n’ai pas noté la visite. de mon Henri Lefebvre et l’aventure du siècle ! Bien amicalement. La vie quotidienne. Remi HESS Mardi 19 septembre 2005. ainsi qu’à Libé. Dommage ! Vous aviez rendu compte de façon élogieuse. Le prétexte : la thèse. dans le cadre de notre master. la semaine passée. “mère-terre” de la société moderne. 96 . Cette rencontre a réuni 200 personnes à l’Université de Paris 8. Henri Lefebvre. J’admire le travail des éditions Syllepse. venu me proposer d’organiser un colloque le 8 décembre 2005. d’une Italienne : Alessandra Dall’Ara. d’Arnaud Spire. en son temps. Les intervenants et participants sont venus du monde entier. cependant le “tout” de votre note me semble superflu.J’ai organisé un colloque de 5 jours en juin 2001 pour célébrer le 100° anniversaire d’Henri Lefebvre. Lucette et moi. Ce travail a été préparé sous la direction de Jean-Claude Bourdin. sur La critique de la vie quotidienne d’H. à Poitiers.

H. Essayons de revisiter les grandes étapes de ce travail. c'est le moins qu'on puisse dire. Lefebvre.DEUXIEME PARTIE LA THEORIE DES MOMENTS DANS L’ŒUVRE DE H. En 1962. Lefebvre fait encore évoluer cette théorie. Celui-ci médite alors à son aliénation politique. à La somme et le reste. qui a eu. Lefebvre. Et la problématique des moments est omniprésente dans l’ensemble de l’œuvre de H. Je distinguerai 5 moments essentiels qui se structureront chronologiquement : le chapitre 6 (De philosophie de la conscience à l'expérience de l'exclusion) étudiera cette théorie entre 1924 et 1955. cette théorie apparaît construite en 1924. ils seront la lecture du livre La présence et l'absence. mais elle évolue fortement en 1959. le chapitre 7 sera une relecture de La somme et le reste. à La présence et l’absence. La théorie des moments l'aide à penser sa traversée du dogmatisme stalinien. une relecture de La critique de la vie quotidienne. Avant d'entrer dans cette théorie. Lefebvre. de 1924 jusqu’à ses derniers écrits philosophiques. une vie bien remplie. lors de la rupture du Parti avec H. Lefebvre. 97 . Il y est élaboré sur le plan théorique et longuement développé à plusieurs reprises. On trouve le thème comme titre de chapitres dans plusieurs ouvrages. dans La présence et l'absence… Bref. Quant aux chapitre 9 et 10 (Le moment de l'œuvre et l'activité créatrice et La présence et l'absence). On constate qu'elle est toujours vivante en 1980. le chapitre 8. De la Philosophie de la conscience. Lefebvre. permettons-nous un pas de côté en nous autorisant à un survol de la vie et de l'œuvre d'H. LEFEBVRE La théorie des moments est un thème récurrent dans toute l’œuvre de H. Ensuite. le terme de moment est constamment présent dans l’œuvre de H. ou à Qu’est-ce que penser ?. à La critique de la vie quotidienne.

nous donne à lire une évaluation de cette période. est difficile : conflits. C’est une pleurésie assez grave qui l’oblige à interrompre sa préparation à l’École polytechnique. À vingt ans. H. ne va pas assez loin. Lefebvre tire une bonne connaissance de la philosophie catholique. dans laquelle il se sent impliqué. à la technique ? Probablement pas… Toujours est-il qu’à Aix son contact avec Maurice Blondel va le déterminer à se donner à fond dans la philosophie. Il trouve que Blondel. Il lit Nietzsche et Spinoza à quinze ans. H. entre le groupe des philosophes et celui des surréalistes. Mais. Henri Lefebvre va se trouver mêlé à tous les grands débats philosophiques du "monde moderne". né en 1901 à Hagetmau. à ce moment. Hegel puis K. la revue Philosophie apparaît comme un carrefour de ce qui allait devenir "existentialisme". est complexe. il se préparait à une carrière d’ingénieur. Léon Brunschvicg lui déconseille de faire une thèse de philosophie sur ce penseur ! L’évolution de 98 . Mais sa relation à cette philosophie. au lycée Louis-le-Grand. De l’étude d’Augustin. Lefebvre se lie pourtant à Tristan Tzara. pour un hérétique. Blondel se veut orthodoxe. H. Lefebvre lit Schopenhauer et Schelling. H. dans son premier chapitre. et à partir à Aix-en-Provence pour faire du droit et de la philosophie. Il lit aussi des théologiens déviants. C'est ce qui explique. "phénoménologie". La rencontre. Une amitié lie le professeur à son étudiant qui vit aussi sur le mode paradoxal son contact avec le thomisme. Lefebvre le désirerait vraiment hérétique. Lefebvre garde une violente antipathie pour la tradition aristotélicienne et pour le Logos véhiculé par elle à travers les âges. De cet enseignement de Maurice Blondel. Lefebvre découvre F. notamment de Saint Augustin. Norbert Guterman. Lefebvre rencontre également Max Jacob avec qui il se brouille quand il décide d’adhérer au Parti communiste. se serait-il autant intéressé à la logique. H. Georges Politzer et Georges Friedmann avec lesquels il fonde un groupe de philosophes qui va publier la revue Philosophies. dans les Pyrénées. passionnante. Il faut dire que dans les années 1920 l’Université ne s’intéressait pas encore à ces auteurs. Sans cette année de mathématiques spéciales. Ce groupe se forme en compétition avec le groupe des Surréalistes. comme le concepteur de la post-modernité. qui sera reprise et développée en 1959 dans La somme et le reste. Car à cette époque.Prélude à la seconde partie Henri Lefebvre. Ce qu’ont en commun les “ philosophes ”. peut-être. Il se référera souvent à Joaquim de Flore. Ce groupe cherche donc sa voie de façon autonome. H. incompréhensions. H. "psychanalyse" et "ontologie". Si André Breton fait découvrir la Logique de Hegel à H. Une vie bien remplie Philosophe français. Lefebvre gardera de sa première orientation vers les mathématiques une empreinte certaine. H. suite à un article qu’il a écrit sur Dada en 1924. de cette recherche du groupe des Philosophes ! C’est une dimension autobiographique du livre. qu'il apparaisse aujourd'hui Outre-Atlantique. M. il arrive à Paris où il rencontre Pierre Morhange. c’est qu’ils refusent l’idéologie dominante (bergsonienne) en Sorbonne et la philosophie intellectualiste de Léon Brunschvicg et d’Alain. L’existentialisme. Lefebvre. Relue aujourd’hui. Marx.

Marx. En fait. il est professeur de philosophie à Privas ! En même temps qu’il milite à la base. Cette revue fonctionna comme un analyseur du fait qu’à cette époque déjà une telle initiative qui partait d’un autre lieu que la direction du mouvement communiste était intolérable. Finalement. ni la conscience collective ne peuvent passer pour critère de la vérité. P. Lefebvre croit à la force des "soviets" en Russie. le communisme est encore un mouvement. H. le groupe des philosophes éclata. P. Lefebvre). cette revue se voulait très ouverte. Marx. C’est dans cette revue que paraissent également les premiers chapitres de La conscience mystifiée 147 . G. Lefebvre va être marqué par cette rencontre théorique. Les formes de la conscience sont manipulées. 75 et s. Pour H. cit. Les premières difficultés apparaissent à l’occasion de la Revue marxiste. Morhange partit en province… Quant à H. et parallèlement à la réflexion du groupe surréaliste… 1928. Lefebvre. Guterman. H. H. Le groupe des philosophes avait déjà publié deux revues. Marx et ses prédécesseurs. Engels et de Lénine. Lefebvre expliquera plus tard que "le mouvement communiste naissant ne se recruta pas parmi les personnalités autoritaires. p. D’ailleurs. Lefebvre qui va durer trente ans. Il n’est pas institutionnalisé : "L’appareil est encore faible. Guterman quitta la France pour les États-Unis . Sur le contexte de cette affaire. L’adhésion au Parti le conduisit à créer la Revue marxiste qui se voulait une nouvelle étape dans la démarche du groupe. Marx et Bakounine. Hess. H. La société moderne tout entière s’est construite sur la méconnaissance de ce 145 146 Le temps des méprises. En effet. ce n’est pas par la pratique de la lutte politique qu’il est amené à lire K. N. Lefebvre. Guterman les œuvres de jeunesse de Marx. La plupart des collaborateurs refusaient l’économisme qui traversait déjà la pensée marxiste. l’argent venant à manquer. Marx le conduit à rappeler continuellement la "prophétie" du mouvement (il ne faut pas appliquer des principes figés. Marx un adversaire du socialisme d’État. Il n’y a que quelques malentendus au sujet de la fameuse période de transition. Lefebvre découvre une critique radicale de l’État.H. Friedmann. op. Henri Lefebvre et l’aventure du siècle. auprès des militants de base qui sont surtout des empiristes. 99 . voir R. qui sera supprimée en 1928-1929. Philosophies et L’esprit. Politzer puis P. Marx pour penser des objets nouveaux) le rend suspect. Il commence à publier en collaboration avec N. N. Quelle est la thèse centrale de ce livre ? Ni la conscience individuelle. La "moindre déviation idéologique se mit à passer pour une opération policière" (H. Cette découverte intellectuelle de la pensée marxiste conduit H. H. 65. Nizan participèrent à cette initiative. Lefebvre à adhérer au Parti communiste en 1928. H. Si beaucoup se transforment en intégristes. ce qui va l’amener assez souvent dans l’opposition à la direction. H. en dogmatiques. C’est donc une coupure politique (et non philosophique ou épistémologique) qui apparaît à H. entre K. C’est en philosophe. Lefebvre ne s’arrêtera pas là puisque. mais parmi les anarchisants" 145 . qui va permettre le quiproquo entre le PC et H. 147 Ce livre a été réédité en 1999 chez Syllepse. Dès sa première lecture de K. de F. il découvre Marx. Lefebvre reste fidèle à luimême . p. Morhange. dans la revue Avant-Poste. avec ses camarades du groupe Philosophie. mais par la théorie. mais reprendre la méthode de K. travaillé par toutes sortes de contradictions"… H. G. sa simple lecture de K. dans le prolongement de sa lecture de Hegel. à savoir la théorie du dépérissement de l’État. la revue disparut. il n’y a pas de désaccord fondamental. C’est cette ignorance sur ce qui se passe réellement en Russie à l’époque. La direction du Parti ne fut pas étrangère à la faillite de la Revue 146 … À la suite de cette aventure. Lefebvre adopte le marxisme sur le plan doctrinal au nom d’une thèse qui a ensuite été annihilée par Staline et le stalinisme. Lefebvre entre K. Lefebvre y adhère donc en voyant dans K. Lefebvre écrit.

le livre de H. ne fut jamais distribué… Époque difficile pour H.). Il se cache dans les Pyrénées où. le chef a le droit à la parole sur ces questions. et à être recherché. Rejeté par les communistes. même G." C’est le moment où lui-même abandonne ses ambitions scientifiques. dans la pratique. H. En fait. Lefebvre et N. Politzer estime que la politique n’est pas du ressort des militants : "Seul le dirigeant politique. chez Anthropos. etc. Lutte idéologique. de l’humiliation. un bel avenir théorique. Nous reviendrons sur ce contexte. déjà imprimé. il fut proscrit et détruit quelques années plus tard par les Nazis. Guterman pose des problèmes que ne se posait pas le Parti. À l’époque (1936). H. C’est une période de suspicion entre les militants. Lefebvre que Maurice Thorez juge lui-même dogmatique et sectaire. La classe ouvrière elle-même ne connaît pas le mécanisme de sa propre exploitation. thématique qui aura. en 2002. édité pour la première fois. La conscience mystifiée. 100 . Le marxisme 1948. H. c’est-à-dire le mécanisme de la plus-value. et plus encore sa position psychanalytique des débuts. son projet de psychologie concrète. Ce travail sera complété par de nombreux textes de présentations du marxisme (Le matérialisme dialectique 1939. Lefebvre découvre que P. Dans ces années. Le fascisme peut se faire passer pour socialisme puisque l’inversion des rapports est possible. Lefebvre engage une polémique contre l’idée dominante dans le Parti de "sciences prolétarienne". C’est ce qui permet au fascisme d’imposer des représentations inverses de la réalité. Dans l’immédiat après-guerre. Le nœud du conflit va être la logique. il publie des Cahiers du contre-enseignement. dans son lycée de Privas. Dans les années 1950. La seconde partie des années 1930 correspond à une énorme activité de traduction (avec Norbert Guterman) et de présentation des œuvres de F. Avec d’autres. Lefebvre. Lefebvre qui n’arrivait pas à faire admettre au 148 H. leur propre connaissance mais au contraire leur propre méconnaissance. théorique et politique. Lefebvre retrouve l’opportunité de publier : il écrit presque simultanément L’existentialisme et le premier tome de La critique de la vie quotidienne. Lefebvre reste encore au Parti communiste parce que la lutte interne contre le stalinisme est engagée. Marx et Lénine. les communistes ne voient dans la montée du nazisme qu’un épisode qui ne pouvait durer. pour lui. est retiré de la circulation avant même sa sortie 148 . dont un premier volume. Il tente de mettre au point un contreenseignement de la philosophie. publié aux éditions du Parti.qui la fonde. Elle le vit sur le mode de la méconnaissance. La censure soviétique refuse les services de presse. Rien de plus difficile que de faire entrer cette connaissance dans la classe ouvrière elle-même. puis Marx et la liberté 1947. thème de sa thèse soutenue plus tard. Politzer écrit un article violent contre H. Hegel. Marx 1948. K. dans un grenier. Un autre ouvrage consacré à la méthodologie des mathématiques et des sciences (qui devait être le second volume du Traité de matérialisme dialectique). Pour connaître la pensée de K. Méthodologie des sciences. C’est la période où H. Lefebvre de rester au Parti. Il y trouve un appui : "Je pense que j’ai évité plus d’une fois une crise personnelle à cause du militantisme". H. À partir de ce travail. Ils n’impliquent pas en eux-mêmes. il s’intéressera à la sociologie rurale. Il écrit un Traité de logique. écrit-il. Lefebvre est donc resté au Parti durant la guerre : cela l’a conduit à être suspendu de ses fonctions d’enseignant par Vichy. Nizan lui subtilise sa correspondance pour la montrer en haut lieu… Ce climat n’empêche pas H. fut un livre maudit. Ce livre est mal accueilli dans le mouvement communiste. il explore les archives de la vallée de Campan. écrite entre 1933 et 1935 (en partie à New York).

H. ce dont ne voulaient pas entendre parler ni les philosophes russes ni les penseurs plus ou moins officiels du Parti français comme Roger Garaudy. il écrit une série d’ouvrages consacrés à de grands écrivains français (Descartes. réédité en 2000 (avec une préface de R. Lefebvre a attendu d’avoir plus de soixante ans. H. C’est ainsi que prend forme l’activité oppositionnelle de H. il publie encore un ouvrage méditatif et impliqué 149 . Il y a rupture violente 151 . pour se lancer dans l’aventure de l’enseignement universitaire. amorcée dès la fin de la guerre. il entre à Nanterre. rééditée en 1990. Lefebvre. comment le matérialisme dialectique puise dans ces œuvres les conditions de son émergence. Henri Lefebvre et l’aventure du siècle.). Lefebvre se bat contre l’idée d’une logique de classe. C’est l’époque des exclusions du Parti (Morin. comme un "Versaillais de la culture" se trouve entièrement réhabilité. Diderot. il produit quelques idées neuves. Jusqu’en 1958. Dagorno. mais qu’il faut voir comment les idées se forment. Depuis 1948. etc. Cette confrontation avec les situationnistes va stimuler sa grande productivité de l’époque. Paris. tout se précipite. sur Les fondements d’une sociologie de la quotidienneté. H. Après La somme et le reste. L’insurrection situationniste. écrit entre juin et octobre 1958 (dans un contexte politique très particulier. Lefebvre qui avait été dénoncé par les Situs dans les années 1960. dans lequel il fait le bilan de sa vie philosophique et de son aventure dans le Parti (nous y reviendrons). sa réputation de militant communiste. Dans les années 1947-1955. 101 . Musset. Cette année-là. lui en avait interdit l’accès. Le Parti ne les retient pas. À partir de 1965. avec lequel il s’est lié d’amitié.sein du Parti qu’un plus un égale deux est aussi vrai ou aussi faux à Moscou qu’à Paris… "Les relations d’inclusion ou d’exclusion ne sont pas fausses ici et vrai là-bas. Pour lui. Cette amitié ne dure pas. Le volume 2. cit. Il veut montrer que l’on ne peut pas rejeter ces auteurs comme des penseurs "bourgeois". Sa critique de la vie quotidienne. op. Une nouvelle version de L’introduction à la critique de la vie quotidienne est rééditée en 1958. dans la très belle collection Dito). Cette thèse de sociologie rurale porte sur La vallée de Campan (parue au PUF. Dans Voies nouvelles. il travaille au CNRS. H. livre essentiel (780 pages). p. est reprise." H. 2000. date de la mort de Staline. Dans ce livre. Ensuite. malgré l’aspect déjà monumental de son œuvre. il s’autorise alors une entière autonomie de pensée. Pyrénées. Il choisit de partir et de prendre du large. Lefebvre est suspendu en 1958. Il devient professeur à Strasbourg. de l’informatique et de la cybernétique. 214 et suivantes. Lefebvre qui se renforcera à partir de 1953. Laurent Chollet. voir R. à partir de recherches menées pendant la guerre lorsqu’il se cachait dans les Pyrénées. Lefebvre écrit des articles préconisant l’introduction dans le marxisme des développements modernes de la logique. quelques mots d’ordre simplistes suffisent. Sur les Pyrénées. reformulée. Aucune conclusion pratique n’est tirée de la publication de l’essai de Staline sur la linguistique. Rabelais) pour construire le mouvement de la pensée de libération de l’homme. qui feront leur chemin vingt années plus tard (notamment l’idée de la nécessité de définir un programme avant la prise de pouvoir). puisque ses œuvres complètes sont inscrites comme "publications du mouvement". 151 Sur le contexte de cette rupture. Il écrit la version définitive de sa thèse. il va se lancer dans la rédaction d’ouvrages importants. Lefebvre entre dans l’Université. paraît en 1961. Pascal. Cela explique peut-être pourquoi il est entré dans cette nouvelle expérience avec tant 149 150 H. Lourau). H. Hess. Il participe à la définition de la base théorique de ce qui va devenir l’Internationale situationniste 150 de Guy Debord. Les révélations du rapport Khrouchtchev vont bien plus loin que ce que ne pouvaient imaginer les oppositionnels. En tant que philosophe. en France).

Maïté Clavel… L’attitude de H. H. des conditions concrètes de la société existante que développe H. Lefebvre n’en reste pas là. Rapidement. Au-delà du structuralisme (1971) regroupe tous les articles écrits dans la période antérieure contre Althusser. les intuitions et les concepts qu’ils tentaient de formuler. dans laquelle vivent les pays développés. Lefebvre lors du surgissement des évènements de Mai.de fougue. H. Espace et politique (1973) et surtout La production de l’espace (1974). Rarement un professeur d’Université aura eu autant d’influence sur les étudiants qu’Henri Lefebvre. historien nanterrois. Tout en s’affrontant aux partisans du scientisme. Jean Baudrillard. A l’occasion d’un jury de thèse à Lyon (janvier 2001). H. qui feront 1968. R. H. Lefebvre : “ J’en ai marre de faire Paris-Strasbourg en train. du positivisme. La fin de l’histoire renoue avec la lecture de Nietzsche. Voir Ulrich Müller-Schöll. ce qui n’était pas fréquent avant Mai 1968. Lefebvre laisse ses assistants développer leurs propres recherches. Tant à Strasbourg qu’à Nanterre. académicien. il élabore le soubassement théorique du mouvement de contestation. au niveau du mouvement social. son influence sur les étudiants va être extraordinaire. Lefebvre n’avait pas fait de vague. Lefebvre comme un théoricien proche des auteurs de l’École de Francfort. Pour Marx et Lire le capital sont parus en 1965. Ce dernier livre aura et a toujours une influence considérable en Allemagne 152 . Nietzsche. Après Hegel. Ce livre ne paraîtra qu’en 1965. aussi. H. Plusieurs ouvrages sur l’espace et la ville : Le droit à la ville (1968). Lefebvre laissait accroire qu’elles existaient. Il fait apparaître H. 153 152 102 . Il continue à travailler. Je connais tous les arbres du parcours. en poste à Strasbourg. H. Lefebvre se lance dans une synthèse sur la question de l’État : De l’État aura quatre tomes. L. L’argument lancé par H. La pensée marxiste et la ville (1972). du structuralisme. qui lui permettent de préciser sa théorie du politique. Ce livre tend à indiquer la voie qu’il faut suivre si l’on veut échapper à la standardisation généralisée qui menace la "société bureaucratique de consommation dirigée". la femme d’Henri Raymond qui était mon étudiante a voulu organiser un repas entre nous. Henri Lefebvre refuse tout système. le monde de l’argent. L. pour participer à un colloque à Sciences Politiques sur les intellectuels français. mais l’homme me déplaisait totalement. Simultanément. C’est ainsi qu’aux enseignements de H. Il rédige aussi Introduction à la modernité (1962) et Métaphilosophie (1965). René Lourau et Henri Raymond. soufflant sur le feu en 1967-68 à Nanterre. Lefebvre se surajoutent ceux d’Eugène Enriquez. Marx ou le royaume des ombres. Il publie un très grand nombre de livres entre 1968 et 1980. Au lieu d’être clair. après la sortie de La somme et le reste. Althusser et sa théorie de la "coupure épistémologique" chez Marx seront l’occasion de nouvelles confrontations. du profit. a revu H. de la vie quotidienne. j’ai partagé un repas avec René Raymond. L. Le premier contact entre H. Das System und der Rest. le capitalisme de la marchandise. Lefebvre. où l’assistant était le répétiteur des idées du professeur. On parlait de “ listes noires ” sur lesquelles des étudiants auraient été inscrits pour leurs activités subversives et qui “ n’existaient pas ”. lorsque celui-ci. c’est celle du philosophe qui voit se réaliser socialement. H. ” René Raymond avait invité H. "Pour dépasser les tensions. C’est l’époque de l’émergence d’Althusser à l’École normale supérieure. ” Mais René Raymond évoque surtout l’attitude subversive de H. Le manifeste différentialiste (1970) élabore la notion de différence. auquel j’ai posé quelques questions à propos de H. 1999. Ensuite R. Mais cela s’est très mal passé". Ces livres seront lus par certains des étudiants. Lefebvre entreprend La proclamation de la commune. de la sexualité. Lefebvre attaque le monde bourgeois. depuis de très nombreuses années. Lefebvre : “ J’ai apprécié l’œuvre. “ Il refusait d’assumer toute responsabilité ”. la majorité des étudiants adhère à l’analyse contestatrice du vécu. Lefebvre. qui va se former dans le département de sociologie de Nanterre qu’il dirige. Du Rural à l’urbain (1970). Il les encourage à enseigner leur propre pensée. est venu à Paris X pour poser sa candidature sur un poste de professeur de sociologie. et moi datait de 1959 ou 1960. On lui donne la paternité des évènements de Mai 153 .

de les dépasser vers un au-delà accessible seulement au surhomme. Il lui semble que la clé de la philosophie. Prométhée ! Image terrible. Il y explore le moment de l’œuvre. Delacampagne). Marx. H. celles qui permettent d’explorer le possible. La présence et l’absence déploie le moment philosophique. Il n’enseigne plus à Nanterre.Entre-temps. C’est dans le tragique qu’il faut chercher. Lefebvre conclut que la représentation est un fait social et psychique dont on ne peut se passer. Nietzsche proposait de rejeter à la fois philosophie et représentation. C’est un instrument d’exploration du réel. Lefebvre n’a pas clos son œuvre. peut-on philosopher ? H. Lefebvre l’inscrit aussi dans la Présence et l’absence (1980). Lefebvre prend en compte la pensée de K. nous avons besoin aujourd’hui. et dépasser les représentations illusoires (celles qui fascinent les hommes mais bloquent l’évolution de la société). Dans quel sens évolue la pensée de H. À côté de Musil. Il a relu Musil. Mais Prométhée lui-même peut mourir ! H. Ce livre qui. soit à chercher de ce côté. La pensée n’est pas un jeu fermé sur soi. Lefebvre ne pense pas que l’on puisse tirer quelques choses des mythes. Lefebvre répond à la question par l’exemple. Marx. Lefebvre. Ce livre s’inscrit aussi dans cette veine philosophique. Qu’est-ce que la représentation ? Un intermédiaire entre l’être et le non-être : toute la question est de savoir si la connaissance peut – ou ne peut pas – dépasser cet intermédiaire pour atteindre l’être véritable. Lefebvre voit la solution davantage du côté de Prométhée que du côté de Dionysos. mais il voyage beaucoup. Ce cheminement. les tragiques grecs. Lefebvre s’est imposé comme philosophe et comme sociologue. c’est celle de la philosophie. Zeus perdra le pouvoir. plus que jamais. K. mais qu’il faut savoir choisir. Auteur de dizaines et de dizaines d’ouvrages. la clé du monde. Mais pas si loin qu’on ne le croit. est une sorte de bilan de l’œuvre philosophique de H. Il relit les tragiques grecs. Marx. Dans La présence et l’absence. Pour lui. Celleci est restée ouverte. Il faut choisir les représentations fécondes. mais aussi celle de Spinoza ou celle de Joachim de Flore. Cette démarche peut sembler très loin du marxisme. Il fait des conférences dans le monde entier. Lefebvre a lu Shakespeare. C’est de là qu’on peut tirer une philosophie. Lefebvre renoue pourtant avec l’idée qui a guidé sa première lecture de l’auteur du Capital : Marx est aux antipodes du stalinisme. Évidemment. prodigieuse. À partir de 1978. Lefebvre évalue encore une fois le marxisme. Après K. qui paraît en même temps qu’Une pensée devenue monde. il revient plus systématiquement à la philosophie. H. René Thom 103 . H. lui. la question qui est posée. Il énonce sa philosophie en tenant compte de la technique mais en la dépassant. H. L’intérêt de l’ouvrage. Attaché au rocher par le pouvoir et par la force. Le héros de Musil parle en philosophe. H. il porte en lui que la libération viendra de la mort des dieux. Lefebvre à la fin de sa vie ? C’est difficile à dire. appelait le philosophe à sortir de la représentation. Marx ne dit-il pas lui-même qu’il a incarné Prométhée ? Ces thèmes seront repris dans Qu’est-ce que penser ?(1985). Faut-il abandonner Marx ? se demande H. inachevée. Il lit beaucoup. cette évaluation critique est difficile. Il écrit chaque matin. H. il porte en lui des ferments anti-étatiques dont. La tragédie ressuscite le héros tragique qui réapparaît et revit sa mort. H. qui est toujours illusoire. H. mais surtout mû par une pensée frémissante "tendue vers des possibles jamais réalisés. Il nous donne une théorie philosophique de la représentation. tandis que F. H. Kant ne le croyait pas . c’est de rappeler une fois encore que la philosophie ne peut se laisser enfermer dans aucun dogmatisme. d’une certaine manière. Après avoir esquissé une histoire du concept de représentation. H. Lefebvre se trouve davantage dans la tragédie que dans le drame. E. Lefebvre est revenu à l’œuvre d’art. Lefebvre a pris sa retraite. car dans la tragédie. L’homme sans qualité est le roman de la dissolution du monde moderne. livre dans lequel H. C’est un livre étonnant. il y a victoire sur le temps et la mort. reposant sur une culture énorme. ouverte à tous les horizons de la modernité" (C.

Lefebvre. Lefebvre a apporté. Entre 1962 et 1973. où il mourut en 1991. H. d’accepter leur monde (leur cosmos). Comment philosopher après K. peu importe le statut épistémologique du concept. Vécu et conçu s’enrichissent mutuellement. H. H. Une équipe 104 . mouvement étudiant…) qu’H. n'a pas étonné ceux qui l'ont connu comme le théoricien de la révolution comme fête. Lefebvre a été efficace. ses possibilités. à Paris. H. Ce que la métaphilosophie de H. incapable de porter une utopie et de mener la critique du quotidien. C’est en cela qu’ils sont très distincts des concepts philosophiques classiques qui restent pris dans leur armature. "mondial" et "aliénation" sont des concepts qui entrent en relation mais ne font pas système. trop souvent générateur d’ennui. il a fait passer 96 thèses. Lefebvre n’a jamais séparé le vécu et le conçu : l’un et l’autre s’entremêlent. Il est mort en juin 1991. pesant. Peu auparavant. épuise ses virtualités. Mais H. Le succès du concept. Pour H. Lefebvre et le conçu est ce qui caractérise son apport à la philosophie. écrivain). H.(théorie des catastrophes). Ce chiffre exceptionnel s'explique par le fait qu'il était très bien entouré. chez les femmes… Trajet foudroyant du concept qui le rend obsolescent. Marx remet en cause la philosophie. Il quitta alors le centre de Paris. Henri Lefebvre a vécu longtemps au 30 de la rue Rambuteau. Lefebvre a formé de nombreux professeurs d'université. Cette idée est déjà présente dans L’existentialisme. dans leur structure. Son commentaire politique de cet événement ("à l'est. dans le vécu. Il constate que la tragédie grecque a permis aux Grecs de vivre. Lefebvre. qu’elle leur a permis de s’accepter. surréalisme. Sa théorie de l’aliénation par exemple s’est imposée chez les jeunes. c’est une suite de concepts qui ne font pas système. Nietzsche l’a pressenti. période de sa vie où il a exercé le métier d'universitaire. on pourrait dire que c’est autour de la notion d’aventure. Lefebvre a développé son activité de philosophe (penseur. Pédagogue de talent. Lefebvre propose donc un horizon : la métaphilosophie. théoricien. Lefebvre le découvre… La chute du mur de Berlin a été un choc pour H. on peut dire que le travail de H. Ce qui importe. situationnisme. que celle-ci peut s’organiser. il s’était exprimé pour faire le bilan du communisme. chez les colonisés. Lefebvre a vu tomber le mur de Berlin. La tragédie porte donc en elle une affirmation. c’est son trajet dans la pratique. de levain. dans la maison familiale. Il est enterré au cimetière de Navarrenx. Le philosophe en produit alors un autre. dans leur architectonique philosophique. marxisme. La banque qui le possédait lui proposa de racheter cet appartement. la confrontation est une nouvelle aventure. avec les mouvements d’avant-garde (groupe des philosophes. Lefebvre refusa. le communisme était lourd. C’est sur cet événement historique qu’il a médité à la fin de sa vie. dans un très bel appartement dont il n'était pas propriétaire. Le contact avec l’œuvre de K. Lefebvre comme philosophe marxien. Ils proviennent de la pratique et ils y reviennent : "espace social". Marx ? H. Leur rôle a été se servir de ferment. Lefebvre pense que la théorie de l’aliénation traverse Le capital. mais aussi personnelle. "quotidien". pour se retirer à Navarrenx. Lefebvre. C’est dans le contexte de la confrontation intellectuelle. Il a restitué la véritable pensée de Marx autour de deux fils conducteurs : la théorie de l’aliénation et la critique de l’État. De ce point de vue. "différence ". la souffrance et la mort sont niées. que la notion de travail aliénant – aliéné conduit à l’idée que le capital s’autonomise par rapport à la pratique comme toutes les puissances aliénantes – aliénées. Il faut souligner l’importance de H. Cette dialectique permanente entre le vécu (intense) de H. À chaque fois. image ou métaphore. Dans la tragédie. "mystification". S’il fallait définir en un mot le mouvement de l’œuvre de H. ennuyeux"). mouvement d’opposition dans le Parti communiste. Ils ont fécondé la société contemporaine et se sont dissous en elle.

pp. Lefebvre. Elle se contredit . 155 Un extrait de cet ouvrage est paru : H. Lefebvre utilise déjà le concept de moment. Fragments de la philosophie de la conscience". 156 H.". Je pense encore que ce manuscrit (long. les luttes à l'échelle planétaire.. la pensée magique. groupes de recherche. diffus. une première partie contient une attaque contre les mysticismes passés. Lefebvre. 105 . c'est-à-dire s'absorber en eux . arrête la recherche en réalisant "des forces.. il continue à avoir une réelle influence. 5-6. 241 et sv. dans le chapitre sur Le normal et l'anormal. 1924. Il ne pouvait pas comprendre les germes contenus dans ce texte de ce qui devait s’appeler plus tard: L’existentialisme. Lefebvre. était en relation avec moi pour envisager la publication de cet ouvrage." La somme et le reste. Il entretient des relations avec tous les groupes qui agissaient (partis politiques. de manifester de la rancune à l’égard de ce philosophe. il est inédit). Dans La somme et le reste. Dans l’article de 1925 156 . confus) n’était pas inintéressant. mais aussi mouvements de libération.nombreuse le secondait dans tous les domaines de son activité (recherche. La note poursuit : " Manuscrit complet remis en 1925 au plus célèbre des professeurs de philosophie en Sorbonne. Après sa retraite. sans y attacher la moindre importance. Lefebvre renvoie ici aux "Fragments" parus dans Philosophies (1924-1925) et L’esprit (1926-1927). mars 1925. et à suivre. celle qui ne pose pas l'absolu "par une transposition d'éléments humains". pp. J’ai eu le tort. Henri Lefebvre écrit : "Je ne voulais pas faire appel à mes essais antérieurs. elle croit alors s'être soumis le monde. p. p." La première théorie (idéaliste) des moments Dans un article écrit en septembre 1924. dans lequel se trouve déjà cette notion de moment. des aperçus risqués sur la conscience transcendantale. mouvement des femmes. – "L'absolu ne s'exprimera. et il lui faut se "livrer. Ses voyages le conduisirent à se confronter au mondial. 479-482. depuis. 299.". On retrouve dès ce premier texte une influence nietzschéenne. La discussion lancée dans le Nietzsche. "Positions d'attaque et de défense du nouveau mysticisme"... mais publié en 1925. Michel Trebietsch. concernant le fini et l’infini avait donc des prémices. Il venait de terminer un ouvrage (que j'ai eu entre les mains . Philosophies. et qui contenait en vrac la théorie des moments.. décédé en 2004. 157 Philosophies. que j’avais envisagée un moment de transformer en thèse. H. avant sa lecture de Hegel. des plans irréels ou surréels . et bien d’autres choses encore 154 . attaque fondée sur la distinction entre deux formes de pensée : l'une. sur le plan politique. des idées. à une longue esquisse d’une "philosophie de la conscience". écriture. qui le reçut avec courtoisie et me le rendit de même. La pensée magique transpose en absolus des moments de la conscience. Chapitre 6 De philosophie de la conscience à l'expérience de l'exclusion La théorie des moments existe chez H. voilà pourquoi le mystique veut s'abolir . 154 H. etc). sur La philosophie de la conscience 155 . "Positions d'attaque et de défense du nouveau mysticisme". 471 et sv. Cette première partie se termine sur l'annonce d'un humanisme fondé sur la seule forme de pensée valable.. "Critique de la qualité et de l'être. s'abandonner à des signes humains crus magiques. c'est pour se posséder qu'il cherche à disparaître. des substances. n° 5/6. voulant posséder elle ne peut éluder l'aventure. enseignement. comme un magicien croit dompter des génies. théologiques et métaphysiques. n° 4. pédagogie). Philosophies. chercheur lefebvrien. que par la loi suivant laquelle le vouloir authentique s'exalte et s'aventure 157 ".

mais en même temps montre le risque idéaliste qu’il y a derrière le fait d’isoler. 2001. que la pensée idéaliste a tendance d’autonomiser le moment. 2001. Paul Nizan. l'espoir de découvrir le Secret. à la différence d'une pensée (d'une idée). La somme et le reste. il signale sa théorie dans plusieurs de ses ouvrages. Pourtant. L'humanisme doit accepter la vie dans sa totalité. nous ne voudrons plus trouver le secret de l'univers en un moment privilégié de tristesse ou d'abjection. La douleur. l'humanisme marxiste proteste une fois de plus. nous serons aussi délivrés du cauchemar . H. Il reprend cette idée dans le chapitre sur Kierkegaard : "On pourrait croire qu'il s'agit de déterminer – en faisant appel s'il le faut à l'histoire. 160 H. 2° éd. Abandonnons le rêve. en un moment privilégié de révélation enivrée ou d'extase. C’est lors de son exclusion du Parti. Sa critique "marxiste" des "nouveaux existentialistes" (Sartre et les autres) est l'occasion de revisiter le concept de moment. pour l'autre. elle traverse tous ses travaux.. Pierre Morhange. douleur. mais en régression sur elle – vers la magie 160 ". férocité. La théorie des moments n’est pas explicitée. Méridiens-Klincsieck. Il vivait déjà selon des moments bien construits 158 .. Ainsi. Lefebvre craint que sa théorie ne soit pas conforme à ce qu’on attendait d’un théoricien du Parti communiste 159 . Lefebvre exprime cette idée. Lefebvre utilise constamment. y fait référence. publiée. Norbert Guterman. Kierkegaard affirme l'irréductibilité absolue de l'expérience individuelle. 3° édition.. p. p. avec le "monde". en tant que telle. directes. Merleau-Ponty et les autres existentialistes. 71. vertige. à propos de l’existentialisme. ces moments ont un caractère immédiat . Ce groupe de 1924-28 regroupait Georges Politzer. 389 et suivantes. à la pensée. Anthropos.Critique de la théorie des moments : une manière d'en parler Vingt ans plus tard. H. qu’il la publie expressément. en 1946. Entre 1945 et 1959. des "moments" de la vie . justement pour en faire des absolus. 159 Il se pose la question dans La somme et le reste. les "conditions d'existence" d'une vie humaine totalement épanouie. Henri Lefebvre. en 1959." Et il poursuit : "Affirmer que l'angoisse nous dévoile ou nous révèle le "monde". Paris. auparavant. Le dogmatisme aurait servi de censure. Elle n’est pas disponible. ainsi que L'existentialisme. C'est continuer la métaphysique. à la connaissance objective. d’autonomiser des moments. la tristesse sont d'incontestables réalités. mais très prudemment. dans le chapitre sur "la scolastique moderne et le déclin de la philosophie" . et quelques autres. 158 106 . l'angoisse. dans L’existentialisme. il montre que la philosophie "moderne" a tout essayé : mélancolie. Il oppose les deux expériences. au nom de son effort pour saisir la totalité. joie et douleur. il a la subtilité de critiquer ce rapport au moment qu'il trouve chez Sartre. le porter à l'absolu en le considérant comme une révélation. mais sur le plan de l'immédiat et non sur le plan de la pensée (des idées). L’existentialisme (1946). Il craignait qu'on lui reproche son "idéalisme". ils s'insèrent dans nos relations immédiates. H. Isoler un de ces moments. voire même ennui et sentiment de l’absurde : "Ici. et l’existentialisme. angoisse. Lefebvre. sa référence aux moments. Lefebvre. Dans plusieurs ouvrages. fascination. L’existentialisme Dans L’existentialisme. 2° éd. inquiétude. c'est bel et bien retourner à une "pensée magique". premier chapitre (pp. Puisque H.. Alors nous pourrons accepter la vie ("l'existence") dans sa totalité. Lefebvre établit un lien entre son expérience dans le groupe des philosophes. du fait de sa dimension "idéaliste". de l'existence H. 1989. Il n'en est rien. Paris. 1 à 38). c'est accomplir l'opération de la pensée métaphysique. sans conférer à un moment quelconque un caractère exceptionnel.

d'un stade. Cette vérité relative. mais avant lui dans le vertige spéculatif de tout philosophe. Paris. assez modeste. dans la vie du microcosme individuel : le stade esthétique et érotique – le stade éthique – le stade religieux. En fait. doit être remis en perspective avec le tout. des ancêtres. H. et libre comme tel. et qu’il reçoit sous la forme travestie d’une révélation. s’affirme comme conscience et centre de pensée – et réel. Lefebvre montre que le Cogito cartésien est bien un moment de la pensée. Et plus loin : "Il (Kierkegaard) distingue plusieurs "stades". paru en 1947. mais il se rattachera 161 162 L’existentialisme. Pour le critique dialecticien. p. non quelle se réso1vent . L’apport de Descartes.. on le retrouve dans un passage sur la phénoménologie de Sartre : "Tout n'est pas faux. Mais là encore. explique-t-il. mais ne se reconnaît pas encore. 164 H.individuelle. obligent à en sortir . le lecteur d'aujourd'hui est bien obligé de sentir la proximité qu’il y a entre les moments dégagés par l’existentialisme. L’existentialisme. la pratique sociale. ce n'est pas tant la "description" par M. que rejette H. p. c’est un acquis important. une base. Comment passe-t-on de l'un à l'autre ? Par une sorte de mouvement dialectique. loin de là. 1947. ces descriptions se situent à un degré inférieur de la vérité. alors qu’il est un moment. Non. Ce sont les contradictions qui. Chacun doit descendre dans les profondeurs strictement “ privées ” de sa conscience et comprendre la valeur infinie de certaines découvertes. Ce que conteste la critique dialectique. 2° éd. en tant que telle. Ces contradictions obligent à sortir d'une sphère. Sartre du vertige. à chaque stade. pour passer sur un autre plan qui "transcende" le premier 162 ". 104. Descartes. Moment capital dans l’histoire concrète de l’individualité 164 ". Avant Descartes. même lorsqu’on le dégage. et l'effort de conceptualisation de H. d’un don venu d’en haut (de ses parents. au contraire ! pas de solution pour la "dialectique" existentielle. que chacun doit chercher son secret et le sens tragique de son existence. dans son Descartes. p. éd. Lefebvre lui-même. c’est-à-dire un infini. mais vécu. 2° éd. le moment tel que le décrit la phénoménologie. 89.. des justifications. se transforme en une très grande erreur. il refuse la prétention de Descartes d’en faire un absolu. C'est au cœur de l'individu isolé. p. des dieux). C'est ainsi qu'il croit poser concrètement. La théorie lefebvrienne des moments sera effectivement mieux articulée. Ainsi. dès que l'on prétend résoudre par l'immédiat les questions suprêmes. de certains moments absolus et d'ailleurs uniques 161 ". y compris la science. Lefebvre montre cependant que cette acquisition ne s’opère qu’au prix d’un double et illusoire illusion. et mettre au premier plan le problème de l'humain. était déjà inscrit dans l’œuvre de Nietzsche. Il conclut son raisonnement : "Non seulement il se prendra pour le point de départ et le commencement absolu. de la fascination. dans le domaine de l'immédiat. du sadisme. que les stades chez Kierkegaard. au-delà de la critique de Kierkegaard. plusieurs moments. non conceptuel et spéculatif. mais il lui semble que le moment.. des autorités. 2° éd. Lefebvre dans la forme qu’elle prend alors. l'action 163 ". dans les descriptions phénoménologiques. Lefebvre. La conscience humaine de l’individu naît. H. la connaissance. délaissés ou dépréciés par le vieux rationalisme . 127. Faire du moment un absolu. qui supposent précisément la totalité de l'expérience humaine. 107 . comme tout idéalisme. la pensée ou connaissance sont des produits sociaux que l’individu accueille dès son enfance. C'est surtout la place de ces descriptions dans l'ensemble des vérités. Cette dialectique d’alors entre la critique et l’intérêt d’une théorie à redéployer. Lefebvre ne rejette pas. cette école de philosophes a. Comme la psychanalyse. en tant que singularisation anthropologique du sujet. la phénoménologie a attiré l'attention sur certains "moments" de l'existence peu connus. 163 L’existentialisme. 182. H. en soi et pour soi. d’hier et d’aujourd’hui. celui de la foi. c’est de poser l’individu pensant qui se pose et s’affirme : "Il prend toute la pensée en charge. Pourtant.

D'accord. Lefebvre ne se réduit pas à une seule appartenance. il voit un moment important de sa vie (sur le plan temporel et anthropologique) se dissoudre. 167 Henri Lefebvre.. Dans Groupe. Sur les 777 pages de cet ouvrage. De ce point de vue. 167 Je vais me contenter de citer quelques passages de ce chapitre . ce chapitre vise à condenser des aperçus jusqu'ici dispersés. "Je me suis beaucoup prêté. 165 165 166 Descartes. Lefebvre nous dit en quelque sorte : "Entre 1928 et 1958. Chapitre VII. lorsque je préparais mon livre sur lui. C'est mon appartenance à la philosophie (comme moment autonome) qui m'a permis de survivre au dogmatisme stalinien. H. 2006). mais cette fermeture du moment lui ouvre de nouvelles possibilités. de renaître. la théorie des moments est présente dans un tiers des chapitres. Lefebvre entre l’idéalisme et la tendance à construire les moments comme absolu ! La somme et le reste. 129. Pourquoi ? L'idée qui sous-tend le livre est la suivante. Anthropos. où Lénine 166 nous propose un modèle de militant totalement réduit à son appartenance au Parti . au même moment. Il y avait un qui pro quo. organisation. Je crois que ce thème constituerait un livre en soi. Elle est constamment présente dans l'ouvrage.fatalement à une substance métaphysique. j'ai été communiste. parce qu'il donne à lire une théorie des moments. H. H. p. p. Quatre chapitres s'y réfèrent explicitement : -trois dans la troisième partie (la vie philosophique) : "Moments". éternelle : la Pensée en soi "… Il y a donc un lien établi par H. V° partie (L'inventaire). où le chapitre VII s'intitule "théorie des moments". pour montrer la rupture avec le moment de la phase dogmatique. mais ce n'est pas le cas. les principes léninistes de Que faire ? (1902). une affirmation positive Avec La somme et le reste. Lefebvre. (et ce ne fut pas de son fait). Pour H. "Encore sur les moments : l'amour. Parce que j'étais marxiste. malgré cette tendance du Parti à aplatir ses membres à une seule appartenance. Paris. G. se redéploient les moments … Je ne reprends pas ici le détail de la théorie des moments définie dans La somme et le reste. la théorie des moments s'affirme positivement. ou sous forme implicite. Lefebvre est resté "plusieurs". le jeu". ou sous forme spécifique et dégagée. 108 . a-t-il pu me dire. immobile. dans l'entreprise capitaliste. S'il n'avait eu qu'une appartenance. qui trouve son illustration dans la biographie personnelle et collective du philosophe qui la produit. "Le moment philosophique". Ce qui l'a sauvé : l'appartenance au Parti se trouvant fermée. H. Son moment du politique ou du marxisme prend une autonomie par rapport au dogmatisme. Lapassade montre que cette conception organisationnelle de Lénine ne diffère en rien de celle de Taylor. institution. durant toute cette période d'épreuve dogmatique. 637 et suivantes. le rêve. le philosophe militant refusait (et quelques autres avec lui). pour nous aujourd'hui. durant un an. La théorie des moments est le levier qui permet au philosophe exclu de rebondir. Lefebvre aurait certainement été détruit par son exclusion." La somme et le reste est donc un livre passionnant. Ainsi. -un dans la cinquième partie (L'inventaire). mais stalinien. je suis toujours resté philosophe. Ce qui m'a permis de survivre. je ne me suis jamais donné". (5° éd. car le Parti communiste n'était pas marxiste. La somme et le reste. le rencontrant alors chaque semaine. c'est que.

Cette réalité n'est pas seulement sensible. La somme et le reste.. Le chant. Pour lui. Dans la suite de ce chapitre. les expriment donc autrement. La "modernité". S. et c'est pourquoi la parole vivante exprime.L. suggère. avec l'indication de la page. ont du sens. au lieu de simplement signifier 171 ". et r. cit.. H.L.L. la redondance est aussi considérable . et r. toujours franche et vive. p. Elle déborde les schémas d'équilibre. "elle vient d'un être et présente cet être". de le dominer. Les expressions : "jeux de lumière". mais elle se découvre par contraste avec les modèles autrement complexe. Mais.Chapitre 7 : La somme et le reste Dans le chapitre "Moments" de La somme et le reste. Mais. 234. Le jeu de la nature n'a pas de sens si on l'applique à un objet. dans le même mouvement.. et r. "Il n'y a pas deux langues équivalentes. Les impressions sensibles ont donc la richesse inutile de la parole. "La profusion dans la nature renouvelle sans cesse l'étonnement". S. La parole déborde de phénomènes inutiles pour la signification précise. la lumière répandues à travers l'espace et le temps. p. par laquelle la réalité matérielle nous signifierait ce qui se formule rigoureusement en lois. Ils ne se maintiennent. p. il voyait les germes de ces moments dans la nature 169 . La signification (l'algèbre des signes) est le désert de l'essentiel. Dans la parole. 637. Le jeu de la nature Ce qui surprend toujours Lefebvre. 170 H. la chaleur. 638. La figure du soleil. mais lointaine par rapport à la présence du réel objectif. La réalité les "réduit perpétuellement à leur statut d'abstraction scientifique nécessaire. Ils éclatent. dès sa première théorie (1924). 109 . les frondaisons pendant l'été. H. dans la nature. l'inutile réagit contre lui. S. "jeux de reflets".. 171 H. "jeux d'eaux". Il montre d'abord que la réalité dément sans cesse les schémas d'équilibre. "La poussée des feuillages au printemps.. La parole ne peut se réduire à une algèbre . 169 H. de le connaître.. théoriquement et pratiquement. dans le chapitre VII. c'est-à-dire plus complexe que les modèles et d'une autre façon 170 ". Lefebvre part de la nature. équivaut à un cauchemar absurde. Le sensible ressemble davantage à la parole humaine qu'à la langue. 635. Ce n'est pas la seule image de l'exubérance. p. c'est sa profusion. le langage de la science. et encore davantage la post-modernité. de la cinquième partie de La somme et le reste.. et r. la musique. 172 H.. l'épaisseur des feuilles mortes pendant l'automne suggèrent aussi fortement l'abondance 172 ".L. mais aussi véritablement que les formulations mathématiques et les schémas abstraits. représente l'énergie. Il a déjà montré que. Lefebvre. Le monde rationalisé. c'est à cet endroit que se construit l'humain. en fonctions mathématiques. et r. où tout serait significatif. évoque. Elle manifeste leur distance.L. les impressions sensibles n’ont rien d'une langue naturelle. ce qui signifie colorée. vont vers un tel monde. S. op. aussi précises l'une que l'autre pour dire les mêmes choses : le langage des phénomènes.. L'expression 168 H. les notes renvoient à La somme et le reste sous la forme : H.. que par un effort incessant pour les protéger. Lefebvre a déjà défini les moments comme modalités de la présence 168 . à une chose séparée. S.. comme forme et structure. les modèles de stabilité qui fournissent des formes ou des structures formelles capables de cerner un objet. 638. mythique et symbolique. C'est de cette idée qu'il part pour nous offrir une première synthèse de sa pensée. p. En effet.

Elles se distinguent dans le temps et l'espace : dans les activités. 641.L. violences et apaisements. puissance du négatif. de ce luxe naturel. dans un état d'indifférence réciproque. p."jeu" rend bien "l'inutilité et la beauté des reflets et des scintillements de la lumière à la surface des éléments.. du soleil ou de la terre sur la mer. et les vagues de la mer ne sont qu’ondulations. semble soumis au hasard. La vie joue avec elle-même un jeu mortel L'analyse. p.L. 640. 639. S. la loi la plus générale. dans nos œuvres. la faim. Il contient une aliénation qui se révèle à une réflexion plus profonde. tantôt avec une effroyable ironie 179 ". 639. Les “ corps ” s'isolent et s’affirment. 177 H.. c'est celle d'une prodigalité insensée. S. en nous. ce qui vivifie est aussi ce qui tue . 641. S. et r. S. Lefebvre remarque que "l'animal supérieur (un fauve.. l'expansion démesurée de la vie qui ne trouve qu'en elle-même ses propres limites. Nous la re-créons de façon intime et secrète. S. Tout est déterminé. Lefebvre veut souligner "l'absence de séparation entre la nature et l'homme (social) même quand le social croit se séparer de la nature 176 ". La prolixe et généreuse mère se révèle tout à coup muette. Tout. "La vie se nourrit de soi.. Les modalités élémentaires incombent à des tissus et organes différents. Par rapport à l'ordre humain. Les aspects se proclament chacun pour soi : cette bille n'est que corpuscule.. Les vivants sont des proies les uns des autres. Lefebvre retrouve la surabondance. S. l'amour et la reproduction. les consume et règne sur des déserts. H.L. les éléments tombent les uns hors des autres. Et nous avons besoin de ces inutilités. terne. Aux tumultes et aux tempêtes cosmiques qui les brassent. 639. le jeu.. la lutte. 178 H. de ce jeu illimité. La nature est le plus grand des spectacles.L.L.. que nous dominerions sans que le règne de la volonté et du savoir se traduise en sécheresse". La terre qui n’est que terre soustrait ses cavernes à la lumière et aux feux du soleil. sépare le lié. Dans les profondeurs originaires de la nature. exubérance sensorielle retrouvée 174 ".L. et r. et r. y compris chaque espèce et le maintien de telle espèce. de ces spectacles offerts. autour de nous. Aucun mot que le jeu ne désigne cet illimité qui se manifeste justement aux limites incertaines et pourtant précises de la nature. 110 . La réflexion pourchasse dans leurs repaires ces ordres indépendants qui engendreraient le plus grand désordre .. par exemple) sait se reposer. le soleil inondant d'énergies cosmiques les espaces les brûle. "Nous aspirons à la re-naissance. L'inutile disparaît.L.. p. parfaite et sublime inutilité. 176 H.. les modalités élémentaires de la vie se différencient en même temps que les organismes. S.. de l'aube ou du crépuscule 173 ".. elle relie le séparé : "Sans cesse.. Mais l’ordre humain n’a rien d'absolu. et r. 179 H. Dans la hiérarchie des êtres vivants. Dans la nature végétale et animale. et se dévore 178 ". "Dans la nature. "dans la musique. H. Le feu dévore en même temps qu'il féconde 175 ". répondent d'inexplicables stagnations. et r. avare. rien qui ne soit fonctionnel. le repos se mêlent inextricablement. Cette vue de la nature que nous propose H. p. H. La nature offre des contrastes : tempêtes et calmes. dans la nature sensible. "Dans la vie biologique. et r. Il y a dans la vie (végétale et animale) une sorte d'immense gratuité. p. Et cependant. elle les fait rentrer dans la danse 177 ". et r. guetter sa proie . la nature est désordre.. il a ses saisons d'amour 173 174 H. partir en chasse. qui tantôt peut s'identifier avec la bonté de la nature. p. p. 639. utile. indispensable. 175 H.

H.. de les unir : "Dans l'homme socio-individuel. Il ne dort jamais que d'un œil. la lutte. 111 . entre l'animal et l'homme.L..L. S. l'homme peut se reconnaître et s'attribuer les possibilités. et la manière de passer de l'un à l'autre. dans la nature animale comme dans la nature matérielle... la raison à l'œuvre dans la civilisation tend à constituer des moments. Son œuvre rencontre beaucoup d'obstacles. 185 H. p. le jeu se 180 181 H. et r. Lefebvre n'a jamais voulu jouer à aucun jeu. 642. 343-353. S.. En s'affinant. p. Ainsi. 186 H.. 642. 187 H. Mais. En effet. p. le moment du rêve 186 . la nourriture. 184 H. et r. il aurait tout perdu. p. l'amour et la reproduction. 182 H.. et r. que du côté de la répartition sociale des biens et des objets. La présentation de moments À ce moment de sa synthèse. Signalons que dans les chapitres antérieurs de La somme et le reste. le moment du repos. il a déjà présenté le moment philosophique 184 . H. et r. S. car s'il avait joué. Lefebvre l'a déjà abordé dans le chapitre "Encore sur les moments" 187 . Cette raison tend. Ce qui diffère du tout au tout. le moment de l'amour 185 . le moment de la justice et le moment de la poésie. Les chats ne distinguent pas totalement la poursuite de la proie.L. qui ne se soumettent pas à l'ordre que tend à imposer cette raison 183 ". La différence. il a sa tanière . Le moment du jeu L'analyse de ce moment est une reprise.L.. il n'y a que l'esquisse de l'analyse qui suit.. c'est la répartition des moments.L. comme dans l'enfance individuelle et dans l'animalité. préférant faire l'analyse précise du chapitre de synthèse. S. 353. l'amour. les discernables se confondent. 641.. il a donc une série de fonctions réparties avec une sorte de raison intuitive. et r. S. "Ainsi. Dans l'enfance des sociétés.. une raison vivante et ordonnatrice tend à distinguer ce qui restait mêlé.. et r. S. les plus hautes civilisations créent des jeux qui ne sont que des jeux..L. "Jamais la crainte ou l'inquiétude devant le danger possible ne le quitte complètement 181 ". Chez l'homme On retrouve dans l'homme les éléments ou attributions élémentaires observés dans les origines de la vie et de la nature matérielle : la lutte. On y apprend cependant que H. S.. dans lesquels l'individuel ne se sépare pas du social. S. et r. le repos. l'animal supérieur continue à mêler les fonctions.L. Mais j'y renvoie le lecteur. leur distinction.L.. 337-343. ni même la volupté de la douleur et de la crainte. p. p. aussi bien du côté de la vie immédiate et spontanée qui rétablit brusquement ses exigences.. 641. le jeu. ou inversement se séparent et tombent les uns en dehors des autres 182 ". Dans cette page. leur discernement. et r. dans la vie animale (disons par exemple : le repos et la lutte) et aussi à relier ce qui restait séparé (disons : la grâce et la puissance). 239-250. H. c'est qu’elles sont différenciées 180 ". une hiérarchie entre les moments. 183 H. Il introduit des illustrations en présentant le moment du jeu.. Lefebvre va s'appuyer sur plusieurs "études de cas"... p. Mais en plus. Ces fonctions sont celles de la vie la plus primitive. p. Je ne développe pas ces moments ici.

discernait mal de l'action, du travail, de la lutte ; il y a confusion, mélange. L'enfant joue quand il travaille : il travaille en jouant. H. Lefebvre montre que les ethnographes écrivent des sociétés où le jeu prélude à la lutte, où la danse confond les figures de l'amour et de la guerre avec le jeu, etc. "Dans une civilisation avancée, le jeu constitue un moment. Il ne s'isole pas. Les figures de la guerre ou de l'amour s'y intègrent, mais subordonnées aux règles qui font le jeu spécifique. Ainsi les échecs correspondent à une bataille rangée entre les armées royales, mais les combinaisons se définissent rigoureusement sur le terrain de jeu. Ainsi les cartes comprennent les figures de l'amour, mais subordonnées à des règles de nécessité et de hasard. Ces jeux spécifiques ne naissent pas brusquement, produits par une volonté abstraite de jouer 188 ". Dans l'abstrait, la volonté de jouer ne crée que des jeux sans profondeur, sans réalité des petits jeux de société. Les vrais jeux gardent quelque chose de leur participation initiale à la totalité. "Le déplacement vers les jeux des objets magiques s'accompagne évidemment de métamorphoses radicales, telles qu'une formalisation très particulière : la règle du jeu 189 ". Le jeu définit ses catégories : la règle, le partenaire, l'enjeu, le risque et le pari, la chance, l'adresse, la stratégie. "La sphère de ces catégories, les frontières du jeu, ne s'établissent pas de façon absolue. Aucun gardien n'ordonne : "Ici cesse le jeu, ici commence le sérieux". Les frontières des moments dépendent des moments et des hommes. Tout peut se jouer et devenir jeu. L'amour peut se jouer et se présenter comme jeu (mais alors ce n'est pas, ce n'est plus ou ce n'est pas encore l’amour) 190 ". Au théâtre, l’acteur joue, l'auteur dramatique se fait jouer. Mais comme l'acteur a un métier, on ne définira pas l'art ou le spectacle dramatique comme jeux. "La vie sociale peut se feindre, se mimer : se jouer 191 ". La frivolité l'emporte alors sur les intérêts réels qui rendent la vie sociale intéressante. Avec ses catégories propres, le jeu révèle une modalité de la présence : "Mon partenaire apparaît jouant, en tant que joueur ; et bien que je puisse retrouver dans le jeu les qualités ou défauts que je lui connais par ailleurs, il peut s'y montrer extrêmement différent de ce qu'il est par ailleurs. Enfin, parce qu'il a ses catégories propres, le jeu présente un monde". On s'engage jusqu’à s’y laisser prendre : "Parce que le jeu est un moment, il tend un piège. Je deviens un joueur. Il présente quelque chose : un gouffre, un vertige possible. Il y a un absolu dans le moment du jeu ; et cet absolu, comme chaque réalité ou moment porté à l'absolu, représente une aliénation spécifique 192 ". Le moment du jeu est donc une substantialité sans substance (au sens ontologique). Cette substantialité se manifeste par l'existence d'un absolu au sein du relatif. Dans toute substantialité, est posée une tautologie : le jeu, c'est le jeu. H. Lefebvre remarque que "cette proposition identique en apparence, et vide comme l'identité logique ne se réduit absolument pas à un pléonasme. Dans sa première partie, le jeu se présente comme activité spécifique ; dans la deuxième partie, c'est le jeu, se condensent les catégories de cette activité spécifique, qui doivent ensuite s'expliciter ; de sorte que l'identité se déploie indéfiniment en une nonidentité qui dit ce qu’est le jeu : ce que sont les jeux". Ainsi, le jeu relève de la formalisation, mais il ne s'y réduit pas. "Il est bien plutôt gouffre et vertige, fascination, plaisir infernal : aliénation. L’activité élémentaire, née dans les profondeurs obscures de la nature, a pris cette forme transparente pour retrouver les profondeurs obscures 193 ".
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H.L., S. et r., p. 643. H.L., S. et r., p. 643. 190 H.L., S. et r., p. 643. 191 H.L., S. et r., p. 643. 192 H.L., S. et r., p. 644. 193 H.L., S. et r., p. 644.

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Le moment du repos Qu'est-ce que le repos ? Les termes de décontraction ou de détente confondent idéologie, mythe, besoin. "Les techniques du repos existent depuis que la civilisation existe mais assez mal dégagées et utilisées. On s'aperçoit seulement aujourd'hui qu’une science du repos, ménageant les conditions objectives et subjectives de ce moment, doit se constituer. Il n'est pas facile de se reposer pour l'être humain, qui a pour essence l'activité. Il ne suffit pas de s'étendre pour se décontracter, de fermer les yeux et de boucher ses oreilles pour atteindre l'apaisement ou la paix. L’absence du mouvement, ce n’est pas encore la décontraction méthodique, car elle laisse dans des tensions résiduelles et mal proportionnées la plupart des muscles du corps 194 ". Ainsi, notre société constitue le moment du repos. "Elle l'institue par le moyen d'éléments divers, matériels ou non : techniques du corps, lieux de repos, couleurs ou sons apaisants, etc 195 "… Le monde moderne constitue un moment du repos qui ne se rétrécit pas à la relaxation. La re-création prend des formes multiples dans et par le loisir qui s'ébauchent socialement. Le sociologue se donne ces formes pour objet. Le moment de la justice Le moment de la justice et du jugement ne se forme pas dans la nature. Ce moment est invention de l'homme civilisé. La pensée ontologique le projeta en l'être absolu, en voyant en Dieu, le juge suprême. Aujourd'hui, la vie entière relève de la justice et du jugement ; pourtant, le jugement n'est qu'un moment. Longtemps, on a extrapolé la justice dans l'éternité. On concevait le jugement suprême et dernier. Cette image qui grandissait la figure du juge aux proportions de l'univers, s'estompe. H. Lefebvre a rêvé d'écrire un roman pour raviver cette image, qui se serait intitulé : Le jugement dernier : "Un jour, un jour quelconque, à une heure ou à une minute quelconques, le jugement dernier commence ; et les gens ne le savent pas ; ils n'ont pas entendu la trompette des anges. Mais lentement, lentement, ils commencent à revoir leurs souvenirs abolis ; les actes et les événements qu'ils ont oubliés remontent avec mauvais goût à leur conscience et à leurs lèvres ; ils commencent à transparaître les uns pour les autres, sous leurs paroles, sous leurs dissimulations et leurs masques ; ils récupèrent leur passé, pendant que leurs secrets et leurs hontes se révèlent, les lapsus devenant plus nombreux, puis les aveux. Lentement, lentement. Le jugement dernier a le temps devant lui. Lorsque le juge va survenir, les hommes se sont déjà jugés les uns les autres, dans leur vie de chaque jour, maris et femmes, enfants et parents et amis, nus, déjà damnés ou déjà sauvés. Le grand Juge n'a plus qu'à exécuter la suprême sentence 196 ". H. Lefebvre aurait aimé que ce roman se passe dans la famille d'un notable bien-pensant. Aujourd'hui, il n'y a plus de Juge suprême. Pourtant, les thèmes du Juge, du Procès, de la culpabilité obsèdent les consciences. "Le moment de la justice se définit lui aussi par une forme, par une procédure : convocation, comparution, témoignage et confrontation des témoignages, accusations, plaidoirie, délibération, application de la loi, sentence, exécution de la sentence. Tel ou tel moment partiel peut manquer, leur ordre s'intervertir, peu importe. Cette forme est à peu près la même au sein de la conscience individuelle et de la société 197 ".

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H.L., S. et r., p. 645. H.L., S. et r., p. 645. 196 H.L., S. et r., p. 645. 197 H.L., S. et r., p. 646.

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Le rituel de la justice se déroule avec la même gravité et le même ridicule, intérieur ou extérieur : "La justice a son appareil et son Temps. Dans les deux cas, faute d'un Juge absolu, le Juge est toujours en même temps juge et partie. La justice n'est pas de ce monde et il n'y a pas d'autre monde. La justice est une modalité (et n'est qu'une modalité) de la présence. Elle ne parvient ni à se justifier totalement, ni à s'imposer, ni à pleinement légitimer la sentence, ni à imposer pleinement l'exécution, sauf quand elle est injuste 198 ". H. Lefebvre montre que la justice est un absolu. Cet absolu nous donne le vertige : "Comme tout absolu, celui-ci appelle et il aliène. Il y a un absolu de la justice, aussi insaisissable que les autres, aussi prenant, aussi pressant ; pourtant, comme moment, la justice est nécessaire 199 ". H. Lefebvre montrer l'utilisation que Brecht a fait de cette forme dramatique du moment de la justice. Chez lui, le cérémonial devient spectacle. Il se subordonne les éléments de ce spectacle. Le moment dramatique est défini par la comparution, le dialogue est défini par le témoignage et la confrontation des témoins, et le dénouement est défini par la sentence. La figure centrale est le juge. "L'absence du juge, la fin de la grande image du jugement dernier a donné lieu à une grande forme dramatique. Elle correspond au désespoir qui ne croit plus au juge et le recrée dans une fiction. Si la vie sociale offre des éléments et de grandes formes ébauchées, il n’en faut pas moins un penseur ou un artiste pour s'en saisir et les formuler dans une conjoncture définie 200 ". Ce moment de la justice tient à cœur à H. Lefebvre qui le développera dans La critique de la vie quotidienne 201 . Dans ce texte, il insiste sur la proclamation du rituel, du cérémonial, c'est-à-dire d'une forme qui devient formalisme. "Celui qui juge, c'est-à-dire qui veut juger, convoque les actes et les évènements, ceux de sa propre vie et ceux de la vie d'autrui (dans laquelle il s'introduit indûment). Sa conscience se solennise, revêt robe rouge et bonnet carré. L'acte incriminé avance devant l'auditoire des passions et des autres actes accomplis, témoins plus ou moins compromis dans l'affaire litigieuse. Celui qui juge fait comparaître par devers lui, en tant que juge investi par lui-même (indûment, car il est juge et partie) de ce pouvoir 202 ". Le juge instruit le procès. Il recherche les circonstances et les motivations des actes (et généralement s'y perd). Il procède à l'audition de divers témoins. Puis, il se prononce. Il fait exécuter le jugement… H. Lefebvre souligne la coïncidence du cérémonial intérieur, celui de la conscience vertueuse, et du formalisme le plus extérieur, celui de la justice comme institution. Le problème "vertu ou institution" serait donc un faux problème, surmonté par la théorie des moments : "La théorie permet de comprendre comment et pourquoi la justice, dès que conçue, devient un absolu. Celui qui aime et qui veut la justice - le Juste - ne veut plus qu'elle, et juge tout selon la justice. Et cependant, il n'arrive jamais à la définir, encore moins à la réaliser. Il détermine la justice par le juste, et le juste par la justice. Il tombe ainsi dans une aliénation spécifique, celle de la conscience morale qui se veut absolue 203 ". Ainsi, la justice comme but de l'action suppose une action qui va bien au-delà de ce but et s'inspire d'autres motifs. La Justice ne peut se réaliser ni même s'approcher par ses propres forces. Sa réalisation implique sa suppression et son dépassement… Mais revenons à La somme et le reste. H. Lefebvre propose d'inscrire la poésie, dans la liste des moments. Le moment de la poésie

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H.L., S. et r., p. 646. H.L., S. et r., p. 646. 200 H.L., S. et r., p. 646. 201 H. L., Critique de la vie quotidienne, tome 2, p. 353-55. 202 H. L., CVQ2, p. 354. 203 H. L., CVQ2, p. 354.

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Ce moment s'installe dans le langage. "Un objet, un être, un aspect fugitif reçoivent ainsi le privilège d’une charge intolérable, incroyable, inexplicable de présence. Un sourire ou une larme, une maison, un arbre, devient un monde. Ils le sont véritablement, pour un moment qui dure, et qui, se fixant en parole se retrouvera et se répètera presque à volonté dans le devenir. Un sourire, un nuage s'éternisent ainsi 204 ". Le poète suscite une émotion spécifique. Elle ne se définit que par une tautologie : la poésie, c'est la poésie. On peut expliciter cette tautologie indéfiniment. Le moment poétique a sa procédure : chant et sens, surcharge émotionnelle de l'objet, signifiant la sensibilité entière du poète. H. Lefebvre pointe le malentendu fréquent entre le poète lyrique et l'esprit de sérieux. Pour un romantique, "la chute d'une feuille a autant d'importance que la chute d'un État. C'est Amiel, je crois, qui a écrit cette phrase à propos de la poésie romantique allemande. Nous pouvons imaginer un tel poète écrivant un fort beau poème, très pur, sur la chute d'une feuille, en déclarant qu'elle a pour lui une importance capitale, plus d'importance qu'une guerre mondiale ou qu’une révolution 205 ". Le moment de la poésie n'existe que parce qu'il s'impose au poète et à celui qui l'écoute. Chanter son amour, le sourire ou le baiser de la bien-aimée, oblige le poète à y montrer un monde. Sinon, il risque d'entendre celui qui l'écoute lui dire que ce qu'il évoque n'est pas réel, que sa "poésie" n'est qu'une plaisanterie ! Et effectivement, nous pouvons nous questionner sur la chute d'une feuille ! sur l'importance du sourire ou du baiser d'une femme ! " Pour l'esprit de sérieux et de lourdeur, les instants et les moments se valent ; on les passe au crible de l'utilité, au critère politique. L'ennuyeux, c'est évidemment la pédanterie qui en découle. Lorsque l'esprit de sérieux prend entièrement au sérieux le poète et s'écrie : “ Mais non, voyons, tu es frivole, le socialisme interdit que l'on donne autant d'importance à un baiser, que l'on cherche à émouvoir les gens par la chute d'une feuille... ”, et lorsque cet esprit de sérieux envisage l'abus de pouvoir, alors la situation devient délicate". Dans ce cas, H. Lefebvre veut alors restituer les droits du moment de poésie et les pouvoirs de la légèreté comme moment. "Le poète ne ment pas ; il ne trompe pas. Il dévoile une présence, en transférant sur elle le pouvoir, venu d'une totalité qui la dépasse et le dépasse : le langage. Il use d'un sortilège. Mais est-ce qu'on brûle encore les sorciers et sorcières, au XXe siècle ? 206 " Peut-on dénombrer les moments ? Pour H. Lefebvre, les moments sont en nombre limité : jeu, amour, travail, repos, lutte, connaissance, poésie... La liste n'est pas close, mais le nombre des moments ne peut pas être indéfini, car les moments sont justement ce que l'on peut définir. L'énumération n'est cependant jamais exhaustive, puisqu'il est toujours possible de découvrir ou de constituer un nouveau moment, du moins en principe, dans la vie individuelle. Certes, en prenant de la consistance, la théorie devrait énoncer un critère pour déterminer ce qu'est le moment et ce qu'il n'est pas. Mais la théorie n'a pas à assumer la tache d'une énumération exhaustive. Caractères généraux des moments Un moment définit une forme et se définit par une forme. "Partout où s'emploie le terme moment, dans un sens plus ou moins précis, il désigne une certaine constance au cours du déroulement du temps, un élément commun à un ensemble d'instants, d'événements, de
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H.L., S. et r., p. 646-47. H.L., S. et r., p. 647. 206 H.L., S. et r., p. 647-48.

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conjonctures et de mouvements dialectiques (ainsi dans moment historique ou dans moment négatif, moment de la réflexion). Il tend donc à désigner un élément structural que la pensée ne doit séparer du conjoncturel qu'avec précautions. Le mot désigne clairement une forme, mais cette forme a dans chaque cas une spécificité. Qu'est-ce que la forme du jeu ? L’ensemble de règles et de conventions (catégories du jeu). Qu'est-ce que la forme de la justice ? Un rituel extérieur ou intérieur, un cérémonial qui règle la succession des événements, le lien, la convocation ou citation des accusés et témoins, la comparution, etc… Quelle est la forme de l'amour ? Une étiquette qui prescrit la manière et le style, la progression de la cour (déclaration, aveu) aux gestes de la possession et de la volupté. Cette étiquette exclut la brutalité, et inclut en principe le plaisir partagé comme but de l'amour. Elle fixe avec une exigence nécessaire laissant place aux contingences et à l'imprévu le rôle du baiser, de la conversation, de l'audace, du respect, de la discrétion, de la pudeur, de l'impudeur, de l'abandon, de la reprise, etc 207 ". Forme et contenu H. Lefebvre regrette que le terme “ forme ” soit, sous "sa fausse précision", l'un des plus confus de notre vocabulaire. Il ose dire que toute civilisation est créatrice de formes. "Elle diffère en ceci de la société (qui consiste en une structure économique, en un mode de production, en rapports de propriété, etc ...) et de la culture (qui consiste en connaissances, contenus appris, faits retenus, en œuvres admises)". H. Lefebvre veut relier ces trois termes sans les confondre ; il veut les distinguer sans les séparer. "La civilisation crée des formes dont il y aurait lieu de suivre la constitution dans l'histoire. Ainsi le formalisme des paroles et le rituel des gestes, courtoisie et politesse, comme modes de contact et de communication. Le chemin long et sinueux des sociétés archaïques aux civilisations (ou à la civilisation en général) permet la stylisation, des gestes naturels, leur organisation en un agencement de gestes significatifs. Les groupés sociaux partent de paroles et d'actes magiques, destinés à protéger un moment, à désarmer les inimitiés, à mettre ce moment sous le signe de l'accord ou de la poésie (formules qui deviennent ainsi rituel de la vie sociale dans la quotidienneté : salut, bénédiction, serrement de mains). Cela signifie que la théorie de la civilisation ne couvre pas l'ensemble de la réalité (de la praxis). Elle n'empiète ni sur l'étude de la société (de l'économie à l'idéologie) ni sur l'étude de la culture, encore qu'elle doive en tenir compte et ne puisse s'en séparer 208 ". Le rapport entre forme et contenu diffère ici du rapport entre contenu et forme dans la connaissance ou dans la praxis productrice. "La forme de civilisation permet l'introduction d'éléments matériels extrêmement différents ; elle règle leur ordre, leur succession, non leur matérialité 209 ". Ainsi la comparution exige la venue devant le tribunal de personnages quelconques. Le tribunal de la conscience fait comparaître événements, impressions, idées, décisions, sentiments lointains ou proches. La forme ne déforme pas le contenu. Elle lui laisse une certaine liberté. Cependant, elle lui assigne un rôle et une place dans l'ensemble. Les éléments matériels se prélèvent dans l'ensemble de la praxis. La praxis entière relève de la justice, elle est du ressort du jugement, bien que la justice et le jugement ne représentent qu'un moment. Ainsi, "la vie entière d'un individu peut se pénétrer de son amour et son amour peut devenir coextensif à la totalité de sa vie, bien que l'amour ne soit qu'une modalité de la présence 210 ". Rites et cérémoniaux sont élaborés et stylisés dans une civilisation déterminée, par des groupes sociaux déterminés, peuples, classes, dans une conjoncture historique. Ils ne laissent rien hors de leur stylisation : ni les objets usuels, ni les gestes, ni les œuvres d'art, encore que les rituels se forment dans la vie immédiate et dans les rapports directs quotidiens
207 208

H.L., S. et r., p. 648. H.L., S. et r., p. 649. 209 H.L., S. et r., p. 649. 210 H.L., S. et r., p. 649-650.

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: "Non rigoureuses, les formes décrites ici ne sont pas complètement stables ; elles oscillent entre l'extrême sérieux et l'extrême frivolité, entre la facticité conventionnelle et la nature presque spontanée. Malgré ces oscillations, elles existent d'une existence spécifique, et se confirment à travers les éléments circonstantiels 211 ". Moment et totalité Ainsi, chaque moment est une totalité partielle qui reflète ou réfracte la praxis globale. Chaque moment a une modalité de perception spécifique des autres. Il n'existe plus de frontière rigoureuse entre nature et société dans cette théorie des moments. "Les germes qui se développent en moments existent dans les profondeurs de la nature, non-animée ou animée. Cependant, ils y gisent ensevelis, enfouis, à la fois confondus et séparés. Les formes de civilisation prélèvent leurs éléments dans la nature, dans les instincts et besoins naturels. Elles insèrent le naturel dans les structures de la conscience civilisée. Ainsi, la civilisation reflète la nature, matérielle ou vivante ; mais le rapport qu'elle implique diffère radicalement d'un reflet passif. Elle arrache à la nature des éléments naturels pour les métamorphoser profondément en les insérant dans des formes : dans un ordre humain 212 ". Les instincts de la réalité vitale animale se reconnaissent dans leur forme humaine, mais transposés, transformés. La civilisation reprend le naturel. Mais, le processus comble la distance, pour reconstituer la totalité. Il n'y a pas de barrière entre nature et civilisation, mais un espace et un temps dans lequel se constituent les moments. " L'être se réfléchit dans l'homme social - dans la totalité - et non dans un acte privilégié de réflexion. La vie reflète la vie, et non point la pure pensée 213 ". Les moments (et leurs catégories) sont d'abord des réalités sociologiques. "Ainsi les catégories du jeu ne peuvent s'atteindre que sociologiquement. Seule la sociologie peut étudier la diffusion des jeux, les groupes qui s'adonnent à tel ou tel jeu, etc. De même pour l'amour, ou le repos, ou le connaître. Il y a là une sociologie des formes encore mal développée. Pourrait-on l'appeler sociologie structurale ? Le terme paraît scabreux. La sociologie étudie la formation des moments ; plus que les moments elle saisit les groupes qui les élaborent 214 ". Pour H. Lefebvre, les moments et leur théorie se situent au niveau de la philosophie. Mais on pourrait ajouter qu'ils ont une épaisseur historique. L'expression : sociologie structurale est donc bien inadéquate. La théorie des moments n'est concevable que dans une transduction entre le sociologique et l'individuel. Rien ne les sépare : "Les moments que l'individu peut vivre sont élaborés (formés ou formalisés) par l'ensemble de la société à laquelle il participe, ou par tel groupe social qui diffuse dans l'ensemble de la société son œuvre collective (tel rituel, telle forme de sentiments, etc.) 215 ". Ces réalités relèvent de la sociologie. Elles constituent des moments en tant que la nature et le naturel entrent dans les structures de la conscience sociale. "Cette immanence réciproque n'entraîne pas la confusion entre le psychologique et le collectif. Ils ne sont pas la même chose d'autant plus qu'il n'est pas question de choses. La conscience individuelle s'ouvre sur des moments qui font aussi partie de la conscience sociale 216 ". Des tensions demeurent. Elles sont toujours possibles. La conscience individuelle refuse parfois la forme sociale et historique d'un moment. Elle peut concevoir d'autres formes. Les propositions viennent du dehors. La conscience individuelle fait son choix. Elle modifie
211 212

H.L., S. et r., p. 650. H.L., S. et r., p. 650. 213 H.L., S. et r., p. 651. 214 H.L., S. et r., p. 651. 215 H.L., S. et r., p. 651. 216 H.L., S. et r., p. 651.

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les éléments matériels qui s’insèrent dans les formes. Elle adapte et remanie aussi les formes. L’unité de l'individuel et du social se construit dans ces tensions dialectiques, qui tendent vers le dépassement. "La civilisation se conçoit sous cet angle comme ce qui naît des conflits entre l'individuel et le social dans leur unité dialectique, et tend à résoudre le conflit en partant des éléments matériels et formels qui constituent les données du problème 217 ". Les moments, formes de communication Les modalités de la présence que constituent les moments présentent et rendent présentes dans une unité : la nature, les autres et soi. Le moment est une forme dans laquelle l'autre et moi-même nous présentons l'un à l'autre. Le jeu propose un mode d'être pour chaque partenaire. L'acte ne diffère pas de la communication. Une telle conception dépasse le pluralisme comme le totalitarisme : "Discernant une multiplicité de moments, la théorie relève d'un pluralisme ; d'autant qu’elle ne s'affirme ni exhaustive ni close. Elle tient compte d’une pluralité de modes de présence et d'activité ; mais chaque modalité de la présence se détermine elle-même comme totalité partielle ouverte et point de vue sur la totalité, immanent à cette totalité. L’idée du tout naturel et social ou plutôt ce tout lui-même considéré concrètement se manifeste et se saisit en une multiplicité d'attributs et de modes : le jeu, l'amour, la connaissance, la justice, le repos, etc. Aucun de ces modes ne reçoit un privilège métaphysique. En dépassant l'ontologisme, on dépasse les antinomies qui en dérivaient et notamment celles qui séparaient le tout des parties en érigeant le multiple contre le total ou inversement. La théorie des moments reprend ainsi avec une signification nouvelle la théorie de l'homme total 218 ". Conjoncture et structure Cette théorie dépasse l'opposition du conjoncturel et du structural. Elle laisse leur part à chacun de ces aspects du devenir. Elle dépasse encore l’opposition entre l’ontologie et l'axiologie. "Elle exclut l'ontologie, mais conçoit l'être comme réfléchi par la totalité humaine ou l'homme total. Elle exclut l'antinomie entre constater (ou découvrir) et créer ou poser". Pour être vécu, le moment doit être recréé : on le découvre, mais comme forme, de sorte que pour rendre sienne cette forme, on doit la réinventer en réinventant la disposition des éléments. En chaque occasion, on recrée, on réinvente à notre usage le jeu, et chaque fois de façon nouvelle. Dans cette théorie, la "découverte et la constatation, le fait et la valeur, la fréquence et la normativité cessent donc de s'exclure 219 ". Mémoire et son temps spécifique du moment La temporalité du moment consiste en sa répétition. "La répétition des moments oblige à affiner le concept de répétition. Il se libère de la psychologie ou de la métaphysique. Ce n’est plus une répétition de nature ontique ou ontologique ; et ce n'est pas davantage une répétition calquée sur des phénomènes de mémoire, poussés à la limite. La représentation d'une forme, chaque fois redécouverte et réinventée, déborde les concepts antérieurs de la répétition. Elle les enveloppe, d'ailleurs ; car il s'agit aussi de la reprise et de la réintégration à un niveau élevé - dans l'individuel et dans le social - des éléments du passé et du dépassé 220 ". En se confrontant au moment et la théorie des formes, le concept de répétition se reprend et s'affine. Ce concept de répétition, dans le contexte de la pensée psychologique ou
217 218

H.L., S. et r., p. 652. H.L., S. et r., p. 652. 219 H.L., S. et r., p. 653. 220 H.L., S. et r., p. 653.

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métaphysique, restait proche de la matérialité. Or, la répétition d'une forme diffère de la répétition matérielle. La stabilité, l’équilibre et la constance matérielles ne peuvent pas se confondre avec la répétition formelle. H. Lefebvre propose alors ici le projet d'une théorie générale des formes. Cette théorie distingue les différents emplois et les spécificités de la forme. Le moment tend vers l'absolu L'aliénation a aussi sa place dans la théorie des moments. "Chaque moment, modalité de la présence, offre à la pensée et au vivre un absolu. Le critère par l'absurde du moment pourrait même se déterminer ainsi. Le moment peut s'ériger en absolu ; ou plutôt : EST UN MOMENT CE QUI S'ERIGE EN ABSOLU 221 ". Le moment enveloppe et tend à se constituer en absolu. Tout moment va vers l'hypertrophie et l'hypostasie. Ainsi, il y a un absolu du jeu. "Cet absolu aliène et définit une aliénation spécifique. Jouer, c'est une activité normale ou normalisante ; le joueur est un aliéné. Il n'y a d'ailleurs pas, à l'intérieur du moment, séparation nette. L'aliéné s'enferme dans le moment : il s’y rend prisonnier ; en le poussant au paroxysme, il s'y perd ; il y égare sa conscience et son être 222 ". Il en est de même de l'amour et de l'aliénation amoureuse : rien ne peut les démarquer. Même si aucune frontière ne les sépare, le moment et l'aliénation ne peuvent être confondus. Dans le moment, il y forme de communication. Dans l'aliénation, on se confronte à l'isolement et à l'incommunicabilité. "La modalité de la présence se métamorphose en modalité de l'absence. Le mode d'être ou attribut de l'existence se transforme en néantisation. L'action se change en passion, et d'autant plus trouble que plus pure et plus proche de l'absolu. L'absolu se définit ainsi comme tentation permanente, à l'intérieur de chaque moment 223 ". La tentation de l'absolu est une possibilité présente dès la constitution du moment. A vouloir l'éviter, la liberté agissante se stabiliserait au niveau de la vie quotidienne. Celle-ci offre d'abord "le mélange des moments : leurs éléments matériels indispensables, très riches (naturels et sociaux) et même certains éléments formels, stylisés mais encore dépourvus de la structure la plus fine. Des tentatives de structuration se discernent et s'élaborent au niveau de la quotidienneté. Il y faut cependant quelque chose de plus : l'ordonnance 224 ". La quotidienneté est le terreau du moment. Elle lui est nécessaire, mais elle ne suffit pas. Les moments virtuels sont à la fois mêlés et séparés, dans le quotidien. Elle représente à son niveau certains caractères de la vie naturelle. L'émergence du moment se fait par une intervention du sujet : style, ordre, liberté, civilisation, et aussi, peut-être, philosophie. L'intervention sur la vie quotidienne consiste à répartir, les éléments et les instants du quotidien dans les moments, afin d'en intensifier le rendement vital. Extraits de la quotidienneté, les moments permettent une meilleure communication, une meilleure information. Ils permettent aussi de définir de nouveaux modes de jouissance de la vie naturelle et sociale. La théorie des moments ne se situe donc pas hors de la quotidienneté, mais s'articuler avec elle en s'unissant à sa critique pour y introduire ce qui manque à sa richesse. Penser ses moments permet alors de "dépasser au sein du quotidien, dans une forme nouvelle de jouissance particulière unie au total, les vieilles oppositions de la légèreté et de la lourdeur, du sérieux et de l'absence de sérieux 225 ".
221 222

H.L., S. et r., p. 653. H.L., S. et r., p. 654. 223 H.L., S. et r., p. 654. 224 H.L., S. et r., p. 654. 225 H.L., S. et r., p. 655.

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L. Cette théorie des moments respecte donc les sciences de la réalité humaine. Point de vue sur la totalité. menace aussi d'aliénation la liberté. la théorie des moments indique une certaine notion de la liberté.. C'est une forme de la philosophie de la présence. p. loin de les contester. et r. Elle n'empiète donc pas sur l'étude de la formation économique-sociale (l'analyse de la société considérée comme mode de production avec ses répercussions dans l'idéologie) ou la culture (le savoir comme fait social). H. se maintenir dans le chaos et l'informel. Lefebvre a conscience de faire l'esquisse d'une philosophie d'un type nouveau. La théorie propose une voie et une forme de la liberté (individuelle). 655. hésiter sans fin. La liberté s'affirme dans cette constitution des moments. S.. choix. ne pas choisir. Ainsi. "Si le choix absolu entraîne une mutilation. Elle se démêle de l'ambiguïté et du mélange. H. 655. 120 . sélections. elle leur laisse expressément leurs spécificités. En particulier. les considérants sur l'aliénation ne suppriment en rien la théorie du fétichisme et de la réification économique. et la confusion qui vient du mélange et de l'ambiguïté. Devenir sujet de ses moments. La théorie des moments n'est pas exhaustive. Elle doit utiliser les moyens et les médiations que lui offre la quotidienneté".. Elle prélève ici et là les éléments matériels auxquels la forme peut conférer un ordre supérieur. elle se réserve ses possibilités. Les considérants sur la liberté ne suppriment pas d'autres aspects de la liberté 227 ". donc une aliénation. dégagement et engagement relatifs 226 ". Celle-ci ne peut se rendre efficace en se voulant arbitraire. et r. p. est une lutte perpétuelle contre l'aliénation. "Elle prélève des éléments à d'autres niveaux. dans d'autres théories . sans pour autant s'engager à fond dans un moment . cette théorie se situe au niveau d'une théorie de la civilisation ou d'une théorie des formes. S.De l'aliénation à la liberté L'émancipation de l'aliénation doit se frayer un passage entre la tendance à faire du moment séparé un absolu. même si elle a un rapport plus étroit avec la sociologie qu'avec l'économie politique.L. 226 227 H..

Chapitre 8 : La critique de la vie quotidienne : "La théorie des moments surmonte l'opposition du sérieux (éthique) et du frivole (esthétique) comme celle du quotidien et de ce qui est noble. théorie des processus et enfin théorie des moments (Chapitre VI. p. sur ce thème. au désir qu'au repos". H. moment et langage. Restituant et réhabilitant le ludique dans son authenticité et son intensité. paru en 1947... Par opposition au Tome 1 qui se voulait la présentation d'une problématique. sont liés à des symboles et à des noyaux émotionnels. 139 Deux années après la parution de La somme et le reste. 121 . émotions ou attitudes. La théorie des moments de ce tome 2 de la Critique de la vie quotidienne est présentée en 6 paragraphes : typologie de la répétition. 229 H. tantôt discontinue 228 ". j'avais créé moi-même des inter-titres qui n'existent pas dans le chapitre Théorie des moments de La somme et le reste. de sa nature). Pas plus au jeu qu'au connaître ou à l'angoisse. il a souligné les différences entre plusieurs formes ou types de répétitions. moment et quotidienneté. H. Lefebvre. le Tome 2 se veut technique. L. Métaphilosophie. supérieur (culturel). analytique des moments. Il propose aussi 3 théories : théorie sémantique. de la nature en lui. aucune profondeur ontologique. Elle révèle la diversité des puissances de l'être humain total. "La répétition des situations (notamment dans les cas pathologiques) doit se distinguer de la répétition postulée par certains systèmes (Kierkegaard. p 340. p. tantôt continue. avec leur temporalité propre. élevé. dans ce tome 2 de la Critique de la vie quotidienne. Lefebvre donne des outils conceptuels (instruments formels. Il me semble intéressant de reprendre ici ces pages pour les comparer au travail conduit dans La somme et le reste. Lefebvre publie le second volume de sa Critique de la vie quotidienne. Lefebvre introduisait l'idée de moments. définition du moment. p. le 228 H. H. avec leur temporalité linéaire. p 340 et 357). Nietzsche) 229 ". Lefebvre pense que la répétition. Il réfléchissait le rythme de la vie paysanne (l'opposition entre le travail et la fête).Typologie de la répétition H. 340. H. Il poursuit : "La répétition des cycles et rythmes cycliques diffère de la répétition des gestes mécaniques : le premier type fait partie des processus non-cumulatifs. CVQ2. Lefebvre rappelle que dans les pages qui précédent ce chapitre. H. le second fait partie des processus cumulatifs. elle ne lui accorde aucun statut privilégié. Il ressent le besoin de donner une suite à un livre. irréductibles les uns aux autres. Alors que dans le chapitre précédent. les notes se référant à ce chapitre seront indiquées par H. L. eux. la constellation des moments (ce paragraphe se subdivisant lui-même en nombreuses sous-parties). pour éviter l'interprétation spéculative: de la Nature. 2° éd. CVQ2. Lefebvre montre alors que l'on ne peut pas assimiler la répétition des comportements stimulés par des signaux à la répétition des "états". dans le premier volume. H. puissances qui viennent à l'homme de son être et de "l'être" (disons.. 1. Déjà. Critique de la vie quotidienne tome 2 (Chapitre VI). Lefebvre. Dans la suite de ce chapitre. Lefebvre. je reprends ici les inter-titres proposés par H. qui. catégories spécifiques) pour analyser le quotidien.

le discours est lié à la praxis. L. 232 H. Ils se font entendre.. Lefebvre. dépérirait inévitablement et même aurait depuis longtemps disparu) ? 234 " Malgré le changement des situations. si souvent étudiée par les philosophes (le hic et nunc. un contenu émotionnel et affectif. empiriste et sceptique. qu'est-ce qui fait que je puisse être compris de l'autre. jamais complète. les répétitions des sons et des rythmes donnent un mouvement perpétuel et perpétuellement inventé 230 ". L'analyse doit également porter sur le rapport entre ce qui se répète et le nouveau qui jaillit du répétitif : "en musique. il évoque deux notions à opposer au moment : la situation et l'instant. Cette théorie également classique. elle suppose que le champ sémantique ne soit ni opaque et dur comme la pierre. Ce quelque chose est le moment lefebvrien. en bref de ne pas tenir un dialogue de sourds qui serait la somme de deux ou plusieurs soliloques (auquel cas le langage. de se dire ce qu'ils sentent ou ne sentent pas. une poussière informe.retour ou le recommencement du même phénomène doit être analysé de manière spécifique dans chaque cas. de s'entretenir. CVQ2.. CVQ2. 341. le mot amour n'a plus de sens. CVQ2.. Les termes psychologiques (états. le pur transitoire dans la perception et le vécu). 340. L. toutes les tensions et jusqu'aux conflits entre ces niveaux . Lefebvre considère le mot "amour" : "À quoi correspond-il ? Est-ce une entité supérieure qu'indique le mot et qui lui confère un sens général parce qu'elle se subordonne un ensemble de situations et d'états émotionnels ou affectifs ? Cette théorie classique. rarement réelle. Le discours a "un sens parce qu'il possède. etc. 2. malgré le changements des situations ? Où se situe cette rencontre entre l'émotion exprimée par l'un et l'émotion suscitée chez l'autre ? "Qu'est-ce qui permet à ceux qui s'aiment ou qui ne s'aiment pas. p. d'un côté. Dans ce paragraphe. Et cependant. C'est un niveau de l'expérience.. Le discours fonctionne d'une articulation subtile entre sa forme et sa structure. non seulement il n'y a que des amours. mais une multiplicité indéfinie. ne peut plus se soutenir. quelque chose demeure. L. "la répétition de l'instant. de se reconnaître. Lefebvre. de susciter des malentendus et de les éclaircir (jusqu'à un certain point). Les mots reviennent. Serait-il seulement la connotation abstraite d'une diversité d'états et de situations sans rapports concrets les uns avec les autres ? Dans ce cas. s'il n'y a pas unité des situations et des états dits amoureux. H. avec une forme logique (disjonctive). p. comportements. CVQ2. pour H.Moment et langage Le terme : moment correspond au sens (expression + signification = direction) et au contenu vécu d'un mot couramment employé. L. de sortir du sous-entendu ou du silence.. 233 H. et une souplesse. 234 H. ne peut s'assimiler à celle du moment". De plus. efficacement transmis 232 ". CVQ2. Pour H. La communication exige du mouvement et des constantes relatives. 341. car le moment suppose à la fois la re-connaissance d'autrui et 230 231 H. Quand j'emploie le mot amour. H.) sont insuffisants pour le caractériser. de se parler. platonicienne et rationaliste. 341-42. attitudes. "La communication présuppose tous les niveaux. parce qu'on leur associe des images et des symboles. p. émotions. et non pas quelques types d'amour. p. L. la pure immédiateté. p. ne peut plus se soutenir 231 ". ou qui croient s'aimer ou se haïr. 122 . 341. dépourvu de sens c'est-à-dire d'efficacité. ni fluctuant à la façon d'un brouillard 233 ".

tel quel. Aucune détermination proprement sociologique ou historique ne suffit à définir cette temporalité 235 ". Cette théorie aide à "discerner les possibilités et donner à l'être humain une constitution en constituant ses puissances. des moments.. désincarnées. etc. H. Lefebvre. Lefebvre pose que la théorie des moments est un effort pour rendre portée et valeur au langage.. Et cependant.. 342-43. il s'en distingue. CVQ2. 343. transparent n'a même pas la beauté d'un rêve. Pour H. une valeur. Ainsi. De plus. En tant qu'attributs divers ou puissances de l'être auraient une réalité égale à celle des consciences reliées. elle y vient et y revient. embaumé dans le souvenir. Cette posture ne part pas du Logos (discours et langage). Un langage parfait les laisseraient dans l'opacité. Elle s'oppose au bergsonisme et à "l'informe continuum psychologique que prônait la philosophie bergsonienne" 236 . La théorie des moments permet de revaloriser le discontinu. la communication n'est pas une communion de "consciences angéliques". structuré par des constances. en comprenant (en connaissant) certaines conditions de son plein exercice. p. Lefebvre rattacherait plus volontiers cette théorie à une interprétation de Leibniz. structurer la vie quotidienne.. L'idée d'un langage parfait où tout serait tout de suite clair. Ce n'était pas un instant quelconque. p. il y a reconnaissance de l'analogie et de la différence de l'expérience de chacun dans le temps vécu. L. Il existe des différences entre ceux qui se rencontrent. "Elle ne prend pas pour axe de référence le Logos. 236 235 123 . ni un simple instant éphémère et passager 239 ". 343. dans la vie vécue. En même temps. H. car ce type de communication supposerait une absence de profondeur. cette théorie aider à organiser. pour qui le lien substantiel (viniculum substantiale) des monades serait aussi une monade. Lefebvre renvoie ici au pamphlet philosophique de Georges Politzer. Chacun vit une modalité spécifique de la répétition. p. H. mouvant. H. le langage est complexe. ce qui implique à la fois une certaine durée. l'amour.. Lefebvre renvoie aux pages de La somme et le reste que nous avons étudiées. CVQ2. Lefebvre un sens assez particulier. par la solitude des consciences incapables de la communication 237 ".. 342. et cherche à définir une qualité ou propriété généralisable de certains mots d'usage courant. malgré le mélange des connaissances à des ignorances dans la situation originale qu'ils expérimente ensemble. la fin d'une parade philosophique. Elle le saisit dans le tissu même du vécu. 239 H. Ici. Dans la rencontre. Le terme de moment a donc chez H. 238 H. un regret et l'espoir de revivre ce moment ou de le conserver comme un laps de temps privilégié.de soi. L. qui précise l'usage courant du mot. On dit : Ce fut un bon moment. le temps vécu se retrouve à travers les épaisseurs et le chemin parcourus. Au contraire : elle tente de restituer dans sa puissance le langage. "Quelque chose" se rencontre à nouveau : "Illusion ou réalité. programmer... L. par les imageries audiovisuelles. Cette théorie ne postule pas la valeur ou la réalité substantielle du langage. "Dans le langage commun. de niveaux et de plans. 237 H. Le voyant ébranlé théoriquement par les attaques de quelques philosophes et poètes. par les jargons. Il est utile. L. p. La re-connaissance s'impose aux deux. CVQ2. H. Tel qu'il est. ne fût-ce qu'à l'état d'indications ou d'ébauches 238 ". Le bergsonisme. le mot moment se distingue peu du mot instant.. CVQ2. et pratiquement (socialement) par les signaux. La connaissance. sur la trame de continuité qu'il présuppose. il s'évanouit et se connaît. dans le chapitre précédent.

mais nouvelles étapes du devenir et nouvelles figures de la conscience 240 ".. La théorie des moments n'explore pas toutes les relations entre l'individuel et le social. Lefebvre inscrit ici l'amour. H. Ainsi dans l'enfance et l'adolescence. dans un sens hégélien. la théorie s'intéresse au moment en général. à savoir : la succession des instants. par un choix qui le constitue. de la reconnaissance portant sur certains rapports déterminables avec l'autre (ou l'autrui) et avec soi. p. les symboles enfin les stéréotypes affectifs 241 ". Je les énonce ici pour permettre au lecteur une vue d'ensemble : a. la conscience malheureuse. le repos. H. Lefebvre évoque le système hégélien.Le moment a son contenu. p. Ainsi. le moment dialectique "marque le tournant de la réalité et du concept : l'intervention capitale du négatif qui entraîne désaliénation mais aliénation nouvelle. Elle abstrait légitimement. Lefebvre conçoit le moment en fonction de l'histoire individuelle. pour dégager son objet. dépassement par négation de la négation. On reconnaît bien les thèmes explorés dans La somme et le reste.Le moment a sa mémoire. "Les germes des moments s'y pressent et s'y distinguent mal. et il s'y reconnaît. L'analyse y reconnaît. b.À ce moment de son exposé. e. 124 . 344. CVQ2. le jeu et l'amour. 344. les objets ou les œuvres. sont des moments de la dialectique de la conscience de soi. d. H. g. Mais. la connaissance. les gestes et les comportements. la conscience stoïcienne ou sceptique. L. Lefebvre part du constat que la vie naturelle et spontanée (animale ou humaine) n'offre qu'ambiguïté. dans lequel le terme : moment reçoit une promotion. C'est un mélange informe. etc. 3. le moment est "une forme supérieure de la répétition. Le quotidien est banal. mais porte sur la question de l'aliénation. les états stables qui réapparaissent après interruption ou intermittences. Ainsi. les autres formes de répétitions ne seraient donc que du matériau ou du matériel.Le moment a également sa forme f.Ce sous-paragraphe n'a pas de titre. par un choix qui le constitue. a. A l'égard de cette forme relativement privilégiée. Il rappelle que leur énumération ne peut pas se vouloir exhaustive. Parmi les moments. Lefebvre montre que Hegel a influencé le langage courant.Le moment a une certaine durée et une durée propre. CVQ2. c. L. à spécifier 240 241 H. on parle de moments historiques. La question qu'il se pose est de savoir ce qui peut décider d'inclure telle activité ou tel "état" parmi les moments. H.Tout moment devient un absolu. il faut une pédagogie sévère et un effort pour arriver à particulariser le travail. Cette histoire de l'individu ne se sépare pas d'ailleurs du social. les germes de tous les possibles. le jeu. le jeu et le travail. pourtant. etc. Il cherche à déterminer les indices ou critères du moment. Lefebvre rappelle que chez Hegel. L'emploi lefebvrien du terme est à fois plus humble et plus large que chez Hegel. en même temps.Le moment se discerne ou se détache à partir d'un mélange ou d'une confusion. car rien n'interdit l'invention de moments nouveaux. Comme dans La somme et le reste. le moment désigne les grandes figures de la conscience. et aux moments particuliers dans leur rapport au quotidien. H. La conscience du maître et celle de l'esclave dans leurs rapports. H.La constellation des moments Ce paragraphe va explorer plusieurs niveaux dans différentes sous-parties. L'histoire de l'individu est son œuvre. Ainsi.Le moment se discerne ou se détache à partir d'un mélange ou d'une confusion. de la reprise et de la réapparition. c'est-àdire d'une ambiguïté initiale.. c'est-àdire d'une ambiguïté initiale. H.

345. ce que les jeunes d'aujourd'hui nomme la "drague". les ramène au second plan et les relègue dans le méconnu ou le "méconscient"). Ces jeux précèdent l'amour.Le moment a une certaine durée et une durée propre. le moment de l'amour est à la fois l'amour que je porte à telle femme. Cette durée se définit comme involution. Le moment. de la société (et finalement de l'être humain) 244 ". d'un groupe.. La règle du jeu. H. 244 H. Chaque moment sort. le cérémonial de l'amour sont les formes que se donne le moment. 346. p. CVQ2. Le moment est une dialectique permanente entre une forme et un contenu : la forme est cet ordre que le moment impose au contenu. "Il y a aussi l'urgence du moment et les hasards circonstanciels 247 ". L'amour a sa gravité. L. 246 H. Le moment prélève son contenu dans ce qui entoure l'individu (circonstances. L. de comportements et de gestes qu'il groupe. Il se détache dans le continuum du temps psychique. d'aimer et d'être aimé. 247 H.. 345. 345. "Tant que le jeu et l'amour se distinguent mal. "L'originalité du moment vient en partie .l'ensemble d'attitudes. elle se les subordonne. CVQ2. conjoncture). le flirt. CVQ2. 345. L. L. En ce sens. p. inquiétante et souvent refusée) 243 ". à la manière de l'art. parfois jamais.en partie seulement .. Le moment a une histoire. de ce mélange équivoque. L'intensité du moment est paroxystique lorsque. se présente l'inéluctabilité de sa fin. en tant que modalité de la présence. CVQ2. b. CVQ2. Les analogies et différences de toutes ces expériences se condensent dans ce que H. d. Là encore se distinguent mal le badinage. Mais en même temps. ce n'est pas encore ou ce n'est plus l'amour. Il s'insère dans le tissu de la quotidienneté qu'il ne déchire pas mais tend à transformer (partiellement et momentanément. l'amour implique le projet de l'amour. un accomplissement et une fin. dans sa plénitude. il domine le jeu.Le moment a son contenu. La durée du moment n'est pas une évolution continue ni à du pur discontinu. C'est à l'intérieur de cette mémoire spécifique que se produit la reconnaissance du moment et de ses implications 245 ". Le moment cherche à durer. du quotidien. 242 243 H. Il commence par la tentative du moment (et par la tentation du moment. comme un dessin sur ce tissu) 246 ". comme dans le cas d'une révolution. pour se les incorporer. Temps et un espace sont à la fois objectifs (socialement réglés) et subjectifs (individuels et inter-individuels). L. Il n'émerge que tardivement. le défi. la suite de mes "passions amoureuses dans une histoire plus large. L. p. Ainsi ma mémoire amoureuse ne coïncidera pas avec celle de mon moment de la connaissance ou celle du jeu. S'il joue.. que ce travail soit matériel ou intellectuel 242 ". Lefebvre désigne du terme "moment". il ne peut pas durer trop longtemps. Lefebvre s'arrête alors sur le jeu amoureux. Figures et rites. celle d'une famille. H. C'est dans le quotidien que le moment puise les matériaux ou le matériel dont il a besoin. p. 345. 125 . Il choisit de constituer le moment. Chaque moment a sa mémoire tant chez l'individu. L'intensité du moment vient de cette contradiction interne. mais en même temps se dégage. e. p. 245 H.Le moment a sa mémoire. l'entretien enjoué. symbolisme créent une forme qui s'impose au temps et à l'espace.. mais c'est aussi la succession des amours que j'ai pu vivre. Le contenu des moments vient essentiellement de la vie quotidienne. "L'entrée dans le moment appelle une mémoire particularisée (elle n'exclut pas complètement les autres. p. c..Le moment a également sa forme. CVQ2. Le moment utilise ainsi ce qui passe à sa portée : le contingent et l'accidentel. La mémoire de chaque moment est spécifique. Le moment s'érige en instance et en nécessité tant qu'il dure. Par exemple. L'avant et l'après du moment peuvent être définis.du contenu circonstanciel. Le moment dure. que dans les groupes. a un commencement. L'amour se distingue difficilement de l'ambiguïté.

La perspective d'H. ni se vivre. Aliénant et aliéné. 250 H. Tôt ou tard. visé. l'idéologie. et librement célébrée. Lefebvre pense que cette contradiction entre trivialité et tragédie peut se surmonter. donc véritable fête. de l'homme théorique voué au pur connaître. De ce destin du moment. et même la règle de la possibilité. dans la prose du monde. CVQ2. choisi comme tel. naît du quotidien et y entre : tragique de la décision initiale et constitutive. avec le risque d'une inévitable destruction ou auto-destruction de cet état passionnel. et par ce repli sur un tout définitif que l'on veut suspendre. et qu'il ne dépend de chacun d'entre nous de la créer. 248 249 H. on admet les compromis. CVQ2. L. c'est la rupture avec les accomplissements imposés. CVQ2. L. du joueur. C'est l'idée qu'une fête individuelle. "Malheureusement les étoiles des possibles ne brillent que la nuit. Cette aliénation spécifique rentre dans un type général d'aliénation. La vie spirituelle propose des absolus distincts. de l'échec au cœur de l'accomplissement. Le moment propose donc l'impossible. naît sa dimension tragique.f. risque l'échec. Mais l'absolu ne peut ni se concevoir. Le quotidien occulte la constellation des moments qui monte à l'horizon. qui sont des tentatives de totalisation. du retour dans le quotidien pour recommencer 251 ". Personne n'est obligé de choisir. avec ses dimensions données. mais parfois proche du délire) de l'amant. librement. le moment devient lui-même aliénation. le jour quotidien se lève. CVQ2. 347. 347-48. p. Alors commence le mouvement dialectique : impossible-possible avec ses conséquences 249 ". H. L'amour se veut amour unique et total ! Si. La constellation des moments ne se prête à aucune astrologie : point d'horoscope pour la liberté 252 ".. On sait que le moment s'érige en absolu. c'est-à-dire avec l'impression d'une irrésistible nécessité intérieure. H.Le moment veut désaliéner l'individu de la trivialité du quotidien.. p. "Le lien du tragique avec le quotidien nous apparaît profond . le tragique se forme dans le quotidien. la vie spirituelle apparaît à H. Lefebvre comme une constellation. 347. Lefebvre n'est pas de supprimer les fêtes ou de les laisser tomber en désuétude. Ces voies vers l'accomplissement conduisent à l'échec. celle qui menace toute activité au cœur de son accomplissement 250 ". C'est la théorie des moments qui ouvre sur l'horizon du dépassement de cette contradiction. Il risque l'échec. Le moment est donc passion. S'ériger en absolu est pour le moment un critère de sa définition.. fête tragique. 347. etc. L. du travailleur acharné. L'homme. par son repli sur soi. Il s'aliène à un espace de configuration. 251 H. dès l'entrée en amour.. puisqu'il tend vers l'absolu. "Le moment c'est le possible-impossible. "Chacun choisit son étoile. Les moments s'opposent aux faux soleils qui éclairent la vie quotidienne : la morale. Le moment provoque une aliénation : "la folie (non pathologique. 253 H. C'est l'ordre. p. p. voulu.. L'hypothèse du moment. 347. Ces soleils empêchent l'individu de jouer des possibilités du quotidien. 348. se crée en avançant aussi loin que possible sur l'une de ces voies. "Celui qui veut la connaissance sacrifie à la connaissance ce qui n'est pas elle : tout devient pour lui objet à connaître et moyen de connaître l'objet qu'il a désigné 248 ". Celui qui change en monde sa passion.. p. g. est possible .Tout moment devient un absolu. 252 H. l'État. et les soleils (y compris le soleil noir de l'angoisse vide) remontent au zénith. l'amant ne mérite pas ce titre. L. tant que l'homme n'aura pas transformé ce jour et cette nuit 253 ". Mais. Il adopte ce symbole. s'il se veut homme. L. Les étoiles ne brilleront que la nuit. L'impossible dans le quotidien devient alors le possible. p. Ainsi. CVQ2. L. 126 . CVQ2. C'est d'unir la Fête à la vie quotidienne. le moment a une négativité spécifique...

Elle autorise d'autres théories ou d'autres perspectives. Lefebvre parlerait plus volontiers de puissances que d'essences. Dans la théorie des moments. H.. CVQ2. Surtout. Sa description porte sur la praxis et non sur la conscience comme telle. Chez lui. le travail. "La possibilité se donne . mais elle prolonge son effort. Mais elle refuse tout système et de toute tentative de systématisation. H. Sa détermination d'une structure de possibilités et de projets. à l'état 254 255 H. au quotidien. simultanément. car le but pratique de la théorie est "la transformation de ces puissances.Analytique des moments Chaque moment est discerné. H. 348. Le moment est né dans la vie quotidienne. la description du vécu pourrait se baptiser phénoménologique. un acte inaugural. etc. Lefebvre s'interroge pour savoir si cette définition est philosophique. 349. Toute réalisation comme totalité implique une action constitutive. totalités partielles vouées à l'échec. La théorie des moments utilise des concepts et catégories élaborés par la philosophie. la société et soi-même. Il ne veut jamais réduire la totalité de l'expérience. Cette théorie a un rapport avec l'existentialisme. Vouloir la vivre comme totalité. Elle ouvre une investigation plus large que la philosophie classique. L. dans le domaine des sciences sociales. Cette théorie des moments cherche une unité du Moment et du quotidien. car il restitue ce qui a pu être momentanément éliminé. distancié par rapport à un autre moment et par rapport à la quotidienneté. s'écarte d'un structuralisme qui prédéterminerait les actes. y compris l'anthropologie. qui surmonterait la contradiction trivialité-tragédie 255 ". bref de la Fête et de la vie ordinaire. elle se découvre . dégage un sens et le crée. celle des connaissances acquises ainsi que des instruments conceptuels de la connaissance à acquérir. qui ne serait pas un culturalisme (définition de l'homme hors de la nature et de la spontanéité par la culture). H. 5.4-. p. CVQ2. il s'épuise en se vivant. sans se réduire à un dogmatisme ou à une pure problématique.Définition du moment. de la poésie et de la prose du monde. Car celle-ci ne peut échapper à la règle qu'aucune connaissance. Il s'en nourrit. l'amour. Le quotidien découvre une possibilité : le jeu. Il y prend sa substance. Cette théorie n'est pas exclusive. La théorie des moments apporte sa contribution à une anthropologie. Cependant. Mais elle s'en distingue en se disant essentialiste. il s'agit toujours de possibles. situé. doit se soumettre à une double critique : celle de la réalité à surmonter. mais H. "Les moments pourraient se nommer aussi bien des essences que des attributs et modalités de l'être ou des expériences existentielles". c'est donc nécessairement l'épuiser en même temps que l'accomplir. L.. au rapport de l'homme individuel avec la nature. p. Le Moment se veut librement total . Lefebvre n'utilise qu'avec précaution la mise entre parenthèses des phénoménologues. Lefebvre nomme "moment" la tentative visant la réalisation totale d'une possibilité. et qui intégrerait la critique radicale de toutes les spécialisations. elle les applique à la praxis. elle est déterminée et par conséquent limitée et partielle. alors qu'elle apparaissait comme le réel solide et certain) 254 ". Il pose une structuration sur le fond incertain et transitoire de la quotidienneté (qu'il révèle ainsi : incertaine et transitoire. la relation du moment au quotidien ne se détermine pas par la seule extériorité. en quelque chose d'imprévisiblement neuf et véritablement total. Cet acte. Elle se veut programme. 127 . puisqu'elle décrit et analyse les formes de l'existence. Elle envisage l'expérience critique et totalisante.

est clos par décision constitutive. mais prise en charge au sein du vivre. celle qui fonde le moment.. C'est une ouverture. etc.. ambigu. Lefebvre montre que le moment commence et re-commence. H. Les moments se formalisent. spontanéité et culture. "Pour la passion prise en charge. CVQ2. L. et le moment presque la structure. le discerne. H. Ce qui ne s'y inclut pas s'en voit chassé 259 ". Ce choix a une composante dramatique. Mais le moment disparaît quand triomphe le formalisme.spontané. Lefebvre éclaire le rapport du moment à la situation en partant de la différence conjoncturestructure : "La conjoncture. 351. Il réinvestit sa forme. La contemplation serait ainsi un moment mort 260 ". La décision ne peut donner les limites bornant le possible de l'impossible. CVQ2. succession nécessaire. On s'y engage alors sans réserve. Il se déroule selon la forme du moment : rite. le tragique est omniprésent dans le véritable moment. le moment continue donc. Ce qui constitue proprement et spécifiquement la situation 258 ". elle ne risque que le possible pour atteindre l'impossible qui semblait d'abord au-delà même du risque et de l'aventure . La décision change en possibilité l'impossible lointain. la décision recule effectivement les bornes de l'impossibilité 256 ". 128 . Lefebvre remarque que de nombreux philosophes supposent la contemplation comme moment ou la pose comme telle. Son accomplissement. les situations ne sont plus subies dans le vécu banal. 256 257 H. car. Le moment remanie l'espace environnant : espace affectif . l'impossible devient précisément le critère de possibilité : Elle veut l'impossible . comme celui de l'amour. Le moment n'est pas la situation. Toutefois dans la conjoncture. rien n'est encore clair. etc.. la décision accepte complètement le risque de l'échec. c'est presque la situation. et dans le moment plus qu'une structure.espace peuplé des symboles retenus et changés en thèmes adoptés (par l'amour. Cette décision accepte un possible. "La philosophie se définirait ainsi comme structuration intentionnelle du vécu dans la contemplation. p. unissant en celle-ci valeur et fait. le jeu. "S'il y a montée et chute. CVQ2. 258 H. un ordre et une forme imposée aux éléments prélevés dans la conjoncture. du jeu. C'est une rupture avec le quotidien. L'être conscient en situation vit en proie à une conjoncture extérieure dans laquelle il doit s'insérer . d'une tentative. CVQ2. Nous reconnaissons le mouvement dialectique totalisationnégativité. 259 H. nous le savons trop bien. 352. L. s'il tente un moment. Dans le flux du quotidien. Elle prend en charge librement (avec l'espérance qu'elle l'évitera) l'échec terminal. Les moments meurent-ils ? Sans doute. L. ou aliénation-désaliénation-alliénation nouvelle 257 ". CVQ2.. p. 260 H. 351. commencement et fin. p. comme le temps. après une interruption. celui qui mettra fin au magnifique trajet du moment. p. Comment construire comme absolu du relatif et de l'ambigu ? Le possible et l'impossible se mélangent. crée des situations. p. Grâce au moment. c'est sa perte. Toute philosophie est tentée de se refermer sur la contemplation comme moment. L. H. il y a moins que la situation. car il résulte d'un choix.. Le choix du moment fait. le choisit entre d'autres possibilités. 352. Le moment est une reprise du moment antérieur (le même moment). la philosophie ne peut plus se maintenir.) : "L'espace du moment. le sujet" veut l'impossible. lors de la décision. Il condense les situations en les reliant. Ainsi définie. l'individu pose la décision inaugurale. L. La fin d'un moment est une rupture. il y a dès lors dans sa situation une aventure voulue : une série engagée dès le début d'articulations nécessaires dans le temps et l'espace. Le moment suscite. Ainsi. La contemplation est-elle un moment ? H. brut. cérémonial. 351. la connaissance.

. p. p. "Les moments. et clairvoyance : voyant et voyeur. Car. la tentative dégénère aussitôt. mais cette forme ne peut pas être prise en soi. Lefebvre. le repos se forme comme moment : "Avec beaucoup d'ambiguïté (le non-travail. Si la justice est définie comme une vertu ou comme institution. Lefebvre y verrait plutôt un moment. etc. l'absolu des moments. CVQ2. l'amitié. Il est attrayant d'imaginer se constituer en pur regard. c'est-à-dire comme un moment. même si ces qualités peuvent susciter des tentatives et des situations. une liberté limitée mais réelle (qui se constitue en structurant. mais pour l'invention et la découverte 262 ". le "training autogène". Le moment n'est pas purement du quotidien ni de l'exceptionnel. mais point miracle. et l'on sait qu'on juge mal. comme forme. on observe un balancement perpétuel et toujours ambigu entre le regard et la connaissance : "Un tel mélange ambigu de connaissance effective et de regard "pur" paraît instable. Mais que devrait-on regarder avec clairvoyance : la vie quotidienne des autres ? En tant que fait pratique et social. ce regard apparaît comme désincarné. le regard. L. Certains moments apparaissent dans un contexte. p. l'honnêteté. Lefebvre reprend ici son analyse selon laquelle les moments critiquent. etc.. L. Ce désir de clôture changerait la théorie en système. ils naissent. La décision prise. mais sans participation vivante. Cependant. le plus souvent. s'ils ne sont pas en nombre illimité ou indéfini. Il y a une place non seulement pour une liberté. la vie quotidienne et la quotidienneté critique. H. Lefebvre. L. qu'il n'accepte donc plus purement et simplement. Le regard serait alors moment. 263 H. H. la maternité.. Mais cet ordre ne peut pas exister uniquement pour soi. la paternité. le repos se distinguait mal du jeu et de la vie quotidienne hors du travail 263 ". en acte. en proposant un ordre. et même que l'on n'a pas le droit de juger. Dans notre monde. p. merveille. en fait. "Le moment n'apparaît pas n'importe quand ni n'importe où. insoutenable. 6. mais une comédie.. 353. Pour H. il a des raisons et n'intervient pas sans ces raisons dans la quotidienneté. Il prélève ses éléments dans la vie quotidienne. déstructurant ou restructurant la vie quotidienne). tout devient spectacle pour tous. le regard pourrait supporter cette tentative. le loisir) et beaucoup d'idéologie et de technicité (la "déconcentration".s'efforce de vivre le repos comme une totalité propre. l'homme moderne . Et sans cesse on juge mal. intenable. dès le début. Le moment donne une forme à la quotidienneté.Moment et quotidienneté Ce rapport du moment au quotidien a déjà été abordé dans La somme et le reste.). cet acte est donc à la fois possible et impossible et s'efforce de se vivre comme totalité. Fête. Les moments. "une des comédie de notre époque". Cet acte s'accomplit perpétuellement. la détente. Le moment permet de sortir du chaos de l'ambiguïté. "Le moment se constitue à partir de la possibilité d'un acte : juger. Dans la philosophie contemporaine. que l'on a des préjugés. eux aussi. Aujourd'hui. des faux jugements. sont mortels . Comme ces cas. 129 .Pour H. n'est pas un moment. Cette tentative n'est pas un échec tragique. CVQ2. en tant que tels. Pratiquement. mais aussi organe sensoriel important.parce qu'il en a besoin . Jusqu'ici. 264 H. L. on deviendrait regard pur. 354. Le philosophe. 353. CVQ2. vivent et disparaissent. ne constituent pas des moments. Le pur regard n'a pas conscience de cette situation. ne peuvent pas être listés de façon exhaustive. ne serait-il pas la Belle Ame des temps modernes ? 261 ". dans la période dépérissante de la philosophie. Sans cesse on juge. de cette tentative d'extériorité par rapport à ce qui intéresse les gens semble vouée à l'échec. H. puisqu'il s'efforce de l'apprécier 264 ". et clair. La 261 262 H. CVQ2.. 353.

Lefebvre dit du moment : il est répétition. Dans les deux cas. tragiquement magnifiés. laisse apparaître la nature et la culture qu’elle relie. chez H. qu’il s’agit de redéfinir 268 ". C'est ce que je partage avec lui. CVQ2.. les réussites. La quotidienneté. s'applique à sa théorie des moments. à deux années d'intervalle.. Michel Butor énonce très justement que “l’un des propos du roman sera de rétablir une continuité entre les moments merveilleux et les moments nuls”. amour. et en même temps d'en tenter la théorie. Les moments se présentent ainsi comme des doubles. la volonté de créer des moments. Les actes qui s’érigent en totalité sortent du quotidien. Les lettres nouvelles. 356. "La vie spontanée n’offre que mélange et confusion : connaissance. un moment de son moment philosophique. ne comptant ni les échecs. mais à distance. les éléments ou formants de la vitalité spontanée. distingue. C’est dans ce travail que les germes des moments trouvent l'humus dont ils ont besoin pour se développer. élargissement. Ce que H. par rapport à celle de La somme et le reste. Elle dépense en un moment ce qu'accumulèrent la patience et le sérieux de la quotidienneté 265 ". dépassement…. p. pour lui. D'une part. d'observer la naissance et la formation des moments. La vie quotidienne est un niveau dans la totalité. Elle sélectionne. 268 H. p. La théorie permet. jeu. 356-57. Par rapport à cette vie. la culture ne se dissocie pas de la nature. personne ne peut se passer de sa spontanéité. la décision. et la nature reprend sa force. Si la nature apparaît comme un gigantesque gaspillage d’êtres et de formes. il y a explication. la vitalité et le tragique de l’échec. travail. un moment de la théorie des moments. l’homme cultivé tend à séparer ce qui est donné comme mélangé. Mais il ne s'agit pas vraiment d'une même histoire. action. février 1961. les monstres. On peut d'ailleurs se demander si faire la théorie des 265 266 H. L. tentent de vivre à part. p. on s'aperçoit que la théorie des moments se trouve racontée deux fois. loin de l’homme et de l’humain. Quand Lukacs parle de "l’anarchie et du clair-obscur de la vie quotidienne" ou Husserl du flux héraclitéen et informe du vécu". mais est privée de totalité. jeu. La culture qui la maintient dans cette situation se dissout théoriquement. la vie quotidienne installe déjà une certaine économie dans ce chaos. sert de médiation entre la nature et la culture. Selon cette théorie des moments. 130 . Ce lent travail de sélection et d’unification s'élabore dans le quotidien. Lefebvre. Lefebvre cite Michel Butor : “Le roman et la poésie”. Quand on réfléchit à ce que nous apporte cette lecture de la Critique de la vie quotidienne. Cependant. L’homme cultivé unit ce qui se donne séparément à la conscience spontanée : la vie et la mort. 53 et sq. Ainsi. de la vie quotidienne 266 . de les vivre de manière tragique. 355. même subie. ils échouent. p. En même temps. "La lumière fausse qui l’éclaire se dissipe et laisse place à la vraie clarté de la critique. les lents cheminements souterrains et les étapes à ras de terre du besoin au désir. CVQ2. mais si certaines idées sont reprises. unit. Les moments en tant qu'aventure échappent au quotidien. L.Fête n'a de sens qu'en tranchant par son éclat sur le fond terne et morne du quotidien.. L. les avortements. C'est. Les deux narrations sont proches. bien qu'elle apparaisse encore ambiguë et triviale par rapport aux activités dites supérieures que sont les moments. ils les opposent aux moments privilégiés que sont l’art ou la philosophie. sa solidité apparente s’ébranle. CVQ2. 267 H. Lefebvre montre que des hommes qui ne sont ni artistes ni philosophes parviennent aussi à s'élever au dessus du quotidien en se construisant des moments : amour. Mais H. dont il se servira pour constituer les moments 267 ". le choix. Il y a donc. d'autres émergent. dans le flux du quotidien. avec leurs composantes psychiques et sociologiques. reprise. etc.

moments n'est pas un moment du projet de se construire des moments. 131 .

1980. cette œuvre se concrétise dans des réalisations : le travail. il me semble utile de reprendre les grands points de ce chapitre qui servent de cadre à cette réflexion. En même temps. 132 .Chapitre 9 : Le moment de l’œuvre et l’action créatrice Il existe. Chose. aussi bien dans le langage courant que dans la philosophie. H. Peut-on dégager un sens général du mot qui réunisse et qui explique toutes les significations particulières ? Autrement dit. La présence et l’absence. une relation étroite entre la théorie des moments et la question de l’œuvre. 269 Henri Lefebvre. La représentation est donc un lien entre la présence et l’absence. d’imaginaire ou de symbole. ces deux chapitres (qui représentent 60 pages) sont essentiellement consacrés à la théorie des moments. plus vaste et plus fécond que ceux d’idéologie. pour H. l’esthétique. la représentation est quelque chose qui permet une transition entre la présence et l’absence. dans ce chapitre. je puis me représenter l’œuvre en dehors de sa présence. le jeu. C’est dans ces deux derniers chapitres qu’apparaît l’un des développements les plus féconds de H. produit. Lefebvre. La réponse implique une analyse approfondie de son enjeu : la présence et l’absence. l’œuvre d’art… Abordons. c’est sa vie. œuvre Avant d’aborder la théorie des moments proprement dite. le second montre que la philosophie est une introduction au monde des représentations et aussi une sortie de ce monde. Lefebvre. Dans cet ouvrage. l’amour. même si. 244 pages. Ce livre se présente comme une contribution à la théorie des représentations. Le concept de représentation se découvre. etc. Avant d’entrer dans une lecture analytique de ces textes. Je puis me représenter l’autre en dehors de sa présence . le quatrième s’intitule “ l’œuvre ”. Le premier définit le concept de représentation. Paris. le chapitre sur l’œuvre définit ce concept d’œuvre. la question des moments dans l’œuvre d’art et la création à partir d’une lecture d’un ouvrage philosophique : La présence et l’absence d’H. Casterman. Nous allons tenter de reprendre cette élaboration en soulignant le fait que le terme de moment n’apparaît pas dans les titres de chapitres. chez H. le cinquième “ la présence et l’absence ”. c’est la production de luimême. il convient de souligner le fait que cette théorie surgit ici dans une réflexion sur la représentation. l’œuvre de l’homme. peut-on former un concept et une théorie de la représentation ? La présence et l’absence cherche à répondre à cette question. Dans le contexte de l’ouvrage. L’apport de La présence et l’absence Henri Lefebvre a exploré la théorie des moments en la confrontant à l’œuvre et à la création dans La présence et l’absence 269 . Lefebvre montre que le thème représentation apparaît un peu partout. de notre point de vue. Avant de réfléchir à la partie spécifique qui nous intéresse ici. Lefebvre sur la théorie des moments. Pour lui. le troisième aborde les représentations non philosophiques. Lefebvre. notamment le chapitre sur l’œuvre. Le livre est organisé autour de cinq chapitres.

" Quant à l’œuvre. Lefebvre a montré que la représentation est une médiation entre les deux. le produire. Marx surestime le produit. l’individuel est œuvre au sens le plus large (p. à le valoriser. ce qui vient de l’homme. Le vécu est quelque chose de flou que les chevaliers du savoir et les champions de la scientificité ne savent que réduire et exclure… Or. de sorte que l’espace (par exemple) est produit par l’activité économique et sociale. La civilisation est une œuvre éclatée. 189). 197). mais "la chose pour nous" est le produit d’une activité. un moment du désir et un moment du travail. le produit et l’œuvre dont nous héritons. l’œuvre doit apparaître dans toute son ampleur. "La différence émerge chez les cartésiens et prend forme à partir de Kant donc à partir du moment philosophique et historique où se découvre comme telle la représentation. Hegel. le produit. c’est que ces auteurs ont eu tendance à préférer l’un de ces termes. introduit la notion de travail productif. 192). l’autre en moi et pour moi).Tout d’abord. Nietzsche méconnaît le produit. celle des catégories a priori de la sensibilité et de l’entendement (p. Lefebvre. un moment social et un moment extra-social. Vécu et savoir dans l’œuvre L’œuvre. mais il ne faut pas non plus le nier. mais mis en forme. Lefebvre rappelle que le christianisme distinguait ce qui provient de la nature. mais elle est quelque chose de plus et d’autre que la somme de ces éléments. implique un respect qui a une portée éthique. "Ce qu’on a l’habitude d’appeler "inconscient" n’est-il pas œuvre ? N’est-il pas ce que le "sujet" en se constituant plus ou moins adroitement comme tel a exclu de soi mais n’a pu ou su expulser. pour soi). H. détruit l’œuvre… "L’œuvre implique du jeu et des enjeux. "Le vécu ne coïncide pas avec le singulier. elle relève du jugement. par exemple. de ces conditions et circonstances. produite par un artiste. mais surestime l’œuvre… Cependant. un produit (le résultat d’une histoire). Nietzsche. l’œuvre. sensuel. parce qu’elle est ainsi spécifiquement humaine. "Dans toute œuvre. Il ne faut pas en faire un absolu." Expliquer l’œuvre suppose que l’on prenne en compte la complexité de ses moments. Cependant. (p. appréciation spécifique. Ainsi. Car autonomiser un aspect : l’économique. mais sans que cette prédominance écrase les autres aspects ou moments (p. de ces ressources. Ainsi dévalorise-t-il l’œuvre. un moment du ludique et un moment du sérieux. à travers Hegel. H. s’inscrit dans ne tradition philosophique de longue date. Elle propose une forme. H. L’œuvre ne peut s’accomplir sans constituer une totalité. car les rapports sociaux sont aussi vécus avant d’être conçus . une œuvre (l’ombre du sujet. Il faut éviter d’en faire une théorie qui donnerait des leçons. Schopenhauer et Heidegger s’inscrivent aussi dans ce mouvement. Schelling. il s’agit de trouver une solution à la conceptualisation du vécu. ce qui a entraîné de leur part des analyses réductrices. il 133 . on retrouve donc un moment technique et un moment du savoir. action de l’homme social sur la nature. Pour Kant. de tel sens. avant Marx. – ce qu’il méconnaît ou ne reconnaît pas de lui. ce qui survient de Dieu. ensemble. 197). le jouir… Pour lui. Ce que note H. Lefebvre analyse ainsi "l’inconscient des psychanalystes" comme une représentation (de soi. se développe un rapport complexe entre la chose. la chose en soi ne peut s’atteindre. l’auteur montre que le discernement entre la chose. avec le subjectif. ils ont permis d’établir que le produit se situe entre la chose brute et l’œuvre. avec l’individuel. de telle technique ou idéologie. intellectuel – avec prédominance de telle ou telle nuance de la sensualité ou de la sensibilité. ce à quoi il ne s’identifie pas tout en le contenant – de sorte que "l’inconscient" n’est autre que la conscience ellemême en acte ?" H. voire à le porter à l’absolu. Marx. Lefebvre veut restituer l’œuvre comme moyen de dépasser les tendances réductrices : le faire. mis en œuvre par les projets architecturaux et urbanistiques… Le capitalisme et l’étatisme modernes ont eu tendance à écraser la capacité créatrice d’œuvres. qui a un contenu multiforme – sensoriel." L’œuvre est le point de rencontre entre le vécu et le conçu. etc.

H. l’artiste part du vécu. ll lui arrive de passer le long des terres promises . voire de le transfigurer. Alors que le producteur se trouve exproprié de son produit. l’impulsion originale et vitale qui suscite l’œuvre. inclus et exclu. c’est sa passion (p. ” Cependant. deviennent ensuite des routes et passent alors pour évidences. ce rapport conflictuel entre vécu et savoir débouche sur le maniérisme. même s’il y revient. le créateur vit les contradictions de la création qu’il dépasse en assimilant le plus de savoir possible. La création est d’un autre ordre. de moments en moments. Lefebvre écrit : "Alors que les gens pris dans la masse n’en aperçoivent qu’un recoin –leur lieu. Il s’en dégage. C’est son épreuve. en ayant tendance à réduire le vécu à l’immédiateté… Par opposition à la démarche scientifique qui a eu tendance à chercher à construire un savoir absolu. “ Le créateur d’œuvres trouve dans le vécu son lieu de naissance. la vitalité. Le savoir sert à retourner au vécu. Il n’y séjourne pas longtemps. selon H. son terrain nourricier (p. Il chemine le long des lignes de partage des eaux et choisit la voie qui va vers l’horizon. pour le mesurer du regard et de la pensée." Husserl a tenté d’avoir une approche du vécu qui en permette l’émergence dans la lucidité. le créateur assimile du savoir. à la marge. pour faire émerger une connaissance critique. Le créateur dépasse les représentations non seulement par le travail d’écriture. un héros… L’oeuvre contient le temps. Le travail de l’art. Elle cristallise le devenir. Si l’artiste privilégie le savoir ou la technique. Ici. 199). le retient. Il va toujours vers d’autres terres. L’œuvre a donc un temps propre. Elle immortalise un instant. Le créateur se distingue du savant. Il ne cherche en aucun cas à le soumettre.y a du vécu social lié à l’individuel mais différent de sa singularité (p. mais par le trajet qui conduit à l’œuvre et qui intègre le savoir dans le processus de création. Les marginaux sont souvent objectivés par le système. celle qui donne forme à l’œuvre. Bergson a été sensible à la question. L’art et la création se développent dans le registre des représentations. Mais cette expression se fait dans un mouvement où se développent des contradictions et des conflits. mais cela n’aboutit qu’à tuer l’oeuvre. Non. mais. Mais la création en sort d’une part par la spontanéité. Mais elle n’est pas un produit. Mais il n’est pas sujet déjà là qui s’exprimerait dans l’œuvre. et d’autre part par l’ampleur des horizons et par la pluralité des sens. mais aussi par le dépassement des perspectives. La créativité. L’œuvre restitue la valeur d’usage. De plus. leur groupe. 202). l’immédiateté perdue et retrouvée. 198). Le savant accumule du savoir. le créateur reste au cœur des formes qu’il invente. Elle est totalité. c’est d’exalter le vécu. À la différence du simple producteur. Le créateur d’œuvres trouve dans le vécu son inspiration initiale. l’œuvre n’a pas de prix. vers l’horizon des horizons. Elle échappe à la division du travail bien qu’elle soit un travail. savoir et vécu ne sont pas antinomiques. non par le savoir ou le non-savoir. c’est la production de l’œuvre qui produit le sujet. Savoir et vécu interagissent dans la production de l’œuvre. Découvrir. coupé de la vie. c’est la volonté des institutions d’encadrer la production de l’œuvre. leurs intérêts – l’homme des frontières supporte une tension qui en tuerait d’autres : il est à la fois dedans et dehors. L’homme des frontières Il ne faut pas réduire la création à une “ créativité ” que l’on enseignerait. jusqu’à ce qu’il aperçoive les lignes lointaines d’un continent inexploré. Il ex-prime le vécu. il existe aussi des hommes des frontières qui réussissent à défier le système. L’artiste s’adresse au vécu pour l’intensifier." L’œuvre lutte pour sa durée. le créateur n’habite pas le vécu. un acte. une beauté mortelle et fugitive. leurs alentours. Elle ne s’opère qu’à la périphérie du système. sans pour autant se déchirer jusqu’à la séparation… L’homme des frontières suit des chemins qui d’abord surprennent. Mais il se dégage du vécu. il n’entre pas. Le créateur est sujet. Mais. Même si elle se vend. Le sujet se constitue dans l’action poiétique. 134 . Lefebvre.

totale et cependant non close. L’ “ expression ”. D’origine philosophique. au sens habituel. Elle se constitue d’une infinité de points de vue. 204)"… C’est à ce moment de sa réflexion que H. a pu contourner ou détourner tel pouvoir ou telle catégorie. ce moment est en effet nié par l’œuvre qui le rétablit transformé ou transfiguré. par ailleurs. bien que l’on puisse avoir avec elle un contact sensitif et perceptif immédiat. etc . structure.L’œuvre comme monade C’est Adorno. du mode de production. sur celui de l’espace architectural et urbanistique. qui a proposé de voir l’œuvre comme une monade leibnizienne. Elle explore le possible par les propositions. Lefebvre aborde la question des moments de manière systématique. des sentiments… affects inhérents à l’oeuvre. de perspectives plus ou moins éclairantes sur toutes les autres œuvres. L’œuvre se démarque de la société existante. Lefebvre a déjà tenté ce type d’analyse sur le terrain de la ville comme œuvre. L’œuvre n’est pas immédiatement accessible. L’analyse doit en tenir compte. L’objet de l’œuvre n’a rien à voir avec un objet scientifique. inépuisable à l’analyse. mais la déborde : a) Unité-totalité-multiplicité. de l’économique et du politique. se différencier et surtout éviter l’écueil de prétendre épuiser son "objet". Ce terme veut aider l’analyse à s’assouplir. la perception sensible) ou subjectif (le vécu. ne sort pas de ce moment de l’immédiat. L’immédiat peut être objectif (la sensation. L’œuvre peut se décomposer en différents moments. indécodable. les émotions). en effet. Les moments de l’œuvre L’œuvre est un centre provisoire qui rassemble ce qui. mais la diversité de ceux-ci est transsubstranciée en une unité d’autant plus forte que la diversité interne est plus grande. L’analyse sera infinie et surtout imprévisible. les représentations traversées (adoptées puis rejetées) et surmontées. la totalité des moments. le sensoriel. en les approuvant et en les refusant. fonction. La création le surmonte par un codage 135 . des émotions. c’est-à-dire sur la totalité de l’univers… Cette définition de l’œuvre comme monade oublie quelque peu la substance de l’œuvre. dimension. L’œuvre est une utopie abstraite ou concrète. le spontané. ouverte sur le monde entier (p. c’est un projet qui peut échouer : se proposer l’unité. se disperse. Cela signifie que l’on n’y entre pas "comme dans un moulin". L’enjeu de l’œuvre. dans son esthétique. Et le processus créatif. c) Projet. H. Le moment n’apparaît donc que dans sa négation. Toute œuvre a cette qualité. hypercomplexe. mais elle a le mérite de montrer comment on peut aborder l’œuvre en général et l’œuvre d’art en particulier. L’œuvre est ouverte. Le moment de l’immédiateté Difficile à re-connaître. le symbolique et l’imaginaire. L’analyse dialectique met à jour le mouvement de l’aliénation et de la désaliénation. L’œuvre s’approprie ces moments en les contournant et en les détournant. On peut dissocier la rationalité (des moyens et des buts) et l’irrationalité (du vécu. L’œuvre est "infiniment riche. L’analyse qui discerne les moments s’inscrit dans la tradition philosophique. le terme de moment se préfère à d’autres rendus trop familiers par les sciences humaines ou sociales : niveau. b) Critique-distanciation-contradiction. les représentations.

mais il faut aussi revenir au travail (p. La dialectique de la création. où elle s’invente une forme. au rythme. Et. le travail est davantage dans la production (on recopie un texte ou une phrase musicale écrite par un autre et qui va être utilisée comme citation dans son propre texte : cette copie est un travail de reproduction) . c’est la notion d’élaboration.subtil du signifiant et du signifié. C’est finalement le moment où l’oeuvre trouve sa forme. Mais dans le même temps. l’œuvre est là. Le travail sur le passé est contourné. dissimulé. oser donner est absolument indispensable… La recherche infinie a tendance à rapprocher l’art de l’accumulation du savoir. ce n’est pas de chercher. comme le disait Picasso. En allemand. elle s’offre à nous. c’est cette perlaboration de l’oeuvre qui se caractérise par une accumulation de travail qui se dissipe soudain dans un retour à l’immédiat dans la présence. Contrairement au produit qui s’inscrit dans une logique d’échange. la mémoire et l’histoire de l’art. Le moment du travail L’œuvre est une accumulation de travail. L’œuvre donne et se donne. La création de l’œuvre passe par des phases de contemplation. Les deux termes signifient travail. Mais ce travail sophistiqué. l’oubli des opérations accomplies par des moyens techniques appropriés participent de ce travail. présente. Le moment de la mémoire L’œuvre intègre la tradition. l’oeuvre se donne à voir. c’est-à-dire au son. L’œuvre implique un désoeuvrement. mais il faut comprendre ce terme dans un sens très large. finit par revenir à l’immédiat." Le travail est une médiation entre la production et la création. quelque soit sa valeur sur un marché. avec l’immédiateté passée ou possible . Dans ce mouvement. le savoir critique. l’œuvre a une capacité d’oubli. il faut finir. lorsqu’elle se donne. Au-delà du codage complexe de significations. Ce moment où l’on décide que c’est fini. De toute façon. Il faut que survienne un moment de l’arrêt. mieux de perlaboration. de désir. à d’autres. le savoir qui ne se définit que par la recherche du savoir ou par la méthode prend l’allure d’une dérision. c’est celui de la détermination. L’œuvre implique une non-mémoire au profit d’un usage et d’une jouissance donnés dans le présent. mais de trouver. intégré profondément. on distingue arbeiten et erarbeiten. L’œuvre suppose une tension entre infini et fini. Mais le surplus de sens du second terme. On invente en travaillant. à entendre. Le moment de la finitude annonce l’exigence de la finition. "Le travail patient et appliqué se dépasse constamment par l’inspiration qui reprend contact avec le vécu. 136 . Oser conclure. 207). un repos. Dans ce retour à l’immédiat. les œuvres antérieures. De temps en temps. Le chemin de la création se trouve dans cette tension entre la reproduction et l’invention… Mais le travail n’est lui-même qu’un moment qui va se trouver très vite nié par le non-travail. de jouissance. à s’approprier. se dépasse l’opposition entre “ expression ” et “ signification ” de l’œuvre. Le moment interne-externe de la détermination La recherche entre dans le travail. etc. l’œuvre devient don. Mais l’important. le travail entraîne une trouvaille. Son mouvement est en elle. le travail a déjà cessé. La négation. détourné. à la mélodie. de représentations diverses. Mais il n’y a pas de vraie coïncidence entre les deux. Or. Aristote l’avait déjà remarquer : il faut commencer. Ce don entraîne un apaisement.

L’artiste doit faire le choix d’une détermination. des situations. On peut la déconstruire. comme totalité rassemblant des éléments éparts. cohésion. Mais l’œuvre est d’abord cohérence. l’esprit du temps. je ne suis plus aujourd’hui exactement le même que celui que j’étais hier. L’œuvre d’art comme unité. mais ils ne peuvent pas engendrer une antinomie. des représentations acceptées ou refusées. davantage celle de la phénoménologie plutôt que celle de la psychologie de la forme. Les parties contractantes ne sont que très rarement en position d’égalité… Au niveau de l’art. Il parlait de 137 . c’est de donner dans l’ici et maintenant la totalité des moments de l’œuvre. les formes esthétiques se distinguent des autres formes. des milieux. C’est la simultanéité. Mais cette identité pose problème. C’est une construction qui se donne à travers sa forme. le principe d’équivalence joue un rôle considérable dans le monde de la marchandise. sa technique. Il abolit les différences dans un processus d’homogénéisation générale. mais l’œuvre reste d’abord une présence. Le référentiel logique a la plus grande importance. Peut-on choisir une forme ? Est-on conduit à la découvrir à partir d’un contenu ? Se déduit-elle d’une autre forme ? Par dérivation ? Par déformation ? Par détournement ? Trouve-t-on le contenu à partir de la forme ? D’un point de vue théorique. Il y a une multitude de contrats de travail. La forme c’est l’objet concret. ou au contraire doit-on les ramener à certains caractères limités (symétrie et dissymétrie . La forme contractuelle par la réciprocité… Dans les contrats. Dans l’économie. la totalité des déterminations. Il s’applique partout. sa place et sa date. une influence de la tradition et de l’histoire de l’art. des idéologies. figures) ? On voit bien qu’il existe un moment de la forme et que celui-ci est extrêmement divers en fonction des contextes. On peut reconstruire sa genèse. de contrats de vente… Mais ils ont tous une forme en commun : la réciprocité. dans le jeu institutionnel. L’analyse intellectuelle peut les déconstruire. la contemporanéité des moments donnés ensemble. c’est-à-dire la décoder selon diverses grilles de lecture. la notion de forme est confuse. significations intégrées et dépassées. Mais dresser cette liste ne permet pas d’élucider la question. Il doit tenir compte aussi des règles de réception. Il réduit les identités concrètes à des identités abstraites. La forme mathématique se caractérise par l’égalité. Cette dernière est une chose ou un être qui se maintient. Le terme de forme est d’un emploi commun. etc. La réflexion de H. Il se reconnaît dans le devenir. bien que je sois le même. Le savoir qui voudrait supplanter cette présence détruirait l’œuvre. donné avec son contenu dans l’œuvre. mais la forme reste identique. Elles dépendraient de leur contenu… Mais quel est ce contenu ? Comme nous l’avons vu. Le principe d’identité : A=A est la forme logique pure. L’œuvre est ouverte. Il doit respecter des règles de composition (qui peuvent se démentir au cours du travail par une innovation). Cette réciprocité postule une égalité formelle entre les parties. Ces deux systèmes de règles peuvent différer. effets.Le moment de la forme Il n’y a pas d’œuvre sans forme. les contenus peuvent être différents . les dissocier. lorsqu’il cherchait à donner une idée de l’unité et de la synthèse du corps propre. avait déjà été utilisée comme métaphore par Maurice Merleau-Ponty. L’identité concrète se différencie de l’identité abstraite. car il n’existe pas d’œuvre sans cohésion. produit d’un travail. Les formes esthétiques sont-elles à démultiplier en fonction de la diversité des œuvres. H. Il persiste dans l’effondrement des formes non formelles. Lefebvre peut s’inscrire ici dans une tradition. dans la politique. Il faut distinguer l’identité abstraite de l’identité concrète. on peut distinguer la forme logique pure des autres formes. de contrats de mariages. qui persévère dans son être. du milieu. il incorpore à la fois du vécu. Mais en même temps. mais les domine. Cette cohésion accepte les contradictions. Lefebvre a tenté de faire avancer une théorie de la forme (notamment dans Logique formelle et logique dialectique ou encore dans Le droit à la ville). Ce postulat est évidemment faux. Or. Ce qui caractérise la forme.

mais les dépassent. lointain. Les grands artistes sont parvenus à tenir en même temps la présence et l’absence. Il devient actuel. Comment aborder la ville ? Par l’extérieur. par le détour des rues ? Cette hésitation explique la difficulté. Entrer dans l’œuvre suscite la joie. L’œuvre. Anthropos. Dans La production de l’espace. poésie. celle de l’œuvre à l’acteur ou au metteur en scène. Ils créent une sorte d’espace de l’œuvre. 210). Le travail exige du recul. par le dessus (en avion) pour permettre une saisie de la globalité. H." Le travail de construction et d’élaboration de l’oeuvre consiste à articuler les parties au tout. comme dans la poésie. Ainsi. des blancs. etc) aident à produire l’impression de simultanéité. Alors que le producteur ou le politique cherchent à réaliser les représentations. il existe des rythmes pour les yeux qui suivent la forme. s’évoque. 1974. Il ne rejette pas les illusions. Elle est l’œuvre suprême 271 . un dieu . techniques. Elle suscite une présence… La pièce théâtrale. ni duper. Dans les deux cas. l’absence apparaît lorsque l’artiste prend ses distances avec les matériaux qu’il a rassemblés. La ville se caractérise comme la rencontre et le rassemblement de tout ce qui caractérise une société : produits et œuvres. tout d’un coup. projets. celle de l’acteur au public. Ils les utilisent. Le créateur a besoin de prendre du recul par rapport à ce qu’il a déjà produit ou amassé : expériences. Lefebvre a décrit cette simultanéité de l’œuvre. Merleau-Ponty. des renvois de la partie au tout. Et puis. reprise. leitmotiv. si elle est par accident narrative et signifiante. elle aussi. souvenirs. Même en architecture. On cherche. "L’œuvre a de dures contraintes : permettre et même exiger cette transversalité qui se retrouve dans toutes 270 271 M. de la trame des rues et des avenues ? Par l’intérieur. l’objet s’invoque. Sa pensée prend alors la posture du rejet. amé ou haï. le projet initial n’existe pas dans la ville. L’acte créateur passe à travers le monde des représentations qu’il soumet à l’épreuve de l’action poiétique. la divinité (temples ou églises). de la confrontation. c’est la tragédie qui fait exister un héros. Les procédés de composition (annonce du thème. répétition. il y a pénétration. donc présence. est essentiellement une modulation de l’existence 270 . L’architecture fait aussi exister des évènements ou des personnes disparues. L’auteur. Gallimard. permet de susciter la co-présence : celle de l’auteur à l’œuvre. mais s'en servent. H.la poésie comme quelque chose de plus que la somme de ses parties : "… La poésie. elle est de l’ordre du "méta"." Le moment de la présence et de l’absence Au moment de la conception de l’oeuvre. à entrer dans une œuvre. p. des correspondances. l’œuvre qui se déploie dans l’espace joue de la temporalité. des vides… Survient alors l’objet. L’exploration de l’œuvre n’a pas grand-chose à voir avec sa genèse. 4° édition : 2000 (pp. la jouissance qu’offre la perception et la conscience de cette présence. 176. On peut distinguer les œuvres qui se déroulent dans le temps (musique. le créateur joue des représentations. se convoque. autre face de son absence. 138 . Comment l’approcher ? On hésite. 89-96). l’acteur jouent des apparences sans se laisser attraper. 1945. parfois. il a tendance à répondre non dans la mesure où l’intention. architecture). théâtre) et celles qui se déploient dans l’espace (peinture. Une sorte d’insight. Le point d’entrer a quelque chose d’arbitraire. Celui-ci figure-t-il dans le tableau ? N’est-il que suggéré ? "Dans la peinture. exposition. l’art consiste à proposer une simultanéité formelle de l’espace et du temps. Lefebvre réfléchit à cette question : la ville est-elle une œuvre ? Contrairement au point de vue défendu dans l’ouvrage que nous abordons ici. des disparus (statues ou tombeaux). Elle évoque des victoires (plus que des défaites). De même. de la négation. de la critique. Dans Le droit à la ville. Phénoménologie de la perception. Paris. c’est un poème qui évoque un être cher mais perdu. des détails qui attirent l’œil dans une promenade qui s’inscrit dans une certaine temporalité. puisqu’il ne peut être là en personne (p.

sont ancrés dans le social.les stratégies . 213). a un caractère organique. Le créateur d’œuvre. Il y a une vie entre la partie et le tout. mais ils ne le savent pas. L’artiste. des affects. lui. d’une mélodie choisit les représentations qui permettent de susciter la présence. Sans être un organisme naturel. par le biais de la couleur. Il se l’approprie. Mais. mais s’en dégage." Le processus de réalisation implique une attitude critique (qui n’a pas besoin de s’expliciter en tant que telle dans une théorie ou un savoir critique). Du centre dépendent des périphéries qui évoluent à partir de lui de manière durable ou momentanée. Ainsi. des délinquants. la saisie d’une œuvre réclament du temps. Ce centre est le point nodal de l’œuvre. d’une représentation choisie. Il en est de même du rapport au social. la compréhension. Le commencement (le moment premier) a quelque chose d’arbitraire . 213). Centre et périphéries font partie de la composition de l’œuvre. le sien. du social et du mental. Cette dissociation vécue entre le social et l’extra-social rend le créateur d’oeuvre suspect. comme le philosophe. des impressions. des représentations. travailler. Cependant. à une interprétation. encore que la contemplation. du sexe. dans la connaissance de la nature. d’un dessin. Le moment de la centralité "L’œuvre concentre pour un moment. avec d’autres influences. cet ensemble. Mais il est présent. de superficiel dans le rapport "représentation-représenté-représentant". L’ordre des moments n’est pas déterminé d’avance . Le moment utopien "Il va de soi que ces moments ne se succèdent pas dans le temps. un espace où il puisse manger. celles-ci ne s’en tiennent jamais à une donnée. Il lui faut une demeure. Le concept de centre se retrouve dans l’action. encore moins à une opinion. de glissant. de la vie et de la mort sont passées au crible. mais il a tendance à s’installer dans cette distanciation. il change selon l’humeur de celui qui perçoit et reçoit l’œuvre. Le moment du quotidien Le créateur d’œuvre n’échappe pas au quotidien. offerts et pour ainsi dire disposés et 139 . ne s’installe pas dans la distance au quotidien. un lieu. mais il crée une distance par rapport au quotidien. à la différence des gens du sens commun. Celuici peut se déplacer. Il tire du quotidien les représentations dont il a besoin. du pouvoir. il y a une proximité entre le créateur d’œuvre et le philosophe. Il peut s’agir d’une émotion. Mais dans leurs phases créatrices. Le moment de la représentation traverse. à un secteur. et cependant tous les moments sont là. présents dès le début. à une perspective (p. totalité de l’œuvre. À la manière des amants. Cette vie s’organise à partir du centre. dormir. ils ont tendance à s’installer dans un espace extra-social. à un domaine. Le philosophe vit aussi ce destin. Il construit son espace d’action poiétique. dépasse au sens dialectique en surmontant ce qu’il y a d’incertain. Chaque partie s’articule à l’ensemble. Représentations de la nature. des sensations. il profite des phases de distanciation pour entrer en contact avec d’autres œuvres. L’œuvre se centre." L’œuvre condense des sentiments. des passionnés. L’action poiétique. Le travail du négatif ne se confond pas avec le nontravail (une pure contemplation). Mais la totalité s’organise autour d’un centre. On ne voit pas comment on peut cohabiter dans deux continuités simultanément : la pratique sociale et l’action poiétique. Ils y sont immergés. les intérêts et les passions (p. le créateur ne se laisse pas engloutir dans le quotidien. Il peut se dissimuler.

comme dans tous les grands jeux. des obstacles qu’il faut lever ou contourner pour avancer. Le jeu comporte un enjeu. risque beaucoup : échec. des épisodes critiques. de la souffrance que l’ethos du récepteur comprend en le dominant. Comme dans le jeu. à un pathos. des embûches. une organisation de l’emploi du temps. les forces adverses. comme l’amour ou la fête. La tactique permet d’utiliser les ressources rencontrées sur le parcours pour avancer dans la voie dégagée par la stratégie. L’œuvre est "économique. il y a constamment présent dans le travail de l’oeuvre une posture rigoureuse. Mais parfois. il faut réviser ses plans de départ. de vivre. Pour arriver à destination." Entrer dans une œuvre. la découverte de l’inconnu et peut-être du mystère. il y a une règle que le créateur se donne au départ. un épanouissement. 215). Il a perçu le possible et l’impossible. "Le moment du jeu implique non seulement le risque. mais le hasard (chance ou malchance). un destin. etc. Alors que le capitalisme ou le socialisme d’état ont tenté de faire du travail non seulement un espace de production. le créateur exécute des figures dansantes. l’œuvre ne peut qu’être du registre de l’appropriation. ce qui a tendance à l’autonomiser. Le moment du sérieux implique l’inquiétude. elle établit un lien de communication. elle est le dépassement des contradictions. Bref. de gaspillage de ressources et de temps. En elle-même. 216). Faire une œuvre nécessite une discipline. Cela demande une stratégie et une tactique. C’est l’aspect sérieux. Les moments critiques L’œuvre peut renvoyer à une crise. Chaque tentative créatrice. le prochain et le lointain. peut entrer en contact avec ces moments critiques qui sont contenus dans la création. un projet." *** Ce chapitre sur l’œuvre se termine par une réflexion sur la distinction entre produit et œuvre et sur l’abolition du travail. l’aventure. équivalence. Il définit une liberté. Pour cheminer. politique. L’artiste a imaginé. il suscite la présence et l’absence. il faut surmonter les obstacles. Mais en même temps. technique. la découverte de l’enjeu et de son importance (p. Alors que le produit se reproduit par répétition. une médiation universelle (p. identification. mais sans que cela ait quelque chose à voir avec l’esprit de sérieux. et donc un risque. cérémoniel. Il est au cœur du drame. mais aussi un espace de 140 . même s’ils ont été dominés. Mais le jeu est aussi beaucoup plus. Il propose une autre façon de voir. Le moment critique est souvent pathétique.disponibles (p. de percevoir. abandon. créatrice de présence. Le jeu. L’œuvre s’approprie la transversalité d’un espace-temps particulier. Mais le récepteur de l’œuvre. l’œuvre est une aventure. En effet. impliquant un savoir et un marché. blocage en chemin. il y a toujours dans une œuvre le moment de l’utopie. sérieuse qui maintient le cap. Il invite à un accomplissement. le long du trajet. Ainsi. Loin de s’autonomiser. c’est découvrir un pays où règne une utopie. sans forcément entrer dans la biographie du créateur. On les prend de front ou on les contourne." L’œuvre porte en elle la fin du travail. est occasion de gratuité. une raison ou une déraison. c’est un jeu dans lequel on rencontre. Il se dégage du réel. Elle s’approprie et elle transforme tous les fragments de l’unité éclatée. Les moments du jeu et du sérieux Dans l’action poiétique. des crises. il y a une imbrication du moment du jeu et du moment du sérieux. lourd. sociale. 217). d’énergie surabondante. l’ouverture.

mais il doit les oublier lorsqu’il se met à composer. C’est triste. le commerçant. du vécu. l’action créatrice est un effort. de les rassembler. d’articles. le propriétaire du terrain ou l’usager… L’art de l’architecte et d’écouter. le planificateur. dépassement de tous les moments qui la constituent. des symphonies. il choisit d’illustrer son point de vue théorique. Chez Beethoven. 219). l’autorité administrative ou politique. des instruments particuliers qui portent des sonorités. Dans l’architecture également. et par conséquent du quantitatif au qualitatif. Déplacement difficile. plus largement. 217). c’est l’articulation entre l’œuvre comme objet et l’œuvre comme ensemble d’œuvre. On voit le travail d’agencement et de construction à partir de fragments. politique qui propose des techniques. une sorte de nontravail. de les dépasser et de les transsubtancier en œuvre. Un musicien qui composerait uniquement à partir de principes théoriques serait ennuyeux. "Le passage du travail au non-travail suppose un déplacement de l’intérêt social du produit à l’œuvre. d’entendre toutes ces représentations. mais de les traiter comme telles et de l’en privilégier aucune. etc. que les cordes et les cuivres… L’accord et la marche harmonique ont un sens qui dépasse la musique. L’analyse montre que trois facteurs entrent dans la composition musicale : la mélodie. des symboles. Mais celle-ci. Réussir à traverser la technique et le savoir appliqué. La lecture de ce chapitre est essentielle pour la construction de la théorie des moments. Rien à voir avec l’Antiquité où la lyre ou l’aulos (flûte) créent un autre environnement. de les confronter. Et dans le même temps. Lefebvre a beaucoup produit de livres. Sa vocation est de reprendre ces images. Mais. c’est subordonner la connaissance musicale et l’utiliser. la réussite de l’œuvre suppose la maîtrise technique. telle est la vocation de l’architecte. des représentations et idéologies d’une époque dans la production de quelque chose qui dépasse tous ces éléments dans une construction cohérente. Chaque composition ou texte doit résoudre les questions posées par la théorie des moments de l’œuvre. de la valeur d’échange à la valeur d’usage. Beethoven a composé beaucoup : des sonates. On parle de l’œuvre de Rousseau. invente un rapport au monde qui lui est spécifique. des représentations d’une époque… Beethoven s’inscrit dans la période révolutionnaire et post-révolutionnaire. un mouvement d’intégration des savoirs. Ainsi l’œuvre est-elle transsubstanciation (Lefebvre n’emploie pas ce terme théologique). La tentative créatrice qui part du savoir isole trop souvent l’un des moments. C’est lui qui valide l’œuvre architecturale. la composition s’inscrit dans un contexte social. qui ne peut aller sans détours ni détournements (p. l’urbaniste." Mais ce n’est pas tout. si l’on reprend 141 . Ils traduisent le lent vécu de l’histoire en un vécu intense et bref. trouvant son style. ne doit pas déterminer le contenu de l’œuvre. l’ensemble des compositions ou des textes constitue une autre œuvre. le moment créateur transforme le travail en activité appropriée. Chaque composition ou texte est une œuvre en soi. de pièces de théâtre. Une question qui n’est pas abordée ici." Chaque agent de production de l’espace a ses représentations. de mutilé. H. La réussite de l’œuvre musicale suppose que le musicien ait une bonne connaissance de la musicologie et de l’histoire de la musique. du conçu. 218). des techniques. de l’œuvre de Picasso… Chaque créateur invente un style. ou il échoue (p. les rythmes. si elle doit être appropriée. L’articulation des trois dimensions ouvre sur "un infini virtuel (p. Le vécu des corps qui va traverser le monument ne doit pas être oublié.domination. de l’œuvre de Rameau." H. Cette tentative a alors quelque chose de limité. "L’architecte fait de l’espace socialement produit un lieu. d’incomplet. de poèmes. Les exemples ne prouvent généralement rien. Le banquier en a d’autres que le promoteur. Il choisit la musique et l’architecture. Lefebvre refuse de donner des exemples pour renforcer ses thèses et hypothèses. l’harmonie. Parler d’œuvre ici est peut-être abusif. Par contre. du travail productif à l’action poiétique. le vécu d’un enthousiasme s’accorde avec la technique et le savoir. les images et les représentations sociales. Composer.

C’est ce chapitre V que je voudrais maintenant relire. une richesse (jamais possédée). l’amour et le concept. Il n’y a pas de présence absolue. En effet. altération-aliénation). La présence se trouve par excellence dans l’œuvre. à la limite. La présence. à l’extrême." La rencontre de l’œuvre ou de l’autre peut s’éviter par des représentations qui bloquent la confrontation. On parle de la période bleue pour Picasso. nous venons de l’explorer à partir de la lecture du chapitre IV de La présence et l’absence. son œuvre reste inachevée. d’armature. et qui continue. 226). L’analyse dialectique du rapport présence-absence oblige à dépasser l’opposition binaire. Plus tard." L’entre-deux est aussi espace de conflits. à la mort du créateur. La présence n’advient qu’au prix d’un effort qui précède la surprise. d’en faire un objet. c’est l’Autre. 227). des illusions de puissance qui ne font qu’empêcher la présence. Pas d’absence absolue non plus : même la mort n’empêche pas la pensée. l’absence Henri Lefebvre rappelle que la présence peut être terrible (la confrontation avec l’adversaire) et l’absence douloureuse (l’éloignement de l’être aimé). en l’approfondissant. on peut aussi rechercher la présence dans la représentation. La présence n’est jamais substance. une plénitude. c’est qu’elle soit finie. On n’atteint alors que l’ombre et le simulacre. chez H. intermédiaires et médiatrices. à une simulation. Ce que l’on nomme les “ défenses ” est une forme d’armure. Entre les deux. Lefebvre. "Le jeu comme le savoir et le travail et la quête amoureuse (quête de l’autre) ne sont que des moments où se révèle l’absence. Alors conviendrait-il mieux de parler de l’art ou du style du créateur. La présence est un moment. la réflexion sur les moments. De l’autre. d’unité et de totalité… Les œuvres complètes d’un auteur répondent parfois au critère de l’œuvre… Il existe. où transparaît la présence (p. la représentation… "D’un côté. par le choix qui suppose un risque. des représentations en foule (p. même si chaque œuvre répond à cette exigence de cohérence. ce qui aurait pour effet de l’instrumentaliser. Mais ces défenses sont des pièges. Mais. une relation étroite entre la théorie des moments et la question de l’œuvre. Il y a unité et contradiction des deux termes. La présence comme la puissance et la création se simulent. Pourtant. Mais il faut s’en dégager pour ne pas fixer l’autre dans la domination. à la limite. Cette réflexion est recentrée sur cette tension entre présence et absence. La volonté de puissance entre dans le désir et l’activité poiétique comme moment. par opposition à d’autres moments (au sens d’espace-temps)… Il me semble que chaque fragment d’une œuvre peut aider à comprendre le projet d’ensemble. de fermeture qui vise à protéger de l’angoisse. Lors de l’enfance et de l’adolescence.les critères énoncés précédemment. il faut aller à la rencontre. avec ce que ce terme porte en lui (altérité. Le troisième terme de la tension entre présence et absence. Elle se donne toujours dans une forme. de la dissolution. Ce livre se poursuit par un chapitre de synthèse sur l’objet du livre. et l’une des conditions pour que l’œuvre existe. ce qui est une illusion. l’angoisse qui s’attache à une ombre. Pour rencontrer quelqu’un ou quelque œuvre. des leurres. à un double. Il existe des échappatoires à la présence. La présence n’a rien de substantiel. chaque œuvre constitue à son tour un moment de l’œuvre d’un artiste. c’est-à-dire pendant l’éducation. 142 . c’est-à-dire dépassement de la substance et de la forme pure dans une sorte d’acte poiétique. la présence s’atteint par l’imprégnation. à un écho lointain.

La vérité ne se distingue plus de la représentation. L’ivresse n’a rien à voir avec l’action poiétique. Vouloir pour la retenir. de la poursuite vaine. avec l’oeuvre. Le traitement ? Ce serait une présence. de la pauvreté. Les signes nomment le lointain. Ils s’y retrouvent sans s’y confondre. imitée. c’est provoquer sa fuite. Elle suscite. de discours sur le discours dépouille l’homme de toute essence et définition générique. un néant. des absolus. La transe veut. l’Un et le Tout. Le risque. ou un vide. on mime le substantiel en se servant des représentations. L’absence doit susciter le mouvement de création. Ceux qui refusent le risque du désespoir parce qu’ils ne veulent pas souffrir n’ont aucune chance d’accéder à la joie de la présence. mais la vraie connaissance. La surabondance d’informations. éloigne d’autant plus. car ils se relient à la pratique productrice et créatrice. Le langage. Lefebvre. Celle-ci est simulée. exorciser l’absence. Le monde moderne se caractérise par la perte des références. 231). en nommant. Mais les actions magiques laissent désabusé. le Sujet et l’Objet. mais toujours relatifs : elle est rare la minute à laquelle je dirais "Arrête-toi" (p. 229). comme un principe de décodage-codage. Accéder à la présence. la névrose deviennent la norme. sans pour autant que se manifeste la stimulation de l’absence (p. celle de l’action poétique. Le véritable problème ne serait-il pas de redécouvrir la présence. La disparition des références. 230) ? Les philosophes et les mystiques ont prospecté la voie de la présence. Il n’y a plus d’assise. s’y installer. L’unité se constitue dans la différence du sujet et de l’objet. implique un autre rapport du sujet à l’objet. se retrouvent les termes de la philosophie classique : le Même et l’Autre. l’amour. la définir ainsi. de communications. Le désespoir (qui n’est pas l’angoisse) est un moment de l’action poiétique. la déficience psychique. une béance. elle aussi. Leurs méthodes. l’éclatement de l’unité vécue et conçue. L’homme normal a dès lors toutes les maladies mentales. en elle-même. 143 . suppose de prendre des risques. Ils prétendent le capturer. Mais il ne se fixe sur aucune. L’image. La simulation sans foi ni crédibilité de la "présence" l’emporte. c’est celui de l’échec. de l’idéologie. de "restituer le présent au sein de l’actuel" (p. il n’y a pas de moment absolu. ce qui dépasse la philosophie classique. le sujet se constitue (il ne pré-existe pas à l’acte comme une substance) dans le même mouvement qui lui permet de percevoir l’objet. n’est pas pathogénique. elle. Magique. de moment éternel : "À coup sûr." L’absence. en politique. "Référence dernière. elle ne fonctionne pas comme un référentiel. une origine et une fin. de la cohérence. présence absolue. du mythe ou de la mystification. comme moment. La présence a. il y a des moments plus ou moins profonds et sublimes. tente l’accès à la présence. Ce centre est ou bien un Être plein. L’unité du sujet et de l’objet s’opère ici dans l’acte et non dans la représentation. la création ou la connaissance. elle veut suspendre l’absence. Dans la présence-absence. celui de la fin du moment de la présence. qui laisse blessure et nostalgie. Ainsi. C’est lorsque le rapport à l’absence s’installe dans l’immobilité que l’angoisse et la maladie surviennent. en Orient comme en Occident. débouchent sur la représentation d’un centre (ontologique) du réel et du spirituel. Pour H. La consistance s’obtient par la publicité ou la propagande." Le savoir a sa magie : il fait croire à la possession de l’objet. la prédominance des représentations laissent l’homme en proie à une absence ressentie comme ressentiment… La critique radicale peut déboucher sur le vertige du néant. Le signe dit l’absence et l’assigne. Accéder à la présence suppose d’accepter la souffrance qui glisse le désespoir dans le lieu de la joie. Elle incite. obtenir les dons du hasard et de la rencontre. Dans cet acte de construction de l’unité. de discours.L’absence ? La représentation comble les vides de l’absence. L’anormalité. absence absolue. On présente le politique ou l’économique comme des vérités.

H. fragment 338. le concept de situation se réduit à une combinaison finie. ce serait l’allegro. mais un élitisme "modeste. Le moment est une lente maturation qui se parachève. absence peuvent aussi définir des situations. Chaque moment a sa cohérence. Il faut constater qu’il est des situations sans présence." Le moment est plus profond. Stock. une forme qui s’identifie et qu’il identifie). Car sur le plan des représentations. Il est inséré dans le temps. Le Gai savoir. ses reconnaissances. Il s’agit d’un élitisme par rapport à ceux qui ne se soucient que du confort et ignorent que "bonheur et malheur sont des jumeaux qui grandissent en même temps 272 . S’il fallait indiquer un rythme. C’est bref. La présence-absence est constitutive de la situation. Paris. On prend conscience qu’une source se tarit. sont deux modes différents de la présence et de l’absence. mais de cet instant va sortir sa recherche sur la critique de la vie quotidienne qu’il développera entre 1947 et 1981 dans une série d’ouvrages importants 274 … La lecture de deux lignes du Capital sur la marchandise le bouleverse. 234). 231). silence. les moments reviennent." L’aventure est une prise de risque. L’instant est quelque chose en instance et qui se précipite. dans l’instant quelque chose est arrivé qui modifie. Ces lignes "fulgurent. C’est intense. rien ne remplace l’inexplicable qui vient de la naissance et que j’ai gaspillé follement : la présence. Nietzsche.La recherche de la présence est-elle un élitisme ? Oui. une passion. Cependant. l’absence s’installe. dans Le temps des méprises 273 . Lors du vieillissement. on entre dans l’infini des possibles. celle de la rencontre. Au bout de l’aventure : une présence. avec le temps. des images. les uns grossiers (quotidiens) et les autres fins. Les instants sont des déchirures. Instants et moments Ces deux termes. changent tout (p. c’est un développement qui s’enveloppe (prend. même si la temporalité retrouve sa fluidité. Lefebvre évoque. cité par Lefebvre. Définitivement. cet instant où. juste avant la seconde guerre 272 273 274 F. On tente de la suppléer par des signes. d’un événement. Mais dès qu’intervient la tension entre la présence et l’absence. H. 144 . éloignement. Sa découverte de la ville est un moment. Le temps des méprises. devant un objet du quotidien. explosent. Chaque moment a sa mémoire. Il découvre l’urbain. Pourquoi ? C’est difficile à expliquer. dans une conjoncture où joue le hasard. C’est l’entrée brusque d’une personne. C’est la déception. Tout à coup se cristallise l’impression de platitude dans le quotidien. qu’il est maintenant nécessaire d’expliciter. Il a un rythme : en général d’adagio. Présence et situation La présence se manifeste dans une situation : celle-ci peut se définir comme un rapport momentané entre des éléments nombreux." Ce serait une sorte de stoïcisme sans fatum uni à un épicurisme subtil (Épicure prenait le plus grand des plaisirs à boire un verre de bonne eau fraîche). de la méditation. du savoir. son unité qu’il construit autour d’un centre ou foyer autour duquel se rassemblent tous les éléments et les données. mais éphémère. le surgissement d’une intuition. Ils bondissent de ceci à cela à travers les diversités. Lefebvre évoque les moments de l’amour. Alors que les instants ne se reproduisent pas. 1975. Distance. une femme lui dit : "C’est un bon produit". Le moment retourne constamment vers sa genèse et la ressaisit grâce au travail de la mémoire et la patience des concepts. insolent à l’occasion mais discret et presque secret (p. Lefebvre. Voir bibliographie. séparation. à New York. de la lutte. Il dure. Même si je suis de plus en plus malin. H. récompense méritée ou non. des fractures.

car le vécu métamorphose l’instantané de la situation en une cohérence déjà rencontrée. L’espace évoqué. une cohérence. représentant ici des mondes. une épaisseur temporelle. les faits. projetée. pour l’un des protagonistes de la situation. l’être et la pensée. puis à Bologne (1950). car c’est l’homme qui est l’auteur de cet acte créateur qui transmue une situation en moment. puis de nouveau à New York." Car les moments impliquent le souvenir et la re-connaissance : ils éclairent le passé. Ce n’est pas une représentation. Le temps et l’espace se condensent soudain dans une durée. le travail est psychique. Elle s’accorde au pays. Il est avec une femme qui s’accorde au pays (p. intégrant la durée. Elle a à voir avec la production. car ici les représentations sont dépassées. C’est la répétition qui construit le moment. Le temps évoqué ici. qui installe psychiquement un morceau de vécu situé dans l’espace d’un moment en lui donnant une unité. avec A. ce ne serait pas un récit ou une autobiographie selon les formes habituelles. les opérations magiques. à Persépolis. avec le travail. Les moments en sont la trame . Les instants. le 7 décembre 1975. D’une certaine manière ce qu’il nous décrit est une situation. en commençant par l’actuel. Il n’y a plus de passé ni d’avenir. c’est le temps des hommes et le temps de sa propre histoire. Le moment ainsi décrit a quelque chose à voir avec l’œuvre. comme une conque. et remonter le temps jusqu’à l’enfance. parce que le présent reprend l’histoire et l’offre – parce que l’avenir s’accueille avec un espoir… Je rêve au Parthénon. la nature. Il n’est pas "objectivable" en luimême. imaginée. qui conclut l’ouvrage. Henri Lefebvre nage-t-il ? Il est dans l’eau. En même temps. fusionnées. se termine par une méditation sur le désir. procèdent autrement 275 et chacun peut se dire pour lui-même. 235) : "Le petit avion nous dépose sur l’aérodrome. Lefebvre voit dans cette tension entre instants et moments l’espace d’une écriture biographique : "Je pourrais écrire ma vie par instants et moments. mais il vit intensément l’histoire de l’homme à travers son architecture. Ce chapitre. puis à Mourenx (1954). "S’ils déchirent le tissu du temps et de la subjectivité. le moment n’est pas une œuvre dans la mesure où le moment n’est pas un produit.mondiale. Le temps se recourbe comme la coque d’un navire. Bain de mer. Elles s’entremêlent avec des émotions. les ruines mayas en bordure de mer. H. le réel. Mais. H. au paysage. dans une épaisseur particulière. Le moment de Tulan serait de l’ordre de l’œuvre virtuelle. 234). et le contiennent. les activités et les actes quotidiens complètent ce tissu (p. ne serait-ce que par la date qui est donnée avec autant de précision. 275 Par condensation ? 145 . eux. Toute l’architecture s’évoque. cette situation est vécue comme un moment. entre les ruines. Lefebvre évoque un voyage à Tulan. les résume en elle. la temporalité et l’espace tout entier de l’histoire humaine. des monuments qu’il a déjà connus et reconnus. Deux minutes de taxi. qu’il s’est approprié. à Paestum. qui intègre d’autres temps et d’autres espaces. c’est qu’il y a tissu. des sensations. intégrées. L’œuvre d’art est matière transformée. des sentiments. Ici." Parmi les expériences qu’il évoque comme "moment". à…" Il y a une situation : un homme et une femme sont dans l’eau au bord de ruines. des sociétés. c’est la pluralité des lieux..

Dans cette constellation. des sens.ou l'amour sacrificiel (Gretchen). cette énumération ne peut pas être exhaustive. l’œuvre d'art. La passion est proche de la névrose. Inégal à soi et à son destin. Provenant d'une rencontre. il y a en amour des inventions : l'amour courtois par exemple . l'action. il s'approprie le vécu à travers une unité d'ensemble.ou l'amour spirituel.Chapitre 10 Les moments de l'amour et de la pensée Dans La Somme et le reste. rassemblant des paroles et des actes. partant de l'immédiateté antique pour traverser les médiations (l'aimée et l'amour comme médiateurs) et revenir aujourd'hui vers l'immédiateté du désir. un signe. Elle est décrite comme telle par les philosophes et les psychologues. un geste. Car il y a de l'innovation parmi les moments : "Si l'amour a sa mémoire (individuelle et/ou populaire) ainsi que son histoire. éclairant à la manière d'un éclair. Il exprime l'instance : ce qui restait au-dessus. Pour Lefebvre. pp. souvent aberrant. Partie prenante d'un moment appartenant comme tel à l'espèce humaine. Lefebvre. 146 . des situations et des attitudes. centre au moins “ momentané ”. Le vécu s'organise autour d'un centre qui n'est pas fixe. le moment se détache de l'ambiguïté vécue pour prendre forme. du corps. au chapitre II." L'amour est un acte social et en même temps extra-social. toujours nouveau. à un peuple". et les moments. mais se présente plutôt comme la "constellation changeante des moments qui brillent au-dessus du fleuve héraclitéen du temps". d'un mot. le moment (dans une acception qui diffère de l'hégélienne tout en l'enveloppant) entre dans une histoire. Par contre. et cependant individuel. reviennent avec une certaine constance : l'amour et la pensée. celle d'une collectivité qui se retrouve ou se reconstitue en reconnaissant ses valeurs. intitulé "Le moment philosophique". l'instant fait irruption : un mot. ascendant puis se dégradant et parfois reprenant son ascension. les siens. L'amour entre dans une mémoire. H. voire ses lieux et coutumes. à une classe. de la reprise. pose une question préjudicielle : “ Y a-t-il un moment philosophique ou moment du philosophe ? Comment caractériser ce moment ? Selon quel critère ? Comment l'authentifier ou le rejeter comme non-authentique ? ” Henri Lefebvre reprend une question proche dans Qu’est-ce que penser ? 276 Pour Lefebvre. Béatrice) . celle de l'individu lié à un groupe. des sentiments et des représentations. celle du vécu individuel et celle du "milieu social" de l'individu. d'un détail infime. Il devient une façon d'être c'est-à-dire présence à soi et aux autres. à un peuple. Le moment est l'inverse de l'instant : "Bref. Il révèle. au-dehors et attendait l'occasion de se manifester. avant de tenter une réponse. de la mémoire et reconnaissance de certains rapports. (Diotime. ses représentations. Qu’est-ce que penser ?. c'est-à-dire durable. etc. à un groupe. Et toujours reprenant ses thèmes. le jeu. Il se pose à partir d'une circonstance. de la pensée. du vécu". L'identité concrète a deux formes : l'identité culturelle. 83-94. 276 Henri Lefebvre. le repos. comme acte central . Acte et non état. il en va comme de l'amour : "toujours unique. Ces figures ont changé . bouleversant. non sans difficulté et sans risques de perdre une partie des richesses conquises le long de ce parcours qui va de l'amour vers l'amour". plus individuels : "Forme éminente de la répétition.

mais en un acte. Lefebvre sur l'amour.H. des groupes où il figure. reste fragile : elle ne peut durer longtemps. des normes et valeurs de la société où il se déploie ou bien dépérit". à l'ambiguïté du vécu. les possibilités multiples (enjeux. gains et pertes). il ne suffit pas et ne se suffit pas. la pensée. avec leurs rapports qui n'ont rien de simple . Le moment du jeu a son temps propre. l'apaisement. La pensée reconnaît son trajet. l'autre dix ans plus tard. Ne consistant pas en une ex-istence ou ex-stase. Sans s'arrêter nulle part en un “ état ”. "L'amour ne peut se dire ni objet. la pensée n'est pas un état. à s'y maintenir. l'amour humain est un acte en même temps qu'un rapport au monde. La pensée peut chercher à persister dans cet état. qui renaît de ses cendres. des flux informes du vécu. Elle le rassemble. Les changements dans les contenus . interne ou externe. acte plutôt qu'état. Toujours ayant une forme. sa mémoire propre et spécifique. Lefebvre voit quelques analogies entre le penser et l'aimer : la différence . il peut aussi le dire du jeu : "La pensée se crée en pensant le jeu. que n'est aperçu que deux fois. son parcours. en intégrant la mémoire à l'acte et à l'immédiateté présente. La "res cogitans" est pensante par définition. c'est-à-dire le risque. il les transforme. H. Béatrice. de l'irréductible qui surgit devant la réflexion et d'elle lorsqu'elle s'applique à saisir et à définir une activité quelconque. inaltérable. etc. en une chose acquise". à l'amour qui meut le soleil et les étoiles. celle de l'individu. Ce concept d'appropriation renverse et inverse celui de propriété : "L'amour s'approprie la sexualité. Cette forme d'amour se lie à l'état des choses dans le cosmos. Selon la Vita Nova. possède un trait commun à tous les moments : une activité d'appropriation".ne disparaît pas. l'amour. car il transforme et le sujet et l'objet". jamais établi. Lefebvre. informe". encore moins dévorer. Il lui faut "l'autre" pour le penser . chaque jeu a des règles . acte impur. Le jeu s'approprie le hasard et la décision. Lefebvre remarque que le “ cogito ” s'est donné pour un état. cette re-naissance l'oblige à refaire son parcours. Pour H. la violence. de ses échecs. Il naît et renaît de sa propre absence. Les moments ont ces puissances . Par opposition. ou l'action.réagissent sur les formes et par suite sur les moments. à une vitesse accélérée. une substance. au sensible. une capacité de transfigurer le "réel" autant qu'une réalité psychologique et sociale : "De même le penser. Lefebvre. Ces remarques de H. Cette opposition de l'état et de l'acte remonte à la plus haute antiquité. Ainsi. Si le penser naît des ambiguïtés. sa “ matière première ”. son trajet : jamais stabilisé. et cependant l'amour-état traverse la vie et la mort. de ses régressions.la dissemblance . Elle comprend de l'intérieur. du lieu de départ jusqu'à l'horizon visé : le jeu. de son vide. parce qu'ils y voyaient une aliénation du penser. encore moins comme étranger à la pensée. spontané. mais dans une poursuite de ce qui le fuit et que cependant il peut atteindre mais non captiver et posséder. La pensée ne peut penser l'amour que parce qu'elle n'est pas l'amour : le moment de l'amour ne peut se situer comme identique. peut alors jeter un regard en arrière. se refusant à une objectivité figée du savoir : "La pensée qui s'auto-définit ainsi. il se crée (auto-création). l'amour est un état. Cette interaction fait partie de l'histoire et de la genèse. qu'il transforme. Les philosophes ont proscrit les passions. la pensée ne joue pas. ni subjectivité. mais la résistance au devenir.ces formes au temps qui vient. au temps et à l'espace. ayant atteint son but (son autre). l'on entre dans le jeu en appliquant ces règles . rappelle H.ou plutôt ils sont ces puissances de métamorphose par rapport au “ donné ”. "L'acte de penser revient alors vers sa source et recommence son effort.dans les activités pratiques . Nécessaire. l'une lors de sa neuvième année. 147 . Pour Dante. et c'est une renaissance perpétuelle. ou objectif.

comme médiation qui part de l'immédiat et le retrouve.contenant sa dialectique du devenir". Le penser ne poursuit son auto-création qu'entre le Même et l'Autre. On ne possède ni soi. La pensée naît dans l'entre-deux des moments. En tant que moment. Les créations esthétiques présentent ou représentent des moments : l'amour. le jeu. Par cette forme qu'il se donne. de gestes et de représentations. il les pense successivement et non simultanément". de sensations et de besoins. acquis) sans s'en tenir aux médiations instituées. ni l'être. La réflexion gère sans fin les aspects contradictoires du rapport au monde : "D'un côté. mais elle parvient à surmonter le conflit en considérant les moments dans le devenir. puis opte pour l'un d'eux en refusant l'autre. c'est-à-dire dans une unité qui se constitue (qui se crée) à partir d'une matière première et naturelle d'émotions et d'activités. C'est-à-dire en constituant un centre “ momentané ” qui confère un sens (c'est-àdire une signification et une orientation au “ vécu ”.de l'autre le risque. dans leur rapport au monde. La méditation se perd dans l'indéterminé. révélations subites. l'action. le penser cherche à constituer une totalité qui toujours se brise : "Parce que le moment de penser a une relation avec tous les autres moments. etc. il saisit le vécu comme tel . évènements et concepts. La force du penser vient de ce mouvement interne-externe. De même. Le moment de la pensée "se constitue ainsi par négation de ce lieu de départ. Ainsi. les jeux et enjeux. "Le moment convient à la fois au conçu et au vécu. les oeuvres d'art cherchent à proposer un temps absolu (musique) ou un espace absolu (l'architecture). "L'acte de penser entre donc parmi les moments. qui oscille entre les moments. les menaces". irruptions bouleversantes.et de l'autre la joie. le moment fait transition entre la connaissance (le concept) et l'art. Une telle confrontation donne lieu à un discours infini. la souffrance. Le monde est le fond sur lequel se détachent ces constellations et ces nébuleuses : moments et instants. Le Même devient l'Autre et l'Autre se change en le Même. de même importance. celles du savoir acquis et des institutions stables . Elles ne peuvent trouver un objet ni dans le conçu ni dans le vécu qui n'a pas revêtu une forme". Le penser a la puissance de transformer son lieu de départ. la pensée est un rapport au monde en même temps qu'à son autre et à travers cet autre. 148 . il se donne une forme. Les moments. sans fusion ni confusion. Il ne peut y avoir de fermeture. sortant de l'ambiguïté. réalisant une modalité de la présence (à qui ? à soi. sans s'identifier à aucun. la mort. sans confusion ni séparation. intuitions brusques". en même temps qu'une mémoire et un temps propre (dans le devenir du monde). et finalement entre le vécu et le “ vivre ” qui comporte lui-même le penser". des interactions entre l'ambiguïté des concepts. qui se constituent en “ êtres ” concrets et divers. sans quoi celui-ci resterait dans les flux informes et s'y égarerait). Son auto-reproduction ne fait pas sa fécondité. s'opposent aux instants. D'un côté la sécurité et la certitude. aux autres et à l'autre. en un lieu de nouveau départ. il passe entre le vécu informe et le savoir formalisé (conceptualisé. les plaisirs et les voluptés. Si les moments sont dans un temps et un espace relatifs. épreuves. de la fluidité. le vieillissement . au monde). puis par sa restitution qui le situe dans la constellation mouvante des moments. Concept.

Le jeu des moments (passage de l’un à l’autre) suppose une sorte d’huile de coude. les moments les uns par rapport aux autres. découvrir. Au jury. une fois de plus. "dispositif") des moments. Cette prise de conscience m’a conduit à faire un pas de côté. David Le Breton sur la marche…). non installé dans nos moments ? 277 Ce chantier est un ouvrage en préparation sur René Lourau. pour lequel Hubert de Luze. En ouvrant Journal d’un lecteur. du coup. une soutenance de thèse. de façon "évidente". j’ai regardé mes autres journaux. de la fluidité du sujet que je suis. Jean-Marie Barbier. c’est qu’il me semble que pour rendre fluides. en sortant du séminaire de Patrice Ville à Saint-Denis. Journal d’un éditeur. fluide. j’ai voulu trouver un bon support pour noter cette nouvelle. j’ai pris conscience qu’il n’y avait pas de Journal d’un auteur. découvert dimanche au “ Salon du livre de voyage ” de Magny-en-Vexin. C’est cela que je voudrais explorer. J’ai ouvert La mort d’un maître 277 . il est nécessaire qu’il y ait du jeu entre les moments. où j’étais invité à faire une petite conférence sur mon Voyage à Rio. m'avait signé un contrat dès 2001. que je ne décris pas dans mon Journal des moments. Je le promène un peu autour de moi. Je venais de lire le Journal de voyage d’Albert Camus. Dans le public. et un prof que je ne connais pas (on m’a parlé d’un Allemand). Je suis venu avec Sergio Borba. Si j’ouvre un Journal du Non-Moment. mais ce n’était pas la place. Je suis venu à cette soutenance comme “ auditeur libre ”. être auteur est. L’idée s’est imposée à moi ce matin. Camus. donc un espace qui est libre. On pourrait se dire : le Journal d’un auteur est à ouvrir . Qu’en est-il du vécu. qui ne rentre pas dans le cadre (framework. D’ailleurs aujourd’hui j’ai passé une partie de la matinée à écrire mon journal. et je me suis plongé dans ces ouvrages avec une forte implication (puisque je viens de terminer mon Voyage à New York). dans le jeu de la transversalité. Mais je ne suis pas là pour raconter. Christine Delory-Momberger. mais pour essayer de penser un nouvel objet : Le non-moment. soutenance de thèse de Jean-Yves Robin (Villetaneuse). il y a des moments. 149 . J’ai donc du vécu qui ne se trouve pas enregistré dans le Journal des Moments. En apprenant la maladie de mon ami Hubert de Luze. J’en ai profité pour acquérir 6 livres sur le journal de voyage (Gide. Je ne l’ai pas trouvé. en me posant la question : qu’en est-il de mon vécu. J’aperçois aussi Jean-Louis Le Grand. il y a aussi Guy Avanzini et des collègues d’Angers. et je m’étais replongé dans le très beau livre de Pierre Sansot : Du bon usage de la lenteur. pour le faire connaître.INTERLUDE 2 JOURNAL DU NON-MOMENT (5 mai 2004 – 25 novembre 2004) Mardi 5 mai 2004. un moment non contestable . donc. je retrouve Françoise Cros. pour moi. Alors. en tant que directeur des éditions Loris Talmart. Gilles Brougères.

P. suis-je dans le moment de l’écriture ? Non. de la rêverie. il y a un entre-deux. il faudrait reprendre la construction archaïque de la personnalité : Jean Oury ne parle pas vraiment d’autre chose que du moment. Quelle place faire au non-moment dans la théorie des moments ? J’aime l’éloge de la lenteur que fait P. et entre les deux. On peut transmettre des maisons. moi une choucroute ! Il nous manquait du vin frais. Oury. Je parlerai ici plutôt d’un quasi-moment. Chez Jean Oury. du côté du nonmoment. dans une succession imprévue. J. Je ne suis pas dans le moment de la thèse . mais comme une sorte de redondance. plutôt que du côté du moment. Sansot viennent étayer une réalité essentielle. Gilles. des vrais. mais il faut décrire le non-moment qui est tout de même traversé par des moments. le concept. Il me faudrait expliciter pourquoi je suis tenté d’inscrire le quasi-moment. Dans son effort de théorisation du sujet. de Jean Oury. Le non-lieu est virtuellement un non-moment. Chez Camus. En même temps. je trouve cette première impulsion moins évidente que lors de l’insight (l’insight est de l’ordre de l’instant). observer des classes prendre l’autobus. dans lequel je me trouve maintenant : la soutenance de HDR. pour parler du nonmoment. à la manière des grandes émissions de France-Culture. ce qu’ils ont repris de mes moments ? En quoi ai-je aidé mes enfants à se construire leurs moments ? Cette question peut être dialectisée par cette autre : comment mes enfants se sont-ils construits des moments. intuition. sans savoir à quelle heure notre entretien serait suspendu : voilà du non-moment. commencée avant que j’arrive. utile. le point commun avec ma recherche. livre sur le non-moment. Sansot. Donc M. il y a l’espace-temps disponible entre ici et là : ici et là sont des moments . des tableaux. et non structurée. Romain. j’ai trouvé une critique de la conduite automobile. fut riche en auto-célébration de notre commune transversalité (danse/philosophie) : -On est les mêmes. quand le vécu prend la forme d’un quasi-moment : le moment de la flânerie. pour écrire. à Rio de Janeiro. Dans les temps qui viennent. donc.L’idée m’est venue ce matin. Ce matin. et qui commente un mémoire de synthèse. d’une certaine manière : un lieu. Charlotte. Ce fut ma première impression. Qu’est-ce qu’on laisse derrière soi ? se demande Jean-Yves Robin. descriptible ? Puis-je demander à Hélène. ou plutôt sur les rythmes du nonmoment. que je n’ai pas lu. rentable : contre la vitesse. des livres. au-delà de nos différences ! On a produit ce manifeste. saturés. dans une performance commune : celle d’un repas à la terrasse d’un café . du vin. Elle est utile . au fonctionnement mécanique du sujet. encore que le chapitre sur l’écriture est bien une réflexion sur la construction du moment d’auteur. et donc du moment. etc. je suis dans un non-moment. elle s’oppose à l’activisme. il s’agissait d’un insight déjà expérimenté. Qu’est-ce que l’on conçoit transmettre à ses enfants ? ["Est-ce effectivement transmis ?" serait une autre question]. que j’entends comme un fond musical ou plutôt culturel. à son effort pour se donner comme efficace. le calme. Comment décrire le non-moment. plutôt que d’un moment. une musique dialogique entre Christine. mais. contre moi ? Le repas d’hier midi avec Charlotte. le risque : en faire un moment ! 150 . C’est pour moi : une salle chauffée. Jean-Yves. il me semble qu’on transmet surtout des moments. un espace agréable (une belle table). Non-lieux de Marc Augé et Arts et schizophrénie. Chez Augé. je veux tenter de penser le non-moment . Car le moment est un espace-temps. lors de la lecture en décembre 2003 de deux livres importants. Manger. dans le mode de production. par rapport à mes enfants : est-ce analysable. même s’il en ignore. elle mangeant un steak haché. Puis-je penser cette question. Augé. je lisais Du bon usage de la lenteur. c’est le non. Mais la Loburg était excellente. que je pose entre deux autres moments. semble-t-il. En la restituant. prendre l’air.

l’institué de l’institution objective la vie : on mange. Sujet de la thèse : Bible et éducation. Donc. Ainsi. je suis conscient d’appartenir. a-t-il dit. j’ai des rites de passage : notamment des rites d’entrée à respecter . mais j’ai refusé le legs). qui entraîne le non-moment. Le converti. pour entrer dans un autre. dans le moment. Mais dans le moment. dans le quotidien totalitaire . est un moment. de la matérialité. du fait de la conscience que j’ai d’accepter ce legs. les institutions totalitaires ne connaissent pas les moments. poussé par le flux héraclitéen du quotidien 278 : beaucoup d’adeptes sont entrés en religion. on peut tous être des chroniques de quelque chose. de la conjugalité. La vie au Moyen Age. on se couche : ces modalités doivent être distinguées du moment du repas. comme le moment. Cette méditation peut être rapprocher des réflexions de Félix Guattari. 12 h 40 J’attends le départ de mon TGV pour Paris .Lyon Perrache. des rituels de sortie et des rituels d’entrée sont ménagés. par exemple. 278 Expression de Husserl. il y a davantage : il y a la conscience du moment. l’étable n’est pas un moment : c’est un espace-temps. Dans les Eglises. dans Psychanalyse et transversalité. qu’il y a à boire et à manger : je fais le tri. 151 . entre ce que je conserve. on se promène. il y a une dimension totalitaire. Ma question : y a-t-il des gens. et cette qualification totalitaire du quotidien n’a rien de péjoratif. Dans le nonmoment. Ces rituels n’existent pas dans le non-moment. par opposition. Quand je quitte un moment. Et d’une certaine manière. ils sont religieux. la volonté du moment. ou du moment du repos. Michel Lobrot trouve que ce rituel est un peu ennuyeux : -On n’a pas suffisamment parlé de nos croyances. à propos de sa distinction entre groupe objet et groupe sujet : dans le moment. était sans surprise : ils travaillaient tout le temps. Le rythme des champs décidait chaque matin de leur activité . le non-moment nous aide à définir ce que serait le moment. celui que l’on appelle un chronique. voire de subjectivation. contraints . du moment de la marche. n’a plus de moment : les rythmes bureaucratiques de l’institution agencent sa vie. cependant. elles étaient rivées au domestique. entre deux moments. qui vivent en dehors de tout moment ? Le problème : quelqu’un placé en prison se voit détruire progressivement tous ses moments. et ce que j’abandonne de mon héritage. par appartenance culturelle. la seule rupture permise avec le quotidien : la fête. Par extension. sans moment : le chronique est dans le non-moment. qui n’est pas le thème que je voudrais développer aujourd’hui. Ainsi. par ailleurs. contre un autre possible : je l’habite. mais. pour les femmes. qui peut être un non-moment. d’autres sont ma fierté. construit son moment religieux. pour les paysans. les institutions totales sont des dispositifs. Ayant rédigé le rapport en situation. et le moment voulu. Ce sont des activités contraintes . dont j’assume l’héritage. par ma famille. il y a une part subjective : le moment est construction du sujet. à une tradition familiale dans laquelle j’estime. pas seulement le prisonnier ! Le malade hospitalisé en hôpital psychiatrique. Pour un animal. mais aussi une grande part de subjectif. il y a de l’objectif. je viens de présider la soutenance de thèse d’Antoine Caballé. le 6 mai 2004. je rentre dedans. Pour le chronique. ou par déterminisme familial. par statut social. le désir de ce moment. Le moment. Je choisis mon moment. je suis tranquille : pas de devoir à la maison. J’ai posé l’hypothèse qu’il n’y a pas de moment. on entre un peu au hasard. le moment refusé (j’aurais pu en hériter. La vie était construite de l'extérieur . J’ai refusé certains moments familiaux. il me faut distinguer le moment hérité (transmis par ma famille).

dans ma première valse. je ne peux pas réfléchir à ce qui me maintient communiste. G. Cela renvoie à l’institué. je traîne un peu ici. du sommeil. vers Saint-Denis. tout pourrait être moment ? En partant à Lyon. mes œuvres me maintiennent institutionnaliste . Institut catholique. Patrick Boumard et Driss Alaoui. Lefebvre. même si j’ai renoncé à l’adhésion à ce Parti. je retourne à la librairie. Deux pensées qui contribuent à me maintenir communiste : B. L’ensemble du Dictionnaire est une perle. R. qui avait changé d’adresse après 1989 (époque où j’avais découvert le Dictionnaire de théologie catholique de Vacant. ce matin. pour avancer ma toile pour Georges 281 . pourtant. les notions de maintenance. Patrick Tapernoux. Gramsci. je me vis dans un non-moment. Je vote vert.Dans le métro. Je me sens bien : je sais qu’il me faudrait rentrer chez moi. Alors. si j’avais un bon de commande de mon éditeur). que par des lectures : idéologiquement. Ce non-moment est alors parfois vécu sur le mode de l’éclatement. peint pour son anniversaire. ou plutôt de l’implosion du sujet . Mais ce parti-pris est davantage étayé par mon expérience du monde actuel. bien que le mouvement institutionnaliste soit difficile à définir. Les développements sur le péché (450 pages de petits caractères) sont à dévorer avec passion. entre plusieurs moments. 2004. Georges Lapassade était là. malgré mes expériences insatisfaisantes. 281 Portrait de mon maître. En me levant. de maintien m’intéressent : j’y ai réfléchi.A. le moment de la thèse en italien. on est dans un non-moment. un Congolais. Matrice. Santot parle du repos : il parle de la digestion. Brecht . lors de la fête des 80 ans de Lapassade : j’ai écrit 6 pages. Lourau. accompagné de Sergio Borba . P. 15 heures 30 Je viens de terminer Du bon usage de la lenteur : excellentes pages sur le nonmoment. il s’agit de quelque chose d’instituant. 92 pages. 152 . Sergio est arrivé . etc. 280 Un Colombien. Sergio Borba. mais sans angoisse. nous sommes passés devant la librairie Letouzey et Ané. Colloque de la société européenne d’ethnographie de l’éducation. Lapassade. Francesco de Saragosse. je retrouve un livre commencé en avril : Georges Snyders. J’y ajouterai la mienne : ma pensée. chez les Verts. le titre de cet ouvrage nous a surpris. Jacques André Bizet. je me sens institutionnaliste. Je suis proche des membres de ce groupe. incapable de structurer mon identité : quand on se trouve ainsi. vert . Pendant la pause repas. Impression de vivre dans le non-moment. mais peut-être s’agit-il du moment du repos ? Oui. puisque je ne l’ai jamais été : je continue à me sentir écologiste. de la grasse matinée. 17 heures. Les participants à cette rencontre se présentent : trois doctorants 280 . Gramsci 279 : dans le taxi qui nous conduisait à l’Université. Au moment de relecture de mon texte. je voterai vert. j’ai dû me mettre à la rédaction du discours. Qu’est-ce qui me maintient institutionnaliste ? Pour moi. assez sérieuses. acheter le volume sur le péché (1933) : ce volume de 1400 pages m’est vendu 98 euros (mais je pourrais avoir une réduction de 25%. le vendredi 7 mai. sans harcèlement. j’en parlais avec Michel Lobrot . mais. Je sais que je 279 Georges Snyders. Vito d’Armento qui vient de traduire mon ouvrage Produire son œuvre. trois pensées : H. Mangerot et Amann) : j’ai beaucoup utilisé l’article Danse. un Vietnamien. Je suis venu à pied de Saint Placide.A. maintenant. que le président Lunel devra prononcer lundi. Lucette téléphonait à Paris 8 pour avoir la présidence… Je me suis senti dissocié. Brecht . par opposition à l’instituant . Deux pensées qui contribuent à me maintenir communiste : B. à propos de la sieste.

Soudain. Lapassade a une posture : Je m’engage. Lapassade. son œuvre. Depuis Groupes. Vito parle en italien : les deux Patrick tentent de le traduire. qui porte sur Lapassade. J’écris ces remarques dans ce texte. Hier soir. auquel on tente de s’accrocher. même s’il travaille tout le temps (en rédigeant des textes sur l’observation participante. qu’ils imposent ensuite à leurs étudiants. mais. JacquesAndré Bizet. car Vito parle de moi : mon ami voudrait que je sois davantage présent en Italie. avec Le château à la main ! G. opposant le concept de dissociation au concept de moment . du fait des lacunes de mon italien. G. et être disponible pour vivre le performatif. j’ai du mal à suivre son discours. j’ai sommeil. qui rédige des notes du traducteur : je me sentais dans un entre-deux. institutions. Présents dans le groupe : Francesco. chez Patrick Tapernoux. qui est observable dans le social : après Napoléon. chacun d’entre nous peut privilégier l’engagement. avec une perspective unique : la préparation des 80 ans de Georges. G. Il me fallait donc le lire rapidement : c’est une introduction polémique. Lapassade raconte que. un processus organisateur des récits de vie. je me sens obligé de me recentrer sur la discussion. mais je n’ai pas conscience d’être dans le moment de l’écriture : j’écris mécaniquement . Cette perspective me fait écarter d’autres activités importantes. dans la théorie des moments sur la dissociation. comme l’organisation de la thèse de Mohamed Daoud. Beaucoup de professeurs préparent leurs cours : ils travaillent à la construction d’un dispositif pédagogique. par exemple). et ensuite un autre sur "René et Lapassade". Lapassade parle 153 . Le mémoire de Mabrouki donne envie de faire aussi quelque chose. que l’on maîtrise mal.. parce que ma vie. J’avais donné un rendez-vous à Giorgio. Comment peindre un tableau pour lundi. Lapassade a fait sienne cette posture. J’arrive. j’écris. G. Cette idée me fut donnée jadis par Hubert de Luze. quand il est arrivé. Patrick Boumard. échappe . Georges m’a reproché de ne pas avoir lu ce mémoire. la prise échappe : on ne comprend pas. les étudiants sont restés. dans mon livre sur René Lourau : il y a de la matière. Idée de l’amener avec moi pour résoudre ma dissociation : je dois faire mille choses à la fois. il change son idée en arrivant face à son auditoire : il improvise. organisations. en fait. Trotski. langue que je voudrais m’approprier bientôt. suppose de construire un dispositif avant. feuillette bruyamment ses notes . intitulé finalement La dissociation. Bernard Jabin. un non-moment : celui d’une langue hachée. Travaille dans une langue. Idée d'un chapitre Lapassade. Patrick Tapernoux. ce texte est suivi d’entretiens avec Georges Lapassade . avant la réflexion sur le dispositif. Institut catholique. est une transduction permanente d’une activité à une autre. s’installer dans un dispositif. sa vie. Vito d’Armento. tout à l’heure. et ensuite je vois (Napoléon. Je me sentais dissocié. qui a du mal à émerger . Que fait l’esprit. à côté de moi. qui voulait que je fasse un chapitre sur "René et Lefebvre". Samedi 8 mai 2004. que j’ai moimême déjà organisées. se heurtant à pareille situation ? Driss Alaoui.retrouverai tout ce petit monde dans la soirée : je suis invité au dîner organisé par Patrick Tapernoux. Il raconte maintenant une situation dans laquelle il avait demandé à ses étudiants de lire Le château de Kafka. nous rend extérieur à ce qui se passe : cette extériorité est un non-moment. j’ai revu avec Vito une partie de la traduction de mon livre. et ensuite il eut une autre idée . cité par Trotski). difficile. J’ai envie de partir de cette réunion. ces entretiens sont riches : ils complètent beaucoup d'informations. 11 heures 45. je lisais le mémoire d’Abdelwahed Mabrouki. pour qu’il me parle de lui . Let espace social. tout en faisant mille autres choses ? Vivre un moment. Driss Alaoui et Rose-Marie. accompagné de Gorgio de Martino : j’espère qu’il va prendre le pouvoir de la traduction. Je suis dans un non-lieu..

je le deviens. tu es un hérétique ! me dit Guy Avanzini . présent à cette soirée. ne m’a jamais préoccupé : ce que j’ai accepté est d’être son fils. je suis Dieu. je suis passionné de théologie . qui rassemble. -Ah bon. -Pourquoi ? Si je suis fils de Dieu. sur Saint Thomas d’Aquin. J’ai parlé de la situation 282 C'est faux. La pensée associative ne serait-elle pas le non-moment. par excellence ? Groupe d’ethnographes de l’éducation : j’ai été boire un café avec Driss. j’ai eu le temps de lire 20 pages. J’ai payé les 40 euros d’adhésion à la Société d’ethnographie de l’éducation : j'en suis donc membre à part entière. Or. il y a le moment de la philosophie. Les 80 ans de Lapassade est un vécu collectif. Quand je fais ce type d’associations. un non-moment.du transductif. une installation dans le moment. puis Sergio Borba est arrivé : il présente sa recherche. mais par simple affirmation de mon Essence : Je suis celui qui est. dit Dieu . donc je suis Dieu. suppose une articulation collective de l’espace et du temps. cette énergie circulent dans l’entre-les-moments. j’introduis les fondements de ma théologie : Je suis le fils de Dieu. comme visiteur. Je pourrais devenir membre à part entière de la SEEE. mon auteur privilégié : Saint Thomas. Je dois être un inventeur. qui travaille sur l’autodidaxie : elle a lu Christian Verrier. Une différence existe entre les moments individuels (se mettre à l’écriture d’un livre). Je me lance dans une discussion avec Charlotte : Oui. Tapernoux. mais je m’y sens chez moi. mais ne le connaît pas. Elle a fait 4 ans de philosophie à Paris IV . Cette déduction logique ne semble pas évidente aux théologiens présents. assemble des moments anthropologiques traversés par. Cette théorie me semble évidente. moi aussi. une étudiante de Paris 8 (hypermédia). Assez vite. la transduction est un mouvement. Cette installation exige une conversion . donc d’être Dieu moi-même : je crois moins en Dieu. non par ambition ou par orgueil. la conversion est un changement de posture intérieure et extérieure. elle était simultanément inscrite à la Catho. je me suis mis à couper les pages de mon volume acheté hier du Dictionnaire de théologie catholique . avant de venir chez P. Comment vivre le nonmoment. On m’accepte ici . Ce mouvement. 16 heures 50. Je me remets à écrire. suis-je dans un moment ? Lequel ? La pensée transductive est-elle un moment ? Pour H. Je me suis arrêté d’écrire. deux idées. même si elle ne l’est pas théologiquement. Je suis bien là : j'ai un espace. dans ce jeu de séduction. mon objet : le péché . Que Dieu existe ou non. lorsque Sergio a commencé à parler : j’étais pris. qui le conduit d’une chose à une autre : cet état fait partie du non-moment.). Il élabore le moment de la pensée dans Qu'est-ce que penser ? (Voir le chapitre sur ce thème). mais il ne parle pas du moment de la pensée 282 . cela ne dérange pas mes collègues que j’écrive. Dali disait aussi : Je ne suis pas Dali. sur la notion de péché : j’ai retenu que Saint Thomas d’Aquin a fait la synthèse de tout ce qui s’est écrit avant lui. on prend le temps de le construire : il y a une transition. dit-il aussi. où tous les participants viendront mettre en commun leur moment Lapassade : c’est un moment historique (donc qui s’inscrit dans la temporalité). par ce qu’il racontait sur sa vie. et avec Georges Lapassade. Impliquer d’autres personnes dans la construction de ses moments. Lefebvre. je suis Hess. le bal. qu’en mon destin de créateur. Je ne suis pas membre à part entière de la SEEE. un lieu qui n'est pas un lieu. et que je ne puis me brancher sur ce qu’il dit. Je suis celui qui devient. Fils d’André Hess. mais un lieu qui est un non-lieu. deux moments. relie. parce que Vito fait un exposé en italien. Rencontre étrange hier avec Charlotte Tempier. R. et les moments que l’on construit avec d’autres (le repas familial. etc. Quand on entre dans un moment. sur un mode cool ? Lien psychologique qui relie deux choses. 154 . Lourau oppose la logique transductive à la logique hypothéticodéductive.

de professeur d’école normale. Il y a 60 candidats. on sait déjà qui on va recruter. me dit Lucette. lorsqu’il était instituteur. l’esprit passe d’une forme à une autre. 8 heures 40. il y a de nombreuses tâches. parce que je savais que j’allais devoir passer 3 heures à m’ennuyer. Ne suis-je pas en train de faire autre chose que ce que je suis censé faire ? Je suis censé participer à une réunion : j’y suis. 10 heures par jour. Réunion de la commission de spécialistes : on recrute un maître de conférence. Lundi 10 mai. encore aujourd'hui . il poursuit ensuite des études de psychologie de l’enfant. ils concernent des dossiers de personnes sympathiques. mais il ne faut pas lui consacrer plus de temps qu’il n'en mérite : j’ai mis moins d’une heure à écrire mes 4 rapports . psychiquement. mais le travail institutionnel exige que chaque dossier soit lu par deux rapporteurs (120 rapports à rédiger). de la situation à Rennes 2. Pour décrire cet état. Ils sont honnêtes. et de pédagogie ! Ce passage correspond bien à ce que j’ai moi-même vécu : à certains moments de ma carrière de professeur de lycée. Du point de vue de la bureaucratie. Dans la vie du quotidien bureaucratique. son œuvre d’Abdelwahed Mabrouki va être soutenu aujourd’hui : j’y ai découvert que Lapassade avoue qu’il lisait Bergson pendant ses classes. leur activité est réelle. leur attention s’émousse : ils commencent à associer mentalement sur d'autres objets. mais "hors profil". il en garde de la culpabilité. prenons un autre exemple. Nous parlions avec Lucette de ce travail. 80 ans de Georges Lapassade. le sujet est mobilisé en même temps. ou même de professeur d’université. Lucette me parlait d’un questionnaire remis aux UFR. comme on dit. Une personne conduit sa voiture. il relève de l’entreprise . totalement inutiles. Dans ces situations. L’université a décidé de répondre par elle-même à ce questionnaire. qui finissent assez souvent à la poubelle. Paris 8. donnant des devoirs aux élèves . intéressantes. je me dis que les rapporteurs ont passé des heures à rédiger ces textes longs. Ce type de travail (bureaucratique) occupe les journées de gens comme Lucette : elle travaille 7 jours sur 7.à Paris 8. je concentre mon attention principalement sur mon écriture. que je juge totalement inutile : c’est le travail de l’institution. mais je vois bien que le fil de leur pensée commence à échapper au moment du travail bureaucratique (transduction sur d’autres thèmes). mais il nous faut maintenant sortir de la salle. sa vie. je n’écoute que d’une oreille (écoute flottante). mais au bout d’un certain temps. cependant. Quand j’entends lire les rapports. totalement inutiles qui occupent des gens compétents ! Par exemple. Le travail institutionnel estil un moment ou un non-moment ? Le travail. et a donc laissé de côté les réponses des UFR : ce travail considérable s’est trouvé mis à la poubelle purement et simplement. J’écris maintenant. ce travail a son importance. en écoutant de la musique. tout en fumant. tout en discutant avec les autres passagers de la voiture. pour répondre au projet d’évaluation lancé par le Ministère. dans plusieurs activités : le conducteur suit les aléas de la circulation. l’analyse du vécu des acteurs permet de montrer que ceux-ci ne s’installent pas dans ce moment de façon active . et puis ils se remettent en stand bye. Ils ont toujours la posture d’écoute. le fumeur surveille son mégot pour empêcher les cendres de tomber dans la voiture. ou du moins à être totalement passif : la plupart de mes collègues sont venus pour écouter attentivement cette lecture des 120 rapports. mais en même temps. puis Patrick Boumard. la bureaucratie d’Etat relève d’un autre moment chez Hegel : celui de l’Etat. le collègue ou ami discute. s’il y a un moment du travail institutionnel. pendant des séquences extrêmement courtes : le temps de lecture de leurs rapports. l’auditeur 155 . pour faire des tâches importantes. Certes. Notre statut de fonctionnaire implique ce travail de l’institution. Eh oui. le temps de travail est un moment chez Hegel . Le mémoire de DEA consacré à Lapassade.

ainsi. contre cette dissociation du quotidien. Mon travail sur le non-moment avance. etc. mais il n’y avait que 3 semestres à attribuer. Hier. je ne veux pas investir la fac outre mesure. la transduction occupe beaucoup de temps . celui-ci s’adonne à l’une de ses activités préférées : la transduction ! Dans les situations contraintes. cela serait trop voyant . ou ne serait-il pas plus juste de parler de non-moment ? Selon moi. la transduction n’est pas un moment : le plus souvent. La situation n'est pas un moment. l’essentiel de la mobilisation psychique se fait sur la conversation. même si certaines associations reviennent. etc. dans une même conscience qu’il se passe une rencontre pédagogique. La pensée dérive : dans la vie. contre ce type de dissociation du quotidien : construire un projet d’écriture. par exemple. il y a des états de garderie. il y a plutôt une modalité de l’absence. qu’il n’avait pas écouté depuis longtemps. Cette annonce m’installe dans un non-moment. les membres. car cette activité n’habite pas une forme. mais avec des ruptures. pour l'obtention d'un congé sabbatique. Le moment se construit. Je n’ai pas envie de m’installer dans la posture du congé sabbatique. mais le plus souvent la mobilisation psychique sur la conduite ne représente que 20% . Elisabeth Bautier m’annonce que je suis 4 sur 13 candidats. les participants au dispositif ont toujours tendance à transduquer. les spécificités qui déterminent le moment ne sont pas réunies. Je suis le premier recalé. la présence de tous est requise . mais d’une situation. elle n’a pas de statut : elle se caractérise comme non-moment. même si le prof fait son cours. Peut-on alors parler de moment. de même pour le non-moment. personne n’est vraiment présent dans le pédagogique. dans laquelle le vécu donne de temps en temps priorité à la conduite. Que font les élèves ? Sont-ils présents à un autre moment ? Non. Activité créative. on laisse l’esprit à la dérive. le sujet se dissocie en plusieurs personnes. le Ministère donnera ce 4ème semestre. Le moment pédagogique ne peut surgir que lorsque les élèves et le professeur sont mobilisés collectivement. Le moment est un espace-temps. une modalité de la présence : dans la situation décrite. Dans les moments groupaux. du Dictionnaire de théologie catholique ème publié en 1933. au cas où ! Cette situation est caractéristique du non-moment institutionnel : être contraint au pas de 156 . Le quotidien nous confronte souvent à ces situations exigeant des mobilisations multiples. dans les institutions totales qui ne prennent pas en compte les sujets. Selon elle. le moment de la peinture . Je dois y introduire une variable nouvelle : celle de l’individuel. et en même temps. concernant le rapport à la cigarette. mais dérive de forme en forme. je ne dois pas me décourager . la situation se tisse de situations déjà expérimentées : la conduite automobile. ou devenir des moments ? Dans ce type de vécu. au refoulement. ou à l’audition du triple concerto. dans la vie d’une classe. peut-être aussi de fragments de formes sociales. la transduction s’inscrit donc dans le non-moment. ce serait subversif ! Alors. à opposer au collectif. Dans ce type de situation. créatrice et inventive.apprécie l’interprétation de l’orchestre philharmonique de Berlin d’un morceau de Beethoven. Pas de côté. écrire un livre ou son journal. ils peuvent être collectifs : le moment de la vie associative . Est-ce un non-moment ? C’est un vécu spécifique. la transduction n’est pas captée. qui pourraient être. solution pour fuire la situation contrainte . le plus souvent. de la fuite de la présence . lorsque surviennent des épisodes exigeant une forte présence. elle retourne à l’oubli. Les moments peuvent être individuels : le moment de l’écriture. enregistrée : elle n’est pas capitalisée . on se trouve donc dans une modalité du non-moment. il ne s’agit pas d’un moment. La transduction est une activité positive. nouveau pour le sujet . Très souvent à l’école. est un combat pour structurer un moment. lors de ma lecture de l’article Péché. la conversation. dans l’exemple donné..

la commission ne s’est pas trompée : mais il a fallu 4 heures 30. en particulier. et j’ai également fait des entretiens avec lui (en compagnie de Gaby Weigand). Lapassade : Lucette a dit son mot . pas de problématique : on associe. Le surdoué s’organise des vies parallèles : il pense. dans la lenteur . dans notre commission. ou Michel Foucault. dominé par les rallentis. Le monde de la science est aussi un monde lent. nous relisons maintenant des dossiers déjà lus : on reprend tout . Georges a été content de notre investissement dans cette lecture. Mon enquête sur Georges a suivi une autre procédure : j’ai tapé. j’ai l’impression que le seul moment intéressant de cette longue matinée a été la pause. lorsqu’on a fait le choix de passer à côté de son œuvre ? Malgré tout. Lapassade prend au sérieux les informations sur la maladie. car il n’y a pas de question.côté. Suivant son mouvement transductif personnel. que ne perçoivent pas les moins doués. construite au fil des trente ans. pas de perspective. mais très centrés. G. et fait taper des textes de Georges (plusieurs centaines de pages). pour arriver à une décision. pour cela. lorsqu’on ne suit pas tous les méandres du cheminement du groupe. J’ai pu parler du mémoire d’Abdel avec G. est-elle un moment ? Pas toujours . au hasard. selon elle. Lucette trouve de bonnes remarques sur le contexte d’écriture de certains livres (Le Bordel Andalou. Il domine pas l’œuvre de Georges : peut-on dialoguer avec quelqu’un qui a passé sa vie à écrire. il établit des liens entre ces mondes. moins on est doué. à 16 personnes. Le surdoué se passionne pour des choses différentes : savant dans des domaines très éloignés. lui aussi vit souvent avec intensité la transduction : ses associations sont rapides et elliptiques. Sur la maladie. cinq heures plus tôt… Travail de l’institution ! Pour ma part. ce non-lieu est une opportunité d’entrer dans un moment choisi. comme modèle d’organisation de l’histoire de vie : Lucette trouve ce choix absurde. contrairement à Guy Hocquengem. comme il avait renoncé à fumer précédemment . ce peut être un état parasite. au moment de prendre la décision… Il faut penser la situation de surdoué . Danielle Lemeunier m’a dit que le portrait 157 . Selon elle. le Sida. avec Lucette qui trouve ce texte non construit. les propos de Georges ont de l’intérêt : plusieurs questions abordées sont riches d’informations. Nous commentons le travail d’Abdel. en fonction de leur incapacité à suivre son mouvement intellectuel . vécus dans sa proximité. Le surdoué ? Il comprend plus vite que les autres : il s’ennuie à l’école. Ce mémoire a écarté tout ce qui avait été produit par Abdel en 2002-2003. Pas de côté. dont on connaissait déjà la nature. il décide de renoncer à la sexualité. Georges fait le choix de briser le cadre du moment pédagogique : ses étudiants le suivent d'abord. l’écriture. Le mémoire d’Abdel se centre sur la dissociation. Pour Lucette et moi. Ainsi. le risque est de se retrouver à la marge. la transduction est pauvre. Abdel n’a lu qu’un seul livre de Georges. Lapassade est décidé à vivre coûte que coûte . où le surdoué s’ennuie. on relit les choses : on évalue. G. par rapport au travail routinier : en tant que créateur de moment. ou dans les autres institutions où le travail institutionnel fonctionne sur le mode de la lenteur. par rapport aux autres moments. sans idée préalable. parce qu’elles viennent combler des trous dans sa biographie. assez facilement sur lui. et puis finissent par abandonner. La maladie d’Hubert : moment ou non-moment ? La maladie. il se replie donc. L’Autobiographe. car elle est un principe de désorganisation. notamment). très organisés autour de la question de l’éducation nouvelle. par exemple. plus on travaille dans une transversalité limitée. 13 heures : 5 candidats sont retenus . Il a tendance à juger les autres. celui qui sera élu est dans les 5 . comme fondement de son dispositif pédagogique (situation décrite dans le DEA). donc difficiles à suivre . la dissociation ne peut rien organiser. à autre chose. il faudrait revoir les entretiens de Lapassade avec Abdel : en 1983.

Puis. sans parvenir à le brancher sur le moment du groupe. Ainsi. les 170 pages. qui a vocation de devenir un DEA. fut superbe : les 35 bouteilles de champagne disparurent bien vite. J’arrive en retard. il n’y a pas de répit. sans que l’on puisse vraiment savoir qu’il va avoir lieu : comment une fête improvisée. il ne la connaît pas : il répond 1941. Sergio Borba (Macéio. Hélène Bézille. Stéphanette Vendeville. Il suit son discours intérieur. donnèrent lieu à une pré-soutenance d'un texte. pour l’organisation de la soutenance de Mohammed Daoud . Vers 17 heures.de Georges lui plaisait. Christine Delory-Momberger. peuvent-ils être définis comme un nonmoment ? Ce fut un événement : j’en suis encore soufflé . Brésil). mais à la fin de la soirée il y avait encore du vin blanc et du Perrier. Le buffet. peut-elle rassembler 300 personnes ? Dans l’événement. par son intensité. Yvan Ducos : -Avec Georges. il a insisté pour qu’une fête ait lieu ce jour-là : notion du moment historique. Roger Tebib. le serviteur de l’Unité) Mabrouki . René Schérer. il y a la mise en place de l’événement . puis nous nous sommes mis au tango. D'autres professeurs faisaient partie du public. comme un anniversaire . je demande à Roger sa date de naissance . un groupe des musiciens Gnaouas a joué quelques morceaux . aussi. directrice de l’Enseignement supérieur). Boumard. 158 . L’après-midi d’hier ? Les 80 ans de Georges. a parlé du rapport de Georges au Living Theater. René Schérer et Jean-Yves Rochex aussi : ils m’ont envoyé des mails pour me remercier. Jean-Louis Le Grand. Francine Demichel (ancienne présidente de l’Université. Mon résumé ne rentre pas dans les détails : de quoi a-t-on parlé ? qui étaient les gens. Un événement survient. le fils de l’Unité. offert par l’UFR. -C’est un taureau ! Benyounès : -C’est un praticien de l’analyse interne. Jean-Yves Rochex. Denis Gautherie a chanté des chansons corses (accompagné d’un accordéon). à partir de ses entretiens avec Georges Lapassade. j’avais oublié qu’il fallait maintenant une disquette. Pascal Dibie (Paris 7). a apprécié : elle se demandait quel peintre de nos amis avait fait cette toile ! Georges Lapassade a voulu construire ses 80 ans. Abdelaziz (Rabat). Patrice commente la journée d’hier : il raconte ce qu’il aurait voulu dire. La date de mon anniversaire est un non-moment historique. J’ai offert le tableau de Georges. la directrice de l’UFR Arts. qui se sont déplacés ? Des retraités du personnel sont venus. puis 1945. Le jury de soutenance était composé de 16 professeurs d’Université : Barbier. au séminaire : je suis d'abord passé au Service des thèses. Patrice Ville. qui pose continuellement la question : "qu’estce que je fais là ?" Ma fille Charlotte était contente de sa soirée. ce fut la fête. Le non-moment historique se distingue-t-il du non-moment anthropologique ? Existe-il une qualification du non-moment ? Mardi 11 mai 2004. fait pour lui . Roger Tebib va me faire des photocopies de textes. 10 jours auparavant. Hess. 15 heures. occasion pour lui de découvrir la personnalité de Georges Lapassade. Colin. parmi ceux qui ont travaillé à la construction du dispositif. le président de l’Université a prononcé son discours. il faut nommer Abdelwahed (le fils de Dieu. l’événement se rapproche davantage de l’instant que du moment. écrits contre Georges Lapassade .

comme non-moment. chez X. très remplie. je n’apprends donc rien. Cela signifie ne plus assurer de cours ! Lucette m’a appris que la Cour des comptes. porté par le quotidien. Je n’ai pas obtenu mon congé sabbatique. Mercredi 12 mai. s’il a été polygame. mes cousines. mais je suis trop fatigué pour cela : l'écriture de mon journal est ma seule possibilité de fuite. je me suis réveillé à 4 heures 30. bien que fidèles à une épouse. je ne suis parvenu qu'à répondre à une lettre à Georges Snyders du 29 mars. multiplicité de relations sexuelles. sans sabbatique. À midi. au Conseil d’UFR (perceuses dans le couloir). le fil de mon écriture n’est pas de raconter. qui. ne me permet pas d'investir aucun moment important. ma sœur Odile aura son anniversaire dimanche 16 mai. mais la tête vide : je connais déjà ce mémoire . dirigeant un excès de thèses. mais de faire une élaboration du concept d’événement. Je suis là. je me suis endormi à 4 h 30 . ainsi que sur Jean-Marie Vincent et Pierre-Philippe Rey : nous sommes trois professeurs. Idée de me construire une situation d’entre-deux : être en sabbatique. Hier. Je propose à Martine de diriger notre option du Master : il semblait évident au groupe. alors que je ne me suis pas endormi avant minuit trente. mais ils seront à Reims. Sergio est dans le jury : ce dispositif est un non-moment. dans la réunion du laboratoire LAMCEEP. impression de ne rien faire : hier. Je vis au jour le jour.Pour moi. Je suis directeur du mémoire. ce fut en succession : il oppose son rapport aux femmes à celui de X et Y. peinture. paraît-il. Ce midi. Prendre du champ me permettrait de me ré-investir dans d’autres projets : apprentissage des langues. le thème : nos amours. René n’a jamais aimé deux femmes en même temps . Je voudrais fuir. que ce serait moi le responsable. il n’y a pas à être sur-impliqué : Il n’y aucune raison de faire plus que les autres ! Jeudi 13 mai. lors de son inspection à Paris 8. Je ne parviens pas à faire ces courriers ? De passage à Paris. qui se lance dans un récit biographique. comme hier. Ma vie. où je cherche à me désimpliquer. repas avec René Barbier : le thème de notre conversation d'hier était l’enfance de René. faire autre chose. 15 heures : soutenance de maîtrise de Mondher Bouchaoua (L’évaluation scolaire dans les écoles primaires tunisiennes). On accepte mes arguments. aujourd’hui. à Paris pour un mois encore. Je contacte Hélène et Yves. une phase de latence dans le non-moment. écriture. me voilà donc “libéré” de cette responsabilité : je suis dans une phase. Lucette a répondu aux inspecteurs : "C’est sa spécialité ! Si je comprends bien. La présence de Sergio. Parmi les destinataires de lettres à écrire : Cécile et Bernadette. Cette impression vient de ne pouvoir me consacrer à ce que je voudrais faire : écrire à Hubert de Luze. multiplient les aventures parallèles . j’ai longuement discuté avec Audrey. à Saint Denis. Hier à midi. Nouvelle mauvaise nuit. mais 159 . me contraint à penser mon futur. La perspective de nouveaux moments suppose une phase de déconstruction. s’était interrogée sur moi. qui traverse une crise personnelle de désimplication : elle ne travaille plus depuis un an.

Un étudiant comorien qui travaille sur les conflits parents enfants. K. -As-tu aimé la mère de ton fils ? me demande René. René me parle de cela. désir errant qui inscrit ou non. Que dire ? Il dit lire Karl Marx. à la fois branchée sur la théorie et sur la pratique. ma solitude là-bas. Son texte est le symptôme de ce qu’est devenu le DEA. 283 Ici. le non-moment. 160 . Lorsqu’on arrive avec Patrice. En remuant des papiers. Je repense à F. S depuis 5 ans. Retour à Paris : elle est enceinte . autour d’un amour : après la mort d’Agnès. ou plutôt. une rencontre dans l’aventure d’un moment. Mardi 18 mai. Depuis 5 ans. une relation sexuelle n’est pas sortie de certains de mes grandes amours transgressives. d'où ma surprise qu’aujourd’hui. D’une certaine façon. mon identité et mes dissociations. Pendant que j'écris. décision de ne plus être transgressif. dans un moment nonpartagé avec mon épouse. on a parlé de son mémoire : très bon. mais sans trop m’y investir : écoute flottante. déjà Christoph Wulf parle : à midi. en 1973 . alors qu’une relation contingente s’inscrit. de sa recherche sur l’évaluation. -Mes amours n’ont pas toujours été sexuels. Ces réflexions me conduisent à proposer l'idée que ma relation à Lu. j’ai conservé. qui organise la transgression dans deux (ou plusieurs) lieux. veut que je retrouve un texte qu’il m’a donné. avec personne. La date des 5 ans correspond à un mandat de l'institution. Je l’ai lu. ces grandes petites aventures ont été liées à un désir de stimulation intellectuelle. À chaque espace. Je repense au contexte de 1993-94 : mon exil à Reims. Il existe un fossé entre ce que me rend Laurence. ce matin. j’ai entendu Lu parler hier soir des amours d’A et B. non partagé ni par Brigitte ou ni par Lucette. D'où une aventure assez forte avec une sportive. une nuit. je définis la transversalité comme l'harmonique des moments (relecture du 24 janvier 2006). Mondher continue à très bien parler. et l’amour aussi ! Cet écriture impliquée ne m’empêche pas de suivre ce que dit Mondher. Lu me trouve un poste à Paris 8 : crise aiguë. je retrouve huit pages dactylographiées. un stage et Alex. à un âge où je retrouvais le désir de reprendre le sport : mes transgressions conjugales s’inscrivent donc dans un moment. a toujours unifié son moi. s’inscrit au niveau de ma transversalité 283 . sa survenance dans ma chambre. mes problèmes avec Paris. et plus près de moi à Maja : une femme m’aide à entrer dans un nouveau moment. une relation très forte depuis si longtemps. lui aussi. peut-être ? Il faudrait y réfléchir . La pratique sportive fut un moment fort de ma vie. Idem chez Y.grande maintenance de son mariage . Comment m’inscrire par rapport à lui ? On est dans le non-moment. lui. dans ce stage . dans son entreprise de travail institutionnel : je vis une sorte de fidélité naturelle qui s’oppose. et ce projet de DEA qui n’a aucun sens. dans un moment. le non-sens. nécessaire. me dit René. et quelques étudiants. avec Laurence Valentin. Je ne vois plus ce que je peux apporter à ce type de personne : c’est le chaos. je réfléchis. mais toujours. En ai-je eu dans le non-moment. Marseille . -Oui. à une fidélité s’accommodant bien d’une posture transgressive. c'est incompréhensible. le séminaire de Patrice. René. au mieux. de fait. La plupart de mes relations extra-conjugales se sont inscrites. La question me surprend . Je n’ai jamais parlé de ce sujet. elle veut garder l’enfant . le refus de Lu de me suivre. pour ne pas affaiblir Lu. -La vie ne tient qu’à un fil. Lucette est entière : j’entretiens avec elle. correspond une relation : ce découpage géographique questionne la théorie des moments. qui pourraient être de lui : je les lis . pour comprendre les conflits de génération.

et G. Comment parler d’Hubert ? Je ne connaîs pas sa biographie : j’ignore sa date de naissance. Tebib. Lapassade a apporté une énergie. qui voulaient imposer le bal. reçu ce matin. j’avais 4 jours de chantier jardin dans les jambes. l’AI. les danseurs de tango. mais pour moi. on se trouve dans le non-moment. dans le cadre de son groupe de recherche sur l’anthropologie historique (100 personnes titulaires d’un diplôme équivalent au DEA). Je n’ai pas le temps de développer. Lapassade. Benyounès. la déstructuration psychologique : on ne peut que mesurer l'importance des personnes présentes absentes qui constituent notre transversalité. journée passionnante autour de la question du dispositif : j’ai développé cette problématique dans mon journal de New York. auxquels s’ajoutaient 3 heures de danse à la pratique de Charlotte. que j’ai donnée comme thème. et lui préfèrent-ils le performatif. Pourtant. Je suis écrasé. Le séminaire : j’y viens volontiers. avec les professeurs associés. Celle-ci était heureuse que je sois venu avec Sergio ! La mort d’un ami. la recherche intellectuelle. Hier. L’amitié est un bon sujet. la musique et la danse. Mardi 25 mai. c’est un non-moment. pour une réflexion collective. G. Aziz. retrouvée dans la réunion du 10 mai. le Maroc. sans être dérangé : Christoph parle de la diversité culturelle. C’est un temps où je puis venir écrire mon journal. Mort d’Hubert de Luze. Christoph dit qu’il travaille actuellement sur l’amitié. j’ai reformulé la question. qui voulaient faire une quête pour récolter de l’argent. le Japonais. Ville. et Christiane Gilon s’investissent sur cette question : on se retrouve à 25 à travailler la question. une force se dégage des conflits. et que je relis. où 300 personnes sont venus le célébrer. pour faire un voyage à Essaouira et nous. Hubert était mon co-auteur du Moment de la création. du jour au lendemain. Rien. l’Université. Un mot. Lundi 24 mai. etc. qui traversent Georges : sa famille. avec derrière une question : "pourquoi les Anglo-Saxons n’ont-ils pas ce concept. du pouvoir surgit. durant 4 heures et demie. Natalia qui travaille sur Makarenko. mais négocié entre plusieurs cultures. Il y eut une tension entre les musiciens Gnaouas. Lapassade lance l’idée d’un numéro des IrrAIductibles sur ce thème : il lance ses troupes sur la question ! Une dynamique se crée. nous. Isabelle Nicolas. audition des candidats au poste de maître de conférences (sociologie de l’éducation). P.Dans le séminaire : Sergio Borba. Léonore. notion qui n’a aucun sens pour nous ?". D’une cette rivalité pour la conquête de la parole. Ses 80 ans ont été un dispositif improvisé : un rituel ? Oui. G. disqualifie les moments . le soir du samedi 22 mai. Suite à l'écriture de ce journal. Mercredi 19 mai. : l’énergie d'un évènement vient du frottement des moments. 161 . une énergie gigantesque. Mon livre sur René Lourau est à l’eau ! J’ai mal dormi cette nuit.

qui ont un rapport avec ma réflexion. des jeunes déviant(e)s. est-ce du moment ou du non-moment ? j'associe : un jour. 162 . H. Hubert de Luze était un interlocuteur. avec ses possibles La mort de l’ami entraîne une liquidation du virtuel. le moment qui s’érige en absolu tend vers l’autodestruction. lorsqu’il tend vers l’absolu. Le manque de cette absence se fera sentir. la non-présence d’Hubert. Ainsi. L’épreuve de la mort d’un proche. avec une excellente cuisine gasconne. Le passage du virtuel à l’accompli est un changement de statut du moment : d’anthropologique. car même lorsqu’il n’était pas là. Antérieurement. moi : pas trop ! Souvenir ! Le souvenir. parle des crapuleux (ses ?). produit le chaos. son absence était une sorte de structuration de mon rapport au projet. il détruit non seulement le jeu comme moment. lorsqu’un joueur s’investit tant dans le jeu qu’il en vient à jouer son patrimoine. la stimulation de la mémoire. au 127. le jaloux détruit celui ou celle qu’il aime. lors d'un déjeuner au Restaurant qu’il aimait. Un moment se disloque : l’ensemble de ma personnalité est secouée. à côté de la rue Saint Merry : c’était un repas un peu lourd. à côté de chez lui… 1 juin 2004. qui m’aidait à penser mon livre sur René Lourau. Comment devient-on crapuleux ? Comment sorton de ce statut ? question de l’appartenance de groupe.J'écoute attentivement les candidats qui sont excellents : ils parlent de choses concrètes. comment en sortir ? Errance : l’amitié est un moment fort. de ce présent déjà passé. difficile. je constitue un passé. Ce dernier a-t-il connu Hubert ? oui. en moment passé. il se trouve dans le moment. la vie en banlieue se rapproche souvent de la chronicité. le moment. élevé à l’absolu que critique Henri Lefebvre. Champagne en apéritif. Lucette semble un peu loin de cela : elle n'a rencontré personnellement Hubert qu'assez tard. On parle des banlieues. nous avons partagé des repas ensemble. question de l’identité : pour ces jeunes. même lorsqu’elle est annoncée. pour une cérémonie de travail du deuil. dans La Somme et le Reste : pour Lefebvre. Hubert aimait le Saumur Champigny. Il y avait un moment anthropologique. rue Marcadet. le moment prend une dimension historique : je parle désormais de mon ami sur le mode du passé : ainsi. Lefebvre donne aussi l’exemple de l’amoureux fou : l’amour élevé en absolu se détruit . je n’intègre pas ce décès . S. forme du non-moment. Hubert est mort. du possible que portait en lui ce moment. dépassé. une sorte de directeur de collection. Le chronique n’est que dans un fragment. Je devais lui expliquer l’émergence de ma thèse et le contexte de la discussion. Séminaire de Patrice Ville. nécessaire. Avec qui parler maintenant ? Georges Lapassade vit cette disparition. travail…) qui sombrent dans le chaos. comme moi. est une situation qui survient inopinément. qu’il est dans le non-moment. j'ai posé l'hypothèse que le chronique n’a pas de moments. mais la mort de l’ami a pour effet de transformer ce moment de l’amitié vivante. Il était mon éditeur. avec Sergio Borba. et se détruit lui-même. et que l’on ne fera jamais plus. l'amitié. Nous avons une photo du groupe : un collectif se forme donc. Il me propose de dîner mercredi. Le manque définitif de cette présence se fait sentir. je pleurais énormément : Hubert m’avait conduit à l’hôpital. Mauvaise nuit encore aujourd’hui . voire attendue. mais l’ensemble de ses autres moments (famille. celui qui mettait de la distance par rapport à l’objet. j’avais pris quelque chose dans l’œil. avec Gérard Althabe. qui se constitue comme Bildung autonome . Ainsi le jeu. On souffre de l’inachèvement : on souffre de tout ce que l’on aurait pu faire ensemble.

Cette incompréhension interculturelle serait intéressante à analyser. Antoine a dit : -Monsieur Lapassade. Il était en forme. -Tu es un vrai jeune homme. Kareen me rend son mémoire (167 pages). Sergio me parlait : il allait reprendre l’avion. Guy Berger était sur le trottoir. de retrouver le Brésil. m’a dit Nelly. Vous fermez votre gueule ! -Ah. Nous avons déjeuné ensemble. mais aussi le moment du nom. des demandes par rapport à Jacques : -D’où vient votre intérêt pour l’interculturel ? dit une jeune femme. Le moment du non. il fait l'éloge de la trouvaille. Kareen. même si sa présence constante a aussi représenté une pesanteur. qui ont fait des choses importantes et Opapé. Les deux probablement. Non ou Mon Moment. dit Patrice. dans une réunion à la fac en 1992. Jacques Demorgon parle de l'interculturel. : je suis fier de mon école. aussi. etc. vous êtes retraité. Je me suis lavé les cheveux ce matin avant d’aller conduire Sergio à l’aéroport. j’avais faim.On me demande de faire le compte-rendu de la réunion historique des IrrAIductibles de vendredi dernier : cette réunion vit surgir le numéro 5. Picasso : On a besoin de beaucoup de temps pour devenir jeune ! Pourquoi exclut-on les vieux ? Hubert de Luze avait une épouse de 20 ans de plus que lui. La présence de Sergio m’a bien aidé dans ma vie professionnelle. Jeudi 10 juin 2004. 16 h 40. Moses. né en 1929. Boumarta. Fin du séminaire. Laurence Valentin. avec les valises de Sergio. heureux de quitter la France (?). Yvan. Isabelle. Du coup. lorsque j’ai pris conscience du quiproquo. aussi. : j’ai déjà écrit un texte là-dessus. etc. Opapé. je retrouve Jacques Demorgon et Nelly Carpentier. je me souviens de cette intervention ! Le numéro 5 des IrrAIductibles est le produit d'une coopération entre Benyounès. Rudolf. évocation du nom Hess : Nom ! Les Cahiers de l’implication m’avaient refusé un article sur ce thème. je restais calme. parle comme un génie : pour en finir avec la recherche. avant le début de son exposé . 5 personnes sont restées dans la salle : Sergio est là. Excellente séance du séminaire : je suis trop sur un nuage. malgré l’heure qui pressait. Tour de parole. Un jour que Georges prenait la parole. je suis monté jusqu’à Saint-Denis. 14 heures 30 Au séminaire de Lucette. Sergio ne m’a pas dit que son avion partait d’Orly. J’ouvre mon journal parce que j’ai conscience d’être dans un nom moment (lapsus). 163 . avant le numéro 4 ! A 50 ans. Kareen et Aziz. Samuel Hess me parlait samedi du moment du nom Hess. après un séjour de deux mois à Paris. Je ne puis dire. Pour l’anniversaire de Bernadette. au Chinois : malgré la chaleur (30°C). Rouler dans les embouteillages des heures durant peut rendre fou : ce ne fut pas mon cas ce matin . pour prendre des notes. chez les étudiants.

Mon article doit devenir un squelette de dossier. si ! Lucette s’était levée à 5 heures pour éplucher ce livre : elle rêve de créer une collection Tombeaux. l’enrichir. Jacques a lu au plus près le livre de René Lourau. Lucette avait tout préparé. Ce laboratoire avait une publication : Le Bulletin du Laboratoire d’analyse institutionnelle. J’ai lu son mémoire : ce texte que je lui ai fait parvenir va l’aider à bouger. Patrice Ville est d’accord pour en assurer la direction. esquisse panoramique d’une grande aventure intellectuelle à l’usage de ceux qui n’en ont qu’une idée vague. Lourau et Jacques Ardoino. Le deuil d’Hubert m’a beaucoup touché. Seconde hypothèse. Oeuvres de sciences humaines d’Hubert de Luze : -aux Éditions Loris Talmart : 8 760 heures. Ce que raconte Jacques sur l’autoorganisation des sociétés. Je me sens mieux : je vois clair dans ce que j’ai à faire. et la fusion avec Les IrrAIductibles. Première hypothèse. On maintient les deux revues. invite à repenser l’auto-production du courant de l’analyse institutionnelle. vers 1993. Au repas de midi : décision de fonder La Revue interculturelle . Il me faudrait parler du dîner d’hier soir avec Jacques Ardoino. et ces pièces rejouées par d’autres orchestres ! Plaisir de la lecture. Moi. Guy Berger. Lapassade. Jacques Demorgon est parvenu à faire une œuvre assez unifiée. soient oubliés : il faut au contraire faire que ces morceaux soient entendus. Lucette ne pourrait-elle pas prendre la direction de cette revue ? Parallèlement à ces chantiers. Lobrot. Sergio Borba. J’ai envie d’écrire . Désir d’écouter la musique d’Hubert. j’étais avec Renaud Fabre. M. Implication Transductions. Devoir de fidélité rétrospective. il me faut le compléter. Hubert mérite d’ouvrir notre nouvelle revue Attraction Passionnelle. annonçant la dissolution de ce bulletin. morale et grammaires génératives des mœurs. à qui offrir les 10 CD légués par Hubert ? Qui peut apprécier cette musique ? Je ne veux pas que ces CD se perdent. R. Quelle est l’histoire du LAI (Laboratoire d'analyse institutionnelle) ? Né en 1976. de l’écouter durant mes voyages . les choses bougent. Tombeau pour Henriette : événement ! pour moi. Il faut revitaliser le LAI. A Sainte-Gemme. regrouper ses œuvres. il y a la création du LRAI (Laboratoire de Recherche en analyse institutionnelle). journal d’une année quelconque La science de l’homme. de mettre un CD dans la voiture. Cela signifiait-il la disparition du LAI ? Rien n’est moins sûr. Depuis mardi. Repas sympa. recenser celles qui me manquent. enquête chez les sauvages du IVe arrondissement et plus particulièrement de l’île du Marais. Ethnométhodologie. La direction m’en fut confiée dès sa création .Laurence m’a demandé de lui envoyer la maîtrise sur la traduction des Moments pédagogiques. nécessité. Photos. itinéraire d’une réflexion. nécessité de garder présent à l’esprit la fondation de notre revue Attraction passionnelle. lorsqu’il est parti en retraite ! Il parle de transduction : j’aurais dû prendre des notes. il a été fondé par G. de Korczak. dans un premier temps de reprendre mon article sur Hubert de Luze . Regard sur une morale ondulatoire. au moment de la préparation du repas. Il faudrait ressortir ses numéros 32-33. au programme : lire tout de Luze 284 . Lucette et moi. Je me suis trouvé complètement abattu entre le 22 mai et le 8 juin. 284 164 . Jacques Demorgon juge cela important . l’ancien président de l’Université. Je fais circuler Tombeau pour Henriette de Luze (1908-2002) : Berger n’est pas admiratif.

puis un voyage à Lille. Une fois avancé ce chantier. Jeudi 11 juin. L’idéal serait de rendre ces livres avant le 14 juillet. Il est spécialiste de la pédagogie Freinet. L’ordre des choses : . Ces deux livres sont pour Anthropos. et si c’est oui. Parallèlement à ce chantier. échanges de lettres 1999-2000. La journée va être longue : nous avons à recruter des ATER .Moment du journal et journal des moments (livre théorique sur la pratique du journal). et de tous les autres journaux écrits depuis 2000. je n’ai jamais grand chose à faire dans le jardin. mais je me demande si je ne devrais pas plutôt profiter de l’hiver pour partir dans l’hémisphère sud. -aux Éditions Anthropos : L’ethnométhodologie. la pédagogie institutionnelle et la socianalyse institutionnelle). ensuite j’aurai un peu de temps. où je dois faire une conférence sur le tango.Le second livre à terminer est La relation pédagogique. il y a vraiment du travail à faire. dans le métro vers Gare du Nord.Vendredi 11 juin 2004.Manuel d’AI (je voudrais reprendre 3 moments : la psychothérapie institutionnelle. “ Ethnosociologie poche ”. Je vais beaucoup m’ennuyer. Le livre sur La relation pédagogique intéresse le Brésil. J’ai pu raconter les derniers événements : Le certain et le précaire. Tous ces chantiers devraient déboucher pour la rentrée. A prévoir pour la fin des vacances : Livre sur René Lourau (à rendre à Loris Talmart). 358 pages. Il faudrait que je fasse connaissance avec lui. Là encore. Parmi les urgences. Le moment de la création.Le Petit Traité de l’AI (avec Lapassade et Ville) . coll. essai. Ce chantier est l’un qui me passionne le plus. 165 .L’observation participante en coopération avec Gaby. Cette journée s’inscrit encore dans le non-moment. . mais Lucette m'annoncé que j’aurais obtenu mon congé sabbatique pour l’an prochain. 8 heures 45. “ Anthropologie ”. Je sors de la réunion des IrrAIductibles. On recrute Luc Bruliard comme chargé de cours. me semble prioritaire. 16 h 10. puis la réunion des IrrAIductibles. je vais entrer dans une période de production intellectuelle. Recrutement d’ATER. Tombeau pour Henriette. je passerai à La théorie des moments. Dès que j’aurai terminé ce travail. Mon programme éditorial. (avec Remi Hess). je me lance dans la production de livres réflexifs sur l’AI : .La théorie des moments . les ouvrages qui impliquent d’autres personnes : . Lucette me suggère de prendre ce congé sabbatique au second semestre. Je vais essayer d’avoir confirmation de cette information. au Journal des moments. car en cette période. édition du Journal d’analyse institutionnelle. Réunion de la commission de spécialistes. coll. 2001.

Les réunions se succèdent et. Il a déjà pas mal de pages. 2 pour le LES. évidemment. issus de l’AI de Limoges : Vincent Enrico et Patricia Aloux-Bessaoud. sans oublier Attraction passionnelle. Je vais les numéroter… 166 . 16 h 30. Patrice Ville. il faudrait s’y mettre. Parmi ces 4. Laurence Valentin et les autres. à des gens comme cela. excepté les gens proches de mes recherches.- Le succès de Véronique Dupont au concours de recrutement administratif (catégorie B). Cette période de l’année est du non-lieu. ils travailleraient pour nous : les 4 revues sont à faire avancer en parallèle. L’an prochain. a téléphoné à Danielle cette information. des chocs divers se succèdent et provoquent un changement dans le dispositif. des institutionnalistes : ils sont irrécupérables pour nous. Il faudrait tenir Gaby au courant de tous ces projets. j’ai rendu compte de l’intervention de Jacques Demorgon et de Nelly Carpentier. étant exclu du LES. Notre secrétaire de rédaction a donc réussi quelque chose d’important. j’ai informé le groupe des IrrAIductibles de l’élection de 4 nouveaux ATER ce matin. Je veux me casser au mois d’octobre. se trouve en errance. Je feuillette ce nouveau carnet commencé en mai. Je ne les connais pas. Mon congé sabbatique. hier dans le séminaire de Lucette. et que j’en étais content : ce nouveau contexte repousse au second semestre le chantier que nous avions décidé de conduire à bien en octobre : le cours commun sur l’AI. Au cours de la réunion des IrrAIductibles. Jacques nous a dit que la création d'une Revue interculturelle était une opportunité à ne pas laisser passer : c’est un créneau entièrement neuf . je vais écrire 4 heures tous les matins : il faut rendre des textes tout azimut. Le reprenonsnous dans notre équipe ? Oui. Lucette veut prendre son congé au second semestre. il faudrait avoir continûment un dossier déposé au service “reprographie” : quelque soit l’étiquette de la revue. Mais ils veulent attendre la réponse du Ministère. Kareen Illiade. qui proposait à Patrice de prendre l’atelier le premier semestre et à moi d’assumer le séminaire au second. Mais Chantal Hochet. Quoiqu’on dise. Là encore. Elle vient d’apprendre qu’elle a eu la place de seconde (sur 1300 candidats). Augustin Mutuale. J’ai vu Elisabeth Bautier ce matin. personne ne s’est encore engagé dedans. Georges était ému d’apprendre que j’avais un congé sabbatique. Dans le train (TGV) vers Lille. Il faut foncer ! Benyounès a rappelé que nous avions aussi le projet d’une revue intitulée Autogestion pédagogique qui avait comme projet de travailler sur l’histoire de l’éducation nouvelle. du service du personnel. Dès demain. solution à mettre en place : je n’ai encore reçu aucune information officielle concernant mon congé. disent des gens comme Jean-Louis Le Grand. Je suis maintenant quasi sûr de l’avoir. Par ailleurs. plutôt que de travailler avec des plus âgés comme Patrice Ville. (suite de la réunion de tout à l’heure). Je ne veux pas inscrire de gens en DEA. Réponse en septembre. d’une certaine manière. ils se confronteront à Benyounès. mais Benyounès les connaît : ce sont les petits soldats de Gilles Monceau. mais ils créent une autre dynamique . D’autre part. à notre demande d'habilitation pour prendre une décision. Il est certain que Gilles Monceau préfère enseigner l’AI. Comment organiser l’année prochaine. un jour. dans la dynamique. moi au premier. je pense tout de même que ces gens-là sont.

et tellement émus !. je faisais silence cependant. Je médite au succès de Véronique Dupont. et ensuite la séance commence. Hier. Georges Lapassade me rappela. qui étaient présentes à cette cérémonie : des étudiants. C’est formidable de pouvoir être l’adjointe d’une vice-présidente du Conseil scientifique. Tard. Je sortais tout doucement de la maladie. Gérard avait écrit à propos des sorties de Georges : soirée inoubliable ! J’ai téléphoné à Patrice. Samedi matin. et voilà maintenant le décès de Gérard. Je l’ai initié à la vie universitaire. Lucette l’a fait ensuite recruté comme vacataire à Paris 8. Dans son genre. Valentin Schaepelink. je cherchais un prétexte pour retarder mon départ. il parlait discrètement. lui. J’avais sorti les photos d’Hubert prises Rue Marcadet . Lucette. Je suis déstructuré par la mort de Gérard. très heureux ! Ce que je trouve génial chez elle est qu’elle a réussi cette performance. C’est un beau succès qui s’est construit avec méthode. ne cherchant pas à être entendu par Georges. que celle que nous racontait Lapassade. Je vais raccrocher. parlait fort (il était très sourd ce soir-là). elle est une surdouée. Cette transversalisation des activités est fantastique : elle est une illustration de la théorie des moments. Il avait été stupéfait du nombre de personnes. On en parlait dans la voiture avec Lucette. je n’étais pas en train : j’avais les jambes lourdes. que nous organisons chez nous. tendue un peu du fait des positions paradoxales de Georges. Nous nous étions vus le soir du 26 mai. Sur le livre d’or. "Véro va pouvoir tenter un recrutement de catégorie A". C’est une perfectionniste. Je ne puis rien dire d’autre. laissé la veille : elle m’annonçait la mort de Gérard. Je lui annonçais la mort de Gérard : -C’est triste. Georges me demanda de l’emmener à l’enterrement. ma nièce. ce soir-là. je devais partir très tôt à Sainte-Gemme. Il y avait aussi Sergio Borba. Je vais écrire un article sur elle dans le prochain numéro des IrrAIductibles. de Hubert de Luze. Lundi 14 juin 2004. veille de l’incinération de notre ami Hubert .C’est fait. le soir. beaucoup d’étudiants ! -Aucun collègue de l’Université française n’aura jamais autant d’étudiants le jour de son enterrement. qui l’a choisi comme secrétaire. 10 heures. C’est certain. sur la cérémonie du lendemain. j’ai laissé un message à Georges. et à mettre en forme le numéro des IrrAIductibles. Puis je me suis mis à écrire un texte pour annoncer aux IrrAIductibles la nouvelle de cette mort. mais. J’ai écouté mes messages téléphoniques. J’ai embauché Véro. qui me reconduisait au métro pour la Gare du Nord. car je n’avais pas envie de changer le climat de ces dîners intellectuels. Hélène l’a préparé au concours pour les épreuves juridiques. Réunion de notre nouveau laboratoire. très triste. tout en faisant son boulot à la fac. Gérard avait raconté une autre version de l’époque de Vichy. et je pensais à Patrice qui participait au dernier dîner où était venu de Luze en 2003. La discussion était passionnante. la présence de René chez les étudiants… 167 . qui. mais aussi en passant des week-ends à moto avec Jean-Sébastien. Je dis quelques mots des décès de Gérard Althabe. Ce succès de Véronique me rend heureux. Gérard avait mesuré ce jour-là. a dit Lucette. étant rentré à une heure du matin de Lille. m’avait-il dit. Enterrement ! Gérard était à l’enterrement de René Lourau. dans laquelle j’avais sombré après la mort d’Hubert. dit-il . C’est formidable ce travail d’équipe. notre ami Brésilien de Maceo. Lucette me donne la parole. Il y avait Charlotte. et j’ai trouvé le message de Monique Salim. Elle réussira tous les concours qu’elle passera. Elle est notre secrétaire de rédaction ! Il faut que je remercie aussi Martine Abdallah-Pretceille.

et ce refus du malaise. mais on peut lui trouver une dimension commune : me faire changer de classe sociale. Dan a parlé d’engagement. ce qui se passe c’est une co-construction d’expériences. car il souffrait de l’évocation de ses années d’enfance à Gelos. deux ou trois anciens du Mouvement de l’AI. Gérard avait ensuite pris quelques distances. Frédéric Dages propose d’insister sur la notion de mobilisation… Nous sommes une trentaine. Mes difficultés scolaires ne venaient pas d’autre chose que du conflit décrit par Gérard. issue de la classe bourgeoise. que j’ai fait tirer par Madame Guichard). La position de classe de ses parents lui faisait honte. Je suis nul. lui demandant de prévenir Georges. Dans l’expérience de l’histoire de vie que l’on fait à deux. Ce que je trouve génial. c’était le départ. fut pour lui une douleur. Ils avaient eu une amitié très forte. aspirations de classe était une dialectique qui traversa toute sa scolarité secondaire. Ensuite. Pendant que j’écris. et parmi eux. Il aurait été important pour eux d’être là. Ce qu’il dit sur le rapport à l’école qui entraîne chez lui une difficulté de socialisation (rupture programmée par sa famille avec sa classe sociale d’origine). plus Gérard me parle. Oui. aux funérailles. de son adolescence avait son origine dans la curiosité. son adolescence. Je vais donner un exemplaire à Danièle Lemeunier. qui découle du fait de refuser cette dissociation. Quand il parlait. il y avait aussi Patrice Ville. Paulo Freire. Il raconte un vécu dans lequel je me suis retrouvé. Les étudiants. j’ai eu ce conflit en tant qu’élève. plus qu’un “mao”. Je me battais à ses côtés . adolescents. qu’il a vécues. Moi aussi. En écrivant mon journal. que me donnait mon statut de biographe de René Lourau : écouter Gérard devait m’instruire sur René. Position de classe. et pour cela 168 . Ça. Lourau survenait dans ce contexte de lutte. c’est son effort pour décrire les situations dures. je me suis dit qu’il fallait aller porter mon texte en anthropologie. J’y ai vu Marianne. Je pars avec un petit paquet de tracts (textes de 4 pages sur Gérard. d’implication. Ce vécu commun d’un écart important entre origine et position de classe. Cette lutte que Gérard n’ignorait pas totalement. Cela rendait René malade. Le désir de mes parents était plus complexe que celui des parents de Gérard. explique en partie l’engagement de l’un et de l’autre dans la construction d’une théorie de l’implication. les mêmes problèmes. et Pierre-Philippe avec qui nous avons évoqué Gérard. Je dois transmettre son expérience. Des collègues cherchaient à éliminer les étudiants du DEA . mais. chez lui. j’avais l’impression d’entendre René. un anti-colonialiste. Suspension de séance. étaient lancés dans la lutte contre les profs réactionnaires. Aucun de nos doctorants n’est présent.Il faut dire qu’au moment de la mort de René. étant enfants. Pierre-Philippe Rey reconnaît dans la personne de Gérard. plus j’entends la construction de ma propre expérience. La mort de R. et pour les élaborer comme expérience. Dan Ferrand Bechmann fait un exposé sur la richesse de l’expérience associative. ceux-ci voulaient le faire sortir de son milieu : ce désir de ses parents de voir leur fils changer de classe sociale. nous nous trouvions dans un mouvement de lutte assez fantastique. L’entendre parler de son enfance. je fais un travail de construction de cette reconnaissance. dans leur très grande majorité. J’ai écouté Gérard raconter son histoire de vie. Le décès de René nous rapprocha : Gérard avait beaucoup aimé René. Nous étions proches idéologiquement. qui avait miné son enfance. il en mesura les effets ensuite très rapidement. René avait eu exactement la même enfance. Je m’aperçois que je n’ai pas mobilisé mes troupes. origine de classe. que je le prendrai pour partir à Boulogne. dit Lucette. Tout le travail biographique est une tentation. en même temps. de cette auto-reconnaissance de l’expérience. En terminale. Leur amour fut une sorte de dépassement du problème. me porter pour aller vers le haut . -La reconnaissance de l’expérience passe par une auto-reconnaissance du poids de l’expérience. Survivre à Gérard me donne une responsabilité. une tentative de construction de l’expérience. après la mort de René. René Barbier intervient pour dire qu’il est en phase avec ce que dit Dan : elle a parlé de Saul Alinsky. il rencontra Josette.

l’analyse des gestes techniques se fait quasiment instantanément. Il y a de nombreuses dimensions dans une expérience. selon que je suis dedans ou dehors. 1998. de l’homosexuel. de façon très amicale. je n’ai plus le même rapport au monde. Jean Biarnès parle maintenant. etc. praticien de la pédagogie institutionnelle. car je recevais ma fille Hélène. Je l’ai appris.1978). Pour moi. qui change de norme en fonction du contexte. Michel Manson travaille avec Christine. en ellesmêmes. On ne s’ennuie pas à jouer à “ cheval-gendarme ”. Véronique m’a dit que cette expérience devait être dure pour moi. Nous avons parlé. Retour au colloque de notre groupe de recherche. de choses et d’autres : résultats des élections européennes. en pensant à autre chose. Il est historien de l’éducation. J’expérimente une sorte de veille. René Barbier a dit que le football lui donnait la nausée. hier… Silence… G. Ed du Rocher. par le canal de Véronique. Si je parviens à prendre la parole. 169 . Il me capte. un sport. je sois “ mobilisé ” à 100%. par rapport à la morale. par mon épouse). Son itinéraire ? Il est professeur de sciences de l’éducation à Paris XIII. De Luze a montré l’ambivalence. Je n’ai pas noté que j’avais vu Monceau ce matin. Autre idée. Je puis être ailleurs ou être dedans. dure !. Je lui ai demandé s’il savait que Gérard Althabe est mort. Mais le travail à deux permet un développement de la réflexivité pour l’un et pour l’autre. Il est un ancien instituteur. Il en est de même pour moi. sur l’élaboration de l’expérience. lorsque je regarde une émission sur le Tour du Dauphiné ou sur le Grand prix de formule 1 du Canada. Pays de connaissance. je proposerai de distinguer savoir et connaissance 285 . succès de la France contre l’Angleterre. est restée jusqu’à la fin du match. Repas amical au chinois avec Michel Manson. Comme moi ! Lucette aussi. Le foot m’absorbe. la coproduction de savoir. qu’il partageait l’analyse de Jean-Marie Brohm. je regarde ça en étant ailleurs. Je ne peux pas dire que. -Oui. lorsque l’évaluation du jeu l’implique. surviendrait un moment décisif du jeu qui ferait basculer la présentation (Husserl. J’aime bien ce qu’il dit. Ecrit sur la conscience phénoménologique de la 285 Cf. quant à lui. par rapport au sport. permettant la relation adulte-enfant. Mais. et autres excentricités. Yves et leurs deux filles. Je fais plusieurs choses à la fois (d’où le fait que je vive mal de devoir écouter les commentaires techniques des coups de pied arrêtés de David Beeckam. Il a étudié tout particulièrement l’histoire du jeu et des jeux. co-auteur avec Jean-Marie Brohm de Quelles pratiques corporelles maintenant (Delarge. Mais cette veille peut déclencher une mobilisation psychique totale. Je vais le prendre avec Rezki pour le conduire à l’enterrement. car mes petites filles sont. J’ai loupé Croatie-Suisse. Du coup. lui ai-je dit. Michel Authier. sans grande mobilisation. Il est né en 1946. -Oui. René Barbier et Christine Delory Momberger qui doit intervenir maintenant… Christine et René ont bien connu Gérard. Lapassade me téléphone durant la réunion. Je regarde cela de loin. a été téléspectateur du match d’hier.se sacrifier. 14 heures 45. Michel Manson. mais avec une demande de ne pas être dérangé au cas où. Le vécu avec Constance et Nolwenn fait oublier le sport. par hasard. la co-élaboration de l’expérience enrichit la connaissance des différents acteurs. et il a attendu la fin.

Cela m’a vraiment touché. j’en ai 57. La mort. Marc Augé et Monique Sélim. Pourquoi Lapassade m’a-t-il donné rendez-vous. J’ai décidé de laisser la voiture rue Marcadet et de continuer en métro. Personne. un mot d’Odile ma sœur : .J’ai vu dans Le Monde la disparition de Gérard Althabe. Seulement. échange avec Sarella. En fait. Porte de Saint Cloud. où il n’arrive pas. Lucette m’a dit que les funérailles ne me permettraient pas d’établir des contacts : aucune décision ne sera prise aujourd’hui. fin des moments : le non-moment total. J’ai rendez-vous avec Lapassade au SCUIO. Mais celui-ci n’est que le témoin de ma dissociation. J’avais 52 ans. J’ai loupé Georges. Certes. Et je commence à comprendre que j’ai manqué de présence à mon œuvre. L’autre social me ramène à ma propre socialité. je voudrais pouvoir établir une vraie relation. écrivez !". Aujourd’hui. Christine parle de l’échange conversationnel (la conversation). en foot n’étant que le montage télévisuel de moments décisifs. "La conversation rejoint l’expérience individuelle médiatisée par l’autre…". il y a 20 ans ! A midi. de nous avoir fait perdre un temps précieux. Selon Maryl. j’espère trouver un plan. J’ai laissé mon sac chez moi. Regarder Le Monde. l’important serait que nous puissions prendre une décision collective concernant l’histoire de vie de Gérard. absolu. Je ne le comprenais pas.conscience intime du temps. Ensuite. Réminiscence : je pense au texte que Gérard m’a rendu sur l’observation participante. avec méthode. Je ferais volontiers une sieste. la queue. En relisant un article d’Althabe. C’était déjà l’idée de De Luze : "Vous perdez votre temps chez les Verts. La “ représentation ”. Il faut que cela sorte en septembre. j’ai écrit un journal. 15 heures 30. Nous avons bu 2 bouteilles de Muscadet à midi. et puis partir Porte de Saint Cloud. Je crois qu’il était un proche. me disait-il en 1999. dans ce non-lieu du SCIUO ? J’entends la voix de Maryl. qui a assisté la semaine passée au séminaire de Marc Augé et Gérard Althabe à l’EPHEST : Gérard était en forme. et je tente de rattraper mon retard. Il faut aussi le sortir pour septembre. Georges a dû s’assoupir quelque part. Le procès Brohm a été une merde absolue. Je vais partir. et quelques copies du texte photocopié ce matin. Je pense à toi. ces expériences sont des nonmoments. il devient important de construire. J’en veux à Liotard. Aujourd’hui. Je n’ai pris que ce Carnet du non-moment. 16 heures dans le métro. avec le fils de Gérard. Le temps perdu dans cette affaire aurait dû être consacré à produire la mémoire collective de notre recherche. Nous avions rendez-vous pour partir ensemble à l’enterrement d’Althabe. Je n’ai pas donné de nouvelles à Gaby depuis 107 ans. 1905). Pas d’étudiant aujourd’hui dans ce service que j’ai dirigé. Maintenant. Quelle vie ! Quelle mort ! Ce matin. hier. préparé ce matin avant de partir : je pars donc sans savoir où je vais. Comment passe-t-on de la mort à la vie ? Georges ne me fera pas manquer les funérailles de Gérard. Je n’ai pas Le Monde chez moi (grève de la distribution). aujourd’hui. Georges n’est pas là. Pour moi. Le Monde. alors qu'il se passe tellement de choses ! Ce matin. etc. je n’ai pas retrouvé dans ma voiture le plan. j’ai pris conscience que le temps bien utilisé est la chose la plus précieuse. Je n’ai pas les jambes lourdes. regarder Le Monde de samedi. je m’y mettrai à plein temps. 170 . La présence dans un non-moment : l’attente de l’autre dans un rendez-vous.

Par exemple. Séminaire de Patrice. car il donne quelques références précises que je peux reprendre. Pour écrire. Il me reste 8 minutes pour trouver le nouveau cimetière de Boulogne. Il a lancé la conversation sur la mort de Gérard. Il ne faut pas qu’ils manquent cette joie énorme de voir sortir un livre ! Le livre collectif de leur vie ! J’ai oublié l’appareil photo. Paris. C’était stratégique pour moi. suite et réponse à “ Critiques constructives ”. leur donner mon feu vert. En faire une biographie ? Ce matin. Encore une station. Je suis monté avec lui. je dois leur écrire. Je garde le texte au plus près de sa parole. écrit l’an passé par Laurence Valentin sur l’autogestion pédagogique 287 . sur la forme et sur le fond. On parle de la dimension instituante de l’écriture dans la famille (Johan Tilmant). Ils ont plus de 80 ans ! C’est leur premier livre. C’est urgent. Ensuite. La situation est émotivement dure. pour embrasser ses parents. On manque de présence à l’événement. Sainte-Gemme Attente. à côté de Boulogne. On parle de Gérard Althabe. 2004. J’ai chaud. il devait faire un arrêt à deux pas de la MJC du Point du Jour. dans le bus 31 entre la Gare du Nord et chez moi. Gérard avait tellement parlé de l’enterrement de René Lourau. Merde ! Je voulais vraiment prendre des photos. Amusant de relire cela avec un an de recul. Il faut y aller. Anne-Catherine annonce sa soutenance à 16 heures 30 en salle CO22 sur La danse de couple. On parle du dispositif pédagogique de l’année prochaine. Mais. 286 Jacques et Maria Van Boackstaele. Dans un premier temps. 171 . Personnellement. Du coup. comme s’il me connaissait depuis toujours. Il faut aller au-delà de cela. les parents ne supportent pas qu’on écrive. Mardi 22 juin. Y aura-t-il d’autres IrrAIductibles au rendez-vous ? 19 heures 30. Samedi 19 juin. il y a eu Marc Augé qui a sorti un papier un peu court. Il se trouve que les parents de Patrice habitent dans une HLM. 224 pages. J’ai accepté. C’est le père de Patrice Ville qui m’a montré ce texte. Le livre est sorti en novembre 2004. se battre pour écrire pour soi. j’ai travaillé à la correction du premier chapitre. Son père m’a appelé Remi. avant le retour pour Paris. les Van Bockstaele. Anthropos. Mardi 15 juin 2004. il faut accepter de faire un pas de côté. Economica. Patrice m’a proposé de me ramener. en ce qui concerne la capacité à se mobiliser psychologiquement. Imaginer – coopter. La socianalyse. sur l’Allemagne. À la sortie du cimetière. on craque. Il fait 27°C. je continue à être travaillé par mon histoire de vie de Gérard Althabe. Cela ne facilite en rien la qualité de la présence au monde. 287 Intitulé “ Réponse à un courageux anonyme qui n’a pas encore compris l’autogestion ”. Je suis arrivé un peu juste au cimetière : Monique Selim parlait. au Khédive. mais important. Je retrouve dans mon casier un texte. je trouve dans Le Monde daté du 15 juin. par rapport à ses parents. On est soumis à une certaine passivité. Il y a beaucoup de monde aujourd’hui. On ne parvient pas à se “ mobiliser ”. Il faut que leur livre paraisse en septembre 286 .

à l’apprendre quasiment par cœur. pour moi. qu’elle a la chance de pouvoir faire. Avec Véronique Valette. et me voilà en route pour Angers où se tient le jury de DEUG. je devais le remplacer.Avec Ruben Bag. Nouvelle expérience du non-moment. J’étais crevé. pour sortir le maximum de livres avant de partir en voyage : au Brésil. Vendredi dernier. Mon idée est de me mettre au travail. rompre avec la routine. du moins en ce qui me concerne . pour le procès de Montpellier. On y allait. J’étais dans un état altéré de conscience. et aussi de ce qu’elle réussit à tirer de ce pas de côté. Ce travail de relecture. manipulation. et se trouvait aussi dans un état altéré de conscience) ! Je reprends le volant : en arrivant à Aix. de mise en forme est un travail terne. Mon enthousiasme est modéré par mon rapport à la famille. Jeu. Jeudi 1er juillet. Mais. La journée d’hier a été marquée par les 60 ans de Nadine. donc un désir d’écriture. À minuit passé. je me couche. pour terminer mon introduction à Ailleurs. Yves et leurs filles. cela oblige à bien lire le texte. Comme il connaît moins bien la voiture que moi. Je vais entrer dans une phase d’écriture : tous les matins. Chez René. On a donc passé la journée à la Grange au bois : j’y ai retrouvé mon camarade d’enfance Jean-Jacques Valette. illusion. on parle du dispositif. Je n’ai pas beaucoup dormi. Un document du Ministère m’annonce mon congé sabbatique : je prends la mesure de l'événement. et son épouse Véronique qui travaille dans la même boîte que mon frère. nous faisons une halte à Montélimar. Yves avait conduit depuis le péage après Lyon. Althabe et Joseph Gabel (12 juin) me font vivre intensément à l’intérieur. 6 heures 30. Je vais le lire ce soir. 172 . Apprendre l’italien me semble essentiel. Hier soir. Je m’endors immédiatement. car je suis parti avec Hélène. Nolwenn rejoindre Constance. et c’était mon tour de prendre le volant. Je lui ai parlé du Moment de la création qu’elle a voulu acquérir. “genèse théorique et genèse sociale” . chez Althabe “ceux d’en haut. Yves. Du coup. etc. Passage de Cristian Varela au séminaire. ce sera. Livre fort. réalité. je me suis rapproché d’Hélène. sur une aire d’autoroute : je tombe sur Alessandra. la famille Chevilotte. Lundi 5 juillet. Embouteillages. Ce week-end. finalement. nous avons parlé d’histoires de vie. je n’ai pas eu le temps d’écrire mon journal. ici. Le voyage s’est transformé en vacances familiales : j’ai vu ma sœur Odile. J’en avais un exemplaire à Sainte Gemme. chez Brigitte. je voudrais ajouter les Etats-Unis et l’Italie. Proximité étonnante entre les pensées de René et Gérard. Et je rêve. J’avais hâte de me coucher. La richesse d'une personne vient en partie des pas de côtés. Je rêve si rarement qu’il me faut noter mon rêve. Le sabbatique serait une possibilité d’investissement sur la famille. j’ai quitté Sainte Gemme à 23 heures 30 avec Charlotte et Lucette… Je me suis couché à une heure. Hélène verrait d’un bon œil que je m’occupe davantage de mes petites filles. Voir mon avocate là (elle rentrait d’un procès à Poitiers. nous sommes partis en voiture de Paris vers 18 heures. voyager. ceux d’en bas”. dans le métro pour Montparnasse. Je le sentais épuisé. etc. l’anthropologue impliqué que je relis depuis avant-hier matin. mon avocate. Partir. je me réveille en ayant des idées. Il fait très chaud. Rezki Assous me donne un double de son entretien avec Gérard Althabe. Les morts de De Luze. ce procès est reporté. Elle est repartie avec.

que j’allais avoir ce congé. Il fallait cueillir les cerises : il est 173 . J’ai donc lancé la conversation sur la question de la retraite. et moi. groupaux. J’avais cueilli 3 ou 4 kgs de cerises. Il faisait un temps mitigé : le ciel était couvert . Puis-je prendre le temps de finir ces ouvrages avant le 22 juillet. la pluie n’était pas loin. Lucette et moi avons tout mangé ! Ce qui n’était pas sans me donner un léger mal au ventre. Il faut que j’utilise ce temps pour me faire un programme d’écriture : il me faut composer des livres. Le jury d’examen d’Angers m’a toujours donné de l’espace. Nadine envisage de faire encore un an en 2004-2005. Aujourd’hui. la vie de Château. il restera. organisationnels. Mais Charlotte. où Lorenzo et Diana s’ennuient de nous. et qui sont très proches de moi. hier matin. il fallait cueillir les cerises. était prioritaire sur les autres. Nous avons effectivement évoqué Jean-Marie. L’écriture est sans aucun doute. Or. Jean-Jacques est en pré-retraite. Profiter des vacances. Je continuerai par la Théorie des moments. Alors que j’avais raconté en détail la journée de vendredi. un moment. Lucette rêve d’organiser un voyage en Italie. Le fait de me lever à 9 heures 30 au lieu de 7 heures. inter-individuels. J’ai lancé mon idée de Maison de retraite autogérée. cette histoire est des plus sérieuses. car il m’est apparu que le chantier cerises. Puis-je lire chaque jour une heure en allemand. Elles étaient ensemble à l’Ecole nationale supérieure d’éducation physique et sportive. et ensuite regarder la télévision dans cette langue ? Apprendre le contenu des chaînes de télévision est une excellente entrée dans l’Allemagne d’aujourd’hui. Par exemple. Comment vivre sa retraite dans une perspective où s’articule la gestion des besoins individuels. J’avais envie de découvrir les ressources de notre nouvel abonnement à Canal Satellite : avoir 45 chaînes en allemand. pour moi. Pour un prof. créatrice d’emploi pour la jeunesse ! J’ai fait rire la compagnie. puis de partir. les cassis et les groseilles. des étudiants que je connais très bien. au moins celui du travail. Je commencerai avec Ailleurs. Gigi est déjà retraitée. ici. Gigi vivait avec Jean-Marie Brohm. Mais aussi d’une mobilité : comment voyager ? Tenir compte du soleil… Sorte de pré-retraite. Je ne passerai pas à côté de cette expérience. j’ai encore 8 ans à faire. sans obligation pédagogique. Nadine. J’ai donc devant moi 6 mois. alors que je suis du même âge que Jean-Jacques et que j’ai deux ans et demi de moins que Nadine. pour écrire. m’a fait manquer le moment de l’écriture du Journal de Sainte Gemme. mais je crois jusqu’au 10 août. le livre avec Althabe. pour une pédagogue quelque peu surimpliqué comme je puis l’être. En 1968. Je vais m’y mettre dans les jours qui viennent. Véronique et Gigi. J’ai défendu l’idée d’un ancrage au village. le semestre sans cours demande une autre organisation. Avec Jean-Jacques. Je n’aurai que 4 nouveaux inscrits sous ma direction. j’ai manqué la narration des journées de samedi (puis dimanche). une amie de Nadine et Françoise Lourau. Mais ce moment exige une suspension des autres moments. Lucette avait cueilli les framboises. et un peu les Lourau. pour renouer avec des moments autres comme ceux de l’amitié. je vais bénéficier d’un long moment de voyage. Elle écrivait dans la revue Partisans. Ensuite. que beaucoup vivent comme la fin des moments. date à laquelle j’aurai Romain à Sainte Gemme ? Je ne sais pas combien de temps. Je regardais une série à la télévision. du voyage. car j’ai eu le temps de rentrer dans l’idée. Ginette Michaud. Gigi n’était pas à l’enterrement de René : elle était hospitalisée à cette époque. j’ai choisi de rester au lit jusqu’à 9 heures 30. et donc de refuser les inscriptions en maîtrise ou en DEA. il était question de retraite. La veille. le congé sabbatique est une sorte de brouillon de retraite : il fait expérimenter la situation de déconstruction du moment du travail. Puisque l’on était invité à midi chez Nadine.Parmi les autres invités. l’anthropologue impliqué. c’est créer une suspension des moments quotidiens. un bon dispositif pour faire un saut qualitatif en allemand.

où il pleuvotait. J’ai aussi un désir d’Italie. Elle pense qu’elle va se faire licencier de son boulot : à 56 ans ! Ma sœur aurait une indemnité de licenciement qui lui permettrait. sur le Romantisme. Je souffrais de la disparition de Gérard Althabe. et penser à la vie ? Charlotte a envie de sortir du tango. Paris. valse rock. Elle a des idées. Elle a fait des lectures. Charlotte a beaucoup parlé de sa propre mort. Ce journal sur le non-moment. préparés. son propre cheval n’était plus seul. Mais pourquoi s’installer dans de tels scénarios. Métailié. Ce colloque a dû jouer sur mon désir de travailler sur Henri Lefebvre : quel avait été l’objet de ma communication ? Je ne me souviens plus. J’étais là. et cela lui rend la vie pénible. après le départ du vieux. Il est mort après Lefebvre : Gusdorf avait fait venir Lefebvre à Strasbourg. puis pour en rapporter à Paris. n’ont jamais été publiés. Samedi. j’étais trop fatigué pour l’aider. nos pas se complexifièrent rapidement. et nous sommes donc restés chez Nadine. et un grand désir de solitude. Il s’était installé sous un parasol. et elle en était très triste. Elle n’arrive pas à se trouver un mec. il s’est mis à pleuvoir. Odile m’a proposé. Elle envisage de mourir à 30 ans ! Ce genre de pensée impressionne Lucette : la disparition de Charlotte serait très douloureuse pour sa mère. alors que l’on pourrait vivre. mais un peu distant. Valse. Je m’étais installé dans une banquette. celui de Florence (qui m’a fait penser hier à la mère de Romain) stimulait ma fille. j’avais été en porter à Antoinette Hess. et nous évidemment… Ensuite. il y a deux mois. Hélène. et en plus. C’était à Hagetmau. j’en ai cueilli pour apporter aux Neiss.bon pour les arbres d’être allégés de leurs fruits . je voyais un nouveau cheval. Le regard de Mathias. mais. mais elle souffre d’un épuisement physique. et R. C’est Anne Gotman qui avait organisé cette manifestation. J’ai fait des sacs de deux ou trois kilos pour Charlotte. il y a huit jours de m’accompagner au Brésil. à Sainte Gemme. Lourau. que signifie-t-il ? Je me demande si la solitude à laquelle j’aspire n’est pas le besoin de la suspension des moments. dans un colloque organisé par la ville natale d’Henri Lefebvre. et en a produit un montage (exposé à Sainte-Gemme). Samedi. Pourquoi chez Nadine ? Elle avait perdu un cheval. Véronique. Il y avait aussi Jean-René Ladmiral. et elle associe la fin d’un moment à sa mort. 174 . j’en avais cueilli pour notre consommation personnelle. Charlotte me proposa de danser une valse. le nouveau couple semblait heureux. Or. Henri était là. fière de danser avec son père 288 . Il avait une connaissance fantastique du Romantisme allemand… Aider Charlotte à faire sa maîtrise me donnerait un surplus de culture germanique. comme on manque d’infirmières. parce qu’elle ne parvient pas à se mettre à l’écriture de sa maîtrise. Je me sentais à la fois là et ailleurs. valse crusado. ce serait dommage de ne pas cueillir ces fruits. probablement. elle n’aura pas trop de 288 289 Véronique Valette a fait des photos de cette danse. Gusdorf avait prononcé un texte que je devais utiliser dans l’introduction de mon livre sur Henri. C’est assez curieux d’associer sa vie à un moment. Les gens parlaient. Roby a joué de l’accordéon. Dimanche. et Lucette s’est mise à lire des pages entières de Gusdorf. au prix du kilo de cerises. je crois. que Lucette et moi l’avions connu. Elle avait apporté une valise pleine de livres. Charlotte va mal. Je ne me souviens plus. J’entendais d’une oreille : passionnant le père Gusdorf ! J’ai dit à Charlotte. Vendredi. 1988. écrit deux années plus tard 289 . Du coup. qui l’empêche d’entrer dans le moment de l’écriture : elle a peur de ne pouvoir y parvenir. Cet investissement est assez contradictoire avec le désir du Brésil. J’étais ainsi dans des pensées nostalgiques. Remi Hess. Les deux chevaux ne se quittaient plus… La vie reprend. mis en pension par une amie. Nostalgie : Gusdorf nous laisse son œuvre. Henri Lefebvre et l’aventure du siècle. aussi. Il s’était installé dans la Cour de la ferme. Les actes. J’ai donc remis à plus tard la cueillette ! Mais il a plu toute l’après-midi. en 1985. de prendre un congé sabbatique. à elle aussi. Yves.

cela relancerait les ventes du premier ouvrage. Va-t-il repartir ? Oui. durant cette période : on va se retrouver comme il y a 50 ans ! Cette semaine sera une occasion de méditer ensemble à notre futur. Dans mon écriture de journaux. Le TGV est arrêté. Le soir. Ces derniers temps. Celle à qui je pense souvent. et avec qui je ne communique même plus par mail : Gaby Weigand . à ses enfants. par rapport aux moments 175 . je pensais à elle. Depuis quelques années. voyages). il taillait ses haies ! Il veut faire les choses bien. Lucette envisage d’aller rendre visite à ses parents. Il y aurait le journal de Paul à imprimer. j’évoquais la correspondance de 60 ans. que j’ai hâte de rendre à Bernadette. parce que je ne le trouve pas aussi fort que celui de 1914-1918. le second est la tenue de carnets que j’emmène avec moi. Ma méditation sur le non-moment doit donc être prolongée. Je sais que Gaby. Mais j’oublie qu’à 280 francs. Ce sont des thèmes un peu farfelus. Première étape : trier sur papier le journal de Paul. m'a dit qu’il allait faire des travaux de petites réparations. La semaine prochaine. Constance va se joindre à nous ! Je pense à Bernadette Bellagnech : c’est un peu pour elle que j’écris. j’ai des carnets thématiques. J’ouvre un nouveau carnet. notre moment commun semble au point mort. mais aussi cet autre sur Les jambes lourdes et cet autre sur Attracteurs étranges et détracteurs intimes. En parlant avec Véronique. Hier. lira ce journal un jour. ce premier journal de Paul a trouvé 800 acheteurs . en même temps nous sommes très loin l’un de l’autre. Pourquoi ne sont-ils jamais venus ensemble à Sainte Gemme ? Notre maison. là où je suis sans mon ordinateur (Sainte-Gemme. En plus. à la Grange aux bois. Ne faudrait-il pas faire taper cette correspondance ? Je suppose que l’on va parler de ces choses avec mes sœurs. mais il a dû repartir avant que je ne sois libéré de mes obligations (beaucoup d’étudiants à ma permanence. le journal 1939-1947 trouverait aussi ses 800 acheteurs. j’emprunte la maison de William. William à qui j'annonçais l'arrivée de mes sœurs le 10 juillet. j’ai vu Benyounès . Je voudrais terminer ce texte avant les vacances. Ce journal trouverait un public à Reims. je recevrai à Sainte Gemme mes deux sœurs : Odile (de Martigues) et Geneviève (de Vienne). certainement. C’est un travail à faire rapidement : Anthropos pourrait être intéressé . nous ne communiquons qu’à travers groupes et journaux interposés. après deux soutenances de maîtrise) . Je sais qu’elle est toujours la première à me lire. que ma mère Claire a eu avec Marthe.mal à retrouver un travail. elle aussi. à 15 euros. Mais il nous reste toutes les lettres de Marthe. il y a deux dispositifs : le premier est la frappe directe sur mon ordinateur . Les lettres de Claire ont été détruites par Marthe. Je numérote les pages de ce carnet. Le Mans. et aussi à celui de nos enfants. j’ai ouvert des carnets sur des sujets étranges : par exemple. Celui-ci justifie une édition. à Benyounès. Hier. une grande maison qui jouxte la mienne. ma marraine. en discuter avec Antoinette. Véronique Valette m’a parlé de journaux de cette époque. vers 19 heures. ce Journal sur le non-moment. Je fais une pause dans mon écriture. je prenais conscience que je bloque ce journal. Mardi. son amie. avec lui. n’est pas en mesure de recevoir beaucoup de monde. Cette technique instituante oblige à reprendre le vécu en le faisant entrer dans un moment. mais j’ai encore pas mal de pages disponibles. Mais quand ? J’ai l’impression d’être proche d’elle et. le faire lire par mes sœurs. Idée à suivre. j’espérais un moment avec lui. précieusement archivées par Maman. Probablement que le journal de Paul trouvera des lecteurs intéressés. actuellement. Pour l’accueil de mes sœurs. lorsque je sens que je puis développer un sujet qui peut structurer la narration du quotidien. cela ferait un ensemble. mais sans retrouver les responsabilités de chef de service qu’elle occupe aujourd’hui. En faire un tirage que l’on corrigerait avant de le faire imprimer.

Mohamed Rebihi a trouvé que la notion de moment n’est pas définie dans le numéro 3 des IrrAIductibles (article de Morvillers). de centrer l’écriture de leur journal sur la description de leur quotidien dans une institution : la plupart du temps. pensée par Henri Lefebvre. d’édition. car j’ai mis au point la méthode du journal des moments : cette technique était présente en 1976. Je sais qu’il écrit un journal. m’était connue à cette époque. La présence et l’absence n’est sortie qu’en 1980. je peux aussi la définir comme l’ensemble des moments. dans le cadre théorique de l’analyse institutionnelle. Je suis obligé de suspendre cette méditation. par le biais de l’ethnométhodologie. Je sors du non-moment pour parler de l’émergence du moment de la théorie des moments dans mon œuvre. En 1978. et j’avais l’intuition du Journal des moments. C’est vrai et faux : le passage que Jean-Manuel a écrit dans son texte sur le journal n’est pas confus. Ce travail serait du plus haut intérêt : cet André Hess qui fut mon (notre) père fut un personnage assez discret! Il a peu écrit lui-même : ses écrits ont été détruits. dont la relecture me permettra de construire la théorie des moments. l’un des concepts qui étaient les plus productifs pour m’aider à me penser moi-même était celui de transversalité. Est-ce vrai ? Qu’en fera-t-il ? Il semble qu’il ait été jusqu’à faire relire par notre père. Plutôt que de définir la transversalité par l’institutionnel. Ma découverte de cet ouvrage à sa parution. le décryptage de leurs entretiens. Journal de danse. Je n’avais lu que le second volume de La Somme et le Reste. Dans les années 1972 et suivantes. Dans le corpus conceptuel de l’analyse institutionnelle. Il me semble que cette notion venait enrichir chez moi la notion de transversalité. nous renouons avec la notion d’affiliation. celle dans laquelle ils travaillaient. Je nommais cette technique Le journal institutionnel. a solidifié ma théorie des moments.Saint Laud. une notion déjà présente dans L’entrée dans la vie (chapitre sur Freud). pour celui qui a des idées claires sur la théorie des moments. Son témoignage serait intéressant. époque où je demandais à mes étudiants. L’aventure du siècle). la transversalité est l'ensemble des institutions auxquelles j’appartiens. La transversalité définit le sujet par tout ce qui le traverse. Cette théorie des moments. Dans la vie institutionnelle. je situe la socianalyse comme le moment de la refondation (Centre et périphérie. Je pensais la socianalyse comme un moment. Je savais déjà à l’époque qu’une mère de famille pouvait écrire son journal institutionnel sur ses enfants. Mais je montre aussi que les moments comme mode de pensée de mon quotidien étaient déjà bien là dans les années 1976. etc. Mes premiers commentaires de cette théorie datent de 1988 (Henri Lefebvre. l’écriture de mes journaux est meilleure. La notion d’appartenance est alors celle à laquelle nous nous réfèrons. Et ce tout est ici synonyme d’institution. L’édition du journal de mon grand-père pourrait stimuler ma réflexion sur l’édition de mes propres journaux. mais ce journal était une forme de construction du moment professionnel. et j’ai appris hier qu’il avait recueilli l’histoire de vie de mon père. mais je connaissais le second tome de La critique de la vie quotidienne. Bien au contraire… On arrive à Angers. Véronique Valette a dit que les enfants de mon frère écrivent : j’aimerai bien voir cela ! Véronique serait précieuse pour moi pour assurer une médiation avec mon frère. le moment s’inscrit donc dans un creux théorique. 1978). Dans les années 1984.bien identifiés qui fondent d’autres journaux : Journal d’un artiste. 176 . pour nous conter le Vingtième siècle ! La conversation avec Véronique Valette m’a fait prendre conscience que je devais prendre des décisions par rapport à mon propre journal… Depuis la mort de René Lourau.

le 20 juin. cette notion correspond. Le jury a commencé vers 13 heures 30 et s’est terminé vers 15 heures 20. Christian Lemeunier a introduit ce débat : pour lui. il faut éviter les romans. master. Coulon).Mohamed Rebihi disait aussi que le moment devait être mis en perspective avec le concept d’accomplissement de Garfinkel. Sur la publication de mes journaux. pour nous. Les documents ne sont pas prêts : il faut attendre. Il vient de réouvrir. À nouveau dans le train pour Paris. J’y ai rajouté que le colloque auquel je m’étais contraint d’assister était ennuyeux. J’ai annoncé mon absence. Entre 10 heures et midi 30. restant une option de la nouvelle licence). après 6 années de travaux de rénovation (en profondeur) : Constantin Xypas m’accompagnait. je vis cet épisode comme une chance supplémentaire de poursuivre ma méditation. Je suis arrivé à l’Université catholique de l’Ouest. suivi d’un débat avec le public. relire la bibliothèque de Charlotte. J’ai raconté mon péché mortel de l'île Maurice. à midi. après le postmodernisme ? Vous avez dix minutes pour préparer une demi-heure d’exposé introductif. ni par G. Lundi 6 juillet. On ne lit que des choses utiles. n’a pas été développée en France. j’ai été dans la salle du jury. 16 heures. tension que Lefebvre nomme vécu et conçu (et qui s’articule pour lui au perçu). entre le niveau de l’expérience vécue et celui de son élaboration théorique. Cela a donc été très vite. mais le statut de vice-président me permettra l’absentéisme. Mon nom semble fait tenir l’institution. avec mes complices. Malgré cette absence. le repas était excellent. Ensuite. Sujet d’une prochaine conférence : qu’en est-il de l’enfer. Salon Brissac. j’ai été faire une visite au Musée des Beaux Arts d’Angers. Jusqu’à maintenant. Quelqu’un qui ne porterait pas son journal avec lui serait dans le non-moment . la notion d’accomplissement. Ensuite. De Luze). une idée pour justifier de donner tout cela en vrac au lecteur : l’idée de fragment. j’ai toujours du être là. par rapport aux essais en relation avec notre objet. Pour la préface à cette édition. ai-je dit). (le hors-sujet est-il un non-moment ?). est une élaboration de l’expérience qui accède à la conceptualisation. C’est horssujet. j’ai dérivé sur le christianisme. il vivrait cette attente comme une perte de temps . pour lui signaler mon arrivée. en tant que président. Lapassade (donc par A. mais il fait chaud . Le moment. dans une perspective de psychologie institutionnelle. celui qui m’a été transmis : ne pas se divertir implique d’éviter la fiction. à la notion de moment. Le travail était bien préparé. A la suite de Christian Lemeunier. Il est accomplissement progressif interactif. J’ai été dire bonjour à Constantin Xypas. moi. ni par Y. on me demande de rester membre. 177 . Tant mieux ! Cela me fera une économie de temps. doctorat) : le contenu de la licence va être centré sur la communication et l’on me propose de rétrograder. Un membre du jury a annoncé le passage au LMD (Licence. Le ciel est couvert. J’ai parlé du péché. Quand on est “ scientifique ”. Cécile Albert et Claudie Rimbaud étaient intéressées par mon apologie du péché mortel. Lecerf (donc par H. l’année prochaine. de la fonction de président du jury. relire Gusdorf. Ce travail est à penser à travers les moments (anthropologiques) du sujet. à celle de vice-président (les sciences de l’éducation. pour fait de congé sabbatique l’an prochain ("Je pars au Brésil". Il se sentait une obligation de me guider dans ma découverte des œuvres. Le moment qui se trouve est une mise en mots de la pratique. essentielle pour Garfinkel.

17 heures 15. Il avait peur d’être submergé par ses émotions. commence à se faire sentir. pour lui. source d’émotions. J’étais jeune. 178 . aujourd’hui non plus ailleurs. Moi jamais. Mais les choses s’étaient bien terminées. Le moment institué ne peut fonctionner : le rituel de l’institué est différé. 9 h 30. l’opéra. Le péché est dans n’importe quel tableau religieux du XV ou XVIème siècle. Quelle philosophie de l’éducation se trouve derrière ce type d’analyse de mon oncle. il n’est pas possible d’encourager une chanteuse de la chorale. Odile m’a dit la semaine dernière. que la première fois qu’elle m’avait vu pleurer. Quel rapport cela a-t-il avec le non-moment ? Je rentre de loin pour aller à Angers . Et mon oncle avait conclu : -Une si belle voix ne peut pas être au service de la distraction. Cela ne m’intéresse pas. d’inessentiel : un divertissement. La fatigue d’une journée chargée suivant une nuit courte. La situation avait été dure. je ne pense pas.Cela me rappelle un repas avec Lucien Hess. Sans Constantin. Donc. ma fille. l’acteur est ex-communié. mais quand j’arrive à l’UCO. il faut que je réfléchisse à ce que j’ai écrit cet après-midi. j’aurais préféré rester à Sainte Gemme hier soir. sont allées à l’Opéra. Peut-être était-ce à la fin des années 1950. Il expliquait qu’il ne lui avait jamais fait l’éloge de sa voix : -Elle aurait pu être chanteuse d’Opéra. Mais on peut aussi interdire : le roman. donc de péché. c’était le jour de la naissance d’Hélène. Il y a conjoncture d’un peu de temps. et d’en mourir. Il parlait de Mademoiselle X (je n’ai pas mémorisé son nom). directeur d’école ? Cécile Albert ne lit pas de roman : cela ne l’intéresse pas. maître de chapelle à la cathédrale de Reims. Mardi 7 juillet 2004. Il parlait de cela avant 1968. le jury est reporté. Elle était capable de toutes les prouesses techniques. Quand j’entends certaines voix. chez moi. doit être fui plus que tout spectacle. expliquait que cette femme avait une voix exceptionnelle. Mon oncle. le théâtre (les tragédiens étaient excommuniés depuis le Moyen-Age). la source d’émotions trop fortes. la poésie et pourquoi pas la peinture. et de la disponibilité de mon collègue. aurais-je eu le temps de m’organiser pour aller au Musée ? Non. Il faudrait que je comprenne pourquoi. je peux avoir envie de pleurer. J’ai pu dire que c’était bourgeois : idiot ! Peut-on transgresser ce type d’allants de soi ? Le péché ne se trouve-t-il pas dans la transgression de ces interdits que l’on a intégré depuis toujours ? Ne pas peindre. à l’époque . Brigitte avait dû subir une césarienne. Je devais avoir dix ans. à monter sur scène pour faire du profane. Je ne vais pas à l’Opéra. Lucien Hess (1902-1986) à Dachau refusa d’assister à un concert de musique classique. J’avais 24 ans ! Ma sœur la plus proche de moi ne m’avait jamais vu pleurer ! Par association. J’aurais l’impression d’y faire quelque chose de futile. était une sorte d’interdit intériorisé… L’Opéra n’est-il pas pour moi un interdit de la même famille ? Quelle est la nature de ces moments. Cependant. Sa place est dans la Cathédrale. Mon épouse. Alors que le comédien. qui nous ont été interdits ? Dans le métro. S’ouvre alors un espace du possible… Le non-moment institué ouvre des possibles. de mon ami. Le concept d’opéra n’évoquait rien pour moi. Elle chantait dans le chœur de la Cathédrale de Reims qu’il dirigeait.

qui nous sont données à voir. à la campagne. et encore . pour me la montrer. Une fille n’a pas pu assister aux funérailles de son père : pour se réconcilier avec l’âme du disparu. plutôt que d’avoir été à la cérémonie de funérailles. Je ne l’ai pas lu : Christine est passée chez moi ce matin. et c’est Pascal qui a repris la direction de cette thèse. dit-il. mon âme est en paix. par rapport à la mort de Gérard Althabe… Hier. mais quand même : celui qui a pris Barthélemy a 179 . où j’en suis dans la production de ce texte : nous décidons de nous voir le 23 juillet. il veut me porter les notes de son père. La distinction entre les deux est délicate. chez moi. et je ne comprends pas par quel mystère le cousin (j’ignore lequel) a pu séparer les deux époux. et de la mort anormale : la mort normale est la mort de vieillesse sur le tatami . Setsuko raconte le rituel des funérailles au Japon : il n’y a pas de si grandes différences avec nos propres rituels. en même temps. Christine. et je me sens coupable. l’idée de dieu protecteur reste encore très présente : les ancêtres deviennent des esprits protecteurs. pour refaire le portrait de Barthélemy : il faut rendre Barthélemy à son épouse. les Japonais donnent plus d’ampleur aux rituels. On ne croit plus trop à la théorie des esprits malfaisants . Pascal pour la soutenance de thèse de Setsuko Kokubo-Deguen. Les deux portraits allaient ensemble. Ce que raconte Setsuko me semble intéressant par rapport à mes propres funérailles : où vais-je mourir ? à Paris ou Sainte Gemme ? mon rêve serait d’être incinéré. Sur le plan du rapport de soutenance. et je ne pouvais pas faire faux-bond à ce groupe). alors que Charlotte survenait à la maison en pleurs. au Japon. d’avoir été à la fac (c’était le jour de l’examen pratique de mes 100 étudiants. Pour ma part. le portrait de l’arrière grand-mère Ginat. si je meurs à Sainte Gemme. ils étaient placés l’un à côté de l’autre. Comment est-il mort ? mort normale. je ne partage pas son pessimisme : il me semble que l’on est dans une situation extrêmement complexe. dans ma famille des portraits de mes ancêtres. la fille décide de faire ce travail d’ethnologie . Pascal va coordonner nos interventions : l’étudiante a travaillé avec Daniel de Coppet. Par contre. la mort anormale est la mort violente. Ce n’est pas une photo-ethnographie (Achutti). si je meurs à Paris et enterré. la candidate explique comment le mort. je pense à Hubert. je reçois le coup de téléphone de Frédéric Althabe : il me dit qu’il veut que je mène à bien l’ouvrage entrepris avec son père . Maurice Gruau dit que Setsuko a fait cette thèse. comme une cérémonie funéraire : "Elle s’est trompée d’institution". devient un ancêtre. cependant. sur Analyse du traitement rituel de la mort au Japon au sein des familles et des collectivités locales. décédé il y a trois semaines. Je lui explique. il y a eu dispersion. La thèse tourne autour de la mort normale. Pascal me place comme président du jury. Je suis impliqué par rapport à cette soutenance . Barthélemy est séparé de sa femme : je trouve cet acte criminel. Ma maison. la femme de Barthélemy Hess. Je connais le culte des ancêtres. avec le temps présent. J’ai. Je me suis mis à la peinture. et à son Tombeau pour Henriette. Pendant que j’écris. ce qui va me donner le temps pour en prendre connaissance. vers 17 heures. avec Maurice Gruau. Certes. mais le portrait de Barthélemy a été pris par un cousin.Je suis à Paris 7. recueille les portraits des ancêtres protecteurs : Par exemple. Christine parle de la qualité des photographies. j’ai manqué les funérailles de Joseph Gabel. et son directeur de recherche disparaît au cours du processus. mais celui-ci est décédé. mort anormale ? on n’en parle pas. Elle fait ce travail pour se réconcilier avec l’esprit de son père. Comment ai-je pu aller à l’anniversaire de Bernadette. puis parfois une divinité locale. plus âgé que moi. Rue de la Renfermerie. sans poser cette question aux cousins rassemblés ? Je suis heureux de pouvoir méditer à ces questions. les rituels tendent à se confondre. dans les cas de maladie.

puis vicaire général . 11 h 30 On parle de la Sonate au Clair de lune. un doctorat de linguistique. Cette opposition entre la vie à la ville. avant de s’intéresser à l’anthropologie. Vogel. Mais une idée m’est venue. Mais d’une certaine manière. Le pêcheur et la pénitence : référence d’il y a 20 ans (environ) donnée par Maurice Gruau. Idée d’inviter à Sainte Gemme Maurice et Pascal . à part cela. une formule plutôt qu’une idée : “trop de moments tue le moment”. interprétée par Rubinstein) selon Bernard Haller. l’événement redouté : la grêle. On aurait pu distinguer le moment du labeur. mais un militaire anonyme (il était gendarme). c’est l’enterrement : beaucoup d’habitants de Sainte Gemme connaissent tous les habitants du village. Dans le métro. je ne suis plus au courant. j’avais avancé le travail ces jours derniers. passage de la boulangère. on a parlé du DTC (Dictionnaire de théologie catholique) . pour lui. et le moment de la fête. nombre d’habitants résidant ici en 1990. Maurice est né en 1930. et la vie à la campagne est forte. une voiture ou deux. à qui nous avons acheté une baguette et deux croissants. Cette performance m’intéresse. tout de même. il a été curé de Chichery. Quel contraste avec la vie urbaine. Il n’y a pas de moments. en particulier. Au programme : 20 numéros dont on dégage les thèmes. mais ici les gens ne portent plus d’habits du dimanche. qui sont tiraillés constamment entre de multiples sollicitations. Odile ne peut plus écouter ce morceau. Anniversaire douloureux. convoquent le promeneur : je ne parle pas des New-Yorkais. Antoinette. ici à Sainte Gemme. Repas très sympa au chinois. que nous écoutons. je pose le chiffre de 138. rue par rue. On a constaté qu’à la campagne. quand la nature l’exige. Samedi 11 septembre. chose que je n’ai pas faite depuis la mort d’Hubert. 180 . il connaît bien aussi le DLC (Dictionnaire de Liturgie catholique). que le département d’ethnologie allait disparaître : Pascal va rejoindre les sociologues pour le master. les jours où il fait soleil. achetée au marché : il a fallu lui expliquer l’itinéraire pour accéder jusqu’ici. le camion de François . Pour ma part. où constamment de nouveaux moments appellent. Envie de fumer un cigare. l’événement. François peuvent en faire une liste. est venu aujourd’hui me livrer une table. depuis. De toute façon. il le lit régulièrement . François dit que nous sommes 132 habitants. pendant qu’il exécute un morceau. Je suis à Sainte Gemme avec Liz Claire. n’était peut être pas Barthélemy. les collaborateurs éventuels . sans entendre le commentaire de Bernard Haller. ils sont dans leurs vignes : il y a le jour et la nuit. avec Maurice. Dimanche 11 juillet. car c’est une illustration de la dissociation (mot utilisé par Odile) : c’est la déconstruction du moment musical. ceux où il pleut . ici. ce portrait. J’ai appris incidemment. À la campagne. amie de New York qui se trouvait là-bas il y a 3 ans on crée notre nouvelle revue Attractions passionnelles. un comédien qui a joué cette sonate en l’accompagnant d’un commentaire à lui : les cheminements de la pensée du pianiste. les jours défilent tranquillement : aucun tracteur aujourd’hui n’est passé. je m’entends très bien avec lui. on se trouve dans une vie assez simple. et sans histoire. Même le jour du Seigneur. on voit si peu de monde ! Le camion du menuisier. il a fait une licence de sociologie. et tout particulièrement la vie new-yorkaise. au moment de mon arrivée . mais je m’abstiens. à côté de Charles V.dû être attiré par son uniforme .

À New York. il faut avoir un certain look au travail. faire des traces" (sur le journal). je ralentis. mais elles sont dictées par le flux du quotidien. Liz propose : "Révolution du couple dansant. il avait quitté l’école à 16 ans . Petit vient observer les travaux que je fais chez moi . suspension. Christine serait commentator. Goethe. cela l’intéresse. etc) rompt avec le classicisme français inspiré par Rome. Pourquoi ? Gilbert aussi. etc. J’essaie de faire le tour de la vie ici : il y a mille choses à faire. à la fois. je redescends fermer les fenêtres. j’y découvre des doryphores. non plus. au réveil. Il faut suppléer son absence. il devint le théoricien et le pédagogue du journal. à la suite de Maine de Biran. Charlotte. le mercredi 15 septembre 2004. un programme d’intervention pour un groupe. sportives et habillées. depuis un mois. responsable de l’Instruction publique sous Robespierre à 19 ans. ils ne font pas de peinture. les Révolutionnaires se formèrent. en Europe. Liz et moi seront les orateurs. disciple de Rousseau. Novalis) déplace le projet révolutionnaire du politique (qui semble avoir échoué dans la Terreur). Le matin. dans le moment du travail intellectuel : il faut envoyer ce soir à Stanford. les gens n’ont plus d’habits du dimanche : la vie moderne conduit les gens à s’habiller de façon fonctionnelle . mais l’on trouve des chaussures qui sont. mais aussi se racontèrent dans des formes d’écriture impliquée : monographies. Je regarde mes salades. mais dans le monde. trace. Charlotte. donc aucune raison de s’aménager une bibliothèque . dont s’inspirèrent. de son vivant. vers l’esthétique. thèses. par une correspondance journalière avec sa mère. J’ai essayé de lire le Journal de Klee… 15 heures. c’est vrai. je prends le temps de regarder la télévision : une heure. jamais plus de deux. Ils ne chauffent l’hiver que dans leur salle à manger-cuisine : les chambres restent froides. disciples ou fils de disciples de l’auteur des Confessions. pourquoi s’aménager un atelier ? Sainte Gemme. à descendre des pierres. mais aussi et surtout : correspondances et journaux. Mémé et Liz sont encore couchées. 9 heures Pépé travaille au second. La Révolution française secoue fortement les héritiers du Sturm und Drang. et ainsi de suite : je suis en phase avec la nature. Par la suite. l’impact de la Révolution à la périphérie. traduits en huit langues". qui claquent à cause du vent. (Herder. du Kantisme. qui m’a dit hier : "Tu vas avoir une grande maison !" Oui. Souvent. je passe devant mes pommes de terre. que je mets au tonneau . en France. 181 . c’est le travail d’écriture de soi des acteurs. Antoinette et Gilbert n’ont pas de livres. puisque ses travaux furent. Résumé de mon intervention possible : "Un aspect peu exploré de la Révolution. des centaines de diaristes du XIXème siècle. Liz m’installe maintenant. avec la vie de la maison. les tomates : je vais pouvoir en cueillir demain . l’imaginaire féminin suspendu au vertige". je ramasse quelques prunes. sa formation se fit. c’est-à-dire coordinatrice de la table ronde. eux ne vivent que dans une pièce. Je vais au jardin. Le cas de Marc-Antoine Jullien est tout à fait significatif . l’Allemagne qui pense. discours . mais le rythme du jour s’impose à moi. Que font mes voisins ? Monsieur et Madame Petit. On écrit : "En 1775. j’en retire 22 aujourd’hui ! C’est le grand retour . pour jeter le contenu de ma poubelle sur le compost. La notion de fragment défendue par les Romantiques d’Iéna (Schlegel. je ne suis jamais entré chez eux : M. Pour ma part : "L’écriture de soi. dans la même journée. Charlotte aura un sujet : "L’exploration de l’impact de la Révolution à la périphérie : le fragment". Titre du panel : Fragment.

Le jury s’est réuni pour choisir le président (Jean-Louis Le Grand). Liz Claire et sept à huit personnes dont les noms m’échappent maintenant. une femme qui a du talent : elle parle très bien. Cependant. de la bioscopie. Isabelle Nicolas. Et mon éditeur n’aime pas les gros livres. Je fais une série de photos. et de Jenny dans notre collectif . immédiatement. mais une œuvre dont la forme se cherche sans fin. Georges Lapassade et Patrice Ville. Novalis). Il me semble que j’ai de la chance d’avoir une vraie œuvre. Yvan et Madame Ducos. et nous. Ensuite. tu es en transe : peux-tu nous expliquer ?" Prendre les thèses en diagonale. pour moi. Leonore. Il me faut la traduire. Il parle de la tenue d’un journal dans lequel il racontait les séances d’entraînement. avant la pause. de Gaby Weigand (Ergon. Kareen Illiade. Le seul problème : elle fait 430 pages de petits caractères. La femme d’Yvan (né en 1929) est là. Catherine Gall. Lire Jenny. 13 heures 10. Heureux d’avoir travaillé avec Martine Lani-Bayle. Impetus. L’art d’habiter les moments. Rencontre foudroyante avec Le sens de l’histoire. J’ai évoqué le travail de Benyounès. Jenny a eu les félicitations. La seule question que pose Georges : "Tu parles de transe. Je ne parviens pas à écrire. ce n’est pas vraiment possible. 182 . ce fut le point de départ du travail soutenu aujourd’hui : L’institutionnalisation du sujet. tant je suis pris par l’exposé de Jenny. Dans la salle. Salvatore Panu. Remi Hess. J’avais lu son texte : ce qu’elle dit ne me surprend donc pas. 2004). "Cette thèse est intellectuelle. Roger Tebib. cet été. mais elle est surtout humaine . il a introduit la photo. Mohammed Rebihi. j’ose regarder Schule der Person. dit Martine. de “ former ” mes jeunes collègues à la direction et l’évaluation des thèses. On entre dans une esthétique de l’inachèvement". quand tu écris. Zouari Jilani. l’art de le dire m’impressionne. Patrice parle de la dimension agonistique. Christine Delory-Momberger et JeanLouis Le Grand. Je regrette que les délibérations du jury aient duré plus d’une demi-heure. les Romantiques refondent la vie autour de l’œuvre. entre les mains. Je fais signer le procès verbal par Christine Delory-Momberger. qui a quelque chose à voir avec l’impetus : ces moments foudroyants réorientent entièrement la vie du sujet. Martine Lani-Bayle. Georges Lapassade. rapport que j’ai beaucoup travaillé à partir des recherches de ma fille Charlotte. et déterminer l’ordre de passage des membres du jury : Patrice Ville (directeur). rapporteur. mais quelle discussion ! Fatiguant. la manière. Ici. Rezki. à propos de ton travail .Avec Schiller. C’est un peu notre lot. Finalement. Ce livre fera 600 pages. thèse de Jenny Gabriel. d’Attractions passionnelles. Martine Lani-Bayle suggère à Jenny l’emploi de l’arbre généalogique. Jenny expose. je travaille sur le rapport entre les Romantiques d’Iéna (Schlegel. sa participation aux collectifs des IrrAIductibles. On est pris par son écriture. Je parle en second : j’insiste sur la dimension instituante de Jenny. dit maintenant Christine. Soutenance de maîtrise d’Yvan Ducos Yvan a voulu soutenir avant d’aller manger. aujourd’hui. Lorsque Jean-Louis Le Grand parle. Bon d’accord. Zur anthropologischen Grundlegung einer Theorie der Schule. c’est très rare". Tebib. jusqu’au bout. Georges est fatigué : il veut parler tout de suite. Vendredi 17 septembre 2004.

Je ferme activement “ le moment universitaire ”. Des moments me sont imposés. pour construire mon moment de l’écriture. pour écrire mon éditorial du numéro 6 290 . Il faudrait confronter les notions de “ fragment ” à celle de “ moment ”. Je ne vois pas ma place ici. Je vis une crise. je ne reprends pas de nouveaux étudiants. à cet endroit. ou un héritage du passé (une ruine de maison phocéenne. 290 Les irrAiductibles n°6. Liz Claire. sciences des traces. Benyounès. Je ne puis pas accepter de gaspiller le temps dont j’ai besoin. et de le donner à Benyounès qui est là. C’est passionnant. car j’ai mal. Il y avait la mer pour pêcher. L’archéologie. il y a eu des groupes humains. et le temps fuit. octobre 2004. dans ma visite de la maison phocéenne. officiellement. Je ne puis pas fuir. Boumarta. Quelle relation avec le “ moment ” ? Le village phocéen du VI ou Vème siècle. je suis en sabbatique. Salvatore. Dispositifs 1. qui ont tenté de vivre à un carrefour maritime où passaient des bateaux grecs. Roger Tebib. mais en même temps. j’en ai marre de ce dispositif. Le fragment du passé ouvre sur des possibles au niveau du régressif. ce qui reste permet de bien comprendre la forme de la maison (les différentes pièces utilisées). mais en même temps. car en ce moment je suis à l’Université. ou un morceau de quelque chose qu’un contemporain décide de produire comme quelque chose de non abouti dans sa totalité. et pour moi en chantier actuellement à Sainte Gemme. Mohammed Rebihi. Aziz. Ce qui m’a frappé. est une méditation à partir de fragments. on en parle. J’ai envie de clore ce carnet sur le “ non-moment ”. plutôt qu’en sabbatique. il ne reste plus que des murs d’un mètre au-dessus du sol. La ruine est donc un fragment qui nous renseigne sur le mode de vie passé. Incroyable ! Certes. dans les jours qui viennent. Marie-Fanéla Célestin. De quoi pourrais-je parler aujourd’hui ? Il faudrait que je médite sur la notion de fragment. c’est son “ être là ”. bien installé dans le moment “ soutenances ”. Georges Lapassade prend la parole. Le fragment selon F. et qui nous permet de mesurer le surplace de la civilisation pendant toute cette période. Peut être Bernadette serait-elle heureuse de retaper un journal de moi. 360 pages. nous dit qu’à cet endroit (au bord de la mer entre Martigues et Marseille). En fait. la culture ? Je ne sais. Roger Tebib défend l’école. Georges est en pleine forme. Il fait une conférence sur le dispositif. Pourquoi écrire dans ce carnet aujourd’hui ? Ce n’est pas très rationnel de vouloir écrire mes méditations ici. et la terre pour récolter des fruits. Je souffre. mais dangereux. mais tout de même.16 heures. Il y a Ruben Bag. la manière dont les murs ont été faits. Il faudrait que je rentre. Nous sommes 24 dans la salle. 27 septembre 2004. Le temps passe. avec de la terre. je devrais être en congé maladie. Leonore. C’est étonnant que la technique de construction n’ait pas évolué en 24 siècles. comme celle observée à côté de Sainte Croix. Kareen. Je liquide des charges. réunion des IrrAIductibles On parle des dispositifs. Or. Comme en Champagne au XVIIIème siècle. Il me faut rester ici. 183 . Schlegel est. lors de ma descente chez ma sœur la semaine passée). la chasse. depuis le VIème siècle avant Jésus Christ. Moi. Il y en a 7 ou 8 prévues pour aujourd’hui. mais quels légumes ? Ils n’avaient pas de pomme de terre ! Avaient-ils les olives ? Quels moments vivaient-ils ? La pêche. les murs sont faits de pierres tenues entre elles.

caractérisée par un certain nombre d’éléments. l’objet – au départ – avait une finalité. mais d’un espace aménagé. Il me faut un an de congé. Elle ne comprend pas le sens de ce dispositif de cette journée de soutenance. oui. qui ne sont pas non plus des œuvres. Je l’ai déjà entendu. qui s’organisent les uns par rapport aux autres. pas de point de vue que l’on défende avec énergie. la dissolution du moment de l’habiter. il y a donc glissement du sens. pour y habiter. je trouve génial ce dispositif. mais l’habiter. la chose finalisée. ou produits dans le présent. Et en plus. Je ne comprends pas les gens qui ne voient pas le travail transversal. c’est que ce qu’elle dit m’apparaît redondant. Ils sont obsolètes. Je ne vais plus enseigner cette année. Le même fragment devient autre chose. Schlegel. Le moment de l’œuvre. je trouve une pensée polémique. La ruine est fragment d’œuvre. Je cause. au moins pour y vivre. Il y a des exceptions. Le problème de notre amie Laurence Valentin. Il s’agit de propositions d’enseignement. Ils menacent cette distance que je voudrais construire. Il y a aussi des espaces sans destination. Figueras fut atelier. Habiter une belle maison. Ce n’est pas achevé. Mais s’il s’agit d’une maison. dans plusieurs versions. Il est 16 heures 30. j’ai relu 180 pages de ma fille Charlotte. c’est la décision de poser une forme qui articule dans une Gestalt nommée. au visiter. La destination d’une maison. Plusieurs appels ou courriers électroniques me mettent en péril. il y a souvent du recyclage de fragments de moments antérieurs. de fragments matériels hérités du passé. de la décoration d’un espace habité. 184 . Chez Charlotte. du fait même de sa destination. En fait. Le meilleur moyen que j’ai de poser une intervention : refaire la genèse de notre histoire collective… Benyounès s’en va. J’en ai marre des étudiants. où 5 enseignants travaillent ensemble avec une dizaine de mémoires. Sur le plan matériel. Mais globalement. une ruine. Elle aurait aimé soutenir à 15 heures. Je l’ai lue. désignée. Ce qu’ils écrivent m’emmerde. Je lui donne mon carnet. Dans un moment. est-ce faire œuvre artistique ? Le Musée Dali à Figueras a d’abord été l’espace habité par Dali. c’est une définition du moment. Je vais essayer de le faire. La limite entre l’œuvre. le plus souvent. J’ai mal au ventre.Chez F. prendre du recul par rapport à ma transversalité.. Je sens dans ses pages une énergie qui me ressource. Il ne s’agissait pas d’une œuvre d’art. A un moment. je pense que ces textes ne sont plus d’actualité. le fragment est fragment d’œuvre. on le destine à parquer des voitures. ce n’est pas le beau. Personnellement. elle a fait un tel volume (180 pages) qu’elle n’a pas réussi à éliminer toutes les fautes. pour faire tout ce que je dois faire cette année. mais on sent vraiment l’énergie. La nature se trouve en dehors de toute destination. Je ne trouve pas de passion dans les écrits de la plupart de mes étudiants. Par contre. Mais faire de l’architecture. On trouve cette force aussi chez Johan Tilmant. ou dans la construction du moment parking. une lutte à mort contre la médiocrité. Le même objet : une maison passe de l’habitat. Le moment. Benyounès me demande de lui envoyer des textes par Internet. Il n’y a pas de thèse. Je veux sortir de mes moments. pour réaliser une identification psychologique ou sociale d’un individu ou d’un groupe. un même terrain peut entrer dans la construction du moment basket (s’il y a un panier construit). On me demande de parler. c’est un moment pour soi : un moment qui n’a d’autre finalité qu’esthétique. alors que chez mes étudiants. qui opère et s’opère dans ce genre de contexte. etc. Hier et aujourd’hui (ce matin). comme finalité. je trouve que la plupart des mémoires sont sans enjeu. Le moment est l’organisation processuelle. si au lieu d’utiliser l’espace pour faire du sport. et elle n’est pas une œuvre. maison d’habitation et devient “ musée ”. ce peut être la fin. Laurence Valentin est agacée. je me sens pompé. Je m’arrête.

à part son deuxième apprentissage ? Cet été. partagée entre un sentiment intuitif et une méfiance dues à mes études et mon expérience de la médecine. Je voudrais ensuite m'excuser d'avoir tardé à te l'envoyer. j'ai lu un peu par hasard Le corps se souvient d'Arthur Janov (auteur du Cri primal). j'ai très heureuse de lire et de taper ton journal. comme différentes couches qui se recouvraient lors du développement du petit humain. de maltraitance très précoce. parfois sans. En y réfléchissant.. même s'il occupe plus de la moitié du temps de la vie ? Ne prend-t-on conscience de son moment qu'après l'avoir dépassé ? Pendant ? Chez l'amnésique. au moment précis. l'essentiel est fait et je te l'envoie. qui a perdu la mémoire. et à mon désir de te l'envoyer plus rapidement. sur la vie ensuite de beaucoup. 185 . période qui a marqué apparemment tellement de gens au vu des expériences décrites (expérience de naissance. puisque tout lui est étranger. chacun des enfants a-t-il conscience de ses moments propres ? Le moment est-il le même dans un autre pays. même si le moment peut être imposé. où l'espace et le temps sont vécus différemment ? Et dans un milieu professionnel. ses repères. L'auteur explique "ces phénomènes" en décrivant d'une manière un peu compliquée la mise en place successive des différences structures du cerveau (se référant aussi à la lente évolution de l'espèce humaine). Le terme "non-moment" est parfois écrit avec un tiret. est-ce qu'alors le moment du travail est un non-moment. qui est devenu une autre personne (sans ses expériences. ses émotions d'avant). moi parfois. totalement ou en partie. ses souvenirs. le tissu de la forme fétale de l'oreille serait issu des trois premiers tissus de l'embryon qui se seraient différenciés par la suite pour former les différents organes. mais je continue à me poser des tas de questions. En gros. il y a une part de liberté. Elle est datée du 16 novembre 2004 : “ Cher Remi. Est-ce lié à l'identité de la personne ? Comment dans un couple. le traumatisé crânien. Je m'interrogeais sur la période (j'allais écrire le moment ?) de notre vie. même si le ton de celui-ci est plus grave. où nous n'avons pas la possibilité de nous exprimer avec des mots.). qui repart à l'âge adulte de zéro. le moment de l'un s'articule-t-il avec le moment de l'autre ? Comment dans une famille nombreuse. Le dispositif à la maison ne s'est pas prêté à la rapidité. mais accepté par nécessité.Mercredi 24 novembre 2004. me trouvant souvent d'accord avec tes remarques. je suis persuadée que dans la notion de moment. J'y réfléchis en te lisant. Cela m'a fait penser à l'auriculothérapie qui agit sur certaines douleurs en appliquant des aiguilles sur certains endroits du pavillon de l'oreille. Est-ce un moment ? Il semble avoir eu beaucoup de retentissements et d'influences. que sont devenus ses moments et à partir de quoi va-t-il s'en construire d'autres. mais malgré les ennuis informatiques et le bruit de marteau piqueur qui nous accompagne depuis un mois (travail de transformation du réseau d'eau chaude dans le bâtiment). Si tu l'as écrit parfois "nom moment". de volonté et présence de certaines conditions pour y parvenir. qu'on n'a pas choisi. Je découvre la lettre suivante de Bernadette Bellagnech qui a tapé ce journal. Tout d'abord. pas voulu. Je l'ai laissé tel que tu l'écrivais.. pour l'établir. J'avoue que j'ai des difficultés à saisir vraiment ce qu'est le moment. je me suis surprise à l'écrire "mon moment" (?).

Pour avoir été confrontée avec la mort de plusieurs êtres chers. avant l'âge de 20 ans.. par une 186 . assurément. mais un chaos. 12 h 30. et en train.. La description de notre désorganisation apparente me semble nécessaire à restituer. Bernadette. Profitant d’une conversation à propos d’un ouvrage de June Jordan. Ton évocation des cerises et des doryphores m'ont ramené bien loin. plus riches de ce qu'ils nous ont laissé.. mais pas tant que cela. alors sois-le ! Prends bien soin de toi. créant à partir de tes récits un cadre familier. Je t'embrasse. Je te souhaite d'avancer dans tous tes projets d'écriture.. Je me mis à prolonger le travail de secrétariat explicité. pour informer les absents de nos cogitations. Je viens de terminer la relecture de ce journal.. mais cela finira par s'arranger avec un peu de temps. ramenant à la conscience des odeurs. des sensations et des visions familières d'un mois de juillet lointain déjà.doucement. même si je ne l'ai pas connu. pour aller rédiger une convocation pour une réunion du collectif de notre revue. j’avançais la relecture de mon Journal du Non-moment. alors que chaque minute de vie est précieuse. Si écrire. ce qui n'est évident pour personne. ainsi que Lucette. de peinture et autres. le chaos renvoie à un état du social où l’organisation vient à manquer. ” Jeudi 25 novembre. Pour un Allemand.. Avant que mes amies n’arrivent.. Pourquoi le village est-il nommé ainsi ? Une gemme. je suis persuadée qu'ils nous accompagnent. que je jugeais prioritaire. car au départ. Je pense que ce serait la meilleure manière de leur être fidèle. Pour ma part. que ce qu'ils ont partagé avec nous germe en nous comme de petites graines maintenant ou un peu plus tard. Y-a-t-il une forêt de résineux pas loin ? Ou alors une ancienne mine de sel ? Ou est-ce lié à une Sainte Gemme que je ne connais guère ? J'ai été heureuse d'apprendre que ta santé s'améliorait. Pourquoi? Je me pose plus de questions que je n'ai de réponses. et cela nous fait avancer. Je me suis sorti de notre réunion d’Attractions passionnelles pour faire ce travail. ou alors un bourgeon ou de la résine de pin. Pour ma part. Jenny Gabriel m’attendent dans la cuisine pour préparer le repas. Il semblait qu’on soit dans le non-moment. Je me suis aussi surprise à penser "pourquoi parler de non-moment". Il est vrai que cela n'empêche pas de ressentir. je m’étais éclipsé de la cuisine. je crois fermement que ceux qui sont partis souhaiteraient que l'on vive chaque minute intensément. Je fais ce compte-rendu dans ce journal. Les enfants sont malades en voiture. entre Liz et Jenny. forme particulière du non-moment. Nous viendrons à Sainte Gemme un jour.. mais sûrement. c'est être fou. Une partie de son expérience m'accompagnera vivante.. Liz Claire.C'est un peu confus. 15 h 40. et à la théorie des moments. mais j'ai pensé à toi.. J'ai été heureuse d'avoir lu Le précaire et le certain d'Hubert de Luze avant sa mort. mais imaginaire pour les autres. c'est une pierre précieuse transparente. Liz Claire et Jenny Gabriel m’ont demandé de faire un compte-rendu de notre réunion d’aujourd’hui.. notre réunion n’était pas un groupe sujet. Christine DeloryMomberger. samedi prochain. dans sa forme chaotique. je suis déjà venue à Sainte Gemme par l'imagination. Je souhaiterais que notre groupe lise ce texte avant notre réunion historique de samedi (décision d’une mise en chantier du numéro 0)..

Document de recherche O. le temps passant. Au boût d’un long moment. Il faut faire un compte-rendu. d’une gousse d’ail. F. et moi du coca ! On parle. je les entendais parler. Gallimad. pensant que je l’oublierais. J’arrose le tout d’huile d’olive. Ce sera l’objet de la réunion de samedi. par cette confrontation à un texte que j’avais écrit. Nos amies reviennent. comme dirait Heiddeger. dans notre groupe d’Attractions passionnelles. Je dis mon intention de définir la notion de groupe. Paris.poursuite de cette relecture. une collection de poésie. psychologiquement. J’avais oublié de dire à mes deux amies que j’avais invité Christine Delory-Momberger pour déjeuner. C’est concret. vertige du nonmoment. voilà surgir une sorte de fulgurance instituante : on est dans le moment de la création. Maspéro. et on se met à table. On parle encore d’édition. Leur capacité à donner du sens à leur retrouvaille m’exemptait d’une accusation de producteur de chaos. pour le n°7 des irrAIductibles. Christine remarque qu’une énergie se libère dans les groupes sujets. mais il semble que l’on fasse la queue à la poste. On régule. Elles devaient se dire que j’étais un peu long. Mais elles ne semblaient pas m’en vouloir. J’imaginais que mes amies prenaient conscience que je les avais abandonnées. elle n’était prête. On a faim. janvier 2003. On a l’idée de sortir un numéro Zéro en 2004. Dommage. enfin. D’ailleurs Liz a un courrier à poster. certain n’aurait pas manqué de proclamer. L’écriture inscrit. 1962. Il faudra faire une restitution orale samedi… Alors que l’on était dans le chaos. “ L’origine de l’œuvre d’art ”. de deux œufs. On se met à table. Je ne savais pas bien pourquoi. 187 . une de littérature. Paris. Je justifiais ce manque de savoir-vivre (fuir mes invitées). Il aurait fallu corriger. que je n’avais pas expliqué ce que je faisais. On s’aime. je le ferai. dans l’orbite d’AP. W. ce que. en me disant qu’il me fallait terminer la relecture de ce journal. hypnotisé presque. sorte de vide. Le groupe a émergé d’une 291 292 Félix Guattari. Le compte-rendu crée le moment. Je l’enrichis de tomates. 1973. à faire le compte-rendu. Christine du blanc. dans d’autres circonstances. Je l’ai écrit au singulier. Par contre. Mais. fonde le moment qui héberge la terre entière. Christine. T. on a l’impression que notre QI est égal au QI du plus intelligent. Je ne rentre pas dans le détail. à ma manière. mais que j’avais oublié. Alors. Nous ne rentrons pas dans le détail de ce numéro. installe. qui n’a pas vécu le flottement du non-moment.. si ce n’est que j’étais pris par mon texte. M. Par contre. nous évoquons le lexique. Et surtout le commentaire que Gilles Boudinet fait de ce texte in M. série “ Didactique de la musique ”. épluche les pommes de terre. On se met alors à préparer le repas. le silence se fit dans la cuisine. Heidegger. si je ne l’envoyais pas aujourd’hui à quelques lecteurs intéressés par l’élaboration de ma théorie des moments. multiplié par le nombre de participants au groupe de travail ! Mais on se trouve dans une situation de groupe “ sujet ”. Jenny est venue pour travailler sur le texte de Liz. Au moment où je terminais ma relecture. Qu’est-ce qu’un groupe ? Je parle du théorème de Leroy : “ L’intelligence d’un groupe est égale au coefficient intellectuel du moins intelligent du groupe. on se respecte. c’est dans le contexte de ce que Félix Guattari a nommé les groupes “ objets ” 291 . Idée de créer. M. une de performance. Liz de l’eau. et je ne doutais pas des glissements de leur conversation. au départ sur le texte que je voulais publier de Liz. j’ai laissé Jenny Gabriel travailler dans la cuisine avec Liz Claire. Jenny l’accompagne à la poste. on sonne. divisé par le nombre de membres du groupe. ” Nous connaissons des situations où ce théorème se vérifie. On a besoin de chacun pour aller plus loin. En général. Le courrier est-il déjà envoyé ? Oui. dans l’ignorance que quelque chose comme la dynamique et l’énergie d’une œuvre nous a saisis. On ne peut pas laisser les absents. Jenny boit du vin rouge. On se donne Attractions passionnelles pour objet. Adorno : vers un pacte de l’esthétique moderne. pour recouvrir le non dit du non-moment. Le moment du repas refait la cohésion du groupe de ceux qui “ ont un trou dans l’estomac ”. n°22. Psychanalyse et transversalité. En conséquence. in Chemins qui ne mènent nulle part. J’avais épluché une salade. Heidegger. lorsqu’il se laisse aller à sa transe sur le thème de l’oeuvre 292 .

l’incarnation de la valeur que nous lui donnons.. Il faut que mon lecteur ait accès à ce texte (15 pages). Quand les filles sont parties. une force de la nature . mais cette recherche est le fruit d’un échange fort avec moi. Ai-je encore assez de forces vives pour habiter les Moments ? Telles sont les questions que je me pose en l’écoutant. intitulée “ L’institutionnalisation du sujet ”. Ayant oublié mes lunettes à Sainte-Gemme. Jenny est une lectrice fortement impliquée du Sens de l’histoire. Je viens d’imprimer.longue période de latence qui a permis à des éléments de transversalité de se tisser entre l’une et l’autre. En même temps. 294 Maurice Merleau-Ponty. qui est une lecture de mon Journal du non-moment (5 mai-25 novembre 2004). c’est que ce texte m’oblige à ré-ouvrir ce journal que je pensais clos. Faut-il être doté de cette incroyable énergie pour vivre le Moment de l’œuvre conjointement avec d’autres Moments qui sont le sel de la vie ? Faut-il être dans la force de l’âge ? J’ai douze ans de plus que Remi. pour lui permettre de pousser plus loin sa réflexion. cit.. en mouvement circulaire. 10 h. ou alors il ne pourra pas comprendre mon analyse. de Maurice Merleau-Ponty 294 . Nagel. 295 M. La rêverie herméneutique du psychanalyste. op. et une situation de fait peut bien être acceptée ou refusée. elle écrit : “ (Remi) est un bâtisseur. À moins que je ne résume la démarche de Jenny. Il me fallait le relire et le commenter. Sens et non sens. le quasi-moment et le non-moment ”. je ne suis pas dans les meilleures conditions pour travailler intellectuellement. p. et où tout symbolise tout. mais ne peut en tout cas manquer de nous fournir notre élan et d’être elle-même pour nous. juste avant mon départ pour Metz. Ce qui est bizarre. comme situation “ à accepter ” ou “ à refuser ”. ” 293 Le groupe Attractions passionnelles (AP) travaille collectivement à la production de fragments philosophiques ayant pour objet une pensée de l’esthétique. Ce groupe travaille également à la production d’un vocabulaire. Si l’objet de la psychanalyse est de décrire cet échange entre l’avenir et le passé et de montrer comment chaque vie rêve sur des énigmes dont le sens final n’est d’avance inscrit nulle part. l’autre et l’un. Elle a soutenu cette année une thèse (sur la théorie des moments). 42. cette médiation sur les situations : “ Les décisions mêmes qui nous transforment sont toujours prises à l’égard d’une situation de fait. en le voyant à l’œuvre. Le groupe est sujet. j’ai trouvé dans le chapitre sur “ Le doute de Cézanne ”. lorsque chacun a pu travailler à l’entrée dans l’installation commune du Miteinander-Sein (voir la définition du terme dans le Lexique d’AP 293 ). le quasi-moment et le non-moment ”. ici et maintenant. il a l’endurance des pionniers. mériterait de nombreux développements. À la fin de son texte. J’avais regardé rapidement ce texte à son arrivée. Merleau-Ponty. Dans ce livre. on n’a pas à exiger d’elle la rigueur inductive. 188 . Son texte “ Le terrain périoecien. j’ai lu Sens et non sens. qui multiplie les communications de nous à nous-mêmes… cherche le sens de l’avenir dans le passé et le sens du passé dans l’avenir 295 … ”. et de relire le long texte de Jenny Gabriel intitulé “ Le terrain périoecien. appuie son avenir à son passé et son passé à son avenir. Merleau-Ponty compare cette posture à celle de notre vie même qui. sous la direction de Patrice Ville. 1966. je ne veux pas laisser sa démarche sans réponse. Jenny travaille avec moi la question du moment depuis quelques années. Dimanche 19 décembre 2004. Il faut travailler avec elle. Paris.

Henri Lefebvre est assez discret sur l’éducation. Il y a aussi l’organisation du travail. que je visite des expositions. et je l’observe dans cette période où tout lui est imposé : rythmes scolaires (fous). Du coup. je pourrais vivre l’entrée dans mon nouveau moment sur le mode dilettante. Dans la mesure où l’entrée dans un moment est l’entrée dans la communauté de ceux qui exercent la même activité. Je suis d’accord. étant enfant. De cet assujettissement. pour donner à voir une toile qui correspondrait vraiment à ce que j’ai dans la tête. depuis le 15 novembre 2004. répond en disant finalement que “ le temps des Moments est celui de la jeunesse du désir. Du coup. et je suis moins optimiste sur ce que je fais. je me demande si la construction de ce nouveau moment n’est pas un peu tardive. l’informatique et sait que s’il veut être compétent. activité sportive le mercredi au club de tennis…). Jenny pose ici une question que je me pose moimême. ” Sans renier cet optimisme. ” La formule est très. il faut s’assujettir aux gammes imposées par chaque communauté). Mais je vis actuellement beaucoup avec mon fils Romain (10 ans). car au fur et à mesure que je produis. Les premiers moments hérités seraient imposés. Si je raconte cela. Sur ce chapitre. pour lui permettre de suivre le rythme imposé par le conservatoire . L’enfant y serait assujetti. très belle. n’est pas pris en charge par la communauté pour entrer dans un moment (les professionnels me disent même parfois : notre art est difficile. mais pour lui en plus : conservatoire où il fait de la harpe. de l’informatique . que je lis des ouvrages sur la peinture. et qui à chaque fois. c’est pour me poser la question “ y a-t-il un “ bon moment ” dans la biographie de quelqu’un pour installer un nouveau moment ? ”. car en plus mon fils revendique le droit de jouer avec ses camarades ! Je vois émerger chez lui une dialectique d’acceptation de l’imposition (il aime la harpe. pour des raisons de réalisme. je suis heureux d’être totalement peintre. je découvre sans cesse davantage ce qui me reste à faire. c’est-à-dire acquérir les mœurs de la corporation ou de la communauté qui se cache derrière chaque appartenance. s’appuyant sur une longue citation de Raoul Vaneigem. à propos de certains moments. je suis heureux d’être parvenu à peindre une première toile et je dis quelque chose comme : “ Même si je devais mourir aujourd’hui. On voit là que la formule de Jenny selon laquelle “ le temps des Moments est celui de la jeunesse du désir ” fonctionne parfaitement. Il étudie l’homme déjà bien engagé dans sa biographie. sur cette question. me fut interdit. Cependant. l’enfant doit accepter de se laisser imposer la culture. naîtrait une dynamique qui laisserait émerger le sujet… Il me faudrait relire H. et il semble dire que c’est ensuite seulement qu’il peut devenir sujet du processus. Aucune école des BeauxArts ne prévoit de recruter un pré-retraité comme étudiant. le savoir. J’ai écrit 120 pages d’observations. je dois dire que je ne suis plus satisfait du tout de ce que j’ai produit. Je me souviens qu’il aborde cette question dans La somme et le reste. du solfège. cours particuliers de musique. et que c’est une opposition familiale qui m’a fait passer à côté de ce projet que j’ai pu imaginer reprendre à certains moments de ma vie. tout en tenant compte de l’état du contexte de la communauté de ceux qui peignent. pour avoir travaillé cette année 2004 à la construction de mon moment de la peinture (j’en suis à une trentaine de toiles). Mais il se contente de dire qu’au début de sa vie. le tennis. du chant choral. je pense 189 . disciplines (programmes de l’école. Pourquoi ? Parce que je pense que ce moment aurait été celui que j’aurais voulu construire vraiment. Dans mon journal d’un artiste. dans une notation de la semaine passée (journal d’un artiste). Je suis devenu un artiste. on a du mal d’en vivre . Mais chez moi. on ne cherche pas de concurrents nouveaux).Jenny. une idée m’est venue cette semaine. en décembre 2003. ce ne peut pas être le cas. et de contestation de cette imposition. L’autodidacte que je suis en peinture. Lefebvre sur ce point précis.

la nécessité de travailler tous les jours. La femme ou l’homme expérimenté ont appris la science de la meilleure utilisation de l’énergie. compte tenu de l’écart trop important entre le moment désiré et l’état actuel de notre transversalité… A suivre ! 190 . apprend aussi la rigueur d’une discipline. Cependant. il est évident que cette personne ne pourra pas faire des performances exceptionnelles. chaque communauté présente derrière un moment. pour l’avoir acquis sur d’autres terrains. lorsqu’il se lance dans ces nouveaux domaines. son organisation. Ce qu’il a à acquérir. une telle personne peut aider le groupe à s’épanouir. doit faire une place aux grands débutants. cela a d’autres intérêts. Romain. qui s’étaient mis à la pratique sportive assez tard. et ce que l’on juge inaccessible. Si l’on prend l’exemple de quelqu’un qui déciderait de se mettre à courir à 70 ans. Ceci étant. ce sont des compétences spécifiques.que si une entrée tardive dans un moment n’est pas très efficace quant à la production d’une œuvre dans ce domaine. J’ai connu des gens très structurants pour des groupes de jeunes. L’objectif de quelqu’un qui commencera la course à pied à 60 ou 70 ans ne pourra pas être de battre le record du monde du 1000 mètres. c’est une transversalité riche qui étaie l’entrée dans de nouveaux moments. on se dit qu’il y a une qualité que le “ grand débutant ” possède par rapport au jeune. Hubert sait tout cela. mais qui est fortement compensée par une meilleure utilisation de l’énergie. Il s’est mis à la composition musicale à 65 ans. Cependant. l’expérience enseignera aussi ce que l’on juge pouvoir créer utilement. dans une vie de club. Quand on voit ce qu’il est parvenu à produire dans ces deux domaines. etc. de même celui qui commencera le piano à cet âge ne pourra pas avoir comme projet de devenir concertiste. en apprenant la harpe ou le tennis. Hubert de Luze a commencé ses études d’ethnologie à 60 ans. On touche là la dialectique entre énergie physique qui décline avec l’âge.

et qu'il existe un continuum de théoriciens qui ont dégager les possibles à travers l'écriture de journaux (Chapitre 11).TROISIEME PARTIE : CONSTRUIRE LES MOMENTS PAR L'ECRITURE DU JOURNAL La pratique du journal est un moyen d'entrer dans la construction des moments. puis nous donnerons deux exemples de pratiques diaires permettant de montrer l'invention du moment et sa conception. Nous allons montrer que cette technique a une histoire. 191 .

Anthropos. Paris. que la littérature a commenté. je peux donner quelques grands noms de personnes qui ont marqué l'histoire du journal de recherche que je prône ici et qui inspire directement ma pratique pédagogique. le mot "journal" signifie à la fois la pratique d'écriture au jour le jour qui nous intéresse ici. A côté de la tradition du journal intime. on pourrait utiliser un mot. et le journal de ses acquis scientifiques. Si j'écarte de mon analyse la pratique du journal intime qui est davantage étudiée par les littéraires. de Marc-Antoine Jullien et de Janusz Korczak.. 1714. de ses réflexions. Dans ce registre. dont la racine est encore utilisée en anglais dans le mot Diary et en italien Diario qui signifient "journal". vieilli. les éducateurs. Le journal des moments garde des traces de ses trouvailles. recueillis et utilisés par lui. Aujourd'hui. pour la commodité de la vie et l'expédition des affaires. Marc-Antoine (Chevalier). les agents de développement social. (vol. mais aussi de ses idées. 425) : "Il n'y a presque rien d'aussi nécessaire. plus étendu. 298 Marc-Antoine Jullien. 296 " qui invite les jeunes à se former en tenant trois journaux : le journal de sa santé. On parle du "diariste" (celui qui tient son journal) ou de "diarisme" (pour parler du phénomène social que représente le fait de tenir un journal). chez Firmin-Didot. 297 Souligné par R. En français. Déjà. pour le progrès des connaissances. nouvelle édition : Paris.. il existe une tradition du journal de recherche qui commence en 1808 avec un livre de Marc-Antoine Jullien "Essai sur la méthode. les formateurs. Seconde édition augmentée (348 pages) en 1810. qui permet la distinction. Essai sur une méthode qui a pour objet de bien régler l'emploi du tems. A chaque thème exploré peut correspondre un carnet. J. 2006. et d'une sage répartition de leurs différents emplois. le journal de ses rencontres. à doubler et même à tripler la vie d'un homme. Je parlerai plus particulièrement de John Locke. 206 pages. au jour le jour : la méthode "montre comment on peut parvenir. et par extension la presse non quotidienne. 192 . en allemand. le philosophe John Locke a utilisé cette méthode. Le fait que le mot remonte à 4 ou 5 siècles montre que c'est une pratique très ancienne. Ces mots viennent de "diaire" (au jour le jour). extrait d'un travail général. l'ouvrage est signé M. au XVII° siècle. A l'usage des jeunes gens de l'age de 16 à 25 ans. de son esprit et de son âme. Il existe donc un continuum de l'écriture de journaux. Londres. et enfin de son instruction et de son bonheur 298 ".Chapitre 11 : Moment du journal et journal des moments Tenir son journal est une pratique ancienne. écrire le journal est un moyen de se construire une identité de chercheur. on distingue Tagebuch et Zeitung). sur l'Éducation. destiné aux 15-25 ans . 3. . que de pouvoir disposer de ses propres idées . H. introduction. 296 Jullien. p. régional ou étranger dans lequel nous lisons les nouvelles du jour. et le "quotidien" national. Pour éviter une confusion qui n'existe pas dans d'autres langues (par exemple. tournent au profit du développement de son corps. A. au sens de tenir son journal. John Locke (1632-1704) John Locke écrit dans son Traité sur l'Entendement humain. au moyen d'une économie sévère de tous les instants. un journal. Essai sur une méthode. elle est pratiquée par les ethnologues. en lui faisant retrouver une très grande quantité de moments perdus 297 pour tous les autres et qui. 1808. premier moyen d'être heureux.

il a sa place dans le prolongement d’autres recherches qui l’ont précédées. -et un journal intellectuel (où l’on note les connaissances intellectuelles que l’on acquiert ou par rencontre ou par lecture . Dans ce livre. -un journal de l’âme (où l’on restitue ses rencontres avec les personnes. et ce que l’on tire de ces rencontres sur le plan moral). Janusz Korczak. ayant discerné des symptômes. Janusz Korczak montre dans Moments pédagogiques que la science du diagnostic occupe une place prépondérante en médecine. pour conseiller leur action. NdT 193 . mais plutôt chercher ce qui lui manque. l’écriture du journal pédagogique comme structurant le moment. Il montre que le journal peut être l’espace d’un travail philosophique. à les associer et à en tirer des conclusions. chercher les lois fondamentales. on désignait le lieu de formation des enseignants par "le Séminaire" ("Seminarium Nauczycielskie"). car ils ne connaissent pas la technique de la prise de notes. L’étudiant examine de nombreux individus. Si la pédagogie accepte de suivre la voie ouverte par la médecine. elle doit élaborer une science du diagnostic éducatif fondée sur la compréhension des symptômes. Ce livre fut écrit dans un contexte où l’école n’existait pas pour tous. qu’il a indexicalisé. La fièvre. Le journal apparaissait donc comme une sorte de formation totale de l’être. Quelles sont ces lignes ? La théorie des moments. qu’exiger de l’enfant. Ne pas chercher à savoir comment exiger. Janusz Korczak (1879-1942) Moments pédagogiques. est un texte court. Certaines formes de correspondance sont très proches de ce type de journal. ce qu’il a en trop. lier ce qui est similaire. ce qu’il peut donner. que de pouvoir s'en rendre tout-à-fait le maître". par l'écriture d'un journal. Il faut tout noter et tout soumettre à la réflexion. Il s’est appuyé ensuite sur ses lettres pour écrire ses écrits politiques. d’écrire trois journaux différents : -un journal du corps (santé). ainsi notées. de Janusz Korczak. propose une clinique de l’éducation. Le philosophe Maine de Biran a également utilisé cet outil au début du XIX° siècle. la larme. ils n’ont pas pris au séminaire 299 l‘habitude 299 En Pologne. Marc-Antoine Jullien (1775-1848) Dans son ouvrage de 1808. Marc-Antoine Jullien produit la première systématisation du journal des moments. "Les bons éducateurs commencent à tenir un journal. les vomissements sont pour le médecin ce que le sourire. mais l’abandonnent rapidement. comment contraindre et interdire. En effet. Ses écrits philosophiques ne sont que la mise en forme organisée de ses médiations au jour le jour. ce qu’il exige. les connaissances deviennent des savoirs). Machiavel a conservé les doubles des courriers qu’il envoyait aux princes de Florence. à les traduire. John Locke a tenu un journal toute sa vie. mais qui s’inscrit dans des lignes temporelles qui font continua sur le long terme. jusqu'à la seconde guerre mondiale. Marc-Antoine Jullien propose aux jeunes.et il n'y a peut-être rien de plus difficile dans toute la conduite de l'intelligence. et il anticipe sur des recherches qui se sont poursuivies après lui. rejeter ce qui est dû au hasard. les joues rouges sont pour l’éducateur. apprend à regarder et. Il n’y a pas de symptôme sans signification. l’art du diagnostic pédagogique. la toux.

On tient à jour les informations concernant des malades d’un service : médicaments administrés. comment prendre des notes ? On ne le lui a pas appris. dans un premier temps. le journal est écrit pour soi. On lui a appris. bref. La vie n’affranchit jamais qu’en partie. On peut écrire un journal de voyage à plusieurs. L’écriture du vécu est toujours limitée. Même avec un petit décalage. quelles victoires as-tu fêtées? Que chaque échec soit pour toi un apprentissage conscient. ils perdent confiance en leurs capacités . Mais le plus souvent. bien identifié. quelles surprises as-tu rencontrées. l’éphéméride est une forme d’écriture collective du journal. le journal est écrit par une personne. dissimulé aux yeux de papa sous le matelas. elle est inscrite dans le présent de l’écriture au même titre que le journal. mais un écrit dans le coup. éventuellement la force des sentiments.. En effet. réactions. alors que la lettre a un destinataire bien ciblé. diagnostics. et une aide pour les autres". Trop exigeants vis-à-vis d’euxmêmes. Le destinataire du journal. Comme lorsque l’on regarde une photo de notre enfance. m’inquiète. Janusz Korczak. L’auteur est le plus souvent une personne. me décourage. La seule différence.Les formes générales du journal Le journal est tenu au jour le jour. Mais globalement. le manque de recul. Quand on écrit une lettre. ils ne croient plus à leur valeur". où l’on vit ou où l’on pense. S’il a dépassé le stade du journal du potache. Quelles difficultés. On pourrait écrire des centaines de 194 . cette forme d’écrit personnel est inscrite dans le présent. on écrit toujours au moment même. m’étonne. le journal est un écrit pour soi (individuel ou collectif). alors que la correspondance est un écrit pour l’autre. comme ils ont trop attendu de leurs notes. Ce n’est pas un écrit après coup. la partialité d’un jugement. Le journal est une écriture de fragments. Dans un premier temps. quelqu’autre m’attriste. Dans un hôpital. contrairement à l’histoire de vie ou aux Mémoires. comment les as-tu corrigées. peut-être. Tous les soignants contribuent à cette écriture. les pensées d’autrui. c’est que. Mais il peut être un collectif. Que prendre en notes. C’est même ce changement qui s’est opéré en moi que je mesure en relisant mon journal. même si je n’écris le journal que pour le relire moi-même. On accepte donc la spontanéité.de prendre systématiquement des notes sur leur travail. quelles erreurs as-tu commises. me fâche. L’écriture collective (“ symphilosophique ”) des fragments de la revue Athenaum était une forme collective d’écriture philosophique à rapprocher du journal. Cependant. dont on discute lors de réunions et de colloques. etc. l’auteur est le sujet du journal. en même temps que l’on se reconnaît. C’est un point commun avec la correspondance. même intime. I). c’est par ces notes que l'on établit un bilan de sa vie : "Elles prouvent que tu ne l’as pas gaspillée. On peut écrire le soir ce qui s’est passé dans la journée ou le lendemain ce qui s’est passé la veille. ne permet de réaliser que des fragments". Un journal de classe peut être aussi une œuvre collective. en même temps on mesure combien on a changé. on peut remarquer que le journal. il n’a pas atteint le niveau de la chronique que l’on fait lire à un collègue. mais pas les siennes. à prendre en notes les exposés d’autrui. On ne peut pas rendre compte de façon exhaustive du quotidien. examens. quels échecs as-tu subis. s'interroge : "Quelque chose me réjouit. Pour Janusz Korczak. est un écrit pour l’autre. Autant de questions que l'on doit traiter dans le journal". “ Je est un autre ” (Rimbaud) entre le moment de l’écriture et le moment de la lecture ou de la relecture.

où ce thème a été traité. Lorsqu’il est intensif. ou au contraire celle-ci est déterminée par un contexte : le temps d’un voyage. Il permet en restituant des souvenirs d’explorer le passé. La lecture permet donc de jouer dans l’écriture même. dans certaines circonstances. je me souviens avoir écrit quelque chose antérieurement sur le même thème. il explore la complexité (voir ce terme) de l’être. une émotion. La lecture survient au cours de l’écriture même du journal. lors de la relecture. voire quinze pages par jour). plus. le journal compte 365 pages. le vécu se déploie sur plusieurs jours. d’une recherche. Prendre du recul. Le journal est un procédé d’accumulation. comme celui d’Amiel). chaque thème renvoie aux dates des jours. Ou la durée n’est pas déterminée au départ (forme du "journal total" de certains journaux intimes. Or. L’objet d’une notation du jour peut être une pensée. Le journal joue de deux pôles : durée et intensité. De ce point de vue. son travail est intéressant. Une solution à ce problème se trouve dans l’indexicalisation du journal. si l’on voulait être exhaustif. à une forme de travail intensive (en voyage. qui donne sa valeur au journal. il y a une volonté de faire un travail de distanciation plus systématique. Nous pouvons distinguer le moment de la lecture du moment de la relecture du journal. le journal n’interdit jamais des mises en perspective transversales. Et une dimension de ce rapport se trouve dans la distance que l’on construit au journal. la relecture prend en compte le 195 . et rendre compte de tous les contextes du vécu. moins j’ai un souvenir actualisé de son contenu. Alors que je suis en train d’écrire mon journal. le journal est un outil rapide d’accumulation de données. Que je retrouve ou non le fragment recherché. En matière de journal. Plus que tout autre forme d’écrit. Même centré sur un thème. L’archéologue s’interroge-t-il pour savoir si un marteau est scientifique ? Non. Plus le diariste centre ses observations sur un ou deux faits chaque jour. Chaque fragment reçoit un titre en fonction de son thème. qui est une forme de table analytique qui lui permettait de retrouver ses réflexions rapidement. etc. L’écriture du journal est-elle scientifique ? Le journal n’est qu’un outil. sur une recherche. on accepte que le recul survienne plus tard. Plus le journal est volumineux. A la fin du journal. je suis conduit à relire plusieurs passages. et sur une plus longue période. le journal explore une ou deux dimensions du vécu. un fait qui vous travaille resurgit le lendemain Sur le plan de la logique dialectique (voir ce terme). d’une lecture. sur une élaboration d’un thème ou d’un autre. Dans la relecture. Il l’utilise intelligemment ou pas. Si vous avez centré votre écriture de la veille sur un autre thème. et alors on peut écrire dix. je retrouve des notations passées qui influent sur mon écriture d’aujourd’hui. au bout d’un an. se pose alors la question de l’accès aux données accumulées. Dans cette pratique d’écriture. À raison d’une page par jour. même si le journal appelle surtout des notations singulières. il arrive que l’on ait davantage de temps que dans la vie quotidienne. la science se trouve dans le rapport adéquat que l'on construit à cette technique de recueil de données. un sentiment. Il montre le lien avec un vécu actuel. Le journal se développe sur la durée. Chaque jour. Il est donc divers par nature. et à l’exploitation que l’on fait des données recueillies dans des écrits plus élaborés. dans son travail de fouille. L’écriture du journal s’accepte donc comme fragmentaire. La durée. En effet. Il permet aussi d’explorer différentes dimensions de celui qui écrit. Alors que l’on a lu des passages du journal. Le journal est une écriture transversale. le journal se donne des objets diversifiés dans des registres multiples. s’oppose à l’intensité. d’une conversation. Même en n’écrivant qu’une page par jour. le journal peut glisser d’une logique de travail dans la durée (on essaie d’écrire une page par jour sur le thème que l’on explore). le journal tend vers le récit. Si un diariste écrit davantage. En recherchant ce fragment. le journal permet des notes à valeur universelle ou particulière. la narration d’un événement. sur le long terme.pages sur une seule de ses journées.

Les formes particulières de journal Le journal intime ou personnel est celui que tient l'adolescent ou l'homme de lettres.tout du journal. Elle rappelle le mot du prince de Ligne : Si l'on se souvenait de tout ce que l'on a observé ou appris dans sa vie. Je le regarde avec plaisir. les évènements vécus. avec un peu de recul. Notre travail ne s’inscrit pas dans le prolongement de cette forme de journal. en s’appuyant sur l’indexicalisation. 1998). le journal est une ressource pour travailler la congruence entre théorie et pratique. Comme les autres formes d’écriture impliquée (autobiographies. La lecture du journal d’Amiel montre que l’objet du journal intime est l’exploration de la construction du “ moi ”. II). mensuels des acquis du journal et de donner à lire ces bilans à un adulte distancé qui permet d’aider à l’évaluation du travail d’écriture. monographies). dont les limites temporelles ne sont pas fixées a priori. Ainsi. La relecture du journal permet donc une démarche régressive-progressive autorisant à se projeter dans l’advenir (voir Méthode régressive-progressive). Il a fait l’objet de nombreuses études (Michelle Leleu. Hegel n’en a pas fait cet outil central que nous propose J. etc. j’ai pris conscience que le journal permet de passer d’une conscience commune à une conscience philosophique des choses. Je suis heureux d’avoir ce journal dans ma bibliothèque de Sainte-Gemme. En lisant Le Principe espérance. C’est la relecture qui fait prendre conscience de ce non-encore-conscient. Philippe Lejeune). la relecture du journal est un mode de réflexivité sur la pratique. 196 . le journal acquiert une dimension historique. continue à être massivement pratiqué. L’approche peut être thématique. . le journal est d'un intérêt immense pour l'anthropologie historique (voir P. avec le recul du temps. Le journal intime qui fut à la mode au XIX° siècle. groupal. comment elle a réussi à dépasser certaines erreurs. on serait bien savant. comme en témoignent les travaux de Philippe Lejeune. 8 octobre 1840). organisationnel. ” (Amiel. C’est un tâtonnement quotidien pour débusquer toutes les facettes de la personnalité. inter-individuel.Cette pensée suffirait à faire tenir un journal assidu. au jour le jour. donc plus construites. Tout diariste décrit son quotidien. si le journal de terrain capte. Béatrice Didier. par exemple. pour reprendre les niveaux de l’analyse multiréférentielle de Jacques Ardoino). dont le volume est considérable (16 000 pages). Mais son travail d’observation minutieux lui fait noter des faits qui ne sont pas encore conscientisés. On comprend d’où viennent les idées. Lorsqu'un journal est découvert ou lu. Journal intime.. Amiel écrit "Une idée qui me frappa est celle-ci : Chaque jour nous laissons une partie de nous-mêmes en chemin. Bien qui ait pu tenir un journal. correspondances. même si elle est intéressante. dans la mesure où il prend souvent pour objet un vécu qui ne passe pas dans d'autres sources écrites. Hess. les entretiens. d’Ernst Bloch. Peut-on concevoir une supervision pour le diariste ? Dans sa méthode de 1808. comment s’est formé la conscience. Il est pris comme un ensemble. Korczak. De ce point de vue. il devient une banque de données intéressante pour l'historien. Faire lire son journal à l’autre aide ainsi à progresser dans sa recherche. il me semble que cette forme de journal. les perceptions. Le journal intime prend comme objet le vécu personnel d'une personne. La capacité anticipatrice du journal. de Hegel. cet été. elles-mêmes plus élaborées ou plus médiatisées. MarcAntoine Jullien conseille de faire des bilans hebdomadaires. institutionnel.. Cette pensée est d'une mélancolie sans égale. Avec le temps. Le projet d’expliciter le mouvement de la conscience est déjà dans La phénoménologie de l’esprit. lorsque celui-ci est terminé. De ce point de vue. mais aussi les bribes de conçu qui émergent. c’est un "journal total".. Une approche multiréférentielle permet de lire le journal sous des angles différents (individuel. Alain Girard. se situe dans un autre univers que ce que tente de promouvoir J. Personnellement. du “ Je ”. Henri-Frédéric Amiel a passé sa vie à écrire un Journal intime.

proposé par René Barbier 300 . nos hypothèses. à propos d'un "objet" qu'il s'est préalablement donné. j’ai tendance à écrire davantage de pages chaque jour que lors d’une journée ordinaire. Notre correspondance est de la plus haute importance. J. Le journal de voyage ne cherche pas à rendre compte de toute la vie du sujet. juin 1985. nos questionnements. car il raconte le vécu d'un groupe. et au fur et à mesure de leur apparition. Sur le plan de la recherche pédagogique. Pour rendre exploitable notre échange de lettres. celui qui gère un ou plusieurs objets de recherche. J’ai déjà envisagé de la publier. Souvent. chez Leiris (L’Afrique fantôme). c’est qu’elle m’écrit en allemand. ou avec la littérature (chez Albert Camus). Lorsque je décide de tenir un journal. Le journal de voyage. Le journal de formation. Weigand. je cherche à capter cette intensité des journées. Mais sur le fond. une correspondance peut s’organiser autour d’une recherche. pour un voyage de courte durée. Il existe aussi des formes de voyage sur place. mais nous ne cessons de discuter. Nous travaillons ensemble depuis 1985. De ce fait. Le journal de bord est intéressant. On explore un voyage intérieur. 2005. Korczak (1918). C’est une autre forme de journal. René Lourau (1988) défend l’idée que le journal de recherche. Dans le journal philosophique. L'espagnol Miguel Zabalza a consacré de nombreux travaux au journal dans la formation d'enseignants. il faudrait traduire… Ce qui pose d’autres problèmes. Université de Paris 8. sur le plan scientifique. nos lectures. rapports à la classe). Anthropos. le journal que nous préconisons s’inscrit dans cette tradition. L'écriture s’organise autour d’une recherche. Paris. La seule question. La dernière : R. cet échange correspond à un suivi d’un travail intellectuel qui accompagne des publications communes 301 . cette forme de journal visent à rassembler des informations que l'auteur ou ses commanditaires imaginent voir exploiter ou traiter d'une manière ou d'une autre dans un temps ultérieur. Dans le journal de recherche.Korczak. M. il s’agit d’une écriture autour de thèmes que l’on peut reprendre. comme le journal de bord que l'on a tenu sur les navires qui partaient à la découverte du nouveau monde. G. La description de leurs difficultés vécues en classe (premiers stages) sont lues tant par des 300 301 René Barbier. Il prend souvent la forme du "journal total". Le journal de voyage se combine avec l’anthropologie. C’est le cas du “ journal d'itinérance ”. c’est déjà la recherche. Pratiques de formation n°9. le journal de terrain de l’anthropologue ou de l’ethnologue. Je m’inscris dans un continuum d’écriture de journaux qui va de Marc-Antoine Jullien (1808). Par sa dimension sociale. De ce point de vue. une grande pédagogue allemande. je lui réponds en français ! Le lectorat est forcément limité aux bilingues. par exemple. Comme le journal. De ce point de vue. Fonvieille (1947-2000)…. C’est une forme de suivi d’une recherche au quotidien. Les travaux de Raymond Fonvieille s’inscrivent dans cette tradition du journal de recherche pédagogique. le journal de bord se différencie nettement du journal intime. Je vis le voyage comme une intensité . et qui refuse l’intimité. “ Le journal d’itinérance ”. celui qui cherche à ordonner un contenu déterminé à l'avance. Cela signifie que nous faisons du terrain ensemble. Je fais lire à Gaby mes journaux (elle-même a tenu un journal de classe). A Saint-Jacques de Compostelle. Il se limite à la période d’un ou de plusieurs voyages. R. on peut considérer que Moments pédagogiques est un journal de recherche pédagogique. 197 . le chercheur pointe ses hypothèses et ses trouvailles. le lecteur attentif remarquera que mes journaux de voyages tendent à se confondre avec le récit. sur un terrain spécifique. L’observation participante dans les groupes interculturels. car je sais que cette surimplication diaristique ne va pas se prolonger exagérément. Hess. pour ma recherche. Zabalza propose aux élèves-professeurs de tenir au jour le jour un journal de leurs difficultés tant didactiques que psychosociologiques (relation pédagogique. On peut rapprocher de ce type de journal. j’ai un chantier de production avec Gabriele Weigand. Il est destiné à être lu par d'autres. Marcel Mauss invitait ses disciples à tenir un tel journal. et moi. On écrit un journal pour l’autre.

de raconter mon histoire de vie. Cette forme d’écriture peut aussi être identifiée chez Edgar Morin. on peut passer au journal des moments. forme de journal utilisée dans un hôpital pour consigner tous les soins donnés aux malades dans un service. comme illustration du processus d’analyse interne. Les conflits à l’intérieur de l’établissement interfèrent sur la vie de la classe. Je décide alors de penser ma vie non pas en moments successifs (chronologie). Ainsi. interindividuelles. on doit utiliser cet outil du journal. de ne pas avoir tenu de journaux. Fonvieille. Stendhal explique qu’il n’écrit son journal que lorsqu’il n’est pas sur autre chose. Ce journal accompagnait la réforme. des journaux de voyage. ou ont limité l’écriture de leur journal à des périodes où ils ne s’investissaient pas dans l’écriture d’autres textes. Ainsi. je pense que des gens ont fait des choses proches. Pourtant. Coulon. De Montaigne à Pierre Bourdieu. Je tiens jusqu’à 18 journaux en parallèle. dans la vie. Moins qu’une histoire de vie. 1989) qui montre que dans tout type de formation professionnelle ou personnelle. Dans la perspective que je décris. un journal des idées. C’est une idée qui a été dégagée par François Tosquelles lorsqu’il disait : “ il faut soigner l’institution de soin ”. Ce chiffre correspond au nombre de chapitres du Sens de l’histoire. la plupart des journaux pédagogiques (J. qui interviennent alors pour aider le futur enseignant à répondre aux dilemmes du métier qu'il découvre. avec son journal de la réforme des DEUG en 1984. Alain Coulon parle du journal d'affiliation. Le sens de l’histoire se veut une cartographie de vie. R. Dans Le métier d’étudiant. On parlera alors de journal des moments. certains ont utilisé cette forme d’écriture constamment. Dans ma pratique du journal institutionnel. il y a Colonies de J. Je pense publier ce livre prochainement. dans un contexte de vie difficile pour moi (perte de mes parents). je crois être le premier. C’est dans ce livre que l’on a décidé. Christine Delory-Momberger me propose. une consigne ou une norme. organisationnelles. institutionnelles de la vie d'un établissement. En fait. sont centrés sur la relation pédagogique. il faut rendre éducative l’institution pédagogique. Pour moi. j’ai voulu remettre l’observation de la relation pédagogique dans un contexte : celui de l’établissement. Personnellement. pris dans le sens anthropologique. au moment même de son écriture. Korczak. Christine et moi. du moment temporel du journal. J'ai commenté ce travail (Hess. à propos des étudiants qui tiennent une forme de journal institutionnel (A. etc. il faut pointer les contradictions entre le projet énoncé et les pratiques institutionnelles. etc.formateurs spécialistes des disciplines que des psychopédagogues. Korczak qui n’est pas loin de prendre en charge la dimension institutionnelle que je tente de souligner. avant moi. sur la relation pédagogique elle-même. mais en moments parallèles. Un même diariste pourra tenir plusieurs journaux en parallèle : un journal comptable. je ne me suis pas contenté des trois journaux suggérés par Marc-Antoine Jullien. d’un “ moment du journal ” qui survient au bon moment temporel dans certains contextes. Là encore. Ce texte n’a pas encore été publié. Comment la définir ? Tous les écrivains n’ont pas donné une place au “ moment du journal ”. Je fais le lien avec ce que vous avez nommé le journal institutionnel. Je m’inscrivais dans un champ de cohérence qui était celui de la psychothérapie institutionnelle. il y a la présence de lecteurs extérieurs qui aide le praticien à dépasser certaines contradictions qu’il a réussies à pointer. il y a eu Georges Lapassade aussi. et Raymond Fonvieille l’avait pointé en commentant mon Lycée au jour le jour. Fonvieille). 2005). Après moi. Mais ce n’est pas. Le journal est un excellent analyseur de la vie institutionnelle. moments d’une biographie. nombreux sont les intellectuels qui ont regretté. Chez J. Chez R. Parmi les diaristes. L’analyse institutionnelle a besoin du journal pour avancer Le journal des moments est la dernière forme ma recherche. mais il a circulé sous forme dactylographiée dans l’université de Paris 8. Donc. de raconter ma vie 198 . Je fragmente mes journaux en fonction de mes moments. Ce texte donne à lire la manière dont se met en place une réforme dans l’institution universitaire. un jour ou l’autre. l’observation porte sur la classe. au risque de ne rien écrire d’autre (Amiel). Korczak. groupales. pour moi. Je rappelle le contexte d’écriture de ce livre. Plus que l'éphéméride. le journal institutionnel veut prendre en compte les dimensions individuelles. Mais. cette centration se fait sur l’élève. On peut alors parler.

de santé. pour ne pas rendre trop volumineux ce livre déjà gros (414 pages). Mais j’estime que ces textes ont tous des destinataires particuliers : mon journal pédagogique intéresse mon groupe de référence pédagogique. Lourau. cela rendrait plus fort mon ouvrage. le journal des idées. cela vient de loin chez moi ! Le journal. j’ai constaté que dans ce journal. “ attracteurs étranges et détracteurs intimes ”. à le décrire. de paternité. Ainsi. Anthropos. mais 250 pages touchaient d’autres thèmes : ma vie familiale. Je ne cherche pas à publier mes journaux sous forme de grands tirages. de René Lourau. Le moment de la direction de thèse a été écarté. puis d’université). mon travail dans des revues. Donc. qui rassemble mes commentaires de lecture. j’ai pu identifier les moments où il se trompe. et la conscience du monde. après avoir publié des journaux divers depuis 1989. il y avait 100 pages sur le lycée . C’est pour ces gens que je veux rendre utilisable ce journal. Mais quand j’ai voulu faire Le lycée au jour le jour. J’ai pensé que si je sélectionnais les pages “ lycée ”. “ René Lourau ”. c’est qu’il soit mort sans que je puisse échanger sur ces questions avec lui ! 199 . qui a voulu publié Moment pédagogiques. d’un artiste… À ces journaux. En 1982-83. j'organise l’écriture et la publication de mon journal en moments.en 18 moments. Du coup. j’ai passé du temps cette année à relire Implication. Dans son cheminement de recherche magnifiquement décrit. On est heureux quand on peut les consulter. s’ajoutent des journaux de voyage et des journaux sur des thèmes plus étroits de recherches particulières : “ Forme et mouvement ”. Parmi mes titres de journaux. Comme Janusz Korczak. je lui ai demandé de le reprendre au moment de sa retraite. quand il est ciblé sur un moment. on fait un progrès dans la conscience de soi. il m’est possible de refaire sa recherche. transduction (Paris. C’est une recherche individuelle et collective. Fonvieille avait tenu un journal pédagogique durant 20 ans. en 1988. Le seul regret que j’ai. mais il y aurait pu en avoir 19. qui est traduit en brésilien et en italien). centré sur le lycée au jour le jour. Le “ journal de recherche ” qui représente 2/3 du livre est tout à fait important pour pointer les impasses dans lesquelles s’enferme R. pour expliquer aux jeunes enseignants l’utilité de ce type de travail. “ Henri Lefebvre ”. déjà en 1976. Le journal est une traque d’un champ de cohérence. et de la porter plus loin que René lui-même. de grands pédagogues ont souvent tenu leur journal pédagogique. Quand j’ai découvert que R. C’est à ce moment-là que l’idée du “ journal des moments ” s’est définitivement imposée. est utile pour une communauté de référence. de cette recherche pédagogique exceptionnelle. j’ai écrit 350 pages dactylographiées sur ma vie de professeur de lycée. “ Les jambes lourdes ”. le journal professionnel (d’enseignant de lycée. etc. pour l’éditer. “ Congé sabbatique ”. Quand on réussit à identifier un nouveau moment. Il faut pouvoir échanger autour de ce travail d’éclaircissement. L’idée de se centrer sur un moment pour atteindre le groupe qui partage avec nous ce moment me vient de loin. Dans le cadre de la rédaction du cours d’analyse institutionnelle que j’écrivais en 2005 avec Gabriele Weigand. 1997). Plusieurs de ses livres sont cette mise en forme pour l’autre. mentionnons : le “ journal de lecture ”. le moment de la thèse. mais aussi dans la conscience du groupe. je donnais à mes étudiants la consigne de centrer leurs observations sur un seul thème. de recherche interculturelle. Il a fait l’objet d’une publication séparée (Produire son œuvre. etc. Mais. le journal de danse. le journal d’analyse institutionnelle. Il y en a 18.

la seule discipline où je réussissais. J’ai commencé à indexer le Journal d’un génie à partir de la page 35. c’est qu’il faut beaucoup corriger . Je vais devoir le reprendre par le début. à Paris 8. Le Sabotage amoureux. Je lis Salvator Dali avec méthode et sérieux. encore que je ne puisse pas m’abstenir. nous détestions que les adultes se mêlent de nos histoires. lorsque j’ai voulu entrer aux Beaux-Arts. ce matin. Ils n’avaient pas le moindre sens épique. qui était ami du directeur. Alors que jeudi. Dali. qui me secoue encore. était le dessin. s’opposèrent à cette idée en 1991 ! Je voulais repeindre les murs intérieurs de notre maison avec les paysages que nous aimons (Cinque Terre. est lié à Salvador Dali. Ce dernier. Le bouleversement tellurique. d’en parler tout le temps. me prenait pour Dali. ” Eugène Delacroix. la seconde. Taschen.). mais en cachette. dans cette salle dans laquelle je vis chaque semaine… Cela transformerait le quotidien. J’en suis à la page 15. Mon père. Ma vie d’artiste clandestin a commencé à 15 ans. Reims. comme “ le 200 . sur le mode de la confidence. fondamentalement idiot. m’expliqua que je devais renoncer à cette voie. p. ” Amélie Nothomb. Lundi 3 mars 2003. Martigues. c’est qu’il ne faut pas trop corriger. le 25 février. Ce matin. de manière sympathique. Le livre de poche.Chapitre 12 : L'entrée dans un moment : Journal d’un artiste clandestin “ Et puis. qui se prenait pour Breton. J’ai découvert le Journal d’un génie (Gallimard. j’ai recommencé Dali. à laquelle je m’identifie. à la fac. que lorsque Lucette n’est pas là. Lucette et moi étions si proches l’un de l’autre. elle me dit que je dois renoncer à mon idée de peindre une fresque dans la salle C 022. pour faire plaisir à mon père. 2001. Ils affadissaient tout. Je ne peux le lire. Je découvre que René Lourau. la première. J’ai l’impression que ma dimension d’artiste doit être cachée. Je trouve ce défaitisme idiot. ainsi que le livre de Robert Descharnes et Gilles Néret. en dehors de la gym. provoqua un rendez-vous. “ Tout le monde s’opposera à ce projet ! ”. 1994). peut-être pour rattraper sa gaffe. Ligoure. 1993. etc. et continuer le lycée… Au collège. lu trop vite. Lucette me dit : “ Tu n’auras qu’à faire une fresque à Sainte-Gemme ! ” Elle et sa famille. 53 “ Il y a deux choses que l’expérience doit apprendre . L’imaginaire. J’ai besoin d’une œuvre gigantesque. J’associe à Martine Abdallah-Pretceille qui m’a désigné un jour. J’ai commencé par ce dernier. magnifié par ma pratique de tango. Consciente du désagrément que provoqua son propos.nous n’avons jamais été aussi proches -. Mais. mais terni par le gris sale de cette salle. me dit-elle. . accrochage avec Lucette qui me met hors de moi.

Je dois me constituer un solide rayon de bibliothèque sur l’art… Marie-Paule m’avait offert récemment l’ouvrage de Jean-Claude Kaufmann sur Delacroix. Celle de l’art est à la traîne ! Je veux noter que j’ai reçu hier le Journal 1822-1863. J’ai lu ce matin la présentation et l’introduction. Parallèlement à ce journal. je me dis que l’important est de fixer l’idée. et pour ce chantier de formation dans lequel je me lance sur le terrain de l’art. J’attends aussi la commande dalienne. pour Après Lourau. commandé à Mostapha Bellagnech. Dans ma journée. plus la première page de Delacroix. J’ai expliqué que j’allais éditer mes journaux tenus depuis janvier 2000. depuis que j’ai lu Dali. en demandant à des étudiants de les introduire. j’éditerai votre journal dalien. c’est que cette représentation forme un K.Dali des sciences de l’éducation… ”. (édition revue par Régis Labourdette). Ce matin. j’ai dit que j’avais ouvert un carnet à dessins. Mais je dois le pratiquer en cachette. Poisson soluble. Qui est ce Dali dont j’appréciais les tableaux ? Je me mets à flasher sur lui. K. Pour ma part. L’Histoire du surréalisme. j’ai voulu noter la représentation de Kareen (K) dansant le tango. Cela explique que je ne les dessine jamais. Derrière cette révélation. de Delacroix (Plon.. comme programme à réaliser durant la journée. “ Mais. Les Champs magnétiques. Mon projet en lisant cet ouvrage est d’acquérir un peu de culture. refondation des sciences de l’éducation. Ceux-ci ne sont guère présentables. On m’annonce l’arrivée de : La Vie secrète de Salvador Dali. etc. et du carnet de dessins. Manifestes du surréalisme. Mes idées de dessin demanderaient du temps pour être mises au propre et présentables. il y a une énergie à perspective multidimentionnelle (refonte de mon livre sur R. m’a demandé K. Lourau. Hier. Ce qui est très drôle. L'amour fou. préface d’Hubert Damish. les annoter. qui va organiser mes lectures dans les jours qui viennent. intitulé Carnet dalien. Mais qu’importe. ” Qu’entend-elle par journal dalien ? Est-ce une contraction du présent journal à inventer. J’ouvre un journal dalien. non ! ”. 942 pages. Cela va exister. Certaines se présentent comme projets de livres ou d’articles . d’autres. Vous m'oublierez. dans toutes ses dimensions. C’est à la fois intéressant pour la théorie du journal. J’ai dit que j’avais pensé à Benyounès. m’a dit : “ Moi. Pourtant. fait de dessins. Mercredi 12 mars 2003. Ce carnet dalien sera tenu en interaction proche avec ce nouveau journal. “ C’est mieux que Dali ? ”. introduction et notes d’André Joubin. c’est d’être en mouvement pour devenir Dali. l’important. Où est-il ? Je ne l’ai pas terminé. et de l’AI à partir de Dali. j’appelle séance onirique le moment qui suit le réveil et durant lequel une multitude d’idées se proposent à mon esprit. Il n’y a plus que le dessin qui compte pour moi. repas avec K. J’y reporte les idées qui s’imposent à moi lors de mes séances oniriques. 1996. etc). Nadja d’André Breton… Mercredi 2 avril 2003. Comme le dit Dali. S'il vous plait. encore. hier. Mais je ne l’ai découvert qu’en le dessinant sur mon carnet vert. immédiatement. 201 . cela signifie que je dois devenir Remi Hess. Les Cocus du vieil art moderne. d’autres enfin sous formes de dessins. Ce n’est pas vraiment encore solide. Tous les dessins que j’ai publiés l’ont été sous un pseudonyme… J’ai commandé dix livres de Dali et Breton. Il sera temps plus tard de reprendre ces idées et de les faire entrer dans des projets plus travaillés.

sous la direction de Patrick Boumard. préparée à Rennes 2. André Breton (1949). dont le Breton de l’Herne. pour la couverture du livre de Martine A. Jean-Jacques Pauvert. Elle a refusé les épreuves. coll. C’était une manière originale du vivre le 1er avril. Arcane 17. 1970. ont dû être lu par René Lourau ! Mercredi 23 avril 2003. René Crevel. j’ai acheté une quantité d’ouvrages. sur L’effet de l’éducation moderne au musée dans le développement de l’expression sculpturale colorée des élèves du primaire. Laurence. je me suis lancé dans une lecture effrénée des auteurs du surréalisme. Johan. j’ai bien dessiné dans mon Carnet dalien. Antony. Claude Mauriac. Livre de poche.Depuis le 12 mars. livre essentiel. aux éditions de Minuit). Je vais commencer Crevel. je voudrais noter mes dernières acquisitions (mardi chez le bouquiniste du XVIII° arrondissement. Du coup. j’ai fait le troisième. On est reparti sur autre chose. Patrice. 10/18. Gallimard). j’ai passé la journée à dessiner dans le carnet commencé en 2000. hier. 1976. J’ai des idées qui viennent régulièrement. mais Martine l’a trouvé moche. André Breton. Un dessin de temps en temps lorsque j’ai une idée. Le livre de poche. au moment de la mort de René Lourau. le mardi où j’ai eu mon accident ! Elle m’a fait découvrir Dubuffet (depuis. visité avec K. Je me suis lancé dans la construction d’index. Au Salon du livre. 1967 . Je pourrais les reprendre pour en faire des toiles. Accord fondamental avec ces idées forces. Kareen. 202 . suite à une panne d’ordinateur. Elle propose de le remettre sur une autre couverture. 1963. Beaucoup de ces livres. Gérard Legrand. J’avance aussi au niveau de mon Carnet dalien. “ poètes d’aujourd’hui ”. Aujourd’hui. Opapé. j’ai lu la thèse de Adel Mohammed Hassan El Sayed Badr. chez Anthropos.-P. André Breton et son temps. Je l’avais invité au point fixe d’il y a quinze jours. Carla. Dali. Pierre Seguers. Il a été imprimé. puis Breton. C’est un excellent travail. J’ai fait la connaissance d’Audrey. Caroline avait trouvé ce dessin très original et intéressant. Hier. par Jean-Louis Bédouin. J’en fais des esquisses rapides. Hier. j’ai peint un bouquet. Nadja. La mort difficile. une de mes meilleures étudiantes. intitulé “ Communauté korcazakienne ”. et Carla) : André Breton L’amour fou (collection blanche. Le soleil noir. nous avons parlé de la place à donner à l’art dans l’analyse institutionnelle… Je sens qu’Audrey nous soutient. trouvés au salon du livre : Asphyxiante culture et Bâtons rompus. qui m’a offert un cadeau très original pour le 25 février (un trésor poétique). J’y avais fait deux numéros de La Sainte Église. avec Audrey. Celui-ci s’ouvre à moi presque chaque jour. Grasset. j‘ai lu deux de ses ouvrages. André Breton. La clé des champs. J’y ai appris mille choses en relation avec mes désirs du moment. À Sainte-Gemme. Au point fixe du mardi. Pourtant. André Breton. Avant de passer à autre chose.. André Breton. Celui que j’aurais envie de peindre aujourd’hui : L’aquarium.

J’ai passé la journée d’hier à moitié endormi (couché. etc. En ayant vu plusieurs en vraie grandeur. Ainsi. idée de collages : un cadre familial. Je me rends compte que je le fais aussi. Je ne peux faire poser les gens.Dimanche 25 mai 2003. Les peintres. A propos de Delacroix. sur le journal. Je lis l’année 1822… Ce choix est lié au fait qu’hier matin j’ai écrit l’éditorial du n°3 des irrAIductibles. Mon bureau qui n’avait pas été rangé depuis deux ans est impeccable. même si je ne sais plus où sont mes choses… Dans ce contexte. j’ai aussi retrouvé. Je voudrais revoir ce dossier calmement. en rangeant mes papiers hier matin. et il observe des attitudes de personnages qui traversent le champ. Elle l’a retiré trop vite… En me réveillant. Lucette a acheté des cadres. Léonore est intervenue pour dire que la revue Attractions passionnelles doit avancer. un changement d’agencement des meubles. Cela ne se fait plus. réveil que je veux productif. Malgré le chaos domestique. à la réunion de coordination de la fac. et ils ont donc produit beaucoup de poussière. les voyages. entre autres choses. dans lequel elle avait placé une trentaine de photocopies couleurs de ses toiles. Peut-on imaginer un éditeur qui puisse prendre le risque de mettre 8 ou 16 pages couleurs d’ajouts à un livre ? Le 23 mai. Cela a commencé avec les peintures de la grande pièce. je me suis réveillé à 4 h 30. j’ai regardé son dossier avec un intérêt réel. je ne voulais que produire des dessins. Idée que les dessins d’après nature sont plus précis que ceux qui sont produits de mémoire… Dans le prolongement de cette idée. On a dit qu’il fallait y mettre des illustrations. vendredi. du fait de mon mal de ventre : une hernie ? Ou quelque chose de plus profond ?). C’est une dimension clandestine chez moi. le commentaire d’Anne Larue : Le journal mélancolique. Je me suis alors levé. de la cuisine et des toilettes durant mon voyage à Berlin. il me faut faire vite. je n’ai pas mon appareil photo constamment. Sous-verres. Mais quoi ? L’idée de lire m’était venue en soi. Il a fallu. Je vais lire ce livre en parallèle à la lecture du journal lui-même. que m’avait procuré Mostapha Bellagnech. donc. Delacroix et l’écriture. en principe. J’ai feuilleté vendredi son dossier de validation d’acquis de l’an passé (qu’elle voulait consulter pour photocopier des pièces). Kareen continue à fonctionner dans mon imaginaire. j’ai noté une idée dans mon Carnet dalien dans lequel. Celle-ci s’est lancée dans un chantier de restructuration de la maison. Il passe la soirée chez des copains. Aujourd’hui. présence de ce moment chaque jour. qui ont bouché les trous dans les murs. Idée cette nuit de la photographier dans une pose que j’ai d’ailleurs oubliée. comme une sorte de muse (elle est beaucoup plus). travail de décoration. 6 h. pour publication. Les plantes ont souffert ! Chaque livre. 1822-1863. Elle travaille à la décoration de la cuisine. que l’auteur m’avait communiqué au moment du décès de ma mère. pour inaugurer la liseuse achetée par Lucette. La photo permet des choses qui n’étaient pas possibles du temps de Delacroix. En même temps. ont fait du plâtre. mais aussi au fait que. En même temps. l’après-midi. Pourtant. J’ai décidé de lire. Les postures de K m’intéressent. Les chantiers que l’on partage ensemble sont nombreux. de nouveaux fauteuils. chaque papier doit être remué. l’achat d’une banquette. je continue mon carnet dalien. J’ouvre le Journal de Delacroix. et il faut encore aspirer toute cette poussière partout dans la maison. Cela a entraîné un rangement méthodique. j’ai pensé que ces photos de toiles devraient être publiées comme illustrations à Morceaux de vie… Il faudrait que je lui dise. Réveil d’une douleur connue il y a quelque temps… Ce matin. et un autre aux 203 . j’ai apprécié les remarques de Delacroix sur les postures des bonnes de ses amis. Je n’ai pas le temps de faire l’artiste. Cela me reviendra. Je ne puis pas ne pas dessiner. Elle y travaille en me consultant. mais elle vient de peindre une toile naïve (une girafe) dont je ne sais que penser. un autre consacré aux irrAIductibles. hier. lors de son exposition dans les archives Dolto.

Elles n’étaient pas mauvaises. j’ai été ébloui par l’idée de cette idée. Son épouse. Le sculpteur Badr est passé à Paris. Comment leur donner de l’épaisseur ? Vendredi. que j’ai entreposées à Sainte-Gemme. et à plusieurs. pour faire avaler à sa famille des fruits pourris). J’ai trouvé à Sainte-Gemme un carnet vierge du même format que mon carnet dalien. et lui m’aiment beaucoup. dans ma tête. Un petit bonheur hier : j’ai retrouvé le dossier de L’Herne sur Breton. comme programme. Un moment que je ne décris pas dans un journal. Ainsi. Elle avait une amertume difficile. Pour donner forme à ce projet. a l’idée d’acheter une maison à Sainte-Gemme. Être artiste. c’était le beurre. Je l’avais dessinée le 12 mai dans mon Carnet dalien. Badr reconnaît mon identité d’artiste. que j’ai envie de terminer. Ils ont apprécié ce que j’ai dit de son œuvre le jour de la soutenance. Réflexion aussi sur ce que doit devenir mon bureau : quels tableaux veux-je y voir suspendus ? Idée de placer la Trinité de Marek Szwarc. j’ai acheté des toiles à Berlin. Je parvenais à l’atténuer en ajoutant de l’œuf à l’huile d’olive. Relation entre ma recherche et la théorie des moments. ” Je ne les trouvais pas excellentes. et qui pourrait avoir un rapport avec l’art. Quand la disciple peut dire au maître ce qui lui reste à faire ! Autre bonheur. Va-t-il me falloir fournir la salade à ce restaurant ? Va-t-il me falloir envisager d’ouvrir une table à Paris. elle aussi. L’idée m’a semblé lumineuse. Cela doit avoir un rapport avec Attractions passionnelles. C’est un premier pas. C’est cela l’autogestion. à Veule-les-Roses ou au Domaine aux Loups… Cette discrépance (germanisme) entre Lucette et moi me fit prendre conscience que ma maladie me rendait plus attentif à ce que l’on mange. Hier. Je voudrais qu’il m’enseigne la sculpture. j’ai fait durer ma salade d’hiver. on n’a pas la cuisine qu’il faudrait. Il me faut lire ce qu’Angela m’a écrit. regroupement des livres surréalistes. m’a passé commande d’un texte sur le surréalisme. On a hâte de découvrir la salade de printemps ! Mais en même temps. c’est ma sensibilité à ce que l’on mange. Il enseigne la sculpture à l’université du Caire où il veut m’inviter. Dans le mouvement de rangement. à la fin. je prends conscience que dans beaucoup de lieux que j’aime. chez le Yougo. à côté du portrait que le même Marek a fait de mon père le 9 septembre 1934. K. Sur le moment. c’est aussi penser le cadre que l’on se donne pour travailler. Il est d’accord. Elle m’a rendu des textes mardi. Y faire ensemble. K. Lucette me disait : “ les pommes de terre (en robe des champs) sont bonnes. Je ne manque pas de matériel pour avancer dans ma recherche. Comment K réussit-elle à s’instituer en position de me commander une œuvre ? Sa commande était pleine de pur génie. Bien que la qualité de notre cuisine dépasse de beaucoup celle de bien d’autres (Hélène nous a décrit l’art d'u proche. cette idée m’est sortie de la tête. La seule chose que je trouvais exquise. mais j’éprouvais à ce moment-là une nostalgie pour les pommes de terre de Sainte-Gemme. au moment où Lucette parlait. artiste. Il est venu m’offrir une sculpture de lui que j’avais remarquée à Rennes.Autogestionnaires. Je trouve la salade insupportable. ma salade 204 . que je trouve vraiment bon. où l’on mange vraiment de la bonne salade ? Jusqu’à maintenant. La question de l’atelier revient de plus en plus fréquemment comme projet. Elle a trouvé un Beurre de Baratte de Charentes-Poitou. un atelier… Idée que je retrouve chez Delacroix… S’installer son moment de production est essentiel. Je ne les ai pas encore regardés. Aujourd’hui. C’est en découpant des tableaux des naïfs d’Essaouira (tiré d’un livre détruit dans une inondation) que j’ai eu cette idée. Il me rappelle le beurre normand que je mangeais en vacances avec ma mère.

pour avoir la sensation de ces choses. j’imaginais la salade fondante disponible làbas. Mais en même temps. l’écriture d’Angéla me montre que le moment de la création est là chez moi. Plus tard. en d’autres occasions. Et pourtant. La dynamique du groupe était extra. J’ai retrouvé le texte manuscrit d’Audrey. après le café. Physiquement. J’apprends en lisant Angéla qu’elle est venue jeudi à ma permanence avec Audrey pour me rencontrer… Si j’avais su ! J’aurais fait l’effort de me déplacer plutôt à la fac. Il faut être un peu malade. Il existe une différence de nature entre l’élevage et l’éducation. En commençant le Journal d’un artiste. se frôlent. Je n’en reviens pas de la qualité du cours de tango. Et Attraction. Angéla pense que l’on doit publier quelque chose avant juin ! Se rend-elle compte du chemin à faire ? Son énergie m’a stimulé. les personnes qui travaillent à cette revue ne se rencontrent pas régulièrement. Elle me dit qu’elle n’a jamais écrit. C’est vrai qu’actuellement. Idée de l’urgence d’en semer à nouveau pour juillet.a du goût. J’essaie d’éduquer les miens au goût des choses simples de la vie. notamment : “ Attraction PASSIONNELLE Comme un aimant Et une nuée d’électrons libres Qui circulent sans direction Se bousculent. Ce serait important d’avoir un espace de ralliement. Dans l’élan le plus primitif : Le désir On entre en contact En collision Et interaction. La cuisine fait partie des arts. Angéla veut donc échanger avec moi une correspondance. elle se contente de se forger comme mots dans la tête. compte tenu de mon état de fatigue. être lu par Angéla. Son véritable intérêt pour Attractions passionnelles est une stimulation. depuis longtemps. Puis s’éparpillent. ce qui n’est absolument pas le cas au restaurant ou avec la salade du marché. qu’il puisse circuler. J’ai l’impression que certains élèvent leurs enfants. C’est une bonne idée. La rencontre offre ses nouveaux possibles L’union génère une nouvelle énergie Le frottement crée des étincelles 205 . Je ne suis pas pour en faire un plat. je n’étais pas dans mon assiette. Sans réfléchir. vendue. j’avais l’impression d’initier quelque chose. Et pourtant ! Un bon produit. Je me décide à le taper moi-même à la machine pour qu’il existe. Mais j’étais déjà abîmé. Elle existe vraiment. partir à Sainte-Gemme n’était pas possible. Deux lettres (des 13 et 20 mai). une bonne patate. Je viens de lire les trois textes qu’Angéla m’avaient remis mardi. Hier après-midi. Quelquefois elle prend forme . Est-ce si vrai ? L’écriture vient et va. et une réflexion à partir de sa lecture du Moment de la création. en plus. Peut-être en est-il de même chez elle à propos de l’écriture. à un prix non mérité. que j’ai donné à 16 h 30. c’est tout de même autre chose que la bouffe de survie.

Je ne voulais pas trahir le style d’Audrey. Mon problème : je ne suis qu’un artisan. Cela n’a pas été facile. provoqué par Yves Le Guillou… La question 206 . c’est fait . j’ai placé le portrait de Pauline. générosité Et spontanéité. Partout. Voilà. Elle vit de multiples expériences familiales ou artistiques. Elle me parle de projets d’écriture. une bonne parole. Angéla dessine. En avant. Je ne me sens professionnel de pas grand-chose. Ma manière de lui répondre cette fois-ci serait de lui faire lire ce journal… Angéla me demande d’être un “ professionnel ” qui l’aide à entrer dans l’écriture.Puis tout s’emballe. C’est amusant. En gravitant autour d’une même étoile Implosion. Problème de majuscules qui se mettent spontanément en début de ligne (Audrey laissait des minuscules. surtout pour les gens comme elle que j’aime bien. Un nouveau collectif vient d’émerger Librement organisé Par les affinités Et la volonté de créer Du “ vivre ensemble ” Avec plaisir. fait par Lucien. le plus souvent). Un bon mouvement Une histoire qui se réalise Pas à pas. Main dans la main. Qui trouvent ici leurs forces Pour agir maintenant Et s’enrichir du dedans Pour grandir Et prendre son envol. Je ne vois pas fondamentalement de différence entre elle et moi. son fils âgé de 16 ans. Même si j’ai fait 50 livres publiés. Immersion dans le chaos Dont on ressort lavé des conditionnements. je ne me sens pas “ professionnel ”. ma grand-mère paternelle. Trop brièvement. mais dans mon bureau hier. PASSIONNES Bon. Il faudrait qu’elle développe. J’en avais changé le cadre suite au bris du cadre à Sainte-Gemme. à côté du portrait de mon père fait par Marek Szwarc. Audrey pourra critiquer ma frappe ! Je n’ai pas envie d’écrire une lettre à Angéla. explosion de la matière Initiale Qui se réorganise autrement Création Le jeu prend Et autour de la flamme Se réunissent de tout neufs éléments Qui s’installent pour un moment Dans un foyer convivial et récréatif Où naissent et vivent nos idées. car ce que nous avons en commun c’est le désir de faire exister une transversalité. en 1916. Une dimension semble l’intéresser : la généalogie. Autonome Pour aller répandre ailleurs.

Son œuvre est déjà traduite dans vingt-cinq langues. C’est une analyse de la question. Du coup. ils parviennent à écrire 300 pages sur les surréalistes et le cinéma. Mais en même temps.de la généalogie m’intéresse. Oui. chacun. Je rassemble certains dessins de valse ou de tango. Les ressortir. et montrer en quoi ils n’ont aucun rapport avec l’AI. Qu’en pense-t-elle ? Elle suit ses cours. dérive intellectuelle qui débouche sur la poésie. Je reprends un café avec Lucette qui se lève. On partirait de la non-habilitation du Ministère. Il y a aussi la filiation Marek Szwarc. La première compte 100 pages des auteurs. comme les auteurs. Je vais chercher le cadre de Marek. Où ai-je mis les dessins d’Angéla ? Je les ai rangés. Paradoxe. Les auteurs démontrent qu’à la limite. que l’on n’est en rien exhaustif sur la question. Des idées me viennent : je n’ai jamais été institutionnaliste. le surréalisme. Relisant ce journal. J’ai envie d’être disciple de Marek. Idée d’écrire un livre ensemble. Laurence… Oui. Je lis 74 pages de la première partie. Posture drôle. mot à mot. La seconde est une anthologie. d’une manière ou d’une autre. On montrerait qu’elles ne sont pas institutionnalistes. À propos de Carla. Le faire. puis la réimplication. Et la sculpture de Badr ? Idée d’un collage : De la valse au tango. aucun film ne peut être explicitement dit “ surréaliste ”. Guattari. Elle parle de généalogie. Je lui parle d’Angéla. son nom n’apparaît pas encore dans ce journal. de l’Education nationale et de la Recherche. et n’ayant pas le goût d’aller corriger la thèse d’A. Lourau. Dans le même temps. on habilite des gens qui ne font rien. sans habiliter le Labo auquel j’appartiens et qui regroupe dix profs ayant publiés des dizaines et des dizaines de bouquins. Et on commencerait par montrer que “ l’autodissolution de l’état est déjà bien avancée ”. et l’on se met à passer son temps à danser et à apprendre la peinture ! Je tiens probablement là le fil de la fiction que K m’invitait à écrire pour me sortir du rêve de concrétude du scénario de meurtre de Bertrand. Par transduction. je me suis dit qu’il me fallait renouer avec le surréalisme. On pourrait prendre mes livres. On me fait occuper un poste de professeur de 1er classe. Seghers. relue ce matin très vite (3 mn) et sans lunette. les mettre dans mon bureau à côté de ceux de Marek. rue Marcadet). en disant. puis je regarde le choix de textes. 1976. On prend la paie de professeur. Je me risque alors dans Alain et Odette Virmaux. Elle fait partie du groupe Carla. puis la désimplication. Méditation sur la surimplication. Lapassade. Il est 9 heures. je me suis posé la question : qu’est-ce qu’une vie qui échoue ? Luc Ferry. On écrirait 1000 pages. avec Qu’est-ce qu’une vie réussie ?. que je voulais réaliser mardi sur l’autel de l’autogestion ? 207 . Elle s’est contentée de passer dans mon bureau. Le livre est composé de deux parties. l’auteur. Pourtant. Les surréalistes et le cinéma. pour renouer avec l’art et la poésie. J’ai deux dessins d’elle. il y a ici les portraits de famille. mais c’était le chantier ici. surréaliste en elle-même. M. ” ou plutôt dans le fait qu’il est parvenu aujourd’hui même à jeter 500 000 personnes dans la rue contre lui ? Et moi. Plus tard. 11 h 30. On quitte le projet scientifique sur la pointe des pieds. en quoi ai-je échoué dans ma vie ? Idée de faire une chronique de ma vie qui échoue. On ferait de même avec les œuvres de Deleuze. a-t-il réussi sa vie dans cette formule de 4° de couverture : “ Luc Ferry est philosophe. son rôle sera essentiel dans Attractions passionnelles… Elle est passée vendredi en sortant de chez Yann (84. Il est actuellement ministre de la Jeunesse. elle la situe. Pour moi. archivés quelque part.

Je les regarde en m’endormant au milieu. Pour moi. Une seule occupation. ou en pensant à autre chose. je ne puis m’empêcher de noter qu’au niveau de l’organisation du travail. Mais ceux que ce papier ne mentionne point. Ce matin. Je découvre les problèmes de peindre à une époque où il fallait faire poser pour avoir des modèles (la photo n’existait pas). la poésie et la liberté. je vis double . Oui. L’avenir est toujours là. J’ai 25 chaînes non choisies sur le câble et que je regarde sans y penser. ni autre chose que cette jouissance qu’il y a à voir se succéder des objets de la vie quotidienne. Le passé qui n’est point resté. Je me plaignais d’être obligé d’avoir recours à cela . J’ai retrouvé. périodiquement fixe dans une vie. Et Paris 8 comme décor. Elle me cachait dans son vaste manteau. qui m’invite à me mettre à un autre chantier (Analyse Institutionnelle et Autogestion pédagogique). ma posture par rapport à la télé. J’ai vu des quantités de films en tant qu’enfant. alors même que mes parents m’interdisaient le cinéma. J’aime les navets. Lundi 26 mai 2003. Nécessité de refaire mon histoire de vie par rapport au cinéma. Ce même jour : “ Mais quand une chose t’ennuiera. cela fait un peu “ cinéma de quartier ”. Désir aujourd’hui. 11 h 15. Je crois que je vais m’offrir l’année 1824… Il faut dire que le soleil inonde mon bureau. le sens de l’histoire. parce que je ne veux pas en devoir ce qui peut m’en rester à l’obligation de l’écrire. Désir de lire ! Je lis. Je veux noter qu’Eugène Delacroix écrit le mercredi 7 avril 1824 dans son Journal : “ Je viens de relire en courant tout ce qui précède : je déplore les lacunes. Les séries se succèdent. ” Excellent. le seul monument d’existence qui me reste ? L’avenir est tout noir. non pas de faire du cinéma. Je méprise Cannes et les films de l’establishment. quoiqu’ils soient passés. mais des romans-photos. Par amour du cinéma ? Aussi. ordonne tout le reste de la vie : tout vient tourner autour de cela. Mais mon esprit et l’histoire de mon âme. Il me faudrait travailler. ils sont comme s’ils n’avaient point été. tout cela sera donc anéanti. par ma faiblesse humaine. En même temps. Il me semble que je suis encore le maître des jours que j’ai inscrits. On prendrait les irrAIductibles et les Autogestionnaires comme acteurs. Au contraire. En conservant l’histoire de ce que j’éprouve. Je dois m’interrompre. L’ennui au ciné-club lorsque j’avais 15 ans. On entrerait dans les fantasmes de Pascal et Bertrand. ne la fais pas. Les sorties clandestines avec ma grand-mère pour aller voir les films interdits au moins de 18 ans. que puis-je t’écrire ? Dans quelle direction t’inviter à aller ? Je ne sais absolument plus où je vais. J’aime le cinéma à la manière des Surréalistes. Cette citation serait à utiliser dans Le journal philosophique à la suite de Marc-Antoine Jullien. Il est certains défauts pour le vulgaire qui donnent souvent la vie. j’ai lu l’année 1823. Cela entraînait pour le peintre une certaine forme d’organisation du désir et de la sexualité 208 . On les porterait à l’image. même idée. par bravade. Ne cours pas après une vaine perfection. Mais comme dit Liz Claire. exactement ! Mais justement les Surréalistes aimaient les films que l’on va voir sans retenir ni les titres. J’y allais en fraude. Dans quelles ténèbres suis-je plongé ? Faut-il qu’un misérable et fragile papier se trouve être. c’est l’amour. mais pourquoi toujours s’indigner de ma faiblesse ? Puis-je passer un jour sans dormir et sans manger ? Voilà pour le corps. l’est autant. là. Très agréable. etc. car je viens de recevoir un coup de fil de K. mais atténuée sur la fin le 7 mai 1824. cela devient une bonne chose que l’obligation d’un petit devoir qui revient journellement.Angéla. Eugène Delacroix défend l’idée de suivre l’inspiration et les pulsions du moment (11 avril 1824) . Tous les aspects techniques du Journal m’intéressent. le passé redeviendra à moi. Mais je n’ai pas envie de faire autre chose que de lire Delacroix.

Il se laisse aller de temps en temps à faire de la philosophie. le 19 août 1824 : “ Déjeuné aujourd’hui avec Horace Vernet 302 et Scheffer. aussi semble ressentir le besoin de conclure un chantier avant de passer à un autre. quelles transes de réveiller ce lion qui sommeille. quand il s’agit d’écrire. c’est mon propre questionnement sur la pratique du journal. savent se donner une tâche et l’accomplir… ”. Je croyais que je plongeais dans un journal qui m’intéressait pour son contenu : la peinture. Dans quel ordre s’y mettre ? Comment articuler chantiers et voyages. sur la fin de tout cela. K. Je parviens jusqu’à la page 170 (fin de l’année 1847). par intervalles. Quand on a du bien. pour échapper à l’ennui. Ascension. Lucette. lorsque Lu se lève : je vais boire le café avec elle. je vais terminer comme Jean-René (qu’elle vit comme dépassé. Appris un grand principe d’Horace Vernet : finir une chose quand on la tient. mais ce n’est pas la plus forte. Mais pour en revenir. et la manière dont Delacroix se confronte à la gestion conjointe de la production de son œuvre picturale. beaucoup trop indolent. 209 . Au réveil (6 h 30). Lutte contre la paresse qui leur est commune avec l’homme vulgaire. quoique inquiet. et ce n’est pas par le vain orgueil d’être célèbre seulement qu’il lui obéit. (c’est moi qui souligne) qu’importe le bien ou non ? C’est une inquiétude. Je me sens impuissant par rapport à lui. je me sens incapable de faire autre chose que de lire le journal de Delacroix. Et mon journal me semble être une sorte d’échappatoire par rapport à mes livres à produire. 140 de mon édition). et à cette écriture diaire. Mon œuvre picturale n’est même pas amorcée. on ne sent pas le plaisir d’en avoir . C’est sa méditation du 6 juin 1824 que j’ai envie de noter : “ Quelle sera ma destinée ? Sans fortune et sans dispositions propres à rien acquérir. hier. sur son propre terrain. Ursula me demande des textes qu’il faut que je rende ce jour… Mardi 27 mai 2003. fameux peintre de tableaux de bataille. s’il est écrivain : parce que son génie lui demande à être manifesté . c’est par conscience. je m’ennuie. Ainsi. Mais tant que mon imagination sera mon tourment et mon plaisir à la fois. quand on n’en a pas. Seul moyen de faire beaucoup. on manque des jouissances que le bien procure. me disait que si je ne publie pas La théorie des moments maintenant. le matin 302 Horace Vernet (1789-1863). je me suis assoupi. voilà l’étude de tous les moments et utile toujours. ” J’ai continué ma lecture jusqu’au 6 mars 1848 (p. par exemple ? Jeudi 29 mai 2003. Je m’aperçois que ce qui me fascine dans cette lecture. 8 h. Que ceux qui travaillent froidement se taisent : mais sait-on ce que c’est que le travail sous la dictée de l’inspiration ? Quelle crainte. ” Le 14 juin 1824 : “ Tant que l’inspiration n’y est pas. ce que j’ai envie de recopier de son journal touche à la question abstraite de la création. quand il s’agit de se remuer à cet effet. Mes livres stagnent même si j’ai relu Le journal philosophique rapidement hier. Puis. être ferme. simple et vrai. par ses disciples).bien décrite par Eugène… Mais. Je m’arrête pour aujourd’hui. Il y a des gens qui. La même idée se poursuit tout au long de ce journal. ” Et un peu plus loin : “ Quelle penses-tu qu’ait été la vie des hommes qui se sont élevés au-dessus du vulgaire ? Un combat continu. dont les rugissements ébranlent tout votre être. Il est 16 h 15.

en viennent très vite à le trouver comme tout le monde. J’avais ce livre entre les mains. ma grand-mère par Lucien. Je suis content de l’ensemble. Au réveil. réveil à 6 heures. Ses “ élèves ” étaient des petites mains. sur Delacroix… Il me faut retravailler au rangement de ma bibliothèque. 210 . il y a à peine un mois ! Vendredi 30 mai 2003. tapuscrit sans date. il me manque quelques photos de personnes que j’aurais voulu associer à cette “ exposition ”. c’est une qualité de pouvoir montrer sa sensibilité ”. à l’université. j’ai tenté de faire un collage : une sorte d’affiche pour les irrAIductibles ou les Autogestionnaires. Je voudrais feuilleter ce livre en même temps que le livre d’Anne Larue. Je me disais que la lecture de la critique ne vaut pas la lecture directe d’une œuvre. Malheureusement. après s’être figuré qu’il était hors de la nature comme des personnages de roman. Je vais tenter de passer la journée à écrire dans mes différents journaux. on se convaincra qu’il en est autrement. j’avais lu Anne Larue jusqu’à la page 80 303 . Il n’a pas pu enseigner. Du coup. Au départ. La couverture représente le Combat de l’ange. ajouta-t-il. ne pouvant ni lire ni écrire. Il y a aussi un portrait de Lucette. Je suis un peu fatigué. seul. Hier. Je parviens à la page 270 du Journal dont j’ai lu l’année 1850 cet après-midi. Que les hommes superficiels. Le véritable grand homme est bon à voir de près. La pose des deux protagonistes a servi de modèle à l’affiche pour La leçon de tango de Sally Potter (j’ai cette affiche dans ma chambre !). Pour moi. Hier après-midi. Le collage que je fais a pour fonction de donner une place aux étudiants que j’aime dans mon quotidien. Un étudiant subtile (son nom m’échappe) avec qui j’ai mangé mardi me disait qu’il m’avait trouvé hypersensible : “ Ce n’est pas une critique. Il appartient au vulgaire d’être toujours dans le faux. Et puis j’ai découvert beaucoup d’informations érudites sur Delacroix qui m’ont intéressé. d’avoir des disciples. et à côté du vrai… ”.Je vais passer la journée. Je vais suspendre cette lecture. Par exemple. son désir d’être prof. La composition mêlant photos couleurs et photos en noir et blanc est assez réussie. C. Je pense que c’est important de me retrouver au milieu de gens que j’aime : la Sainte Trinité. il n’y a là rien d’étonnant. Le journal mélancolique. Le 11 août 1850. Lucette part en province faire un entretien Voltaire. mon mal de ventre est moindre. 16 h 20. J’ai passé une partie de la journée à installer des cadres ou toiles dans la maison. 7 h 20. le portrait de Pauline. la maison est calme. Je médite à l’image que j’ai donné. discutant le proverbe “ Il n’y a point de héros pour son valet de chambre ”. où un bruit de perceuse strident m’empêchait tout travail intellectuel. Je me mets immédiatement à la lecture de Delacroix. Ce matin. J’ai des idées. le ton d’Anne m’ennuyait. Kaufmann). Delacroix note : “ Je crois qu’en y pensant mieux. à partir de photos de différents étudiants et enseignants du mouvement. le portrait de mon père par le même peintre. notamment Opapé et Christine. Je ne parviens pas à retrouver le livre offert par Marie-Paule sur Delacroix (écrit par J. Contrairement à ce qui s’est passé les jours derniers. Je lis les années 1851 et 1852. Delacroix et l’écriture (1822-1863). qui apprenaient le métier à son 303 Anne Larue. je me suis mis à lire avec plaisir l’année 1949 du journal de Delacroix. de Marek Swarc. et précisément dans mon bureau. ces derniers temps.

Par exemple. dans le cadre de ses études de théâtre à Hambourg. Delacroix d’il y a quinze jours : je vais faire à présent le travail de Delacroix de tout à l’heure. intérêt pour les commentaires sur la pratique du journal elle-même. Mais certains se sont égarés.contact. 304 Traductrice de La pratique du journal. Il faut renouer la maille. ses voyages à Dieppe : j’ai beaucoup aimé cette partie de la Normandie. mais aussi sur les commentaires du travail. en un mot tout ce qui travaille lentement et incessamment. avec nos intermittences. le travail de M. avant mon départ. nous ne filons jamais le même fil jusqu’au bout. d’où son effort pour transformer son journal en traité de peinture. C’est l’une de mes méditations les plus constantes en ce qui concerne mon œuvre. c’est ce que je produis aujourd’hui. lorsqu’il écrit : “ …Il ne faut pas quitter sa tache . Je faisais. citation de Delacroix par Anne Larue qui ajoute en note : “ ces petit livres sont perdus ” . mais il n’a pratiquement pas pu transmettre son art sous une forme pédagogique . Un seul me manque vraiment. voilà pourquoi le temps. qui disparaît ainsi. Autre agrément. c’est évident. Je suis d’accord avec lui sur de nombreux points. Cette notation me fait réfléchir. notamment Formes et mouvement. ainsi que Witold Gombrowicz que Remi Hess lit avec passion. texte qui semble être une recherche en relation étroite avec la question de l’art. Quels sont mes textes qui seront commentés ainsi ? Quels sont mes journaux qui auront disparu pour le lecteur du siècle prochain ? Quels sont ceux qui ont déjà disparu ? J’ai supprimé moi-même peu de textes consciemment. Je me moque finalement de la perte. le livre subversif que j’avais écrit avec Lorenzo sur Christophe Colomb ! Pourquoi l’ai-je caché quelque part. Les grandes marées à Pourville-lesDieppe me manquent depuis trop longtemps ! Aujourd’hui. Allons ! Accordons-nous quelque transgression. Je ne comprends pas pourquoi je ne vais plus en Normandie. 211 . Ce texte me semble avoir un intérêt. J’ai l’impression de me retrouver dans ce qu’il commente des paysages. Mais je ne sais comment m’y prendre pour le publier. il faudrait que je travaille sur d’autres affaires… Mais je ne parviens pas à m’y mettre. près d’un marché. Remi Hess sort plusieurs textes qu’il a placé dans ses œuvres posthumes. Elle évoquait ce dessin la dernière fois que nous nous sommes vus. Nous autres. À partir de cette relation. le tricot sera plus gros ou plus fin. 9 h. en nous plongeant dans Anne Larue ! 8 h 46. Je vais continuer à lire Anne Larue. Ce qui compte. ou plutôt d’une brocante. voilà pourquoi la nature. ” (12 mai 1852). Commence entre eux une relation intellectuelle assez productive pour R. enquête au quotidien (en allemand). Dans ce que j’ai lu ce matin. Même remarque pour mes dessins. en attendant le réveil de Lucette. Cela m’inviterait à avoir la nostalgie d’un rangement de mes affaires dont je sois sujet. Ce sont les éléments manquants d’une œuvre. C’est l’esquisse faite sur une nappe de café avec Maja 304 . Remi Hess rencontre cette jeune femme dans une pratique de tango à Paris où elle est venue pour faire un stage à la Comédie française. La lecture du journal de Delacroix a évidemment un rapport avec la préoccupation qui me traverse de temps en temps de publier mon journal 2000-2003. Les pages entières lues ce matin sur la composition de la couleur m’ont ennuyé. “ Il y a quelque chose d’Obermann sur le vague dans mes petits livres bleus ”. fait de si bonne besogne. Hess : Maja lui fait découvrir le théâtre russe dont elle est spécialiste. Mais je n’y parviens pas. Cela interfère avec ce qui devrait être ma seule préoccupation : la sortie des œuvres d’exposition. de manière à ce que je ne puisse le retrouver ! On passe quelquefois beaucoup de temps à produire quelque chose. Par exemple.

C’est un encouragement pour m’y mettre. aux couleurs usées par le temps. et le chantier d’aménagement de musée. puis tout doucement. Delacroix a 55 ans. que précédemment. L’acquisition d’un chevalet et de peintures va devenir une urgence. Ces observations m’ont semblé enrichir mes découvertes techniques faites lors de la lecture de Journal. durant près d’une heure et demi. les poses que prend K quand elle dort. K m’oblige à aller au-delà de ma perception première des choses. Elle connaît ce musée parfaitement. je vivais mal la foule. Samedi 7 juin 2003. Désir d’en croquer quelques-unes. atomisé). présence de collages qui se trouvent recouverts par de la peinture. Perception qu’il manque un tableau de K. derrière les armoires. de salle en salle. Même idée en ce qui me concerne. Je ralentis ma lecture pour tenter de comprendre comment il vit mon âge. Au départ. les Pyrénées. Vendredi 13 juin 2003. Discussion avec K sur la beauté des maisons. Confirmation que j’aime. plaisir de retrouver ma Chérie. où se trouve une série de toiles représentant Galia : K insiste sur la précision des traits. Je ne lis pas beaucoup en quantité (ce matin du 12 mai au 28 août 1853). J’ai lu Larue jusqu’à la page 104. Il n’y a plus qu’à la peindre. ce qui intègre les morceaux à un ensemble. plaisir d’une architecture nouvelle pour moi (la ville de Figeras découverte lors d’une longue dérive sous le soleil. dessiner. et que l’on avait laissé à l’abandon depuis cinq ou six ans. Impression d’écrasement. Enthousiasme de K lorsque je lui ai proposé de m’aider à m’installer mon atelier. Mais pas de pèlerinage sans calvaire ! J’ai été traîné par K. je trouve daliennes. Je me replonge dans Delacroix pour sortir d’un état psychique détestable (je suis dispersé. avec K. de Delacroix (à faire lire à K). Je vais sortir. c’est-à-dire un an de moins que moi cette année. ayant conduit 200 km en plein soleil (…). je me suis dit que ces flux de touristes faisaient partie du dispositif. au-dessus de toute montagne. Ce premier voyage en Espagne a été une initiation au sens fort du terme : jouissance de paysages nouveaux et inconnus. Sa technique 212 . mais cela me calme. Hier matin. si elle l’accepte. Mon impression d’ensemble est un profond désir d’y retourner et de prendre mon temps. Dans de nombreuses toiles. Moments particulièrement agréables dans la salle sombre. qu’elle a entrepris dans le salon et l’entrée. Rétrospectivement. une forme unifiée. Travail sur la perception avec le Lincoln. Vraie admiration de découvrir les toiles qui nous appartiennent. j’étais fatigué en entrant dans le temple sacré. avec visite des marchands de peinture). K m’a fait observer principalement les techniques d’exécution du peintre. du dessin. etc. Faut-il que je passe commande à K d’un portrait ? Il faudrait une toile de grand format. le modèle pour mes premières tentatives de peinture. Il me faut donner une toile à cet appartement. écrire mon journal dans un carnet. Dans ses commentaires. ayant mal à la tête. Cette spontanéité m’a plu. aller à l’Unesco. visite du Musée Dali de Figeras (Espagne). Ayant mal dormi. Mais ai-je le droit de saisir l’autre dans son sommeil ? Idée que K pourrait faire. n’ayant pas bu de café le matin. En 1853. mais finalement satisfaction d’en connaître nettement plus sur Dali et de son œuvre. aussi dans mon Carnet dalien (cela fait quelques jours que je ne dessine plus !).Jeannette va venir. En rentrant à Paris le soir et ce matin. Très intéressant.

et l’on serait frappé plus facilement de l’ordre à y mettre. Ce sera une œuvre. Hier. Elles m’ont poussé à passer commande à K de plusieurs tableaux de moi. Je ne parvenais pas à trouver une fin à cette recherche. Elle peint. Mon livre sera son dernier. . que je pourrai donner à mes trois enfants. les idées leur venaient dans leur lit . Elle a accepté de lire mon journal depuis la mort de René. j’aurais voulu noter ses remarques sur le portrait dont j’ai parlé avec K. Débrouillé comme j’ai pu. au réveil. je crois. date de son anniversaire. Je serais tenté de croire que la méthode de Pascal. Avant de partir pour la fac. Alain Marc). à Rossini. En feuilletant mon carnet dalien. Elle rebondit. Thèse en co-tutelle ! Ce matin. C’est l’espace-temps nécessaire pour lui permettre de s’instituer. et moi-même. On aurait toutes ses divisions et subdivisions sous les yeux comme un jeu de cartes. je me fais le plaisir de lire quelques pages de Delacroix : j’en suis à son séjour à Dieppe (25 août 1854). Beaucoup de proximité avec Delacroix. tout ce que j’ai à dire. Lourau. Je l’ai pourtant fit “ de mémoire ”. Un travail sur le surréalisme.d’écriture qu’il décrit le 12 mai est assez importante : “ J’ai beaucoup travaillé au damnable article. je commence l’année 1854 (année de ses 56 ans). aussi. Petra Sabisch arrive à 11 h 30 et repart à 15 heures. au sens esthétique du terme. Il se laisse pousser la barbe lorsqu’il est à la campagne. Elle prépare son exposition pour Laurence. L’autoportrait est un exercice qui m’attire effectivement. Jérémie vient de m’appeler. Appel de K. Il me faut le faire dans les jours prochains. Hubert de Luze attend mon livre sur Lourau et le surréalisme. Charlotte a trouvé réussi mon autoportrait. surtout dans une position où je n’ai pas le loisir d’apprendre le métier d’écrivain. Samedi 14 juin 2003. J’ai oublié de dire à K que je rêve de mettre un portrait de moi en couverture du Journal des moments que je lui ai demandé de signer à partir d’une lecture de mes recherches sur le journal. Je vais jusqu’en avril. Il a décidé de se retirer. Sa place est du côté d’Attractions passionnelles. elle se dirige vers Christoph Wulf à Berlin. à ce qu’on dit. je lis le Journal de Delacroix (fin de l’année 1853). C’est une très bonne scansion. Son idée : je dois arrêter ce journal le jour où j’aurai terminé mon livre sur René. sur de grandes feuilles de papier. C’est une urgence absolue. Elle a évoqué hier l’idée de 213 . -d’écrire chaque pensée détachée sur un petit morceau de papier. Rousseau. Lundi 16 juin 2003. Telle situation du corps sera plus favorable à la pensée : Bacon composait. aujourd’hui. puis cet aprèsmidi pour me défouler d’une suite d’entretiens (Mohamed Daoud. les idées me viennent lors de mon réveil. ” Et il ajoute : “ L’ordre et l’arrangement physique se mêlent plus qu’on ne croit des choses de l’esprit. à Voltaire. il me faudra m’organiser quatre années Illiade. en se promenant dans la campagne… ” Personnellement. La lecture de ce livre me donne vraiment envie de me mettre à écrire mon livre sur R. Ensuite. Son travail est davantage du côté de la danse contemporaine… Elle a travaillé à Hambourg . en sautant à cloche-pied . j’entrerai dans une nouvelle phase qu’il faudra tenter de définir. Peut-être qu’après les années Lourau.n’est pas trop mauvaise. à Mozart. au crayon. Elle était venue jeudi au cours de tango.

je restai un moment accoudé à la table. j’avais lu l’année 1857. c’est le contraire. Je pense que cela va intéresser Romain de découvrir la peinture à l’huile avec moi. C’est vraiment intéressant. Auparavant. Maintenant. malaise extrêmement rare chez moi. Je suis conquis. Je me levai et me rendis dans mon atelier pour donner. dispersés au moment des peintures de la maison. par exemple (p. Nous avions terminé notre dîner avec un excellent camembert et. Il se décrit comme méchant. J’aurais aimé savoir pourquoi il rompt avec son père. non lu. Cela se passa un soir de fatigue. C’est vraiment un grand livre ! Les passages sur l’enfance sont vraiment extraordinaires . J’ai retrouvé un rythme de lecture satisfaisant. au moment où Alain Marc passait pour me faire relire son résumé de thèse. c’est autre chose. Ce matin. une certaine énergie pour travailler intellectuellement. J’avais une migraine. Hier. Il faut que je sache interrompre mes livres pour faire autre chose. Gala sortirait avec eux et moi je me coucherais tôt. Cela me change de ma lecture de Delacroix que j’avais pu reprendre quelques jours auparavant. jusqu’à 6 heures. ce livre est assez explicite sur son rapport au monde. Je retrouve un livre de Dali. Chez Delacroix. et je lis La vie secrète de Salvador Dali. Lucette l’a retrouvé en rangeant nos livres. il y a des périodes de fatigue qui lui font couper entièrement avec la peinture. aussi. Il lit et écrit durant ces périodes. car Lucette m’oblige à ranger nos papiers. Nous devions aller au cinéma avec des amis et au dernier moment je décidai de rester à la maison. Dali est génial. Insomnie cette nuit après cette visite. Tous les hasards objectifs sont des occasions d’inventer . réfléchissant aux problèmes posés par le “ super-mou ” de ce fromage coulant. Je voudrais faire partie du mouvement aussi. visite de Georges. 351) : “ …Et le jour où je décidai de peindre des montres. ceux sur sa peinture. Il avait 36 ans. Mais. je les ai lues lentement.faire une licence d’arts plastiques. je vais pouvoir me mettre à la peinture. Je regarde dans ma bibliothèque surréaliste. je les peignis molles. je me lève à 6 heures pour en avancer la lecture. Ce sont des années où nos âges se rencontraient. Il faudrait que je commente chaque chapitre. Je me lève à 3 heures. Mercredi. Je trouve qu’il a vraiment eu raison d'écrire cette autobiographie. Je lis les quatorze premières pages. Depuis un mois. Une page ou deux à chaque fois. C’est un moyen pour se reposer et prendre de la distance… C’est d’autant plus curieux que je me trouvais avec des idées claires sur le travail qui me reste à accomplir pour le livre sur R. Cela reporte mes projets d’écriture. sur l’art. Sur la peinture. Très bonne idée. Les années précédentes. du coup. La chaleur et le travail intense à Sainte-Gemme expliquent certainement cet état depuis le 12 juillet. Je le lis d’un trait. mais il me faut l’interrompre. je suis content de retrouver un certain entrain. Mardi 22 juillet. Ensuite. j’étais dans un état d’épuisement. il y avait la fatigue de l’année. 16 h 20. et celui sur la théorie des moments… Jeudi 24 juillet 2003. puis de Bernard Lathullière. lorsque je fus seul. Mardi après-midi. Je me dis que je préfère Dali à Korczak ! J’ai passé toute la journée dans ce livre que j’ai terminé. ce que ne font pas d’ordinaire les gens qui se racontent. Pour moi. j’ai lu l’année 1858 du Journal de Delacroix. Lourau. Dali. Alexandra m’a annoncé qu’elle viendrait m’apporter Romain vendredi. je cherche un ouvrage à prendre pour attendre à la poste (je veux faire peser des lettres). Incroyable. Hier. 214 .

C’est l’histoire d’un peintre de Montmartre (1925). ouvrage qui me fait travailler énormément. J’allais éteindre la lumière et sortir. Mes lectures me donnent le goût de me mettre sérieusement à la fondation d’Attractions passionnelles. à l’issue d’une très belle thèse de Keng-Ju WU dont je présidais le jury. et de son travail de l’art brut. et me mis à l’œuvre. revue planétaire d’art et d’éducation. et à lire sur la création (Jean Oury. Je suis content d’avoir fait ce travail manuel. j’avais esquissé un olivier coupé et sans feuilles. 10 h 30. j’ai produit des journaux illustrés. aujourd’hui même. Vers 16 heures. mais laquelle ? Il me fallait une image surprenante et je ne la trouvais pas. Deux heures après. Voir mon journal de lectures. Lundi 15 décembre 2003. Je continue à dessiner. Il me reste à écrire quelques commentaires pour considérer ce chantier du journal des travaux comme terminé. La relation entre milieu artistique. je préparai ma palette. j’ai fait de la gouache. Création et schizophrénie. j’aurais terminé les 20 pages qui manquent pour clore l’index de Jean Oury.selon mon habitude. Henri Maldiney. 18 h 30. J’ai une grippe. Malgré ma migraine. mais aussi la manière dont viennent les idées (cf. Mercuès. lorsque je vis littéralement la solution : deux montres molles dont l’une pendrait lamentablement à la branche de l’olivier. à Brasilia de l’huile. 15 h 20. qui descend s’établir dans la région d’Avignon. Cela m’a donné le goût de terminer le collage des photos des travaux. et intitulé e : “ Les messages à thématiques sociales du cinéma de fiction : un exercice pédagogique ”. En Bretagne. Au premier plan. Sarah Walden). Jeudi 11 décembre 2003. quand Gala revînt du cinéma. Je regarde (sur Teva) le premier épisode de L’amour en héritage. sur le cinéma et l’analyse institutionnelle. à l’idée du “ beau livre ”. Si j’étais davantage en forme. dans lequel je réfléchis. un dernier coup d’oeil à mon travail. 215 . surréalisme et danse ne s’était jamais imposé à moi avec autant d’évidence. Je ne puis faire autre chose. Le tableau que j’étais en train de peindre représentait un paysage des environs de Port Lligat dont les rochers semblaient éclairés par une lumière transparente de fin de jour. Cette année 2003 aura été marquée par une frénésie de photos. je suis sorti. sur le plan cérébral. J’avais déjà suivi la suite à une autre occasion. On a eu un petit comité de rédaction mardi à la fac avec Kareen. J’ai été chercher les photos (6 pellicules) sur SainteGemme. L’installation de la maison était un événement qu’il fallait suivre dans sa progression. Ce paysage devait servir de toile de fond à quelque idée. Je me sens très proche de Jean Dubuffet. Je ne sais pas si ce que je suis en train de faire n’est pas de cet ordre. J’ai fait deux volumes de mes carnets daliens. Le journal des idées). Audrey. J’ai fait un cahier d’ethnophotographie (plus de mille photos) sur les travaux à Sainte-Gemme (changement de toit). le tableau qui devait être un de mes plus célèbres était achevé… ” Ce passage raconte la production d’une toile célèbre. Depuis cet été. Ma théorie des moments n’est vraiment pas loin. Il y a dans cet épisode un bal surréaliste et plusieurs boîtes où l’on danse le charleston.

Oury. -Vincent van Gogh. Pensez à Fragonard. Oury. Walther (Benedikt Taschen. p. et la façon d’appuyer qui peut se rapprocher de la peinture des caractères chinois et japonais. J’ai acquis quatre ouvrages. on fasse apparaître des éléments de sa transversalité : paysage ou réalisations (couverture de livres. 17 h 25. Pourquoi ai-je acquis Fragonard ? Jean Oury a visité une exposition Fragonard. Il me plait. 96 pages)." Et plus loin : “ Des oeuvres d’art qui. la touche rapide du pinceau. lus cet après-midi : -Georges Braque (1994). Il commente ce peintre dans le livre que j’ai indexicalisé de lui. en plus de la figure du personnage. Il y faisait froid. je trouve bon d’acquérir quelques ouvrages d’art. C’est une philosophe amateur qui confronte philosophie et musique. ces deux ouvrages avec illustrations publiés en Italie. par Jacques Thuillier. ” 305 306 Jean Oury. J’imagine des toiles où. la plupart des œuvres même reconnues sont disqualifiées parce qu’elles ne sont jamais terminées. et l’a terminé dès hier. Création et schizophrénie. de Ingo F. Nayakava (K) s’est plainte que je ne lui écrive plus de longues lettres. Le style même est dans la touche qui fait tache 305 . C’est un manque qui montre que mon moment de l’art n’est pas très construit. et de prendre le temps de contempler des œuvres qui ont marqué mon enfance. c’est une touche rapide. ou méprisées. p. Ce matin. Création et schizophrénie. mais dans une juste mesure. j’ai envoyé deux courriers à Christine Vallin. à la casquette). 1987. 216 . j’avais donné rendez-vous à Nayakava à la librairie de la rue Marcadet. ou de Rembrandt. Je sais où se trouvent mes trente-cinq livres d’esthétique. 136 pages). -Fragonard. Galilée. 307 J. et préparés sous la direction de Luciano Raimondi. par exemple). Les limites de cette toile me font réfléchir à un développement futur de ce style du portrait. Elle m’a apporté ce matin le portrait que je lui avais commandé (on le nommera : Remi. du temps du vivant du créateur. (Skira. car elle ne l’avait pas daté. sans esquisse préalable. J’ai pensé aujourd’hui que j’ai pu acheter des ouvrages d’art. 168. 171. ça perdrait quelque chose : ce serait comme s’il n’y avait pas d’ouvert 307 . mais pas mes ouvrages d’art. 177. Elle a acquis Le moment de la création. p. elle m’en a fait une critique très intéressante. il aurait eu de quoi se payer un paquet de cigarettes ! ça aurait mieux fallu et il ne se serait peutêtre pas coupé l’oreille ! Quand on pense que ses tableaux servaient de jeu de fléchettes aux gosses de Saint-Rémy. jeudi et vendredi dernier. C’était ça la nouveauté de Fragonard. Regardez encore une fois des tableaux tout à fait classiques tels que ceux de Fragonard. Cologne. Elle l’a reprise. Paris. Je lui ai payé 1000 euros. c’est extraordinaire ! Les intérêts esthétiques varient 306 !" Et encore : “ Si on réduit la création à la prétendue œuvre. J. Si c’était fini. En cette période de fête. et que ma professionnalité d’artiste est encore à penser. Création et schizophrénie. mais je ne les ai jamais regroupés dans un endroit précis de ma bibliothèque. Et c’est ce qui fait la qualité d’une œuvre : ne pas être finie. échange de lettres avec Hubert de Luze (2001).Lundi 22 décembre. Dada (1990) . mais également à Van Gogh ! S’il avait eu le milliardième de ce que vaut maintenant un de ses tableaux. étaient restées complètement méconnues. ou de Vermeer. Ces images étaient déjà fortes pour moi en 1960. 1989. musicienne rencontrée au colloque de philosophie de Dijon. sont découvertes quelquefois plusieurs siècles plus tard. 1990. dans Fragonard. Création et schizophrénie : “ Il faut s’approcher des tableaux et voir la touche . Aujourd’hui. ce qui semble cher à Lucette. Aujourd’hui.

les fonds seront secs. vers mai ou juin (il y avait du soleil). le premier offert par Kareen le 25 février 2003 et le second acquis sur une brocante. La peinture à l’huile. 10 h. ” Dans le corps du texte. Il est nécessaire de commencer la peinture en faisant des choses assez simples. On regarde aussi le Carnet dalien 1. C’est Marek Szwarc qui avait dessiné le portrait de mon père en 1934. la saison. 308 Greg Albert. J’achète un lot de trois châssis. Ce dessin me semble structurant de mon rapport à l’art. Je me mets à faire les fonds des trois châssis. De tels moments sont si rapides que l’artiste doit davantage se fier à son instinct qu’aux règles picturales 308 . J’acquiers aussi un ouvrage : Greg Albert. Paris. Mercredi 24 décembre. Elle est très intéressée par ce tableau. 2000. Rachel Wolf. La peinture à l’huile. à la même page : “ L’ombre et la lumière sont de vrais instruments au service du peintre. en regardant le cahier rouge (Livre d’or de la Rue Marcadet). 50. J’ai regroupé les quatre livres achetés aujourd’hui avec les deux livres sur Dali. me dit que mes autoportraits (Brasilia. Fleurus. l’artiste a peint les variations de teintes et de tonalités et terminé par quelques détails. p. (tableau qui trône dans mon bureau. Cela me donne envie de peindre. et elle m’oblige à les dater et les signer. Il y a quelque chose dans ce pastel. Charlotte passe et regarde le tableau de Kareen.Cela y est. Fleurus. J’ai envie de peindre. selon Mark Szwarc. alors que j’étais accompagné par Maja. 2000. plutôt qu’un auto-portrait. Après avoir ébauché grossièrement les motifs d’ombre et de lumière. septembre 2003) sont plus forts que le tableau de Kareen. Mais l’arrivée de Pépé et Mémé interrompt notre méditation. Demain. Total : 192 euros. qui m’inspire. Vers 14 h. 217 . de définir la distance entre deux objets. Elle sort mes peintures de septembre. deux brosses de nylon. M’est venue l’idée de choisir ce motif. Elles détiennent une sorte de pouvoir magique qui leur permet de créer une atmosphère. Je lis dans l’ouvrage acheté hier ce commentaire du tableau de Charles Sovek : Luke. Je l’interpréterai. un petit chevalet à placer sur une table. Les effets d’ombre et de lumière donnent du caractère à un tableau et permettent de situer le moment. offert par le peintre à mon père en 1936). Je ne copierai pas ce tableau de façon pointilliste. le lieu : un paysage au petit matin présente pour l’essentiel les mêmes formes qu’au coucher du soleil. Passage au magasin de peinture Artacrea/Graphigro (120 rue Damrémont). L’odeur du solvant envahit mon bureau. J’entends bien ce qu’elle me dit. Rachel Wolf. Paris. une boîte de peinture. d’unifier un sujet complexe et de révéler la solidité d’une forme. Le coucher du soleil avait transformé cette zone industrielle en une merveilleuse composition de forme et de couleurs. 17 h 30. J’y avais dessiné cette œuvre en avril dernier. Lucette. Maryland (40x40 cm) : “ Une heure d’étude pour un moment de quelques minutes. commentant le portrait de Kareen. Je vais tenter de peindre La Trinité. Jeudi 25 décembre 2003. Je l’ai installé dans mon bureau à Paris. ” 13 h. j’ai créé un espace “ livres d’art ” dans ma bibliothèque. mais il est complètement différent.

C’est l’équivalent de la transversalité pour un individu. puisque nous avons décidé d’inscrire notre dossier Vallin/Hess dans la philosophie. Chère Vallin. J’ai lu 88 pages du livre de Sarah Walden. Outrage à la peinture. je me mets à peindre les fonds de ces trois toiles + celle en forme d’ellipse. 309 218 . Je vais les travailler par trois. L’après-midi. violant l’image. vers 16 h. Outrage à la peinture. et une série de portraits paysage. par opposition au pathos. Dans une lettre à Vallin. j’ai commencé le livre de Silvianne Forester sur Van Gogh (chez Hélène où j’ai couché). jusqu’à la page 126. ou comment peut la restauration. Mais je suis tout à fait d’accord avec vous (et avec Deleuze). Il est question de l’identité de l’œuvre. 23 h. Ce sera le début d’une série. J’indexicalise. logiquement. 26 décembre. Il faut que je me mette à visualiser mon idée. ou comment peut la restauration. violant l’image. Je suis content de ce que j’ai fait.Ce matin. on cherche à raisonner selon un modèle hypothético-déductif. On n’excluera donc rien a priori. Bon. 17 h 30. la philosophie a besoin de la non-philosophie pour s’incarner. de sa structure. au réveil. l’un de mes proches amis Sarah Walden. Mais il doit surtout tenter de représenter ou la transversalité des paysages du sujet (portrait paysage). de ce qui nous passe par la tête. ou les grands moments de la personne (portraits des moments). J’achète 3 châssis de 81 x 66. 175 pages. Objet : Outrage à la peinture Le 26 décembre. je continuerai demain. je raconte : “ De Hess à Vallin. détruire les chefsd’œuvre. Je vais tenter une série de portraits des moments. 23 h. En arrivant rue Marcadet. La philosophie veut s’inscrire dans le logos. 2003. j’ai acquis un très gros pinceau un peu plutôt. c’est l’ensemble des relations à l’intérieur de l’œuvre (p. Paris. J’ai retrouvé un châssis ovale. Ce qu’il faut absolument préserver dans une œuvre. Mais. La Trinité n’occupera pas tout l’espace des tableaux. j’avance le Van Gogh de Vivianne Sylvester (jusqu’à la page 40). de son principe. 188). Seulement un angle (gauche). Vers 11 h 30. Ce matin. Chez le droguiste du quartier. Ivrea. 15 h. en cas de restauration. que j’ai indexicalisé : c’est un livre vraiment fantastique . où j’explorerai la question de la transversalité des moments. je lis Sarah Walden que je poursuivrais durant toute la journée. Il me faudrait vous écrire quelque chose de sensé. Il faut que j’en fasse le fond demain matin en faisant les fonds de trois autres châssis que j’irais chercher chez Artacrea/Graphigro. Quelle est-elle ? Le portrait peut donner une image de la personne. Donc. Elle a une formule. détruire les chefs-d’œuvre 309 . je passe chez Artacrea/Graphigro.

ni vraiment de peinture à l’huile (sauf une fois par erreur. Elle faisait la marchande. 175 pages). Son père ouvrier-peintre s’est mis à son compte. etc m’organise un rendez-vous avec le directeur de l’Ecole des beaux-Arts (qui était un de ses amis). Bon. se développe selon des modes transductifs. C’est en entrant dans le magasin (“ Bonjour. que ma belle-mère a tenu. Cette grandmère est morte en 1962 : j’avais 15 ans. ou comment peut la restauration. J’ai voulu faire les Beaux-Arts à 15 ans. Outrage à la peinture. er 219 . Il accepte. mais enthousiaste par ma lecture. j’ai fait l’index de mon livre Le lycée au jour le jour. lorsque je lis Dali. des pinceaux. mon aînée. Je fais trente couvertures que je signe Remi de Sainte-Gemme. lors d’un voyage à Brasilia en septembre dernier. Ce détail pour ma relation aux épicières ! Charlotte fait raconter cette histoire à sa Mémé. il y a trois semaines. hier après-midi. que je devais vouloir m’orienter ainsi pour contempler des modèles nus. J’écoute en lisant un autre ouvrage : Sarah Walden. J’ai restauré ce matin un cadre de 1916 (cassé par ma fille Hélène. La transduction. sans dessin. c’est le mode qui fait passer d’un moment à un autre sans transition logique. Cela ne me prend pas beaucoup de temps. un chevalet (mon matériel de peinture acquis cet été est à Sainte-Gemme). Le 24. mais il me parle. Parenthèse. Je l’ai bien connue. Mon père qui était persuadé que l’on ne fait pas carrière dans l’art. alors qu’elle été jeune fille. sur le métier de commerçante de sa grand-mère. Ainsi. hier. Non seulement. selon les principes lus dans La peinture à l’huile. Depuis. J’ai acquis Outrage à la peinture. En 1996. C’est un livre qui explique comment ont été faites. mon éditeur ne veut plus payer les dessins de couvertures des livres de mes collections. j’en étais là. Donc. Cela permet de retrouver immédiatement les endroits où l’on parle d’une notion : le moment. Il a ouvert un magasin de peintures à Givet (Ardennes). le précédent : Jean Oury. je vais acheter des châssis. Aujourd’hui que j’ai la tête à cela. je m’aperçois qu’il y a une tradition de dessin dans ma famille. Création et Schizophrénie. qu’il me faut rester au lycée pour passer mon bac. Ma belle-mère et mon beau-père sont là. violant l’image. je prends conscience que j’ai un moment des arts plastiques. je m’amuse à indexicaliser les ouvrages que je trouve importants. mère de deux gosses : 3 et 2 ans) : un dessin de ma grand-mère fait par son fils Lucien (il avait 16 ans). Faut-il ou non intervenir sur le travail du temps. J’avale le livre beaucoup plus vite que je ne l’imaginais. Elle pose des questions précises. mon père (décédé) ne m’empêchera plus de faire ce que j’ai décidé de faire… Donc. parfois indiscrètes. etc. parce qu’au plus profond de moi-même il y a une historicité de la peinture. Madame ! ”) que mon beau-père a rencontré sa future épouse. je lis un ouvrage : La peinture à l’huile. je commence à en composer l’index (indexicalisation) à partir de la page 18. En 1989. livre technique que je veux feuilleter pour éviter de faire de grosses erreurs. ils viennent passer quelques jours. Ils habitent Charleville. et qu’à mon âge. même si globalement je me fais confiance pour oser tâtonner. a insisté sur le fait que la pensée. une boîte de tubes. On apprend dans l’interaction entre la théorie et la pratique. l’instant. J’avais peur qu’il soit rébarbatif. Avoir trente dessins imprimés n’est pas donné à tout le monde… Mais mon histoire avec le dessin commence vraiment le 25 février dernier. Je peins le 25 décembre trois fonds de cadres moyens (55 x 46 cm). Il veut faire des couvertures. détruire les chefs-doeuvre (Paris. Là. Pourquoi ? Eh bien. Je n’ai jamais fait de toile. où j’avais pris une boîte de tubes d’huile alors que je pensais emporter de la gouache). Celui-ci me dit sérieusement que je ne suis pas doué. Elle s’y connaît en peinture.(René Lourau). etc. techniquement les peintures. et je la retrouve avec tendresse dans ce cadre… Lucien est devenu musicien (maître de chapelle à la Cathédrale de Reims durant 25 ans)… Toute mon histoire de vie est donc une partie de cache-cache avec le dessin. Chaque Noël. Ma belle-mère trouve mes couleurs jolies. je lis ce livre. souvent illogique au sens hypothético-déductif. Je lui dis que je connais un dessinateur qui les ferait pour rien. Je me dis hier ou avant-hier que je vais faire de grandes peintures avant le 1 janvier pour pouvoir avoir des peintures de moi de 2003. Ivrea. malheureusement décédé. C’est une méditation historique et technique sur les problèmes de dégradation et de restauration du passé. 2003.

À d’autres époques. si je me mets à la peinture. Il y a quelque chose entre ce que je veux inventer et le surréalisme. la fille du philosophe chrétien… La Trinité. J’ai rempli de peinture à l’huile quatre toiles. Lire cet ouvrage quand je me remets à la peinture tombe bien. car elle est importante dans la mise en discours de mon moment peinture… Samedi 27 décembre 2003. Ce que je suis en train de faire. valeur symbolique. etc. etc. ils laisseraient de moi une image que je ne renie pas. ” Malgré l’inclination à la jalousie que Lucette peut avoir vis-à-vis de K. Marek vivait avec Raïssa Maritain. Il s’agit d’opérer des transductions entre le réel et le surréel. je continue intérieurement : “ Mais non. c’est de tenter de vous décrire les éléments d’indexicalisation qui se sont formés autour de moi pour que je conscientise mon désir de me mettre sérieusement à la peinture. je me considère comme un peintre. je me dis : La Trinité de Papa doit valoir 50 000 euros. du point de vue de la peinture. si je disparaissais. les artistes ont tout fait pour trouver des pigments qui résistent au temps. de poésie et de liberté (maintenant : d’arts. Il faut que je la vende pour me construire un atelier dans ma maison de campagne. j’ai la représentation de mon portrait des moments. J’ai encore une copie du dessin qu’il a fait de mon père en 1934. Depuis aujourd’hui. J’avais dit à mes deux sœurs et à mon frère : “ Servez-vous.qui ronge la plupart des œuvres. Dans ces 220 . ” Et à ce moment. entre le vécu et le rêvé. valeur d’usage. J’ai eu la chance de l’avoir au moment du partage des biens mobiliers de mes parents (ils n’avaient pas de biens immobiliers). entre le quotidien et l’onirique. C’est un tableau très beau. il va falloir les symboliser de manière originale. ” J’ai voulu inscrire cette lettre ici. Des très grands. À certaines époques. conçue comme valeur d’échange ! Cela. Ce matin. Plus on est créatif. Je prendrai ce qu’il reste ! ”. Ils n’ont pas flashé sur les cadres. ” Depuis que j’ai l’idée d’inventer Attractions passionnelles. Mais je trouve que les deux esquisses d’autoportraits que tu as faites à Brasilia en septembre ont davantage de force d’expression. J’avais déjà les archives de la famille en dépôt. je me dis : “ Je vais reproduire ce motif. Je me mets au défi de produire quelque chose de consistant rapidement. Beaucoup d’œuvres de Léonard de Vinci n’ont pas survécu au temps. je trouve sa remarque juste. Dans tout le fatras de cadres. 20 h. Mais rapidement. la créativité était celle de l’instant. Je vais mettre la trinité dans un coin… Je me représente assez bien ce que je vais peindre (j’en ai fait le croquis dans mon Carnet dalien 1). je me dis : “ Mais au fait. en l’état. Mais. Je mesure le maximum acceptable pour mon chevalet. au réveil. et l’affirmation de Lucette : “ C’est pas mal. j’ai décidé de faire des travaux qui représentent une personne à travers ses moments (portrait paysage. c’est pour expliquer à Vallin ma théorie des moments. Hier soir. Pensée aussitôt chassée : je ne pourrais jamais me séparer de ce tableau. Ces tableaux ne sont pas terminés. Je trouvais normal de laisser mes frères et sœurs se servir. L’apport par Kareen de mon portrait. j’irai acheter 3 nouveaux châssis. Mais en même temps. qu’est -ce que je vais faire comme peinture ? Il ne suffit pas d’avoir le matériel (même si l’essentiel) il faut une idée de motif ! ”. c’est de la transduction. Marek Szwarc était un ami intime de mon père. Je tombe devant un grand pastel ((120 x 80 cm) de Marek Szwarc (1936) représentant La Sainte Trinité. Comment s’institue le moment ? Donc hier soir. il y avait cette œuvre de grande valeur. en l’arrangeant pour en faire mon œuvre à moi ! ”. Bon. Il est 19 h. d’éducation et de philosophie). On se moquait de la question de la durée de l’œuvre. Je dois m’interrompre pour aller dîner chez Charlotte. Les moments n’étant pas tous du même registre. Je commence à regarder autour de moi. notre grande revue d’amour. moins on se pose la question de la dégradation. je me disais : “ Demain. C’est le bon moment ! Le déclic. portrait des moments).

21 h 50. Je le signe. Il me satisfait. Georges Lapassade et Françoise Attiba. mais je vais y travailler. 221 . J’ai pris Hajar en photo dans la pose qu’elle avait prise. Je refais deux fonds sur les châssis restants. sur le coup de 1 heure du matin. puis je me lance dans l’index des noms d’auteurs du Sarah Walden. Il faudrait qu’elle ait la patience de poser. Mehdi Farzad et Hajar. Stimulation de celui qui regarde l’activiste s’éclater. J’ai beaucoup d’idées pour les valoriser. Je pense que cela pourrait m’aider si je décidais de retoucher ce tableau (ce que mes amis d’hier me déconseillent). demain matin. a rajouté Charlotte. Je ne me vois pas travailler à partir de photos. Si je refais 3 toiles supplémentaires. car il faut que cela sèche pour que l’on puisse travailler. Quand les idées sont là. et qu’en faisant. Évidemment. Repas de réveillon avec Jacques et Cornélia. J’ai besoin d’en avoir plusieurs en chantier. d’acheter un pinceau fin pour terminer mon Index. j’ai envie d’aller rechercher des toiles chez Artacrea. Le 1er janvier 2004. sur une toile de format 73 x 54 cm. Ce sera ma première toile. il ne faut jamais expliquer ce dont il s’agit ”. Elle a envie de se mettre à faire des collages. il y a déjà toute mon œuvre. J’arrive à la page 61. En regardant la toile de Marco. Je lance deux grandes toiles (toujours le même thème : Jésus sauvé de l’incendie de la cathédrale par l’Esprit Saint). Dimanche 28 décembre 2003. Les autres doivent être retravaillé. car mon pinceau actuel ne permet pas d’écrire fin. cela fera dix. j’ai dérapé : je suis entré dans autre chose. c’est que j’avais l’idée de faire une toile pour illustrer la théorie de moments. Lucette pense qu’i faut faire sauter le terme “ index ”. il n’y a plus qu’à les mettre en œuvre. comme Kareen. je me mets au travail dès que les parents de Lucette partent. sa femme enceinte de 8 mois et 3 semaines ! J’ai l’idée de lui faire son portrait. Charlotte va venir dîner à la maison.. Nécessité. 18 h 20. Je suis heureux de pouvoir travailler à partir de modèles vivants. des vrais. Demain matin. Faire un tableau par jour ne me semble pas impossible. Hajar m’a semblé vraiment belle. Lucette voudrait que je change de problématique. Puis je me risque à un autoportrait. Si seulement je pouvais la faire poser encore une fois. Il faut que je tienne ce rythme de production durant tout le mois de janvier. Ce que je dois constater. Je la signe. sûrement. je nettoie cette toile faite à toute vitesse. avant son accouchement ! 20 h 40 Charlotte aime mon portrait d’Hajar. Et au Brésil ? Gouache. je me dis que je ferai autre chose dans ma peinture. Cornélia l’a trouvé très réussi. “ En art.quatre toiles. Aujourd’hui. Voudra-t-elle poser ? Van Gogh n’a jamais peint son frère Théo. Elle trouve que peindre Dieu est une idée bizarre. c’est loin d’être abouti.. Outrage à la peinture. Je me demande ce qu’elle va pouvoir dire du portrait d’Hajar. Je pourrais peindre Lucette. En me réveillant vers 12 h 30. il me faudra un pinceau plus petit. Si je veux terminer cette toile.

Je n’ai pas dit que, ce matin avant de me lever, j’avais vécu entre deux eaux (veille, sommeil). Je voyais des couleurs ; je voyais des choses à dessiner. Moment de bonheur, de satisfaction profonde. Malheureusement, après le café, toutes ces visions avaient disparu. Hier, Georges Lapassade m’a demandé si j’avançais dans mon livre sur René Lourau. Je lui ai dit : “ Pas trop ”. C’est ce livre qu’il me faudrait travailler pour reprendre le surréalisme, et une exploration de mes capacités oniriques, jusqu’à maintenant enfouies, très peu stimulées. Leur activation est indispensable pour créer. L’exaltation, la transe créatrice n’est possible que si l’on se laisse aller à rêver. L’atelier que je suis en train de monter autour de moi me fait penser à un jardin. Dans un jardin, il y a toujours quelque chose à faire. Plus on fait, plus il faut faire. Pour la toile “ Portrait d’Hajar ” (N°8 dans mon catalogue des œuvres complètes), je suis vraiment content de l’avoir faite. Vendredi 2 janvier 2004, 15 h, Ce matin, très tôt (je me suis réveillé à 4 h 30), j’ai terminé le livre de S. Walden. Je me suis dit qu’il faudrait en faire un compte-rendu détaillé, un long texte, méditer à partir de cela sur ce qu’est un tableau, sur ce qu’est une toile, à la fois au sens propre, mais aussi au sens que pourrait avoir la peinture comme métaphore de l’âme, du principe de composition et de recomposition du sujet. Le sujet est fait de moments, mais ces moments se combinent, se conjuguent dans une cohérence, dans une unité du sujet… Cette thématique serait à travailler longuement, dans une clinique des moments. Vers 10 h 30, je suis parti avec Lucette et Charlotte pour aller visiter l’exposition Edouard Vuillard : très intéressante, bien qu’il y ait trop de monde pour vraiment en tirer quelque chose. Une telle visite est documentaire. On se rend compte de ce que l’autre a fait (succession de problématiques). Quelques idées : j’ai vu ses petits carnets (les miens sont plus professionnels) ; je n’ai pas vu son journal. Quel forme a-t-il ? Comment apprendre quelque chose sur ce journal ? J’allais à l’exposition, pour en savoir plus sur ce point. Je rentre donc bredouille. Un peintre qui écrit, c’est très utile. Delacroix m’a beaucoup apporté. D’ailleurs, ai-je terminé son journal ? Pas tout à fait. Dans la peinture, on met des choses qui sont des perceptions que l’on a avant d’avoir accès au langage. Ce matin, en cherchant à me rendormir, après le réveil, image d’yeux. Idée que je devrais peindre Georges, lui demander de poser, ce serait important. Hajar me plait bien. Je dois oser me lancer régulièrement dans cet exercice du portrait vivant. A l’exposition, je n’ai pas acheté le catalogue : 99 euros. J’ai eu tord. Mais actuellement, je ne dois pas avoir les moyens de faire cela. Idée aussi de relire mes livres sur Dali (avec les peintures). Il faut que je trouve un mode de travail qui permette d’allier l’inspiration d’un motif, à la construction du détail. Dali est un maître sur ce plan. Idée d’aller voir l’exposition “ Jacqueline ” Picasso, présentée actuellement à Paris. Elle se termine en mars. J’ai donc du temps. Comment se fait-il qu’autant de gens veuille voir de la peinture. Quand j’allais au musée de Reims, voir les Dürer, j’étais souvent tout seul. C’est comme avec la course à pied. Quand je la pratiquais, j’étais seul à courir au parc Pommery. Aujourd’hui, les gens courent en troupeaux ! Je me ferai mon musée à moi, avec mes toiles. Plaisir réel de regarder Hajar. Nécessité profonde de produire mon œuvre peinte. Je l’ai au fond de moi, et elle est là qui attend de sortir. Quand quelque chose sort, je me sens mieux ; je me reconnais vraiment dans ma peinture.

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Avec l’écriture, j’ai déjà beaucoup exprimé, j’ai déjà formulé l’essentiel de ce que j’ai à dire. Je me suis donné 68 livres à écrire dans ma vie. Je dois approcher des cinquante. Ce qu’il me reste à écrire est donc résiduel, même si les derniers livres sont souvent les meilleurs, en ce qui concerne les auteurs de sciences humaines. Pour ce qui est de ma peinture, j’ai évoqué l’idée qu’elle a un rapport au jardinage. Cette idée m’est revenue. Je l’ai exprimée à Lucette. Elle m’a dit : “ Oui, tu fais du jardin comme de la peinture ! ”Idée qu’en cette période de l’année, la pratique du jardin est impossible : la terre est gelée. Par contre, pas de problème pour peindre. Cet été, j’avais déjà acheté tout le matériel de peinture, mais je n’ai pas pu m’y mettre. Je n’ai fait qu’une gouache en deux mois. À Sainte-Gemme, l’été, il y a toujours quelque chose d’autre à faire que de peindre. Il y aurait des saisons pour les moments. Sur le thème du jardinage, le rapprochement avec la peinture, c’est l’idée que dans un jardin, il y a toujours quelque chose à faire. Quand on se met vraiment à la peinture, on a des toiles d’avance. On fait les fonds. Pendant qu’ils sèchent, on peut reprendre une toile déjà commencée, faire une retouche ici, mettre du vernis là, etc… Dans le jardin, on passe d’une chose à l’autre, continûment. Il y a des taches longues et fatigantes qu’il faut programmer (bêcher, labourer), d’autres décident de l’avenir du jardin (semer, planter), d’autres impulsives (couper un arbre), d’autres visent l’allure de l’ensemble (couper et ranger le bois, passer la tondeuse, tailler, enlever des mauvaises herbes), d’autres enfin visent à jouir de la production (cueillir, récolter). Dans la foulée, il y a les ratatouilles, les confitures, la confection de salades, etc. Dans l’atelier du peintre, il y a beaucoup de taches à gérer presque ensemble. Nettoyer les pinceaux, c’est un truc qu’il me faut faire. J’oublie, et c’est mauvais. Pareille pour les palettes. Si je ne les nettoie pas, mes fonds seront de plus en plus gris. Édouard Vuillard dit que les peintres inspirés mettent du jaune pur, sans mélange. Essayons. Mes six premières toiles que j’avais intitulées : “ Jésus sauvé de l’incendie de la cathédrale par l’Esprit Saint ”, déc. 2003 deviennent “ Sauvé du feu ”, déc. 2003. C’est avec Charlotte qu’il nous semble que l’artiste doit être sobre dans ses titres. Autre sujet de discussion avec Lucette : à quel moment une toile doit être arrêtée ? Le bon moment. Eugène Delacroix le formule à sa manière : “ Il y a deux choses que l’expérience doit apprendre ; la première, c’est qu’il faut beaucoup corriger ; la seconde, c’est qu’il ne faut pas trop corriger. ” 16 h 20, Je rentre des photocopies : j’ai fait trois photos couleurs de mon index des matières de Sarah Walden : joli. J’attends maintenant Gaby Weigand, qui doit arriver de Munich. Nous projetons de travailler trois jours ensemble. On voudrait essayer de terminer le livre sur L'observations participante 310 . Je ne puis donc aller au magasin chercher des toiles et mon pinceau… Je n’ai pas noté que j’ai ouvert un Carnet dalien vol. 3 : c’est hier que j’ai eu cette idée. Vers 4 heures du matin, le 1er, Françoise Attiba a parlé peinture avec moi. Elle trouvait que c’était une excellente idée de me mettre à peindre. Je lui ai montré mes carnets daliens (1 et 2). Lucette a voulu que je sorte celui de 2000 (bandes dessinées à partir d’épingles à nourrice)… Le commentaire positif de Françoise m’a entraîné plus tard dans la journée à ouvrir un Carnet 3, alors que le volume 1 n’est pas bouclé. J’ai terminé le 2 (où dominent les
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R. Hess, G. Weigand, L'observation dans les situations interculturelles, Paris, Anthropos, 2006, 278 pages.

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collages de chutes de photos), mais il reste 1/5 de pages vides dans le volume 1. Or, le volume 3 a la même destination que le 1, à savoir saisir les images qui me traversent l’esprit et que je ne puis formuler autrement que par un dessin. Je me suis aperçu que chez Vuillard, ce procédé était relativement poussé. Il dessinait avec un crayon à mine. Moi, je préfère le stylo bille. Cela se conserve mieux. Il faut que je prépare mon voyage au Brésil. J’aurai du temps. Il faudra peindre, beaucoup peindre, mais sur papier. Je ferai de la gouache. Il me faut préparer mon voyage, notamment en emportant du matériel adapté à ce voyage. Il me faudra emporter mon Carnet dalien. Appel de Pascal Dibie qui nous présente ses meilleurs vœux. Il est à Chichery. Lucette lui dit que je me suis mis à la peinture. Il est curieux de voir cela. Il me faudra le peindre. Hubert De Luze me fait parvenir Remords (sa partition de harpe) qu’il dédie à mon fils Romain. À première vue, c’est trop difficile pour son niveau, mais je suis sûr qu’il sera fier de recevoir une partition signée du compositeur. 17 h 20 Je viens de relire ce journal. Je me demande si je ne vais pas le faire parvenir à V. qui lit actuellement Le sens de l’histoire. Mais elle a déjà pas mal à lire actuellement. Il vaut mieux que je continue un peu mes méditations avant de lui faire parvenir ce texte. Coup de fil de Christine Delory-Momberger. Je lui dis que j’ai passé un 31 janvier déprimé : cela ne s’est pas trop vu. Mais j’avais reçu un courrier qui me faisait douter de mon projet d’œuvre. Il visait à critiquer le projet d’une écriture pour l’autre. Il exaltait l’écriture pour soi. Il était écrit sur un mode très rationnel, mais quelque chose, au fond de moi, résistait : je trouvais qu’il sonnait faux, mais je ne parvenais pas à dire pourquoi. Le réveillon s’est bien passé. Surtout, j’ai eu l’idée de faire le portrait d’Hajar. Quelle résurrection ! Toute la tristesse, que je portais en moi s’est projetée sur ce portrait. C’est injuste, car fondamentalement Hajar est gaie ! Réminiscences. Je pense beaucoup à Jean-Loup et Pierre Hugerot, amis d’enfance un peu plus âgés que moi. Parmi leurs moments : la peinture. Jean-Loup était terriblement inspiré par Van Gogh. Il m’a influencé dans les années 1950. Ils suivaient des cours de dessin. Et Jean-Loup faisait exister le moment de la peinture dans la maison de ses parents, où je prenais beaucoup de plaisir à aller. Leur frère, François, plus jeune, était mon meilleur ami. J’aurais plaisir à retrouver ces garçons, pour évoquer avec eux, ces épisodes artistiques de ma prime enfance : pour cela, projet d’aller à Reims, où de nombreuses manifestations sur Le grand Jeu sont prévues. Chez les Hugerot, il y avait toujours des livres de peinture. 18 h, Je viens de nettoyer mes pinceaux. Il faudrait faire la même chose avec la palette. Sinon, je tendrais vers le gris. Mardi 6 janvier 2004, 7 h 30, Avant de partir à la fac, je veux noter quelques récents épisodes. L’arrivée de Gaby Weigand m’a obligé à travailler sur le livre L’observation participante. Hier, on a travaillé

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jusqu’à midi, heure de son départ. J’aurais été heureux de la peindre. Gaby a le profil des modèles de Dürer. J’ai beaucoup aimé Dürer. Une vingtaine de ses productions sont au Musée de Reims. Quand j’étais jeune, je n’avais que cela à me mettre sous la dent. Avant qu’elle ne parte, j’ai fait quelques photos d’elle, espérant pouvoir en faire quelque chose, peut-être un portrait paysage. Il me faudrait y mettre Ligoure, mais aussi quelques paysages de Wurzburg. Il me faut lui demander de m’envoyer des photos de paysages ou de lieux qu’elle aime. Dès que Gaby est partie, j’en avais marre de l’écriture (on a travaillé trois jours d’arrache-pied). J’ai cassé une petite croûte (du pain et du fromage), bu une bière, puis je me suis mis à lire les ouvrages offerts par Hélène, la veille à l’occasion de notre Noël avec les petites filles. Hélène m’a beaucoup gâté. Elle m’a donné une photo de moi avec Constance, un carnet à dessin de chez Moleskine. C’est le type de carnet qu’utilisaient Van Gogh et Matisse. Il a un format assez grand (21 x 13 cm), différent des minuscules carnets que j’utilise jusqu’à maintenant. Je crois que c’est celui que je vais emporter au Brésil. Hélène m’a offert un petit livre sur, d’Yves Scorsonelli 311 , les Lettres d’amour de George Sand et d’Alfred de Musset 312 , qu’elle destinait à Charlotte, mais celle-ci se les était déjà offertes ! Et enfin de Guy Debord, Rapport sur la construction des situations 313 . J’ai évidemment commencé par cet ouvrage, que j’ai trouvé un peu vieilli, qui m’a un peu ennuyé, mais que je reprendrai dans une autre disposition d’esprit. En fait, son utilisation du concept de situation me semble vraiment datée. Dès 13 h 30, lorsque Jeannette est survenue, Gancho est venu me rejoindre dans mon bureau, et je me suis mis à la peinture. J’ai peint ma dixième toile : “ La Constance et le Roy de la salade ”, 73 x 54 cm. Je ne me suis arrêté, que lorsque Lucette est rentrée de la fac, fatiguée, épuisée. Je lui ai préparé une salade Constance que j’ai photographiée. Je reprendrai cette photo pour terminer ma toile. Il reste de la place pour mettre la salade. L’idée de peindre Gaby rejoint une idée que j’avais beaucoup plus jeune. Quand j’ai acheté la maison de Sainte-Gemme, je rêvais de me mettre à la sculpture. J’aurais voulu faire des statues de mes amis, pour les installer dans mon jardin. En attendant de réaliser cette idée, j’ai envie de faire une galerie de portraits. Ce matin, en regardant ma toile d’hier, j’ai eu l’idée d’une toile à partir de la photo des institutionnalistes. Je me disais qu’il me fallait faire une peinture de René et Georges. Je vais les placer ensemble dans le contexte d’un repas Rue Marcadet. Je pense à la photo de René en robe. La peinture permet des arrangements. Composer le tout avec la figure d’Henri Lefebvre. Hier soir, je n’ai rien pu faire d’autre que de contempler “ Le Roy de la salade ”. La figure de Constance n’est pas terminée. Il faut que je la retouche. Malgré tout, même dans l’état actuel, je pense qu’Hélène va être contente de voir cette toile qui a impressionné Lucette. Elle m’a dit : “ Il va falloir que tu sois très net, pour la transmission de ton œuvre ”. C’est vrai que les “ héritiers ” sont souvent accrochés au même tableau. Moi-même, je suis très accroché à cette toile, que je trouve très drôle. En dehors de la valeur d’échange d’une toile (quand elle en a pris avec le temps), c’est d’abord une question affective. Personnellement, je me demande comment je pourrais vivre, si je n’avais pas Marek Swarz. 22 h 45, En rentrant de la fac, je suis passé chercher le pinceau riquiqui et 9 toiles 46 x 33 cm.
311 312

Yves Scorsonelli, L’huître, dix façon de la préparer, Les éditions de l’épure, 1996, 2002. Lettres d’amour de George Sand et d’Alfred de Musset, présentées par Françoise Sagan (Hermann, 2002, 170 pages). 313 Guy Debord, Rapport sur la construction des situations313 (Paris, Mille et une nuits, 2000).

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Je me suis mis à faire trois fonds. Et je n’ai pas pu m’empêcher de faire un essai sur le thème : “ Lire au lit ”, à partir du croquis “ relecture des épreuves de la valse ” du 8 mars 2003. Il faut le reprendre, car Lucette n’aime pas les quatre gros pieds au premier rang. Je vais être obligé de peindre une couverture à mes personnages ! C’est l’hiver, qu’ils en profitent ! Et comme Edouard Vuillard aime les décors à fleurs, je vais leur faire une couverture à la Vuillard. Charlotte n’a pas vu ce travail , car elle est passée juste avant, en partant à son cour. Elle est enthousiaste de la toile : Le Roy de la salade. “ C’est la meilleure ”, a-t-elle dit. Pour me montrer que l’on a des livres d’art à la maison, Lucette me sort : -Das XX. Jahrhundert, ein Jahrhundert Kunst in Deutschland, National Galerie, Nicolai, 1999, 660 pages. -Féminin, masculin, Le sexe de l’art, Paris, Gallimard/Electa, Centre Georges Pompidou, 1995, 400 pages. Je feuillette ces livres qui sont excellents. Beaucoup d’idées me viennent. Par transduction, je repense à une obsession de René Lourau en art : l’effet de miroir. On voit un tableau, dans lequel un peintre peint un tableau. Et l’on voit ce tableau sur sa toile qui contient une toile sur laquelle on voit la toile, à l’infini. À prendre en compte absolument lorsque je peindrai R. Lourau. J’ai une photo de lui en djellaba, que je vais utiliser pour produire cette image. Jeudi 8 janvier, 8 h 30
De Elizabeth C Claire (New York), Objet : merci ! Date : 7 jan 2004 22 h 53 C’était bien d'avoir entendu ta voix cet après-midi. Merci encore pour tout ce que tu fais pour m'aider. Dès que j'ai une confirmation de mon département pour le date de 30 avril, je rechercherai le vol, etc. Est-ce qu'il t'intéresserait de donner une conférence simple, par exemple, à la Maison Française (à New York University) pendant que tu seras ici ? Je l'organiserais volontiers dès que tu m'indiqueras ta préférence. Tu peux suggérer n'importe quel sujet. Même la peinture, si tu veux... Je t'embrasse, Liz. Chère Liz, Je suis heureux, aussi, d'avoir entendu ta voix. J'ai relu la lettre que je vais faxer. Mon seul problème, c'est que je viens de changer de fax, et je n'ai pas pu le brancher hier soir, mais je vais le faire aujourd'hui. Mon thème de conférence à New-York pourrait être : “ Remi HESS La construction des moments. Le sujet se construit à travers des moments, espace-temps qu'il aménage pour se sentir en sécurité : le moment du travail, du repas, du repos, de l'amour, du rêve, de la création artistique. Comment naissent et meurent les moments du sujet ? Après avoir beaucoup décrit ses pratiques de danse sociale, notamment dans son livre Le moment tango, Remi Hess décrit actuellement son entrée dans le moment de la peinture. En racontant cette création d'un nouveau moment, il réfléchira sur l'invention et la réinvention du sujet. ”

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Merci de tout ce que tu fais pour moi. Je t'embrasse. Je te joins un long curriculum vitae. Tu peux enlever tout ce qui ne t'intéresse pas.

Hier, j’ai commencé une nouvelle toile que j’intitulerai "Aimer, s’aimer 2", à partir d’un scanner d’une photo faite par Yves, à qui j’ai eu l’idée d’aller rendre une petite visite, en lui portant ma toile “ Le Roy de la salade ”. Choix de photos à scanner, que j’ai portées à Yves. Je regarde le livre sur Reims (démolitions après 1914). Je déprime totalement. Je me couche. Je vais avoir du mal à peindre cela.
Vendredi 9 janvier 2004, Hier soir, Christian Lemeunier vient me reconduire après le tango. Il reste jusqu’à 23 h 30. On parle peinture. Il pense que j’ai du talent pour les portraits. Il apprécie N°8 et N°10 : -Tu fais déjà des portraits de personnes dans tes livres. Ils sont toujours décrits, avec des traits, qui leur correspond bien : cela ne m’étonne pas qu’en peinture tu sois attiré par le portrait. J’imagine bien que tu fasses des paysages de personnages. Christian n’aime pas trop la peinture à l’huile. Cela met trop de temps à sécher. Pour moi, ce n’est pas un problème. J’aime bien l’odeur de la peinture. Cela crée une nouvelle ambiance dans mon appartement. Avec Christian, on parle encore de fresques. On aborde les questions techniques. Il préfère travailler sur toiles de jute, que l’on fixe ensuite au mur que directement sur le mur, car la peinture pénètre trop les supports en béton, par exemple. Pouvoir dégager la toile si l’on veut travailler sur le mur est bien utile, aussi ! Longue méditation ensuite en contemplant la toile rapportée du Brésil. Pour lui, le bal ici présenté est vraiment intéressant car il y a, d’une certaine manière, un refus de la perspective. Tous les couples ont la même dimension, quelle que soit la distance qu’ils soient de l’observateur. On essaie de voir comment peindre une fresque avec la pratique de tango de Paris 8, ainsi que la pratique du bord de Seine. Il a fait beaucoup de croquis, mais c’est difficile pour lui de rendre cette pratique. Je suis tenté de me mettre à cet exercice. J’en avais eu l’idée dès cet été, puisque j’avais mis un chevalet à SainteGemme, avec une toile du format qui conviendrait à cette image que j’ai dans la tête. Ce matin, au réveil, je travaille sur ma N°12 (“ Aimer, s’aimer 2 ”, 46 x 33 cm, 7 janvier 2004). Je donnerai maintenant la date de début et la date de fin d’une toile… Le format de cette toile est excellent pour travailler. Je commence à comprendre ce qu’il faut faire, pour faire apparaître progressivement les contrastes. Ce matin, je me disais que mes toiles me sont indispensables. J’ai besoin de regarder où elles en sont. Je ne comprends pas comment j’ai pu vivre sans peindre. Sur ma boîte électronique, ce message de Jean Ferreux :
“ Primo, Il faut ABSOLUMENT que tu ailles faire un tour avenue Matignon, entre la rue Guynemer et la rue de Penthièvre ; il y a là, en effet, plein de galeries qui te donneront des idées pour ta peinture. Non que tu en aies besoin, mais cela te permettra de voir "ce qui se vend". Deuxio : si tu

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ne t'occupes pas du chèque de P8, je risque d'avoir des problèmes graves de trésorerie. Je t'embrasse, J. ”

Dimanche 11 janvier, 12 h 15, Je viens de terminer deux fonds de toiles rapportées de Sainte-Gemme. L’une est bon format : 60 x 50 cm : c’est un châssis que j’avais rapporté de mon voyage à Berlin, en juin 2003, avec Kareen. J’avais acheté plusieurs châssis, mais j’en ai donnés à Romain, mon fils, lorsqu’il m’a montré ce qu’il avait fait. J’ai toujours avec moi sa toile, représentant un animal de bande dessinée, une sorte de moustique ; la toile est à dominante de vert et d’argenté (41 x 33 cm). Il lui manque un nom. Je lui avais payé 70 euros, ce qui avait provoqué des réactions négatives de certains proches : “ Tu fais travailler les enfants ! ”, etc. J’avais donné à Romain des cadres de format : 20 x 20 cm. C’est très petit. Minuscule, même. J’ai entrepris aujourd’hui ma N°13, sur ce format. Je l’intitule, en pensant à mon fils : “ Les escargots de Romain ”. Avec ce petit format, je fais un essai. Je tente de peindre le fond en construisant déjà le projet de la toile. C’est-à-dire que je n’ai pas fait un fond uni, mais le cadre dans lequel va prendre place le sujet. Le cadre est l’évier de Sainte-Gemme. Il reste à y installer le verre, avec ses escargots. Ce ne sera pas un gros chantier, mais il faut que j’attendre que la toile soit sèche pour démarrer. Cela amusera Romain. Hier, à Sainte-Gemme, j’ai pris aussi quelques photos de Reims en 1914, notamment des portraits de mon grand-père. Je pense les incruster dans mes toiles actuelles. Le 4° anniversaire de la mort de René Lourau me fait penser aussi à une belle toile, où je ferais son portrait paysage. Il me faudrait y faire apparaître certains personnages : Gérard Althabe, Michel Authier, son frère, Henri Lefebvre. Je pense aussi à ma toile pour Georges Lapassade. Je vais lui offrir pour ses 80 ans. Il me manque une pose de Georges au piano. Je l’ai à la guitare et à l’accordéon. Lundi 12 janvier 2004, 18 h 50 Je suis heureux de ma journée. J’ai commencé à peindre à 13 h 30 et j’ai terminé à 17 h 30. J’ai commencé 4 toiles : -N°14 “ Paul Hess à son bureau à la Mairie de Reims, le 20 septembre 1915 ”. -N°15 “ Paul Hess et ses amis de la comptabilité, Reims, 1915 ”. -N°16 “ La tireuse de carte ”, 46 x 33 cm. -N°17 “ Clair de lune institutionnaliste ”. Après une journée comme celle-ci, je sens que la peinture me va. Lucette m’a dit en rentrant d’un entretien à Fontainebleau, qu’elle se retrouvait dans mon travail de peintre. Elle rentre mieux dans ma peinture que dans mes journaux ! Hier, j’avais reçu Jenny Gabriel qui m’a expliqué que son père était peintre. Elle est partante pour Attractions passionnelles. Elle est restée une heure trente, pour me parler de sa thèse. Elle était suivie d’Isabelle Nicolas qui m’a laissé un poème. Elle aussi est partante pour Attraction passionnelle. Et aujourd’hui, j’ai accueilli Lucia Osorio (Rio de Janeiro). Elle est partante pour traduire Voyage à Rio.

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En arrêtant ma peinture, je me suis arrêté une heure pour regarder ce que j’avais fait. “ La peinture à l’huile est plus facile que l’aquarelle, m’a dit Jenny, car on peut toujours la reprendre ”. C’est vrai. Il va d’ailleurs falloir que j’arrête de commencer de nouveaux tableaux, et que je reprenne ce que j’ai entrepris. Il me reste 4 châssis. Je voudrais les mettre en œuvre, et essayer de terminer ce que j’ai commencé. En même temps, j’ai quelques idées que je voudrais lancer, mais il est évident que si je commence des dizaines de toiles sans jamais les finir, je vais avoir un problème technique. Les trois qui soient vraiment terminées ou qui peuvent être déjà présentées tel quel sont les 7, 8 et 10. Coup de fil de Georges Lapassade. J’ai eu l’idée de l’inviter pour un repas avec René Schérer. René fait du dessin. Je voudrais voir son œuvre et lui montrer la mienne… Cette activité de peinture s’incruste avec force dans ma vie. J’ai utilisé cette journée libre pour peindre, alors que j’ai trois articles urgents à envoyer à des personnes qui me relancent sans cesse (Christine Delory, Jean-Louis Le Grand et Geneviève Vermès). Si j’en ai le courage, je me mettrai, après le repas, au texte sur le tango interculturel. Mardi 13 janvier 2004, 7 h 55, Je n’ai pas beaucoup de temps avant de partir à la fac. Pourtant, je veux noter que j’ai bien dormi, ce matin, jusqu’à 7 heures, et contrairement à hier où je me suis réveillé vers 5 heures pour me rendormir ensuite, et me lever difficilement vers 9 heures. J’avais alors bu le café, et j’étais parti, plein de torpeur me recoucher en mettant la télévision. J’ai vu un téléfilm : la vie d’une famille recomposée. Tout en me laissant prendre (un peu) par le film, je me disais que j’aurais dû me lever. Or, je ne pouvais pas trouver l’énergie nécessaire pour me mettre au travail : composition de trois articles… Composition, décomposition et recomposition sont à l’ordre du jour de mon psychisme, ou mieux de mon for intérieur. C’est comme cela qu’il faut appeler l’espacetemps où se forment idées et images, entre le moment du réveil et le moment du lever. Je me dis qu’une famille recomposée, c’est une famille qui prend des éléments dans des familles antérieurement composées. Comment se compose, d’abord, une famille ? Comment se décompose-t-elle ? Isabelle Nicolas a vécu longtemps avec un musicien, qui lui a fait deux enfants. Apparemment, ils se sont séparés, mais ils ont gardé des relations fortes. Quand celui-ci est mort le 11 août 2003, d’un arrêt cardiaque en pleine canicule, Isabelle s’est décomposée. Qu’est-ce qui s’est décomposé chez elle ? Je l’ai écouté deux heures dimanche soir. Je n’ai pas posé de questions. Pendant qu’elle parlait, parfois, je me disais dans mon for intérieur : “ Remi Hess a été enseignant de sciences et techniques économiques et d’analyse institutionnelle ; il a été sociologue, psychosociologue, psychopédagogue. Il partage actuellement son temps entre la danse, la peinture et la philosophie. ” Cette phrase se construisait dans ma tête. Une sorte de composition d’un quatrième de couverture. Je me disais que j’étais peintre, avant tout. Quel rapport avec l’écoute que je faisais des propos d’Isabelle, confrontée à un problème de composition de sa thèse : -Comment dois-je procéder ? me demanda-t-elle. J’ai déjà réuni l’essentiel des éléments de ma thèse. Il faut que je m’accroche à cette composition de thèse, car je suis totalement décomposée, déstructurée. Ce travail pourrait m’aider à me refaire. Moi : -La dépression n’est pas négative, si on la contrôle. Lorsque j’ai perdu mes parents, en 1997-98, je suis entré dans une période de décomposition de ma transversalité. Certains moments n’avaient plus de raison d’être ; par exemple, mes longs moments passés à Reims,

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je voyais un livre. Dans un premier temps.auprès de ma mère. Je pense commencer encore 4 toiles. Elle me dit qu’elle a formulé cette phrase : “ J’aime mieux 230 . je pensais que mes méditations sur la composition. quel miracle qu’il ait survécu !). On a envie d’aller se coucher. on a envie de retourner au bal. Le terme de composition est plus souvent utilisé par les musiciens. Ce matin. c’est que lorsque l’on se fatigue d’un moment. et les Allemands ”. Mon grand-père entre 1914-1918. a construit sa vie en construisant son œuvre : un journal inestimable que j’ai publié en 1998… Je montre à Isabelle la photo de Paul à son bureau le 20 septembre 1915. avec les textes écrits par mes ancêtres et leurs descendants. La ferveur du début. je ferai une pause. je m’aperçois que si je ne vais plus à Reims. Idée d’une installation à composer pour le mois de septembre 2004 (vernissage le 19 septembre) : 90 ans. séparé de sa famille. c’est lui-même ”. Je pense à un texte de Christine Vallin sur le bal à cinq temps. des archives de Champagne m’a toujours perturbé. dit Isabelle. et à la fin de la semaine. Georges. la peinture. Reims. L’aspect que Christine ne voit pas. Hier. me restitue une discussion avec la direction de l’enseignement supérieur à propos de l’habilitation de notre Labo. J’ai souvent formulé des phrases proches. je vois le traitement des images sous forme de peinture. Martine Pretceille. Comment lui expliquer que la richesse du moment. Aujourd’hui. Pour ne pas me fatiguer de la peinture. Ils vont sortir. Puis la fête se décompose. Les 17 premières toiles que j’ai commencées renvoient à quelque chose de profond en moi. Cela me déplait profondément. “ L’œuvre de l’homme. Je suis à fond dedans. pour moi. Elle parle de déjà vu. et que je formule mal sous le terme “ La famille Hess. Ensuite. a perdu son sens. je dois être capable de transformer l’invivable en œuvre. Pourtant. -Oui. il faudrait que je compose mes trois articles. sur les problèmes franco-allemands. Par exemple. que j’ai du mal à mettre en forme livresque. au téléphone. lorsque l’on est fatigué d’autres moments. puis reprendre les premières. Il se prend et se reprend. en 1914. La fatigue intervient. celui-ci ne disparaît pas. c’est la composition. c’est cela qui sous-tend ma théorie des moments. Qu’est ce que c’est devenu ? Un champ de ruines. on retrouve une bonne condition physique. était compositeur. l’ami d’Isabelle. Et il y en a beaucoup des images ! Comment était Reims avant le bombardement de septembre 1914 ? Une des plus belles villes moyenâgeuse du monde. Reims est encore là. c’est la croyance qu’il y a des moments qui sont difficiles à formuler par des mots. puisque dans ma peinture. Cela travaille en moi. Pour la première fois. je situe la plupart des situations dans cette ville… -Si je suis une artiste. C’est lui qui parlait de composition d’un livre. obligé de rester au milieu des bombardements (22 fois la maison qu’il habitait a été détruite par des bombardements . Ou mieux. où il porte un masque à gaz en compagnie de ses camarades du service de la comptabilité… -Oui. A moins de travailler d’arrache-pied et de préparer le centenaire de 1914 ? Penser aussi représenter le dépassement de cela. Comment se compose-t-on ? Autre question proche : comment s’institue-t-on ? La composition et l’institution du sujet. sur un ton péjoratif. et une autre. de par son statut de fonctionnaire municipal. J’écrirai mes articles. Il y a des gens qui ont su se recomposer. vice-présidente du Conseil scientifique de Paris 8. certainement. J’y pense. disait Henri Lefebvre. Développer le moment Ligoure. la recomposition seraient à inscrire dans mon livre sur René Lourau. Pourquoi est-ce que je continue à être obsédé par ces choses ? La destruction. c’est que le lendemain matin. la décomposition. Le détour par la peinture. se composer en composant leur œuvre. je les composerai comme des toiles.

de mort. Cette exposition présente des dessins. technique utilisée. Quel message transmet cette œuvre ? Aider au déchiffrage de l’œuvre. La recherche documentaire permet de trouver des indications de la main de l’artiste lui-même. présenter son œuvre. Etude iconographique et sémiologique de l’œuvre. Il a une histoire de la Grèce jusqu’à la Comedia del Arte. Cela implique des partis pris rigoureux. Copyright. laissés par Vincent en 1885. Le collectionneur cherche-t-il à rester anonyme ? (coll. dimensions de l’œuvre. Notice concernant l’œuvre Tout ce que l’on peut savoir à propos de cette œuvre. si les gens du Ministère apprenaient que je me suis mis à la peinture. Le subliminal est un moment important. dans l’approche multirérérentielle et clinique de l’expérience (thème de mon laboratoire de recherche). Dire d’où elle vient. Exercice difficile pour des personnages comme Picasso. alors en début de carrière. Ce peintre. particulière). Il faut laisser place aux hypothèses. Cours de Pascal Bonafoux sur l’autoportrait au XXème siècle). que veut-il dire ? Que veut dire le masque ? Le masque (à l’Auguste) représenterait le clown sérieux. Donner au lecteur du catalogue les moyens de participer à la définition de l’œuvre. tous les matins. c’est comme cela que me perçoivent les experts du Ministère) qu’avec des pervers… ” Effectivement. Repères biographiques Date et lieu de naissance. Mercredi 14 janvier 2004. Y a-t-il une identification ? Ou une métaphore de toute relation sociale ? Autre hypothèse : c’est le contexte historique et politique qui implique ce masque. L’autoportrait n’a rien à voir avec la biographie. j’ai mis entre parenthèses. Vincent avant Van Gogh. sauf rare exception. Mais l’œuvre n’est pas que son intention. En 4 lignes. Autre hypothèse. Visage masqué qui fait l’affiche de l’exposition (1940). Et pourtant. On m’a dit que ce professeur est l’un des meilleurs d’Arts plastiques. à tord. Le Yongo Mita Popovitch. privée ou coll. Historique de la commande et de la production. 9 h 30. Ce type de texte prend le risque de ne donner qu’une justification à cette œuvre. exposé à la galerie de Paris 8 qui m’a donné l’information.. chez un 231 .travailler avec des fous créatifs (elle pensait à moi. cette dimension de l’être. au moment du réveil : c’est mon for intérieur. dans les autres. dit-il. ils ne verraient pas bien pourquoi l’Etat me confierait la gestion d’une équipe de recherche. que cela signifie-t-il ? A Breda. Quelle signification va avoir ce masque ? Le masque est un emblème. On risque de mettre la rêverie du spectateur entre parenthèse. Etre scientifique. Je me laisse gérer maintenant par lui.Titre. n’y at-il pas une place pour la peinture ? C’est pour moi une reprise de l’expérience subliminale : pour être un auteur de l’analyse institutionnelle. C’est un peintre. En cas d’exposition. L’organisation sociale et artistique qui se met en place n’implique-t-elle pas que l’on porte le masque ? Le nouveau régime exige l’hypocrisie. Je me décide à prendre des notes dans son cours. pour le catalogue. prévoir 3 fiches : Fiche technique : . (Paris 8. faire le choix de répertorier les éléments que l’on a devant soi. Il s’agit aujourd’hui de redéployer cette dimension. en matière d’œuvre d’art.

j’ai eu l’idée de relire ma préface à son livre. En regardant Paul à son bureau. Paul existe à travers le service de la comptabilité . chez Skira en 1985. on pourra établir qu’il s’agit d’un faux. Quel sens a pour moi cette prise de notes ? J’ai tout à apprendre de suivre avec précision. je me dis que je suis d’une famille. on existe en tant que “ fils de ”. il y avait de nombreux articles. Dans le monde. La bibliographie de l’œuvre n’est pas retenue : la bibliographie sur l’autoportrait est extrêmement réduite. En écoutant Bonafoux. par contre. le régime démocratique va entraîner le principe : un homme. Elle demande à son frère de récupérer les toiles. Je vais me présenter à Bonafoux. cela va être quoi ? L’histoire de l’autoportrait au XXème siècle. Aujourd’hui. une voie ?). j’ai regardé longuement mes toiles. par des analyses. L’identité. ce que je rencontre actuellement. Si l’on trouve. de choisir sa voie . est une histoire de la solitude en tant que telle : pendant des siècles. On s’inscrit dans une filiation : on en hérite. Je m’intéresse à l’autoportrait par le biais du biographique. des pigments qui n’existaient pas en 1885. fléché minute par minute . puis à Paris (1886). Pendant la pause. il n’y avait pas d’informatique. c’est accepter de donner ses empreintes digitales : nous sommes seuls avec nousmêmes. le coup de fil vous fiche : vous êtes suivi. rue Richelieu. La carte bancaire. Il m’encourage à consulter son livre à la bibliothèque. la télévision met fin à tous les rituels sociaux : on renvoie chacun devant la télévision. Je dis à Bonafoux que j’ai connu son existence. Ce cours est poursuivi au second semestre. Il n’y a pas d’interaction avec un présentateur de télévision et son public. c’est l’autoportrait de groupe. moi. à la vie des ancêtres. cela veut dire que vous comptez moins que… Par rapport à la thématique de l’autoportrait. Je lui demande les références de ses ouvrages. j’ai pu rencontrer une étudiante qui suit le cours depuis le début. etc. qu’il semble organiser. il part à Anvers.ami. mais peu à peu. 200 tableaux et dessins sont vendus pour rien. il a travaillé dans les bacs à fiches de la BN. entrer aux EtatsUnis. etc. Je veux faire émerger des collectifs. Tracabilité du parcours de l’œuvre. l’œuvre de Vincent Van Gogh commence à valoir de l’argent : Johanna avait prévu le coup. face à tous les pouvoirs. Retour de Bonafoux. D’autres livres vont sortir du fait d’une grande exposition. On a la liberté de faire des pas de côté. Nous avons de moins en moins conscience d’appartenir à une collectivité : comment ne pas imaginer qu’un catalogue ne soit pas une méditation sur l’identité aujourd’hui ? Pause. avec 20 ou 25 personnes de la famille). En 20 ans. où il y a un tracé qui subsiste. Hier soir. L’autoportrait est en relation avec la question de l’identité : dialectique entre modernité et identité. La science n’est pas le discours par rapport à l’œuvre : le discours scientifique a donc des limites . Lorsque Bonafoux a fait sa thèse. Chez moi. Il a fait un livre sur l’autoportrait. précis. Dès 1905. la subjectivité de celui qui tient le discours est à prendre en compte. Travail remarquable. dans le cadre de l’économie occidentale. Après. le Family (club de sport. La maison du voisin est vidée. par le biais de l’exposition. les choses ont 232 . de ce qui pèse sur nous. Le monde des médias consiste fondamentalement à isoler les individus . Théo meurt. épuisé depuis longtemps. en particulier. j’existe à travers de nombreux collectifs : la Place du 11 novembre (où j'habitais à Reims). mais souvent on revient à la confrontation aux archives. Andréas rachète le maximum. la famille (je pense à la photo prise à la maîtrise en 1952 ou 53. 1890 : Van Gogh meurt . Cette exposition de Breda expose une rigueur au niveau de l’histoire des œuvres. il y avait alors 3 livres sur l’autoportrait . il y a forcément une confrontation au portrait et à l’autoportrait : ce qui me travaille aujourd’hui. il faut prendre conscience qu'il est une réalité politique : on prend conscience dans le regard de l’autre. une voix (pourquoi pas un homme. La carte d’identité a été inventée au moment de Vichy : c’est une volonté policière.).

doivent être donnés. C’est un point d’interrogation. . Pour la responsabilité artistique. c’est un immense geste de générosité : tous les éléments nécessaires à la compréhension. comment organiser la logique de l’accrochage ? Double discours de l’autoportrait : table-rase et permanence. accrochage tableau sur tableau et les uns contre les autres sur toute la hauteur d’un mur. Comme le spectacle exige des choses qui frappe l’imaginaire. certains bons. en dehors du monde des professionnels… Donc. Dans le silence. d’être seul maître d’œuvre du catalogue. Au Luxembourg. A l’entrée. de bout en bout : avec les artistes vivants. Ce à quoi on se livre en organisant une exposition. Bonafoux pense qu'il faut travailler à partir des œuvres : Daniel Arras a fait le choix d’écrire en regardant les œuvres. Jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale. L’expo doit conduire le public à s’interroger. On doit concevoir le catalogue d'une exposition. il faut organiser l’exposition par thèmes. de Max Ernst est en mauvais état (Cologne). Barthes.ne pas renoncer à la complexité du problème à mettre en évidence. vis-à-vis de ceux qui sont dans l’exposition. catalogue de Kondbly (Kandbly). m’avait-on dit. Ne plus regarder les choses après comme avant. plutôt que de recopier ce que l’on a écrit sur elles. comme une chambre d’écho : polyphonie. L’exposition doit avoir une qualité fondamentale : susciter le débat. La force des thèmes va déterminer l’accrochage. Les textes d’histoire de l’art sont souvent écrits à partir d’autres textes. Les quatre chats en mauvais état aussi à Barcelone. tradition d’art moderne au XIXème siècle. Barthes met en branle sa réflexion à partir de deux éléments : . de l’essentiel de ce qu’il est. autour d’un thème. comprendre de quoi il s’agit. En tant qu’organisateur d’exposition. L’accrochage doit permettre de comprendre le sens du projet.regard patient sur l’œuvre . Pour mettre en évidence cette extraordinaire dimension. Le Seuil a réédité ce texte. Chacun des visiteurs a le droit à des égards. On recherche le complémentaire. Ainsi. L’autoportrait de groupes aurait été : Le Rendez-vous des amis. en 1945. Le considérer comme ne connaissant pas les contextes. et donc l’aider à entrer dans les références dont il a besoin pour développer sa propre lecture. Une expo. auquel on est contraint d’avoir recours pour produire l’œuvre. Pour mettre en évidence permanence et rupture. Ce Musée du Luxembourg a cessé d’être musée d’art contemporain. Se poser des questions. Le commissaire décide : il assume ses choix. L’ordonnancement de l’expo suppose que l’on soit intraitable sur le regroupement des tableaux. assumer tout. ne pas tenir compte de leurs exigences pour l’accrochage : l’artiste n’a pas à choisir le lieu où un tableau doit être placé. Au Musée du Luxembourg. c’est un show. Partir du principe que l’on va avoir pour public des gens curieux. Accrochage. d’autres mauvais.être compris par tout le monde. tenir compte de la susceptibilité et de la vanité des vivants. il faut imposer le fait. Au XVIIème siècle. On reçoit un coup de fil de celui qui n’est pas dans l’exposition : il faut avoir un discours. Tous les tableaux doivent être à 80 cm du sol.le langage. Les textes respectent une double exigence : .changé : de nombreux livres ont été publiés . ne pas l’utiliser. 233 . La mise en branle d’une exposition. S’interdire le vocabulaire spécialisé. c’est le respect de deux choses : donner à découvrir. Le Palais de Tokyo a pris le relais. c’était l’antichambre du Louvre. Le mot “ état ” pour une gravure n’est pas connu.

Hier soir. et 1949 (ligne qui se déploie dans la toile). C’est une forme de Saint Suaire. Au moment où je vais me mettre à la n°18 (“ 1 janvier à Rambouillet ”). D’autre part. 170 toiles. Puis. Elle est morte en 1950. 170 notices. Mercredi 14 janvier. comment s’y prendre ? En dégageant des moments dans le thème. 234 . Apparaît tout doucement le visage du Christ. Elle a passé toute sa vie à faire son autoportrait. Comme quoi je réussis à éviter les pertes de matière. cette discipline ne commençait pas en première année ou les doubles cursus n’étaient pas possibles à ce niveau. Des artistes qui se prennent comme objet de leur œuvre. Auparavant. j’aurai voulu m’inscrire en histoire de l’art (en double cursus). donc je suis ”. Dans “ Corps et vanité ”. On présente deux autoportraits qui s’opposent. Quête d’une ligne Deux autoportraits fantastiques 1907-1960 de Brancousi. Jeudi 15 janvier 2004. Gaston Bertrand : 2 autoportraits avec 40 ans d’intervalle. je reprends la toile N°1 et la N°12 sur laquelle je fais un grand travail au niveau du portrait er (visage). puis elle s’étalera. César 1960 La chronologie prend donc sa place. je m’offre quelques moments de peinture. Idée d’une toile “ Je pisse. Elle va d’abord dans un petit espace 600 m2 disponibles au Musée du Luxembourg. Je fais trois fonds (46 x 33 cm). 21 h 50. Comment composer une exposition ? C’est la question. je suspends mon travail. m’est revenu à l’idée qu’en 1967. Il s’agit de composition. Je nettoie mes pinceaux en les frottant d’abord sur un morceau de carton (60 x 50). en discutant avec Charlotte. 9 h. Palazo Stozza où 1200 m2 sont disponibles (Florence). Soirée avec Charlotte. il y a dix ans. Ce n’était pas possible. Cette logique de ne rien vouloir perdre me conduit à faire des mélanges de couleurs qui ne sont pas toujours très heureux. L’exposition bouge. En relisant ma préface à Paul Hess (La vie à Reims…). 170 artistes. Derain deux toiles : 1899 et 1953 Matisse : 1901 (plagiat de Rembrandt).Ce cours me passionne. j’ai trouvé un passage sur sa fréquentation d’un cours aux Beaux-Arts. Helena Schjerfbeck a été présentée dans Lumière du nord. car Lucette rentre de la fac. lorsque je me suis inscrit à Nanterre comme étudiant de première année. après mon article sur le tango envoyé à Geneviève Vermès. Mettre en évidence que l’identité fondamentale de l’artiste est son œuvre elle-même. Je suis seul dans ma salle de cours. Enfin ! Il va falloir que j’apprenne l’entretien de mon matériel. J’en profite pour noter deux choses qui me sont revenues ce matin dans le Moment du for intérieur. alors .

Paul Gauguin. Racontars de Papin. sans songer qu’ils étaient euxmêmes un miroir ”. tout cela contribue à nous écorcher aux ronces 315 ”. 158 pages.. A Reims. qui sont capables de faire plusieurs choses à la fois. mais les femmes.. 1970 318 J. Anthropos.K. E. Genève. le peintre n’est esclave. Moments pédagogiques. Je découvre qu’Albert Dürer a tenu un journal : Pascal Bonafoux le cite (p 27) : “ Un bon peintre est en effet rempli de figures en lui-même. ” Albertus Durerus. Korczak. dans une réflexion qui pourrait s’intituler : le portrait des moments. Le concept de portrait paysage(s) serait à développer. Lettre à Emile Bernard. de ses idées intérieures dont parle Platon ”. En prenant ces notes sur le livre de Pascal Bonafoux. 1951... A. cité. parce que j’aime une bonne ossature. Les moments pédagogiques 318 ). et qu’il ne me restait personne d’autre à peindre que moi. 2006. Lettres de Gauguin à sa femme et à ses amis. Je découvre la toile de James Ensor : Les cuisiniers dangereux (1896). mais je continue à le peindre. J’aime peindre des gens beaux. “ Devant son chevalet. août 1889. portrait-paysage. Zola. ce sont des Cranach. 1500. Entretiens avec David Sylvester. p 27). 317 Francis Bacon. Paris. ” 14 heures 30. et s’il était possible de vivre éternellement. Projet de préface pour son Traité des proportions (cité par P. les résultats toujours en dessous de ce que nous rêvons . Au rendez-vous des amis. Henri Rousseau peint : Moi-même. Lui. 1922..Il y a beaucoup de féminin chez vous.Veux-tu dire que je suis une femme ? . je repense à Sabrina. Je consulte le livre de Pascal Bonafoux sur les peintres et l’autoportrait : “ Quand ils faisaient leur portrait. c’était en se regardant dans un miroir. “ J’ai fait beaucoup d’autoportraits. Skira. (Paul Eluard.Non. je cesserai de faire des autoportraits. Je déteste mon propre visage et j’ai fait des autoportraits. “ Das malt Ich nach Meiner Gestalt. 1984. op. ce ne sont pas les hommes. Je trouve quelques citations intéressante : “ Les moments de doute. parce qu’autour de moi les gens sont morts comme des mouches. midi. il aurait toujours quelque chose à déverser en ses œuvres. et non des Dürer. ni de la nature. Bonafoux. Genève. ni de son voisin. Je lis attentivement le commentaire du tableau de Max Ernst. Je déteste mon propre visage. toujours lui 316 ”. 1946. 314 314 315 Pascal Bonafoux. Il est vrai que… Chaque jour dans la glace. en 1890. ni du présent. Paris. “ Une œuvre d’art est un coin de la création vu à travers un tempérament ”. L’art de l’impossible. je vois la mort au travail. Mais maintenant. Traduction de Janusz Korczak :“ Le moment approximatif ” (J. 125 (ou 123) du Pascal Bonafoux). Noricas. c’est vrai. Il en est de même pour chacun 317 . Elle me contredit : . La mort épiée.15 janvier. c’est sûr. c’est une des plus jolies choses qu’ait dites Cocteau. Les peintres et l’autoportrait. ni du passé. 235 . encore lui. et ce peu d’encouragement des autres. Paris. C’est vraiment intéressant (p. une de mes étudiantes de ce matin.. Donner à voir). Dürer. 316 Paul Gauguin. . faute d’avoir quelqu’un d’autre à faire. Mes haines. (à la bibliothèque de Paris 8).

Évidemment. je ne puis rivaliser. de lui avoir fait un visage cadavérique. ma relation à lui. avec textes et peintures (autoportraits). Elle m’a invité à remettre du rose sur tout cela. Pour ce travail. ce qui n’est pas une invention de ma part. que si je produis mes textes en retard. il avait 76 ans. Il a publié un livre sur Van Gogh (à lire le plus vite possible). le soir. Samedi 17 janvier 2004. Je me dis que si je ne m’autorise à peindre. mais ce travail d’observation fait remonter mes souvenirs. J’espère trouver ces textes à l’Université. Je viens de consulter la bibliographie de Pascal Bonafoux. et d’y faire passer des doryphores. passer moins de temps au restaurant. j’ai tendance à le vieillir. mes textes vont avancer. Car. par rapport à l’année 1915. à partir d’une photo d’Hélène et Nolwenn. que je me suis fait envoyer. Je me suis allé à souligner au rouge. je me rends compte que j’ai vu mon grand-père sur son lit de mort. mais que j’y ai trouvé : une sorte de cœur qui fusionne les deux personnages : cela donne quelque chose de profondément différent de l’original. mais je ne m’y mettrai que lorsque j’aurai terminé mon article pour Jean-Louis Le Grand “ Théorie des moments et clinique de l’expérience ”. mais un jeu auquel s’est livré mon fils. Ma création se limitera à condenser deux évènements successifs en un seul. 10 h 20 Hier. quand Nolwenn et Constance ont dit en voyant “ Le Roy de la salade ” : “ Bon Papa et Constance ! ”. quand j’avais 9 ans. j’y passerai du temps . Mon idée actuelle : le lien entre autobiographie (écrits autobiographiques) et peinture : Bonafoux y a pensé avant moi. sa photo m’est utile. Le portrait de Paul correspond bien à ce que je voulais mettre en relief de la personnalité de cet homme. je dois faire un effort d’autoformation technique. mais. Je n’en suis pas au bout de mes peines. mais ce n’est pas trop grave. un lien qui n’existe pas sur la photo. et c’est bien la couleur qu’il avait alors. Dans un premier temps. Les couleurs que j’ai choisies renvoient à mes souvenirs de l’appartement de la Rue de la Renfermerie où mes grands parents ont emménagé dans les années 1930. me semble une propédeutique nécessaire avant de laisser parler l’audace. Il me faudrait la réaction d’Antoinette. J’ai commencé la toile n°19 (Fusion maternelle). de sa présence intense au monde. Dois-je changer son visage ? Je n’en ai pas trop envie. après mon pensum d’écriture. La bibliothèque est bien équipée en arts : c’est une chance pour moi. Reconnaîtra-t-elle son père ? Ce sera pour moi le test. par un serveur spécialisé : énorme. Les écarts avec la photo de référence ne me dérangent pas trop. Je fais un lien étroit entre théorie des moments et peinture : il faudra l’expliciter. j’ai avancé la N°13 que je renonce à nommer “ Les escargots de Romain ”.Vendredi 16 janvier 2004. Pour faire un portrait de Paul. au niveau du style. mon challenge était d’utiliser les 236 . Dès que j’aurai une heure. que j’ai connu. de manière à ce que les gens se reconnaissent ! Par rapport aux professionnels. et j’en ai commencé une : d’abord. 11 h. c’était gagné ! Je voudrais faire évoluer mes portraits. Repasser par les modèles des peintres des siècles antérieurs. Il est mort. dans un premier temps. et que j’ai connu… Ce sont ses mains que je dois blanchir (je les ai faites en jaune). je vais avoir du temps pour peindre. Mais. Charlotte m’a reproché. j’ai retravaillé deux toiles. jusqu’à maintenant. je n’ai pas utilisé les ressources de la bibliothèque : il me faut changer de mode de vie. Quand je l’ai connu. Ensuite. Aujourd’hui. j’ai repris la toile N°14. mais plutôt “ Le cirque de Romain ”. sa fille encore vivante. Ayant laissé un espace exagéré au-dessus du verre. je me vois obligé d’y installer un fil au-dessus de la danse des escargots. pour oser une recherche. où il n’avait que 44 ans. comme l’ont fait les peintres du XX siècle. si je veux travailler dans la direction que je découvre.

déversées sur ma palette : je voulais nettoyer ma palette . il faut une toile qui lui corresponde. il faudra peindre “ Lucien. cela signifie pour moi jouer entre le fond et les habits de mes personnages. Cela vient du fait que j’ai déjà la 18 dans la tête. le groupe Korczak avec K et les autres. Diana et Cinque Terre ou Ligoure . -“ Sauvé du feu ” et les portraits de Paul (1914-18) s’inscrivent dans ce que je nommerai les moments traumatiques de la famille. je dois m’arrêter prochainement de commencer de nouvelles toiles : je 237 . le passé et les images qu’il transporte en soi. Idée d’un portrait de Paul (1930-33) avec son livre. -Les portraits de famille dans lesquels je dois construire mon image de Bon papa. Je dois prévoir les illustrations. Cette date m’obsède : je ne serai plus le même. L’exposition Edouard Vuillard influence toutes les toiles. Cependant. avec association des paysages correspondants (Lorenzo. qui se produit en plusieurs étapes : je dois attendre que la peinture de la première couche soi sèche pour me mettre à la seconde. avant et après. AI avec René. si elle existe. alors que les brosses demandent une vue d’ensemble. André. les équipes éditoriales. qui ne me servira que de point de départ. Dans ces portraits de groupes. -Il y aura aussi des portraits paysages : il me faut une toile sur Mayotte. tenant compte du mouvement de l’œuvre. Georges. avant de les nettoyer. une sur la Réunion. je veux capter le moment : cela signifie que je recomposerai. une sur Charleville. Je suis sûr que ce sont mes petits-enfants. lundi : elle n’a pas vu ma production depuis le 28 décembre. j’ai avancé le carton sur lequel je frotte mes pinceaux. dans la réunion AI de la rue Marcadet. était la prochaine visite de Kareen. Donc. on prend des pinceaux plus fins. Sur le plan technique. Dans cette veine. et qui puisse servir de couverture à son édition. Paul. comme Paul l’avait fait pour son livre sur Reims. les détails demandent de la minutie. et ensuite. J’en ai fait un Saint Suaire tachiste. je m’essaie à beaucoup de choses différentes : le style de chaque travail est différent. Cela va plaire à Hélène ! J’espère que je ne l’abîmerai pas trop au niveau du visage dans “ Fusion maternelle ” ! Une motivation pour peindre. pour aller jusqu’aux pinceaux minuscules . je rajouterai Michel Authier et Pascal Dibie. Avec les couleurs. Chaque reprise avance énormément le chantier. Dans ma perspective. Je pense qu’elle va remarquer mon évolution. Remi et Romain. hier. je me suis dit que j’allais vuillardiser “ Fusion maternelle ” : vuillardiser. etc). au retour de Dachau ”. où la famille Le Guillou sert de modèle. qui feront exister mon œuvre. En regardant longuement ma production d’hier.couleurs. Je veux accentuer la situation de référence. il y a donc cette conscience. c’est pareil : dans les premières couches. comme j’ai fait exister l’œuvre de Paul. etc. sur un tableau. Je vais partir au Brésil le 1er février. Je sens déjà des fils dans mon œuvre : -Les ancêtres. les premières couches se font avec les plus grosses bosses. -Les portraits de groupes de mes amis. les agrandissements des photos dont je veux m’inspirer ne sont pas faits : j’ai différé la mise en chantier de cette toile. De ma lecture de Sarah Walden. par exemple. que j’ai du devenir d’un tableau. on fait des liens. Actuellement. il faudrait que je retravaille plusieurs toiles. Lefebvre . dans une promenade ou dans une situation quelconque du quotidien. Une chose bizarre : la toile 19 existe. apparaissent au moins 5 générations : Barthélemy. Ensuite. je veux peintre une toile où. Ainsi. “ Le rendez-vous des amis ” de Max Ernst. À chaque fois que j’ai produit un journal. on laisse aller l’imagination. Dans cette veine. doit être un référent fort. mais pour qu’elle se rende bien compte de mon travail. un portrait de mon père comme prisonnier de guerre (“ Le barbu ”). J’ai peut-être eu tort de présenter mon travail trop tôt à Christine : le témoin ne peut pas se rendre compte du projet lorsque l’on en est à la première couche. alors que la 18 n’est pas commencée. en enlevant ou rajoutant des personnages. j’ai retiré une chose : il faut être prêt à mettre huit couches.

À midi. je suis content de ma première couche. ce serait davantage une fée qui vient sortir le Prince charmant de sa léthargie. Je lance la toile N°20 “ Paul et ses douze collègues ”. car je ne vois pas pourquoi je devrais craindre le regard de celle qui a réveillé en moi ce moment de l’art. Reims n’était plus une ville historique : c’était devenu un tas de ruines. à 62 piges. Lui. je craignais un peu la venue de Kareen. Les étapes de la destruction sont les moments du chaos. dans une première toile. que je recherche. Enfin. ce n’est pas terrible. je peindrai le désastre après l’incendie. S’il était vivant. comme des moments de la composition. En dehors de la 18. Il a suivi des cours aux Beaux-Arts. Avant de me remettre au travail. Avant le repas. je me décide à symboliser Reims. Cela ne donne pas grand-chose dans cette première version. Après le 16 février. le 2 septembre . Il compose son exposition comme une œuvre. à Paris 8… C’est vraiment le maître dont j’avais besoin pour avancer. que j’ai utilisée pour récupérer de la couleur sur ma palette. c’est de parvenir à décomposer les tâches. en dehors de l’autoportrait. je retouche ma toile N°19 “ Fusion maternelle ” que je vuillardise. C’est ainsi qu’il est présenté dans la brochure d’arts plastiques. En un mois. a fini son livre ”. Il fait l’effort de construire 6 moments (je n’ai pas eu le temps de les noter) pour regrouper les éléments de son propos. puis une paire sur l’incendie du 19 septembre 1914. et qu’il est spécialiste. je ferai des photos de l’état de mon chantier. J’améliore tout doucement le rendu. bien qu’il ignore probablement cette théorie. rue d’Angleterre ”. K est une fée des 238 . 19 h. Mais je laisse sécher. 15 h 30. Je fais disparaître la dimension tachiste de la veille : je signe ce morceau de carton. je nettoie mes pinceaux et sur ma palette : j’en profite pour terminer le Saint Suaire (carton). je serais dans un nouveau chantier. À tort d’ailleurs. en discutant avec Lucette. je n’ai plus de toile disponible. Je fais une peinture épaisse. qui me demande beaucoup d’attention. il aura du caractère. il pourrait être content de ce que j’ai fait cette semaine.dois plutôt m’attacher à terminer celles que j’ai commencé. Plus qu’un maître ou une muse (termes utilisés précédemment dans ce journal). Comment cela aura-t-il été possible ? Idée d’une toile : “ L’âne. Puis j’en ferai une sur l’arrivée des Allemands. qui risque de se décomposer. compte tenu de la quantité de White Spirit. Il faudra reprendre pour donner du caractère. Pour la série “ Sauvé du feu ”. Après le repas. Le métier. Lundi 19 janvier. Je vais donc les reprendre une à une. Je me concentre. le 1er septembre 1914. Ces jours-ci. Finalement. et à se représenter les différentes couches. Je n’ai pas noté que j’ai appris qu’il est né en 1949. Au départ. il pourrait m’évaluer en connaissance de cause. je lui expliquais que Pascal Bonafoux a bien compris la théorie des moments. demain. Pour finir. bonne séance de peinture. Je pense que lorsque j’aurai posé les lunettes de mon grand-père. ville du moyen âge. qui me soutient toujours dans mon délire pictural. de la nature morte et des écrits sur l’art. Les figures seront à travailler avec le même sérieux que ce que j’ai fait pour Paul cette semaine. Je passe à la toile N°21 “ Paul. Le carton attaqué donnera un effet intéressant.

Dans son commentaire. j’ai été danser . il m'a fallu récupérer. C’est un processus. C’est la première fois que je fais l’unanimité autour de ma recherche. sur mon envoi de ce journal même. aussi bien chez Lucette. 319 R. Peut-on commenter le détail du journal. Elle est arrivée vers 11 h 15. Et ensuite le développer en 120 pages. K est une fée qui les réveille. me donnant le désir de le compléter. Je suis content des 12 premières pages. du fait de son mal de dos). je racontais la théorie des moments en expliquant aux étudiants de seconde année. Yves. Mais ensuite. explorée par Husserl lorsqu’il commente l’écoute d’un morceau de musique. 239 . invité pour fêter ses 50 ans. concernant sa recherche de thèse sur les moments. pour la première fois aussi. pour lire Jenny à qui j’ai envoyé un message bref pour la remercier. Je suis dans mon trip familial. Ce texte devenait quelque chose que je voulais enrichir. Hélène m’a fait tomber du lit à 9 heures. Constance ou Nolwenn. pour l’accompagner au marché. pour moi) dans sa propre recherche. j’aurais voulu peindre toute la journée d’hier. Hess. Un fragment de journal est difficilement détachable. j’ai des hésitations. Yves a travaillé pour moi. Pour préparer ma rencontre avec K. je me suis mis à la réécriture de ce texte. questions. Je me suis couché à 2 h 30. J’ai découvert ce courrier de 24 pages en même temps que le texte de Kareen. Je lui ai demandé de passer pour voir mon travail de peintre. Le journal est comme une toile. que je suis en train de tenir. Je peux le pousser à vingt. Elle a été tellement enthousiaste. Jenny commente au fur et à mesure de sa progression de lectrice. à partir de toutes petites photos. Le tango. m’a demandé en situation d’improviser un tango avec Lucette (je n’avais pas dansé avec elle depuis juin. il y a donc des remarques qui viennent ensuite sous ma plume même. texte repris par moi dans le ch. Cette démonstration fut très réussie. 2 de mon “ Que sais-je ? ” sur le tango 319 . etc. j’avais également un retour de Jenny Gabriel. Au départ. qu’elle a voulu que je fasse venir Yves pour l’apéritif. On m’imposa un morceau que je n’avais pas entendu avant. et le lendemain. elle m’avait envoyé un message avec une surprise : ses notes prises à mon cours de DEUST du 8 janvier 2004. mais épuisante. C’est très intéressant… Je sens chez mes proches un groupe de fans. 2° édition. Jenny a repris de nombreux passages de mon journal.moments. Il a réussi à sortir de son ordinateur de magnifiques images. la reprise de l’œuvre lui permet de se nuancer. quelques jours ou semaines après. pp. comment je me réinventais dans le moment de la peinture. Dans sa lecture chronologique. et elle y a introduit ses commentaires. et dès 7 heures trente du matin. mais en même temps pour lui dire que je voyais mal comment j’allais répondre point par point à sa lecture si attentive et détaillée. avec Constance. et que je lui avais fait parvenir dans le prolongement de notre entretien du dimanche précédent. On est là dans la question de la phénoménologie de la conscience intime du temps. Dans ce cours. mais. Charlotte qu’Hélène. Je sens une transe s’opérer autour de la peinture. je ne me sens pas trop sûr de moi. Mais cela n’a pas été possible. il reprenait parfaitement le mouvement de mon discours. Jean-Louis Le Grand. les choses s’affinent avec le temps . car la veille au soir. 22 à 33. avec deux toiles à la main. Mais auparavant. Il y a donc un vrai problème de communication lorsque l’on donne à lire un journal ou que l’on essaie d’exploiter le journal d’un autre (Delacroix. remarques. On a dit de moi (Christian Verrier) que j’étais un créateur de moments . Ce texte m’est apparu remarquable. Ils sont revenus le soir pour dîner. Mais au même courrier. sans en avoir pris la mesure ? C’est une question technique qu’il me faudra traiter d’une manière ou d’une autre. très difficiles à lire. pour donner la forme de l’œuvre et les premiers contrastes de couleurs. Il y a une charpente d’exposition satisfaisante de ma théorie des moments. car un journal est un effort de production d’une pensée. on y dépose les premières couches. car même s’il y manquait quelques détails. J’ai donc interrompu la réécriture de Kareen.

On est d’accord. et me lancer dans cette opération. avec le peintre. je me sens un tout petit garçon face à ma palette. Elle a trouvé que le mouvement est bien rendu. Pour elle. ou alors de faire apparaître un œil qu’elle n’avait pas fait. Je dois corriger les épreuves du livre de G. K trouve que l’on devrait s’exposer. et je dois bien distinguer ce que je puis exprimer ici ou là. je dois obtenir une photo des deux personnages. je dois terminer de toute urgence la N° 15. J’en ai conçu une belle l’an dernier. rituels. mais je vois bien ce qu’il y a à faire. gestes. Mais elle me dit que techniquement cette toile est presque aboutie : elle est presque présentable. K a conclu. Elle trouve que la N° 14. Je réussis à donner la profondeur.J’ai beau affirmer que je vais faire 300 toiles dans l’année. qu’elle ne connaissait pas. il faudra 240 . Gebauer et Ch. Elle pense qu’il faudrait obtenir la Galerie. nous sommes allés ensemble faire un tour à Artacrea. On pourrait aussi s’exposer cet été à Sainte-Gemme. est intéressante car elle montre que j’ai le sens de la simplification du trait. Mais. Le thème de l’ouvrage : une réflexion sur la mimésis. Je ne dois pas tout mélanger. Je lui ai parlé de la C 022. voulant le faire supposer dans une ombre. ou plusieurs propos à tenir. Elle ne voulait pas se lancer à faire les lèvres de cette femme : lui voiler le bas du visage était donc la meilleure solution technique . acheter une toile au format. Je réussis quelques premiers jets. K a beaucoup aimé la N° 21. On a l’impression d’y voir quelque chose… On a ensuite commenté ses deux toiles. Un thème pour une exposition commune : voiles d’hier et d’aujourd’hui. pour elle. Mais en même temps. 9 h 45 Je viens d’avoir une idée. trop légère à mon goût. ne serait-ce que pour une question de séchage et de rangement. Bonafoux sur les moments du propos. Ce qui me plait dans l'idée d'une exposition. c’est l’affiche à créer. je ne lui ai pas dit. Mais je ressens de plus en plus tout le travail qui reste à accomplir. Mais cela me demanderait du temps. que l’on tient dans une exposition. qui est une toile très expressive. et où il y a des soldes. j’ai bien compris le discours de P. c’est-àdire l’imitation. signe qu’elle compte pour moi. Je dois arrêter d’en commencer de nouvelles. j’ai un propos. Je lui ai suggéré d’accentuer ses contrastes. acheter une blouse Corot. J’ai l’idée de faire une toile de grand format (73 x 54 cm). Il reste quelques détails à reprendre. pour servir de couverture au livre. Avant de déjeuner d’une salade. pendant une semaine à la fin de l’année. Mais cette idée ne m’apparaît plus être une première urgence. Nous avons commenté la brochure d’Arts plastiques. pour le colloque Korczak. Elle me dit que j’ai l’œil sur ce qu’il y a à corriger. préparer une expo est une motivation pour produire. c’est l’heure de la peinture ! Mardi 20 janvier 2004. Je lui ai dit que mon challenge actuel est de réussir à terminer quelques toiles. que je suis un peintre (voir le 27 décembre). Wulf sur Jeux. de la couleur. On a parlé d’exposition. et cela compte beaucoup. Puisque nous allons aller à Sainte-Gemme ce week-end. Pour ce faire. Il faudrait que j’en introduise quelques éléments qui ont suscité des réactions de ma part. Elle a longuement commenté le noir sous le bureau. Maintenant. J’ai l’impression d’avoir tellement de toiles à faire pour pouvoir dégager mes cohérences thématiques ! Cela. me faire photographier dans la pose du peintre. Il s’agirait d’un portrait en abîme de Christoph et Gunther. Elle reste dans mon bureau. même moment de paresse instituante avec l’autre personnage : une jeune femme juste esquissée. Et moi. la plus travaillée jusqu’à maintenant. en me répétant sa première impression de décembre : elle pense que j’ai de l’inspiration. Pour finir. La femme voilée est le produit d’un moment de paresse.

Au courrier. donc de ma recherche sur la peinture. Vers 17 heures. Je n’ai lu que 70 pages de ce livre intéressant. c’était la grève des transports. Je suis dans mon cours de DEUST. j’ai repris plusieurs toiles : le portrait de Paul à 60 piges. Dans une exposition. ce livre m’apporte quelque chose sur la Théorie des moments. en soi. donc de l’esthétique. et je puis donc écrire tranquillement. Ce sera un gros travail pour ne pas saboter le joli portrait de groupe. que je leur ai proposé d’écrire leurs commentaires sur la visite de l’Atelier. ce sont les moments de la famille. il faut que je prenne quelques photos du voyage au Brésil. en fin de matinée. avec présentation de mes sources. une par une. J’ai bu de l’eau. Hier. lorsque mon père montrait les archives de la famille… Ce que je peins. Je vais le photographier avec Lucette. Chez Delacroix. en plus de 1000 exemplaires. C’est lui qui me pousse à ouvrir mes tubes de rouge. Je l’ai nettement amélioré. Cependant. L’après-midi. En fait. je l’ai verdi. Pareil pour la toile peinte. Il faut l’enrichir. encore). Pour moi. Cela donne un effet assez surréel. 241 . Je vais donc pouvoir utiliser le travail de Brigitte pour la troisième couche de ces toiles bien avancées. Il a signé mon livre d’or. mais aussi sur les formes que l’on se donne pour se construire . 9 h 30. Il faut que Sergio Borba existe chez moi. Il n’y a que cinq étudiants (effet de la grève. C’était tellement intéressant. etc. de celles de Hélène et Yves. et qu’elle pourra me raconter ce qu’elle y aura vu et entendu. J’ai donc décidé de ne pas me rendre à son cours. Je me suis rendormi. Miguel et Charlotte sont passés. Ce qui me choque maintenant. les photos de Brigitte sont très différentes. J’espère qu’elle a trouvé P. liée à un mal d’estomac. elle n’était pas parvenue à trouver la salle du cours. Bonafoux qui nous avait prévenu la semaine passée. Celui-ci avait oublié ses affaires. ils sont restés une heure trente. et je tente d’en construire un index.retrouver le tableau offert par René Lourau qui me servira de modèle de base (un classique de l’abîme) : un gros chantier. il se trouve que je me suis déjà engagé dans l’utilisation de ces deux photos. comme personnage. des 13 employés municipaux de Reims en 1915 avec leurs masques à gaz. dans le sens discuté avec Kareen. Grosse discussion. une vraie exposition ! Au boulot ! Jeudi 22 janvier 2004. Par exemple. mais la reproduction de ma toile pourrait être imprimée. et de ce point de vue. un artiste fait signer un livre d’or. j’ai été interrompu. C’est un moment du travail du peintre. Je le lis donc avec patience. la veille dans mon coffre de voiture. Or. Elle m’invite à en faire des peintures. Miguel a été surpris de la construction de ce nouveau moment. Je pensais lire les 300 pages dans la journée. Il faut maintenant travailler le fond. Il passait reprendre ses papiers. Faut-il mettre du rouge dans cette toile ? J’ai besoin de la visite de Christian Lemeunier. c’est la bouche et le fond aussi. J’ai ressenti l’ambiance qu’il y avait à la maison. Hier. C’est P. deux photos agrandies par Brigitte. mais en me levant je n’étais pas aussi efficace que d’ordinaire. la visite de l’atelier est une sorte d’institution. à la fois sur la question de l’imitation. par le passage de Catherine Modave et de Ruben Bag. Par la seconde couche. et cela est. Ils ont regardé mes toiles. très intéressant. Pour ma part. Mais j’ai eu une insomnie. Bonafoux. malgré le rendez-vous donné à Audrey : la semaine passée. J’ai donc pris des photos et ouvert un nouveau livre d’or. entre 3 heures et 6 heures. je me suis lancé dans la lecture des épreuves du livre de Gebauer et Wulf sur la Mimèsis.

Après avoir déjeuné d’un sandwich à la cafétéria. Je vais être obligé de mettre du violet dans ce tableau. Je ne puis donc pas avancer dans la lecture de quoique ce soit. car le vert de son costume contrastait avec du violet type bruyère. et qui trône dans ma bibliothèque de Sainte Gemme. qui évoquent des formes. plus je pense qu’elle n’est pas montrable. devant 7 étudiants sur l’institutionnalisation du sujet. histoire de m’assurer que je l’ai bien pris ! Elle est la dernière. Mais ce vert du costume est tout à fait improbable historiquement : mon grand-père n’aurait jamais porté un tel costume. Personne n’a pris de note. Il faudrait que je reconstitue ce que j’ai improvisé. à un très bon prix : . J’ai encore un tel chemin à accomplir avant de devenir Remi HESS. des histoires. des mouvements. C’est à la fois intéressant pour Paul (c’est la couleur de la décoration qu’il portait : les palmes académiques). Voir cela est une activité onirique. je le deviens. Cela aboutit au résultat contraire de ce qu’avait proposé Yves. Personnellement. mais aussi pour ce souvenir d’Aragon. J’imagine que si elles me peignent suite à mon décès. Aramis ou l’amour des techniques (La découverte. elles rajouteraient une moustache sur une photo où il n’y en a pas ! Aragon est dans mon grand-père. J’ai ouvert le livre de P. C’est une association qui s’impose à moi. c’est que j’ai oublié mes lunettes dans ma voiture. Chaque ouvrage ne prend son sens que par rapport à d’autres. Seulement des couleurs. J’ai envie de le montrer à Antoinette. Je sens que. car je dispose d’un stylo noir très contrasté… Vais-je retourner chercher mes lunettes. Lorsque j’ai pris une distance par rapport au tableau. Par contre. Mais ma 57ème année est celle de la moustache. à la page 45 : “ Au rendez-vous des amis ”. femmes artistes dans le Japon ancien (XI-XIIIème siècle) de Jacqueline PIGEOT (Gallimard. Et pourtant. 373 pages).Bruno LATOUR. Catherine trouve l’huile pas suffisamment éblouissante (elle peint à l’acrylique). je vais à la bibliothèque de l'université. C’est l’année où mes petites filles me rencontrent. j'ai associé. au costume que portait Louis Aragon. C’était donc avant 1975. encore une remarque. nrf. parti d’une photo. ou me contenter d’écrire ? J’ai fait un excellent cours ce matin.Sur Paul à 60 piges. La peinture me plait pour ses couleurs. j’aime bien les tons de la peinture à l’huile. j’ai réussi à avoir. Réminiscence 320 d’un livre qui doit avoir 25 ans. Je sais où il est. 320 Réminiscence (le mot est joli) de la Cité des Egos de Jacques Guigou (Anthropos) : Remi-niscence.Femmes galantes. Le travail de peinture fait donc rencontrer des couleurs. Le portrait de Paul est vraiment intéressant. Plus j’avance dans ma peinture. quand j’ai rencontré Aragon. J’ai verdi le costume. J’avais oublié que j’avais rencontré Aragon. 13 h 05. je transforme son image en tenant compte de ce que j’ai connu de lui. Mais elle ne vivait pas encore avec moi. Peut-être étions-nous ensemble ce jour-là. Mon problème. J’ai vécu 56 ans sans moustache. Je vais en toucher deux mots à Brigitte. lu la semaine dernière sur l’autoportrait. en dehors de moi. 2003. dans la famille à l’avoir connu. J’ai évoqué cet épisode avec Lucette. chez Nahmias. Cela doit faire très longtemps. Chacun des 10 000 livres de ma bibliothèque est une sorte de touche. Bonafoux. je puis écrire. 242 . quand je l’ai rencontré en Provence. B. 1992) et . Je ne me souviens plus du lieu. tout d’un coup. Aujourd’hui.

Christian m’encourage à continuer mon chantier “ portraits de groupes ”. J’en ai profité. Elle vit au milieu des précaires. après le tango. 243 . Courriers (échanges de lettres). Ce qui l’a intéressé. en plein Paris. etc. je voulais un châssis pour L’abîme mimétique. Audrey est chômeuse. Ils ont vécu comme dans le désert. Mais ils en proposaient des paquets de trois. couleurs que je conçois d’ailleurs à partir de blanc et noir. Elle vient me montrer ce qu’elle lit et me dit de voir la page 107 de Hôtel La Chapelle. suivie d’Attractions passionnelles.en dehors de toute raison. Walden). Georges est venu à la réunion où il y avait aussi Ruben Bag. Nous avons eu une discussion de deux heures. Projet Attraction passionnelle n°1 Manifeste Mon journal Des comptes-rendus de lecture (Oury. J’ai parlé du vert Aragon. mais qui m’obligent à une exploration intérieure. Note de lecture de J. et du violet des bruyères. Je pense qu’ils reviendront dans les jours qui viennent. 14 h 30 (Paris 8. Pourquoi ce vert. Cela m’a permis de me garer devant le magasin. Gabriel ? (de mon journal). L’objectif : voir l’avancée de mes toiles. Elle me montre encore L’insensé (photo) Japon 77 (520) Jap. DESS). sur un terrain vague. Liz Claire. Elle me raconte sa canicule : une installation sous la tente. ici. mais j’étais trop fatigué pour mémoriser nos échanges. simplement à cause d’un rapprochement de couleurs. Au départ. Mimétisme ? Travail des images. près de la Villette : Développement durable. ce jour-là ? Je lis aussi le volume 5 du journal de Benyounès. parlant de mes peintures : “ C’est politiquement plus correct ”. chez Artacrea. c’est le travail autour du masque à gaz. mais aussi du fait que je dégage pour moi de la lecture de ce texte. Je le lis très lentement du fait de mes différentes activités. (77 (73) LAC). Réunion des IrrAIductibles. avec des artistes. 17 h. Hier soir. dans la construction des moments. Il faudrait réfléchir à l’argent. Elle me dit. Delacroix. Il a tout de suite accepté. Ils ont intitulé cette expérience. “ Le Martyre des dix mille chrétiens ” (1508) se trouve page 33. j’ai proposé à Christian Lemeunier de passer boire une bière à la maison. J’ai pris une carte de fidélité. Audrey est dans la bibliothèque. Vendredi 23 janvier 2004. Cela a duré un mois. Audrey développe une recherche sur son propre corps… Bijoux. Christian a signé le Livre d’or de l’atelier. j’ai profité de la présence de Lucette dans la voiture pour passer chercher des tubes de blanc et 3 châssis de 73 cm. Ce matin. Cela me concerne.

Plus on est dans une gamme de couleurs. lorsqu’on s’y met. Lundi 26 janvier 2004. Je n’ai pu la rapporter. j’ai ouvert pour la première fois ma boîte de peinture à l’huile. Liz Claire. c’est d’oser entreprendre entre 20 et 30 toiles en parallèle. j’ai utilisé une planche comme palette. que je terminerai cette toile. que de se construire dès maintenant une relation épistolaire ? Le temps me manque. assez moche. L’idée m’est venue chez Charlotte où nous sommes passés le vendredi soir. c’est que dans mon souvenir. Kareen Illiade. Le nom de ce tableau m’échappe. héritée de ma mère que j’ai l’impression d’utiliser comme fond pour faire un portrait (cette toile représente un coucher de soleil sur la mer). (réunion du LAMCEEP). il faut le préparer. Ce matin. En commençant à prendre des notes. il se trouve à droite des trois personnages. il faut ouvrir l’atelier pour un certain temps. Maria Buttey. il y avait une planche utilisée par Marco Camera lorsque celui-ci a peint la grande fresque que nous lui avons achetée à Ligoure… Charlotte avait eu la présence d’esprit de demander à Marco sa palette ! Quelque bonne idée ! Du coup. Jenny Gabriel. dans des couleurs gaies. Il me faudrait utiliser des planches de format identique. plus il faut l’étaler dans plusieurs toiles. Cela permettrait de les monter en séries. c’est de nettoyer les pinceaux. Il faudrait que j’en parle à P. Charlotte Hess. Aussi. Irai-je mercredi à son cours ? Lui écrirai-je un mot ? Pour lui dire quoi ? Ne serait-ce pas trop précipité. dès juillet au thème “ Tango sur les quais ”. J’ai décidé de rapporter ma boîte de gouaches de Sainte Gemme. Remi Hess. Au mur. Une idée m’est venue : le gros travail de la peinture. Pour cela. Zhen Hui Hui. j’ai rapporté une huile sur carton. je veux noter qu’hier à Sainte Gemme. Je crois que c’est en Champagne. Audrey Beugle. Gilles Boudinet. Angela Cumin. Ce qui m’a frappé. pour faire des basreliefs.Comité : Christian Lemeunier. Hubert de Luze. pour aller chercher une table qu’elle voulait déposer Rue d’Angleterre. 14 h. J’ai peint deux Vierges (statues appartenant à ma mère et qui étaient moches comme tout). En aije encore une version imprimée (avec ce tableau) ? À Sainte Gemme. Bonafoux : il a certainement la réponse à cette question. j’ai pensé à Pascal Bonafoux. j’avais placé la toile entre les modèles et le peintre. idée de produire des palettes au fur à mesure de mon travail. J’ai transporté la toile “ Hélène et Nolwenn ” (Aimer. Or. Je pourrais aussi 244 . Mon talent actuel. Mais la réponse doit se trouver dans Le rêver de René Lourau. Une autre chose que je dois noter : on a retrouvé la carte postale que René Lourau m’avait offerte sur l’abîme. Ensuite. Je l’ai donc longuement regardée. observée. René Schérer. s’aimer 2) à Sainte Gemme. j’ai fait un fond pour une toile que je destinais. Avant que la réunion ne commence. Je ne dois pas saboter mon voyage au Brésil. Elle avait été mise sous cadre.

j’ai conscience qu’il me faut regrouper mes dessins. Prolonger mon effort de septembre dernier à Brasilia. Il y a une grande différence entre une pièce exposée au nord. Ce qui me manque. Je lui ai dit : “ oui. Mais aujourd’hui. L’assurance va nous payer une somme qui va nous permettre d’éponger les dettes actuelles : emprunt à Charlotte. le plus haut possible pour avoir une vue plein sud (sur 20 kms). Sainte Gemme m’a rencontré. avec l’expert. Si j’avais la maison d’en face. aller porter les épreuves chez Anthropos. qu’il me faut racheter la maison d’en face. peut-être ? Et des clous. face à la vallée. je ne me sens pas bien dans cette pièce. Je crains que Damien n’élimine tout ce qui reste devant chez moi. mais il m’aurait fallu une fenêtre sur la rue (c’est-à-dire sur le Sud) ”. Cela faciliterait les choses. Du coup. d’y produire des dessins. au rez-de-chaussée. Dali a beaucoup travaillé avec des artisans. pour recruter Jean-Pierre et les autres. etc. j’ai regroupé des clous usés pour en remplir un seau. Pour cela. ce ne sont pas les idées. en un même lieu. Donc il y a une différence d’appréciation sur ce que nous pouvons nous engager à faire… Le problème est en dernière instance financier. et la confrontation à la pratique picturale. en effet. impôts. de résidus. L’atelier se déplacera chaque année selon un rythme saisonnier Parmi les éléments qui m’aident à me penser comme peintre. nous sommes passés dans cette pièce.. peintures. Cela est vrai. Il m’a dit : “ elle est très fraîche . Le problème. une tuile. Mais avec Lucette. Ceux-ci commencent à disparaître (il n’y a plus de gravas). Rêve d’y avoir du temps. Pour moi. A l’étage. C’est du recyclage de chutes. c’est de terminer tout ce qui doit être fait avant de partir : relire les épreuves de Christoph demande beaucoup de temps . Si Dieu me prête vie ! comme on dit. il faudrait que je vende mes toiles au prix où Dali vendait les siennes. je voudrais en faire autre chose. L’artiste a besoin de matériaux. Le problème des clous : ils viennent de l’ancienne charpente. L’œuvre sera un hommage à l’ancienne maison. Lucette a refusé que je fasse percer une fenêtre sur la rue. le cadre est important. nous avons une toute petite divergence d’appréciation. etc. Tant qu’une forme reste pensée sans être inscrite. mais dès le 15 avril (les vacances sont le 10). Je ne dois pas oublier ce carnet. Je voudrais symboliser le chantier de l’été dernier. Pour peindre. la pièce au-dessus du chartil serait idéale pour ton atelier ”. exposée au nord. On retrouve la question du chantier. Actuellement. Lucette veut terminer notre maison avant de lancer un autre chantier. 245 . L’inquiétude de Lucette : les travaux d’en face vont nous coûter très cher. Mais en même temps. un lieu d’exposition et de rencontre. Il y a des travaux urgents à y faire : le toit par exemple. etc. et parvenir à en vendre. il ne faut pas laisser filer la maison d’en face. des petits paysages. ou plus largement comme artiste. Où vais-je mettre cette sculpture ? Dans le jardin. mon atelier est à Paris. etc. il faut regrouper mon matériel à Sainte Gemme. en profiter pour rapporter quelques bouquins à emporter au Brésil. etc. Nous pourrons donc repartir de zéro. zinc.passer à Artacréa. les éléments du chantier seraient intéressants à utiliser : bois. la mouture en bois. Ce matin. d’accueil. un atelier. il est évident maintenant. et en même temps une présence intensive. La seule solution pour gagner du fric : faire de la bonne peinture. continuer à garder des traces quotidiennes de ce que je produis ou tente de produire. C’est là que je veux installer mon atelier. pour acheter du papier. Si je veux progresser. avec l’intention d’en faire une sculpture. Lucette me dit : “ Chez nous. comme en forme de mezzanine. actuellement. et réinvestir ce que l’on gagnera dans ce chantier : Figueras a connu Dali . Il me faut. un peu. il faudrait l’isoler ”. il y a des risques de perte ou de métamorphose. Je ferai de Sainte Gemme. je veux noter qu’hier. Cette pièce est la plus froide de la maison. Relire Gebauer et Wulf. Je pensais que j’allais souder ces clous pour faire surgir une forme. il faut que le zinc protège le bois. Elle a raison. Peut-être dois-je recycler rapidement les résidus de mon chantier. Il y a un lien entre la survenue des idées. mais l’argent pour les payer. Donc. Pour trouver l’argent de mon chantier. j’installerais une salle d’exposition dans la maison de droite. et une pièce exposée au sud.

Avant le séminaire. Il y avait prévu un théâtre magnifique. (01 46 95 49 93). On dévie sur la peinture automatique. début juillet 2003. C’est beau. Cette discussion est partie d’une réflexion sur l’écriture automatique. sur l’effet néfaste des tables dans la salle B 230). 15 h. Quand Piaget étudie ses enfants. Il aurait pu être peintre. a-t-il dit. Michel la pratique depuis longtemps. Je regarde aussi le verre soufflé de MarieCatherine Geffroy. je m’aperçois que je renoue avec mon rêve d’enfant : je voulais être le gestionnaire de la Maison commune du Chemin vert (Je rêvais de succéder à Monsieur Hugerot). pour en faire un lieu d’art et d’archives. 12 h 45 Conférence de Michel Lobrot dans mon cours.Je m’aperçois que je n’ai cessé d’écrire durant toute la première réunion (Lamceep). 9 h 10. Cocteau a fait un jardin merveilleux à Cap d’Ail. Je vais présider la commission de spécialistes pour le recrutement des professeurs associés. s’il n’avait pas été professeur. Jeudi 29 janvier. Mardi 27 janvier 2004. En fait. Patrice met les tables en rond (suite à la critique de M. Je suis donc le premier arrivé. Lobrot. Il évoque un musée à Bourges pour dire qu’un artiste ne fait jamais que la même chose. J’ai pris un vrai plaisir. Je regarde très vite les œuvres de Bettina Beylerian (céramique) – 01 45 75 05 76. je passe à la Galerie. d’y fêter les 40 ans de l’OFAJ. nous revoici dans le séminaire. Après un repas super amical avec Michel (Kareen lui a offert le repas). On se produit dans la reproduction de quelque chose : peut-être l’autre qui est en moi. Ses sculptures translucides nous “ plongent dans un univers onirique ”. où mon écriture s’est ralentie. suivie d’une seconde (Comité de rédaction de Pratiques de formation). mais s’est poursuivie. 246 . J’en profite pour écrire quelques lignes concernant la soirée d’hier. Je suis content finalement d’être parvenu à cette conclusion : il me faut acheter la maison d’en face ma propre maison champenoise. Montaigne disait : “ Je suis à moi seul le représentant de l’humaine condition ”. il étudie tous les enfants. et planté de si beaux arbres.

de toute la série. 14 h 05. et des photos que j’ai été faire agrandir. Lourau… faites le 1er janvier 2000. sur mon entrée dans la peinture. n’ayant jamais fait de peinture à l’huile. je pense à mon voyage. Officiellement. J’espère que je vais parvenir à en faire quelque chose. Véronique. C’est la photo la plus forte. Je pense me lancer dans deux portraits de Lucette (à partir de photos du 1er janvier 1990). Je lui ai montré les agrandissements des photos de Lefebvre. Il faut que je documente cette intuition. Je vais tenter… 31 janvier 2004. un très bon livre (sur la théorie chinoise du temps. 1er février 2004. dans ce que j’ai produit jusqu’à maintenant. Lucette veut d’abord se reposer. Escale à Madrid ! 15 h 45 (heure de Paris) Nous nous trouvons donc dans le vol 083 pour Salvador. Je vais continuer à la gouache mon travail entrepris à l’huile. Lucette et moi pour parler d’Attractions passionnelles. A cette occasion. Elle m’a donné une photo de Paul. en masque à gaz. René et Audrey ont découvert ma peinture. En même temps. mes collections. Elle a annoncé qu’elle ne parlerait pas en public. Nous avons beaucoup travaillé pour mettre nos bureaux en ordre. J’essaierai de répondre à la demande. (dans l’avion vers le Brésil. et à ce que je veux emporter à Bahia. Ils ont été très encourageants. L’idée de livre d’or est excellente. Elle m’accompagne : moi-même. décrypté par Kareen. je me suis décidé à m’y mettre avec une telle fougue : j’ai peint 20 toiles depuis décembre 2003 ! Et dans chaque nouvelle toile. et tout 247 . Christine Delory était également venue écrire quelques phrases qui se conjuguent bien avec ce qu’a écrit René. à la Cène comme dispositif. j’ai eu une intuition en parlant avec Christine. j’étais passé chez Hélène. J’ai préparé non seulement mes gouaches. Il y a quelque chose d’un fil rouge. J’avais un problème technique. Salvador de Bahia).J’avais organisé avec Lucette un dîner avec Audrey. Dans l’après-midi. mais aussi du papier (acheté hier soir). mais j’ai décidé de mettre la pédale douce : j’emporte deux maillots de bain. Les parents de Lucette vont venir s’installer chez nous le temps de notre voyage au Brésil. Je vais me mettre maintenant à la rédaction de textes pour le Brésil. Hier. le journal. nous partons pour un colloque et une série de conférences. J’ai passé trois jours à corriger des copies (j’ai rendu mes résultats ce matin). sur les ruines de sa maison. etc. J’ai repensé. maintenant ma peinture ! Peu de gens parviennent à comprendre comment. Comment placer plus de trois personnes dans le cadre autour de la table. Mais en fait. je parlerai. René Schérer. C’est important de savoir où l’on va. j’acquiers plus d’assurance et j’affirme une orientation fortement identifiable que je découvre en la créant ! On vient d’atterrir. …La seule chose qui me motive actuellement est la production de mon œuvre : les livres. d’un portrait de Charlotte. Je vais emporter celui du 8 janvier. René a fait une analyse écrite de mon œuvre dans mon livre d’or. pour moi. dans l’histoire de la peinture. Georges Lapassade. Dans l’après-midi. que ce matin : il est très stimulant pour moi. Je n’ai pu lire ce commentaire très profond. debout.

Certes. Je n’ai pas eu le temps de regarder la signature. j’ai travaillé la gouache. oui. Je pensais prendre un autre carnet de croquis. je vais au Brésil pour travailler mon moment peinture. J’ai remarqué que la réussite d’un tableau est liée au temps de travail que je me donne. le violet que j’avais vu. De plus. Comment oser détourner un tel tableau ? En même temps. Je les fumerai au Brésil. très belle photo de Lucette (le 1er janvier 1990. mais c’est vraiment intéressant. donc prendre du temps. on est passé dans les Free Duty. Je l’aurais payée 20 ou 30 euros. j’ai l’idée de peindre directement sur les bouteilles. Le prix d’une toile neuve pour un tel format serait de 7 euros. elle avait une petite détérioration (1cm2 percé). À côté des soldes. des toiles que je peins actuellement. certainement. chez René Lourau) : c’est cette pose que je voudrais tenter de rendre. Idée de mettre mes oliviers dans le cadre d’une fenêtre : celle de la cuisine de Sainte Gemme. elle ne vaut plus qu’un euro. j’ai pu peindre d’assez belles choses. en suivant les conseils de Sarah Walden 321 . J’ai pris un gros volume de papier A3 (du 300 gr) pour faire de la gouache. j’avais demandé à Christophe Lotterie de m’acheter des toiles. Mais si je colle une toile sur mon châssis. J’ai emporté des photos que je fais agrandir pour m’en inspirer. À penser : Il faut avoir de l’audace pour redonner de la valeur au travail de cet excellent peintre abandonné.particulièrement des moments). En septembre 2003. op. J’ai acheté une boîte de cigares espagnols. dans la mesure où elle me semble exister. je l’installerai dans ma propre composition. sur une toile actuelle et de bonne qualité. J’ai mis de la couleur dans mon Carnet dalien 1. avoir une consistance. dans cette toile. Réussir le premier jet est important : c’est essentiel. Peinte. Il y a quelques mois. Je trouve d’ailleurs que cette toile est sous-évaluée. où je tiendrai mon journal. ai-je emporté avec moi deux autres carnets. en tentant de saisir la personnalité des arbres de la propriété où j’étais : le parc était magnifique. Les boîtes de peinture (3) pèsent lourd. Je veux peindre des choses difficiles. Comment l’arrière-fond deviendrait-il proéminent ? 321 Sarah Walden. que je dois à mon frère. et mon matériel de peinture. Je veux pouvoir faire des séances de 4 heures. Peut-on coller une toile sur une toile ? Je vais me renseigner chez Artacréa. je ne sais si je vais peindre les paysages locaux : un peu. Elle irait très bien dans la toile de “ Paul à 60 piges ”. J’aime la couleur brésilienne : c’est une vraie palette ! Lors de l’escale. pour les finir (les détourner). Aussi. Celle d’hier représente des arbres de Provence. par moment. j’ai passé 15 jours. autour du costume vert pomme d’Aragon en 1973 ou 74… Je tourne autour de cette couleur. J’ai pris le Journal d’un artiste. Outrage à la peinture. Pour ses 50 ans. pour récupérer la boîte pour mettre mes tubes de gouache. sans être interrompu. seul. Sur le plan de la peinture. Donc. mais la précipitation de la journée d’hier m’a fait oublier de faire une analyse de contenu de mon chantier valise. J’ai profité des couleurs. quand je l’aborde. Serait-ce un sacrilège que de la retoucher ? Je pourrais aussi la coller sur l’une de mes toiles : je la sauverai en l’installant. il faut lui redonner de la valeur. Donc. m’a semblé à la fois agréable et en même temps déprimant. C’est un chantier que je ne ferai pas au Brésil. Il y a. Mais je veux aussi travailler sur le thème. à Brasilia. Quand j’évoquais les choses qui me restent à faire : il y a les 50 bouteilles de champagne. par exemple. cit. 248 . Au lieu de peindre dessus. J’ai avec moi une très. la Braderie de la Maison verte fait office d’un événement : acheter une toile pour 1 euro. c’est de faire une étiquette spéciale. La tradition familiale. Cela donnerait une vue sur le jardin. peut-être des Oliviers. J’avais du temps. cela va faire du relief. Mais je me ferai un devoir de la rénover. mon Journal de danse (au cas où !) et aussi mon carnet dalien (celui où je fais des croquis).

Dans un premier temps. Mais on l’acquiert grâce aux expériences antérieures. John Locke l’a pratiqué dans son propre journal… Pour la peinture. je ne puis échapper à une formation méthodique. Ce sera mon fumoir : un fumoir en plein air ne dérange personne. Je veux rajouter : “ L’œuvre de l’homme. du terrassement à la main. il me faudrait une relecture totale pour corriger l’orthographe : et ayant 322 Les pages que l'on lit furent d'abord écrites dans le journal de voyage (Brésil : Bahia. Maceo). à travers les deux fenêtres de la bibliothèque ! C’est un point qu’il faut transformer en point fixe. Ma maison deviendra une œuvre d’art. dont la transduction se développe d’un moment à un autre. C’est un dilemme pour moi : où écrire une page ? Dans son moment ou dans sa dynamique ? Cette question pourrait être élargie. Il faut mobiliser des machines-outils. Sur ma carte d’accès à bord. en gagnant du temps sur ma pratique actuelle. je trouve un motif. puis la question du moment. mais pas illimités. Ce que je dis sur le tableau acheté hier est intéressant dans le cadre de mon journal d’apprentissage de la peinture… Ce qui est décisif. et aussi d’un stylo à pointe fine. c’est son mouvement pour devenir lui-même ”. L’AI racontée aux étudiants. c’est vous ”. “ L’œuvre de l’homme. d’autres à d’autres. C’est la période du gel en Champagne… Quand je reviendrai. J’imagine un livre qui s’intitulerait De l’analyse institutionnelle à la théorie des moments. Mes moments sont nombreux. Une idée progresse : la rencontre entre Analyse institutionnelle et Théorie des Moments. j’accepte de décomposer les tâches : je me documente. de l’institutionnalisation du sujet… Si le temps m’était donné. Il n’y a rien à faire dans le jardin. Ce pourrait être un livre sur le mode du récit. je me lance dans la peinture de la toile. Dans ce que j’ai écrit aujourd’hui. c’est de n’avoir eu que ce carnet de voyage sous la main… Si quelqu’un (pourquoi pas moi d’ailleurs) décidait de publier Le Journal d’un artiste. certaines pages auraient eu leur place dans Le journal d’un artiste 322 . À partir du moment où ils sont désignés. Certains se développent à certains moments. Cela viendra à son heure. il y a un mouvement dans ce journal de voyage qui vient justement de la manière. Nous avons décidé de prélever celles qui. Je dois penser à installer des sculptures de mes amis dans le jardin. je voudrais installer un abri pour qu’on puisse y fumer un cigare. Avec mes journaux. Ces "vacances" arrivent au bon moment. Mais là. etc. il faut sculpter le jardin lui-même. ont eu un rapport avec le moment de l'artiste. Mes toiles s’inscriront progressivement dans ce nouveau paysage. pour réaliser tous mes fantasmes ou représentations oniriques. je lis cette phrase qui sert de devise à l’aéroport de Paris : “ Notre plus belle destination. en lieu d’observation : on peut regarder les voitures qui montent au village. J’aurais bien changé d’activité. il faudrait que je parvienne au même traitement progressif. la sociologie d’intervention. Qui a trouvé cela ? C’est vrai que ma destination : c’est moi. Je dispose de pierres. ils existent : en même temps. a dit Lefebvre. j’aurais poursuivi ma méditation sur la question du journal. à la manière de Figueras pour Dali. au cours de ce voyage. que je prends et reprends en fonction des couches et des pinceaux à utiliser (du plus gros au plus fin). À cet endroit. Je ferai travailler les artisans. Je pense que j’écris bien aujourd’hui parce que je dispose d’un carnet d'un bon format pour écrire dans un avion. qui se dispersent ici ou là sur le thème d’un moment désigné. Si je voulais publier les 2000 pages écrites depuis l’an 2000. Le bon matériel est nécessaire. et installer un banc à l’endroit où l’on peut voir devant. 249 . qui ne fuit pas. ne devrait-il pas y rajouter ces pages. même sous la pluie. Je vais pouvoir construire de nouveaux murs. c’est lui-même ”. j’aurai la santé et l’énergie de me lancer dans un grand chantier d’aménagement du jardin. Concernant la sculpture. si l’on se place du point de vue de la contemplation de l’ensemble des journaux tenus. La solution serait probablement dans une indexicalisation méthodique.Dommage que mon carnet de croquis soit dans la grosse valise. c’est mon objectif réel.

je devrais redistribuer les pages égarées ici ou là. Lucette s’en est immédiatement rendu compte. confortable. Les Saints du Candombé pourraient faire l’objet d’une série de peintures. Si ce matin. sortirait un journal dans son mouvement. j’ai essayé d’aménager un espace pour peindre. n’est pas adaptée à mes besoins. Ainsi. son pouvoir. puis nous regardons. avec vue sur le port de pêche. en fonction du nombre de pages produites dans chaque moment. 5 heures 40. aussi. après avoir écrit la première tranche de journal. je n’ai pas acheté une toile de danseurs de candombé. Autre possibilité. Mercredi 4 février. nous avons fait le tour de la vieille ville à pied. en ce moment. Mais il faut la transporter ! J’ai visité une quinzaine de boutiques de peinture. que nous avons obtenue pour 220 réals. le 2 février. À ce moment-là. le Journal d’un artiste me semble intéressant parce que c’est à la fois un journal d’apprentissage et un commentaire au jour le jour d’une œuvre qui surgit ! À l’œuvre. Je vais tenter quelque chose dans cette direction. ensuite. je renonce à publier le tout. dans son moment désigné. et un souvenir choisi par Lucette : un masque prolongé en marionnette géante. Ce matin. je publierai des volumes autonomes et d’autres regroupant deux ou trois moments. On a vu des gens aller lancer des bouquets de roses dans la mer en sortant du restaurant. La mise en peinture est commencée. J’ai compris ce qu’est l’acrylique. mais de la mer. J’arriverai probablement à huit volumes. assis à une table. trop d’affaires. C’est assez intéressant comme travail et abordable : 160 réals. Ce matin. les gens travaillaient. Ce soir. On a emporté trop de bagages. l’après-midi serait férié pour préparer les cérémonies de ce soir. en buvant une bière. je vais probablement devoir m’adapter. mais j’ai compris qu’il me fallait d’abord dessiner. J’ai gardé les cartes des boutiques de peinture visitées ce matin. Aujourd’hui. sa puissance de donner naissance à une œuvre. mais j’ai repéré où elle est. Beaucoup de boutiques artisanales. avec une 250 . J’y retournerai peut-être à pied. Nous y prenons un excellent repas. Mes deux premiers essais ne sont pas concluants.dégagé les moments structurants du journal. nous allons à la grande fête qui se prépare. Roberto nous a conduit au Mercado modelo. Auparavant. Je ne construis que quelques volumes particulièrement significatifs. au journal. Je dispose des modèles sur des cartes postales. On fête Yémanja qui n’est pas la Sainte de la mère. Spectacle (fort) de capoeira : je fais une photo. on monte un étage pour se retrouver au Restaurant typique Sao Pedro. On repart en voiture avec Claudio. Il est évident que mon domaine reste l’huile. Par exemple. Sergio et Carla Bublitz (2 voitures) vers Mercado modelo. on célèbre YÊMANJA qui représente la fécondité. Idée de peindre une favela. où nous avons acheté des cartes postales. J’ai fait des photos. Il va falloir transporter tout cela à Maceo… 17 heures 30. C’est une pièce intéressante. Par rapport à mes projets de peinture énoncés ici. Je commenterai ces visites dans le Journal d’un artiste si j’en ai le temps. Salvador de Bahia. Je me suis lancé alors dans un dessin à partir de photos. Ensuite. le pouvoir de séduction de la mère. on pourra d’ailleurs rajouter les photos prises au fur et à mesure de la production des tableaux (différentes couches). que nous avons visité avec Sergio . Dans les valises : deux appareils photos. outils essentiels au peintre. La chambre.

je vois encore tout le chemin à parcourir. J’ai beaucoup de matiériaux. Rien d’exceptionnel. ce matin. Une participante le connaissait et l’a travaillé avec ses élèves ! Jeudi 5 février 2004. j’ai repris G 4 (vue sur la mer. Cette toile y sera. Je viens de m’arrêter de peindre. On a bu des jus (marakuja). avec celle hors de prix. Je devrais le placer dans le tableau du Candombé… Maceo (Brésil). et les hommes ont pris de la caipirinha. nous avons retrouvé Sergio. Nous allons constituer une salle de tableaux de danse à Sainte Gemme. le 6 février 2004. C’est lui qui m’a intéressé à la question de la transe. me dit-elle ! Cela me fit vraiment plaisir : je suis heureux de remporter cette toile. J’ai terminé G 3 aujourd’hui (ce matin). Je suis heureux d’avoir acheté ce livre. Sans commentaire ! En ce qui me concerne. Pourtant. On s’en sort pour 77 réals (à cinq). Son avion avait du retard. de l’hôtel Ibis). pour faire une peinture sur ce thème… Je pense à Georges. du piment. je me suis vraiment remis à la peinture. et du manioc. mais elle était à un prix exorbitant : j’ai décidé de ne prendre que la toile de Candombé. Lucette : “ Tu ne dois pas avoir de complexe. 18 h 30. J’ai trouvé un livre de Pierre Verger. Maceo. En plus. que l’huile. le peintre dont nous avions vu les dessins sur Yémanja la veille au musée d’art. ainsi qu’une nouvelle série des Saints du Candombé. puisque j’ai fait moins d’huile. Après cette aventure. 251 . Ensuite. j’anticipe. Carla a annoncé qu’elle allait me l’offrir pour mon anniversaire ! C’est dans 3 semaines ! . 7 h. Aujourd’hui. Lucette apprécie vraiment. illustré par Carybé. du riz. Carla nous reconduit à l’hôtel. J’ai trouvé une nouvelle toile de danse. Dans le hall d’embarquement pour Maceo. Mais je m’aperçois que je maîtrise moins bien la technique de la gouache. G 2 Capitaine d’escorte (d’après une photo de Charlotte lorsqu’elle avait 12 ans) . C’est assez paradoxal. j’ai commenté le journal de Dali. Au moment où je voulais la payer. on a été revoir les peintures. A Salvador.Fejouade et les secrets de Marie. comme le soulignait Carla : cette toile plait aussi à Lucette ! Peut-être aurais-je dû acheter l’autre ? Je le regretterai peut-être ? J’ai eu l’impression que je pouvais faire mieux. elle avait un cachet… Il est trop tard pour revenir en arrière. Nous avons décidé d’aller visiter le Museu d’Arte de Bahia. Ce que tu fais pourrait être exposé dans ce musée… ”. une sorte de Louvre local. ma forme de travail correspond davantage à ce qu’exige l’huile. Ce soir. Je n’ai pas noté que dans ma conférence. Lourau) . Maceo vue de l’hôtel Ibis. la seule que j’aimais vraiment. Pourtant. G 5 me plaît davantage que les autres. je me suis lancé à peindre : G 1 (gouache) Lulu rêveuse (à partir d’une photo du 1er janvier 1999 chez R.Comme je ne pourrai pas être à Paris ce jour-là. et j’ai fait G 5 : Nuit sur la mer. G 3 Paul sur les ruines de sa maison (1915) à partir d’une photo agrandie de l’époque.

J’ai pris un coup de soleil maximum. j’ai vraiment envie de poursuivre le travail engagé. Dans la journée. Nous avons eu tables et parasols pour déjeuner. j’avais fait 6 croquis de Lucette. Quand Sergio est venu nous chercher hier matin. Il faut que je boive beaucoup. 300gr/m2 (140Ibs). j’avais emporté tout ce dont je disposais en tube de gouache. sans compter des photos de la statue de Yêmanja prise sur le port de Salvador de Bahia. car c’est beaucoup plus que ce dont j’ai besoin. j’ai fait onze dessins. dormant. Opération risquée : à éviter si je veux avoir un beau carnet. J’ai travaillé sur la vue que l’on a de la chambre de l’hôtel. Je me suis alors mis à la peinture. Le prix à la journée est trois fois ce que l’on paie à Ibis. J’ai l’impression de m’être transformé en œuvre d’art. Je voudrais aller dans le sens du portrait de groupes. en nous disant qu’il reviendrait le soir pour une petite sortie nocturne. Il nous a donc conduit à l’hôtel Jatiuca qui est une pure merveille. Lucette s’en sort mieux. J’ai 4 sources. j’ai fait quelques tâches en cherchant à peindre plusieurs pages en même temps. en rentrant. Le matin au réveil. Sergio Borba voulait nous emmener à la mer. Il me faut faire un vrai dessin avant de peindre ces figures. grain fin de 32x41cm (Canson) : c’est du très bon papier. coups de soleil terribles pour moi. Aujourd’hui. Nous avons roulé dix kilomètres. il voulait nous présenter à un ami. Le soir. En partant de Paris. le parfaire.Je voudrais essayer de peindre les figures de Saints du Candomblé : les Arixas. je me dis que G 3 pourrait être retravaillé (demain) au stylo à bille. Pour les gravas (G3). En datant mes dessins (parallèlement à l’écriture de mon journal). Nous n’avons pas trouvé son ami ! Ensuite. qui me semble pouvoir illustrer la théorie des moments. Cependant. Malgré tout. Il avait choisi la plage de la Sirène. Samedi 7 février 2004. J’ai laissé la moitié à Salvador. puis nous avons profité d’une sorte de piscine naturelle où nous nous sommes longuement baignés. Ayant peur de m’ennuyer. Pour 252 . j’ai mis en peinture les dessins du matin. nous sommes partis vers la plage de la Sirène. J’en suis assez content. 9 h 30. Il faut que je réfléchisse à la meilleure manière de l’utiliser. Il faudrait que je fasse des détails dessinés sur la peinture elle-même. Audrey dit qu’il faut faire de son corps une œuvre d’art ! C’est fait ! Dimanche 8 février. 21 h. Le décor et la construction sont intégrés au paysage. au niveau des dessins. Sergio nous a laissé à l’hôtel. Hier. Je n’ai que 20 feuilles de papier Aquarelle Montval. j’ai emporté mon carnet dalien 3. J’espère pouvoir continuer demain matin. ou des paysages découverts ou des personnes avec qui j’étais (Lucette et Sergio). au nord de Maceio. en rentrant de la fac. mais cela vaut vraiment le coup : le site (au bord de la mer) est valorisé par une végétation entretenue.

à partir d’un regroupement de trois esquisses faites hier. Un enfant de 9 ans couvert de poux et de gale (pelage) sur le cuir chevelu tournait autour de nous. elle n’est pas en bonne santé). Je lui ai montré. Il 323 Sur cette rencontre forte. Il m’était reconnaissant de l’avoir pris comme modèle 323 . mais moins que d’habitude. voir la suite dans le Journal de Maceo. dans mon carnet. parlant un peu français. Au total. et qui accepte donc de me recevoir. J’ai fait des couleurs pour mes dessins d’hier. Il avait vu rapidement l’annonce de cette manifestation dans le journal. c’était le Pinto da Madrugada. . et lui voulait vraiment construire un dialogue avec moi. Lundi 9 février 2004. Elle m’a montré deux de ses toiles exposées dans le restaurant A boa mesa. à moi. qui fêtait son quatrième anniversaire : une fête assez folle. 7 h. Il semblait s’intéresser à nous. je me suis décidé à dessiner les bannières du carnaval (pp.Bon. j’ai loupé cela ! Il faut dire que sous nos fenêtres. Mais j’étais debout. Hier. Il a voulu voir mon carnet à dessins. 18 h 30. Le dessin que j’ai fait de lui est le plus loupé de tout ce que j’ai fait aujourd’hui. J’ai essayé alors de le dessiner sous son nom. Je pense que je peux faire un grand dessin. 17 dessins… que je mettrai en couleur le soir en rentrant. 11 h. Ce matin. Sergio nous conduit à la fête préparatoire du Carnaval. Pour trouver une contenance. Il s’agissait de la première d’un spectacle du groupe de danse Sururu de Capote. Sergio nous a présenté à plusieurs personnes dont Fernando. où l’on a rencontré une peintre de Maceo. Hier soir. et moi aussi. parlant français (qui a vendu 600 toiles). mais il ne m’en voulait pas. dans les bals de carnaval. Vers 10 heures. Le diagnostic de Sergio : les gens ont dansé tard hier soir. il y a du monde. et surtout sœur d’un homme considéré comme le plus grand peintre de la cité. Je pourrais le faire assez vite. très absorbé que j’étais par mon dessin. Sergio lui a dit de circuler. il y a un orchestre qui joue dans une boîte qui s’appelle Gouvia. 39 et 40 du carnet dalien 3). où les discours succédaient aux Sambas. son prénom. J’ai montré à cette dame mes dessins. j’ai commencé à les mettre en couleurs. Lucette voulait prendre des distances par rapport à lui (du fait des maladies qu’il portait . je passe l’essentiel de ma journée à dessiner. Sergio nous a conduit à un spectacle de danses assez extraordinaires. Je vais faire le compte-rendu de cette manifestation qui a beaucoup compté pour moi dans mon Journal de danse. un ami à lui. me dis-je. Il a alors saisi mon stylo et a voulu écrire (très difficilement) MARCOS. J’ai continué ce matin à partir de 6 heures. C’est un bar-restaurant. et lui aussi. Sur la plage. Il bougeait. 253 . ayant trouvé les couleurs qui conviennent. Et en rentrant vers 17 heures. Elles restent sur la palette.ma part. j’ai fait 11 nouveaux dessins dans mon carnet dalien. Repas sympa. Cela fait déjà une heure que le soleil est levé. groupe de Carnaval de Maceio. Il est revenu.

J’ai envie de m’y mettre pendant qu’il fait chaud. À 16 heures. J’ai vraiment de la chance d’être là. que je maîtrisais plutôt mieux. et confiture de vieux garçons de goyave pour moi… En rentrant. hier à onze heures. j’ai des difficultés à retrouver les règles de l’aquarelle. j’ai peint ces derniers dessins. Pour mes dessins. pour observer le Carnaval. 254 . et se préparaient à boire et à manger. carnaval et identité culturelle ”. car c’est à échelle humaine. notamment lorsque je ne dispose que de quelques minutes. j’ai vu des chevaux brouter. la chaleur toujours insoutenable nous a fait nous arrêter sous un arbre. que je n’aurais pas imaginées être capable de faire : je recule mes limites. je constate que je liquide le trait. et j’ai fait une gouache grand format reprenant les théories de la fête de Carnaval. lorsque l’on veut construire un moment. Nous avions envie de retourner au self découvert dimanche. La qualité du dessin est essentielle dans plusieurs situations. Sergio n’est venu nous chercher qu'à 20 h 30 : nous avons eu la journée entièrement à nous. j’ai continué. Mais j’ai fait assez de croquis pour produire un grand dessin. L’avantage de la deuxième solution est de faire ressortir le trait .s’agit du carnaval auquel nous avons participé. J’ai mis de la couleur dans mes dessins. J’ai tort de faire de la peinture un absolu. J’ai eu mauvaise conscience le soir de ne pas avoir su décrocher de la peinture : pas d’écriture du journal. Je me suis essayé à les dessiner : en rentrant à l’hôtel. En même temps. C’était le quatrième anniversaire d’un groupe de carnaval : O pinto. Saisir l’instant peut avoir son importance. Nous rencontrons le responsable de la revue Et Moisés de Melo Santana qui va animer un atelier sur “ Education. le trait est relativement important : il facilite la lisibilité. Nous sommes entrés dans un grand restaurant de poisson. que nous nous sommes arrêtés à un kilomètre de l’hôtel. etc. puis me tournant vers la plage. ou je repasse au stylo noir par-dessus. pas de préparation de ma conférence de jeudi. J’ai plusieurs possibilités. l’inconvénient est que cela ne correspond à rien. et il souhaitait partir de ce dessin dans son atelier. avec un verre de vin blanc (pas terrible). Je mets trop de peinture. Ou je les laisse ainsi. J’ai essayé de le dessiner. Le soir. En même temps. il fallait aller déjeuner. Il y avait une ambiance agréable. Mais. Dans ma discussion avec Simon Anding (qui me présentait ses travaux). Nous ne sommes pas restés. et nous avons goûté une brochette de langouste à la “ provençale ”. Mais le soleil tapait tellement fort. Hier. sachant que j’avais du temps devant moi. Maceio est idéal pour cela. Excellent. Mais il n’y en avait pas. Je lui montre mon dessin sur Pinto da Madrubada. Vers midi. Nous aurions voulu terminer avec une glace. cela avance. Il est enthousiaste. j’ai peint. Donc aventure de goûter une mousse de citron pour Lucette. j’ai pris conscience de la nécessité d’un apprentissage du dessin. Les gens dansaient. Mardi 10 février. 8 h 15. parfois quelques secondes. pas de leçon de brésilien. J’ai fait hier des choses. pour saisir une ambiance. lorsque je les peins. Pour ma part. avant que je ne me mette à l’huile. J’ai l’illusion que je pourrai mettre une seconde couche. L’anniversaire du Pinto peut devenir un moment. Je n’utiliserais pas ce procédé dans le contexte de la peinture à l’huile. dans les bandes dessinées. de dimanche : Pinto da Madrubade. sortie avec Sergio. dans la mesure où cette fête a un sens dans la mobilisation des adeptes du groupe pour la présentation du Carnaval.

Il nous décompose toutes les tâches qui s’enchaînent pour rentoiler une vieille toile. Le groupe se déploie vers un bâtiment construit pour abriter toiles et dispositifs de travail du peintre. poète qui s’est fait un nom dans la peinture. Hier. Nous parlons de sa vie. et mille autre œuvres plus ou moins volumineuses : 4 ou 5 salles sont remplies d’objets divers : vases. écrivain et peintre. la sœur du peintre. un dessin de Picasso. sur le plateau qui domine la ville. arrive en poussant le fauteuil roulant dans lequel siège Pierre Chalita. nous avons vécu la journée la plus richede notre séjour. mais aussi de la vaisselle. etc. Il nous montre un bouquet peint par Solange. et mon carnet dalien 3. Puis il est monté à Paris. Un gardien signale notre présence. je montre à Pierre mon dessin du carnaval qu’il aime bien. des statues en bois peintes du XVIII ou XIXème. L’atelier est long de 17 mètres. Pierre nous montre son travail : nous découvrons son œuvre à travers quelques tableaux. Il me parle de Dubuffet. Fernando et Sergio étaient passés pour nous emmener chez le peintre Pierre Chalita. Il a quitté Maceio pour étudier la musique et l’architecture à Rio. Pierre distingue les primitifs des primitivistes. 8 h 15. Nous sommes montés en voiture. Il s’agit d’un immense jardin dans lequel cohabitent des arbres tropicaux et des rosiers en fleur. Je lui avais parlé de Delacroix dont j’ai lu le journal qu’il ne connaît pas. Puis le majordome qui nous avait accueilli. dans lequel sont entreposées des centaines de toiles. Il fréquentait l’atelier de Picasso. en fait une sorte de musée privé. nous engageons la conversation sur le primitivisme. attaquée par les termites. Nous recommençons les présentations. lustres. etc. Il parle du Douanier Rousseau. et nous fait faire le tour d’une immense maison. certaines géantes (4x3) ont été exposées à Paris. Nous prenons un jus de mangue. Nous commençons les présentations. dans ème lequel nous pouvons admirer des peintures des 17 et 18 siècle. Pierre nous propose alors de visiter sa maison. et Solange Chalita.Mercredi 11 février. large de 10 et d’une hauteur de 6 mètres. le matin. de Françoise Sagan. à côté de quantité d’autres fougères et arbustes. Sa peinture primitive n’est pas signe d’une ignorance. Pierre Chalita est reconnu dans tout le Brésil. des œuvres plus contemporaines de lui. de Solange. verreries. Dans l’atelier. Puis Pierre nous propose d’aller visiter son atelier. rencontrée au self dimanche. Il avait attiré notre attention sur une fissure. et au bord de la falaise se trouve une propriété différente de tout ce que j’ai pu voir ici. pressée par une femme que nous apercevons de loin dans la maison. avant qu’elle ne fasse le choix de l’abstrait. Pour le vulgaire. il me parle d’un portrait de Popin. elle aussi. par Delacroix qu’il a beaucoup aimé… La peinture de Pierre a un côté géant avec des allégories qui me firent penser à Delacroix. dans la peinture d’une toile de son musée personnel. Mais cette fois-ci. secondé par son majordome. C’est un espace géant. Je lui parle de Sarah 255 . Je compte 6 employés pour entretenir et garder le domaine. style colonial. Actuellement. En effet. Il va chercher quelqu’un qui vient nous accueillir. une des activités de Pierre est la restauration de toiles : il restaure des toiles abîmées par le temps ou des accidents. Il nous montre des toiles d’amis ou de disciples (il accueille des élèves dans son atelier). etc. Nous y retrouvons Marie-José. Il est inspiré. où il est resté cinq ans. Le primitif est authentique. la différence est difficilement perceptible. Puis. Par contre. d’autres plus petites. mais aussi des toiles de Jorge de Lima (1893-1953). dans lequel il apprécie le numéro 42 (c’est aussi celui que je préfère actuellement). meubles. Il a fait tout un travail de recherches en amont.

je pourrais le publier dans Attractions passionnelles. dessin (une fleur). c’est la mode de s’installer des ateliers à la campagne. Je viens d’avoir une idée : peindre mes dessins selon la logique de l’aquarelle. Je pense que je devrais faire une histoire de vie de Pierre Chalita. Puisque Lucette a oublié son appareil photo. pour laisser la femme de chambre faire son travail. 211 p. -En France. Il nous invite à aller voir ses toiles exposées au Musée de Maceio. Una leitura junguiana do cordel nordestino : dois exemplos (UFAL. Pierre me dit qu’il aimerait travailler à partir de modèles vivants. Grasset. Nous attendons Sergio pour la visite du musée. peinture. par exemple. Je n’ai pas parlé du magnifique piano à queue qui trône dans son salon. Nous venons de passer une journée tranquille à l’hôtel : bain dans la piscine. écriture de ma conférence de Salvador (fin). “ Il faut attendre d’être mort pour que l’on parle de vous ! ” Pierre voudrait que la Ville reprenne son musée personnel. Samedi matin serait notre seule possibilité : Pierre insiste auprès de Solange pour qu’elle décommande leur rendez-vous de samedi. J’ai demandé à Pierre s’il avait déjà écrit son autobiographie. Ces toiles m’ont beaucoup inspiré pour me décider à me construire un atelier dans notre ferme champenoise. mais que Solange s’y oppose. Ce livre porte sur le "moment" en Chine. Non. bronzage. l’humidité et les termites. je sens un vrai intérêt de part et d’autre. Ici. nous les retrouvons ensuite : Solange nous dédicace son dernier ouvrage 324 . -Cela me ferait vraiment plaisir si vous acceptiez d’être photographié dans votre atelier… J’ai vu 4 toiles d’Edouard Vuillard représentant ses amis dans leur atelier. J’ai seulement vu le musée d’Art de Salvador avec une exposition intéressante de dessins de Carybé sur Yémanja. Pierre nous propose de revenir. Nous sommes sortis de la chambre. 15 h 20. il gagne. nous quittons les Chalita : il faut rejoindre l’université où je dois prononcer une conférence devant les étudiants de sociologie. 324 325 Solange Chalita. Pierre se sent autant musicien que peintre : dans toute notre dérive chez Pierre Chalita. me dit Pierre. Non. plutôt que de la gouache. Cela devrait rendre le trait ! Jeudi 12 février. 15 h 30. Sergio et Fernando participent. 2002). lecture (François Jullien 325 ). J’ai d’ailleurs trouvé un livre illustré par lui sur les Orixas… Au fur et à mesure que se développe notre conversation. Je dis à Pierre que pour moi notre rencontre est historique. Vous pouvez faire de très belles choses. lecture du livre de Solange Chalita. éléments d'une philosophie du vivre. Si ce travail n’était pas trop développé.Walden et de son Outrage à la peinture (il faudrait que je lui fasse parvenir de Paris). nous avons fait un repas complet. Paris. Se pose tout de même la question de la reproduction des toiles… Comment faire sur le plan technique (et sur le plan des droits !). “ Très bon ”. Vers midi et demi. 2001. François Jullien. Du "temps". mais. Ce serait une excellente formation pour moi. Peut-être a-t-il vu mes dessins de Lucette dormant ? J’ai l’idée de le prendre en photo dans son atelier. Elle résiste : finalement. 256 . dit Lucette qui semble retrouver complètement la santé. Nous avons été manger dans le restaurant voisin de l’hôtel : pour 30 réals. Nous irons d’ici samedi. Mais cela ne s’est pas encore fait. Cela implique une certaine architecture. Lucette. nous devons nous battre contre la chaleur. Pierre me demande si j’ai visité des musées ici. que d’entrer dans l’intimité existentielle d’un vrai peintre. La visite de l’atelier se fait sans Solange et Marie-José. Il y a un Maurice Denis.

J’ai gardé la liste par ailleurs. Par rapport à ce que nous avions vu à Salvador. Comme j’ai fait circuler mon dessin sur le Carnaval. Maintenant. Ensuite. Mon texte sera publié dans un journal. de gauche). On comprend le problème. mais avec une autorisation de faire des photos. je me suis posé des questions. lorsque j’ai appris que Chalita avait résidé en Espagne à l’époque de Franco. 16 h 30 (dans l’atelier de Lucette et Sergio). Hier. le directeur des enseignements doctoraux. puis je me suis joint au groupe : je suis rentré dans les mimes et les pratiques corporelles. par exemple : le bal. Ma visite m’a donc donné beaucoup d’éléments pour discuter avec le maître lors de notre prochaine rencontre. la coordinatrice du colloque. Pour expliquer cette intervention.Je suis au Centre culturel de l’UFAL (Université). Au rez-dechaussée. des centaines de statues. etc. L’un des deux. le paradis. ce qui semblait une faute à 257 . j’ai d’abord dessiné des masques. Je regrette qu’il soit interdit de prendre des photos. signe de l’importance qu’il lui donnait. Hier soir. Intéressant d’être actif. ancien élève de Pierre Chalita. La pièce la plus ancienne est un tableau d’un élève de Léonard de Vinci. J’arrive en retard. objets de culte. et dont j’apprécie l’animation. j’ai fait un tour au Musée de la Fondation Pierre Chalita : c’est un immense bâtiment. On est en plein colloque. Cela ne fait aucun problème. De plus. le rédacteur me demande une peinture pour la couverture (en couleurs) du journal ! Sacré travail ! Lucette dit : “ Ce qu’il y a d’intéressant chez eux. un jour où ce dernier a exposé une toile immense du Christ en croix avec le sexe du crucifié bien apparent. puis une représentation du Carnaval de Blinda. après l’atelier de Sergio et Lucette. objets divers : autels d’église. Sergio est toujours excellent dans la traduction. réunissant plusieurs dizaines d’exposants. J’ai parlé plus d’une heure. la Ville va lui reprendre ! ” L’employé a répondu : “ Je ne puis dire cela à Chalita : pouvez-vous mettre ce que vous venez de dire par écrit ? ”. j’ai donné ma conférence. Vendredi 13 février. c’était beaucoup moins violent. le directeur du département des sciences de l’éducation. il y a eu 3 questions. Dans cet atelier. Au niveau supérieur. fait fonction de guide : il nous a commenté chaque pièce. Bon. Le recteur est resté pendant mon intervention. J’ai acheté un catalogue d’une exposition de l’Ecole de Chalita (1989). toiles. Tout le monde l’a trouvé “ très intéressante ”. Pierre Chalita est un personnage incroyable. Sergio ne traduisant guère. Ce matin. de peur des courts circuits. que je connais déjà et Alcino Ferreira qui se débrouille en français. Il y a aussi des bibelots de toutes sortes. c’est qu’ils ont le sens des valeurs qui montent ! ” Je me positionne comme artiste. Laura. nous avons assisté à un (long) spectacle de Capoeira de Angola Palmares. très émotif et corporel. car nous sommes arrivés à la nuit tombante et l’on n’allume pas la lumière à ce niveau. qu’il suit sur de longues périodes. sur la place du palais du gouverneur (élu de 45 ans. C’est dire l’état du bâtiment gardé par deux fonctionnaires (employés) payés par Pierre Chalita lui-même. J’appréhendais beaucoup cet exercice. il y a principalement des toiles de Pierre Chalita. Le gouverneur a traversé la Place pour dire à l’employé : “ Si Chalita ne fait pas de travaux dans ce Palais. Ce que l’on a vu n’est que partiel. La place de la danse de carnaval est importante dans son œuvre. Il s’est déroulé à la tribune d’un grand amphi où avaient pris place toutes les “ huiles ” de l’UFAL : le recteur. car je sors de l’atelier Carnaval. Il y a 3 niveaux d’exposition . animé par Moisès de Melo Santana. Il y a des fils rouges. Le procureur ne l’a pas fait. il y a des objets anciens et en sous-sol les primitifs contemporains : ce musée mériterait une autre visite de ma part. J’ai été sensible aux remerciements de Laura. Les danseurs étaient plus tranquilles. Sergio et quelques autres. cette intervention n’était pas toujours utile pour moi. ils n’hésitaient pas à se toucher. Mais Franco a expulsé Chalita d’Espagne. j’ai demandé à Fernando de quelle tendance politique est Chalita : “ De droite ! ”.

mais il accueille des enfants des rues. dans les deux cas : même maître qui préside au rituel. Un ensemble à corde de l’Université (deux violons. des organisateurs avaient prévu un petit cocktail. J’avais dessiné pendant le concert (les musiciens sont pour moi. alors que mon premier dessin était dans le sens de la largeur : d’où mon travail de ce matin. Quand j’ouvris les rideaux. je pouvais en distinguer quatre. Reprendre un thème permet de le retravailler. Dimanche 15 février 2004. Je me suis mis à la peinture. nous étions assez avares de photos. Mon commanditaire voulait quelque chose de concentré dans le sens de la hauteur. Après le concert. faits dans l’atelier de Moisès de Melo Santana et Alcino Ferreira. Dimanche 15 février. d’accessoires divers. etc. De ma fenêtre. Joaquim et Joao Carlos. Lucette aussi. je pus contempler 6 étages au-dessous de moi. en descendant au petit-déjeuner. Villa-Lobos et Azmir Medeiro. je me suis mis à peindre la couverture demandée par João Carlos (de Porto Alegre) pour son journal : je suis content de ce travail.Salvador qui suspendait immédiatement la confrontation des deux danseurs. Ce dernier compositeur était le violoniste de l’orchestre. Les bruits de la rue ne semblaient pas déranger le sommeil de Lucette. Mais impossible : les bruits de la rue ne faisaient qu’amplifier ! On entendait des cris. Il y avait Sergio. Il y avait les musiciens de plusieurs fanfares ou harmonies. Cependant. John Lenon. Il y avait les petites carrioles des vendeurs de boissons. Malgré tout. un alto et un violoncelle) exécuta 5 pièces : Handel. C’est une activité culturelle de l’Université. nous sommes sortis au Lampião pour danser le forro. Jusqu’alors. il y avait la séance de clôture du colloque. Samedi. Je me demandais vraiment quel était le fou qui soufflait des sons désordonnés. Lucette. L’ambiance de Carnaval n’était pas négative pour mettre en couleur les dessins de masques. que l’on prit conscience qu’il y avait vraiment du monde dans ce colloque. Celle-ci avait lieu dans le grand auditorium où j’avais fait ma conférence. Le groupe de Maceio appartient à l’Université. c’est celui qui me séduit le plus. C’est à la queue devant le buffet. Mozart. de chapeau. Après une prise de parole très courte de la part de Laura. Deux entraîneuses de la boîte se joignirent à nous. Des chars arrivaient avec le Pinto da Madrubada (le poussin – ou l’érection du petit matin). ne cherchant pas à être le premier servi. 6 h. nous ressentions le besoin de faire quelques photos de ces personnages de carnaval que nous avions devant les 258 . La danse qu’il nous proposa plut beaucoup à Lucette. la mise en place progressive d’un défilé de Carnaval. 8 h. Des cinq morceaux. même type d’orchestre. J’ai voulu retrouver le sommeil. voulant en réserver pour notre rencontre avec Solange et Pierre Chalita qui devait avoir lieu à 10 heures. Lucette n’appréciait pas trop d’avoir des putes à notre table. la veille. voilà un bon thème à travailler. je continuai en griffonnant la queue devant le buffet…Les queues. un bon thème de recherche) . Le soir. le public eut droit à un concert de musique classique. En fin de matinée. avec à chaque fois une bonne cinquantaine de musiciens. alors que le jour ne paraissait à peine ? Je ne me suis pas levé tout de suite. après les ateliers. C’était une sorte de valse. le réveil s’est fait au clairon vers 5 heures 30. des discussions et parfois des roulements de tambour. Je pris quelques photos de la fenêtre. Je pense que cet auteur a vraiment du talent. Vendredi soir.

un autre sur les voyages. Aidé d’un employé. Ils n’avaient pu accéder en voiture jusqu’à l’hôtel. Pour cela. rituels. le gardien de la porte principale nous invita à faire le tour du domaine pour garer la voiture à l’ombre des arbres du jardin. venu lui rendre visite : elle nous conduisit à l’atelier où Pierre était installé avec deux employés pour rechercher des toiles. et Lucette. qui a une formation d’anthropologue. Un photographe jouxtait l’hôtel. petite. pour le remercier d’une photocopie qu’il nous avait fait d’une classe chinoise. Nous ne pouvons pas réaliser nos projets cette fois-ci. c’est cela. Solange était là qui raccompagnait son frère. j’ai trouvé le catalogue de l’exposition collective que j’ai acheté. -Oui. Il alla le montrer au chef de la banda do Pinto da Madrubada. Nous avons une chambre d’amis. La conversation s’engagea immédiatement sur notre visite du Musée Chalita. Pierre se mit alors en demeure de retrouver dans son atelier toutes les toiles s’inscrivant dans cette série. Pierre ne comprit pas du premier coup mon projet. Par contre. assise sur un tabouret les photographiaient les unes après les autres. Pierre s’était mis à restaurer une toile. On pourrait faire un chapitre sur la musique. vous pourriez lire Le sens de l’histoire. les toiles apparaissaient les unes après les autres. On pourrait mettre des reproductions de toiles dans cet ouvrage. Nos hôtes avaient programmé le visionnage d’un DVD sur L’œuvre de Pierre Chalita. J’expliquais à Pierre que. il faudrait que je puisse parler avec Pierre deux heures chaque matin. dans son travail. qui pourrait faire l’objet d’un beau dessin ! Fernando était très fier de ce cadeau. il collait de petits bouts de toiles à des endroits où la peinture était déchirée.C’est un outil très utile. et que ces toiles me parlaient tout particulièrement. 259 . était celle sur le bal : je lui disais que j’avais fait 5 livres sur la danse. produit par l’Etat d’Alagoas (ce qui montre la complexité des relations difficiles évoquées plus haut). coll. Ce livre pourrait paraître dans ma collection… -Vous pourriez descendre à la maison. Celui-ci fut très enthousiaste ! Lorsque nous sommes arrivés chez Pierre Chalita. durant une dizaine de jours. Nous primes plusieurs photos du groupe que nous formions. Mais cela manque d’un livre de présentation de Pierre. Anthropos. etc. la série qui m’intéressait particulièrement. j’avais placé les prospectus imprimés concernant Le sens de l’histoire et Le moment de la création. par lui-même.yeux. Puis il pressait l’endroit avec une presse métallique : . mais d’ici une prochaine rencontre. l’enseignement. Lorsque j’ai visité le Musée. gestes. Fernando et Sergio vinrent nous chercher pour aller chez Solange et Pierre. mais agréable. Pierre pourra se pencher sur la démarche. -Oui. la peinture évidemment. Paris. en leur expliquant mon désir de faire raconter à Pierre sa vie sur le principe de la théorie des moments. Pendant que nous parlions. Jeux. Solange nous invita à gagner la maison pour prendre une petite collation. Nous avions décidé d’offrir à Fernando le dessin représentant le quatrième anniversaire du Pinto da Madrubada. Nous traversâmes donc le défilé de Carnaval avec eux. J’offris à Solange et Pierre le seul livre qui me restait ici : Centre et périphérie dans lequel. Je la relayais de temps en temps. saisit tout de suite le projet : -Pierre a fait exister plusieurs moments dans sa vie : sa passion pour la collection de timbres pourrait faire un bon chapitre. Au fil de ce chantier. Il l’avait à la main. nous reviendrons. “ Anthropologie ”. qui était tout à fait d’actualité. Nous sommes allés chercher deux nouvelles pellicules de 36 326 . Nous 326 Une des photos prises par Lucette a été choisie comme couverture du livre de Gunther Gebauer et Christoph Wulf. Solange. Il me permet de refaire des meubles ! dit-il. Je promis de leur envoyer ces deux livres. les expositions. 2004.

on pourrait même travailler à les vendre en France. j’avais évoqué Dali. dans lequel on retrouvait la visite du musée privé. 14 h 30. Nous eûmes alors l’idée d’aller faire un tour à la galerie qui vend les toiles de Pierre et que nous avait signalé le guide du musée… En arrivant au lieu-dit. la visite du Musée public. J’étais tout bouleversé par cette confrontation à cette œuvre. Lors de la conversation avec Pierre. Mais ce musée ne rassemble pas les meilleures toiles de Dali". puisqu’il n’y a pas d’exposition actuellement). la visite du Centre d’exposition (que nous n’avons pas vu.bûmes un jus de fruit. Elle se croit encore à Bahia. il s’était mis en tête de retrouver une toile qu’il avait faite en hommage à Dali ! Cette recherche nous avait permis de voir d’autres toiles. Pierre était fatigué. Les meilleures sont ou aux Etats-Unis ou en France. Si les toiles de Chalita ne sont pas hors de prix. car le soleil va vite se lever et nous serons réveillés par l’intensité de la lumière : elle refuse. et une petite fête qui s’est déroulée dans le jardin et prenant l’allure d’un bal masqué. Mais à quel prix vend-il ? Cette question (que je ne lui ai pas posée) me traversa la tête. Il faudrait organiser une exposition à la sortie de son livre. Autoportrait au bal et une troisième de danse. Nous évoquons donc le problème avec Fernando. Le film se terminait avec les douze apôtres (13 dit Pierre) que nous avions vus au Musée public : le caméraman tournait autour de la ronde. Nous sommes d’accord sur les 3 toiles à acquérir si elles étaient abordables pour nous : Hommage à Dali. Elle ne parvient pas à entrer dans la pensée de l’ici et du là (Jean Oury). beignets. 11 h. boulettes de viande). ravi de devenir notre homme de confiance. L’avait-il vu lors de son voyage en Espagne ? Connaissait-il Figueras ? "Oui. absolument indispensable pour se situer dans un voyage comme cela… Cela m’énerve. Je le regrette. J’avoue que la toile sur Dali. celles que je serais heureux d’avoir dans mon atelier. Je propose à Lucette de mettre sa montre à l’heure d’arrivée (ce qui permet de savoir le temps de vol qui reste) : elle refuse. Nous prîmes congé. le gardien nous annonça que la galerie était fermée. en partance pour Salvador de Bahia. Je lui propose de baisser les rideaux. après avoir fait l’échange de nos coordonnées. goûtâmes quelques petites fritures (bananes. vue en passant (toiles dites de l’Amazonie). Le cinéaste avait réussi à entremêler des images des tableaux sur le bal avec les images d’un bal réel. nous dit-il. très bien fait. C’est vrai qu’avoir une ou deux toiles de Chalita serait une bonne stimulation pour poursuivre mes recherches avec ce personnage. surmonté d’une céramique de 6 mètres de large de Pierre. Il devait être pris en charge par ses infirmiers. 260 . Tout en parlant. puis Solange nous proposa du gâteau ! Nous avons donc regardé le DVD. nous avons pris conscience que nous ne connaissons pas les prix des toiles de Chalita. Madrid. et à celle de Solange. et cela donnait une impression de mouvement de personnages. On imagine un trafic de toiles entre Maceio et Paris : ce type de discussion ludique anime la vie quotidienne. Avec Lucette. ainsi que quelques-unes sur le bal (notamment un autoportrait de Pierre entouré de danseuses) sont parmi celles que je préfère. Dans l’avion. Mais sont-elles dans nos moyens ? L’idée de demander à Fernando de s’informer auprès de la sœur de Pierre nous a semblé la meilleure solution pour ne pas faire de gaffe vis-à-vis de Pierre. Dans l’avion Salvador-Madrid. Il est difficile de rendre compte de la conversation comme elle va. le lundi 16 février 2004. alors que Sergio conduisait la voiture en direction de l’hôtel.

Il me semble que je dois distinguer trois niveaux : le travail universitaire. Hier. Concernant la peinture. Il me faut donc écrire sur l’art. non seulement. la peinture. Il y a une théorie du portrait que j’ai lue probablement trop vite en 1983. Je l’ai signé. Aujourd’hui. Pour retrouver mon calme cet après-midi. Petite. et à mettre mes dessins en peinture. car j’ai passé la journée avec Margolata à traduire Korzcak (Moments pédagogiques). Je croyais avoir emporté avec moi mon journal de danse. quelque temps avant sa mort. J’émerge du Brésil. L’art. en retard. Pendant notre absence. La perspective d’un livre sur et avec Pierre est ouverte. la danse. J’avais imaginé peindre le contexte de la photo (Montsouris 2). j’ai passé beaucoup de temps à dessiner. Je viens d’arriver. Jean Vancraeÿenest. Mardi 2 mars 2004. longuement du fait de ma rencontre avec 261 . la maison a changé. mais en plus j’ai eu la chance de rencontrer plusieurs peintres de Maceio et tout particulièrement Pierre Chalita qui est un personnage important : des perspectives s’ouvrent à moi concernant la peinture à l’huile. dont j’ai repris des passages dans les pages précédentes. C’est un chantier qui ouvre de nouvelles dimensions à ma recherche. j’ai trouvé une photo de lui. son fils. j’en ai fait une toile. Pierre fut mon meilleur ami. dans la réunion de la licence. mais finalement.J’ai quelques pages encore dans mon carnet pour tirer quelques conclusions de ce voyage au Brésil. Lucette a rapporté deux masques d’Amazonie. hier. 1er-16 février 2004). 23 h. Lors de sa visite hier. Je l’aime bien. je me suis remis à l’huile. Pas de peinture. j’ai installé Pierre dans un décor brésilien : les Orixas ne sont pas loin. j’ai rapporté une toile de danseurs de Candomblé. m’a envoyé une carte. 20 h 45. je sais où trouver des châssis (beaucoup moins chers qu’en France)… Sergio et Pierre sont prêts à m’accueillir pour me permettre de travailler. Aujourd’hui. puis j’ai peint les lianes dans les arbres et fait quelques nervures sur les feuilles. car je ne m’en souvenais pas (alors que le reste du livre m’a profondément marqué). Ce tableau est presque au point. Cela nous fait une très belle pièce ! Samedi 21 février 2004. Jeudi 19 février. À relire au calme. que j’ai fait agrandir. En rentrant du Brésil. pour que je lise le chapitre sur l’art. 9 h 40. Jenny Gabriel m’apporte La dimension cachée d’Edward Hall. mais intéressante. les parents de Lucette. (Saint-Denis). j’ai repris ma toile “ Pierre ” (n°23). Mon séjour là-bas a été très riche concernant mon travail d’artiste : j’ai écrit mes aventures brésiliennes dans un journal de voyage (Voyage à Salvador et Maceio. de Reims. Samedi 28 février 2004. ont installé des rideaux. Il voulait me rappeler la mort de Pierre (avril1948-11 février 1984). je l’ai évoqué dans mon journal du Brésil. J’ai rajouté une couche de bleu dans le ciel. mais je l’ai oublié. La prochaine fois que je ferai le voyage de Maceo. Maurice et Andrée. De Salvador.

Mercredi 10 mars. On parle de créativité. venant du Maghreb ou d'Afrique noire. Je suis content de ce texte. car aussitôt. Hier. je traverse une période de quasi-dépression. Je suis encore malade. Jeudi dernier. je pense à une recherche à mener au niveau du terrain. j’avais à affronter mon destin : le procès Brohm. parle d’art . j’ai dû me mettre à la rédaction d’un texte que je dois prononcer demain devant un public de documentalistes. Elles sont réussies. avec une moyenne telle qu’il n’y a pas besoin de photo pour me départager du second. Je lui ai envoyé plusieurs versions de mon texte. Elle lit Howard Gardner : Les formes de l’intelligence et elle a terminé un ouvrage sur Matisse. J’ai du mal à savourer cette victoire. Je suis venu pour parler d’une demande d’intervention. En rentrant du Brésil (le 16 février). Pas de candidat à la direction. Or. Mardi 9 mars. parfois 5. etc. mais j’ai gagné. et qui met en relief quelque chose de stupéfiant : j’ai eu en moyenne 2 à 300 étudiants par cours. émanant d’une documentaliste de l’Académie de Créteil. Séminaire de Patrice. 14 h 45. Ingela Guerrien. avec 39°C de fièvre. Je suis donc le n°1. Il s’agit de comprendre les comportements des élèves. Actuellement. en présence du Recteur de Créteil.le peintre Pierre Chalita : je n’ai pas encore écrit que j’avais fait développer les photos de notre visite de son atelier. J’y ai travaillé toute la journée d’hier. J’ai parlé à Huguette d’un tableau statistique qui circule dans le département. depuis 5 semestres. (atelier de Patrice). (26 février). Il me faut envoyer à Pierre des doubles de ses photos. 16 h. Conseil d’UFR. Je ne sais pas ce qu’en pensera ma commanditaire. 6. j’ai 262 . Je sors d’un entretien avec Huguette Le Poul. Aucun collègue dépasse les 100. Plus de 50 de ses toiles ont été photographiées. concernant l’œuvre de Pierre. Mardi 16 mars. Elle n’a réagi qu’à une version de 4 pages. J’ai donc des traces importantes. je me suis battu au tribunal de Montpellier. j’ai des collègues qui ont moins de 15 étudiants. Gilles Boudinet est là. On me demande d’aider des documentalistes à penser la question de l’autorité en Afrique. Idée de peindre une toile à partir de cette visite. Je mesure cet état d’âme : je ne tiens plus mon journal.

d’autant plus que cette technique m’aide à vivre. Cela revient. Ce n’est pas aujourd’hui que je dois baisser les bras. Cela fait partie du travail d’archives. L’Aube. Depuis 1982. Lire en anglais. Hier. et arrêter de m’appuyer sur cette pratique . dans une famille noble. aussi. de reprendre des activités. En les lisant. Elle m’a donné de l’argent qui m’a permis d’aller à Paris faire des courses : billets d’avion pour New-York. En lisant cela. j’ai eu une journée de sursaut. J’ai d’abord été chez Charlotte. et dans ce livre de 1999-2000. Parole. Pour d’autres. achat de livres à la FNAC. Il se fait une philosophie du monde à travers une filiation imaginaire. Parmi les pages qui m’ont intéressé : quelques-unes sur une promenade. et cette merde devient une œuvre ! Le journal est une forme de critique de la vie quotidienne. Pause pendant laquelle je vais voter (élection à la commission de spécialistes). j’ai peint 3 fonds.lu un ouvrage de Derrida 327 . 263 . de Rilke. j’ai des traces de journaux. Ces pages m’ont plu. Je ne les trouve pas. lui porter des croissants. Tant que je ne l’aurai pas fait. Ma cousine Cécile voudrait reprendre contact avec moi : lui montrer mes toiles serait important. J’ai envie de changer d’affectation. je me suis dit que moi. Mon affaissement de ces derniers temps a été lié à une fatigue énorme. dans lequel il dit que son rêve aurait été d’écrire un journal total. achat d’un chevalet. tous les collectifs qui furent pour moi des moments. j’en ai tenu plusieurs de front. Les 5 dernières années pour soutenir Lucette. et je ne me sens pas bien encore. mais mes problèmes d’argent m’empêchaient de réaliser ces choses. Certaines années. qui avait besoin de moi. C’est un texte imaginaire. Mais j’ai le courage de l’écrire. La vie que je mène est une vraie merde. Pourtant. Jenny Gabriel m’a offert le 25 février Le journal de Malte. Cela fait 10 ans que je suis ici. dans le couloir aux portraits de familles. ces images me travailleront. où seraient tous les groupes. Charlotte voudrait une “ affiche ” de ses cours. il le regrette. d’une blouse Corot et de châssis pour peindre… Cela faisait longtemps que je voulais faire ces choses. 327 Derrida. J’ai des idées à mettre sur toile. Cela va faire quinze jours. Je retrouve une certaine efficacité sociale. surtout après 1996. j’ai eu la chance de le faire. j’ai découvert que c’est ce que je veux faire à Sainte Gemme : une galerie de tableaux. Cela ne concerne pas le travail de l’artiste. qui a suivi le procès de Montpellier. Il ne l’a pas fait. Je ne veux pas prolonger sur ces points. j’ai perdu le goût de vivre. Je cherche la liste des postes vacants dans les universités. J’essaie de survivre. faire la méthode Assimil américaine est quelque chose que je vais faire systématiquement. où je suis allé témoigner avec 39°C de fièvre. Et pourtant ! Hier.

Il y a eu en effet 2 Holbein. nous nous sommes promenés le long du Main. Hier. New York. J’y avais placé L’écriture du désastre. New York. 264 . où j’ai vu une toile de Maurice Denis (Les baigneuses) et beaucoup de toiles de l’époque précédente (Renoir. j’ai passé la première partie de la matinée à terminer Michel Random. la photo est meilleure que la toile elle-même : à méditer. Pour lui. Thames and Hudson. L’ambiance de mon atelier lui plaît (son père était peintre !). 128 p. Manet. acheté au Salon du livre. d’après photo prise rue Marcadet. Cela me fait penser que Man Ray a détruit des toiles dont il a gardé les photos. Le thème de l’expo : le maire. J’ai oublié de noter que j’avais offert ma toile sur Pierre (N°23 “ Pierre. J’ai constaté l’état assez catastrophique de certaines toiles (craquelage de la peinture). Je prendrai la toile en photo. où il y avait une exposition Holbein que j’ai visitée seul. 73 x 60 cm. Je m’y plonge. North Dighton. Ouvrage essentiel dans ma recherche sur René Lourau. Je téléphone à Charlotte. Salamon Grimberg. et détruirai les photos ayant servi à faire la toile. Kirchner. 10 h. 1987). Life and Art. Le Grand jeu (2003). Lors du passage de Jenny. Emmanuel de L’Ecottais. Je note trois titres rapportés de mon voyage à New York : Pierre Daix. de Maurice Blanchot. 19 février 2004) à ses parents… Je me mets à la lecture de Man Ray. Hier. J’ai encore visité le musée. que je rangerai dans ma bibliothèque surréaliste… 13 h. C’est une lecture des fragments de Schlegel. je note qu’il est mort en 1543. Puis avec Marc Genève. Taschen. nous regardons les photos de Pierre Chalita. Concernant les toiles et dessins d’Holbein. On décide de déjeuner ensemble… Je choisis comme marque-page de L’écriture du désastre une photo de N°23 (première couche). Ce matin. En rangeant Man Ray.Mercredi 17 mars. J’aurais voulu y passer plus de temps. nous avons passé l’après-midi à Frankfurt : visite du Musée sur le Procès Auschwitz (1963-64) de Francfort. de Picasso créateur. 2001. J’en fait l’index. Picasso. etc). jusqu’au Musée des Beaux-Arts. je regarde mes livres “ surréalistes ”. Devrais-je les détruire ? Idée d’une toile des institutionnalistes. Lundi 4 mai 2004. le peintre et sa famille. Frida Kahlo. Man Ray (1890-1976). j’ai peint trois fonds de toiles que je vais pouvoir entreprendre à partir de vendredi. un des moments forts de mon premier voyage dans cette ville. Le temps m’a manqué. Je renvoie à mon journal de New York où j’ai raconté ma visite du Metropolitan Museum. 190 pages. 1993. Monet. Moi aussi. Oberursel. je fais des photos de mes toiles. HarperCollins. le lundi 29 mars 2004. 20 ans déjà ”. Le Seuil. 450 pages (trad. 2004. d’une certaine manière.

Maurice Blanchot a écrit une pétition pour protester contre l’exclusion de Georges de Royaumont qui commençait par “ Il ne nous a pas étonné que… ”. Finalement. Je pense à lui. je voudrais noter l’anniversaire de ma sœur Odile. alors que j’ai lu le livre de Jean-Claude Kaufmann sur ce tableau ! J’ai parfois honte de mon péché d’ignorance. 265 . je l’ai peint à l’accordéon. La présence des parents de Lucette m’a obligé à coucher dans la salle aux archives : impression de dépaysement profond dans cette pièce où j’ai très rarement couché. Je vais partir revoir l’exposition sur Les autoportraits. j’aurais amélioré les couleurs du visage. j’ai été acheter du matériel mercredi. Lapassade me téléphone pour organiser son anniversaire. Je voulais y chercher l’inspiration pour mon tableau… J’ai été content de cette virée culturelle avec mes petites filles. Je lui parle de Blanchot. en 36 volumes de 800 pages (cet article fait à lui seul 450 pages). j’ai retouché toute la matinée. avant de m’y mettre… Je suis heureux de peindre. Pour l’anniversaire de Georges Lapassade. 23 mai 2004. mais cette fois-ci avec K. N’ayant pas mon matériel de peinture ni de palette à Paris. Auparavant. Il l’a connu en 1968 : ils faisaient partie du groupe des écrivains avec Nathalie Sarraute… Plus tard. une toile commencée mercredi. J’ai terminé ce matin.G. 8 h 50. Hier. mais il faut d’abord attendre que cela sèche ! Il me faudrait encore trois jours ! Charlotte va arriver. à partir d’une photo retrouvée par Lucette. Je l’avais bien travaillée mercredi. mais cela va. Elle trouve qu’il y a un problème d’épaule dans mon portrait de Georges. Si j’avais eu le temps d’une troisième couche. à nous. Je devrais peindre cette fenêtre au fur et à mesure de l’émergence de ce paysage conquis après quinze ans de travaux de terrassement. Sur le fond. j’étais allé à l’exposition Moi. à 10 heures et demi. C’est un peu brut. le soir à Paris. mais j’étais encore loin de ce que j’ai réussi à produire ce matin. Je dois dire que je me suis plongé dans l’article péché du Dictionnaire de théologie catholique de Amann. 13 h 30. Mercredi matin. Prise de conscience de la force de cette pièce. Je vais retoucher Georges. Je voulais noter ce fait dans ce journal. Autoportraits du XX° siècle. sur mon répondeur. poursuivie par une visite de SaintSulpice et une contemplation de La lutte avec l’ange d’Eugène Delacroix que je n’avais jamais été voir. Cela commence à avoir du relief ! Lundi 17 mai. nous a contraint à rentrer de Sainte-Gemme en début de l’après-midi. 9 mai 2004. J’éprouve aussi un sentiment très fort en regardant le jardin à travers la fenêtre de la cuisine lorsque je suis sur la chaise de la salle à manger contre la bibliothèque : impression d’un tableau subtil que je retouche à coup de brouettes et de pelle mécanique. Hier. je suis content de mon effet : je l’ai terriblement rajeuni. chez moi. Jenny Gabriel vient d’arriver pour déjeuner. Je lui demanderai son avis. au Palais du Luxembourg avec Hélène et ses deux filles. un message de Georges Lapassade m’annonçant l’hospitalisation d’Hubert de Luze. le fond bleu du ciel donnait beaucoup de force au vert cru des pruniers. J’ai passé trois bonnes journées à Sainte-Gemme. L’organisation de cette petite fête.

Il téléphone. C’est l’été. autrement. J’ai envie de peindre ce tableau en Provence. Je me lance dans un tableau (Vol d’oiseaux) à partir de fleurs d’iris que j’écrase sur la toile. Mauvaise nuit.Excellent week-end à Sainte-Gemme avec Sergio Borba. Le temps qui m’est donné est bref. et il faut que je rende public mon travail de ces dernières années : en même temps. Je ne veux plus faire de l’activisme. la veille. et c’était agréable de regarder le paysage. Je l’invite à dîner avec Gérard Althabe. Hélène et Nolwenn. alors qu’il a fait un stage dans cette ville. Je suis descendu chez Brigitte avec Yves. la lumière me font penser à Cézanne. J’ai envie de renouer avec la peinture. Il faut que je vive autre chose. Nous avons retrouvé Constance. Je devais descendre pour l’appel du procès Brohm qui aura lieu à Montpellier mardi. Le voyage s’engageait tellement différemment de ceux que j’ai pu faire auparavant. pour ne pas m’épuiser. Je ne suis pas parvenu. 26 juin 2004. J’ai emporté avec moi mon matériel de peinture et une toile. mercredi prochain… De Luze est mon premier co-auteur à disparaître. Brigitte acceptait de m’accueillir pour me permettre de travailler avec Alessandra sur le dossier Brohm… Quand j’ai dit à Hélène et Yves mon projet de partir en voiture. ils m’ont dit : “ On t’accompagne ! ” Du coup. 266 . Idée d’écrire un texte sur de Luze pour Le Monde. de terminer les livres engagés : les morts d’Hubert de Luze et de Gérard Althabe me donnent une force qui me saisit. dès 1999. Ce dernier trouve que nous avons une grande qualité de vie. comme je puis le comprendre aujourd’hui. Mon idée est d’écrire. je ne connais rien de sa biographie ! G. Mais. j’apprends le décès. Je vais bientôt mourir (Gérard n’avait que quinze ans de plus que moi). ces quinze derniers jours. Idée de peindre l’après-midi : le congé sabbatique dont je vais bénéficier va me permettre de trouver un autre rythme de vie. Lapassade a envie de parler de cette disparition. sur mes erreurs d’investissement : je l’entendais. Hubert m’avait alerté. Les odeurs. arrivée ici depuis plusieurs jours déjà. En rentrant à Paris. Il faisait beau sur la route. Yves n’avait jamais pris cette route. que j’ai eu une impression de vacances. je ne dois pas écrire plus de 5 heures par jour. semble-t-il. où je projette de peindre Gérard Althabe. (Aix-en-Provence). mais je ne le comprenais pas. d’Hubert de Luze. Lapassade… 24 mai. ce voyage en voiture a pris le tour de vraies vacances. Il n’était jamais passé par le tunnel de Fourvière à Lyon. C’est vraiment douloureux. à lui écrire la lettre dans laquelle je voulais lui raconter les 80 ans de G. Cela me fait beaucoup de peine.

que je mettrais volontiers dans mon jardin. après 6 années de travaux de rénovation (en profondeur). se sent Grec. Traces. le 20 juin. Il y a quelques peintures sur bois de toute beauté : la rénovation de ces tableaux anciens a eu pour effet de gommer le temps. comme chez le peintre brésilien Pierre Chalita. J’ai découvert un Musée David à côté du Musée municipal. pour Attractions Passionnelles. Je regrette de ne pas avoir emporté avec moi un appareil photo (les photos sont autorisées lorsque l’on n’utilise pas le flash). Cette expo est une illustration de l’ethnophotographie. 2004. Des assemblages aux œuvres monumentales. Elle a bien connu les Etats-Unis (elle est décédée à San Diego en 2002). On demanderait aux Conservateurs de faire la visite des réserves. un jour. Constantin Xypas m’accompagnait : il se sentait une obligation de me guider dans ma découverte des œuvres. Avec un Monet. Il reste à pouvoir publier des photos en couleur. manuel de photoethnographie. il y a de la photo-ethnographie à Angers. cette femme a attendu 24 ans pour trouver définitivement sa voie. elle produit des sculptures (une centaine montrée à Angers). L’homme sur la photo. mais je n’ai pas eu le temps d’aller le voir. La visite a été trop rapide : j’y retournerai seul. 140 pages. 267 . Autre visite. cela dit. Tout est mis à neuf. il ne faut pas supprimer les traces du temps . Paris. On fait des photos. Entre 10 h et midi trente. mais aurait profondément déplu à Sarah Walden. Un photographe. Pourquoi me suis-je habillé en quasi-hiver ? Le temps change beaucoup. l’ensemble de la rénovation du musée est exemplaire au niveau de l’architecture. a photographié le Musée d’Angers avant. c’est la plus belle pièce. Violée par son père à 12 ans. Comment s’y prendre ? 328 Luiz Eduardo Robinson Achutti. il y en a beaucoup à Angers. pour aller regarder de plus près un très beau tableau de Maurice Denis. Elle écrit dans son autobiographie : “ Dans notre monde saturé de malheurs. au bord de la piscine. Constantin.Lundi 6 juillet. dans Attractions Passionnelles. Je téléphonerai ou j’envoie un mail à un conservateur du Musée d’Angers : je leur demande d’explorer leur cave avec eux. 117. Avec Constantin. (préface de Jean Arlaud). bien que naturalisé français. de raconter la vie du Musée à travers les sous-sols : je pense à ce qu’à fait Achutti à la Bibliothèque nationale 328 . comme “ trois états ” du lieu. 1999. Il faisait plus chaud à Angers aujourd’hui. des salles récentes. Cela me semblerait intéressant. il insistait beaucoup sur les thèmes helléniques traités par les peintres de la période classique : ses remarques ont attiré mon attention sur des œuvres que je n’aurais pas regardées. malheureusement trop rapide : Niki de Saint Phalle (1930-2002). le fait que mes sculptures procurent aux gens un peu de joie donne un sens à mon existence 329 ”. qu’à Sainte Gemme hier. au point que cela donne l’impression que c’est sorti de l’usine hier soir : cette rénovation satisfait Constantin. 16 h. Depuis le match Grèce-Portugal d’hier. Il faudrait publier dans Attractions passionnelles une rubrique : visite d’un musée. dans la cour du musée : très agréable. J’ai été intéressé par les portraits . Bogdan Konopka. Il y a aussi des tableaux de ruines. nous avons été boire un pot. j’ai été faire une visite au Musée des Beaux Arts d’Angers : il vient de réouvrir. Pour elle. 329 Niki de Saint Phalle. Et d’une certaine manière. Du coup. Acatos. p. Prochaine visite en septembre : Le Musée David. Téraèdre. féministe. (dans le train entre Angers et Paris). pendant et après les grands travaux de restauration et de réaménagement : l’exposition met en relation ces trois “ moments ”. Autodidacte. Mais la vraie richesse de ce musée : ce sont les salles des XV° et XVI° siècle.

si 400 toiles sont exposées. Il s’y connaît mieux que moi sur le plan technique. a dit Lucette. je me suis remis à la peinture. Mes voyages (professionnels) à Angers seront investi dans une dimension nouvelle. Rue d’Angleterre. chez moi. Je me suis lancé dans le portrait de Liz Claire : je l’ai installé devant la cheminée. je me demande si ce n’est pas le regard qui ne se porte plus que sur l’essentiel. Sybille et Helena. disait un jour P. avant de créer. Coût de la rénovation du Musée d’Angers : 33 millions d’euros : une jolie somme. Nom de mes nouvelles toiles : “ Liz Claire devant la cheminée ” (2/7/2004). alors pour ne pas la laisser sécher sur la palette. A moi aussi. On la retrouve bien dans sa posture psychotique. Mais aujourd’hui. partie hier soir à Charleville. une idée pour justifier de donner tout cela en vrac au lecteur : l’idée de fragment. Beaucoup de créateurs ont ce repli sur eux ! Dans la foulée de cette première couche. (Donc elle l’a reconnu). Les gens voient-ils vraiment le jeu de la lumière ? Une gouache faite à l’époque de la canicule m’avait permis de prendre conscience du problème : l’ombre change très vite . il y avait de la peinture à utiliser. tout mon combat a été de reculer la butte derrière la maison. Les photos des tableaux de ruines d’Angers sont à placer dans la maîtrise de Charlotte. 268 . au collège : j’aimerais bien savoir si elle vit encore. J’avais fait du feu dans la cheminée (il faisait 11°C à midi ce vendredi 9 juillet). notre professeur de dessin. Sainte Gemme. Ce matin. en attendant l’arrivée de Geneviève. celle dans laquelle elle se retrouve sûrement. La visite du Musée d’Angers me fait découvrir la richesse du patrimoine artistique de cette ville : ce sera une ressource pour mes prochains voyages. Bonafoux. et Brigitte Simon aussi. relire la bibliothèque de Charlotte. nous avions parlé peinture hier aprèsmidi. J’ai évoqué Hélène Moscos. ne l'apprécie guère. La théorie des moments : Odile me dit ce matin que cette toile lui plaît. pour faire entrer de la lumière par la fenêtre de la cuisine : le jeu des ombres entre la lumière du Nord et celle du Sud correspond à mon grand œuvre. Comment passe-t-on du copiage du modèle à son interprétation ? -Les 2 autoportraits de Matisse à l’Expo du Palais du Luxembourg sont significatifs de la purification progressive du trait. Pour la préface à cette édition. il y en a 1100 en réserve ! Je n’ai pas noté qu’avec Jean-Jacques Valette.Sur la publication de mes journaux. “ La théorie des moments ” (9/7/2004). à Angers. les ouvertures des fenêtres sont plus petites qu’à Paris. -Liz est réussie. J’irai visiter l’exposition permanente David d’Angers. je vois presque bouger l’ombre. Ce que je peins à Sainte Gemme. je me suis demandé : “ Qu’est-ce qu’un musée ? ” Qui décide de donner à voir ? Car. C’est vraiment elle. A Sainte Gemme. Il a suivi des cours. mais Lucette. cela ne lui a pas donné un travail dans ce secteur. Jean-Jacques a étudié l’archéologie : malheureusement. le 11 juillet 2004. Le soleil se déplace plus vite ici qu’ailleurs : chez nous. souligne cette réalité des ombres. relire Gusdorf. Avant-hier. je me suis mis à une autre sorte de création.

pour moi (71x 58 cm) : il s’agit du portrait de Gérard Althabe. mais cela me demanderait un gros effort de synthèse. elle a repris l’avion pour New York. Au départ. qu’elle a rencontré un jour à Paris. enfin le travail de traduction qu’elle a entrepris de mon livre sur le journal… Aux dernières nouvelles. lorsqu’on est ensemble. c’est déjà très ressemblant. de notre projet de revue Attractions passionnelles. j’ai reçu Liz Claire : je ne lui ai pas dit que j’avais commencé une toile d’elle à Sainte-Gemme. J’ai l’idée de peindre René Lourau. décédé quinze jours après de Luze. Hier. Ensuite. il y a une douzaine de jours. mais Lucette vient de rentrer. Depuis que je sais que j'ai obtenu mon congé sabbatique. Maja écrit un roman… En parlant avec Liz. j’ai passé la journée à peindre une toile de grand format. dix heures durant. où je veux repartir avec du matériel de peinture pour travailler sérieusement dans les mois qui viennent. Aujourd’hui. mais qu’elles m’inscrivent ou me renforcent dans la production artistique : il aurait fallu tenter de donner une place à K dans cette histoire. J’en suis à la troisième couche. pour pouvoir me lancer dans de grands tableaux . je réfléchis à la meilleure façon de vivre d’ici le prochain semestre : je n’ai jamais vécu de telles vacances depuis des années. Maja m’a fait découvrir le théâtre. et K de l’autre. J’ai raconté à Liz la relation assez spéciale que j’ai eue à Maja. car j’ai demain la visite de Frédéric Althabe. J’ai entrepris ce travail. il y a eu le tango entre nous. rue Marcadet. sur le même tableau à partir d’une pose en djellaba qu’il avait prise chez moi. puis la littérature. et je suis un peu fatigué de la journée de peinture d’aujourd’hui : j’ai envie d’écouter mon épouse me raconter Sainte-Gemme. qui avait beaucoup transformé ma vie aussi. et objectivement. Sainte Gemme va devenir pour moi un lieu idéal de production : je vais y rapporter le grand chevalet. On ne s’ennuie pas. J’avais dessiné pour illustrer ce texte. Au moment où j’écris. c’est que les deux premières surviennent dans ma vie par un autre biais que la fac. nous avons parlé. Je me suis un peu pressé entre la seconde et la troisième couche. à travers son travail à la Comédie française. puis une méditation de ma part sur Formes et mouvements. c’est le moins que je puisse dire ! Quelle place donner à Liz dans ma vie ? On pourrait faire beaucoup de choses ensemble. Je ne tiens pas ce journal régulièrement. où j’ai besoin de prendre du recul : je ne veux plus lancer de nouveaux chantiers. Il faudrait que je reprenne ce que nous avons pu dire à ce propos. je découvre que ces deux relations sont un peu particulières. puis classé dans mes écrits posthumes. Mais la différence entre Maja et Liz d’un côté.Format : 55 x 38cm pour chacune. Elles ne sont en rien mes étudiantes : K serait plutôt à rapprocher de Catherine. Il me reste quelques détails à travailler. que j’ai entrepris à son contact. je me suis mis à la cuisine. 269 . Finalement. mais à un tout autre niveau. Je reprendrai ce journal demain pour essayer de noter les idées de notre discussion d’hier. j’en ai l’envie. mais en même temps ayant un rapport avec l’art. Par contre. mais je suis dans une période de ma vie. en 1985. Je lui ai parlé de ces écrits assez intimes. je me suis engagé à consacrer huit jours à Liz en septembre. Depuis 4 jours. 22 juillet 2004. tapé par Véro. pour lui traduire son livre en français. le fils de Gérard qui doit venir m’apporter des notes de son père pour le bouquin que j’écrivais avec lui.

et que je me représente intérieurement : livres. je veux tenter une toile à partir d’un dessin fait par Lucien Hess. Je réfléchis aux filles que j’ai aimées et qui m’ont aidé à m’accomplir : la différence entre avant et maintenant. c’est une galerie d’esprits protecteurs. Aujourd’hui. à l'université de Paris 7 . 1984) dans lequel j'ai écrit l’article “ Gilson ”. J’ai lu également de cet auteur le premier chapitre de L’Introduction aux arts du beau 330 . de sa mère : Pauline Hess. Je voudrais aussi acheter des cadres pour travailler de façon systématique dans les jours qui viennent… J’écris un morceau de journal avant de m’occuper de la venue de Frédéric Althabe. car.Quand Hélène et Yves sont arrivés vers 20 heures hier. Sainte-Gemme est un lieu. l’auteur montre comment. a-t-elle ajouté. a été pour moi essentiel : il me semble que ma peinture a besoin d’être vue. que j’ai dans la tête. Elle m’a seulement reproché de ne pas avoir répondu à ses mails. On s’est promis une lettre par semaine. Antoinette a trouvé ma toile très sévère : -Mais. Comme me l'écrivait le philosophe René Schérer. 331 330 270 . le matin… Je repense à Liz Claire : j’essaye de lui donner un statut dans ma transversalité. Ainsi. je m’en veux un peu. Antoinette réagira. je crois que ce que je cherche à produire. Odile et Geneviève ne supportaient pas bien cette toile. a pris une grande force lors de ma participation à la soutenance de thèse de Madame Setsuko Kokubo Deguen 331 . Gérard Althabe et Joseph Gabel en moins d’un mois. a dit Geneviève. toiles. Gilson est né en 1884 et mort en 1978 : il était donc nettement plus âgé qu’Henri Lefebvre. "cela sera un choc terrible pour son fils ”. Lire de la philosophie donne de l'allant. mais. pour me faire un univers où je me sente bien. à cette thèse et à ses effets sur moi. Avec les disparitions d’Hubert de Luze. -Je n’ai jamais aimé ce personnage. Pourtant. Christine DeloryMomberger. encore un peu floue lors de la visite de René Schérer. m’a-t-elle dit. j’ai l’impression d’être entré dans une autre période de ma vie : je ne peux plus mettre à demain des choses qui me tiennent à cœur. Setsuko Kokubo Deguen. je ne lui ai posé aucune question sur elle . les ancêtres deviennent des esprits protecteurs : j’ai réfléchi. qui a la vocation Etienne Gilson L’Introduction aux arts du beau . directeur. ont besoin d’exister. Jury : Pascal Dibie. avec assez de sérieux. c’est un musée de mes esprits protecteurs. Cette notion. découvrant le tableau que j’ai peint de son père cet hiver. installée dans notre salle de séjour. La mort de mes parents m’a effondré. La semaine passée. c’est que je viens de sortir de l’adolescence. ce que je suis en train de faire. (6 juillet 2004. président. c’est bien lui !. car je ne me rendais pas compte vraiment de ce qu’est la mort. je voudrais aller faire agrandir quelques photos. d’ici septembre. Analyse du traitement rituel de la mort au Japon au sein des familles et des collectivités locales. Remi Hess. par des gens qu’elle peut émouvoir. Vendredi 23 juillet. J’ai eu du mal à me sortir de cette expérience. je sens que les tableaux de personnages ou de groupe. que je prendrais comme base de tableaux futurs. E. si je parviens à faire ce que j’imagine. En me levant. 1998. dans les familles japonaises. Maurice Gruau). Dans cette thèse. Vrin. je me suis plongé dans la relecture de plusieurs articles du Dictionnaire des philosophes (PUF. j’ai été surpris : j’avais l’impression d’être au tout début de ma conversation avec Liz . d’abord par le regard critique de ceux qui ont connu les personnages. par ailleurs (dans un autre journal). un échange avec Antoinette Hess. Lucette pense que je ne dois pas laisser ma toile de Gérard Althabe dans la salle de séjour. Je voudrais peindre assez de toiles. ce matin.

en Italie. Peut-on être philosophe. faire des livres. l’exclusion du quotidien par les philosophes. mais une absence d’espace pour l’improvisation. que j’ai fait réparer la chaudière et que l’on a de l’eau chaude à volonté. que j’ai l’impression que. etc. En fait. Mais laquelle ? Idée de l’aider à traduire sa thèse. Je préfère avoir des relations avec des gens. il faut en parler dans notre revue. jeune femme de 30 ans. 271 .d’accueillir ces toiles. Je veux être ton amie. une rationalité. qui ne plait pas à Liz : il y a une efficacité. pourtant. etc. Je ne peux lui demander de poser. Quelle place donner à Liz ? Je lui ai dit que j’allais prendre la place de Gérard vis-àvis de moi. je parle de Saint Thomas d’Aquin. Je lis sa vie dans le Dictionnaire des philosophes. la passion. Ils meurent : je vais me retrouver seul. de ces amis. Elle n’est pas contre le fait de voir Lance Amstrong monter l’Alpe d’Uez : elle ne savait pas ce qu’était le Tour de France. d’ici là. Je n’en ai pas envie. Dans la constitution de mon capital-gens 332 . je pervertis son innocence. A un moment de notre conversation. les garder pour d’autres publications. Le sport ? Le tennis pour moi : ma victoire au Tournoi de Passy ! Grâce à Samuel ! Ai-je le droit d’avoir des relations avec mon neveu ? Il y a un tel fossé culturel entre nous. je peux vivre avec le souvenir de ces ancêtres. mais pas trop. d’Abélard et Héloïse : eux aussi. Son choix de rentrer dans les ordres. que je donne alors priorité au sport ou à la danse. -Qui est-ce ?. C’est Jenny Gabriel qui me pousse à peindre d’après modèle. Peut-on composer une photo ? Je vois déjà la toile dans la photo que je prends. J’ouvre la télévision. Je n’imagine pas un modèle qui soit silencieux. Qu’est-ce qu’un livre ? Il faut construire un texte bref qui ne défende qu’une seule idée. En même temps. et elle ne connaissait même pas le nom de Lance Amstrong. qui me connaissent. frappe à ma porte et me dit en gros : -J’ai lu tes travaux. La question est cependant l’urgence : je vieillis . utile dans la vie collective. Dominique a un rapport à la cuisine. A Mélissey. On parle aussi de la douche : Liz aime prendre une douche. Liz me semble être un modèle idéal. elle en fasse un livre. Mais à Mélissey. 332 Liz Claire ayant été rendre visite à Lorenzo. Je dois lui faire une place dans ma vie. mais il faudrait que. Publier son livre ? Il faudrait essayer chez Métailié. quelle place leurs donner ? Nous parlons de la manière dont nous vivons nous-mêmes dans des lieux. qui m’a caractérisé depuis mon adolescence . me demande-t-elle. On est bien : Liz s’installe à côté de moi sur le vieux canapé : -Puis-je faire une photo de toi ? -Oui. et supprimer toutes les recherches parasites. Je peux vivre la solitude . me semble être un événement qu’il faut commenter dans Attractions passionnelles. tous les jours. j’ai beaucoup investi sur des plus vieux. Idiot ? Idée que je dois changer de place et réorganiser mon porte feuille relationnel : il faut donner un peu de place à des jeunes. Liz. mes proches deviennent des ancêtres. et avoir des relations aux femmes ? Le vécu et le conçu d’Henri Lefebvre. etc. Je comprends donc ce qu’elle veut dire. une revue. On continue à parler tout en regardant les images. Je vais lui envoyer. dès que je lui parle. a le droit le lire mon Journal de Levanto sur Le capitalgens (classé “ œuvre posthume ”). et qu’elle occuperait ma place. ce n’est pas possible : je lui dis que je suis heureux d’avoir pu me laver à Sainte-Gemme. elle a commenté mes idées dans sa thèse. Je veux passer du temps avec toi. Refus de continuer l’activisme. la relecture des carnets de ma mère en témoigne : elle était affolée que je ne révise pas mon bac. nos passions. de refuser la femme que lui envoie son frère. Je parle à Liz. Liz m’a lu. seul ou avec des gens.

en peignant Gérard. Ce travail a débloqué pas mal de choses : j’avais décidé d’y placer des extraits de mon Journal d’un artiste. René Schérer. notre précédent maçon : elle est plus rapide. j’ai découvert les Romantiques allemands : ils m’inspirent. car il expliquait que de tels textes devaient être édités sous formes de livres. proposition de K. j’ai eu l’idée d’ouvrir ce journal. Mais. J’ai rapporté de Paris mon livre d’or “ Atelier ” : c’est un signe. on arrive à l’heure où François rentre de chez lui : nous n’avons pas pu casser la croûte ensemble aujourd’hui. Je tâtonnais depuis des mois autour de ce projet. pour le donner à taper. Dans mon portrait de Liz. concernant mon moment de l’art. 13 h 30. Par contre. Idée d’aller fêter ma petite fille. on parle à bâtons rompus. et. Hier. La peinture n’occupe pas tout mon univers mental. Nous partons vers 11 heures dans sa Panda. Sous le parrainage de Kareen. J’attends souvent qu’un carnet soit plein. elle attend un enfant. Il est 10 h 40. montrer une certaine compétence. Lucette dit que je rends bien sa relation à elle-même : cela suppose de bien observer la personne. du fait qu’on y avait publié un “ article ” de 105 pages ! J’ai écouté René. Je continuerai ma méditation sur Liz un peu plus tard. depuis. Or.Jusqu’à maintenant. mais il fait plus de 60 pages. et ma voiture est à la gare de Dormans : or. Sa technique est différente de celle de Pierre. dans le premier numéro. Je suis rentré en train. Ainsi. je regardais l’étape du Tour : faire un va et vient continuel entre l’écran et la toile permet de garder une distance : avoir un débat scientifique avec quelqu’un que l’on peint rend certainement la discussion supportable. comme aujourd’hui sur un carnet. Il continue à faire des joints. vendredi dernier. une voiture qui ne dépasse pas les 110. je n’ai jamais de journal terminé. il y a ceux que j’écris. 8 septembre 2004. J’ai passé tout l’été à Sainte-Gemme où j’ai peu peint. Il y a ceux que je frappe moi-même directement sur mon ordinateur . de m’emmener en voiture à Sainte Gemme. mais où j’installe tout doucement mon atelier. Du coup. Cette remarque m’a décidé à créer un nouveau livre : Le Journal des moments. On évoque Attractions Passionnelles. j’ai mille choses à transporter en Champagne. Liz Claire arrive à Paris aujourd’hui. Idée de publier un morceau de ce journal dans Attractions passionnelles. à la réunion des IrrAIductibles a beaucoup insisté sur le fait que le numéro 4 de notre revue institutionnaliste était délirant. C’est pareil pour mon portrait de Gérard : je le fais maintenant. j'ai peint d’après photo : cela évite de bloquer quelqu’un pendant des heures. Et en même temps. mais mes journaux ne sont jamais que des fragments. elle a vécu beaucoup. en compagnie de Charlotte. Faire poser quelqu’un demande qu'on puisse donner des gages. Mardi 7 septembre 2004. (Anniversaire de Nolwenn). un signal et un symbole. Il va falloir que j’aille me laver. dont j’ai écrit le premier sommaire hier à Paris : je l’ai envoyé aux personnes ayant la vocation d’y écrire. Donc. j’inscris mon moment peinture à Sainte Gemme. Avec Kareen. au-delà même de la photo. pour y noter mon fort investissement ce matin sur le terrain de l’art : j’ai écrit un premier sommaire du n°1 d’Attractions passionnelles. sauf dans le cas des 272 . Revoir Kareen est une vraie fête pour moi : nous nous sommes quittés le 10 juin 2004. Il faudrait que j’aille manger. j’ai une partie de mon journal sur un support directement utilisable et une autre partie dans des carnets. parce que je ressens très fort sa présence en moi. beaucoup de choses .

un germe. Peut-être tente-t-elle de m’appeler au téléphone. pour dévorer un livre offert hier soir par Liz. Le Seuil. Il y aura un jeu. en donnant une transversalité à l’espace. Edward Weston. Je vais rentrer : je continuerai à écrire à Sainte Gemme. Je me suis plongé. il n’y a pas de fond : or. Klee. à Antoinette Bornizet. en banlieue. la traduction du Journal mexicain (1923-26). avec une bonne préface de Gilles Mora. Edward Weston) me poussent à me construire un pan “ bibliothèque ” dans mon atelier. Tout à l’heure. J’attends l’arrivée de Liz à la Gare de Dormans : Et elle n’est pas à l’heure. débarquer avec une jeune femme semble vraiment bizarre : que diront-ils. De plus. 1995. une cohérence d’ensemble que je ne parviens pas à trouver dans les autres “ moments ”. Photographies. entre le portrait et son contexte. J’ai été la rechercher. Je vais rapporter mes livres d’art de Paris : ils sont actuellement dans mon bureau. Faire exister une pièce.journaux de voyage dans lequel du début à la fin. Son train existe-t-il ? Ne s’est-elle pas trompée d’horaire ? Dans ce cas. me dit-elle. Taschen. s’ils voient arriver Liz Claire demain ? J’écris maintenant. un lien : c’est construire le dispositif. Au village. il tend vers la forme définitive. qu’elle me restitue. je montre à Kareen ma toile de Gérard Althabe . photographe américain (1886-1958) est aussi un diariste. je veux dire que mes visiteuses d’hier en m’apportant 4 livres. assis dans ma voiture. ce matin. Paris. le traducteur. L’inachèvement est au cœur de l’expérience humaine. Dans mon atelier : un 333 Edward Weston. François n’est toujours pas arrivé. 10 h. Hier. Le paysage portera le personnage. Liz m’a apporté en même temps que ce livre de photos. Elle est arrivée à Dormans. même si cela n’est pas encore achevé. Bon. Dois-je rentrer chez moi ? Dilemme. Liz est à Sainte Gemme. elle arrivera demain : il est 20 heures 15. Elle va emménager dans une maison de 70 m2 habitables. la personne d’Althabe doit être installée dans un contexte. Il s’agit du Edward Weston 333 . Kareen m’a offert le Journal de Klee. les animateurs de la revue Athénaum (1799-1802). j’écris dans un carnet. et : Journal mexicain. l’œuvre aussi : l’œuvre est un processus. Nadine qui la connaît déjà entend les commentaires de François sur Kareen. Mercredi 9 septembre. Le fragment peut être repris : c’est une idée forte. Elle dort. 273 . dans cette précieuse lecture. J’ai laissé en plan Paul Klee. à placer dans une bibliothèque d’art (Dali. je lui avais parlé de cette toile. dans des recueils et des supports de nature différente. et elle disait arriver à 20 heures. Ils font l’éloge du fragment : le fragment a une unité . qui se construisent sur une plus longue durée. Avant de commenter ces lectures. J’ai réussi à trouver une solution technique à ce problème en lisant les Romantiques d’Iéna. Si l’homme meurt avant d’avoir épuisé toutes ses virtualités. juste après mon retour ici. elle aura un espace pour peindre… J’ai présenté Kareen à François. sans jardin. dans un paysage. Donc. Il y a donc une unité. Et l’on passe à autre chose. en lui disant qu’elle était loin d’être terminée : le portrait proprement dit n’a pas encore de lunettes. Kareen apprécie le tableau : elle le juge “ quasiment ” fini : -Vous avez fait d’énormes progrès.

Une maison. d’œuvres diverses. 9 h 30 (MGEN). on y écoutait vers et musique . depuis 8 mois. La fonction stockage et archive sera exclusivement à Sainte Gemme.meuble pour ranger les toiles. j’ai été frappé par le rangement opéré dans la salle aux archives : Charlotte a remporté tous les livres. on pouvait y danser . avec Liz et Christine. La création de l’espace bibliothèque de Sainte Gemme permettra le transport de caisses de livres de Paris vers Sainte Gemme : les livres qui resteront à Paris seront des livres choisis. J’ai avancé Le Journal mexicain de Edward Weston. dispositif. Au départ. mais certaines pièces peuvent voir se superposer plusieurs moments. Liz voulait travailler sur la période 1780-1820. assez bien. parfois. un autre pour le matériel de peinture. histoire de l’imprimer et de pouvoir travailler dessus à midi. R. le travail. Je veux noter qu’hier. Je lis le catalogue de l’exposition Füssli (1741-1825) : la peinture m’intéresse. climat : je crois que ma théorie des moments avance par le concret de l’aménagement et du ménagement de l’espace. c’était le lieu d’élaboration de livres. me voici de retour : je vais préparer le repas pour Hélène qui me rend visite à midi. fonction. J’en suis à la page 61. (salle des archives. (dans le métro). le repas. le mercredi 15 septembre 2004. Mes lectures me font me représenter. 274 . 11 h. cette socialité particulière entre 1750 et 1850. l’Angleterre. nous avons réfléchi sur un sujet de thèse pour Liz. Vide ? Non. Liz Claire travaille. l’Autriche. mon bureau était en même temps quelque chose comme un atelier : le déplacement de l’atelier sur Sainte-Gemme. le 12 septembre 2004. mais il me faut aussi y rassembler mes photos destinées à être reprises dans des toiles… En arrivant à Sainte Gemme. Sainte Gemme. un appartement permettent a priori de s’inscrire dans certains moments : le repos. on y mangeait. Mardi 14 septembre. A Paris. etc. on y buvait . nouveau climat de la pièce : il faut que je parvienne à distinguer les concepts de moment. On explore la notion de Salon comme espace. l’Italie. était une institution transversale . l’Allemagne. 9 h. Après l’attente de mes résultats d’examens. Est-ce bien le peintre préféré de Charlotte ? Je vais aller taper le programme (38 numéros) d’édition d’Attractions passionnelles. Lourau était un grand lecteur de journaux : je le deviens. mais il serait intéressant d’élargir : sur le plan géographique. et une virée chez Anthropos pour porter un manuscrit de Christine. en attendant Lapassade). C’est un bon sujet pour développer l’anthropologie de l’éducation informelle. tenue par une dame. comme moment de formation : le salon. Les livres parisiens formeront une bibliothèque vivante. il faut explorer la France. 11 heures. de romans. qu’elle avait étalé durant plusieurs semaines. Sainte Gemme. permet de renforcer la dimension lieu d’écriture du bureau.

qui lui a été offert par Michèle Gaugand 334 . que j’ai connue en 1977. Dans ce livre. en nous recueillant devant les toiles des paysagistes du siècle dernier. la maison est en pleine mutation : nécessité d’une fresque de 5m x 2m à placer sur le mur de la bibliothèque. Je rêve ! Pépé vient me chercher : il veut descendre des pierres du second . plaisir de danser. je découvre un livre sur le Grand Jeu. pour méditer sur les premières expériences des “ simplistes ” : “ Nous commençâmes à nous entraîner au Musée municipal. certaines font 50 kgs. Il me faut faire un fond : pour imposer le blanc de ses cheveux. etc. c’est tout un 335 ”. à Attractions passionnelles. A Sainte Gemme. Tant mieux ! Tant pis pour mes rêveries . Les idées défendues ne me sont plus étrangères. à descendre des pierres . Hier et aujourd’hui. Idée de proposer au directeur de l’Ecole des Beaux-Arts de Reims. Il a besoin d’aide : il a des idées claires sur le moment à construire. En lisant Charlotte. j’ai relu 180 pages (mot à mot) du mémoire de maîtrise de Charlotte. 2003. Les poètes du Grand Jeu. Je regarde mon tableau d’Althabe : le portrait est ressemblant. Hier soir. etc. C’est urgent. Je me sens proche du Grand jeu. Attractions passionnelles aura une filiation à mettre à jour avec le Grand Jeu. Paris. Faut-il y peindre des personnages de la famille ? des personnages illustres qui ont tr